DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES LEURS DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE PREUVES HISTOIRE LEUR ET COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE A. VACANT MANGENOT E. PROFESSEUR A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DE NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DE É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L’UNIVÇRSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE COLLABORATEURS DE QUATRIÈME TIRAGE TOME PREMIER DEUXIÈME PARTIE ANGLES - AZZONI PARIS-VI LIBRAIRIE 87, LETOUZEY Boulevard Raspail, 1931 TOUS DROITS RÉSERVÉS ET 87 ANE Imprimatur Nanceii, die 10 Augusti 1902. f Carolus Franciscus, Episc. Nanceiensis et Tullensis Imprimatur Parisiis, die 14 Augusti 1902. t Franciscus, Card. Richard, Archiep. Parisiensis. DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE A ANGLES Joseph, franciscain né à Valence, mort â Borne vers 1587, enseigna la philosophie et la théologie scotislesà Valence, Lerida. Alcala et Salamanque, avec beaucoup d’éclat, et fut nommé évêque de Bosa en Sar­ daigne par Sixte V. 11 a laissé Flores theologicarum quæslionum in libr. 1 Sent., 2 vol., Lyon, '1584, 1585; in libi·. II Sent., 2 vol. in-4°, Lyon, 1587; Venise, 1588; Madrid, 1586; Lyon. 1596,1597; Opiniones super librum IV Sent., 2 vol. in-4°, Rome, 1578; Turin, 1581; Ve­ nise, 1586; Burgos, 1585, édition augmentée et corrigée. Il fait connaître dans cet ouvrage les controverses entre thomistes et scotistes. Antonio. Bibliotheca Hispana nova. Madrid.1788. t. I. p.802; Wetzer et Welte, Kirchenlexikon, 2· édit.. Fribourg-en-Brisgau. 1882. t. t, p. 852; Hurter, Nomenclator literarius, 2· édit., Inspruck, 1892, t. i, p. 44. A. Vacant. ANGLETERRE. Voir Grande Bretagne. ANGLICANISME. — I. Henri VIII. Le schisme. La suprématie royale. Premiers germes des 39 articles. II. Edouard VI. Le protestantisme. III. Élisabeth. Rup­ ture définitive avec Rome. Les 39 articles. Les confor­ mistes et les puritains. IV. Les Stuarts. Progrès de la haule Eglise. Arminianisme. Latitudinarisme. V. La dy­ nastie de Hanovre. Rationalisme, Méthodisme, Évangé­ lisme. VI. Le mou vernent d’Oxford. L’anglo-catholicisme. VH. Quelle est actuellement la doctrine de l’Église anglicane? L’anglicanisme est la religion officielle de l’Anglekrri·. que le souverain, lors de son couronnement, jure solennellement de défendre et de maintenir. Est-ce une secte du protestantisme? Il y a controverse à ce sujet entre anglicans. Les uns répudient toute communautéd’idéesavecles protestants; les autres proclament bien haut que l’Église anglicane est essentiellement protestante. Cette divergence d’opinions vient de la manière spéciale dont l’anglicanisme s’est formé. Il y a lieu de distinguer en effet entre l'établissement de la réformationen Angleterre, et la séparation d’avec Rome. La séparation s’est effectuée pour des motifs qui n'avaient rien de commun avec les doctrinesde Luther et de Cal­ vin; ces doctrines ne s’introduisirent que peu â peu à la faveur de la séparation, et l’Église d'Angleterre devint prolestante tout en conservant l’organisation extérieure qu'elle avait avant la réformation. Ceci donne une apparence de fondement à 1 opinion de ceux qui veulent voir dans l’anglicanisme actuel la continuation de DICT. DE THÉ01. CATH0L. (Suite} l’Église établie en Angleterre par saint Augustin. Cepen­ dant les autres sont dans le vrai; le principe fondamen­ tal du protestantisme est le libre examen, et c'est sur le libre examen que l'anglicanisme repose; ceux même qui se réclament le plus du titre de catholiques n'agis­ sent pas d’après un autre principe. Cet article n’a pas pour but de faire 1 histoire de l’anglicanisme; on se contentera d’y montrer les liansformations successives de la doctrine depuis Henri VIII jusqu'à nos jours, en donnant une histoire succincte des formulaires qui contiennent cette doctrine. Le point culminantde l’anglicanisme est l’année 1563, ou furent définitivementadoptéslestrente-neufarticles de religion que tout clergyman est encore aujourd'hui obligé de signer avant de recevoir les ordres; quelques années auparavant, en 1559, le livre de la prière com­ mune, Book, of common prayer, qui contientla liturgie officielle, avait été imposé par un acte du Parlement. C’est dans ces deux formulaires, qui reçurent alors à très peu de chose près leur forme définitive, qu il nous faut chercher la doctrine de l’Église anglicane. Tout ce qui précède en est la préparation : ce qui suit n’est que l’histoire des controverses qui se sont élévéessurla manière de les entendre ou sur la nécessité de les conserver. Ils ont pu être laissés plus ou moins dans l'ombre à certaines époques, en somme c’est à eux qu'on en a constamment appelé pour soutenir les opi­ nions les plus diverses et les plus contradictoires. I. Henri VIII. Le schisme. La suprématie royai.e. Premiers germes des 39 articles. — 1» Le schisme. — Beaucoup font remonter l’origine de la réforme en Angleterre jusqu’à Wiclef. Est-ce avec raison? On sait que la tentative de Wiclef échoua; cependant sa prédi­ cation putinfluerau moins indirectementsur leschisme du xvi° siècle, en laissant dans les esprits un certain le­ vain derévolteet d’indépendance qui favorisa la sépara­ tion au moment où une cause étrangère à la doctrine vint la produire. Aucun pays n’était pluséloigné que l’Angle­ terre de la doctrine protestante, au moment où la mal­ heureuse passion d'Henri VIH vint ouvrir à 1 hérésie les portes de ce pays, en le séparant du centre de la vérité. Tout ce que désirait Henri VIII, c’était le divorce; le pape ne voulant pas prononcer la nullité de son mariage, il résolut de se passer du pape. Cranmer, qu'il fit à cet effet archevêque de Cantorbéry, déclara invalide le ma­ riage du roi avec Catherine d’Aragon, et lorsque Clé­ ment VII, le 23 mars 1534, prononça la validité du mariage, tout était prêt pour la séparation. Vne formule I. — 41 1283 ANGLICANISME dut être signée par l'assemblée du clergé de chacune des deux provinces, et par les deux universités ; elle était conçue en ces ternies : On ne trouve pas dans ['Ecri­ ture sainte que le pontife romain ait refit tie Dieu plus d’autorité et de juridiction dans ce royaume que tout autre évêque étranger. 2» La suprématie royale. — Tous les partisans du changement furent en même temps d'accord pour admettre cette proposition : Le roi est, après le Christ, le seul chef de l’Église. Ce qu'Henri et Cranmer entendaient par là est très clairement exprimé par Macaulay dans son Histoire d’Angleterre, c. I, édit. Longmans, Londres, 1889, t. 1, p. 28. « D’après ce système expliqué par Cranmer, le roi était le chef de la nation, aussi bien au spirituel qu'au temporel. Dans l'un et l'autre ordre. Sa Majesté devait avoir des lieutenants. De même qu'il établissait des officiers civils pour garder son sceau, recueillir ses revenus, et administrer la justice en son nom, ainsi il instituait des ecclésiastiques de divers rangs pour prêcher l’Évangile et administrer les sacrements. » Les premières tentatives de Henri VIII pour faire accepter sa suprématie par le clergé remon­ tent à l'année 1531. Les deux convocations ne voulurent le reconnaître comme chef de ΓÉglise qu’en insérant la clause « autant que la loi du Christ le permet ». En 1534, le clergé fut plus docile, et la convocation ou assemblée du clergé de Cantorbéry trouva que la loi du Christ permettait ce que le roi demandait, tandis que le clergé du Nord reconnaissait le pape comme chef spirituel de l’Église et déclarait que les dispenses légalement accordées par lui devaient être acceptées. Cependant les évêques consentirent à recevoir de nouvelles com­ missions, où il était affirmé expressément que toute leur autorité spirituelle et épiscopale leur venait du roi, et dépendait entièrement de son bon plaisir. Thomas Crumwell fut nommé vicaire général, pour les choses ecclésiastiques, et son procureur avait la première place dans les assemblées du clergé. De fréquentes instructions furent alors adressées aux prêtres, soit par le roi, soit par le vicaire général, pour leur dire sur quels sujets il fallait prêcher, et quelles personnes il fallait admettre à la communion. 3" Premiers germes des 39 articles. — Cette Église, ainsi séparée du centre de l'unité, continuait à ensei­ gner la même doctrine que par le passé. Henri était plus que jamais opposé au protestantisme et entendait bien ne rien changer ni dans la doctrine, ni dans la liturgie. C’est cependant sous son règne que nous voyons poindre le germe des 39 articles. Après la rupture avec Rome, il y avait trois partis en Angleterre. Gardiner, évêque de Winchester, et beaucoup d'autres à sa suite, ne désiraient pas aller plus loin : pour eux, la réforme était complète après la séparation, et il n’y avait rien à changer à l’ancienne doctrine. Cranmer au contraire, qui s'était imbu des idées pro­ testantes pendant son séjour sur le continent, tendait à avancer de plus en plus du côte des réformateurs allemands. Enfin il y avait le parti des exaltés ou ana­ baptistes, formé par des réfugiés du continent, qui se faisait remarquer par sa fureur et ses extravagances. Les deux premiers partis étaient d’accord pour réprimer le troisième, mais ils se disputaient la faveur du mo­ narque. Cranmer sembla remporter· tout d'abord, et il s’attacha à introduire les idées luthériennes. Les dix ar­ ticles de religion, publiés par le roi en 1536 pour mettre la paix parmi les évêques, ne sont en somme qu’une corte de compromis entre le catholicisme et le luthéra­ nisme, et représentent l'influence du parti de Cranmer. Ils sont peut-être plus significatifs par ce qu’ils omettent que par ce qu’ils disent. En effet, après avoir donné la doctrine catholique sur les sacrements de baptême, de pénitence et d’eucharistie, tout en passant sous silence la transsubstantiation et en n'exigeant pas la confession, 1284 ils ne disent mot des quatre autres sacrements. On a découvert un fragment de manuscrit signé de Cranmer et de plusieurs autres où il est parlé de ces sacrements, mais en des termes qui en font une classe complète­ ment distincte des autres; il est probable que le parti de Gardiner fut assez fort pour empêcher l’insertion de cette nouvelle doctrine dans les articles. L’article sur la justification incline vers le sens luthérien, et un certain nombre d’articles sur les cérémonies, les images et l'invocation des saints montrent l’esprit qui les anime par les recommandations fréquentes d’éviter les abus dans ces pratiques qui ne sont pas condamnées en ellesmêmes. Le purgatoire est admis, mais les indulgences accordées par le pape sont rejetées. Ces articles furent supplantés par un livre d’une teinte un peu plus luthé­ rienne publié l’année suivante sous ce titre : The insti­ tution of a Christian man. Le roi en donna une seconde édition en 4549 avec quelques additions. Cependant Cranmer et ses partisans avaient réussi à faire faire un pas de plus au roi dans la direction du luthéranisme. Poussé par des motifs d’ordre purement politique, Henri avait essayé d’entrer dans la ligue de Smalcalde; en 1535, des négociations avaient eu lieu et n’avaient pas abouti, parce que les princes ligués met­ taient comme condition expresse à l’admission du roi d’Angleterre la signature de la confession d'Augsbourg. En 1538, pressé par les nécessités de la politique, le roi ouvrit de nouveau les négociations et alla jusqu’à parler « d’établir la pure doctrine de l'Evangile, et d'abo­ lir les cérémonies impies de l’évêque de Rome ». Il de­ manda qu’on envoyât une ambassade de théologiens allemands, et à leur arrivée nomma pour traiter avec eux un comité dont faisaient partie Cranmer et l'évêque de Durham, Tonstall. On a découvert dans les papiers de Cranmer treize articles sur différents points de doc­ trine que l’on croit être ceux qui furent rédigés dans cette conférence; ils suivent pas à pas la confession d'Augsbourg, et peuvent être regardés comme le germe des articles actuels. Mais le parti de la contre-réforma­ tion reprit alors l’ascendant : Henri ne voulut jamais céder sur certains points; il refusait d’admettre la com­ munion sous les deux espèces et d’abandonner les messes propitiatoires et le célibat ecclésiastique. Les envoyés allemands furent obligés de partir, et le 2 juin 1539 furent publiés six articles qui reçurent force de loi par autorité du parlement. Voici en substance ce qu’ils disaient : I. Le corps de Jésus-Christ est présent sous les espèces du pain et du vin par transsubstantiation. — 2. La com­ munion sous les deux espèces n’est pas nécessaire. — 3. Le mariage des prêtres est interdit. — 4. Les vœux de chasteté et de continence obligent en conscience. — 5. L’usage des messes pi ivées doit être conservé. — 6. La confession auriculaire est obligatoire. Ces six articles, que les protestants ont appelés la loi de sang ou le fouet à six cordes, condamnaient le résul­ tat des négociations avec les théologiens allemands. Ils firent loi jusqu’à la fin du règne de Henri VIII. 11 n’y eut rien de changé dans la liturgie, sauf la sup­ pression de la messe et de l'office de saint Thomas Becket, dont la noble indépendance s’accordait peu avec la suprématie royale. Henri introduisit aussi des litanies en anglais pour être chantées aux processions, et la convocation ou assemblée du clergé de 1543 or­ donna de lire au peuple deux chapitres de la Bible les jours de fête. II. Édouard VI. Le protestantisme. — Ce régne d’un roi enfant, qui ne resta que six ans sur le trône, est peut-être la période la plus importante dans l'his­ toire de la doctrine anglicane. C’est un temps de fer­ mentation : les idées réactionnaires d’un côté, révolu­ tionnaires de l’autre, se mêlent et se choquent; il en sort ce qui devait, avec très peu de changements, devenir les formulaires encore en usage de nos jours. 1285 ANGLICANISME Henri VIII en mourant avait recommandé d'élever son fils dans la religion catholique. Ses exécuteurs tes­ tamentaires avaient juré jusqu’à douze fois de remplir fidèlement les dernières volontés de leur maître; mais à peine le roi était-il mort, qu’ils s’empressèrent de violer leurs serments. Ils s'entendirent pour mettre à leur tête, avec le titre de protecteur, Edouard Seymour, oncle du jeune roi, qui commença par se créer duc de Somerset, puis se mit en devoir de protestantise;· le royaume. Cranmer, qui avait dû se plier à la volonté de Henri VIII, put alors jeter le masque et travailler avec ardeur à la cause qui lui était chère. On s’étonne à première vue de voir un temps si considérable s'écou­ ler entre l'avènement d'Édouard VI et la publication des formulaires anglicans, car le Prayer book ne parut qu'en 1519. et les articles seulement en 1553. Mais il faut se rappeler que Cranmer n’était pas absolument libre de faire tout ce qu’il voulait. D'un côté le parti réactionnaire était très fort, puisque sir William Paget pouvait écrire en 1549, dans une note confidentielle au protecteur, que « l'exercice de l'ancienne religion était défendu par la loi, mais que la nouvelle n'était pas encore fixée dans les estomacs (sic) de onze parties sur douze du royaume ». D'un autre côté l’archevêque crai­ gnait, en allant trop loin, de lâcher la bride aux ana­ baptistes qui se faisaient remarquer par leurs violences et leurs extravagances. Il faut ajouter que la division existait déjà dans le parti même de Cranmer, où des germes de puritanisme se montraient avec Hooper, évêque de Gloucester. Tout ceci nécessitait beaucoup de prudence, mais Cranmer était habile : il savait n'avancer que pas à pas, et il n’avait aucune difficulté à reculer quand il le croyait nécessaire. Dans la céré­ monie du couronnement, où il mêla étrangement le ca­ tholicisme et le protestantisme, il adjura le jeune roi de supprimer l'idolâtrie, et de renverser la tyrannie de l’évéque de Rome. Ce fut sans doute à son instigation qu'un décret du conseil ordonna aux évêques de recevoir de nouveau leurs commissions comme fonctionnaires; Cranmer le fit aussitôt et reçut du roi ses nouveaux pou­ voirs d’archevêque. Trois moyens principaux furent employés pour établir le protestantisme en Angleterre : la chaire, la liturgie et la presse. La parole de Dieu était liée à cette époque : ne pouvaient prêcher que ceux qui en avaient reçu licence du pouvoir civil, de sorte que la chaire était purement et simplement l'organe de la volonté du gouvernement. Prêcher en faveur du carême, des images, de la messe, des sacrements, était puni par l’emprisonnement. Quant aux prédicateurs gouvernementaux, leur succès fut assuré par l’interdiction de prêcher que reçut le clergé parois­ sial. Ils se donnèrent libre carrière pour attaquer et couvrir d'outrages l’ancienne doctrine; leur audace alla même si loin, que la crainte d une rébellion en Irlande et d'une guerre avec l’Écosse força le gouverne­ ment à les modérer. On essaya alors des moyens moins irritants. Le roi nomma des commissaires pour visiter 1 Eglise en son nom,afin de bien pénétrer tous ses sujets d- leur dépendance et de l’absolue impossibilité ou ils riaient île résister aux mesures prises par l’autorité royale. Un certain nombre de cérémonies furent suppri­ mées, et un grand pas fut fait dans la voie du protestan­ tisme par l'introduction de lectures de la Bible en langue vulgaire, matin et soir, et l’importance extraordinaire donnée au sermon au préjudice de l’office divin. Le 4 novembre, un parlement s’assemblait à West­ minster, élu sous la pression du gouvernement. Le jour de l'ouverture, à la messe qui fut célébrée à l'abbaye, le G ria in excelsis, le Credo et VAgnus furent chantés en an.lais : c'était le prélude des changements considérables qui allaient s’introduire dans la liturgie. Le premier soin de ce parlement fut d'ordonner que le roi aurait 1 usage de toutes les terres d’église, et nommerait les 1286 évêques sans que les chapilres eussent à faire une élec­ tion. Les six articles de Henri VIII furent repoussés, et la communion sous les deux espèces imposée. On peut dire que ce dernier point donna à Cranmer le moyen d'effec­ tuer les réformes qu'il méditait depuis longtemps. On publia d’abord un petit livre intitulé Ordre pour la com­ munion, rendu nécessaire pour le rétablissement de la communion sous les deux espèces. Ce livre laissait in­ tacte la messe latine, célébrée jusqu’alors, et si certaines expressions comme pain et vin, employées pour désigner la sainte eucharistie, laissaient percer l’esprit d’innova­ tion, on peut dire qu’en général il ne contenait rien de bien contraire à l’ancienne doctrine. Mais ce n'était là qu’un rite provisoire, ainsi que la rubrique le disait : le but des novateurs était de supprimer la messe, pour la remplacer par la cène, et s’ils ne le firent pas dès le commencement, c’est qu’ils avaient peur de se heurter contre l’attachement du peuple à l'ancienne religion. H fallait préparer l’opinion. Les prédicateurs prêchaient contre la messe et la présence réelle; dans beaucoup d’églises on commençait à célébrer les offices en anglais, et à ne plus dire de messes sans que quelques personnes y reçussent la communion;en même temps un torrent de brochures se répandit sur l’Angleterre, composées en anglais ou traduites de l’allemand, qui versaient l'injure et l’outrage sur ce que jusque-là on avait regardé comme le rite le plus sacré de la religion. Pendant ce temps Cranmer préludait à la nouvelle liturgie par la traduc­ tion d'un catéchisme de Luther, où il trouvait moyen de faire passer la doctrine de Calvin .sur l’eucharistie pour celle de l’hérésiarque allemand. Il se montra décidément calviniste dans le débat qui eut lieu sur l’eucharistie au parlement de 1548; il y fit ainsi sa profession de foi : « .le crois que le Christ est mangé par le cœur. Les bons seulement peuvent manger le corps du Christ. Quand les méchants mangent le pain et le vin du sacrement, ils ne reçoivent ni ne mangent le corps du Christ. Le Christ donna à ses disciples du pain et du vin, qu’il appela son corps en disant ; Hoc est corpus meum. » Dans ce même parlement fut imposé le Book of com­ mon prayer, destiné à remplacer tous les anciens livres liturgiques, et à établir l'uniformité de rite dans tout le royaume. Nous n'avons à nous occuper de ce livre qu'au point de vue doctrinal : ce qu'il enseigne sur l’eucha­ ristie, on peut le supposer d’après le Credo de Cranmer donné plus haut; les évêques à qui il fut soumis afin d’en obtenir un semblant d'approbation, ne consentirent à le signer qu’en faisant leurs réserves sur la doctrine de l’archevêque de Cantorbéry; et après qu'ils eurent signé, le livre fut encore modifié, on devine facilement dans quel sens. L’office pour la communion qui se trouve dans ce Prayer book esta peu prés semblable à l’ancienne messe jusqu'au Credo; mais ensuite il renferme des différences considérables qui le font rentrer dans la même famille que la messe latine de Luther publiée en 4523. Les suppressions surtout sont significa t ives a u point de vuedoclrinal ; ainsi, plus d'ollertoire, et dans la prière de consécration qui s’inspire de l’ancien canon lati.i, toute allusion au sacrifice est soigneusement repoussée. A première vue, cet office semble en retard sur les opi­ nions calvinistes professées par Cranmer à cette époque: peut-être craignait-il encore de les afficher trop ouver­ tement dans un livre destiné à être répandu dans le peuple et à devenir pour ainsi dire le vade mecum de tous les fidèles. On y voit cependant un passage pleine­ ment calviniste, comme Cranmer lui-même le faisait remarquer en 1551, lorque Gardiner cherchait à inter­ préter le Prayer book dans le sens catholique ; ce passage est celui qui précède immédiatement Qui pridie quam pateretur. Lecanon latin porte ces mots : ut nobis cor­ pus et sanguis fiat Domini Nostri Jesu Christi. Cranmer supprima fiat, et il expliquait ainsi cette suppression : « Dans le livre de la sainte communion, nous ne deman­ 1287 ANGLICANISME dons pas que le pain et le vin soient le corps et le sang du Christ, mais qu’ils soient pour nous le corps et le sang du Christ, c’est-à-dire que nous les mangions et buvions de sorte que nous puissions entrer en partici­ pation de son corps crucifié et de son sang répandu pour notre rédemption. » Ce passage, qui passa alors inaperçu, était la pierre d'attente d'une revision qui devait se faire un peu plus tard. L’acte d'uniformité (21 février 1549) imposait ce livre à tout le royaume, et menaçait des peines les plus fortes ceux qui refuseraient de s’en servir ou empêcheraient les autres de le faire. Ces menaces n'eurent aucun elTet : le peuple se souleva; il fallut avoir recours à la force, et la nouvelle liturgie ne fut établie que grâce à un régime de terreur qui lit plusieurs milliers de victimes. Ce qui a trait au rite qui fut alors institué pour les ordinations étant traité dans un article spécial (voir Ordinations anglicanes), nous passons au second Prayer book, qui fut publié en 1552. Cranmer ne pouvait se contenter de ce qu'il avait fait en 1549. Gardiner lui fournit l'occasion de faire mieux, en signalant un certain nombre de points qui, suivant lui, prouvaient que le Prayer book conservait l'ancienne doctrine sur la messe et l'eucharistie. Les points modi­ fiés dans l'édition de 1552 sont précisément ceux sur lesquels Gardiner appelait l'attention. Voici les princi­ paux : on supprima la prière pour la sanctification des dons, que Gardiner donnait comme preuve de la trans­ substantiation; la commémoraison des vivants, qui lui paraissait reconnaître à la messe une vertu propitiatoire; quant à celle des morts, elle n'était déjà plus dans le livre de 1549; on ne parla plus d’autel, et la forme d’ad­ ministration de la communion devint : « Prends et mange ceci, en souvenir de ce que le Christ est mort pour toi, et nourris-toi de lui dans ton cœur par la foi, avec actions de grâces. » Les changements qui furent faits dans le rite de la confirmation altéraient complètement l’ancienne idée d’une effusion spéciale des dons du Saint-Esprit. Quant à la confession auriculaire, l'Ordre pour la com­ munion de 1548 « priait ceux qui seraient satisfaits d’une confession générale, de ne pas être scandalisés de voir ceux qui, pour une plus complète satisfaction, faisaient aux prêtres une confession auriculaire et secrète ». Ainsi rendue facultative, elle tomba peu à peu en désué­ tude, jusqu’à ce qu’elle fût remise en honneur de nos jours. Pendant que l’on établissait ainsi la nouvelle liturgie, les prêcheurs ambulants continuaient à prêcher les doc­ trines les plus extravagantes, qui tendaient à saper les fondements de la société, et peut-être à renverser la monarchie elle-même. Cranmer se mit alors à persécuter ceux qu’il avait d’abord soutenus, et de plus il devint nécessaire d’avoir un corps de doctrine qui pût servir de base à la prédication. C’est alors que furent rédigés qua­ rante-deux articles de religion, extraits presque entièrerement des Confessions des réformés d’Allemagne. Ils furent promulgués le 19 juin 1553, et sont encore, avec quelques modifications qui les réduisirent à trente-neuf sous Elisabeth, la règle de foi de l’Êglise anglicane. Cranmer avait déjà esquissé tout un corps de droit canon qui devait les accompagner, lorsque la mort d’Édouard VI (6 juillet 1553) vint mettre pour un temps un terme aux nouveautés. L’établissement du protestan­ tisme en Angleterre fut considérablement aidé par la part qu’y prirent les réformateurs étrangers, principale­ ment ceux de l’Allemagne. Ils suivaient avec un grand intérêt ce que faisait Cranmer, et donnaient leur avis sur la composition du Prayer book et sur tous les chan­ gements à faire. On a dit que la réforme n’eût jamais réussi en Angleterre sans la part qu’y prirent ces étrangers. Nous n’avons pas à raconter le règne de Marie, qui n’eut aucune iniluencesur la doctrine de l’anglicanisme. 1288 Il suffira de rappeler qu’un certain nombre d’hérétiques furent mis à mort, pour des raisons politiques autant que pour cause de religion. Le principal d’entre eux fut Cranmer, qui fit jusqu'à six rétractations différentes pour échapper au supplice, et qui finit par les désavouer toutes lorsqu'il vit qu’elles ne pouvaient lui conserver la vie. Beaucoup d’autres se réfugièrent sur le continent, et s’y retrempèrent dans l’amour des doctrines qui devaient bientôt prendre de nouveau possession de la malheu­ reuse Angleterre. III. Élisabeth. Rupture définitive avec Rome. Les 39 articles. Les conformistes et les puritains. — 1« Rupture définitive avec Rome. — Élisabeth trouva l’Angleterre redevenuecatholique, lorsqu’elle succéda à sa sœur; elle-même était rentrée solennellement dans le sein de l’Êglise, mais elle ne tarda pas à montrer quels étaientses véritables sentiments. Si elle conserva les treize conseillers de sa sœur, qui étaient catholiques, elle se hâta d’ajouter au conseil huit nouveaux membres, tous favorables à la réformation ; elle traita Bonner, l’évêque de Londres, avec une défaveur marquée, et ordonna à l’évêque de Carlisle de supprimer l’élévation de l'hostie dans sa chapelle. Les évêques, éclairés par ces actes et par d'autres du même genre, refusèrent de procéder à son couronnement; il s’en trouva un cependant, Oglethorpe, évêque de Carlisle, qui eut la faiblesse d'y consentir; il s’en repentit plus tard. La reine fut couronnée le 14 jan­ vier 1559 avec tous les anciens rites catholiques; elle prêta les serments accoutumés, qu’elle était déjà résolue à violer. Son premier soin fut de convoquer un parle­ ment en exerçant la plus lourde pression sur les élec­ tions; ce parlement la déclara héritière légitime du trône et vota deux lois qui rétablissaient le protestan­ tisme dans l’état où il était à la mort d'Edouard VI. La première fut l'acte d’uniformité (28 avril) qui imposait de nouveau le Prayer book de 1552 avec quelques modi­ fications; l’autre fut l'acte de suprématie (29 avril), qui, outre les pouvoirs usurpés par Henri VIH et Édouard VI, reconnaissait à la reine le droit de déléguer à qui bon lui semblerait « pour visiter, réformer, redres­ ser, ordonner, corriger et amender tout ce qui, en fait d erreurs, hérésies, schismes, abus, offenses, mépris et énormités, tombait sous la juridiction de la puissance spirituelle ». La correspondance diplomatique du temps tendrait à prouver qu’Élisabeth ne croyait pas à sa supré­ matie; ceci pourrait expliquer pourquoi elle ne prit pas le titre de chef suprême (supremum caput) de l’Êglise, que son père et son frère s étaient arrogé, mais se con­ tenta du titre de gouverneur suprême. Quoi qu’il en soit de ses convictions, elle exerça cette suprématie comme si elle y croyait. Une cour spéciale nommée cour de haute commission avait été créée par l’acte de suprématie; elle se composait de prélats et d'ofliciers de la couronne qui avaient une juridiction extraordinaire sur tout le pays. Ils furent chargés de présider à l’établissement de la religion nouvelle, car nulle autre n’était permise, et puritains aussi bien que catholiques furent persécutés : dés que quelqu’un prêtait le moins du monde au soupçon, on exigeait aussitôt de lui, sous la foi du serment, qu'il révélât ses plus secrètes pensées, et que non seulement il s’accusât lui-même, mais encore ses plus proches pa­ rents et ses amis les plus chers, le tout sous peine de mort. Élisabeth trouva un grand secours dans la cham­ bre étoilée, qui jugeait sommairement, et pouvait pro­ noncer une condamnation sur un simple soupçon. Tels furent les moyens que l’on employa pour délivrer le pays de « l’esclavage d’un prince et d’un prélat étranger ». Il faut ajouter que les commissaires brisèrent et brû­ lèrent les croix, les statues et tous les objets du culte qui avaient été replacés dans les églises pendant le rè­ gne de Marie. Tous les évêques, excepté celui de Llandaff, avaient refusé de se soumettre à l’acte de suprématie. En 1559, 1289 ANGLICANISME plusieurs étaient morts, les autres furent dépossédés de leurs sièges, et il fallut procéder à l’établissement d'une nouvelle hiérarchie. La reine choisit comme archevêque de Cantorbéry Mathieu Parker, doyen de Lincoln, qui avait été chapelain d’Anne de Boleyn, et avait ainsi ac­ quis des droits à la reconnaissance d'Élisabeth. Le cha­ pitre de Cantorbéry reçut le congé d’élire celui que la souveraine maîtresse avait choisi ; on joua la comédie de l’élection, et la consécration du nouvel archevêque eut lieu de la manière que l’on verra à l'article Ordinations anglicanes. C’est de Parker que procède la hiérarchie anglicane actuelle, et c’est par lui que les partisans de la succession apostolique rattachent l’Église d'aujour­ d’hui avec celle d’avant la réformation. 2» Les 30 articles. — Cependant les nouveaux évê­ ques n'étaient pas aussi dociles que la reine l’aurait dé­ siré; leur séjour sur le continent avait rendu plus so­ lides leurs convictions ultra-protestantes, et ils voyaient avec déplaisir les cérémonies et les emblèmes qu’Élisabeth voulait encore garder; la souveraine put d’abord imposer sa volonté; mais nous verrons qu’une scission se produisit bientôt. Ce n’était pas assez d’avoir des évêques ; il fallait pourvoir à la prédication de la nouvelle doctrine et à l’administration des paroisses; l’ancien clergé refu­ sait de prêcher, il devint nécessaire d'ordonner de nou­ veaux ministres. Parker en ordonna plus de cent vingt en une semaine; les autres évêques faisaient comme lui : on ordonnait tous ceux qui se présentaient. Pendant tout le règne d'Elisabeth on se plaignait partout de la difficulté qu’on trouvait à faire desservir les cures par des personnes sachant assez lire pour réciter les prières du matin et du soir. Les ministres étaient pris jusque dans les professions les plus basses et souvent en con­ servaient les mœurs; les différents statuts qui furent pu­ bliés dans ce temps donnent une triste idée de la mora­ lité de ce clergé improvisé. Malgré le Prayer book et l’usage de l'anglais dans la liturgie, le culte était né­ gligé et les églises tombaient en ruine; quant à la doc­ trine prêchée, c’était le désordre le plus complet; on fit une profession de foi provisoire en dix articles, dont les principaux étaient ceux qui affirmaient la suprématie de la reine et l’indépendance du royaume à l’égard du pape. Cependant on désirait une formule officielle de la doctrine anglicane, et les évéques choisirent comme base de cette formule les quarante-deux articles publiés en 1553, qui étaient restés dans l’ombre pendant les pre­ mières années du règne d'Elisabeth. Parker se chargea de les revoir et y fit quelques corrections; ils furent en­ suite examinés dans l’assemblée du clergé, puis signés par les évêques le 26 janvier 1563, après divers rema­ niements qui les réduisirent à trente-neuf. Nous donne­ rons ici un résumé de la doctrine contenue dans les trente-neuf articles, que tous les candidats aux ordres sont encore obligés de signer avant de recevoir le dia­ conat. Les cinq premiers, qui traitent de la sainte Trinité, de l’incarnation, de la descente de J.-C. aux enfers, de sa résurrection et du Saint-Esprit, n'ont rien qui diffère de la doctrine catholique. Le sixième admet comme unique règle de foi l’Ecriture sainte, et si les trois sym­ boles des apôtres, de Nicée et de saint Athanase sont acceptés par le huitième, c’est qu’ils se trouvent en substance dans l’Ecriture. Le canon anglican des Ecri­ tures est semblable au nôtre, sauf la partie deutérocanonique de l’Ancien Testament, que « l’Eglise lit comme contenant des exemples pour la vie et des instructions pour les mœurs, mais sans les employer à prouver au­ cune doctrine ». Le septième déclare que [’Ancien Testa­ ment n'est pas contraire au Nouveau, et que les chré­ tiens, sans être astreints aux préceptes cérémoniels, sont astreints aux principes moraux. Les dix suivants (9-18) renferment ce qu’on pourrait appeler l’économie du salut. Le péché originel est une 1290 corruption de notre nature, et la concupiscence qui de­ meure en nous après la régénération a la nature du péché. Nous sommes incapables par nos seules forces de nous préparer à la foi; la grâce prévenante et conco­ mitante est nécessaire pour que nous puissions faire des œuvres agréables à Dieu. Nous sommes justifiés en vue des mérites de Jésus-Christ par la foi seule; les bonnes œuvres ne sont que le fruit de la justification; les œuvres faites auparavant ont la nature du péché. Quant aux œuvres de surérogation, c’est une impiété d’en ad­ mettre, parce qu elles supposent qu’on peut faire pour Dieu plus qu'on est obligé de faire. Le Christ seul est sans péché. Tout péché mortel commis après le baptême n'est pas le péché contre le Saint-Esprit, qui est irrémis­ sible : après la justification, on peut pécher et se rele­ ver. La prédestination est définie comme « le dessein éternel de Dieu par lequel il a décrété avant la création de sauver ceux des hommes qu’il a choisis dans le Christ ». Cette doctrine est donnée comme un encoura­ gement pour les bons et une cause de perdition pour les mauvais; il n’est pas question de la réprobation. Enfin c’est seulement au nom de Jésus-Christ qu’il faut espé­ rer le salut. Les trois suivants (19-21) s’occupent de l’Eglise. L’Église visible est une assemblée de fidèles dans laquelle la pure parole de Dieu est prêchée et les sacrements administrés. L’Église a le pouvoir de décréter des rites et des cérémonies, et de décider dans les controverses en matière de foi; elle ne peut cependant rien établir contre l’Écriture, ni imposer comme article de lui ce qui n’y est pas contenu. Les conciles généraux ne peuvent être assemblés sans l’ordre des princes, et ils ne sont pas infaillibles, non plus que les églises parti­ culières, spécialement celle de Rome, ce qui donne l’occasion d’ajouter comme corollaire l’article 22, où est condamnée la doctrine romaine sur le purgatoire, les indulgences, le culte des images et des reliques, et l’invocation des saints. Ensuite neuf articles (23-31) traitent du culte et des sacrements. Il faut avoir été choisi par l’autorité compé­ tente pour pouvoir exercer le ministère dans l’Église; cé­ lébrer la prière publique ou administrer les sacrements dans une langue qui n'est pas comprise du peuple, c'est agir d’une manière contraire à la parole de Dieu. Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce; deux seulement, le baptême et la cène, ont été institués par Jésus-Christ; quant aux cinq autres, qu’on appelle vulgairement sacrements, ce sont, ou bien de mauvaises imitations des apôtres, ou bien des états de vie autorisés dans l’Eglise. Les sacrements ne produisent leur effet que dans ceux qui les reçoivent dignement. L’indignité du ministre n’empêche pas l’efficacité du sacrement. Le baptême n’est pas seulement une marque qui dis­ tingue les chrétiens des autres; c’est aussi un signe de régénération, qui introduit dans l’Église, ratifie les pro­ messes divines, confirme la foi et augmente la grâce. Le baptême des enfants doit être conservé. L’article 28, qui traite de l’eucharistie est d’une telle importance pour suivre les controverses de notre époque, que nous croyons devoir le traduire en entier. « La cène du Seigneur n’est pas seulement un signe de l’amour mutuel des chrétiens entre eux, mais elle est plutôt un sacrement de notre rédemption par la mort du Christ. De sorte que pour ceux qui y prennent part correctement, dignement et avec foi, le pain que nous rompons est une communion au corps du Christ: de même la coupe de bénédiction est une communion au sangdu Christ. La transsubstantiation ne peut être prou­ vée par les saintes Lettres; au contraire elle répugne aux termes de l’Écriture, détruit la nature du sacrement, et a été la cause de beaucoup de superstitions. Le corps du Christ est donné, reçu et mangé dans la cène seule­ ment d’une manière céleste et spirituelle. Le moyen par 1291 ANGLICANISME 1292 presbytérien. C’était d’après eux le seul qui fût en confor­ lequel le corps du Christ est reçn et mangé est la foi. mité avec le Nouveau Testament : tout autre était anti­ Le sacrement de l'eucharistie n'a pas été institué par le chrétien. Quant à la suprématie royale, ils la rejetaient Christ pour être conservé, transporté, élevé et adoré. » comme incompatible avec les droits conférés par Dieu Les indignes, bien qu'ils pressent avec les dents le aux chefs de l’Eglise. sacrement du corps et du sang du Christ, ne reçoivent cependant pas le Christ. La communion sous les deux Leurs adversaires se, placèrent d’abord sur le terrain érastien. Le souverain, en vertu de sa suprématie, avait espèces est nécessaire. Le sacrifice de la croix a accom­ le droit d’établir et de sanctionner la forme du gouver­ pli la rédemption une fois pour toutes; par conséquent nement dans l’Église, et la hiérarchie établie en Angle­ « les sacrifices de messes » sont des fables blasphéma­ terre n'était contraire ni à la parole de Dieu, ni à la toires et des impostures pernicieuses. pratique de la primitive Église. Quelques-uns même, Viennent ensuite trois articles sur la discipline (32-3i). comme le primat Whitgift, allaient jusqu’à accorder que Le mariage des évêques, des prêtres et des diacres est le système puritain était plus conforme à l'Écrilure, permis. Les excommuniés doivent être évités, les mais que rien n’obligeait l’Eglise à se gouverner comme églises particulières ont le droit de changer et de dé­ truire les cérémonies et les traditions, mais personne au temps des apôtres. Hooker, au contraire, trouvait le ne doit le faire de son autorité privée. L’article 35 système épiscopal plus scripturaire, mais croyait que le presbytérianisme pourrait devenir légitime, si l’Église, approuve les deux livres d'homélies, publiés l’un par Édouard VI. l'autre par Élisabeth, pour suppléer à l’in­ usant du droit qu’elle avait reçu de Jésus-Christ, trou­ suffisance des prédicateurs; le 3(1' approuve l’or­ vait bon de l’établir. C’étaient là de bien faibles armes dinal d'Édouard VI; le 37· affirme de nouveau la contre les puritains. Richard Bancroft, chapelain de Whitgift, en trouva une plus forte. Dans un sermon suprématie rojale, nie la juridiction de l'évêque de prêché en 1589,il affirma hardiment que l’épiscopalisme Rome, affirme la légitimité de la peine de mort et de la était le seul système de gouvernement qui fût d’accord guerre quand elle est juste. De 38· condamne les avec l'Écrilure. Ce fut un coup de massue qui décon­ doctrines communistes de certains anabaptistes, et le dernier dit que le serment est permis pour de justes certa quelque peu les puritains. Les épiscopaliens ne le causes. furent guère moins; ils n’auraient jamais osé donner une si haute autorité à leurs prétentions. La nouvelle Voilà ces trente-neuf articles publiés pour apaiser les querelles, mais qui furent en réalité une pomme de doctrine ne fut pas d’abord accueillie avec une grande discorde jetée au milieu des anglicans, car ce fut en faveur : déclarer l’épiscopat de droit divin, n’était-ce pas excommunier les réformés du continent, et l’Église grande partie autour d'eux que se livrèrent et que se livrent encore les combats auxquels cette pauvre Église anglicane allait-elle se trouver isolée entre le protestan­ semble être condamnée pour toujours. tisme et le catholicisme? Bancroft avait cependant déposé Les premières difficultés vinrent des évêques. Élisa­ un germe qui se développa et produisit plus tard le parti de la Haute Église. beth l iait peu satisfaite de la publication des 39 articles; elle ne tenait aucunement à avoir une profession de foi Il faut signaler aussi la controverse du sabbat, qui officielle ; il faut dire aussi que la doctrine ultra-pro­ eut lieu surtout dans le siècle suivant, mais qui fut occa­ testante de certains articles effarouchait une reine qui sionnée par la publication en 1595 d’un livre ou un mi­ croyait encore à la présence réelle. Elle fit son possible nistre puritain soutenait que le dimanche devait être pour empêcher que les articles ne devinssent loi de observé avec la même rigueur que le sabbat juif. Le l'Etat; cependant le parti des évêques finit par l'empor­ parti des évêques résista, et le primat Whitgift prit ter. et les articles furent officiellement reconnus par le même des mesures contre les puritains. Ceux-ci tinrent parlement en 1571. bon, et continuèrent à observer le dimanche avec une rigidité qui les faisait souvent tomber dans les exagéra­ 3“ Conformistes et puritains. — D'un autre côté la reine ne réussissait pas à imposer son Prayer book. La tions ridicules des pharisiens. C’est à eux, en somme, qu'il faut faire remonter l’observation du dimanche qui plupart des évêques étaient imbus des doctrines calvi­ nistes, et ils avaient derrière eux un parti très puissant est encore de nos jours un trait si caractéristique de dans le clergé. Tout ce parti voyait avec horreur la ru­ l’Angleterre. brique du Prayer book qui imposait au ministre offi­ Une controverse plus importante est celle de la préciant les ornemenls et les cérémonies en usage au com­ I destination. Les.leaders de la doctrine anglicane sous Élisabeth étaient presque tous calvinistes; Whitgift luimencement du régne d’Edouard VI, c’est-à-dire ceux dont on se sert dans l’Église catholique. Ils y voyaient même, qui combattit vigoureusement la discipline de avec raison une affirmation de la présence réelle et du Calvin, ne mit pas moins de vigueur à soutenir la docsacrifice de la messe, et leurs convictions les empêchaient trine de l'hérésiarque français. Les articles n’étaient de prendre part à ce qu'ils appelaient une idolâtrie. La pas en question; puritains et conformistes les admet­ taient d’autant plus facilement qu'ils laissaient les uns nation se trouva alors divisée entre conformistes, qui et les autres libres dans la plupart des cas de soute­ suivaient littéralement le Prayer book, et non-confornir leurs doctrines. Ceci parait surtout au sujet de la niisles, qui refusaient d'admettre les ornements et les prédestination. On se rappelle que le dix-septième cérémonies. Les évêques crurent plus prudent de se article, en admettant la prédestination, s’abstient de conformer, quoique la plupart eussent des convictions presbytériennes, mais Je bas clergé résista, soutenu par parler du dogme calviniste de la réprobation. Mais il ne le peuple. Élisabeth ordonna des mesures de rigueur, condamne pas ce dogme, et en fait la théologie angli­ cane fut strictement calviniste jusque vers la fin du auxquelles les évêques se prêtèrent mollement, ce qui règne d'Élisabeth. Les quelques théologiens qui se hasar­ leur attirait de temps à autre de vertes réprimandes; daient à soutenir le libre arbitre, ou à dire que Dieu cependant un grand nombre de bénéficiers furent dépos­ avait la volonté de sauver tous les hommes, étaient sédés. Quelques-uns restèrent dans l’Église anglicane, regardés comme hérétiques, obligés de se rétracter, et exerçant leur ministère et cherchant à éluder la loi; même emprisonnés. Un membre de l’université de d'autres se séparèrent et formèrent la secte des indé­ Cambridge, nommé William Barrel, s’étant avisé de pendants. dire dans un sermon, en 1595,que le péché était la vraie Les disputes entre puritains cl conformistes donnèrent cause de la réprobation, les docteurs de l’université occasion de part et d'autre de traiter certains points de furent saisis d’une violente colère, et n’eurent pas de doctrine intéressants. Le premier fut la constitution de l’Eglise. Les puritains voulaient imiter ce qui se passait 1 repos que la cause ne fût portée devant le tribunal du primat Whitgift. Celui-ci réunit à son palais de Lambeth à Genève, et établir dans l’Église un gouvernement 1203 ANGLICANISME une conférence composée d’évêques et de théologiens; le résultat fut la proclamation des neuf articles de Lam­ beth, qui admettent la doctrine de Calvin jusque dans ses plus terribles conséquences. Dieu de toute élernitéa pré­ destiné certains hommes, et en a réprouvé certains autres. Il y a un nombre fixé de prédestinés, qui ne peut être ni augmenté, ni diminué. Un homme qui a la foi justifiante ne peut la perdre totalement ou finalement; il est certain d'une certitude de foi qu’il sera sauvé. La grâce suffi­ sante pour être sauvé n’est pas donnée à tous; tous les hom­ mes ne sont pas attirés par le Père pour qu'ils puissent aller au Fils; il n’est pas au pouvoir de tous d’être sau­ vés. L’archevêque d'York approuva ces propositions, et on peut dire que ('Église anglicane se trouvait officielle­ ment calviniste. Tous n'étaient cependant pas de l avis du primat; un Français nommé Pierre Baro prêcha à Cambridge contre ces articles, et soutint que Dieu avait créé tous les hommes pour la vie éternelle, que le Christ était mort pour tous, et que les promesses de Dieu s’adressent à tous. H fut aussitôt accuse d’hérésie, et Whitgift était tout prêt à le poursuivre, lorque la mau­ vaise humeur de la reine et la crainte de se trouver d'accord avec les puritains vinrent refroidir son zèle calviniste. Il n’y eut plus de confessions de foi jusqu'à la fin du régne d’Élisabeth. IV. Les Stuarts. Progrès de la Halte Église. Arminianisme. Latitudinarisme. — Pendant la plus grande partie du régne de Jacques 1«. ['Église an­ glicane demeura calviniste. Le roi l’était, les évêques aussi, et s’ils refusèrent d'insérer dans les trente-neuf articles les propositions de Lambeth, ce n'était pas qu’ils fussent opposés à la doctrine de ces propositions, mais Jacques ne voulait pas « bourrer le livre de toutes ces conclusions théologiques ». Le fils de Marie Stuart était si bien calviniste, qu'il envoya des députés au synode de Dordrecht, pour s'associer à la condamnation de l'armi­ nianisme. Cela n’empêcha pas la doctrine condamnée de pénétrer en Angleterre et de s'y répandre peu à peu. Vers la tin du régne de Jacques, un de ses chapelains, William Montagu, qui depuis fut évêque de Chichester, niait dans un écrit public que la doctrine de Calvin sur le libre arbitre et l’inamissibilité de la foi fût la doctrine de l’Eglise anglicane. 11 fut, il est vrai, censuré par le primat Abbot, mais plusieurs évêques l’encoura­ gèrent à persister dans ses idées. Sous le régne suivant, l’arminianisme gagna de plus en plus et fut bientôt ouvertement soutenu par de hauts dignitaires de l’Église anglicane. La réaction contre le calvinisme s'identifia avec If· parti dont nous avons vu les germes dans Richard Bancroft et qui devint la Haute Eglise. A la tète de ce parti était Laud, évêque de Saint-David, qui sut prendre un grand ascendant sur Charles Ier. Il voulut, dès le commencement du règne, mettre la convocation en mesure de se prononcer sur les ci nq propositions d'Arminius condamnées à Dordrecht, espérant bien que la condamnation serait rapportée par l’organe officiel de l'anglicanisme, cependant Andrews, évêque de Winchester, du même parti que Laud, mais plus clairvoyant, parvint à empêcher ce projet de se réaliser, car il prévoyait que le clergé se pronon­ cerait dans un sens opposé à celui qu’on désirait le voir adopter. Laud, nommé évêque de Bath and Wells, n’en continua pas moins à combattre le calvi­ nisme par tous les moyens. Cela causa un grand mécon­ tentement dans le pays; le Parlement de 1628 se plai­ gnait que la profession des doctrines arminiennes fut le seul moyen d'obtenir les dignités ecclésiastiques, et l’année suivante, malgré quelques concessions du roi, la Chambre des communes déclara que les articles cal­ vinistes de Lambeth étaient la véritable interprétation des trente-neuf articles. Les discours prononcés dans ce parlement de 1629 révèlent une grande défiance à l’égard des évêques; leurs sentiments érastiens et absolutis­ 1294 tes, qui les menaient jusqu’à faire du roi une sorte de demi-dieu, étaient pour beaucoup dans les préventions qu'ils inspiraient au peuple. Le parti de la Haute Église reçut alors un accroisse­ ment de pouvoir par l'élévation de Laud à l’archevêché de Canterbury; ce qui augmenta aussi le mécontente­ ment, et précipita la catastrophe qui termine le règne de Charles Ier. L'archevêque était déjà haï à cause deses opinions arminiennes, qui le faisaient accuser de papisme, mais ce qui excita le plus contre lui les puri­ tains fut l’ordre qu’il donna après son élévation au siège primatial de remettre la table de communion à la place de l’ancien autel. Depuis longtemps on la plaçait dans le sens de la longueur de l’église, souvent même dans la nef. afin de protester ainsi contre toute idée de sacrifice. L'ordre du primat remplit d'effroi le cœur de tous les bons protestants : le papisme allait revenir, et les évêques qui obéissaient aux injonctions de leur chef n’étaient rien moins que des antéchrists. Laud tint tête à l’orage pendant dix ans, mais ses tendances ritualistes et la manière trop autoritaire dont il effectua ses réformes augmentèrent le mécontentement général, qui fut adroite­ ment mis à profit par les puritains, et le Long Parle­ ment prit une suite de mesures qui désorganisaient complètement l’Église anglicane. En 1643, l’épiscopat était supprimé; l'adoption du covenant écossais, la même année, établissait définitivement le presbytérianisme; on composait une forme d'ordination presbytérienne, et un directoire puritain pour l’office divin était imposé au commencement de 1645. La fin de cette même année vit la décapitation de Laud, et l’anarchie religieuse régna en Angleterre jusqu'à la restauration en 1660. Durant le gouvernement de Cromwell, toutes les opinions reli­ gieuses étaient admises en Angleterre, excepté le papisme et le « prélatisme ». Charles 11, en montant sur le trône, promit la liberté de conscience. Les puritains et les anglicans deman­ daient la revision du Prayer book, les uns pour le rendre plus protestant, les autres pour le rapprocher davantage de la doctrine catholique. Après une confé­ rence entre les deux partis, qui ne donna aucun résul­ tat, la convocation fit au livre de nombreux change­ ments, dont l'effet général fut de lui donner une teinte moins protestante. Le Prayer book ainsi modifié fut imposé par l’acte d'uniformité, en 1662. La tendance n’était plus vers le presbytérianisme. C’est à cette époque que brillèrent bon nombre de théologiens angli­ cans dont les partisans de la Haute Église font, de nos jours, beaucoup de cas. La doctrine sur laquelle s’accor­ daient les théologiens anglicans de la restauration était celle du droil divin des rois; tous exigeaient des sujets l'obéissance passive. Les disputes entre conformistes et non-conformistes donnèrent naissance à un parti qui était destiné à prendre une grande importance dans l'anglicanisme. On voit déjà poindre cette école avant la chute de Charles I,r, mais elle apparaît dans toute sa force à la restauration. Un certain nombre de théologiens, hommes d'une haute valeur intellectuelle, voyaient avec une indifférence assez marquée certaines doctrines et certaines pratiques que les deux parfis extrêmes de l’Église anglicane croyaient essentielles, et qui faisaient le fond de toutes leurs disputes, par exemple l’épiscopat et la doctrine de la grâce. D'après ces nouveaux venus la doctrine aussi bien que la discipline étaient soumises à la loi du pro­ grès continu, de sorte qu'il n'y avait aucun inconvé­ nient à différer soit des réformateurs, soit des Pères de l’Église. Une des conséquences de cette doctrine, qu'on appela latitudinarisme, était qu'il fallait abolir les tests ou professions d'anglicanisme; on voulut même propo­ ser au Parlement un projet de loi qui admettait dans l’Eglise anglicane un certain nombre de sectes dissi­ dentes, et en tolérait plusieurs autres ; mais, en 1688, la 1295 ANGLICANISME Chambre des communes décida de ne recevoir aucun projet de loi qui aurait pour objet la compréhension des sectes dans l’Eglise anglicane. La chute de Jacques II amenée par les efforts de ce roi pour établir la liberté le conscience est une preuve que l'Angleterre, sous son régne, était encore opposée au latitudinarisme. Mais le lèle se refroidit sous Guillaume d’Orange, qui avait pro­ mis qu’aucun de ses sujets protestants ne serait persé­ cuté pour sa religion. Une seule croyance ne pouvait être tolérée, c’était le papisme; quant au reste, il y avait place pour toutes les sectes. La plupart des évêques étaient pour la tolérance, quelques-uns même acceptaient l’union avec toutes les formes de protestantisme, et approuvaient un projet de réforme du Prayer book, qui le rendait apte à servir à tous. Ici encore le latitudina­ risme fut défait par la Chambre des communes, qui empêcha de voter l’union, tandis que la chambre basse de la convocation ou synode provincial de Canterbury s’opposait à ce que le Prayer book fût modifié (1689). Le régne de Guillaume d’Orange et une partie de celui d'Anne furent remplis par les disputes entre les deux chambres de la convocation à propos des dissi­ dents; la chambre haute était disposée à les ménager, la chambre basse s'y opposait. Le laxisme des évêques qui, avec leurs principes érastiens, étaient toujours prêts à favoriser les idées de tolérance du souverain, lit développer dans le bas clergé les principes de la Haute Église; la chambre basse de la convocation soutint que l’Eglise avait le droit de se gouverner indépendamment de l’autorité civile; elle prétendit même échapper à la juridiction des évêques. Le peuple était de cet avis, aussi les maximes de la Haute Église triomphèrent-elles pendant le règne d'Anne. Les élections de 1710 produi­ sirent un Parlement composé en grande majorité d’hommes de ce parti, elles dissidents désespérèrent de voir leur cause triompher. En même temps, il y avait dans le culte un développement considérable d’obser­ vances extérieures qui marquait une réaction générale contre les idées calvinistes. Non seulement on recevait la communion à genoux, mais on se prosternait et on baisait la terre en se frappant la poitrine; on préférait au sermon les offices chantés, et on voyait des peintures autour de l’autel. V. La dynastie de Hanovre. Rationalisme, métho­ disme, évangélisme. — L’avènement de Georges Ier donna à l’Église anglicane un chef luthérien. Il fut, il est vrai, obligé de faire profession d’anglicanisme avant de monter sur le trône, mais il n’éprouva jamais que de l’indifférence pour la religion officielle de l'Angleterre. Ses principes étaient plutôt ceux du latitudinarisme, et c'est à ce laxisme doctrinal du chef suprême qu’il faut attribuer le misérable état où l’Église anglicane appa­ raît dans le xvm» siècle. Quelques mots sur l’état des partis dans le clergé anglican sont nécessaires pour faire comprendre l’anar­ chie doctrinale qui s'abattit alors plus que jamais sur l’Angleterre. Beaucoup de membres du clergé avaient refusé de prêter serment à la nouvelle dynastie : ils furent appelés non-jureurs. Déjà un certain nombre de ministres avaient fait de même lors de l’avènement de Guillaume et de Marie, mais ce nombre augmenta beau­ coup au commencement du règne de Georges. Ils pro­ fessaient les principes de la Haute Église; mais ils étaient en fait séparés de l’Église anglicane, puisqu'ils refusaient de reconnaître son chef. D’autres, encore plus nombreux, qui croyaient comme les précédents à ï'inamissibilité des droits des Stuarts à la couronne.se croyaient autorisés par les circonstances à reconnaître le nouveau gouvernement, mais ils conservaient dans leur cœur l'amour des Stuarts, et priaient pour leur re­ tour. On leur donna le nom de jacobites. Leur position fausse paralysait leur action, et ils ne pouvaient rien taire, quoiqu ils fussent encore la portion la plus saine 1296 du clergé anglican. Enfin il y avait le clergé whig, qui avait cordialement accepté le nouveau roi; il était tout à fait disposé à seconder ses vues de tolérance, et à élar­ gir les bornes de l’anglicanisme pour y admettre le plus de sectes possible. La plupart des évêques étaient dans ces sentiments. En 1717, Hoadly, évêque de Bangor, nia publiquement la nécessité d'appartenir à une Église vi­ sible; suivant lui, la sincérité était la seule condition requise pour être chrétien : il concluait à l’abolition des tests, ou gages d’orthodoxie, et se moquait des pré­ tentions du gouvernement ecclésiastique. La chambre basse de la convocation était toute prête à le condamner, lorsque l’assemblée du clergé fut prorogée par les mi­ nistres du roi, qui ne voulaient pas voir condamner un évêque de leur parti. Elle ne devait plus se réunir avant le milieu du xix' siècle. Le latitudinarisme s'étendit de plus en plus; on en arrivait à ne plus reconnaître l'obli­ gation d'admettre les principes les plus fondamentaux du christianisme. Des hommes de valeur comme Sikes, Winston, Chambers, soutenaient qu’on pouvait signer les articles sur l'incarnation dans le sens arien; d'au­ tres voulaient qu’on changeât le Prayer book afin de l'adapter aux idées ariennes; il ne fut conservé que par la crainte de voir une partie notable du clergé se jeter dans le parti jacobite. Hoadly avait aussi proposé une doctrine particulière sur l'eucharistie; il ne voyait dans ce sacrement qu'un rite commémoratif sans réelle valeur. Les non-jureurs au contraire admettaient le sacrifice et même une pré­ sence corporelle de Notre-Seigneur. Waterland, que l’on donne comme le représentant et le champion de la doctrine anglicane dans les controverses de cette époque, soutenait la doctrine calviniste. Les théologiens anglicans eurent aussi à répondre alors aux écrits des déistes, comme Shaftesbury, Guilins et Tinda), qui voulaient remplacer le christianisme par la religion naturelle. Cette nécessité donna le ton à presque toute la théologie anglicane depuis la lin du xvir siècle jusqu’au mouvement d’Oxford. Point de théo­ logie dogmatique proprement dite; personne ne son­ geait à donner aux grandes vérités du christianisme ces développements qui ont fait la gloire de nos Bossuet et de nos Bourdaloue; on se bornait à faire de l’apologé­ tique, et cette apologétique était loin d'atteindre son but. Les uns se contentaient d'injurier les déistes et de les tourner en ridicule; les autres se laissaient dominer par l’esprit rationaliste en tâchant de montrer que le christianisme n'était qu’une nouvelle promulgation de la loi naturelle, à laquelle venaient s’ajouter un cerlain nombre de préceptes et de vérités, qui n’auraient pas pu être découverts par la raison seule, mais qui, une fois connus, n’avaient rien d'inaccessible à la raison. Un auteur se rencontra cependant qui fit un ouvrage d'une réelle valeur. Butler, depuis évêque de Durham, publia en 1736 son Analogie de la religion naturelle et de la religion révélée avec la constitution et le cours de la nature. Les déistes refusaient d’admettre tout ce qui dépasse la raison humaine; Butler se sert des obscu­ rités impénétrables que l’on rencontre dans la nature pour prouver qu’il peut y avoir dans la révélation des vérités et des préceptes que la raison doit admettre sans pouvoir les juger. Quant à la morale de celte époque, voici les enseignements qui tombaient de la chaire, et qui ont contribué à former le caractère anglais, tel que nous le connaissons : s’abstenir du vice, cultiver la vertu; remplir convenablement sa place dans le monde; supporter les maux de la vie avec résignation; jouir avec modération des plaisirs qu'elle nous donne. Que l’on établisse celte morale sur une base indépen­ dante avec les déistes, ou qu’on lui donne, avec les anglicans orthodoxes, la sanction religieuse, que l’on a pu caractériser en ces termes : « Parce que Dieu est plus fort que nous, et peut nous damner si nous ne mar- •1297 ANGLICANISME chons pas droit, » il se dégage de cette inorale anglicane un véritable épicurisme, dans lequel la religion et une bonne conscience occupent une place parmi les moyens de rendre la vie confortable. Tout ce qui mérite le nom de théologie s'était réfugié dans les rangs des nonjureurs, dont le schisme se prolongeait par l’ordination de nouveaux évêques. Leur doctrine se rapprochait de plus en plus de la doctrine catholique, surtout au sujet du sacrifice eucharistique. On peut les regarder comme les ancêtres des ritualistes de nos jours. Comme eux ils prenaient le nom de catholiques, comme eux ils cherchèrent à entrer en relation avec l’Église d’Orient. A la fin du xvm· siècle, l’apathie religieuse la plus com­ plète régnait dans ce qu'on peut appeler l'anglicanisme orthodoxe : les évêques étaient pour la plupart des courtisans disposés à tout permettre plutôt que de voir troubler leur quiétude; plusieurs même d'entre eux étaient ariens; l’Eglise anglicane marchait à grands pas vers une ruine complète. Un peu de vie lui fut rendu par deux écoles qui s'étaient lentement dévelop­ pées dans son sein, et qui, avec des principes diamétra­ lement opposés, arrivaient à peu près aux mêmes con­ clusions. Nous voulons parler des méthodistes et des évangéliques. Comme les méthodistes ou wesleyens forment main­ tenant une secte séparée, ils auront leur article à part; disons seulement que méthodistes et évangéliques n'étaient d’abord que des associations religieuses des­ tinées à combattre la grande licence de mœurs du xvni· siècle, tout en restant fidèles aux principes de l'anglicanisme. Une question de doctrine les sépara. Les méthodistes étaient pour la plupart arminiens, tandis que les évangéliques professaient le plus pur calvi­ nisme. Les derniers restèrent dans l’Église anglicane, tandis que les autres s’en séparèrent. Il y avait cepen­ dant beaucoup plus de sympathie pour les dissidents (anabaptistes, presbytériens, indépendants) chez les évangéliques que chez leurs rivaux; ils étaient prêts à entrer en communion avec tous ceux qui comme eux admettaient les principes de Calvin. Leur idée de l’Église était de la sorte assez compréhensive et assez vague. Ils ne pouvaient par conséquent rendre à l’Église anglicane la vie qui lui manquait, et s'ils réussirent pour un temps à ranimer la religion intérieure et l'amour de l'Écriture sainte, leur succès ne fut pas de très longue durée. Lorsqu'ils n’eurent plus à combattre pour conquérir leur place dans le sein de l’anglicanisme, leur zèle se refroi­ dit; on commença à s’apercevoir que leur religion, qui avait pu répondre à un besoin momentané, ce qui explique son succès, était en somme incompatible avec la nature humaine dont elle ne considérait que certains côtés, et on se lassa de les entendre prêcher l’Évangile, comme si leurs auditeurs n’en avaient jamais entendu parler. Malgré la force d’expansion qu’ils donnèrent à l’anglicanisme par la fondation des sociétés de mission­ naires, malgré le service réel qu'ils ont rendu à l'huma­ nité en travaillant à l’abolition de l'esclavage, car le célèbre Wilberforce était un des leurs, ils furent impuis­ sants à enrayer le mouvement d'indifférence et d'irréli­ gion qui menaçait d'emporter l’Église anglicane et qui effrayait même Thomas Arnold, le plus libéral des anglicans. Vers 1830, l’Église établie subit une crise; l’esprit démocratique et libéral faisait des progrès, et rempla­ çait peu à peu l’ancien esprit de tolérance; on prévoyait le moment où l’appui de l’État allait manquer à l’Église, et on se demandait comment cette Église, dont on avait fait une machine politique, allait pouvoir se soutenir. Déjà, à diverses reprises, on avait vu poindre l'idée qu’elle pourrait bien être un corps capable de se soute­ nir tout seul ; cependant cette idée n'avait eu aucun suc­ cès, sauf chez les dissidents. Mais à l’époque dont nous parlons, le danger imminent la lit germer de nouveau, 1298 et une association fut fondée, dont les membres pre­ naient le titre d'Aniis de l’Église. Le but de cette asso­ ciation était de maintenir intactes les doctrines, la liturgie et la discipline de l’Église d’Angleterre. C’était l’aurore du mouvement important qui allait opérer toute une révolution dans les doctrines et les pratiques d une par­ tie au moins de l’Église anglicane : les promoteurs de l'association notaient autres que les chefs du mouve­ ment d'Oxford. VI. Le mouvement d’Oxford. L’anglo-catholicisme. — Le mouvement d’Oxford fut inauguré par le ser­ mon de Keble, prononcé à Oxford, le 14 juillet 1833 : c’est Newman qui le dit, et nous pouvons l'en croire. Ce sermon avait pour sujet l’apostasie nationale; il fut provoqué par la nouvelle législation qui admettait au Parlement des membres de toutes les religions, et con­ fiait ainsi le gouvernement suprême de l’Eglise anglicane à des gens qui n’en faisaient point partie. Il était bien clair que l’Église avait perdu son influence sur la nation, autrement pareille mesure n’eût jamais été votée. Il était urgent de se mettre à l’œuvre pour rendre à l’Église la vie qu’elle avait perdue, afin qu’elle redevint capable de donner au peuple la nourriture spirituelle qu’il lui demandait en vain. Newman, appuyé par Keble et Froude, auxquels se joignit bientôt le célèbre Pusey, commença en 1834 à publier les Tracts for the times, qui à l’origine étaient de simples feuilles destinées à répandre la bonne doctrine, et qui bientôt se dévelop­ pèrent jusqu’à devenir des brochures parfois assez con­ sidérables. Le but précis en est indiqué dans la préface qui les présente au public. 11 est un certain nombre de doctrines qui sont essentielles dans l’Eglise. Les pre­ miers anglicans les avaient conservées, et elles for­ maient le fonds de l’enseignement des théologiens du XVIIe siècle. Malheureusement on avait cessé d’y croire, ou de les enseigner au peuple lorsqu’on y croyait, de sorte que ceux qui ne pouvaient se contenter de la doc­ trine sèche prèchée dans les chaires de l’Église établie se tournaient ou vers le méthodisme, fondé sur le sen­ timent, sur l’enthousiasme, ou vers le papisme, qui avait conservé ces points de doctrine essentiels. Le seul moyen de retenir ces âmes inquiètes dans le sein de l’Église anglicane était de montrer que ces doctrines indispensables étaient les siennes. On s’attacha donc à prouver que l’Eglise avait une constitution établie par Jésus-Christ et transmise depuis les apôtres par une continuité non interrompue, que la grâce se trouvait attachée non à la prédication, mais aux sacrements; on admettait aussi le sacrifice eucharistique dans un cer­ tain sens. De plus les pratiques en usage dans l’Eglise depuis l’origine, comme la célébration des fêtes, le jeûne, tous les exercices de pénitence, étaient recom­ mandées, et on mettait entre les mains des lecteurs anglais le bréviaire. « afin de reprendre ce qui avait été volé par les adversaires. » Un tel enseignement développé à loisir ressemblait considérablement à celui de l’Eglise romaine, et attira naturellement sur les auteurs des Tracts l’accusation de conduire l’Angleterre vers le papisme. Ils s’en défen­ dirent énergiquement, mais ils étaient obligés de recon­ naître que le système préconisé dans les Tracts était en fait celui de l’Église romaine; seulement ils préten­ daient ramener ces points essentiels'à la pratique de la primitive Église, en les débarrassant des corruptions dont ils avaient été entourés au moyen âge. Évangé­ liques et lalitudinariens s'unirent pour les attaquer, et pour les appeler idolâtres, parce qu’ils mettaient « l’É­ glise du Christ, et les sacrements du Christ, et les ministres du Christ à la place du Christ lui-même ». Que pensait de tout ceci l’Église anglicane? Il est difficile de le savoir, cette Église n’ayant pas d'organe officiel qui puisse dire quelle est sa doctrine. La plupart des évêques regardaient ce mouvement avec défiance, 1299 ANGLICANISME mais aucun d’eux n’avait une autorité suffisante pour donner une décision. L'université d’Oxford au moins se prononça, et nous pouvons regarder ses jugements comme un indice de l’opinion générale à cette époque dans le monde officiel anglican. Les hommes du mouve­ ment, qui se nommaient catholiques, éprouvaient une grande difficulté à signer les 39 articles, dont quelquesuns paraissent opposés diamétralement à la doctrine catholique. Newman, dont l’esprit subtil et pénétrant voyait les difficultés mieux que tout autre, voulut enlever à ses amis toute cause de scrupule, et il lit un véritable tour de force pour démontrer, dans le fameux Tract 91), que les articles peuvent être compris et signés dans le sens catholique, quoiqu'ils soient le produit d’un âge anticalholique. Mais les chefs de l’université n'étaient pas de cet avis : la 15 mars 1841 le Tract 90 était con­ damné, et l’université désavouait en même temps tous les Tracts. Ceci n’empêcha pas le parti de faire de rapides progrès, en dépit du mauvais vouloir des autorités uni­ versitaires. En 1843, on condamna un sermon de Pusey sur l’eucharistie, comme contenant « certaines choses en désaccord ou en opposition avec la doctrine de l’Église d’Angleterre». On ne disait point quelles étaient ces erreurs, mais il est à croire que la condamnation portait sur la présence réelle et le sacrifice que Pusey reconnaissait dans l’eucharistie, quoique dans un sens bien dill'êrent de la doctrine catholique. En conséquence le professeur d'hébreu reçut la défense de prêcher devant l’université. L’année suivante, ce fut le tour de William George Ward, esprit puissant et original qui, dans un livre intitulé : L’idéal de l’Eglise chrétienne, faisait le procès de l’anglicanisme, et allait jusqu’à cou­ vrir d’éloges l’Église romaine. Il fut privé de son grade de maître és arts, et cessa de faire partie de l’université. Il ne tarda pas à entrer dans l’Eglise catholique, ou il fut suivi par Newman en 1845, et par un grand nombre d'esprits d’élite, qui ont été l’honneur du clergé catho­ lique anglais durant notre siècle. Cependant Pusey demeura anglican et travailla jus­ qu’à la finde sa vie à cathoiiciser cette Église qu’il croyait une branche de l’Église universelle. Il admettait la con­ fession auriculaire et les ordres religieux; ses disciples allèrent beaucoup plus loin que lui, et peu à peu se forma au sein de l’anglicanisme un parti dans lequel on trouve les pratiques et les doctrines catholiques, jus­ qu’aux messes pour les morts et à l’infaillibilité du pape; quelques-uns de ses membres commencent même timidement à admettre la transsubstantiation. VIL Quelle est actuellesAînt la doctrine de l’Église anglicane? — Il est bien difficile de répondre à celte question. Pour avoir une idée complète des doc­ trines anglicanes, il faudrait rendre compte de l’ensei­ gnement des théologiens de toutes nuances, depuis les plus stricts protestants, qui ne se distinguent guère des dissidents, jusqu a ceux qui se servent du missel romain, et se guident d'après les décrets de la S. C. des Hiles, sans oublier les lalitudinariens, prêts à admettre dans leur Eglise tous ceux qui ont une foi quelconque au Christ. 11 semble au moins qu'on pourrait trouver quel­ que chose dans les décisions données dans la seconde moitié du XIXe siècle par les pouvoirs chargés de légi­ férer pour l’Eglise anglicane. Mais ici encore on ne trouve que confusion et contradiction. En 1847, le con­ seil privé, qui est la plus haute cour à laquelle on puisse appeler, décida dans le « cas de Gorham » qu’on est libre dans l’Église anglicane de soutenir ou de com­ battre la doctrine de la régénération baptismale. Les évêques eux-mêmes étaient en désaccord sur cette ques­ tion. et incapables de décider dans quel sens il fallait entendre les formulaires de leur Église. Le procès de 1 archidiacre Denison, en 1855, donna à l'archevêque de Cantorbéry. Sumner, qui s’était déjà prononcé contre la régénération baptismale, l’occasion de se prononcer 1300 aussi sur la doctrine de l'eucharistie. Denison admettait la présence réelle; il fut mis en demeure de se rétracter, et de déclarer que le corps et le sang de Jésus-Christ ne sont pas reçus par ceux qui communient indignement, et que nulle adoration n’est due à la présence du Christ sous les éléments du pain et du vin. Il refusa et fut privé de son bénéfice. Ceci n’empêcha pas la doctrine des sacrements de faire de rapides progrès, et maintenant on peut impunément prêcher ce qui était condamné alors. En 1872, le conseil privé rendait un jugement d'après lequel il n’est pas contraire aux articles d’ensei­ gner la présence réelle, le sacrifice eucharistique et l’adoration du Christ présent dans les éléments. Le mouvement d’Oxford fut suivi d’une réaction dans le sens de la libre-pensée et du scepticisme. Un certain nombre d'esprits, d'abord entraînés dans le mouvement sans trop savoir pourquoi, n’y avaient point rencontré ce qu’ils cherchaient, et se trouvèrent sans point d’appui lorsqu’ils cessèrent d'être soutenus par les causes qui les avaient inlluencés; le résultat fut une école antidog­ matique qui s'éleva dans les universités, surtout à Ox­ ford. En 1860, cette école produisit un livre intitulé Essays and reviews, qui mit en émoi tout le monde religieux en Angleterre. Il contenait sept essais par sept auteurs qui déclaraient avoir écrit indépendamment l’un de l’autre; l’un d’eux est l’archevêque actuel de Cantorbéry, le docteur Temple (1900). Entre autres choses on y attaquait l’inspiration de la Bible, les preuves du christianisme, l’éternité des peines de l’enfer, et on réclamait une Église nationale assez large pour embras­ ser tous les symboles. Il y eut un déluge de réponses par une foule de théologiens. Cela n’engageait pas la doctrine de l’Église anglicane, lorsque deux des écri­ vains furent poursuivis; ce qui donna au conseil privé l’occasion de déclarer que l’inspiration n’était pas défi­ nie par les articles, et qu’un clergyman de l’Église an­ glicane ne pouvait être condamné pour soutenir que les peines de l'enfer ne sont pas éternelles. Cependant la convocation, rétablie en 1852, avait été saisie de la ques­ tion. Beaucoup de ses membres étaient absents lorsque le jugement de la chambre basse fut prononcé : on décla­ rait qu’il y avait des raisons suffisantes pour porter un jugement synodal sur le livre intitulé Essays and re­ views. Mais les évêques n’étaient point d’avis de le condamner; ils furent heureux de trouver une échap­ patoire en disant qu’il fallait attendre le jugement du conseil privé. Cependant une pétition signée par Tl 000 clergymen força les évêques à agir et, en 1864, le livre fut condamné par l’assemblée du clergé comme contenant « un enseignement contraire à la doctrine reçue par l’Église unie d'Angleterre et d'Irlande, en communauté avec toute l’Église catholique du Christ ». Ce jugement fut rendu à une très faible majorité; il faut ajouter qu’il n’a aucune autorité légale, car le gouver­ nement seul peut donner une décision ayant force de loi sur la discipline et la doctrine. Nous croyons que ces divers jugements montrent la compréhension de l’Église anglicane, et justifient les paroles que l’évêque Wilberforce prononçait au parlement, en 1867 : « L’Église d'Angleterre n’est pas une Église de compromis, mais de compréhension ; elle contient dans son sein des hommes de toute opinion, entre ceux qui nient absolu­ ment ses premiers principes, et ceux qui soutiennent les doctrines de l’Église romaine, qu'elle a expressé­ ment condamnées. » Il ajoutait que toute la force de l’Eglise anglicane se trouvait dans cette compréhensivité; c'est peut-être le contraire qu'il faudrait dire. La même année 1867. se réunissait le premier synode pan-anglican; on aurait pu croire que tant d'évêques réunis parvieridraient à s’entendre pour établir certains points de doctrine communs à tous les anglicans, mais ils ne s’occupèrent que de questions d’administration et de discipline, se contentant de recommander aux fidèles, 1301 ANGLICANISME — ANICET dans l’adresse synodale, d’accepter les Écritures canoni­ ques, et de se garder des superstitions introduites dans les derniers temps, notamment en ce qui regarde les prétentions de l’évéque de Rome, et l’exaltation de la Vierge Marie comme médiatrice à la place de son divin Fils. Les autres conciles anglicansqui se sont réunis depuis n'onl pas réussi à donner quelque chose de précis en fait de doctrine. Il y eut, en 1873, une controverse impor­ tante au point de vue doctrinal, qui fut jugée par la convocation dans l'esprit compréhensif que nous avons donné comme le véritable esprit de l’Êglise anglicane. Les latitudinariens voyaient avec peine la rubrique du Prayer book ordonner la récitation du symbole de saint Athanase à certains jours; ils étaient offusqués par les clauses terribles qui dans ce symbole menacent de damnation éternelle ceux qui n'ont pas la foi catho­ lique. Ils proposaient donc qu’on le retranchât, ou qu'on en rendit au moins la récitation facultative ; tan­ dis que les autres partis demandaient avec instance qu'on le maintint. La convocation trouva un moyen terme. Le symbole fut maintenu, mais on déclara que les menaces de damnation ont été insérées dans ce symbole pour montrer le grand danger qu’il y a à ne pas recevoir la foi catholique, et qu’elles doivent être entendues dans le même sens que celles qu'on trouve dans l'Écriture. Quel est ce sens? On ne le dit pas, mais qu'on se rappelle le jugement sur les Essays and reviews, et on verra qu’une grande latitude est laissée au point de vue des croyances. Nous croyons inutile de parler des différents jugements rendus de temps en temps au sujet des rubriques et cérémonies; ils sont souvent contradictoires, et les ritualistes continuent à faire ce qu’ils faisaient auparavant. Le dernier prononcé dogmatique de quelque importance a été la charge ou discours pastoral de l'archevêque de Cantorbéry, prononcée au cours de sa visite diocésaine en 1898. 11 prétend y donner la doctrine de l’Êglise anglicane sur certains points controversés. D’après lui, cette Église permet d'admettre soit la doctrine de Calvin, soit celle de Luther au sujet de l'eucharistie; celle de Zwingle n’est pas admise, non plus que la transsubstan­ tiation. Tout culte qui ne s’adresse pas à Dieu direc­ tement est prohibé ; de même il est défendu d’offrir des prières à tout autre qu'à Dieu. La prière pour les morts est permise dans une certaine limite ; il en est de même de la confession, pourvu qu’elle ne soit pas rendue obligatoire, et qu'on en use modérément. L’évêque a autorité pour interpréter les rubriques, et on doit se soumettre à sa décision. — Il taut dire que cette exposition de la doctrine anglicane a trouvé dans le clergé beaucoup plus de critiques que d’admirateurs; chacun a continué, comme par le passé, à croire et à pratiquer ce qui lui semblait bon. De tout ceci nous croyons être en droit de conclure que la réponse à la question posée au commencement de ce dernier paragraphe est celle-ci : l’Êglise anglicane admet toute doctrine qui peut se dire chrétienne ; elle rejette cependant, d'un côté, le socinianisme, et, de l'autre, ce qu'elle appelle les corruptions de l’Eglise de Rome; et encore trouve-t-on dans son sein des sociniens et des gens qui admettent toutes les doctrines romaines. I. Ouvrages embrassant toute la période depuis Henri VIH jusqu'à nos jours. — On trouvera des détails dans toutes les histoires de l’Êglise et de l'Angleterre. Nous indiquons spécialement : Perry. A history of the English Church, Londres, 1881-1887, 3 vol, t. il et 111 (bibliographie abonde dans les notes au bas des pages); Hunt, Religious Thought in England from the Reformation to the end of the last century, Londres, 18701873,3 vol. ; Id., In the nineteenth century, 1 vol., Londres, 1896. H. Période qui a précédé immédiatement i.a Réformation. — Gasquet. The Eve o/ the Reformation, Londres, 1900. HI. Période de la Reformation proprement dite, i>e Henri VIII a Charles IL — Bossuet, Histoire des variations; 1302 Gasquet, Henry VIII and the English Monasteries, Londres, 1889, 2 vol., traduction française par J. Lugné-Pblipon, Paris, 1894; Doreau, Henry VIII et les martyrs de la Chartreuse de Londres, Paris, 1890; Bishop et Gasquet, Edward VI and the Rook of common prayer, Londres, 1891; A du Boys, L'Église et l’Élat en Angleterre depuis la conquête des Normands jusqu'à nos jours, Paris, 1887; Burke, Historical portraits of the Tudor dynasty and the Reformation period, Londres, 18791883,4 vol. ; Dixon, History of the Church of England from the abolition of the Roman jurisdiction, Londres. 1878-1891, 4 vol.; Strype, Historical works, Oxford, 1822-1840, 27 vol. comprenant : Annals of the Reformation ; Ecclesiastical Memorials, el les vies des archevêques Parker, Cranmer, Whitgift, Grindal, et de plusieurs autres personnages; on pourra consulter aussi les publi­ cations de la Parker Society, Cambridge, 1841-1855, 55 vol., qui comprennent les ouvrages d'un certain nombre de théologiens anglicans depuis Henri VIII jusqu'à la tin du règne d'Élisabeth. On a choisi ceux qui ont une teinte de protestantisme plus pro­ noncée. Hardwick, History of the Articles of Religion, Londres. 1884; Fuller, The Church History of Britain, from the Birth of J. C., until the year 1648, Londres, 1837, 3 vol., t. ii, in ; Foxe, Acts and Monuments, Londres, 1843-49, 8 vol., t. iv sq.; Collier, An Ecclesiastical History of Great Britain from the first planting of Christianity to the end of the reign of Charles II, Londres, 1859, 9 vol. ; Burnet, History of the Refor­ mation of the Church of England, édition Pocock, Oxford, 1865, 7 vol. L’éditeur a ajouté un nombre considérable de documents qui rendent son édition précieuse. Hook, Lives of the Archbi­ shops of Canterbury, Londres, 1866-1873,11 vol., t. vi sq. ; Dodd, Church History of England with notes and continuation by Rev. M. A. Tierney, Londres, 1839, 5 vol. ; Library of AngloCatholic Theology, Oxford, 1841-1867,88 vol. Collection des écrits des théologiens anglicans dont les principes se rapprochaient de ceux de la Haute Église. Voyez aussi U. Chevalier, Répertoire des sources historiques, topo-bibliographie, Montbéliard, 1894, v· Angleterre. IV. Temps modernes. — Tracts for the times, Oxford, 18331841, 6 vol.; Liddon, Life of E. B. Pusey, Londres, 1894-1898, 4 vol.; Thureau-Dangin, La renaissance catholique en Angle­ terre au xtx* siècle, P partie, Newman et le mouvement d'Oxford, Paris, 1899; bibliographie abondante. Voir aussi les collections du British Critic, du British Magazine et des prin­ cipaux journaux anglicans, tels que le Church Times pour la Haute Église, le Record pour la Basse Église, et le Guardian dont les tendances sont plutôt larges ; on y suit le mouvement des idées dans notre siècle. V. Documents. — Les assertions des historiens anglicans cités plus haut, surtout des plus anciens, demandent à être contrôlées de très près par l'examen des documents originaux. Voir : Wilkins, Concilia Magnæ Britanniæ et Hibcmiæ, Londres, 1737,4 vol. in-fol. ; et surtout la magnifique collection publiée par les soins du gouvernement anglais, sous le titre de Calendars of Stale Papers; plus de 120 volumes ont trait aux temps qui suivent la Réformation; ils renieraient une mine de renseignements sur l’histoire de l’anglicanisme. A. Gatard. ANGLUS Thomas, voir White (de) Thomas. ANICET (Saint), pape, dixième successeur de saint Pierre, Irénée, Cont. hær., ni, 3, P. G., t. VH,col. 851, et successeur immédiat de saint Pie 1er, milieu du il' siècle. Eusèbe, H. E., iv, Tl, 19, P. G., t. xx, col. 3’29, 377. Le Liber pontificalis lui prête un pontilical de onze ans, quatre mois, trois jours, ce qui ne concorde pas avec les dates qu’il lui assigne, du consulat de Glabrio Gallianus et Vetus, 150, à celui de Bruttius Praesens et de Junius Rufinus, 153. Anicet a régné à une époque où Rome était le rendezvous de toutes les célébrités. Valentin et une femme de la secte de Carpocrate y étaient depuis Ilygin; Marcion, « le vieux loup du Pont, » comme l’appelle Tertullien, et « le premier né de Satan », comme le qualifia Polycarpe, y était depuis Pie. La gnose battait son plein ; mais elle était déjà fortement prise à partie par saint Justin, sur le terrain de la philosophie. Hégésippe, accouru d Orient, y dressa la liste des évêques, opposant la tradition apos­ tolique à toutes les nouveautés. Le vieil évêque de Smyrne, Polycarpe (Ί* 155), vint à Rome, vers 154, vraisemblablement accompagné de deux de ses dis­ ciples, Irénée, qui, 13 ans plus tard, occupa le siège de 1303 ANICET — ANIEN Lyon et composa une réfutation de la gnose, surtout au point de vue de l’exégèse, et Florinus, qui devait passer à la secte Valentinienne. Divers motifs l'y appelaient : peut-être le désir de voir la grande Église, à coup sur certaines difficultés, entre autres la question de la Pâque, déjà soulevée en Orient. L'usage d’Asie ne se heurta pas à l'intransigeance d’Anicet; car celui-ci lit le meilleur accueil à Polycarpe et le pria, en signe de paix, d’offrir à sa place le sacrifice dans l'église de Rome. Eusèbe, H. E., v, 24, P. G., t. xx, col. 508. Nous ignorons l'attitude d'Anicet vis-à-vis des gnostiques. Le Liber pontificalis ne lui attribue qu'une seule prescription, d’ordre disciplinaire : ut clerus co­ mam non nutriret ; ce qui ne peut pas s’entendre de la tonsure qui, encore au commencement du vi« siècle, était un insigne épiscopal.Duchesne, Lib. pont.,t.i,p.134, n. 3, mais plutôt de l'usage mentionné par saint Jérôme : demonstratur nec rasis capitibus, sicut sacerdotes culloresque Isidis atque Serapidis, nos esse debere, nec rursus comam demittere, quod proprie luxuriosum est. In Ezech., P. L., t. xxv, coi. 437. Le pseudo-Isidore lui attribue une lettre aux évéques de la Gaule : De electione et ordinatione archiepiscopi, etc., qui s’appuie sur celles d’Anaclet et est aussi fausse qu’elles. Au comam non nutriant, il ajoute cette autre prescription, qui n’est point plausible : desuper caput in modum sphæræ radant, ce qui désigne la ton­ sure en forme de couronne. La fêle de saint Anicet est marquée au 17 avril. G. Bareille. ANIEN ou ANNIEN (Anianus, Annianus), disciple et collaborateur de l’hérésiarque Pélage au début du v» siècle. — Le P. Garnier et, après lui, le cardinal Noris (ouvr. cités infra) ont mis hors de doute sa per­ sonnalité distincte des autres pélagiens avec lesquels Jansénius d’Ypres, Vossius et Baronius l’avaient con­ fondu, et en même temps son identité avec Anianus le traducteur de nombreuses homélies de saint Jean Chrysostome. Nous ferons connaître son rôle : 1. comme pélagien ; il. comme traducteur; I. Anien, propagateur du pélagianisme. — Ce que nous savons de plus précis sur lui est renfermé dans une lettre de saint Jérôme à saint Augustin et Alypius, Episl., cxliii, P. L., t. xxn, col. 1181 : t. xxxm, col. 928 : tjuod autem quærilis, utrum rescripserim contra libros Anniani, pseudodiaconi Celedensis, qui copiosissime pascitur, ut aliénai blasphemies verba frivola submini­ stret : sciatis me ipsos libros in ‘schedulis missos a fratre Eusebio presbytero suscepisse, non ante multum temporis; et exinde, vel ingruentibus morbis, vel dor­ mitione sanctæ et venerabilis fili» vestræ Eustochii, ita doluisseut propemodum contemnendos putarem. In eo­ dem enim luto luesitat, et exceptis verbis tinnulis atque emendicatis, nihil aliud loquitur. Tamen multum egi­ mus, ut, dum epistolæ mete respondere conatur, aper­ tius se proderet, et blasphemias suas omnibus pateface­ ret. Quidquid enim in illa miserabili synodo Diospolilana dixisse se denegat, in hoc opere profitetur, nec grande est ineptissimis mentis respondere. De ce texte comparé avec les documents contemporains, se dégagent les conclusions suivantes : 1° Anien est bien un personnage distinct de Pélage qui l’entretient et le paye; ce n'est point non plus un pseudonyme de Julien d’Eclane trop fortuné pour être aux gages d’un autre. Faut-il ajouter qu’il n’a rien de commun avec Anianus, le conseiller du roi Alaric, avec lequel Sigebert l’a con­ fondu ? Cf. Fabricius, Bibliotheca mediœ et infimæ lati­ nitatis, t. I, p. 107. — 2" Anien n'était point prêtre, comme le dit Hoefer dans la Nouvelle biographie uni­ verselle, mais seulement diacre, pseudo-diaconus, dit saint Jérôme, sans doute à cause de son hérésie. L'Église désignée par le mot Celedensis est inconnue : on conjecture qu'il s’agit de Celeana en Campanie. En 1304 tous cas, Anien est Italien : il l’affirme lui-même dans sa lettre à Évangelus, P. G., t. i., col. 472. — 3° Son rôle dans la diffusion du pélagianisme fut secondaire : il n’essaya pas, comme Julien d’Eclane, de compléter le système du maître. Écrivain habile et disert, il mit sa connaissance des langues grecque et latine, son style visant à l’effet, et une certaine érudition (verbis tinnulis et emendicatis) au service des erreurs de Pélage qui le payait largement. Paul Orose nous apprend en effet dans son Liber apologeticus contra Pelagium de arbitrii libertate, c. xxtx, que Pélage était incapable d’écrire et signait les élucubrations des secrétaires qu'il inspirait : s’adressant à Pélage, au sujet de sa lettre à Démétriade, il lui parle de ces dictatoribus tuis, qui miserum sen­ sum miserrimo sermone conscribunt, et te legendum cachinnis quasi titulum confusionis exponunt. P. L., t. xxxi, coi. 1198. Aussi le P. Garnier attribue-t-il à Anianus la composition de cette lettre de l’an 413. P. L., t. xxxm, col. 1099. — 4° Anien avait assisté au synode de Diospolis (décembre 415), puisque saint Jérôme affirme qu'il persévère dans les mêmes erreurs, qu’il les for­ mule seulement avec plus de franchise qu’autrefois. Le P. Garnier se trompe, semble-t-il, quand il croit le texte mutilé et fait dire à saint Jérôme : quidquid dixisse se Pelagius denegat, iste (Anianus) in hoc opere profi­ tetur. D’après une conjecture mieux fondée du même critique, Anien est cet interprète de Pélage qui, dans l’assemblée de Jérusalem devant l’évêque Jean, avant le synode de Diospolis, traduisait infidèlement les docu­ ments : d’après Paul Orose, op. cit.,c. vi, P. L., t. xxxi, col. 1178, Pélage était là habens post se armigerum suum, qui, etsi ipse non dimicat, cuncta tamen arris et ferri suffragia subministrat. — 5« De Ia controverse d’Anien avec saint Jérôme, en dehors du passage cité, il ne reste aucun document : ni l’opuscule d’Anien, dans lequel il se vengeait de la condamnation de Dios­ polis en attaquant la lettre de saint Jérôme à Ctésiphon contre les pélagiens, ni la lettre de saint Augustin sur ce sujet ne nous sont parvenus; la réfutation que pro­ met saint Jérôme fut sans doute empêchée par sa mort en 420. IL Le traducteur de saint Jean Chrysostome. — 1° Œuvres traduites par Anianus. —1. La traduction des sept homélies en l’honneur de saint Paul est incontesta­ blement de lui, l’êpître dédicatoire en fait foi : elle est insérée dans l’édition de Montfaucon, P. G., t. L, col. 470-514. —2. Il en est de même des 26 premières homé­ lies sur saint Matthieu : la dédicace à l’évêque Oronce est encore d’Anianus. Les huit premières étaient seules connues jusqu’ici, dans P. G., appendice au t. i.vm, col. 975-1057. Mais d’après Looshorn, cf. infra, le codex lat. 5398 de la bibliothèque royale de Munich renferme les 26 homélies et justifie les affirmations de Montfaucon dans sonDiarium Italicum, et de Richard Simon, Lettres choisies, n. ix. — 3. Le P. Garnier lui attribue aussi d'autres traductions de saint Jean Chrysostome dont l’auteur est inconnu, par exemple celle de l'homélie Ad neophytos qui fut le Sujet de longues discussions entre saint Augustin et Julien d’Éclane. Cf. S. Augustin, Contra Julianum, 1. I, c. vi, n. 21-28, P. L., t. χι.ιν, col.634-660. — 4. W. Schmitz lui attribue encore latraduction latine des deux livres de saint Chrysostome sur la componction du cœur, qu’il a publiée dans les Monu­ menta lachygraphica codicis Parisiensis latini 2118, fasc. 2, Hanovre, 1882. 2° Critique. — Les intentions pélagiennes du traduc­ teur et une violente animosité contre saint Augustin se trahissent dans ses deux épitres dédicatoires. Ecrivant à l’évêque Oronce, pélagien déclaré et condamné plus tard dans le concile d’Èphèse, il se proclame heureux de traduire, sur son ordre, les homélies de Jean, ce « détenseur de notre nature et de la liberté adversus Maniehati rabiem ». P. G., t. lviii, col. 975. Au piètre 1305 ANIEN — ANIMATION Évangélus, son ami, il offre les panégyriques de saint Paul, où est défendue, dit-il, la pure vérité, quant in nobis traducianus oppugnal : ce mot traducianus désigne tout fidèle croyant au péché originel, mais sur­ tout Augustin que Julien appelait : traducianæ gentis primatem. Cf. S. Augustin, Opus imperf. contra Jtdianum,1.I,c.lxvi,P.L., t.xuv.col. !805;t. lxxv, col. 1181. Isaac Habert, Concordia Patrum latinorum et græcorum de gratia, c. n, s'est donc trompé quand il a cru à l’orthodoxie d’Anianus. — Mais d’autre part, les cri­ tiques s’accordent, après Huet, à reconnaître, dans ces traductions, un véritable mérite non seulement d’élé­ gance et, de clarté, mais même d’exactitude. Cf. Baillet, Jugements des savants, 1722, t. m,p. 11. Looshorn, op. cit. infra, p. 793. a remarqué que pour plusieurs homé­ lies de saint Chrysostome, insérées au bréviaire romain, la traduction en a été empruntée à Anianus. Le même critique, p. 789, observe qu'Anianus n’emprunte point à la Vulgate la traduction du texte scripturaire, il en fait une nouvelle (pii conserve certaines réminiscences de Γ J la la. Le Répertoire de Chevalier indique lessources générales. Cave, Dupin, Oudin, Fabricius. Mais il faut consulter surtout : Garnerius.S. J.,De vita et scriptis Aniani, dans Dissertatio de primis auctoribus hæresis pelagians', qui sert d'introduction aux Opera Marii Mercatoris. P. L., t. xlvui. col. 298-305; H. Norisius, Historia pelagiana. 1. I, c. xix, dans Opera omnia, Vé­ rone, 1729, t. 1, col. 185-192; Pagi, Critica... in... annales Baronii, ad annum 417. n. xi, et ad annum 419, n. xxxn, Anvers, 1705, p. 134. 169; Looshorn, Les traductions, latines de saint Jean Chrysostome... d'après les manuscrits des bibliothèques de Munich, dans Zeitschrift fur kalholische Théologie (Inspruck), 1880. p. 788; Bardenbewer, Patrologie, édit, altéra., §57, n. 15, p. 328; trad. (ran;. par P. Godet et C. VerschafTel. Paris, 1899, t. il, p. 205. E. PORTALIÊ. ANIMATION. — I. Position de la question. II. His­ torique de la question. 111. Arguments en faveur de l’animation médiate et réponses des adversaires. IV. Ar­ guments en faveur de l'animation immédiate et réponses des adversaires. V. Conclusions. I. Position de la question. — 1» Les vivants sont composés d’un corps organisé et d’une âme. L’animation chez les vivants est donc le fait de l’union de l’âme à un corps organisé. Le corps est animé dés que l’âme vient en lui. Pour l’homme, l’animation a lieu quand l’âme créée par Dieu est unie aux éléments matériels orga­ nisés, aptes à la recevoir et à lui fournir les conditions de sa vie et de ses fonctions. 2" L’animation a lieu en un instant. — « En effet, si l'on considère le principe vital comme constituant l’é/re qui est propre â une substance vivante, on ne peut pas plus le faire naître successivement qu’aucun autre prin­ cipe substantiel. Un corps peut bien grandir et diminuer peu â peu, mais il ne peut pas devenir peu à peu mi­ néral, plante ou animal... La préparation de la matière peut bien progresser successivement, mais la naissance de l'être nouveau, c’est-à-dire la vivification (l'animation) ne peut être qu'instantanée, au moins pour que cet être soit substantiel. » Kleutgen, La philosophie scolastique, diss. VII, c. vi, n. 744, trad. C. Sierp, t. in, p. 455, Paris, 1870. Cf. S. Thomas, Quæst. disp.. De potentia, q. ni, a. 9, ad 9“m; a. 12. — Cet instant précis de l’ani­ mation, quel est-il? 3" Evidemment on ne saurait le placer avant la con­ ception, alors que l’âme n’a pas encore été créée et que le corps humain n’existe pas dans son individualité pro­ pre. — Nous n’indiquons ici que pour mémoire les phi­ losophes et les naturalistes, comme Bonnet, Swammer­ dam, Leibniz, Bulïon, Malebranche, Haller et Cuvier, qui ont voulu faire remonter toute animation à la créa­ tion même du monde. Leur théorie de la préexistence ou de l'emboîtement des germes a vécu. Saint Thomas l'avait réfutée d’avance. Sum. theol., I·, q. exix, a. 1306 2. Les observations de la science expérimentale et le rai­ sonnement lui ont porté le dernier coup. Cf. A. Flourens, De la longévité humaine, IIe part., c. ni, S 2, Paris, 1860, p. 166 sq. ; A. Farges, La vie et l’évolution des espèces, c. vi, Paris, 1888, p. 146 sq. 4’ On ne saurait davantage placer l'instant de l’ani­ mation pendant ou après la naissance sans encourir l’anathème lancé par Innocent XI contre ceux qui con­ sidéraient comme probable que tout enfant, tant qu’il est dans le sein de sa mère, n’a pas d'âme raisonnable, et commence seulement à la posséder lorsqu'il est en­ fanté, en sorte qu’aucun avortement ne serait un crime d'homicide. Videtur probabile omnem fœlum, quamdiu in utero est, carere anima rationali et tunc pri­ mum incipere eamdem habere, cum paritur ; ac con­ sequenter dicendum erit, in nullo abortu homicidium committi. Propositio XXXV inter LXV ab Innocen­ tia XI, die 2 martii 1679, damnatas, Denzinger, En­ chiridion, n. 1052. 5» Mais entre le temps qui précède la conception et la naissance, il y a un intervalle considérable au cours duquel il est difficile d’indiquer le moment précis où l’âme sortie des mains du créateur s’est emparée du corps humain. — Les partisans de l'animation immé­ diate affirment que c’est au moment même de la con­ ception que l'âme est créée et unie au corps. — Les partisans de l’animation médiate relardent l’entrée de l’âme dans le corns et la fixent à l’époque — variable pour les deux sexes, suivant les uns — où le corps est construit, du moins dans ses organes principaux. II. Historique de la question. — I» L’animation et Aristote. — Le problème de l’animation tel qu’il vient d’être posé n’a été envisagé, dans l’antiquité, que par Aristote, en particulier dans le Traité de la génération des animaux, 1. II, c. tv, trad. Barthélemy Saint-Hilaire, Paris, 1887, t. Il, p. 35 sq. Le philosophe de Stagyre est assez obscur. Cependant il parait défendre la suc­ cession des âmes telle que la soutiendront plus tard la plupart des scolastiques. On peut donc le considérer à juste titre comme le premier défenseur de l'animation médiate. — 1. Pour lui toutes les âmes sont d'abord en puissance dans la matière destinée à devenir un corps humain. « Évidemment, dit-il, il faut supposer que les spermes et les embryons qui ne sont pas encore séparés (des parents) possèdent l’âme nutritive en puissance, mais qu'ils ne l’ont pas en fait avant que, comme les germes qui sont une fois séparés, ils ne prennent leur nourriture et ne fassent acte de cette espèce d'âme... H est, du reste, bien entendu qu’après cette première âme, nous aurons à parler de l'âme sensible et de l'âme douée d’entendement, car il faut nécessairement que les êtres aient toutes ces sortes d’âmes en puissance avant de les avoir en réalité. » — 2. C’est l’âme nutritive qui sort la première de la puissance à l'acte. « Au premier moment tous ces êtres ne semblent avoir que la vie de la plante. » Elle passe à l’acte dès l’instant de la conception. « Il est impossible, en effet, de considérer l’embryon comme étant sans âme et absolument privé de toute espèce de vie, car les spermes et les embryons des animaux vivent tout aussi bien que les graines des plantes... Il est donc évident qu’ils ont l’âme nutritive. » — 3. L’âme sensi­ tive lui succède peu après, mais ne vient pas en même temps. « Bientôt aussi ils ont l’âme sensible qui fait l’animal. Que l’âme nutritive soit de toute nécessité celle qu’on doit supposer la première, c’est ce qu’on voit clairement de ce que nous avons ailleurs dit de l’âme. Ce n’est pas d’un seul coup que l'être devient animai et homme, animal et cheval; et ceci s'étend à toutes les espèces également. » — 4. Enfin l'intelligence, c’est-àdire l'âme humaine, arrive après l’âme végétative et l ame sensitive. « D’où vient l’intelligence, à quel moment, de quelle manière vient-elle dans les êtres qui participent à cette sorte d’âme, c’est là une question des plus difii- 1307 ANIMATION 1308 germe d'une âme nouvelle, un rejeton pour ainsi dire ciles. » Cf. Barthélemy Saint-Hilaire, Préface au traité de la race d'Adam, velul surculus quidam ex matrice de la génération des animaux, d’Aristote, Paris, 1887; Adam. » De anima, c. xtx, P. L., t. n, col. 682. Cf. Ed. Chaignet, Essai sur la psychologie d’Aristote, c. xxvii et xxxvi, P. L., t. u, col. 694, 712. O. BarParis, 1883. denhewer, Les Pères de l’Eglise, première période, 1. II, 2° L'animation et les Pères grecs. — Parmi les Pères grecs, on rencontre des partisans de ranimation médiate § 36, trad. P. Godet et C. Verschaffel, Paris, 1898, t. i, p. 323; Esser, Die Seelenlehre Tertullians, Paderborn, et des partisans de l'animation immédiate. — 1. Saint Gré­ goire de Xysse avait cependant traité la question avec une 1893. — Pour mieux combattre celle hérésie, les Pères telle netteté et une telle force, qu’il semble avoir conquis latins distinguèrent entre la conception et l'animation ; la conception est l’œuvre des parents, l'animation est le le plus de suffrages à la thèse de l’animation immédiate. Il avait en face de lui deux doctrines opposées : l'une résultat de la création de lame par Dieu. Ils firent plus qui soutenait que l'âme existe avant le corps, l'autre qui que les distinguer, ils les séparèrent chronologiquement, ils fixèrent à l'animation une date postérieure à la condéfendait la préexistence du corps par rapport à l'âme. Contre les deux doctrines, il affirme catégoriquement la I ception et ainsi disparaissait toute possibilité de tradusimultanéité des deux origines : le corps et l’âme, dit-il, I cianisme, lequel n'est conciliable qu’avec l'animation commencent d’exister en même temps. Ils se développent immédiate. Ainsi, selon Gennade de Marseille, lame n'est insensiblement, mais dès le premier instant de la con­ créée et unie au corps qu’après que celui-ci est déjà ception l’âme est là tout entière, pour manifester suc­ formé -.formato jam corpore animam creari et infundi. cessivement, à mesure que le corps grandit, ses diverses De ecclesiasticis dogmatibus, c. xiv, P. L., t. lviii, facultés. De hominis opificio, C. xxvni, P. G., t. xuv, coi. 984. — L'auteur du livre De spiritu et anima, faus­ col. 230; De anima et resurrectione, P. G., t. xlvi, sement attribué à saint Augustin, écrit que le corps hu­ col. 125. Cf. Passaglia, De immaculato Deiparæ virginis main vit de la vie végétative, se meut, grandit et acquiert la forme humaine dans le sein de la mère avant de re­ conceptu, Rome 1855, part. HI. p. 1879. — Saint Ba­ sile semble bien tenir pour l’opinion de son frère, quand cevoir Tâme raisonnable : Vegetatur tamen et movetur il veut que Ton considère comme coupables d’assassinat et crescit et humanam formam in utero recipit, prius­ ceux qui provoquent l'avortement d'un fœtus, qu’il soit quam animam rationalem recipiat, c. tx. S. Augustin, formé ou non. Ad Amphilochium, epist. n, dans BalOpera, P. L., t. xi., coi. 784-785. — Un autre auteur, samon, Opera, P. G., t. cxxxvin, col. 587. — Saint également confondu avec saint Augustin, compare la Maxime, abbé, en appelle au raisonnement pour démon­ formation de chaque homme à celle d’Adam et dit que trer que le corps ne saurait exister avant l’âme. S’il Dieu ne donne une âme immortelle au corps humain existe avant toute âme, il est mort, car il n’y a de vivant qu’après qu’il est formé, ainsi qu’il fit pour Adam, Quæst. ex Vet. Testam., c. xxm. S. Augustin, Opera, que ce qui est animé. S’il existe avant l’âme raison­ P. L., t. xxxv, col. 2229. Cf. Gralien, Decretum, II part., nable seulement, mais avec une âme végétative ou une etius. XXXII, q. n, c. 9, où ce texte est rapporté. — Cassioâme sensitive, l’homme engendre une plante ou un animal, ce qui parait impossible, car la plante procède dore raisonne de la même façon et invoque en outre le de la plante et non pas de l’homme, pareillement l’ani­ témoignage des médecins qui fixent l’animation au qua­ rantième jour après la conception. De anima, c. vu, mal naît de l’animal et non pas de l'homme. De variis P. L., t. lxx, col. 1292. Le même auteur observe toute­ difficilibus locis sanctorum Dionysii et Gregarii seu fois fort justement que, dans des questions aussi obscures, ambiguorum liber, P. G., t. xci, coi. 1335 sq. — Mélétius ne peut pas davantage accepter que l’àme vienne après il vaut mieux avouer son ignorance que se prononcer le corps, car de même qu’un cachet ne saurait s’adapter avec une audace dangereuse : Melius est in tam occul­ tis causis confiteri ignorantiam quam periculosam as­ à l’effigie faite sur la cire par un cachet différent, ainsi lame, image et sceau de la divinité, ne saurait s’adapter sumere fortassis audaciam. Cf. Eschbach. Disputa­ tiones physiologico-theologicæ,disp. II,part. I,c. i, a. 1, à un corps marqué du sceau d’une autre âme et orga­ Paris, 1884. nisé par elle. Elucubratio synoptica de natura homi­ nis, P. G., t. txiv, col. 1087. —2. Le principal représen­ 4» L’animation et la scolastique. — 1. Le courant créé tant de l’animation médiate, chez les Grecs, est Théodoret. par les Pères latins en faveur de l’animation médiate se Il invoque Moïse et Job. Le premier atteste que Dieu continua au moyen âge dans la théologie et surtout dans a formé d’abord le corps de l'homme et qu’il ne lui a la philosophie scolastique. 11 fut suivi par saint Anselme, De conceptu virginali, c. vu, P. L., t. clviii, col. 440; donné une âme qu’après l'avoir pétri du limon de la terre. Le second décrit ses origines de la même façon Pierre Lombard, Sent., 1.11, dist. XVIII, P. L., t. cxcu, et reconnaît n’avoir reçu la vie humaine qu’après que col. 689, où il répète les propres paroles de Gennade; Dieu eut formé ses os et ses nerfs. Donc, conclut Théo­ Hugues de Saint-Victor, Explanatio in Cant. B. M. Vir­ doret, lame n'est créée que dans un corps déjà organisé, ginis, P. L., t. clxxv, col. 418(cf. Mignon, Les origines c'est-à-dire après la conception. De græcorum affect, de la scolastique et Hugues de Saint-Victor, c. ni, curandis. Sermo de natura hominis, P. G., t. lxxxiii, Paris, sans date, t. I, p. 105). Il y fut renforcé par l’ar­ rivée des œuvres psychologiques d’Aristote. Quand on col. 942. connut le philosophe de Stagyre, son De anima et plus 3° L'animation et les Pères latins. —Tandis que, chez particulièrement le De generatione animalium, on y (es grecs, Grégoire de Nysse fait école et décide le plus vit des textes favorables à la succession des âmes et à grand nombre en faveur de l'animation immédiate, chez l’animation médiate et l’École presque tout entière se les latins, au contraire, Tertullien en soutenant la même rallia à l’opinion de Gennade et d’Aristote. Saint Tho­ animation immédiate suscite des partisans à l'animation mas, Quæst. disp., De potentia, q. ni, a. 9, ad 9“m; médiate. La cause en est dans l’erreur du traducianisme Sum. theol., I*, q. cxvnt, a. 2, ad 2um; In IV Sent., (voir ce mot) qu’il mêle à sa théorie. Selon lui, de 11, dist. XVIII, q. n, a. 3; Cont. gent., 1. II, c. lxxxvii, 1. même que l'homme perd l’âme humaine en perdant la vie. ainsi il reçoit cette âme humaine en prenant vie. i.xxxviii et lxxxix, les commentateurs du De anima, La vie < t l’animation sont donc deux faits simultanés, et ceux de Pierre Lombard, ceux de saint Thomas, pro­ comme la vie est contemporaine de la conception, il en fessent à l’envi que l'àme raisonnable n’est créée par résulte que l’animation est immédiate. Jusque-là il n'y Dieu et n’est unie au corps que lorsque celui-ci est suffi­ avait rien à redire au langage de Tertullien. Mais il samment constitué. — 2. Ils ne sont plus aussi unanimes ajoute que lame est donnée en ce moment-là par les quand il s'agit de fixer la date où le corps est assez or­ parents. · L’âme comme le corps est le fruit de la géné­ ganisé pour être habitable par l’àme raisonnable. On ration des âmes du père et de la mère se détache le conçoit, en effet, la difficulté de cette question et les 1309 ANIMATION hésitations qu'elle engendre. Cependant la plupart des auteurs scolastiques fixaient l’animation vers le quaran­ tième jour pour les enfants du sexe masculin, vers le quatre-vingtième pour les enfants du sexe féminin. Navarrus, Manuale, c. XV, n. 14, Rome, 1588; Sylvius, In 7/»» 77»,q. lxiv, a. 7, quæsito 4, Opera, 1714, p. 418; Naldus, Summa,v«Abortus, n. ‘2,Bologne, 1630; Marchant, Tribunal sacramentale, t. n, tr. VI, tit. I, q. in, Gand, 1643 ; Sporer, Theologia moralis sacramen talis, part. IV, c. iv, n. 698, Venise, 1731, p. 378; Pauwels, De casi­ bus reservatis, c. I, De abortu, q. vi, n. 169, Aligne, Theologiæ cursus completus, t. xvm, col. 995. — Pour s’autoriser davantage encore, ils pensaient trouver dans certaines prescriptions de la loi mosaïque un symbole de ce fait naturel. Selon eux, c'était pour rappeler cette différence de durée dans l’animation des deux sexes que Dieu avait fixé la purification des mères à quarante jours après la naissance des garçons et à quatre-vingts jours après la naissance des filles. Cf. Maldonat, In Luc., n, 22, Pont-à-Mousson, 1596; Cornelius à Lapide, In Levit., xii, 5, Paris, 1859; Covarruvias, In Clement., Si fu­ riosis, part. II, § 3, n. 1, Genève, 1762; Dicastillo, De justitia et jure, 1. II, tr. I, disp. X, dub. xiii, n. 161, Anvers, 1641. Quelques auteurs, s’inspirant d'un passage d'Hippocrate, De natura fœtus, n. 10, Genève, 1657, avançaient l’époque de l’animation et la reportaient au trentième jour pour les enfants mâles, et au quaran­ tième pour les enfants du sexe féminin. Herinckx, S«mma theologiæ scholaslicæ et moralis, part. Ill, tr. II, disp. VI, q. ni, n. 28, Anvers, 1704; Lessius, De justitia et jure, 1. Il, c. ix, dub. x, n. 65, Louvain, 1605, p. 87. Il est bien évident que, de part et d’autre, ces auteurs n’entendaient pas donner une date certaine, mais fixer seulement une époque vers laquelle ils pensaient que l’âme était unie au corps. — 3. Enfin les auteurs étaient divisés en deux camps à peu près égaux sur la question de savoir si, avant l'arrivée de l’âme humaine, il y avait eu succession d’âmes. Les uns affirmaient que le corps humain est successivement animé par trois âmes diffé­ rentes, cf. Conimbricenses, In II De anima, Cologne, 1599, c. i, q. iv, a. 1, et même plus, Sylvester Maurus, Quæst. philosoph. de anima, q. xxix, ad 2um, Le Mans, 1875 et 1876, t. ni, p. 96, et passe ainsi par des cor­ ruptions et générations multiples, ordonnées les unes aux autres, avant d'être définitivement la possession de l’âme raisonnable. S. Thomas, Sum. theol., 1«, q.cxvm, a. 2, ad 2U™. L’âme végétative arrivait dès le moment de la conception et présidait Jux actes vitaux qui se remar­ quent dès cet instant dans l’embryon; elle permettait à celui-ci de se nourrir, de se développer, de s’organiser, de construire les organes de la sensation. Ceux-ci étant formés, l'âme végétative disparaissait, et l’âme sensitive pouvait venir, puisqu’un corps apte à ses fonctions lui était fourni. Hans ce corps, elle remplissait à la fois les fonctions de la vie végétative et celles de la vie sensitive, continuait le développement organique de l’ensemble et préparait l’avènement de l’âme raisonnable qui n’était donnée par le créateur qu'à un corps complètement formé. Dans Le purgatoire, Dante fait exprimer cette théorie par Stace : La vertu active (du sperme) devient une âme semblable à celle d’une plante, différente seulement en ce qu'elle est en voie et l’autre déjà au rivage (au terme de son évolution). ’ Tant opère-t-elle ensuite que déjà elle se meut et sent comme une anémone marine (qui est. d'après Dante, au degré le plus bas de l'animalité) ; puis elle se prend à organiser les puissances dont elle est la semence... Mais comment d'animal on devient enfant ?... ...Sache qu’aussitèt que du cerveau la structure est parfaite dans le fœtus, Le premier moteur vers lui se tourne et, joyeux d'un si grand aride nature, y souffle un esprit nouveau plein de vertu, Qui, attirant dans sa substance ce qu'il trouve d'actif, devient une seule âme qui vit et sent et se réfléchit sur elle-même. Pur­ 1310 gatoire, c. xxv, terz. 18-25, trsd. Lcmcnnais, Paris, 1883, t. n, р. 189-190. D’autres à la suite d’Alexandre de Halés supprimaient la présence de toute âme propre à l’embryon avant l’in­ fusion de lame humaine. Dans la période qui suivait la conception et qui précédait l'animation, les mouvements, les opérations, les fonctions de l’embryon procédaient ou de l’âme de la mère, ou d’une vertu, force morphoplastique inhérente au germe vital. Bientôt arrivait l'âme humaine qui, d’abord, organisait la vie nutritive, puis petit à petit manifestait ses puissances sensitives et finalement mettait en activité ses facultés immatérielles. L’ordre des phénomènes était donc le suivant : à l'ori­ gine, mouvements produits par l’âme de la mère, ou par la force plastique interne; puis création de l'âme; en­ suite opérations de la vie nutritive, opérations de la vie sensitive; enfin opérations intellectuelles et volontaires. 5° L’animation et la science moderne. — Telle était la pensée humaine sur cette question jusqu'en plein xvne siècle : l’animation médiate partout soutenue d une façon incontestée.—1. Pendant le xvil· siècle, plusieurs voix commencèrent à protester contre l’opinion régnante, principalement dans le monde médical. Une étude plus approfondie de l’embryologie, l’observation scientifique substituée au raisonnement a priori, ramenèrent des sympathies à l’animation immédiate. Un professeur de médecine de Louvain, Thomas Fienus, dans son De formatione et animatione fœtus liber in quo ostenditur animam rationalem infundi tertia die, 1620, et dans son Apologia pro libro prsecedente, in-8°, 1629; le doc­ teur Vincent Robin, dans sa Synopsis rationum Fieni et adversariorum « De tertia fœtus animatione » ex quibus clare constabit celebratam antiquitate opinio­ nem de fœtus formatione deserendam esse, Fieni novam amplectendam, Dijon, 1632; le Père Florentinius, dans son livre De hominibus dubiis baptizandis, seu de baptismo abortivorum, Lyon, 1658, ouvrage accepte par la S. C. de l’index, approuvé par plusieurs univer­ sités, par des évêques, des savants illustres et par des re­ ligieux des principaux ordres alors existants; le célèbre Zacchias, médecin d'Innocent X, dans son ouvrage de­ meuré classique : Quæstiones medico-legales, Lyon, 1661, se posèrent nettement en défenseurs de l'animation immédiate. Plus tard Cangiamila se joignit à eux dans sa fameuse Embryologia sacra sive de officio sacerdo­ tum, medicorum et aliorum, circa æternam parvulo­ rum in utero existenlium salutem, Païenne, 1758. — La théorie scientifique de l’ovulation multiplia bientôt les partisans de cette opinion devenue aujourd'hui la plus commune. Dans un discours prononcé le 10 février 1852 devant l’Académie de médecine de Paris, le docteur Cazeaux pouvait dire : « Nous ne sommes plus au temps où théologiens, philosophes et médecins dispu­ taient à l’envi De animatione fœtus. Les progrès de la science ont mis un terme à toutes ces discussions. Le germe reçoit, an moment de la conception, le principe vital, le souffle de vie, et il n’est pas possible, sous ce rapport, d’assigner aucune différence entre l’enfant qui vient de naître et celui qui est encore renfermé dans le sein maternel, entre le foetus de neuf mois, et l’œuf fé­ condé depuis quelques heures. » Cf. Frédault, Traité d’anthropologie physiologique et philosophique, 1. VI, с. i, § 2, n. 1, Paris, 1863, p. 729 sq. — 2. L'animation médiate a cependant gardé de sérieux partisans. Il y en a d’orthodoxes, comme le P. Liberatore, Du composé hu­ main, c. vi, a. 7, Lyon, 1865, p. 274 sq.; Cornoldi, Filosofta scolaslica, lezione LXn, 2e édit., Ferrare, 1875, p. 482 sq.; le docteur Vincent Santi, Della forma, ge­ nesi, corso naturale e modi dei viventi, Pérouse, 1858; Vincent Liverani, Sui principi del moderno Ippocratismo, Fano, 1859. — H y en a d’hétérodoxes comme Rosmini et ses disciples, qui prétendent que les parenls engendrent immédiatement une âme sensitive laquelle 4311 ANIMATION graduellement va de l’imparfait, c’est-à-dire du degré sensitif, au parfait, c’est-à-dire au degré intellectuel. Ce passage a lieu quand l'être se manifeste par intuition au principe sensitif. En vertu de cette union avec l’être, lame sensitive commence à comprendre, est élevée à un état meilleur, change de nature et devient intellective, sub­ sistante et immortelle. Cette doctrine a été condamnée dans les propositions suivantes : Propositio xx. Nonrepu­ gnat ut anima humana generatione multiplicetur, ita ut concipiatur eam ab imperfecto, nempe a gradu sen­ sitivo, ad perfectum, nempe ad gradum intellectivum procedere. — Propositio xxi. Cum sensitivo principio inluibile fit esse, hoc solo tactu, hac sui unione, princi­ pium illud antea solum sentiens, nunc simul intelligens, ad meliorem statum evehitur, naturam mutat, ac fit inlelligens, subsistens atque immortale, XI. Pro­ positiones Antonii Rosmini Serbati a S. Officio damnat» die 14 decembris 1887.11 faut remarquer cependant que ce qui est condamné chez Rosmini.ee n’est pas la thèse de l'animation médiate, mais celles de l'évolution de l'àme sensitive en âme intellective et de la vision intui­ tive de l’être. — Les partisans de l’animation médiate et de la succession des âmes ont habituellement eu grand soin de noter que, si l'âme sensitive procédait de lame végétative et celle-ci de la vertu générative des parents, l'évolution vitale s’en tenait lâ, et que l'âme intellective ne résultait pas du développement spontané de l’étre en formation, mais était donnée par un acte créateur de Dieu: enfin, qu’en arrivant dans le corps, elle se substi­ tuait immédiatement à l’âme sensitive pour remplir, en même temps que les fonctions intellectuelles, les fonc­ tions sensitives et physiologiques, à elle seule tenir lieu de trois âmes et fournir à l’homme l'être, la vie, le mouvement, le sens et la pensée. III. Arguments en faveur de l’animation médiate ET RÉPONSES DES ADVERSAIRES. — I. ARGUMENTS TIRÉS DE L'ÉCRITURE sainte. — 1" Exod., xxi, 22. 23. D'après les Septante, Moïse punit l'homme imprudent qui frappe une femme enceinte et amène par ses coups un avorte­ ment. Le principe du châtiment est « mort pour mort ». Si la femme succombe ou si son fruit était formé, le châtiment sera la mort. Au contraire, il n’y aura qu'une amende, si la femme ne meurt pas et si son fruit n’était pas encore formé. L'Ecriture sainte distingue donc entre ce qui est formé et ce qui ne l’est pas. La perte du pre­ mier entraîne la peine de mort, donc il y a eu homicide et ce fœtus était doué d'âme humaine. La perte du se­ cond n'expose le coupable qu'à une amende, parce que, faute d'animation humaine, il n'y a pas eu d’homicide. — Du reste, saint Augustin In Heptateuch., 1.11, c. lxxx ; Exod., xxi, 22, 23, P. L., t. xxxiv, col. 626; Origéne, In Exod., homil. x, P. G., t. xn, col. 370, 371; les Con­ stitutions apostoliques, 1. VII,c. ill,P.G., t. i, col.'1002; Théodoret, De græcorum a/fectibus curandis, serm. v, P. G., t. lxxxiii, col. 941, et In Exod., interrog. xi.viii, P. G., t. lxxx, col. 273, et d'autres s'appuient sur ce texte pour soutenir l’animation médiate. Cf. Revue des sciences ecclesiastiques, juin 1886, L’animation imme­ diate réfutée, par le R. P. Hilaire, de Paris. — Réponse. Il y a lieu de douter de l’exactitude de la version des Septante; ni l’hébreu, ni la Vulgate, ni le texte samari­ tain. ni le syriaque, ni l’arabe, ne font cette distinction, et l'interprétation rationnelle doit être celle-ci : s’il y a eu avortement, mais sans mort, ni de l'enfant ni de la mère, la peine sera l'amende; le coupable sera mis à mort s'il a causé la mort de la mère, celle de l'enfant, ou celle des deux. — D'autre part, le texte des Septante lui-même prête à discussion, car la distinction entre le fœtus formé et le fœtus informe ne coïncide pas néces­ sairement avec les deux périodes d'animation et de nonanimation. Le législateur a pu parfaitement établir cette distinction parce que le fœtus informe étant plus diffi­ cile a reconnaître, dans ce cas, il y a doute sur l'homi­ I i I I I 1312 cide, et partant mitigation dans la peine. — Quant aux Pères qui se seraient basés sur ce texte pour établir l'animation immédiate, leur autorité d'interprétation ne vaut que dans la mesure même de l’authenticité du texte. Cf. P. Hummelauer, In Exod., xxi, 22, 23, Paris, 1897. 2° Lev., xn, 2-5. Dieu impose aux mères quarante jours de purification pour les enfants mâles et quatrevingts pour les filles. Cette loi, prise dans son sens di­ rect, n’a aucun rapport avec l'animation, soit; mais elle a toujours été considfrée.par la tradition comme un symbole de périodes diverses d'animation. Les quarante jours de purification après la naissance des enfants mâles symbolisent les quarante jours écoulés entre la conception de ces enfants et leur animation; pour les filles, l’animation a eu lieu après quatre-vingts jours, d'oû nécessité d'un nombre égal de jours de purification. Cf. Revue des sciences ecclésiastiques, loc. cit. — Réponse. En effet, ce texte directement n’a aucune valeur au sujet de l'animation. Symbole n’est pas preuve. Quand ils voient, dans une parole ou dans un fait scripturaire, le symbole d'une doctrine, les Pères n'affirment pas pour cela que Dieu a voulu, par cette parole ou par ce fait, établir cette doctrine. Saint Augustin qui voit, par exemple, dans le nombre de quarante années employées à construire le temple, une image des quarante jours qui seraient exigés par la nature pour former le corps humain avant l’arrivée de l'àme, n'a certainement pas prétendu y trouver une démonstration de l'animation médiate. Liber lxxxiii quœslionum, q. lvi, P. L.,t. xl, col. 39. Dans le cas présent, le texte prouverait trop puisqu'il faudrait en déduire, non seulement que la sainte Écriture admet l’animation médiate, mais encore qu'elle en fixe l'époque au quarantième et au quatrevingtième jour suivant les sexes, ce que personne au­ jourd’hui ne voudrait raisonnablement soutenir. 3° Job, x, 9-12, décrit de la façon suivante la forma­ tion de l’homme : « Souvenez-vous, je vous prie, que vous m’avez fait comme un vase d’argile et que vous me réduirez en poussière. Ne m’avez-vous pas trait comme le lait et coagulé comme le fromage ? Vous m’avez revêtu de peau et de chairs, et avec des os et des nerfs, vous avez fait un tout de moi. Vous m'avez donné vie et miséricorde et vos soins ont conservé mon souffle vital. » Dans cette description l'auteur sacré met en premier lieu la formation du corps, en dernier lieu le don de la vie et l’exercice de la miséricorde divine. Donc l’àme n'est pas contemporaine du corps. — Ce qui le confirme, c’est le parallélisme insinué par Job, y. 9, entre sa formation et celle d'Adam, Gen., n, 7; or, dans celle-ci l’animation a été postérieure à l'organisation du corps. — Réponse. Il y a là une description dans la­ quelle l’auteur inspiré va du moins important, le corps, au plus important, l’àme. Il n’y a pas nécessairement un récit par ordre chronologique des stades parcourus par la formation humaine, puisque, manifestement, l’animation et surtout la vie, vilam, est antérieure au moment ou Dieu a revêtu Job « de peau et de chairs, cl avec des os et des nerfs à fait un tout » en lui. —D’autre part, il est certain que fauteur sacré n'a pas entendu donner une analyse totale et absolument scientifique des phénomènes qui se passent à noire origine, mais qu'il a parlé comme on parlait couramment alors. Il n’y a donc pas lieu de chercher là un accord parfait avec la réalité, pas plus qu’avec les données actuelles de l’embryologie. — Enfin, le parallélisme avec la création du premier homme porte sur la similitude de providence divine plutôt que sur la ressemblance des procédés par les­ quels Adam et Job ont été formés. D’ailleurs, on dispute même sur la question de savoir si Adam a été réellement formé dans son corps avant l’infusion de son âme, ou si les deux choses, quoique racontées successivement, ont été simultanées. S. Thomas, Sum. theol., Is, ANIMATION 1313 q.xct,a. 4, ad lum; Suarez, De opere sex dierum, 1. HI, c I, n. 13, Paris, 1856, t. hi, p. 175; Grégoire de Nysse, De opificio hominis, c. xxvm, xxix, P. G., t. xliv, col. 230, 234; S. .lean Damascene, De fide orlhod.,\. H, c. xu, jP. t. xciv, col. 918; Augustin, De Genesi contra manich., I. Il, c. vin, P. L., t. xxxiv, col. 205. Cf. Eschbach, op cit., p. 186. //. ARGUMENTS TIRÉS DE LA TRADITION. — 1° On in­ voque le témoignage de Pères nombreux qui ont pro­ fessé, nous l'avons dit plus haut, l'animation médiate. — Réponse. Des Pères latins surtout ont professé cette doctrine comme l'opinion courante de leur temps, non comme un point de foi ou de morale; ils ne sont pas unanimes, puisque d'autres Pères, particuliérement chez les Grecs, défendent en grand nombre l'animation immé­ diate. 2“ Le Catéchisme romain se prononce formellement en faveur de l'animation médiale. « Selon l'ordre natu­ rel îles choses, dit-il, aucun corps ne peut être informé par une âme humaine qu’après un certain laps de temps. Cum serrato natures ordine nullum corpus, nisi intra priescriptum temporis spatium, hominis ani­ ma informari queat. » Catech. roman., part. I, in 3" sym­ boli articulo, η. 7. — Réponse. Le Catéchisme romain a certes une grande autorité, mais il ne touche la ques­ tion de l'animation humaine que d'une façon transitoire et n’a pas l'intention de la résoudre ex professo il exprime sur ce point l'opinion courante sans vouloir l’imposer comme une vérité doctrinale et nécessaire. Ht. ARGUMENTS TIRÉS DE LA THÉOLOGIE. — 1“ En 1588, Sixte V, par la bulle Effrænatam (Bullarium rnmanum, Turin, 1865, t. ix, p.39), porte l’excommunica­ tion contre tous ceux qui sciemment procurent l’avorte­ ment d'un fœtus qu'il soit animé ou inanimé. En 1591, Grégoire XIV, par la bulle Sedes apostolica (Bullar. rom., t. ix, p. 43 I, enlève l'excommunication portée contre l'avortement d’un fœtus inanimé et la restreint au seul avortement du fœtus animé. Le Saint-Siège sup­ pose donc l'animation médiate. L'avortement du fœtus animé seul est frappé d’excommunication par Grégoire XIV, parce que seul il est homicide. Quant à Sixte V, s'il punit d'excommunication les deux avorte­ ments.il a soin de distinguer le fœtus animé et le fœtus inanimé, et l’avortement du second n'est pas puni parce qu'il est homicide, mais parce qu'il empêche un homme de naître, ce qui équivaut à un homicide. Cf. Proposi­ tiones damnatas ab Innocentia XI,die “ 2 martii 1G~O, prop, xxxiv. — Réponse. Les souverains pontifes ne décident nullement la question de l'animation, ils la supposent telle que la résolvaient communément les philosophes et les médecins de leur temps, et ils éta­ blissent sagement une législation sur ces idées courantes de la science d’abord. Leges enim soient in rebus ad philosophiam vel medicinam aliasque facultates perti­ nentibus communiori sensui doctorum, qui eas profi­ tentur sese accommodare. Cangiamila, Embryologia sacra, I. I, c. ix. 2» Le Rituel romain, De sacramento baptismi rile administrando, dit : Nemo in utero matris clausus baptizari debet. Sed si infans caput emiserit et periculum mortis immineat, baptizetur in capite... Al si aliud membrum emiserit, quod vitalem indicet motion, 'in.illo, si periculum impendeat, baptizetur. On le voit, pour que le baptême puisse être donné, c'est-à-dire pour que l’Eglise juge qu'il y a là une àme humaine, il faut des membres, un mouvement vital, choses qui n'existent pas de sitôt. — Réponse. Les prescriptions du Rituel" ont été un peu tempérées depuis leur rédaction, et le baptême intra-utérin, par exemple, qui y est défendu, est aujourd'hui communément admis. — Les prescrip­ tions suivantes détruisent l’argument que nous venons d'entendre. Il est dit, en effetdans ces prescriptions: Si mater prægnans mortua fuerit, fœtus quamprimum DICT. DE THÉOL. CATIIOU | J | | I i 1314 extrahatur ac, si vivus fuerit, baptizetur. L’Église n'exige pas ici des membres ni une organisation, mais simplement la vie : or la vie existe dès le premier ins­ tant. — Si l’Église s’est montrée réservée, jadis surtout, sur la question du baptême intra-utérin, la raison en est, non dans l'absence de l’àme, mais dans la difficulté pratique d’atteindre le fœtus et d'administrer un sacre­ ment valide. Cf. Piazza, Causa immaculatie conceptio­ nis SS. Malris Dei Maria, actio ni, a. 2, Païenne, 1747, p. 314, tv. Arguments de raison. — 1° Dans l’ordre génératif, le sujet qui doit recevoir une forme en approche par degrés et ne devient capable de celte forme qu'en vertu de ses dernières dispositions. C’est pourquoi, dans la production de l'homme, le corps n'est pas apte à recevoir l àme intellective tant qu'il n'est pas encore convenablement organisé. C'est ici le cas de dire : « L’hôte n'arrive pas que l'hôtellerie ne soit préparée. » Cf. Liberatore, Du composé humain, c. vi, a. 7, n. 288, Lyon, 1865. p. 277, 278. — Réponse. Dans l'ordre généralif, le sujet doit être préparé sans doute, mais affirmer que le germe au moment de la conception n'est pas pré paré, que le corps n'est prêt à recevoir l’àme que formé et organisé, c’est postuler précisément ce qui est à dé­ montrer et faire une pétition de principe. Les partisans de l'animation immédiate trouvent, au moment de la conception, le corps suffisamment disposé, parce que, pour cela, il n’est pas requis, disent-ils, que l’àme puisse exercer toutes ses puissances, mais seulement sa vertu nutritive et sa vertu augmentative dont le rôle est de construire le corps, de lui donner son volume et ses membres. Or, dans l'ovule fécondé, cette vertu nu­ tritive et d'accroissement peut immédiatement s'exercer. 2" La matière première doit passer par tous les degrés de formes substantielles, être matière de plante, puis d'animal, avant d'arriver à la forme supérieure qui est l’àme humaine. — Réponse. Cette affirmation est gra­ tuite et suppose résolu le problème lui-mêrne qu’il s'agit de résoudre. — L’expérience montre le contraire puisque, par la nutrition, des éléments non vivants ou des plantes deviennent de la chair humaine animée par une àme raisonnable, sans que leur matière Cornière ail parcouru tous les stades exigés par la nature , « l'em­ bryon. — Enfin, l'on suppose celte matière de l'embryon comme parlant du point le plus éloigné, alors qu'au contraire elle'a été organisée et préparée par les parents et a commencé par vivre en eux de la vie humaine. 3° La notion même de generation exige l'animation médiate. La génération, suivant saint Thomas, ne suit pas, mais précède la forme substantielle. Elle mène à l'être, lequel est donné par la forme substantielle. Celleci est le terme vers lequel la génération conduit; sa venue, c’est-à-dire l'animation, est donc postérieure à l'œuvre de la génération, c'est-à-dire de la préparation et de l'organisation du corps. — Réponse. Il ne faut pas confondre la génération avec l'accroissement. L'accrois­ sement commence au moment de la conception. Il se poursuit jusqu'à la naissance et même après sans dis­ continuer. La génération a précédé la conception qui en est le dernier instant. Elle consiste dans la formation des éléments générateurs de part et d'autre, c'est sur eux que s’exerce la puissance génératrice des reproducteurs et non sur l'ovule fécondé et déjà doué d'une vie propre. — Vouloir identilier « génération » avec « accroisse­ ment » serait trop prouver, puisque alors la génération durerait plus de quarante jours et se prolongerait long­ temps après l’heure où, de l’aveu de tous, a certainement eu lieu l’animation. — Enfin, l'œuvre de la génération est totale à la conception, puisque alors le germe féconde possède, sinon en acte, du moins virtuellement, tout son organisme et toutes ses puissances. 4» L’expérience montre que l'embryon est d'abord plante, puis animal, puis homme. Dans les premiers L - 42 1315 ANIMATION 4316 ni aucune cruauté, puisque Dieu ne doit pas la vie sur­ temps de la vie utérine, il ne manifeste, en effet, que naturelle ni même la vie rationnelle aux âmes créées si des phénomènes de nutrition, la sensation n’apparaît libéralement par lui, c’est chose certaine : ajoutons à que plus tard, et la raison n’éclôt qu’après un laps de cela que les limbes, où les âmes ravies prématurément temps beaucoup plus considérable. Cette succession des séjournent, sont un lieu où l’on jouit d'un bonheur na­ phénomènes nutritifs, sensitifs, rationnels prouve bien la succession des âmes. —Réponse. La succession deces turel. — Quant à l'objection qui prétend que Dieu serait ainsi au service de la passion humaine, elle est plus phénomènes ne prouve pas la succession des âmes, parce qu'une même âme, rationnelle de sa nature dès le inconvenante que raisonnable. Dans ce cas. Dieu n’obéit commencement, peut très bien ne manifester ses puis­ qu’à une loi posée par lui-même pour le bien et la prosances que successivement. A mesure que l'organisme pagation delà race humaine; il n'est pas plus souillé en se construit et se développe, l’àme fait passer de la puis­ cela qu'il ne l’est en concourant, comme cause première, sance à l’acte les multiples facultés qu’elle possédait dès ‘ à tous les actes mauvais des pécheurs. le commencement. Ainsi les phénomènes de la vie nu­ IV. Arguments en faveur de l'animation immédiate tritive, de la vie sensitive et de la vie intellectuelle, en ET RÉPONSE DES ADVERSAIRES. — 1. ARGUMENTS TIRÉS DE apparaissant les uns après les autres, ne prouvent pas L’ÉCRITURE SAINTE. — 1“ .lob, ni, 3, s’écrie : « Périsse plus la multiplicité des âmes successives que les sens, le le jour où je suis né et la nuit où il fut dit : un homme toucher, la vue, l’imagination, la mémoire, en s’éveillant a été conçu ! » Ces paroles ne prouvent-elles pas que la les uns après les autres, ne prouvent la multiplicité et conception et l'existence de l'homme sont deux choses une succession graduelle d'âmes sensitives. Si l ame sen­ synchroniques? Etre conçu et être homme se rapportent sitive existe tout entière même avant l’épanouissement au même instant. — Réponse. « Toutes les opinions sont de tous lessens, pourquoi l'âme intellectuelle n’existeraitobligées de reconnaître, dans les paroles de Job, une ex­ elle pas tout entière même quand une seule de ses puis­ pression figurée qui montre l’effet dans la cause et l'œu­ sances, la nutrition, est en acte? — Cette succession ne vre dans son commencement, l’homme dans son germe peut rien prouver, car si elle prouvait quelque chose, initial et dans les auteurs de son existence... C’est donc il faudrait faire dater de l'éveil des sens l’apparition de par anticipation que Job a placé la conception (l'ani­ l'âme sensitive, et de l’éveil de la raison qui n'a lieu mation) de l'homme dans l’œuvre antérieure qui en est qu’après la naissance, la création de l'âme intellectuelle : la cause. » P. Hilaire de Paris, L’animation immédiate conclusion impossible et condamnée. réfutée, dans Revue des sciences ecclésiastiques, juillet 5“ L'animation immédiate est impuissante à expliquer 1886, p. 57-59. le fait de l'hérédité qui perpétue dans les iils les parti­ 2’ Luc.,i, 31. 36. L'ange dit à Marie : « Voici que vous cularités physiologiques, anatomiques, pathologiques et concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils, » et plus loin : « Voilà que votre cousine Élisabeth même intellectuelles ou morales qui caractérisent les parents. Si, en effet, une âme toute neuve est créée par ; a elle-même conçu un fils dans sa vieillesse, et celle Dieu et unie au corps dés la conception, cette âme est qu'on appelait stérile est maintenant dans son sixième incapable de construire le corps à la ressemblance mois. » Il y a un parallélisme entre ces deux textes, et des parents; il faut, pour expliquer cette ressemblance, la conception de saint Jean-Baptiste est racontée dans une âme qui procède des parents et qui, portant leur les mêmes termes que celle de Notre-Seigneur. Or. on empreinte, imprime celle-ci dans le corps qu'elle pré­ sait que, chez Notre-Seigneur, l'animation eut lieu en pare à l’âme raisonnable. — Réponse. La ressemblance même temps que la conception. Donc, il en fut de même héréditaire est un fait mystérieux difficile à expliquer pour saint Jean-Baptiste. — Réponse. Il y a parallélisme dans les deux opinions. Elle n’apparalt qu’après le qua­ dans les termes, soit; mais l’ange n’a pas entendu ex­ rantième ou même le quatre-vingtième jour, alors que primer que les deux conceptions, celle de Notre-Sei­ les partisans de l'animation médiate accordent déjà la gneur et celle de saint Jean-Baptiste, avaient eu lieu de présence de l'âme humaine. — L’àme en arrivant dans la même façon. Notre-Seigneur a pris possession de son l’ovule fécondé y trouve l’empreinte des parents et une corps dès le premier instant et l'animation fut. dès lors, espèce de force plastique qui persévère avèc elle comme un fait accompli, mais miraculeux; ce que l'on ne peut certaines propriétés des aliments persistent dans le corps dire de l’animation de saint Jean-Baptiste. II. ARGUMENT TIRÉ l)E LA THÉOLOGIE . — L'Église vivant qui s’en est nourri. — Enfin, la mère en nour­ rissant son fruit continue à exercer sur lui une inlluence vénère, le 8 décembre, la conception immaculée de qui peut transmettre avec son sang propre les particu­ Marie, c'est-à-dire le mystère de la sanctification de son larités qui la distinguent. âme au moment ou elle était créée et unie au corps. L’Église, qui célèbre la naissance de Marie, neuf mois 6“ N’est-il pas immoral et effrayant de penser que Dieu crée autant d'âmes qu'il y a de conceptions humaines, après le 8 décembre, c'est-à-dire le 8 septembre, consi­ dère donc l’animation de Marie comme ayant eu lieu dès et que, chaque fois qu’un fœtus, même de quelques jours, disparaîtra, une âme sombrera dans les limbes sa conception, c’est-à-dire comme immédiate. — Réponse. sans jamais avoir pu arriver à la vie surnaturelle? Par le dogme de l’Immaculée-Conception, l’Eglise entend D'autre part, un tel état de choses ferait de Dieu l’esclave que l ame de Marie a été sainte dans l'instant même de des passions humaines, puisqu'il devrait créer des âmes sa création et de son union au corps. Si elle ordonne la suivant le caprice de la volupté. — Réponse. Raison de célébration de ce mystère au 8 décembre, cela peut s'en­ sentiment qui parait insuffisante à résoudre le problème. tendre en ces deux sens ou qu'elle considère l'animation — Dieu est magnifique, prodigue même dans ses œuvres. de Marie comme miraculeusement immédiate, à l'image C'est par milliards qu’il faut compter les graines semées de celle de son Fils, ou, qu’ignorant la date de cette animation, elle en a fixé la mémoire par anticipation au par lui pour arriver à la production d’une plante; à jour de la conception charnelle. Cf. Piazza,op.cit.,p. 301 ; côté d'un animal qui naît et grandit, des quantités in­ nombrables de germes ne sont jamais fécondés et pé­ Passaglia, De immaculato Deiparæ virginis conceptu, part. Ill, sect, vu; Zacchias, Quaestiones medico-legales,l. rissent sans avoir donné le jour à un être vivant; le IX. tit. i, quæst. ult., η. 135; Florentinius, De hominibus nombre des hommes est infime à côté des ressources séminales que possède la nature; il ne parait donc ni dubiis baptizandis, disp. Ill, sect, π ; Jacobus Granado, In III partem, t. I, controv. n, 1-2, 1, disp. Ill, sect. I, impossible, ni improbable que Dieu ait ainsi prodigué les en ations dûmes humaines pour permettreà quelques§ 2; J.-B. Poza, Elucidatorium Deiparæ, 1. Ill, tr. 11, unes d atteindre à la pensée, comme il a multiplié les c. iv. Lyon, 1627, p. 857; Franciscus Guerra, Majestas in,- s adultes pour permettre à un nombre inférieur gratiarum, Séville, 1659, t. ι, 1. I. diseurs, n, fragm. ù ui-c’jtir â la grâce. — Qu'il n'y ait là aucune injustice, V, punc. n, p. 104; fragm. vi, punc. i, p. 109. 1317 ANIMATION in. arguments DE RAISON. — 1» Pour informer le corps, l’âme humaine exige seulement de pouvoir y exercer quelqu'une de ses opérations vitales. Or, dés la conception, l’âme peut exercer, dans le germe, ses fa­ cultés de nutrition et d’accroissement. Elle peut donc venir dés cet instant. — Réponse. S’il en était ainsi, l’âme pourrait rester dans le corps humain tant que quelqu’une de ses fonctions pourrait s’y exercer. Or l’expérience montre le contraire. L’âme fuit souvent le corps alors qu’il prêle encore à sa vie un théâtre autre­ ment organisé et favorable que l’ovule simplement fécondé. Cf. Sylvester Maurus, op. cil., q. xxtx, ad !“”. 2° L’organisme exige une âme pour se former; il exige une âme humaine quand il doit être humain; car cette âme seule est compétente pour organiser la matière et construire un corps humain. La restauration de cer­ taines portions du corps, par exemple des côtes amputées dont le périoste a été conservé, montre que l’âme hu­ maine a le pouvoir d’organiser ainsi convenablement la matière. —Réponse. La raison étant tout à fait transcen­ dante par rapport à la matière, l’âme raisonnable n’est pas requise et ne saurait l'être, comme telle, pour la construction du corps humain. Il suffit donc qu’il y ait là une âme animale, d'un genre spécial, procédant des parents et ayant reçu de l’âme de ceux-ci la puissance d’animer provisoirement et deformer un animal humain, lequel, une fois organisé, recevra de Dieu une âme rai­ sonnable, à la place de celle qu'il avait et par laquelle il a été formé Cf. Élie Blanc, Traité de philosophie scolastique, t. n, n. 755-760; Farges et Barbedette, Phi­ losophia scholastica, Paris, 1895, t. It, n. 219, p. 248. 3° On ne comprend pas bien ία succession de plusieurs âmes, surtout de trois âmes dans un même corps. Il y a dans cette thèse un réel danger de transformisme. — Réponse. Il est certain qu'il y a succession d’âmes, car les éléments de la génération avant la fécondation sont animés, et doués d’une vie distincte de la vie des pa­ rents. Ils ont donc une âme qui n’est pas une âme hu­ maine. A supposer que l'âme humainearrive dans la con­ ception. elle succède, même alors, nécessairement à une âme non rationnelle. Il n’est pas plus difficile de com­ prendre la succession de plusieurs âmes après la fécon­ dation, qu’il n’est impossible de l’admettre dans la fécondation même. Quant au transformisme, il est écarté par l'affirmation nette et précise de la création de l’âme humaine au moment où le corps est suffisamment orga­ nisé. D'autre part, il est certain qu’il y a une évolution du corps : la sensibilité n’apparaît quaprès la vie et la raison ne vient qu après la sensibilité et la vie. Les phéno­ mènes de la vie intra-utérine sont des métamorphoses comparables à celles qu’on trouve chez, certains ani­ maux, comme les papillons. Cf. Sylvester Maurus, ibid., ad 4““; Tilmann Pesch, Institutionespsychologica:, n.331, Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. i, p. 429. V. Conclusions. — i. conclusions physiologiques. — 1’ Les éléments qui concourent à la génération humaine sont le spermatozoïde ou élément mâle ; l'ovule mûr ou élément femelle. — Le spermatozoïde renfermé en grand nombre dans le sperme est un petit filament formé d'une tète et d'un long flagellum ou queue. A la jonction de la tête et de la queue, est une masse de protoplasma appelée « segment intermédiaire ». Comparé à la cellule qui est considérée aujourd'hui par les biologistes comme l'élé­ ment originel de la vie, le spermatozoïde en représente le noyau par sa tète, le corps protoplasmique par le segment intermédiaire, les cils vibraliles par sa queue. < Le spermatozoïde est une cellule vibratile devenue libre et transformée de manière à aller porter et faire pénétrer son noyau dans l'élément femelle ou ovule. » Mathias Duval, Cours de physiologie, XII, II, §1, A, Paris, 1892, p. 665. Le spermatozoïde, grâce aux mouvements vibratiles de sa queue, est très agile. Il a une vie propre distincte de celle des spermatozoïdes voisins et de celle 1318 du générateur, puisqu’il peut continuer à se mouvoir séparément des autres spermatozoïdes et en dehors du générateur. — L’ovule mûr est composé d'une enveloppe cellulaire ou zone pellucide, contenant une masse pro­ toplasmique, appelée vitellus, au centre de laquelle se trouve un petit noyau sphérique, le pronucléus femelle. L’ovule mûr a une vie â part, comme le spermatozoïde. Séparés l’un de l'autre, le spermatozoïde et l’ovule sont incapables de se développer de façon â former un vivant complet. Il leur faut pour cela s'unir et se compléter ainsi mutuellement : c'est le phénomène de la féconda­ tion. 2” La fécondation a lieu quand un spermatozoïde ren­ contre un ovule : le spermatozoïde s’engage dans la zone pellucide et y est prisonnier. Le vitellus s'avance alors sur la tète du spermatozoïde, et l'englobe pendant que. le flagellum se détache. Aussitôt que le vitellus a pris contact avec la tète du spermatozoïde, la zone pellucide se double d'une membrane nouvelle à contours très nets et qui s’oppose à l'entrée de nouveaux spermatozoïdes. Pendant ce temps, la tète, absorbée par le vitellus, s'avance vers le pronucléus femelle, l'atteint, se confond avec lui. La fusion des deux constitue le noyau vitellin. L'ovule est devenu un œuf dont le développement va produire un être semblable aux parents. Cf.Mathias Duval, op. cil.. E. Aubert et C. Houard, Histoire naturelle des êtres vivants, t. n, fasc. 1, Reproduction chez les animaux, Paris, 1897, p. 33 sq.; Le Dantec, La sexualité, Paris, s. d.; Yves Delage et A. Labbé, La fécondation chez les animaux, Paris, s. d. ; Paul Busqnet, Les êtres virants, organisation, évolution, Paris, 1899. 3° A partir de l'instant de la fécondation, l'œuf prend une vie nouvelle. Comme mû par une impulsion puis­ sante, il se segmente, forme le blastoderme, se divise en trois couches ou feuillets distincts et entreprend la construction de chaque membre d’un corps humain. Le travail qui commence alors a, dès l’origine, une orien­ tation déterminée. C’est le point initial de l’organisation et du développement du corps humain. Ce travail est continu, sans arrêt, sans solution de continuité : « c’est le même être vivant qui est conçu, qui se développe et qui vient au monde. C’est une évolution unique, sans interruptions et sans lacunes. La vie végétative qui se manifeste dans l’embryon animal est déjà spécifiée par la vie animale, car elle n'est pas la vie d'un végétal, mais celle d’un animal. Ainsi, par exemple, l’embryon se nourrit déjà comme un animal, avec des matières organiques; il est incapable de se nourrir, comme le végétal, aux dépens de fluides inorganiques. Et dès que la vie sensible parait, elle n’est pas une vie animale quelconque, mais la vie d’un animal supérieur et bientôt d'un homme. Les organes de la vie nutritive et ceux de la vie sensible, tels que le cœur et le cerveau, pgr exemple, ne sont jamais identiques à ceux des être» inférieurs; ils sont, dès l'origine, des organes humains, o A. Farges, La vie et l'évolution des espèces, c. vi, Paris, 1888, p. 161. Cf. Milne Edwards, Rapport sur les progrès de la physiologie, p. 443. II. CONCLUSIONS PHILOSOPHIQUES. — 1» Dès avant la fécondation, il y a dans chaque élément générateur une vie individuelle, donc un principe propre de vie, une âme. On ne peut, avec certains philosophes, appeler ce principe» force plastique, vertu formative ou séminale » il est plus qu'une force spécifique, il est un principe d’être substantiel et d’activité immanente. Il est donc une âme. 2» L'impulsion évidente, les énergies nouvelles, l’orien­ tation déterminée et unique qui apparaissent dés l'ins­ tant de la fécondation montrent qu’il y a. dans l'œuf fécondé, un principe unique de vie. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. cxvin, a. 2. Les uns. les m isles, affirment que c'est l’âme de l'ovule dans lequel préexis­ tait l’organisme entier et à laquelle le spermatozoïde au- 1319 ANIMATION — ANNAT rait communiqué, avec l'impulsion motrice, la faculté de I se développer; les autres, les spermah'sies, disent que c'est Pâme du spermatozoïde, dans lequel préexistait éga­ lement tout l’organisme et qui aurait pris une énergie nouvelle et le pouvoir de s’accroître en se nourrissant de la substance renfermée dans l'ovule. Cf. T. Pesch, Insliltili.mes psyc/ioicf/ieœ, n. 415. t. Il, p. 72. l.es parti­ sans de r<;/>i[/<'n< se nient que. dans l'œuf, existe la moindre trace des organes futurs. Pour eux, l'œuf fécond '· cons­ truit lui-même les organes humains. L’âme qui com­ mence cette œuvre est-elle la résultante de la transfor­ mation des deux âmes et des deux substances de l'ovule et du spermatozoïde? Et alors est-elle une pure âme vé­ gétative. ou plutôt une âme déjà animale et sensitive ? La seconde hypothèse serait plus pausible. Est-elle autre chose que la résultante des deux âmes de l'ovule et du spermatozoïde; est-elle déjà l'âme humaine créée par Dieu au moment de la fécondation et unie à l'œuf fé­ condé pour y poursuivre l'impulsion vitale qu'elle y trouve? La chose est possible. — Dans l’état actuel de la question, il semble qu'il n’y ait, ni dans la sainte Ecri­ ture. ni dans la tradition, ni dans les documents pontilicaux. ni dans la théologie, ni dans la philosophie, ni en­ fin dans la biologie, aucun argument décisif eu faveur i de l'une des deux animations. La question reste donc I libre; cependant on doit reconnaître que la biologie et les biologistes s'accommodent mieux, de jour en jour, de la théorie de l’animation immédiate. III. CONCLUSIONS THÉOLOGIQUBS. — La question de l'animation intéresse la théologie dogmatique, la théolo­ gie morale et la théologie sacramentaire. 1° La théologie dogmatique étudie les mystères de la conception de Notre-Seigneur et de celle de Marie. — 1. Au sujet de la première de ces conceptions, elle en­ seigne que l’âme humaine du Christ a été créée par Dieu et unie hypostatiquement au Verbe, dès l'instant même de la conception. Les partisans de l’animation médiate sont obligés de recourir â de nombreux mi­ racles pour expliquer la prise de possession anticipée d'un corps dans le sein de Marie par lame humaine du Christ. Cf. Suarez, In 11 P™ parlent, q.M, disp. VI, Paris, 1866, t. xvii, p. 271 ; q. xxxm, disp. XI, sect, i, Paris, 1866. t. XIX. p. 180. Les partisans de l’animation immé­ diate restreignent l'intervention de l'Esprit-Saint dans l'ordre physiologique â l'œuvre d'une fécondation mira­ culeuse faite par le Tout-Puissant. A partir de cet ins­ tant l'âme du Christ est apparue et a organisé le corps adorable de l’Homme-Dieu. suivant les lois communes à toute génération humaine. — 2. Au sujet de la concep­ tion immaculée de Marie, les théologiens attestent : a. que la puissance de procréer ayant été donnée mira­ culeusement â sainte Anne jusque-là stérile, la concep­ tion de Marie se lit suivant les lois ordinaires; M ce que l’Eglise célèbre, sous le titre d'immaculée Concep­ tion, c'est la sainteté surnaturelle de l ame de Marie et sa préservation du péché originel, au moment précis où cette âme fut créée par Dieu et unieâ son corps virginal ; cl quoique l’Eglise célèbre ce mystère le 8 décembre, cependant elle n’a jamais voulu définir par lâ que l ame de Marie ait été créée et unie au corps au moment même de l’acte de la fécondation. 2' La théologie morale s’occupe de l'animation au sujet de l’avortement. Quoi qu'il en soit de la législation ancienne sur ce point, cf. Salmanlicenses, tr. XIII, I De t iliis et peccatis, disp. X, dub. VI, n. 225. Paris, | 1S77. p. 391 ; Diana. Résolut, moral., part. VII.tr. V, De j c6or(«, résolut. 6, Venise, 1652: la constitution Aposto■·«■ >'. dis, c. ni, S 2. frappe d'excommunication tous ceux — sauf la mère — qui intentionnellement provoquent l .ivortement de quelque fœtus vivant que ce soi’.. La distinction entre le fœtus formé et le fœtus in- . form- n existe plus. La suppression voulue de l’un comme de l'autre fait encourir la même peine. Cf. Gury, | 1320 Compendium theol. moralis, De præceplis decalogi, n. 402; Lehmkuhl, Theologia muralis, t. il, n. 970. 3» La théologie sacramentaire envisage le problème de l'animation relativement au baptême. Quand un fœtus est mis au jour prématurément, doit-on le baptiser toujours'.'ou faut-il ne le baptiser que s'il aalleint un cer­ tain degré de développement ? Quelque opinion que l'on suive par rapport â l’époque de l’animation, le doute doit profiter à l’âme, et la solution la plus sûre doit être admise. Par conséquent le fœtus, pobrvu qu’il soit vivant, sera baptisé sous condition à n'importe quelle période de son développement. Outre les auteurs cités dans le corps de l’article, consulter Aristote, De anima, et ses commentateurs sur ce livre et sur le De generatione animalium. 1. II. c. iv; spécialement J. Dan­ diné De corpore animato libri VII, seu in Aristotelis tres de anima libros commentarius peripateticus, 1. II, Cesène, 1651 ; Jean Philoponos, De anima, ad tex*... Ill et XXIV, Vienne, 1536; Galien. De formatione foetus, Bâle, 1529 ; Alexandre de Halés, Summa, part. Il, q. 1.XII, mombr. il, Venise, 1575, t. n ; Albert le Grand. Surnom de homine, q. vi et vu. Lyon, 1651, t. xtx: S. Bonaventure.hi IV Sent.,\. li. dist. XXXt, a. 1, q. i, Quaracchi, iss5, t. n: Cosmas Alamunnus, Summa philosophie ex variis Ibris D. Thomœ Aquinatis, Pliysicæ III pars, q. i.xxxix. a. 2, édit. Ehrle, Paris. 1890, t. n, sect, iv: Gaudin, Philosophia thomistica.PhysicælVpars, disp, unica, q. I, a. 3.1· conclusio, ad 2·, Civitta-Veccliin. 1859. t. m. p. 36*2: Nouvelle revue théoloyique, 1879, t. XI. p. 164. De animatione fœtus ; Palmieri. Institutiones philosophica’, Anthropologie, c. m. th. XVII. Borne, 1875: t. h; Zigllara, Summa philosophica, Psycliologia, 1. II, c. n, a. 3.n.9, 10, Rome, 1886, t. n, p.165,166: Tongiorgi,Institutiones philoso­ phiez. Psycliologia, n. 213, Bruxelles, 1869, t. ΙΠ, p. 109: Zeph. Gonzales, Philosophia dementaris, 1808,1.1, p.479; La Scienza italiana, an. III, 1878, t. i, p. 347; an. I, t. n, p. 338; an. 1U, t. 1, p. 227 ; Debreyne, Physiologie catholique et philosophique, Paris. 1872, p. 291 ; P. Hilaire de Paris, Notre-Dame de Lourdes et l’immaculée Conception, Dissertation sur le moment de la création des âmes, Lyon, 1880 ; S. Alphonse de Liguori, Theo­ logia moralis, 1. Ill, tr. IV, c. I, dub. iv, n. 394 sq.; Revue des sciences ecclésiastiques, janvier 1870, Étude sur l’animation du fœtus, par le docteur Dunot do Saint-Maclou : D. Mercier, La psychologie, IIP part., c. n. n. 244. 5· édit., Louvain, 1899, p. 540 sq. ; P. Hertwig, Traité d’embryologie, trad. Julin, Paris. 1891, I" part, c. ι-vu; W. Preyer, Physiologie spéciale de l'em­ bryon, trad. Wiet, Paris, 1887, IX· part, et append, ι-n ; H. Le­ brun, La reproduction. dans Revue néo-scolastique, février et mai 1899, février 190(1, Louvain; Edm. Perrier, La philosophie zoologique avant Darwin, Paris, 1884, c. xvni-xix. A. Chollet. ANIMISME, voir Vital (Principe). 1. ANNAT François, jésuite français, né à Estaing (Aveyron), le 5 février 15'30, admis dans la Compagnie le 16 février 1607, professa la philosophie et la théologie à Toulouse, fut recteur des collèges de Montpellier et de Toulouse, devint assislant de France (1618-1652), provin­ cial, confesseur de Louis XIV en 1651-1670; il mourut à Paris le 11 juin 1670. Dès 1644, il commença â publier ses nombreux ouvrages qui sont, presque tous, de contro­ verse contre les jansénistes, dont il fut l'adversaire déclaré. Des polémiques très vivess’ensuivirent. — Scientia media contra novosejus impugnatores defensa, in-4°, Toulouse, 1645. La faculté de théologie de Toulouse le censura, le 1" mai 1615, et le Père Charles de l'Assomption (de Bryasi, carme, publia contre lui : Scientia media ad examen revocata, in-8’, Douai, 1670. Le Père Ant. de la Loubère, S. J., défendit son confrère contre la censure de Tou­ louse, et le Père Annat se justifia dans Solutio quiestionis theologica:, historico: el juris pontificii, quæ fuerit mens concilii Tridenlini circa gratiam efficacem et scientiam mediam, in-4“, 1645; — Catholica disceptatio deEcclesia pressentis temporis, in-4°, Paris, 1650, contre le PèreGibieuf, de l’Oratoire; —De incoacta libertate, in-4’, 1652: — Augustinus a Baianis vindicatus, in-4’, Paris, 1652; — Informatio de quinque propositionibus ex Jansenii theologia collectis, quas episcopi Gallice Romano Pontifici ad censuram obtulere, in-4’, Paris, 1653; Ar- 1321 ANNAT — ANOMÉENS nauld et Nicole répondirent à cet ouvrage; — Jansenius a thomistis gratiæ per seipsam efficacis defensoribus condemnatus, in-4°, Paris, 1653; Noël de la Lane critiqua ce traité ; — Cavilli Jansenianorum contra latam in ipsos a Sede npostolica sententiam, in-4», Paris, 1654. Il fut traduit en français et de la Lane l'attaqua. — Il serait trop long de citer tous les autres ouvrages publiés par le Père Annat en français, contre les jansénistes; le plus consi­ dérable est La conduite de l’Eglise et du roi justifice dans la condamnation de l’hérésie des jansénistes, in-4», Paris, 1664. En 1661, il prit part à une polémique qui fut provoquée par une thèse sur l'infaillibilité du pape, soutenue le 12 décembre 1661 par le Père Jacques Corel, S. J., au collège des jésuites de Paris. Tous les tenants du gallicanisme s’élevèrent contre elle avec fureur. Le Père Annat ne put les convaincre par son Expositio theseos. Arnauld et Nicole se distinguèrent parmi ses adver­ saires. L’ouvrage le plus important laissé par le jésuite est Opuscula theologica ad gratiam spectantia, 3 vol. in-4», Paris, 1666, où sont insérés quelques-uns des traités cités plus haut. Pc Backer et Sommervogel, Bibl. de la C" de Jésus, t. i, col. 899-410; t. vin, col. 165840. C. SOMMERVOGEL, 2. ANNAT Pierre, né en 1638, mort en 1715, est le neveu du précédent. A l'exemple de son oncle. Pierre pro­ fessa la philosophica Toulouse, et s’adonna spécialement à l’étude de la théologie positive pour laquelle il composa une vaste introduction sous le nom d'Apparatus ad posi­ tivam theologiam methodicus, 2 vol. in-4», Paris, 1700, 1705; Venise, 1717, 1725. 1744, 1766. 1775; Bamberg, 1755. Ces nombreuses éditions attestent suffisamment la valeur de l’ouvrage, bien que plusieurs de ses opinions quelque peu hasardées l’aient fait condamner par le Saint-Office le 31 janvier 1713: mais l’ouvrage corrigé fut autorisé par décret du 3 octobre 1714. Il se divise en 7 livres ainsi disposés: 1» nature propre de la théo­ logie positive et de la théologie scolastique; 2» Ecriture sainte; 3» tradition; 4» principaux Pères de l’Eglise; 5» conciles: 0’ constitutions papales et décisions de l’Eglise: 7° hérésies, et, par manière d’épilogue, une dissertation détaillée sur le collège des cardinaux. L’auteur de VApparatus était supérieur général de la congrégation de la doctrine chrétienne. Eeller, Biographie universelle, Paris, 1845, t. ni, p. 11 ; Michaud. Biographie univers.anc. et mod.. Paris. 1811, t.n, p.189; Glaire. Diet, des sciences ecclésiast., Paris. 1868. t. I, p. 108 ; Huiler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892 sq., t. il. col.710. C. Toussaint. ANNEGARN Joseph, né à Ostbevern, le 12 octobre 1794. professeur d’histoire ecclésiastique au lycée de Braunsberg, mort le 8 juillet 1843. On a de lui, entre autres ouvrages, Handbuch der Patrologie, Munster, 1839. Hurter, Nomenclator literarius, 3' édit., Inspruck, 1895, t. ni, col. 1046. A. Vacant. ANNIBAL DES ANNIBALDI. Né à Rome, de la famille sénatoriale de ce nom. Entra dans l’ordre des frères prêcheurs, fut l’auditeur de saint Thomas d'Aquin à Paris, y reçut la licence (1258) et la maîtrise en théologie. Peu après, maître du Sacré-Palais, cardi­ nal du titre des Douze-Apôtres (décembre 1262), il mourut à Orviéto en 1272. Il fut lié d'une étroite amitié avec saint Thomas qui lui dédia les trois dernières parties de son exposition des quatre Évangiles d’après les Pères (Chaîne dorée). On a d’Annibal un commentaire sur les quatre livres des Sentences, longtemps attribué, à tort, à saint Thomas d'Aquin, parce qu’il est presque un résumé de l’ouvrage de ce dernier sur Pierre Lombard. Il a eu, grâce à cette confusion, un assez grand nombre d’édi­ tions. et se trouve plusieurs fois parmi les œuvres com­ plètes de saint Thomas. La première édition est de Bâle, 1322 1492. Il est placé dans le t. xvn de l'édition romaine, 1570, et dans le t. xxx de l'édition Fretté, Paris, 1889. Quêtif-Echard, Scriptores ordinis prædicatorum. t. i, p. 261; Hurler, Nomenclator literarius, t. iv, col. 255: Gregorovius. Geschiehle der Sladt Rom, Stuttgart, t. V 11865), p. 155 sq. ; Eubet, Hierarchia catholica, t. i. p. 8; Polthast, Regesta ponti­ ficum romunorum, p. 1541, 1649. P. Mandonnet. ANNIBALE (d>) Joseph, cardinal, né le 22 sep­ tembre 1815 à Borbona, diocèse de Rieti. fut professeur au séminaire de Rieti et conquit dans cette charge, par son enseignement et scs publications, la réputation d'un théologien consommé. Il devint ensuite vicaire général de Rieti, mais ne resta que peu d’années dans ce nou­ veau poste. Il fut préconisé évêque titulaire de Cariste par Léon XIII, le 12 août 1881, et nommé en meme temps assesseur de la S. C. du Saint-Office. Enfin, il fut créé cardinal-prêtre du titre des Saints-Boniface et Alexis, dans le consistoire du 11 février 1889. Le souverain pontife, dans son allocution consistoriale, rendait au nouveau cardinal ce témoignage particulière­ ment élogieux : « Il est illustre par son inb’-griié, sa modestie et la richesse de sa doctrine. » Univers, 15 lé­ vrier 1889. Le cardinal d’Annibale fut préfet de la S. C. des Indulgences. Il mourut à Borbona, sa ville natale, le 18 juillet 1892. On a de lui une théologie morale publiée sous ce titre : Summula theologies moralis, 3 vol. in-8», Milan, 1881-1883. C'est un résumé substan­ tiel des leçons que l’auteur professait au séminaire de Rieti. L’ouvrage est divisé en trois parties : I ■ Prolé­ gomènes ou traités généraux de la théologie moralç; — 2» Devoirs de droit naturel, communs à tous les hommes; — 3’ Devoirs particuliers aux chrétiens, touchant les choses saintes et religieuses, comme les sacrements, les fêtes, etc. Dans ce cadre, toutes les questions de mo­ rale ont trouvé place; toutes ont une solution concise, mais nettement formulée et appuyée sur les meilleures autorités. Les notes occupent dans l’ouvrage plus de place que le texte et renferment, avec des citations bien choisies, d’utiles références bibliographiques. Le car­ dinal d’Annibale écrivit aussi un Commentaire de la constitution « Apostolicæ Sedis », Rieti, 1880. Ce com­ mentaire est apprécié et a été mis à profit par la plu­ part des auteurs plus récents, théologiens et canonisles. Hurter, Nomenclator literarius recentioris lheologix calholicæ, Inspruck, 1892 sq., t. ni, col. 1448. A. BeüGNET. ANOMEENS, secte d’ariens dont la caractéristique était le radicalisme et l’intransigeance de leurs assertions hérétiques; aussi formèrent-ils comme l’extrême gauche du parti. Leur nom vient du mot grec ανόμοιος, dissem­ blable, dont ils se servaient à l’égard de Dieu le Fils, par opposition à Γόμοούσιος des orthodoxes, à Γόμοιούσιος des semi-ariens, et meme à Ι’όμοιος trop accentué de certains ariens plus politiques et moins intransigeants, comme Acace de Césarée et ses amis. On les appelait aussi aéliens et eunomiens, de leurs deux coryphées, Aêtius et Eunomius. Les appellations d’exoucouliens et d’hétérousiens, par lesquelles on les désigne encore, ne leur étaient pas propres', mais communes avec tous les partisans de l’arianisme strict, qui soutenaient que le Fils avait été tiré du néant, έξ ούχ οντων, et qu’il était d'une autre substance que le Père, έτεροούσιος. — 1. His­ toire. II. Doctrine. 1. Histoire. — Au début, lesanoméens n'ont pas d’au­ tre histoire que celle de leurs chefs, Aétius et Euno­ mius. Quand, sous l'empereur Constance, la division se mit parmi les adversaires de la foi de Nicée. ils firent cause commune avec les autres ariens, tant qu'il s’agit seulement d’affirmer la supériorité du Père sur le Fils ou de rejeter Γόμοούσιος et Γόμοιούσιος, comme au troi­ sième synode de Sirmium en 357 et au synode tenu à Antioche l’année suivante, sous l'évêque arien Eudoxe. 1323 ANOMÉENS 1324 parti et se fit une clientèle facile. Philostorge, xn, 11, Mais, en cette même année 358. les anoméens sont di­ P. G., t. i.xv, col. 620. Vers le milieu du Ve siècle, la rectement pris à partie par les semi-ariens réunis à Ansecte des anoméens se trouvait presque éteinte; les rares cyre, puis à Sirmium; Γάνόμοιος est anathematise. Ac­ adeptes qu’elle conservait encore en Orient étaient tius et Eunomius furent alors exilés avec un grand nom­ obligés de se cacher et de tenir leurs assemblées dans bre de leurs partisans, mais l'exil dura peu. Les camps des endroits isolés; ce qui leur fit donner le nom de se tranchèrent davantage au synode de Séleucie, en 359. troglites ou troglodytes. Théodoret, Hæret. fabul., iv, Acace de Césarée ayant proposé une formule arienne 3, P. G., t. lxxxiii, col. 422. mitigée qui admettait vaguement le terme d’Spoioç, et IL Doctrine. — La doctrine trinitaire des anoméens rejetait Γάνόμοιος, Aétius et Eudoxe écrivirent de tous est, en substance, celle de l’arianisme primitif. Pour côtés pour soutenir la doctrine de l’hétérousie. Le s’en convaincre, il suffit de comparer la profession de triomphe des acaciens à la cour valut à Aétius un nou­ vel exil, tandis qu’Eunomius, soutenu par Eudoxe trans­ ! foi présentée par Arius â saint Alexandre, S. Athanase, féré du siège d'Antioche sur celui de Constantinople, de­ De synodis, § 15, P. G., t. xxvi, col. 706-706, et ΓέκΟεσι; πιστεως d’Eunomius, P. G., t. LXXII, col. 950-951. ou vint évêque de Cyzique en Mysie. Mais bientôt les diffi­ bien encore le court résumé que le même Eunomius cultés qui s'élevèrent entre les deux évêques au sujet du donne de son enseignement à la fin de sa première rappel et de la réhabilitation d’Aétius, sans cesse ajour­ Apologie, P. G., t. xxx, col. 868. Des deux côtés on part nés par Eudoxe, firent qu’Eunomius se sépara de celuid’un Dieu unique, non engendré et sans commence­ ci et forma un groupe à part; on distingua dès lors les « eunomiens ou anoméens «des « ariens oueudoxiens ». ment, αγέννητος, άναρχος, lequel, en conséquence de son éternité et de son aséité, ne saurait communiquer sa Théodoret. Hæret. fabul. compend.,iv,3,P. G.,t. lxxxiii, propre substance ni engendrer un terme même consub­ col. 421. Eunomius fit des ordinations pour son parti, stantiel. Dès lors, il ne saurait être question ni d’iden­ qui eut bientôt un évêque à Constantinople même. Phi­ tité, ni de similitude quant à la substance entre le lostorge, Hist, eccles. epilom., vin, 2; ix, 4, P. G., t. i.xv. Père et le Fils; celui-ci est un être tiré du néant par la col. 555, 570. La secte fit de grands progrès sous Julien volonté du Père, mais supérieur aux autres créatures, l’Apostat, qui la favorisa, sans doute pour faire mieux échec aux orthodoxes. Dans un synode d'Antioche, tenu parce que seul il a été créé immédiatement par le Dieu suprême pour devenir son instrument dans la produc­ en 362 sous Euzoius, quelques évêques prononcèrent la tion et le gouvernement du monde. réhabilitation d’Aétius et affirmèrent nettement la doc­ trine anoméenne, en déclarant << le Fils totalement dis­ Cette doctrine, purement arienne, reçoit chez les ano­ méens une forme plus systématique et si fortement im­ semblable d'avec le Père, κατά πάντα ανόμοιος, aussi bien sous le rapport de la volonté que sous celui de la sub­ prégnée du dialecticisme aristotélicien, que Théodoret leur reproche d’avoir transformé la théologie en techno­ stance ». Socrate, Hist, eccles., n, 45, P. G., t. lxvii, col. 3G0. logie, Hæret. fabul., iv, 3, P. G., t. lxxxiii, col. 420, et Les progrès des eunomiens continuèrent sous Valens, saint Grégoire de Nysse, de tout concevoir en Dieu d’après les catégories d'Aristote. Contr. Eunom., 1. XII, grâce à l'influence prépondérante d’Eudoxe et au carac­ tère franchement arien de la politique religieuse de l’em­ P. G.,t. xlv, col. 906-907. Aétius et Eunomius insistaient particulièrement sur Ι’άγεννησία, l'aseité, comme con­ pereur ; mais, à sa mort, leur fortune sombra. Dans l’é­ dit de tolérance, porté par Gratien, à la fin de l’année stitutive de l’essence divine absolument simple et indivi­ 378, les eunomien., furent exclus du bénéfice commun. sible, pour en conclure la diversité de substance entre Socrate, v, 2. P. G., t. lxvii, col. 568. Sour Théodose, le Père αγέννητος et le Fils γεννητός. Les quarante sept raisonnements d’Aétius, rapportés par saint Épiphane, leur situation devint encore plus critique. Condamnés Hær., lxxvi, P. G., t. xlii, col. 549 sq., tendent tous à nommément au second concile œcuménique, tenu à Constantinople en 381 . enveloppés dans toutes les mesu­ prouver que Ι’άγεννησία signifie formellement et uni­ res répressives prises par l’empereur contre les ariens quement la substance divine éminemment simple, que ou les hérétiques eu général, ils furent encore l'objet de c’est l’essence même de Dieu, et que par suite, dans lois spéciales, ordonnant de rechercher soigneusement l’hypothèse d’une génération à terme consubstantiel, la substance divine serait tout â la fois engendrée et non et d’exiler leurs clercs et leurs docteurs, ou de livrer leurs livres au feu, leur enlevant même les droits civils engendrée, contradiction suivie de plusieurs autres. en matière de testament et d’héritage. Cod. Theodos., Relativement au composé théandrique, les anoméens Bonn, 1842, t. XVI. tit. v, 31,32, 34, 49.58. La décadence partageaient encore une erreur commune aux ariens, du parti fut aussi favorisée par des divisions intestines. en ne reconnaissant pas d’âme humaine dans le Christ. S. Épiphane, Ancoralus, xxxm, P. G., t. xliii, col. 77; Vers 379. un Cappadocien, nommé Théophrone, pré­ tendit qu’il y avait diversité et changement dans la con­ Théodoret, Hæret. fabul., v, 11, P. G.,t. lxxxiii, col. 489; Gennade, De eccl. dogm., n, P. L., t. lviii, col. 981; naissance divine, suivant qu’elle se rapporte au passé, au présent ou à l’avenir; excommunié par les eunomiens, surtout S. Grégoire de Nysse, ContraEunom., n, 13, P. il forma une secte dont les partisans s’appelèrent eunoG., t. xlv, col. 543-545, et De anima, ibid., col. 220. Les miolhéophroniens. Sozoméne, Hist, eccles., vu, 17, P. G., doutes émis sur ce point par quelques auteurs, comme t. LXVII, col. 1464. Peu de temps après, un laïque de Tillemont, Mémoires, t. vi, p. 514, n’ont d’autre fonde­ Constantinople, du nom d’Eutychius, soutint que le Fils, ment que la mauvaise traduction latine de Γέχβεσι; πίσ« ayant tout reçu du Père, » connaissait l’heure du der­ τεως d’Eunomius dont ils se sont servis. En ce qui con­ nier jugement. Désapprouvé par les autres eunomiens cerne le Saint-Esprit, ils formulaient explicitement les qui s'appuyaient sur Matth., xxiv, 37, et Marc, xni, 32, conséquences de la doctrine arienne, ne voyant en lui il fit appel à Eunomius alors en exil, et celui-ci sanc­ que le plus haut et le plus noble produit du Fils, destiné tionna sa doctrine; mais après la mort de l'hérésiarque, à être la source de l’illumination et. de la sanctification vers 395. il fut excommunié par ses adversaires et forma des âmes. Dans son Apologie, n. 25, Eunomius lui refuse la s· cte des eunomieutychiens, les mêmes assurément en propres termes la puissance créatrice et la divinité. qui. dans Nicéphore Callisle, sont appelés eunomieupsyLes anoméens s'écartaient pourtant sur deux points ehiei/s. Sozoméne, loc. cil.; Nicéphore Calliste, Hist. de la doctrine d’Arius. D’après cet hérésiarque, le Fils er< >■ · . su. 30, P. G., t. cxlvi, col. 842. Une troisième n'était parvenu à la dignité divine qu’en récompense de scissu n ut lieu sous Théodore le jeune, vers 420. Lucien, sa vertu; les anoméens, au contraire, lui attribuaient nev 1 unomius et d’abord chef des anoméens à Con­ cette dignité comme apanage de sa génération et de sa stantine pie. se rendit coupable d’avarice et d’autres vices; filiation unique. Eunomius distinguait entre l'essence craignant y. on ne sévit contre lui, il se sépara de son divine, ούσία, indivisible et incommunicable, et la 1325 ANOMÉENS— ANSALDI 1326 LehredesEunomius, in-8‘, Kiel, 1833,p. vill-68; Nemwan.Tfte puissance d’agir ou l’activité, ένεργεία, séparable et arians of the fourth century. c. iv, sect, ιν, 4- édit., Londres, communicable. C’est Γένεργεία, et non pas Γούσία, qui 1876 : Hefele, Hist. descoticilni.STi. trad. Leclercq. Paris, I9j7, est en Dieu le principe de la paternité, et c’est aussi t- 1, p. 886; Scbwane, Doyntenyeschichte der patrislichen la participation de Γένεργεία ou puissance créatrice Zeil, 2· édit., Fribourg-en-Brisgaii. 1895, p. 19-31, 128-129. Voir qui constitue la divinité du Fils, car elle l’élève auaussi les ouvrages cités aux articles Aétius et Eunomius. dessus du niveau ordinaire des créatures et lui confère X. Le Bachelet. vis-à-vis des choses qu’il a créées le rang qui revient au 1. ANSALDI Chaste Innocent. Né à Plaisance, créateur. le 7 mai 1710, prend l'habit des frères prêcheurs à L’autre point de divergence se rapporte à la connais­ Parme, le 6 septembre 1726. Appelé à Rome en 1733 par sance de Dieu. Arius considérait- l'étre divin comme le général de son ordre, il suit les études de la Minerve incompréhensible. S. Athanase, De synod., loc. cit. et se lie surtout avec le cardinal Orsi. En 1735, il va en­ Les anoméens. au contraire, proclamaient hautement seigner la philosophie à Naples dans le couvent de Saintel'intelligibilité absolue de l’essence divine : « Dieu ne Catherine de Formelo. Il obtient l’année d’après la sait de son être rien de plus que nous; son être u’est chaire de métaphysique de l’université. Ses succès font pas plus clair pour lui que pour nous. Tout ce que nous créer en sa faveur, en 1737, par le roi de Naples, une savons de lui, il le sait également, et tout ce qu'il sait de chaire de théologie qu'il n’occupe qu'une année. Il pu­ lui-même, nous le trouvons pareillement en nous sans blie en 1738 le premier de ses ouvrages dont la longue différence aucune. » Ce sont les propres paroles d'Eusérie devait lui faire une haute réputation. En 17-45, il nomius, d’après Socrate, Hist, eccl., iv, 7, P. G., est nommé premier professeur de théologie dans le cou­ t. lxvh, col. 474. Et l’anoméen Philostorge compte vent de Brescia, et en 1748, professeur d’Ecriture sainte. expressément l'opinion contraire parmi les erreurs Il est appelé, en 1750, à la chaire de théologie de l’uni­ d'Arius et d'Eusèbe de Césarée, Hist, eccl., i, 1; n, 3; versité de Ferrare, qu'il quitte, en 1756, pour occuper, x, 2, P. G., t. i.xv, col. 461, 468, 583. Quelle put être la sur la demande du roi de Sardaigne, celle de l'univer­ genèse de celte doctrine, c'est une question qui deman­ sité de Turin. Il y enseigne 14 ans et meurt dans cette derait un plus long exposé des idées d'Eunomius sur la même ville, les premiers jours de mai 1780. La plupart manière dont nous connaissons Dieu et sur l’origine des ouvrages d’Ansaldi sont empreints d’une grande éru­ divine et la portée des noms appellatifs. Voir Eun'OMIDS. dition et visent d'ordinaire la critique rationaliste et la Il suffit de remarquer ici une étroite connexion entre philosophie anti-chrétienne de son temps. La liste sui­ cette doctrine et les principes des anoméens sur Γάγενvante contient ses principales publications: — 1° Patriar­ νησία; en soutenant que ce mot seul exprimait, et expri­ ches Josephi, Ægypti olint Proregis, Religio a crimina­ mait parfaitement l’essence divine, conçue d’ailleurs tionibus Basnagii vindicata, in-8», Naples, 1738; réé­ a»c un caractère de simplicité absolue excluant toute ditée sous ce titre: De veteri Ægyptiorum idolalria ac Jeinction même virtuelle, ils se trouvaient facilement moribus dissertatio, in qua patriarch. Joseph, ab cri­ amenés à conclure qu’ils comprenaient pleinement l’es­ minationibus Basnagii vindicatur. Editio altera plu­ sence divine comme le terme même 6’άγεννησία. Cf. rimum emendatae! aucta (dans la Raccolta d'opuscoli, S. Grégoire de Nysse, Contra Eunom., 1. XII. P. G., du P. Calogerà, Venise, 1741, t. xxm), in-8», Brescia, t. xi.v, col. 918, 930. 938. 1747. — 2° De caussis inopiæ veterum monumentorum A ces diverses erreurs les anoméens en joignirent pro copia martyrum dignoscenda, adversus Dndmveld'autres dansl’ordre pratique. Ils rebaptisaient les catho­ lum dissertatio, 1 vol. in-8», Milan, 1740; — 3» De prin cipiorum legis naturalis traditione libri III, 1 vol. inliques et même jusqu’aux ariens qui n’elaient pas de 4», Milan, 1742. — 4» De romana tutelarium deorum, leur secte; de plus, à la triple immersion alors en in oppugnationibus urbium evocatione liber singularis, usage ils substituaient une seule immersion, en mémoire in-8% Brescia, 1743; in-8», Venise, 1753, 1761 ; Oxford, de la mort de Jésus-Christ. Philostorge, x, 4, P. G., 1765. — 5“ De martyribus sine sanguine, altera adver­ t. l.xv, col. 585; Sozomène, Hist, ccd., VI, 26, P. G., sus Dodvellum, in qua et romani marlyrologii loca a t. lxvii. col. 1362 sq. Saint Épiphane ajoute qu'ils chan­ criminationibus Bælii Vindicantur, 1 vol. in-8°, Milan, geaient aussi la formule traditionnelle, en baptisant au 1744; Venise, 1756, avec le De caussis inopiæ. — 6» nom du Dieu incréé, et du Fils créé, et de l’Espril sancti­ De forensi J udæorum buccina commentarius, 1 vol. in-8», ficateur et procréé par le Fils créé. H seres., lxxvi,6, P. G., Brescia, 1745; Venise, 1763, dans le t. xxvu du The­ t. xui. col. 657. L’administration du baptême aurait même saurus antiquitatum sacrarum d’Ugolini. — 7» Hero­ dégénéré chez eux en pratiques ridicules ou inconve­ dioni infanticidii vindiciæ. Accedit dissertatio de loco nantes. Théodoret, Hæret. fabul., tv, 3, P. G., t. lxxxiii, Johannis aliter atque habet Vidgata a nonnullis Pa­ col. 420. On reproche encore aux anoméens leur attitude tribus lecto, 1 vol. in-4», Brescia, 1746. — 8° De authenti­ irrespectueuse et rationaliste à l'égard des saintes Ecri­ cis sacrarum Scripturarum apud SS. Patres lectioni­ tures, S. Épiphane, loc. cit., et leur aversion pour le culle bus libri duo, 1 vol. in-4», Vérone, 1747. — 9»Oe futuro des reliques et des saints. Astère d’Amasée, Homil., x, sæculo ab Hebræis ante captivitatem cognito, adversus JoP. G., t. xi., col. 331 ; S. Jérôme, In Vigilant., c. vm, hannem Clericum commentarius, 1 vol. in-8»,Milan, 1748. P. L., t. xxiii, col. 347. Enfin, leurs principes de mo­ — 10° De baptismate in Spiritu Sancto et Igni com­ rale, opposés à l’ascétisme chrétien, auraient été fort mentarius sacer philologico-criticus : cui accedunt ora­ larges, comme saint Grégoire de Nysse le dit assez net­ tiones duæ in Ferrariensi Athenæo habitae, I vol. in-4», tement, en déliant les anoméens eux-mêmes de lui Milan, 1752. — 11» De sacro et publico apud Ethnicos porter un démenti. Contra Eunom., 1. 1, P. G., t. xi.v, tabularum pictarum cultu, 1 vol. in-4», Venise, 1753; Tu­ col. 266, 282. rin, 1768(édit.augmentée). —12° Vindiciæ MaupertuisaJ. SovncssAXCisxNss. les Histoires ecclésiastiques de Socrate, næ ab animadversionibus viri Cl. Francisci M. Zanotti Sozomène, Théodoret et Philostorge citées au cours de cet article, et les écrits des Pères qui ont lutté contre les anoméens : S. Basile, quibus quantum philosophise morali Stoicorum præContra Eunomium libri V, les deux derniers livres étant vrai- I stet religio ininfelicitote vitæ minuenda demonstratur, semblablement l'œuvre d'Apollinaire de Laodicée, P. G.,t. xxix, I I vol. in-4», Venise, 1754. — Difesa del Signor di col. 498sq.; S. Grégoirede Nazianze, Oral.. xxxm-xxxvi,P.G., Maupertuis dalle censure del Signor dotlore Francesco t. xxx vi. col.214 sq. ; S. Grégoire de Nysse. Contra Eunom. libri Maria Zanotti, tradotta dal latino dei P. C. I. Ansaldi XII. P. G., t. xi.v, col. 243 sq. ; S. Épiphane, Hæres., LXXVI, P. in linguaggio italiano da Lorenzo Dorighi Ferrarese, G., t. xi.li, col. 516 sq. ; S. Jean Chrysost., Homil., De incom­ 1 vol. in-4», Venise, 1756, et dans le t. I de Raccolta di prehensibili, P. G., t. XL11I. col. 701 sq. trattati di diversi autori, concernenti alla Religion na­ II. SrxTHÈsss iitsnmrotrEs ou Doa.vsrtouss : Tillemont, Mé­ moires, Paris, 1704, t. VI, p. 501-516; Klose, Geschichte und turale,ed allamorale filoso/ia de'crisliani, Venise, 1756. 4327 ANSALDI — ANSELME 1328 — 13° Lellera del P. C. 1. Ansaldi al Signor D". F. M. rait à la cour de Dieu. Cette idée lui trotta longtemps Zanotti, innposta ai trediscorsi da quest'ullimo slam­ par la tète, et il cherchait à la réaliser. Un jour, il rêva pat i contra la di/esa del Signor di Mauperluis, 1 vol. l’avoir fait, et « le matin, sicut puer simplex et inno­ in-80, Venise, 1755, et dans Raccolta di traitait, t. n, Ve­ cens, il croyait vraiment avoir été au ciel et y avoir nise, 1757. — 14° Parere del P. Pio Tommaso Schiara mangé le pain du Seigneur ». Ibid., col. 51. Cependant il dell'ordine de'predicatori sopra it libro intitolato, Vin­ grandissait, chéri de tous. Sur ses demandes instantes, dicia: Mauperluisanæ, diretto al P. C. I. Ansaldi (pu­ il fut mis à l’école. Mais le maître, un parent, ne sut blié par Ansaldi avec une longue préface de lui), 1 vol. pas prendre cette riche et délicate nature, et l'enfant in-i°, Venise. 1756. — 15° Della nécessita e verilà della passa par une 'terrible crise d’hypocondrie, qui mit sa religione naluralee rivelata, 1 vol. in-8», Venise, 1755. raison meme en danger. 11 fallut pour le guérir tout le — 16° De Theurgia, deque theurgicis ethnicorum myste­ tact et tout l'amour de sa mère. Enfin, il se rouvrit et riis a divo Paulo memoratis commentarius, I vol. in-8», les désirs d’étude revinrent. Cette fois il fut confié, Milan, 1761. — 17° Multitudo maxima eonimqui prio­ semble-t-il, aux bénédictins d'Aoste, et dans cette douce ribus Ecclesiæ sieculis Christianam religionem professi jitmospbère, demi-monacale et demi-maternelle, les pro­ sunt, adversus Davidem Clarksonum, aliosque qui illos grès furent rapides. Ce fait, qu’il racontait plus tard à ses moines du Bec, contribua sans doute beaucoup à exiguo fuisse numero constituunt, ostensa et vindicata, 1 vol. in-8°, Turin, 1765. — 18° Della speranza e della former l'admirable éducateur que fut Anselme. (Eadmer consolatione di rivedere i cari nostri neWallra vita, 1 n’en dit rien. Pour savoir comment nous le connaissons, 1 vol. ίη-δ», Turin, 1772. —19° Saggio intornoalte immavoir Ragey ci-dessous, t. i, p. 11.) Il n'avait pas 15 ans qu’il voulait déjà être moine : c'était pour lui la vie ginazioni e alie rappresentazionidella félicita somma, idéale. Mais vinrent les attraits du monde : plus de fer­ 1 vol. in-8°, Turin. 1775. —20° Ri/lessioni sopra imezzi di perfezionare la /iloso/ia morale, 1 vol. in-8°, Turin, veur, presque plus d'étude. Sa mère le retenait un peu. Elle mourut, et « la barque de son cœur, ayant comme 1778. — 21° De profectione Alexandri Hierosolyma, perdu son ancre, fui emportée sur les Ilots du siècle ». 1 vol. in-8°, Turin, 1780. — Prælectiones theologica: de Ibid., col. 52. Dieu y pourvut : son père, on ne sait re sacramenlaria habilæ in Taurinensi universitate, nunc primum in lucem editœ cura et studioFr. Domi­ pourquoi, se mit à lui faire la guerre, autant ou plus, dit le biographe, pour le bien qu'il faisait que pour le nici Mariæ Federici, O. P., 2 vol. in-4°, Venise, 1792. mal. Bref, Anselme s’éloigna, en compagnie d'un seul Au commencement du De profectione Alexandri se trouve une clerc, du donjon paternel. biographie due au P. Vincent Fassini, O. P., professeur à l'uni­ « Après trois ans passés partie en Bourgogne, partie versité de Pise et ami d'Ansaldi. Une liste complète des écrits en France, il vient à Avranches et y demeure quelque d'Ansaldi est dressée à la lin du même ouvrage. Hichard et Gi­ temps » — le biographe ne donne pas d’autre détail <,v— raud. Bibliothèque sacrée, à l'article Ansaldi rédigé par le P. Fa­ bric)·, O. P.; Hurter, Nomenclator lilerarius, t. ni, col. G4. de là il se rend au Bec, « pour voir Lanfranc, lui parler, P. Maxuonnet. rester près de lui, » comme faisaient tant de clercs, et 2. ANSALDI Pierre Thomas, prévôt de l’église ca­ non des moindres, que le renom du maître attirait de thédrale de Saint-Miniat, n'est connu que par sa docte toutes les parties du monde. Le voilà élève de Lanfranc. dissertation De divinitate D. N. Jesu Christi, in-8°. et bientôt son élève chéri. Nuit et jour il travaille, in Florence, 1755, qui, à la différence de celles qui avaient litterarum studio; non seulement il écoule Lanfranc, paru jusqu’alors, emploie exclusivement les preuves ti­ mais il se prête volontiers à aider lui-même ses condis­ rées de l'archéologie, de la numismatique, de l’épigraciples. Sa vie était celle d'un moine. « Si jetais moine, phie et de la linguistique. se dit-il, je n’aurais pas plus à souffrir et je serais sûr du mérite. » Ibid., col. 53. Le voilà donc uniquement Glaire. Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, soucieux de plaire à Dieu : il sera moine. Mais où? « Si t. i, p. 112; Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, 1895. j'entre à Cluny ou au Bec, pensait-il, le temps que j'ai l. ni, col. 64; Journal des Savants, année 1756, p. 569. C· Toussaint. donné à l’étude des lettres est du temps perdu. A Cluny, 1. ANSELME DE CANTORBÉRY (Saint). — I. pas d'études; au Bec, la place est prise par Lanfranc. 11 Saint Anselme. II. Argument de saint Anselme. faut que j’aille là où je pourrai montrer mon savoir et rendre service à beaucoup. » — « Je n'étais pas encore dompté, disait plus tard Anselme en racontant cela, je I. ANSELME (Saint). — I. Vie. II. Œuvres : chrono­ n'avais pas encore le mépris du monde. » Des idées plus logie et authenticité. 111. Œuvres : idée et contenu. hautes et plus justes lui vinrent bientôt, des idées de IV. Traits caractéristiques. sacrifice. « Est-ce donc vouloir être moine cela que de I.VlE. — Dans Anselme, le théologien est inséparable de vouloir être préféré, plus honoré, plus estimé? A bas la l’homme et du moine. Il faut donc jeter un coup d'œil superbe! sois moine là où, comme il convient, tu sois sur cette belle vie, non pour tout dire, mais pour dégager mis après tous pour Dieu, compté pour moins que tous, ce qui peut servir à comprendre et à juger les écrits et moins estimé que tous... Et donc, au Bec... Là sera mon la doctrine. Eadmer, le fidèle compagnon d'Anselme et repos, là j’aurai en vue Dieu seul, là son amour sera toute son consciencieux biographe, est là pour nous guider. ma contemplation, là son bienheureux et continuel sou­ 1. Premières années. — Anselme naquit dans la cité venir ma consolation et mon rassasiement. » Ibid., col. 53. d’Aoste en 1033 ou 1034, quelques-uns disent le 6 mai D’autres fois, il se demandait s’il ne devait pas se faire 1033, de parents riches et nobles. Son père, Gondulfe ermite, ou encore rentrer chez, lui et vivre de son patri­ ou Gandolfe, était Lombard; en attendant qu'il se fit moine en faisant le bien. Il s’ouvrit de tout à Lanfranc, moine pour mourir sous le froc, il était tout aux choses qui, ne voulant rien décider, l'adressa au saint évêque du siècle, libéral d'ailleurs et bienfaisant, au point de de Rouen, Maurille. L’évêque opina pour le Bec. Anselme passer pour prodigue. Sa mère, Ermemberge, était, dit acquiesça. On voit que cet homme d’idéal et de senti­ Eadmer. une parfaite mère de famille. C’est elle qui fut ment, ce primitif et ce spontané, savait être pratique et la première éducatrice d'Anselme, et « l’enfant, dans la réfléchi. n. -ni ·■ de son âge, prêtait volontiers l'oreille aux leçons 2. Le moine. — Anselme avait 27 ans quand il devint maternelles °. P. L., I. CLvni, col. 50. Un trait de ces moine' au Bec (1060). Trois ans après, il remplaçait Lan­ toi.:· - ; i rnières années montre très bien ce qu'il était franc comme prieur et prolilait des libertés de sa charge et fait pr sager ce qu’il sera. Entendant dire qu’il y avait pour être de plus en plus à Dieu et aux sciences célestes. là-haut dans le ciel un Dieu maître de tout, il se figura, Il se préparait, dit Eadmer, par ces divines spéculations utpote puer inter montes nutritus, que le ciel reposait à résoudre, Deo reserante, les questions les plus obscures sur la montagne, et qu’en allant au sommet on arrive­ 1329 ANSELME non résolues jusqu'à lui, et à prouver par raisons évi­ dentes que ses solutions étaient vraies et catholiques. Les jours ne lui suffisant pas, il passait une partie de ses nuits à prier et à corriger des manuscrits. Une nuit qu'il était couché, il cherchait comment les prophètes avaient pu voir comme présent 1e passé et l’avenir; il vit soudain de son lit tes moines, chacun suivant son office, allumer, préparer l’autel pour les Matines, sonner la cloche, et à ce son tous les frères se lever. Il comprit qu'il n’était pas plus difficile à Dieu d’éclairer tes prophètes. Ce qu'était son enseignement, nous pouvons nous en faire une idée par ses opuscules, par les dialogues sur­ tout, dont quelques-uns, comme le De grammatico, sont de petits chefs-d’œuvre pédagogiques. Grand spéculatif, il était aussi grand directeur d'àrnes; et en même temps qu'il gagnait tout le monde autour de lui, il répandait an loin le bon renom du monastère et y attirait une élite avide de science et de perfection religieuse. Il avait grâce pour gagner des jeunes gens et pour les former; il s'en occupait avec un soin spécial, et maint trait de sa vie, mainte parole ou mainte lettre de lui nous mon­ trent quel art il avait pour gagner les cœurs, comment il savait se proportionner à l’âge et comment il comptait plus sur la douceur que sur la violence. Eadmer, I. I. c. n, n. 13, 17, P. L., t. clviii, col. 57, 59; c. iv, n. 30. col. 67. Cf. Guibert de Nogent. De vita sua, I. I, c. xvn, P. L., t. clvi, col. 874. Le 26 août 1078, mourait le saint abbé Herluin, fon­ dateur du Bec. Tous les suffrages désignèrent Anselme pour lui succéder; et, non moins que le prieur, l'abbé fut pour tous comme une vision de la bonté divine. Un plus lourd fardeau lui était réservé. 3. L'évêque. — Plusieurs fois déjà les affaires du Bec l’avaient amené en Angleterre et, comme partout, il s’était fait aimer et vénérer. Le siège de Cantorbéry était vacant depuis quatre ans, quand le roi Guillaume le Houx, d’accord pour une fois avec son clergé et tout son peuple, choisit Anselme pour succéder à Lanfranc, 6 mars 1093. Malgré ses résistances, la « pauvre vieille petite brebis » fut attelée au joug avec « le taureau indompté » qu’était le roi. Eadmer, Hist, novorum, 1. I, P. L., t. eux, col. 368. C'en est fait pour lui des doctes loisirs et de la paix monacale. 11 ne cessera de les regretter, et sa grande joie sera de se retrouver au milieu des moines : « Le hibou dans son trou est content avec ses petits; ainsi moi au milieu des moines. » « J’aimerais mieux, disait-il encore, être au milieu des moines l’enfant qui tremble sous la verge du maître, que le primat d’Angle­ terre sur son siège pontifical. » Eadmer, Vila, 1. Il, c. i, n. 8, P. L., t. clviii, col. 83. On sait sa résistance invin­ cible aux prétentions de ce tyran brutal et gouailleur que fut Guillaume le Roux. La querelle allait plus loin que la question des investitures, plus loin que cette « liberté de l’Eglise, la chose que Dieu aime le plus en ce monde ». C’est au schisme que tendait Guillaume. La grande intelligence d’Anselme, sa vue claire des droits et des prérogatives de l’Église furent pour beaucoup dans son attitude : le théologien montrait son devoir au saint. En 1097, il put enfin aller à Rome et voir le pape "rbain IL Son séjour en Italie se prolongea. En 1098, il assista au concile de Bari, on sait avec quel éclat. En avril 1099, il prend part au synode de Rome où furent renouvelés les décrets contre la simonie, le concubinage des clercs, l’investiture laïque. En août 1100, on apprit la triste mort de Guillaume le Roux. Son frère, Henri Beauclerc, lui succéda et invita le primat à revenir. Lapaix ne fut pas longue, et, en avril 1103, Anselme repre­ nait le chemin de Rome. Il ne devait rentrer en Angle­ terre qu’en septembre 1106. Cette fois, l’accord était sincère et le vieil archevêque put mourir en paix. 4. Derniers jours. — « Ne pouvant plus marcher, dit Eadmer, 1. II, c. n, P. L., t. CLVin, col. 115, il se faisait porter tous les jours à l’oratoire pour assister à la messe, 1330 car il avait une dévotion tendre à l’eucharistie. » C’est seulement cinq jours avant sa mort qu'on parvint à lui faire garder absolument le lit. Ses chères études eurent une part dans ses dernières pensées. « On était au di­ manche des Rameaux ; nous restions, comme de coutume, assis près de lui. L'un de nous lui dit : « Seigneur Père. « à ce que nous voyons, vous vous en allez, de ce monde « fêler la Pâque à la cour de votre maître. » Il répondit : « Si c’est son bon plaisir, volontiers je m’y soumets. « Mais s’il voulait me laisser encore parmi vous pour « rne permettre au moins d’éclaircir la question que je « poursuis en ce moment, celle des origines de l'âme, « je l’accepterais avec reconnaissance ; car je ne sais si « personne après moi l’éclaircira. » Dieu ne le voulut pas, et Anselme mourut à l’aube du mercredi saint. 21 avril 1109. Il allait avoir 76 ans. La Vita Anselmi d’Eadmer se trouve dans les Bollandistes (21 aprilis), avec quelques notes du P. Hensclienius; Aligne l’a rééditée d’après Gerberon, P. L.. t. clviii, col. 49-120. ainsi que VUistoria novorum, P. I... t. ct.IX. col. 347-524. Les deux ou­ vrages ont été réédités à Londres en 1884, dans les Rolls series. par M. Bute. II. Les œuvres. Chronologie et authenticité. — Anselme signait ses écrits, c’est-à-dire qu'il mettait son nom à côté du titre. H y joignait d’ordinaire une préface qu’il faisait suivre d’une table des chapitres pour donner une première idée de l’opuscule. Voir Monologion, pro­ logue, P. L., t. clviii, col. 144; Proslogion, préface, col. 225; Cur Deus homo, préface, col. 362. Dans sa correspondance, il est souvent question de ses œuvres; Eadmer enfin nous en parle aussi et parfois raconte les circonstances ou elles ont été composées. Nous avons ainsi, sur les principaux écrits d’Anselme, des renseignements précieux qui nous en garantissent l'authenticité et qui nous permettent, sinon de les classer tous avec certitude dans l’ordre chronologique, au moins’de les rapporter à des périodes précises de la vie du saint auteur. I. OUVRAGES ÉCRITS PAR ANSEI..VE, PRIEUR AU BEC (1063-1078) ou abbé (1079-1093). — Eadmer, Vila, 1. Il, n. 25, P. L., t. clviii, col. 62, rapporte à ce temps les trois traités De veritate, De libertate arbitrii, De casu diaboli, auxquels il ajoute le De grammatico. 11 men­ tionne ensuite, toujours comme du même temps, le Monologion qui fut suivi du Proslogion, ibid., n. 26. col. 63, et de la réponse à Gaunilon. Peut-on préciser davantage? Anselme, dans le prologue ajouté plus tard au De veritate, P. L., t. clviii, col. 467, mentionne les quatre premiers traités dans le même ordre qu’Eadmer, en ajoutant pour les trois premiers, qu’il les a écrits a différentes époques; il veut qu’on les groupe ensemble et dans l’ordre indiqué, mais sans dire que cet ordre est celui de la composition. Le fait qu’on les avait « rangés autrement en les transcrivant avant qu’ils ne fussent achevés » ferait plutôt supposer le contraire, comme aussi le fait que le prologue placé en tète du dialogue De veritate montre que les trois autres dialogues existaient déjà. Le Monologue d’ailleurs est antérieur au De veritate, puisqu’il y est cité deux fois, c. 1, P. L., t. CLVIII, col. 468, et c. x. col. 479. 11 est même probable que c’est le premier opuscule publié par Anselme (quoique peutêtre le De grammatico ait été fait plus tôt). La Préface en effet, semble indiquer un premier écrit et les hésita­ tions d'un débutant, P. L., t. clviii, col. 143, comme aussi le fait qu’il ne le croyait pas digne du nom de livre et qu'il 1e donna d’abord sans nom d’auteur. Pros­ logion, Prooemium, t. clviii, col. 224. Anselme parle souvent du Monologion soit dans ses autres écrits, soit dans sa correspondance. Cf. Epist., I, 63. 65, 68. 74; II. 17 ; iv, 183. 11 est question du Proslogion dans le De fide Trinitatis, c. iv, et d ans la correspondance,Epist., n, 11, 17, 27. Quelques Méditations datent aussi du priorat. 1331 ANSELME 1332 leurs, conclut le consciencieux rédacteur, notre Père a la seconde, par exemple (Terret me), et probablement la troisième (Anima mea, anima ærumnosa), entre 1068 lu et relu le travail, il l'a retouché de sa sainte main, il et 1078. Voir la Censura de dom Gerberon, P. L., l'a garanti de son autorité, la postérité peut le transcrire t. clviii, col. 29. L'homélie, ix, sur l’Évangile de l'As­ et le lire sur sa recommandation. Msr Malou a trouvé, somption, Luc., x,38, fut écrite entre 1088 et 1093, après dans un manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles, avoir été prononcée plus d’une fois in conventu fra­ une autre rédaction du sermon De bealitudine sous le trum. Voir la préface d'Anselme, P. L., t. clviii, col. 644, titre De quatuordecim beatitudinibus, et l'a jointe à et la Censura de Gerberon, col. 27. Avec trois prières à son édition des Méditations, p. 296-324. C’est la même la sainte Vierge, Epist., I, 20, et une prière à saint Ni­ marche, les mêmes idées, les mêmes comparaisons, le colas (elle n'est pas dans Gerberon) dont il parle dans même fond enfin; l’expression seule est différente. 11 une lettre écrite d’Angleterre quelque temps avant son croit cette rédaction de saint Anselme lui-même; mais élévation à l'épiscopat, Epist., π, 51, c’est tout ce que rien ne le prouve, et cette opinion se concilie difficile­ nous pouvons avec certitude rapporter à cette époque. ment avec l’affirmation expresse d’Eadmer. Quant au II. OUVRAGES ÉCRITS PAR ANSELME ÉVÊQUE (1093-1109). court prooemium que Mor Malou ne sait à quoi rapporter, — 1. Liber de fide Trinitatis etde Incarnatione Verbi. — Præf. p. 19. il s’explique quand on se reporte au De Anselme nous dit lui-même l’avoir commencé sous forme similitudinibus. Là, en effet, les chapitres De quatuor­ de lettre, quand il était abbé au Bec. Voir c. I, P. L., decim beatitudinibus sont précédés d’un chapitre sur t. clviii. col. 262. Roscelin, contre lequel il est écrit, la bonté, c. xuil, P. L., t. eux, col. 623, qui répond s’étant soumis, au concile de Soissons (1092), Anselme exactement à l’appel du prooemium. D’autre part, ces laissa là son travail. Mais Roscelin revint à ses erreurs, chapitres sont en rapport plus étroit avec l'opuscule De et Anselme, déjà archevêque, acheva son traité (1093 bealitudine, donné par Gerberon, qu’avec celui donné ou 1094) et le dédia au pape Urbain II, qui, dit Eadmer, par Msr Malou, puisque là ce n’est plus seulement le s’en servit au concile de Bari. Cf. Eadmer, Vita, 1. II, même fond, c’est, sauf les différences que j’appellerais n. 10, P. L., t. clviii, col. 84; Hist, novor., 1. II, P. L., d’encadrement, le même texte. La rédaction trouvée par t. CLix, col. 414; Anselme, Epist., u, 35, 41, 51. Le Mor Malou ressemble d’ailleurs plus que celle d’Eadmer Monologion et le Proslogiony sont cités,c. iv, col. 272; à un résumé de conférence. Viendrait-elle d’un moine cf. c. i.col. 284; en revanche, il est cité dans le Pe pro­ de Cluny, auditeur de l’archevêque? Il reste que nous cessione S. Spiritus, c. xvn, col. 311. avons là les pensées d’Anselme, mais non proprement 2. Cur Deus homo. — Commencé en Angleterre, sans un écrit de lui. doute pendant les mois de loisir dus à l’absence du roi 6. De processione S. Spiritus (1101). — Eadmer dans la (1094), il fut achevé près de Capoue, dans l’été qui pré­ Vie d'Anselme, 1. II, n. 47, col. 102, se contente de dire céda le concile de Bari (1098). Préface d’Anselme, P. L., qu’Anselme, à Bari, réfuta victorieusement les grecs; t. clviii, col. 361. Eadmer le transcrivit pour le Bec. mais dans l’Historia novorum, 1. II, t. clix, col. 415, S. Anselme, Epist., ni, 25, P. L., t. eux, col. 56. il ajoute qu’il reprit le sujet, et en écrivit egregium Anselme, dans la lettre r.v du 1. IV, t. eux, col. 233, opus, qu’il envoya, à la prière de ses amis, partout où prie les moines de Cantorbéry de le transcrire et de l’erreur des grecs était connue. Cet écrit est évidem­ l’envoyer à Pascal II. ment le De processione S. Spiritus, et il est étrange 3. Pe conceptu virginali et originali peccato. — Dans que le P. Henschenius ne s’en soit pas douté, loc. cit., le Cur Deus homo, 1. II, c. xvni, P. L., t. clviii, coi. 425, note a. 11 est vrai qu'un manuscrit l'attribue à saint Anselme annonce son intention d’écrire sur le péché Augustin, mais un seul contre tous, et l'erreur est pal­ originel; c’est annoncer le présent traité. Le prologue, pable ; car les positions sont celles de la polémique avec P. L., t. clviii, col. 431, nous indique d’ailleurs qu’un les grecs, portant surtout sur le Filioque, dont l’addi­ mot du Cur Deus homo en a été l’occasion. Au c. xxn, tion est mentionnée en termes exprès, c. v, P. L., col. -453, il est encore fait allusion au même ouvrage. t. clviii, col. 293. Cf. le prologue, col. 285. Anselme en Eadmer nous dit, Vita, 1. II, n. 54, col. '107, qu’il fut 1101 écrit à Walram qu'il le lui envoie. P. L., t. clviii, écrit à Lyon,au retour d'Italie, après le concile de Bari; col. 541. Il en est encore question, Epist., ni, 160, et c'est indiquer l'année 1099 ou 1100. Dans une de ses sans doute aussi 161 (mais cf. 53). Pour la date, cf. Ger­ lettres, Epist., iv, 55, t. CLIX, col. 233, Anselme demande beron, Censura, P. L., t. clviii, col. 20. qu’on le transcrive avec le Cur Deus homo pour qu’il 7. Epistola De azymo et fermento (vers 1101), P. L., puisse adresser le volume au pape Pascal II. Il en parle t. clviii, col. 541-548. — Λ Walram, évêque de Naumaussi, Epist., iv, 42. bourg, encore engagé dans le parti de l’antipape. 4. Meditatio redemptionis humante, Médit. xi. — 8. De sacramentorum diversitate, vers 1102, P. L., Même lieu, au témoignage d’Eadmer, loc. cil.; par con­ t. clviii, col. 551-554. — A Walram réconcilié avec le séquent en 1099 ou 1100. pape. 5. De bealitudine cælestis patriæ (1100), P. L., t. eux, 9. De concordia priescientiæ, prædestinationis et col. 587-606. — Pendant son séjour à Lyon, Anselme graliœ cum libero arbitrio, vers 1109, P. L., t. clviii, vint à Cluny et fit aux moines une conférence sur le col. 507-542. — Nous savons par Eadmer, Vita,l. II,n.71, bonheur du ciel. Eadmer, qui était présent, fut prié par col. 114, qu’Anselme l’écrivit dans les derniers temps ses frères de Cantorbéry de la rédiger. Il s’y mil, ne de sa vie. soupçonnant pas, dit-il. combien le travail devait lui 10. On pourrait joindre quelques petits opuscules qui coûter. Preuve qu’il ne travailla pas seulement de mé­ sont restés parmi les lettres, De malo, par exemple, moire; il voulut, .tii-.nème nous le dit, y mettre du et Epist., u,8, De corpore et sanguine Christi, Epist., iv, style : d’une causerie il a fait un traité. Ce sont pourtant 107. les pensées d’Anselme, mais quelques-unes exprimées ut. opuscules sans INDICATIONS précises. — Restent en d'autres circonstances : Scripsi, hoc solum intendens quelques opuscules, la plupart de petite importance, ut ea simpliciter dicerem quæ me in eodem capifulo - pour lesquels manquent les indications précises. Ger­ ier id temporis, vel alibi ab ore ipsius Patris, de eadem beron donne comme authentiques : re accepisse recordari valebam. Préf. d'Eadmer, P. L., 1. Le De voluntate, P. L., t. clviii, col. 487-489. li IX. coi. 587. Il y revient en finissant : Hæc ut ex ore — Un manuscrit de Saint-Victor l'attribue à Anselme, B P. Anselmi accepi conscripsi, pour expliquer com­ et tout, dit Gerberon, y est anælmien. Dans le De ment la beauté du fond est bien d'Anselme, et comment concordia, c. xi. col. 536, l’auteur dit qu’il écrira peuten ne retrouve plus dans l’expression ni l’esprit pénéêtre un jour sur les divisions de la volonté actuelle. . ... litre ni la grâce de sa parole, col. 604. D'ail­ Ceci pourrait être l’écrit annoncé; en ce cas, nous au­ 1333 ANSELME rions là la dernière œuvre du saint docteur. Mais il est possible aussi que l'opuscule ait été rédigé par un dis­ ciple d'Anselme, en groupant les indications éparses çà et là dans les écrits du maître. Cf. De conceptu virgi­ nali, c. xi; De concordia, c. xi, xn, etc. 2. L'OffendiCulum sacerdotum, P. L., t. clviii, col. 555-556. — Simple extrait d'une lettre d’Anselme, Epist., i, 56, P. L., t. clviii, col. 1126-1128. 3. Le De nuptiis consanguineorum, P. L., t. CLVIII, col. 557-560. — Réponse d'Anselme à la consultation d’un évêque. La suscription porte : Anselmus Cantuariensis fratri dilecto ; la manière et les idées sont bien de lui. 4. Le Judicium de stabilitate monachi, P. L., t. clix, col. 333-335, serait peut-être une réponse du même genre. 5. L'Admonitio morienti, P. L., t. clviii. col. 685688, que les manuscrits donnent comme d'Anselme. — C’est bien avec qftte suavité touchante qu'il devait exhorter les mourants à mettre tout leur espoir dans les mérites de Jésus. 6. Comme le De beatiludine, le petit traité De pace et concordia, P. L., t. clviii, col. 1015-1021, donné comme d'Anselme dans le manuscrit de Louvain, serait peutêtre la rédaction d’une conférence d’Anselme. La Realencyklopâdie, 3e édit., Leipzig, 1896, t. i, p. 566, ligne 34, pour montrer que l’œuvre est d’Anselme (ou au moins d’Eadmer), renvoie à la lettre ni, 133; mais rien ne prouve qu'il y ait ici une allusion au De pace et con­ cordia. 7. Flores psalmorum. — Anselme en parle dans une de ses lettres, Epist., iv, 121, t. eux, col. 266. Mais le texte ne dit pas clairement de quoi il s'agit, ni de qui est l'œuvre. IV. COHIIESPONDANCE, HOMÉLIES, MÉDITATIONS BT PRIERES. — 1. Correspondance. — Elle comprend plus de 400 lettres espacées sur toute la vie religieuse ou épiscopale. Gerberon en a oublié quelques-unes. Histoire littéraire de la France, t. ix, p. 436. Il a parfois répété la même à deux endroits différents. Cf. Epist., in, 53, 161. 2. Homélies et exhortations, — Nul doute possible pour la neuvième, P. L., t. clviii, col. 644-649; elle fut écrite par Anselme abbé. Voir ci-dessus. Pour le reste, la critique a beaucoup à faire, soit pour voir si celles qu’on a accueillies sont bien de notre Anselme, soit pour rechercher celles qui dans les recueils pourraient être de lui. Un mot de Gerberon, Censura, P. L., t. clviii, col. 26, C, et un autre de dom Ceillier, His­ toire des auteurs sacrés, Paris, 1729 sq., t. xxi, c. xxvill, n. 31, p. 593, cf. c. xvi, a. 2, § 4, n. 1, p. 304, iraient à les lui ôter presque toutes pour les donner à Babion l'Anglais, ou à Hervé de Bourgdieu; mais leur raison n'a rien de concluant, cf. Realencyklopüdie, t. i, p. 566, ligne 28. La question reste ouverte. 3. Méditations et prières. — Nous savons qu’Anselme a écrit, et cela à diverses époques, des méditations et des prières. Voir Eadmer, Vila, 1. II, n. 10, col. 56; Epist., I, 20 et 61. Mais de dire à coup sur ce qui lui appartient dans les recueils si mêlés et si retouchés du moyen âge, c’est chose difficile. Gerberon se tient sur une prudente réserve. En bloc, l’œuvre est d’An­ selme. Mais pour plusieurs, il y aurait lieu de reconsul­ ter les manuscrits. La critique interne ne donne guère que des indices. Le meilleur est la façon anselmienne de pousser les idées et les sentiments en marée mon­ tante, et de mener ensemble l'activité spéculative et la prière afi'ectueuse. La neuvième méditation ne parait pas être d’Anselme, mais d’Eckbert de Schônau; la méditation tripartite 15, 16,17, est mise en doute par Gerberon, Censura, col. 31, parce que, dit-il, Anselme n’avait qu'une sœur et que cette sœur se maria, tandis que la sœur de celui qui a écrit la Méditation est restée vierge. Mais la lettre allé­ 1334 guée par Gerberon, Epist., HT, 67, ne prouve pas qu’An­ selme n'ait jamais eu d’autre sœur que Richera. Parmi les Oraisons, nous n’avons pas celle à saint Nicolas dont parle Anselme, Epist., Il, 51 ; dans la lettre I, 20,il est question de trois longues oraisons à la sainte Vierge; elles sont sans doute dans notre recueil; Ger­ beron conjecture que ce seraient les xlix", L’, Ll·. Celles à saint Elienne. I.xix, et à sainte Madeleine, Lxxiv, sont indiquéees, Epist., iv, 121, parmi les sept dont parle Anselme; d’autres témoignages nous disent qu’il écrivit des oraisons sur les saints, ce qui confirme la donnée des manuscrits. Le fait que plusieurs fragments des Méditations ou Oraisons se trouvent soit dans le premier livre des Mé­ ditations longtemps attribuées à saint Augustin, soit dans le Manuale dit d'Augustin, soit dans le recueil de l'abbé Jean, ne prouve rien contre l'attribution à An­ selme. Cf. Gerberon, Censura, col. 35, 38. L’édition Migne ajoute à Gerberon une méditation sur le Miserere donnée par Mai comme inédite et comme de saint Anselme; mais elle n'est, selon Mgr Malou, ni inédite, ni de saint Anselme. Meditationes, préf., p. 11. v. DE SIMILITUDINIBUS, P. L., t. CLix, col. 605-708. — Comme le De beatiludine, ce n'est pas un écrit d’An­ selme; mais ce sont ses idées, ses dits et faits, son es­ prit. C’est un recueil de mots, de causeries, d’instruc­ tions familières, en général sous forme de comparaisons. La rédaction est d'un familier du saint docteur, pro­ bablement d’Eadmer. Plusieurs des choses ici rapportées se trouvent déjà textuellement dans la Vie par Eadmer, ou dans VHisloria novorum. Noter aussi la ressem­ blance, parfois l’identité textuelle, entre les chapitres xi.vn-i.xxi du De similitudinibus et le De beatiludine· vi. œuvres douteuses ou supposées. — 1. Œuvres en vers. — Ni le beau poème De contemptu mundi, ni très probablement les deux autres poèmes qui suivent, P. L., t. clviii, col. 687-708, ne sont d’Anselme. Parmi les Oraisons, quelques-unes sont en rythmes assonants (40, 61); l’attribution est douteuse, comme aussi celle des hymnes et du Psalterium bealæ Virginis, P. L., t. clviii, col. 1035-1050. — Si les vers sur Lanfranc, col. 1049-1050, sont de notre auteur, ils ne donnent pas une haute idée de ses facultés poétiques. Le Mariale. — Dans ces dernières années, le R. P. Ragey a vivement revendiqué le Mariale pour saint Anselme. Ce serait un joli tleuron à sa couronne poé­ tique. Mais l’attribution reste improbable. Aux autres raisons, on peut ajouter celle-ci : le Mariale appartient aux plus beaux temps de la rime double; or tout indique que du temps d'Anselme l'assonance seule était en usage. 2. Œuvres en prose. — Sont douteux ou peu garantis: le De voluntate Dei, P. L., t. clviii, col. 581-585; le Tractatus asceticus, ibid., col. 1021-1035; VExhortatio ad contemptum temporalium et desiderium æternorum, ibid., col, 677-686; le Sermo de Passione Domini, ibid., col. 675, 676. Nesont pas d’Anselme : la Méditation ix, P. L., t. clviii, col. 748-761, qui semble être d’Eckbert de Schônau, ni VElucidarium (n'est pas dans Migne), ni le dialogue De Passione Domini, ni le De mensurations crucis, ni le De conceptione bealæ Virginis (avec annexes), ni quelques autres que personne ne revendique plus pour lui. La question critique n'a guère progressé depuis Gerberon. C'est donc à la Censura qu’il faut encore renvoyer, P. I... t. CLVIII, col. 15-48. Quelques suppléments d’information dans ΐ Histoire littéraire de la France, Paris, 1750, t. tx, p. 416-453. et aussi dans dom Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et eccle­ siastiques, Paris, 1757, t. xxi, p. 282-339. Éditions. — La meilleure édition complète est celle de dom Gerberon, Paris, 1675, reproduite avec quelques additions à Paris, en 1712 ; à Venise, en 1744 ; 4 Paris, avec beaucoup de fautes, par Migne, en 1853-1854. Sur les éditions antérieures. •1335 ANSELME voir Hist. litt. de la France, t. IX, p. 4(10-465. Celle môme de Gerberon est loin d'etre parfaite, et une édition critique est très désirable. Sur la question du Mariale, excellent résumé par J. Meams, J. Julian, Λ dictionary of hymnotogy, art. Ut jucundas, ρ. 52001205, Londres,5892 (conclut pour Bernard de Cluny). Le P. Ragey a traité la question dans: Annales de philosophie, Paris, mai et juin 5883, t. VIII, p. 538-563, 255-284 (tiré à part); Controverse et contemporain, Lyon, nov. 5887 ; Bevue des questions histo­ riques, Paris, oct. 5880 et juillet 5887. Cf. Ragey, Histoire de saint Anselme, Paris, 5890, L 1, p. 440-457. Voir encore : Contro­ verse et contemporain, Lyon, 5885, t. IV, p. 317-320; Léop. Delisle, dans Biblioth. de l’école des chartes, Paris, 1885, t. xi.vi, p. 158-559, et surtout dans Annales de philosophie chrétienne, 1885, t. xnt, p. 318-325: Hauréau, Les poèmes latins attribués à saint Bernard, Paris. 1890. p. 87. — Deux éditions par le P. Ragey, Londres, 1883 (avec préface et introduction en latin), Tournai, 1885 (texte seul, très élégant dans sa simplicité). III. Œuvres : idée et contenu*. — Les traités d'Anselme formant chacun une œuvre à part, il faut les étudier un à un. tout en montrant comment ils se relient et finis­ sent par faire un bel ensemble. Commençons par le seul qui ne soit pas directement du ressort de la théologie. 1. De grammatico, P. L.,l. clviii, col. 557-584.— C’est un exercice pratique de logique formelle; c'est en même temps une amorce à l’étude des catégories. On peut con­ clure de là que le grand platonicien de la scolastique a fréquenté aussi Aristote, dans la mesure où Aristote lui était accessible. Saint Anselme se promet. De peril., pro!., col. 467, que le traité ne sera pas inutile comme introduction à la dialectique; il pourrait maintenant encore rendre de grands services, soit comme secours, soit comme modèle, au professeur qui n’aurait pas ou­ blié que la logique est un art et que les arts s'appren­ nent surtout par l'exercice. C’est en même temps une excellente leçon de pédagogie pratique, tant par la façon d'intéresser le disciple, d’éveiller et de diriger la r'flexion, que par le choix pour matière d'exercice d'une question importante à élucider (car c'en est une, sous son insignifiance apparente). 2. Monologion, P. L., t. clviii, col. 141-224. — Ainsi nommé, par opposition au Proslogion, parce que tout y est dit sub persona secum sola cogitatione disputantis et investigantis ea quæ prius non animadvertisset. Præf., coi. 144. 11 parut d’abord avec le Proslogion, sans nom d'auteur, sous le titre Exemptum meditandi de ratione fidei, préf. du Proslogion. P. L., t. clviii, col. 225. Anselme avait jeté en conversation quelques idées Sur la méditation de l'essence divine et sujets connexes. Ses frères le prièrent de leur écrire la méditation même, sans appel à l’Écriture, procédant par simples raisonne­ ments et démonstrations concluantes. Le saint auteur croit « n'y avoir rien dit qui ne soit d’accord avec les Pères et surtout avec saint Augustin dans le De Trini­ tate ». Préf., toc. cil.; cf. Episl., i, 68. 11 a raison, à condition de joindre ce qu’il dit ailleurs de ce qui s’y trouve de nouveau et de personnel, De fide Trinit., iv, col. 272-273. Ni les Pères, ni Augustin n’avaient rien de si précis, de si puissamment raisonné, de si fortement lié sur l'essence et les attributs de Dieu, et je ne pense pas que depuis on ait rien fait de si bien comme précis de théodicée. Lanfranc ne goûta guère le Monologion; il fut dérouté par cette incursion hardie de la raison dans le domaine de la foi ; Anselme se couvrit derrière Augustin. Epist., i, 68. D'autres s'effarouchèrent également, et l’auteur dut recommander la prudence dans la diffusion du livre. Episl., i, 74. Mais, en général, l’accueil fut enthou­ siaste. 3. Proslogion, P. L., t. clviii, col. 223-242. — Anselme nous explique lui-même dans sa préface comment le Monologue l’amena à écrire le Proslogion. Le Mono­ logue est tissé d’arguments divers liés ensemble. L’au­ teur se demande s'il n’y aurait pas un argument qui, 1336 pour tenir, n'eût besoin que de lui-même, et qui seul sutlît pour établir que Dieu est, qu'il est le souverain bien, n’ayant besoin d’aucun autre, et dont tous les autres ont besoin pour être et pour bien être, tout ce que nous croyons de Dieu. Apres bien des lueurs décevantes et fugitives, il désespérait de trouver, et s’était résolu à n'y plus penser, quand l'idée qu'il ne cherchait plus se dégagea soudain du choc de ses pensées obsédantes, qu’il s’efforçait de repousser. C’est le fameux argument ontologique dont il sera parlé à l'article suivant.Comme le Monologion, le Proslogion parut tout d’abord sans nom d’auteur, avec le titre destiné à devenir une devise : Fides quærens intellectum. Hugues, archevêque de Lyon, légat du pape en France, lui fit un devoir de mettre son nom aux deux opuscules. Il le redonna donc avec son nom en tète et des titres nouveaux qui per­ mettaient mieux l’adjonction du nom. Le Proslogion ne contient pas que le fameux argu­ ment. A l’idée d’étre le plus grand qu’on puisse c->:.re­ voir, quo majus cogitari nequii, se rattache sans peine celle d’être qui est tout ce qu’il est mieux d’être que de n’être pas, quidquid melius est esse quant non esse, et celle d'être dépassant toute pensée créée, major quam cogitari possit; se rattache aussi la solution des appa­ rentes antinomies que met en Dieu notre façon de con­ cevoir fragmentaire et divisée : comment il est à ta fois miséricordieux et impassible, tout-puissant sans tout pouvoir, juste quand il punit et juste quand il par­ donne, etc. Bref, le Proslogion complète le Monologion, en étudiant Dieu surtout dans ses rapports avec les idées que nous en avons et avec les aspirations de noire cœur. L'opuscule est sous forme d'élévations, sub persona conantis erigere mentem suam ad contem­ plandum Deum et quærentis intelligere quod credit; et il y a là des cris de l’âme qui seraient à leur place dans les Confessions de saint Augustin. — Il sera question, à l’article suivant, de ta réponse à Gaunilon. A l’édition de K. Haas, Tubingue, 5863, mentionnée par L’eberweg, t. n. p. 176, ajouter : De la connaissance de Dieu ou Monologue et Prosloge avec les appendices, par G. C. L'baghs, Louvain, 1854: texte meilleur que celui de Gerberon, d'après un manuscrit de Bruxelles, traduction, notes (parfois ontologistes), bonne table analytique. Bouchittê les avait déjà traduits sous le titre : Le rationalisme chrétien à la fin du xr siècle, ou Monologium et Proslogium... traduits et précédés d’une introI duction. Paris, 1844. Texte à bon marché du Monologion, 1 dans Hurter, Patrum opuscula selecta, Ins;.ruck, 1874, t. χχνιη. 4. De fide Trinitatis et de incarnatione Verbi, P. L.,· t. clviii, col. 259-284, contre Roscelin. — Dans le Mono­ logue, Anselme avait déjà médité sur la Trinité. Ici, il approfondit le mystère, autant qu’il est donné à notre faible raison. Après une humble préface où il dédie son œuvre au pape Urbain II, et des considérations aussi justes que belles sur le rôle de la raison dans la foi, Anselme s’attache à la phrase de Roscelin qui a été I l’occasion du livre et dont le livre tout entier n’est que I la réfutation. « Si en Dieu, disait Roscelin, les trois personnes ne sont qu’une seule chose, et non trois choses distinctes ayant leur être à part (comme sont trois anges ou trois âmes) de façon cependant à n ôtre qu’un par la puisssance et par la volonté, il faut con­ clure que le Père et le Saint-Esprit se sont incarnés avec le Fils. » Anselme, après avoir· montré qu'il est absurde de lâcher des choses de foi pour d’apparentes antinomies dialectiques prend la question lui aussi par la raison, mais en partant des données de la foi et uni­ quement pour résoudre les difficultés; il montre d’abord à Roscelin qu’il est hérétique et que même avec son hérésie, il se contredit sans cesse. Il lui suffit ensuite de préciser les notions, de distinguer entre nature et personne, entre chose absolue et chose relative, pour faire voir que les conclusions de Roscelin ne tiennent 1337 ANSELME pas. et que sa dialectique même est en défaut. On voit que. malgré le titre, l'incarnati n du Verbe n'est pas traitée ici en elle-même. Il est seulement expliqué comment la distinction des personnes en Dieu suffit pour qu’on puisse dire que le Verbe seul s'est incarné, et non le Père ou le Saint-Esprit, l'union s’étant faite immédiatement in unitatem personæ, non in unitatem natural, c. iv, col. 275; il est aussi expliqué en passant comment il était convenable que le Verbe s’incarnât plutôt que le Père ou le Saint-Esprit, c. vi,col. 276. 5. De processione SpiritusSancti contra Græcos. P. L., t. CLViir. col. 280-326. — Dans l’ouvrage contre Ros­ celin. Anselme, pour ne pas brouiller les idées, s’occupe peu du Saint-Esprit. Ici il complète sa théorie de la Trinité en traitant spécialement cette question; et il montre avec sa précision habituelle, sa dialectique puis­ sante, sa sûreté modeste, que, en partant des données Communes aux grecs et aux latins il faut nécessaire­ ment admettre que le Saint-Esprit ne procède pas seule­ ment du Père, mais aussi du Fils. Chemin faisant, il répond d’un mot aux autres chicanes des grecs sur l’addition du Filioque. 11 conclut, avec sa modestie ordinaire Mille autres entre les latins eussent mien: fait que moi. Tout donc ce que j’ai dit qui soit digne d'être agréé, qu'on l'attribue non à moi, mais à l’Espril de vérité. Si j'ai avancé quelque chose qu'il faille corri­ ger en quelque façon, qu’on me l’impute et non au sen­ timent des latins. » Col. 326. t». De veritate. —Suivent trois ouvrages théologiques, — Anselme dit : perlinentes ad studium sacræ Scrip­ turae, Deverit., prologue, col. 467, —sous forme de dia­ logue entre le Maitre et le Disciple. Pour entrer dans les intentions de l’auteur, il faut les unir en commen­ çant par le De veritate, mettant ensuite le De libero arbitrio, pour finir par le De casu diaboli. Car, sans former entre eux un tout continu, ils se groupent en­ semble, par le sujet comme parla forme dialoguée.et il y a de l’un à l'autre une certaine progression, le second s’éclairant par le premier, et le troisième par les deux autres. De verit., prolog., col. 467-468. Dans le /Je veritate, col. 467-486, partant de la dé­ monstration de Dieu par la vérité logique donnée dans le Monologion, c. xvm, Anselme cherche ce qu'est la vérité, ou on la trouve, et si elle diffère avec les objets où on la trouve. Tout en faisant une part à la vérité lo­ gique, veritas enuntiationis, et à la vérité morale, re­ ctitudo voluntatis, rectitudo significationis, veritas actionis. il s’occupe surtout de la vérité ontologique. Toute vérité doit se définir, selon lui, rectitudo sola mente perceptibilis,c. xi, col. -480; tandis que Injustice, qui est aussi une rectitude, est définie, rertludo volun­ tatis. serrata propter se, c. xtt. col. 484. Anselme ne veut pas qu’il y ait plusieurs vérités selon la pluralité des choses vraies, comme il n’y a pas plusieurs temps selon la pluralité des choses qui sont dans le temps. « Il y a, conclut-il. une suprême vérité subsistante qui n’est la vérité de rien, et on parle de la vérité d'une chose en- tant que la chose est conforme à cette vérité première. » Tout n’est pas clair et précis dans cet opuscule, et saint Thomas, en même temps qu’il explique Anselme, a introduit ou vulgarisé dans cette question de la vérité des distinctions utiles et une définition plus nette, cf. Quæst. disp., Deverit., q. t, et .Sum. theol., l»,q. xvi.— Mais les remarques abondent où se montrent la profon­ deur d’Anselme ou sa subtilité. Il faut noter les jolies pages inspirées d'Augustin, sur la véracité des sens, c. vi, col. 473 sq. ; noter aussi le retour sur la preuve de Dieu comme vérité suprême, preuve bien augustinienne aussi, déjà esquissée dans le Monologion, c. cvin. Voir lie verit.. c. 1 et c. x. On dispute encore sur la valeur de cette preuve, et avec plus de raison peut-être que sur la fameuse preuve ontologique. Anselme donne au c. x, J 338 col. 479, quelques explications qui, en en précisant le sens, la font peut-être rentrerdans la preuve métaphy­ sique reçue de tous, dont elle ne serai! qu'une applica­ tion spéciale, portant plus directement sur l'absence en Dieu de commencement el de fin. Voir ci-dessous, IV, in, 2, col. 1345. 7. De libero arbitrio, col. 489-506. — Anselme lui-même nous en indique ainsi le sujet: De libertate arbitrii quid sit et utram earn semper habeat homo, cl quo! tint ejusdioersitales in habendo vel non habendo rec­ titudinem voluntatis ad quam servandam est data creaturas rationali. De verit., prolog., col. 467. Il la regarde surtout dans son rapport à l’acte moral, et re­ poussant l’idée qui fait de la faculté de mal faire un élément de la liberté, il la définit au contraire comme « le pouvoir de. garder la rectitude de la volonté pour cette rectitude même, potestas servandi rectitudinem voluntatis propter ipsam rectitudinem »,c. in, coi. 494, montrant par de fines distinctions et des analyses déli­ cates comment cette liberté convient à chacun, à Dieu, à lange dans l'état d épreuve, à l’ange fidèle et au démon, à l’homme enfin, dans l’état présent comme dans l’état d’innocence, que l’homme triomphe de iiuclinalioil au péché ou qu’il s:y laisse entraîner. On a remarqué qu'Anselme ne distingue pas nette­ ment le libre du volontaire, et que par là Luther ou Baius pourraient prendre avantage de telle ou telle for­ mule. Anselme pouvait parler plus librement avant l’erreur. 8. De casu diaboli, col. 325-360. — Le grand pro­ blème de la chute des anges et de l’origine du mal se rattache à la question du libre arbitre, et c’est par le libre arbitre de l’ange qu'Anselme explique comment Lucifer pécha et comment Dieu ne lui donna pas la persévérance qu’il donna aux bons anges, el que luimême ne pouvait avoir sans un don de Dieu. Il y a là des vues profondes et d’une précision scolastique sur la nature du mal, et sur le libre jeu de la volonté en face de l’attrait nécessaire vers le bien et la béatitude. On re­ marquera dans cet ouvrage ce que j'appellerais l'aspect moliniste des explications d’Anselme. 0. Cur Deus homo, col. 359-432, en deux livres, sous forme de dialogue entre Anselme et son jeune disciple et ami Boson. — Le De casu diaboli ouvrait, pour ainsi dire, la voie au Cur Deus homo, Pourquoi l’incarna­ tion. Anselme se plaint de n'avoir eu ni le temps ni le repos d'esprit nécessaire pour tout dire sur cette grande question. Il dut se hâter, en effet, de l'achever pour ne pas laisser circuler des copies incomplètes, faites à son insu pendant qu'il y travaillait. .le l'ai écrit, ajoute le saint auteur, in magna cordis tribulatione, el l'on ne peut que s’étonner comment il pouvait s'occuper de ces profondes et difficiles spéculations au milieu des troubles qui préparèrent son premier exil et des difficultés qui le poursuivaient jusque dans sa retraite de Capoue. Avec le Monologue, c’est peut-être l'œuvre du saint la plus travaillée et la plus méditée; c’est aussi un des efforts les plus hardis de l'esprit humain s'exerçant sur les choses de la foi pour en avoir l’intelligence. Fidèle à son pro­ cédé de chercher â comprendre ce qu'il croit, c'est par raison qu'il procède non par autorité. Le premier livre, dit l'auteur, s’adresse aux infidèles qui repoussent la loi chrétienne comme contraire à la raison : il donne leurs objections et y fait réponse, cherchant même à prouver par arguments nécessaires, à supposer qu'on ne sache encore rien du Christ, qu'il est impossible d'être sauvé sans lui. Dans le second livre, mise à part, de la même façon, l’hypothèse du Christ comme si l'on ne savait rien de lui, on montre avec non moins d’évidence et de vé­ rité que la nature humaine a été faite pour que tout l'homme, corps et âme, jouit un jour de l'immortalité bienheureuse; que l'homme doit nécessairement arriver au terme pour lequel Dieu l a fait, mais ce a i ar un 1339 ANSELME Homme-Dieu seulement, et que donc tout ce que nous croyons du Christ apparaît comme nécessaire. L argumentation d'Anselme revient à ceci : d'une part, le péché, comme offense de Dieu, exige, pour être dignement expié, une satisfaction infinie; d’autre part, Dieu ne pouvait convenablement ni pardonner sans satisfaction, ni laisser l’homme sans réparation (c'est-àdire le ciel sans un complément nécessaire pour les anges tombés). Mais ni Dieu ne saurait expier et satis­ faire. ni aucune créature le faire dignement. Donc il fallait un Dieu homme. Anselme, on le voit, semble vouloir prouver la néces­ sité absolue de l’incarnation. Nous reviendrons sur ce point. Signalons ici ce que les Allemands nomment la théorie anselmienne de la satisfaction. On s’est ingé­ nié à en chercher les origines qui dans le droit ger­ manique, taxant, selon les offenses, les amendes et les peines — cela est-il si exclusivement germanique? — qui dans \'acceptilatio du droit romain, qui dans une combinaison des idées romaines avec les idées germa­ niques. Rien ne justifie ces conclusions, d’ailleurs si divergentes. La notion de satisfaction vicaire est au fond même du christianisme; Anselme, suivant sa mé­ thode, en fit la théorie. Il en trouvait tous les éléments dans les idées courantes, dans le dogme même. Il lui reste l'honneur de les avoir groupés en système pour la solution d’un grand problème théologique, d’avoir dégagé et mis dans la circulation des explications à la fois justes et pieuses, simples et profondes, sur la ma­ lice infinie du péché, sur l'insuffisance de toute créa­ ture à l’expier, sur la suffisance admirable de l'expia­ tion par l’Homme-Dieu. Il faut noter, au début du Cur Deus homo, 1. I, c. vu, col. 367, l'insistance à combattre l’opinion d'après la­ quelle c’est au démon plutôt qu'à Dieu qu’aurait été payée la rançon de l’homme. C'est Boson qui parle, mais on voit par la Méditation, xi, col. 761, qu’il exprime la pensée d'Anselme. D'après cette opinion, mise en avant par Origène et déjà rejetée par saint Grégoire de Nazianze, cf. Schwane, t. il, § 35, le démon aurait eu une sorte de droit sur l'homme, le droit du vainqueur sur le vaincu. On prête souvent la même doctrine aux Pères; et, de fait, plus d’un parmi eux, sans la tenir au fond, parle à peu près comme s’il la tenait. Il est cu­ rieux que dans la controverse, entre Abailard et saint Bernard, sur ce sujet, il ne soit jamais question de saint Anselme. Cf. S. Bernard, Tractatus de erroribus Abælardi, c. v, n. 11, P. L., t. ci.xxxn, col. 1062. Bernard avait-il lu le Cur Deus homol Le Cur Deus homo a été édité à part, par H. Laemmer, Ber­ lin, 1857; par O. Fridolin Fritsclie. Zurich, 1868 et 1886; à Lon­ dres, chez Nuit, 1885, et chez Griffith, 1898 (avec un choix de let­ tres). 10. Deconceptuvirginali etdeoriginali peccato,col.431, 464. — Dans le Cur Deus homo, 1. 11, c. xvm, col. 425, Anselme, en expliquant que le Christ ne pouvait con­ tracter le péché originel, donnait une raison, et en ré­ servait une autre, à discuter ailleurs. Ce fut l'occasion du présent livre ou il est montré que le Christ en nais­ sant d’une vierge échappait par là même à la loi du péché originel. Mais Anselme ne se contente pas de traiter ce point particulier, il examine à fond la question même du péché originel et de sa transmission. Plusieurs de ses explications sont admirables de précision et de profondeur : saint Thomas n’a pas mieux dit. Mais, faute de se rendre compte avec la netteté suffisante de la nature de l'élévation primitive et de la justice origi­ nelle, à laquelle il veut appliquer sa définition de la justice : rectitudo voluntatis propter se ipsam servata, plus d'un point reste obscur et embarrassé. Sur l’effet du baptême, notamment. Anselme en est réduit à em- | ployer le langage que l’Église doit condamner un jour , dans Bains; non pas qu'Anselme ait 1'erreur de Baius, I 1310 mais il n’a pas vu dans toute sa netteté la vérité con­ traire à cette erreur. 11. De concordia præscientiæ et prédestinât ienis necnon gratise Dei cum libero arbitrio, col. 507-542. — Trois questions difficiles, au dire du saint auteur: il les avait déjà rencontrées sur sa route et il en avait dit quel­ ques mots très nets, ou il parlait à peu près comme Augustin, mais plutôt comme Augustin, défendant le libre arbitre contre les manichéens ou lespriscillianistes, que comme Augustin revendiquant contre les pélagiens et les sémipélagiens les droits de la grâce et de la pré­ destination. Anselme était content de son traité, et il nous le dit avec cette simplicité charmante qui, chez, lui comme chez saint Thomas et saint Augustin, accompagne le génie et sauvegarde l'humilité : « Je pense pouvoir ter­ miner ici ce traité sur trois questions difficiles que j'ai commencé en comptant sur le secours divin. Si j'y ai dit quelque chose qui satisfasse le chercheur, je ne me l’attribue pas; car non ego, sed gratia Dei mecum. Je dis cela, car si, au milieu de mes recherches sur ces questions, quand mon esprit allait çà et là pour trouver les réponses de la raison, on m'eût donné celles qui sont ici écrites, j'aurais remercié, car j’eusse été salisfait. Puis donc que ce que j’ai pu en voir, à la lumière de Dieu, m'a beaucoup plu; sachant que d’autres aussi seraient heureux si je l’écrivais, j'ai voulu donner gratis à leur demande ce que j’ai reçu gratis. » Q. ni, c. xiv, col. 540-542. 12. Méditations, col. 709-820. Prières, col.855-1016. — Parmi ces méditations et ces prières, il en est assez dont l’attribution est certaine pour que nous puissions parler des prières et des méditations d'Anselme. Les critiques n’ont qu’une voix pour louer ces cris de l’àme, si sin­ cères, si profonds, si éloquents; les protestants, qui s’attendent toujours à ne trouver dans la prière catho­ lique que formalisme vide et sans vie, n'en reviennent pas de voir Anselme si intime avec Dieu, avec NotreSeigneur Jésus-Christ, épanchant toute son àme, criant miséricorde, louant et remerciant, tantôt tout à l'espé­ rance du ciel et au dégoût de la terre, tantôt tout à l’amour. Les Élévations de Bossuet sont plus intellec­ tuelles et plus objectives; l'imitation est généralement plus calme, moins passionnée; pour avoir quelque chose d'analogue à cette œuvre d’Anselme, c’est aux Confessions d'Augustin qu'il faut aller ou à l'admirable prière qui ou­ vre les Soliloques, c'est aux Elévations de sainte Thérèse. Ce qu'il faut relever dans un dictionnaire de théologie, c’est comment, chez Anselme, comme chez Augustin, la spéculation intellectuelle et la prière du cœur s’unissent et se donnent la main. Déjà leProslngion nous a montré .cette spéculation priante ou, si l’on aime mieux, cette prière spéculative. Comment les mêmes idées qui remplissent l'esprit du penseur nourrissaient le cœur du saint et devenaient d'ardentes effusions de­ vant Dieu, on peut s’en faire une idée en comparant, par exemple, le Cur Deus homo avec la méditation onzième, De redemptione humana. Lui-même nous le fait en­ tendre quand il dit : Fac, precor, Domine, me gustare per amorem quod gusto per cognitionem ; sentiam per affectum quod sentio per intellectum. Médit, xi, coi. 769. Les Méditations (sans les Oraisons) ont été éditées à part, après Gerberon, à Rome, par le card. d'Aguirre, 2' édit., 1697 ; à Cologne en 1851; à Liège en 1859, par Me' Malou, avec une préfacera Censure de Gerberon, et l'opuscule De qualuordccim bealitudinibus. Elles ont été traduites en français (avec les Oraisons), par H. Denain, 2 vol., Paris, 1848. 13. Opuscules divers. — On achève d’y voir et l'in­ fluence d'Anselme et les multiples aspects de son riche talent. Ses deux lettres opuscules à Walram sur l'usage du pain azyme et sur les diversités liturgiques montrent combien il avait à la fois de fermeté et de douceur con­ ciliante, de sagesse pratique et de largeur d'esprit. En 1341 ANSELME liturgie, il fait la part belle au symbolisme, mais il ne veut pas qu'on raffine trop, ni surtout qu'on soit exclu­ sif. Liturgiste dans les opuscules à Walram, Anselme est canoniste dans les consultations sur les prêtres concubinaires et sur les mariages entre consanguins. Ce qu'il était dans ses Homélies et ses entretiens spirituels, nous pouvons l’entrevoir par l’homélie tx, par le De beatitudine et par nombre d’entretiens recueillis soit dans sa vie, par Eadmer, soit dans le De similitu­ dinibus; enfin VAdmonitio morienti, si elle est de lui, nous le montre assistant les mourants, excitant doucement chez eux la foi, le repentir, la confiance aux mérites de Jésus. 14. Correspondance, P. L., t. ct.vni, col. 1059-1208; t. eux, col. 9-272. — On sait que la correspondance d'An­ selme est très intéressante à plus d'un titre. Il faut se borner ici à signaler les points qui touchent de plus prés à la théologie ou à l'ascétisme. Quelques lettres sont de vrais opuscules théologiques ou des consultations, non pas seulement celles qui ont été transférées parmi les opuscules, comme la corres­ pondance avec Walram, mais d’autres encore : ainsi les explications De malo, Epist., n, 8; ainsi l’opuscule sur l’eucharistie, Epist., tv. 107. D’autres traitent des questions de morale ou de droit canon : qu'il y a plus de mérite quand on agit par vœu, que l’entrée en reli­ gion périme les autres vœux, etc. D’autres sont de petites exhortations ascétiques, portant souvent sur un point particulier, une idée à méditer; ou ce sont des lettres de direction, sur les tentations et la manière de s’y comporter, sur les pièges du démon et la manière de se garder; des avis à de jeunes religieux, à des su­ périeurs, etc. Beaucoup de ces lettres portent en suscription un souhait d’ordinaire en rapport avec l'idée de la lettre ou la position du destinataire : Sancti Spiritus semper regi consilio et consolatione gaudere; — Semper ad meliora proficere et nunquam deficere ; — Semper velle et facere qute Deo placent et quæ sibi expediunt, etc. Souvent ces souhaits sont, en une phrase, toute une exhortation spirituelle. On en trouve du même genre chez plusieurs des correspondants. — Les lettres à ses moines se terminent çà et là par une absolution géné­ rale. — Enfin, non seulement les mêmes pensées revien­ nent, mais parfois les mêmes phrases et les mêmes dé­ veloppements dans les mêmes termes. Comparer, par exemple. Epist., t,2, col. 1065,avec Epist., t, 43, col. 1414, et avec Epist., i, 27, col. 1090. De même Epist., ni, 65, avec tv, 13. —11 est regrettable qu’on n’ait pas de table groupant les lettres d’Anselme par ordre de matières. IV. Traits caractéristiques. — Il reste à caractériser l'homme et l’auteur, la méthode, les doctrines, la place dans le développement de la science théologique. t. l’homme et L’AUTEun. — 11 est peu de figures si belles et si sympathiques. Il avait le don de gagner les cœurs, le don d'attirer. « Tous les gens de bien, écri­ vait-il lui-même, m’ont aimé qui m’ont connu... ceux-là davantage qui m’ont connu plus intimement. » Epist., ni, 7, P. L., t. CLix, col. 21. C’est pour Anselme surtout que l’on venait au Bec. « Beaucoup d’entre vous, presque tous, leur écrivait-il un jour, vous êtes venus au Bec à cause de moi. » Il n'usait de sa puissance d’attraction que pour mener à Dieu. « Vous êtes venus à cause de moi, mais pas un ne s’est fait moine à cause de moi. » Ibid., col. 23. Sa correspondance montre comment rayonnaient partout cette bonté et ce génie. Son action intellectuelle et morale était donc très puissante. Cette puissance d’attraction s’exerce encore sur ceux qui l’approchent. Malgré les différences religieuses, phi­ losophiques, morales, Hasse, Church, les auteurs de l'article Anselme dans la Realencyklopâdie, et dans le Dictionary of national biography, ont cédé à ce charme. 1342 Les œuvres mêmes d’Anselme en gardent quelque chose; non seulement la correspondance qui, maigri'· la langue un peu factice, est si sincère de ton, si aimable, si humaine, le tout dans une atmosphère d'idéal et de sain­ teté; mais aussi ses traités, même les plus austères. A quoi tient ce charme de ses écrits? La chose vaut la peine d’être dite, même dans un dictionnaire de théo­ logie. C’est d’abord que, chez Anselme, l’homme apparaît partout dans l’auteur. Il est le protagoniste des dialogues. Il intervient au début de tous ses traités, pour nous dire ce qu’il a voulu faire, ou comment telle idée lui est venue et comment il a été amené à écrire ou à publier tel traité, dans quelle circonstance il l’a composé et quelle disposition il désire dans le lecteur; il intervient à la fin pour prendre congé par un mot aimable et modeste, tout cela avec cette humilité simple et vraie qui parle de soi comme on ferait d’un autre. Là même où l’auteur n’intervient pas en personne, on le sent par­ tout près de soi, et cette demi-présence, discrète mais attentive, soutient même dans les passages les plus dif­ ficiles. LTn second trait. Dans Anselme, il n'y a pas seulement un penseur qui écrit; il y a un écrivain. Par un exemple trop rare, hélas ! dans le monde des Pères et des théo­ logiens, les opuscules d’Anselme sont des morceaux soignés, on pourrait dire achevés dans leur genre. Non pas qu’Anselme ait des prétentions littéraires. Mais il est artiste et il a l’amour du beau. Il parle quelque part des belles idées que l'on aime et de la joie qu’on sent à comprendre et à regarder les mystères de la foi, Cur Deus homo, 1. I, c. i, col. 361; il a partout je ne sais quoi d’esthétique circulant au milieu des méditations les plus abstruses; il aime les belles choses, et il soulfre à voir un vilain tableau de Notre-Seigneur. Ibid., c. tt, col. 363. Il ne peut s’accommoder du négligé, de l'à peu prés; il préfère avoir une partie d'un manuscrit bien copiée que le tout émailjé de fautes, Epist., i, 51, et l’on sait que, au Bec, il passait une partie de ses nuits à cor­ riger des textes. On trouve partout dans ses œuvres des traces de ce soin : voyez, par exemple, sa lettre à Hugues de Lyon sur les titres du Monologion et du Proslogion. Epist., n, 17. Il a commencé par remplacer les premiers titres par quelque chose de plus court et de plus· délié : Monoloquium et Proslogion. Mais Monoloquium ne lui plaît qu’à moitié — on entrevoit pourquoi — et il le remplace par Monologion, qui n’a plus rien de gauche ni pour la langue ni pour la symétrie. Voyez avec quel soin il recommande de copier ses préfaces, de grouper les en-tête à telle place, de faire suivre les opuscules dans tel ordre. Est-ce minutie? Non. C’est instinct d’ar­ tiste. De là aussi, c’est lui qui nous le dit, Cur Deus homo, 1. i, c. i, col. 362, la forme du dialogue, et jusque dans les sujets les plus arides, dans le De grammatico, par exemple, un mouvement, de petites surprises, un sou­ rire qui égaye et anime la discussion. De là Je recours continuel aux exemples. Besoin de clarté sans doute, mais aussi sentiment d’artiste et de poète; et ainsi, tandis qu'Aristote et saint Thomas mettent leurs comparaisons en un mot, Anselme s’y arrête et les développe. Cf. De fide Trinit., c. vin, col. 280. Il aime à symboliser sa pensée dans une gracieuse image. Et d'autre part, pour lui comme pour tous les méditatifs, les choses les plus simples devenaient symboles et prenaient un sens, l'n lièvre qui cherche asile aux pieds de son cheval le fait penser à une pauvre âme au moment de la mort. De similil., c. ct.xxxtx, t. eux, col. 700. Un oiseau qu'un enfant retient par un fil lui représente l'homme captif dans les liens d’une mauvaise habitude. Ibid., c. exe, col. 701. Ainsi, dans Anselme, le penseur est doublé d'un écri­ vain, sinon d’un poète, et certes son œuvre n’y perd pas. 1343 ANSELME 1344 II. LA MÉTHODE. — Ce qui fait la grande originalité du Contra gentes, et Anselme a des chapitres qu'on d'Anselme et qui marque sa place dans l'histoire du pourrait croire de saint Thomas; mais la différence dogme, c'est sa méthode, méthode bien connue, c’est la générale demeure, et l’on peut dire que par là saint Anfoi qui cherche à comprendre, fid.es quærens intelle­ I selme est plus près de Platon, saint Thomas plus près ctum, c'est l’application de la raison avec toutes ses I d’Aristote. ressources à l’étude de la foi, ce que l’on a nommé Un dernier trait de la méthode d’Anselme, c’est qu'elle depuis la méthode scolastique. Anselme n’a pas inventé n'est pas, comme on dit aujourd’hui, purement intellec­ cela, Dès les origines, la foi a cherché â s’éclairer, à tualiste. Sans doute, il y a spéculation, il y a voyage comprendre ce qu elle croyait, et sans parler des alexan­ intellectuel; mais au point de départ et au point d'arri­ drins, de Clément et du grand Origéne, il suffit de nom­ vée, il y a autre chose que la connaissance, et, durant le voyage même entrepris sous la poussée de l’amour mer saint Augustin pour rappeler les puissants efforts de la raison dans le domaine du dogme. Augustin a pour aboutir à l’objet aimé, l’esprit est rarement seul : même esquissé déjà les grands traits de cette méthode. on sent que l'âme est là tout entière. Voyez les admi­ De vera religione, c. v, xxiv; De utilitate credendi, rables élévations au début du Proslogion, c. I : Die c. ix: De ordine,!. II, c. IX ; In Joan., tr. XL, c. IX. Mais nunc, totum cor meum, dic nunc Deo : Quæro vultum Anselme l’a poussée avec une suite et une conscience tuum... Eia nunc ergo, tu Domine Deus meus, doce de ce qu’il faisait, qui sont bien à lui. Plus encore, il cor meum ubi et quomodo te quærat, ubi et quomodo en a fait la théorie avec une netteté parfaite, et il y te inveniat, etc.; et ceux de la fin, c. xxvi : Oro Deus, revient sans cesse. Voir notamment Proslogion, préf. cognoscam te, amem te ut gaudeam de le... Meditetur et c. i; De fide Trinitatis, c. n; Cur Deus homo, I. I, interim inde mens mea, etc. Cf. Médit., xi. début et c. n. Augustin trouvait dans sa traduction de la Bible fin. Ce que nous voyons ici en pratique est donné un texte d'Isaïe, vu, 9, A'isi credideritis, non intellicomme précepte au début du De /ide Trinitatis, c. n. getis, qui lui avait mainte fois fourni l'occasion d’expli­ On ne doit jamais, dit Anselme, mettre en question une quer qu'il faut croire d'abord nos mystères sans les vérité de foi; mais semper eanidem fidem indubitanter comprendre et sans les raisonner; mais qu'une fois tenendo, amando et secundum illam vivendo, humili­ admis sur la parole de Dieu, ils donnent à la raison dés ter, quantum potest, quærere rationem quomodo sit... ici-bas, en attendant la vision, matière à belles considé­ Prius ergo fide mundandum est cor... et prius per rations et à traitement rationnel et scientifique. C’est de prieceptorum custodiam illuminandi sunt oculi... et là que part Anselme. Prenant pour acquises les données prius per humilem obedientiam testimoniorum Dei de la foi, il applique toutes les ressources de sa belle debemus fieri parvuli... Qui non crediderit, non intelliget. Nam qui non crediderit, non experietur, et qui intelligence à s'expliquer les vérités qu’il croit de tout son cœur, à les éclairer des faibles rayons de la lumière expertus non fuerit non intelliget, etc. Et plus briève­ créée, à les coordoner en système, à en montrer le lien ment dans une lettre à Lanfranc : Didici in schola et les conséquences logiques. Il laisse donc de côté Christiana quod teneo, tenendo assero, asserendo amo. Epist., I, 41. Ainsi la spéculation devient une douce l'Ecrilure et l'autorité des Pères, qui ne lui serviraient qu’à établir sa foi, et il médite avec amour sur les vérités contemplation de l’objet aimé ; eorum quæ credunt in­ que cette foi lui propose. Voir la préface du Monolotellectu et contemplatione delectentur. Cur Deus homo, gion. C’est la méthode scolastique en ce qu'elle a d'es­ 1. I, c. i. Les Méditations nous montrent à merveille sentiel. C’est donc avec raison qu'il est appelé le Père cette union de la spéculation et de l’amour. Ainsi quand de la scolastique et que l’Êglise le présente comme il s’exhorte à méditer la rédemption par Jésus-Christ ; ayant servi de règle à tous les théologiens qui ont traité Versare in meditatione ejus, delectare in contempla­ le dogme scholastica methodo. Breviarium romanum, tione ejus... gusta bonitatem Redemptoris tui ; accen­ '21 april.,lect. vi. dere in amorem Salvatoris tui, Médit., xr, coi. 763; Il va de soi que cette méthode emporte le raisonne­ et quand il dit à Dieu en finissant : Fac, precor, ment, l'argumentation. Si la dialectique d’Anselme est Domine,me gustare per amorem quod gusto per cogni­ tionem ; sentiam per affectum quod sentio per intelle­ plus dégagée et plus libre d’allure que celle de saint Tho­ mas, elle n'en est pas moins serrée et rigoureuse. Nulle ctum, etc., col. 769. part peut-être chez les scolastiques, on ne trouve des Pour résumer, c’est toujours Anselme tout entier qui raisonnements si poussés, des déductions ainsi menées cherche et qui aime; mais dans les ouvrages spéculatifs jusqu'à tirer du principe ou de la vérité acquise tout ce comme le Monologion, c'est la pensée qui s’exprime, le qu’elle contenait pour la raison. Il y a, ce me semble, à cœur écoute et s’émeut en silence ; dans les Méditations cet égard, une différence notable entre saint Anselme et et les Oraisons, c’est le cœur ému par la pensée; dans saint Thomas. Saint Thomas, presque partout, là sur­ le Proslogion l’union est si intime de la spéculation affectueuse avec l’affection spéculative, que l'on croirait tout où il fait plus directement de la théologie, raisonne, entendre Augustin. Anselme, à cet égard, diffère de je dirais, en champ clos. La conclusion lui est généra­ lement donnée, sinon comme acquise, au moins comme saint Thomas, qui, dans ses écrits, n'a directement en question; le travail consiste à la rattacher aux prin­ exprimé son âme que par des mots rares et courts, et ne s'est révélé aimant et poète qu'une fois par les cipes, à l’éclairer par les vérités reçues, à rejeter l'erreur strophes immortelles que l’Êglise chantera jusqu’à la lin comme incompatible avec une donnée de la foi ou de la du monde au Dieu de l'eucharistie. philosophie. Il s’agit pour lui de démontrer une vérité on de résoudre un problème. La méthode d'Anselme est Ht. les doctrines. — En général, la doctrine d'An­ selme est la doctrine commune de l’Êglise et il est cu­ beaucoup plus une méthode de recherche. Partant d’un rieux que les protestants s’étonnent de trouver chez un principe, il suit pour ainsi dire le fil du raisonnement catholique des actes de confiance aux seuls mérites du jusqu'à ce qu'il soit arrivé au bout. Et de là l'unité serrée Christ et d'abandon à sa seule miséricorde; comme si de la trame et l’ampleur du mouvement dialectique. Le ce n’était pas là le fond du catholicisme! Après ce qui Moiologion est le modèle du genre; le Cur Deus homo est à peu près de même allure : ce sont des voyages de a été dit dans l’examen des ouvrages, il ne reste à si­ gnaler que quelques points. d· couverte. On est sûr d’ailleurs de ne découvrir que le 1. Le réalisme de saint Anselme. — On a prêté par­ dogme ou des vérités en accord avec le dogme; si l'on fois à Anselme quelque chose du réalisme panlhéistique aboutissait ailleurs, c’est qu’on aurait fait fausse route. de Scot Érigène. Rien de moins fondé. Si tout n’est pas 11 ne faut pas établir des démarcations trop précises net dans le De veritate, tout peut et doit s’entendre en en're les deux méthodes, car saint Thomas procède un bon sens, celui que donnait déjà saint Thomas. Voir aussi comme saint Anselme, notamment en maint endroit ANSELME 1345 plus haut, De veritate. Anselme a contre le nominalisme grossier de Roscelin des mots durs dont il n'est pas coutumier, De fide Trinit., c. n, col. 265: il donne une certaine réalité à la nature humaine, identique dans la diversité des individus; il met une certaine distinction entre cette nature et les individus; et, comme faisaient déjà les Pères, il tire de là de belles analogies pour l'explication de la Trinité, De fide Trinitatis, c. vi, vu, col. 279; mieux peut-être qu’on n'avait fait avant lui, il se sert de ces principes pour expliquer la transmission du pêché originel. De conceptu virginali, c. xxitt, col. 456. Mais on ne voit là aucun excès de réalisme. 11 reproche à Roscelin de ne pas admettre que la couleur soit quel­ que chose autre que la substance colorée, et de se rendre par là incapable de comprendre les relations qui dans l’unité de la substance divine constituent la trinité des personnes. De fide Trinitatis, c. Il, coi. 265. Mais on peut admettre des accidents distincts sans en faire des êtres substantiels. Enfin il met en Dieu les idées exemplaires, sur lesquelles le divin architecte a fait le monde. Monol., c. tx, X, col. 157 sq. (il n’a pas le mot idées). Mais rien en cela qui lui soit propre, rien qui sente un réalisme excessif. En somme, Anselme est réa­ liste, si par là on veut dire qu’il a combattu le nomina­ lisme; mais il n’a pas les excès du réalisme et, en fait, la question,des universaux a chez lui fort peu de place. 2. L’ontologisme de saint Anselme; l'argument des vérités éternelles. — Les ontologistes l’ont souvent cité en leur faveur (comme ils ont fait pour saint Augustin et pour saint Thomas). C'est à tort; Anselme ne connaît pas d'autre vision en Dieu que la vision béatifique; l'argument du Proslogion n'est pas non plus un argu­ ment ontologiste (voir article suivant). Reste la démons­ tration de Dieu par les vérités éternelles. Anselme semble admettre cette démonstration dans le Monologion, c. xvm, col. 165. et dans le De veritate, c. X, col. 479. Quand il l'aurait fait, à la suite d'Augus­ tin et de Boèce, on n’en pourrait pas conclure qu'il est ontologiste. Si Bossuet, Fénelon, d’autres après eux y ont mêlé des éléments ontologistes, ces éléments lui sont accidentels, et plus d'un aujourd’hui encore en admet la valeur, qui en ôte tout ce qui sentirait l'ontologisme. Mais il n’est pas même bien sùr qu’il ait voulu prouver par là l'existence de Dieu, ou la prouver sans passer par l'argument de contingence. En y recourant, il semble n'avoir en vue que de démontrer l’éternité de Dieu; et les explications qu'il donne dans le De veritate semblent tout ramener à une existence et à une vérité hypothé­ tiques. Ainsi l’entendait déjà saint Thomas. Quæst. disp., De verit., q. t, a. 5. 3. La psychologie de saint Anselme. — Non plus que pour la logique ou l’ontologie, Anselme ne fit jamais de psychologie pour la psychologie même. Il en fit cepen­ dant, en vue de la théologie et de l’Écriture sainte. Avec quel soin, par exemple, dans ce que l'on nomme d'un seul mot la volonté, il a distingué la faculté, l’acte, etc. De même, selon Guibert de Nogent, il distinguait soi­ gneusement dans l’àme le sentiment, la volonté, la rai­ son, l'intelligence, « toutes les mystérieuses communi­ cations de notre vie intime, » pour en montrer, selon h-s aspects, soit la distinction, soit l'unité. Tout cela, nous dit Guibert, sans s'expliquer davantage, Anselme l'appliquait à quelque texte choisi de l'Evangile. Ce qu'était cette application, on pourrait, à défaut d'exem­ ples directs, s’en faire une idée en regardant les com­ mentaires moraux ou tropologiques de Guibert luiméme. Celui-ci, en effet, nous dit n'avoir fait que suivre la voie que lui montrait Anselme, cœpi et ego ejus sensa commentis, prout poteram, similibus æntulari. Gui­ bert de Nogent, De vita sua, 1. I, c. xvt, P. L., t. ci.vt, col. 874. 4. La raison et la foi; la démonstration des mys­ tères. — On a semblé parfois faire d'Anselme un ralioDICT. DE TitÊOL. CATIIOL. 13ÎG naliste qui va où le mène sa raison, sans tenir aucun compte de la foi. C’est entendre étrangement sa méthode si souvent et si nettement expliquée par lui; c’est lui prêter des idées contre lesquelles protestent et sa vie entière et tous ses écrits. Voir plus haut, iv, 2°, col. 1343. D'autre part, quelques traditionalistes l’ont revendiqué pour eux, parce qu'il met la foi avant la raison : Credo ut intelligam,/ides quærens intellectum. Proslog., proœm. et c. t. C’est ne pas distinguer entre l'usage de la rai­ son avant la foi, entendez : avant la foi surnaturelle, et l'usage de la raison après la foi. De la genèse de la foi, Anselme ne s’est pas directement occupé. Il dit seule­ ment qu’il ne faut pas attendre pour croire que l'on ait compris les mystères, car on ne comprendra jamais. Il faut commencer par croire sur l'autorité de Dieu et par agir selon sa foi. Après cet acte de soumission intel­ lectuelle et morale, dit Anselme, essayez humblement de scruter ce que vous croyez : on ne saurait faire un plus noble usage de sa raison. Et il joint l'exemple au pré­ cepte, on sait avec quelle hardiesse et quel succès. Certes, cela n’est pas d'un traditionaliste qui n'attend rien de la raison. Il y a plus. Et le Proslogion et le Cur Deus homo, dirigés au nom de la raison contre les incroyants, supposent évidemment un usage de la raison antérieur à la foi. D’autre part, cette raison qui part de la foi pour scruter humblement les profondeurs de Dieu, n'oublie pas un moment sa dépendance, et qu'elle est soumise à une autorité plus haute. Cf. De fide Trinit., c. n, col. 261, 263, 264; Cur Deus homo, 1. 1, c. n, col. 362, 363. Reste un point à examiner. Anselme prétend-il ou non, je ne dis pas trouver, mais retrouver par la raison les mystères de la foi, la Trinité par exemple ou la né­ cessité de l'incarnation? Il parle, en ell'el. sans cesse de démonstration, de preuves convaincantes et nécessaires. Quel sens attache-t-il à ces mots? Avant tout, il ne prétend pas imposer ses raisons. « Voilà ce qui me parait, redit-il souvent; mais toujours sauf meilleures raisons ou autorité supérieure. » Croitil cependant que ces démonstrations rationnelles aient une valeur probante par elles-mêmes? Oui, sans doute, si on les regarde dans l'ensemble du système catholique, et c'est ainsi qu’il montre fort bien aux Grecs qu'ils ne peuvent logiquement nier que le Saint-Esprit ne pro­ cède aussi du Fils. Va-t-il jusqu'à leur attribuer une valeur absolue? 11 faut avouer qu’il en a tout l'air et, dans ce cas, il irait trop loin. Car les mystères intimes de la vie divine, comme la Trinité, restent indémon­ trables, et aussi les libres dispositions de la providence, comme l'incarnation. La raison peut répondre aux dif­ ficultés, éclairer les mystères par des comparaisons et des analogies prises de l'ordre créé, montrer les conve­ nances du choix divin, lier les vérités ainsi connues et montrer comment elles se tiennent, tirer enfin les con­ clusions des principes connus par la foi. Là se borne son rôle. Quelques-uns croient que jamais Anselme n'a prétendu faire autre chose. 11 faut reconnaître au moins qu'il outre çà'et là l'expression; reconnaître aussi de bonne grâce que, sur la question de la Trinité, sa pensée est confuse, sinon fausse, et que, sur celle de l’incar­ nation, il insiste trop sur la nécessité pour Dieu de donner des remplaçants aux anges déchus, etsixr l'im­ possibilité du pardon pur et simple, accordé non pas sans repentir, comme il semble l’entendre, mais au re­ pentir. L'incarnation, en effet,' n'est nécessaire qu'à celte double condition. Telles sont les principales questions que soulèvent les doctrines d'Anselme. Il suffira de signaler d'un mot les autres points où il a été inexact ou obscur. 5. Divers points de doctrine. — Dans la justice origi­ nelle, il ne voit guère que la rectitude morale de la volonté. Il ne dit rien de cette beauté surnaturelle, de cet ornement divin qui est la grâce sanctifiante, rien de L - 43 4347 ANSELME l’élévation proprement dite. De là vient qu’il n’a guère, pour expliquer l'effet du baptême dans les enfants, que des explications insuffisantes, celles-là mêmes qui, don­ nées comme exclusivement justes par Baius, seront un jour condamnées par l’Êglise. Cf. De conceptu virginali, c. xxix, col. 463. On l’a donné parfois comme un défenseur de l'imma­ culée Conception de la sainte Vierge; mais les œuvres d'où étaient tirés les textes ne sont pas de lui. Dans le Cur Deus homo, 1. Il, c. xvi, xvn, col. 416 sq., la sainte Vierge est englobée trop manifestement dans la masse péche­ resse (in iniquitatibus concepta, c’est Doson qui parle, mais Anselme admet cela, cf. De conceptu virginali, c. xvill, xix, col. 451). Il reste qu’Anselme a dit de Marie un mot admirable qui devint classique, et qui em­ porte l’immaculée Conception : Decens erat ut ea puri­ tate qua major sub Deo nequit intelligi Virgo ilia niteret, etc. De conceptu virgin., c. xvm, col. 451. La liberté du Christ dans sa passion n’est pas suffi­ samment expliquée. C’est trop peu, en eiïet, de dire que la personne du Verbe avait librement choisi et accepté le plan divin de la rédemption. Cela ne donne pas à Notre-Seigneur une liberté humaine. Cur Deus homo, 1. II, c. xvii, col. 419. Enfin Anselme, à la suite d’Augustin, semble croire que les enfants morts sans baptême souffrent une peine positive. De conceptu vir­ ginali, c. xxin, col. 457. C’est peut-être une des rai­ sons, sinon la seule, qui l’ont poussé à retarder l’anima­ tion de l’enfant au sein de sa mère et à traiter d’absurde l’opinion contraire. De conceptu virginali, c. vu, col. 440. tv. place et itiELVEXi E. — Anselme a sa place dans l’iiistoire du dogme catholique, à côté de saint Augustin et de saint Thomas. 11 n’a pas eu le rôle d’Augustin comme représentant de la doctrine catholique, et il n’a pas, comme saint Thomas, des disciples sans nombre à se réclamer de lui. Mais, à ne regarder que le dévelop­ pement intime de la théologie chrétienne, à peine oset-on dire qu'il ait personnellement moins fait. Sa lu­ mière s'unit à celle des deux autres colonnes lumineuses pour éclairer non seulement l’intervalle qui les sépare, mais encore les sentiers de la théologie future. Il est le premier théologien philosophe; le premier, il a poussé avec suite et méthode ce que son maître Augustin n’avait qu’esquissé, le traitement rationnel du dogme; il est dope bien le père de la scolastique. Que si, dans la sco­ lastique, on veut distinguer avec Cousin la période de raison suivant la foi, de raison parallèle à la foi, de raison divergente et s’émancipant de la foi. il faut mettre Anselme dans la première période; mais, à vrai dire, cette distinction est un peu factice. Deux traits précis. Anselme dans son œuvre écrite — on peut négliger ici le De grammatico et le De veritate — est par excellence le théologien philosophe ; saint Tho­ mas l’est aussi, mais il n’est pas que cela : il est, par exemple, philosophe et théologien. Ensuite, Anselme est l’homme des monographies. Il prend une question très précise, très délimitée, et il y applique toutes les res­ sources de sa puissante raison avec fine dialectique vigoureuse et admirablement soutenue. On sent, d’ail­ leurs, dans ces sujets relativement restreints, un homme qui domine sa matière et qui est maître de l’ensemble. Cet ensemble même, peu s’en faut que nous ne l’ayons dans l'ensemble de ses opuscules : essence divine, Tri­ nité, Incarnation, théologie des anges, grâce et provi­ dence surnaturelle, libre arbitre et jeu de la volonté humaine en face des tendances nécessaires de sa nature, des poussées de la grâce et des exigences de la prédes­ tination infaillible, chute et rédemption de l’homme, traits épars d’une théologie mariale et d'une théorie de l’Êglise à laquelle presque rien ne manquerait si ces traits étaient groupés, indications nombreuses sur les rapports de la raison et de la foi, modèles admirables de prières à Dieu et de toutes les relations de l’âme 4348 avec lui, ainsi que de l'appel aux saints, d’où se dégage une admirable théorie de la grâce, de la prière, de l'in­ tercession des saints, du mérite appuyé sur les mérites de Jésus-Christ, mainte autre chose encore qu'on pour­ rait signaler : on voit qu’Anselme touche à toute la théologie catholique. Il n’y a pas touché en vain. Que d’explications il a mises en avant qui sont passées depuis dans l’enseigne­ ment commun ! Tantôt c’est une vue profonde, tantôt une distinction lumineuse, tantôt une formule heureuse qui condense en une phrase un dogme qui attendait encore son expression définitive. Nul n’a mieux raisonné, si je puis dire, les attribut? divins, ni ne les a mieux déduits et groupés (Monolo­ gion) et si sa formule de Dieu : ens quo majus cogitari non palest (Proslogion), est moins belle que celle d'acte pur ou d’ipsum esse, il a le mérite d’avoir, le premier, posé pratiquement le problème de ce que l’on devait appeler plus tard l’essence métaphysique de Dieu. Nul n’a poussé avec plus de vigueur, dans toutes ses consé­ quences, la notion des relations opposées dans la Trinité. N’est-il pas le premier, aussi, qui ait montre clairement ce qu'il y a d’infini dans le péché et com­ ment il fallait un Homme-Dieu pour l’expier digne­ ment? Sur le péché originel, ses explications sont devenues classiques, il n’y a eu qu’à les compléter; — et ainsi sur maint autre point. Ses distinctions sur la vo­ lonté antécédente et conséquente, sur les diverses sortes de nécessité éclairent notre route encore aujourd'hui. Les formules mêmes sont passées dans le langage théo­ logique ou dogmatique. Celle-ci, par exemple, sur la transmission du péché originel : Spoliavit persona natu­ ram bono justitiæ in Adam, et natura egens facta omnes personas quas ipsa de se procreat, eadem egestate peccatrices et injustas facit, De conceptu virginali, c. xxiii, coi. 457; ou celle qui a été citée plus haut sur la pureté de la Mère de Dieu, ou celle-ci, qui exprime si bien le rôle de Marie co-rédemptrice : Qui potuit omnia de nihilo facere, noluit ea violata sine Maria reficere. Deus igitur est Pater rerum creatarum et Maria mater rerum recrealarun. Orat., ut, coi. 956. Et n'est-ce pas chez lui que l’on trouve, pour la pre­ mière fois, ces formules sur l’unité absolue en Dieu, et les oppositions relatives qui, dégagées et tant soit peu condensées, sont devenues des formules dogmatiques? In Deo omnia sunt unum ubi non obviat relationis oppositio. Denzinger, Enchiridion, n. 598. Cf. De pro­ cessione Spiritus Sancti, c. Ii, coi. 288, et passim. Peu d’hommes ont eu, comme Anselme, le don de semer les idées et les formules immortelles; et là même où il est discutable et discuté, comme dans le fameux argu­ ment ontologique, il a le don d’attirer les esprits les plus puissants et de les passionner. Si Anselme n’a pas proprement fait école — car ce qu’on nomme parfois l’école anselmienne des bénédictins semble être d’ori­ gine assez récente, et n’est pas une école au sens strict, et, d’autre part, les réalistes ontologistes ne pouvaient à bon droit se réclamer d’Anselme — peu d’hommes ont fouillé comme lui les idées théologiques, peu d’hommes ont tant éveillé les esprits et semé tant de germes fé­ conds. Enfin, il est parmi les trois ou quatre qui ont noté avec le plus de vie et de sincérité les cris les plus vibrants de l’àme chrétienne vers Dieu et ses conversa­ tions intimes avec le ciel. Anselme est donc une des plus grandes et des plus belles figures du christianisme, attrayante comme peu d’autres par je ne sais quoi d’idéal à la fois et de si humain, admirable par le re­ flet divin qu’ajoute à tous les dons du génie et du cœur le rayonnement du surnaturel. I. Ouvrages généraux. — 1· Parmi les histoires de la phi­ losophie : Ritter, Geschichte der Philosophie, Christliche Phi­ losophie, Hambourg, 1844, t. ni, p. 315-354; Stock!, Geschichte aer Philosophie des MiuelaUers, Mayence, 1854, t. i, p. 151 sq.; 1349 ANSELME Hauréau. Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1872. 1 t. i, p. 265-287; Ueberweg-Heinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie, Berlin, 1898, t. n, § 23, p. 175-185 (indications bibliographiques). 2· Parmi les histoires du dogme : Schwane, Dogmengesohichtc, Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. ni (les principaux points sont traités, et bien traités); voir la table au mot Anselmus; Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, Fribourg-en-Bris­ gau, 1890, t. ni, table au mot Anselm (sauf pour la théorie de la satisfaction, p. 341 sq., Anselme n’est pas étudié en luimême). 3· Parmi les théologiens, Chr. Pesch, Prælectiones dogmatic#, Fribourg-en-Brisgau, 1894 sq. (La table de chaque volume donne, au mot Anselmus, les références aux doctrines d’Anselme sur les principaux points.) 4· Parmi les dictionnaires : Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. I, col. 886-897. article de Schwane; Dictionary of national biography, Londres, 1885, p. 10-31, t. n (surtout bio­ graphique), article du Rev. Canon Stephens; Realencyklopadie fur protest. Théologie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1896, t. I, p. 562-570, article de Kunze; Ad. Franck. Dictionnaire des sciences philosophiques, 2* édit., Paris, 1875, p. 71-74, article deBouchitté; Morin, Dictionnaire de philosophie et de théolo­ gie scolastiques, Paris. 1856, 1.1, p. 426-537,1313-1330 (critique et réfute les vues de Cousin, Bouchitté, Rousselot, Rémusat). 5· Parmi les historiens (sans parler des écrits sur les Investi­ tures) : E. A. Freeman, History of the Norman conquest, voir Vindex, Oxford, 1879, au mot Anselm ; le même, History of the Reign of William Rufus, t. r, c. iv; t. n, c. vu, avec une note intéressante sur les Lettres d’Anselme, Oxford, 1882, t. n, p. 570-584. IL Ouvrages spéciaux sur saint Anselme. — A. Mohler, Anselm Erzbischof von Canterbury, publié d’abord dans le Theolog. Quartalschrift de Tubingue, 1827, réédité dans les Gesammelte Schriften de Môhler, Ratisbonne, 1839, t. t, p. 32 sq., trad. angl. par H. Rymer, Londres, 1842; G. F. Franck, Anselm von Canterbury,Tubingue, 1842; Montalembert, Saint Anselme, dans le Correspondant, 1844, t. vu, p. 145-186, 289-315, sou­ vent réédité, notamment dans les Moines d’Occident, Paris, 1877, t. vu, p. 174-317; Franz Rud. Hasse, Anselm von Canter­ bury, t. i, La vie, Leipzig, 1843; t. n, La doctrine, Leipzig, 1852; F. Bôhringer, Die Kirche und Hire Zeugen, Zurich, 1849, t. π. Il* part., p. 229-435, réédité à Stuttgart. 1873 et 1881; A. Charma, S. Anselme, dans les Mémoires de la Société des an­ tiquaires de Normandie, Caen, 1853 (aussi à part), et dans Philosophes normands, Caen, 1856, t. i ; Ch. de Rémusat, S. Anselme de Cantorbéry, Paris, 1853, 1868; à ce propos, Foucher de Careil, Correspondant, 1853, t. xxxi, p. 637-666; t. ΧΧΧΠ, p. 60-83 ; Em. Saisset, dans Revue des Deux Mondes, 1853, t. π, p. 471-501, réédité dans les Mélanges, 1859, p. 1-54; Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 1853, t. vi, p. 296-308; Anselm, von Canterbury als Vorkàmpfer fur die kirchliche Freiheit des .xi Jahrhund., dans Hist.-polit. Blatter (de Philipps et Gorres), 1858, t. xlii, p. 535-561, 606-627; Croset - Mouchet, Histoire de saint Anselme, Paris, 1859; G. W. Church, S. An­ selm, Londres, 1870 (souvent réédité); M. Rule, Life and limes of S. Anselm, 2 vol., Londres, 1883; Ragey, Histoire de saint Anselme, 2 vol., Paris, 1890; Id., Saint Anselme professeur, Paris, 1890; J. M. Rigg, S. Anseiwi of Canterbury, Londres, 1896. M. Cochin vient de donner un Saint Anselme à la collec­ tion « Les Saints» (Paris), et M. Domet de Vorges en a publié un dans la collection dos Grands philosophes, Paris, 1901. III. Ouvrages spéciaux sur les doctrines d’Anselme. — 1· Pour l’ensemble des doctrines : Card. d'Aguirre, S. Anselmi theologia, 3 vol. in-fol., Salamanque, 1678-1681 ; Rome, 1690; Jos. Porta, Theologia scholastica secundum principia S. An­ selmi, Rome, 1690; J. B. Lardito, Commentaires sur les princi­ paux ouvrages d'Anselme,3 vol. in-fol., Salamanque, 1699,1700, 1703, cf. Hurter, Nomenclator, 2' édit., Inspruek, 1893, t. n. col. ! 362; N. M. Tedeschi, Scholæ S. Anselmi doclrlnœ, Rome, 1705, cf. Hurter, loc. cit., col. 1296; A. Aran Weddingen, Essai critique sur la philosophie de saint Anselme de Cantorbéry, dans les Mémoires couronnés de l’Académie de Bruxelles, t. xxi; à part, Bruxelles, 1875, vi-408 p. ; Æm. Hôhne, Anselmi Cantuariensis philosophia cum aliorum illius ælatis decretis comparatur, ejusdemque de satisfactione doctrina dijudicatur, dissert, inaug., Leipzig, 1867, 64 p.; Ans. Oecsényi, De theologia S. An­ selmi dissertatio, Briinn, 1884, 243 p.; Aug. Fosse, Sur la ten­ dance théologique d’Anselme de Cantorbéry, Montauban, 1844, 32 p. ; Gius Prisco, nombreux articles dans La scienza e la fede : sur Anselme et l’ontologisme, 1857, t. xxxm, xxxiv, passim ; sur Anselme accusé de rationalisme, 1860, t. xxxix, p. 427-151 ; sur Anselme et le panthéisme, I860, t. xxxi.x, p. 545-563; t. XL, 1350 passim. — 2· Sur les rapports de la raison et de la foi sel n An­ selme : Ét. Vacherot, De rationis auctoritate, tum in >■: rum secundum S. Anselmum considérât#, thèse, Paris, 1835, 44 p. L. Abroll, S. Anselmus Cantuariensis de mutuo fidei ■ ationis consortio, dissert, inaug., Wurzbourg, 1864, xv-l‘»9 p. — 3· Sur la théorie anselmienne de la satisfaction : C. Schwarz, Doctrina de satisfactione Christi ab Anselmo Cantuariensi exposita, Greiffenberg, 1841 ; H. Cremer, Die Wurzeln des AnselmschenSatisfaktionsbegriffs, dansTheologische Studien und Kritiken, 1880, p. 7-24; Id., Der germanische Satisfaktionsbegriff in der Versohnungslehre, loc. cit., 1893, p. 316-345; cf. Id., dans Evangel, kirch. Zeitschr., 1883, p. 48'1-492; Elis. Pouget, Doctrine de la satisfaction vicaire, d'après le Cun Devs homo de saint Anselme, Genève, 1875, 32 p.; F. P. J. Sibmacher Zynem, De Anselmi et Calvini placitis de hominum per Chri­ stum a peccato redemptione inter se collatis, Utrecht. 1852,168 p.; parmi les catholiques Dôrholt, Die Lehre von der Genugthuung Christi, Paderborn, 1891, p. 201 sq. Cf. Harnack, ci-dessus, t. ni, p. 341 sq.; Hôhne, ci-dessus; Schwane, ci-dessus,L ni, p. 29G sq. La doctrine d’Anselme sur la nécessité de l'incarnation est déjà regardée comme contraire à tous les Pères par l’auteur de ta lettre qu’on trouve dans Migne, parmi les œuvres d’Abailard, P. L., t. CLXXVIH, col. 362, dans les termes d’ailleurs les plus élogieux pour l’auteur : quem et vit# sanctitas honorat, et doctrinæ singularitas ultra communem hominum mensuram extollit. Quelques scolastiques l’entendaient d’une simple conve­ nance, et c’est encore l’opinion de Dôrholt, ci-dessus, p. 201 sq. Mais cf. Stentrup, dans Zeitschrift fur kathol. Theol., Inspruck, 1892, p. 163 sq. — 4· Pour les doctrines d’Anselme, sur le pape et sur l’Église, J. Bainvel, L’idée de l’Église au moyen âge, saint Anselme dans la Science catholique, 16 février 1899, t. xiil, p. 193 sq. — 5· Sur le Monologion et le Proslogion, J. G. F. Billroth, De Anselmi Cantuariensis Proslogio et Monologio, Leipzig, 1832,35 p. ; J. L. Klee, De S. Anselmi Cant. Proslogio et Monologio, Leipzig, 1832; H. Bouchitté, ci-dessus, Introduction ; sur le De veritate, article du P. Folghera, dans Revue thomiste, sept. 1900. — 6· Sur les Méditations, J. Olivier, bachelier ès lettres et bachelier ès sciences, Anselme, de Can­ torbéry, d’après ses Méditations, thèse publiquement soutenue devant la Faculté de théologie protestante de Montauban... pour obtenir le grade de bachelier en théologie, Toulouse, 1890, 46 p. Selon l'auteur, Anselme est opposé « au catholicisme orthodoxe qui a toujours, plus ou moins, incliné vers le pélagianisme. II se rapproche de la conception protestante du salut accompli par Jésus-Christ et que le croyant s’approprie par la foi ». P. 29. — 7· Pour l’influence de saint Augustin sur saint Anselme, quelques pages dans Nourrisson : La philosophie de saint Augustin, Paris, 1865, t. n, p. 165-169. J. Bainvel. II. ANSELME (Argument de saint). — 1. L’argument chez saint Anselme. IL Histoire de l’argument, accueil et formes diverses. III. Sens précis. IV. Critique et dis­ cussion. I. L’argument chez saint Anselme. — i. genèse. — C’est d’Anselme lui-même qu’il faut apprendre comment est né ce fameux argument. « Après avoir publié le Monologion, nous dit-il au début du Proslogion, voyant qu’il y avait là toute une chaîne de raisonnements, je me mis à chercher s’il n’y aurait pas un argument uni­ que, qui, sans exiger d’autre preuve que lui-même, suf­ firait seul à établir que Dieu est, et qu’il est le souve­ rain bien, n’ayant besoin de rien autre, et dont tout le reste a besoin pour être et pour être bien, enlin tout ce que nous croyons de la nature divine. Ma pensée y revenait sans cesse et s’y acharnait, et parfois il me semblait que j’allais saisir ce que je cherchais, parfois il se dérobait au regard de mon esprit; enfin, de guerre lasse, je pris le parti de renoncer à une recherche sans espoir. Mais en vain j’essayais de chasser cette pensée, qui, en occupant inutilement mon esprit, pouvait me détourner d’autres objets plus profitables : plus je résis­ tais et réagissais, plus elle se faisait importune et obsé­ dante. Un jour donc que je m’épuisais à la repousser, dans le choc même de mes pensées s’offrit à moi ce que je n’espérais plus, et j’accueillis comme la bienve­ nue l’idée que je m’elforçais d’éloigner. » Proslog., prooe­ mium, P. L., t. clviii, col. 223. Celte idée longtemps cherchée en vain, trouvée quand on ne la cherchait plus, c’est Vargument ontologique. 1351 ANSELME 1352 EudnruT raconte que les tablettes oû fut couchée aus­ grand, et qu’on ne peut même pas concevoir n'êlre pas. sitôt la précieuse trouvaille se perdirent on ne sait com­ Et cet être, c’est vous, Seigneur notre Dieu. Vous êtes ment; Anselme récrit, le lendemain on trouve les tablet­ donc, Seigneur mon Dieu, et si vraiment qu'on ne peut tes brisées comme par une main inconnue, et la cire même concevoir que vous ne soyez pas. » C. ni, col. jetée çà et là ; l’auteur arrive, non sans peine, à recon­ 228. Tel est l’argument de saint Anselme. stituer le tout, et, craignant une négligence coupable, il ni. attaque et défense. — A peine le Proslogion fait transcrire son travail sur parchemin, au nom du eut-il paru qu’un moine de Marmoutiers, dont la per­ Seigneur, Vila, 1. I, c. ni, P. L., t. CLVllI, col. 63. sonne n’a guère été connue que de nos jours (il était N’y a-t-il pas en tout cela comme un symbole de la desd'origine allemande et se nommait Gaunilon ou Guani*inée future du fameux argument? lon. le même mot, je pense; que Ganelon), publia un tr. texte. — Le voici dans les termes mêmes de petit écrit, oû, sous forme de doute, et avec tous les égards l'inventeur, et d’abord les quelques phrases qui lui ser­ pour Anselme et tous les éloges pour le reste du livre, il vent d'introduction et où quelques-uns voient une lumière faisait des objections à l’argument et demandait une dé­ pour l'interprète : « Je ne prétends pas, Seigneur, monstration plus solide. Gaunilon semble avoir eu plu­ pénétrer vos profondeurs, elles sont trop au-dessus de tôt une impression un peu confuse du défaut général de mon intelligence; mais je voudrais comprendre quelque l’argument qu’une vue claire et précise du point où de­ chose à votre vérité, que mon cœur croit et aime. Car vait porter la discussion; nulle part, il ne semble se je ne cherche pas à comprendre pour croire; mais je rendre compte de ce qu’il y a de spécial dans cette idée crois pour comprendre; plus encore, je crois que, si je de l’être tel qu’on n’en peut concevoir de plus grand,et ne crois d’abord, je ne comprendrai pas. » Ibid., c. i,col. comment l’existence est de l’essence même de cette idée. 227. Suit le titre du c. n, « que Dieu est vraiment. » Ce Gaunilon cependant soulevait déjà les grosses objections titre est d’Anselme. Le chapitre s’ouvre par une conclu­ qui seront faites plus tard. 11 n’est pas si clair, disait-il, sion, qui résume en deux mots ce qui précède : que nous ayons cette idée de l’être le plus grand qu’on « Ainsi donc, Seigneur, vous qui donnez à la foi l’intel­ puisse concevoir comme d’une essence une et distincte, ligence, donnez-moi, dans la mesure ou vous le savez ou du moins que nous l’ayons comme nous avons celle utile, de comprendre que vous êtes, comme nous le des objets qui se classent par genres et par espèces, car croyons, et que vous êtes ce que nous vous croyons. » cet être est en dehors des genres et des espèces. Admise C'est de là que part l’argument. « Nous croyons que celte idée, il ne suit pas que cet être existe; car autre vous êtes un être tel qu'on n’en peut concevoir de plus chose est être conçu comme existant, aidre chose exis­ grand (aliquid quo nihil majus cogitari possit). Eh ter réellement (exemple de Vile fortunée). Ibid., co\.2'i6. bien ! n'existe-t-il pas quelque nature telle (an ergo non Anselme répondit en maintenant toutes ses positions, est aliqua talis natura), pour que l’insensé ait dit dans et l'existence dans l’esprit de l’être tel qu’on n’en peut son cœur : II n'y a pas de Dieu? Mais à coup sûr, ce concevoir de plus grand, et le passage logique, absurde même insensé, en entendant ces mots, être tel qu’on partout ailleurs, nécessaire dans ce cas unique, de l'exis­ n’en peut concevoir de plus grand, pense ce qu’il tence idéale à l'existence réelle, de l'idée à l’objet, de entend, et ce qu’il entend est dans sa pensée (in intel­ l’être conçu à l'être existant. lectu), quoiqu'il ne pense pas qu’il soit. Car autre chose IL Histoire de l'argument, accueil et formes diver­ est être dans la pensée, autre chose penser que ce soit. ses. — I. SAINT AUGUSTIN ET LES SCOLASTIQUES. — On Ainsi, quand le peintre conçoit d'abord ce qu'il va faire, a cherché dans saint Augustin des traces de l’argument il l'a dans la pensée, mais il ne pense pas que ce soit, d'Anselme. Mais il ne semble pas que les textes cités avant qu’il ne l'ait fait. Mais le tableau fait, il l’a dans aillent précisément à conclure de l'idée comme telle ά la pensée, et il pense qu'il est. L’insensé doit donc, l'objet comme tel, ce qui est le propre de l’argument lui aussi, reconnaître qu'il y a au moins dans la pensée anselmien. Cf. Ueberveg, Geschichte der Philosophie, un être tel qu'on n’en peut concevoir de plus grand; Berlin, 1898, t. π, p. 182; Schwane, Dogmengeschichte, car il pense cela, quand il l'entend (hoc cum audit Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. in, § 5, p. 58, 65; à l'op­ intelligit), et ce que l'on pense est dans la pensée (et posé, J. Martin, Saint Augustin, Paris, 1901, p. 99 sq. quidquid inlelligitur in intellectu est). Mais (et certe) L’histoire de l’argument est donc tout entière dans l'être tel qu’on n'en peut concevoir de plus grand ne celle de l’accueil qui lui fut fait et des différentes formes saurait être dans la pensée seule. Car s’il est dans la pensée sous lesquelles il fut proposé. seule, on peut concevoir qu’il est aussi en effet ; ce qui Par malheur, il y a là pas mal de points obscurs, soit est plus. Si donc l’être tel qu’on n’en peut concevoir parce qu’on se méprend sur l’argument d'Anselme, soit de plus grand est dans la pensée seule, cet être tel parce que les auteurs ne s’expliquent pas clairement. qu’on en peut concevoir un plus grand est l’être tel I D’où il arrive qu’on trouve le même auteur, et parfois qu’on n’en peut concevoir de plus grand (idipsum les mêmes textes, cités pour ou contre. Je ne puis don­ quo majus cogitari non potest est quo majus cogitari ner ici · que des indications rapides, renvoyant aux potest); mais cela est évidemment impossible. Il est études spéciales pour la discussion et la critique. donc, sans aucun doute, un être tel qu'on n’en peut Le Maître des Sentences se contente de dire que nous ne connaissons Dieu que par ses œuvres. Sent., 1.1. concevoir de plus grand, et cela dans la pensée, et en dist. 111, 1. Alexandre de Ilalès rapporte l’argument effet (aristit ergo procul dubio aliquid, quo majus cogi­ d’Anselme, en le rattachant à ceux d’Augustin sur la tari non valet,et in intellectu et in re).» C. ii, coi. 227. vérité suprême, et l’approuve sans le critiquer. Sum. Aux yeux d’Anselme, la preuve est faite. Il ajoute pour­ theol., 1», q. ni, m. m, Cologne, 1622, t. i, p. 20. tant un mot encore, tant pour compléter la preuve en Saint Bonaventure dit, comme tous les scolastiques, la retournant, que pour désigner d’un trait nouveau le que nous ne connaissons Dieu que par ses œuvres, grand Dieu qu’il vient de retrouver. « Oui il est, et il est si vraiment qu’on né peut même pas concevoir qu’il 1V Sent-, 1.1, dist. 111, q. n, mais'il ne rejette pas l'argu­ ne soit pas. Car on peut concevoir un être qu’on ne ment ontologique ; au contraire, il semble l’admettre. peut concevoir n’ëtre pas, et cet être est plus grand que Ibid., dist. VIII, part. I, a. 1, q. n, Quaracchi, 1882,1.1, p. 154 (avec les notes p. 155). Mais à regarder de près, celui qu’on peut concevoir n’être pas. Si donc l'être tel l’argumentation de saint Bonaventure semble plutôt ré­ qu’on n’en peut concevoir de plus grand peut être gressive (donné que Dieu est, il est l’être absolu, néces­ conçu n’être pas, l’étre tel qu’on n'en peut concevoir de saire, etc.). Albert le Grand, là où il traite des différentes plus grand n’est plus l’être tel qu’on n’en peut conce­ voies pour prouver l’existence de Dieu, Sum. theol., voir de plus grand : ce qui est contradictoire. Il y a q. xvm, m. t, Lyon, 1651, t. xvn, p. 64, ne dit rien de donc un être tel qu'on n'en peut concevoir de plus 1353 ANSELME la voie d’Anselme. Ailleurs, il semble dire que le sage, qui sait le sens du mol Dieu et du mot être, sait par là même que Dieu est et ne peut être conçu comme n’êtant pas. Sum. theol., I», q. xvn, t. xvn, p. 62. Mais il ne s’exprime pas clairement. Cf. q. xix, m. il, p. 68. Henri de Gand parle à peu près de même, et n'est pas plus clair. Sum. quæst. ordin., 1 part., a. 22, q. n, ad 3»“', Paris, 1520, fol. 131-132. Sainl Thomas rejette l’argument. Sum. theol., 1«, q. n, a. 1, ad. 2U1»; cf. I P Sent., I. I, dist. III, a. 2, ad 4““; Super Rceth., De Trinit., q. i, a. 3, ad 6““> ; Quæst. disp., de veritate, q. x, a. 12, ad 2UI»; Cont. gent., 1. I, c.x, xi. (Le P. Ragey ne veut pas que saint Thomas ait eu en vue l’argument,même de saint Anselme. L’argument de saint Anselme, p. iv-vn, p. 88-134). Gilles de Rome (.Egidius), tout en se servant du passage d'Anselme pour montrer que nul ne saurait nier directement l'existence de Dieu (car dès qu'on conçoit Dieu, on le conçoit comme existant), ne semble pas prendre l'ar­ gument comme prouvant Dieu. IVSent., 1. I, dist. 111, q. n; cf. q. nt. Scot commence par montrer que l'ar­ gument d’Anselme suppose la possibilité de l'être par­ fait, ce qui, dit-il, n’est pas évident du premier coup (il dit même : ce qui ne se prouve pas a priori); et il essaie de le colorer, comme il dit, en apportant des raisons en faveur de cette possibilité. IV Sent., 1. I, dist. II, q. n, n. 31-32, Paris, 1893, t. vin, p. 478; cf. n. 14, p. 418. Le nonimalisme, qui rejetait toute démonstration de Dieu, ne pouvait évidemment accepter l'argumentontologique. Denys le Chartreux semble y revenir en se rangeant sur ce point à côté de saint Bonaventure ; Tostat aussi, si l’on en croit Recupito, De Deo uno, q. xvm, Rome, 1636. Parmi les scolastiques qui l’admettent, il faut ranger encore : Vasque?., In primam partem, disp. XX, c.E C ARGUMENT. — Ceux qui nient la valeur de l'argument ne sont pas d'accord sur toute la ligne. Les uns admettent l’idée et la possibilité ou être idéal, et nient qu'on en puisse rien tirer pour l’ordre réel. D’autres vont à nier l’idée même et la vue de la possibilité. Parmi les premiers, quelques-uns ne mettent aucune différence entre l'idée de l'être nécessaire et toute autre idée. Ainsi semble faire Gaunilon; ainsi Kant. C’est aller trop loin, et cette différence s’impose. Dieu seul est par essence, et concevoir Dieu.c'est concevoir l’être dont l'essence ne se peut concevoir que comme exis­ tante. Gassendi au moins serre de plus près la question en disant que « dans l’idée d’un Pégase parfait, la per­ fection d'avoir des ailes n’est pas seulement contenue, mais celle aussi de l’existence ». Objections contre la cinquième Méditation. Œuvres de Descaries, p. 185. Mais, même dans l’exemple de Gassendi, il n'y a pas parité complète. 11 faut donc accorder qu’on ne conçoit vraiment Dieu que si on le conçoit existant, l'existence étant de l’essence même de Dieu. Beaucoup accordent cela. Mais, disent-ils, il ne suit de là qu'une existence idéale non une existence réelle ; Dieu est nécessaire­ ment conçu comme existant ; mais rien ne prouve qu'à ce concept réponde une réalité. Précisément, répliquent les tenants de l’argument, c’est le propre de ce concept d'exiger la réalité de son objet, de sorte qu’il périt luimême si cet objet n’existe pas (voir plus haut). Plusieurs se rendent à la force de cette raison, et admettent le lien nécessaire entre ce concept et la réalité de son objet. Ils n’admettent pas cependant la valeur de l’argument; ils nient que nous ayons, à proprement parler, le concept de l'être parfait, de Dieu. Descaries l'accordait d’un concept propre et adéquat. Mais, ajou­ tait-il, nous en savons assez de cet être pour concevoir 1358 clairement et distinctement que l’Ètre lui appartient par essence, que son essence est d'être. Fort bien, mais la question est précisément de savoir s'il y a une telle essence, ou si nous concevons vraiment un tel être; c'est demander, en autres termes, si un tel être est possible. Possible, il l'est en soi. Mais l'est-il pour nous a priori? Quelques-uns croient résoudre la difficulté en di­ sant : « Nous le concevons. Il est donc possible, de possibilité interne (laquelle se définit, comme on sait, la non-implicance des termes); mais nous ne savons s’il l’est de possibilité externe (par rapport à la cause productrice, ou plus généralement par rapport à la rai­ son suffisante de son être). » On leur objecte avec rai­ son que cette distinction entre la possibilité interne et la possibilité externe (si tant est qu'elle puisse avoir ailleurs une utilité sérieuse) ne saurait être de mise quand il s’agit de l’être nécessaire, qui, s’il est possible, a en lui-même la raison suffisante de son existence : on ne peut distinguer ici essence possible et essence réelle. Ce qui ramène toute la question à celle de possibilité pure et simple. Concevons-nous vraiment et positivement Dieu comme possible? En termes équivalents, conce­ vons-nous vraiment Dieu? C’est là, en effet, qu’il faut en venir. Déjà Gaunilon et Anselme avaient lutté sur ce terrain; Descartes s’occupa de ce point; Leibnitz, après Scot, y ramena toute la question ; et c’est là que porte le principal effort du subtil professeur dont j’ai cité l’ar­ gumentation. ni. distinctions et conclusions. — Si c’est là un terrain de lutte, c’est aussi, dans certaines limites, un terrain de conciliation. Il y a une idée de Dieu qui em­ porte avec elle la réalité de son objet, et il y a une idée de Dieu qui ne l’emporte pas. L'idée propre de Dieu (ou plus exactement l’idée ex propriis) emporterait que Dieu est possible; car, en ce sens, est possible ce qui est pro­ prement conçu (l'impossible est inconcevable) ; mais si Dieu est possible, il est (si Dieu n’est pas, il est impos­ sible). Si donc nous concevons Dieu, à proprement par­ ler, Dieu est. Mais il est une idée de Dieu, qui n’em­ porte pas l’existence réelle de son objet, mais seulement l’existence conçue comme réelle ; c’est l’idée analogique que nous nous formons de Dieu, avec les éléments créés, par voie de causalité, de négation, d’éminence : c’est là une idée factice, composite, n’atteignant pas l’essence en elle-même; et dès lors, je ne saurais dire s'il n’y a pas, sans que je le voie, quelque chose qui rende cette essence impossible — à peu près comme cela se présente pour l'idée d’un carré équivalent à un cercle. On peut donc accorder que si nous avions l'idée de Dieu, cette idée prouverait son existence, en l’enten­ dant d’une idée propre; mais nous n'avons pas cette idée propre et dès lors cette existence nécessaire que j’attribue à Dieu peut bien n’être (tant je ne la connaî­ trai pas par une autre voie) qu’un jeu de mon esprit, comme cette essence même que je conçois comme ne faisant qu’un avec son existence. Dès lors, l’idée de Dieu périt elle-même, comme argumente le professeur que j’ai cité ; mais l'idée propre, celle à laquelle correspond une essence déterminée, non pas toute idée de Dieu ; dès lors, je ne conçois pas Dieu comme possible, par un concept positi/'embrassant cette essence même, excluant de cette notion toute impossibilité; je ne vois pas d'im­ possibilité, c’est tout ce que je puis constater. A ceux qui disent : Il est possible; car je puis arriver à le con­ cevoir, à en avoir une idée claire et distincte, Leibnitz faisait déjà remarquer qu’il y a beaucoup d’ambiguïté dans ces mots concevoir, idée, et que souvent nous croyons concevoir une chose et en avoir une idée claire et distincte sans que cependant cette chose soit possible, partant, sans que nous la concevions vraiment, sans qne nous en ayons proprement l’idée. 11 donne comme 1359 ANSELME — ANSELME D’HAVELBERG exemple l'idée du mouvement le plus rapide qu’on puisse concevoir pour une roue qui tourne. Ce mou­ vement que nous croyons parfaitement concevoir est impossible, et quand on y regarde de près, on dé­ couvre que, en fait, nous n’en avons pas vraiment l’idée. Méditations sur la connaissance, etc., dans l'édition de P. Janet, t. n, p. 516, 517. Ainsi donc de l'idée seule de Dieu, telle que nous pouvons nous la faire ici-bas, il est impossible de conclure avec certi­ tude à l'existence de Dieu ; ce passage de l'ordre idéal â l’ordre réel ne serait légitime que si, dans l'idée, nous atteignions la réalité de l’objet (ce qui est l’ontologisme), ou du moins si nous avions de Dieu une idée propre, que nous n’avons pas. Mais il reste que, connue par ailleurs l’existence de Dieu, l’argument ontologique nous aide à mieux comprendre comment cette existence est per se nota quoad se, comme dit saint Thomas, comment elle est l'essence même de l’acte pur; il reste que la preuve anselmienne, suivant le désir du grand génie qui la trouva, nous amène à tirer de l'idée même de Dieu tout ce que nous pouvons connaître de « Celui qui est » par essence. I. Ouvrages généraux. — La plupart des auteurs cités à l'article précédent parlent de l’argument ontologique ; quelquesuns fort longuement, Morin, par exemple, et Van Weddingen.Aux auteurs déjà cités dans le présent article (S. Thomas, S. Bonaven­ ture, Scot, Descartes, Leibnitz, Kant, Nourrisson, etc.), il faut joindre les philosophes ou théologiens qui ont traité de Dieu, sait dans des cours, soit dans des ouvrages spéciaux. En particulier Hontheim, Institutiones lheodicex, Frihourg-en-Brisgau, 1893, р. 53; Kleutgen, La philosophie scolastique, Paris. 1869, t. iv, n. 937; Farges, L’idée de Dieu, Paris. 1894, p. 208; J. Simon, La religion naturelle, I” part., c. i, Paris, 1856; A. de Margerie, Théodicée, Paris, 1874, note A, t. i, p. 359. — Joindre les études sur l’idée de Dieu ou sur les preuves de l'existence de Dieu, par exemple Bouchitté, Introduction et histoire des preuves de l'existence de Dieu, 1" et 2’ mémoires, dans le Recueil de l'in­ stitut: cf. Morin, p. 450, n. 136; J. Kôstlin, Die Bcweise fur das Dasein Gottes. dans les Thcologische Studien und Kriliken, 1875, p. 611 : J. Janda, Kritisch. histor. Eutwicketuug des Gottesbegriffs, Dissert., Bostock, 1868. — Joindre enfin aux histoires du dogme et de la philosophie déjà citées: XV. G. T. Shedd, His­ tory of Christian doctrin, New-York, 1864. t. il. p. 111, 263. IL Travaux spéciaux. — Plusieurs pièces dans les Mémoires de Trévoux : Du P. Lamy, O. S. B., Lettre à M. l'abbé Brillon, pour la défense d'une démonstration cartésienne de l’exis­ tence de Dieu, janvier et février 1701, p. 187 ; de Leibnitz, Extrait d'une lettre sur ce qu’il y a dans les Mémoires de janvier et de février touchant la démonstration cartésienne de l’existence de Dieu, par le B. P, Lamy, bénédictin, sept, et oct. 1701, p. 203 ; de Tournemine. Nouvelle preuve de l’exis­ tence de Dieu, juillet 1702, p. 108: d'un anonyme, Éclaircis­ sement sur la démonstration cartésienne de l'existence de Dieu, prise de son idée, octobre 1742, p. 1732 ; Em. Saisset. De varia S. Anselmi in Proslogio argumenti fortuna, Paris,1840; R. Hasse, De ontologico A nsebni pro existentia Dei argumento, Bonn. 1849; A. Stock!, De argumento, ut vocant, ontologico, Munich, 1862; Em. Herwig, Ueber den ontologischen Beweis, dissert., Rostock, 1863 ; Jahnke, Ueber den ontol. Beweis von Dasein Gottes, mit besonderer Berücksichtigung von Anselm und Descartes, Progr., Stralsund, 1874 ; G. Runze, Der ontol. Gottesbeweis, kritische Darstellung seiner Geschichte seit Anselm bis auf die Gegenwart, Halle, 1882 ; Montet, De argjimento S. Anselmi, Genève, 1884; J. Kiirber, Das ontologische Argument, Gymn. Progr., Bamberg, 1884; J. M. Piccirelli. Dis­ sertatio de mente S. Anselmi in Proslogio, Paris. 1885 (appen­ dice à son De Deo ; cf. Μ. E. Rivière, A nnales de phil. chrét., 1885, с. L ΧΠ, p. 480); Ragey, L’argument de saint Anselme, Paris, 1893; H. Ziedtke, Die Beweise fur Dasein Gottes bei Anselm und Descartes, diss. inaug., Heidelberg, 1893 ; Combe, An ex or­ dine logico demonstrari possit existentia Dei, au début d'un livre intitulé : Le panthéisme moderne·, cf. Bevue thomiste, 1897, p. 139; dans les Annotes de philosophie chrétienne, outre l’article à propos de Piccirelli, ci-dessus : L. Guyeton, L'argu­ ment de S. Anselme, 1894, t. xxxi, p. 52,263; Berlin, La preuve de l'existence de Dieu par- l'idée que nous en avons, 1895, t. XXXII. p. 155, 277; Domet de Verges, Bapport lu à l'Aca­ démie de Saint-Thomas, séance du 2 mars 1900, ibid., juillet 1900, p. 463; dans la Science catholique, Gayraud, L’argument de saint Anselme, 1894, p. 784; dans la Bevue thomiste, Hur- 4360 1 taud. L’argument de saint Anselme et son récent apologiste, 1895, p. 326 ; dans les Comptes rendus des Congrès scienti­ fiques des catholiques. 1888, il· sect., p. 398; 18:14. Ill· sect,, p. 77. 710; 1897, ni· sect., p. 114; dans le Philosophisches Jahrbuch der Gbrresgercllschaft, Adlhoch, Der Gottesbeweis des hl. Anselm, t, vni. 1895; t. x, 1897; L. Heinrichs, Die Genugluungstheorie des h. Anselmus von Canterbury, 1909. J. Bainvel. 2. ANSELME D'HAVELBERG. L’origine de ce per­ sonnage est inconnue. On asupposé qu'il naquit en Lotha­ ringie ou sur les bords du Rhin, qu’il reçut sa formation littéraire à Laon et fut une des premières conquêtes de saint Norbert (Winter, p. 56). L’amitié qui l'unit à Wibald dès sa jeunesse (Wibald, Epist., cl, dans Jaffé, Bibl. rer. germ., t. i, p. 241), ce qu'il dit de Rupert de Deutz (Epist. ad abb. Huisb., P. L., t. clxxxvhi, col. 1120) I permettent de conjecturer qu’il appartenait au pays de ’ Liège. Disciple de saint Norbert, il fut établi par lui évêque d'Havelberg, dans la première moitié de 1129 | (Winter, p. 300). Partisan, comme Norbert et Wibald, d'une politique de conciliation, il fut grandement mêlé aux affaires politiques de son temps, suivit Lothaire III en Italie, fut chargé par ce prince et plus tard par Fré­ déric l’r, d'une ambassade à Constantinople, et, en 1417, | lors de la croisade contre les Wendes, exerça la fonction de légat pontifical. On le retrouve fréquemment dans l’.entourage de l'empereur, notamment à Spire oti saint | Bernard le délivre d’un mal de gorge. Vita Bern., I. VI, | c. v, n. 19, P. L., t. ct.xxxv, col. 381; Jaffé, Gesch. des deulschen Beichs un ter Conrad III, passim ; Dettlof, Der erste Rômenung Friedrichs I, Gœttingue, 1877, p. 26; Bernhardi, passim. 11 déploya une grande activité en faveur de son ordre, qui travaillait alors à la christiani­ sation du pays des Wendes, plaça des prémontrés dans son chapitre cathédral et coopéra à la fondation du mo­ nastère de Jérichow.. Gest. arch. Magd., dans Mon. Germa», histor., t. xiv, p. 417; Winter, p. 148-168; 31231.3. En 1155, Frédéric Ier le fit nommer au siège archié­ piscopal de Ravenne.Annal. Padal., dans Mon. German, histor,, t. xvi, p. 89, et usa de ses services dans ses né­ gociations avec le pape. Anselme mourut dans le camp impérial, devant Milan, le 12 août 1258. Vine. Prag., dans Mon. German, histor., t. xvin, p( 671,673-674. Comme écrivain, Anselme d’Havelberg appartient à l'école dite mystique du xii· siècle et se rattache aux prévôts de Reichersperg et à Rupert de Deulz. Janssen, Wibald von Stable, p. 1213. On a de lui : 1° trois livres Άντιζειμένων ou Dialogi. D'Achery, Spicii., 1.1, p. 161207 ; P. £., t. clxxxvhi, col. 1139-1248. C'est l’exposé fait ) à la demande d’Eugène III des conférences qu’il eut. lors de son premier voyage à Constantinople, en 1136, avec Nicétas, archevêque de Nicomédie, sur la procession du Saint-Esprit, la primauté romaine et autres points con­ I troversés entre les Églises d’Orient et Rome; ces dia­ logues sont précédés d’une petite dissertalion sur l'unité de la foi dans l’Église; 2° lettre à l’abbé Egbert d’Huisbourg, au sujet de la prééminence des chanoines régu­ liers sur les moines. Amort, Vet. disc, canon., Venise, 1747, t. n, p. 1048-1065; P. L., t. clxxxvhi, col. 11191140; Spieker, p. 95-120. Se basant sur ce traité, Fried­ berg, dans son édition du traité de Gratien (can. 2, cans. XIX, q. hi), attribue à Anselme une influence sur la rédaction du décret d’Innocent II, qui interdit aux chanoines réguliers profès le libre passage dans un autre ordre, mais cette opinion est combattue par Rückert, Aniane und Gellone, Leipzig. 1899, p. 57-59. notes38.396; 3° Tractatus de ordine pronuntiandis litaniis ad Fridericum Magdeb.archiep., dont Pez projeta it la publication (77«!«aw>’.,t.vi,præf., p. x),et qui a été édité par Fr. Winter, Zeitschrift f. K. G., de Brieger, t. v, 1882, p. 144-145; 4° lettres à Wibald de Stavelot, éditées par Martène, Ampl. coll., t. h, et Jaffé, Bibl. rer. germ., passim; 5° Wibald dans sa lettre clix (Martène, p. 142) fait menI tion d’un travail sur la justice positive, qu’Anselme 4361 ANSELME D’IIAVELBERG — ANTÉCHRIST avait écrit ou projetait de composer. Jaffé, t. i, p. 265. C'est à tort qu'on attribue à Anselme le traité De ordine canonicorum regularium. l’ez, Thés, anecd., t. tv, præf., p. tx-x;part. II, p. 73-110; P. £., t.CLxxxvm, col. 101)3-1139. Déjà 0. Pez. avait fait remarquer que cet opuscule devait avoir été composé dans le diocèse de Salzbourg ou dans celui de Passau. Præf.,p. x. D. Ceil lier » également mis en doute la paternité d’Anselme, t. xrv, p. 416. de môme que Ernst. Histoire du Limbourg, Liège, 4838, I. II. p. 288, note. Ce traité n'est en ellet que la repro­ duction textuelle, sauf la fin qui manque, de l'opuscule d'Arnon de Reicherpserg sur le même sujet. P, L., t. cxctv, col. 1493-1525. Les termes employés dans le chapitre xxix à propos de Rupert de Deulz sont en con­ tradiction avec la lettre à l’abbé d'Huisbourg. — C'est également â tort que Jaffé, Bibl. rer. germ., t. ni, p. 565-568, lui attribue la biographie de l’archevêque Adelhert II de Mayence. Watlenbach, Deulschlands Geschichlsquellen,^ édit., t. n, p. 351. Sources : Ugbelti, Italia sacra, Venise, 1717. t. n. p. 368-871 ; Oudin, De script, eccl., Leipzig, 1722, t. il, p. 1428-1430 ;Mabilton, Annal, bened., t. VI, 1739, p. 267-268; Ceillier, Hist, desaut. eccl., 2· édit., t. xiv, col. 413-416; A. F. Riedel. Bischof Anselm von Havelberg Gesandler der Kaiser Lothar and Friedriech I zu Constantinopel, nachmaliger Erzbischof von Ravenna, dans Arch. f. preuss. Geschichtskunde de Ledcbur, Berlin, 1832, t. VIII, p. 97-137,225-2C8; C. W. Spieker, Das Leben and IVirken des Bischofs .4 nsclm von Havelberg, dans Zeitschrift f. hist. Theot. de lllgen, Leipzig, 1840, t. x. p. 2,3-94; Strerath, De A nselmo e/dscopo Havclbergensi diss. hist.. Munster, 1854; C. Will, Ueber die Person Anselmsdes Verfassers der Vita Adclbertill arch. Mog., dans Forschungen z. deutschen Gesch., t. xi, p. 623-630; Fr. Winter, Die Pnrmonslratenser des at Jahrh., Berlin, 1865, p. 56-58, 154-168, 299-301 ; Bernhardi, Lothar von Supplinberg, Leipzig, 1879, passim; Eug. Dombrowski, Anselm von Havelberg, Konigsberg, 1889; Fr. Winter, Zur Gesch. des Bischofs Anselms von Havelberg, dans Zeitschrift f. K. G. de Brieger, Gotha, 1882, p. 138-155; L. Goovaerts, Écrivains, artistes et savants de l’ordre de Prémontré, Bruxelles, 1899, p. 22-23; Joh. Drâseke, Bischof Anselm von Havelberg and seine Gesandtschaften nach Bysanz, dans Zeitschrift f. K. G. de Brieger, 1900, t. xxi, p. 160-185. U. Beri.ière. ANSPACH, Pierre Né à Ansbach, en Eranconie, d’où son surnom, mais s'appelait Rauh, de son nom de famille. Dominicain et contemporain de Luther, il dé­ fendit surtout par ses prédications la foi catholique. Il fut prédicateur à la cour d'Anhalt, tant que les princes demeurèrent attachés à la religion de leurs ancêtres. Appelé ensuite à Francfort-su r-FOder par l’électeur de Brandebourg pour prêcher en faveur de la vérité catho­ lique, il y publia l’écrit suivant contre Luther : Antithe­ sis der Lutherischen Bekenntniss Oder Beicht, so sie :u Augspurg vor kaiserlichen Afajestat, und dem heiligen Bôm ischen Reich im dreyssigstenJahr angegeben, Francfort-s.-O., 1531. Son nom figure, en 1540, dans les actes de l'université d'Erfurt. Kirchenlexikon, t. t, col. 908; J. C. H. Weissemborn, Acten der Erfurler Dniversitat, Halte, 1884. P. Mandonnet, ANTÉCÉDENTE (ignorance). Voir Ignorance. ANTÉCÉDENTE (Volonté), Voir Volonté, ANTÉCHRIST. — I. Données scripturaires. IL Na­ ture de l’Antéchrist. III. Qui sera l'Antéchrist? IV. Son rôle. V. Époque de sa venue. VI. Son origine. I. Données scripturaires. — C’est dans le Nouveau Testament qu'il faut chercher les premières indications précises relatives à l'Antéchrist. Les passages du Nouveau Testament concernant l'Antéchrist se divisent en deux classes : les uns sont des textes précis et clairs, les autres de simples allusions. 1’ Textes précis. — On peut dire que saint Jean est le théologien de l'Antéchrist. C’est lui en ellet qui le 4362 désigne de la façon la plus formelle. Dans trois vers ts de la I™ Épitre il est fait expressément mention de l'Antéchrist : II, 18, nous lisons : « Mes enfants, voici la dernière heure, et comme vous avez entendu que l'Antéchrist vient : et maintenant il y a plusieurs antechrists; c’est par là que nous savons que c'est la der­ nière heure. » ΙΙαιοία, έσ/άτη ώρα έστίν, και καθώς ηχού­ σατε ότι ό αντίχριστος έρχεται. και νΰν αντίχριστοι πολλοί γεγόνασιν· όΟεν γινώσκωμεν ότι έσχατη ώρα έστίν. — II, 22 : « Qui est le menteur si ce n’est celui qui nie que Jésus soit le Christ? Celui-là est l’Antéchrist qui nie le Père et le Fils. » Τις έστιν i ψεύστης, εΐ μη ό άρνούμενος ότι Ίησοΰς ούκ έστιν ό Χριστός; Ουτός έστιν ό αντίχρισ­ τος, ό άρνούμενος τον Πατέρα και τον Υιόν. — IV, 3 : « Tout esprit qui ne confesse pas Jésus, n’est pas de Dieu ; et celui-là est de l'Antéchrist dont vous avez en­ tendu dire qu’il vient, et maintenant il est déjà dans le monde. » Κα’ι παν πνεύμα ο μή ομολογεί τον Ίησοΰν, έκ τού Θεού ούκ έστιν και τούτο έστιν τό τού αντίχριστου, δ άκηκόατε ότι έρχεται, και νΰν έν τω κοσμώ έστιν ήδη. — Dans la 1Ι· Épitre il n'est qu’une seule fois question de l’Antéchrist, c’est au verset 7 : « Plusieurs séducteurs sont entres dans le monde, qui ne confessent pas que Jésus-Christ soit venu dans la chair; celui-ci est le sé­ ducteur et l’Antéchrist. » Ότι πολλοί πλάνοι εΐσήλΟον εις τον κόσμον, οί μή όμολογονντες Ίησοΰν Χριστόν έρχόμενον εν σαρκί" ουτος έστιν ό πλάνος κα’ι ό αντίχριστος. 2» Allusions. — On est d'accord pour voir l'Antéchrist dans II Thess., II. 3-10. Saint Paul nous décrit dans ce fragment l'impie qui n'est autre que l'Antéchrist. A la lin du verset 2« il est question du jour du Seigneur, ή ημέρα τοΰ Κοριού. Or nous savons par I Thess., iv-v, que le jour du Seigneur c'est le jugement dernier. Par conséquent cet impie qui "apparaîtra au jour du Seigneur pour sé­ duire le inonde, c’est l'Antéchrist lui-même. — Certains auteurs ont voulu reconnaître l'Antéchrist dans la béte que décrit longuement l'Apocalypse, c. xni. Cependant le plus grand nombre des auteurs pensent qu’il ne s’agit pas dans ce chapitre de l’Antéchrist. — On voit au contraire généralement une allusion à l’Antéchrist dans l’Apocalypse, xx, 7 sq., où l’auteur nous parle de Satan. Toutefois l'allusion n'est pas précise, car Satan, d'après saint Paul, comme nous le verrons plus loin, ne sera pas l'Antéchrist lui-même, mais son inspirateur. Après avoir dégagé les indications scripturaires, il nous reste à faire l’histoire des opinions et de toutes les questions qu’on s'est posées au sujet de l'Antéchrist. IL Nature de l'Antéchrist. — Comment concevaiton et représentait-on l'Antéchrist? Revenons aux écrits canoniques. Dans Ia I" Épitre de saint Jean, n, 22, l'Antéchrist est décrit sous les traits d'un hérétique; c'est celui qui nie le Père et le Fils. Dans iv, 3, de cette même Epitre, l'Antéchrist est aussi un hérétique qui ne confesse pas Jésus. Enfin la II' Épitre de saint Jean, jL 7, paraît concevoir l’Antéchrist comme un docide; c'est celui qui nie que Jésus-Christ soit venu dans la chair. — Si, comme l'ont prétendu quelques rares auteurs, la description du ch. xm de l'Apocalypse vise l’Antéchrist, on voit qu’il y est représenté sous les traits d’une bête féroce sortant du fond de l’abime. Au ch. xx, ÿ. 7sq., l’Antéchrist, c’est Satan. — Arrivons à saint Paul. Pour le grand apôtre l’Antéchrist c’est l'homme du péché, ü άνθρωπος τής αμαρτίας, II Thess., Η, 3; l'adversaire el celui qui s’élève sur tout ce qui est Dieu, 6 άντικείμενος καί υπεραιρόμενοςέπι πάντα λεγόμενον θεόν ή σέόασμα, ibid., y 4; il se -montrera comme s’il était Dieu, άποδεικνύντα έαυτδν ότι έστιν θεός, ibid., ÿ. 4; c’est Γ inique, κα’ι τότε άποκαζυρΟήσεται ό άνομος, ibid., ÿ. 8; il viendra par le pouvoir de Satan, ou έστίν ή παρουσία κατ’ ένεργέιαν τοΰ Σατανά. Ibid., ν. 9. Par ce dernier passage on voit que saint Paul distingue clairement l'Antéchrist de Satan. III. Qui sera I’Antéchrist? — La tradition, par l’or­ gane de certains de çes représentants, a été plus précise 1363 ANTÉCHRIST que les écrits canoniques du Nouveau Testament. Elle s’est hasardée jusqu'à nous faire connaître le personnage qui serait l’Antéchrist. Qu’il nous suffise de rapporter les principales opinions à ce sujet. Pour saint Cyrille de Jérusalem, l’Antéchrist sera le onzième roi des Romains : μετά δέ τούτους ένδέκατος δ ’Αντίχριστος, έκ τής μαγικής κακοτεχνίας τήν 'Ρωμαϊκήν εξουσίαν άρπάσας. Catech., χν, n. 12, P. G., t. xxxin, col. 885. S’appuyant sur les paroles de saint Paul, Il Thess., H, 9, il dé­ clare que Satan se servira de l’Antéchrist comme d’un instrument : Τούτο α’ινιττόμενος, ότι ό Σατανάς δργάνω κεχρήται έκείνω, αύτοπροώπως δι' αύτοΰ ενεργών. Ibid., n. 14. Saint Augustin nous apprend que, de son temps, certains soupçonnaient que Néron ressusciterait et serait l'Antéchrist : Ut hoc quod dixit (Apostolus], jam enim mysterium iniquitatis operatur, Neronem voluerit inlelligi, cujus jam facta velut An tichristi videbantur. Unde nonnulli ipsum resurrecturum et futurum Antichristum suspicantur. De civ. Dei, xx, 19, P. L., t. xi.f, coi. 686. Sulpice Sévère nous affirme la même chose : Unde creditur, etiamsi se gladio ipse transfixent, curato vulnere ejus servatus, secundum illud quod de eo scrip­ tum est : Et plaga mortis ejus curata est, Apoc., xni, 3, sub sæculi fine mittendus, ut mysterium iniquitatis exerceat. Hist, sacr., n. 29. P. L., t. xx, coi. 145. Quel­ ques-uns ont pensé même à Julien l’Apostat et à Mahomet. IV. Son ROLE. — Saint Jean nous a déjà dit que l’Antéchrist tromperait les hommes, ό πλάνος, Il Joa., ÿ. 7; il nous dit aussi qu’.il séduira tous les peuples, και έξελεύσεται πλανήσαι τα έθνη τά έν ταΐς τέσσαρσιν γωνίαις τής γής, Apoc., XX, 8, et qu’il les soulèvera les uns contre les autres, συναγαγεϊν αυτούς εις πόλεμον. Ibid. Saint Paul nous enseigne qu’il emploiera toute espèce de puissance et qu'il fera des signes et des pro­ diges de mensonge,ένπάσηδυνάμει καίσημείοιςκαι τέρασιν ψεύδους, II Thess., Il, 9, qu’il trompera tous ceux qui périssent, καί έν πάση απάτη τής αδικίας έν τοΐς άπολλυμένοις. Ibid., ÿ. 10. Nous trouvons les mêmes ensei­ gnements dans la tradition patristique. Saint Irénée est particulièrement instructif sur les œuvres de l’Anté­ christ. Il sera l'auteur d’une grande apostasie et se fera adorer comme dieu par tous ceux qu’il aura séduits : Illo enim veniente, et sua sententia apostasiam recapi­ tulante in semetipsum, et sua voluntate et arbitrio ope­ rante quæcumque operabitur, et in templo Dei sedente, ut sicut Christum adorent illum qui seducentur ab illo, Cont.hæres., v, 28, n. 2, P. G., t. vn, coi. 1198; il fera des prodiges par le moyen des démons et séduira les habitants de la terre : El non est mirandum, si dæmoniis et apostaticis spiritibus ministrantibus ei, per eos faciat signa, in quibus seducat habitantes super ter­ ram, ibid., col. 1199; il résumera en lui-même l'apos­ tasie universelle : ...άνακεφαλαίωσις γίνεται πασής άόικίας, καί παντός δόυλου, ϊνα έν αύτώ συρρεύσασα κα'ι συγκλεισθεϊσα πάσα δύναμις άποστατική κατά τον κάμινον όλισθή τοϋ πυρός... άνακεφαλαιούμενος έν αύτώ τόν[τήν?]πρό του κατακλυσμού πάσαν κακίαν, ibid., c. XXIX, n. 2, col. 4201--1202; il dévastera tout dans le monde, mais il sera enfin plongé par Notre-Seigneur dans un étang de feu : Cum autem vastaverit Antichrislus hic omnia in hoc mundo, regnans annis tribus et mensibus sex, et se­ derit in templo Hierosolymis ; tunc veniet Dominus de cælis in nubibus, in gloria Patris, illum quidem et obedientes ei in stagnum ignis mittens. Ibid., c. xxx, n. 4, coi. 1207. Pour saint Cyrille de Jérusalem, l’Antéchrist recommencera le rôle du diable. De même que le diable avait trompé les hommes avant la venue de Jésus-Christ, ainsi l’Antéchrist, à la seconde venue de Jésus-Christ, trompera les hommes et usurpera la domination sur l’em­ pire romain : ...οΰτω μέλλοντος Χριστού δεύτερον έρ/εσθαι τοϋ αληθούς... ό άντικείμενος... άγει τινά άνθρωπον μάγον, και τής έν φαρμακειαις καί έπαοιδαις απατηλής κακοτεχνίας 1364 έμπειρότατον άρπάζοντα μεν έαυτώ τής 'Ρωμαίων βασιλείας τήν έξουσίαν, ψευδώς δέ Χριστόν εαυτόν άποκαλοϋντα' καί διά μέν τής τοϋ Χριστού προσηγορίας, ’Ιουδαίους τους τόν Ήλειμμένον προσδοκώντας άπατώντα’ τούς έξ εθνών δέ, ταΐς μαγικαϊς φαντασίαις ύπαγόμενον. Cat., XV, n. 11, t. xxxiii, col. 884-885. V. Époque de sa venue. — On n’est pas mieux fixé sur l’époque de la venue de l’Antéchrist. Si l'on prend à la lettre les expressions de saint Jean, on pourraitconclure que la venue de l'Antéchrist est imminente; il nous dit que l’Antéchrist vient, ό αντίχριστος έρχεται, I Joa., II, 18, qu’il est déjà dans le monde, και νύν έν τώ κοσμώ έστιν ήδη. Ibid., IV, 3. Ces passages ne peuvent plus s’entendre dans un sens littéral, puisque l’Anté­ christ n'est pas encore venu. Il faut donc interroger les autres documents. D’aprés saint Paul, il y a un obstacle qui retient l’Antéchrist; les fidèles, auxquels il écrit, connaissent cet obstacle : τό κατεχον οίδατε, II Thess., ii, 6; cet obstacle l’empêche de se manifester dans son temps, εις τό άποκαλυφθήναι αυτόν έν τώ εαυτού καιρώ, ibid. ; pour qu’il vienne, il faut que cet obstacle soit enlevé, μόνον ό κατόχων άρτι έως έκ μέσου γένηται. Ibid., i. 7. Remarquons pourtant que dans le ÿ. 6 l’obstacle est une chose ; c’est le neutre, τό κατέχον ; au contraire, dans le ÿ. 7, l’obstacle est un homme, c’est le masculin, δ κατόχων. Quel est donc cet obstacle qui empêche l’An­ téchrist de venir ? Si l’on connaissait avec certitude cet obstacle, on pourrait se prononcer avec une certaine précision sur l'époque de sa venue. Mais on ne sait pas en quoi consiste cet obstacle. C’est pourquoi la tradition elle-même a émis différentes opinions. Saint Augustin avouait simplement son ignorance : Ego prorsus quid dixerit [Apostolus] me fateor ignorare. Suspiciones tamen hominum, quas vel audire vel legere potui, non tacebo. De civ. Dei, xx, 19, P. L., t. xli, coi. 686. Certains Pères ont vu cet obstacle dans l’empire ro­ main. Cette opinion n’est plus possible aujourd’hui, puisque l’empire romain a disparu depuis longtemps. Saint Cyrille de Jérusalem affirme qu’il viendra lorsque les temps de l'empire romain seront achevés et la fin du monde sera proche. Έρχεται δέ ό προειρημένος ’Αντί­ χριστος ουτος, όταν πληρωθώσιν οί καιροί τής 'Ρωμαίων βασιλείας, καί πλησιάζοι λοιπόν τα τής τοϋ κόσμου συντέ­ λειας, Cat., χν, n. 12; dans un autre passage, il enseigne que l’Antéchrist viendra lorsque le temple intérieur, où se trouvent les chérubins, sera complètement renversé : οϋ λέγω τοϋ περιβόλου τοϋ έξωθεν, άλλα τού ναού του ένδοθεν, ένθε τα χερουβίμ ήν τότε έρχεται έκεϊνος έν πάσι σημείοις καί τε'ρασι ψεύδους. Ibid., n. 15. Saint Thomas prend au sens spirituel l’obstacle dont parle saint Paul, et l’entend de l’esprit chrétien au sein des sociétés. L’Antéchrist viendra quand la foi de l’Êglise romaine aura disparu. 11 se rapproche ainsi de la première opinion; celle-ci entendait l’obstacle de l’empire romain temporel et païen; saint Thomas l’entend de l’empire romain qui a succédé au premier, c’est-à-dire de l’empire romain spirituel et chrétien .-Dicendum est quod nondum cessa­ verit [imperium romanum], sed est commutatum de temporali in spirituale, ut dicit Leo Papa in sermone de Apostolis. Et ideo dicendum est quod discessio a Homano imperio debet intelligi, non solum a tempo­ rali, sed a spirituali, scilicet a fide catholica Bornante Ecclesiæ. Est autem hoc conveniens signum, quod sicut Christus venit quando Romanum imperium omnibus dominabatur, ita e converso signum Anlichristi est discessio ab eo. In II‘m Epist. ad Thessal., c. n, lect. i. Pour soutenir son opinion, le sarti t docteur s’appuie sur deux textes du Nouveau Testament : 1° sur Matth., xxiv, 12 : refrigescet charitas multorum ; 2” sur I Tint., iv, 1, où il est question d une apostasie des derniers temps : έν ύστέροις καιροις άποστήσονταί τινες τής πίστεως, προσέχοντες πνεύμασιν πλάνοις καί διδασκαλίαις δαιμόνιων. Il est bon de rappeler que, du temps de saint 1365 ANTÉCHRIST — ANTËRE i:;œ Augustin, on avait émis une opinion semblable. L’évêque tique, Joseph alla étudier la théologie à Lyon, ou il d’Uippone nous dit : Quid delineat scitis, et, myste­ suivit les cours du célèbre Père Lachaise. Revenu en rium operari iniquitatis, non putant dictum nisi de Provence, il devint à son tour chanoine dans l'église cathédrale de Fréjus, malgré les répugnances que sa malis et fictis qui sunt in Ecclesia, donec perveniant ad lanium numerum qui Antichri/to magnum popu­ modestie et ses goûts de travail et d'austérité lui avaient lum faciat. Ibid. D’autres pensèrent, comme nous fait exprimer pour cette dignité, dans un traité resté l’avons déjà dit, que l’Antéchrist était venu au temps de inédit et intitulé: bepericulis canonicorum. A l'exemple Julien ΓApostat ou de Mahomet. Cependant, ces deux de ses oncles, Pierre et Nicolas, qui ont lourni à la derniéres'opinions ne trouvèrent jamais grand crédit Gallia Christiana la liste des évêques de Fréjus, il dans la tradition. « s’appliqua particulièrement à l'histoire ecclésiastique de VI. Son origine. — On n’a que très peu de données son pays et se proposa de faire celle de sa ville et de son sur ce sujet. Certains Pères crurent que l’Antéchrist diocèse d’origine. 11 débuta par be initio ecclesiæForosortirait de la tribu de Dan. Nous trouvons ce sentiment juliensis dissertatio chronologica,critica, profano-sacra, dans saint Irénée et saint Grégoire le Grand. L’évêque in-4», Aix, 1680. Dans le cours de son travail, Antelmi de Lyon dit : Jeremias autem non solum subitaneum fut obligé d’entrer dans l'examen des questions semipéejus adventum, sed et tribulum [tribu] ex qua veniet, lagiennes des moines de Provence et de rechercher le manifestavit dicens : Ex ban audiemus vocem veloci­ véritable auteur du livre de la Vocation des gentils, des tatis ejus, vni, 16, n. 2, P. G., t. vu, coi. 1205. Saint Capitules sur la grâce, et de la Lettre à bémélriade. Il Grégoire le Grand s'exprime ainsi : Nonnulli enim de opta pour saint Prosper, à l’encontre du P. Quesnel, qui tribu ban venire Antichristum ferunt, pro eo quod hoc attribuait ces ouvrages à saint Léon le Grand. Les deux loco, Gen., xux, 17, ban et coluber asseritur et mor­ savants échangèrent des lettres à ce sujet dans le Journal dens. Unde et non immerito dum Israeliticus populus des savants, en août 1689. Finalement, le docte partisan terras in castrorum partitione susciperet, ban ad de saint Prosper lit paraître en latin : be veris operibus Aquilonem castrametatus est, Num., 11, 25; illum sci­ SS. Patrum Leonis et Prosperi Aquitani dissertationes licet signans, qui in corde suo dixerat: Sedebo in criticæ, in-4», Paris, 1689. La lutte se reporta ensuite monte testamenti, in lateribus Aquilonis; ascendam sur le symbole de saint Athanase. Tandis que Quesnel super altitudinem nubium, similis ero Allissimo. Is., en faisait l'œuvre de Vigile de Tapse, évêque d’Afrique, vers la fin du v‘siècle, Autel mi, au contra ire, faisait revivre xiv, 13. be quo et per prophetam dicitur : .4 ban au­ ditus est fremitus equorum ejus. Jer., vm, 16. Qui non la conjecture de P. Pithou, qui met en avant le nom de solum coluber, sed etiam cerastes vocatur. Κέρατα enim saint Vincent de Lérins, Nova de symbolo Athanasiano grtece cornua latine dicuntur, serpensque hic cornutus disquisitio, in-8», Paris, 1693. Ce livre se divise en esse perhibetur, per quem digne Anlichrisli adventus quatre parties : la première prouve que ce symbole ne peut être de saint Athanase; la deuxième, qu'il a été com­ asseritur, quia contra fidelium vitam cum morsu pesposé au v» siècle; la troisième examine la nationalité de liferte prædicalionis armatur etiam cornibus potes­ tatis. Moral., xxxi, 24, P. L., t. lxxvi, coi. 596. Trois l’auteur, son origine française et non africaine; enfin, raisons avaient porté certains auteurs à penser que l’An­ il conclut, dans la quatrième, que cet auteur français est saint Vincent de Lérins. Ses conjectures se fondent téchrist sortirait de la tribu de Dan. La première ce sont les paroles de Jérémie que viennent de citer saint Irénée sur la conformité d’expressions entre le style du nioii.e et saint Grégoire. Mais ce texte ne s’applique nullement | provençal et nombre de passages du symbole, mais | rinà l’Antéchrist. Dans ce chapitre Jérémie parle des mal­ cipalement sur le dessein qu'il manifeste, dans un de scs heurs que Dieu enverra au peuple à cause de son ido­ écrits, de retoucher plus au long la confession des mys­ lâtrie et de ses prévarications. La deuxième c’est le texte tères de la Trinité et de l’incarnation. Dans la même de Gen., xlix, 17 : Fiat ban coluber in via, cerastes in année, Antelmi publia encore une lettre au P. Pagi tou­ semita, mordens ungulas equi, ut cadat ascensor ejus chant l’âge, les actions et l’année de la mort de saint retro. Nous avons entendu saint Grégoire faire allusion Martin de Tours. On lui est redevable de divers autres à ce passage. Mais on répond que cette raison n’a au­ travaux historiques qui ont été recueillis et livrés à cune valeur, car le texte de la Genèse s’applique à Saml’impression par son frère Charles, évêque de Grasse. son et non à l’Antéchrist. Enfin la troisième raison est Joseph Antelmi est mort le 2I juin 1697. à l’âge de 49ans, tirée du silence de saint Jean. En énumérant les tribus à Fréjus, où il était revenu peu auparavant rétablir une dans l’Apocalypse, vu, 5-8, saint Jean ne fait pas men­ santé compromise par trop d’application à l’élude. Dès tion de la tribu de Dan. On a répondu que cette raison 1694, en effet, il était vicaire général de l’évêque de n’est pas non plus concluante, car l'omission d’une Pamiers qui l avait appelé pour apaiser les troubles occa­ tribu se présente dans d’autres endroits de l’Écrilure. sionnés dans son diocèse par l’aflaire de la régale. C’était Ainsi la tribu de Lévi est omise dans les Nombres, xm, un homme de beaucoup d’esprit, de prudence, de dou­ 5-16, et la tribu de Siméon dans le Deutéronome, xxxm. ceur et d'érudition. Ce sont là toutes les données, vraiment sérieuses, que Feller, Biographie universelle, Paris, 1845, t. n, p. 193; Bio­ nous fournissent le Nouveau Testament et la tradition graphie universelle ancienne et moderne, Paris, 1811, t. il, relativement à l’Antéchrist. Nous croyons qu’il est im­ p. 243; Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, possible d’aller plus loin sans entrer dans le domaine 1868, t. i, p. 114; Hurter, Nomenclator literanus, Inspruck, de l'imagination. 1893, t. n, col. 540 ; Élie Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclé­ siastiques du xvir siècle, Paris, 1719, t. iv, p. 344. Voir l'écrit du pseudo-Hippolyte intitulé Π,ρΐ συντ·>.«'«; ; Adson, C. Toussaint. be ortu, vita et moribus Anlichristi, in-4·, 1505, P. L., ANTÈRE (Saint), pape. Il était Grecd’origine, et monta t. ci, coi. 1289-1298; Malvenda, ZJe Antichristo libri XI, in-fol., Rome, 1604; Bible ite Vence (édition de Orach), t. xxm; sur le siège apostolique le 21 ou le 24 novembre 235, Bossuet, Commentaire sur l'Apocalypse, in-8·, Paris, 1689, après le pape saint Pontien. Il y a de sérieuses raisons Calmet, Dissertation sur l'Antéchrist, dans son Commentaire d’admettre qu'il mourut martyr. Sa mort arriva le 3 jan­ littéral, S. Paul, 1716, t. n. p. xxvi-i.vm; Bousset, Der vier 236. On a retrouvé son épitaphe. Durant son court Antichrist, Gœttingue, 1885; Chauvin, Histoire de I'Antichrist, pontificat, il s’occupa de faire recueillir les actes des Paris, 1903. martyrs. On lui a attribué une décrétale permettant la V. Ermoni. translation des évêques d’un siège à un autre; mais ce ANTELMI ou ANTHELM1 Joseph naquit à Fréjus document est apocryphe. (Var), le 25 juillet 1648, d'une famille dans laquelle le canonicat et l'étude des gloires antiques locales sem­ De Rossi, Borna solterranea, Rome, 1867, t. il, p. 55-58,180-184 ; blaient être héréditaires. Se destinant à l'état ecclésias­ Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1885, t. t. p. xcv. c, 147 ; 13G7 ANTÈRE — ANTHROPOMORPHISME Jaffé-Wattenbach, Regesta Pontificum romanorum, Leipzig, 1880, t. t, p. 15. A. Vacant. ANTHROPOLOGIE. Voy. Homme. ANTHROPOMORPHISME (de άνθρωπος, homme, et μορφή, forme). — 1. Anthropomorphisme philoso­ phique. II. Anthropomorphisme théologique. III. Dans les théophanies. IV. Dans le langage de la Bible. V. En particulier dans l’Ancien Testament. VI. Sens de ce langage. De toutes les choses qu’il connaît, c’est lui-même que l’homme pénétre le mieux. Par la conscience surtout, il prend contact avec son moi, en saisit toutes les im­ pressions, les idées, les volontés, les sentiments, l’acti­ vité et la vie. — Les faits de son activité interne ou externe lui étant plus familiers que tous les autres, et brillant à son regard d’un éclat plus intense, il en ré­ sulte pour lui une tendance à se représenter les objets sous le type de son être propre, à puiser parmi les idées qui le concernent les notions représentatives du monde extérieur. I. Anthropomorphisme philosophique. — La tendance de l'homme « à concevoir toute activité du monde externe sur le type de la sienne, telle que la lui révéle sa conscience » (Sully Prudhomme, Anlhropomophisme et causes finales, dans la Revue scientifique, du 4 mars 1899), donne naissance à l'anthropomorphisme philoso­ phique. — 1° Cet anthropomorphisme est légitime quand, se renfermant dans de justes limites, il se con­ tente d’affirmer avec saint Grégoire que « l’homme pos­ sède en lui quelque élément de toute créature. En effet, être lui est commun avec les pierres, vivre lui est commun avec les arbres, sentir lui est commun avec les animaux, comprendre lui est commun avec les anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute, créature, sous un certain rapport toute créa­ ture est homme »; et saint Grégoire en concluait que .< l'Évangile est prêché à toute créature quand il est prêché à l’homme seul ». Hom. in Evang., xxix, P. L., t. i.xxvi, col. 1214. — 2° Cet anthropomorphisme est erroné quand il veut interpréter toute la nature et toute l’activité de chaque être d'après la nature et l’activité de 1 homme. On exagère donc l'anthropomorphisme philo­ sophique quand on affirme que la raison étend â l’uni­ versalité des phénomènes les fonctions de l’âme hu­ maine. Cf. Lionel Dauriac, Des notions de matière et de force, Paris, 1878, p. 332. a L’entendement, dit-on encore dans le même système, exige que les choses se passent hors de nous comme elles se passent en nous, et que tout phénomène appartienne à une force qui soit en même temps une cause, un être, et, pour tout dire en un mot, un esprit. La force n’est pas un phé­ nomène, elle n'est pas davantage une chose en soi; elle est l’attribut d’un être qui a conscience de lui-même et qui sait prendre en mains la direction de ses puissances psychologiques. Voilà ce que la force est en nous. 11 est inadmissible que si elle existe autre part qu’en nous, son existence ne soit point soumise à des conditions analogues. » Ibid., p. 311-312. IL Anthropomorphisme théologique. — L'anthropo­ morphisme est théologique quand il représente Dieu sous des traits, avec une activité et des sentiments hu­ mains. Il est basé sur l’anthropomorphisme philoso­ phique lequel, s’il est légitime, fonde l'anthropomor­ phisme théologique orthodoxe dont l’Ecriture sainte et la tradition présentent de nombreux exemples. Exagéré et faux, l’anthropomorphisme philosophique s'est tra­ duit en théologie par l'hérésie anthropomorphize ou anthropopalienne. Voir article suivant. — 1" L’homme est donc port,'· par sa nature à se représenter Dieu sous une forme humaine. Il y est contraint surtout par la nature divine. Celle-ci, à cause de sa trans­ ' 13G8 cendance, ne se montre pas immédiatement à nous et ne saurait être vue directement et par intuition : elle se démontre par le moyen des créatures et surtout par le moyen de l'homme; elle est connue dans des concepts abstraits de la nature créée, particulièrement dans des notions fournies par la conscience que l’homme a de lui-même. — 2° D'autre part, quand il s’adresse â l'homme, Dieu, pour être compris, doit prendre un langage humain et adapter les vérités qu’il révèle à notre manière d'entendre. Ainsi, le père prend un lan­ gage simple et des comparaisons naïves quand il parle à son enfant. De là, aussi, dans les saintes Ecritures, les fréquentes images par lesquelles Dieu se manifeste sous des traits et avec des sentiments humains. — L’an­ thropomorphisme théologique est donc humain quand l’homme se représente Dieu et le décrit sous une forme semblable à la sienne. 11 est divin quand c’est Dieu qui se fait voir à l'homme sous celte forme. — Celui-ci surtout est l’anthropomorphisme théologique, car l’autre dépend de lui et n'est sage et prudent qu’autant qu’il s'inspire, au sujet de Dieu, le plus fidèlement possible des manifestations et des manières de parler de Dieu lui-même. Or, la divinité revêt des traits humains dans des faits ou apparitions (anthropomorphisme réel) ou dans des paroles ou discours (anthropomorphisme lo­ gique). III. Dans les theophanies. — Dieu s’est souvent ma­ nifesté aux patriarches et aux prophètes. Hebr.. i, 1. Dans ces apparitions (voir Théophanie) où, par le mi­ nistère des anges (S. Thomas, Sum. lheol., 1*, q. li, a. 2, ad l"m), Je Fils s’essayait déjà à la principale de toutes les théophanies, l’incarnation, la forme humaine est le voile préféré sous lequel se cache la divinité. Gen., xviir, 1-2. La tradition théologique nous en donne les'motifs. En effet, d’après Thomassin, Dogm. lheol., t. i, De Incarnatione Verbi, I. I, c. vi, n. 10, Venise, 1730, p. 30, il découle de l’enseignement des saints Pères que Dieu n’a pu apparaître sous une figure hu­ maine,sinon : lopour s’accoutumer lui-même à l’huma­ nité qu’il devait prendre; 2° pour apaiser l’impatience de son amour et, tandis que, par un conseil immuable, il retardait son Incarnation, prendre cependant de celle-ci et à la dérobée comme un avant-goût ; 3° pour habituer peu à peu les hommes à l'éclat trop vif de la divinité et, par la demi-lumière de ses apparitions, for­ tifier leur regard et le préparer au grand jour; 4" pour enlever graduellement et dissiper leur incrédulité; 5° enfin pour éviter que l’homme, s'il restait trop long­ temps sans aucune rencontre avec la divinité, ne tombât totalement dans le « marasme spirituel ». Voir aussi M»r Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique, I. \ 111, c. x-xii; 1. XII, c. I, Paris, 1866; Th. de Régnon, Etudes de théologie positive sur la Sainte Trinité, troi­ sième série. Théories grecques des processions divines. Élude xiv, c. il, § 2, Paris, 1898, t. I, p. 64. IV. Dans le langage de la Bible. — En dehors de ces faits ou théophanies, le langage de l’Ecriturç sainte attribue perpétuellement à Dieu des traits de la personne ou de l’activité humaines. — 1" Tous les phénomènes de la vie sensible lui sont appliqués. Dieu a des yeux et il voit tout : 1 Reg., xv, 19; II Reg., xv, 25; IIIReg., xv, 5; IV Reg., xix, 16; Il Par., xxvi, 4; xxxvi. 12; Ps. ix, 14; x, 5; xxx, 23; xxxii. 18; xx.xiv, 22; Prov., xxiv, 18; Eccli., Xl.v, 23; Is., xxxvil, 47; .1er., vu, 11. Il a des oreilles et il entend : Num., xi, 1; Dent., xxxm, 7; IV Reg., xiii, 4; xix, 16; Ps. v, 2; l.xxxv, 1,6; xian.9; Is., xxxvti, 17; .Mich., vu, 7; .lac., v, 4. Il a même un odorat : Gen., vni, 21 ; Lev., L 17; II, 2; Ezech., xx. 41 ; Eph., v, 2, et le toucher : .lob, xix. 21; Ps. cm, 32; cxi.iii. 5; .1er.. 1,9. — 2“ Les divers organes ou membres du corps et leurs actions appartiennent également à Dieu. Sa bouche nous parle : Is.. i,20; xxxrv. 16: i.vni, 14; Jer., xxm, 16; il tue ses ennemis d’un souffle de 13G9 ANTHROPOMORPHISME — ANTHROPOMORPH ITES ses lèvres : Is., xi, 4; sa langue est un feu dévorant : Is., XXX, 27; aux méchants qui l'abandonnent il tourne le dos : .1er., xvm, 17; et il montre sa face à ceux qu'il veut sauver : Ps. I.xix, 4, 8,20; sa main, sa droite, son bras peut tout et fait tout : Ps. xvi, 14; xvn, 36; xix. 7; xx, 9; is., xix. 25; xxix, 23; xlv, 11; xlviii, 13; lxii, 8; i.xiv, 8; Jer., xxi, 5; xxxn, 21: Hab., n, 16; il élève la main pour prêter serment : Is., uni, 8: il étend son bras pour rappeler les pécheurs ; Is., lxv. 2 ; il porte dans ses bras ou sur ses épaules la brebis errante ; Is., xl, 11; Ose., xi, 3; la terre est l’escabeau de ses pieds : Is., ι.χνι 1 ; ses entrailles et son cœur sont émus de regret, de pitié et d’amour : Gen., vi, 6; Jer., XXXI. 20; il habite au ciel et dans son temple : Is., vin, 18; xxxiii, 5; lvii, 15; Zach., vin, 3; il est assis sur un trône : Is., vi, 1; xvi, 5; xxxvn, 16; Dan., ni. 54; il s'élève : Amos, vu, 9; s’avance pour com­ battre: Zach., xtv, 3; descend: Gen., xi, 7; parcourt les montagnes : Amos, iv, 13; Mich., i, 3; la terre et la mer : Hab., in, 12, 15; porté sur une légère nuée : Is., xix, I. Il met son bras à nu : Is., i.ll, 10; tend son arc, envoie sa ilèche, brandit la lance et l’épée : Is., XXVII, 1; Jer., xn, 12; xxv, 29: Thren., n, 4; ni, 12; Ezech., v, 2; XII, 14; xxi. 9; Hab., ni, 11; brise les nations ennemies : Is., xtv, 25; il frappe et guérit : Is., vi, 10; xxx, 26; Jer., xxx, 17; abat et relève, détruit et édifie : I Reg., n, 6-8; Is., v, 2; ix, 14; u, 16; . — 3« La sainte Écriture nous montre également en Dieu une rime : Hebr., x, 38, avec des sentiments humains : l'amour et la haine : Is., i, 14; xi.ii, 1 ; xlviii, 14; Jer., xn, 8; xxxi, 3; le désir et la joie : Is., xi.ii, 1 ; lxii, 5; lxv, 19; la douleur : Gen., vi,6; l’attente: Ose., ni, 3; l’impatience : Zach., xi, 8; la colère : Ps. n, 12; v, 11; lxxix,5; i.xxxiv, 6; Jer., iv,8; xxx, 24; xl.ii. 18; Ezech., vi. 12; vu, 8; tx, 8; Dan., xi, 36; le repentir: Gen., vi, 6; Ps. cix, 4; Jer., iv, 28; xvm, 10; Zach., vm, 14-15. L'anthropomorphisme qui prête à Dieu les sentiments, les passions de l’àme humaine, prend aussi le nom spé­ cial d'anthropopathisnie, άνθρωπο;, homme, πάθος, passion. — 4» Enfin les activités et états de l’intelli­ gence humaine sont encore employés pour décrire les actes de l'intelligence divine. C'est ainsi que l'on dit que Dieu se souvient : Tob., m, 3; Ps. xix, 4; lxxxviii, 51 ; cxin. 12; H Esd., xm, 22; qu’il prévoit: IV Reg., xix, 27; Ps. cxxxvm, 4; qu'il oublie: Ps. xn, 1; Eccli., xxiii, 19; qu’il pense : Sap., tv, 17; Zach., i, 6; Midi. iv, 12; qu’il réfléchit. Jon., I, 6. V. En particulier dans l'Ancien Testament. — C est surtout dans l'Ancien Testament que se rencontrent les anthropomorphismes. Trois causes principales les y ont produits. D'une part, la nécessité de parler aux races primitives un langage imagé plus à leur portée, d'où les nombreux anthropomorphismes que l'on trouve dans le Pentateuque et dans les livres inspirés les plus anciens. D'autre part, les visions sous lesquelles Dieu se manifestait et qui remplissent les livres prophétiques, en particulier celui d’Isaïe, de locutions anlhropoinorphites. Enfin le caractère poétique de certains livres, comme les Psaumes, qui exigeait l’emploi fréquent du style métaphorique. VL Sens de ce langage. — Les exemples que nous avons cités montrent que la sainte Écriture n’attribue pas indistinctement à Dieu les éléments de la nature humaine ou ses activités. Jamais on ne donne à Dieu un corps. Si, à son sujet, on parle de membres, c’est mani­ festement à cause des activités dont ils sont les organes : le plus souvent ce sont les actions memes que l'on prête à Dieu. Jamais non plus on ne lui rapporte d’ac­ tions vicieuses ou de passions mauvaises. Les senti­ ments imparfaits ne lui sont supposés qu'à cause des qualités qu’ils peuvent contenir ou manifester. « Dieu a un zèle sans envie, il s’irrite sans se troubler, il a pitié sans soulfrir, il se repent sans avoir besoin de se 1370 j reprendre d’aucun mal, il est patient sans pâtir.» Augustin , De patientia, c. 1, n. 1, P. L., t. xl, col. 611. Il oublie I nos péchés, non parce qu’il en perd le souvenir, mais parce qu'il n'en poursuit plus la vengeance : il interroge Caïn. Gen., IV, 9, non parce qu’il ignore son fratricide, mais pour lui arracher un aveu et produire sur lui reflet salutaire qu’occasionnent habituellement sur un coupable la présence et l'interrogatoire d'un juge. Ces anthropologies doivent être prises au sens figuré. Les entendre au sens propre c'est tomber dans l’hérésie des anthropomorphites (voir art. suivant); c’est aller contre le contexte,car d'ordinaire l'ensemble deces passages en montre le caractère métaphorique; c’est enfin contre­ dire les endroits nombreux de l'Ancien Testament qui affirment l'invisibilité de Dieu, son infinie spiritualité, son omniprésence, le déclarent incomparable et en défendent toute représentation sensible. « Quand donc nous entendrons parler des ailes de Dieu, comprenons qu'il s'agit de sa protection, ses ailes signifient ses opé­ rations, ses pieds sa présence, ses yeux la vue qu'il a de nous-mêmes, sa face la connaissance qu’il nous donne de lui; et tout ce que la sainte Écriture rappelle de semblable doit être entendu spirituellement. » S. Augustin, Epist., cxlviii, ad I-'ortunalianum, c. iv, xm, xix, P. L., t. xxxiii, col. 628. S. Augustin, De divers, quæst. ad Simplicianum, 1. I. q. n, P. t.., t. XL1, col. 110 sq. ; De civit. Dei, L XVI, c. V, P. t. xi.i, col. 483 (cf. Novatien, De Trinitate, 1. VI, P. L., t. m, col. 896; Heinrich, Dogm. theol., § 165, Mayence. 1870, t. ni, p. 378; Fremting, De anthropomorphitis, Lund. 1787); S. Eucher, Liber formularum spiritualis intelligentiæ, P. L.,l.t, col. 727; Glassius, Philologia sacra, 1. V, c. vu, de άνΟρωποπάΟεια, Leipzig, 1743, p. 1530-1658; Krügling, Ueber den Anthropomor­ phismes der Bibel, Dantzig, 1806; Gelpe, Apologie der anthropomorphischen und anthropopathischen Darstellung Gottes, Leipzig, 184'2; Kirchenleæikon, Fribourg-en-Brisgau, 1886, et Dictionnaire de la Bible, Paris, 1892. A. Chollet. ANTHROPOMORPHITES. L’anthropomorphisme devint une erreur chez ceux qui prêtaient à Dieu les sens, les passions et les affections de l’homme, parce qu’ils prirent au pied de la lettre les expressions de l’Ecriture sainte, en particulier celles de l’Ancien Tes­ tament. La Bible, en effet, est pleine d’anthropomor­ phismes, et cela s’explique. Car, bien qu’inspirée par Dieu, elle a été écrite par des hommes, pour des hommes, à l'aide du langage humain. Se faire comprendre, voilà le but ; de là ses métaphores : Dieu voit, entend, parle, agit, s'irrite, se repent, menace, etc., à la manière de l'homme. Ce n’est pas à dire que Dieu ait réellement, comme l’homme, des sens, des passions, des affections, toutes choses qui impliqueraient une nature sensible et inférieure, et qui dès lors ne sauraient convenir à la spiritualité absolue et à l’infinie perfection de Dieu. Aussi tous les interprètes ont-ils eu soin de dégager le sens qui se cache sous la lettre, d’avertir qu’il ne faut pas en­ tendre littéralement les expressions bibliques sur la nature de Dieu, mais y voir des comparaisons rendues nécessaires par l'imperfection de notre intelligence et l'infirmité de notre langage (voir l'art, précédent)..Mal­ gré tout il s’est rencontré, même au sein du christia­ ] nisme, des esprits assez simples ou assez bornés pour | s’en tenir au sens littéral et prêter à Dieu la forme humaine. Ce ne fut pas le cas de Tertullien, bien qu’il affirme que Dieu a un corps. Praxe., vu ,De carne Christi, P. L., (. n, col. 162, 774. En prenant les,termes au sens qu’il leur donne dans sa langue théologique, parfois si incorrecte, corps signifie substance; el Tertullien n'a pas mis en doute la spiritualité de Dieu. On n en saurait dire autant du pseudo-Clément; car voici comment il raisonne : Dieu pour se faire aimer doit posséder la beauté parfaite. Or il n’y a pas de beauté sans forme | sensible. Donc Dieu a une forme sensible. Horn. Cle- 1371 ANTHROPOMORPHITES — ANTICONCORDATAIRES ment., χνπ, 6, P. G., t. il, col. 389. Si les Pères avaient eu à réfuter un tel argument, ils auraient nié la mineure. Ce n’est qu'au tv» siècle que l'anthropomorphisme devint une erreur caractérisée et systématisée, grâce à Audius (f 372) et â ses sectateurs les audiens. En effet, Audius s'en tenant au sens littéral concluait que Dieu a la forme humaine parce que, d’après la Genèse, i, 27, il a créé l'homme â son image. Et ainsi s’expliquaient na­ turellement tant de passages scripturaires. Si Dieu voit, entend, parle, se fâche ou menace, c’est qu’il a comme l'homme des sens et des passions. Cette erreur d'inter­ prétation ne donnait de la nature de Dieu qu’une idée trop rapprochée des conceptions matérialistes et sensualistes du polythéisme et de l’idolâtrie; elle avait surtout le tort de négliger tant d'autres passages de la Bible, où était formellement proclamée la spiritualité de Dieu. Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, article Anthropomorphisme. Elle plaçait enfin ses adhérents en dehors de l’enseignement traditionnel de l’Église et constituait une hérésie. Malgré la vertu d'Audius et de la plupart de ses partisans, l’anthropomorphisme ne pouvait guère, à cause de son invraisemblance et de sa grossièreté, devenir un danger sérieux. Trop de pro­ blèmes, et autrement graves, passionnaient alors les esprits: l’arianisme, en particulier, sollicitait l'attention et nécessitait l'intervention active de l'épiscopat ortho­ doxe. Cependant l’anthropomorphisme ne passa point inaperçu. Né en Syrie, à l’époque du concile de Nicée, transplanté ensuite en Scythie par son auteur, on le re­ trouve en Égypte, à la fin du iv« siècle, chez les quatre grands frères, Ammonius, Dioscore, Eusèbe et Euthyme, sans qu’il soit possible de dire quelles sont les relations historiques qui rattachent l’anthropomorphisme des bords du Nil à celui des audiens. Une telle erreur ne demandait pas un grand effort pour être réfutée. Les Pères qui s'en occupent ne le font qu'en passant, et sans y insister, tant elle parait peu raisonnable, et avec un sentiment plus voisin de la pitié que de l'indignation. Ils la dédaignent ou la qua­ lifient d'un mot. C'est ainsi que saint Hilaire traite d'in­ fidélité en délire une telle ignorance de la nature divine qui ne peut être que le vice d'un esprit dégénéré. In Psalm., cxxtx, 4, P. L., t. tx, col. 720. Saint Chrysostome légitime en l'expliquant le langage de la Bible et dit qu’il faut avoir peu d'intelligence pour prendre au sens littéral les expressions touchant la nature de Dieu. In Psalm., vi, 11, P. G., t. lv, col. 97. Sévérien de Ga­ bale (t vers408) met de même sur le compte d'un défaut d'intelligence un sentiment si faux et si absurde. Car, dit-il, c’est une opinion qualifiée jusqu’à présent d’héré­ tique d'attribuer â Dieu la forme humaine... Rêveries que tout cela plutôt que paroles sérieuses; νοήματα έστι ταΰτα μάλλον ή ρήματα. De creat, orat., ν, 3, P. G., t. LVl, col. 475. Saint Épiphane ne dissimule pas une secrète sym­ pathie pour les audiens anthropomorphites. Il hésite à les traiter d'hérétiques tout en constatant, par une dis­ tinction plus subtile que juste, que, s'ils ne se sont pas écartés de la foi, ils ne se sont pas conformés à la tra­ dition et à l’enseignement ecclésiastiques. User., i.xx, P. G., t. xi.ii, col. 340-343. Cependant, au rapport de saint .Jérôme, dans une réunion tenue à Jérusalem, où l’évêque Jean s’était élevé avec indignation contre la naïve rusticité des anthropomorphites, saint Épiphane, qui était personnellement visé, répondit : <> Tout ce que mon frère, qui est mon fils par l’âge, vient de vous dire contre l'hérésie des anthropomorphites, est bon et selon la foi ; cette hérésie, je la condamne également. » Epist. ad Pamm., Tl, P. L., t. xxin, col. 364. Saint Augustin rapporte l'opinion de saint Épiphane. Hrr.. L. P. L., t. XUI, col. 39. Il appelle ces égarés cai-nales et parvulos, sourit de leur naïveté et les met bien au-dessus des manichéens qui, au lieu de prêter à 1372 Dieu la forme humaine, lui attribuaient une masse in­ forme et grossière. Contr. epislol. manichæi, xxm,25, P. L., t. xlh, col. 189. Saint Augustin avait affirmé que nous ne pouvons pas voir Dieu avec les yeux du corps. Une telle proposition avait quelque peu effarouché un évêque de Numidie. Augustin écrit à l’évêque de Sicca, Fortunatianus, cite Ambroise, Jérôme, Athanase, Gré­ goire, affirme que tous les latins et les grecs sont d’accord pour prétendre que Dieu n’a pas de corps, ce qui, remarque-t-il, clôt la bouche aux anthropomor­ phites. Epist., cxlviii, P. L., t. xxxiir, col. 622. Le fougueux Théophile d’Alexandrie crut devoir chasser d’Égypte les quatre grands frères, convaincus d'anthro­ pomorphisme. Mais l'un de ses successeurs, saint Cyrille, trouvant encore des anthropomorphites parmi les moines du mont Calamon, ne se montra pas aussi dur. Il se contenta de les réfuter. Prêter à Dieu la forme humaine est une absurdité complète et une extrême impiété. Il a honte d'avoir â réfuter de pareilles inepties: mais, dit-il, il faut bien s’occuper de ces fous ou de ces ignorants. Et il compose un petit traité, où il remarque que le langage de l'Écriture a son excuse dans l'infirmité· de notre intelligence et la pauvreté, de notre langue; voô καί γλώττης έν ήμΐν ή πτωχεία. Adv. antroph., P. G., t. lxxvi, col. 1066,1068,1077. Isidore de Péluse (f vers440. est dans les mêmes sentiments. Epist., xcv, 1. 111, P. , G. t. lxxviii, col. 860. Théodoret, Hist, eccles., iv. 9, P. G., t. lxxxii, col. 1141 ; Fremling. De anthropomorphilis, 1787; Glossius. Philologia sacra, v, 7, De anthropopatheia, in-4·, Leipzig, 1743; Klügling, Ueber den Anthropomorphismus der Bibel, Dantzig, 1806; Gelpe, Apologie der Anthropomorphischen, etc., Leipzig, 1842; Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Paris, 1892, article Anthropomorphisme. G. Bareille. ANTICONCORDATAIRES, catholiques français qui rejetèrent le Concordat de 1801 et se séparèrent de la communion du pape. Ce schisme qui, en raison du petit nombre de ses adhérents, est connu sous le nom de Peliti’-Église, a passé par trois phases successives, selon qu’il a compté des évêques sans pape, des prêtres sans évêques et des fidèles sans prêtres. I. Evêques sans pape (1801-1829). — La raison prin­ cipale qui provoqua le schisme anticoncordataire, fut la démission des titres épiscopaux, demandée par Pic VII à tous les évêques légitimes de la France. Durant les négociations du Concordat, le souverain pontife déclara plusieurs fois qu'il lui répugnerait d'imposeraux évêques français la démission qu'exigeait impérieusement le pre­ mier consul. Il consentait volontiers à les prier de se démettre;mais les y forcer lui semblait méconnaître les services qu’ils avaient rendus et punir leur fidélité. Cependant, le jour même où il ratifiait le Concordat, 15 août 1801, Pie VH adressait aux évêques français un bref dans lequel il déclarait que la conservation de l'unité et le rétablissement de la religion catholique en France rendaient leur démission nécessaire. Il la leur deman­ dait donc, en leur rappelant l'offre que trente prélats, députés à l’Assemblée nationale, avaient faite en 1791 â Pie VI et les lettres que plusieurs autres lui avaient écrites à lui-même à ce sujet. « Nous sommes forcé, ajoutait-il, par la nécessité des temps qui exerce aussi sur nous sa violence, de vous annoncer que votre réponse doit nous être envoyée dans dix jours, et que cette réponse doit être absolue et non dilatoire, de sorte que si nous n.e la recevions pas telle que nous la souhaitons, nous serions obligé de vous regarder comme si vous aviez, refusé d'acquiescer à notre demande. >> Pie VII disait encore qu’il n’avait rien omis pour leur épargner ce sacrifice et il les conjurait de céder à ses désirs. La même demande fut adressée aux évêques étrangers dont les diocèses se trouvaient réunis à la France par de récentes conquêtes. Les quatorze survivants de ces der- 1373 ANTICONCORDATAIRES niers acquiescèrent aux vœux du pape. Sur les quatrevingt-un évêques français qui restaient à la tête de leurs églises, quarante-cinq donnèrent sans retard leur démis­ sion; mais les trente-six autres refusèrent provisoire­ ment de se démettre. Treize des prélats réfugiés en Angleterre répondirent en commun au pape, le 27 sep­ tembre; ils le priaient de suspendre sa décision jusqu'à ce qu'il ait eu connaissance des motifs de leur refus, et ils insinuaient qu'il serait nécessaire de convoquer un concile national. Pie Vil adressa, le 11 novembre, au principal d'entre eux, l’archevêque de Narbonne, de nouvelles instances et envoya à Londres M»r Erskine pour traiter avec eux. De leur côté, les évêques de La Rochelle et de Blois, qui se trouvaient en Espagne, ne se soumirent pas. Le cardinal de Montmorency, évêque de Metz, fit de même dans une lettre au pape du 28 oc­ tobre à laquelle sept prélats, émigrés en Allemagne, donnèrent publiquement leur assentiment. Le 29 no­ vembre, Pie VII publia la bulle Qui Christi Domini, dans laquelle il exprimait le regret de n’avoir pas encore reçu la réponse de tous les évêques français. Il avait espéré n’ètre pas obligé de déroger à leur consentement ; mais la situation de la religion en France, le bien de la paix et de l'unité remportaient sur toute autre considé­ ration et l'engageaient à passer outre. Il anéantissait donc les anciens sièges épiscopaux et interdisait aux évêques non démissionnaires tout acte de juridiction, déclarant nul tout ce qu'ils pourraient entreprendre en vertu de leurs précédents pouvoirs. Les treize évêques qui résidaient à Londres signèrent, le 23 décembre 1801, un Mémoire pour expliquer leur refus de démission. Tout en témoignant un profond respect pour la chaire de P’erre, ils n’ont pas cru pouvoir céder les droits de l'épiscopat. L'autorité des évêques dérive directement de Jésus-Christ; elle est ordinaire et s’applique immédia­ tement aux églises particulières. Quoique subordonnée à celle du souverain pontife, elle en est indépendante et, seule, l’universalité morale des évêques en union avec la chaire de Pierre est la dépositaire de l'autorité sou­ veraine dans l’Église. Conformément à ces principes, une démission générale et simultanée de tout l'épiscopat d'une grande Eglise, une démission dont les motifs sont inconnus et dont les effets ne sont énoncés qu’en termes généraux, une démission dont le pape pourra se passer, ne leur parait pas suffisamment justifiée. Le bien de l’Église ne l’exige pas. Elle n est nécessaire ni pour réta­ blir la religion en France ni pour conserver l’unité de l’Église. Elle produirait, au contraire, des effets désas­ treux dans l'Église de France qu’elle anéantit, sans indi­ quer les moyens suffisants de restauration. D’ailleurs, une mesure si extraordinaire aurait dû être concertée par le corps épiscopal, et la violation des règles cano­ niques ébranlera la stabilité de l’épiscopat et sera fatale â toute l’Église. En refusant leur démission, les évêques ne désobéissent pas au pape, puisqu'il n’existe ni ne peut exister aucun ordre de sa part. Le pape subit une contrainte. Or, ce serait compromettre l’autorité souve­ raine, mais non absolue, du pape, que de la reconnaître quand elle est forcée de sortir de ses bornes légitimes. C’est donc pour obéir à la voix de leur conscience et pour maintenir les principes de l’Église gallicane et revendiquer leurs droits imprescriptibles que les évêques signataires du Mémoire résistent avec douleur â la volonté du pape. Ils restent fidèlement attachés à la chaire de Pierre autant que respectueux à l’égard de la personne du pontife, à qui ils ont exposé librement les principes et les motifs de leur conduite. Vingt et un autres prélats y donnèrent leur adhésion. Quand les nouvelles circonscriptions diocésaines, créées par le pape, commencèrent à être pourvues de titulaires, les évêques non démissionnaires adressèrent à leurs an­ ciennes ouailles une instruction collective par laquelle ils déclaraient déléguer leurs pouvoirs et leur propre 1374 juridiction aux ecclésiastiques qui seraient munis des pouvoirs du pape. Le 6 avril 1803, ils renouvelèrent au nombre de trente-huit leurs réclamations au souverain pontife, Canonicæ el reverendissimæ Expostulationes apud SS. DD. Pium VII, divina Providentia Papam, de variis actis ad Ecclesiam Gallicanam spectantibus, imprimées à Londres. Une traduction française parut a Bruxelles en 1804, sous le titre de Réclamations cano­ niques el très respectueuses, etc. Ils se plaignaient de leur destitution, sans exemple dans l’histoire ecclésias­ tique; ils déploraient l’extinction subite de 156 Eglises, remplacées par CO seulement; ils décrivaient l’étal pré­ caire de la religion, asservie au gouvernement; ils réclamaient contre les articles organiques, contre la manière dont le Concordat avait été exécuté et protes­ taient respectueusement contre les actes pontificaux rela­ tifs au Concordat. Aux raisons soi-disant canoniques de leur opposition s’ajoutait un motif politique, et le 8 avril de la même année, ils publiaient une Déclaration sur les droits du roi, qu'ils croyaient lésés par les stipula­ tions du Concordat. Picot, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, 2» édit., Paris, 1815, t. tu, p. 409413, 428-434, 444-446; Boulay de la Meurthe, Documents sur la négociation du Concordat, 5 in-8% Paris, 18911897, passim. (Voir les tables, t. lu, p. 761 ; t. V, p. 689-691.) Les évêques non démissionnaires demeurèrent en exil et cessèrent pour la plupart de s'occuper de l’adminis­ tration de leurs anciens diocèses. Ceux de La Rochelle et de Blois continuèrent seuls à entretenir la résistance par leurs mandements et leurs lettres particulières. Le premier consul obligea, en 1804, le roi d'Espagne à les emprisonner, et ils ne furent rendus à la liberté qu’en 1807. Mais des prêtres, qui soutenaient les mêmes erreurs, rentrèrent en France, refusèrent la promesse de fidélité à la Constitution et groupèrent autour d’eux, en plu­ sieurs diocèses, un certain nombre de fervents chrétiens. Le centre principal de la Dissidence fut dès lors le bocage vendéen, qui appartenait au nouveau diocèse de Poitiers. Malgré la suspense qui les atteignait ipso facto et malgré l’intervention du préfet des Deux-Sèvres, plu­ sieurs persévérèrent dans le schisme et entretinrent, en se cachant, l’opposition au Concordat au milieu des populations royalistes de la Vendée. Des foyers, très actifs de résistance se formèrent en d’autres contrées. A Rouen, les anticoncordataires prirent le nom de Clémentins, de leur chef, François Clément; à Coutances, on les appelait Basniéristes, du nom de l’abbé Basnier; à Séez, les Élus; dans le diocèse de Tours, les Filnchois, ou disciples du prémontré apostat, Filoche; à Rennes, les Louisels, à cause de leur attachement à Louis XVIII. Des prêtres de l’ancien diocèse de Blois restèrent fidèles à Mor de Thémines, leur évêque non démissionnaire. Les diocèses du Mans et de Laval eurent aussi des prêtres dissidents. Ceux de La Rochelle et de Luçon furent longtemps infestés par le schisme anticoncordataire. Dans les diocèses d'Agen et d’Auch, un petit groupe reçut le nom d’illuminés. A Rodez, les partisans de la Petite-Église étaient appelés les Enfarinés, parce qu'en allant communier, les hommes dénouaient les tresses de leurs cheveux qui étaient poudrées de farine. A Villefranche, les prêtres Plomb et Barthe eurent des dis­ ciples nommés Plombâtes et Barlhassiers. A Montpellier, les schismatiques étaient désignés sous le nom de Purs; dans la Provence, c’étaient des Fidèles. Le nombre des anticoncordataires s’élevait bien à dix mille dans Je dio­ cèse de Grenoble. Enfin, dans celui de Belley, la paroisse de Fareins s'attacha en majorité à la Petite-Eglise. Tous ces schismatiques se réunissaient dans des oratoires privés ou des maisons particulières, ou leurs prêtres ne manquaient pas d'attaquer le Concordat et le pape qui l'avait conclu. Bien que privés de toute juridiction, ceux-ci remplissaient les actes du saint ministère et pré­ 1375 AN'TICONCORDATAIRES tendaient demeurer catholiques, tout en étant hors de la communion du pape. Cependant, le schisme voyait diminuer insensiblement le nombre de ses adhérents. Pour des causes et sous des influences diverses, des prêtres de la Petite-Eglise se réconciliaient avec la grande Eglise. D’autre part, la division régna bientôt parmi les anticoncordataires et, dans le schisme, il se produisit des sous-schismes. Tandis que les évêques non démissionnaires déclaraient ne pas vouloir rompre avec le souverain pontife, des prêtres, qui étaient demeurés à Londres, tenaient Pie VII pour hérétique, schismatique, apostat, sacrilège, etc., et les nouveaux évêques français pour hérétiques ou fau­ teurs d’hérésies et comme tels, excommuniés, irrégu­ liers et sans juridiction. Les deux principaux étaient Blanchard et Gasquet, qui soutinrent une controverse violente avec les vicaires apostoliques de Londres. La discussion s’envenima après le retour des Bourbons en France. A cette époque, seize évêques non démission­ naires vivaient encore. Plusieurs rentrèrent à la suite du roi. Sept, qui se trouvaient à Paris, envoyèrent, le 15 novembre 1815, leur démission à Louis XVIII, à la condition expresse qu’il la tiendrait secréte jusqu’à la conclusion des négociations d’un nouveau Concordat. Ceux qui étaient à Londres, en agissant de même, décla­ raient que leur démission n’aurait son effet « que quand ils verraient et jugeraient les principes en sûreté ». Les blanchardistes attaquèrent vivement les évêques démis­ sionnaires qui protestèrent, le 22 août 1816, contre leurs adversaires, « hommes inquiets, sans mission et sans autorité. » Vinson et Fleury furent poursuivis et condamnés à trois mois de prison pour des écrits attaquant le Con­ cordat. En 1817 et 1818, tous les évêques, sauf M. de Thémines, se remirent en communion avec le pape. Quatre-vingt-seize ecclésiastiques français, séjournant en Angleterre, souscrivirent la formule que Pie VII leur imposa. Dès lors, les prêtres dissidents considérèrent l'ancien évêque de Blois comme leur chef; ils étaient censés recevoir de lui tous les pouvoirs. Lui-même se regardait comme ·■ le seul évêque catholique »; il mourut à Bruxelles, dans les premiers join's de novembre 1829, parfaitement réconcilié avec l’Eglise. Dans l'intervalle de 1817 à 1829, la lutte entre les dissidents provoqua bien des conversions. Le 21 juillet 1820, l’évêque de Poitiers interdit les prêtres schismatiques de son diocése et par un bref du 27 septembre suivant, Pie VII approuva sa conduite. Le 2 juillet 1826, Léon XII écri­ vit. à l’occasion du jubilé, une exhortation paternelle qui ne toucha pas les rebelles. IL Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 2' édit., Paris, 1828, t. n, p. 448-569. H. Prêtres sans Évêques (1829-1847). — Durant cette période, le schisme vit constamment décroître le chiffre de ses adhérents. Les prêtres âgés mouraient sans récon­ ciliation et n'étaient pas remplacés, ou, s’ils l’étaient, c’était par des prêtres interdits qui ne gagnaient pas la confiance des fidèles. Les missions, le jubilé, le zèle des curés légitimes ramenaient chaque année bon nombre de dissidents à l’Eglise catholique. De 1830 à 1847, les conversions se multiplièrent dans le bocage vendéen. Des paroisses entières revinrent à l’unilê. En 1840 et en 1844, Mflr Villecourt, évêque de La Rochelle, adressa de pressantes exhortations aux schismatiques de son diocèse; il leur communiqua l’encyclique que Léon XII avait écrite à leurs pères en 1826. Le 10 février 1842, un habitant de Courlay, François Marilleaud, écrivit à Gré­ goire XVI, qui lui fit répondre par le cardinal Castracane. 11 se convertit et avec lui soixante habitants de cette paroisse. Vende, Une lettre du pape, et une con­ version en pays dissident, 1891. III. Fidèles sans prêtres (1847-1900). — Dès le com­ mencement du schisme, dans quelques villes, Nancy et Vannes, par exemple, un petit nombre de chrétiens j | ' ; | | | | ’ J 1376 restèrent fidèles à leurs évêques non démissionnaires. Comme ils n’avaient pas de prêtres de leur parti, ils recouraient au ministère des curés légitimes qu'ils savaient suffisamment délégués par leurs anciens pré­ lats. Ils ne firent pas de nouveaux adhérents et dispa­ rurent peu à peu, enlevés par la mort. Dans les contrées où le culte schismatique avait été organisé, les dissidents se virent tour â tour privés de prêtres, de sacrifice, de sacrements, le baptême excepté, et de culte public. Ils durent se contenter de réunions, dans lesquelles ils récitaient des psaumes, des prières, le chapelet, sous la présidence de chefs laïques ou même de femmes, nom­ mées les Sœurs. Dans le diocèse de Luçon, les schisma­ tiques n’eurent plus de prêtres dès 1832. En 1835, mou­ rut le dernier prêtre dissident du Rouergue. Il laissait des hosties consacrées dans le tabernacle de son église; ses partisans les portèrent plus tard à Toulouse et les remirent à un prêtre de leur secte. D’autres venaient en Vendée faire consommer les hosties et en rapporter de nouvelles. Quelques-uns entreprenaient de longs voyages pour se confesser. En 1850, les dissidents de Sénepjac, Aveyron, écrivirent à Pie IX, qui leur répondit, le 10mars. A la Pentecôte suivante, 280 dissidents environ, sur 300 qui étaient encore dans le pays, se convertirent. A la mort du dernier prêtre dissident du bocage vendéen, en 1847, on y comptait encore huit mille anticoncorda­ taires, disséminés dans quatre cantons. Bientôt, Mo·· Pie, évêque de Poitiers, tenta de gagner ceux de son diocèse. Au printemps de 1851, il visita leurs paroisses, mais ils se tinrent à l'écart. Le 15 octobre de la même année, il écrivit une Première lettre pastorale aux dissidents de la Petite-Église. Cf. Discours et instructions pastorales de Mor l’évêque de Poitiers, 1858, t. I, p. 409-4' 1. Le docte prélat décrit la triste situation religieuse des dissi­ dents et les exhorte vivement au retour vers la véritable Église. Sa parole ne fut pas sans écho. Plusieurs profi­ tèrent du jubilé pour se réconcilier; on vit même des familles entières rentrer ensemble au bercail. Les chefs du parti, humiliés d’entendre répéter qu’ils n'avaient plus de sacerdoce, appelèrent un prêtre interdit, qui fut bientôt’arrêté par la police à cause de ses crimes. A ce sujet, Mor Pie écrivit, le 21 novembre 1853, sa Seconde lettre pastorale et avertissement aux dissidents de la Petite-Eglise. Cf. Discours, etc., t. u, p. 115-140. 11 ordonnait pour le 8 décembre une cérémonie solennelle d’expiation et de reparation pour les profanations et les sacrilèges de ce mauvais prêtre. Le prélat prononça luimême l’amende honorable et promit d’ériger un autel votif à la sainte Vierge, quand la majeure partie des habitants de Courlay serait revenue à l'unité de l’Église. Le 23 septembre 1868, il exécutait son vœu, le nombre des catholiques l'emportant dès lors dans cette paroisse suF celui des dissidents. Quand Pie IX convoqua le concile du Vatican, le schisme de la Petite-Église était presque partout éteint. Les dissidents du Poitou, inspirés par quelques-uns de leurs partisans de Lyon, résolurent de recourir au corps des évêques. Il était conforme à leurs principes galli­ cans d'en appeler des décisions du pape à un concile œcuménique. Ils firent imprimer un mémoire intitulé : Reverentissima commentatio ad SS. œcumenicum Con­ cilium Romanum de variis actis ad Ecclesiam gallicanam spectantibus, Genève, 1869. Deux exemplaires, destinés au pape et au secrétaire général du concile, furent .signés par cinq cents membres environ de la Petite-Église. D’autres, sans signatures, furent distri­ bués avec les Réclamations canoniques de 1803, réim­ primées à cette occasion, â chacun des Pères de l’assem­ blée conciliaire. Marius Duc et Jacques Berliet, de Lyon, furent officiellement chargés d’aller à Rome remettre au pape et aux évêques les deux écrits réunis. Les délégués remplirent leur mission et s'ils n’eurent pas d'audience de Pie IX, ils virent Alur Fessier, secrétaire du concile, 4377 ANTICONCORDATAIRES — ANTI DICOM ARI ANITES et plusieurs évêques français. Cf. M. Duc, Une mission â J lame en 186(1, Lyon, 1870. La cause de la Petite-Église fut présentée au concile du Vatican par Ms· Colet, évêque de Luçon, et Mo· Des­ champs, archevêque de Malines, et elle fut l'objet de deux postulata bien différents. Le 19 février 1870, Ma· Colet exposait sommairement l'< tat du schisme dans la Vendée et il demandait au concile de rechercher les moyens les plus propres à convertir les dissidents. Il joignait à sa demande les deux écrits imprimés par les anliconcordataires et quelques observations critiques. Il espérait que quelques paroles bienveillantes des Pères du concile suOiraient à ramener les schismatiques à l'unité catholique. Le 25 du même mois, Mo· Deschamps demandait une condamnation formelle du schisme anti­ concordataire et il disait que ses adhérents, appelés si' vén isles, du nom de leurs chefs, les deux prêtres Stevens, cf. Grégoire, Histoire des sectes religieuses, t. ti, p. 442-447, étaient encore au nombre d’environ quatre cents dans son archidiocése. Cf. Acta et decreta cone. Vaticani. Collectio Lacensis, Fribourg-en-Brisgau, 11-91. t. vu, p. 854-857. Ces deux projets furent pro­ posas comme amendements au chapitre He primatu. Mo· Deschamps voulait faire affirmer le pouvoir du sou­ verain pontife d’éteindre des diocèses et rappelait l’exemple de Pie VII en 1801. Mo· Colet désirait qu’on ne fit pas une définition dogmatique sur la Petite-Eglise, mais que le secrétaire du concile écrivit aux adhérents que les évêques de l’Église universelle, réunis à Rome, communiquaient avec ceux de la France et de la Bel­ gique, qu'ainsi ces derniers étaient évidemment en com­ munion parlaite avec le souverain pontife el toute l’Église catholique et que, par conséquent, les schismatiques seraient hors de la voie du salut, tant qu'ils n'obéiraient pas à leurs évêques. Ibid., p. 343-344. La députation de la foi examina les projets, le 26 juin, et déclara qu’il fal­ lait chercher si la proposition de Ms· Deschamps ne serait pas mieux placée ailleurs; que celle de Ms· Colet n'était pas de son ressort. Ibid., p. '1690. Les amende­ ments furent distribués â la congrégation générale du 30 juin et discutés le 1«· juillet. Mo· Colet et Mo· Maret parlèrent de la Petite-Église à cette dernière séance. Le 5 juillet, le rapporteur de la deputation de la foi, Mo· Zinelli, rejeta l'amendement de Mo· Deschamps qui se rapportait mieux à l'institution des évêques qu'à la pri­ mauté pontificale. I! ne proposa pas celui de Mo· Colet qui. d'ailleurs. n’exprimait qu'un simple désir et ne présentait pas une formule positive. Quand on vota, le premier amendement fut rejeté par presque tous les Pères, et le second ne fut pas mis aux voix. Ibid., p. 755, 757, 361, 368. Si le concile du Vatican n’a pas explici­ tement condamné la Petite-Église, il a nettement affirmé la primauté de juridiction du pape dans le gouvernement de l’Église et ainsi improuvé les gallicans qui ne recon­ naissaient au souverain pontife qu'une primauté d'hon­ neur. Le mouvement d'idées qui, depuis lors, s’est pro­ duit parmi les dissidents, a ramené à la communion catholique les chefs laïques et les membres les plus inlluents du schisme. Sur les touchantes exhortations que Léon XIII leur adressait dans une lettre du 19 juil­ let 1893 à Mu· Juteau, évêque de Poitiers, Marius Duc et les principaux anliconcordataires de Lyon revinrent à l'unité de la foi en 1894, ainsi que trente-quatre habi­ tants de Courlay. Le schisme anliconcordatairè, qui languit depuis long­ temps dans l’obscurité, achève de s’éteindre. Le nombre de ses adhérents est peu considérable. On connaît quel­ ques personnes dans les diocèses de Luçon et d'Agen, une seule famille à La Rochelle, plusieurs dans le sudest de la France, dans le diocèse de Grenoble et à Lyon. La paroisse de Fareins, diocèse de Belley, compte encore deux cents dissidents environ. Le centre le plus impor­ tant est la commune de Courlay, au diocese de Poitiers, DICT. DE TUÉOU CXTIIOL. 4378 Un millier de fidèles à peu près se réunissent dans la chapelle de la Plainelière et y font de maigres offices. Depuis que les chefs se sont convertis, seuls l’ignorance et l’entêtement maintiennent dans le schisme les der­ niers adeptes qui perdent de plus en plus l’esprit catho­ lique. Fret, Armenac ou le diseur de vérités, 1836; Fleury, Mémoires sur la Révolution, le premier Empire el les premières années de la Restauration, 2· édit., par dom Piolin, Paris, 1874; Ba­ bouin. La Petite-Église dans le Vendômois, dans le Bulletin de la Société archéologique dû Vendômois, 1887; E. Drochon. La Petite-Église. Essai historique sur le schisme anliconcordatairè, Paris, 1894. E. ManGEXOT. ANTIDIAPHORISTES. Voy. Adiaphoiustes. ANTID1COMARIANITES. On désigne générale­ ment, sous ce nom, les adversaires, quels qu’ils soient, de la virginité perpétuelle de la très sainte vierge Marie. Au début, ce nom s'est appliqué tout spéciale­ ment à une secte hérétique d’Arabie, dont les partisans soutinrent que la très sainte Vierge eut plusieurs en­ fants de Joseph, son époux, après la naissance de JésusChrist. L'histoire appelle encore les uns et les autres anlidicomariles, anlimarianiles, antimariens. La virginité perpétuelle de Marie est une vérité dog­ matique imposée à notre foi. Elle enveloppe non seule­ ment une parfaite chasteté d'esprit, de cœur et de corps, mais encore une intégrité corporelle absolue chez la très sainte mère du Verbe incarné. L’Église l’a définie avec précision, en déclarant que Marie fut toujours éga­ lement vierge, avant, pendant comme après la nais­ sance du Sauveur. Or l’honneur de la mère se trouve si étroitement lié à celui du Fils, que les ennemis du Christ n’ont pas manque de poursuivre Marie de leurs attaques immondes, au ’triple point de vue que nous venons de marquer. I. virginité ante partum. — Dès l'origine, les Juifs répandirent sur la vierge Marie les calomnies les plus honteuses, el Celse se lit un malin plaisir de les recueil­ lir pour les jeter à la face des chrétiens. Elles ont été consignées en des ouvrages rabbiniques comme le traité Sanhedrin du Talmud de Babylone et le Toledolh Jeschuah ou les origines de Jésus. — Parmi les premiersadversaires de l’honneur virginal de Marie, nous rencon­ trons encore de vieux hérétiques : Carpocrale, Ébion, Cêrinthe, Photin, et leurs partisans. Ils osèrent soutenir que la conception de Noire-Seigneur Jésus-Christ n'a pas été l’œuvre du Saint-Esprit, mais que la nature humaine du Sauveur est le fruit des mutuelles relations de Joseph et de Marie, son épouse. A leur avis Noire-Seigneur est un homme né comme tousles hommes,et.Marieestunemère comme toutes les mères. — Ces blasphèmes du premier âge ont eu leurs échos dans les temps modernes, et I on a vu les ébionites reparaître sous des formes di­ verses. Ce furent d'abord les sociniens, pour qui Notre Seigneur n’est qu'un homme ordinaire. Puis vinrent les naturalistes; avec l'auteur du Christianisme dévoile, ils ont prétendu ranger parmi les fables et les inven­ tions de la poésie la naissance de Jésus d’une vierge. Enfin ont paru les rationalistes et les critiques biblique modernes, comme Paulus de Heidelberg, Ammon. Strauss, Venturini, Renan, el ils ont enseig é que l’his­ toire évangélique de la conception miraculeuse de Jésus ne peut et ne doit avoir d’autre interprétation qu’une explication mvlhique. Cf. Knoll, Institut. theol., Turin, 1892, t. i, p. 415. La révélation tout entière proteste contre une telle incrédulité et de telles infamies. Avec Isaïe, elle pro­ clame que l’Emmanuel devait être conçu, devait naître d'une vierge, Is., vu, 14; avec l'Evangile, dans tous ses symboles, elle professe que le Christ a été conçu du Saint-Esprit, qu’il est né de la vierge Marie : et le pre- I. - 44 1379 ANTIDICOM ARI ANITES mier concile de Tolède, de l’an 400, a précisé, sur ce point, la doctrine catholique en posant comme règle de foi que le Fils de Dieu a sanctifié le sein de la Vierge Marie, et qu’elle l’a conçu, vrai homme, sans le con­ cours de l’homme : Filium Dei... sancti/icasse uterum Mariæ Virginis, atque ex ea verum hominem sine vi­ rili generatum semine, suscepisse. Mansi, Concit., Paris et Leipzig, 1901, t. ni, coi. 1003. n. virginité in paiitu. — Au IV' siècle, vers 388, un moine que ses doctrines relâchées ont fait surnommer par saint Jérôme l’Épicure des chrétiens, Christianorum Epicurus, Jovinien, quittait son monastère de Milan pour répandre toutes sortes d'erreurs et surtout pour ravaler les conseils évangéliques et l'état de virginité. 11 soutint donc que Marie, bien qu’elle fût demeurée vierge dans la conception de son divin Fils, ne resta pas telle dans l’enfantement du Sauveur : Virgo concepit, disait-il, non virgo peperit. Et voici la raison étrange qu’il invoquait : c’est que les chrétiens sembleraient adhérer à la doctrine manichéenne d’un corps fantôme dans le Christ, s’ils croyaient encore à la virginité de Marie après la naissance de Jésus. La thèse de Jovinien fut reprise au vu· siècle par un certain Pélage et par Helladius en Espagne. Au xiv« siècle, Lochardinos et ses partisans, puis ensuite quelques protestants avec Bucer et du Moulin, soutinrent la même opinion. Contre ces novateurs, les Pères, non contents de faire valoir la fameuse prophétie d'Isaïe sur la vierge qui doit enfanter : Ecce virgo... pariet filium, rappelaient les formules des premiers symboles. Elles affirment que si le Christ a été conçu du Saint-Esprit, il est bien né de la vierge Marie. Cf. S. Augustin, Enchirid., c. xxxiv, n. 10, P. L., t. xi., col. 249 : Quis enim hoc solum congruentibus explicet verbis, quod Verbum caro factum est et habitavit in nobis (Joa., i, 14), ut crederemus in Dei Patris omnipotentis unicum Filium natum de Spiritu Sancto et Maria Virgine? Aussi le pape Sirice, dés l'an 390, convoqua-t-il à Rome un synode de tout son clergé. Jovinien, luxuriæ magister, et ses sectateurs y furent condamnés pour leur erreur touchant la virgi­ nité de Marie, et le pontife prit soin de notifier la sen­ tence à l’Église de Milan. P. L., t. xvi, col. 1121 sq. Aussitôt saint Ambroise réunit en sa ville épiscopale un concile des évêques d’Italie et des Gaules; tous sous­ crivirent à la condamnation portée par le pape. Cf. Epi­ stola synodica, parmi les lettres de saint Ambroise, epist. xlii, n. 5, P. L., t. xvi, col. 1124 sq. Le synode constate que Marie a réalisé la prophétie d'Isaïe, lequel a prédit non seulement qu’elle concevrait, demeurant vierge, mais encore que, vierge, elle enfanterait : Hæc est Virgo quæ in utero concepit, Virgoque peperit; sic enim scriptum est : ecce virgo in utero accipiet et pariet filium : non enim concepturam tantummodo Virginem, sed et parituram Virginem dixit. Au concile d’Éphèse, Théodore d'Ancyre put déclarer dans son discours, aux applaudissements unanimes de l'assemblée : « Comme la parole, quand elle se prononce, ne corrompt aucu­ nement l’esprit qui la produit; de même Dieu le Verbe substantiel, en prenant naissance humaine, ne saurait détruire l'intégrité de sa mère : Neque enim nostrum verbum, cum paritur, corrumpit mentem; neque Deus Verbum, substantiale, parium eligens, peremit virgi­ nitatem. » Et le concile de Chalcédoine approuvait ce mot de saint Léon le Grand : « Marie a donné naissance au Christ, demeurant vierge, comme elle l’a conçu, vierge : Conceptus quippe est de Spiritu Sancto intra uterum Virginis, quæ illum ita salva virginitate edi­ dit, quemadmodum salva virginitate concepit. » S. Léon, Epist., xxvm, c. n, P. L., t. LIV, coi. 759. m. virginité post partum. — Il y eut de bonne heure des adversaires de la virginité de Marie post par­ tum. Ils admettaient bien la conception et la naissance miraculeuses de Jésus, mais ils soutenaient en même 1380 temps que Marie et Joseph avaient eu ensemble plu­ sieurs enfants après la naissance du Christ. On a attri­ bué cette opinion à Tertullien, et plus tard Helvidius en a appelé à son témoignage. Pourtant, il faut le recon­ naître, rien dans les ouvrages de cet écrivain ecclésias­ tique n’autorise à l’incriminer de ce chef, pas même le chapitre vi, De monogamia, P. L., t. n, col. 936 sq., que Schrockh a dû mal lire pour y trouver une expres­ sion opposée à la virginité de Marie. Cf. Schrockh, His­ toire de l’Église, t. ix, p. 219. Ilefele dans Kirchen­ lexikon, art. Anlidicomarianiten. — D’ailleurs Origène nous apprend qu’il y avait déjà de son temps des enne­ mis de la virginité permanente de Marie. In Luc., homil. vu, P. G., t. xm, col. 1818. Le professeur Kuhn, dans son travail sur les frères de Jésus, applique aux ébionites les paroles d'Origène. Cf. Annales de Giessen, t. m, p. 7, dans Kirchenlexikon, loc. cit. Mais avec rai­ son Mor Ilefele, ibid., remarque qu’il fait erreur. Car, si les ébionites tenaient Jésus pour le fils naturel de Joseph et de Marie, ils devaient croire et enseigner que Marie a épousé Joseph avant, et non après, la nais­ sance de Jésus : Mariam nupsisse ante partum Christi, mais non post partum. — L’on rencontre de nouveaux adversaires de la virginité de Marie parmi les ariens, notamment Eudoxius et Eunomius. Cf. Philostorge, Hist, eccles., 1. VI, c. il, P. G., t. lxv, col. 524. Mais, vers la fin du iv« siècle ils deviennent plus nombreux. C’est Jovinien qui pousse jusqu’au bout son hérésie première. C'est Helvidius, ce disciple du fameux arien Auxence. Il vint à Home à l'époque où saint Jérôme s’y trouvait lui-même sous le pape Damase. Là il composa et répandit un méchant libelle dans lequel, d'accord sans doute avec les ariens, il prétend que la très sainte Vierge eut de Joseph, son mari, plusieurs enfants, après la naissance du Sauveur. Ce sont eux que l'Evangile appelle les frères du Seigneur, fratres Domini. Simul­ tanément Helvidius niait la supériorité de l’état de vir­ ginité sur celui de mariage. Saint Jérôme ne voulait d'abord pas faire à l'impie l'honneur d’une réfutation qui lui apporterait toujours quelque notoriété. Bientôt cependant, > la demande de ses frères, il se décida à écrire son bel opuscule De perpetua virginitate It. Ma­ riæ adversus Helvidium, P. L., t. xxm, col. 183 sq. C’est une réplique nerveuse, écrasante, aux multiples arguties du novateur. Saint Jérôme y montre, en outre, que le libelle hérétique fourmille de fautes de langue et de style. Aussi traite-t-il de haut son adversaire : « un paysan,... qui connaît à peine les premiers élé­ ments des lettres,... un homme turbulent, seul au monde à se· trouver tout à la fois laïc et prêtre, prenant la lo­ quacité pour l'éloquence, et tenant pour le signe d'une lionne conscience de déverser la médisance sur tous... Hominem rusticanum,... vix primis quoque imbutum litteris... Homo turbulentus, et solus in universo mundo sibi et laicus et sacerdos qui loquacitatem facundiam existimat et maledicere omnibus, bonis conscienliæ signum arbitratur. Op. cit. initio, coi. 183-184. Bonose, probablement évêque de Sardique, en Italie, adopta lui aussi la doctrine d'Helvidius, et c’est lui que saint Am­ broise a en vue lorsqu'il combat cette hérésie au cha­ pitre v de son De institutione virginis et sanclæ Mariæ virginitate perpetua, P. L.,t. xvi, col. 314, et la déclare un énorme sacrilège. Fuerunt, dit-il, qui earn (Mariam) negarent virginem perseverasse. Hoc tantum sacrile­ gium silere jamdudum maluimus, sed quia causam vocavit in medium, ita ut ejus prolapsionis etiam epi­ scopus argueretur, indemnatum non putamus relin­ quendum. Le cas de Bonose fut d'abord discuté à un concile des évêques italiens réuni à Capoue en 389 ou 391, et les Pères italiens conclurent à une enquête à faire par les évêques d'Illyrie. Ceux-ci s’acquittèrent de leur tâche, l’année suivante, au concile de Thessalonique, sous la présidence du métropolitain Anysius. 1381 ANTIDICOMARIANITES — ANTILOGIES BIBLIQUES Leur jugement interdit à Bonose l'exercice des fonctions épiscopales. Celui-ci passa outre, et l’affaire fut portée devant le pape. Sirice, ou peut-être un autre pontife, dans la réponse à Anysius et aux évêques dlllyrie, re­ jette absolument comme une perfidie judaïque la pré­ tention de Bonose que Marie n’a pas constamment con­ servé sa virginité : Qui hoc adstruit, nihil aliud nisi •perfidiam Judæorum adstruit qui dicunt euni non potuisse nasci ex virgine... claudat ora sua perfidia; obmutescat, ne matrem Domini aliquo audeat teme­ rare convicio. Mansi, Concil. collect., t. ni, coi. 675. Pour le surplus des points en litige, le pontife, comme les évêques italiens, s en remet à la décision des évêques dlllyrie. Vers la même époque, nous dit saint Êpiphane, il y eut en Arabie toute une secte pour combattre avec acharnement la perpétuelle virginité de Marie, et cette haine particulière leur a valu le nom d'anlidicomarianites, Άντιδικομαριανίταΐ. Eux aussi soutenaient que Marie avait eu de Joseph plusieurs enfants après la naissance de Jésus, et ils faisaient, dit-on. dériver leur opinion du vieil Apollinaire ou de ses disciples. Ce point toutefois n’est pas parfaitement démontré, ajoute saint Epiphane. En vue de les ramener, le vaillant conlroversiste adressa aux hérétiques une épitre dogmatique et surtout exégétique, où sont discutés point par point tous leurs chefs de preuves. Plus tard, ayant à parler dans son Histoire des hérésies de l’erreur des antidicomarianites. plutôt que de traiter à nouveau le sujet, il inséra simplement sa lettre dans son ouvrage, Adversus hæreses, 1. III, hær. i.xxvm, P. G., t. xlu, col. 699 sq. Il n’entre pas dans notre cadre de réfuter ici les argu­ ments apportés par les antidicomarianites. Rappelons qu'ils s'appuyaient principalement sur les passages de l'Écriture ou il est fait mention des frères et des sœurs de Jésus, Mallh., xn, 46; Marc., ni, 31; Luc., vin, 19; Matlh., xiii, 55; Marc., vi, 3; Joa., n, 12; vu, 3, 5, 10; Act., i, 14; 1 Cor., ix, 5; Galat., i, 19, et sur les passages de saint Matthieu, i, 18, ou il est-dit : Marie étant fiancée à Joseph, avant qu’ils habitassent ensemble, antequam convenirent ; I, 25, où il est rapporté que Joseph ne connut point Marie jusqu'à ce qu elle eut mis au monde notre Sauveur : et non cognoscebat eam, do­ nec peperil filium suum primogenitum. Mais sans re­ courir, comme quelques anciens Pères et saint Epiphane lui-même, à des enfants que Joseph aurait eus d’un premier mariage et d’une autre femme que Marie, l’on sait que chez les Hébreux les termes « frères » et « sœurs » signifient souvent les cousins et les cousines. D'autre part, les mots : antequam, donec, marquent seulement ce qui n'avait pas eu lieu auparavant, avant la naissance de Jésus par exemple, sans qu’on puisse logiquement en inférer tout autre chose. L’erreur paraissait totalement oubliée, lorsqu'elle re­ parut au xvic siècle. Le B. Pierre Canisius atteste qu'elle fut reprise et soutenue par divers partisans de la ré­ forme. De Maria Virgine incomparabili, 1. II, dans Summa aurea de laudibus B. V. M., Paris, 1862, t. vin, col. 613-1450; t. ix, col. 9-409. Il est certain que les anabaptistes y adhéraient. Plusieurs disciples de Luther et de Calvin ont aussi nié la constante virginité de Marie, sous ce fallacieux prétexte qu’elle ne se trouve pas expressément affirmée dans les saintes Ecritures. Aujourd'hui encore quelques protestants ont cru devoir prendre rang parmi les antidicomarianites. Citons Neander, Meyer, Alford, Farrar. Refusant d’admettre la supériorité de la virginité sur le mariage, ils ont été conduits à repousser le privilège de la très sainte Vierge Marie. Cf. Farrar, The early days of Christia­ nity, c. xix, dans Tanquerey, Synopsis theol. dogm, specialis, 4» édit., Paris, 1899. t. i, p. 601. En face de tous ces hérétiques, l’Église a toujours continué de lire Ézéchiel dans le sens de la virginité 1382 perpétuelle : Porta hiec clausa erit, et »ir non intrabit peream, χι.ιν, 2; comme elle a entendu le virum >< n cognosco dans un sens absolu, et par allusion au -.eu de virginité émis par Marie lors de sa présentât i n m temple. Les symboles n'ont cessé d'appeler Man la Vierge, la vierge par excellence. Les Orientaux ont ncore précisé avec les formules ; toujours vierge. vmrge perpétuelle, semper virgo, virgo perpetua, tandis que les Occidentaux ne cessaient d'invoquer Marie demeurée vierge après l’enfantement du Sauveur : Post partum, Virgo, inviolata permansisti. Et, contre les novateurs passés ou futurs, l'Église a fixé pour jamais sa foi sur ce point dans les formules suivantes : l’une est du con­ cile de Latran tenu sous Martin Ier : Si guis... non con­ fitetur, proprie et secundum veritatem Dei genitricem sanctam semperque virginem et immaculatam Ma­ riam... in ultimis sæculorum absque semine concepisse ex Spiritu Sancto, et incorruptibiliter eam genuisse (enixam esse), indissolubili permanente et post partum ejusdem virginitate, condemnatus sit. Hardouin, Acta concil., t. in, coi. 822. L'autre formule est plus-précise encore et définitive ; elle proclame simplement, mais absolument la virginité de Marie, avant, pendant, après l’enfantement du Sauveur. On la rencontre déjà, dit Knoll, loc. cit., dans certaines louanges mariales df III» concile de Constantinople : Mariæ illibata virgi­ nitas, quæ ANTE PARTUM, in partu et post partum est interminabilis... Concile de Constantinople!!!, VI» Pe cruce et latrone, homil. it, 2. P. G., t. xi.ix, col. 411 > S. Augustin, In Joa., tr. XV11I, c. v, 7, P. L., t. xxxv, col. 1546; Serm., li, 4, 5, P. L., t. xxxvin, col. 336; In Psal., lxiii, 5, P. L., t. xxxvi, col. 763. Ce Père a com­ posé un traité De consensu euangelistarum, P. L., t. xxxiv, col. 1041-1230. dans lequel il réfute, pense-t-on, les objections de Porphyre. — Les écrivains ecclésiasti­ ques ont continué à résoudre les antilogies apparentes de l'Écrilure, soit en répétant les réfutations des an­ ciens. soil en cherchant à mieux expliquer le texte sacré. On a attribué à saint Grégoire le Grand, qui affirme que l’Écriture ne peut se contredire, Moralia in Job, iv, 1, P. L., t. lxxv, col. 633-634, une Concordia quorumdam testimoniorum Sacrie Scripturæ, P. L., t. lxxlx, col. 659-678. Saint Julien de Tolède a écrit Anlikeimenon, hoc est, contrariorum sive contrapositorum libri duo, P. L., t. xcvi, coi. 595-704. Richard de Saint-Victor, Declarationes nonnullarum difficultatum Scripturæ, P. L., t. cxcvt, coi. 255-266. 3 Rationalistes modernes. — Les incrédules du xvnr siècle et les rationalistes du XIXe ont prétexté les apparentes contradictions des Livres saints pour nier leur origine divine et leur autorité historique. John To­ land, Nazarenus or Jewish and Mahometan Christia­ nity, in-8°, Londres, 1718, p. 24, signalait la dissidence entre Pierre et Paul et la justifiait par cette raison que Paul avait perverti le vrai christianisme. Lord Bolingbroke, Essay the fourth, § vu, Works, t. in, p. 307, trou­ vait la prédication de saint Paul en contradiction avec la doctrine de Jésus-Christ et voyait dans le Nouveau Tes­ tament deux Evangiles opposés. Voltaire a souvent noté les antilogies des livres de la Bible et s’en est servi comme d'armes pour les attaquer. Les apologistes ca­ tholiques n'ont pas failli à leur devoir et n'ont pas laissé ces objections sans réponse. Citons seulement Laurent Veith, Scriptura sacra contra incredulos propugnata, 10 in-80. Augsbourg, 1780-1787 ; 5 in-12. Malines, 1824; Turin. 1840-1841, reproduit dans le Script, sac. cursus completus de Migne, in-4°, Paris, 1837, t. iv. — Chacun sait que les contradictions apparentes des Livres saints servent d’appui plus ou moins solide à tousles systèmes de cri tique biblique, imaginés au xix« siècle. L’école de Tubingue a abusé des antinomies de doctrine qu’elle découvrait entre la prédication de saint Pierre et celle de saint Paul, pour fonder sa critique tendancielle des livres du Nouveau Testament. Le système documentaire fait appel aux contradictions des écrits historiques de l’Ancien Testament et aux diverses rédactions des mêmes lois en vue de reconstituer les documents primitifs dont ils ont été formés. Beaucoup de rationalistes discutent la vérité historique des Evangiles, parce que les synop­ tiques leur paraissent inconciliables et que le quatrième Evangile les contredit manifestement. L’Église catho­ lique ne laisse pas ébranler sa foi par les coups réitérés de ses adversaires. Elle maintient sa doctrine sur l’inerrance absolue des Livres saints. Le 18 novembre 1893, dans l'encyclique Providenlissimus Deus, Léon XIII affirmait encore que les écrivains sacrés, excités à écrire par la vertu surnaturelle du Saint-Esprit et assistés par lui quand ils écrivaient, ont exprimé exactement et avec une infaillible vérité tout ce que Dieu leur ordonnait d écrire. Soutenir donc que l’Écriture authentique con­ tient des erreurs ou de réelles contradictions serait pervertir la notion catholique de l'inspiration divine, ou faire de Dieu l'auteur même de l'erreur. Aussi, continue le souverain pontife, les Pères et les Docteurs « s'étu­ diaient avec autant de finesse que de religion à harmo­ niser et à concilier entre eux les textes bibliques qui, en assez, bon nombre, semblaient présenter des contradic­ tions ou des dissemblances, et qui sont à peu prés les •13S8 mêmes qu’aujourd’hui l'on objecte au nom de la science nouvelle ». Cette doctrine de l’Êglise se justifie aisément. Dieu étant l'auteur de l’Écriture, et deux propositions contradictoires ne pouvant être simultanément vraies, la Bible, œuvre du Saint-Esprit, ne peut contenir de con­ tradictions réelles. Les antilogies qu’on y remarque ne sont qu’apparentes; une sage critique et une saine exégèse suffisent à les faire disparaître. Faute de pouvoir résoudre ici toutes les prétendues contradictions de la Bible, indiquons au moins les principes de solution. III. Règles pour la solution des antilogies bibli­ ques. — Quand l'exégète se trouve en présence des pas­ sages bibliques qui paraissent contradictoires il doit, avant tout, se demander avec saint Augustin, Epist., Lxxxti, 3, P. L., t. xxxtii, col. 277, si le manuscrit est fautif, et déterminer la véritable leçon des textes. En transcrivant les manuscrits de la Bible, les copistes ont certainement commis des erreurs. Dans les cas particu­ liers, il faut le constater avec prudence et n’admettre que celles dont l’existence est démontrée. La restitution du texte, quand elle sera possible, suffira souvent à faire disparaître une contradiction réelle résultant alors d’une fausse leçon. Mais lors même que la critique verbale n’aurait pas le moyen de rétablir le véritable texte, la seule constatation d’une faute détruirait toute conclusion contre la véracité de l’écrivain sacré et la vérité de la Bible. Quand des textes authentiques resteront apparem­ ment contradictoires, il sera nécessaire de recourir aux régies de l’herméneutique pour les concilier. S’agira-t-il d harmoniser des récits historiques, on devra considérer si les passages opposés concernent le même fait ou des événements différents. Dans ce dernier cas, la contra­ diction est aussitôt levée. Mais dans le premier, il fau­ dra tenir compte du but, de la méthode et du style des différents historiens. Plusieurs narrations du même fait varieront dans les détails plus ou moins circonstanciés, sans qu elles soient opposées, chaque narrateur disant seulement ce qui va à son sujet ou ce qui l’a frappé le plus vivement. Elles ne seraient en contradiction que si elles affirmaient positivement le contraire sur la même personne, le même objet ou le même événement. Les diver­ gences des passages doctrinaux s’expliqueront, ou par la différence de significations données à un même terme, ou par l’aspect spécial auquel le même point de doc­ trine peut être envisagé. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que, sous l’ancienne alliance, la révélation a été progres­ sive et que la manifestation de la doctrine chrétienne a été successive et, pour ainsi dire, occasionnelle. On ne verra pas une contradiction là où il n’y a que dévelop­ pement, progrès ou éclaircissement. Les passages clairs serviront à expliquer les endroits obscurs, et ceux où la doctrine est exposée ex professo donneront le sens de ceux où elle n’est affirmée qu’en passant. On conciliera les lois divergentes en tenant compte de l’ordre de leur promulgation et des modifications qu’elles ont subies. Les prophéties peuvent paraître en contradiction entre elles ou avec l’histoire. Si elles semblent se contredire, c’est peut-être qu’elles concernent des personnages ou des événements futurs différents. Si elles se rapportent à un seul individu ou au même fait, c’est qu’elles ont trait à des situations ou à des circonstances diverses et successives. Quand elles ne se sont pas réalisées, c’est qu’elles n’étaient que conditionnelles; ainsi le repentir des Ninivites a détourné d’eux les châtiments, prédits par Jonas. Enfin, lors même que la conciliation de textes bibliques, en apparence contradictoires, ne serait pas possible avec les ressources actuelles de la critique et de l'exégèse, le catholique devrait avouer humblement son ignorance et attendre de l’avenir une solution satis­ faisante sans laisser ébranler ou diminuer sa foi en la vérité totale et absolue de la parole de Dieu. F. Vigoureux, Les Livres sainte et la critique rationaliste, 5 iu-12, 3' édit., Paris, 1890-1891, passim; C. Unterkircher, Her- 13S9 ANTILOGIES BIBLIQUES — ANTIMENSION meneutica biblica catholica, 3' édit, Inspruck, 1846, p. 164-479; J. Danko, De sacra Scriptura, Vienne, 1867, p. 300-301 ; F. X. Patrizi, Institutio de interpretatione Bibliorum, 2* édit., Rome, 1876, p. 119-422; U. Ubaldi, Introductio in sac. Script., Rome, 1881, t. in, p. 248-256; R. Cornely, Introductio generalis, 2· édit., Paris, 1894, p. 597-600; V. Zapletai, Hermeneutica biblica, Fri­ bourg. 1897. p. 107-111 ; C. Chauvin, Leçons d'introduction géné­ rale, Paris, 1898, p. 522-527. Nous avons publié dans le Diction­ naire de la Bible de Vigouroux, t. r, col. 668-669, une liste d’ou­ vrages modernes, dans lesquels les contradictions apparentes de récriture sont résolues. Nous pouvons y ajouter ici : Dominique Baltanas, O. P., Concordantias de muchos passos difficiles de la divina historia, in-8·, Séville, 1556; Cori, Concordantia? mo­ rales locorum pugnantium tam Vet. quam N. T., Viterbo, 1653; François Carriere, Commentarius in universam Scriptu­ ram... cum... principalium totius codicis biblici antilogiarum numero quinquagentarum conciliatione, in-fol., Lyon, 1663; Marc de Bérulle, Continuation de l’ouvrage sur la sainte Bible, in-fol., Grenoble, 1679, t. ni, dans lequel «e trouvent : ...3* la con­ cordance des passages qui semblent opposés; Jean Mancebon Diocèse d’.l/ep, a 3000 fidèles, 2 paroisses, 2 églises, 10 prêtres. Résidence â Alep. 5· Diocèse de Beyrouth, a 500 fidèles, 1 église, 3 prêtres. Un vicaire patriarcal dirige ce diocèse, il a le caractère épiscopal. 6» Diocèse de Diarbékir,a été uni, en 1888, au diocèse patriarcal de Mardin par décret de la Sacrée Congréga­ tion. Fidèles 500, 1 paroisse, 4 prêtres. Un vicaire pa­ triarcal, revêtu du caractère épiscopal, dirige ce diocèse. 7° Diocèse de Djêziré, a 1500 fidèles, 7 églises, 8 prê­ tres et 6 écoles. Résidence à Djêziré. 8» Diocèse de Mardin, a 4000 fidèles, 7 stations.8églises ou chapelles, 23 prêtres, 6 écoles primaires. Un vicaire patriarcal dirige ce diocèse, il a le caractère épiscopal. 9" Diocèse de Mossoul, a 71)00 fidèles, 6 paroisses ou stations, 10 églises, 20 prêtres. Un vicaire patriarcal, revêtu du caractère épiscopal, dirige ce diocèse. Tolal : 22 700 fidèles, 9 diocèses, 24 paroisses, 42 églises ou chapelles et 81 prêtres. S. Vailhé. VI. ANTIOCHE iConciles d>). Un grand nombre de synodes eurent lieu dans la ville d'Antioche. Nous ne pouvons énumérer que ceux qui ont une certaine impor­ tance doctrinale ou historique. Pour grouper ce qui les concerne, nous revenons ici sur quelques données qui ■ n.t déjà trouvé place dans l'histoire du patriarcat grec d'Antioche. Trois synodes furent tenus à Antioche dans les années 265, 268, 269 ou 270 contre Paul de Samosate. L'erreur dogmatique de Paul de Samosate était une erreur anlitrinitaire. Sabellius avait réduit les personnes divines à de simples modalités. Paul versa dans l’extrême opposé et accentua trop la distinction du Fils et du Père, d’où sortit le subordinalianisme. De plus, selon lui, le Verbe divin avait habité en Jésus non substantiellement, ούκ νύσιωόως, mais par son influence, par une certaine qua­ lité, άλλα κατά ποιότητα. Un premier synode se réunit en pour examiner la doctrine de Paul de Samosate. Ce synode fut présidé par Firmilien, évêque de Ccsarée en Cappadoce. Denys d'Alexandrie ne put pas s’y rendre, mais il écrivit une lettre. Eusèbe, H. E., vu, 27, 28, P. , t. xx, col. 705, 708. Paul de Samosate protesta habi­ G. lement qu’il n'avait jamais professé les doctrines qu’on lui imputait. Les membres du concile le crurent et se séparèrent sans avoir pris aucune décision. Eusèbe, IJ. E., vu, 28, ibid. Quelque temps après on fut obligé de réunir un deuxième synode qui fut aussi, paraît-il, pré­ sidé par Firmilien. Ce synode condamna la doctrine de Paul de Samosate. Celui-ci promit de se rétracter, mais 11 trompa de nouveau les évêques. Eusèbe, II. E., vu, 30. ibid., col. 709 sq. Un troisième synode se réunit sous la présidence d llélénus, évêque de Tarse en Cilicie. Ce 1431 synode condamna de nouveau Paul, le déposa et le rem­ plaça par Domnus. Il écrivit aussi une lettre à Denys, évêque de Rome, et à Maxime d Alexandrie. Eusèbe, B. E., vu, 30, ibid. Il ne nous reste que quelques frag­ ments des Actes de ce synode conservés par Léonce de Byzance et Pierre diacre. Mansi, Collect, concil., t. I, col. 1102. Au dire de saint Athanase, De synodis, c.xi.nt, P. G., t.xxvijsol.768, de saint Basile etdesaint Hilaire de Poitiers, ce synode rejeta l’expression ύμοοϋσιος, pro­ bablement à cause du mauvais sens qu'y attachait Paul. Hei'ele, Hist, des conciles, trad. Leclercq, t. i, p. 195-206. Durant la crise arienne, on réunit plusieurs synodes â Antioche. Le premier en date est celui de Tannée 341, dit in encxniis, έγκαινίοις, réuni à l'occasion de la con­ sécration d'une nouvelle église construite par Constantin. Il s’y trouva 97 évêques, tous orientaux; il fut proba­ blement présidé par Placetus (Flavillus), évêque d'An­ tioche. Sozomène, II. E., m, 5, P. G., t. lvii, col. 1011. Ce synode, où les ariens paraissent avoir dominé, porta 25 canons dont le 4’ et le 5’ furent cités au IV' concile œcuménique (actio /F) de Chalcédoine. Hardouin, Acta concil., t. n, col. 434. Le pape Jean II envoya en 533 le 5’et le 15' de ces canons à Césaire d’Arles pour ré­ soudre 1’affaire de l’évêque Contumeliosus. Hardouin, t. n, col. 1156. Le pape Zacharie, écrivant à Pépin le Bref, place le 9' canon parmi les sanctorum Patrum canones. Hardouin, t. ni, col. 1890. Ce synode rédigea encore, à différentes reprises, quatre professions de foi. Socrate, H. E., n, 10, P. G., t. lvii, col.200; Sozomène. /7. E., ni, 5. ibid., col. 1041. La première est dirigée contre les ariens, la deuxième contre les sabelliens et peut-être contre Marcel d’Ancyre; il en est à peu près la même chose de la troisième et de la quatrième. S. Hilaire. De synodis, c. xxxn, P. L., t. x, col. 504. Enfin, le synode déposa saint Athanase. Les Ballerini et Mansi ont sou­ tenu que ces 25 canons appartiennent à un concile anté­ rieur; mais cette opinion n’est pas suffisamment dé­ montrée. Hefele, op. cil., t.1, p. 702-733; Hevue deVOrient chrétien, 1909. p. 12-24. En 343, on tint un autre synode qui édita un symbole dit μακρόστιχος_, à cause de sa lon­ gueur. S. Athanase, De synodis, c. xxvi, P. G., t. xxvi, col. 728. Cesymbole répété le 4' d’Antioche de l’an341,et anathematise les principaleserreurs des ariens; il donne des explications assez longues, dirigées contre lesariens, les sabelliens. Marcel d’Ancyre et Scotinos [= Photin) et enfin (n. vin) contre saint Athanase qui avait atta­ qué la proposilion : « Que le Père avait engendre le Fils par sa volonté. » Le n. vi de ce symbole exprime la proposition semi-arienne ; « Le Fils est semblable au Père en toutes choses, » κατά πάντα όμοιος. Le synode de 361, réuni par l'empereur Constance, élut pour évêque d’Antioche Mélèce qui, ayant été jusque-là favo­ rable aux ariens, se déclara à partir de ce moment pour la foi de Nicée. En 363, Acace, évêque de Césarée, et Mélèce d’Antioche avec 25 autres évêques tinrent un synode. On reconnut et signa le symbole de Nicée. Malheureusement, en expliquant le mot όμοούσιος, on lui donna une signification semi-arienne. On déclara, en effet, que ce mot signifie semblable sous le rapport de la substance, όμοιος κατ’ ουσίαν. Au mois de septembre de l’année 378, 146 évêques orthodoxes réunirent un synode à Antioche. Ils se proposèrent deux buts : en premier lieu, mettre (in au schisme, occasionné par les deux évêques orthodoxes, Mélèce et Paulin; maison n’y réussit pas; en second lieu, chercher les moyens de vaincre définitivement l’arianisme. A cet effet, les évêques souscrivirent le Tomus du synode romain, tenu sous le pape Damase en 369, et ajoutèrent des explications à celles qu'il contenait déjà. Ils adressèrent également une lettre synodale aux évêques d'Italie et des Gaules. Mansi, t. m, col. 511. L’hérésie nestorienne fut aussi l’occasion de plusieurs synodes dans la capitale de la Syrie. Pendant qu’on tenait 4435 ANTIOCHE (ÉCOLE THÉOLOGIQUE D’) le concile cecuménique d’Éphèse (431), 42 évêques, sou­ tenus par le comte Candidien, réunirent un concilia­ bule à Antioche sous la présidence de Jean d’Antioche favorable aux nestoriens. Un autre conciliabule fut tenu quelque temps après le concile d’Éphèse, dans lequel on renouvela la sentence d’excommunication contre Cyrille et ses partisans. Socrate, H. E., vit, 34, P. G., t. lvii, col. 816. En 432, un nouveau synode se tint à Antioche sous la présidence de Jean, auquel assistèrent les évêques Alexandre d’Hiérapolis, Acacius de Bérée, Macarius de Laodicée, André de Samosate et Thêodoret de Cyr. Les membres de ce synode publièrent six propositions, mais ne voulurent pas reconnaître la déposition de Nes­ torius. Dans un autre synode, Jean se fit le défenseur de Théodore de Mopsueste. Mansi, t. v, col. 1182. 11831185. En 445 on tint un autre synode dans le Porticus du Secretarium sous la présidence de Domnus, arche­ vêque d’Antioche et successeur de Jean, si compromis dans les controverses nestoriennes. 28 évêques y prirent part. On y déposa Athanase, évêque de Perrha, dans la province de VEuphralensis, qui avait été accusé de dif­ férents crimes par ses propres clercs, et qui n’avait pas voulu comparaître devant son métropolitain Palnobius, archevêque d’Hiérapolis. Mansi, t. vi,col. 461 ; Hardouin, t. n, col. 579. En 447 ou 448, nouveau synode sous la pré­ sidence de Domnus où l’on excommunie Samuel et Cyrus, deux des quatre clercs qui avaient accusé leur propre évêque Ibas, successeur de Rabulas sur le siège d’Édesse, de répandre partout les doctrines de Théodore de Mopsueste. Pour trouver de nouveaux synodes, il faut arriver aux luttes monophysites. Un premier synode, le plus impor­ tant, fut tenu en 508 ou 509. Elavien, archevêque d’An­ tioche, signa le fameux Ilénoticon de l’empereur Zénon et réunit autour de lui, en un conciliabule, les évêques qui étaient sous sa juridiction. L’assemblée rendit un décret, maintenant perdu, par lequel elle reconnaissait solennellement les conciles de Nicée, de Constantinople et d’Éphèse, mais passait sous silence celui de Chalcédoine, prononça l’anathème contre Dioscore de Tarse et Théodore de Mopsueste, et émit quatre propositions qui combattaient, en opposition avec le concile de Chalcédoine, l'expression en deux natures. Mansi, t. vin, col. 347. Vers 512, les monophysites tinrent un conci­ liabule à Antioche sous la présidence de Xenajas, évêque d’Hiérapolis. Ce conciliabule choisit pour patriache d’Antioche Sévère, qui partageait les erreurs du monop’hysisme. « V. Ermoni. Vil. ANTIOCHE (École théologique d’). — L Histo­ rique. IL Caractère général. 111. Doctrines. IV. Jugement critique sur l’école d’Antioche. La célèbre école qui eut son centre dans la ville d'Antioche, capitale de la Syrie, jeta un très vif éclat dans les Ht' et ive siècles, et exerça une grande influence sur le mouvement théologique. Pourtant, ce n’est qu’improprement qu’elle porte le nom d'école. En effet, Antioche ne fut jamais le centre d'un enseigne­ ment régulier et suivi, d’une exposition savante des dogmes chrétiens ; elle n’eut jamais rien d’analogue au Didascalée d’Alexandrie, sa rivale. La capitale de la Syrie fut simplement le siège d’un Presbyterion savant. C’est donc à un autre point de vue qu’il faut parler de l’école d'Antioche. H faut entendre par là un ensemble de doc­ trines et d’opinions qui prirent naissance dans cette ville et que différents docteurs se transmirent les uns aux autres dans la suite des temps. Pour être précis, if fau­ drait distinguer dans l’école d’Antioche la méthode et la théologie. Sous le rapport de la méthode elle eut beau­ coup d’adeptes, car nombreux furent les écrivains ecclé­ siastiques qui s’inspirèrent de son esprit rigoureux et appliquèrent sa méthode dans leurs études. En se plaçant à ce point de vue on peut rattacher à l’école d’Antioche : 1436 Dorothée, Lucien et ses disciples, les lucianistes, Mari de Chalcédoine. Léonce d’Antioche, Eudoxe, Théognis de Nicée, Astérius, Arius et Eusèbe de Nicomédie, Eusèbe d’Émése, Théodore d’Héraclée, Eustathius, Marcel d’Ancyre, Cyrille de Jérusalem, Diodore de Tarse, Théo­ dore de Mopsueste, Polychronius, Thêodoret de Cyr, Nestorius, saint Jean Chrysostome. Sous le rapport théologique, celui qui nous intéresse tout particulière­ ment, le groupe dominant se compose de Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Chrysostome et Tluodoret de Cyr. I. Historique. — Un grand nombre d’historiens pen­ sent qu’on peut distinguer, au point de vue de la chro­ nologie et de l'ertchainement logique des idées, trois périodes dans la vie de cette école. 1° Période de formation (290-370). — On croit généra­ lement que les fondateurs de l’école d’Antioche furent Dorothée et Lucien, tous deux prêtres et martyrs. Eusèbe fait un grand éloge de ces deux personnages. Cf. pour Dorothée, H. E., vu, 32, P. G., t. xx, col. 721, et pour Lucien, H. E., ix. 6, P. G., t. xx, col. 809. Cependant certains auteurs regardent comme le vrai fondateur de l’école le prêtre Malchion qui dirigea, d’après Eusèbe, les παιδεντηρία grecs à Antioche même : της -ûn έπ* ’Αντιόχειας 'Ελληνικών παιδεντηριων διατριβής προεττώς. Η. E., vu, 29, Ρ. G., t. xx, col. 708. Cf. W. Smith, Dic­ tionary of Christian Biography, t. m, p. 748. 2» Période d’éclat (370-430). — A proprement parler, elle commence avec Elavien, évêque d'Antioche. Mais c’est surtout à Diodore de Tarse (j- 394) qu’elle doit les débuts de sa splendeur. Diodore de Tarse eut pour auxi­ liaire le prêtre Évagre et pour disciples Théodore de Mopsueste et saint Jean Chrysostome. L’évêque de Tarse ne sut pas se mettre en garde contre certaines hardiesses qui laissèrent planer des soupçons sur l’orthodoxie de sa doctrine. Théodore de Mopsueste eut le mérite d’inau­ gurer la vraie méthode d’exégèse, mais il céda à des tendances rationalistes. A Théodore de Mopsueste se rattachent assez étroitement son frère Polychronius, évêque d’Apamée sur l’Oronte (410-430), et Thêodoret, évêque de Cyr (vers 386-458). Isidore de Péluse (f 434) parait avoir continué les mêmes traditions. 3’ Période de décadence (à partir de 430). — Avec Nestorius, disciple de Théodore de Mopsueste, l’école d'Antioche tombe définitivement dans l’hérésie. Nesto­ rius, ayant enseigné la dualité des personnes en JésusChrist, fut condamné au concile d’Éphèse (431).. Ses der­ niers disciples, qui n’eurent du reste aucune célébrité, furent obligés de se réfugier en Perse, et devinrent les maîtres de l’école d’Édesse en Mésopotamie. Ils fondè­ rent une secte qui existe encore de nos jours. L’école d’Antioche disparaît dans l’histoire en tombant dans l’hérésie nestorienne qui fut pour elle un germe de mort. IL Caractère général de l’école d’Antioche. — L’école d’Antioche forme, dans l’histoire des doctrines et des systèmes, le contre-pied de celle d’Alexandrie qui lui est antérieure. C’est en faisant ressortir le con­ traste qui existe entre ces deux écoles fameuses qu'il nous sera permis de saisir plus facilement la tendance et la direction de celle d’Antioche. Les alexandrins, peut-être inlluencés par les idées de Philon, suivaient plutôt dans leurs travaux une tendance spéculative, intuitive et mystique; les antiochiens, au contraire, étaient tournés vers la réalité et la pratique, et excel­ laient dans les détails de la réflexion et la rigueur de la logique. Les partisans de l’école d'Alexandrie se ratta­ chaient à Platon par la tournure contemplative de leur philosophie et l’élévation de leurs spéculations; les doc­ teurs d’Antioche adoptèrent une espèce d’éclectisme assez voisin du stoïcisme et se rapprochaient davantage de la philosophie d’Aristote, dont le caractère précis et rigou­ reux convenait mieux à leur esprit. Sur le terrain dog­ matique, les alexandrins s'efforçaient principalement de 1437 ANTIOCHE (ÉCOLE THÉOLOGIQUE D’) metire en lumière l’élément suprarationnel et mysté­ rieux des vérités révélées, tandis que les antiochiens insistaient surtout sur leur côté rationnel et s’attachaient à démontrer qu’elles ne contredisent pas les données de la raison; on pourrait dire qu'ils jetèrent les fonde­ ments de la théologie rationnelle et préparèrent la voie aux scolastiques du moyen âge. Mais c’est surtout en exégèse que s'accusent les tendances des deux écoles, et la supériorité incontestable des antiochiens. Les exégètes d’Alexandrie, marchant sur les traces d’Origène, cher­ chaient partout l’allégorie et se renfermaient presque toujours dans le sens mystique et liguré de l’Écriture ; au contraire les exégètes d'Antioche s'attachaient au sens littéral, historique et grammatical. L’historien Socrate a parfaitement caractérisé l’exégèse d’Antioche en disant de l’un de ses maîtres : Ψιλω τώ γράμματι τών θείων προσεχών Γραφών, τάς θεωρίας αύτών έκτρεπομένος, « il s’attache au sens simple des divines Écritures, lais­ sant de côté le sens allégorique. » H. E., vi, 3, P. G., t. i.xvn, col. 668. Cf. aussi Sozomène, H. E., vin, 2, P. G., t. lxvii, col. 1516; Photius, Bibl., codex 38, P. G., t. cm, col. 72. A Alexandrie, on semble faire une plus large part à l’érudition, tandis qu’à Antioche on cultive avant tout l’esprit critique. Ces deux écoles se contreba­ lancent : celle d’Alexandrie est supérieure en théologie, et celle d’Antioche en exégèse. III. Doctrines de l’école d'Antioche. — On peut ranger sous trois chefs les doctrines théologiques de l’école d’Antioche : 1« la christologie; 2° la sotériologie; 3° l'anthropologie. 1° Christologie. — L’idée qui domine la christologie de l’école d'Antioche est de montrer, contrairement aux apollinaristes et aux alexandrins, que les deux natures en Jésus-Christ conservent toutes leurs propriétés et échappent à toute confusion, de maintenir la distinction de l’élément divin et de l'élément humain, et d’expli­ quer, par le travail de la raison humaine, le mystère de l'IIomme-Dieu. Naturellement tous les antiochiens ne furent pas des théologiens. Ce sont les principaux d’entre eux qui nous fourniront les éléments de notre exposition, en particulier Théodore de Mopsueste qui poussa à l’extrême et jusqu’à l’hérésie les doctrines qui étaient restées dans les limites de l’orthodoxie et à l'état de tendances chez la plupart des autres représentants de l'école. Quelle est l’union qui existe, en Jésus-Christ, entre la nature divine et la nature humaine? — Cette union ne peut être physique, ένωσις φυσική, ni hypostatique, ένωσις καθ’ ύπόστασιν, car une pareille union al­ térerait à la fois et la divinité etl'humanfté. Le verbe de Dieu a pris la chair mais il ne s'est pas fait chair : Λόγος σαρξ έγένετο — ενταύθα το « έγένετο » ούδαμώς ετέρως λέγεσθαι δυνάμενον εϋρήκαμεν άκατά τό δοκεϊν... το δοκεϊν ού κατά τό μή ειληφέναι σάρκα αληθή, άλλα κατά το μή γεγενήσθαι- όταν μέν γάρ « ελαβεν » λέγη, ού κατά το δοκεϊν αλλά κατά αληθές λέγει’ όταν δέ « έγένετο » τότε κατά το δοκεϊν, ού γαρ μετεποιήθη εϊς σάρκα. Théodore de .Mopsueste, Περί ένανθρωπήσεως, édit. Swete, 2 vol. in-8°, Cambridge, 1880-1882, 1. IX, p. 300; cf. P. G., t. lxvi, col. 981. Depuis ce moment il a habité, ένοίκησις, en Jésus : καταοέόηκεν έξ ούρανου μέν τή εις τον άνθρωπον ένοικήσεΓ έ’στιν δέ έν ούρανω τώ άπεριγράφω τής φύσεως πϊσιν παρών. Ibid., 1. X. ρ. 301. Cf. P. G., t. lxvi, col. 981. Cette habitation n’est nullement substantielle, κατ’ ουσίαν, mais uniquement par la grâce, κατά χάριν, et de bienveillance, κατ’ ευδοκίαν. Il faut la concevoir comme une simple union, συνάφεια, c’est-à-dire que le Verbe habite en Jésus comme dans un temple. Théodore de Mopsueste, Adv. Apollin., édit. Swete, 1. III, p. 313. S’il en est ainsi il s’ensuit que l’union entre les deux natures ne peut être qu’une union de relation, ένωσις σχετική; elle consiste uniquement dans une communica­ tion de sentiments, d’énergie et de volonté; elle est donc purement morale. 1438 La nature est identique à la personne. Par consé­ quent, comme il y a en Jésus-Christ deux natures, il y a aussi deux hypostases ou deux personnes, δύο υπο­ στάσεις, πρόσωπα : όταν μέν γάρ τάς φύσεις διακρίνωμεν, τελείαν την φύσιν τού Θεού Λόγου φαμέν, και τέλειον τό πρόσωπον ουδέ γάρ απρόσωπου έ’στιν ύπο’στασιν είπεϊν τελείαν δέ και τήν τού ανθρώπου φύσιν καί τό πρόσωπον όμοίως' όταν μέντοι έπι την συνάφειαν άπίδωμεν. έν πρόσω­ πον τότε φάμεν. Théodore de Mopsueste, Περί ένανθρω­ πήσεως, édit. Swete, 1. VIII, p. 299; cf. P. G., t. lxvi, col. 981. Les deux natures en Jésus-Christ sont deux sujets : une nature, qui ne serait pas personne, est inconce­ vable. Mais un sujet ne peut pas devenir l’autre. Par conséquent le Verbe n’est pas devenu homme. Cha­ cune des deux natures a conservé ses propriétés dis­ tinctes. L’homme seul est né, a souffert, est mort. — Quoiqu’il y ait en Jésus-Christ deux sujets, au sens métaphysique, il n’y a cependant qu’un sujet d'adora­ tion, χωρίζω τάς φύσεις, ένω τήν προσκύνησήν. — On constate ici que l’école d’Antioche essaya d'introduire une certaine unité en Jésus-Christ, bien qu'il soit diffi­ cile de comprendre au juste en quoi elle consistait. Les formules ne manquent pas : il est bon de les rappeler : Diodore de Tarse avait dit: Δύο υΙούς τοΰ Δαόίδ ού λέγω. Cf. Léonce de Byzance, Adv. Nestor, et Eutych., P. G., t. i.xxxvi, col. 1388. Théodore de Mopsueste dira plus énergiquement : ού’τε δύο φαμέν υίούς, ούτε δύο κυρίους, επειδή... είς υιός κατ’ ουσίαν. Synib. Theodor. Mopsuest.,dans Mansi, Concil.collect.,t. iv, p. 1345. Enfin, d’après les mêmes principes, Marie ne peut être appelée mère de Dieu, si ce n’est improprement. Elle est mère de l’homme, άνθρωποτόκος, au sens propre du mot, en réalité, τή φύσει τού πράγματος; mais elle est mère de Dieu, Θεοτόκος, uniquement par relation, τή αναφορά. Il est absurde de dire que Dieu a été engendré par une vierge : έ’στιν μέν γάρ άνόητον τό τόν Θεόν έκ τής παρθένου γεγεννήσθαι λέγειν. Théodore de Mopsueste, Adv. Apollin., édit. Swete, col. 1345. La conséquence, presque naturelle, de cette doctrine fut que Jésus-Christ avait suivi un développement suc­ cessif et graduel au milieu des luttes et des combats, comme celui qui a lieu dans la nature humaine. Nous trouvons cette opinion dans Diodore de Tarse et Théo­ dore de Mopsueste. Ce dernier dit explicitement : ’Ιησούς δέ πρέκοπτεν... χάριτι παρά Θεω — χάριτι δέ, άκόλουθον τή συνέσει και τή γνώσει τήν αρετήν μετιών, έξ ής ή παρά τώ Θεω χάρις αύτω τήν προσθήκην έλάμδανεν... δήλον δέ άρα κάκεϊνο, ώς τήν αρετήν άκριβέστερόν τε καί μετά πλείονος έπλήρου τής εύχερείας ή τοϊς λοιποϊς ανθρώποις ήν δυνατόν, δσω και κατά πρόγνωσιν τοΰ όποϊός τις έ’σται ένώσας αύτόν ό Θεός Λόγος έαυτώ έν αύτή διαπλάσεως άρχή, μείζονα παρείχεν τήν παρ’ εαυτού συνέργειαν πρός τήν τών δεόντων κατόρθωσιν. Περ’ι ένανθρωπήσεως, édit. Swete, 1. VII, p. 297; cf. P. G., t. lxvi, col. 986. 2° Sotériologie. — La sotériologie des antiochiens n’est pas facile à préciser. Les éléments les plus cer­ tains sont les suivants. Le pouvoir que possède tout homme de se délivrer des passions et de la sensualité, par la pratique constante de la vertu, est devenu un fait accompli pour Jésus-Christ, le second Adam. L’Homme-Dieu montre à tous les hommes la voie à suivre pour parvenir à une vie angélique. Le second Adam apparaîtra de nouveau pour porter tous les hommes à l’imiter :έπέ τωπάντας εις μίμησιν άγειν εαυτού. — La rédemption ne parait pas avoir été considérée par l’école d’Antioche, comme une délivrance, une nou­ velle naissance, la rémission des péchés; elle serait pu­ rement morale dans ce sens que Jésus-Christ serait de­ venu notre modèle et nous entraînerait à sa suite. 3·’ Anthropologie. — Pour Théodore de Mopsueste l'homme ici-bas est le lien entre le monde spirituel et invisible et le monde matériel et visible, le révélateur 1439 ANTIOCHE — ANTIST 1440 ANTIOCHUS, moine du couvent de Saint-Sabas de Dieu au sein de )a création. Il a reçu de Dieu les j près de Jérusalem, serait né; d’après un manuscrit, au forces nécessaires pour atteindre sa tin; mais, pour bourg de Medosaga, à vingt milles d’Ancyre. Il se retira qu'il en fasse usage, il faut qu’il soit pénétré d'un prin­ depuis dans la laure de l’anachorète palestinien, fut cipe de vie divine, et élevé, par son union avec Dieu, de témoin oculaire de l'invasion persane en 614 et du mas­ sa condition changeante à l’immutabilité morale, qu'il sacre de quarante-quatre de ses confrères par les tribus devra ensuite faire rejaillir sur toute la création. Le bédouines des environs, it la suite de la conquête du combat et la tentation sont nécessaires pour se perfec­ tionner et travailler â l'acquisition de sa fin. Le premier pays par les troupes de Chosroës, Eustathe, supérieur homme, comme tous ses descendants, fut créé sujet à du monastère d'Altaline, près d’Ancyre, fut contraint d’abandonner son couvent sans emporter de livres; il la mort. Si Dieu l’a puni de mort, après son péché, c’est une simple métaphore pour porter l’homme pria donc son ami Antiochus de lui rédiger un petit à craindre et haïr le péché. De plus si Dieu a permis manuel de la morale chrétienne, où il insérerait toute le péché, c'est parce qu’il prévoyait qu'il tournerait la substance de l'Ancien et du Nouveau Testament et des au salut de l’homme. En se perfectionnant par la anciens auteurs ecclésiastiques. L’ouvrage nous est par­ lutte dans la vie présente l’homme acquiert des mérites venu sous le titre de : ΙΙανδέχτης τής αγίας γραφής, ou auprès de Dieu et prépare ainsi sa résurrection bienheu­ plus simplement Pandecte; il est divisé en 130 chapitres que le traducteur latin a pris, à tort, pour autant reuse. IV. Jugement critique sur l’école d’Antioche. — d'homélies. Une lettre d'introduction raconte le martyre L'école théologique d'Antioche présente des qualités et des quarante-quatre moines de Saint-Sabas, le dernier des défauts dont il appartient au critique de tenir chapitre énumère les hérétiques depuis Simon le Mage compte dans son appréciation. Il est incontestable que jusqu’aux partisans de Sévère. Une prière, jointe ordi­ les grands maîtres de cette école furent les créateurs nairement à la Pandecte, dépeint les souffrances de Jé­ dune méthode scientifique et rigoureuse qu'ils appli­ rusalem depuis la conquête de Chosroës et demande à quèrent dans toutes leurs recherches; ils imprimèrentà la Dieu la délivrance des Lieux saints. La rédaction de ces théologie un puissant mouvement qui, venant se heurter deux écrits se place entre les années 620 et 628. Antio­ à l'opposition d'Alexandrie, souleva de savantes et longues chus possède une connaissance parfaite des saintes Écritures qu'il utilise avec un sentiment très juste et discussions, força les esprits à mieux analyser les don­ nées dogmatiques et prépara ainsi la voie aux définitions presque sans erreur. Sa compilation nous est également conciliaires. Il est certain aussi que cette école sentit précieuse parce qu’elle nous a conservé des extraits fortement le besoin scientifique, s'efforça de pénétrer d’ouvrages qui sont aujourd’hui perdus. dans l'intelligence du dogme avec les seules ressources Migne, P. G., t. lxxxix, col. 1427-1856; Krumbacher. Gesde la raison, et inaugura ainsi l’explication rationnelle chichle der byzantinischen Literatur, Munich, 1897, p. 146. des dogmes. Sous ce rapport elle rendit de réels ser­ S. Vailhé. vices. — Mais là aussi fut pour elle le véritable danger; ANTIPATER DE BOSTRA. Antipater, évêque ses hardiesses mêmes furent la cause de sa ruine et sa de Bostra en Arabie, vivait en 458; il était lié d’amitié méthode la conduisit à des conséquences erronées que avec saint Eulhyme (f 473), qui lui députa sur la fin de l’Êglise condamna. Nous savons en effet qu'elle aboutit sa vie un de ses disciples. Sa sainteté l'a fait inscrire aux anathèmes d'Éphèse. De plus, par l’organe de dans le Ménologe grec, à la date du 13 juin. Compté par Théodore de Mopsueste, elle posa des principes qui de­ l’empereur Léon 1" au nombre des principaux évêques, vaient ouvrir la voie à des hérésies postérieures. En mé­ cité par saint Maxime et saint André de Crète, Antipater connaissant les suites du péché originel et sa transmis­ fut, au VII' concile général, rangé parmi les sommités sion aux descendants d'Adam, en insistant trop fortement ecclésiastiques. Il avait dans un grand ouvrage réfuté sur le rôle et la puissance du libre arbitre, en proposant l'Apologie d’Origène, écrite par Pamphile et Eusèbe de une nouvelle théorie de la rédemption, qui rompait avec Césarée; vers l’an 540, l’higournène Gélase fit lire les idées habituelles et traditionnelles, en concevant la quelques extraits de celle Άντίρρησις pour s’opposer aux grâce comme le résultat des mérites de l'homme, intempéries de langage des moines sabaïtes. De cet ou­ l'évêque de Mopsueste fut le précurseur de Pélage. — vrage aujourd'hui perdu il ne reste plus que des frag­ ments dans les Actes du Vil' concile, Hardouin. t. iv, Comme il ne voyait dans le mal qu'une simple transition col. 304, dans les Parallèles de saint Jean Damascène et au bien, il se figurait qu'un jour la rédemption le sup­ dans le cardinal Mai. Nova Patrum bibliotheca, t. vu, primerait entièrement et qu’il y aurait une rénovation générale pour tous les pécheurs; il niait également p. 208. Antipater écrivit encore un traité contre lesapollinaristes, dont on possède quelques lignes seulement, l'éternité des peines de l'enfer et donnait par là la main ainsi qu’un grand nombre d’homélies. Un fragment de à Origène. son homélie sur la femme adultère se trouve dans les Frd. Chr. Miinter, Commentatio de schola Antiochena, Copenhague, 1811; Id., Ueber die Antiochenische Schute, dans | actesduVII'concile. Hardouin, t. iv,col. 169. Deux autres homélies sont publiées en tout ou en partie dans Migne, Archiv fur alte und neue Kirchengeschichte de Staüdlin el P. G., t. LXXXV, col. 1763-1796; l'une a pour titre : Tzscliirner, t. i, 1813; Dubois, Etudes sur les principaux tra­ « Saint Jean-Baptiste, le silence de Zacharieetle salutdes vaux de l’école d’Antioche, Genève, 1858; K. Homung, Schola Antiochena de Scripturæ interpretatione quonam modo sit saintes femmes, «elle appartient sûrement à un écrivain merita, Neustadt am Saal, 1864; Kuhn, Die antiochenisch" postérieur; l’autre, concernant l’annoncialion de Marie, Schule, Ingolstadt, 1866; Ph. Hergenrother, Die antiochenische présente plus de caractères d'authenticité, bien qu elle Schute und Hire Bedeutung auf exegetischen Gebiete, Wurlzne soit pas absolument garantie. S. Vailhé. btiurg, 1866; H. Kilin. Die Bedeutung der antiochenischen Schute auf dem exegetischen GebietefWeissembourg, 1867; Id.. ANTIST Vincent Justinien. Né à Valence d’Es­ Theodor von Mopsuestia und Julius Africanus als Exegepagne, ou il entra dans l’ordre des frères prêcheurs. ten, Fribourg-en-Brisgau, 1880; I'-. A. Specht, Der exegetische Standpunkt des Theodor von Mopsuestia und Theodorei von Théologien et hagiographe estimé, il mourut dans sa Kyros, Munich, 1871; L. Dicstel, Geschichte des Alton Testa­ ville natale, en 1599. On a de lui un commentaire sur ments in der christlichen Kirche, léna, 1869, p. 126-141 ; car­ toute la logique et des vies de saints. Nous devons par­ dinal Hergenrother, Histoire de l’Eglise, trad. Belet, 1880, t. n, p. 131-140; Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte,. ticulièrement citer ici l'ouvrage dans lequel il défend la conception immaculée de la sainte Vierge : Tratado de Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1894, t. It, p. 322-330 ; V. Ermoni. la conception de Nuestra Seûora,1 vol. in-16, Huesca; De Leontio Byzantino et de ejus doctrina christologica, Palis, 1895, p. 93-96; Dictionnaire d'archéologie chrétienne, L i, Valence; in-8“, Madrid, 1615; in-12, Majorque, 1616. col. 2426-2Ϊ27. V. ERMONI. Oldoinus dit qu'il en existe une traduction latine. Une ANTIST — ANTOINE •1441 144-2 traduction française d'Antoine Thomas a été publiée à où un vieux château abandonné sur une montagne lui Paris, 1706, 1 vol. in-12. servit de retraite pendant une vingtaine d'années. Vers 305, en pleine persécution, des disciples commencèrent Quétif-Echard, Scriptores ordinis praedicatorum, t. n, à se réunir autour de lui. Leur nombre s'accrut promp­ p. 325. tement; il se serait élevé jusqu'à 6000 d’après Rufin; P. Mandonnet. ANTITACTES, secte gnostique du lt« siècle. Clé­ ils se répandirent dans les déserts et sur les montagnes ment d’Alexandrie, dans ses Stroniates, défend le ma­ de la contrée. Phaïum était le nom de ce premier centre monastique. Quelques-uns allèrent plus loin en Tiiériage contre les attaques dont il était l'objet de la part des hérétiques, disciples de Valentin, de Basilide, d'Isi­ baïde et en Égypte; saint Hilarion se rendit en Pales­ tine, sa patrie. Antoine s’était retiré, après la fin de la dore. d'Epiphane, de Marcion et de Prodicus, c'est-àpersécution, sur le mont Colzim, en plein désert, dans dire contre la fine lleur du gnosticisme. A ce sujet, il nomme les Antitactes, caractérise leur genre d'opposi­ la direction de la mer Rouge. Il y recevait de nom­ breuses visites et continuait à exercer sur les moines tion et les réfute. Slroni., ni, 4, P. G., t. vin, col. 1137 une salutaire influence. Il allait de temps à autre visiter sq. ceux qui habitaient plus près du Nil. A tous il donnait Voici le point de départ, l’idée fondamentale de leur sur la vie spirituelle et sur la vie religieuse des ensei­ système. Le Dieu de l’univers est notre père par nature; gnements qui se transmettaient de solitude en solitude. tout ce qu'il a fait est bon. Or l’une de ses créatures a semé la zizanie dans l'œuvre du Dieu bon el a donné Les laïques profitaient de sa doctrine. Sous le feu de la persécution (311), il n’avait pas craint d'aller s’exposer ainsi naissance au mal, dans lequel il nous implique au martyre, dans la ville d’Alexandrie, pour ranimer le pour nous mettre en opposition avec le Père. Notre de­ courage des chrétiens. Plus lard, lorsque l’arianisme voir est donc de venger le Père, en contrecarrant les parut triompher, il alla de nouveau à Alexandrie faire ordres de l'auteur du mal. Celui-ci a dit : non moecha­ publiquement profession de sa foi à la consubstantia­ beris. Il faut réduire à néant sa défense. On retrouve là lité du Verbe (vers 355). L’aversion pour l'arianisme l'idée des deux dieux, introduite dans la gnose par Cer­ qu’il montra en toutes circonstances, et la constance de don et que Marcion devait systématiser, le dieu bon et son amitié pour saint Athanase furent pour beaucoup suprême et l'organisateur du monde, ou le démiurge, dans le triomphe de l’orthodoxie. 11 mourut en 356, âgé dans lequel on verra le Dieu des Juifs, le Dieu de la de cent cinq ans. Bible. Le système aboutit en dernière analyse, comme C'était un honneur dans les solitudes égyptiennes de chez la plupart des gnostiques, à l’émancipation de la passer pour un disciple de saint Antoine. Les deux Machair, au libertinage. C'est d’abord faire abus d'hypo­ caire, Isidore, Héraclide, Pambon, Chronios que les thèse que de mettre en opposition le Dieu bon et le solitaires de Nitrie et de Scété vénéraient comme leurs démiurge et d’exalter l’un pour se débarrasser de l'autre. chefs et leurs pères, disaient avoir reçu ses leçons. Mais c'est surtout se mettre en contradiction avec soiMacaire, d'Alexandrie, eut même recours à des faits mérne. Car le démiurge a porté plusieurs prescriptions. merveilleux pour montrer qu'il était vraiment l'héritier Or on ne vise que celle qui condamne la luxure sous de ses vertus et de son esprit. Saint Antoine ne chercha toutes ses formes, et on. néglige les autres. S’il a dit : jamais à établir parmi les ermites, dont il fut le patriar­ nuit nnvchaberis, il a dit egalement : crescite et multi­ che, une hiérarchie, une organisation quelconque. plicamini. Pourquoi ce choix exclusif, cette désobéis­ Former ses disciples à son image, leur tracer une ligne sance d'une part et cette docilité de l’autre? de conduite conforme â la sienne, telle fut son œuvre. Les antitactes, à l’exemple des autres gnostiques, Ses actions, sa vie tout entière inculquaient à ceux qui appelaient la Bible à leur aide. Il est vrai que, pour y le voyaient ou entendaient parler de lui les saines no­ trouver l’excuse et mieux la légitimation de leurs excès, tions de la vie religieuse avec plus de force que tous ils lui faisaient dire ce qu'ils voulaient. C'est ainsi que les discours. Saint Athanase écrivit sa vie. Il voulait ce passage de Malachie, ni, 15 : Deo restiterunt et salvi faire autre chose qu'une simple biographie. Il la dédia /aeli sunl, se transformait en cet autre : Deo restite­ â des religieux italiens : « Je sais, leur écrivit-il, que, runt impudenti, et constituait ce principe, inattaquable après avoir conçu pour cet homme une vive admiration, a leurs yeux : résister au dieu impudent, c'est se sauver. vous désirez imiter son genre de vie. Sa vie est en effet Ils ne remarquaient pas que la phrase, rapportée par le un modèle que l'on peut proposer à l'imitation des prophète, n’est qu'une expression de mécontentement moines. Lisez-la donc à d’autres frères, ajoutait-il. afin contre la providence, de la part des gens du peuple qui qu’ils apprennent ce que doit être la vie des moines. » murmurent parce qu'ils sont châtiés pour leurs péchés, Ce sont les préceptes de la vie religieuse que le pa­ alors que d'autres, qui se conduisent aussi mal, sont triarche d'Alexandrie a promulgués sous une forme laissés indemnes. Et c'est ce blasphème qu'ils alléguaient narrative. La vie de saint Antoine fut comme l’Évangile comme une règle de conduite, comme un principe de du monachisme, un code en action, une règle dans le salut. Du reste, pour légitimer leurs immoralités, ils sens large qu’on donnait alors à ce mot. employaient des procédés d'exégèse (lecture fantaisiste, IL Règle qui porte son nom. — Nous avons, en transposition d’accents et de points) qui défiguraient ■ outre, une règle qui porte le nom de saint Antoine. complètement le texte sacré et l'escamotaient en leur Elle ne saurait être de lui. C'est l'œuvre d'un moine laveur. Les antitactes sont dignes de prendre place à d'une époque postérieure, qui en a pris les éléments côté des adamites et des ophites. Ils ont vécu dans un dans la vie du saint, dans les écrits qui lui sont attri­ meme milieu de dégradation et de perversité. bués et dans les sermons de l'abbé Isaïe. L'auteur entend Clément d’Alexandrie, Strom., ut. 4, 1λ G., t. vin. col. 1137 bien intimer des ordres dans ses phrases courtes comme sq.; Théodoret, Hæret. fab., 1, 16, P. G., t. Lxxxm, col. 368. G. BaREILLE. des sentences. 11 s'adresse à des religieux vivant séparés dans leurs cellules, se réunissant à l'église et pouvant ANTITRINITAIRES. Voy. Sociniens. avoir des disciples. Il cherche moins à donner un réglement pratique qu'à émettre des principes capables 1. ANTOINE (Saint . — L Vie. IL Règle qui porte d’imprimer au cœur et à l'esprit une direction ferme. son nom. III. Ouvrages. Le moine trouve dans ces formules concises la lumière I. Vie. — Né à Cornon (251), dans l’Égypte supérieure, dont il a besoin pour se conduire dans tous les exer­ Antoine embrassa la vie religieuse à l’âge de dix-huit ou cices qui remplissent sa vie. vingt ans. Des ascètes, qui s’étaient depuis longtemps exercés dans ce genre de vie, lui servirent de modèle, S. Athanase, Vita S. Antonii, P. G. t. xxvi, col. 867-908; li avait trente-cinq ans lorsqu'il s'enfonça dans le désert, Tilleinont, 1, vu, 101-144; Hegulæ S. Antonii, P. L., L au, DICT. DE T11ÉOL. CATIIOL. I. - 46 1443 1444 ANTOINE — ANTOINE DE FANTIS col. 423 sq.; dom Benedikt Contzen, Die Beget des heiligen Antonius (1895); doni Besse, Les moines d'Orient, Paris, 1900. III. Ouvrages. — Saint Antoine écrivit à l’empereur Constantin et à ses tils des lettres dont le texte est perdu. Saint Jérôme parle de sept lettres adressées par ce saint à divers monastères ; la plus importante était destinée aux moines d'Arsinoé. On les avait traduites du copte en grec. De viris illustribus, P. L., t. xxill, col. 693. Il n’est pas certain que les sept lettres dont une version latine a été publiée sous le nom de saint Antoine, à Paris, 1531, à Cologne, 1536, avec des com­ mentaires de Denys le Chartreux, et enfin par Galland, Veterum Patrum bibliotheca, t. tv, p. 633 sq., soient les mêmes que celles hnentionnees par saint Jérôme. Saint Alhanase rapporte dans la vie de saint Antoine un discours qu’il fit aux moines. P. G., t. xxvt, col. 867-907. On trouve l’épitre qu'il écrivit à saint Théodore, dans la lettre de l’évêque Ammon au patriar­ che Théophile. Acta sanctorum, t. ni maii, p. 70, édit. Palmé. Mingarelli a donné le texte copte de deux lettres à saint Théodore et à saint Athanase. Ægyptiorum codicum reliquiae Veneti is in bibliotheca naniana asserva lie., Bologne, 1785, p. cxcvin-ccin. Bollandus a recueilli les sentences et les discours que Cassien et les Vitæ Patrum disent avoir été prononcés par saint Antoine. Acta sanctorum, t. π jan., p. 506-512, édit. Palmé. Cf. Apophtegmata Patrum, P. G., t. lxv, col. 75-87. Le maronite Ecchel publia (Paris, 1641) sous le nom de saint Antoine une traduction latine d’apo­ cryphes arabes : Sermo de vanitate mundi et de resur­ rectione mortuorum, Sermones xx, ad filios suos mona­ chos, Spiritiialiadocumenta, Epistoke xx, Admonitiones et documenta varia, etc. P. G., t. xl, coi. 853-1102 ; dom Cellier, Hist. gin. des auteurs ecclésiast., Paris, 1859, t. in. p. 389-392; Bardenhewer, Patrologie. Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 244 ; trad. Godet, Paris, 1899, p. 53-54. J. Besse. 2. ANTOINE André. Voy. André, col. 1180. 3. ANTOINE Paul-Gabriel, jésuite français, né à Lunéville le 10 janvier 1678, admis dans la Compagnie le 9 octobre 1693 — dom Calmet donne des dates diffé­ rentes de celles que fournissent les catalogues de la Com­ pagnie de Jésus — enseigna les humanités à Pont-àMousson et à Colmar, la philosophie et la théologie à Pont-à-Mousson, y fut recteur et y mourut, le 22 jan­ vier 1743. Le Père Antoine a fait imprimer une Theo­ logia dogmatica et une Theologia moralis, qui eurent une très grande vogue; la première parut à Pont-àMousson, 1723; Nancv, 1726, 1732; Venise, 1726, 1713, ■1762, 1764, 1770, 1788, 1795, 1821, 1830; Paris, 1736, 1740, 1742. 1743, 7 vol. in-12; Augsbourg. 1755, 1762, 3 vol. in-4»; Mayence, 1765-1769, 8 vol. in-8°. Nec im­ merito, dit le Père Hurler, tam sæpe recusa fuit ; laudem enim meret a perspicuitate et soliditate. L’accueil fait à la Theologia moralis universa, publiée d'abord à Nancy en 1726, 3 vol. in-12, fut encore plus flatteur; on en compte une soixantaine d’éditions données à Nancy, In­ golstadt, Paris, Venise, Cracovie, Borne, Douai, Augs­ bourg, Passau, Cologne, Liège, Raab, Erlau, Avignon (1818-1819), Bassano (1830), Milan (18341835). A partir de l’édition de Rome, 1747, donnée par le Père Philippe Carbognano. mineur de l’observance, l’ouvrage primitif subit quelques modifications et reçut des additions, qui consistent principalement dans les Propositiones damnalæ, les Casus reservati, les Constitutiones Bene­ dicti XJV, ac plura ex ejusdem Tractatu de Synodo diœcesana, cum appendice de sollicitatione, etc. Dans des éditions postérieures on trouve d’autres additions de J. Dominique Mansi, archevêque de Lucques, et du Père Bonaventure Staidel, mineur de l'observance. Le Pere J. Kowalski, S. J., publia vers 1760, à Premyszl, un abrégé en deux volumes des deux ouvrages de théologie du P. Antoine. Un autre Compendium de la théologie morale parut à Venise, 1776, 2 vol. in-8", et fut réim­ primé à Augsbourg, 1779,1784; Vilna, 1784; Venise, 1802, 1833; il fut même traduit en italien à Venise, 1776, 1785, 1792, 1797, 1819, 1829; et à Verceil, 1783, cette traduction ou une autre parut, accresciula di notabile aggiunte ad ogni tomo, 4 vol. in-12. Au témoignage de saint Alphonse de Liguori lui-même, le Père Antoine est d'une doctrine très sévère et le Père Gury confirme ce jugement; il n'en est pas moins vrai que Benoit XIV faisait grand cas de sa théologie, dit le Père Hurter; il la prescrivit pour les élèves du collège de la Propagande, avec les additions de Carbognano; plusieurs évêques, en Italie surtout, imi­ tèrent son exemple. Et revera se commendat soliditate, brevitate, perspicuitate et integritate. Le Père Antoine publia encore quelques ouvrages ascétiques, estimés, en langue française. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C'· de Jésus, t. i, col. 419-427 ; Addenda, t. i, p. 7; t. vm, col. 1661. C. SOMMERVOGEL. 4. ANTOINE D'AU BETERRE, capucin delà province de Touraine, était entré dans le cloître le 30 août 1642. Prédicateur, lecteur en théologie, le P. Antoine fut un controversiste distingué, et de ses luttes avec les pro­ testants. il nous est resté le livre suivant : L’adveu du purgatoire, signé par un ministre, et ce qu’il a accordé louchant la réalité du corps de Jésus-Christ dans l’eu­ charistie, le tout exprimé en trois conférences, avec une réponse faite à un escrit du mesme ministre, où sont prouvées plusieurs vérités catholiques, in-12, Poi­ tiers, 1658. P. Édouard d’Alençon. 5. ANTOINE DE BITONTO, de l’ordre des frères mineurs, né à Bitonto (royaume de Naples), mort en 1459 à Atella. Il enseigna la théologie à Perrare, puis à Bolo­ gne, enfin à Mantoue. Prédicateur célèbre, il a laissé plu­ sieurs recueils de ses sermons. Ayant un jour avancé dans un discours que, du symbole des apôtres, saint Pierre avait formulé le premier article, saint André le second et les autres apôtres les autres articles, il dut subir à ce sujet les acerbes critiques de Laurent Valla. Ses Commentaria in libros Sententiarum lui valurent l’estime du pape Nicolas V. Beaucoup de ses ouvrages sont restés manuscrits. Ses Quæstiones sc.'iolasticœ in epistolas et evangelia totius anni tam de tempore quam de sanctis ont été imprimées, en 1500, puis en 1569. à Lyon. On a encore delui une Summa casuum conscien­ tise. Hurter, Nomenclator literariiis, Inspruck, 1892 sq.. t. iv, col. 767; Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 708 ; Bayle, Dic­ tionnaire historique et critique, art.LaurentValla /Glaire, Dic­ tionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868. V. Oblet. 6. ANTOINE DE CORDOUE, théologien espagnol, né en 1485, mort en 1578 à Guadalaxara. 11 avait fait profession chez, les observantins de Saint-François. Sa science théologique le rendit fort célèbre en son temps; on venait de tout côté le consulter comme un oracle. Ses principaux ouvrages sont : 1“ Quæsliones quatuor de de­ tractione ac restitutione famæ, Alcala, 1553 ; 2° De in­ dulgentiis, Alcala, 1554; 3° un traité des lieux théolo­ giques intitulé Arma fidei, Ingolstadt, 1562 ; 4“ De po­ lestate papte, in-fol., Venise, 1579 ; 5° une Somme des cas de conscience, en espagnol, Tolède, 1582, et Alcala, 1592 ; 6« Un traité De conceptione B. Virginis; Ί° Quae­ stionarium theologicum libris quinque distinctum, infol., Tolède, 1598; Ingolstadt, 1593, et Venise, 1604. N. Antonio. Bibliotheca hispana, t. i,p. 88; Hurter, Nomen­ clator litérarius, inspruck, 1892, t. 1, p. 1. V. Oblet. 7. ANTOINE DE FANTIS, né à Trévise, dans les États vénitiens, fut un des plus ardents apologistes de . 1445 ANTOINE DE FANTIS — ANTOINE DE PA DOUE œuvres de Scot, sans appartenir néanmoins à l’ordre séraphique, comme on l'a pensé généralement. Il vécut au xvi« siècle et lit paraître à Lyon, en 1530, une dé­ fense très détaillée du Docteur subtil. Elle avait pour titre, Tabula generalis scoticæ subtilitatis. A cette œuvre de polémique d’école, on doit encore ajouter son Speculum spirituale rationale, in-fol., Venise, 1546; finalement un Commentarium inlamet llam Sententia­ rum, in-4», Lyon, 1530. Jean de Saint-Antoine, Bibliotheca universa franciscana, Madrid, 1732, t. i, p. 102; Richard et Giraud, Bibliothèque sa­ crée, Paris. 1822, t. H, p. 363: Hurler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892 sq., t. IV, col. 1030. C. Toussaint. 8. ANTOINE DE LA CONCEPTION. Voy. An­ toine de Sienne, col. 1447. 9. ANTOINE DE LA MÈRE DE DIEU, de l’ordre des carmes, naquit à Léon, dans la Vieille-Castille, et mourut en 1641. Au temps ou l’université d’Alcala de Hénarès, Complutum, rivalisait avec Salamanque, le docte carme professait les matières que les programmes du temps réunissaient sous le nom de cours des arts, et qui comprenaient la dialectique et la philosophie natu­ relle d’Aristote. Avec la collaboration de ses collègues, il entreprend, à la même époque, la rédaction d’une encyclopédie destinée plus spécialement aux classes d’humanité et de philosophie. Cet ouvrage, très estimé des thomistes, était d’abord intitulé Collegium complutense philosophicum, Alcala, 1624. Il subit, dans la suite, diverses transformations, et, par suite d’additions successives, devint comme une introduction au grand cours de théologie dogmatique des Salmanticenses. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, t. i. p, 376; Collegii Salmanticensis cursus theologicus, Palis, 1870, t. il, p. 1, 57. C. Toussaint. 10. ANTOINE DEL’ANNONCIATION , carme espa­ gnol, né à Escalona, près de Tolède et mort en 1714, acquit une égale renommée en mystique et en théologie scolastique. Confesseurs et directeurs d’âmes utiliseront avec le plus grand profit sa Disceptatio mystica de ora­ tione et contemplatione, Alcala, 1683, mais surtout ses Quodlibeta theologiæ, in-4», Madrid, 1712, pleins de doc­ trine et d’érudition. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, 1. 1, p. 953. C. Toussaint. 11. ANTOINE DE LUCQUES, de l’ordre des frères mineurs, et neveu du pape Clément XI, est connu par 1 in-folio qu’il publia à l’occasion des décrets pontificaux d’Alexandre Vil, d’Innocent XI et d’Alexandre VIII, sous ce litre : Cautelæ confessarii, Rome, 1704. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892 sq.,t. n, col. 933. C. Toussaint. 12. ANTOINE DE PADOUE (Saint), une des gloires les plus éclatantes et les plus populaires de l’ordre sé­ raphique, naquit à Lisbonne, en 1195, d’uue noble famille de Portugal, unie, dit-on, par une étroite parenté, au chef de la première croisade, Godefroy de Bouillon. Son premier nom était Fernandez : il ne l’échangea contre celui du grand ermite que lorsqu’il revêtit l’habit de saint François, au couvent de Saint-Antoine. Aupa­ ravant, il avait passé près de dix ans chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin, à Lisbonne d’abord, puis à Coimbre, au monastère de Sainte-Croix. Un grand amour de retraite, d’austérité et d’étude, secondé par la pers­ pective d aller rejoindre au martyre les premiers mis­ sionnaires du Maroc, le firent émigrer vers l’ordre nais­ sant du pauvre d’Assise.Il partit en effet pour l’Afrique, mais ayant dû bientôt se rembarquer pour retourner en Espagne, une tempête providentielle le jeta sur les côtes de Sicile et l’amena, par étapes longues et difficiles, jusqu’au cœur de l’Ombrie où, par suite de sa grande 1440 simplicité d esprit et de manières, Antoine se vit i abord repoussé de tous; il fut admis par grâce dans un couvent de la Romagne.il ne laissa entrevoir le rayonnement dî ses richesses intellectuelles qu’à la veille d’une ordination sacerdotale, dans une vibrante allocution qu’il adressa à ses confrères. Signalé à saint François, il en reçut l’ordr·· de se rendre à Verceil, pour y suivre les leçons de théo­ logie mystique du célèbre Thomas Gallo qui venait de traduire du grec les livres de Denys l’Aréopagite et en donnait un commentaire fort admiré de ses contempo­ rains. Les progrès du nouveau disciple dans les sciences sacrées, suivant le témoignage de son vénérable maître, paraissaient être plutôt le fruit de l’ardeur de son âme que celui d’un développement intellectuel ordinaire, quia enim amore ardebat interius, lucebat exterius. Son stage scolaire terminé, il fut chargé d’enseigner à son tour la théologie dans les couvents de son ordre qui le consi­ dèrent comme leur premier lecteur. On se plaît à citer la ’ lettre d’obédience qui l’en informa. Carissimo meo Fratri Antonio, Frater Francisais salutem in Christo. Placet mihi quod sacram theologiam legas fratribus, dum­ modo per hujusmodi studium spiritum non extinguas, sicut in Regula continetur. Vale. Parallèlement à l’en­ seignement théologique de ses confrères à Montpellier, à Bologne, à Padoue et à Toulouse, Antoine donnait une grande part à la prédication à laquelle il se con­ sacra exclusivement dans les dernières années de sa vie. Il parcourut successivement les provinces de France et d’Italie convertissant les foules par l’ardeur de ses discours, l’ascendant de ses vertus apostoliques et sur­ tout par cette gracieuse prodigalité de miracles qui l’ont toujours fait considérer comme un thaumaturge sou­ verain et d’une infatigable condescendance. Ses derniers jours furent attristés par les agissements de l’astucieux frère Elie qui voyait dans notre saint un adversaire à ses projets de relâchement. Antoine mourut â Padoue, le 13 juin 1231, et, l’année suivante, Grégoire IX lui con­ féra les honneurs de la canonisation. Par ses écrits, celui que le souverain pontife appelait VArche du testament, à cause de sa vaste connaissance des saintes Écritures, appartient surtout à l’histoire de l’exégèse. Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 709. Cependant il se rattache à la théologie par ses Sermons, qui sont au nombre de 178, et davantage encore par ses cinq livres des Concordantiæ morales S. S. Bibliorum, sorte de théologie mystique basée sur des textes d’Écriture sainte. Le premier livre considère l’homme dépravé par le péché; le second, sa conver­ sion; le troisième, ses luttes spirituelles; le quatrième, son perfectionnement par les vertus; le cinquième, ses différentes conditions. Les prédicateurs peuvent y pui­ ser le programme d’une retraite spirituelle. Quant à lexégéte, i) ne doit pas y chercher une interprétation scripturaire rigoureusement scientifique,mais se souve­ nir du goût prédominant de l’époque pour les allégories mystiques et les pieuses accommodations. On a édité, à diverses reprises et de différentes manières, les écrits de saint Antoine de Padoue. Jean de la Haye a publié, à Paris,ses œuvres complètes : Opera omnia S. Antonii Paduani, in-fol., 1641. Wadding a fait paraître à part Concordantias morales S. S. Bibliorum cum annota­ tionibus, in-4°, Rome, 1623. Les Sermons ont été impri­ més en 2 vol. in-4·, en 1757, à Bologne, par les soins du P. Antoine-Marie Azzoguido, sous le titre de S. Antonii Ulyssiponensis, cognomento Patavini, Sermones in Psalmos, etc. Bollandistcs, Acta sanctorum, junii t. in, p. 196 sq , Paris, Palmé, 1867; Lepltre, Saint Antoine de Padoue, Paris, 1901; de Kerval, 8. Antonii de Padua vitse sum, Paris. 1904; Id., L’évolution et le développement du merveilleux dans tes légendes de S. Antoine de Padoue, Paris, 1906; K. Wilk. Anto­ nius von Padua, Breslau, 1907. C. Toussaint. 1447 ANTOINE DE PALERME — ANTOINE-MARIE DE VICENCE 13. ANTOINE DE PALERME,frère mineursicilien, jouissait dans son ordrcet à la cour romaine d'une répu­ tation de savoir qui lui valut d’ètre à la fois lecteur jubilé d'Aracæli. commissaire général de tous les observanlins déchaussés d’au delà des monts, consulteur de la S. C. de l’index et de celle des Rites, et, enfin, quali­ ficateur de l’inquisition générale de Rome. C’est pen­ dant l’exercice de cette dernière fonction qu’il dédia au pape Clément VI un in-folio fort utile aux savants, Scrutinium doctrinarum, qualificandis assertionibus, thesibus, atque .libris conducentium, Rome, 1709. Jean d·'·Saint-Antoine. Bibliotheca univ. francise.,Madrid, 1732, 1, p. 121 ; Richard et Giraud, Bibliolhèquesacrée, t. n, p. 363. 1. C. Toussaint. 14. ANTOINE DE ROSELLIS, jurisconsulte italien, né vr-rs l'an I i(J0 à Arezzo, mort à Padoue en 1467. Il en­ seigna d'abord le droit à Bologne et à Sienne. Appelé à Rome par Marlin V, il remplit en cette ville d’impor­ tantes fonctions; Eugène IV lui confia diverses missions délicates en 1·’rance et en Allemagne, et l'envoya comme orateur au concile de Bâle. Antoine passa plus tard au service de l'empereur Frédéric III, dont il devint secré­ taire. Il est fauteur de plusieurs traités de droit civil et canonique: le plus important, Monarchia, sive tractatus de potestate imperatoris et papæ el de materia conci­ liorum, composé vers 1440, publié à Venise en 14-83 et en 1487. a été inséré par Goldast, dans son recueil Ve monarchia, t. i. Antoine de Rosellis y soutient que les papes n'ont, sur les choses temporelles, aucune autorité ni suprême ni attire, et que, dans l’Église, ils ne sont pas plus que les autres évêques. Cet ouvrage a été mis à 1 index donec expurgetur. Du Pin. Nouvelle Bibliothèque ecclésiastique, 2' édit.,Paris, ■1702. t. xii. p.93: i :ave. Scriptorum ecclesiasticorum historia, Genève. 172". Appendix, p. 108; Hurter,Nomenclator literarius, In-pruck, 1892sq., t. iv, coi. 794; Kirchenlexikon, Fribourg, 1882, t. i. art. Antemius von Roselli, V. Οβι,ετ. 15. ANTOINE DE SAINT-JEAN-BAPTISTE, de l’ordre des carmes déchaussés, né à Burgos,en Espagne, mort en 1699, est l'auteur du tome xtt dans la collection théologique des Salmanticenses. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892sq., t n; Col­ legii Salmanticensis cursus theologicus, Paris, 187 i, t. i, p. 74. C. Toussaint. 16. ANTOINE DE SAINT-JOSEPH vivait dans le courant du xvni» siècle, et appartenait à l’ordre des carmes dont il était procureur général auprès du saintsiège. Son seul ouvrage est un abrégé complet de la théologie morale des Salmanlicenses. Les nombreuses éditions qu'on en a faites attestent suffisamment sa valeur et son utilité. Compendium salmanticense universes theologiæ moralis quæstiones complectens, 2 vol. in-fol., Rome, 1779; 3 in-4°, Barcelone, 1817; Venise, 1789; Pampelune, 1791. liuitcr. Nomenclator literarius, Inspruck, 1892 sq., t. ni, col. 198. G. Toussaint. 17. ANTOINE DE SIENNE ou DE LA CONCEP­ TION. Né à Guimaraes, près de Braga (Portugal). Entra dans l'ordre des frères prêcheurs à Aveiro. Etudia à Lisbonne et à Coimbre. Professeur de philosophie chez les dominicains de Lisbonne. Pendant onze ans résida à Louvain comme étudiant ou professeur. Docteur de l'université, 25 juin 1571, et nommé régent du collège dominicain de cette ville en 1574. Fut chargé par la faculté de théologie de transmettre secrètement à Phi­ lippe II sa pétition du 25 juin 1571 pour demander le rappel du duc d'Albe. Mêlé aux affaires politique*; du Portugal et adhérent du prétendant Antoine de Beja, il fut banni des États de Sa Majesté Catholique. Il fit dès lors des voyages scientifiques en Italie, en France et en Angleterre, et mourut à Nantes en 1585. Antoine de Sienne s'est employé à donner des éditions 1448 critiques de plusieurs parties des œuvres de saint Tho­ mas d’Aquin. Il publia la Somme théologique (Anvers, Plantin, 1569) avec indication précise des références des auteurs sacrés et profanes cités par saint Thomas, avec une préface contenant des observations sur son travail et une dédicace à Antoine de Beja. On supprima ces deux lettres et le nom de l'auteur dans la seconde édi­ tion (Anvers, Plantin, 1575). Antoine de Sienne réclama contre Plantin et eut gain de cause. Son travail fut inséré, sans qu'il fût fait mention de lui, dans l'édition de la Somme, publiée à Lyon, en 1575, avec les commentaires du cardinal Cajetan. — Antoine de Sienne exécuta un tra­ vail semblable pour les Quæstiones disputâtes et quel­ ques autres opuscules de saint Thomas (Anvers, 1671), ainsi que pour la Catena aurea (Anvers, 1573, in-fol.; Paris, 1577 et 1637). Il a édité, sous le nom de saint Thomas, un commentaire sur la Genèse (Anvers, 1573), qui n’est pas authentique. Il préparait à Paris, en 1584·. une édition des commentaires de saint Thomas sur les Machabées qu’il n’eut pas le temps de publier. Elle vit le jour, en 1612, dans l’édition des œuvres du saint docteur donnée à Anvers par le P. Corne Morelles, O. P. Les travaux d'Antoine de Sienne furent expédiés par lui à Rome pour servir à l'édition entreprise par ordre de saint Pie V (Rome, 1570-1571). Quétif-Echard, Scriptores ordinis prsedicatorum, t. 1, p. 271 ; Paquet. Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pans-Bas. t. i. p. 104; P. F. X. De Ram. Joannis Molani hi­ storiée Lovaniensium XIV libri , p. xvt-xix. P. Mandonnet. 18. ANTOINE MÉLISSE, moine grec, surnommé Me­ lissa parce qu’il a butiné comme une abeille ce qu'il trouvait de meilleur dans les auteurs qu’il lisait. 11 a composé en deux livres un recueil de textes de l’Écriture sainte, des saints Pères et des écrivains profanes sur divers sujets de morale. Ce recueil a pour titre Sententiæ sive loci communes. Antoine citeThéophylacte, archevêque d’Acride en Bulgarie, qui mourut à la fin du xi'siècle, el il est cité lui-même dans les éclogues ascétiques attribuées à Jean d'Antioche qui écrivait vers 1098. Il semble donc avoir composé son ouvrage dans le dernier tiers du xi” siècle. Les loci communes ont été publiés en grec avec une traduction latine par Conrad Gesner, mais mélangés à des extraits de saint Maxime et unis au traité de Théophile d’Antioche à Autolicus, in-fol., Zurich, 1546. Jean Ribitte en a donné une autre traduction latine, qu’il a publiée séparément, in-12, Anvers, 1560. On les trouve aussi dans des éditions de Stobée, in-fol., Francfort, 1581; in-fol., Lyon. 1608, et au tome il de l’édition de saint Maxime, par Combelis, Paris, 1675. Migne, P. G.,t. cx.xxvi, col. 665-1244,a repro­ duit le grec (sans les extraits de saint Maxime) de l'édi­ tion de Gesner, avec la traduction latine de Jean Ribitte. P. G., t. cxxxvi, col. 765; CeiUier, Histoire des auteurs eccl., Paris, 1858sq.,t. xm, p.567;t.xiv, p. 652; Bulletin de la So­ ciété historique et ethnologique de la Grèce, 1889, t. H, p. 661-666. A. Vacant. 1». ANTOINE-MARIE DE VICENCE. des mineurs réformés de la province de Venise, né à Vicence, de la famille Borgo, le 1er mars 1834, entra jeune encore dans l’ordre franciscain. Ordonné prêtre en 1856, il fut aussitôt nommé lecteur et lit refleurir dans sa province l'étude delà scolastique. Appelé à Rome, en qualité de secrétaire du procureur général de son ordre, le P. Antoine Marie consacra tout le temps que lui laissait l’accomplissement exact de son ofliÆ à l’élude de la vie des saints et bien­ heureux de la famille franciscaine, et il publia successi­ vement dix-neuf vies ou études hagiographiques. Néan­ moins le pieux frère mineur ne perdait pas de vue ses chères études scolastiques. Son auteur préféré avait tou­ jours été saint Bonaventure, et son manuel, le Breviloquium du docteur séraphique; mais aucune des éditions précédentes ne lui semblait suffisante pour atteindre 4449 ANTOINE-MARIE DE VICENCE — ANTONIN son but, il se mit donc à l’œuvre et publia : S. Bonavenluræ... Breviloquium, adieclis illustrationibus, ex aliis operibus eiusdem S. Doct. depromptis, tabulis ad singula capita et appendicibus..., Venise, 1874, 2 vol. in-4", de 352. 345 p. En 1881, il en donnait une seconde edition : Friboiirg-en-Brisgau. in-4°, de xvi-708 p. Dans l’intervalle, avec l’aide de l’un de ses anciens élèves, le P. Jean de Rovigno, le P. Antoine Marie avait édité un Lexicon Bonavenlurianum philosophico -theologicum, in quo termini theologici, distinctiones et effata præcipua scholasticorum a seraphico Doctore declarantur, in-8’, Venise, 1880, p. 340. Après avoir rempli pendant six ans la charge de provincial, le P. Antoine Marie est mort le 22 juin 1884 dans son couvent de Rovigno. P. Édouard d’Alencon. 20. ANTOINE RUFUS DE TUFARIA, casuiste ita­ lien, de l'ordre des mineurs observantins, connu par son Manuale locupletissimum fere omnium, tum defini­ tionum, tum et descriptionum eorum, quæ in quibus­ cumque conscientias casuum materiis, atque solutio­ nibus occurrere solent... ordine alphabetico digestum, in-12, Venise, 1623. C'est un véritable dictionnaire de théologie morale appliquée. Jean de Saint-Antoine, Bibliotheca universa franciscana, Madrid. 1732. t. I, p. 126 ; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 1822, t. ir, p. 363. C. Toussaint. ANTONELLI Nicolas Marie (Comte), né le 8 juil­ let 1608 à Pergola (duché d'Urbin), mort le 25 sep­ tembre 1767; il fut élevé par le pape Clément XIII à la dignité de cardinal. Très versé dans l’étude de l’histoire ecclésiastique, du droit canon et des langues orientales, il a laissé divers ouvrages d'une grande érudition. On a de lui : 1° un Compendium summæ S. Thomas, destiné aux étudiants du collège de la Propagande; 2» une disser­ tation De titulis quos 8'. Evaristus romanis presbyteris distribuit, in-8°, Rome, 1725; 3° Velus niissale romanum monasticum laterancnse cum præfationibus, nolis et appendice, in-4°, Rome, 1754, qu’il publia sous le pseudonyme d'Emmanuel de Azevedo; 4» Sermones S. Patris Jacobi, ep. Nisibeni, texte arménien et traduc­ tion latine, in-fol., Rome, 1756; 5° L. Alhanasii ale.vandrini interpretatio psalmorum, in-fol., Rome, 1746. Hurler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892 sq., t. ni, 1. 100; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1854; Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868. V. Odlet. ANTONIANO Sylvio, né â Rome le 31 décem­ bre 1540, mort dans celte même ville le 15 août 1603. Il s’occupa d'abord de poésie et de musique; ses succès lit­ téraires, brillants et précoces, attirèrent sur lui l’atten­ tion d’Hercule II, duc de Ferrare, puis de Pie IV qui le donna en 1559 comme secrétaire au cardinal Borromée. Ordonné prêtre en 1567, il fut fait cardinal par Clé­ ment VIII en 1598. On a de lui : 1" un excellent traité sur l'éducation chrétienne des enfants, Delia educatione crisliana dei fîgliuoli, Vérone, 1583, souvent réimprimé depuis, traduit en plusieurs langues : en français, Troyes, 1856, et Poitiers, 1873; en allemand, Fribourg, 1888; 2 De obscuritate solis in morte Christi; 3° Deprimatu S. Petri; 4° De successione apostolorum. Il passe pour avoir composé,dans le catéchisme du concile de Trente, l'explication du symbole des apôtres. Ciaconi, Vite et res gestx pontiflcumromanorumetS.R.E. cardinalium, Rome. 1677, t. iv, p. 327 ; Hurter.;Vome»ct E. Preuschen, Analecta, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1893, p. 133-134. Saint Denys d'Alexandrie, par opposition contre le millénarisme de Népos, reprit l'opinion de Gaïus sur l’origine de l'Apocalypse, mais il ne rejeta pas cette prophétie hors du canon. « J'admets, dit-il, que l'écrit est d’un· auteur saint et inspiré. » Il n’osait pas repousser tout à fait un livre que beaucoup de chrétiens estimaient grandement. Bien qu'il n’en comprit pas le sens, il en admirait la profondeur et il se fiait plus à la foi de l’Église qu’à son propre jugement. Eusèbe, H. E., vu, 25, P. G., t. xx. col. 697. L’Église d’Alexan­ drie a toujours conservé l'Apocalypse dans son recueil des Écritures, témoins saint Athanase, Didyme et saint Cyrille d'Alexandrie. Ce livre prophétique néanmoins, par suite des attaques dont il avait été l'objet, tomba dans le discrédit en Orient au cours des siècles suivants. Saint Méthode, évêque de Tyr, affirme, il est vrai, l'in­ spiration de saint Jean et cite plusieurs fois l'Apocalypse comme Ecriture sainte, Convivium decem virginum, i. 5; tn, 3; v, 8; VI, 5; vm, 4, P. G., t. xvtn, col. 45, 64, 112, 121, 144, 145; De resurrectione, 13, ibid., col. 284, et Pamphile, Apologia pro Origene, P. G., t. xvtl, col. 596, agit de même. Mais Eusèbe de Césarée. H. E., III. 25. P. G., t. xx, col. 268, 269, relate les doutes sou­ levés sur sa canonicité. 11 reconnaît qu'on peut la placer, si I on veut, au nombre des homologouménes, des livres généralement reçus dans l’Église, ou bien parmi les antiiégomènes du second degré, qu'il appelle νόθα, « bâtards, » apocryphes. Les anciens, selon lui, sont par­ tagés de sentiment à son sujet, les uns la plaçant avec les ouvrages acceptés de tous, les autres la mettant hors du canon. Il cite cependant, Demonst. ev., vm, 2, P. G., t. XXII, col. 605, l’Apocalypse comme un livre saint. Qu'en conclure? Ou bien que dans son Histoire il ment..nne simplement le conllit, ou bien que, s’il doutait lui-même de l'autorité divine de l’Apocalypse, il a été inconséquent en la citant comme divine. Saint Cyrille d · Jérusalem, Catech., iv, 36, P. G., t. xxxm, col. 500, la mentionne pas dans son canon des Livres saints; il r :nble même, Catech., xv, 16, ibid., col. 892, la ranger parmi les apocryphes, en disant que l’Antéchrist régnera trois ans et demi, non d'après les apocryphes, mais <1 après Daniel. 11 en fait cependant usage. Catech., x, 3, col. 664. De même, Saint Grégoire de Nazianze, Carm., 1. 12, P. G., t. xxxvn, col. 474, omet l'Apocalypse, qu'il cite ailleurs, Oral., xxix, 17, P. G., t. xxxvi, col. 96; Ur.it., xui, 9, ibid., col. 469, ainsi que saint Basile, .4 <··. Eunom., n, 14, P. G., t. xxix, coi. 600; saint Grégoire de Nysse, Adv. Eunom., n, P. G., t. xlv, col. 501; Adv. Apoll., 37, ibid., col. 1208. Toutefois, ce dernier, Oral, in ordin. suant, t. xlvi, col. 549, reproduit Apoc., ni, 5. comme étant έν άποκρυροίς. L’Apocalypse n'est pas citée dans la liste des livres du Nou<■i Testament du canon 60' de Laodicée, Mansi, Con­ çu., t. Il, col. 574, du 85' des canons apostoliques, p. G., t. cxxxvii, col. 212. Saint Amphiloque, fantbi a Seleucum, P. G., t. xxxvn, col. 1597-1598, dit que 1 Apocalypse est acceptée par quelques-uns, mais jugée apvcrypiie par le plus grand nombre. Saint Chrysostome 14G6 ne cite jamais l’Apocalypse et la Synopsis Scriptu æ, qui lui est attribuée, n'en parle pas. Théodore de Mopsuesle et Théodoret ne s'en servent pas. L’Église syrienne a subi l'influence des Grecs. Bien que saint Éphrem ait souvent cité l'Apocalypse, ce livre ne se trouvait ni dans la Peschito ni dans la recension de h version philoxénienne faite par Thomas de Harkel. Ce ne fut qu’après le vu· siècle que les Syriens eurent dans leur langue une traduction de l'Apocalypse. Cosmas Indicopleustes, Topog. christ., 12, P. G., t. lxxxvhi, col. 373, ne connaît pas l'Apocalypse. 3. La canonicité admise en Occident. — Tandis que les doutes sur la canonicité de l’Apocalypse se perpé­ tuaient en Orient, (Occident continuait à maintenir ce livre dans le recueil des livres inspirés. Les attaques de Caïus ne trouvèrent pas d’écho. Les écrivains latins citent tous l'Apocalypse. Quelques-uns cependant con­ naissent le sentiment défavorable des Églises orientales. Saint Philastre. Hæres., 88, P. L., t. xn, col. 1199, subit l'influence de l'Orient et ne compte pas l'Apocalypse au nombre des livres canoniques. Il parle des aloges qui repoussent l’Apocalypse. Hæres., 60, ibid., col. 1174. Ru­ fin, Exposit. symboli, 37, P. L., t. xxi, col. 374, saint Jérôme, Epist,, Lut, ad Paulin., P. L.,t. xxn, col. 543, inscrivent l'Apocalypse au canon des Écritures. Ce der­ nier docteur n'ignore pas l’opinion des Églises grecques, mais il suit les anciens écrivains qui sont favorables à l'Apocalypse. Epist., cxxix, ad Dardan., P. L., t. xxn, col. 1103. Saint Augustin, Dedoct. christ., n, n. 13, P. L., t. xxxiv, col. 41, les conciles africains tenus à Carthage en 393, 397 et 419, Mansi, Coneil., t. in, col. 924; t. iv, col. 430; le pape Innocent I»r, dans sa lettre à Exupère, évêque de Toulouse, Mansi, t. ni, col. 1041 ; le décret de Gélase, Labbe, Conc.il., t. iv, col. 1261, inscrivent l’Apo­ calypse au canon biblique. Junilius, Instit. reg. divinæ iegis, P. L., t. lxviii, col. 18, 20, connaît les doutes qui existent en Orient au sujet de l'Apocalypse, mais à cause de la foi des Occidentaux, il en fait un livre d'au­ torité moyenne, c'est-à-dire un livre accepté par un grand nombre de personnes. Ces doutes avaient séduit quelques esprits en Espagne au commencement du vu' siècle; c'est pourquoi le quatrième concile deToléde, tenu en 633, sous la présidence de saint Isidore de Séville, s'appuyant sur l'autorité des conciles antérieurs et des décrets des pontifes romains, qui ordonnent de recevoir l'Apocalypse parmi les livres divins, excom­ muniait ceux qui, désormais, ne la recevraient pas. Mansi, Cone., t. x, col. 624. 4. La canonicité admise aussi en Orient. Décret du concile de Florence. — L’Église grecque finit par ad­ mettre l’Apocalypse au nombre des livres inspirés. Léonce de Byzance, De sectis, P. G., t. i.xxxvi, col. 1204, saint Jean Damascêne, De orthodoxa fide, tv, 17, P. G., t. xciv, col. 1180, la citent. Le concile in Trullo men­ tionnait la diversité des sentiments. Mansi, Coneil., t. xi, col. 939. Au ix' siècle, le patriarche Nicéphore, Chronographia, P. G., t. C, col. 1056, rangeait encore l’Apo­ calypse parmi les antiiégomènes. Photius reproduit les décrets divergents de Laodicée et de Carthage. Les canonistes grecs du xii» siècle commentent la décision du concile in Trullo, et justifient l’admission de l’Apoca­ lypse. In canones comment., P. G., t. cxxxvii, col. 21.3218. Au xiv' siècle, Nicéphore Calliste, H. E., n, 45, P. G., t. cxi.v, col. 885, met l’Apocalypse au nombre des livres acceptés depuis longtemps dans les Églises, sans la moindre contestation. Aussi, Eugène IV, au con­ cile de Florence, en 1441, dans son décret d'union pour les jacobites, inscrivait-il avec raison l'Apocalypse dans la liste des Livres saints que les monophysites devaient recevoir. Denzinger, Enchiridion, 5· édit., Wurzbourg, 1874, n. 600, p. 178. 5. Sentiments des protestants. Définition des conciles de Trente et du Vatican. — Luther, dans la préface de 1467 APOCALYPSE 1468 apostolique, Apoc., xvm, 20; xxi, 14, ne laisse pas sup­ 1522 â sa traduction allemande de l’Apocalypse, déclare poser qu’il n’en faisait pas partie. Il se donne certaine­ que ce n'est ni un livre apostolique, ni un livre prophé­ ment comme prophète. Or, dans ces mêmes passages, tique; il ne peut trouver qu’il ait été inspiré parle Saintil loue les prophètes autant que les apôtres de l'Agneau. Esprit. Beaucoup de Pères l’ont autrefois rejeté. Mais Si, dans le milieu où il a vécu, il avait existé un autre cette préface, retranchée de l’édition de 1530, fut rem­ Jean, il se serait désigné par des caractères plus distinc­ placée, en 1534, par une autre plus modérée et plus tifs et il aurait évité toute confusion avec son homo­ favorable à l’Apocalypse. Cf. S. Berger, La Bible au nyme. 11 ne l’a pas fait, parce que, dans les Églises aux­ XVI· siècle, Paris, 1879, p. 106-107. Zwingle ne pouvait quelles il adresse sa prophétie, on ne connaissait qu’un voir dans l'Apocalypse un livre biblique. Dans son Insti­ tution, Calvin la cite comme Écriture. En 1546, le con­ seul Jean, l’apôtre qui avait été exilé à Patmos et qui vivait à Éphèse, celui que la tradition a présenté comme cile de Trente, sess. IV, De canonicis Script., définit que le maître de saint Polycarpe et de saint Papias. D’ail­ l’Apocalypse est un livre canonique. Les luthériens con­ leurs, l'Apocalypse est d’un auteur chrétien, Israélite servèrent longtemps encore les sentiments de leur chef. de race et d’éducation religieuse, trahissant à chaque A partir de la seconde moitié du xvin· siècle, beaucoup page son origine par les hébraïsmes de sa langue, pro­ de protestants ayant versé dans le rationalisme, nièrent clamant l’abolition de la loi mosaïque, l’universalité l’inspiration de l’Apocalypse, que le concile du Vatican, du règne du Messie et flétrissant l’obstination aveugle en 1870, a de nouveau définie avec celle de tous les livres de la nation juive : caractères qui correspondent bien de la Bible. à tout ce que nous savons sur l’évangéliste et apôtre Pour plus de détails, consulter les histoires du canon du saint Jean. Nouveau Testament, en particulier, Zahn, Geschichte des Xeutestamentlichen Kanons, Erlangen, 1.1,1" fasc., 1888, p. 220-282; . Plusieurs témoignages indépendants d’écrivains ayant t. t, 2< fasc., 1889, p. 560-562, 950-957; t. n, 2· fasc., 1892, p. 967vécu dans l’Asie Mineure attribuent, dès le second 973. 1021-1022, et W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, siècle, l’Apocalypse à l’apôtre Jean. Ainsi, saint Justin, Gœttingue, 1896, p. 11-33. qui est devenu chrétien à Éphèse vers l’an 130, attribue II. Authenticité. — Tous les critiques conviennent plus tard. Dialog, cum Tryph., 81, P. G., t. vi, col. 670, l’Apocalypse à Jean l’apôtre. Cf. Eusèbe, II. E., iv, 18, P. G., unanimement qu’à partir de la fin du il® siècle, la tra­ t. xx, col. 376.11 est l’écho de la tradition de l’Asie et il dition ecclésiastique enseigne généralement que l’Apo­ ne parle pas du prêtre Jean. Si l’on tient compte de son calypse est l’œuvre de l’apôtre saint Jean. Il suffit de témoignage, il faut admettre que saint Jean est l’auteur rappeler les témoignages de Tertullien, Adv. Marcion., de l’Apocalypse ou prétendre que le changement du iv, 5, P. L., t. n, col. 366; d'Origène, dans Eusèbe, prêtre Jean en apôtre est antérieur à l'an 150. Or la H. F... vi. 25, P. G., t. XX. col. 584; de saint Pamphile, confusion des deux personnages opérée à Éphèse à celte Apologia pro Origene, P. G., t. xvn, col. 596; de Mé­ époque est peu vraisemblable. Le témoignage de saint thode de Tyr, Convivium, i, 5; vin, 4, P. G., t. xvin, Justin est corroboré par celui de Polycrate, évêque col. 45. 144; de saint Athanase, Epist. ad Amuneni mo­ d’Éphèse. Eusèbe, HT~E., v, 24, P. G., t. xx. col. 493nadi., P. G., t. x.xvi, col. 1177; de saint Cyrille d’Alexan­ 496. Saint Méliton, évêque de Sardes, avait fait un com­ drie, De adorat, in spiritu, vi, P. G-, t. lxviii, col. 433; de saint Cyprien, Test., i, 20. P. L., t. iv, col. 689; de mentaire sur l’Apocalypse de Jean. Eusèbe, H. E., iv. 26, P. G., t. xx, col. 392. Saint Irénée a été l’auditeur Rufin, Exposit. symbol., 37. P. L., t. xxi, col. 374; de saint Augustin. De docl. christ., Il, 12, P. L., t. xxxiv, de saint Polycarpe, qui fut disciple immédiat de saint Jean. Or, il attribue l’Apocalypse à l’apôtre. Cont. hær., col. 40, etc. Mais les rationalistes modernes attaquent iv, 20, P. G., t. vu, col. 1010. Malgré les insinuations de le point de départ de cette tradition et prétendent qu’elle est le résultat d'une confusion entre l’apôtre Jean et le Harnack, son témoignage sur ce point reste valable. Cf. prêtre Jean, son contemporain, qui vivait à Ephèse. Labourt. De la valeur du témoignage de S. Irénée dans Longtemps, ils ont soutenu que l’Apocalypse et le qua­ la question johannine, dans la Bevue biblique, t. vil, trième Evangile ne pouvaient provenir du même auteur. 1898, p. 59-73. Par un curieux revirement d'idées, beaucoup admettent Ces asiates ne connaissent pas le prêtre Jean. L’exis­ maintenant l'identité d'auteur de tous les écrits, attri­ tence de ce dernier ne repose que sur le fameux texte bués à l'apôtre saint Jean. La plus ancienne tradition de saint Papias, qui est devenu obscur à force d’avoir proclame que tous sont sortis de la même plume, et il été étudié. Eusèbe, H. E., m, 39, P. G., t. xx, col. 296existe, notamment entre l’Apocalypse et le quatrième 297. Le nom de Jean revient deux fois dans cette cita­ Évangile, une ressemblance de doctrine et d’expres­ tion, d’abord dans une liste d’apôtres dont Papias a sions caractéristiques, telles que les noms de Α6γος et connu l’enseignement par l’intermédiaire de leurs dis­ et d’Agneau, donnés à Jésus-Christ, l’image commune ciples immédiats, puis associé au nom d’Arislion avec le de « la source d’eau vive », etc., qui confirme la thèse surnom de πρεσοότερος et la qualité de disciple. Papias de l'identité de leur auteur. Mais cet auteur, au lieu parle d’Aristion et du prêtre Jean comme étant ses con­ d'être, comme on l'a cru depuis des siècles, l’apôtre temporains. Eusèbe affirme que Papias les a connus per­ saint Jean, serait le prêtre Jean, le disciple bien-aimé sonnellement, y a-t-il là deux catégories distinctes de qui a séjourné à Ephèse. Cf. Harnack, Die Chronologie personnages ’? Beaucoup de critiques l’admettent. D’au­ der altchristlichen Literatur bis Eusebius, Leipzig, 1897, tres pensent que Jean, nommé deux fois, est l’apôtre t. i, p. 656-680; W. Bousset, Die Offenbarung .Iohan­ dont Papias aurait été le disciple immédiat, d’après saint nis, p. 33-51. Sans traiter à fond la question dite Irénée. Cont. hier., v, 33, P. G., t. vu, col. 1214. Eusèbe « johannine », nous résumerons, au moins, ce qui con­ distingue les deux Jean; mais son interprétation du cerne spécialement l'Apocalypse. fragment de Papias est accompagnée d’hésitations et L'auteur de l’Apocalypse,se nomme lui-même au début implique une contradiction mal dissimulée. Dans sa et à la fin de son livre. Il s’appelle Jean et il écrit aux Chronique, P. G., t. xix, col. 551, il affirme avec saint sept Eglises d'Asie ; il a vu et entendu les révélations Irénée que Papias fut le disciple de l’apôtre Jean. De que lui a faites Jésus, dont il est le serviteur. Apoc., I, plus, André de Césarée, Anastase le Sinaïte, Maxime le 4, 9-11; xxti, 8. Son nom suffit à recommander son confesseur, et peut-être Georges Hamartolos, qui ont œuvre. Lui-méme jouit d'une autorité incontestable sur eu en mains l’ouvrage de Papias, s’accordent à dire que les Églises d’Asie; il connaît l'état de ces communautés Jean d’Ephèse fut l’apôtre Jean. L’existence du prêtre et il est supérieur â leurs évêques. S'il ne se dit pas Jean demeure donc très problématique. On peut soutenir apôtre, c’est que ses titres à l'apostolat étaient suffisam­ que ce personnage est un être fictif, qui doit son exis­ ment connus, et la manière dont il parle du collège tence supposée aux attaques dont l'Apocalypse a été 14G9 APOCALYPSE l'objet au ill· siècle. Du moins, si Papias atteste son existence, il ne lui attribue pas l'Apocalypse. Les aloges, antimontanistes déclarés, rejetèrent l'Apo­ calypse parce qu'ils ne voulaient pas de prophétie dans l’Eglise. Pour des considérations subjectives et théologi­ ques, ils n'admettaient pas son origine apostolique et pré­ tendaient qu’elle ne pouvait être l’œuvre de l’apôtre saint Jean. Or, au lieu de l’attribuer au prêtre Jean comme ils auraient dû le faire, s’il y avait eu une tradition antécé­ dente, ils la disaient l'œuvre de l'hérétique Cérinthe. S. Philastre, Hæres., lx, P. L., t. xn, col. 1175. L’opinion de ces critiques peu sagaces manque de base historique; elle suppose l'attribution générale de l'Apocalypse à l’apôtre et évangéliste saint Jean, puisqu’elle y contredit expressément. Le prêtre romain Caïus, dans son Dialo­ gue contre le montaniste Proclus attribuait aussi l’Apo­ calypse à Cérinthe, Eusèbe, II. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 273, pour des raisons analogues à celles des aloges, dont il était tributaire. Par réaction anti-montaniste et anti-millénariste et sans appui sur une tradition con­ traire à l’authenticité apostolique du livre, il s’écarta maladroitement du courant traditionnel. Lui non plus ne connaissait pas le prêtre Jean, distinct de 1'apôtre. Saint Denys d'Alexandrie apprit, par l’intermédiaire de Caïus, les objections des aloges contre l’Apocalypse et leur attribution de cet ouvrage à Cérinthe. Eusèbe, H. E., ni, 28, P. G., t. xx, col. 276. Sans partager leur erreur, il reprit, sous une forme adoucie, leurs attaques contre un livre qui lui semblait favoriser le milléna­ risme. Il ne contestait pas que l’auteur de l'Apocalypse se nommât Jean ; mais il n’aurait pas facilement accordé qu’il était l’apôtre de ce nom, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, l'auteur du quatrième Evangile et de l’Épitre catholique. La différence de style, de plan et d’esprit de ces écrits était, à ses yeux, un indice de la diversité des auteurs. D’ailleurs, tandis que l’apôtre Jean n’a pas mis son nom en tète de son Evangile, l’auteur de l’Apocalypse se nomme. Saint Denys le croyait sur parole, mais il ne savait quel était ce Jean. 11 ne sedit ni le disciple bien-aimé, ni le frère de Jacques, mais seu­ lement le témoin de Jésus. « J'estime, ajoute l'évêque d'Alexandrie, que l'apôtre Jean a eu beaucoup d'homo­ nymes. » Les Actes des apôtres nomment Jean .Marc. Il ne parait pas qu'il soit l’auteur de l’Apocalypse, car il n'est pas allé en Asie avec Paul et Barnabé. L'auteur de I Apocalypse est un autre Jean, un de ceux qui ont vécu en Asie. Or, on dit qu’il a existé à Éphèse deux tom­ beaux, élevés à la mémoire d’un Jean. La diversité d'idées et de style, qu’on remarque entre l’Évangile ou l Épitre de l’apôtre Jean et l’Apocalypse, oblige à attri­ buer ce dernier ouvrage à une autre personne. Eusèbe, H. E., vu, 25, P. G., t. xx, col. 696-704. Saint Denys est amené à émettre cette hypothèse par opposition contre l’évêque égyptien Népos, qui trouvait dans l’Apo­ calypse l'idée du millénarisme. Eusèbe, II. E., vu, 24, ïiid., col. 692-696. L’intérêt de la polémique le pousse à nier l’authenticité apostolique de ce livre. Pour ce faire, il n’invoque pas une tradition ecclésiastique an­ térieure; c’est par des arguments critiques qu’il essaie de justifier sa supposition. Il ne connaît pas Jean Vantien ou le prêtre. Il n’apporte en faveur de son senti­ ment qu’un on dit sur l'existence de deux monuments commémoratifs, auxquels, à Éphèse, le nom de Jean était rattaché. Argument peu solide, car saint Jérôme, De viris illustribus, 9, P. L., t. xxm, col. 655, avoue que, de l'avis de quelques-uns, ces deux mausolées rap­ pellent la mémoire du seul Jean l’évangéliste. Eusèbe, H. E., ut, 39, P. G., t. xx, col. 297, cherche enfin à donner une base historique à cette tradition orale des deux sépulcres. 11 la rapproche des paroles de Papias, qui distinguent l'apôtre et le prêtre Jean, et il en con­ clut que si l’Apocalypse n’est pas de l’apôtre saint Jean, elle provient du prêtre Jean. La conclusion d'Eusèbe 1170 n’est que le résultat d'une interprétation personnelle, indécise et sujette à caution. Adversaire résolu di s mil­ lénaristes, il voudrait attribuer l’Apocalypse à un Jean, distinct de l’apôtre ; il n'ose se prononcer catégorique­ ment, et il croit que Papias parle de deux Jean, (.'ne opinion si hésitante et si faiblement fondée laisse tri s douteuse l'existence du personnage, nommé le prêtre Jean,et ne peut contre-balancer la tradition ecclésiastique qui, de tout temps, a tenu l'apôtre saint Jean pour l’au­ teur de l'Apocalypse. Tiefenthal, Die Apokalypse des hl. Johannes, Paderborn, 1892, p. 75-79; Trenkte, Einleitung in dus N. T., Fribourg-enBrisgau, 1897, p. 15G-160; A. Camerlynck, De quarti Euangelii auctore dissertatio, Louvain, 1899, passim, et La question johannine, dans ta Revue d’histoire ecclésiastique, Louvain, 1900, p. 201-211, 419-427; Zalin, A pastel und Apostelschuler in der Provins Asians, dans Forschungen zur Geschichte des neuteslam/ntlichen Fanons und der allkirchlichen Literalur, Leipzig, 1900, t. vi, p. 175-217; Swete, The Apocalypse of St.John, Londres. 1906. III. Lieu et époque de i.a composition. — Saint Jean nous apprend qu’il a vu en esprit les choses qu'il rap-' porte, un jour de dimanche, lorsqu'il était dans l’ile de Patmos. Apoc., I, 9, 10. Il y a tout lieu de penser qu'il a mis aussitôt par écrit ces visions, dans l’ile même, voisine d’Éphèse et de ces Églises· de l’Asie Mineure auxquelles l’apôtre adressait ses lettres. Le contenu du livre et ce fait que l’Apocalypse a été connue en Asie Mineure tout d’abord confirment le sentiment des anciens. La date a été rapportée par saint Irénée, Cont, hier., v, 30, n. 3, P. G., t. vn, col. 1207, à la fin du règne de Domitien. Saint Victorin de Pettau donne plu­ sieurs fois la même indication dans ses Scholies sur Apoc., x, 11 ; xvii, 10, P. L., t. v, col. 333, 338. Eusèbe, II. E., ni, 48, P. G., t. xx, col. 252; Chron., n, P. G., t. xix, col. 552, la répète après saint Irénée, ainsi que saint Jérôme, Cont. Jovin., I, 26, P. L., t. xxm, col. 257; De viris illusi., 9, ibid., col. 625 ; Chronic., P. L., t. xxvn, col. 602. Seul, saint Epiphane, Hier., u, n. 12, 33, P. G., t. xi.i, col. 909, 949, fait exception et affirme que saint Jean revint de Patmos sous le règne de Claude. Son autorité est trop faible pour contredire les affirma­ tions opposées des autres Pères, plus rapprochés des événements et mieux renseignés. Mais les critiques ratio­ nalistes regardent l’exil de saint Jean à Patmos comme une légende, sans fondement historique. Corssen, Monarchianische Prologue zu den vier Evangelien, dans Texteund Untersuchungen, t. xv, fasc. 1,1896, p. 79-80, 86-88. L’historien Hégésippe, dont Eusèbe, E. H., m, 20, P. G., t. xx, col. 252-256, rapporte un fait relatif à celte persécution, n’en parle pas. Son silence ne con­ tredit pas les autres documents. Or, ceux-ci, ajoutent les adversaires, sont en désaccord entre eux. Terlullien, De præscript., 36, P. L., t. n, col. 49, ne nomme pas l’einpereur qui a relégué saint Jean à Patmos et il ne dit pas, comme on le prétend, que ce fut Néron. Les autres s’accordent sur le temps et le lieu de cet exil. Pour des raisons intrinsèques, les rationalistes datent la compo­ sition de l’Apocalypse du règne de Néron. Renan, L’An­ téchrist, Paris, 1873, p. xxi et 355, la fixe, à quelques jours près, à la fin de l’année 68. Le temple de Jérusalem était encore debout et le blocus de la capitale juive n'était pas encore commencé. Apoc., xi, 1, 2. Le sixième empereur romain, qui existe maintenant, Apoc., xvn, 10, est Néron, dont le nom a, d’ailleurs, la valeur du chiffre de la Bête. Apoc., xm, 18. Ces raisons sont dis­ cutables et très sujettes à caution. Le temple dont parle saint Jean n’est plus le temple de Jérusalem, mais un temple idéal qui est l’Eglise ou la Jérusalem céleste. Le chiffre de la Bête reste une énigme malgré les nom­ breuses et diverses interprétations dont il a été l'objet. Les critiques plus récents, qui reconnaissent dans l'Apo­ calypse des documents différents, seraient portés à con­ cilier les deux opinions. Un premier document, d’origine 1471 APOCALYPSE juive, aurait été composé en 68 ou 69, sous Néron; un autre, d’origine chrétienne ou, au moins, la rédaction déiinitive de l’Apocalypse actuelle, devrait être rapportée à la fin du règne de Domitien, vers l’an 95. W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, p. 161-163. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, la littérature grecque, Paris, 4897. p. 59-61 ; Trenkel, Einleitung in das N. T., Fribaui’g-en-Brisgau, 1897. p. 153-156; G. Desjardins. Authenti­ cité et date des livres du N. T., Paris, 4900, p. 177-193. IV. Texte et versions. — ï. Texte. — Saint Jean a écrit l'Apocalypse en un grec incorrect et mêlé d’hébraïsines, où les éléments du grec classique se rencon­ trent dans une part minime. D'un bout à l’autre de son livre, on constate les mêmes particularités de lexique, de morphologie et de syntaxe; ce qui est une preuve de l’unité de composition. Voir Bousset, Die Offenba­ rung Johannis, Gcellingue, 1896, p. 183-205. Le style cependant, imité de celui des prophètes et rempli d images grandioses, ne manque pas de cachet personnel et présente des ressemblances avec le style du quatrième Évangile. Voir Bousset, ibid., p. 206-208. Le texte ori­ ginal de l’Apocalypse ne s’est conservé que dans cinq manuscrits onciaux. Les principaux sont le Sinailicus, ['Alexandrinus et iEphræmilicus du v” siècle. Dans les deux premiers, le texte est complet, le dernier a des lacunes. Le Porfirianus Chiovensis, du ix» siècle, est d’accord tantôt avec le Sinailicus, tantôt et plus fré­ quemment avec ['Alexandrinus et VEphræmilicus. Le Vaticanus 2066, du vin» ou du jî' siècle, ne contient que l'Apocalypse. Un phénomène frappant, c’est l’extraordi­ naire incertitude du texte : sur quatre cents versets en­ viron, les cinq manuscrits onciaux contiennent 1650 va­ riantes. Les cursifs connus n’ont pas encore été tous collationnés. Le meilleur est celui qui est coté 95, du xi· ou du xne siècle. On trouve un texte assez pur dans 1, 7.11, 12, 14, 28, 30, 36, 37, 38, 49, 79. Gregory, Prole­ gomena, Leipzig, 1884-1890, p· 435-437, 676-686. ■?. Fe/'si'onv. — L'ancienne version latine est représentée par les fragments du palimpseste de Fleury, VU' siècle, et le commentaire de Primasius pour la recension afri­ caine. S. Berger, Le palimpseste de Fleury, Paris, 1889, p. 15,16,21-26. Le Gigas Holmensis, du xni· siècle, se rapproche de la Vulgate et semble présenter les caractères des textes italiens. Belsheim, Die Apostelgesehichte und Offenbarung Johannes in einer altlateiuischen l'ebersel'ung aus dent Gigas librorum, Chris­ tiania. 1879. Les meilleurs manuscrits de la Vulgate, qui est la revision de saint Jérôme, sont VAmialinus, VIH' siècle, le Demidovianns, XIIe, le Fuldensis, VIe, l'/Iarleianus, ix°, et le Toletanus, vin». Les versions syriaque, arménienne et autres sont plus récentes et ont une moindre valeur critique. Pour te classement des textes, voir B. Weiss, Die JohannesA/iucatypse, texl/critische Untersuchungen und Textherstellung, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 4891, t. vu, 4; et W. Bousset, Textkritische Studien sur neuen Testament, dans Texte und Unters., Leipzig, 4894, t. xi, 4; Id., Die Offen­ barung Johannis, p. 470-483. V. Histoire de ^.’interprétation. — Saint Jean pré­ sente lui-même son livre comme une révélation qu'il a reçue, Apoc., I, I, et comme une prophétie. Apoc., I, 3; XXH, 7, 18,19. Or il est de la nature de toute prophétie d'être obscure et de ne devenir claire qu'après sa réali­ sation. L’obscurité est encore plus profonde quand l’an­ nonce prophétique est enveloppée, comme elle l'est ‘dans l’Apocalypse, d'images symboliques qui en voilent l’objet plutôt qu'elles ne le révèlent. Elle n’a pourtant pas découragé les commentateurs qui, au cours des siècles chrétiens, ont cherché à déchiffrer l'Apocalypse et à en saisir le véritable sens. Leurs interprétations se sont diversifiées presque à l'infini, et il serait très long et peu intéressant d’essayer d'en débrouiller l’écheveau. Nous nous bornerons à caractériser les principaux 1472 systèmes en suivant, autant que possible, l’ordre chro­ nologique. 1. Les plus anciens commentateurs grecs et latins de l’Apocalypse ont subi l’inlluence des idées eschatologiques et millénaristes qui avaient cours de leur temps. Saint Irénée n’a pas fait un commentaire de ce livre, comme l’a cru saint Jérôme, De viris illust., 9, P. L., t. xxm, col. 655, mais dans son traité Contra hæreses, v, 28-36, P. G., t. vu, col. 1197-1224, il a exposé sur la fin des temps des idées empruntées en partie à l'Apoca­ lypse. Dix rois régneront alors; l’Antéchrist en tuera trois et dominera les sept autres. La seconde Bête, Apoc., xm, est ce faux prophète qui sera de la tribu de Dan. tribu qui, pour cette raison, n’est pas nommée. Apoc., vu, 5-7. Irénée explique le chiffre de la Bête et parait favorable à l’idée d'un règne de mille ans sur la terre. D'après la tradition de ses maîtres, il y aura alors une rénovation du monde qui précédera l’entrée des saints au ciel. Saint Hippolyte avait écrit un De Apocalypsi, mentionné par saint Jérôme, De viris illust., 61, P. L., t. xxiii, col. 707, mais qui est perdu. Dans ses autres ouvrages, il donne sur quelques parties de l'Apocalypse des explications qui se rapprochent de celles de saint Irénée, par exemple, sur le chiffre de la Bête. Il voit dans les deux témoins de Jésus-Christ, Apoc., xi, Élie et Hênoch ; il explique le commencement du chapitre xm de l’empire romain ; enfin, il admet que les saints régne­ ront mille ans avec le Christ sur la terre. Méthode d'Olympe, Convivium, i, 5; vi, 5; vin, 4-13, P. G., t. xvni, col. 45, 121, 144-161, explique quelques cha­ pitres de l’Apocalypse dans le sens spirituel. Saint Victorin de Peltau est le plus ancien écrivain ecclésiastique, donl le commentaire sur l'Apocalypse nous soit parvenu. Scholia in Apoc., P. L., t. v, col. 317-344. Il y expose la théorie de la récapitulation, que beaucoup de ses successeurs lui ont empruntée. Selon lui, l’Apocalypse n’annonce pas une série continue d'événements histo­ riques; mais le prophète, après avoir prédit certains faits, y revient dans une nouvelle vision pour compléter ses précédentes prédictions. Ainsi la vision des sept coupes répète la vision des sept trompettes qui concer­ nait la fin des temps. Cependant il reconnaît encore Néron dans la Bête du chapitre xm. Lactance, Institut, div., vu, 14-25, P. L., t. vi, col. 779-813, est encore mil­ lénariste et place l’Antéchrist à la fin des temps. 2. Un nouveau système d’interprélation, inauguré par le donatiste Ticonius, exerça une grande influence du IV· siècle jusqu’au moyen âge. Le commentaire de Ticonius est perdu, mais il est suffisamment connu par les.citations qu’en ont faites ses imitateurs. Sa méthode d'explication est, non plus littérale, mais alUgorisante. Il abandonne le millénarisme et trouve dans l’Apocalypse l’annonce prophétique des destinées, des luttes, des souffrances et des espérances de sa secte. L’Antéchrist n'est plus à ses yeux une personnalité individuelle, c'est la collectivité des ennemis de l’Eglise. Ticonius recourt aussi à la théorie de la récapitulation. Sa méthode d'in­ terprétation fut adoptée pendant longtemps par les com­ mentateurs latins, qui appliquèrent à la véritable Église ce que Ticonius avait dit du donatisme. Saint Augustin, qui avait été d'abord millénariste, De civitate Dei, xx. 7. P. L., t. xi.I, col. 667, accepta les vues de Ticonius. Ibid., xx, 7-17, col. 666-683. Saint Jérôme, qui retoucha le commentaire de saint Victorin, suivit la même mé­ thode et entendit l’Apocalypse au sens spirituel. In Isaiam, xvni, procent., P. L., t. xxiv, col. 627-629. Pri­ masius, Comment. in Apoc., P. L., t. lxviii, col. 795936, appliqua le premier cette méthode à toute l’Apoca­ lypse. Il fit un commentaire catholique à la manière de Ticonius et vit dans la prophétie de saint Jean la pré­ diction de toutes les luttes et des persécutions de l’Eglise sur terre jusqu’à la fin du monde, sans détermination d'événements particuliers. Il maintint cependant quel- 1474 APOCALYPSE 1473 ques explications, provenant de l’ancienne méthode d'interpréter l’Apocalypse. On retrouve les mêmes prin­ cipes, appliqués avec une grande variété de détails, dans Cassiodore, Complexiones in Apoc., P. L., t. t.xx, col. 1405-1418; dans les Homiliœ in Apoc., publiées parmi les œuvres de saint Augustin, P. L., t. xxxv, col. 2417-2452; dans Apringius de Béja, Tractus in Apokalipsin, publié pour la première fois par dom Férotin, Apringius de Béja. Son commentaire de l'Apocalypse ■ Bibliothèque patrologique d’U. Chevalier, Paris, 1900, t. i); dans Bède, Explanatio Apoc., P. L., t. xcin, col. 129-206; dans Ambroise Ausberl, In Apoc. libri X Bibliotheca Patrum, Cologne, 1618, t. ix b, p. 305510); dans Beatus, In Apoc., Madrid, 1770; dans Alcuin, Comment. libri quinque, P. L., t. c, col. 1087-1156; dans llaymon d’Halberstadt, Exposil. in Apoc., P. L., l. cxvii, col. 937-1220; dans Walafrid Strabon, Glossa ordinaria, P. L., t. cxiv, col'. 709-752; dans Berengau■ 1 is. Expositio super septem visiones libri Apoc., parmi les œuvres de saint Ambroise, P. L., t. xvn, col. 76597ar un étroit sentier, entre le feu et l'eau, au séjour large, spacieux et tranquille de la vie future. La patience est nécessaire aux justes. Leur affliction sera courte. L'Épouse paraîtra comme une cité. Le Messie viendra combler de délices, pendant quatre cent trente ans, ses fidèles serviteurs. Après cette période, le Messie, fils de Dieu, mourra et tous les hommes avec lui. Le monde restera désert pendant sept jours. Mais alors la terre rendra les corps quelle a reçus, les morts ressusciteront et le siècle de l'incorruptibilité commen­ cera. Le temps de la miséricorde sera passé, et la justice seule présidera à la distribution des châtiments et des recompenses. Le juge suprême siégera sur son tribunal. Le jour du jugement durera une semaine d'années. Le paradis et l'enfer sont l'un en face de l’autre : ici, la joie et le bonheur; là, le feu et les tourments. L’auteur expose, dans la suite de l'entretien, la doctrine du petit nombre des élus, dont la sainteté compensera l'innom­ brable multitude des damnés. Pendant sept jours après la mort, les âmes peuvent visiter les régions éthérées, le séjour du bonheur et des supplices. Cet intervalle écoulé, les âmes des bons sont admises dans un lieu de paix et de joie; celles des méchants errent sans asile et endurent sept genres de tourments. L’intercession des saints en faveur des damnés est sans efficacité; le sort des hommes est irrévocablement fixé. Dans la quatrième vision, Esdras voit une femme en deuil qui se méta­ morphose en ville et qui représente Jérusalem. La scène se passe dans une plaine déserte pour signifier qu'aucun élément humain, qu’aucun mélange de mal n'entrera dans la nouvelle Jérusalem. La cinquième vision est celle de l'aigle, symbole de l’empire romain, dont l'orgueil sera abaissé. Dans la sixième vision, Esdras voit le Fils de Dieu combattre contre tous ses ennemis et les dévorer, ramener de l'exil les dix tribus d'Israël et les établir aux confins de la terre, où elles vivront dans la fidélité à Dieu et l’exacte observation de sa loi. Dans le dernier acte, Esdras écrit, avant de mou­ rir, la loi de Moïse et les livres des prophètes qui avaient été livrés aux flammes, et d'autres livres, rem­ plis d'une doctrine plus profonde et plus cachée. Gfrorer, Prophète veteres pseudepigraphi, Stuttgart. 1840; Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris. 1856, t. i, col. 569618; Le Hir, Du IV livre d'Esdras, dans les Études bibliques, Paris, 1869, t. I, p. 139-250; Hilgenfeld, Mcssias Judæorum, Leipzig, 1869, p. 36433; Fritzsche, Libri V. T, pseudepigraphi, Leipzig, 1871 ; Renan, Les Évangiles et la seconde génération chrétienne, Paris, 1877, p. 318-373; Kabisch, Das IVBach Esra au/ seine Quellen untersucht, Gœttingue, 1889 ; Schürer, Geschidite des jüdischen Volkes, t. ni, p. 232-250; Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, t. I, p. 193-194; F. Rosenthal, Fier apokryphysche Bûcher aus der Zeit und Schute R. Akiba's, Leipzig, 1885; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tuliingue, 1900, t. il. p. 331-401. 1488 qui lui· est arrivé avant et après la destruction de Jéru­ salem par les Chaldéens, et quelles révélations il a reçues. Pour répondre à la pensée de Baruch qui s'étonne de la ruine du peuple choisi, Dieu annonce que les païens seront punis. Quant aux justes, si le siècle présent ne leur apporte que des souffrances et des angoisses, le siècle â venir leur réserve une cou­ ronne de gloire. Dieu détermine la durée du siècle pré­ sent. Quand elle sera écoulée, le Messie paraîtra et établira sur terre une ère de joie et de magnificence. Le temps de la manifestation du Messie est fixé dans la belle vision de la forêt et de la vigne, à la disparition du quatrième empire. Le Messie lui-même condamnera et mettra â mort le dernier chef de cet empire, et son règne durera jusqu'à la fin du monde. Dans une nou­ velle révélation, Baruch connut les souffrances des der­ niers temps et les signes précurseurs de la fin. Le feu dévorera ceux qui ont méprisé les ordonnances de Dieu. La résurrection des morts précédera immédiate­ ment le jugement dernier. Les morts ressusciteront tels qu’ils étaient durant leur vie et on pourra ainsi les reconnaître. Mais après le jugement, ils changeront. Les méchants deviendront laids et repoussants; les bons seront beaux et revêtiront la splendeur des anges, et ils verront le monde invisible. Dans une dernière vision, Baruch voit une nuée qui laisse pleuvoir douze fois alternativement des eaux obscures, puis des eaux claires. Cette succession de phénomènes symbolise l'histoire du monde présent. Les dernières eaux obscures repré­ sentent les calamités et les catastrophes des derniers jours. L’anarchie et la confusion existeront ici-bas; il y aura des guerres, puis des fléaux naturels, qui feront périr beaucoup d'hommes. Les survivants seront livrés aux mains du Messie. Sa manifestation est figurée par la chute des dernières eaux claires. Il jugera les nations et exterminera celles qui ont opprimé son peuple. Son règne sera éternel; il existera sur terre et répandra partout la paix et la félicité. Fritzsche, Libri V. T. pseudepigraphi, Leipzig, 1871, p. 654699; Langen, De apocalypsi Baruch, Fribourg-en-Brisguu, 1867; Renan. L'Apocalypse de Baruch, dans le Journal des savants, avril 1877, p. 222-231 ; Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. in, p. 223-232 ; Rosenthal, Vier apokryphysche Bûcher, Leip­ zig, 1885; Deane, Pseudepigrapha, p. 130-162; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. il, p. 404-446; R. Duval, La littérature syriaque. Corrections et additions à la première édition, Paris, 1900, p. 18-19; M. Kniosko, dans Patrologia syriaca, de M" Graffin, Paris, 1907, t. U, col. 1057-1207. 2» Texte grec. — Une seconde apocalypse de Baruch s’est conservée dans le texte original grec, publié par James, Apocrypha anecdota JJ,dans Texts and Studies, Cambridge. 1899, t. v. n. 1, et dans une version slavonne de basse époque. L’éditeur la présente comme une apo­ calypse chrétienne du n« siècle; mais elle pourrait bien avoir été écrite dans un milieu juif hellénistique, épris de romanesque et de merveilleux sentimental. Au cha­ pitre iv, il y a une interpolation chrétienne dans laquelle Dieu encourage Noé â planter la vigne, parce que la vigne, dont le fruit a fait chasser Adam du paradis, sera bénie et son fruit deviendra « sang de Dieu » et « par Jésus-Christ Emmanuel les hommes y participeront à la vocation d'en haut ». Un ange conduit Baruch à travers les cieux et lui montre les mystères de Dieu. Dans une iv. apocalypse de BARVCû. — 1’ Version syriaque. immense plaine, qui est le premier ciel, se trouvent les — L'ne première apocalypse de Baruch, qui a dù être hommes qui ont bâti la tour de Babel; ils ont des tètes composée en grec, n'existe plus qu’en syriaque. Ceriani, de bœufs. Au second ciel, ceux qui ont fait bâtir celte Monumenta sacra et profana, Milan, 1866, t. i, fasc. 2, tour ont des têtes de chiens. Au troisième, il y a le p. 73-98; 1871, t. v, fasc. 2. p. 113-180, en a publié le dragon, dont le ventre est l’enfer; le lieu de l'aurore, texte complet, qui a été traduit en anglais par Charles, d'où sort le soleil, et le lieu du couchant. Au quatrième, J/.e Apocalypse of Baruch, Londres, 1896. Elle est il y a un lac, des oiseaux, la source de la rosée, le séjour postérieure à la ruine de Jérusalem, et on l’attribue à la des justes. L'archistratège Michel vient ouvrir la porte dernière période du règne de Trajan (f 117). Baruch, du cinquième ciel. Des anges y apparaissent qui portent qui parle toujours à la première personne, raconte ce des corbeilles de fleurs, c'est-à-dire les vertus des justes; 1489 APOCALYPSES APOCRYPHES 1490 d'autres anges pleurent, les mains vides; ce sont les j. Une apocalypse anonyme, malheureusement in­ anges des hommes mauvais. Michel confie aux premiers complète, contient une description du séjour des dam­ les bénédictions de Dieu et aux seconds ses menaces. nés et de celui des bienheureux. C’est un écrit juif, pi us ancien que l’apocalypse de Pierre et composé probal de­ neuve biblique, 1898, t. vu, p. 303-304; Bulletin critique, ment en Égypte. C’est peut-être un fragment de l'apo­ 2’ série, 1897, t. lit, p. 413-415; Harnack, Geschichte der altchrist. Literatur, t. i. p. 910; Kaulzsch, Die Apocryphen und Pseudcalypse de Sophonie. Il y est parlé de deux catégories epigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. n, p. 446-457. d'anges, ceux du Seigneur tout-puissant, qui inscrivent v. paralipouënes de baruch. — Cet apocryphe, les bonnes œuvres des justes, et ceux de l'accusateur, publié dans une version éthiopienne par Dillmann, qui est sur la terre. Ceux-ci tiennent note des péchés Chrestomalhia ælhiopica, Leipzig, 1866, et dans le texte des hommes qu’ils font connaître à leur chef pour qu'il grec original par Ceriani, Monumenta sacra et profana, les écrive sur son registre et qu’il puisse les reprocher à Milan, 1868, t. v, fasc. 1", p. 9-18, et par Rendel Harris, leurs auteurs, lorsqu'ils sortiront de ce monde. Les The rest of the words of Baruch, Londres, 1889, n’est anges qui châtient les impies sont innombrables; ils pas, comme le croit ce dernier éditeur, une œuvre chré­ ont en mains des fouets enflammés,et avant de conduire tienne, « le dernier adieu de l’Église à la synagogue. » les âmes au lieu du supplice, ils leur font parcourir les C’est plutôt un ouvrage juif, composé en l’an 136 de airs, pendant trois jours. L'ange qui accompagnait l'au­ notre ère et retouché par un chrétien. Il a pour but de teur changea de forme avant d’entrer avec lui dans préparer la restauration de Jérusalem par la conversion l’enfer. C'est un étang de feu, dont les vagues sont des des Juifs prévaricateurs. Baruch et Abimélech, à la fin flammes de soufre et de poix, ün ange terrible, dont le de la captivité de Babylone, écrivent à Jérémie que si le corps ressemblait à celui des serpents, voulait entrelacer le visionnaire ; c’était l'accusateur. Mais Érémiel, pré­ peuple captif veut entendre la parole du Seigneur, il sera ramené à Jérusalem. Jérémie reçoit l’ordre d’éprou­ posé à l'abime et à l’enfer, ne le lui permit pas. Le ver le peuple dans l’eau du Jourdain. L’épreuve consiste visionnaire voulait adorer son libérateur. Le grand à abandonner les œuvres de Babylone et en particulier ange le lui défendit en disant : « Je ne suis pas le Sei­ à rompre les mariages contractés avec des Chaldéens. gneur tout-puissant. » L’accusateur avait un rouleau dans sa main, il l’ouvrit, et le visionnaire y lut, dans La moitié du peuple seulement accepta ces conditions et suivit Jérémie, qui mourut en offrant au temple un sa langue, tous ses pêchés qui étaient des omissions sacrifice. Mais le troisième jour, il ressuscita et il pro­ d’œuvres de miséricorde et de jeûne. Un autre ange phétisa en ces termes : « Glorifiez Dieu et le Fils de ouvrit un autre rouleau qui, vraisemblablement, était le Dieu, Jésus-Christ, qui est la lumière des siècles et la registre des bonnes œuvres. Des milliers d’anges con­ vie de la foi. Encore quatre cent soixante-dix-sept années duisent ensuite le visionnaire sur un bateau à travers et il viendra sur la terre. L’arbre de vie planté au l’abîme qui sépare l’enfer du séjour des élus. Il prend milieu du paradis fera germer des fruits sur les arbres un vêtement d’ange, et un esprit céleste célébré, au son stériles. Il viendra et il se choisira douze apôtres qui de la trompette, la victoire du passager sur l'accusateur porteront la bonne nouvelle aux nations. » A cause de et le loue de ce que son « nom est écrit sur le livre des cette prédiction, Jérémie fut sur-le-champ lapidé par le vivants ». Cet ange s'entretient amicalement avec les peuple. patriarches. Le ciel s’ouvre, et le voyant aperçoit l'enfer. Les âmes sont plongées dans une mer de feu, et divers Bulletin critique, 4890, t. xi. p. 261-263; Schürer. Geschichte des jüdischen Volkes, t. m, p. 285-287; Basset, Les apocryphes châtiments font expier les différentes catégories de éthiopiens. I. Le livre de Baruch et ta légende de Jérémie, fautes. Les patriarches implorent la miséricorde divine Pai is, 1893: Harnack, Geschichte der altchristlichen Literatur, en faveur des damnés, et cette prière se renouvelle tous 1, p. 852, 916. les jours à la même heure. Le voyant désire pénétrer vi. apocalypse d’abraham. — Cette apocalypse, d'autres mystères; mais l’ange qui l’accompagnait, lui conservée dans un texte slave, a été traduite en allemand déclare qu’il n’est pas en son pouvoir de lui en mon­ par Bonwetsch, Die Apokalypse Abrahams, Leipzig, trer davantage jusqu'au jour du grand jugement, alors 1897. C’est une œuvre juive, dont la date n’est pas déter­ I que, dans sa colère, le Seigneur viendra détruire le ciel minée et qui a été un peu' retouchée par un chrétien. et la terre et faire reconnaître à toute chair son em­ Le patriarche, scandalisé de l’idolâtrie de Tharé, son pire. père, attira sur lui la bienveillance du Dieu éternel et ‘ . L’apocalypse d’Elie, qui existe à peu près en en­ 2 fort, qui lui envoya un ange pour l’instruire. L’ange lui tier, est une prophétie qui annonce l’apparition de l'An­ apprit à offrir des sacrifices et l'emmena au ciel avec téchrist et celle du Messie. C’est un écrit juif, composé lui. Abraham y apprit par révélation l'histoire de sa en Égypte avant Jésus-Christ, mais ayant subi diverses race. Cette race choisie sera réjouie par le sacrifice et le retouches chrétiennes. Il débute comme les prophéties : don de justice dans le séjour des justes, tandis que ses « La parole de Dieu vint sur moi. » Le Seigneur reproche ennemis brûleront dans le feu de l’enfer. Au cha­ aux Juifs leurs fautes; mais un chrétien a ajouté à ce pitre xxix. l’homme injurié et frappé, en qui les païens I discours que le Fils de Dieu est venu dans le monde espèrent, est certainement le Messie; mais ce passage pour sauver les coupables. A la lin des temps, le Seigneur est peut-être une retouche chrétienne. ; marquera les siens, et le fils de l'iniquité n’aura pas Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. ni, p. 250-252; puissance contre eux; les pécheurs seront frappés de Harnack. Geschichte der altchrist. Lil., 1.1, p. 914. consternation. Il y aura alors de nombreux apôtres de l’erreur, dont les enseignements ne seront pas de Dieu. VU. APOCALYPSES D'ÉLIB ET DE SOPUONIE. — Des Ils condamneront le jeûne et soutiendront que Dieu ne fragments coptes, provenant d’Akmlm et contenant des l’a pas institué. Mais le Seigneur recommande le jeûne passages d'une apocalypse, ont été publiés et traduits et la prière, accomplis avec un cœur pur et des mains par Bouriant dans les Mémoires de la mission archéo­ innocentes. Les malheurs qui précéderont la venue de logique française au Caire, 1893, t. I, fasc. 2, sous le l’Antéchrist sont décrits sous l’image des luttes des rois nom d’Apocalypse de Sophonie. D’autres feuillets, acquis de Perse et d’Assyrie en Egypte. L’Antéchrist dira men­ par le musée de Berlin, contenaient la souscription : songèrement qu’il est le Christ et fera des prodiges pour • Apocalypse d’Élie. >■ Steindorlf, Die Apokalypse Elias, faire réussir son imposture. Toutefois, il ne pourra dans les Texte und Untersuchungen, 2« série, Leipzig, pas ressusciter les morts, parce qu’il n’a pas puissance 1899, t. n, fasc. 3, a étudié les divers fragments et y sur l’âme. Les marques physiques, auxquelles on le a reconnu des morceaux de trois apocalypses, probable­ reconnaîtra, sont indiquées. La vierge Tabithe viendra ment d'auteurs différents. Les versions coptes ùe sont l’apostropher à Jérusalem; il la poursuivra? sucera son pas originales et dérivent de textes grecs. 4491 APOCALYPSES APOCRYPHES sang, et en versera sur le temple ce qui sera salutaire pour le peuple: Elle ressuscitera le lendemain et elle déclarera à l'Antéchrist qu’il n'a plus pouvoir ni sur son corps, ni sur son âme, parce qu’elle vit dans le Seigneur. Selon M. Steindorff, cet incident serait une interpolation chrétienne. Ilénoch et Elle viendront aussi combattre l’Antéchrist. Après sept jours de combat, les deux prophètes seront tués et leurs corps demeureront trois jours et demi sur la place. Le quatrième jour, ils ressusciteront et la lutte recommencera. Le fils de l'iniquité, ne pouvant rien contre eux. s'acharnera sur les justes, qu’il fera périr dans d'aflr eux supplices. Leurs cadavres seront préservés de toute atteinte jusqu'au jour du jugement. Ils ressus­ citeront alors. Soixante d'entre eux, armés de la cui­ rasse de Dieu, attaqueront l'Antéchrist à Jérusalem, et beaucoup se détacheront de lui. Le Christ enverra ses anges enlever ses élus, avant le jour de sa colère. La nature se transformera, les pécheurs reconnaîtront que le tils de l'iniquité les a trompés. Lui-même pleurera, puis se mettra à la poursuite des saints. Les anges lutteront contre lui. Le feu du ciel dévorera les pécheurs et h- diable, et le jugement commencera. Tous les péchés seront révdés au lieu où ils ont été commis. Les justes vi i r nt ks pécheurs punis, et les pécheurs contemple­ ront le séjour ou les justes seront récompensés de leurs bonnes o uvres. Élie et Ilénoch, déposant leur chair de ce momie, prendront leur chair spirituelle et tueront le tils de l'iniquité, qui sera anéanti, et tous ceux qui ont cru en lui seront engloutis dans les profondeurs de l'abîme. Le même jour, le Messie, descendu du ciel avec les saints, créera une nouvelle terre où il n’y aura pas de diable, et il y régnera mille ans avec les saints. 3. I.e court fragment de l’apocalypse de Sophonie, en dialecte sahidique, a beaucoup de traits communs avec l'apocalypse anonyme, tellement qu’il n’en est peut-être qu'une partie. Il est question d’une âme pêcheresse qui, tourmentée par cinq mille anges, recevait d'eux cent coups de fouet chaque jour. Zahn. G--'.lhte des Neulestamentlichen Kanons, Erlan­ gen, 1892. t. n, p. 8‘1-810; Schùrer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. m, p. 267-272; Harnack, Geschichte der altchrist. Literatur, L I, p. 853-854, 918-919; Revue d'histoire et de Httêralwe religieuses, 1899. t. iv, p. 172-176; Revue biblique, 1900, L IX. p. 128-130. Outre tes ouvrages cités, on peut encore consulter pour l’ensemble du sujet, des apocalypses juives, Votkmar, Handbuch zu den Apocryphe". Leipzig, 1867; Nicolas, Les doctrines religieuses des Juifs, Paris, I860; Maurice Vernes. Histoire des idées mes­ sianiques, Paris, 1874; E. de Faye, Les apocalypses juives. Essai de critique littéraire et théologique, Paris, 1892 ; Vigou­ reux, Dictionnaire de la Bible, Paris, 1897, t. i, col. 756-764; A. Sabatier, L’apocalypse juive et la philosophie de l’histoire, conférence publiée dans la Revue des études juives, 1900. 11. Apocalypses chrétiennes. — Les chrétiens ne se sont pas contentés de lire, de retoucher et de remanier la plupart des apocalypses juives, llarnack, Geschichte der altchrist. Literatur, t. i, p. 864. Ils ont encore imité ce genre littéraire qu’ils aimaient et dont ils su­ bissaient l’influence. Plusieurs écrivains, dont quelquesuns se rattachaient à des sectes hérétiques,s’y sont exer­ cés et ont produit des apocalypses sous le nom d'un personnage de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Les apocalypses chrétiennes sont moins anciennes que les apocalypses juives et présentent un moindre intérêt doctrinal. Elles ne sont souvent que de pâles imitations d’apocryphes antérieurs, et leur texte ne nous est pas parvenu dans sa pureté première. t. ascension d’isaie. — Œuvre composite, formée de deux écrits d’origine différente réunis par une main chrétienne, elle existe dans une version éthiopienne, éditée par Dilmann, Ascensio Jsaiæ ælhiopice et latine, Leipzig. 1877, dans une version latine, dont il reste quelques fragments et dans un remaniement grec, décou­ 1402 vert et publié par ion Gebhardt, dans la Zeitschrift für wissenschaflliche Théologie, 1878, t. xxi, p. 330-353. Le premier de ces écrits, d'origine juive, raconte le martyre du prophète Isaïe et n’a rien d’apocalyptique. Le second, l'ascension proprement dite, aurait été rédigé par un judéo-chrétien gnosticisant, dans la première moitié du n« siècle. Isaïe raconte au roi É’zéchias une vision qu’il a eue. Sous la conduite d’un ange du septième ciel, il a traversé successivement le firmament, où sont les mauvais anges, les six cieux dans lesquels de bons anges, de plus en plus brillants, louent Dieu; puis, avec l'autorisation du Christ Jésus, il a pénétré au septième ciel,où se trouvent les saints. Ils sont vêtus d'une robe céleste et environnés de splendeur comme les anges; mais ils n’ont encore ni couronnes, ni trônes; ils ne les recevront qu'après l'incarnation du Christ. Isaïe vit les livres dans lesquels les actions des hommes sont écrites; il vit aussi les robes, les couronnes et les trônes destinés aux hommes qui croient au Messie. 11 contempla la sainte Trinité. L’incarnation du Verbe dans le sein de Marie et la naissance de Jésus â Bethlehem lui furent révélées avec des détails singuliers. Gfrorer, Prophetæ veteres pseudigraphi, Stuttgard, 1840; Deane, Pseudepigrapha, 1891, p. 236-275; Basset, L'Ascension d'Isdie, Paris, 1894 ; Schürer, Geschichte des jiidischen Volkes, t. ni, p. 280-285: trad, allemande du Martyre, dans Kautzsch, t.n, p. 119-127; trad, anglaise par Charles, Londres, 1900; trad, française par Tisseranl, Paris. 1909. il. apocalypse de pierre. — De cette apocalypse, autrefois si célèbre, il ne nous restait que de courts fragments, réunis par Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum, 1884, p. 71-74. L’un, cité par Macarius Magnés, concerne le jugement dernier. Un autre, reproduit par Clément d’Alexandrie, Eclogæ ex Scripturis propheticis, 41, -48, P. G., t. ix, col. 717, 720, dit que les avortons sont confiés à un ange nour­ rice pour être élevés et instruits comme s’ils avaient vécu. Un fragment grec, plus considérable, a été dé­ couvert à Akbmim, dans le tombeau d’un moine grec et édité par Bouriant. dans les Mémoires public's par les membres de la mission archéologique française au Caire, Paris, 1892, t. ix, fasc. 1, p. 142-146. Il débute par les derniers mots d’un discours de Jésus aux apô­ tres. Le Sauveur y signale, comme présage de la fin du monde et du jugement dernier, l’apparition de faux pro­ phètes. Étant allés tous ensemble prier sur une mon­ tagne, vraisemblablement celle de la transfiguration, les douze apôtres demandent au Maître de. voir un de leurs frères justes, sortis de ce monde, afin d’affermir leur espérance et d’encourager les hommes qui les écoute­ ront. Deux défunts leur apparurent, et ils ne pouvaient les regarder tant étaient brillants leurs visages et leurs vêtements. Sur la demande de Pierre, Jésus montra, en dehors de ce monde, la région lumineuse et fleurie dans laquelle les justes habitaient avec les anges dans la gloire et louaient joyeusement Dieu. En face du séjour des bienheureux, les pêcheurs étaient punis et châtiés dans un lieu ténébreux par des anges au vêtement som­ bre. Les blasphémateurs, les juges injustes, les adul­ tères, les meurtriers et leurs complices, les prêteurs à intérêt, les riches insensibles, les faux témoins et d’autres coupables encore recevaient des châtiments proportionnés à leurs péchés. Les âmes des assassinés contemplaient le supplice de leurs meurtriers, et di­ saient : « O Dieu! ton jugement est juste. » Cette apo­ calypse a été composée entre 110 et 160, dans un milieu palestinien ou égyptien. Elle a été en usage principa­ lement à Rome et à Alexandrie. Elle a de nombreux rap­ ports avec la seconde Épitre de saint Pierre et elle a beaucoup influé sur les apocalypses d’Esdras, de Paul et de Baruch, aussi bien que sur le Pasteur d’Hermas. L’appropriation et l’équivalence des supplices avec les p'chés commis ont été empruntés à la mythologie 1493 APOCALYPSES APOCRYPHES grecque; les saintes Écritures ne décrivent rien de semblable. Zalwi, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, Leipzig, 1892, t. n, faso. 2, p. 810-820; A. Lods, Euangelii secundum Petrum et Petri Apocalypseos quæ supersunt. Paris, 1892; Id., L'Evangile et l’Apocalypse de Pierre, Paris, 1893; Λ. Robinson cl Rhodes James, The Gospel according to Peter and the Revelation o) Peter, Londres, 1892 ; A. Harnack, Bruchstücke des Evangeliums und der Apokalypsedes Petrus, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1893, t. IX, fasc. 2; O. von Gebhardt, Dus Evangelium und die Apocalypse des Petrus, Leipzig, 1893; A. Loisy, L’enseignement biblique, n· 10, juillet-août 1893, chronique, p. 112-116; Jacquier, Travaux récents sur quelques apocryphes, dans V Université catholique", octobre 1894, p. 242248 ; Dietrich, Beitrüge zur Erklarung der neuentdeckten Petrus-Apokalypsc, Leipzig, 1893 ; Harnack, Die Petrusapokalypse in der alten abendland. Kirche,lSSB; Batiffol, zlrtcienties littératures chrétiennes. La littérature grecque, Paris, 1897, p. 61-62. ni. apocalypse de ilOISE. — Cette révélation, soidisant faite par Dieu à Moïse, est le récit de la vie et de la mort d'Adam et d'Eve. Le texte grec a été publié par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, Leipzig, 1866, p. 1-23, et par Ceriani, Monumenta sacra et profana, Milan, 1868, t. v, fasc. 1, p. 19-24. L’ouvrage rentre dans la catégorie des livres d’Adam. Dans son état actuel, il ne remonte qu'aux environs du v· siècle; mais l’auteur a utilisé des documents juifs antérieurs. Adam, sur le point de mourir, confesse sa faute devant tous ses en­ fants rassemblés. Il dit que, pour tenter Éve, le démon attendit l'heure ou les anges qui la gardaient étaient remontés au ciel pour louer le Seigneur. Éve et Seth vont aux portes du paradis terrestre solliciter en sa faveur quelques gouttes de l’huile de la miséricorde afin d'adoucir ses angoisses. En chemin, Eve raconte longue­ ment ;i son fils sa tentation, sa faute et son châtiment. Seth rapporte seulement la promesse que cette huile sera accordée au monde vers la fin des temps, quand viendra le règne heureux du Messie. Adam meurt et tandis qu’Éve se lamente et prie, un ange l'invite à lever les yeux pour voir monter vers Dieu le corps de son époux. Elle voit les sept cieux ouverts et le Seigneur qui, entouré de légions d’anges, vient au-devant du défunt. Les anges brûlent des parfums et intercèdent pour Adam. Dieu le plonge dans les eaux de l’Achéron pour le purifier et l’en retire après trois heures. L’arch.inge Michel a l'ordre de conduire Adam au troisième ciel. Mais, par une contradiction évidente, qui fait sup­ poser la combinaison de deux récits différents, Dieu descend sur la terre avec ses anges pour ensevelir le corps d'Adam au paradis terrestre, à l’endroit même d -u avait été pris le limon dont ce corps avait été formé. Dieu lui-même prédit à Adam sa future résur­ rection, ses glorieuses destinées et son triomphe final sur le démon. Six jours plus tard, Éve mourut à son tour et l’archange prit soin de sa sépulture. Michel dit à Seth que tout homme mort devrait être enseveli de la n.-me manière jusqu’à la résurrection, et que le deuil des défunts ne durerait que six jours parce qu’au septi-me jour Dieu et ses anges se réjouissent de ce qu’une ime juste est venue de la terre au ciel. La doxologie finale rend gloire à Dieu le Père et au Saint-Esprit éternel et vivilicateur. i.autzsch, Die Apocryphe» und Pseuriepigraphen des A. T., T : ingue, 1900. t. u, p. 311-331; Le Hir, Études bibliques, Paris, ’-»·■.·. t. π, p. 111-120; Schürer. Geschiche des jüdischen Volkes, t- m. p , 220 et287; Harnack, Geschichte der altchrist. Lit., t. i, p. 856-857. n.i P'tcALYPSE d'esdras. — Le texte grec a été publié p r Tiscliendorf, Apocalypses apocryphæ, p. 24-33. C’est oui rage de basse époque, dont la date n’est pas préci5- e. \--vih» siècle, et qui n’est qu’une très pâle imitation du IV- livre d’Esdras, avec certaines réminiscences du litre d'Uénoch. Préparé par de longs jeûnes, Esdras fut 4494 admis à contempler les secrets de Dieu. Enlevé au pre­ mier ciel, il vit une grande troupe d’anges. Il entendit sortir de l’enfer une voix qui lui demandait son inter­ cession auprès de Dieu. Alors, commence un long dia­ logue entre Esdras qui réclame pitié pour les chrétiens pécheurs, et le Seigneur qui soutient les droits de sa justice. Sur sa demande, le prophète descendit aux en­ fers et il vit Hérode qui avait fait périr les enfants; il entendait la voix des pécheurs, sans les apercevoir euxinéines. il y vit l'Antéchrist, qui se dira le Fils de Dieu, fera des prodiges, dont la venue précédera la résurrec­ tion des morts. En apprenant de la bouche de Dieu ce qui arrivera à la fin des temps, Esdras s’écrie : « Seigneur, ayez pitié de la race des chrétiens. » Remonté au ciel, il assiste au jugement et il plaint lés hommes qui doivent être jugés. Il désire voir le paradis. Les anges le conduisent à l'orient et lui montrent llénoch, Élie, Moïse, les apôtres, les justes et les patriarches. Dieu lui fait connaître les noms des anges. Les anges redeman­ dent alors à Esdras son âme. Sa couronne est prête; mais il refuse longtemps de mourir; il veut continuer sur terre son rôle d’intercesseur et d’avocat contre Dieu. Il cède enfin, quand il a l'assurance qu’il remplira avec plus d’efficacité son ministère dans la vie future. Le Hir, Éludes bibliques, t. n, p. 120-122 ; Schürer, Geschichte, t. ni, p. 245. Une antre apocalypse d’Esdras, en syriaque, rela­ tive à la durée de l'empire des musulmans, a été publiée avec une traduction allemande par Bœthgen, dans la Zeitschrift fïtr die altestament. Wissenschaft, 1886, p. 199-213, et avec une traduction française par Chabot, dans la Bevue sémitique, 1894, t. n, p. 242-250, 333346. Une version arabe a été éditée par Gottheil, dans Hebraica, 1888, t. iv, p. 14-17. Une traduction anglaise a été faite par Hall, Presbyterian quarterly, 1886. Cf. Ise­ lin, Apokalyptische Studien, dans la Theol. Zeitschrift aus der Schweiz, 1887, p. 60-64, 130-136; Schürer, op. cit., t. ni, p. 245; R. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 93-94. v. APOCALYPSE DE PAUL. — Différente de ΓΑναβατικόν Παύλου, qui, d’après saint Épiphane, Hæres., xxxvni, 2, P. G., t. xi.i, col. 656, était aux mains des caïnites, cette apocalypse a été citée par saint Augustin, Tract, in Joa., 98, P. L., t. xxxv, col. 1885, et par Sozoméne, H. E., vu, 19, P. G., t. Lxvn, col. 1480. Elle a été pu­ bliée en grec par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. 34-69. La traduction anglaise d'une version syriaque plus développée a été donnée dans The journal of sacred literature and biblical record, 1865, p. 372. Cet apocryphe, composé peu après la mort de 'j'héodose (395), est le récit de ce que vit saint Paul, lorsqu'il fut ravi au troisième ciel. Il Cor., Xll, 4. D’après la pré­ face, il aurait été trouvé à Tarse dans la propre maison de l’apôtre. Saint Paul l’aurait écrit pour porter les hommes à faire pénitence de leurs péchés. Le soleil, la lune, les étoiles et la mer ont souvent demandé à Dieu de venger les crimes dont ils sont les témoins. L'apôtre recommande aux humains de louer le Seigneur, au coucher du soleil, parce que c’est l’heure où les anges gardiens vont adorer Dieu et lui rendre compte des actions des hommes. Les anges des méchants deman­ dent d’être relevés de leur service ; mais Dieu les ren­ voie sur terre, se,réservant le jugement. Saint Paul, ravi en esprit, va sous la conduite d’un ange visiter le séjour des justes. Dans le firmament, il voit de grandes puis­ sances, chargées de punir les pécheurs, et au ciel, des anges brillants qui amènent à Dieu les âmes des justes. L'impiété lui apparaît comme un nuage de feu qui couvre toute la terre. II assiste à la mort d’un juste et d’un pécheur. Les bons et les mauvais anges sont pré­ sents. Les mauvais anges ne trouvant rien â reprendre dans le juste, les bons conduisent son âme au lieu du 1495 APOCALYPSES APOCRYPHES repo*. A l'inverse, ceux-ci laissent les mauvais anges emmener l’âme du méchant dans l'enfer. L'ange gardien de celte àme l'accuse au tribunal de Dieu. Le temps de la pénitence étant passé, Dieu la destine aux ténèbres extérieures et à cause de ses péchés, l'envoie au Tartare jusqu’au jour du grand jugement. Les anges louent la justice de la sentence. Saint Paul voit sous une seconde forme (â moins qu'on n’admette ici une interpolation) les deux séjours des bons et des méchants. La demeure des justes ressemble à une ville. Hénoch, < témoin du der­ nier jour, λ en sort en pleurant, parée que les hommes ne font pas la volonté de Dieu. A côté de la ville, l'apôtre voit la terre, où habitent ceux qui pleurent, mais qui seront consolés, et l’Achéron ou l'étang dans lequel les âmes font pénitence de leurs péchés. La pénitence de ces derniers étant achevée, l'archange Michel les intro­ duit dans la ville de Dieu, qui est remplie de justes. Paul pénètre dans cette ville qu'il décrit. Ceux qui ont accompli leurs actions par vaine gloire séjournent de­ vant les portes de la ville sous des arbres touffus, qui n'ont point de fruits. Les prophètes, les enfants qu'Hérode a fait périr, les patriarches occupent différents lieux, réservés à ceux qui ont pratiqué différentes ver­ tus. Au milieu de la ville, David chante Alleluia auprès d'un autel. Quand le Christ fera son second avènement, David et tous les saints l’accompagneront. Le sacrifice du corps et du sang du Christ ne peut être offert sur terre, sans que David chante au ciel Alleluia. A l'extré­ mité de l'occident se trouve la région des ténèbres, où souffrent les damnés. Les supplices sont diversifiés d'après les crimes. Dans l'étang du feu. il y avait un évêque qui n'avait pas rempli ses devoirs envers les pauvres, un prêtre et un diacre qui avaient mangé et bu avant le service de l’autel. Dans le puits de l'abime sont ceux qui ne confessent point que sainte Marie est mere de Dieu et disent que le Seigneur ne s'est pas in­ carné d’elle et que le pain de l’eucharistie et le calice de bénédiction ne sont pas sa chair· et son sang. Ceux qui trient la résurrection des morts sont là où il y a des pleurs et des grincements de dents. Le ciel s’étant ou­ vert, les âmes qui étaient jugées supplient l’archange Gabriel d’intercéder pour elles, puis le Seigneur Jésus d’avoir pitié d’elles. Le Sauveur leur accorde comme repos de leurs souffrances la nuit et le jour du saint dimanche auquel il est ressuscité des morts. On ne voit pas clairement si cette intermittence dans les souf­ frances est accordée aux damnés chaque dimanche ou le jour de Pâques seulement. Dans le paradis terrestre, où il est ensuite conduit par l’ange, Paul voit sainte Marie, la mère du Seigneur, qui lui recommande de prêcher la parole de Dieu dans le monde. Il s’entretient aussi avec les patriarches. Moïse pleure l'aveuglement de son peuple qui, loin de reconnaître le Fils de Dieu, l'a fait mourir sur la croix. Les prophètes Isaïe, Jérémie et Ezéchiel expriment les mêmes regrets. Paul voit enfin Noé, Ilênoch et Élie. Le Hir, Études bibliques, t. n, p. 122-129; Wright, Syriac literature, dans ïEncyclopedia britannica, t. xxit, p. 826; Bubens Duval, Anciennes littératures chrétiennes. La littéra­ ture syriaque, Paris, 1899, p. 96; Harnack, Geschichte der altchrist. Literatur, t. 1, p. 910-911. v/. apocalypse de jean. — Œnvre de basse époque, vr-νιπ’ siècle, et sans grande valeur, cette apocalypse apocryphe, éditée dans son texte grec par Birch, Au­ ctarium codicis apocryphi N. T., 1804, p. 245-260, et mieux par Tischendorf, Apocalypses apocryphes, p. 7094. est un dialogue que Jean tint avec Notre-Seigneur après l’ascension sur le mont Thabor sur la fin des temps, ses signes avant-coureurs, sur le jugement der­ nier, les tourments des damnés et le bonheur des élus. Le portrait de l'Antéchrist est grotesque. Hénoch et Élie reviendront combatlre ce monstre. Au son des trom­ pettes, tous les morts ressusciteront, ayant tous la même 1496 forme et le même âge; ils seront comme les angrs de Dieu. La terre sera changée, et il n'y aura plus de péché en elle. Le signe du Fils de l’homme paraîtra dans les cieux avec puissance et gloire. Les cieux disparaîtront, et le jugement aura lieu. Les esprits impurs seront précipités dans l'abime et dans les ténèbres; les païens iront dans l'enfer, les juifs, qui ont fait mourir Jésus, seront dans le Tartare : les chrétiens baptisés, demeurés justes, seront placés à la droite du juge et brilleront comme le soleil; les pécheurs seront punis suivant la nature de leurs péchés. Le nombre des anges est aussi grand que celui des hommes. Après le jugement, il n’y aura plus ni maux, ni vices, ni diable; il n’y aura qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur. Le Hir, Études bibliques, t. il, p. 129-130. vit. apocalypse DU testament de N.-s. — Une apo­ calypse anonyme est reproduite au début du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont Msr Rahmani, patriarche syrien d'Antioche, a publié intégralement une version syriaque, faite par Jacques d’Édesse, en 687 de notre ère, Testamentum Domini nostri Jesu Christi, Mayence, 1899, p. 2-19. Des extraits en avaient déjà été édités par Paul de Lagarde, Reliquiæ juris ec­ clesiastici antiquissimi syriace, Leipzig, 1856. et retra­ duits en grec, leur langue originale, par le même, Reli­ quiæ juris. ecc. ant. græce, Leipzig. 1856, p. 80-84. Les chapitres vi, vu et xi existent en latin dans un manu­ scrit du vme siècle, conservé à la bibliothèque de Trêves, n» 36, et ont été édités par James, Apocrypha anecdola, dans Texts and studies, t. n, 1893, p. 151-154. L'exis­ tence d'une version éthiopienne est signalée dans des manuscrits de Paris, Catalogue raisonné des manu­ scrits éthiopiens, appartenant à Antoine d'Abbadie, 1859, n. 51, 199, p. 61, 199, et de Londres, Wright, Cata­ logue of the ethiopic manuscripts in the British Mu­ seum, 1877, n. 361, 362, p. 270-276. Jésus ressuscité apparaît aux apôtres.Thomas, Matlhieuet Jean le palpent pour s’assurer de la vérité de sa résurrection. Epou­ vantés, les apôtres tombent sur leur visage et restent sans parole. Jésus leur impose les mains, relève leur courage et leur insuffle le Saint-Esprit. Pierre et Jean l'interrogent sur les signes de la fin du monde. Com­ plétant les instructions qu’il leur a données à ce sujet avant de mourir, le Seigneur prédit les signes précur­ seurs de la venue du fils de perdition. Après les la­ mines, les pestes, les troubles déjà annoncés, surgiront des rois cupides, menteurs et sanguinaires, dont les armées répandront beaucoup de sang. En Occident, il s'élèvera un roi barbare, athée, ennemi et persécuteur des fidèles. Puis il y aura des signes dans les cieux et sur la terre : des bruits, des apparitions, des enfante­ ments monstrueux. Les églises seront troublées, leurs pasteurs, iniques, avares, bavards, orgueilleux, amis de la bonne chère et des plaisirs. Les vices se multiplieront, les vertus disparaîtront, certains chrétiensapostasieront, mais les fidèles seront récompensés. Il y aura des di­ settes, de rudes hivers et rareté du numéraire. Le fils de perdition cherchera à tromper la terre entière el persé­ cutera les justes. La Syrie sera pillée; la Cilicie lèvera le cou jusqu’à ce que vienne son juge; la fille de Ba­ bylone boira le calice qui lui sera préparé; la Cappa­ doce, la Lycie, la Lycaonie courberont le dos. Les ar­ mées barbares couvriront ta terre de leurs chars; elles feront des massacres et des captifs dans le Pont, la Bythinie,la Lycaonie, la Pisidie, la Phénicie et la Judée. L'Orient tout entier sera conquis par l’Antéchrist, dont le portrait est retracé. Ce sera le signe que le dernier jugement est proche. Les élus seront marqués d'un sceau, et le juge leur sera favorable. Le Seigneur Jésus prescrit aux apôtres d'annoncer ces choses. James, Apocrypha anecdota, 1893, el Harnack, Geschichte der altchrist. Lit., Leipzig, 1893, t. I, p. 779, pensaient que 1497 APOCALYPSES APOCRYPHES — APOCRYPHES (LIVRES) le fragment apocalyptique latin dépendait de l’apoca­ lypse de Pierre, qui est du II® siècle. Mais la publi­ cation du Testament syriaque enlève tout crédit à cette conjecture; il n’y a rien de commun entre les deux docu­ ments et leur genre est sensiblement différent. Paul de Lagarde, dans les Analecta Antenicæna de Bunsen, t. n, 1854, p. 38, rapportait cette apocalypse aux temps de Géta (211) et de Caracalla (211-217). Neumann, dans le Literarisches Centralisait, 1894. p. 707, reconnaît dans le roi barbare Maximin le Thrace (235-238), et dans les guerres celles de Sapor Ier (241-272). Cf. dom Morin, Revue bénédictine, janvier 1900, p. 11-13. Le Père Brucker, Études, 20 novembre 1899, p. 529, voyait dans la des­ cription des pasteurs prévaricateurs un esprit rigoriste qui lui rappelait le montanisme du ni' siècle. Funk, Das Testament unseres Herrn und die verwandlen Schriften, Mayence, 1901, p. 83-88, 308, estime que cette apocalypse fait allusion, non pas aux persécutions des païens contre les chrétiens, mais aux luttes doctrinales des chrétiens entre eux, et il reconnaît, dans le roi bar­ bare, un prince arien, Alaric ou Odoacre. L’apocalypse ne serait donc que du commencement du v° siècle et elle aurait paru en Syrie. L’auteur du Testament l’aurait composée lui-même, comme il aurait pu se servir d’une source antérieure. Cf. Bulletin de littérature ecclésias­ tique, Paris, 1900, p. 51-54. vm. altees apocalypses. — Elles n’ont pas encore été publiées en entier. 1° Une Apocalypse de Pierre, en arabe, dont il existe plusieurs manuscrits syriaques, est une compilation de différents apocryphes, qui traite de la création du monde, du testament d’Adam, de Moïse, d’Aaron, de Jésus-Christ, des apôtres, de l’Antéchrist et de la lin du monde. Tischendorf, Apocalypses apocryphe, p. xx-xxiv, en a donné l'argument. Cf. R. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 96-97. 2° Une Apocalypse de Barthélemy, en copte, dont un fragment a été traduit en français par llulaurier, Frag­ ment des révélations apocryphes de S. Barthélemy, etc., Paris, I835, et reproduit dans le Dictionnaire des apo­ cryphes, de Migne, t. n, col. 160-162, el par Tischendorf, Apocalypses apocryphte, p. xxiv-xxvn. Harnack, Geschichte lier altchrist. Lit., t. I, p. 919. 3» Une Apocalypse de Marie, en grec, est une œuvre récente. Se trouvant sur le mont des Oliviers, la sainte Mère de Dieu demande de voir les mystères de l'autre vie. L’archange saint Michel lui montre l’enfer et lui fait connaître les pécheurs qui y souffrent. Marie veut aller auprès du Père invisible solliciter la grâce des pé­ cheurs. L’archange répond que sept fois par jour et sept fois par nuit les anges font inutilement cette prière. Marie persiste dans son dessein, recourt â l'intercession des saints el Unit par obtenir la rémission des péchés. Les ch 'rubins l'emportent en paradis; elle y voit les justes, et l'archange lui révéle leurs vertus. Des fragments de cet écrit ont été publiés par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. XXVII-XXX. Gidel. Étude sur une apocalypse de la Vierge Marie. Ma­ nuscrits grecs n. 390 et 1631 de la Bibliothèque nationale, Paris, 1871 ; James, Apocrypha anecdota, Cambridge, 1893. 4· Une Apocalypse de Daniel, dont quelques extraits grecs ont été donnés par Tischendorf, Apocalypses apocryphæ, p. xxx-xxxm. Elle traite de la fin du monde. L- règne de la vérité et de la paix commencera alors sur terre; malheur à ceux qui n'auront pas fait pénitence de leurs péchés. Les phénomènes de la fin des temps sont d crils ainsi que les derniers événements. Les morts ressusciteront; les justes iront dans le paradis et les pécheurs subiront la peine éternelle. Cette apocalypse est une œuvre de basse époque. Harnack. Geschichte der altchrist. Lit., 1.1, p. 856; R. Duval,· La littérature syriaque, p. 93; F. Macter, Les apocalypses a, oeryphes de Daniel, Paris, 1895, p. 89-99. 1498 5» Une Apocalypse de Zacharie, père de saint JeanBaptiste, dont l'existence et quelques extraits probables sont signalés. Zahn, Geschichte des Neutestanientlichen Fanons, Leipzig, 1892, t. n, fasc. 2, p. 776; Harnack, Geschichte des altchrist. Lit., 1.1, p. 856; A. Berendts, Studien über Zacharias-Apocryphen und Zacharias-Legendcn, Leipzig, 1895: Analecta Bollandiana, 1897, t. xvr, p. 92-93; Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. m, p. 265. E. Mangenot. 2. APOCALYPSE (Chevaliers de I’), fanatiques de Rome à la fin du xvn· siècle. Us avaient pour chef et fondateur Augustin Gabrino, qui s’intitulait primat du nombre septénaire et monarque de la sainte Trinité. Ses disciples, d'ailleurs peu nombreux, étaient presque tous des artisans. Ils se proposaient comme but prin­ cipal de défendre l’Église contre l’Antéchrist, dont le règne, disaient-ils, était proche; ils professaient, en outre, des doctrines opposées â l'indissolubilité du ma­ riage. Leurs insignes, que plusieurs portaient sur leurs vêtements, étaient un sabre et un bâton de commande­ ment posés en croix et une étoile rayonnante avec les noms des anges Gabriel, Michel et Raphaël. Le jour des Rameaux de l'année 1694, entendant chanter ces paroles : Qui est iste rex gloriæ? Gabrino, l’épée à la main, se précipita au milieu du clergé en disant : Son io, son io questo re della gloria. Aussitôt arrêté, il fut enfermé comme fou. Un de ses disciples, charron de son mé­ tier, ayant été saisi, exposa le but et les doctrines des chevaliers de l’Apocalypse. A la suite de ces révélations, trente de ces fanatiques furent jetés en prison, les autres se dispersèrent d’eux-mêmes. G. Moroni, Dieionario di eruditione stnrico-ecclesiastica, Venise, 1840, t. n, p. 236. B. Heurtebize. APOCRYPHES (Livres). - I. Diverses significa­ tions. II. Nombre, listes et collections. 111. Intérêt qu’ils présentent pour les théologiens. I. Diverses significations. — Les expressions gfôkoi άποκρύφοι, απόκρυφα, libri apocryphi, apocrypha, ont été employées par les Pères et les écrivains ecclésiasti­ ques en des sens différents qu'il importe de distin­ guer et de préciser. 1. Livres pseudo-canoniques. — La signification la plus ancienne dérive directement de l’étymologie du mot άποκρύφος, « caché, » et désigne des livres qui ne sont pas mis dans le domaine public, mais qui sont tenus cachés et communiqués aux seuls initiés d’une secte ou à certaines catégories de personnes, ou bien parce qu'ils contiennent une doctrine ésotérique, ou bien parce qu’ils ne sont pas admis à la lecture publique dans toutes les Églises, quoiqu’ils portent le nom d’un saint de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Quels que soient, d’ailleurs, leur origine et leur contenu, qu'ils soient pseudépigraphes ou hérétiques, ils sont dits apocryphes pour celte raison principale que l’Église ne les reçoit pas universellement dans sa collection des livres ins­ pirés. Άποκρύφος signifie donc expressément secretus, « caché, » et il est opposé à φανερός, manifestus, « public. » Il a pour synonyme απόρρητος, arcanus, qui est mis en opposition avec ρητός, appliqué à des livres non pas mystérieux, mais accessibles à tous. Άποκρύφος est aussi opposé à δημόσιος, publicus, et à κοινός και δεδημευμένος (ou ordinairement δεδημοσιευμένος), vulga­ tus. Il désigne donc des livres qui ne sont pas d’usage public dans les communautés ecclésiastiques et qui dif­ férent ainsi des livres que l’Église tient pour sacrés et qu’elle fait lire publiquement dans ses assemblées offi­ cielles. Il signifie « non canonique ». Saint Irénée, Cont. hier., I, xx. n. 1, P. G., t. vu, col. 653, dit que les marcosiens prouvaient leurs erreurs par le témoignage d’écrits apocryphes et bâtards, απόκρυφων και νόθων γραφών, et il cite une parole tirée des évangiles 1499 APOCRYPHES (LIVRES) 150b signification de livres cachés, secrets, mystérieux, non apocryphes. A ses yeux, ces écrits sont non authentiques, admis â la lecture publique, et partant non canoniques. puisqu’il les croit fabriqués par ces hérétiques, et apo­ Les uns vont les chercher chez les Juifs, et ils pensent cryphes, parce qu'ils ne font pas partie des livres sacrés de l’Église. Au rapport d’Eusèbe, H. E., iv, 22, P. G., que le mot « apocryphe » est la traduction du mot chaldéen gànûz, qui désigne, dans la langue des rabbins, un t. xx, col. 384, Ilégésippe affirmait que quelques-uns manuscrit mal copié, déchiré ou souillé et, par suite, des livres qu’on appelle apocryphes, avaient été com­ hors d’usage et caché ou enfoui dans la genizal,i des posés de son temps par des hérétiques. Tertullien, De synagogues. Cf. Talmud de Jérusalem, Schabbalh, ix. 6, resurireclione carnis, 63, P. L., t. Il, col. 886, reproche trad. Schwab, Paris, 1881, t. iv, p. 123; Sanhédrin, x, aux hérétiques, marcionites et Valentiniens, d'ajouter aux altérations et aux fausses interprétations de l'Écriture 6, ibid., 1889, t. xi, p. 44. Mais il est plus probable que, si l'idée est d’origine juive, elle provient de la tradition « les enseignements secrets des apocryphes, des fables ancienne d'après laquelle les Juifs avaient, à côté des blasphématoires », arcana apocryphorum, blasphemiæ livres canoniques communiqués â tous, des ouvrages fabulas. Il rejette, De pudicitia, 10. ibid., col. 1000, le plus profonds, réservés aux sages de la nation. Hénoch, témoignage du Pasteur d’Hermas, qui, loin d’avoir l'hon­ neur de faire partie de l'Écriture sainte, est placé par r, 2; cviii, 1; IV Esd., xii, 36-38; xiv, 18-48. Voir toutes les Églises au nombre des apocryphes, inter col. 1483, 1487. Il est certain qu'Origène a expliqué le mot « apocryphe » dans ce dernier sens. Cf. Épiphane, apocrypha et falsa.Clément d'Alexandrie, Strom.. i, 15, P. G., t. vin, col. 773, rapporte que les disciples de I De mensuris, 10, P. G., t. xi.ni, col. 253. D’autres criti­ ques pensent que les Pères ont emprunté ce mot aux l'hérétique Prodicus prétendaient posséder les livres auteurs païens qui connaissaient l'existence ά’άπόκρυφα apocryphes de Zoroastre, c’est-à-dire les écrits mysté­ βιόλία, de libri reconditi, contenant une doctrine théur­ rieux de ce mage. Plus loin, Strom., ut, 4, ibid., gique et ésotérique, destinée aux seuls initiés. Cf. Arcol. 1133, il dit que les marcionites ont tiré leur erreur nobe, Adv. gentes, v, 5, P. L., t. v, col. 1088; Philastre, morale d’un apocryphe, έκ τίνος άποκρύφου, qu’ils avaient Hæres., 115, P. L., t. xn, col. 1239. Quoi qu'il en soit, eux-mêmes composé, l’attribuant mensongèrement à Dieu, ou qu’ils avaient reçu d’autres mains, en l’interpré­ les premiers hérétiques avaient certainement des livres de cette nature, des ouvrages secrets et mystérieux, soitant mal. La notion des livres apocryphes, obscure en­ core en quelques-uns des témoignages précédents, se pré­ disant d'origine divine, sur lesquels ils appuyaient leurs erreurs. Cf. Épiphane, Hæres., xlvii, 1, P. G., t. xli, cise sous la plume d’Origène. Ils sont mis nettement en col. 852; lxi, 1, col. 1040; txin, 2, col. 1064; Augustin, opposition avec les livres canoniques. Ainsi, selon lui, des De actis cum Felice Manichæo, n, 6, P. L., t. xi.ii, traditions relatives à Isaïe et à Zacharie ont été cachées col. 538, 539. Sauf meilleur avis, il nous semble que au peuple juit et sont conservées dans les apocryphes. tous ces éléments divers ont concouru, dans l'ancienne Epist. ad Africanum, n. 9, P. G., t. xi, col. 65; Com­ littérature ecclésiastique, à former l'idée complète des ment. in Matth., x, 18, P. G., t. xni, col. 881. Elles ne se écrits apocryphes. Cf. Zahn, Geschichte des Neuteslalisent pas dans les livres publics des Juifs, mais dans des écrits plus secrets qui ont cours parmi eux. In Matth. mentlichen Kanons, Erlangen, 1888, t. 1, fasc. 1, p. 123139. comment, series, 28, ibid., col. 1636, 1637. Plus loin, ibid., 46, col. 1667, il oppose aux Écritures canoniques 2. Livres pseudépigraphes. Deutérocanoniques. — Quand le mot « apocryphe » fut universellement admis que tout chrétien reçoit et croit les écrits secrets et non dans l’usage ecclésiastique avec la signification de non publics que les hérétiques proposent en faveur de leurs canonique, il reçut d'autres significations encore. Tout erreurs. Plus loin encore, ibid., 117, col. 1769, il ap­ pelle écrits « secrets » de Jérémie et d’Élie les apoca­ en maintenant la canonicité des livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament, saint Augustin entendait par apo­ lypses apocryphes attribuées à ces prophètes, et il oppose aux Écritures publiques le livre apocryphe de Jamné et cryphes des écrits qui, comme le livre d'Enoch, étaient attribués aux prophètes et aux apôtres, mais dont l’ori­ de Mambré. Les Juifs n’ont pas les livres de Tobie et gine était inconnue. Apocryphæ nuncupantur eo quad de Judith en hébreu, « même parmi les apocryphes; » earum occulta origo non claruit patribus. De civit. Dei, mais l’Église reçoit ces livres. Epist. ad Afric., n. 13, XV, xxii, η. 4, P. L., t. XLI, coi. 470. Ces écrits, mis P. G., t. xi, col. 80. Pour expliquer le reproche d’ignorer sous les noms des saints, ne sont pas reçus dans le les Écritures que Jésus adresse aux Sadducéens, Matth., canon, non quod eorum hominum, qui Deo placuerunt, xxil, 29, Origène, Corn, in Matth., xvn,35, P. G., t. xm, reprobetur auctoritas, sed qtiod ista esse non credantur col. 1593, dit qu'on pourrait recourir aux livres apo­ cryphes des Juifs, distincts des Écritures saintes. D'après ipsorum. Ibid., XVIII, xxxvm, coi. 598. Cf. Cont. Faus­ tum, xi, 2, P. L., t. xlii, coi. 245. Saint Jérôme définit l’auteur des Philosophumena, vu. 20, P. G., t. xvi c, aussi quelquefois les apocryphes des livres qui ne sont col. 3302, Basilide et son fils Isidore prétendaient con­ pas « de ceux dont le nom est marqué dans le titre ». naître les discours apocryphes que le Sauveur avait Epist., evil, ad Lætam, n. 12, P. L., t. xxn, col. 877. adressés spécialement à saint Matthias. Saint Atbanase, Cependant, dans son Prologus galeatus, P. L., t. xxvm, Epist. fest., xxxix, P. G., t. xxvi, col. 1436, 1440, dis­ tingue nettement les livres canoniques des apocryphes col. 556, il appelait apocryphes les livres de l’Ancien et il affirme que ceux de l’Ancien Testament que nous Testament qui ne sont pas dans les bibles hébraïques appelons deutérocanoniques, ne sont pas au nombre des et qu'il n’admettait pas dans le canon, bien qu’il re­ apocryphes. Didyme, Fragmenta in Actus apost., P. G., connût ailleurs, Præfatio in libros Salomonis, ibid., t. xxxix. col. 1669, oppose les apocryphes aux livres col. 1243, qu'ils étaient lus par l’Eglise pour l'édification du peuple. Il rangeait catégoriquement les deutéroca­ canoniques reçus dans le domaine public. Cf. Eusébe, noniques de l’Ancien Testament au nombre de ces apo­ H. E., ni, 3, P. G., t. xx, col. 217; Théophile d'Alexan­ drie, Epist. pasch., traduite par S. Jérôme, Epist., xcvi, cryphes, inter απόκρυφα. Il les nommait encore apo­ 20, P. L., t. xxii, col. 789; Philastre, Hæres., 88. P.L., cryphes dans ses préfaces. In lib. Tobiæ, P. L., t. xxix, t. xil, col. 1199-1200; Rufin, Comment, in symbolum col. 24; In lib. Judith, ibid., col. 37. Le nom d'apo­ apost., n. 38, P. L., t. xxi, col. 374. Cette signification cryphes, donné par saint Jérôme aux deutérocanoniques originelle du mot apocryphe s’est toujours conservée de l’Ancien Testament, a été répété par quelques écri­ dans l’Église catholique dont les docteurs ont générale­ vains du moyen âge qui admettaient néanmoins leur ment tenu les apocryphes pour des livres exclus du canonicité. Ainsi saint Isidore de Séville, Etym., vi. 1, n. 9, P. L., t. i.xxxii, col. 229-230. Alcuin avait des doutes canon biblique. Les critiques modernes ne sont pas d’accord pour sur la canonicité de l’Ecclésiastique, parce que saint Jé­ expliquer le point de départ et la raison d’être de cette I rôme et saint Isidore ont rangé ce livre au nombre des 1501 APOCRYPHES (LIVRES) apocryphes, Adv. Elipand., I, n. 18, P. L., t. ci, col. 254; cf. Disputai, puerorum, ", ibid., col. 1124; Pierre Comestor, Hist, scholast., hist. lib. Josue, P. L., t. cxcvin, col. 1260; .1. Beleth, nationale div. off., 60, P. L., t. ccii, col. 66; Pierre de Blois, De divis, et script, sac. libr., P. L., t. ccvn, col. 1052; Epist. dnonymi ad Hugonem amicum suum, P. L., t. ccxm, col. 714; Hugues de Saint-Cher, Opera omnia, Cologne, 1621, t. I, p. 178 r., 218v.; Tostat, Opera, Cologne, 1613, t. ix a, p. 7; cf. t. vi, p. 5; S. Antonin, Chronic., i, 3,9, Lyon, 1586,1.i, p. 85; Sum.theol., m, 18,6, Vérone, 1740, t. m, p. 1043; Cajelan, In omnes libros authent. Script. comment., Lyon, 1639, t. n, p. 400. Les protestants ont généralement employé le nom d’apocryphes pour désigner les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament. Carlstadt, De canonicis script, libellus, Wittenberg, 1520, réédité par Credner, Zur Geschichte des Kanons, Halle, 1847, p. 389, et Luther, dans sa version allemande de la Bible, publiée en 1534, adoptèrent ce nom qui a prévalu jusqu’aujourd'hui dans le langage des protestants. Cf. Kaulzsch, Die Apokryphen und Pseudepigraphen des A. T., Tubingue, 1900, t. i. 11 fut mis en avant dans les discussions qui eurent lieu au concile de Trente touchant le canon biblique. Après la congrégation générale du 27 mars 1546, on proposa qua­ torze questions qui résumaient les doutes énoncés dans les réunions précédentes. La quatrième était exprimée en ces termes : « Les livres qui sont appelés apocryphes et qu’on a coutume de joindre aux livres sacrés dans tous les manuscrits de la Bible, doivent-ils être retranchés nommément par décret ou passés sous silence? » Cet énoncé est obscur et ne laisse pas, à lui seul, deviner s’il s’agit des deutérocanoniques ou apocryphes pseudépigraphes. Mais les sulfrages émis montrent clairement qu’il s’agissait des deutérocanoniques. La majorité vota leur admission au canon sans distinction. A la séance du 5 avril, une nouvelle rédaction du décret De cano­ nicis Scripturis fut proposée au suffrage des Pères. Le cardinal de Trente aurait voulu que les livres de moindre autorité, tels que le livre de Tobie que saint Jérôme nomme parmi les apocryphes, fussent placés à la fin du décret. L’évêque de Castellamare garda des doutes sur la canonicité des livres de Baruch et des Machabées. Il aurait plu au général des carmes qu’on distinguât les livres sacrés des apocryphes, comme l’a fait saint Jérôme. A. Theiner, Acta genuina ss. tec. cône. Tridentini, Agram (1874), t. i, p. 72-77, 84, 85. Cf. A. Loisy, Histoire du canon de TA. T., Paris, 1890, p. 199-204. Le décret, promulgué le 8 avril, n’établit pas la distinction de­ mandée, et la canonicité des deutérocanoniques fut infailliblement proclamée. Dès lors, les catholiques ne peuvent plus douter de leur autorité divine. Cf. Sixte de Sienne, Bibliotheca sancta, Venise, 1566, p. 10. Si les protestants continuent à désigner les ’deutérocanoniques de l’Ancien Testament par le nom d’apocryphes, ils sont en contradiction manifeste avec la majorité des Pères et ils se font l’écho de saint Jérôme, qui est l’au­ teur responsable de cette dénomination. Les quelques voix isolées qui, au moyen âge, ont répété ce nom, ad­ mettaient néanmoins la canonicité de livres qu’elles di­ saient apocryphês. Cf. Schürer, dans la Realencyclopâdie für protestait tische Théologie und Kirche, 3’ édit., Leip­ zig, 1896, t. t, p. 622-624; Le Hir, Études bibliques, Paris, 1869, t. Il, p. 90-94. 3. Livres hérétiques. — Comme un grand nombre des écrits apocryphes ou pseudo-canoniques étaient l’œuvre des hérétiques, le rnot « apocryphe t> a été employé comme synonyme d’hérétique dans le décret du pape Gélase. Des apocryphes y sont cités parmi les livres des hérétiques et des schismatiques, que l’Église catholique ne reçoit pas. Mansi, Concil., t. vm, col. 150-151,165- j 172. Cf. Preuschen..Analecta, Fribourg-en-Brisgau, 1893, : p. 152-155. Le concile de Braga, tenu en 563, dit de . 1502 même, dans son 17' canon : « Si quelqu’un lit. approuve ou défend les fictions impies que les hérétiques ont mises, pour confirmer leurs erreurs, sôus le nom des patriarches, des prophètes ou des apôtres, qu il soit anathème. » Mansi, Concil., t. ix, col. 776. Ct. S. Léon. Epist., xv, 15, P. L., t. i.iv, col. 688; Capitula abAngesigo collecta, 73, P. L., t. xcvn, col. 518. Photius, Bi­ bliotheca, cod. 114, P. G., t. cm, col. 389, a dit dans le même sens que le livre des Actes de saint Jean était « la mère et la racine de toute hérésie », πάση; αίρέσεως πηγή καί μητήρ. — Les trois significations du mot « apocryphe » sont réunies dans la définition qu'en a donnée Hugues de Saint-Victor, De Scripturis et script, sac., 11, P. L., t. CI.XXV, col. 18. II. Nombre, listes et collections des livres apo­ cryphes. — Le nombre des apocryphes pseudo-canoni­ ques est considérable, mais il ne peut être exactement fixé, parce que beaucoup sont perdus ou ne sont con­ nus que par leurs litres, et il peut se faire qu’un seul et même ouvrage ait été cité sous des titres différents. On en a dressé, d’assez bonne heure, des catalogues plus ou moins complets. Outre la liste de la décrétale de Gélase mentionnée plus haut, citons le catalogue stichométrique de Nicéphore (-j- 828), P. G., t. c, col. 1060; Preuschen, Analecta, p. 157-158; Zahn, Geschichte des Neulestamenllichen Kanons, Erlangen, 1890, t. n, fasc. 1, p. 229-301 ; celui qui termine la Synopsis Scripturae sacræ, attribuée à saint Athanase, P. G., t. xxvm, col. 432; Zahn, op. cit., p. 317; un catalogue anonyme, dit des soixante livres canoniques. Preuschen, op. cit., p. 159-160; Zahn, ibid., p. 291-297. Ils dépendent de la même source. On connaît aussi un catalogue syriaque, dressé par Èbedjésu, voir Assémani. Bibliotheca orien­ talis, Rome, 1725, t. m, p. 3, et une liste arménienne, qui se trouve dans la Chronique de M’Kitar d’Aïrivank, rédigée vers 1297, et éditée par Patkanoff, Saint-Péters­ bourg, 1867. Des listes du même genre ont été faites par des savants modernes, Sixte de Sienne, Bibliotheca sancta, Venise, 1566, p. 54-62, 68; Lacombe, Manuel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1850, t. t (seul paru), p. 11-22. A partir du xvi' siècle, des recueils d'ouvrages apo­ cryphes pseudo-canoniques ont été publiés. On a géné­ ralement séparé les apocryphes de l’Ancien Testament de ceux du Nouveau. La première collection des apocryphes de l’Ancien Testament fut faite par Fabri­ cius, Codex pseudepigraphus V. T., 1713, 2 in-12, Hambourg, 1722-1723. D’autres, servant de supplément, ont suivi : Gfrôrer, Prophetæ veteres pseudepigraphi, in-8», Stuttgart, 1810; Hilgenfeld, Messias Judaeorum, Leipzig, 1869; Fritzsche, Libri V. T. pseudepigraphi selecti, Leipzig, 1871 ; Bissell, The Apocrypha of the Old Testament, New-York, 1880; Deane, Pseudepigrapha, Londres, 1891 ; Kautzsch, Die Apocryphen und Pseude­ pigraphen des A. T., 2 in-8», Tubingue, 1900. On avait commencé plus tôt â réunir les apocryphes du Nou­ veau Testament : M. Neander, Apocrypha, h. e. narra­ tiones de Christo, Maria, Joseph, cognatione et familia Christi, extra Biblia, à la suite de la Catechesis parva Mart. Lutheri græco-latina, Bâle, 1564,1567 ; J. Herold, Orthodoxographa, Bâle, 1555; J. Grynæus, Monumenta s. Patrum orthodoxographa, Bâle, 1569; L. de la Barre, Historia Christiana veterum Patrum, Paris, 1583; N. Glaser, Apocrypha, partenelica, philologica, Ham­ bourg, 1614; A. Fabricius, Codex apocryphus N. T., Hambourg, 1703, 1719; J. Jones, .4 new and full method of settling the canonical authority of the N. T., Oxford, 1798; A. Birch, Auctarium codicis apocryphi N. T. Fabriciani, Copenhague, 1804; Thilo, Codex apo­ cryphus N. T., Leipzig, 1832. Ce dernier ouvrage, qui est vraiment critique, ne contient que les Evangiles. G. Brunet les a traduits en français, Les évangiles apo­ cryphes, traduits et annotés d’après l’édition de Thilo, 1503 APOCRYPHES (LIVRES) — APOLLINAIRE Paris, 1845. Cf. Migne, Dictionnaire des apocryphes, 2 in-4°, Paris, 1856-1858. Dès lors, les apocryphes du Nouveau Testament ont été partagés en quatre classes : les Évangiles, les Actes des apôtres, les Épilres et les Apocalypses, et ils ont été édités séparément. A. Hilgenfeld, Novum Testamentum extra canonem receptum, Leipzig, 1866; 2'édit., 4fasc., 1876-1884. Pour les Évan­ giles, voir Tischendorf, Evangelia apocrypha, Leipzig, Ï853, 1876; Cowper, The apocryphal Gospels, Londres, 1867 ; 4· édit., 1874; Robinson, Coptic apocryphal Gospels, Cambridge, 1896; pour les Actes, Tischendorf, Acta Apostolorum apocrypha, Leipzig, 1851, réédité par Lipsius et Bonnet, 1891-1898; Wright, Apocryphal Ads of the Apostels, 2 in-8”, Londres, 1871; Guidi, Gli Alli apocri/i degli Apostoli nei testi eopli, arabi et eliopici, in-8’, Rome, 1888 ; 0. von Lemm, Knplische, apokryphe Aposlelaclen, 2 in-4°, Saint-Pétersbourg, 1888-1892; et pour les Apocalypses, Tischendorf, Apo­ calypses apocryphte, Leipzig, 1866. Les ouvrages parti­ culiers ont été indiqués déjà, col. 362, 1491, ou le seront dans les articles spéciaux de ce Dictionnaire. III. Intérêt que les apocryphes présentent pour les THÉOLOGIENS. — Bien que les apocryphes ne soient que fiction et n’ajoutent pas un point nouveau au dogme catholique, bien que plusieurs d'entre eux soient l’œuvre des hérétiques, la théologie cependant peut en tirer profit. Déjà Origéne, In Mallh. comment, series, 28, P. G., t. xni, col. 1637, l’avait compris. 11 s'en servait « n’ignorant pas que beaucoup de ces écritures secrétes ont été composées par des impies, qui font sonner très haut leur impiété... Il faut de plus observer atten­ tivement que nous ne recevons pas tous ces apocryphes, qui sont mis sous le nom des saints, parce que les Juifs en ont fabriqué, peut-être pour détruire la vérité de nos Écritures et pour établir des dogmes faux. Mais nous ne rejetons pas ceux qui servent à prouver nos Écritures, car c’est le propre du sage d’entendre et de réaliser la parole : « Éprouvez tout, retenez ce qui est « bon. » Toutefois, parce que tous ne peuvent pas, comme de bons changeurs, discerner le vrai du faux, ni s’en tenir à la vérité et s’éloigner de toute apparence mau­ vaise. personne ne recourra, pour confirmer le .dogme, aux livres qui sont en dehors des Écritures canoni­ ques ». Saint Jérôme, Epist., cvn, ad Lætam, n. 12, P. L., t. xxil, col. 877, était plus circonspect; il recom­ mandait de ne pas lire les apocryphes, parce qu’ils contiennent beaucoup d'erreurs et qu’il faut une grande prudence pour chercher l'or dans la boue. L’hérétique Priscillien, Liber de fide et de apocryphis, édit, de Schepss, Corpus script, eccl. latin., Vienne, 1889, t. xvm, p. 44-56, avait foi entière dans les apocryphes; il pré­ tendait que la vérité du dogme se trouvait en dehors des livres canoniques, que ces derniers citaient les apo­ cryphes et leur reconnaissaient une valeur historique. Le canon du concile de Braga, rapporté plus haut, con­ damnait l’erreur des priscillianistes. Fulbert de Chartres, qui connaissait plusieurs apocryphes, n’y ajoutait pas foi, parce que les Pères les ont mis hors des Écritures canoniques. Tractat, in xn, 1, Act. apost., 19, P. L., t. cxli, col. 303; Serm., iv, ibid., col. 320; Serm., vi, ibid., col. 327. Après avoir distingué les dilférentes espèces d’apocryphes, mentionnées plus haut, Vincent de Beauvais, Speculum majus, gen. prolog., 9 et 12, Douai, 1624, p. 7-8, 10, sans accorder aucune autorité à ces livres, reconnaît qu’il est permis de les lire et de croire ce qui dans leur contenu n'est pas contraire à la foi catholique, encore que la vérité n’en soit pas cer­ taine. C’est ainsi que lui-même en cite quelques extraits, sans se porter garant de leur vérité ; il les rapporte comme les paroles des philosophes et des poètes, qu’on peut admettre, salva fide. Bien que fictive et extra-canouique, la littérature apocryphe fournit un précieux appoint aux sciences ecclésiastiques. Elle sert â l'his­ 1504 toire du dogme et à celle des hérésies. Ainsi les apo­ calypses juives nous font connaître les idées messia­ niques, la doctrine sur les anges et les fins dernières qui avaient cours chez les Juifs aux environs de l’ère chrétienne. Voir col. 1479-1491. Les Evangiles apocryphes confirment plusieurs dogmes chrétiens. Le Hir, Études bibliques, t. Il, p. 102-104; Variot, Étude sur l’histoire littéraire, la forme primitive et les transformations des Évangiles apocryphes, Paris, 1878, p. 481-493; Birch, Auctarium codicis apocryphi N. T., p. liv-lxi. Les Actes apocryphes nous ont révélé l’éthique des gnos­ tiques chrétiens de la fin du II· siècle. Voir col. 354362. Ces résultats expliquent el justifient la publication de tant d’écrits apocryphes et la vogue qu'ils ont auprès des théologiens modernes. Danko, De sacra Scriptura, Vienne, 1867, p. 72-91 ; Vigou­ reux, Manuel biblique, 10· édit., Paris, 1898. t. r, p. 119-143; Dictionnaire de ta Bible, Paris, 1892, t. I, coi. 767-772; Trochon, Introduction générale, Paris, 1886, t. I, p. 471-499; Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1892, t. i, col. 1036-1084; Smith, A Dictionary of the Bible, 2· édit., Londres, 1893, t. i, p. 160-197; Comely, Hist, et erit, introductio genera­ lis, 2· édit., Paris, 1894, p. 210-246 ; Chauvin, Leçons d'intro­ duction générale, Paris, 1898, p. 193-198. E. Mangenot. 1. APOLLINAIRE Claude (Saint),succéda, vers l'an 161, à Papias sur le siège d'Hiérapolis ad Lycum, ville de Ia Phrygie 1Γ· ou Pacatienne. « Homme digne d'é­ loge, dit Théodoret, Haereticarum fabul. compend., 1. III, c. π, P. G., t. lxxxiii, col. 404, également versé dans les sciences humaines et dans les lettres divines. » Eusèbe le met au nombre et, ce semble, à la tête de ce groupe d’évêques qui combattirent vigoureusement, dans son pays d’origine, le montanisme naissant et le con­ damnèrent dans plusieurs synodes, les premiers dont il soit fait mention dans l’histoire de l’Église, il est vrai, sans date ni lieu certains. Hist, eccl., 1. V, c. xvi, P. G., t. xx, col. -464; cf. Libell. synodic., dans Mansi, Collect, concil., 1.1, col. Ί23, où il est parlé d’un concile qu'Apollinaire célébra dans sa ville épiscopale avec vingt-six autres évêques. Apollinaire composa aussi un ouvrage contre la secte. Eusèbe, op. cil., 1. IV, c. xxvn, P. G., t. xx, col. 397; cf. Serapion, Ep. ad Carie, et Pontic., dans Eusèbe, op. cit-, 1. V, c. xix, P. G., t. xx, col. 481. 11 avait écrit auparavant un Discours à l’empereur MarcAurèle, cinq livres Adversus gentes, deux livres Adver­ sus Judæos, deux livres De veritate. Eusèbe, op. cit., 1. IV, c. xxvn, P. G., t. xx, col. 397; cf. S. Jérôme, De viris illustr., c. xxvi, P. L., t. xxm, col. 645. C’est tout ce qui reste, dit Eusèbe, « de tant d’ouvrages men­ tionnés çà et là. » Le Ch ronicon paschale, préf., P. G., t. xcil, col. 79, rapporte deux fragments d’un écrit Sur la Pâque; Théodoret en mentionne un Contre les en­ crantes se've'riens, op. cil., 1. I, c. xxi, P. G., t. lxxxiii, col. 372; Photius avait lu d’Apollinaire un livre De la piéle. Diblioth., cod. xiv, P. G., t. cm. Nous n'avons de ces ouvrages qu’un très petit nombre de courts frag­ ments ; car il est loin d’être certain, bien que Baluze, dans Mansi, Collect, concil., t. i.col. 693, l’ait soutenu contre du Valois dans ses notes sur VHist. eccl. d'Eusèbe, qu’Apollinaire soit l’anonyme anti-montaniste lon­ guement cité par Eusèbe, Hist, eccl., l.V, c. xvi-xvii, P. G., t. xx, col. 464-476. Vôlter retrouve le De ven­ tate ou du moins le I" livre de cet écrit dans la Cohor­ tatio ad Gentiles du Pseudo-Justin. Le Martyrologe fait mémoire de saint Apollinaire d'Hiérapolis au 8 jan­ vier. De Otto, Corpus apolog. christ., t. ix, p. 479-495. Cf. Harnack, Geschichte der altchristl. Liter., 1.1, p. 243-246; Th. Zahn, Fors· chungen zur Geschichte des neutcstamentl. Kanons, V· part., Erlangen, 1893, p. 99-100, s’occupe du nom, et adopte l'orthogra­ phe a Apolinarius >. C. Vepscuaffel. 4505 APOLLINAIRE DE SAINT-THOMAS — APOLLINAIRE LE JEUNE 2. APOLLINAIRE DESAINT-THOMAS,del onlie des carmes; on a de lui un Enchiridion polenticum dogmaticæ theologiæ juxta mentem angelici doctoris et P. P. Salmanticensium doctrinam, in-4», Naples 1736. 1500 gentils du pseudo-.Iustin; ni peut-être l’Anlirrhet’-ui contra Eunomium, que M. Draeseke croit retrouver dans les deux derniers livres du traité de saint Basile contre Eunomius. Les ouvrages théologiques d'Apollinaire, écrits après Hurler, Nomenclator lilerarius, t. n, Inspruck, 1893. col. 1302. sa chute et pour soutenir ses erreurs, ne nous ont été V. ÛBLET. longtemps connus que par les citations qu’en ont faites 3. APOLLINAIRE L'ANCIEN, au iv> siècle, gram­ les Pères dans leurs répliques, notamment saint Gré­ mairien à Béryte, puis à Laodicée en Syrie, fut fait goire de Nysse et Thêodoret. On lisait toutefois dans prêtre de cette église et compta parmi les tenants les l’opuscule Adversus fraudes apollinaristarum- que, plus fermes de saint Athanase et du concile de Nicée. pour tromper les simples, apollinaristes et monophy­ Lorsqu'en 362 Julien l’Apostat, jaloux d’écarter le chris­ sites avaient fait circuler des écrits d’Apollinaire sous tianisme des écoles, défendit aux professeurs chrétiens de les noms de saint Grégoire le Thaumaturge, de saint lire dans leurs classes et de commenter les poètes ou Athanase, du pape saint Jules. P. G., t. lxxxvi, col. 1948. les philosophes grecs, les doux Apollinaire, le père et le Lequien, au xvin» siècle, et de nos jours M. Caspari, fils, esprits très cultivés et très faciles, s’évertuèrent à Alte undneue Quellen zur Geschichle des Taufsymbols, remplacer par des livres nouveaux les chefs-d'œuvre de 1879, p. 65 sq., ont restitué â l’évêque de Laodicée la l'art antique, et à rendre ainsi l’enseignement possible Fidei expositio, Ή κατά μέρος πίστις, à laquelle on aux fidèles. Suivant Socrate, Hist. eccl., Ill, c. xvi, P. G., attache d'ordinaire le nom du Thaumaturge, et le traité t. lxvii, col. 417, Apollinaire l’Ancien traduisit le Pentadu pseudo-Athanase Su»· l'incarnation du Verbe, Περί teuque en vers hexamètres, puisa dans les deux premiers της θείας σαρκώσεως, etc. Tous les deux ont aussi re­ livres des Rois un poème épique en vingt-quatre chants, connu la main soit d’Apollinaire lui-même, soit de l’un fit des tragédies sur le modèle d’Euripide, des comédies des premiers apollinaristes, dans quatre lettres ou dis­ â la façon de Ménandre, des odes imitées de Pindare. sertations grecques attribuées au pape saint Jules. P. L., Cette littérature grecque improvisée, que n'animait point t. vin, col. 873-877, 929-936, 953-961. M. Draeseke va le souille du génie, ne survécut pas à l'édit de Julien. plus loin, et réclame pour Apollinaire, après une en­ Dès que Valentinien I«r l’eut révoqué, partout on en re­ quête trop hâtive, I'Expositio reclæ fidei du pseudovint à l'étude des grands écrivains classiques, et de la Justin dans la recension brève, trois homélies sous le tentative des Apollinaire il n’est resté qu'un souvenir. nom du Thaumaturge, P. G., t. x, col. 1145 sq., et les trois premiers d’entre les dialogues De la Trinité, sous Bardcnhewer, Les Pères de l’Église, leur vie et leurs œuvres, le nom de Thêodoret, P. G., t. xxvm, col. 1115-1338. traduction française, in-8·, Paris, 1899, t. Il, p. 16. Apollinaire le jeune avait commencé par être un des P. Godet. champions du concile de Nicée, un des frères d'armes 4. APOLLINAIRE LEJEUNEet les APOLLINA­ de saint Athanase. Mais son ardeur à combattre l'aria­ RI STES,—1. Apollinaire le Jeune.—Fils du précédent, il monta sur le siège de Laodicée en 362 et mourut après nisme i’entraina dans l’erreur opposée. Comme il tenait pour impossible, d une part, qu’une seule et même per­ 390. Théologien, polémiste, exégète, littérateur, il a été, dans l'Église grecque du IVe siècle, un des personnages sonne contint en elle deux natures parfaites, de l'autre, que l'impeccabilité fût l'apanage d’une volonté libre, il les plus en vue. Comme son père, il s'efforça de paraly­ s’imagina qu'on ne pouvait pas sauver la nature divine ser l'édit de Julien et de sauver les écoles chrétiennes. Selon Socrate, Hist. eccl., Ill, c. xvi, P. G., t. lxvii, | de Jésus-Christ, sans mutiler sa nature humaine; et col. 417, il mit pour sa part le Nouveau Testament en s'appuyant, en hellène raffiné qu’il était, sur la tricho­ dialogues calqués sur ceux de Platon, et qui tous ont tomie platonicienne, il dénia au rédempteur, sinon un péri. En revanche, on a souvent imprimé sous son nom corps humain avec l’âme sensible qui l'anime, du moins une âme raisonnable, νους ou πνεύμα, puisque aussi bien, une paraphrase du psautier en vers hexamètres, P. G., selon Apollinaire, la divinité même lui en tient lieu. t xxxiii, col. 1313-1538; mais, devant le silence de l’anti­ quité. l'authenticité de l'ouvrage n'est rien moins que C'était frayer les voies au monophysisme. Pour défendre contre l’erreur d'Apollinaire l'intégrité de la nature sûre. V. la littérature du sujet dans Krumbacher, Geshumaine du Verbe et replacer sur sa base le dogme de chichte der byzantin ischen Lileratur, in-8», Munich, 1891. p.306, note 2. La paraphrase versifiée de l'Évangile la rédemption, les Pères en appelèrent à l'envi au grand de saint Jean, que l’on attribue communément à Nonnus principe traditionnel : Quod non est assumptum, non esl de Panopolis, P. G., t. xi.m, col. 749-1228, serait, sanatum. Parmi eux on remarque saint Athanase, saint d'après M. Draeseke, l'œuvre d’Apollinaire le Jeune. Pure Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Êpiphane, Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste et hypothèse, qui présentement n'a point de base solide. La paraphrase du psaulier et celle de saint Jean n’ont Thêodoret. Dès 362, un concile d'Alexandrie condamna le novateur, en déclarant que le Verbe n’a pas pris un pas encore été comparées entre elles d’assez près. Quant à la tragédie du Christ souffrant, Χριστός πασχών, un corps inanimé, un corps privé de sentiment ou de centon du XI* siècle, M. Draeseke seul en fait honneur raison. Trois conciles romains, en 374, 376, 380, et le â l’évêque de Laodicée. deuxième concile général de Constantinople, en 381, le frappèrent à leur tour d’anathème. Exégète éminent, Apollinaire, dit saint Jérôme, De vir. ill., Civ, P. L., t. xxm, col. 742, composa « d'in­ II. Les apollinaristes. — Apollinaire ne rompit avec nombrables volumes sur les saintes Écritures ». Et de l'Église qu’en 375. La secte qui emprunta de lui son fait, les chaînes nous ont conservé de lui nombre de nom, compta dans Constantinople au iv· siècle une foule iragments sur les Proverbes, sur Ézéchiel, sur Isaïe, sur d’adhérents et se répandit surtout â travers la Syrie et la Phénicie. Elle eut, avec ses Églises propres, ses l’Épitre aux Romains. Mai, Nova Patrum biblioth., évêques à elle, personnages graves, éloquents et savants Rome, 1854, t. vu, pars II, p. 76-80, 82-91, 128-130. Mais 1< critique ne les a pas encore tous recueillis et passés à pour la plupart, entre autres Vitalis dans Antioche, l'his­ son crible. torien Timothée dans Béryte, et adopta des rites à part, et Sozomène, H. E., vi, 25, P. G., t. lxvii, col. 1357, Des travaux du polémiste, il ne nous est presque rien resté : ni les trente livres contre Porphyre, œuvre d'un assure notamment qu'aux psaumes on substituait des rare mérite, au dire de saint Jérôme, op. cit., ibid., ni cantiques composés par Apollinaire, aujourd'hui totale­ 1 apologie contre Julien et les philosophes grecs, intitument perdus. 1 e De la vérité, et que M. Draeseke s’est avisé sans Peu après la mort d’Apollinaire, la secte se divisa en raisons suffisantes d'idenlitier avec ['Exhortation aux deux partis ; l'un, plus prudent ou plus timide, dont DICT. DE TIIÉOL. CATHOL. I. - 48 1507 APOLLINAIRE LE JEUNE - APOLLONIUS DE TYANES 1508 Valentin fut le chef; l’autre, sous Timothée, poussant I suite de ses six livres, Πεοι έκστάσεως, où il faisait l’apo­ logie des phénomènes exlatiques, au milieu desquels les jusqu'au bout les conséquences de la théorie du maître. prophetesses de Montan se mettaient à prophétiser, il Outre l'àme raisonnable, les apollinaristes modérés re­ fusaient au Sauveur l’âme sensible, ώυχή. Les autres ] composa un septième livre, plus spécialement consacré à réfuter Apollonius, et le rédigea en grec pour être allaient jusqu'à soutenir, avec certains docètes, que le corps même de Jésus-Christ était descendu du ciel ; en I mieux à portée d’être compris des montanistes d’Asie. La perte de l’attaque d'Apollonius et de la riposte de sorte qu'après tout, l'humanité du Sauveur s'évanouissait, Tertullien nous empêche de nous faire une idée de ce absorbée complètement par la divinité. Nombre d’apolliqu'était la controverse au commencement du ni0 siècle. naristes rentrèrent dès 416 au giron de l’Église. Les sectaires obstinés se fondirent plus tard avec les monoEusèbe, H. E., v, 18, P. G., t. xx, col. 476; S. Jérôme, De vir. physites. ill., XL, P. L., L XXIII, col. 655 ; Routh, Reliq.socr.,t. I, p 4C5sq. G. Bareille. Draeseke, Apollinarias von Laodicea, sein Leben und seine 2. APOLLONIUS (Saint), martyrromain sous le règne Schriflen, nebst einem Anhang : A pollinarii Laodiceni quæ de Commode (180-192); littérateur et philosophe distin­ supereunt dogmatica, in-8·, Leipzig, 1892; Batiffol. La littérature gué, selon Eusèbe, H. E., V, xxi, P. G., t. xx, col. 485; grecque, 2* édit., in-12, Paris, 1898, p. 280-284, 327-329; Bardensénateur, selon saint Jérôme, De vir. ill., xlii, P. hewer, l.es Pères de l’Église, trad, franç., Paris. 1899, l. n. p. 1620; Id., art. Connus aus Panopolis, dans le Kirchenlexikon, | L., t. xxm, col. 657; Epist., lxx, ad Magnum, P. 1895, t ix, p. 446; Voisin, L’apollinarisme, Louvain, 1901; 1 t. xxii, col. 667. Il prononça devant le Sénat une très Lietzmann, Apollinars von Laodicea und seine Schute, 1907. belle apologie delà foi chrétienne et n'en fut pas moins P. Godet. condamné à mort. Eusèbe nous apprend qu'il avait in­ 1. APOLLONIUS, anti-montanlsto. Écrivain ecclé­ séré les actes et le plaidoyer du saint martyr dans ses siastique du temps de Commode et de Septime Sévère, Antiquorum martyrum passiones, aujourd'hui perdues. entre ISO et 210; grec d’Orient, et vraisemblablement de M. Conybeare (1893) a retrouvé ces actes dans un recueil la province d'Asie, car il est très au courant des ori­ arménien publié à Venise en 1874 et les bollandistes gines chrétiennes d’Éphèse ainsi que des faits et gestes en ont découvert un texte grec à la Bibliothèque natio­ des monlanistes de Phrygie; peut-être même évêque nale. Analecta bollandiana, t. xiv, 1895, p. 284-295. d'Éphèse, si l’on pouvait accepter ce qu’en dit l'auteur Cette apologie, d’une si noble simplicité, est une admi­ du Praedestinatus, 26, P. L., t. Lin, col. 596; mais le rable peinture de la foi et de la morale chrétiennes. Au silence d'Eusèbe rend fort douteux ce témoignage. Martyrologe, 18 avril. Évêque ou non, Apollonius prit en mains la défense de F. C. Conybeare, Apollonius’ apology and acts and other mo­ l’Église contre l'hérésie de Montan, à la suite de Zotique numents of early Christianity, in-8·, Londres, 1894; A. Har­ de Comane, de Julien d'Apamée, de Sotas d’Anchialus. nack, Der Process des Christen Apollonius vor dem rœmid'Apollinaire d'Hiérapolis, et composa un ouvrage, cité schen Sénat, dans les Sitzungsberichte der Icon. preuss. A kadepar Eusèbe, H. E., v, 18, P. G., t. xx, col. 476, et loué mie der Wissen., 1893, p. 721-746 ; A. Hilgenfetd, Apollonius par saint Jérôme, De vir. ill., XL, P. L., t. xxm, von Rom, dans la Zeitschrift filr wlssenschaftl. Theol., 1894, t. 1, p. 58-91; Th. Mommsen. Der Process des Christen Apol­ col. 655. lonius, dans les Sitzungsberichte der kon. preuss. AlcaCet ouvrage est perdu : on en ignore même le titre ; demie der Wissen,, 1894, p. 497-503; Th. Klette, Der Process on sail du moins qu'il dévoilait la fausseté des prophé­ unddie Acta S. Apollonii, dans Texte und Unters.. Leipzig, ties montanistes, racontait la vie peu édifiante _ des objets identiques : le surnaturel, Jésus-Christ, l’Église ; I posés par le christianisme et définis par l'Eglise sv-nt seulement, tandis que l’apologiste admet le magistère en eux-mêmes un objet de démonstration proprement de l’Église à cause de Jésus qui l'a institué, proclame la dite. Le terme de théologie générale ferait croire qu’.lle mission divine de Jésus à cause du témoignage de Dieu est un genre dont les divers traités de théologie spéciale, lui-même, qui l'a surnaturellement révélée, affirme dogmatiques ou moraux, seraient les espèces. Raphael l’existence et l'autorité de la révélation à cause des mi­ Pacetti la nomme logique théologique, et l'abbé Jules racles et des prophéties qui lui donnent pour garants la Didiot logique surnaturelle. Ces auteurs, le second science et la puissance divines, connaît enfin les attri­ surtout, prétendent établir une relation étroite entre la buts de Dieu par la raison capable de s’élever des créa­ philosophie et la théologie. La science sacrée se com­ tures au créateur, le théologien suit un ordre inverse : poserait, de même que la science rationnelle, de logique, c'est l’Église, qui est la règle prochaine de sa foi, en lui métaphysique et morale; seulement la première aurait proposant la révélation divine, et c’est par elle qu'il pour objet l'ordre surnaturel, la seconde l'ordre naturel. connaît la personne de Jésus, l’ordre surnaturel et la A ce point de vue, la logique étant l'art d’arriver au nature de Dieu. vrai, il doit exister une logique surnaturelle qui nous Il y a donc un rapport évident entre l’apologétique et conduit à la vérité révélée. Cette théorie est ingénieuse la théologie, non pas que la première puisse ètre nom­ et juste, mais ce titre est trop général, un peu vague, mée la source de l’autre, puisque leur raison formelle et désigne surtout un ensemble de règles formelles qui est absolument différente, l’une procédant de faits expé­ n’enveloppent pas tout le contenu de notre science. La rimentaux et de principes rationnels, l’autre des vérités nommer avec Drey, Stôckl et Gutberlet : Apologétique, révélées, usais parce que la révélation n’est certaine et c'est prendre le genre pour l'espèce, car rien n’est plus sa transmission assurée qu’après démonstration ration­ distinct, ainsi que nous allons nous en convaincre, que nelle, l’apologétique est tout au moins la condition abso­ l'apologétique irénique et l'apologétique polémique. lument nécessaire de la théologie. Kleutgen, qui lui Pour ces motifs, nous préférons le nom de théologie attribue ce caractère, Théologie der Vorzeit, Munster, fondamentale (Schwetz, Ottiger). Quævis sane scien­ 1853-1874, p. 553, se refuse à aller plus loin et ne tia, dit Knoll, ut rite constituatur, solido fundamento veut pas qu’on l’appelle principe ou fondement de la indiget. Cognoscere nimirum oportet in primis illius théologie : elle n’est point principe, puisque les argu­ tum principium constitutivum seu fontem, tum prin­ ments de la science sacrée ne sont pas des spéculations cipium regulativum seu modum, quo veritates perrationnelles; elle n'est pas fondement, car celui-ci n’est traclandæ hauriri debeant. — Si autem de disciplinis pas de même nature que l’édifice dont il est la base. Λ agatur, quæ theologiæ specialis partes officiunt, harum ces scrupules, qu’ils jugent excessifs, Knoll, Schwetz, principiun constitutivum est ipsa revelatio divitia, Hettinger, Jansen et autres, opposent la distinction qui principium autem regulativum primarium est in­ existe entre fondement et source, principe et germe. Les fallibilis Ecclesiæ auctoritas, et secundarium est ratio eaux d'un fleuve sont identiques aux eaux de la source, humana. Institutiones theologiæ dogmatieæ generalis mais une maison peut ètre composée d’autres matériaux seu fundamentalis, Inspruck, 1852, p. 28. C’est donc une que ses fondations, un germe produit un ètre par un science des fondements de la vraie religion, une théorie développement naturel, mais on peut légitimement dési­ des principes qui servent à établir l’existence d'une gner sous le nom de principe tout ce qui concourt à religion surnaturelle, la vérité de la révélation chré­ l'existence, à l'évolution ou à la connaissance d'un être. tienne, la légitimité, la nécessité de la forme sociale Ces considérations paraîtront plus claires et mieux jus­ qu’elles revêtent dans le catholicisme et qui subsiste tifiées dans la suite de cet article, mais, dès à présent, une et vivante dans l’Église de Jésus. on peut dire que, si la théologie peut être comparée à V. L’apologétique défend le christianisme contre un temple, l'apologétique est, à la fois, la base solide sur SES ennemis. — Historiquement, il en a; psychologique­ laquelle reposent les nefs, le sanctuaire, les coupoles, ment et moralement, il doit en avoir. Repousser leurs le clocher; les contre-forts extérieurs qui soutiennent attaques est le rôle de l’apologétique polémique, défen­ les murailles, le porche et le vestibule par où l’on sive, négative. Elle est plus ancienne, plus générale, plus pénètre dans l’édifice de la prière et de la vérité. mobile, plus variée, plus populaire que la théologie fon­ IV. L’apologétique est une démonstration du chris­ damentale ; mais elle est éparse et dépourvue de l'unité tianisme. — C’est la forme définitive qu’elle tend à rigoureuse qui caractérise celle-ci. On comprend, en effet, prendre de plus en plus; sa fonction principale est une que les aspects sous lesquels on peut envisager la reli­ justification : la défense et l'attaque sont les espèces de la gion sont innombrables : dogmes, préceptes, rites, sug­ polémique, ne sont que secondaires et presque acces­ gèrent des difficultés et des objections, renferment des soires, surtout moins rigoureusement scientifiques. En obscurités, présentent des antinomies apparentes qu'il ce premier sens, l’apologétique est dite irénique, expo­ faut dissiper et résoudre. Il n’est point de branche de la sitive et positive, car elle n’affecte pas les allures du science sacrée que l'apologétique polémique ne doive combat, elle définit, elle déduit, et c'est par voie directe dégager et soutenir. Les solvuntur objecta des traités qu’elle établit la vérité du christianisme. Son but est de classiques sont l'indispensable complément de la théo­ révéler le trésor de la révélation, non de le protéger: logie scolastique ; la démonstration d'une thèse exige la sa tâche est accomplie lorsqu’elle l'a enveloppé de lu­ réfutation de l'antithèse, et les preuves d'une vérité s'af­ mière et rendu visible à tous les yeux. fermissent par les arguments qui repoussent l'erreur. — Considérée sous cet aspect, l'apologétique est dési­ En théologie positive, l'apologétique doit sauvegarder gnée sous divers noms. C'est, pour un grand nombre de les textes par une sévère méthode critique, permettapt théologiens du xvin· siècle suivis par Perrone, Schouppe, de repousser les attaques contre l'intégrité ou l’aulhenLahousse, Bonal, etc., le Traité de la vraie religion; ticité d’un témoignage doctrinal ou historique, contre la Zigliara la nomme : Propédeulique à la doctrine sacrée. sincérité et la compétence de son auteur. — En exégèse Les titres : Introduction à la théologie (Thomas Es­ biblique, combien de questions naissent et pullulent ser, O. P.), Prolégomènes, ont le même sens, mais ils autour des théories sur la canonicité ou l'inspiration semblent peu propres à désigner une science distincte des Livres saints? — En histoireecclésiastique. combien et constituée. Il semble que démonstration chrétienne de discussions s'élèvent sur l’apostolicilé des Églises, et démonstration catholique ne conviennent pas abso­ l'influence ou la sainteté des papes, etc. On voit qu’il lument, car ces mots ne distinguent pas suffisamment est impossible d’assigner des cadres à la polémiqué l'apologétique de la dogmatique, et présentent le grave religieuse, de prévoir les points de vue auxqi: elle 1515 APOLOGÉTIQUE (NOTION ET BUT) devra se placer, de déterminer le rôle exact qu’elle devra remplir, et surtout de la séparer ou même de la distinguer de telle ou telle science théologique dont elle fait partie. Y a-t-il en Jésus-Christ deux volontés? La messe estelle vraiment un sacrifice? Questions d'apologétique contre les monothélites, les protestants, niais aussi thèses de dogmatique. — La virginité a-t-elle fait tort au mariage? L’Église condamne-t-elle le prêt à intérêt? Questions de controverse entre les théologiens d une part, les économistes et les historiens d'autre part, mais aussi thèses de morale. — L'histoire de Jonas, les sources du Pentateuque appartiennent au cours d'Écriture sainte, mais elles sont un terrain de combat où se rencontrent avec les catholiques les rationalistes ou les hypercritiques. — L'Eglise a-t-elle aboli l'esclavage; a-t-elle entretenu et produit peut-être les ténèbres qui environnaient certaines questions au moyen âge? Le pape Honorius s’est-il trompé? — A l'historien de l’Église qui traite directement ces questions, l'apologiste em­ prunte les résultats définitifs de ses recherches pour les opposer à ceux qui diraient avec Leconte de Lisle : « Le christianisme n’a jamais exercé qu'une influence déplorable sur les intelligences et sur les mœurs. » Histoire populaire du christianisme, Paris, 4871, p. 140. Ces exemples suffisent pour montrer que les limites sont imprécises qui séparent le domaine apologétique de celui où se meuvent les sciences dont la théologie est la reine. Quelques auteurs, parmi lesquels M. Duilhé de SaintProjet, Apologie scientifique de la foi chrétienne, 4· édit., Paris, 1897, p. 78, distinguent l’apologie, la controverse et la polémique. La première est dirigée contre les infidèles; telles les principales œuvres des Pères des premiers siècles ; on peut rappeler comme un modèle la Cité de Dieu de saint Augustin, cette démon­ stration de la providence qui agit visiblement par les invasions barbares contre le monde romain oppresseur et corrompu, vainement protégé par ses faux dieux en­ sevelis dans les ruines de la patrie. — La controverse défend contre les dissidents et les hérétiques l'unité et l'intégrité de la fui; telle cette merveilleuse Histoire des variations. où Bossuet dénonce l'inévitable morcel­ lement et la nécessaire confusion des doctrines protes­ tantes. — Enfin, au sein de l’Église, exerçant un droit très légitime et contribuant aux richesses et aux progrès de la théologie, des écoles se sont constituées autour des systèmes élaborés par des hommes de génie pour élucider ou expliquer des problèmes obscurs : telles les discus­ sions sur la manière d'entendre l'efficacité de la grâce entre le dominicain Thomas de Lemos et le jésuite Gré­ goire de Valentia, pendant les séances des congrégations de auxiliis. VL Définition. — Ces considérations suffisent pour nous permettre une définition. L'apologétique est cette partie de la théologie qui traite scientifiquement de la justification et de la défense de la foi chrétienne. VIL But de t.'xPoi.ootïriQLE. — En résumant le dessein de son poème de La religion par ces paroles bien connues : La raison dans mes vers conduit l'homme à la fol, Louis Racine exprimait la fin principale de l'apologé­ tique. Elle doit conduire l'homme à l’acte de foi. Nous étudierons au mot Foi la nature de la foi surnaturelle et les rapports des motifs de crédibilité, fournis par l'apologétique. avec l'acte de foi surnaturelle. Cependant ceux qui n tenant point compte du caractère surnaturel de la foi di im. considèrent seulement le caractère générique qui vît commun à la foi divine et aux autres croyances, nous i, mandent aussi comment l’apologétique produit la foi I! convient de répondre ici à leur question. Mais <. toute action générique ou générale de foi ou de croyance, 1516 pouvant s'appliquer en même temps à la foi catholique, à la foi surnaturelle, à la foi humaine, à la croyance en Dieu, à la loi historique, à la foi de la raison en elle-même, etc., toute notion de ce genre est fatalement un nid d'équivoques ». P. Gaudeau, Le besoin de croire et le besoin de savoir, Paris, 1899, p. 18, note 1. Dans les anciens traités de logique, la foi était l'adhésion à une vérité ou à un fait sur l'autorité d’un témoin. Aujourd’hui on dirait plus volontiers avec M. Paul Janet : ■ J’entends par croyance toute forme de conviction qui ne dépend pas exclusivement de la raison et de l'examen, et qui est l'œuvre commune du sentiment, de la raison et de la volonté. » Principes de métaphysique et de psy­ chologie, Paris, 1897, p. 72. C’est à peu prés en ce sens qu’il faut entendre le mot Glauben dans la philo­ sophie kantienne. La foi est opposée à la science comme la raison pratique à la raison pure, et M. Ch. Renouvier cite en l’approuvant, en l'admirant, la déli­ nition de ce philosophe : « La foi est un état moral de la raison, dans l'adhésion qu'elle donne aux choses inaccessibles à la connaissance. » Phil, analytique de l’histoire, Paris, 1897, t. ni, p. 417. D’où la tendance d'un grand nombre de nos contemporains à soustraire les motifs de la foi au jugement intellectuel. « La foi n'est affaire ni de raisonnement, ni d’expérience. On ne dé­ montre pas la divinité du Christ, on l'affirme ou on la nie : on y croit ou on n’y croit pas, comme à l'immorta­ lité de l'âme, comme à l'existence de Dieu... Un croit parce que l'on veut croire, pour des raisons de l'ordre moral, parce que l'on sent le besoin d une règle et que ni la nature ni l’homme n’en sauraient trouver une en eux. » F. Bruneliére, La science et la religion, Paris, 1895, p. 59, et note de la p. 62. A son tour, M. E. Faguet dit : « L’idéal ne se prouve en aucune façon; on ne l’aime qu’en y croyant, sans aucune raison d’y croire, ce qui est proprement un acte de foi. L’acte de foi consiste à dire : Je crois parce que j’aime. » La reli­ gion de nos contemporains, dans la Hevue bleue, 11 jan­ vier 1896. Avant lui, M. J. Lemaître : « La vérité de la religion catholique ne se démontre pas. Car s’il, s'agit des dogmes et des mystères, on ne saurait croire au sur­ naturel pour des motifs rationnels : cela implique con­ tradiction. Et s’il s’agit de la révélation considérée comme un fait historique, j'ai rencontré des ecclésias­ tiques qui reconnaissaient que, pour un esprit muni de critique et non prévenu par la grâce, il peut y avoir, à la rigueur, autant de raisons de rejeter ce fait que de l’admettre'. » Les contemporains, II» série -.Le P. Monsabré, Paris, 1891, p. 128. On reconnaît la doctrine lidéiste de Lamennais : « Quand la vérité se donne, l'homme la reçoit; voilà tout ce qu’il peut, encore faut-il qu’il la reçoive de confiance et sans exiger qu’elle montre ses titres, car il n'est pas même en état de les vérifier. » Pensées diverses, Paris, 1841, p. 488. A ces affirmations, il faut répondre avec le cardinal Pie : « Qu’une chose doive être crue, ce n'est pas la foi qui le voit, c'est la raison. » Seconde instruction synodale sur les erreurs du temps présent. Discours et instructions pastorales, Poitiers, 1860, t. ni, p. 209, note, et avec Mor dilulst : « La foi est... un assentiment donné à la parole de Dieu... mais avant de se donner, le croyant a besoin de s’assurer que Dieu a vraiment parlé... Ce que Dieu enseigne, je dois le croire ; mais la question de savoir si Dieu a enseigné est une question de fait, et l’enquête que j'institue pour la résoudre est d'ordre rationnel. » Rev. du clergé français, 1er fév. 1895, p. 399. C’est la traduction des paroles si souvent répétées et décisives du docteur angélique ; Jlle qui crédit... non crederet nisi videret ea |quæ credit| esse credenda, vel propter evidentiam signorum, vel propter aliquid ejus­ modi. Sum. theol., 11* II”, q. 1, a. 4, ad 2um. Mais il im­ porte de fixer le sens du mot ; videret. De quelle vision est-il question ici? L'apologétique produit-elle l’évi­ 1517 APOLOGÉTIQUE dence? Si oui, que devient la liberté de l'acte de foi el l’obscurité de son objet? Si non, de quel droit affirmer que la croyance engendre la certitude? D'une part elle serait un assentiment forcé, de l'autre une simple opi­ nion. — Pour résoudre cette apparente antinomie, quel­ ques remarques sont nécessaires. 1. L’apologétique n'impose pas la foi; elle la propose. Elle ne la présente pas comme la conclusion inévitable d'un syllogisme, comme la conséquence inéluctable d'une démonstration. Il est très vrai que celle-ci est d'ordre naturel tandis que l’adhésion est de l'ordre surnaturel; il n'y a pas confusion, il ne peut y avoir continuité entre ces deux ordres, comme si le plus élevé était le prolon­ gement de l’autre. Cette doctrine repose sur la parole de ΓApôtre : Gratia enim estis salvati per fident, et hoc non ex vobis : Dei enim donum est, Eph., n, 8, et le se­ cond concile d'Orange l'a définie contre les semipélagiens : Si quis sicut augmentum, ita etiam initium fidei ipsumque credulitatis affectum... naturaliter nobis i nesse dicit, aposlolicis dogmatibus adversarius approbatur. Can. 5. Denzinger, Enchiridion symb. et def., n. 148. 2. L'apologétique produit la certitude. L’Église l'aflirme à plusieurs reprises; on connaît la 21e proposition condamnée par Innocent XI : Assensus fidei supernaturalis el utilis ad salutem stat cum notitia solum pro­ babili revelationis, imo cum formidine qua quis for­ midet ne non sil loculus Deus. Denzinger, op. cit., n. 1038. El les Pères du concile du Vatican, établissant l'existence des preuves extérieures de la révélation, les appellent : divines revelationis signa certissima et omnium intelligentiæ accommodata. Const. De fide, c. in, t; 2. Mais la certitude n’est un état d’esprit légi­ time que si elle est engendrée par l'évidence. Seulement il faut distinguer deux sortes d'évidence. L'une, qui est intrinsèque, est produite par l'intuition ou la dé­ monstration de la vérité. Elle peut avoir pour objet un fait (l'existence du soleil expérimentalement connu) ou un jugement (Dieu est parfait). L’autre, qui est extrin­ sèque, repose sur un témoignage dont il est impossible de contester la valeur, par exemple : Charlemagne a existé ; la proposition qui l'énonce ne s’impose pas à l'esprit par elle-même, puisque le sujet et l’attribut ne sont pas nécessairement liés, et la vérité énoncée n'est pas objet d'intuition, puisque aucun homme aujourd hui vivant n'a pu connaître expérimentalement cet empe­ reur. Cependant, de même que la réalité du soleil ré­ siste aux raffinements de l’idéalisme, que la perfection de Dieu déjoue les sophismes du scepticisme, l’exis­ tence de Charlemagne est incontestable, malgré les sub­ tilités de la critique. On peut donc attribuer â cette proposition : Charlemagne a existé, le caractère d'être un fait nécessairement intelligible, c’est-à-dire, en un cer­ tain sens, évidente, mais parce que son objet demeure caché et que les raisons d’adhérer sont extérieures à ce qu'on affirme, cette adhésion est une croyance, c’est-àdire requiert l'intervention, l'empire de la volonté. Or il en est ainsi des vérités révélées. Car, en effet, malgré la lumière qui, du dehors, enveloppe le dogme, celui-ci reste, en lui-même, surnaturel ou mystérieux ; donc, inaccessible. Ce qui est nécessairement intelligible, c’està-dire évident, ce n’est pas le jugement qui l'exprime mais celui qui l'impose à la croyance, et encore faut-il observer que celle évidence étant de l'ordre moral im­ plique l’action de la liberté. C’est bien une certitude, pourtant, qui est produite dans l’esprit, une certitude morale, en prenant ces mots, non au sens large sous lequel on désigne la conviction pratique suffisante pour agir d'une manière raisonnable, prudente, humaine, mais au sens strict et proprement dit. une vraie certi­ tude qui se ramène, en dernière analyse, aux attributs mêmes de Dieu, et donc, à la certitude métaphysique. Néanmoins cette évidence est loin d'être contraignante et nécessitante. Il ne pourrait en être ainsi que si la cré­ N0TI0N ET BUT) 1518 dibilité de la révélation était intuitivement et immédia­ tement perçue. En ce cas, la volonté n'aurait aucune fonction à exercer dans l'acte de foi. Mais, tout au rebours, l'acte de foi n'est même pas la conclusion logique de prémisses établies par la raison, car ce n’est pas à cause des motifs de crédibilité que nous croyons: c'est uniquement à cause de l’autorité du Dieu très sage et très vérace qui est l'auteur de la révélation. Or ce Dieu n est pas objet de vision en ce monde et la démons­ tration de l’objet formel de la foi, de l'autorité de Dieu qui révèle et de l’existence de la révélation exige un long raisonnement, un ensemble complexe de faits, d'idées, d'arguments qui s'unissent et s’enchaînent dans une série. Que l’attention fasse défaut, que les préjugés Offusquent l’esprit, que les passions troublent le cœur, l'énergie de la volonté devra fixer l’attention, dissiper des préjugés, calmer et dompter les passions. Et ce n'est pas son seul rôle, car ces nombreuses vérités expéri­ mentales ou rationnelles qui se fortifient, se complètent, semblent parfois s'opposer et tout au moins s'enchevê­ trer et se confondre, l’intelligence ne les saisit pas toutes ensemble. La clarté des unes se voile à mesure qu'augmente l'éclat des autres, celles qui, nouvellement acquises, émergent et se dressent en relief devant la con­ science, relèguent les plus anciennes dans l'oubli. 11 faut donc choisir entre elles; c'est l'office de la volonté libre. Mais comment y est-elle déterminée? — D’après un théologien éminent, le R. P. Schwalm, il faut dire que la volonté tendant au bien, comme l'intelligence ali vrai, rien n'est objet de vouloir qui ne soit offert sub ratione boni. — Or, comme tout ce qui est vrai est bon (verum et bonum convertuntur), la vérité, en même temps qu'elle sollicite l'adhésion de l'intelligence, louche et meut la volonté dont I hnpulsion réagit sur l'intelligence elle-même pour fortifier et rendre décisifs ses jugements. Cette explication, qui est légitime, parait insuffisante, puisqu'on peut objecter à son auteur que, la volonté étant aveugle par elle-même, doit être éclairée et guidée par l’intelligence. Celte ratio boni qui fait passer le libre arbitre de la puissance à l’acte, ce n'est pas la vo­ lonté qui l’aperçoit : elle ne cause pas les jugements qui la déterminent à l’action; elle les suit, librement, sans doute, mais naturellement. Cf. dans le Compte rendu du congrès scientifique des catholiques, tenu à Fribourg, 1897, les remarques des PP. Portalié et Gaudeau sur la théorie du P. Schwalm, Section de phi­ losophie, p. 12. H faut que l’acte de foi soit rationnel, donc intellectuel, puisqu'il a le vrai pour objet. Voici donc comment on po’urrail décrire le processus dont il est le terme:!0 les preuves extrinsèques el intrinsèques démontrent que Dieu a parlé, de telle sorte que cette proposition, bien que n’ayant pas les caractères de l’évi­ dence mathématique,se présente à l’esprit comme impo­ sant son adhésion au nom des lois de la prudence ; 2° l'adhésion prudente est un bien pour la volonté; elle s’y attache donc comme à l’exercice d'une vertu et y incline l'intelligence comme à un acte que celle-ci doit accomplir; 3° sous l'empire de la volonté, l'intelligence à laquelle l’objet de son adhésion s’était présenté comme croyable (credibile),tandis qu’il mouvait la volonté comme devant être cru (credendum), émet son jugement sans crainte d’erreur. Car il est évident, pour elle, qu’il y aurait contradiction à ce qu'une adhésion imposée uni­ versellement et absolument à tous les hommes comme un moyen de salut, c’est-à-dire de perfection et de bon­ heur, pùt être erronée. La conséquence répugne à la sagesse et à la bonté divines et autorise le défi que Ri­ chard de Saint-Victor adressait à la providence: Si error est, quem credimus, a te decepti sumus. De Trinitate, i, 2, P. L., t. exevi, col. 891. Cet enseignement se retrouve chez les Pères et les docteurs. La légèreté, la témérité d’une croyance qui ne reposerait pas sur un fondement inébranlable est 1519 APOLOGÉTIQUE (NOTION ET BUT) — (OBJET réprouvée par Tertullien : il condamne sévèrement ceux qui admettent une doctrine sans éprouver son origine, et préconise comme une disposition essentielle la résolution de ne rien admettre sans preuve : Nihil interim credam nisi nihil temere credendum. Temere porro credi quodcumque sine originis agnitione credi­ tur. Adu. Mardon.. v, 1, P. L., t. II, coi. 468. A la raison, et à elle seule, l’objet de foi est proposé : Cre­ dere non possemus, nisi animas rationales habere­ mus. S. Augustin, Epist., cxx. ad Consenlium, P. L., t. xxxill, col. 453. La croyance n’est donc pas une ten­ dance fatale, un instinct aveugle, mais un acte ration­ nel. A certains égards, elle est une vision, en tant que la lumière de la crédibilité enveloppe tous les dogmes. [Dia/mala] in generali, sub communi ratione credi­ bilis, sic sunt risa ab eo qui credit. S. Thomas, Sum. theol., Il· IIe, q. I, a. 4. ad 2". Mais cette vision ne les transforme pas en vérités scientifiques : on les croit parce qu'ils sont vrais, mais ils n'apparaissent vrais que parce que la croyance en est justifiée. Creditur aliquid sub ratione veri, videtur autem sub ratione credibilis. Suarez, De fide, disp. IV, sect, n, n. 4. Un commenta­ teur de saint Thomas a très heureusement précisé la question qui nous occupe : Miraculorum operatio, non sic confirmat fident' christianam, quasi particulariter videre faciant ea quæ sunt fidei vera esse... sed movent voluntatem eo fine, ut videns ea velit credere. Ex illis enim judicatur conveniens credere fidem prædicanti quia ostendunt in universali, vera esse quæ prædicantur. François de Ferrare, 7n Contra gentes, I, 6. C’est l’opinion de Cajetan : Est differentia inter videre aliquid esse scibile et videre aliquid esse credibile... non habetur certo evidentia quod ita sit, habetur ta­ metsi evidentia quod ita esse est credibile et judicabile absque alterius partis formidine. Comment, in II* IDm, q. 1, a. 4. On comprend comment, d’une part, il est in­ contestable, ainsi que l’affirme l’Église, que les motifs rationnels ne sauraient imposer l’assentiment dogmati­ que, et. d'autre part, que la crédibilité de la révélation est évidente. Est assertio certa, dit Suarez, ibid., sect. ni. η. 1, de qua nullus catholicus dubitare potest. Tels nous semblent être les rapports de l'apologétique et de la croyance : ils justifient et éclairent cette for­ mule contestée parce qu'elle fut incomprise : « La raison conduit l’homme à la foi. » Schrader, De theologia generatim commentarius, Poitiers, 1874; Hettinger, Lehrbuch der Fundamental-Theologie Oder Apologetik. Fribourg-en-Brisgau, 1888, traduit en français par l'abbé Belet, Paris, 1888 ; .1. Ottiger, De revelatione superna­ tural! ; Isagoge dans Theologia lundanientalis.t. I, Fribourg-enBrisgau, 1807, p. 1-34; Drey, Apologétique (article du Diction­ naire de théologie de Wetzer et Welto, traduit parGoschler, Paris, 1858); F. Lichtenberger, Apologétique, dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, Paris. 1877 ;Didiot, Logique surnatu­ relle subjective. 2· édit., Lille, 1894; Vacant. Études théologi­ ques sur les constitutions du concile du Vatican, 2 vol., Paris, 1895; R. P. Bainvel, La foi et l’acte de foi, in-12, Paris, 1898; Dictionnaire apologétique, Paris, 1909, t. i. col. 189-191. L. Maisonneuve. il. APOLOGÉTIQUE. Objet. — 1. Démonstration chrétienne. II. Démonstration catholique III. Lieux théologiques. IV. Apologétique négative. Les questions que traite l'apologétique positive sont abordées en trois traités: la révélation, l’Église, les lieux théologiques, qui constituent ce qu'on a désigné sous le nom de théologie fondamentale ou d'introduc­ tion â la théologie. Elle comprend la démonstration chrétienne, la démonstration catholique, les sources du dogme; elle développe ces trois propositions : Un homme raisonnable doit être chrétien; — un chrétien logique doit être catholique ; — un catholique doit recevoir par le ministère de l’Église les régies de sa croyance et de sa conduite. 1. Démonstration curétienne. — C’est le traité de la 1520 vraie religion, au sujet duquel se posent certaines questions préliminaires. I. DÉMONSTRATION PRÉLIMINAIRE DE VÉRITÉS RA­ TIONNELLES. — Faut-il supposer ou démontrer les vérités rationnelles, conditions essentielles de la foi? La con­ naissance humaine, l’âme spirituelle et libre, l’existence et les attributs de Dieu font-ils partie intégrante de l'apo­ logétique? — Au point de vue scientifique et rigoureux, nous devrions répondre négativement; au point de vue pratique et pour que la démonstration soit pleinement persuasive, nous n’hésitons pas à approuver les auteurs qui font précéder la théologie fondamentale de notions métaphysiques et psychologiques, sans lesquelles le traité de la religion nous semble dépourvu de base. Caries théologiens et les philosophes reconnaissent el proclament qu’en ce siècle, plus encore qu'au temps de Fénelon : « Ce qui manque â beaucoup de personnes, ce n’est pas tant la religion que la raison; » or celle-ci perdue, il est impossible de retrouver celle-là. En ce désarroi des doctrines, en cette multiplicité des sys­ tèmes. il faut distinguer les manières de penser incom­ patibles avec les croyances chrétiennes, et démontrer qu’elles sont illégitimes, parce qu'elles recèlent une contradiction fondamentale. Une justification des vérités élémentaires est donc l’œuvre préalable de l’apologiste. Elle portera sur divers points : 1. Théorie de la connaissance. — On sait que plusieurs réduisent la philosophie tout entière à l'épistémologie : la vérité n'est plus adæquatio rei et intellectus, mais seulement l'accord de nos concepts entre eux, el la cohé­ rence du contenu de notre pensée. Appliquer les catégories de l’esprit aux données de l'expérience reçues et élaborées dans les formes subjec­ tives de l’espace et du temps, c’est la seule ambition proposée, la seule tâche possible à la raison. Ne faut-il pas revendiquer et rétablir l'objectivité de nos connais­ sances et, sans méconnaître ce qu’il y a en elles de for­ cément relatif, ce que l’activité de l’esprit produit d’ori­ ginal, de personnel dans la sensation et la pensée, n'est-il pas indispensable de soutenir et de démontrer qu'il existe des êtres hors de nous, qu’ils sont accessi­ bles à nos facultés de connaître, que de notre esprit ne dépend pas la nature des choses, que c’est vraiment l’évidence, l’éclat de la vérité perçue qui engendre né­ cessairement la certitude? Sans doute nous sommes en présence de vérités indé­ montrables, pour lesquelles les arguments sont ineffi­ caces et heureusement inutiles, puisque aucune démarche intellectuelle, depuis celle qu'exigent les actes ordinaires et vulgaires jusqu’à l’essor hardi des plus hautes spécu­ lations métaphysiques n'est possible, si elles ne sont pas admises et assurées. Mais qui oserait dire que des expli­ cations, des rapprochements, des analyses ne projettent pas leur lumière sur ces vérités, el ne dissipent pas les sophismes qui les altèrent, ou les préjugés qui les obscurcissent? D'autant plus que les moyens d’arriver au vrai étant très différents, suivant qu'il s'agit d'un objet d'intuition ou de raisonnement, d’expérience ou de témoignage, les règles de la logique et de la critique devront être rap­ pelées, expliquées au théologien ou au croyant, qui ris­ querait de s’abuser en cherchant une évidence mathé­ matique là où nne évidence morale est seule de mise, ou, tout au rebours, de se contenter d’arguments pro­ bables là où sont requises des preuves apodictiques, et de confondre les opinions fugitives et variables avec l'inébranlable certitude. M. le chanoine Didiot a cru cette entreprise nécessaire, et dans son volume intitulé Logique surnaturelle objective, Lille, 1894, il a consacré plusieurs théorèmes à cette objectivité de nos connais­ sances, « pleinement intelligible.entièrement lumineuse, totalement évidente. » Théor. II et III. Ainsi peuvent et 1 doivent être écartés l'indifférence des sceptiques, pour 1521 APOLOGETIQUE (OBJET) 1522 lesquels aucune vérité n'est absolue, aucune connais­ Traditionalisme et Fidéisme. Sans les réfuter ici di­ sance définitive, et qui allient les notions opposées dans rectement, il faut bien dire qu’on retrouve leurs affir­ l'illusoire unité d'un jugement dont les termes se con­ mations en des ouvrages contemporains dont les aut irs tredisent ; les raffinements des idéalistes dont la dialec­ s'imposent à l'attention et à la reconnaissance des < tique trompeuse ramène la réalité aux combinaisons et tholiques par la sincérité, les services et le talent. Car aux jeux de la pensée, à un songe, à une ombre; les dire, avec un des plus autorisés : « On ne démontre pas subtilités des phénoménistes qui refusent d'apercevoir l’existence de Dieu... on y croit ou on n’y croit pas. a la substance sous les accidents, et la réduisent à une c’est bien la formule exacte du fidéisme. Mais, puisque série, à un enchaînement d’apparences dont la loi, éta­ l’essence divine n'est pas objet d'intuition, puisque blie par l'intelligence, demeure la seule et permanente l’existence de Dieu n'est pas un fait d'expérience, il faut réalité. bien que la proposition qui l'affirme soit la conclusion '2. Vérités psijchologiques. — L'apologiste devra poser d'un raisonnement, si l'on ne veut confondre la croyance les principes qui lui permettront de mettre en rapport avec une tendance instinctive, une opinion personnelle la révélation chrétienne avec le sujet qui doit la recevoir, et subjective qui demeure vague, indéterminée, impres­ c'est-à-dire la connaître et l'embrasser; ce sujet, c’est sion personnelle, qu'il serait impossiblede communiquer l'âme humaine. Si elle n'est spirituelle, elle ne s’élèvera à autrui. Il importe cependant que l'idée de Dieu soit pas au-dessus des données sensibles, et le monde supé­ précise, afin que l’Ètre infini demeure distinct et transcen­ rieur de la foi lui sera fermé; si elle n’est libre, l'obli­ dant par rapport à tous les autres. Si l'on veut qu'il ne gation d’étudier et d'embrasser une doctrine surnaturelle soit pas confondu avec l'ensemble des choses, le concept ne peut lui être imposée ; si elle n’est immortelle, son idéal du monde, ou la résultante des forces cosmiques, activité bornée aux objets terrestres, n’ayant d’autre il faut dégager la notion qui l’exprime des rêveries but que les biens, les plaisirs et les ambitions de la vie monstrueuses du panthéisme; s’il doit apparaître indé­ présente, se désintéresse naturellement et nécessaire­ pendant de tout ce qui n’est pas lui, et agissant avec ment d'un monde invisible et inaccessible, puisqu’elle une autorité suprême sur le monde, le dogme de la n'aura jamais l'occasion de s'y exercer. La démonstration création doit être approfondi pour que, souverain maître chrétienne implique donc une théorie spiritualiste et de toutes choses, il les dirige vers la fin conçue par sa chrétienne de l’âme. Et, parce que la personne humaine sagesse et voulue par sa bonté. C'est donc à juste titre est esprit et corps, les problèmes qui concernent le I que, par des méthodes diverses et sous des formes variées, composé humain doivent être abordés, car de leur so- J saint Augustin, Bossuet et Joseph de Maistre ont insisté lution dépendent en partie les spéculations de la théo­ sur la démonstration de la providence. Là nous semble logie sur l’action sacramentelle, la résurrection de la être le point fixe d'où l’apologétique doit partir, la vérité chair, les préceptes de la morale qui s'adressent non à un fondamentale sur laquelle s’appuient tous ses arguments, esprit séparé de la matière, mais à l’homme tout entier. qu'ils impliquent comme une affirmation essentielle, Il est évident qu’on ne demandera pas à l’apologétique sans laquelle ils demeurent inintelligibles et inefficaces. un traité complet sur celte matière; elle devra se limiter Tels nous semblent être les préliminaires rationnels aux notions indispensables et, pour atteindre tous les de la démonstration chrétienne, que l'on pourrait résu­ esprits, rester en dehors des systèmes, et n’affirmer que mer en ces termes : L’homme peut connaître avec cer­ les vérités connues par la raison avec certitude. Est-ce titude, par l'univers dont il fait partie, un Dieu qui le à dire qu elle puisse rester neutre et se dispenser tou­ dirige vers sa destinée immortelle. jours de prendre parti entre les écoles'? Je ne le crois n. de la DBLIGlOtf. — Dieu et lame étant connus pas. Supporterait-on, par exemple, qu'elle admît, avec dans leur existence et leur nature, une relation naît Locke que la matière peut être capable de penser, ou, entre eux, que l’on a appelée la religion. On ne met avec Condillac, que nos idées ne sont que des sensations guère en doute, aujourd'hui, la réalité du phénomène transformées? D'autant plus qu’elle se trouve en pré­ religieux, irréductible à tous les autres, qui, naissant des sence d’une école nombreuse et bruyante de savants profondeurs de la nature humaine, affleure à sa surface pour lesquels la psychologie n'est autre chose qu’une comme expression supérieure de son activité. Mais la application ou uné branche de la physiologie, et qui religion est pour les positivistes la manifestation primi­ réduit son ambition à mesurer la rapidité ou l’intenâité tive de nos aspirations supra-sensibles, l'état dans lequel des actes psychiques. Certes, on ne devra point mécon­ elle a constitué notre race a été remplacé successivement naître la légitimité de la psychologie expérimentale, par la spéculation ou état métaphysique, par l'explica­ dont les principes et, jusqu'à un certain point, la méthode tion ou état scientifique. Pour les évolutionistes, elle furent formul 's par les grands scolastiques, et en par­ est l’épanouissement d'un germe que l'on découvre dans ticulier par saint Thomas d.'Aquin; les recherches aux­ les besoins de la vie animale et se développe par une quelles se livre la psycho-physique sont utiles, et les différenciation et un progrès des tendances qui la con­ résultats quelle obtient très dignes d'intérêt. Mais, bien stituent. Kant et ses disciples la réduisent au concept que l’activité mentale soit étroitement liée à nos états mystique de la moralité : la religion ne serait que le somatiques et dépende, dans la plupart de ses manilestavéhicule des préceptes qui imposent le devoir et une tions, des conditions physiologiques parmi lesquelles elle forme concrète de l’impératit catégorique, spécialement s’exerce, l’apologiste devra montrer qu'il faut se garder adaptée à l'intelligence des petits et des humbles. D'autres, de considérer comme identiques les phénomènes qui avec Schleiermacher, la font consister dans le sentiment ont le corps et l'esprit pour théâtre, et que la pensée de notre dépendance à l'égard de Dieu, ou avec Jacobi, apparaîtra de plus en plus, â mesure qu’on approfondira dans une affection pieuse sans objet précis. Innombrables Iavantage sa nature, absolument irréductible au πιου­ sont les définitions des rationalistes modernes pour ν, nient. exprimer l’origine et les formes de ce phénomène reli­ Théodicée. — La théologie surnaturelle suppose gieux qui les déconcerte, et pour le ramener à un fait ■ théologie naturelle qu'il appartient à la raison d’édipsychologique, purement naturel, qui s'accommode à . La révélation est une réalité extérieure et supérieure tous les cultes et coexiste parfois avec l’athéisme luià l'homme; elle est comprise par une intelligence créée; même. L’apologiste démêlera dans le concept complexe est reçue dans une âme humaine ; elle vient de Dieu, de la religion le système des vérités qui la constituent, il faut donc s'élever jusqu’à l’Ètreinfini de qui elle prol’ensemble des préceptes qui en découlent, des rites par c< de, et qui l’octroie à la créature comme un don gralesquels Dieu et l’homme sont lies entre eux; dogme, Nous sommes en présence des traditionalistes éthique, culte, les éléments intellectuels, moraux et ri­ dont on connaît les oppositions et les résistances. Voir tuels qui la composent, doivent être mis en lumière pour 1523 APOLOGÉTIQUE (OBJET) 452'f que la religion vraie ne puisse être confondue avec la thode offre à l’esprit des notions claires et précises qu’il philosophie, la morale, l’art ou avec les pratiques, autre­ n’aura plus qu'à appliquer aux faits, à faire passer de fois si universelles et encore subsistantes, de la magie. l’ordre abstrait à l’ordre concret, et qui lui permettront La nécessité de la religion est une conséquence de la le discernement et la critique des documents et des évé­ majesté divine, un bien qui résulte des rapports indis­ nements par lesquels la révélation nous est parvenue; pensables de la créature avec le bien infini qui est la fin elle présente encore l’avantage de réfuter, au préalable, suprême, l’expression de la volonté parfaite qui nous les objections qui peuvent naître devant la raison, d’apla­ impose sa loi, le lien social par excellence qui resserre nir les difficultés qui empêcheraient la croyance, de dans l'unité la société des hommes entre eux et avec dissiper les obscurités qui offusqueraient le regard de leur créateur. Ainsi se constitue immuable, constante et l’esprit en lui démontrant comme possible ce qu elle va universelle une religion naturelle par laquelle Dieu est lui affirmer comme réel. honor·’- et dont on retrouve l’ébauche et les traits carac­ Cette théorie comprend : la notion de la révélation, téristiques, dans le temps et dans l’espace, sous les défor­ ses modes et son objet, sa convenance et sa nécessité, mations et les altérations du polythéisme. C’est à elle l’obligation de la rechercher et d’y adhérer; les critères qu’aboutissent comme à leur terme, les plus hautes externes et internes qui en sont les signes et les preuves. spéculations des intelligences, les efforts les plus ver­ 1. Notion de la révélation. — On sait combien il est tueux de la volonté, les meilleures aspirations du cœur, nécessaire et opportun de maintenir la notion tradition­ les institutions les plus parfaites de la vie sociale. La nelle contre le rationalisme qui s’est emparé des écoles religion apparaît ainsi comme la plus magnifique florai­ protestantes et cherche à pénétrer dans nos rangs : net­ son de l’âme et de la cité. -Voir Religion. tement et résolument, il faut séparer cette action directe Mais n’y a-t-il pas une religion posifive? La raison et· et spéciale de la providence du développement pure­ la nature sont-elles les limites des vérités qu’elle affirme, ment interne de certaines données rationnelles, d’une des devoirs qu elle prescrit, des biens qu’elle promet? évolution progressive de germes virtuellement contenus L’ordre fondé sur nos exigences, nos forces et nos aspi­ en l’âme humaine. A ces doctrines hégéliennes que les rations naturelles ne peut-il être dépassé? On répond à ouvrages de l’fleiderer et de M. Sabatier ont vulgarisées, ces questions dans une partie spéciale de l’apologétique. il faudra opposer la manifestation surnaturelle faite par m. THÉORIE DU SURNATUREL. — Plusieurs théologiens Dieu des vérités qu’il veut faire connaître à sa créature. ont pensé que cette question ne pouvait être utilement Les unes sont naturelles en elles-mêmes mais surna­ abordée que dans le traité de la grâce, et, en effet, c’est turelles quant au mode de leur manifestation et à leur alors seulement quelle recevra tous les développements fin religieuse; d’autres sont inaccessibles et mystérieuses. qu’elle comporte et sera envisagée dans toute son am­ Celles-ci seront l’objet propre et nécessaire de la com­ pleur; mais d’autres ont cru, avec Hettinger, Schrader, munication reçue par les hommes. Ni la nature de l’abbé Didiot, qu’il était au moins utile, sinon indispen­ ceux-ci, ni l’aptitude et les droits de la raison, ni les sable, d’indiquer .les principaux éléments de l’ordre sur­ attributs de Dieu ne seront des obstacles pour la provi­ naturel, puisque la révélation n’a pas d’autre but que dence; mais il y aura au contraire entière convenance de le faire connaître. C’est lui qu’annonce la prophétie, entre les besoins et les aspirations de l'âme, la sagesse, que d· montrent le miracle et les critères externes ou la puissance, la bonté infinies, et la révélation de vérités internes. Aussi bien dans le plan providentiel, c’est la qui dépassent et enrichissent notre intelligence. fin qui occupe la première place, c’est vers elle que tout 2. Mode et nécessité de la révélation. — Il sera oppor­ converge, c’est elle qui répand sa lumière sur tout le tun d’insister sur la révélation médiate ; non seulement reste. Ur la lin de l’ouï re surnaturel, c’est Dieu con­ celui auquel, par des images, des mots ou des idées, templé face â face, non plus dans le miroir des créa­ Dieu révèle une vérité ou prescrit une obligation des­ tures ou par les énigmes des analogies, mais sans inter­ tinées à l’instruction et à la conduite universelles, médiaires et par la vue directe de son essence adorable; devient un médiateur entre Dieu et nous; mais encore Dieu possédé réellement et éternellement, sans mélange, son témoignage nous est transmis par une autorité régu­ Dieu aimé dans l’union intime des facultés de notre lière. Exiger une communication distincte et spéciale âme avec les adorables personnes de la sainte Trinité; pour chacun de ceux qui sont appelés à la vie surnatu­ Dieu enfin communiquant pour toujours à ses créatures relle est une prétention intolérable qui méconnaît les son amour et son bonheur. droits de Dieu et oublie la nature sociale de l’homme Et puisque cette fin est évidemment et infiniment auauquel une révélation médiate est parfaitement appro­ dessus de nos puissances, puisqu’elle dépasse nos forces, priée. La révélation qui a pour objet des mystères est quelque développement qu’elles prennent, de quelque indispensable, dans l’hypothèse d'une élévation à l’ordre progrès qu’elles soient capables, puisqu’elle est située surnaturel, puisque la créature est incapable de le con­ au delà de nos plus sublimes aspirations, elle ne saurait naître et d’y atteindre par elle-même. Mais la révélation être atteinte sans des moyens proportionnés. Et d'abord, qui a pour objet des vérités naturelles nous est pré­ il est indispensable que la fin et les moyens soient sentée comme très utile, pour rendre universelle, connus : c’est l’objet même de la révélation dont il a plu aisée, vraie et certaine, cette science de la loi naturelle, à Dieu de nous enrichir. condition essentielle de vertu et de bonheur. En quel iv. révélation surnaturelle. — Deux méthodes sens est-elle moralement nécessaire pour notre espèce pourraient être proposées : on pourrait se borner à la dépravée par l’idolâtrie? il est délicat et important de le déterminer. Une erreur, en cette matière, exagérerait méthode historique, c’est-à-dire exposer, depuis le protévangile ou la promesse d’un rédempteur faite à nos pre­ jusqu’à l’hérésie l’impuissance humaine, et enlèverait miers parents après la chute, jusqu'aux visions de saint au surnaturel son caractère absolument libre et gratuit. Jean à Palmos conservées dans l’Apocalypse, les commu­ Bien conduite et sérieusement documentée, cette thèse nications par lesquelles Dieu a fait connaître à l'homme, assigne à la raison et à la nature leur vraie place par dans l’harmonie et la hiérarchie de ces éléments, la rapport à la foi et à la grâce, maintient le droit des pre­ religion surnaturelle, le bienfait souverain de sa provi­ mières en faisant ressortir le bienfait des secondes, et dence. La preuve serait suffisante et rigoureuse, puis­ fixe les relations qui les unissent. qu’on ne peut rien alléguer contre un fait certain. Ce­ 3. Critères de la révélation. — Mais comme il servi­ rait de peu que l’humanité possédât le trésor des vérités pendant la plupart des apologistes procèdent autrement et font précéder la constatation historique reposant sui­ révélées, s’il était inaccessible, des notes, des signes, des critériums nous doivent être providentiellement octroyés. le témoignage, d’une théorie philosophique dont les diverses parties sont empruntées à la raison. Celte mé­ L’apologiste est ici en présence des revendications de 1525 APOLOGÉTIQUE (OBJET) la nouvelle école, pour laquelle les notes internes — c’est-à-dire celles qui sont inhérentes à la révélation, inséparables de son contenu — sont préférables ou même exclusives, tandis que l'école traditionnelle reste fidèle à la méthode des notes externes, qui éclairent par le dehors la révélation et l'affermissent en lui prêtant l’appui de signes manifestes qui sont liés à la manière dont elle nous est parvenue. Voir Apologétique (mé­ thodes). Le miracle est une matière exigeant des dé­ veloppements et des précisions qui n’étaient pas à ce point indispensables, avant les étonnantes merveilles dues aux applications scientifiques et auxquelles le XIXe siècle a dû sa direction et sa marque distinctive. Depuis lloutteville jusqu'à M. Sabatier, la notion en est altérée, et le mouvement contingentisle qui s’est mani­ festé et propagé dans la philosophie contemporaine nous apporte une confirmation aussi précieuse qu’inat­ tendue. Contre ceux pour lesquels il est un effet insolite des lois cachées de la nature (méconnaissant ainsi l’in­ tervention directe et l’élément divin qui le constitue); ou Contre les raffinés qui en exténuent la réalité en le réduisant à la relation personnelle d’un fait religieux avec tel ou tel sujet qui, l’atteignant par une expérience interne, le considère comme un témoignage de l’amour spécial de Dieu, il faut revendiquer sa réalité objective et son origine surnaturelle : réalité établie par· la cri­ tique historique, origine démontrée par la critique phi­ losophique. A ceux qui nient sa possibilité, et que Rous­ seau voulait « enfermer » comme des aliénés, l’on rappellera que l’ordre de l’univers n'étant pas métaphy­ siquement nécessaire, la force qui l'anime n’étant pas infinie, sa perfection n'étant pas absolue, il est toujours loisible à Celui qui a créé le monde, de lui communi­ quer des degrés d’être, principes de grandeur et de beauté, pourvu que les essences des créatures qui com­ posent l'univers ne soient en éien violées ni détruites. Enfin contre ceux qui prétendent «qu’il n’y a pas lieu de croire à une chose dont le monde n’offre aucune trace expérimentale », E. Renan, Vie de Jésus, préface de la 13’édition, ou qui prétendent que « le miracle ne pourra jamais être constaté, ... parce que la constatation sup­ pose une connaissance totale et absolue que le savant n'a point et n’aura jamais, et que personne n’eut au monde », A. France, Jardin d'Épicure, Paris, 1895, p. 202, il faut démêler les sophismes qui impliquent le complet scep­ ticisme historique ou l’absolu scepticisme scientifique. Des éclaircissements spéciaux sont exigés pour la pro­ phétie, miracle de l’ordre intellectuel, qui suscite et suggère des difficultés métaphysiques; d’autant plus qu’elle joue un rôle décisif tlans l’économie du chris­ tianisme. Confondue avec de vagues pressentiments, une intuition du génie, une inspiration prise au sens artis­ tique ou poétique, elle perd toute sa valeur; elle n'est plus qu’une excitation spéciale, une exaltation de la sen­ sibilité et un phénomène subjectif dont le hasard ou le parti pris expliquent seuls la réalisation. Il ne sera pas superflu d'éprouver la notion qu'en donnent les théo­ logiens en la rapprochant de la science divine et de la liberté humaine avec lesquelles elle doit s’accorder. 4. Caractère obligatoire de la révélation. — Cepen­ dant, possible el discernable, la révélation ne pourra vaincre la neutralité de l'indifférence ou la résistance de la volonté que si elle se présente comme un devoir. Est-il nécessaire d'adhérer à une révélation publique et universelle, dont l’origine divine est démontrée? Cette origine divine, faut-il rechercher si elle est réelle, et par quelle méthode cet examen devra-t-il être institué? Cette obligation morale semble se heurter, en effet, au caractère essentiellement libre de l’acte de foi, et mé­ connaître la nature du privilège que l'on peut, à son gré, accepter ou refuser. L’apologiste prouvera qu’elle est une conséquence de notre dépendance envers Dieu et de son souverain domaine sur nous. Parce qu'il est 1526 cause première et cause finale, la révélation qui vient de Lui et conduit à Lui est la condition nettement nécessaire comme seul moyen voulu par la providence. Ce travail fait, la théorie de la révélation est achevée : elle apparaît exempte de contradictions, en harmonie avec les attributs de Dieu et les aspirations de l’homme. Elle est possible, elle serait bienfaisante, mais est-elle vraie? — A-t-il plu à Dieu d’octroyer aux hommes une religion révélée et, parmi toutes celles qui se donnent comme telles,quelle est celle à laquelle appartient réel­ lement ce caractère, à l’exclusion de toutes les autres? On répond à cette demande en établissant : v. l'existence de la révélation. — Pour la démon­ trer, on peut suivre deux méthodes. — La première consiste à aborder directement la révélation chrétienne: Jésus est un personnage historique au sujet duquel la tradition, l’ensemble des écrits connus sous le nom de Nouveau Testament, les sources non chrétiennes ellesmêmes, nous offrent des renseignements. Or il se pré­ sente comme envoyé de Dieu et Dieu lui-même. Les prophéties réalisées en sa personne, les miracles opérés par lui, en sa faveur, ou par ses disciples, l’étude de sa personne et de son œuvre prouvent la véracité de son témoignage. La seconde remonte jusqu’aux révélations primitive et mosaïque, antérieures au christianisme, et n’aborde celui-ci que lorsqu’elle l’a montré suffisam­ ment préparé dans ses origines. Il est évident que la dernière est plus complète, plus conforme à l’évolution qui est la loi des êtres vivants. Elle montre comment se développe le germe contemporain de la naissance de l’humanité, comment il se conserve et grandit. Si â la révélation chrétienne aboutissent les révélations précé­ dentes, si elle est leur raison d’étre, leur réalisation, leur perfection, il nè peut être sans intérêt de les con­ sidérer d’abord en elles-mêmes. Enfin, au point de vue polémique, l’histoire du peuple d’Israël soulève des questions, suscite des objections qui concernent et com­ battent indirectement la religion chrétienne. Pour ces motifs, il parait plus logique et plus scientifique de mettre en pleine lumière les enseignements, les préceptes et les rites qui constituent la religion judaïque. Sans désapprouver la première méthode qui, étant plus courte, ramasse les arguments et en concentre les forces, qui ne complique pas la démonstration en y mê­ lant des éléments étrangers, qui n'exige pas l’appareil exégétique et les connaissances philologiques que ré­ clame la seconde, nous croyons utile de résumer celle-ci et de montrer la liaison des diverses parties dont elle se compose. 1. Révélation primitive. — Plusieurs auteurs y dis­ tinguent trois époques : 1° d’Adam à Noé ; 2» de Noé à Abraham; 3°d’Abraham à Moïse.Ce serait par une péti­ tion de principes qu’on alléguerait comme révélés les enseignements et les préceptes contenus dans le Pentateuque, mais la tâche de l’apologiste consiste à montrer que les lois positives et les .vérités doctrinales présentées en cet ouvrage, comme révélées, possèdent réellement ce caractère;et cette démonstration se fait.d’abord néga­ tivement, parce qu’elles ne contiennent rien de contra­ dictoire, d’impossible, d’indigne de la sagesse et de la bonté suprêmes, mais au contraire qu’elles conviennent à merveille aux concepts les phis'épurés de notre intel­ ligence sur Dieu, l’homme et la religion, qu’elles sont des secours pour notre faiblesse et augmentent la dignité de notre nature; ensuite, positivement, parce que des prophéties et des miracles incontestables attestent que Dieu les a vraiment révélées. On en conclut que cette religion naturelle, dans les limites de laquelle les ratio­ nalistes et les naturalistes voudraient nous enfermer, ne fut jamais qu’une construction abstraite de l’esprit, n'a jamais existé seule et séparée d'un culte positif. 2. Révélation mosaïque. — Elle comprend des dogmes qui ne sont guère autre chose que la claire affirmation 1527 ’ APOLOGÉTIQUE (OBJET) 1528 ou l'explication distincte des vérités gravées dans le cœur trueuses de l'humanité, au bouddhisme et au mahomé­ de l'homme ou transmises, d'Adam à Moïse, par une tisme; il n’a point de peine à établir la transcendance tradition continue; mais surtout elle abonde en préceptes de la religion de Jésus. D'autres commencent par établir moraux, cérémoniaux (qui ont trait aux sacrifices, aux que le monothéisme est la religion primitive et que l'idée sacrements, aux fêtes et observances légales), civils et d’un fétichisme et d’un animisme universels est inad­ politiques. En constante harmonie avec la sainteté de missible ; ils passent ensuite en revue les religions orien­ Dieu et la pureté .de la morale, ces lois sont admirable­ tales (dues à Zoroastre, Confucius ou Çakya Mouni) et ment adaptées à l'état social et aux destinées d'Israël ; les religions occidentales (polythéisme grec et romain) aussi bien, l'histoire de ce peuple est caractéristique et pour constater que, malgré quelques assertions vraies, plus qu'humaine; enfin, il faut la nier tout entière ou quelques lois justes et certaines vertus des fondateurs admettre qu'elle suppose des prédictions de l'avenir et et des disciples, elles renferment de pernicieuses erreurs des interventions surnaturelles dont Dieu seul peut être sur la nature divine et la loi naturelle, que leur influence l'auteur. Cette révélation contient cependant un élément n'a pas rendu meilleurs, c'est-à-dire plus parfaits et plus qui nous empêche de la considérer comme définitive; heureux, les hommes qui les embrassèrent, enfin que elle suppose, en effet, elle attend, elle figure, elle pré­ leur succession ne constitue pas toujours un progrès, pare la venue d'un envoyé divin, d'un Messie, qui doit plusieurs formes religieuses récentes étant moins pures abroger la loi mosaïque en des circonstances indiquées et moins rapprochées de la vérité que certaines formes avec précision par les livres qui la contiennent et la for­ antérieures. Cette comparaison s’impose en présence des mulent. préjugés, des erreurs engendrées et favorisées par la 3. Révélation chrétienne. — Parce qu'elle est contenue , prétendue « science des religions » qui les envisage toutes dans les Évangiles, plusieurs auteurs commencent patcomme des produits de l'imagination, des synthèses de une étude sur leur autorité historique : ils sont authen­ légendes vulgaires et de conceptions philosophiques ou tiques, intègres, véraces. On ne peut dissimuler que ce les fruits naturels des diverses civilisations. Le résultat procède n'ait en sa faveur la rigoureuse logique, mais, de cet examen est la conviction que le christianisme est d'autre part, ne semble-t-il pas empiéter sur le domaine la religion parfaite; qu'il n’est pas le produit des qua­ des exégètes? Ce sont, en effet, des questions scriptu­ lités de race, des procédés d'éducation, des tendances raires qui leur appartiennent, et il est d'une bonne mé­ d’un peuple ou des circonstances d'une époque, mais thode qu'une science ne mettra pas en doute ce qui est qu'il est éternel dans la pensée de Dieu et contemporain démontré par une autre; les physiciens supposent démon­ pour nous, de l’origine même de l’humanité. En germe, trés et regardent, avec raison, comme certains les théo­ en figure, en ébauche dans ΓAncien Testament, il s’est rèmes mathématiques sur lesquels ils appuient leur rai­ développé, réalisé, précisé dans le Nouveau. C’est un sonnement. De plus, on pourrait soutenir que les Évan­ ensemble complet de vérités et de préceptes contenant giles ne sont pas indispensables pour que l'existence de tous les éléments de savoir et de moralité épars dans Jésus-Christ demeure incontestée. Paganismi enim tous les systèmes religieux, absorbant en lui tout ce qu’il imperio, dit le P. Hurter, successit regnum Christi; peut y avoir en eux de puissance et de vertu, et les scholis philosophorum, Christi schola; vitæ corruptisdépassant incomparablement comme étant irréductible simæ vita ad doctrinam Christi expressa. Sed omnis et supérieur â eux, d’un autre ordre, auquel ils ne pourront jamais atteindre, quels que soient le génie de effectus exigit causam et quidem adsequatam. Hujus autem effectus ideo universalis, hujus commutationis leurs fondateurs, les progrès de leur science et de leur orbis, hujus novæ creationis causa nequii esse fraus, vie morale, parce qu’ils sont des produits de la nature deceptio,mendacium, ignorantia, Christus non existens, humaine, tandis que, dans son origine, son essence et sa fin, il est vraiment divin. sed mythicus et confictus. Theol. dogni. compendium, 7'édit., Fribourg-en-Brisgau, 1898, t. i, p. 34. On peut Voilà ce que l’apologétique doit, avant tout, mettre en donc, si l'on ne veut omettre l'étude des Évangiles, se lumière. C'est ici, pour elle, le point central où tout borner à une démonstration sommaire de leur crédi­ converge. Les autres parties de sa démonstration peuvent bilité. être considérées comme des préparations ou des consé­ Deux questions se présentent alors, intimement liées quences. Mais elle doit établir ensuite la forme organi­ entre elles et si parfaitement connexes que la réponse à sée, collective, sociale que le Christ a imprimée à son l’une d’elles est la solution indirecte de l’autre : 1° Jésusœuvre. Christ est-il Dieu? 2» la religion chrétienne est-elle vraie? IL Démonstration catholique. — Un homme doitètre chrétien s'il'suit la raison partout où elle le mène; mais On a le droit de répondre affirmativement à la première, lorsqu'on a analysé et approfondi le témoignage de Jésuscette qualité de chrétien est revendiquée par plusieurs sociétés religieuses. D’innombrables sectes, professantdes Christ et des prophètes. Les miracles opérés par Jésus, les prédictions réalisées dont il est l’auteur, le fait de sa dogmes divers,et même opposés,prétendent posséder la vé­ résurrection annoncée par lui, sa sainteté et sa doctrine ritable révélation chrétienne. Il est clair que, deux con­ sont des preuves solides. On résout le second problème tradictoires ne pouvant être vraies, une seule des socié­ tés religieuses, qui se réclament du Christ, possède sa en opposant aux incrédules la propagation de la religion doctrine dans sa pureté et dans son intégrité. On doit chrétienne, sa merveilleuse conservation en dépit des pouvoir la discerner puisque la volonté divine prescrit obstacles et des périls, la transformation morale et aux hommes la profession du christianisme comme sociale dont elle fut le principe, la multitude et l'héroïsme l'unique moyen de salut. C’est l’objet d'un traité théo­ des martyrs qui ont donné leur vie pour elle. Naturelle­ logique intitulé De Ecclesia Christi. Il met en présence ment, l'ordre des preuves n’est pas immuable, mais il se l’Église romaine, les Églises schismatiques, les Eglises ramène, plus ou moins, à celui-ci, avec les variétés protestantes, et démontre que la première seule a été qn impose la diversité des points de vue. Les théolo­ instituée par Jésus-Christ. Cette démonstration devant giens ré-cents ajoutent, ordinairement, un chapitre sur être le sujet d’articles spéciaux (voir Eglise), il suffira de l'iiistoirc des religions. L'un des plus estimés, J. Gui­ tracer ici les grandes lignes qui donnent à ce traité sa per. sans traiter directement ce sujet, le fait rentrer forme actuelle. dans sa dernière thèse, ainsi formulée : Religio Chris­ L’Église romaine est une société spirituelle et visible, tiana, in omne tempus futurum ab omnibus homini­ fondée par Jésus-Christ, composée de créatures humaines bus amplectenda est. Theol. fundamentalis, Fribourgsoumises à l'autorité de son vicaire, le souverain pon­ en-Brisgau, 1897. t. t, p. 905. II compare le christia­ tife, et des évêques, successeurs des apôtres. nisme a la loi naturelle insuffisante, à la loi mosaïque 1. OttlGlNE DIVISE DE EÉGLISE. — Réalité historique :·. . aux divers cultes du paganisme, fictions mons­ 1529 APOLOGÉTIQUE (OBJET) et expérimentale, l’Êglise est-elle un fait surnaturel? Son existence et sa durée demeurent-elles inexplicables par les forces naturelles, les tendances sociales, l'évo­ lution humaine des idées religieuses? L’apologiste rap­ pelle et commente les paroles du Sauveur, qui imposent une autorité hiérarchique et vivante à la multitude des fidèles; il montre, par des documents historiques, sa durée ininterrompue et sa forme essentielle, identique depuis les temps apostoliques, malgré les bouleverse­ ments des nations, les persécutions des adversaires et les défaillances de ses membres. Cette société apparaît comme une extension de la personne même du Fils de Dieu fait homme, comme le corps dont il est la tète, possédant tous les moyens de salut, et absolument origi­ nale dans son essence et dans sa fin, par sa doctrine qui n’a rien de commun avec celle des écoles philoso­ phiques, par ses lois qui n’ont pas pour objet l’acquisi­ tion ou la protection des biens temporels et matériels, par son organisme qui n’est pas civil ou politique, mais exclusivement religieux. Elle est proprement et unique­ ment le royaume de Dieu, si souvent annoncé et pro­ mis dans l’Êvangile. il. propriétés de L’ÉGLISB. — On peut, avec M. Didiot, les ramener à trois : 1° caractère social; 2° perpé­ tuité; 3° infaillibilité. — 1» Elle ne se compose pas de croyants dispersés; elle n’est pas une multitude confuse et amorphe, mais un organisme avec des parties spéci­ fiques, des fonctions précises, un sacerdoce, un gouver­ nement, un chef suprême. — 2" Par son institution, son but, elle doit durer autant que le monde, les causes de transformations ou de ruine qui menacent les sociétés humaines soumises aux vicissitudes du temps ne sau­ raient changer sa constitution ou menacer son existence garantie parles promeses et l’assistance divines. —3° Indé­ fectible, elle doit être infaillible, car elle ne peut tromper ses adhérents, en matière de dogme ou de morale reli­ gieuses; elle ne serait plus guide de la croyance et dé la conduite si elle était sujette à l’erreur; et comme ce pri­ vilège serait vain et inefficace s’il était réservé seule­ ment à l'épiscopat tout entier dont le concert peut être invisible et la réunion empêchée, Jésus l’a accordé, en des circonstances que les théologiens doivent déterminer, â son vicaire, le souverain pontife. III. CARACTÈRES DE l'église. — Au point de vue apolog>’-tique, les notes de l'unité, de la sainteté, de la catliolicdéetder.apostolicité tiennent la première place : elles sont les signes distinctifs qui permettent de reconnaître, parmi toutes celles qui prétendent à ce titre, la véritable Église de Jésus-Christ. Il faudra donc mettre en lumière cette unité qui résulte du fondement unique et divin sur i quel elle repose; mais, parce qu’il demeure invisible, il devra apparaître concret et tangible dans la personne de Pierre, et de ses successeurs, pasteurs, docteurs et rois de la société spirituelle. Et puisque celle-ci a pour mission d’appliquer et pour ainsi dire de continuer la rédemption, elle se montrera sainte par la pureté de son enseignement, l'amour de Dieu et des hommes, ses procédés de gouvernement et de propagande, son désir de perfection, la vie et la mort de son fondateur, la merveilleuse floraison d’héroïsme dont elle a donné le spectacle, sa bienfaisante influence sur les mœurs de . humanité. Puisque Dieu veut le salut de tous les hommes, que le salut a pour conditions essentielles la f._i et la grâce, l’Êglise sera catholique, embrassant toutes les nations et tous les siècles, mais proprement universelle dans l'espace, dans l'étendue, dans l'application au genre humain tout entier. Sans doute, la résistinee des hommes, qui sont libres et détournés par de ai nombreux et si puissants obstacles, restreint le fait de eette universalité, mais elle se manifeste par une force d expansion illimitée et indéfinie, manifestée de toutes les manières et à toutes les époques par l’Êglise ro­ maine. Enfin, pour qu’elle ait le droit de se déclarer 1531» I surnaturelle et d’origine divine, il faut qu’elle se r- ■· > 1 comme apostolique, c’est-à-dire identique à ce pusilîuj grex que le Sauveur des hommes a réuni autour de lui pour faire la conquête de l’univers. Si son but avait . :é i altéré, sa constitution déformée ou renouvelée, son ac­ tion modifiée, elle ne serait plus elle-même. Pourtant l'apologiste doit montrer que cette immutabilité essen­ tielle s’accorde avec une évolution inévitable et une adap­ tation indispensable aux diverses civilisations humaines. La conclusion sera celle-ci ; un chrétien doit être catholique. Il est aisé de voir que toutes les questions qui con­ cernent l’Êglise n'appartiennent pas à la théologie fon­ damentale. Celle-ci pose des principes dont l’application constitue une science complexe et très étendue sous le nom de droit canon. La légitimité du pouvoir législatif établie, l’apologiste cède la parole aux moralistes et aux canonistes qui énumèrent, classent, interprètent les lois édictées par l'autorité ecclésiastique et qui règlent les droits, les devoirs, les privilèges des membres de l’Êglise, en vue de leur fin surnaturelle et de leur nature spirituelle. III. Lieuxtuéologiques. — Un s catholique, avons-nous dit, reçoit, par le ministère de l’Êglise, les règles de sa croyance et de sa conduite ». Cette affirmation, nette­ ment déduite des considérations qui précèdent, suffirait à un catholique pour croire et pour agir; mais un théo­ logien ne peut aborder l’étude du dogme ou de la mo­ rale s’il ignore les sources où il devra puiser les vérités dont l'enchaînement constitue la science sacrée. Le traité des lieux théologiques sera donc le complément indis­ pensable des deux autres. Il fut souvent remanié et en divers sens depuis le livre célèbre de Melchior Cano. On peut dire qu’ri existait déjà, en certains ouvrages, par exemple le traité De verbo Dei scripto et non scripto, du cardinal Bellarmin, et même virtuellement dans les écrits des Pères tels que le traité De doctrina Christiana, de saint Augustin. Il n'est point sans intérêt de rappeler que le P. Perrone faisait rentrer dans ce traité le De Ecclesia Christi, qui est la règle immédiate, prochaine et souveraine de la foi, et donc, le principal lieu théolo­ gique. Les lieux éloignés (remoti) seront l’Écriture et la tradition; sous le nom de lieux surnaturels, la plu­ part des auteurs les étudient et certains donnent, avec quelque raison, la première place à la tradition qui suffirait à la rigueur pour transmettre aux hommes la doctrine enseignée par l’Êglise dans tous les temps et dans tous les lieux. Ils insistent sur les caractères d'uni­ versalité et d'antiquité qui en font la valeur, ils l’exa­ minent sous les formes orale, écrite ou monumentale qu’elle revêt. Ils la montrent formulée dans les consti­ tutions des souverains pontifes et des conciles, les sym­ boles et les professions de foi, exprimée par les rites, les prières et les fêtes, conservée dans les écrits des Pères et des docteurs, les actes des martyrs et les systèmes des hérétiques qui la citent pour la combattre. L'épigraphie, l’archéologie, la numismatique la retrouvent dans les édifices sacrés, les inscriptions, peintures, sculptures, médailles, etc. L’Écriture sainte, qui comprend les livres écrits sous l’inspiration de Dieu, devra être envisagée par l’apo­ logiste, mais d’une façon large et générale. Quelques no­ tions claires et très exactes sur le canon et l'autorité des livres sacrés, l'inspiration considérée dans sa nature et ' son étendue, les règles d’interprétation, les diverses versions qui les ont mis à la portée des fidèles suffisent I amplement. Les questions de détail sont du ressort de i l'exégèse. Les théologiens d'autrefois joignaient à ces sources ce qu’ils nommaient loci mixti et naturales : vérités philo­ sophiques, principes de droit public, faits psychologiques ou d’expérience externe. On voit tout de suite quel riche trésor est offert au théologien et de quels matériaux éprouvés et précieux il dispose pour élever son édifice. 1531 APOLOGÉTIQUE (OBJET) Cependant, et avec raison, les auteurs modernes in­ sistent sur les rapports de la raison et de la foi. Ces con­ sidérations, si opportunes en un temps de scepticisme et de rationalisme, sont devenues plus aisées depuis le concile du Vatican ou furent tracées les limites, définis les domaines, assignés les droits, établies les relations de la science et de la croyance. C'est la même intelligence qui raisonne et qui croit; il est inévitable et obligatoire qu’elle se demande ce que la foi lui apporte de nouveau, ce qu’elle exige d’elle, comment elle conciliera les prin­ cipes qui lui sont propres avec les enseignements qui lui viennent d'ailleurs. Il est aussi dangereux d'anéantir la raison en lui refusant toute puissance que de 1'exalter en la poussant à la révolte. Nous avons déjà précisé le rôle de la raison avant l'acte de foi et dans l’examen des motifs de crédibilité, mais l’apologiste qui a dû, pour rendre la croyance pos­ sible,débarrasser l'intelligence des préjugés panthéistes, matérialistes et déterministes,l’épurera des rêveries du faux mysticisme que certains s’obstinent à confondre avec elle. Il considérera aussi l’œuvre propre de la raison dont la marche peut être parallèle et même con­ vergente avec celle de la foi, jamais opposée. Puisque le christianisme ne demande jamais une adhésion aveugle et ne propose jamais un dogme contradictoire, la foi n'éteint pas la lumière naturelle de la raison ; bien plus, elle encourage ses efforts, elle aide à son progrès dans la culture des sciences de la pensée et de la nature. Enfin, les services qu’elle reçoit, la raison droite et saine les rend à la foi; car outre que celle-ci suppose comme des conditions indispensables l’iiistoire et la critique, sciences rationnelles, la doctrine révélée ne revêt un appareil scientifique et n’acquiert que par son alliance avec la raison, l'ampleur et la fécondité de la science théologique. La théologie fondamentale peut laisser maintenant le champ libre à la dogmatique; son œuvre est terminée. IV. Apologétique négative. — Si l’apologétique posi­ tive est constituée en un corps solide de doctrine, l’apo­ logétique négative ou défensive, ou polémique, ne peut être aussi exactement déterminée. Elle est aussi générale, aussi variée que l'attaque. Nous avons essayé de la défi­ nir. au début de cet article, nous y revenons pour déter­ miner son objet. Il nous semble qu’on peut le réduire aux points indiqués dans un programme élaboré, après de longues réflexions, par M. Duilhé de Saint-Projet. On nous saura gré de le transcrire ici : « Plan d’études apo­ logétiques. 1. Définition et divisions. — 2. L’apologétique et l’exégèse. Critique biblique. — 3. L’apologétique et les sciences philosophiques. Eoi et raison. L'apologétique en face du rationalisme, du positivisme, du monisme matérialiste. — 4. L’apologétique et les sciences natu­ relles. Problème cosmologique. Problème biologique. Problème anthropologique. — 5. L’apologétique et les sciences historiques. Histoire des religions, transcen­ dance du christianisme. Action sociale et civilisatrice de l’Eglise. — 6. Histoire et transformations de l'apo­ logétique dans la suite des siècles. » Quelques pages aux pieds d’un cruci/ix, Toulouse, 1897. La division de l'apologétique défensive repose sur la nature même de l'homme, être raisonnable, matériel et social. La foi, en pénétrant dans son intelligence, y trouve les spéculations de sa pensée, les résultats de son expérience sensible, les souvenirs de son évolution historique. Il faut qu’il y ait accord entre tous ces éléments pour qu’il jouisse de la · paix intellectuelle ». Il dépend du monde extérieur dans lequel son corps lui assigne un rang et qui lui fournit la matière de ses connaissances sensibles, con­ dition de toute pensée, il est relié dans le temps et dans l'espace aux groupes humains, quel'on appelle des races ou des nations; enfin, il n'exerce et ne développe sa raison que par l'enchaînement des vérités qui découlent ces premiers principes, suivant les lois logiques qui 1532 s’imposent à son esprit : science, histoire, philosophie, « il n’est pas une objection, pas une erreur, anciennes ou modernes qui ne ressortissent à cette puissante trilo­ gie. » Duilhé de Saint-Projet, op. cil., p. 362. Il est évi­ dent que cette triple apologétique ne sera jamais défi­ nitive; les arguments qui suffisent à réfuter l'erreur actuelle devront être modifiés et complétés pour tenir tête à la nouvelle forme que l'erreur revêtira demain. Le kantisme, l’idéalisme, le pessimisme, le monisme, le socialisme ont introduit des idées nouvelles auxquelles les théologiens d'autrefois n'ont pas songé et qui four­ nissent à la compréhension, â l’analyse, à la critique un domaine inexploré jusqu'ici. Naturellement, avant de combattre et de condamner, il faudra distinguer ce qui est vrai, ce qui peut être admis, ce qui doit être rejeté, les certitudes, les opinions, les erreurs, travail très délicat, auquel il faut apporter un esprit juste, libre, ouvert, délié, impartial, et par-dessus tout une âme sin­ cère et bienveillante. Les sciences, dans leurs progrès si rapides et si merveilleux, suggèrent des points de vue inattendus et peuvent susciter des difficultés auxquelles les apologistes d’autrefois n'avaient pas à répondre. La première condition pour les résoudre sera de les exa­ miner avec « sérieux, confiance et mesure «(paroles de de M. de Lapparent au Congrès de Munich, 1900). Le sérieux consiste à les exposer telles qu’elles sont, et donc à les comprendre d'abord pour exprimer nettement ce qu’elles peuvent avoir de spécieux, en distinguant les faits des hypothèses et les lois certaines des théories provisoires; la confiance est justifiée et sera iné­ branlable si nous sommes des chrétiens convaincus, nulla inter /idem et rationem vera dissensio esse potest. Concile du Vatican, const. De fide, c. iv. Il ne peut donc exister qu'un désaccord apparent entre des affirmations téméraires ou non fondées des savants et des propositions trop absolues des théologiens. La mesure sera observée si nous prenons soin de ne pas identifier le dogme avec des opinions humaines, des systèmes théologiques, des commentaires exégéliques, quels que soient le génie, la science ou l'autorité de leurs auteurs. 11 y aurait un réel danger, surtout à vou­ loir chercher d’une manière générale dans la Bible l'expression des données de la science, à chercher, par exemple, dans la Genèse la confirmation de la cosmogo­ nie de Laplace ou du transformisme de Darwin. Lorsque les vérités scientifiques sont aussi des vérités religieuses (telles que la création ou l'unité de l'espèce humaine), il est possible que la Bible les exprime, mais ordinai­ rement il n’en est pas ainsi. La révélation n’a point pour fin les progrès de la phy­ sique ou de l’astronomie, et, d'autre part, à vouloir trouver des confirmations de la foi en des systèmes scientifiques, on s’expose â la soutenir par de fragiles appuis, qui ne lui sont pas nécessaires et dont la chute peut l’afiaiblir, non sans doute en elle-même, puisque sa solidité n’en dépend pas, mais dans l’esprit de ceux qui la croient ruinée avec les contreforts qui semblaient la fortifier. La tâche essentielle de l'apologiste en celte matière, c’est : 1° l’affirmation nette des vérités certaines, par l’énoncé clair et bref des propositions dogmatiques et des conclusions incontestables de la science ; 2« l'expo­ sition des doctrines probables, mais libres, de la théo­ logie ou de la métaphysique et des hypothèses plau­ sibles, ou des théories provisoires des savants; 3° la réfutation directe des erreurs en montrant que les sys­ tèmes absolument opposés à la foi sont inadmissibles, et que la raison, l’expérience ou la science les repoussent aussi bien que la religion, parce qu'ils sont contraires aux faits constatés et aux lois certaines, ou tout au moins dénués de preuves et construits a priori, par des esprits téméraires et inconsidérés. Entre les certitudes, il y a harmonie: entre les opinions, il y a liberté; entre les vérités et les erreurs, il y a conllit nécessaire et victoire 1533 APOLOGÉTIQUE (OBJET) — (HISTOIRE JUSQU’AU XVe SIÈCLE décisive des unes sur les autres. Inutile d'ajouter que ces régies qui concernent l'apologétique scientifique conviennent à l'apologétique historique. Nous ne per­ drons jamais de vue le mot si connu et souvent répété : Non indiget Ecclesia mendacio nostro. Droiture écla­ tante, bonne foi, loyauté, si ces qualités sont trop souvent absentes dans les discussions, il ne faut pas que ce soit du côté des catholiques. Aucun événement histo­ rique ne pourra ruiner un dogme chrétien tel que la primauté de saint Pierre ou l’infaillibilité du pape; l’im­ partiale histoire n’admettra jamais que le christianisme soit une déchéance de notre espèce et ne se soit pas montré bienfaisant pour l'humanité. Si le devoir de l'apologiste est de réduire à néant les calomnies inspi­ rées par une haine aveugle, il s’embarrassera peu des discussions sur la vie privée des Borgia, la révocation de l’édit de Nantes ou les origines de telle église des Gaules ou d’Espagne — non certes que ce genre de questions soit négligeable. H est intéressant de recher­ cher à cet égard la vérité, il serait avantageux de la découvrir, mais c’est l’affaire de l'historien, et l'apolo­ giste, qui est avant tout un théologien, doit résister à la tentation d’imposer aux autres ce qui reste libre, ce qui n'est pas certain; il ne suspectera pas des intentions qu'il est plus honnête, plus charitable, plus habile de supposer droites et saines; il ne condamnera pas ceux qui résolvent autrement que lui des questions que l’Église n'a pas tranchées et qui restent livrées aux disputes des hommes. On peut consulter les ouvrages indiqués à ta tin de l'article pré­ cédent. L. Maisonneuve. lit. APOLOGÉTIQUE. Histoire jusqu’à la fin du XV siècle. — I. Écriture sainte. 11. Antiquité chrétienne. III. Moyen âge. I. Écriture sainte. —Si l'apologétique est une science relativement récente, l’apologie est aussi ancienne que le christianisme, la forme essentielle et primitive de la théologie, et le premier des apologistes est Jésus. On pourrait extraire de l'Evangile l’essence et la méthode d’un traité de la révélation. Le Verbe fait chair, plein de grâce et de vérité, nous est présenté comme celui qui voit et révéle aux hommes les réalités divines inaccessibles à la raison: Deum nemo vidit unquam: unigenitus Filius qui est in sinu Patris, ipse enarravit. Joa., i, 18. Le vieillard Simeon célèbre le fils de Marie comme la lu­ mière qui doit éclairer le monde : Lumen ad. revela­ tionem gentium et gloriam plebis luæ Israel. Luc., il, 32. L’objet de l’enseignement donné aux apôtres est mystérieux : Vobis datum est nosse mysteria regni cælorum, Matth., xm, 11, cf. Marc., iv, 11; Luc., vin, 10; et c’est par leur ministère et celui de leurs succes­ seurs que la révélation s’étendra à tous les hommes: Euntes ergo docete omnes gentes. Matth., xxvin, 19. C'est pour tous un devoir absolu d’adhérer aux enseigne­ ments et d'obéir aux préceptes que nous recevons par leur intermédiaire: Qui crediderit et baptizatus fuerit salvus erit : qui vero non crediderit condemnabitur. Marc., xvi, 16. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. Matth., xvm, 17. Révélation, mystères, révélation médiate, obligation de la connaître et d’y adhérer, ne sont-ce point les élé­ ments du traité De vera religione? Les motifs de crédi­ bilité sont nettement formulés, à plusieurs reprises. Aux disciples de Jean qui demandent des preuves de sa mission divine, Jésus répond: Renuntiate quæ audistis et vidistis: cæci vident, claudi ambulant, leprosi mun­ dantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperesevangelizantur. Matth., XI, 10, Les miracles appelés signa, Joa., ii, 11, sont présentés aux Juifs comme d'irréfutables arguments en faveur de la doctrine: Si non facio opera Patrismei,nolite credere mihi, si autem facio,et si mihi non vultis credere, operibus credite, Joa., x, 37, et ces l-'-34 preuves sont tellement apodictiques et indispensal 1--s que le Sauveur excuse l’incrédulité de ceux qui en I' >r· r.t privés : Si opera non fecissem in eis quæ nem · aims fecit, peccatum non haberent. Joa., xv, 24. Il a in­ sisté spécialement sur les prophéties accomplies en sa personne et lui-même a prédit des événements concer­ nant sa vie, Malth., xx, 18; Marc., x, 33; ses disciples. Matth., xxvi, 21; Luc., xxn, 34; Jérusalem et le peuple juif, Matth., XXIV, 25,3i; Luc., xxi, qui se sont réalisées à la lettre. Il n’a pas omis de joindre les notes intrinsèques aux signes externes; il fait appel aux aspirations élevées des âmes et au contenu de ses révélations : Si quis voluerit voluntatem ejus [7>ei] facere, cognoscet de doctrina utrum ex Deo sit, an ego a meipso loquar. Joa., vu, 17. Animés et pénétrés de cet esprit, les apôtres recommandent aux fidèles d’étre toujours prêts à ren­ dre raison des espérances que la foi met dans le cœur: Parali semper ad satisfactionem omni poscenti vos ra­ tionem de ea quæ in vobis est, spe. I Petr., ill, 15. Ce fut dès lors un courant ininterrompu de justifications, de dé­ monstrations et de polémiques, dont les premiers té­ moignages sont les Épitres des apôtres, souvent dirigées contre les païens, les gnostiques et les judaïsants, etdont l'exposé constitue l'histoire de l'apologétique. On peut la diviser en quatre périodes: antiquité, moyen âge, temps modernes, temps actuels. IL Antiquité chrétienne. — Nous devons nous bor­ ner â une vue d’ensemble et â quelques indications som­ maires; car l’article consacré à chacun des auteurs que nous citons contiendra de plus amples développements. Nous voulons seulement ici tracer les grandes lignes et établir la continuité de la tradition. Un des plus anciens ouvrages est l’épltre dite de saint Barnabé, écrite sous Nerva (98) ou sous Hadrien (130 â 131), qui est un petit traité apologétique contre les Juifs. Vers 150 et 155, saint Justin adressa aux empereurs Antonin et Marc-Aurèle deux Apologies pour établir l’innocence des chrétiens et la vérité de la doctrine qu’ils professaient. Le Dialogue avec le juif Tryphon est un essai de démonstration par l’Ecriture du caractère messianique de Jésus, de la vo­ cation des gentils et de l'institution divine de l’Eglise. Les deux livres d'Athénagore, Πρεσβεία περί χριστιανών et Περί άναστάσεως (176-180), sont, le premier, un plai­ doyer politique, le deuxième, une série d’arguments en faveur de l’immortalité et de la résurrection. L’Épilre à Diognète, d’auteur et de date inconnus, adresse à un païen l’exposition élogieuse du christianisme. Comme Quadrat, Apollinaire dont les ouvrages sont perdus, Méliton dont nous n’avons quedes fragments, Aristides dont on a retrouvé la défense pour éclairer et fléchir l'empe­ reur Hadrien, Tertullien appartient encore à cette pre­ mière catégorie des apologistes judiciaires. Ce nom, qui leur fut donné un peu artificiellement et superficielle­ ment, a du moins l'avantage d’exprimer l’allure de plai­ doirie de leurs œuvres et de faire allusion au tribunal de César auprès duquel ces avocats du culte nouveau défendaient les croyances et la conduite de leurs core­ ligionnaires. L'apologétique (197), pour les gouverneurs des provinces de l’Empire, est un modèle de discussion juridique, d’un style éclatant et âpre, tandis que par le livre contre les Juifs, la lettre â Scapula et l'exquis opuscule De testimonio animæ, l’ardent et amer Africain peut être placé au premier rang des apologistes lit­ téraires, malgré le contraste absolu de sa manière avec l’élégance et la douceur de Minucius Félix dont l'Octavius est un dialogue aimable bien fait pour persuader. Athées, criminels, rebelles, tels étaient les reproches dont le paganisme flétrissait les chrétiens, il fallut d'abord se défendre, puis l’exposition doctrinale et la polémique devinrent nécessaires pour dissiper les pré­ jugés, éclairer les intelligences;enfin, un appareil scien­ tifique se joignit â la rhétorique et à l'éloquence, car 1535 APOLOGÉTIQUE (HISTOIRE JUSQU’AU XVe SIÈCLE Celse, Porphyre étaient de vigoureux jouteurs, qui mê­ laient aux réclamations populaires les difficultés sug­ gérées par la philosophie païenne, les objections ratio­ nalistes et naturalistes, tout le fatras des systèmes et des religions du paganisme. D’autre part les hérésiesd'Arius, de Macedonius, de Sabellius, d’Apollinaire suscitèrent des travaux immortels. Les écoles d’Alexandrie et d'An­ tioche, l’amélioration du sort des chrétiens depuis l’édit de tolérance rendu par l'empereur Constantin (313) mo­ difièrent les conditions, les arguments, la dialectique et le ton des apologistes. Après Clément d’Alexandrie (fSlô) (Exhortation aux gentils, Pédagogue, Stromales} qui définit les rapports de la raison et de la foi, parut Origène (185-216), qu'on a nommé le créateur de la dogma­ tique ecclésiastique, Harnack, ouvrage cité par Mar Ba­ tiffol. La lit. grecque, Paris, 1897, p. 167, et dont l'intluence considérable en théologie et en exégèse fut déci­ sive au point de vue de la défense religieuse, après la publication de ses huit livres contre Celse. Cependant Eusèbe Pamphile (265-340), évêque de Césarée, dirigeait contre Hiéroclès une réfutation qui succède à sa Prépa­ ration critique de la mythologie et de la philosophie helléniques) et à sa Démonstration évangélique (preuve du christianisme par les prophéties). Si l'on ne peut guère être plus érudit qu’Eusêbe, on ne peut être plus intrépide et plus ferme qu’Athanase (296-328) qui, dans le Discours contre les tirées, oppose le monothéisme au polythéisme, et dans le Discours sur l’incarnation du Verbe, fait du dogme du Christ rédempteur le principe et le centre de tous les enseignements révélés. Pendant qu'il continuait, contre les ariens, l’œuvre d’Athanase, saint Cyrille d’Alexandrie défendait contre les blasphèmes de l’empereur Julien la divinité de JésusChrist (433). Enfin Théodore oppose sa thérapeutique chrétienne aux maladies mentales et morales de l’hellé­ nisme, Ελλτ,νικών θεραπευτική παθών (437). Il faut citer, en Occident, Arnobe. vague théologien, mais vigoureux polémiste (γ327), dans ses Disputationes adversus gentes, l'auteur des Institutiones divinæ, le brillant rhéteur Lactance (7 330) et surtout saint Augustin, l'incomparable génie qui dressa la Cité de Dieu, en face de l’empire, répondit aux griefs des Romains vaincus par les barbares et justifia la providence des attaques dirigées contre elle par les sectateurs des faux dieux. Ainsi, judiciaire au temps des persécutions, historique et exégétique contre les juifs, philosophique et scientifique contre les philo­ sophes, théologique contre l’hérésie, l'apologie se trans­ formait peu à peu en dogmatique et se modifiait profon­ dément avec la chute du paganisme. III. Moyen age. — z. ou vu au xiu siècle. — i. En Orient. — Après l’admirable floraison du ive siècle, et vers le milieu du v·, les Grecs et les Orientaux se per­ dirent en des subtilités et des intrigues. Peu de noms surnagent dans l’universelle médiocrité. Il faut accorder une mention aux Λόγο·, κατά Νεστοριανών καί Εύτυχιανιστων de Léonce de Byzance (529 à 544), P. G., t. i.xxxvi, col. 1267-1396. Ces trois livres bien composés, nourris de science patristique, sont l’œuvre d’un esprit pénétrant. L’empereur Justinien (483-565) et Maxime le Confesseur combattirent le monothélisme, mais le plus grand nom de la littérature sacrée à cette époque est Jean Damas­ cene (j- 754 ou 780) qui résuma en sa personne et en ses écrits dans une large synthèse tout le mouvement intel­ lectuel des Églises d’Orient. Si la plupart de ses œuvres appartiennent à la dogmatique, à l’exégèse, à l’ascétisme, à l'histoire, si dans le Πήγη γνώσεως, il recherche les origines de la connaissance et commente Aristote avec profondeur, il appartient à l’apologétique par plusieurs de ses écrits, tels que le Dialogue contre les Manichéens, P. G., t. xctv, col. 1505-1584, la Discussion d’un Sarra­ sin et d'un chrétien, ibid., col. 1585-1598, et ses apo­ logies dirigées contre les iconoclastes (vers 726 à 732) où 1) distingua très nettement les cultes de latrie et de dulie 1536 et posa tous les principes qui autorisent et règlent le culte des saints et des images. 2. En Occident. — La lutte est surtout dirigée contre le tenace judaïsme et l’envahissant mahométisme. Un évêque de Séville dont les nombreux ouvrages attestent le travail acharné et la vaste science, saint Isidore, mort en 636,mérite de fixer notre attention parses deux livres : De fide catholica ex Veteri et Novo Testamento contra Judœos, P. L., t. lxxxiii, col. 489-530. La question juive devait être abordée, deux siècles après, avec am­ pleur, par l’archevêque de Mayence, Raban Maur (775856?), dans son Tractatus de divinis quœslionibus Novi et Veteris Testamenti contra Judœos (822), P. L., t. cvn, coi. 401-594. Il usa contre eux de toutes les ressources de son savoir encyclopédique, et déploya, pour les réfuter, la vigueur qui lui avait fait poursuivre le prédestinatianisme de l’hérétique Gottschalk. Cependant convaincus d’erreur par la Bible elle-même, les juifs n’osèrent plus invoquer son autorité contre les chrétiens, et c’est à la Mischna et à la Gemara qu'ils empruntèrent leurs arguments. Un évêque de Lyon, Agobard (876), les suivit sur ce terrain, dénonça les alté­ rations que le Talmud faisait subir aux doctrines juives, les assertions gratuites qu’il contenait, les erreurs dont il fourmillait et les périls dont il menaçait la foi. Tel est l’objet de son livre De judaicis superstitionibus. Mais les juifs ne se décourageaient pas : entreprenants, insinuants, ils répandaient, par tous les moyens, leurs objections contre le christianisme. Un cardinal de l’Église romaine que ses contemporains appelaient le second saint Jérôme et auquel Léon XIII conféra le titre de docteur, Pierre Damien (988-1072), leur opposa VAntilogus contra Judæos, P. L., t. cxlv, col. 42-58, et le Dialogus inter judœum et chrislianum, P. L., t. cxlv, col. 58-68. Ils devaient rencontrer encore un adversaire redoutable dans Pierre le Vénérable (7 1156), car l’abbé de Cluny était versé dans la connaissance des langues orientales. On lui doit un ouvrage de controverse : Adversus Judæorum inveteratam duritiem. P. L., t. clxxxix, col. 507650. Faut-il aussi lui attribuer deux livres Adversus ne­ fandam sectam Saracenorum·? P. L., ibid., col. 659720. On l’a soutenu avec vraisemblance. Sans doute, la propagande par le glaive était plus dangereuse que la prédication des doctrines musulmanes: pourtant celles-ci avaient pour elles le monothéisme qui les rond très supérieures à l’idolâtrie, une eschatologie grossière mais séduisante pour les âmes vulgaires, toujours si éprises des plaisirs sensibles, enfin la polygamie qui répondait trop bien aux aspirations mobiles et à l’inconstance de ces peuples â la fois enfants et barbares. Il fallait donc les combattre, d’autant plus que le mahométisme ac­ ceptait les éléments judaïques, vénérait le Christ comme un prophète et se présentait sous des apparences reli­ gieuses qui pouvaient tromper les humbles. tr. ou xttu au XV siècle. — C’est contre l’al­ liance pernicieuse des juifs et des musulmans que le dominicain Raymond de Pennafort (4175-1275), prédica­ teur, eh Espagne, d’une croisade contre les Arabes, fonda une école vouée â la publication d'apologies savantes et à l’étude des langues sémitiques. A cette école appartient entre autres l’auteur du Pugio fidei adversus Mauros et Judœos. Raymond Martini, dont l’ouvrage est très au courant des questions de son temps, excelle en ce qui concerne les oracles messianiques. Néanmoins, d’aucun de ces livres, estimables certes et utiles,' il n’est possible d'extraire des principes, une méthode générale, un enchaînement de preuves, il faut arriver jusqu’au xm· siècle et à l'œuvre de saint Thomas d’Aquin pour posséder le premier modèle d une défense vraiment et rigoureusement scientifique. De veritate fidei catholicæ contra gentiles, libri IV, tel fut le titre de ce qu’on nomme la Somme philosophique, qui parut peu après l'année 1261. Le quatrième livre est un exposé des prin- 1537 APOLOGÉTIQUE (HISTOIRE JUSQU’A LA FIN DU XVII» SIÈCLE) 1538 cipaux mystères, mais les trois premiers traitent des lectuel, puissant, fécond, parfois dangereux. Scolastique préambules de la foi : Dieu, les êtres créés, les rapports avec Savonarole, platonicienne avec Marcile Ficin, natu­ entre Dieu et le monde. Sans doute, cet ouvrage diffère raliste ou rationaliste avec Raymond de Sabonde, l'apo­ sensiblement de nos théologies fondamentales, mais je logétique suivit des voies très diverses. Le Triumph ne sais s’il n’est pas, à certains égards, le plus « mo­ crucis contra sæculisapientes, Florence, 1497, de Savona­ derne » des ouvrages de saint Thomas et celui qui ré­ role (1452-1498) est composé suivant les règles tradition­ pond le mieux aux préoccupations de nos contemporains. nelles, s’inspire des Sommes de saint Thomas d’Aquin Les rapports de la science et de la croyance, la nécessité et ne garde pas trace des témérités fougueuses du célèbre morale de la révélation, le rôle exact des motifs de cré­ dominicain. Qui ab unitateRomaine Ecclesiæ dissentit, dibilité ne sont nulle part mieux définis. L’exposition procul dubio per devia aberrans a Christo recedit. L. lucide et sereine tient plus de place que la controverse, IV, c. vi. Voilà une nette déclaration qui ne permet pas le grand docteur pense, avec raison, que l’affirmation à la Réforme de revendiquer en sa faveur l’adversaire de la vérité est la condition et la partie essentielle d une I des Médicis. — S’il aima Platon avec excès, Marsile apologie efficace. Il ne fut guère suivi dans cette voie et Ficin (1433-1499) lui emprunta des arguments contre les titres des ouvrages laissent deviner combien les pré­ les averroïstes, et maigri· quelques erreurs sur les idées occupations des erreurs contemporaines déterminaient innées et les âmes des sphères célestes, son livre De le choix des matières et les procédés des apologistes : religione Christiana et fidei pietate, Venise. 1550, est Propugnaculum fidei adversus deliramenta Alcorani; une réfutation du paganisme, en dépit des complaisances c'est l'œuvre de frère Ricold, enfant de Saint-François; de l'humaniste pour l’art et la littérature de la Grèce. Hebræomastix, vindex impietatis et perfidiæ judaicæ; Si le chanoine de Saint-Laurent tenait une lampe allu­ l'auteur est Jérôme de Sainte-Foi (Josua Lorki), talmumée devant le buste de Platon, il célébrait l’auteur du diste converti; un autre, Juif de nation et chrétien par Phédon comme le précurseur de Jésus. Mais, cette rai­ le baptême, Paul de Burgos, publiait vers le même temps son qui conduit à la foi, ne pouvait-elle en démontrer (première moitié du xiv» siècle) le Dialogus Sauli et les dogmes? Déjà, au moyen âge, Raymond Lulle, le Pauli contra Judæos. Très répandu, ce livre amena de mystique alchimiste, l'avait pensé, et dès le xm» siècle il nombreuses conversions parmi les compatriotes de l'au­ s’évertuait à déduire de prémisses rationnelles les vé­ teur, mais il ne dispensa pas, au siècle suivant, le mahorités révélées. Après lui, un professeur de l’université métan Abdallah, devenu chrétien, d’écrire la Confusio de Toulouse, l’auteur de la Theologia naturalis seu Liber sectæ mahommelanæ, ni le franciscain Alphonse de creaturarum, s’efforça d’unir le livre de la nature et le Spina decomposer son Fortalitium fidei contra Judæos, livre de l'Écriture, par une continuité qui fait du second Saracenos, aliosque christianæ fidei inimicos, Nurem­ . le développement du premier. Dieu et le monde, reliés berg, 1487. Glaives, boucliers, forteresses,... c'est à l’art entre eux par l’homme, s’expliquent l’un par l’autre; la de la guerre que nos apologistes militants empruntent nature et la révélation traduisent en idiomes distincts leur terminologie belliqueuse ; d’allure assez, différente la même pensée divine : Quamvis autem omnia quæ et vraiment caractéristique est le volume de Pedro delà probantur per librum creaturarum, sint scripta in li­ Cavalleria : Dationes laicales contra idiotas, quæ docent bro sacree Scripturœ et ibi contineantur, et etiam illa fidem Christianam veram et necessariam esse, 1487. quæ ibi contineantur in libro Bibliæ, sint in libro creatu­ C’est ce qu'on appellerait aujourd'hui une apologie à rarum, tamen aliter et aliter. Theol. naturalis, tit. 212, l’usage des gens du monde et l'auteur, faisantappel à leur édit. 1852, p. 314. Cet ouvrage est à la fois dogmatique et réflexion, envisage moins la religion dans les preuves moral, et malgré l'erreur fondamentale qui en est le extérieures qui en démontrent la crédibilité, que dans sa principe, il renferme d'excellentes parties, manifeste les structure intime et dans son excellence. intentions droites et le zèle ardent pour la conversion Nous ne serons pas surpris si, de la chute de l’empire des infidèlesquianimaient Raymond de Sabonde (+ 1432). romain à la Renaissance, l'apologétique est relativement C’est à la cabalistique et à la magie que Jean Pic de la incomplète et médiocre. Outre l'ignorance des premiers Mirandole (1463-1494), ce prodige d'érudition pédansiècles du moyen âge, il faut attribuer à des raisons tesque, demandait la confirmation de sa foi. Une de ses spéciales le niveau peu élevé de la polémique : à cette thèses condamnées par Innocent VIII est ainsi conçue : époque d'organisation sociale et doctrinale, le christia­ Nulla est scientia quænos magis certificet de divinitate nisme sentait le besoin de construire plutôt que d'atta­ Christi quam magia et caballa. Cependant à ses rêveries quer; relativement dispensé de se défendre, d’abord platoniciennes et à ses divagations superstitieuses, l'au­ toléré, ensuite protégé, enfin dominant en maître, il teur de VHeptapus joint des considérations justes et profita des circonstances favorables pour édifier le temple dignes d’intérêt. Bien plus curieux encore est le traité de cette science sacrée dont les cathédrales étaient le De docta ignorantia, où Nicolas de Cuse (1-401-1 Wti, symbole. Malgré des attaques partielles, il était obéi, évêque de Brixen, cardinal de la sainte Eglise romaine, vénéré comme une religion surnaturelle, et cela dura condense dans un syncrétisme outré ses rêveries mys­ jusqu'à la transformation de l’Europe par la Renaissance, tiques, ses préjugés contre Aristote et sa culture scolas­ tique. L'infini, le fini et leur rapport, ce problème qui jusqu'à la révolte de la Réforme. est le fond des philosophies et des religions, est étudié Dom Ceillier, Histoire des auteurs sacrés, 2· édit., 14 ln-4·, dans un sens chrétien, puisque c'est le Christ rédemp­ Paris, 1858-1863; Schwane, Dogmengeschichte : Vornicànische teur qui nous est présenté comme l’intermédiaire entre Zeit. ln-8·, 2' édit.. Fribourg-en-Brisgau, 1898; Patristische Zeit, Dieu et l’homme. Dédaignant l’expérience et la raison, in-8·, 2· édit., ibid., 1895; Minière Zeit, in-8·, ibid., 1882; Hur­ l’apologiste attribue à l'intelleclus la connaissance de la ter. Nomenclator literarius, in-8·. Inspruck, 1892, t. iv. pour Vérité, mais c’est une lumière surnaturelle qui peut seule tes années 1109-1563; Dictionnaire apologétique, 1.1, col. 191-205. L. Maisonneuve. l'en rendre capable; cela ressemble au fidéisme. D’autre IV. APOLOGÉTIQUE. De la fin du XV siècle à la fin part cette faculté peut atteindre et pénétrer le mystère au xvil·. — I. Fin du xv» siècle et commencement du de l’Unité divine où s’absorbent tous les contraires (coin­ : ;· jusqu'à la Réforme. II. De 1517 au milieu du xviPsiècidentia oppositorum) et s’enchevêtrent toutes les formes cue. 111. Dernière moitié du xvn» siècle. (complicatio omnium) : ceci confine au panthéisme. — I. Fin du xv» siècle et commencement du xvi» πιε­ Beaucoup moins original mais plus élégant et mesuré, ι x la Réforme. — L’invention de l’imprimerie (1440), Louis Vivés écrivit en cinq livres un ouvrage De veritate b : rise de Constantinople par les Turcs (1453), la dé- fidei christianæ, Bâle, 1513. C’était un philologue que rte de l'Amérique (1492) ouvrirent à la pensée de ses contemporains plaçaient au rang d'Érasme et de Budée. « L'un, disaient-ils, l'emporte dicendi copia, vastes horizons et déterminèrent un mouvement intelDICT. DE THÉOL. CATHOL. I. - 49 1539 APOLOGÉTIQUE (HISTOIRE JUSQU’A LA FIN DU XVIIe SIÈCLE) l’autre ingenio, et Vives judicio. » 11 n’était donc pas le moins bien partagé. II. De 1517 au milieu du XVII* siècle. — 1. Élabora­ tion du traité de l’Église par les catholiques. — Ce­ pendant des adversaires s'étaient levés, bien autrement redoutables que Pomponace ou Giordano Bruno : les chefs de la Réforme s’en prenaient surtout à la société religieuse gouvernée par le pape, au nom de Jésus; c’est donc elle qu'il fallait défendre. Peu à peu, se con­ stitua le traité de l’Église dont les éléments existaient sans doute avant cette époque, mais qu’il fallut assem­ bler, coordonner dans une synthèse systématique. L’œuvre s'accomplit lentement, progressivement, comme tout ce qui est solide el durable, mais deux noms me paraissent dominer, à cet égard, la foule des théologiens : ce sont les noms du dominicain Melchior Cano (1509-1560), De locis theologicis, Venise, 1759, et du jésuite cardi­ nal Bellarmin (1512-1621), Disputationes de controver­ siis fidei christianæ, dans ses œuvres complètes, 7 in­ fol., Cologne, 1619. Le savant cardinal traite de l’Église, des conciles, du souverain pontife, s’inspirant des tra­ vaux antérieurs de Jean de Turrecremata, Tractatus no­ bilis de potestate papæ et conc. gen., Cologne, 1480; de Cochlée, De auctoritate Ecclesiæ et S. Scriptures contra Lutherum, 1524; d’Eck, Enchiridion locorum commu­ nium adversus lutheranos, Ί525 ; De primatu, 1521. 2. Apologistes protestants. — Néanmoins, les héré­ tiques eux-mêmes prétendaient défendre la foi chrétienne contre les rationalistes. On cite souvent, comme la pre­ mière apologie en langue vulgaire, le Traité de la vérité de la religion chrétienne, Anvers, 1579, par Philippe de Mornay (1516-1623), et on s’accorde à louer la vigueur et la véhémence, l’érudition et la vie de cette apologie, malgré les préjugés dont n’a pu se défendre celui qu’on nommait le pape du protestantisme; mais il n’est que juste de reconnaître que la priorité appartient à Calvin luiméme (1509-1561) ; car si l'institution chrétienne (15361511) est le manifeste d'un hérésiarque, elle renferme aussi dans une sobre et belle langue française, sur la divinité de la religion, des pages qui s'imposent à l'ad­ miration de tous. Citons encore, parmi les apologistes protestants, le célèbre publiciste Grotius, De veritate religionis christianæ, la Haye, 1627,dont l’ouvrage offre un intérêt considérable au point de vue’ de la méthode, puisque l’auteur y adopte la marche suivie, aujourd'hui encore, par les auteurs de théologie fondamentale : Dieu, la providence, l’immortalité, les preuves de la révélation évangélique, la fausseté du polythéisme, du judaïsme et du mahométisme. Sous une forme brève et concise, l’auteur présente avec simplicité et avec force d’excellents arguments. Écrit en prison pour les marins hollandais, son petit livre a vieilli sans doute en quelquesunes de ses considérations, mais pourrait être lu encore, non sans utilité, par les catholiques de tous les pays ; tout au moins il atteste l'exactitude, le sens pratique et l’élévation d’âme de celui qui l’écrivit. 3. Autres apologistes catholiques. — C’est contre Du Plessis-Mornay que Pierre Charron (1541-1603) écrivit un livre Des trois vérités, 1594, pour réfuter les héré­ tiques, les infidèles et les mécréants. Exposant loyalement ses objections, il parut quelquefois faible dans les ré­ ponses, bien qu’il ne faille pas accepter de confiance le jugement de Bayle à cet égard. La sincérité de sa foi apparut dans sa Réfutation des hérétiques, 1595, et ses Discours chrétiens, 1600. Son amitié pour Montaigne a laiss- surtout des traces dans son Traité de la sagesse 1601 où, comme l’auteur des Essais, il fait au doute une fart excessive dans la direction de la pensée et de 1 : conduite, quoique les deux amis fussent, l’un et l’autre, des catho liques sincères. Bien plus ardent se montra le cdebre f-re Garasse (1585-1601), ridiculisé par l’ironie de Pascal et de Voltaire, mais fort honnête homme et auteur de merite. Son ton est parfois burlesque, excessif ; 1540 s'il frappe souvent trop fort, il touche juste en bien des rencontres. La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, Paris, 1623, est le plus connu de ses ouvrages ; il composa aussi une Somme théologique des vérités capitales de la religion chrétienne, 1625. La Sorbonne censura ce dernier ouvrage, mais l’auteur n’en était pas moins un excellent religieux,auquel on ne peut reprocher que l'absence de mesure et de modération. Plus directement et plus efficacement que leurs anciens coreligionnaires, les protestants convertis contribuaient à la défense du catholicisme : nul d'entre eux ne jouit d'une renommée plus étendue que Jacques du Perron (1556-1618), évêque d’Évreux (œuvres en 3 in-fol., Paris. 1620-1622). Mais nous lui préférons à juste titre son admirable ami, saint François de Sales (1567-1622), qui, en divers mémoires sur La vraie et fausse mission, et les Règles de la foi (réunis sous le titre de Contro­ verses, 6 in-8°, Lyon, 1868, t. m), a déployé, comme en tous ses ouvrages, les qualités de pénétration et de précision d'un théologien accompli. — Il serait injuste d’oublier que ce n’est point seulement à La Rochelle et, par les armes, mais encore par la plume, qu’Armand Duplessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), s’attaqua aux hérétiques. On distingue parmi ses écrits, pour la fermeté de la pensée et la fierté du langage, le mémoire intitulé : Les principaux points de la foi de l’Église catholique défendus contre l’écrit adressé au roi par les quatre ministres de Charenton, dans Migne, Démon­ strations évangéliques, t. m, col. 1-145. — Un bel esprit, né calviniste, conseiller d’État, disgracié, empri­ sonné, converti et mort sous-diacre, P. Pellisson (16241653), nous a laissé d'excellentes Reflexions sur les dif­ férends de la religion avec les preuves de la tradition ecclésiastique, dans Migne, Démonst. évang., t. ni, coj. 827-866, et des Preuves pour le traité de l'eucha­ ristie, ibid., col. 907-1036, où les arguments sont claire­ ment exposés et remarquablement enchaînés. III. Dernière moitié du xvn» siècle. — i. Apolo­ gistes catholiques. — Au xvn» siècle, les grands orateurs, les théologiens, les philosophes chrétiens ne pouvaient se désintéresser de la défense du christianisme. Réprimé par Louis XIV, le « libertinage » s’insinuait, habile et perfide, pax· la ville et à la cour. Des prélats comme Bossuet (1627-1704) et Fénelon (1651-1704) ne pouvaient rester indifférents devant les menaces d’une incrédulité hypocrite et les dangers qu’elle faisait courir à la foi de leur pays. Apologiste de la providence et de la divinité de la religion chrétienne dont ses œuvres, en particulier le Discours sur l’histoire universelle, sont la magni­ fique et persuasive démonstration, l’évêque de Meaux a donné au christianisme l’immortelle Histoire des va­ riations des Églises protestantes, parue en 1688 , t. xvxvi des Œuvres complètes, Paris, 1865, un des chefsd’œuvre de la prose française. C’est encore contre les protestants que Fénelon dirige son Traité du ministère des pasteurs et ses Lettres sur l'autorité de l’Eglise, pendant qu’il écrivait, avec un esprit subtil et un style attique, ses Lettres sur divers sujets de métaphysique el de morale (Œuvres, Paris, 1865, t. i). Sans insister sur l’apologie par la prédication, sur les considérations fortes et pressantes que présentent Bourdaloue avec sa Vigoureuse logique et son énergique sobriété, Fléchier dans sa langue harmonieuse, Massillon avec les finesses de sa psychologie et les minutieuses applications d’une morale parfois trop sévère, je ne puis omettre François Lami, le bénédictin (1636-1711), qui entreprit avec plus ” de bonne volonté que de sens métaphysique la réfuta­ tion de Spinoza dans Le nouvel athéisme renversé et qui réussit mieux dans sa lutte contre les mécréants dans L'incrédule ramené à la religion par la raison, Migne, Démonst. évang., t. iv, col. 509-617, ni Bernard Lami, l’oratorien (1645-1715), qui essaya en cinq vo­ lumes une Démonstration de la vérité et de la sainteté 1541 APOLOGÉTIQUE (HISTOIRE JUSQU’A LA FIN DU XVII· SIÈCLE) de la religion chrétienne. Vers le même temps, deux frères, Adrien (f 1675) et Pierre de Walenburch (t 1661), évêques hollandais, publiaient un excellent manuel ou étaient affirmés les principes, exposées les règles, et résumés les arguments pour convaincre d'erreur les partisans de la Réforme. L'ouvrage s'appelle : De con­ troversiis tractatus generalis, dans Migne, Theologiæ cars, complet., Paris, 1837, t. i, col. 1015-1262. 11 est solide et très concluant. C’est à la philosophie qu’appartient Nicolas Malebranche (1632-1715). Il est impossible de ne point attri­ buer une place parmi les défenseurs de la foi à cet auteur puisqu’il a écrit les Entretiens sur la métaphy­ sique, 1687, la Recherche de la vérité, 1674, les Médi­ tations chrétiennes, 1679, etc., 4 in-12, Paris, 1871. Malgré ses illusions et ses erreurs; c’est un admirable génie, le plus haut peut-être et le plus profond des philosophes français; mais il ne s’adresse guère qu'aux hommes de pensée. Jean de la Bruyère (1639-1696) rendait ridicules et méprisables les prétendus esprits forts, Ca­ ractères, 1687, et contribuait, auprès des gens du monde et des intelligences cultivées, à la victoire de la religion. Cependant s’il fallait caractériser J’apologétique au xvn· siècle, deux noms serviraient de types et l'empor­ teraient sur tous les autres, celui de l’évêque d'Avranches, Daniel Huet (1630-1721), et celui de l’ami des soli­ taires de Port-Royal, Biaise Pascal (1623-1662). Le premier emploie la méthode historique et positive, développe la critériologie traditionnelle du surnaturel par le miracle et la prophétie. Œuvre d’immense érudition, sa Dé­ monstration évangélique (Migne, Démonst. évang., t. v, col. 7-936) amasse toutes les preuves historiques du christianisme; parfois cependant, comme dans ΓAccord de la foi et de la raison, il donne plus que des gages à ce qu'on appellera le fidéisme, dont il est, si l’on peut dire, un des inventeurs; il lui arrive comme aux très savants hommes d'accepter ou de créer des hypothèses dont ils cherchent la confirmation dans les résultats de leurs travaux. Ainsi, pour Huet, les dieux de la mytho­ logie ne seront que des métamorphoses de Moïse, adoré sous différents noms. Ce travers n’empêche pas son livre d’être une mine et un arsenal ou puisèrent sans réserve, et quelquefois sans discernement, les apolo­ gistes qui-l’ont suivi. Ce n’est pas le lieu ici de caractériser l’apologétique de Pascal : l’exégèse des pascalisants est trop variée pour nous permettre des conclusions définitives; aussi bien, faudrait-il les justifier par de trop nombreux dé­ veloppements. L’auteur des Pensées a pourtant esquissé le plan d'une apologie. « Les hommes ont mépris pour la religion; ils en ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n'est pas contraire à la raison; vénérable, en donner respect, la rendre ensuite aimable, faire souhai­ ter aux bons qu’elle fût vraie; et puis montrer qu’elle est vraie. Vénérable, parce qu'elle a bien connu l'homme; aimable, parce qu’elle promet le vrai bien. » Édit. Bruns­ chvicg, Paris, 1887, n. 187. Rapprochez cet extrait de la phrase célèbre : « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur non à la raison. » Edit. Brunschvicg, n. 278. Et complétez-le par ces paroles : « 11 n’est pas possible de croire raisonnablement contre les miracles. » Édit. Brunschvicg, n. 815. Vous aurez quelque idée des éléments que renferme cette apologie dont nous n’avons que des fragments et où les préjugés jansénistes de l'auteur ont malheureusement laissé des traces nom­ breuses. Mais la méditation des quelques pages consa­ crées à la religion par ce sublime et profond génie gar­ dera toujours une valeur inappréciable pour les âmes troublées par le doute, éprises de pensée et attirées par l'amour. K42 Bien plus infestée de jansénisme fut la croyance d’Arnauld et de Nicole. La nécessité de la foi en >■ s >Christ pour être sauvé (Migne, Démonst. évang.. t. m, col. 146-454) et VApologie pour les catholiques contre les faussetés du ministre Jurieu assignent une place parmi les écrivains qui ont défendu fe christianisme à cet Antoine Arnauld (1612-1694), que Boileau appelait avec une emphase un peu ridicule : « Le plus savant mortel qui jamais ait écrit. » On lui doit encore, en col­ laboration avec Pierre Nicole (1625-1695), La perpétuité de la foi de l’Église touchant l'eucharistie, 3 in-4·, Paris, 1670-1674. Les auteurs y présentent, dans un style honnête et froid, les arguments de la tradition et n’ont pas de peine â montrer sa continuité en faveur de la présence réelle de Jésus dont ils éloignèrent les fidèles par les excès et les duretés de leur morale. H était de leurs amis, ce Gilbert de Choiseul (1613-1689), successivement évêque de Comminges et de Tournay, auquel on doit d’estimables Mémoires contre les athées, les déistes et les libertins (Migne, Démonst. évang., t. in, col. 45B-576). L’auteur est simple et fait appel aux idées sensées et droites que porte en elle une s. ine intelligence non pervertie par les sophismes. 2. Apologistes protestants. — « Le plus grand des protestants, et peut-être le plus grand des hommes dans l’ordre des sciences, » d’après Joseph de Maistre cité par l’abbé Crampon, Diet, d’histoire et de géographie, Paris, 1866, p. 712, Guillaume Leibnitz (1646-1716), nous appartient par sa Théodicée, 1710, dans ses Œuvres phi­ losophiques, Amsterdam, 1765, précédée d'un Discours sur ta conformité de la foi avec la raison, où il défend la cosmogonie de l’Ecriture et démontre que nos mys­ tères ne renferment rien de contradictoire. H fit paraître en 1672 une dissertation contre les sociniens ; Sancta Trinitas per nova argumenta logica defensa, et Γοη sait qu’il s’en prit directement à Bayle pour justifier, contre ce sceptique, le dogme de la providence. Personne n’a plus résolument affirmé la bonté de Dieu. L'on sait aussi qu’entre Bossuet et Leibnitz un rapprochement s’était fait pour négocier et préparer le retour des luthé­ riens au catholicisme; malheureusement, le projet n’a­ boutit pas, mais il fut l’occasion du Systema theologi­ cum, œuvre posthume, où, par la pensée et l’expression, le philosophe allemand se montre souvent catholique. L’abbé Émery a publié les Pensées de Leibnitz, 2 in-8°, Paris, 1803, sélection intelligente de tout ce que l’au­ teur de la Théodicée a écrit de plus remarquable en faveur de la religion chrétienne. Beaucoup plus méthodique fut l’œuvre du ministre protestant français, Abbadie (1657-1727), publiée à Rot­ terdam, 1684. Ce Traité de la vérité de la religion chrétienne a joui pendant longtemps d’une réputation extraordinaire. Il mérite certains des éloges dont il fut comblé, comme étant un résumé suffisant des contro­ verses chrétiennes contre les athées, les déistes et les sociniens. On lui peut reprocher de s'être borné aux réflexions et aux considérations philosophiques et mo­ rales, et d'avoir négligé la critique historique essentielle dans l'établissement d’un fait tel que le christianisme. S’il est illustre parmi les chimistes, l’anglican Robert Boyle (1626-1691) mérite une mention parmi les apolo­ gistes, car il écrivit de nombreux ouvrages pour justi­ fier ses croyances chrétiennes. La dissertation sur le profond respect que l'esprit humain doit à Dieu, Migne, Déni, évangél., t. iv, col. 1-50, et Les considérations pour concilier la raison et la religion, témoignent de sentiments très nobles et d'un vrai zèle pour la diffusion de la foi. Plus célèbre encore parmi les savants, Isaac Newton (1642-1727) mêle â ses ouvrages d’astronomie d· s considérations chrétiennes, et si on trouve des bizarrerii s et des idées é*ranges dans ses Observations sur les prophéties de l’Ecriture sainte, Londres, 1733. on peut lui reprocher de fournir des armes à la superstition, mis 1543 APOLOGÉTIQUE (XVIII· SIÈCLE) non à l'incrédulité. En tout cas, il ne faut pas oublier que ce grand contemplateur des cieux n’a point vu de contradiction entre les découvertes du inonde visible et les vérités du monde invisible, et qu’il disait un jour au docteur Smith: « Je trouve plus de marques certaines d’authenticité dans la Bible que dans aucune histoire profane quelconque. » Cité par Genoude, La raisondu christianisme, Paris, 1841. t. I, p. 459. Toujours en Angleterre nous trouvons Samuel Clarke (1673-1729), dont quelques opinions philosophiques ne laissent pas que d'ètre contestables, mais qui eut quelques parties du vrai métaphysicien, et déploya une vigoureuse dialec­ tique dans son livre: Vérité et certitude de la religion naturelle et révélée, Londres, 1738, réfutation du ma­ térialisme de Hobbes et du panthéisme de Spinoza. Outre tes ouvrages indiqués pour l'article Apologétique, no­ tion. col. 1519, on peut consulter : Houtteville, Discours historique et critique sur ta méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son origine, pu­ blié par J.-P. Migne dans Accord de la raison, des faits et des devoirs sur lu vérité du catholicisme, in-4", 1873; l'abbé Chassay, Tableau des apologistes chrétiens depuis la Renais­ sancejusqu'à la Restauration, dans Migne, Démonst. évang., 1852. t. xvm. col. 881-908: Perrone, Synopsis historiae theo­ logiis cum philosophia comparais, Turin, 1868; de Genoude, let raison du christianisme, 6 in-12, Paris (notices précédant les extraits); Migne, Démonstrations évangéliques, 18 ίη-4·, 1852 (notices); Werner, Geschichte der apologetischen u. polemischen Literatur der christlichen Théologie 5vol.,Scbaffhouse, 1861-1867; Hurter, Nomenclator literarius reemtioris theologiæ catholicæ, Inspruck, 2· édit-, 1892 sq., t. I. u. L. Maisonneuve. V. APOLOGÉTIQUE, xvm· siècle. — I. Angleterre. II. Allemagne. III. Italie. IV. Espagne. V. France. I. Angleterre. — Le mouvement que nous avons suivi à la fin du xvn· siècle se continua au xvm·. Aussi bien, il était naturel que, féconde en adversaires du christia­ nisme, l'ancienne île des Saints, malgré les ravages opérés dans ses croyances depuis le schisme d’Henri VIII et d'Élisabeth, vit naître des défenseurs. De fait, ils fu­ rent légion, très inégaux par le talent, 1'iniluence et la portée de leurs œuvres, mais d’intention droite et de courageuse attitude. Citons, parmi eux, Nathaniel Lardner (1684-1768'. dontles ouvrages ne forment pas moins de onze volumes in-8°; les principaux furent : Credibi­ lity of the Gospel History, 1727-1743, ou il essaya de confirmer les faits rapportés dans le Nouveau Testa­ ment, par le témoignage des auteurs contemporains, entreprise qu'il était malaisé de mener à bonne lin. Son Essai sur le récit de Moïse touchant la création et la chute de l’homme, 1763, et sa Défense des miracles peu­ vent encore être lus avec intérêt. Bien meilleur écri­ vain, en possession d'une universelle notoriété et pres­ que de la gloire, Joseph Addison (1672-1719) joignit à ses articles du Spectator et à ses tragédies une Défense de la religion chrétienne (traduite par Correvon, Lau­ sanne, 1757), dont il ne put terminer que la première partie, mais qui montre la sincérité et l’intégrité de sa foi. Ce n’étaient pas seulement des prédicateurs comme naguère Tillotson (1794), Traité de la règle delà foi, ou Stillinglleet, The little of faith, Londres, 1665-1699; Origines sacræ, Londres, 1662, qui entrèrent dans la lice; on y vit des hommes de lettres et des membres du Parlement. Énumérons quelques-uns des ouvrages les plus estimés qui se rapportent à cette époque: .1 short and easy melh,.i uuth the deists, Londres. 1699, par Leslie, fils de l'é-.êque protestant de Clogher (j-1721); les discours, P. a · al sermons, Londres, 1700, où l'on remarque surtout une discussion juridique très bien conduite de la résurrection de Jésus-Christ, par Sherlok; le même sujet inspira tord Georges Littelton (1709-1773), qui le re - : : d'une tonne littéraire agréable, dans son ou­ vra,... . LXI Sermons, Londres, 1680. Warbur­ ton. evéque de Glocester (1698-1779), fit preuve d'une 1544 érudition solide dans The divine legation of Moses de­ monstrated, Londres, 1737; trad, franç. dans Migne, Démonst. évang., t. tx, col. 248. Joseph Butler (16921782) insista sur l’accord de la religion et de la nature dans The analogy of religion natural and revealed, to the constitution and course of nature, Londres, 1736. Le théologien Jérémie Seed (j-1747) écrivit deux discours sur l’Excellence intrinsèque de l'Écriture sainte, 2 vol., 1750; trad, franç. dans Migne, Démonst. évang., t. ix, col. 689-712. Il y veut démontrer par le contenu même de la révélation l'inspiration des saintes Écritures. Un homme politique qui fut ministre, Jennings (17041785), publia An endeavour to prove by reason the Christian religion, Londres. 1774, qui décèle des vues originales et s'appuie sur quelques faits simples et quel­ ques propositions claires. Mais l'ouvrage classique, spé­ cialement dirigé contre Tindal, Dodwel, Bolingbroke et l'école des déistes anglais, est celui deJean Leland(10911766). The advantage and necessity of the Christian revelation, 2 in-4'·, Londres, 1772, traduit sous le nom de Démonstration évangélique ; auquel se joignait dans l'estime de ses compatriotes: The reasonableness of the Christian revelation, Londres, 1739, par Benson. C'est au xvm· siècle et à l'Angleterre qu’appartiennent encore Ditton (1675-1715) : La Religion chrétienne dé­ montrée par la résurrection de Jésus-Christ, 1712; traduit par La Chapelle, Paris, 1729, Migne, Démonst. évang., t. vm, col. 293-563; l'importance, les consé­ quences, les caractères, la démonstration de ce miracle y sont développés; — G. Burnet (1643-1715) : Défense de la religion tant naturelle que révélée, 6 in-12, La Haye, 17381744, qui commence par l'existence et les attributs de Dieu, pour aboutir, après avoir exposé la création et la chute de l'homme, au mystère de la rédemption; — Paley (1743-1805): .4 view of the evidences of Christianity, Londres, 1794; trad, franç. dans Migne, Démonst. évang., t. xiv, col. 675-905, ou il s'appuie sur la confession et la sincérité des témoins héroïques du Christ; — Butler 11710-1773) : Letters on the history of the Popes, traduit sous le titre : La gloire romaine défendue contre les attaques du protestantisme, Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 202-385, qui oppose le catholicisme anglais, ses dogmes et ses bienfaits, à la religion d’Henri VIII et d'Élisabeth. II n'est pas besoin d’ajouter que l’auteur est catholique. La plupart de ses compatriotes apparte­ naient àl’Église anglicane, mais le protestantisme n'avait pas encore évolué vers la libre-pensée, ou du moins, à l'encontre des audaces irréligieuses de l’école déiste si nombreuse en Angleterre, de nombreux champions te­ naient avec fermeté au dogme fondamental de la divi­ nité de Jésus-Christ. II. Allemagne. — En Allemagne, après Leibnitz, la lutte contre le rationalisme et le naturalisme fut vigou­ reusement menée par le mathématicien Euler (1707-1783), dans ses Lettres à une princesse d’Allemagne (qu’il ne faut pas lire dans l'édition altérée par Condorcet, mais dans celle qu'a publiée Cournot, 2 in-8°, 1841), Migne, Démonst. évang., t. XJ, p. 761-834, et dans La révéla­ tion divine vengée des reproches des libres-penseurs (édit, allemande, 1747), trad, franç. dans Migne, Dé­ monst. évang., t. xi, p. 834-850, et par le physiologiste Haller (1708-1777). Driefe über einige Einvurfe noch lebender Freizeister wider die Offenbarung, Berne, 1774. Lilienthal né en 1717, professeur de théologie à Koenigsberg opposa au déisme : Versuch einer genauern Zeilschaung der heil. Schrift, Kœnigsberg, 1750-1782, 16 vol., œuvre considérable, et où les objections pré­ sentées contre l'Écriture sainte sont développées et ré­ futées. Le Prussien Less (1736-1797), professeur à Gœttingue, mêle du mysticisme et des vues téméraires à sa Beweis der Wahrheit der christ. Religion, Gœttingue, 1758. L’aumônier du duc de Brunswick, Guillaume Jéru­ salem (1707-1789), donna Belrachlungen über die vor- 1545 APOLOGÉTIQUE (XVIII» SIÈCLE) nehmsten Warheiten der Religion, Berlin, 1773-1779. Enfin Kleuker entreprit Neue Prüfung und Erklârung der vorzûglichsten Beweise fur die Wahrheit des Christenthums, Riga, 1787-1794. On pense bien que tous ces ouvrages présentent de nombreuses ressem­ blances; les derniers venus imitent et copient leurs prédécesseurs. Les apologistes que nous venons de mentionner sont des protestants. Faudra-t-il ranger parmi les catholiques Benoît Stattler (1728-1797), successivement bénédictin, jésuite, curé, dont la Demonstratio catholica, 1775, fut mise à l'index et qui refusa de se rétracter? Au contraire l'abbé de Saint-Biaise, Martin Gerbert (1720-1793), se montra aussi exemplaire par sa vertu qu’éminent par sa science. Son livre Demonstratio veræ religionis et Ecclesiæ, 1760, est un bon traité de théologie fondamen­ tale. C’est ici le moment de remarquer que l’introduction à la théologie est désormais constituée. Stattler, avant le livre qui fit scandale, avait déjà publié la Demonstra­ tio evangelica, Π~Ό ; le P. Neubauer, S. J., Vera religio vindicata adversus omnis generis incredulos, 1771; Beda Mayer, 0. S. B., Vertheidigung der natürlichen, christlichen und katholischen Religion, Augsbourg, 17871789, et plusieurs autres se proposèrent le même but et suivirent la même marche. C’est à défendre la Bible que se voua spécialement le jésuite Laurent Veith (γ 171)6). Aligne, Script, sac. cursus compl.,t. rv, Paris, 1837, a réédité, son ouvrage : Scriptura sacra contra incredulos propugnata, Augsbourg, 1780-1797. Ce n’est pas seu­ lement un excellent résumé de tout ce que l’impiété du xvm· siècle a ramassé contre l’Ancien et le Nouveau Testament; c’est encore une réfutation, qui a nécessai­ rement vieilli en quelques parties, mais dont l’ensemble demeure excellent. Trois jésuites jouirent dans leur pays et dans leur temps d’une réputation légitime. Ils se nommaient : Sigismond Storchenau (1751-1797). Die Philosophie der Religion, 7 in-8·, Augsbourg, 1755-1781; Zugaben zur Philosophie der Religion, 5 in-8’, ibid., 1785-1788; — Hermann Goldhagen (1718-1794), Introductio in S. Scripturam, 3 in-8°, Mayence, 1765, qui examine au moyen de la philologie les points spécialement contro­ versés et allégués contre la révélation par les déistes et les incrédules ; — .1. Antoine Weissenbach (1734-1801 ), Die kürzeste und leichteste Art einen Freigeisl umzuschaffen,Bâle, 1779. — Jordan Simon, de l’ordre de Saint-Augustin (1719-1776), qui écrivit contre Voltaire et Rousseau une Justification de la foi catholique, 1772, avait composé un important ouvrage : Der entlarvte Freigeist aus Gründen der Religion und Vernunfl, Bamberg, 1772. — Louis Sandbichler (1751-1820), reli­ gieux de l’ordre de Saint-Augustin, comme le précédent, publia à Londres, 1785, Philosophische und kritische Untersuchungen ûber das alte Testament und dessein Gottlichkeit. Enfin, on doit à un Polonais, membre des Écoles pics, Stanislas Konarski (1700-1773) : De religione honestorum hominum contra impias deistarum opi­ nationes, in-4·, Varsovie, 1769. On voit par ce rapide exposé que les catholiques allemands ne négligèrent pas les questions apologétiques; s’ils furent plus nombreux que leurs coreligionnaires anglais, c’est que leur pays n'était pas tout entier infesté par l’hérésie et que leur foi y était plus libre. III. Italie. — Il fallait que les « libertins » se fussent insinués en Italie, dés le xvn· siècle, pour que le célèbre prédicateur Segneri (1624-1694) ait voulu diriger contre eux son volume très populaire : Il increu'ulo sensa scuza, Florence, 1690. Dei fundamenti della religione e dei fnmii della impieta, de Valsecchi, Padoue, 1765; Les fondements de la religion; La religion démontrée, de T.issoni, 1818; La religione demostrata e difusa, Rome, In»>-1805 ; Les caractères divins du christianisme, de Noghera, 1719-1784, sont une contribution très appréciable 1546 à l’apologétique chrétienne. Cependant il faut faire une place particulière à Gotti, de l’ordre de Saint-Dominique (1664-1742),auquel tousles auteurs venus après lui firent de larges emprunts. Il publia en 16 volumes, à Bologne, 1727-1734, une Theologia scolastico-dogmalica, mais j| nous appartient surtout par l’ouvrage édité de 1735 à 17-40, et dont le titre indique l'objet : Veritas religionis christianæ et librorum quibus innititur contra atheos, polytheos,idololatras,Mahometanos et Judæos demon­ strata; il avait réfuté déjà le protestantisme dans son livre contre le Hollandais Le Clerc, De eligenda inter dissentientes Christianos sententia, 1734. Nous pouvons encore compter, en Italie, parmi les apologistes, Vincent Moniglia (1686-1767). Dissertazione contra i materialisti ed altri increduli, 2 in-8’, Padoue, 1750. La forme italienne de l’incrédulité fut souvent sensuelle, efi'et sans doute de race et de climat. Moni­ glia, comme Valsecchi et Fassini, était dominicain. Ce dernier (1738-1787) publia De apostohca origine Euan­ geliorum. Ecclesiæ catholicæ..., Livourne, 1775. Son but était la réfutation des erreurs de Fréret auquel s’attacha aussi, pour le combattre, Nicolas Spedalieri (1741-1795), Analisi dell’esame critico del cristianesimo di Fréret, in-4°, Rome, 1774. On prêtait à cet érudit, dont l'esprit fut détestable, la paternité d’ouvrages anonymes dont les auteurs réels étaient d’Holbach ou Naigeon. Le père Fazzoni (1720-1775) écrivit Dissertatio theologica de mi­ raculis adversus Spinozam, 1755, et le frère mineur Costa, un traité De religione adversus incredulos, 2 in-4·, Bologne, 1788. Au jésuite Nicolai (1706-1784) nous sommes redevables des Ragionamenti sopra la religione, S in-8°, Venise, 1770, et à Landi, de Turin, un livre au titre suggestif : Ragione, religione, Turin, 1786. L’indication du sujet, en ces deux mots brefs, est plus claire que l'interminable titre, de l’ouvrage composé vers la même époque par le P. Emmanuel, capucin, de la famille des Prinsecco : Dissertazioni in forma di dialoghi intorno a vari dogmi cattolici per dimostrare la loro verita contra H cosidetti spiriti forti e specialmente i seguaci degli errori di Voltaire. 3 vol., Rome, 1785. Du reste, le livre est bon. Le vigoureux champion des doctrines ultramontaines, Alphonse Mazzarelli (1749-1813), publia une réfutation de J.-.I. Rousseau, Il buon uso della logica, 2 in-8’, Rome, 1821, contre le livre sur L’éducation qui résume le déisme du philosophe genevois. L’évêque de SainteAgathe des Goths, Alphonse de Liguori (1696-1787), effrayé par la diffusion si prompte et si pernicieuse des doctrines nouvelles, interrompit ses œuvres de théologie morale et de zèle apostolique pour écrire, vers la même époque, son livre : Verita della fede fatta évidente per li contrasegni della sua credibilita, Naples, 1762, marchant ainsi sur les traces d'Ansaldi qui avait traité Della né­ cessita e verita della religione naturale e rivelata, Ve­ nise, 1755. Nous devons ajouter à ces auteurs, Palmieri qui avait édité Analisi ragionala de’ sistemi e de’ fondamenti dell’ateismo e del! incredulita, 7 in-8·. Gênes, 1811, et Vincent Bolgeni (1733-1811) qui écrivit sur­ tout des ouvrages sur le Saint-Siège, l'infaillibilité du pape et ses droits, mais qui publia L’economia della fede cristiana, in-8·, Brescia, 1790. Cet ouvrage contient une analyse de la foi catholique dirigée surtout contre les opinions opposées aux doctrines de la Compagnie de Jésus, à laquelle appartint Fauteur, et qu'il quitta lors­ qu’elle fut supprimée. Assez audacieux, très vif, il fut parfois condamné, souvent combattu, toujours discuté, mais il se montra docile aux enseignements de l’Eglise qu’il défendit contre les jansénistes italiens. Cet ouvrage rappelait l’apologie adressée vingt ans plus tôt : Sermone apologetico, per la gioventu ilaliana contre le accuse contenule in uno libre inlitolalo : Della neccessila e verita della religione naturale e ή relata, in-4·, Lucques, 1756. L'auteur était le religieux célestin 1547 APOLOGETIQUE (XVIIIe SIÈCLE) 1548 le Traité des principes de la foi chrétienne, Paris, Buonafede (1710-1764), philosophe distingué, mais imbu 3 vol., 1736, dans Migne, Démonst. évang., t. vt, col. 7des doctrines sensualistes de Condillac dont l’influence 485, ont obtenu de justes éloges; mais il faut se tenir était considérable et pernicieuse, nonseulementen France, en garde contre l’esprit sectaire de l’auteur. Il en faudra mais au delà des Alpes. dire autant d’Ellies Du Pin, le théoricien du gallica­ L'n des premiers, non par la date, mais par le mé­ nisme (1657-1733), et de son Traité de la doctrine chré­ rite, parmi les apologistes italiens du xvni· siècle, tienne orthodoxe, dans Migne, Démonst. évang., t. vi, remarquable par le talent et l’esprit philosophique fut col. 947-1272; de Jaquelot (1667-1708), pasteur protestant, le cardinal Gerdil (1718-1802), qui fut pendant soixante probe et modéré pourtant, mais très diffus dans ses ans l'infatigable champion de l’Église. On lui doit les écrits : Conformité de la foi avec la raison, in-8°, œuvres apologétiques suivantes : Diss. della existenza Amsterdam, 1705, dans Migne, Démonst. évang., t. vu, di Dio e della immaterialita delle nature intelligenti, col. 9-157 ; Traité de l’inspiration du Vieux et du Nou­ Turin. 171". ou il réfute les erreurs de Locke; Tntroduzione alla studio della religione, Turin,1755; Breveesveau Testament, Rotterdam, 1715, et de Saurin, son collègue (1677-1730), le plus éloquent des orateurs pro­ posizione de’ carat teri della vera religione, Turin, 1767, testants français, dont les Sermons sur divers textes trad, franç. dans Migne, Démonst. évang.,t. xi, col. 239? de l'Écriture sainte, 9 in-8°, La Haye, 1708-1732, sont 370, et le Saggio d’instruzione teologica, Turin, 1750, qui parfois de véritables apologies, tels ceux qui ont pour témoigne d’une large compréhension et d'une étude at­ titres : La suffisance de la révélation, ses avantages, la tentive des dangers, des besoins spirituels et des aspi­ rations intellectuelles de son temps. divinité de Jésus-Christ, etc., dans Migne, Démonst. IV. Espagne. — On ne peut guère parler d’apologé­ évang., t. ix, col. 9-112. Les jésuites Tournemine tique espagnole au xvni· siècle; sans doute parce que l’in­ (1661-1739), Baltus (1647-1743) et Berruyer (1681-1758) sont très souvent cités par leurs contemporains. Le pre­ quisition opposant une rigoureuse barrière à l’incré­ mier écrivit une lettre Sur l’immatérialité de l’âme et dulité, le besoin de la défense se fit moins sentir que dans les autres contrées. Florez appartient à l’histoire. les sources de l'incrédulité, 1735 (Migne, Démonst. Les noms de Naxera, Martinez, Valcareel sont des noms de évang., t. IX, col. 583-591); De la liberté de penser sur la religion, 1736. Le second s’était déjà rendu célèbre philosophes plutôt que d’apologistes. A peine si l’on peut décerner ce titre au bénédictin Feijoo (1701-1764), dont par la Béfutation de l’histoire des oracles de Fontenelle, le Teatro critico universal sopra los errores communes, 1708, et il dirigea, contre les théories excessives de Ri­ 8 in-8°, Madrid, 1726-1739, est un répertoire qui renferme chard Simon, La défense des prophéties, \T3Ti. Enfin le de tout, des exagérations, des inexactitudes, mais aussi du troisième fut l’auteur discuté et condamné de {’Histoire bon sens dans la réfutation des opinions fausses de son du peuple de Dieu (1681-1758); il fut désavoué par ses confrères, mais s’il est paradoxal et parfois erroné, trop temps. Son compatriote Laurent Hervas (1735-1809), de la léger pour le grave sujet qu’il aborde, il se montre per­ Compagnie de Jésus, écrivit, en italien, L’idea dell’unisonnel, ingénieux, et son livre est d’agréable lecture. verso, 22 in-4°, Césène, 1778-1792, véritable encyclopédie où l’on trouve, parmi un amas de notions scientifiques L’un des plus estimables, parmi les apologistes fran­ çais du xvni’ siècle, fut certainement Claude-François et autres, la réfutation de plusieurs systèmes irréligieux. Houtteville (1688-1742), religieux de l’Oratoire et membre Enfin, vers la même époque, le Portugais Almeida (1722de l’Académie, auquel on a justement reproché une dé1803) dirigeait contre les encyclopédistes les Pecreacado filosophico, Lisbonne, 1751, traduites en français sous le I finition naturaliste du miracle, dont l’ouvrage fut, du titre d'Harmonie de la raison et de la révélation ou reste, antérieur aux attaques des Philosophes, mais Dépenses philosophiques aux arguments des incrédules. demeure un des traités les plus sérieux sur La vérité 2 in-12. Paris, 1822. de la religion chrétienne prouvée par les faits, 1722. 11 est complété par une Dissertation sur les faux prin­ V. France. — C’est une opinion assez générale que les apologistes français furent inférieurs à leur tâche. cipes et les divers systèmes des incrédules, et précédé Ains· formulée, l’appréciation est injuste. Car, si l’on d’un Discours historique et critique sur la méthode des ne conteste ni l’ardeur ni le zèle des innombrables soldats principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le chris­ tianisme. Ce discours, que l’on peut lire en tête de l'édi­ qui se lancèrent dans la mêlée, il faut reconnaître, avec tion corrigée du principal ouvrage, 1740, — et aussi la bravoure, des qualités solides de résistance. Il n’est édit. Migne, Paris, 1873, — contient des vues personnelles guère d'objection qu'ils aient laissée sans réponse, et leur bon sens, leur érudition, leur clarté,sont de remar­ sur le’ développement de la défense religieuse; elles quables avantages dont ils furent presque tous excellem­ sont dignes d’attention et d'intérêt, et 1'auteur ne mé­ ment doués. On ne leur pourrait guère reprocher que la rite qu'en partie les reproches que Desfontaines adresse complaisance des uns pour Condillac, des autres pour à son style qu'il accuse d’être prétentieux et maniéré. Descartes. Mais que pouvaient leurs efforts honnêtes On pourrait sans trop de peine relever bien des contre l’esprit, la verve, la vogue d’adversaires qui se nom­ choses inutiles dans {'Exposition des preuves les plus maient Voltaire, J.-J. Rousseau, Diderot, et combattaient sensibles de la véritable religion (dans Migne, Démonst. avec l’éclat du talent, dirigeant contre le christianisme évang., t. IX, col. 114-249) du jésuite Buffier (1661l’ironie, la sensibilité, la passion, dans un style prompt 1737). L’élégance trop symétrique du président d’Agues­ et vif. ou ému, ou fougueux, dont les apologistes ne seau (1688-1'751) n’empêche pas ses Lettres sur Dieu et possédaient pas les secrets? Et puis, cette lourde machine la religion, dans Migne, Démonst. évang., t. vin, de l’Encyclopédie les accablait de son poids, et les appa­ col. 705-836, de renfermer d’utiles et graves considéra­ rences chrétiennes de certains articles favorisaient la tions qui font ressortir particulièrement l’influence mo­ diffusion des erreurs dont elle regorge. D’autre part, à rale du christianisme. Mais aux magistrats se joignirent des poètes; l’un était d'Église : Polignac; le second por­ l'objection présentée dans une saillie ou une boutade, qui. lancr e comme une flèche, d’une main exercée, allait tait le nom illustre de Racine. — C'est en latin que le droit au but et se fixait dans l’esprit, il fallait opposer cardinal Melchior de Polignac (1661-1741) composa des ouvrages compliqués et savants au-dessus desquels VAnti-Lucrèce, Paris, 1745, 2 in-80, souvent traduit en elle passait. français, dans Migne, Démonst. évang., t. vin, col. t. p&emiéeb moitié dv xviip siècle. — Les jansé­ 968-1268. nistes continuèrent les traditions de leurs devanciers. Le cardinal qui, sur un nouveau ton. Par la méthode et la délicatesse de son style, Duguet En vers latins fait parler la sagesse, 11619-1733: est un bon écrivain. Les règles pour l’inRéunissant Virgile avec Platon, tc jeixe des saintes Écritures, in-12, Paris, 1716, Vengeur du ciel et vainqueur de Lucrèce. 1549 APOLOGÉTIQUE (XVIII’ SIÈCLE) C’est ainsi que Voltaire, dans le Temple du goût, loue ce poème, remarquable certes, mais ne justifiant pas cependant ces hyperboles élogieuses. L’auteur y réfute le matérialisme du Dénatura rerum, et parfois ses vers ne sont pas indignes d’être comparés à ceux de sou ad­ versaire, mais il s’y montre entiché de cartésianisme. Après avoir montré dans l’orgueil et la volupté les sources de l’irréligion, l 'auteur réfute successivement l’ido­ lâtrie, l'athéisme, le matérialisme, le spinozisme, le déisme, le pyrrhonisme, ."hérésie, la corruption de l'es­ prit et des mœurs, et conclut par le triomphe de la foi. Ce poème ne fit pas oublier La religion, in-12, Paris, 1742, et Lagrâce, 1720. Si ce dernier ouvrage est impré­ gné de jansénisme, le premier est aussi remarquable par le talent que par les idées : Dieu, l’âme, la rédemp­ tion, les mystères sont les sujets de vers un peu froids, mais harmonieux et d'assez précise doctrine. Leur au­ teur. Louis Racine (1692-1763), qui se nommait modes­ tement « fils inconnu d’un glorieux père », mérite une place parmi les apologistes et parmi les poètes. Migne, Démonst. évang., t. vin, col. 11-109,110-150. II. seconde moitié du xvin· siéclb. — Si le titre d'apo­ logiste ne convient guère à ces poètes que par occasion, il faut le décerner sans réserve à Sylvestre Bergier (17181790), qui le mérita par le nombre, l’opportunité, la valeur de ses ouvrages. Il suivit attentivement le mouvement philosophique de son siècle et ne laissa passer, sans y répondre, aucune des attaques importantes subies par le christianisme. Contre Rousseau, il écrivit Le déisme ré­ futé par lui-même, 2 in-12, Paris, 1765; contre Vol­ taire, Lacertilude des preuves du christianisme, 2 in-12, Paris, 1768, et dans Migne, Démonst. évang., t. xi, col. 11-198; contre Boulanger, Γ Apologie de la religion chrétienne, 2 in-12, Paris, 1769;contre d'Holbach, L’exa­ men du matérialisme, 2 in-12, Paris, 1771. Voltaire ayant répondu, avec sa légèreté et son esprit ordinaires, dans les Conseils raisonnables à un théologien, Bergier ré­ pliqua victorieusement (1772). Migne, Démonst. évang., t. xi, col. 99-234. D’allure moins polémique, le Traité historique et dogmatique de la vraie religion, 12 in-12, Paris, 1780, a largement été mis à contribution par les auteurs de théologie fondamentale. Raisonnement serré, preuves précises, variété des points de vue, cet ouvrage se recommande par divers mérites que l’on retrouve dans le Dictionnaire théologique, Paris, 1789, 3 in-4°. Il faut pourtant regretter dans ce dernier travail du savant théologien ses inexactitudes et certaines com­ plaisances pour les théories des philosophes qu’il avait pourtant combattus. Le grand public préféra à ses lourdes machines de guerre les Lettres de quelques juifs portu­ gais, allemands et polonais, à M. de Voltaire, in-80, Paris, 1769, où le chanoine Guénée (1717-1803) eut l’ha­ bileté de mettre les rieurs de son côté en empruntant à son adversaire son esprit incisif, son style alerte, son ton dégagé. Ses réponses aux objections du philosophe de Ferney sont excellentes; elles portèrent, et Voltaire, touché au vif, avouait : « Le secrétaire juif, nommé Guénée, n’est pas sans esprit et sans connaissances; mais il est malin comme un singe; il mord jusqu’au sang en faisant semblant de baiser la main. » Lettre CLXXlll à d'Alembert, 8 décembre 1776, Œuvres, Paris, 1784, t. i.xtx, p. 289. Guénée avait compris qu’il fallait avant tout sc faire lire en piquant la curiosité d’un public fri­ vole et qu’il fallait délimiter son sujet pour éviter les divagations ennuyeuses trop fréquentes chez la plupart des apologistes de ce temps. La manière de Jean-Baptiste Bullet (1699-1776) est plus • rudite: le titre même de ses livres en indique l’objet et la méthode : Histoire de l’établissement du christia­ nisme tiré des seuls auteurs juifs et païens, Lyon, 1769, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 383-542, et Réponses critiques aux difficultés sur divers endroits des Livres saints, Besançon, 1773. Inutile de faire remar­ 1550 quer que ces ouvrages ont vieilli : cela était inévitable, mais tout n’est certes pas à dédaigner dans cette tentative. L'académicien Beauzée (1717-1789) écrivit des articles philosophiques dans VEncyclopédie, mais on lui doit aussi une Exposition abrégée des preuves historiques de la religion, dans Migne, Démonst. évang., t. x, col. 1171-1264, écrite d’un style correct et disert. Plus direc­ tement, un évêque du Puy, Lefrancde Pompignan (17151794), s’en prit aux incrédules, et c’est pour les persuader de leurs erreurs, en même temps que pour prémunir les fidèles contre leur pernicieuse contagion, qu’il écrivit les Questions diverses sur l’incrédulité, l’incrédulité con­ vaincue par des prophéties, 3 in-12, Paris, 1759; La religion vengée de l’incrédulité par l’incrédulité ellemême, iTEt, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 651-790. Il devint plus tard archevêque de Vienne et pré­ sident de Γ Assemblée nationale et ministre. Il eut pour émule Adrien Lamourette (1742-1794), qui devint un in­ stant célèbre, lorsqu’il proposa, en la nuit du 4 août 1789, la réconciliation des partis connue sous le nom de baiser Lamourette, et, qui, après avoir été évêque constitutionnel du Rhône, porta sa tête sur l’échafaud. I) nous a laissé deux livres écrits avant son apostasie, Pensées sur la phi­ losophie de l’incrédulité, 1786, et Pensées sur la philo­ sophie de la foi, 1789, qui se complètent l’un l’autre. Son contemporain, Claude-François Nonnotte (1711-1793), servit de cible à Arouet, mais celui-ci n’en est pas moins atteint par les Erreurs de Voltaire, Avignon, 1762, ou il est plusieurs fois convaincu d’ignorance et de mensonge. Ce même jésuite devait traiter la question religieuse plus directement et avec plus d’ampleur dans le Dictionnaire philosophique de la religion oit l’on établit tous les points de la doctrine attaqués par les incrédules, 4 in-12, Avignon, 1772. Son confrère Xavier de Feller (17351802) écrivit le Catéchisme philosophique, Paris, 1842, œuvre d’un esprit net, exprimant avec force et simplicité une pensée droite et présentant avec clarté les préambules rationnels de la foi. Il ne jouit pas cependant auprès de ses contemporains d’une réputation comparable à celle de Para du Phanjas, S. J. (1721-1797), qu’il déclare être « sans exemple pour l’élévation de la pensée, la perfec­ tion de la méthode et la clarté du style ». Les principes de la saine philosophie conciliés avec ceux de la reli­ gion, 2 vol., Paris, 1774, dans Migne, Démonst. évang., t. x, col. 1-431, qui attirèrent à leur auteur de tels éloges, sont aujourd’hui bien oubliés. On lirait.plutôl les Recher­ ches philosophiques sur les preuves du christianisme. in-8°, Genève, 1770, du protestant Charles Bonnet, natu­ raliste très distingué. Mais ses idées sur le miracle, que sa définition (sinon son intention) range parmi les phé­ nomènes naturels, et ses rêveries sur les existences suc­ cessives de l'homme après la tombe, altèrent singulière­ ment ce qu’il peut y avoir de solide dans son ouvrage. Vn autre savant, son compatriote, J.-André Deluc, 1727-1817, se voua à la défense religieuse. Dans ses Lettres sur le christianisme adressées au pasteur Teller, de Berlin, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 945-1087, et sur l'EssCiiee de la doctrine de Jésus-Christ, écrites à Wollf, ibid., col. 1087-1150, mieux encore dans ses Observa­ tions sur les savants incrédules et sur quelques-uns de leurs écrits, ibid., col. 791-945, il montre qu'il n’était pas seulement un physicien distingué, mais encore un croyant. Pourtant on a dû reconnaître en ses écrits des traces de socinianisme. Serait-on injuste en adressant le reproche de prolixité à A. Duhamel (j-1769) dont on a Quatre lettres d'un philosophe à un docteur de Sor­ bonne, sur les explications de M. de Button, in-12, Stras­ bourg, 1751, et les Lettres flamandes ou histoire des variations et contradictions de la prétendue religion na­ turelle, Lille, 1752, dans Migne, Démonst. évang., t. xn, col. 9-132, et à Claude Roussel (7 1764), curé de SaintGermain, auteur des Principes de religion ou Préservatif contre l’incrédulité, Paris, 1751, 1753. Il faut bien se 1551 APOLOGÉTIQUE (XVIIIe SIÈCLE) garder de prendre à la lettre la méchante épigramme de Voltaire contre l’abbé Trublet (1697-1770) : Π compilait, compilait, compilait. Au peu d'esprit que le bonhomme avait L'esprit d'autrui par supplément servait... Le « bonhomme » qui avait bâillé en lisant La Henriade agaçait Voltaire par les Pensées sur l’incrédulité, in-8°, Celte, 1737, dont la justesse gênait ses desseins impies. Les ouvrages de Gauchat, abbé des prémontrés (1709-1779), eurent le même résultat : Lettres critiques ou analyse et réfutation de divers écrits modernes contre la reli­ gion, 19 in-12. Paris, 1753-1763, et Harmonie géné­ rale du christianisme et de la raison, 4 in-12, Paris, 1768. Sur le magistère de l’Êglise et les rapports de la foi et de la raison-, on peut consulter utilement Fran­ çois Picard, docteur de Sorbonne, qui ne signa pas ses livres : Vérités sensibles de la religion, Traité des moyens de reconnaître la vérité dans l’Êglise, 1759, et qui avait déjà pris rang parmi les défenseurs de la saine doctrine par La raison soumise à l'autorité de la foi, Paris, 1742. Le résultat de ces efforts et de ces travaux, ce fut la constitution définitive du traité De revelatione que nous trouveronsdésormaisen tête des Institutiones theologicæ. Ses grandes lignes sont tracées et définitives, la méthode formulée, les matériaux réunis etcoordonnésdans le livre de Joseph Ilooke, Irlandais de naissance mais Français d'adoption (1716-1796), professeur en Sorbonne (17641791). Il est intitulé Religionis naturalis et revelata principia, 3 ίη-δ”, Paris, 1752. Destiné aux théologiens de profession, il laissait le champ libre aux œuvres moins didactiques de La Luzerne et de Duvoisin. Le pre­ mier, évêque de Langres et cardinal (173Ç-182I), a pris un rang distingué parmi les écrivains religieux par son Instruction pastorale sur l’excellence de la religion, Langres, 1786, dans Migne, Démonst. évang., t. xnr, col. 895-1082; le second, grand-vicaire de Laon, qui mourut évêque et conseiller d’État (1744-1813), publia des ouvrages bien documentés sur l’Écriture sainte : Autorité des livres du Nouveau Testament, in-12, Paris, 1775, Autorité des livres de Moïse, in-12. Paris, 1778,dans Migne, Démonst. évang., t, xin, col. 763-891. Etienne-Antoine Boulogne (1747-1825) travaillait à la même œuvre, il ne devait être élevé à l’épiscopat que sous l'Empire, mais son œuvre appartient en partie à l'époque de la Révolu­ tion, car ses Annales religieuses, publiées avec la colla­ boration de Sicard et de Jauffret, parurent en 1796 et se continuèrent par des Fragments et des Mélanges ou étaient vaillamment défendus les droits delà religion et de l’Êglise. L’auteur combattait avec courage le schisme des prêtres assermentés. On peut croire que ces ouvrages eurent d’heureux résultats, préservèrent la foi d’un grand nombre, et contribuèrent peut-être à ramènera la foi des esprits tels que le littérateur La Harpe (l739-1803).d’abord ami et presque complice des philosophes, critique émi­ nent pour son époque, mais auteur d’ouvrages licencieux, qui, non content de se convertir, en ses dernières années, se rangea courageusement, par son Apologie de la reli­ gion, dans Migne, Démonst. évang., t. xni, col; 477-652, parmi les apôtres du christianisme. I n docteur en Sorbonne. Claude Yvon (1714-1790), montre aans ses Lettres à Rousseau, in-S”, Amsterdam. 1790. qu'il partageait, en partie, les préjugés des écrivains qu’il prétendait réfuter. Bien plus efficace est le Préser­ vatif pour les fidèles contre les sophismes et tes impié­ tés des incrédules, 2 in-12, Paris, 1764, par le béné­ dictin dom Deforis (1732-1794) qui connaissait â mer­ veille les questions qu'il traitait et les revêtait d’un style sobre et clair. — C’est aux panthéistes et aux naturalistes que Laurent de François (1698-1782) s’en prit avec succès dans les Preuves de la religion de Jésus-Christ contre le, spinozisles et les déistes, 4 in-12, Paris, 1751. Un 1552 curé du diocèse de Sariat, Guillaume de Malleville (16991764'?), avait abordé un sujet analogue dans La religion naturelle et la religion révélée établie sur les principes de la vraie philosophie et de la divinité des Écritures, 5 in-12, 1756-1758. Un auteur ascétique estimé, le P. Griffet, S. .1. (1698-1771), démontra la nécessité morale de la révélation, en deux volumes qui ont pour titre : L'insuffisance de la religion naturelle prouvée par les vérités contenues dans les livres de l’Écriture sainte, Liège, 1770. Un dominicain, Gabriel Fabricy (t 1800), fit œuvre d’exégète en examinant Les titres primitifs de la révélation ou considérations critiques sur la puretéel l’intégrité du texte original des Livres saints de l’Ancien Testament, 2 in-12, Rome, 1772. Un autre frère prêcheur, Thomas Laberthonie (17081794), sur un plan plus large, essaya une démonstration plus complète : Défense de la religion chrétienne contre les incrédules et les juifs, 3 in-12, 1787, synthèse des propositions classiques qui constituent ce que nous ap­ pelons le traité De vera religione. C'est l’accord de la science et de la croyance que cherchait à établir Anne de Forbin (1718-1780), dont les connaissances mathéma­ tiques étaient remarquables, parson ouvrage : Accord de la foi et de la raison clans la manière de présenter le système physique du monde et d’expliquer les diffé­ rents mystères de la religion, 2 in-12, Cologne, 1757. On sait que semblables tentatives présentent certains dangers en ayant l’air de rendre la foi solidaire de telle ou telle explication mécanique de l’univers, mais le but n’en est pas moins louable. Très digne d’éloges fut aussi l’intention de Hubert Hayer (1708-1780) qui poursuivit l’incrédulité sous tous les déguisements qu'elle revêtait, dans les 21 volumes de La religion vengée, publication périodique (1757-1761), etqui dévoilant La charlalanerie des incrédules, in-12,1780, insista sur L’utilité tempo­ relle de la religion chrétienne, in-12, 1774. Aux simples, le P. Joseph de Menoux, S. J. (16951766), donnait un antidote aux erreurs de son temps, dans L’incrédulité combattue par le simple bon sens, Nancy, 1760, et il rappelait à la raison les ennemis de la foi par son Défi général à l’incrédulité,ou notions philoso­ phiques des vérités fondamentales de la religion, in-8», Avignon. 1758. Les Mémoires philosophiques ou l’adepte du philosophisme ramené à la religion catholique sont un ouvrage estimable, 2 in-S", 1777-1778, dans Migne, Démonst. évang., t. xi. col. 589-758, dû à Louis Crillon (1726-1789). et aussi l'Essai sur la religion chrétienne et sur le système des philosophes modernes, par un an­ cien militaire retiré, in-12, Paris, 1770. Cet « ancien militaire » était Joseph de Laulahnier, évêque d’Égée in partibus, 1718-1788. Car l’épiscopat ne pouvait se désinté­ resser du combat qui se livrait pour Jésus-Christ. La lutte avait été, en effet, vaillamment conduite par Christophe de Beaumont (1703-1781), archevêque de Paris, pieux et courageux prélat qui fut abreuvé d'outrages et de calom­ nies, surtout après la publication de son Mandement portant condamnation d’un livre qui a pour titre : De l’esprit. Mais son attitude, son influence et sa direction contribuèrent plus encore que cette lettre pastorale à rendre efficace la défense religieuse. Plusieurs de ses collègues dans l'épiscopat le secondèrent avec courage, même ceux dont l'orthodoxie fut entamée par le jansé­ nisme et le gallicanisme. Tel cet archevêque de Lyon, Antoine de Montazet (1713-1788), à qui nous devons une Instruction pastorale sur les sources de /’incrédulité et les fondements de la religion, in-4», Paris. 1776, mais aussi des Institutiones theologicæ, 6 in-12, 1782, qui se partagèrent, avec la Theologia dogmatica et moralis de Bailly, les faveurs des séminaires et exercèrent pen­ dant trop longtemps une fâcheuse influence sur l'éduca­ tion intellectuelle du clergé de France. Ces livres durent leurs succès, malgré les propositions erronées qu'ils contenaient, aux qualités d ordre et de méthode que l’on 1553 APOLOGETIQUE (XVIIIe SIECLE) — (XIXe SIÈCLE) remarque dans le Tractatus de vera religione, de Bailly (1730-1808). Nous ne pouvons omettre, parmi les auteurs auxquels leurs œuvres acquirent encore une certaine notoriété, Louis .Joly (1712-1782) qui, dans ses Remarques critiques sur le dictionnaire de Rayle, in-fol., Dijon, 1748, nous a laissé un utile correctif de ce dangereux recueil ; ni le P. Antoine Guénard (1726-1806) qui fixa si nettement et si finement, dans le Discours sur l’es­ prit philosophique, in-4", Paris, 1755, « les caractères qui le distinguent et les bornes qu’il ne doit jamais franchir; » ni Barruel (1741-1820) qui, dans les Lettres provinciales philosophiques, 5 in-12, 1781, prit sa revanche, contre les encyclopédistes, de l’immortel et inique pamphlet de Pascal contre sa Compagnie; ni sur­ tout le chanoine Gérard (1737-1813), plus célèbre que tous les autres par ce roman ou l'on vit une confession et une autobiographie, et qui était destiné, dans l'inten­ tion de son auteur, à venger le christianisme en montrant les excès où conduit fatalement l’incrédulité : Le comte de Valmont ou les égarements de la raison, 5 in-8°, Paris, 1801. Cette période se termine par le nom d'un bon prêtre, modeste, énergique, d'esprit élevé et de noble caractère qui emprunta aux philosophes les éléments d'un plaidoyer en faveur du catholicisme. S'il ne peut se défendre de quelques préjugés ecclésiastiques de son temps, l'abbé Émery (1782-1811) fit œuvre utile en pu­ bliant : L'esprit de Leibnitz, ou recueil de pensées choi­ sies sur la religion, la morale, l'histoire et la philosophie, 2 in-12, 1772 ; Le christianisme de F. Bacon, in-12, 1709, et les Pensées de Descartes, in-8», Paris, 1811. En somme, l’armée catholique compta au xvni" siècle ungrandnombredecombattantsauxquels ne manquèrent ni le courage ni la science, mais ils livrèrent plus d'escar­ mouches que de batailles,leurs armes trop souvent vieil­ lies ne portèrent pas, et s'ils ne furent pas entamés dans leurs positions, ils n'obtinrent que de rares victoires indiscutées et définitives ; en un mot, l’apologétique fut abondante et généralement médiocre. VI. APOLOGÉTIQUE. XIX* siècle, en France. — Pour faciliter les recherches et grouper les renseignements, nous distinguerons, sans attribuer à cette division une valeur absolue: 1» les maîtres de l'apologétique au XIX' siècle; 2° les apologistes de la chaire; 3’ l'apologétique doctrinale; 4° l'apologétique philosophique; 5° l’apolo­ gétique historique ; 6° l'apologétique scientifique ; 7" évê­ ques apologistes; 8° publicistes apologistes; 9° des ou­ vrages récents d’apologétique. 1. Les maîtres i>e l’apologétique. — François-René de Chateaubriand (1768-1848) est le « premier écrivain du xlv siècle, disait Villemain dans l'ordre du temps et de la gloire ». Sa démonstration de la religion révélée est contenue dans le Génie du christianisme, 5 in-8’, Pa­ ris. 1802, dont les principes sont vérifiés, confirmés et appliqués en plusieurs autres ouvrages de l'auteur, tels que : Les martyrs ou le triomphe de la religion chrétienne, 1809; les Éludes historiques, 1831, et la Vie de Rancé, 1833. Le titre primitif du Génie du christia­ nisme en fait bien connaître l'objet: Des beautés poé­ tiques et morales de la religion chrétienne et de sa su­ périorité sur tous les autres cultes de la terre. L’ouvrage fut une très opportune réaction contre la philosophie artificielle et inintelligente de Voltaire, une réhabilita­ tion du sentiment religieux, de l’importance et de la grandeur des problèmes qu'il fait naître. On y a relevé i imprécision de certaines formules, la faiblesse de cer­ taines preuves, mais l'auteur avait atteint son but: for­ cir ses contemporains à accorder leur attention respec­ ta· use au christianisme, leur montrer qu'ils lui devaient être reconnaissants pour ses bienfaits, leur révéler les sources de poésie et d’émotion qu’il renferme, son ac­ cord avec la nature et la civilisation, enfin sa beauté propre, absolument dillérente de la beauté antique, et 1554 d’un caractère si transcendant qu'on en pouvait conclure sa vérité et son origine surnaturelle. Bien qu’il fût né avant Chateaubriand, lecomte Joseph de Maistre (1753-1821) publia plus tard que lui ses prin­ cipales œuvres. Le pape, Lyon, 1819, très vigour· i:-.· réfutation du gallicanisme et, malgré ses omissions, ses inexactitudes, ses exagérations, très solide traité sur les droits du souverain pontife. Mais Les soirées de Saint-J ’étersbourg, parues après la mort de l'auteur. Paris, 1828. sont le meilleur titre de gloire de cet admirable écri­ vain. Elles ont pour objet de démontrer et de justifier le gouvernement de Dieu sur le monde, d’expliquer le mal physique comme le châtiment du mal moral. Malgré les paradoxes où il se complaît parfois, J. de Maistre se montre penseur original, éloquent et profond. Son émule, Ambroise de Bonald (1754-1840), nous a laissé une sub­ stantielle et diverse réfutation de Rousseau et de Mon­ tesquieu. C’est un métaphysicien un peu froid, mais aux formules nettes. Il a beaucoup écrit. Il faut signaler ici, comme nous appartenant plus spécialement, La théorie du pouvoir polit ique et religieux dans la société civile, 3 in-8°, Constance, 1796; La législation primitive, 3 in-8’, Paris, 1802, et les Recherches philosophiques sur les premiers objets de nos connaissances humaines, 2 in-8°, Paris, 1818. Les traditionalistes empruntèrent â ces ouvrages les lignes et les arguments de leur système. Le rôle de la tradition et de la société y est démesuré­ ment accru, mais ils abondent en considérations vraies et en réflexions graves qui fixent l'esprit et lui suggèrent des idées. Félicité de Lamennais (1783-1854) a exercé une action très active, très efficace. L’Essai sur l'indifférence en matière de religion, 4 in-8". Paris, 1817, bouleversa les esprits et les cœurs. Le premier volume était une vail­ lante charge contre l'incrédulité: les trois derniers vo­ lumes sont de beaucoup inférieurs, contiennent les principes du fidéisme (voir ce mot) et préludent aux excès qui entraînèrent l'auteur parmi les révoltés, les apostats et les panthéistes. 11 conçut, en philosophie, des ambitions démesurées, mais son Esquisse d’une philo­ sophie, 4 in-8’, Paris, 1841-1846, d’où on a extrait une remarquable Philosophie de l’art, garde des traces du merveilleux talent éclatant et âpre dont il avait fait preuve à ses débuts. II. Les apologistes de la chaire. — Il y avait beaucoup moins d'idées nouvelles mais beaucoup plus de sagesse dans lès discours de Denis Frayssinous (1765-1842) dont les Conférences sur la religion ou Défense du chris­ tianisme, 3 in-8’, Paris, 1825, sont un développement ordonné des principales questions qui se rapportent à la foi: vérités naturelles, certitude, témoignage, notes de la révélation, Jésus-Christ, etc. La langue est nette et rappelle parfois la prose du grand siècle. Mais l'élo­ quence devait revêtir l’apologie d’un magnifique vête­ ment dans la chaire de Notre-Dame de Paris où. succes­ sivement, Ravignan, Lacordaire, Félix, Monsabr Ld'Hulst, répandirent sur les preuves de la religion l’éclat de leur parole. Lacordaire (1802-1861), dans ses Conférences de. Notre-Dame de Paris, 4 in-8», Paris, auxquelles il faut adjoindre ses Conférences de Nancy, 2 in-12, Paris. 1900, et ses Conférences de Toulouse, Paris, 1857, s'at­ tache principalement à la démonstration du christia­ nisme par ses effets. 11 est hors de pair par l'émotion et la vie, l’ardeur et l’enthousiasme, le succès et l’in­ fluence. Le P. de Ravignan (1795-1858), dans ses Con­ férences, Mn-Se, Paris, 1868,avait manifesté sa profonde vie intérieure et son zèle persuasif. Le R. P. Félix (18101891) développa, pendant quinze ans, la parole de saint Paul : Crescamus in illo per omnia qui est caput Chris­ tus, Eph., iv, 15, en des discours exactement divisés · t purement écrits, avec ordre et logique. Conférences. Le progrès par le christianisme, etc., 17 in-8’, Paris. 1858 sq. Son successeur est encore heureusement ·:- 1555 APOLOGÉTIQUE (XIXe SIÈCLE) vaut, ce qui nous empêche de louer son œuvre comme elle le mérite; on doit au H. P. Monsabré (né en 1822) les Conférences de Saint-Thomas d’Aquin,i in-8». Paris, 1866, et les Conférences de Notre-Dame, 18 in-8», Paris, 1873-1890, où il a commenté en orateur la partie dogma­ tique de la Somme de saint Thomas. Après lui, Ms'd'llulst (1841-1896) aborda le Décalogue, Conférences de NotreDame, i in-8», Paris, 1891-1894, avec un esprit philoso­ phique très pénétrant et une culture solide et variée. La chaire de Notre-Dame est demeurée la première chaire apologétique du monde chrétien; elle resta fidèle à ses origines avec le P. Olivier, qui traita de L’Église (18971898), et le P. Étourneau qui s’est attaché à mettre en lu­ mière le dogme fondamental de la providence (1899-1901 ). Ill. Apologétique doctrinale. — 11 nous faut main­ tenant revenir en arrière, jusqu’à l’oratorien Mérault (1744-1835) qui fortifiait les arguments favorables au christianisme par les aveux mêmes de ses adversaires. Les apologistes involontaires, 1806, est un livre clair et qui fut utile à son heure. Il en faut dire autant de L'école d’Athènes, Paris, 1830, et de l’ouvrage intitulé : Du ratio­ nalisme et de la tradition, 1834, dus à Claude Riambourg (1776-1836). Le jésuite Rozaven, théologien de premier ordre (1772-1851), dirigea contre les incrédules La véri­ té défendue et prouvée, 1817; Avignon. 1825. Contre les attaques des schismatiques il écrivit L’Église catholique justifiée, Paris, 1822. Le gallicanisme d’Eugène de Genoude (1802-1849) ne doit pas nous empêcher de recon­ naître et de louer les services rendus par ses ouvrages : la Divinité de Jésus-Christ, 2 in-12, Paris, 1842, et la Raison du christianisme, 6 in-12, Paris, 1841, où il publia des fragments apologétiques empruntés aux théo­ logiens et aux philosophes et les fit précéder de no­ tices qui en font connaître les auteurs. Le discernement n’est pas toujours heureux, mais l’intention est excellente et on y peut glaner de très bonnes pages en faveur de la religion. Parmi les polémistes de la première moitié du siècle, citons le P. Chastel (1804-1861), dont les ouvrages : De l’origine des connaissances humaines, 1852; De lavaleur de la raison humaine, 1854. sont une réfutation du tra­ ditionalisme et méritent de survivre au débat qui en fut l’occasion. Ils étaient dirigés contre les doctrines de E. Bautainil735-1867),qui a laissé d'excellents ouvrages: La philosophie du christianisme, Paris, 1835, La mo­ rale de rÉvangile, 1855; La religion et la liberté, 1848, et bien d'autres où il réfute le rationalisme, le maté­ rialisme et l’athéisme. C’est un laïque, un magistrat, A. Nicolas (1807-1888), dont les Éludes philosophiques sur le christianisme, 4 in-8», Paris, 1842 ; L'art de croire, 2 in-12, 1866; Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, 1852, sont une très estimable contribution à l’apologétique, et obtinrent, malgré des rapprochements forcés et des inexactitudes, un légitime succès. Il s’était beaucoup ins­ piré des travaux de E. Chassay (j· 1866), auquel on doit une Copieuse Conclusion des démonstrations évangé­ liques, Paris, 1853, et Le Christ et l’Evangile, histoire critique des systèmes rationalistes contemporains sur les origines de la révélation chrétienne, Paris, 1847; troi­ sième édition augmentée, 1851. Il eut pour éditeur l’abbé Vigne 11800-1875) auquel les catholiques sont redevables pour ses innombrables publications et qui nous donna, en dix-huit volumes, les ouvrages traduits en français, de 117 apologistes, depuis Tertullien jusqu'au milieu du xix« siècle, dans ses Démonstrations évangéliques, 1843 sq. Le choix n'est pas toujours heureux, mais l’entre­ prise était considérable, et cette collection est précieuse pour les théologiens. Aligne a aussi édité un Diction­ naire ■’ai .logétique catholique, par Jehan, 2 in-4». 1855. Le même ••loge convient à Bonnetty (1798-1879), en dépit de ses erreurs traditionalistes, car les Annales de phi­ los ; Aie chrétienne, 95 in-8», Paris, 1830 sq., renfer­ 1556 ment d'innombrables et riches documents sur l’histoire des religions. Plus près de nous, le R. P. Matignon s’est fait connaître et apprécier par La liberté de l’esprit humain dans la foi catholique, Paris, 1864, et La ques­ tion du surnaturel, 1863. On remarque de même les œuvres du P. Caussette (j- 1880) : Le bon sens de la foi, Paris, 2 in-8», 1871, et Ananie ou Guide de l’homme dans son retour à Dieu, 2 in-8», 1870. L’auteur y fait preuve, avec talent, de psychologie pénétrante et d'exacte connaissance des besoins de son temps. Le R. P. Lescœur a publié La science et les faits surnaturels contempo­ rains, Paris, 1900. Le dictionnaire apologétique de la foi catholique, Paris, 1889, publié sous la direction de l’abbé Jaugey (j- 1894), contient les preuves principales de la vérité de la religion et les réponses aux objections tirées des sciences humaines. II complète les traités de théologie fondamentale par lesquels les théologiens ré­ cents commencent leurs Institutiones theologicæ. Citons parmi les plus connus ceux de Ms·· Bouvier (f 1854), de MM. Lebrethon. Leboucher, Martinet, Bonal, Vincent, etc. Ces deux derniers sont des prêtres de Saint-Sulpice, ainsi que M. Brugère qui mérite une mention spéciale pour les vues nouvelles et intéressantes deses traités De vera religione et De Ecclesia Christi, Paris, 1873. Les autres ont suivi, avec plus ou moins de fidélité, en les corrigeant, les fortifiant et les perfectionnant, les mé­ thodes de Bailly et de Thomas de Charmes. IV. Apologétique philosophique. — Les préambules de la foi, indispensables à établir dans un siècle où la rai­ son est en péril, étaient étudiés par des philosophes qui travaillèrent à préparer les âmes à la croyance. Des ou­ vrages tels que Le matérialisme et la science, Paris, 1868, et L’idée de Dieu dans la critique contemporaine, ibid., 1872, bien qu'ils n’aient pas directement en vue la foi chrétienne, rangent leur auteur, Eime Caro (18261887), parmi les plus éloquents apologistes. Mieux que lui, Alphonse Gratry (1805-1872) mérite notre admiration et notre gratitude. Parmi ses nombreux ouvrages, nous devons citer : De la connaissance de Dieu, 2 in-8», 1853 ; De la connaissance de l’âme, 2 in-8», 1857 ; Logique, 2 in-8», 1858; Etude sur la sophistique contemporaine, 1863; Lettres sur la religion, 1869, où sont émises quelques idées contestables, mais qui demeurent le témoignage d'une âme noble, ouverte, ardente et profonde. L'abbé de Broglie (1834-1895), avec une persévérante activité et une culture très étendue, poursuit l'incrédulité sur tous les terrains où elle se réfugie. On lui doit : Le positivisme et la science expérimentale, 2 in-8», Paris, 1881 ; Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, ibid·., 1885; La morale sans Dieu, ibid., 1886; La réac­ tion contre le positivisme, ibid., 1894; Le présent et l’avenir du catholicisme en Prance, ibid., 1892; Reli­ gion et critique, ouv. posthume, Paris, 1897. Sa pensée maîtresse est que le christianisme est une forme reli­ gieuse absolument irréductible aux autres et transcen­ dante. On peut trouver encore une introduction à la théologie surnaturelle dans la Théodicée, 2 in-12, Paris, 1865, de M. de Margerie, et dans les Harmonies provi­ dentielles, Paris, 1871, de Ch. Levèque (f 1900). Le pre­ mier étudie les questions sur Dieu, sa nature, la créa­ tion et la providence; l’autre rajeunit et rend saisissante la preuve de l’existence de Dieu tirée de l’ordre du monde. En de nombreux et remarquables articles pu­ bliés dans les Éludes religieuses, le R. P. de Bonniot (1831-1889) traita avec clarté, précision, esprit, diverses questions de psychologie comparée, et s'en prit au mo­ nisme matérialiste. On lui doit en outre plusieurs ou­ vrages de controverse : Les malheurs de la philosophie contemporaine, Paris, 1879; Le miracle et les sciences médicales, ibid., 1879; Histoire merveilleuse des ani­ maux, ibid., 1890, mais surtout deux livres de saine doctrine et de forte discussion : Le miracle et ses contre­ façons, ibid., 1877, etLeproblènie du mal, 1888. 1557 APOLOGÉTIQUE (XIXe SIÈCLE) Le livre de M. P. Janet (1823-1900), Les causes finales, Paris, 1872, malgré les préjugés rationalistes de l’au­ teur, n’est pas inutile pour la défense de la foi, et on doit lire avec précaution, mais on peut lire avec profil ses Principes de métaphysique et de psychologie. 2 in-8°, Paris, 4897. Son confrère à l’institut, M. Nourrisson (1825-1900), était un chrétien et l'a bien prouvé dans ses livres : Philosophies de la nature : Bacon, Boyle, To­ land, Buffon, Paris, 1887 ; Voltaire et le voltairianisme, Paris, 1899. * V. Apologétique historique. — C'est à l'histoire que l’abbé Gorini (1803-1859) emprunta des arguments pour La défense de l’Église, 4 in-8°, Lyon, 1854, contre les erreurs historiques de MM. Guizot, Aug. et Am. Thierry, Michelet, etc. Ce livre de science et de bonne foi dé­ couvrit et signala des erreurs dans les ouvrages des his­ toriens contemporains et quelques-uns eurent la loyauté de les reconnaître et de les corriger. Il faut citer, dans le même ordre de travaux, [’Histoire des Césars, 2« édit., 4 in-8°, 1853, Les Antonins, etc., du comte de Champagny (1804-1882) el L’Église et l'empire romain au tve siècle, 4 in-8°, Paris, 1863, par le duc de Broglie. Les an­ gines de l’histoire d’après la Bible, œuvre de François Lenorrnant (1837-1883), bien que mise à l'index à cause d'interprétations téméraires de la Genèse, n'en contient pas moins des recherches et des idées dignes d’atten­ tion. M. Wallon, né en 1828, le savant secrétaire perpétuel de Γ Académie des inscriptions, nous a donné un excel­ lent livre sur la Croyance due à l’Evangile, Paris, 1866. VI. Apologétique scientifique. — Préoccupés de con­ cilier les dogmes de la foi et les découvertes scienti­ fiques, d'autres auteurs tentèrent des excursions sur le domaine des sciences physiques et naturelles; tel, l'abbé Maupied (1814-1878), qui commente les premiers chapitres de la Genèse dans son livre intitulé : Dieu, l'homme et le monde. Cours de physiquesacrée et de cosmogonie mo­ saïque, Paris, 1815-1848, professé à la Sorbonne, utile en son temps mais qui n'est plus au courant des pro­ grès scientifiques. Moigno (1804-1884) travailla toute sa vie à dénouer le conllit entre la nature et la croyance, en des œuvres bourrées d'érudition, et très savantes mais confuses : Les splendeurs de la foi, à in-8°, Paris, 1879-1881; Les Livres saints et la science, Paris, 1884; la revue intitulée Le Cosmos et les Mondes fut vouée à celte entreprise poursuivie avec persévérance et non sans succès. De Valroger (1806-1876), prêtre de l'Oratoire, s’occupe de l’histoire des doctrines indoues et de la crédibilité de [’Évangile, mais il nous a laissé encore des livres estimés et utiles pour l’accord de la Bible et de l'histoire naturelle: L’âge du monde eide l’homme; La genèse des espèces, Paris. 1873. M. Duilhé de SaintProjet (1822-1897), recteur de l’institut catholique de Toulouse, publia un excellent manuel : Apologie scien­ tifique de la foi chrétienne, in-12, 2' édit., 1885, où sont examinés et résolus, avec une remarquable netteté, les problèmes cosmologique, biologique et anthropolo­ gique. VH. Évêques apologistes. — Il était impossible que i épiscopat restât neutre ou indifférent. Non seulement les évéques favorisèrent de tout leur pouvoir ces études s. importantes et si opportunes, mais plusieurs entrèrent dans la lice et combattirent pour la foi. Mo' A. de Sa­ lmis (γ186'1) consacra 4 in-8°, Paris, 1865, à démon­ trer La divinité de l’Eglise et publia avec Ms' Gerbet 1798-1864)à la plumefénelonienne, Lemémorialcatholiçue.Paris, 1824, revue de combat contre les erreurs et les attentats antichrétiens. Tout le monde a lu l’exquis opuscuie intitulé : Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique, 5« édit., Paris, 1853, et diver­ ses instructions synodales d'une doctrine très pure et très - levée. Mv Parisis (1795-1866), défenseur énergique des droits de l’Église, lit paraître contre E. Renan : Jésus< ..-i est Dieu, Paris, 1863; et, pour convaincre les 1558 incrédules, les Impossibilités ouïes libres-penseurs dés­ avoués par le simple bon sens, 3“ édit., Paris, 1857. Le car­ dinal archevêque de Reims, Mo'Gousset (1762-1865). donna pour sous-titre à sa Théologie dogmatique :« Exposition des preuves et des dogmes de la religion catholique, n 2 in-8°, Paris, 1844. Son collègue de Besançon. Mo' Ma­ thieu (1808-1875), écrivit: Le pouvoir temporel des pa­ pes justifié par l'histoire, Paris, 1863; il traita de l'origine, de l'exercice et de la souveraineté pontificale. M-J' Landriot (1846-1874) fit précéder son ouvrage sur L’eucharistie, de deux discours sur les mystères. Paris, 1864, et publia ses conférences sur L’autorité et la liberté, 1872. Mtr· Ginouilhac (1806-1875) composa [’Histoire du dogme catholique jusqu’au concile de Nicée, 3 in-8», Pa­ ris, 1866, et s’occupa, pour les défendre, de l’encycli­ que Quanta cura et du Syllabus. Ms' de La Bouillerie (j-1882) étudia L’homme, son âme, ses facultés et sa fin, Paris, 1879. Le martyr de la Commune, Ma' Darboy (1813-1871), publia des lettres pastorales sur la divinité de Jésus-Christ, le devoir, Paris, 1866. L’apôtre mo­ derne contre l’esclavage, le cardinal Lavigerie (18251892) avant son épiscopat, avait réuni en volume des leçons professées à la Sorbonne: Exposé des erreurs doctrinales du jansénisme, Paris, 1858. C’est contre la Vie de Jésus d’E. Renan que Mo' Plan­ tier (1813-1875), l’auteur des Eludes littéraires, 2 in-8°, Paris, 1865, sur les poètes bibliques, composa la Vraie vie de Jésus, Paris, 1863.11 devait être imité et suivi par un autre évêque de Nimes, Mo' Besson (1821-1888), qui recueillit dans L’homme-Dieu, L’Église, Le Décalogue, La vie future, Paris (1871-1874), les conférences ou il avait abordé des questions se rapportant à la démonstra­ tion et à la défense de la foi. Si aucun des ouvrages de Mo' Dupanloup (1801-1892) ne se rapporte directement à l'apologétique, plusieurs de ses écrits, admirables par le mouvement et l'ardeur, sont des œuvres de polémique, tels : ['Avertissement aux pères de famille, Paris, 1863, et d’innombrables lettres et opuscules. Son illustre émule, le cardinal Pie (1815-1880), théologien de haute valeur, s’est placé au premier rang, parmi les apolo­ gistes, par ses Instructions synodales sur les erreurs du temps présent et La constitution Dei Filius du concile du Vatican, Œuvres, 9 in-80, Paris, 1876-1879, t. m, vu. Les lettres pastorales sur l’Église, la papauté, le concile permettent de citer parmi les apologistes un prélat de riche doctrine et de poétique éloquence, Mo' Berteaud (1798-1879), Œuvres, Paris, 1872. Pour bien des motifs, le même titre convient à Mo' Freppel, qui témoigna de qualités éminentes dans son Examen critique de la Vie de Jésus, Paris, 1864, des Apôtres, 1866, et en divers passages de son cours de patrologie. On ne pouvait guère aborder les œuvres de Tertullien ou d’Origène sans traiter des questions d’apologétique. Les Études philosophiques, Paris, 1894, publiées avant sa mort par Mo' Hugonin (-J-1897), sont dignes de remar­ que: cet évêque, à la pensée vigoureuse, avait autrefois adhéré à l’ontologisme, mais son dernier ouvrage n'en porte plus que des traces légères. Mo' Maret (1804-1884) mérite d'être jugé par d’autres œuvres que ses livres contre l’infaillibilité du pape. L’Essai sur le panthéisme, Paris, 1839; la Théodicée chrétienne, Paris, 1844; Philosophie et religion, 1866, lui acquirent une légitime notoriété. Le cardinal archevêque de Tours, Ms' Meignan (1818-1896), nous a laissé une très complète étude De l’Ancien Testament dans ses rapports avec le Souveau, 7 in-8», Paris, 1889-1896. Mais l’ouvrage le plus important dû à un évêque français où la démonstration chrétienne est traitée ex professo est Le christianisme et les temps présents, 5 in-12, Paris, 1872-1884; Msr Bougaud (1824-1888) y établit la nécessité d'une religion, prouve la divinité du christianisme, expose les dogmes du Credo, étudie la constitution de l’Église, trace les grandes lignes de la 1559 * APOLOGÉTIQUE (XIX» SIÈCLE) vie chrétienne. On lui a reproché quelques opinions hasardées, des considérations un peu vagues et des inexactitudes, mais il abonde en larges aperçus, en ré­ flexions ingénieuses, et il y répand une àme débordante de sympathie et de zèle envers les hommes pour les ra­ mener à Dieu. Parmi les évêques heureusement vivants, il n’en est presque aucun qui n’ait traité en quelque lettre pas­ torale des questions d'apologie, et on ne saurait négli­ ger les documents que nous fournissent sur le jansé­ nisme Ms' Fuzet (né en 1839), sur l'histoire ecclésias­ tique Ms» Douais (1848), sur les méthodes des sciences sacrées Ms'· Latty (1844), contre les erreurs sociales Me» Isoard 1820), etc. Mais plus directement ont fait œuvre d'apologiste, Ms'· Goux (1827), qui s’occupait déjà, il y a quarante ans, dans une thèse de doctorat en théo­ logie, de la question aujourd'hui si agitée du Développe­ ment des dogmes dans la doctrine catholique, Paris, 4858, et posait les principes qui permettent de la ré­ soudre; Mtir Turinaz (1838), L’âme, sa spiritualité, sa paissance, sa grandeur, son immortalité, Paris, 1887, s'est occupé des préambules philosophiques de la croyance; S. E. le cardinal Perraud (1828), parmi ses Œuvres pastorales, 3 vol., 1886, a écrit à l'abbé Lémann une lettre sur La critique intransigeante, el les services qu’elle rend à l’apologétique, 1881. On lui est redevable aussi d'une étude sur L’abbé Gratry, Paris, 1900. Enfin .Mur Mignot (1842), auquel on doit des études sur la théologie et l’Écriture sainte, écrivait récemment une importante Lettre sur l'apologétique contemporaine, Allai, septembre 1900. A côté des évêques, mentionnons des prélats dont les travaux ont rendu des services signalés : Ms» Gaume, (1802-1849), adversaire acharné du paganisme, qui se montre excessif dans : Le ver rongeur des sociétés mo­ dernes, Paris, 1851, plus juste dans le Catéchisme du Syllabus,ibid., 1864; Ma» de Ségur (1820-1881),dont tout le monde a lu les opuscules simples et vivants, l’un d'eux : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion, ayant eu près de deux cents éditions, de 1881 â 1894; Mer Sauvé (ÿ 1890), recteur de l'institut catholique d'Angers : Questions re­ ligieuses et sociales de notre temps : vérités, erreurs, opinions libres. Paris, 1887; Ms' Baunard, recteur de l’institut catholique de Lille : Le combat de la foi, Le doute et ses victimes, La foi el ses victoires, 3 vol., Paris, 1882-1883; Mo» Dadolle, recteur des facultés libres de Lyon : L’œuvre doctrinale de Léon XIII, Lyon, 1887. Des travaux de Mar Batiffol, recteur de l'in­ stitut catholique de Toulouse, on peut ranger parmi les œuvres apologétiques, les Six leçons sur les Evangiles, 2» édit., Paris, 1897. VIII. Publicistes apologistes. —' Ce serait faillir à un devoir de reconnaissance, que d’omettre le nom d'orateurs et de publicistes tels que Montalembert (1810-1870) qui, malgré son excessif libéralisme, fut un très intrépide et très éloquent défenseur du catholicisme par ses discours, ses écrits, et spécialement par Les moines d’Occident, 1 in-8», Paris, 1860-1877; A. Cochin (né en 1823), qui s’en prit victorieusement à E. Renan, travailla à résoudre la question sociale par la justice et la charité, et laissa dans Les espérances chrétiennes, Paris. 1887, le résumé des principes qui avaient soutenu ses entreprises et dirigé sa vie; Théophile Foisset (18001873 . qui rendit témoignage à la foi dans : E. Renan, -■ ie le Jésus, Paris. 1863, et Catholicisme et protestan­ te ' . Paris. 1-846; mais surtout Louis Veuillot (1830. dont le ’.d.-nt de premier ordre, le dévouement inûtigable servirent admirablement la cause chrétienne. Directeur de l'Vnivers, auteur d’une Vie de N.-S. JésusChrist, 1864, il combattit énergiquement les librespenseurs et s’éleva contre toutes les tyrannies. S’il manque parfois de mesure, il n'en fut pas moins un 1560 grand écrivain et un grand chrétien. Parmi ses collabo­ rateurs, on distinguait E. Hello (1828-1885). penseur original et suggestif: E. Renan, l’Allemagneet l’athéisme au xix’ siècle, Paris, 1858; L'homme, 1872; et parmi ses auxiliaires, Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), auquel on doit des pages remarquables sur La douleur, Paris, 1848; La légitimité, Paris, 1873; et surtout, L'amour et la chute, Paris, 1868, où sont étudiées des questions intimement mêlées aux doctrines chrétiennes sur la révélation et l'Église. Au même ordre de travaux appartiennent les émou­ vantes brochures de Keller (né en 1828), parmi lesquelles L'encyclique du 8 décembre et les principes de 1789, Paris, 1865. C'est une étude sur l'Église. l'État et la liberté. Malgré les exagérations de son libéralisme, te comte de Falloux (1811-1886) a traité les mêmes ques­ tions en catholique convaincu: Discours et mélanges po­ litiques, 2 in-8», Paris, 1860. Les Entretiens sur l’Eglise catholique, 2 in-12. Paris, 1865, de l'abbé Perreyve (18301865), donnaient plus et mieux que des espérances, lorsque la mort enleva l'auteur en pleine jeunesse. Le R. P. Ramiére, S. J. (1821-1884), nous a laissé : L’Église et la civilisation moderne, Le Puy, 1861 ; Les doctrines ro­ maines sur le libéralisme, Paris, 1870, et diverses œuvres de controverse philosophique. L’ingénieur Le Play (1804-1882) acquit un renom européen par sa Réforme sociale, 3 in-8». Tours. 1873, si souvent citée et commen­ tée. Un vulgarisateur, E. Balleyguier (dit Loudun, 1818), rendit des services en mettant en lumière Les igno­ rances de la science moderne, Paris, 1878, et les pré­ tendues Découvertes de la science sans Dieu, Paris, 1884. On doit à l'abbé Cognât (1821-1888): Les problèmes religieux, Paris, 1861, et M. Renan, hier el aujourd'hui, Paris, 1883-1886. Son étude sur Clément d’Alexandrie, Paris,1856, est aujourd'hui dépassée; elle ne nous inté­ resse pas directement. IX. Apologistes protestants. — Il serait injuste d'omettre, parmi les apologistes, quelques protestants à l'âme élevée,tels que Guizot (1787-1875), Médilationset études morales, 1851 ; Méditations sur l'essence de la religion chrétienne, Paris, 1864, ou l’auteur s'efforce de maintenir la réalité et la nécessité du surnaturel; de Gasparin (né en 1810). La Bible défendue, Paris, 1842 ; de Pressensé (né en 1824), L'école critique et Jésus-Christ, Paris, 1863 ; Jésus-Christ, son temps, sa vieet son œuvre, 1866, réfutation de E. Renan et affirmation de la divinité dejésus; Les origines, 1887. Il ne faut lire qu'avec précau­ tion ces divers ouvrages où les préjugés sectaires sont visibles et regrettables, mais dont le dessein est louable. X. Ouvrages récents d’apologétique. — H nous reste à mentionner de récents travaux que nous essaye­ rons de classer d’après l’ordre des matières. Au premier rangées ouvrages d’apologie doctrinale, se placent les livres de MM. Didiot, Logique surnaturelle, subjective et objective, 2 in-8», Lille, 1891 sq.; Morale surnaturelle, en cours de publication, et Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vati­ can, 2 in-8», Paris et Lyon. 1895. Citons encore i'E.rposé de la doctrine catholique de. l'abbé Girodon.2 in-8», Paris, 1884 ; La religion, Le surnaturel, Paris, 1894,1895; Les Évangiles, Paris, 1898, de M. Gondal; l'Esquisse sur l’apologie philosophique du christianisme, Paris, 1898, par l’abbé Denis ; Nos raisons de croire, Paris, 1896, du R. P. Lodiel; L'apologétique, de Ms» Cauly, et le Nouveau manuel d’instruction religieuse, de l'abbé Latour. Tou­ louse, 1899. — L’apologétique philosophique revendique, avant tous les autres, Léon Olie-Laprune(1839-1900)qui, dans La certitude morale, Paris, 1880, a posé les bases d'une apologétique à forme nouvelle dont il a poursuivi les applications dans Les sources de la paix intellectuelle, Paris. 1892; Le prix de la vie, Paris, 1892; La philoso­ phie et le temps présent, Paris, 1890. — Les travaux du P. Coconnier, 0. P., L’àme humaine, son existence et 1561 APOLOGETIQUE (XIXe SIÈCLE) 1562 sanature. Paris, 1890; L’hypnotisme franc, ibid., 1897; ne peut expliquer par des causes naturelles, respecte le livre de M. Vallet : La tête et le cœur, ibid., 1892 ; celui l’essentielle identité de la révélation. On peut s'en con­ du R. P. Peillaube : Théorie des concepts, 1892; les ou­ vaincre en lisant Le Nouveau Testament et les origines vrages de'M. l'abbé Piat, parmi lesquels, La personne du christianisme, du R. P. Fontaine, S. J., Paris, 1890. humaine, 1897 ; La liberté, 2 vol., 1894; ceux de Des exégètes sont entrés en lice pour défendre la Bible, M. Fonsegrive : Le libre arbitre, 2» édit., 1896; Le ca­ son inspiration, son contenu, les livres divers qui la tholicisme et la vie de l'esprit, 1899 ; du Dr Surbled : composent. On distingue, parmi eux, le savant abbé Le Hir, Études bibliques, 2 in-8», Paris, 1869; l’abbé Vigou­ Le cerveau et le problème cérébral, 1898 ; La vie affec­ tive, 1900; de M. Charaux, De l'esprit philosophique, reux, Les Livres saints et la critique rationaliste, 5 in-12 ; 1888; La cité chrétienne, 1891 ; la thèse de R. P. CouailLa Bible et les découvertes modernes, 4 in-12, 1882; hac : La liberté et la conservation de l’énergie, 1897; Mélanges bibliques, La cosmogonie mosaïque, 1889; Le les livres de M. Gardair : L’homme,La nature humaine, Nouveau Testament et les découvertes archéologiques, 1896, La connaissance, 1895, etc. ; du comte Domet de 1890, et le Dictionnaire de la Bible, en cours de publi­ Verges, La perception et la philosophie thomiste; cation ; M. Lambert, Le déluge mosaïque, Paris, 1870; le R. P. Brucker, S. J., Questions actuelles d’Écriture Paris, de M. Joly, Psychologie des saints, 1897, prépa­ rent ou confirment, par la psychologie, la démonstration sainte, 1895; l’abbé de Broglie, Questions bibliques, chrétienne. Plus générales sont les Éludes philosophi­ ouvrage posthume, Paris, 1897 ; le chanoine Motais, ques, de M. l'abbé Farges, 7 in-8°, qui comprennent une L’origine du monde d’après la tradition, Paris, 1888. théodicée, L’idée de Dieu, 1894; les œuvres de Msr .Mé­ Certaines questions sur les rapports de l’Église et de fie, La vie dans l’esprit et dans la matière, 1873 ; La la civilisation moderne ont agité les esprits et suggéré morale et l’athéisme contemporain, 1875; L’autre vie, i des ouvrages : à l'abbé Peltier (1800-1880), La doctrine de 1880; Le merveilleux et la science, etc.; de M. le l'encyclique justifiée par elle-même au double point de chanoine Dunand, Christianisme et liberté, 2 in-8», vue de la foi et de la raison, Paris, 1865; à l'abbé Morel Lyon, 1888; De l’existence de Dieu au surnaturel et à (-j-1890), Somme contre le catholicisme libéral, 2 in-8», la révélation ; de M. l’abbé Picard : Chrétien ou agnos­ Paris, 1876 (un peu excessif) ; à l’abbé Chesnel, Les droits tique, 1896. Le R. P. Villard a repris, pour les résoudre, de Dieu et les idées modernes, Poitiers, 1875-1877; à les problèmes de la théologie naturelle : Dieu devant la dom Benoit, La cité anti-chrétienne au xtx· siècle, Paris, science et la raison, 2 in-8», 1899. Il avait été précédé, 1887 ; au R. P. At, Le vrai et le faux en matière d'au­ en cette voie, par le P. Lavy : L’Étre divin. — Beaucoup torité et de liberté, 2 in-8°, Tours, 1874. On avait aupa­ de confusions sont dissipées, beaucoup de difficultés ravant traduit en français l'ouvrage d’un professeur à la éclaircies dans les livres de M. l'abbé Canet sur les faculté de théologie de Poitiers, le R. P. Bottalla, S. J., formes de La libre-pensée contemporaine, 1885; de De la souveraine el infaillible autorité du pape dans M. Desdouits, sur L'inconscient ,de M, Jou vin, sur Le pes­ l’Eglise el dans ses rapports avec l’Etat, 2 in-8», Poitiers, simisme,rdans 1 Histoire de la philosophie, Lyon, 1896, 1877. et les Mélanges, Lyon, 1900, de M. l’abbé Blanc; dans 11 fallait aussi répondre à des attaques dont l’Histoire Doctrines et problèmes, du R. P. Roure, S. J., Paris, des religions fut l’occasion ou le prétexte. La plupart 1900: dans les Philosophies contemporaines, du R. P. des traités récents De vera religione contiennent à cet Maumus, O. P., Paris, 1891 ; dans les Discours de com­ égard des indications excellentes. On peut recomman­ bat, de M. F. Brunetiêre, 1900. der quelques opuscules tels que ceux du R. P. Ragey, « Croyons-nous ou ne croyons-nous pas que Dieu se mariste, sur L’anglicanisme, 1900; de M. Gondal. sur L’Eglise russe, 1897 ; de M. G. Romain, sur L'Église soit incarné dans la personne de celui qui s’est dit le Fils de Dieu ? — Voilà tout le problème, il n'y en a pas d’autre ! » catholique et les protestants, 1899; de M. Saubin, sur F. Brunetiêre, Les raisons actuelles de croire, Journal La synagogue moderne, 1900, et Letalmud ; de M. Ber­ des Débats, 19 novembre 1900. Les apologistes de la trand, sur La religion spirite,1899; du R. P. Louis Petit, chaire furent donc bien inspirés en s’attachant à prou­ sur Les confréries musulmanes, 1899; de M. l’abbé ver la divinité de N. S. Jésus-Christ. Tels M. l’abbé Fré­ Gondal, sur Mahomet et son œuvre, 1899. MM. Rendu mont, Jésus-Christ attendue! prophétisé, 2 in-12, Paris, et Carra de Vaux, dans La quinzaine, février 1897, et la 1889 ; La divinité de J.-C. et la libre-pensée, 2 in-12, ibid., Bevue des questions historiques, janvier 1897, ont 1892; le R. P. Sertillanges, O. P., Jésus, Paris; le R. exprimé leurs vues sur le même sujet à propos d’un P. Leroy, S. J., Jésus-Christ, sa vie et son temps, 1899 livre récent.Le P. Raynaud a jugé Lacivilisation païenne, (en cours de publication); t'abbé Minjard, L’HommeParis, 1900; M. l’abbé Thomas, auquel on devait des Études critiques sur les origines du christianisme, s'est Dieu, 4 in-8°, Paris, 1900. Ces orateurs marchent sur les traces du R. P. Monsabré dont on connaît les élo­ occupé du Bouddhisme, 1899; un évêque de la Société quentes conférences sur lé même sujet, et du R. P. Dides missions étrangères, Mar Laouenan, a publié, en deux don (j- 1900), Jésus-Christ, 2 in-8°, 1891. Celui-ci avait volumes : Du brahmanisme dans ses rapports avec le préludé à son beau livre par L’homme selon la science judaïsme et le christianisme, 2 in-8», 1888. Il suffit de et la foi, Paris, 1876, et La science sans Dieu, 1878. parcourir les Essais de critique et d’histoire,de H. Taine, L’œuvre du Christ, l’Église, dogmatiquement étudiée ou les Etudes d’histoire religieuse, d’E. Renan, pour se par le R. P. Billot, S. J., De Ecclesia, Rome, 1897, a ins­ convaincre de l’opportunité de semblables travaux. piré au chanoine Planeix des conférences sur la Divinité Mais à la Bible on oppose encore fréquemment les de l’Église,'au R. P. Maumus, L’Église et la France mo­ sciences de la nature. A concilier les textes scripturaires derne; à M. Rastoul, L’action sociale de l’Église, 1896; à et les données scientifiques, se sont attachés le R. P. Or­ tolan. Astronomie et théologie, 1894 ; l'abbé Pioger, La rie M.Goyau.Le pape, les catholiques et la question sociale, Paris, 1895, et L’Allemagne religieuse, 1897. La quesaprès la mort, et les nombreux écrivains qui, à la suite tion du protestantisme fut traitée par le R. P. Portalié, d’Henri de L’Épinois (1830-1890), traitèrent La question S. L. La crise du protestantisme français, dans les Élu­ de Galilee. Le marquis de Nadaillac, Intelligence el ins­ tinct; Jean d'Estienne ( M. de Kirwan), La bête el l’homme, des. 1896; et les doctrines anti-chrétiennes auxquelles il Paris, 1898, après le Père de Bonniot, L'âme et la phy­ aboutit furentjugées par Mor Mignot, L’évolutionisme religieu.c, dans Le correspondant, 10 avril 1899. Cet évêque siologie, 1888, traçaient les limites entre l’homme et l’animal. M. Denys Cochin, L’évolution et la vie, Paris, montra comment la doctrine immuable s’adapte aux pro1886 ; l'abbé Farges, La rie et l'évolution des espèces, 1891 ; p:· s nécessaires de la dogmatique, et son étude pourrait servir de préface à l’ouvrage du R. P. de La Barre, S. J. : l’abbé Vallet, La vie, 1890; le Père Leroy, O. P., L’évo­ La ne du dogme catholique, 1899. Cette évolution qu’on lution restreinte aux espèces organiques, 1891 ; le R. P. 4563 APOLOGÉTIQUE (XIX’ SIÈCLE) 4564 et donna de nombreux articles à l'excellente Revue des Pesnelle, Le dogme de la création et la science con­ questions scientifiques dont il fut l'un des fondateurs, temporaine, 1891, réfutèrent les exagérations et les Bruxelles, 1877. Signalons, parmi les meilleurs traités excès des partisans de Darwin et de Spencer. Aussi De vera religione, l’ouvrage de Bernard Jungmann, bien, indirectement, des savants tels que Cuvier, Pas­ Ratisbonne, 1874; le livre très clair et bien ordonné du teur. de Quatrefages, Dumas, Cauchy, Ampère, MM. Faye, Gaudry, de Lapparent, etc., contribuèrent aux progrès R. P. Lahousse, S. J., Louvain, 1897; et des ouvrages destinés à l’enseignement élémentaire, dus à Mo' Van de l’apologie scientifique. Les résultats de leurs travaux Weddingen, Éléments raisonnés de la religion; au sont condensés, fixés et interprétés dans Les origines R. P. Devivier, Cours d’apologétique chrétienne; à de M. l’abbé Guibert, Paris, 1898. Ma' Rutten, Cours élémentaire d’apologétique, et au Cette rapide énumération suffit pour donner une idée R. P. Schouppe, S. J., Cours de religion. Quoiqu'il soit de l’activité et de l’attention vigilante des apologistes surtout un philosophe, Ma' Mercier contribue à la dé­ français : elle est pourtant très incomplète et il y fau­ drait adjoindre d’innombrables travaux parus dans di­ fense catholique par son Cours de philosophie, t in-8», Paris et Louvain, 1894-1898, et surtout par ses Origines verses publications périodiques parmi lesquelles il faut de la psychologie contemporaine, ibid., 1898. Mention­ citer les Études des RR. PP. Jésuites, la Revue du clergé nons La divinité de Jésus-Christ vengée des attaques français, les Annales de philosophie chrétienne, L’ami du rationalisme, 1888, par le R. P. Portmans, O. P.; du clergé, Les études franciscaines, la Revue des sciences ecclésiastiques, La science catholique, les Bulletins l’ouvrage du R. P. Castelein, S. J., Science des reli­ gions et les caractères du christianisme, nouv. édit., publiés par les Facultés et Instituts catholiques, Lesillon, 1899; les travaux du R. P. Van den Gheyn, S. J., sur la Revue biblique, la Revue des questions historiques, des questions ethnographiques dans la Revue des reli­ La quinzaine, Le correspondant, etc. Enfin, il faut si­ gions et les Revues des questions scientifiques ou histo­ gnaler la très opportune collection éditée par MM. Blond riques ; La Bible dans l’Inde, Bruxelles, 1894, et La Bible et Barral sous le titre de Science et religion. Les opus­ et l’A vesta, 1896, par Ma' de Harlez, professeur de l'uni­ cules dont elle se compose sont, comme il fallait s’y versité de Louvain. — En Hol.lande, parurent les Præattendre, de valeur inégale, mais plusieurs sont excel­ i lectiones theologiæ fundamentalis de Jansen, Utrecht, lents et le plus grand nombre très estimables. 1875-1876; la Summa apologetica de Ecclesia catholica, Terminons par Vindication d’un bel ouvrage ou des spécialistes éminents ont résumé au point de vue chré­ 2 vol., Ratisbonne, 1890 et 1893, du R. P. V. de Groot, O. P. — Un grand nombre d’articles de la Revue néo­ tien les tendances et les œuvres de notre temps, sous le scolastique se rapportent â la polémique religieuse. titre de Un siècle, mouvement du monde de 1800 à 1900, II. Suisse. — A part des travaux écrits en langue Paris et Poitiers, 1900. allemande, la Suisse peut revendiquer parmi les apolo­ Les ouvrages cités à la suite de l’article Apologétique, De gistes deux protestants à l’esprit très élevé,Ch. Secrétan la fin du xv siècle à la fin du xvir, col. 1543; De la Barre, S. J., (1810-1898?) et E. Naville (né en 1816). Le premier, Rapport sur l'apologétique, dans les Comptes rendus du con­ quoique imbu des systèmes des panthéistes allemands et grès bibliographique de 1898, Paris, 1900, t. I, p. 20-57; spécialement de Schelling, a laissé des ouvrages dignes P. At, Les apologistes français au xrx· siècle, in-8·, Paris. d’attention, parmi lesquels : La civilisation et la L. Maisonneuve. VII. APOLOGÉTIQUE. XIX- siècle. Hors de France. croyance, Paris, 1887. On doit au second, parmi plu­ — I. Belgique. IL Suisse. III. Angleterre. IV. Étatssieurs excellents livres : Le libre arbitre et les philoso­ Unis d'Amérique. V. Allemagne. VL Italie. VIL Es­ phies négatives, 2e édit., Paris, 1900; et plus spéciale­ pagne. ment La vie éternelle, 1861; Le Père céleste, 1866; Le I. Belgique. — C’est après sa constitution en royaume problème du mal, 1868. Avant eux, A. Vinet (1797-1857) indépendant que la Belgique vit naître et se former une avait publié les Discours sur quelques sujets religieux, 1835, Études évangéliques, Bâle, 1847. etc. Dans son école d’apologistes groupés, pour la plupart, autour de l'université catholique de Louvain. Un des premiers en étude sur Biaise Pascal, Bâle, 1856, on le voit « tirer date est J.-B. Boone, S. J. (1794-1871), qui réunit en vo­ au protestantisme les Pensées » suivant l’expression lumes ses Conférences sur les preuves de la religion, d'E. Havet. Mais c’était un esprit judicieux et délicat. Bruxelles, 1843, et rassembla dans son Manuel de l'apo­ A. Gretillat fait paraître l'Exposé de théologie systéma­ logiste, Bruxelles, 1850, des fragments et des extraits tique, dont le t. n est intitulé : Propédeutique (apolo­ sur les questions religieuses, propres à convaincre et à gétique canonique), Neufchâtel, 1893. M. Raymond de Girard publia : Le déluge devant la critique historique, ramener les âmes à Dieu. Mais bien plus connu est Mo' Laforet (1823-1872), recteur de Louvain, qui traita Fribourg, 1893; M. Dutoit-IIaller : La création et l’évo­ De methodo theologiæ, Louvain, 1849; des Erreurs phi­ lution d’après la Bible et les sciences naturelles, 1894. losophiques contemporaines, Louvain, 1855; chercha et L’éloquent et courageux évêque de Genève, Mo' Merdit Pourquoi l’on ne croit pas, Louvain, 1864; et ras­ millod (1824-1892), combattit pour la foi par ses épreuves sembla les arguments de là croyance dans Les dogmes et ses actes, et aussi par ses discours et ses Œuvres catholiques exposés, prouvés et vengés, 4 in-12, Bruxelles, pastorales, Paris, 1853. Il s’est formé, en Suisse, un 1855; 4« édit., 1860. C’était à la même université qu’ap­ foyer de science sacrée très bienfaisant par la création partenait le professeur Ubaghs (1800-1873). rendu cé­ de l’université catholique de Fribourg. La plupart des lèbre par la ferveur de ses opinions ontologistes, travaux de ses professeurs sont publiés dans la Revue d’ailleurs bon métaphysicien et auteur d’un curieux thomiste. Il y faut joindre le livre de Μ. V. Giraud sur volume. Du dynamisme considéré dans ses rapports Pascal, 2e édit., Paris, 1900, où sont abordées plusieurs a· ■ ■■ la sainte eucharistie, Louvain, 1862-1866, où il questions qui ont trait à la méthode apologétique. s’efforce d’éclairer, à l’aide des théories leibniziennes, le III. Angleterre. — Au commencement du siècle, n.■···.·.■« de la transsubstantiation. D'abord son collègue, c'est encore des protestants qui défendent la religion V -a. Deschamps (1810-1823), devint archevêque de révélée. Citons Chalmers (1780-1847) : Series of discourses Malines; on sait la part qu’il prit à la définition du on the Christian revelation viewed in connection with the d de l’infaillibilité pontificale, après de retentismodernastronomy, Londres, 18Π ;Preuvesmiraculeuses s n'.-s controverses. On lui doit les Entretiens sur la et internes de la religion chrétienne et autorité des li­ démonstration catholique de la révélation, le Christ et vres qui la contiennent, traduit dans Migne, Démonst. les .1 · e , Malines, 1858. Avec une indiscutable évang., t. xv, col. 473-702; Buckland, 1789-1859, géo­ compétence. le Père J. Carbonnelle (■}· 1889) définit les logue distingué : Geology and mineralogy considered de la science et de la philosophie, Paris, 1882; with reference to natural théologie, La géologie et la •I5G5 APOLOGÉTIQUE (XIX» SIÈCLE) minéralogie dans leurs rapports avec la théologie natu­ relle, ibid., t. xv, col. 197-216; Keith, orientaliste: Évi­ dence de la vérité de la religion chrétienne, ibid., t. xv, col. 386-473. Cependant les catholiques ne res­ taient pas inactifs. Exilé à Douai, Pointer (j- 1827) écri­ vit avec lucidité un livre sur Le christianisme ou Preuves et caractères de la divinité de la religion chré­ tienne, traduit parTaillefer, Paris, 1828, Migne,Démonst. évang., t. xm, col. 1209-1322. Du reste, des missionnaires portaient la vraie foi dans l'ile des Saints; tels Fletcher (j- 1839) qui publia : The difficulties of protestantism, Londres, 1829; et The guide to the true religion, Londres,1832; J. Bell (fl854) : The wanderings of the human intellect, Londres, 1814, ou sont étudiées et cri­ tiquées les diverses religions et les sectes opposées au catholicisme; 11. G. Combes (1767-1850) qui établit le vrai point de vue auquel devait se placer l’apologiste, dans The essence of religious controversy, Londres, 132~. On trouvait des munitions pour combattre l'incrédulité et l'anglicanisme dans les remarquables tracts, où l’émi­ nent auteur de A history of England, VHisloire d'An­ gleterre, J. Lingard (1771-1861), répondait avec prom­ ptitude et décision aux difficultés et aux attaques, Migne, Démonst. évang., t. xvil, col. 1-254, et dans les opuscules de controverse publiés par Milner (1752-1826), dans Migne, Démonst. évang.. t. xvn, col. 577-1051. Il faut estimer aussi des œuvres de convertis, telles que celles de F. Lucas (1812-1855) d’abord quaker, puis catholique, qui publia les Raisons de revenir au catholicisme, Lon­ dres, 1839, et de G. Spencer (1809-1864) : Letters in defense of various point of catholic faith, Lettres pour défendre divers points de la foi catholique, Londres. On doit glorifier celui dont la merveilleuse éloquence a obligé l’impérieuse Angleterre;! reconnaître l’existence légale du catholicisme, Daniel O'Connell (1798-1847). Un poète irlandais de grand renom, Th. Moore (1779-1852), avait déjà publié : Travels of an irish gentleman in search of a religion, Londres, 1803, où il montrait, avec éclat, qu’on ne pouvait abandonner le catholicisme sans aboutir à l’incrédulité. Cependant, le fécond mouvement de retour à l’Église romaine se produisit autoùr du doc­ teur Pusey (1800-1882), chanoine de l’église du Christ et professeur d'hébreu à Oxford, et du cardinal Wiseman (1802-1865), qui fut archevêque de Westminster lors­ que le pape Pie IX rétablit la hiérarchie catholique en Angleterre. Ce dernier accueillit les amis et disciples de Pusey lorsque, plus heureux et plus logiques que leur maître, ceux-ci revinrent à la vraie foi. Parmi eux on distingue le P. S. Faber (1814-1863), maître éminent de la vie spirituelle, dont les livres sont une contribution indirecte, mais très précieuse, à l’apologie du christia­ nisme; Mo1’ Manning (1808-1892), successeur de Wiseman, qui publia The grounds of faith, Londres, 1852; nouv. édit., 1880, et qui exerça la plus active et la plus bienfai­ sante influence. Wiseman lui-même avait publié Twelve lectures on the connection between science and revealed religion, traduit dans Migne, Démonst. évang., t. xvt, col. 9-727. Il s’y montre polyglotte érudit et savant très informé des découvertes et des tendances de son temps. Ses collègues dans l’épiscopat furent Cullen (1803-1878), cardinal et archevêque de Dublin, ardent champion de 1 infaillibilité du pape et auleur de remarquables Pos­ terai letters and others writings, Dublin, souvent con­ sacrées à la démonstration religieuse, etMac Haie (17891881), Evidence and doctrine of catholic faith, prélat éminent, malheureusement imbu de préjugés gallicans. Us sont l’un et l’autre inférieurs à Ullathorne (1806-1889), évêque de Birmingham, l’un des restaurateurs de la t. rarchie, et l'auteur de Observations on the use and abuse of the sacred scripture, Usage et abus de la lamie Écriture, Sydney, 1834, où il fixe les vrais prinepes d'une droite et saine exégèse. Plus célèbre encore ç-e ce dernier, Newman (1801-1890) fut un admirable 1566 apologiste à la fois orateur et philosophe. Essay on the development of Christian doctrine, Londres, 1845, pu­ blié avant sa conversion et qui en contient les motifs; ΓApologia pro vita sua, 1864; Loss and gain, Lon­ dres, 1876, et les Conférences à l’Oratoire de Londres, 1850, sont des œuvres remarquables où la force d’une pensée très personnelle a marqué son empreinte et qui répandent la vie intense et ardente dont elles sont animées. Avant d’être cardinal, l’éminent écrivain avait écrit un roman, Callista, qui, avec Les martyrs de Cha­ teaubriand, Fabiola de Wiseman, et Quo vadis? du polonais Sienkiewicz, peut exercer,au point de vue reli­ gieux, plus d’influence que tel traité didactique moins persuasif. Auprès des évêques, mérite une place un laïque, nommé par le cardinal Manning à la chaire de théologie du col­ lège Saint-Edmond. Ph.-G. Ward (1813-1882), converti comme Newman, avait écrit étant encore anglican : Ideal of a Christian Church, 1844, et ayant trouvé cet idéal à Rome, il était devenu catholique. Il dirigea la Dublin Review, 1862, écrivit un traité : On nature and grace, 1860, et, contre le matérialisme de Tyndall : Science, prayer, free will and miracles, Londres, 1881. 11 faut noter, parmi les récents travaux, les publications de la Catholic Truth Society, parmi lesquelles divers’ opuscules du Père jésuite Smith, directeur du Month; la Théosophie du P. Clarke, S. J.; Science and scientist; Science or Romance?du P. Gi rard (à propos de l’évolu­ tion). La question de l'Églis' étant essentielle et souve­ raine dans la controverse avec les protestants, le cha­ noine Bagshawe a publié : The Church or what do an­ glicans mean by the Church, 1890; et F. King : L’Eglise demon baptême, 1890. Avant eux, M. Richardson et le P. Vaughan, S. J., avaient défini What are the catholic claims, 1889, contre le chanoine anglican Gore, qui trai­ tait les revendications de l’Église « d’abusives préten­ tions ». Il faut remarquer le grand ouvrage, en sept volumes, de M. Allias : The formation of christendom, 1890, et les divers ouvrages successifs d’un anglican converti, le Dr Rivington : Authority, où il montre que l’autorité sociale parfaite fut réalisée par la papauté; Dependance, où il réfute les préjugés historiques qui s’opposent au retour des anglicans; The primitive Church and the see of Peter, démonstration de la pri­ mauté traditionnelle du souverain pontife; Rome and England, réfutation de la prétendue continuité de l’Église anglicane. Ces divers ouvrages ont produit une très vive impression. — Parmi les protestants, deux causèrent semblable émoi; l’un est un écrivain, W. Mallock (né en 1849), qui posa la question troublante : Is life worth living? Londres, 1881, traduit par Salmon, Paris, 1887, et montra que la religion permet et justifie seule une réponse affirmative; l’autre est un homme d’État, A. James Balfour (né en 1848), qui employait ses loisirs à établir : The foundations of belief, traduit par G. Art, Paris, 1896, avec une préface de M. F. Brunetiêre. Nous aurons à revenir sur ce dernier livre. Voir Apologé­ tique, méthodes nouvelles au xix· siècle. Si W. Glads­ tone (1809-1899) a injustement et violemment attaqué le «papisme », il n’en combattit pas moins les agnostiques et il fut imité sur ce point par son rival politique, lord Salisbury (né en 1830), qui prononça contre eux un dis­ cours retentissant. IV. États-Unis d’Amérique. — La jeune Église nordaméricaine compte déjà plusieurs noms, dans la liste des défenseurs de la foi. Au premier rang se place Patrice Kenrick, archevêque de Baltimore (1797-1863), avec : The Primary of the catholic see vindicated, Philadel­ phie, 1845; et les The four gospels, enrichis de notes critiques et explicatives, New-York, 1849. Son successeur, Msr Spalding (morten 1872), suivit les mêmes traditions et se mit à la tête du recueil périodique : Catholic advocate, 1835. On lui doit encore : Evidences of catholicity. Ces 1567 APOLOGÉTIQUE (XIX» SIÈCLE) 1568 évêques furent vaillamment secondés par des religieux D’ Strauss Leben Jesu, où Hagel fait preuve d’érudi­ tion et de logique, 1839. Un religieux augustin, Fis­ et des prêtres, tels que le P. Jouin, S. .1. (né en 1818), cher (f 1847), composa : Fundamenta primaria theo­ auquel on doit aussi : Evidences of religion, New-York ; logies dogmaticæ, Munster, 1799. On peut reprocher â le P. Weninger, S. J. (1809-1881), qui publia en allemand Ehrlich (1810-1884) d’être trop imbu des idées de Jacobi un Handbuch der christkaih. Religion, Ratisbonne, 1858; et en anglais : Protestantism and infidelity. 1861. et de Günther; il s'occupa avec zèle de la réunion des Ce dernier ouvrage obtint un succès énorme. Le fonda­ Orientaux à l’Eglise romaine et composa les Grundzûge der Religionwissenchaft, Prague, 1850, et Apologetische teur des paulistes. le P. Hecker (γ 1888), publia : The Church and the age, New-York. 48S7. et collabora à la Ergünzungen, 2 in-8», Prague, 1862-1864. Mentionnons encore Ch. Vosen (1815-1871), Das Chrisrevue The catholic world. Je laisse à d’autres le soin de décider si les tendances excessives et téméraires, con­ tenthum und die Einsprùche seiner Gegner, Fribourg, damnées par Léon XIII sous le nom d’américanisme, 1870; Der Katholicismus und die Einsprùche seiner sont une déduction logique ou une interprétation témé­ Gegner, ibid., 1865; Rosenthal (j- 1875', Convertitenbilder, Schalfouse, 1865, et Ratisbonne, 1871; Lorinser raire des principes qu'il a posés. La théologie fonda­ mentale est traitée par un prêtre de Saint-Sulpice, l'abbé (1821-1893), chanoine de Wurtemberg, Buch der Natur, Tanquerey : Synopsis theologice dogmaticas generalis, Ratisbonne, 1876, contre les athées; Hake (1827-1894), Lille. 1899; tandis que le P. Zahm, dans 171 merican quar­ Katholische Apologelik, 1890, et Handbuch der allgeterly Review et, en un livre important, étudie '.Evolution meinen Religionwissenchaft, 1887. Lerch (1834-1885), and dogma, traduit par l'abbé Flageolet, 2 in-12, Paris, de l’ordre de Citeaux, annonça une méthode nouvelle 1897. On lui devait précédemment : Bible, science and d’apologétique, mais ne tint guère ses promesses. On lui faith et Catholic science and scientists, 1893. On sait doit un bon livre : Die Kirche Christi, Vienne, 1877. avec quelle vigueur NN. SS. Gibbons. Ireland, Keane et Reindering (1814-1880) se montra plus classique dans tant d'autres encouragent et favorisent la culture scien­ la Theologia fundamentalis, Munich, 1864. Mais il faut accorder une attention spéciale à Drey (1777-1853), Die tifique de la foi. V. Allemagne. — 1. Catholiques. — Le siècle s’ouvrit Apologelik, 3 vol., Mayence, 1838; ouvrage moins ré­ en Allemagne par un événement qui eut un retentissement cent, mais très solide; à Denzinger (1819), l’auteur de Vier Bûcher von der religiôsen Erkenntniss, 2 in-8», considérable : la conversion du comte de Stolberg (17501819). La renaissance religieuse de l'Allemagne date de cet Würzbourg. 1856; et à Hettinger (1813-1890), auquel on doit une excellente Apologie des Christenthums,5eédit., événement qui fut l'occasion de furieuses disputes. Stol­ berg, injurié et calomnié, répondit par Geschichte der Fribourg-en-Brisgau, 1888; traduite en français par Jeannin, 5 in-8», Bar-le-Duc, 1870; et un Lehrbuch der Religion Jesu Christi, 15 in-8°, Hambourg et Vienne, Fundamental-Theologie, Fribourg-en-Brisgau, 1879; 1807, traduit par ordre du souverain pontife. Nous possédons aussi en plusieurs langues la Syrnbo2’ édit., 1888, très documenté et savant bien qu’un peu lik oder Darstellung der dogmatischen Gegensàtze der confus; traduit en français, Paris, 1888. Katholiken u. Protestanten, d’Adam Moehler (1794Aussi bien les traités de la vraie religion furent très nombreux en ce siècle depuis Dobmayer (1808) jusqu’au 1838) qui parut à Mayence en 3 in-8», 1838-1847, traduc­ P. Wilmers (1897). On peut citer : Acilius (Altzenberger), tion Lâchât;2»édit., 3 in-8», Paris, 1852. L’auteur y expo­ introductio ad catholicam theologiam, 1818; Fejer, sait les contradictions dogmatiques entre les catholiques institutiones theologies, Vienne, 1819 et 1820; Lieber­ et les protestants. Il y divulguait les idées déjà émises man, Institutiones theologicæ, t. I, Mayence, 1831 ; Berdans Die Einheit der Kirche oder das Princip des Kalage, Katholische Dogmatik, Munster, 1839, et Apolotholicismus, Tubingue, 1825-1843. Π fut enlevé préma­ turément ainsi que H. Klee (1800-1839), professeur â ‘ gelik der Kirche, Munster, 1834; Brenner (1784-1848), Munich, qui nous a laissé un System der katholischen Freie Darstellung der Théologie, 3 in-8», Francfort, 1827-1830. et System der katholisch-speculativen Théo­ Dogmatik. Bonn, 1835, et un Lehrbuch der Dogmengelogie. Ratisbonne, 1837; J. Prunyi, Dogmatica generalis, schichte, Manuel de Γhistoire des dogmes, 2 in-8·, 1837, traduction Mabire. C’est un de ses compatriotes, Joseph I 1842; Schwetz, Theologia generalis, Vienne, 1850; Knoll (Albertus a Bulsano) de l’ordre de Saint-François, Goerres (1776-1848), d’abord protestant, qui devint aussi Institutiones theologies dogmaticæ generalis, 1852; professeur à Munich, et écrivit la Christliche Myslik, Friedhoff, Grundriss der katholischen Apologetik, i in-8», Ratisbonne, traduit par Ch. Sainle-Foix, 5 in-12, 1862, où l'on trouve des règles et des observations im­ Munster, 1854; Sprinzl, Manuel de théologie fonda­ portantes pour le discernement du miracle. Molitor mentale, Vienne, 1876. etc., etc. — L’un des prélats qui favorisèrent le plus puissamment le progrès des sciences (1778-1860) se montre singulier mais très érudit dans sa théologiques fut Msr Ketteler (1811-1877), évêque de Philosophie der Geschichte, il y étudie l’Ancien Testa­ Mayence, qui publia en 1848 des discours suries grandes ment, Munich, 1828. questions sociales du temps présent : Freiheit, AuctoGeiger (1755-1843) appartenait à l’ordre de Saint-Fran­ rilât und Kirche, Mayence, 1892. çois; il le quilla après dispense apostolique et publia à Aussi bien, dans les grands séminaires, le niveau des Lucerne d'innombrables opuscules contre les incrédules, études s’éleva sensiblement, ainsi qu’en peuvent témoi­ les protestants et les libéraux. J. Schmitt (1776-1869) fut préoccupé de la réunion des Églises grecque et romaine. gner des ouvrages tels que la Dogmatique de Scheeben, professeur à Cologne et VHistoire des dogmes, de Il publia dans ce but : Harmonie der morgenlândischen Schwane, trad, dans la Bibliothèque théologique du und abenlândischen Kirche, Vienne, 1824. Auparavant, XIXe siècle, 1884. Le P. Granderath, S. J., a commenté les il avait essayé d'expliquer Grundideen des Mythus, définitions du dernier concile : Constitutiones dogmaticæ Francfort, 1862. Gerbert, bénédictin (1767-1841), écrivit sacrosancti œcumenici concilii Vaticani, Fribourg-enDas Verhâllniss der Philosophie zur Christe GlaubensBrisgau, 1892. C'est un des rédacteurs les plus goûtés lehre. Ensielden, 1805. Hagel (-j- 1842) publia une Apodes Slimmen aus Maria Laach où il publia une cri­ loqie des Moses, à tendances rationalistes, Salzbach, tique pénétrante de la théologie de Ritschl.Le professeur 1»2>; Der Katholicismus und die Philosophie, ibid., 1822; Theorie der Supernaturalismus, ibid., 1826; Bautz, de Munster, a posé Les fondements d’une apo­ logétique chrétienne, 2' édit., 1896. Einig, professeur Rat onahsmus. 1835,et Demonstratio religionis chrisà Trêves, s’est distingué dans sa polémique contre tnusp cath&Uea·, Augsbourg, 1831. La Vie de Jésus du M. Beyschlag, un adversaire acharné des croyances I Strauss provoqua, en Allemagne, un mouvement catholiques, Trêves, 1894. Le Dr Reusch avait publié analogue a celui que produisit plus tard en France le avant sa défection, l'excellent livre : Bibel und Natur, l;vre ά £- Renan. Elle fut l'occasion d’un examen critique APOLOGETIQUE (XIX0 SIECLE) ïoô9 traduction Hertel, Paris, 1867. M. Guttler, dans Naturforschung und Bibel in ihrer Stellung zur Schôp/ung, Fribourg-en-Brisgau, 1877, s’est montré au courant des théories et des découvertes modernes sur le même sujet. Le P. de Hummelauer, S. J., a commenté le pre­ mier chapitre de la Genèse : Nochmals der biblische Schüpfungsbericht, dans les Biblische Studien, t. ni, fasc. 2. Fribourg-en-Brisgau, 1898; trad, en français par l'abbé Eck. Le récit de la création, Paris, 1898. Ces controverses suscitées par les premiers chapitres de la Genèse sont résumées et résolues dans la Geschichte des Allen Testaments, du Dr Schôpfer, 1895, traduite par l'abbé Pelt, Histoire de ΓAncien Testament, 2 in-12, Paris, 1897. M. Schôpfer a repris le même sujet : Bibel und Wissenschaft, Brixen, 1896. Le manuel de M. Duilhé de Saint-Projet a été adapté à l'enseignement des sémi­ naires allemands par Cari Braig, Fribourg, 1889. On cjoit â Wedewer Les fondements de l'apologétique; au P. Hawe, Apologétique catholique; au P. Kammerstein, S. .1., Du christianisme ; à J.-B. Heinrich, la Démon­ stration de la vérité du christianisme et de l'Eglise, nouvelle édit., Mayence, 1885. Deux historiens de grande valeur doivent être comptés parmi les apologistes, car ils ont rendu d’éminents ser­ vices aux défenseurs de nos croyances. C'est Dollinger (1759-1890), mort malheureusement en dehors de l'Église, après avoir été une de ses gloires, Die Reformation, Ratisbonne, 1848; Heidenthum und Judenthum,ibid., 1857; Christenthum und Kirche, 1868, et le cardinal Hergenrœther ( 1824-1890) qui outre Handbuck der allegenieinen Kirchen Geschichte, Mayence. 1876, traduit en 8 in-8°, Paris, 1890-1894, et Photius, Ratisbonne, 1867, a publié De catholicæ Ecclesiæ primordiis, Ratisbonne, 1851. Récemment ont paru plusieurs ouvrages très dignes d'attention. C’est [’Apologie des Christenthums, du DrSchanz, professeur à Tubingue, 3 in-8», Fribourg, 1888. L’ouvrage traite de Dieu et de la nature, de Dieu et de la révélation, du Christ et de l’Église : il est scientifique, philosophique et doctrinal. C’est encore Gôttliche Warheit des Christenthums, par le professeur Schell, de Wurzbourg, édition complètement remaniée d’un ancien ouvrage du même auteur. La première partie qui a seule paru (Dieu et l’esprit) mérite de sérieux reproches. L’au­ teur affirme que Dieu est causa sui, et soutient des opi­ nions téméraires; mais il se montre plein de science et vigoureux dialecticien. Sa brochure Le catholicisme comme principe de progrès, 1896, a excité en Allemagne des discussions passionnées. Le Lehrbuch der Apolo­ getik, de Gutberlet, 2» édit., 2 in-8°, Munster, 1899, et celui de Stôckl, Mayence, 1855, sont d’excellents ma­ nuels. Le premier de ces auteurs insiste sur les religions comparées pour en déduire la transcendance du chris­ tianisme; le second s’attache à réfuter les erreurs con­ temporaines. Le R. P. Weiss, O. P., a écrit son Apologie des Christenthums; la traduction française : Apologie du christianisme au point de vue des mœurs et de la civilisation, comprend 10 in-8°: L’homme complet, l’hu­ manité et l’humanisme, nature et surnature, la ques­ tion sociale et l’ordre'social, la perfection. Le point de vue est nouveau et l'exécution digne d’éloges. La culture intellectuelle de l’auteur est d'une singulière richesse : philologue, orientaliste, philosophe, historien, il possède tout ce qu’il faut pour réaliser le dessein qu’il a entre­ pris. De nombreux jésuites se sont particulièrement dis­ tingués ; il convient deciter Christian Pesch, Institutiones pi"pædeuticæ ad sacram theologiam, Fribourg, 1894; le Krach de Witlemberg; les Lettres de Hambourg, 1893; ΓÉvangile de la Réforme, Berlin, 1892, etc.; J.Ottiger, Theologia fundamentalis, t. i, De revelatione rupernaturali, Fribourg-en-Brisgau, 1891 ; Wilmers, De religione revelata libri V, Ratisbonne, 1897; De Eccletui Christi; Hurter, Tneologia generalis, 1er volume de son Theologiæ dogmaticæ compendium, 8° édit., InsDICT. DE THÉOL. CATHOL. 1570 pruck, 1893. Ces auteurs et leurs ouvrages sont juste­ ment appréciés. 2. Protestants. — Il faut dire quelques mots des apologistes protestants, moins nombreux aujourd’hui en Allemagne qu’au siècle dernier. Je ne sais si l’on peut donner ce titre à Schleiermacher (1768-1833) pour ses Reden über die Religion, 1799; il insiste sur le senti­ ment d’absolue dépendance auquel il pense pouvoir réduire la religion et y mêle des effusions de panthéisme mystique. Frenke (1817), Sack (1829), Steudel (1830), Stirm (1836), ont écrit des apologétiques estimées par leurs coreligionnaires; ceux-ci leur préférèrent pourtant les travaux de Ulmann, Sûndlosigkeit Jesu, 1833, et Das Wesen des Christentums, 1845. On compte parmi les protestants orthodoxes : Tholuck (1799-1877) qui ré­ futa Strauss, Gesprüche über die vornehmsten -Glaubensfragen der Zeit, 1846; il écrivit des Mélanges et écrits apologétiques ; Delitzsch (né en 1813) qui dans son System der chrisllichen Apologetik, 1869, com­ mence par le sentiment religieux, le montre subsistant dans les religions malgré leurs erreurs et réalisé dans le christianisme; Ebrard s’est attaché à la réfutation du darwinisme dans son Apologetik, Wissenchaftliche Rechferligung des Christenthums, 1874; Baumstark(né en 1836) publia Christliche Apologetik auf anlhropologischen Grundlage, 1872, 1879, et Steinmeyer (1871) ses Apologetische Beitrâge. Enfin Held composa un livre sur Jésus der Christ, 1865.Quant aux plus célèbres théologiens et historiens protestants, de Ritschl à Har­ nack et Pfleiderer, on sait qu’ils ont terminé leur évo­ lution vers le rationalisme. H faut citer encore un ouvrage remarquable dù au procureur général du saint-synode, M. Pobiédonostzeff, dont le titre russe est : Recueil de Moscou, et qui a été traduit sous ce titre : Questions religieuses, sociales et politiques, Paris, 1896. Il renferme des études très juste­ ment remarquées par leur élévation et leur pénétration. VI. Italie. — C’est Maur Cappellari (1765-1846), pape sous le nom de Grégoire XVI, qui ouvre la série des dé­ fenseurs du catholicisme avec son 11 trionfo della S. Sede e della Chiesa, Rome, 1799; Venise, 1832. Un de ses émules fut Colangelo (1769-1836), Apologia della religione cristiana, 2 in-4», Naples, 1831 ; Delie princi­ pali prevenzionidegl’ increduli in materia di religione, in-40, Naples, 1820; L’irreligiosa liberta di pensare nemico al progresso delle scienze, 1804. On peut attribuer à Silvio Pellico (1789-1854) une part dans la défense religieuse, car sa conversion exerça une heureuse in­ fluence accrue par son traité de morale chrétienne : Dei devori degli uomini. Le poète Manzoni (1784-1873) est encore plus des nôtres, moins par ses Inni sacri. Milan, 1810, d’inspiration chrétienne et de forme païenne, que par ses Observations sur la morale catho­ lique, dirigées contre le protestant Sismondi. Plus directement, des théologiens écrivirent ex pro­ fesso des œuvres qui nous concernent. Tels J. Perrone (1794-1876), De vera religione, Rome, 1835; De locis theologicis, 1841, réédit., Turin, 1865; L’idea cristiana delta Chiesa avverata net caltolicismo, Gènes, 1862, livre dirigé contre les hérétiques; Passaglia, S. J. (f 1887), mort réconcilié avec l’Église qu’il avait illustrée, puis abandonnée, vaillant champion de Marie-Immaculée, il écrivit Commentarius de prærogativis B. Petri, Rome, 1850, et De Ecclesia Christi, Ratisbonne, 1853-1856. C’est encore un travail sur l'Église qui a fait connaître le nom du jésuite Cercia (1814-1886), Demonstratio catholica, Naples, 1849. Raphaël Facetti écrivit une Logica theologica,sacrædoctrinæ fundamentum, Rome, 1876, et le P. Palmieri, S. .1., un traité De romans pon­ tifice cum prolegomena de Ecclesia, Rome, 1877. Enfin un Tyrolien, qui professa à Rome, le célèbre cardinal Franzelin (1816-1886), fournit des principes aux apolo­ gistes dans son traité De divina traditione et Scriptura, I. - 50 1571 APOLOGÉTIQUE (XIXe SIÈCLE) Rome, 1870; 1875,et les thèses De Ecclesia éditées après sa mort, 1887. Le traité du P. Mazzella, S. J., De reli­ gione et. Ecclesia, Rome, 1880, est d'un savant philo­ sophe. Le cardinal Zigliara, O. P., né en 1833, publia la Propmleutica ad sacram theologiam seu tractatus de online supernatural!, Rome, 1884. Moins classiques, les productions de Ventura (1792-1861) sont déparées par son traditionalisme, ses idées fougueu­ ses et ses préjugés anti-littéraires ; mais La raison phi­ losophique et la raison catholique, 4 in-8», Paris, 1852, est un ton ouvrage, fruit d'une science peu commune. Rosmini Serbati (1757-1855), dont la philosophie est si contestable, a pourtant laissé dans Della conscienza morale, Milan, 1847, des pages dignes d'intérêt. Des philosophes scolastiques tels que Liberatore (né en 1810), Gornoldi (1822-1892), Sanseverino (-f 1875), participent au mouvement défensif des catholiques, le premier· par le Del composta umano, Rome, 1862, trad, franç., qui éclaircit des notions utiles pour la doctrine de l’incar­ nation; le second dans La conci Hazione della fede cat­ tolica con la sera scienza, Bologne, 1878; le troisième par la Philosophia Christiana cum antiqua et nova comparata, Naples, 1863-1866. Le P. Curci (1810-1891), avant sa révolte expiée et réparée dans les dernières an­ nées de sa vie, prononça des discours très écoutés sur La natura e la grazia, Rome, 1865. Un autre orateur sacré, universellement apprécié, le cardinal Capecelatro a donné un excellent exposé du dogme chrétien. C’est aux simples que s'adressent Gorla dans sa Breve espositione apologetica della religione cattolica, Milan, 1890, et Costa Saya dans Ragionamenti sulla religione, Mes­ sine, 1891. Le niveau est un peu plus élevé dans Guida dell'uomo onesto nclla ricerca délia vera religione, La ragione guida alla fede, Turin, 1896, de J. S. Sarpa, Plus spéciaux les ouvrages de Rorai, Naturalisme et sopranatuvalismo, Venise, 1888; de .1. Polese, Cri­ tica e revelazione, Sienne, 1895; de Beninati Cafarella, Scienza e religione, Sienne, 1895. La divinité de JésusChrist a inspiré des livres estimables à Barbera, Naples, 1889; Bonnelli, Prato, 1892; Ruggiero, et au chanoine Bartolo, Palerme, 1897, déjà connu par un traité des Critères théologiques, traduit en français, où l'on a re­ pris et blâmé avec raison certaines hardiesses, mais qui dénote le talent de son auteur. .Enfin le P. Brandi, S. J., a écrit un excellent commen­ taire ; La question biblique et la bulle « Providentissimus »,1894 (on sait que ce théologien est un des meilleurs rédacteurs de la Civiltà cattolica}. Il y définit et y dé­ termine exactement la nature et l’étendue de l’inspira­ tion. Un de ses confrères, le P. Franco, s’était rendu célèbre par les Riposte populari aile ob jezioni piû communi contre la religione, Turin, 1859; Rome, 1864. Enfin Ms» Talamo, dans une étude approfondie, mon­ tre que la doctrine de Jésus est irréductible aux systèmes de philosophie dans Le origini del crislianismo e il pensiero stoico, Rome, 1892. Vil. Espagne. — Longtemps préservée de l’incrédulité et del'hérésie, l’Espagne, en notre siècle, fut envahie par l'impiété comme les autres nations catholiques. Elle ne faillit pas à sa tâche. Peu de noms sont plus illustres que celui de ce jeune prêtre mort sans avoir donné sa mesure; je veux parler de P. Balmès (1810-1848), dont la Filosofia fundamental, Barcelone, 1846, traduite en français. La philosophie fondamentale, 3 in-12, Paris, 1864. n'appartient qu’indirectement à notre sujet; mais dans El protestantisme comparado con el catolitismo, Barcelone, 1842-1844, 3 vol., traduit par P. BlancheRaffin. Paris, Le protestantisme comparé au catholi­ cisme, 1887, il retraça l’action sociale du catholicisme, le me ntra dominant et vivifiant la civilisation européenne et put justifier cette conclusion : < La réforme faussa le cours de la civilisation et apporta des maux immenses aux sociétés modernes. » Avec l'éclat d’une magnifique 1572 éloquence, un homme d'Élat, Jean Donoso Cortès (18091853), soutint la même thèse à la tribune espagnole: son Ensaynsobreelcatolicismo,el libéralisme y el socialisme, Madrid, 1851, malgré quelques propositions contestables, est une œuvre solide et trop opportune. Œuvres, tra­ duites par M. du Lac, 3 vol., Paris, 1858. L’épiscopat espagnol se mit vaillamment à la tête des soldats de l’Êglise. L’évêque de Minorque, Merino, O. P. (■j· 1844), publia, dans la Biblioteca de religion, 1826-1829, vingt-cinq volumes, presque tous traduits du français. 11 marchait sur les traces de R. de Velaz (1777-1824), de l'ordre de Saint-François, évêque de Ceuta, transféré plus tard à Burgos et à Compostelle : Preservatio contra la irréligion, Madrid, 1813. Le dominicain P. Xarrié, publia un traité De vera religione ad mentem S. Thonite, Barcelone, 1861. Plus près de nous, le cardinal Gonzalez, (1831-1895), dans son Historia de la filosofia, Madrid, 1878, traduite par le P. de Pascal, Paris, dénonça les erreurs modernes; il les avait combattues dans ses Estadiosos religiosos, 1873. Son dernier ouvrage, La Biblia y la cientia, est une large synthèse des travaux récents d’exégèse scientifique, 1891. Μα» Narciso Martinez Iz­ quierdo. évêque de Salamanque, a réfuté les fausses théories contemporaines, en plusieurs de ses Circulares y discursos, Madrid, 1889. Ma» Martinez Vigil, évêque d’Oviedo, a montré La creacion, la redencion y la Iglesia ante la cicncia, ta critica y el rationalisme, 1892. Mo» Sarda y Salva ni dirigea une utile collection nommée la Propaganda catolica. Le religieux augustin Guttierez (1838-1893) traita de El misticismo ortodoxo et fut un des rédacteurs de l'excellente revue, la Ciudad de Dios. Le chanoine de Huesca, Lopez Novoa, donna une bonne Exposition de los deberes religiosos. J. Walls y Bopaull mit en lumière Concepto y ordenamienlo de la vida humana, Vieil, 1892. Ces deux derniers livres empruntentdes preuves aux considérations morales. Plus dogmatiques, le P. Mendive, S. J., auquel on doit un résumé De principiis theologicis, 1896, avait montré La religion catolica vendicadade las imposturas racionalistas, 4» édit., Madrid, 1888. Des introductions à la théologie furent publiées par D. B. Pons, Barcelone, 1885, qui approprie à l’enseignement des séminaires espagnols le traité De vera religione, de Perrone ; par le P. Casajoana, S. J., De fundamentalibus, Barcelone, 1888, et le P. Fernandez, augustin, Cursus theologicus, Madrid, 1890. Au R. P. Mir y Noguera, nous sommes redevables d’une sérieuse discussion sur El milagro, Madrid, 1895. L'exégèse biblique a tenté E. de Llamas : Los sois dias de la creacion, Barcelone, 1899; Penay Fernandez, Manuel de arqueologia prehistorica, Sé­ ville, 1890; Julian Boya Castanon, El evolutionismo y el primer capitulo del Genesis, Oviedo, 1897; les rédemptoristes Martinez Nunez, La antropologia mo­ derna, et Honoré Delval, La historia del paradiso y la eæegesi biblica. Enfin, au grand public et au peuple, El buen combate offrait de nombreux opuscules édités à Barcelone par la typographie catholique. La Propaganda catolica de Palencia a édité les Dialoguas de actualidad, du D» Manso. Dios, 1896; El aima, 1894; La revelation, de C. Floro ont été publiés dans la Biblioteca teologica, popular, economica, de Valence. Aux mêmes lecteurs, le R. P. Morell, S. J., a offert El Tesoro del pueblo. Disons enfin qu’un ouvrage important par Ignace Moskakè, sur Les apologistes chrétiens du IIe et du IIIe siècles a paru en 1870, à Athènes. On le voit, la liste est longue et on est forcé d’omettre beaucoup de noms d’auteurs et d'ouvrages qui méri­ taient pourtant de ne pas être oubliés. Il a fallu se borner, sous peine d'allonger démesurément cet article. Ouvrages indiqués à la suite de l’article précédent et à la snito de l’article Apologétique, De ta fin du rr siècle à la fin du xvte, coLlâiX L. Maisonneuve. 1573 VIII. APOLOGÉTIQUE (MÉTHODES NOUVELLES AU XIX0 SIÈCLE) APOLOGÉTIQUE. Méthodes nouvelles au — A la fin du xix· siècle, qui fut le siècle de la science, des hommes de pensée et d’action, d'abord éblouis par le nombre et l'importance de ses découvertes, trompés ensuite dans les espérances qu’elle avait fait naître, obligés de reconnaître qu’elle est im­ puissante à résoudre les problèmes de l'origine et de la destinée, à constituer une morale, à introduire dans la vie sociale les éléments d’ordre, de prospérité, de progrès qu’elle réclame, enfin à apaiser les inquiétudes de l ame, démêlèrent au plus profond de notre être le « besoin de croire » et, pour le satisfaire, revinrent à la religion qu’ils avaient méconnue et délaissée. Mais pour justifier leur démarche, ils durent examiner les raisons qui motivent la croyance, éprouver les bases sur les­ quelles le christianisme repose. Malheureusement imbus des préjugés dont le positivisme, l’idéalisme et le criti­ cisme ont obstrué et déformé l’intelligence de nos con­ temporains. ils dénièrent en partie à l’apologétique tra­ ditionnelle son efficacité pratique ou sa valeur, et propo­ sèrent, pour remplir son office auprès des esprits qu elle ne pouvait convaincre ouatteindre, des méthodes nouvelles. Des philosophes chrétiens, comprenant la difficulté de convaincre de la vérité de la religion, leurs contemporains, remplis contre elle de préjugés, frayèrent des chemins nouveaux vers le christianisme. Nous devons exposer et apprécier brièvement ces mé­ thodes nouvelles. Nous les réduirons à trois : 1° mé­ thode d’autorité; 2° méthode psychologique et morale; 3° méthode d’immanence. 1. .Méthode d’autorité. — La méthode d’autorité est décrite spécialement dans l’ouvrage déjà mentionné de M. Balfour, The foundations of belief, Londres, 1899. traduit par G. Art, Les bases de la croyance, Paris, 1899, avec une importante préface de M. F. Brunetière. Cet éminent écrivain reprit, à son compte, plusieurs des idées favorites de l’homme d’État anglais et les dé­ veloppa éloquemment et avec force, en divers articles et conférences dont plusieurs furent réunis sous le titre : Discours de combat, Paris, 1900. Nous avons tout lieu de penser que dans l’ouvrage en préparation. Sur les chemins de la croyance, plusieurs des affirmations du critique seront modifiées ou expliquées de manière à se dégager de leur alliance compromettante avec les théories du fidéisme. 1. Système de M. Balfour. — La série des idées de M. Balfour peut se résumer ainsi : 1° Le naturalisme — ce mot désigne le positivisme de Comte et l’évolutionisme de Spencer — ne peut rendre compte des sentiments moraux, des jugements esthé­ tiques, des conceptions rationnelles par lesquels nous exprimons nos aspirations naturelles et nécessaires vers le bien, le beau et le vrai. 2» L’idéalisme n’explique ni la naissance des idées en nous, ni leur correspondance avec les choses, ni la réalité du monde extérieur. 3» Le rationalisme ne peut édifier un système satis­ faisant de métaphysique, ni une théorie satisfaisante de la science. La finalité, l’immortalité, la liberté ne sont certaines que grâce à la foi « sur laquelle reposent, en dernière analyse, les maximes de la vie quotidienne, aussi bien que les plus sublimes croyances et les dé­ couvertes les plus étendues ». Dp. cit., p. 164. 4» L’orthodoxie rationaliste doit céder aux attaques de la critique et du sentiment. « Après avoir réfléchi au caractère des livres religieux et aux organisations religieuses qui ont contribué à la formation du christia­ nisme; après avoir considéré la diversité des événe­ ments. des auteurs, du contexte, du développement in­ tellectuel qui caractérise les premiers, l’histoire agitée et les dissensions inévitables qui caractérisent les se­ condes: lorsqu'on outre on songera au nombre effrayant de problèmes linguistiques, critiques, métaphysiques et XIX· siècle. 1574 historiques qui doivent être résolus, du moins d’une façon provisoire, avant que livres et organisations puis­ sent prétendre par voie de preuve rationnelle < la position de guides infaillibles; osera-t-on espérer trou­ ver là les bases logiques d'un système de croyances reli­ gieuses, quelque imposant d’ailleurs qu’ait été le rôle de ces éléments dans la production, la protection et la direction des croyances. » Op. cit., p. 180. 5» Puisque la raison « se trouve être une force propre surtout à diviser et à désagréger », il faut lui substituer « la force silencieuse, continue, insensible de l'autorité qui façonne nos sentiments, nos aspirations et ce qui nous touche de plus près, nos croyances ». P. 183. « L'autorité... est toujours en contraste avec la raison et représente ce groupe de causes non rationnelles, mo­ rales, sociales et éducationnelles qui arrive â ses fins par des opérations psychiques autres que le raisonne­ ment. o P. 175. 6° Nous pourrons constituer, à l’aide des données que l’autorité nous fournit, une philosophie, une « uni­ fication provisoire » qui nous permet d’admettre l'exis­ tence de Dieu, son action spéciale sur le monde, l’in­ carnation et la rédemption, malgré l’élasticité, la mobi­ lité des formules dont le caractère est nécessairement approximatif et incomplet. Quelques remarques suffiront pour apprécier la va­ leur de cette théorie : I» elle est une efficace réfutation du naturalisme et de l’idéalisme, bien que les argu­ ments opposés à ces systèmes soient mêlés à des so­ phismes; 2° elle démontre l'impossibilité d’une croyance religieuse sans une règle infaillible de foi et l’inconsis­ tance des doctrines protestantes qui prétendent se passer de cette règle; 3° en séparant l’autorité de la raison et en opposant l’une à l’autre, elle enlève à la croyance sa base nécessaire et essentielle. Car c’est la raison seule qui nous permet de distinguer entre les « causes morales, sociales et éducationnelles », celles qui sont fondées, légitimes et objectives, en un mot : vraies. 2. Vues de M. Brunetière. — M. F. Brunetière n’a point donné à ses convictions une forme systématique; voici comment elles me paraissent s’ordonner entre elles : 1° L'homme est distinct de l’animal et supérieur à lui parce qu’il est un être moral et social; il n’est pas naturellement bon, et l’éducation doit combattre en lui la nature. 2° La morale ne peutseconcevoir sans obligation ni sanc­ tion ; elle puise son origine et sa certitude dans l’absolu. 3“ Elle ne peut être fondée sur la science, l’art ou la philosophie; car la science n’atteint pas l’essence des êtres; l'art est une imitation et une apologie de la na­ ture indifférente ou opposée au devoir et à la vertu; la philosophie aboutit à la relativité de la connaissance; l'intelligence et la raison, nécessaires à tout, ne suffis· nt à rien. « La raison a si peu de rapports avec la vie, que sitôt qu’elle entreprend de la régler elle la trouble... Ses inspirations ne servent qu'à nous déshumaniser. » Introd. aux Bases de la croyance, p. 25 et 30. « L’ne société vraiment conforme à la raison serait inhabi­ table. » Ibid.,p. 20. 4° La certitude ne peut être fondée que sur la croyance ou sur un acte de foi. Nous ne croyons pas sans raison de croire, mais « il ne me parait pas que cette raison ou ces raisons soient de l'ordre intellectuel. On croit parce qu'on veut croire, pour des raisons de l’ordre moral, parce qu'on sent le besoin d'une régie, et que ni la nature ni l’homme n’en sauraient trouver une en eux ». La science et la religion, Paris, 1895, p. 62. 5» Le besoin de croire, inhérent à la nature et à la constitution de l’esprit humain, est une « catégorie... qui conditionne l'action, la science et la morale ·. Le besoin de croire, dans Discours de combat, p.339. Il est fondé sur le sentiment et la volonté; il dépend en partie de l’autorité et de la tradition. 1575 APOLOGÉTIQUE (MÉTHODES NOUVELLES AU XIX’ SIÈCLE) 1576 4« La religion résume et domine, par l’amour qui unit 6° La question religieuse est une question sociale. « Il n’y a pas de lien plus solide que celui des croyances, à Dieu et aux âmes, tous les préceptes de la morale. Elle suppose l’autorité de Dieu, l’action spéciale de la si ce sont elles qui rapprochent, qui unissent, qui soli­ darisent les hommes, et, littéralement, qui les orga­ providence et la révélation. Elle concilie et harmonise nisent en sociétés, et non les intérêts, les passions ou l'extérieur et l’intérieur, le visible et l'invisible, le spi­ rituel et le matériel, l’individu et la société. — Donc les idées pures. » Le besoin de croire, p. 338. Or la société est nécessaire â l'homme, donc la religion lui elle est divine. On a dit excellemment : « Quand on a la foi, quand est indispensable. on pratique ce qu’on croit, quand on recouvre par la 7° « Toute religion se définit par l'affirmation même réflexion tout le sens de sa croyance et de son. action, le du surnaturel ou de l'irrationnel. » Introduction aux cercle est clos, il n’y a point de place au doute, la preuve fondements de la croyance, p. xxxiv. Mais « il s’est trouvé dans le christianisme une vertu sociale et civili­ est faite. » M. Blondel, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1896, p. 471. Mais : 1» l'apologétique doit satrice qui ne se trouve dans aucune autre religion... ce supposer le surnaturel absent de la vie pour montrer qu'il a fait, aucune religion ne l'a fait, il est unique ». Le besoin de croire, p. 336. Ni l’exégèse ni la critique que l'homme peut et doit le rechercher, le reconnaître et le recevoir; 2» comme il s’agit d’une doctrine et n’ont rien prouvé contre la réalité de la diffusion du christianisme, de sa propagation par les apôtres, de la 1 d'une morale supérieures à l’homme, il faudrait prouver qu elles lui sont inaccessibles et ne peuvent lui venir vie mortelle et de l’enseignement de Jésus qui s’est donné comme messie, Fils du Père et rédempteur. que de Dieu ; 3° la démonstration, par les preuves in­ ternes, met admirablement en lumière le rôle de la 8» Le catholicisme est » de toutes les communions liberté et du cœur dans la croyance, mais elle n'aboutit chrétiennes celle qui satisfait le mieux notre besoin de qu’à la haute convenance et à la vérité probable du sur­ croire ». Ibid., p. 366. « Il est un gouvernement, et le protestantisme n’est qu'une absence de gouvernement. » naturel chrétien. Admirable pour fortifier et vivifier les La science et la religion, p. 74. Il est à la fois une arguments traditionnels, elle ne peut les remplacer, elle théologie, une psychologie et une sociologie dont les ne doit pas les abolir. vérités et les règles sont soustraites aux interprétations 2. M. Fonsegrive. — La méthode de M. Fonsegrive du sens individuel. est proprement psychologique et même biologique. En On voit que cet ensemble d’idées est beaucoup mieux voici les traits principaux : lié que le précédent ; mais, à part ses tendances tidéistes, 1° La vie ne peut être vécue sans une doctrine de la on peut lui reprocher : 1° de confondre le surnaturel vie ; « il faut s’attacher à une analyse approfondie des avec l'irrationnel dont le caractère n’est pas suffisam­ conditions nécessaires de la vie sensible, intellectuelle, ment défini ; il semble parfois que l'auteur désigne par morale et sociale même. » Le catholicisme et la vie de ce mot ce qui est opposé à la raison, tandis qu’il ne l’esprit, p. 10. peut être admis comme objet légitime de croyance que 2° Le catholicisme s’adapte merveilleusement à tous s'il est au-dessus de la raison sans lui être contraire; les besoins de la vie humaine ; ses lois sont les lois 2° la religion y est surtout présentée comme une mêmes de la vie. fonction sociale, la plus haute et la plus nécessaire de 3° Le but qu’il assigne à l’homme : la déification, est toutes, mais celte méthode ne montre pas comment naît identique à celui que lui assigne la civilisation moderne, et se justifie la croyance, dans l'esprit qui adhère à la malgré les divergences de définition et l’opposition des vérité ; 3° elle permet de conclure à la transcendance moyens. C’est la béatitude, qui ne peut être atteinte du christianisme, à l’efficacité du catholicisme par rap­ sans modification et coopération, en d'autres termes port aux autres formes religieuses, mais non à sa vérité sans le sacrifice et l'amour mutuel. absolue et à son caractère proprement surnaturel.Mieux 4° La doctrine de la vie n’est possible que par une foi inspiré, dans une récente conférence, le profond et qui est certitude et confiance, et qui suppose un ma­ gistère pour fixer et interpréter la doctrine. vigoureux penseur s’écriait: « En matière de dogme ou de morale, je ne suis tenu que de m’assurer ou de prou­ 5» Or la foi du catholicisme n'est en contradiction ni ver la vérité de l’Église... » « La foi nes’oppose point à avec l’idée de la science qui demeure libre et, en un la raison : elle nous introduit seulement dans une ré­ sens, indépendante, ni avec les propriétés de la morale gion plus qu'humaine, ού la raison, étant humaine, n'a qui revendique l'autonomie et le désintéressement, ni point d’accès ; elle nous donne ses lumières qui ne avec les aspirations légitimes de la démocratie qui trou­ sont point de la raison, elle la continue, elle l’achève vent dans la foi catholique « un terrain favorable à leur et, si je l’ose dire, elle la couronne. » Les raisons naissance et à leur développement et la seule règle so­ actuelles de croire, dans le Journal des Débats, 15 no­ lide qui les empêche d’aboutir soit aux mécaniques et vembre 1900. brutales solidarités du socialisme, soit aux révolutions II. Méthode psychologique et morale. — Elle est anarchiques». Op. cit, p. 1. spécialement représentée par M. Ollé-Laprune et M. G. 6° Le catholicisme occupe une place distincte et pri­ Fonsegrive. vilégiée entre les religions matérialistes auxquelles 1. .11. Ollé-Laprune. — Le noble, pur et regretté ses rites sensibles ne peuvent l’assimiler, et les religions philosophe, qui nous a légué de beaux livres et un ad­ idéalistes dont elle évite les excès et les égarements mirable exemple, affirme : 1» qu'il y a des points fixes sur par la précision de ses dogmes et de sa discipline et lesquels toutes les intelligences doivent s’accorder et dont elle réalise les tendances justifiées par son évo­ qui sont impliqués, comme des certitudes indéniables, lution et son adaptation à tous les véritables progrès. en toute discussion: le respect des faits; les principes 7° Cette apologie du catholicisme peut et doit être évidents; l’amour de la vérité; l'aveu de l’excellence complétée et perfectionnée par la critique des religions de l'honnêteté morale. et l’étude directe des dogmes chrétiens. 2 La certitude à la fois rationnelle et morale, quand il Outre les remarques suggérées par les idées d’Ollésde croyance, nail de la conviction et de la persua­ Laprune et en reconnaissant tout ce qu'il y a de fondé sion : les preuves doivent faire voir la vérité et faire | et de pénétrant dans les considérations de M. Fonse­ tôulôirque la vérité soit. grive, la forte présomption qu'elles établissent en faveur 3 il existe des affinités profondes entre le christia­ de la religion révélée, il faut noter :l°que l’identité des nisme et h nature humaine ; la religion de Jésus satis­ lois de la vie avec le catholicisme n'est pas une preuve fy:: xux aspirations les plus essentielles, les plus hautes i de son caractère surnaturel ; 2° que des philosophes et les meilleures de notre âme. pourraient prétendre que si le christianisme est en 4577 APOLOGÉTIQUE (MÉTHODES NOUVELLES AU XIX’ SIÈCLE harmonie avec certaines aspirations de notre nature et certains désirs de notre cœur, c’est parce qu’il les fit naître lui-même ; 3° enfin, que cet accord ne suffit pas à imposer la recherche et la profession du christianisme comme un devoir strict puisqu'on pourrait le célébrer comme un bienfait sans qu'il s'imposât comme une indispensable obligation. III. Méthode d’immanence. — C’est la plus discutée et la plus importante des nouvelles méthodes d’apolo­ gétique. Inaugurée par M. Maurice Blondel, elle est di­ versement commentée par un assez grand nombre de théologiens et de philosophes, parmi lesquels il convient de citer le R. P. Laberthonniére, de l’Oratoire, M. l'abbé Denis, directeur des .4nnales de philosophie chrétienne, M. l’abbé Mano, M. Bazaiilas, professeur de philosophie au lycée Condorcet, etc. M. Blondel a exposé ses idées dans une Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apo­ logétique et sur laméthode de la philosophiedans l’étude du problème religieux, dans les Annales de philoso­ phie chrétienne, janvier à juillet 1896. Il les avait déjà appliquées en sa thèse de doctorat, très remarquable, per­ sonnelle et suggestive, intitulée L’action, Paris, 1893. 1» L'auteur se défend de méconnaître les services et l'efficacité relative de l’apologétique doctrinale, scienti­ fique, psychologique ou morale, mais un renouvellement des méthodes est nécessaire, parce qu’aucune des formes anciennes ne résout le problème ou n’atteint les âmes des contemporains. 2° « La méthode d’immanence consiste à mettre en équation, dans la conscience même, ce que nous parais­ sons penser et vouloir et faire, avec ce que nous faisons, nous pensons et nous voulons en réalité ; de telle sorte que dans les négations factices ou les fins artificielle­ ment voulues, se retrouvent encore les affirmations pro­ fondes et les besoins incoercibles qu’elles impliquent. » Lettre, p. 606. 3° Il n'y a ni continuité réelle, ni incompatibilité for­ melle entre le naturel et le surnaturel; leur synthèse réelle ne se fait que dans la pratique. 4” « Rien ne peut entrer dans l’homme qui ne sorte de lui et ne corresponde en quelque façon à un besoin d’expansion, et ni comme fait historique, ni comme en­ seignement traditionnel, ni comme obligation surajou­ tée du dehors, il n’y a pour lui vérité qui compte, ni précepte admissible sans être de quelque manière auto­ nome et autochtone. » P. 601. Il faut admettre que le don gratuit, libre et facultatif en sa source (le surnatu­ rel), devient pour le destinataire, inévitable, imposé et obligatoire. » P. 602. « 11 est indispensable et inacces­ sible à l’homme. » P. 609. La foi déclare donner gratui­ tement ce que la raison ne peut que postulerinvinciblement. P. 608. 5» « Sans faire rentrer en rien, dans le déterminisme de l’action humaine, l’ordre surnaturel qui demeure toujours au delà de la capacité, du mérite, des exigences de notre nature et même de toute nature concevable, il est légitime de montrer que le progrès de notre volonté nous contraint à l’aveu de notre insuffisance, nous con­ duit au besoin senti d'un surcroît, nous donne l'apti­ tude non à le produire ou â le définir mais à le recon­ naître et à le recevoir, nous ouvre, en un mot, comme par une grâce prévenante, ce baptême de désir, qui, supposant déjà une touche secrète de Dieu, demeure partout accessible et nécessaire en dehors même de toute révélation explicite et qui dans la révélation même est comme le sacrement humain immanent à l’opération divine. » P. 610, 611. 6° C’est par l'étude de l’action qui est le fait général, constant et central de notre vie que nous arriverons à concilier l’antinomie du libre et du nécessaire, de l'au­ tonomie et de l’hétêronomie, et à constater l'identité do notre vouloir spontané et de notre vouloir réfléchi. 1578 7’ Le problème de l'action n’est résolu ni par le phé­ nomène sensible et la science, ni par les états inscience et la psychologie, ni par l'acte libre et 1 mie de la volonté, ni par la pensée et la métapi .. . ni par les relations inévitables entre l'homme, la so­ ciété et l'univers. « L’homme ne réussit pas par s< s seules forces à mettre dans son action voulue, tout ce qui est au principe de son activité volontaire. » L'action, p. 321.11 est donc obligé d’accepter l'unique nécessaire. « L’action médiatrice fait la vérité et l'être de tout ce qui est. » P. 465. Absolument impossible et absolument nécessaire à l’homme, c’est là proprement la notion du surnaturel; l’action de l’homme passe l'homme, et tout l’effort de sa raison c'est de voir qu'il ne peut, qu’il ne doit pas s’y tenir. Ibid., p. 388. 8° Conclusion : « Il est impossible que l’ordre surna­ turel soit sans l’ordre naturel auquel il est nécessaire, et impossible qu’il ne soit pas puisque l’ordre naturel le garantit en l’exigeant. » Ibid., p. 462. · Le R. P. Laberthonniére, à son tour, dans les Annales de philosophie chrétienne, août à octobre 1898. insiste sur les avantages de ce dogmatisme moral, qu’il oppose à l’intellectualisme · celui-ci est abstrait, purement sta­ tique, sans attache avec la vie réelle, tandis que celui-là est concret, dynamique et montre la croyance, naissant, évoluant dans lame et la pénétrant parson action vive et féconde. M. l’abbé Mano va jusqu’à écrire : « Ce dog­ matisme moral nous fera seul connaître l'être. » Le pro­ blème apologétique, Paris, 1899, p. 42. Or, 1» quel les que soient les intentions, les explications, cette dernière formule est absolument conforme à la doctrine kantienne; 2° il n’est ni exact ni juste d’affir­ mer que « la philosophie n’a pas été jusqu'ici exacte­ ment délimitée, ni par suite scientifiquement consti­ tuée..., qu’il n’y a point eu encore et à la rigueur des termes de philosophie chrétienne ». Lettre, p. 134. 3° Le surnaturel est-il postulé par l’action humaine? S’il est question d’un postulat abstrait, je veux dire d’une pure cohérence idéale entre les hotions de nature et de surnaturel, la démonstration n'aboutit pas, puis­ qu’elle prouve seulement que le surnaturel peut être pensé; s'il s’agit d’un postulat concret, d’une nécessité réelle, du surnaturel exigé par la nature, la démons­ tration prouve trop, puisque le surnaturel est essentiel­ lement libre et gratuit. Aussi bien M. Blondel désavoue cette interprétation de sa doctrine. En tout cas, sa mé­ thode demeure subjective et nous semble incapable de saisir l'objet réel qu'elle devrait atteindre. En résumé, '1° les nouvelles méthodes insistent heu­ reusement, mais presque exclusivement,sur les critères internes qui ont leur importance, mais ne peuvent sup­ pléer ni égaler les preuves externes vraiment décisives; 2n elles ont déterminé, mieux qu’on ne l’avait fait jus­ qu’à présentée rôle de la société, de l'autorité, du co ur, de la volonté dans nos croyances religieuses et le se­ cours que ces auxiliaires apportent à l'intelligence dans son adhésion à la vérité révélée, mais elles ont |«ro oublier que la foi est avant tout assentiment de l'esprit et que les motifs rationnels sont indispensables et pré­ pondérants; 3n elles ont approfondi la notion de récep­ tivité et le caractère vital et pratique de la croyance ; elles ont complété le concept scolastique de la puis­ sance obédientielle » qui est la condition et comme le point d’insertion du surnaturel dans l’âme, mais en faisant dépendre la croyance de la vie, elles ont ren­ versé les termes, car s’il y a une relation nécessaire et une harmonie désirable entre penser juste et bien vivre, ceci dépend de cela; 4" elles ont mis en lumière la né­ cessité d’une préparation subjective pour connaître et embrasser la vérité, mais n’ont-elles pas confondu par­ fois le vrai, objet de l'intelligence, avec le bien, objet de la volonté ? Aussi, malgré la science, le talent, le zèle des théologiens, des écrivains et des philosophes qui ont 'Î579 APOLOGÉTIQUE (XIXe SIÈCLE) — APOLOGISTES (LES PÈRES) prétendu renouveler l’apologétique, les anciennes mé­ thodes demeurent efficaces et nécessaires. N’y a-t-il donc rien à faire ? Pouvons-nous et devonsnous répéter indéfiniment les arguments d’autrefois, sans les modifier, les fortifier ni les enrichir? Telle n’est point la pensée des défenseurs de l’apologétique traditionnelle, llsavouentdabordvolonliersquee chaque siècle a eu son apologie inspirée par la nécessité du mo­ ment et appropriée aux besoins immédiats des fidèles. » Mnr Mignot, Lettres sur les études ecclésiastiques, III. L’apologétique contemporaine, Albi, 1900, p. 11. Car chaque siècle « a ses goûts, ses besoins, ses aptitudes, ses préférences, ses préoccupations artistiques, litté­ raires, scientifiques, doctrinales et autres, que ne goû­ teront plus ceux qui viendront après nous... C’est aussi qu’en dehors de la mobilité inhérente à l’intelligence, des découvertes nouvelles ont obligé â peser tout à nou­ veau et à refaire bien des calculs ». Ibid., p. 13. Et par exemple, en ce qui concerne les prophéties, il faut éta­ blir contre les rationalistes leur autorité, « ce qui im­ pose à l’apologiste un travail énorme de préparation. » Ibid., p. 18. En ce qui regarde les miracles, il importe de dissiper les doutes « des âmes raisonneuses qui se demandent si les faits allégués comme miraculeux ont été bien vérifiés, si un contrôle a été exercé sur les té­ moins, si ces témoins, quelque sincères qu’on les sup­ pose, n’ont pas été dupes de leur imagination, de leur sensibilité, de leur crédulité et de leur ignorance des lois de la nature ». P. 19. Quant aux preuves morales, a elles ne sont vraiment efficaces que dans certains états d’esprit et de cœur, chez les âmes pures, simples, loyales, affamées de vérité, de justice, ayant besoin de lumière, de force, de pardon, de consolation. » P. 22. Mais, sur­ tout, parce que « toute apologie sérieuse devra s’appli­ quer moins à raisonner d’après les données philoso­ phiques qu’à collationner les faits, les expliquer et en tirer des conclusions certaines », p. 42, elle aura, avec les précaution? requises et les réserves indispensables, à a tenir grand compte des travaux des critiques comme de ceux des savants. De même qu’il serait impossible aujourd’hui d écrire une apologie du christianisme sans tenir compte des affirmations de la géologie, de l’histoire naturelle, de l’archéologie, bien qu’elles ne soient pas toutes également certaines, il est impossible aussi de regarder comme non avenus les travaux très conscien­ cieux des critiques indépendants, de contester la valeur scientifique et la très grande probabilité de plusieurs de leurs conclusions ». P. 51. Enfin terminons par ce dernier et très sage conseil : « Ayons le sens éveillé du côté de la vérité; soyons prudents sans hostilité de parti pris aux idées nouvelles, comme aussi, sans en être dupes. » P.56. Le document épiscopal auquel j’emprunte ces directions et ces règles est de la plus haute impor­ tance ; ceux qui l’auront lu et médité, qui en auront appliqué les principes, répéteront avec confiance la pa­ role du Psalmiste : Domine... testimonia tua credibilia facta sunt nimis. Ps. xcn, 5. En outre des ouvrages mentionnés dans le corps des articles vu, VIH : R. P. Le Bachelet, De Capologétique traditionnelle et de l'apologétique moderne, Paris, 4898; R. P. Schwalm, O. P.. Les dangers de l'idéalisme, dans la Revue thomiste, mai et juillet 18!« ; Id., L'apologétique contemporaine, dans la Revue thomiste, mai et juillet 4898, mars 4897; ld., Le dogmatisme du cœur et celui de l'esprit, Paris, 1899; R. P. Laberthonmere. de lOratoire. Le problème religieux à propos de la quest · apologétique, dans les Annales de phil. chrétienne, mars 4899; Id., L'apologélique et la méthode de l'-.:- .. ns la Revue du clergé français, 4*' février 4904, p. 472-4 i abbé Frémont, La religion catholique peulf. ■ - --. :e>ici·· Paris, 4899; l’abbé Dubois, La méthvd d · . :■ nee en apologétique, dans La science cathoh·. · c s et uin 1697 : le P. de Pascal, Le problème de la ce’. ■ :· : apologétique, dans La quinzaine, février 4895 ; IF - — La i, si:ion du problème religieux, extrait du Si-. i _ j. A. Lamy, A propos d'apologétique contem­ 1580 poraine, dans Le sillon, décembre 4896 ; R. P. Thibault, S. J,, Le système de croyance de M. Balfour, dans la Revue des questions scientifiques, Bruxelles, juillet4897; R. Eucken, La re­ lation de la philosophie au mouvement religieux du temps présent, dans la Revue de métaphysique el de morale, juillet 4897 ; J. Gourd, La dialectique religieuse, ibid., mai 4897; J. Payot, Théorie de la connaissance religieuse, dans la Revue philosophique, mai 4897 ; J. Rey, La philosophie de Al. Balfour, Paris, 4897; R. P. Bremond, S. J., L’inquiétude religieuse, Paris, 4904; A. Bazaillas, La crise de la croyance, 4904: l’abbé Gayraud, La crise de la foi, Paris, 4904 ; L. Maisonneuve, Moles d'apologétique, dans les Études franciscaines, octobre 4899; Revue du clergé français, 45 mai 4904; p. 641-646. La lettre de M·’ Mignot, précédemment citée, a été reproduite dans la Revue du clergé français, t. xxiv, p. 564-585; t. xxv, p. 5-26, et dans Lettres sur les études ecclésiastiques. Paris, 4909. L. Maisonneuve. APOLOGISTES (Les Pères). — I. Causes des apologies. II. Les Pères apologistes et leurs œuvres. 111. Les apologistes el le judaïsme. IV. Les apologistes et le polythéisme. V. Les apologistes et la philosophie. VL Les apologistes et l’empire. VIL Les apologistes et la doctrine chrétienne. VIII. Valeur démonstrative des apologies. I. Causes des apologies. — Άπο’ζ,ογία signifie «dé­ fense, justification », ce qui suppose une attaque, une accusation. Les apologies furent, en effet, provoquées au n· siècle par les suspicions et les imputations dont le christianisme fut l'objet. La nécessité urgente de dé­ fendre la foi et de la justifier suscita les apologistes. Or l’opposition vint d’abord du judaïsme. Ce n’était plus, comme du temps des apôtres, le parti judaïsant qui cherchait, en acceptant la foi, â imposer le joug de la loi avec toutes ses conséquences et à faire des chré­ tiens autant de Juifs ; c’était un parti juif, ennemi irré­ conciliable du christianisme, qu’il accusait d'avoir faussé l’idée du Messie conquérant, restaurateur de l’autonomie nationale et capable d’assurer la prépondérance juive sur le monde. Sous l’impulsion d'un patriotisme exas­ péré, ce parti, au fond plus politique que religieux, ne voulait pas convenir que si quelqu'un avait défiguré l'idée messianique, c'était lui. Rien ne put lui ouvrir les yeux ni abattre sa farouche intransigeance, ni la ruine de Jérusalem en 70, ni la perte de sa nationalité et sa dispersion définitive sous Hadrien. Une aussi la­ mentable situation n'était, aux yeux des chrétiens; que le juste châtiment de la conduite des Juifs envers Jésus etla réalisation desanciennes prophéties. Justin, Dial.,'16, P.G.,t. vi,col. 509-512 ; Octavius,33,P. L.,Lui,col.342343; Tertullien, Apolog., 26, P. L., t. i, col. 432. pans tout cet article les citations des apologistes grecs sont tirées du tome vi de la P. G., sauf indication contraire.] Sur le terrain doctrinal, les Juifs reprochaient aux chrétiens d’avoir déserté la loi de Moïse et de prendre Jésus de Nazareth pour le vrai Messie. Mais ils ne s’en tinrent pas là; ils répandirent et firent propager par des émissaires les bruits les plus infamants et les plus calomnieux contre les chrétiens, Justin, Dial., 17, col. 512 ; ils prêtèrent même à Jésus l’enseignement des crimes contre nature, Dial., 108, col. 728 ; ils profitè­ rent de toutes les occasions pour dénoncer et livrer les chrétiens, quand ils ne les persécutèrent pas directe­ ment. Justin, Apol., i, 31, 36; Dial., 16, 122, 131, 433, col. 376, 385, 512, 760, 780, 785. Ils portent ainsi, dans l’histoire, leur part de responsabilité dans les persécu­ tions. Mais l'opposition déborda bientôt dans l'empire romain, gagna tous les rangs de l’échelle sociale, depuis les masses populaires jusqu’aux esprits cultivés et aux détenteurs du pouvoir, et déchaîna les persécutions. Le peuple, plus crédule et superstitieux que jamais, toujours attaché à ses divinités faciles et commodes et prêt à en augmenter le nombre, toujours empressé au­ près des jongleurs et des devins, avide d'initiations, consultant les oracles, pratiquant tous les rites, accepta de rendre aux empereurs les honneurs divins de l’apo­ 1581 APOLOGISTES (LES PÈRES) théose. Or les chrétiens n’étaient pas seulement un re­ proche vivant contre ses débordements, par l’austérité et la pureté de leurs mœurs. Ne fréquentant pas les temples, s'abstenant de prendre part aux sacrifices et aux festins sacrés, fuyant les jeux de l’amphithéâtre et du cirque et les représentations théâtrales, complètement étrangers aux réjouissances et aux fêtes publiques, me­ nant une vie retirée, sans temple ou autel connu, sans Dieu à forme sensible ou concrète, ayant pourtant des ré-unions, des agapes, des rites, des sacrifices, avec des mots de passe et des signes de reconnaissance, entourés de mystère et fermés à l’indiscrétion des profanes, ils ne pouvaient passer que pour des ennemis déguisés. Aussi l'imagination populaire se donna-t-elle libre car­ rière ; elle ne s’en tint pas à des contes ineptes ou à d'innocentes caricatures, elle soupçonna vite sous ces dehors de la charité, dans ces réunions nocturnes, dans ces rites et ces repas, des abominations et des horreurs; elle colporta les accusations d’athéisme, d'infanticide, d'anthropophagie,d'inceste; elle murmura les mots de Thyeste êt d'Œdipe; finalement elle traita les chrétiens d'ennemis des dieux et du genre humain, les rendit responsables de toutes les calamités publiques, et, le fanatisme aidant, les dénonça, les fit poursuivre, de sorte que les chrétiens furenttoujoursà la merci de la moindre effervescence populaire. Toutefois le peuple, malgré ses soupçons et ses ca­ lomnies, n aîtrait pas été le danger le plus sérieux s’il n'avait trouvé dans le pouvoir un écho et des complai­ sances et n’avait fourni un prétexte ou un semblant de légalité aux poursuites. Les chrétiens, d'abord confondus avec les juifs et englobés dans le même mépris, furent rendus exclusivement responsables de l’incendie de Rome et condamnés par Néron. Persécutés de nouveau par Domitien, ils ne bénéficièrent pas de la tolérance accordée au judaïsme. Trajan n’annula pas la législation de ses prédécesseurs: si deferantur el arguantur, pu­ niendi sunt. Il y apporta du moins certains tempéra­ ments ; car il défendit à la police de rechercher les chrétiens et aux magistrats de tenir compte des dénon­ ciations anonymes; il exigea le droit commun dans les poursuites: pas de libellus sine auctore; un accusateur idoneus, menacé, faute de preuve, de l’infamie, consé­ quence de la calumnia. Ce fut ce reserit de Trajan à Pline qui eut force de loi pendant tout le il· siècle jus­ qu’à l'édit de Septime Sévère, en 202. Malgré ces pré­ cautions restrictives, la porte n’en resta pas moins ou­ verte à la délation ;.toute facilité fut laissée à des magistrats zélés ou peu scrupuleux de frapper les chré­ tiens, tout en appliquant la loi dans les conditions visées par le reserit. Du reste, en dehors d’une accusa­ tion, régulièrement introduite ou habilement provoquée, la populace en délire se chargeait de forcer la main aux magistrats. Hadrien,dansson reserit à Minucius Fundanus, et Antonin, dans ses rescrits à plusieurs villes de la Grèce, eurent beau interdire de se prêter à de pareilles injonctions, la foule n'en continua pas moins de récla­ mer et d'obtenir des victimes. L’État ne fait pas œuvre de théologien, ne s’occupe pas des droits de la vérité ou de la conscience; il traite la religion comme un instru­ ment de règne; gardien jaloux de sa constitution poli­ tico-religieuse, il surveille les cultes étrangers, les tolère ou les repousse au gré de son caprice ou de ses intérêts; mais, en fait, vis-à-vis des chrétiens il ne désarme pas et procède sommairement: il écrit avec du sang le livre des persécutions. Mais entre le peuple et le pouvoir, que pensa la classe des lettrés, l’élite intellectuelle? Elle manqua de libéra­ lisme. de tenue et de justice. Aux débuts elle n’afficha que du dédain. Juvénal risque à peine une vague allu­ sion aux chrétiens. Tacite, Annal., xv, 44, et Suétone, In Claud., 25; in Néron., 16, n’ont à leur égard qu’un mot méprisant. Pline, Epist., x, 97, réprouve s leur 158*2 détestable superstition » et ne condamne que leur obs­ tination à se dire chrétiens. Parmi les philosophes, il en est, comme Plutarque, Maxime de Tyr et Apulée qui ne parlent jamais d’eux; d’autres les traitent d'espr :faibles, de songes creux, de fanatiques, indignes de fixer l'attention du sage; d'autres ne voient en eux que des cardeurs de laine, des tailleurs de cuir, des foulons, des artisans, des va-nu-pieds, des déclassés, des humiliores. Dans leur fierté aristocratique ils se garderaient bien de se commettre avec une tourbe aussi dénuée de culture intellectuelle et de science, aussi étrangère aux nobles spéculations de la Grèce et de Rome. S'ils se taisent sur la grandeur de leur morale et la dignité de leur vie, ils déversent le ridicule sur les dogmes de leur foi, se mo­ quent de leur Dieu crucifié, venu si tard et impuissant à les protéger, de leur croyance à la résurrection et d’une religion qui n’est bonne tout au plus que pour les femmes et les enfants, les ignorants et les esclaves, les âmes viles et dégradées, en un mot, pour la lie du peuple. El quand ils les entendent trancher en docteurs, malgré leur défaut de culture, les délicats problèmes de la phi­ losophie et de la religion, ils traitent cette assurance de prétention impertinente et saugrenue. Et quand ils les voient inébranlables dans leur foi devant les menaces, les tortures et la mort, ils s’en trouvent choqués jus­ qu’au scandale. Épictète, Arrien. Dissert, sur Epictète, iv, 7, Lucien, De morte Peregrini, 13, Marc-Auréle, Pensées, xt, 3, Galien, De puis, di/f., 1,44; m, 3, Aelius Aristide, Orat., XLVI, qualifient d’insolente opiniâtreté, de folle manie el de bravade cette attitude courageuse en face de la mort sanglante. Aucun de ces esprits ne comprend rien à une religion qui n’aspire à rien moins qu’à devenir la religion universelle sans distinction de races, de nationalités et declasses. Aussi le mépris faitil bientôt place au dépit, à la colère, à l’hostilité, et une guerre de plume commence. C’est Fronton, Octavius, 9,31, le maître d’éloquence de Marc-Auréle, qui ramasse dans l’égout les calomnies populaires. C’est Lucien, De morte Peregrini, 13, le satirique impitoyable, qui raille ces entêtés de fanatisme; c’est Celse, Origène, Cont. Cels., 1,12, P. G., t. xi, col. 677 et passim, plus profond que Fronton et moins ironique que Lucien, qui, dé­ daignant les accusations courantes, puise ses armes dans l’Écriture et dresse le fameux bilan d’objections destiné à défrayer pour des siècles la polémique anti­ chrétienne. Devant cette opposition du judaïsme intransigeant, du fanatisme populaire, de la législation impériale et de l’opinion des lettrés, les chrétiens, toujours attaqués dans leur foi et menacés dans leur vie, durent se dé­ fendre. Ce n’était pas facile ni sans danger; l’entreprise n’en fut pas moins tentée et poursuivie sans concert préalable, sans direction officielle, au gré des circon­ stances, sous toutes les formes. Elle éclata d'abord â Athènes et en Asie pour se répercuter ensuite à Rome, et en Afrique. Dès le règne d’Hadrien, puis sous Antonin, surtout sous Marc-Aurèle, durant la plus grande partie du n» siècle, des chrétiens courageux prirent la défense de leur foi et de leurs frères opprimés. Laïques, prêtres ou évêques, quelques-uns restés inconnus, d’autres de­ venus célèbres, entrèrent en lice sans timidité et sans arrogance, respectueux dans la forme, mais inébranlables quant au fond. Sortis, quelques-uns d’un milieu juif, an­ ciens philosophes pour la plupart, tous lettrés, tons convertis, ils étaient à même de défendre leur foi en connaissance de cause. Le cadre était tout tracé. Avec les Juifs, ils n’avaient qu’à prendre l’Écriture ; avec les païens, ils n’avaient qu'à montrer ce qu’ils croyaient, ce qu’ils pratiquaient, ce qu’ils étaient : des calomniés, des innocents, des victimes. De là des conférences privées ou des discussions publiques ; des écrits sons forme d’adresse, de requête ou de supplique; des appels aux empereurs, au sénat, aux magistrats, aux nations, aux 1583 APOLOGISTES (LES PÈRES) Grecs ou aux Romains; des traités particuliers. Nous verrons plus loin les arguments mis en valeur contre la thèse des Juifs, les calomnies de la foule, la tyrannie du pouvoir et l'opposition des lettrés. II. Les Pères apologistes et leurs œuvres. — La liste des apologistes du n* siècle s’ouvre par les noms de Quadrat et d'Aristide; elle contient ceux d'Ariston de Pella, de saint Justin, de Tatien, d’Hermias, de Mil­ tiades, de saint Apollinaire, évêque d’Hiérapolis, de saint Athénagore, de saint Théophile, évêque d'Antioche, et de saint Méliton, évêque de Sardes, parmi les grecs; ceux de Minucius Félix et de Tertullien, parmi les la­ tins; elle devrait renfermer également celui de saint Irénée, à cause de son Προς "Ελληνας ou Περί επιστήμης, vanté par Eusèbe. H. E., v, 26. P. G., t. xx. col. 509. et signalé à tort par saint Jérôme comme un double ou­ vrage, De fir. ill., 35. P. L., t. XXIII, col. 683, actuelle­ ment perdu: et celui de saint Apollonius qui, sous Commode, a présenté au sénat une substantielle apolo­ gie. Eusèbe, B. E., v. 21. P. G., t. xx, col. 488. Mais il sera question de saint Irénée ailleurs; quant à la dé­ fense purement orale d'Apollonius, découverte par Cony­ beare dans le recueil arménien publié en 1874 par les méchitaristes de Venise, Apollonius’ apology, Londres, 1894, ce n’est pas à proprement parler une apologie au sens où nous le prenons ici, mais plutôt un document à laisser parmi les Actes des martyrs. Texte grec dans les Analecta bollandiana, t. xiv, 1895. Cf. Th. Klette, Der Process und die Acta S. Apollonii, dans Texte und Untersuchungen, t. xv, fasc. 2, Leipzig, 1897. Voir col. 1508. Quadrat, un Athénien peut-être, très vraisemblable­ ment missionnaire, Eusèbe, B. E., m, 37; v, 17,P. G., t. xx, col. 292, 473, fut le premier apologiste. Voyant que « des mal intentionnés cherchaient à nuire aux chrétiens », il présenta à Hadrien, de passage à Athènes, en 125-126, une apologie du christianisme pour venger l’innocence des fidèles et prouver la divinité de la reli­ gion; nous ne la possédons pas. Eusèbe. qui l'a lue, vante l’orthodoxie de sa doctrine et sa fidélité à l’en­ seignement apostolique. B. E., rv, 3, P. G., t. xx, col. 308; Otto, Corpus apolog., t. ix, p. 333. Aristide, philosophe d’Athènes, s’adressa vers 139, non pas à Hadrien, comme l’ont cru Eusèbe, B. E., iv, 3, P. G., t. xx, col. 308, et Jérôme, De vir. ill., 20, P. L., t. xxm, col. 640, mais à Antonin le Pieux, 138-161, comme le porte la suscription de la version syriaque, trouvée par Rendel Harris, en 1889, The apology of Aristides, 1891 ; de Rossi, Bullet, di arch, christ., 1891 ; Harnack, Die Apologie des Aristides, Leipzig, 1893; Bardenhewer, Patrologie, Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 85-87. Aristide montre que la vraie notion de Dieu ne se trouve ni chez les barbares, ni chez les Grecs, ni chez les Juifs, mais chez les chrétiens. Ceux-ci, par la dignité de leur vie, la pureté de leurs mœurs et leurs vertus, prouvent la supériorité du christianisme; étant les seuls à posséder la vérité, ils ont le droit de l'en­ seigner librement. Voir Aristide. On aimerait à croire que la voix de Quadrat et d’Aris­ tide fut entendue et que leur intervention inspira les rescrits d’Hadrien et d Antonin. Mais, outre la difficulté des dates, l'esprit léger de l’ami d'Antinoüs et l’indolente bonhomie d'Antonin empêchent de prendre cette hypo­ thèse pour l’expression de la réalité. Après comme avant leurs rescrits, le sang des chrétiens fut répandu. Vers 150. Justin s’adressa à Antonin le Pieux, à ses deux tils adoptifs, Marc-Aurèle et Lucius Verus, au sénat et a tout le peuple romain. Il pouvait se flatter d'être favorablement accueilli. Fort de sa conscience, il parie sans crainte et avec fierté, demande que l'on juge les chretiens avec la raison, après un examen exact et tn nutieux. sans se laisser entraîner par des préjugés :·_ par le désir de plaire à une foule superstitieuse, sous <584 l’impulsion d'un emportement aveugle ou l’influence de bruits calomnieux. Apol., i, 2, col. 329. Fort de sa fidé­ lité politique, il parle en patriote et en Romain, mon­ trant dans les chrétiens des sujets fidèles, et dans le christianisme une force efficace pour empêcher les crimes et maintenir l'ordre dans la société. Apol., i, 12, col. 341. Fort de sa culture hellénique, il parle en philosophe à des philosophes; il est loin de mécon­ naître les gloires de la philosophie, mais il sait par expérience quelle est son impuissance et il présente le christianisme comme une philosophie nouvelle, comme la seule philosophie, expression complète et définitive de la raison. Or une telle doctrine ne saurait être le réceptacle des infamies qu’on reproche aux chrétiens ni la source d'une morale flétrissante pour la nature hu­ maine. Que des abominations se passent ailleurs, il veut l'ignorer, il constate du moins qu'on n’en poursuit pas les auteurs. Apol., i, 26, col. 369. Et sachant ce qui se· passe parmi les chrétiens, il se permet d'entr'ouvrir la porte du mystère eucharistique : tout y est digne de respect. Et dès lors il s'étonne qu’on ne punisse chez les chrétiens que leur nom ; il proteste contre ce qu'il regarde comme une monstruosité juridique, comme un attentat à la droite raison et à l’équité naturelle. Au nom de la liberté de conscience, il réclame la tolérance, le droit de vivre, le droit commun. Ce fut en vain, les calomnies continuèrent de plus belle; des bas fonds populaires elles envahirent la classe des philosophes; des délateurs obtinrent de nou­ velles condamnations et la tragédie sanglante alla se ré­ pétant. C’est un drame domestique qui mit de nouveau la plume à la main de Justin, en 160, et lui fit rédiger sa seconde apologie, dans i’espoir d’obtenir l’améliora­ tion d'une situation intolérable en elle-même et com­ plètement en opposition avec les principes libéraux du gouvernement. Ici encore, il est fidèle à sa grande con­ ception du christianisme, expression de la raison même de Dieu, et seule philosophie en possession de la vérité totale ; il écarte en passant cette objection : pourquoi vous plaindre quand on vous tue? La mort, comblant vos vœux et vous mettant plus tôt en possession du bonheur, autant vaudrait recourir au suicide; et cette autre : si Dieu est pour vous, pourquoi vous laisse-t-il opprimer? Il flétrit de nouveau les calomnies, auxquelles il serait si facile d’échapper en colorant comme les païens d’un motif religieux toutes les abominations reprochées aux chrétiens. Les chrétiens défendent la vérité; puissent les hommes se rendre dignes de la connaître! Et puissiez-vous vous-mêmes, en princes sincèrement pieux et en philosophes, ne prendre con­ seil que de vos véritables intérêts et porter une sentence équitable! Apol., n, 15, col. 469. Entre ces deux apologies se place le Dialogue avec Tryphon. Saint Justin y combat les préjugés de certains juifs en faveur du mosaîsme et en haine de la foi; il y prouve surtout la divinité de Jésus-Christ par l'identifi­ cation du Jésus de i’Êvangile avec le Messie de [’Ancien Testament et la réalisation des prophéties, entre autres celles qui concernent la vocation des gentils et l'établis­ sement du christianisme. Mais déjà, avant lui, Ariston de Pella avait abordé ce côté de la question juive dans son Ίάσονοςκαι ΙΙαπίσκου αντιλογία περί Χριστού, Origêne, Coni. Cels., IV, 52, P. G., t. xi, col. 1116; Eusèbe, H. E., iv, 6, P. G., t. xx, col. 313; Olto; Corpus apolog., t. IX, p. 349, et prouvé, à l aide de l’Écriture, que les prophéties concernant le Christ se trouvent vérifiées en Jésus. Voir Ariston de Pel la. Après Justin, son disciple Tatien inaugure, avec son Λόγος προς "Ελληνας, un genre d’apologétique bien dif­ férent de celui de son maître. Laissant de côté toutes les calomnies populaires, il s’en prend uniquement à l'hellénisme, qu'il traite avec un parti pris et une 1585 APOLOGISTES (LES PÈRES) absence de mesure injustes. Il ne lui reconnaît aucun mérite; il l'accuse de s’être mis à la remorque des dé­ mons, ces voleurs de la divinité; d’avoir emprunté aux barbares tout ce qu’il a de bon, non sans l’avoir gâté; d’avoir abusé de tout, de l’éloquence, de la poésie et de la philosophie. Par suite il le déclare irrecevable dans ses attaques contre le christianisme, dont les Livres sa­ crés sont plus anciens que toutes les productions litté­ raires de la Grèce. P. G., t. vi, col. 803 sq. Cette ironie mordante, sarcastique, impitoyable, se retrouve sous la plume d’Hermias qui, dans son Διασυρμος τών εξω φιλοσόφων, P. G., t. vi, col. 1'176 sq., cherche à justifier ce texte de saint Paul : La sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. 1 Cor., ni, 19. Il souligne en conséquence les contradictions des philosophes, l'inanité de leurs efforts, leur stérilité. Son apologie n'est qu’un persiflage et semble une gageure beaucoup plus faite pour aliéner les esprits que pour les rapprocher. En 163, Justin, grâce à la dénonciation du cynique Crescens ; vers 165, Thraséas d’Euménie et Sagaris de Laodicée moururent martyrs. Les apologies, on le voit, étaient loin de triompher. D’autre part, sous le règne de Marc-Auréle, toutes sortes de calamités affligèrent l’empire. Certains illuminés chrétiens n’y virent qu'une juste punition de Dieu et le prodrome de la fin du monde : d’où, un redoublement d’idées eschatologiques et de rêves millénaires. Les païens, au contraire, en conçurent une plus vive irritation et rendirent les chré­ tiens responsables de tous ces maux. Plus que jamais les apologistes durent réfuter ces calomnieuses accusa­ tions et justifier la cause chrétienne. Miltiades, l’avocat des Églises, comme l’appelle Ter­ tullien, Adv. valent., 5, P. L., t. n, col. 548, fut alors l’un des plus actifs défenseurs de la foi soit contre les grecs, soit contre les juifs, soit auprès du pouvoir. Mal­ heureusement il ne reste rien de son Ilp'oç "Ελληνας, de son Προς ’Ιουδαίους,de son apologie Προς τούς "Αρχοντας. Eusèbe, H. E., v, 17, P. G., t. xx, col. 476; Jérôme, De vir. ill., 39, P. L., t. xxm, col. 687; Otto, Corpus apolog., t. ix, p. 364 sq. Non moins actif, Apollinaire d'Hiérapolis composa contre les grecs un Πρ'ος ’Έλληνας, et probablement contre les juifs son Περί άληβείας. Après 172, il adressa une apologie â Marc-Auréle,Προς Άντωνίνον υπέρ πι’στεως. Eusèbe, H. E., rv, 27, P. G., t. xx, col. 397; Jérôme, De vir. ill., 26, P. L., t. xxni, col. 678; Otto, Corpus apolog., t. ix, p. 486 sq. Tout est perdu. Voir col. 1504. Il nous reste, du moins, la Πρεσβεία περί Χριστιανών du philosophe athénien Athénagore, adressée en 177 à Marc-Aurële et â son fils Commode. Justice y est faite, une fois de plus, des fausses imputations dont on accable les chrétiens : ni athéisme, ni crime de Thyeste ou d'Œdipe; il faut se garder des délateurs, sycophantes à esprit étroit et sectaire, de mœurs corrompues; quant aux chrétiens, ils professent pour les représentants du pouvoir les sentiments les plus respectueux; ils prient en particulier pour la transmission de père en fils de la couronne impériale et ne demandent pour prix de leur obéissance que la tranquillité. L’hérédité du pouvoir, voilà un argument nouveau et d’ordre politique qui marque, chez les apologistes, une évolution caractéris­ tique dans le sens d'un rapprochement possible vers 1 empire. Voir Athénagore. Cette évolution semble complète avec Méliton de Sardes; car, à en juger par les fragments que nous a conservés Eusèbe de son Προς Άντωνίνον βιβλίδιον, Mé­ liton, s’il n’a pas clairement vu la possibilité d’un accord entre l’empire et le christianisme, s’il n’a pas eu plvine conscience de ce qu'une telle entente pouvait avoir de fécond pour l’avenir du monde, l’a du moins entrevue : ses considérations sur la marche parallèle et providentielle de l’empire et de l’Eglise, Eusèbe, H. E., ■ 26, P. G., t. xx, col. 392-396; Routh, Heliq. sacr., ( ) I I i ! 158G t. I. p. 113 sq.; Otto, Corpus apolog., t. rx. p. 410 sq.. sont d'un politique avisé et forment le prélude de la grande idée réalisée par Constantin. Théophile d'Antioche, par ses trois livres â Autolycus, rédigés après la mort de Marc-Aurèle, à la fin de 18 > t au commencement de 181, nous fait connaître quelquesunes des objections qui retenaient loin du christianisme un païen lettré, imbu de la philosophie de son temps et victime de préjugés : les calomnies populaires, l'impos­ sibilité de croire à un Dieu invisible et d'admettre la résurrection, la nouveauté du christianisme; objections déjà réfutées. Mais Théophile, en y revenant, insiste stir­ tout sur l’importance capitale de l’Écriture,où se trouvent l’histoire du monde et de l’humanité et le vrai code de la vie morale. Converti par la lecture des Livres saints, il en conseille l’étude à son ami et l'assure qu’il y trou­ vera, la vérité. Ad Autol., ni, 30. col. 1168. Tous ces apologistes de langue grecque nous ont fait connaître les accusations portées contre le christianisme pendant le n» siècle et les arguments qu'ils leur oppo­ sèrent. Il était réservé aux apologistes de langue latine de recueillir toutes ces réponses éparses, de les conden­ ser et de leur donner une vigueur nouvelle, dans deux écrits, qui sont deux chefs-d'œuvre, lOciacius de Minu­ cius Félix, à Rome, l’Apologeticus de Tertullien, à Carthage. L’Octavius fera toujours le charme des lettrés par ses qualités littéraires. Bien que rappelant la manière de Platon et de Cicéron, il est moins un dialogue qu'un débat dans le genre de ceux du barreau. C'est le païen Cécilius, écho des jurisconsultes et des esprits cultivés de Rome, qui prononce un réquisitoire contre le chris­ tianisme. Il plaide la cause du scepticisme. Du moment que tout est incertain ou douteux, l'homme ne saurait s’élever au-dessus des choses humaines et s'occuper avec quelque chance de certitude des questions divines: dès lors des illettrés, tels que les chrétiens, sont mal venus à trancher en docteurs des problèmes, comme l’existence de Dieu, la providence ou la résurrection, vainement abordés et laissés insolubles par les plus grands représentants de la philosophie. Mais comme, d’autre part, au point de vue religieux, politique et so­ cial, il faut une religion, le parti le plus sage est de s’en tenir à la foi des ancêtres, comme à la plus sûre garan­ tie de la vérité, et de suivre la religion de son pays; d'autant plus que Rome, en particulier, doit sa gran­ deur et la maîtrise du monde à son culte envers les dieux; arrière donc les chrétiens, gens de basse extrac­ tion, sans la moindre culture, dogmatiseurs imperti­ nents, chargés de tous les crimes! La suprême sagesse consiste à ne point s’inquiéter de ce qui nous dépasse, à confesser son ignorance et â s’en tenir à ce qui Comme on le voit, Cécilius ne répudie aucune des accu­ sations portées contre le christianisme; au nom du scepticisme il déclare la vérité inaccessible; m ■ ■■ plaçant à un point de vue exclusivement romain, il fait de la religion nationale la source de la grandeur de Rome. Le débat s’est élargi en même temps que précisé. Aussi Octavius, en présentant la défense du christia­ nisme, ne se contente-t-il pas de montrer que l'homme a la raison pour chercher et atteindre la vérité, il s'at­ tache surtout à détruire la double thèse de la fidélité à la religion nationale et de la grandeur de Rome due à son scnliment religieux. Puis il décharge les chrétiens de tout ce que l'ironie dédaigneuse et injuste de Cécilius leur reproche; car ils sont de beaucoup supérieurs aux païens, sages par le cœur et non par l’habit, ne disant pas, mais faisant, de grandes choses et possédant avec joie la réalité de ce que les philosophes ont inuti­ lement cherché. Donc cohibeatur superstitio, impietas expietur, vera religio servetur. Octavius, 38, P. L., 1.HI, coi. 357. Tertullien, dans son Apologeticus, œuvre magistrale 1587 APOLOGISTES (LES PERES) et véritable acte public, adressé en 197 aux magistrats de l'empire, reprend les argumenis de ses devanciers et les marque de son empreinte indélébile. Toutes les accusations portées contre les chrétiens par l’imagina­ tion du peuple, les Tables des poètes, la raison des phi­ losophes ou la politique des hommes d'État, il les écarte d une main ferme, toujours avec une logique im­ pitoyable, souvent avec des railleries mordantes et d'immortelles invectives, au nom du bon sens, de la nature humaine, de la vérité, de l’égalité, de la liberté et du droit commun. Mais c’est surtout à la législation impériale qu’il s’en prend; il démontre, en juriscon­ sulte consommé, l’illégalité de la procédure, la mons­ truosité de la sentence, l’iniquité de la loi touchant les chrétiens. Il lait bonne justice des imputations récentes, telles que le mépris des divinités nationales et des em­ pereurs. l’indifférence ou l'inutilité de leur vie, la cause des calamités publiques et le complot envers la sécurité de l’État Et après avoir esquissé à grands traits le ma­ gnifique tableau de la vie chrétienne, il termine par ces mots d'une ironie qui n’est pas sans fierté : Boni præsides... cruciate, torguete, damnate, atterite nos : pro­ batio est enim innocentiæ nostræ iniquitas vestra... Plures efficimur quoties metimur a vobis : semen est sanguis Christianorum. Apolog., 50, P. L., 1.1, coi. 534, 535. Aucune autre œuvre ne pouvait mieux couronner le siècle des apologistes; et c’est à elle qu’on doit tou­ jours recourir, comme à la source la plus complète, pour avoir l’idée exacte de ce que la défense du chris­ tianisme a suscité d’arguments, dès le début, en faveur de la cause chrétienne. Les œuvres des Pères apologistes ont été réunies en des re­ cueils distincts al forment un Corpus apologetarum. F. Morel rassembla lu premier les œuvres de saint Justin, d'Athénagore, de Théophile, de Tatien et d'Hermias, Paris, 1615. D. Prudence Maron en fit un second recueil, in-fol., Paris, 1742, reproduit par A. Gatland, dans sa Bibliotheca veterum Patrum..., Venise, 1765-1781 et 1788, et par Migne. avec les Conjectura: et emenda­ tiones, de H. Nolte, P. G., t. vt, Paris, 1857. Les apologistes la­ tins sont dans Migne, P. L.,t. ι-πτ. Otto, Corpus apologetarum. 9 in-8·, téna, 1847-1872. MM. von Gelbhardt et Harnack s'étalent proposé de donner une édition critique des œuvres de tous les Pères apologistes. Il n’a paru que Tatiani oratio ad Grsecos, par les soins d'E. Schwartz (Texte und Untersuch., t. iv. fasc. 1", lœfpzig, 1888), d'après les manuscrits Marcian. 343, Mutin, lit, et Paris. 174; Athenagorae libellus pro Christianis, Oratio de resurrectione cadaverum, par le même, ibid., t. tv, fasc. 2, Leipzig, 1891, d’après les manuscrits Paris. 451 et Paris. 430 et que Die Apologie des Aristides, Recension und Reltonstruktion des Textes, par Hennecke, ibid., t. iv, fasc. 3, Leip­ zig, 1893. La suite a été abandonnée. III. Les apologistes et le judaïsme. — D’après le Dialogue de saint Justin, 10, col. 496, les Juifs repro­ chaient aux chrétiens d’avoir abandonné la Loi et de renier le Dieu d’Abraham pour adorer un crucifié; c’est-à-dire d’etre des apostats, de ruiner le dogme de l’unité divine et de réintroduire le polythéisme : impu­ tations graves sur lesquelles il fallait faire pleine lu­ mière. Le dogme de l’unité divine, observe Justin, n’est nul­ lement compromis. Car il n'y a qu’un Dieu, le Dieu d’Abraham, et c’est aussi le Dieu des chrétiens. Dial., 11. col. 497. Mais ils sont plusieurs en Dieu, Dial., 55, col. 596, puisque celui qui est apparu à Abraham, Dial., 56, col. 597, à Jacob, Dial., 58, col. 608, à Moïse, Dial., 59. col. 612, est distinct de Dieu le Père. Quant à la Loi, la question est de savoir si elle existe encore ou si elle a été remplacée, si la justice vient d’elle ou de la foi, si les Juifs sont toujours le peuple choisi. Pour répondre il n’y a qu’à consulter l’Ecriture et 1 histoire. Or l’Écriture enseigne que la Loi devait être abrogée, et l’histoire qu’elle a été réellement abrogée. Certaines de ses prescriptions, celles qui concernent la c - ncision. Dial., 16, col. 509. le choix des mets, Dial., 24'. col. 517.1 observation du sabbat, Dial.,21,col. 520, les 1588 oblations et les sacrifices, Dial., 19, 22, col. 516, 521, ne remontent qu’à Moïse ou à Abraham, n’ont été imposées aux Juifs qu’à cause de la dureté de leur cœur pour les empêcher de tomber dans l’oubli de Dieu ou l’idolâtrie, sont essentiellement temporaires, et quelques-unes, dans l'état actuel du judaïsme, d’un accomplissement maté­ riellement impossible. En fait, tout cela a pris fin avec le Christ, né de la Vierge. Dial., 43, col. 568; la loi de Moïse a été abrogée par la loi nouvelle, l’Ancien Testa­ ment remplacé par le Nouveau, Dial., 11, col. 497, et c’est Jésus-Christ qui est cette loi, ce Testament nou­ veau. Dial., ibid., col. 500. De plus les Juifs ont tort d’attribuer à leur loi une efficacité qu’elle n’a pas : la justice n'est pas dans les observances, Dial., 14, col. 504, mais dans la conversion du cœur, octroyée par Jésus au baptême. La vraie circoncision n’existe que dans le christianisme. Dial., 24, 114. col. 528,7-40; le salut n’est que dans le Christ, Dial., 26, col. 532; la vraie justice ne vient que par le Christ. Dial., 28, 44, col. 536,578. La loi est donc désormais inutile à quiconque croit en JésusChrist. Dial., 30, col. 537. Les Juifs s’abusent en mettant leur confiance dans leur titre d’enfants d’Abraham. Dial., 25,140, col. 529, 796. Car l’Israël nouveau, vrai, spirituel, la race authentique d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Juda, ce sont actuellement les chrétiens. Dial., il. 119. 120, 135. col. 500, 752, 753, 788. La con­ version des gentils et le délaissement des Juifs, égale­ ment prédits par les prophètes, Dial., 109, 115, 130, col. 728, 741, 777, sont un fait accompli. Dial., 110, col. 729. Désormais les chrétiens, annoncés par Zacharie, Dial., 115, 116, col. 741, 744, sont les vrais enfants de Dieu, Dial., 124, col. 765, et remplacent les Juifs. Une telle argumentation suppose que Jésus est Dieu, que son œuvre est l’œuvre de Dieu, mais c'est ce dont ne voulaient pas convenir les Juifs. Car, d’après eux, le Christ n’a pas paru; ou, s’il est né, il reste inconnu de tous et sans prestige, puisque Élie ne l’a pas oint et ne l’a pas manifesté. Dial., 8, col. 493. En tout cas Jésus n’est pas le Christ : un homme effacé, humilié, mal­ traité, crucifié comme lui, ne saurait être le Messie attendu. Dial., 32, col. 544. Élie n’a pas paru, c'est vrai, mais il ne doit paraître qu'au second avènement du Christ. Car il y a deux avè­ nements du Christ, qu'il importe de ne pas confondre : le premier dans l'humiliation, la souffrance et la mort ignominieuse de la croix, et c’est celui qui a eu lieu, Dial., 32, col. 544; le second, dans la gloire et c’est celui qui n’aura lieu qu’à la fin des temps ; l’un et l’autre prédits par les prophètes. Dial., 33, 52, 111, col. 545, 589, 732. Le précurseur du premier avènement n’est pas Elie, mais Jean, Dial., 49, col. 584, selon la prophétie d’Isaïe. Dial., 50, col. 585. Et Jean est venu. Dial., 51, col. 588. Il s’agit donc de relever dans l’Écriture toutes les prophéties relatives au Christ promis et de voir si Jésus de Nazareth les a réalisées dans leur plénitude. Or, à réunir les traits épars dans l’Écri­ ture qui ont trait au Christ, soit dans le passé soit dans son rôle futur, en particulier en condensant ce que renferment les diverses prophéties de Jacob, de Moïse, de David, d’Isaïe, de Jérémie, de Daniel, de Michée, de Zacharie, on constate que le Christ est la puissance ra­ tionnelle de Dieu, engendré avant le temps de la sub­ stance du Père,appelé par l'Esprit-Saint tantôt gloire du Seigneur, tantôt Fils, Sagesse, Ange, Dieu, Seigneur ou Verbe, Dial,, 61, col. 613; distinct du Père selon les Proverbes, vin, 21 sq., et le Faciamus hominem, Gen., i, 26, Dial., 62, col. 617; l’auteur des théophanies an­ ciennes. Dial., 126, col. 769. C’est ce Christ qui devait s’incarner, Dial., 63, col. 620, naître d’une vierge d’après Isaïe, Dial,, 66, 78, 84, col. 628, 657, 673, bien que les Juifs regardent l’incarnation comme une chose in­ croyable et impossible, Dial., 68, col. 632, et qu’ils con­ testent le texte : £cce virgo concipiet, Dial., 71, col.64’1, 1589 APOLOGISTES (LES PÈRES) c'est lui qui devait être envoyé dans le monde comme engendré de la substance du Père, Dial., 128, col. 773, pour souffrir le supplice de la croix, Dial,, 89, col. 689, se faire malédiction, Dial., 94, 95, col. 700, 701 ; mourir, puis ressusciter le troisième jour. Dial., 100, 106, 107, 108. col. 709, 721-725. Or l’ensemble de .ces prédictions ne saurait s’appli­ quer, comme le prétendent les Juifs, à tel ou tel per­ sonnage de l’Ancien Testament, ni à Ezéchias, car il n’a pas été honoré du sacerdoce, Dial., 33, 77, 83, col. 545, 656, 672, ni à Salomon, car il n’a pas étendu sa puissance au monde entier et n’a pas reçu l’hommage des gentils, Dial., 34, col. 548; mais il s’applique plei­ nement, dans tous ses traits caractéristiques et dans ses moindres détails, à Jésus de Nazareth et rien qu’à lui. Dial., 78, 84, 100, 102-107, 126-129, col. 657, 673, 709, 713-725, 768-777. D’où il suit que Jésus est le Christ annoncé par les prophètes, Dial., 48, col. 580, el qu’il est le vrai Christ de Dieu. Dial., 140, col. 800. Tel est, dans ses lignes principales, le célèbre argu­ ment tiré de l’accomplissement des prophéties pour prouver la divinité de Jésus-Christ et de son œuvre : il restera classique. Il nous permet de constater quels étaient les principes d’exégèse en usage chez les Juifs contre le christianisme. Saint Justin accuse certains Juifs de mauvaise foi, Dial., 68, col. 632 sq. ; ils ergotent sur des points de détail, n’acceptent pas les Septante, Dial., 71, col. 641, et se permettent des retranchements au texte sacré, en particulier à Esdras et à Jérémie, Dial. 72, col. 645, surtout celui de άπο τοΟ ξύλου du psaume xcv. Dial., 73, col. 645. Voir Aiustonde Pella. IV. Les apologistes et le polythéisme. — Quand parut le christianisme, tout était dieu, excepté Dieu; le polythéisme, déification de la nature, de l'homme, des animaux ou des choses insensibles, était un fait univer­ sel. Il fallait, au nom de l’histoire, en dévoiler les ori­ gines suspectes; au nom de la raison, le condamner comme une aberration de l'esprit; au nom de la morale, le flétrir comme une dépravation du cœur. Les apolo­ gistes ne l’étudièrent pas avec une méthode rigoureuse; au lieu d'insister, pour expliquer son origine ou ses succès, sur la chute originelle, l’affaiblissement de la raison et la concupiscence, ils n’y virent que l’action des démons. Sans chercher à se rendre compte de la dévia­ tion et de la corruption progressive de l’idée de Dieu, de la liliation logique ou de la succession chronologique des diverses phases du polythéisme, ils ne se posèrent pas la question de savoir si le culte des démons avait précédé le naturalisme des Pélasges et si, par une dégradation continue, on était passé à l’anthropomor­ phisme des Hellènes avant d’aboutir à l’idolâtrie pro­ prement dite. Quelques-uns font bien allusion au culte de la nature ou au naturalisme panthéistique, Athénagore, Legat., 22, col. 936; Hermias, Irris.,3-9, col. 11721177; Tertullien, Ad nat., n, 1, P. L., t. i, col. 587; mais presque tous, allant au plus pressé et dominés par les circonstances, combattent le polythéisme sous la forme de l’anthropolàtrie et de l’idolâtrie; Tertullien, en particulier, au nom de la raison, de la conscience et de l'histoire. Apolog., 10, P. L., t. i, col. 327 sq. Une de leurs thèses est celle-ci : les dieux du paga­ nisme n’ont été que des hommes. Justin, Apol., i, 9, col. 340; Athénagore, Legat., 18, 19, 28, 29, col. 925, 929, 953, 957; Théophile, Ad Autol., i, 19; n, 2, col. 1037, 1048; Octavius, 23, P. L., t. m, col. 310; Tertullien, Apolog., 10, P. L., t. I, col. 328. On con­ naît le lieu de leur naissance et de leur sépulture; Ter­ tullien, Apolog., 10; et d’après Evhémère, l’époque de I-.ur vie et la nature de leurs occupations. Octavius, 21, P. L., t. in, col. 300. Pourquoi donc ont-ils été vénérés comme des dieux? Λ cause des services qu'ils ont ren­ dus, selon Prodicus, Octavius, 21 ; â cause de leurs mérites exceptionnels, selon d’autres, Tertullien, Apolog., 1590 11, P. L., t. i, col. 335; mais c’est plutôt â cause de leurs vices. Athénagore, Legal., 30, col. 957; Th-< phi!-. Ad Autol., m, 3, 8, col. 1125, 1133. De tels dieux n’ont aucun droit à siéger dans le ciel ; leur place est au fond du Tartare, dans le lieu des supplices, où sont juste­ ment punis ceux qui leur ressemblent; la justice hu­ maine, en condamnant les criminels, condamne par là même le ciel païen. Mieux vaudrait l’apothéose des grands scélérats : elle honorerait dignement les dieux. Tertullien, Apolog., 11, P. L., t. I, col. 335. Même en admettant que ces dieux ont été des hommes vertueux et sans reproche, combien, dans l’enfer, qui leur sont de beaucoup supérieurs! On n’a pas consacré leur di­ gnité. Ibid., col. 337. En réalité, les dieux païens n'ont été que des êtres absurdes, Athénagore, Legal., 20, col. 929; passionnés et immoraux, Justin, Apol., it, 14, col. 468; Tatien, Oral., 21, 25, col. 853, 861 ; Athénagore, Legat., 21, col. 933; Théophile, Ad Autol., i, 9; m, 3, 8, col. 1037, 1125, 1133; infâmes, souillés de tous les crimes et souillant le ciel par le débordement de leurs mœurs et le scandale de leurs aventures, le transfor­ mant en un théâtre de dépravation, en une école d’im­ moralité. Ces dieux sont la déification des vices de l’homme pour excuser el légitimer la perversité hu­ maine. Octavius, 22, P. L., t. m, col. 308. Une telle théologie aboutissant à une telle morale révolte la rai­ son et outrage la divinité. Justin, Apol., i, 9, col. 340. Après l’anthropolàtrie, l’idolâtrie. La foule, par besoin de symbolisme, s’adonnait au culte des idoles, images ou statues. D’abord représentation sensible et concrète des dieux; puis, identifiée avec les dieux, l’idole finit par supplanter la divinité et resta le seul dieu. Or c’était là de la matière façonnée de main d’homme, Octavius, 23, P. L., t. m, col. 310; parfois vile ou ordinaire, Justin, Apol., 1, 9, col. 340; Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. i, col. 339; parfois objet de rebut ou consacrée à des usages profanes, également insensible aux in­ sultes et aux outrages comme aux honneurs, Théophile, Ad Autol., n, 2, col. 1048; Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. i, col. 342; souvent traitée par l’homme avec irrévérence, impiété ou sacrilège; tels les dieux lares, familièrement considérés comme des serviteurs domes­ tiques, ou même les dieux publics soumis aux exigences du fisc, payant l’impôt et vendus aux enchères, Tertullien, Apolog., 13, P. L., t. i, col. 345; et de nulle effi­ cacité. Athénagore, Legal., 18, col. 925. Ce qui n’em­ pêchait pas la foule de les consulter, de croire à leurs oracles souvent trompeurs, Octavius, 26, P. L., t. ni, col. 320; de leur prêter un pouvoir surnaturel, Athéna­ gore, Legat., 24-27, col. 948-953; oracles et prodiges que certains païens attribuaient aux esprits intermé­ diaires entre les dieux et l’homme. Octavius, 27, P. L., t. m, col. 324. Dans le culte de ces dieux et de ces idoles les apolo­ gistes n’hésitèrent pas à voir l’intervention du démon. Justin, Apol., I, 9, col. 340; Tatien, Oral., 17, col. 841; Athénagore, Legat., 24-27, col. 918-953; Tertullien, Apolog., 23, P. L., t. i, col. 414. En effet, le démon, jaloux de l’homme, ne poursuit qu’un but : le perver­ tir, le détacher de Dieu et se l’asservir, Tatien, Orat., 16, 17, 18, col. 840, 844, 848; en un mot, le perdre. Tertullien, Apolog., 22, P. L., 1.1, col. 407. Pour mieux y réussir, les démons usaient de tous les subterfuges, de songes et de prestiges, Justin, Apol., I, 14, col. 348; cherchant à contrefaire Dieu, à se faire passer pour Dieu, Octavius, 27, P.L., t. in, col. 324; ætnulanlur divini­ tatem dum furantur divinationem, Tertullien, Apolog., 22, P. L., t. 1, coi. -408; vrais voleurs de la divinité, ληστοά βεότητος. Tatien, Orat., 12, col. 832. De là, sous leur inspiration, l'invention des fables, Justin. Apr,. i, 54, 64; Dial., 70, col. 408, 425, 640; et, chez les poéh s et les historiens, Théophile, Ad Autol., n. 8. col. 1061, l'habile mélange de la vérité et de la fiction pour de:.- •1591 APOLOGISTES (LES PÈRES) ner une apparence spacieuse au mensonge, Octavius, 26, P. L., t. ni, col. 322; l’altération et la corruption de la vérité pour l’accréditer adroitement chez les Grecs,comme ils l’avaient accréditée auprès des Égyptiens par les mages, et par les faux prophètes auprès des Juifs du temps d'Élie, Justin, Dial., 69, col. 636, 637; de là l’institution des sacrifices sanglants, Alhénagore. Legal., 26, col. 952; de là l’origine des hérésies. Justin, Apol., i, 25, 56. col. 368. 413. Bref, aux yeux des apologistes, le démon était tout à la fois le créateur du paganisme et son plus ferme soutien, l’inspirateur des oracles, l’auteur des prestigés. pour substituer son culte à celui du vrai Dieu, Oclavius, 27, P. L., t. ni, col. 32»; Tatien, Oral., 12, col. 832; sa haine du christia­ nisme lui fit inventer les calomnies contre les chrétiens et déchaîner les persécutions. Justin, Apol., I, 5, 57; n, 1, 10, col. 336, 413, 444, 461; Oclavius, 27, P. L., t. in, col. 327. A l’erreur polythéiste et idolâtrique les apologistes opposent la vraie notion de Dieu, Aristide, Apol., 1 ; sa spiritualité, Tatien, Oral., 4, col. 813; sa distinction d’avec les créatures, Athénagore, Legat., 15, col. 920; surtout son unité. Tatien, Oral., 5, col. 813; Athéna­ gore, Legal., 4, col. 897; Théophile, Ad Autol., ni, 9, col. 1133; Tertullien, Apolog., 17, P. L., t. i, col. 375. Dieu, invisible aux yeux, mais sensible au cœur, ne peut pas être exprimé, mais peut être connu par ses œuvres, Théophile, Ad Autol., i, 2-4, col. 10251029; par la beauté du monde, l’harmonie du corps humain, l’ordre d’une maison, on peut conclure à son existence et à sa providence, Oclavius, 17-19, P. L., t. in, col. 284-296; Tatien, Oral., 5, col. 817. A l’immoralité païenne, ils opposent la pureté de la morale évangélique, du culte et des mœurs des chrétiens. Justin, Apol., i, 13-16, 29, col. 345-352, 373. Les chré­ tiens. en effet, ne fréquentent ni les temples, ni l'amphi­ théâtre. ni le cirque; ils s’abtiennent de prendre part aux sacrifices, aux repas sacrés, aux pompes du siècle, parce que partout y régne l'idolâtrie; loin de commettre l’infanticide ou l’anthropophagie, ils poussent le res­ pect de la vie jusqu’à condamner l’avortement et l’expo­ sition des enfants, jusqu’à s’interdire de voir tuer ; pas d’incestes parmi eux, car ils regardent comme coupable la moindre pensée impure, sachant que Dieu est témoin de ce qui se passe même dans le domaine intime de la conscience. Ils pratiquent toutes les vertus, l’obéissance, la douceur, la charité, le pardon des injures, la patience dans l’épreuve, le courage dans les persécutions, l’hé­ roïsme devant le martyre. Ils préfèrent la mort à l'apos­ tasie, Tatien, Orat., 4, col. 813; donnent leur vie pour la vérité, Athénagore, Legat., 3, col. 897; sont sans haine contre leurs bourreaux. Justin, Apol., I, 56, col. 413. Voir le tableau admirable de la vie chrétienne: Justin, Apol., i, 65-67; u, 12, col. 420-429, 464; Athé­ nagore, Legat., 31-35, col. 961-969; Théophile, Ad Autol., in, 11-14, col. 1136-1140; Octavius, 35-37, P. L., t. in, col. 349 sq. ; Tertullien, Apolog., 39, P. L., t. i, col. 468 sq. Enfin au rôle des démons ils opposent le pouvoir extraordinaire, mais bien constaté, des chrétiens sur le démon lui-même, la crainte qu'ils lui inspirent, les aveux qu'ils lui arrachent. Théophile, Ad Autol., n, 8, col. 106'». D’un signe, d'un mot, ils le mettent en fuite, Justin, Apol., π, 6, 8, col. 456, -457; Dial., 30, col. 5*0; Octavius, 27, 28, P. L., t. ni, col. 324-329; Tertullœn. Apolog., 23, P. L., t. I, col. 415; et cela par la puissance de Dieu, Tatien, Orat., 16, col. 841 ; parle nom du Christ, Justin, Dial., 124, col. 757; par le nom du vrai Dieu. Théophile, Ad Autol., n, 8, col. 1064. Es c'est ainsi que, sous la plume des apologistes, l'unité de Dieu au point de vue de la doctrine, la perfection chrétienne au point de vue de la morale, et le extraordinaire des chrétiens sur les démons -1592 sont, contre le polythéisme, autant de preuves de la divinité du christianisme. V. Les apologistes et la philosophie. — Au n» siè­ cle, la philosophie, sous l'influence du gnosticisme, cherchait à jouer un rôle dans l’histoire de la pensée religieuse, à prendre la direction de la conscience humaine, en substituant la science à la foi. en essayant de barrer le passage au christianisme. Il importe donc de noter l’attitude prise par les apologistes en face de la philosophie; naturellement ses erreurs de doctrine et ses conséquences immorales, ils devaient les condamner. Mais tout n’était pas erreur; il y avait des vérités, incomplètes sans doute et plus ou moins voilées, qu'on avait droit de revendiquer. Or les apologistes pouvaient aborder l'examen de ce problème délicat, en connais­ sance de cause; car, anciens philosophes pour la plu­ part, ils n’avaient passé au christianisme que poussés par de graves motifs. Ces motifs, nous les connaissons : d'un côté les mécomptes, les déceptions rencontrés au sein des écoles, Justin, Dial., 2, col. 477; l’insuffisance de la raison aux prises avec la vérité, les contradictions des philosophes sur les points fondamentaux, leurs erreurs et les suites immorales de leurs systèmes, Justin, Apol., 1, 44, col. 396; Tatien, Oral., 29, col. 80S; Hermias. Irris., 10, col. 1180; Athénagore, Legal., 7, col. 904; Théophile, Ad Autol., π, 4-9; ni, 2-3, 6-8, col. 1052-1064, 1121-1124, 1128-1133; Tertullien, Apolog., 47, P. L., 1.1, col. 516-520; d'un autre côté, la certitude apportée par l’enseignement des prophètes, la garantie de la vérité dans la réalisation des prophéties, Théophile, Ad Autol., i, 14, col. 1045; Tertullien. Apolog., 19, 20, P. L., t. i, col. 382,389-391 ; la sublimité de la doctrine évangélique, l’incomparable beauté de. la morale chré­ tienne, la pleine satisfaction procurée par le christia­ nisme à l’esprit et au cœur, Justin, Dial., 8, col. 492; Tatien, Oral., 29, 35, col. 868. 877. Quelques Pères apologistes, sous l’impression de leurs anciens errements et surtout devant les dangers de la gnose, ne gardèrent pas de mesure et réprouvèrent en bloc toute la philosophie. Tatien hait les Hellènes; il blâme leur rhétorique, instrument de mensonge et d’injustice; leur poésie, peinture de licence et d’immo­ ralité; leur philosophie, amas de futilités et de contra­ dictions, source de vices. Orat., 1, 2, 3, col. 805-811. Hermias se fait un plaisir de relever les contradictions des philosophes sur les points de première importance, se moque de l’ambition exagérée de leurs recherches qui se perdent dans le vague, constate qu’ils ne s'ap­ puient pas sur l’évidence de la raison et ne possèdent pas la certitude. Irris., 10, col. 1180. Athénagore, quoique plus modéré, observe qu’ils n’ont pu trouver le vrai parce que, au lieu de le demander à Dieu, ils ne l’ont demandé qu'à eux-mêmes. Legal., 7, col. 904. Tertullien, en attendant qu’il les traite de animal gloriæ. De anima, i, P. L., t. n, col. 647, et de « pa­ triarches des hérétiques », Adv. Hermog., 8, P. L., t. n, col. 204, les qualifie d’amis de l’erreur, d’interpolateurs de la vérité, Apolog., -46, P. L., t. i, col. 514, et conclut qu’on n’a rien à faire avec eux. D’ailleurs, après le Christ et l’Évangile on n’a plus besoin de rien chercher.Praiscrip.,?, P. L.,t. il, col.21. Hermias était allé plus loin en disant que la philosophie est née du diable, Irris., 1, col. 1169; à la suite d’Irénée, Ter­ tullien y voit la source de l’hérésie, Præscrip., 7, P. L., t. n, col. 20-21 ; et l’on sait que le but des Philosophoumena est de démontrer que l’hérésie sort de la philosophie. De tels excès d’appréciation sont heureusement cor­ rigés par les autres apologistes. Ceux-ci, sans se dissi­ muler la part d’erreur ou de contradictions de la philo­ sophie. ont la bonne foi de reconnaître qu elle contenait certaines vérités clairement exprimées, d'autres plus ou moins cachées sous le voile des symboles, mais encore ia93 APOLOGISTES (LES PÈRES) reconnaissables. C’est ainsi par exemple. qu'Octavius fait un mérite et une gloire aux philosophes d’avoir proclamé l’unité de Dieu, malgré la différence de leur langage et la diversité des noms employés. Octavius, 19, 20, P. L., t. ni, col. 293, 297. En avertissant de ne pas se laisser prendre aux fables, enfantées par l’erreur, mais réfutées par les sages et condamnées par la raison, col. 298, il accuse surtout les poètes d’avoir nui à la vé­ rité, 21, col. 307. Un courant s’établit donc en faveur de la philosophie; on lui emprunta des arguments pour la combattre sur son propre terrain et avec ses armes ; et loin de lui jeter l’anathème, on l’estima assez pour la mettre au service de la foi. Du moment que les philosophes se rencontraient avec les chrétiens sur certains points, et qu’entre la philo­ sophie et le christianisme il y avait des rapports de si­ militude ou d’analogie indiscutables, la question se posait de savoir quelle était la cause de cette rencontre et de cet accord partiels. Fallait-il les attribuer à la puissance de la raison naturellement chrétienne ou à un reste de la tradition primitive? Fallait-il y voir le fruit de quelque révélation particulière ou un emprunta l’Écriture?’La question, bien que non précisée en ces termes, reçut deux solutions: l’une, hypothèse rendue vraisemblable par les travaux d’Aristobule, de Philon et de Josêphe, ainsi que par les voyages des philosophes grecs en Pales­ tine ou en Égypte, mais non vérifiée dans la réalité des faits, consistait à dire que les philosophes avaient connu et mis à contribution les Livres saints. Justin, Apol., i, 44,59, col. 396, 416; Théophile, Ad Autol., n, 37-38, col. 1116-1120. Ces emprunts, auxquels Athénagore ne croit guère, Legat., 30, col. 1165-1168, font dire à Oc­ tavius que, sur certains points, poètes et philosophes tiennent à peu près le même langage que les chrétiens, et que, par suite, les chrétiens sont autant de philo­ sophes ou que les philosophes ont été autant de chré­ tiens, Octavius, 19, 20, P. L., t. ni, col. 297, 298; emprunts défigurés et démarqués, selon Tatien, par ceux qui voulaient avoir l’air de dire quelque chose de per­ sonnel ou de donner à la vérité, faute de la comprendre, l’apparence d’une fable, Oral., -40, col. 884 ; emprunts altérés sans scrupule, observe Tertullien, qui singent la vérité, la corrompent jusqu'à rendre incertain ce qui était certain. Apolog., 46, 47, P. L., t. r, col. 507, 516. Prise de ce biais, cette solution trouvera crédit et con­ duira l’école d’Alexandrie à des rapprochements ingé­ nieux mais forcés, plus vraisemblables que vrais, à tout un système qui offrira prise à la critique. L’autre solution, que saint Justin a eu également le mérite de formuler, est celle de la vérité disséminée dans le monde. Après avoir fait le tour des philosophies, saint Justin trouva la vérité dans les prophètes, Dial., 8, col. 492: mais, constatant que les philosophes en général et Platon en particulier ont parlé de certaines vérités qui ne sont pas étrangères au Christ, mais qui ne sont pas pleinement du Christ, Apol., n, 13, col. 465, il expliqua la présence de ces vérités partielles par la diffusioh du Λόγος σπερματικός dans le monde. Le genre humain, Apol., t, 32, 46; n, 8, 10, 13, col. 380, 397, 457, 460, 465, participe d'unecertaine manière au Λόγος, non an Λόγος complet, mais au Λόγος en germe, au σπέρμα τού Λόγου; chaque homme possède une partie de ce Λόγος σπερματικός ; il le voit d'après ses aptitudes personnelles et, en affirmant ce qu’il voit, il proclame une vérité qui appartient au Λόγος, qui est chrétienne; mais ce n’est qu'une vérité partielle, aperçue dans une pénombre plutôt qu’en pleine lumière, parce que le Logos jusqu’à son incarnation nes’est communiqué qu’à i’étatde germe. De sorte que la philosophie, loin d’étre en opposuion aveclechristianisme, yconduit; elle est un christia­ nisme anticipé, contemporain du genre humain, à l’état d i . .che; une révélation partielle de Dieu plus ou moins altérée par les idées et les passions humaines; et les 159-4 philosophes, en dépit de leurs imperfections, sont : m; certaines lignes, des disciples du Verbe ou du Cl:r.-t. des chrétiens d’avant l’heure. D’autre part, le christia­ nisme étant la révélation complète de Dieu, possédant dans le Λόγος μορφωθείς ou Verbe incarné la vérité. i: plus fragmentaire, mais totale, est la seule philosophi digne de ce nom, et les chrétiens sont les seuls vrais philosophes. Par là plus d’antinomie ou d’opposition: la philosophie est un acheminement au christianisme et trouve en lui son terme, sa plénitude, sa perfection. C’est la théorie que Clément d’Alexandrie va systémati­ ser dans sa trilogie du Προτρεπτικός, du Παιδαγωγός et des Στρωματεΐς; elle fera la gloire et aussi le danger du Didascalée. VI. Les apologistes et l’empire. — C’est au triple point de vue, religieux, judiciaire et politique, que se placèrent les Pères apologistes en face de l’empire. La religion nationale, disait-on, a fait la grandeur de Rome. Prétention illusoire, répondirent-ils ; car, en principe, il est impossible d’attribuer la prospérité de l’empire à une superstition qui prend pour dieux de simples mortels; en fait, cette prétention est contraire à l’his­ toire. Rome, en effet, est née dans le crime et n’a pros­ péré que par le brigandage et le sacrilège. Octavius, 25, P. L., t. m, col. 316, 317. C’est plutôt l’irréligion qui a fait sa grandeur; car, pour grandir, elle a dû vaincre; pour vaincre, détruire des villes et des royaumes, des prêtres et des dieux étrangers. Par suite, autant de sacrilèges que de trophées; autant de victoires sur les dieux que de triomphes sur les peuples; autant de simu­ lacres captifs que de dépouilles opimes. Tertullien, Apolog., 25, P. L., t. I, col. 422-431. Rien de plus vrai; mais ce préjugé n’en devait pas moins persister long­ temps. Sur le terrain judiciaire, l’attitude des apologistes ne fut pas moins nette. Devant les tribunaux, la cause chré­ tienne était perdue d’avance, victime d’une législation d’exception ; tout chrétien dénoncé ou convaincu était condamné. Ni enquête, ni instruction de la part du juge; la torture, seul moyen d’obtenir l’aveu du coupable, était inutile, puisqu’il y avait aveu ; on ne l’en appli­ quait pas moins pour faire apostasier ; la sentence en­ traînait toujours une pénalité grave. Les apologistes protestèrent donc contre l’illégalité de la procédure, l’iniquité de la sentence, l’injustice de la loi. Qu’on in­ forme, réclamait saint Justin, qu’on fasse une enquête et qu’on instruise la cause; mais surtout qu’on n’obéisse pas à d’aveugles préventions, à des entraînements popu­ laires, à une haine irréfléchie; qu’on procède sans parti pris, avec le calme et la droiture qui conviennent à la justice. Apol., i, 2, col. 329. Qu’on observe les for­ malités légales, le droit commun, l’égalité devant la justice, disait à son tour Athénagore, Legat., 2, col. 896. Vaines réclamations : on continua à condamner s :nmairement. Tertullien, traitant à fond la question juri­ dique, protesta contre l’illégalité de la procédure. .4p ·.log., 2, P. L., t. I, col. 276 ; il constata qu’on ne condamne jamais les chrétiens pour cause d’homicide, d’inceste ou d’autre crime ordinaire, mais uniquement parce qu’ils sont chrétiens. Apolog., 3, P. L., t. i, col. 289. Déjà Athénagore avait dit que rien n’est plus odieux que de s’en prendre à un nom, Legat., 1, 2, col. 892, 893. et Tertullien répète que ce nom ne constitue pas un délit. Apolog., 2, P. L., t. i, col. 276. Il s’en prend en outre à l’iniquité de la sentence, à la violation de toutes les formes et de l’essence même du jugement, ibid. ; il s’en prend enfin à l’injustice de la loi ; loi tyrannique, puisqu’elle a Néron pour auteur ; loi qui n’a été appliquée que par un autre Néron, Domitien, ou par des princes impies, infâmes et iniques, et nullement par ceux qui ont respecté le droit divin et humain, Apolog., 5, P. L., 1.1, col. 293,294 ; donc loi à abroger, comme on en abroge tant d’autres sans tenir compte du 1595 APOLOGISTES (LES PERES) respect dû à la tradition. Les apologistes eurent beau protester ; la législation impériale ne changea pas et, à partir de Septime Sévère, dès 202, elle s'aggrava par la publication de véritables édits de persécution. Le terrain politique semblait plus inabordable encore. L’État soupçonnait les chrétiens de nourrir des senti­ ments hostiles et de former des projets dangereux pour sa sécurité. Il fallait dissiper toute équivoque et prouver que les chrétiens n’étaient pas, qu’ils ne pouvaient pas être un danger. Déjà saint Justin, pour apaiser les sus­ ceptibilités du pouvoir, avait affirmé que ce n’est pas un royaume terrestre qu’ils rêvent de conquérir, mais celui du ciel, Apol., i, U, col. 341, et qu'au point de vue temporel ils ne peuvent éveiller la moindre crainte. •Apol., i. 12, col. 341. Et à sa suite, les apologistes d’in­ sister sur le loyalisme des chrétiens, de montrer en eux des citoyens inolfensifs, respectueux du pouvoir, fideles observateurs des lois, priant pour la prospérité de l’empereur et de l’empire, ni insoumis, ni révoltés, pas même conspirateurs. Nous prions pour les empe­ reurs, dit Tertullien, Apolog., 30, P. L., t..i, col. 441 ; car c’est notre devoir, d'après nos saints Livres, ibid., 31, col. 446; et c’est notre intérêt. Ibid., 32, col. 447. Mais il y avait mieux à faire, c'était de montrer dans les chrétiens et le christianisme une force et un soutien pour l’empire, la meilleure des forces, le plus ferme des soutiens. Saint Justin avait déjà dit: Nous sommes vos aides, vos auxiliaires ; car il n’y a pas de principes plus efficaces que ceux que nous professons pour main­ tenir la paix et empêcher tout mal. Apol., 1, 12, col. 341. Le christianisme, en formant des hommes re­ ligieux, prépare d’excellents citoyens. Et dés lors ce n'est pas seulement à la liberté qu’il a droit, c’est à la protection. Celse avait compris l’appoint que pouvait fournir le christianisme; car, après l’avoir combattu, il réclamait le concours des chrétiens en faveur de l'em­ pire menacé. Il y avait donc un terrain d'entente. Les apologistes entrevirent-ils la possibilité d'un empire chrétien? Peut-être. Athénagore, en tout cas, avait tenu le langage d’un politique clairvoyant, quand il regardait comme une chose injuste la transmission héréditaire du pouvoir et priait pour l'accroissement territorial de l’em­ pire après avoir plaidé la cause de l’hérédité impériale. Legal., 37, col. 972. Et c’est là une évolution caractéris­ tique de l'apologétique au 11e siècle. On avait compris que le pouvoir était l’arbitre absolu de la situation, et c’est pourquoi on s’appliqua non seulement à le désar­ mer mais encore à se le rendre favorable. On insista donc pour prouver que le christianisme, loin d’etre l’ennemi qu’on s’imaginait, était une force sociale, dont on devait se faire un appui. Méliton semble bien avoir entrevu cette alliance possible et féconde entre l’empire et le christianisme ; car, remarque-t-il, la philosophie chrétienne (c’est ainsi qu’il appelle le christianisme) a commencé de fleurir pendant le règne d’Auguste et a été d'un heureux augure pour l’empire ; c’est de ce moment que date le développement colossal de la puissance ro­ maine. Eusèbe, H. E., tv, 26, P. G., t. xx, col. 393. L’ap­ parition du christianisme coïncidant avec le régne du premier empereur, servant de bon augure à la grandeur imp riale et progressant parallèlement avec l'empire, c’est là un fait que Méliton souligne, et dont la consé­ quence est qu’entre la prospérité de l’empire et la cause chrétienne il y a corrélation, sinon dépendance. Ibid., coi. 396. Il est vrai que ce point de vue optimiste lui fait accorder les circonstances atténuantes à Néron et à D mitien. qu’il suppose trompés par des calomniateurs, et jn rôle plutôt bienfaisant à lladrien et à Antonin. Ib d., col. 396. Sa thèse n’en marque pas moins une tendance significative et comme l’espoir secret de trou­ ver enfin dans un prince philosophe l’ami et le protec­ teur du christianisme. Le christianisme, en effet, est d-.s lors une puissance qui n’est pas à dédaigner et avec -i 50Q laquelle il faut compter. Désormais ce n’est plus le po­ lythéisme qui assure la grandeur de Rome, c’est le christianisme; point de vue toutanouveau qui n'échappe pas à Tertullien. Car, après avoir relevé ironiquement les contradictions du reserit de Trajan, Apolog., 2, P. L., t. 1, col. 273, le projet de Tibère voulant placer JésusChrist au nombre des dieux, ibid.,5, col. 291, et soutenu que les bons empereurs n’ont pu être hostiles au chris­ tianisme, ibid., 5, col. 296, Tertullien qualifie l’apothéose impériale de flatterie honteuse et funeste, de basse et sacrilège adulation, ibid., 34, col. 451, et soutient que ceux qui honorent cette seconde majesté ne sont que des hypocrites et des ennemis, ibid., 35, col. 454 : car le vrai Romain, le serviteur dévoué, c’est le chrétien. Ibid., 36, col. -460. Et voilà formulée cette idée politique que l’empire doit s’entendre avec le christianisme, sans quoi il n’a que des risques à courir ; car si les chré­ tiens ne pratiquent pas la vengeance, ils le pourraient contre l’empire avec d’autant plus de.succès qu’ils sont la force et le nombre ; même sans prendre les armes, sans se révolter, rien qu’en se séparant des Romains, en les laissant dans la solitude et le silence, en les abandonnant à la merci des démons, ils causeraient à l’empire les plus graves préjudices. Ibid., 37, col. -462464. L’exagération de ces paroles n’enlève rien à l’idée politique qu elles supposent ; l’empire a tout profit à se faire un allié du christianisme, en cessant de le persé­ cuter et en lui accordant une intelligente protection. VU. Les apologistes et la doctrine chrétienne. — Pas plus que les Pères apostoliques, les Pères apolo­ gistes n’ont laissé un exposé complet de l’enseignement chrétien, parce qu’ils écrivaient au gré des circonstances et selon les besoins de l’heure présente. Toutefois, ils sont beaucoup plus explicites sur certains points et con­ tribuent, malgré le caractère forcément restreint de leurs œuvres, à nous faire mieux connaître la foi de l’Église dans la seconde partie du ti· siècle. 1. Écriture sainte. — Il semble qu’ils n’auraient dû faire usage de l’Écriture sainte qu’avec les Juifs et les hérétiques; mais ils ont invoqué son témoignage même auprès des païens, soit pour combattre l’imputation d’athéisme, Athénagore, Legat., 7, col. 904, soit pour démontrer la mission divine de Jésus-Christ. Justin, Apol., 1,12, 30, 31, 53, col. 345, 376, 405. La regardant comme une œuvre de Dieu, ils lui reconnaissent une autorité exceptionnelle, Tatien, Oral., 29, col. 868; Ter­ tullien, Apolog., 18, 19, 20, P. L., t. 1, col. 378, 386, 389, capable de convaincre et de donner la foi aux païens, Tatien, Orat., 29, col. 868; Théophile, Ad Autol., in, 30, col. 1168; Tertullien, Apolog., 18,P. L., t. i,col. 378, en même temps que de fortifier la foi et l’espérance chré­ tiennes. Tertullien, Apolog., 41, P. L., t. 1, col. 489. Elle est lue publiquement dans les synaxes. Justin. Apol., 1, 67, col. 429; Tertullien, Apolog., 39, P. L., t. 1, col. 477. Pendant plusieurs siècles, elle a été rédigée par divers écrivains, tous inspirés de Dieu, organes du Saint-Esprit. Justin, Apol., 1, 31; Pial., 7, col. 376, 492; Athénagore, Legat., 7, col. 904; Théophile, Ad Autol., 1, 14; u, 9; m, 12, 17, col. 1045, 1064, 1137, 1144. Le Nouveau Testament est également inspiré. Théo­ phile, Ad Autol., ni, 12, col. 1137. Sans donner la liste des livres qui le composent et sans en nommer, les au­ teurs, ils font de fréquents emprunts soit aux Évangiles, qu’ils désignent sous ce nom, Justin, Apol., 1,66; Dial., 100, col. 429, 700; Théophile, Ad Autol., m, 12, col. 1137; ou sous celui de mémoires des Apôtres, Justin, Dial., 101, 102,103, col. 712, 713, 717, soit aux diverses Épitres, soit à l’Apocalypse. 2. Dieu. — Nous avons vu plus haut comment les apologistes ont défendu contre le polythéisme l’idée de Dieu, son existence, son unité, sa providence. 3. Trinité. — Le dogme de la Trinité n’a été rigou­ reusement défini qu’à Nicée; jusque-là la langue théo· 1597 APOLOGISTES (LES PERES) ,ug>que manque de précision; les concepts d'hyppstase vu de personne ne sont pas fixés; la nature des relations entre les personnes divines n'est pas l’objet d'un examen approfondi; c'est dire que le langage des apologistes est parfois obscur; que leurs essais d’explication sont in­ complets ou erronés. Ils ne parlent de la Trinité qu'en passant, sans la moindre prétention à donner la clef du mystère, mais d’après la formule baptismale et le sym­ bole. Ils proclament l'existence de trois êtres divins, l’éternité du Verbe, sa génération avant le temps et son incarnation, la divinité du Saint-Esprit, l’inspirateur des prophètes : trois êtres, numériquement distincts et ne faisant qu'un Dieu, si étroitement unis qu'Athénagore a pu dire : « Le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils par l’union et la vertu du Saint-Esprit. » Legat., 10, col. 909. Mais comme ils s’occupent beaucoup moins de la vie intime de Dieu que de sa manifestation extérieure, du Verbe dans ses relations avec le Père que dans ses rapports avec la création et dans son œuvre rédemptrice, et du Saint-Esprit que du Verbe incarné, ils emploient parfois des expressions qui ne cadrent pas actuellement avec la pure orthodoxie. C’est ainsi, par exemple, qu’après avoir affirmé la co-éternité du Verbe, ils ne le font sortir du sein du Père, par voie de prolation ou de génération, qu’au moment et dans le but de créer; ce qui implique­ rait une génération temporelle; le Verbe semble ainsi avoir passé par un double état, celui de ένδίαβετος et Celui de προφορικός; ces expressions sont de Théophile, Ad Autol., Il, 10, 22, col. 1064·, 1088; mais l'idée qu'elles expriment se trouve dans Justin, Apol., t, 5, 13; u, 6; Dial., 61, col. 336, 348, 453, 613; Tatien, Orat., 5, col. 813-816; Athénagore, Legat., 6, 10, 12, 24, col. 901, 909, 913, 945. Enfin, tout en défendant l’unité divine sous le nom de monarchie et la distinction du Père, du Fils el du Saint-Esprit dans cette unité, ils accusent trop la subordination. Dés la fin du IIe siècle et le com­ mencement du ni·, il y eut conllit entre l’école unitaire et l’école trinitaire, l’une exagérant la monarchie aux dépens de la trinité, l’autre appuyant trop sur la distinc­ tion des personnes et encourant le reproche de dithéisine. Ce n'est que peu à peu, grâce à un examen plus appro­ fondi, que la thèse modaliste, sabellienne, fut écartée et que l’accord s’établit entre ces deux notions d’apparence contradictoire, l’unité de Dieu et la trinité des personnes. 4. Création. — Dieu, d'après les apologistes, a tout créé de rien. Saint Justin, il est vrai, dit qu’il a créé le monde έξ άμορφου ύλης, Apol., i, 10, 59, 67, col. 340,416, 429; son langage pourrait faire croire qu’il admettait comme Platon une matière éternelle; mais sa pensée nous est connue grâce à son disciple. Tatien, en effet, précise que le Verbe, pour créer le monde, s’est d’abord créé â lui-même la matière; car celle-ci n'est pas άναρχος comme Dieu, ürat., 5, coi. 817. Athénagore compare bien Dieu au potier, Legat., 10, 15, 19, col. 909, 920, 929, mais après avoir affirmé que la matière a été créée, Legat., 4, col. 897; que tout, το παν, a été créé par le Verbe. Ibid., col. 908. Théophile est catégorique : il remarque que la création έξ ούκ όντων a été enseignée par les prophètes, Ad Autol., n, 9,10,col. 1064; que la matière a été créée, ibid., col. 1064, ex nihilo, ibid., n, 13, col. 1072; et que Dieu ne serait pas le créateur de tout si la matière était incréée, car sa puissance éclate précisément en ce qu’il crée ex nihilo, à la différence de l'artisan qui n’opère que sur une matière préexistante. Ad Autol.,it, 4, col. 1052. De même, Tertullien : Molem iftani cum omni instrumento elementorum.,corporum, spirituum, Verbo quo jussit, ratione qua disposuit, tirtule qua potuit, de nihilo expressit. Apolog., 17, l '. L., 1.1, coi. 375. Son traité Adv. Hermogenem, P. L., t. n, coi. 193 sq., combat l’éternité de la matière. 5. Anges. — Au-dessous de Dieu, les anges. Créés P’r Dieu avant l’homme. Tatien, Orat., Ί, col. 820, ce sont des êtres intelligents et libres, Justin, Apol., 1,28; 1598 Dial., 88, 128, col. 372, 685, 776; chargés de veiller su: les œuvres de Dieu, Athénagore, Legal., 24, col. 9.5, 948; reconnus par la théologie, Athénagore, Legat., 10, col. 909; et vénérés des chrétiens. Justin, Apol., i. 6, coi. 336. Mais, parmi les anges, il en est un, diable ou Satan, qui s’est rendu coupable de négligence et d’imprübit··, Athénagore, Legal., 24, col. 948; il en est d’autres qui ont abusé de leur nature et de leur ministère, se sont laissé séduire par les femmes et ont donné naissance â la race des géants ou des démons. Justin, Apol., n, 5, col. 452; Athénagore, 24,col. 948; Tertullien,Apolog., 22, P. L.,t. t, col. 405. Sous l'influence de cesanges rebelles, l'homme est tombé, Tatien, Orat., 7, 8, col. 820, 821 ; il a rejeté la providence, Athénagore, Legal., 25, col. 949, et adopté le fatum, Tatien, ürat., 8, col. 821, la magie, les sacrifices, tout ce qui constitue l’idolâtrie. Justin, Apol., t, 14, 56, 58; n, 5, col. 409, 413, 416, 452. Ces anges déchus et ces démons s'acharnent contre l’homme pour le perdre : d’où leur rôle dans la poésie, la philo­ sophie, l'hérésie, la persécution. Voir plus haut. Ils sont libres de faire le mal jusqu'à la fin du inonde et à l’apparition du juge. Mais ils sont destinés à souffrir éternellement. Tatien, Oral., 12, col. 832. 6. Homme- — L'homme a été créé par Dieu, Tertul­ lien, Apolog.,48, P. L., t. i, col. 524; à l'image de Dieu, Tatien, Orat., 7, col. 820; libre et immortel. Justin, Apol., 1, 63; Tatien, Oral., 7; Théophile, Ad Autol., n, 27, col. 425, 820,1096. Mais Éve, à l’instigation du ser­ pent, a enfanté la désobéissance et la mort, Justin, Dial., 100, col. 712; elle a été trompée par le serpent et est devenue la source du péché, Théophile, Ad Autol., il, 28, col. 1097 : allusion assez claire au péché originel, terme que ne connaissent pas les apologistes. Ils con­ naissent la chose; car leur langage, malgré son impré­ cision, implique l'idée de la chute et de sa transmission héréditaire. Adam, disent-ils, a péché, et depuis Adam, le genre humain est tombé dans la mort et la fraude du serpent, Justin, Dial., 88, col. 685; il est tout entier soumis à la malédiction, Dial., 95, col. 701, sans doute pour ses péchés actuels, mais aussi à cause du péché d'origine; l'homme doit être régénéré par le baptême pour faire disparaître le vice de sa génération, Justin, Apol., i, 61, col. 421; seul Jésus-Christ est né sans péché, Justin, Dial., 23, col. 528; ce qui suppose que tous les hommes naissent avec le péché, qu’ils sont viciés dans leur génération. Dans l'état actuel, l’homme n’est pas le jouet de la fatalité : il est libre, responsable, capable de faire le bien ou le mal, de se sauver ou de se perdre, sans excuse. Justin, Apol., I, 28, col. 372. D’après l'usage bon ou mauvais de sa liberté, il se prépare une éternité de bonheur ou de malheur. Justin, Apol., i, 8, 12, 43, 52: n, 7; Dial., 117, 141, col. 337, 341, 393, 405, 456, 748, 797; Tatien, Orat., 11, col. 829; Théophile, Ad Autol., it,37, col. 1116; Tertullien, Apolog., 47, P. L., t. 1, col. 520. 7. Eglise. — Ceux qui croient au Christ forment une seule âme, une synagogue, une église. Justin, Dial., 63. col. 621. L’Église est un corps organisé à l'image du corps humain : chaque chrétien en est membre. Justin. Dial., 42, 116, col. 565, 745. Théophile voit dans les églises catholiques des îles où se réfugient ceux qui veulent assurer leur salut. Ad Autol., il, 14, col. 1076. 8. Sacrements. — Plus explicite que la J* Clementis et la Didaché, saint Justin, au sujet de l'initiation chré­ tienne ou du baptême, nous indique les éléments con­ stitutifs de ce sacrement, les dispositions requises pour le recevoir, sa nécessité, ses effets. Apol., t, 61, col. 420. Il marque de même les parties essentielles ou inté­ grantes du sacrement de l'eucharistie, oblation, consé­ cration, communion. C’est la messe, sauf le mot, avec les prières, les lectures, l'offrande du pain et du vin, la 1599 APOLOGISTES (LES PÈRES) consécration, l’échange du baiser de paix, et la distri­ bution, par les diacres, de la communion et l’action de grâces, Apol., i, C5-67, col. 428-429; c’est le sacrifice de la nouvelle loi, le vrai sacrifice déjà figuré dans l’Ancien Testament. Dial., 41,117, col. 564, 745. NotreSeigneur y est offert dans la réalité de son corps et de son sang; car le changement du pain au corps et du vin au sang de Jésus-Christ est clairement indiqué, c’est celui que la théologie appellera transsubstantiation; donc présence réelle et réelle participation du communiant au corps et au sang de Jésus-Christ, qui, mal comprises ou travesties par les païens, donnèrent lieu à la double accusation d’infanticide et d’anthropophagie. 0. Vie chrétienne. — Voir plus haut, IV, col. 1591. 10. Salut. — Voir plus haut, 111, col. 1587. La foi sauve par la charité et la circoncision du cœur. Pas de justice sans la charité. Justin, Dial., 13,14, 93, col. 501-508,697. Le Christ est venu pour appeler les pécheurs, Justin, Apol.. 1, 15, col. 349, et faire des chrétiens le vrai peuple élu. Dial., 119,121, col. 752, 757. Il nous donne sa grâce, secours puissant et efficace, Apol., il, 10, col. 461; il nous délivre de la captivité. Dial., 39, col. 560. Il a répandu son sang sur la croix pour nous sauver. Dial., 93, 94, 95, col. 697-701. En dehors de Jésus personne ne peut se sauver. Les philosophes ont pu être traités d’athées; s’ils ont vécu conformément au Verbe, ils sont sauvés, Justin, Dial., i, 46; n, 10, 13, col. 397, 460, 465; de même les Juifs. Mais, actuellement, on peut tolérer l’observation de la loi chez les chrétiens, à la condition de ne pas la regarder comme nécessaire pour le salut. Justin, Dial., 47, col. 576. 11. Eschatologie. — Selon la prédication de Moïse, Justin, Apol., t, 60, col. 420, le monde doit périr dans une conflagration générale, par Γέζπύρωσι;, Justin, Apol., n, 7, col. 456; en une fois. Tatien, Oral., 25, col. 861. A quelle époque ? On l’ignore. Saint Justin, écho des appréhensions de l’âge apostolique, croit imminente cette fin du monde, Dial., 32, col. 544; Tertullien estime que le monde durera autant que l’empire romain. Apolog., 32, P. L., t. i, col. 4-47. Alors aura lieu la résurrection. Ce dogme du symbole chrétien restait toujours une pierre d’achoppement pour les païens; aussi les apologistes ne cessent-ils d’y insister, d’en montrer la vraisemblance, la nécessité. Justin, Apol., i, 19, 52; Dial., 69, col. 357, 405, 640; Tatien, Oral., 6, 20, col. 817-820, 852. Théophile voit des images sensibles de la résurrection dans l’alterna­ tive du jour et de la nuit, la succession des saisons, la croissance des germes, la fructification des arbres, le retour des malades à la santé. Ad Autol., i, 7, 8, 13, col. 1036, 1041-1044. Athénagore, après une allusion rapide dans sa Legatio, 36, col. 972, consacre à ce dogme son traité ΙΙερ'ι άναστάσεως; laissant de côté la question de l’état des corps ressuscités tant au point de vue physiologique qu’au point de vue surnaturel, négli­ geant les images sensibles ou les analogies, il démontre d’abord la possibilité, puis la réalité de la résurrection, en se basant sur la destinée de l’homme, sur sa nature qui est la synthèse intégrante de l’âme et du corps, sur le jugement dernier et la fin dernière qui doivent s’ap­ pliquer au composé humain. Tertullien, dans son Apologeticus, signale rapidement les principaux arguments en faveur de la possibilité et de la nécessité de la résur­ rection. Apolog., 48, P. L., t. I, col. 522 sq. Mais, comme Athénagore, il compose un traité spécial, De resur­ rectione carnis, où il insiste sur les données scriptu­ re .-· s. sur ce que le Christ est venu sauver l’homme t .ut entier. De resur., 34, P. L., t. n, col. 842; et il condense tout son enseignement dans cette proposition.· .Resurget igitur caro, et quidem omnis, et quidem ipsa, et quidem integra. De resur., 63, P. L., t. n, coi. 885. Apres h résurrection, le jugement général. Dès icifat- on doit vivre de manière à n’être pas condamné 1Γ0 dans ce jugement. Athénagore. Legat., 12, col. 916. Dieu, qui voit tout, patiente jusqu'au jour où il jugera. Tnéophile, Ad Auto/., n, 37, col. 1116. Dans la vie présente, ni les bons ni les méchants ne sont traités selon leurs mérites. Aussi faudra-t-il rendre compte de sa vie tout entière. Justin, Apol., i, 17, 43, 44, col. 353 393, 395; Afhénagorej Legat., 12, col. 913. C’est le Christ qui présidera à ce jugement. Justin, Apol., I, 8; Dial., 118, col. 337, 749; Tatien, Orat., 6, 25, col. 817, 861. Après quoi ce sera l’éternité de bonheur pour le corps comme pour l'âme, Γάθανασία, la συνουσία τω Θεώ, la vie et le règne avec Dieu, à l’abri de la corruption et de la souf­ france, Justin, Apol., t, 10; Dial., 45, 117, 124, col. 341, 573, 748, 765; Tatien, Orat., 25, col. 861; dans la demeure de Dieu, Justin, Apol., i, 8, col. 337; dans le paradis, séjour réservé aux saints, Tertullien, Apolog., Kï, P. L., t. i, col. 520, où l'on mènera une vie toute céleste, à la manière des anges, malgré la présence du corps, Athénagore, Legat., 31, col. 964; ou bien ce sera l’éternité du châtiment, dans la géhenne, Justin, Apol., t. 19. col. 357; dans le feu éternel, Justin, Apol., t, 17, 21, 45; n, 4, 2, 8; Dial., 35, 45, 117, col. 353, 361, 397, 441, 444, 457, 553, 573, 748; Athénagore, Legal., 31, col. 964; Théophile, Ad Autol., i, 44, col. 1045; Tertullien parle de l’enfer éternel où le feu brûlera sans détruire. Apolog., 11, 47, 48, P. L., t. t, col. 335, 520, 528. A côté de ces affirmations catégoriques sur l’éternité des peines et des récompenses, il convient d'ajouter l'opinion de certains apologistes d’après laquelle ces peines et récompenses ne prendraient date qu'après le jugement. Saint Justin, par exemple, à cause de l’évoca­ tion de Samuel par la Pythonisse d’Endor, croit que l’âme des justes n’est pas encore soustraite à l’inlluence des mauvais anges, Dial., 105, coi. 721; qu’elle se trouve dans un lieu meilleur, où elle attend le juge­ ment, Dial., 5, col. 488; de même les mauvais anges et les démons ne seraient pas encore en enfer. Il croit également au règne de mille ans, tout en constatant que certains chrétiens, attachés du reste à la pieuse et sainte doctrine, ne partagent pas ces idées millénaires. Dial., 80, col. 664. Voir Eschatologie et Milléna­ risme. Zahn, Die apologetischen Grundgedanken in der Literatur der ersten drei Jahrhunderte systematised dargestellt, Wurz­ bourg, 1890; G. Schmit, Die Apologie der drei ersten Jahrhun­ derte in historiscd-systematisclien Darstellung, Mayence, 1890. VIII. Valeur démonstrative des apologies. — L’in­ tervention dés apologistes ne fut pas couronnée d’un succès immédiat appréciable; car, après comme avant, juifs et païens, philosophes et lettrés, magistrats et empereurs continuèrent leur campagne contre le chris­ tianisme. Plus d’un siècle devait encore s'écouler avant que la cause chrétienne ne fût gagnée. En attendant que l'avenir leur donnât raison, ils formèrent le second anneau de la tradition et relièrent les Pères apostoli­ ques aux Pères du iii° siècle. Mais ce qui intéresse l'histoire de la théologie c’est qu’ils inaugurèrent le traité de la divinité de Jésus-Christ et du christianisme. A ce point de vue surtout, leur œuvre mérite une attention particulière. En effet, pour abandonner le paganisme et embrasser la foi, alors que la profession de cette foi entraînait les plus redoutables conséquences, ils durent obéir à d'im­ périeux motifs : motifs d’ordre négatif, tirés de l’absur­ dité et de l'immoralité du polythéisme, des contradic­ tions, des erreurs, de l’impuissance ou de la stérilité de la philosophie, qui conduisaient soit au scepticisme en matière religieuse, soit à cette étrange anomalie consis­ tant à tolérer, au nom de la politique, une religion réso­ lument condamnée au nom du bon sens; motifs d’ordre positif, tirés de l’examen extrinsèque et intrinsèque du 1601 APOLOGISTES (LES PÈRES) — APOSTASIE christianisme, de son histoire.de ses titres de crédibilité, de son enseignement, de sa morale, de ses résultats sociaux. Justin, Tatien, Hermias, Athénagore. Octavius, Tertullien, en nous révélant ces motifs, ont ainsi fourni les divers éléments d'une démonstration substantielle de la divinité du christianisme. Le christianisme opérait chez ses adhérents, quels qu'ils fussent, à quelque rang de la société qu'ils appar­ tinssent, une transformation telle qu’on n'en avait jamais vu de semblable: pureté de vie, grandeur du caractère, noblesse des sentiments, courage devant l’épreuve, héroïsme devant la mort, sérénité ét patience impertur­ bables, sans le moindre essai de révolte, sans la moindre manifestation de haine ou de simple hostilité; phénomène nouveau qui sollicitait, de la part de tout esprit droit et réfléchi, un examen approfondi. Les chrétiens préten­ daient se rattacher à un crucifié nommé Jésus, qu'ils adoraient comme leur Dieu, puiser dans leur foi la pratique de toutes les vertus, posséder la vérité révélée, tenir, en y adhérant, une conduite éminemment ration­ nelle, appuyés qu'ils étaient sur des livres sacrés, les uns de date récente, les autres de date ancienne, mais portant tous la marque de leur origine divine et un témoignage absolument convaincant. Le fait contempo­ rain de l’existence du christianisme et de sa puissance de transformation dans l’individu, la famille et la société, étant indéniable, n’était-ce pas déjà une forte présomp­ tion en faveur de son caractère extraordinaire? Restait â expliquer ce fait. Pour le faire, les apologistes étu­ dièrent l’Écriture, soit dans le texte hébreu que possé­ daient les Juifs, soit dans la traduction des Septante que chacun pouvait consulter, l’un et l'autre de beaucoup antérieurs à l'apparition du christianisme. Or, l’Écriture renferme un grand nombre de prophéties et comme l’histoire anticipée de la venue, de la vie, du rôle et de l'œuvre de Jésus-Christ, de l'incrédulité et du châtiment des Juifs, de la conversion des gentils, c'est-à-dire de l'établissement du christianisme. Si donc il conste, ■ d'un côté, que ces prophéties existent, et, de l’autre, qu'elles sont pleinement réalisées, la preuve est acquise : Jésus-Christ est Dieu; le christianisme est divin, Justin, Apol., t, 12. 30, 53, col. 315, 376, 405; il n’y a plus qu’à croire, Justin, Dial., 7, col. 492 ; Tatien, Orat., 35, col. 877; Athénagore, Legat., 7, col. 904; Théophile, Ad Aulol., t, 14, col. 1045. C’était là, aux yeux des apologistes, la démonstration capitale, décisive. Elle était d'un contrôle aisé puisqu’il n'y avait qu’à rapprocher des témoignages écrits, garan­ tis doublement par le texte et par la traduction, avec le récit des événements passés, au siècle d'Auguste, sous les yeux des Romains, sous Ponce Pilate. Et par là s'expliquaient et la sublimité de la doctrine, et l’excell-.nce de la morale, et la beauté du culte, et la rapide propagation de la foi malgré les obstacles, et l'efficacité de transformation que possédait le christianisme, et la vertu des chrétiens, et leur pouvoir sur les démons, et leur attitude héroïque devant le martyre : autant de traits que les apologistes eurent le soin d'indiquer comme autant de preuves à ajouter à la première. Sans doute, alors comme aujourd'hui, les humbles ne pou­ vaient pas trouver scientifiquement la raison de leur foi, iis en prouvaient du moins l’excellence par leur con­ duite; ils ne débitaient pas de beaux discours, ils pro­ duisaient de belles actions, Athénagore, Legat., 11, col. 912; Non eloquimur magnased vivimus, Octavius, 38. P. L., t. ni, col. 357; ils mouraient pour le Christ, ce que jamais disciple ne fit pour aucun philosophe. Mais, à leur défaut, des esprits cultivés, tels que les ip logistes pouvant revendiquer leurs titres de philos lies et de lettrés, motivaient leur adhésion à la foi et d montraient rationnellement le bien-fondé de leur conduite. Leurs preuves restent acquises, dans leur ensemble puissamment lié; on y reviendra toujours, DICT. DE THÉOL. C4T1I0L. sauf à insister, suivant les circonstances, sur l'une ou snr l'autre, et à les enrichir, selon les besoins, de considé­ rations et d'aperçus nouveaux. Mais quelle que soit l’évolution de l'apologétique, les Pères apologistes gar­ deront l'honneur d'avoir ouvert la voie et seront lus toujours avec profit. Introduction de D. P. Maran dans Otto et Mfgno; Cabanes. Élude critique de la méthode suivie par les apologistes du u· siècle, Strasbourg, 1857 ; Freppel, Les apologistes chrétiens au ιι· siècle, 2 in-8·, Paris. 1860; Aubé, De l'apologétique chré­ tienne au n’ siècle, Paris, 1861; Histoire des persécutions : La polémique païenne à la fin du n· siècle, Paris, 1878; Werner, Geschichte der apologetischen und potemischen Liter, der christl. Théologie, 5 in-8·, Schaffhouse. 1861-1867; Donaldson, .4 critical history of Christian littérature.... The apologists, n-in, Londres, 1866; J. Moschakes, MtUnu vGv Zf,στιβνΰν άπολογητΰν..,, Athènes, 1876 ; H. Dembowski. Die Quellen der christlichen Apologetik..., t. I, Leipzig, 1878; Ostroumow, Critique des témoignages d’Eusèbe et de saint Jérôme, touchant les apologistes grecs (en russe), Moscou, 1886 ; Mariano, Le apologie nei primi Ire secoli della Chiesa..., Naples, 1888; Schmitt, Die Apologie der drei ers ten Jahrhunderte, Mayence, 1890; Harnack et Gebhardt, dans Texte und Untersuchungen, t. r, fasc. 1-3, Leipzig, 1882. 1883; Harnack, Geschichte der altchristl. Liter.., Leipzig, 1893,1897; A. F.hrard, Die altchristliche Litleratur und ihre Erforschung seit 1880, dans les Strasburger theologische Studien, t. t, fasc. 4 et 5 Strasbourg, 1894, p. 78-97; von 1884-1900, ibid.. Supplément, t. 1.1" part., Fribourg-en-Brisgau. 1900. p. 198-253; J. Rivière. Saint Justin et les apologistes du ir siècle, Paris.1907. G. Bareille. APOPHTHEGMATA PATRUM. D'origi ne incon­ nue, certainement postérieure au concile de Chalcédoine (45I), ce recueil grec de sentences fait parler les pa­ triarches monastiques selon l’ordre alphabétique des noms depuis saint Antoine juspu’à l’abbé Or. P. G., t. lxv, col. 71-440, d'après J.-B. Cotelier, Monumenta Ecclesiæ græcæ, in-4°, Paris, 1677-1686, t. ni, p. 171. Voir l'édition de Butler, Cambridge, 1898. C. Versciiaffel. APOSTASIE. — I. Notion théologique. IL Apprécia­ tion morale. III. Histoire et peines canoniques. IV. Cause de séparation dans le mariage. I. Notion théologique. — L'apostasie, d'après l'éty­ mologie du mot, est une désertion de son poste ou une renonciation à son état: άπο ίσταμαι, se placer en dehors ou se séparer. Les théologiens et les canonistes distin­ guent, après saint Thomas, Sum. theol., IL* 11“, q. xn, a. 1, trois espèces d’apostasie, selon qu'un fidèle renonce à la foi chrétienne après avoir cru, apostasia, a fide; ou à la foi religieuse après avoir fait profession solennelle, apostasia a religione; ou à la vie cléricale après avoir été admis aux ordres sacrés, apostasia ab ordine. Sanli, Prælecliones juris canonici, Ratisbonne, 1899. 1. V, p. 112. Mais dans le langage théologique ordinaire, lors­ qu'il est question de l'apostasie sans addition ou explica­ tion, il faut l'entendre de l’apostasie de la foi : A parler simplement et rigoureusement, dit saint Thomas. lue. cil., la véritable apostasie est celle par laquelle on renonce à la foi. » En conséquence, c’est seulement de l'apostasie de la foi que nous nous occuperons dans cet article. Nous la définissons : l'abandon total de la foi chré­ tienne par celui qui a reçu le baptême. Cetle définition appelle quelques explications : 1° L’abandon de la foi chrétienne. — Il n’est pas né­ cessaire, pour qu'il y ait apostasie, que le fidèle passe à une autre religion, qu’il professe par exemple le ju­ daïsme, le paganisme ou le mahométisme : il suffit qu'il abandonne sa foi, quand même il resterait ensuite étranger à toute croyance. Sont apostats par conséquent après le baptême reçu, les athées qui nient Dieu, les ra­ tionalistes qui rejettent toute doctrine révélée, les maté­ rialistes qui ne croient plus qu'à la matière, les pan­ théistes qui identifient tous les êtres avec un Dieu qui n'est plus Dieu. L - 51 1603 APOSTASIE 2° Abandon total. — Celui qui renie seulement quelques dogmes et prétend en garder d’autres n’est pas apostat au sens propre du mot, mais hérétique. L’apostasie et l'hérésie sont deux formes distinctes du pé­ ché d'infidélité : la première est le renoncement complet à la religion de Jésus-Christ; la seconde est une rupture partielle avec la doctrine chrétienne. Voir S. Thomas, loc. cit., q. xi, xn, et Didiot, Vertus théologales, Paris, 1897, th. XLiv, p. 253. 3° Par celui qui a reçu le baptême. — Supposons un homme instruit de la doctrine chrétienne, qui en a accepté toutes les vérités et qui a demandé de recevoir le saint baptême; si cet homme, avant le baptême, re­ nonce tout d’un coup à ses convictions et retourne soit à son ancienne religion, soit à son incrédulité première, il n’est pas apostat. Tant qu'il n’est pas baptisé, il n'a pas professé officiellement devant l’Église la foi catho­ lique ; il est un aspirant à la société chrétienne, un caté­ chumène, pas encore un fidèle ni un membre du corps mystique de Jésus-Christ. Il n’a pas détruit dans son âme l’habitude infuse de foi qui n’est donnée qu'au baptême; il n’a pas davantage rompu le lien de foi qui unit les fidèles en un seul corps qui est I^Église, corps mystique de Notre-Seigneur. C’est pourquoi nous disons : il n’est pas apostat. Il ne porte pas ce nom devant la société chrétienne, quoi qu’il en soit de sa culpabilité devant Dieu. Cette définition est communément adoptée. Cependant quelques théologiens, parmi lesquels Suarez, disent que l’hérésie est une espèce de l’apostasie et que tous les hérétiques sont des apostats. Il y aurait donc lieu, d’après ces auteurs, de définir l’apostasie : l’abandon soit com­ plet, soit seulement partiel de la foi catholique. Suarez, De fide, disp. XVI, sect, v, n. 3-6, Opera omnia, Paris, 1868, t. xn, p. 420. Il n’y a là, dit de Lugo, qu’une question de mots sans conséquence ; quæstio de voci­ bus et parum utilis. Elle serait importante si les peines canoniques décrétées contre les apostats et les hérétiques étaient différentes, et si celles qui frappent les apostils étaient plus nombreuses ou plus graves que celles qui atteignent les hérétiques, mais elles sont absolument les mêmes. De Lugo, De virtute fidei divinse, disp. XVIII, sect, iv, n. 96, Disputationes scholasticæ, Paris, 1868, t. i, p. 691. Nous n’insisterons donc pas sur ce désac­ cord qui est sans importance pratique. Quant à sa manifestation extérieure, l’apostasie peut être explicite ou implicite. Elle est explicite et formelle si le fidèle fait connaître par une déclaration catégorique ou par des actes qui équivalent à une déclaration, qu’il renonce à la foi chrétienne. C’est le cas de ceux qui embrassent ouvertement une fausse religion comme le mahométisme; de ceux aussi qui par des paroles, des écrits ou d'autres moyens affichent l’incrédulité, se pro­ clamant libres-penseurs, athées, etc.; de ceux enfin qui donnent sciemment leur nom et leur concours à des sectes notoirement opposées à la foi catholique. L'apos­ tasie est implicite et interprétative, quand un chrétien, sans signifier formellement qu'il renonce à sa croyance, prétendant même garder son titre de chrétien, se con­ duit de telle sorte qu’on peut conclure sûrement qu’il est devenu étranger à la foi. Ainsi ces catholiques qui applaudissent à toutes les attaques de l’impiété contre la religion, qui se moquent des chefs et des pasteurs dans l’Eglise. du pape, des évêques, du clergé, qui tournent en ■!· vision les institutions et les rites sacrés, la vie re­ ligieuse, les sacrements, etc., qui proposent ou sou­ tiennent une législation attentatoire au droit divin ou au droit ecclésiastique. Il y a dans ces manifestations exté­ rieures, quand elles sont réfléchies et surtout répétées, la preuve que la foi a disparu des cœurs qui s'en rendent coupables. C’est l’apostasie implicite. Prof. Seminarii Cüàvmontensis Theologia dogmatica et moralis, Paris, 1899. t. v, p. 449. 4604 il. Appreciation morale. — Nous rechercherons d'abord quelle est la malice spéciale du péché d’aposta­ sie, puis nous en déterminerons la gravité. 1° Malice spéciale. — Toute apostasie aboutit à un terme qui est, ou une religion fausse comme le judaïsme et le paganisme, ou l’incrédulité. Or la profession du judaïsme, du paganisme et de l’incrédulité, est une des formes du péché d'infidélité, déjà coupables indépen­ damment de l’apostasie en ceux qui ont pu s’instruire de la vraie religion et qui ont refusé ou de s’instruire ou d’embrasser la vérité connue. La question est de sa­ voir si l’apostasie ajoute une malice spéciale à ce péché. Voici par exemple, un chrétien qui se fait païen. Son péché est-il de même nature que celui des païens qui, instruits de la religion chrétienne et convaincus de sa vérité, refusent de l'embrasser, ou bien a-t-il un carac­ tère de malice spéciale? Beaucoup de théologiens disent après saint Thomas, Sum. theol., Il» II”, q. xtl, a. 1, ad S1101 : L’apostasie ne constitue pas une espèce particulière d’infidélité; elle est seulement une circonstance aggravante du péché. Mais la réponse de Suarez, sur ce point, nous plaît da­ vantage. Il parle d’un baptisé qui renonce à sa foi — c’est bien l’apostasie telle que nous l'avons définie — et il écrit : « Dans ce cas, il est très probable que l’aposta­ sie est une circonstance qui change l’espèce du péché : valde probabile est esse circumstantiam mutantem speciem. » 11 s'explique ainsi ; C'est que l'apostasie va à l'encontre de la promesse qui a été faite à Dieu au baptême, à l'encontre aussi de l'alliance qui a été con­ tractée avec l’Eglise. Pour ces motifs elle est opposée à la vertu de justice en même temps qu’aux vertus de foi et de religion. Donc elle a une malice spéciale. Suarez, loc. cit., n. 10, p. 413. Une autre question se pose : L’apostasie et l’hérésie, quoique distinguées l'une de l'autre par leur définition, sont-elles des péchés d’espèce dilïérente? — Les mêmes caractères d’opposition aux vertus de foi, de religion et de justice, et aux obligations que ces vertus entraînent, se retrouvent dans l’apostasie et dans l'hérésie. Toutes deux renferment le mépris de la parole de Dieu, l’infi­ délité aux promesses du baptême et la révolte contre l’autorité de l’Église. D’où nous concluons, et nous croyons être d'accord en ceci avec le grand nombre si­ non l’unanimité des théologiens : l'apostasie et l’hérésie sont des péchés de même espèce, entre lesquels toute la difference est celle du plus au moins, la négation étant totale dans l'apostasie, partielle dans l'hérésie. Marc, Institutiones morales, n. 438, Home, 1889, t. i, p. 298. 2« Gravite' du péché. — L’apostasie est un péché contre la foi, puisqu’elle rejette la doctrine révélée;contre la religion, puisqu’elle refuse à Dieu le culte vrai ; contre la justice, puisqu’elle foule aux pieds les promesses du chrétien. A ce triple point de vue, c’est un péché grave de sa nature et dans lequel il ne peut y avoir légèreté de matière. Un auteur moderne l’appelle « le suicide re­ ligieux ». Badet, Le péché- d'incroyance, Paris, 1899, p. 16. Ce « suicide religieux » est, après la haine de Dieu, le plus grave des péchés, parce que plus complè­ tement et plus définitivement que les fautes simplement opposées aux vertus morales, il sépare de Dieu les puis­ sances de l’àme humaine, intelligence et volonté. Ecou­ tons saint Thomas parlant de l’infidélité en général. Ce qu'il en dit s'applique évidemment à l'apostasie en par­ ticulier, Sum. theol., II» II®, q. x, a. 3 : « Tout péché consiste formellement dans la séparation de Dieu. Par conséquent, plus un péché sépare l’homme de Dieu, plus il est grave. Or, par l’infidélité, l’homme est séparé de Dieu le plus possible... D'où il est manifeste que le péché d’infidélité est plus grand que tous ceux qui se rencontrent dans la perversité des mœurs. » Et plus loin, q. xn, a. 1, ad 2“m, parlant spécialement de l'apostasie, le 4605 APOSTASIE saint docteur écrit : « Comme la foi est le premier fon­ dement des choses que nous devons espérer, et que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu, quand un homme perd la foi, il n’y a plus rien en lui qui puisse être utile au salut éternel. » Concluons : le péché d'apostasie sera toujours grave. — Mais dans cette gravité, faut-il distinguer des degrés ? Assurément. Lé point de départ de tous les actes d'apos­ tasie est le même, puisque tous sont la séparation de la vraie foi; mais le point d’arrivée diffère selon les cas. Le système nouveau adopté par l’apostat peut être plus ou moins mauvais, parce qu’il sera plus ou moins radica­ lement opposé à la doctrine chrétienne. En ce sens les rationalistes modérés qui gardent une certaine estime et un respect extérieur pour la religion nous paraissent moins coupables que les déistes qui insultent ouverte­ ment à la révélation; et le péché de ceux-ci est dépassé encore par celui des athées qui nient même l’existence de Dieu. Nous n'insistons pas sur ces comparaisons. Pour rester dans le cadre de cet article, nous n’avons qu'à constater qu’il y a des degrés dans l’erreur cou­ pable à laquelle aboutit l’apostat et par conséquent dans le péché d'apostasie. III. Histoire et peines canoniques. — i. dans les pnE.il tens SIÈCLES. — On rencontre des apostats à toutes les époques de l’histoire de l’Église. Il y en avait déjà au temps de l'apôtre saint Jean qui les appelle des « antéchrists » précurseurs de celui qui doit venir. « Ils sont sortis de nos rangs, ajoute-t-il. mais ils n'étaient pas des nôtres; » c’est-à-dire qu’ils n'étaient pas de vrais et fidèles disciples de Jésus-Christ. 1 Joa., il, 18-19. Mais c’est au temps des persécutions surtout que le péché d’apostasie devint fréquent. Bon nombre de chrétiens faiblirent en face des tourments. On leur donna dans les communautés chrétiennes le nom de lapsi, laps ou tombés. Et on compta parmi ces lapsi non seulement ceux qui avaient formellement renié leur foi, mais ceux aussi qui grâce â quelque habileté humaine, sans être réellement idolâtres, se faisaient considérer comme tels par les dépositaires du pouvoir civil. On appelait sacri­ ficati ceux qui avaient offert des sacrifices aux idoles; thurificali, ceux qui avaient simplement brûlé de l’en­ cens sur l’autel. Les uns et les autres étaient formelle­ ment apostats. Moins coupables qu'eux, étaient les libel­ latici, qui obtenaient par faveur, â prix d’argent ou par quelque autre moyen, un certificat d'idolâtrie, sorte de billet de confession païenne grâce auquel ils n’étaient pas inquiétés, et les acta facientes, qui faisaient ou lais­ saient porter leurs noms sur les registres officiels parmi ceux des citoyens qui obéissaient aux édits impériaux. Ceux-ci n’étaient coupables en fait que de simulation didolàtrie. Ces chrétiens faibles furent nombreux au temps de la persécution de Dèce (249-251); et le clergé romain écrit à leur sujet à saint Cyprien : « C’est être criminel que de se faire passer pour apostat, alors même qu’on n’a pas commis le crime d’apostasie. » Epist., xxxi, inter Cyprianicas, P. L., t. iv, col. 310. On vit encore une autre catégorie de lapsi sous Dioclétien, après l’édit de Nicomédie, 303, les traditores, ceux qui, pour ob■ ir à l'empereur, livraient les vases sacrés et les saintes Écritures. Paul Allard, Histoire des persécutions pen­ dant la première moitié du nr siècle, Paris, 1886, p. 309-320; La persécution de Dioclétien, Paris, t. i, p 171-214. . jur tous ces coupables l’Église se montra sévère, nuis elle proportionna la rigueur des peines au degré de la faute. Saint Cyprien juge de façon bien différente « celui qui, à la première injonction, vola au-devant d un sacrifice impie, et celui qui n’accomplit un acte si funeste que par contrainte et après une longue résis­ tance ». Et il ajoute: « Puis donc que l’on doit distin­ guer entre ceux-là mêmes qui ont sacrifié, il y aurait une dureté et une injustice révoltantes à confondre les libel- 1606 latiques avec ces derniers. » Epist., ur, ad An.'-.uiianum, n. 14-15, P. L., t. ni, col. 781. En conséquence, la durée de la pénitence pour l'apostasie varia selon la gravité du péché commis et nous devons dire aussi selon les époques et selon les pays. 11 y eut des pénitences de trois ans, de six ans, de douze ans; il y en eut d’autres perpétuelles. Au m· siècle, cette question de la durée des pénitences imposées aux lapsi devint l’occasion de vives contro­ verses et même de schismes dans l’Église. Voici com­ ment. Tertullien nous apprend que, de son temps déjà, les confesseurs emprisonnés pour la foi intervenaient auprès des évêques en faveur de leurs frères tombés, afin d’obtenir pour eux des réductions de peine. Ad martyres, c. I, P. L., t. 1, col. 621; De pudicitia, c. XXII, P. L., t. π, col, 1027. Au temps de saint Cyprien, dans l’église de Carthage, les martyrs remettaient aux lapsi repentants des billets, libellos pacis, portant ces mots : « Qu’un tel soit admis avec les siens. » S. Cyprien, Epist., x, P. L., t. iv, col. 255. C’est ainsi que naquirent les indulgences. Mais il arriva que ces billets d’indul­ gence furent multipliés à l’excès et distribués souvent sans autorité et plus souvent encore sans discernement. C’était la fin de la discipline pénitentiaire. Saint Cyprien protesta en qualité d’évêque de Carthage et de primat d’Afrique, et menaça d'interdit les prêtres qui admet­ traient trop facilement sans la pénitence régulière les apostats â la sainte communion. Epist., ix, xin, P. L., t. iv, col. 253, 260. Cette attitude déplut aux lapsi, on le comprend assez, mais aussi à des confesseurs de la foi échappés au martyre, et un bon nombre de prêtres et de fidèles de l'église de Carthage se séparèrent de leur évêque. Ce schisme eut pour chefs le laïque Félicissimus et le prêtre Novat. Pour terminer ces débats irritants et résoudre la question pendante, saint Cyprien con­ voqua à Carthage, en 251, un concile des évêques d'Afri­ que. Ce concile condamna Félicissimus et Novat et prit les décisions suivantes : 1“ les évêques et les prêtres qui auraient sacrifié, ou qui seraient porteurs de certi­ ficats de sacrifice sont exclus de toute fonction ecclé­ siastique; 2» les laïques qui se seraient fait délivrer un billet de sacrifice, sont admis à la communion, s’ils ont fait pénitence aussitôt après leur péché; 3» quant aux laïques qui auraient sacrifié, chacun d’eux sera examiné séparément et la durée de sa pénitence sera propor­ tionnée à sa culpabilité. Tillemont, Mémoires pour ser­ vir à l’histoire ecclésiastique, Paris, 1696, t. IV, n. 29, 30, sur saint Cyprien, p. 617-618; P. Allard, Histoire des persécutions pendant la première moitié du me siècle, p. 341-347. La controverse était terminée en Afrique; mais elle se poursuivait â Rome sous une autre forme. Le prêtre Novatien, jaloux et ambitieux, renouvelant une erreur des montanistes du second siècle, prétendit que l’apos­ tasie est un péché irrémissible, et que les lapsi ne pou­ vaient jamais être réconciliés même à la mort. Il eut l’appui de l’Africain Novat, opposant de parti pris, qui, après avoir été le prédicateur de la morale relâchée â Carthage, se fit l’apôtre du rigorisme en Italie. Le pape saint Corneille agit comme venait de faire saint Cyprien en Afrique. Il convoqua à Rome un concile, ou furent présents soixante évêques. Ceux-ci prirent connaissance des décrets qui avaient été rendus sur la question en litige par le concile de Carthage et que nous avons ré­ sumés ; ils les ratifièrent de tout point et condamnèrent les exagérations de Novatien qui fut exclu ainsi que ses adhérents de la communion de l’Église. Ce fut le triom­ phe définitif de la discipline traditionnelle qui procédait â la fois d'une miséricordieuse charité et d'une sage prudence. Eusèbe, H. E., 1. VI, c. xliii, P. G., t. xx, col. 615-630; P. Allard, op. cil., p. 347. Jusqu’au bout, l’Église s’inspira des mêmes principes, proportionnant toujours la pénitence à la faute, et ce­ 1607 APOSTASIE pendant accordant l'absolution à la mort même aux plus coupables. Voici deux textes empruntés à des conciles de l'année 313, c’est-à-dire de l'époque qui suivit immé­ diatement la persécution de Dioclétien. On lit dans le sixième canon du concile d'Ancyre : « Quant à ceux qui n'ont cédé qu’aux menaces, qui ont sacrifié aux idoles par crainte de la confiscation de leurs biens ou de la déportation, et qui n ont pas encore fait pénitence, s'ils viennent à se présenter, il nous parait bon d’attendre jusqu'au grand jour pour les recevoir parmi les audi­ teurs; ensuite ils accompliront leur pénitence pendant trois ans; puis, deux anqées après, ils seront admis â la communion; et ainsi après six années complètes ils se­ ront rendus à la perfection primitive... En danger de mort '.enant de la maladie ou de toute autre cause, même avant les six années révolues, on ne leur refusera pas la communion pour leur viatique. » llardouin, Acta conciliorum, Paris, 1715, t. 1, col. 273. Pour les apostats qui ne peuvent invoquer les circonstances atténuantes des menaces, le concile d’Elvire, canon I, est plus sé­ vère : « Il nous a plu de décréter à l'égard de ceux qui, après la foi du baptême el dans l'âge adulte, sont allés au temple commettre des actes d'idolâtrie et accomplir ainsi le plus coupable des crimes, qu'ils ne recevront point la communion même au dernier moment. » Hardouin, loc. cit., col. 249. Il s’agit dans ce texte du refus de la communion eucharistique, ün tel refus à l’article de la mort était bien de nature â inspirer aux fidèles l'horreur du crime qu’il punissait. Voir Noël Alexandre, Historia ecclesiast ica, sæc. m, diss. Vil, prop. 3, Bingen, 1786, t. vi, p. 173. il. droit romain. — L’ère des persécutions sanglantes fut close définitivement en 313 par l’édit de Milan, et la religion chrétienne devint, dés lors, celle des chefs de l'empire romain. L’esprit chrétien eut bientôt une in­ fluence profonde sur les mœurs et sur la législation. L'apostasie fut considérée comme un délit d'ordre public et punie par les lois civiles. Il n'est pas hors de propos de signaler ici les décrets portés contre les apostats par les empereurs Constance, Gratien, Valentinien, Théo­ dose, etc., dans les ive et Vs siècles. Nous retrouvons ces décrets dans le code qui fut publié par Justinien en 529 : De apostatis, 1. I, tit. 1. 1. Si quis lege. En 357. Empereurs Constance Au­ guste et Julien César. — S'il est prouvé que quelqu'un a passé du christianisme au judaïsme, ses biens devien­ dront propriété du lise. 2. Si quis defunctum. En 383. Empereurs Gratien, Valentinien et Théodose. — Pendant cinq ans après la mort d'un citoyen, il est loisible à ceux qui y sont inté­ ressés de fournir la preuve que ce défunt avait aban­ donné la foi chrétienne pour le paganisme ou lejudaïsme. Ceci prouvé, le testament du défunt sera annulé. 3. Hi qui sanctam. En 391. Empereurs Théodose, Valentinien et Arcadius. — Les apostats ne peuvent ni témoigner en justice, ni tester, ni hériter par succession ou testament. Quand même ils feraient ensuite péni­ tence, ils resteront soumis à ces incapacités. 4. Apostatarum. En 426. Empereurs Théodose le jeune et Valentinien 111. — Explication et confirmation des décrets précédents sur les incapacités civiles qui atteignent les apostats. 5. Euni qui. En 439. Empereurs Théodose el Valen­ tinien. — Ceux qui. par la force ou par des conseils coupables, auront entraîné à l'apostasie un esclave ou un homme libre, seront punis de mort. — Denis Godefroy, Codicis Justiniani repelilæ prælectionis libri XII, Paris. 1628. t. n. col. 99-100. . · ;vo.v/(»w>. — Les peines que l’Église a d· :■ : · - contre les hérétiques atteignent aussi les apos­ tats. Ceci ; ut .-ire conclu d’abord des définitions mêmes que nc-us îvoiis données, puisque l'apostasie revêt toute 1 malice :· i hérésie avec un caractère de gravité plus 1608 grande. Mais, de pins, nous trouvons cette affirmation de principe dans le corps même du droit canonique, cha­ pitre Contra Christianos, In VI decretal., 1. V, tit. π, De hæreticis, c. XIII : « Contre les chrétiens qui passe­ raient â la religion des Juifs ou y reviendraient après avoir reçu le baptême, il sera procédé de la même ma­ nière que contre les hérétiques... et contre les fauteurs, receleurs et défenseurs de ces apostats, de la même ma­ nière que contre les fauteurs, recéleurs, défenseurs des hérétiques. » Or, voici les peines édictées à diverses époques par le droit canonique contre l'hérésie : 1“ Excommunication majeure encourue par le fait même que le péché est commis. Chapitres Sicut, Ad abolendam, Excommunicamus, I. V decretal., tit. vir, De hæreticis, c. vin, ix, xni. Nous devons remarquer que. d’après ces chapitres, l'excommunication atteint aussi ceux qui croient aux hérétiques (et apostats), ceux qui les reçoivent, les défendent, les favorisent. 2° Priuation de la sépulture ecclésiastique. — Cette peine est une conséquence de l’excommunication ma­ jeure. Un décret d’Alexandre IV, Quicumque, In VI, I. V. tit. n. De hæreticis, c. H, étend l'excommunication à tous ceux qui, sciemment, oseront donner la sépulture chrétienne aux hérétiques ou à leurs fauteurs. 3° Note d’infamie. — Les hérétiques, les apostats et ceux qui les favorisent sont déchirés infames, avec toutes les conséquences que cette désignation entraîne. Canon Infames, in decreto, causa VI, q. i, c. xvn; c. Excommunicamus, De hæreticis, c. xm. 4» Irrégularité. — La principale conséquence de la note d'infamie est l'interdiction de l’accès aux ordres et de l'exercice des ordres reçus. Cette conséquence est particulièrement affirmée en ce qui concerne les héré­ tiques et les apostats, dans plusieurs décrets dont le plus ancien est le canon Nos consuetudinem, lettre de saint Grégoire le Grand, 591, in decreto, dist. XII, c. vin. Voir Ferraris, Bibliotheca canonica, Venise, 1770, t. rv, p. 216. 5° Privation des bénéfices ecclésiastiques. — En rai­ son même de l'irrégularité qu’ils ont encourue, les hérétiques, les apostats et ceux qui les soutiennent sont déclarés inhabiles à recevoir des bénéfices et des charges ecclésiastiques. Décret Quicumque, In VI, 1. V, tit. H. De hæreticis, c. il. Boniface VIII a étendu cette inhabileté à leurs enfants jusqu’au second degré dans la ligne paternelle, jusqu'au premier seulement dans la ligne maternelle, c. Statutum felicis, In VI, 1. V, tit. ιι, De hæreticis, c. xv. Mais, de plus, il est dit. dans le chapitre Ad abolendam, que les clercs coupables d'hé­ résie seront privés des bénéfices dont ils auraient été pourvus avant leur crime. 6° Peines temporelles. — Outre les sanctions d’ordre spirituel que nous venons d’énumérer, les lois cano­ niques portent contre l'hérésie et l’apostasie des peines d'ordre temporel, qui sont : la confiscation des biens, c. Vergentis, De hæreticis, c. x ; la perte de la juridic­ tion civile et des droits de suzeraineté, c. Absolutos, ibid., c. xvi ; la prison perpétuelle ou temporaire, c. Ut commissi, In VI, 1. V, tit. n, De hæreticis, c. xn; la remise au bras séculier, sans autre procès, en cas de rechute dans l'apostasie, Super eo quod scriptum, ibid.· c. iv. Friedberg. Corpus juris canonici, Leipzig, 1881. t. t. p. 28-29, 558; t. il, p. 778-790, 1068-1078. IV. LÉGISLATION ACTUELLE. BULLE « APOSTOLIC.!·: ». — Les peines d'ordre temporel portées contre les apostats sont aujourd'hui tombées en désuétude et, pour ce motif, doivent être considérées comme abrogées. Marc. Institutiones morales, n. 442, Rome, 1889. t. t, p. 302. Mais les sanctions d'ordre spirituel restent en vigueur. Toutefois, puisque la législation des censures latæ sententiæ a été. de notre temps, restreinte et pré­ cisée par la bulle Apostolicæ sedis, 12 octobre 1869, il sedis 1609 APOSTASIE importe de voir dans quelle mesure cette constitution récente maintient et confirme l'excommunication portée contre les apostats et leurs fauteurs : Excommunicationi latæ senNous déclarons soumis à tentiæ speciali modo romano l'excommunication lalæsentenpontifici reservatæ subjacere liœ spécialement réservée au declaramus : pontife romain : 1. Omnes a Christiana fide I. Tous les apostats de la foi apostatas el omnes ac singulos chrétienne, et tous et chacun des hérétiques, quel que soit hæreticos quocumque nomine censeantur, et cujuscumque leur nom et à quelque secte sectæ existant,eisque credentes, qu'ils appartiennent, et ceux qui croient en eux, ceux qui eorumque receptores, fautores, les reçoivent, ceux qui les fa­ ac generaliter quoslibet illorum defensores. vorisent et généralement tous ceux qui les défendent. Nous n’avons plus à expliquer ce qu’est un apostat. Remarquons seulement que l’excommunication n'attein­ drait pas un acte d’apostasie purement interne, mais qu elle suppose une manifestation extérieure, car elle est une peine de for externe. Credentes apostatis sont ceux qui, sans avoir euxmêmes apostasié formellement, écoutent volontiers les apostats et. par des paroles ou des actes, approuvent, du moins en général, leur manière de penser et de dire. Au fond, c’est ce que nous avons appelé plus haut l’apostasie implicite ou interprétative. Elle ne se distingue pas essentiellement de l'apostasie explicite et formelle. Lehmkuhl, Theologia moralis, η. 921, Fribourg-enBrisgau, 1888, t. i, p. 656. Receptores sont ceux qui donnent refuge aux apos­ tats en tant qu’apostats, pour leur permettre d'échapper aux poursuites de l’autorité légitime. Fautores, ceux qui les favorisent par une coopération quelconque, positive ou négative. Sont coupables de coopération positive, ceux qui soutiennent les apostats par des déclarations ou écrits en leur faveur, par des attaques contre la législation ou la procédure ecclésias­ tiques, par un appui matériel ou moral dans la résis­ tance. Sont coupables de coopération négative, ceux qui, étant tenus par office de dénoncer, poursuivre ou punir les apostats, manquent à cette obligation. Defensores, terme général comportant d’abord la si­ gnification des précédents et désignant de plus toutes les formes possibles de protection, en paroles, en écrits, en actes, en influence, au prolit des apostats, quand même on ne participerait en aucun degré à leur incré­ dulité ou à leur fausse croyance. Grandclaude, Consti­ tutio qua censuræ latæ sententiæ limitantur, Paris, 1877, p. 26-27. II. Omnes et singulos scien­ ter legentes, sine auctoritate sedis apostolicæ, libros eorumdem apostatarum et hæreticorum hæresim propugnantes,... eosdemque libros retinentes, imprimentes et quomodolibet defendentes. II. Tous ceux et chacun de ceux qui lisent sciemment, sans l'autorisation du siège apostolique, des livres d’apos­ tats ou d'hérétiques, soutenant l’hérésie,... et ceux qui gardent ces mêmes livres, qui les im­ priment ou les défendent d'une manière quelconque. C’est encore une forme dé coopération à l’apostasie ou à l'hérésie, qui est atteinte par cette excommunication. I» De quels livres s’agit-il ? Des livres écrits par les apostats ou hérétiques pour soutenir et justifier leur erreur dans la foi. Il ne suffit pas que l'erreur soit sim­ plement énoncée dans le livre; il faut qu’elle y soit appuyée ou défendue, propugnantes. Mais, d’autre part, il n'est pas nécessaire que l’auteur se soit fait connaître j r· cédemment comme renégat. L’acte d'apostasie peut être son livre même. Peut-on hésiter, par exemple, à ranger la Vie de Jésus, par Renan, parmi les livres dapostats écrits pour manifester et soutenir l'apostasie? Grandclaude, toc. cil., p. 30. 2 Quelssont les actes que l'excommunication atteint? Ücienter legentes : Ceux qui lisent ces livres sciem­ 1610 ment, c’est-à-dire, sachant bien que ce sont des livres d'apostats, interdits à ce titre et sous peine de cen-ure. Peu importe l'intention du lecteur : qu’elle soit bonne ou mauvaise, l'interdiction et la peine subsistent g. ment. Mais il ne suffirait pas d'avoir lu seulement i-lques lignes pour être atteint par la censure ; il faut avoir commis un péché mortel, et, par conséquent, avoir lu ce qui peut constituer une matière grave. Certains casuistes sont d’avis que la lecture de quelques lignes serait déjà matière grave; d'autres requièrent une page entière; d’autres même davantage. « La meilleure règle me parait être, dit Grandclaude, toc. cil., p. 28. celle qui prend pour base non pas le nombre de lignes qui sont lues, mais le péril auquel s'expose le lecteur, et. consé­ quemment, la matière grave variera selon les lecteurs et selon les cas. » Retinentes : Ceux qui gardent sciemment un de ces livres, soit qu'il leur appartienne, soit qu’il appartienne à d'autres, pourvu qu'ils le conservent pendant un temps assez notable, environ pendant trois jours. Lehmkuhl, Theol. nior., n. 921, t. n, p. 658; Marc, Inst, mor., n. 1316, t. t, p. 847. Les libraires, les dépositaires, les emprunteurs sont atteints par la censure. Imprimentes : Sous ce nom il faut comprendre l’édi­ teur, le directeur de l'imprimerie, les compositeurs typographes et tous les ouvriers qui coopèrent directe­ ment et sciemment à l’impression du mauvais livre. Defendentes : Il y a deux manières de se constituer défenseur d’un livre d’apostat : 1° par des actes, en le mettant en vente, le colportant, et, à l’occasion, le ca­ chant, pour qu'il ne soit pas confisqué ; 2° par des paroles ou des écrits, en en faisant l'éloge, en vantant la science et le talent de l'auteur, pour établir le mérite de l'ouvrage et conclure à sa conservation. Tous ceux qui agissent ainsi sont défenseurs du mauvais livre et partant excom­ muniés. La constitution Officiorum, publiée par Léon XIII. le 24 janvier 1897, art. 47, reproduit exactement, sans y changer un mot, cette excommunication de la bulle Apostolicæ sedis, contre la lecture de certains livres. Voir Péries, L’Index, Commentaire de la constitution apostolique « Officiorum a, Paris, 1898, p. 217. Voir, au mot Hérésie, les autres peines qui dans le droit actuel atteignent les apostats comme les hérétiques. IV. L’apostasie cause de séparation dans le ma­ riage. — 1. Légitimité. — Dans le mariage chrétien, l'apostasie d’un des époux est, pour le conjoint resté fidèle, une cause légitime .de séparation de corps et d'habitation. Ceci est établi par tous les droits, naturel, divin et canonique. En droit naturel, un chrétien doit avant tout sauve­ garder sa foi et assurer son salut éternel. Or la foi et le salut d'un époux sont mis en danger par l'apostasie du conjoint dont il partage la vie de chaque jour. Le danger peut être évident et prochain, et alors l'époux fidèle doit renoncer à la vie commune; ou bien il n'.-.-t qu’éloigné, incertain pour le présent mais toujours pos­ sible pour l’avenir, et alors quoique le fidèle liait pas l’obligation de se séparer immédiatement, il a du moins une raison suffisante de le faire. Le droit divin positif confirme.ces déductions du droit naturel. Notre-Seigneur dit : « Si quelqu'un vient a moi, et ne hait pas (s'il le faut) son père, sa mère, son épouse,... il ne peut être mon disciple. » Luc., xiv, 16. Et ailleurs, Matth., xix, 29 : « Quiconque quittera son épouse,... pour l’honneur de mon nom, sera béni au centuple et aura la vie éternelle. » N'est-ce pas en­ seigner assez clairement que l'homme doit quitter son épouse, et la femme son époux, pour la sauvegarde de sa foi chrétienne et l’accomplissement de ses devoirs envers Dieu? — Quelques auteurs voient un autre argu­ ment, dans le texte de saint Matthieu, v, 32. NotreSeigneur dit à cet endroit que la séparation est légitime 4611 APOSTASIE — APOSTOLICÆ SEDIS (CONSTITUTION) pour cause de fornication, fornicationis causa. Or, dans le langage de la sainte Ecriture, observe saint Augustin. De sermone Domini in monte, 1. I, c. xvi, n. 45, P. L., t. xxxiv, col. 1252, le nom de fornication ne désigne pas seulement un péché charnel, mais aussi ce péché spiri­ tuel qui est l'idolâtrie ou l’apostasie. Le saint docteur conclut donc de cette parole du Sauveur à la légitimité de la séparation pour apostasie; et sa conclusion est entrée dans le décret de Gratien, can. Idololatria, causa XXVIII. q.l, c. v. Outre ce canon Idololatria, le droit canonique ren­ ferme de nombreux textes qui affirment que la séparation de corps et de résidence est permise dans le cas d’apos­ tasie d'un des époux. On trouvera les principaux dans Decretales, 1. IV, tit. xix, De divortiis. Citons particu­ liérement les chapitres n, Quæsivit, lettre d’Alexandre 111 (1172-1173); vi, De ilia, lettre d’Urbain III (1185-1187); vn. Quanta te navimus, lettre d’Innocent III (1198-1216). 2. Procédure. — L’époux resté fidèle peut se séparer de I apostat, ou de sa propre autorité, ou après sentence judiciaire. Qu'il puisse se séparer de sa propre autorité dans le cas d’urgence ou de danger immédiat pour sa foi, il n’y a pas de doute. Mais en dehors même de ce cas d'ur­ gence. les moralistes et les canonistes admettent com­ munément que le seul fait qu'un des époux est devenu hérétique ou apostat, donne à l’autre le droit de se sé­ parer sans attendre une sentence judiciaire. D’Annibale, Summula tkeologiæ moralis, pars III, n. 339, Milan, 1883, t. in, p. 255; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, η. 1116, Paris, 1891, t. π, p. 283. Toute­ fois, cette séparation privée n’est que temporaire, c’està-dire que si l’apostat se convertit, tout danger de per­ version et toute crainte du même danger cessant, l’époux séparé doit reprendre la vie commune; s’il ne le fait pas. il peut y être contraint. Ceci est formellement dé­ claré au chapitre De ilia, vi, De divortiis. La séparation peut aussi être prononcée judiciaire­ ment. Le tribunal compétent dans cette matière est le tribunal ecclésiastique. Nous n’insistons pas sur les dé­ tails de la procédure à suivre, car elle est la même que pour les autres causes de séparation. Voir Péries, Code de procédure matrimoniale, II’ part., tit. xxm, De la séparation de corps, Paris, 1894, p. 231-243. — Dans le cas d’une sentence judiciaire, la séparation est-elle per­ pétuelle? Il semble qu’il faut répondre affirmativement, et que l’époux innocent au profit duquel la séparation a été prononcée n’est plus obligé de reprendre la vie commune si par la suite le conjoint apostat vient à ré­ sipiscence. On lit en ellet dans le chapitre De ilia, vt. De divortiis : Si vero judicio Ecclesiæ ab eo recessit, ad recipiendum eum nullatenus dicimus compellendam. Toutefois, Gasparri, loc. oil., p. 283-284, fait cette dis­ tinction : Si l’époux innocent a le dessein d'entrer en religion après la séparation judiciaire, il peut y entrer toujours, et la conversion de son conjoint ne lui ôte point ce droit; d'où il ne sera jamais obligé de reprendre la vie commune. Ceci est affirmé dans le chapitre Mulier quæ. 21, De conversione conjugatorum, 1. Ill decretal., tit. xxxill. Mais si l’époux innocent reste dans le monde sans aucun projet de vie religieuse, il pourra être con­ traint par sentence des juges de reprendre la vie conju­ gale après la conversion de l’époux dont il avait été ju­ diciairement séparé. Cette seconde conclusion est une r-striction à l'affirmation générale du chapitre De ilia. Elle est suffisamment indiquée, dit Gasparri, dans les demi· res lignes du chapitre suivant, Quanto te novimus, vu. De divortiis, 1. IV, lit. XIX. S. Tt js. Su ru. theol., U· II·, q. XII, a. 1, 2; Suarez, De fi :■■ ç.-- XXI. sect, v, Opera omnia, Paris, 1858, t. χιι, p ■; disp. XXI-XXtV. ibid., p. 531 sq.; de Luge, De •c.· · ■n '.r. disp. XVH1. sect, tv. Disputationes schoz et raé j.Paris. 1868, t. I,p. 690sq.; disp. XX11I-XXIV, 1612 t. H, p. 127 sq. ; Pauwels, De casibus reservatis, c. iv, De apo­ stasia, dans Migne, Theologiæ cursus, Paris, 1840. t. xvni, col. 1020 sq. ; Ferraris, Bibliotheca canonica, Venise, 1770, v· Apostasia, t. i, p. 100 sq.; v· Hæreticus, t. iv, p. 212 sq.; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum universum, Rome, 1845, t. X (να), p. 361 sq.; Soglia, Institutiones Juris privati eccle­ siastici, Paris, 1860, p. 516 sq. ; Perrone, De virtutibus fidei, spei et caritatis, Turin. 1867, p. 129 sq. ; Didiot, Morale surna­ turelle spéciale, Vertus théologales, théorèmes xliv-xlvi, Paris, 1897, p. 245-266. — Pour la question des lapsi et la controverse dont ils furent l’occasion : S. Cyprien, Epistolæ, P. L., t. lit, col. 696-860; t. iv, col. 192-438; Liber de lapsis, P. L., t. iv, col. 463-494; Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, Paris, 1696, t. iv, p. 45-198; Freppel, Saint Cy­ prien et l’Église d'A trique au ni· siècle, leçons 1X-XI, Paris, 1873, p. 189-249; p. Allard, Histoire des persécutions pendant la première moitié du m· siècle, c. vui, Paris, 1886, p. 335-347; L. Duchesne, Les origines chrétiennes, leçons autographiées, 1880-1881, c. xxtv, Paris, 1881, p. 397-432. — Pour la question de séparation dans le mariage : Sanchez, De sancto matrimonii sacramento, 1. X, disp. XV-XVI. Anvers, 1626, t. ni, p. 388 sq.; Perrone, De matrimonio Christiano, Liège, 1861, t. m, p. 389 sq. ; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, Paris, 1891, t. n, p. 278 sq. : Rosset, De sacramento matrimonii, Paris, 1896, t. vi, p. 316-328: Esmein, Le mariage en droit canonique, Pa­ ris, 1891, t. n, p. 85-98. — Pour les autres points particuliers, voir les auteurs cités dans le cours de l'article. A. Beugnet. A POSTERIORI. Voir A priori. APOSTOLICÆ SEDIS (Constitution).- I. Objet de la constitution. H. Division générale des censures. 111. Réserve des censures. IV. Censures énoncées expli­ citement dans la constitution Apostolicæ Sedis. V. Cen­ sures énoncées implicitement par la constitution Apos­ tolicæ Sedis. VI. Censures portées postérieurement à cette constitution. I. Objet de la constitution. — C’est le code pénal de l’Église, la liste des censures latæ sententiæ actuelle­ ment en vigueur, rédigée sur ordre de Pie IX et authen­ tiquement promulguée par lui dans son encyclique du 12 octobre 1869, commençant par ces mots : Apostolicæ Sedis. Les censures sont de deux sortes : les unes, dites latæ sententiæ, s’encourent ipso facto, par le fait même de la perpétration de l’action externe délictueuse à laquelle elles sont annexées; les autres, au contraire, ferendæ sententiæ, sont des peines suspendues seule­ ment, à titre de menace préventive, sur la tète du délin­ quant; elles ne l’atteignent effectivement, ou, comme on dit en langue de droit, elles ne sont « encourues » qu’au moment où, après enquête et formalités juri­ diques convenables, elles sont « portées » ou infligées par sentence d’un juge compétent. Voir Censures. Les censures latæ sententiæ de droit commun étaient autrefois très nombreuses, l’Église ayant dû multiplier et varier les sanctions pénales de son pouvoir coercitif proportionnellement aux dangers très divers qu’ont pu faire courir à la société chrétienne, dans le cours des âges, toutes les sortes d’attentats criminels et désordres publics qui l'ont attristée. De plus, les textes édictant ces peines se trouvaient dispersés un peu partout, dans les décrétales, dans les conciles, dans les bulles ponti­ ficales, dans les décrets des congrégations romaines. Beaucoup, enfin, de ces censures étaient devenues, ou sans objet, ou pratiquement inapplicables dans l’état présent de l’Eglise au xix® siècle. Aussi l’étude du droit pénal ecclésiastique était-elle pour les canonistes un labeur singulièrement difficile, rendu plus complexe encore par l'intervention des « réserves » dont l’inter­ prétation ajoutait un embarras de plus aux conditions pratiques de l’absolution. Une simplification s’imposait en même temps qu’une nouvelle mise au point de cette matière canonique, touffue et confuse entre toutes. C’est pour répondre au vœu général que Pie IX a publié, le 12 octobre 1869, la 1613 APOSTOLICÆ SEDIS (CONSTITUTION) constitution Apostolicæ Sedis moderationi convenit, etc., où se trouvent désormais limitées dans leur nombre, précisées, et nettement caractérisées quant à leur réserve, toutes les censures latæ sentenliæ qui restent en vigueur dans le droit présent de l’Église. Il ne serait cependant pas exact de regarder la cons­ titution Apostolicæ Sedis comme le code absolument complet de toutes les excommunications, suspenses et interdits latæ sentenliæ actuellement existants. Quelques censures nouvelles ont été promulguées par autorité pontificale depuis 1869. Nous en donnons le catalogue à la fin de cet article. II. Division générale des censures. — Une observa­ tion préliminaire capitale, indispensable pour bien sai­ sir l’économie de la bulle Ap. Sedis, concerne le mode de proposition des censures. Les unes, en effet, sont explicitement énoncées dans la teneur de leur formule spéciale, ce sont les censures explicites; les autres, appelées par raison contraire censures implicites, ne sont pas expressément énoncées par le pape, mais pro­ mulguées seulement dans la formule générale d'une référence précise à certains documents d’autorité apos­ tolique, surtout du concile de Trente, qui les contien­ nent et où le lecteur peut sans peine aller les chercher. Il n’y a, dit-on, désormais de censures latæ sentenliæ que celles qui sont énumérées dans cette constitution. Cette proposition est vraie, à la condition toutefois qu’on l’entende des deux catégories susdites et non pas seule­ ment de la liste numérotée des censures explicites, qui tout d'abord saute à l’œil dans la bulle. Ajoutons enfin que les censures des deux catégories sont toutes obliga­ toires au même titre, en vertu de la même promulga­ tion, toutes mises par le pape sur le même pied quant au caractère juridique de peines latæ sentenliæ apos­ toliques dont elles sont uniformément revêtues. III. Réserve des censures. — Sous le rapport de la reserve, les censures explicites et implicites de la cons­ titution Ap. Sedis sont rangées dans trois classes diffé­ rentes : 1° censures réservées au pape; 2° censures réservées aux ordinaires; 3° censures non réservées. C'est la division classique, â laquelle cependant la con­ stitution nouvelle a apporté une modification intéres­ sante en ce qui concerne les censures réservées au pape. Celles-ci, en effet, sont désormais ou réservées speciali modo, ou réservées simpliciter. La différence est grande entre ces deux sortes de réserves. Elle porte surtout, pratiquement, sur quatre points principaux : 1“ Une faculté générale d'absoudre des cas et censures réservés au pape ne suffit pas pour absoudre des cen­ sures réservées speciali modo; une concession spéciale visant expressément ces censures est nécessaire; et encore faut-il ajouter qu'une faculté spéciale d’absoudre des censures réservées speciali modo ne suffirait pas pour l’absolution de la censure qui figure sous le n. 10, § 1 (const. Ap. Sed.), et se rapporte au cas très particu­ lier, très rigoureusement réservé, de l'absolutio com­ plicis; aussi dit-on parmi les canonistes que cette censure, et celle-là seulement, est réservée specialis­ simo modo. S. G. du Saint-Office, 27 juin 1866 et 4 avril 1871. 2" Les censures réservées speciali modo sont exceptées de la concession générale faite par le concile de Trente, sess. XXFV, c. vi, De reform., aux évêques, d’absoudre de toutes les censures réservées au pape quand les cas sont « occultes ». 3» Le pape frappe d'excommunication (réservée simpli­ citer), const. Ap. Sed.,§A quibus,celui qui sans faculté spéciale absoudrait, sauf au péril de la mort, d’une excommunication réservée speciali modo. 4» En cas d’absolution d'nne censure réservée speciali modo, donnée en danger de mort, il y a pour le mori­ bond ainsi absous qui reviendrait à la santé obligation de recourir, soit à un confesseur muni des pouvoirs 1614 nécessaires, pour en recevoir à nouveau l’absolution de la censure réservée speciali modo, S. C. du Saint-Ofiio’. ■19 août 1891, soit à Rome (par lettre), pour raconter le fait de l’absolution accordée et attendre, au retour, les injonctions pénitentielles ou médicinales que le SaintSiège croirait devoir imposer en compensation de l'abso­ lution donnée. Cette obligation n'existe pas, dans les mêmes circonstances, pour les censures réservées sim­ pliciter. S. Office, 17 juin 1891. 11 importe donc que le confesseur, mis en présence d’un cas à censure papale, sache bien à laquelle des deux catégories de réserves elle appartient. A propos des censures réservées aux ordinaires dans la constitution .4p. Sedis, il y a lieu de faire une remarque importante. C’est le pape lui-même qui réserve ces censures à l’absolution des ordinaires; ceuxci n’ont donc point la liberté de renoncer à la réserve. Ils peuvent sans doute en absoudre, par eux-mêmes ou par leurs délégués; mais ils ne peuvent déclarer exempts de réserve les cas visés dans la constitution Ap. Sedis à leur intention. Cette réserve est de droit commun apos­ tolique, et tout autre, par conséquent, que la réserve diocésaine, strictement épiscopale, par laquelle l’évêque soustrait de son autorité propre certains cas spécifiés à l’absolution des confesseurs ordinaires. Rien à dire des censures nemini reservatæ, sinon : 1° qu'elles n’en sont pas moins des censures produisant, jusqu’à l’absolution, tous leurs effets juridiques dans ceux qui les ont encourues, et 2» qu’un confesseur approuvé quelconque peut en absoudre sans supplément d’aucune faculté spéciale. Voici, pour indication sommaire, la série ordonnée de toutes les censures contenues dans la constitution Apost. Sedis. Nous n’en donnons ici qu’un très court tableau d'ensemble. Le lecteur trouvera ailleurs, sous leurs titres propres, textuellement citées et commentées pratiquement, celles d’entre elles dont la connaissance importe le plus â l'éducation chrétienne des fidèles et à l'exercice du saint ministère de la pénitence. Pour plus de clarté, nous désignerons les censures par le délit auquel elles se rapportent. En cas de besoin, on devra toujours consulter le texte exact de la censure aux sources d'où elle émane. IV. Censures énoncées implicitement dans la consti­ tution « Apostolicæ Sedis ». — t. excommunications. — 1° Excomunicalions réservées au pape « speciali modo ». 1. L’apostasie et l’hérésie. 2. La lecture, l'impression, la conservation des livres qui défendent l'hérésie, ou ont été l’objet d’une prohi­ bition spéciale de la part du saint-siège. 3. Le schisme. 4. L’appel, au futur concile général, des décisions du souverain pontife. 5. Les voies de fait sur les personnes, ou attentats à la liberté des hauts dignitaires de la hiérarchie ecclésias­ tique (cardinaux, patriarches, archevêques, évêques, nonces). 6. Les entraves mises au libre exercice de la juridic­ tion ecclésiastique. 7. La violation de l'immunité des personnes ecclésias­ tiques devant les tribunaux civils; la confection des lois et décrets contraires â la liberté ou aux droits de l’Église. 8. Les recours à la puissance laïque, pour mettre opposition aux lettres ou actes quelconques du saintsiège. 9. La falsification des lettres ou documents aposto­ liques quelconques. 10. L’absolution du complice. 11. L’usurpation et la séquestration de la juridiction, des biens, des revenus, appartenant aux personnes ecclésiastiques à raison de leurs églises ou bénéfices. 1615 APOSTOLICÆ SEDIS 12. L’invasion usurpatrice des villes, propriétés et droits de l’Eglise romaine. 2» Excommunications réservées au pape « simpli­ citer » : 1. L’enseignement ou la défense: 1° des propositions condamnées par le saint-siège sous peine d'excommu­ nication (45 articles de Wicleff, 30 articles de .Jean IIuss, 41 erreurs de Luther, 79 thèses de Bains, les proposi­ tions de Molinos, 101 propositions de Quesnel, 85 pro­ positions du synode de Pistoie. et autres, condamnées par Clément VIII, Alexandre VII, Innocent XI, Alexan­ dre VIII, Benoit XIV), 2° de la pratique de demander le nom du complice en confession. 2. Les attentats et voies de fait sur les clercs. 3. Le duel. 4. L'affiliation à la franc-maçonnerie ou autres sociétés secrètes. 5. La violation du droit d'asile ecclésiastique. 6. La violation de la clôture des monastères de mo­ niales â vœux solennels. 7. La violation par des femmes) de la clôture des religieux à vœux solennels. 8. La simonie réelle en matière bénéficiale. 9. La simonie confidentielle en matière bénéficiale. 10. La simonie pour entrée en religion. 11. Le trafic lucratif des indulgences et autres faveurs spirituelles. 12. Le trafic lucratif des honoraires de messes. 13. L'aliénation des villes et lieux du patrimoine de saint Pierre. 14. L’administration de l’extréme-onction ou du saint viatique par les religieux sans la permission du curé. 15. L’enlèvement de reliquesaux catacombes de Rome. 16. La communication, in crimine priminoso,avec une personne nommément excommuniée par le pape. 17. Pour les clercs, la communication in divinis avec une personne nommément excommuniée par le pape. 18. L’absolution, donnée sans pouvoir, de toute excom­ munication réservée speciali modo au pape. Const. Ap. Sedis, § 1, Absolvere autem. 3° Excommunications réservées aux Ordinaires : 1. La tentative de mariage entre clercs d'ordres sacrés ou religieux à vœux solennels et personnes quelconques. 2. L'avortement. 3. L'usage de fausses lettres apostoliques. 4" Excommunications non réservées : 1. La sépulture religieuse d'hérétiques notoires et de personnes nommément excommuniées ou interdites. 2. L'entrave mise à la liberté des personnes ou à l'exécution des écrits du Saint-Office. 3. L'aliénation des biens ecclésiastiques sans l'autori­ sation du saint-siège. 4. La négligence ou le refus coupable de dénoncer les confesseurs « sollicitants ». II. SUSPENSES, RÉSERVÉES « SIMPLICITER s AU PAPE. — 1. L’admission, dans un évêché ou une prélature, d'un nouveau titulaire qui n'aurait pas présenté ses bulles d'institution. 2. L'ordination d’un clerc sans titre canonique, sous la condition qu'il ne réclamera point de subsistance ali­ mentaire â l’évêque qui ordonne. 3. L’ordination d’un sujet étranger sans dimissoires, du d’un sujet diocésain sans les lettres testimoniales exigées par le droit. 4. L'ordination, sans titre canonique, d’un religieux à vœux simples ou d'un religieux à vœux solennels non proies. 5. La condition irrégulière d'un religieux chassé de son monastère. 6. La réception d'un ordre des mains d'un évêque nc-mmement censuré et dénoncé, ou hérétique ou schisznatiqæ. 7. L crdinatûu illegitime de clercs étrangers à la CONSTITUTION) 1616 ville de Rome, après qu'ils y ont résidé quatre mois. ill. INTERDITS. — 1. L'appel des décisions du pape à un futur concile, formulé par des universités, collèges, chapitres. — Réservé speciali modo au pape. 2. La célébration des offices divins en lieux interdits, ainsi que l’admission aux sacrements ou à la sépulture ecclésiastique, de personnes nommément excommuniées. — Réservé simplicité»· au pape. V. Censures énoncées implicitement dans la consti­ tution « Apostolicæ Sedis ». — i. excommunications du concile de trente. — 1° Excommunication ré­ servée au pape : L’usurpation des biens ecclésiastiques (sess. XXII, c. xi, De reform.). 2» Excommunications non réservées : 1. Atteinte à la liberté d'entrer en religion(sess.XXIV, c. xi, De reform.). 2. Refus par les magistrats civils de prêter leur con­ cours à l’évêque pour l’observation de la clôture papale des religieuses (sess. XXV, c. v, De reform.). 3. Impression des livres de la sainte Écriture sans l’approbation de l’ordinaire (sess. IV, De edit, et usu Scriptui·.). 4. Le rapt des femmes (sess. XXIV, c. vi, De reform.· matr.). 5. L'enseignement de thèses fausses sur la nécessité de la confession avant la communion, et sur la validité des mariages clandestins (sess. XIII, can. Il, De euch., et sess. XXIV, c. 1, De reform, matr.). 6. L’atteinte portée à la liberté du mariage (sess. XXIV, c. ix, De reform, matr.). II. SUSPENSES PORTÉES PAR LE CONCILE DE TRENTE. — 1» Suspenses réservées au pape « simpliciter » : 1. L'ordination faite par un évêque titulaire sans let­ tres dimissoires (sess. XIV, c. n, De reform.). 2. La réception des ordres per saltum (sess. XXIII, c. xxiv, De reform.). — Réservée à l’évêque seulement si l'ordre reçu n’a pas été exercé, 3. Le cas de l'évêque qui garde auprès de lui une femme suspecte, après monition du concile provincial (sess. XXV, c. xiv, De reform.). 2° Suspenses réservées aux ordinaires : 1. La réception des ordres des mains d’un évêque titu­ laire, sans dimissoires (sess. XIV, c. n, De reform.). 2. La réception des ordres des mains d'un évêque étranger, sans testimoniales de l’ordinaire (sess. XXIII, c. vm, De reform.). 3. La réception des ordres avec des dimissoires indû­ ment délivrées sede vacante (sess. VII et XXIII, c. x, De reform.). 4. L’assistance illégitime à un mariage sans l’autori­ sation du « propre curé » (sess. XXIV, c. i, De reform.). 5. La concession de lettres dimissoires faite indûment sede vacante (sess. XXIII, c. x, De reform.) — Réser­ vée au pape, si le délit est public; autrement, à l’ordi­ naire seul, per annum (Lehmkuhl). 3° Suspenses non réservées : 1. L’exercice illégitime de « pontificaux » en diocèse étranger (sess. VI, c. v, De reform.). 2. La réception des ordres des mains de l’évêque susdit (sess. VI, c. v. De reform.). 3. L'ordination d'un sujet étranger sans testimoniales de son ordinaire (sess. XXIII, c. vm, De reform.) 4. Le fait, pour les abbés ou prélats réguliers exempts, même nullius, de conférer la tonsure ou les ordres mi­ neurs à des sujets qui ne leur appartiennent pas, ou d’accorder indûment des dimissoires à des clercs sécu­ liers (sess. XXIII, c. x). — Susp. ab officio et beneficio per annum. III. INTERDITS PORTÉS PAR LE CONCILE DE TRENTE. — 1. La négligence (pour le métropolitain ou les évê­ ques) à dénoncer le collègue qui n'observe pas la rési­ dence (sess. VI, c. i, De reform.). 1617 APOSTOLICÆ SEDIS (CONSTITUTION) — APOSTOLICITÉ 2. La concession de lettres dimissoires faite indûment par le chapitre sede vacante (sess. VII, c. x, De reform.). iv. censures spéciales. — En dehors des censures précédentes, la bulle Aposl. Sedis maintient dans leur vigueur les censures latæ sententiœ existant au 12 oc­ tobre 1869 relatives : 1» A l’élection du souverain pontife ; 2° Au régime intérieur des ordres religieux, instituts réguliers, collèges, lieux pies, etc. VI. Censures portées postérieurement a la consti­ tution « Apostoi.icæ Sedis ». — Depuis 1869 un certain nombre de nouvelles censures latæ sententiæ ont été promulguées par autorité du siège apostolique. Nous les donnons ici afin que le lecteur ait sous les yeux le tableau complet de toutes les censures actuellement en vigueur dans l’Église (1901). 1. EXCOMMUNICATIONS. — 1. L’admission, au gouver­ nement d'une église vacante, de celui qui n’aurait pas préalablement exhibé ses bulles d’institution (Pie IX, const. Romanus pontifex, 28 août 1873). — Réservée speciali modo au pape. 2. L’intrusion de curés et vicaires élus par le suffrage du peuple (Pie IX, const. Et si mulla, 21 nov. 1873 et S. C. du Concile,23 mai 1874). — Réservée speciali modo au pape, cette censure a été promulguée expressément pour les provinces ecclésiastiques de Venise et de .Milan. 3. L’affiliation à la société (italienne) instituée pour l’élection du souverain pontife par le suffrage populaire (Pie IX. par la S. C. de la Pénitencerie, 4 août 1876). — Réservée speciali modo au pape. 4. L’exercice du négoce lucratif, par les missionnaires, aux Indes et en Amérique (S. Office, 4 décembre 1872). — Réservée simpliciter au pape ; la réserve cesse avec la restitution du gain réalisé. 5. Le trafic des honoraires de messes exercé par des laïcs (S. C. du Concile, 25 mai 1893). — Réservée aux ordinaires. II. suspenses. — 1. Le fait, pour des personnes re­ vêtues du caractère épiscopal, d’accepter au gouverne­ ment d’une église vacante celui qui n’aurait pas préala­ blement exhibé ses bulles d’institution (Pie IX, const. Romanus pontifex, 28 août 1873). — Réservée speciali modo au pape. 2. Le trafic des honoraires de messes exercé par un prêtre (S. C. du Concile, 25 mai 1893). — Réservée sim­ pliciter au pape. 3. Pour le même délit, la même peine, et, de plus, l’irrégularité, s’il s’agit de clercs non prêtres (S. C. du Concile, ibid.). 4. La condition du religieux à vœux simples, au moins sous-diacre,'sorti de sa congrégation, tant qu’il n'a pas trouvé d’évêque pour l’accepter (S. C. des Évêques et Régu­ liers, 4 novembre 1892). — Réservée simpliciter au pape. 5. Le cas des ecclésiastiques étrangers qui viennent s’établir à Rome, y acceptent un poste, ou y prolongent leur séjour, contrairement aux régies fixées par le pape (S. C. du Concile, 27 décembre 1894). m. interdit. — Le même cas que celui qui est visé au η. 1 du paragraphe précédent. — Réservé speciali modo au pape. Pour tout ce qui concerne l’interpretation de ces diffé­ rentes censures, d'après le texte exact de leur formule, on pourra se reporter aux articles spéciaux du diction­ naire ou consulter les bons auteurs, canonistes et mora­ listes, qui ont traité cette matière. Voir les nombreux Commentaires de la constit. « Apostolicx Sedis », publiés, à peu près toujours sous le même titre, par : Pennaccbi, dans Acta sanctte Sedis, Rome, 1883; d’Annibale (Comment. Reatin.), RiéÜ, 1874; Avanzini, Rome, 1872; Bertapelle (Comment. PalavA, Padoue, 1877; Bucceroni, Rome. 1890; Grandciaude, Paris, 1877; Pedicini, Bari, 1873: Ciolli, Sienne, IS77 ; Forœisano, Naples, 1873; Piat, Tournai, 1884; Goyenbéche, 161* Paris, 1889; Heiner, Paderborn, 1884; Paschal de Siena, Na; s, 1893, etc. Voir aussi tous les récents moralistes en général, an traité De censuris, et en particulier: Gury-Ballerini, t. n. n. C·: Marc, n. 1311: Ærtnys, 1. VII, n. 76: Haringer, In Theol. »<·. S. Alph.. Ratisbonne, 1881, t. vm; Haine. I. tv: Génie· :, t. n, n. 586; Lehmkuhl. t. n, n. 920; Ballerini, Op. theol. morale, Prato, 1873, t. vu, n. 421. F. Desiiayes. APOSTOLICITÉ. L’apostolicité de l’Eglise peut être regardée comme une question de choses ou comme une question de notions et de systématisation théolo­ gique. La question de choses exige qu’on prouve par les faits et par les textes la réalité des notions groupées autour du mot aposlolicilé. Cette preuve, pour être com­ plète, emporterait toute la doctrine de l’Église, et l’his­ toire de son origine; puisque l’apostolicité n’est autre chose que l’identité de l’Église avec elle-même à travers le temps depuis le Christ et les apôtres; elle sera faite au mot Église. Voir aussi Apôtres. — Ce qui nous occu­ pera spécialement ici, ce sera la question de systémati­ sation et de mise en œuvre; les faits ne seront guère qu’indiqués. — I. Notions et explications. II. Démons­ tration théologique. 1. Notions et explications. — i. Le mot et l’idée, n. Histoire et usage du mot et de l’idée. t. le mot et l’idée. — 1. Définition nominale. — L’apostolicité est la propriété par laquelle une doctrine, une pratique, une institution, une église peut se réclamer des apôtres. L'ne doctrine est apostolique, qui remonte aux apôtres; une église est apostolique, qui se rattache aux apôtres. Peu importe d'ailleurs — du seul point de vue de l’apostolicité — que les apôtres aient été ou non les premiers à prêcher cette doctrine, à introduire cette pratique; peu importe qu'ils aient agi en leur propre nom et qu’ils aient été vraiment instituteurs, ou qu’ils aient été les simples porte-voix de Jésus-Christ lui-même, ses ministres, les exécuteurs de sa volonté. Le jeûne du ca­ rême, s’il est vraiment d'origine apostolique, a été ins­ titué (ou introduit) par les apôtres ; la primauté du pape n’est pas proprement d’institution apostolique, non plus que le baptême; ils sont d’institution divine. On peut dire cependant que la doctrine du baptême et celle de la primauté papale sont des doctrines apostoliques, et cela en un double sens : parce qu’elles remontent aux apôtres, et parce que Notre-Seigneur a chargé ses apôtres de les transmettre à son Eglise. 2. Eléments historiques,éléments théologiques. — Mais celte première notion de l’apostolicité est bien générale encore, purement nominale et historique, affaire de fait et de mot plutôt que de droit et de doctrine. La théolo­ gie doit préciser davantage et entrer plus avant dans la question pour délimiter son sujet. Pour cela, il faut dis­ tinguer entre les pratiques, les sacrements, les doctriu s, l’organisation sociale. Quand le théologien parle des pratiques ou des insti­ tutions apostoliques, il a en vue leur caractère légal, obligatoire, permanent; il est dès lors amené à se de­ mander si ces institutions et ces pratiques sont d’ori­ gine apostolique proprement dite, ou si elles ont pour auteur Notre-Seigneur lui-même. Au premier cas, ce sont des lois humaines, ecclésiastiques, variables par conséquent (ce qu’a fait l’autorité, l’autorité peut le dé­ faire); au second cas, ce sont des lois divines et immua­ bles (Dieu seul peut les changer, l’Église elle-même n’y peut rien, tout au plus peut-elle dispenser, et encore dans les limites où Dieu l’a réglé). Or Notre-Seigneur n’a pas, â proprement parler, donné de lois discipli­ naires â son Eglise (la loi nouvelle n'est pas une loi, au sens strict et juridique du mot). D'où il suit que, de ce côté, il n’y a rien d’immuable, et que la question d’apostolicité est une pure question historique. Là, l’Église comme toute société, a un pouvoir propre, un pouvoir législatif à elle. 4619 AP0ST0LIC1TÉ Il en est autrement pour les moyens de grâce, pour les sacrements. Ici, évidemment, le pouvoir de l’Êglise ne saurait être qu’un pouvoir ministériel, un pouvoir de dispensation, elle ne peut ni instituer, ni changer; tout au plus peut-on imaginer que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui ait laissé, dans certaines limites, le choix du rit extérieurauquelil annexerait la grâce, à peu prés comme il lui a laissé le choix des personnes auxquelles il donnerait le pouvoir de consacrer ou de gouverner les iidéles en son nom. La « substance du sacrement » n'est pas du res­ sort de l’Êglise. L’Eglise n’a donc pas pu instituer le baptême ni l'eucharistie; elle peut seulement ordonner qu'on baptise de telle ou telle manière, par immersion, par infusion, par aspersion, ordonner que les fidèles re­ çoivent l'eucharistie à jeun, sous une ou sous les deux espèces, etc. L’ordonnance de l’Eglise peut changer, le sacrement reste immuable. Les sacrements sont donc tous, quant à la substance, d'origine divino-apostolique. Ici la question de fait se complique d une question de droit, la théologie intervient dans l’histoire. Mêmes distinctions â peu près et mêmes conclusions quand il s’agit de doctrines apostoliques. Ce que les apôtres ont transmis à l’Êglise comme la doctrine de Jésus ou ce qu'ils ont écrit comme auteurs inspirés est la parole infaillible de Dieu confiée à la garde fidèle de l’Êglise et à son magistère infaillible : c’est là ce que l’Êglise enseigne sans y rien ajouter, sans en rien lais­ ser perdre. Mais ce que les apôtres ont dit en leur propre nom, les révélations qu’ils ont pu avoir pour eux-mêmes, cela n'est pas la doctrine de l’Êglise, et la tradition en a pu se perdre. Là, d'ailleurs, les apôtres ont pu se tromper, et les Actes nous ont gardé le souvenir d’une prévision de saint Paul qui très probablement ne s’est pas réalisée, car il semble bien avoir revu après sa première captivité ces prêtres ou ces évêques d’Ephèse ou de Milet qu’il ne comptait plus revoir. Act., xx, 25. Reste enfin l’organisation sociale de l’Êglise, l’institu­ tion de sa hiérarchie. La question d’apostolicité est une question théologique dans la mesure ou l’Êglise reven­ dique pourelle-même une origine divine, d’abord comme société, et ensuite comme société constituée par le Christ sous une forme déterminée, dotée par lui de ses organes essentiels, ayant en elle-même le germe de vie sociale destiné à se développer, toujours le même, selon les temps et les lieux. Nul ne prétend que l’Êglise fût déjà, au jour de la Pentecôte, le grand arbre qu’elle devait être plus tard. Mais il importe de savoir si le développement ultérieur est tout entier le développement du germe posé par Jésus, dans la ligne et sur le type définis par le divin fondateur. Si large qu’on fasse la part à la diffé­ renciation des organes et, si l’on veut, à la création d’organismes secondaires et humains, l’Eglise ne peut revendiquer le Christ pour son fondateur, si elle ne fait remonter jusqu’à lui, avec ses fonctions sociales, les or­ ganes essentiels à ces fonctions, disons au concret, son sacerdoce, son épiscopat, sa primauté papale. Ici encore, on voit dans quelles limites la question de l’apostolicité est une question théologique. 3. L’apostolicité et le développement. — On comprend dès lors combien étroitement sont unies la question d’apostolicité et celle du développement dans l’Êglise. L’apostolicité n’exclut pas le développement, ni celui de la doctrine, ni celui de la hiérarchie, ni celui des insti­ tutions liturgiques ou sociales. L'Eglise, comme toute société vivante, a eu sa formation lente et successive jusqu'à son plein épanouissement, et une fois épanouie, elle continue de vivre et d'évoluer, sans vieillir cepen­ dant et sans subir de révolution, comme il peut arriver aux autres sociétés. Tout revient à déterminer dans quelles conditions la société chrétienne, tout en évoluant et se développant, restera toujours la même, toujours identique à la so­ 1620 ciété fondée par le Christ, sans corruption, sans dévia­ tion du type primitif. Ces conditions, au concret, ne se laissent pas déterminer a priori, non plus pour l’Êglise que pour toute autre société. En effet, elles varient avec la nature et le but de chaque société. Nous sommes donc amenés, pour comprendre ce qu est l’apostolicité de l’Êglise ou d'une église donnée, à partir de l’institution, à regarder la charte fondamentale, à voir ce qu elle est comme société fondée par le Christ. La question sera traitée plus au long à l'article Église et ailleurs. Il suf­ fira ici d'indiquer rapidement ce qui est nécessaire pour comprendre l’apostolicité. 4. Les conditions d’apostolicité ; définition réelle. — Jésus-Christ a envoyé ses apôtres pour prêcher une doc­ trine déterminée, celle qu'ils ont reçue de lui, sans rien y ajouter, sans rien en laisser perdre; avec le ministère de la parole, il leur a donné le ministère de la grâce : pouvoir de baptiser par eux-mérnes ou par d'autres, de remettre les péchés, de faire et de dispenser l’eucharis­ tie, en un mot, d'administrer les sacrements établis par lui comme moyens de grâce; au pouvoir de prêcher et de sanclifierau nom de Dieu, il a joint celui de fonder et de gouverner la société chrétienne, toujours dans les conditions déterminées par lui. Bref, il les envoyait, avec le pouvoir qu'il avait reçu de son Père, mais en même temps avec des instructions très précises, bâtir la société religieuse dont il avait tracé le plan et jeté les fondements. Cette société doit être hiérarchique, les apôtres et leurs successeurs en doivent être les chefs. Ce doit même être une monarchie : car si le pouvoir est donné au corps des évêques, nous voyons, d’autre part, que ce corps des évêques doit avoir à sa tête comme chef suprême, comme évêque des évêques, Pierre, lieutenant visible du Christ, centre et principe visible d'unité pour tout le corps. Enfin, à cette société ainsi constituée Jésus promet son assistance à jamais. Bâtie sur le roc, nulle tempête ne la détruira ; les puissances de l'enfer ne sauraient prévaloir contre elle ; elle est indéfectible, elle sera toujours ce que le Christ l’a faite — indéfectible dans l’enseignement de la vérité, indéfectible dans l’usage de ses moyens de sanctification, indéfectible dans sa constitution même et dans la forme de son gouvernement. Et de là les condi­ tions de l’apostolicité : même foi et même doctrine, même constitution, mêmes sacrements, ce sont les trois choses établies par le Christ et destinées à demeurer pour toujours dans son Église indéfectible. Est-ce tout? Oui et non. Oui, mais à la condition, im­ plicitement contenue dans celles qui précèdent, que le pouvoir de prêcher, d'absoudre, de consacrer, d'or­ donner, de gouverner au nom de Dieu.se transmette sans interruption suivant les lois établies par le fondateur. Pas d’apostolicité sans mission ni sans continuité. Si le pou­ voir se perd dans une société humaine, la société a en elle-même de quoi le relever, pour ainsi dire; le pouvoir dans l’Êglise est d'autre nature : il a son principe en Dieu, il peut se transmettre vivant; mais une fois éteint, il faudrait pour rallumer le flambeau une nouvelle inter­ vention de Dieu. En fait, une société que Dieu referait ainsi sur les ruines de l’Eglise ne serait plus l’Êglise : l’Êglise indéfectible aurait péri. Nous pouvons donc, avec le P. de Groot, définir l'apostolicité comme la propriété grâce à laquelle, par la suc­ cession légitime, publique, ininterrompue des pasteurs depuis les apôtres, l’Eglise se continue dans l'identité de doctrine, de sacrements, de gouvernement. On voit maintenant la portée de ce mot par lequel, en commen­ çant, nous la désignions comme l'identité de l’Eglise à travers le temps. Tous les chrétiens, on peut le dire, sont d’accord sur cette définition, en tant qu'elle regarde l’identité de doc­ trine et de sacrements, quitte à se séparer quand il s'agit de savoir quelles doctrines en particulier, quels sacre­ ments sont d'origine apostolique et divine. L’accord est 1621 APOSTOLICITÉ 1622 moins complet sur l'identité de gouvernement. Il est, en des fidèles) et à ne lui donner pour caractères distin tifs effet, des hérétiques niant que Jésus-Christ eût établi à que la prédication du pur Évangile et la dispensation proprement parler un gouvernement, une hiérarchie. évangélique des sacrements. Confession d'ÂugsU.urg, C'est nier l’établissement par le Christ d'une vraie socié­ art. 7, dansKoethe,Die synibolischen Bûcher der évang·té, d’une Église. lisch-lutherischen Kirche, Leipzig, 1830, p. 18. Le mut Beaucoup de rationalistes, en notre siècle, sont allés lui-même ne se trouve ni dans la confession d’Augsboui .. plus loin. Ils ont soutenu que Jésus n’avait jamais eu ni dans les articles de Schmalkalde. ni dans les Caté­ l'intention de fonder une société proprement dite, n’avait chismes de Luther. Selon l'article 12 de Schmalkalde, pas institué de sacrements, n’avait même pas enseigné « les enfants mêmes de sept ans savent que... l'Eglise... une doctrine, si par doctrine on entend des vérités à ce sont les saints croyants, les brebis qui écoutent la voix croire; et ils se débarrassent comme ils peuvent des de leur pasteur; car ils disent dans leur prière : Je crois textes et des faits qui prouvent évidemment le contraire. une sainte Eglise chrétienne (ou du Christ). » Koethe, On montrera au mot Église combien leurs systèmes sont p. 236. C’est la formule du symbole luthérien, celle que arbitraires, et comment s’impose à l’historien et au phi­ donne et explique tant le Petit catéchisme de Luther, La losophe le fait que Jésus a fondé son Église sous forme foi, troisième article, Koethe, p. 259, que le Grand caté­ sociale, lui a confié une doctrine â garder età répandre, chisme, p. 322. Il faut remarquer d’ailleurs que le mot lui a donné la dispensation de sa grâce par les sacrements, chrétienne ne remplace pas, dans ces passages, le mot et a promis d’être avec elle jusqu’à la fin du monde, pour apostolique du symbole de Constantinople, mais le mot qu’elle pût continuer sur terre l’œuvre même du Christ. catholique du symbole des apôtres (car c’est le symbole La question de l’apostolicité ne suppose pas seulement des apôtres que Luther explique dans ses Catéchismes, que Jésus a bâti une Église et lui a confié une doctrine c’est lui que les enfants récitent dans leur prière). à transmettre, des grâces à distribuer. Elle suppose en­ Quoique devenu un des termes officiels par lesquels on désignait l'Église universelle, le mot apostolique core que la période des révélations divines adressées au genre humain est close avec les apôtres et que l’Église continuait de s’employer en parlant des églises particu­ n’aura qu'à transmettre la doctrine reçue; elle suppose lières, comme substantif, au sens d’évêque; comme ad­ que l'économie présente est définitive, et que la société jectif, au sens d’épiscopal. Toute cathédrale pouvait religieuse fondée par le Christ et les apôtres doit suffire s’appeler ecclesia apostolica, tout siège épiscopal apos­ à l’humanité; elle suppose enfin qu’il n’y aura plus, d'ici tolica sedes, tout évêque Apostolicus. Voir Du Cange, la fin, d’intervention officielle de Dieu dans l’histoire Glossarium, au mot Apostolicus, Paris, 1733, t. t, p. 567religieuse du genre humain. Ces choses se dégageront 569. L’idée était toujours la même, celle de succession assez dans le cours de cette étude, celles qui ne seront apostolique, de continuité avec les apôtres par les pas prouvées ici le seront ailleurs. évêques leurs successeurs. Cependant il y eut toujours une tendance à restreindre le mot soit au pape, soit n. histoire et usage du mot et de l’idée. — i. His­ toire du mot et de l’idée. — Le mot apostolique se aux églises fondées immédiatement par les apôtres. trouve, tant en latin qu’en grec, dés les tout premiers Déjà, Tertullien, dans un moment d’humeur, employait le mot apostolicus pour dire le pape. De pudicitia, 21, siècles pour désigner le temps des apôtres (ætas apostolica), les hommes qui avaient vécu avec les apôtres P. L., t. n, col. 1024. Saint Athanase, Hist, arian., c. xxxv, (homo apostolicus), la doctrine reçue des apôtres (tra­ P. G., t. xxv, col. 733, disait le siège apostolique pour ditio apostolica), les églises fondées par les apôtres ou se désigner le siège de Rome; dès les temps de saint Gré­ rattachant â ces églises mères. Voir Sophocles, cité à la goire le Grand, le titre d’apostolique était courant pour bibliographie. Mais on ne parle guère de (’Eglise apos­ désigner le pape, Vita Gregorii, 24, P. L., t. lxxv, col. tolique, l'idée même de l’Église étant beaucoup moins 54; le concile de Reims, en 1049, excommunia l'arche­ usuelle que celle des églises particulières, unies d’ail­ vêque de Saint-Jacques de Compostelle qui osait s'arro­ leurs entre elles par des liens multiples et ne faisant ger culmen apostolici nominis, Labbe, Concilia, Paris, qu'une seule Église sainte et catholique, corps mystique 1671, t. ix, col. 1041, et tout le monde sait que, durant du Christ, épouse immaculée du rédempteur. Cette le moyen âge, ce fut ainsi que l’on désigna ordinairement Église est du reste fondée sur les apôtres, comme les le pape. C’est encore en ce sens que nous prions dans églises particulières qui forment l’Eglise. les litanies pour le « Seigneur apostolique », Domnum Le symbole des apôtres ne contient pas le mot apos­ apostolicum, bien que le mot ait pu, à l’origine, signi­ fier aussi le « seigneur évêque ». tolique /c’est dans les professions de foi d’origine alexan­ drine qu'on le trouve d’abord. Denzinger, Enchiridion, On sait d'autre part que, depuis les premiers siècles jusqu’au moyen âge, il y eut divers hérétiques prenant n. 10. Le symbole de Nicée s’arrête au Saint-Esprit, et ne dit rien de l’Église, mais, dans l’anathème, il est fait le nom d’apostoliques, pour une raison ou pour une mention de l’Eglise catholique et apostolique : « Ceux I autre. Voir Apostoliques, hérétiques, col. 1631. qui disent : il y eut un temps où il n’était pas... ceux-là 2. Usage théologique de l’idée. — Dès les premiers siècles, la notion d’apostolicité fut en grand usage, soit l’Eglise catholique et apostolique leur dit anathème. » Denzinger, op. cil., n. 18. L’Église est également dési­ dans l’exposition, soit dans la controverse. Clément. Ignace, Polycarpe, l’épître à Diognète, le Pasteur d'Hergnée comme « catholique et apostolique » dans le décret mas redisent unanimement que l’Église est fondée sur les du même concile sur le baptême des hérétiques. Den­ apôtres, que sa doctrine est celle des apôtres et qu'on zinger, op. cit., n. 19. Enfin le symbole de Constantinople n’en doit point recevoir d’autre; que les évêques sont reçoit le mot: Πιστεύομε?... εις μίαν άγίαν, και άποστολιχήν καθολικήν έκκλησίαν. « Nous croyons à une Église les successeurs des apôtres et qu’il faut leur rester uni pour être uni au Christ. Voir, pour les textes, les tables unique, sainte, et apostolique catholique. » Denzinger, de Funk, Patrum apostolicorum Opera, t. I, Leipzig. op.cit., n. 47. On voit que, dans le texte de Denzinger, 1887, aux mots : απόστολος, έκκλησία, επίσκοπος. Irénée l'arrangement des mots diffère un peu de celui qu'a sanc­ et Tertullien lui donnent son plein développement et en tionné le texte latin liturgique : et unam, sanctam, ca­ font un merveilleux usage dans leur lutte contre les tholicam et apostolicam Ecclesiam. Ailleurs, chez Routh, gnostiques. Ils ne cessent de répéter que la vraie doc­ par exemple, les quatre adjectifs se suivent dans l’ordre trine est celle que Jésus a confiée à ses apôtres et les du latin, sans virgule ni καί. Les luthériens, les angli­ apôtres aux évêques; si l’on veut avoir la vérité, il faut cans. toutes les sectes protestantes qui ont gardé le sym­ donc la chercher dans les églises fondées par les apôtres, bole de Constantinople, reçoivent par là même Vapostoou parmi les filles de ces églises mères, la chercher hcitê. Cependant la nolion tend chez eux à s’effacer pour notamment dans l’Église romaine, centre d'unité entre ne voir dans l'Église que la communauté des saints (ou 1623 APOSTOLICITÉ toutes les églises. Voir à la bibliographie Irénée et Tertullien. Ce qui préoccupe Irénée et Tertullien, c’est surtout la doctrine et c'est surtout le fait de la tradition apostolique, conservant et transmettant cette doctrine. Mais la doctrine ne va pas sans l'organisme épiscopal chargé de la transmettre, et la question de fait emporte une question de droit; eux-mêmes nous le font suffi­ samment entendre en nous disant la nécessité de rece­ voir par les églises organisées le flambeau vivant de la foi (traducem fidei' et en rappelant que dans l’Eglise, riche dépôt de la tradition, est le Saint-Esprit qui em­ pêche l'erreur; et, par conséquent, le privilège divin de la vérité (charisma veritatis certum). Saint Cyprien devait insister davantage sur l’unité du corpsapostolique, pour faire vivement ressortir la nature antichrétienne du schisme et de l’hérésie. Voir à la bibliographie. Dès le ni' siècle, la doctrine de l’apostolicité était donc déve­ loppée dans ses traits principaux. Augustin eut mainte occasion d’en faire usage, et il n'y manqua pas. il est vrai qu’il n’accole pas encore les termes d'apostolique et d'Église (universelle); mais il parle sans cesse de doctrine apostolique, de succession apostolique, de tradition apostolique, d’églises aposto­ liques, et l’apostolicité tient une grande place dans son enseignement, comme étant une propriété essentielle de la véritable Église et comme une marque distinc­ tive en face des communautés hérétiques. L’apostolicité, d'autre part, se concrétise chez lui dans les églises apos­ toliques, fondées par les apôtres; et il nomme surtout celle de Jérusalem et celle de Borne; toute sa doctrine d'ailleurs suppose, évidemment, que l'origine aposto­ lique n’est rien si la succession n’est légitime. Voir Specht, cité à la bibliographie. Saint Thomas ne traite nulle part explicitement de l’apostolicité de l’Église, et il est curieux que, dans l’opuscule In symbolum (rédigé peut-être par un dis­ ciple, mais sur les leçons du maître), la propriété d’apostolicité soit remplacée par la stabilité inébranlable. Cela donne une belle idée, mais moins précise et moins pleine que l'aposlolicité. Une autre fois, il pose la ques­ tion d'une autre façon : L’Église de nos temps estelle la même que celle des apôtres? et il la résout en trois lignes. Voir à la bibliographie. Bellarmin non plus, dans ses Controverses, ne donne à l’apostolicité toute l'importance qu'on attendrait, ou plutôt il décompose, pour ainsi dire, la notion en ses divers éléments : anti­ quité, durée, succession apostolique, unité de doctrine avec l’ancienne Église, union des membres entre eux et avec le chef. Voir à la bibliographie. , Saint François de Sales fait de même, dans ses Con­ troverses. Il est vrai qu'il annonce un chapitre directe­ ment intitulé Apostolicité, mais ce chapitre n'a pas été écrit. Voir à la bibliographie. Dès le xvii’ siècle, les théologiens et les controversistes se servaient expressément de rapostolicilé, comme d'une arme puissante contre l’hérésie; depuis, ils n’ont pas cessé de la manier. Mais nul, peut-être, n'a su en tirer parti aussi bien que Bossuet et Newman. En somme, la notion d’apostolicité a toujours été de pair avec la notion d'Église. Plusieurs fois même des hérétiques en abusèrent pour essayer de se soulever contre l’Église, sous prétexte de la ramener à sa pureté primitive. Voir Apostoliques, hérétiques. Ce fut aussi la prétention de la Réforme ; ce qui amena les controver­ sial.?» catholiques à mettre en un plus vigoureux relief non seulement l’identité historique et doctrinale de l'Eglise actuelle avec l’Eglise des premiers siècles, des ap- tres. du Christ, mais aussi l’indéfectibilité promise par le Christ à son Épouse. Cependant une difficulté restait, celle des différences manifestes entre l’Église au berceau et l’Église adulte. J··;.! saint Thomas y répondait en quelques lignes pro­ fou»?. distinguant ce qui est substantiel et divin (foi. 162-4 sacrements, gouvernement) de ce qui est développement historique. Quodl.,xn, a. 19. Cependant on se préoccu­ pait plutôt de montrer qu'il n’y avait pas corruption, que d'étudier les conditions de développement légitime. Newman, que cette difficulté avait tourmenté plus que personne, en esquissa une solution positive dans son bel Essai sur le développement de la doclrinechrétienne, trad, franç., Paris, 18i8, et la solution répondait aux at­ taques contradictoires du rationalisme qui tantôt re­ proche à l’Église d'étre immobile et momifiée, tantôt se prend aux manifestations les plus éclatantes de sa vie intellectuelle ou morale pour crier qu’elle change et qu’elle n'est plus elle-même. Enfin le sens historique, plus développé en notre siècle, a mieux fait saisir ce qu’il y a d’unique et de divin dans cette admirable identité de l’Église avec ellemême à travers les temps et les lieux, dans cette résis­ tance à toutes les causes de ruine, dans cette survivance à toutes les révolutions, dans cette vie toujours la même et toujours adaptée aux besoins des temps et des lieux, dans cette fécondité que rien n'épuise. Bossuet et Joseph de Maistre avaient attiré l’attention sur ce point que des incroyants, comme Macaulay, ont eux-mêmes si­ gnalé avec tant d’admiration, et ils avaient montré que le doigt de Dieu était là. Lacordaire devait développer cela à Notre-Dame, le concile du Vatican a sanctionné le pro­ cédé. De nos jours, tous les théologiens traitent de l'apostolicité soit comme propriété essentielle de l’Église, soit comme note distinctive. Pour ce dernier point, cepen­ dant, comme pour toute la question des notes, il y a entre eux une différence de procédé. La plupart en traitent indépendamment de la primauté papale, et s’ils y font une part spéciale au siège de Rome, c'est comme siège évidemment apostolique, ou comme siège dont la communion a été regardée dès les tout premiers siècles comme un signe et une garantie d'union avec l’Église apostolique. Quelques-uns, comme l’abbé Didiot, mettent en ligne de compte la primauté papale. C'est très juste en fait, puisque l’Église apostolique est fondée sur Pierre; c’est memo facile à prouver, les textes évangéliques étant sur ce point parfaitement clairs. Mais procéder ainsi, c'est supprimer, en fait, l’argument des notes; c'est renoncer à l’usage traditionnel de montrer l’Église romaine comme la véritable Eglise, par les notes essen­ tielles, sans passer par la primauté. II. Démonstration théologique. — Après les explica­ tions qui précèdent, la démonstration théologique sera facile à saisir. On peut la ramener à deux points : i. Principe de l’apostolicité. n. Application du principe. I. PRINCIPE DE L’APOSTOLICITÉ : LA VRAIE ÉGLISE EST — Tout se résume en deux propositions : 1° L’apostolicité est une propriété essentielle de l’Église ; et. par cette apostolicité essentielle à l’Eglise, il faut en­ tendre : origine apostolique, doctrine apostolique, suc­ cession apostolique. 2° L’apostolicité, regardée dans la succession des pas­ teurs légitimes, est une marque distinctive de la véri­ table Eglise, et elle emporte, avec l'origine apostolique, l’apostolicité de doctrine. J. L’apostolicité, propriété essentielle de l’Eglise. — Jésus a fondé une Église, et il l'a fondée sur les apôtres. Les mêmes textes prouvent l'un et l’autre. Pierre et les apôtres auront tout pouvoir de lier et délier. Pierre et les apôtres devront paître le troupeau unique ou le Christ veut assembler toutes ses brebis. Voir Apôtres. Il les envoie comme son Père l'a envoyé, il leur donne mission de continuer en son nom l’œuvre qu'il est venu faire, de bâtir l'édifice dont il a tracé le plan et jeté les assises. Qu'ils enseignent ce qu’il leur a lui-même appris et que son Esprit leur fera entendre : qui ne les croira pas ne sera pas sauvé, qui ne leur obéira pas sera rejeté de la société. Qu'ils baptisent, qu'ils remettent les péchés, apostolique. 1625 APOSTOLICITÉ qu'ils renouvellent le rit divin de l’eucharistie; bref, qu'ils soient, en même temps que les prédicateurs de la parole, les dispensateurs des sacrements. Qu’ils gouver­ nent enfin cette Église, qu’ils doivent réunir par leur parole et sanctifier par les sacrements. Jésus est avec eux jusqu'à la lin des siècles, son Esprit les assistera, et jamais l'enfer ne prévaudra contre le royaume du Christ. Les Actes et les Epîtres nous montrent les apôtres à l’œuvre; la société qu’ils fondent a une doctrine, des moyens déterminés de sanctification, une constitution et une autorité. Déjà aussi nous les voyons créant des évêques, se choisissant des successeurs pour la même œuvre d’enseignement, de sanctification, de gouverne­ ment. Les écrits des Pères apostoliques montrent en acte ce que les apôtres ont fait, et ils donnent, en même temps que l'enseignement apostolique, la théorie de l’apostolicilé. Il est donc acquis que les apôtres sont les chefs de l'Église et que les évêques établis par eux doivent leur succéder avec le même pouvoir; qu’ils prêchent, non pas leurs idées à eux, mais ce qu’ils ont appris du Christ et du Saint-Esprit, et que leurs succes­ seurs doivent enseigner et transmettre fidèlement la doctrine reçue, rien de plus, rien de moins. S'il doit y avoir quelques différences entre les apôtres comme tels et les évêques leurs successeurs, elles portent sur des privilèges spéciaux (voir Apôtres), non sur les points que nous venons d'indiquer. 2. L’apostolicité, marque distinctive de la véritable Église du Christ. — Il s'agit ici de la succession des pasteurs ou de l’identité de gouvernement. L'identité de doctrine ne serait pas à elle seule une marque suffisante et exclusive. Si une société enseigne une doctrine con­ traire à celle du Christ et des apôtres, elle est jugée. Mais de ce que la doctrine serait ou semblerait ètre vraiment apostolique, on ne peut rien conclure. Il en est autrement pour la succession légitime des pasteurs. Avec elle il y a continuité, sans elle, non; avec elle, d’ailleurs,on est sûr, sans autre examen, de la véritable doctrine, car c'est au corps des pasteurs qu’a été confié le dépôt et qu'a été promis le Saint-Esprit pour le gar­ der et le transmettre. On sait les beaux textes d Irénée et de Terlullien sur ce sujet. Ils ne font que résumer et formuler l'enseignement du Christ et des apôtres. Sans cette succession légitime, pas de mission pour enseigner; pas d'autorité par conséquent; à plus forte raison, pas de garantie divine. Il faut voir avec quel mépris les saints Pères, saint Cyprien notamment, traitent ces hérétiques et ces schismatiques ayant pour toute mission celle qu'ils se sont donnée. C'est ce qui explique les angoisses de Luther pour se trouver une mission ; ce qui explique les efforts désespérés des anglicans pour soutenir la vali­ dité de leurs ordinations, condition nécessaire, quoique non suffisante, de la succession légitime, et pour soutenir tant bien que mal la continuité malgré le schisme. C'est, en effet, une chose évidente : l’Église étant un corps social hiérarchique, il faut appartenir à ce corps social pouravoir part à l'autorité de sa hiérarchie. Sans succession apostolique, la hiérarchie n’est plus celle que le Christa instituée : c’est une œuvre humaine; et quand même les sacrements y resteraient, l'autorité n'y serait pas; car le pouvoir d'ordre n’emporte pas de soi le pou­ voir de juridiction : celui-ci est attaché à la mission, a la succession légitime. Il ne suffit pas de se réclamer du Christ, ni même d’avoir les sacrements. On est des siens, on est de son église (je parle au for extérieur) quand on obéit aux pasteurs établis par lui, envoyés par lui. C’est donc pour une Église une question capitale que • ••Ile de la succession légitime. Voyons où se trouve cette succession. II. APPLICATION DU PRINCIPE : QUELLE EST VRAIMENT L'ÉGLISE APOSTOLIQUE? 11 y a deux manières de procéder. On peut résoudre 1626 la question grosso modo,pour ainsi dire,sans subtiliser, par une vue d'ensemble sur les différents groupes chrétiens, qui se réclament du Christ, et on peut la ré­ soudre avec une précision plus scientifique. i. Solution par l'observation concrète. — La société fondée par Jésus doit être quelque part dans le monde, puisque Jésus lui a promis la durée; elle doit être vi­ vante et visible, réclamant pour elle ces prérogatives que lui promet l’Évangile, se montrant comme la conti­ nuatrice du passé, capable de donner ses titres et de légi­ timer ses prétentions. Ce ne peut être évidemment que l’Église latine, ou l'Eglise grecque ou le protestantisme, de quelque nom qu'on le nomme, ou l’anglicanisme, ou le groupement de tous ceux qui a quelque titre, se réclament du Sauveur Jésus. Ce ne peut être le groupement de toutes ces sectes, dont les doctrines s'opposent, et qui s'anathéinatisent : il est trop évident qu elles ne font pas une société, non plus que la France et l’Allemagne ne font un État. 11 faut renoncer à l'idée d’une Église visible ou renoncer à l'idée d’une Église ainsi séparée en tronçons. Reste donc à chercher quelle est, parmi les sectes chrétiennes, celle qui continue les apôtres, celle qui est leur légitime héri­ tière. Serait-ce l’Église grecque ou l’Église russe? Qui Je croira? Il n’y a même pas une ÉJglise grecque; et, quant à l’Église russe comme telle, c’est une institution d’Etat. Serait-ce le protestantisme? Mais il ne forme pas une église. Serait-ce l'anglicanisme? Trop de signes évidents y montrent le schisme : il a sa date, et la main des hommes y a marqué son empreinte. Rome s’impose. Ainsi à peu près raisonnait Newman, et c’est ce qui le fit catholique. « Les écrits des Pères... ont été la seule et unique cause intellectuelle de sa rupture avec la religion de sa naissance et de sa soumission à l'Église catholique... Si on lui demande pourquoi il s’est fait catholique, il ne peut donner que cette réponse, celle que son expérience intime,que sa conscience des choses lui présente comme la seule vraie : il est venu à l'Église catholique simplement parce qu’il la tenait, et elle seule, pour l'Église des Pères; — parce qu'il tenait qu’il y avait une Église sur terre jusqu'à la fin du monde, et une seulement; et parce que si ce n’était pas la com­ munion de Rome, et elle seule, il n’y en avait pas du tout; parce que, pour employer un langage d'une ré­ serve voulue, parce que c’était le langage de la contro­ verse, « tous les partis seront d’accord que, de tous « les systèmes existants, la communion actuelle de « Rome est en fait l’image la plus rapprochée de l’Église « des Pères, quitte à croire, si l'on veut, qu'on peut en « être plus près encore sur le papier; » — parce que, « si saint Athanase ou saint Ambroise revenaient sou« dain à la vie, nul doute possible sur la communion « qu’ils prendraient, » entendez, « qu'ils reconnaîtrai-nt « pour la leur; » — parce que « tous accorderont que ces « Pères, malgré toutes les diüërences d'opinion, et. si « vous voulez, toutes les protestations, se trouveraient « plus chez eux avec des hommes comme saint Bernard « ou saint Ignace de Loyola, ou avec le prêtre solitaire « dans sa demeure, ou avec les saintes sœurs de charité, « ou avec la foule illettrée devant les autels, qu'avec les « chefs ou les membres de toute autre communauté re« ligieuse ». Voilà le grand fait, évident, historique, qui m'a converti — vers lequel ont convergé toutes mes recherches particulières. Le christianisme n'est pas af­ faire d’opinion, c’est un fait extérieur, qui pénètre l'his­ toire du monde, qui s’y réalise, qui en est inséparable. Il couvre matériellement le monde; c'est un fait ou une chose continue, la même d'un bout à l’autre, distincte de tout le reste ; être chrétien, c’est être de ce système, c'est s’y soumettre; et toute la question était ou est, quelle est à présent cette chose qui au premier si· · le était l'Église catholique? La réponse s’imposait, l'Eglise 4627 APOSTOLICITÉ maintenant appelée catholique est cette chose-là même pour la descendance héréditaire, pour l'organisation, pour les principes, pour la position, pour les rela­ tions intérieures, que l’on appelait alors l’Église catho­ lique; nom et chose ont toujours marché ensemble, dans une union et une suite non interrompues, depuis lors jusqu'à présent. Avait-elle été corrompue dans son enseignement, c’était, tout au plus, affaire d’opinion. C'était un fait, qu’elle occupait le terrain et se trouvait à la place de l’ancienne Église, comme son héritière et sa représentante, fait infiniment plus évident que l'hypo­ thèse voyant dans certaines particularités de son ensei­ gnement de nielles innovations et de vraies corruptions. Dites qu'il n'y a pas d’Église, si vous voulez, et au moins je vous comprendrai; mais ne touchez pas à un fait attesté par l'humanité. » Anglican difficulties, 4“ édit., Londres, p. 320; en français. Conférences précitées à l’Oratoire de Londres, Paris, 1851, t. i, p. 156 (traduc­ tion souvent inexacte; je suis responsable de celle qu'on vient de lire; les citations du texte sont empruntées par Newman à son Essai sur le développement). ■2. Solution plus précise. — Les théologiens procèdent â peu près comme Newman ; mais ils précisent sur quelques points et font valoir des considérations spé­ ciales, que d'ailleurs Newman lui-même n’a pas né­ gligées. On peut mettre en relief soit l'unité sociale, soit la continuité. a) Solution par l’unité sociale. — L’Église apostolique est une imité sociale. Elle suppose donc une seule auto­ rité suprême, quelle que soit d'ailleurs cette autorité, monarchique ou aristocratique ; il n’y a pas une société, là où il y a deux gouvernements suprêmes. Or les églises orientales ne forment pas, en fait, une unité sociale et n'ont pas un seul gouvernement suprême : où est le lien de dépendance réelle entre l’église de Constantinople et celle de Moscou, ou même celle de Bulgarie ou celle d’Athènes? Le patriarche de Constantinople ne prétend pas lui-même tenir de Dieu une autorité réelle sur toutes les églises autonomes et autocéphales d'Orient; s’il le prétendait, s’il se croyait jamais pape, la réalité le détromperait vite. Reste le recours au concile œcu­ ménique. Mais le concile œcuménique ne devrait-il pas comprendre aussi les latins? Et même si l’on se passe des latins, qui croira possible un concile des évêques grecs, russes, bulgares, etc., j'entends un concile qui put imposer ses décrets et exiger l’obéissance? L'Eglise apostolique n’est pas, ou elle est ailleurs que chez les grecs. Serait-elle chez les anglicans? Le primat d’Angle­ terre ne s’est jamais regardé comme le pape de toute l’Église, ni le synode pan-anglican comme un concile œcuménique. 11 leur reste la théorie de l'église ramifiée (branch theory). Mais qui ne le sait? Voir une seule Église dans les Églises romaine, russe, anglicane, c’est renoncera l’Église visible; revendiquer la continuation avec Rome, malgré le schisme, revient à dire, comme le faisait remarquer Joseph de Maistre, quelques années après la guerre de l'indépendance, que les États-Unis continuent de ne faire qu’un avec l’Angleterre. L’Église apostolique n'est pas, ou elle est ailleurs que chez les anglicans. — La conclusion s’impose sans recourir à la nullité des ordinations anglicanes, sans invoquer le fait palpable que l’église anglicane est une institution d’État, et n'est une église — comme disait Newman — qu’en théorie et sur le papier. On peut raisonner de même à fêgard des sectes protestantes. « Le christianisme de i histoire, disait Newman, n’est pas le protestantisme. S il y eut jamais une vérité assurée, c'est celle-là. » Essay, déjà cité. Introduction, n. 75, p. 7. ' Solution par la continuité. — Veut-on prendre la question d’un autre biais? Étudions la continuité, et la mission légitime. L’Église apostolique a dù venir des apôtres jusqu’à 1628 nous par une série continue de pasteurs légitimes re­ cevant leur pouvoir par mission de l'autorité légitime. Où est la continuité des églises orientales? Un temps fut où elles ne faisaient qu’un avec les églises d'Occident, avec l’Église de Rome. Un jour vint où l'unité fut rompue : il y eut schisme. L’Église du Christ périt-elle ce jour-là? Et si elle continua, où continua-t-elle? A la fois chez les grecs et les latins? Impossible : le Christ n’a pas fondé deux églises, mais une. Sont-ce donc les grecs qui sont schismatiques, ou sont-ce les latins? Avoir posé la question, c’est l’avoir résolue. Mais alors de qui les patriarches grecs tiennent-ils leur mission comme chefs d’églises séparées, d’églises autonomes et autocéphales? Le même raisonnement s’applique à l’église angli­ cane, et il serait plaisant — si la question n'était si grave — de voir les efforts des anglicans pour se faire une continuité malgré tout, pour jeter un pont sur le schisme et se rattacher aux apôtres, fût-ce en donnant la main à ces évêques bretons qui vinrent en Angleterre avant les barbares et saint Augustin, comme si ceux-là aussi n’avaient pas reçu leur mission de Rome, et comme si leur schisme momentané, suite de l'igno­ rance encore plus que de l'entêtement, excusait le schisme des courtisans de Henri VIII ou d'Élisabeth! Il s'applique aux sectes protestantes, et les efforts également désespérés de Luther et de Calvin pour se donner une mission ou pour en nier la nécessité, pour se rattacher aux apôtres par les hérétiques ou pour se réclamer directement du Christ, ces efforts montrent que les chefs de la Réforme voyaient la solution de con­ tinuité, et ne sauvegardaient pas l'apostolicité de l’Église. Tant que le mot de schisme et celui d'apostasie répon­ dront à des réalités, les sectes séparées de Rome ne sau­ ront faire partie de l’Église apostolique. , Ces raisonnements ne supposent pas la primauté du pape, laquelle cependant apparaît si lumineuse dans l’Evangile et dans l’histoire, expliquant tout et sans la­ quelle rien ne s’explique. Ils ne s'appuient même pas directement sur un fait, manifeste pourtant dès les pre­ miers siècles, et qui jette lui aussi un jour nouveau sur notre thèse. La communion avec l’Église romaine était regardée par tous comme une condition suffisante et nécessaire d'orthodoxie et d'unité ; signe manifeste que l’apostolicité des églises dépendait de leur union avec le siège apostolique. Pas n’est besoin après cela de s’arrêter à prouver que l’Église romaine est bien l’Église apostolique. Dès les premiers siècles, amis el ennemis lui en donnaient le nom, et la félicitaient de sa glorieuse prérogative. Les textes d’Irénée, de Tertullien, de saint Cyprien sont connus de tous, et vite il fut visible que l’apostolicité de l’Église s'incarnait pour ainsi dire en elle. La démons­ tration fut plus palpable encore quand toutes les églises fondées par les apôtres périrent ou s’éclipsèrent. Quant à elle, sa continuité est manifeste : la suite de ses pon­ tifes est connue; sa doctrine a toujours été la même. Les différences qu’on peut remarquer à dix-huit siècles d'intervalle ne font que mieux éclater la vie et l'activité de ce puissant organisme : elles sont l’aboutissement normal du développement que Jésus avait promis au grain de senevé devenant un grand arbre. Bossuet a résumé la question en un langage qui n’est qu’à lui. « Quelle consolation aux enfants de Dieu ! Mais quelle conviction de la vérité, quand ils voient que d Innocent XI, qui remplit aujourd'hui si dignement le premier siège de l’Église, on remonte sans interruption jusqu’à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des apôtres!... Ainsi la société que Jésus-Christ a fondée sur la pierre et où saint Pierre et ses successeurs doivent présider par ses ordres, se justifie elle-même par sa propre suite, et porte, dans son éternelle durée, le ca­ ractère de la main de Dieu. ■1629 APOSTOLICITÉ < C'est aussi cette succession que nulle hérésie, nulle secte, nulle autre société que la seule Eglise de Dieu n'a pu se donner. Ici tombent aux pieds de l’Eglise toutes les sociétés et toutes les sectes que les hommes ont établies an dedans ou au dehors du christianisme... Il y a toujours un fait malheureux pour eux (les héré­ siarques) que jamais ils n'ont pu couvrir, c’est celui de leur nouveauté. Il paraîtra toujours, aux yeux de tout l'univers, qu’eux et la secte qu'ils ont établie se sera détachée de ce grand corps et de cette Église ancienne que Jésus-Christ a fondée, où saint Pierre et ses succes­ seurs tenaient la première place, dans laquelle toutes les sectes les ont trouvés établis. Le moment de la sépa­ ration sera toujours si constant, que les hérétiques euxmêmes no le pourront désavouer, et qu’ils n'oseront pas seulement tenter de se faire venir de la source par une suite qu'on n’ait jamais vue s’interrompre. [Depuis Bos­ suet. quelques-uns l'ont essayé, mais sans succès; si avant lui quelques efforts avaient été faits dans le même sens, ils ôtaient négligeables.] C’est le faible inévitable de toutes les sectes que les hommes ont établies. « Ainsi, outre l'avantage qu’a l’Êglise de Jésus-Christ, d’être seule fondée sur des faits miraculeux et divins... voici, en faveur de ceux qui n’ont pas vécu dans ces temps, un miracle toujours subsistant, qui confirme la vérité de tous les autres : c’est la suite de la religion toujours victorieuse des erreurs qui ont tâché de la dé­ truire. » Discours sur l’histoire universelle, 11° part., c. XXXI. Concluons en deux mots. L’Écriture et les Pères nous disent que la vraie Église doit être apostolique. L’histoire nous montre que l’Êglise romaine est, et est seule, apostolique. I. PRINCIPAUX TEXTES DE L'ÉCRITURE AYANT TRAIT A I.'APOS- tolicité de l'église. — Matth., x, 1-4; iv, 19 (et passages paral­ lèles); XVI, 18-19; XVIII, 17-18; xxvm, 18-20; — Marc., xvi, 15,16; — Luc., xxn, 19, et parallèles; — Joa., X, 16; XI, 52; xrv, 16-17; XV, 26-27; xvi, 33; xvii, passim, surtout 17-22; xx, 21-23; xxt, 15-17; —Act., t,8;It,42; rv, 35-37; vi, 2-6; IX, 15; xnt, 2-3; xv, 4-5, 23-31; xx. 17, 28; — Rom.. I, 5; x, 14-18; I Cor., iv, 1; v, 3-5,12; xn, 28; Il Cor., v, 20; Gal., 1,1, 8-19; n, 6-9; Eph., n, 20; iv,4,11-16; I Tim.,m; VI, 20-21; II Tim., ni, 14; Tit, i, 5-7: — Apoc., n, in; xxi, 14. II.Textes des saints Pères. — Pour les Pères apostoliques, voir Funk, Opera Patrum apostolicorum, t. i. Tubingue, 1881, tables aux mots ’Απόστολος, Άποστολιχός, ’Εκκλησία. Pour saint Irénée, voir notamment 1. ΠΙ, i-iv, c. xxiv ; 1. IV, c. xxiv, n. 2; 1. V, c. XX. Cf. Massuetii dissert., Ill, a. 3,4, P. G., t. vu,col. 259 sq. Pour Tertullien, De præscriptionibus, passim, notam­ ment c. xx-xxu; xxix-xxxn. Cf. Hurter, Patrum opuscula selecta, Inspruck, 1870, t. xi, præf.,§ 7, p. 19-41. Pour saint Cyprien. De unitate Ecclesiæ, surtout c. ιν-χιιι, P. L., t. iv, coi. 498 sq.; Epist.. xxvit (Hartel xxxm), n. 1, P. L., t. iv, coi. 298; Epist., lxix (Hartel lxvi). n. 8-10, P. L., L iv, coi. 418-420; Epist., lxxvi (Hartel lxix), n. 2-7, P. L., L 1Π, coi. 1139 sq.; Epist.. lii (Hartel lv), n. 1, 8, P. L., t. ut, coi. 763. 773; Epist., lv (Hartel Lvm), passim et notamment, n. 14, P. L., t. in, coi. 818; Epist., lxxiii (Hartel Lxxm), n. 7, P. L., t. m, coi. 1114. Voir encore les tables de Hartel ou de Migne (L iv) aux mots Apostoli, Ecclesia. Episcopus; et la dissertation de dom Maran, P. L., t. IV, col. 15 sq.; et. t. HL col. vm sq. Pour saint Augus­ tin, cf. Specbt, ci-dessous. Les traités de l'Église groupent beau­ coup de ces textes; voir notamment Segna, ci-dessous. III. Auteurs divers. — Tous les traités théologiques de l'Église touchent, sous une forme ou sous une autre, la question de l'apostolicité. Plusieurs auteurs comme Franzelin, Batiffol, Segna, sans parler expressément de l'apostolicité (comme telle), donnent l'ensemble des textes et des notions d oit se dégage i ap stolicité. Dans la liste alphabétique qui suit, seront indiqués juelques-uns de ces traités théologiques De Ecclesia (en général ceux qui offrent quelque particularité sur le sujet qui nous oc­ cupe); mais mention est faite surtout des travaux qui seraient ou moins connus, ou plus spéciaux, ou moins désignés par leur nature et leur titre même : J.-V. Bainvel, divers articles sur l'idée de l’Êglise et son évolu­ tion. où la question de l'apostolicité revient souvent, par exemple : Etudes, janvier 1897, débuts (l'Église primitive) et passim; Science Mtholique, mai 1899, t. xiu, p. 485 sq.; L'Église dans les évé- 1630 ques et dans le pape, suivant Hugues d’Amiens, juin. p. 57-. Les évêques et le pape, d’après Innocent III, p. 588; L'Égiise r maine et l'Église universelle, d’après le même, octobre In.", p. 978 sq., et 985, L’apostolicité d'après saint Thomas ; — Baîiff. 7. L'Église naissante, dans la Revue biblique, 4894, t. m, p. 503 sq. : 1896, t. iv, p. 137 sq., 493 sq. ; — Bellarmin, Controversia ir* de Ecclesia, 1. IV, c. v, vî, νιιι,.ιχ, x, Naples, 1856. t. n (mar­ qué à tort L I), p. 110 sq. ; — Bergier, Dictionnaire de théologie, art. Apostolique, Paris, 1835, t. i, p. 181,182; cf. ibid., note 8, p. xix ; et articles Succession, Mission, Schisme, — L. Billot, Trac­ tatus de Ecclesia Christi, Rome, 1898,1.1, I* pars, q. vî, p. 243 sq. ; — Bossuet, Histoire des variations, 1. XI, XV, n. 3, 44 sq., 81 sq., 94 sq., 120 sq., 152 sq., 174 sq. et passim; Œuvres, Versailles, 1816, t. xx ; surtout les deux Instructions pastorales sur les promesses de l'Église, et pièces annexes, t. xxn; Discours sur l'histoire universelle, IP part. c. xxxi; — R. de la Broise, De Ecclesia Christi (cours autographié), Paris, 1899-1900, p. 78-88 : — J. Didiot, dans le Dictionnaire apologétiquedeJaugey, 2· édit., Paris, 1891, col. 1024-1034; Logique surnaturelle objective. Pa­ ris, 1892, théorème 87, n. 817 sq. ;— Dollinger, La réforme, trad, franç., Paris, 1850, t. ni, p. 190 sq.; — Du (lange, Glossarium, au mot Aposlolicus, Paris, 1733, t I, p. 567-569; — S. François de Sales, Les controverses ; la note d’Apostoiicité est indiquée comme quatrième « marque d de l’Église, Γ· part., c. ni, art. 21 : mais le manuscrit ne donne rien, Œuvres, éditées par dom Macquey, Annecy, 1892, t. i, p. 140; l’équivalent se trouve, Γ* part., c. i, De la mission, p. 21 sq. ; c. n, Erreurs... sur la nature de l’Église. p. 40 sq.; c. m, les marques de l’Église, art. 13 et 14, p. 123 sq. ; — Franzelin, De traditione et Scriptura, 2* édit., Rome, 1874 ; De Ecclesia, Rome, 1887, fournit beaucoup de notions et de documents utiles, passim; — Freppel, Saint Irénée, leçons 19· et 20·, 3· édit., Paris, 1886; Tertullien, leçons 28* et 29*. *3* édit., Paris, 1887 ; — P. Gallwey, Apostolic succession, 2* édit., Londres. 1889 (insiste, avec plus d’apparence peut-être çà et là que de so­ lide raison, sur le fait que l’Eglise doit avoir des prérogatives apos­ toliques, et ne les a que dans et par le pape) ; — J. V. de Groot, O. P., Summa apologetica de Ecclesia catholica, Ratisbonnp, 1890, t. I, q. v, a. 5, p. 155; q. vu, a. 1, 2, 5, p. 187; — Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3· édit., Fribourgen-Brisgau et Leipzig, 1894; voir la table, t. ni, aux mots Aposto-> lische Succession, Apostel, Kirche et Kirchenbegriff (vues du rationalisme dit historique sur la naissance de l’Église et sur l’origine de nos théories de l'Église; le Précis de Harnack a été traduit par E. Choisy, Précis de l'histoire des dogmes, Paris, 1893, voir la table aux mots Apôtres, apostolique. Église, Kerygma);— Fr. Aug. Koethe, Concordia, Die symbolischen Bû­ cher der evangelisch-lutherischen Kirche, Leipzig, 1830; — car­ dinal de la Luzerne, Instruction pastorale sur le schisme de France, Langres, 1805, surtout n. 17 sq., 1.1, p. 45 sq. : Disser­ tations sur les Églises catholiques et protestantes, Paris, 1816, t. π, c. vu, p. 51-70 (savant et bien mené); — Macaîre, Introduc­ tion à la théologie orthodoxe, traduite par un Russe, Paris, 1857, part. Il, sect, m, cf. n. 3, § 143-144, p. 566 sq., cf. sect, n, § 119 sq., p. 504 sq. (vues d’un évêque russe sur l’apostolicité et reproches ordinaires des grecs sur les innovations de l’Église ro­ maine); — J. de Maistre, Du pape, passim, notamment, 1. IV, c. v et vî ; Lettre à une dame russe, sur la nature et les effets du schisme, et sur l'unité catholique, dans Migne, Theologize cur­ sus, t. v, col. 1194-1206 ; — Milner, Fin de la controverse reli­ gieuse, lettres 31-33 ; trad, franç., dans Migne, Démonstrations évangéliques, L xvn, col. 777-810; — Th. Moore, V d’un gentilhomme irlandais à la recherche d'une religion. passim, notamment c. xxi, xxvn, xxix, xxxiv, xi.ix (montre vivement l’identité du catholicisme avec le christianisme des premiers siècles, et la nouveauté du protestantisme ou de l’anglicanisme), trad, franç. dans Aligne, Démonstrations évangéliques, L xiv ; — Newman, Lectures on the difficulties o/ anglicans, 4* édit., Londres, trad, franç., par J. Gondon, Confèrences précitées à TOratoire de Londres, 5* conférence, Paris, 1851, t. I, p. 153 sq. ; An essay on the development of Christian doctrine, 9“ édit., Londres, 1894; trad, franç. par l'abbé Gondon, Paris, 1848; — Palmieri, De romano pontifice, prolegomenon, § XXVI, Rome. 1877, p. 215 sq., il y a une seconde édition (1891); — abbé Perreyve, Entretiens sur l'Église, Paris, 1865, t. I, passim, notam­ ment c. n, § 2-7; c. in, § 1-8; — Perrone, Praelectiones theolo­ giae, De Ecclesia, c. in, propos. 1 et 2, n. 167 sq., Paris, 1879, t. iv, p. 61 sq; — Chr. Pesch, Prælect. dogmat., Fribourg-en-Bris­ gau, 1894, t. i, n. 408 sq., p. 239; il y a une seconde édition; — Cl. Regnier, De Ecclesia, Paris, 1789, part. I, sect, n, p. I, a. 4 et p. n. a. 4, etc., dans Migne, Theologis? cursus, t. iv, p. 321 sq., 389 sq.. 427 sq. (très développé); — Mgr de Salinis. La divi­ nité de l’Église, Paris, 1865, t. m, p. 99 sq. ; — Schwane, Dog­ mengeschichte, Munster, 1862, L I, § 70, traduit en français, par 1G31 APOSTOLICITÉ — APOSTOLIQUES (HÉRÉTIQUES) 1632 vous condamne vous-mêmes et vous rend dignes de tout M. Belot, Paris, -1886; t. n, § 81-83, Munster, 1869; t. in, § 109, Fribourg-en-Brisgau. 1882; t. IV, §40-45; Fribourg-en-Brisgau, I mépris. 1890 ; voir la table au mot Apostel ; il y a une seconde édition amé­ Λ noter qu’en fait d’Écriture, les apostoliques s’en liorée pour les tomes i et n ; — card. Segna, De Ecclesiæ Christi tenaient aux Actes apocryphes d’André et de Thomas; et constitutione et regimine, Rome, 1900, passim, notamment, que c’est avec raison qu’on les a déclarés hérétiques, part. I. o. 1. it, vu ; part. II, c. x, xi (beaucoup de textes); — exclus de la regula fidei, du κανών εκκλησιαστικός. Sidney-Smith, dans le .Month, avril et juin 1888. avril 1892 (efforts des anglicans pour se donner la continuité); — E. A. Sophocles, S. Épiphane, Hær.. lxl P. G., t. xu, col. 1040 sq.; S. Augus­ Greek lexicon of the roman and byzantine Periods, New-York, tin, Hær., XL, P. L., t. xi.il, col. 32. 1887, p. 233, au mot Άζεστολιχό;; — Th. Specht, Die Lehre G. Bareili.e. von der Kirche nach dem h. Augustin, Paderborn, 1892, § 32, 2. APOSTOLIQUES, hérétiques des XtH' et p. 282 sq. et passim ; — S. Thomas n’a pas en propres termes la XIV siècles. — I. Histoire. II. Doctrines. thèse de l'apostolicité; mais on trouve l'équivalent, surtout In I. Histoire. — La secte des apostoliques ou faux apô­ symbolum, c. xn. Opera, t.xxvti. Paris. 1889, p. 223; etQuodlib., tres commença à Parme, en 1260. Son initiateur fut xi. a. 19. t. XV, p. 603; cf. Bainvel, ci-dessus; voir aussi Sum. Gérard Segarelli (qu’on trouve encore nommé Segalelli, theol., ill·, q. i.xtv, a. 2; — Wilmers, De Christi Ecclesia, Ratisbonne. 1897. 1. V, c. III, a. 3, p. 576 sq.; — Wiseman, Sagarelli, Cicarelli). C’était un homme de basse extrac­ Confèrences, surtout la IX’, trad. Nettement, Paris, 1839, t. n, tion, ignorant et passablement fou, que les francis­ p. 91 sq.. et dans .Migne. Démonstrations évangéliques, t. xvm, cains n’avaient pas voulu recevoir chez. eux. col. 487 sq. (sur les prétentions anglicanes à l’apostolicité). Il rêva de reproduire la vie des apôtres. Dans ce but. IV. Écrits historiques. — On pourrait citer encore une foule il adopta le costume qu’il croyait avoir été celui des d'écrits historiques soit sur les origines de l’Eglise, soit sur les apôtres, parce qu'il les avait vus peints de la sorte : schismes et les hérésies. manteau blanc roulé autour des épaules et robe grise. J. Bainvel. Il laissa croître sa barbe et ses cheveux, et prit les san­ 1. APOSTOLIQUES, hérétiques du III* siècle. Dans dales et la corde des franciscains. C’est là, du reste, la seconde moitié du II» siècle avait paru en Syrie et le seul point d’attache des apostoliques avec l'ordre de en Asie Mineure la secte des encratites qui, s’autori­ saint François, et l'on a eu tort de les confondre avec sant de certains principes, empruntés soit à Tatien soit les fralicelles. Puis, ayant vendu une petite maison, à Marcion. pratiquait un ascétisme excessif, dont le tort Segarelli en jeta le prix à des ribauds, et se mit à par­ n otait pas seulement d'exagérer la morale chrétienne mais encore de défigurer l’enseignement de l’Église. Or, courir les rues de la ville, prêchant, dans un jargon mi-latin mi-italien, la pénitence et l'imitation de la dans le courant du ni» siècle, elle se subdivisa en plu­ sieurs groupes, tels que celui des apostoliques, des pauvreté apostolique. Accueilli par des risées, il finit par avoir quelques apotactiques, des hydroparastates ou aquariens, des adeptes, dont le nombre grossit vite, et qui allèrent, saccophores, etc.; ces termes suffisent à caractériser les dans diverses directions, porter sa parole. Leur propa­ prétentions des uns ou les usages des autres. gande s’étendit assez loin, puisque, en 1287,1e concile C’est ainsi que certains encratites prirent le nom de Wurzbourg, can. 34, défendit à eux de continuer d'apostoliques, parce qu’ils se réclamaient des apôtres et prétendaient vivre de la vie apostolique. En consé­ leur genre de vie et aux fidèles de les recevoir et de les nourrir. Cf. Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, quence ils proscrivaient le mariage et la propriété, excluaient de leur communion tout homme propriétaire Paris, 1671, t. xi, col. 1331. Quant à Segarelli, il resta à ou marié : c'était leur droit. Strictement maintenus Parme, libre d’abord, ensuite en prison,^t bientôt après dans les bornes de la prudence et de la sagesse, ils au­ dans le palais de l'évêque, aux yeux de qui il n’était raient pu réaliser par là l’idéal de la perfection évangé­ qu’un bouffon divertissant. lique. Mais, outre qu’au nom des faux principes ils Cependant les progrès de la secte furent tels qu’Honocondamnaient, contrairement à l’Évangile. comme choses rius IV, le 11 mars 1286, etNicolas IV, en 1290, jugèrent mauvaises, le mariage et la propriété, ils avaient soin de utile de la condamner. Cf. Prou, Les registres d'Honose soustraire à l'autorité de l’Église pour former une rius IV, Paris, 1886, t. i, col. 236; Raynaldi. Annal, coterie à part et pratiquer un culte arbitraire; mais par eccles., ad an. 1290, n. 51. En 1294, l’évêque de Parme là même ils rompaient l'unité. Leur ascétisme exagéré emprisonna Segarelli. Faut-il reconnaître, avec Mansi, et dévoyé, au lieu de se baser sur l’humilité, ne servait les apostoliques dans ces hérétiques si énergiquement qu'à alimenter leurorgueil. 0e plus, en imposant comme stigmatisés, mais sans être nommés, par Boniface VIII, un devoir, et cela sous peine de damnation, ce qui dans une bulle du 1« août 1296? Cf. Raynaldi, Annal, n’était qu’un conseil de perfection, les apostoliques tom­ eccles., ad an. 1296, n. 34, et, ibid., V additamentum baient dans l’intolérance et la tyrannie. Enfin, ils res­ de Mansi. Il semble plutôt que Boniface VIII vise les taient accessibles à toute influence malsaine, si bien que, frères du libre esprit. Segarelli réussit à s’évader; repris, dés l’apparition du novatianisme, ils en vinrent â excom­ il abjura. Finalement, convaincu de récidive, il fut livré munier pour toujours celui qui avait le malheur de tom­ au bras séculier et brûlé â Parme, le 18 juillet 1300. ber une fois. Ils finirent par se perdre dans le mani­ La direction des faux apôtres fut recueillie par Dulcin, chéisme. On ignore quels furent leurs chefs et leurs spéculatif bizarre et médiocre, mais homme intrépide, principaux partisans; et il ne reste pas la moindre trace tempérament de condottiere et de révoltésansscrupules. de leur activité littéraire, qui dut étre nulle. Tombé trois fois aux mains des inquisiteurs, il renia Saint Épiphane remarque combien ils s’éloignaient trois fois la secte. Presque au lendemain de l’exécution des sentiments de l’Église. L’Eglise, en effet, apprécie de Segarelli, en août 1300, il lança une sorte de mani­ comme il convient la pauvreté, la tempérance, la conti­ feste; un autre suivit, en 1303. Puis, passant delà nence et la virginité; mais elle ne va pas jusqu’à con­ théorie à l’action, il rassembla ses partisans (1304). et se damner comme eux le mariage et la propriété. De ce retira, avec eux, dans les montagnes des diocèses de que les apostoliques se trouvaient cantonnés dans la Verceil et de Novare. Il s’y maintint jusqu'en 1306, Phrygie, ia Cilicie et la Pamphilie, Épiphane conclut vivant de contributions volontaires ou contraintes, échap­ qu’ils ne sauraient étre la véritable Église; car celle-ci pant aux troupes qui venaient l'assaillir et les taillant a pour note caractéristique la catholicité. Enfin il les en pièces. En 1306. Clément V promulgua contre lui une enferme dans ce dilemme : ou vous êtes purs, comme croisade. Cf. Bernard Gui, Praclica inquisitionis herevous :■· prétendez; et dés lors le mariage, d oit vous tice pravitatis, p. 340. L’évêque de Verceil fut mis à la s· r: .·. est pur lui-même et votre principe est faux; ou tête de l'expédition. Les disci pies de Dulcin furent écrasés; t i-n. comme vous le dites, le mariage est impur, et dès lui-même fut pris, et, le 1*' juin 1307. son corps fut l-..-s vous participez également à son impureté, et cela coupé en morceaux et livré aux flammes. 1633 APOSTOLIQUES (HÉRÉTIQUES) — APOSTOLIQUES (PÈRES) La secte ne disparut pas toutde suite. Nous retrouvons des apostoliques en Espagne, en 1315. Jean XXII excita contre les faux apôtreslezéle de l’évêque de Cracovie, en 1318. Cf. Haynaldi, Annal, eccles., ad an. 1318, n. 43-44. Nous les voyons encore mentionnés par le concile de Narbonne, de 1374. can. 5. Cf. Labbe et Cossart, Con­ cilia, t. xi, col. 2500. IL Doctrines. — Ce qui caractérisa la secte, dés le principe, ce fut l’idée du retour à la vie et surtout à la pauvreté apostoliques. Honorius IV et Nicolas IV incriminent, dans les apos­ toliques, le fait de constituer un ordre mendiant nou­ veau, contrairement au décret du IIe concile œcuméni­ que de Lyon (1274), dans Labbe et Cossart, Concilia, t. xi, col. 988, qui les avait englobés, sans les désigner nom­ mément, dans une condamnation générale ; de plus, les deux papes leur reprochent d'avoir soutenu, au moins certains d’entre eux, des hérésies qui ne sont pas spé­ cifiées. L’enseignement de Dulcin nous est mieux connu. Le point de départ est encore l’imitation des apôtres ; la pauvreté doit être absolue, l'obéissance seulement inté­ rieure : on s’engage, mais dans son cœur, sans vœu, à vivre d’aumônes. Sur cette théorie, Dulcin greffe des doctrines eschatologiques, inspirées des rêveries de l’école de Joachim de Flore. Il y a quatre temps dans l'histoire de l’humanité. Le premier est celui de l’Ancien Testament; le deuxième celui de Jésus-Christ et des apôtres; le troisième s’est ouvert avec le pape Silvestre et Constantin : l’Église a décliné, gâtée par l’ambition de dominer et par l'amour des richesses, et, en dépit de saint Benoit, et. plus tard, de saint Dominique et de saint François, la décadence a continué sa marche. La quatrième période a été inaugurée par Segarelli et Dul­ cin ; elle durera jusqu’à la fin du monde. L’Église est la grande prostituée de l'Apocalypse, infidèle à sa mis­ sion. Dulcin, qui se proclame élu de Dieu pour expli­ quer les mystères des Écritures et dévoiler l’avenir, an­ nonce. en 1300, que le roi Frédéric II de Sicile de­ viendra empereur et sera l’instrument de la vengeance divine ; le pape Boniface VIII, les cardinaux, les évêques, les clercs, les moines seront tués; un pape viendra, en­ voyé de Dieu, et ayant pour mission d’établir la vie apostolique et la communauté des femmes ; ce pape et cet empereur resteront jusqu’à la venue de l’Antéchrist. L’Eglise devait finir dans trois ans; l’événement lui ayant donné tort, Dulcin annonça pour 1305 un triomphe qui ne vint point. En attendant, il n'y a pas à obéir à qui que ce soit, pas même au pape. Comme tant d’autres hérétiques de ce temps, Dulcin prône la liberté d’esprit. Il méprise la lettre des préceptes, le culte, les cérémonies, les rites. Ptolémée de Lucques, dans sa Vie de Clément V, dans Baluze, Vitæ paparum Avenionensium, Paris, 1693, t. i, p. 27, cf. p. 605, dit, sans autre explication, que Dulcin avait péché contre le sacrement de l’eucharistie. Le serment est interdit, si ce n’est pour rendre hommage à sa foi ; on a le droit de se parjurer afin d’éviter la per­ sécution, mais si l'on ne peut échapper à la mort, on est tenu de professer ouvertement sa créance. Le système de la liberté d esprit conduit aisément à la liberté des mœurs. Que faut-il penser de la moralité des apostoliques?Des textes de Salimbene, Chronica, p. 117, sur Segarelli, el de Bernard Gui, Practica inquisitionis heretice pravitatis, p. 339. cf. Muratori, Herum Hali­ carum scriptores, t. ix. col. 539, sur Dulcin et sa « sœur » Marguerite, sont au moins inquiétants. Bernard Gui, :- . p. 260, impute à la secte d’avoir, dans sa doctrine, deux articles secrets qui autorisaient et même glorifiaient des actes impudiques. Les bulles des papes sont muettes sur cette accusation (à moins que la lettre de L jniface VIII dont il a été question ne s’applique à eux i ; elle est également absente du procès d'un apostolique DICT. DE THÉOL. CAT11OL. | 1 | , 1634 jugé à Toulouse, en 1322, par Bernard Gui lui-n.· Cf. le Liber sententiarum inquisitionis tholosanæ. pu­ blié par Limborch à la suite de son Historia inquisitio­ nis, p. 360. Les écrivains postérieurs, ecclésiastiques et laïques, présentent sous un jour fâcheux la moralité des apostoliques. Y a-t-il à prendre et à laisser dans leurs dires ? Peut-être. D'après M. Tanon, Histoire des tri­ bunaux de l'inquisition en France, p. 92, les aposto­ liques « paraissent avoir été assez inférieurs aux bé­ guins. Aussi le soupçon d’immoralité les atteint-il avec plus de vraisemblance que ceux-ci ». I. Sources anciennes. — Salimbene, Chronica, dans Monu­ menta historica ad provincias parmensem et placentinam pertinentia, Parme, 4857, t. ni, p. 109-423 (Salimbene était au couvent des franciscains de Parme quand Segarelli inaugura sa vie apostolique); Bernard Gui, Practica inquisitionis heretice pravitatis, Paris, 4886, p. 257-264, 296-298, 327-355 (Beçnard Gui écrivit ce qui regarde les apostoliques en 4346, et il reproduit le fond de deux lettres de Dulcin); Liber sententiarum inquisitio­ nis tholosanæ, dans Limborch, Historia inquisitionis, Amster­ dam, 4692, 2* pagination, p. 338-339, 360-363; Historia Dulcini hæresiarclue Novariensis auctore anonymo synchrono, dans Muratori, Rerum Halicarum scriptores præcipui, Milan, 1726, t. ix, col. 427-442, et Additamentum ab auctore coævo, ibid., col. 447-460 (reproduit en partie le texte do la Practica de Ber­ nard Gui); Dante, Inferno, c. xxvm. v. 55-60; Nicolas Eymeric, Directorium inquisitorum, éd. Pogna. Rome, 4578, p. 204-203. II. Travaux modernes. — H. I.ea, A history of the inquisi­ tion of the middle ages, New-York, 4888, t. in, p. 103-128 (tra­ duit en français par Salomon Reinacb, le I" volume paru en 1900 etlen*enl901);H. Sachsse, Bernardus Guidonis Inquisitor und die Apostelbrilder, Rostock, 1891 ; L. Tanon, Histoire des tribu­ naux de l'inquisition en France, Paris, 1893, p. 87-93; F.Tocco, Gli apostolici e fra Dolcino, Florence, 1897. Cf. U. Chevalier, Repertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-biblio­ graphie, col. 602-603, 2024,2558. F. Vernet. 3. APOSTOLIQUES (Pères). — I. Pères désignés par ce titre. II. Historique. III. Place dans la littérature chrétienne. IV. Forme et fond. V. Enseignements. I. Pères désignés par ce titre. — Le titre de Pères apostoliques est inconnu dans la littérature chrétienne des premiers siècles. Le mot 6’άποστο).ικός ne parait qu’à la génération qui suit les apôtres et, pour la pre­ mière fois, dans saint Ignace, qui écrit aux Tralliens έν άποστοΛικώ χαρακτηρι, par allusion à la forme épistolaire de sa communication. Funk, Pair, apost,, Tubingue, 1881, t. i, p. 202. (C’est l’édition que nous citerons dans tout le courant de l'article.) Mais, dés la fin du n» siècle et durant le III·, son emploi se généralise pour qualifier certains personnages, certains écrits, certaines églises. C’est ainsi que la Lettre de l’Église de Smyme, xvi, Funk, t. i, p. 300, et saint Irénée, Lettre à Florinu», dans Eusèbe, II. E.,v, 20, P. G.,t. xx, col. 485. traitent Polycarpe ά’άποστολι’κός. Pour Clément d’Alexandrie, Barnabé est tantôt άποστολικός, Strom., Il, 20, P. G., t. vm, col. 1060, tantôt απόστολος. Strom., n, 6 7. col. 965, 969. Tertullien désigne les évangélistes Marc et Luc sous le nom d’apostoliques, pour les distinguer des deux autres évangélistes, les apôtres Matthieu et Jean. Præscr., xxxn. P. L., t. Il, col. 44; Adv. Marc., iv, 2, 3, ibid., col. 363, 364 Ainsi entendu, apostolique sert à désigner une étroite relation personnelle et une complète conformité de doctrine entre les personnages auxquels on l’applique et les apôtre^. Si apostolicus es, dit Tertullien, cum apostolis senti■ De car. Chr., Il, P. L., t. il, col. 755. Parmi les écrits, seuls les livres du Nou­ veau Testament et le Nouveau Testament lui-même sont traités d’apostoliques. Clément d'Alexandrie l’applique à saint Paul : ή άποστολική γραφή, Protr., I, P. G., t. vm. col. 57 ; de même Origène, De princ.,111, 8, P. G., t. xi, col. 261. Irénée, Cont. hær., i, 3, 6, P. G., t. vu, col. 477, etaprès lui Origène, De oral., xxix, P. G., t. XI, col. 536, distinguent dans le Nouveau Testament la partie aposto­ lique de la partie évangélique.Tertullien range les Actes dans la première. Adv. Marc., v. 2, P. L.. t. n, col. 472. L - 52 163o APOSTOLIQUES (PÈRES) Le titre de Pères apostoliques est d'un emploi récent pour désigner les œuvres des écrivains ecclésiastiques, qui ont vécu dans l’entourage des apôtres ou ont été leurs disciples. Cotelier les publia, en 1672, sous ce titre : SS. Patrum, qui temporibus apostolicis floruerunt, opera. Mais Ittig, en rééditant Cotelier, se contenta du titre plus court de Pères apostoliques, et depuis lors, ce titre a servi à désigner les Pères, dont l’enseignement était un écho de celui des apôtres, plus spécialement ceux qui entretinrent avec les apôtres des relations per­ sonnelles. Clément de Rome, Ignace d'Antioche, Po­ lycarpe de Smyrne sont les principaux. Car on sait, à n’en pas douter, qu'ils furent des disciples des apôtres. D’autres noms pourraient grossir cette liste si l’on pos­ sédait la certitude sur leur identité ou sur l’authenticité de leurs œuvres : tel, celui de Denys l’Aréopagite, un contemporain des apôtres, mais dont les soi-disant œuvres sont de beaucoup postérieures; celui de Barnabé, s'il était constant que l'auteur de l’épitre, qui porte son nom, était le compagnon de saint Paul; l’épitre du moins est de la fin du t" siècle; celui de Papias, dis­ ciple de l’évangéliste Jean, d’après Irénée, Cont. hær., v, 33,4, P. G., t. vu, col. 1214, du presbytre Jean, d’après Eusèbe, H. E., ut, 39, P. G., t. xx, col. 296, si l'identité des deux Jean n'était chose définitivement acquise; celui de l’auteur de l'Épitre à Diognète, qui se dit αποστολών μαθητής, xi, Funk, t. i, p. 328, sans qu’on puisse véri­ fier la vérité de son dire; celui d'iiermas, le frère du pape Pie; enfin celui de l'auteur de la Didachê, qui se réclame de l’enseignement des apôtres et parait être le premier écrivain ecclésiastique connu. Quant à la Se­ conde lettre de Clément, à ses deux Épitres aux vierges, aux Constitutions et aux Canons apostoliques, aux Reconnaissances et aux Homélies clémentines, à l’Épitrnne des gestes de Pierre, et aux cinq Épitres, dont deux à Jacques de Jérusalem, on ne saurait les ranger parmi les œuvres des Pères apostoliques, parce qu’elles sont ou apocry phes, ou de date plus récente. Quoi qu'il en soit de l’extension plus ou moins grande du titre de Pères apostoliques, ça été l'usage des éditeurs d'y comprendre, outre les œuvres de Clément, d’Ignace et de Polycarpe, tout ce qui nous reste de la littérature chrétienne du temps des apôtres ou de l’âge suivant, en dehors des livres canoniques; par suite, la Didachê, le pseudo-Barnabé, Papias, l’auteur de l'Épitre ά Dio­ gnète, et Hermas. II. Historique. — Toutes ces œuvres, â l’exception de l'Épitre ά Diognète restée inconnue à l'antiquité chré­ tienne, ont été appréciées et utilisées dès leur appari­ tion. Quelques-unes même jouirent dans certaines églises d’une autorité presque égale à celle de l’Écriture. Mais déjà, au début du iv’ siècle, Eusèbe croyait qu’elles avaient donné tout ce qu'elles pouvaient donner. Il est vrai que, lors des conflits théologiques et des définitions dogmatiques, les Pères apostoliques furent négligés, surtout en Occident. L’activité littéraire s'exerçait sur un plus vaste champ et devant de plus larges horizons. Rufin, qui traduisit les fausses Clémentines, négligea complètement la Lettre aux Corinthiens de Clément. Plus tard, au moyen âge, ce fut pire. On continua à traduire les épitres de saint Ignace et de saint Polycarpe, mais on fit circuler des collections fortement interpo­ lées. A l’époque de l'organisation scientifique de la théologie, on laissa presque complètement de côté ces premiers témoins des origines chrétiennes. Sous la Ré­ forme, l'oubli aurait pu se faire; mais alors se produisit un changement à vue : l'attention fut vivement et défi­ nitivement ramenée sur les Pères apostoliques. Protes­ tants et catholiques se prirent d’ardeur pour consulter ces témoins et apprendre d’eux la foi de l’Église primi­ tive. son organisation intime, sa hiérarchie. De plus, la curiosité, tenue en éveil par l'importance des questions alors débattues, fut excitée et en partie satisfaite par les 4636 découvertes du xvn' siècle. Les Lettres de Clément et de Polycarpe parurent en 1633; celles d'Ignace, en 1644 et 1646; le pseudo-Barnabé, en 1645. Depuis, l'intérêt n'a pas cessé. Dans notre siècle surtout, l'effort de la critique s’est concentré sur la question des origines, et les Pères apostoliques sont ainsi restés le champ de bataille de la controverse. Et des découvertes se sont ajoutées aux précédentes : Cureton trouve et publie la traduction syriaque de saint Ignace, en 1845 et 1849; Pétermann, sa traduction arménienne, en 1849. Grâce à la publication du Codex Lipsiensis par Auger, en 1856, du Codex Sinailicus par Tischendorf, en 1862, on eut presque tout Hermas et l’original grec de Barnabe dans son intégrité. Dès 1857, Dressel avait apporté une large contribution à cette publication de textes, soit dans l'original, soit dans des versions. D’Abbadie donna, en 1860, la traduction éthiopienne d’iiermas. En 1875, Bryennios combla une lacune par la découverte et la publication de la Lettre de saint Clément dans l'original grec complet; et en 1894, dom Morin trouva et publia une traduction latine de cette même Lettre. Enfin parut la Didachê, en 1883, grâce à l'heureuse découverte par Bryennios de ce document depuis si longtemps cherché. 11 est à croire que la série n’est pas close; quant à l'in­ térêt des Pères apostoliques, déjà si puissamment excité, il n’est pas près de languir. 111. Place dans la littérature chrétienne. — Les Pères apostoliques servent de trait d'union entre les apôtres et les apologistes; ils forment le premier an­ neau solide de la tradition. Dès le n* siècle, leurs œuvres sont entourées d’un profond respect; quelquesunes même, telles que la /'· lettre aux Corinthiens de Clément, celle de Barnabé el le Pasteur d’iiermas, jouissent d'un privilège à part; elles sont lues publi­ quement dans les réunions chrétiennes, l'une à Corinthe, l'autre à Alexandrie, la troisième en Occi­ dent; elles sont même insérées dans les manuscrits à la suite des livres canoniques et traitées presque à l'égal de l'Écriture. Pour Barnabé, voir Clément d’Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., vi, 14, P. G., t. xx, col. 549; Origène, In Rom., 1,18,7’. G.,t. xtv, col. 866; Eusèbe, 11. E., in, 25, P. G., t. xx, col. 269. Pour Clément, voir Eusèbe, U. E., in, 16, iv, 23, P. G., t. xx, col. 259, 388; S. Jérôme, De vir. ill., 15, P. L., t. xxm, col. 663. Pour Hermas, voir Irénée, dans Eusèbe, H. E., v, 8, P. G., t. xx, col. 449; Clément d’Alexandrie, Strom., i, 29; n, 1, P. G., t. vin, col. 928, 933; Strom., VI, 15, P. G., t. ix, col. 356; Origène, De prine., I, 3, 3, P. G., t. xi, col. 148; In Rom., x, 31, P. G., t. xiv, col. 1282; Tertullien, De orat., xvi, P. L., t. l, col. 1172; le Canon de Muratori, P. L., t. m, col. 189; le De aleatoribus, 2, 4, P. L., t. iv, col. 904, £105. Les Pères apostoliques sont pleinement fidèles à l'en­ seignement des apôtres; l’Évangile et les Épitres ont une égale répercussion dans leurs œuvres, inspirent leurs pensées, se fondent dans leur langage. Ils sont de même dans le courant de la tradition vivante : cela est surtout vrai pour Clément, Ignace et Polycarpe. Pour les autres, le cas diffère un peu; quoique, intimement unis à la foi de l’Eglise, ils n’en manifestent pas moins certaines tendances exagérées. C'est d'une part une répul­ sion violente contre le judaïsme dans Barnabé et la Lettre à Diognète; et d'autre part une vive sympathie pour l'ancienne dispensation dans le Didachê et le Pas­ teur. Mais à égale distance de ces deux extrêmes se trouvent Clément, Ignace et Polycarpe. Ce qu’il y a de remarquable, c'est l'attestation de la double autorité de Pierre et de Paul sans le moindre soupçon d’un anta­ gonisme quelconque. Déjà, aux temps apostoliques, on avait cherché à abuser du nom de ces deux apôtres; au n· siècle, certaines hérésies en firent leur mol de rallie­ ment. Et c’est ce qui a permis à une école critique de noire siècle de faire de ces prétendus dissentiments la 1637 APOSTOLIQUES (PÈRES) 1638 jusqu’à preuve du contraire pour avoir échappé à l'in­ base d’un système, d'après lequel l’Église ne serait fluence des apocryphes du Nouveau Testament. H y a arrivée à l’unité qu’après plusieurs générations de dans cette fidélité si exclusive des Pères apostolique? à conflits et grâce â une conciliation harmonieuse de ces l'enseignement écrit ou oral des apôtres un phénomène éléments antagonistes. Mais ce système se heurte à des unique et de capitale importance, dont on voudrait faits trop explicites et se trouve réfuté d’avance par les voir se multiplier les preuves par la découverte d· s témoignages concordants venus de Rome, de Syrie et Λογίων κοριακών έζεγήσεως συγγράμματα πέντε de Pa­ d’Asie Mineure. C’est ainsi que Clément joint la mort de pias. Paul à celle de Pierre, / Cor., v, Funk, t. I, p. 66-68; qu'lgnace s'excuse d écrire aux Romains sans avoir sur IV. Forme et fond. — C’est surtout sous forme de eux l’autorité de Pierre et de Paul, Ad Rom., iv, p. 218; lettre, à l'exemple de saint Paul, qu’ont écrit les Pères et que Polycarpe rappelle aux Philippiens le nom de apostoliques, selon les besoins de l’heure et les circons­ Paul, leur apôtre et leur correspondant, tout en mêlant tances, sans la moindre préoccupation d'ordre littéraire, sans vue d’ensemble sur un système lié de théologie, à cette évocation plusieurs passages empruntées aux simplement pour accomplir un devoir, pour répondre Épîtres de saint Pierre. Ad Philiplu, p. 270. De telle à une nécessité, pour faire œuvre de sentinelles vigi­ sorte qu’en associant ainsi ces deux grandes autorités lantes. Clément ne cherche qu’à apaiser les troubles dans la direction des églises, ils n’en soupçonnent ni les divergences ni les incompatibilités, qu’on a prétendu y intérieurs qui divisent l’église de Corinthe, et fait valoir voir. Il y a plus : dans la question du salut, ils procla­ les principes d’ordre, d’unité, de hiérarchie, les plus ment simultanément, avec Paul, la nécessité de la foi, propres à rétablir la paix. Ignace obéit à un sentiment et, avec Jacques, la nécessité des œuvres. Voir plus bas. de reconnaissance envers les communautés d'Asie Enfin ils connaissent de même les autres apôtres; car ils Mineure, dont il a reçu les délégués, à son passage à font appel aux Actes, aux Épitres, à l’Apocalypse, aussi Smyrne, et glisse des conseils pour les mettre en bien qu'aux Évangiles. Et si rien n’indique qu’ils aient garde contre les dangers de l’hérésie qui menacent l’intégrité de la foi et l'unité de l’Église; seule sa Lettre entre les mains ou sous les yeux une liste, un canon des livres du Nouveau Testament, ou même qu'ils aient aux Romains exprime un violent désir du martyre et adresse un appel suppliant pour qu'on ne s’oppose pas désigné le Nouveau Testament par le nom propre de à l’honneur qu’il ambitionne. Polycarpe, prié de com­ Καινή Διαθήκη, il n’en est pas moins vrai que, à l’excep­ tion de l’Épitre à Philemon, et de la III1 Épîtrede saint muniquer les lettres d'Ignace, dont il possède l'original Jean, tous les livres du Nouveau Testament leur four­ ou la copie, les expédie non sans y joindre quelques nissent, mieux que de simples réminiscences, des cita­ paroles d’édification. C’est encore sous forme de lettre qu’écrivent le pseudo-Barnabé et l’auteur de l'Épitre â tions textuelles en grand nombre. En voir la liste aussi curieuse qu’instructive dans Funk. t. i, p. 564-575. La Diognète, mais sans que l’on puisse constater les cir­ formule ordinaire pour introduire une citation, ώς constances ou les relations personnelles qui les mettent γέγραπται, est encore réservée pour l’Ancien Testament, en rapport avec leurs correspondants; ils imitent plus tôt la forme de l'Épitre aux Hébreux et composent, sauf, dans un seul cas, Barnabé, iv, p. 12. Quand il s’agit du Nouveau, le plus souvent l’emprunt n’est pas l’un un traité polémique, l'autre une espèce d’apologie. signalé. On trouve cependant la formule : ώς έκέλευσεν ό Quant aux autres écrits des Pères apostoliques, ils n'ont pas la forme épistolaire : la Didaché est une catéchèse Κύριος έν τώ Εύαγγελίω, Didaché, vm, ρ. 24; ό Κύριος εϊπεν, ώς εχετε έν τω Εύαγγελίω. Didaché, χν, ρ. 44. Seul et un manuel de liturgie; le Pasteur, une allégorie; les Papias cite nommément Matthieu et Marc. Clément rap­ Expositions, un commentaire. Aucun des Pères apostoliques ne brille par le style, pelle aux Corinthiens les injonctions de Paul, 1 Cor., l’ordonnance et le mérite de la composition littéraire, à xlvii, p. 120; Ignace rappelle aux Éphésiens qu’ils l’exception de l’Épitre d Diognète; aucun ne trahit la doivent à Paul leur initiation à la foi et la place qu'ils possession d’un enseignement théologique systématique­ occupentdans ses lettres, AdEph.,nn, p. 182; Polycarpe ment ordonné. Ce n'est déjà plus la simplicité, la clarté, rappelle aux Philippiens le cas que Paul faisait d’eux. Ad la profondeur des évangélistes, ni la marque de leur Phil., ni, p. 270. Mais, en dehors de ces cas, pas d’autres inspiration divine; et c’est encore moins l'exposition références à tel ou tel écrivain inspiré, désigné par son méthodique ou scientifique des Pères du iv· et du v« siè­ nom. bienque les emprunts textuels soientnombreux. cle. Toutefois cette infériorité sous le rapport littéraire, Une autre remarque importante, c’est l'absence, chez les Pères apostoliques, de citations empruntées aux se trouve largement compensée par la noblesse et la apocryphes du Nouveau Testament. Et pourtant ils con­ grandeür du caractère. Ce sont de vrais directeurs d’àmes; ils portent l’empreinte de l’Évangile; ils se naissent certains apocryphes de l’Ancien. Barnabé fait allusion à une parole de l’Écriture qu’il croit avoir lue meuvent dans un large courant de haute inspiration dans Ilénoch, iv, p. 8; Clément cite plusieurs passages morale; ils se préoccupent des intérêts et des besoins prophétiques étrangers à l’Ancien Testament; Hermas des communautés chrétiennes; cl ils apportent dans nomme le livre de Eldad et Modad, Vis., n, 3, p. 348; leur intervention le sentiment profond de leur respon­ Papias doit vraisemblablement son erreur millénaire à sabilité. Clément de Rome, avec une mesure et une l'influence de Hénoch et de Baruch. Les passages modération qui n’excluent pas l’énergie, montre l’unité d'Ignace, qui semblent dériver d’une source apocryphe dans le plan divin, les harmonies de la nature et de la du Nouveau Testament, sont plutôt l’écho de la tradi­ grâce, tout ce qui peut ramener des égarés au devoir, tion orale; car toutes ces allusions aux faits évangéli­ des insubordonnés à la soumission ; c'est déjà la marque ques, et elles sont nombreuses, se trouvent fondées sur romaine dans les affaires de l’Église. Ignace est l'homme les Évangiles canoniques. Seul, ce passage : « Touchez, de l'Orient, vif, impétueux, dominé par la soif du mar­ palpez et voyez, je ne suis pas un démon incorporel, » de tyre; il a le zèle sympathique et clairvoyant qui aperçoit Ad Smyrn., ni, p. 236, parait emprunté à la Doctrine ou et signale le danger, montrant dans l’union des fidèles 5 la Prédication de Pierre, d’après Origéne, De princ., avec leurs chefs le remède approprié. Polycarpe est præf., 8, P. G., t. xi, col. 119, ou à 1’ Évangile des Naza­ par excellence l’homme de la tradition, le témoin iné­ réens, au dire de Jérôme, De vir. ill., 16, P. L., t. xxm, branlable de la foi, la πέτρα ακίνητος, Γέδραΐος ώς ακμών, col. 686, et Inlsai., xvni, prolog., P.L.,t. xxiv, col.652; de la lettre d’Ignace, Ad Pn/i/c., ut; après avoir résisté mais ce n’est là qu’un écho de Luc, xxiv, 39. ainsi que comme l’enclume aux marteaux de l'hérésie, il léguera le remarque avec raison Lightfoot.Apost. I'ath., part. I, au jeune Irénée contre le gnosticisme l’esprit de saint 1.1. p. 11. Papias lui-même, lui si porté à interroger les I Jean et la force de saint Ignace. Ces trois Pères ont une témoins et à consigner les dires des anciens, peut passer | personnalité nettement accusée, pleine de relief, et trci 1639 APOSTOLIQUES PÈRES) 4640 serves sont à faire au sujet du langage embrouillé et caractéristique. Les autres, sans atteindre au même de­ fautif du Pasteur : il en sera traité à l'article Hermas. gré, ont un cachet suffisamment révélateur. L’auteur de la Didaché traite de la question morale, du bon fonc­ On le voit, les Pères apostoliques ont plus particuliére­ tionnement des réunions, du ministère ecclésiastique, ment insisté sur le rôle du Fils, sur son incarnation et dans un but eschatologique. Le pseudo-Barnabé respire la rédemption ; et cela se comprend, la seule hérésie le plus haut spiritualisme, mais a tort d’y mêler un alléalors menaçante étant le docétisme. Ce n'est que plus gorisme rigide et exagéré parfois jusqu'à l'extravagance. tard, au iv· siècle surtout, qu'on approfondira les ques­ Papias, à le juger par les rares fragments qui nous res­ tions relatives à la trinité, qu’on précisera la notion tent, semble avoir été un personnage crédule et naïf, d’hypostase ou de personne, qu’on définira la nature mais très curieux du dire des anciens, qu'il aime à in­ des relations divines ad intra, et le reste. terroger et dont il a soin de noter les réponses. Hermas, En dehors de Dieu et de la trinité, il y a les créa­ tures. et d'abord les anges. Clément rappelle le texte homme de foi antique et de ferveur, se plait à moraliser sous forme de révélations et devisions,et nous donne le qui les montre empressés autour de Dieu et donne leur premier essai de théologie morale. L’auteur de l'Épitre 1 obéissance comme le modèle de la soumission des Co­ à Diognète est un penseur; loin de se laisser déconcer­ rinthiens. 1 Cor., xxxiv. Barnabe distingue les bons, les ter par l'isolement dédaigneux où l'on tient les chré­ anges de Dieu, qui marquent la voie de lumière, tiens, il note la tendance du christianisme à la catholi­ φωταγωγοί, et les mauvais les anges de Satan, qui mè­ cité; 1’apparition tardive du christianisme, qu'on lui nent dans la voie des ténèbres. Barn., χνιιι,ρ. 32. Satan, objecte, lui sert à prouver l’incapacité de l'homme à il l'appelle deux fois le Noir, ύ μέλας, IV et xx. Ignace parle des esprits célestes, des princes visibles et invi­ arriver, par ses seules forces, à la pleine connaissance sibles, Ad Smyrn., vi ; du lieu des anges, Ad Trail., v; de la vérité et par suite la nécessité de la révélation; de du diable, Ad Eph., x; Ad Trail.,vm; AdSmyrn.,ix; plus il dégage du spectacle de la vie chrétienne la preuve de Satan, Ad Eph., xn ; du prince de ce siècle, Ad Eph., de la divinité du christianisme. V. Enseignement. — On peut déjà juger de l’impor­ xvn, xix; Ad Magn., t; Ad Boni., vu: noms différents tance de l'étude des Pères apostoliques par ce qui a été servant à désigner le chef des rebelles. Hermas dit que dit de leur relation avec le Nouveau Testament et de la les anges ont été les premiers créés, que Dieu leur a con­ manière dont ils ont également parlé de l’autorité de fié toutes ses créatures, en particulier l’édification de la saint Pierre et de saint Paul. Mais là ne se bornent pas Tour, c’est-à-dire de l’Eglise, Vis.,Ill, 4; que le Fils de les enseignements qu'ils nous donnent et qu’il importe Dieu a placé des anges à la garde de son peuple, Vis., v, de relever, 6 ; que chaque homme a deux anges, celui de la justice et ï. Dogme. — Etant donné la nature et le caractère celui de l’iniquité, Mandat., vi, p. 466 ; que l’on doit écou­ des œuvres des Pères apostoliques, on ne peut pas ter le premier et repousser le second, sans le craindre, s’attendre à trouver complète et détaillée l’exposition de car celui-ci ne peut pas vaincre le serviteur de Dieu, tous les dogmes du symbole. Toutefois il en est plusieurs qui est rempli de la foi. Mandat., xn, 5, p.436. Il cite, de clairement indiqués : tels celui de l’unité de Dieu et entre autres, l’ange de la pénitence, Vis., v, 5; de la de la création du monde ex nihilo par l’intermédiaire peine, Simil., vi, 3; de la luxure et delà volupté, Simil., du Fils. Voir en particulier Hermas,Mandat., i; Simil., vi, 2;etc. H nomme l ange des bêtes, Thégri, Vis., iv, 2, ix, 12, p. 386,3ÎSJS, 522. La formule trinitaire paraît éga­ p. 382, et l’ange du Seigneur, Michel. Simil., vm, 3, lement plusieurs fois. Didaché, vu, p. 20; Clément. p. 484. I Cor.., XLvi, LVtii, p. 118,134; Ignace, Ad Magn., xm; Après l’ange, l’homme, image de Dieu, sa créature, -Id Eph., ix. La Trinité, dit Ignace, est le fondement l’objet de son amour, pour lequel Jésus-Christ s’est in­ de notre foi. Ad Sniyrn., x, et de notre espérance. Ad carné et a versé son sang afin de lui assurer la rémission Magn., xi. Dieu a créé le monde pour les hommes, de ses péchés, αφεσις αμαρτιών, et de lui donner par sa Epist. ad Diogn., x, p.326; pour la sainte Église. Her­ résurrection un gage de la résurrection des morts, mas, Vis., t, 1, p. 336 ; pour son nom. Didaché, x, p. 28. νεκρών άνάστασις. Barn., v. Ce dernier dogme, déjà si­ Dieu s’est manifesté par son Fils, le Verbe sortant du gnalé par la Didaché, xvi, p. 48, Clément le fonda éga­ silence, Ignace, Ad Magn., vin ; le Christ était auprès du lement sur la résurrection du Christ ; il essaya même Pèreavant tous les siècles, Ad Magn., vt; c’est lui, son de le prouver par les images qu’il emprunta à la suc­ Fils, le créateur, que Dieu a envoyé, de préférence à cession du jour et de la nuit, à la transformation que toute créature, ange ou prince, gouverneur de la terre ou subit le grain ensemencé,à l’exemple du phénix renais­ gouverneur des cieux ; et cet envoyé est le révélateur du sant de ses cendres. I Cor.', xxiv, xxv, p. 92 sq. Père, Epist. ad Diogn., vu, vin, p. 320 sq. Il existe de 2. Morale. — La morale des Pères apostoliques n'est tout temps, οδτος i άεί; il est le Fils propre, ίδιος, uni­ autre que celle de l’Évangile. Ils parlent, en effet, de que, μονογενής, de Dieu, son verbe, l'architecte, le dé­ deux voies, l'une qui mène à la vie, l’autre à la mort; la miurge de tout, roi, Dieu et juge futur du monde. Ibid., première par la fidélité aux commandements, la se­ xi. Or ce Fils de Dieu est venu dans la chair, έν σαρκί. conde par le péché; il faut prendre l'une et éviter Barn., v, p. 14; vi, p. 20. II s'est incarné, est né de la l'autre; et on a soin de bien spécifier, et avec détails, vierge Marie, Ignace. Ad Ερ/ι.,χχ, vraiment né, Ad Trail., quelles sont les œuvres propres à chacune. Didaché, ix, tout à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme, Ad Eph., i-vi; Barnabe, xvni-xxt. Cette morale des Pères aposto­ xx. Dieu et homme tout ensemble. Epist. ad Diogn., vil liques a un cachet d'austérité grave, conformément à Et il est venu pour nous sauver parson sang, Ad Eph., i; l’idéal chrétien que réalisaient les fidèles de la primitive il a pris sur lui nos iniquités, il est notre rédemption, Église. Elle admet l'hypothèse d’une défaillance, mais Epist.ad Diogn., IX ; il a souffert, Ad Eph.,XX, etvrais’efforce de la prévenir. nient souffert sous Ponce Pilate; il a été crucifié, il est La justification reste, comme dans saint Paul, le fruit mort. Ad Trail., ix ; il a souffert sur le bois pour nous de la foi, mais pas de la foi seule; car, avec saint Jac­ sauver; il a répandu son sang sur la croix pour détruire ques, on réclame la présence simultanée des œuvres. la mort. Bam., v; il s’est révélé Fils de Dieu en choiLa Didaché et Barnabé nous ont dit quelles devaient si-sant pour apôtres de son évangile des pécheurs, être ces œuvres, qui mènent dans le chemin de la vie. Dim., v; il doit enfin juger les vivants et les morts, Saint Clément reprend les exemples, dont s’était servi Barn , vu; en attendant, il est le pontife de nos obla­ l'Apôtre des gentils pour démontrer la nécessité de la tions, le patron et l’auxiliaire de notre infirmité. Clé­ foi, et il montre que la foi a toujours été et doit tou­ ment./ Cor., xxxvi. Le Saint-Esprit est celui qui a parlé jours être accompagnée des œuvres; il ajoute la par les prophetes. Sur cette question trinitaire, des ré­ φιλοξενία à la πίστις: il marque qu'il faut se sanctifier 1641 APOSTOLIQUES (PÈRES) par les œuvres et non par des paroles, έργοι; δικαιούμενοι χα'ι μή λόγοι;, I Co»·.,χχχι. p. 98; et il conclut : έξ όλη; τή; ϊσ/ύο; ημών έργασώμεβα έργον δικαιοσύνη;. 1 Cor., ΧΧΧΙ1Ι, ρ. 102. Saint Ignace recommande d’éviter l’er­ reur, de conserver la foi dans son intégrité et de faire le bien. Polycarpe ajoute à la πίστι; la nécessité de la δικαιοσύνη, justice, explique-t-il, qui ne saurait se réali­ ser que parles œuvres. Ad Phil.,K, p. 276. Quant à Her­ mas, il est tout entier à assurer le salut par la fidélité scrupuleuse aux commandements. Mandai., ι-xn. C’est ainsi que les Pères apostoliques unissent l’enseigne­ ment de saint Jacques à celui de saint Paul. L’homme, qui est pécheur, doit avant tout se faire pardonner ses péchés. Il a pour cela le baptême, qui, en effet, remet tous les péchés, Barn., xi. p. 34; trans­ forme son âme et fait de lui une créature nouvelle. Barn., xvi, p. 50. Il a aussi la pénitence, μετάνοια, qui est le changement de l’âme, la réforme de l’intérieur, le renouvellement moral des sentiments, des idées, des mœurs, et sur laquelle revient sans cesse Hermas. 11 est vrai qu’Hermas n’admet qu’une seule pénitence, Mandat., iv, 1, p. 394, celle du baptême, ou se fait la rémission des péchés, ibid.,iv, 3, p. 396, après laquelle le chrétien, redevenu pécheur, ne pourra pas recourir efficacement â une autre et éprouvera beaucoup de dif­ ficultés pour vivre. Mais, à la Similitude IX, au sujet des pierres qui entrent dans la construction de la Tour, c’est-à-dire au sujet de ceux qui composent l’Église, il dit que quelques-unes, après avoir été insérées, sont re­ jetées pour faire pénitence. Mais comme ces hommes n’ont été insérés que parce qu’ils portaient le nom de Dieu ou le sceau du baptême, il s’ensuit qu’il doit y avoir une seconde pénitence, distincte de celle du bap­ tême, et capable de faire réintégrer les pierres dans la construction de la Tour, c’est-à-dire les pénitents dans le sein de l’Église. Et c’est ainsi que saint Ignace affirme que tous ceux qui reviennent par la pénitence à l’unité de l’Eglise seront à Dieu. Ad Philad., ut. p. 226. 3. L’Eglise. — Aux yeux des Pères apostoliques, l’Eglise est un chœur où chacun doit donner sa note dans le concert harmonieux de tous pour chanter avec Jésus-Christ les louanges du Père, Ignace, Ad Ερ/ι.,ιν; un corps moral, le corps mystique de Jésus-Christ, Clé­ ment, 1 Cor., xxxvlii, dont chaque fidèle est un membre. Ignace, Ad Trait., xi. L’Égliséest une par l’unité de lafoi et du gouvernement; unie au Christ comme le Christ l’est au Père, Ignace. Ad Eph., v; et pas d’Église sans évéque,prêtres et diacres. Ad Trail., m.Cette unité a pour symbole le pain eucharistique, fait de grains auparavant dispersés, Didaché, ix, et le repas eucharistique, Ignace, Ad Philad., tv. Elle est sainte, comme la qualifie Hermas, Fis., I, 1, 3; tv, 1. Elle est catholique, c’est-à-dire uni­ verselle, ainsi que le proclame pour la première fois saint Ignace, qui nous donne cette formule expressive : όπου üv η Χριστό; ’Ιησού;, έκει ή καθολική ’Εκκλησία. AdSmyrn., vm, ρ.240. Elle est apostolique enfin,car tous ces Pères sont l’écho authentique de la tradition des apôtres. Hermas la compare à une tour bâtie sur les eaux (le baptême), où les fidèles qui entrent dans sa construction sont les vrais fidèles qui ont soin d’ajouter les bonnes œuvres à la foi, Vis., ni, 3; bâtie sur la pierre, n ayant qu’une porte d’entrée, le Fils de Dieu, composée de plusieurs pierres, mais si fortement cimentée qu’elle parait monolithe. Simil., rx, 12 et 13. 4. Le ministère chrétien. — Si la foi assure l’un>té de l’Église, c’est le ministère chrétien qui maintient l’unité de la foi. La Didaché nous montre des ministres de la parole, tels que les apôtres, les prophètes, les didascales, sorte de missionnaires itinérants, sans résidence fixe. Did., xiv, et des ministres du sacrifice public, plus spécialement de la liturgie eucharistique, les évêques et les diacres, ibid., xv, sans qu’on puisse nettement déter­ miner leur ordre hiérarchique. Cependant elle rattache 16W au sacrifice eucharistique le choix de ces demi· rs. Ceux-ci ne sont donc pas exclusivement des administra­ teurs temporels, des économes, ni même de simpl- s prédicateurs de la parole. Ils sont avant tout les mi­ nistres de la liturgie eucharistique, ce qui ne doit pas les empêcher de remplir au besoin le rôle des prophète s et des didascales. Clément de Rome prend pour exemple l’ordre qui régne dans l’armée, dans le corps humain, pour légitimer celui qui doit régner dans le corps du Christ. Or, jadis, les oblations et les sacrifices incom­ baient au souverain pontife, aux prêtres et aux lévites de l’Ancien Testament; désormais la προσφορά et la λειτουργία doivent incomber à la nouvelle hiérarchie, â trois degrés comme l’ancienne. J Cor., xxxvh-xl. Cette hiérarchie est d’origine divine, car Dieu a envoyé le Christ, le Christ a envoyé les apôtres, et les apôtres ont envoyé leurs successeurs. l Cor., xi.ii. Quant au nom propre du chef de cette hiérarchie, peut-être n’y en a-t-il pas encore d’exclusivement consacré par l'usage, mais Clément laisse entendre que ce doit être celui de επίσκοπος, car Γέπισκοπή excite l’ambition. 1 Cor., xliv. Et c’est bien de l’épiscopat monarchique et unitaire, au sens actuel du mot, ainsi que de la hiérarchie à trois degrés, composée de l’évêque, des prêtres et des diacres qu’il s'agit. Saint Ignace ne permet pas d’en douter. Il a vu en passant l’évêque de Philadelphie; il reçoit la visite de celui de Tralles, de Magnésie et d'Éphèse; il séjourne chez celui de Smyrne; et il est lui-même évêque d'Antioche. Or. à ses yeux, l’évêque,c'est Dieu, Ad Eph., vi, le type du Père, Jésus-Christ, Ad Trail., m; le rem­ plaçant, le familier, le ministre de Dieu, Ad Polyc.,vi; celui qui préside à sa place, Ad Magn.,\i; celui qui est le centre de l’unité, la garantie de l’ordre, la sauvegarde delà vérité; celui qui personnifie l’Eglise; car là où est l’évêque, là est l’Église : όπου άν φανή ό επίσκοπος, έκεϊ το πλήδως έστω, de même que là où est le Christ, là est l’Église catholique. Ad Smyrn., vm, p. 240. A côté et audessous de l’évêque se placent les prêtres qui composent son presbyterium, Ad Eph., n, xx; Ad Trail·., vu, xiii; AdMagn., vu; sonsénatapostolique, AdMagn., vi; unis à lui comme les cordes à la lyre, Ad ΕρΛ.,ιν; et chargés de le réconforter. Ad Trail., xn. Enfin viennent les diacres, ministres des mystères de Jésus-Christ, Ad Trail., n, et collaborateurs de l’évêque. Ne rien faire en dehors de l’évêque; lui obéir en tout; être soumis à l’évêque et à son presbyterium ; ne faire qu’un avec l’évêque, les prêtresetlesdiacres. Ad Afagn., xm; Ad Trail., vu; Ad Philad., iv, vu ; Ad Smyrn., vm. Cette unité étroite ga­ rantit l'unité de la foi et assure la pureté de la doctrine. Le recrutement de celte hiérarchie se fait par l’ordina­ tion. par ΓέπίΟεσι; των χειρών. La Didaché parle du choix des candidats à l'épiscopat et au diaconat, et se sert du mot χειροτονία. Did., xv, p. 42. Mais ce terme n'implique pas encore le double sens de choix et d’oidinatn n. H indique simplement la part de la communauté dans la désignation des candidats; aux chefs était r■·<·.rvé le droit de ratifier ce choix et d'imposer les mains aux élus. Saint Clément écrit : « Nos apôtres apprirent de Notre-Seigneur qu’il y aurait des rivalités au sujet de l’épiscopat. A cause de cela, doués d’une prescience parfaite, ils établirent προειρημένου; (c’est-à-dire ceux dont il vient de parler et qui correspondent au souve­ rain pontile, aux prêtres et aux lévites de l’ancienne loi); ils ordonnèrent ensuite qu'après la mort de ces derniers, d’autres hommes éprouvés fussent chargés de leur mi­ nistère. Ceux donc qui ont été établis par eux ou ensuite par les autres hommes distingués avec le consentemen. de toute l’Église, etc. » I Cor., xi.iv, p. 116. Voilà l’ordn. de succession : à la communauté, le choix ou plutôt la désignation des candidats; aux chefs constitués, la rati­ fication et l'ordination. Reste à savoir si, en dehors de cette hiérarchie à trois degrés propre à chaque église, il n’y a pas un évêque 1643 APOSTOLIQUES (PÈRES) supérieur à tous les autres. L'intervention de Clément de Rome dans les affaires de Corinthe permet de ré­ pondre affirmativement. Rome a été fondée par Pierre, et s'il était vrai que toutes les églises de fondation apos­ tolique fussent égales en autorité, on ne voit pas pour­ quoi c’est Rome qui intervient à Corinthe, quand en Grèce même se trouvent Bérée, Philippe ou Thessalonique, quand sur la côte d'Asie et à proximité se trouvent Smyrne et Éphêse, surtout quand reste encore un sur­ vivant de l'âge apostolique, l’apôtre Jean. Les plus mo­ dérés parmi les protestants, entre autres Lightfoot, cherchent à éluder cette question ou plutôt la tranchent en affirmant que c’est là la première usurpation de l’évéque de Rome dans le sens de la primauté, en atten­ dant la seconde, celle de Victor, au n· siècle, quand il menace d'excommunier certains évêques d’Asie, lors du différend pascal, en attendant les autres. C’est oublier trop facilement le : Tu es Petrus; et le : Pasce oves, pasce agnos. C’est oublier aussi le langage de saint Ignace. 11 écrit a l’église gui préside dans le lieu de la région des Bomains; adresse peu claire, où quelquesuns ont voulu voir une simple préséance locale ou ré­ gionale, mais où l’on peut voir aussi une préséance religieuse semblable à la préséance politique de Rome sur le monde. Funk ne craint pas de traduire ainsi : quæ præsidet universas ecclesiæ, idque Romæ, ubi ha­ bitat. Pair, apost., t. 1, p. ‘212. Quoi qu’il en soit de l’in­ terprétation de ce titre, Ignace signale Rome comme ■προκαθήμενη τής αγάπης; cela signifie, d'après Pearson, Zahn, Lightfoot, présidente de la charité, par allusion à la charité romaine. Or, d'après l’usage, προκαβήσΟαι ne s’applique qu a un lieu ou à une société; et dès lors, αγάπη peut être synonyme d'ïzz).r,oia et signifie réelle­ ment l'église dans la langue d'Ignace. Ε'άγάπη des Smyrnioles etdes Ephésiens vous salue, Ad Trail., xm; Γάγάπη des frères qui sont à Troas vous salue.Ad Philad., xi ; Ad Smyrn., xn. Si donc, dans la langue d’Ignace, αγάπη désigne une église en particulier, pourquoi ne désignerait-elle pas l'Eglise universelle dans la suscription de l'Épitre aux Bomains t Voir Funk, t. i,p. 213. 5. La rie chrétienne. — Les candidats à la vie chré­ tienne subissent une double préparation intellectuelle et morale. Ils sont d'abord instruits sur la nature, l’impor­ tance et l'étendue de leurs futurs devoirs : c’est la caté­ chèse, dbnt nous avons un spécimen dans les deux voies de la Didaché et de Barnabé; ils doivent égale­ ment apprendre ce qui doit faire l’objet de leur foi : c’est la traditio symboli; mais les Pères apostoliques n’en parlent pas. La Didaché indique, à titre de préparation ascétique, le jeûne obligatoire chez le futur baptisé; Hermas, sans spécifier, laisse entrevoir d’autres pra­ tiques de pénitence. Lé baptême couronne cette prépa­ ration ; sa matière, sa forme, ses effets sont signalés par la Didaché, vit, p. 20. Barnabé dit que le baptême nous purifie complètement, xi; Hermas, qu’on descend mort dans l’eau et qu'on en sort vivant, Simil., ix, 16, p. 532, avec l’empreinte propre au chrétien, la σφραγίς. Une fois baptisé, le fidèle s’entretient dans la vie chré­ tienne par l'assistance au sacrifice et la participation à l'eucharistie. Qu'il s’agisse de l’eucharistie, sacrifice et communion, la Didaché ne permet pas d’en douter.Car la préparation qu'elle exige, baptême, IX, p. 28, exomologèse, xiv, p. 42, et conscience pure pour que le sacrifice soit pur; les expressions qu’elle emploie, le κλάσμα et le πονηριάν, ix, p. 26, deux termes à signifi­ cation chrétienne; les effets qu'elle indique, cette nour­ riture spirituelle communiquant la vie et la science, l'immortalité, la vie éternelle, faisant habiter Dieu dans nos cœurs. tout le prouve. Saint Ignace est encore plus explicite : la fraction du pain est le remède de l’immortalit··. l'antidote de la mort, la vie dans le Christ. Ad Eph., xx. ; Je veux le pain de Dieu, qui est la chair du Christ-., et pour boisson son sang. » Ad Rom., vu. L’eu­ 1644 charistie est, en effet, la chair et le sang de Jésus-Christ. Ad Philad., iv; Ad Smyrn., vu. Il n’y a d’eucharistie valide que celle que fait l’évêque ou, en sa présence, celui à qui il en a donné l'autorisation. Ad Smyrn.,νιιι. Si le fidèle vient à commettre une faute grave, il n’a pour rentrer dans la vie chrétienne, qu’à recourir à la pénitence. Les Pères apostoliques ne disent pas en quoi elle consiste. Hermas fait entendre qu’elle est dure; il dit qu’il n’y en a qu’une. Voir plus haut. Sûrement la confession devait en faire partie. Et si Clément se con­ tente de dire que celle-ci est salutaire et qu’il vaut mieux confesser ses péchés que d’endurcir son cœur, I Cor., u, p. 124, Barnabé en fait une obligation, xix, p. 56, répé­ tant la prescription de la Didaché, qui avait spécifié qu’elle devait se faire en public et qu'elle devait précé­ der la fraction du pain et l’action de grâces pour que le sacrifice fût pur. Did., IV, p. 16; xiv, p. 42. Hermas nous apprend que Dieu oublie l'injure de ceux qui confessent leurs péchés. Sim il., ix, 23, p. 542. L’ascétisme n’était pas étranger à la vie chrétienne. Nous avons déjà parlé du Jeûne à l’occasion du baptême. La Didaché veut qu'on ne jeûne pas comme les hypo­ crites le second et le cinquième jour, mais le quatrième et le sixième, c’est-à-dire le mercredi et le vendredi, vu, p. 22. Hermas observe les jours de station. Simil., v, 1, p. -450. Son jeûne consiste à n’user que de pain et d'eau ; c'est la xérophagie. Simil., v, 3, p. 454. Mais le Pasteur lui fait observer que le vrai jeûne, le jeûne efficace, consiste dans l'abstention de tout mal, dans l’obéissance et la fidélité aux commandements. L’aumône accompagnait le jeûne. Simil., v, 3, p. 454. Hermas, dans l’allégorie de l’ormeau et de la vigne, nous donne l’image du riche et du pauvre, l’un portant l’autre, et unis par une mutuelle réciprocité de services. Simil., n. Il faut faire l’aumône à tous, mais non sans discré­ tion. La Didaché rappelle ce conseil : que ton aumône transpire dans ta main jusqu’à ce que tu saches à qui tu donnes, i, p. 8. On ignore d'où elle l’a tiré. La Didaché dit : Si tu peux porter tout le joug du Seigneur, tu seras parfait; si non, fais du moins ce que tu pourras. Did., vi, p. 18. Il y avait des chrétiens pra­ tiquant les conseils évangéliques. Des femmes faisaient profession de virginité. Saint Ignace salue» les vierges appelées veuves ». Ad Smyrn., xm, p. 244. On a voulu y voir une allusion aux diaconesses. Mais c’est une ques­ tion de savoir si alors diâconesses et veuves ne faisaient qu’un ; l’identification fût-elle admise, c’est encore une question de savoir si, au commencement du n· siècle, les diaconesses étaient choisies parmi les vierges, con­ trairement à la prescription de saint Paul, I Tim., v, 3-16; il s'agit ici plus vraisemblablement des femmes faisant profession de virginité et improprement appe­ lées veuves, parce qu'on les incrivait parmi les veuves, comme nous l'apprend Tertullien, De vel. virg., ix, P. L., t. i, col. 902. Hennas, Simil., ix. 11, p. 518, fait allusion à des vierges, dont la conduite, encore irré­ préhensible, deviendra plus tard un danger et sera réprouvée : ce sont les futures subintroduclæ, dont il est question dans Tertullien, De jej., xvn, P. L., t. il, col. 977, et De vel. virg., xiv, ibid., col. 909; et dont s'occuperont les conciles d’Elvire, can. 27, d'Ancyre, can. 19, et de Nicée, can. 3. Rien d’étonnant si les Pères aposloliques ont traité les fidèles de temple de Dieu, Barnabé, vi, xvi; Ignace, AdEph., xv; Ad Philad., vu; de membres du Christ, Ignace, Ad Trail., xi ; d’imitateurs de Dieu, μιμηΟής Θεού. Epist. ad Diogn., x. La vie des chrétiens ne pouvait que servir de modèle et produire une impression profonde sur tout observateur attentif et sincère. De là le tableau de la vie chrétienne dans l'Épitre à Diognéte,v, vi. Les chrétiens, semblables aux autres hommes sous le rap­ port de l'habitation, du vêtement et du langage, en différent beaucoup; car ils sont citoyens d’une autre 1645 APOSTOLIQUES (PÈRES) APOTACTIQUES 1646 patrie, se considèrent comme des étrangers ici-bas. généalogies d’anges, en recommandant de nepasécon’ r Fidèles aux lois, époux modèles, pauvres mais géné­ quiconque prêche le judaïsme, Ad Philad., vi, et de re­ reux, aimant ceux qui les persécutent et rendant le pousser le mauvais ferment, vieilli et aigri. Ad Main., bien pour le mal, ils sont toujours heureux et jouent x. Mais on voit qu'il ne vise pas le docétisme particulier dans le monde le rôle de l’àme dans le corps : ό'περ de Simon, de Cérinthe ou de Saturnin, mais plutôt une εστιν εν σώματι ψυχή, τουτ’ εΐσΐν έν κόσμω Χριστιανοί. espèce de docétisme à forme judaïsante, une seule et Sans eux, le monde s’écroulerait. Epist.. ad Diogn., vi. même erreur, propre à la province d’Asie, mâtinée de 6. La liturgie. — Les Pères apostoliques ne font gnose docéte et de judaïsme intransigeant, complète­ allusion qu'à la liturgie eucharistique, et encore très ment étrangère au plan du Père, prônée par des docteurs discrètement. C’est le dimanche, la κυριακή, un nom hétérodoxes qui parlent autrement que le Christ, mena­ nouveau dans la langue chrétienne, Did., xiv. p. 42, cent l’unité et engendrent la mort. qu'on se réunit pour participer au κλάσμα et au πστήριον, Le seul des Pères apostoliques qui ait fait valoir un après s'être préalablement confessé et réconcilié avec argument en faveur du christianisme est l'auteur de ses ennemis. Barnabé appelle ce jour le huitième et VÉpitre à Diognéte. Si Dieu a tant tardé à paraître, c’est, donne la raison de ce choix : c’est le jour ou Noiredit-il, pour nous convaincre expérimentalement de notre Seigneur est ressuscité. Barn., xv, p. 48. Ce fut le jour indignité, de notre impuissance à conquérir le royaume par excellence, qui coexista d'abord avec le sabbat et de Dieu, et pour nous prouver son amour en nous appe­ finit par le remplacer, dés le commencement du lant à ,1a vie, et sa puissance en nous aidant à l’obtenir IIe siècle. Saint Ignace recommande, en effet, de ne plus par la manifestation de son Verbe, par la foi en sa observer le sabbat, mais le dimanche. Ad Magn., ix, parole. Epist. ad Diogn., tx, p. 324. Et c'est là le début p. 198.L’agape faitencore partie du service eucharistique. de la thèse sur la nécessité de la révélation. Après avoir La Didaché, qui signale comme prière quotidienne le écarté le polythéisme et le judaïsme, l'auteur de l’Épitre Πάτερ ημών ό έν τώ ονρανω, νιιι, ρ. 24, nous offre de montre le rôle du chrétien dans le monde, trace le tableau courts modèles de la manière de faire l’action de grâces, de la vie chrétienne, et conclut à la divinité du christia­ le dimanche, sur le pain et le vin eucharistiques, tx. nisme; ταϋτα ανθρώπου ού δοκεϊ τα έργα’ ταϋτα δύναμις Clément finit son Épitre par une longue et magnifique εστι Θεοΰ. ταϋτα της παρουσίας αυτόν δείγματα, νπ, ρ. 322. prière qui rappelle le ton de nos préfaces et qui, si elle Et c’est ainsi que l'auteur de VÉpitre à Diognéte sert de n’est pas un écho officiel de la prière universelle des passage des Pères apostoliques aux Pères apologistes. synaxes, reste en tout cas un beau spécimen de la prière I. Éditions. — Migne, P. G., 1.1, n, v; Hefele, Opera Patr. publique et servira de mouleaux futures litanies. 1 Cor., apostat., 4· édit., Tubingue, 1855; Dressel, Patr. apostat, opera, Lix-Lxi. A remarquer la prière pour les pouvoirs cons­ Leipzig, 1857 ; édition revue et augmentée par Gebhardt, Harnack titués, bien que persécuteurs, dont parlent Clément, loc. ! et Zahn, Patr. apostat, opera, Leipzig, 1877, 1894; Jacobson, cit.. et Polycarpe. Ad Philip., xn, p. 28U. Patr. apostat, quæ supersunt, 2 in-8°, 4· édit., Oxford, 1883; 7. Polémique et apologétique. — Les Peres aposto­ Funk, Opera patr. apostat., Tubingue, 1881; Doctrina dundee. liques ne sont rien,moins que des polémistes. Cepen­ Apost., Tubingue, 1887; Patres apostolici, 1901. dant l'auteur de VÉpitre à Diognéte, n, p. 310, s’en Π. Travaux.—Hilgenfeld,Die apostolischen Vider, Halle, 1853; Freppel, Les Pères apostoliques, Paris, 1859; Donaldson, dans prend à la forme fétichiste du polythéisme, et reproche Critical history... I. The apostolical /others, Londres, 1864; au judaïsme ses sacrifices, sa distinction des mets, sa Sprinzl, Die Théologie der apostolischen Viiter, Vienne, 1880; pratique superstitieuse du sabbat, sa jactance au sujet Lesquoy, De regimine Ecclesiæ juxta Patrum apostol. doctri­ de la circoncision, ses jeûnes, ses néoménies, qu'il qua­ nam, Louvain. 1881 ; Lightfoot, The apostolic fathers, Londres, lifie de puérilités ou de folie, ni. Barnabé, dur et sé­ 1890; Smith el Wace, Dict.o/ christ, biography, article Apost· vère contre les Juifs, montre qu'ils s'en tiennent au Fathers. sens littéral et charnel sans s’élever au sens spirituel G. Bareille. et à la signification morale de leurs observances, vtu-x. APOTACTIQUES. Hérétiques du m« et du iv« siècle, Hermas rejette hors de l’Église les gnostiques insensés, de la secte des encratites. Ils se donnèrent le nom άφρονες, qui veulent tout savoir et ne connaissent rien à d’apotactiques, c’est-à-dire de renonçants, parce qu'ils fond, Οέλοντες πάντα γινώσκειν και ούδέν δλως γιγνώσκουσι. renonçaient au mariage et à la propriété, à l’exemple Simii., IX, 22, ρ. 540. Mais ce ne sont là que des indica­ des apostoliques qui se disaient parfois apotactiques, tions sommaires. Le polythéisme trouvera d'autres adver­ comme d’autres se dirent cathares, c’est-à-dire purs par saires, beaucoup plus puissants. Le judaïsme intransi­ excellence. Épiphane, User., lxi, P. G., t. xli, col. 1040. geant, traitant saint Paul d’apostat et se perdant dans la Comme les apostoliques, ils professaient des principes secte des ébionites, aura de vigoureux antagonistes. d’orgueil, d'ascétisme outré, d’intolérance. Ils avaient Quant au gnosticisme, le grand danger du christianisme les mêmes attaches gnostiques; car saint Basile, en 375, au IIe siècle, c’est Irénée et Terlullien qui lui barreront signale leur horreurdu mariage et ajoute que. à l'exemple le passage. Il n'en est pas moins vrai que l'erreur et de Marcion, ils regardaient la créature comme mauvaise l'hérésie cherchent à se glisser dans les communautés et Dieu comme l’auteur du mal. Epist., cxcix. 47, P. G., chrétiennes d'Asie. C'est le même mouvement d'idées, t. xxxii, col. 732. Us finirent par entrer dans le courant mais renforcé, plus habile et plus dangereux que du manichéen, bien qu'ils s’en défendissent pour échapper temps des apôtres. Le docétisme, d'une part, substitue à la vindicte des lois; car Théodose le Grand, en 381 un fantôme à l’humanité de Jésus-Christ : il nie son ori­ et 383, ne se laissa pas prendre à leurs subterfuges et gine et sa naissance humaines; il ne voit dans les évé­ les engloba nominativement dans la condamnation du nements de sa vie, baptême, souffrances, passion, mort manichéisme. Nec se sub simulatione fallaciæ eorum el résurrection, que des irréalités, des apparences. Et, scilicet nominum, quibus plerique, ut cognovimus, pro­ d’autre part, le judaïsme cherche à maintenir ses posi­ batte fidei et propositi castioris dici ac signari volunt, tions et à imposer ses pratiques. C’est en face de ce maligna fraude defendant; cum prxserlim nonnullos double courant que se trouve saint Ignace. Dans ses ex his Encralilas, Apotactitas, Bydroparastatas vel Épitres aux Tralliens et aux Smyrniotes, il attaque plus Saccophoras nominari se velint, et varietate nominum particulièrement le premier, en affirmant la réalité diversorum relut religiosæ professionis of/icia mentian­ sensible de la naissance, de la vie, de la mort et de la tur : eos enim omnes convenit, non professione defendi résurrection du Christ. Hausses Epitres aux Magnésiens nominum, sed notabiles atque exeerandos haberi sce­ et aux Philadelphiens, il s’en prend plus spécialement lere sectarum. Codex Theodos., XVI, tit. v, leg. 7 et 11. au second, en dénonçant l'inutilité des observances, le Dictionnaire d'archéologie chrétienne, t. i, col. 2615-2626. G. Bareille. danger des fables et des mythes aux interminables i 4647 APOTRES 1. APOTRES. Ici comme pour l’apostolicité, la théologie se mêle intimement à l’histoire. Il faudra donc nous occuper quelque peu des faits historiques. Nous le ferons uniquement dans la mesure ou l’exigent les questions de doctrine, et cela expliquera que nous ne disions rien, par exemple, de la Διδαχή, voir Apôtres, doctrine des douze, ni de certains passages de saint Paul, ou il s'agit d’apôtres, mais non pas au sens où la chose intéresse le théologien; rien non plus de l'apostolat chrétien, qui touche bien à la théologie, mais non pas â la question des origines et de la constitution de l’Église. Sept points : I. Le mot et la notion; les con­ ditions pour être apôtre. II. Théories rationalistes. III. Les origines de l’apostolat. IV. La mission des apôtres. V. Les prérogatives des apôtres. VI. Les apôtres et le dé­ pôt de la révélation. VII. Les apôtres el les évêques; charisme et fonction. L Le mot et la notion; les conditions pour être apôtre. — 1. Mot et notion. — Le mot apôtre est grec (απόστολο;, de αποστέλλω, et non, comme on dit sou­ vent, de άπό et de στέλλω); il signifie envoyé. On le trouve une fois dans les Bibles grecques. III Reg., xtv. 6 (non pas proprement dans les Septante, qui, au passage cor­ respondant, se servent du verbe έπαποστέλλω, mais dans d’autres traductions, cf. F. Vigouroux, La Sainte Bible polyglotte, t. il, Paris, 1901, p. 690, et dans l'addition qui suit Ill Reg., XII, 24, p. 680; il y répond au participe iâlûah). Il est fréquent dans le Nouveau Testament et dans le langage ecclésiastique, tantôt pour désigner les douze envoyés spéciaux de Jésus (auxquels il faut joindre Mathias choisi pour remplacer Judas, joindre aussi Paul et peut-être Barnabe : Paul choisi et envoyé par Jésus déjà glorieux, Act., tx, 15; xm. 2-4; Barnabé que nous lui voyons associé dans le choix divin et dans la mission, Act., vin, 2-4), tantôt pour désigner toutes sortes de pré­ dicateurs de l'Evangile et, notamment, les prédicateurs errants, ou, comme on dit aujourd'hui, itinérants. Il se prend donc déjà dans le Nouveau Testament en un sens tantôt plus large, tantôt plus précis. C'est au sens large que saint Jean, xnt, 16, le met dans la bouche de Jésus, et peut-être aussi Luc, xi. 49; pour désigner les apôtres, saint Jean dans l'Evangile ne dit jamais que « les Douze»; mais dans l’Apocalypse, xxt. 14, il est question « des douze apôtres»; la chose est moins claire pour Apoc., H, 2. Hors les exceptions citées : Joa., xm, 16, et Luc., xi, 49, les Évangiles n'emploient le mot que pour parler des douze, et toujours au sens collectif; dans les Actes, xtv, 4, 13, on le trouve de plus appliqué au groupe Paul et Barnabé. La formule apostolus Jesu Christi est em­ ployée par saint Pierre en tète de ses deux Epitres, et par saint Paul en tète des Épitres aux Éphésiens, aux Colossiens, à Timothée, et de la seconde aux Corin­ thiens; on ne la trouve que là, et, au pluriel, II Cor., xi, 13; I Thess., il, 7, et.Iud., 17 (et l'équivalent, Eph., m, 5 ; apostolis ejus), sans qu'on puisse dire avec certitude si dans tous ces cas il s'agit des apôtres, au sens précis du terme. Saint Paul emploie parfois le mot en rapport avec ceux à qui l'apôtre est envoyé : gentium apostolus, Rom., xi, 13; et. I Cor., tx, 2; Gai., n, 8; saint Pierre dit de même apostolorum vestrorum, « vos apôtres. » II Pet., ni, 2. Mais apostoli ecclesiarum, II Cor., vm,23, signifies les envoyés de l’Église », et peut-être est-ce aussi le sens de vestrum apostolum, Phil., n, 25; cf. ιν, 18. Nous trouvons parfois chez saint Paul le mot en un sens plus large, Rom., xvi, 7, et c'est probablement pour bien in.liquer « les douze » qu'il parle quelquefois « des grands apôtres >, II Cor., xi, 5, des apôtres supra mo­ dum, ύπερλιαν αποστόλων. Il Cor., XII, 11. Çà et là, il n’est pas facile de décider si le mot doit s’entendre des douze ou en un sens plus général. Ainsi dans la for­ mule apostoli et prophète. I Cor., xn, 28, 29; Eph., n, •J . rv. Il; cf. Apoc., xvni, 20; Luc., XI,49; II Pet., m,2. Che fois enfin saint Paul applique le terme à Notre-Sei­ 1648 gneur lui-même, Heb., m, 1, l'envoyé dé Dieu qui en­ voie à son tour ses missionnaires Cf. Joa., xvn, 18; xx, 21. On voit comment partout le mot apôtre est en rapport avec la notion d'envoi, de mission. Il reste à préciser les conditions pour être apôtre au sens strict du mot et pour avoir part aux prérogatives des apôtres. 2. Conditions pour être apôtre. — Avant tout, le choix divin est nécessaire : pas d’apôtre (au sens propre du mot) sans élection et sans mission immédiate de Dieu ou de Jésus. Les textes abondent, qui montrent l’apostolat comme joint à cette condition. Nous en donnerons plu­ sieurs dans la suite. Il suffit de rappeler ici : Marc., III, 13-14; Joa., xvn, 18; xx, 21 ; Act., ix, 16; xm, 2; Rom., i. 1 ; I et II Cor., i, I ; Gal., i, 1, etc. Sur ce point, nulle difficulté. Mais la mission immédiate suffit-elle pour être apôtre, au sens propre du mot, et pour avoir part aux privilèges de l’apostolat? Beaucoup de textes semblent exiger de plus qu’on ait vécu avec Jésus durant sa vie publique, ou du moins qu’on ait « vu le Seigneur ». C’est ce que dit saint Marc, m, 13-14, en parlant du choix des douze. C’est ce que semble supposer saint Pierre quand il s'agit de remplacer Judas par quelqu'un de « ceux qui ont été avec les apôtres pendant que Jésus conversait avec eux, depuis le baptême de Jean jusqu'à son ascen­ sion pour être le témoin de sa résurrection ». Act., 1,2122. C'est ce qui semble ressortir des paroles de saint Jean présentant son récit et sa prédication comme un témoignage : qui vidit testimonium perhibuit. Joa., XIX, 35; cf. xx, 30; xxi, 24; I Joa., 1,1-3. C’est enfin ce qu’em­ portent les paroles de Notre-Seigneur à ses apôtres : « Vous serez mes témoins. » Act., i, 8. Saint Paul entre dans la même pensée quand il dit : « Ne suis-je pas apôtre? N’ai-je pas vu le Seigneur? » I Cor., ix, 1. D’après cela, Barnabe ne serait pas apôtre. Mais plus d’un auteur considère surtout la mission immédiate. Or celle-ci se trouve dans Barnabé, Act., xm, 2-4, non moins que dans Paul, Act., ix, 15; xxn, 15, ou dans Mathias. Act., i, 25-26. En fait, Paul ne sépare pas, .en ce point, sa cause de celle de Barnabé, I Cor., ix, 4-5; Gai., n. 9-10; non plus que saint Luc, qui leur donne deux fois le nom d’apôtres. Act., xix, 4,13. La question est de minime conséquence pour le théologien. Voir, sur l’apos­ tolat de Barnabé, les opinions contradictoires de Braunsberger, Der A pastel Barnabas, Mayence, 1876,p. 37 sq., et de Hefele. Dos Sendschreiber des Apostels Barnabas, Tubingue, 1840, p. 1. II. Les théories rationalistes. — Nous n’insisterons pas sur les théories rationalistes de l’apostolat. Ne tenant compte des écrits inspirés que dans une mesure fort res­ treinte et ou l’arbitraire a visiblement trop de part, elles veulent expliquer l’apostolat parfois sans l'intervention de Jésus; en tout cas, sans l’intention d’une Église à fon­ der, d’une doctrine définie à prêcher ; elles se succèdent d’ailleurs velut unda supervenit undam, et le point fort de chacune est de montrer le faible de celles qui ont précédé. On ne peut cependant les laisser complètement de côté. I) y a même, sinon au point de vue dogmatique proprement dit, au moins pour l’intelligence plus exacte de certains traits spéciaux, quelque profit à en tirer; car il est rare qu’il n'y ait point çà et là, à côté de vues ha­ sardées et d’hypothèses arbitraires, quelques observa­ tions délicates et pénétrantes sur les textes. C’est ce qu’on voit dans les théories les plus récentes sur l'apostolat. D’après Harnack, Jésus « n’a rien statué de nouveau pour l'avenir », Choisy, Précis, p. 14; l'apostolat n'est donc pas une autorité sociale. Jésus n’a pas conçu la foi comme une connaissance; les apôtres n'ont donc pas eu mission de prêcher une doctrine définie, un ensemble de vérités, mais uniquement d’appeler les hommes à Dieu, manifesté par Jésus-Christ comme roi d'abord et comme juge, mais aussi comme père qui aime et qui pardonne. Voir Dogmengeschichte, 1.1, p. 45, 53,56 sq., 1649 APÔTRES 1650 leur place est marquée. C’est une Église qu'il bâtira sur 66,69, 75 sq. : cf. Choisy, Précis,p. χιν,χνι, xxi; puis les chap, i-iv du livre I, enfin 1. Il, c. il, conclusions, p. 50 la pierre et dont avec Pierre ils seront les fondements, sq. Pesch a groupé plusieurs des textes de Harnack, Matth., xvi, 18,19; cf. Luc., xx, 12, 31,32; c’est une so­ n. 310, note. ciété où ils auront tout pouvoir. Matth., xvin, 16-18.Déjà Pour M. Seufert, Jésus n'aurait même pas choisi les il leur montre en quel esprit ils devront exercer ce pou­ douze; l’apostolat serait une institution judaïsante née voir : une mansuétude toujours prête à pardonner. de la lutte de Paul contre les judaïsants. Cf. H. Monnier, Matth., xvin, 21 sq. ; une humilité et un dévouement dans la Bevue de l'histoire des religions, Paris, 1899, qui ne voient dans le gouvernement qu’un moyen de t. XL, p. 448. rendre service et de faire du bien. Joa., xm, 13-16; M. Eric Haupt admet le choix de douze privilégiés, sur Luc., xxii, 24-27.A mesure que la passion approche, ses le témoignage de saint Paul, I Cor., xv, 5; mais, non instructions deviennent plus intimes, Joa., xm-xvi, et plus que les soixante-douze disciples, ils n’avaient sa prière plus pressante pour eux et pour « ceux qui d'autre mission que de préparer les voies à Jésus; même doivent croire sur leur parole », Joa., xvn, 20; ses pro­ après la résurrection, nulle trace de mission, nulle trace messes plus assurées. Joa., xv, 33; cf. Luc., xxi, 12-19; d'autorité' confiée par Jésus; rien dans Jean ou dans les Joa., xrv, 26; xvi, 12, 13, etc. Il les charge de perpétuer Actes ne permet de leur reconnaître autre chose qu'une le sacrifice de la loi nouvelle, Luc., xxn, 19; il va les inlluence morale. La seule charge confiée aux douze (par envoyer comme il a été lui-même envoyé, Joa., xvn, 18, la communauté chrétienne), c’est le ministère de la pré­ cf. xv, 16; le Saint-Esprit les instruira de tout, et il leur dication ; encore cette charge n'est-elle pas leur privilège rendra témoignage de Jésus pour que, à leur tour, exclusif. Saint Paul est le premier à réclamer l'autorité, ils rendent témoignage, Joa., xiv, 26;.xvi, 13; xv, 26, et à l'exercer; mais le ministère de Paul diffère, fond et 27; il sera éternellement avec eux. Joa., xiv, 16. C’est forme, de celui des douze. Paul d’ailleurs, dans sa propre par leurs soins évidemment que le grain de sénevé de­ sphère d’action, ne reconnaît cette autorité â personne viendra un grand arbre, par leur bouche que l’Évangile autre qu'à lui. Le titre d’apôtre ne vient pas de Jésus, et sera prêché jusqu’aux extrémités du monde. Matth., il faut entendre Luc., VI, 13, comme une interprétation xxiv, 14; xxvi, 13. Après la résurrection, tout devient personnelle de l’écrivain. L’apôtre n'est conçu comme plus précis encore. Non seulement il raffermit leur foi; itinérant que depuis la Διδαχή ; mais l’apôtre de la mais il achève de leur dessiner son plan et de les pré­ Διδαχή n’est plus l’apôtre tel que l’entend saint Paul, parer à l’exécution. H les envoie comme son Père l'a celui qui « a vu le Ressuscité ». Par essence, l'apôtre envoyé, et il leur donne le pouvoir de remettre et de n’a pas de successeur, car l'apostolat est un charisme, et retenir les péchés, Joa., xx, 21-23; il leur parle du les charismes ne se transmettent pas. D’où il suit que la royaume de Dieu, Act., i, 3; pourquoi, sinon pour leur a succession apostolique est un mythe ». Cf. H. Monnier, renouveler ses instructions, pour préciser ce qu’ils n’a­ loc. cit., p. 449 sq. vaient compris que vaguement, pour prendre enfin les Voilà quelques-unes des théories. Mettons-nous en dernières dispositions pratiques? Après son départ, ils présence des textes et des faits. devront attendre encore quelques jours dans la prière et III. Les origines de l’apostolat. — 1. Choix et la solitude l'Esprit tant de fois promis, qui achèvera en préparation des apôtres. — Dès les débuts de sa vie pu­ un moment l’œuvre de leur formation, que Jésus, tout blique, nous voyons Jésus grouper autour de lui des Dieu qu'il était, n’a fait qu’ébaucher; mais déjà ils savent disciples choisis, qui l'écoutent, qui l’accompagnent, qui qu’ils doivent être 'es témoins de leur maître en Judée, deviennent comme sa famille. Joa., 1,35-51; II, 2, 11; I en Samarie et jusqu’au bout du monde. Act., 1, 8; déjà Matth., iv, 18-22; v, 1; ix, 9; Luc., v, 10, 11, 27, 28; VI, ils ont reçu la mission solennelle d’aller au nom du 1, 12-18. Parmi eux sont déjà ceux qui seront bientôt Christ, d’instruire toutes les nations, de les baptiser, de « les apôtres », et Jésus montre assez clairement ses leur apprendre à garder les préceptes que Jésus a intentions spéciales sur eux par quelques mots, gros donnés â ses apôtres pour elles; bref, ils sont les en­ de leur avenir. A Simon, en le regardant : « Tu t’ap­ voyés de Jésus, comme Jésus est l’envoyé de son Père; pelleras Cephas. » Joa., I, 41. Aux quatre pêcheurs leur mission est sa mission, et leurs pouvoirs sont fondés de Génésareth : « Suivez-moi, je vous ferai pêcheurs sur sa puissance souveraine. Matth., xxvni, 18 sq.; cf. d’hommes. » Matth., iv, 19. Marc., xvi, 15; Joa., xvn, 18; xx, 21. Voilà l’origine de Bientôt une nouvelle sélection s'opère qui sépare net­ l’apostolat. On voit qu’elle est inséparable des origines mêmes de l’Église. La fondation de l’Église et la mis­ tement les douze apôtres du nombre des disciples. Les Synoptiques en parlent dans des termes qui montrent la sion apostolique ne font qu'un : si Jésus est l’envoyé de grandeur de la décision : « Il appela à lui ceux qu’il vou­ Dieu, la mission des apôtres est divine, divine est l'Eglise. lut, et ils vinrent à lui, et il fit qu'ils fussent douze avec lui et qu'il les envoyât prêcher. » Marc., m, 13, 14. Saint 2. Le collège apostolique. — Les apôtres ne sont pas dans la pensée de Jésus des unités séparées, des individus Luc est plus précis. Il nous montre Jésus se retirant sur la montagne pour prier Dieu et passant la nuit en sans autre lien entre eux que d’être groupés autour du prière; il ajoute : « Quand le jour fut venu, il appela même maître, que d’être envoyés par lui pour le prêcher ses disciples, et il en choisit douze parmi eux, auxquels partout. Ils font un corps : il n’y a pas seulement douze il donna le nom d'apôtres. «Luc., vi. 12, 13; cf. Matth., x. apôtres, il y a un collège apostolique. La nature même de 1, 2. Quel fut le mot araméen dont Jésus se servit, je ne l’œuvre qu’ils doivent fonder suffirait pour montrer la chose à l’évidence: ils ne peuvent fonder une Église, que sais; tout au plus peut-on le conjecturer. Mais cela ne nous renseignerait guère. Plus instructive est la con­ s’ils sont un entre eux. D'ailleurs, nous en avons des téduite de Jésus à leur égard. Désormais ils vont vivre moignagesdirects et exprès. Cette unité parfaite que Jésus dans sa familiarité, Marc., ni, 4; Luc., vin, 1; entendre demande pour eux dans sa dernière prière, Joa., xvn, 21. toutes ses instructions, en recevoir de spéciales pour est, sans doute et avant tout, l'unité des cœurs, cette cha­ eux, comme les amis pour lesquels il n'est point de se­ rité qu'il leur recommande si instamment dans le dis­ cret, Matth., xm, 11, 16; Joa., xv. 15; ils auront même cours après la cène. Joa., XIII, 34; xv, 12, etc. Mais elle des exercices préparatoires, une mission temporaire emporte l’unité extérieure et sociale, la coopération com­ comme pour préludera la mission définitive. Matth., x, mune à une même œuvre. Toutes ses instructions, toute t sq.; Luc., ix, 1, 2. C’est toute une éducation, menée sa manière d’agir avec eux montrent clairement que, divinement. En les formant pour le présent, il les pré­ comme apôtres, ils ne font qu’un à ses yeux. C’est en pare à l’avenir. Ce royaume de Dieu qu’il prêche, il le cotps qu’ils reçoivent le pouvoir de lier et de délier. leur montre comme un grand organisme social, où Matth., xvm, 18; de consacrer, Luc., xxn, 19; de re­ 1G51 APÔTRES mettre les péchés, Joa., xx, 21; en corps qu’ils sont spécialement instruits et formés par le Maître, traités comme ses amis de choix et ses envoyés, Joa., xv, 15,16; comme ses frères, Joa., xx, 17; en corps qu’ils sont in­ vestis de leur mission définitive, Matth., xxvin, 18-20. et qu’ils doivent attendre la venue du Saint-Esprit qui les armera témoins de Jésus. Act., I, 4. Le langage des écri­ vains sacrés suppose évidemment la même vérité. Après leur élection solennelle, on les appelle « les douze », ot δώδεκα. Matth., x, 1 ; XI, 1 ; xx, 17, 24; Marc., ni, 14; tv, 10; vi,7; Luc.,vin, I ; ix, 1,12; Joa., vt, 67. Après la dé­ fection et la mort de Judas, on dit « les onze », Matth., xxvin, 7; Marc., xvi, 14; Luc., xxiv, 33; mais Jean parle encore « des douze », xx, 24. Si parfois il est question d’autres mêlés â eux, ils sont soigneusement distingués, Luc., xxiv, 9, 33; Act., I, 13, 14 (exception plutôt appa­ rente dans Marc., xvi, 12, et peut-être dans Joa., xxi, 2; noter que Jean dans son Evangile ne dit jamais apôtres, mais disciples). Le plus expressif à cet égard est l’élec­ tion de Mathias en place de Judas. Voici comment saint Pierre la propose : « Il faut donc parmi ceux qui n’ont cessé d'être avec nous tout le temps que le Seigneur Jésus a conversé au milieu de nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il nous a quittés pour le ciel, que l’un d eux devienne avec nous témoin de sa résur­ rection. » Joseph et Mathias sont proposés. L’assemblée se inet en prière : « Vous, Seigneur,... montrez qui de ces deux vous avez choisi pour remplir ce ministère et cet apostolat dont Judas est déchu. » On tire au sort, le sort tombe sur Mathias, et « il fut élu pour être joint aux onze apôtres ». Act., i, 21-26. L’élection miracu­ leuse de Paul et celle de Barnabé ne sauraient faire dif­ ficulté; car leur action est concertée avec les apôtres, autant que celle des apôtres entre eux ; et ils reçoivent même, semble-t-il, une sorte d’ordination par l'imposi­ tion des mains avant de partir pour l'œuvre où Dieu les appelle. Gai., i. 1, 1 1, 15-19; n, 1-10; Act., ix, 26-28; xi, 22-30; xin, 2, 3; xv, passim. Ce qui manifeste encore mieux, selon le mot de saint Cyprien, De unitate Ecclesiæ, 4, P. L., t. iv, col. 512516, l’unité du corps apostolique, c’est la place qui est faite à Pierre par Jésus; c’est le rôle que nous lui voyons dans les Actes et jusque dans cette Épitre aux Galates où Paul se vante de lui avoir résisté en face. La primauté de Pierre sera démontrée ailleurs; contentonsnous pour le moment de constate:· que les apôtres font groupe autour de lui, et que les paroles de Notre-Seigneur : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église; con­ firme tes frères ; pais mes agneaux, pais mes brebis, » si elles signifient quelque chose, doivent nous faire entendre au moins que les apôtres feront un avec Pierre et autour de lui. S’ils sont, eux aussi, fondements de l’Église; s’ils sont, eux aussi, pasteurs : ils ne sauraient l’être chacun à part et indépendamment les uns des au­ tres ; sans cela où serait le troupeau un que doit paître saint Pierre, ou l’édifice unique dont Pierre doit être le fondement? Si, d’autre part, tout nous indique que les apôtres, comme tels, doivent être égaux entre eux, — exception faite pour saint Pierre, qui a pour lui des titres si spéciaux, — n’est-il pas évident que c’est dans et par la subordination à Pierre qu’ils formeront entre eux cette unité corporative sans laquelle il n’y a plus d'Église, puisqu’il n’y a plus une Église? IV. Mission des apôtres. — C’est une mission : 1° pour enseigner; 2» pour gouverner; 3» pour sanctifier; donc : 4s pour fonder la société religieuse voulue par Jésus, l’Église; donc : 5« une mission divine. J. Mission d'enseigner. — Les textes nous montrent avant tout la mission des apôtres comme une mission pour prêcher Jésus et sa doctrine; ils apparaissent tout d’abord comme les ministres de la parole. La prédica­ tion est dans l'idée même d’apostolat. Marc semble déjà l'indiquer, in, 14; la mission d'essai, prélude et figure 4G52 de la mission définitive, esl désignée par saint Luc comme une mission pour prêcher, misit illos prædicare, IX, 2; le pouvoir miraculeux sur les démons et sur les mala­ dies semble avoir pour but principal d’autoriser leur prédication. La conduite de Jésus à leur égard, ses in­ structions, notamment après la cène, sa prière pour eux et pour ceux qui « doivent croire sur leur parole », Joa., xvn, 20; cf. Joa., xvi, 13,14, manifestent de mieux en mieux l’intention divine. Après la résurrection, les textes sont plus clairs encore : « Vous serez mes té­ moins, » dit Jésus à ses apôtres. Luc., x.xiv, 46-48; Act., i, 8. Enfin, il les envoie solennellement prêcher et enseigner. Matth., xxvin, 18 sq.; Marc., xvi, 15. C’est pour être « témoin de la résurrection » que Mathias est choisi comme apôtre. Act.. 1, 22; et Jésus glorieux défi­ nit lui-même la mission de Paul comme une mission « pour porter son nom devant les nations et les rois et les fils d’Israël », Act., ix, 15; brefla mission des apôtres est toujours présentée comme une prédication (κηρύσ­ σει», κήρυγμα). Aussi les voyons-nous toujours prêchant ou préoccupés de prêcher, regardant comme leur grande affaire « le ministère de la parole », διακονία τοΰ Ι.όγου, εύαγγίλιον, εΰαγγελίζειν, et ils sont souvent nommés maî­ tres ou évangélistes. Voir pour les textes Marc., xvi, 20; Act., iv, 20; v, 42; vi, 2-4; 1 Cor., i, 17; ix, 16; Rom., x, 14-15; II Tim., 1, 11 ; iv, 12; Gal., I, 8; Eph., iv, 11, etc. Mais que doivent enseigner les apôtres? Avant tout ils doivent enseigner Jésus, être ses témoins et notamment les témoins de sa résurrection. Act., 1,8,11-12 ; 11,22sq. ; x, 39-42; xm, 30; xvn, 31; I Jpa., i, 1-11, etc. Ils doi­ vent prêcher la foi en Jésus comme fondement néces­ saire du salut, le montrer comme le médiateur unique entre Dieu et les hommes, comme l’envoyé de Dieu pour nous ouvrir le chemin du ciel en fondant une religion, un culte en esprit et en vérité. Cf. Act., IV, 12; x, 36,42; xm, 38; xv, 11; Rom., Gal., passim; 1 Tim., i, 15, etc. Ils doivent enfin promulguer la loi nouvelle et prêcher toute la doctrine que Jésus leur a confiée par lui-même ou par le Saint-Esprit. Matth., xxvin, 20; Gal.. I, 8; Col., n,8; I Tim., vi, 20; II Tim., n, 2, etc. Les apôtres enseignent donc une doctrine bien précise, un ensem­ ble de vérités. Quelle était cette doctrine dans le détail, quelles ces vérités, il faut le chercher dans l’Évangile, dans les Actes, dans les Épitres; tout l’enseignement de l’Église est déjà dans l’enseignement des apôtres, non pas systématisé, non pas développé, mais dans son fond et comme en germe. Et ce qu’ils enseignent, les apôtres l’enseignent avec autorité, au nom de Dieu, garantissant d’ailleurs leur mission et leur enseignement par leurs miracles. La chose est si évidente que quelques exemples suffiront. « Tout pouvoir m’a été donné... Allez donc et ensei­ gnez. » Matth., xxvin, 18 sq. « Qui ne vous croira pas, sera condamné.» Marc., xvi, 16. Voilà la mission auto­ risée. Aussi les apôtres demandent-ils la soumission de l’esprit, Rom., I, 5; xv, 19; II Cor., x, 5, 6; ils donnent leur parole comine la parole de Dieu, I Thess., n, 13; Il Cor., v, 20; ils menacent et punissent ceux qui repous­ sent leur enseignement. 11 Thess., i, 8; II Cor., x, 6; cf. Gal., i, 9. Bref ils enseignent comme les envoyés de Jésus, accrédités par lui, etparlanten son nom. Il Cor., v, 18-20. Aussi les miracles conlirment-ils partout leur enseignement. Marc., xvi,20; Act., passim; I Cor., n,1-5; iv, 20; I Thess., i, 5; 11 Cor., xn, 12, etc. Les textes qui précèdent nous montrent déjà cette autorité des apôtres comme une autorité infaillible. Celui-là seul, en effet, peut exiger la foi absolue, sur sa seule parole, qui est infaillible. C’est du reste, ce qu’in­ dique assez la promesse de Jésus à ses apôtres, et par eux à son Église, d’être avec eux jusqu'à la fin des siè­ cles, Matth., xxvin, 20; de leur envoyer son esprit de vé­ rité pour les instruire et pour les assister dans leur pré­ dication, Joa., xiv, 16, 17, 26; xv, 26, 27; de les confir­ 1653 APÔTRES mer dans la foi par la foi indéfectible de Pierre. Luc., XXII, 32, etc. Et comment l’Église bâtie par les apôtres serait-elle la colonne et le soutien de la vérité, I Tim., ni. 15, si ses fondateurs n’étaient infaillibles? Autrement tout écart de la doctrine apostolique serait-il un nau­ frage dans la foi, un blasphème, une hérésie, une résis­ tance à la vérité digne d’anathème, etc. I Tim., 1, 19, 20; cf. vi, 20, 21; II Tim., il, '1, 44-19, 25; Gal., i, 8, etc·. Inutile de multiplier les textes. L'infaillibilité des apô­ tres est évidente d’après leur mission même; il ne sau­ rait y avoir de doute que pour certaines questions acces­ soires (limites de cette infaillibilité, part qu’y avait chaque apôtre, etc.), qui auront bientôt leur tour. 2. Mission de gouverner. — La mission des apôtres n’est pas une simple mission d'enseigner, ni leur pou­ voir un simple pouvoir de magistère. Jésus les charge encore de gouverner les fidèles qu'ils auront convertis.il leur donne autorité dans la société que leur prédication va fonder. Les textes, en effet, montrent à l’évidence que Jésus a voulu fonder une religion sous forme sociale, faire de son Église une société ; et il apparaît du même coup que cette société doit être hiérarchique et que les apôtres en seront les chefs. La question sera traitée plus au long au mot Église, ici quelques indications suffiront. Qu’est-ce que le pouvoir des clefs promis à Pierre, .Matth., xvi, 19, sinon un pouvoir de juridiction? Qu'est-ce que cette Eglisequ'il faut écouter sous peine d'excommuni­ cation, sinon une autorité sociale, et qu’est-ce que le pou­ voir donné aux apôtres de lier et de délier au ciel en liant et déliant sur terre, Matth., xvin, 17, 18, sinon un pouvoir de gouverner, de faire des lois, d’obliger? Qu’estce que le pouvoir de paître les agneaux et les brebis confié â Pierre, Joa., xxi, 15-17; confié aux apôtres et à leurs vicaires ou successeurs (sous la dépendance de Pierre et en union avec lui), sinon toujours un pouvoir de juridiction? Eph., iv, 11; cf. I Cor.,xn, 28; 1 Pet., v, 2; Act., xx, 28. En fait, nous les voyons gouverner, légiférer, comman­ der, punir, tout cela en vertu de leur mission, an nom de Dieu. Act., xv, 28; cf. xvi, 4; 1 Cor., xi, 2, 34; v, 3sq.; II Cor., xm, 2, 10, etc. Ce pouvoir qu’ils ont pour euxmêmes, ils le communiquent aux autres. Épîtres pasto­ rales, passim; Act., xx, 28. Timothée gouverne à Éphèse, Tite en Crète, les successeurs de Pierre à Rome, les « anges des Églises » en Asie,; bientôt on a partout des évêques monarques se réclamant des apôtres. Voir Apoc., n et ni; la lettre de Clément aux Corinthiens, c. xlii, Funk, 1.1, p. 112; celles de saint Ignace, passim ; Irénée, 1. Ill, c. ni, n. 1, P. G., t. vu, col. 848; Tertul­ lien, Præscript., passim, etc. Cf. Pesch, n. 346, 344-355. 3. Mission de sanctifier. — Avec le pouvoir de juridic­ tion, les apôtres ont reçu de Notre-Seigneur le pouvoir d’ordre, ou pouvoir de sanctifier en conférant les sacre­ ments. Luc., xxii, 19, 20; Joa., xx, 22, 23. Aussi les voyons-nous baptiser, consacrer, ordonner, etc. Act., n, 3, 41 ; Rom., vi, 3 ; Gai., ni, 27; Eph., v,25 sq. ; Act., vin, 17; xix, 6; Tit., i, 6; I Cor., x, 16; cf. xi, 23sq., etc. 4. Mission de fonder l’Église. — Telle est donc en résumé la mission des apôtres: prêcher, gouverner, sanc­ tifier. C’est la mission même du Christ qu'ils doivent continuer, c’est son œuvre qu'ils doivent faire. En d’autres termes, ils sont ses vicaires et ses continuateurs pour jeter les fondements de l’Église, dont il est lui-même la pierre angulaire et dont il leur a tracé le plan. Aussi saint Paul nous montre-t-il les premiers fidèles bâtis sur le « fondement des apôtres et des prophètes », Eph., n, 20, et c’est à eux que conviennent avant tout les paroles de l’Épître aux Éphésiens (quel que soit d’ailleurs le sens précis des mots) : Et ipse dedit quosdam quidem apos­ tolos,quosdam autem prophetas, alios vero evangelistas, alios autem pastores et doctores ad consummationem sanctorum in opus ministerii, in sedificationem corporis Christi : donec occurramus omnes in unitatem fidei et 1654 agnitionis filii Dei, in virum, perfectum, in mensuram ætatis plenitudinis Christi, etc. Eph., iv. Il sq. La vision de Jean dit la même chose en deux mots : Et le mur de la cité avait douze fondements, et sur les douze fondements les noms des douze apôtres de l’Agneau. Apoc., xxi, 14. 5. C’est une mission divine. — Ce n’est pas ici le li· >: de faire la démonstration chrétienne. Rappelons seule­ ment ce que disent â ce sujet les apologistes. L’idée même d’une telle mission, disent-ils, est divine; plus divine encore, si l’on peut dire, l’idée de la confier à de tels hommes. Jésus a voulu sérieusement faire l'imité des intelligences et des volontés dans une immense société religieuse, qui n'aurait d’autres limites que celles de l'humanité; il a voulu que le régne de Dieu ici-bas se réalisât dans un royaume qui fût sur terre sans être de la terre, qui fondit en une toutes les nations sans dé­ truire aucune nation, qui fût à la fois, et d’une façon ineffable, humaine et divine : humaine sans rabaisser le divin, et divine sans rien ôter au libre jeu des forces humaines. Il a voulu cela. Et il a voulu que ce plan fût réalisé par les pêcheurs de Galilée et par l’artisan Saul de Tarse. Et cela s’est fait. Voilà des choses où les Pères, les· apologistes, les chrétiens n’ont cessé devoir le doigt de Dieu. N'ont-ils pas raison? V. Prérogatives oes apôtres. — Les apôtres, comme fondateurs de l’Église et comme premiers prédicateurs de l’Évangile, comme envoyés immédiats de Jésus et comme enrichis des prémices du Saint-Esprit, ont eu certaines prérogatives spéciales qui leur étaient person­ nelles comme apôtres, et ne devaient pas passer à leurs successeurs. Ces prérogatives peuvent s’appeler aposto­ liques pour les distinguer des prérogatives épiscopales qu’ils devaient transmettre aux évêques qu'ils ordon­ naient. Les premières étaient pour un temps, les autres pour toute la durée de l’Église. Or la question des pré­ rogatives apostoliques des apôtres est beaucoup moins claire que celle de leurs prérogatives épiscopales. Les textes manquent à peu près complètement, et les théo­ logiens procèdent surtout par inductions et déductions, lesquelles ont souvent quelque chose d’un peu vague ou de conjectural. Nous dégagerons trois de ces préroga­ tives, trois qu’on peut regarder comme certaines : 1» la confirmation en grâce; 2° l’infaillibilité personnelle; 3° la juridiction universelle et de pleins pouvoirs. 1. La confirmation en grâce. — Un premier privilège touche à l’ordre de la grâce sanctifiante plutôt qu’à celui des grâces gratuites, et regarde directement plutôt leur bien personnel que le bien de l’Église. C’est la confir­ mation en grâce. Les théologiens s’accordent à recon­ naître que les apôtres, après avoir reçu le Saint-Esprit à la Pentecôte, étaient si investis de ce divin Esprit que pratiquement ils ne pouvaient plus commettre de péché mortel; on étend même le privilège au péché véniel pleinement délibéré. Je ne pense pas qu’on puisse prou­ ver la chose par des textes directs et péremptoires (sinon peut-être pour saint Paul); mais des convenances mul­ tiples, appuyant certains indices positifs, permettent de la conclure en toute sécurité. La prière de Jésus, les magnifiques promesses qu’il leur fait de l'opération du Saint-Esprit en eux, l'assurance qu’il a de trouver en eux de dignes témoins, les lumières et la force dont nous les voyons « baptisés » â la Pentecôte, le peu que nous savons par les Actes de la transformation totale opérée en eux par le Saint-Esprit, l'action continuelle du Saint-Esprit en eux : voilà les indices. Voici les con­ venances: leur place éminente dans l’Église dont un des caractères est la sainteté, leur rôle de lumière du monde et de sel de la terre, la grâce des prémices avec son efficacité spéciale, la nécessité pratique de leur minis­ tère. Ces raisons, et autres du même genre, nous obli­ gent à leur attribuer la confirmation en grâce, et il semble que ce soit la pensée traditionnelle de l’Église; 1655 APÔTRES mais elles ne prouvent pas la préservation absolue de tout péché véniel, même semi-délibéré. Si saint Pierre et saint Barnabé péchèrent par faiblesse à Antioche, Gai., n, 11, nous ne saurions le conclure des paroles de saint Paul; mais puisque Dieu permit que Pierre fût « répréhensible » objectivement, ne suit-il pas qu’on ne peut regarder le péché véniel, même semi-délibéré, comme incompatible avec la dignité apostolique ? L’en­ semble de la doctrine catholique sur le péché véniel, triste apanage de tous, sauf de Marie, et sur la faiblesse inhérente à notre nature déchue serait plutôt dans le sens contraire. Voir S. Thomas, Quæsl. disput., De veritate, q. xxtv, a. 9; cf. De malo, q. vu, a. 7, ad 8um. Les autres privilèges des apôtres sont plutôt en faveur de l’Église. ‘2. L'infaillibilité personnelle. — Le corps des évêques est infaillible, puisqu'il constitue le magistère infaillible de l’Église; mais chaque évêque ne l’est pas, et si le pape l’est, ce n'est pas précisément comme évêque, mais comme suprême autorité enseignante dans une société infaillible. L'infaillibilité personnelle est donc un privilège spécial de l’apostolat. Sur quoi s'appuie-ton pour l’attribuer aux apôtres? Ce ne peut être évidemment sur les textes par lesquels on prouve l'infaillibilité de l’Eglise ou du corps enseignant. Sur quoi alors? D’abord sur des raisons analogues à celles que l’on donne pour la sainteté des apôtres et leur con­ firmation en grâce; mais ces raisons prennent ici une force spéciale. Instruits par le Christ même et par le Saint-Esprit, pouvaient-ils errer sur la doctrine du Christ? Dispersés à travers le monde, sans possibilité pratique de contrôle et de concert, il fallait, sous peine d'induire en erreur une partie de l’Église naissante et de rompre l'unité de la foi, que le même Esprit les ani­ mât et leur enseignât la même vérité à tous. Les néo­ phytes ne recevaient l'enseignement de l’Eglise que par leur apôtre, sans possibilité de contrôle ni de vérification ; ils auraient donc été obligés de croire à l'erreur. Ne dites pas que cela peut se présenter encore aujourd'hui. C’est vrai, mais per accidens, comme disent les scolas­ tiques, ici ou là, par hasard et pour un temps; c'eût été le cas ordinaire et normal au temps des apôtres, s'ils n'eussent pas été individuellement infaillibles; impos­ sible dès lors d'asseoir l’enseignement traditionnel sur une base solide, impossible d'avoir à travers le monde cette unité de foi dans la diversité des langages, dont saint Irénée nous fait un si beau tableau. Èn un mot dans les circonstances où l’Évangile s’est répandu, l'in­ faillibilité personnelle des apôtres était nécessaire pour que l’infaillibilité de l’Église fût autre chose qu'un mot ou qu'une espérance. Aussi les voyons-nous, dans les Actes et dans les Épitres, agir et parler individuellement en maîtres infaillibles, trancher les questions de doctrine, exiger la foi. excommunier les hérétiques, donner leur ensei­ gnement comme étant l’enseignement de Jésus-Christ. Etles maîtres qui viennent après se contentent du témoi­ gnage d'un apôtre pour conclure à la divinité d'une doc­ trine. Il ne faut pas d'ailleurs exagérer l'étendue de cette infaillibilité. Élle était limitée, comme celle de l’Église, aux questions de foi et de mœurs, limitée à l’ensei­ gnement authentique. Aussi voyons-nous saint Pierre se tromper sur la conduite à tenir dans une circonstance particulière, Gai., n, 11 ; Paul et Barnabé en désaccord, Ac!., XV. 37, 40; Paul enfin faire ses derniers adieux à d< - gens que. en fait, il devait revoir encore. Act., xx,25. Il faut s'inspirer de ces principes pour résoudre une question souvent agitée, celle de la parousie. Les apôtres croyaient-ils à la venue prochaine du Sauveur? Ou ils y aient cru ou non dans leur for intérieur, le théologien, comme tel, n’en peut rien dire. Qu’ils l’aient enseignée, de vive voix ou par écrit, il doit le nier. Les | | I I ' 1656 textes ne témoignent pas contre cette conclusion. Tout ce qu'on peut dire, c'est que certains textes sont obs­ curs; et il n'est pas nécessaire que les apôtres aient eu sur ce sujet des lumières sans ombre. Aussi bien les textes évangéliques sont-ils dans le même cas ou peu s'en faut, et ceux-là sont logiques qui admettent l'erreur dans les uns comme dans les autres. D’ailleurs nous n'avons pas à nous occuper ici de l inerrance des écrits inspirés. 3. Juridiction universelle et pleins pouvoirs. — Les apôtres avaient juridiction partout; là où ils allaient, ils allaient avec leurs pouvoirs reçus de Dieu ; à peu près comme au moyen âge (il en reste encore des traces de nos jours), certains envoyés du pape, les religieux men­ diants en particulier, s’en allaient à travers le monde avec tout pouvoir de prêcher partout, de confesser par­ tout, d’être partout les délégués bienfaisants de l’évêque universel. Et ces pouvoirs des apôtres n’étaient pas li­ mités comme le sont ceux de l’évêque dans son diocèse : pas de droit canon auquel ils fussent soumis, pas de causes majeures que Pierre se fût réservées : ils pou­ vaient fonder des églises, établir des évêques, tout orga­ niser en maîtres. Cela ne veut pas dire que Pierre n’eût rien à voir aux questions générales, ni à l’œuvre particulière de chaque apôtre; mais le chef du collège apostolique pouvait et devait s’en rapporter à l’Esprit qui animait ses frères, il devait respecter une mission donnée par son Maître. Les apôtres avaient donc tout pouvoir. Cela convenait, puisque les apôtres étaient les envoyés immédiats de Dieu; cela était nécessaire, puisqu'il fallait parcourir le monde pour fonder des églises. Aussi est-ce là ce que nous montrent les Actes et les Épttres. L’épiscopat est un pouvoir assis, limité à tel terri­ toire; l’apôtre, comme tel, était un itinérant : quelque chose comme les missi dominici de Charlemagne, ou comme, de nos jours, les délégués apostoliques. L'épis­ copat est un pouvoir restreint dans son exercice; celui des apôtres n’avait pas d’autres bornes qu'une dépen­ dance intime de Jésus et de son Esprit; et c'est, sans doute, cette dépendance intime, plus que les lois exté­ rieures, qui les poussait à se concerter quand ils étaient ensemble, Act., xv, et qui empêchait Paul de vouloir bâtir sur les fondements d’autrui. Rom., xv, 20. VI. Les apôtres eti.e dépôt de la révélation. — Ce point se rattache étroitement à la mission des apôtres et à leurs prérogatives. Mais il a une importance spéciale qu'il faut mettre en relief. Deux questions : 1» les apôtres et la clôture de la ré­ vélation; 2° les apôtres et la connaissance de la vérité révélée. 1. Les apôtres et la clôture de la révélation. — Les apôtres étaient en même temps prophètes, c’est-à-dire en contact immédiat avec Dieu, recevant directement de lui la vérité qu'ils devaient transmettre en son nom à l’Église. Et ce n’est pas seulement par la bouche de Jésus, ce n’est pas seulement au jour de la Pentecôte, qu'ils reçurent des communications divines pour l'hu­ manité : le courant ne cessa définitivement et en droit qu'à la mort du dernier des apôtres; en fait, il continua au moins jusqu'à ce qu'eût été écrite la dernière des œu­ vres inspirées. Depuis, le livre des révélations de Dieu à son Église est scellé; rien ne doit s’y ajouter, et si Dieu a continué de parler à de saintes âmes et de leur révéler ses secrets, celte parole n’est pas destinée à entrer dans le dépôt de la révélation confié à l’Église. ni à faire par­ tie, en tant que révélation postapostolique, de l'ensei­ gnement officiel. Tout au plus peut-elle, en attirant l’attention sur quelque point spécial, fournir l’occasion à l'enseignement officiel de mieux mettre en relief tel aspect, moins remarqué jusque-là, de la vérité révélée autrefois et contenue dans le dépôt. 11 est possible que 1657 APÔTRES des révélations privées aient ainsi aidé â dégager le dogme de l'Immaculée-Conception; et nul doule que les révélations faites à la bienheureuse Marguerite-Marie n'aient servi à mieux connaître le Sacré-Cœur de Jésus et la personne même du Verbe incarné sous quelquesuns de ses aspects les plus attrayants; mais ni les unes ni les autres n’ont donné à l’Église des vérités qui ne fussent déjà contenues, au moins implicitement, dans le dépôt. Il y a donc, à cet égard, une grande différence entre l’enseignement de l’Eglise et celui des apôtres, entre l’économie présente et l’économie des temps apostoliques. Les apôtres (saint Paul, par exemple) pou­ vaient recevoir de Dieu des vérités nouvelles à ensei­ gner; l’Église n’en reçoit plus. Car, pourparler comme le conciledu Vatican, « l’Esprit-Saint n’a pas été promis à l’Eglise, pape ou évêques, pour leur révéler des vé­ rités nouvelles à manifester, mais pour les assister, dans la garde fidèle et l'exposition exacte de la révélation transmise par les apôtres. » Constitution Pastor æternus, c. iv, Denzinger, n. 1679. C’est là une vérité que même certains catholiques oublient parfois, dans la question du canon des Ecritures par exemple,et dans celle de la composition de certains livres sacrés, au point de ne plus mettre de différence entre le développement de la révélation aux temps apostoliques et le développe­ ment subséquent : ils oublient qu’alors il pouvait y avoir de nouvelles données divines, tandis que depuis tout le développement est dû au travail sur les données anciennes. Il suffit d’indiquer ici ces questions. ■J. Connaissance que les apôtres avaient des vérités delà foi. —Quelle était cette connaissance‘/Très confuse et imparfaite comme le veut Günther, cf. Franzelin, De traditione, th. xxv. n. 3, p. 309, ou très claire et très parfaite, comme on l’enseigne généralement? Avec nos tendances évolutionnistes actuelles, nous sommes pres­ que tous portés comme d’instinct vers la première opi­ nion. C’est pourtant la seconde qui est vraie; elle laisse d’ailleurs libre jeu et vaste champ à l’évolution légitime. Cf. Franzelin, De traditione, th. xxm, scholion, p. 292. 11 faut admettre chez les apôtres une connaissance très parfaite, claire et profonde, des vérités de la foi. Instruits par le Saint-Esprit, destinés à semer par le monde la vérité divine dont devaient vivre les fidèles de tous les temps et de tous les lieux, on ne peut supposer ni que Dieu ait fait en eux une œuvre imparfaite, ni qu'il ait moins donné à ceux dont la fonction exigeait davantage. On peut voir à cet égard d'intéressantes con­ sidérations dans saint Thomas, Sum. theol., II» II®, q. i, a. 7, ad 4““; q. ctxxiv, a. 6; cf. I», q. xciv, a. 3. Aussi l’Église a-t-elle toujours cru qu’il n'y avait rien d’imparfait dans la science des apôtres; et les pages vigoureuses de Tertullien expriment exactement sa pensée : « Les héré­ tiques disent ou que les apôtres n’ont pas tout su, ou n'ont pas voulu tout dire à tous. Dans un cas comme dans l’autre, ils en remontrent au Christ, qui aurait envoyé ses apôtres ou peu instruits ou peu sincères. Et quel homme de bon sens pourrait croire qu'ils aient ignoré quelque chose (ayant trait à leur mission), eux que le Christ établit maîtres... Il leur avait dit sans doute : < J’ai encore bien des choses à vous dire... » Mais en ajoutant : « Quand viendra cet esprit de vérité, il vous « introduira à toute vérité, » il montre qu’ils n’ont rien ignoré, eux à qui il promet toute vérité par l’Esprit de vérité. » Præscript., XXII, P. L., t. il, col. 34. Il suffit d’ailleurs de regarder. Voyez la prédication des apôtres, voyez leurs écrits. Quelle plénitude de con­ naissance se faisant jour, comme elle peut, à travers les mots, et se créant une expression à elle, unique de pro­ fondeur comme la pensée qu'il s’agit d’exprimer! Sans doute, on sent chez saint Paul devant la vérité divine qui se manifeste à lui un tressaillement et comme l’éton­ nement ébloui d'une àme que la vérité domine et dé­ passe, tandis que, dans les discours de Jésus, l ame se 1658 possède, comme elle possède les doctrines les plus hautes; mais ce tressaillement même montre l'abond.r. ce et l'intensité de la lumière qui l'inonde. Et connu· ·.: d'ailleurs les apôtres auraient-ils dit ou écrit ces m· s divins que les plus grands génies n'auront jamais fini de sonder, si eux-mêmes n’avaient eu de ce qu'ils ensei­ gnaient que des demi-vues confuses comme celles d un enfant qui apprend son catéchisme? Les apôtres n otaient pas des instruments inertes et inconscients; c’étaient des témoins qui avaient vu, des maîtres qui sa­ vaient, des docteurs instruits par Dieu. Nul doute que la lumière infuse ne leur ait fait voir bien plus et bien mieux que ne voyaient Augustin et Thomas après toutes leurs recherches, avec tout leur génie. Ce qui est vrai, c'est que cette connaissance n’était pas la connaissance théologique. C’était la possession vivante et, pour ainsi dire, le sens expérimental de la vérité concrète et réelle, dans son infinie richesse; ce n’était pas la connaissance déductive, analytique, abstraite et purement spéculative des théologiens. C’est le même objet de part et d'autre, mais vu différemment, possédé différemment, comme c'est la même musique qu'on note et qu’on chante, comme c’est la même fleur qui vit dans un jardin et qui est décrite dans un livre de botanique. « Les saints apôtres, dit Newman, Essai sur le développement, II· part., c. v, sect. IV, n. 3, p. 191, savaient sans paroles toutes les vérités concernant les hautes spéculations de la théologie, que les controversistes après eux ont pieusement et charitablement réduites en formules et développées par argument. » Inutile d'ajouter qu'en comprenant la même vérité que nous et la comprenant infiniment mieux, ils la comprenaient avec leurs esprits à eux baignés dans une autre atmosphère d'idées eide préoccupations, et par conséquent la voyaient sous d'autres angles et dans d’autres relations que nous ne faisons. Rien n’oblige donc à croire qu’ils eussent pu la formuler comme saint Thomas, ni prévoir les multi­ ples développements qu’elle devait prendre dans ses con­ tacts avec les hérésies, avec la philosophie, avec les sciences. Cf. Franzelin. De traditione, th. xxm, scholion. p. 293. VII. Les apôtres et les évêques ; charisme et fonc­ tion. — On peut concevoir de deux façons les rapports de l'apostolat avec l’épiscopat. D’une façon plus concrète, en regardant l'apostolat comme la plénitude du pouvoir ecclésiastique, dont les apôtres, suivant l’intenlion du Christ, détachent pour ainsi dire, une partie pour faire l’épiscopat, duquel se détachera ensuite la simple prê­ trise; ainsi semble faire l'ôlzl, dans l'article .4poste! du Kirchenlexikon, 2‘édil., Fribourg-en-Brisgau. 1882. t. i. col. 1109. D'une façon plus analytique en distinguant dans les apôtres un double pouvoir, celui d'o· ·■: celui d’évéque. Peut-être y a-t-il au fond de cette i rence une conception quelque peu différente du p u d’ordre et de la distinction des ordres; mais ici · sans conséquence et nous pouvons la m. : admettent que l’épiscopat est la plénitude du sa et que, comme ordre, les évêques ont le pou ir i. des apôtres, indéfiniment transmissible. De ce pou. d’ordre se distingue le pouvoir de juridiction, de fa n cependant que les deux vont naturellement cnsen.l i· . sont ordonnés l’un à l’autre, et ne restent séparés q: par accident. Or chaque évêque n'a pas la juridiction universel!· absolue des apôtres : il n’a qu'un pouvoir local et limité. En corps, ils ont tout pouvoir, mais in solidum, comme l’explique si bien saint Cyprien ; le pape seul l’a tout entier à lui seul, comme la tout entier le corps épisco­ pal uni au pape; séparés, les évêques en ont e acun'une part, sur tel troupeau, dans telles conditions d'exercice. Entre les apôtres, le pouvoir était un bien indivis; entre les évêques, c'est un bien divisé. Quand et comment s’est faite cette division, quelle part y ont les volontés •J 659 APÔTRES — APÔTRES (LE SYMBOLE DES) et les circonstances humaines? questions délicates et dif­ ficiles, plus historiques d’ailleurs que théologiques. Mais, malgré les obscurités de détail, les grandes lignes sont visibles. Les apôtres, là où ils fondaient des églises, établissaient des évêques pour les gouverner en leur absence et après eux. L'épitre de saint Clément, écrite avant la fin du 1" siècle, en témoigne comme d’un fait notoire. Déjà nous voyons la chose dans les Épitres pastorales, et l’Apocalypse nous montre l’épiscopat mo­ narchique établi en Asie avant la mort de saint Jean. Dès les débuts du n’ siècle, les épitres de saint Ignace nous présentent l’Eglise catholique comme une vaste société, composée de sociétés locales, lesquelles ont chacune à leur tête un évêque, vicaire et représentant de Jésus-Christ. Un peu plus tard Hégésippe, Irénée, Tertullien font entendre en termes très clairs que les églises possèdent des documents certains, souvent des listes authentiques, indiquant la suite de leurs évêques depuis les apôtres. Voir, entre autres, Pesch, n. 344 sq. Il faut donc dire que les évêques, sans avoir tous les privilèges des apôtres, sont cependant les successeurs des apôtres. Ce qui s’explique par la distinction déjà indiquée. Il y a, en effet, dans les apôtres une double fonction, l’une ordinaire, et l’autre extraordinaire : ils sont l'autorité dans l’Êglise, et ils sont les fondateurs de l’Êglise. Comme autorité dans l’Êglise, ils ont eu pour successeurs les évêques, auxquels ils ont transmis avec l’ordination et la mission, leur pouvoir ordinaire; comme fondateurs, ils ont une place et des prérogatives à part. Les prérogatives se retrouvent en partie dans le pape ou dans le corps des évêques (infaillibilité, juri­ diction universelle), ce n'est plus au même titre. A cette distinction s’en rattache une autre. On se demande par­ fois si l’apostolat est un charisme (don gratuit) ou une fonction. Il està la fois l'un et l’autre. C’est un charisme; mais il està vie, il emporte une autorité, une fonction ordinaire : ce qui le distingue des autres charismes. C’est une fonction, mais confiée immédiatement par JésusChrist, mais emportant avec elle certains charismes (l’infaillibilité par exemple) : ce qui la distingue des autres fonctions. Et de là la solution d’une autre question : on demande si l’apostolat devait durer. L’apostolat, comme tel, non. C’était une mission de fondateur; l'œuvre fondée, la mis­ sion cessait. Mais, dans l’apostolat, il y avait une autorité hiérarchique, celle-ci devait se transmettre aux évêques. Qu'il y ait, dans cette succession des évêques aux apôtres, dans cette transmission limitée des pouvoirs apostoli­ ques, dans l’établissement de l’épiscopat monarchique et dans l’attribution d’«ne église à un évêque, certains points obscurs, on l’accorde sans peine. Mais ces obscu­ rités ne sont pas telles qu’elles autorisent l'historien à regarder « comme un mythe » la succession apostolique. La bibliographie est à peu près la même que pour l’article ApOstolicité. Il faut signaler dans Franzelin, De Ecclesia, les thèses sur l'institution de l'Église dans et par les apôtres; De traditione, les thèses sur l’établissement du magistère, et notam­ ment la thèse V, n. 3, p. 36 sq., sur la distinction, dans les apôtres, des prérogatives personnelles et de circonstance d'avec l’autorité ordinaire destinée à passer aux évêques; — dans Pesch, la sect. I, De institutione Ecclesiæ, sur le caractère propre de la mission des apôtres, et sur les intentions de Jésus en les en­ voyant, prop. 2M1 ; et sect, it, De natura et proprietatibus Ecclesiæ. la prop. 33, sur la hiérarchie et le rapport des évêques aux apôtres; — dans les études de M. Batiffol sur L'Église nais­ sante, la troisième, intitulée : Les institutions hiérarchiques de Γ Église, Revue biblique, 1895. t.rv, p. 473sq.; cf.p. 159, 500; — < L Passaglia, De Ecclesia Christi, Ratisbonne, 1856, 1. Ill, c.vIH-xxix, amples développements sur la mission des apôtres, les prérogatives apostoliques, la succession épiscopale. — Batiffol, L'Eglise naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 46-68. Etudes spéciales : Eric Haupt. Zum Verstündniss des Apostolats in Xeuen Testament, Halle, 1896; analyse et critique par H. M. nnier dans la Revue de l’histoire des religions, Paris, 1899, t xi. p. 448-454 ; cf. Theologischer Jahresbericht de •1660 Holtzmann, Berlin, 1897, t. XVI, p. 139 ; — W. Seufert, Der Dr· sprung und die. Bedeutung des Apostolates in der christl. Kir· che der ersten zwei Jahrhundertc, Leyde, 1884 ; cf. Theolog. Jahresb., 1887, L vu, p. 95 sq., 130 ; — J.-B. Lightfoot, S. Raul’s Epistle to the Galatians, 10* édit., Londres, 1890, Excursus sur le nom et l'office d’apdtt’e ; — Id.. S. Paul's Epistle to the Phitippians, 9* édit., Londres. 1888, p. 179-267, sur l’épiscopat.- H. Monnter. Lanotion de l’apostolat, Paris, 1903. Pour les renseignements fournis par la Διδαχή: Funk, Doc­ trina duodecim apostolorum, Tubingue, 1887: études, texte et commentaire (riche bibliographie, p. xlvi sq.) ; le passage qui a trait aux apôtres est c. xi, p. 32 sq. ; au c. xv, p. 42, il est ques­ tion d'évêques et de diacres à choisir en vue du sacrifice. Parmi les articles de Dictionnaires, peu de chose à prendre. On peut signaler : l’article Apôtres, par M. Le Camus, dans le Dic­ tionnaire de la Bible, de Vigouroux, 1.1, Paris, 1895, col. 782-787 (avec indications bibliographiques pour l'histoire des apôtres) ; — l'article Évêque, par M. Vigouroux, ibid., t. n. Paris, 1899, col. 2121-2126 (avec bonne bibliographie); — dans le Kirchenlexikon,2· édit., Frihourg-en-Brisgau, 1882, 1.1, col. 1106-1110, l'article Apostel, par Polzl ; et surtout l'article Apostolat und Episcopat, par Scheeben, col. 1118-1121 ; — dans la Realencyklopadie für protest. Théologie, 3* édit., Leipzig, 1896, t. 1, p. 699-701, l’article A pastel, par K. Schmidt (ne fait guère que recueillir les données, bibliques) ; — dans le Dictionary of the Bible, de Hastings, Edimbourg, 1900, t. i, les articles Apostle, p. 126 et Bishop, p. 301-302, par Gwatkin; l'article Church, par S. C. Gayford, p. 431-439; l'article Church Government in the apostolic age, par Gwatkin, p. 439-441 (avec indications biblio­ graphiques); — dans VEncycloptedia biMica de Cheyne, t. r, Londres, 1899, les articles Apostle, col. 264-266 (presque rien); Bishop, col. 578-584; Church, col. 820-827, tous par J. Armitage Robinson; — Dictionnaire apologétique, 1909,t.t.coi.251-261. L'abbé Batiffol, à la fin des articles cités, indique les principaux ouvrages allemands et anglais ayant trait à la question. Pour la France, il y a les écrits sur les origines chrétiennes : Fôuard, Le Camus, Lesêtre, etc., et, d'un autre côté, Pressensé, Renan, A. Réville. Mais ce n'est pas le lieu de les indiquer en détail, non plus que les nombreux travaux sur les origines de l'épiscopat ou sur le caractère hiérarchique de l’Êglise. Enfin on trouvera dans le Theologischer Jahresbericht, de Holtzmann, au titre Apôtres ou Temps apostoliques, l'indication des principales études sur la question. J. Bainvel. 2. APÔTRES (Canon· des). Voir Canons DES APÔTRES. 3. APOTRES (Constitutions des). Voir CONSTITU­ TIONS APOSTOLIQUES. 4. APÔTRES (Dldascalle des). Voir Didascalie DES APÔTRES. 5. APÔTRES (Le Symbole des). Nous étudierons d’abord son histoire, puis son origine et son autorité. I. APOTRES (Le Symbole des). Son histoire.— I. L’em­ ploi du mot « Symbole ». II. Les deux textes du Symbole. III. Le texte reçu ou gallican. IV. Le texte ancien ou romain au iv« et au ni' siècle. V. Le Symbole romain et les symboles orientaux. VI. Le Symbole romain avant l’an 200. I. L’emploi du mot « Symbole ». — Le mot Symbole, qui n'appartient pas à la langue du Nouveau Testament, ni à celle des Pères apostoliques, peut être dérivé de deux mots grecs différents, de βύμβολον qui veut dire signe, ou de συμβολή qui veut dire contrat ou con tri bu lion; mais il a fini par prendre dans la langue ecclésiastique un sens historique tardif et qui n’a pas grand lien avec l’étymologie. Il faut venir, en effet, au iv' siècle pour trouver le mot symbolum pris absolument et dans le sens historique que nous lui connaissons, et, ce sens une fois acquis, pour constater les efforts que font les écrivains ecclésiastiques latins qui veulent l’accorder avec l'étymologie. Fauste de Riez, se rappelant que le mot symbole désignait la cotisation que les membres d’un même collège donnaient pour couvrir les frais de repas du collège (apud veteres symbola vocabantur 1661 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) quod de. substantia collecti in unum sodales in medio conferebant ad solemnes epulas, ad cænæ com­ munes expensas), imagine que les pères des Églises, Ecclesiarum patres, ont tiré des Écritures les textes « prégnant de divins sacrements », et, pour la pâture et le festin des âmes, les ont réunis en formules brèves et précises, expedita sententiis, sed diffusa mysteriis, et de là le Symbole, et hoc symbolum nominaverunt. Homil. i, Caspari, Anccdota, t. i, p. 315. Nicétas de Remesiana pense au sens de contrat : Retinete sem­ per pactum quod fecistis cum Domino, id est hoc sym­ bolum quod coram angelis et hominibus confitemini : pauca quidem sunt verba, sed omnia continent sacra­ menta. Expl. symb., 43, P. L., t. lu, coi. 873. Rulin pense an sens de signe et au sens de contribution : Symbolum enim græce et indicium dici potest et col­ latio, hoc est quod plures in unum conferunt. A ses yeux, le signe équivaut au mot dé passe que, dans une guerre civile, où tous les hommes d’armes ont même costume et même langue, les chefs donnent à leurs hommes, ut si forte occurrerit quis de quo dubitetur, interrogatus symbolum, prodat si sit hostis vel socius. Comm. in symb., 2, P. L., t. xxi, coi. 338. Rufin, aussi bien que Fauste ou Nicétas, font de l’accommodation à propos d’un terme qui était reçu dans les Églises latines dès la fin du iv« siècle, et qui désignait une chose détermi­ née, sans avoir en soi un sens précis. Le terme de Symbolum apostolorum est signalé pour la première fois dans l'épître du concile de Milan au pape Sirice, qui figure parmi les épîtres de saint Ambroise et a sans doute été rédigée par lui. Il est intéressant de noter que, dès cette première fois où il est question du symbole comme étant des apôtres, c’est du symbole propre de l’Église romaine qu’il s’agit. Le concile de Milan dit : Si doctrinis non creditur sacerdotum, cre­ datur... symbolo apostolorum quod Ecclesia romana intemeratum semper custodit et servat. Epist., xlii, 5, P. L., t. xvi, coi. 1125. Nous allons voir, en effet, que le texte qui porte le nom de Symbole des apôtres est proprement la profession de foi baptismale de l’Église romaine. II. Les deux textes du Symbole. — Le Symbole des apôtres nous est connu sous deux recensions sensible­ ment différentes : le texte reçu, celui que nous ren­ controns actuellement dans la liturgie du bréviaire, du rituel, etc.; un texte plus court, plus ancien aussi. Nous les reproduisons parallèlement : TEXTE ANCIEN I Credo in Deum patrem omni­ potentem ; et in Jesum Christum filium ejus unicum Dominum nos­ trum, qui natus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, crucifixus sub Pontio Pilato et sepultus, tertia die resurrexit a mor­ tuis, ascendit in cælos, sedet ad dexteram Patris, inde venturus est judicare vivos et mortuos ; et in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem. texte reçu : Credo in Deum patrem omni­ potentem, [creatorem cæli et terræ ;) et in Jesum Christum filium ejus unicum Dominum nos­ trum, qui [conceptus] est de Spiri­ tu Sancto, natus ex Maria Vir­ gine, [passus] sub Pontio Pilato, crucifixus, [ntoriuus] et sepul­ tus. [descendit ad inferos,] tertia die resurrexit a mor­ tuis, ascendit ad cælos, sedet ad dexteram [Dei] Pa­ tris, inde venturas est judicare vivos et mortuos ; [credo] in Spiritum Sanc­ tum, sanctam Ecclesiam [catholi­ cam], [sanctorum communio­ nem,] remissionem peccatorum, carnis resurrectionem, [int«>n ælernam.] Î662 On remarquera que le texte ancien compte exactement douze articles, tandis que le texte reçu en compte qua­ torze. C'est donc sur le texte ancien que s'est form -’ la légende qui attribue à chacun des apôtres un article du symbole, légende née autour de Rome, sinon à Rome, et dont Rufin est le premier témoin. Comment, i Symbol., P. L., t. xxi, col. 337. III. Le texte reçu ou gallican. — Du texte reçu, dans la forme où nous venons de le produire, l'attesta­ tion la plus ancienne qu'on ait est fournie par un ser­ mon de saint Césaire, évêque d'Arles (f 543), De sym­ boli fide et boni operibus,Pseudo-Augustin,.S'erm.,c.xi.iv. Ilahn, Ribliothekder Symbole und Glaubensregeln der alien Kirche, 3e édit., Breslau, 1897, § 62. Toutefois, saint Césaire ne connaît pas l’article creatorem cæli et terræ; il dit ad inferna au lieu de ad inferos, in cælis pour ad cælos, patris pour Dei patris. — On peut signa­ ler comme attestation d’états antérieurs du texte reçu, le symbole découvert par.M. Bratke (1895) dans le Remensis 645, manuscrit du vu· siècle, qui reproduirait, au juge­ ment de Bratke et de Harnack, un symbole gallican an­ térieur à 400: ce symbole de Bratke ,ne contient ni crea­ torem cæli et terræ, ni conceptus, ni mortuus, ni Dei, ni sanctorum communionem; mais il donne passus, descendit ad inferos, catholicam et vitam ælernam. Voici le texte du symbole de Bratke : Credo in Deo patrem omnipotentem et in Jesum Christum filium eius unicum dominum nostrum natum de Spiritu sancto et Maria virgine passus sub Pontio Pilato crucifixum et sepultura descendit ad inferos tertia die resurrexit a mortius ascendit ad caelos sedit ad dexteram patris inde venturus judicare vivos ac mortuos. Credo in Spiritu sancto sancta ecclesia catholica remissionem peccatorum carnis resurrectionis in vitam aeternam reproduit par Hahn, § 90, et par Burn, An introduction to the creeds, Londres, 1899, p. 242. Pareillement, le Missale gallicanum vetus, que nous a conservé le Palatinus lat. 493 de la Bibliothèque Va­ ticane, manuscrit du vu· siècle, et qui représente assez purement pour les rites du catéchutnénat la vieille litur­ gie gallicane, ce Missale, disons-nous, contient un ser­ mon à prêcher aux catéchumènes au moment où l'on va leur réciter le Symbole pour la première fois, la tra­ ditio symboli. Dans ce sermon nous trouvons une exposition du symbole gallican et ce symbole lui-méine. Or le texte n’en est autre que le texte reçu, avec ses additions caractéristiques : creatorem cæli et terræ conceptus, passus, mortuus, descendit ad inferna, Dei, catholicam,sanctorum communionem,vi tam ælernam. Hahn, §67. Ce sermon du Missale gallicanum est-il de Fauste de Riez? Quoiqu’il en soit, l’œuvre authentique de Fauste, évêque de Riez (f 485), atteste aussi le texte reçu, pas creatorem cæli et terræ, ni passus, ni mor­ tuus, ni descendit ad inferna, mais conceptus, sancto­ rum communionem et vitam æternam. Hahn, § 61. Quelle était l’origine des leçons additionnelles propres à ce texte reçu ? La plus ancienne attestation que l’on ait de Conceptus de Spiritu sancto, natus ex Maria virgine est fournie par le formulaire de foi des évêques occidentaux du concile de Rimini, en 359, formulaire qui nous a été conservé en latin par saint Jérôme, Dialog, adv. Luciferianos, 17, Hahn, § 166, traité composé par saint Jé­ rôme en 379 environ. H est vrai que le texte grec de ce 1663 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) 1664 ils suppriment l'allusion au rôle du Christ descendant même formulaire, tel qu’il est donné par Thêodoret. aux enfers pour y régler toutes choses. Hahn,§ 163, 164, H. E., n, 16, P. G., t. lxxxii, col. 1049, dit seulement : 167. L’auteur responsable du formulaire de Sirmium était γεννη&έντα έκ πνεύματος αγίου και Μαρίας της παρθένου, l'arien Marc, évêque d’Aréthuse, au témoignage de So­ ce qui diminue quelque peu l'autorité de la leçon de crate, H. E., n. 30, P. G., t. lxvii, col. 280 : l’original saint Jérôme. Joint à cela que Phoebadius d'Agen, à qui du formulaire ne pouvait être que grec. Que voulait dire l'on conjecturait que revenait une grande part dans la l'arien Marc d’Aréthuse et qu'entendaient les ariens de rédaction du formulaire de Rimini, dit simplement lui Sirmium en parlant de la descente aux enfers? Abstrac­ aussi : natum de Spiritu sancto ex virgine Maria, tion faite de la citation de Job qui n’est ici qu'accomdans une pièce intitulée : Fides Romanorum et que modatice, peut-on croire que « descendre aux enfers l’on s’accorde à lui attribuer. On en trouvera un bon pour y régler toutes choses » soit synonyme de sépul­ texte dans Burn. p. 116-218. Cf. Hahn,§59. — Mais si la ture? 11 est sùr que la mention de la sépulture manque leçon du formulaire de Rimini est suspecte, authentique au formulaire de Sirmium, mais l'affirmation de ce for­ est celle de cette Fides Hieronymi ad Parnasum papam, mulaire touchant la descente aux enfers est trop expli­ Hahn, § 200, qui est peut-être, comme l’a conjecturé cite pour être réduite à ne signifier que sépulture : elle Burn, p. 247, un formulaire adressé par Damase à Prisexprime une action particulière au Christ et déterminée, ciilien, en réponse au Liber ad Damasum episcopum, celle-là même qu’exprime pour la première fois I Pet., entre 380 et 384. On retrouvera un bon texte encore dans m, 19-20. dans un texte bien obscur, et que Clément Burn, p. 245-246. — La raison d’être de ce développe­ d'Alexandrie, Slromat., vt,6, Irénée, Cont. hter., iv, 27, ment, qui fait affirmer que le Christ 1“ a été conçu du Origène. Contra Celsum, n, 43, Tertullien, De anima, Saint-Esprit et 2» est né de la Vierge Marie, au lieu de 55, ont entendu d'une descente du Christ sous terre dire qu'il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, pour y prêcher sa venue aux morts. Quoi qu’il en soit est de marquer plus nettement la personnalité du Saintde la formation première du descendit ad inferos, nous Esprit, à quoi répugnait Priscillien, et la distinction de notons qu’il apparaît à Aquilée d’abord, où il s'ajoute à la nature divine et de la nature humaine dans l'incarna­ sepultus; on le retrouve dans le symbole dit de saint tion, alors que Priscillien tendait à une sorte d'apolliAthanase, le Quicunque vult, symbole dont la date reste narisme : Conceptus est de Spiritu Sancto et natus ex controversée (450-600), mais qui provient sûrement Virgine, carnem, animam et sensum, hoc est perfectum d'une Église de la Gaule méridionale, et dans Sermo, suscepit hominem... ut perfectus in suis sit et verus in ccxi.iv, du pseudo-Augustin, restitué à saint Césaire nostris, dit la Fides Hieronymi ad Damasum. d’Arles. L’expression creatorem cæli et terree est attestée par La formule sanctorum communionem, est signalée le Missale gallicanum, comme nous l'avons marqué plus haut. On la retrouve plus anciennement dans 1’Êàr- I pour la première fois au v* siècle, dans l'Explanatio symboli, de Nicétas de Remesiana. Hahn, § 40. C’est ce planatio symboli de Nicétas, évêque de Remesiana même Nicétas qui, le premier, attestait catholicam épi­ (vers 400). Il est possible que ces mots soient pour thète de sanctam ecclesiam. Il est probable que sancto­ Nicétas, non une citation du Symbole, mais une para­ rum communionem était à ses yeux une apposition qui phrase personnelle. Hahn, § 40, ne les admet pas dans le expliquait sanctam ecclesiam catholicam : cette proba­ symbole de Nicétas. On les trouve, du moins, dans des bilité est fondée sur le commentaire même que donne sacramentaires gallicans du vil' siècle. Hahn, §66 et 67. Nicétas des deux articles en question. « Après avoir con­ Ils seraient, à ce compte, les plus récents du texte fessé la bienheureuse Trinité, écrit-il, tu professes que reçu. tu crois la sainte Église catholique. L’Église, qu’est-ce L'expression passus est attestée par Phoebadius, évêque autre chose que la congrégation de tous les saints ? De­ d'Agen (vers 390), Hahn, §59; par saint Ambroise, puis le commencement du siècle, patriarches, prophètes, Hahn, § 32; par Priscillien. Hahn. § 53. C'est dire qu’elle apôtres, martyrs, tous les justes qui ont été, qui sont ou était reçue, dés le iv» siècle, en Gaule, en Espagne, en qui seront, sont une unique Église, et même les anges Italie. L'expression mortuus n'a pas d'attestation anté­ sont confédérés dans cette Église unique. Ergo in hac rieure à saint Césaire d'Arles. Hahn, § 62. Dei après una Ecclesia crede te communionem consecuturum esse dexteram se rencontre chez Priscillien; aussi chez Vic­ sanctorum. Scito unam hanc esse Ecclesiam cat holicam tricius, évêque de Rouen (vers-400), Hahn, § 60; chez in omni orbe terrae constitutam, cuius communionem Fauste de Riez, Hahn, §61. Catholicam après ecclesiam, debes firmiter tenere. Sunt quidem et aliae pseudochezNicétas, chez Fauste, chez Césaire. — Au total, ces ecclesiæ, sed nihil tibi commune cum illis. Explan, additions de caractère purement explétif semblent re­ symb., 10, P. L., t. lu, coi. 871. Fauste de Riez, qui, lui monter, passus et Dei au iv« siècle, mortuus et catholi­ aussi, insère catholicam dans son symbole, insère à la cam au v'. Le descendit ad inferos est signalé pour la première j suite sanctorum communionem. Pareillement Césaire d’Arles. P. Kirsch, Die Lehre von der Gemeinschaft der fois par Rufin comme une singularité du symbole bap­ Heiligen im christl. Alterlhum, Mayence, 1900. tismal d’Aquilée : Sciendum sane est quod in romano De même que la mention de la communion des saints symbolo non habetur additum. Comm, in symb., 18, était explicative de la mention de l’Église, la mention de P. L., t. xxi, col. 356. Ni le symbole de Nicée (325), la vie éternelle est une explication de la résurrection de ni le symbole de Nicée-Constantinople (381), ni aucun la chair. Et, ici encore, Nicétas de Remesiana est le pre­ symbole grec postérieur n’insère cette mention. Mais on mier témoin, puis Fauste de Riez et Césaire d’Arles. la rencontre dans le symbole arien (hornéen) du concile La pensée d’expliquer la résurrection de la chair par la de Sirmium, dit formulaire daté (22 mai 359). Elle y est vie éternelle, de façon à exclure le millénarisme, se rédigée ainsi : Και εις τα καταχθόνια, κατελΟόντα καί τα retrouve aussi dans l’Église d’Afrique. « Comment en­ έκεΐσε ο’ικονομήσαντα δν πυλωροί όίδου ΐδόντες εφρι ξαν. Elle tendez-vous le carnis resurrectionem ? » écrit saint Au­ est acceptée, cette même année, par le concile arien gustin. Et il répond : Ne forte putet aliquis quomodo réuni à Nike ; και εις τα έκεΐσε καταχθόνια κατελΟόντα, ον Lazari, ut scias non sic esse, additum est : in vitam αυτός ό άδης έτρόμασε. Et l’année suivante, le concile arien de Constantinople l’accepte à son tour : καί εις τα ætemam. Sermo ad catechum.,!!, P.L.,t. XL,col.636; Hahn, § 47-50. Mais la rédaction du symbole africain ne καταχθόνια κατεληλυβότα, δντινα και αύτ'ος ό άδης επτηξεν. semble pas avoir eu d’influence sur l'introduction de Remarquez que le concile de Nike et celui de Con­ vitam ætemam. dans le symbole gallican. Voyez le sym­ stantinople la modifient; ils gardent l’allusion à Job, bole africain tel qu’on peut le restituer à l’aide de Fulxxxvni. 17 (selon les Septante : ανοίγονται δε σοι φό?ω gence, Hahn, §49, de quelques sermons pseudo-augustiπ·.. α: θανάτου, πυλωροί δέ άδου ΐδόντες σε έπτηξαν), mais 1665 APÔTRES .'LE SYMBOLE DES) niens de l'époque vandale, Hahn, §48, et du sermon ccxv de saint Augustin, Hahn, § 47, qui est un commentaire du symbole africain, au lieu que les autres catéchèses de saint Augustin, Serni., cc.xu, ccxm, ccxiv, commentent le symbole de l'Église de Milan, dans laquelle Augustin avait été baptisé, c’est-à-dire le symbole romain ancien. Des observations qui précédent, on peut conclure que le texte reçu ou gallican s’est formé entre le milieu du iv· siècle et le milieu du v« d’accessions acciden­ telles, qui se sont trouvées arrêtées, à peu près ne varie­ tur,entre les mains de saint Césaired’Arles (-j-543). Plus tard, il pénétra à Rome même et y supplanta dans la liturgie le texte ancien romain. On ne peut déterminer I. i date exacte de ce changement. Le sacramentaire gélasien place dans la liturgie de la traditio symboli le symbole de Nicée, comme si, un temps, on avait rem­ placé le vieux symbole romain par le symbole grec. Puis, ce symbole grec fut lui-même remplacé par le symbole gallican : c’était accompli au ix· siècle, comme en témoigne VOrdo romanus du temps du pape Nico­ las 1er (858-807), récemment étudié par dom .Morin, Revue bénédictine, 1897. Sur 1’inlluence qui revient à Milan dans la propagation en Occident du texte reçu de pré­ férence au texte romain, voyez I·’. Kattenbusch, Das aposlolische Symbol, Leipzig, 1894, 1.1, p. 197-199. IV. Le texte ancien ου romain au iv· et au ni* siècle. — On a du symbole romain un texte grec dans une lettre de Marcel d’Ancyre au pape Jules qui date de 337 et que nous a conservée saint Epiphane, Hær., Ι.ΧΧΠ, 3, P. G., t. xlii, col. 385. Hahn, §17. Pa­ reil texte grec se rencontre dans un manuscrit latin du British Museum, le soi-disant Psalterium Alhelstani, du IX· siècle. Hahn, § 18. Le texte latin est représenté par I'Explanatio symboli ad initiandos, attribué au­ trefois â saint Maxime de Turin et que Mai et Caspari ont restitué à son véritable auteur, saint Ambroise, d’une manière à peu près certaine. Hahn, § 32. Il est représenté pareillement par le Commentarius in sym­ bolum apostolorum de Rufin. Comme manuscrits, le plus ancien est un manuscrit de la Bodleyenne à Oxford, le Laudianus 35, du νι·-νιι· siècle. Hahn, § 20. Cf. Kattenbusch, p. 59-78. Rufin(vers 400)et saint Ambroise attestent plus encore que le texte, car ils témoignent que ce texte était ronain d’origine et d'usage. Rufin écrit : Illud non im­ portune commonendum puto, quod in diversis ecclesiis aliqua in his verbis inveniuntur adjecta. In ecclesia tamen urbis Romæ hoc non deprehenditur factum, quod ego propterea esse arbitror, quod neque hteresis ulla illic sumpsit exordium, et mos ibi servatus antiq us eos qui gratiam baptismi suscepturi sunt publice, id est fidelium populo audiente, symbolum reddere; et utique adjectionem unius saltem sermonis, eorum : i' præcesserunt infide non admittit auditus. Cornm. ·■■. syrnb., 3, P. L., t. xxi, coi. 339. A son tour, saint Ambroise : Si unius apostoli scripturis nihil est detrahendum, nihil addendum, quemadmodum nos symquod accepimus ab apostolis traditum atque com­ ps -itum nihil debemus detrahere, nihil adjungere. Hoc a item est symbolum quod Romana ecclesia tenet, ubi primus apostolorum Petrus sedit et communem sen­ tentiam eo detulit. Explanat, symb., P. L., t. xvn.col. II. ">s. Rapprochez de ces textes de Rulin et d'Ambroise, prologue de la lettre du pape Innocent I«r à l'évéque . Eugubio, en 416. Jaffé, n. 311. Du même coup l’on voit l'autorité dont jouissait le symbole romain à Aquilée, à Milan, sur la fin du rv* siècle. Il est bien remarquable que, en Afrique lûne, saint Augustin le commentait de préférence au symbole africain. Mieux encore, si nous comparons le symbole romain aux symboles divers que l’on peut géographiquement distinguer, — symbole italien, en désigrant par Italie le diocèse métropolitain de Milan, lequel PICT. DB THÉOL. CATll. 1666 ' englobe à la fin du ιν· siècle Ravenne et Aquilée: ce symbole est représenté par les citations de saint Am· ! broise, de saint Augustin, de saint Maxime de Turin, de saint Pierre Chrysologue, de Rufin, Hahn, § 32-36; — symbole africain, représenté par Tertullien, Vigile de Tapse, Augustin, Fulgence de Ruspe, Facundus d’Hermiane, Hahn, § 44-51 ;— symbole espagnol, représenté par Priscillien, Martin de Braga, Hahn,§ 53-54; — sym­ bole irlandais, représenté par l’antiphonaire de Bangor, vu· siècle, et le Book of Deer, ix« siècle, Hahn, § 76-77, | cf. Kattenbusch, t. i, p. 78-152; — on est amené à géné­ i raliser la conclusion établie pour le symbole gallican, à savoir que ces symboles particuliers sont construits sur le même modèle que le symbole romain, puisqu’ils ont tous en commun certains éléments fondamentaux et qu’ils donnent â ces éléments un même ordre. L’évolu­ tion de ces symboles a consisté à se prêter à des sur­ charges, si bien que plus un symbole est récent et plus il est développé, plus il est court et plus il se rapproche du symbole romain. A omnipotentem. Aquilée ajoute la surcharge invisibilem et impassibilem; en Afrique on ajoute universorum creatorem, regem sæculorum immortalem et invisibilem ; l’antiphonaire de Bangor ajoute pareillement invisibilem omnium creaturarum visibilium et invisibilium conditorem. Ce même antiphonaire ajoute à Spiritum sanctum la surcharge Deum omnipotentem, unam habentem substantiam cum Patre et Filio. Et il développe ainsi vitam æternam : Credo vitam post mortem et vitam aeternam in­ gloria Christi. Ainsi des autres additions propres à ces divers symboles. M. Harnack, dont nous suivons ici pas à pas la démonstration, conclut : « Si l’on réduit tous les symboles occidentaux à un archétype, d'où l’on éli­ mine tous les termes sur lesquels ces symboles diffèrent, on obtient sans difficulté le symbole romain. » II suit de là que « le symbole romain est la racine de tous les symboles occidentaux », et que ce symbole « doit être notablement plus ancien que le milieu du m· siècle ». On en a la confirmation par ailleurs. Nous possédons, en effet, le De Trinitate de Novation (vers 260). Novatien est du clergé romain, il doit se servir du symbole ro­ main. De fait, on relève dans son De Trinitate des éléments du symbole romain et présentés dans une forme analogue à celle du symbole romain, Hahn,§ 11: Regula exigit veritatis ut primo omnium credamus in Deum patrem et dominum omnipotentem. Eadem regula veritatis docet nos credere post Patrem etiam in filium Dei Christum Jesum dominum Deum nostrum... Sed enim ordo rationis et fidei auctoritas digestis vocibus et litteris Domini admonet nos post bæc credere etiam in Spiritum sanctum... On rapprochera utilement de ces citations de Novatien, les citations suivantes. Le pape Félix (269-271 à l’Église d'Alexandrie : « Sur l’incarnation du V-rbe et sur la foi, πιστεύομεν εις τον κύριον ήμών Ίησο— -, ■ τον έκ τής παρθένου Μαρίας γεννήίίντα... P.G., ν, col. 155; Jaffé, n. 140. Le pape Denys 259-26'.' ■ erit dans un traité contre les sabelliens : Πεπιστευχίνα; χρή εις θεόν πατέρα παντοκράτορα, και εις Χριστόν Ίησοϋ» τον υί'ον αύτοΰ, και εις το άγιον πνεϋμα... P. G., t. χχν, col. 465; Jaffé, n. 136. Les éléments fournis par ces textes du in· siècle per­ mettent d’induire que le symbole de l’Église romaine, au ni· siècle, diffère de ce que nous l’avons vu être au iv» en quelques détails. Le premier article porte toujours Deum patrem omni­ potentem·, mais le second ne qualifie pas le fils de Dieu d’unique, unicum. Notons que unicum dans le symbole romain ne représente pas ένα du sjmbole nicéen, ένα κύριον opposé à ένα θεόν : unicum est la transcription I latine de μονογενή que nous lisons dans le texte grec du ' symbole romain. Hahn. § 17. 18. 24, 26, 27. 28, 30. Com­ 1 ment un tel prédicat du Fils rnanque-t-il à Novatien, I. - 53 1667 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) au pape Félix, au pape Denys? Comment, ainsi que nous le verrons plus loin, manque-t-il à ferlullien? Comment sa présence dans le symbole romain n’a-t-elle pas d’attestation antérieure à Marcel d’Ancyre? Ilahn, § 17. Dom Baumer, Das aposloUsehe GlaubensbekennInis, Mayence, 1893, p. 183, reconnaît que la présence de μονογενή dans le symbole romain avant l'an 200 est douteuse : il faut dire plus, car c'est pour tout le tu» siècle que le doute existe. Peut-être l’hésitation que l'on ressentait à adopter cette expression johannine tenait-elle à l'abus que l'on avait vu en faire les gnos­ tiques de l'école de Valentin, qui avaient fait du mono­ gène un éon. 11 est sur que les Pères apostoliques ne l’emploient pas. Notons encore que, dans ce même symbole romain du ΠΙ* siècle, il semble qu'on n'ajoute rien après la men­ tion du Saint-Esprit. Nous verrons que si carnis resur­ rectionem, du moins, est attesté par Tertullien, il n'en est pas de même de remissionem peccalorum et de sanctam Ecclesiam, qui apparaissent pour la première fois chez saint Cyprien : Ipsa interrogatio, quæ fit. in baptismo, testis est veritatis, écrit saint Cyprien. Nani, cum dicimus : Credis in vitam, æternam et remissio­ nem peccalorum per sanciam Ecclesiam "? intellegimus remissionem peccatorum non nisi in Ecclesia dari, apud hærelicos autem, ubi ecclesia non sit, non posse peccata dimitti. Epist., i.xx, ad Januar. Cf. Epist., LXXV1, ad Magnum. Nous verrons plus loin que, par rémission des péchés, il faut entendre le baptême, et par conséquent saint Cyprien a voulu marquer dans le symbole qu'il n’y a pas de baptême valide hors de l’Église : c’est la question même sur laquelle s’éleva, entre lui et le pape Etienne, la controverse baptismale. Rome ne pouvait donc accepter dans son symbole la rédaction de saint Cyprien; et si Rome a rapproché sa rédaction de la rédaction africaine c’est, par un com­ promis, en recevant sanctam Ecclesiam et remissionem peccalorum, mais sans mettre aucune connexion entre ces deux termes. Ce compromis romain ne saurait être que postérieur au pape Étienne (254-257). Toutefois, il est plus probable que sanctam Ecclesiam n'est pas contemporain de remissionem peccatorum, et que des deux articles c’est le second qui est tardif. On en a la preuve en restituant, d’après les citations qu’il en fait, le symbole de Tertullien, lequel se ramène aux cléments suivants, Ilahn, §44; Kattenbusch, t. i, p. 141-144 : C. in [um'cutft] Deum omnipotentem [mundi conditorem], et in lilium ejus Jesum Christum, natum ex virgine Maria, crucifixum sub Pontio Pilato, tertia die resuscitatum a mortuis, receptum in cælis, sedentem ad dexteram Patris, venturum judicare vivos et mortuos, et in Spiritum sanctum, sanctam Ecclesiam, camis resurrectionem. Ici, comme dans le symbole romain du ni» siècle, manque au Fils le prédicat de monogéne. Mais nous sommes confirmés sur la présence àesanctam Ecclesiam et de carnis resurrectionem. Par contre, il nous manque remissionem peccalorum. Cette lacune peut impliquer soit que l’article remissionem peccatorum a été omis intentionnellement par Tertullien, soit qu’il a été intro­ duit dans le symbole romain postérieurement à l'an 200. Au temps de saint Cyprien, les novations aussi bien que les catholiques, en Afrique, avaient remissionem peccatorum dans leur symbole baptismal : saint Cyprien vient de nous le montrer. Si l'introduction de cet article date du lit» siècle, elle sera donc antérieure à 250. Mais quel est le sens de cette rémission des péchés? Dom Biiumer, qp, cit., p. 222, pense quelle désigne du même coup le 1668 baptême et la pénitence. Ce n’est pas ainsi que l'enten­ dait saint Cyprien, Epist., lxx, ad Januar., citée plus haut, aux yeux de qui rémission des péchés était syno­ nyme de baptême, l'effet pour la cause. Le symbole de Nicée-Constantinople l'entend de même, lorsqu’il dit εν οάπτισμα εις άφεσιν αμαρτιών. Tertullien disait pareil­ lement : Semel lavacrum inimus, semel delicta diluun­ tur, quia ea iterari non oportet. De bapt., 15. P. L., t. i, coi. 1216. On peut donc inférer que le sens premier de l'article désignait le baptême. A ce compte on ne voit aucune raison pour que Tertullien l'ait intentionnelle­ ment omis. Et comme conclusion nous dirons que la mention du baptême lui-même dans le symbole baptis­ mal n’a pas d'attestation plus ancienne que saint Cyprien. V. Le symbole romain et les symboles ortentavx. — Tandis que les Églises occidentales présentent une si remarquable fixité de symbole, dans les Églises orien­ tales ce qui est constant, c’est la mobilité des symboles jusqu’à ce que se constitue le symbole que nous appe­ lons de Nicée, qui est en réalité le symbole du concile de Constantinople de 381 et probablement le symbole baptismal postnicéen de Jérusalem: à dater du ve siècle, devenu la norme définitive de l'orthodoxie grecque, il éliminera de l'usage toutes les variétés antérieures de symboles. J. Kunze, Das nicâniscli-konstanlinopolilanische Symbol, Leipzig, 1898. Ces variétés antérieures sont représentées par les di­ vers formulaires issus des conciles du rv« siècle : Antioche341, Sardique et Philippopoli 343, Antioche 345, Sirmium 351,357,359, Nike 359, Constantinople 360, etc. Ilahn, § 153-167. Elles sont représentées mieux par les rédactions que l'on peut localiser : ainsi les symboles palestiniens, représentés par Eusèbe de Césarée, Cyrille de Jérusalem, Épiphane, Hahn, § 123-126; les symboles syriens, par les Constitutions apostoliques, par saint Jean Chrysostome, par Cassien, Hahn, § 129-130; les symboles d’Asie Mineure, par Marc l'ermite, par Auxence de Milan, par saint Grégoire de Nazianze, Hahn, § 133135. En comparant ces variétés, on peut reconstruire par conjecture un modèle commun où, leurs différences étant éliminées, se retrouvent tous les éléments sur les­ quels ils s’accordent : Πιστεΰομεν εις ενα θεόν παντοκράτορα, τον των απάντων ορατών τε καί αοράτων ποιητήν. Καί είς ενα κύριον Ίησοΰν Χριστόν, τόν υιόν αύτοΰ μονογενή, τόν έκ τοϋ πατρός γεννηθέντα προ πάντων τών αιώνων, 8’.’ ου και τα πάντα έγένετο, τον δι’ημάς κατελΟόντα έκ τών ουρανών και σαρκωΟέντα, τόν γεννηΟέντα έκ Μαρίας τής παρθένου, και σταυρωΟέντα έπ’ι Ποντίου Πιλάτου, καί ταφέντα, και άναστάντα τή τρίτη ήμερα κατά τα; γραφάς, και άνελΟόντα είς τούς ούρανούς, καί καθεζόμενον έκ δεξιών τοΰ Πατρός, ■ καί ερχόμενον έν δόξη κρϊναι ζώντας καί νεκρούς, οΐ τής βασιλείας ουκ εσται τέλος. Πιστεύομε·/ και είς εν πνεύμα άγιον το ζωοποιόν, και εις μίαν άγίαν καθολικήν καί άποστολικήν έκκλησίαν, εν βάπτισμα μετανοίας είς άφεσιν αμαρτιών, είς άνάστασιν νεκρών, είς βασιλείαν ουρανών, κα'ι εις ζωήν αιώνιον. Hahn, § 122, donne la justification de tous ces articles d'après les attestations qu’on en a du iv» siècle. Or que constatons-nous, sinon, avec Kattenbusch et Harnack, que ce symbole oriental, plus précisément syropalestinien, est construit sur le même modèle que le symbole romain, à quelques paraphrases et variantes prés? De ces paraphrases, celle qui fait de Dieu le créateur des choses visibles et des invisibles, celle qui exprime que le Fils est né du Père et que tout a été 1G69 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) fait par lui, qu’il est descendu pour nous des cieux et a été fait chair, sont des paraphrases qui dépendent du symbole de Nicée. Λ ce compte, le symbole syro-palestinien tel que nous venons de le reproduire ne serait pas antérieur à la dé­ finition nicéenne. De fait, nous possédons des spécimens de symboles orientaux antérieurs à la définition ni­ céenne, par exemple une profession de foi de saint Gré­ goire le Thaumaturge, Hahn, § 185; mieux encore, une profession de foi d’Arius datée de 321 environ.Hahn,§186; autant d'Alexandre évêque d'Alexandrie à la même date, Hahn, § 15; autant de l’auteur du dialogue be. recta in Deum fide, aux environs de l’an 300. Hahn. § 14. Or dans aucun de ces symboles, nous ne trouvons l'unité de type qui caractérise les symboles postnicéens. Comprend-t-on d’ailleurs, dirons-nous avec M. Harnack, que dans tout le cours du iv» siècle les Églises orientales eussent avec tant de facilité reçu ou abandonné tant d’essais de formulaires, si elles avaient possédé un vieux symbole traditionnel, comme en possédaient un les Églises latines? Les critiques récents conjecturent de là que les Orientaux n’ont pas connu de symbole fixe au ni' siècle; que sur la fin du m« siècle, « peut-être dans l’école de Lucien, » dit M. Harnack, « en tout cas, en pays syro-palestinien, » on a commencé de connaître et d’apprécier le symbole romain. Malheureusement, ces conjectures, pour être plau­ sibles, devraient au préalable indiquer quelle circon­ stance amena l’introduction du symbole romain dans le cercledes Eglises syro-palestiniennes à la fin du lll'siêcle, car entre le concile d’Antioche qui condamna Paul de Samosate et le concile de Nicée qui condamna Arius, il ne se manifeste pas de circonstance capable d’amener cette introduction. Et d’autre part, pour attribuer dans cette introduction quelque rôle à Lucien, il serait bon de posséder une profession de foi authentique de Lucien, celle qui lui est attribuée par le concile d’Antioche de 311, Hahn, § 151, étant généralement tenue pour pseudépigraphe. Au contraire, on ne peut qu'être frappé du synchronisme qui fait qu'avant le concile de Nicée l’in­ fluence du symbole romain est nulle sur les professions de foi orientales, mais que, immédiatement après le con­ cile, cette influence se manifeste : c’est ainsi que nous avons deux professions de foi d’Arius, l’une antérieure au concile, Hahn, § 186, l’autre postérieure au concile, Hahn, § 187, et que la première ne présente nulle trace du symbole romain, au contraire de la seconde qui est daccord avec le type du symbole syro-palestinien dé­ crit plus haut. Il y aurait donc plus de vraisemblance à supposer que le symbole romain fut introduit à Nicée même comme un formulaire dans lequel tous les Orien­ taux ne pouvaient avoir aucune difficulté à reconnaître leur foi traditionnelle, et que l’œuvre du concile con­ sista à ajouter aux articles du symbole romain les dé­ veloppements christologiques qu’appelait la question arienne. Voyez la lettre d Eusèbe à ses fidèles de. Césarée, dans Socrate, H. E., i, 8, P. G., t. lxvii, p. 69, qui appuie notre conjecture. Quoi qu’il en soit de cette vue, nous inclinons à pen­ ser avec quelques critiques récents, que l’opinion n’est pas motivée qui croit retrouver en Orient, antérieure­ ment à l’an 300 et en remontant jusque vers l’an 100, un type de symbole que l’on veut localiser en Asie Mi­ neure, et dont la formule romaine procéderait « à titre de fille ou de sœur ». On crée cette illusion en extrayant de saint Ignace, de saint Justin, de saint Irénée, les di­ verses expressions qui se rencontrent dans le symbole romain et des variantes à ces expressions, pour conclure â l’existence d’un symbole apparenté au symbole ro­ main : c’est là une méthode artificielle. Sûrement, on sera frappé d’entendre saint Justin άπ'βΐήμεϊς έπέγνωμεν Χριστόν υιόν θεού στανρωΟέντα και άναστάντα κα’ι άνεληλυΟότα εις τούς ουρανούς μαι πάλιν παραγενησόμενον κριτήν..., Dialog., 132, et pareilles expressionsen d’autres passages du même, Dialog., 85, Apol., I, 21. 31 »2 46, 61 : mais de là à supposer un document aussi ter­ miné que le symbole pour expliquer des expressions qui ont pour source plus naturelle le Nouveau Testament, il y a d’autant plus loin que saint Justin ne témoigne nulle part de l’existence d’un tel document, ni ne présente aucune trace de la forme pour ainsi dire cristallisée du symbole. Ce que nous disons de saint Justin, Hahn, S 3, mieux encore le peut-on dire de saint Ignace, Hahn. § 1; d’Aristide, Hahn. §2; de Noet, Hahn, § 4; de saint Irénée, Hahn, §5; d’Origène, Hahn, §8. Les Orientaux n’avaient-ils donc rien qui ressemblât au symbole baptismal de l’Église romaine? Ils devaient avoir pour le baptême, pour la liturgie de la redditio symboli, une formule beaucoup plus brève que le sym­ bole romain : on en trouve trace dans la XIX' catéchèse de saint Cyrille et on peut la ramener ux termes sui­ vants : Πιστεύω εις... πατέρα και εις τον υιόν και εις τό πνεύμα το άγιον καί εις έν βάπτισμα μετάνοιας εις άρεειν αμαρτιών. Burn, ρ. 67. Μ. Harnack pense que l’on peut inférer des textes de saint Ignace, de saint Justin, de saint Irénée. qu’il exis­ tait une sorte de résumé catéchétique de la foi chrétienne qui ne pouvait que ressembler au symbole romain, ' e fait, Eusèbe, dans la lettre citée plus haut, communi­ quant à ses fidèles de Césarée le symbole adopte par ,e concile de Nicéeet le symbole qu’il avait lui-même proposé d’adopter, l’un et l’autre symbole ayant pour base le symbole romain, Eusèbe n’hésite pas à l’écrire en tète du second : « Conformément à ce que nous avons reçu des évêques nos prédécesseurs, conformément à ce que nous avons appris des divines Ecritures, conformément à ce que dans le temps où nous étions prêtre comme depuis que nous sommes évêque nous avons cru et en­ seigné... » Or ce symbole eusébien n’est pas le symbole de l’Église de Césarée, comme d’ailleurs le donne à en­ tendre la suite de la lettre. H faut donc admettre que la catéchèse baptismale de Césarée s’accordait avec ce symbole, tout en étant conçue autrement. Ainsi se con­ firme l’induction que les Orientaux n’avaient pas pro­ prement de symbole analogue au symbole romain, et, comme dit M. Harnack, «qu’il était réservé à l’Eglise ro­ maine d’avoir créé le symbole et avec lui la base de tous les symboles ecclésiastiques. » C’est aussi la con­ clusion de Kattenbusch, t. i, p. 388-392. VI. Le symbole romain avant l’an 200. — En sui­ vant le symbole romain au tv« et au m» siècle, en re­ montant jusque vers l’an 200, nous avons noté que, entre le symbole romain et le symbole de Tertullien. il existait une variante dans le premier article. Cet article, à Rome, au ni· siècle, était ainsi rédigé : Credo iu D -oh patrem omnipotentem; c'est la leçon de Nov,tien et du pape Denys. Tertullien, au contraire, lisait: C · t i i unicum (ou unum) Deum omnipotentem. M. Z.-im a pris prétexte de cette difference pour corn·· ■ tirer .pi ·. au début du ut» siècle, le symbole romain avait dû subir une correction : on y aurait supprimé loitcuni ou unum et introduit patrem, de peur de prêter à une interpré­ tation monarchienne. Zahn, bas apostolisc/ie Symbo­ lum, Leipzig, 1893, p. 22-30. Dom Bâumer admet aussi cette modification. Op. cit., p. 114-127. L’hypothèse de. M. Zahn s’accorderait bien avec les circonstances historiques. Il y eut, en effet, à Rome, dans les premières années du ine siècle, une vogue pas­ sagère de' monarchianisme, bientôt suivie d’une vive réaction. Cette vogue se rattache à l’enseignement à Rome dupersonnageque les Pbilosophoumena appellent Épigone,et Tertullien, Praxéas : il a pour disciple ou pour continuateur Sabellius, qui baptisera de son nom propre le monarchianisme. Tertullien donne une idée de la propagande monarchienne â Rome: Simplices çui·,···-. ne dixerim imprudentes et idiotie, quae major senipe- 1671 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) credentium pars est, quoniam et ipsa regula fidei a pluribus diis sæculi ad unicum e! Deum verum trans­ fert, non intellegentes unicum quidem sed cum sua oiconomia esse credendum, expavescunt ad oeconomiam... Monarchiam, inquiunt, tenemus. II suffit d'insister trop sur l'unité pour modaliser la Trinité, ou, comme dit Ter­ tullien, l'économie. Unicum Dominum vindicat omni­ potentem mundi conditorem, ut de unico haresim fa­ ciat, écrit Tertullien de Praxéas. Adw. Prax., I. Une inscription chrétienne trouvée dans le cimetière de Calliste, à Rome, et qui doil dater de la lin du n» siècle ou du commencement du ni», l'ait écho à cet état de conscience. Elle porte, en effet : [Cassius VitauoJ qui in unv Dev crededit in pace. De Rossi, Bullelino (1866), p. 87. Le prologue latin aux Évangiles, mis en lumière par M. Corssen. est une pièce monarchienne remontant à cette même époque et se rattachant à ce même mou­ vement. I’. Corssen, Monarchianische Prologe, Leipzig, 1896. La question monarchienne fut dirimée, au moins provisoirement, du temps du pape Zéphyrin (I99-217), d'où les monarchiens gardaient contre Zéphyrin un ressentiment qu'ils expriment en disant que « jusqu’au temps de Victor s’était conservée [à Rome) la vérité de la doctrine », et que, â dater de son successeur Zéphyrin, s'était corrompue la vérité... Anonyme cité par Eusèbe, IJ. E., v, 28, P. G., t. xx, col. 512. De cette attitude prise par l’Église romaine nous aurions la trace dans la suppression au symbole romain du terme unicum ou unum et l'introduction du mot pa­ trem. L’hypothèse de M. Zahn s’accorde également avec une importante donnée fournie par Tertullien. Dans le De praescriptione hæreticorum, composé en l’an 200 en­ viron, Tertullien en appelle au témoignage de l’Église romaine : Si autem Italie! adjaces, habes Hornam, unde nobis quoque auctoritas præsto est, ista quam felix Ecclesia, cui totam doctrinam apostoli cum san­ guine, suo profuderunt !... Videamus quid didicerit, quid docuerit, cum Africanis quoque ecclesiis contesserarit. Suit un résumé de la foi de l’Eglise romaine : Unum Deum novit creatorem universitatis, et Christum Jesum..., etc. De præscr., 36. Voilà le symbole romain dans sa substance, et, ajoute Tertullien, l’Église romaine adversus hanc institutionem neminem recipit. Or, au premier article, Dieu est qualifié d’unique et pas encore de père. Saint Irénée confirme à quatre reprises le té­ moignage de Tertullien : Cum teneamus nos regulam veritatis, id est quia sit unus Deus omnipotens (Contra hær., i, 22); Omnes isti [evangelistæ] unum Deum fac­ torem cæli et terree... tradiderunt nobis (ni, 1); Assentiunl... in unum Deum credentes factorem cæli et terree (III, 4) ; Εις ένα θεόν παντοκράτορα έξ ου τα πάντα, πίστις ύλόκληρος (IV, 33). 11 semble donc bien établi que le sort de unum et de patrem a été connexe, patrem ayant été substitué à unum. Hâtons-nous de dire que ce sentiment, qui est celui de Zahn et de Bâumer, est combattu par d'autres. Ainsi M. Duchesne, Bulletin critique, t. xiv, 1893, p. 383; ainsi M. Harnack, Zeitschrift für Théologie und Kirche, t. iv (1891), p. 130 sq. Pour ce dernier, l'expression θεός πατήρ παντοκράτωρ n’a pas de préhistoire et le vieux symbole romain sur ce point n’a pas varié. Encore M. Harnack admet-il la disparition de unum; encore reconnait-il que Tertullien ne dit point patrem, saint Irénée pas davantage, et que pour patrem le premier témoin â Rome est saint Hippolyte, ύμολογεϊν πατέρα θεόν παντοκράτορα και Χριστόν Ίησοΰν υιόν θεού θεόν ά·. ■ γενόμενον. Contra Noel., 8. L'histoire primitive du symbole romain serait incomplêt·· si nous ne marquions pas ici que, la langue de l’Église romaine ayant été grecque, antérieurement au milit-u du m' siècle et notamment de saint Clément â sain: Hippolyte, il faut admettre que le symbole romain 1672 a été originairement rédigé en grec. On peut le restituer ainsi : Πιστεύω εις [ένα] θεόν « πατέρα » παντοκράτορα κα'ι εις Ίησοΰν Χριστόν τον υίόν αυτού τόν κύριον ημών, τον γεννηθέντα έκ παρθένου, τόν έπϊ Ποντίου Πιλάτου σταυροιθέντα, τή τρίτη ήμερα άναστάντα έκ νεκρών, άναβάντα εις τούς ουρανούς, καθήμενον έν δεξιά τού πατρός, όθεν έρχεται κρϊναι ζώντας και νεκρούς, κα'ι εις τό πνεύμα άγιον. I 1 , I On remarquera dans ce texte d’abord l'absence de toute expression proprement hellénique. 11 affirme l'exis­ tence du Père, du Fils, du Saint-Esprit, de la même manière que le Nouveau Testament : Matth., xxvm, 19; Il Cor., xiii, 13. La Prima Clementis dit semblable­ ment : Ζή ô θεός και ζή ό κύριος ’Ιησούς Χριστός και τό άγιον πνεύμα. I Cor., ι.νιιι, 2. Mais le mot de Trinité manque, dont on sait qu’il apparaît pour la première fois dans Théophile d’Antioche. Ad Autol., n, 15, et dans Tertullien, Ado. valent., 17; Adv. Prax., 2, etc. — Le terme de παντοκράτωρ, qui ne se rencontre pas dans les Apologies de Justin, est relevé six fois dans son Dialogue avec Tryphon, 16, 38, 83, 96, 142, 139, cette dernière fois en épithète à Père, την τού παντοκράτορος πατρός δύναμιν. Le Martyrium S. Polycarpi, xiv, 2, dit : τόν θεόν και πατέρα παντοκράτορα, mais le mot παντοκράτορα manque â la majorité des manuscrits grecs. Ce mot, qui est employé dans le Nouveau Testament par l’Apocalypse seule, neuf fois, appartient à la langue des Septante. — Nous avons expliqué plus haut l’absence de μονογενή. Le terme, qui appartient à la langue des Septante, appliqué au Christ est proprement johannique. Joa., I, 14, 18; ni, 16, 18; I Joa., iv, 9. — Έκ παρθένου, ainsi s’expri­ ment saint Ignace, saint Justin, saint Irénée, de préfé­ rence à διά παρθένου dont les Valentiniens se servaient exclusivement en lui donnant un sens docète. Irénée, I, vu, 2, et Tertullien, De earn., 20. Le vieux symbole romain ne menlionne pas l’opération du Saint-Esprit dans la conception virginale. Il est toutefois remarquable que pareille mention est fréquente à Rome même, mais passé l an 200. Hippolyte, Contra Noel., 4, 17; Philosophoum., ix,30. Saint Justin, au contraire, semble avoir préféré dire άπό τού πατρός ou έκ τού πατρός γεννηθέντα, Dialog., 23, 61, 63, 75, 76, 87, 105, 127, et il ne parle pas de l’opération du Saint-Esprit. — La mention de Ponce Pilate est prise au Nouveau Testament. Luc., Ill, 1; Act., iv, 27; I Tim., VI, 13. Elle se retrouve comme une expression consacrée chez saint Justin, saint Irénée, Tertullien, persistante et d’autant plus significative que l’on aurait pu aussi bien parler d’Hérode ou de Tibère, ou dire : « sous Hérode el Ponce Pilate, » comme disent les Actes, iv, 27, et comme on le trouve deux fois chez saint Justin, Apol., i, 60, et Dialog., 103. Mais le symbole romain qui ne marque pas que le Christ a été crucifié par les juifs, marque qu’il l’a été sous un procurateur romain. La mort et la sépulture ne sont pas mention­ nées. — Άναβάντα εις τούς ουρανούς dépend de la finale de l'Evangile de Marc, xvi, 19, mais l’idée de άναβαίνειν au lieu de άναλαμίάνεσθαι se trouve dans les Epitres paulines. Rom., x, 6; Eph., iv, 9. Tertullien dit recipi, qui se retrouve dans saint Irénée, II, xxxn; 3, et III, IV, 2. Τή τρίττικτλ., καθήμενον κτλ., όθεν κτλ.,τό πνεύμακτλ., sont fournis' par le Nouveau Testament et d'attestation commune aux écrivains du n« siècle. Voici donc, réduit à sa primitive expression, le sym­ bole baptismal de l’Église romaine. H ne renferme pas un mot qui n’appartienne â ta tangue chrétienne des deux premiers siècles. Mais aussi nulle trace de la langue johannine. Nul indice que le rédacteur se préoccupe des juifs : il ne mentionne pas que le Christ est de ta race de David, ni qu’il est ressuscité selon les Écritures. Le Père n’est même pas qualifié de céleste. On s est appliqué â abstraire 1a foi en une norme juridique. A quelle date fixer ta constitution de ce texte? M. Har­ 1673 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) nack opine pour le milieu du it» siècle : le symbole ro­ main sérail contemporain de saint Justin. On trouve, en effet, dans saint Justin des rédactions du même style · Apol., i, 13, 21, 31, 42, 61; Dialog., 63. 85, 126. 132. Hahn, § 3. Mais on ne peut pas dire que saint Justin dépende pour cela de notre symbole. Voyez dans Burn, p. 39, le symbole reconstruit par Bornemann avec des termes empruntés à saint Justin. Saint Irénée, au con­ traire, s’en rapproche plus sensiblement, et nous recon­ struirions ainsi son symbole : Credimus in unum Deum omnipotentem, et in Christum Jesum Dei filium dominum nostrum, generatum ex Virgine, qui passus est sub Pontio Pilato, resurrexit, receptus est in claritate, rursus venturus est judex eorum qui judicantur, et in Spiritum Dei. Hahn, S 5· Si ces reperes ont quelque valeur pro­ bante, on pourra conjecturer que le symbole romain est au moins contemporain de saint Justin et de saint Irénée. Caspar!, Ungedruckte, unbeachtete und wenig beachtete Quellen zur Geschichte des Taufsymbols und der Glaubensregel, i-ιπ, Christiania, 1866, 1869, 1875; Id., Alte und neue Quellen zur Geschichte des Taufsymbols und der Glaubensregel, Christiania, 1879; Id., Kirchenhistorische Anecdota, Christiania, 1883. Toutes ces recherches bien résumées par Hahn, Bildiothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche, Breslau, 1877,et mieux 1897. celte dernière édition accompagnée d'un appendice par Harnack, Materialien zur Geschichte und Erklürung des allen rœmischen Symbols, appendice qui est une réfection de sa dissertation Vetustissimum Ecctesix romanæ symbolum, publiée avec VEpistola Barnabx, Leipzig, 1878, p. 115-142; T. Zahn, Dos apostolische Symbolum, Leipzig. 1893; F. Kattenbuscli, Das apostolische Symbol, i-ii. Leipzig, 18941900; S. Biiumcr. Das apostolische Glaubensbekenntnis, seine Geschichte undsein inhalt, Mayence, 1893: A. Burn. An intro­ duction to the Creeds and to the Te Deum, Londres, 1899. Joindre au livre de Hahn, qui doit devenir classique, l’article A postolisches Symbolum de Harnack dans la Bealencyklopüdie fur prot. Théologie, 3· édit., Leipzig, 1896. t. 1. Sur les polé­ miques intra-luthéricnpes concernant le symbole, voyez Baumer et le P. Blume, S. J., Das apostolische Glaubensbekenntniss, Fribourg, 1893. Voir aussi G. Goyau, L’Allemagne religieuse, Paris, 1898, p. 152 sq. Très complète bibliographie critique dans A. Ehrhard. Die alchrist. Litteratur und ihre Erforschung von 1886-1900, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. i, p. 499-521, et dans B. Doerholt, Das Taufsymbol, I part., Paderborn, 1898. P. Batiffol. II. APOTRES (Symbole des!. Son origine et son auto­ rité. — I. Origine. II. Forme de l’attribution aux apôtres. III. Autorité. I. Origine. — Le symbole romain était la profession de foi demandée aux lidèles pour leur baptême. Aussi est-on naturellement porté â penser que la formule tri­ nitaire qui sert de cadre à ce symbole a été inspirée par les paroles du Christ : Baptizantes eos in nontine Patris et Filii et SpiritusSancli. Matth., xxvm, 19. D’autre part, d’après les Actes des apôtres, xix, 3, le baptême chré­ tien n'était conféré, aux temps apostoliques, qu’à ceux qui connaissaient le Saint-Esprit et par conséquent la doctrine Irinitaire. De ce seul fait que les Éphésiens ignoraient le Saint-Esprit, saint Paul conclut en. effet qu'ils n’avaient point reçu le baptême du Christ. Il ne se trompait point ; car ils avaient seulement reçu le bap­ tême de Jean. Il en résulte que les apôtres exigeaient pour le baptême, non seulement la foi au Christ fils de Dieu, qu’exprimait l’eunuque de la reine Candace, Act., vin, 37, mais encore la foi au Père et au SaintEsprit. Aucun document ne nous prouve que cette foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit était formulée dès lors en un symbole fixe et arrêté ; mais il est difficile de con’· - 1er que les apôtres en demandaient la profession avant i reorder le baptême. Burn. An introduction to the creeds, Londres, 1899, p. 20-25; Vacandard, Les origi­ nes du Symbole des apôtres,dans la Bevue des questions historique»,i?Sld, t. xxn. p. 354. Comme la connaissance et la profession de la foi de 1674 l’Église ont toujours été imposées aux catéclium· r es, avant qu'on leur accordât le baptême, la cérémonie de la redditio symboli usitée dans l’Eglise romaine remen­ tait pour le fond, sinon pour les détails, jusqu’aux origi­ nes de l’Église. Le symbole baptismal romain du IV cle était donc une forme cristallisée et développée de la pro­ fession de foi trinitaireen usage aux temps apostoliques. 11 semble donc que les parlies essentielles de cette profession, c’est-à-dire la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, en ont fourni le cadre et le noyau. On a objecté, il est vrai, que les additions qui suivent l'article relatif au Saint-Esprit ne semblent point le développe­ ment de cet article. On peut répondre qu’en ce cas la présence de ces mots Et in Spiritum Sanctum serait une preuve plus péremptoire qu'ils viennent de la for­ mule trinitaire, si la suite ne s’y rattachait pas: car, en ce cas, comment expliquer ces mots qui seraient comme perdus au milieu du symbole, sinon comme la perma­ nence d’une formule antérieure où la lin du symbole ne se trouvait pas? D'ailleurs les derniers articles expri­ mant des dons surnaturels dus au Saint-Esprit, qui est lui-même le don de Dieu, peuvent être considérés comme des développements de l'article sur le Saint-Esprit. Be­ vue d’histoire ecclésiastique, Louvain, janvier 1901. p. 96. Nous pouvons donc conclure que le symbole romain est un développement arrêté de la profession baptismale trinitaire. H semble en être de même des symboles orientaux antérieurs à celui de Nicée. Ceux qui ont vraiment la forme d'une profession de foi mentionnent les trois per­ sonnes de la sainte Trinité. Indiquons les professions de foi de-saint Grégoire le Thaumaturge. Hahn. Bibliothek der Symbol, 3e édit., Breslau, 1897. S 185; de l'au­ teur du dialogue De recta fide in Deum, ibid.,§ 14, et d'Alexandre, évêque d’Alexandrie, ib:d., S 15 (la profes­ sion de foi d’Arius vers 321. ibid., § 186, mentionne aussi les trois personnes, sans contenir un article exprès pour le Saint-Esprit, d'après le texte reproduit par saint Épiphane, Hæres., LXIX, 7, P. G., t. XLli, col. 213). Ce­ pendant comme quelques professions de foi orientales postérieures n’ont pas d'article consacré au Saint-Esprit, ou comme elles ne développent point cet article. Harnack, dans Herzog-Hauck. Bealeneyclopâdie, 3’ édit., Leipzig, 1896, art. Apostolisches Symbolum, p. 751, prétend que la formule primitive n’avait que deux membres (la foi au Père et au Fils),et qu’il n’y était pas question du Saint-Esprit. Étudiant le sujet pour les deux premiers siècles, il invoque en faveur de celte opinion des docu­ ments, comme I Tim., vi. 13, où il n'est question que du Père et du Fils, et il affirme que dans les documents très nombreux de la même date où se trouve la men­ tion du Saint-Esprit, cette mention a été interpo!· ■ . l ois Hahn, op. cit.., appendice, § 2, 4, p. 369, 373. ém prend cependant qu’en exposant l’objet de la loi ■ r·tienne on se soit surtout occupé du Fils, don! la nature divine pouvait s'expliquer sans parler du S un·.-! vt en parlant seulement du Père. On nepeut.au contraire, donner aucune raison pour laquelle on aurait ajout · la mention du Saint-Esprit, si elle avait été inconnue primi­ tivement; car nous ne connaissons aucune controverse particulière de cette époque sur l’existence on la nature du Saint-Esprit. On comprend donc parfaitement que certains textes parlent du Père et du Fils, sans mention­ ner le Saint-Esprit sur lequel l’attention ne se portait point alors, ou sans développer ce qui le regardait. La mention du Saint-Esprit dans les autres textes est. au contraire, une preuve que la foi baptismale primitive était trinitaire, puisque l’interpolation d'un si grand nombre de textes est inadmissible, et que la suite du récit des Actes, xix. 2 sq.. serait brisée, si on retrancliait le ver­ set 3 qui suppose qu’on n’était jamais baptisé sans avoir IH’ofessé sa foi au Saint-Esprit. Il faut donc conclure que les professions de foi baptismale de l’Orient se sont 1675 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) 1676 formules dont ces doctrines sont revêtues. Pour eux, aussi formées sur le cadre des paroles du Christ sur la en effet, la profession de foi au Père,au Fils et au Saintmanière de baptiser. Matth., xxvni, 19. Esprit, en quelque forme qu’elle ait été faite, constitue Comme les développements, donnés à cette profession la partie principale du symbole. Les appositionsajoutées dans les formules orientales, différent assez notablement pour la personne du Fils ont un caractère plutôt histo­ du symbole romain, et qu'il est diflicile de les ramener rique que doctrinal. Celles qui sont ajoutées pour la per­ à un type uniforme en dehors de la simple profession sonne du Père et pour celle du Saint-Esprit sont, il est de foi trinitaire, il y a lieu de penser que cette profes­ vrai, plus doctrinales; mais elles nous montrent simple­ sion était seule regardée comme essentielle. Ainsi s’ex­ plique qu’elle se retrouve dans tous les symboles,et aussi ment les rapports de Dieu avec nous; tandis que la que les symboles diffèrent les uns des autres pour les formule trinitaire nous fait connaître Dieu en lui-même, développements donnés à chacun des trois articles de et condamne à l’avance,d’une façon péremptoire, toutes cette profession essentielle. Cela ne veut pas dire que les hérésies qui devaient se produire sur la nature de tous les apôtres exigeaient seulement la foi au Père, au chacune des trois personnes divines ou sur leurs rela­ Fils et au Saint-Esprit pour le baptême ; ils pouvaient tions mutuelles. Quoi qu'il en soit des éléments secon­ ajouter â cette profession les additions qui leur parais­ daires du symbole des apôtres et de leur date, il est saient utiles suivant le milieu où ils baptisaient. C’est en donc incontestable que ce symbole remonte aux apôtres effet une exagération de prétendre, avec Kattenbusch, dans la partie essentielle et primordiale, à laquelle ces que la profession baptismale contenait toutes les vérités éléments secondaires se sont ajoutés. de la foi chrétienne ; elle contenait seulement les prin­ Le symbole romain ne remonte donc pas seulement cipales. Herue d’histoire ecclésiastique, janvier 1901, aux apôtres et à Jésus-Christ, en ce sens que toutes les p. 96. Les indications du Christ, Matth., xxvni, 19, vérités qu’il exprime appartiennent à la doctrine chré­ montraient que la croyance au Père, au Fils et au Sainttienne. Il y remonte encore dans son caractère de profes­ Esprit en devait faire partie; mais rien ne s’opposait à sion de foi baptismale, puisque la profession de foi baptis­ ce que les apôtres et leurs successeurs ajoutassent male adoptée par les apôtres a été le noyau du symbole d'autres vérités choisies parmi celles qu’ils prêchaient baptismal romain, et qu’elle en contenait non seulement dans leur évangile. Ces additions se pouvaient faire le cadre, mais encore les articles de foi principaux. d'autant plus facilement que la profession de foi ne H. Formes ue l'attribution aux apôtres. — Cette semble pas avoir été faite aux origines en une formule attribution a eu plusieurs formes dans lesquelles elle stéréotypée. On ne sentait pas encore, à ce qu'il semble, s’est développée. 11 importe de les distinguer pour re­ le besoin de l'immobiliser en une formule fixe, et la li­ connaître leur fondement primitif. berté dont on usait à cet égard se prolongea plus long­ 1" forme. Le symbole est attribué aux apôtres, comme temps dans les Églises de l'Orient. lesaulres parties de la tradition. — Ce sentiment est for­ A quel moment se formula le symbole romain? En mulé dès le n' siècle,dans les premiers textes où le sym­ remontant vers ses origines, nous l’avons suivi à l’article bole est clairement reconnaissable,et il s’affirme de sym­ précédent dans son texte ancien jusqu'à la dernière boles apparentés au symbole romain, aussi bien que du moitié du n· siècle. Nous avons déterminé les formules symbole romain lui-même.Saint Irénéeditque la foi «en déjà arretées à cette époque, et les additions qui y fu­ un seul Dieu le Père tout-puissant, qui a faille ciel et la rent faites ensuite. Les documents nous manquent pour terre et les mers et tout ce qui y est renfermé, et en étudier son histoire antérieure. Saint Pierre et saint un seul Jésus-Christ, le fils deDieu, qui s’est incarné pour Paul n'exigeaient-ils des candidats au baptême que la j notre salut,et en un seul Saint-Esprit, etc. », a été reçue simple profession de foi trinitaire, ou leur demandaientdes apôtres et de leurs disciples, et qu'elle est gardée par ils d'affirmer aussi leur foi en d’autres vérités? Leur l’Église,bien qu’elle soit répandue par tout l’univers, imposaient-ils cette profession baptismale en dehors de jusqu’aux extrémités de la terre. 'H μεν γαρ εκκλησία toute formule arrêtée; ou bien leur enseignaient-ils une καίπερ καβ’ όλης της οικουμένης έως περάτων τής γης formule fixe? A quelle date furent arrêtés les éléments διεσπαρμένη, παρά δέ των αποστόλων και των έκείνων du symbole romain que nous avons trouvés dans le De μαθητών παραλαδοϋσα. Contra hæreses, 1. I, c. x, n. 1, Trinitate de Novatien, Hahn, ibid., § 11, et dans les dans llahn, Bibliolhek der Symbole,3’ édit., Breslau, lettres des papes du in' siècle ? Les données de la litté­ 1897, § 5, p. 6; P. G. t. vu, col. 549. Dans un autre rature des deux premiers siècles ne nous permettent passage ou l’on reconnaît aussi les éléments du symbole, point de répondre à ces questions. Cependant la simili­ il dit encore: Quid autem, si neque apostoli quidem tude des formules du symbole romain, avec les pro­ scripturas reliquissent nobis, nonne oportebat ordinem fessions de foi des Églises de l’Occident et même de sequi traditionis quam tradiderunt iis, quibus commit­ l'Orient, demande qu’on reporte cette date à une époque tebant ecclesias?etc. Ibid., 1. Ill, c. IV, n. 1, dansHahn, antérieure : beaucoup d’auteurs l’ont placée au commen­ ibid., p. 7 ; P. G., t. vu. coi. 855. Dans ces passages, cement du il' siècle ; quelques-uns même au 1". Bévue que Hahn donne in extenso, les éléments du symbole d'histoire ecclésiastique, janvier 1901, p. 95. Mais il leur sont faciles à distinguer. Or Irénée dit que c’est là une foi est impossible de donner à leur opinion une base solide. et une tradition qui remontent aux apôtres. — Tertullien Ne cherchons donc pas seulement la date de la première affirme la même chose. Il indique, sous le nom de régula forme stéréotypée du symbole, ou des développements /idei, divers éléments du symbole. Depræscriptionibus, qui ont été ajoutés à la profession de foi trinitaire. Consi­ 13, Hahn, ibid., § 7, p. 9; P. L.,t. il, col. 26. Il ajoute dérons encore et simplement celte profession telle qu’elle que cette règle a été instituée par le Christ : Hæc regula était demandée par les apôtres à tous les baptisés. Elle a Christo, ut probabitur, instituta nullas habet apud constituait, nous l’avons vu, le premier étal par lequel a nos queestiones nisi quas hæreses inferunt et quæ hærepassé le symbole romain du iv« siècle dans son dévelop­ ticos faciunt, ibid.,14, col. 27 ; qu’elle est regardée comme pement, puisque le symbole romain du IV' siècle n'était venant des apôtres, nostra doctrina, cujus regulam qu'un autre état de cette profession baptismale. Or, dans supra edidimus de apostolorum traditione censeatur, cet état primitif, le symbole romain remonte certaine­ ibid., 21, col. 33; qu’elle a été donnée à l’Église par les ment jusqu'aux apôtres. apôtres, aux apôtres par le Christ,au Christ par Dieu, in Aux yeux des historiens modernes du symbole, cette ea regula incedimus, quam Ecclesia ab apostolis, apos­ observation est sans importance, parce qu’ils n’envisa­ toli a Christo,Christus a Deo tradidit,ibid.,37,coi.50. gent dans le symbole que les formules stéréotypées. Mais On peut remarquer que Tertullien attribue une ori­ il n’en est pas de même aux yeux des théologiens, qui gine apostolique, non pas aux formules du symbole, mais donnent plus d'attention au fond des doctrines qu’aux à la doctrine qu elles expriment. Cependant, il distingue 1677 APÔTRES (LE SYMBOLE DES) l'ensemble des vérités contenues dans le symbole, du reste de ta doctrine chrétienne, sous le nom de règle de foi, nostra doctrina cujus regulam supra edidimus, 21. S'il enseigne en général que la doctrine de l’Église vient des apôtres, ibici., il déclare plus spécialement que la règle de foi ou le symbole vient d'eux et qu'ils l'ont reçue du Christ. Dans une des formules de foi, que contiennent les Constitutions apostoliques et qui appartiennent à la partie la plus ancienne de cet ouvrage, du milieu du lit· siècle, les apôtres, « enfants de Dieu et fils de la paix, » exposent le sommaire de leur prédication. L. VI, c. xi, P. G., t. t, col. 936; Hahn, § 9. Cette formule rap­ porte simplement l’origine apostolique du symbole, qu'elle présente comme la foi qu'ils prêchaient. Saint Cyrille de Jérusalem, Calech., xvni, 32, P. G., I. xxxin, col. 1054, appelle le symbole baptismal : άγια καί άποστολιζή πΐστις Hahn, § 124. Saint Épiphane, Ancorat., 118, P. G., t. xi.nt,col.232, recommande de conserver la sainte foi de l’Eglise, que celle-ci a reçue en dépôt des apôtres du Seigneur, et de l’inculquer diligemment à tous les catéchumènes qui se préparent au baptême. Hahn, § 125. L'attribution du symbole romain lui-même aux apô­ tres est conslatée pour la première fois dans la lettre du concile de Milan au pape Sirice qui a déjà été citée plus haut. Voir col. 4661. Saint Jérôme, qui fut baptisé à Rome, connaît le symbole baptismal de cette Église. La formule qui n'est pas écrite sur du parchemin et avec de l'encre, mais seulement dans le cœur des chrétiens, ajoute-t-il, est d’origine apostolique : Insymbolo fidei el spei noslree, quod ab apostolis traditum non scribitur in charta et atramento, sed in tabulis cordis carnalibus post confessionem trinitatis et unitatem.Ecclesiæ, omne dogmatis Christiani sacramentum carnis resurrectione concluditur. Contra Joan. Hierosol., 28, P. L., t. xxm, coi. 396. Saint Léonsemble faire allusion à l’origine apos­ tolique du même symbole, lorsqu'il écrit: Catholici sym­ boli brevis et perfecta confessio quæ duodecim apostolo­ rum totidem est signata sententiis. Epist., xxxt. ad Pulcheriam, 4, P. L., t. uv, coi. 794. Vers le même temps, le sacramentaire dit gélasien, qui, au moins dans son archétype, représente l’usage liturgique romain du ni· siècle, mais dont certaines parties sont de beaucoup antérieures, et notamment la liturgie de la traditio symboli, contient dans la préface qui prélude à cette traditio undéveloppementquisupposela même croyance : Suscipientes euangelici symboli sacramentum a Do­ mino inspiratum, ab apostolis traditum... Sanctus et­ enim Spiritus qui magistris Ecclesiæ ista dictavit... Dans les Gaules,saint Hilaire de Poitiers, Desynodis, n. 63, P. L., t. x, col. 523, félicite les évêques ses collè­ gues d'avoir retenu la foi parfaite et apostolique qu'ils avaient apprise à leur baptême et de n'avoir pas eu be­ soin de formules écrites, que les périls de la foi ont rendues nécessaires dans d'autres églises. En Afrique, Eulgence de Ruspe, Contra Fabianum fragmenta, 36, P. L., t. lxv, col. 822, 823, rapporte explicitement que le symbole est d'origine apostolique. Vigile de Tapse, C nt. Eulych., iv, 1, P. L.,t. Lxn, col. 119, admettait pareillement que l’Église romaine avait reçu son sym­ bole baptismal des apôtres eux-mêmes. En Espagne, Priscillien, Tract., Ill, édit. Schepss, Vienne,1889, p. 49, affirme que le Christ a enseigné le symbole à ses apôtres pour repousser l'erreur des ébioniles. Nicétas, évêque de Remesiana, dans la Dacie, rapporte la profession de foi baptismale à la tradition des apôtres. De Spiritus Sancti potentia, η. 18, P.L., t. ι.ιι, col. 862. Cf. Explanat, symboli, n. 8, ibid., col. 870. De cet ensemble de témoignages, il demeure incontes­ table que le symbole baptismal, soit dans sa forme ori­ ginelle, soit dans la formule romaine ou d’autres for­ mules apparentées, a été considéré comme provenant 1678 des apôtres, au moins dans un sens large. Du reste, à défaut d'attestations explicites, on aurait pu le conclure rigoureusement en appliquant à la profession de foi bap­ tismale la règle posée par saint Augustin, Epist., uv. ad Januar., i, 1, P. L., t. xxxui, col. 200, que les tr Ci­ tions reçues dans le monde entierproviennent desapôtre= ■2' forme. La rédaction elle-même de la formule du symbolea été attribuée aux apôtres. — Cette forme d’attri­ bution apostolique circulait en Italie dés le ive siècle. Rufin écrivait, vers 400 m Nos anciens rapportent {tra­ dunt majores nostri) qu'après l’ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres sous forme de langue de feu afin qu’ils pussent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent du Seigneur l’ordre de se séparer et d’aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun une règle de la pré­ dication qu’ils devaient faire, afin que, une fois séparés, ils ne fussent pas exposés à enseigner une doctrine dif­ férente à ceux qu’ils attiraient à la foi du Christ. Etant donc tous réunis et remplis de l’Esprit-Saint, ils com­ posèrent ce bref résumé de leur future prédication, met­ tant en commun ce que chacun pensait, et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. Pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s’appelât symbole. » Comment, in symbo­ lum apostolorum, 2, P. L., t. xxi, col. 337. L' Explanatio symboli ad initiandos, que, à la suite de Caspari et de Harnack, nous avons considérée comme l’œuvre de saint Ambroise, et qui est en toute hypothèse un document italien, au sens indiqué plus haut, attri­ bue aussi fermement que Rufin la rédaction du symbole aux apôtres eux-mêmes : Si unius apostoli scripturis nihil est detrahendum, quomodo nos symbolum, quod accepimus ab apostolis traditum, atque compositum, commaculabimus? P. L., t. xvn, coi. 1155. Rufin rattachait celte tradition des anciens au symbole romain; elle n’a cependant ni témoin romain ni attache romaine. Comme les Constitutions apostoliques, vi, 14, P. G., t. I, col. 945; Hahn, § 10, contiennent avec des détails analogues une doctrine catholique, ζαΟολιζτ,ν διδασκαλίαν, composée par les apôtres réunis, on a pensé que Rufin avait tiré cette tradition, sinon des Constitu­ tions apostoliques elles-mêmes, du moins de la Didascalia apostolorum, d’origine syrienne, dont leur sixième livre n’est qu'une adaptation. Cette conclusion est d'au­ tant plus vraisemblable qu’il a existé, vers le IVe siècle, une version latine, probablement d'origine milanaise, de cette Didascalia. E. Hauler, Didascaliæ apostolorum fragmenta Veronensia latina, Leipzig, 1900. S'il en était ainsi, la tradition, qui attribue la rédaction de la formule du symbole aux apôtres réunis à Jérusalem, aurait pris naissance dans la littérature pseudo-aposto­ lique du ine siècle. Zahn, Neuere Deitrâge zur Gesehichte des Apost. Symbolum, p. 23, cité par Burn, p 316. Cette croyance à la rédaction du symbole par 1-s apôtres s’est perpétuée et popularisée. Elle a été admise au v· siècle, par saint Maxime de Turin. Bom.. lxxxiii, P. L., t. lvii, col. 433; par Cassien, De incarnat inné Domini, vi, 3, P. L., t. L, col. 147-149. et par Fauste de Riez, Horn, de symbolo, dans Maxima bibliotheca vet. Patrum, Lyon, t. vi, p. 627; au vu·, par saint Isidore de Séville, De officiis eccl., n, 23, P. L., t. Lxxxnt, coi. 815,816, et par saint Ildefonse de Tolède, Liber adnolat. de cognitione baptismi, 32, P. L., t. xcvi, coi. 126, et au vm·, par Éthérius et Beatus. Adv. Elipandum, 1, 22, dans Maxima bibliotheca veterum Patrum, Lyon, t. xm, p. 359; Hahn, §56. On précisa même les données premières : chaque apôtre devint l'auteur d'un des douze articles. Pierre avait édicté le premier, André le second, Jacques le troisième, Jean le quatrième, et ainside suite. Le représentant le plus ancien de cette évolution est le Serin., CCXL, dupseudo-Augustin, P. L.,t.xxxix,col.2189, •1679 APOTRES (LE SYMBOLE DES) — APÔTRES (LA DOCTRINE DES) 1G80 tielles du symbole qui porte leur nom. Mazzella, De virtutibus infusis, Rome, 1879. p. 323, 324. 1Π. Autorité. — 1° L’autorité de la profession de foi trinilaire dans le rite du baptême, profession qui a servi de cadre et de noyau au symbole et qui en contenait les éléments essentiels, résulte de ce qu’elle vient des apôtres et qu’elle leur est attribuée parla tradition ecclé­ Articuli fidei sum bis sex corde tenendi. siastique. 'Toutefois comme la formule n’en était pas Quos Christi socii docuerunt pneumate pteni : stéréotypée à l’origine et comme les apôtres ne l'avaient Credo Deum Patrem. Petrus inquit, cuncta creantem. pas écrite, il est inexact de dire que si le Credo baptis­ Andreas dixit : Ego credo Jesum fore Christum, etc. mal est l’œuvre des apôtres eux-mêmes, il faut le con­ sidérer comme « inspiré » et le mettre sur le même Alcuin, Disputatio puerorum per interrogationes, 11, rang que l’Écriture canonique. Dom Chamard. Les ori­ P. L., t. ci, col. 1138, et Raban Maur, De clericis inst., gines du symbole des apôtres, dans la Revue des ques­ ii, 56, P. L., t. cvn, coi. 368,369, l’admettent dans son tions historiques, 1er avril 1901, p. 341-343. Suarez, De premier état. SaintThomas. Comment.in lib. IV Sentent., 1. Ill, dist. XXV, a. 1, ad 4'"”, Opera, Paris, 1878, t. xxx, fide, disp. II, sect, v, n. 4, Paris, 1858, t. xtl, p. 28, a justement observé que, suivant la doctrine des Pères, p. 546, y attache peu d’importance. Mais saint Bona­ le symbole n’a pas été écrit, mais seulement présenté venture, Comment, in quatuor libros Sentent., ibid., par les apôtres aux fidèles pour être appris de mémoire. Opera, Quaracchi, 1887, t. ni, p.535, admet la rédaction Eût-il même été rédigé par écril par les apôtres qu’il ne des articles par chacun des apôtres, pris séparément. serait pas pour cela inspiré, puisque l’Eglise ne l’a pas Suarez, De fide, disp. II, sect, v, n. 3, Paris, 1858, t. xn, placé au rang des Écritures sacrées et puisque, d’autre p. 27, rapporte les deux explications. part, si les apôtres, dans le ministère de leur prédica­ Bien que cette forme d'attribution apostolique du sym­ tion, jouissaient de l’infaillibilité, ils n’avaient pas né­ bole ait été introduite dans le Catéchisme du concile de cessairement, en tout ce qu'ils écrivaient, le don de l'in­ Trente, Ire partie, introd., l’Eglise ne l'a reconnue par spiration. Franzelin. De divina traditione et Scriptura, aucun acte officiel. « Quand le catéchisme romain fait 3e édit., Rome. 4882, p. 372-378. Mais si la profession sienne l’opinion très répandue encore au xvi' siècle, que de foi baptismale, que les apôtres ont instituée, n’est les apôtres, sous la direction du Saint-Esprit, chrislianæ pas inspirée, elle est une de ces traditions apostoliques fidei formulam componendam censuerunl, et que chris­ que,d’après le concile de Trente, sess. IV, l’Église reçoit lianæ fidei el spei professionem a se composi tam Sym­ et vénéré avec la même piété et le.même respect que les bolum appellarunt, et que duodecim symboli articulis saintes Écritures. distinxerunt, le catéchisme romain ne fait qu’adopter 2° Quant au symbole romain sous ses différentes for­ un sentiment qui est celui de beaucoup de Pères. » mes, ce n’est pas seulement un témoignage historique Dont Bâumer, Dos apostolische Glaubensbekennlnis, ancien, précieux, vénérable, de la foi catholique ; c’est Mayence, 1893, p. 26, note. En 1529, la Sorbonne cen­ une règle de foi. imposée par l’Eglise aux néophytes sura Érasme pour avoir dit : Symbolum an ab apostolis dans la dispensation solennelle du sacrement de bap­ traditum sil nescio. La Sorbonne opinait qu’il était de tême. Les protestants, qui veulent s'en tenir strictement foi que le symbole dit des apôtres avait été ab apostolis à la doctrine évangélique, peuvent bien chercher à dé­ editum et promulgatum, et, d'après les Pères, â com­ montrer que le symbole dit des apôtres est pl is com­ mencer par Clément de Rome (?), chaque apôtre quod plet que la foi de l'Evangile et ne s’impose pas, dans sensit dixisse dum illud conderent. D’Argentré, Collectio son entier, à l’adhésion des chrétiens. Voir la Revue bi­ judiciorum, Paris, 1728, t. n a, p. 60. Mais les critiques blique, t. ni, 1894. p. 30-32. Les catholiques n'ont pas catholiques les plus ordiodoxes n’hésitent pas à la qua­ le droit de contester son autorité dogmatique. Quelles lifier de légende. Bâumer, toc. cit.; Vacandard, Les ori­ que soient sa date et les phases diverses de son histoire, gines du symbole des Apôtres, dans la Revue des ques­ l’Église catholique l’emploie depuis des siècles dans sa tions historiques, octobre 1899, p. 331-340 ; Fouard, .Saint liturgie et son enseignement catéchétique. Elle le consi­ Pierre el les premières années du christianisme, Paris, dère donc et elle l’impose comme un document de sa 1886, p. 318. foi officielle. S. Thomas. Sum. theol., II’ II", q. I. a. 9. Bien D'autres critiques sont allés plus loin et ont prétendu qu’il ne soit pas, dans sa teneur actuelle, un document que le symbole ne provient aucunement des apôtres. La synodal et théologique, ce monument liturgique et caté­ discussion de son origine apostolique a commencé au chétique est l’expression infaillible de l’enseignement xve siècle, « à l’occasion de la tentative d’union faite quotidien de l’Eglise; c’est un organe de son magislere entre l’Église latine et l’Église grecque au concile de exprès, et tous les points de doctrine qui y sont affir­ Florence. Dès le début des négociations, en 1438, pen­ més s’imposent comme de foi catholique et par consé­ dant que les Pères siégeaient encore à Ferrare, comme quent sous peine d’hérésie. Vacant, Études théologiques les latins invoquaient l’autorité du Symbole des apôtres, sur les constitutions du concile du Vatican. La consti­ les théologiens grecs, notamment Marcos Eugenicos, ar­ tution « Dei Filius », Paris, 1895, t. u, p. 112. chevêque d'Éphèse, s'étonnèrent de cette référence et A. Vacant. dirent : Pour nous, nous n’avons pas et nous ne con­ naissons pas de Symbole des apôtres. Celte déclaration G. APOTRES (La Doctrine des douze). — I. His­ fut un coup de surprise. Tombée dans le domaine pu­ toire de l’écrit. II.Authenticité de la Didaché de Bryenblic. elle fut recueillie et exploitée par le fameux scep­ nios. III. Intégrité. IV. Caractéristiques de la Didaché. V. Auteur, date et lieu de composition de la Didaché. tique Laurent Valla, qui écrivit un libelle, d’ailleurs VL Analyse de la Didaché. VIL Enseignements doctri­ dépourvu de science et de critique contre l’origine apos­ tolique du Credo latin. » Vacandard, loc. cit,, p. 329, naux. VIII. Conclusion. 330. C elait en 1 III. L’évêque de Chichester, Reginald 1. Histoire de cet écrit. — Nous trouvons plusieurs fois mentionné dans les écrits des premiers siècles chré­ Peacock, marcha sur les traces de Valla, en 1450. Jacques tiens un opuscule intitulé : Doctrine des douze apôtres, l’sher inaugura, en 1647.1a critique historique du sujet. Elle a été poussée aussi loin que possible au XIX" siècle. Διδαχή των δώδεκα αποστόλων. Il est nommé dans l'Ascen­ Des principaux faits, précédemment exposés, il résulte sion d’Isaïe (trad. Basset, m. 21); rangé parmi les écrits que. la légende de la rédaction du symbole par les apocryphes par Eusèbe, II. é., hi. 25, P. G., t. xx, col. 269; par saint Athanase, Épitre pascale, xxxix·, P. G., t. xxvi, doute apôtres écartée, l’ancienne tradition ecclésiastique a justeniment rapporté aux apôtres les parlies essen- I col. 437; dans la Slichométrie de Nicéphore, Slichomequi doit être une pièce du vi· siècle, croit-on, ou encore le Serin-, CCXLi, du pseudo-Augustin, de la même épo­ que. P. L., ibid., col. 2190: Hahn, § 42. On la retrouve dans saint Pirmin, De singulis libris canonicis scarapsus, P. L.,t. LXXXIX, col. 1034; Hahn. S 92. et dans une pièce de vers mise sous le nom de saint Bernard : 4681 APÔTRES (LA DOCTRINE DES DOUZE) tria, ligne 68, dans la Synopse dite d'Athanase, P. G., t. xxvm, col. 432. Zonaras au xn»siècle. P. G.,t.cxxxvm, col. 863, Blastarès, au xiv» siècle, P. G.. I. cxi.iv, col. 1142, et Nicéphore Calliste, II. E., il, 46, P. G., t. cxi.v col. 888, en parlent aussi. En Occident nous le trouvons mentionné par l’auteur du livre De aleatoribus, ni» siè­ cle, c. iv, P. L., t. IV, col. 830, par Rufin, dans sa tra­ duction latine d’Eusèbe. A partir du xiv» siècle, la Doc­ trine des douze apôtres disparaît de l’histoire Elle a été retrouvée en 1883 par Mo» Bryennios, métropolite de Nicomédie, au monastère de Jérusalem du Très-Saint Sépulcre, dans le quartier du Phanar, à Constanlinople. Le manuscrit a été, en 1887, transporté à Jérusalem. La première édition en a été donnée par. Mo» Bryennios à Constantinople, el depuis lors la Didaché a été publiée et étudiée par de nombreux savants. Voir la bibliogra­ phie. II. Authenticité de la Didaché de Bryennios. — La Didaché. publiée par Mo» Bryennios, est certainement l’écrit de ce nom, dont il est parlé dans l’ancienne litté­ rature chrétienne. Pour s’en convaincre il suffit de la comparer, soit avec les documents qui en sont la traduc­ tion ou la reproduction plus ou moins fidèle, soit avec les passages d’auteurs chrétiens qui sont presque iden­ tiques.— l»a) Un fragment latin, extrait par Pez d'un ma­ nuscrit, aujourd'hui disparu de la bibliothèque de Melk (Autriche), reproduit les versets, 1, 1-3, et H, 2-6 de la Didaché. Une ancienne version latine de la première . partie, « des deux voies, » a été trouvée dans un manus­ crit de Munich, du xi» siècle, et éditée par J. Schlecht, in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1900. b) Les chapitres xvm. | xix et xx de l’Epilre de Barnabe coïncident presque tex­ tuellement avec des passages des cinq premiers cha­ pitres de la Didaché. c)Les Canons ecclésiastiques des apôtres, iv-xui, reproduisent des passages de la Didaché, i-iv. d) Le VII» livre des Constitutions apostoliques est une reproduction assez interpolée de toute la Didaché. e) Le Syntagma doeirinæ, P- G., t. xxxvm, col. .835, , attribué â saint Athanase, en contient des fragments, ainsi que la Fides Nicæna, P. G., t. xxxvm, col. 1639, | et la Vie de Schnoudi, Paris, 1889. — 2° On a signalé des rapprochements entre la Didaché de Bryennios et des passages de l’Apologie d'Aristide, de saint Justin, de Tatien, de Théophile d’Antioche, de saint Irénée, des Oracles sibyllins, du Pseudo-Phocylides, de Tertullien, d Origène, de Dorothée de Palestine; ils sont assez vagues. Comme plus certains nous citerons les rappro­ chements entre des passages de la Didaché et les écri­ vains suivants ; Clément Romain, 11 Cor., m, 1, P. G-, t. r, col. 333 = Did., iv, 3; xvn. 3 = Did., i. 4; xx, 5 = Did., ix, 2; Hermas, Pasteur, Mand., n, 4-6, P. G., t. n, col. 915 = Did., iv, 7; i, 5; Pseudo-Cyprien, De aleatoribus, iv, P. L., t. iv, col. 830 = Did., iv, 4; xiv, 2; xv, 3; Clément d’Alexandrie, Slrom., 1, 20, P. G., t. vm, col. 815= Did., m, 5; Quis dives salvus, 29, t. ix, col. 636= Did., ix, 2; Pseudo-Ignace, Ad Tral., vi, P. G., t. m. col. 783 = Did., xn, 5; Pseudo-Athanase, De virginitate. P. G., t. xxvm. col. 266 = Did., ix. 2; Lactance. Epit. de dip. Inst.,i.K, P. L·., t. vi.cpl. 1085-1086 — Did., I-Π. La sentence du chapitre I. 6 : « Que ton au­ mône transpire dans tes mains, jusqu'à ce que tu saches bien à qui tu donnes, » se trouve dans saint Augustin, In Ps., en, 12; cxlvi, 17, P. L., t. xxxvii, col. 1326, 1910-· 1911; Grégoire le Grand, Regula pastoralis, m. 30, P. L.. t. lxvii. col. 109; Cassiodore, Exp. in Ps. XL, P. L . t. lxx, col. 426: Pierre Comestor. Hist, schol., liber Deuteronomii, c. v, P. L., t. CXCvm, col. 1251 ; Piers Plowman, B. vu. 73. De cet ensemble de témoignages il résulte que la Didaché a été surtout répandue pen­ dant les premiers siècles de l’Êglise, qu’elle était con­ nue en Syrie, en Asie Mineure, mais surtout à Alexandrie. Elle se répandit jusqu’en Occident et parait y avoir subsisté assez longtemps, tandis qu’en Orient elle dis­ 16S2 paraît, remplacée par d’autres manuels, qui en sont un remaniement, adapté aux siècles qui les a vus naître. Il résulte aussi que la Doctrine des douze apôtres. <:u ■:.· connue les premiers siècles, est bien celle qu’a publiée Mo» Bryennios. III. Intégrité. — « A part quelques passages du premier chapitre, dit Harnack, Die Apostellehre, p. 7, qui peu­ vent trahir une addition postérieure, nous devons affir­ mer l’intégrité de la Didaché. En fait, du II» chapitre â la fin. on ne peut rien citer qui ne cadre avec l’ensemble du travail; rien non plus ne paraît s’étre perdu. Trois pas­ sages seulement offrent de véritables difficultés d’inter­ prétation (i, 6; xi, 2; xvi, 5). » Quant aux versets du chapitre i, 3 à n, 2, ils ont en leur faveur la Didaché de Bryennios, les Constitutions apostoliques, Hermas, Clé­ ment d'Alexandrie, saint Jean Climaque et contre eux l’Epilre de Barnabé, les Canons ecclésiastiques, les frag­ ments de version latine, le Syntagma doeirinæ, qui omettent ces versets. Au point de vue interne, ces versets interrompent le cours logique des sentences et expriment des préceptes, qui trouveront ailleurs leur place natu­ relle. Qu’il suffise cependant d’observer que la Didaché, étant une collection de préceptes détachés, on ne doit pas s’attendre à voir ceux-ci rangés dans un ordre très rigou­ reux. Il reste donc probable que ces versets ont été dans notre document, dés qu’il a été constitué en dehors de la tradition orale. IV. Caractéristiques de la Didaché. — Pour donnera ce document toute sa valeur dogmatique.il faut en déter­ miner la date de composition, afin de le replacer dans son milieu historique. C’est par l’étude de la langue et des sources de l'écrit, qu’on arrivera à ce résultat. — 1. Langue de la Didaché. Le vocabulaire et le style sont, à très peu de différences près, ceux du Nouveau Testa­ ment. Il y a en tout 2190 mots, dont 552 seulement sont différents, 504 se retrouvent dans le Nouveau Testament. 479 dans les Septante, et 497 dans le grec classique. Un seul mot, προσεξομρλογεω, confesser, χιν, 1, est particu­ lier à la Didaché. La langue est le grec hébraïsant; les mots sont grecs, mais le style et la pensée sont hébraïques. Les phrases sont courtes, sentencieuses, unies par une simple copule et sans développements incidents.· Les hébraïsmes y sont nombreux et le parallélisme des sen­ tences est assez souvent observé. — 2. Sources de la Didaché. Elle reproduit plus ou moins textuellement 10 pas­ sages de l’Exode, 8 du Lévitique, 3 des Nombres, 15 du Deutéronome, 3 de Néhémie, 4 de Tobie, 8 des Psaumes, 16 des Proverbes, 7 de la Sagesse. il de l'Ecclésiastique, 4 d'Isaïe, et 9 des autres prophètes. 11 aurait été fait au Nouveau Testament plus de deux cents emprunts, plus ou moins littéraux. Nous préciserons plus loin le nombre et l’exactitude de ces emprunts. On relèvera aussi dans la Didaché quelques passages qui rappellent d’ass· z pr· des sentences rabbiniques. En résumé, les sources de la Didaché sont juives et chrétiennes. En ·!■ ns-noii® conclure qu elle est un document juif,auquel on a .··■ utdes préceptes chrétiens? C’est l’opinion d- Harnack. Realencyclopâdie fur protest. Théologie, t. i. p. 721. Les Juifs avaient, dit-il. au l»» siècle, ou peut-être avant, une instruction pour les prosélytes sous ce titre : Les deux voies : elle renfermait les passages i, 1, 3; n, 2-v, 2, et peut-être le chapitre vi de la Didaché. Les chrétiens se servirent de celte instruction comme ma­ nuel préparatoire au baptême. Un chrétien inconnu y ajouta le fragment i, 3-ΙΙ, 1, et quelques autres courts passages, de façon à modifier entièrement l’esprit de cet écrit. Par l’adjonction des chapitres vn-xvi, le document devint spécifiquement chrétien. Il est possible qu’il ait existé au i»» siècle de l'ère chrétienne un recueil de sen­ tences, prescrivant ce que l’homme devait faire et ce qu’il devait éviter et qu’il ait été établi d’abord par des Juifs; mais la Didaché, en utilisant ce recueil peut-être encore oral, l’a profondément modifié en le Christian:- 1683 APÔTRES (LA DOCTRINE DES DOUZE) sant et en corrigeant tout ce qui était spécifiquement juif. V. Auteur, date et lieu de composition de la Didaciié. — Le nom de l'auteur est inconnu; c’était cer­ tainement un chrétien, converti du judaïsme; tout le prouve sa connaissance de l’Ancien Testament et des procédés de raisonnement des rabbins, ses fréquentes allusions aux usages juifs, son abstention de toute polé­ mique contre les Juifs. En outre, c'était un compagnon des apôtres, un de leurs auditeurs ; il vivait dans l’en­ tourage ou même l'intimité de saint Jacques le Mineur; car, soit par le choix des matériaux, soit par l’esprit qui l’anime, son travail rappelle en plus d’un endroit IÉpitre de cet apôtre. Pour lui, le christianisme est une doctrine surtout morale, toute de charité et de fraternité. 11 a dû exercer des fonctions sacrées, car il connaît bien les formules liturgiques et les réglements de discipline. Enfin, l’esprit de conciliation, la prudence et la sérénité qui régnent dans l'œuvre entière font penser à un vieil­ lard, ou tout au moins à un homme instruit par une longue expérience. L’époque de composition ne peut ètre fixée qu'approximativement. A s'en rapporter à la majorité des critiques, la Didaché aurait été écrite entre 80 et 120 après Jésus-Christ. Cependant, si l’on tient compte des enseignements, qui y sont contenus, par exemple sur les derniers jours, sur les observances lé­ gales et surtout de l’organisation du ministère sacré, qui tient le milieu entre celui du Nouveau Testament et celui des écrits post-apostoliques, il semble qu’on peut placer la composition de la Didaché vers 70-80. — Sa pa­ trie d’origine serait probablement la Palestine et peutêtre Jérusalem. D'autres pays ont été indiqués, surtout la Syrie et Antioche, l’Égypte, etc. VI. Analyse de la Didaché. — Les enseignements et les prescriptions sont arrangés d’après un plan très simple et très logique : 1» préceptes moraux, i-vi ; 2° ré­ glements liturgiques, vn-x; 3’ ordonnances discipli­ naires. xi-xv; 4" fins dernières, xvi. — 1 » La catéchèse mo­ rale. i-vi. est divisée en deux parties, l'une traitant de la voie de la vie. et l'autre de la voie de la mort, I, 1. L’au­ teur décrit d’abord la voie de la vie, i-ιν ; il émet les deux principes fondamentaux de cette voie, l’amour de Dieu et l'amour du prochain, dont il donne la règle générale : « Tout ce que tu ne voudrais pas que l'on te fit, ne le fais pas à autrui, » i, 2. De cette règle il donne deux développements : l'un fondé sur le principe positif, émis par Notre-Seigneur dans l’Évangile de saint Mat­ thieu, vu, 12 : Tout ce que vous voudriez que vous fissent les hommes, faites-le leur aussi, I, 3-6; et l'autre sur le précepte négatif qu’il vient d’énoncer, n-in, 7. Dans le premier développement, i, 3-6, les préceptes, mélangés aux conseils, règlent ce que l’on doit faire à l’égard du prochain, et en particulier à l’égard des ennemis; pres­ que tous positifs, ils rappellent de très près les préceptes et les conseils évangéliques. Un seul précepte, le der­ nier, paraîtra, à première vue, peu en harmonie avec le reste, 1, 6. Dans le second développement, ii-iii, 7, les préceptes sont négatifs. L’auteur défend d'abord en gé­ néral tout ce qui peut porter préjudice au prochain, n, 2-3; puis il revient sur ces défenses, d’abord en les dé­ taillant. en les précisant par des exemples, II, 3-7, puis en défendant les causes de ces péchés, in, 1-7. La forme, ici, on l a déjà remarqué, est toute particulière et offre plusieurs exemples de parallélisme hébraïque. Une première cause de péché est d'abord émise, puis on en relève encore deux, trois ou quatre. Des péchés envers le prochain et aussi envers soi-même, ni, 3-5, l'auteur passe aux devoirs envers soi-méme. m, 7-10, en­ vers nos supérieurs et nos frères, iv, 1-4, envers les pauvres, tv. 5-8, envers la famille, enfants etserviteurs, rv. 941, aux devoirs des serviteurs envers leurs maîtres, rv. 11, enfin il fait quelques exhortations générales, iv, 1544. Est exposée ensuite la voie de la mort par deux 1684 listes, l'une de péchés, v, 1, énumérés à peu près dans le même ordre qu'au chapitre il, et l'autre des pécheuis engagés dans la voie de la mort, v, 2, dont l'auteur nous souhaite d'être délivrés. Au chapitre vi. le catéchumène est engagé à ne pas se laisser détourner des enseigne­ ments qui viennent de lui être donnés, à porter le joug du Seigneur, autant du moins qu’il le pourra, et à s’abstenir des viandes immolées aux idoles. — 2° Après la catéchèse morale, l'auteur expose.les règles litur­ giques, vn-x; il décrit les cérémonies du baptême, vu, 2-3, et en donne la matière et la forme, ibid. ; il fixe les jours de jeûne, vin, 1, et ordonne de réciter trois fois par jour l’oraison dominicale, vm, 2-3. Il parle de l'eucharis­ tie, dont il donne les prières d’avant la communion, ix, pour la coupe, ix, 2, et pour la fraction du pain, ix, 3-4, et les prières d’après la communion, x, 1-6. — 3» Dans la troi­ sième partie, xi-xv, sont codifiées les ordonnances discipli­ naires sur le principe général d'après lequel on jugera ceux qui viennent enseigner, xi, 1-2, sur les apôtres et la con­ duite qu’ils doivent tenir, xi, 3-6, sur les règles pour éprou­ ver les prophètes, xi, 7-12, sur la manière d’exercer l’hos­ pitalité envers les frères, xn, 1-5, sur l’entretien des mi­ nistres sacrés, xm, 1-7, sur la célébration du dimanche, xiv, sur le choix des évêques et des diacres, xv, 1-2, sur la correction fraternelle, xv, 3. — 4» Enfin vient l’épi­ logue, qui donne leur raison d’être à tous ces enseigne­ ments, xvi ; l’auteur avertit· le fidèle de se tenir prêt pour le dernier jour, il décrit les événements précur­ seurs, le règne de l’Antéchrist, les signes de la vérité, et enfin la venue du Seigneur, xvi, 1-8. VIL Enseignements doctrinaux. — 1» Enseigne­ ments dogmatiques. — En voici un résumé. Dieu est un en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, vu, 2; créateur, i, 2, et tout-puissant, il gouverne tout, x, 3. Il est notre Père céleste, vm, 2, notre bienfaiteur, i, 5, qui nous donne les biens spirituels et les biens temporels, x, 3, qu’il faut craindre, iv, 9, et honorer, iv, 1. Il est saint, x, 1, l'ennemi du mal et de l’hypo­ crisie, iv, 12, le fondement de notre espérance, iv, 10, l’auteur de notre salut et l’objet de nos prières et de nos louanges, ix, x. Rien n’arrive dans le monde sans lui, m, 10, et à lui appartient la gloire éternelle par NotreSeigneur Jésus-Christ, vm, 2; ix, 4; x, 4. Jésus-Christ est notre Seigneur et notre Sauveur, x, 2, l’enfant de Dieu, ix, 2, le Dieu de David, x. 6. 11 est spirituellement présent dans son Église, et reviendra visiblement au jour du jugement, xvt, 1, 7, 8. C’est lui qui nous parle dans l'Evangile, vm, 2; xv, 4; c’est par lui que nous con­ naissons la vérité et la vie éternelle, la foi et l’immorta­ lité, ix, 3; x, 2. La divinité de Jésus-Christ est claire­ ment enseignée. Jésus-Christ est appelé Kupio;, le Sei­ gneur. Dans les prières eucharistiques, ix, x, la puis­ sance et la gloire dans tous les siècles sont d’abord l’apanage du Père; puis, vers la fin, elles sont l'attribut du Seigneur, c’est-à-dire de Jésus-Christ, dont on sou­ haite la venue, et que l’on salue comme le Dieu de David. Au chapitre xiv, 3, les paroles que Malachie attribue à Jéhovah sont mises dans la bouche du Seigneur qui, d’après le contexte, est Jésus-Christ. Jésus-Christ est nettement appelé Dieu dans l’acclamation qui termine l’action de grâces après la communion. « Que ta grâce arrive, et que ce monde passe ! Hosanna au Dieu de David! » x, 6. Le Saint-Esprit est Dieu avec le Père et le Fils, vu, 2. 3; il prépare l’homme à l'appel de Dieu, iv, 10, et parle par la bouche des prophètes. Le péché contre le Saint-Esprit ne sera pas pardonné, xi, 7. L’Église de Dieu est universelle et tout homme est ap­ pelé à en faire partie, x, 5; elle a été sanctifiée par Dieu, délivrée de tout mal, rendue parfaite dans l’amour divin et préparée pour le royaume éternel, ix, 4; x, 5. Le baptême et l'eucharistie ont été institués par JésusChrist, vu, ix, x, 3; tout catéchumène recevra le bap­ tême après avoir été instruit de la doctrine, vu, 1. et 1685 APÔTRES (LA DOCTRINE DES DOUZE) seul le chrétien peut participer â l’eucharistie, ix, 5, pour laquelle nous devons rendre grâce, ix, x. Le jour· du Seigneur sera sanctifié par le sacrifice eucharistique, xiv, 1. Chaque jour on dira la prière que Notre-Seigneur nous a enseignée dans l’Évangile, vin, 2, et l’on jeûnera le mercredi et le vendredi, vin, 1. Les ministres de Dieu seront honorés et reçus comme le Seigneur, xi, 1. 4; xn, 1; xm, 1, 2. A la lin des temps auront lieu la résurrection et le jugement général, xvi. L’homme est fait à l image de Dieu, v, 2, mais il est pécheur et il a besoin de pardon, vin, 2 pour l’obtenir il confessera ses péchés, iv, 14; xiv, 1, 2, Il doit aimer Dieu et son pro­ chain, I, 2, et pratiquer cet amour en s’abstenant de tout péché de pensée, de parole et d’action, i, 3; n, 1,4; m, iv, en pratiquant les commandements comme le lui enseigne l’Évangile, xi, 3, sans y rien ajouter ni en rien retrancher, iv, 13. Sur les fins dernières la Didaché est très explicite; elle retrace dans son ensemble le tableau des derniers jours du monde. Elle en donne d’abord les signes précurseurs. On ne sait à quelle heure le Seigneur viendra, xvi, 1; en ces jours les faux prophètes et les corrupteurs se multiplieront, l’amour se changera en haine, xvi, 3, 4; alors paraîtra, comme fils de Dieu, le séducteur du monde, qui fera des choses iniques, χνι,Ι. Les hommes subiront une épreuve; beaucoup périront, mais quelques-uns seront sauvés par l’anathème luimême, xvi, 5. Cetanathèmeest probablement Jésus-Christ, qui sera en ces jours un objet de contradiction et sur qui on a dit anathème. Gai., m, 13; I Cor., xn, 3. Ensuite apparaîtront les signes de la vérité : le signe de l’expan­ sion (probablement la croix), la voix de la trompette, la résurrection des morts, non pas de tous, mais des saints qui doivent accompagner le Seigneur, xvi, 6, 7. Alors le Seigneur viendra sur les nuées du ciel, xvi, 8. 2» Enseignements moraux. — Les six premiers cha­ pitres de la Didaché sont une catéchèse morale, où sont passés en revue nos devoirs envers Dieu, envers le pro­ chain et envers nous-mêmes. 11 n’y a rien de particulier à relever, sinon qu’aprés l’énumération des préceptes, il est dit : « Veille à ce que nul ne te détourne de ce chemin de la doctrine : car son enseignement serait en dehors de celui de Dieu. Car si tu peux porter le joug du Sei­ gneur tout entier, tu seras parfait ; si cela ne t’est pas possible, fais du moins ce que tu pourras, » vi, 1, 2. Cette conclusion a été expliquée de diverses manières; il est à croire que le joug du Seigneur est l'ensemble des préceptes et des conseils, qui ont été énumérés dans les chapitres précédents. Le chrétien est autorisé à faire seulement ce qui lui est possible, parce que tout n’est pas précepte rigoureux; il s’y trouve mêlés des conseils de perfection. 3’ Le culte et les sacrements. — La Didaché est un témoin précieux de la liturgie primitive, qui en est en­ core réduite à ses parties essentielles. La Didaché défend de jeûner le même jour que les hypocrites, c’est-à-dire les juifs, et ordonne de jeûner le quatrième jour (le mercredi) et le jour de la préparation (le vendredi). Trois fois par jour on récitera la prière prescrite par le Seigneur dans son Évangile. 11 est ordonné d’enseigner avant le baptême tout ce qui est contenu dans les six premiers chapitres. Celui qui administre le baptême et celui qui le reçoit devront jeûner ; le baptisé un jour ou deux auparavant. On baptisera au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans l'eau vive ou, à son défaut, dans une autre eau, froide ou chaude, vu, 1-3; si l’on n’a ni de l'une ni de l’autre en quantité suffisante on versera de l’eau sur la tète trois fois, vu,4. La Didaché affirme net­ tement que les péchés pourront être remis, xi, 7; l’àme est purifiée par la confession, iv, 14; xiv, 1. Il est parlé en détail de l'eucharistie dans les chapitres ix et x; on y trouve reproduites les prières de bénédiction qui doi­ vent être dites sur la coupe et sur le pain rompu; et les .■i ières d’actions de grâces après le repas eucharistique 1··'·ύ ces prières cependant ne sont pas des prières officipuisqu'il est permis aux prophètes de rendre gr.ic· s à leur gré, elles se rapportent certainement à l'eucharistie, sacrifice et sacrement, xvi, 1, 2, dont elles relatent les effets; c’est une nourriture spirituelle, x, 3, qui pro-i iit en nous la vie et la science par Jésus-Christ, x, 2. fait habiter le saint nom de Dieu dans nos cœurs. ibid., nous donne la foi et l’immortalité, qui sont révélées par Jésus-Christ, nous gratifie de la vie éternelle. Ibid. Pour participer à l'eucharistie, il faut être chrétien et saint, ix, 5; on se réunissait le dimanche pour la célébrer, XIV, 1, et c'est pour tenir ces assemblées que l’on devait élire des episcopoi et des diacres, xv, 1. 4° Le ministère chrétien, dans la Didaché, est à un état de transition; il est plus développé que dans le Nou­ veau Testament, moins que dans les écrits post-aposto­ liques. Il est difficile de préciser les fonctions des mi­ nistres; il est même probable que sous des noms diffé­ rents et avec certaines nuances ils remplissaient les mêmes fonctions. La prédication et la célébration de l’eucharistie, le jour du Seigneur, sont les deux princi­ pales. La première paraît avoir été réservée aux apôtres et aux prophètes, avec ces deux différences que l’apôtre n’était pas sédentaire, tandis que le prophète pouvait l’être et que la mission du prophète lui venait de ce qu’il était inspiré de Dieu, inspiration qui doit être prouvée par sa conduite. La seconde parait être celle des episcopoi, car après avoir dit qu’il fallait se réunir le dimanche pour rompre le pain et offrir un sacrifice, la Didaché ajoute : « Choisissez-vous donc des episcopoi et des diacres, » xv, 1 ; ce ne peut être que pour l’office, dont il vient d’être parlé, que ces ministres doivent être élus. Leur rôle cependant était plus étendu, puisqu'ils remplissent pour les fidèles le ministère des prophètes et des docteurs, xv, 1. Mais le ministère de ceux-ci était-il restreint à la prédication ? C’est peu probable, car les prophètes sont les grands-prêtres des chrétiens ; ils ont le droit de rendre grâces à leur gré après la célébration de l’eucharistie, seuls ils peuvent former des assemblées pour un mystère terrestre. Malgré ces prérogatives des prophètes, qui toutes dérivent du fait qu’ils sont inspirés de Dieu, nous croyons que le prophète était en dehors de la hiérarchie ecclésiastique, qui tendait à se fixer. La base en était les episcopoi et les diacres, auxquels s’ad­ joignaient dans cerlaines communautés, principalement pour la prédication et l’enseignement, l'apôtre, le pro­ phète et le docteur. Seuls les ■ episcopoi et les diacres sont dits l’objet d’un choix et d’une espèce de consécra­ tion qu’indique le terme χειροτονήσατε, employé en par­ lant d’eux. 5° Canondes Écritures. — La Didachéparledel'Évangile à diverses reprises, vm, 2; XI, 3; xv, 3. 4. Fait-elle seulement allusion à la tradition évangélique orale ou à un Évangile écrit? Peut-être aux deux. Chapitre i. 3-5. elle reproduit des passages communs â saint Matthieu et à saint Luc, mais y ajoute des sentences, spéciales s cha­ cun des deux, et ne suit exactement l’ordre ni de l’un ni de l’autre. Dans ces versets, elle a dû reproduire une catéchèse probablement orale ou une harmonie évan_ liqttê dans le genre du Diatessaron de Tatien. Il st certain cependant que la Didaché a connu un Évangile icrit. Les termes employés le prouvent nettement : « Ainsi que le Seigneur l’a prescrit dans son Évangile, vm, 2; comme vous l’avez dans l’Évangile, xv, 3, 4. » Cet Évangile était probablement celui de saint Matthieu. Deux citations, dont l’une assez longue, sont presque tex­ tuelles : Matth., vu, 6 = Did.,ix, 5, et Matth., vi, 5 et 9-13 = Did., vin, 2. On a relevé 60 ressemblances de texte entre saint Matthieu et la Didaché; plusieurs sont assez éloignées; quelques-unes sont évidentes. Matth.. xxn, 37 = D.id., I, 2; Matth., v, 26 = Did.,i, 5;Matth., v, 5 = Did., ni, 7; Matth., xvni, 19 = Did., χνιι, 1, etc. Voir E. Jacquier, La doctrine des douze apôtres, p. 43-45. 4G87 APÔTRES (LA DOCTRINE DES DOUZE) — APPARITIONS L’auteur de la Didaché ne parait pas avoir connu l'Êvan- I gile de saint Marc; il ne le cite jamais textuellement, et dans les passages parallèles, qui se retrouvent dans saint Marc, on voit clairement qu'il s'est servi de saint Matthieu. A-t-il connu l'Evangile de saint Luc? Il semble bien l'avoir cité, Luc., VI, 28-31, 35, à moins qu’il n’ait emprunté ces passages à la même source que saint Luc. 11 parait avoir connu les Actes des apôtres, témoin le rapport d'idées et de termes qui existe entre les Actes, iv, 32, et Did., rv, 8. De l'Evangile de saint Jean il n'existe aucune citation textuelle dans la Didaché; il y a cepen­ dant des ressemblances très frappantes entre les discours de la cène dans saint Jean, xiv-xvii. et les prières eucharistiques dans la Didaché, x. Ces ressemblances s’expliquent par ce fait que la Didaché reproduit les prières eucharistiques, composées d'après la prière sacerdotale de Notre-Seigneur, redite par saint Jean. On a compté 75 références aux Épîtres de saint Paul; aucune n’est textuelle et la plupart sont très vagues. La première Épitre de saint Pierre, il,11,est citée textuellement. Did., 1, 4. Nous avons vu plus haut l’usage qui a été fait des livres de l'Ancien Testament. VIII. Conclusion. — En résumé la Doctrine des douze apôtres, manuel élémentaire de religion, écrit dans la deuxième moitié du premier siècle, se place au point de vue tant dogmatique que liturgique entre le Nouveau Testament et les écrits post-apostoliques. Elle a été com­ pilée par un juif converti et présente des traces nom­ breuses de judaïsme et de dialectique rabbinique. Elle montre comment s’est effectué le passage du judaïsme au christianisme, signale ce qui a été conservé des céré­ monies juives et comment s’est opérée la transformation qui leur a infusé une vie nouvelle. Enfin, elle permet de comprendre quel était l'état moral et social des pre­ mières communautés chrétiennes; c'est donc pour les théologiens, les historiens de l’Église et les lilurgisles un document très précieux. Nous citerons seulement les ouvrages les plus importants; on trouvera une liste plus complète dans E. Jacquier, La doctrine des douze apôtres, p. 261. — Bryennios Philotheos, Δ'.δαχή τών I δώδεκα αποστόλων, Constantinople, 1883 (édition princeps); Funk, Doctrina duodecim apostolorum, in-8·, Tubingue, 1887; Harnack, Die Lehre der zwôlf Apostel, in-8·, Leipzig, 1884 ; Die Apostellehre und die jüdischen beiden Wege, in-12,1896; Harris, The teaching of the twelve apostles, in-4·, Baltimore, I Londres, 188"; Ad. Hiigenfeld, Novum Testamentum extra ! canonem receptum, fasc. 4·. 2' éd.. in-8·, Leipzig, 1884; Hitcbkock et Brown, Teaching of the twelve apostles, 2· édit., in-8·, ■ New-York, 1886; E. Jacquier, La doctrine des douze apôtres ! et ses enseignements, in-8·, Paris-Lyon, 1891 ; Majocchi, La I dottrina dei dodici apostoli, Modène, in-12, 1886; Minasi, La dottrina del Signore, delta la dottrina dei dodici apostoli, in-8·, Rome, 1891 ; von Benesse, Die Lehre der zwûlf Apostel, in-8·, Giessen, 1897; Sabatier, La Didaché ou l’enseignement des douze apôtres, in-8-, Paris, 1885; Schaff, The leaching of the twelve apostles or the oldest Church manual, in-8·, 3· édit., New-York, 1889; Taylor, The teaching of the twelve apostles, with illustrations from the Talmud, in-8°, Cambridge, 1886; XVohlenberg, Die Lehre der zwülf Apostel in ihrem Verhaltniss zum neutestamentlichen Schrtfttum, in-8·, Erlan­ gen. 1888; J. Scblecht, Die Lehre der zwolf Apostel in der Liturgie der katholischen Kirche, Fribourg-en-Brisgau, 1900. E. Jacquier. APPARITIONS. — I.Notion. IL Espèces. III. Possi­ bilité. IV. Convenance. V. Formes corporelles. 1. Notion. — Ce nom, dans le langage théologique. dé­ signe toute manifestation sensible d’une personne ou d'un être dont la présence, dans les circonstances où elle se produit, ne saurait s’expliquer par le cours ordinaire et naturel des choses. En toute rigueur du terme et d'après l'étymologie, une apparition s'adresse aux yeux de celui qui en est témoin. Toutefois, d'après l’emploi commun du mot. il n'est pas indispensable que ce qui apparaît soit proprement rendu visible : il suffit que. échappant aux sens ou en vertu de sa nature, comme Dieu et les I 1G88 esprits créés, ou par les conditions concrètes dans les­ quelles il se trouve, comme un homme qu'une distance considérable sépare actuellement de nous, il se révéle pourtant de manière â être perçu par un sens extérieur. On distingue généralement V apparition de la vision, qui n'implique pas nécessairement l’existence réelle de l'objet perçu, tandis que l'apparition la suppose. Elle dif­ fère donc de la vision purement spirituelle, telle que la vision intuitive de Dieu par les bienheureux, et de la vision simplement imaginaire, qui peu! avoir lieu en songe et dans l’état d'extase ou de ravissement. C'est une vision qui est manifeste aux sens extérieurs. Elle est dite apparition par rapport à l’objet qui apparaît au sens, et vision par rapport à ceux qui perçoivent l'objet apparaissant. II. Espèces. —Les apparitions ne peuvent point, si l'on considère le degré de certitude des faits et la nécessité d'assentiment qui en résulte pour le croyant, être pla­ cées toutes sur le même rang : il en est qui sont consi­ gnées dans l'Écrilure et attestées par la parole divine; d’autres ne nous sont connues que par des documents profanes ou des témoignages historiques plus ou moins authentiques et plus ou moins dignes de foi. I. APPARiriONS BIBLIQUES. — La Bible atteste des ap­ paritions de différentes sortes. 1. De Dieu. — Dès les premiers temps de l'humanité, Dieu lui-mème se révéle sensiblement à l'homme : il con­ verse avec Adam et Ève, Gen.,n, 16; IH, 8-24, pour leur défendre de toucher au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, puis pour leur annoncer les suites de leur désobéissance; il intime à Caïn, Gen., rv, 9-15, la sentence de condamnation qu’il a encourue en punition du meurtre d'Abel ; il donne ses instructions à Noé, Gen., vi. 12-21; vin, 15-22; ix, 1-17. avant et après le déluge. Abraham est le premier dont il soit dit expressément que Dieu s’esl montré à lui : il voit le Seigneur d'abord en Mésopotamie, Gen., xn, 1-3; ensuite à Sichem,Gen.,xn, 7 ; puis, lorsqu'il avail déjà atteint l’àgedequatre-vingt-dixneuf ans. Gen.. xvn, 1-22. Sous le chêne de Membre, il reçoit la visite de trois étrangers, dont l’un est appelé Adonaï el Jéhovah. Gen., xvm. 1-33. Dans d'autres faits analogues, le caractère strict de l'apparition est moins évident, notamment dans la vision d'Abraham, Gen., xv, 1-19, et dans le songe de Jacob. Gen., xxvm. 11-16. Dans la suite des temps, le Seigneur apparaît encore à Isaac, Gen., xxvi, 2-23, à Jacob, Gen., xxxn. 24-30, à Moïse, dans le buisson ardent, Exod., m, 2, et sur le Sinaï, Exod., xtx, 3, enfin à un grand nombre de prophétes. — Dieu s'est aussi montré aux hommes sous une forme symbolique, celle d'une flamme. Gen., xv. 17; Exod., n, 3; d'une colonne de nuée, Exod., xm, 21 ; xix, 9;xxxiv, 5; Ill Reg., vm, 10; II Par.,v,13; d'un souffle léger, III Reg., xix, 12. Le Saint-Esprit est descendu en forme de colombe sur Jésus baptisé au Jourdain, Luc., n, 22, et en langues de feu sur les apôtres à la Pente­ côte. Act., n, 3. 2. Des anges. — La Bible nous parle aussi d'appari­ tions d'anges. Ainsi, un ange vient consoler Agar dans le désert, Gen., xvi, 9-13; des anges, envoyés pour dé­ truire Sodome, reçoivent l'hospitalité dans la tente d'Abraham, Gen., xvm, 2-16; l’ange Raphaël devient le compagnon de voyage du jeune Tobie, Tob., v, 5-xn, 22; un ange apparaît à Balaam, Num., xxn. 22; à Josué, Jos., v, 13; à Gédéon, Jud., vi, 11 ; à Manué et à son épouse, Jud., xm, 3-6: à David sur Faire d'Oman le Jébuséen, à celui-ci et à ses fils, II Reg., xxiv, 16, 17; I Par., xxi, 15-21 ;au prophète Élie. III Reg.. xix, 5-7; IV Reg.. 1,3; aux trois jeunes Israélites dans la fournaise ardente, Dan., m, 49, 92; à Habacuc, Dan., xiv, 33, etc. Dans le Nouveau Testament, le rôle souvent visible des anges est signalé en bien des endroits. Rappelons seulement les ap­ paritions de Gabriel à Zacharie. Luc., i, 8-22, et à Marie. Luc., I, 26-38. Des anges annoncèrent aux bergers de 1689 APPARITIONS Bethléhem la naissance de Jésus. Luc., il, 8-15. Des anges servaient Jésus après sa tentation. Matth., iv, II. Un ange annonça aux saintes femmes la résurrection du Sauveur. Matth., xvin, 2-5. Un ange délivra saint Pierre de la prison. Act., v, 19; xn, 7-15; un ange appa­ rut au centurion Corneille. Act., x, 3, etc. Les livres de l'Ancien Testament ne mentionnent que des appari­ tions de bons anges; c’est en saint Matthieu, iv, 1-11, à propos de la tentation de Notre-Seigneur, qu'il est pour la première fois question d’apparitions de l'ange déchu. 3. Des morts. — Peu nombreuses sont les apparitions de morts mentionnées dans les pages inspirées. Nous lisons toutefois. I Reg., xxvm, 8-21. que Samuel se pré­ senta â la pylhonisse d’Endor, qui l’avait évoqué par ordre de Saül. Tous les Pères cependant n’ont pas ad­ mis la réalité de cette apparition. Vigoureux. Manuel biblique, 10» édit., Paris, 1899, t. Il, p. 109. De même, Judas Machabée vit, mais en songe, Il Mach., xv, 11-16, le grand-prêtre Oniaset Jérémie, qui s'entretinrent avec lui. Moïse apparut sur le Thabor. Matth., xvn, 3. Parmi les prodiges qui marquèrent le moment solennel où le Sauveur expira sur la croix, saint Matthieu, xxvn,52-53, rapporte que des morts sortirent de leurs tombeaux, en­ trèrent à Jérusalem et apparurent à plusieurs personnes. Jésus ressuscité apparut à Marie-Madeleine, Marc., xvi.9; aux saintes femmes, Matth., xxvm, 9; à deux disciples, sur le chemin d'Emmaüs, Luc., xxiv, 15; aux apôtres réunis, Marc., xvi, 14; Matth., xxvm, 16; à saint Paul, Act., ix, 3-7, etc. Jésus apparaitra encore à la lin du monde pour juger les vivants et les morts. — Toutes ces apparitions,attestées par la Bible,s’imposent évidemment à notre croyance, lorsque le sens du texte sacré est clair et indubitable. II. APPARITIONS EXTRA-BIBLIQUES. — En dehors des apparitions dont la réalité repose sur l’autorité même de Dieu, il en est d'autres dont l'authenticité n’est appuyée que sur des témoignages ordinaires et des docu­ ments profanes. L’Église admet l’existence de plusieurs apparitions de cette seconde catégorie. Souvent, dans les procès de canonisation, des récits d'apparitions sont examinés, discutés et appréciés selon la nature et la valeur des garanties qu’offre chaque cas particulier. Les relations de ce genre ne sont pas rares dans les leçons du bréviaire, et l’institution de plusieurs fêtes se rat­ tache à une apparition de Notre-Seigneur. de la sainte Vierge ou d'autres saints; telles les fêtes du Sacré-Cœur, de Notre-Dame-aux-Neiges, de l’apparition de la Vierge immaculée à Lourdes, de l’apparition de saint Michel archange au mont Gargan. Est-ce à dire que ces appa­ ritions sont imposées à notre croyance comme des articles de foi, de telle sorte qu'un catholique devien­ drait hérétique par le seul fait qu'il les rejetterait? Nul­ lement. D’abord, il ne peut être question d'articles de foi divine en dehors des limites de la révélation publique, conservée et transmise par le double organe de l’Écriture et de la tradition; et les faits dont il s’agit sont en dehors de ces limites. Ensuite, quoique des faits de ce genre puissent être compris dans le domaine de l'infail­ libilité ecclésiastique, lorsqu’ils se rattachent nécessai­ rement, par certains côtés, au dépôt de la révélation, 1 Église ne porte sur aucun d’eux un de ces jugements définitifs qui entraînent l’obligation d'un assentiment absolu. En les acceptant, elle indique seulement qu'on peut les regarder comme authentiques. Si donc il faut • viter à leur sujet des négations téméraires, superbes, plus ou moins systématiques, on conserve aussi le droit d'examiner chacun d'eux, selon les règles de la prudence et les principes de la critique historique. Nul catho­ lique intelligent n’a jamais pris les leçons du bréviaire, bien qu’adoptées, maintenues ou tolérées par l'Eglise romaine, comme une règle de foi, ni même comme des documents dont la certitude historique est démontrée. Dans les procès de béatification et de canonisation, 1690 les tribunaux ecclésiastiques discutent avec un soin mi­ nutieux et une critique sévère les apparitions qui - n’ soumises à leur jugement. On trouvera dans Benoit XIV. De servor. Dei beatif. et canon., m, 51, 52. Ο.ιχο-α omnia, Venise, 1767, t. ni, p. 265-272, les règles suivies pour discerner les véritables apparitions dos fausses. Il y a toujours en ces matières à se défier des erreurs d'une imagination exaltée. Voir Hallucination. L'extrême rigueur avec laquelle est menée' la procédure des tri­ bunaux ecclésiastiques est à elle seule, indépendamment même de l’assistance du Saint-Esprit, une assurance de la vérité des apparitions dont la réalité est reconnue par l'Église. Néanmoins, cette réalité n'est pas imposée à la foi des fidèles. III. Possibilité. — Les apparitions de Dieu, des anges, des saints ou des morts, quand elles se pro­ duisent dans les circonstances exigées par la définition, dépassent le cours ordinaire des choses et sont de vrais miracles. Nier leur possibilité serait nier la possibilité du miracle, qui sera prouvée plus loin. Voir Miracle. Bornons-nous ici à quelques remarques. 1° Dans les apparitions divines, ce n'était pas évidem­ ment l'être divin lui-même, sa substance spirituelle, qui entrait directement en rapport avec les sens de l’homme; son absolue spiritualité s'y opposait. Dieu recourait â un instrument, à un intermédiaire matériel, forme humaine ou autre, pour se mettre à la portée îles facultés organiques de ceux à qui il apparaissait. C'est en cet intermédiaire, dont il se faisait le moteur, et par son moyen, qu'il se rendait perceptible aux yeux mor­ tels. Dieu, créateur et maître absolu de la matière, a la puissance nécessaire pour adapter une forme corporelle et sensible et l’employerâ cette fin. A l'article Théopha­ nie, on déterminera quelle personne divine mouvait, par elle-même ou par l’intermédiaire d'un ange, la forme corporelle qui apparaissait. 2» La manifestation sensible des esprits angéliques sous une forme corporelle n’est pas plus difficile à con­ cevoir et â réaliser que celle de Dieu lui-même. Par la volonté divine, ces substances purement spirituelles peu­ vent, pour un temps, prendre et mouvoir un corps humain. 3° Pour ce qui est des apparitions des morts, leur pos­ sibilité se conçoit d’autant plus facilement qu’il est na­ turel à une âme d’habiter et d’animer un corps humain. Que Dieu, d’ailleurs, puisse avoir de bonnes raisons de vouloir exceptionnellement, rarement, ces retours mo­ mentanés des âmes qui avaient quitté la terre, c’est ce que personne ne contestera avec quelque vraisemblance ; n est-il pas manifeste qu'un événement de ce genre est de nature, selon les circonstances, à humilier et à punir davantage l’âme qui réapparaîtrait ainsi, ou à éclairer les vivants, à les émouvoir plus fortement, pour les por­ ter au bien ou les retirer du mal? J’ai dit : ercenti nnellement, rarement, parce que, en se multipliant, ces faits dérangeraient l’ordre établi, porteraient nécessai­ rement l'agitation et la frayeur parmi les hommes, conséquence qu’un Dieu infiniment bon et infiniment sage ne saurait permettre. Cette réserve doit suffire à ras­ surer tous ceux que troublerait la pensée de pareille éventualité. IV. Convenance. — Les apparitions d'ailleurs ne sont pas inutiles. Dans les desseins de Dieu qui les opère, elles ont un but digne de sa sagesse et de sa puissance. Le but que Dieu s’est proposé dans les apparitions bibli­ ques n'est pas douteux. Comme tous les miracles rap­ portés dans la Bible, elles ont l’avantage de confirmer la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révé­ lation chrétienne, et de les présenter comme inunies d'un sceau divin. Voir col. 1368. Les apparitions extra­ bibliques produisent souvent un effet analogue. En tout cas, elles se justifient suffisamment par cette consi­ dération, que Dieu est le maître absolu et le juge par­ 1691 APPARITIONS — APPÉTIT faitement libre des voies diverses par lesquelles il peut conduire les âmes à la vérité et les attirer à lui. C’est un fait d’expérience que non seulement de rares indi­ vidualités, mais des foules innombrables, peu sensibles aux prédications, aux exhortations et à tous les moyens ordinaires de l’action religieuse, sont profondément re­ muées par des manifestations célestes. Les unes, sous le coup d'un événement de cette sorte, abandonnent une vie d’indifférence, d'impiété ou de désordres; d’autres, qui se portaient péniblement et sans ardeur à l’accomplissement de leurs obligations les plus strictes, ou-qui vivaient dans la tiédeur, se trouvent, par une cause semblable, subitement transformées et capables des efforts les plus méritoires, des vertus les plus héroïques. Tel. jadis, un saint Paul; telle, plus récemment, une sainte Térése; telles des légions de saints et de saintes. Loin donc que les apparitions soient inutiles ou indignes de Dieu, elles ont de grands avantages et elles témoignent de la bonté du créateur; elles montrent à l’œuvre cette ineffable providence qui dispose tout avec autant de sua­ vité que de force; elles sont pour l’homme un des moyens de connaître sûrement la religion révélée, c’està-dire la seule voie par laquelle il pourra parvenir au salut éternel, ou un stimulant, un facteur de cette per­ fection morale, la plus haute à laquelle il lui soit donné de prétendre, parce que, dès cette vie, elle le rapproche de la perfection divine et devient pour lui un titre à une somme plus considérable de gloire et de félicité dans la vie future. V. Formes corporelles. — 1. Diversité. — C’est le plus souvent revêtus de la forme humaine que Dieu et les anges ont apparu, et cette manière semble cadrer· parfaitement à leur but, qui est d’entrer en relation avec les hommes, de leur parler, de les ins­ truire. Parfois, cependant, ils se sont montrés sous des enveloppes diverses, surtout en empruntant les dehors de choses qui prennent facilement une signification sym­ bolique. Le Saint-Esprit a apparu sous la forme d'une colombe, au baptême de Notre-Seigneur, et sous celle de langues de feu, au jour de la Pentecôte. Aucune de ces diversités dans les manifestations extérieures de purs esprits, aucun de ces rapprochements entre Dieu et.une créature visible, n’a rien qui répugne à la raison; il n’y a même en tout cela rien qui puisse nous étonner beau­ coup, quand on pense que, dans l’incarnation, la seconde personne de la sainte Trinité a contracté avec la nature humaine une union hypostatique. Est-il besoin d'ajouter que, dans les apparitions, nulle raison ne nous contraint à admettre ou n’indique une union aussi intime? S. Thomas, Sum. theol., I*, q. xliii, a. 7; III·, q. xxxix, a. 6-8; Gonet, Clypeus theologiæ thomisticæ, tr. VI, disp. X, digressio v, 3' édit., Paris, 1669, t. n, p. 270-276. 2. Réalité, — Sur la nature intime des corps, humains ou autres, que prennent les esprits qui apparaissent, il est impossible d’arriver à une certitude absolue et même de formuler un jugement conjectural qui embrasse tous les cas. Saint Thomas, Sum. theol., I*, q. Ll, a.2, admet la réalité objective des corps sous lesquels les anges se sont montrés aux hommes. 11 remarque justement que des impressions imaginaires n’auraient pu affecter de la même façon et en même temps un grand nombre de spectateurs. Il faut toutefois, ajoute-t-il, ibid., ad 2“” et a. 3, se garder de croire à une union hypostatique ou à une union proprement vitale de ces esprits célestes avec des enveloppes charnelles. Cf. Gonet, Clypeus theol. thomist., tr. VII, disp. Ill, t. n, p. 329-331. Parlant des apparitions du Christ après sa résurrection et après son ascension,Sum. theol., 111«, q. uv,a. 1 ; q.Lvn,a.6, ad 3””, U reconnaît à la fois la réalité du corps apparaissant et son identité avec le corps né de la Vierge Marie et élevé à la droite du Père. Sans cette identité, dit-il, il n’y aurait pas eu résurrection au sens propre et rigoureux du mot, 1692 et sans celte réalité, que vaudrait la preuve de la résur1 rection ainsi résumée par saint Paul, I Cor., xv, 8 : « Enfin, après tous les autres, il s’est montré aussi à I moi, comme à l'avorton »? Des théologiens pensent qu'il en a été de même dans les apparitions de la sainte Vierge. La mère de Dieu, ayant repris son corps naturel au jour de sa glorieuse assomption, se montre aux hommes dans la réalité de son corps ressuscité. Puisque le prophète Élie n’est pas mort, c’est aussi dans son propre corps qu'il a pu apparaître sur le Thabôr. Matth., xvn, 3. Quant aux apparitions des morts, le docteur angélique, Sum. theol., 1». q. lxxxix, a. 8, ad lum; Ha II», q. xcv, a. 4,ad l““; q. clxxiv, a. 5, ad 4um, propose diverses explications de l'apparition de l’àme de Samuel à Saül; il ne lui paraît pas impossible que, Dieu le vou­ lant, cette àme ait réellement apparu au roi qui la fai­ sait évoquer. Ailleurs, Sum. theol., Suppl., q. lxix, a. 3, il se demande si les âmes des défunts peuvent sortir du paradis*ou de l’enfer. Si elles ne peuvent en sortir naturellement, même pour un temps, elles le peuvent en vertu d’une disposition spéciale de la providence, les saints, toutes les fois qu’ils le veulent, les damnés, quelquefois seulement et avec la permission de Dieu. Toutefois, ajoute-t-il, ibid., ad 3“m, elles ne seront pas toujours réellement présentes au lieu où elles apparais­ sent, car ces apparitions ont lieu souvent en songe ou à l’état de veille, par l'opération des bons ou des mauvais anges, aussi bien que celles des hommes vivants à J d’autres vivants. Benoît XIV, De servorum Dei beatifical, et canonizatione.l. III, I c. L, Opera, 3· édit., Venise, 1767, t. hl p. 259-265; Schram, Théologie mystique, trad, franç., 2· édit., Paris, 1879, t.-tr, p. 247-265; Bergier, Dictionnaire de théologie, Toulouse, 1819, 1.I, p. 220-227 ; Kirchenlexikon, 2' édit., t. VI, Fribourg-enBrisgau, 1886, col. 841-852; Jaugey. Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Paris, 1871). col. 252-255; dom Maréchaux, La réalité des apparitions angéliques, Paris, 1901. J. Forget. APPEL. Voir Pape et Concile. APPELANTS. Voir Jansénisme. APPÉTIT la suivant doctrine de eaint Thomas Nous traiterons ce sujet en cinq points en développant de préférence les aspects et applications théologiques dont il est l’occasion. — I. Définitions. IL Appétit sensitif et appétit volontaire. III. Appétit iras­ cible et concupiscible. IV. Appétit naturel et élicite. V. Applications aux rapports de la nature et de la grâce. I. Définitions. — i. notion. — Le mot appétit, δρεξίζ, Ethic., !.. VI, c. Il, désigne dans la langue scolastique l’inclination propre aux êtres qui n’ont pas ce qu’ils peuvent ou doivent avoir. Appetitus nihil est aliud quam inclinatio appetentis inaliquid. S. Thomas, Sum. theol., I» Ilæ, q. VIII, a. 1. Appetitus autem omnis est propter indigentiam quia est non habiti. S. Thomas, l.Phys., lect. xv. La tendance appétitive se rencontre tantôt à l’état potentiel, tantôt à l’état actuel. Appetitus est nomen potentia: et nomen actus. S. Thomas, 1 V Sent., 1. Ill, dist. XXIV, q. il, a. 1, sol 1, ad 5“’". On peut réserver à ce deuxième état le nom d’appétition. — A l’état potentiel on distingue : 1» l’appétit naturel conséquent à toute nature et qui en est la propriété transcendantale : appe­ titus naturalis est inclinatio cujuslibel rei ex natura sua; unde naturali appetitu quaelibet potentia deside­ rat sibi conveniens. S. Thomas, Sum. theol., 1«, q. lxxviii, a. 1, ad 3""’. Tel est l’appétit, de la matière pre­ mière pour la forme, de la volonté pour le bien, de l’intelligence pour le vrai, etc. Cette sorte d’appétit ne forme pas une puissance spéciale des êtres : elle ne se confond pas cependant avec l’ordination essentielle à la nature : est aliud natura ipsa quam inclinatio natura’. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. lx, a. 1. Elle en est l’apd’Aquin. 4693 APPÉTIT petit, l’amour, capablede se proportionner au degré detre : Nam relut amores coiporum momenta sunt ponderum, sive deorsum gravitate, sive sursum levitate nitantur. Ita enim corpus pondere sicut animus amore fertur quocumque fertur. S. Auguslin, De civ. Dei., 1. XI. c. xxvni, P. L., t. xi.i, coi. 312. Cet appétit échappe à l'empire de la raison humaine. S. Thomas, Sum. theol., I1 II», q. xvii, a. 8. — 2’ L’appétit animal ou appétit des vivants comme tels, appetitus animalis. Le mot français équivalent serait sans doute le mot vital. Nous disons comme tels parce que. dans les vivants, se rencontre l’appétit naturel, l’appétit des puissances végétatives par exemple ou l’appétit des sens et des puissances intel­ lectuelles mêmes pour leur objet. L'appétit animal pro­ prement dit ne se rencontre que dans les êtres vivants doués de connaissance. Grâce à lui l'être vivant désire les choses étrangères à lui, qu’il saisit par la connaissance soit sensible soit intellectuelle, et non seulement les objets auxquels il est destiné de par sa forme naturelle. S. Thomas, Sum. theol., I“, q. lxxx, a. 1. Son objet n'est pas restreint, comme celui de l'appétit naturel, aux convenances d’une puissance particulière, mais s’étend a ce qui convient à l’animal tout entier : quo appetitur aliquid non ea ratione qua est conveniens ad actum hujus vel illius potenliæ; ulpote in visu ad videndum et auditu ad audiendum ; sed quia est conveniens simpliciter animali. Ibid., ad 3“m. Cette sorte d’appétit forme une puissance spéciale, ibid., in corp., parce qu’il regarde un bien déterminé auquel la nature qui lui sert de principe n'est pas destinée par sa propre constitution mais grâce à l’intermédiaire de la connais­ sance, S. Thomas, IV Sent., 1. Ill.dist. XXVII, q. i, a. 2, sol., et donc par une action propre et autonome dont l'ani­ mal total a l'initiative. Ibid. ; Deverit., q. xxn, a. 3; Sum. theol., I* II», q. vî, a. 1. De là résulte cette consé­ quence que, tandis que l’appétit naturel est uniforme et nécessaire, dirigé par la connaissance supérieure d’un autre être, S. Thomas, Sum. theol., I», q. vî, a. 1, ad 2 l’appétit animal est diversifié, autonome (liberum, dit saint Thomas, en entendant ce mot dans le sens large), ne devant sa direction qu’à l’âme dont il est une puissance. S. Thomas, 71' Sent., ibid.; De verit., q. xtv, a. 3, in corp., ad 2“"> et ad 3“”. Toute activité émanant d’une puissance à laquelle elle se conforme en nature, les appétitions se distingueront à leur tour en appétitions naturelles et animales. it. applications tu éologiques. — Dans la théolo­ gie naturelle la définition de l’appétit naturel (en tant que s'opposant à l’appétit animal) sert à la solution de la question : Utrum omnia ipsum Deum appetant. S. Thomas, De verit., q. xxn, a. 2. Rapporté aux trois principes constitutifs de la nature humaine, à savoir l'être, l’animalité et la rationalité, l’appétit naturel se divise en trois tendances générales qui servent à déter­ miner les principes premiers de la loi naturelle. S.Tho­ mas, Sum. theol., 1“ II®, q. xctv, a. 4. — Dans la théologie de l'incarnation la notion de l'appétit sert à déterminer quelques-unes des défectuosités indispensables de la nature humaine que le Christ a voulu prendre sur lui pour que son incarnation fut totalement véritable. Sum. theol., III“, q. xiv, xv. — Dans la théologie de l’état des bienheureux,elle reçoit diverses limites.de la difiérenee de destination des corps naturels et des corps glorieux. S. Thomas. Sum. theol., Suppl., q. i.xxxi, a. 4; q. txxxii. — Noter pour la résurrection des corps le rôle de l’appétit naturel de l’âme pour son corps : quidam appetitus coipus administrandi. Sum. theol., 1“ II», q. iv. a. 5. II. Appétit sensitif et appétit volontaire, — i. doctrise philosophique. — 1° L'appétit animal se subdivise en .leux genres de puissances : l'appétit sensitif et l'ap­ pétit volontaire. La raison analytique et formelle de cette diversité est la présence à l'origine de l’appétition de itjÿi I deux genres de connaissance : la connaissance sensit le et la connaissance intellectuelle. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. lxxx, a. 2. Sa raison synthétique et finaliste I est la hiérarchie des êtres et des appétitions correspon­ dantes. De verit., q. xxn, a. 4. 2» L’appétit sensitif diffère de l'appétit volontaire au I triple point de vue de la connaissance dont il procède, de l’autonomie qui lui est intrinsèque et de la mat i iaI lité de son sujet. — La connaissance qui provoque l’api pétit sensitifest la connaissance sensible, principalement l'imagination et l’instinct. Cette connaissance est impar­ faite en ce qu'elle représente simplement le bien qui est l'objet de l’appétit, sans réflexion sur sa qualité de fin de l’activité et sur le rapport de l'appétit à cette fin S. Thomas, Sum. theol., I* II®, q. vî, a. 2. La connais sance intellectuelle et parfaite parce qu elle connaît celle relation. Ibid.,et IVSent.,l. Ill, dist. XXVII,q. i,a. 2,sol. — De cette première difiérenee résultela seconde.Aussitôt qu’il connaît un bien sensible de l’animal, l’appétit sensi til entre en mouvement sans délibération. Il n'a donc de volontaire que dans un sens large, en tant que son acte procède non d’une impulsion extérieure comme l’appé­ tit naturel, mais d'une forme interne vivante qui est la propriété de l'animal. La conséquence de celte restric­ tion est que l’animal doit trouver tout préparé ce qui lui est nécessaire : et c'est précisément à cause de cela qu’il n’a qu’une ombre de liberté. IV Sent., loc. cit., §Sed inclinatio appetitus sensitivi parlim, et De verit., q. xxn, a. 4; q. xxiv, a. 2; q. xxv. (Pour la confirma­ tion expérimentale de ces vues, voir Fabre, Souvenirs enlomologiques, 6 séries, Paris, 1879-1900.) L’appétit sensitif juxtaposé dans l’homme à l'appétit volontaire a les mêmes caractères, un peu modifiés cependant par l'influence de la raison sur l’instinct humain, ap­ pelé pour ce motif raison particulière. La liberté est au contraire parfaite dans l’appétit intellectuel, puisque le principe de la liberté, la connaissance délibérée. Sum. theol., I“, q. lxxxiii, a. 1, est son point de dé­ part. L’homme se propose en toute vérité des fins et or­ donne, dispose à son gré les moyens d’y parvenir. Son appétit rationnel est formellement libre et proprement volontaire. Sum. theol,, I*, q. vi; IV Sent., loc. cit.; De verit., q. xxn et xxiv. — Ce pouvoir de l'appétit volontaire n'est possible que grâce à son immatérialité, qui, en l'éloignant de la nature des choses mobiles, lerapproche de la nature purement active des moteurs. La ma­ tière est en effet la cause propre du changement comme la forme est le principe propre de l’action. La nécessité de l'appétit sensitif, plutôt agi qu’agissant, selon saint Jean Damascene, vient de l’organe corporel, qui est la condition de son existence et de son activité. S.Thomas. De verit., q. xxn, a. 4, § Animal enim. Voir Volonté. 3° Dans l’homme, l'appétit sensitif obéit à l’app-tit vo­ lontaire. Mais cette sujétion n'est pas absolue ; le pou­ voir de la volonté sur l'appétit sensitif est assimilé non pas au pouvoir despotique qui régit des esclaves, mais au pouvoir politique qui régit des citoyens. La rai­ son de cette sorte de domination est la spontanéité de l’appétit sensitif qui, ayant son motif propre d'action, encore qu’il l'ait sans le raisonner, peut prévenir fac­ tion de la volonté ou même s'y soustraire, en raison des dispositions de son organe, lesquelles échappent à l'em­ pire de la volonté. S. Thomas, Sum, theol., I*,q. lxxxi, a. 2; Ia II®, q. xvn, a. 7; De verit., q. xxv, a. 4. — Les conséquences morales de cet empire de la volonté sur l'appétit sensitif sont nombreuses. L’appétit sensitif peut acquérir des habitudes rationnelles, S. Thomas, Sum. ! theol., Ia II®, q. L, a. 3; vertus ou vices, ibid., q. lvi. I a. 4; q. lxxiv, a. 3. A noter que l'appétit sensitif par ' lui-même ne peut pécher mortellement : il a cependant. I à cause de sa connexion habituelle avec la raison dans la raison particulière, l’initiative de certains péchés véniels. Le péché mortel de sensualité a donc pour 4695 APPÉTIT principe et sujet premier l’appétit rationnel. I» llæ, q. lxxiv, a. 1, 2, 3, 4. n. applications THÉOLOGIQUES. — Pour l'appétit ra­ tionnel, voir Volonté. Au domaine de la volonté sur l’appétit sensitif se rat­ tache en théologie morale la solution des questions de la délectation morose, du consentement à la délectation sensible, ibid., a. 6, 8, de l’inlluence des passions, ibid., q. lxxvh; en théologie dogmatique la question du fumes peccati suite du péché originel, ibid., q. i.xxxn, a. 3; q. lxxxhi, a.4, de l’état de nature intègre,. tom­ bée et relevée, de la nature des passions dans le pre­ mier homme, ibid., I*, q. xcv, a. 2, et dans le Christ, ibid., IIP. q. xv, xvm, de la conservation de l’appétit sen­ sitif dans l’âme séparée. De verit., q. xxv, a. 3, ad 3um θΙ 7otD. 111. Appétit irascible et concupiscible. — i. doctrine PHILOSOPHIQUE. — 1" L’appétitsensitifsesubdiviseendeux espèces de puissances, selon qu'il consiste à tendre sim­ plement vers le bien sensible que lui présente la con­ naissance sensible et à fuir le mal opposé, ou à résistera ce qui s'oppose à la possession de ce bien et tend à faire prévaloir le mal contraire. S. Thomas, Sum. theol., P, q. xxm, a. 2. Ce deuxième objet, le bien difficile à con­ quérir, est irréductible au premier, le bien simplement délectable, et est la source par suite d'un mouvement différent de l'appétit sensitif. De fait les deux tendances se contrarient constamment. La difficulté qui s’oppose à la jouissance du bien sensible légitime donc la division de l’appétit sensitif en deux appétits, et cette division est bien une division de puissance à puissance, si tant est que l’une paraisse ordonnée â recevoir ce qui délecte et l’autre à agir contre les contrariétés qui l’empêchent de jouir.. Agir et recevoir, c’est un principe général, appartien­ nent, en effet, à des puissances différentes. S. Thomas, De verit., q. xxv, a. 2; Sum. theol., P, q. lxxxi, a. 2; P IP, q. xxm, a. 1, in corp, et ad 3“m. La puissance appé­ titive qui poursuit le bien sensible a reçu le nom de concupiscible. La puissance quia pour objet le bien sensible ardu est l'irascible. 2» Le concupiscible opère moyennant six mouvements appétitifs, dits passions, qui, selon saint Thomas, se suivent en s’opposant dans l’ordre suivant: l’amour et la haine, le désir et la répulsion, la joie et la tristesse. L'irascible de son côté se manifeste par l’espoir et la désespérance, la crainte et l’audace, et par la colère. Voir Passion. 3» Bien que cette division du concupiscible et de l’iras­ cible appartienne en propreâ l’appétitsensitif, elle trouve par analogie son usage pour l’interprétation des mouve­ ments de l’appétit rationnel, sans y introduire d'ailleurs une division de puissance à puissance, à cause de l’uni­ versalité de l’objet de la raison qui embrasse les diffé­ rences des êtres, y compris celle du facile et de 1'ardu, dans une même intuition; sans introduire non plus de mouvements passionnels proprement dits. De verit., q. xxv, a. 3. C’est de cette manière que l’appétit surnaturel des biens éternels, appetitus quidam boni repromissi, qui estavec le jugement naturel de crédibilité le motif du· juge­ ment surnaturel de crédentité, qui précède la foi divine, De verit. q. xtv,a. 2, ad 10"m,est rapporté à l’amour de concupiscence ainsi que la charité : de la même ma­ nière la vertu théologique d’espérance est mise dans l’irascible. De verit., q. xxv, a. 3, ad 5nm. it. applications théologiques· — Le concupiscible i et l'irascible sont le sujet de deux des quatre blessures | de la nature humaine, suites du péché originel, à j savoir et respectivement, la concupiscence et la faiblesse, i Sum. theol., 1“ llæ, q. lxxxv, a. 3. Us sont également le sujet des deux vertus morales acquises ou infuses de tempérance et de force. Ibid., q. lxi, a. 2. L’application analogique à l’appétit volontaire de la distinction entre les deux espèces d'appétit sensitif a un très grand reten­ tissement dans la question de la nature de la vertu théo- ' 1696 logique d’espérance. Saint Thomas compare l'espérance à l’appétit irascible. La raison d’arduité étant inséparable de l’objet d'un Ici appétit, il suit que l’aspect sous lequel l’espérance devra regarder notre béatitude objective qui est en Dieu, sa règle, son objectum formale quo, sera à proprement parler celui de la toute-puissance auxiliatrice de Dieu. S. Thomas, Quæst. disp., De spe, a. 44. Elle seule, en effet, rend possible l’acquisition d’un but si ardu, lequel est cependant possible puisque l'espérance est une vertu donnée. Scot, Suarez, etc., qui suivent l'analogie avec le concupiscible, écartent plus ou moins la considération d’arduité, et, par suite, mettent au second rang celle de toute-puissance auxiliatrice qui lui est corrélative, pour donner la première place â la considération de la divine bonté à la fois objet dési­ rable et règle de l’espérance. Voir Espérance. IV. Appétit naturel et appétit élicite. — Le mot élicite dénomme les actes émis immédiatement par une puissance et qui trouvent dans cette puissance leur rai­ son d’être suffisante. Il marque l’opposition de ces actes à ceux qui ne trouvent pas dans leur principe prochain leur raison d’être. De ces derniers sont les actes impérés. Voir Acte IMPéré, col. 346. Et tel est aussi l’appétit natu­ rel (voir plus haut) qui doit demander à une intelligence supérieure la raison explicatrice de son inclination, tandis que l'appétit élicite la trouve dans les facul­ tés cognitives de son propre sujet. En réalité, la dis­ tinction de l’appétit naturel et de l’appétit élicite coïncide avec la distinction de l'appétit naturel et de l’appétit animal, mais historiquement, elle a été réservée, par les théologiens postérieurs à saint Thomas, à l’appétit rationnel ou volontaire. L’un et l’autre appétit se ren­ contrent donc dans la volonté humaine à l’état poten­ tiel et à l’état actuel, et par conséquent, leur opposition n’est nullement celle de puissance et d’acte comme on le croit quelquefois. Ce qui est exact, c’est de constater une affinité relative plus étroite de l'appétit naturel volontaire avec l'état potentiel et de l’appétit élicite, qui n’est qu’une détermination de l’appétit naturel, avec l’état actuel. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. lx, a. 2, § Naturalis dilectio est. principium electivæ. Cf. De verit., q. xxn, a. 5. L’appétit naturel, appelé aussi inné, suit la relation de la volonté à son objet adéquat, la béatitude en général. Il n’exclut pas la connaissance mais au contraire l’exige. Sum. theol., I1, q. il, a. 2, ad 1“™. L’appétit naturel est, en effet, toujours proportionné à la nature de la puissance dont il procède : dans la nature intellectuelle, il est nécessairement précédé d'une lumière sur le bien universel auquel il tend. Sum. theol., I*, q. i.x, a. 1. Seulement cette lumière est impri­ mée en lui par l'illumination de l’auteur de la nature. Elle est donc, elle aussi, innée et naturelle comme l’ap­ pétit qu’elle provoque : nous ne sommes pas maîtres de l’avoir. Ainsi l’appétit rationnel naturel réunit la nécessité et la vitalité, la lumière intellectuelle et la passivité instinctive. L’appétit rationnel élicite, au contraire, appelé aussi électif à cause de la liberté qui est sa note caractéristique (voir plus haut), applique l’appétit naturel du bien universel aux biens particuliers, objets de la volonté, par le moyen du jugement de la raison pratique. Parmi ces biens, nous trouvons au premier rang Dieu distinctement connu par ses effets comme bien suprême, cause première, acte pur. Cf. Jean de Saint-Thomas, Curs. philos.,Tr. de anima, q. xn, a. 1, Paris, 1883, t. ni, p. 523. L’appétit naturel et l'appétit élicite se divisent ulté­ rieurement en appétit d'exigenee et appétit de simple capacité. Le premier suppose le pouvoir efficace de par­ venir à l’objet auquel il tend, le second ne comporte que le vouloir sans le pouvoir, il n'offre qu’une capacité passive qui a besoin pour s’exercer efficacement d’une force auxiliatrice proportionnée à son but. — Une autre distinction est celle de l'appétit implicite et explicite, APPÉTIT 1697 selon que la connaissance qui le précède présente son objet confusément ou distinctement. De veritate, q. xxii, a. 2. La portée de ces distinctions ressortira de la section suivante. V. Applications aux rapports de la nature et de la grace. — 1» La vision béatilique el les perfections sur­ naturelles qui y conduisent : grâce, toi, espérance, cha­ rité, vertus infuses, dons, sont certainement en dehors el au-dessus des exigences et du pouvoir de notre nature. D'autre part, il n’est pas moins certain que c’est avec nos actes que nous aimons Dieu et que nous le verrons un jour. Comment concilier le surnaturel et la vitalité naturelle de ces opérations? La volonté étant la puissance de l'homme qui résume toute son activité, et son appétit naturel étant la toute première manifestation des pou­ voirs latents de la nature humaine, on comprend que la question des ressources de l’appétit rationnel, naturel ou élicite, en matière de vision béalifique, est le nœud même du problème des rapports de la nature et de la grâce. 2’ Les systèmes hétérodoxes admettent un appétit naturel d’exigence, efficace et explicite, vis-à-vis de l’élévation au surnaturel, mais l’expliquent différemment. Luther et Calvin, après les manichéens, soutiennent que, dans l’état de justice originelle, croire en Dieu et aimer Dieu étaient aussi naturels à Adam que d’ouvrir les yeux à la lumière. Luther, In cap. tu Geneseos; Calvin, Inst., 1. I, c. xv. — Baius ne prétend pascomme Luther que détruire l'appétit de l’essence divine en l'homme serait changer sa nature, mais il soutient qu’il lui est dû, d’une nécessité non plus d'essence, mais d’exigence, exigence efficace dans l’état d’innocence, subordonnée à la grâce gratuite du rédempteur dans l’état de nature tombée. Jansénius et Quesnel partagent la même erreur. — A notre époque, les rosminiens, en soutenant la doc­ trine d'un Dieu, lumière immédiate de l’intelligence hu­ maine, aboutissent logiquement, en verlu de l’inséparaLilité des attributs divins, Sum. theol., I*, q. ni, a. 3; De verit., q. xii, a. 6, â poser dans la nature une appétiti ·η de la vision intuitive. — Tout récemment enfin, en France, les tendances des partisans du dogmatisme moral et de l'apologétique fondée sur la méthode d immanence, ont paru à nombre de théologiens ne pas tenir suffisamment compte de la distinction entre l'appétit naturel de capacité et d’exigence. On a essayé de donner des bases théologiques à cette théorie, en se plaçant sur le terrain des faits tels qu'ils se passent dans l'état actuel d'élévation au surnaturel. Mano, Le pro­ blème apologétique, Paris, 1899. Tentative orthodoxe, mais qui n’achète son orthodoxie, qu'au détriment de sa force démonstrative et apologétique, et en sortant du pur domaine de la pure immanence où s’était placé son auteur. 3° Les systèmes catholiques s’attachent, à la suite de' saint Augustin, à nier l’appétit naturel d’exigence et â affirmer l'appétit naturel de capacité à l’égard de la vision de la divine essence et des moyens surnaturels propor­ tionnés à cette fin. On trouvera une vivante mise en' œuvre de la pensée de saint Augustin sur l'appétit de Dieu au livre X des Confessions, c. xx-xxix, et aux cha­ pitres xxx, xxxi des Soliloques. — Nous n'avons pas à entrer ici dans la discussion du sens de saint Augustin, ni à le venger des interprétations hérétiques. A noter cependant la doctrine des théologiens augustiniens qui admettent dans la créature rationnelle un appétit inné et élicite d’exigence vis-à-vis de la lin surnaturelle, non pas que cette lin soit due à la nature considérée comme telle et absolument, mais seulement à la nature consi­ dérée comme ordonnée par la très juste providence de son auteur. Bellelius, Mens Augustini, t. m,c. xn, xxm, ad 3,l,aet 4“ra; card. Noris, (’indicite sancti Augustini, c. Ul, § 3: Berti, De theolog. disciplinis. Append, ad DICT. DE THÉOL. CAT11OL. 1698 lib. XII. — Doctrine qui n’est pas hétérodoxe, mais : ne semble pas suffisamment distinguer entre la na: .r~ et le surnaturel, outre qu'il est contestable qu’elle soit selon l'esprit de saint Augustin. Cf. Sestili, De nat intelligence animae appetitu intuendi divinam essen­ tiam, Rome, 1896, p. 148-157. Les deux écoles principales que divise cette question sont celles de saint Thomas et de Scot. 4» On connaît la célèbre doctrine de saint Thomas touchant le désir naturel qu'a la créature intellectuelle de voir l’essence de la cause première des effets créés. Sum. theol., I», q. xn, a. 1; Ia II®, q. lit, a. 8; Cont. gent., I. Ill, c. L, § Omne enim quod, § Amplius nil finitum, § Item quanto aliquid. Ce désir suppose d'abord un appétit naturel et inné de la béatitude par­ faite, ce qui revient à un appétit d'exigence inné mais implicite de Dieu qui est cette béatitude. Cf. Sum. theol., I», q. π, a. 1, ad lura. Cet appétit fondamental se déve­ loppe, à la suite de la connaissance distincte de Dieu par ses effets, dans un appétit d'exigence élicite, et explicite, de Dieu comme fin dernière. De verit., q. ΧΧΠ. a. 2; Sum. theol., Ia, q. xi.iv, a. 4, ad 3um. Cf. Gardeil, Les exigences objectives de l’action, dans la Revue thomiste, t. vi, p. 125, 269. Cet appétit est lui aussi naturel en verlu du principe omne prius in posteriori salvatur. Sum. theol., I». q. lxii, a. 7. Pour la même raison, est naturel l'appétit élicite dont est issu le désir de l'essence divine, que constatent les textes ci-dessus. Mais — 1. Cet appétit ne peut être qu’un appétit de capa­ cité et nullement d’exigence. — 2. Cette capacité fondée sur la nature universelle de ('intellection humaine ne dit pas une ordination positive à la vision intuitive, mais simplement que la nature humaine n’a pas à l’égard de cette vision la répugnance qu'offrent les natures non intellectuelles, les animaux par exemple ou les pierres. — 3. N’impliquant pas d’impossibilité absolue, la vision intuitive de Dieu est possible grâce à la puissance obédientielle qui est au fond de toute créature et regarde directement la toute-puissance divine pour tout ce à quoi il lui plaira de l’ordonner. — 4. L’appétit naturel de la vision divine ainsi défini est à la fois implicite et explicite. Il est explicite négativement, c’est-à-dire qu'il sait ce qui ne le contente pas. Et de là vient qu’il ne saurait se reposer dans les biens, y compris le bien divin, que lui présente la connaissance abstractive. Il est implicite vis-à-vis de la vision divine en elle-même, dont il ne saurait concevoir distinctement ni la nature ni la possibilité. —5. Le désir qui suit l’appétit élicite est donc moins un vouloir qu’une velléité, il n'a pas de portée démonstrative en dehors de la supposition du fait de l’élévation à l’ordre surnaturel. Il témoigne cependant, comme un signe, que la vision intuitive, et tout l’ordre surnaturel par conséquent, ne sont pas quelque chose d’étranger à notre nature. — 6. Cette ·'! ation réalisée, on comprend que. en vertu du principe omne prius in posteriori salvatur, l'appétit naturel restant sous l'appétit élicite inefficace, et l’appétit natu­ rel élicite demeurant tout entier sous l’appétit surnatu­ rel efficace des actes surnaturels, la grâce ne détruise pas la nature mais la perfectionne, et comment des actes surnaturels en soi peuvent devenir nos actes. Le point d’insertion de la grâce dans la nature est Tapp tit volontaire naturel, qui surélevé par Dieu, se continue, identique à lui-même, sous la grâce et la lumière de gloire. 5" Certains commentateurs de saint Thomas com­ prennent différemment certains points de cette synthèse que nous empruntons cependant à l’ensemble de ses œuvres et à plusieurs de ses commentateurs les plus généralement suivis dans l’école thomiste. Bannez, In 7am partem, q. xn, a. 1.3*concl. ; Jean de Saint-Thomas, ibid.; Medina, In 7am 77®, q. in, a. 8. Cf. Suarez, In 7am 77®, disp. XVI, sect, η, η. 10. — 1. DominiqueSoto I. - 54 1699 APPÉTIT — APPROBATION POUR LES CONFESSIONS affirme qu'un appétit naturel de capacité explicite de la vision divine est contenu dans l’appétit naturel de la béatitude et en donne comme preuve que l'homme nullibi quietus est esseve potest quin æterna illa visione fruatur. De natura et gratia, 1. I, c. rv. Cette opinion est considérée comme probable par Medina, à condition, dit Gregorius Martinez, que Ton évite l’expression trop commune de pondus naluræ dont se servait Soto pour caractériser cet appétit et qu’on en fasse un appétit élicite. In I‘m II*. q. ni, a. 8, dub. n, concl. Il est suivi par Tolet. Bellarmin, Valentia. — 2. Cajetan requiert pour tout appétit, soit inné, soit élicite, de la vision divine l’élévation à l’ordre surnaturel et la révé­ lation d’eflets de la grâce et de la gloire. Inl"" parlent, q. xn, a. 1 ; In I,m llx, q. ni, a. 6, 7, 8. Le désir dont parle saint Thomas n’est pas, selon Cajetan, natu­ rel dans son principe, mais seulement dans son sujet quiest la nature.— 3. Sylv. Ferrariensis admet un désir naturel de voir Dieu comme il est en lui-même, non pas en tant qu’objet de la béatitude surnaturelle, mais en tant que cause première de tous ses effets créés. Cont. gent., 1. III, c. u. 6° Scot admet dans la créature intelligente un appétit naturel positif et explicite de la vision divine, mais cet appétit ne peut passer â l’acte que sous l'influence de la grâce. Voici les deux conclusions qui résument sa doc­ trine : Prima est quod natura humana ex puris natu­ ralibus est immediatum susceptivum beatitudinis. Secunda est quod natura humana non est sufficienter activa ex puris naturalibus ad videndum Deum visione beata. InlVSent., 1. IV, dist. XL1X, q. xi, § Respondeo ergo. Ces conclusions, parmi les preuves qui lesétablissent, font appel à l’appétitnaturel de l’homme pour Dieu, béatitude souveraine. Cf. In Sent., prolog., q. i», § Ad secundum de Augustino. Elles ont été suivies commu­ nément par les plus anciens scolastiques, comme en témoigne Molina, In I‘m partem, q. xn, a. 1, disp. II. Dans la suite Ripalda admettra un appétit élicite du surnaturel, absolu mais inefficace pour le salut. De ente supernal.,1. I, disp. XIV, sect. π. Celte position scotiste, qui semble mettre en l'homme une puissance naturelle proportionnée au surnaturel, encore qu’inefficace, ne semble pas suffisante à beaucoup de théologiens pour sauvegarder la distinction des deux ordres. Cf. Vacant, Étude comparée sur la philosophie de saint Thomas el sur celle de I). Scot, Paris, 1891, p. 14. 7» De nos jours, leDr Sestili, dans un ouvrage de haute valeur documentaire et théologique, a prétendu retrou­ ver la signification originale de l’argument de saint Thomas en le dégageant de ses commentateurs. 11 s’est arrêté : 1° à un appétit naturel ou inné delà béatitude parfaite en elle-même, lequel ne regarde pas explicite­ ment la vision divine ni par manière de poids, ponderis, mais implicitement; 2“ à un appétit élicite, explicite du même objet, mais non entièrement distinct, parce que les créatures qui en sont la cause ne sauraient mani­ fester toutes les raisons de la bonté divine ; 3° ces deux appétits, naturels en soi, sont inefficaces sans la grâce habituelle et actuelle. Sestili, De naturali intelligentis anima appetitu, Rome, 1896, p. 40. Une intéressante controverse s'est élevée entre Ramellini et le Dr Ses­ tili. Ramellini admet bien cette capacité innée ou élicite de la vision divine dans la nature, mais il nie que l'on puisse sans la révélation prouver apodictiquement son existence et même sa possibilité. Il admet le désir de voir Dieu, mais indéterminé quant au mode sous lequel s'opérera la vision, il requiert l’élévation â Tordre surnaturel pour que le désir de l’homme ne puisse pas se reposer dans la connaissance abstractive. Divus Thomas, Plaisance, 1898, t. vt, fasc. 33-34, p. 515520. r les numéros I, Π, III, outre les documents cités, consulter au mot Appetitus, pour les points qui n'ont pu ou dû ètre abordés 1700 ici, les 96 renvois de la Tabula aurea de Pierre de Bergame, qui accompagne toutes les éditions des œuvres complètes de saint Thomas. — Pour les numéros IV et V, on trouvera la docu­ mentation aussi complète que possible de la question dans les citations, renvois et notes de l'ouvrage du D' Sestili : De naturali intelligentis aninue appetitu intuendi divinam essentiam, Rome, 1896. Nous l'avons utilisée à plusieurs reprises pour ce travail. A. Gardeil. APPLANUS Constant, chanoine régulier de SaintJean-de-Latran, a publié en 1496, à Crémone, sous le titre de Soliloquia virorum, un traité sur l'existence et la nature du libre arbitre dans l'homme. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1899, t. iv, col. 848. V. Oblet. 1. APPLICATION DES MÉRITES. Voir Mérites. 2. APPLICATION DES FRUITS. Voir Fruits. 1. APPROBATION DES CONCILES. Voir Con­ ciles. 2. APPROBATION pour les confessions. —I. Défi­ nition. II. Nécessité. III. Comment elle est donnée. IV. Règles spéciales pour la confession des religieuses. I. Définition. — L'approbation d’un confesseur, dans le sens rigoureux du mot, est l’acte par lequel l’évêque déclare qu'un prêtre est capable d’administrer le sacre­ ment de pénitence. Cet acte a le caractère d'un témoi­ gnage authentique rendu à la science, à la prudence et à la vertu de celui qui veut entendre les confessions. Un témoignage de ce genre doit, en bonne logique, être fondé sur un examen du sujet à approuver ou tout au moins sur une enquête auprès de ceux qui le con­ naissent. L’évêque qui approuverait un confesseur, sans s’être assuré au préalable de sa capacité, commettrait une faute; toutefois l’approbation ainsi concédée serait acquise et aurait sa valeur. Jaugey, De sacramento pænilentiæ, Langres, 1877, p. 305. L'approbation est distincte de la concession de juri­ diction. Elle est en effet un acte de l’intelligence qui apprécie la capacité d’un sujet, tandis que la concession de juridiction est un acte de la volonté qui octroie un pouvoir, celui d’absoudre. Les deux notions sont diffé­ rentes, et dans la réalité les deux choses peuvent être et sont quelquefois séparées. Ainsi, remarque Ballerini, Opus theologicum morale, Prato, 1892, t. v. p. 271, il est des réguliers qui reçoivent la juridiction du souve­ rain pontife, et l’approbation de l’évêque du diocèse dans lequel ils entendent les confessions. Ainsi encore, ajoute Berardi, Praxis confessoriorum, n. 4566, Bolo­ gne, 1873, t. n, p. 469, un religieux exempt de la juri­ diction épiscopale, peut obtenir de son prélat régulier le droit de s’adresser pour la confession à n’importe quel prêtre séculier approuvé. Dans ce cas particulier, la juridiction du confesseur lui vient par délégation du prélat régulier, tandis que l’approbation lui vient de l’évêque. Disons de plus qu’il arrivait souvent autrefois, parti­ culièrement en France, que les curés choisissaient euxmêmes leurs vicaires parmi les prêtres ordonnés par l’évêque et approuvés par lui pour le diocèse. L'appro­ bation était donnée par l’évêque, la juridiction déléguée par le curé. V. Méric, Le clergé sous l’ancien régime, Paris, 1890, p. 454. Cet état de choses était de tout point conforme à la législation canonique. Bouix, De parocho, Paris, 1880, p. 440-447. Mais aujourd’hui la coutume a prévalu de ne plus séparer, pour les prêtres séculiers, l’approbation de la concession de juridiction. En fait l’une ne va plus sans l’autre, et quand l’ordinaire d'un diocèse accorde à un deses prêtres ce témoignage de capacité qui est l’appro­ bation, il lui donne en même temps le droit dejuger les cousciences qui est la juridiction. Il en résulte que cette 1701 APPROBATION POUR LES CONFESSIONS double concession est souvent désignée dans le langage ecclésiastique contemporain, et quelquefois dans des ouvrages théologiques, sous le nom général d'approba­ tion pour les confessions. Le mot prend ainsi un sens plus large que celui que nous avons défini. Ciolli, Di­ rectoire pratique du jeune confesseur, Paris, 1898, t. i, p. 85, dit de l'approbation, dans ce sens large, qu elle est « un témoignage juridique par lequel l'évêque déclare approuver et députer un prêtre pour l’administration du sacrement de pénitence ». Ceci dit pour éviter toute confusion, nous nous en tiendrons dans cet article au sens rigoureux du mot x approbation ». Voir d'autre part l'article Juridiction. II. Nécessité. — L'approbation du confesseur étaitelle requise par le droit canonique avant le concile de Trente, en dehors de la juridiction déléguée? — A cette question les théologiens sont d'accord pour répondre : non, si le confesseur avait reçu sa juridiction déléguée du pape ou de l’évêque. Ce point est certain d’après Suarez, De pænitenlia, disp. XXVIII, sect, ιπ, η. Ί, Opera omnia, Paris, 1866, t. XXII, p. 584·. Mais si le confesseur avait reçu sa délégation du curé, quelques théologiens et canonistes pensent qu’il fallait de plus l’approbation épiscopale. Cette manière de voir n’est guère admise; nous devions cependant la signaler. Suarez, loc. cit., n. 3, p. 585. L’opinion commune est que la délégation du curé suffisait sans autre condition de droit canonique. Voici dans ce sens les deux conclu­ sions qu'expose et développe Suarez, ibid., n. 5-6, p. 585-586 : I» « Avant le concile de Trente, en vertu du droit commun, un curé pouvait validement et licitement communiquer sa juridiction à tout prêtre qui avait les qualités requises par le droit naturel et le droit divin pour entendre les confessions, sans qu’il soit nécessaire que ce prêtre ait reçu une autre juridiction ou l'appro­ bation de l'évêque. » — 2° « Quand, dans l’ancien droit, quelqu’un avait reçu la faculté générale d’élire son con­ fesseur, il pouvait choisir n’importe quel prêtre capable de droit divin, sans qu'aucune autre condition ou l'appro­ bation soit requise de droit humain. » Mais le concile de Trente est intervenu, et il a porté sur la question qui nous occupe un décret qui constitue d'après Suarez un droit nouveau, jus novum, ibid., η. 7. p. 586. Nousavons parcouru les A cia concilii Tridentini, de Massarello, publiés par Theiner, Agram, s. d., t. n, p. 268 sq. Très minimes sont les renseignements qu'ils fournissent sur l’élaboration de ce décret placé, dans le projet primitif, à la fin du chapitre xiv, intitulé : De presbyteris ordinandis. Voici le décret tel qu’il a été promulgué, sess. XXIII, c. xiv, De reformatione : Caput xv. — Nullus con­ Chap. xv. — Que nul ne fessiones audiat, nisi ab or­ pourra confesser s'il n’est dinario approbatus. approuvé par l’ordinaire. Quamvis presbyteri in sua Quoique les prêtres reçoivent ordinatione a peccatis absol­ dans leur ordination la puis­ vendi potestatem accipiant ; de­ sance d'absoudre des péchés, cernit tamen sancta synodus, le saint concile ordonne néan­ moins que nul prêtre, même nullum etiam regularem, posse confessiones sæcularium, etiam régulier, no pourra entendre sacerdotum, audire, nec ad id les confessions des séculiers, idoneum reputari, nisi aut papas même celle des prêtres, ni rochiale beneficium, aut ab être tenu pour capable de le episcopis per examen, si illis pouvoir faire, s'il n’a un bé­ videbitur esse necessarium, néfice paroissial, ou s’il n’est aut alias idoneus judicetur, et jugé capable par les évêques approbationem quæ gratis de­ par le moyen d'un examen s'ils tur, obtineat : privilegiis et con­ le croient nécessaire, ou autre­ suetudine quacumque, etiam ment, et s’il n’a obtenu d’eux l'approbation qui se doit tou­ immemorabili, non obstantibus. jours donner gratuitement, no­ nobstant tous privilèges et toutes coutumes contraires, même de temps immémorial. Ce décret appelle quelques explications : 1° Il ressort du texte même que l’approbation est re­ 1702 quise non seulement pour la licéité, mais pour la vali­ dité de l'absolution. Les termes sont formels remua: posse,... « nul ne pourra entendre les confessions: » nec ad id idoneum reputari,... « ni être tenu pour capable de le pouvoir faire. » Aussi Alexandre VII a-t-il con­ damné le 24 septembre 1665, parmi d’autres proposi­ tions, les deux suivantes qui soutenaient la validité de certaines confessions faites par des séculiers à des con­ fesseurs non approuvés par l'ordinaire : 13. Satisfacit pneceplo annute confessionis qui con­ fitetur regulari, episcopo præsentato, sed ab eo injuste reprobato. — 10. Qui beneficium curatum habent, pos­ sunt sibi eligere in confessorium, simplicem sacerdo­ tem non approbatum ab ordinario. — Denzinger, En­ chiridion symbolorum et definitionum, Wurzbourg, 1895, n. 984 et 987, p. 255. 2° Le concile ne distingue pas entre la confession des péchés mortels et celle des péchés véniels. Nous devons conclure que l'approbation est nécessaire pour l’une comme pour l'autre. Quelques théologiens dont saint Liguori rapporte l’opinion, Theol. mor., 1. VI, n. 543, Paris, 1883, t. Ht, p. 474, ont contesté cette con­ clusion. Mais elle est généralement admise aujourd'hui, et nous pouvons invoquer, à l'appui, un décret du pape Innocent XJ, du 12 février 1679, sur la fréquente com­ munion. Ce décret, non inséré au Bullaire de 1739, est signalé par Benoit XIV, Institutio, lxxxvi, n. 7, Opera omnia, Bassano, 1767, t. x, p. 179, et cité par saint Li­ guori, loc. cit. Ordre est donné aux évêques d'empêcher que la confession des péchés véniels soit faite à un prê­ tre non approuvé par l’ordinaire : ne permittant ut venialium confessio fiat sacerdoti non approbato ab episcopo. Sans doute on pourrait dire, en s'en tenant à la rigueur des termes, que la défense portée dans ce texte, n’intéresse que la licéité et non la validité de l’ab­ solution; mais il nous semble beaucoup plus naturel et plus logique de comprendre que la confession des péchés véniels à un prêtre non approuvé est défendue, précisé­ ment parce qu'elle est invalide. C’est l’interprétation de Benoit XIV, loc. cit. 3“ Le décret du concile de Trente ne concerne que la confession des séculiers, laïques ou prêtres : confes­ siones sæcularium, etiam sacerdotum. Donc, rien n’est changé en ce qui regarde la confession des régu­ liers. Avant le concile, ceux-ci pouvaient demander l’absolution à tout prêtre délégué par leur supérieur ré< gulier, sans que l'approbation de l'ordinaire lut requise pour ce prêtre. Il en est de même encore aujourd’hui. Quant â la confession des religieuses, elle a été l'objet de décrets particuliers, et nous en parlons plus loin. 4° L'approbation expresse n’est pas requise pour ceux qui ont un bénéfice paroissial quand il s’agit d’entendre les confessions de leurs paroissiens. Le décret port·:- en effet cette proposition disjonctive : aul parochiaie be­ neficium, aut... idoneus judicetur et approbationem obtineat. Il est évident que celui qui est pourvu dun titre curial, selon les règles canoniques, reçoit en v.rtu même de son titre, et avec la juridiction ordinaire qui est liée â ce titre, l’équivalent d’une approbation. C’est pourquoi quelques théologiens disent que la nomination à une cure est une approbation implicite. Haine, Theo­ logiæ moralis elementa, Rome, 1899, t. ni, p. 309. Mais cette approbation implicite, inséparable de la juridiction ordinaire du curé, est restreinte aux mêmes limites que cette juridiction et ne suffirait pas pour entendre les confessions des étrangers hors de la paroisse. Pour qu’un curé confesse validement hors de sa paroisse ceux qui ne sont pas ses paroissiens, de même qu'il lui faut une juridiction déléguée, il lui faut aussi l'approbation de l’évêque du lieu. Ceci, croyons-nous, n’est contesté aujourd’hui par aucun théologien, et c’était déjà l’opi­ nion commune des docteurs au temps de saint Liguori, qui, après avoir exposé le sentiment contraire, défend la 4703 APPROBATION POUR LES CONFESSIONS mime conclusion que nous, Theol. mor., 1. VI, n. 544, loc. cit., p. 475, el l’appuie sur des décisions de la S. C. du Concile, dont l'une du 3 décembre 1707 : — Ques­ tion posée : « Est-ce que les curés d'un diocèse, appe­ lés par ceux d'un autre diocèse, peuvent entendre en celui-ci les confessions tant de leurs propres paroissiens que des étrangers, sans la permission de l'évêque du lieu? » — Réponse : « Oui, pour la confession de leurs propres paroissiens; non. pour la confession des étran­ gers. » Muhlbauer, Thesaurus resolutionum S. C. Con­ cilii, Munich, 1883, t. tv, p. 382. — Une autre question, plus précise encore, fut celle-ci : « Celui qui a obtenu par voie de concours un bénéfice paroissial, doit-il être réputé ministre approuvé pour entendre les confessions dans le diocèse où il a obtenu son bénéfice? » — Réponse de la S. C. du Concile : « 11 peut entendre les confessions seulement dans la localité où est sa paroisse et non pas partout dans le diocèse.» Censeri ad audiendas confes­ siones dumtaxat in ea civitate vel oppido ubi sita sit parochialis, non autem passim per totam diœcesim. Sans date, dans Muhlbauer, loc. cit. 5» Quant à ceux qui n’ont pas’de titre curial, qu’ils soient séculiers ou réguliers, etiam regularem, il faut de toute nécessité qu’ils aient reçu l’approbation de l'évêque pour la confession des séculiers. Ceux même dont la science a été officiellement attestée par des titres académiques, comme les docteurs et licenciés en théo­ logie ou.en droit canon, doivent être approuvés. Suarez, he, cit., sect. IV, n. 3, p. 587. Et quand le souverain pontife accorde lui-même à un prêtre la juridiction dé­ léguée pour les confessions, quoiqu'il puisse en droit rigoureux dispenser ce prêtre de toute autre condition, an doit comprendre, à moins de déclaration formelle­ ment contraire, qu'il maintient l'exigence du concile de Trente touchant l'approbation. Ibid., n. 9, p. 588. 6» Il faut que l'approbation soit obtenue de fait : nullum... posse confessiones audire nisi... approbatio­ nem obtineat. 11 ne suffirait donc pas que l’évêque estimât au fond de sa conscience que tel prêtre est ca­ pable d'entendre les confessions. On pourrait appeler ce jugement intérieur une approbation sans doute, mais ce n'est pas le témoignage authentique voulu par le con­ cile de Trente, ce n'est pas l'approbation obtenue. Pour la même raison, il ne suffirait pas non plus que l’évêque eût formulé son jugement d’approbation, si ce jugement n'a pas été, de manière suffisamment certaine et authen­ tique, manifesté ou transmis à l’intéressé. Et un confes­ seur ne serait pas en droit d'escompter à l’avance une approbation demandée, si certain qu'il soit de l’obtenir. Ce qu’il faut pour entendre les confessions, ce n’est point l'approbation espérée, attendue ou supposée, mais l’approbation obtenue. Si elle n’est pas actuellement obte­ nue, le sacrement est nul, et il n'y a point d'interven­ tion subséquente qui puisse le revalider jamais. S. Liguori, Theol. mor., 1. VI. n. 570, loc. cit., p. 488. Ill. Comment est donnée l’approbation. — Nous di­ rons quelle autorité la donne, de quelle manière elle est communiquée et comment elle cesse. i. autorité qui donne l’approbation. — Le concile dit que ce sont les évêques qui doivent donner l'appro­ bation : ab episcopis... idoneus judicetur et approba­ tionem obtineat. Pax· le mot « évéques », il faut en­ tendre tous ceux qui exercent la juridiction épiscopale ou quasi épiscopale, c’est-à-dire, en même temps que l’évêque, ses vicaires généraux; les vicaires capitulaires pendant la vacance du siège; les prélats réguliers qui ont juridiction ordinaire quasi épiscopale sur un terri­ toire détermin··. à eux soumis et exempt de toute autre juridiction. Sont exclus du droit d'approbation active, les curés, les supérieurs généraux ou provinciaux d’or­ dres religieux, et même les prélats exempts de la juridic­ tion épiscopale, quand ils n’ont pas sous leur juridiction personnelle un territoire séparé. Jaugey, loc. cit., p. 307. 1704 Mais, que) évêque doit donner l’approbation ? Est-ce celui du pénitent, celui du confesseur, ou celui du lieu où le sacrement est administré? Cette question a été vivement discutée autrefois. Cer­ tains auteurs soutenaient qu’il fallait l’approbation de l'évêque du pénitent; d’autres voulaient celle de l’évêque du confesseur. S. Liguori, Theol. mor., I. VI, n. 548, loc. cit., p. 476. Ces deux anciennes opinions doivent être absolument rejetées, dit Bouix, De episcopo, Paris, 1873, t. n, p. 245. La vérité est que l’approbation doit être donnée par l'ordinaire du lieu où se fait la confession. Plusieurs constitutions pontificales ont établi et confirmécette doctrine: Cum sicut accepimus, d’Urbain VIII, 12 septembre 1628, Bullarium romanum, Luxem­ bourg, 1739, t. tv, p. 161 ; Superna, de Clément X, 21 juin 1670, ibid., t. vi, p. 305; Çum sicul non, d'in­ nocent XII, 19 avril 1700, ibid., t. xn, p. 342; Aposloliea indultu, de Benoit XIV, 5 août 1744, Benoit XIV, Sullarium, Venise, 1778, t. i, p. 159. Voici le texte de la constitution dInnocent XII, repro­ duit dans celle de Benoit XIV, loc. cil. : Confessarii tam sæculares quam regulares quicumque illi sint,... nulla­ tenus confessiones audire valeant sine approbatione or­ dinarii el episcopi dicecesani loci in quo ipsi pænilentes degunt et confessarios eligunt, vel ad excipiendas confessiones requirunt; nec ad hoc su/fragari appro­ bationem semel vel pluries ab aliis ordinariis locorum etiamsi pænilenles illorum ordinariorum qui confes­ sarios electos approbassent, subditi forent. Innocent XII a ajouté une sanction à cette loi : c’est que les confesseurs qui oseraient donner l’absolution sans avoir reçu l’approbation, comme il est dit, de l’évê­ que du lieu, en dehors du cas de nécessité, c’est-à-dire du danger de mort, seraient suspens ipso facto. Benoit XIV a maintenu cette peine; mais nous devons ajouter qu’elle a été abrogée par la constitution Aposlolicæ Sedis de Pie IX, 12 octobre 1869. L’approbation de l’cvéque du lieu de la confession est donc requise pour la validité du sacrement. D'autre part elle suffit. Cette seconde conclusion ressort de la teneui' même des documents pontificaux que nous avons cités, et n’est pas plus que la précédente discutée aujourd’hui. Bouix, De episcopo, t. n, p. 244; Haine, loc. cit., p. 310. En conséquence, un prêtre peut entendre les confessions dans un diocèse qui n'est pas le sien, avec l’approbation de levéquedece diocèse, sans qu’il soit nécessaire qu’il ait été approuvé par son propre évêque. Un prêtre peut aussi entendre, dans le diocèse pour lequel il est ap­ prouvé, les confessions des étrangers d’où qu’ils viennent, sans qu’il soit nécessaire pour lui d'avoir reçu une approbation du propre évêque de ces étrangers. il. communication de i.'approbation. — 1. Disons d’abord qu’elle est donnée habituelle!) ent de manière explicite soit verbalement, soit par écrit. Mais cette ma­ nière explicite n’est pas absolument nécessaire : la con­ cession d'approbation peut être implicite, c’est-à-dire manifestée par quelque acte de l'autorité épiscopale qui l'inclut nécessairement. Nous avons déjà dit que cer­ tains auteurs considèrent la nomination d'un curé comme une approbation implicite. Haine, loc. cit., p. 309. De même si un évêque confiait à un prêtre les fonctions de vicaire avec mission d'administrer les sacre­ ments, y compris celui de pénitence, sans lui avoir, au préalable, formellement concédé l’approbation, cette nomination par elle-même serait une approbation im­ plicite, et il n’y aurait pas nécessité de réclamer une approbation écrite ou verbale. TheologiaClaromonlensis, Paris, 1899, t. tv, p. 163. 2. L’approbation — comme la juridiction déléguée — peut être communiquée à un confesseur directement ou indirectement. Il y a communication directe ou immé­ diate, quand l'ordinaire d'un diocèse donne lui-même 1705 APPROBATION POUR LES CONFESSIONS son approbation à tel ou tel prêtre. La communication n'est qu’indirecte et médiate, quand un supérieur, ayant autorité et juridiclion suffisante, donne permission à un de ses sujets de se choisir un confesseur à son gré et de lui communiquer par ce choix l’approbation et la juridiction qui sont nécessaires. L’approbation n'est donnée au confesseur dans cette hypothèse, que par l'intermédiaire du pénitent. D’après ce que nous avons dit plus haut, elle ne peut être ainsi communiquée que dans le territoire qui dépend du supérieur. Theol. Clarom., loc. cit., p. 165. 3. L’évêque ne peut licitement refuser son approba­ tion à un prêtre qu'il sait méritant et capable. Il faut remarquer en effet que l'approbation n’est pas une fa­ veur ou un privilège qui serait à la libre disposition du supérieur, mais un jugement ou une déclaration authen­ tique que tel prêtre a la capacité et les aptitudes requi­ ses pour confesser. Quand la démonstration de cette ca­ pacité est faite, l’approbation est de droit. Reste pour le prêtre à se pourvoir de la juridiction. Haine, loc. cit., p. 312. Mais quand l’évêque a refusé son approbation, même sans motif, si convaincu que soit le prêtre non approuvé de l'injustice du refus dont il est victime, il ne peut passer outre, et l'absolution qu’il donnerait dans ces conditions serait invalide. Voir plus haut la proposition 13, condamnée par Alexandre VII. 4. L’évêque peut, pour des raisons dont il est juge, restreindre l'approbation qu’il accorde soit à des prêtres séculiers, soit à des religieux, en la limitant à un temps, à un lieu, à des personnes déterminées. Qui peut plus peut moins. L’évêque pourrait refuser l'approbation s'il avait des motifs; il peut par conséquent la donner avec restriction. Au reste, ceci est affirmé dans la constitution Superna déjà citée, du pape Clément X, 2I juin 1670; et une proposition, qui soutenait le contraire en ce qui concerne l'approbation donnée aux religieux, a été con­ damnée par Alexandre VII, le 30 janvier 1659. Voici cette proposition qui ne fait pas partie des deux séries condamnées en 1665 et 1666, telle que la rapporte Be­ noit XIV, Institutio, lxxxvi, n. 9, Opera omnia, Bassano, 1767, t. x, p. 180 : Non possunt episcopi restrin­ gere vel limitare approbationes quas regularibus con­ cedunt ad confessiones audiendas, neque illas ulla ex causa revocare. Les théologiens signalent quelques circonstances dans lesquelles il semble tout à fait légitime, sinon nécessaire, de poser des restrictions ou des limites à l'approbation. o) Un prêtre peut être suffisamment instruit et pré­ paré· pour entendre les confessions d’une catégorie de pénitents et non celle d’une autre catégorie. Il y a une différence, en effet, entre la confession des enfants et celle des personnes d'âge mûr, entre la confession des hommes et celle des femmes, entre la confession des gens sans instruction et celle des esprits cultivés, etc. b) Il peut se rencontrer des moments de presse ur­ gente, comme en temps de pèlerinage, de mission ou de jubilé, où les confesseurs manquent, et dans lesquels l'évêque jugera bon d’approuver temporairement un prêtre,à qui il ne voudrait pas d'autre part confier d'une façon permanente la direction des consciences. c) L’approbation définitive serait pour certains sujets une tentation de négliger l’étude. Il est utile d'obliger ceux-ci à se perfectionner dans la connaissance de la théologie et de tout ce qui importe à la direction des âmes, en ne les approuvant que provisoirement et en les soumettant â des examens renouvelés. Aertnys, Theologia moralis, Tournai, 1893, t. n, p. 145. III. CESSATION DE L’APPROBATION. — 1. Quand l'ap­ probation a été limitée à un certain temps, elle cesse â l'expiration du temps déterminé. 2. Accordée à temps ou sans limite, elle cesse par la révocation de l’évêque» dès que cette révocation est noti­ 1706 fiée à l'intéressé. C’est un principe, que la même cause qui a pu établir un droit peut aussi l'enlever. Mais de même que l'évêque ne peut licitement refuser l ap; robation sans motif, il ne peut non plus la retirer licite­ ment sans raison suffisante. Nous répétons d’ailleurs, que lui seul est juge de la valeur des raisons qui le font agir; et fût-il injuste, dès qu’il a enlevé l’approbation â un confesseur, l'absolution donnée par celui-ci serait invalide. S. Liguori, Homoapostolicus, De pæn. sacram., n. 75, Paris, 1884, t. n, p. 36. 3. Si l’approbation n’a pas été donnée de manière ex­ presse, mais implicitement renfermée dans une nomi­ nation à un titre curial ou à un office vicarial, elle cesse par le fait même que le prêtre est privé de son béné­ fice ou de son office. Haine, loc. cit., p. 314. 4. L’approbation est enlevée à tout prêtre qui est frappé publiquement et nommément d'une censure, excommu­ nication ou suspense, parce qu'une telle peine le consti­ tue vitandus. S’il n'était point vitandus, c'est-à-dire non dénoncé personnellement comme excommunié ou sus­ pens, son approbation ne serait pas supprimée par le fait, mais il en userait illicitement. Slremler, Traité des peines ecclésiastiques, Paris, 1860, p. 276; Haine, loc. cit., p. 314. 5. L’approbation — non plus que la juridiction délé­ guée — ne cesse pas par la mort ou le changement du supérieur qui l’a légitimement concédée. C.eci est d'abord une application de la règle générale, que les grâces n’expirent point avec la juridiction de celui qui les a accordées. D’autre part, la pratique est partout admise que les confesseurs continuent d'user de leurs pouvoirs après la mort ou le départ de celui dont ils les tiennent. Et n’esl-il pas évident que le bien des âmes exige qu'il en soit ainsi? Peut-on admettre que. dans un diocèse, les pouvoirs pour les confessions cessent tout d'un coup et partout à la fois? Aussi la plupart des théologiens ad­ mettent notre affirmation que saint Liguori qualifie: « plus commune et plus probable que l’opinion contraire. » Theol. mor., I. VI. n. 559, loc. cit., p. 480. IV. Règles spéciales pour la confession des reli­ gieuses. — La confession des religieuses est soumise â une législation spéciale. Nous devons nous en occuper au point de vue de l'approbation. Et, pour éviter des con­ fusions possibles, nous distinguons, avec tous les auteurs, deux catégories de religieuses: 1» les religieuses ou mo­ niales au sens strict, qui sont cloîtrées et fon des vœux solennels; 2° les religieuses ou moniales au sens large, qui, vivant ou non dans un cloître ne font que des vœux simples. 1. Des religieuses à vœux solennels. — Deux consti­ tutions pontificales ont établi le droit en qui concerpe l'approbation pour la confession des religieuses propre­ ment dites : l’une,Inscrutabili, de Grégoire XV. 5 f· ·. rier 1622, Bull, rom., t. in, p. 452; l'autre, Superna, de Clé­ ment X, 21 juillet 1670, ibid.,t. vi. p. 305. Les religieuses qui vivent en clôture et ont fait des vœux solennels, quand elles se confessent dans leur monastère, ne peuvent le faire validement qu'à un prê­ tre, soit séculier, soit régulier, qui ait été spécialement approuvé pour elles par l'évêque du lieu. Cette règle est absolue et s’applique aux religieuses exemptes de la juridiction de l’évêque et soumises â des prélats réguliers de leur ordre, comme aux autres. En outre l'approbation spéciale de l'évêque est requise aussi bien pour le confesseur extraordinaire que pour le con­ fesseur ordinaire. Elle est requise même pour les pré­ lats réguliers qui seraient les supérieurs des religieuses dont il s'agit, dans les cas où ces prélats voudraient en­ tendre leurs confessions. Ajoutons qu'un prêtre, approuvé pour un monastère en particulier, ne pourrait pas. en vertu de cette seule ap­ probation, entendre les confessions des religieuses d'au­ tres monastères. Il le pourrait, s'il avait reçu son appro- 1707 APPROBATION —APPROPRIATION AUX PERS. DE LA S. TRINITÉ bation pour tous les monastères ou toutes les religieuses d’un diocèse. Ces points sont nettement précisés dans les deux constitutions citées et dans les déclarations et réponses subséquentes de la S. C. du Concile : 5 février 1622, 14 novembre 1733, 9 juillet 1746, 31 mars 1770. Mühlbauer, loc. cit., t. iv, p. 386-389. Mais nous devons faire deux réserves : 1· Si, par exception, pour raison de santé ou d’affaires, une religieuse se trouve hors de son monastère, elle peut se confesser là où elle est temporairement, à tout prêtre approuvé, quand même ce prêtre n’aurait pas l'approbation spéciale pour les religieuses. Il y a une réponse en ce sens de la S. C. des Évêques et Réguliers, du 27 août 1852. Bizarri, Collectanea S. C. episcop. et regul., Rome, 1885, p. 129. 2° En temps de jubilé, les religieuses ne sont pas obligées de s’adresser pour la confession jubilaire au prêtre qui est spécialement approuvé pour elles, mais elles doivent choisir un confesseur parmi ceux qui ont une approbalion spéciale, soit pour toutes les religieuses du diocèse auquel elles appartiennent, soit pour n’im­ porte quelle communauté particulière de ce diocèse. Ainsi a décidé Benoit XIV, dans les constitutions : Bene­ dictus Deus, du 25 décembre 1750, § 4, et Celebrationem, du 1" janvier 1751, § 11. Benoit XIV, Bullarium, l. m, p. 120, 124. 2. Des religieuses à vœux simples. — Puisqu'elles ne sont pas des moniales au sens rigoureux du mot, les textes canoniques que nous avons cités ne s’appliquent pas nécessairement à elles. En conséquence, il n’est pas requis de droit commun que leur confesseur ait une approbation spéciale. Mais rien n’empêche les évêques, dans leurs diocèses respectifs, d’étendre les lois de droit commun qui con­ cernent la confession des moniales proprement dites, à la confession des religieuses à vœux simples. Cette ex­ tension est au contraire en pleine conformité avec les conseils donnés par Benoit XIV, dans la bulle Pastora­ lis curæ, du 5 août 17-48, loc. cit., t. il, p. 2I3. Aussi le fait existe. Bans la plupart des diocèses, sinon dans tous aujourd'hui, les évêques, quand ils donnent l’approba­ tion à leurs prêtres, font réserve de la confession des religieuses quelles qu’elles soient, et accordent pour l’absolution de ces religieuses, à des confesseurs choisis par eux, une approbation spéciale. Bouix, De jure regu­ larium, Paris, 1883, t. n, p. 336. Bullarium romanum, Luxembourg, 1739, et Benoit XIV, Bullarium, Venise, 1778: constitutions citées dans le cours de l'article ; Mühlbauer, Thesaurus resolutionum S. C. Concilii, Munich, 1883, v· Confessorius, t. iv, p. 376 sq.; Pallottini, Col­ lectio conclusionum et resolutionum S. C. conc. Trid., Rome, 1892, v· Sacramentum pænitcntiæ, t. xvi, p. 162 sq. ; Benoit XIV, Institutiones, txxxiv et i.xxxvi, Opera omnia, Bassano, 1767, t. x, p. 174-176. 179-181 ; Ferraris, Bibliotheca canonica, Venise, 1770, v· Approbatio, t. I. p.130sq.;v· Confessorius, t. n, p. 201 sq. ; Suarez, De pænitentia, disp. XXVIII, Opera omnia, Paris, 1866, t. xxi, p. 575 sq. ; De Lugo, De sacram, psen., disp. XXI, Disputationes scholastics et morales, Paris, 1868, t. v. p. 250 sq.; Lacroix, Theologia moralis, Paris, 1874, t. in, p. 564587 ; S. Liguori, Theologia moralis, I. VI, n. 542-552, 577, Paris, 1883, t. in, p. 573 sq.; Homo apostolicus, tr. XVI. n. 74-80, 89, Paris, 1884, t. n, p.36 sq. ; Bouix, De episcopo, Pa­ ris, 1873, t. n, p. 244-256; De parocho, Paris, 1880. p. 448-452; De jure regularium, Paris, 1883, t. n, p. 213-263, 331-338; Jaugey, Tractatus de sacramento pænitentiæ, Langres, 1877, p. 304 sq. ; Ballerini-Palmieri, Opus theologicum morale, Prato, 1892, t. v, p. 270-293 ; Hilarius a Sexten, Tractatus pastoralis de sacramentis, Mayence, 1895, p. 326 sq. ; les auteurs de théo­ logie morale, Berardi, Bucceroni, Lehmkuhl, Marc, Génicot, dans le traité De sacramento pænitentiæ, et plus particuliérement Aertnys, Theologia moralis, Tournai, 1893, t. II. p. 140-149, et Haine, Theologiæ moralis elementa, Rome et Louvain, 1899, t. ni, p. 308-321. A. Beugnet. 3. APPROBATION DES LIVRES. Voir Livres. 1708 h. APPROBATION DESORDRES RELIGIEUX. Voir Ordres religieux. APPROPRIATION (AUX PERSONNES DE LA SAINTE TRINITÉ. — I. Nature de l’appropriation. II. Ses raisons d’être. III. Ses applications. IV. Histoire de la doctrine. I. Nature de l’appropriation. — 1» L’appropriation, χόλλησις, est un procédé de langage théologique em­ ployé pour traiter des trois personnes divines. L’esprit humain est très pauvre en concepts propres concernant la Trinité, et la parole n’a que peu de termes pour exprimer les relations mutuelles el le caractère person­ nel du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Pour obvier à cette indigence, la théologie a recours à des concepts et à des mots par lesquels sont traduits d’autres objets, elle les applique par analogie ou par appropriation aux per­ sonnes de la sainte Trinité. Par exemple, la théologie possède une connaissance claire et certaine des choses finies, elle trouve dans les créatures ou entre elles des propriétés, des rapports qui ont une certaine similitude avec les caractères et les relations des personnes éter­ nelles, elle éclaire ceux-ci par ceux-là, la Trinité par la créature : c’est ce qu’on appelle les vestiges de la Tri­ nité dans la création. Voir Analogie, col. 4142, Vestiges. — La théologie possède encore des notions nombreuses et solides sur la nature divine, son essence, ses pro­ priétés, ses opérations immanentes ou extérieures, c’està-dire sur ce qui est commun aux trois personnes divines. Quand elle emprunte ces notions pour les attri­ buer à une personne de la sainte Trinité de préférence à une autre personne, elle emploie ce qu’on appelle {’appropriation. Il y a donc entre l’appropriation et les vestiges cette différence que, par les vestiges, on em­ prunte à la connaissance du crée, tandis que, par l’ap­ propriation, on utilise la connaissance de l’incréé et de l’unité pour éclairer la Trinité. Sicut igitur similitu­ dine vestigii vel imaginis in creaturis inventa utimur ad manifestationem divinarum personarum; ita et essentialibus attributis; et hæc manifestatio persona­ rum per essentialia attributa, appropriate nominatur. S. Thomas, Sum. theol., I*, q. xxxix, a. 7. 2° Pour bien saisir la nature de l'appropriation, il faut observer que la chose appropriée à une personne divine ne lui est pas cependant attribuée en propre à l’exclusion des autres personnes. Par exemple, quand saint Bonaventure, In 1V Sent., 1.1. dist. XXXIV, q. ni, Quaracchi, 1882, p. 512, dit que le Père est puissance, le Fils sagesse, et le Saint-Esprit bonté, il n'entend pas que la puissance n’appartient qu’au Père à l’exclusion du Fils et du Saint-Esprit, ni que la sagesse appartient uniquement au Fils et la bonté exclusivement au SaintEsprit. Les qualités et opérations divines ne cessent pas d’être essentielles et communes par le fait qu’on les appro­ prie à l’une des personnes. Cf. S. Léon, Semi., lxxvi, c. n, P. L., t. Liv, col. 405. C’est par une erreur de cette nature qu’Abélard réservait la puissance au Père seul. — Mais, s’il faut éviter l’exclusion des autres per­ sonnes, il importe cependant d’admettre une préférence pour celle à qui l’on attribue la qualité appropriée. Dire du Fils : Tu solus Sanctus; Tu solus Dominus; Tu so­ lus Allissimus, Jesu Christe, n'est pas faire une appro­ priation, parce que ce n’est pas comparer le Fils aux autres personnes et l’affirmer, de préférence à elles, Saint, Seigneur et Très-Haut. Au contraire, dans l'exemple, cité plus haut, il y a une réelle appropriation parce que les trois personnes étant comparées, la puis­ sance est attribuée de préférence au Père, la sagesse au Fils, la bonté à l’Esprit-Saint. 3° De ce qui précède on peut conclure :1. Que toutes les qualités ou opérations essentielles de Dieu peuvent servir de matière à une appropriation, car toutes offrent toujours un caractère sous lequel on puisse, d’une façon 1709 APPROPRIATION AUX PERSONNES DE LA SAINTE TRINITE ou de l’autre, les comparer avec l’une des personnes divines et en tirer une ressemblance. Cf. Henri de Gand, Summa theologies, II1, a. 7, q. ni, Paris, '1520; S. Thomas, Sum, theol., I», q. xxxix, a. 8, oii il fait servir à l’appropriation ce qui concerne l'être, l'unité, la puissance, l’action de l’essence divine, c’est-à-dire tout ce qui a trait â cette essence. — Cependant il faut pré­ férer les termes dont les relations mutuelles rappellent l’ordre des trois personnes divines. Saint Bonaventure, In IV Sent., 1. I, dist. XXXIV, q. tn, Quaracchi, 1882, t. I. p. 592, va même jusqu’à dire que les seuls noms uti­ lisables dans l’appropriation sont ceux qui contiennent une raison d’ordre et d’origine. Cf. de Régnon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, 3· série, théories grecques des processions divines, étude XVII. c. n, a. 2, S 5, Paris, 1898, t. i, p. 291. — 2. Que plu­ sieurs qualités essentielles ou opérations naturelles peuvent être appropriées à une seule personne. Car les personnes étant enveloppées dans le mystère et pouvant être envisagées sous de multiples aspects, ce n’est pas trop de plusieurs concepts appropriés pour en faciliter l’intelligence et en distinguer les faces. Ainsi au Père sont attribuées l’éternité, la puissance, l’unité. — 3. Qu’une même qualité ou opération peut, pour des raisons diverses, être appropriée à plusieurs personnes. Cela découle du fait qu’une qualité appropriée à une personne, ne lui étant pas attribuée exclusivement, peut encore être rapportée à une autre personne sous un aspect différent. Ainsi « la révélation des mystères de Dieu » à l’homme est attribuée différemment au Fils et au Saint-Esprit.Elle l’est au Fils parce que, en sa qualité de Verbe, de Parole du Père, il semble plus particulié­ rement propre à manifester en soi et par soi la vérité de Dieu. Elle l’est au Saint-Esprit parce qu’il représente la bonté communicative de Dieu et que la révélation des mystères est un acte de tendre familiarité et une com­ munication au dehors des secrets divins. Cf. Scheeben, La dogmatique, trad. Bélet, § 124, n. 1052, Paris, 1880, t. n, p. 705. H. Les raisons d’ètre de l’appropriation. — 1» Le procédé de l’appropriation est indispensable. Sans lui, il est impossible de traiter des choses de la Trinité avec détail et succès. La cause en est dans le silence de la raison et dans le laconisme du dogme. — En effet, le raisonnement peut bien conduire l’esprit humain de la nature créée à la nature créatrice et lui faire découvrir l’existence et quelque chose des attributs essentiels de Dieu; mais arrivé là, il s’arrête; il est compétent sur I Unité divine, sur la Trinité, il est muet. Voir Analogie, 1Π, col. 1149. Le mystère dépasse d’une façon radicale la portée de la raison humaine. — D'autre part, la révéla­ tion nous dit bien quelque chose sur la sainte Trinité, mais les points fixés par le dogme, les concepts qu’il fournit sont pen nombreux et si l’on s’en tenait uni­ quement aux formules définies ou révélées, on serait vite au terme de la science humaine relative au Père, au Fils ou au Saint-Esprit. — Pour ces deux raisons, il • tait donc d'une suprême utilité d’enrichir le langage théologique concernant la sainte Trinité. La tradition autorisée par la sainte Écriture elle-même l’a fait par les vestiges et par l’appropriation. — 2° L’appropriation n ajoute pas seulement aux connaissance» dogmatiques sur la Trinité; elle éclaire encore celles-ci et les pré­ cise, c’est la pensée de saint Thomas : « Il convient, dit-il. d’approprier aux personnes les attributs essentiels pour une plus grande manifestation des choses de la foi. En effet, bien que la Trinité des personnes ne puisse être démontrée par la raison, il convient, cepen­ dant, de l'expliquer par des choses plus manifestes. Or les attributs essentiels sont plus manifestes à notre rai­ son que les propriétés personnelles, puisque, des créa­ tures que nous connaissons, nous pouvons parvenir avec certitude à la connaissance des attributs essentiels, mais 1710 non à la connaissance des propriétés personnelles. . Et cette manifestation des personnes par les attributs essentiels s’appelle appropriation. » Sum. the.·, .. !·. q. xxxix, a. 7. — 3° Enfin, dans’toute comparaison, les deux termes comparés s’éclairent mutuellement. Les attributs divins appropriés,par raison de similitude, aux personnes divines, ne font pas seulement mieux con­ naître ceux-ci, mais eux-mêmes se manifestent plus clairement par l’appropriation et, de la sorte, grâce à cette méthode de langage, l’Unité éclaire la Trinité et la Trinité éclaire l’Unité. III. Applications de l’appropriation. — Nous avons vu que tous les termes ou concepts qui concernent l’essence peuvent être utilisés par l’appropriation. En effet, la tradition patristique et théologique a approprié aux personnes divines les noms de la nature divine, ses qualités essentielles, ses opérations ad extra. 1° Les noms. — Au Père est approprié le nom de Dieu, au Fils le nom de Seigneur. Le nom d’Esprit peut aussi, dans un certain sens, être considéré comme approprié à la troisième personne. — La sainte Écri­ ture, quand elle énumère le Père et le Fils, ajoute sou­ vent le nom de Dieu au premier et le nom de Seigneur au second. Benedictus Deus et Pater Domini Nostri Jesu Christi. II Cor., I, 3; cf. I Cor., vin, 6; xn, 4-6; Eph., iv, 5-6. « C’est une doctrine de piété de savoir qu’il n’y a qu’un seul Dieu innascible, le Père, et un seul Seigneur engendré, le Fils, lequel est appelé Dien quand on le désigne en lui-même et séparément, mais s’appelle Seigneur quand on le nomme conjointement avec le Père ; car la première désignation convient à sa nature, la seconde fait ressortir l’unité de principe. » Grégoire de Nazianze, Orat., xxv, n. 15, P. G., t. xxxv, col. 1220. Cf. Hilaire, De Trinitate, 1. VHI, n. 35-37, P. L., t. x, col. 263; Basile, Epist., vm, n. 3, P. G., t.xxxu.col. 230; Chrysostome, In I Cor., hornil. xx, n.3, P. G., t. lxi, col. Î64; Thêodoret, In I Cor., vm, 6, P. G.,t. lxxxii,co1.290; Franzelin,De Deo trino, th. xm, Rome, 1874, p. 216; Ruiz, De Trinitate, q. lxxviii, sect, iv; Jean Damascène, De fide orthodoxa, \. I, c. x, P. G., t. xciv, col. 839. Le nom de Dieu est tellement attribué de préférence au Père, que celui-ci est parfois appelé non pas seulement le Dieu des créatures, mais encore le Dieu du Fils. Saint Jean, i, 1, dit que le Verbe était en Dieu, c’est-à-dire suivant Théophylacte, In h. L, P. G., t. cxxin, col. 1135, et d’autres Pères, dans Ruiz, ibid., qu’il était dans le Père. — Le Christ dit que le Père est son Dieu, Joa., xx, 17, et saint Cyrille de Jérusa­ lem, Catech., xi, c. xix, P. G., t. xxxni, col. 714, et saint Hilaire, De Trinitate, 1. XI, c. xi, P. L., t. x, col. 406, affirment que le Christ parle ici comme personne di­ vine aussi bien qu’en tant qu’homme. La liturgie com­ mence ses oraisons adressées au Père par le mot : D->ia, et les termine ainsi : Per Dominum nostrum Jemm Christum. Cf. dom Legeay, Les noms de Notre-Seigr.eur dans la sainte Écriture, et une prose sur les noms du Christ : Alma chorus Domini, dans le missel de Sarum, Ordo sponsalium. — Le nom d’Esprit appliqué à la troisième personne lui convient en propre si l’on entend signifier le mode de procession de cette personne par manière de souille et de spiration mutuelle du Père et du Fils confondus dans l’unité d’un même principe; mais ce nom n’est qu’approprié, s’il est pris dans le sens de substance immatérielle. Cf. Scheeben. n. 1016; Hurter, De Deo trino, c. m, n. 225, Inspruck, 1896, t. n, p. 192. — Tel est le sort de ce mot spiritus qn’après avoir signifié d’abord en propre le vent, ou le souffle de l’air, il a servi bientôt à désigner métaphoriquement les esprits. La métaphore est vite devenue une acception propre, puis continuant ses vicissitudes, le mot, de la désignation des esprits finis ou de l’Esprit infini, est devenu par appropriation ou proprement, suivant les cas, le nom de la troisième personne divine. 1711 APPROPRIATION AUX PERSONNES DE LA SAINTE TRINITÉ 2» Les attributs essentiels. — Sous ce chef, les Pères latins et les Pères grecs ont multiplié les appropria­ tions. Les principales sont les trois suivantes : 1. Λ la suite de saint Hilaire, De Trinitate, 1. II, c. I, P. L., t. x, col. 51, et de saint Augustin, De Trinitate, 1. VI, t. x, P. L., t. xui, col. 931, l’éternité est appropriée au Père, la beauté au Fils, la fruition au Saint-Esprit. Æternitas appropriatin' Patri, species Filio, usus Spi­ ritui Satiato. S. Thomas, Sum. theol., I’, q. xxxix, a. 8. Cf. Alexandre de Halés, Sum. theol., I“, q. i.xvn, membr. i, Venise, 1576, 1.1, p. 160; Albert le Grand, Sum. theol., I·, q. XLVIH-L, Lyon. 1651, t. xvn, p. 286; Pierre Lombard.Sent., 1.1, dist. XXXI.c. lii.P.L.,t.cxcn, col.60kS. Bonaventure. In I F Sent.,LI,dist. XXXI, part. Il.a. l.q.lll, Opera. Quaracchi, 1883.1.1 b,p.543; Henri de Gand, Sum. Z/ieoZ.,IIa,a.72,q.lli, tv. Paris, 1520. — L'éter­ nité supposant un être sans commencement et sans prin­ cipe convientau Père. La beauté consiste dans l'intégrité de l'être, dans son harmonieuse proportion et dans sa splendeur. Elle convient au Fils qui possède dans sa plé­ nitude la nature du Père, qui est l'image parfaitement proportionnée de celui-ci, qui contient dans un ordre harmonieux les idées exemplaires de toutes les créatures, qui, enfin, par la manière dont il procède, brille de l’éclat de la lumière intellectuelle. La fruition est légitimement appropriée au Saint-Esprit, car elle implique la jouis­ sance finale dans la possession d'un bien. Or, le SaintEsprit représente la bonté, il est le don infini, il procède de l’amour, de la jouissance mutuelle du Père et du Fils, il est le terme et la tin des processions divines. — 2. On attribue encore au Père l'uniZé, au Fils la vérité, au Saint-Esprit la bonté; car l’unité est le principe de la multiplicité comme le Père est le principe de la Tri­ nité; la vérité est la ressemblance du concept avec la réalité ou de la réalité avec son exemplaire, comme le Fils est la similitude infinie du Père. Enfin, une chose est bonne qui est consommée et parfaite, une personne est bonne qui est bienfaisante et fait rayonner autour de soi la joie et l'affection. Or l’Esprit-Saint est la consom­ mation et la perfection de la Trinité, il est amour, don, source de bienfaits et de joie. Cf. Scheeben. n. 1047, 10i8, trad. Bélet, Paris, 1880. — 3. Comme l'unité peut être considérée sous divers points de vue, on attribue aussi au Père l'unizé sans restriction, au Fils l'unité d’égalité, au Saint-Esprit l'unité de liaison, parce que le Père, ainsi que l'unité, ne présuppose rien et a la raison de principe ; parce que le Fils procède du Père en simi­ litude parfaite et dans l'unité d'une même nature; parce que le Saint-Esprit est le lien du Père et du Fils. In Patre unitas, in Filio «qualitas, in Spiritu Sancio uni­ tatis æqualitatisque concordia. El hæc tria unum omnia propter Patrem, tequalia omnia propter Filium, con­ nexa omnia propter Spiritum Sanctum. S. Augustin, De doctrina Christiana, 1. I, c. v, P. L., t.xxxiv, coi. 21. 3° Les opérations divines ad extra. — On distingue, au sujet des opérations, les causes ou les puissances qui y concourent, les actes produits par ces puissances, les effets qui en sortent, les rapports qui s'établissent entre les effets et leurs causes. Ce sont autant d’aspects dont la tradition s'est inspirée pour parler le langage de l'ap­ propriation. — 1. La puissance, la sagesse et la bonté se révèlent dans chaque opération divine : elles sont le principe de toute action de Dieu au dehors. Or la puis­ sance est appropriée au Père, la sagesse au Fils, la bonté au Saint-Esprit. Le Père, en effet, étant le principe et le premier dans la Sainte Trinité, a un cachet de res­ semblance avec la puissance qui est le principe des actions et qui les précède ainsi que leurs effets. Le Fils, en tant que Verbe, représente la sagesse du Père. La bonté qui aime et qui fait aimer convient au SaintEsprit lequel est amour. Cf. Richard de Saint-Victor, De Trinitate, 1. VI. c. xv. P. L., t. cxciv, col. 979; De tribus approprions personis in Trinitate, P. L., 1712 t. cxcvi. col. 991 ; S. Thomas, Sum. theol., I», q. xxxix, a. 8; Ruiz, De Trinitate, disp. LXXXII, sect, π; Scheeben, n. 1050. — Cette appropriation en a suggéré une autre par laquelle, dans les opérations ad extra, la causalité efficiente est attribuée au Père, car la puis­ sance est efficiente; la causalité exemplaire est rap­ portée au Fils, car c'est la sagesse qui conçoit les idées; la causalité finale appartient au Saint-Esprit, puisque la fin agit par la bonté qu'elle contient et par l’amour qu'elle inspire. Cf. E. Dubois, De exemplarismo divino, c. xn, § 4, Rome, '1897, p. 183; S. Thomas, Sum. theol., I», q. xlv, a. 6. — Pour les mêmes motifs, la création qui implique puissance est appropriée au Père, la disposition bien ordonnée de toutes choses où parait surtout la sagesse est appropriée au Fils, et au SaintEsprit le gouvernement de la créature dont les mouve­ ments ont leur raison et leur terme dans la fin. Cf. E. Dubois, loc. cit. — 2. La causalité éternelle produit ses effets par le moyen d'une série d'actes substantielle­ ment identiques, mais distingués et considérés comme successifs par notre raison. Le premier de ces actes est la résolution d'agir, βούλημα : point de départ, il est approprié au principe, au Père; vient ensuite le plan des opérations divines et leur exécution, δημιουργία, ενέργεια, ceci convient au Fils, qui est sagesse dans la conception du plan et démiurge dans son exécution; suivent enfin la conservation et la consommation, -ελείωσις, de toutes choses, lesquelles sont rapportées au Saint-Esprit qui est amour et consommation de la sainte Trinité. Cf. Scheeben, n. 1050; Franzelin, loc. cit. — 3. Les effets de faction divine sont les substances qui étant, dans la nature, le substratum et le principe des activités et des propriétés, sont considérées comme produites par le Père; au Père encore les interventions miraculeuses où se manifeste d’une façon éclatante la toute-puissance. Les substances matérielles subissent des transformations, les intelligences reçoivent des illu­ minations, les âmes tombées sont relevées, leur pardon est intercédé. Au Fils démiurge, Verbe du Père et per­ sonne incarnée, toutes ces opérations seront rapportées. Enfin, au Saint-Esprit tout ce qui parfait, tout ce qui sanctifie, tout ce qui consomme; à lui donc tout l'ordre surnaturel, la grâce, les dons gratuits, les vertus. — 4. Les rapports qui s'établissent ainsi entre les créatures et le créateur sont exprimés et appropriés par les for­ mules traditionnelles suivantes, έξ, διά, έν. Saint Paul avait dit : « De Lui, et par Lui et en Lui sont toutes choses. » Rom., xi, 36. Développant cette idée, saint Athanase écrit : «Tout est fait par le Père, au moyen du Christ, dans le Saint-Esprit, τα πάντα ένεργήται ύπδ του ©εοϋ δια Χριστού έν άγίω Πνεύματι. Je reconnais donc comme indivisible l'opération du Fils et du Saint-Esprit. Mais parce que j'enlace ainsi le έξ ού, le δι’ oéet le έν ω, il ne s’ensuit pas que je cherche à transformer la Tri­ nité en simple unité. » S. Athanase, Adversus sabellianos, 12, 13, P. G., t. xxvm, col. 117. Έζ ού convient au Père qui est principe et premier, δι’ ού qui implique un intermédiaire convientau Fils,et ainsi Dieu fait tout par le Fils comme par sa parole et son image; έν ω convient au Saint-Esprit comme au terme dans lequel se repose l'amour mutuel du Père et du Fils et dans lequel sont complétées et parfaites toutes choses. H faut entendre dans le même sens la doxologie : « Gloire au Père par le Fils dans le Saint-Esprit. » et la formule super omnia, per omnia, in omnibus. « Il existe donc une Trinité sainte et parfaite adorée dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sans rien d'étranger, sans mélange de chose extérieure, ne consistant pas en créateur et créature, mais tout entière créatrice et démiurge. Elle est toute semblable à elle-même, indivi­ sible en nature, identique en opération. Car le Père par le Verbe dans le Saint-Esprit opère toutes choses. Ainsi demeure sauve l’unité de la sainte Trinité. Et voilà 1713 APPROPRIATION AUX PERSONNES DE LA SAINTE TRINITÉ comment dans l’Église est prêché un seul Dieu qui est super omnia et per omnia et in omnibus, Eph., iv,6 : super omnia comme Père, comme principe et source ; per omnia, c’est-à-dire par le Verbe; in omnibus, c'està-dire dans le Saint-Esprit. » S. Athanase, Ad Serapion., c. i, 28, P. G., t. xxvi, col. 595. Cr. S. Thomas. Sum. theol , I", q. xxxix, a. 8; de Régnon, op. cil., 1.1, p. 68; Scheeben, n. 1051. IV. Histoire de la doctrine. — Nous ne pouvons faire ici l'historique de chacune des formes de l’appro­ priation, c'est-à-dire de chacun des noms essentiels appropriés aux personnes divines. Cette étude se fera dans les articles consacrés à ces noms. Nous décrirons seulement les origines et les progrès de la théorie con­ cernant la méthode même de l'appropriation. 1714 croient « en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ■: et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique. Notre-Seigneur, par qui tout a été fait, et au Saint-Esprit vivificateur qui a parlé par les prophètes ». Cf. Denzin­ ger, Enchiridion, n. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. 10. 11. 12. lu, 17, 47; Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique, I. VI, c. ix, Paris, 1866, t. il, p. 56. —3. La liturgie, dès l'origine, fait répéter aux fidèles la doxologie rapportée plus haut : « Gloire au Père, pab le Fils, dans le SaintEsprit. » — « Toute prière catholique est marquée de cette frappe : elle est baptisée dans la Trinité; elle est offerte au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit. La messe proprement dite (messe des fidèles) n’est compo­ sée que d'une série d’oraisons, toujours terminées par la prière d'intercession du Fils : par Notre Seigneur, 19. — Sarcophage du Musée de Latran. n. 104, d'après H. Manicchi. Éléments d’archéologie chrétienne, Paris et Rome, 1900. t. i, Notions générales, p. 327. l" Le fondement de cette théorie se trouve dans la manière de parler des auteurs inspirés, dans la manière de croire et de prier de l’Église. — 1. L’Ecriture sainte, en effet,sans exposer la doctrine de l'appropria­ tion. semble la pratiquer fréquemment. C'est ainsi qu’elle emploie de préférence, nous l avons vu, le nom de Dieu, Deus, en parlant du Père et celui de Seigneur, Dominus,à l’occasion du Fils. Cf. Rom., xv, 9; II Cor., I. 3: xr. 31 ; Eph., 1.3; iv, 6; I Thess., i, 1.3; ni. 11,13: II Thess., i, 1,2; n, 15; I Pet., i, 3. Saint Paul rapporte les miracles au Père comme au Tout-Puissant, la distribu­ tion des ministères dans la société chrétienne au Fils, comme au chef et à la tête de l’Église, la répartition des grâces au Saint-Esprit comme au sanctificateur. « Λ la vérité, dit-il, il y a diversité de grâces, χαρισμάτων, mais c'est le même Esprit ; il y a diversité de ministères, διαχωνιών, mais c’est le même Seigneur; il y a diversité d'opérations, ένεργημάτων, mais c’est le même Dieu qui opère en tous. » I Cor., xn, 4-6. — Nous lisons : Ex ipso, et per ipsum et in ipso sunt omnia, Rom., xi, 36, sur quoi saint Thomas, In h. toc., observe : Ex ipso dicitur propter Patrem, per ipsum propter Filium, in ipso propter Spiritum Sanctum. — 2. Les for­ mules de la foi font des appropriations aussi. Les fidèles par le Christ, par lui, arec lui, en lui est toute gloire ά vous, Dieu Ze Père, dans l'unité du Saint-Esprit. · Dom Fernand Cabrol, Le livre de la prière antique, c. xix. Paris, Poitiers, -I960, p. 262. — Dans sa cêl.-i rlettre à Amphiloque sur le Saint-Esprit. 3. P. G . t. ΧΧΧΠ, col. 71. saint Basile nous indique quell·· èt.u'î. de son temps, l'extension et l’importance d·· · · :t. .1 .·..>. logie : « Dernièrement, dit-il. je priais avec mon peuple et j'employais pour doxologie, tantôt : au 1’· re a> ,·. Fils et avec le Saint-Esprit, μετά τού Υιού σύ · τώ II·.· μάτι τώ άγίω; tantôt : au Père par le Fils dans le SaintEsprit, διά τού Γΐού έν τώ άγίω Π·.εύματι. Quelques-uns des assistants nous en firent un crime comme si nous employons des formules non seulement nouvelles, mais encore contradictoires. Dans le but de leur être utile, ou, s'ils sont incurables, pour la sécurité de ceux qui les rencontrent, vous m’avez demandé une exposition claire touchant la force de chacun de ces mots. » La lettre est donc consacrée à l'explication de cette for­ mule, dont la gravité ressort par là même. Cf. P. de R··gnon, op. cil., étude XFV, c. v, a. 2, Querelle au sujet d’une doxologie, t. I, p. 120. Plus tard encore l’office de la sainte Trinité contient quelques groupements qui sont des formules de prières antiques et où se rencon­ 1715 APPROPRIATION AUX PERSONNES DE LA SAINTE TRINITÉ trent de vraies appropriations, par exemple, celui-ci : Charilas Pater est, gratia Filius, communicatio Spi­ ritus sanctus, ô beata Trinitas. 2" L'iconographie de l'appropriation possède un type très expressif dans un sarcophage découvert sur la voie Ostienne dans les fondations du ciborium de l'autel de Saint-Paul-hors-les-Murs, et conservé au musée du Latran,n» 104- (fig. 19). Trois personnages, les trois personnes de la sainte Trinité, portant la barbe et ayant le même âge, symbole de la coéternité des trois personnes ado­ rables, procèdent à la création d’Éve. A l'arrière du groupe, le Père debout, paraissant présider à l’œuvre créatrice. Devant le Père, assis sur un siège en treillis recouvert d'une draperie, le Fils la main droite levée, trois doigts étendus dans le geste du commandement ou de la bénédiction : geste créateur et bénissant qui ordonne à Eve de sortir du côté d'Adam. A gauche du Fils, debout, l'Esprit-Saint, regardant le Père et le Fils, et la main droite posée sur la tête d’Éve parachevant l'œuvre créatrice du Fils. Ainsi est traduite, par la sculpture, la pensée de saint Irénée : « Pour faire ce qu'il avait en lui-même voué à l’être, Dieu a lui aussi ses mains : car, il a toujours le Verbe et la Sagesse, le Fils et l'Esprit par lesquels et dans lesquels il a fait libre­ ment et spontanément toutes choses. » Irénée, I. V, c. xxxvi, n. 2. Cf. Franzelin, op. cil., p. 221, note 2; Marucchi, Éléments d’archéologie chrétienne, I. IV, c. vin, § 1, Rome, 1900, t. i, p. 327. Voir une explica­ tion un peu dilférente dans Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, v» Trinité, Paris, 1877. — Dans la Roma solterranea, de Bosio, Rome, 1632. p. 148, une inscription postérieure à l’époque des Catacombes porte : in nomine Patris omnipotentis et Domini nos­ tri Jesu Fil. et sancti Paracleti. On Iit la même inscription sur un marbre fruste trouvé â Saint-Taurin d'Évreux. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, Paris, 1856, t. i, p. 222. | 3· Les Pères grecs esquissent déjà la théorie de l’ap­ propriation dans ses lignes principales par les règles qu’ils établissent pour l’emploi des noms, κλήσεις, divins. —1. Ils distinguent en premier lieu les choses qui sont autour de Dieu, qui le concernent, τα περ’ι Θεόν, et les choses qui sont en Dieu, qui constituent son essence, τα κατά θεόν. Les premières sont connais­ sables, les secondes sont inconnaissables en elles-mêmes et ne peuvent être connues que par les premières; en d’autres termes, Dieu ne peut être connu que par nos relations avec Lui. — 2. Puis, dans les choses κατά Θεόν, les Pères distinguent les noms communs à la divinité et les noms propres aux personnes divines. Celles-ci n’ont chacune qu’un nom propre, ίδιον όνομα, les autres dénominations ne sont que des appellations, κλήσεις. — 3. Les κλήσεις se tirent de la Sainte Écriture. Grâce à elles, on découvre le caractère propre de chaque personne. Grégoire de Nazianze, Oral., xxx, 16, 17, 19, 20, P. G., t. xxxvi, col. 124-129; Origéne, In Joa., tom. i, 10, Tl, 23, P. G., t. xiv, col. 38, 39, 59; S. Atha­ nase, De decretis Nicxnic synodi, 17, P. G.,t. xxv,col. 451 ; S. Basile, De Spiritu Sancto, 17, P. G., t. xxxn, col. 95; Grégoire de Nysse, Contra Funomium,!. Ill, P. G., t. xlv, col. 612; Jean Damascene, De fide orthodoxa, I. I, c. xn, P. G., t. xciv, col. 849. — Ces κλήσεις qui ne sont pas le nom propre des personnes divines, mais qui sont cepen­ dant attribuées à celles-ci et les font mieux connaître, ne sont-elles pas quelque chose de bien voisin des termes appropriés? Le P. de Régnon, op. cit., étude XVII, c. n, t. i, p. 305; étude XXV, c. i, t. n, p. 386, y voit cependant cette différence que « l’appropriation n’ap­ prend rien de nouveau sur la personne divine et ne sert qu’à rappeler des notions acquises » ; au contraire « les appellations (κλήσεις) scripturales précédent dans l'esprit des docteurs tout travail de la raison. On les accepte d'abord comme contenant une vérité relative aux per­ 1716 sonnes divines ; on les analyse ensuite pour mettre en évidence celte vérité ». 4° Les Pères et les Docteurs latins surtout ont fixé d une manière précise et définitive les lois de l’appro­ priation. Saint Hilaire, De Trinitate, 1. II, n. 1, P. L., t. x, col. 50, et saint Augustin, De Trinitate, 1. VI, c. x, P. L., t. XLH, col. 931; De doctrina Christiana, I. I, c. v, P. L.,t. xxxiv, col. 21, emploienties principales des appropriations rapportées plus haut, et sont considérés comme les premiers auteurs de la théorie dont saint Léon le Grand donna ensuite les raisons : « La Trinité est inséparable, écrit celui-ci, mais si nous voulons comprendre qu’elle est une trinité, nous ne pouvons en parler sans séparer et distinguer les termes : quæ cum sit inseparabilis, nunquam intelligeretur esse trinitas, si semper inseparabiliter diceretur. Donc, bien que dans la Trinité existe la divinité immuable, unique en substance, indivise dans ses opérations, unanime dans ses volontés, pareille en puissance, égale en gloire, hujus beatæ Trinitatis incommutabilis divinitas una est in substantia, indivisa in opere, concors in volun­ tate, par in omnipotentia, æqualis ingloria, cependant la sainte Ecriture attribue spécialement aux personnes certains noms et certains faits, de qua sancta Scriptura sic loquitur ut aut in factis aut in verbis aliquid assi­ gnet quod singulis videatur convenire personis; et en cela elle ne trouble pas la foi, mais elle l’instruit, non perturbatur fides catholica, sed docetur, parce que l’in­ telligence ne sépare pas ce que l’oreille discerne, et non dividat intellectus quod distinguit auditus. Au contraire, les fidèles sont empêchés ainsi d’errer sur la Trinité, ut confessio fidelium de Trinitate non erret. » Sermo de Pentecoste, lxxvi, c. ni, P. L., t. liv, col. 405. — La scolastique donna à la théorie sa forme actuelle. Même quelques docteurs comme Alexandre de Halés, 1«, q. lxxii, membr. ni, a. 1, Venise, 1576, t. i, fol. 161 ; Albert le Grand, I», q. i, membr. i, Lyon, 1651, t. xvn, p. 289; saint Bonaventure, In IV Sent., I. I, dist. XXXIV,q. in, Opera, Quaracchi, 1883, t.i b,p.592; saint Thomas, toc. cit., la complétèrent. Jusque-là on avait attribué les noms essentiels aux personnes divines à cause d'une certaine ressemblance entre le contenu de ces noms essentiels et le caractère propre des personnes. Ces auteurs ajoutèrent à l’appropriation par ressem­ blance l'appropriation par dissemblance, et ainsi ils affir­ mèrent qu'on attribuait au Père la puissance pour éviter l'idée de vieillesse et d'impuissance qu’éveille souvent le nom de père chez les humains, au Fils le nom de sagesse pour repousser l'idée d’inexpérience et d'ignorance qui vient souvent à propos des fils des hommes, etc. 5° Les ennemis de l’appropriation furent, d’une façon générale, tous les hérétiques qui, ou exagérèrent, ou diminuèuent la distinction des personnes. Ceux qui l'exagérèrent jusqu'à en faire des substances distinctes, voire même inégales, ne devaient plus considérer comme appropriés, mais employer comme propres aux per­ sonnes divines, les noms essentiels qui leur sont appli­ qués. Ceux qui le diminuèrent, à la façon des sabelliens, devaient regarder l’appropriation comme inutile puisque les trois personnes divines n’étant plus distinctes que de nom, il est oiseux de chercher des formules qui fassent ressortir leur caractère propre et personnel. Le principal et plus direct adversaire des appropria­ tions fut Abélard qui prétendait qu’on ne doit pas attribuer de préférence et approprier la puissance au Père, mais la lui rapporter exclusivement et en propre, que la puissance est la propriété personnelle du Père, que le Fils n’a qu’une certaine puissance, et que le Saint-Esprit n’est nullement une puissance. De même qu’il identifiait la personne du Père avec la puissance, il identifiait celle du Fils avec la sagesse, et celle du Saint-Esprit avec la bonté : ces attributs essentiels n’étaient donc plus appropriés aux personnes divines, 1717 APPROPRIATION — A PRIORI, A POSTERIORI mais leur étaient appliqués comme leur caractère per­ sonnel même. Voir les articles d'Abélard condamnés par le concile de Sens (1141) et par Innocent II (16 juil1141) prop. 1 et 14. Denzinger, Enchiridion, n. 310, 323. Voir Abélard. La même erreur fut professée par Arnaud de Brescia. Voir Othon de Freising, De rébus gestis Friderici I, 1. J, c. xlix, dans Recueil des histo­ riens des Gaules, Paris, 1869, t. xm, col. 656. S. Hilaire, De Trinitate, 1. ΠΙ, n. 1, P. L., t. x, col. 50; S. Augustin, De Trinitate, 1. VI, c. i, P. L., t. xlii, col. 931 ; De doctrina Christiana, 1. I, c. v, P. L., t. xxxiv, col. 21 ; Richard de Saint-Victor, De tribus approprions personis, P. L., t. cxcvi, col. 991; S. Thomas, Sum. theol., 1·, q. xxxtx, a.7.8:S.Bonaventure, In / VSent..l.I.dist.XXXI,part. II,a.l;dist. XXXIV.q. m. Opera, Quaracchi,1883,1.1 b; Ruiz. De Trinitate, disp. LXXXI1 ; Gond. Clypeus, d. X, digr. 1·, §3, Anvers, 1744 ; n: Potau, De Trinitate, 1. Vin, c. ni, n. 1, Venise, 1757; Witasse, De sanctissima Trinitate, q. iv, sect. m, § 5, dans Migne, Th'ulogite cursus completus, t. vin, col. 288 sq. ; M·'Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique, 1. VI, c. ix, Paris, 1866, t. il, p. 56; I. VIII, c. m et iv, t. n, p. 228-244; 1. XV, c. vni, :. m, p. 563; Franzelin, De Deo trino, th. xm, Rome, 1874,p. 216; Schechen, Lu dogmatique, § 124, trad. Bélet, Paris, 1880, t. n, p. 698; Kleutgen, De ipso Deo, n. 887, 1019, 1106, Ratisbonne, 1881, p. 545, 647,705; Heinrich, Theol. dogm., § 250. Mayence, 1881, t. iv, p. 603;Dubois, De exemplarismo divino, c. vî, § 3, Rome, 1897, p. 41; c. xn, § 4, i, p. 181; Paquet, Disputationes th ologicæ seu commentaria in Summum theologicam D. Thomae, De Deo uno et trino, disp. X, q. 1, a. 2, Québec, 1895, p. 512; de Régnon. Étude de théologie positive sur la sainte Trinité, études XVI. XVII, XXVI, Paris, 1898; Christian Pesch, Prselectlànes dogmalicse, t.n, De Deo trino secundum personas, η. 639, Fribourg-en-Brisgau, 1899, p. 331 ; Kirchenlexikon, v Trinitàl. A. Chollet. A PRIORI, A POSTERIORI. - I. Préliminaires. IL L’a priori et l’a posteriori dans l’idée de Dieu. III. L’a priori et l'a posteriori dans les jugements théo­ logiques. IV. L’a priori et l’a posteriori dans le rai­ sonnement dogmatique. V. L’a priori et l’a posteriori dans la méthode des sciences ecclésiastiques. VI. His­ toire de la doctrine. I. Préliminaires. — Dans sa marche vers la connais­ sance scientilique en général, et en particulier vers la spéculation théologique, l’esprit humain parcourt plu­ sieurs étapes qu’il s’agit de bien distinguer, parce que, à chacune de ces étapes, peut se manifester et se mani­ feste, en effet, tantôt le caractère d’apriorisme et tantôt celui d’apostériorisme. La première étape est celle de l'idée, appelée par les anciens scolastiques « simple appréhension ». C’est le concept brut d’une chose, sans iflirmation et sans négation; c’est la représentation vi­ vante d'un objet unique. — Comparée avec la réalité ou avec un autre concept, l’idée mène au jugement par le­ quel nous affirmons ou nous nions sa convenance avec ta réalité ou avec le concept qui lui ont été rapportés. — Deux jugements concernant un même objet, et rapprochés suivant les lois de la logique, mènent à une conclusion qui était contenue en eux et avec elle constituent un rais nnement. — La série des conclusions scientifiques rela­ tives a un même objet s'appelle science. L’ensemble des regies qui permettent de déduire des prémisses leurs con­ clusions légitimes, puis de réunir harmonieusement ces conclusions en un organisme scientifique, est une mé·. ·. de. — L’a priori et ïaposteriori peuvent se rencontrer dan- l’idée,dans les jugements, dans les raisonnements, da:.- l.i méthode. Nous allons l’examiner sous ces quatre fermes. relativement aux connaissances théologiques. il. L’a pnioiit et l’a posremoHi dans l'idée de Oter. — 1’ On entend par idée a priori celle qui est anté­ rieure à l'expérience sensible, qui existedans notre esprit en dehors de tout contact avec les choses du dehors : telle Iidée infuse que Dieu déposerait dans une àrne sur une réalité qu’elle ne saurait atteindre sans cela : telle Fidée innéequi jaillirait spontanément du fond de notre nature sur des objets non encore entrevus de 1'extérieur.— 1718 L’idée a posteriori est, par conséquent, celle qui naît de l’expérience, celle que la perception extérieure des réa­ lités concrètes excite et fait éclore dans l'esprit par l'ab­ straction intellectuelle. Voir Abstraction, col. 278. 2° Avons-nous de Dieu une idée a priori ou a poste­ riori? — Que Dieu puisse directement, et sans passer par la voie ordinaire des perceptions sensibles, se découvrir à nous et se faire voir, soit dans une intuition révéla­ trice, soit dans une idée miraculeusement infuse, la chose est incontestable. Dans une telle hypothèse, l'homme favorisé de cette vision immédiate de Dieu, ou de cette image spirituelle créée en lui par le travail divin, aurait de Dieu un concept antérieur à l'expérience sensible, une idée a priori. — Mais si nous demandons comment naît en fait et normalement l’idée de Dieu en nous, l’aprio­ risme de l’idée de Dieu devient une erreur théologique, et la vérité est dans l'apostériorisme. — L'origine a priori de l’idée de Dieu a été surtout défendue par les ontologistes, les innéites, les kantistes. 3° Les ontologistes repoussent la connaissance de Dieu tirée des créatures et veulent que nous connaissions Dieu en lui-même et avant toute autre nature. « Il n’y a que Dieu que l’on connaisse par lui-même... il n’y a que Dieu que nous voyions d'une vue immédiate et directe. Il n’y a que lui qui puisse éclairer l’esprit par sa propre substance. Enfin, dans cette vie, ce n’est que par l’union que nous avons avec lui, que nous sommes capables de connaître ce que nous connaissons... Ainsi il est néces­ saire de dire que l’on connaît Dieu par lui-même, quoi­ que la connaissance que l’on a en cette vie soit très im­ parfaite, et que l’on connaît les choses corporelles par leurs idées, c’est-à-dire en Dieu. » Malebranche, Recherche de la vérité, 1. Ill, part. II, c. vu, 2, Paris, s. d., édit. Francisque Bouillier, t. I, p. 336. Et la preuve que l’idée de Dieu, d’après Malebranche, est une idée a priori, c’est ce qu’il écrit nettement, loc. cit., c.vt, p. 329 : « Mais, non seulement l'esprit a l’idée de l’infini (deux lignes plus haut il l’avait appelée : l’idée d’un être infiniment parfait qui est celle que nous avons de Dieu), il l’a même avant celle du fini, » Voir Ontolo­ gisme. — De l’apriorisme ontologiste on peut rappro­ cher l’apriorisme panthéiste qui, en se basant sur l’identification réelle du sujet et de l’objet mène à l’in­ tuition directe et immédiate de l’absolu et, par consé­ quent, au concept a priori de Dieu. Voir Panthéisme. Cf. Propositiones a S. C. Inquisitionis damnatæ die 18 septembris 1861, Denzinger, Enchiridion, n. 15161523; Postulatum concilii Vaticani, Collectio Lacensis, t. vu, p. 849. — Rosmini joint à l’apriorisme ontologiste l’apriorisme panthéiste par sa théorie de l'intuition de l’être indéterminé qui, d’une part, est né­ cessairement quelque chose de l’être éternel qui a créé et déterminé toutes les choses contingentes ; et, d’autre part, est l’être initial qui, enveloppé et précisé par des limites et des déterminations partielles ou totales, devient les idées universelles ou les réalités concrètes. Cf. les quarante propositions tirées des œuvres d’Antoine Ros­ mini Serbali et condamnées par un décret du SaintOffice du 14 décembre 1887. 4° Les innéistes accentuent encore l’apriorisme de l’idée de Dieu. Pour eux, cette idée n’est pas donnée par l’action directe de l’objet éternel sur l’esprit humain, elle est en nous indépendamment de cet objet et anté­ rieurement à son intuition ou à sa démonstration. L’idée innée et a priori de Dieu a été soutenue surtout par Descartes et par Leibnitz. Descartes divise les idées en trois classes : 1" celles qui sont nées avec nous, ou idées innées; 2° celles qui semblent étrangères et venir du dehors, ou idées adventices; 3° celles qui semblent être faites ou inventées par nous-mêmes, ou idées fac­ tices. Troisième méditation, édit. Garnier, Paris, 1835, t. I, p. 112. L’idée de Dieu, l’idée de l’infini, ne saurait être une idée factice, car sa perfection dépasse les forces 1719 A PRIORI, A POSTERIORI 1720 et les proportions de la nature humaine; el le n'est pas ad­ porelles, elle ne conçoit que plus tard les esprits, l’àme ventice non plus, car elle ne peut venir de l'expérience, ni et Dieu. Toutes ses idées sont a posteriori, puisqu’elles relèvent de la sensibilité et sont fournies par l’expérience être fournie par les données sensibles du inonde extérieur; elleest donc innée. «Je ne l'ai pas reçue par lessens, dit-il, des choses extérieures. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I*, elle n'est pas aussi une pure production ou fiction de q. lxxxiv-lxxxviii. C'est ainsi que la notion d’infini pro­ mon esprit, car il n’est pas en mon pouvoir d’y dimi­ cède de celle de fini et de limité, la notion de néces­ nuer, ni d’y ajouter autre chose, et, par conséquent, il saire vient de celle de contingent, l’immuable est connu ne me reste plus autre chose à dire, sinon que cette ! par le mouvement, l’éternel par le temps. Cf. Hontheim, idée est produite avec moi. dés lors que j'ai été créé, ainsi Institutiones theodicææ, Fribourg-en-Brisgau. 1893, n.30. que l'est l'idée de moi-même. » Troisième méditation, C'est ainsi que les théologiens affirment que nos con­ édit. Garnier, t. r, p. 132. L'idée de Dieu nous est donc cepts, pour arriver à exprimer Dieu d'une façon satis­ naturelle «au même sens que nous disons que la géné­ faisante, doivent passer par trois étapes : l'affirmation rosité· ou la maladie est naturelle à certaines familles ». des perfections que nous rencontrons ici-bas. la néga­ JRéponse à Régius, édit. Garnier, t. tv, p. 25. Elleest tion des imperfections qui s’y mêlent ou des limites qui en nous â l'état virtuel à la manière des souvenirs et les bornent, l’affirmation d’un degré supérieur de ri­ l'enfant en naissant « a les idées de Dieu, de lui-même, chesse et de plénitude. Or un tel procédé ne peut appli­ et de toutes ces vérités qui de soi sont connues comme quer à Dieu que des concepts a posteriori. les personnes adultes les ont lorsqu’elles n’y pensent Cf. Petau, De Deo, I. I, c. v, VI. Rome. 1871 ; Thomassin, De point ». Réponse à Hyperaspites, édit. Garnier, t. iv, Deo, 1. IV, c. vu-χι, Venise, 1730; Kleutgen, De ipso Deo, 1.1. q. n. c. iv, a. 4, n. 298. Ratisbonne, 1881 : Hurter. Theologia· dog­ p. 266. — Leibnitz croit comme Descartes que l’idée d'in­ matics: compendium, tr. V, n. 20, Inspruck, 1896, t. n. p. 17; fini nous est innée. Nouveaux essais sur l'entendement Chollet, Theologica lucis theoria, c. vn, Lille, 1893, p. 294. humain, 1. I, c. 1, Paris, 1866, t. t. Celle idée et les autres que nous trouvons en nous-mêmes sans les for­ III. L’a PRtoni et l'.i posteii/ohi dans les juge­ mer « nous sont innées comme des inclinations, des ments théologiques. — 1° On entend parfois par juge­ dispositions, des virtualités naturelles et non pas comme ments a priori ceux qui sont imposés par des formes des actions ». Nouveaux essais, avant-propos. — L’aprio­ subjectives. C’est dans ce sens que la philosophie kanliste risme de Leibnitz diffère cependantde celui de Descartes admet des jugements synthétiques a priori, c’est-à-dire en ce sens que, pour l’auteur du Discours sur la méthode, des affirmations qui ne sont inspirées ni par l'expérience, l’idée de Dieu est chez nous a priori par infusion. C’est ni par les termes pris en eux-mêmes, mais procèdent de Dieu qui la dépose en notre esprit en créant celui-ci. la structure de la faculté qui opère. Ces jugements peu­ Pour Leibnitz, Dieu n’est pas la cause efficiente de son vent être ramenés aux idées a priori- dont nous avons idée en nous, nous avons cette idée en vertu de la per­ parlé plus haut. Nous n'en dirons pas davantage. fection même de notre àme faite à l'image de Dieu. Cf. 2» Plus communément on appelle a priori les juge­ Peillaube, Théorie des concepts, part. II, c. n, Paris, ments analytiques, et a posteriori les jugements syntlu’·sans date, p. 192. thiques. Les premiers sont ceux ou l'analyse du sujet 5» Kant soutient aussi l’apriorisme de l’idée de Dieu fournit une raison de lui accorder ou de lui refuser quand il rejette celle-ci du domaine de la raison pure, l'attribut : ils sont donc bien a priori puisqu'il n'est pas la déclare indémontrable par la science, en lait un pos­ nécessaire de recourir à l'expérience pour y découvrir tulat, c’est-à-dire une nécessité a priori de la raison pra­ le lien qui unit ou sépare le sujet et l’attribut. Les se­ tique et de la loi morale. La science ne nous fait con­ conds n’affirment ou ne nient l’attribut qu'en vertu naître que les phénomènes. La chose en soi, le noumène d’une constatation expérimentale et sont, par conséquent, est en dehors el au-dessus de la portée des investiga­ a posteriori. tions scientifiques. .Mais ce que la raison pure ne peut 3° Nos jugements sur Dieu sont-ils a priori ou a pos­ démontrer, la raison pratique le peut affirmer et croire. teriori? Il faut, pour répondre à cette question, distin­ Il y a un impératif catégorique qui impose le devoir, à guer entre les jugements relatifs à l'existence et ceux tous les êtres raisonnables sans condition. Cet impératif qui concernent l’essence ou les opérations libres de catégorique est une voix extrascientifique, extra expéri­ Dieu. — 1. Par rapport à l’e-TÎstence de Dieu, des philo­ mentale et nécessairement a priori. Or le devoir postule sophes et des théologiens qui invoquent à l'appui de leur la liberté, l’immortalité de l’àme, l’existence de Dieu. thèse Descartes et saint Anselme (voir Anselme [Saint]) L’idée de Dieu est donc un postulat exigé par la force affirment que l'existence de Dieu peut se tirer soit du subjective de la raison pratiqueetdérivant en droite ligne fait, soit du contenu de son idée. La constatation ou de l’apriorisme de l’impératif catégorique du devoir. l'analyse de l'idée d'infini, selon eux, fourniraient la rai­ son d’attribuer l'existence à l’infini ; le jugement : <. l'in­ Cf. Saisset, Le scepticisme, Énêsidème, Pascalet Kant, Paris, fini, Dieu, existe, » serait un jugement a priori. D’au­ 1865; Desdouits, La philosophie de Kant, d’après les trois criti­ ques, Paris, 1876 : Fouillée, Critique des systèmes de morale tres leur répondent que de l'idée de l'infini on ne contemporains, 1. IV. Paris, 1883; Rabier, Leçons de philoso­ saurait passer à la réalité de l'infini, et que de cette idée phie, Paris, 1893, t. I, Psychologie, c. xxn, xxix, XL; Boirac, on peut seulement inférer que, si l'infini existe, il existe Cours élémentaire de philosophie, Paris, 1894; Pesch, Kant et nécessairement par soi, et en vertu même de son es­ la science moderne, c. vu, trad. Lequien, Paris, s. d. sence. Cette doctrine a été discutée â propos de l'argu­ 6» Ces erreurs seront réfutées en leur temps aux ar­ ment de saint Anselme. — 2. Par rapport à l'essence ticles qui les concernent. Voir Dieu. La théologie catho­ divine, l'existence d'un Dieu premier moteur étant lique n'accepte pas l’idée de Dieu a priori. Pour elle, acceptée, on peut tirer du concept de Dieu la raison de l’àme humaine est créée par Dieu sans aucune con­ lui accorder tous ses attributs : sa toute-puissance, sa naissance ni actuelle, ni habituelle ou virtuelle de Dieu ; sagesse, sa bonté, son unité, etc., et les jugements : elle est simplement munie alors d’une faculté, l'intel­ « Dieu est tout-puissant, Dieu est la sagesse, la bonté, ligence, capable de connaître Dieu. C’est le maximum Dieu est un, » sont des jugements a priori. Mais ces d’a priori qu’elle accorde dans l’idée de Dieu, et c’est jugements ne sont pas nécessairement a priori, car, dans ce sens qu'il faut entendre bon nombre de textes indépendamment de l’analyse du concept de cause pre­ des Pères relatifs à la connaissance naturelle et innée mière, et par la seule observation du monde, on peut de Dieu en nous. Cf. Franzelin, De Deo uno, c. vu, déduire certains attribulsde Dieu. Parexemple.de l'ordre Rome, 1876, p. 112. Celte faculté n’agit que par abstrac­ qui paraît dans le monde, on peut conclure que Dieu tions exercées sur les données des sens, ses idées pre- I est sage et intelligent. Dans ce cas, le jugement » Dieu mières sont donc relatives aux essences des choses cor­ est sage » est a posteriori. — 3. Par rapport aux opéra- 4721 A PRIORI, A POSTERIORI 1722 fions libres de Dieu ad extra les jugements qui les lui-méme son « procédé dialectique » : « Nous terminons affirment ne peuvent être qu'a posteriori. En effet, on ici l’étude de la théodicée des philosophes du premier ne saurait les trouver dans l'analyse de l'idée de Dieu ordre. Nous avons vu que tous ont démontré de 11 qui implique la liberté et donc l'indifférence à l’endroit même manière l’existence de Dieu... Tous ont trou·. le de pareilles opérations. Le fait seul établit ces opéra­ point d'appui de cet élan de la raison dans le spectacle des choses créées, monde ou âme; tous ont compris que tions dans le passé, comme la révélation seule les fait ce point de départ n’est en aucune sorte un principe prévoir pour l’avenir. Quand je dis : « Dieu a apparu à Moïse surle Sinaï, Dieu a parlé aux prophètes, Dieu nous d'où la raison puisse déduire Dieu, mais simplement un point de départ d'où la raison s'élève au principe de a envoyé son Fils, Dieu ressuscitera les corps des toute chose que ne contient aucun point de départ, tous hommes, » ces propositions sont a posteriori, et elles ont compris ou entrevu que ce procédé est absolument le sont nécessairement parce que seule l'attestation de différent du syllogisme et qu’il est un des deux procédés Dieu ou la manifestation du fait en lui-méme peuvent essentiels de la raison, celui qui trouve les majeures et bous les inspirer. IV. L'a priori et l’a posteriori dans i.e p.aisonne- non celui qui tire les conséquences; tous ont décrit ce procédé comme une opération de la raison qui, regar­ >ient dogmatique. — 1» Il existe entre les causes et les dant l'être fini, monde ou âme, voit par contraste ou . ..rts un lien étroit qui permet au raisonnement de par regrés dans ce fini l’existence nécessaire de l’infini démontrer les uns par les autres. Quand le raisonne­ et connaît l'infini par négation, en niant les limites de ment démontre un effet par sa cause, par exemple l'im­ tout fini et de toute perfection bornée. » Connaissance mortalité de l’âme par sa spiritualité, il est a priori. Quand il prouve une cause par son ellet, par exemple la de Dieu, I. II, c. vin. Ce procédé de connaissance a pos­ teriori est immédiat. Il confond, dans une certaine me­ spiritualité de lame par celle des opérations intellec­ sure, le mode de connaissance de Dieu avec le mode de tuelles ou libres, il est a posteriori. Ces dénominations sont légitimes, car il y a entre la cause et l’effet un démonstration de son existence. On connaît Dieu, on se rapport de succession qui fait que la cause précède et le représente avec des concepts négatifs venant corriger que l'effet suit. Descendre de la cause à i'ellet dans le les notions positives que nous donnent les choses discours, c’est donc aller a priori ad posterius, remonter créées; mais on démontre que Dieu existe par une autre c·. l'effet à la cause, c'est aller a posteriori ad prius, voie. i ■ montrer une propriété par une autre propriété qui Cf. P. Ramière, Du procédé dialectique, dans les Mélanges b lui est ni antérieure, ni postérieure, mais qui lui est historiques, philosophiques et littéraires, publiés par les PP. Charles Daniel el Jean Gagarin, S. J., Paris, s. d„ t. n, pu allèle et essentiellement unie, également démontrer р. 87; le cardinal Perraud, Le P. Gratry, sa vie et ses œuvres. un ellet par un autre effet parallèle de la même cause, с. π, Paris, 1900, p. 77 sq. ; P. Hontheim, S. J., Institutiones c est raisonnera simultanée. Cette dernière méthode de r sonnement est rare, parce que les propriétés d'un j theodiceæ, n. 100, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 61. E.-me être s'enchaînent habituellement dans un ordre I 2. La deuxième forme apostérioristiqur de démonstra­ h-rm.inique de dépendance et de subordination, et que tion de l'existence divine a été indiquée par l'auteur du les effets d'une même cause sont souvent produits les livre de la Sagesse, xm, 1-9, par saint Paul, Rem., i, 20, uns par le moyen des autres; dés lors, le raisonnement développée par la tradition, enseignée par le concile du es: a priori ou a posteriori suivant qu'il va des qualités Vatican, lequel, dans la constitution D fide catholica, principales aux qualités subordonnées, des effets inter­ c. n, s’exprime de la façon suivante : Eadem sancta ni diaires aux effets lointains, ou bien des qualités subor­ mater Ecclesia tenet et docet Deum, rerum omnium données aux qualités premières, des effets lointains aux principium et finem, naturali humanæ rationis lu­ effets immédiats. Cependant on appelle parfois argument mine, E rebus creatis certo cogr sci posse : invisibilia a i o.'dlaneo celui qui consiste à prouver l’existence de enim ipsius a creatura mundi ner ea quæ facta sunt i c-j par son infinité et sa perfection. C’est l'argumen­ intellecta conspiciuntur. Cette doctrine est infaillible­ tation attribuée à Descartes et à saint Anselme dont nous ment affirmée par le canon suivant du même concile : ai-es parlé plus haut. Si quis dixerit Deum unum et verum, creatorem et 2 Que l'existence de Dieu ne puisse être démontrée Dominum nostrum per ea quæ facta sunt, naturali pir des arguments a priori allant de la cause à l’effet, rationis humana lumine certo cognosci non posse, ana­ ïa chose est évidente pour tous et n'a pas été contestée, thema sil. L’enseignement catholique est donc que Dieu pc sque Dieu étant la cause première ne peut pas être peut être connu et qu’il est, en réalité, connu par un effet. Son existence ne saurait donc être démontrée en raisonnement a posteriori qui part des effets divins et prf int d'une cause dont elle serait le produit. remonte de ces effets à leur cause éternelle et intime. 3= Que l'existence de Dieu se démontre a posteriori, Ce n’est pas une intuition de Dieu en lui-méme, ni une c -st-a-dire en remontant des créatures au créateur, des sorte de sentiment de son être en présence des choses effets finis à la cause infinie, c'est une doctrine certaine. finies, qui nous le montrent, il est démontré par un -t ii Cependant cette doctrine peut revêtir deux formes : l’une raisonnement remontant du monde au créateur. Voir i_rdi·· et contraire à la raison philosophique, l'autre les arguments apostérioristiques de l’existence de Dieu traditionnelle et dogmatique. â l’article Dieu. ! La première forme a été enseignée par Günther, cf. V. L'a priori et l’a posteriori dans la méthode ffleutgen, La philosophie scolastique, trad. Sierp, n.926, des sciences ecclésiastiques. — 1" On a souvent Paris, 1870, t. tv, p. 309, et par le R. P. Gratry, De la élevé l'accusation d’apriorisme contre la méthode des :: nnaissance de Dieu, Paris, 1853; Logique, Paris, 1855. sciences ecclésiastiques. On a voulu â cause de cela £2.· ■ institue ce qu'on a appelé l'argument métalogique. diminuer la valeur et l’autorité des résultats acquis par El- consiste en un « procédé dialectique » qui, dans ces mêmes sciences, surtout par l’exégèse et l’histoire .i créature, saisit immédiatement le créateur, dans le ecclésiastique. On appelle donc a priori la tnéthvde qui ff>i et le relatif, par une abstraction instantanée de la consiste, avant toute recherche historique ou exégétique. Incite et de la dépendance, perçoit l'absolu et l'infini. à s'enquérir des données dogmatiques sur le point que Il n y a donc pas de raisonnement proprement dit, aucun l’on se propose d’éclairer, à s'inspirer de ces données, syllogisme, c’est un « sens divin », une inférence imâ les avoir toujours présentes â l’esprit pendant le tra­ isediate qui, d'un trait, fait jaillir de la vue du monde vail de critique biblique ou historique. Un tel procédé, i é·.idence de la réalité divine. Ainsi le moi est perçu dit-on, est antiscientifique, il gêne les recherches par immédiatement par la conscience dans les opérations ses idées préconçues, il jette de l'a priori dans des études de 1 esprit. Voici, du reste, comment le P. Gratry décrit qui devraient être faites sans autre préoccupation que 4723 A PRIORI, A POSTERIORI — AQUARIENS de dégager la vérité telle qu’elle est contenue dans les textes ou les documents explorés. Il faut, ajoute-t-on, substituer à cette méthode la marche apostérioristique, laquelle s’inspire uniquement des critériums naturels, traite les faits et les textes par les procédés de la critique interne et de la critique externe communs à toutes les sciences rationnelles, puis après avoir de la sorte fixé le sens des livres et la réalité des faits, compare ses résultats aux données dogmatiques, pour constatei· l'ac­ cord des deux connaissances, de la raison et de la foi. 2’ La logique naturelle et l’enseignement traditionnel s’élèvent contre ces prétentions et défendent l’opportunité, Futilité de la méthode dite a priori. 1. En effet, quand plusieurs sciences traitent d’un môme objet, et que l’une d’elles est arrivée à des résultats certains par ses méthodes propres, il est rationnel que les autres sciences la consultent d’avance et s’informent de ses résultats. Elles profitent ainsi de connaissances sûres, obtiennent uneorientationdéterminée.Lorsque, enroute, elles aboutissent à des conclusions évidemment incon­ ciliables avec celles qui ont été légitimement démon­ trées par les sciences connexes, elles constatent par là leur erreur et reprennent leur travail à l’origine, sans poursuivre en pure perte le sillon primitif. Ainsi la solu­ tion d’un problème fournie par l’algèbre oriente les calculs arithmétiques; ainsi les données mathématiques relatives à certaines lois des corps dirigent les expé­ riences îles chimistes. A fortiori, les affirmations dog­ matiques bien contrôlées et bien certaines ne peuvent qu’être d’une grande utilité dans les recherches des exégè.tes et des historiens. La vérité est une et si elle a été témoignée par la voix claire et précise d’une science, une autre science ne saurait que confirmer le premier témoignage. Connaissant celui-ci. elle arrivera elle-même plus sûrement et plus vite au terme de scs recherches. — 2. Dans l’encyclique Provide» Ussimus Ueus, du 18novernbre 1893, le souverain pontife Léon XIII a spécia­ lement loué cette méthode a priori pour les études scripturaires. Il la recommande aux professeurs ; « Celui qui professe l'Écriture sainte, dit-il. doit aussi mériter cet éloge qu'il possédé à fond toute la théologie, qu’il connaît parfaitement les commentaires des saints pères, des docteurs, des meilleurs interprètes. » Or, pourquoi le professeur doit-il être versé dans la théologie, s’il ne s’en inspire pas dans ses travaux bibliques, s’il ne s'oriente pas au préalable par les connaissances cer­ taines que lui fournit la science de la foi? C’est telle­ ment la pensée du souverain pontife qu’il ajoute relati­ vement aux élèves : « Il faut donc pourvoir à ce que les jeunes gens abordent les études bibliques, bien instruits et munis des notions convenables de peur qu’ils ne trom­ pent de légitimes espoirs et, ce qui est pire, de peur qu’ils ne courent, sans y prendre garde, le péril de tomber dans l’erreur, trompés par les fausses promesses des rationalistes et par le fantôme d’une érudition tout extérieure. Or ils seront parfaitement prêts à la lutte si, d’après la méthode que nous-même leur avons indi­ quée et prescrite, ils cultivent religieusement et appro­ fondissent l’étude de la philosophie et de la théologie sous la conduite du même saint Thomas. Ainsi, ils feront de grands et sûrs progrès tant dans les sciences bibli­ ques que dans la partie de la théologie qu'on nomme positive. » — 3. La même méthode a priori convient aux études historiques chrétiennes, car, si la connais­ sance des vérités dogmatiques est indispensable, soit à l'interprétation des Livres saints qui en sont les témoins souvent obscurs et laconiques, soit à l'exégèse des œuvres patristiques qui sont inspirées de ces mêmes vérités; elle ne peut être que d’un grand secours pour l'intelli­ gence d’événements accomplis dans une société construite sur la pierre de l’Évangile par des hommes vivant de la vie pratique de la foi ou de son hostilité déclarée. L’his­ toire d’une association de philosophes réalisant et con­ 1724 crétisant leurs doctrines dans l’organisation, la consti­ tution et la vie de celte association ne se comprendrait et ne s’écrirait bien que par celui qui aurait au préa­ lable appris leur philosophie. L’histoire d'une société religieuse ne se comprend que par celui qui a aupara­ vant approfondi les dogmes sur lesquels cette société est basée et dont elle vit. VI. Histoire de la doctrine. — 1» Aristote avait établi entre les notions universelles et les notions particulières une dislinction qui fournil aux philosophes-théologiens du moyen âge la base de leur théorie sur les démonstra­ tions a priori et les démonstrations a posteriori. Selon le philosophe de Stagyre, les nolions les plus univer­ selles étaient des priora, les plus particulières des poste­ riora. L’esprit, en effet, dans son développement opéra­ toire va du général au particulier; en outre, les universaux contiennent les concepts particuliers dans leur étendue, et sous le rapport de l’extension, l’universel est un tout dont les idées particulières constituent les parties. 2“ S’appuyant sur ce principe, le moyen âge considéra comme a priori le raisonnement qui allait de l’universel au particulier, c’est-à-dire du genre à l'espèce, de l'es­ pèce à l’individu; au contraire, aller de l'individu à l’espèce, de l’espèce au genre, fut pris pour un raison­ nement a posteriori. Puis, comme au témoignage du même Aristote, la cause, elle aussi, précède l'effet, qu’un lien unit l’un à l'autre et permet de passer de la notion de l'un à la notion de l’autre, l'École appela priora les causes et posteriora les effets, raisonnement a priori celui qui démontrait les effets par les causes, raisonne­ ment a posteriori celui qui découvrait les causes par le moyen des effets. Le premier qui employa ces locutions fut Albert de Saxe 1390). Cf. l’ranll. Geschichte der üogik ini Abendlande, Leipzig, 1870, t. rv, p. 78. 3° Leibnitz commença à donner un sens légèrement différent aux mots a priori et a posteriori quand il lit entrer dans leur notion un rapport à l'expérience et qu’il distingua entre « prouver a priori par les dé­ monstrations » et « prouver a posteriori par les expé­ riences ».Cf. Wolf, Logique, §663. Quelques autres philo­ sophes Je suivirent et considérèrent comme a posteriori tout ce qui était basé sur l’expérience, a priori tout ce qui était suggéré par la nature de l’àme et par toutes les connaissances non expérimentales. Cf. Pesch, Institutiones logicales, η. 269, Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. r, p. 319; B. Euken, Geschichte der philosophischeit Terminologie, Leipzig, 1879, p. 196; ef. p. 134. 4° Grâce à cette altération dans le sens des formules traditionnelles, Kant put donner aux termes a priori et a posteriori une acception totalement nouvelle. Il appela a priori les formes, les idées fournies par la constitu­ tion même de notre nature intellectuelle et a posteriori les connaissances apportées par l’expérience. Les mathé­ matiques qui s’appuient toutes sur les formes innées et nécessaires du temps et de l’espace furent appelées une science a priori, l’histoire revêtit le caractère de science a posteriori parce qu’elle avait pour rôle de garder le souvenir strictement expérimental d s choses accom­ plies dans le passé. De logique le problème devint psy­ chologique; au lieu de décrire le mode de déduction des conclusions dans un raisonnement, il envisagea l’origine des idées. Cf. Trendelenburg, Elementa logices Aristotelis, § 19; Veberweg, System der Logih, § 73; O'Mahony, Jugements syn­ thétiques a priori, dans le Compte rendu du congrès scienti­ fique international des catholiques, 1888, 1.1, p. 268. A. Chollet. AQUARIENS. Dès le IIe siècle, on trouve parmi cer­ tains hérétiques Fusage.de n’employer que de l’eau, à l’exclusion du vin, pour la consécration de l’eucharistie. Ses partisans portent le nom d’aquariens ou d’hydroparastates. Les ébionites, Irénée, Cont. hær., v, i, 3, P. G., t. MJ, col. 1123; Épiphane, Hær., xxx, 16, 1723 AQUARIENS — AQUILA P, G., t. xi.l, col. 432, mais surtout Tatien et la plupart de ses disciples tombèrent dans cette erreur. Épiphane, Hær., xlvi, 2, P. G., t. xli, col. 840. Clément d'Alexan­ drie, sans désigner nommément ses fauteurs, la con­ damne comme contraire à la règle de l’Église. Strom., i, 19, P.' G., t. vm, col. 813. Dans la province d’Afrique, saint Cyprien rencontre même chez des catholiques, cette pratique étrange, il lametsur le compte de l'igno­ rance ou de la simplicité, mais la déclare opposée à la dis­ cipline évangélique et apostolique, et la réprouve. L’eau, représentant le peuple, doit être mêlée au vin dans Je calice,parce que ce mélange représente l'union des (idéles avec Jésus-Christ. Epist., LXIII, P. L., t. tv, col. 384 sq. l’ers la lin du m» siècle et dans le courant du iv·, les aquariens durent se rapprocher des manichéens, qui réprouvaient l’usage du vin, parce qu'ils le regardaient comme le liel du prince des ténèbres; ils furent englobés dans une même condamnation par l’empereur Théodose. Codex Theod., 1. XVI, tit. v. En Orient, saint Chrysos­ tome dut insister sur la nécessité de l’emploi du vin pour assurer la validité du sacrement de l’eucharistie. In .Matlh., homil. lxxxii, n. 2, P. G., t. i.vin, col. 7-40. Mais les Arméniens, exagérant son enseignement et oubliant lusage en vigueur dans l’Églioe du mélange de l’eau au vin pour le sacrilice de la messe, supprimèrent complè­ tement l’emploi de l’eau ; ils furent condamnés par le concile in Trullo de 692. En effet, le canon 32 de ce concile rappelle la liturgie de saint Jacques de Jérusalem et celle de saint Basile de Césarée, s’appuie sur le ca­ non 37 du Codex Ecclesiæ africanæ et condamne à la deposition quiconque ne mêlerait pas l’eau au vin dans le calice pour la consécration. Hardouin, Acta concil., L m, col. 1172,1173. S. Épiphane, Hær., xxx, 16; xlvi, 2, P. G., t. xli, col. 432Sk>: S. Augustin, Hær., LX1V, P. L., t. xlii, col. 42; Théod .ret, Hær. fab.,1, 20, P. G., t. lxxxiii, col. 369 ; Diction­ naire d'archéologie chrétienne, t. i, col. 2643-2654. G. Bareille. AQUARIUS, Mathias dei Gibboni, né â Aquaro, près d’Eboli, dans l’Italie méridionale, d’où son surnom d’Aquarius. Entra dans l’ordre des frères prêcheurs au couvent de Saint-Pierre-Martyr de Naples. Étudiant à Bologne en 1558; maître des études au couvent de SaintEustorge, à Milan, en 1562, et régent dans celte même maison en 1569; nommé la même année professeur à I université de Turin; professeur de métaphysique à l’université de Naples, en 1572; à l’université romaine, en 1575; et de nouveau à l’université de Naples pendant les dernières années de sa vie; mourut en 1591 au cou­ vent de Saint-Dominique de Naples, après avoir été pro­ vincial. Il a publié divers ouvrages de philosophie estim« -, Ses écrits de théologie sont les suivants : 1° Oratio de excellentia theologiæ, in-4“, Turin, 1569; Naples, 1572. — 2» Annotationes super IV libros Sententiarum J. annis Capreoli, quibus corroborantur ejus defensiones pro doctrina S. Thomæ, auctoritatibus S. Scripturas, conciliorum et SS. Patrum aliisque theologorum οριt.- nibus, in-fol., Venise, 1589. Ces annotations sont aussi jointes à l’édition de Capréolus publiée à Venise cette même année. — 3° Controversial inter D. Thomam et exteros theologos ac philosophos, Venise, 1589, joint à 1 ouvrage précédent et à l’édition de Capréolus. — 4» Formali tales juxta doctrinam D. Thomæ Aquinatis, in­ ti . Naples, 1605, éditées par Alphonse de Marcho, O.P. '_-:étif-Echard, Scriptores ord. præd., t. n, p. 302; Hurter, Nor-. -’iclator literarius, 2'édit., 1892, t. I, col. 49; Acta capitulorum generalium ord. præd., t. v, passim (Monumenta ord. præd. historica, t. x, Rome, 1901). P. Mandonnet. 1. AQUILA,prosélytejuif,Talmud de Jérusalem, traité Déniai, vi, 10, trad. Schwab, Paris, 1878, t. n, p. 205, originaire du Pont, S. Irénée, Cont. hær., ni, 21, η. I, P. G., t. vu, col. 946; Eusèbe, Dem. ev., VII, 1,32, 1726 P. G., t. xxii, col. 497; de la ville de Sinope, suivant saint Épiphane, De mens, et pond., 14, P. G., t. xiiri, col. 261, et la Synopsis Script, sac., attribuée à saint Athanase, 77, P. G., t. xxvm, col. 433; contemporain de l'empereur Hadrien (117-138), selon le Talmud de Jéru­ salem, traité Haghiga, i), 1, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 269; son beau-frère, d’après saint Épiphane, loc. cit., et De LXX interp., ibid., col. 376-377; est le premier qui, après les Septante, ait traduit l’Ancien Tes­ tament de l’hébreu en grec, la douzième année du règne d’Hadrien, S. Epiphane, loc. cit., 13, col. 360, par conséquent en 128 ou 129 de l'êre chrétienne. Le Tal­ mud confirme indirectement cette date. Suivant une tradition, qui confond Aquila avec le targumiste Onkelos, Aquila aurait vécu en même temps que les rabbins Éliézer et Josué, qui l’auraient loué. Talmud de Jérusa­ lem, Meghilla, i, 9, trad. Schwab, t. vi, p. 213. D'après une autre tradition, il aurait été contemporain d’Akiba (95-135). Ibid., Qiddouschin, i, 1, trad. Schwab, Paris, 1887, t. ix, p. 203. Saint Jérôme, In Isa., xi.ix, 6, P. L., t. xxiv, col. 483, le dit disciple de ce célèbre rabbin. Saint Épiphane, loc. cit., rapporte, avec des détails peu sûrs, le motif de sa conversion au judaïsme et le but qu’il se proposait, en faisant une nouvelle version grecque de la Bible hébraïque; il voulait contredire les Septante et supprimer des saintes Lettres les témoi­ gnages favorables au Christ. L'auteur de la Synopsis Script, sac., 77, P. G., t. xxvm, col. 433, lui attribue un mobile pervers. Cf. Photius, Ad Amphiloch., q. clin, P. G., t. ci, col. 320. D'ailleurs, saint Justin, Dial, cum Tryph., 68, 71, P. G., t. vi, col. 638, 641-644, parle de nouveaux traducteurs juifs de l’Écriture, qui repro­ chaient aux Septante leur infidélité et supprimaient des textes qui s’appliquaient à Jésus-Christ. H cite comme exemple le passage d’Isaïe, vu, 14, dans lequel ils avaient substitué νεάνις à παρθένος. Or saint Irénée, Cont. hær., m, 21, η. 1, P. G., t. vn, col. 946, en citant le même exemple, fait explicitement le même reproche à Aquila et à Théodolion. Cette opposition aux Septante et ce but de controverse contre le christianisme ne sont pas tout à fait invraisemblables, car la version d’Aquila fut com­ posée à une époque où les juifs hellénistes contestaient le sens que les chrétiens donnaient à certains passages de la traduction des Septante, notamment aux oracles messianiques, et lorsque, sous l’influence du rabbinisme, ils désiraient posséder une version grecque, plus con­ forme à l’original hébreu. Origène, qui connaissait la version d’Aquila, atteste que son auteur a été « l’esclave de la lettre » et qu’il a traduit servilement le texte hébreu. Epist. ad African., n. 2, P. G., t. xi, col. 52. Saint Jérome tenait Aquila pour un interprète soigneux et ingénieux, diligens et curiosus interpres. In Ose., n. 16,17, P. L., t. xxv, col. 880. Il le dit très savant dans la connaissance de la langue hébraïque; il traduit de verbo ad verbum, ajoute-t-il, et s’il rend mal un pas­ sage, c'est par une inhabileté simulée, ou parce qti il s’est laissé tromper par les pharisiens. In Isa., xi ;x. 6, P. L., t. xxiY, col. 483. Une fois, le saint docteur, Epist., lvii, ad Pammach., n. 11, P. L., t. xxii. col. 577-578, l’appelle a ergoteur », et il lui reproche de traduire non seulement les mots, mais encore les éty­ mologies des mots hébreux. Ailleurs, cependant, il reconnaît qu’Aquila traduit mot à mot, avec soin plutôt que parergoterie : Non contentiosius, ut quidam putant, sed studiosius verbum interpretatur ad verbum. Epist., xxxvi, ad Damas., n. 12, P. L., t. xxiv, coi. 457. D comparait l’édition d’Aquila avec les manuscrits hébreux, ne quid forsanpropter odium Christi Synagoga muta­ verit; et ut amicæ menti fatear, quæ ad nostram fidem pertineant roborandam, plura reperio. Epist., xxxii, ad Marcellam, n. 1, P. L., t. xxiv, coi. 446. Dans un passage, il remarque que le juif Aquila a traduit* comme un chrétien ». Comment, in Ilabac., in, 11-13, P. L-, 47’27 AQUILA — ARAGON t. xxv, col. 4390. Le même saint docteur a signalé deux éditions d’Aquila. 11 mentionne la première, In Ezech., ix, 3, P. L., t. xxv, col. 90; In Jerem., v, 22, P. L., t. xxiv, col. 746, et la seconde, quant Hebræi κατά ακρίβειαν nominant. In Ezech., m, 15, P. L., t. xxv, col. 40. Ces deux éditions sont-elles deux versions grecques distinctes, ou seulement deux éditions de la même version? Les critiques modernes pensent généra­ lement qu'Aquila ne fit qu’une seule traduction, mais qu’il la révisa ensuite, afin de la rendre plus conforme encore au texte hébreu. Les juifs hellénistes accueillirent avec faveur la ver­ sion d’Aquila et abandonnèrent celle des Septante. Origéne, Epist. ad African., n. 2, P. G., t. xi, col. 52, et saint Augustin, De civ. Dei, xv, 23, n. 3, P. L., t. xli, col. 470. constatent leur préférence pour l'œuvre d’Aquila. Justinien, Novella, 146, en autorise encore l’usage. On a relevé une douzaine de leçons qui ont été citées dans la littérature rabbinique. Voir, par exemple, Talmud de Jérusalem, Yoma, m, 8, trad. Schwab, Paris, 1882, t. v, p. 198, citant Dan., v, 5; Soucca, m, 5, ibid., 1883, t. vi, p. 25, citant Levit., xxm, 40; Qiddouschin, i. 1, ibid., 1887, t. tv, p. 203, citant Levit., xix, 20. La version d’Aquila était donc encore employée dans les écoles rabbiniques au cours du v> siècle. Les Pères de l’Église s’en étaient servis, eux aussi. Origène l’avait in­ troduite dans les Hexaples. Beaucoup d’écrivains ecclé­ siastiques l’ont connue directement ou par l'intermé­ diaire des Hexaples. Elle a disparu plus tard avec le judaïsme helléniste et avec les HexaplesrDans les repro­ ductions modernes des Hexaples, notamment dans celles de dom de Montfaucon et de Field, les citations des Pères et les notes marginales des manuscrits de l’édition hexaplaire des Septante ont été réunies et ont fourni de précieux débris de cette version. Des fragments ont été récemment découverts. M. Mercati, D’un palimpsesto Ambrosiano continente i Salmi Esapli, Turin, 1896, a lu dans un manuscrit de Milan une première écriture du x» siècle, reproduisant les Psaumes xvil, 26-48; xxvti, 6-9; xxviii, 1-3; xxix; xxx, 1-10, 20-25; xxxi, 6-11 ; xxxiv, 1-2, 13-28; xxxvi, 1-5; xlv; xlvih, 1-6, 11-15; I.XXXVHI, 26-53, et il a publié comme spécimen, xlv, 1-4. Cf. E. Klostermann, Die mailânder Fragmente der Hexapla, dans la Zeitschrift fur die alttest. Wissensch., 1896, p. 334-337; Dictionnaire de la Bible, de M. Vigoureux, t. tu, col. 695-696. Dans des déchets, provenant de la genizah du Caire, M. Burkitt a reconnu six feuillets palimpsestes, contenant sous un traité litur­ gique hébreu, transcrit au xi· siècle, les passages III Reg., xx, 7-17; IV Reg., xxm, 11-27, en onciales grecques du Ve ou du VIe siècle, de la version d’Aquila. Fragments of the books of Kings according to the translation of Aquila, Cambridge, 1897. M. Taylor a découvert aussi Ps. xc, 6-13; xci, 4-10, et une partie du Ps. xxit. Voir un fac-similé dans Sayings of the Jewish Fathers, 2« édit., 1897; Taylor, Ilebrew-greek Cairo Genizah palimpsests... including a fragment of the '2'2 Psalm, Cambridge, 1901. A l’aide de ces nouveaux fragments, on a pu détermi­ ner d’une façon plus précise les caractères de la version d’Aquila, que les Pères avaient déjà signalés. Nous avons déjà parlé de son servilisme à l’égard du texte hébreu, qu’elle rend littéralement et dont elle est une sorte de décalque grec. Saint Jérôme, Epist., i.vn, ad Pammach., n. 11, P. L., t. xxii, col. 578, en a rapporté des exemples pour montrer qu'Aquila traduisait même les étymologies et les idiotismes de l’hébreu, entre autres la particule σΰν pour rendre 'lit, le signe de l’accusatif. Le télragrammaton, ou le nom ineffable de Dieu, est transcrit en hébreu, non pas dans les caractères carrés, mais dans les caractères hébreux archaïques, semblables aux caractères phéniciens. Or Origène, In Ps., n, 2, P. G., t. xn, col. HOi, nous apprend que dans les exemplaires 1728 « les plus exacts », εντοΐς ακριβέστεροι; τών αντιγράφων, le nom divin était transcrit en caractères hébreux archaïques, τοϊς αρχαιότατοι;. Il désignait par là la ver­ sion d’Aquila, connue pour son « acribie ». Cf. S. Jé­ rôme, Præfalio in libr. Samuel,, P. L., t. xxvm, col. 595-596. Aquila a remplacé, autant que le lui a per­ mis son littéralisme excessif, les mots du dialecte popu­ laire, employés par les Septante, par les expressions correspondantes du grec classique. Enfin on a constaté que plus d’une leçon d’Aquila s’est introduite dans le texte hexaplaire des Septante et, par son intermédiaire, dans les meilleurs manuscrits grecs, notamment dans ceux du Cantique des cantiques. Anger, De Onkelo, part. I, de Akila, Leipzig, 1845; Krauss, Akylas der Proselyt, dans Festschrift zum 80 Geburtsluge M, Steinschneiders, 1896, p. 148-163; Friedmann, Onkelos und Akylas, dans Jahrsbericht der israelit.-theol. Lehranslalt in Wien, 1896; The Jewish Quarterly Review, 1898, t. x, p. 207216; Bulletin critique, 2· série, 1898, t. iv, p. 141-143; Revue biblique, 1898, t. vu, p. 293-297; Dictionnaire de la Bible, de M. Vigoureux, t. t, col. 811-812; E. Schürer, Geschichte der jüdischen Volkes, 3· édit., Leipzig, 1898, t. lit, p. 317-321 ; Swete, An introduction to the Old Testament in greek, Cambridge, 1900, p. 29-42, 62. E. Mangenot. 2. AQUILA(Pierred’), théologien italien, surnommé le docteur suffisant, de l’ordre des frères mineurs. Né à Aquila (royaume de Naples), il fut chapelain de la reine Jeanne de Sicile, puis inquisiteur de la foi à Florence (1344), évêque de San Angelo (1347) et enfin de Trivento (1348). 11 mourut vers 1370. Il a condensé les doctrines de Duns Scot dans ses Quæstiones in quatuor libros Senten­ tiarum, Spire, 1480; Venise. 1501,1584; Paris, 1585. Le nom de Scotellus, le petit Scot, qui fut donné à cet ouvrage, passa dans la suite à Pierre d’Aquila. Ughclli, Italia sacra, 2·. édit., Venise, 1747, t. i, p. 1329; Hur­ ter, Nomenclator literarius,Inspruck, 1899, t. iv, col. 512; Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868. V. Oblet. AQUIN (saint Thomas d’). Voir Thomas d’Aquin. ARABIEN, Arabianos, auteur chrétien, dont Eusèbe, U. E., 1. V, c. xxvii, P. G., t. xx, col. 512, avait trouvé probablement les œuvres dans la bibliothèque de Césarée, et qu’il nomme, sans citer de lui une seule ligne, sans même nous conserver les titres de ses écrits. Saint Jé­ rôme, De viris illustr., 51, P. L., t. xxm, col. 695, parle vaguement et par ouï-dire de quelques opuscules théologiques, quædam opuscula ad Christianum dogma pertinentia. On ne sait pas au juste s’ils ont paru à la fin du n* siècle ou seulement dans le ni·. Toujours est-il que les œuvres d’Arabien ont péri; de l’auteur lui-même nous ne savons rien. Harnack, Geschichte der altchristlichen Litteratur, in-8·, Leipzig, 1893, t. i, p. 758, 759; Die Chronologie der altchrist­ lichen Litteratur, in-8·, Leipzig, 1897, 1. 1, p. 701. P. Godet. ARACHIEL DE CACCIATURO, théologien et mis­ sionnaire, naquit à Erzeroum dans l’Arménie, et mourut à Venise le 2 mai 1740. A quinze ans, il était venu à Rome et y avait fait de brillantes études au collège de la Propagande. Par son éloquence et par sa science, il s’était acquis à Constantinople comme à Venise une grande réputation. Il nous a laissé, sous une forme très concise, une Summa universalis theologiæ speeulalivæ, dogmalicæ, positivæ et moralis, in-4°, Rome, 1726. Fleury, Histoire ecclésiastique, Continuation, 1. CXXXHI,§35. P. Godet. ARAGON Pierre, théologien espagnol, né à Sala­ manque; il entra chez les augustins et professa la théo­ logie dans la fameuse université de cette ville et mourut vers 4595. On a de lui : 4° sur les premières questions de la IIa Hæ de saint Thomas, un commentaire intitulé Defide,spe et caritate, in-fol.,Salamanque, 1584; 2» un ARAGON — ARBITRAGE 1729 traité De justitia et jure, Venise, 1585, 1608, Lvon, 1596. Pierre Aragon est probabiliste et compte parmi les théologiens moralistes dont l’opinion fait autorité. Cf. Ballerini, Opus theologicum morale, t. vit, Index scriptorum. Hurler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, t. t, p. 129. V. Oblet. ARANDA. Philippe, jésuite espagnol né à Moneva i Aragon), le 3 février 1612, admis dans la Compagnie le -I mars (ou mai) 1658, enseigna la philosophie, la théo­ logie à Saragosse et y mourut, le 3 juin 1695. — De di­ vini Verbi incarnatione, et redemptione generis humani, in-fol., Saragosse, 1691. — In prinian partem de Deo sciente, praedestinante el auxiliante, seu schola scienliæ mediæ, in-fol., Saragosse. 1693. — In primam secundæ S. Thomæ libri duodecim de homine moraliter, et su­ pernatural i 1er operante : seu moralis theologize basis triplici tractatu fundata : de actibus humanis, de bo­ nitate et malitia; et de supernaturalilate, in-fol., Sa­ ng osse, 1694. Acutissimus theologus, eloquio disertus et in scholastico pulvere athleta exercitatissimus ac ; lane dexterrimus, dit de lui le P. Michel de SaintJoseph dans sa Bibliographic critica. De Backer et Sommervogel, Bibi, de la C1· de Jésus, t. i, arf. 501-503. C. Sommervogel. 1 ARAUJO (François de), né en 1580, à Vérin, dans la Galice, d'une noble famille. Entra dans l'ordre des frères prêcheurs à Salamanque où il fit profession en 1601. Après avoir achevé ses études, il enseigna dans diverses maisons de sa province. Nommé en 1617 comme suppléant à Pierre de Herrera, 0. P., à la première chaire de théologie de l'université de Salamanque, il en devint, six ans plus tard, le titulaire, et l'occupa jus­ qu'en 1648. Il fut promu, le 28 mars de cette même an­ née. a l’évêché de Ségovie qu’il administra jusqu'en 1656. Démissionnaire et retiré dans son ordre à Âladrid, il mourut saintement comme il avait vécu, estimé de tous, surtout des grands dont il était souvent le conseil, le FJ mars 1661. i Araujo a publié des commentaires de la Somme théologique de saint Thomas qui sont très réputés. Ils e mprennent sept volumes in-fol., édités, les uns à Sa1-manque, les autres à Madrid de 1635 à 1647, sans que Fer Ire de publication corresponde à celui de la Somme théologique. De nombreuses polémiques ont été sou­ ri - -s pour déterminer l’opinion d’Araujo sur les ques­ tions de la prédestination et de la grâce. Dans le tome second sur la 1“ Ilæ, un traité de la grâce est intercalé ■ai semble incliner vers les idées molinistes. Mais on a :-montré que ce traité n’est pas l’œuvre d’Araujo. Il suit en effet ailleurs les doctrines de saint Thomas d'une ia -.jn très ferme. Témoin le tome premier sur la I» pars ; bli·'· en 1647, c’est-à-dire une année après le volume qui cent ■ nt le traité de la grâce. Entre autres choses, il se p — à la page 751 cette question : Quæ sit vera ratio ■ . dix inter certitudinem dirime prædest i nationis ,-uin humante libertatis? Après avoir rejeté la théor.- concordiste de Molina d'après la science moyenne, 8 écrit : Dico3. Vera ratio hujus concordias desumenda eut ex efficacia divinae voluntatis et ejus decreti, indeftndenler a praescientia futuri usus liberi arbitrii præJ ·■ rminantis nostras voluntates ad illum. — 2» OpusOrla tripartita, hoc est in tres controversias triplicis theologiae divisa. In quarum prima varias disputaI· nes de pure scholastica, in secunda de morali, et in tertia de exposiliva theologia utiliter expenduntur, in-8·, Douai, 1633. — 3·' Varias et selectæ decisiones mo­ rs es ad statum ecclesiasticum et civilem perlinentes, in-fol., Lyon, 1561, 1745. ty.H f-Ecbard. Scriptores ord. præd., t. I, p. 609; H. Serry, Bevona congregationum de auxiliis, 1. IV, c. χχνπ; I. V, aeet. lu. c. xt ; L. Meyer, Historia controversiarum de auxiDICT. DE THÉOL. CATHOL. liis gratix, t. i, 1. II, c. xxn; t. n, 1. II, c. xvn; Dummermui. Sanctus Thomas cl doctrina præmotionis physica:. Pars. 1886, p. 582-588; Hurtor, Nomenclator literarius, t. n, r.L 5-7. Kirchenlexikon, 2· édit., 1882, 1.1, col. 1228-1229. P. Mandonnet. 2. ARAUJO (Joseph de), jésuite portugais, né i Porto, le 22juin 1680, admis dans la Compagnie le 16 oc tobre 1696, professa la philosophie à Porto, la théologie à Lisbonne, fut confesseur de l’infant D. Emmanuel, et mourut en 1748. — Cursus theologici tomus primus in decem disputationes divisus, totidem speculativae theo­ logiae tractatus... complectens..., in-fol.. Lisbonne, 1734; — Tomus secundus in novem disputationes..., in-fol., 1737. De Backer et Sommervogel, Bibi, de la C" de Jésus, 1.1, coi. 508-510 ; t. vm, coL 1683. C. Sommervogel. ARBIOL Y DIAZ ou DIEZ Antoine, théologien es­ pagnol, né le 8 septembre 1648 au bourg de Torellas, dio­ cèse de Tarragone. Entré chez les frères mineurs, il enseigna brillamment dans son ordre la philosophie et la théologie; il refusa l'évêché de Ciudad Rodrigo que lui offrait Philippe V et mourut à Saragosse le 31 janvier 1726. H est l’auteur de plusieurs traités ascétiques. Comme théologien il a laissé : 1° Selectæ disputationes scholasticae et dogmaticae de fide divina, de mysteriis fidei et eucharistia, de divina Scriptura, de revelatio­ nibus privatis, in-fol., Saragosse, 1702, 1725; 2° La mystique fondamentale; 3° Defensio civitatis mysticae Mariae a Jesu de Agreda, contra censuram Parisiensium; 4° Explication delà doctrine chrétienne. Richard et Giraud. Bibliothèque sacrée, art. Arbiol; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. n, col. 729. V. Oblet. ARBITRAGE. — I. De l’arbitrage en général. IL De l'arbitrage entre patrons et ouvriers. 1. De l’arbitrage en général. — 1. Notion et raison d’être. — On appelle arbitrage la décision rendue par un tiers, dans un différend entre deux parties, en dehors de la procédure d’un tribunal régulier. L’arbitre est généralement désigné par les parties intéressées; mais il est des cas où la loi le détermine; ce peut être ou une seule personne ou un comité de plusieurs personnes, selon le choix des parties ou les règlements positifs des lois. L’arbitrage est volontaire ou libre, lorsque les parties en litige y recourent de leur plein gré, sans y être obligées; il devient obligatoire ou forcé, lorsque la loi les oblige à y avoir recours et se charge en même temps de faire exécuter la sentence. On appelle com­ promis la convention par laquelle on choisit un arbitre et l’on détermine les conditions sous lesquelles on se soumet à sa décision. — La conciliation va encore plus loin que l’arbitrage; elle tend à prévenir les con­ flits avant qu’ils n’aient atteint une phase aiguë, et a ré­ soudre les difficultés naissantes par une discussion amicale. Du jour ou naissent les conflits entre individus ou entre sociétés, la conciliation et l’arbitrage s imposent naturellement à l’attention des esprits sérieux et hon­ nêtes. Dans les nations barbares, on a souvent recours â la force pour se faire justice; mais là où régne la vraie civilisation, on comprend que la force n’est pas le droit, et on s’adresse, pour obtenir justice, soit â un tribunal, soit à un arbitre; celui-ci a sur le premier l'avantage ç|e trancher les controverses d'une façon plus simple, plus expéditive, plus économique et par là même plus ration­ nelle. 2. Esquisse historique. — Aussi trouvons-nous l'arbi­ trage en usage chez les nations les plus anciennes. On peut y voir une allusion dans ce passage de l'Exode, xxi, 22 : « Si des hommes se querellent et que, l'un d'eux ayant frappé une femme enceinte, elle accouche d’un enfant mort, sans qu'elle meure elle-même, il sera L — 55 1731 ARBITRAGE obligé de payer ce que le mari demandera et qui sera réglé par des arbitres. » Sans doute le mot hébreu pelilim, traduit par arbitres, pourrait à la rigueur s’entendre des juges proprement dits. Voir Gesenius, Thesaurus linguæ hebrææ, 1839, p. 1106; Vigouroux, Diction, de la Bible, art. Arbitrage,par S. Many. Mais le contexte montre qu'il s’agit d'un arbitrage plutôt que d’une sen­ tence judiciaire; et le Talmud dit clairement que c’était la coutume des Juifs d'avoir recours à des arbitres, sur­ tout lorsqu’il s’agissait de questions d'argent : Judi­ cia pecuniaria possunt esse per 1res homines priva­ tos. Sanhedrin, fol. 3, 1. Le Talmud de Babylone fait môme observer. Satihedr., fol. 5, 1, que la sentence arbi­ trale a plus de valeur qu’une sentence judiciaire, puis­ qu’on peut appeler de celle-ci, tandis que celle-là est sans appel : ,4( vero cum duo arbitri litem compo­ nunt, non possunt litigantes ab eorum sententia rece­ dere. Cf. Lightfoot, Horee hebraicæ, in Epist. I ad Corinthios, VI, 4, Opera, 1699, t. n, p. 895-896; Vitringa, De synagoga retere, 1696, p. 816-817. — On trouve des coutumes analogues chez la plupart des peuples anciens. A Borne, où les idées de droit et d'équité se dévelop­ pèrent plus rapidement peut-être que dans les autres nations païennes, l’arbilrage fut reconnu de bonne, heure, surtout pour déterminer les limites des propriétés, et on peut lire les différentes lois qui en règlent la pratique dans les Pandectes, 1. IV, tit. vin, De receptis gui ar­ bitrium receperunt, ut sententiam dicant, comme aussi dans le Code Justinien, 1. II, tit. lvi, De receptis ar­ bitris. Le Nouveau Testament ne parle pas explicitement d'arbitres; mais l’esprit de l'Evangile, qui est un esprit de paix et de conciliation, favorise évidemment ce mode de trancher les controverses; le conseil de ne pas aller en jugement, même en cas d’injustice manifeste, Matth., v, 39-10; le précepte de se réconcilier le plus tôt pos­ sible avec ses ennemis, Matth., v, 23-25; le procédé à suivre dans la correction fraternelle avant de dénoncer le coupable à l'autorité, Matth., xvin, 15-17, et bien d'autres passages du même genre montrent clairement que Notre-Seigneur préfère une solution amicale des différends à la procédure ordinaire des cours de jus­ tice. Les apôtres le comprirent, et on peut croire que saint Paul avait en vue l’arbitrage, lorsqu'il s'indignait contre les fidèles de Corinthe, qui dans leurs différends avaient recours aux tribunaux païens : « Quelqu’un de vous, ayant un différend avec un autre, ose être jugé devant les méchants, et non pas devant les saints? Ne savez-vous pas que les saints jugeront ce monde? Or si le monde sera jugé par vous, êtes-vous indignes de juger les moindres choses... Je le dis à votre honte. Ainsi il n’y a parmi vous aucun sage qui puisse être juge entre frères? Mais un frère discute en jugement contre son frère, et cela devant les infidèles! » I Cor., vi. 1-6. Comme on le voit, le but principal de l'apôtre est de dissuader les chrétiens de porter leurs affaires devant les tribunaux païens; et, comme il n’y avait pas alors de juges chrétiens officiellement reconnus par l'Etat, il leur conseille de faire résoudre leurs diffé­ rends par un arbitre de leur foi. L'histoire nous apprend en effet que souvent les évêques remplirent ce rôle d'ar­ bitres, même dans les causes purement civiles : au témoignage de saint Augustin, Confess., 1. VI, c. il, P. L., t. xxxil, col. 720-721, saint Ambroise passait une partie de son temps à juger les contestations entre fidèles; saint Augustin faisait de même, comme nous l'apprend son historien Possidius, De vita B. Augus­ tini, c. xix, P. L., t. xxxil, col. 49-50. — Aussi l’Église a-t-elle toujours favorisé l'arbitrage; elle fit siennes sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, les lois romaines, et les compléta par des dispositions nouvelles, déterminant d'une façon plus précise la manière de choisir les arbitres, leurs qualités, les 1732 causes qu’ils peuvent juger, la manière de procéder, la portée de la sentence et les moyens de la faire redres­ ser si elle est injuste, ainsi qu'on peut le voir dans le Decret de Gratien, II' part., caus. II. q. VI, can. 33-34, et caus. 111, q. vu. can. 1 ; dans les Décrétales de Gré­ goire IX, 1. I, tit. XLin, De arbitris; dans le Sextam, lit. xxn, De arbitris; et dans le Concile de Trente, sess. XIV, c. v. De reformatione. Voir aussi les com­ mentateurs des Décrétales, en particulier Reiffenstuel, Schmalzgrueber, Maschat, De Angelis, Santi.sur ce titre De arbitris, comme aussi Ferraris, Prompta biblio­ theca canonica, au mot arbiter, arbitrator. Le droit français admit aussi de bonne heure le prin­ cipe de l’arbitrage, tout en le restreignant, au moyen âge, dans d’étroiles limites. Il est à remarquer qu’à cette époque les syndics des corporations ouvrières ont sou­ vent joué le rôle d’arbitres dans les conflits entre les compagnons et les maîtres. Au xvi» siècle, l'ordonnance de 1560 étendit beaucoup les limites de l'arbitrage. La Révolution le favorisa encore davantage, et tomba même dans l'excès en le rendant obligatoire dans des cas nom­ breux; mais bientôt une réaction se fit sentir, et la loi du 9 ventôse an IV abolit les arbitrages forcés, sauf entre associés. Cette dernière exception a disparu de notre législation en 1856; il ne reste donc plus aujourd’hui dans notre droit français que l’arbitrage volontaire. On peut lire dans le Code de procédure civile, art. 10031042, les lois actuellement en vigueur sur ce point. Il est bon aussi de remarquer que dans le même Code, art. 48-58, se trouve un titre De la conciliation, détermi­ nant les cas où le défendeur doit être appelé en concilia­ tion devant le juge de paix, avant que la cause puisse être introduite devant les tribunaux de première instance; c'est là un moyen d’éviter bien des procès, qu’on ne saurait trop encourager : il est essentiellement conforme à l’esprit de l’Évangiie. L'arbitrage entre individus, dont nous avons parlé jusqu’ici, devait naturellement conduire à l'arbitrage international. Déjà, en Grèce, le conseil des Amphictyons avait été institué pour trancher les conflits entre les cités grecques qui faisaient partie de la même confédération. Il n’entrait pas dans les idées du temps de soumettre à des arbitres les querelles avec des peuples étrangers, qu’on regardait comme des barbares. La fraternité entre les différentes nations est une idée toute chrétienne, qui ne pouvait se développer qu’avec le christianisme. Elle se fit jour d’une façon pratique au moyen âge. Saint Louis fut choisi comme arbitre non seulement entre plusieurs comtes de son royaume, mais aussi entre le roi d'Angleterre et ses barons révoltés. Souvent les papes furent appelés à trancher les différends entre princes chrétiens, et évitèrent ainsi des guerres ter­ ribles. Notre siècle a vu se renouveler ces pacifiques interventions, et l’on n’a pas oublié qu'en 1885 Léon XIII fut choisi comme arbitre entre l’Allemagne et l’Espagne sur la question des Carolines. On peut même dire qu’il n’y a probablement pas eu une seule époque dans l’histoire ou l'arbitrage ait été plus fré­ quemment invoqué. Depuis le traité de Gand, en 1814, par lequel l’Angleterre et les États-Unis s'engagèrent à soumettre à l’arbitrage les questions se rapportant aux limites de leurs frontières respectives, jusqu'à la der­ nière sentence arbitrale rendue l'année dernière (I960) dans l'affaire de Delagoa, il y a eu plus de quatre-vingts cas importants tranchés de la même manière : la France, l'Espagne, le Portugal, l’Allemagne, l'Italie, le Danemark, la Russie, la Grèce, la Turquie, le Japon, la Perse, en un mot toutes les nations civilisées ont eu plus d'une fois recours à l’arbitrage, surtout pour des questions de frontières ou de dommages-intérêts. Tout dernièrement, la Conférence internationale, réunie à la Haye à la re­ quête de l’empereur de Russie, et qui a tenu ses séances entre le 18 mai et le 29 juillet 1899, a non seulement 1733 ARBITRAGE adopté le principe de l’arbitrage international, mais a décrété l’institution d'un tribunal permanent destiné à résoudre les conflits entre nations, et a déterminé la procédure à suivre dans ces cas généralement si com­ plexes. Cela ne veut pas dire, comme plusieurs l'ont écrit, que désormais'!! n'y aura plus de guerres entre les nations civilisées, car, avant même que le tribunal ne fut organisé, une guerre éclatait qui a déjà duré plus d'un an; mais enfin c'est un pas en avant que les vrais ihréliens ne peuvent qu'approuver. 3. Conditions essentielles de l'arbitrage. — Il ne nous appartient pas évidemment d'expliquer ici en délai! la législation civile ou canonique sur ce sujet; on peut consulter là-dessus les ouvrages de droit. Disons seule­ ment ce que requiert le droit naturel. Tout d’abord l'arbilre, qu’il soit choisi par les parties intéressées ou déterminé par la loi, doit avoir les qualités essentielles d'un juge, c’est-à-dire, du côté de l'esprit, une intelli­ gence suffisante pour connaître la cause; du côté de la volonté, une indépendance et une intégrité qui assurent l'impartialité de la sentence. Sans la première con­ dition, le jugement ne serait pas-suffisamment éclairé; sans la seconde, il risquerait d’être injuste. Le compro­ mis doit nettement expliquer les questions en litige, les noms des arbitres, et les conditions sous lesquelles la sentence sera rendue et acceptée; sinon, il y aurait encore lieu à de nouveaux conflits. L'arbitre n’est pas tenu de suivre la procédure ordinaire des cours de jus­ tice, à moins que le compromis ou la loi ne l’aient for­ mellement déclaré; mais il doit entendre impartialement les deux parties ou leurs représentants, leur donner le temps et les moyens d’exposer leur cas en toute liberté, et ne prononcer le jugement qu’aprés avoir pris une connaissance sérieuse du litige et des raisons alléguées pour ou contre. La sentence doit étre respectée ; toute­ fois, si l’une des parties en litige était convaincue en toute sincérité que la sentence est injuste, elle n'est pas tenue de l’exécuter avant d'avoir eu recours à un autre arbitre ou aux tribunaux réguliers. II. Arbitrage dans i.es conflits entre patrons et ouvriers. — 1. Son utilité spéciale. — Il est évident que l'arbitrage est d'autant plus utile que les conflits qu’il a pour mission de prévenir ou de résoudre sont plus nombreux et plus acharnés. Or il est certain qu’entre ouvriers et patrons, il y a depuis un siècle des luttes presque constantes. La cause principale est la révolution industrielle qu'ont produite l'introduction des machines et la création de vastes ateliers. Autrefois le patron n'occupait qu’un petit nombre d’ouvriers qui, à leur tour, espéraient devenir patrons; pour cela, ils n’avaient besoin que de leurs outils et d'un tout petit capital; aussi ils ne jalousaient guère le maître qui, la plupart du temps, travaillait avec eux. et était membre de la même corporation. Aujourd'hui, c’est par centaines et par milliers que les travailleurs se trouvent réunis dans les mêmes ateliers, sous la direction de quelque contre­ maître et d’un chef unique; ils n'ont, faute de capital, aucun espoir de devenir patrons à leur tour; souvent ils ne possèdent même pas leurs outils; quand même ils les posséderaient, ils ne peuvent évidemment sou­ tenir la concurrence avec un grand établissement qui peut se procurer les machines les plus perfectionnées. De plus, ils n'ont souvent aucune relation directe avec leurs maîtres; de là des malentendus inévitables. Ils s'imaginent aisément qu’ils sont exploités par ce patron qui vit dans le luxe, tandis qu'eux ont à peine de quoi vivre; cette persuasion est parfois augmentée par la cupidité de certains industriels qui, voulant à tout prix s enrichir vite, réduisent les salaires à un minimum vraiment insuffisant. Parfois aussi une crise industrielle amène un temps de chômage ou une réduction de salaire. De là des méfiances, des haines vigoureuses, qu'attisent souvent des meneurs peu scrupuleux; de là 1734 des grèves suivies de pertes considérables pour les pa­ trons comme pour les ouvriers. L’absence de sen:;n religieux aggrave encore ces difficultés; du moment qu'on ne croit plus aux récompenses éternelles. . · bien se faire un petit ciel sur terre, et si on ne p···;: y réussir, c'est le patron qui en est la cause. Il es! ■ ■·.:■;· nt qu'avec de telles dispositions la conciliation et larbin ige deviennent tout particulièrement utiles, précisément parce que ces malentendus ne peuvent s'éclaircir que par des explications franches et loyales. Qu’un patron, par exemple, se voie obligé, à cause d une invention nouvelle ou de la concurrence étrangère, de diminuer, au moins momentanément, les salaires; s’il le fait sans soumettre la question à un conseil de conciliation ou d'arbitrage, les ouvriers ne seront que trop portés à croire que ce n’est là qu'un prétexte pour les exploiter, et se mettront en grève. Que la question soit au contraire soumise à un conseil composé de patrons et d’ouvriers, que l'on montre, chiffres à l’appui, qu'à moins de diminuer les salaires pendant un certain temps, on sera obligé de fermer les ateliers, que d’ailleurs la crise n'est que temporaire; généralement les ouvriers auront assez, de sens pour comprendre qu'il vaut mieux subir cette ré­ duction que d’en venir à une mesure également ruineuse pour les uns et pour les autres. 2. De l’arbitrage dû à l'initiative privée. — C'est sur­ tout en Angleterre que se sont développées les institutions de conciliation et d'arbitrage, dues à l'initiative privée. C’est en effet le pays des grandes associations ouvrières (trade unions) : en 1893, on comptait 1 270 789 travail­ leurs enrôlés dans677 unions et ayant à leur service un revenu de 50 millions de francs. Or c’est précisément lorsque le nombre des ouvriers est plus considérable, et qu'ils sont plus fortement organisés, que les grèves sont plus à craindre et l'arbitrage plus nécessaire. Deux hommes ont surtout contribué à le rendre populaire, Mundella et Kettle. Le premier, ancien ouvrier devenu propriétaire d'une des fabriques de bonnettene de Not­ tingham. remarquant que dans cette industrie il y avait souvent des grèves, fonda en I860 un conseil d'arbitrage et de conciliation composé d’un nombre égal d’ouvriers et de patrons : si quelque difficulté se présente, elle est d'abord examinée par les deux secrétaires du conseil; si elle ne peut être résolue par eux. elle est soumise à un comité d’enquête composé de quatre membres; enfin, si ceux-ci ne tombent pas d'accord, la question est posée devant le conseil d'arbitrage composé de onze patrons et d'un nombre égal d’ouvriers. Le second, M. Kettle, un juge anglais, organisa en 1864. à Wolverhampton, un con­ seil d’arbitrage sur un plan différent: toute contestation générale est réglée par une sentence de huit arbitres, quatre patrons et quatre ouvriers, et si une inajoiit·· ne se forme pas, un tiers arbitre décide: c'est un mistral ou toute autre personne inspirant confiance aux deux parlies. Si la difficulté est d'un caractère : soumise à deux arbitres, et ce n'est qu'en ca- : ( -ac­ cord qu elle est portée devant le conseil. Sur 1· O.-iele de ces deux conseils une multitude d'autres >■ - >nt for­ més en Angleterre, et les résultats ont été excellents. Sans doute il y a encore des grèves, mais elles ont beau­ coup diminué. En 1894, sur 1 733 questions soumises à ces conseils. 368 ont été retirées, 1 142 résolues par la conciliation, et 223 par l’arbitrage : cette même année, 19 grèves ont été terminées par la conciliation, et 23 par l'arbitrage. Quand tous ces moyens ont échoué, l’influence d’une haute personnalité, respectée des deux parties, peut mettre fin aux confits les plus aigus : en 1889, le cardinal Manning fit cesser, par son heureuse intervention, la grève si désastreuse des docks de Londres, qui avait laissé sans travail 250000 ouvriers et suspendu le commerce maritime de la grande cité. Lemire. Le cardinal Man­ ning, 2e édit., Paris, 1894, p. 104-114. En Belgique aussi, les conseils de conciliation et d'ar- 1735 ARBITRAGE bitrage des charbonnages de Bascoup et de Mariemont, fondés par M. Julien Weiler, ont eu les meilleurs résul­ tats- : depuis 1888, il n'y a eu qu'une seule grève et encore n a-t-elle duré que trois jours, tandis qu'auparavant les conflits étaient nombreux et terribles. Nous avons en aussi, en France, sur une petite échelle, quelques essais de ce genre : en 1874, on forma un conseil sy ndical mixte de la papeterie, composé en nombre égal de patrons et d’ouvriers, et depuis lors aucune grève ne s'est produite dans cette industrie; en 1877. les typographes de liouen; en 1892, les blanchisseuses de Boulogne; en 1891, les coitleurs de Paris; en 1895, les tisseurs de Cholet ont organisé des conseils du même genre. De plus, un cer­ tain nombre dégrèves importantes ont été terminées par l'arbitrage : en 1891, la grève des omnibus de Paris; la même année, la grève des mineurs du Pas-de-Calais, qui s’était étendue à 40 000 ouvriers; en 1892, les deux grèves de Carmaux; en 1900, la grevé du Creusot. et d'autres que nous ne pouvons mentionner. — Nous ne par­ lons pas des cunseilsde prud'hommes, établis en France depuis un siècle, parce qu’ils sont incompétents sur les questions d'augmentation ou de réduction de salaires, et se bornent à rendre des décisions sur les difficultés in­ dividuelles entre patrons et ouvriers, en se basant sur les contrats acceptés par les uns et par les autres. 3. Arbitrage légal. — L’initiative privée qui a si bien réussi én Angleterre, n’ayant produit que des résultats médiocres dans les autres pays, les gouvernements ont songé à favoriser et à étendre l’arbitrage en légiférant sur ce sujet. Nous avons en France la loi de 1892, dont le but et les conditions essentielles sont déterminés par l’article 1": « Les patrons, ouvriersou employés entre les­ quels s'est produit un différend d'ordre collectif, portant series conditions du travail, peuvent soumettre les ques­ tions qui les divisent à un comité de conciliation, et, à défaut d’entente dans ce comité, à un conseil d'arbi­ trage. » Les articles suivants indiquent la procédure à suivre, soit pour la conciliation, soit pour l’arbitrage, et désignent le juge de paix comme intermédiaire entre les parties pour provoquer le rapprochement, assister à la réunion, la présider, si on le lui demande, et amener une entente. Les parties ne Sont tenues ni de comparaître ni d'accepter la sentence arbitrale une fois prononcée : en d'autres termes le législateur ne lait qu’encourager l’ar­ bitrage facultatif. Des lois sur la même matière ont été promulguées en Belgique, en Angleterre, aux États-Unis, en Suisse, en Italie, en Hollande, en Allemagne, en Au­ triche et en Russie. Mais ici se pose la question : est-il bon que l’État in­ tervienne en celte matière? Les économistes libéraux, qui croient encore à la fameuse maxime de l'école de Manchester : laissez faire, le nient fortement. Le con­ trat de travail est pour eux un contrat ordinaire, qui doit se régler par la loi de l’offre et de la demande : s’il y a parfois des abus, le jeu naturel des lois économiques, aidé par la bonne volonté générale, les corrigera ; s’ils sont trop tlagrants, qu’on s’adresse aux tribunaux ordi­ naires. Faire intervenir le gouvernement dans ces ques­ tions, c'est attenter à la liberté individuelle, c'est nuire au libre essor de l’industrie et du commerce. Tel n’est pas l’enseignement de Léon Xlll dans l’encyclique Rerum novarum. « Il n’est pas rare, dit-il, qu’un travail trop prolongé ou trop pénible et un salaire réputé trop faible donnent lieu à ces chômages voulus et concertés qu on appelle des grèves. A cette plaie, si commune et en même temps si dangereuse, il appartient au pouvoir public de porter un remède; car ces chômages non seulement tournent au détriment des patrons et des ouvriers euxmêmes, mais ils entravent le commerce et nuisent aux intérêts généraux de la société, et comme ils dégénèrent facilement en violenceset en tumultes, la tranquillité publique s’en trouve souvent compromise. Mais ici il est plus efficace et plus salutaire que l’autorité des lois 1736 prévienne le mal et l'empêche de se produire, en écar­ tant avec sagesse les causes qui paraissent de nature à exciter des conflits entre ouvriers et patrons. » Rien de plus raisonnable que cette doctrine du souverain pontife. Sans doute, si seul l’intérêt de quelques particuliers était en jeu, on pourrait laisser aux lois économiques et aux tribunaux le soin d'apaiser les querelles entre patrons et ouvriers; mais quand l’intérêt commun est menacé, quand de toutes parts éclatent des grèves, qui ruinent non seulement quelques individus, mais des milliers de personnes, qui paralysent l’industrie et le commerce de toute une région, parfois même de toute une nation, n'est-il pas juste que l’État intervienne pour défendre le bien commun, et rappelle aux combattants avec autorité qu'il est un moyen plus efficace et plus sage de trancher ces conflits ruineux ? Qu'on ne dise pas que c’est là un attentat à la liberté individuelle; c’est au con­ traire le meilleur moyen de la protéger : rien de plus destructif de la liberté que ces conflits violents où la force triomphe; rien ne la fortifie comme une franche et loyale discussion devant un arbitre impartial. Toutefois, pour préciser davantage,on peut se demander si le législateur doit intervenir non seulement pour recommander l’arbitrage, mais encore pour le rendre obligatoire? Ce qui peut se faire de deux façons, ou bien en obligeant patrons et ouvriers à se réunir et à choisir des arbitres, sans rendre la sentence obligatoire, ou bien en les forçant de se soumettre à la décision rendue. Dans le premier cas, il nous semble que l’Etat n'ou­ trepasse point ses droits. Sans doute, il impose aux par­ ties le devoir, lorsqu'un conllit éclate, de venir à une sorte de conférence où l’on examinera les moyens de le résoudre à l’amiable, et il frappe d’une peine légère ceux qui refusent d’y venir, parce qu'ils troublent ainsi l'ordre social, en prolongeant une lutte dangereuse. 11 n’y a là rien d'excessif: les parties une fois réunies conservent toute leur liberté. En les obligeant à conférer· ensemble, on espère sans doute les amener à s'expliquer et à s'en­ tendre. Est-ce donc là un si grand mal? N‘a-t-on pas vu souvent la lumière jaillir d'une franche discussion, et bien des malentendus dissipés par une explication loyale? On objecte que les patrons ne peuvent exposer à leurs ouvriers toutes les raisons qu'ils ont d'agir, sans révéler à leurs concurrents d'importants secrets, et com­ promettre par là meme leurs intérêts. Il est rare qu'il en soit ainsi; mais en le supposant, les patrons ne sont pas forcés de tout dire; ils font preuve de bonne volonté en venant exposer les raisons qu’ils peuvent communi­ quer au public, et souvent cela suffira pour apaiser un conflit naissant. Faut-il aller plus loin et rendre la sentence arbitrale obligatoire, de telle sorte que l’État prête main-forte à son exécution ? On l'a fait en Nouvelle-Zélande par une loi promulguée en 1894, et depuis lors, nous dit-on, il n’y a plus de grèves dans ce pays. Lloyd, A country ivil/iout strikes, New-York, 1900. C’est possible, mais la loi a été en vigueur trop peu de temps pour qu’on puisse conclure de là que son application à tous les pays n’au­ rait pas de graves inconvénients. Tout d’abord, avec ce système, c’est l’État qui en dernière analyse fixe les sa­ laires : car si patrons et ouvriers sont obligés d’accepter la sentence arbitrale, les voilà par là même forcés d'accepter le taux de salaire déterminé par les arbitres. Or c’est là une mesure extrêmement périlleuse : les patrons peuvent être convaincus que ce taux est ruineux, et ne leur per­ mettra pas de soutenir la concurrence avec leurs voisins ou avec l’étranger; les voilà donc dans la nécessité de marcher à la ruine ou de se retirer des affaires. Ce serait assurément décourager l'industrie, et frapper du même coupun bon nombre d'ouvriers qui, si l’usine est fermée, resteront sans travail. — D’ailleurs, comment exécuter une telle sentence? Si c'est le patron qui est condamné, enverra-t-on une brigade de gendarmerie pour l’obliger 1737 ARBITRAGE — ARCANE â ouvrir ou à vendre son usine? Si ce sont les ouvriers qui subissent une sentence adverse, les forcera-t-on à travailler malgré eux, et quel travail feront-ils alors? Ou bien les mettra-t-on en prison parce qu'ils refusent de travailler? Ce serait lâ un attentat à la liberté indivi­ duelle bien peu justifiable. Car, après tout, le succès d'une entreprise industrielle dépend de la bonne entente entre patrons et ouvriers ; si la sentence arbitrale n’est pas obligatoire, ils ne se sentiront portés à l’exécuter que par un sentiment d'honneur qui ne s'opposera point à celte bonne entente, tandis que la force et la violence pourraient pour toujours aliéner les esprits. 4. Conclusion. — L’arbitrage est un des meilleurs moyens de résoudre à l'amiable les conflits entre patrons et ouvriers. Toutefois, ce remède ne sera véritablement efficace qu'aulantqu'il sera soutenu par l’idée religieuse. Lâ ou ne préside point la religion, l'intérêt est le seul mobile; il peut sans doute suffire à trancher pour le moment certaines difficultés; mais il en est d'autres que seule la religion peut résoudre, parce que seule elle peut inspirer ces sentiments de justice et de charité, sans lesquels il n’y a point de paix durable. C'est une raison de plus pour le prêtre de ne point se désintéresser des questions sociales : son caractère de ministre de la paix en fait naturellement un intermédiaire entre le patron et l’ouvrier, qu'il doit embrasser dans une égale charité ; plus que personne il a le droit et le devoir de rappeler à tous les principes d'équité et de justice, sur lesquels sont fondés la conciliation et l’arbitrage. 1738 cet auteur : Lettre à tous les fidèles des églises réf< rmées de France, in-4°, Monlauban, 1657; Déclaration de Joseph Arbussy, contenant les moyens de réunir les protestants dans l'Église catholique, in-8’. Paris, 1670. B. Helt.tebize. ARCADE, métropolite d’Olonetz. naquit en 1774, et reçut â son baptême le nom de Grégoire. Après avoir fait ses études au séminaire de Vladimir, il s'adonna à l'enseignement des sciences ecclésiastiques, et revêtit l’habit de moine en 1814. Nommé inspecteur des établis­ sements scolaires de l’éparchie de Vladimir, évêque d’Orenbourg en 1829, archevêque en 1851, Arcade fut élevé, cette même année, au siège métropolitain d’OIonetz. Il mourut au monastère d’Alexandre Svirki, le 8/20 mai 1870. Arcade déploya beaucoup de zèle pour la conversion des raskolniks russes. On a de lui un grand nombre de lettres, de sermons et d'opuscules ayant trait au raskol. Le plus connu de ses ouvrages est intitulé : La voix du livre de la foi : invitation aux raskolniks à rentrer dans le giron de l’Église russe, Moscou, 1892. Le byzantiniste Troïtzsky a consacré deux articles à la mémoire d’Arcade, dans la Lecture chréüenne (Khristianskoe Tchténie), revue théologique de l'Académie de Saint-Pétersbourg, mars 1882, p. 405-424; mai, p. 846-848. D’autres renseignements biographiques dans l'ouvrage de Popov, La grande éparchie de Perm, SaintPétersbourg. 1879. Ses lettres théologiques sur le raskol russe ont paru en volume à Moscou, en 1896 : elles avaient été insérées déjà dans le Khristianskoe Tchténie, 1882-91, dans la Parole fraternelle (Bratskoe Slovo}, revue fondée pour le retour des dissidents russes à l'unité, 1889, t. u ; 1899, t. t ; 1892, 1.1, il ; 1893, H. Crompton, Industrial conciliation, Londres, 1876 ; la t. n ; 1894, t. t, et dans le Voyageur (Strannik), mai 1883. Cf. 1’· édition a été traduite en français par Weiler sous ce titre : Matériaux pour servir à l'histoire du séminaire de Jaroslav, Arbitrage et conciliation entre patrons et ouvriers, Bruxelles, Bulletin de l’éparchie de Jaroslav, 1870; Lopoukhin, Diction­ 1669; Publication de l'Office du travail sur La conciliation et naire de théologie, Saint-Pétersbourg, 1900, t. i, col. 1027, 1028. ^arbitrage, Paris, 1893; Rapport Lyonnais, 27 juin 1889, A. Palmieri. D* 3856; Rapport Lockroy, 23 janvier 1892, n· 1903; Rapport Goblet, 22 novembre 1892, n· 24; Journal olficiel des 21 et ARCANE. — I. La question de l'arcane. H. L’arcane 23 octobre 1892 contenant la discussion de la toi de 1892 à la des mystères païens. 111. L’arcane chrétien aux deux Chambre; Journal officiel des 16, 17, 20 et 22 décembre, con­ premiers siècles. IV. L’arcane chrétien du n« siècle au v». tenant la discussion au Sénat; C. de froment, La conciliation V. L'arcane depuis le v* siècle. et l'arbitrage, Paris, 1894; J. Weiler, L’organisation des con­ I. La question de l’arcane. — On désigne sous le nom seils d'arbitrage établis en Angleterre, Bruxelles et Paris, de disciplina arcani la loi qui dans les premiers 1877; J. Weiler. Arbitrage et conciliation, conférence donnée à siècles aurait obligé les fidèles et le clergé à ne parler La l.ouviére, Bruxelles et Paris. 1886; J. Weiler, L'esprit des institutions ouvrières de Mariemont, Bruxelles, 1888 ; Rap­ jamais ouvertement des saints mystères devant les caté­ ports sur les conseils de conciliation et d’arbitrage des charchumènes et les infidèles. tonnages de Bascoup, de Mariemont, Morlanweltz (Belgique) Il est sur que le mot de disciplina arcani n’appartient et Paris (chez Guillaumin), différentes dates ; G. Foccroulle, pas plus au langage de la scolastique qu’à celui de l’an­ Les conseils de conciliation, Bruxelles et Paris, 1894; Ed. Goftiquité chrétienne. Les protestants veulent que le mot 6n n. Arbitrage et conciliation entre patrons et ouvriers, et la chose soient une invention des controversistes ca­ Paris, 1892; Morisseaux, Conseils de l’industrie el du travail, tholiques du XVII' siècle. Mais en réalité le mot a été créé Bruxelles, 1892; Morisseaux, Législation du travail, Allemagne, Bruxelles, 1895; V. Brants, Projet d'institution de conseils par le protestant Daillé; quant à la chose, les protes­ d.· conciliation en Belgique, Commission royale du travail, tants ne se sont pas fait faute d’y recourir, témoin ce Bruxelles, 1886; J. C. Bayles, The Shop Council, New-York, qu'écrivait Pfalï, au xvill· siècle : Qui disciplit· a> Iss.;, trad, par J. Foccroulle sous ce titre : Le conseil d'usine, cani ignoraverit, is veteris Ecclesiæ i'-t . . L: jxelles et Paris, 1892; J. S. Lowell, Industrial arbitration ■■ .1 conciliation, New-York, 1893: Carroll D. Wright, Com,ml- j penitus ignoret necessarium est. Origines ju ■■ . siast., Tubingue, 1756,cité par V. Huy-f.· ns. Z»r *·. ;/ arbitration, an imposable remedy, dans le Forum, mai itber sog. Arkandis-iplin, Munster, 1891, p. 4. l'u mo­ 18.'3; L. Grégoire, Le pape, les catholiques et la question sociuh’, Paris, 1895, p. 129, 172; Ch. Antoine, S. J., Cours d’écoment où la controverse entre protestants et cath. : < » »>ie sociale, Paris, 1896, p. 431-439; Ch. Perennet, La rmciportait sur la tradition, et que ni les uns ni lo­ l alion et l'arbitrage, Paris, 1897, où l'on trouvera de nom­ ne concevaient la tradition comme soumise â la loi <1 un breuses indications bibliographiques. lent développement, la loi de 1'arcane résolvait tant bien Sur l'arbitrage international : Saint-Georges d'Armstrong, Prin­ que mal les problèmes perpétuellement soulevés par les cipes généraux du droit international public, t. 1, De l’utilité phénomènes de l’évolution historique des dogmes et des de P irbitrage. Paris, 1890; Phyzzenzidés, L’arbitrage interna­ institutions de l'Église. Bingham a pu dire avec une tional et l'etablissement d'un empire grec, Paris, 1896. judicieuse ironie : Hocnovo et admirabili instrument··, A. Tanquebey. quod disciplinam arcani vocitant..., omnis dissimili­ ARBITRE (Libre). Voir Volonté, Liberté. tudo et repugnantia, quæ inter antiquas Ecclesiæ catholicæ doctrinas consuetudinesque, et novellas pres­ AI73USSY Joseph, né à Montauban le 27 avril 1624, sentis Ecclesiæ Romanæ corruptiones apparet, illico m rt dans cette ville le 5 avril 1694. 11 appartenait à une evanescet et in ventos abibit. Originum sive antiquita­ tmille protestante et fut pasteur en diverses villes, tum ecclesiasticarum. Halle, 1727, t. iv, p. 121. r. t.imment à Nîmes en 1664. Deux ans plus tard, il vint Toutefois Bingham exagère violemment, quand il - Paris, abjura l'erreur et se fit catholique. Il revint affirme que les théologiens < l 1 ··= controversistes catho­ ensuite à Montauban où, en 1689, il fut nommé avocat liques ont donné dans l'arcane comme dans un ralu/ug n .1 à la cour des aides de cette ville. Nous avons de 1739 ARCANE simvm argumentum en faveur de la transsubstantia­ tion particuliérement. Melchior Cano estime que la tra­ dition écrite est parallèle à une tradition non écrite et secrète: lesapôtres, selon lui,auraient donné le saintaux chiens, si, quibus formis sacramenta essent conficienda, quibusve ritibus administranda, aliaque id genus reli­ gionis secreta, passim vulgo tradidissent. De locis theologicis, Salamanque, 1563, III, 3. Cano n'en dit pas davantage. Bellarmin est aussi discret. De contro­ versiis ehristianæ /idei, Lyon, 1599, t. n. Il expose les témoignages des Pères sur l’eucharistie, et, dans le résumé final qu’il en donne, il note que les Pères non loquebantur de eo [mysterio] coram ethnicis el catecumenis nisi recte, ut illis verbis : Norunt fideles. Il ren­ voie à Tertullien, Origène,.Iean Chrysostome, Augustin, Théodoret. De sacram, euchar., Il, 29; De sacram, in gen., i, 8. Gabriel de l’Aubespine, qui fut évêque d'Or­ léans de 160-4· à 1630, est l’auteur d’une Ancienne police de l’Église sur l'administration de l'eucharistie, Paris, 1629, où il entend montrer que dans les quatre premiers siècles la loi du silence s’observait « avec telle rigueur, que jamais on ne parloit aux catéchumènes du saint sacrement »; d'où il conclut que si l’eucharistie n’est pas « autre chose que ce que la nouvelle opinion et la nouvelle labié de nos adversaires s’imagine, ils n'eus­ sent pas été si religieux en ces premiers temps à la refuser aux étrangers ». Il conclut encore « qu'on doit lire sagement les passages des Pères, auxquels il est parlé de l'eucharistie; car il est bien vraysemblable, que la Religion, qui les empeschoit de l’exposer â la veuë et à la connoissance des estrangers, la mesme leur défendoit d'en écrire ouvertement et de publier qu’elle esloil le vray corps de Jésus-Christ ». Cité par Huyskens, p. 6. Le cardinal Duperron répond aux difficultés tirées de saint Augustin par les protestants, que ces difficultés sont tirées de « sermons populaires, où assistaient toutes sortes de personnes, tant initiés que non initiés, tant bap­ tisés que catéchumènes, païens ou inlidèles, dont l'Afri­ que étoit fort pleine de son temps au moyen de quoi il ne lui étoit pas permis de découvrir le secret des sacre­ ments ». Traité de l’eucharistie, Paris, 1622, I, 8. A me­ sure qu'on avance, il semble que nos meilleurs controversistes répugnent à invoquer la trop commode expli­ cation de l’arcane. A cet égard, La perpétuité de la foi de l’Église catholique sur l’eucharistie, Paris, 1670, de Nicole et d'Arnauld, continuée par Renaudot en 1711, est pour attester que les discussions sérieuses ne faisaient pas appel au principe de l’arcane. Bossuet parait l’igno­ rer. Avant lui, Petau n’en dit qu’un mot, et dans un sens assez particulier. Il cite des textes patriotiques pour montrer que les mystères, plus ils étaient sublimes, eo magis occultabantur et in sinu quodammodo foveban­ tur. Un n'aimait pas à en écrire; si c’était nécessaire, parce id fiebat, ac dissimulanter et obscure. Cel usage remontait aux apôtres, il remontait même jusqu’à Moïse. Petau. en somme, voit dans cette réserve, moins une dis­ cipline ecclésiastique, qu’une économie caractéristique de la tradition. Dogmata theolog., Paris, 1644, t. u, præf., 5. Il n'insiste d'ailleurs pas sur le principe qu'il pose ici, et il ne s'en sert nulle part, comme s’il se rendait compte de ce que ce principe a d'incertain. Tout cela est fort modéré. Nous ne voyons que le scolastique G. Estius qui ait posé des prémisses plus systématiques. Estius, expliquant que chaque sacrement est composé d'une matière et d’une forme, se demande pourquoi ces deux éléments nous sont si imparfaitement indiqués par la tradition : il répond que c’était là une part des secrets que l'on ne devait pas écrire : Unde et illud apud ,4uguslinum frequens de eucharistia : Norunt fideles : quo verbo significatum voluit secretum esse, acne cate­ chumenis quidem propalandum mysterium de quo loquebatur. In lib. 1 V Sententiarum, Paris 1680, dist. 1, §19. Estius, qui se fonde d'ailleurs ici sur l'autorité du I 1740 pseudo-Aréopagite, étend le secret à toute la théologie sacramentaire, extension qui sera reprise et exagérée plus tard. Chose piquante, s'il y a ici quelques vanæ persua­ siones, comme dit Bingham, elles sont le fait aussi bien des théologiens romains que d'un théologien humaniste qui appartient au protestantisme. Isaac Casaubon, en effet, eut le premier l'idée, non pas de nier l'existence d'un certain secret dans la catéchèse, mais de voir dims ce secret une loi pareille à] celle qui avait fait de cer­ tains cultes païens des mystères. Dans ses De rebus sacris et ecclesiasticis exercitationes XVI, Londres, 1614, Ca­ saubon prête aux Pères la pensée d’avoir calqué les rites ecclésiastiques sur les rites païens : Pii Paires, quo facilius ad veritatis amorem corruptas superstitione mentes traducerent, el verba illorum sacrorum quam plurima in suos usus transtulerunt, et cum doctrinæ veræ capita aliquot sit tractarunt, tum ritus etiam nonnullos ejusmodi instituerunt... Quod autem dice­ bamus de silentio in sacris opertaneis servari a paganis Solito, id institutum veteres chrisliani sic probarunt, ut religiosa ejus observatione mystas omnes longe superarint. L’hypothèse de Casaubon sera reprise plus tard par le plus épais des rationalistes, Dupuis, dans son Abrégé de l’origine de tous les cultes, Paris, 1794. Des protestants allemands, peu portés vers le ritualisme s'éver­ tueront à la rajeunir. Th. Harnack s'y complaît comme dans une explication défavorable â l’esprit hiérarchi­ que. Chrislliche Germeindegotlesdienst, Erlangen, 1854. N. Bonwetsch s’y associa jadis, la transformation du culte en mystère étant, à ses yeux, corrélative de l'évo­ lution qui organise la hiérarchie et met aux mains des prêtres un « trafic mystico-théurgique » dont le secret agrandissait la puissance. N. Bonwetsch, Wesen, Entstehung und Fortgang der Arcandisciplin, dans la Zeit­ schrift fur die hislorische Théologie,Gotha, 1873, t. xi.in, p. 203-299. C’est aussi le point de vue de E. Hatch, Influence of greek ideas and usages upon the Christian Church, Londres, 1890; de Anrich, Antike Mysleriénwesenin seinem Einfiuss auf das Christentum, Gœttingue, 1894, et de G. Wobbermin, Religionsgeschichtliche Studien zur FragederBeèinfiussungdes Urchristenlums durch das antike Mysterienwesen, Berlin, 1896. On verra plus loin tout ce qu’il y a de vain dans cette théorie. Ce fut le protestant Jean Daillé qui définit le premier avec précision et justesse la discipline de l’arcane : le mot même est de lui. Il vit très bien, comme l’avaient vu Duperron, Casaubon, Petau, que le langage des Pères était dans certains cas pénétré de réticences : Bac ipsa methodo usi sunt circa quædani capita, quæ hodie in controversiam vocantur, circa scilicet sacramenta Ecclesite. Cum enim ea mysteria nonnisi clam et seorsum apud suos celebrarent, neque ad ea contem­ planda vel Ethnicos vel Catechumenos, imo ( ut quidam volunt) neque ullos alios, quam qui mysteriorum erant participes, admitterent : sic etiam in tractatio­ nibus suis, maxime in homiliis, quas ad populum ha­ bituri erant, nunquam nisi obscure de iis agebant. Daillé explique ce parti pris des Pères par la fin qu’ils se sont proposée : Videntur mentes catechumenorum ad reverentiam et vehemens desiderium sacramento­ rum excitare voluisse. C'est une discipline surtout pé­ dagogique. Daillé vil aussi que celte discipline n’était pas ancienne et qu'elle s’était affirmée surtout au tv" et au v· siècle : Unde solennes Chrysoslomo, Theodorelo, Augustino et aliis reticentia;,quoties de signis Ecclesiæ mysticis sermo est, et illæ iis locis passim occurrentes formules ι'σασιν, etc. Eumdem fuisse aposloliei et proximi sæculi usum nego, et res clara est. Nullæ enim usquam in horum sæculorum, ac ne in tertii qui­ dem, veris notisque auctoribus cum verba de sacra­ mentis faciunt, hujusmodi reperiuntur aposiopeses sive relicenliæ. Daillé est ici trop catégorique, nous le 1741 ARCANE montrerons plus loin. Mais sa théorie de l’arcane, ori­ gine et extension, est la théorie vraie. De usu Patrum ad ea definienda religionis capita, quæ sunt hodie controversa, Genève, 1686, cité par Huyskens, p. 9, 10. Mais tout fut obscurci pour longtemps par l’intervention de E. Schelstrate, ancien préfet de la bibliothèque du Vatican, chanoine d'Anvers (on en a fait à tort un jésuite). C’est lui qui reprit l’opinion d’Estius et la sys­ tématisa. L’arcane devint une discipline instituée par le Christ et pratiquée depuis le temps même des apôtres : le dogme de la trinité, le dogme et le rite de la messe et des sacrements, étaient l’objet propre de l’arcane, comme c’est à l’arcane qu'il faut attribuer le fait que nous sa­ vons si peu de chose sur le nombre des sacrements, sur le culte des saints, sur la transsubstantiation, etc. Schelstrate développait incidemment ces considérations dans deux livres, Antiquitas illustrata circa concilia, etc.. Anvers, 1678, et Commentatio de Antiocheno concilio, Anvers, 1681. Le protestant W. E. Tentzel réfuta Schelstrate dans une Dissertatio de disciplina arcani, Wittemberg, 1683, ou il reprit en les brouillant les opinions de Casaubon et de Daillé : l’arcane était, à ses yeux, une dis­ cipline introduite vers la fin du second siècle et imitée des mystères païens. Schelstrate répondit par une dis­ sertation De disciplina arcani, 1685, à laquelle Tentzel opposa des Animadversiones, le tout réuni par Tentzel dans ses Exercitationes seleclæ, Francfort, 1692. Acette mêlée prit part C. Kortholt, Silentium sacrum sive de occultatione mysteriorum apud veteres Christianos, Kiel, 1689, appuyant Tentzel. Et l’on pourra voir dans Huyskens, p. 16-22, la littérature de cette controverse du côté protestant, avec G. Langemack, Historia catechelieæ, Stralsund, 1729; Bingham, Pfaff, déjà cités; Crueger. De veterum Christianorum disciplina arcani, Wit­ temberg, 1727; J.-.I. Zimmermann, Uralio de disciplina arcani, dans sa Tempe helvelica, Zurich, 1736; J.-L. Mosheim, Institut, histories ecclesiastical, Helmstadt, 1755; E. Stoeber, De sacris veterum Christianorum arcanis, Strasbourg, 1742; .J.-L. Schedius, De sacris opertis Christianorum, Gcetlingue, 1790. Schelstrate, du côté catholique, était appuyé par Scholliner, Disciplina arcani, Tegernsee, 1756; Ruggieri, De ecclesiastica hierarchia et de disciplina arcani, Rome,1766; Rucziczka, De disciplina arcani, Olmiitz, 1776, etc. En France, i arcane était défendu par Moissy, La méthode dont les Pères se sont servis en traitant des mystères, Paris, 1685; par Valiermont, Du secret des mystères, Paris, 1710, etc. Huyskens n’a pas connu la dissertation du P. Merlin, qui donne mieux qu'aucune autre, semble-til, une idée de la dégénérescence du débat. Le P. Merlin, jésuite (f 1747), auteur d'un Traité his­ torique et dogmatique sur les paroles ou les formes des sept sacrements de l’Église, conclut de la lettre du pape Innocent à l’évêque d'Eugubio, qu'au V siècle « on ne voyait point encore ni pontificaux, ni sacramentaires, etc. » et « qu'il n’était pas permis, même à un évêque écrivant à un évêque, d’énoncer les termes qui constituent la forme des sacrements ». Les diverses formes des sacrements ont été immuables « dans toutes les églises chrétiennes du même rit » durant les sept premiers siècles, et « elles doivent encore maintenant être les mêmes ». Ces formes qui de­ vaient être fort courtes, devaient exprimer « l’énon­ ciation purement indicative du principal effet du sacrement ». Le P. Merlin estime que « cela suit nécessairement ». Pour n'avoir pas réiléchi à cette loi, dit-il, « quelques critiques ont commencé à faire pa­ rade d'une érudition évidemment fausse, qui impute à tjute l'antiquité d'avoir administré la plupart des sacre­ ments avec des formules déprécatives. » En réalité les Pères traitaient les formules sacramentelles de prières pour ne point révéler ce qu'elles étaient. Et de même ils ne prononçaient pas le nombre des sacrements, car 1742 « avant le xn® siècle nul auteur ecclésiastique n’a mar­ qué dans ses ouvrages le nombre précis des s tcr*ments ». La forme authentique du baptême est r··-·■ pendant cinq siècles un secret « fidèlement gard· dans les écrits des saints Pères »,et le « Saint-Esprita eu som que dans l’Évangile même la première des sept for­ mules sacrées fut aussi cachée qu’aucune autre ». C'est seulement au xn« siècle que l'on commença»à se gêner un peu moins dans les écrits ou l'on traitait de ce qui regarde les sacrements ». Si les paroles de la consécra­ tion sont souvent reproduites par les Pères, « c'est que la qualité de forme sacramentelle, et la vertu qui est dans les paroles, de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, demeurent cachées à des lec­ teurs profanes. » Mais pour l’absolution sacramentelle, rien n'est révélé avant le xtt· siècle. Autant pour l’extrême-onction, etc. Huyskens n’a pas connu, non plus, les embarras où la défense de l’arcane ainsi conçu jette un théologien aussi informé que le jésuite Zaccaria. Le P. Zaccaria (1714-1795), dans son intéressant traité De usu librorum lilurgicorum in rebus theologicis, où il définit avec justesse quelques règles de la méthode positive, essaie moins heureusement de montrer comment le silence des livres liturgiques n'est pas nécessairement la preuve qu'une institution, rite ou forme, n’existe pas de leur temps. Car, dit-il, pareil silence peut être jme omission accidentelle d’un copiste, ou il peut être Fellet de la discipline de l’arcane. Il produit comme exemple le silence du sacramentaire grégorien en ce qui concerne la forme du sacrement de confirmation; il cite Martêne posant en fait que les premiers rédacteurs dessacramentaires n'y ont pas consigne les formes des sacrements. A quoi le célèbre Berti, augustin, objecte judicieusement qu’il ne comprend pas comment la discipline de l’ar­ cane s’étendait jusqu’à des sacramentaires qui se con­ servaient dans le trésor des églises et que seuls ma­ niaient les membres du clergé. Zaccaria répond qu’il y avait toujours à craindre que les livres conservés dans le trésor des églises fussent par des mains coupables livrés aux païens. Comment alors, répond le P. Berti, osait-on consigner· dans les sacramentaires, par exemple dans le sacramentaire grégorien, les paroles de la con­ sécration, la formule du baptême, le rituel des ordina­ tions, toutes choses qu’il convenait d’ensevelir dans l’arcane? Le P. Zaccaria répond à cela que la disci­ pline de l’arcane s'était relâchée sur certains points et pas sur d’autres. Migne, Theolog. cursus, t.v, col.281-282. En dépit de difficultés si sensibles, la doctrine de l'arcane est demeurée en possession, auprès des théologiens catholiques, du crédit que lui avait valu Schelstrate. Ij Prompta bibliotheca de Ferraris renchérit sur Sc ■ .strate. Elle cite le sentiment de Ferd. Mendoza sur le canon 36 d’Elvire, avançant que les anciens ne révé­ laient pas les mystères aux seuls païens et catéchu­ mènes, mais encore aux fidèles, ipsis chrisliams jam perfectis, ni episcopi essent vel sacerdotes judicio et auctoritate graves. Elle fait remonter l'origine de celt.· discipline au Christ lui-même. Elle ne concède pas a Schelstrate qu elle ait disparu en Orient > la lin du Ve siècle, et en Occident au vr, mais elle veut qu'elle ait disparu peu à peu des diverses églises. Ferraris, ari. Arcani disciplina. Le Kirchenlexikon, lre édit., sous la signature de Hefele, est plus mesuré; mais il maintient l’existence de la discipline du secret dans l’Église pri­ mitive et jusqu'au v» siècle, dans les..termes mêmes de Schelstrate. Dictionnaire de la théol, calhol., de Wetzer et Welte, trad. Goschler, t. vi, Paris, 1859, p.382. Wandinger conserve le même sentiment dans la seconde édition du Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau. 1882, t. t, col. 1234-1238. Pareil sentiment chez Funk, Lehrbuch der Kirchengeschichte, Roltenburg, 1890, p. 56. Huyskens, p. 32-33, cite dans le même sens ie 1743 ARCANE P. Weiss et Ma' Probst. Le P. Hurler pose en thèse que la discipline de l'arcane a été plane universalis, puis­ qu’elle est attestée par Augustin. A thanase, Cyrille de Jéru­ salem, Basile, Chrysostome, Ambroise, Gaudentius, les papes Jules ΙΓ et Innocent 1er, etc. Si elle est universelle c’est donc quelle est de tradition apostolique. Le P. Hui ter la voit observée avec une rigueur extrême, et il en donne pour preuve que les persécuteurs n’ont connu ia doctrine chrétienne que subobscure. Enfin l’arcane avait pour objet tous les sacrements, particuliérement l’eucharistie, mais aussi les plus hautes vérités révélées. Le P. Hurler concède que cette discipline a duré en Orient jusqu’à la fin du Ve siècle, en Occident jusqu’au milieu du vie. Il renvoie à Schelslrate seul. Hurter, Theolog. dogmat. compendium, T. ni, n. 377. Autant fait le P. Pesch, Prælecliones (logmat., t. vi, n. 91, où l’on peut voir que l’arcane s’est élevé depuis Schelstrate, et par sa faute, à la dignité d’un principe d’école. Du côté des protestants, l’opinion est dominée par le désir de réduire la place historique octroyée trop large­ ment par les catholiques à la discipline de l’arcane. Le rapprochement, institué par Casaubon entre l’arcane ecclésiastique et les mystères païens, est exploité par les antiritualistes, avec ce médiocre sens liturgique qu’ont la plupart des protestants. Dans un autre sens, aussi peu heureux, Frommann cherche la racine de l’arcane dans l’inlluence des cultes païens, dans l’imita­ tion de la pratique des Juifs envers les prosélytes, et dans le secret observé par la gnose alexandrine. De dis­ ciplina arcani, léna, 1833. Rolhe, par un retour judi­ cieux vers les idées de Daillé, ramène l’attention sur le rapport qui rattache l'arcane au catéchuménat, â l'orga­ nisation de la catéchèse et à la participation seulement partielle des catéchumènes au service divin. De disci­ plina! arcani origine, Heidelberg, 1841. Les vues de Rothe sont acceptées par Zezschwitz, System der Kalechetik, Leipzig, 1863. Ensemble ils insistent sur le carac­ tère pédagogique de la discipline de l'arcane. S’il y a des rencontres sur plusieurs points entre certaines formes du catéchuménat et certaines formes des mys­ tères païens, si même il y a parfois des emprunts au moins verbaux, l’essence du catéchuménat et de ses formes est chose chrétienne, purement chrétienne, et la discipline de l’arcane est une de ces formes. Huyskens, p. 28. M. Bonwetsch, après avoir en 1873 abondédans le sens de Th. Harnack, s’est rallié depuis au sentiment de Kattenbusch, pour qui la discipline de l’arcane est un effort fait pour entourer le culte de plus de respect aux yeux des masses et pour leur donner l’impression de la possession du mystère. Realencyklopüdie, 3« édit., Leipzig, 1897, t. n, p. 55. Nous allons à notre tour reprendre historiquement cette enquête, et essayer de mettre toutes choses au point. IL L’arcane des mystères païens. — Il ne faut cher­ cher dans la religion romaine rien qui ressemble à des mystères. De théologie, elle n’en avait point. Ses prêtres étaient des fonctionnaires publics; les divers cultes étaient des services publics; la religion tout entière aurait pu être tenue pour une administration publique, si le culte domestique n’avait pas maintenu des sacra privata à côté des sacra publica. Mais, offi­ cielle ou domestique, la religion romaine était moins une mythologie qu’un rituel, et ce rituel n’avait rien de plus secret que les lois. J. Marquardt, Le culte chez les Romains, trad. Brissaud, Paris, -1889, t. i, p. 2, 146. Celle religion formaliste et vide, lorsque l'empire eut unifié le vieux monde, n’eut pas raison des cultes qu’elle trouva vivants. On supprima, sans y réussir complète­ ment, ceux qui étaient féroces, tel le culte du Saturne d’Afrique auquel on immolait des petits enfants : Sed et nunc in occulto perseverat hoc sacrum facinus, assure Tertullien, Apol., 9, P. L., t. i, col. 315. Mais les autres 1744 persistèrent dans leurs sanctuaires locaux, et quelques^ uns, loin de disparaître, trouvèrent dans le vide même de la religion officielle une occasion favorable à leur expansion. Elle fut prodigieuse. Et en raison même du déficit mystique et moral de la religion romaine., cette expansion profita surtout aux cultes non romains, qui, à des titres divers, offrirent à l'âme des éléments moraux et mystiques. Tels furent, entre tous, le culte isiaque et le culte milhriaque, dont il ne faut point séparer ici les Eleusinies. Le culte d’Isis et de ses parèdres (Sérapis, Anubis, Harpocrate) s’était répandu d’Égypte à Antioche, à Smyrne, en Macédoine, en Thessalie,à Athènes, en Sicile, quand il pénétra à Rome sur la fin du second siècle avant l’ère chrétienne. Il eut de longues « persécutions » à surmonter. A maintes reprises sous la république, sous Auguste, les autels d’Isis furent prohibés. En l’an 19 de notre ère, Tibère interdit par sénatus-consulte le culte d’Isis aux citoyens de Rome, et les prêtres isiaques furent déportés. Il demeura toujours un culte privé, desservi par des confréries privées; mais la plus haute société de Rome et la cour impériale mémo lui fournit ses initiés. L’épigraphie, qui fait foi de la ferveur de la société de Rome pour le culte isiaque, témoigne aussi de la diffusion qu’il eut, dans toute l’Italie, en Gaule, en Germanie, en Espagne, en Afrique. G. Lafave, art. Isis du Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio; Marquardt, ouvr. cil., p. 95. Les cultores sacrorum Isidis, formés en collèges, eurent des temples (/sia). un sacerdoce, une liturgie; ils eurent surtout des mys­ tères. Apulée, à la fin du il' siècle de notre ère, dans le rornan de la Métamorphose, met en scène l’initiation de son Itères, Lucius, aux mystères isiaques, à Cenchrées près de Corinthe. Lucius est décidé à entrer dans l'as­ sociation (dare nomen huic sanclæ militiœ) : il loue un logement dans l’enceinte du temple, il ne manque à la célébration d’aucun des rites intérieurs, il ne quitte pas la société des prêtres, il presse le prêtre souverain (primarium sacerdotem) de l'admettre à l’initiation des arcanes de la nuit sainte (ut noctis sacratæ tandem ar­ canis initiaret). Le prêtre lui démontre l'auguste gra­ vité de ce qu’il demande; la déesse tenait dans sa main les clefs de l’enfer et du salut : l’initiation (traditio) était une sorte de mort volontaire et une libération : la déesse avait coutume dechoisir leshommesarrivés au seuil mêmede latin deleurviepour leur conlieravecplus de sûreté les grands secrets de sa religion (magna reli­ gionis silentia) : alors, par sa providence, ils renaissent et s’élancent dans la carrière du salut nouveau (renatos ad novæ salutis curricula). Que Lucius se préparât par l’abstinence à recevoir mieux les secrets de la religion la plus pure (arcana purissimæ religionis secreta). Enfin la déesse manifeste la vocation de Lucius, et le grandprêtre lui déclare que le grand jour est venu où de ses mains il l’initiera aux mystères (ut per istas meas manus piissimis sacrorum arcanis insinueris). Au point du jour, après le sacrifice matinal (matutino peracto sacri/icio), le grand-prétre tire de la cachette la plus mystérieuse du sanctuaire des livres écrits en si­ gnes hiéroglyphiques, le rituel isiaque. En procession, Lucius est conduit aux bains les plus voisins, il se plonge dans la piscine, et le prêtre, implorant le pardon divin, lave Lucius complètement et très soigneusement (lavacro traditum, prœfatus deum veniam, purissime circum­ rorans abluit). On ramène Lucius au temple, on le fait se prosterner aux pieds de la déesse, le prêtre lui com­ munique à voix basse quelques préceptes ineffables (secreto mandatis quibusdam quæ voce meliora sunt), puis à haute voix et devant l’assistance il lui impose six joursd’abslinence. Les six jours passés, la cérémonie de l’initiation a lieu au coucher du soleil, dans le temple rempli d’une fout;· émue. Les profanes sont congédiés 1745 ARCANE (remotis procul profanis omnibus), Lucius esi revêtu d’une robe de lin ëcru, et le prêtre, le prenant par la main, le conduit dans le plus profond du sanctuaire. « Lecteur attentif, poursuit le héros, tu me demanderas peut-être avec émoi ce qui s’est dit ensuite, ce qui s’est fait. Je le dirais, s’il était permis de le dire; tu l'appren­ drais, s’il t’était permis de l’entendre. Mais le péché serait égal pour les oreilles et pour la langue coupables d’une telle témérité. Pourtant, si le désir qui t’inspire est religieux, je ne te tourmenterai pas d'une angoisse prolongée. Écoutedonc : crois, voici la vérité. J’ai touché à la frontière de la mort, mon pied a foulé le seuil de Proserpine, et j’en suis revenu à travers tous les élé­ ments : en pleine nuit, le soleil m’est apparu étincelant d’une lumière blanche : les dieux de l’enfer, les dieux de l'Empyrée, je me suis approché d’eux et je lesaiadorés de près. Voilà, je t'ai rapporté [ce que tu voulais savoir], tu as entendu, mais il est nécessaire que tu ignores. » Apulée, Metamorph., xi. Le culte de Mithra, originaire de Perse, ne se propa­ gea pas dans le monde grec, et ne se manifesta à Rome que sur la fin du 1er siècle de notre ère. Mais très répandu parmi les soldats orientaux, il est porté par eux en Mésie, en Dacie, en Pannonie, en Germanie, en Belgique, en Bretagne, en Afrique, en Espagne. A Rome même, vétérans et esclaves orientaux concourent puissamment à l’acclimater et à le propager dans la société la plus haute. « Ce mazdéisme réformé a manifestement exercé sur la société du il0 siècle une attraction puissante, dont nous ne pénétrons aujourd’hui qu'imparfailement les causes » (Cumont). L’empereur Commode se lit initier et prit part aux cérémonies sanglantes de la liturgie mithriaque. Des tribuns, des préfets, des légals, des per­ fectissimi et des clarissimi nommés dans l'épigraphie mitliriaque, témoignent que l’aristocratie romaine était largement représentée parmi les cultores solis invidi Mithne. Le culte de Mithra ne fut jamais persécuté, et il semble même avoir été favorisé très particulièrement par les empereurs depuis Commode. Toléré sous Con­ stantin, restauré par Julien, il fut supprimé par Théo­ dose, mais les violences qui accompagnèrent cette sup­ pression prouvent qu'il était bien vivace encore. Comme le culte d'Isis, celui de Mithra eut ses sodalicia, ses sanctuaires (mithræa), un clergé, une liturgie, des mys­ tères. Un texte de saint Jérôme, confirmé par l'épigraphie, nous apprend qu'il y avait sept degrés d'initiation et que l'initié acquérait successivement les titres de corbeau, dbcculte (cruphius), de soldat (miles), de lion, de perse, de courrier du soleil et de père. Epist.,c\u,2,ad Lætam, P. xxn, col. 869. Le nombre sept était sacré. Mais ni les corbeaux, ni les occultes, ni les soldats ne participaient aux mystères, il fallait être lion pour être participant •é. με-έχοντες). Les pères étaient les chefs, et les initiés placés sous leur tutelle s'appelaient entre eux frères. Les grades inférieurs étaient accessibles aux enfants. L’ini­ tiation s’appelait sacramentum, parce que l’initié y jurait de ne pas divulguer les secretset les rites qui lui étaient divulgués. Elle était accompagnée d'ablutions multipliées, destinées à purifier des souillures morales. Le miles était marqué au front, probablement au fer chaud. Le lion avait les mains ointes de miel. On servait à l'initié du pain et de l'eau mêlée de vin, sur lesquels le prêtre prononçait des paroles sacrées. Les initiations avaient lieu de préférence au printemps « â peu prés à l'époque pascale où les chrétiens admettaient pareillement les catéchumènes au baptême » (Cumont). Mais les hommes seuls étaient admis à l’initiation mithriaque, les femmes en étaient exclues. Nous avons résumé F. Cumont, Textes et monuments figurés, relatifs aux mystères de Mithra, Bruxelles, 1899, 1.1, introduction. Les Éleusinies, qui étaient depuis le IVe siècle avant notre ère l'institution religieuse la plus vénérée de la Grèce, le restèrent jusqu’à la lin du pagariisrne : les édits 1746 de Théodose interdisant le culte païen n’eurent pas rai­ son d’elles, et il fallut l’invasion des Goths en Antique, en 396. pour ruiner Eleusis à jamais. L'initiation aux mystères, qui, à l’origine, avait été un privilege des ci­ toyens d’Athènes, s’était étendue à tous les Grecs, puis a tous les étrangers qui n'étaient point des barbares : au témoignage de Cicéron, on venait des contrées les plus lointaines à Eleusis pour se faire initier : Eleusinam sanctam illam et augustam, ubi initiantur gentes ora­ rum ultimæ. De nal.deor.,t, 42. Le premierdegrédel’initiation initiait aux petits mystères, eton pouvait y être ini­ tié dés l’enfance : le rite consistait en une purification ou lustration accomplie sur les bords de l’Ilissus, et aussi en un enseignement élémentaire du mythe de Déméter et de sa fille Coré. Il fallait attendré un an au moins avant d'être admis au deuxième degré. Un sacerdoce hiérarchisé et nombreux de prêtres et de prêtresses ac­ complissait les rites de l’initiation. Quiconque partici­ pait aux Éleusinies portait le nom de μύστης, mais les initiés aux grands mystères portaient celui de έπόπτης, le premier degré étant la μΰησις et le second Γέποπτεία. Au premier jour des Éleusinies, le 15 broédromion (sep­ tembre), les mystes s’assemblaient sous la conduite de leurs mystagogues dans un portique : l’ordre était donné de se retirer à tous ceux qui, barbares, homicides ou impies, étaient exclus; la recommandation faite aux mystes d’avoir les mains et l'âme pures; et on leur inti­ mait l'obligation absolue du secret. Le lendemain, les candidats à l'initiation se rendaient au bord de la mer pour se purifier par des ablutions dont le nombre et le mode variaient selon la nature des fautes dont le candi­ dat avait à se laver. Les fêtes duraient au total neuf jours, neuf jours de jeûne pour les mystes; les trois derniers jours seuls étaient réservés aux mystères pro­ prement dits. La nuit du 21 commémorait le deuil de Déméter après l’enlèvement de sa fille : c'était au soir du 21 que les mystes buvaient le cycéon mystique, du vin dans une coupe, et mangeaient des gâteaux de sésame et de farine de blé. Les deux nuits du 22 et du 23 étaient consacrées aux spectacles mystiques qui constituaient Γέποπτεία : elles portaient le nom de πανυχίς, παννυχίδες. Ces spectacles, coupés de chants, étaient des tableaux muets, où prêtres et prêtresses tenaient les rôles des dieux, où la voix de l’hiérophante s'élevait seule pour expliquer le tableau ; le sujet de ces tableaux était la lé­ gende de Démêler et de Coré. Clément d'Alexandrie a résumé en quelques lignes l’ensemble du culte d'Eleusis : « Dans les mystères des Grecs, dit-il, ont lieu d'abord les purifications. Viennent ensuite les petits mystères, qui renferment un certain fondement d’instruction et une préparation à ce qui doit suivre. Quant aux grands mystères dans toute leur teneur il ne reste plus ri>:n à apprendre, il n’y a qu'à contempler(ίποπτεύεινί et â con­ cevoir. » Strom., v, 11, P. G., t. ix, col. 1Û8. Liniti' était tenu au secret sur ces nuits mystiques. Jadis le ré­ vélateur était puni, comme le profanateur, de la peine capilale’et de la confiscation. Quand ces sanctions ter­ ribles eurent disparu, le secret se maintint religieuse­ ment encore, et aux auteurs chrétiens nous devons les révélations qui expliquent les discrètes ou énigmatiques expressions des anciens. Au vî· siècle de notre ère. le rhéteur Sopater donnait ce sujet de développement à ses élèves: « La loi punit de mort quiconque aura révélé les mystères : quelqu'un, à qui l'initiation s’est montrée dans un rêve, demande à l'un des initiés si ce qu’il a vu est conforme à la réalité; l'initié acquiesce par un signe de tète, et c'est pour cela qu'il est,accusé d'impiété. „ Nous avons résumé F. Lenormant, art. Eleusis, du Diction­ naire des antiquités. Nous saisissons le caractère du secret imposé à l'initié tel que la religion et les mœurs l'ont consacré : il est ab­ solu comme un serment et plus religieux encore. Dans Apulée, Metamorph., ni, une femme qui demande le 1747 ARCANE secret à son confident, entend que ce secret soit rigou-reux comme celui des mystères; nous dirions aujour­ d’hui secret de confession. Elle dit à son confident: Sacris pluribus initiatus, profecto nosti sanctam silentii fidem. C'est l’expression des mœurs dans la société romaine de la seconde moitié du il’ siècle. Cent ans plus lard et à Rome encore, Porphyre, le philosophe néoplatonicien, écrivant sur la philosophie des oracles (περ'ι τής έκ λογιών φιλοσοφία:), témoigne que les secrets des dieux ne peuvent être trahis : il jure de les tenir cachés, il rappelle qu'on doit les cacher, et même ce qu’il va dire il veut qu'on ne le publie pas indifférem­ ment. Eusèbe, Præp. ev., v, 5, P. G., t. xxt, col. 328. Ces développements étaient nécessaires pour mieux faire comprendre le contraste qui existe entre les cultes mystérieux du paganisme et le christianisme. 111. L’arcane chrétien aux deux premiers siècles. — Il n’est pas douteux que, dans l’opinion païenne, le christianisme passait pour être une secte qui avait des dessous qu'elle cachait aux profanes et qui étaient abominables.Uncontemporain d'Apulée, Minucius Félix, met en scène dans son Octavius un païen qui fait le procès des chrétiens : Tenebrosa et lucifuga natio, in publicum muta, in angulis garrula..., sceleribus gloria­ tur... Nescio an falsa, certe occultis ac nocturnis sacris apposita suspicio... Pleraque omnium vera declarat ipsius pravie religionis obscuritas. Cur etenim occultare et abscondere...? Octavius, 8-10, P. L., t. m, coi. 259-266. Ces accusations témoignent que le christianisme se dissi­ mulait, ainsi qu’il était bien naturel à une religion pro­ hibée depuis Néron. De là ces calomnies absurdes. Mais ni ces accusations, ni ces calomnies ne supposent un secret inviolable. Celse est un contemporain de Minucius Félix. On a pu dire de lui qu’il a connu mieux qu’aucun autre écri­ vain païen le christianisme et les livres chrétiens : un païen avait donc le moyen de faire une telle enquête. Celse reproche aux chrétiens de prêcher leur doctrine clandestinement (κρύφα), mais rien qui ressemble au mystère des cultes païens. Origène, Contra Cels., I, 3, P. G., t. xi, col. 661. Celse sait que cette doctrine est préchée sans solennité, dans les plus modestes bouti­ ques : « Ceux qui tiennent à savoir la vérité, dit-il, n’ont qu'à venir avec les femmes et leurs nourrissons dans le gynécée, ou chez, le cordonnier, ou chez, le foulon : ils y apprendront tout » (τά τέλειον λάβωσι). Ibid., Ill, 55, col. 993. 11 n’en était sûrement pas ainsi à Eleusis. C’est ce que lui oppose Origène : « Non, dit Origène, nous ne cachons pas (άποκρύπτομεν) la sainteté de notre principe, ainsi que l'affirme Celse... Nous enseignons les premiers venus (τοίς πρώτοις ε’.σαγομενοι;)... et nous confions les Évangiles et les écrits apostoliques à qui peut les entendre. » Ibid., ut, 15, col. 940. On peut con­ clure : les païens ont signalé la clandestinité du chris­ tianisme, mais ils ne lui ont pas connu de mystère. Aucun auteur chrétien n'a plus que Clément d’Alexan­ drie insisté sur les mystères des cultes païens. Le second chapitre de son Prolreplique, P. G., t. vm, col. 68, est une longue description de ces mystères. « Faut-il te les décrire? Vais-je les révéler, comme Alcibiade les révéla jadis, à ce qu’on raconte? » Il le faut, poursuit-il, il faut que les spectateurs de la vérité les voient exposés au grand jour de la scène. Suit une description assez, détaillée, notamment des Eleusinies. Clément dévoile les mystères représentés dans les nuits mystiques, et conclut : « Voilà les mystères cachés des Athéniens » (κρύφια μυστήρια). Il décrit les rites, il rapporte les obscures formules : v Si vous avez, été initiés(εί μεμύησΟε), vous rirez d'autant plus de ces rites vénérables. » Clé­ ment n'a donc que du mépris pour ces mystères. Ter­ tullien en a horreur. Il sait que l'accès des Eleusinies est entouré d’épreuves pénibles et longues : Ante por­ tas quinquennium instituunt. En faisant durer ainsi 1748 l'initiation, l'attente, le désir, les ministres d’Éleusis accroissent la majesté de leurs mystères. Puis, quand ils ont initié quelqu'un, ils lui imposent le secret : Sequitur jam silentii officium, attente custoditur quod tarde invenitur. La divinité est cachée dans un sanc­ tuaire, dont les portes sont garnies de voiles épais, dont les fidèles sont tenus de ne point trahir le secret (totum signaculum linguæ',, etle secret est une obscénité (simulacrum membri virilis revelatur). Adv. valeur tin., I, P. L. t. Il, col. 539-542. C'est bien le cas de répéter ce que M. Duchesnedisait des systèmes inaugurés en ces derniers temps pour rattacher l’organisation des Eglises chrétiennes à celle des confréries païennes : « L'idée que les premiers chrétiens aient pu chercher des modèles pour quoi que ce soit dans des institutions qu’ils avaient en horreur, me semble tout à fait inaccep­ table. » Origines du culte chrétien, 2· édit., Paris, 1898, p. 10. Cependant Clément d’Alexandrie fait une concession, toute littéraire, au langage païen. Saint Ignace déjà, pour dire que les Ephésiens avaient été ensemble disciples desaintPaul, iesappelait II τύλου συμμίσται./ld Ερ/ι.,χιι, 2. Le mot μυστήριον d'ailleurs est fréquemment employé par saint Paul. Rom., xi, 25; xvi, 25; 1 Cor., n, 7; iv, 1; xm, 2; xiv, 2; xv, 51; Eph., i, 9; m, 3, 4,9; v, 32; vi, 19;Col., i, 26, 27; n, 2; iv, 3; Il Tliess., Il, 7; 1 Tim., m, 9, 16, etc. La seconde Épitre de saint Pierre, I, 16, se sert une fois du mot επόπτης au sens classique. Au contraire, voici dans Clément d'Alexandrie une véri­ table invasion de mots pris au langage des mystères. Et notez.que ni saint Irénée, ni Tertullien, ni saint Hippolyte n’usent d’une pareille terminologie. A la lin du Protreptique, P. G., t. vm,col. 237 sq.,Clément invite son lecteur à se détournerdetoulesces fables,à fuircetle Ile maudite des voluptueuses sirènes, à se fier au Verbe de Dieu qui est le seul bon pilote, et au Saint-Esprit qui le guidera au port des cieux. « Alors, dit-il, tu contempleras (κατοπτεύσει;) mon Dieu, tu seras initié aux saints mys­ tères (τοϊς άγιοι; τελεσΟήση μυστήριοι;), tu jouiras dece qui est caché dans les cieux, de ce qu'aucune oreille n'a entendu, de ce qu'aucun cœur n’a senti monter en soi... Viens, o insensé! jette là le thyrse, les couronnes de lierre, la mitre, la néhris, » et autres insignes des cultes païens. « Livre-toi à la sagesse, je te montrerai le Logos et les mystères du Logos. Il y a une montagne chère à Dieu, ombragée de chastes forêts ; là, les filles de Dieu, brebis toutes belles, célèbrent les augustes fêtes du Logos (σεμνά όργια). Les justes forment le chœur, ils chan­ tent l'hymne du roi de l'univers : les vierges psalmodient, les anges glorifient, les prophètes parlent... O mystères véritablement saints! Des dadtiques me guident; je Con­ temple les cieux et Dieu (δκδουχοΰμαι τούς ούρανούς και τόν θεόν έποπτεύσα;) ; je deviens saint, initié (άγιος γίνομαι μυούμενος); le Seigneur est mon hiérophante et il con­ sacre le myste en l'introduisant dans la lumière, » loin de l'introduire dans le mystère (ίεροφαντεΐ ό κύριος, και τόν μύστην σφραγίκεται φωταγωγών). Et donc, lecteur, « sois initié (και σύ μυοϋ) et tu seras du même chœur que les anges. » Cohort, ad gent., 12, P. G., t. vm, col. 246-241. Tout ce symbolisme de lettré revient à dire qu’il y a une initiation pour les chrétiens, une initiation comparable à celle d'Eleusis, avec ses daduques et son hiérophante, ses mystères et son époplie ; mais cette initiation n'est pas de ce monde, elle est réservée aux justes dans les cieux. C'est dire que Clé­ ment ne voyait rien dans les usages et dans la liturgie ecclésiastiques qui lui parût comparable à l'initiation d’Éleusis : il n’y avait de véritable myste que le bien­ heureux au ciel, ni de véritable époptie que la vision béatilique. Ainsi, au il· siècle, ni païens, ni chrétiens ne fai­ saient de rapprochements entre le culte et la doctrine de l'Église d'une part, et les mystères d'autre part, en 4749 ARCANE ce qui concerne la loi du silence. Nous allons voir que les témoignages les plus explicites établissent que le christianisme ne pratiquait pas cette loi. Le nombre fut grand, dès le Ier siècle, de ceux qui, après avoir embrassé le christianisme, l’abandonnèrent, bans son enquête sur le christianisme en Bithynie (environ 11'2), Pline, sur la liste des citoyens dénoncés comme chrétiens, en rencontre qui n’avaient aucun scru­ pule à tout dire au légat des usages de la société dont ils s’étaient retirés, les uns depuis trois ans, d’autres depuis plus de vingt ans. Pline consigne leurs aveux -.Adtirmabant hanc fuisse summam vel culpæ suæ vel erroris... Leur faute ou leur erreur, assuraient-ils, n’avait jamais consisté qu’en ceci : ils s’assemblaient à jour marqué avant l’aurore; ils chantaient ensemble un carmen au Christ comme à un dieu ; ils s’engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage,d’adultère, à ne point être de mauvaise foi, □ ne point nier un dépôt; après cela ils avaient coutume de se séparer, et ils se réunissaient de nouveau pour prendre une nourriture ordinaire et innocente (coeundi ad capiendufn cibum, promiscuum tamen et in­ noxium). Pline, pour plus de sûreté, a fait mettre â la torture deux servantes qui portaient dans la secte le titre de diaconesses (niinistræ) : il n’a rien constaté de répréhensible, sinon une superstition grossière, immo­ dérée. Epistul., x, 97. Laissons de côté les aveux de ces deux diaconesses, ne retenons que les déclarations des apostats : il ne parait pas qu’ils aient rien caché â Pline, et. comme ce cibus innoxius ne saurait être le repas des agapes, reste que ce soit l’eucharistie : aucun serment ne leur interdisait donc de tout révéler. On peut raisonner de même et mieux encore sur la littérature chrétienne des deux premiers siècles. Le Nou­ veau Testament, non plus que l’Ancien, n’était un livre s rel : n’aurait-il pas dû l’élre dans l’hypothèse de la discipline del’arcane? Saint Justin adresse son apologie à 1 empereur Antonin, à ses fils, au « sacré sénat » et au ■ peuple romain tout entier » : dans cette apologie rien n’est dissimulé de la doctrine ni du culte de l’Église, l’eu­ charistie notamment est dévoilée dans son rite et dans son dogme: où est i’arcane? Passe pour les expressions symboliques de l’inscription d’Abercius; passe pour un cryptogramme comme Vlchthus; passe pour les pein• ires des catacombes; admettons que des monuments de cet ordre aient besoin d’un commentaire pour être entendus. Mais ce commentaire n’est-il pas surabon­ damment dans toute la littérature des deux premiers siècles, et combien nous est-elle parvenue réduite? On fait état du texte de saint Matthieu, vu, 6 : Nolite dare sanctum canibus, neque mittatis margaritas vestras aote porcos ! Comme si ce texte, et il est uniqde, renfern iit le précepte de la silentii fides autrement que par accommodation? On en vient alors à concédei· que la loi de I’arcane « n’a pas existé, comme loi positive, tout à fait dès le premier âge de l’Église » ; et que, en outre, cette même loi « fléchissait toutes les fois que le bien de la religion l’exigeait ». Martigny, Dictionnaire des anti­ quités chrétiennes, Paris, 1865, p. 691-602. On omet ce­ pendant de nous prouver que, si peu rigoureuse fûtelle. cette loi existait. Insistons. Saint Irénée, dans un fragment conservé par Œcuménius, parle d’esclaves qui avaient pour maîtres des • chrétiens catéchumènes » : ces esclaves furent arrêtés et interrogés, on voulait savoir d’eux quelque chose sur les chrétiens. Comme ces esclaves n’avaient rien à ré­ véler qui pût satisfaire ceux qui les questionnaient, sinon ce qu’ils avaient entendu dire à leurs maîtres, savoir que la divine chose qu’ils prenaient était le sang et le corps du Christ, et persuadés qu’il s’agissait réel­ lement de sang et de chair, ils le dirent à ceux qui les questionnaient. » Ce fut, dit Irénée, une découverte pour les païens ! Ils crurent incontinent que c’était cela 4750 que les chrétiens accomplissaient (τελεϊσΟχ·. . < t : - communiquaient, et ils voulaient le faire avouer :x deux martyrs Sanctos et Blandine. Mais Blandin· r pondit : ■■■■centur : quanto magis talia quæ prodita int·· ni etiam humanam animadversionem provocabuntAu­ rons-nous été trahis par des personnes étranger· - à notre foi? Comment ces étrangers connaissaient-ils nos mystères? Cum semper etiam piæ initiationes ar· ■ vit profanos. Apologet..1, P. L.,t. i.coi. 306-3ii9. En jui .-···. Tertullien argumente en partant des principes a.imis par ses adversaires. L’accusation d’infanticide port-e contre les chrétiens est simplement un bruit qui n’a aucun fondement : car, pour qu’il fût fondé, il faudrait que les chrétiens eussent avoué leur crime; or vous, païens, vous ne pouvez pas le supposer, vos principes en matière de mystères vous l’interdisant. Quant aux chrétiens, c’est autre chose : eux, ils n’ont pas de fides silentii à observer : vous n’aviez qu’à leur demander ce qu’ils faisaient (ut dicant quæ faciunt}. Tertullien sup­ pose donc que les chrétiens pouvaient tout dire, et ce passage de V Apologeticus, qui a si souvent servi à prou­ ver l’existence de I’arcane, prouve au contraire que l arcane n'existait pas. Tertullien raille I’arcane profond où les Valentiniens s’enferment. Ils n’ont rien de plus à cœur que de cacher 1751 ARCANE 1752 IV. L’arcane chrétien du ni· siècle au v·. — Ainsi la Ce qu’ils prêchent : Nihil magis curant quam occultare | grande Église, jusqu'au IIIe siècle, n'a pas connu de loi quod prædicant. Ils font du secret un devoir de con­ qui puisse être traitée de discipline de l'arcane. Sans science, pensent-ils. En cela, on peut les comparer aux doute, la prohibition du christianisme édiclée par la lé­ initiés des mystères d’Eleusis, encore que les Valenti­ gislation de Néron, et maintenue ensuite, obligeait le niens soient bien au-dessous : Eleusinia Valentiniani christianisme à faire de ses réunions, dès lors qu elles fecerunt lenocinia, sancta silentio magno, sola tacitur­ étaient illicites, des réunions clandestines, au moins nitate cæleslia. N'essayez pas de demander des explica­ durant les périodes de persécution. Mais la clandestinité tions aux Valentiniens : Si bona fide quieras, concreto n'est pas l'arcane, soit l'arcane absolu des mystères vultu, suspenso supercilio, Altum est, aiunt. Si subtiliter païens, soit l'arcane mitigé des convenlicules hérétiques. tentes, per ambiguitates bilingues communem fidem Le moment est venu cependant où le christianisme, au affirmant. Si scire te subostendas, negant quidquid lendemain de la persécution de Marc-Aurèle, prend un agnoscunt... Ne discipulis quidem propriis ante com­ essor inouï, et, de clandestin qu’il était, éclate de fait mittunt quam suos fecerint... Ideoque simplices nota­ au grand jour. C'est à ce moment que correspond une mur apud illos. Adv. raient., 1, P. L., t. Ii, coi. 543. organisation plus forte, et une fédération plus manifeste Comment Tertullien aurait-il pu railler la discipline de des Églises. Et c’est à ce moment aussi qu'apparaît l'arcane chez les Valentiniens, si elle avait été en vigueur simultanément un peu partout le catéchuménat. dans la grande Église? Et pourquoi les Valentiniens accu­ Inconnu comme institution au temps de saint Justin saient-ils la grande Église de simplicité, sinon parce que et d'Hermas, il apparaît sur la fin du il· siècle. 11 est la grande Église n'usait pas de toutes ces précautions? postérieur au schisme des marcionites, qui ne le prati­ Ce tëmoignagç de Tertullien va à établir que les églises queront pas même plus tard, comme le leur reprochera dissidentes ont, elles, pratiqué un certain arcane. Saint saint Epiphane. Hær., xlii, 3, P. G.,t. xli, col. 700. Ter­ Irénée, en effet, leur reproche leur mise en scène, et de tullien de même reproche aux hérétiques de son temps ne pas vouloir enseigner publiquement (έν φανερω de ne pas distinguer entre catéchumènes et fidèles, d'ad­ ίιοάσζειν), et de faire payer un prix fort élevé la com­ mettre indifféremment les uns et les autres dans les munication de leurs mystères. Contra liter., I, iv, 3, synaxes. De presser., xli, P. L., t. n, col. 56-57. Aussi P. G., t. vu, col. 484. Ailleurs : Non oportere omnino bien est-ce pour se défendre contre les surprises de ipsorum mysteria effari, sed in abscondito continere l'hérésie que l’éducation des catéchumènes est organisée per silentium. 1. xxiv, 6, coi. 679. Voilà bien l’arcane, et par l’Église. Les catéchumènes sont des postulants, des aussitôt avec l'arcane les livres secrets, les apocryphes. novitioli, dont il convient d'éprouver les dispositions et Cf. I, xxv, 5; xxxi, 4:11, xtv, 1, prolog. Irénée se rend compte que si l'on peut invoquer dans l’Église un secret, de former l'esprit et la conscience selon une méthode qui ressemble à une pédagogie : Incipiunt divinis ser­ c'en est fait de la tradition et du canon de la foi dont monibus aures rigare. Tertullien, De pænit., 6, 7, P. L., l’authenticité tient à sa publicité. Traditionem itaque t. i, col. 1236-1242. Le catéchuménat, qui semble n'exis­ apostolorum in toto mundo manifestatam, in omni ter pas proprement pour saint Irénée, puisque les chré­ Ecclesia adest respicere omnibus qui vera velint videre : tiens, qu’il appelle κατηχούμενοι, sont en vérité des et habemus annumerare eos qui ab apostolis instituti fidèles, le catéchuménat est pour Tertullien, pour saint sunt episcopi in ecclesiis, et successores eorum usque Cyprien, pour Origène, pour saint Hippolyte, une institu­ ad nos, qui nihil tale docuerunt, neque cognoverunt quale ab his deliratur. Etenim si recondita mysteria tion canonique. scissent apostoli, quæ seorsim et latenter ab reliquis Or le catéchuménat entraîne avec lui une différence perfectos docebant, his vel maxime traderent ea quibus de publicité dans la prédication et dans le culte. Cette etiam ipsas ecclesias committebant. III, m. 1. coi. 848. différence de publicité est bien marquée par Origène Il ne faut pas avancer que les apôtres, saint Paul par dans une de ses homélies. 11 explique un rite de l'an­ exemple, ont eu de la foi une science qu’ils n’ont point cienne loi, l'aspersion que le grand-prétre faisait du pro­ versée dans la tradition commune : Doctrina apostolo­ pitiatoire avec du sang de veau. Il rappelle à son audi­ rum manifesta et firma, et nihil subtrahens, neque toire que le Christ, vrai pontife, l’a réconcilié au Père alia quidem in abscondito, alia vero in manifesto do­ par son propre sang. Non pas, continue Origène, le sang centium. Ill, xv, 1, col. 918. Mêmes affirmations chez matériel, mais le sang du Logos, le sang de celui qui Tertullien, De prtescr., xxvi, P. L., t. n, col. 38 : Domi­ disait : « Ce sang est le mien qui sera répandu pour nus palam edixit, sine ulla significatione alicujus vous en rémission des péchés. » Et Origène ajoute : Novit tecti sacramenti. Au contraire dans la soi-disant épilre qui mysteriis imbutus est et carnem et sanguinem Verbi Dei : non immoremur in hi’s quæ scientibus de saint Pierre à saint Jacques, qui se lit en tète des Homélies clémentines, Pierre intime à Jacques l’ordre nola sunt et ignorantibus patere non possunt. In Levit., homil. ix, 10, P. G., t. xn, coi. 523. Cf. In ,\um., de ne confier à aucun païen, ni même à aucun Juif, homil. v. 3, coi. 605; In Levit., homil. xm,3, coi.547; sans épreuve préalable, les livres de ses Κηρύγματα qu'il In Judic., homil. v, 6, coi. 973; In Gen., homil. XVII, a adressés à Jacques. En retour, saint Jacques décide 8, coi. 260. On saisit ici la transformation que l’existence que l’épreuve en question durera six années au moins, du catéchuménat a introduite dans la prédication chré­ et que les livres de Pierre seront communiqués seule­ ment après que l’initié aura juré sur la terre et les tienne. Désormais dans la prédication publique est réservé le programme propre des catéchèses. Transfor­ cieux de ne communiquer ces livres à personne, de ne mation bien conventionnelle assurément, car Origène, les copier pas, de ne pas les faire copier. Si un jour ces dans le passage cité plus haut, en dit déjà long sur l’eu­ livres ne lui paraissaient plus vrais, il devrait les rendre charistie qu'il ne veut point trahir, cette transformation à celui qui les lui a donnés. Part-il en voyage, il em­ portera ces livres avec lui; s'il préfère ne les emporter porte sur la prédication, non sur l'enseignement écrit, car en tel autre passage des livres d’Origène, et non plus pas, il les confiera à son évêque « professant la meme de ses homélies, il explique longuement et dans tous les foi »; s'il est près de mourir, il les remettra à son détails le mystère qu'il déclare devoir réserver quand évêque, au cas où il n’aurait pas d'enfants admissibles il prêche. Voyez In Matth. comm. ser., 85-86, P. G., à l’initiation ; plus tard, si ces enfants deviennent dignes t. xiii, col. 1734-1737,où il expose l'institution de l'eucha­ de l’initiation, l’évêque leur rendra les livres comme un ristie. Ailleurs Origène reproche à Celse de traiter la patrimoine ; et si enfin l’initié venait à changer de reli­ doctrine chrétienne de secréte : « Notre doctrine est gion, il jure sur la nouvelle foi qu'il aurait alors de garder secrète (κρύφιον τό δόγμα), allons donc! Puisque tout son engagement actuel, Clementina, Epist. Petri, 1, l'univers connaît la prédication (κήρυγμο) des chrétiens 3; Contestât. Jac., 1-4, P. G., t. n, col. 25-32. 1753 ARCANE mieux que les opinions des philosophes : qui ignore la conception virginale de Jésus, sa crucifixion, sa résur­ rection, le jugement à venir qui punira les pécheurs et récompensera les justes? Le mystère (μυστήριον) de la résurrection est connu et même tourné en ridicule par les infidèles. Après cela, dire que notre doctrine est secrète, c'est dire une absurdité (έπι τούτοι; ούν λέγειν κρύοιον είναι το δόγμα πάνυ έστιν άτοπον). Mais que [dans le christianisme! tout ne soit pas exotérique (τινα μετά -α έξοτερικά), qu'il y ait des choses qu’on ne répand point hâtivement dans le public (μή εις τούς πολλούς ο-,άνοντα), cela est commun aux chrétiens et aux philo­ sophes, qui ont pratiqué l’exotérisme et l'ésotérisme... A-ton incriminé jamais de ce chef les mystères des grecs et des barbares? » Contra Cels., I, 7, P. G., t. XI, col. 668. Origène ne voit dans ce parallèle qu'un argu­ ment ad hominem. Ailleurs, en effet, il le reprendra, contre Celse encore, et pour montrer que le rapproche­ ment esquissé par Celse entre le christianisme et les mys­ tères païens prête à des accommodations verbales, mais ne va pas plus loin. Celse parlait des cultes païens qui promrllaient la purification des fautes (καθάρσια άμαρτ.-,υάτων), et il rappelait que ces cultes invitaient à l'initia­ tion » quiconque était purde tout crime, quiconque avait ! i conscience sans remords », tandis que les chrétiens pro­ mettent le royaume de Dieu aux pécheurs. Origene répond qne le christianisme appelle les pécheurs, en effet, mais pour leur faire changer de vie, et il les appelle â l'initiation seulement quand ils ont été amen­ ti s. Origène se sert du mot de Celse : Nous les appelons a nos « mystères» (τελετά;),03Γ, selon le mot desaintPaul, nous énonçons la sagesse aux « parfaits » (τελείοις). Origéne développe en reprenant la pensée et les expres­ sions de Celse : Voici, dit-il, ce que nous déclarons à •lui s'est instruit près de nous de la science de l'immor­ talité : « Celui qui est pur, non seulement de tout crime, mais de fautes minimes, qu'il ait conliance, qu’il soit initié aux mystères de la religion selon Jésus, réservés aux saints et aux purs (μυείσθω τα μυστήρια τής κατά Ιησού; θεοσεόείας). Le myste de Celse dit seulement : Celui qui n'a conscience d'aucune mauvaise action, qu'il nenne! le mystagogue selon Jésus (ό κατά τ’ον Ίησοϋν •μυσταγωγώ·;) dit au contraire : Celui à qui depuis un tempsdéjà long son âme ne reproche rien,qu’ilapprenne h doctrine de Jésus. » Donc, conclut Origène, Celse « en rapprochant la méthode des mystes des tirées de celle des didascales selon Jésus, n'a pas connu la différence » qui les distingue si à fond. Contra Cels., in, 59-61, P. G., t. xi, col. 1000. Mais ces accommodations verbales, dont Origène, après Clément d’Alexandrie, nous donne ici un spécimen, bien dans le goût de l'allégorisme alexandrin, sont destinées â se perpétuer dans la langue ecclésiast. jue. Et ce qui prouve qu’elles sont grecques d'origine, c>st que saint Cyprien n’a pas une seule expression pareille. Origène vient de nous permettre de constater que l'institution du catéchuménat a introduit dans la prédi­ cation chrétienne une économie nouvelle, qui réserve dans cette prédication le programme propre des caté­ chèses â un enseignement fermé. Pareillement, dans la liturgie, les actes auxquels ne participent que les fidèles constituent un culte fermé. Le 28e canon d’Hippolyle dit : « Que les clercs veillent à ce que personne ne participe aux saints mystères, sinon les fidèles seuls. » Observons toutefois que c’est là un usage établi, non proprement une loi. Car on ne peut citer aucun concile qui l’ait portée ou renouvelée, depuis le concile d’Elvire jusqu’au concile in Trullo. Pas plus que la Didaché, ni les Canons d’Hippolyle, ni la Constitution ecclesias­ ti pie apostolique, ni la Constitution ecclesiastique eg .;/>tienne, ni le Testament du Seigneur, ni la Didascalie des apôtres, ni les Constitutions apostoliques, ni les Canons apostoliques, ne meulionuent l'arcane 1754 I comme une loi organique. Les Canons d’Hippo i’e disent simplement : « Les secrets de la vie, de la re­ surrection et de l'oblation doivent être entendus par les I chrétiens seuls, car ils ont reçu le sceau du baptême. » I Can. 29. Et on voit le caractère tout liturgique de i cette prescription. On comprend dès lors que la liturgie ] soit autrement explicite que le droit. En Égypte d’abord. L'Euchologe de saint Serapion d' Thmuis (environ 360)a une prière qui implique le renvo des catéchumènes à l'issue de l'homélie et avant l’offer­ toire de la messe. On yjit, entre autres choses, celles-ci « Qu’ils soient gardés [par toi, Seigneur] dans [la science de] ce qu'ils apprennent et dans la pureté de l'intelli­ gence, et qu'ils soient estimés dignes du bain de la palingénésie et des saints mystères. » G. Wobbermin, .41tchristl. lilurg. Stücke, Leipzig, 1899, p. 16. — Voici qui est plus significatif. Les ennemis de saint Athanase avaient fait étal contre lui d'un sacrilège qu'on préten­ dait avoir été commis par un de ses prêtres, Macaire : chargé par Athanase d'interdire tout exercice du culte à un certain Ischyras, qui n’avait point été ordonné et prétendait cependant célébrer l’eucharistie dans son vil­ lage, Macaire aurait fait violence à Ischyras à l’autel même, brisé le calice dont il se servait, et jeté à terre les espèces consacrées. Saint Athanase discute le fait et montre qu'il est conlrouvé, discussion dont nous tirons plusieurs importantes données. Athanase reproche aux ariens d’avoir jeté celte discussion dans le public : « Ils n'ont pas honte, dit-il, de mettre tout cela en scène devant des catéchumènes, et, ce qui est pis, devant des païens (τραγωδοϋντες τα μυστήρια), alors qu'il est écrit que l'on doit garder le secret du roi, alors qne le Seigneur nous fait un précepte de ne pas donner le saint aux chiens, les perles aux porcs. Car il ne faut pas dévoiler les mystères aux non-initiés (ού χρή το μυστήρια άμυήτοις τραγωδεΐν), de peur que les païens n'en rient dans leur ignorance, et que les catéchumènes ne se scandalisent à les connaître ainsi. » Apolog. contra arian., 11, P. G., t. xxv, col. 265-269. Athanase se fonde, comme sur un principe incontesté, sur la règle qui interdit de révéler l'eucharistie aux catéchumènes et aux païens. Athanase, en outre, se sert, comme d'un langage désor­ mais commun, des expressions origénistes de μυστήρια et de αμύητοι. Le calice est pour lui le μυστικόν ποτήριον. Le prêtre ιερουργεί. — La suite de la discussion nous intéresse encore. Athanase rapporte qu’une commission d'enquête est envoyée par le concile arien de Tyr. Des prêtres demandent à assister à l’enquête : on le leur re­ fuse. C’est en présence du préfet d’Égypte et de sa suite qu’a lieu l’interrogatoire des témoins. « On les interroge sur le calice et sur la table, en présence de païens et de Juifs! Ce serait incroyable, si ce n était pas dans le dos­ sier. Oui, des prêtres, eux qui sont les ministres des mystères (των μυστηρίων λειτουργοί,i. sont exclus de l’audience, mais le juge est un homme du dehors (εξωτικού); mais des catéchumènes sont là; mais, pis encore, des païens et des juifs sont là ; et on interroge là des témoins sur le sang du Christ, sur le corps du Christ! Il fallait que celte enquête fût faite dans l'église, par des clercs, légalement, et non par des païens qui ne connaissent pas la religion. » Ibid.. 31, col. 300. Il ressort ainsi du récit d’Athanase que la règle, sur l'ob­ servation de laquelle Athanase et ses fidèles sont infini­ ment délicats, est violée sans scrupule par les méléciens et les ariens, ainsi qu’il est naturel à une règle qui est un usage sans sanction. En Syrie, nous retrouvons le même usage. La Pere­ grinatio Sitniæ décrit les catéchèses de Jérusalem : la cérémonie delà reddition du symbole est suivie de l’allo­ cution que voici de l'évêque : Per istas septem septima­ nas legem omnem edocti estis scripturarum, necnon etiam de/ideaudislis ; audistis etiam et de resurrectione carnis;... tamen adhuc catechumeni audire verbum 4753 ARCANE aut quæ sunt mysterii altioris, id est ipsius baptismi, quia adhuc catechumeni audire non potestis... Quia adhuc catechumeni estis, mysteria Dei secretiora dici vobis non possunt. Peregrin., xlvi, 6. édit. Geyer. — Les Constitutions apostoliques qui représentent l'usage d’Antioche font mention du renvoi des catéchumènes après l'homélie, et de la vigilance qu’on doit exercer sur les portes, de peur qu’un païen ou un catéchumène n’entre pendant la célébration des saints mystères (φυλαττέσβωσαν αί δύραι μή τι; άπιστος εΐσέλδοι ή αμύη­ τος). Const, αρ., Π, 57, P. G., t. ι, col. 733. — Les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem confirment en vingt passages cette même discipline du catéchuménat. Procat., 5, P. G., t. xxxm, col. 341-344; Cat., vi, 29, col.589; Mystagog.,t, col. 1065. — Saint Epiphanesignale comme un scandale et une erreur des marcionites de célébrer les saints mystères sous les yeux des catéchu­ mènes. Μυστήρια έπιτελεϊται των κατηχουμένων όρώντων. Hær., xlii, 3, P. G., t. xli, col.700. Τα μυστήρια ενώπιον κατηχουμένων έπιτελεΐν τολμώσιν.-Zèid., 4, col. 700-701. ■Saint Jean Chrysostomes’exprime ainsidansune homé­ lie prêchée à Antioche: « Que dit saint Paul? Je veux vous rappeler d’abord le mot que vous font prononcer ceux qui vous initient (οί μυσταγωγοΰντες), et je vous dirai ensuite la parole de saint Paul... Je veux parler clairement, mais je n’ose pas â cause des non-initiés (άμυήτους) : ceux-ci nous rendent mal aisé le devoir de commenter [la sainte Écriture], car ils nous obligent soit à ne par­ ler pas clairement, soit à leur exposer ce qui doit être célé. Pourtant je parlerai, autant que j'en suis capable, avec des obscurités. Donc quand nous avons eu pro­ noncé les paroles mystérieuses et redoutables et les canons augustes des dogmes apportés du ciel, nous ajou­ tons à la fin, au moment de baptiser, et nous faisons dire : Je crois la résurrection des morts : et nous sommes baptisés dans cette foi. Car après que nous avons professé cela après le reste, nous descendons dans la fontaine des eaux saintes. C’est en se rappelant ces choses que saint Paul disait : S'il n’y a pas de résur­ rection, pourquoi es-tu baptisé pour les morts? In I Cor., homil. XL, 1. P. G., t. i.xi, col. 347. Saint Jean Chrysostome exprime là que l'enseignement du symbole est réservé à la catéchèse : devant les non-initiés on ne peut faire au texte du symbole que d’obscures allusions. — Ailleurs, saint Jean Chrysostome fait une allusion de ce genre à l'oraison dominicale : Pardonnons à qui nous a olïensé, dit-il, et alors nous pourrons nous approcher avec une conscience pure de la sainte et redoutable table, et prononcer avec confiance ces paroles qui font partie de la pricre : les initiés savent ce que je veux dire (ϊσασιν οΐ μεμυήμενοι το λεγόμενον). In Gen., homil. xxvn, 8, P. G., t. i.ni, col. 251. Ailleurs encore, s’adressant aux catéchumènes, il leur cite la prédiction faite par Joseph â l’échanson, et il continue : « Je ne vous dis pas, moi, que vous mettrez la coupe aux mains du roi, mais bien que le roi mettra lui-même la coupe entre vos propres mains, la coupe redoutable, la coupe débordante de vertu, la coupe plus précieuse que toute chose créée : les initiés savent la force de cette coupe (ί’σασιν οί μεμυήμενοι τοΰ ποτηριού τούτου την ί’σχυν), et vous avant peu vous saurez aussi ! » Ad illuminanti., i, 1, P. G., t. xi.ix, col. 224. En Occident, saint Augustin ne s’exprime pas diffé­ remment de saint Jean Chrysostome : Ecce post sermo­ nem ft missa catechumenis; après l’homélie et avant l’offertoire, on congédiera les catéchumènes : manebunt fideles, venietur ad locum orationis : scitis quo acces­ suri sumus, quid prius Deo dicturi sumus : Dimitte nobis debita nostra... Sermo de verbis Aggæi, xlix, 8, P. L., t. xxxvm, coi. 324. Ailleurs : Sicut audivimus cum sanctum euangelium legeretur, Dominus Jesus Christus exhortatus est promissione vitæ æternæ ad manducandum carnem suam et bibendum sanguinem 4756 suum. Qui audistis hæc. nondum omnes intellexistis: Qui enim baptizati et /ideles estis, quid dixerit nostis. Qui autem inter vos adhuc catechumeni vel audientes vocantur, potuerunt esse cum legeretur audientes, numquid et intellegentes ? Ergo sermo noster ad utrosque dirigitur. Qui jam manducant carnem Doni ini et bibunt sanguinem ejus, cogitent quid manducent et quid bibant... Sermo de. verbis erang. Joa., cxxxu, I, ibid,, col. 734. — Ailleurs: [Judœi] non agnoscunt sacerdotium secundum ordinem Melchisedech. Fidelibus loquor. Si quid non intellegunt catechumeni, auferant pigritiam, festinent ad notitiam. Non ergo opus est mysteria promere. Enarr. in cix Ps., 17, P. L., t. xxxvii, coi. 1450. On pourrait produire vingt autres textes de saint Augustin et aussi de saint Ambroise. Ceux que nous venons de produire suffiront à bien établir le caractère liturgique et catéchétique de farcane, et aussi la part de fiction qu’il y a dans cet arcane. Les homélistes s'exprimaient sur les saints mystères, sur le symbole, sur le Pater, devant fidèles et non-fidèles assemblés, avec une réserve qui ne laissait pas d'être bien explicite : ils se taisaient sur des choses que tout l’auditoire savait, ou qu’il eût pu apprendre pour peu qu’il sût lire. A notre connaissance, un seul écrivain, qui avait vu autour de lui l'arcane catéchétique en vigueur, y a voulu voir une institution comparable à la discipline imaginée par Schelstrate. C’est saint Basile. Il distingue la tradition écrite de la tradition non écrite. 11 explique comment les dogmes et les institutions ecclésiastiques se réduiront à rien, si, seule, la tradition scripturaire est authentique. 11 caractérise la tradition non écrite, tradition conservée dans le silence et dans le mystère, enseignement non public, enseignement secret (απόρρη­ τος διδασκαλία ην έν σιγή οί πατέρες ημών έφύλαξαν). Et comment, en effet, dit-il, aurait-on osé mettre par écrit et publier une doctrine que les non-initiés ne pouvaient pas contempler? "A ούδε έποπτεύειν εξεστι τοΐς άμυήτοις, τούτων πώς αν ήν εΐκος την διδασκαλίαν έκδριαμΰεύειν έν γράμμασιν. De Spiritu Sancto, 66, P. G., t. xxxii.col. 188, 189. Saint Basile transporte dans l’âge apostolique une discipline du IVe siècle, et saint Irénée, que nous avons cité plus haut, a fait à l’avance la critique de cette induc­ tion. Quant à cette discipline même, saint Basile l’exalte bien au-dessus de la réalité, car nous avons constaté qu’elle était loin d'avoir, de son temps, la rigueur qu’il lui attribue. Saint Basile est dans la logique des mots qu'il emploie, έποπτεύειν, αμύητος, et dans la fiction que crée cette langue classique. V. L’arcane depuis le v« siècle. — C’est cet élément de fiction qui explique comment, à mesure que l'arcane s’affirme davantage, il disparait en fait. Le pape Innocent 1er, dans sa lettre célèbre à l’évêque d’Eugubiô (19 mars 416), est on ne peut plus formel. L’évéque Decentius est souvent venu à Rome consulter, pour savoir quels rites on doit observer vel in conse­ crandis mysteriis vel incæteris arcanis agendis. Inno­ cent répond à de nouvelles questions de Decentius, il répond avec desexpressions obscures qui devront dire ce qu’il ne veut pas dire en clair. La paix doit, à la messe, être donnée, non pas ante confecta mysteria, mais post omnia quæ aperire non debeo, dit le pape. Plus loin, il parle de la consignatio des enfants par l’évêque dans la cérémonie du baptême, et il en décrit les rites, mais il tait la formule : Verba vero dicere non possum, ne magis prodere videar quam ad consultationem res­ pondere. Le pape répond encore à d'autres questions, et il termine ainsi : Reliqua vero quæ scribi fas non erat, cum adfueris, interrogati poterimus edicere. Jaffé, Regesta, n. 311. — Mais après le pape Innocent, on ne trouve plus à Rome aucune trace de la discipline qu'il exprimait si fortement. Ni saint Léon, ni saint Grégoire n’y font allusion. Puis les sacramentaires apparaissent. 1757 ARCANE — ARCHANGE DE LYON Le sacramentaire léonien, qui ne nous est parvenu que mutilé, contient la formule delà consécration des évêques, des diacres et des prêtres: le canon de la messe manque dans l’unique manuscrit que nous avons dudit sacra­ mentaire, a il devait se trouver au commencement, dans la partie perdue. » Duchesne, Origines du culte, 2' édit., Paris, 1898, p. 132. Or le manuscrit est du VH' siècle et les pièces du sacramentaire léonien s’espacent entre le vi» et le Ve siècle. L’évolution qui s’accomplit en Occidentest aussi celle del’Orient grec. On trouve dans Théodoret des déclara­ tions aussi fermes que celles du pape Innocent 1er. Mais la pratique est loin de répondre à ces déclarations. Vers 445, l’historien Sozoméne, écrivant l’histoire du concile de Nicée, raconte qu’il avait pensé reproduire le texte du symbole de Nicée. Mais « des amis pieux et au courant de ces choses » lui représentent qu’il ne con­ vient pas que des textes, « que seuls les initiés et les clercs (μύσταις και μυσταγωγοϊς μόνοις) ont le droit de réciter et d’entendre, » soient publiés dans un livre qui peut tomber aux mains de personnes non initiées (αμύητων) : Sozoméne cachera donc ce qu’il faut taire de l’arcane (τών απορρήτων ά χοή σιωπάν). H. E., I, 20, P. G., t. lxvh, col. 920. Sozoméne a un scrupule que Socrate n’a pas eu, puisque celui-ci a inséré dans sa propre H. E., I, 8, ibid., col. 68, le texte du symbole de Nicée. Et pareillement ce texte est donné par Eusèbe, par saint Athanase, par Gélase, par Théodoret, par saint Basile, par saint Cyrille d’Alexandrie, etc. Sozoméne lui-mème, l, col. 921, le résume : « Il faut savoir, dit-il, que les évêques ont défini que le Fils est consubstantiel au Père, «etc. — Cinquante ans plus tard,c’est-à-dire sur la fin du v« siècle, le pseudo-Denys l'Aréopagite, écrivant sa Mystica theologia, a soin de dire dès le début : « Prends garde que de non-initiés n’entendent » (μηδε'ις τών ά ιυήτων). Et d’ajouter : « Par non-initiés, je veux dire ceux qui s’attachent aux seules choses naturelles et ne conçoivent rien qui puisse être au-dessus. « Myst. theol., 2. P. G., t. in, col. 1025. La notion de l’arcane catéchéti que semble devenue étrangère au pseudo-Denys. Chez les grecs, la langue ecclésiastique, sous l’in­ fluence d’écrivains aussi littéraires que ceux du iv· et du ·.’ siècle, multiplia les emprunts â la langue classique en ses expressions religieuses. M. Bonwetscha noté que les écrivains ecclésiastiques eurent le tact de réserver le mot όργια aux mystères des païens ou au culte des héré­ tiques, et de ne l’appliquer jamais aux choses de l’Êglise. Encore l’avons-nous rencontré chez Clément d’Alexan­ drie. Mais il en fut autrement du mot τελετή, que l’on appliqua à la messe. On christianisa pareillement les dé­ rivés : τέλειον, τελέσματα, τελείν, τετελεσμένος, τελεσΟείς, τελούμενος, τελείου μένος, τελείωσις. Depuis saint Paul le mot μυστήριον était reçu : on reçut à la suite μυσταγωγία, κυσταγωγός, μυσταγωγεϊν, μυσταγωγείσαι, μύησις, μυεϊσόαι, μεμυήμενος. Quant au mot επόπτης, Μ. Bonwetsch note qu’il se rencontre très souvent; mais que tantôt il est pris dans son sens banal, tantôt dans son sens spé­ cial de mystère. Zeitschrift fur hist. Theol., loc. cit., p. 271-278. Ce serait une illusion que de chercher dans ce lexique la trace d’emprunts autres que des emprunts verbaux. Le pseudo-Aréopagi te est peut-être l'auteur le plus abondant en emprunts de ce genre. 11 en crée même de nouveaux : άμυστος, Οεοπτία, θιασώτης, ίερομύστης, ίεροτεϊεστής, τ-λεταρχία, τελετουργία. La hiérarchie est pleine pour lui de μυσταγωγοί, de τελεσιουργο:, de ιερείς : les prêtres sont des ιερουργοί, et les sous-diacres des 6εραπευταί. Il n’y a là que des jeux de mots. La réelle survie des formes de l’arcane se trouve dans la liturgie de la messe. Dans la messe grecque, la prière sur les catéchumènes s’est maintenue à la place où les Constitutions apostoliques la plaçaient déjà, et elle continue d’être suivie du renvoi des catéchumènes pro­ noncé parle diacre : "Οσοι κατηχούμενοι πρόελθετε. Puis 1758 au moment où l’anaphore ou canon de la messe va com­ mencer,le diacre crie : Τας Ούρας, τάς βύρας : les portes, les portes! C. A. Swainson, The greek liturgies. Car bridge, 1884, p. 119, 127. Mais le sanctuaire est sé­ paré de la nef par un degré, βήμα, et, au lieu des cancelli primitifs, ou bien l'on tend un voile derrière lequel le prêtre célèbre, ou bien le mur de l’iconos­ tase remplit plus efficacement encore le même office, qui est de cacher les saints mystères à l’assistance. Ibid., p. 1-41. Dans la liturgie gallicane, au témoi­ gnage de saint Germain de Paris, dés la seconde moitié du vi« siècle, le renvoi des catéchumènes avant l’obla­ tion était une rubrique conservée, mais qui ne repré­ sentait plus qu’un usage périmé. Saint Germain en parle à l'imparfait : Catechumenum ergo diaconus ideo clamat, juxta anticum Ecclesiie ritum, ut tam Judsei quam hxretici rei pagani instructi, qui grandes ad baptismum veniebant el ante baptismum probaban­ tur starent in ecclesia, et audirent consilium V. et N. Testamenti,... post precem exirent. Duchesne, Origines du culte, p. 193. — Dans la liturgie romaine, les sacramentaires et les ordines les plus anciens (vin· siècle) ne mentionnent même plus le renvoi des catéchumènes. Saint Grégoire, dans un trait qu’il rapporte de saint Benoit, en parle, comme saint Germain, à l’impartait. Duchesne, op. cit., p. 163. Laissons à d’autres de décider s’il faut voir un reste de l’arcane dans les mots mysterium fidei que la litur­ gie romaine a introduits dans l’anamnèse du canon de la messe. Comme, aussi, si c’est un reste de cet arcane que la rubrique qui interdit de prononcer le canon à haute voix, et tout autant la règle qui interdit de le tra­ duire en langue vulgaire. Voyez le curieux livre de P. de Vallemont, Du secret des mystères ou l’apologie des rubriques des missels, Paris, 1710-1715. Nous avons cité, à propos de la question de l’arcane, la biblio­ graphie du sujet. Rappelons : Schelstrate, Tentzel, Bingham, Rothe, Bonwetsch, et plus particulièrement V. Huyskens, Zur f'rage über sog. Arkandisziplin, Munster, 1891. P. Batiffol. 1. ARCHANGE. Voir Ange. 2. ARCHANGE DE BURGO NOVO ou DE BOURG-NEUF, religieux italien, de l’ordre des frères mineurs, vivait dans la seconde moitié du xvi' siècle. Très versé dans la connaissance de l'hébreu, il s'adonna à l’étude du Talmud et des doctrines cabalistiques. On a de lui : 1’ Trattalo ossia dichiarazione della virtu e dignita del nome di Gesu, Ferrare, 1557 ; 2» L’ne apolo­ gie Pro defensione cabalæ, in-12, Bologne, 1564, ou il défend contre P. Garzia les conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole; 3° Cabalistarum select,.ra. Ve­ nise, 1569 ; 4° Des Notes sur 71 conclusions cabulit· tiques de Pic de la Mirandole, in-8°, Bâle. 16UI. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck. 1892, t. », p. 1899, t. iv, col. 842; Glaire, Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868. V. Oblet. 3. ARCHANGE DE LYON, capucin, se nommai: dans le monde Michel Desgranges (ou Degrangesi. Né à Lyon le 2 mars 1736, il entra en religion le 4 mars 1751. et arriva à la charge de lecteur en théologie qu’il remplis­ sait à la fin du xvm· siècle. Ayant parlé dans un sermon contre les États généraux de 1789, le P. Archange fut contraint de s’enfuir; il passa d'abord en Savoie, puis à Sion dans le Valais, où il demeura trois ans, jusqu’à ce que, les troupes de la République française ayant envahi la Suisse, il dût quitter ce pays. Sans crainte il revint à Lyon (vers 1796) et d’abord en secret, ensuite publique­ ment, ayant repris son nom de Michel Desgranges, il exerça le ministère sacerdotal et fut pendant plusieurs années curé de la paroisse des Chartreux. Sachant que l’un de ses anciens confrères de la province de Savoie. 17Ù9 ARCHANGE DE LYON — ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE curé de la Guillotière à Lyon, avait réussi à rétablir un couvent de son ordre à Chambéry, il alla se réunir à lui, au mois d'octobre 1818 et reprit son habit religieux et son nom de P. Archange. Malgré ses quatre-vingts ans passés, il se consacra de nouveau à la prédication des missions et des stations en Savoie et même en France jusqu'à ce qu'il pût y rentrer d'une manière définitive et rouvrir un ancien couvent de son ordre à Crest, au diocèse de Valence (mai 1821), comme séminaire pour les mis­ sions du Levant, que desservaient avant la Révolution les capucins de la province de Paris. Les difficultés ne lui manquèrent pas, et le gouvernement qui avait auto­ risé cet établissement ne cessait de l’entraver. Devenu presque aveugle, il se rendit à l’hôpital de la Charité à Lyon pour se faire opérer de la cataracte. Il y mourut le 13 octobre 1822. Les capucins français regardent à bon droit le P. Archange comme le restaurateur de leur ordre en France après la grande Révolution. Avant cette époque néfaste, il avait publié: 1" un Discours adressé aux juifs, et utile aux chrétiens pour les confirmer dans leur foi, in-8», Lyon, 1788. Il publia ensuite : 2° un Aperçu nouveau d’un plan d'éducation catholique, in-8», Lyon, 1814;3“ Réflexions intéressantes sur le « Génie du chris­ tianisme», in-8», Turin, 1815, dans lesquelles il com­ bat les erreurs qu’il pensait découvrir dans l’ouvrage de Chateaubriand; 4» Précis abrégé des vérités qui distin­ guent le culte catholique de toutes les sectes chrétiennes et avouées par l’Eglise de France, in-8», Lyon, 1817, Cet opuscule fut attaqué l’année suivante dans un écrit publié à Lyon par M. Jacquemont, ancien curé de SaintMédard en Forez, sous le titre, qui en indique l'esprit, des Maximes de l’Eglise gallicane victorieuse des atta­ ques des modernes ultramontains. 5» Explication de la Lettre encyclique du pape Benoit XIV sur les usures..., in-8», Lyon, 1822. Cette explication fut publiée à la de­ mande de l’abbé C. Villecour, qui devint plus tard car­ dinal. Après la mort du P. Archange, on édita d’après ses manuscrits les Dissertations philosophiques, historiques et théologiques sur la religion catholique, 2 in-8», Lyon, 1836. De Manne, Nouveau Diction, des ouvrages ano­ nymes, lui attribue : Essai sur le jeu considéré sous le rapport de la morale et du droit naturel, in-8», Paris. 1835. IMichaud,] Biographie universelle, supplément, Paris, 1837, t. exit, p. 225, au mot Degranges·, Hurter, Nomenclator litera­ rius, Inspruck, 1895, t. m, col. 731. P. Édouard d'Alençon. 4. ARCHANGE DE TERMONDE, capucin de la province des Flandres, appartenait à la famille Huijlenbroeck de Pee. Il fut dans sa province monastique lec­ teur et définiteur; on ne lui attribue aucun ouvrage de théologie, mais il fut le collaborateur du P. FrançoisMarie de Bruxelles pour l’édition de ses œuvres théolo­ giques. Le P. Archange mourut à Bruges, le 22 septem­ bre 1724, après quarante-quatre ans de religion; il était âgé de 64 ans. Hurler, Nomenclator literarius, 2» édit., Inspruck, 1893, t. π, col. 1022, note. P. Édouard d'Alençon. ARCHDEKIN ou ARCHDEACON Richard, jé­ suite irlandais, né à Kilkenny, le 30 mars 1620, admis dans la Compagnie en Belgique le 20 septémbre 1642, professa avec éclat la théologie à Louvain et à Anvers, où il mourut le 31 août 1693. — Præcipuæ controversies fidei ad facilem methodum redactœ ac resolutiones theologiae ad omnia sacerdotis munia, præsertim in missionibus, accommodatas cum apparatu ad doctri­ nam sacram, in-8», Louvain, 1671. — Cet ouvrage, dont les nombreuses éditions attestent la valeur, reparut sous le tilre de : Theologia quadripartita, in-8», Prague, 1678. avec un A uctarium practicum ; puis sous celui de : Theologia tripartita, Anvers, 1678, 1682, 1686, 1696, 1718, comprenant 3 in-8» depuis 1682, et in-4» depuis 1760 1696; - Cologne, 1679, 1683, 1687, 1688, 3 in-4», 1693, 1694, 1702, 1730, 1741 ; — Dilingen, 1687, in-fol., en 3 parties, 1694 ; 3 in-4», Venise, 1696, 1708. — Cet ou­ vrage se fait remarquer par son ordre, sa concision et sa clarté.Malgré ses nombreuses éditions depuis 1671, il fut mis à l'index, donec corrigatur, le 22 décem­ bre 1700. En tout cas. l'édition d’Anvers, 1718,a été cor­ rigée, en particulier pour ce qui concerne le péché phi­ losophique; celle de Cologne, 1730, porte : Editio htec novissima jussu S. Congregationis révisa et cor­ recta. Dans le nouvel Index, Rome, 1900, le P. Archdekin est encore cité : Toni, il, Deer. 11 mari. 161)8. — Tom. I, Donec corrig. Deer. t ocl. 1699. — Dans l’index, Rome. 1841, on lisait : Il Pars 1 et 11. — Tom. ni donec corrigatur (Deer. 33 dec. 1100}. — Dans les éditions de Turin, 1889, et de Malines, 1892, on lisait : 21 dec. 1100. Le P. Archdekin laissa en manu­ scrit une Theologia apostolica. — In theologia morali, dit le P. Hurter, censetur auctor gravis et probabilisla. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C1· de Jésus, t. t, col. 515-521; t. vm, col. 1684; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. H, col. 400-401. C. Sommervogel. ARCHELAI (Acta disputationis). Voir HegeMONIUS. ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE. - L Objet de cette science. IL Sources de l’archéologie chrétienne. III. His­ toire sommaire de l’archéologie chrétienne. IV. Carac­ tères des principaux monuments chrétiens des neuf pre­ miers siècles et renseignements qu’ils peuvent fournir à la théologie. I. Objet de cette science. — L’archéologie chrétienne est une branche de l’archéologie générale ou, pour mieux dire, de l’archéologie « gréco-romaine », puisque les an­ ciens chrétiens, dont elle étudie les mœurs, les coutumes et les monuments, ont vécu au milieu de la civilisation du monde grec et romain. D s'ensuit que l’on ne peut connaître à fond cette science si l'on n'a pas au moins une idée un peu exacte de l’histoire de l’empire romain, de sa constitution, de la littérature ancienne, des anciens usages publics et privés, de l'histoire de l’art, enfin de l’épigraphie classique. On peut dire que l'archéologie chrétienne n'est autre chose que l’application des règles générales de l’archéo­ logie à l’étude de l’ancienne société chrétienne dans toutes les manifestations de sa vie. L'archéologie romaine classique a ses limites chrono­ logiques bien déterminées et connues de tous : elle prend Rome à ses origines et la suit jusqu’à la destruction de l'empire et à la domination des barbares. Il n’en va pas de môme pour l’archéologie chrétienne; on peut lui donner des limites différentes suivant les pays. A Rome, et dans les régions de l'ancien monde ro­ main où le christianisme se répandit de très bonne heure, même dès le premier siècle de l’empire, la pé­ riode archéologique s'arrête au ix» siècle; on passe en­ suite au moyen âge proprement dit. Au contraire, dans les pays éloignés du centre de l’em­ pire, ou le christianisme ne pénétra que plus tard et oè presque rien n’a été conservé des souvenirs et des mo­ numents primitifs, on peut prolonger jusqu’à une époque assez tardive les limites de l’archéologie chrétienne. L’archéologie chrétienne, comme toute archéologie, a pour objet les monuments et tout ce qu on peut ap­ prendre en les étudiant. Elle comprend donc la descrip­ tion des usages religieux, civils, familiaux, sur lesquels les monuments peuvent jeter quelque lumière; par con­ séquent, de la liturgie dans ses origines et son dévelonpernent primitif. Toutefois ce qui la constitue le plus essentiellement c'est, d’une part ; l’étude de l’art chrétien dans ses trois grandes manifestations, peinture, sculpture, architec- ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 4761 ture ; c’est, d’autre part : l’épigraphie avec ses expres­ sions funéraires et ses formules de prières pour le repos de l’àme, témoins irrécusables de la foi des anciens chrétiens; avec ses indications historiques et topogra­ phiques, précieuses pour l’histoire des martyrs, des papes, d’autres grands personnages, et même des édi­ fices sacrés. — Certains archéologues, il est vrai, re­ fusent de considérer l’épigraphie en général, païenne ou chrétienne, comme une branche de l’archéologie et la rattachent simplement à la littérature:les inscriptions ne sont-elles pas des textes gravés sur le marbre au lieu d être écrits sur le parchemin ou sur le papyrus? Cette opinion, mise en avant par une école allemande mo­ derne, qui voudrait ne faire rentrer dans l’archéologie que les seuls monuments figurés, est inadmissible. Les inscriptions, si elles ont avec les textes écrits certains caractères communs, n’en sont pas moins de vrais mo­ numents au sens propre du mot; d'ailleurs, à la diffé­ rence des textes littéraires, elles font toujours partie d un monument. Sur l'art chrétien et l’épigraphie nous ne donnerons ici que des indications générales, réservant pour des ar­ ticles spéciaux (voir Art chrétien primitif, Épigraphie chrétienne) des explications plus détaillées sur le sym­ bolisme des fresques des catacombes et des sarcophages, la formo architecturale des cimetières souterrains, des cryptes et des basiliques, leur décoration, les inscrip­ tions dogmatiques et historiques, etc. II. Sources de l’archéologie chrétienne.— L’archéo­ logie chrétienne s’alimente en partie aux mêmes sources que l'histoire ecclésiastique et l'histoire de l’ancienne l it'rature chrétienne. Sans parler des livres du Nou­ veau Testament, elle utilise fréquemment les écrits des apologistes du christianisme et ceux des Pères de l'Église. Mais elle a aussi des sources tout à fait spéciales, d jnt les plus importantes sont les actes des martyrs, — les martyrologes, — les calendriers, — les libri pontificales des différentes églises, — les sacramentaires ou an­ ciens missels e, les autres livres ou fragments litur­ giques, — les anciens recueils d'inscriptions, — enfin, r- ur ce qui regarde la topographie de certains monu­ ments. les itinéraires des pèlerins et des anciens visi­ teurs. Il est indispensable de recourir à ces sources pour ! explication des monuments épigraphiques el artis­ tiques. Enfin on peut considérer comme sources de l'archéo! >gie chrétienne les livres des premiers archéologues; nous fournissent parfois des renseignements pré­ cieux sur des monuments qui après eux ont disparu ou sur quelque découverte faite de leur temps. III. Histoire sommaire de l’archéologie chrétienne. — t. jusqu’à DE nnssr. — L’étude de l'archéologie chré­ tienne commença bien plus tard que celle de l’archéolo­ gie païenne. Au moment de la renaissance littéraire qui marqua la fin du xv' siècle, on se prit à interroger les docu­ ments des archives et lés livres des auteurs classiques, et a imiter dans l’art les monuments de l’antiquité. Les humanistes furent ainsi amenés à s’occuper d'archéologie. Nous pouvons compter parmi les premiers archéologues Pomponio Leto et ses disciples, membres de la célèbre Académie romaine. Après eux, de nombreux savants étudièrent la topographie, l’épigraphie, la numis­ matique, d'une manière générale les mœurs et coutumes des anciens Romains. Mais ces savants n'eurent pas le moindre souci de l’archéologie chrétienne. Pomponio Leto fréquenta les catacombes romaines sans attacher au­ cune importance à leurs monuments; on n'aurait même pas soupçonné ses visites à ces vénérables hypogées si i on n'avait pas retrouvé son nom écrit au charbon sur les parois de plusieurs cryptes. Si quelques-uns, comme Poggio Fiorentino et Ciriaco DICT. DE THÉOL. CATHOL. d'Ancona, donnent parfois dans leurs livres des indica­ tions sur les antiquités chrétiennes, c’est tout à fait en passant, et leurs remarques sont superficielles. Evidem­ ment ces archéologues n'avaient pas de goût pour des monuments qu'ils traitaient de barbares. Chose plus étonnante et non moins regrettable, les théologiens ne pensèrent même pas que leurs arguments pouvaient tirer une nouvelle force des monuments de l'archéologie sacrée. 11 n'est donc pas surprenant que les catacombes romaines soient restées tout à fait abandonnées. A l’exception de quelques galeries que les pèlerins visi­ tèrent. de tout temps, au-dessous de l'église de SaintSébastien et près de la basilique de Saint-Laurenl-hors-lesMurs, toute l'immense nécropole souterraine était à peu prés inconnue.On y pénétrait de temps à autre à travers des trous, mais par simple curiosité et sans aucune pré­ occupation de recherche scientifique. Les premières traces d'investigation sérieuse se ren­ contrent dans le remarquable livre que publia, en 1568, le célèbre moine augustin Onofrio Panvinio : De ritu sepeliendi mortuos apud veteres Christianos et de eorum coemeteriis. La Réforme protestante du xvi· siècle devait nécessai­ rement appeler sur les antiquités chrétiennes l'atten­ tion des catholiques et aussi celle des proteslants. Puisque ceux-ci prétendaient faire revenir l’Église à sa simplicité primitive, et que ceux-là assuraient quelle ne s’était jamais écartée des croyances dogmatiques pro­ fessées à l'origine, les uns et les autres ne pouvaient invoquer de meilleurs témoins que les monuments mêmes laissés par les premiers chrétiens. C'est ce que cherchèrent d'abord à faire, au profit de la Réforme, les auteurs des Centuries de Magdebourg, Bâle, 15591574, suivis bientôt après par Bebel, professeur à Strasbourg, Antiquitates iv sæculorum euangelicorum, Strasbourg, 1669; Queenstedt, Antiquitates biblicæ el ecclesiasticæ, Wittemberg, 1699, et par plusieurs autres. Tous furent dépassés en science et en érudition par l’Anglais Joseph Bingham dans ses Origines ecclesias­ ticæ or the antiquities of th. Christian Church, Londres, 1708-1722; quoique protestant, cet auteur ne se laissa pas aveugler par l’esprit de parti autant que ses devan­ ciers. Le défaut de tous les écrivains de la Réforme, c’est l’ignorance des monuments des catacombes romaines, ignorance inexcusable, car l’ouvrage de Bosio avait déjà paru. Du côté des catholiques, le premier qui chercha à réfuter, en se plaçant sur le même terrain, les erreurs des « Centuriatores », fut Baronius, dans ses .Annale» ecclesiastici, Rome, 1588-1607. Baronius n'était pas ar­ chéologue, mais il avait appris à l’école de sain: Phi­ lippe de Néri, l’amour des anciens monuments chré­ tiens; et la découverte inattendue d’une parîi- p: - me intacte d’un ancien cimetière chrétien sur la t . Si α­ νία (31 mai 1578) lui avait donné un vif snt de l’importance des catacombes romaines au point d- vue de la controverse. Son ouvrage, d'ailleurs striet-m-nl historique, a une réelle importance arch oh -api· : il > si. à cet égard, bien supérieur à tous les ouvrages des pro testants. Ses conclusions ont été groupées et mises er. évidence par Schulting. Epitome annalium eeclesiaslieorum Daronii continens thesaurum sacrarum antiqui­ tatum, 1603. Presque en même temps, un but analogue était pour­ suivi par Molanus, De historia sanctarum imaginum el picturarum, pro rero earum cultu contra abusus, 1570 et 1594; Gretzer, De cruce Jesu Christi, Ingol­ stadt, 1608; Borromeo, Depictura sacra, 1634. Les catacombes romaines, ce berceau vénérable du christianisme, renfermaient encore, malgré tant de siècles d'abandon et de dévastation, des trésors, uniques au monde, d'art et d'épigraphie primitive. L'étude spé­ ciale, attentive, faite sur place, de ces monuments fut 1-56 4763 A R C H É0 L 0 GIE C II R ÉTIE N N E inaugurée, dans la seconde moitié du xvi' siécle.par le dominicain espagnol Ciacconio et par le Flamand .lean de Winghe. Toutefois ils se bornèrent à copier quelques peintures sans rien publier. Antoine Ilosio, le premier, décida de se livrer entiè­ rement à l’exploration des catacombes. Né à Malte, en 1575, Bosio était, â Rome, au service de l'ordre des chevaliers du même nom. Assisté par son ami Pompeo Ugonio, professeur d'archéologie à l’université romaine, il commença ses explorations en 1593 et les poursuivit avec un zèle admirable pendant presque 40 ans, jusqu'à sa mort (1629). Le résultat de ses recherches et de ses études fut le grand ouvrage, Roma sotterranea, publié après la mort de l'auteur aux frais de l'ordre de Malte (1632). Le Père Severano en donna, peu après, une tra­ duction latine (1651-1659).D’uneimportancecapitalepour l’archéologie chrétienne, le livre de Bosio reproduit un grand nombre d’inscriptions et de peintures des prerniers siècles; on peut dire, en toute vérité, qu’il a fait faire un grand progrès à cette science dont il jeta les plus solides fondements. Nul doute que ces progrès n’aient exercé ensuite une utile inlluence sur toute la littérature d'érudition ecclésiastique, par exemple sur les grandes publications des bénédictins de Saint-Maur, de Montfaucon et de Mabillon, des bollandistes et surtout de Ruinart dont les Acta martyrum sincera, Vérone, 1731, restent une source d'information extrêmement précieuse. Mais l'Italie resta toujours la patrie des études monumentales d'archéologie chrétienne. Au commencement du xvm· siècle, Fabretti, dans son recueil des anciennes inscriptions, Inscriptionum anti­ quarum quæ in ædibus paternis asservantur explica­ tio, Rome, 1699, donna une place spéciale aux inscrip­ tions chrétiennes (c. vin). Peu de temps après, Boldetli publia ses Osservazioni sopra i cimiteri dei santi martiri ed antichi cristiani di Roma, Rome, 1720, dans un but direct d’apologie contre les protes­ tants. 11 faut rappeler ensuite les ouvrages de Bottari sur les peintures et sculptures, Scullure e pit lure sagre eslratte dai cimiteri di Roma, Rome, 1737-1754; de Buonarroti sur les anciens verres cimitériaux, Osserva­ zioni sopra alcuni frammenli di vasi antichi di rétro, etc., Florence, 1716; de Ciampini sur les mosaïques, Vetera monumenta in quibus præcipue musiva opera ...dissertationibus iconibusqueillustrantur, Rome, 16901699; de Borgia, Vaticana confessio B. Petri, Rome, 1776; Muralori, Novus thesaurus veterum inscriptio­ num, 1739-1742; Lupi, Bissertazioni, lettere ed altre operette, Faenza, 1785; enfin des deux archéologues fran­ çais d'Agincourt et Raoul-Rochette, qui, après avoir séjourné longtemps en Italie, écrivirent l’Histoire de l’art par les monuments, 1823, et le Tableau des cata­ combes, 1837. Avec l’abbé Settcle (début du xix· siècle) commence à Rome une nouvelle phase des travaux archéologiques. Très érudit lui-même et très consciencieux, ce savant eut surtout le mérite d’initier à ses études le P. Marchi qui, à son tour, devait être le maître de Jean-Baptiste De Rossi. /.. jean-Baptiste de ROSSI. — Il n’y a pas d’exagé­ ration â affirmer que De Rossi (1822-1894·) n’a pas seule­ ment donné à l’archéologie chrétienne un développement merveilleux, mais qu'il l’a élevée à la dignité de vraie science indépendante, aussi parfaite que les autres branches de l’archéologie ; car le premier, il appliqua à l’archéologie chrétienne la méthode proprement scienti­ fique qui, dès le commencement du xix· siècle, avait été employée pour l’étude des inscriptions grecques et romaines..l'interprétation des monuments de l’art et la critique des textes. Le premier travail entrepris par De Rossi, dans le do­ maine de l'archéologie chrétienne, fut la grande collec­ ! , | | i ’ | | | I 1764 tion des inscriptions chrétiennes de Rome antérieures au vu- siècle, Inscriptiones chrislianæ urbis Romæ vu sæculo antiquiores, Rome, 1861-1888. Obligé pour la composition de cet ouvrage de fréquenter les cata­ combes où déjà travaillait le P. Marchi, il ne tarda pas à reconnaître combien ce qu’on savait était peu de chose en comparaison de ce qui restait encore à décou­ vrir dans ces immenses souterrains. Alors il conçut le vaste projet de donner une nouvelle description de la Rome souterraine; Pie IX lui en confia expressément le soin, après les belles découvertes des tombeaux des papes du m® siècle, dans le cimetière de Calixte (1854). C’est dans son ouvrage La Roma sotterranea cristiana, 3 in-fol., Rome. 1864-1877,qu'il faut chercher les théories du maître sur l'origine des catacombes, leur condition vis-à-vis de la loi romaine, le symbolisme de l'art chré­ tien primitif, théories qu'on peut dire absolument fon­ damentales et qui firent entrer la science de l’archéo­ logie chrétienne dans une voie tout à fait nouvelle. De Rossi exerça une autre action, peut-être plus effi­ cace, parce qu'elle était plus variée et plus continue, par la publication périodique de son Bullettino d’archeologia cristiana, commencée en 1863 et continuée jusqu'à sa mort (1894). Les nombreux volumes de cette revue, qui renferment une série de dissertations très savantes sur toutes les parties de l'archéologie chrétienne, forment un ouvrage colossal, une véritable encyclopédie archéologique. ut. après de rossi. — L’impulsion donnée par De Rossi, ses publications, ses belles découvertes dans les catacombes, la création du musée chrétien de Latran ordonnée par Pie IX, produisirent d’heureux effets en Italie età l’étranger; une vraie renaissance danslesétudes d'archéologie chrétienne, l'apparition d’une pléiade d’ar­ chéologues, la publication d'un nombre considérable d'im­ portants travaux archéologiques. En Italie, où l’influence de Jean-Baptiste De Rossi s’est fait plus immédiatement sentir, il faut nommer d’abord son condisciple et rival, le P. Garrucci, qui joignit une science profonde de l’archéologie chrétienne à une très vaste érudition dans toutes les branches de la science archéologique, et qui s’appliqua surtout aux questions relatives à l’art chrétien; puis le P. Tongiorgi, dont les cours très fréquentés au Collège romain répandirent parmi la jeunesse les notions de l’archéologie chré­ tienne et ses nouvelles méthodes; le P. Bruzza, qui s’occupa surtout d’épigraphie chrétienne et avec qui De Rossi fonda la « Société pour les Conférences d'ar­ chéologie chrétienne » à Rome (1875), sorte de séminaire où devaient se préparer les disciples et successeurs de l'illustre archéologue. Le premier noyau de ces dis­ ciples fut formé, dès 1871, par M. M. Armellini (j-1896), Stevenson (j· 1898), et Fauteur de cet article, lis ont continué, après la mort du maître, la publication de son Bulletin, en modifiant légèrement le titre pour en faire le Nuovo bullettino d’archeologia cristiana. Une autre école d’archéologie chrétienne, celle de Naples, qui suivait les traces glorieuses de Mazzocchi, a été aussi vivifiée par l’esprit de Jean-Baptiste De Rossi ; ses principaux représentants sont de Jorio, Salazzaro, Scherillo, Galante, Stornajolo, Taglialatela. Tous ces savants ont fait d’importantes publications sur les cata­ combes de Naples et sur d’aulres monuments de l'Italie méridionale. Enfin, dans les autres régions de l'Italie, nous nommerons seulement Cavedoni à Modéne, Biraghi à Milan, et Berlolini à Concordia. En France, le mouvement ne fut pas moins remar­ quable; De Rossi y trouva de savants vulgarisateurs de ses œuvres, plusieurs disciples et collègues. Desbassayns de Richemont et P. Allard ont mis â la portée du grand public les volumes de la Roma sotterranea. Le Blant a publié ses études sur les Sarcophages chrétiens anti­ ques de la ville d’Arles, 1878, et les Inscriptions dire- 17G5 ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE tiennes de la Gaule, 1856. Martigny a donné un excel­ lent Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2« édit., Paris, 1877. L’Histoire des persécutions de Paul Al­ lard a mis â profit toutes les recherches et les décou­ vertes de M. De Rossi. Ainsi a fait également M. Théo­ phile Roller dans son ouvrage sur les Catacombes de Home, 1881 ; malheureusement ses jugements et inter­ prétations des monuments sont plus d'une fois faussés par un esprit de controverse qui lui fait prendre parti systématiquement contre toutes les conclusions favorables à la tradition catholique. — Le disciple qui, en France, fait le plus d’honneur à l’illustre maître est sans contredit Mt>r Duchesne, le savant auteur de l’édition critique du Liber pontificalis, Paris, 1886-1892, et le collaborateur de Jean-Baptiste De Rossi pour la publication du Martyrologium hieronyniianum, Bruxelles, 1891. En Angleterre, les travaux de M. De Rossi ont inspiré, chez les catholiques, Northcote et Brownlow, Roma sotterranea, Londres, 1869; chez les protestants, Mariott. Le Dictionary of Christian antiquities de Smith, Londres, 1876-1880, est composé dans un esprit assez indépendant. En Allemagne, on s’est mis assez tard à l’étude de l'archéologie chrétienne. Parmi les nombreux savants qui s'y livrent aujourd’hui, il faut nommer Uübsche, Denkmâler der christlichen Arkiteclure, 1866; Piper et Dobbert; Kraus, qui a donné un excellent résumé de la « Rome souterraine» de M. De Rossi, et une très utile encyclopédie d’archéologie chrétienne, Real-Encyclopüilie der christlichen Alterthümer, Fribourg, 18801886; Schultze, qui a publié une étude intéressante sur les catacombes de Naples; enfin deux Allemands qui se sont fixés à Rome, M'Jr Wilpert, auteur de plusieurs monographies fort remarquables sur les peintures des catacombes romaines, et Msr de Waal, fondateur et directeur de la revue archéologique Rômische Quartalschrift. On a pu juger des développements pris par l’archéolo­ gie chrétienne, du nombre de savants qui lui consacrent l>-urs travaux, et des résultats qu'on peut en attendre, f ins les deux Congrès internationaux tenus à Spalato ( 1891) et à Rome (1900). IV. Caractère des principaux monuments chrétiens PES NEUF PREMIERS SIÈCLES ET RENSEIGNEMENTS QU’ILS PEUVENT FOURNIR A LA THÉOLOGIE. — Z. PRINCIPAUX hoxcments: LES catacombes. — Les principaux monu- m uts étudiés par l’archéologie chrétienne sont sans aucun doute les anciens tombeaux chrétiens de Rome et d'autres pays. La forme de ces tombeaux est tout à fait différente de ee!b> des tombeaux païens. Les chrétiens en effet n’ont jamais adopté l’usage de la crémation, ils ont toujours eu la coutume, autant du moins que cela était possible, de grouper leurs défunts dans un cimetière commun, ex­ pression de la charité fraternelle qui animait la commu­ nauté chrétienne. 11 était naturel qu’ils imitassent le mode d·· sépulture usité en Palestine, puisque c’était celui qu'on avait employé pour le Sauveur et que d’ailleurs les pre­ miers fidèles de la nouvelle religion étaient venus d’Orient. C'est ce qui explique le caractère général des ca­ tacombes à Rome, à Naples, â Syracuse, etc. Lorsque la nature du sol ne permettait pas l’excavation souterraine, les cimetières chrétiens étaient construits en plein air, areæ, et entourés d’un mur d’enceinte, comme, par exemple, à Carthage. Évidemment les monuments des cimetières souterrains ont été les moins endommag v. Mieux conservés et plus importants que tous les autres, ceux de Rome suffisent à eux seuls pour donner une idée d’ensemble de l’histoire, de la foi, des usages des premiers temps du christianisme. Dans cette reconstitution, il faut se garder de de­ mander aux catacombes plus qu'elles ne peuvent donner. ■Vouloir y retrouver intégralement toute la vie et toutes 1766 les croyances des anciens chrétiens serait une prétention bien excessive. Les catacombes sont avant tout des monuments funéraires, et occasionnellement des églises et des lieux de réunions; par conséquent ce que n .us devons trouver d’abord dans les inscriptions et les œuvres d’art, ce sont les expressions et les symboles qui ont une relation plus ou moins étroite avec le dogme de la vie future. Autant il serait absurde de pré­ tendre établir la règle de foi des chrétiens d'aujourd’hui sur le seul témoignage de leurs monuments sépulcraux, autant il y aurait méconnaissance des lois de la cri­ tique historique à restreindre au témoignage des tom­ beaux les preuves de la foi et de la discipline primi­ tives. Il n’en reste pas moins vrai que ces monuments, tels que la providence nous les a gardés, surtout dans les catacombes romaines, nous manifestent l’identité de notre foi actuelle avec celle des premiers chrétiens. Identité d'autant moins contestable qu'elle nous est attestée par des inscriptions et des peintures qui ne sont pas postérieures au commencement du v» siècle, ainsi que l'a péremptoirement démontré M. de Rossi. il. inscriptions. — Extrêmement simples, les in­ scriptions chrétiennes de l’époque la plus reculée n’ex­ priment que les noms du défunt, tout au plus quelque acclamation comme in Deo, —pax tecum, — pax tibi, — in pace, etc., à côté de laquelle on a parfois peint ou gravé un symbole, l’ancre qui rappelle la croix, la colombe qui représente l’àme, etc. Au m· siècle, l’épigraphie chrétienne, en se dévelop­ pant, commence à employer des formules relatives aux dogmes chrétiens. Elles parlent de la foi en un seul Dieu, en la divinité de Jésus-Christ, de la foi au SaintEsprit, à la Très Sainte Trinité. Surtout elles font très fréquemment allusion au dogme de la communion des saints et à sa double conséquence : la prière des vivants pour le repos des âmes, et l'intercession des âmes bienheureuses en faveur des vivants. A la première idée se rattache l’expression de refrigerium (rafraîchis­ sement) conservée jusqu'à maintenant dans la liturgie de la messe; à la seconde, la formule pete pro nobis, adressée aux défunts, surtout aux martyrs, que l’on priait aussi d’accueillir les âmes des fideles et de les introduire en paradis. Beaucoup plus rares sont, pendant les trois premiers siècles, les inscriptions dogmatiques relatives aux sacre­ ments; il y en a néanmoins qui mentionnent le baptême et la confirmation; l’eucharistie est rappelée dans les deux célèbres inscriptions d’Abercius et de Pectorius, qui ne viennent point des catacombes romaines. Voir ces deux mots. Une autre catégorie d’inscriptions nous montre, dés l’origine, presque tous les degrés de la hiérarchie ecclé­ siastique : nous avons des inscriptions de papes, d’évêques, de prêtres, de diacres, d’autres ministres inférieurs, acolytes, lecteurs, exorcistes, portiers, fos­ soyeurs; puis celles de vierges consacrées, virgines sacræ, virgines Dei; de fidèles, de néophytes, de caté­ chumènes. Il y en a une collection très importante au musée chrétien de Latran, à Rome; elle a été disposée avec une rare habileté par M. de Rossi. Voir O. Marucchi, Guida dei museo cristiano laleranense, Rome, 1896. Enfin les inscriptions damasiennes nous ont conservé de précieux souvenirs de l’histoire des martyrs et un témoignage authentique, on peut dire officiel, du culte que, dès le iv« siècle, l’Église rendait à ses saints. — D'autres inscriptions historiques nous fournissent pour les six premiers siècles d'utiles renseignements sur la dédicace des basiliques, des baptistères, etc., sur l'his­ toire générale ou locale, sur certaines circonstances où s’exercèrent l’autorité de l’Église et la suprématie du siège apostolique. Voir Épigraphie chrétienne. j m. peinicres. — Les peintures chrétiennes des cat»- 1767 ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE 1768 combes remontent jusqu’au 1" siècle; mais au ! lament: son sens caché, comme celui des peintures, se début, l’art chrétien s’employa plutôt à la décoration rapporte surtout à la vie future, â ia résurrection et à la des hypogées qu’à la manifestation des sentiments de I communion des saints. v. basiliques. — L'époque de la paix de l’Église et du foi et de piété. Toutefois, même au milieu de ces pein­ tures décoratives, d’un style qu’on pourrait appeler triomphe du christianisme est marquée par la construc­ pompéien, nous trouvons déjà des figures symboliques, tion des basiliques. Ce n’est pas ici le lieu de traiter la le bon Pasteur, la vigne, l’orante (symbole de l'âme). — question très discutée de 1'origine de la basilique chré­ Au II" siècle, la langue symbolique de l’art chrétien est tienne, d'en faire connaître les formes architecturales et formée; de cette époque sont les fresques des cimetières les développements. Disons seulement que la basilique de Calixte et de Priscille, où nous voyons le poisson nous représente, plus développée, la forme du lieu où image du Christ, accompagné des éléments de l'eucha­ primitivement se tenaient les réunions chrétiennes. Pen­ ristie, le pain et le vin ; et le repas eucharistique pré­ dant les trois premiers siècles, les chrétiens s'assem­ sidé par le prêtre qui brise le pain pour le distribuer blèrent dans les cryptes cimitériales liturgiques et dans aux fidèles, fmctio panis. des salles de maisons privées. L’autel et les autres parties Mais le symbolisme des sacrements se développe sur­ principales des basiliques nous permettent d’étudier tout au ni' siècle; il a son expression la plus complète l'ancienne liturgie et ses transformations, le culte des martyrs et de leurs reliques, la séparation, pendant les dans le cycle des peintures qui ornent, au cimetière de Calixte, les chapelles dites « des Sacrements » : de la offices, du clergé et des différentes classes de fidèles. scène de Moïse frappant le rocher et en faisant jaillir Dans les peintures et les mosaïques dont les basiliques l’eau de la grâce, on va au baptême qui communique étaient généralement décorées, nous pouvons suivre cette grâce, à la pénitence qui la rend à l'âme coupable, l’histoire de l’art et le développement du symbolisme au sacrifice de la messe qui la multiplie, et au repas depuis la paix jusqu’au moyen âge. eucharistique qui entretient la vie, en attendant que Enfin les baptistères, très souvent réunis aux basiliques, celle-ci soit consommée par la résurrection dont l’his­ ont gardé des vestiges des rites du baptême et de la con­ toire de .lonas est la figure et la prophétie. firmation. Le dogme de la communion des saints est aussi clai­ L’étude de l’architecture chrétienne en France, en rement exprimé dans les peintures que dans les inscrip­ Allemagne et en Angleterre, pendant les siècles où lleutions. Souvent on voit l’orante, c’est-à-dire l’âme bien­ rirent le style roman et le style ogival, forme aussi une heureuse, qui prie pour les survivants, et les martyrs qui branche importante de l'archéologie chrétienne pour ces accompagnent un défunt devant le tribunal du Christ pays qui n'ont pas, comme l'Italie, de monuments chré­ ou aux tabernacles célestes. — Une autre composition a tiens de l’époque primitive. Nous n’en parlons point ici, une importance très spéciale : c’est le groupe de la parce que les monuments du moyen âge sont loin de sainte Vierge avec l’enfant Jésus qui, répété plusieurs fournir à la théologie des renseignements aussi précieux fois sur les tombeaux, nous montre le sentiment de que les monuments des premiers siècles. vénération que les premiers fidèles avaient et témoi­ De tout ce qui précède, on peut conclure que l’archéo­ gnaient envers la Mère de Dieu. Les principales repré­ logie chrétienne est pour la théologie un utile auxiliaire, sentations de la très sainte Vierge trouvées jusqu’ici quelle mérite de prendre place parmi les loci theolo­ dans les catacombes romaines sont les suivantes : la gici. Aujourd'hui surtout, après tous les progrès qu'elle sainte Vierge avec l’enfant Jésus et un prophète (cime­ a réalisés, il n’est pas excessif de souhaiter que tous les tière de Priscille, il' siècle); — la sainte Vierge dans théologiens aient une idée exacte de ses principaux la scène de l'Épiphanie (même cimetière, u® siècle; résultats et des ressources qu’elle peut leur offrir. cimetière de Domitille, m* siècle; cimetière de Calixte, Bosio, Borna sollerranea, Rome, 1632; — Boldetti, Osservafin du ill· siècle; cimetière des saints Pierre et Marcellin, zioni sopra i sacri cimileri, Rome, 1720; — Bottaii, Sculture commencement du iv» siècle); — la sainte Vierge orante e pitture sacre, Rome, 1737-1754; — Rulnart, Acia sincera pri­ morum martyrum, Paris, 1689; — Bianchini, Anastasius Btavec l’enfant Jésus sur la poitrine (cimetière ostrien, bliotecarius de vilis romanorum ponti/lcum, Rome, 1718-1723 milieu du rv· siècle). Le portrait de la sainte Vierge se (reproduit par Migne, P. L., t. cxxvn-cxxvm); Demonstratio retrouve aussi sur quelques verres cimitériaux em­ historiée ecclesiaslicæ comprobatæ monumentis perlinen­ ployés dans les agapes des anciens chrétiens. tibus ad fidem temporum et gestorum, Rome, 1752; — Ma­ Enfin, on a remarqué que les monuments figurés des machi, Originum et antiquitatum Christianarum libri XX, catacombes apportent une contribution appréciable à Rome, 1749-1755 ; De' costumi dei primitivi cristiani, Rome, l’histoire du canon des Livres saints. Les sujets qui y 1755-1757; — Selvaggi, Antiquitatum Christianarum institu­ tiones, Verceit, 1778; — Zaccaria, Lezioni di antichita cristiane; sont représentés ne sont pas empruntés seulement aux livres protocanoniques, mais aussi aux deutérocanoni- — Buonarroti, Osservazioni sopra alcuni frammenti antichi di vetro, Florence, 1716; — Settele, Dissertationi varie d'anques. Cf. Vigoureux, Le Nouveau Testament et les dé­ tichità cristiane, dans les Actes de l'Académie romaine d'ar­ couvertes archéologiques, Paris, 1890. chéologie; — March!, I monumenti dette arti cristiane pri­ iv. sculptures. — La sculpture chrétienne ne remonte mitive nella metropoli det cristianesimo, Rome, 1844; — pas à une époque aussi reculée que la peinture. Si, pen­ Jean-Baptiste de Rossi, Inscriptiones christianæ urbis Homse dant les trois premiers siècles, les chrétiens étaient septimo sæculo antiquiores, 1.1,1861 (inscriplions consulaires), t. il, pars I·, 1888 (recueils épigraphiques); La Borna sotterlibres de traduire leur -foi sur les parois obscures des ranea cristiana, Rome, 1864-1877 ; Bullettino d’archeologia cryptes cimitériales, il eût été plus imprudent de le faire cristiana (18G3-I894), Continué par le Nuovo Bullettino, sous la dans les ateliers ouverts au public. Aussi les fidèles se direction de MM. H. Marucchi, directeur, P. Bonavenia, P. Crosservirent-ils d'abord des sarcophages mêmes qui étaient tarosa, F. Gatti, R. Kanzler, J. Wilpert; I musaici dette chicsq, préparés pour les païens, en évitant seulement tout sujet di Borna, Rome, 1872 sq. ; Marlyrologium hieronymianum, idolâtrique ou superstitieux qui aurait pu blesser leur publié en collaboration avec M·' Duchesne dans les Acta SS. nofoi. C’est pourquoi il est très rare, tout à fait exception­ vembr., Bruxelles, 1894, t. u ; — Desbassayns de Richemont. Z.cs nel, de rencontrer un sarcophage de cette époque avec nouvelles études sur les catacombes romaines, Paris, 187. » ; — Northcote et Brownlow, Borne souterraine,traduction par P. Al­ des symboles chrétiens. La vraie sculpture chrétienne naquit seulement après lard, Paris, 1872; — Kraus, Borna sotterranea, 1873; — Armelfini, GU antichi cimiteri cristiani di Borna e d'Italia, Rome, la paix de Constant in. Elle a prod ni loutre les sarcophages, 1893;— Le Blant, éludes sur tes sarcophages chrétiens anti­ des décorations pour les basiliques et quelques rares ques de la ville d'Arles, 1878; Les inscriptions chrétiennes statues. Les ornements des sarcophages chrétiens repré­ ide la Gaule, 1856; .Manuel d'épigraphie chrétienne. Paris, sentent presque toujours le même cycle, à la fois histo­ 1869: Les actes des martyrs, supplément aux « Acta sincera » rique etsymbolique, tiré de l'Ancien et du Nouveau Tes- de D Buinart, Paris, 1882; — Hübner, Inscriptiones Hispaniae 1769 ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE — ARCIMBOLDI Christians?, Berlin, 1871; — Kraus, Inscriptiones Rhenanæ christianæ, 1866 sq. ; — Garrucci. Storia dell’ arte cristiana nei primi sette secoli, Prato, 1873-1881 ; Vetri ornati di figure in oro, Home, 1858; — Kraus. Geschichte der christlichén Kunst, Fribourg, 1895-1900; — Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886: Les origines du culte chrétien, 2* édition, Paris, 1899; — Allard, Histoire des persécutions, Paris, 1885-1890; — Wilpert, Principienfragen der christlichén Archxologie, 1892; Fractio panis, 1896; Die Kalakomben-Gemalde, etc., Fri­ bourg-en-Brisgau, 1891 ; — Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2· édition, Paris, 1877 : Kraus, Ileal-Encyklopàdie der christlichén Alterthümer, Fribourg, 1880-1886; — Pératé, ^archéologie chrétienne, Paris, 1892; — H. Marucchi, Élé­ ments d'archéologie chrétienne, Paris, 1899. — H. Leclercq, Manuel d’archéologie chrétienne depuis les origines jusqu’au vnr siècle, 2 vol. in-8·, Paris, 1907; — Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, en cours do publication, in-4·, Paris, 1902 sq. II. Marucchi. ARCHINTO Philippe, né à Milan, en 1500, s'adonna d’abord à l’étude du droit et en conquit le doctorat à l’âge de vingt ans, à l’université de Padoue, si renommée alors pour ses cours de jurisprudence. Il avait à un haut degré les qualités diplomatiques et l’art des négociations aboutissantes. Paul 111 le fit successivement gouverneur d- la ville de Rome, vice-chambellan apostolique, évêque du Saint-Sépulcre, et de Saluces. .Iules III continua à utiliser, dans différentes affaires, les talents supérieurs d'Archinto; il l’envoya présider, en son nom, le concile de Trente, transféré à Cologne par suite de la peste qui désolait le Tyrol. Car l’habile diplomate était en même temps doué d'une science théologique dont nous pou­ vons apprécier l’excellence dans les publications qu'il a laissées : De. tide et sacramentis, 2 in-4’, Cracovie, 1545; Ingolstadt, 1546; Turin, 1549; Oratio de nova christiani orbis pace habita, in-4°, Rome, 1544. Saint Ignace trouva en lui un précieux protecteur pour sa soci ’té naissante et pour ses œuvres de zèle. En récom­ pense des nombreux services qu’Archinto avait rendus à . Eglise et à la papauté, surtout au moment de la trans­ lation du concile de Trente, à Bologne, le pape Paul IV le nomma à l'archevêché de Milan, mais la mort empê­ cha le nouvel élu d'aller occuper sa haute dignité dans cette même ville de Milan qui était sa patrie, et dont il était, avec sa famille, la gloire et la défense. Il n’avait que cinquante-huit ans. Pallaviclni, Histoire du concile de Trente, édit. Migne, t. ni, f. 1122; Moroni, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica, Venise, 1840; Feller, Biographie universelle, Paris, 1845, t. n, p. 276; t. m, p. 174; Micliaud, Biographie ancienne et mo­ derne, Paris, 1855, t. n, p. 382; Hurter, Nomenclator lilerarius, laspruck, 1899, t. iv, col. 1178-1179. C. Toussaint. ARCHONTIQUES Secte gnostique, branche des Marcosiens, au dire de Tillemont, Mémoires..., 2“ édit., Paris. 1701, t. n. p. 295, se rattachant surtout au système de Marcion. On ignore la date de son apparition et son histoire; mais elle parait postérieure à saint Irénée, à Tertullien et à l’auteur des Philosophoumena, car ils n -n parlent pas; elle ne nous est connue que par saint Êpiphane, qui la trouva en Palestine, vers 370. Elle y avait été fomentée par un nomm’· Pierre, habitant près d'Hébron, entre Éleuthéropolis et Jérusalem, à Cabartaricha; l’évêque Aétius dut la condamner. Pierre, dé­ posé du sacerdoce, se réfugia à Cochaben, en Arabie, dans un centre, où pullulaient Ébionites et Nazaréens; assagi par l’âge, mais sans être réellement converti, il revint d'exil, trahit de nouveau ses sentiments hété­ rodoxes et fut excommunié, cette fois, par saint Epiphane. Or c'est des lèvres de ce Pierre que l’arménien Eutacte, ou Ατακτος, comme l’appelle Epiphane en jouant sur son nom, recueillit la doctrine de cette secte, pen­ dant un voyage qu’il faisait en Palestine, la rapporta dans sa patrie et la répandit habilement dans les deux Arménies. 1770 Les archontiques ne paraissent pas avoir joué un grand rôle; les renseignements, fournis par saint Et phane, sont très succincts, mais ils permettent de classer la secte. Il y a sept cieux, chacun gouverné par un "Αρχω., entouré d’ordres ou d’anges qu'il a engendrés. L'archon du septième ciel, c’est Sabaoth, le Dieu des Juifs, l’auteur de la loi, le tyran, l’oppresseur. Au-dessus de ces sept cieux, il y en a un huitième, qui est le séjour de la Mère brillante et du Père de tous les êtres. Ceux-ci forment-ils un couple ou une syzygie? On ne le dit pas; mais on voit qu’ils occupent le premier rang et sont chargés d’atténuer les abus introduits dans la création par les archons, en particulier par Sabaoth, et d’offrir un refuge aux âmes qu’ils ont envoyées sur terre. Car l’âme, de céleste origine, sert de nourriture aux archons, entretient leur vie et fait leur force; mais dès qu’elle parvient à la gnose, dès qu’elle échappe au baptême de l’Église et à l’inlluence de Sabaoth, elle s’envole dans chaque ciel, s'y excuse auprès de chacun des archons et parvient ainsi auprès de la Mère brillante et du Père de tous les êtres. Cela rappelle l’hebdomade et l’ogdoade des gnostiques, l’histoire de l’étincelle de vie divine, égarée dans la matière, délivrée et repassant par toutes les sphères inférieures pour être réintégrée dans le lieu de son origine; c’est du gnosticisme·moins les éons et la division des hommes en Indiques ou pneumatiques, dont il n’est pas question; mais c’est le gnosticisme docéte, car les archontiques n’attribuent au Christ qu’une apparence de corps; un gnosticisme étroitement apparenté avec le marcionisme, car c’est la même haine envers le Dieu des Juifs; antinomistes décidés, les ar­ chontiques souillent leur corps de la façon la plus hon­ teuse par toutes sortes de débordements; ils se donnent des apparences ascétiques pour en imposer aux simples par la pratique du jeûne et le mépris des richesses; au fond, de vrais hérétiques qui condamnent le baptême, ne participent pas aux saints mystères, nient la résur­ rection des corps et n’admettent que celle de l’âme. Saint Êpiphane les compare â ces insectes qui se plaisent dans l’ordure, y séjournent et s’en nourrissent, Hier., xi., 3, P. G., t. xli, col. 681. A l’exemple de toutes les sectes, les archontiques eurent à leur service divers apocryphes, tels que la petite et grande Symphonie, l'Assomption d'Isaïe, les livres de Seth et de ses sept enfants, désignés par eux sous le titre à'Allogènes, αλλογενείς; ils citaient les pro­ phètes inconnus, Comme Marliades et Marsiane; ils accommodaient l'Écriture â leur fantaisie et construi­ saient des fables aussi ridicules que misérables. C’est ainsi qu'ils prétendaient que le diable est le fils du septième archon, Sabaoth, le Dieu des Juifs; qu'il de son commerce avec Éve, Caïn et Abel; que Seth. fils d’Adam, a été enlevé par le Dieu bon pour être soustrait â la mort et qu’il n’a été remis sur tcrr a...-c une nature à la fois corporelle et spirituelle qur pour échapper à l’oppression de Cain ou des puissances du créateur; qu'il n’a pas adoré le crur-t ir_-·. mais seulement la puissance innommable, le Dn-u non ; et que tout ce qu’il a découvert sur le créateur, le démiurge, les archons et les puissances, a été consigné dans son livre et les livres de ses enfants. S. Êpiphane, Hier.,XL, P. G., t. xi.t. col.677 sq.; S. Augustin, Hær., xx, P. L., t. xi.n, col. 29; Thêodoret, Hær. fab., i, 11, P. G., t. LXXXtn, col. 361. G. Bareille. ARCIMBOLDI jean Ange, archevêque de Milan, né en 1-485, mort le 6 avril 1555. Venu à Rome en 1515. il fut légat de Léon X en Allemagne, et François Sforza, duc de Milan, lui confia une ambassade en Espagne. En 1525, il fut nommé évêque de Novare. Jules III le transféra en 1550 sur le siège de Milan. Pour l'instruc­ tion des fidèles, il publia un Catalogue des héréltyucs 1771 ARCIMBOLDI de son époque qui nous est surtout connu par l’ouvrage suivant : Catalogo ove Arcimboldo, arcivescovo de Mila­ no, condanna ediffama per heretici la magiorparte de figliuoli d’itldio e membri di Cristo, i quali ne loro scritli ccrcano la riformazione della Chicsa Christiana con una riposta de Petro Paulo Vergerio, in-8», s. 1., 1554. Pl>. Argetati, Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, in­ fol., Milon, 1745, col. 80, 1045. B. Heurtebize. ARCUDIUS Pierre. controversiste du xvn' siècle qui a laissé un nom dans la science. Né à Corfou en 1562 ou 1563, il entra au collège grec de Rome en 1578 et y passa quatorze années. 11 fut le premier élève de cet établissement naissant qui obtint le grade de docteur (24 janvier 1591). Quand il soutint ses thèses, Arcudius était déjà prêtre. A celte même époque, un grand mou­ vement de conversion agitait les populations ruthènes soumises au sceptre des rois de Pologne. L’évêque latin de Luck, Bernard Macieiwski, plus tard cardinal, se trouvait à Rome pour traiter, au nom de Sigismond III, cette grave affaire de l’union. En repartant pour la Ruthénie, il obtint du pape Grégoire XIV d’emmener avec lui le nouveau docteur de Saint-Athanase afin de s'en servir pour la défense de l'union et la réforme du clergé ruthéne. L'ilistoria collegii Græcoruni de urbe, à qui j’emprunte les détails de cette mission, fait honneur à Arcudius de la conversion d’Hypace Pociey, l’un des fondateurs du catholicisme ruthéne. Cf. E. Legrand, Bi­ bliographie hellénique du xvn·siècle, in-8», Paris, 1895, t. m, p. 214. Devenu évêque de Wlodimir (1593), Pociey confia à son jeune maître dans la foi l’école de la Con­ frérie de Brzesc, en lui cédant pour son entretien le village de Torokanie, détaché pour ce motif de l’archimandrie de Zydyczyn. Par un diplôme du 23 août 1599, Sigismond III approuva cette cession, mais sous la ré­ serve, dit le privilège royal, « qu’aussitôt après l’établis­ sement d’un collège ou d'un séminaire pour les jeunes gens de la religion grecque, Pierre Arcudius s’appli­ querait à les instruire dans la pratique des bonnes mœurs et la profession de la foi grecque sous l'autorité du pape. » Actes de la Russie occidentale, t. rv. Cette con­ dition ne tarda pas à être remplie. Pierre Arcudius vint enseigner au collège grec de Vilna, et bientôt Si­ gismond et Pociey s’empressèrent de reconnaître ses services par de nouvelles libéralités. Un diplôme royal du 4 mai 1601 lui accorda l’archimandrie de Lawryszew, tandis que, de son côté, le métropolitain le nomma archiprêtre de Pinsk. Non content de former les jeunes clercs à la science et aux vertus ecclésiastiques, Arcudius mit sa plume au service de l’union. En 1597, le calviniste Bronski avait publié, sous le nom emprunté de Christophe Philalèthe, un violent pamphlet contre les catholiques, l’Apocrisis. Arcudius le réfuta par VAntirrhisis, qui parut sans nom d’auteur â Vilna. en 1600. Cet ouvrage est d une importance capitale, à cause des nombreuses pièces originales qu'il contient ; elles ont été réimprimées presque toutes dans les Actes de ta Russie occidentale. En 1602, Arcudius publia, à Cracovie, l’opuscule de Bessarion sur la Procession du Saint-Esprit, et. l’année suivante, les Inscriptiones de Jean Beccos sur le même sujet. Tant qu’il resta en Pologne, Arcudius prit une part active aux affaires de l'union; après le métropolite Pociey, le savant professeur du collège grec fut l’homme de Vilna qui travailla le plus, à cette époque, pour le bien de l’Église ruthéne. En 1609, il quitta Vilna pour se retirer à Rome. En partant, il fut chargé par le métropolite de faire connaître au pape l’état de l'union. Voir Theiner, Monumenta Poloniæ historica, t. ni. p. 298, et le rapport de Rutski à la S. C. de la Pro­ pagande en 1623, dans Harasiewicz, Annales Ecclesiæ - ARCUDIUS 1772 ruthenæ, in-8», Lemberg, 1862, p. 258-261. Cf. A. Guépin, On apôtre de l’union des Églises au xvn· siècle, Saint Josaphat, in-8», Paris, 1897. t. I, p. 14. De retour à Rome, Arcudius entra, à titre de théologien, dans la maison du cardinal Scipion Borghése, neveu du pape Paul V. Il demanda alors et obtint l'autorisation de passer au rite latin. Ami de la retraite et de l’étude, il se trouva bientôt mal à l'aise dans le palais bruyant des Borghése. Le collège grec lui offrit un asile plus calme. Ce fut là qu’il passa les dernières années de sa vie. Ayant perdu, à la suite d’un accident, l'usage de ses jambes, Arcudius se faisait transporter tous les matins dans la bibliothèque du collège et ne rentrait dans sa cellule qu'après le coucher du soleil. Il mourut en 1633, et fut inhumé dans l'église de Saint-Athanase. Dans la controverse où il excelle, Arcudius ne le cède à personne dans l’art d'injurier ses adversaires. C'est là son grand défaut, au témoignage de Goar, d'Eus. Renaudot et de la plupart des historiens. Il n'a point songé qu’en exagérant la vérité, on l'outrage plus qu’on ne la défend. On aurait tort pourtant de soupçonner sa sincé­ rité et sa bonne foi. Missionnaire avant d'être écrivain, il écrivit comme il avait prêché, et l’on sait que la pré­ dication n’est pas ennemie de l’exagération. Léon Allatius, qui ne pèche point par excès de tendresse envers ses compatriotes, a porté sur notre auteur un jugement qui restera, semble-t-il, celui de l’histoire : Vir pins, integer, veritatis amans, sectariorum hostis, quorum et nomina abhorruit, plus tamen æquo ardentius·. et, cum posset sæpenumero rationibus, iniuriis maluit tutari sententiam; sic, dum omnia quæcumque excer­ pserat in quocumque argumento dicere studet, ple­ rumque a proposito digressionibus, iisque longissimis, rem et orationem perturbat : stylo græco, quo sibi ni­ mium plaudebat, infelicior, quidquid dixerit Bal­ thasar Ansideus. De Ecclesiæ occident, atque orient, perpetua consensione, in-4», Cologne, 1648, col. 999. Balthasar Ansidei avait cru pouvoir dire qu’Athènes ellemême n'avait pas été aussi attique que le langage de Caryophyllis et d Arcudius. Voici, dans leur ordre chronologique, les divers ou­ vrages de notre auteur : 1» Άντίρρησίζ sive Apologia contra Christophorum Philalethem (en polonais), in-4», Vilna, 1600. Cet ouvrage, dédié à Léon Sapihea, grand chancelier de Lithuanie, a paru sous le voile de l'ano­ nyme, mais la paternité d’Arcudius sur cette réplique au pamphlet de Tronski est incontestable. M. E. Legrand possède en manuscrit le texte latin de i'Anlirrhesis, avec cet intitulé : Pétri Arcudii Corcyræi Apologia adversus Christophorum Philalethem. Voir Biblio­ graphie hellén. du xvn· siècle, t. ni, p. 222. 2» Bessarionis cardinalis, archiepiscopi Nicæni, Opusculum de processione Spiritus S. ad Alexi uni Lascarim Philanthropinum, in-4», Cracovie, 1602. Dans l’épitre dédicatoire, adressée à Bernard Macieiwski, alors évêque de Cracovie, Arcudius remercie son bienfaiteur de la pro­ tection qu'il lui accorde depuis de longues années, ab­ hinc multis annis. Cf. Legrand, op. cit., p. 226. Une traduction polonaise de cet opuscule fut publiée à Cra­ covie en 1605. dans le même format. Legrand, op. cit., p. 230-231. 3» Joannis Becci Constantinopolitan’ ραtriarchæ, inscriptiones, in sententias sanctorum Pa­ trum, quasde processione Spiritus Sancti collegit, in-4», Cracovie, 1603. 4° Libri VU de concordia Ecclesiæ occi­ dentalis et orientalis in septem sacramentorum administratione, in-fol., Paris, 1619, 1626; in-4», Paris, 1672. Cet ouvrage, dédié à Sigismond III de Pologne, est le principal titre de gloire d’Arcudius; c’est aussi celui qui lui a valu le plus de reproches. Un italo-grec de Reggio, Jean-Baptiste Catumsyritus, le réfuta dans le livre suivant : Vera utriusque Ecclesiæ sacramen­ torum concordia, in-4», Venise, 1632. 5» Opuscula aurea theologica quorumdam clariss. virorum posteriorum 1773 ARCUDIUS — ARENT 1774 Græcorum... circa processionem Spirit us Sancti, in-4», I L’année suivante, il enseignait comme privat-demt Rome, 1630, 1670. Ce recueil, dédié à Urbain VIII, con­ à la faculté de théologie protestante de Bonn. Sun c .rs tient successivement : a} les Inscriptiones de Jean Beccos avait pour objet l'histoire de la Réforme. Mais a p-ine avec la réfutation de Palamas et la contre-réfutation de l'avait-il commencé depuis quelques mois que ses iBessarion. Arcudius avait déjà publié cet opuscule à des, ainsi qu'il l’a raconté lui-même, lui ouvrirent ■ s Cracovie en 1603; il se trouve reproduit dans Migne. yeux sur la valeur de cette soi-disant Réforme. M. _■ P. G., t. ci.xi, col. 213-310; l>) la Collectio sententiarum de nombreux obstacles matériels, dès le 2 janvier IstJ. ex sanctorum scriptis du même Jean Beccos ; Allalius il abjurait le protestantisme et était reçu dans le sein de en a donné une édition beaucoup plus complète, P. G., l’Eglise catholique. H publia bientôt sur les motifs de t. cxi.i. col. 613-724; c) l’opuscule de Bessarion sur la conversion un mémoire remarquable par l’accent de foi procession du Saint-Esprit, qui avait également paru à éclairée et de sincérité désintéressée qui y domine. Son Cracovie en 1602; cf. P. G., t. clxi, col. 321-448; cl) la ouvrage capital Léo der Grosse und seine Zeit, in-8», fut Lettre de Bessarion aux Grecs, reproduite par Migne, écrit vers la même époque et parut à Mayence en 1835. loc. cit., col. 449-490; e) le traité de Démétrius Cydones Cependant Arendt venait d'être appelé à occuper une contre les erreurs de Palamas, réimprimé par Migne, chaire à l'université que les évêques belges fondaient à P. G., t. CLiv, col. 836-864; f) le traité du même Cydones Louvain. Il eut l'honneur d'y figurer parmi les ouvriers sur la procession du Saint-Esprit, P. G., loc. cit., de la première heure et l'honneur plus grand d'y pren­ col. 864-957; g) des extraits des Œuvres de saint Au­ dre rang et d’y rester jusqu’à la fin parmi les plus labo­ gustin relatifs à la procession du Saint-Esprit, accom­ rieux. 11 joignait à une grande activité une rare facilité pagnés de la traduction grecque de Maxime Planudes. d’assimilation et une étonnante variété de connaissances P. G., t. cxi.vii, col. 1111-1166; Λ) la lettre de Nicolas V acquises. Chargé à peu près en même temps des cours à l'empereur Constantin Paléologue, avec la traduction d'archéologie — dénomination qui comprenait alors une grecque de Théodore Gaza, en regard, P. G., t. ci.x, partie notable de l'histoire des institutions et des mœurs des peuples anciens —d'introduction aux langues orien­ col. 1201-1212.6° Utrum detur purgatorium, etan illud sit per ignem, in-4», Rome, 1632, 1717. Cet opuscule tales, d’antiquités romaines et d'antiquités grecques, est en partie reproduit dans le volume suivant : 7° De et. plus tard, du cours d'/iistoire politique moderne, il fut toujours à la hauteur de ces différentes tâches. Il purgatorio igne adversus Barlaam, in-4°, Rome, 1637 : œuvre posthume publiée par les soins de Pantal'-on mourut à Spire le 22août 1865. Il était,depuis 1847, mem­ bre correspondant, et. depuis 1855, membre effectif de Ligaridès, disciple d’Arcudius; elle est écrite en grec, avec la traduction latine en regard. Sous le titre de ['Académie royale de Belgique. κείμενον, l'auteur commence par donner le texte de Bar­ Comme résumés partiels de son enseignement. Arendt laam, auquel il répond plus ou moins longuement dans a laissé un Discours d'ouverture du cours d'antiquités Ι'άζόκρισις. Il est bon de rappeler que le texte attribué romaines, in-8°, Louvain, 1835; un Précis du cours d’an­ ici à Barlaam n'est pas de lui, au rapport de A. K .Dirnitiquités romaines, in-12, Louvain, 1850, et surtout son trakopoulos, ’Ορθόδοξος Ελλάς, in-8», Leipzig, 1872, Manuel d’antiquités romaines, in-8», Louvain, 1837. Il p. 75; ce serait tout simplement la réponse des grecs se signala aussi comme publiciste politique à l’occasion des difficultés alors pendantes entre la Belgique et (’Alle­ au concile de Florence sur la question du purgatoire. Quoi qu'il en soit, ce rarissime ouvrage fait le plus magne. Dans cet ordre d’idées, il fit paraître, tant en alle­ (.rand honneur à Arcudius, bien qu'il soit très inférieur mand qu'en français, plusieurs brochures qui eurent a l'opuscule d'Allatius sur le même sujet. 8» Menoloyium un légitime retentissement : Belgische Zustânde, in-8», Græcorum jussu Basilii junioris lmp. ConstantinopoMayence, 1837 ; traduit : De l’étal actuel de la Belgi­ Ittani ante annum sal. DCCCCLXXXIV conscriptum, que, in-18, Bruxelles, 1838; — Die Interessen Deutschtraduit en latin par Arcudius sur le célèbre ms. du Vati­ lands in der belgischen Frage, mit Documenten, in-8’, can et publié par F. Ughelli dans Vitalia sacra, in-fol., Bruxelles, 1839; traduit : Des intérêts de l’Allemagne Rome. 1659, t. vi, col. 1049-1230; Venise, t. x, suppl., dans la question belge, in-8», Bruxelles, 1839; — Essai col. 243-348. sur la neutralité de la Belgique, considérée principa­ Parmi les ouvrages inédits de notre auteur, E. Legrand, lement au point de vue du droit public, in-8», Lou­ op. cit,, t. ni, p. 220, cite les suivants : 1» Éloge du vain, 1845; — Das Kônigthum in Belgien, in-8», Bru­ pape Grégoire XIII contenu dans le Parisinus 1100, xelles, 1856; traduit : La Royauté en Belgique, in-8», fol. 56-60'°; 2° Histoire de l'union des Ruthènes avec ibid. On trouve aussi des articles et des mémoires de Rome; 3° Les premiers temps du collige grec de ce travailleur fécond dans le Katholik de Mayence an. Rome; ces deux ouvrages se trouvent aux archives du 1832), la Theologische Quartalschrift (an. 1833), la Re­ collège grec de Rome; 4° Réponse au livre de Gabriel vue catholique de Louvain (an. 1860), le Slaats ·.- < -. Sévère sur les sacrements; 5° Réponse à J.-B. Catumoder Encyclopédie der Staatsieissenchaften.à·· C: Rotsyritus. teck et Ch. Weicker, le Historicités Taschenb ; : von Raumer, les Bulletins de l’Acadéniie royale des Je ne renvoie que pour acquit de conscience aux ouvrages sciences, des lettres et des beaux-arts de Beij : an. publiés par les grecs : G. J. Zaviras, Νέα Ελλάς ή ελληνικόν 1848-1864). iiirpov.édit. G. P.Kremos, in-8‘, Athènes, 1872, p. 143-145; C. N. Sathas, Νεοελληνική φιλολογία, in-8·, Athènes, 1868, p. 260F. Nève, Notice dans ('Annuaire de l'Acadèmie roy •■'.e de l·-'. Le seul auteur qui mérite d'être consulté est E. Legrand, Belgique, Bruxelles, 1866; F. Nève et Laforèt, Discours dans Bibliographie hellénique du xvir siècle, in-8·, Paris, 1895,1.111, l’Annuaire de l’Universiti catholique, Louvain. 1866. p. 453, p. 209-232. 477; Hurter. Nomenclator literarius, 2· édit., Inspruck, 1895, L. Petit. t. n, col. 1074. J. Forget. ARENDT Guillaume-Amédée-Auguste, né a Berlin ARENT Toble. jésuite lithuanien, né à Ros- ’. le le 25 mai 1808, y lit ses premières études. 11 y fut en­ 10 juin 1646, admis dans la Compagnie le 14 mai 1662, suite, pour la théologie, la philosophie et la littérature enseigna dix-sept ans à Vilna la théologie polémique, ancienne, l’éléve de Schleiermacher, de Hegel et de fut recteur des collèges de Braunsberg, Varsovie et Vilna, Loeck. En 4830, il obtenait à l’université de Bonn, la licence en théologie. 11 avait présenté pour l'obtention préposé de la maison professe de Vilna, et y mourut le 8 avril 1724. — Studium polemicum pro doctrina ca­ de ce grade, deux dissertations latines dont voici les tholica..., in-8», Vilna. 1716. 3 part.: Braunsberg. in-8·, titres: De Theodoro Anagnosta ; Justinus martyr cohor­ s. d. Estreicher dit que cet ouvrage a été reproduit tationis ad Græcos, quæ vulgo scriptis ejus adnumeramot pour mot par Jean Zelechowski, trinitaire, sous son tur, non est auctor. 1775 ARENT — ARGENTIS 1776 nom et sous le titre de : Scutum fidei catholicæ, in-fol., I Compagnie le 24 décembre 1761, fut déporté en Italie en 1769, quand les jésuites espagnols furent exilés. Sa Lemberg, 1749. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C1· de Jésus, t i, i vaste érudition, ses connaissances variées le signalèrent bientôt; le cardinal Lorenzana l’attacha à sa personne, col. 530; t. vm, col. 1686. C. SOMMERVOGEL. l'encouragea dans ses publications et en fit les frais; en ARÉOPAGITE. Voir Dexys l'Aréopagite. mourant, il le déclara son exécuteur testamentaire. Le pape Pie VII lui conféra le titre d’hymnographe et de ARESI Paul, né à Crémone en 1574, entre en 15C0 théologien pontifical. De 1809 â 1815, il succéda au chez les théatins; nommé à l'évéché de Cortone en P. Muzzarelli comme théologien de la S. Péniten1620, il se démet de l’épiscopat en 1644 et meurt en cerie. Quand la Compagnie de Jésus fut rétablie dans 1645. Philosophe, exégète, théologien, prédicateur, il a tout l'univers, le roi Ferdinand VII, malgré les regrets laissé des ouvrages sur des matières fort diverses. de Pie VII et du cardinal di Pietro, rappela le P. Arevalo Comme théologien il a composé : Disputatio de trans­ en Espagne; il fut nommé vice-provincial de Castille, et mutatione àquæ vino mixtæ in s. missæ sacrificio, il mourut à Madrid, le 7 janvier 1824. — Le P. Arevalo in-8°, Torlone, 1622; Anvers, 1628. s’est rendu célèbre par son édition de S. Jsidori hispalensis episcopi Hispaniarum docloris opera omnia Ughelli, Italia sacra, Venise, 1729. t. iv, p. 653; Hurter, No­ denuo correcta et aucta..., 7 in-4», Rome, 1797-1803, qui menclator literarius, Inspruck, 1892, t. I, p. 446; Vigoureux, laisse bien loin derrière elle toutes les éditions anté­ Dictionnaire de la Bible, art. Aresi. rieures. L’abbé Migne l’a reproduite en 1850, 8 in-8°, V. Oblet. 1. ARÉTIN Ange Gambiglioni, jurisconsulte, né à et/'. L.,t. lxxxi-lxxxiv, mais il semble,à tort, lui attri­ Arezzo, mort à Ferrare en 1164. Reçu docteur en droit à buer la Collectio canonum S. Isidoro adscripta; elle n'est pas de lui. — Arevalo édita encore l'Hymnodia l'université de Bologne, il remplit plusieurs charges dans hispanica, in-4°, Rome. 1787; — Prudentii carmina, son pays. Etant à Nursia, il fut emprisonné pour plusieurs 2 in-4°, Rome, 1788-1789; — Dracontii poetse carmina, crimes, dont il était, croit-on, faussement accusé. Rendu in-4°, Rome, 1791 ; — Juvenlii historia euangelica et carâ la liberté, il vint à Ferrare où il enseigna le droit mina, in-4", Rome, 1792;— Sedulii opera omnia, in-4·, romain. Parmi ses ouvrages, nous mentionnerons deux Rome, 1794. Toutes ces publications lui font le plus traités De testamentis, Venise, 1486; De maleficiis, dont grand honneur. une édition fui publiée à Cologne en 1599. B. IlEURTEBIZE. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la Cu de Jésus, t. i, 2. ARÉTIN François, Francisais de Pilignanis, reli­ col. 530-534. C. Sommervogel. gieux franciscain de l’Observance, né à Arezzo en 1553, ARGELLATI François, né à Bologne le 8 mai 1712, mort à Mantoue en 1616. Prédicateur renommé, il était mort le 13 février 1754; il est surtout connu .comme le confesseur du duc de Toscane et théologien de l’évêque philosophe et comme jurisconsulte. Il mérite pourtant de Mantoue. Parmi ses nombreux ouvrages, on remarque : d’etre signalé pour son histoire du sacrilice de la sainte Summa theologiæ speculalivæ et moralis, ac commen­ messe. Storia del sacrificio della s. missa, Florence, taria scolaslica in tertium et quartum sententiarum 1744; Venise, 1745; il y étudie la manière dont la libros Joannis Scoti, in-fol., Venise; la 1” et la 2’partie messe se célébrait au temps de la primitive Église; la furent publiées en 1581 ; la 3’ et la 4", en 1618; Commen­ langue, les ornements, les vases sacrés, dont on se ser­ tarius in libros magistri Antonii Sirecti de formalitavait; les liturgies orientales, mais surtout les cérémo­ tibusScoti, in-4>, Venise, 1606;Practica criminalis cano­ nies du rite romain. nica, in-8“, Pérouse, 1609. Hurter, Nomenclator literarius,Inspruck, 1892, t.n, col. 1566; Wading, Scriptores ord. minorum, in-fol., 1650, p. 132; An­ Hœfcr, Nouvelle biographie universelle, Paris, 1853. nales minorum continuati,in-fol., Quaracchi, 1886, p. 224; Jean V. Oblet. de Saint-Antoine. Bibliotheca universa franciscana, in-fol., ARGENTAN ). Voir Louis-François d’Argentan. Madrid, 1732, p. 361. B. Hevrtebize. ARGENTINA (Thomas d>). Voir THOMAS DE STRAS­ ARÉTIUS Benoit, théologien protestant, né à Berne BOURG. vers 1505, mort dans cette ville le 22 avril 1574. Ses études de philosophie terminées, il fut professeur de ARGENTINO Charles-Antoine, théologien mora­ logique à l’université de Marbourg. 11 revint bientôt â liste italien, vivait dans la première moitié du xvni«siècle; Berne où il enseigna les langues, puis la théologie d’après il est l'auteur d’un recueil de Cas de conscience, Césène, Calvin. Arétius s'adonna en outre à la botanique et à 1719. l'astronomie. Laissant de côté ses écrits sur les sciences Huiler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. n, col.338. naturelles et ses commentaires sur divers livres de la V. Oblet. Bible, nous citerons seulement : Valentini gentilis justo ARGENTIS Eustratios, dit le médecin-philosophe, capitis supplicio Bernie affecti brevis historia; el contra Ιατροφιλόσοφος, est originaire de Chios. Après avoir ejusdem blaspkemias orthodoxa defensio articuli de étudié la médecine à Halle, en Saxe, il parcourut l'Alh sancta Trinitate censura propositionum quibus nitun­ magne, l'Italie, l’Egypte, menant de front avec une égale tur calabaptistæ in Polonia probare baptismum non dextérité l'exercice de son art et la controverse reli­ successisse circumcisioni, in-4°, Genève, 1567; Proble­ gieuse. Il se trouvait au Caire en 1748, quand deux mis­ mata theologica, continens præcipuos noslræ religionis sionnaires franciscains, les PP. Cyrille et Gabriel, se locos, brevi et dilucida ratione explicatos, in-fol., Lau­ mirent à prêcher contre l'usage du pain fermenté dans sanne, 3 part., 1574-1576; Lectiones septeni de Ciena la célébration de la messe. L'ne conférence publique Domini, in-S*1, Lausanne, 1578; Examen theologicum : eut lieu, dans laquelle Argentis « réduisit les papistes accedunt duo lemmata, prius de lectione, posterius de au silence »; c’est du moins ce qu’il affirme. Voir Σύν­ interpretatione sacræ Scriptures; cum opusculo de ταγμα ζατά άζυμων, 1. Ill, c. v, § 5, p. 310. Mais ce qui formandis studiis, in-8°, Lausanne, 1579. rendit à jamais illustre le nom de notre médecin, ce fut Walch, Bibliotheca theolog., t. i , et sa manière de voir fut nario (Estramadure), le 23 juillet 1747, admis dans la ΥιΊΊ ARGENTIS — ARGYROPOULOS 1778 sanctionnée par le concile de Constantinople, en 1750. il mourut le 27 octobre 1740. Les lourdes obligiti - 5 Voir L. Petit, L'entrée des catholiques dans l’Eglise or­ qu'impose l'épiscopat et dont il s'acquitta d’ailleurs □ -. <-c thodoxe, dans les Échos d’Urient, t.n 1899). p. 129-138. un zèle remarquable, ne l'empêchèrent pas de composer Argentis mourut entre 1756 et 1760, et sa bibliothèque | un grand nombre d'ouvrages sur diverses questions théofut conservée à Lovochori, à Chios, jusqu'aux massacres logiques. Voici les principaux : 1» Elementa theologica de 1822. Voici la liste de ses œuvres théologiques : in quibus de auctoritate et pondere cujuslibet argu­ 1" Βιβλίον καλούμενου ΤΑΚΤΙΣΜΟΥ ΣΊΊΙΛΗΤΕΥmenti theologici... disputatur, in-4", Paris, 1702. CVst ΣΙΣ, in-4», [Constantinople,] 1756. Argentis essaie de un traite de locis theologicis, ou il examine I autorité de l’Écriture et de la tradition sous ses diverses formes: prouver, en quatre-vingt-un chapitres, qu’il faut re­ baptiser les latins. Ce curieux volume a été réédité à il rejette l’infaillibilité du pape (c. ix), mais il prouve Leipzig, en 1758, dans les trois langues grecque, latine contre les jansénistes l’infaillibilité de l’Eglise dans la et italienne, et n’a cessé d’inspirer les articles de con­ condamnation des propositions erronées et consacre â troverse publiés depuis par les orthodoxes. Voir Atha­ cette question un long appendice; 2" Appendix posterior nase de Paros, ’Επιτομή είτε συλλογή τών θείων τής ad elementa in quæstionem de auctoritate Ecclesiæ. πιστεως δογμάτων, in-8», Leipzig, 1806, p. 350-352; in-4», Paris, 1705 ; 3» Lexicon philosophicum, in-4», La Διατριοαι περί τής ανατολικής ήτοι ορθοδόξου ’Εκκλησίας Haye, 1706; 4» De supernaluralitate seu de propria ra­ ύπο' τίνος ’Άγγλου, in-8», Athènes, 1854, IP part., p. 67tione qua res supernalurales a naturalibus differunt, 69; — 2’ Εγχειρίδιου περί όαπτίσματος καλούμενου in-4», Paris, 1707; 5» une édition des Œuvres de Martin χειραγωγία πλανωμένων, in 4°, Constantinople, 1756; Grandin, in-4", Paris, 1710-1712; il y joint plusieurs cf. le ms. de rAthos35I3et ’Εκκλησιαστική ’Αλήθεια, travaux personnels, entre autres : a) Commentarium his­ t. xx (1900), p. 423. Le but de ce manuel est de prouver toricum de prædestinalione ad gloriam et reproba­ l'impossibilité de conférer le baptême autrement que tione; b) De voluntate divina antecedente et consequente par trois immersions. Il a été réimprimé, en 1757, à salvandi homines veterum ac recentiorum testimonia (t. 111); c) De contritione et attritione scholasticorum Leipzig, sous le litre de : "Ανθος τής εύσεΰείας ήτοι συνταγμάτιον περ'ι αναβαπτισμού, in-4". Cf. le ms. 110 sentenliæ; d) De propria efficientia sacramentorum du Métochion du Saint-Sépulcre à Constantinople et novæ legis; e) De Honorio papa (t. v); 6» De numine Dei ut rerum omnium effectoris, in-4», Paris, 1720; A. P. Vrélos, Νεοελλην. φιλολογία, t. I, p. 78, n. 216. — 3» Σύνταγμα κατά άζυμων, in-4», Leipzig, 1760. Ecrit à 7» Collectio effatorum divinæ Scripturis quibus mys­ l'occasion de la conférence du Caire, rappelée ci-dessus, teria fidei catholicæ et dogmata explicantur contra­ cet ouvrage traite, a) de la matière de l'eucharistie, riique errores refelluntur, in-4», Paris, 1725 ; 8» Collectio bi de sa consécration, c) de son usage. Le patriarche judiciorum de novis erroribus, 3 in-fol., Paris, 1733Sylvestre d’Antioche en publia une traduction arabe peu 1736. Cet ouvrage, d'une grande érudition, le plus im­ avant 1760. Argentis est qualilié de « feu » par les portant et le plus utile de tous ceux qu'il a publiés, con­ éditeurs de Leipzig, preuve qu’il était déjà mort lorsque tient un grand nombre de documents relatifs, soit aux parut l'édition grecque, L’original de ce célèbre traité erreurs soutenues depuis le commencement du xn» siècle soit aux questions théologiques controversées depuis la se trouve sons le n» 305 de la bibliothèque nationale même époque. On y trouve, â côté des actes pontificaux d'Athènes, où il porte ce litre : Τον λογιωτάτου κυρίου et des décisions émanant des Congrégations romaines, les Ευστρατίου Άργέντου Χίου ΙΙερι τοΰ κυριακοΰ Δείπνου. jugements portés par les universités les plus fameuses, Une note finale indique qu'il a été écrit en 1755. Les particuliérement celles de Paris, d’Oxford, de Douai et ouvrages suivants sont encore inédits : 4° Συνταγμάτιον de Louvain. Le dernier jugement rapporté par d'Arκατά του παπιστικοϋ καθαρτηρίου πυρός, conservé sous le genlré est de 1723. 9» Il avait commencé la publication iPibW, fol. 6-38 de la bibliothèque patriarcale de Jéru­ d’une Theologia de divinis litteris expressa, lorsqu'il salem. Incipit : ’Επειδή ή καθολική 'Εκκλησία μνημονεύει; mourut. On lui doit encore : 10« une Analyse de la foi — 5» ΙΙερι τής ψευδούς άψευδίας τοΰ Πάπα 'Ρώμης : dé­ divine avec un Traité de l’Église, contre Jurieu, 2 in-12. monstration que les papes peuvent être hérétiques et Lyon, 1699; 11» une Dissertation dans laquelle il expli­ que plusieurs l'ont réellement été; enseignement de que en quel sens on peut dire qu’un jugement de l’Église grecque à ce sujet; — 6» Εγχειρίδιου περί τοΰ l’Église qui condamne plusieurs propositions de quelque λατινικού Πάπα και τοΰ αντίχριστου : démonstration par écrit dogmatique est une règle de foi, in-12, Tulle, 17.3; ['Écriture et les Pères que le pape est l’antéchrist par 12» une Explication des sacrements de l’Église, in-12. excellence. L'archimandrite A. K. Dimitrakapoulos pos­ Tulle, 1734; 13» une Explication de la prémoh n phy­ sédait une copie de ces deux pamphlets. Cf. 'Ορθόδοξος sique, in-4», Tulle, 1737. Ελλάς, in-8», Leipzig, 1872, p. 183; — 7» Περί τών πέντε διαφορών ας έχει ή ορθόδοξος ανατολική ’Εκκλησία προς Mémoires de Trévoux, année 1743. p. 223-235: Hœfer N" την λατινικήν, signalé par Bendotis dans son Supplé­ vetle biographie générale, Paris, 1853; Kirchentrxikor,. 2* - : ·.. ment à l'ilistoire ecclésiastique de Mélétios, in-4», Fribourg-en-Brisgau, 1885. t. 1, col. 1273: Horter. A -■ ■■ ■·" Vienne, 1795, p. 222. literarius, Inspruck, 1893, t. n, col. 965-967. V. OtILET. A. M. Blastos, Χιακά ήτοι ιστορία τής νήσου Χίου, in-S·, ARGYROPOULOS jean, né â Constantinopi·· dans Iter'il· potis, 1840, t. n. p. 120-122; K. Sathas, Νεοελληνική φ-.λολογία, in-8·, Athènes, 1868. p. 460-470; Λ. K. Dimitrako- j les premières années du xv' siècle, alla étudier a l'université de Padoue aux frais de Bessarion. En l i'il. il p utos. ’Ορθόδοξος Ελλάς, in-8·, Leipzig, 1872, p. 181-182. était encore à Padoue. attaché auprès de Pallas Stroz/i L. Petit. en qualité de professeur. E. Legrand, Jfiblioqr iphie ARGENTRÉ i Charles du Plessis d>>, né le 16 mai hellénique des XV' et xvi‘ siècles, in-S". Paris. |SS5. t. 1, 167:'. iu château du Plessis, près de Vitré. Se destinant a p. LI et LXXt. De retour à Constantinople vers la tin de 1 , U ecclésiastique, il reçut la tonsure le 4 mars 1689. et cette même année, il reçut de l’empereur une chaire â vint a Paris au séminaire de Sainl-Sulpice. Il lit sa philo­ l'université du Xénon, ibid., p. Lvn, qu'il occupa jusqu'à sophie au collège de Beauvais, fut reçu maître ès arts le la prise de la capitale. En 14.52. on le voit travailler a li août 1690, et étudia la théologie en Sorbonne. 11 fut l'union de concert avec le cardinal Isidore. Ibid., admis, en 1698, dans la Société de Sorbonne, ordonné p. LVttt. Réfugié en Italie après la chute de Constanti­ prêtre en 1699, et conquit brillamment le titre de docteur nople, il se retira à Florence auprès de Cosme de Mé­ en théologie. Abbé de Sainte-Croix de Guingamp dès dicis et y enseigna la philosophie jusqu'en 1471. A ·:· tte 1697. nommé ensuite au doyenné de Laval, vicaire géné­ date, il quitta Florence pour aller enseigner a Rome. ral de l'évêque de Tréguier en 1707, aumônier du roi C’est là qu'il mourut en 1486 dans un âge avancé. en 1709, il fut élevé au siège épiscopal de Tulle en 1723; 1779 ARGYROPOULOS — ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) Argyropoulos prit une part importante aux discussions philosophiques du xv· siècle. Dans sa préface aux Com­ mentaires de Porphyre sur Aristote, il avait renouvelé la querelle platonicienne sur les idées, se demandant si elles ont une existence séparée des objets, ou si elles en sont complètement inséparables. Théodore Gaza et Dessarion le réfutèrent. H. Vast, Le cardinal Bessarion, in-8°, Paris, 1878, p. 332-333. Du reste, si l’on excepte sa lettre au cardinal de la Rovère sur le De anima d’Aristote. P. G., t. clviii, col. 1007-1010, Argyropoulos montra dans toutes ces discussions un caractère irritable, que tous les contemporains lui reprochèrent. Ses œuvres théolo­ giques se réduisent à un discours sur le concile de Florence et à un traité sur la Procession du SaintEsprit, publié par L. Allatius, Græcia orthodoxa, in-4°, Rome, 1652, t. I, p. 400-418, P. G., t. cit., col. 992-100& Borner, De doctis hominibus grtecis, dans P. G., t. cit., col. 983-992; E. Legrand, Bibliographie hellénique des xv· et xv/· siècles, in-8·, Paris, 1885, t. 1 ; E. Legrand, Cent dix lettres grecques de François Filelfe, in-8·, Paris, 1892, passim. L. Petit. ARIANISME, grande hérésie du iv· siècle qui niait directement la co-éternité, la consubstantialité et la di­ vinité proprement dite du Verbe; par le fait même se trouvait faussée la vraie notion des principaux mystères de la religion chrétienne, la trinité, l’incarnation et la rédemption. Né en Égypte, l’arianisme crée dans l’em­ pire romain une crise religieuse de près d’un siècle. Vaincu sur ce théâtre, il trouve un refuge chez les peu­ ples germaniques qui envahissent l’empire romain. Éteint, complètement vers la fin du vu· siècle, il repa­ raît après la Réforme chez des individus ou des sectes protestantes. Toute la matière se ramènera à ces quatre chefs : I. Période originaire de l’arianisme, jusqu'à la condamnation de cette hérésie au concile de Nicée. II. Réaction antinicéenne, aboutissant au triomphe tem­ poraire de certaines formes plus ou moins adoucies de la doctrine arienne. ΠΙ. Décadence et chute de l’arianisme dans l’empire romain. IV. L’arianisme chez les peuples germaniques et dans les temps modernes. I, ARIANISME (Période originaire de l>), 318-325. — I. L’hérésiarque. II. Propagation de l’hérésie; les deux Eusèbe. Ill. Doctrine d’Arius. IV. L’opposition ca­ tholique. V. Le concile œcuménique de Nicée. VI. Le symbole de Nicée, 1’όμοονσιο;. VIL Les suites immé­ diates du concile de Nicée. 1. L’hérésiarque. — L’arianisme tire son origine et son nom d’Arius, né en Libye dans la seconde moitié du ni· siècle. S. Épiphane, Ûær., LXIX, 1, P. G., t.XLH, col. 202. Il est vrai qu’au rapport de Photius, le fonda­ teur de l’arianisme est appelé alexandrin par Philo­ storge, Epitome historiæ sacræ, P. G., t. lxv, col. 460; mais rien ne prouve que cet écrivain ait indiqué par là le lieu d’origine, et non pas la patrie adoptive de l’hérésiarque. Du reste, on a peu de détails sur les antécé­ dents d’Arius. Le titre de conlucianiste que nous le verrons donner à Eusèbe de Nicomédie, sa communauté d’idées et d’intéréts avec d’autres personnages de la même école, permettent de conclure qu’il fut, lui aussi, disciple du prêtre Lucien d’Antioche, mort martyr à Nicomédie, vers l’an 311. Quand l’histoire signale Arius, il nous apparaît comme naturalisé à Alexandrie, ou sa conduite témoigne d’un esprit remuant et quelque peu frondeur. Il se rallia d’abord au parti des mélétiens. puis l’abandonna et, vers 308, fut ordonné diacre par l’évêque Pierre; mais celui-ci ayant pris certaines me­ sures disciplinaires à l’égard des mélétiens, Arius les désapprouva et créa même tant d’embarras à l'évêque que celui-ci dut l’excommunier. Sozoméne, H.E., 1,45, P. G., t. i.xvit, col. 906. Après le glorieux martyre de saint Pierre d’Alexandrie, survenu le 25 novembre 310, Arius se réconcilia avec son successeur, Achillas, et re­ 4780 çut l'ordination sacerdotale. Bientôt après, il fut mis à la tête d’une église paroissiale importante, celle de Baucale, et chargé en outre d'expliquer les saintes Écritures. L’arien Philostorge raconte qu’après la mort d’Achillas, en juin 311, Arius détermina l'élection du prêtre Alexan­ dre en reportant sur lui les voix qui voulaient se pro­ noncer en sa faveur; d’autres, au contraire, accusent Arius d’avoir brigué la dignité épiscopale et d’avoir gardé contre son heureux rival la rancune de l’ambi­ tion déçue. Théodoret, H. E., i, 1, P. G., t. lxxxh, col. 885. Rien dans le récit des historiens ne permet de saisir un désaccord apparent entre Alexandre et Arius au dé­ but du nouvel épiscopat; le prêtre de Baucale nous apparaît plutôt comme un homme bien posé et capable d'exercer une grande influence. Grand et maigre, assez âgé déjà, pour que saint Épiphane puisse lui donner l’épithète de vieillard, i γέρων, d'un extérieur grave et de mœurs austères, instruit et dialecticien habile, il avait le talent de s’insinuer dans les esprits par une pa­ role douce et persuasive. En revanche, une lettre attri­ buée à l’empereur Constantin, et que nous retrouverons plus tard, le dépeint sous des couleurs extrêmement sombres et contient même des insinuations défavorables à sa moralité; mais on ne saurait faire fond sur les amplifications oratoires d’un document bizarre en soi et d’une authenticité douteuse. Ce que les historiens signalent presque unanimement chez Arius, c’est une certaine dose de vanité orgueilleuse et de dissimulation jointe à une astuce consommée. Saint Épiphane parle de rivalités et de divergences d’opinion entre les divers prètres d’Alexandrie, op.cil.. in. 2, P. G., t. xlii, col. 206; Philostorge rattache même à un fait de ce genre l'origine de la lutte doctrinale entre Arius et saint Alexandre, op. cil., I, 4, P. G., t. l.xv, col. 462-463. L’orage éclata entre 318 et 320. La vraie cause doit en être cherchée dans des conceptions théologiques opposées, quelle qu’ait été l’occasion prochaine, point sur lequel les récits ne concordent pas. Dans la lettre commune qu’il écrivit à saint Alexandre et à l’héré­ siarque, pour les inviter à la paix, l’empereur Constan­ tin suppose qu’il y eut de la part de l'évêque une ques­ tion imprudente, et de la part d’Arius une réponse téméraire, au sujet d'un passage des saintes Écritures. Eusèbe, Vita Constantini, II, 69, P. G., t. xx, col. 1042. D’après Socrate, Alexandre parlant dans une assemblée de son clergé sur le mystère de la trinité, aurait vive­ ment insisté sur l’unité dans la trinité, έν τριάδι μονάδα; Arius serait parti de là pour taxer de sabellianisme la doctrine de l'évêque. D’après Sozoméne, dont le récit plus précis se retrouve en substance dans saint Épi­ phane, Arius aurait commencé de lui-même à répandre ses erreurs, mais dans des entretiens particuliers. 11 soutenait que si le Père a engendré le Fils, l'être de ce derniera eu un commencement, qu’il fut donc un temps ou il n’était pas. et que par conséquent il a été fait du néant; c’était refuser au Verbe l’éternité, et faire de lui une créature. Averti, et même pressé d'intervenir, saint Alexandre, bon et paisible de caractère, aurait d'abord charitablement admonesté son prêtre et essayé de lui faire entendre raison par la douceur. La révolte ouverte d’Arius n’aurait eu lieu qu’après que l’évêque eut pris position, en affirmant l'unité substantielle et l’égalité parfaite du Père et du Fils. Ces données ne sont pas absolument contradictoires; quelques-unes surtout pourraient se rapporter à diverses phases des premières réunions synodales où l’évêque d'Alexandrie, sans se prononcer d’abord lui-même, fit discuter par son clergé les problèmes soulevés par Arius, puis se prononça finalement contre ce dernier et lui défendit d’enseigner ses erreurs. Arius ne lint pas compte de la défense; bientôt il compta parmi ses partisans des diacres et des prêtres, et même deux évê­ 1781 ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) ques de la province d’Alexandrie, Second de Ptolemaide et Théonas de Marmarique. Alors le patriarche fit un second pas, plus important que le premier; il réunit, vraisemblablement en 320, un synode où se trouvèrent plus de cent évêques de l'Égypte et de la Libye. Les actes de cette assemblée ne nous sont pas parvenus ; on sait seulement qu'Arius y fut anathematise avec ses par­ tisans, les deux évêques Second et Théonas, les cinq prêtres Achillas, Aithales, Carpones, un autre Arius et Sarmates, enfin les six diacres Euzoius, Lucius, Julien, Menas, Helladius et Gaius. IL Propagation de l’hérésie, les deux Eusèbe. — Le débat, loin de finir, prit de plus grandes proportions. Arius chercha des appuis au dehors; il écrivit à son ancien condisciple Eusèbe, ce « conlucianiste » qui du siège épiscopal de Béryte était passé à celui de Nicomédie, une lettre où l’astuce se mêle à l'habileté. Après avoir exposé sur un ton satirique la doctrine de ses adversaires, Arius présente la conduite de saint Alexan­ dre comme la condamnation d’un certain nombre d’évêques, tels qu’Eusèbe de Césarée, Théodote de Lao­ dicée, Paulin de Tyr, Athanase d’Anazarbe, Grégoire de Béryte et Aétius de Lydda. Trois évêques seulement échapperaient à la condamnation, Philogone d’Antioche, Hellanicus de Tripolis et Macaire de Jérusalem. Arius résume enfin sa doctrine et conclut : « Nous sommes persécutés pour avoir dit : Le Fils a un commencement, et Dieu est sans commencement. Nous sommes persé­ cutés pour avoir dit encore : Le Fils est tiré du néant. » S. Épiphane, Hær., t.xtx, P. G., t. xlii, col. 210-211. Eusèbe répondit : « Tu penses bien; prie pour que tous pensent comme toi : car il est évident que ce qui a été fait, το πεποιημένον, n'était point avant d’avoir été fait. Ce qui se fait, το γενόμενον, commence d’être. » S. Athanase, De synodis, 17, P. G., t. xxvi, col. 712. C'était un immense appoint pour l’hérésiarque que cette adhésion. Prélat ambitieux, influent â la cour, sur­ tout auprès de Constantia, sœur de l’empereur Con­ stantin et femme de son collègue Licinius, apparenté même à la famille impériale et n’ayant guère son pareil en fait d’habileté et de savoir-faire politique, Eusèbe de Nicomédie sera en réalité le chef militant du parti arien. •Sans tarder, il écrivit de tous côtés aux évêques pour leur recommander Arius et ses partisans. On peut juger tout à la fois de son prosélytisme ardent et de ses idées nettement ariennes par sa lettre à Paulin de Tyr, qui se trouve dans Théodoret, 1,5, P. G., t. lxxxii, col. 914. Dans cette lettre, l’évêque de Nicomédie se sert, pour exciter le zèle de Paulin, de l’exemple d’Eusébe de Cé­ sarée. Le célèbre historien de l’Église s’était, en effet, déclaré en faveur d’Arius, et s’il fallait juger de sa foi par deux lettres qui se trouvent citées dans les actes du second concile œcuménique de Nicée, on aurait peine à séparer sa cause de celle de l'arianisme propre­ ment dit. Dans l’une, adressée à saint Alexandre, il cherche à démontrer que l'évêque d'Alexandrie a dé­ peint la doctrine arienne sous de trop sombres cou­ leurs; dans l’autre, adressée à Euphration, évêque de balance, il nie la co-éternité du Fils, et affirme en outre qu’il est inférieur au Père et qu’il est Dieu, mais non pas le vrai Dieu. P. L., t. cxxix, col. 429-430. Mais ces passages détachés ne suffisent pas à donner une idée exacte de la doctrine d’Eusébe de Césarée qui, en s’ac­ cordant avec celle d’Arius sur plusieurs points, s’en écartait sur d’autres, comme la suite de cette contro­ verse le fera voir. Il n’en reste pas moins vrai que sa protection, s’ajoutant à celle de l'autre Eusèbe, doublait la force du parti arien. Saint Alexandre comprit qu’il fallait lutter sur le même terrain et contre-balancer l’inlluence des deux Eusèbe auprès des autres évêques. Il convoqua une nouvelle assemblée du clergé alexandrin et maréotique, et fit souscrire à tous les membres présents une lettre en­ 17S-2 cyclique, destinée à renseigner sur le véritable état des choses tous ses collègues dans l’épiscopat. P. G..t. xvni, col. 571 sq. Il y explique la naissance de l'hérésie et sa diffusion, donne le nom des hérétiques et prémunit les évêques contre les intrigues des ariens et de leurs pro­ tecteurs, Eusèbe de Nicomédie en particulier. Le pape saint Sylvestre reçut communication de ces actes. Arius et ses partisans, se sentant soutenus, n’en continuèrent pas moins à faire du proséhlisme dans Alexandrie, en­ traînant dans leur hérésie un grand nombre de vierges consacrées à Dieu et déconcertant les simples fidèles par leurs discours captieux. Si le document conservé dans les œuvres de saint Alexandre sous le titre de Depositio Arii est authentique, deux prêtres, Charès et Pistus, et quatre nouveaux diacres se seraient joints vers cette époque au parti des révoltés. P. G., t. xvm, col. 581. Dès lors aussi le diacre Athanase, secrétaire et conseiller intime de l’évêque Alexandre, mérita d'en­ courir la haine des ariens, comme il nous l'apprend lui-même. Apolog. contr. arian., 6, P. G.,t. xxv, col. 257. Arius dut pourtant quitter Alexandrie; vers 321. il se rendit en Palestine et en Bithynie auprès des évêques qui le protégeaient. Son séjour à Nicomédie fut marqué par deux actes importants; sur le conseil de l'évèquc Eusèbe, il écrivit à saint Alexandre une lettre polie où il lui soumettait, en son nom et au nom de ses parti­ sans, une sorte de symbole dont il sera question plus loin; puis il composa son principal ouvrage, intitulé Θάλεια ou le Banquet. Le peu qui nous en reste ne permet pas de se faire une idée bien nette de cet écrit; Arius parait y avoir exposé sa doctrine, partie en prose et partie en vers. Le genre aurait été imité d’un poète égyptien nommé Sotade, mal famé pour son esprit efféminé et son caractère dissolu. Voir Etalon, Saint Athanase, Etude littéraire, Paris, 1877, p. 63 sq. : Loofs, art. Arianismus, dans Bealencyklopâdie fur protestantische Théologie und Kirche, 3« édit., sous la direction du Dr Albert Hauck, Leipzig, 4896 sq., t. Il, p. 12-13. En choisissant ce genre de composition, Arius voulait populariser sa doctrine; c’est dans la même intention qu’il fit des chants pour les marins, les menuisiers, les voyageurs et autres classes d'hommes. On lui fait trop d’honneur, quand on l'appelle le père de la musique religieuse dans l’Eglise chrétienne; saint Athanase parle tout autrement de la Thalie et des chants ariens. En même temps, les partisans de l’hérésiarque répan­ daient sa doctrine dans l'Asie Mineure et la Syrie. Un rhéteur de Cappadoce, nommé Astérius, se distinguait entre tous par son activité; parcourant les églises, ce « sophiste à plusieurs têtes » y lisait publiquement un écrit, συνταγμάτιον, où il avait systématisé la nouvelle hérésie. S. Athanase, De synodis, 18, P. G., t. xxv. col. 713. De leur côté, les évêques gagnés à la même cause agissaient efficacement. Sozomène parle d’un synode tenu en Bithynie, qui adressa une encyclique à tuus l s évêques, pour leur demander de recevoir les ariens a leur communion et de s'interposer en leur faveur au­ près d’Alexandre. Dans un autre synode, que réunirent en Palestine Eusèbe de Césarée. Paulin de Tyr et Patrophile de Scythopolis, on recommanda bien au chef de la nouvelle secte et à ses partisans de faire tous leurs efforts pour obtenir de leur évêque leur réhabilitation, mais en même temps on les autorisa à reprendre leurs fonctions cléricales à Alexandrie et à tenir des réunions dans leurs églises. C'était légaliser un schisme reli­ gieux dans cette ville. Mais comment expliquer une pareille conduite? Dans une étude récente, très sugges­ tive mais souvent hardie et par trop subjective, on a soupçonné l’inlluence d’Eusébe de Nicomédie se servant de Constantia et de Licinius, pour imposer â saint •Alexandre la réhabilitation ou du moins la tolérance d’Arius et de ses partisans. Otto Seeck, L'ntersuchungen zur Geschichte des Nicânischen Konzils, dans la Zeil- 1783 ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) schrift fur Kirchengeschichte, 1896, t. xvn, p. 340 sq. Ainsi s'expliquerait celte parole de saint Jérôme : « Pour pouvoir tromper le monde, Arius commença par trom­ per la sœur de l'empereur. » Epist., cxxxm,n. 4, P. L., t. xxii, col. 1153. Ce qui est certain, c’est que, dans une lettre attribuée à Constantin, on reproche à Eusèbe de Nicomédie sa connivence avec Licinius dans la persécu­ tion exercée contre les « vrais évêques». Théodoret. i, 19, P. G., t. lxxxh, col. 961; Gélase de Cyzique, Historia concilii Nicæni, i. 10, P. G., t. i.xxxv, col. 4220. Quoi qu’il en soit de la cause prochaine, un état de choses violent se réllète dans une seconde lettre de saint Alexandre, adressée à son homonyme de Byzance. P. G., t. xvni, col. 547 sq. L’évêque d’Alexandrie expose surtout et réfute les erreurs régnantes; mais, au début et à la ûn de sa lettre, il signale les continuelles réunions des ariens dans leurs « cavernes de voleurs »; il parle du prosélytisme cauteleux et pernicieux qu’ils exercent, surtout auprès des femmes; il se plaint des séditions et des persécutions qu'ils suscitent chaque jour contre lui. de leurs intrigues auprès des évêques pour se faire admettre dans l’Eglise, des affaires que par l’entremise de femmes gagnées à leur cause ils lui suscitent auprès des autorités civiles. En terminant, saint Alexandre supplie ses collègues de ne pas admettre d’ariens dans la communion de l’Église, mais d’agir comme tant d'évêques d'Égypte, de Libye, de Syrie et autres pays, qui lui ont adressé par écrit leur déclaration contre l'arianisme, et ont signé son τόμος, probablement \’Epistola encyclica, dont il a été déjà question. Des lettres semblables, ou des exemplaires de la même lettre, furent envoyés de tous côtés; saint Épiphane nous apprend qu'eu un seul mois il en fut expédié plus de soixante-dix. Arius était-il rentré dans Alexandrie, quand le pa­ triarche écrivit sa seconde lettre? On ne saurait l'affir­ mer, mais ce retour se fit certainement avant le concile de Nicée, soit de la manière signalée plus haut, soit à l'occasion de la guerre entre Licinius et Constantin. Il n'est pas étonnant qu'en de telles circonstances la lutte soit devenue plus vive et la division entre chrétiens plus accentuée, surtout dans la capitale de l'Égypte; les choses en vinrent à un tel point-que les païens s'en moquaient publiquement sur leurs théâtres. Aussi’, après sa victoire définitive sur Licinius à Chrysopolis, en septembre 323, Constantin, qui voulait faire de l'unité religieuse un appui de son empire, songea tout d’abord a rétablir la paix en Égypte. Il écrivit à l'évêque Alexandre et au prêtre Arius une lettre commune, résumée par Socrate, l, 7, P. G., t. LXVll, col. 55-60, et donnée en entier par Eusèbe de Césarée, Vila Cons­ tantini, n, 64-72, P. G., t. xx, col. 1037 sq.; quelques critiques se demandent toutefois, et non sans vraisem­ blance, si Eusèbe n'aurait pas paraphrasé le texte primi­ tif d’une manière pleinement conforme à ses propres sentiments. L'empereur parle dans cette lettre, non en théologien, mais en politique, désolé de voir la paix troublée pour ce qu'il regarde comme des questions de second ordre, des problèmes purement spéculatifs qu'il n'aurait pas fallu soulever et où la diversité des avis ne saurait nuire à l'unité de la foi; il engage donc les deux adversaires â laisser de côté leurs vaines querelles et à se réconcilier. Osius, le grand évêque de Cordoue, fut chargé de porter cette lettre à Alexandrie et de s’occu­ per en même temps des autres points de controverse qui séparaient les chrétiens d’Égypte, époque de la célé­ bration de la Pâque, schisme des mélétiens et du prêtre Colluthus. On n’a que des renseignements incomplets sur la manière dont Osius accomplit son mandat; mais il ne réussit pas â ramener les ariens ni à calmer les esprits de plus en plus échauffés ; il y eut même des statues de l'empereur renversées. Baronius, Tillemont et autres historiens placent à cette époque une lettre de I | I 1 i | 1781 Constantin à Arius et aux ariens dont saint Épiphane fait mention, Hær., lxix, 9, P. G., t. xlii, col. 217, et que rapporte Gélase de Cyzique, op. cil., 111, P. G., t. lxxxv, col. 1344 sq. D'autres historiens assignent à cet écrit une date postérieure, ou ne voient dans cette lettre violente et bizarre qu'un document apocryphe ou du moins douteux. Enfin, le calme ne revenant pas, l’empereur eut recours à un remède plus général et plus efficace; il décida la réunion d'un concile œcuménique à Nicée en Bithynie, conseillé en cela par saint Alexandre, nous dit saint Épiphane, Hær., i.xvtti, 4, P. G., t. xlii, col. 189; ce qui n'exclut ni la coopéra­ tion ni l'intermédiaire d'Osius, ex sacerdotum sententia, dit Rulin. Mais, avant de raconter les actes de l’illustre assemblée, il est nécessaire d’indiquer plus nettement et de mettre en regard les deux doctrines qui allaient s’y trouver aux prises, celle d'Arius et celle d'Alexandre, son grand antagoniste. Ill. Doctrine d'Arius. — Les sources primitives, incomplètes en soi, mais suffisantes pour exposer la doctrine d'Arius d'après Arius lui-même, sont : les deux lettres de l’hérésiarque, adressées à Eusèbe de Nicomédie et à saint Alexandre; puis les fragments de la Θάλεια qui nous ont été conservés par saint Athanase, dans ses Discours contre les ariens et autres ouvrages. A ces débris on peut joindre le peu qui nous reste des premiers partisans d’Arius, les deux lettres d’Eusèbe de Nicomédie â l'hérésiarque et à Paulin deTyr, ainsi que des extraits d'Astériusetde quelques autres personnages, rapportés par saint Athanase, De synodis, 17-19, P. G., t. xxvi, ’col. 711 sq. Enfin les deux lettres de saint Alexandre et les écrits de saint Athanase confirment les résultats donnés par l’étude de ces divers documents. 11 ne semble pas qu'Arius séparât dans sa pensée l’affir­ mation doctrinale et son interprétation philosophique; on peut cependant remarquer que les documents ou l'affirmation doctrinale est au premier plan ont quelque chose de plus indéterminé, d’équivoque parfois, tandis qu’il n’en est plus de même des documents ou domine l’explication rationnelle ou interprétation philosophique. Aussi ceux-ci complètent ceux-là, en donnant à la doc­ trine d’Arius toute sa signification et toute sa portée. i. Notion fondamentale de Ι’άγίνιητος. — Entête delà profession de foi présentée à saint Alexandre par Arius, De synodis, 16, P. G., t. xxvi, col. 708, se trouve une notion fondamentale, commune du reste à tous les dis­ ciples de Lucien d'Antioche : « Nous reconnaissons un seul Dieu, seul αγέννητος, seul éternel, seul άναρχος, seul vrai-Dieu..., le Dieu de la loi, des prophètes et du Nou­ veau Testament, qui a engendré son Fils avant le temps et les siècles. » 11 est facile de soupçonner, par cette seule phrase, que, pour Arius, le Père seul vrai Dieu s'oppose comme αγέννητος au Fils γεννητός, et c'est en effet ce qu’il dit expressément dans la Thalie, De syno­ dis, 15, P. G.,t. xxvi, col. 706 : « Nous appelons Dieu αγέννητος, par opposition à celui qui par nature est γεννητός; nous l’appelons άναρχος, par opposition à celui qui est « devenu » dans le temps. » Ajoutons que, pour Arius, le terme d’αγέννητος exprime l'essence même ou du moins une propriété essentielle de la divi­ nité suprême, et nous aurons la base de tous ces rai­ sonnements dialectiques où l’on prouvait que le Fils est d’une nature différente du Père et qu’il n’est pas vrai Dieu comme lui. puisqu'il n'est pas le Dieu αγέννητος. Il y a dans cette argumentation une équivoque aussi réelle que grave dans ses conséquences, équivoque que saint Athanase et les autres Pères de l’Église ne man­ queront pas de relever. Ce terme ά’άγέννητος est, en effet, susceptible d'une double signification : celle d'incréé, par opposition à ce qui est créé, et celle d’inengendré, par opposition à quelqu’un d’engendré; pareil­ lement, le terme d-’άναρχος peut signifier x sans commen­ cement », par opposition à ce qui commence d’être, ou 1785 ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) « sans principe », par opposition à quelqu’un qui procède d’un autre. Th. de Régnon, Éludes de théo­ logie positive sur la sainte Trinité, III' série, Paris, 1898, étude XVI. Dans la pensée d’Arius, αγέννητος et γεννητός s’opposaient nécessairement sous le rapport d'incréé et de créé, parce qu’il tenait pour synonymes les termes d'engendré et de créé. De là cette idée fami­ lière aux ariens : il n’y a pas deux αγέννητοι, c’est-àdire deux incréés ou deux principes, pas plus qu’il n’y a deux infinis ou deux dieux. 2. Notion arienne de la génération. — Si Arius identifiait les termes engendré et créé, c’est que, pour lui, toute génération, et non pas seulement la génération humaine, emportait essentiellement l’idée de commen­ cement ou de production contingente. Aussi, dans sa lettre à saint Alexandre, rejette-t-il expressément toute conception de la génération du Fils qui ne serait pas celle d’une simple production, se séparant en cela non seulement des émanatistes gnostiques, mais même de ceux qui, voyant dans le Père et le Fils des termes corrélatifs, maintenaient leur co-éternité et leur unilé substantielle : « Le Fils n’est point une émission, comme l’enseignait Valentin; ni, comme le voulait Manès, une partie consubstantielle; ni Fils et Père tout ensemble, comme l’a dit Sabeliius, divisant la monade; ni, selon Hiéracas, une lampe allumée à une lampe, ou un flam­ beau partagé en deux. Il n’est pas vrai non plus qu’après avoir été d’abord, il ait été ensuite engendré ou créé Fils... Engendré hors du temps par son Père, créé et fondé avant tous les siècles, le Fils n’était pas avant d’etre engendré; mais il a été engendré hors du temps et avant toutes choses, seul par le Père seul. Il n’a pas l’être en même temps que le Père, comme le prétendent ceux qui s’en tiennent à l’idée de relation, introduisant ainsi deux principes incréés... Prendre ces expressions : .le vous ai engendré de mon sein. Je suis sorti de mon Père, dans le sens que certains leur donnent, comme si elles marquaient une partie consub­ stantielle du Père ou une sorte d’émission, ce serait faire du Père un ètre composé, divisible et muable. en d’autres termes, un corps; ce serait assujettir le Dieu incorporel à toutes les conséquences de la nature cor­ porelle. » Pourquoi Arius, énonçant ici tant de concep­ tions diverses, ne parle-t-il pas de celle-ci : génération du Fils par communication que lui fait le Père de sa propre nature, possédée en quelque sorte par indivis ? Alors, les propriétés d’ordre personnel ou hypostatique, αγέννητος et γεννητός dans le sens d’inengendré et d'engrndré, sont en dehors des propriétés d’ordre absolu ou essentiel, αγέννητος et γεννητός dans le sens d'incréé et de créé. La réponse suit de ce qui précède; c'est cette con­ ception même qu’Arius et ses partisans n’ont pas su comprendre ou n’ont pas voulu admettre, en partie par réaction contre le sabellianisme qui aboutissait à la fusion des personnes, en partie par suite de leur théorie philosophique sur l’origine et la raison d’être du Fils. 3. Le Logos-démiurge. — On trouve dans le philo­ sophe juif alexandrin Philon une conception du Logos ou Verbe divin dont l’inlluence fut prépondérante dans la cenèse de l’hérésie arienne. C’est la conception du Lo.;os-démiurge, rattachée au livre des Proverbes, vin, 22. où la Sagesse dit d’elle-même, suivant la version des Septante : Κύριος έκτισε με αρχήν όδών αύτοΰ, « Le Seifm urm’acrééecomme le commencement de ses œuvres. » Plutôt supposée qu’exprimée dans la profession de-foi d’Arius, cette théorie est, au contraire, très nettement formulée dans la Thalie, Oral, i contr. arian., 5, P. G., t. xxvi, col. 2l : « Dieu n’a pas toujours été Père... Il était d’abord seul, le Logos et la Sagesse n’étaient pas encore. Ensuite, Dieu voulant nous créer fit d’abord un certain être qu’il nomma Logos, Sagesse et Fils, afin de nous créer par lui. Il y a donc deux sagesses : l’une est la propre sagesse de Dieu et lui est co-existante; 1786 quant au Fils, il a été fait dans cette sagesse et, parce qu’il en participe, il est appelé, mais de nom seulement. Sagesse et Logos. La Sagesse a existé par la sages*, . ,-n vertu de la volonté libre du Dieu sage. De même, il y a en Dieu un autre Logos que le Fils, m; is co nine le Fil* participe à ce Logos, il est appelé à son tour, par faveur. Logos et Fils. » Saint Athanase ajoute qu’on trouve dans les autres écrits des ariens la vraie conception de leur hérésie, lorsqu’on y lit « qu’il y a diverses sortes de puissances. Il y a l’unique et naturelle puissance de Dieu, qui lui est propre et qui est éternelle; quant au Christ, il n’est pas la véritable puissance de Dieu, mais une des autres puissances parmi lesquelles l’Écriture nomme la sauterelle et la chenille ». Toutefois, comme puissance de Dieu, le Logos précède el dépasse incom­ parablement toutes les autres: seul il a été créé immé­ diatement par le Dieu suprême, avant tous les temps et les siècles; sa relation aux autres créatures est celle de créateur, tandis que, par rapport au Père, il est lui-même créature, mais aussi instrument de création et de gou­ vernement. Pourquoi ce Logos-démiurge mis ainsi entre Dieu et le monde? Comme les gnostiques, comme Philon, les ariens invoquaient la trop grande distance, la trop grande disproportion qu’il y a entre le Dieu su­ prême et les simples créatures; une action immédiate est impossible. Oral, rt contr. arian., 2i, P. G., t. Xxvi, col. 200; De decret. Nicæni synodi, 8, P. G., t. xxv, col. 438. 4. Nature du Fils. — La conséquence de toute cette doctrine, d’après Arius lui-même, c’est que le Fils n’est nullement égal ni consubstantiel au Père, ουδέ γάρ έστιν ίσος, άλλ’ ούδέ όμοούσιος αΰτω, De synodis, 15, P. G., t. xxvi, col. 708; considéré dans sa nature et dans ses propriétés, il est entièrement dissemblable d’avec le Père, ανόμοιος κατά πάντα τής τού πατρός ουσίας και ιδιότητας. Orat, ι contr. arian., 6, P. G., t. xxvi, col. 24. Aussi n’est-il appelé Dieu, dans ces mêmes passages, que par dénomination, par adoption ou dans un sens relatif; pareillement, « il n’est pas Fils de Dieu par nature et dans la.propriété du terme, mais seulement par dénomination et par adoption, comme la créature. » De sententia Dionysii, 23, P. G., t. xxv, col. 513. Par son office, toutefois, et par son exaltation, le Fils con­ stitue en quelque sorte une catégorie à part au sommet de l’échelle des créatures, comme Arius l’explique dans sa lettre à saint Alexandre : « Dieu l’a fait immuable et inaltérable; sa créature parfaite, mais non comme loute autre créature; sa progéniture, mais non comme toute autre progéniture... Le Père, en le créant, l’a associé à sa gloire. » Mais il faut rapprocher de ces paroles un passage de la Thalie, où l’hérésiarque dit du Vei be . « Il est de nature changeante et muable; il use de son libre arbitre comme il veut, et, s’il reste bon, c’est par e qu’il le veut. Seulement Dieu, ayant prévu qui! serait bon, lui a donné d’avance la gloire qu’il a a r ■■ pl is tard par sa vertu; c’est â cesœuvres,connuesd’.ivance parson Père, qu’il doit d’etre ce qu’il est en naissant · Orat. I contr. arian., 5, P. G., t. xxvi. col. 21. Quand. Arius appelle le Fils immuable et inaltérable, άτρεπτον καί αναλλοίωτου, on peut donc soupçonner qu’il a en vue une immutabilité, non pas essentielle, mais de fait. La connaissance imparfaite du Père par le Fils était une dernière conséquence de la doctrine arienne : « Le Père est invisible pour le Fils; il ne contemple ni ne con­ naît complètement et exactement le Père. Ce qu’il voit et ce qu’il connaît, il le connaît dans la proportion de ses forces, comme nous aussi pouvons le connaître dans la proportion de nos forces. Le Fils ne connaît même pas pleinement sa propre nature. » Oral, i conte. arian., 6, P. G., t. xxvi, col. 24. 5. Trinité arienne. — « Il y a donc trois hypostases. "Οστε τρεις ε’ισιν υποστάσεις, disait Arius dans sa lettre à saint Alexandre. Mais, qu'entendait-il par ce terme 1787 ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) 1788 d’hypostases? Des substances, et des substances non 1 col. 414; S. Épiphane, Hær., lxix, 19, 49, P. G., t. xlii, seulement distinctes et séparées, mais différentes en col. 232, 278. Ce dernier Père donne même cette doc­ leur nature; par conséquent, sans unité numérique ni trine comme un point commun aux hicianistes. Ancomême spécifique. Sa doctrine était, en effet, complétée ratus, 33, P. G., t. XLIII, col. 77. Le Christ des ariens et précisée dans la Thalie; il y disait que les substances, devenait ainsi un être particulier, complètement diffé­ α! οΰσίαι, du Père, du Fils et du Saint-Esprit sont entiè­ rent de l’Homme-Dieu, puisqu’il n'était ni vrai Dieu, ni rement différentes les unes des autres, étrangères l’une vrai homme. S. Athanase, Epist. ad Adelph., 1, P. G., à l'autre, sans rapport l une avec l'autre. En un mot, ils t. xxvi, col. 1073. sont tous les trois, soit pour la substance, soit pour la 7. Fondements de la thèse arienne. — Elle compre­ gloire, absolument et infiniment dissemblables, άνόμο·.οι nait des arguments de trois sortes : scripturaires, patristiques et rationnels. πάμπαν άλλήλων ταΐς τε οϋσίαις καϊ δόζαις εΐσιν έπ* άπειρον. Orat, i contr. arian., 6. Si l’on rapproche cette assertion Les arguments scripturaires renfermaient d’abord le de cette autre, que le Fils seul a été créé immédiatement texte fondamental, emprunté au livre des Proverbes, vin, 22, et rapproché des passages où saint Paul donne par le Père, et que tout le reste a été créé par le Fils, au Christ le titre de premier-né. Rom., vin, 29; Col., force est de conclure avec les ariens que le Saint-Esprit I, 15. Venait ensuite toute une série de textes relatifs aux est une créature du Fils. S. Athanase, Epist., 1, ad divers éléments de la synthèse arienne : textes où Dieu Serap., 2, P. G., t. xxvi, col. 532; S. Épiphane, Hær., le Père est présenté comme le Dieu unique, seul vrai lxix, 18, 56, P. G., t. xi.ii, col. 229, 290. Le Saint-Esprit Dieu, seul immortel, seul bon, tandis que le Christ est est au Fils ce que celui-ci est au Père, le premier et le plus grand de ses ouvrages; il est l’interprète et l’émis­ appelé Seigneur; textes qui témoignent de l’infériorité saire du Logos créateur et conservateur, comme celui-ci du Fils, de sa subordination et de sa dépendance à est le ministre et le serviteur du Père. Par conséquent, l’égard du Père, ou de son union morale avec lui; textes qui mettent en relief l’aspect humain du Christ, et par­ la Trinité arienne n’est pas une Trinité immanente, soit que l’on considère la divinité, soit que l’on compare les lent de son ignorance à l’égard de certaines choses, de ses progrès, de ses troubles, de ses angoisses, etc. ; personnes entre elles : la monade divine reste toujours textes qui prouvent l’intervention des mérites dans son seule et enfermée dans sa gloire inaccessible; la seconde élévation et sa glorification. Saint Athanase dans ses personne est en dehors de la première, et la troisième traités dogmatiques, et saint Épiphane, Hær., lxix, est en dehors de la seconde. De plus, la Trinité arienne 12-79, P. G., t. xi.ii, col. 221-333, ont particulièrement est une Trinité dont la ligne de perfection va en s’in­ clinant, une Trinité décroissante : au sommet, le seul suivi les ariens sur ce terrain. Le premier se plaint à vrai Dieu, clos dans son aséité et son immuable simpli­ bon droit de l’habitude qu’avaient ses adversaires de s’attacher à la lettre des textes sans tenir compte du cité, sans rapport immédiat avec le monde; au-dessous, mais à une distance incommensurable, le Fils, le Logoscontexte, sans étudier le but général de Fauteur biblique et l'ensemble de sa doctrine. démiurge, créature parfaite du Père, mais ne réflétant sa gloire que dans la puissance créatrice et conserva­ Aux preuves scripturaires se joignaient les arguments trice qu’il possède comme instrument; plus bas encore, patristiques. A la vérité, on ne saurait juger, par ce qui beaucoup plus bas, le Saint-Esprit, l’œuvre la plus par­ nous reste de leurs écrits, dans quelle mesure Arius et faite du Fils, mais ne réfléchissant à son tour qu’un ses premiers partisans invoquaient l’autorité des Pères; rayon diminué de sa gloire. C’est ce qui a fait dire â dans sa lettre à son homonyme de Byzance, saint saint Grégoire de Nazianze, dans son panégyrique de Alexandre suppose plutôt qu’ils faisaient peu de cas des saint Athanase : « La divinité se trouva circonscrite dans anciens et se jugeaient bien supérieurs. Il y a peut-être la personne du Père; le Fils et le Saint-Esprit furent un appel â la tradition, vague en tout cas et indéter­ exclus de la sphère de la nature divine. On ne voulut miné, dans ce début de la Thalie : « Conformément à plus honorer la trinité que sous le nom de société, et la croyance des élus de Dieu, de ceux qui ont l’expé­ bientôt même, on infirma, par des restrictions, ce titre rience de Dieu, des fils saints, des orthodoxes, de ceux d’associés. » Orat., xxi, 13, P. G., t. xxxv, col. 1096. Un qui ont reçu l’esprit de Dieu, moi, leur compagnon, j'ai motif de ce genre guida sans doute Arius, s’il est vrai appris ces choses des hommes qui sont participants de que dés le début de son hérésie il ait changé, pour le la sagesse, qui, instruits de Dieu, sont sages en toutes culte de ses partisans, la forme habituelle de la dojochoses. » Saint Athanase nous donne des renseigne­ logie trinitaire en celle-ci : « Gloire au Père par le Fils, ments plus précis, quand il dit que les ariens essayaient dans le Saint-Esprit. » Théodoret, Hieret. fabularum de se prémunir de l’autorité de certains Pères, et parait compend., iv, 1, P. G., t. lxxxiii, col. 414. même supposer qu’Arius prétendait relier sa doctrine à 6. Christologie arienne. — Graves étaient les consé­ celle de Denys d’Alexandrie, De sententia Dionysii, I, 23, 24, P. G., t. xxv, col. 480, 514, 515. Ailleurs, une quences de l’arianisme en ce qui concerne l’incarnation et la rédemption. La personne du Christ n’était plus phrase significative du grand défenseur de la foi de Nicée fait clairement entendre quel parti les ariens sa­ une personne vraiment divine, puisque le Logos incarné vaient tirer d’Origène. De decretis Nicæn. syn.,2~, P. G., dans la plénitude des temps n’était pas lui-même vrai t. xxv, col. 465. Dieu. Dès lors, son œuvre rédemptrice changeait com­ plètement d'aspect; au lieu d’etre théandrique, l’action Ce qu’ils invoquaient, ce n'était pas la doctrine de Denystelle qu’il l’avait expliquée, sinon réformée, après et l’influence du Christ n’était pins que d’ordre moral et la monition du pape saint Denys; c'étaient, au contraire, plus ou moins humaine. Un autre résultat fut d’amener les expressions malheureuses ou mal comprises que ses les ariens à ne reconnaître dans le Christ qu’un corps adversaires avaient relevées dans sa lettre dogmatique â sans âme humaine, άψυχον σώμα ou ψυχή άλογος; ils Ammonius, en l’accusant d'avoir enseigné que « le Fils prétendaient sauvegarder ainsi l’unité de personne que de’Dieu est une production et une créature, qu’il n’ap­ la présence simultanée de deux esprits finis, le Logos el partient point au Père par unité de nature, mais qu’il lui l’àme humaine, aurait compromise. Grâce à cette sup­ est étranger quanta la substance, qu'il en diffère comme pression, ils pouvaient encore attribuer directement au la vigne du vigneron et la barque de l'artisan, puisque, Logos la connaissance limitée et les affections de tris­ étant quelque chose de produit, il n’était point avant tesse, de joie, et autres du même genre. Des témoignages d'avoir été fait ». S. Athanase, De sentent. Dionys., i, positifs prêtent cette doctrine, soit aux ariens en P. G., t. xxv, col. 486. Pareillement, ce que les ariene général, soit nommément à leur fondateur. Contr. prenaient dans les œuvres d’Origène, ce n’étaient pas les ApoIlin., I. 15; n, 3, P. G., t. xxvt, col. 1121, 1136, énergiques affirmations du théologien catholique sur la 1137; Théodoret, Hæret. fabul., iv, 1, P. G., t. lxxxiii, 4789 ARIANISME (PÉRIODE ORIGINAIRE DE L’) génération éternelle et la divinité du Verbe ou sa pro­ cession esc ipsa Dei substantia, comme on le lit dans un fragment de commentaire, In Hebr., P. G., t. xvn, col. 581 ; c'étaient divers points réellement sujets à cau­ tion et qu’on retrouve, en tout ou en partie, dans un certain nombre d’auteurs ecclésiastiques avant le concile de Nicée. Élucubrations de philosophes philonisant sur le Logos ένδιάβετος ou προφορικός, Verbe interne ou pro­ féré, et semblant établir une connexion entre la création du monde et la génération du Verbe; passages où la génération du Fils par le Père est représentée comme un acte volontaire; textes qui expriment une idée de subordinatianisme, sans que rien n’indique clairement une distinction entre la subordination essentielle ou de nature et la subordination personnelle du Fils au Père,par exemple, quand Origène montre dans le Fils l’image de la bonté de Dieu, mais non la bonté même,ou θεός, mais non ό <->εό:, ni αύτόβεος; enfin,doctrine des théophanies dans l’Ancien Testament, ou la visibilité du Fils mise en regard de l’invisibilité du Père semblerait témoigner d’une nature différente et inférieure. Tout cela nous permet de comprendre aisément pourquoi Arius et ses p irtisans pouvaient invoquer les Pères, sinon pour l’en­ semble de leur doctrine, du moins pour divers éléments constitutifs de leur synthèse dogmatique et philoso­ phique. Mais là, comme sur le terrain scripturaire, les ariens procédaient à l’arbitraire et d’une façon incom­ plète, ne prenant chez les écrivains antérieurs que des passages isolés, pour en tirer des conclusions opposées a l’ensemble de leur doctrine ou à leur foi commune touchant la génération du Fils exjubslantia Patris et sa vraie divinité, ou son unité de nature avec le Père. Voirenlreautres Hefele, llist. des conciles, trad. H. Leclerq. 1.1. S 18, p. 335; Scheeben, La dogmatique, trad. Bélet, Paris 1880, t. il, n. 840; sur le rapport de l'origénisme à l’arianisme, article de L. Wolff, dans la Zeit­ schrift für lutlier. Théologie und Kirche, Leipzig, 1842, & fasc.. p. 33-55. Les citations d’Arius qui ont été faites montrent suf­ fisamment quel était le genre de ses arguments ration­ nels. L’opposition entre Γαγέννητος et le γεννητός en était comme le point de départ et le résumé; les termes s'opposent, par conséquent l’inengendré et l’engendré ne sauraient être de même nature, ni posséder les mêmes propriétés essentielles; l'engendré n’ayant pas en luimême ia raison de son existence, n’est pas Dieu, l’être premier, l’être nécessaire. Puis venaient toutes les dif­ ficultés qu’entraînait dans l'esprit d’Arius l'identifica­ tion des concepts de génération et de production contingi-nte : comment le Fils engendré serait-il co-éternel au Pere inengendréf car celui qui engendre doit préc der celui qui est engendré. De là ces questions capt..-uses qui déconcertaient les simples. Aux femmes on dis ait : « Aviez-vous un fils avant de le mettre au monde? Assurément non; de même Dieu n’en avait pas avant d i-.oir engendré. » Aux jeunes gens on demandait : < Celui qui existe a-t-il fait celui qui n’est pas ou celui qui est? L’a-t-il fait comme quelqu’un qui n’était pas i-nc?r,.· ou comme quelqu’un qui était déjà? » Les ariens disaient encore : le Fils existe ou par la volonté du Pere, ou sans sa volonté; dans la première supposition, il ; ourrait n ôtre pas; dans la seconde, on impose au Pi re une contrainte, et on le prive de sa liberté. Enfin, ils pensaient que, pour admettre la consubstantialité du Verbe, il fallait sacrifier ou la trinité des personnes en retombant dans le sabellianisme, ou l’unité et la simplicité de Dieu. Objections graves assurément, et en quelque sorte nécessairement, puisqu'elles touchent au mystère de la vie divine. 8. Genèse de la doctrine arienne. — On a jugé très di­ versement des relations philosophiques de l’arianisme. Les uns l'ont rattaché au platonisme, parexemple Petau, be Trinitate,!. I, c.viu,§ 2 ; et Ritter, H istoire delà phi­ 1790 losophie chrétienne, trad, de l’allemand par J. Trulbrù Paris, 1844, 1. V, c. n, sect. i. Les autres l’ont rattae.ie à l’aristotélisme; tel, en particulier, Baur qui, en rev ni­ che, voit le platonisme dans saint Athanase, Die christliche Lehrevon der Dreieinigkeit und Menschwerdung Goltes, Tubingue, 1841, t. i, p. 388-394. Quoi qu'il en soit de l’assertion relative à saint Athanase, on ne sau­ rait, sans exagération, trancher les camps d’une façon si absolue, qu’on ait d’un côté l’aristotélisme, de l’autre le platonisme. I) est vrai que saint Epiphane donne aux ariens l’appellation de « nouveaux aristotéliciens » ; mais, quand on examine de près sa pensée et celle des Pères invoqués par Baur, on voit qu’il ne s’agit pas du fond même de la doctrine philosophique, mais de la méthode d’argumentation arienne, surtout chez Aétius et Euno­ mius. Les Pères leur reprochent, en effet, l’abus de la terminologie péripatéticienne; ils s’en prennent à leur « art fallacieux et sophistique », en d’autres termes, à ce dialecticisme rationaliste et ergoteur qui prétendait mesurer la trinité divine et ses actes immanents d'après les conceptions tout humaines que fournissent les caté­ gories d'Aristote. CL S. Epiphane, Hær., lxix, 69, et lxxvi, réfutation de la neuvième proposition d’Aétius, P. G., t. xlii, col. 315, 570; S. Basile, Adv. Eunom., i, 9, P. G., t. xxix, col. 531 ; S. Grégoire de Nysse, Contr. Eunom., I. I, XII, P. G., t. xlv, col. 266, 906, 907; Socrate, II. E., n, 35, P. G., t. lxvii, col. 300; Théo­ doret, Hæret. fabul., iv, 3, P. G., t. lxxxiii, col. 420. Parmi les auteurs modernes qui ont rattaché l’arianisme à l’école d’Antioche, plusieurs ne semblent avoir eu en vue que ce dialecticisme aristotélicien ; tel Newman dans The Arians of the fourth century, c. I, sect, i et n, ■4e édit., Londres, 1876. En fait, il y a dans la doctrine arienne des infiltrations platoniciennes, mais par l'intermédiaire de Philon; ainsi en est-il, en particulier, de la théorie du Logosdémiurge, sous la forme judéo-gnostique qu’elle a reçue du philosophe alexandrin. Pour s’en convaincre, il suf­ fit de comparer avec la doctrine arienne du Logos celle de Philon, étudiée dans quelques travaux récents. Schwane, Histoire des dogmes, trad, par l’abbé P. Bélet, Paris, 1886, t. i, p. 87, 88; James Drummond, Philo judæus, c. vî, Londres, 1888, t. n ; Anathon Aall. Geschichte der Logosidee in der griechisehen Philosophie, c. vin, et Geschichte der Logosidee in der chrisllichen Philoso­ phie, Leipzig, 1896et 1899, p. 464,465. Du reste, les points de contact entre les deux doctrines ont été souvent signa­ lés. Hefele, llist. des conciles, trad. Leclercq. 1.1, p.335. Stock), Geschichte der chrisllichenPhilosophie :ur Zeit der Kirchenvâter, Mayence, 1891, p. 205-209. Saint Gré­ goire de Nysse suppose même qu’en soutenant 1 ir con­ ception fondamentale de Dieu le Père, seul i- :. <ητος, seul άναρχος, les ariens prétendaient s’appuyer sur an passage de Platon dans Phèdre, 245 rendez-vous de ious les mécontents, ariens ou mélétiens, et ils al’. :···: : jus­ qu’à recevoir des hérétiques à la communion des saints mystères. Irrité, Constantin les bannit dans les Gaules, en novembre ou décembre de cette année 325; puis il invita les églises de Nicomédie et de Nicée à ' lire des évêques orthodoxes à la place des exilés. Socrate, i, 9, P. G., t. lxvii, col. 98,99, et surtout Gélase de Cyzique, Historia concil. nicæn., i, 10; ni, 1, P. G., t. lxxxv, col. 1219-1222, 1356-1357. C'est dans cette lettre, dont l'authenticité est mise en doute par quelques-uns, que Constantin rappelle les anciennes relations d’Eusèbe avec Licinius. Amphion devint évoque de Nicomédie. et Chrestus, évêque de Nicée. L’année 326 fut signal e par un décret où Constantin déclarait que les privil.’g s accordés en faveur de la religion ne profiteraient qu’aux catholiques; exception fut faite pour les seuls novations qui s'accordaient avec les orthodoxes sur les qu-.-s'.i jus 1799 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE dogmatiques. Codex theodos., 1. XVI. tit. v, 1, 2. Mais la lutte n’était pas finie; la conduite des deux exilés n'était que le signal de la grande réaction qui allait bientôt se produire contre la loi de Nicée. II. ARIANISME, réaction anti-nicéenne. 330-361. — 1. Origine de la réaction. 11. Coalition eusébienne contre les chefs nicéens et pour la réhabilitation des ariens. 111. Mort de Constantin; Constance protecteur des antinicéens. IV. Synode d'Antioche in encæniis; substitu­ tion des formules scripturaires au symbole de Nicée. V. L’Orient et l'Occident en présence : Sardique et Phi­ lippopolis. VI. Persécution ouverte; l’arianisme en Occident. Vil. Fractionnement du parti anti-nicéen. VIII. Anarchie doctrinale; symboles contre symboles. IX. Le credo impérial; Rimini et Séleucie. X. La su­ prématie homéenne. 1. ORIGINE DE LA RÉACTION ANTI-NICÉENNE. — Rien de plus étrange que l’histoire du symbole de Nicée. Plus de trois cents évéques, presque tous orientaux, l'ont signé à l'unanimité ou à peu prés; moins de cinq ans plus tard, la lutte était recommencée. Faut-il dire, avec cer­ tains auteurs protestants, que la victoire avait été trop rapide, qu'elle avait été plutôt une surprise qu'une con­ quête solide, qu'elle n’était préparée ni pour le fond ni pour la forme, et que là se trouve l’explication de la réaction anti-nicéenne qui suivit bientôt? Non; ce sont là désassortions qu’on ne peut justifier, si l'on prend la d-finition de Nicée sur le terrain scripturaire et tradi­ tionnel où les Pères se maintinrent, si l’on y voit la condamnation de l'erreur fondamentale d’Arius sur le Verbe créature, tiré du néant, d'une tout autre essence que le Père. En ce point la conquête fut solide, et jamais ^opposition ne reprit dans ses symboles communs la position de l'arianisme primitif; nous la verrons, au contraire, renouveler souvent l'anathème nicéen. Mais la controverse arienne avait soulevé des questions com­ plexes, philosophiques ou même théologiques, qui notaient pas résolues ou ne l'étaient pas expressément par la définition de Nicée. Cette définition même, en proclamant tout à la fois l'unité de Dieu et la consubstanlialil · des personnes divines, posait un grave problêmi· où l'opposition trouverait un aliment. Le résultat d linilil' sera d’amener l'Eglise, à travers des vicissitudes pénibles, à la pleine conscience de sa foi et à un déve­ loppement plus complet de la doctrine trinilaire. Deux circonstances générales expliquent l’origine de la réaction anti-nicéenne. La première est un revirement qui se produisit dans la politique religieuse de Constan­ tin. Celui-ci ne persévéra pas dans l'opposition énergique qu’il avait d’abord faite aux ariens; après trois ans de bannissement, Eusèbe et Thi'ognis revinrent de l'exil et reprirent possession de leurs sièges. Philostorge, π, 7. P. G., t. i.xv, col. 470; Socrate, I, 15, et Sozomène, n. 16, P. G., t. 1.XV1I, col. 110, 07l. Arius fut aussi gracié; quand et de quelle manière, c'est un point obscur· D’après Socrate et Sozomène, l'hérésiarque aurait obtenu le premier son rappel ; encouragés par là, les deux évgques bannis auraient envoyé à leurs principaux col­ lègues d'Orient une sorte d'apologie, μ,ετανοίας β'.6λ·ον, où ils sollicitaient leur retour. Mais cet écrit même con­ tient plusieurs assertions assez difficiles à concilier pour qu'un grand nombre de critiques croient devoir en nier la valeur. Aussi admet-on plus communément qu'Eusébe et Théognis obtinrent d’abord leur grâce et leur réliabililation complete ; puis ils s'employèrent avec leurs amis à obtenir celle d’Arius. A. de Broglie, L’Église el l'empire romain au IV* siècle, lre part. : Régné de Constantin, fin du chap. v. Un événement qui se passa dans l'automne de 327 ne fut peut-être pas sans inlluence sur ce retour des ariens exilés. La consécration de la nouvelle Hélénopolis (Drépane en Bithynie) fut marquée par de grandes feles en | ' [ j 1 ' I \ i I I . 1800 l'honneur de Lucien d’Antioche, vénéré comme martyr. Sut-on mettre à profit la popularité croissante de ce culte pour intéresser Constantin en faveur des anciens disciples de Lucien? C'est un fait que les ariens avaient leur hagiologie et qu'en particulier ils exploitaient habi­ lement la mémoire du martyr d'Antioche. Gwatkin, Studies of arianism, 2· édit., Londres, 1900, p. 138, note3; Msr Batiffol, Élude d'hagiographie arienne. La passion de saint Lucien d’Antioche, dans le Compte rendu du congrès scientifique international des catho­ liques, 1891, it' sect., p. 181-186. Une autre inlluence, plus certaine, intervint au sujet d’Arius. celle de la princesse Constantia, sœur de Constantin. Rufin, i, 11, P. L., t. xxi, col. 482, 483. Elle avait auprès d’elle un prêtre dévoué aux ariens et qui sut habilement travailler en leur faveur. Visitée sur son lit de mort par son frère, Constantia lui recommanda vivement ce prêtre et laissa même entendre que l’empereur s'exposait à la colère divine en molestant des hommes justes et vertueux. Surpris, puis ébranlé, Constantin écrivit à Arius une lettre autographe, pour l’inviter à venir rendre compte de sa foi. La lettre est datée du 27 novembre; l'année 330, bien que vraisemblable, reste incertaine. Le fait impor­ tant, c’est qu'alors ou plus tard, avant le concile de Tyr, Arius et son compagnon Euzoius, ex-diacre d'Alexandrie, présentèrent à l'empereur la profession de foi suivante : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant. Et en le Seigneur Jésus-Christ, son fils, le Verbe Dieu pro­ venu de lui avant tous les siècles, έξ αύτοϋ πρ’ο πάντων των αιώνων γεγενημένον, par qui tout a été fait dans le ciel et sur la terre; qui est descendit et s’est fait chair, σαρκωΟέντα... Si nous ne croyons pas cela et si nous n'admettons pas véritablement le Père, le Fils et le SaintEsprit. ainsi que l'enseignent l’Église catholique entière el les Ecritures, auxquelles nous adhérons en tout, Dieu soit notre juge. » Socrate, I, 25, 26, P. G., t. lxvii, col. 148-150. C’est peut-être celte profession de foi d’Arius et d'Euzoius qu'on a prise pour une adhésion au symbole de Nicée, mais il est facile de voir qu'à côté d’une orthodoxie de surface, il ya manque absolu de précision sur les points délicats. Constantin ne comprit-il pas ce qu'il y avait d'équivoque dans cette formule; ou. sous l'inlluence des Eusèbe et autres évéques de même nuance, revint-il à son idée première d'unité religieuse à tout prix? Il avait voulu la paix dans l’Église, et il la voyait de nouveau troublée. En Égypte, les inflations, quelque temps sou­ mis, reprenaient leur attitude schismatique à l'égard du patriarche d’Alexandrie. Malgré ses promesses el la défense expresse du concile de Nicée, Mélèce leur chef se donnait en mourant pour successeur Jean Arcaph, un de scs principaux partisans. En Orient aussi, les dis­ putes religieuses avaient recommencé. Constantin doutat-il de l'œuvre faite à Nicée. ou fut-il simplement trompé? En fait, il changea d'attitude à l’égard des ariens, et ce revirement contribua pour sa part à l'origine de la réac­ tion anti-nicéenne. L'autre circonstance générale qui explique cette réac­ tion, ce fut la conduite des évêques orientaux qui avaient été vaincus au concile de Nicée. On peut dire qu’Eusèbe de Cfsarée posa les germes de la discorde dans sa lettre d'explication à ses diocésains. En la lisant, on est frappé de l'all'eclation avec laquelle l'évêque met partout en avant l'intervention de l'empereur, mais surtout de la portée vague, plutôt négative que positive, qu'il attribue soit à l'anathème, soit aux expressions les plus caracté­ ristiques du symbole nicéen, n. 5-11, P. G., t. xx, col. 4540-1543. Ainsi, l'expression έκ τής ουσίας του ΙΙατρός signifie simplement que le Fils lient son être du Pire. Les mots γεννηΟέντα, ού ποιηΟεντα, indiquent que le Fils n'est pas une créature semblable à celles qui ont été faites par lui, mais qu'il est d'une meilleure sub­ stance que toutes les créatures. Le terme όμοούσιος, admis 4801 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE par Eusèbe surtout par amour de la paix, veut dire que le Fils est en tout semblable au Père seul qui l'a engen­ dré. Si Eusèbe a souscrit à l’anathème portant surles pro­ positions έξ οΰκ ό'ντων, etc., c’est qu’elles ne sont pas scripturaires; en particulier, il lui a paru juste de réprouver l’expression πριν γεννηΟήναι ούκην, parce que, de l'avis de tous, le Fils de Dieu a existé « avant son incarnation ». En un mot, Eusèbe n'avait adhéré au symbole de Nicée qu'après avoir reconnu en toute sin­ cérité que le sens revenait à ce qu'il avait lui-même professé dans son exposition de la foi. Saint Athanase remarque que, dans celte apologie, Eusèbe en prit à sa guise, ώς ί,Οέ/.ησεν άπελογησατο. De synodis, 13, P. G., t. xxvt, col. 704. Le terme est modéré; car, ramener le symbole de Nicée à celui de Césarée, n'était-ce pas détruire l’œuvre de précision et de déter­ mination voulue par les Pères du premier concile œcu­ ménique ; et n'était-ce pas aussi se réserver le droit d’écarter le mot όμοούσιος qu’on ne trouve pas dans la ■ainte Ecriture? Il n’est donc pas étonnant qu'Eustathe d'Antioche ait accusé l’évêque de Césarée d’altérer la foi de Nicée; Eusèbe riposta par une contre-attaque de sabel­ lianisme. Socrate, t, 23 ; Sozomène. n. 18, P. G., t. Lxxvn, col. 144, 982. La querelle s'étendit, et les accu­ sations continuèrent à se croiser sur le point précis de Γόμοονσιος : « Ceux qui rejetaient ce mot croyaient que les autres introduisaient par là· le sentiment de Sabellius et de Montan, et les traitaient d'impies, comme niant l’existence du Fils de Dieu; au contraire, ceux qui s’at­ tachaient à Γόμοοΰσιος, croyant que les autres voulaient introduire la pluralité des dieux, en avaient autant d’aversion que si l’on avait voulu rétablir le paganisme. » Ainsi parle Socrate, qui appelle cette première lutte un combat dans la nuit, νυκτομαχία. Il y avait pourtant là tout autre chose qu'un simple malentendu. Au fond, c’était la grave question de l’unité numérique de la substance divine qui était en jeu. Ε'όμοούσιο: nicéen entraînait directement la consubstan­ tialité du Père et du Fils, mais celte consubstantialité devait en même temps s'allier à l’unité de Dieu procla­ mée par les Pères du concile en tète de leur symbole. Dans les réponses faites aux scrupules d’Eusébe de Césarée, ils avaient écarté de la génération comme de la substance divine toute idée de division, de séparation, de composition; c’était dire équivalemment que la géné­ ration du Fils ne se fait ni par une production ni par une multiplication de substance, mais par la simple communication ou co-possession d’une seule et même substance. Il fallait donc passer à l’unité numérique, incompatible avec les idées eusébiennes. Mais on doit aussi reconnaître qu'à côté de la question de fond il y en avait une autre, moins importante, la question de terminologie. Dans l'anathème nicéen, les termes ουσία et ύπόστασ·.; sont pris comme synonymes; la chose se comprend aisément si, avec les latins, on traduit ces termes par ceux d'essence et de substance, en les oppo­ sant à la notion de personne. Mais il n’en était pas de même pour tous les Orientaux ; du moins, beaucoup d’entre eux ne paraissaient pas distinguer suffisamment de la personne Γούσία et Γϋπίσνασις entendues de l’es­ sence et de la substance. Voir Th. de Régnon, op. cit., lre série, étude II, c. m; Newman, The Brians, Appen­ dix. note 4. Pour ceux-là, Γόμοοΰσιος nicéen, énonçant I unité ou la communauté d'oèoix ou ΰπο’στασ·.;. parais­ sait par le fait même porter atteinte à la trinité dos p- rsonnes divines, c'est-à-dire à leur existence et à leur distinction réelle. D’où, contre les nicéens, l'accusation de sabellianisme, accentuée plus fortement encore après que Marcel d’Ancyre aura nommé la Trinité μίαν ύπόατασιν τριζρόσωπον. Eusèbe,De ecc.les. theol., ni, 6, P. G., t. xxrv, col. 1016. De longues années de discussion devront se passer, avant que la terminologie s'étant enfin fixée des deux côtés, l’équivoque disparaisse. 1802 Ainsi se forma le parti eusébien, ο! μετ' Εΰσί-;.-,-. parti d'opposition au symbole de Nicée. Sans fur:.. précise au début, il réunit divers groupes de mécontents qui, pendant toute une phase de la controverse, n'auront guère de commun que leur hostilité à l'égard de πλ­ ούσιος : lucianistes ayant à leur tête Eusèbe de Nicoin·'die; origénistes subordinations avec Eusèbe de César e pour représentant; d’autres encore qui paraissent réel­ lement n'avoir vu dans le terme discuté qu'une expres­ sion équivoque, et par là même dangereuse ou inop­ portune. 11. Coalition eusébienne contre les chefs nicéens ET POUR LA RÉHABILITATION DES ARIENS. — L'attaque contre la foi de Nicée ne fut ni directe, ni franche; Eusèbe de Nicomédie commença par un mouvement tournant, où il poursuivit parallèlement deux buts : renverser les chefs du parti nicéen, et réhabiliter plei­ nement Arius avec ses partisans. Saint Alexandre était mort le 18 avril 326 ou, plus probablement, le 17 avril 328; le 7 juin suivant, Athanase montait sur le siege patriarcal d'Alexandrie. Cette élection d'un redoutable adversaire ne pouvait que déplaire extrêmement aux eusébiens; ils essayèrent de l’incriminer, en prétextant la jeunesse de l’élu et la pression exercée par le peuple sur les électeurs, mais la tentative fut infructueuse. Epist. heart., Chronicon, P. G., t. xxvi, col. 1352; So­ crate, i, 23, P. G., t. lxvii, col. 141. Les eusébiens furent plus heureux dans une campagne entreprise contre l’évêque d'Antioche, celui que sa piété et son éloquence avaient fait appeler le grand Eustathe. Un synode, réuni par eux dans cette ville vers la fin de 330. dans des circonstances qui ne font pas honneur à Eusèbe de Nicomédie, prononça la déposition du saint sur des raisons imparfaitement connues : prétendu sabellianisme^d'après les uns; d'après les autres, impu­ tation calomnieuse d’immoralité, ou d’irrévérence envers l'impératrice Hélène, mère de Constantin. Cette déposi­ tion occasionna un soulèvement du peuple qui aimait Eustathe; l’empereur irrité bannit celui-ci en Thrace, ou il mourut, vraisemblablement vers l’an 337, d'autres le faisant vivre jusque vers 360. Antioche resta désor­ mais en proie aux divisions religieuses; les eustathiens, représentant le parti de Nicée, ne reconnurent aucun des évêques, eusébiens ou ariens, qui se succédèrent sur le siège patriarcal, et tinrent des assemblées particu­ lières. Théodoret, i, 20, 21, P. G., t. lxxxii, col. 966970. D’autres évêques furent déposés, soit dans des con­ ciles, soit sur un simple ordre de l'empereur, et sous des prétextes divers. Tels. Eutrope d'Andrinople. Euphration de Balanée, Kymace de Paltus et son homonyme ,de Taradus, Asclépas de Gaza, Cyrus de Béroé en Syrie. Diodore, évêque en Asie Mineure. Domniond·.· Siro.iurn et Hellanique de Tripolis. On remplaça ces évêques par des ariens, ou du moins par des personnages qui n·· 1-nr étaient pas contraires. S. Athanase.Hist.aria».,5. p. G.. t. xxv, col. 700. Fait également significatif, dans un long édit rédigé vers l’an 331 contre divers hérétiques, pour interdire leurs assemblées, le nom d’Arius et des ariens n’est plus prononcé. Eusèbe, Fila Constantini, ni, 64, 65, P. G., t. xx, col. 1140, 1141. Une lutte autrement importante s’engageait à la même époque. Fort du succès obtenu auprès de l'empereur p.r Arius et Euzoius. Eusèbe de Nicomédie écrivit a saint Athanase pour lui demander de rendre aux arien- -a communion; les messagers devaient, en cas de refus, faire entendre des menaces. L’évêque d'Alexandrie ayant répondu qu'il ne pouvait accueillir des hérésiarques, excommuniés par un concile œcuménique. Eusèbe obtint de l’empereur qu’il lui enjoignit, sous peine de déposi­ tion et d’exil, d’accorder sa communion à quiconque · demanderait; mais Athanase écrivit à l’empereur et réussit à lui faire accepter ses raisons. Apolnyi< .... « 1803 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE arianos, 59,60, P. G.,t. xxv, col. 356,357. Si Constantin n’alla pas plus loin, il conçut apparemment dès lors le projet, exécuté plus lard, de soumettre l’affaire à une réunion d’évêques. Eusèbe ne se tint pas pour battu. Une alliance défensive et offertsive, conclue avec les mélétiens, mortels ennemis du patriarche, lui mettait entre les mains un instrument de combat, malhonnête, mais efficace. Alors commença cette série d’accusations arbitraires, d’imputations purement calomnieuses ou étrangement exagérées, qui tendaient à transformer Athanase aux yeux prévenus de l’empereur en un homme entêté, arrogant, autoritaire et tyrannique dans son gou­ vernement, séditieux, en un mot, un brouillon dont la présence était un perpétuel obstacle à la paix religieuse. Voir Athanase (Saint). Vers la fin de 331, le patriarche dut se rendre à Nicomédie, où il fut retenu pendant quelque temps dans une sorte de captivité, comme nous l’apprend sa quatrième lettre pascale, écrite pour l’année 332, n. 5, P. G., t. xxvi, col. 1379. Mais il se justifia si pleinement que Constantin vit en lui un « homme de Dieu » et le renvoya en Egypte avec une lettre très louangeuse. Apol., 61, 62, P. G., t. xxv, col. 359-362. Bientôt les mélétiens inventent une nouvelle accusation, l’assassinat prétendu d’Arsène, évêque d’IIypsélé; à preuve, une main coupée qu’ils exhibaient triomphale­ ment. Le censeur Dalmatius d'Antioche, neveu de Con­ stantin. fufchargé d’instruire l'affaire, qui tomba d’ellemème, quand on eut constaté qu’Arsène était encore vivant. Apol., 65-70. Les eusébiens voulurent profiter ne l’occasion et firent convoquer Athanase à un synode de Césarée, en 334 : mais le saint refusa d'y comparaître, ne voyant dans cette réunion qu’une cabale de ses enne­ mis. La revanche ne se. fit pas attendre. Constantin avait formé le projet desolenniser ses tricennalia en assistant avec un grand nombre d’évêques à la consécration de la nouvelle église du Saint-Sépulcre qu’il avait fait bâtir à Jérusalem. Et les eusébiens d'insinuer habilement : « Combien plus imposante serait cette cérémonie, si au­ paravant on rétablissait l'union parmi les évêques, sur­ tout si l’on pouvait mettre fin aux différends qui troublent les églises d’Égypte. » Constantin était crédule et facile â influencer, au rapport même de son panégyriste, Vila Constantini, tv, 54, P. G., t. xx, col. 1205f il se laissa gagner à cette idée et, sur sa convocation, un synode se réunit à Tyr, de juillet à septembre 335. Athanase reçut l’ordre formel de s’y rendre et partit d’Alexandrie le 11 juillet, emmenantavec lui, pour contre-balancerautant que possible l’influence des eusébiens, une cinquantaine de ses sulfragants. En dehors de ces derniers, le synode comptait environ soixante évêques, d’après Socrate; ce qui donnerait un total d’environ cent dix membres, chiffre jugé trop faible par Gwatkin, Studies of arianism, 2” édit., Londres, 1900, p. 89. Dans la majorité, on dis­ tinguait les deux Eusèbe, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Patrophile de Scythopolis, Théodore d’Héraclée, Macédonius de Mopsueste, Georges de Laodicée, et deux anciens élèves d'Arius qui apparaissent alors sur la scène où ils joueront un rôle important, Valens de Mursa en Mésie, et Ursace de Singidunum (aujourd’hui Belgrade) en Pannonie. A part les Égyptiens, quelques évêques seulement étaient favorables à saint Athanase, ou voulaient du moins qu’on procédât en forme et avec impartialité. Eusèbe de Césarée présida, suivant l’affir­ mation formelle de saint Épiphane, Hier., l.xvm. 8, P. G., t. xi.n, col. 195, et de Philostorge, n, 11, P. G., t. lxv, col. 474; le comte Denis et Archélaüs, gouverneur de Palestine, représentaient l’empereur. Les eusébiens se posèrent en juges, et les mélétiens en accusateurs; presque toutes les anciennes charges furent renouvelées, actes de tyrannie épiscopale â l’égard des prêtres mélé­ tiens. assassinat d'Arsène, affaire d’Ischyras chez lequel Macaire. prêtre de saint Athanase, aurait brisé un calice, 1804 renversé une table d’autel et fait brûler les Livres saints. Pour se justifier du meurtre prétendu de l’évêque Ar­ sène, l’accusé n'eut qu’à le faire comparaître en personne. Une réfutation aussi péremptoire n’étant pas possible sur les autres chefs, la majorité eusébienne du concile en profita pour décider l’envoi en Égypte d’une commission d’enquête, composée de membres hostiles à l’évêque d’Alexandrie ; il suffit de nommer Théognis, Maris, Théo­ dore, Macédonius, Ursace el Valens. L’enquête, secondée en Égypte par le préfet Philagrius, un apostat, donna lieu à une protestation du clergé alexandrin contre des procédés visiblement entachés d’illégalité. De leur côté, les évêques égyptiens présents à Tyr protestèrent, le 7 septembre, auprès du concile et du comte Denis contre la composition de la commission d’enquête. D'autres membres du synode, comme Alexandre de Thessalonique, Maxime de Jérusalem et Marcel d’Ancyre, manifestèrent leur désapprobation de la conduite tenue â l'égard d’Athanase. Celui-ci, voyant dans les eusébiens un parti pris arrêté, se retira, espérant ainsi empêcher, ou du moins infirmer leur sentence. Mais ils le condam­ nèrent, d'abord par défaut; puis, quand la commission eut donné ses actes, probablement après le transfert du synode de Tyr à Jérusalem, la sentence fut confirmée. Voir A. de Broglie, op. cit., t. Il, p. 339, note 2. Athanase fut déposé, et défense lui fut faite de rentrer dans Alexandrie. En revanche, l’évêque mélétien Jean Arcaph et ses partisans furent admis à la communion ecclésias­ tique et réintégrés dans leurs anciennes charges, comme ayant été injustement persécutés; Ischyras fut nommé évêque du petit bien qu’il possédait dans la Maréotide. Apolog. conlr. arian., 72-83, P. G., t. xxv, col. 378 sq. Le triomphe des eusébiens se compléta au synode de Jérusalem, qui se tint aussitôt après celui de Tyr, la dédicace du Saint-Sépulcre ayant eu lieu le 17 sep­ tembre, d’après Nicéphore Calliste, vin, 30. P. G., t. cxlvi, col. 118. Interrogés par l’empereur au sujet de la profession de foi émise précédemment par Arius, les évêques la déclarèrent suffisante et orthodoxe; en consé­ quence, ils admirent â la communion ecclésiastique Arius et ses partisans, “Apetov xdt τούς σύν αύτω. De synodis, 22, P. G., t. xxvi, col. 720. Notification fut faite de ces actes aux alexandrins et à tout le clergé catholique par une lettre synodale. Ibid,, 21, col. 718. On allait commencer contre Marcel d’Ancyre un procès de doctrine, quand un ordre impérial convoqua subite­ ment les évêques à Constantinople. Apolog. conlr. arian., 86, P. G., t. xxv, col. 402-403. Athanase qui, de Tyr, s’était rendu dans cette ville ou il arriva le 30 octobre, avait sollicité de l’empereur, dans une audience obtenue le 7 novembre, d'ètre confronté avec ses accusateurs. Epist. heort'., Chron., P. G-, t. xxvi, col. 1353. Ceux-ci se gardèrent bien de laisser partir pour Constantinople tous les évêques qui avaient assisté au synode de Jéru­ salem; seuls les chefs s’y rendirent avec un groupe choisi. Pour surpendre Athanase et l’empereur, les eusébiens changèrent alors de tactique; abandonnant ou laissant du moins à l’arrière-plan les charges portées à Tyr contre le saint, ils prétendirent qu'il avait menacé d’ar­ rêter le transport annuel des blés d’Alexandrie à Con­ stantinople et d’affamer ainsi la ville impériale. Apol. contr. arian., 9, P. G., t. xxv, col. 265. La dénégation opposée par le patriarche à celte insigne calomnie resta sans effet; sans lui permettre de se justifier, Constantin l’exila dans les Gaules, â Trêves. La date du 7 novembre 335, donnée par la Chronique qui sert de préface aux Lettres festales de saint Athanase. loc. cit., parait devoir être corrigée en celle du 5 février 336. Sievers, A thanasii vita acephala, dans la Zeitschrift für die historische Théologie, 1868, t. xxxvm, p. 98; Gwatkin, Stu­ dies, p. 140. On ne sait au juste quel fut le vrai motifde la détermination subite de l’empereur. Crut-il à l'accu­ 1805 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICEENNE 1806 sation, comme le pense Théodoret;jugea-t-il qu’il arrive­ ! traversait la ville escorté d'une suite nombreuse, quand, rait ainsi plus facilement à rétablir la paix dans l’Église, près du forum de Constantin, un besoin subit le contrai­ comme l'estiment, non sans vraisemblance, Socrate et gnit à chercher un endroit écarté; bientôt on l'y trou­ Sozoméne; ou voulut-il seulement arracher le saint à vait mort dans des circonstances qui ont permis aux ses ennemis, comme l'insinuent Constantin le jeune anciens historiens de lui appliquer les paroles de la dans une lettre aux alexandrins et Athanase lui-même, sainte Écriture relatives au traître Judas : Diffusa sunt Apol. contr. arian., 87, 88, P. G., t. xxv, col. 406, 407? viscera ejus. Act., t, 18. Tel est. en substance, le récit Toujours est-il que Constantin ne permit pas aux euséque nous a laissé saint Athanase, d’abord d’une façon biens de remplacer saint Athanase sur le siège patriarcal succincte dans la lettre Ad episcopos Aigypti et Libyæ, d’Alexandrie. écrite en 356, puis en détail dans la lettre à Sérapion, Les eusébiens enregistrèrent un autre succès dans les De morte Arii, composée en 358 sur les renseignements premiers mois de 336. La procédure contre Marcel d'Andu prêtre Macaire. présent à Constantinople à l'époque cyre fut reprise dans un synode de Constantinople. Cet des événements. P. G., t. xxv, col. 580, 581;, 685-690. ardent nicéen avait composé contre Astérius un livre de Ce récit se retrouve, avec certaines divergences de coiiibatoii il malmenait, en même temps que ce sophiste, détail, chez Rufin et Socrate; Sozoméne et Théodoret les principaux personnages du parti, les deux Eusèbe ont cité saint Athanase. Sans sortir du iv» siècle, les et Paulin de Tyr. On ne connaît ce livre que par la réfu­ allusions à la mort terrible de l'hérésiarque apparaissent tation qu’en a faite et les extraits qu’en a donnés Eusèbe plusieurs fois. S. Epiphane, User., i.xviti, 6, P. G., de Césarée dans ses deux ouvrages, l’un polémique, t. xt.li, col. 194; Faustin et Marcellin. Libellus precum, Contra Marcellum, l’autre apologétique, De ecclesias­ 3. /'· L., t. xm. col. 85; S. Ambroise, De fide, 1. 1. tica theologia, P. G., t. xxtv, col. 707 sq. A en juger c. xix, P. L., t. xvi, col. 557; S. Grégoire de Nazianze, par ces documents, voici quelle aurait été la doctrine Orat.. xxv, 8, P. G., t. xxxv, col. 1210. Pour les discus­ de Marcel : le Logos est de soi la raison inhérente à sions ou travaux de détail auquel le récit de saint Atha­ Dieu qui n’a pu être engendré, mais il a quitté le sein nase a donné lieu, voir Chr. W. F. Walch, Entwurf de la divinité en vertu d une énergie active, ίρχστική einervollstândigen Historié der Ketzereien.... Il' part., ενέργεια, pour accomplir l’œuvre de la création et de la p. 500-510; U. Chevalier, Repertoire des sources histo­ rédemption; c'est en se faisant homme qu'il est devenu riques du moyen âge,Bio-bibliographie,au mot Aria« tils » ; après l’accomplissement de son œuvre, il retour­ \ nisme. A remarquer, parmi les travaux que cite ce nera dans le Père, pour s'y reposer comme dans le dernier auteur, la Dissertatio du bollandiste Janning principe, et alors cessera le régne du Christ. I Cor., xv. De anno quo Arius hæresiarcha, quo S. Alexander, ep. 28. Ainsi, le Logos ne serait « tils » et ne subsisterait Constant., S. Pauli decessor, obierint, § ι-πι, Acta comme personne distincte, que d'une manière transi­ sanctorum, t. vi junii, Anvers, 1715, p. 71-75; on y toire. Voir de Montfaucon, Diatriba de causa Marcelli verra que saint Alexandre vivait encore, comme Arius Ancyrani, P. G., t. xvm,col. 1278sq.; Th. Zahn, Mar­ lui-même, en 336, contrairement à l'opinion soutenue cellus von Ancyra, Gotha, 1867. La procédure aboutit à la par Henri Valois, dans ses notes sur Socrate, L 11. c. ι. it, proscription du livre et à la déposition de l’évêque, mais P. G., t. ι.χνπι, col. 1613 sq., et reprise dernièrement la manière superficielle dont l’exarnen fut mené et les par Seeck, C.nlersuchungen, p. 29-31. protestations de Marcel contre l’interprétation donnée à La mort d’Arius ne passa pas inaperçue, mais on l'in­ sa doctrine feront de cette affaire un long sujet de dis­ terpréta de diverses façons. Sozoméne, II, 29, P. G., corde entre l’Orient et l'Occident. Quoi qu’il en soit de t. Lxvii. col. 1020. Saint Athanase nous apprend que la question de droit, l’issue de cette affaire était en fait beaucoup d'ariens ouvrirent les yeux, et que Constantin un succès pour les eusébiens, car ils ne manquèrent pas fut sérieusement impressionné. De morte Arii, 4; Hist, de voir et d'affirmer une étroite connexion entre arian., 51, P. G., t. xxv, col. 690, 754. Néanmoins, l'em­ Γόμο'ιύσεο; nicéen que soutenait Marcel et son sabellia­ pereur ne changea pas sa politique ecclésiastique. Les nisme, réel ou supposé. ' suppliques que lui adressèrent les alexandrins, et même Eusèbe de Nicomédie n'avait plus qu’un pas à faire saint Antoine, le célèbre patriarche de la vie monastique, pour couronner cette série de triomphes, réintégrer n’obtinrent pas le retour d’Athanase; seulement l'évêque solennellement Arius dans la communion ecclésiastique. mélétien Jean Arcaph, qui par ses vues ambitieuses Apres le synode de Jérusalem, l’hérésiarque était allé â demeurait un brandon de discorde, fut banni à son Alexandrie; peut-être ses amis nourrissaient-ils le secret tour. Sozoméne, il, 31. P. G., t. txvii. col. 1025. Le espoir de le faire monter sur le siège patriarcal. Mais parti nicéen fit une nouvelle perte à la mort de saint les alexandrins, attachés à saint Athanase et vivement Alexandre de Constantinople, survenue vers la fin d août irrités de sa déposition, ne cachèrent pas leurs senti­ 336, en l’absence de l’empereur. Il y eut compétition ments hostiles à l’égard de l'hérétique et commencèrent entre les orthodoxes et les ariens: ces derniers voulaient a se soulever. Arius fut alors mandé à Constantinople, nommer le prêtre Macédonius. homme adroit et intri­ soit que l'empereur eût à lui demander compte de son gant, qui bientôt se rendra tristement célèbre, mais les retour en Égypte, soit qu'Eusèbe de Nicomédie voulut orthodoxes, encore en majorité, choisirent Paul, prêtre profiter de la circonstance pour consommer la réhabipieux et savant, qui fut sacré dans l’église d'Irene. Quand I.talion solennelle de son protégéà Constantinople même, Constantin revint, Eusèbe de Nicomédie réussit â le sous les yeux de Constantin. Interrogé de nouveau par prévenir contre le nouvel élu, qui fut exilé dans le Pont celui-ci, Arius affirma par serment qu’il tenait la loi vers la fin de l’année. S. Athanase, Hist, arian., 7, P. G., catholique, et ce serait alors que l’empereur aurait pro­ t, xxv. col. 701. noncé ces paroles : « Si ta foi est véritablement ortho­ Ainsi la coalition eusébienne avait, dans cette pre­ doxe, tu as eu raison .de prêter serment; si elle est mière phase de la lutte, réalisé un double but; elle avait réhabilité les ariens au concile de Tyr. et renversé impie, Dieu te juge pour ton serment. » Les eusébiens se mirent en mesure d'exécuter leur projet; mais ils successivement les principaux chefs du parti nicéen, saint Eustathe, saint Athanase, Marcel d’Ancyre et Paul de trouvèrent un adversaire décidé dans le vieil évêque de la ville impériale. Comme ils lui exprimaient leur ferme Constantinople. 111. Mort de Constantin; Constance protecteur des résolution d’accomplir leur dessein de force le lende­ main dimanche, saint Alexandre eut recours à Dieu«et ANTI-nicéens. — Le 22 mai 337, l’empereur Constantin mourut à Nicomédie, après avoir reçu le baptême des lui demanda, ou de le retirer de ce monde, ou de ne pas permettre que son héritage fût souillé par la pré­ mains d’Eusébe, évêque de cette ville. Ce fait et sa con­ duite pendant les huit dernieres années de son rogne sence de l'hérétique. Le soir de ce même samedi, Anus 1807 ARIANISME, RÉACTION ANTI-N1CÉENNE 180S ment de l'église d’Alexandrie, sans en avoir reçu l’auto­ l'ont fait taxer d’arianisme. Jugement trop absolu; il risation d’un nouveau concile. faut distinguer la croyance et les actes. Rien n'autorise à dire que Constantin abandonna la foi de Nicée; tant Les eusébiens firent une autre démarche qui allait qu'il vécut, personne n'osa l'attaquer en face, et quand avoir de graves conséquences et donner à la lutte un il bannit saint Athanase et d'aulres évoques, ce ne fut caractère plus général, en provoquant l’intervention de pas pour avoir soutenu celte foi, mais parce qu’il crut l’Occident dans le débat. Vers la fin de 338. ils envoyèrent voir en eux des obstacles à sa politique de paix reli­ au pape Jules Ier une ambassade, composée du prêtre gieuse, ou parce qu’on les lui représenta comme cou­ Macaire et des diacres Marlyrius et Hésychius; les pables à divers titres. En réalité. Arius et les eusébiens envoyés devaient accuser saint Athanase, en produisant le trompèrent en protestant qu’ils étaient pleinement les procès-verbaux de la commission qui avait fait une orthodoxes et disposés à maintenir la foi de Nicée; la enquête dans la Maréotide. et solliciter des lettres de suite montrera ce qu'il en était de leurs intentions. Mais communion pour Pistus. Le pape transmit au patriarche ce prince, mal éclairé et mal conseillé par eux, en arriva d’Alexandrie une copie des procès-verbaux qui lui avaient été communiqués. Athanase réunit aussitôt dans sa ville juste â faire le contraire de ce qu'il voulait, c’est-à-dire épiscopale près de cent évêques d'Egypte, de Thébaïde à enraciner la discorde au lieu d'assurer la paix. et de Libye; leur lettre synodale contient une apologie Constantin laissait l'empire à ses trois fils, qui furent du saint aussi complète que chaleureuse. Apot. contr. proclamés augustes le 9 septembre. La question du par­ aria»., 3-20, P. G., t. xxv. col. 251 sq. Après réception tage fut réglée définitivement dans une entrevue qu'ils de ce document, Jules convoqua les deux partis à Rome eurent à Sirmium, en Pannonie, vers juillet ou août de pour faire une enquête sur le fond des choses. Mais les l’année suivante : à Constance revint l'Orient ; à Constan­ eusébiens n’avaient pas attendu pour aller de lavant ; ils tin II. la Gaule et l’Espagne avec l’Afrique; à Constant, étaient revenus à leursystême de dépositions arbitraires l'Italie et l’Illyrie. Les évêques exilés purent rentrer dans el violentes. La première victime fut i’évêquq Paul de le;..s diocèses. S. Athanase, Hist, arian., 8, P. G., Constantinople; déposé par un synode eusébien tenu t. xxv, col. 701. A quel moment, on ne sait au juste; il dans la ville impériale au début ou dans la seconde semble seulement que Constantin le jeune prit l'initia­ moitié de l'année 339, il fut mis aux fers et conduit en tive en faveur de l’évêque d’Alexandrie dès le 17 juin, exil à Singara en Mésopotamie. Marcel d’Ancyre aurait moins d’un mois après la mort de son père, car suivant des études récentes, le retour du saint eut lieu en 337. été également déposé, d’après Zahn, .Marcellus von F. Larsow, Die Fest-Briefe des hl. Athanasius, Leipzig, Ancyra, p. 66. Eusèbe de Nicomcdie, changeant une 1852, p. 29; Sievers, Alhanasii vita acephala, p. 99; nouvelle fois d’église, prit la place de Paul sur le siège A. von Gulschmid, Kleine Schriften, édit. F. Rühl, ambitionné de la ville impériale, llist. arian., Ί, P. G., t. n. Leipzig. 1890, p. 430; Gwatkin. Studies, p. 140. Le t. xxv, col. 702. Vers la même époque, le 30 mai 339, saint quitta Trêves, portant une lettre très bienveillante d’après Lightfoot, dans le Dictionary of Christian bio­ de Constantin II, ou celui-ci suppose que le retour de graphy de Smith, art. Eusebius, au plus tard au com­ l'évêque dans son diocèse avait été décidé par l’empereur mencement de 340, mourut l’autre Eusèbe, l’illustre défunt. Apol. contr. arian., 87, P. G., t. xxv, col. 405. évêque de Césarée; peu de temps auparavant, il avait Le voyage se lit à travers la Pannonie ; à Viminacium, en achevé ses deux ouvrages contre Marcel, où l'attaque Mêsie, Athanase eut une audience de Constance, puis, parait souvent confondre dans l’évêqued’Ancyre le théo­ passant par la Syrie, il rentra dans Alexandrie le 23 no­ logien plus ou moins sûr et le défenseur de l’ôuooôoioc vembre, après deux ans et quatre mois d'absence. Son exil nicéen. Voir Moehler. Athanase le Grand, trad. Cohen, dans les Gaules eut un résultat providentiel ; il y déposa le Paris, 4840, t. n, p. 210 sq. Eusèbe eut pour successeur germe de cette ferine opposition à l'arianisme qui se sur le siège important de Césarée son disciple Acace, manifestera bientôt. qui devint aussitôt l'une des personnalités les plus mar­ Les eusébiens n'avaient pas pu empêcher le retour du quantes el les plus influentes du parti anti nicéen. grand champion de la cause nicéenne ; ils mirent toute Voir Acace le Borgne, col. 290. leur habileté à s'emparer de l'esprit de Constance, le Les troubles que les ariens et les mélétiens entrete­ maître de l’Orient. De nombreuses influences furent uti­ naient en Égypte, depuis le retour de saint Athanase, lisées ; celle de l'impératrice et de plusieurs femmes de l’altitude énergique que celui-ci dut prendre, l’accueil qualité; celle de l’eunuque Eusèbe, chambellan du palais bienveillant témoigné à ses accusateurs par Constance, et favori tout-puissant de Constance; celle du prêtre avaient eu pour résultat de le faire déposer par un arien dont il a été déjà question, et d’autres personnages synode d’eusébiens. tenu à Antioche, vers la fin de jan­ attachés à la cour impériale. On n’épargna rien, flatte­ vier ou le commencement du février 339. Plusieurs ries, cabales et intrigues de toute sorte, pour maintenir auteurs, même anciens, comme Socrate et Sozomène, l'empereur, et même pour l’engager plus à fond dans la ont confondu à tort ce synode avec un autre, tenu dans ligne de conduite religieuse que son père avait suivie la même ville deux ans plus tard, le fameux synode dit dans les dernières années de son règne. Sozomène, in encænus. Voir Hefele, Histoire des conciles, trad. in, 1, P. G., t. i.xvii, col. 1034. La cho-e était d'autant | Leclercq, t. 1, p. 691 sq. Gwatkin. Studies, p. 116, note 1. plus dangereuse que Constance était assez porté par où la date de 340 donnée par Hefele est rectifiée. Le caractère à jouerce rôle de souverain ecclésiastique, qui siège d’Alexandrie fut offert au savant Eusèbe d’Édesse, lui était oilert par les évêques courtisans de l’arianisme. plus tard évêque d’Émèse; sur son refus de l'accepter, il La lutte recommença. Détail significatif, c’est en 338 que fut donné à Grégoire de Cappadoce, qui avait étudié à les ariens se constituèrent pour la première fois en com­ Alexandrie el que sa rudesse de caractère rendait assez munautés séparées; Second, évêque de Nicée, ce parti­ propre à la tâche qu’il devait accomplir. L'exécution de san d’Arius que le concile œcuménique avait déposé, celte décision fut une surprise et uu coup de force. Conformément aux ordres reçus de la cour, le préfet ordonna comme évêque arien d’Alexandrie le prêtre Philagrîus fit connaître soudain à Alexandrie, le 18 mars, Pistus, lui aussi un ancien partisan d’Arius déposé par que Grégoire était désormais, par ordre de la cour, le saint Alexandre et par le concile de Nicée. Apol. contr. seul évêque légitime. Le lendemain, saint Athanase arian., 19, 24, P. G., t. xxv, col 280, 288. En même qu’on recherchait put s’enfuir de l'église de Théonas où temps, on attaquait saint Athanase auprès des trois il. avait passé la nuit et baptisé beaucoup de monde; empereurs; c’étaient les anciennes accusations, plus ou quatre jours après, le 23 mars, Grégoire entrait dans moins remaniées et accompagnées de quelques autres, Alexandrie. Epist. heart., Chron., P. G., t. xxvt, col. 1353, maison lui faisait surtout uu crime de ce que, après avoir 1354. Son intrusion fut accompagnée d'excès sans nom. été déposé par un concile, il avait repris le gouverne­ 1809 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE commis soit dans les églises, soit contre les orthodoxes, surtout contre les moines et les vierges consacrées à Dieu. Saint Athanase a donné le récit de ces tristes événements dans VEpistola encyclica qu'il rédigea, cache aux environs d’Alexandrie, P. G., t. xxv. col. 221 sq. ; puis il partit pour Rome, où il parvint après la Pâque de 339. Vers le même temps arrivèrent auprès de la chaire de saint Pierre d'autres évêques et des prêtres, déposés par les ariens en divers pays de l'Orient, Thrace, Célésyrie, Phénicie, Palestine, Egypte. Parmi eux se trouvait Mar­ cel d'Ancyre. Le pape .Iules avait de nouveau convoqué les eusébiens. Ceux-ci. après des lenteurs calculées, finirent par remettre aux envoyés du pape, les prêtres Elpidius et Philoxène, une lettre où sous une forme littéraire courait un ton dédaigneux et menaçant ; ils reprochaient surtout à l’évêque de Rome d’avoir accueilli Athanase déposé par sentence synodale, et s’excusaient de ne pouvoir répondre à sa convocation, parce que l’époque indiquée était très rapprochée et que, d'ail­ leurs, la guerre de Perse les en empêchait. Cette lettre fut probablement rédigée dans un synode d’Antioche an début de 340. Peu après éclata la lutte fratricide entre Constantin II et Constant ; le premier, ayant envahi l’Ita­ lie, livra bataille auprès d'Aquilée, mais il fut tué, et ses provinces passèrent à Constant, devenu ainsi en avril seul empereur d’Occident. En octobre ou novembre, le pape Jules tint enfin un synode d'une cinquantaine d'évêques dans une des églises secondaires de Rome. Athanase et Marcel furent admis à présenter leur défense; après une enquête soigneuse et détaillée, leur innocence fut proclamée. Le pape communiqua ces décisions aux Orientaux dans une lettre très remarquable; c'est VEpis­ tola Julii Danio, Flaecillo, Sarcisso, Eusebio, etc., que nous a conservée saint Athanase, Apol. conlr. arian., 21-35, P. G., t. xxv, col. 281 sq. L’évêque de Rome répond avec non moins d’habileté que de dignité et de fermeté aux plaintes et aux insinuations des évêques eusébiens; à son tour il relève leurs·procédés arbitraires et anti­ canoniques dans la déposition d'Athanase et l’intrusion deGrégoire. A plusieurs reprises, il faitappel aux décrets de Nicée. Pour Marcel, il avait affirmé à Rome que les accusations formulées contre lui n’étaient pas exactes; interrogé, du reste, sur sa foi, il s’était montré d’une orthodoxie irréprochable. La lettre se terminait par une exhortation à la paix. La réponse vint, quelques mois après, d'un nouveau synode d'Antioche, doublement important, et pour l’attitude que les eusébiens y prirent â l’égard de Rome, et pour la nouvelle phase qu’il inaugura sous le rapport dogmatique. IV. Synode d Antioche in encæniis; Substitution I I I i | | I j DES FORMULES SCRIPTURAIRES AU SYMBOLE DE NlCÉE. — | Dans l’été de 341, eut lieu, dons la capitale de la Syrie. I la dédicace de l’église d’or, commencée par Constantin, et achevée par Constance. A cette occasion, 97 évêques formèrent, entre le 22 mai et le I" septembre. le synode dit de la dédicace, έν έγχαινίοι;. En général, ils n'étaient pas hétérodoxes, mais tous étaient orientaux, la plupart mêiùe du patriarcat d'Antioche, et la minorité eusébienne comptait parmi ses membres des personnages aussi habiles qu’influents; il suffit de citer Flacillus d’Antio­ che, Eusèbe de Constantinople. Acace de Césarée, Patrophile de Scythopolis, Théodore d'Iléraclée, Eudoxe de Germanicie, Dianéede Césarée en Cappadoce, Georges de Laodicée. C'est là ce qui peut aider à comprendre la physionomie si complexe de cette assemblée. Hefele, Hist, des conciles, trad. Leclercq,t. i, § 56. Ainsi, dans ces vingt-cinq canons de discipline générale, auxquels les témoignages de respect n’ont pas manqué, deux [ trahissent nettement l’influence des évêques eusébiens, et leur hostilité persévérante à l'égard de saint Athanase. Pans le quatrième, il est dit que, si un évêque deposi­ tor un synode ose continuer ses fonctions comme avant 1810 sa déposition, il ne doit plus espérer d’être réintégré. Dans le douzième, on lit (pie, si un évêque dépos·.- par un synode vient importuner l'empereur, au lieu de porter sa cause devant un synode plus considérable, il ne doit pas obtenir de pardon, il n'a plus le droit d expo­ ser sa défense, et doit perdre tout espoir d'être réintégré par la suite. Ces deux canons devinrent aussitôt une arme dont les eus biens se servirent pour faire confir­ mer par le synode d'Antioche la déposition d'Athanase, et pour s'opposer au projet qu'avait le pape Jules de faire examiner de nouveau dans un concile la cause du saint évêque. L'influence eusébienne se manifesta encore par la rédaction et l'acceptation de nouvelles professions de foi; c'était, par le fait même, porter un coup réel au credo de Nicée. Mais en même temps la présence d'évê­ ques orthodoxes réagit sur les eusébiens, et les force à se tenir à une distance de plus en plus notable de l'aria­ nisme strict. Les quatre formules d'Antioche se trouvent dans saint Athanase, De synodis, 22-25, P. G., t. xxvi, col. 720 sq.; elles sont reproduites, avec des notes utiles, par Ilahn, Bibliot/iek der Symbole, 3e édit., § 153-156. La première formule trahit dans ses auteurs une préoccupation apologétique; ils se défendent d'être, eux évêques, les partisans d’Arius; ils ne sont pas allés à lui, mais ils lui ont permis, après avoir examiné sa foi, de se joindre à eux. Ils énoncent ensuite leur croyance « en un seul Dieu suprême, ε-.ς ενα Θεόν τον τών όλων, le créateur et conservateur de toutes choses, les intelligi­ bles et les sensibles; et un seul Fils de Dieu, seul en­ gendré-, qui a existé avant tous les siècles, et est avec le Père qui l’a engendré, χαΐ συνάντα τώ γεγεννηκότι αυτόν Πατρί, par qui toutes choses ont été faites, les visibles et les invisibles; lequel, aux derniers temps, est des­ cendu par la volonté du Père, et a pris chair de la Vierge... ». A la fin, Marcel d'Ancyre est visé, quand on dit du Fils, « qu'il reviendra juger les vivants et h-s morts, et qu’il demeure roi et Dieu pour l'éternité. > Le symbole provient évidemment d’évêques qui, au sy­ node de Tyr, avaient eu une part active à la réhabilita­ tion d'Arius et de ses partisans; on peut, sans témérité, y voir la main d’Eusèbe de Constantinople et de son groupe. Le contenu est littéralement orthodoxe, mais l'omission de Γόμοοΰσιος et la généralité des termes employés témoignent nettement d'une tendance antinicéenne. On ne s’arrêta pas à cette première formule; une se­ conde fut émise peu après, beaucoup plus détaillé·- et plus importante aussi pour la suite de l’histoire : « Con­ formément à la tradition évangélique et apostolique, nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant. J'auteur, créateur et conservateur de toutes choses, du·: .· tout provient; et en un seul Seigneur Jésus-Christ. - ■ Fils, le seul Dieu engendré, τόν μονογενή θεόν. par ·> ο tout a été fait, engendré du Père avant les si- :■ -, D. de Dieu, tout du tout, unique de l'unique, parfait de parfait, roi de roi, Seigneur de Seigneur, Ver. sagesse vivante, vraie lumière, voie, vérité-, résurrection, pasteur, porte, immuable et sans vicissitude, image adéquate, άπαράλλαχτον εικόνα, de la divinité, de la sub­ stance, ουσίας, de la volonté, de la puissance et de la gloire du Père, le premier-né de toute la création, qui au commencement était en Dieu, Verbe Dieu, suivant ce qui est dit dans l’Évangile : Et le Verbe était Dieu; par qui tout a été fait, et en qui tout subsiste; lequel, aux derniers temps, est descendu d'en haut, est n- de la Vierge selon les Écritures, et s’est fait homme, άνάρωχον γενόμενον... » Puis, à propos du texte Baptizantes eos in nomine Patris el Filii el Spiritus Sancti : - Ces noms ne sont pas placés là par hasard ni sans raison, mais ils signifient clairement l’hypostase propre, ττ.ν οΐχείαν ΰπόστασιν, le rang et la gloire de chacun de ceux qui sont nommés ; ils font voir qu'ils sont trois par l’hypostase, et un par l'union, τή μεν ύχοστάσει zz.s. · 1811 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE δε συμφονία έν...» Vient enfin cet anathème : « El si quel­ qu’un, en opposition avec renseignement manifeste et salutaire de l'Écriture, dit qu’il fut un temps ou une durée quelconque, χρόνον η καιρόν ή αιώνα, ou le Fils n'était pas engendré, qu’il soit anathème. Et si quelqu'un appelle le Fils créature, comme l’une des créatures, ou engendré, comme l'un des engendrés, ou produit, comme l’un des produits, et s’il ne suit pas sur tous ces points ce que nous ont transmis les saintes Ecritures, ou qu’il enseigne ou prêche une doctrine différente de celle que nous avons reçue, qu’il soit anathème. » Quelle était la provenance de cette seconde formule? Ses partisans prétendaient la rattacher à Lucien d’An­ tioche, comme nous l’apprend Sozomène. ni. 5. P. G., t. lxvii, col. 1044; mais cet historien se demande s’ils n'agissaient pas ainsi pour couvrir leur propre doctrine de l'autorité du saint martyr. Dans l’état actuel des opinions, la question reste douteuse. Hahn. loc. cil., note 60, p. 184; Gwatkin, Studies, p. 120-122. Il semble fort probable que, si le fond du symbole fut emprunté à Lucien, d'autres influences intervinrent dans la rédac­ tion. On a déjà vu que, d'après Philostorge, la concep­ tion du Fils, comme απαράλλακτου εικόνα, serait une alté­ ration de la pure doctrine lucianiste par Astérius; par ailleurs, les idées et même les expressions caractéristi­ ques de cette seconde formule se retrouvent dans les livres d'Eusèbe de Césarée contre Marcel d’Ancyre. En réalité, par son relief scripturaire et le choix même des termes, cette profession de foi pouvait répondre à un double état d'esprit, celui des origénistes subordinatiens, et celui de ces évêques orientaux d’alors qui, se déliant de la consubstantialité, voulaient s’en tenir aux formules antérieures. La tendance anti-nicéenne apparaît surtout dans l'omission du mot όμοούσιος; la tendance subordinalienne, dans la phrase où l’on parle du rang et de la gloire propres à chacune des personnes divines. De plus, comme le terme d'hypostase était alors, pour les ariens et même pour la plupart des Orientaux, synonyme de substance, l'expression τή μεν ύποστάσει τρία, τή οέ συμ­ φωνία εν restait grosse d'équivoques et de difficultés. Saint Hilaire l'excuse, en y voyant une simple réaction contre le sabellianisme, be synodis, 31-33, P. L., t. x, col. 504-506. Tous ne furent pourtant pas satisfaits; l’évêque Théophrone de Tyane présenta une troisième formule, dont la caractéristique est l'affirmation accentuée de la dis­ tinction personnelle du Verbe, et la réprobation expli­ cite de Marcel d’Ancyre et de ses fauteurs. « Je crois en Dieu, Père tout-puissant..., et en son Fils te seul engen­ dré, Dieu Verbe, puissance et sagesse, Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui tout a été fait, engendré du Père avant tous les siècles, Dieu parfait de Dieu parfait, exis­ tant hypostatiquement en Dieu, όντα πρός τόν Θεόν έν ύποστάσει; lequel, aux derniers temps, est descendu, est né de la Vierge selon les Écritures, et s’est fait homme, ένανβρωπήσαντα... et demeure éternellement... Pour celui qui pense comme Marcel d’Ancyre ou Sabellius, ou Paul de Samosate, qu’il soit anathème, lui et tous ceux qui gardent sa communion. » Tous souscri­ virent à ce symbole, nous dit saint Athanase ; acte qui en soi n’était que la réprobation d'une doctrine erronée, mais qui, dans les circonstances où il se produisait, devenait une réponse d’une extrême gravité à la lettre du pape Jules proclamant l'innocence de Marcel d’Ancyre. Enfin, quelque temps après, une quatrième formule fut rédigée dans une nouvelle réunion des évêques orientaux, considérée comme une prolongation du synode in encæniis : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, auteur et créateur de toutes choses, de qui provient toute paternité dans le ciel et sur la terre. Et en son Fils unique. Notre-Seigneur .Jésus-Christ, engendre du Pere avant tous les siècles; Dieu de Dieu, 1812 lumière de lumière; par qui tout a été créé...; qui est Verbe, sagesse, puissance, vie et vraie lumière. Lequel, aux derniers temps, s’est fait homme pour nous, ένανύ-.ωπν.σαντα..., dont le régne sans lin demeure dans les siècles des siècles... Quant à ceux qui disent : le Fils est né du niant, ou d’une autre hypostase, et non pas de Dieu; et ceux qui disent : Il y eut un temps où il n'était pas, l’Église catholique les regarde comme des étran­ gers. » Formule plus politique, rédigée en vue des Occi­ dentaux; beaucoup plus rapprochée de la foi de Nicée que la première formule, elle évitait les diflicultés que pouvaient susciter la seconde et la troisième, mais était, en revanche, moins nette et moins progressive. Dans la suite, quand ils évoqueront le synode d’Antioche, les Orientaux parleront tantôt de la seconde, tantôt de la quatrième formule. En somme, toutes ont un point commun, l'omission de Γόμοούσιος; toutes cependant, les trois dernières sur­ tout, abandonnent nettement l’arianisme proprement dit, mais la préoccupation parait être de faire rejaillir sur la doctrine nicéenne les conceptions sabellienncs de Marcel d’Ancyre. Cette tendance à mêler une queslion personnelle à la grande cause de la foi de Nicée conti­ nuera d’être pendant longtemps une matière de discorde entre l’Orient et ('Occident. Pris en soi, le synode d’An­ tioche in encæniis, en inaugurant l'ère des formules dogmatiques, lançait les anli-nicéens dans une voie ou leur foi se trouverait, pour des années, à l’état d'équi­ libre instable. Vers la même époque, soit dans la seconde moitié de 341, soit dans les premiers mois de 342, mourut l’évêque de Constantinople, Eusèbe de Nicomédie. Les orthodoxes profitèrent de la circonstance pour réinstaller Paul dans son église, mais les ariens, ayant à leur tête Théogtiis de Nicée et Théodore d’Héraclée, se réunirent dans une autre église, et élurent Macedonius. La rivalité dégénéra bientôt en des luttes sanglantes, où le général Hermogene fut massacré. Constance, accouru à Constantinople, chassa Paul, mais sans confirmer encore l’élection de son rival. Quelque temps après, l’évêque chassé ayant essayé de rentrer dans la ville impériale, Constance le lit saisir par le préfet du prétoire, et conduire en exil à Thessalonique. Macédonius fut intronisé de force. Double me­ sure qui fut suivie d'un nouveau soulèvement populaire, et lit répandre beaucoup de sang. V. L’Orient et l'Occident en présence: SARniQt’E et Philippopolis. — Quatre évéques, Narcisse de Néronias, Maris de Chalcédoine, Théodore d’Héraclée et Marc d'Arélhuse, avaient été chargés de porter la qua­ trième formule d'Antioche en Gaule et de la présenter à l’empereur d’Occident. Ils n'obtinrent pas le but qu’ils se proposaient; mais, vraisemblablement sur les con­ seils d'Osius de Cordoue et de Maximin de Trêves. Constant prit une initiative qui allait avoir de grandes conséquences. En avril ou mai 342, il lit venir à Milan saint Athanase et lui communiqua le projet qu’il avait conçu d'agir auprès de son frère Constance pour l'ame­ ner à convoquer un grand concile à Sardique (aujour­ d’hui Sophia en Bulgarie), ville située à peu près sur la limite des deux empires, mais sous la domination de Constant. Cette assemblée aurait surtout un double but: faire porter un jugement définitif sur Athanase et les autres évéques jugés jusqu'alors d'une façon si dillérente par les Orientaux et lesOccidentaux; fixer la vraie foi, pour mettre un terme au caprice des eusébiens qui venaient de donner en quelques mois quatre symboles différents. Constance, préoccupé alors de sa guerre avec les Perses, n’osa pas se montrer désobligeant à l'égard de son frère, et le concile fut convoqué. Au début de l'année 343, saint Athanase alla en Gaule conférer avec Osius, et tous deux se rendirent ensemble â Sardique. Apolog. ad Constantium, 4, P. G., t. xxv, col. 609. Le concile se tint, non pas en 347. comme l'ont dit, 1813 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NÎCÈENNE après Socrate et Sozomène, nombre d'auteurs, mais dans l’été ou, au plus tard, dans l'automne είναι. S. Épiphane, Hær., ι.χχιιι, 22, P. G., t. xi.n, col. 444. Ce fut probablement à cette époque que Basile composa, en union avec Georges de Laodicée et d'autres évêques homéousiens, l’écrit dogmatique dont il a déjà été question; il y défend longuement la parfaite similitude du Fils avec le Père, et insiste, en particulier, sur les mots : κατά πάντα ομοιον. Le synode de Rimini se réunit au mois de mai 359. Les évéques s'y trouvèrent au nombre de plus de quatre cents. S. Athanase, De synodis, 8, P. G., t. xxvi, col. 692; Sozomène, tv, 17, P. G., t. lxvii, col. 1162. Parmi les orthodoxes on remarquait Restitut de Carthage, qui pro­ bablement présida, Phébade d'Agen et Servais de Tongres. La minorité arienne avait à sa tête LIrsace, Valens, Germinius et Auxence; elle comptait quatre-vingts membres, d'après Sulpice Sévère, Historia sacra, 11, 41, P. L., t. xx, col. 152. Un édit de l’empereur, du 27 mai, enjoi­ gnit au concile de s’occuper avant tout de la foi et de l'unité religieuse; défense était faite de prendre au­ cune résolution concernant les orientaux. S. Hilaire, /•’>nyni., vu, 1,2, P. L., t. x, col. 695 sq. Valens proposa l'adoption de la quatrième formule de Sirmium; de leur côté, les évêques orthodoxes demandèrent la condamna­ tion de l’hérésie arienne et, sur le refus des adversaires, ils confirmèrent les décrets de Nicée, approuvèrent l’em­ ploi du mot ούσία et, le 21 juillet, prononcèrent la dé­ position de Valens, Ursace et leurs partisans. Une ambassade lut envoyée à Constance, portant une lettre et le décret du concile. S. Athanase, De synodis, 10, I I, P. G., t. xxvi, col. 695 sq. ; S. Hilaire, Fragm., vu, 4; vin, 1-3, P. L., t. x, 698 sq. Mais Valens et Ursace prirent les devants, afin de prévenir Constance contre la majorité orthodoxe. Après avoir suivi l’empereur de Sirmium à Constantinople, les députés de Rimini re­ çurent l'ordre de se rendre à Andrinople; ils durent y attendre, avant d’obtenir audience, que le monarque eût fait une tournée sur la frontière. Les Pères du concile reçurent de Constance une lettre assez sèche, à laquelle ils tirent une réponse courte et digne. S. Atha­ nase, De synodis, 55, P. G., t. xxvi, col. 792. Ce fut seulement le 10 octobre que les députés ob­ tinrent une audience impériale à Niké (Ustodizo), près d'Andrinople. Sous une forte pression, ils linirent par souscrire une formule identique pour le fond à la qua­ trième de Sirmium. Deux différences méritent pourtant d'être signalées: le Fils était simplement déclaré sem­ blable au Père suivant les Ecritures, sans que le terme όμοιο; fût accompagné des mots κατά πάντα; de plus, défense était faite d'employer, en parlant de la Trinité, l'expression μία ΰπόστασις, texte de Théodoret, n, 16, P. G., t. lxxxii, col. 1052, préférable à celui de saint Athanase, De synodis, 30, P. G., t. xxvi, col. 745. Vers la 6n d’octobre, les députés revinrent à Rimini avec Ursace, Valens et leurs aflidés. Le préfet Taurus avait, de son côté, reçu l'ordre d'obtenir des membres du con­ cile le même acquiescement. Ce fut alors un assaut des consciences comme à Milan en 355; tout fut mis en œuvre. De guerre lasse, brisés par les ennuis d'un retard sans cesse prolongé, trompés sur les véritables intentions des meneurs, les évêques cédèrent peu à peu, et, pour quilter Rimini, signèrent la formule de Niké qu'on leur présentait comme une concession faite à la paix reli­ gieuse et n’atteignant réellement pas la foi elle-même. Vingt seulement restaient inébranlables, encouragés sur­ tout par Phébade d'Agen el Servais de Tongres. Alors Valens et Ursace s'avisèrent de ce qu'on a justement appelé une vraie « rouerie »; ils proposèrent à ces évéques de faire au symbole de Niké les additions qu'ils jugeraient nécessaires pour rassurer leurs consciences, et pour donner l'exemple, Valens proposa lui-même celle-ci ; « Le Fils de Dieu n'est pas une créature. » Ajouta-t-il alors, ou plus tard seulement, ces mots frau­ i 1828 duleux : comme les autres? C’est une question dou­ teuse, mais qu'on a le droit de poser avec Gwatkin, Studies, p. 182, note 1. En tout cas, Phébade et ses compagnons lirent leurs additions pour déclarer qu'ils condamnaient Arius et sa doctrine, et qu’ils reconnais­ saient l’égalité du Fils avec le Père et son éternité. C'est ainsi que les derniers opposants de Rimini furent ame­ nés à signer la formule de Niké. Après quoi, une dépu­ tation, dont faisaient partie Ursace, Valens et Saturnin d’Arles, alla rendre compte à l’empereur Constance de ce brillant résultat. Voir Sozomène, rv, 17-19, P. G., t. LXVII, col. 1162 sq., S. Hilaire, Fragm., VII-IX, P. L., t. x, col. 699 sq. ; S. Jérôme, Dialog, adv. Lucifer., 18, P. L., t. xxm, col. 171 sq.; Sulpice Sévère, Hist, sa­ cra, n, 41-44, P. L., t. xx, col. 152 sq. La suite des évé­ nements montrera que les occidentaux n’avaient nulle­ ment voulu sacrifier la foi orthodoxe, et quand saint Jérôme dit: Ingemuit totus orbis, et arianum se esse mi­ ratus est, son langage est hyperbolique, ou du moins il n’exprime pas la réalité des choses, mais une impres­ sion possible â la suite du concile de Rimini. « Com­ ment, remarque Noël Alexandre, le monde aurait-il pu être alors arien, puisque, de l'aveu de saint Jérôme luimême, les Pères du concile de Rimini ne le furent pas? » Historia ecclesiastica, Lucques, 1734, t. tv, diss. XXX111. En réalité, l’acceptation de la formule en question n'em­ portait pas, dans leur pensée, l’acceptation du sens hété­ rodoxe que, personnellement et d’une façon insidieuse, Ursace et Valens attribuaient à cette même formule. A la fin de septembre, les orientaux s'étaient réunis à Séleucie, au nombre d’environ cent soixante évêques, qui se groupaient à peu près de cette façon : cent dix homéousiens, ayant à leur tête Basile d'Ancyre, Georges de Laodicée, Silvain de Tarse, Éleuse de Cyzique et Macédonius de Constantinople ; quarante autres anli-nicéens. se rattachant au parti des ariens stricts ou des politi­ ques, com’me Acace de Césarée, Eudoxe d’Antioche, Georges d’Alexandrie, Patrophile de Scythopolis et Uranius de Tyr; enfin une dizaine de nicéens, venus sur­ tout d’Égypte. Saint Cyrille de Jérusalem était encore dans les rangs des homéousiens. Saint Hilaire de Poi­ tiers, présent au synode, tut admis à la communion, quand il eut écarté le soupçon de sabellianisme en ex­ posant quelle était la vraie doctrine des évêques gaulois sur la trinité; de son côté, il n’hésita pas à commu­ niquer avec Basile d’Ancyre et son parti. Ordre fut in­ timé aux Pères de Séleucie, comme à ceux de Rimini, de s'occuper d'abord des choses de la foi. Dès la pre­ mière séance il y eut désunion. Acace ayant proposé la quatrième formule de Sirmium, les homéousiens déclarèrent qu’ils s’en tenaient au concile d'Antioche in encæniis, c’est-à-dire à la seconde profession de foi émise alors, comme on le voit clairement par les allu­ sions de Sozomène, rv, 22, P. G., t. lxvii, col. 1181. Les partis se séparèrent. Acace dressa un nouveau sym­ bole, dont le fond était encore la quatrième formule de Sirmium, mais avec cette particularité notable que le terme ά'άνόμοιο; y était formellement anathématisé, comme ceux d’ôpooôeto; et ό’όμοιούσιο;. L’évêque de Césarée se séparait ainsi des anoméens pour former un groupe qui reçut son nom, οί περί ’Ακάκιον, et qui s'identifie en fait avec le parti homéen. Voir Acaciens, col. 290-291. Le synode s'occupa ensuite des droits de saint Cyrille, déposé par Acace, et comme celui-ci s’obstinait avec ses partisans à ne plus prendre part aux sessions, une sen­ tence de déposition fut prononcée contre lui et quelques autres ariens contumaces, Eudoxe d’Antioche, Georges d'Alexandrie, Uranius de Tyr, Patrophile de Scythopo­ lis, etc. Anianus fut choisi comme évêque d’Antioche en remplacement d’Eudoxe, et sacré à Séleucie même; mais le questeur Léonas le fit saisir et l'envoya en exil. Voir Socrate, n, 39. 40, et Sozomene, iv, 22, 23, P. G., t. lxvii, col. 332 sq., 1178 sq. 1829 ARIANISME, RÉACTION ANTI-NICÉENNE X. La suprématie homéexse. — Le synode de Sé­ leucie terminé, les homéousiens s’empressèrent d’en­ voyer à Constantinople une ambassade de dix évêques, ayant à leur tête Basile d’Ancyre; saint Hilaire les ac­ compagna. Mais les députés de Séleucie, comme ceux de Rimini, furent prévenus par leurs adversaires; l'habile et politique Acace réussit à gagner l’empereur, qui n’acquiesça pas aux décisions prises par la majorité des évcques. Seul Eudoxe. accusé nettement de tendances anoméennes, dut les désavouer. Quand arriva la seconde ambassade du concile de Rimini, conduite par Ursace et Valens, ceux-ci et les acaciens firent cause commune sur le terrain de la formule de Niké, augmentée des anathèmes de saint Phébade; mais alors apparut claire­ ment aux yeux des évêques qui avaient été à Rimini la du­ plicité de Valens, qui np manqua pas de retourner contre leurs auteurs le sens des additions admises. Par exemple : « Le Fils n’est pas une créature » comme les autres, ajou­ tait ou soulignait Valens; il est donc, malgré tout, une créature. « Le Fils n’est pas tiré du néant; s assurément, répondait-il, puisqu’il est de la volonté de Dieu. « Le Fils est éternel; » oui, mais comme les anges, en ce qui concerne la durée future. S. Hilaire, Fragm., x, 3, P. L., t. x, col. 708. Les députés de Séleucie refusèrent d’abord de signer la formule de Niké, qui entraînait le rejet de Γόμο-.ούσιος, aussi bien que de Γόμοούσιος; mais Constance menaçant d’exil les récalcitrants, tous finirent par céder, le 31 décembre. Ainsi, grâce â sa formule homéenne, l’empereur avait fait l’unité. Unité toute de surface et de malentendus, on le verrait bientôt; mais la fortune éphémère des homéousiens allait sombrer, et c'était la juste conséquence du compromis funeste qu'ils avaient accepté à la cour impériale de Sir­ mium. Peu après, au début de l’année 360, eut lieu à Cons­ tantinople la dédicace de la grande église de Constantin. Les acaciens en profitèrent pour tenir un synode, où avaient été spécialement convoqués les évêques de Bi­ thynie. 11 s’ouvrit dès que cinquante évêques furent présents, mais ils s'élevèrent ensuite au nombre de soixante-douze. Chronicon paschale, P. G., t. xcif, col. 736. On y remarquait, outre Acace et ses lieutenants, le célèbre L’ïphilas, évêque des Goths. Le synode s’em­ pressa de confirmer le symbole de Niké sous une forme un peu différente et sans les additions de Phébade. S. Atha­ nase, De synodis, 30, P. G., t. xxvi, col. 746, 747. En­ suite, appliquant les conséquences de l’homéisme, les acaciens s’en prirent successivement aux anoméens et aux homéousiens. Avec les premiers, ce fut plutôt pour la forme et par mesure de prudence; Aélius seul, sacrifié pour ses témérités, fut exilé par l'empereur. H en alla tout autrement avec les homéousiens; ce fut une héca­ tombe, toutes les sommités du parti, les évêques des sièges influents, tombèrent pour une raison ou pour une autre, sous les coups des acaciens, sans toutefois que le motif d’hétérodoxie fût mis en avant. Socrate, n, 42, P. G., t. lxvii, col. 350. Ainsi furent déposés Basile d’Ancyre, Eustathe de Sébaste, Éleuse de Cysique, Macédonius de Constantinople, Silvain de Tarse, saint Cyrille de Jérusalem, et d’autres évêques rattachés au parti de plus ou moins près. Georges de Laodicée avait eu la prudence de passer au camp des vainqueurs. Con­ stance confirma les décisions du synode, exila les évêques déposés et donna leurs sièges à d'autres. C’est ainsi que, le 27 janvier, Eudoxe fut transféré d’Antioche à Constantinople. Eunomius. disciple d’Aétius et second chef des anoméens, devint évêque de Cyzique, où, du reste, il ne resta pas longtemps; son radicalisme arien outra le peuple et força Eudoxe à le déposer, malgré la communauté de sentiments qui les unissait. Arrivé à Constantinople avec les députés du synode de Séleucie, saint Hilaire y avait composé sa seconde requête à l’empereur, Ad Constantium augustum liber secuit- | 1830 dus, P. L., t. x, col. 563 sq. Il y demandait deux grâces au souverain : une conférence publique avec Saturnin d’Arles, auteur de son exil, afin de le convaincs - les fausses accusations dont il l'avait chargé; et une audience en présence du concile qui se tenait alors dans la ville impériale, afin de pouvoir défendre la foi orthodoxe. Le refus que le saint docteur essuya fut sans doute l’occa­ sion du manifeste qui suivit, Contra Constantium i-ope­ ratorem. Enfin, sous prétexte qu'il troublait l’Orient, l'empereur le renvoya en Gaule. Sulpice Sévère. Histor. sacra, il, 45, P. L., t. xx, col. 154,155. Il redevint aus­ sitôt lame de la défense nicéenne en ce pays, mais il poursuivit en même temps son œuvre de conciliation entre l’Orient et l'Occident. A son instigation, des con­ ciles provinciaux se tinrent de divers côtés, et nombre d’évêques qui s'étaient laissé tromper à Rimini désa­ vouèrent cet acte d’erreur ou de faiblesse. On signale, en particulier, vers la fin de 360 ou dans le courant de 361, un concile de Paris, dont la lettre synodale, adressée aux évêques orientaux qui avaient eux-tnémes écrit les premiers, nous a été conservée par saint Hi­ laire, Fragm., xi, 1-4, P. L., t. x, col. 710 sq. Les pré­ lats gaulois y affirment nettement Γόμοούσιος, en expli­ quant que par ce terme ils entendent seulement exprimer que le Fils possède avec le Père qui l’a engendré une seule et même ούσια ou substance, et qu’il n'est ni une créature ni un (ils adoptif; ils permettent, du reste, qu’on parle aussi de similitude, pourvu que ce soit une similitude de vrai Dieu à vrai Dieu et qu’il y ait dans la divinité unité, et non pas seulement union. Les orien­ taux étaient avertis que les évêques gaulois avaient confirmé l’excommunication de Saturnin d’Arles. His­ toire littéraire de la France, nouv. édit., t. i b, p. 129131. En Orient, l’opposition n’eut pas la même fermeté. Avant-de se séparer, les membres du synode acacieu de Constantinople avaient envoyé à tous les évêques le sym­ bole de Niké, accompagné d’un édit de l’empereur por­ tant la peine d’exil contre quiconque refuserait de le signer. Socrate, n, 41, P. G., t. i.xvn, col. 347. Sous le coup des menaces et des violences, beaucoup fai­ blirent; tels, Grégoire l’ancien qui se vit abandonné par tous les moines de son diocèse de Nazianze, et Diain’e de Césarée en Cappadoce dont saint Basile quitta la communion. Constance eut pourtant des déceptions. Au début de 361, les homéens, sous l’influence d’Acace, donnèrent pour successeur à Eudoxe, sur le siège d’An­ tioche, Méléce d’abord évêque de Bérée, sur lequel ils croyaient pouvoir compter. Grande fut leur déception, quand dans son premier discours, le nouveau patriar he se déclara en substance pour la foi de Nicée. S. Epi­ phane, Hier., Lxxin, 29-33, P. G., t. xlii. col. 458 s : Un mois après, Mélèce partait pour l’exil : il étaii r ■·. par un arien décidé, Euzoius. le même qui. - n 32 été condamné avec l'hérésiarque Arius. Cette iin. ils s’étaient établis depuis le m» siècle sur la rive fauche du Danube, les Visigoths à l’ouest, les Ostrogoths â l'est. Leur conversion â la foi chrétienne dut son commencement à leurs relations avec les peuples chré­ tiens du voisinage, et plus particulièrement à la présence pai mi eux de nombreux captifs qu’ils avaient faits dans ■ne incursion sur l’empire romain sous le règne de Va­ l-rien etdeGallien. Nous avons rencontré l’évêque goth Th-ophile, au concile de Nicée. In ophile eut pour successeur Ulphilas, descendant d’une de ces familles cappadociennes que les Goths a .Hentemmenéesen captivité et qui avaient formé comme le noyau du christianisme en Scjthie. A la suite d'une 1850 sanglante persécution que le roi païen Athanaric fit subir aux chrétiens, Ulphilas se retira en Mésie avec ses fidèles pour lesquels il devint comme un autre Moïse, tant fut grande sur sa nation son influence évangélisatrice et civilisatrice, surtout après que l’invasion des Huns eut, eu 376, refoulé les Goths en deçà du Danube. Sa traduc­ tion des saintes Écritures en langue gothique reste comme un monument de son zèle actit et intelligent. Malgré les obscurités dont la vie de cet apôtre des Goths reste enveloppée, il est incontestable qu'il subit, à un moment donné, l’influencé de l'arianisme. On le trouve, en 360, au synode acacien de Constantinople, où il sou­ scrit au credo impérial de Niké. D’après la plupart des auteurs anciens, il aurait d'abord professé la foi ortho­ doxe, puis dans une ambassade auprès de Valens et sous la pression des circonstances, il se serait rallié aux évê­ ques homéens, sans attacher beaucoup d’importance aux divergences dogmatiques qui séparaient les partis reli­ gieux de l’empire. Socrate, iv, 33; Sozomène, VI, 37, P. G., t. Lxvii, col. 552,1404; Théodoret, iv, 33, P. G., t. L.xxxii.col. 1196; Jornandès, De Getarum sive Gotho­ rum origine et rebus gestis, c. xxv, P. L., t. lxix, col. 1269 sq. Cf. Acta sanctorum, t. n aprilis, Anvers, 1675, p. 87. Suivant une autre version, Ulphilas aurait été pris dès le début dans l’engrenage de l’arianisme politique. Envoyé en ambassade à Constantinople vers 340. il aurait été consacré évêque en 341 par Eusèbe de Nicomédie et aurait depuis lors appartenu au parti que Valens et Ur­ sace représentaient en Pannonie eten Mésie. Philostorge, li,5, P. G., t. i.xv, col. 468; Scott, lil/ilas the apostle of the Goths, Londres, 1885, p. 41. Un manuscrit composé par un disciple d’Ulphilas, Auxence, évêque arien de Silistrie, et découvert par Waitz à la bibliothèque du I»auvre,nous apprend encore que l'apôtre des Goths vint à Constantinople en 380 et qu'il y mourut cette même année ou l'année suivante. La pièce la plus importante de ce manuscrit est la pro­ fession de foi laissée par Ulphilas sous forme de testa­ ment : « Moi Ulphilas, évêque et confesseur, voici com­ ment j’ai toujours cru, et c’est dans cette foi, la seule vraie, que j’adresse mon testament à mon Seigneur : Je crois en un seul Dieu le Père, seul inengendré et invi­ sible; et en son Fils unique, notre Seigneur et Dieu, au­ teur et créateur de toute créature, qui n’a pas son sem­ blable — par conséquent il n’y a qu’un seul Dieu de tous, qui d’après nous aussi est Dieu — idea unusest om­ nium Deus, gui et de nostris est Deus — et en un seul Esprit-Saint, vertu illuminatrice et sanctificatrice... qui n’est ni Dieu ni Seigneur, mais le ministre du Christ, soumis et obéissant en tout au Fils, lui-même soumis et obéissant en tout à Dieu le Père. » Waitz, Ueber das Leben und die Lehredes LU/i la, Hanovre, 1840, p. 10 sq.; Hahn, Bibliothek der Symbole,&édit.. S 198. Profession de foi très nette en ce qui concerne le Saint-Esprit, c st la doctrine macédonienne pure et simple; mais Ihmucoup moins nette en ce qui concerne le Fils, surtout à cause de l'obscurité et même de l’incertitude textuelle de la phrase incidente : ideo unus est omnium Deus... Le moins qu’on puisse dire, c’est que la formule d’Ulphilas est franchement subordinatienne et renferme l’idée du Fils, Dieu inférieur, soumis au Père, Dieu suprême. On retrouve, du reste, celte doctrine dans les rares monu­ ments dogmatiques de l’arianisme gothique qui nous ont été conservés, par exemple, dans le Sermo arianorum et la conférence de saint Augustin avec l’évêque arien Maximin, qui s'attachait à la formule de Rimini. P. L., t. xi.ii, col. 677-742. Mêmes traits essentiels dans l’aria­ nisme visigothique, vandale et lombard. Isidore de Séville, Historia de regibus Gothorum, 8, P. L.,t. lxxxih. col. 1060; Victor de Vite, I/istoria persecutionis randalicse, iv, 2, P. L.,t. Lvni, col. 236; Paul Winfrid ouïe diacre, De gestis Langobardorum, ιν, 44, P. L., t. xcv, col 581. Eniin, Théodoret remarque, toc. cit., que, tout en admet­ 1851 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES tant la supériorité du Père sur le Fils, les Goths de son temps se refusaienl à nommer celui-ci une créature. L'hérésie arienne, implantée chez les Goths, y demeura même après que Théodose lui eut porté le dernier coup dans l'empire romain; par eux elle s’étendit aux peuples de race germanique avec lesquels ils se trouvèrent en contact, Gépideset Rugiens. Suèves et Vandales, Hérules, Burgondes et Lombards; elle passa chez tous à l’état de religion nationale qu’ils portèrent avec eux dans leurs courses dévastatrices à travers l'Europe. Il suffira, pour rester dans l’objet propre de cette étude, d’indiquer som­ mairement les faits qui se rapportent plus directement à l’histoire religieuse de l'arianisme germanique chez les principaux peuples qui envahirent l'empire romain. IL L’arianisme visigothique. — Le début du v· siècle fut le signal des grandes invasions; en 409, les Alains, les Suèves et les Vandales entraient en Espagne, après avoir dévasté la Gaule; en 410, Alaric, roi des Visigoths, prenait Rome et se disposait à passer en Sicile, quand il mourut, l'année suivante, à Cosenza. Ataulf, son suc­ cesseur, tit la paix avec l'empereur Honorius qui lui céda, en 412, la Gaule narbonnaise et les provinces d’Es­ pagne situées en deçà de l’Ébre. Telle fut l’origine du royaume visigothique d’Aquitaine, agrandi quelques années après par Wallia ( 415-419) et ses successeurs, les rois de Toulouse, grâce surtout à leurs succès sur les Alains, les Suèves et les Vandales qui occupaient la Ga­ lice. Les catholiques n'eurent pas à se plaindre de ces premiers rois visigoths, qui furent bienveillants à l’égard du clergé et utilisèrent souvent son intluence; ainsi, Théodoric I" (419-451) accorda toute sa conlianceà saint Orient, évêque d'Auch, et Théodoric II (453-466) sut même se concilier les sympathies d’illustres GalloRomains, comme Sidoine Apollinaire. Epist., i, 2, P. L., t. lviii, col. 446. Mais quand, en 466, Euric se fut emparé du trône après avoir assassiné son frère Théodoric, la situation changea. Roi guerrier et ambitieux, Euric profila de la chute de l'empire romain d'Occident, sous Romulus Augustule, pour étendre les frontières de la monarchie visigothique au delà de l’Ebre et jusqu'aux rives de la Loire et du Rhône; il rêvait de conquérir toute la Gaule. Les évêques des cités encore indépendantes lui apparu­ rent comme autant d’ennemis de la domination gothique et d'obstacles à ses desseins ambitieux. Euric entra dans la voie des mesures violentes, mesures qui n'atteignirent pas seulement les individus, mais dont la religion ca­ tholique elle-même subit le contre-coup. Sidoine Apolli­ naire, Epist., vu, 6, P. L., t. lviii, col. 570. En particu­ lier, défense fut faite de remplacer les évéques qui mou­ raient; d'autres furent exilés, comme Fauste de Riez, et Sidoine Apollinaire, bientôt rendu à son diocèse grâce au catholique Léon, ministre du roi visigoth. Sidoine Apollinaire, Epist., vin, 3, P.L., t. lviii, col. 591. Beau­ coup de diocèses restèrent sans pasteurs jusqu’à la mort d Euric, en 485. Cette politique eut pour résultat de rendre impossible toute conciliation entre les Gaulois et les Visigoths. Vainement Alaric II (485-507) essaya d’une attitude moins hostile à l’égard des catholiques; ceux-ci tournaient leurs regards el leurs espérances vers le roi des Francs, Clovis, vainqueur de Syagrius à Soissons, en 466. Ces sympathies s’accrurent surtout et se tradui­ sirent par des faits après la conversion de ce prince. La bataille de Vouillé, où périt Alaric 11, en 507, détruisit réellement la domination visigothique dans le midi de la France. Les vaincus disparurent des provinces con­ quises; ils auraient été complètement rejetés au delà des Pyrénées, si le puissant roi ostrogoth d’Italie, Théodoric le Grand, n’était venu à leur secours. Les Ostrogoths gardèrent la Provence avec Arles pour capitale, et les Visigoths. la Septimanic avec Carcassonne pour résidence royale. Le fanatisme arien d’Amalaric II (326-534) pro­ voqua une nouvelle campagne du roi Childebert; le 1852 siège de la royauté visigothique fut transporté au delà des Pyrénées. Les catholiques d'Espagne trouvèrent dans les premiers successeurs d’Amalaric des princes tantôt tolérants, comme Theudis, tantôt hostiles, comme Agila dont les mesures oppressives occasionnèrent la révolte d'Athanagilde; la bienveillance et la sympathie que celui-ci mon­ tra envers le culte catholique l’ont fait soupçonner d’être orthodoxe au fond du cœur. En même temps, le catholicisme l’emportait chez, les Suèves. Une première fois, vers le milieu du v· siècle, une grande partie de ce peuple s’était convertie avec le roi Rechiar; mais le ma­ riage du roi Remismond avec une fille de Théodoric, roi visigoth de Toulouse, en 464, avait rendu l'influence à l'arianisme; l’Eglise catholique eut des martyrs. Sous le roi Chararic. entre les années 550 et 560, le royaume des Suèves revint enlin à l'orthodoxie, grâce surtout à l’évêque Martin de Dûmes qui convertit le fils du roi Théodemir, guéri d’une maladie par l’intercession de saint Martin de Tours. S. Isidore, Historia de regibus Gothorum, Wandaloruni et Suevorum, 85-91. P. L., t. LXXXIII, col. '1080 sq.; S. Grégoire deTours, De mira­ culis sancti Martini, 1. I, c. xi, P. L., t. lxxi, col. 925. La paix ne fut pas de longue durée. A la mort d’Athanagilde. le trône visigothique d'Espagne échut à Léovigilde (569-586). Voulant établir sa puissance sur l'unité politique et religieuse, le nouveau roi s’attaque à l’Eglise catholique, en procédant d’abord d’une façon insidieuse; il affecte de partager les sentiments des orthodoxes en ce qui concerne la piété et la foi, sauf la divinité du Saint-Esprit qu’il ne peut trouver dans l’Écriture. Beau­ coup de fidèles se laissèrent prendre au piège; ceux qui le déjouèrent furent punis par l’exil ou des peines encore plus rigoureuses. La lutte s’aggrava, quand Herménégilde, fils aîné de Léovigilde et associé au gouvernement de son royaume, se convertit à la foi catholique sous la double influence de son épouse, la princesse franque Ingonde. et de saint Léandre, archevêque de Séville. Dépouillé de ses domaines, Herménégilde se révolte en s’appuyant sur­ tout sur l’élément espagnol de la nation, et s’allie avec les Suèves orthodoxes et avec les Grecs impériaux qui possédaient encore quelques villes dans la péninsule ibérique. Léovigilde n’en devint que plus furieux; aux exils et aux meurtres d’évêques se joint la confiscation des revenus ecclésiastiques. En même temps, pour se concilier les Espagnols par quelques concessions, il réu­ nit en 581 ou 582 un synode arien à Tolède et fit décréter qu’on n’imposerait pas un nouveau baptême à ceux qui accepteraient la religion du roi, et qu’on se servira'! de la formule : « Honneur soit au Père par le Fils dans le Saint-Esprit. » Mesure qui gagna en effet â l’arianisme politique de Léovigilde un certain nombre d'ortbodoxes, timides ou ambitieux. Alors, s’engagea entre le père et le fils une lutte qui eut tout le caractère d'une guerre de religion; vaincu, et trahi ensuite par les lieutenants de l’empereur Maurice, Herménégilde s'en remit à la clé­ mence de son père. H fut d’abord emprisonné à Valence et à Tarragone, puis, sur son refus de recevoir la com­ munion de la main d’un évêque arien, mis à mort par l’ordre de Léovigilde dans la nuit de la fête de Pâques, le 13 avril 585. Acta sanctorum, t. n aprilis, Anvers. 1675, p. 134-136. La mort d’Herménégilde fut suivie de nouvelles rigueurs contre les catholiques. Beaucoup de personnages importants furent exilés, en particulier les évêques Fronii.,ius d’Agde, Mausone de Mérida, saint Léandre de Séville. Les Suèves de la Galice, vaincus et soumis à la domination visigothique, virent aussi leurs principaux évéques chasses et remplacés par des ariens. Léovigilde ne survécut qu’un an à son fils Herméné­ gilde. Il eut néanmoins le temps de se convaincre de l’inefficacité de la politique qu'il avait suivie et de la r gretter; les évéques proscrits purent rertner dans loi r* dioceses, et les catholiques retrouvèrent plus de liberte. 1853 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES On dit même qu'à son lit de mort le vieux roi reconnut la fausseté de l'arianisme, sans avoir le courage de renon­ cer publiquement â celte erreur; mais il confia son fils Récarède à saint Léandre, pour qu'il l'instruisit comme il avait instruit Herménégilde. Le nouveau roi rendit aussitôt pleine liberté aux orthodoxes; puis, en 587, il lit tenir à Tolède une conférence entre évêques catholi­ ques et évêques ariens. La réunion terminée, il se dé­ clara pour la foi de Nicée. Sa conduite, douce et pru­ dente, amena de nombreuses conversions parmi les Goths et les Suéves. Deux ans après, il crut le moment venu d’en finir avec l'hérésie. Le 8 mai 589, un mémorable concile se réunit à Tolède; après avoir rédigé une longue confession de foi, comprenant vingt-trois anathèmes contre les erreurs ariennes, les membres de l'assemblée adhérèrent solennellement aux définitions des quatre conciles œcuméniques, llefele. Hist, des conciles, trad, franç. ;.t. ni,§287. Ainsi finit l’arianisme visigolhiquejdês lors,onvoits'opérer une fusion rapide entre lesdeux races qui auparavantse heurtaient et se combattaient. Les nom­ breux conciles nationaux tenus à Tolède témoignent de la vie religieuse intense qui se développa, au siècle sui­ vant, dans le royaume catholique des Visigoths d’Espagne. 111. L’arianisme burgonde. — Emigrés en France vers le commencement du v* siècle, les Burgondes, peuplade germanique apparentée aux Goths et aux Vandales, pro­ fessaient la religion catholique en 417 ou 418, quand Paul Orose écrivit son Histoire, vu, 32, P. L·., t. xxxt, col. 1144. Le territoire qu’ils conquirent dans la vallée du Rhône et de la Saône forma bientôt un royaume dont les principaux centres furent Lyon et Vienne. Rappro­ chés ainsi des Visigoths d’Aquitaine, les Burgondes su­ birent peu à pêu l'influence religieuse de leurs puissants voisins. Commencé sous le règne de Gundioch ou Gunderic qui ne semble pourtant pas avoir abandonné luimême le catholicisme, ce mouvement se continua après sa mort (vers 474) sous ses quatre fils, Godemar, Cliilpéric, Gondebaud et Godégisèle. Une lutte s’engagea bientôt entre Chilpéric, resté orthodoxe, et Gondebaud, qui avait embrassé l'arianisme. Vaincu, le premier fut mis à mort avec tous les siens, à l'exception de ses deux filles, Chrona et Clotilde. S. Grégoire de Tours, Histo­ ria Francorum, π, 28, P. L., t. lxxi, col. 223. Le suc­ cès de Gondebaud acheva le triomphe de l’arianisme parmi les Burgondes; des églises furent enlevées aux catholiques. Comme dans le royaume visigothique d’Aqui­ taine, il arriva que les sympathies de ces derniers se tournèrent vers Clovis, surtout après que son mariage avec Clotilde lui eut formé un parti dans le royaume burgonde. Devant cet état de choses, Gondebaud prit à l'égard des orthodoxes une attitude beaucoup plus con­ ciliante. Il subissait aussi l’influence, bienfaisante et efficace, de saint Avit, évêque de Vienne de 490 à 518. La critique historique ne permet pas de faire fond sur les actes d’une conférence qui aurait eu lieu â Lvon, en 499, entre évéques catholiques et évêques ariens. P. L., t. Lix, col. 387 sq. Julien Havet, Questions mérovin­ giennes, II, § 5; Œuvres, Paris, 1896, t. i, p. 46-61; U. Chevalier, Œuvres complètes de saint Avit, Lvon, 1890. p. 157, note 8. Mais les discussions religieuses de 1 évêque de Vienne avec le roi Gondebaud n'en restent pas moins établies par ses lettres, par exemple, la 19« et i126*, écrites vers l'an 499 (édit. Sirmond, Epist., xxi et xxvm, P. L., t. lix, col. 238, 244). C’est la divinité du Christ et du Saint-Esprit qui fait le principal objet de celte correspondance ou de ces entretiens oraux, ou l’évêque catholique démasque tous les faux-fuyants de l’hérésie. Quelque ébranlé qu’il parût à certains moments, Gondebaud ne se décida jamais à faire le pas décisif; la crainte du peuple et du clergé arien l'arrêtèrent. S. Grégoire de Tours, op. cit., n, 34, P. L., t lxxi, col. 230. Vaincu par Clovis et devenu son tribu­ taire en l'an 500, Gondebaud continua à se montrer de 1854 plus en plus favorable à l’Église catholique; il accorda toute sa confiance à saint Avit, et laissa son fils aîné Sigis­ mond embrasser la foi orthodoxe; événements qui mar­ quèrent chez les Burgondes un commencement de retour vers l’Église romaine. Quand Gondebaud mourut en 516. la conversion ne fit que s'accentuer, favorisée par la po­ litique pleine de prudence et de modération que les conseils de saint Avit inspirèrent au nouveau roi. Les évêques purent travailler à la régénération morale du royaume par diverses assemblées conciliaires, dont la principale se tint à Epaone. llefele. Hist, des Conciles. trad. Leclercu. t. m, t; 227.228.231.232. L’arianisme rece· le coup de grâce à la suite des bouleversements politiques qui survinrent bientôt. Sigismond fut d’abord défait par les Francs en 523. et bientôt après mis à mort. Acta sanctorum, t. i maii, Anvers, 1680, p. 83 sq. Son frère Godemar 11 lui succéda ; mais la lutte ayant recommencé en 532, il fut défait; deux ans plus tard, son royaume passait aux mains des rois francs. Ce fut la fin de l’aria­ nisme burgonde. Quelques années après, l’hérésie dis­ parut aussi de la Provence, quand, en 537, les Francs traitèrent avec les rois ostrogoths d’Italie, Théodat et Visigès, et se firent céder par eux les cités qu’ils possé­ daient encore dans le midi de la Gaule. IV. L’arianisme vandale. — Après avoir, de concert avec les Alains et les Suèves, envahi et ravagé la Gaule, les Vandales étaient passés en Espagne en 409. Refoulés ensuite par les Visigoths, ils s’étaient établis en Anda­ lousie et avaient secoué le joug romain sous leur roi Gunderic qui mourut en 426 ou 427, et eut pour succes­ seur Genséric. Dans un moment de révolte contre la cour impériale de Byzance, le comte Boniface, gouver­ neur d’Afrique, marié avec une parente du roi des Van­ dales, appelle ceux-ci à son secours; en 429, ils enva­ hissent la Mauritanie et sont bientôt maîtres des deux tiers de l’Afrique romaine. Ce fut un désastre pour l’Église catholique; car Genséric. redoutant l'alliance des Romains d’Afrique avec ceux d’Italie ou d’Orient, s'attaqua avec la plus extrême violence à la noblesse et au clergé qui. ne pouvant se faire au gouvernement d’un barbare et d'un hérétique, rêvaient le rétablissement de la domination romaine. La persécution religieuse pro­ prement dite commença en 437. et fut signalée par le martyre de quatre Espagnols, attachés au service de Genséric, qui ne voulurent pas renier la foi orthodoxe. S. Prosper, Chronicon, P. L., t. i.i, col. 597. Après la prise de Carthage en 439, l'archevêque Quodvultdeus fut expulsé avec une grande partie de ses clercs; embarqués sur des navires avariés, ils furent abandonnés au caprice des flots et abordèrent à Naples. La persécution alla s’aggravant jusqu’en 475, sauf une interruption momen­ tanée de 454 â 457. A la suite d’un traité conclu avec Valentinien III et sur les instances de cet empereur. Genséric laissa ordonner un évêque catholique à Car­ thage. Ce fut alors qu’il lit son expédition d'Italie, tris­ tement célèbre par la prise et le sac de Rome en 455. Bientôt le fanatisme arien et les préoccupations poli­ tiques du roi vandale rallumèrent la persécution dans Carthage et dans toute 1 Afrique proconsulaire. Ce ne fut que sur la fin de sa vie, en 475. qu’il consentit à se re­ lâcher de sa rigueur envers les orthodoxes en permet­ tant de rouvrir l’église de Carthage qu’il avait fait fermer. Pendant cette sombre période de son histoire, l’Eglise d’Afrique ne s’abandonna pas. La présence de beaucoup de prêtres, restés au milieu des fidèles en dépit des édits royaux, servait à entretenir la foi orthodoxe; des séminaires furent établis à l’étranger: et de loin, les évêques exilés frappaient l’arianisme et fournissaient des moy ens d’attaque et de défense à ceux que les barbares voulaient pervertir. Tels, par exemple, Victor de Cartenne qui fit présenter à Genséric même un livre contre les ariens, et Céréalis de Castellum dont nous possé­ 1855 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES dons encore l'ouvrage contre l’évêque arien Maximin. P. t. lviii, col. 757 sq.; cf. Gennadius, De scriptori­ bus ecclesiast., Tî, 96, P. L., t. lviii, col. 1103, 1116. Deogratias, élu par les catholiques évêque de Carthage pendant la trêve de 454 à 457, donna dans les trois ans de son épiscopat les pins beaux exemples de zèle et de charité. Les quelques années de paix dont jouit encore l’Eglise au début du règne de Ilunnéric, successeur de Genséric (477-484), permirent aux fidèles de Carthage d'avoir un nouvel évêque, saint Eugène, qui, comme son prédécesseur, acquit bientôt une grande inlluence par son zèle apostolique et ses œuvres de charijé. Effrayés de ces succès, les évêques ariens, surtout le fourbe Cyrila qui s’était attribué le titre de patriarche, lancèrent con­ tre saint Eugène des accusations calomnieuses et, dés 481, réussirent à faire entrer Hunnéric dans la voie des persécutions violentes : confiscations des biens et des églises, violences et tortures, exils et déportations en masse dans les lies et dans les déserts. L'empereur lénon étant intervenu en faveur des catholiques, le roi vandale réunit à Carthage, en -484, une conférence reli­ gieuse ou devaient assister les évêques des deux partis; saint Eugène et ses collègues composèrent, à cette occa­ sion, la belle exposition de la foi orthodoxe qui nous a l'lé conservée. P. L., t. lviii. col. 219 sq. Mais les dis­ positions hostiles des ariens empêchèrent toute discussion sérieuse. Hefele, ffist. des ro»e>7e«. trad. Leclercq, t. u,p.930-933. Saisissant ce prétexte, Ilunnéric ordonne de livrer toutes les églises aux partisans de sa religion, et applique aux catholiques les lois promulguées jadis par les empereurs romains contre les hérétiques. Son édit a cela de remarquable qu'il attaque directement dans les catholiques les défenseurs de Γύμοοίσιος, et leur oppose les conciles de Rimini et de Sêleucie. P. L.. t. lviii, col. 235 sq. Une nouvelle ère de martyrs com­ mença ; ère féconde par les souffrances endurées et le sang versé, mais féconde aussi par les merveilles de foi et les prodiges surprenants qui l’accompagnèrent. Il faut lire ce que fut celte persécution barbare et ce qu'elle mit de haine contre les Vandales au cœur des opprimés, dans le récit, naturellement passionné, mais substantiel­ lement véridique, de l’évêque africain Victor de Vite, Historia persecutionis vandalicæ ; récit suivi, dans Migne, du commentaire historique de dom Ruinart sur le même sujet. P. L., t. lviii, col. 179 sq., 359 sq. Gontamond, successeur d'Ilunnéric (485-496), sans faire cesser dès le début de son régne toutes les mesures prises contre les catholiques, les traita néanmoins avec égards; il rappela d'exil d'abord saint Eugène, et plus tard tous les prêtres, en leur permettant de rouvrir les églises. Chronic. S. Prosperi, append., P. L., t. lviii, col. 606. Mais son frère Thrasamond (496-523) rentra dans la voie des persécutions, avec cette différence qu'il procéda surtout à la manière de Julien l’Apostat. essayant d'attirer les orthodoxes à l’arianisme par l'appât des faveurs temporelles, les sarcasmes ou les discussions religieuses. En même temps, il fit remettre en vigueur les anciennes lois ; les églises furent refermées, et dé­ fense fut faite de consacrer de nouveaux évêques. Et comme, malgré tout, leur nombre ne diminuait point, il en relégua cent vingt, et peut-être beaucoup plus, dans l'ile de Sardaigne. Ruinart, Commentarius historicus, c. xi, P. L·., t. lviii, col. 422. 423. Parmi ces confesseurs de la foi brillaient au premier rang le primat Victor et saint Fulgence de Ruspe ; celui-ci devint le véritable chef des évêques exilés et le glorieux champion de l’or­ thodoxie qu'il soutint devant le roi Thrasamond et dans ses écrits contre l'arianisme, P. L·., t. i.xv, col. 223 sq., Contra arianos liber unus, ou le saint répond â dix ob­ jections des hérétiques. Ad Trasimundum regem Van­ dalorum libri tres; De Trinitate ; Contra sermonem Fastidiosi ariani; Pro fide catholica, adversus Pintam episcopum ananum, etc. Voir aussi la Vie de saint I ' i ' 1856 Fulgence, écrite par un de ses disciples, c. xxt sq., P. L., t. lxv, col. 139 sq. A Thrasamond succéda Hildéric (523-530), issu d'Ilun­ néric et d'Eudoxie, fille de Valentinien III ; prince d’un caractère beaucoup plus romain que vandale et ami de l'empereur Justinien. Sans abjurer l'arianisme, il se fit l'ami et le protecteur du catholicisme ; les exilés furent rappelés et la persécution cessa complètement. Les évêques songèrent aussitôt à réparer les maux que ces longues épreuves avaient causés à l’Eglise d'Afrique; plusieurs synodes eurent lieu dont le principal fut, en février 525, celui de Carthage, présidé par le nouvel ar­ chevêque Boniface. Hefele, Hist, des conciles, trad. Le­ clercq, t. n,§238. Bientôt le mécontentement et l'irrita­ tion des Vandales se manifestèrent; Gélimer, cousin d’Ilildéric et arien zélé, en profita pour déposer le roi et le jeter en prison. C'était une nouvelle persécution qui se préparait; mais les procédés tyranniques de l'usur­ pateur â l’égard de la noblesse soulevèrent l'indignation publique, et firent éclater des révoltes dans la Tripolitaine et la Sardaigne. L’empereur Justinien envoya en Afrique le général Bélisaire qui, en 533, prit Carthage et réunit à l’empire le royaume de Gélimer, emmené captif â Constantinople. La plupart des Vandales furent transportés hors d’Afrique. La foi de Xicée fut solennel­ lement confirmée dans un concile général tenu à Car­ thage sous Reparatus, successeur de Boniface. Hefele, toc. cit., § 248. On remit en vigueur toutes les anciennes lois contre les hérétiques, ariens ou donatistes. Ainsi finit brusquement, dans le sang et sous le coup des représailles, l'arianisme vandale, de tous le plus bar­ bare. V. L’arianisme osthooothique. — Des*Visigoths l’hé­ résie était passée d'abord aux Ostrogoths, puis aux di­ verses tribus germaniques établies sur les bords du Danube, comme les Scirres, les Turciiinges et les He­ rulos. Ce furent ces derniers peuples qui, en 476, con­ sommèrent la ruine de l'empire romain d’Occident; Odoacre, leur chef, déposa Romulus Augustule, et prit le titre de roi d'Italie. Sa domination, dont l’Églisecatho­ lique n’eut pas à souffrir, fut de courte durée. A leur tour, les Ostrogoths quittent la Pannonie où ils séjour­ naient depuis quelque temps, et dévastent plusieurs provinces de l'empire sous la conduite de Théodetnir qui meurt en 483. Son successeur est Thêodoric Amale, connu dans l'histoire sous le nom de Thêodoric le Grand. En 489, les Ostrogoths envahissent l’Italie; Odoacre, défait â Aquilée et près de Vérone, partage d’abord sa royauté avec son vainqueur; mais, en 493. Thêodoric l'assassine dans un festin et prend lui-même le titre de roi d'Italie. Une alliance, conclue avec l’empereur d'Orienl Anastase, consacre le nouveau pouvoir. Alors Thêodoric commence ce règne brillant de trente-trois ans qui l'a fait appeler le Charlemagne de I arianisme. Élevé â la cour de Constantinople, il se conduit plutôt en prince romain qu’en barbare. Comme Odoacre. il laisse aux orthodoxes le libre exercice de leur culte; les évêques les plus vertueux et les plus illustres, Césaire d'Arles, Épiphane de Pavie, Jean de Spoléte, possèdent sa faveur et toute sa confiance ; des catholiques mar­ quants obtiennent les plus hautes charges, comme Boèce et Symmaque nommés consuls, et Cassiodore créé suc­ cessivement questeur et maître des offices. Thêodoric porta les mêmes principes de tolérance dans l’adminis­ tration de la Provence et de la Septimanie quand, après la mort d’Alaric II, il se fut fait donner par les Visigoths d'Aquitaine la tutelle de son petit-fils Amalaric. Malgré tout, la différence de religion entre les Ostrogoths et les Romains rendait les froissements faciles ; Thêodoric put s'en rendre compte, lorsqu’on 498 il se départit de sa réserve prudente dans les questions religieuses, et consentit â intervenir dans le débat soulevé par l'élec­ tion simultanée de Sy mmaque et de Laurent au souve- 1857 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES rain pontificat. L'avénernent de Justin Ier au trône impé­ rial de Constantinople et ses édits contre l’hérésie, la sympathie dont les Romains firent preuve à l'égard de l’empereur orthodoxe, aigrirent peu à peu le puissant monarque arien et finirent par changer ses dispositions à l’égard des catholiques. Les soupçons et la défiance lui inspirèrent des mesures sanglantes : Boèce et son beaupère Syinmaque furent misa mort; le pape .lean I", qui ne s'était pas acquitté d'une ambassade en Orient au gré du roi ostrogoth. fut jeté dans une prison ou il mourut. Son successeur. Félix, fut en quelque sorte imposé au choix des Romains. La guerre ouverte était déclarée, quand Théodoric mourut, le 30 août 526. Le prestige et la puissance de la monarchie gothique d'Italie cessèrent avec son fondateur. La fille du grand roi, Amalasonthe, d’abord régente sous la minorité de son tils Athalaric, puis reine après la mort de celui-ci, tenta de reprendre la politique de modération et de paix religieuse, mais elle périt par le crime de celui qu’elle avait pris pour époux et associé à sa royauté, le lâche et fourbe Théodat. Il s’ensuivit une guerre avec l’empe­ reur Justinien, où toutes les sympathies des Romains furent pour le prince orthodoxe. En 536, Viligès succéda â Théodat, assassiné par les siens; vaincu et pris par Bélisaire, le nouveau roi est conduit, en 510, à Constan­ tinople. La fortune des Ostrogoths fut un instant relevée par la vaillance du Visigoth Théodebald, et surtout par les exploits du farouche Totila (541-552) qui prit Rome deux fois, en 546 et en 549, et remit aux mains des bar­ bares l'Italie presque entière. Ce fut un temps de deuil pour l’Êglise catholique, car ce monarque arien ne séparait point dans son esprit la guerre politique de la guerre religieuse, entraîné ou du moins encouragé dans cette voie par le fanatisme de ses Ostrogoths. La défaite de Totila par Narsès à Lentagio, sa mort, en 552, et celle de son successeur Théias, l'année suivante, mirent lin à la domination des rois ostrogoths en Italie. Ce fut le signal d'une réaction violente contre l'arianisme, si violente qu elle emporta presque tous les monuments du règne de Théodoric. VI. L’arianisme lombard. — La paix ne fut pas de longue durée pour les catholiques d'Italie. Destitué de son commandement à la mort de l’empereur Justinien, Narsès fit appel aux Lombards, peuplade germanique qui résidait alors en Pannonie. Sous la conduite d’Alboin, ceux-ci s’emparent, en 568, de la péninsule ita­ lienne, perdue à jamais pour les Byzantins, à l’exception de l'exarchat de Ravenne, du duché de Rome et de quelques autres territoires dans le sud. Demi-hérétiques et demi-païens, ces barbares se montrent surtout achar­ nés contre la race romaine, malgré les tendances plus humaines et plus politiques de leur chef. Le meurtre d Alboin, en 573, et celui de son successeur Kleph, en 575, furent suivis d’une période d'anarchie politique où, sous trente-cinq ducs, pendant les dix ans de la mi­ norité d'Autharis, l'Italie devint un champ de dévasta­ tion et de carnage; les biens des églises et le sang des prêtres ne furent pas plus épargnés que ceux de li noblesse vaincue. Paul Winfrid, De gestis Lan­ gobardorum, II, 32, P. L., t. XCV, col. 502. Peu à peu cependant, grâce en partie à la division du royaume lombard en duchés à peu près indépendants, grâce ; issi aux prodiges dont Dieu glorifia ses martyrs, l’Êglise catholique commença à reconquérir sa légitime in­ fluence; partiels d’abord, les progrès devinrent plus généraux, quand les alliances des rois lombards avec leurs voisins catholiques secondèrent les efforts d:i clergé italien. C'est ainsi qu’en 589, le mariage du roi Autharis avec une princesse catholique, Théodelinde, fille du duc de Bavière, devint pour la partie arienne de la nation un moyen providentiel d'acheminement sers la vraie foi. Veuve dés l'année suivante, la reine idrit sa main au duc Agilulfe de Turin qu'elle convertit ! PICT. DE IHÊOL. CATIIOL. 1858 peu après; celui-ci, à son tour, fit baptiser son fils Adelwald par un évêque orthodoxe et nomma en beaucoup d'endroits des ducs catholiques. Saint Grégoire le Grand seconda de tout son pouvoir les efforts de Théodelinde et d'Agilulfe, comme on le voit par ses lettres à ces deux souverains. De lâ un mou­ vement important de conversions qui, après la mor: du roi en 615 ou 616, se continua sous le gouvernement personnel de Théodelinde pendant la minorité de son fils. Mais à la mort de la reine, vers 623, Adelwald mal conseillé adopta à l’égard des principaux seigneurs lombards une attitude tyrannique qui aboutit à un sou­ lèvement redoutable et lui fit perdre' le trône. Il y eut une nouvelle succession de monarques ariens, qui se montrèrent d’ailleurs respectueux de l’Eglise catholique et n’entravèrent pas son influence toujours grandissante. Paul Winfrid, De gestis Langobardorum. ιν, 43-44. P. L., t. xcv, col. 579 sq. Rodoald, assassiné en 653, termina la série des rois ariens de Lombardie. La dynastie catholique de Bavière monta sur le trône avec Aribert Ier, neveu deThéodelinde (653-663). L’usurpation de Grimoald, duc de Bénévent (663-673), ne changea rien aux affaires religieuses; catholique lui-même, ce roi protégea les efforts que multipliaient les évêques pour convertir les ariens, et ce fut sous son règne que s’acheva cette grande œuvre dans la masse du peuple lombard. L’arianisme disparaissait ainsi deTOccident. VIL Caractère de l’arianisme germanique. — Un double aspect doit se distinguer ici, celui de la théologie et celui de l'histoire. Sous l’aspect dogmatique, l'aria­ nisme germanique està peu près sans importance. C'est surtout par le fait des circonstances, semble-t-il, que l’évêque Ulphilas, homme pratique et organisateur plu­ tôt que théologien, se trouva pris dans l’engrenage de l'arianisme officiel de la cour impériale de Byzance. Les Germains encore barbares trouvèrent-ils dans le Logos el le Christ arien, sorte de Dieu inférieur au Père, quelque chose de plus immédiatement acceptable pour d'anciens adorateurs d'Odin? Peut-être; en tout cas, leur théologie resta stationnaire, tournant dans cetta série de textes scripturaires mal interprétés ou incom­ plets qu’ils avaient hérités des premiers ariens. Ainsi en est-il des monuments qui ont été déjà cités; ainsi en est-il de ces sermons dont les fragments, édités par le cardinal Mai dans sa Nova collectio scriptorum veterum, t. m, ont été reproduits dans Migne, P. L., t. xm, col. 593 sq. Malgré tout, l'œuvre apostolique d’Ulphilas ne fut pas complètement stérile; bien qu'altéré et incomplet, le christianisme arien garda encore assez de vertu pour exercer sur les mœurs et les idées de ces peuplades bar­ bares une profonde et salutaire influence. Du r · . l’Êglise catholique elle-même eut sa part dans cette ac­ tion civilisatrice et moralisatrice. La supériorité de son clergé, dans l'unité et la fermeté de sa foi comme d. ns l'éclat de la sainteté et surtout dans son organisation hiérarchique, s'imposa partout; les plus grands mo­ narques des royaumes ariens se rendirent compte de cette force prépondérante, soit pour l'utiliser, comme Théodoric le Grand, soit pour la battre en brèche, comme Euric et les rois vandales. Le roc demeura ferme, et la présence persistante de l’arianisme en Occident eut pour effet de stimuler le zèle et l'action apostolique du clergéorthodoxe, afin de préserver les fidèles et de convertir les autres. De là, dans les écrits des docteurs et des évêques d'alors, tant de traités relatifs au mystère de la trinité, comme en signale Gennade dans son catalogue des auteurs ecclesiastiques ; ce sont des libelli en forme de brève exposition, des commonitoria ou averti--·ments, des lètlfes même, surtout des sermons el des hymnes; autant de signes des préoccupations ou 1 aria­ nisme jetait l’épiscopat, du v" au vu» siècle. De là encore ces conciles réunis par les évêques, aussitôt qu i - :* pouvaient, pour organiser la discipline ecclésiastique I. - 59 1859 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES et retrancher du sein de l’Eglise tous les désordres qui auraient pu l’all'aiblir. Envisage sous l’aspect historique, l’arianisme germa­ nique a une importance incontestablement plus grande. Ce qui semble d’abord évident, c’est que le christianisme arien devint bientôt comme une religion nationale pour les peuples envahisseurs de race germanique. Par une conséquence naturelle, les princes de ces diverses na­ tions prirent une telle autorité dans leurs églises parti­ culières, qu’ils en devinrent pratiquement les véritables chefs. Une autre conséquence fut qu'au fond de la lutte religieuse il y eut une lutte politique et ce qu’on a pu justement appeler la première manifestation de l’anta­ gonisme entre les deux grandes races de l’Occident, la latine et la germanique. Dans cette grande mêlée de plus de trois siècles, l’arianisme politique des Germains succomba partout, comme avait succombé l’arianisme poli­ tique des Constance et des Valens; il succomba par les mêmes armes, malgré les principes de force dont il disposa et l’éclat que jetèrent des régnes comme celui de Théodoric le Grand. A un moment donné, le pouvoir politique se retourna contre l’arianisme germanique, et la ruine fut complète. Toutes ces nations durent ou disparaître, ou se débarrasser du vice originel de leur hérésie, pour entrer en fusion avec l’élément catholique. A l’opposé apparaissent les Francs; comme peuplade germanique, ils n’étaient probablement pas supérieurs aux autres, mais ils n’eurent pas le même vice originel; ils ouvrirent les yeux, et les ouvrirent à temps, à la pleine lumière de l’Evangile, et avec eux le catholicisme cessa d’être une religion toute romaine, étrangère en quelque sorte parmi les autres peuples. Le baptême de Clovis prépara l’empire de Charlemagne et les glorieuses destinées de la France catholique. Sans doute on peut interpréter ces faits, mais ils n’en restent pas moins des fails, frappantset significatifs. Sur ce courant d'idées dont le développement ne peut se poursuivre ici, voir Godefroid Kurth, Les origines de la civilisation moderne, Paris, 1898, t. i, c. vu : Les royaumes ariens. VUE Renaissance de l’arianisme avec la réforme. — Pendant environ neuf siècles, l’arianisme n'a pas laissé de traces en Europe; car c'est à tort, comme le montre Hefele, Ilist. des conciles, trad. Delarc, t. v, p. 71-73, qu'on a prétendu voir dans l’adoptianisme de Félix d’Urgel, vers la fin du vm» siècle, un compromis entre la doctrine arienne et la doctrine orthodoxe de la trinité. Au xvi» siècle, l’hérésie renaît avec la Réforme, mais dans des conditions très différentes de celles qui marquèrent sa première apparition. A vrai dire, aucune secte protestante ne s’est présentée comme spécifique­ ment arienne; on manquerait surtout d’exactitude, si l’on prétendait ramener à l’arianisme proprement dit toutes celles qui ont nié la trinité ou la divinité de Jésus-Christ. Si l’arianisme rejetait la vraie divinité de Jésus-Christ, ce n’était qu’une conséquence de sa néga­ tion fondamentale, portant sur la consubstantialité du Verbe, seconde personne de la trinité. Par ailleurs, les ariens n'attaquaient pas la distinction des personnes di­ vines, mais ils l'exagéraient, par opposition au sabellia­ nisme; s’ils arrivaient à nier réellement la trinité chrétienne, c’était encore par voie de conséquence, une tri­ nité d’êtres inégaux en nature ne pouvant être une vraie trinité de personnes divines. Cette remarque gé­ nérale trouve surtout son application en ce qui con­ cerne les sectes protestantes antitrinitaires. Le point commun de toutes, c'est la négation de la trinité chré­ tienne, mais cette négation même peut être le résultat d'une direction diamétralement opposée à l’arianisme, la direction sabellienne. Alors on ne maintient pas la réalité· des trois personnes, que les ariens maintenaient, tout en les séparant plus ou moins quant à l'être et à la perfection: mais on nie simplement cette réalité, en no voyant dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que trois [ 1 | I | | ; I 1860 appellations d’une seule et même substance ou quelque chose d’équivalent. Et telle est, en fait, la doctrine gé­ nérale des antitrinitaires de la Réforme, servétistes, sociniens ou unitaires, dont l’étude est en dehors du pré­ sent article. Toutefois, si aucune de ces sectes n’est la reproduction de l’arianisme, toutes ont avec cette hérésie de notables points de contact en ce qui concerne la doctrine trininitaire et christologique. De part et d'autre on arrive à la même conception de Dieu, être suprême non moins un sous le rapport de la personnalité que sous celui de la nature, et par conséquent possédant seul, en dehors de toute autre personne, l’essentielle divinité. Dans son principal ouvrage, Christianismi restitutio, Vienne, '1553, p. 119, Michel Servet rejette la trinité des per­ sonnes divines consubstantielles, en la traitant de Cer­ bere à trois tètes, de Dieu divisé en trois parties. Faus­ tino Socin regarde comme contradictoires l'idée de Dieu numériquement un et celle de trois personnes dont cha­ cune serait Dieu. Christiana: religionis institutio. Bi­ bliotheca fratrum Polonorum, Irenopoli (Amsterdam), 1656, t. i, p. 697. En matière christologique, les rapports entre les ariens et les antitrinitaires de la Réforme ne sont pas moins nets. Le Christ arien n’était, en'réalité, qu'une créature supérieure aux autres par sa dignité mo­ rale et la gloire à laquelle on la supposait élevée. De même, le Christ des sectes antitrinitaires; seulement la vieille théorie philosophique du Logo s-dé mi urge a dis­ paru, et le Christ n'est plus qu'un homme supérieur. Ces rapprochements expliquent assez, en quel sens on a pu voir dans l’arianisme l’erreur fondamentale de la branche rationaliste de la Réforme. Mais si des sectes elles-mêmes on passe aux individus, la question change d’aspect; plusieurs ont réellement repris pour leur compte personnel, en tout ou en partie, la doctrine condamnée au concile de Nicée. On retrouve, par exemple, dans Valentin Gentile la doctrine du Père αύτόθεος et du Fils δευτερόΟεο; entendue d'une manière qui rappelle tout à la fois l'arianisme et le trilhéisrne; car il admet trois esprits éternels, mais dont les deux derniers seraient moindres que le premier, recevant de lui non l’essence du Dieu suprême, mais deux divinités d’ordre inférieur. Chez plusieurs théologiens arminiens des Pays-Bas, comme Épiscopius, Limborch, Courcelles et autres, on retrouve aussi, greffée sur cette conception du Père αύτόβεος, une doctrine subordinatienne qui res­ semble beaucoup à celle d'Eusébe de Césarée et de son parti origéniste. En Angleterre surtout, les mêmes ten­ dances se sont traduites par des manitestations indivi­ duelles d'inégale importance. Ainsi on a vu dans le cin­ quième chant du Paradis perdu, de Milton, un morceau de poésie arienne : Dieu, parlant du sommet d'une mon­ tagne, ou il est voilé dans la lumière, annonce aux my­ riades d'anges et d'archanges rassemblés au pied de la montagne, que ce jour il a engendré son Fils et qu’il le fait roi de toutes les créatures, nées avant lui. Mais, malgré ce qu’il y a lâ de défectueux ou d’équivoque en ce qui concerne la relation du Fils au Père, on peut- dire que Milton, comme Isaac Newton, diffère complètement de l’arianisme dans son but et son esprit. En revanche, des hommes, dont quelques-uns sont rangés parmi les sociniens et les unitaires, ont eu des sentiments ariens; tels, au xvin· siècle, Emlyn, Whitby, Pierce, Lardncr. Priestley et tout particulièrement William Winston et Samuel Clarke. Dans un ouvrage intitulé : Primitive Christianity revived, précédé d’une Préface historique, Londres, 1710-1711, Whiston soutint formellement un arianisme mitige, semblable à peu prés à celui d’Eusébe de Césarée. Dans les principales propositions extraites de son livre et déférées â la Chambre haute du clergé en 1711, on retrouve la doctrine du Père seul Dieu su­ prême, du Fils inférieur et subordonné au Père, engen­ dré ou créé librement par celui-ci au commencement du 1861 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES monde, du Saint-Esprit inférieur et subordonné au Eils non moins qu'au Père, du Logos tenant lieu dans le Christ de l’àme raisonnable. Wilkins, Concilia magnæ Britanniæ et Hiberniæ, Londres, 1737, t. tv, p. 646-651. Whiston fut censuré et privé de sa chaire par l’univer­ sité de Cambridge. L’année suivante, Clarke entrait en scène, en publiant son livre : The scripture doctrine of the trinity, Londres, 1712, déféré, comme celui de Whiston, aux autorités ecclésiastiques en 1714. A son tour, il insistait sur la génération ou la production du Fils par la volonté du Père et sur la subordination de la se­ conde et de la troisième personne à la première; en particulier, il rejetait commo contradictoire dans les ter­ mes mêmes la doctrine des trois personnes dans l’unité numérique de nature, et niait l’existence de trois per­ sonnes éternelles, incréées ou toutes-puissantes. La Chambre haute se contenta d’une vague déclaration, où Clarke reconnaissait « que le Fils de Dieu a été éternelle­ ment engendré par l’éternelle et incompréhensible puis­ sance du Père, et que pareillement le Saint-Esprit a pro­ cédé éternellement de l’éternelle et incompréhensible puissance et volonté du Père ». Wilkins, op. cil., p. 657659. Mais la lutte, provoquée par ces livres, continua quelque temps, et produisit un vrai trouble dans l’Église anglicane. Plus tard, la tendance socinienne et unitaire s’est principalement manifestée. IX. Caractère de l’arianisme dans les temps mo­ dernes. — C’est surtout dans le genre d’attaques dont ils se sont servis à l’égard du dogme catholique et dans une tendance rationaliste de plus en plus saillante qu’il faut chercher la caractéristique des ariens modernes; caractéristique facilement explicable par l’inlluence qu’exerçaient sur eux le principe du libre examen et le développement du criticisme. A ces esprits il ne suffisait plus que l’Église présentât son dogme traditionnel; ils voulurent le contrôlera la pure lumière de la raison et, sur le terrain des faits, lui contester ses titres. De là un double genre d’attaques. Du premier, quelques mots suffiront ici; ce sont les objections généralesde la raison humaine contre le mystère d’un Dieu unique en trois personnes consubstantielles : contradiction patente et criante; incompatibilité de l'aséité avec la génération du Fils ou la procession du Saint-Esprit, et autres objec­ tions assez connues, dont l’examen se rapporte à l’ex­ plication et à la défense du dogme trinitaire. Remar­ quons seulement que ces objections eurent sur beaucoup d’esprits philosophiques du protestantisme, surtout en Allemagne, une influence aussi dangereuse pour le dogme que l’arianisme lui-même; elles les amenèrent â des tentatives d’explication rationnelle de la trinité chrétienne qui en détruisaient réellement la vraie no­ tion. Ainsi en fut-il, par exemple, dans l’école de Wolf, et chez Kant, De Wette, Schelling, Hegel, Feuerbach. Même parmi les catholiques, certains n’ont pas échappé à cette influence; il suffit de citer Günther qui, dans sa théorie de la trinité, censurée par l’Église romaine, for­ mait un mélange des erreurs sabelliennes, ariennes et tri théistes. L’autre genre d’attaques vint d’esprits plus positifs; on discuta, sur le terrain scripturaire ou traditionnel, la doctrine proclamée à Nicée. Les sociniens avancèrent hardiment qu’avant ce concile les chrétiens avaient des sentiments semblables aux leurs sur la personne du Fils de Dieu ou sur la trinité en général. La thèse fut sou­ tenue par Zuicker, Irenicon Irenicorum, Amsterdam, 1658; par Courcelles,Dissertationes, Amsterdam, 1659; par Sandius, Nucleus hisloriæ ecclesiastical. Cosmopolis (Amsterdam). 1668, avec appendices en 1676 et 1678 ; par Le Clerc, Défense des sentiments de quelques théo­ logiens de Hollande, lettre 3«, Amsterdam, 1686, elc. Avec les infiltrations sociniennes et ariennes, la thèse passa en Angleterre, où elle eut, à diverses reprises,des champions de marque: tels, le D1 Bury, dans The naked 1862 Gospel, Oxford, 1690; Locke, On the reasonable ‘ Christianity, Londres, 1695; puis Whiston et Clarke avec leurs partisans ou leurs successeurs. Mais le traditionnel trouva en Angleterre des défenseurs rem rquables, dont les principaux furent G. Bull et W.· ···!■! a i Le premières!surtoutconnu parsa Defensio fidei mca-mr exscriptis catholicorum doctorum, qui intra tria pr> a Ecclesiæ christianæ secula floruerunt, Londres, !■ -5; une assemblée du clergé de France lui lit présenter ses félicitations pour un autre ouvrage, publié en 1695: Ju­ dicium Ecclesiæ calholicæ trium primorum secutorum, de necessitate credendi quod Dominus noster Jesus Christus sit verusDeus. Waterland fut l’adversaire infa­ tigable de Whitby et de Clarke dans sa triple Vindica­ tion of Christs divinity, 1719, 1723, 1724, et autres ouvrages de polémique. La question de la foi trinifaire et christologique de l’Eglise antique et des Pères anl nicéens, soulevée ainsi, n’a pas cessé d’exister: dans ce siècle et récemment encore, elle est revenue à l’ordre du jour. Voir Trinité chez les Pères antènicèens. Une partie des considérations qui précèdent nous a déjà mis sur la voie de la tendance rationaliste dans l’arianisme moderne ; le libre examen, appliquaux dogmes de la trinité et de l’incarnation sous la lumière de la pure raison, a eu pour effet de développer le ra­ tionalisme et le déisme latent, qui se trouvait a la base de l’hérésie arienne. La résultante a été ce qu’on a nommé de nos jours le « protestantisme libéral ■· ou en­ core « le christianisme ou théisme moderne >·. Il suffira d’emprunter à M. A. Réville, Histoire du dogme de la divinité de Jésus-Christ, Paris, 1869, un passage où se reflète un ensemble d’idées venant de Lessing et de Schleiennacher : « Au Dieu de la Trinité doit se substi­ tuer le Dieu unique, supérieur et intérieur au monde, qui épanche dans l’immensité du temps et de l’espace les inépuisables richesses de sa puissance, dont le Verbe éternel est l’univers, révélation de sa pensée, expression de sa sagesse, gravitation perpétuelle de l’esprit créé vers l’Esprit créateur, dont il procède, qui l’aime puis­ qu'il l'attire, et vers lequel les créatures s’élèvent par une ascension mystérieuse. L’union du divin et de l’humain est en puissance dans toute âme humaine. Jésus est grand d’une grandeur suprême, parce que. parmi les fils de la terre, il a senti cette union en luimême si intense et si intime que, sans fermer un seul moment les yeux sur les misères de notre race.il n'a pu donner à Dieu d'autre nom que celui de Père. » Nous sommes, on le voit, loin de la foi de saint Athanase, loin de l'arianisme adouci des eusêbiens, loin même de l’arianisme d'Arius ; maison peut reconnaître avec ces unitaires ou déistes modernes, que l’arianism·* était gros des conséquences qu’ils ont tirées eux-m .. s. Reste à savoir pourquoi et comment ils se disent re chrétiens. La littérature relative à l'arianisme serait considérable, s'il fallait indiquer ouvrages et articles parus sur le sujet ; elle se trouve à peu près complète dans U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-bibliographie et Sup­ plément, au mot Arius; Topo-bibliographie, au mot Aria­ nisme. Pour dégager les ouvrages d'ensemble, les études de dé­ tail citées déjà ne seront pas rappelées. I. Sources anciennes, utilisées et indiquées au cours de l’ar­ ticle. Du côté des orthodoxes, les œuvres historico-dogmatiques des Pères des iv* et v· siècles, en particulier des saints Athanase, Hilaire, Épipliane, Basile. Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse ; puis les histoires ecclésiastiques de Rufin. Socrate. So­ zomène et Théodoret. Du côté des ariens, les fragments d'Arius et de ses premiers partisans : puis, le résumé de lliist· ir- ecclé­ siastique de Philostorge. Sur la littérature arienne cl semiarienne en général, voir Bardenhewer, Patrologie. Frilourg-enBrisgau. 1894, gxi.ltl, 1-2; §LXVIII, 9; trad.franç.,Les Peres de l’Église, Paris, 1899,t. n, p. 9-20, 317, 339. Sur ta littérature patristique anti-arienne des laü'ns, Migne, Indices generales, sé­ rie IX, P. L., t. ccix, col. 735-736. II. Travaux postérieurs. — La partie des Annales de Ear:- 1863 ARIANISME CHEZ LES PEUPLES GERMANIQUES — ARISTIDE nius-Pagi correspondant aux diverses phases de l'hérésie ; Petau. De theologicis dogmatibus, Tract, de sanctissima trinitate. 1.1, c. vu sq.; Louis Mainbourg, Histoire, de Varianisme depuis sa naissance jusqu’à sa fin, avec l’origine et le progrès de l'hé­ résie des sociniens, Paris, 1686; Tillemont, Mémoires pour servir à l’histuire ecclésiastique des six premiers siècles, 2* édit., t. vî, Paris, 1704, p. 239 sq. : G. M. Travasa, Storia critica della vita di Arrio primo eresiarca del iv secolo, Ve­ nise, 1746; Christ. W. Walch, Entwurf einer vollstàndigen His­ torié der Kelzereien, Spaltungen und Religionsstreitigkeiten bis auf die Zeiten der Reformation, Leipzig, 1764, IP part., p. 385 sq. ; J. A. Starck, Versuch. einer Geschichte des Arianismus, 2 vol., Berlin. 1783, 1785. 111. Travaux récents. — 1* Sur l’arianisme dans l’empire ro­ main : J. A. Moehler, Athanase le Grand et l'Église de son temps en lutte avec l'arianisme, trad, de l’allemand par J. Cohen, 3 in-8’, Paris. 1840: A. de Broglie, L'Église et l’empire romain au iv* siècle.4' édit., Paris, 1867-1868; F, Bôhringer, Athanasius und Arius, oder der erste grosse Kampf der Orthodoxie und Hétérodoxie. Stuttgart. 1874 (sous toute réserve pour les idées); W. Rolling, Geschichte der arianischen Hiircsie, t. î, bis zur Entscheidung von Nikaa, t. n. von Niltâa bis Constanlinopel, Gu­ tersloh, 1874, 1883; .1. H. Newman, The a.'ians of the fourth century, fr édit., Londres, 1876; H. Meivill Gwatkîn, Studies of arianism chiefly referring to the character and chronology of the reaction wich followed the council of Nicæa, Londres, 1“ édit., 1882 ; 2* édit., 1900, monographie docte et fort utile pour l'étude historique de l'arianisme, abrégée et vulgarisée par l'au­ teur dans l’ouvrage intitulé The arian controversy, Londres, 1889 ; 4' édit., 1898; card. Hergenrœther, Histoire de l’Église. trad, de P. Bélet. Paris, 1880, t. u, n. 41 sq.; Lüdtke, art. Ariafttsmus, dans Kirchenlexikon, 1882: Ph. SchafT, art. Arianismus et Arius, dans A dictionary of Christian biography, Londres, 1900; Loots, art. Arianismus, dans Realencyklopadie, Leipzig, 1897; J. Guminerus, Die Homôusianische PurIci bis zum Tode des Konstantins. Leipzig, 1900; P. Snellman. Der A nfang des arianischen Streites, Helsingfors. 1904 ; S. Rogalia, Die An fange des arianischen Servîtes, Paderborn. 1907 ; J. Tixerunl. Histoire des dogmes, Paris. 1909. t. H, p. 19-G6. 2· Sur l'arianisme germanique: Jean Cohen, Notice historique sur l’arianisme depuis la mort de saint Athanase jusqu’à nos jours, h la suite do la traduction d’Alhanase le Grand, de Moehler; Ch.-J. Bevillout. De l’arianisme des peuples germa­ niques qui ont envahi l'empire romain, Paris, 1850; Helferich, Der westgothische Arianism us und die spanische Ketzergeschichle, Berlin. 1860; Franz Gorres, Katholikenverfolgungen in den arianischen Germanenreichcn, dans- Real-Éncyclopadie der chrisllichen Allerthumer, par F. X. Kraus, Fribourg-enBrisgau, 1883, t. i, p. 258 sq. 3* Sur l'arianisme dans les temps modernes :Ferd. Christ. Baur. Die christliche Lehre von der Dreieiniglceit und Menschwerdung Gottes in ihrer geschichllichen Entwicklung,Tdbmgoe, 1841-1843, t. m, part. I, c. n-iv; part, il, c. m, iv, vî; J. A. Dorner. Entwicklungsgeschichte der Lehre von der Person Christi. Stuttgart, 1845, ouvrage important traduit en anglais par W. Lindsay Alexander et D. W. Simon, sous ce titre: History of the doctrine of the Person of Christ, 3 vol. en 5 tomes, Edim­ bourg, 1891-1892, t. iv, v, avec un appendice du Rév. Patrick Fairbain relatif à l'Angleterre; Dictionnaire des hérésies, pu­ blié· par l’abbé Migne, Paris, 1847, t. i, p. 425 sq. 4· Histoire du dogme. Théologiens catholiques: Mgr Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique pendant les trois premiers siècl"s de l’Église et jusqu’au concile de Nicée. Paris, 1852, t. n. 1. IX, c. xi sq. ; J. Schwane, Dogmcngcschichte, 2* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1892.1895, t. i. § 24 ; t. n. § 9 sq. — Théolo­ giens protestants : Baur, op., cit., t. i, part. II, c. i sq. ; Dorner, op. cil., P· période, 2* époque, sect, ni; Harnack. Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1894, t. n, c. vu. 5* Conciles et symboles : Mansi, Collectio conciliorum, t. n. in: Aug. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche, 3' édit., Breslau. 1897; Karl Künstle, Eine Bibliothek der Symbole und theologischer Tractate zur Bekàmpfung des Priscillianismus und westgothischen Aria­ nismus aus dent w Jahrhundert, Mayence. 1900; Hefele, Hist, des conciles, trad. Leclercq. Paris. 1908, t. i-il. 6· Chronologie : H. J. VVetzer, Restitutio verte. chronologiæ rerum ex controversiis arianis ab anno 325-360 exortarum. Francfort-sur-le-Main, 1827, p. x-71 (à rectifier sur plusieurs points); H. F. Clinton. Fasti romani, 2 vol.. Oxford, 1845, 1850; G. Goyau. Chronologie de l’empire romain, Paris. 1891; A. von Gutschmid, Kleine Schriften, édit. F. Rühl. Leipzig, 1890, t. n. p. 428 sq. ; Gwatkin, op. cit., 2* édit., Chronological table, p. XX111 sq. χ [ E UxcilELET. 1864 ARIAS DEL CASTILLO Jean, théologien mora­ liste espagnol.-On a de lui : Doctrinal de confessores en casos de restitution, in-4», Alcala, 1552. Hurler. Nomenclator literarius, Inspruck. 1899, t. iv, col. 330. V. Oblet. ARIAS DE VALDERAS François, canoniste es­ pagnol auteur d'un traité De belli justitia et injustitia, publié à Rome en 1533, in-4», et inséré en 1581 dans le xvie volume de la grande collection canonique publiée à Venise sous les auspices de Grégoire XIII. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1899, t. iv, col. 1137. V. Obi.et. ARIGNANI Jean-Baptiste, théologien moraliste ita­ lien; on lui doit un court traité de morale intitulé Epitome Institutionum moralium, in-4°, Turin, 1776. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. ni, col. 198. V. Oblet. ARIOSTO Alexandre, religieux franciscain, origi­ naire de Bologne, vécut dans le cours du xvr siècle. Théologien et canoniste renommé, il fut envoyé vers 1476 chez les Maronites, et trois ans plus tard, de retour en Italie, il fut chargé par Sixte IV de diverses fondions dans la Romagne. Outre plusieurs écrits relatifs à son voyage en Orient. Alexandre Ariosto composa un Interro­ gatorium proaniniabUs regendis, Venise, 1513, souvent réimprimé sous le titre : Enchiridion, seu interrogato­ rium confessorum pro animarum curanda salute, in-4°, Paris, 1520, etc. . | I , ! Wadding, Scriptores minorum, in-fol., Home, 1550, p. 7; Annales minorum, in-fol., Rume, 1735, t. xtv, p. 130, 244. B. Heurtebize. ARISTÈNE Alexis, canoniste byzantin du XIIe siècle. Tour à tour hiéroninemon, P. G., t. cxxxitt, col. 1033, nomophylax, protecdice et orphanolrophe, ibid., col. 1021, 1034, 1042, il écrivit, à la demande de Jean Comnène (1118-T143), un commentaire sur la Synopsis canonum, que les éditeurs ont malheureusement publié non dans sa forme originale, mais en appendice aux commentaires analogues de Zonaras et de Balsamon. P. G., t. cxxxvit. cxxxvttt. Cette disposition pourrait laisser croire qu’Aristène n’a fait que compléter Zonaras, tandis que celui-ci est postérieur au premier; il a en effet écrit ses commentaires sous Manuel Comnène (114311,80) et après 1159. Voir à ce sujet Zachariæ de Lingenthal, Sitzungsbericlde der ko:nig. preuss. Akademie der Wissensch. zu Berlin, t. lui (1887), p. 1158; Zachariæ rectifie l’opinion erronée de ses devanciers, qu'il avait lui-même jusque-là partagée. Nous tenons de Théodore Prodrome les principaux renseigne­ ments que nous possédons sur Arislène. Cf. La Porte du Theil, Notices et Extraits des manuscrits, t. vt (18(H). p. 499-566; t. vu (1804), p. 2, 235-260; t. vnx (1810), p. 2, 78-220; réim­ primé dans P. G., t. c.xxxm, col. 1015-1090. Sur le texte des commentaires, voir surtout Zachariæ de Langenthal, ubi supra, p. 1155-1159, et M. Kransnozen, Les commentateurs du code canonique de. l'Église orientale. Arislène, Zonaras et Balsa­ mon (en russe), in-8·, .Moscou. 1892. Cf. le compte rendu de P. Bezobrazov. Journal du Ministère,t. cct.xxxvui (août 1893), p. 517-534. —Pour la chronologie, voir A.'Pavlov, Sur la question des rapports chronologiques entre Aristène et Zonaras comme auteurs des commentaires sur les canons ecclésiastiques, dans le Journal du Ministère, t. cccnt (janvier 1896), p. 172-199. L. Petit. ARISTIDE, philosophe athénien et apologiste de la première moitié du IIe siècle. Pas d'autre détail sut· sa vie et sur ses œuvres. Eusèbe rappelle seulement qu'il adressa une Apologie à Hadrien, pendant le séjour de cet empereur à Athènes; mais, contrairement à ses habi­ tudes, il n’en cite rien. H. E., iv, 3, P. G.,t. xx, col. 308. Saint Jérôme spécifie que cette Apologie était remplie de pensées empruntées aux philosophes, qu'elle servit de modèle à saint Justin; il vante le courage, l’éloquence 18G5 ARISTIDE 1866 et l'érudition d’Aristide. De vir. ill., 20, P. L., t. χχιπ, [ théologien, le sentiment de la force efficace des i·! es col. 640; Epist. ad Magn., i.xx, P. L., t. xxn, coi. 667. simples, lira avec plaisir la nouvelle Apologie et Il fut impossible, pendant longtemps, de contrôler les sentira saisi à la fin par la description de la vie d· - ·.dires d'Eusébe et de Jérôme, de se faire une idée objec­ ciennes communautés chrétiennes. » Harnack, cité : ir tive de l’œuvre d’Aristide, car on la croyait perdue. Ce­ Kihn, Compte rendu du IIIe congrès scientifique ·■« pendant, dès 1878, les méchitaristes de Venise publiè­ catholiques, '1894, il’ section, p. 188. Hilgenfeld pense de même dans son livre sur le Κήρυγμα ΙΙέτρου. Zeils. ■·. rent un fragment assez court d’une version arménienne. Et plus tard, en 1889, Rendel Harris trouva au mont furwiss. Theol., Leipzig, 1894, p. 540. Ce qu'il faut en Sinaï, dans le couvent de Sainte-Catherine un recueil de retenir, en effet, c'est d'abord la notion de Dieu donnée quinze pièces, parmi lesquelles l’Apologie d’Aristide en comme pierre de touche pour juger de la vérité de la entier dans une version syriaque; Robinson reconnut religion chrétienne; c’est ensuite l'argument tiré de la que cette version ressemblait au discours de Nachor au supériorité morale du christianisme; c'est enfin le ta­ roi Abenner de la Vie de Barlaam et de Josaphat, qui bleau delà vie chrétienne, qui rappelle par de nombreux se trouve parmi les œuvres de saint Jean Damascène, traits la Didaché, et surtout VEpitre à Diognète. De plus P. G., t. xcvi, col. 1008-1121. Cette triple découverte ne on y retrouve des traces indéniables, quoique incom­ laissait plus de doute : on possédait l’Apologie, sans le plètes, du symbole des apôtres, en ce qui touche par savoir. Un travail de comparaison s’imposa. Or le frag­ exemple, à l'incarnation de Jésus-Christ, à sa naissance ment arménien se retrouvait à peu près, soit dans le d'une vierge sainte, à sa mort sur la croix, à sa résur­ grec, soit dans le syriaque. Mais les deux textes, grec et rection le troisième jour el à son ascension; le groupe­ syriaque, étaient loin d’avoir la même longueur. Celle ment de ces divers points ne saurait être fortuit : il est inégalité provient d'abord de ce que l’auteur de la Vie de un écho du symbole. Enfin celte Apologie n’a pas échappé Barjàam et de Josaphat, en mettant l’Apologie d’Aristide à la clairvoyance ironique de Celse. Aristide, en effet, avait sur les lèvres de Nachor, n'en a strictement conservé prétendu que le rituel des Juifs était plutôt une adora­ que ce qui cadrait sans disparate avec les données de son tion des anges; Celse en a conclu que les Juifs adoraient roman : d’où une réduction dans les renseignements les anges. Aristide avait montré que Dieu a tout fait pour préliminaires sur la division de l’humanité, et une sup­ l'homme; Celse fait la caricature de ce principe et mon­ pression de prés de deux pages à la fin ; ensuite de ce tre que les grenouilles, les oiseaux, les fourmis raison­ que le syriaque renferme beaucoup de répétitions et tra­ nent de même, se font le centre de l’univers et estiment duit largement. Toutefois, comme les versions syriaques que Dieu a tout fait pour eux. Origène répondra plus sont en général très sincères, c’est la découverte de Ren­ tard â Celse par l'argument de la providence; argument del Harris qui nous donne, pour le moment, l'idée la qu'Aristide a eu du moins le mérite d'entrevoir et de plus complète de l’Apologie. 11 ne reste plus qu’à décou­ formuler. vrir l'original. Indépendamment de l’Apologie, on a voulu attribuer En attendant, si le voile qui recouvre la vie d’Aristide encore à Aristide une Home'lie sur Luc., xin. 43. dans n'a pu être soulevé par les récentes découvertes, on peut laquelle les paroles de Jésus en croix servent de preuve du moins se faire une idée plus exacte de l’œuvre du à sa divinité; mais, de l’aveu de tous les critlques.il philosophe athénien. Les renseignements d’Eusébe et faut renoncer à une telle attribution; il faut en dire de Jérôme semblent indiquer comme date l’hiver de 125autant d'un fragment de Lettre à tous les philosophes. 126. Mais la suscription offre quelque difficulté. « Au Kihn. dans son UrsprungderBriefesanDiognet, 1882. avait émis l’idée que VÉpître ά Diognète et V Apologie tout-puissant César Tite Hadrien Antonin, Augustes, Clé­ ments, Marcianus Aristides, philosophe athénien. » On coïncidents! bien pour le fond etpourla formequ'Aristide ne donnait pas aux empereurs le titre de παντοκράτωρ ; doit être tenu pour l’auteur de Tune etde l’autre. Il y est on se contentait de celui de αύ-οκράτωρ; le qualificatif revenu avec plus d’insistance au III’ congrès scienti­ d’Augustes et de Cléments, au pluriel, ne saurait conve­ fique des catholiques, en 1894. La lettre à Diognète. ditnir â un seul personnage; s’il s’agit d’Antonin en même il. s’appuie sur l’Apologie d’Aristide comme sur son hypothèse et sa base nécessaires: c’est le développement temps que de Hadrien. l’Apologie daterait de 138; à plus plus ample du contenu de l’Apologie. L'Épitre traite forte raison, s’il ne s’agit que d’Antonin seul, la date de 125-126 ne saurait convenir. Ainsi pensent Rendel tout ce que n’a pas traité l’Apologie et glisse sur ce qui Harris. Harnack, Bardenhewer. Kihn maintient quand a été dit par l’Apologie. De la concordance et de l’homo­ même la date d’Eusébe et de Jérôme. généité formelle et objective, on est en droit de conclure Quoi qu'il en soit de la date, l’Apologie peut se résumer qu'Aristide est également l'auteur de l’Epltre. Compte ainsi : étant donnée la vraie notion de la divinité, il im­ rendu du IIIe congrès des savants catholiques. 1894. Il’ section, p. 189-190. Cette démonstration tu rit.- d être porte de savoir qui la possède. Or l’humanité se partage en quatre catégories : les Barbares, les Grecs, les Juifs signalée; et, s> elle était plus qu’une séduisante hvpothèse, elle prouverait que le philosophe athénien a tenu et les chrétiens. Ni les Barbares, à cause de leur idolâà compléter par lettre ce que son correspondant Dio­ trie; ni les Grecs, Egyptiens et Chaldéens compris, à gnète trouvait à peine indiqué dans l’Apologie. C est cause de leur polythéisme, ni même les Juifs, à cause ainsi, du moins, que plus tard Athénagore dut completer de leur attachement à des idées et à des usages suran­ sa Πρεσβεία par son Περί τή; άναστάσεω; νεκρών. Mais la nés, ne sauraient prétendre à la possession de la vraie question de style reste une trop grande difficulté pour notion de la divinité. Cette notion vraie, seuls les chré­ admettre l’attribution proposée par Kihn. L’auteur de tiens la possèdent : ce qui le prouve, en particulier, c'est VÉpitre a pu avoir en vue ce qui manquait à l’Apologie; la vie qu'ils mènent et qui a un cachet de supériorité mais ce n’est pas Aristide, car il le dépasse, et de beau­ morale absolument incontestable. coup, par son mérite littéraire. Cette Apologie, dépourvue de style et d'art dans la composition, est loin de valoir celles qui parurent au S. Aristidis, philosophi atheniensis, sermones duo, Venise, U’ siècle; elle contribue assez peu à la connaissance 1878 ; Rummler, De Aristidis, phil. athen., sermonibus duo·is apologeticis. Posen, 1881 : Martin, dans les Analecta sacra, de de l'antiquité chrétienne; elle n'a pas de théologie propre­ D. Pitra, 1882, t. IV. texte arménien, p.6-11. et version, p. 282-288. ment dite. Et pourtant elle n’est pas absolument sans du fragment de la Lettre ù tous les philosophes : Rendel Harris mérite. « Elle ne peut être nullement comparée aux tra­ The Apology of Aristides, Cambridge. 1891, dans Tr.r’s d vaux de saint Justin, en ce qui concerne la pénétration Studies, t. i. fasc. 1; Harris, Th·· newly recover-,! Λρ .ρ ?', ·γ theologique, l’art et l’érudition ; mais elle rend les prin­ Aristides : its doctrine and ethics, Ixmdres. 1891. R. Raabe. cipes de l'hellénisme chrétien avec une force et une Die Apologie des Aristides aus dem syrischen ••bersetzt. cire les Tcccle und Unters., Leipzig, 1892, t. IX, fasc. 1; Seecergderr clarté extraordinaires. Quiconque a conservé, comme 1867 ARISTIDE ARISTON DE PELLA 1868 Apologet Aristides, Leipzig, 1893; Hennecke, Die Apologie des en parlent, mais sans dire de qui il est. Maxime est Aristides, dans les Texte und Unters., Leipzig, 1893, t. iv, donc le seul de toute l’antiquité chrétienne, à en attri­ fasc. 3; Picard, L'Apologie d'Aristide, Paris, 1892 ; Lauchert, buer la paternité à Ariston. Ueber die Apologie des Aristides, dans Internat, theotog. Composé en grec, ce dialogue a été traduit en latin Zeilschri/t,t. n, 1894, p. 278-299 ; Kihn, Ursprung der Lriejes par Celsus ou Cœcilius. Mais texte grec et traduction an Diognct. 1882; Compte rendu du III' Congrès scientifique latine ont également péri. Seule, la préface de la traduc­ des catholiques, n· section; Dissertation sur l'ilotnélie arménenne, et le fragment Ad omnes philosophos, de Zahn, dans tion nous reste; elle se trouve à la suite des œuvres de l'orschutigen zur Gesch. der neatest. Kanons, Erlangen, 1893, saint Cyprien. Elle est adressée ad Vigilium episco­ t, v,p. 415-437; P. Pape, Die Predigt und das Brieffragment pum avec ce titre : De judaica incredulitate. Corpus des Aristides, dans les Texte und Unters., Leipzig, 1894, script, eccles. lat., Vienne, t. ni, part. 111, p. 119-132. Ni t. xit, fasc. 2. Pour la bibliographie, Harnack, Texte und Un­ Celsus ni son correspondant Vigilius ne nous sont con­ ters., Leipzig, 1882, t. i, p. 110;Ehrhard.dans les Strassburger nus. Si ce Celsus est l’évêque d Iconium, dont parle ia tlnologische Studien, Strasbourg, 1894. t. i, fasc. 4. 5, p. 84lettre d’Alexandre de Jérusalem et de Théoctiste de 85; 1" supplément, 1” part., Fribourg-en-Brisgau, 1990, p. 202211. Césarée à Démétrius d’Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., G. Bareii.i.e. vi. 19, P. G., t. xx. col. 569, son correspondant ne sau­ ARISTON DE PELLA, judéo-chrétien de la pre­ rait être ni Vigile de Trente ni Vigile de Tapse, beau­ mière moitié du II· siècle, originaire ou habitant de coup plus récents; et réciproquement, s’il faut identifier Pella, ou la communauté chrétienne de Jérusalem Vigile avec l’un des deux évêques précités, on doit re­ s’était réfugiée avec son évêque, lors du siège, de la prise noncer à savoir quel était ce Celsus. et de la ruine de la ville sainte par Titus. Point d’autres Quoi qu’il en soit, voici les renseignements fournis renseignements biographiques. Eusèbe cite pourtant par cette préface : le dialogue a eu lieu entre un judéoAriston comme écrivain ecclésiastique, mais sans nous chrétien, Jason, et un juif alexandrin, Papiscus. Par les apprendre les ouvrages qu’il avait composés. II. E., iv, passages de l’Ancien Testament, par la clarté avec la­ 6, P. G., t. xx, col. 313. Aussi en est-on réduit aux quelle il prouve que les prophéties ont été accomplies conjectures; en voici deux reposant sur de faibles in­ en Jésus-Christ, par la force pleine de douceur avec dices. laquelle il combat sa dureté, Jason finit par convaincre D'après la première, Ariston aurait composé une His­ si bien son interlocuteur que Papiscus, éclairé au de­ toire d'Orient. C’est ce que donne à entendre Moïse de dans de son cœur par l’infusion du Saint-Esprit, recon­ Khoren qui, dans son Histoire d’Arménie, t. n, p. 57, naît la vérité, et, touché de la crainte du Seigneur par prétend lui avoir emprunté tout ce qui touche à l'insur­ la grâce du Seigneur même, il croit en Jésus-Christ, rection de Bar Cochbas, à la prise de Béther, en 135, et fils de Dieu, et demande à Jason de lui donner le sceau à la sanglante répression des Juifs par les Romains, qu’il de la foi, c’est-à-dire le baptême. fait suivre du récit de la mort et des funérailles du roi On a discuté la question de savoir si ces interlocu­ d'Arménie. Aliases. Routh, Beliq. saer., t. i, p. 101-103. teurs étaient des personnages fictifs ou réels. La seconde Gallandi, Bibliolh. pair., t. I, prolog... p. 76, et Keil, hypothèse n’a rien d'invraisemblable. Mais, dans ce notes sur l'édition harlésienne de la Bibliolh. græca cas, il paraît difficile, à cause des dates, d'identifier le de Fabricius, t. vu, p. 157, ont cru pouvoir en conclure Jason du dialogue avec celui des Actes, xvn, 5, et de VÉpitre aux Bomains, xvi, 21. qu'Ariston de Pella avait écrit une Histoire d'Orient, et que c'est là qu’Eusèbe d’abord, II. E., iv,6, P. G., t. xx, Ce qui intéresserait le plus, ce serait de connaître col. 313, et Moïse ensuite auraient puisé ce renseigne­ l'ouvrage dans son intégrité. Puisqu’il roule sur l’in­ ment entre autres que défense fut faite aux Juifs de crédulité juive, on aimerait à savoir quels étaient les mettre le pied dans Ælia Capitolina et que désormais arguments mis en avant de part et d’autre. On sait que ils ne pourraient plus même jeter de loin un regard Celse n’en faisait pas grand cas, qu'il traitait l’œuvre de sur le sol de leur patrie. Mais ce n'est là qu’une hypo­ ridicule, digne de pitié, et qu’il dédaignait de la réfuter thèse d’autant plus faible, remarque Routh, loc. cit., à cause de ses absurdités. Mais tel n’était pas l’avis que ce Moïse de Khoren dépend ici d’Eusèbe, et d’Origéne. On n’a qu’à lire ce dialogue, disait-il. pour qu’Eusèbe, tout en citant Ariston de Pella, oublie de se convaincre du parti pris et de l'erreur de Celse; c’est un chrétien discutant avec un juif et prouvant, à nous dire l’ouvrage dans lequel il a puisé ce qu’il lui l'aide des Écritures, que les prophéties concernant le emprunte. Christ s’appliquent à Jésus. Conl. Cels., iv, 52, P. G., D’après le Chronicon paschale, vit· siècle, « Apelles et Ariston, qu’Eusèbe mentionne dans son Histoire, au­ t. xi, col. 1116. Nous avons donc là l’une des caractéris­ raient présenté une Apologie à l’empereur Hadrien, en tiques de l’œuvre; c’est la première apparition du cé­ 134. » P. G., t. xcn, col. 620. Mais Du Cange fait obser­ lèbre argument de prophétie qui était de nature à im­ ver avec raison qu’Eusèbe, contrairement à l’indication pressionner tout juif droit et sincère ; l’Ancien Testament du Chronicon, ne range ni Apelles ni Ariston parmi les est plein de prophéties concernant le Christ. Or toutes apologistes et que, lorsqu’il cite Ariston, il ne donne ces prophéties se trouvent réalisées dans la personne de pas le titre de son ouvrage. Il est vrai que Fabricius Jésus. Donc Jésus est le Christ ou Messie. C'est l’argu­ croit à une erreur de transcription et que, au lieu de ment que saint Justin fera valoir au juif Tryphon; mais Άπέλλης χαι ’Αρίστων, il faudrait lire : ό πελλαΐος Tryphon discutait point par point toutes les prophéties, Άριστων. Dans ce cas, Ariston aurait été l’auteur d’une prétendait que la plupart concernaient des personnages Apologie, l'une des premières en date, restée d'ailleurs de l’Ancien Testament, et se refusait à en constater complètement inconnue, et dont il n’est pas fait la 1 accomplissement total en Jésus. Il eut toutefois la moindre mention dans les auteurs ecclésiastiques des loyauté de reconnaître que Justin avait été modéré dans premiers siècles. la forme et pressant pour le fond, mais il n’alla pas, Cependant, sur la foi de Maxime, dans ses Notes sur comme Papiscus, jusqu'à se convertir cl à demander le la Théologie mystique du pseudo-Denys, P. G., I. iv, baptême. col. 421, on s’accorde à reconnaître Ariston comme Nous devons à saint Jérôme de connaître au moins l’auteur du Dialogue de Jason et de Papiscus. Ce dia­ 1 une des objections qui couraient parmi les Juifs : logue était connu bien avant Maxime; car Gelse, le Memini me in altercatione Jasonis et Papisci... ita, contemporain de Marc Aurèle, Clément d'Alexandrie, reperisse : Λοιδορία Θεού ό χρεμαμενος, id est, male­ Origene. Cont. Cels., iv, 52, P. G., t. xi,col. 1113, saint dictio Dei qui appensus est. In Gal., nr, 14, P. L., J.rôme. In Gai., ni. 14, P. L., t. xxvi, col. 361 ; Liber : t. xxvi, col. 387. Les Juifs ne pouvaient admettre que le hebr. quæst., in Genes., t, 1, P. L., t. xxin, col. 986, ' Messie dut subir la mort ignominieuse de la croix. Le 1869 ARISTON DE PELLA ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE texte du Deutéronome ne cadrait pas avec l'idée qu'ils se faisaient du Christ; car le mystère des abaissements du rédempteur passait leur intelligence. Ainsi rien d étonnant à ce que l'objection de Papiscus se retrouve sous la plume de Tertullien. Ado. Jud., x, P. L., t. n, col. 625. Selon son habitude, l’écrivain de Carthage l'avait empruntée, sans le dire, au dialogue d’Ariston, comme il avait emprunté dautres traits au dialogue de saint Justin. Il reste donc que le Dialogue de Jason eide Papiscus a été célèbre, qu’il ne méritait pas les dédains de Celse, mais que, de l'avis d’Origène, il était loin de valoir d’autres ouvrages composés pour la défense de la foi ; et que, s'il est réellement d’Ariston de Pella, il a dû être composé entre 135 et 150. Harnack a établi que Γ Altercatio Simonis judici et Theophili Christiani, répandue en Gaule par un inconnu du nom d'Evagrius, au commencement du v· siècle, représente pour le fond et l’ensemble l’œuvre d’Ariston. Altercatio Simonis, dans les Texte und Vnlersuch., Leipzig, 1883, t. t, fasc. 3, p. 1-136. Evagrius a, â tout le moins, connu le dialogue de Jason et de Papiscus et s’en est servi. D autres cri­ tiques ont pensé, non sans vraisemblance, que Terlullien, Adversus Judieos, et saint Cyprien, Testim., et Origène, Tractatus de libris Scripturarum, s’étaient servis de l’Apologie d’Ariston. Ε’Αντιίολη ΙΙαπίσκου και Φίλωνος ’Ιουδαίων'προς μονάχον τ;να, qui a été éditée à New-York, en 1889. par Mc Giffert et qui serait l'œuvre de Jérôme de Jérusalem, aussi bien que le Dialogue entre Athanase et le juif Zachée, publié dans une version arménienne, Anecdota Oxononiensia, classical series, vin, Oxford, 1898, et le Dialogue entre Timothée et Aguila, encore inédit, contiendraient des arguments empruntés à VAltercatio Simonis. Il en résulterait que tous ces écrits antijuifs dépendraient l'un de l’autre et pourraient servir à reconstituer en partie l’ouvrage d’Ariston. M. Resch, Ausserkanonische Paralleltexte zu den Evangelien, dans Texte und Untersuch., 1894, t. x, fasc. 2, p. 450-456, a conjecturé sans raison suffisante, qu'Ariston était le même personnage qu'Aristion à qui il attribue la finale de l’Êvangile de saint Marc. Gallandi. Biblioth. pair., t. t, prolog.; Keil, Biblioth. grxc., de Fabricius, édit. Harless, t. vu; Routh, Retiq. sacr., t. i; Otto, Corpus apol., t. tx; Zahn, dans les Forschungen zur Gesch. des neutest. Kanons, t. iv, Erlangen, 4891 : Batiffol, La littérature grecque, Paris, p. 89-90; A. Ehrbard, Die altchristliche Literatur und ihre Erforschung seit 1S80, dans Strassburger theologische Studien, t. t, fasc. 4, 5, p. 94-97; Id., von iSÿi-1900, ibid., supplément, 1900, 1.1, p. 212-217. G. Bareh.le. ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE Qu’il y ait un lien étroit entre la philosophie de l'Ecole et celle du Lycée, entre la doctrine des chefs de la sco­ lastique, tels qu’Albert le Grand et saint Thomas d'A­ quin, et celle d’Aristote, c'est un fait incontestable. La parenté des deux doctrines, la filiation de la scolastique par rapport à la philosophie aristotélicienne a reçu le nom <( d’aristotélisme de la scolastique». Nous établirons comment la philosophie de i'Êcole procède de celle d Aristote, si elle en descend entièrement et en droite ligne, si la source aristotélicienne a été déviée en route ou pervertie par la scolastique elle-même, s’il y a eu d’au­ tres sources dont la scolastiqueest tributaire, enfin dans quelle mesure elle a puisé à la première de ces sources. 1. Accusations d’aristotélisme exagéré et dangereux portées contre la scolastique. II. Diverses époques. III. Les écoles. IV. La servilité de la scolastique en lace de 1 aristotélisme. V. La falsification de la pensée d’Aristote à la faveur des traductions et des commentaires arabes. VI. La perversion de la méthode des sciences rationnelles et du dogme lui-même. VII. Condamnations ecclésiastiques portées contre 1 aristotélisme. VIII. L'icono- K Manet réciproquement, ce que la foi est à la raison, et réci­ donnet, op. cil., p. i.xv, i.xvi. Voir Augustinisme et Pla­ proquement. En particulier ils développent la thèse de la soumission nécessaire de la philosophie, qui est selon tonisme (Le) DE LA SCOLASTIQUE. 2° L’averroïsme. — C'est chez, les averroïstes que se eux ancilla theologiæ. Cf. S. Thomas, Sum. theol., rencontre le maximum d'aristotélisme. Un certain nom­ Ia, q. i, a. 5; Sin er Boet. de Trinit., q. li, a. 3, ad 7"™; Coni. Genl., 1. I, c. i; In I V Sent., 1. I, prol.,q.i, a.l; bre de latins dont l’existence nous est révélée plutôt par Dante, Convilo, Florence, 1857, tr. Il, c. xv, p. 176, 177; les traités qui les combattent que par les œuvres sorties tr. IV, c. iv, p. 274; et celle de la supériorité de la de leur pluine, ne voulurent connaître et professer la théologie sur la philosophie, soit dans son objet, soit philosophie d’Aristote qu'à travers les commentaires qui dans ses principes, soit dans ses méthodes. Cf. Albert le en avaient été laits par Averroès. 11 en résulta de graves Grand, Sum. theol., I», tr. I, q. v, mernbr. n, Lyon, erreurs préjudiciables à. l'intelligence du Stagyrite, à 1651. t. xvn, p. 13; S. Thomas, Sum. theol., I», q. i, l'interprétation de la foi, à l’unité et à la paix de l'uni­ a. 5; 11* II», q. Π, a. 3, 4 ; Cont. Gent., 1. II, c. iv; versité de Paris. Le plus célébré de ces averroïstes est Quæst. disp, de veritate, q. xiv, a. 10. Les scolastiques Sigerde Brabant. Voir AVERROISME. Il suffit pour le mo­ aimaient encore, à la suite de saint Augustin, De do­ ment, et pour l'objet qui nous occupe, de signaler ce parti extrême dont les excès amenèrent les condamna­ ctrina Christiana, n, 40, P. L., t. xxxiv, col. 63, à consi­ dérer les païens comme d’injustes détenteurs, et non tions dont la philosophie d Aristote fut l'objet ou l'occa­ comme de légitimes possesseurs des vérités qu’ils pro­ sion au xm» siècle. 3° L'alberlino-thomisme. — Entre ces denx camps des fessaient, et ils en concluaient qu’il ne fallait ni réfuter augustiniens et des averroïstes se place celui des alberces vérités, ni les mettre en doute, mais les enlever aux tino-thomistes qui professent un aristotélisme résolu, païens et les employer au service de la foi. Cf. S. Tho­ mas, Sum. theol., I’, q. lxxxiv, a. 5; Super Boet. de mais pondéré, où le souci de l'intégrité de la foi, de la profession de la vérité domine. Les deux principaux Trinit., q. n, a. 3. Loin donc de soumettre l'interpréta­ tion des dogmes à la raison et surtout à la philosophie chefs de ce troisième groupe sont Albert le Grand et saint Thomas. Les œuvres d'Aristote revenaient au jour. païenne, les scolastiques devaient à leurs principes sur L'ensemble de la doctrine du Stagyrite était connu, sa la foi et la théologie, de contrôler la science païenne par pensée apparaissait plus nette et plus totale. Albert le les vérités religieuses. Grand et sou élève saint Thomas virent immédiatement 2° L’accusation de servilité relative tombe également si l’on se rappelle la pensée des scolastiques concernant l'importance que l’emploi de la méthode etde la synthèse le critérium de la philosophie et l’emploi de l’argument péripatéticienne aurait pour le développement de la théo­ d’autorité. Ils observent que, si c’est le propre de la doc­ logie chrétienne. Stimulé, d une part, par les incompa­ trine sacrée d’argumenterd’autorité,c'est-à-dire de puiser rables richesses que contenaient les livres d'Aristote, d'autre part, mis en garde par les condamnations ecclé­ aux sources de la révélation, argumentari ex auctori­ siastiques, le premier composa des traités ayant souvent tate est maxime proprium hujus doctfinæ, eo quod principia hujus doclrinæ per revelationem habentur. Et les mêmes titres que ceux d'Aristote, ou il exposait la sic oportet quod credatur auctoritati eorum quibus re­ doctrine scientifique de celui-ci, enrichie des expérien­ velatio facta est, S. Thomas, Sum. theol., 1«, q. i, a. 8, ces plus récentes, commentée au moyen d’une raison ad 2“m ; au contraire, c’est la raison humaine qui doit di­ développée par les discussions d'un siècle où les pro­ riger les investigations philosophiques, præter philoso­ blèmes philosophiques passionnaient les esprits, mise phicas disciplinas quæ ratione humana investigantur, au point grâce aux données de la foi. La philosophie péripatéticienne acquérait ainsi droit de cité dans les philosophicæ disciplinas sunt secundum rationem hu­ manam invenite. Sum. theol., I», q. i, a. 1. Elle est Ia écoles chrétiennes et opérait dans l’intelligence des vé­ lumière essentielle et exclusive de la philosophie. Stu­ rités rationnelles on religieuses une véritable révolution. dium philosophise non est ad hoc quod sciatur quid ho­ L’œuvre du maître fut complétée par celle du disciple; et saint Thomas fit plus particulièrement pour la théo­ mines senserint, sed qualiter se habeat veritas rerum. logie l'assimilation de la philosophie du Lycée qu’Albert In l. 1 de cælo, lect. xxn. Elle seule donne leur poids le Grand avait entreprise surtout dans le domaine des aux arguments d’autorité, lesquels valent moins par le nom invoque que par la certitude des choses affirmées. sciences naturelles ; il fixa par la version qu’il demanda à Guillaume de Moerbèke, le texte du Stagyrite, il l’é­ Albert le Grand en apporte cette curieuse et solide expli­ cation : « La cause efficiente (c’est-à-dire la personne claira par des commentaires, où il en donnait une inter­ prétation littérale et critique. C'est cette école surtout qui affirme une chose) est en dehors de la chose : elle qui professa l'aristotélisme sans les timidités ou les dé­ ne peut donc la rendre vraie ou fausse: il n’y a pour la rendre telle que l’évidence des raisons sur lesquelles faillances de l’augustinisme, sans les témérités de l'averelle s'appuie; » etil cite à l'appui cette parole attribuée roïsme, et c’est elle que concerne plus spécialement la à Sénèque : « Ne faites pas attention à celui qui dit. question de l'aristotélisme de la scolastique. IV.,La servilité de la scolastique en face de mais à ce qui est dit. » L. Annæi Cordubensis, De for­ mula honestæ vilæ, parmi L. Annæi Senecæ Opera, l’aristotélisme. — 1" A l'accusation de servilité abso­ lue, universelle, qui aurait fait dépendre de la philoso­ ed. Haase. Leipzig, 1872, t. ni, p. 470, 1 1. Causa efficiens extra rem est, et ab ea res non habet firmitatem vel phie d’Aristote l’explication elle-même des dogmes, il suffira d'opposer la doctrine des scolastiques sur les infirmitatem, sed potius a ratione dictorum. Unde rapports de la raison et de la foi, de la philosophie et de Seneca: nequis dicat sed quiddicalinluilo. Periherm., 1. I, tr. 1, c. i, t. i, p. 237. — Aussi les scolastiques la théologie, du paganisme et de la vérité. — Quand ils avaient-ils pris pour regie de ne croire aux philosophes comparent la raison avec la foi, ils distinguent soigneu­ qu’aprés avoir contrôlé la vérité de leurs dires : Aon sement l'une de l’autre, ils établissent nettement les dif­ credimus philosophis nisi quatenus rationabiliter locuti férences d'objet, de lumière et de certitude qui les carac­ sunt. Gilles de Rome, InIV Seni., 1. Il, dist. I, p. i, a. 2. térisent, ils affirment que ces deux modes de connais­ Home. 1555. Ils les croyaient non pour eux-mêmes, mais sances ne sauraient jamais être opposés, qu'ils doivent au pour la vérité de leurs dires : non propter auctorita­ contraire étre toujours d'accord, et que gardant chacune tem dicentium sed propter rationem dictorum, son autonomie dans son domaine propre, la foi l'em­ S. Thomas, Super Boet, de Trinit., q. n. a. 3, ad 8““; porte, et la raison doit reconnaître la supériorité de la 1877 ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE aussi n'admettaient-ils pas confusément toutes les affir­ mations des philosophes, mais taisaient-ils une sélec­ tion, admettaient-ils ceci et rejetaient-ils cela: uncle b ‘ne dicta recipit (sacra doctrina) et alia respuit. Ibid. Les idées scolastiques sur le progrès possible et néces­ saire delà raison excluent aussi tout servilisme à l'égard de la pensée des anciens et donc d'Aristote : « 11 est naturel à la raison humaine, écrit l'Ange de l'École, d aller par degrés de l'imparfait au parfait. Aussi voyonsnous dans les sciences spéculatives, les philosophes de l'origine nous transmettre des théories imparfaites que les écrivains postérieurs ont ensuite améliorées. » Sum. theol., 1“ Ilæ, q. XCVII,.a. 1. En conséquence chacun doit considérer qu'il lui appartient de combler les lacunes qui existent dans les études de ses prédécesseurs : ad quemlibet perlinet superaddere id quod deficit in con­ sideratione prxdecessorum. In I. II ethic., lect. xt. 3“ Aux deux accusations, les /ails eux-mêmes sc chargent de répondre. — 1. Les scolastiques aiment certainement Aristote et le tiennent en très haute estime. Le nier serait vouloir termer les yeux à l’évidence. 11 suffit de les lire tous pour rencontrera chaque page ses œuvres citées et son autorité invoquée. — 2. Cependant ils ne l'estiment pas aveuglément. Albert le Grand écrit que « si l'on regarde Aristote comme un Dieu, on doit croire qu'il ne s'est jamais trompé. Mais s'il est un homme, alors il a certainement pu se tromper comme nous-même ». Physic., 1. VIII, tr. I, c. xtv, Opera, I. n, p. 332. Gilles de Rome qui, bien qu’ermite de Saint-Au­ gustin, est considéré à bon droit comme le disciple de saint Thomas dans la plupart des questions, Mandonnet, Siger de lirabant, Fribourg, 1899, p. i.xiv; de Wulf,//wt ire de la philosophie médiévale, Louvain, "1900, p. 306, compose tout un livre dont le titre seul est une preuve d·:· ce que nous avançons : De erroribus philosophorum Aristotelis, Averrois, Avicennæ, Algazelis, Alkindi, Itabbi Moysis. Dcniile-Chatelain, Chartularium univer­ sitatis parisiensis, Paris, 1889, t. i, p. 556. Dans ce livre, Gilles de Rome ramène aux points suivants les princi­ pales erreurs que l'on peut reprocher à Aristote : « Le mouvement n’a pas eu de commencement : le temps est éternel ; le monde n’a pas commencé ; le ciel n’a pas été fut : Dieu ne pourrait pas faire un autre monde ; la géné­ ration et la corruption des corps n'ont pas commencé et e- finiront pas; le soleil a toujours été la cause des géné­ rations et des corruptions des choses inférieures; la résarrection des corps est impossible; Dieu ne peut pas faire d'accident sans sujet; dans tout composé il n’y a qc une forme substantielle; on ne peut accepter ni un premier homme ni une première pluie; deux corps ne peuvent être dans un même lieu; il y a autant d'anges c-e de-sphères célestes. » Mandonnet, op. cit., p. 8. Voir <·η~ Salvatore Talamo, L’aristotélisme de la scolastique, II' part., c. Il, m, la nombreuse série des erreurs signâ­ tes dans Aristote par les scolastiques. —3. Ils n’estiment p.- Aristote exclusivement. Philippe de Hervengt écrit â «r. étudiant de Paris, Engelbert : « Les vraies richesses de Homme sont la foi, l’espérance, la charité et les autres vertus qui conduisent à la gloire céleste. Si quelqu’un les possède pas, il est aux yeux de Dieu un sot et il i- possédera pas la gloire,... fût-il applaudi par vous à T«-il d'un Socrate, d’un Platon ou d'un Aristote. » Deni■r-Chatelain, Chartularium, t. I, p. 54. Socrate et Pla­ ton étaient en effet de grandes autorités et non les seules ae.xquelles la scolastique allait demander les lumières de ■«sprit humain. Platon, en particulier, s'il n’était pas to;·.:·'· à l'égal d'Aristote, était cependant, surtout pour sco système des idées, fréquemment misa contribution, a Sachez, dit Albert le Grand, que le parfait philosophe est .-- lui qui unit la science des deux philosophies de FLtton et d'Aristote. » Metaph., 1. I, tr. V, c. xv, Opéra, l tu. p. 67. Si l'on consulte la liste des autorités invopar l'Ange de l'École dans sa seule Somme théo- ' 1878 logique, on y compte plus de quarante noms de philo­ sophes, d'orateurs ou de poètes profanes ou anciens. — 4. Parmi tous ces auteurs Aristote est cependant le pré­ féré, il est appelé le Philosophe tout court, parce qu'il est considéré comme le philosophe par excellence. Albert le Grand le nomme arehidoctorem philosophiæ. De proprietatibus elementorum, 1. I, tr. 1, c. I, Opera, t. v, p. 92; il est princeps philosophorum. Phys., 1. VIII, tr. I, c. xi, Opera, t. n, p. 326. Et cette supério­ rité d'Aristote sur les autres philosophes naît, d'après les scolastiques, soit de ce que le philosophe de Stagyre possède un savoir universel et fournil une somme extra­ ordinaire de connaissances sur toutes les branches du savoir humain, dicimus cum Averroe quod nulla causa fuit quare philosophi vias Aristotelis peripate­ tici in pluribus secuti sunt, nisi quia pauciora vel nulla inconvenientia sequuntur ex dictis ejus, Metaph., 1. IV, tr. III, c. ix, Opera, t. m, p. 147 ; soit de ce qu’il expose ses thèses d une façon plus rigoureuse et plus dialectique; soit de ce que sa méthode de raisonner étant expérimentale, est plus solide, non eodem ordi­ ne ipse (Aristoteles) procedit ad inquisitionem verita­ tis, sicut et alii philosophi. Ipse enim incipit a sensi­ bilibus et manifestis et procedit ad separata, alii vero inlelligibilia et abstracta voluerunt sensibilibus appli­ care, S. Thomas, In III Metaph., led. I ; soit enfin de ce que, dans sa logique, il apportait à la science philosophique le plus merveilleux instrument de progrès. Le P. Ventura, De methodo philosophandi, dissert. præL, § 18, Rome, 1828, p. xlv, xliv, observe justement qu'il faut distinguer chez un philosophe sa philosophie et sa manière de philosopher. Or, si la phi­ losophie de Platon contient un certain nombre de théo­ ries plus proches de la doctrine chrétienne, la manière de philosopher d’Aristote est supérieure et plus con­ forme à la manière de croire et de raisonner de l’Église. V. La FALSIFICATION DE LA PENSÉE d’AMSTOTE A LA FAVEUR DES TRADUCTIONS ET DES COMMENTAIRES ARABES. — Ce griet pose la question de l’iniluence du péripa­ tétisme arabe sur la philosophie scolastique. Pour bien en préciser toute la portée, il importe de déterminer d’abord les origines et la nature de l’aristotélisme des Arabes. 1° A vant les Arabes. Ces origines sont chrétiennes. — En ellet, avant même l’éclosion de la puissance et sur­ tout de la science islamique, il y avait sur le propre terrain où Mahomet devait opérer sa révolution poli­ tique et religieuse et créer son empire, un courant très certain de péripatétisme. « Avant l’époque de la con­ quête musulmane, la branche de la famille sémitique qui dominait en Orient n’était pas l’arabe; c’était l'araméenne à laquelle appartient la littérature syriaque. L’hellénisme avait pénétré de fort bonne heure chez les araméens, et ceux-ci avaient eu tout le temps d’en subir l inlluence au moment où ils furent supplantés dans leur hégémonie par leurs cousins arabes. Les Arabes trouvèrent donc la tradition philosophique déjà établie dans une race déjà apparentée à la leur, de qui ils la recueil lirent sans peine. «Carra’de Vaux, Avicenne, Paris, 1900, c. ni, p. 39. Le principal centre de culture hellé­ nique pour les araméens fut à l’origine la ville d’Edesse. L’école d’Édesse, envahie par le nestorianisme, fut fermée par Zénon en 489. Les maîtres et les disciples nestoriens s’établirent alors pour la plupart à Nisibe; d’autres se dis­ persèrent sur plusieurs points de la Perse. A l’exemple et sous l'impulsion d'Ibas, ancien évêque d’Édesse, on fit des traductions syriaques nombreuses d'œuvres grecques, spécialement d’Aristote, ainsi que l'indique Ébed Jésus, dans son catalogue rythmique des écrivains syriaques : Hibas e græco in syriacum transtulit libros Commentatoris (Théodore de Mopsueste) atque Aris­ totelis scripta. Assémani, Biblioth. orientalis, t. tu a, p. 85. Aux deux siècles suivants, le VF et le vir. grâce aux 1879 ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE monophysifes, d’autres centres de péripatétisme chré­ tien se créent à Reschaina où Sergius traduit en syriaque, entre autres traités grecs, les Catégories d'Aristote, Isa­ goge de Porphyre, et compose un ouvrage sur 7,es causes tie l’univers selon les principes cl'Aristote, cf. Carra de Vaux, op. cit., p. 43 ; au couvent de Kennesré, sur la rive gauche de l'Euphrate, où l'évêque Sévère Sebokt commente les Premiers analytiques et le Péri hermenias. Il eut des disciples et des imitateurs : Jacques d'Édesse et Athanase de Balad. L’évêque de Koulab, Georges, disciple de ce dernier, fit de I Organon d'Aris­ tote une version enrichie d’introduclions et de com­ mentaires que Renan trouve supérieure à tous les com­ mentaires syriaques. Renan, De philos, perip. apud Syros, p. 33, 34. « Ainsi, pendant cinq siècles, les Syriens s’étaient tenus au contact de la science grecque, s’étaient assimilé sa tradition, en avaient traduit et interprété les textes et avaient produit eux-mémes des œuvres importantes dans le domaine de la philosophie théolo­ gique. Les formes de la philosophie scolastique étaient nées entre leurs mains; les arts de la logique avaient fleuri dans leurs écoles. L’esprit, les œuvres et la tra­ dition de l'hellénisme se trouvaient donc transportés déjà, au moment où parut l'Islam, dans un monde appa­ renté au monde arabe. » Carra de Vaux, op. cit., p. 45. Cf. Rubens Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, ΙΓ· part., c. XIV, § 2, p. 253. Ajoutons à ce fait la re­ marque suivante. La race araméenne chrétienne cô­ toyait presque partout la race arabe. Si celle-ci habi­ tait plus particuliérement le Yémen, celle-là les parties septentrionales et occidentales de l’Asie, cependant la démarcation n’était pas tellement nette entre l’une et l'autre qu'il n'y ait eu contact multiple et infiltration mutuelle des deux sociétés. Le christianisme, d’une part, avait pénétré sur plusieurs points du Yémen et par là reliait les communautés araméennes de l'Asie aux com­ munautés chrétiennes de l'Abyssinie ; d'autre part, les éléments arabes débordaient le Y’émen et formaient un certain nombre île petits royaumes le long des fron­ tières des empires de Perse ou de Byzance. Tout était donc préparé pour que le inonde arabe en tournant à l'islamisme fut en rapport avec les races syriennes chré­ tiennes et par elles apprit à connaître la philosophie péripatéticienne. A la Mecque même le prophète fut en relations avec des moines nestoriens et reçut d’eux cetle connaissance de la Bible et de la religion chrétienne que l’on constate dans le Coran. 2° Chez les Arabes. Caractère adventice de l’aristoté­ lisme des Arabes. — Le premier siècle de la conquête mu­ sulmane appartint surtout aux armes et à la propagande exclusivement religieuse. 11 fut trop troublé pour per­ mettre un sérieux essoraux conceptions philosophiques. Mais au bout d'un siècle passé, avec l'avènement des Abbassides surtout, eut lieu une efflorescence magni­ fique des arts et des sciences. Les califes appelèrent à leur cour de Bagdad une foule de personnages juifs ou chrétiens qui se distinguaient par leurs talents artis­ tiques, médicaux, administratifs ou scientifiques. Des Syriens sont là et mettent en arabe les œuvres des Grecs, en premier lieu les œuvres d’Aristote. Par une habitude étrange mais démontrée, ils traduisent d'abord du grec en syriaque, puis du syriaque en arabe. Renan, De phi­ los. perip. apud Syros, p. 4G. En même temps apparais­ sent des versions des commentateurs néo-platoniciens d’Aristote, Porphyre, Alexandre d’Aphrodise, Thémistius, Jean Philopon. A la suite de ces travaux se forme, chez les musulmans, un courant de philosophie auquel appartinrent les esprits les plus cultivés et dont le ca­ ractère principal fut un large syncrétisme. Aristote et Platon, Aristote surtout, y figurent en première ligne. Après eux le néo-platonicien Porphyre, le gnostique Marcion. le perse Manés, le médecin Gallien. Carra de Vaux, op. cit., p. 72. Les cables qui donnèrent la plus 1880 vive impulsion à ce mouvement de traductions, furent Mansour et Mamoun. Ce dernier fonda à Bagdad un bureau officiel de traduction. Les principaux philosophes arabes représentants du péripatétisme sont el-Kindi, elEavabi, Avicenne (Ibn Sina), Avempace (Ibn Bajja), Abu Bacer (Ibn Tophaïl), Averroès (Ibn Roschd). Joignons-y Gazali qui fut l’adversaire déclaré des doctrines d'Aris­ tote. mais qui les connut à fond. Ces hommes furent d'autant moins musulmans d'idées qu'ils étaient plus philosophes et plus péripatéticiens. Leurs doctrines, qu’on peut appeler la « philosophie des Arabes » plutôt que la « philosophie arabe », représentaient surtout .a réaction contre l'arabisme; elles venaient du dehors, ne furent jamais assimilées par les musulmans purs, et ne firent pas une profonde impression dans les masses. Elles traversèrent l'islamisme comme ces courantsqu'on rencontre dans l’océan et qui gardent leur direction et leur coloration propres sans jamais se fondre complète­ ment avec les eaux voisines. Cette remarque est utile pour montrer que le péripatétisme des Arabes, s'il agit sur la scolastique, ne fut pas pour cela une influence de l'islamisme sur la philosophie chrétienne. 3“ Des Arabes aux scolastiques. Influence réelle de la philosophie des Arabes sur la philosophie de Γ École. — il serait téméraire de nier toute action des Arabes sur le péripatétisme chrétien du xni°siècle. Cette action existe et elle s'est manifestée sous des formes multiples et à des degrés divers. 1. Dès la fin du xn· siècle et durant le xm·. on voit apparaître des traductions latines dérivées des ver­ sions arabes d’Aristote. De '1130 à 1150, sous I impul­ sion de l’archevêque de Tolède, Raymond, et sous la direction de Dominique Gondisalvi, une école de traducteurs met en latin les œuvres d’Aristote el de ses commentateurs ou imitateurs arabes. D’autres tra­ ducteurs se donnent ou reçoivent la même mission : Gérard de Crémone, Michel Scolt, Hermann l'allemand. Au commencement du xiu· siècle, les manuscrits grecs se multiplient et des esprits cultivés mettent cette fois du grec en latin les traités d'Aristote. Jacques de Venise. Robert Grossetéte, évêque de Lincoln. Henri de Bra­ bant et Guillaume de Moerbèke, ces deux derniers à la demande de saint Thomas, se distinguent dans ce Iravail. Il faut encore ajouter à ces noms ceux de Barthé­ lemy de Messine et de Durand d’Auvergne. Et tous les traducteurs ne sont pas connus. A l'époque où la sco­ lastique se développa, il y avait donc deux séries de versions latines d’Aristote : les unes dérivées du texte arabe sont antérieures et datent de la fin du xn· siècle ou tout au plus des premières années du XIII·, elles ne portent pas sur toutes les œuvres du Stagyrite; les autres, faites directement sur le texte grec récemment apport · de Constantinople, sont postérieures et appar­ tiennent, pour les plus anciennes, au second tiers du xm· siècle. Mais elles sont complètes et donnent tous les livres d'Aristote. 2. Si les versions faites sur l’arabe sont premières en date, elles ne le sont pas dans l’emploi qui en est lait. D’après l’enquête si consciencieuse d'Amable Jourdain. Recherches critiques, p. 300 sq., Albert le Grand se sert de manuscrits traduits de l’arabe pour un certain nombre de traités, pour d’autres de manuscrits grécolatins. et enfin des deux sortes de manuscrits pour les traités principaux qui sont ceux de l'âme, de la morale, de la métaphysique et les leçons de physique. On re­ marque de même l’emploi de manuscrits des deux sources chezGuillaume de Paris. Quant à saint Thomas, il « n’a employé que des versions dérivées immédiat·ment du grec, soit qu’il en ait fait faire de nouvelles, soit qu’il ait obtenu des collations d’anciennes versions avec l'original et ait ainsi des variantes ». Jourdain, op. cil., p. 39, 40. Il en est de même de tous les com­ mentateurs qui vinrent après l'angélique docteur : Duns 1881 ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE Ί882 ment interpréter les Écritures, soit pour lire et expli­ Scot. Gilles de Rome, Pierre d'Auvergne, Jean Burley, etc. quer les Pères avec plus de sécurité et de fruit, soit Il semble donc que la préférence ail été généralement pour découvrir et réfuter les erreurs et les hérésies; aux versions gréco-latines, qu'on les ait consultées presmais en ces derniers jours, où déjà sont arrivés les que universellement et qu’on n'ait eu recours aux ver­ temps dangereux décrits par l’Apôtre, quand des hommes sions venues des Arabes qu'à défaut des premières ou concurremment avec elles à cause des commentaires qui blasphémateurs, orgueilleux et séducteurs, avancent de plus en plus dans h· mal, s’égarant eux-mêmes et pous­ les accompagnaient. Ces commentaires dénotaient une étude très habile et sant les autres dans l’erreur, elle est très nécessaire pour confirmer les dogmes de la foi et réfuter les héré­ très profonde de la doctrine d'Aristote. Ils renfermaient des vues exactes sur la pensée du philosophe, des aper­ sies. » Or, ajoute-t-il : « Ces paroles semblent ne regar­ der qu’e la théologie scolastique, mais il est clair qu’il çus ingénieux, mais aussi des erreurs extrêmement faut les prendre aussi comme un éloge de la philo­ dangereuses, par exemple l'absence de toute providence divine sur les individus, l'éternité du monde et de la sophie. En effet, les grandes qualités qui rendent la théologie scolastique si formidable aux ennemis de la mitiére, l'unité de l’àme humaine, la suppression de la vie future, etc. Voir AvEr.uois.ME. Que les scolastiques se vérité... sont dues uniquement au bon usage de la philo­ sophie que les docteurs scolastiques, par un dessein soient inspirés des commentateurs arabes dans les ques­ sagement conçu, avaient coutume d’employer parfont, tions strictement philosophiques ou scientifiques con­ même dans les disputes théologiques. >: La philosophie ciliables avec la doctrine chrétienne, la chose est in­ contestable. Elle résulte de la simple lecture de leurs scolastique est plus qu’utile à la théologie, elle lui est indispensable : « Les théologiens scolastiques se dis­ ouvrages ou sont si fréquemment cités les principaux tinguent tout particulièrement en ce qu’ils ont uni par railosophesarabes, mais qu’ils se soient laissé entrainer dans les erreurs de ceux-ci, qu’ils aient accepté toutes un intime lien la science humaine et la divine; or. la leurs théories, qu'ils aient adopté un Aristote travesti théologie, où ils ont excellé, n’aurait certainement pas par eux, c’est faux. La preuve en est dans les luttes pu acquérir tant d’honneur et d’estime dans l'opinion vives des scolastiques contre Averroès et les averroîstes. des hommes si leur philosophie eût été incomplète, * Les docteurs les plus respectés du xm· siècle, écrit imparfaite, ou frivole... Il est absolument nécessaire de la traiter (la théologie scolastiqqe) à la manière grave des i enan, sont d'accord pour combattre l'averroïsme. » scolastiques, afin que concentrant en elle les forces de i verrons et l’averroïsme, 2· édit.. Paris, 4861, p. 259. — La preuve en est encore dans le grand souci que les la révélation et de la raison, elle ne cesse pas d’être scolastiques ont eu de faire traduire les œuvres d’Aris­ l’invincible rempart de la foi. » Aussi ce qui a fait la tote directement sur le texte original, afin de posséder grandeur théologique de saint Thomas d’Aquin, c’est ainsi l’expression la plus pure et la plus authentique précisément sa connaissance de la philosophie scolas­ tique. u Appliquant cette méthode philosophique à la possible de sa pensée. réfutation des erreurs, il est parvenu à triompher seul 4. En résumé, les Arabes en fournissant aux sco­ lastiques les œuvres d'Aristote n’ont fait que leur rendre de toutes les erreurs des époques précédentes et à four­ nir des armes invincibles pour vaincre celles qui sur­ ce qu’ils avaient reçu eux-mêmes des chrétiens à l'ori­ giront dans toute la suite des temps. De plus, s’il fait gine. — Ils n'ont commencé à être en rapport avec la nettement la distinction nécessaire entre la raison et la scolastique qu'au XII' siècle; ils n'ont donc pu avoir foi, il les unit toutes deux par un accord amical, et il aucune influence sur elle dans le haut moyen âge. L action très réelle qu'ils ont exercée plus lard· a con­ a si bien ménagé leurs droits et maintenu leur dignité sisté à donner, avec les textes, des commentaires saque la raison portée par l’aile de saint Thomas au som­ ints, utiles et fréquemment consultés. — Ils n’ont pu met de la capacité humaine semble ne pouvoir s’élever imposer â la scolastique aucune de leurs erreurs. Ils plus haut, et que la foi ne peut plus attendre de la raison d’autres secours ou de plus puissants que ceux qu’elle e ont pas fait dévier l'interprétation légitime des œuvres d’Aristote, les versions gréco-latines étant là pour dé­ trouve dans saint Thomas. » noncer les falsilications qu’ils auraient tentées. Sans VII. Condamnations ecclésiastiques portées contre l’aristotélisme. — La question de l’existence de l’aris­ esx l.i philosophie scolastique se serait construite certeoement: avec eux elle s'est édifiée peut-être plus tôt, totélisme en face des prohibitions de l’autorité ecclésias­ ; le leur doit sûrement des lumières. Mais il est faux de tique au xill' siècle est plus délicate. Nous rapporterons dire que la scolastique, avec les Arabes ou à cause des les différentes sentences portées contre l’enseignement Arabes. a mal compris Aristote. de certains livres d’Aristote, et nous dirons ensuite \ I. Perversion de la méthode des sciences raquelle fut sur ce point l’attitude des scolastiques, tionneli.es et du dogme lui-même. — On reproche en­ maîtres et étudiants: car il y a lieu de distinguer,en ce core à la scolastique d'avoir perverti la méthode des problème, une situation de droit et une situation de fait. sciences rationnelles en substituant à celle-ci l’argument 1. En 1210, un concile de la province de Sens absolu et aveugle d’autorité. Nous ne nous arrêterons assemblé à Paris, sous la présidence de Pierre de Corpas à ce grief suffisamment réfuté plus haut, par ce ψι·? nous avons dit. soit des principes des scolastiques ; beil, archevêque de Sens, condamne, d’une part. Amaury sur la valeur de l’autorité en philosophie, soit de leur I de Chartres et David de Dînant, voir Amaury de Béne, conduite en face des philosophes anciens, particulière­ d’autre part, défend l’enseignement de plusieurs livres ment d’Aristote. — On ne peut davantage accuser de d’Aristote. Voici le texte de cette sentence : « Les livres paresse scientifique une philosophie qui atteste la posd’Aristote sur la philosophie naturelle et leurs commen­ pfeilit.' et la nécessité du progrès constant, ainsi que taires ne pourront plus être lus, soit dans les leçons pu­ bous l’avons rapporté également. — Quant à l’accusa­ bliques, soit dans les leçons privées, à Paris, sous peine tion d’avoir troublé l'intelligence des dogmes, et favorisé d’excommunication. » ...Nec libri Aristotelis de natu­ rali philosophia nec commenta legantur Parisius pu­ les erreurs théologiques, rien ne la combat plus effica­ cement que ces paroles du grand gardien des dogmes, blice vel secreto, et hoc sub pena excommunicationis le souverain pontife lui-même. Dans l’encvclique Æ terni inhibemus. Denifle-Chatelain, Chartularium unir, L< •on XIII. rapportant les paroles de Sixte V, paris., Paris, 1889, t. 1, p. 70. — a. Par les livres de décrit ainsi les bienfaits de la théologie scolastique : philosophie naturelle, il faut entendre probablement < L·, connaissance et la pratique de cette science si sanon pas seulement les traités de sciences naturelles, ■taire... a toujours pu sans doute ètre d’un grand se­ mais encore ceux de physique qui étaient ordinairement cours a l’Église soit pour bien comprendre et saine­ j désignés sous le meme nom, el ceux de métaphysique 1883 ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE directement visés en 1215 par le règlement où Robert de Courçon confirme la présente sentence du concile, de Paris. Ajoutons que « ce décret, en mentionnant à la fois les livres de naturali philosophia et leurs com­ menta, vise clairement les versions dérivées de l’arabe; car elles étaient les seules qui fussent accompagnées de commentaires ». Forget, Dans quelle mesure les philo­ sophes arabes, continuateurs des philosophes grecs,ontils contribué au progrès de la philosophie scolastique, dans le Compte rendu des travaux du Congrès scienti­ fique international des catholiques, Bruxelles, 1894, 111" section,p. 252.-6. Les commenta proscrits en même temps que les livres d'Aristote sont évidemment les commentaires d’Averroès; couramment appelé alors « le Commentateur », commentator. — c. Nec legantur pu­ blice vel secreto, il s’agit ici des interprétations faites dans les leçons publiques ou dans les leçons privées des écoles. C’est donc l’usage des livres d'Aristote dans l'enseignement des maîtres qui est seul défendu. Ne legerentur amplius in scolis sunt prohibiti, dit Giraldus Cambrensis, Opera, édit. Brewer, t. iv, p. 10, dans Deni­ fle-Chatelain, loc. cit. Dès lors chacun, en particulier et pour son usage personnel, pouvait lire ces livres, les étudier, écrire sur eux des commentaires. — d. Notons encore une autre restriction de la défense. Portée par un concile de la province de Sens, dont la juridiction est par conséquent limitée, portée pour Paris, Parisius, elle n’oblige que l’université de Paris et les écoles de la capitale. Le même terme Parisius sera reproduit dans le statut de Robert de Courçon en 1215, dans celui de Grégoire IX en 1231. Roger Bacon dit expressément: Parisiis excommunicabantur, de ceux qui interpré­ taient les livres de philosophie naturelle d'Aristote. Charles, Boger Bacon, Paris, 1861, p. 412. Ce fait est si vrai qu’en 1229, l’université de Toulouse, fondée et or­ ganisée sous le haut patronage du légat pontifical, cherche à attirer de nombreux étudiants au pied de ses chaires, en leur faisant miroiter l’avantage d’y entendre l'interprétation des livres défendus à Paris. Libros na­ turales qui fuerant Parisius prohibiti poterunt illic audire qui volunt nature sinum medullitus perscru­ tari. Denitle-Chatelain, op. cit., t. i, p. 131. 2. Cinq ans après le concile de Paris, en 1215, le légat, Robert de Courçon, donne à l’université de Paris un nouveau statut qui fixe les conditions d’exercice de l’enseignement dans les facultés des arts et de théologie, détermine les livres qui seront interprétés dans les le­ çons, et enfin promulgue un règlement disciplinaire pour les étudiants. Or, dans ce statut, Robert de Cour­ çon, d’un côté, prescrit l’étude de certains traités d'Aris­ tote, ceux de dialectique : Legant libros Aristotelis de dialectica lam de veteri quam de nova in scolis ordina­ rie et non ad cursum, Denifle-Chatelain, op. cit., t. i, p. 78; d'un autre côté, défend les livres de métaphy­ sique et ceux de philosophie naturelle, les Sommes qui en ont été faites, les doctrines de David de Dînant, d’Amaury de Chartres et de Maurice d’Espagne : Non legantur libri Aristotelis de melaphysica et dénaturait philosophia, nec summe de eisdem, aut de doctrina magistri Davidis de Dinant, aut Amalrici heretici, aut Mauritii hyspani. Denifle-Chatelain, ibid. — a. Les livres de métaphysique sont ici indiqués formellement; les summe sont probablement des résumés des traités d’Aristote faits par les maîtres parisiens « pour utiliser Ce philosophe et respecter quand même la lettre de la défense de 1210 ». Mandonnet, op. cit., p. xxx. Pour les doctrines de David de Dînant et d’Amaury de Béne, voir Amauiiv de ΒέΝΕ. — 6. Ce Maurice d’Espagne estil Averroès que l’on désignerait ainsi par une corrup­ tion de la dénomination de Maurus hyspanus? C'est l'opinion du P. Mandonnet, ibid. Est-il distinct d’Aver­ roès comme le soutiennent les auteurs du Carlulaire de l'université de Paris, op. cit., p. 80, appuyés sur une 1884 citation d’Albert le Grand, où Averroès et Maurice d'Espagne sont mentionnés comme deux personnages différents? Les découvertes futures de l'histoire médié­ vale décideront. — Quoi qu’il en soit, en unissant la condamnation de 1210 et le statut de 1215, il reste qu’à Paris il est interdit, sous peine d’excommunication, d’in­ terpréter, dans les leçons publiques ou privées, les livres de physique, de métaphysique, de sciences naturelles d’Aristote, les résumés ou sommes de ces mêmes livres et les commentaires d’Averroès. 3. Ces sentences furent-elles observées? Officielle­ ment, oui. On n’enseigna que les livres du Slagyritenon visés par les défenses ecclésiastiques. En 1252. les rè­ glements donnés aux étudiants de la nation anglaise prescrivent de n’admettre au titre de maître que les bacheliers qui témoigneront d’avoir suivi les leçons sur la logique ancienne et la nouvelle et sur le De anima. Le titre de maître n'était accordé qu'aux étudiants d’élite et qui avaient suivi tout le cycle des études. Si donc, on ne requiert pas d'eux d'avoir entendu les autres livres d'Aristote, c’est que ceux-ci n’étaient pas exposés alors dans la faculté des arts de l’université de Paris. Insuper quod audi verit libros Aristotilis de veteri logica videlicet librum predicamenlorum et librum periarmenias... libros topicorum Aristotilis el elencorum... li­ brum priorum... librum posteriorum... Item librum de anima. Denifle-Chatelain, op.cit., t. I, p. 228. Obser­ vons, toutefois, que l’enseignement du De anima parait une première transgression de la prohibition de 1210. Individuellement, des maîtres et des étudiants n’atten­ dirent pas jusque-là pour commettre de plus graves transgressions. Le 20 avril 1231, le pape Grégoire IX envoie à l’abbé de Saint-Victor et au prieur des domi­ nicains de Paris tous les pouvoirs nécessaires pour re­ lever de l’irrégularité et de l’excommunication qu’ils avaient encourue des maîtres et des étudiants, magis­ tros et scolares, transgresseurs, au sujet des livres de philosophie naturelle, de la sentence portée au concile provincial de 1210 à Paris, in sententiam latam Pari­ sius in provinciali concilio, ou de la défense renouvelée par le légat, Robert de Courçon, en 1215, seu in sen­ tentiam bone memorieB. tituli sancti Stephani incelio monte presbyteri cardinalis occasione librorum natu­ ralium. Denitle-Chatelain, ibid., p. 143. De différents côtés donc, et dans des écoles et des ordres divers, plus d’un maître, suivi par ses élèves, s’était aventuré dans le champ prohibé d’Aristote. C’est ce que fait entendre Roger Bacon, quand il fixe â l’année 1230 le commen­ cement de la fortune d’Aristote chez les latins. Charles, Boger Bacon, p. 314. 4. Le mouvement vers l’élude du péripatétisme était trop puissant pour que la cour de Rome n’y prît pas garde ; il y avait dans les œuvres du Stagyrite trop d'utiles vérités et une doctrine trop riche pour que l’au­ torité pontificale n’en tint pas compte. Le 23 avril 1231, trois jours après la lettre de pouvoirs que nous avons rapportée plus haut, Grégoire IX instituait une commis­ sion composée de trois membres, Guillaume d’Auxerre, Simon d’Aulhie et Étienne de Provins, à laquelle il con­ fiait le soin d’expurger les ouvrages condamnés d’Aris­ tote. 11 avait compris, disait-il, que ces livres contenaient des choses utiles et des choses inutiles dont le mélange pouvait être nuisible : cum sicut intelleximus libri na­ turalium qui Parisius in concilio provinciali fuere prohibiti, quedam utilia et inutilia continere dicantur, ne utile per inutile vitietur...; dès lors, il prescrivait à ces trois savants d’une façon formelle, et en appelant au jugement de Dieu, d’examiner lesdits ouvrages avec attention scrupuleuse et prudence : discretioni vestre de qua plenam in Domino fiduciam obtinemus, per apostolica scripta sub obtestatione divini judici i firmiter precipiendo mandamus, le coinmandement est net et rigoureux, quatenus libros ipsos examinantes sicut con­ 1885 ARISTOTÉLISME RE LA SCOLASTIQUE 1886 venit subtiliter et prudenter. Après l’examen, la cor­ I dans leur travail, Guillaume de Moerbèke et saint Tho­ mas d’Aquin, à l’époque où le premier traduit tous les rection, que ibi erronea seu scandali vel offendiculi legentibus inveneritis illativa, penitus resecetis; ainsi traités d'Aristote et où le second les commente et tandis pourrait-on, à l’avenir, étudier ces livres sans danger, que le pape renouvelle les prohibitions de Grégoire IX et du concile provincial de Paris. Cf. Jourdain. Recher­ ut que sunt suspecta remotis incunctanter ac inoffense ches critiques, p. 187 sq.: Renan, Averroès et l’aver­ in reliquis studeatur.Denifle-Chatelain, op. cit., t. i,p. 143, 1 44. Il ne faudrait pas croire cependant, que le souverain roïsme, 3® édit., Paris, 1867, p. 220 sq.; S. Talamo, pontife, par là,eût levé les défenses précédentes, comme L’aristotélisme de la scolastique, Paris, 1876,p.403 sq.; M. Hauréau l’a affirmé à tort, Hist. de la philosophie M. de Wulf, op. cit., p. 242, et surtout Mandonnet, op. frolasl., t. n, p. 117; Grégoire IX et la philosophie cit., p. xxix sq. ■ l'Aristote, Paris, 1872, p. 6. En ellet, dix jours aupara­ VIII. L’iconographie de l’aristotélisme chrétien. — vant, le môme pontife avait renouvelé les prohibitions Deux tableaux surtout symbolisent dans l’histoire de dans des lettres apostoliques adressées, le 13 avril, aux l’art chrétien le fait de l’aristotélisme scolastique. Le maîtres et aux étudiants de l’université de Paris, -lubepremier est du au pinceau de Traini, élève d’Orcagna, mas ut magistri artium... libris illis naturalibus qui au xiv® siècle. Il est conservé à Pise, en l'église de m concilio provinciali ex certa causa prohibiti fuere, I Sainte-Catherine. Le second s'inspirant de la même pen­ Parisius non utantur quousque examinati fuerint et sée, et présentant la même composition avec quelques ab omni errorum suspilione purgati. Denifle-Chatelain, différences de détail seulement, est de Benozzo Gozzoli et se trouve au musée du Louvre à Paris. Dans ces deux t. i, p. 138. La défense reste, mais on fait entrevoir qu elle sera bientôt levée, dés que la commission aura œuvres d’art, saint Thomas occupe le centre, ayant sur accompli son œuvre. les genoux la Summa contra gentiles. A ses côtés, à 5. Elle ne l'accomplit jamais. C’était, du reste, une droite, Aristote avec l'Éthique entre les mains, à gauche, tâche difficile entre toutes, sinon impossible, que celle Platon portant le Timée; au-dessus de l'angélique doc­ Je supprimer quelque chose dans le teste d'Aristote si teur et en cercle, les quatre évangélistes, Moïse et saint Paul avec leurs écrits. Dominant le tout, la Sagesse éter­ concis et si enchaîné, ou d'enlever des pièces à l’archi­ tecture si solidement établie de sa synthèse philoso­ nelle, le Christ Fils de Dieu. Enfin, aux pieds de l’Ange phique. La prohibition demeura. Mais comme si la pro­ de l'École, misérablement abattu et comme foudroyé par messe de la liberté prochaine eût été un encouragement, les rayons qui partent de la Somme de saint Thomas, l'estime pour Aristote grandit. On se tourna de plus en Averroès avec son Commentaire. Ces tableaux résument plus vers ce foyer de science et de lumière, et le parfaitement la doctrine que nous venons d’exposer. Il 19 mars 1255, rompant avec toutes les timidités, la faculté y a deux aristotélismes : celui de saint Thomas et celui des arts de Paris inscrivait hardiment et officiellement d’Averroès. Le premier est orthodoxe ; il s'inspire d'Aris­ i son programme à peu près toutes les œuvres alors tote, n'est pas tellement exclusif qu'il n'accepte aussi justement ou faussement attribuées au Prince du Lycée : quelques vérités affirmées par Platon. 11 subordonne la b Logica vetus (les predicaments, le periarmenias aux­ sagesse humaine et païenne à la sagesse éternelle et quels on ajoutait l’introduction de Porphyre et les Libri divine représentée par les livres de l’Ancien Testament, dii■isionum et topicorum de Boècej, la Logica nova (les dont le principal et premier auteur est Moïse, par les Evangiles et les Épitres, celles-ci dues particulièrement topica, les elenchi, les priora et les posteriora analy­ tical, [’Éthique ά Nicomaque, la Physique, la Métaphy­ à saint Paul. L'ensemble des rayons de vraie sagesse, sique, les Animaux, le Ciel et le monde, les Météores, partie de Dieu et des génies humains, constitue la sa­ gesse de l'Ange de l’École. L’autre aristotélisme est celui 1.4me, la Génération, les Causes, le Sens et le sensible, Je Sommeil et la veille, les Plantes, la Mémoire et la d'Averroès. Il est faux, excessif, exclusif, aveugle. Il est combattu et vaincu par le premier et condamné par la réminiscence, la Différence de l’esprit et de l’âme (de Costa ben Lnca), la Mort et la vie. Cf. de Wulf, Hist, de sagesse surnaturelle. Cf. del Rio, De l'art chrétien, ■ iphil. médiévale,p.'ll's;M-.indonnet, op. cit., p. xxxvit, Paris, 1874, t. n, p. 340, 341 ; Salvatore Talamo, op. cit., c. 3. Cet auteur fait observer par erreur que, dans l’énu­ p. 317 ; Poujoulat, Toscane et Rome, Paris, 1840, p. 54, mération, on ne nomme pas l’éthique. 55; La scienza e la fede, t. xxxin, série i, p. 288 sq.; 6. 11 s’établissait donc une coutume opposée aux Renan, Averroès et l’averroïsme. lois existantes. Celles-ci maintenaient la prohibition, IX. L'aristotélisme delà Renaissance. — Après le celles-là n’en tenaient pas compte. Le dernier rappel xm® siècle, la scolastique a moins d’éclat, mais elle de­ de la condamnation est de 1263 et d’Urbain IV, Deniflemeure attachée avec la même prudence aux doctrines Chatelain, t. i, p. 427, qui confirme purement et sim­ d’Aristote. Les caractères de son aristotélisme appa­ plement à l'nniversité de Paris le statut qui lui a été raissent donc les mêmes. Il y a bien de temps en temps octroyé par Grégoire IX. Pendant ce temps, la coutume quelques scolastiques, ou conduits par l’averroïsme à >d verse grandit, et un siècle après, la loi existante est exagérer la fidélité envers Aristote, ou poussés par l au­ tellement tombée en désuétude qu'en 1366, les deux cardi­ gustinisme ou d'autres systèmes nouveaux, à restreindre naux légats d'Urbain V imposent à tous les candidats à la part du Stagyrite dans la philosophie, mais ce sont b licence d'avoir à entendre tous les livres d'Aristote. des exceptions; d'une façon générale, l'école thomist·· Denille-Chatelain, op. cit., t. ni, p. 145. La défense ne reste alliée à un sage aristotélisme. — Avec la Renais­ tut donc jamais rapportée, elle ne pouvait pas l’être à sance, les idées sur Aristote prennent un nouveau cause des dangers que l’averroïsme, appuyé sur les tra­ cours. A cette époque les esprits cultivés professent un de lions et les commentaires arabes du Stagyrite, fai­ culte excessif pour fout ce qui est grec. Parmi les au­ sait courir à la philosophie orthodoxe. teurs anciens, Platon et Aristote provoquent surtout L'Église la maintint toujours. Elle ne Purgea pas l’admiration et le prosélytisme. Les uns font du prince cependant, parce que son désir était de promouvoir les de l'Académie une quasi divinité et s’élèvent contre les études et que sa conviction était qu’il y avait une mine prétendues infidélités de son disciple; les autres relèvent le gant, défendent Aristote contre de telles attaques, et ·.-· - riche de savoir dans les œuvres d’Aristote. Elle laissa b coutume contraire s’établir, se contentant de rappeler proclament le Stagyrite un maître inattaquable, un pon­ d- loin en loin les défenses du commencement dusiècle, tife infaillible. C’est alors que l’on jure per verba ma­ plutôt pour éviter les écarts que pour supprimer toute gistri. Mais si l’on adore Aristote, on ne le comprend etnde des œuvres incriminées. Elle aida même celle-ci guère; si on le traduit, on le trahit aussi et l’on en est réduit à recourir aux commentateurs d'un autre âge dans une grande mesure, puisque nous rencontrons à la pour leurdemander la pensée du philosophe. Alexandre «ur d'Urbain IV, encouragés par le souverain pontife 1887 ARISTOTÉLISME DE LA SCOLASTIQUE — ARMÉNIE d'Aphrodise est le guide des uns qui en reçoivent le nom d* « alexandristes », Averroès éclaire les autres qui vont grossir les rangs de l’averroïsme. C'est le commen­ cement de la décadence de l'aristotélisme. Malgré des thomistes comme Cajetan, Sylvestre de Ferrare et Sua­ rez, cette décadence s’accentua vite: on lit de toutes les doctrines d’Aristote un bloc intangible et indivisible. Sa métaphysique, ses conclusions scienti liques, composaient un monument auquel il était interdit d’enlever la moindre pierre. Cependant les découvertes d’un Coper­ nic, d'un Galilée, d'un Kepler venaient battre en brèche l'édifice. On necompril pas qu'on pouvait et qu'on devait sauver la partie métaphysique, que celle-ci n'était pas solidaire de la partie scientifique. On voulut maintenir le bloc. Ce fut la ruine de la scolastique. Les décou­ vertes nouvelles étant évidemment vraies, il fallut re­ noncer aux donnéesde science ancienne, et comme elles ne faisaient qu'un seul tout avec la philosophie, le tout sombra en même temps. L'aristotélisme modéré avait fait vivre et prospérer la scolastique: poussé à l’excès. il la faisait périr. De nos jours, sous l'impulsion vigou­ reuse de Léon XIII, un retour catégorique s’est produit vers les doctrines thomistes et en ellesvers les théories aristotéliciennes. Les exemples d’attachement prudent et résolu des grands scolastiques du xtn« siècle à la philosophie aristotélicienne, s'ils sont suivis, ne pourront que profiter à l'intelligence de la vérité et de la foi. Cf. de Wulf, Histoire de ta philosophie médiévale, p. 449; P. Bulliot, Le problème philosophique, dans la Revue de philosophie, décembre 1900. Launoy, De varia Aristotelis fortuna in academia Parisiensi, Cologne, 173'2; Brucker, Historia critica philosophise, Leipzig, 1767; Rousselet. Études sur ta philosophie dans le moyen lige, Paris, 1840-1842; Jourdain, Recherches critiques sur Càge et l'origine des traductions latines d’Aristote, Pa­ ris. 1843; Thurot, De l’organisation de l’enseignement dans l’université de Paris au moyen âge, Paris, 1850; Renan, De philosophia peripatetica apud Syros, Paris. 185'2; Averroès et l'averrdisme, '2' *'dit.. Paris, 1861 ; Prantl, Geschichte der Logik in Abendlande. Leipzig, 1855 ; Cousin, Fragments de philo­ sophie du moyen âge. Paris, 1855; Λ. Stôckl. Geschichte der Philosophie des Mittelaltere, Mayence, 1864-1866; Salvatore Tulaino, L'arislolclisne de la scolastique, 2' édit., trad, franç., Paris. 1876; Douais, Essai sur l'organisation des éludes dans l'ordre des frères prêcheurs, Paris, 1.884; Vacant, Études comparées sur la philosophie de saint Thomas d’Aquin et celle de Duns Scot, Paris, Lyon, 1891 ; Les versions latines de la morale à Nicomaque antérieures au xv siècle, dans la Hevue des sciences ecclesiastiques, mai, juin 1885; voir Angki.oi.ogii·. d’après les averroistes latins. Elirle, Ueber den Kampf des Auguslinismus und Aristotelismus in 1.1 Jahrhunderl, dans la Zeitschrift für katholische Théologie. Inspruck, 1889; Der Auguslinismus und der Aristotelismus in der Scholastic gey-n Ende des 1:> Jahrhunderts. dans Archie für Lilt.-und Kirchengeschichle, t. v; Denifle-Chatelain. Chartularium universitatis parisiensis, Paris, 1889 : A. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, Paris, 1895: Forget, Dans quelle mesure les philosophes arabes continua­ teurs des philosophes grecs ont-ils contribué au progrès de la philosophie scolastique ? Compte rendu des travaux du III' Congrès scientifique international des catholiques, ut' section, Bruxelles, 1895, p. 233: Rubens Duval. La littéra­ ture syriaque, Paris, 1899; Mandonnet, Siger de Brabant et l’averroïsme latin au xtti’ siècle, Fribourg (Suisse), 1899; Carra de Vaux, Avicenne, Paris, 1900; M. De Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, Louvain. Paris, Bruxelles, 1900; A. Mignon, Les origines de la scolastique et Hugues de SaintVictor, Paris, s. d. ; Hauréau. Histoire de la philosophie scolas­ tique, 2· édit.. Paris. 1872-1880 ; Grégoire IX et la philosophie d'Aristote, Paris. 1872; D Argentré, Collectio judiciorum, t. i. p. 214 sq.;Schneid, Aristoteles in der Scholastik ; Die Korperlehre des Johannes Skotus und ihr Verhaltniss zum Thomismus und Atomismus, Mayence, 1879. A. Chollet. ARIUS. Voir Arianisme, col. 1779-1781. 1888 régent des études générales des dominicains à Montpel­ lier. Nommé cette même année maître en théologie et maître du sacré palais par .lean XXII. Il prit part aux disputes soulevées par les théories du pape sur la vision héatifique et mourut dans l'exercice de sa charge en 1331. Parmi ses écrits, il faut signaler le suivant dont le litre varie quelque peu selon les éditions : Tractatus de declaratione difficilium dictorum et dictionum in theo­ logia et philosophia, 1« édit., sans lieu ni date [Lyon, 1495}; Bêle. 1491 ; [Lyon.] 1560; Cologne, 1502; Venise, 1584. 1586; Strasbourg, 1605;Wittemberg, 1623. On peut signaler aussi, à cause de leur importance historique et de leur existence en un seul manuscrit connu, les deux traités d’Armand relatifs aux disputes sur la vision béatifique. Ils sont l'un et l'autre dans un manuscrit de la bibliothèque publique de Cambridge, sous la cote Ji. 3. 10 : Responsiones ad 19 articulos ex parle beatitudinis aposlolice missos fratri Armando rectori sacri 1 palatii Avenione (23 décembre. 1333), fol. 10 38; Epislole mag. Armandi predicaloris, mag. s. palae/i, derisione beatifica, fol. 95. Quétif-Echard Scriptores ord prsed., t. t. p. 583 ; Denifle-Chatelain, Chartularium universitatis parisiensis, t. il, voir l’index; C. Prantl. Geschiehi ■ m··· Logi'i im Abendlande, t. in (1867), | p. 306-311 ; Hain, Peilecliot, etc. P. Mandonnet. 1 ARMÉNIE. Pour plus de clarté, nous diviserons cet article en quatre sections : I. Histoire religieuse de l’Ar­ ménie. 11. Les conciles. III. La littérature théologique. ' IV. La croyance et la discipline. I I. ARMÉNIE. Histoire religieuse. — I. Le pays et ses 1 vicissitudes politiques. II. Religion primitive. III. Ori­ gines chrétiennes. IV. Saint Grégoire l'Dluminateur. V. Du concile de Nicée à celui de Chalcédoine (325-451). VI. Opposition au concile de Chalcédoine. VII. Les églises de Géorgie et d'Albanie. VIII. Premières tenta­ tives d’union avec les grecs. IX. Hérésies indigènes. . X. Nouveaux essais d’union avec les grecs. XI. Pre­ miers rapports avec l’Eglise romaine. XII. Rupture de | l'unité hiérarchique. XIII. Calholicat d'Etchmiadzin. XIV. Catholicat de Sis ou de Cilicie. XV. Catholicat d’Aghtamar. XVI. Patriarcat de Jérusalem. XVII. Patriarcat non uni de Constantinople. XVIII. Patriar­ cat catholique. XIX. Archevêché arménien de Lemberg. XX. Ordres religieux. XXL Missions catholiques. XXII. Missions protestantes. XXIII. Statistique religieuse. XXIV. Liste des patriarches. I. Le pays et ses vicissitudes politiques. — L’Armé­ nie est une contrée montagneuse bornée, d'un côté, par la mer Noire et la Caspienne, et de l'autre, par le Taurus et le Caucase; sa surface presque quadrangulaire est comprise entre les 36" et 44» de longitude est, et les 38» et 41» de latitude nord. Cependant ces lignes extrêmes englobent certains pays qui n’ont jamais été arméniens; en revanche, l'influence arménienne a fréquemment dépassé ces frontières, â l’ouest de l’Euphrate surtout. Le mot d'Arménie n'est qu'une expression géographique; aujourd'hui moins qu'à aucune autre époque, il ne peut s'appliquer à une race, à une nation déterminée. C’est que ce malheureux pays semble n'avoir jamais connu l’unité ethnique, cette indispensable condition de pros­ périté pour une nation. Habité dès l'origine par une race blanche allophyle, qui crée un royaume autour de Dhuspa. la ville actuelle de Van. nommée Biaïna par les monuments indigènes, et Urartu pas les inscriptions d'Assyrie, on le voit en­ suite occupé par une race aryenne qui, en se mêlant à la première, finit par l’absorber entièrement. C’est de cette seconde race que sont issus les Arméniens inoARMAND DE BELLEVUE. Dominicain provençal I dernes. Ils donnent à leurs ancêtres le nom d’Haik, au né dans la seconde moitié du XIII» siècle. Était en 1326 1 singulier liai, et à leur pays celui de Haïsdan ou de- ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE 'Ï889 1890 meure dos Haïk. A les entendre, Haïk, père de leur race, forteresses. Ennemis des Grecs et des musulmans, ces ne serait autre que le fils de TllOgorma, troisième Gis de r fugiés de Cilicie s'unissent naturellement avec Les Gomer, Gen., x, 3, et ils ont tiré de cette problématique croisés. Après la prise d'Antioche ( 1097), Constantin, fils origine de belles légendes qu'ils tiennent pour vraies. de Roupen, reçoit des croises le titre de baron; au 1. ;t O n'est pas ici le lieu de les discuter. Qu'il me suffise d'un siècle, les héritiersde Roupen,déjà barons,devien­ de rappeler qu’à peine arrivée dans le pays, vers la lin nent des rois, par suite de l'érection, en un royaume du vu* et au début du VIe siècle avant J.-C., la nouvelle vassal du saint-siège et de l'empire d'Allemagne, de la race, supérieure à l’ancienne par le nombre et la con­ Cilicie ou Petite-Arménie (1198). Trois dy nasties s’y suc­ dition sociale, réussit à s'emparer du gouvernement, sans cèdent : les Roupéniens (1198-1226), les Héthoumiens (1226-1342), les Lusignans (1342-1375). Ébranlé par les sortir cependant de la dépendance des Mèdes et des Perses, héritiers des Assyriens qui, après de longues Mongols et ruiné par les désordres intérieurs, le royaume luttes, avaient détruit Dliuspa (735) et soumis le pays. de Petite-Arménie est détruit, en 1375. par les marneLorsque, à leur tour, les Perses sont vaincus par Alexan­ loucks d'Egypte, et son dernier souverain. Léon VI, dre (328), l'Arménie ne fait que changer de maître : elle meurt en France, pensionné par Charles VI (1393). échoit aux Sélcucides de Syrie qui lui laissent, sous l'au­ Quelques-uns de ses sujets cherchent, comme autrefois torité de gouverneurs indigènes nommés par eux, une Roupen, un refuge dans les montagnes du Taurus; ils y créent peu à peu une ville, Zeitoun, dont l'histoire n’est sorte d'indépendance, rendue d'ailleurs nécessaire à qu'une brillante épopée. Le gouvernement turc n'a rien cause de l’éloignement. épargné pour réduire ce Monténégro arménien. Demeurés Après la défaite d'Antiochus le Grand par les Romains libres jusqu'au milieu du xtx» siècle, attaqués depuis (190). Artaxias et Zariadris, gouverneurs du pays, pren­ presque chaque jour, les Zeitoumotes n’ont mis bas les nent le titre de roi el se déclarent indépendants, le pre­ armes qu'à la condition d'avoir un gouverneur chrétien mier, dans l'Arménie proprement dite, le second au (10 février 1896). sud-est. dans la Sophene. inaugurant ainsi la dynastie Quant à la Grande-Arménie, son histoire depuis neuf nationale des Arcliagounik ou Arsacides. Strabon, XI, siècles est une longue série de dévastations. Ruinée au 531. Cette dynastie jette un vif éclat sous Tigranes 1" XIe siècle par les Seldjoukides. au xni« par les Mongols, (vers 90-55), mais elle ne tarde pas à devenir, suivant au xv® par les Ottomans, elle tombe épuisée, en 1555, les circonstances, le jouet des Romains et des Parthes. aux mains de ces derniers. Au début du xvn» siècle, la C'est aux Parthes que vont de préférence les sympathies Perse s'annexe la partie orientale. Deux siècles passent, du peuple et des grands; aussi Néron, en fin politique, et un autre conquérant entre en scène, la Russie. En reconnaît-il pour roi d’Arménie le propre frère du roi 1802, cette puissance s’incorpore la Géorgie et commence des Parthes, Tiridate. Dion, l.xnt, 2-7. En 226, les Sasdès lors de s'étendre vers l’Arménie. Le traité· d'Andrisanides remplacent les Arsacides sur le trône de Perse. nople (1828), la campagne de 1853-1855, celle de 1877, Les rois d'Arménie, en vertu du pacte qui unit entre eux favorisent son ambition, et l'ancien royaume d’Arménie tous les princes du sang arsacide, se déclarent contre la se trouve aujourd'hui partagé entre la Turquie, la Russie nouvelle dynastie. De la entre les deux pays une lutte et la Perse. L’Arménie persane forme, sur la rive droite sanglante qui dure plusieurs siècles, lutte politique tout de l’Araxe, la partie septentrionale de l’Aderbéidjan; dàbord. puis lutte religieuse à partir du jour ou, Tiri­ l’Arménie russe comprend, entre le Tchorouk, la Koura date converti, toute l’Arménie devient chrétienne. Tour et l’Araxe, les provinces d’Erivan et d'Élisabethpol, et â tour perdue et reconquise par les Romains et par les une partie du gouvernement de Tillis. Les Turcs occu­ Perses, l’Arménie est partagée, en 387, entre ces deux pent encore la majeure partie de la région; ils ont le puissances rivales. Les Perses, qui ont pris pour eux les bassin du lac de Van, les deux Euphrates supérieurs, quatre cinquièmes du territoire, lui laissentau début un les hautes vallées du Tchorouk et de l’Araxe, vaste en­ simulacre d'indépendance; mais, à la mort du dernier semble ne formant pas moinsde cinq vilayets : Erzeroum, Arsacide (428), ils administrent eux-mêmes le pays au Mamourat-ul-Azis, Billis, Diarbékir, Van. La population moyen de ntarspans, sorte de margraves nommés par y est très mélangée. Les Arméniens et les Kurdes, en eux. nombre à peu près égal, forment ensemble la moitié de A deux reprises, sons l’empereur Maurice (591) et sous la population; l’autre moitié est turque ou turcomane. Héraclius (629), l'Arménie est enlevée aux Perses par les Seul, un régime administratif régulier pourrait main­ Byzantins ; mais trop loin de la capitale, épuisée d'ailleurs tenir dans un juste équilibre des races aussi profondé­ par ses luttes intestines, elle tombe sans résistance au ment diverses. Ce régime, en dépit de l'article 61 du pouvoir des Arabes (654·). Aux marspans succèdent alors traité de Berlin (1878), l’Arménie ne l’a jamais connu. les osdigans, gouverneurs nommés par le khalife. Cepen­ Réclame-t-elle, sinon l'indépendance, du moins la rea­ dant un noble Arménien, Achot Pakratouni, est assez lisation de quelques réformes, on étouffe sa voix dans le heureux pour gagner la confiance des khalifes; il obtient sang. Les derniers massacres de 1895-1896 ne lui ont d'eux, en 855, le titre de prince des princes et, en 885, que trop montré combien vaines seraient ses espérances b couronne royale. Ainsi se trouve fondée la dynastie en face de l’absolutisme du sultan et de l'impuissance indigène des Pakratounik ou Hagratides, dont les chefs des diplomates européens. gouvernent le pays pendant deux siècles (885-1079). Mais l·· r gime féodal morcelle le nouveau royaume et entraîne Sur l'histoire primitive de l'Arménie, voir H. Hyvemat, Arménie dans le Dictionnaire de la Cible, t. I, col. 1000-1010, et les ou­ «a ruine. Autant de rois que de provinces, autant de provrages indiqués par ce savant. Pour l'histoire politique, consulter vinces que de vallées, tel est en deux mots l’état de l’Ar­ J. Issaverdens, Histoire de l’Arménie, 2 in-8·, Venise. 1888; ménie à cette époque. En 1021, le roi de Vaspourakan, J. Saint-Martin. Me-mûres historiques el géographiques sur trop faible pour résister aux Turcs Seldjoukides, cède l'Arménie. 2 in-4·; Paris. 1818-1819. — Sur les Bagratides, voir •es Etats à l’empereur grec Basile II en échange de A. Green.' La dynastie bagrulide en Aimênie, Journal del'inSêbaste; en 1015. c'est le royaume d'Ani que les Byzan­ struction publique, Saint-Pétersbourg, 1893, nov., p. 51-139. — tins s'incorporent; mais à peine installés, ils doivent Sur le royaume de la Petite-Arménie, voir E. Dulaurier, Étude sur l'organisation politique, religieuse et administrative du od-r la placeaux Seldjoukides conduits par Alp-Arslan. royaume de la Petite-Arménie au temps des croisades, in-8·, Déjà morte civilement, la race des Bagralidcs d’Ani s'éteint . Paris, 1862 (extrait du Journal asiatique, 5· série, t. xvn, sans retour, en 1079. par l'assassinat de Kakig 11. I p. 377 sq.; t. xvm, p. 289 sq.. reproduit en tète du t. t des His­ Pour échapper à la servitude eu à la mort, un parent toriens arméniens des croisades, in-fol., Paris. 1869); V. Lan­ de Kakig II, Roupen, se jette avec quelques braves dans glois, Voyage dans la Cilicie et dans les montagnes du Taurus, finges du Taurus et. de là. passe en Cilicie, où le in-S*. Paris, 1861: L. Alishan. Sissouan Description physique, gja.erneur byzantin de Tarse lui abandonne quelques géographique,historique et littéraire de ia Cilicie arménienne DICT. DE THEOL. CXTUOL. I. - C9 4891 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE et l'histoire de Léon le Magnifique, in-8·, Venise, 1898. — Sur Zeitoun, voir V. Langlois, Les A rméniens de la Turquie et les mas­ sacres du Taurus (Revue des Deux Mondes, 15 février 1863); Aghassi, Zeitoun depuis les origines jusqu’à l’insurrection de 4895, trad. Archag Tchobanian. in-18. Paris. 1897 ; Anatolio La­ tino (Car. Enrico Vitto), GH Arment e Zeitun, 2 in-8·, Flo­ rence, 1897. — Sur les derniers massacres, voir entre mille bro­ chures plus ou moins hâtives, le consciencieux travail deLepsius: L'Arménie et l'Europe, in-8·, Lausanne, 1895. 1892 par M. de Stadler, in-8·, Paris, 1864 (extrait de la Revue de l’Orient et des colonies) ; L. Alishan, L'ancienne religion ou le paganisme de l'Arménie, in-18, Venise, 1895 (arm.); H. Gelzer, Zur armenischen Gütterlehre, dans les Berichten der kônigt. Sachs. Gesellschaft der Wissenschaften, 1896, p. 99-148: A. Car­ rière, Les huit sanctuaires de l'Arménie païenne d’après Aga­ thange et Moïse de Khoren, in-8·. Paris, 1899. — Sur la supersti­ tion actuelle en Arménie, voir Minas Tcbéraz, Notes sur la mythologie arménienne, dans les Transactions of the IX in­ ternational congress of orientalists, Londres, 1893, t. it, p. 822845: Manuk Abeghian, Der armenische Volksglaube, in-8·, Leipzig, 1899: cf. sur ce dernier ouvrage le compte rendu de l’arméniste P. Vetter, dans Lilterarische Rundschau, t. xxvr (1900), p. 204. II. Religion primitive. — Le paganisme arménien nous est presque totalement inconnu; il a sans doute fait l’objet, dans ces dix dernières années surtout, de plusieurs savants travaux, mais les résultats obtenus sont loin d’être satisfaisants, faute d’être appuyés sur des III. Origines chrétiennes. — Les débuts du christia­ textes d’une incontestable autorité. Dans un savant mé­ nisme en Arménie sont également très obscurs. A s'en moire, H. Gelzer nous a présenté un tableau du pan­ rapporter aux historiens nationaux, plusieurs apôtres y théon arménien, où se trouvent élucidés le nombre et la seraient venus prêcher l’évangile; quelques-uns même nature des divinités, leur origine persane, syrienne,-ar­ y auraient trouvé la mort, comme les saints Barthélemy ménienne et grecque, leur analogie avec les dieux du et Thaddée. Mais, en s'exprimant de la sorte, ces auteurs paganisme hellénique. Par malheur, les conclusions de arménisent à l’excès et font rentier dans l’histoire de l’éminent professeur ont pour base principale le témoi­ leur nation des données qui n'ont primitivement rien de gnage de Moïse de Khoren, et ce témoignage, A. Car­ commun avec les annales d’Arménie. Les plus anciens rière vient de le prouver, n’a pas de valeur historique. écrivains, Korioun, Élisée, Eznik, Agathange, Lazare de Dans son récit sur l'origine et la transplantation en Ar­ Pharp, Sébéos (dernier tiers du vu* siècle), ne pronon­ ménie des idoles étrangères, Moïse n'a fait que trans­ cent pas le nom de Thaddée et ne font aucune allusion crire, en le reportant à plusieurs siècles en arrière, le à son histoire. Moïse de Khoren mis de côté, il n’en récil d'Agathange sur le renversement des temples par est question que dans Zénob de Glak, postérieur à saint Grégoire. Dès lors, le seul texte qui puisse nous Moïse, et dans Faustus de Byzance, dont le texte dans son fournir des renseignements sur le paganisme national étatactuel n'est peut-être pas antérieur au livre de Moïse. est celui d'Agathange; les données complémentaires de Chose remarquable, Thaddée est mentionné quatre lois Moïse doivent être regardées comme le produit de son dans le livre de Fauste, édit. Venise, p. 5, 30, 40, 71, et imagination. Or, que nous fournit Agathange? Une sim­ chaque fois son nom est rapproché de celui de saint ple liste des vieux sanctuaires et des idoles qui y étaient Grégoire. La légende de cet apôtre comme évangélisateur adorées. On voit par son récit que l'œuvre de destruc­ de l’Arménie est donc bien tardive; elle est sans doute tion des idoles opérée par saint Grégoire et Tiridate a empruntée aux hagiographes grecs; c’est du moins ce port'· sur huit sanctuaires, dont deux à Artachat, un que parait indiquer la forme grecque du nom Θαδδαϊος, dans chacun des bourgs de Thordan, Ani, Éréz, Thil, Thaddée, au lieu de la forme Addai, Addée, nom syria­ Bagayaridj et Achtichat, ce dernier avec trois idoles dont que du disciple envoyé à Édesse pour guérir Abgar. A. deux seulement sont nommées. Quant aux divinités, Carrière, La légende d’Abgardans l'histoire d’Arménie leurs noms varient avec le texte d’Agathange que l’on de Moïse de Khoren, dans le volume du centenaire de adopte : là où le texte arménien donne des noms armé­ l’École des langues orientales vivantes, in-4°, Paris, niens, le texte grec donne des noms grecs. En voici la 1895, p. 363, 373. Quelle que soit l’origine de cette lé­ liste. Le premier nom est celui du texte arménien; le gende, Moïse de Khoren, n, 30-36, s’en est emparé et l'a second, celui du texte grec; chacun d’eux est précédé transformée au point de la rendre entièrement armé­ du nom du lieu où la divinité avait son sanctuaire : nienne. Telle a été sa popularité que les chefs de l’Église 1° Artachat : Anahit = Artémis; 2° Artachat : Tir ou d'Arménie prétendent encore siéger sur le « trône de Tiur = Apollon; 3° Thordan : Barchimnia= Barsamènè; saint Thaddée ». L’expression se rencontre déjà dans 4° Ani : Aramazd = Dios; 5° Eréz : Anahit= Artémis; Fauste, in, 12; iv, 4. Moins populaire et pas plus an­ 6° Thil : Nané = Athéna; 7« Bagayaridj : Mihr = Hécienne est la légende dont la mission de saint Barthé­ phestos; 8° Achtichat : Vahagn = Héraclès; N = N; lemy a été le thème. Moïse de Khoren, n. 34, l’ait mourir Astlik = Aphrodite. Si l’on excepte celui de Barchamèn, I cet apôtre à Arébanos, ville parfaitement inconnue d’ail­ d’origine sémitique (peut-être pour Belchamèn), tous leurs, et dont le nom est présenté par les documents ces noms d’idoles représentent dans la rédaction de grecs sous les formes les plus variées : Ουρβανόπολις, l’Agathange grec des divinités du panthéon hellénique. Άρβανόπολις, Ά).6«νόπολις. Κορβανόπολις.Α. Lipsius, Die Le traducteur arménien d’Agathange a rétabli, dans son apokryphen Aposlelgeschichtcn und Aposlellegenden, texte, les noms indigènes. Peut-on s’appuyer sur cette in-8°, Brunswick, 1883-4890, t. ill, p. 59. C’est sans doute restitution pour conclure à une identification réelle entre de documents grecs que dérive la littérature de Moïse, les divinités, pour assimiler, par exemple, l’Anahit ar­ et, par exemple, des Actes de saint Barthélemy, publiés ménienne avec l’Artémis grecque, Tir ou Tiuravec Apol­ dans le Martyrologe arménien, 2 in-8°, Venise, 1874, et lon. etc.? Ce serait aller trop loin; l'assimilation pro­ traduits en latin par G. Môsinger : Vita et martyrium posée peut être simplement le fait du pseudo-Agathange s. Barlholomæi apostoli, ex sinceris fontibus arme­ qui, utilisant dans sa composilion grecque des docu­ niacis in linguam lalinam conversa, in-8”, Salzbourg. ments arméniens, aura arbitrairement substitué aux 1877. En résumé, ce que les Arméniens ont de traditions noms barbares qu’il rencontrait des noms plus connus apostoliques, c’est à eux-mêmes qu'ils le doivent. Ils ont de ses lecteurs. Et comme, Moïse de Khoren mis de glané apres la moisson des autres et cherché à s'appro­ côté, nous n’avons présentement d’autre témoignage que prier quelques bribes. L. Duchesne, Les anciens recueils celui d'Agathange à invoquer au sujet des divinités ar­ de légendes apostoliques, dans le Compte rendu du méniennes, il en résulte que nous ne savons de ces di­ 111° congrès scientifique international des catholiques. vinités autre chose que leurs noms et leurs sanctuaires; Bruxelles, 1895, section des sciences historiques, p. 71,77. la question de leur origine et de leur nature reste encore Si légendaires qu’elles soient, ces traditions ont pour­ obscure, même après les recherches pourtant si recom­ tant quelque signification historique; elles prouvent que mandables de H. Gelzer. la foi chrétienne avait passé d’assez bonne heure de Syrie en Arménie, et qu'elle avait jeté, surtout dans les J.-B. Emin, Bechet cites sur le paganisme arménien, trad. fr. 1893 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE provinces méridionales de la Sophéne et du Vaspourakan, de profondes racines. Venus de Syrie, les premiers mis­ sionnaires conservèrent leur langue liturgique, le sy­ riaque, et leurs plus chères légendes, comme celles d'Abgar et de Thaddée. A cause même de ces légendes, on peut regarder la ville d’Édesse comme le centre prin­ cipal de l’évangélisation de l’Arménie. Marquart indique comme centre secondaire la ville de Metzbin ou Nisibe. Zeitschrift der deutsch. morgenl. Gesellschaft, 1896, p. 615. Que le christianisme ait été répandu en Armé­ nie avant saint Grégoire, on en trouve la preuve dans une lettre adressée par l’évêque d’Arménie Méruzanes ou Méroujan à Denys d’Alexandrie (218-265). Eusèbe, H. £., vi,4l,n. 2. Cf. H. Gelzer, Die Anfünge der arnien. Kirche, dans les Berichlen der kànigl. Such. Gesells­ chaft der Wissensch. hist. phil. Classe, 1895, p. 171-172. IV. Saint Grégoire l’Illuminateur. — Toutefois, c’est de saint Grégoire l’Illuminateur (Lousavoritch) que date, sinon la naissance, du moins la pleine efflorescence du christianisme en Arménie. Issu de la race royale des Arsacides, Grégoire encore enfant avait été soustrait par sa nourrice au massacre de sa famille (238). Comme beaucoup de ses compatriotes, il s'était réfugié sur les terres de l’empire romain, durant l’occupation de sa pa­ trie par les Perses. C’est à Césarée qu’il fut élevé et instruit dans la foi chrétienne et dans les sciences hu­ maines. Il reparut en Arménie, lors de la restauration du royaume sous Tiridate II (261), et, après avoir été en butte aux persécutions, il baptisa une grande partie de ia nation et le roi lui-même. Sozoméne, H. E.. n, 8. P. G., t. lxvii, col. 196-197. Sur le désir de ce dernier, Grégoire se rendit à Césarée, où il reçut des mains de l'évêque Léonce la consécration épiscopale. Ainsi se nouèrent entre la nouvelle chrétienté et la métropole cappadocienne des liens de filiation hiérarchique. A son re­ tour de Césarée, Grégoire se fixa à Achtichat, dans la province de Tarôn, et y fonda, sur les ruines d'un fa­ meux temple païen, une église et un palais pour la rési­ dence de l’évêque. En peu de temps, la province d'Ararat, au nord, fut elle-même gagnée à la foi. Une fois maître du pays, Grégoire organise sa con­ quête. Pour mieux atteindre le peuple, il bannit le sy­ riaque et substitue dans la liturgie la langue nationale à cet idiome étranger. Pour s'attacher les prêtres païens convertis, il élève leurs fils dans une sorte de séminaire, ·■: c'est parmi eux, qu'il choisit les tilulaires des douze sièges épiscopaux créés par lui. Enfin, détail caractéris­ tique, les hautes dignités ecclésiastiques deviennent, comme autrefois chez les Juifs, l'apanage des familles sacerdotales; c'est dans la propre famille de Grégoire que se perpétue la dignité suprême de catholicas ou ar­ chevêque. Je n’ai pas à parler ici du voyage à Rome de ! Illuminateur; c'est une fort belle légende, rien de plus. On a dit, et l’on dit encore, que l’Église d’Arménie re­ çut de son fondateur une pleine autonomie, quelle fi.t gouvernée dès l'origine par un catholicos absolument in­ dépendant. M. Ormanian (aujourd’hui patriarche de C onstantinople), Le Vatican et les Arméniens, in-8°, : mie, 1873, p. '155 sq. Rien n’est moins fondé. Jusqu’à N rsês le Grand, Césarée continua d’exercer sur l’Église arménienne une indiscutable suprématie. Voir v. Gutschmid, Kleine Schriften, in-80,Leipzig. 1892, t. ni, p. 353; H. Gelzer, op. cit., p. 138-139. Le nom de catholicos ne daigna d'abord que l’évêque principal du pays, métro­ politain, archevêque ou exarque; c’est seulemeni plus tard, à l’époque de la séparation, qu'on y attacha le sens de patriarche indépendant. Les chefs religieux de . Albanie et de la Géorgie, deux provinces voisines con«ertiespar des missionnaires envoyés parsnint Grégoire, portèrent eux-mêmes le titre de catholicos, sans que cependant les Arméniens aient jamais songé à leur ne nnaitre une complète autonomie; ils se trouvaient vis-à-vis du catholicos d'Arménie dans la même situa­ 1894 tion que celui-ci vis-à-vis de l'archevêque de C -·:■··. L'organisation intérieure de l’Église d'Arménie ses débuts réclamerait, de qui voudrait la décrire, de longs développements. Ne pouvant les donner ici. je me c< ntenterai de renvoyer le lecteur au mémoire d· | i cité .le II. Gelzer, p. 140 sq. ; on y trouvera, réduit à d- ju~t -proportions, le tableau de cette chrétienté naissante que lesauteurs nationaux, par un sentiment patriotique très intense, ont embelli à plaisir. V. Du concile nE Nicée a celui de Chai.cédoine (325451). — Grégoire eut pour successeur son plus jeune fils, Aristakés, qui assista au concile de Nicée. 11. Gelzer, 11. Hilgenfeld, O. Cuntz, Patrum nicænorum nomina, Leipzig, 1898, p. lvi, t.xn et passim. A la mort d’Aristakès, son frère aîné, Verthanès, que Grégoire avait or­ donné évêque des Ibériens et des Albanais, hérita du siège d'Arménie, auquel il rattacha naturellement l’Église d Ibérie fondée par lui. Mais déjà l'union cesse de rêgnerenlre le chef de l’Église et celui de l'Etat. lousik, fils et successeur dfe Verthanès, paye de la vie son opposition au roi Tiran (f 337-341). Ses fils se sécularisent, et le catholicat ne se transmet plus en ligne directe dans la fa­ mille de riiluminateur. Au rapportde Socrate, Η.Ε.,ιπ, 25, A G., t. lxxii, col. 453, le catholicos Isaac était un des signataires de la lettre adressée par le concile d'Antioche à l’empereur Jovien (363-364). Ce personnage est évi­ demment le même que le Chahak de Eaustus de By­ zance, m, 17. A Chahak succède Nersès, neveu de lousik, qui reçoit l'ordination épiscopale des mains d'Eusèbe de Césarée (362-370), au milieu d'un pompeux appareil décritpar Faustus. iv,4.dans Langlois, Collection d’historiens arméniens, in-8“, Paris, 1867, t. I, p. 238 sq. Témoin des institutions de toutes sortes établies |;r saint Basile à Césarée, Nersès entreprend de les implan­ ter en Arménie. Au synode d'Achtichat (vers 365), il rend obligatoires les canons apostoliques, promulgue bon nombre de lois sur le mariage el le jeûne, organise des œuvres charitables comme les hospices et les hôpitaux, et donne un grand essor à la vie monastique. Gelzer, op. cil., p. 151 sq. Ces réformes importées des pays grecs indisposent contre lui et le roi et les grands. Le roi Archak lui oppose même un anticatholicos. Une fois Archak tombé entre les mains des Perses, Nersès reprend sans conteste la direction de son Église; mais son langage apostolique irrite le nouveau roi Pap (367-374) qui le fait empoisonner avant 374. C’est par anachronisme que l’on fait assister le pontife martyr au concile de Constantinople en 381. Arëak Ter-Mik· lian. DiearmenischeKirche in ihren Beziehungen zm · ·:>;tinischen vom IV bis zum XIlI Jahrhundert. in-8°, Leipzig, 1892, p. 31 sq. La mort de Nersès. ce Thomas Becket de l’Arnu nie, marque dans l’histoire de son pays une puissant·· r ac­ tion antireligieuse. Les riches dotations octroy - am églises par Tiridate sont en partie supprime» par .· roi Pap; le clergé voit diminuer le nombre I s-s membres, les institutions de bienfaisance toml-nt en ruine, les règles canoniques cessent d'être en vigueur et les usages du paganisme reprennent partout faveur. Gelzer, op. cil., p. 156 sq. Le sentiment antireligieux n’était point seul à dicter ces mesures réactionnaires; aux yeux de Pap, Nersès avait eu tort de trop helléniser l’Arménie en la dotant d'institutions imitées des Grecs. Cette rivalité de race, qui créera plus tard le schisme, entrait pour beaucoup dans la nouvelle orientation de la politique royale. On le vit bien quand il fallut pourvoir au siège vacant du catholicos. Sans tenir compte de l’an­ tique usage, Pap nomma lui-même à cette haute fonction lousik, de la famille d'Aghbianos, rivale de celle de 1'11luminateur. Ainsi fut créée par un ennemi du pouvoir sacerdotal l'indépendance religieuse de l'Arménie Saint Basile revendiqua naturellement les droits de son siège, Faustus, v, 29, dans Langlois, 1.1, p. 293, 294; ii trouva 4895 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE 1896 tor, in-8”, Leipzig, 1899, p. 27 sq. ; F. I. Hamilton et de l'appui en Arménie même dans l’ancien clergé, dé­ E. W. Brooks, The syriac chronicle known as that of voué à la famille de l’Illuminateur. Par malheur, le mé­ Zachariah of Mitylene, in-8”, Londres, 1899, p. 24 sq. tropolitain de la Cappadoce II”, Anthime, ennemi per­ Ce document, accueilli par les Arméniens à l'égal d'un sonnel de Basile, prit parti pourlousik et ses adhérents. symbole de foi, exerça sur leur théologie une influence Si l’évêque de Césarée eut gain de cause dans certaines décisive. Adversaires acharnés et peu clairvoyants du nominations épiscopales, la consécration du catholicos nestorianisme, ils descendirent inconsciemment la lui échappa pour toujours. Gelzer, op. cil., p. 157-162. pente du monophysisme. On a parfois attribué au ca­ Devenus indépendants de fait, les nouveaux catholici tholicos Isaac une part importante dans les décisions du n’eurent rien de plus à cœur que de se donner les ap­ concile d'Ephêse (431); on lui fait même honneurd'une parences du droit en se forgeant des titres à l'autono­ lettre dogmatique en réponse à celle de Proclus. Asgian, mie. Ce fut le point de départ de tout un cycle de lé­ La Chiesa amiena ed il nestoriauismo, dans le Bessagendes, où nous voyons Grégoire l’Illuminateur recevoir rione, t. vu (1900), p. 282-290. Tout cela est erroné. Si l'investiture d’un peu partout, de Rome ou du ciel, mais des Arméniens se trouvaient à Constantinople au mo­ pas de Césarée. Une critique sage et prudente a pour ment du concile, c’était uniquem'ent pour y apprendre premier devoir de ne tenir aucun compte de ces récits tendancieux de l’imagination indigène, lesquels, avec les le grec. Quant à la lettre d’Isaac, elle n’est qu’une tar­ dive composition décorée d'un nom vénéré. ArSak Terattaches chronologiques dont ils sont ornés, ne repré­ Mikélian, op. cil., p. 37-40. A la manière dont Korioun, sentent autre chose qu’un faux des plus grossiers. Gelzer, un contemporain pourtant, parle de ces discussions op. cil., p. 162; v. Gutschmid, op.cit., t. ni, p. 415. Λ peine en possession de leur autonomie religieuse, 1 dogmatiques, à la façon dont il les brouille, on voit bien qu’elles eurent peu de prise sur les esprits d’alors. Bio­ les Arméniens perdent leur indépendance politique; à graphie de Mesrob, dans Langlois, t. n, p. 14. Isaac la mort de Manuel le Mamikonien (378-385), Rome et la mourut le 15 septembre 439; avec lui s’éteignit la race Perse se partagent le pays. Sans appui du côté de l’em­ de l’Illuminateur. Désormais la dignité de catholicos pire romain, dont elle s'est affranchie, ni du côté des appartiendra non plus à une famille, mais â l'élément Perses qui la persécutent, réduite à l'isolement dans ses monastique. montagnes, l’Eglise d'Arménie aurait peut-être péri sans l'énergique habileté de son chef, Isaac ou Chahak le VI. Opposition au concile de Chalcédoine. — Le con­ cile de Chalcédoine (451), dont l'influence rétroactive fut Grand, le tils de Nersès. Inauguré vers 390, le pontifical si puissante, passa presque inaperçu aux yeux des con­ d Isaac constitue une période décisive dans la vie reli­ temporains. Absorbés par la guerre contre Iazdegerd II gieuse et littéraire de sa nation. Avec ce catholicos issu (438-457) qui prétendait substituer le mazdéisme persan du sang de l'illuminateur et rallié au régime nouveau, à la religion existante, entièrement vaincus en 451, dé­ l'union se fait entre tous les partis. La création par portés en grand nombre en Perse où le catholicos Joseph Mesrob d’un alphabet national donne naissance à une trouva lui-même la mort des martyrs (26 juillet 453), les littérature qui restera longtemps encore tributaire des Arméniens n'eurent guère le temps de songer aux que­ Grecs et des Syriens, mais qui, prise en soi, constitue relles théologiques de l'époque. Avec l'avènement en 484 un réel affranchissement; elle mettait fin aux efforts des d’un marspan de leur race dans la personne de Vahan Perses pour maintenir partout le syriaque, aux tentati­ le Mamikonien, le calme se rétablit. Au lieu d’un maître ves des Grecs pour introduire leur langue. Maîtres de la majeure partie du pays, les Perses s’opposent à la étranger, c’est un des leurs qui gouverne, voilà pour la politique; au lieu du mazdéisme avec ses mages et ses propagation de l’écriture nouvelle et obligent Isaac et temples, ils peuvent suivre en liberté dans leurs églises Mesrob à chercher un refuge sur le teri itoire romain. restaurées le culte que l’Illuminateur leur avait appris à Par raison d'Etat, les Romains favorisent au contraire pratiquer : voilà pour la religion. Par malheur, les les écoles arm miennes dans l'Arménie impériale; des Perses une fois partis, les Byzantins avaient repris leur jeunes gens envoyés dans les écoles de l’empire en rap­ influence, et cette influence était alors tout entière au portent cette culture littéraire qui a été un des princi­ paux facteurs de l'unité nationale. Les Perses ont beau service du monophysisme. En 482, Zenon avait promul­ remplacer Isaac par deux catholici syriens : le peuple, gué VHenoticon, « rejeté le concile de Chalcédoine, dis­ sipé les ténèbres et fait refleurir dans l’Église de Dieu la toujours jaloux de sa nationalité, demeure attaché au lumineuse et resplendissante doctrine des apôtres. Après catholicos de sa race, et quand, en 428, la royauté na­ lui, le vaillant Anastase (491-518) travailla de même et tionale s'éteint, c'est le calholical qui la remplace et avec plus de zèle encore à maintenir la foi traditionnelle sauve la nationalité. Gelzer, op. cit., p. 161; ArSak Terdes saints Pères; parses lettres circulaires, il condamna Mikélian, op. cit., p. 33-37. tous les hérétiques et en particulier le concile de Chal­ Λ cette époque naissait et se développait l’hérésie de cédoine. » Ainsi s’exprime le patriarche arménien Jean VI, Nestorius; l’Eglise d'Arménie y reste étrangère. Au rap­ dit Jean Catholicos, Histoire d'Arménie, trad. J. Saintport de Liberatus, Breviarium causas Nestorianoruni et Eiitychianoruni,c. vm,P.L., t. i.xvm, col.969-1052, les Martin, in-8”, Paris, 1843, p. 52. Après avoir lu de pa­ partisans de Nestorius, ayant traduit en arménien les reilles appréciations, on n'a plus de peine à comprendre écrits de Théodore de Mopsueste et de Diodore de Tarse, que lecatholicos Papkên.dans un synode tenu à Vaghcherchèrent aies répandre en Arménie. Vigoureusement archapat en 491, ait solennellement condamné, en pré­ combattues par Acace de Mélitène et Rabulas d'Edesse, sence des évêques arméniens, ibériens et albanais réunis, ces tentatives provoquèrent la réunion d'un synode. Ne le concile de Chalcédoine et la lettre de Léon Ier à Flasachant trop à quel parti s'arrêter dans une querelle bien vien, aussi bien que le nestorien Barsoumas. Jean Ca­ métaphysique pour des théologiens encore jeunes et inex­ tholicos, op. cit.,p. 53. Ce concile de Papkën faitépoque périmentés, les évêques arméniens députèrent à Constanti­ dans l’histoire de l’Eglise d'Arménie : il marque la date nople, auprès de Proclus, deux de leurs prêtres, Léonce précise où les Arméniens ont officiellement reconnu et Abérius, pour lui demander qui avait raison. Proclus comme seule vraie la doctrine monophysite. ArSak Tertrancha le différend en faveur d’Acace et de Rabulas dans Mikélian, op. cit., p. 47, 48. son fameux Tonius ad Armenos, P. G., t. lxv, col. 856 A mesure que l’on descend le cours des siècles, le sq. : Labbe, Concilia, t. ni, col. 1737sq. ;Mausi, Concilia, courant séparatiste augmente en intensité. La condam­ t. v.col.421sq.;en syriaque dans la compilation du pseudonation port'e contre les Chalcédoniens en 491 est re­ Zacharie le rhéteur, 1. 11. c. v; Land, Anecdola syriaca, nouvelée. dans l’espace d'un demi-siècle, par deux con­ t. ni, Leyde, 1810. p. 103 sq.; K. Ahrens et G. Krüger, ciles de Tvin (Tûvin). Dans le premier, réuni en 524 ou Die sogenannle Kireheii /csehichte des Zacharias Hhe- | 527 par le catholicos Nersès H d'Achtarag, les décrets 4897 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE de Chalcédoine furent â nouveau rejetés, la séparation d’avec les Grecs proclamée, les deux fêtes de la nativité du Sauveur et de son baptême fixées au même jour, et la formule : qui crucifixus es pro nobis, ins érée dans le trisagion. Le deuxième synode de Tvin, I i décembre552, réforma en outre le calendrier et fixa au 1 1 juillet 552 le début de l’ére arménienne vulgaire. Voir, sur cette dernière question, E. Dulaurier, Recherches sur la chro­ nologie arménienne techniqueel historique, in-4“, Paris, 1859, p. 50-56. Ces deux conciles, il est bon de le rap­ peler, se trouvent souvent confondus en un seul dans les documents, tant les données des historiens nationaux présentent de divergences pour cette époque troublée. Un incident survenu en 571 ramena momentanément l’union de l’Arménie avec l’Êglise.de Constantinople. Les Perses ayant élevé à Tvin, en pleine capitale du pays, un temple au feu, le peuple se souleva sous la conduite du catholicos Jean et du marspan Soürën. Vaincu, le catholicos se retira à Constantinople avec une partie de son clergé, et y mourut, non sans avoir fait acte d'adhésion à l’orthodoxie. Toutefois, cette conver­ sion isolée et lointaine n’eut aucune influence sur l’Ar­ ménie restée persane. Quand l'empereur Maurice eut repris aux Perses la plus grande partie du pays, il in­ vita le catholicos Moïse I", successeur de Jean, à convo­ quer à Constantinople, en un concile général, les évêques et les grands d'Arménie. Au lieu de se rendre à l'invi­ tation impériale. Moïse reprocha avec aigreur aux Grecs leurs usages eucharistiques. « Eh quoi! écrivit-il, je franchirais l’Achat pour aller manger du pain cuit au four ou boire de l'eau chaude! » F. Combelis, Historia hæresis nionothelitaruni, dans le 2’ volume de 1.4uctariunt novum, in-fol.. Paris, 1648, p. 282; ArSak TerMikélian, op. cil-, p. 58. Du fond de sa capitale. Tvin, restée aux mains des Perses, le catholicos arménien pouvait éluder à son aise les ordres de Maurice; il n'en allait pas de même des évêques passés sous la domina­ tion romaine. Ceux-là, Maurice les réunit en synode, leur fit reconnaître le concile de Chalcédoine et plaça à leur tête un catholicos particulier, l’évêque Jean, en lui assignant pour résidence le village d'Avan, non loin de Tvin, mais de ce côté-ci de l’Achat. L’Église arménienne se trouva ainsi divisée en deux tronçons (vers 593). Combefis et Arsak Ter-Mikélian. ibid. Vil. Les Églises de Géorgie et d’Albanie. — A ce premier schisme intérieur s’en ajouta bientôt un autre dont les conséquences furent autrement graves. Au nord de l'Arménie, sur les pentes du Caucase, se trouvaient deux peuples chrétiens, voisins et rivaux des Arméniens : c'étaient les Géorgiens ou Ibériens, et les Albanais ou Aghovans. Bien que convertis par des missionnaires arméniens, ces peuples, par esprit d’antagonisme, avaient plus d'une fois cherché à secouer le joug religieux du catholicos de Tvin. Les Géorgiens devant être l’objet dans ce dictionnaire d'un article spécial, je n'ai à parler ici que de leurs différends avec les Arméniens au temps de Moïse; quant aux seconds, dont il ne sera plus ques­ tion, il importe de retracer en quelques ligues ce que I on sait de leurs origines religieuses. Λ l’époque où nous sommes arrivés, les Ibériens avaient pour catholicos Kiouron (Kyrion). Géorgien d origine, ce prélat, après avoir fait ses études en pays grec, à Nicopolis, était entré dans le haut clergé de Tvin, grâce à la protection de Moïse. C’est encore à ce dernier qu'il avait dù d'être élevé à la première dignité religieuse de sa patrie. Mais il n'avait pas tardé, par conviction réelle ou par ambition, à rejeter les doctrines monophysites, et par suite l'autorité du catholicos arménien. Aux pressants rappels de Moïse et de son successeur Abra­ ham, Kiouron répondit par une reconnaissance formelle des quatre premiers conciles, et la séparation fut con­ sommée, en dépit des efforts du prince Sempat Pakratouni pour empêcher la rupture, en dépit même du roi 1S9S de Perse Chosrov II. qui,par raison d'État. fit â nouveau condamner les Chalcédoniens par le synode de 616. ArSak Ter-Mikélian. op. cit., p. 58-60. Le catholicos Abraham eut plus de succès arec I-s Albanais. Ces derniers se vantent d’avoir eu pour premmr pasteur Elisée, disciple de Thaddëe, qui, après le mar­ tyre de son maître, serait allé demander à saint Jacqu· s de Jérusalem la consécration épiscopale. Revenu au pays des Aghovans, il y aurait accompli les mêmes merveilles que la légende arménienne prête à Grégoire l'Illuminateur. Voir Mosé ou Moïse d'Outi, Histoire des Aghovans, édit. Émin, in-8”, Moscou, I860; édit. Chanazarian, 2 in-8°, Paris. I860; trad. Patkanian. Saint-Pétersbourg, 1861. Cf. Agop Manandian, Beit.riige :ur albanischen Geschichte, in-8”, Leipzig, 1897, p. 23 sq. En réalité, il faut descendre jusqu'au IVe siècle pour rencontrer quel­ ques données certaines sur la conversion des Aghovans. D’après une curieuse lettre de l'évêque arménien Giout au roi albanais Vatché, neveu de Peroz (457-484), le roi Ournaïr vint en Arménie, au temps de Tiridate et de Grégoire ITlluminateur, pour y recevoir le baptême. Moïse d'Outi, 1. I, c. xi. p. 14-22de l'édit. Émin; Manan­ dian, op. cit., p. 24. On sait, d’autre part, que Grégoris. fils aîné de Verthanès, filset second successeur de l’Illuminateur, fut établi par son père, à l’âge de quinze ans, catholicos des Ibériens et des Aghovans. Faustus de Byzance, I. Ill, c. v, dans Langlois, t. I, p. 213. Moïse d'Outi parle très longuement de l’apostolat de Grégoris, et ses renseignements s'accordent au fond avec ceux de Faustus. C’est donc à la première moitié du tv» siècle que remonte l'introduction du christianisme chez les Agho­ vans. Les nouveaux convertis suivirent longtemps les desti­ nées religieuses de leurs pères dans la foi ; ils adoptèrent l'alphabet mesrobien, et la Bible ne tarda pas â être tra­ duite dans leur langue. Korioun. Biographiede Mesnb, dans Langlois, t. n. p. 10, '12. Comme les Arméniens, les Aghovans perdirent en 429 leur indépendance poli­ tique; comme eux, ils soutinrent contre les adeptes du mazdéisme une longue et douloureuse lutte. Manandian, op. cit.. p. 26-28. Vaincus en 451, ils reprirent l'avan­ tage à la chute de l’éroz (484) et se donnèrent pour roi Vatchakan le Pieux, dont le zèle réussit à arrêter dans le peuple les progrès du mazdéisme. Un concile fut réuni par ses soins en 488. et les actes de cette assem­ blée jettent un jour tout nouveau sur l’état religieux et social de l’Albanie vers la fin du v· siècle. Moïse d'Outi, 1. 1, c. xxvi ; Manandian, p. 44-48. Trois ans plus tard, en 491. les Albanais prirent part au concile de Vagharchapat, Moïse, I. 11, c. xlvii, et embrassèrent dès lors le monophysisme. Au début du vi« siècle, les relations entre les d-ux Églises continuent d'être amicales : le catholico” armé­ nien, Jean Ier. recommande au catholicos d'Albanie. TerAbas, de se garder des nestoriens. ·< ces loups déguisés en brebis. » Id., I. Il, c. vu. Il lui envoie en même temps la profession de foi formulée au concile de Tvin sous le catholicos Nersès. Mais, vers la fin de ce même siècle. l'Albanie profite de l'établissement sur les terres de l'Empire d’un second catholicos pour s'affranchir elbmême; au lieu d'aller chercher à Tvin la consécration épiscopale, son chef religieux la reçoit dans le pays même des mains des évêques indigènes. C'est à Partav et non plus, comme à l'origine, à Tchol, que ce dernier avait sa résidence. Moïse d'Outi, 1. II. c. xi.vin; Manandian, op. cit., p. 29, 30. La séparation fut d’ailleurs de courte durée. Sous Abraham, d'après Moïse d’Outi, loc. cit.. sous son successeur Komitas,d’après Anania, journal .Iruruz, mars 1897. p. 137, le catholicos d'Albanie reconnut â nouveau la suprématie des héritiers de l’HIurninateur. Un événement, aussi peu connu des historiens que d. s géographes, fut la conversion des Huns au christianisme par l’évêque albanais Israel; elle eut lieu au temps d”~ 1899 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE catholicos arménien Chahak III (677-703), vers la fin du vir siècle. Moïse d'Outi, 1. II, c. xxxix-xi.v; Manandian, p. 30,31. C’est sur cette glorieuse conquête que se ferme l'histoire particulière de l’Église d’Albanie, qui a suivi depuis lors les mêmes vicissitudes que celle d'Arménie. VIII. Premières tentatives d’union avec les Grecs. — Une ère nouvelle s'ouvre pour l’Arménie au vit' siècle, l’êre des essais de réconciliation avec l'Église officielle de l'empire. Restées infructueuses sous Justin II, Evagrius, Hist, eccl., v, 7, note de Valois; Samuel d'Ani, P. G., t. XIX. col. 686, et sous Maurice, Samuel d'Ani, loc. cit., ces tentatives aboutirent à quelques résultats sous Héraclius. Au retour de sa glorieuse expédition de 629, l’em­ pereur désirant rétablir partout la paix religieuse obtint du catholicos Ezr (Ezras) la condamnation de Nestorius et de tous les hérétiques; en bon monothélite, ou. si l'on veut, en politique habile, Héraclius n'avait point remis en question le concile de Chalcédoine. Avec autant de souplesse et craignant peut-être l’érection d'un autre catholicat sur les terres de l’empire, Ezr accorda tout en 633, au synode de Théodosiopolis (Erzeroum); il tra­ vailla même avec ardeur à détruire en Arménie le parti de l'opposition, dirigé par deux célèbres théologiens, Jean Maïragometsi et son disciple Sargis. Ter-Mikélian, op. cil., p. 61-66: G. Owsepian. Die Enlstehungsgeschichte îles Monotheletismus riàch ihren Quellen geprùft und dargestellt, c. tv, in-8», Leipzig, 1897. L’union dura tout le temps que vécut encore Héraclius. Lui mort, les querelles théologiques reprirent de plus belle au dedans, tandis qu’au dehors l'Islam mena­ çait toutes les provinces. En Arménie, les garnisons grecques se plaignaient d’avoir à verser leur sang pour des infidèles. Infidèles, les Arméniens l'étaient, en effet, redevenus au synode de Tvin (645), ou le successeur d’Ezr, Nersès III, avait dû, pour répondre aux vœux de ses ouailles, condamner à nouveau le concile de Chalcé­ doine. En 652, nouvelle réconciliation : Constans II vient en personne défendre l'Arménie contre les Arabes et fait proclamer l'union à Tvin en pleine cathédrale. L'empereur est à peine parti que la brouille renaît. Les victoires des Arabes contraignent encore une fois les Arméniens à se tourner vers Byzance. En 689-690, sous Justinien II et le catholicos Chahak III (677-703), on signe à Constantinople un nouveau pacte d’union. Sur­ vient le concile in Trullo (692) qui ne trouve rien de mieux que de condamner une foule d'usages liturgiques et disciplinaires des Arméniens. Voir les can. 32, 33, 56, 99. Cette intransigeance irrite Chahak et ses collè­ gues; de retour dans leur pays, ils s’empressent de rompre pour la dixième fois avec les grecs. L'orthodoxie des Arméniens, on doit le reconnaître, n'était pas moins farouche que celle de leurs adversaires. Le catholicos d’Albanie, Bakour, ayant essayé, avec l'aide du roi Sparain, d'introduire dans son pays la doctrine chalcédonienne, le patriarche arménien Elie (703-717) l'accusa de trahi­ son auprès.du kalife Abdelmelik. Des soldats arabes accoururent aussitôt et emmenèrentà Damas, chargés de chaînes, les deux infortunés chefs albanais. Ter-Miké­ lian. op. cit.. p. 72. Faut-il s’étonner après cela du com­ plet échec de Germain I" de Constantinople dans ses essais de réconciliation? A sa belle lettre dogmatique Pro decretis concilii Chalcedonensis, A. Mai, Nova pa­ trum bibl., t. n, p. 587-594, P. G., t. xcvm, col. 135-146, le catholicos Jean Odznétsi (717-729), d’accord avec ses sulïragants réunis en concile àManazkert(719), répondit par une nouvelle condamnation de tous les hérétiques et une profession de foi monophysite. Ter-Mikélian, op. cit., p. 73-74. Certains auteurs pensent, au contraire, que Jean accueillit favorablement les ouvertures de Germain. Hergenrother, Photius, Patriarch von Con»tant'H· pel, Ratisbonne, 1867, t. I, p. 480-481; Tchamchian. Histoire d’Arménie, t. n, p. 571-672. — J.-B. Aucher, l éditeur des œuvres d'Odznétsi, in-8", Venise, 1834, 1900 ne parle pas de cette question; de la part d'un homme si enclin à canoniser les patriarches de son pays, cette réserve me fait peur. IX. Hérésies indigènes. — Ce qui a pu mériter à Odznétsi les sympathies des orthodoxes, c'est sa lutte contre les hérésies indigènes; elles pullulaient alors en Arménie. Quelques-unes avaient depuis peu surgi sur place, mais d'autres étaient venues de fort loin. Le mo­ ment semble venu de traiter la question dans son en­ semble. Dès la fin du n· siècle, la partie occidentale de l'Arménieavait été pénétrée par le gnosticisme : le syrien Bardesanes(·]- vers 225) y était venu combattre les doctrines de Marcion. Moïse de Khoren, I. II, c. l.xvi, dans Langlois, t. π, p. 114. Plus tard, au v« siècle, on saisit l’existence des borborides, id., 1. Ill, c. lvii, tvin: on a parfois identifié ces hérétiques avec les barbelognostiques. Ils paraissent avoir exercé une grande influence sur les sectes venues plus lard, et d’abord sur ces messaliens, dont eut à s’occuper le concile de Chahapivan en 447. Karapet Ter-Mkrttschian, Die Paulikiancr im byzantinischen Kaiserreiche und verwandle kelzerische Erscheinungen in Arménien, in-8», Leipzig, 1893, p. 42-49. Il est bien difficile, avec le peu de documents dont nous disposons, de caractériser cette secte, dont le paulicianisme n’est que le prolongement â travers le moyen âge. Fr. C. Conybeare n’a peut-être pas tort de la rattacher à l'adoptianisme de Paul de Samosate; par le fait, les anciens documents en désignent les adeptes sous le nom de pauliens, au lieu de pauliciens, et il ne paraît pas douteux que le christianisme ail pénétré en Arménie par Antioche avant l’époque de l'Illuminateur, et, avec lui, l'adoptianisme. On voit par les Acta Archelai qu'une église adoptianisle existait dans l’Arménie du sud dés la fin du ni» siècle. Fr. C. Conybeare, The key of truth, a manual of the paulician Church of Armenia, in-8°, Oxford, 1898, inlrod., passim ; Byz.Zeitschrift,t. K (1900). p. 198-199. Tandis que la partie occidentale de l’Arménie se rattache à l'école théologique de Césarée. le sud-est du pays semble être resté longtemps encore sous l'in­ fluence des doctrines anténicéennes. Quoi qu'il en soit de leur origine, les pauliciens prirent un grand développement aux vi· et vu' siècles. Bien avant l’apparition à Constantinople de l'iconoclasme. ils livrèrent au culte des images une guerre à outrance; c’est par là surtout qu’ils se rendirent odieux aux ortho­ doxes d'Arménie et de Byzance. Ter-Mkrttschian, op. cit., p. 49-60. En Arménie, le catholicos Jean Odznétsi écrivit contre eux un grand traité apologétique. Domini Joannis Ozniensis philosophi Armeniorum catholici opera, édit. J.-B.Aucher (arm.-lat.), in-8°, Venise, 1834, p. 78107. A Byzance, Photius composa sur le même sujet sa Διήγησις περί της Μανιχαίων άναβλαστήσεως, ouvrage qui soulève presque autant de problèmes qu’il contient de chapitres, K. Krurnbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, in-8“, Leipzig, 1877, p. 76-78; mais ce n’est pas ici le lieu deles examiner. Voir A. Brinkmann. Alexandri Lycopolit. contra Manichœi opiniones dis­ putatio, Leipzig, 1895, p. xxvi; Hergenrother, Photius, t. ill, p. 143-153. C'est en vain que Ter-Mkrttschian, op. cit., p. 6 sq., a essayé d'enlever à Photius la pater­ nité de cet ouvrage. Non moins redoutables que les pauliciens, les thondrakiens troublèrent pendant près de quatre siècles la malheureuse Église d'Arménie. Fondés vers 820 par Sempat, ces sectaires ne tenaient pour vraie que leur propre église, ne reconnaissaient que trois sacrements, rejetaient le baptême des enfants, l’incarnation, le culte de Marie et des saints, le purgatoire, le culte des images, la hiérarchie et le monachisme. C’étaient, on le voit, d'absolus radicaux. Leur rituel a été publié par Fr. C. Conybeare, sous le nom de « Clef de la vérité », The key of truth, Oxford, 1898. Voir encore sur eux Ter- 1901 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE Mkrtfschian, op. cit., p. 82-91. Ils ont exercé sur les autres faux mystiques du pays une influence considé­ rable. Id., ρ. 91-101. Les arevordiens ou fils du soleil que l'on rencontre au xn» siècle paraissent être une des dernières ramifications du vieux paganisme arménien. Nous possédons sur ceux-ci un curieux rapport du pa­ triarche Nersèsde King, .Verset is Clajensis opera omnia, édit. .1. Cappelletti, in-8», Venise, 1833, p. 269 sq. Cf. Ter-Mkrttschian, op. cil., p. 101-103. Quant aux thondrakiens, ils ont survécu à toutes les révolutions qui ont bouleversé l’Arménie, et on en rencontre encore aujour­ d’hui dans certains villages du Caucase. Ter-Mkrttschian, Vie Thondrakier in unsern Tagen, dans Zeitschrift fur Kirchengeschiehle, 1893, p. 253 sq. X. Nouvelles tentatives d'union avec les grecs. — A la restauration politique, opérée au ix» siècle par les pakratouniens, correspond dans le domaine religieux une efllorescence inconnue depuis trois siècles. Les monastères se multiplient, et, par eux, l’ascétisme se développe, comme aussi les sciences sacrées, fl n'en faut pas davantage pour inspirer aux grecs de nouveaux désirs d’union. Dans une longue lettre adressée au catho­ licos Zacharie (853-876), Photius invite les Arméniens à reconnaître le concile de Chalcédoine et à oublier leurs griefs séculaires contre les grecs. Mai, Spicilegium romanum, t. x&, p. 449-462; P. G., t. en, col. 703718. Voir Hergenrother, Photius, t. i, p. 482-493. Une autre lettre de Photius au roi Achot contient les mêmes instances. Hergenrother, loc. cit., p. 493, 494. Le texte arménien de cette double correspondance a été édité, suivi d’une traduction russe, par A. PapadopoulosKerameus, dans le Recueil de la Société' orthodoxe de Palestine, l’asc, xxxt. in-8», Saint-Pétersbourg, 1892, p. 179-279. Peut-être ces démarches dissimulaient-elles un but politique: rattacher l'Arménie à l’empire. Peutêtre aussi avaient-elles pour secret mobile d’empêcher les Arméniens de se tourner du côté de la vieille Rome. Hergenrother, p. 494-497. Quoi qu’il en soit, elles n’eu­ rent aucun résultat, non plus qu’une seconde lettre de Photius ou de Jean de Nicée (la paternité en est dou­ teuse) au même catholicos Zacharie, Hergenrother, op. cit., t. I, p. 497-500; non plus que les démarches ana­ logues de Nicolas le Mystique auprès du roi Achot et du catholicos Jean VI l’historien (897-925). Mai, loc. cit., p. 417-419; Hergenrother,ibid., p.504. A. PapadopoulosKérameus a publié la lettre d’Aréthas de Césarée, con• mporain de Nicolas le Mystique, en réponse aux Ar­ méniens, Recueil de documents grecs et latins relatifs a l’histoire du patriarchePhotius (en russe), in-8», SaintPetersbourg, 1899, fasc. 1, p. 36-46. On continua dans les deux camps à vivre en état d’hostilité ouverte. En Arménie, le catholicos Ananias (943-965) déclare inva; de le baptême des grecs. Ter-Mikélian, op. cit., p. 76. Son successeur Vahan, coupable d’avoir traité avec trop de ménagements les Géorgiens orthodoxes, est déposé 965i. Bientôt, la lutte par la plume parait trop bénigne : on en vient aux coups, et ce sont des évêques qui mènent charge. Deux prélats grecs, les métropolitains de S t aste et de Mélitène, soumettent à la torture les prêtres arméniens de leurs diocèses, Asoghig, I. III, ·.·. xx, tandis qu’ils essayent par lettre de convaincre le catholicos Khatchik I" (972-992). Une réponse de ce dernier conservée par Asoghig, 1. III, c. xxi,présente un tableau fort complet de la polémique religieuse à cette époque; elle est analysée avec soin par Ter-Mikélian, op. cit., p. 77-79. Quand, en 1045, la partie de l’Arménie encore libre du joug musulman passa sous la domination byzantine, les rivalités religieuses des deux peuples se compli­ quèrent de rivalités politiques, et la polémique continua nolente, acharnée. Un catholicos nouveau monte-t-il sur le trône de l’Illuminateur, on l’attire à Constanti­ nople et on l’y retient captif. Tel est le sort de Pierre 1902 (1019-1056) et de Khatchik II (1058-1065). En se portant à la rencontre des Seldjoukides, l’empereur Romain Dio­ genes n’est pas moins préoccupé d’anéantir la croyance monophysite que de repousser les infidèles; sa défaite par Alp-Arslan (1071) est saluée par les Arméniens comme une victoire. Matthieu d’Edesse, Chronique, II» part., c. cm, trad. Dulaurier, in-8», Paris, 1858, p. 166170. D’autre part, avec le catholicos Grégoire Pahlavouni le nouvel Illuminateur (1065-1105), le catholicat retrouve quelque reflet de sa splendeur d'autrefois; jusqu’en 1202, la dignité suprême se transmet de père en fils ou d'oncle à neveu dans la famille de Pahlavouni. Les anti­ patriarches ne sont pas rares, chaque prince local tenant à honneur d’en avoir un, mais le peuple ne regarde comme légitimes que les rejetons des Pahlavouni. L’un d’eux, Grégoire III (1113-1166), achète en 1147 de la veuve du comte Joscelin d’Édesse, la forteresse de Hromklah, qui restera jusqu’en 1293 la résidence du catholicos. Aux difficultés d’ordre politique n’avaient cessé de s’ajouter durant les xte et xn» siècles les disputes doc­ trinales entre Byzance et l’Arménie. Photius mort, d’autres polémistes avaient du côté des Grecs poursuivi son œuvre, œuvre moins doctrinale peut-être que poli­ tique et nationale, et dont, au reste, toutes les produc­ tions se ressemblent. Qu’il nous suffise ici de citer les traités de Nicétas de Byzance, disciple même de Photius, L. Allatius, Græcia orthodoxa, Rome, 1652, t. I. p. 663754;P. G.,t. cv,col.588-665; — deNicétasStelhatos,dont un a été publié par Hergenrother, Monumenta græca, in-8», Ratisbonne, 1869, p. 139-153, tandis qu’un autre encore inédit se trouve dans plusieurs manuscrits, entre autres dans le Vindeb. theol.,283, fol. 119'-124· ; — de l’empereur AlexisComnène, dont Papadopoulos-Kerameus a publié récemment le discoursdogmatiqueconlre les Arméniens, Άνάλεζτα ίεροσολυμιτικής στα; υολογίας, in-8», Saint-Pétersbourg,1891, t. ι,ρ. 116-123; — d’Euthymius Zigabenus qui, dans sa Πανοπλία δογματική, écrite sur l'ordre de ce même Alexis Comnène, consacra le XXIIIe livre à la réfutation des Arméniens, P. G., t. exxx, col. 1173-1190, sujet repris, un peu plus tard, par Andronic Camatére dans sa Ί·ρά ΌπληΟήκη, Geschichte der byz. Litteratur, p. 90, par Nicétas Acominatos dans le Θησαυρός ορθοδοξίας, 1. XVII, P. G., t. cxl, col. 89164, et par Jean de Claudiopolis, Cod. Athous3133. Il y eut un moment, au xn· siècle, ou l’on pensa que la paix entre Grecs et Arméniens allait être définiti­ vement conclue : ce fut quand l'empereur Manuel Comnène intervint personnellement dans le débat. A la suite d’un entretien que son frère Alexis avait eu en Arménie avec l’évêque Nersès, frère du patriarche Grégoire (1113-1166), l’empereur adressa à ce dernier une lettre conciliante (1165). Quand la missive impériale arriva en Arménie, Grégoire avait cessé de vivre, et ce fut Nerses, devenu catholicos (1166-1173), qui la reçut. Les négocia­ tions continuèrent, conduites du côté des Grecs par le moine philosophe Théorianos, du côté des Arméniens par le catholicos lui-même. Nous avons du premier deux très intéressants rapports sur ses missions de 1170 et de 1172, P. G., t. cxxxtn. col. 120-297, et du second trois lettres à l’empereur écrites en 1167, en 1170 et en 1173. Narselis Clajensis opera, édit. J. Cappelletti. in-8», Venise, 1833, t. i, p. 195-245. Nersès terminait sa der­ nière lettre en annonçant la réunion d'un concile pour l’examen de cette grave affaire; mais il mourut le 8 août 1173, sans avoir rien conclu. Son successeur, GrégoirelV (1173-1180), poursuivit les négociations, mais le concile annoncé s’étant réuni à Hromkla en 1179 rejeta, disent les historiens arméniens, toutes les propositions des Grecs. Les Grecs font, il est vrai, un autre récit: mais une chose sûre, c’est que l’union ne fut point ratifiée. Voir, sur ces tentatives. Ter-Mikélian,op. cil., p.87-1(6; E. Dulaurier, Histoire de CEglise arménienne, 2* édit-, 1903 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE Paris, 1857, p. SÛ-54. On a du second successeur de Manuel, Isaac II l'Ange (1185-1195), une lettre au catho­ licos d’Arménie, ou cette éternelle question est encore examinée. A. Papadopoulos-Kerameus, ’Ανέκδοτα zll.r.wà, in-4“, Constantinople, 4884, p. 59-63. On a aussi d un catholicos arménien, du nom d'isaac, trois traités dogmatiques dirigés contre ses compatriotes. P. G., t. cxxxn, col. 1153-1257. Maison ne connaît pas, à cette époque.de catholicos de ce nom. Si ces écrits sont bien authentiques, leur auteur n'aura été qu’un simple prêtre passé à l'orthodoxie. Telle est du moins l'opinion de à. Ehrhard, qui fait vivre cet auteur au xii* siècle. Ges­ chichte der by:. Litteratur. p. 89. Il y aurait lieu d’exa­ miner de prés une autre opinion, celle de Le Quien, qui reporte l’époque de cet Isaac au vn'-viile siècle et l’identifie avec Isaac III (677-703) qui, venu à Constan­ tinople sous Justinien II, passa effectivement à l’ortho­ doxie. Oriens Christianus, in-fol., Paris, 1740, t. i, col. 1356. Étrange contraste! Tandis que les Arméniens font mine de se rapprocher des grecs, ils se brouillent avec leurs frères en monophysisme, les Syriens. Le catholicos Grégoire III (1113-1166) reproche à ces derniers dans un de ses traités de faire le signe de la croix avec un seul doigt et de boire du vin mêlé à de l'huile et du miel. Les Syriens de leur côté accusent les Arméniens de judaïsme parce qu’ils se servent de pain azyme. On ne saurait trop le redire : derrière ces puériles discussions s’abritaient de vieilles et éternelles rivalités de race. La brouille, du reste, ne fut que momentanée. A son avè­ nement, Grégoire IV (1173-1180) envoya en signe d’a­ mitié sa profession de foi au patriarche syrien Michel le Grand (1166-1199), et celui-ci s’empressa de lui en témoigner sa joie. XI. Premiers rapports avec l’Église romaine. — Ce n’est pas seulement avec Antioche et Byzance que les Arméniens eurent alors affaire. La création en Cilicie du royaume de la Petite-Arménie les avaient mis en contact immédiat avec les croisés, et par les croisés avec Rome. Leurs rapports avec le Saint-Siège de­ vinrent dès lors plus fréquents, mais on aurait tort de croire qu’ils datent seulement de cette époque. Sans remonter jusqu'à saint Grégoire et à son légendaire voyage, on peut saisir dès le vu· siècle l’existence entre Arméniens et Latins de relations individuelles, sinon générales et officielles. Le synode romain de 649 s’oc­ cupe dans sa deuxième session de nommer l’abbé du couvent arménien de Saint-René à Rome. Mansi, Con­ cilia, t. x, p. 890. Dans sa réponse Ad consulta Bulgaroruni, c. cvt, Nicolas I" mentionne les arméniens de Bulgarie. Mansi, t. xv, col. 401; P. L., t. exix. col. 978. Baronius, a. 866, n.6. On voit par quelques extraits de ses lettres insérés dans les actes du VI II’concile que Nicolas avait beaucoup travaillé à ramener les Armé­ niens à la vraie foi. Mansi, t. xvi, col. 304, n. 10. A la manière dont Photius parle de la principalis Roma (ή κορυφαία 'Ρώμη) au roi Achot, il est permis de penser que ce prince prenait intérêt à la doctrine du siège de Rome. Epist. ad Asutium, § 2. Les deux canons du synode romain de 862 viseraient, d'après certains au­ teurs, les théopaschites arméniens. Mansi, t. xv, col. 611, 658, 659, 182, 183; Hergenrother, Photius, 1.1, p. 496. L’intervention de Grégoire VU, en 1080, dans l’affaire de Macar (L Vil, epist. xxvnt) et sa lettre à l’archevêque de Synade (1. VIII, epist. t) indiquent bien qu’au xt* siècle comme au tx« des rapports existaient entre Rome et l’Arménie. Jaffé, Regest. pont, roman., n. 5171, 5172; Ter-Mikélian, op. cit., p. 107. Mais, je l’ai dit. c’est surtout à l’époque des croisades que ses rapports se multiplient. Par intérêt ou par con­ viction. bon nombrede patriarches adoptent alors la foi romaine. Le pape Innocent III en témoigne pour Gré­ goire VI Apirat. Potlhast, Regesta, n. 871, 1690, et pour 1904 Jean de Sis, ibid., n. 1691. 4.35, 4705. Suu< le premier, l'union est solennellement proclamée, en 1198, â l’occa­ sion du couronnement de Léon ou Lévon II. Ter-Mikélian, p. 109-114. Ce rapprochement avait été préparé en 1145 par une sorte d'ambassade auprès d’Eugène III, Otto Frising, Chronic., 1. VII, c. xxxn; Ter-Mikélian, p. 107-108, et en 1184, par une nouvelle députation envoyée à Lucius Ill parle catholicos Grégoire IV. TerMikélian, p. 108; A. Balgy. Historia doclrinæ catholicæ inter Armenos, in-8'·, Vienne, 1878, p. 54-57. Il n'atteint d’ailleurs que l'Arménie du sud et non sans y recevoir de fréquents démentis. Si Jean II (1202-1220) et Con­ stantin I01' (1220-1268) vivent en bons termes avec les Latins, Jacques I»r (1268-1287) refuse, on ne sait pour quel motif, de se faire représenter au concile de Lyon. 11 faut que Nicolas IV rappelle au roi Hétlioum IL en 1289, la grande cause de l'union. Galano, Conciliatio Ecclesiæ armenæ cum romana, in-fol., Rome, 1690, t. 1, p. 404-410. Par contre, Grégoire Vil d’Anazarbe (1294-1306) envoie au pape Boniface VIII, dés le début de son pontifical, l'expression de sa filiale obéissance. Boniface, Epist., I. IV, epist. CCI.XXI. L’union se maintient tant bien que mal jusqu'à la chute du royaume de Cilicie (1375). A dater de cette époque, l’Église d'Ar­ ménie, persécutée au dehors par les musulmans, trou­ blée à l'intérieur par les perpétuelles divisions qu’en­ gendre la multiplicité des prétendants au catholicat, n'a plus avec l’Occident que des relations intermittentes; il est bien difficile de dire qui parmi les patriarches de­ meure, catholique, et qui ne l’est pas. A défaut du catholicos lui-même, il y eut toujours dans la nation, même aux plus malheureux temps, un groupe de fidèles restés unis à Rome. Les missionnaires latins, les dominicains surtout, y avaient créé de nom­ breux foyers d’apostolat dés leur arrivée en Orient. Grâce à eux, il se forma même en Arménie une congré­ gation de missionnaires indigènes, uniquement voués à l’œuvre de l’union; on les appela pour ce motif les frères unis ou uniteurs. Approuvés en 1328 par le con­ cile de Sis, ils s’affilièrent douze ans plus tard à l’ordre de saint Dominique, dont ils prirent et la règle et l'habit. Trente ans après leur fondation par le vartapet Jean de Kerni, ils n’avaient pas moins de cinquante monastères où vivaient près de sept cents religieux. Par malheur, ils compromirent leur œuvre par un zèle plus généreux que prudent. Jean de Kerni, tenant pour inva­ lides les sacrements arméniens, avait rebaptisé les laï­ ques et réordonné les clercs. L’un de ses disciples, Nersês Balientz, évêque d'Ourtnia, s’attaqua à la doc­ trine : il présenta au pape Benoit XII un réquisitoire, dont les cent dix-sept articles représentaient autant d’erreurs ou de superstitions reçues chez les Arméniens. Terrifié, le pape ordonna des enquêtes, des conciles, des professions de foi ; les Arméniens tinrent des con­ ciles, rédigèrent des formules orthodoxes, se justifièrent de leur mieux; mais ces perpétuelles récriminations contre leurs usages traditionnels ne contribuèrent pas peu à les éloigner de l’Occident. Voir, sur les frères unis, Galano, op. cil., t. i, p, 508-531; L. Alishan, Les frères-unileurs dans les cantons d’Erindchak ou Alindja. monographie contenue dans le grand ouvrage du même auteur : Sisacan, contrée de l'Arménie, in-4°, Venise. 1893 (en arménien). Un dernier essai d'union générale eut lieu, en 1439, au concile de Florence. Sur l’invitation d'Eugène IV. le catholicos Constantin V (1430-1439) avait envoyé des représentants à la grande assemblée. Voir, sur les négo­ ciations préliminaires, A. Balgy, Historia doclrinæ ca­ tholicæ inter Armenos, p. 88-101. Le décret Exultate Deo, qui consacrait l'union, fut promulgué le 22 no­ vembre 1439. Mansi, t. xxxi, col. 1047 sq. ; Balgy, op.cit., p. 102-156; mais il ne produisit pas tous les résultats désirables. Quand les envoyés arméniens furent de re- 1905 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE tour dans leur pays, le catholicos Constantin V était mort depuis six mois et son successeur Grégoire IX se trouvait en Égypte. Non seulement il n’y avait plus d'unité nationale par suite de la conquête, mais l'unité de gouvernement n’existait plus dans l’Église; on comptait autant d'églises arméniennes que de patriar­ ches, autant de patriarches que de districts. En présence de cette anarchie, force nous est de renoncer désormais â l'unité du récit; c’est par fractions indépendantes qu'il nous faut retracer le tableau de l'Arménie chré­ tienne durant ces derniers siècles. XII. Rupture de l’unité hiérarchique. — Fixé dès l’origine à Vagharchapat, dit la tradition, à Achtichat, d’après l'impartiale histoire, II. Gelzer, Die Anfânge,etc., p. 131, le siège du catholicos arménien avait, suivant les vicissitudes politiques, passé tour à tour à Tvin (478-931), à Aghtamar (931-967), à Arkina (968-992), à Ani (992-1054), à Tavplour (1054-1065), à Dzamntave 11065-1166), à Hromkla (1166-1293), à Sis (1293-1441). Je ne parle bien entendu que du catholicos légitime ou re­ gardé comme tel. Quant aux sièges rivaux, ils surgirent nombreux après la chute des Pakratouni; on en comp­ tait quatre en 1077. Si ceux-là ont disparu, d’autres se sont élevés qui restent encore debout. Tel, celui d’Aghtamar, érigé en 1113: tel encore celui de Jérusalem, formé deux siècles plus tard, en 1311. Enfin, en 1441, une nouvelle scission, beaucoup plus profonde que les précédentes, divisa la nation en deux grandes obé­ diences : celle de Sis, en Cilicie, et celle d’Etchmiadzin. dans la Grande-Arménie. Si la presque totalité des Ar­ méniens se sont rattachés à la chaire d’Etchmiadzin. c’est qu’elle passe pour avoir été fondée par saint Gré­ goire l’Illuminateur; on y conserve, dit-on, la main droite du grand apôtre de l’Arménie, et celte insigne relique, plusieurs fois perdue (entendez volée) et recon­ duise durant le moyen âge,est regardée comme le palla­ dium de la nation. Naturellement, on montre à Sis une autre dextre de l’Illuminateur;ses conservateurs portent même un nom spécial, celui d’Aehabah ou Achban. V. Langlois, Voyage dans la Cilicie et dans les monta­ gnes de Taurus, in-8°, Paris, 1861, p. 394, -400-401. Ajoutez à ces quatre catholicats indépendants les deux patriarcats uni et non-uni de Constantinople, ainsi que l'archevêché autonome de Léopol, en Autriche, et vous arrivez, pour une population de trois millions d'hommes, a sept hiérarchies dilférentes, actuellement existantes. Je dois dire un mol de chacune d'elles. XIII. Catholicat d’Etchmiadzin. — A la mort de Joseph II qui n'avait siégé que quelques mois (1439-1440), ies évêques réunis à Sis lui donnèrent pour successeur Grégoire Mousapékian. Quatre prélats de l’Arménie du nord protestèrent d’abord contre cette élection, à la­ quelle. parait-il, tout le corps épiscopal n’avait point pris part; puis, se ravisant, ils invitèrent le nouvel élu à transporter son siège à Etchmiadzin. Sur le refus de Grégoire, ils procédèrent à une autre élection et se choisirent pour patriarche Guiragos Virabetsi. Ainsi naquit, fruit de la désunion, le catholicat d’Etchmiadzin (1441). Balgy, op. cit., p. 159,160. Inaugurée sous de si fâcheux auspices, la nouvelle hiérarchie compta cependant plus d'un chef dévoué au sarti de l’union romaine. Stépanos V (1541-1564) vint à Rome en 1548, et son successeur .Michaël de Sébaste 1564-1570) envoya des ambassadeurs à Pie IV, tandis ;□ il n'était encore que simple coadjuteur de Stépanos. Ealgy. op. cit., p. 163-171. Deux patriarches rivaux, David IV (1587-1629) et Melchisédech (159'3-1624), écrivi­ rent tour à tour à Paul V, le premier en 1605, le second en 1610. Balgy, p. 173 sq. Movsès (1629-1632) en agit de même vis-à-vis d'Urbain VIH, en 1631, et Pilibos 11633-1655) vis-à-vis d’innocent XI, en 1640. Quarante ans plus tard, en 1680, Aghob IV (1655-1680) fit avant de mourir une profession de foi catholique, exemple que 190G plusieurs de ses successeurs imitèrent. Balgy, op. ■ t., p. 176-179; [Asgian,] Rome et l'Arménie, Paris, s. d.. p. 74-86; D. Vernier, Histoire du patriarcat armée n catholique, in-8°, Paris, 1891, p. 272-282. Du côté de la Perse, le siège d’Etchmiadzin eut â subir mille persécutions depuis la conquête du pays par le schah Abbas 1". Pour mieux détacher les Arméniens de leur capitale religieuse, le vainqueur fit transporter à Ispahan, en 1614, les reliques ies plus vénérées d’Etchmiadzin, entre autres la dextre de l’Illuminateur. Ce n’est qu’en 1638 que le catholicos Pilibos put en obtenir la restitution du schah Séfi. Les autres souve­ rains de la Perse, malgré quelques réveils du despo­ tisme oriental, usèrent de procédés plus humains. Avec la conquête russe de 1828, l'Arménie persane n’a fait que changer de maître. Usant de procédés moins arbi­ traires, les Russes ont poursuivi et poursuivent encoÆ le même but qu'autrefois les Perses : asservir pour rus­ sifier. Par un ukase de 1836, Nicolas Ier réorganisa le catholicat; il mit aux côtés du catholicos un conseil synodal, le chargeant d’administrer sous le contrôle d'un commissaire impérial toutes les affaires spirituelles de l’Église arménienne en Transcaucasie. Quant à la no­ mination du catholicos lui-même,elle n'appartenait plus comme par le passé au corps électoral arménien; le rôle des électeurs devait se borner à la présentation de deux candidats, entre lesquels le tsar se réservait le choix. Naturellement, les Arméniens de Turquie et des Indes protestèrent. Toujours prudent, le gouverne­ ment russe attendit; sans abolir le règlement de 1836, il feignit d'en ignorer l'existence, et. pendant cinquante ans, il ne manqua pas de toujours agréer le premier candidat de la nation. Mais, en 1882, lorsque les lec­ teurs présentèrent à sa ratification la nomination de l’évêque de Smyrne, Mouradian, le tsar lui préféra Macar. évêque de Bessarabie. Un schisme fut sur le point d'éclater, les Arméniens de Turquie refusant de reconnaître Macar, et Alexandre III ne voulant point de Mouradian. Comme on devait s’y attendre, le tsar l'em­ porta; au bout de deux ans d'hésitations, Macar fut re­ connu comme catholicos même par les Arméniens vivant hors des frontières russes; cette reconnais­ sance, dit le protocole, n'était point solennelle, mais exceptionnelle. Depuis cette époque, la machine montée en 1836 fonctionne très régulièrement, pour le plus grand avantage, non des Arméniens, mais du tsar. Sur les relations antérieures de la Russie avec les Armé­ niens, voir Recueil d’actes et documents relatifs à l’histoire de la nation arménienne (en russe), 3 in-4», Moscou, 1833.,Le règlement de 1836, connu sous le nom de Balagénia, ne comprend pas moins de 141 articles, signés par le tsar, le 11 mars 1836; il a été imprimé sous ce titre : Balagénia. Constitution officielle pour l'administration des affaires de l'Eglise. gi-ég .rirnne en Russie, ίη-δ", Etchmiadzin, 1836 (en arménien Le catholicos d’Etchmiadzin est considéré en thé .rie comme l'unique chef des Arméniens non unis, autre­ ment dits grégoriens ; il s’intitule ·> patriarche suprême et catholicos de tous les Arméniens ». Il est le seul en principe à bénir le saint chrême et à consacrer les évêques. A ses côtés et sous sa présidence fonctionnent : 1° le synode patriarcal composé de sept membres, dont deux archevêques et deux vartapets;2° le conseil d’admi­ nistration du couvent patriarcal comprenant trois mem­ bres, un évêque et deux vartapets; 3' le conseil de l'im­ primerie formé par deux vartapets et un diacre. La maison patriarcale comprend en outre une vingtaine de moines sans fonction déterminée. Le grand séminaire, établi par Khévork IV (1866-1882), a célébré en 1899 le vingt-cin­ quième anniversaire de sa fondation. Etchmiadzin étendait autrefois sa juridiction sur un grand nombre de diocèses; on peut voir pour le χνπ· siècle la notice fournie par Osean. procureur g ’néra! i - 1907 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE catholicos, dans le Sr. de Moni (pseudonyme de Richard Simon), Histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant, in-12, Francfort, 1693, p. 217229. Le catholicos n’a plus aujourd'hui sous son obé­ dience immédiate que les Arméniens de Russie, de Perse, d’Europe et d’Amérique. L’Arménie russe com­ prend les diocèses suivants : Erivan. archevêché, ayant quatre sièges sulfragants : Alexandropol, Ears, Nachitchévan, Talhev; Tillis, archevêché, comptant comme sulfragants : Akhaltzkha, Khantzak, Khori; Artzakh; Noukhi; Bessarabie, archevêché; Astrakan, archevêché; Nachitchévan la Nouvelle; Saint-Pétersbourg; Moscou ; Ghzlar; Chamaghi. Il s’en faut que tous ces diocèses aient un évêque à leur tête; beaucoup sont administrés par un simple vartapet, exerçant l’autorité épiscopale, sans être pour cela évêque. Cette observation s’applique également aux énumérations qui vont suivre; je la fais ici une fois pour toutes. Les diocèses de Perse et|de l’Inde sont : Ispahan et Aderbeidjan, Calcutta, Madras, Batavia et Salmast. En Europe, il y a un évêque à Paris, ayant sous sa surveillance les vartapots de Marseille, de Manchester et de Soutchova. D’une manière analogue, l’évêque de Worcester, en Amérique, est l’intermédiaire entre le catholicos et les vartapets de Boston, NewYork, Fresnau, Providence, Chicago. Voir le Calendrier détaillé de l'hôpital national, in-8», Constantinople, 1900, p. 340-343 (en arménien). XIV. Catholicat de Sis ou de Cilicie. — L’érection d’un catholicat indépendant dans l’Arménie du nord ré­ duisit bonsidérablement l’ancien patriarcal de Cilicie, mais sans le ruiner tout à fait. Après comme avant la séparation de 1441, des titulaires se succédèrent sans interruption sur le siège de Sis. les uns unis à Rome comme Grégoire IX Mousapékian (1440-1450), comme Khatchadour (1560-1584), comme Azarias de Tchouga (1584-1602), comme Grégoire X d’Adana (1689-1691), comme Jean 111 de Hadjin (1718-1727), les autres douteux, les autres formellement hostiles, comme tous les successeurs de Mikaël (1742). Balgy, op. cit., p. 161 sq.; Vernier, op. cit., p. 266 sq. Pour la description de Sis et du palais patriarcal, voir V. Langlois, Voyage dans la Cilicie, in-8°, Paris, 1861, p. 381-407. La liste des patriarches de Sis se trouve dans Saint-Martin, Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, in-8°, Paris, 1818, t. l, p. 446 sq., mais avec de nom­ breux anachronismes, dont plusieurs sont corrigés par Langlois, loc. cit. La juridiction du catholicos de Sis s’étendait à l’ori­ gine sur tous les Arméniens de la Turquie d’Asie, â l’exception de ceux, peu nombreux du reste, qui relè­ vent directement des patriarches d’Aghtamar et de Jéru­ salem. Mais, depuis la création à Constantinople d’un patriarche à juridiction civile (1460), le prestige de Sis se trouve fort amoindri. A la différence du patriarche grec, qui possède entre les mains la double juridiction ci­ vile et religieuse, celui de Sis n’a qu’une juridiction re­ ligieuse, la juridiction civile appartenant à son rival de Stamboul; de là, depuis trois siècles, un antagonisme entre Sis et Stamboul qui pourrait bien aboutir à un nouveau schisme. Ce schisme faillit éclater en 1880, alors que le gouvernement turc, toujours porté à diviser pour mieux régner, accorda à Mer Méguerditch, de Sis, les pouvoirs civils sur les Arméniens relevant déjà au point de vue religieux de son catholicat. C’était un premier pas vers la séparation. A Stamboul, le patriarche Nersès protesta, puis démissionna. Le sultan, qui tenait à garder Nersès, ennemi déclaré des Russes, temporisa. A la fin, tout s’arrangea, par la renonciation spontanée (?) de Méguerditch à ses pouvoirs civils. Mais, à la mort de Méguerditch, en 1897, nouvelle brouille. Son succes­ seur. Msr Krikor Aladjian, se trouvait être un partisan dévoué de l’unité nationale. A ce titre, il ne pouvait plaire au sultan qui demanda au patriarche de Stamboul, 1908 Mor Ormanian, de casser l’élection. Celui-ci déclina l’invitation au nom des canons de son Eglise : supérieur du catholicos de Sis au point de vue civil, il n’était que son subordonné au point de vue religieux. Au bout de deux ans d’inutiles démarches, de menaces, de démis­ sions, Ma·· Aladjian mourut subitement (!), au grand sou­ lagement du sultan. Et maintenant, le plan du sultan cominedeMai· Ormanian serait de mettre entre les mêmes mains, mais à Stamboul naturellement, la double auto­ rité civile et religieuse; si ce plan se réalise, on comp­ tera un catholicos et peut-être un schisme de plus. En attendant le locum tenens du catholicos « de la mai­ son de Cilicie » gouverne, du fond de sa résidence de Sis, une douzaine de circonscriptions, à la télé des­ quelles se trouvent actuellement.au lieu d’évêques, des vartapets ou de simples prêtres. Ce sont, en dehors de Sis : Aïntap et Kilis, Antakia, Adana et Béréket, Alep et Iskenderoum (Alexandrette), Marach, Yozgat, Hadjin, Malatia, Gurin et Mandjilik, Zeïloun et Firnouz, Darendeh (Terente), Divrik. Ces diocèses renferment, au total, deux cent vingt-deux églises et douze couvents. XV. Catholicat d’Aghtamar. — Le catholicos d’Agh­ tamar mène une existence séparée depuis 1113. A cette date, Grégoire III Pahlavouni (1113-1116) ayant été élu patriarche, David, archevêque d’Aghtamar, refusa de le reconnaître. Pour colorer sa rébellion, les prétextes ne lui manquèrent pas : lui-même occupait le siège du pa­ triarche Vahan, injustement déposé au concile d’Ani (969); le Vaspourakan, où il habitait, était le berceau des Ardzrounis, et, à ce titre, méritait bien d’avoir un pa­ triarche; enfin, n’avait-il pas en sa possession la dextre de saint Grégoire, son bâton pastoral, sa ceinture de cuir, voire une chaussure d’une des saintes Ripsimiennes? Excommunié et déposé au concile de KaraDagh, David n’en continua pas moins d’occuper son siège, et il a trouvé des successeurs jusqu’à nos jours. L’un d’eux. Ter Zakaria, reçut même de Djihaïn Schah le titre de « catholicos de toute l’Arménie », et, avec ce titre, toutes les reliques qui étaient retombées, depuis David, entre les mains des patriarches de Sis et d’Etchmiadzin (11 décembre 1461). Mais ce fut pour peu de temps. Quinze ans plus tard, les reliques reprirent le chemin d’Etchmiadzin, sans que pour cela le catholicos d’Aghtamar abandonnât son titre. En dehors de File même d’Aghtamar, dans le lac de Van. le catholicos étend sa juridiction sur les bourgs environnants de Khizan, Ozdan, Gardjkan, Chadakh, Mogs. On n’y compte pas moins de trois cent deux églises et cinquante-six couvents. XVI. Patriarcat de Jérusalem. — Postérieur au ca­ tholicat d’Aghtamar, le patriarcat de Jérusalem naquit lui aussi d’une rébellion. En 1307, un concile tenu à Sis avait décrété un certain nombre de réformes, dont l’ap­ plication rencontra, chez les moines surtout, une très vive opposition. Le couvent de Saint-Jacques, à Jérusa­ lem, en profita pour donner le titre de patriarche à l’évêque arménien de cette ville, Sarkis (1311). Maîtres de Jérusalem et en guerre avec les Roupéniens de Cili­ cie, les sultans d’Egypte favorisèrent cette émancipation. Il n’y eut point, cependant, de catholicat nouveau, mais un simple patriarcat d’honneur. Tandis que les titulai­ res d’Etchmiadzin, d’Aghtamar et de Sis ont le droit de consacrer des évêques, le premier pour tous les diocè­ ses, les deux autres pour leur circonscription respective, celui de Jérusalem est dépourvu de ce pouvoir; il n’a pas davantage le droit de bénir le saint chrême, droit réservé au catholicos d’Etchmiadzin. Très limitée dans le domaine religieux, l’autorité du patriarche de Jérusalem est entièrement subordonnée pour les affaires civiles à celle du patriarche de Con­ stantinople; elle se borne à l’administration des biens du couvent de Saint-Jacques, dont le patriarche est le supérieur à vie. Encore ne s’exerce-t-elle que sous le 1909 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE 1910 contrôle toujours vigilant de la communauté de Saintcadémie impériale des sciences, in-4·, Saint-Pétersbourg, Jacques et du conseil central de Constantinople, devant t. iv (1838), col. 87-96; Le prétendu Masque de fer lesquels le patriarche peut être appelé à répondre de sa arménien, ou autobiographie d’Avédik, patriarche de gestion. A sa mort, la communauté de Jérusalem nomme Constantinople, avec pièces justificatives officielles, dans un vicaire intérimaire, mais l’élection du titulaire défi­ le Bulletin de l’Académie, in-4·, ibid., t.xix (1874 .col. nitif appartient au conseil central de Stamboul ; la com­ 186-197; t. xx (1875), col. 1-100 ; Mélanges asiatiques, munauté hiérosolymitaine n’intervient que pour dresser in-8», ibid., t. vm (1876), p. 1-18, 177-322. Ces violences la liste des candidats, tous choisis dans son sein. Cette de Ferriol provoquèrent des représailles; le nouveau liste doit comprendre au moins sept noms; les deux patriarche, Jean de Smyrne, fit envoyer au bagne beau­ conseils de Constantinople les réduisent à trois, entre coup de notables Arméniens catholiques et pendre les lesquels l’assemblée générale choisit, au scrutin secret autres. Le 5 novembre 1707 eut lieu l’exécution d’un et à la majorité des voix, le futur patriarche. Bèglements saint prêtre, don Cosme, autrement dit ser Goumidas. généraux du patriarcal arménien de Constantinople, Voir la relation de Ferriol à Grégoire XI, écrite le jour c. t, §3, a. 17-23 (en arménien). même de la mort, dans A. Ubicini, Lettres sur la Tur­ Le patriarche de Jérusalem n’est donc, au fond, qu’un quie, in-12, Paris, 1854, t. n, p. 443-445; cf. Serpos, archevêque. Il a, pour l’aider, un archevêque faisant Compendio storico, in-8», Venise, 1786, t. n, p. 218-229. fonction de vicaire patriarcal et un conseil d’administra­ Dés lors, la persécution ne s’arrêtera plus pendant tion composé de quatre évêques et de deux vartapets. Sa cent vingt ans, jusqu'à l’entier affranchissement des ca­ circonscription embrasse, avec le diocèse de Jérusalem, tholiques en 1830. Voir au paragraphe suivant. ceux de Damas, Jaffa, Beyrouth, Chypre et Latakia; ces J’ai parlé plus haut de conseil patriarcal. Jusqu'au cinq derniers ont à leur tête chacun un vartapet. Quant milieu du XIXe siècle, cette assemblée, en dépit du titre aux églises, on en compte quinze, dont neuf dans le de conseil national (azkaïn joghov) qu’elle sVlait donné, seul diocèse de Jérusalem. Ce même diocèse possède se recrutait exclusivement dans les rangs de l’aristo­ huit couvents. Il y a, en outre, un couvent à Jaffa et un cratie, au grand mécontentement du peuple. Longtemps, autre en Chypre. celui-ci réclama sa part dans les affaires. Il obtint un XVII. Patriarcat non uni de Constantinople. — Dès demi-succès en 1844 : sur les 30 membres du conseil, l’époque byzantine, Constantinople possédait dans ses on en prit 14 dans son sein, mais la nomination de ces murs un évêque arménien. On le voit figurer en 1307 derniers était réservée au patriarche. La mesure ne au concile de Sis. Le rôle de ce prélat, d’abord très efparut pas égale, et les réclamations continuèrent. Au facé, devint considérable après la conquête ottomane. bout de trois ans, on institua deux conseils au patriar­ En 1401, Mahomet 11 appela de Brousse l’évêque Joachim cat, l’un pour les affaires religieuses, l’autre pour l’admi­ et lui donna sur ses coreligionnaires une juridiction nistration civile. Le patriarche les présidait tous les identique à celle que le patriarche grec avait reçue quel­ deux, mais le second, formé de vingl membres, était élu ques années auparavant. Le prélat grec, déjà chef reli­ directement par les corporations industrielles. Ce chan­ gieux en vertu d'un droit traditionnel, était devenu chef gement, qui mettait fin à l’ancien régime oligarchique, civil de la nation grecque par la grâce du conquérant. fut approuvé par un firman du 9 mars 1847. Le peuple De la même façon, le prélat arménien se trouva investi allait-il cette fois se déclarer satisfait? Pas encore. Fort de l’autorité civile sur toute la nation arménienne de des promesses de la Sublime-Porte qui avait décrété, i empire turc; mais cet accroissement de puissance ne en 1856, la réforme générale des communautés non modilia en rien sa subordination hiérarchique vis-à-vis musulmanes, le peuple réclama une constitution; il en du catholicos religieux déjà établi. S’il put consacrer et obtint une en cent cinquante articles, approuvés par le distribuer le saint chrême, s’il eut le droit de porter à sultan le 17 mars 1863. b ceinture le gonker garni de perles et de pierres pré­ D'après la teneur de cet instrument, l’autorité appar­ cieuses, ce fut en vertu d’un induit obtenu du catholi­ tient tout entière à une assemblée générale de 400 mem­ cus. Quant au pouvoir de consacrer les évêques, il ne bres, dont 220 sont élus par voie de suffrage; les 180 lui a jamais été accordé. Le rang qu’il occupe dans la autres en font partie de droit. Cette assemblée délègue ses pouvoirs à deux conseils nationaux ; le conseil reli­ hiérarchie ecclésiastique peut être assimilé à celui de n,s primats; de tous les archevêques de l’empire turc, gieux composé de 14 membres du clergé, le conseil c est lui le premier : voilà pour le droit strict. civil, formé de 20 membres, tous laïques. Le titre qu'ils En fait, à cause même de sa juridiction civile qu’il ne portent indique suffisamment leurs attributions. Quand partage qu’avec son conseil, la puissance de ce patriarche des affaires mixtes se présentent, les deux conseils siègent a été et est encore considérable; il n’en usa souvent ensemble. C’est le cas, par exemple, pour la nomina­ que pour nuire aux intérêts des missions catholiques tion du patriarche : aux deux conseils revient l'honneur du Levant. Ce fut le patriarche Éphrem, au commence­ de dresser la liste des trois candidats, parmi lesquels l’as­ ment du xviii· siècle, qui, le premier, entra en guerre semblée générale fait son choix. Après les conseils, voici ouverte avec les catholiques. A sa demande, un firman les comités: comité d’administration pour la gestion des parut en 1700 qui bannissait de Constantinople les misbiens nationaux, fondations, propriétés, couvents, etc.; sionnaireset interdisait de leur donner asile à l’intérieur comité de justice, comil ■ d'instruction publique, comité de l’empire ; quant aux Arméniens, défense leur était des finances, comités de quartier. Dans les provinces, faite de fréquenter d’autres églises que celles des schis­ même luxe de comités. A la tête de chacune d’elles se matiques. Avédik, successeur d'Éphrem, s’en prit sur­ trouve un ecclésiastique, Varadchnort, pris dans les tout aux jésuites, dont les collèges déjà nombreux furent rangs du clergé régulier; c'est ordinairement undocteur fermés (1702). A cette déclaration de guerre, le ministre en théologie, vartapet, ayant les pouvoirs des évêques de Louis XIV, comte de Eerriol (1689-1709), répondit par sans en porter le titre. Voir la Constitution, trad, franç. un coup de force : Avédik, enlevé de son palais, fut em­ d’E. Prud'homme,dans la Bevuede l’Orient, del'Algérie barqué sur un bâtiment français, transport · d’abord à et des colonies, Paris, juillet et août 1852; trad. gr. de Cr.j.■ puisa Marseilleetà Paris, où il mourut cinq ans D. Tzolakides, sous le titre de Γενικοί κανονισμοί τών έν apres (21 juillet 1711). Le dossier de cette affaire se Κωνσ-αντινουπόλει πατριαρχείων, in-S°. Constantinople, trouve aux archives de Saint-Louis, à Péra. lettre E. ' 1894. Μ. B. Dadian en a donné un court résumé dans n. 16. 17, et à Paris, aux archives du ministère des Af­ son article, La société arménienne contemporaine, faires étrangères; il a été dépouillé par F. Brosset, His­ Bevue des Deux Mondes, 15 juin 1867. toire diplomatique du patriarche arménien de Con­ Du patriarcat de Constantinople relèvent les diocèses stantinople, Avédik. dans le Bulletin scientifique de. l’Asuivants : Andrinople, Bodosto. Ismidt, Brousse, Bal:- 1911 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE kesseret Panderma, Biledjik, Koutaïa, Smvrne, Angora, Césarée (Kaisariéh), Sivas, Tokat, Amasée et Mersivan, Chabin, Karahissaret Adzber, Djanik, Trébizonde, Erzeroiini, Pasen, Terzan (ces trois derniers n’ont pour le moment qu'un seul administrateur), Erzidjan, Baïbourt, Kghi, Kémakh, Baïazid et Alachkert, Van, Liin et Gdoutz, Bitlis, Mouch. Sghert, Diarbékir, Palou, Arguni, Tchinkouch (un administrateur pour les trois), Kharpout, Éguin, Arapkir, Tchemecligadzak, Tchar Sandjak, Ourla, Bagdad, Égypte, Bulgarie. En Roumanie, les villes prin­ cipales ont un archiprètre. Une seconde catégorie de diocèses, dits diocèses spéciaux, comprend : Armache, Castamouni, Bénéguèz, Guindj, Aghpag, Salonique, Crète. Parmi ces derniers, le plus important est assurément celui d’Armache, prés d’Ismidl. l’ancienne Nicomédie. C’est là, en effet, que se trouve le.couvent de la Présen­ tation de la Vierge, fondé en 1611. dans lequel on a in­ stallé depuis 1839 le grand séminaire patriarcal. Les cours y sont de six ans; une septième année est consa­ crée à la préparation immédiate du ministère. Reçus à dix-huit ans, les élèves deviennent lecteurs après la pre­ mière année, diacres après la troisième, prêtres après la sixième. Tous sont astreints au célibat. Ceux d’entre eux qui ne voudraient point s’y soumettre doivent se re­ tirer au bout de la troisième année pour exercer, à leur choix, les fonctions de maîtres d’école ou de curés (prêtres mariés) dans les paroisses. Leurs études sont couronnées par la soutenance d’une thèse qui donne droit à un certificat d’aptitude. Sur les quatre-vingts élèves qui ont fréquenté le séminaire jusqu’en 1897. vingt et un seulement, menant jusqu’au bout leurs étu­ des, se sont voués au célibat. Le séminaire compte actuellement cinquante élèves. Il reçoit aussi les candi­ dats au sacerdoce déjà mariés, qui viennent s’y préparer pendant six mois ou un an à recevoir la prêtrise. Cette dernière catégorie a fourni jusqu’ici vingt sujets. Les diocèses qui viennent d’être énumérés comptent dans leurs circonscriptions (la Roumanie non comprise) 1271 églises et 141 couvents. XVIII. Patriarcat catholique. — S’il y eut presque à toutes les époques des Arméniens catholiques, s'il y eut même jusqu'au XVIIIe siècle quelques patriarches unis à Rome sur les sièges d’Etchmiadzin ou de Sis. il n’y avait pas de communauté catholique autonome avec une hiérarchie propre et la pleine indépendance civile : l une et l’autre sont d’institution récente. A la mort de Luc (26 janvier 1737), le catholicat de Cilicie passa par une phase d’incertitude et de désorga­ nisation. Les Arméniens catholiques, très nombreux en Syrie, ne voulant plus d'un catholicos séparé de Rome, appelèrent au patriarcat l’ancien archevêque d'Alep. Abraham Ardzivian. L’élection eut lieu à Alcp, au mois de novembre 1740. Le nouveau patriarche adopta le nom de Pierre et se rendit à Rome auprès de Benoît XIV. Arrivé dans la Ville Éternelle le 13 août 1742, il vit son élection confirmée au consistoire du 26 novembre, et, le 8 décembre, il reçut le pallium. Juris pontificii de Pro­ paganda fide, part. I, édit. Raphael de Martinis, in-4", Rome, 1890, t. ni, p. 83-85; cf. Benoit XIV, De synodo dioces., L XIII, c. xv, n. 18. A son retour en Orient, ne pouvant se fixer à Sis déjà occupé par un patriarche schismatique, il établit sa résidence au Liban, au mo­ nastère de Krem, fondé en 1721 par les frères Mouradian; il y mourut en 1749. Son successeur, Jacques, élu le 23 septembre 1750, transporta le siège patriarcal au couvent de Sainte-Marie de Zmar, vulgairement écrit Bzommar, dont Abraham avait presque achevé la con­ struction. Comme Abraham, Jacques tint à honneur de porter le nom de Pierre, exemple suivi depuis par tous ses successeurs: Michel Pierre 111, élu le 25 juillet 1754, Jur. pont, de Prop, fide, part. I, t. ni, p. 576578; Basile Pierre IV, élu le 25 juin 1781, op. cil.. 4912 t. iv, p.262-264; Grégoire Pierre V, élu le 15 septembre 1788, op. et t. cit., p. 522-524; Grégoire Pierre VI, élu le 8 avril 1815; Jacques Pierre VII, élu le 27 janvier 1842, op. cit., t. v, p. 259-263, 287-291; Miche) Pierre VIII. élu le 25 janvier 1844, op. cit., t. v, p. 305, 308; Antoine Pierre IX Hassoun, élu le 13 juillet 1867, op. cil., t. va, p. 459, 463; Étienne Pierre X Azarian, élu le 4 août 1884, op. cil., t. vu, p. 239; Paul Pierre XI Emmanuelian, élu le 14-26 juillet 1899. Tout en résidant au Liban, les premiers patriarches catholiques « de Cilicie et de Petite-Arménie » étendaient leur sollicitude sur les Arméniens unis de la Cilicie, de la Palestine, de la Mésopotamie et de l’Égypte; le 20 mars 1771. Clément XIV nommait au siège de Mardin un archevêque arménien. Op. cit., t. IV, p. 168. Quant aux Arméniens catholiques du nord et de l’ouest de l’Asie Mineure,de Constantinople et de la Turquie d’Europe, ils avaient été placés sous la juridiction du vicaire apostolique latin de Constantinople. Soumis à deux chefs spirituels, indépendants l’un de l’autre, ces deux groupes de catho­ liques, ceux de Syrie comme ceux de Constantinople, étaient restés, pour leurs affaires civiles, sous la juridiction du patriarche non uni de Stamboul, seul représentant officiel de la nation arménienne auprès de la SublimePorte. Baptêmes, mariages, funérailles, tous actes en­ traînant des effets dans le domaine temporel, étaient de la compétence des schismatiques. De là. pour lès catho­ liques, de continuelles vexations, des persécutions vio­ lentes exercées par leurs adversaires. J’ai rappelé plus haut la grande persécution qui marqua le début du XVIIIe siècle; d’autres s’élevèrent en 1759 (voir la suppli­ que du comte Potocki, ambassadeur de Pologne, dans Hammer. Histoire de l'empire ottoman, trad, llellert, t. vu, p. 408) et en 170. Toujours molestés, certains catholiques se demandèrent si. pour calmer leurs persé­ cuteurs, il ne serait pas à propos de fréquenter les églises de ces derniers, d’y assister à la messe et d'y faire des aumônes. Consultéâ ce sujet en 1709 et en 1718, le saint-siège avait répondu ; non licere. Balgy, op. cit., p. 183-186. Mais, vers 1785. la controverse se ralluma. Un banquier arménien catholique, Jean de Serpos. re­ vendiqua pour ses coreligionnaires la libre communica­ tion in sacris avec les schismatiques dans sa fameuse Dissertatione polemico-critica sopra due dubbj di coscienza concernenti gli Arment catlolici suddili dell’impero otlomano presentata alla sacra congregatione di Propaganda, in-4», Venise, 1783. Voir, du même auteur. Compendio storico, t. Π, p. 282-315. Dans son Histoire d’Arménie, 3 vol., Venise. 1784. le mékitarisle Tchamtchian soutenait la même thèse. Condamnée de nouveau à Rome, cette manière de voir n’en garda pas moins de nombreux partisans. La division se mit de la sorte au sein de la communauté, malgré les efforts du saint-siège pour ramener la paix. Jur. pont, de Prop, fide, part. I, t. iv, p. 567. La guerre de l’indépendance hellénique, habilement exploitée par les schismatiques, fut le signal d'une der­ nière et violente persécution (1828). Accusés de trahir la Porte, les catholiques se virent partout dépouillés de leurs biens, proscrits, condamnés au bagne ou au dernier supplice.Voirlesdétailsdans E. Boré, L'Arménie, in-8", Paris, 1846, p. 55-68; [J.-B. Asgian,] Home et l’Arménie, p. 172191. Cette fois, c'en était trop. Devant les menaces du comte de Guilleminot, ambassadeur de France, la Porte se décida à affranchir les catholiques arméniens de la tutelle du patriarcat schismatique en les plaçant sous l’autorité d'un chef reconnu par elle. Ce chef, d’abord un simple laïque (nazir), fut ensuite un prêtre décoré du titre de patriarche. Le premier diplôme d’investiture (bérat) délivré en faveur du patriarche est du 21 redjeb 1246 (5 janvier 1831); il est traduit dans J. de Testa, Recueil des traités de la Porte ottomane, in-8". Paris, 1882, l. v, p. 138-140, et dans A. Ubicini, Lettres sur 4913 ARMENIE. HISTOIRE RELIGIEUSE ία Turquie, t. n, p. 448-451. Mais le patriarche n'était que le chef civil, l'intermédiaire entre le gouvernement turc et les catholiques arméniens pour les affaires d’ordre temporel. Dans l'ordre religieux, ces mêmes catholiques furent placés sous l'autorité d'un archevêque-primat de leur nation. Antoine Nouridjian, en vertu de la bulle de Pie VIH, Quod jamdiu, du li juillet 1830. Jur. puni, de Prop, fide, part. I, t. iv, p. 729-738. Cette dernière insti­ tution ne concernait que le groupe de catholiques soumis auparavant au vicaire apostolique latin telle ne modifiait en rien la situation du patriarche résidant au Liban. Voilà donc, à la tête de la seule communauté de Constantinople, deux chefs en présence : un chef civil, le prêtre-patriarche; un chef religieux, l’archevêque-primat; l<-premier, élu par la nation et reconnu par la Porte; le second, nommé par le saint-siège. Avec l’esprit de divi­ sion naturel aux Arméniens, l’antagonisme était à prévoir entre les deux autorités : il éclata, en effet, pour de futiles questions de rite, semant le trouble et la désorganisa­ tion dans une institution si péniblement créée. Jur. pont. de Prop, fide, Pome, 1893, t. v, p. 31-34, 86, 134, 15,-156. Au premier primat, Antoine Nouridjian, suc­ céda Paul Marouche, nommé par un bref, le 9avril 1838. >' Has­ soun. qui. sous le nom d'Antoine Pierre IX, restaitainsi Tunique chef religieux des Arméniens catholiques. Par b bulle Reversurus, devenue depuis si fameuse, Pie IX approuva cette élection, supprima le siège primatial de Constantinople, réunit en une seule les deux circonscriptkns ecclésiastiques de Constantinople et de Cilicie, et, tout en laissant au nouveau patriarche le titre de « pa­ triarche de Cilicie des Arméniens », transféra sa rési­ dence à Constantinople. Le patriarche, comme autrefois i archevêque-primat, devait exercer la juridiction ordituin.· sur le diocèse de Constantinople. Le dossier de 1914 cette affaire se trouve dans Jur. pont, de Prop, fide, ,t. vf a, p. 153-465, et dans Acta consistorii secreti (11 juillet 1867) in quo SS. ü. N. Pius papa IX Armer. i Ciliciæ patriarches Ant. Pétri Hassoun pressentis in curia electionem confirmavit eidemque sacrum pallium concessit, in-4", Rome, 1867 (lat.-arm.). Cet acte semblait devoir combler les vœux de toute la nation. Par le fait. Mar Hassoun reçut d'abord le meilleur accueil parmi les siens; sa nouvelle dignité fut reconnue par le sultan, et, malgré de vagues rumeurs d'opposition, il entreprit la visite de son patriarcat. A son retour, il convoqua ses sutlragants à un sy node, dont le pape avait en quelque sorte tracé le programme. Jur. pont, de Prop, fide, t. Vf b, p. 31, 32. Inaugurée le 5 juillet 1869, l'assemblée dégénéra au bout de quelques séances en réunion confuse, puis en révolte ouverte contre son président, accusé d’avoir trahi au profit du pape les droits séculaires de l’Église arménienne ; il fallut la sus­ pendre. L'n mois après ce premier scandale, Hassoun, obligé de partir pour Rome à cause du concile œcumé­ nique, laissa comme administrateur patriarcal l'arche­ vêque de Chypre, Gasparian; choix malheureux, car ce prélatpassa bientôt parmi les opposants. Ceux-ci levèrent le masque quand ils virent venir de Rome un autre vi­ caire patriarcal, Arakial, évêque d'Angora; ils s’emparè­ rent de l'église patriarcale, brûlèrent la bulle Reversurus et déclarèrent vacant le siège patriarcal. Excommuniés par le pape, mais soutenus par la presse et la diplomatie hostile à la papauté, ils procédèrent à la nomination d'un antipatriarche dans la personne de Jacques Bahdiarian, archevêque de Diarbékir (25 février 1871), Heureusement cetle élection ne fut point agréée par le gouvernement ottoman. Ici se place la double mission de Msr Pluym et de M'Jr Franchi, envoyés extraordinaires du pape. Diplo­ mate habile, Msr Franchi finit par s'entendre avec le grand-vizir, Aali pacha, sur le règlement de l’affaire. L'ne convention intervint entre le Vatican et la Sublime-Porte; il ne restait plus qu'à la signer quand survint la mort d'Aaii pacha. Voir les documents dans Urquhart, Le pa­ triarche Hassoun, in-8», Londres et Genève, 1872, p, 7380. Le successeur d’Aaii, Mahmoud pacha, favorisa les révoltés; le 13 mai 1871, il prononça la déchéance et le bannissement de Ma1' Hassoun et invita la communauté à procéder à une nouvelle élection patriarcale. Au lieu d'une élection, il yen eut deux : celle de Filkian, évêque de Brousse, choisi par les catholiques restés fidèles comme chef civil, Hassoun restant de droit chef reli­ gieux, et celle de Jean Kupélian, candidat des schisma­ tiques ou, comme ils s'appelaient, des Orientaux. Comme la bulle Reversurus avait été le prétexte de la révolte, on ne tint naturellement pas compte des modifications ap­ portées par elle; aux yeux des dissidents, Kupélian, quoique reconnu par la Porte comme « patriarche de Cilicie n'était que le chef civil de la communauté; ils regar­ daient comme leur chef religieux Bahdiarian, install au Liban, dans l'ancienne résidence des patriarches, depuis son élection au mois de février 1871. Alors commença la lutte entre hassounistes et antihassounistes, lutte violente pour s'emparer îles immeu­ bles de la communauté et pour se maintenir en leur possession, tracasseries administratives afin d'obliger les hassounistes à s'adressera leurs adversaires maîtres du pouvoir pour les actes civils, guerre non moins violente par la plume. Le nombre des brochures plus ou moins pamphlétaires publiées alors est vraiment effrayant. Je cite les plus importantes, en marquant d'un astérisque celles des antihassounistes ; P. Pressuti. GU affari religiosi d’Orientee la sauta sede ossia la bolla Reviîc surus del 12 luglio IS67, in-8», Rome, 1870; X , * Gli Arnieni catlolici orientali. Revista slorieo-ρ iemica, in-8», Constantinople, 1870; D. Urquhart. Le ραtriache Hassoun. Le schisme arménien dans ses rap­ ports avec le concile oecuménique et les décrets synodaux 1915 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE sur la guerre, avec les documents, in-8», Londres-Genève, 1872; [Rédaction de l’Unixxers.] La question armé­ nienne. Appel aux gouvernements d'Europe, grand in-8», Paris, 1872 ; [Id.,] La question arménienne. Solution des difficultés soulevées contre la huile « Reversurus », grand in-8», Paris, 1872; PI. Casangian, * Dernière réponse des Orientaux aux Occidentaux, in-8", s. 1., 1873 (publiée d’abord en italien); X..., La sola risposla dei cattolici ai ribelli scommunicati, in-8», 1873(réponse â la précédente); D. Ciragian. *Alcune brevi conside­ rationi sulla risposta dei sedic.enli cattolici, in-8», Con­ stantinople, 1873 (réplique à la précédente); X..., Ré­ ponse à la brochure intitulée : Dernière réponse des Orientaux aux Occidentaux, in-8», Constantinople, 1873; M. Ormanian, * Le Vatican et les Arméniens, in-8», Rome. 1873 (réplique à la précédente); G.-C. Vuccino, O con Romao conEccimiazin. I vanlati dirilli nationals dei sedicenli cattolici orientali, in-8», Constantinople, 1873. Au milieu des clameurs de la polémique, la voix du souverain pontile avait plus d'une fois retenti, presque toujours en vain. Jur. pont, de Prop, fide, t. VI b, p. 62-67, 84-86, 99, 104. 110-118, 132-134. 136-139, 145-147, 151, 159-162 (lettre de Pie IX au sultan AbdulAzis), 165-185,197, 213, 248. La situation des catholiques devint moins précaire, quand, en février 1874. ils obtin­ rent de la Porte un représentant civil propre (vékil). Hassoun lui-même put rentrer à Constantinople, mais sans obtenir encore la restitution des biens confisqués par les schismatiques. Ce n’est que peu à peu, par la soumission successive des principaux meneurs, que la bonne cause triompha. Le 18 avril 1879, Kupélian se soumit â son tour, mais à Rome, à Léon XIII en per­ sonne. Lui parti, le gouvernement turc reporta sur Has­ soun sa bienveillance d’autrefois et le reconnut solen­ nellement. Elevé à la dignité cardinalice le 13 décembre 1880. Leonis XIII pontificis maximi acta, grand in-8», Rome. 1882, t. il, p. 179-182, Hassoun résigna son pa­ triarcat pour aller vivre à Rome, où il mourut le 28 fé­ vrier 1884. Son successeur, Étienne-Pierre X Azarian (.4 août 1887- 1er mai 1899), a été assez heureux pour ren­ trer en possession de tous les biens tombés, au début du schisme, entre les mains des dissidents; le schisme lui-méme a disparu, mais les germes en sont restés; c’est le mal endémique de l’Eglise arménienne. Les Arméniens catholiques relevant du patriarcat uni sont distribués dans 16 diocèses et 9 vicariats patriar­ caux. Les diocèses comprennent, avec l’archidiocèse patriarcal de Constantinople, 3 autres archevêchés : Alep, Mardin, Sivas et Tokat (réunis), et 12 évêchés : Alexandrie (Égypte), Angora, Adana, Marache, Erzeroum, Césarée, Malatia, Mouch et Van (réunis), Brousse, Diarbékir, Trébizonde, Kharpout. Parmi les 9 vicaires pa­ triarcaux, les uns n’ont d'autre titre que celui de vicaire, les autres sont en outre mourakas; ces derniers sont munis d'un bérat leur donnant devant le gouvernement des droits épiscopaux ; pour devenix· évêque, le mou­ rakas n’a qu’à recevoir la consécration; il n’a pas besoin d’être à nouveau reconnu par le gouvernement turc, russe ou persan. Les 9 vicariats sont : Artvin (Russie), Bagdad, Jérusalem, Zmar (Mont Liban), Smyrne, Nicomédie, Ispahan (Perse), Beyrouth, Deir-el-Zor (Mésopo­ tamie). Enfin, les deux abbés des couvents mékitaristes de Venise et de Vienne portent toujours le titre d'arche­ vêque. Un autre évêque titulaire réside à Rome pour y remplir auprès des Arméniens catholiques établis dans la Ville Éternelle les fonctions épiscopales, en particu­ lier les ordinations. Le vicaire patriarcal de Constanti­ nople, faisant fonctions de vicaire général du diocèse, est également archevêque titulaire. Le patriarche n’a pas seulement pour l'assister un vicaire, mais plusieurs conseils : conseil ecclésiastique composé de 12 prêtres; conseil civil, formé de 12 mem­ 1916 bres, dont 2 prêtres et 10 laïques, choisis parmi les députés de la nation ; 2 conseils d'administration com­ prenant 4 membres chacun ; conseil judiciaire, 4 mem­ bres ; conseil d'administration de l'hôpital national, 6 membres; conseil du cimetière, 4 membres. Relèvent directement du patriarche : 1» les trois églises de Saint-Grégoire l’Illuminateur à Livourne, de SaintBiaise et de Saint-Nicolas de Tolentin à Rome; 2» les deux séminaires de Zmar et de Rome; 3» les seize églises et les seize écoles de Constantinople. Voir Missiones catholicæ cura S. Congregationis de Propa­ ganda fide descripts an no 1808, in-8·. Home, 1807, ρ. 595-607; P. Pisani. Le catholicisme en Arménie, dans le Compte rendu du IIP Congrès scientifique international des catholiques, II· sec­ tion, sciences religieuses, in-8·, Bruxelles, 1895. p. 232-249. Le régime administratil des Arméniens catholiques est réglé par des statuts provisoires, approuvés par la Sublime-Porte le 20 avril 1887, et dont j’ai publié une traduction française dans la Revue de l’Orient chrétien, t. xv(1899), p. 305-317. XIX. Archevêché arménien de Lemberg (Arch id iœcesis Leopoliensis Armenorum}. — C'est sous le règne de Casimir le Grand (1333-1370), que l’on voit des Armé­ niens s’établir à Lemberg et y construire une cathédrale (1367). Soumisà la juridiction du catholicos de la GrandeArménie, ils sont tour à tour, comme ces patriarches eux-mêmes, unis à Rome ou séparés d'elle. Si l'évêque Grégoire (1535-1551) reste en communion avec le saintsiège, ses successeurs sur le siège arménien de Lemberg vivent pendant tout un siècle en dehors de l'unité ro­ maine. Mais, en 1624, le catholicos Melchisédech Karnetzi, coadjuteur de David IV (1587-1629) depuis 1593, cherche à Rome un reluge contre l'invasion persane cl devient administrateur de l’archevêché de Lemberg. Deux ans plus tard, il ordonne archevêque Nicolas Toroszewicz, mais sous l’expresse réserve qu’il restera attaché à l’Église romaine. Dès lors, l’union est assurée parmi les Arméniens de Pologne. Un émissaire du catho­ licos d'Etchmiadzin, Christophe, évêque d'Ispahan, essaie en vain de retenir dans le schisme le nouvel archevêque : celui-ci, soutenu par les autorités catholiques de Lem­ berg, prononce avec deux autres prêtres arméniens un serment de fidélité à la foi romaine (24 octobre 1630), et s’installe au palais archiépiscopal en dépit de Christophe et de ses adeptes. Il se rend ensuite à Rome ou Ur­ bain VIII le confirme dans sa dignité (1635), et lui donne pour suffragants les deux évêchés arméniens de Kamiéniec-Podolski et de Mohilev. Quand ces deux évêchés passent avec leur territoire sous la domination russe, Lemberg reste sans suilragants.· en revanche, tous les Arméniens du diocèse reviennent à l’unité, et y demeu­ rent sous les successeurs de Nicolas : Vartan Hueanian ( 1681-1715),Jean-Tobie Augustinowiczfl 715-1751), Jacques Étienne Augustinowicz (1752-1783), Jacques Tumanowicz (1783-1798) et Jean-Jacques Szymonowicz (1800-1816). Jusque-là, les papes avaient nommé directement à cet archevêché; l'ea:er/u«turseul était donné par les rois de Pologne. Mais, en devenant autrichien. Lemberg doit modifier ce mode d’élection. Par un bref du 20 sep­ tembre 1819, Pie Vil accorde à l'empereur le choix de l’archevêque entre trois candidats présentés par le clergé arménien de Lemberg. Jur. pont, de Prop, fide, in-4», Rome, 1892, t. iv, p. 583. C’est de cette façon que sont institués : Cajetan Wateresiewicz (1820-1831), SamuelCyrille Stefanowicz (1832-1858), Grégoire-Michel Szymo­ nowicz (1858-1875), Grégoire-Joseph Romazckan (18761882) et Isaac Isakowicz. depuis le 3 juillet 1882. L’archevêque de Lemberg étendait autrefois sa juri­ diction sur tous les Arméniens catholiques de la Russie Blanche, de Pologne, de Lithuanie, de Podolie et de Volhynie; mais,à partir de 1808,ces provinces devenues définitivement russes lui échappèrent; elles furent d'abord érigées en vicariat apostolique, le 28 mars ISO'.·, op. cil., t. tv, p. 515, puis divisées en deux évêchés ordi­ 1917 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE naires, Kamieniec et Cherson. Op. cil., t. via, p. 64-68. Ces morcellements successifs ont considérablement réduit l’archevêché de Lemberg; il ne compte plus àujourd’hui que 4000 fidèles en Galicie, et 1500 en Bukovine. Son clergé comprend, en dehors de l'arche­ vêque et des prélats de sa maison, une vingtaine de prêtres séculiers, distribués entre la cathédrale de Lem­ berg et les paroisses de Stanislaavov, Brzezany, Tyrmienica, Kutty, Lysiec, Horodynka, Sniatyn, Czerniowce, Suczawa. Missiones calholicæ, édit, cit., p. 597. Il y a, en Transsylvahie, prés de 10000 Arméniens venus dans le pays en '1671 et ramenés à l'unité romaine vers la fin du xvn·siècle; privés d'organisation civile et religieuse propre, ils sont soumis aux évéques latins. Leurs efforts, en 1741, pour obtenir un évêque de leur rite se sont heurtés à un refus absolu delà Propagande. Ils ont seulement des paroisses particulières à Elisa­ bethstadt, Gyergyô Szent-Miklos, Szépviz. Même situa­ tion en Hongrie, ou les Arméniens ont cherché un refuge après la prise de Belgrade par les Turcs, 1521 ; leur centre principal est à Neusatz (lat., Neoplanta; hongr., Ujvidek). Sur ces Arméniens de Transsylvanie et de Hongrie, voir N. Nilies. Symbolic ad illustrandam historiam ccclesiæ orien­ talis in terris coronie sancti Stephani, in-8·, Inspruck, 1885, ·.. n, p. 915-933; G. Gowrick, Les Arméniens à Élisabelhstadt en Transsylvanie, 1G80-1779, in-8·. Vienne, 1893 (arm.); du même, La capitale des Arméniens en Transsylvanie ou Arménopolis, in-8·. Vienne, 1896 (arm.). — Sur les Arméniens de Ga­ licie et de Pologne, voir Xoher dans le Kirchenlemkon, t. vil. col. 1731-1734; G. Kalemkiar, Études sur le droit des Armé­ niens en Pologne, in-8·, Vienne, 1890 (arm.). — Sur ceux de la Bukovine, Dem. Dan. Les Arméniens orientaux en Bukovine, trad. G. Kalemkiar, in-8·, Vienne, 1891 (arm.). XX. Ordres religieux. — Si l’on excepte la congré­ gation des frères uniteurs. dont il a été question plus haut, l’histoire ancienne de l’Eglise d’Arménie ne pré­ sente aucun ordre religieux, aucune manifestation de la vie monastique, telle que cette vie a été comprise en Occident; elle compte beaucoup de monastères, mais peu de moines. Cf. Gli ordini religiosi arnieni, dans le Brssarione, t. vi, p. 272-294. Aux yeux des Arméniens, tout individu est moine qui garde le célibat en se vouant â la cléricature. Tels sont, chez les Arméniens grégo­ riens, les vartapets. Astreints au célibat, ils sont char­ gés du ministère de la prédication, et c’est parmi eux que se recrute l’épiscopat. Ils constituent donc ce que l'on pourrait appeler, comme en Russie, le clergé noir, mais on ne saurait en faire des moines, à moins de regarder comme-tels tous les membres du clergé sécu­ lier en Occident. Même chez les Arméniens catl.oliqucs, l’esprit d'asso­ ciation n'a produit que dans ces derniers temps des insti­ tuts religieux analogues à ceux de l’Occident; encore ces instituts n'ont-ils jamais pris de grands développements. Le plus prospère d'entre eux, j'entends celui des mékiUristes de Venise, compte à peine une soixantaine de membres, unis par l'obéissance à un même supérieur général, soumis à une règle commune quand ils se trouvent en communauté, mais gardant beaucoup d'in­ dépendance dans leur activité personnelle et dans l'em­ ploi de leurs ressources. S’il y a une règle, c'est plus pour le couvent que pour les individus. Cette restriction posée, voici les associations religieuses encore existantes chez les Arméniens catholiques. t· Les mékitaristes, fondés en 1701 par l'abbé Mékitar de Sivas à Modon. en Morée, avec des constitutions par­ ticulières modifiées plus tard par ordre du saint-siège, qui obligea la nouvelle congrégation à choisir entre les trois règles existantes de saint Augustin, de saint Basile et de saint Benoit. C’est cette dernière que Mékitar adopta. Chassé de Morée par l'invasion turque, le fondateur chercha un refuge â Venise, ou, le 8 septembre 1717, il se fixa dans Tile Saint-Lazare, mise à sa dispo­ 4918 sition par la sérénissime république. Le rôle joué par les disciples de Mékitar a été trop considérable pour ne pas être l’objet d'un article spécial dans ce dictionnaire. C'est au nom de Mékitar que l’on trouvera leur histoire ultérieure. Depuis la scission provoquée en 1772-1773 par la conduite du successeur de Mékitar, le P. Étienne Melkonian, la congrégation se compose de deux bran­ ches indépendantes l une de l’autre, mais portant le même nom et travaillant dans le même but : a) Les mékitaristes de Venise, ayant leur centre prin­ cipal â file Saint-Lazare : c’est là que résident l’abbé général, ses six assistants et une vingtaine de personnes, profés, novices ou postulants. Ils possèdent d’autres établissements à Padoue, Elisabethstadt (Transsylvanie), Constantinople, Kadi-Keuy, Baghtchédjik, sur le golfe d’Ismidt, Mouch, Trébizonde, Karasoubazar, Simphéropol (Crimée). Leur nombre total est d'environ soixante prêtres; ils ont aussi quelques frères convers. b) Les mékitaristes de Vienne, établis à Trieste en 1773 et transférés dans la capitale autrichienne en 1800, possèdent dans cette dernière ville un couvent qui riva­ lise avec celui de Saint-Lazare. Là résident, avec l'abbé général, ses quatre assistants, un secrétaire général, une douzaine de prêtres et un nombre indéterminé de novices el de frères convers. Les autres ientres de la congréga­ tion sont : Trieste, Neusatz, Constantinople, Smyrne, Aïdin. Quelques missionnaires isolés exercent le minis­ tère à Szamosujvar et Elisabethstadt (Transsylvanie), à Tyzmienica (Galicie), et enfin à Trébizonde et à Erzeroum (Turquie d'Asie). Pie IX a approuvé leurs constitutions particulières le 23 janvier 1852. Jur. pont, de Prop, fide, t. vi a, p. 122-126. La littérature du sujet, très abondante, sera indiquée à fart. Mékitar. Voir, en attendant, G. Kalemkiar, dans le Kirchenlcxikon, Fribourg, 1893, t. VIII, col. 1122-1137. 2° La congrégation arménienne des antonins remonte au début du xvm· siècle. Un Arménien catholique d’Alep, Abraham Attar-Mouradian, après s'être enrichi par le commerce, se retira au Liban en 1705, et y fonda de concert avec son frère Jacques, qui était prêtre, le couvent de Krem (1721), puis, un peu plus tard, celui de Béït-Khasbo, à deux heures de Beyrouth. Les deux frères furent bientôt rejoints par d'autres amants de la solitude; ils embrassèrent une règle et, à l’exemple de leurs voi­ sins, les moines maronites, ils prirent le nom d'antonins. C’est parmi eux qu'Abraham Ardzivian se retira en quittant l'archevêché d'Alep: c'est grâce à eux, non moins qu'aux évêques catholiques de Syrie, que ce même Abraham Ardzivian fut élevé, en 1740, au patriarcat de Cilicie sous le nom d'Abraham Pierre I". Voir plus haut. Enfin, c’est de leur sein que sortirent la plupart des patriarches catholiques de Cilicie, à commencer par Jacques Pierre II, qui n’est autre que Jacques Mouradian, l'un des fondateurs de Krem. En 1761. ils s'éta­ blirent à Rome et y transportèrent leur noviciat et leur scolasticat en 1834, tandis qu'ils ouvraient en Asie Mineure un certain nombre de missions. Ce fut la plus belle page de leur histoire. Quand éclatèrent les troubles de 1867, l’abbé général des antonins, Soukias Casandjian. se mit à la tête des antihassounistes. Chassé de Constantinople par Mor Hassoun, il en appela à Rome. Sur ces entrefaites eut lieu le concile du Vatican; Casandjian et les siens se prononcèrent contre l'infailli­ bilité et entrèrent en révolte ouverte envers l’autorité pontificale. Excommuniés, ils s'enfuirent de Rome pen­ dant la nuit, grâce à la protection de l'ambassade de France, et se transportèrent â Constantinople. La plu­ part persévérèrent dans leur schisme, entre autres le P, Malachia Ormanian, devenu depuis* directeur du séminaire d’Armache et actuellement patriarche grégo­ rien de Constantinople. Après tant d'orages, la congré­ gation n'existe presque plus. Cinq à six antonins revenus Ù919 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE 1920 ms. in-fol. conservé aux archives de l’église Saint-Pierre à Galata, Constantinople. Les jésuites arrivent à leur tour. En 1650, le P. Rigordi pénètre dans Ispahan,et son successeur, le P. Chézaud, s'installe à Julia, au sein de la grande colonie arménienne. A Chamakié, leur premier missionnaire, le P. Pothier, meurt martyr (27 septembre 1687). Viennent ensuite les fondations de Uerlis et d'Erzeroum (1688), d'Erivan (1684), de Trébizonde (1691). Chassés d une position, ils s'emparaient d’une autre, et peut-être leur entreprise eût-elle amené des résultats 3° Les instituts religieux de femmes sont représentés inespérés sans l’ouragan qui, à la fin du XVIIIe siècle, les chez les catholiques par les Sœurs arméniennes de chassa du monde. De Damas. Coup d’œil sur l'Arménie, l'Immaculée-Conceplion, fondées par Mor Ilassoun, en in-12, Paris-Lyon, 1888, p. 107-178. 1852. Leur but est l'éducation des filles de toute classe, L’œuvre si souvent compromise par la persécution depuis l'enfant noble jusqu'à l'orpheline. Contrairement violente des maîtres du pays ou par l'abandon de l’Euaux autres congrégations nationales, celle-ci est l’objet de la sympathie universelle: elle a des écoles prospères I rope a été reprise en ce sièeleavec une énergie inconnue jusqu’alors. Dés 1838, Eugène Bon·, encore simple laïque, à Constantinople (Péra), Psamathia, Buyuk-Déré, Cadicrée à Tibriz el à Ispahan deux écoles pour les Arméniens, Keuy. Brousse, Angora, Adana, Trébizonde, Erzeroum, , dont les lazaristes fiançais prennent la direction en 1840. Malatia, Tokat, Artvin, Alep. Les Arméniens non unis ont également des religieuses, mais en petit nombre: j En moins de vingt ans, les mêmes religieux fondent des missions à Ourmiah, Khosrova, Téhéran, en faveur des elles ne comptent que quatre couvents : à Jérusalem, Arméniens comme des Chaldéens. Les Arméniens de Tiflis, Choucha et Nor-Djougha. Bagdad et de Bassorah reçoivent les soins des carmes Les religieuses arméniennes, dans ta Revue d’Orient et de la déchaussés. Ceux qui peuplent les vilayets de Mossoul, Hongrie, 8 juillet 1894. · de Bitlis et de Van sont évangélisés, depuis 1856. par les dominicains français. C'est surtout autour de deux rési­ XXL Missions catholiques. — Trop grande est la place que les missions tiennent dans l'histoire religieuse dences que s’exerce l'action de ces derniers mission­ de l’Arménie pour que nous négligions d'en parler. Au naires sur les Arméniens : la résidence de Van (1881) dans l'Arménie majeure, et celle de Seert (1882) dans le moyen âge. de nombreux missionnaires arrivent en Arménie, mais sans y établir, comme ils le firent plus Kurdistan arménien. Comme les carmes à Bagdad et les dominicains à Mossoul, les mineurs capucins ont leur tard, de résidences permanentes. C’est, en 1247, le frère principal centre d'influence à Diarbékir,capitale actuelle mineur Laurent, qui vient trouver le catholicos Con­ stantin de la part du pape Innocent IV, l’année suivante, ilu Kurdistan. Tour à tour française (1667-1742), ita­ lienne (1742-1841), espagnole (depuis 1841), cette mission une ambassade analogue est confiée au frère André. compte comme résidences Diarbékir, Mardin, Orfa, Rainaldi, Annal, eccles., a. 1247, n. 30, 32, 33 sq. Mais nulle mission n’est plus féconde que celle de Barthé­ Mezeré, liarpout, Malatia. lemy de Bologne, de l'ordre des frères prêcheurs, envoyé Missiones catholicæ, édit, cit., p. 460. 464 ; J.-B. Piolet, Les en Arménie, par le pape Jean XXII, en 1318, avec le titre missions catholiques au six' siècle, in-8’, Paris. [4900,J p. 272d’évêque de Maraza : ses prédications appuyées par de 294. grands exemples de vertus ramonent à l'unité un grand A la différence des missions énumérées jusqu’ici, les­ nombre de religieux dissidents, entre autres Jean de quelles s'adressent à tous les dissidents indistinctement Khemac, depuis fondateur des frires-unis. Quand Bar­ compris dans leur rayon d'influence, celle de la Petitethélemy meurt en 1333 sur le siège archiépiscopal de Arménie, dirigée par les jésuites de la province de Lyon, Naxivan, ses confrères dominicains sont répandus dans a exclusivement pour but l’évangélisation des Arméniens. toute l'Arménie. Le Quien, Oriens Christianus, in-fol., Fondée en 1881, cette mission embrasse actuellement les Paris, 1740, t. ni, col. 1393-1414; André-Marie, O. P., deux vilayets d'Adana et de Sivas, et une partie de celui Missions dominicaines dans l’Extrême-Orient, in-12, d’Angora. Outre une procure à Constantinople, elle Paris-Lyon, 1865, t. i, p. 44-53. Grégoire XI leur envoie I compte six résidences : Adana. Césarée, Sivas, Tokat, en 1371 des lettres de félicitations. Rainaldi, a. 1374, Amassia, Marsivan ou Merzifoun, occupées par 31 pères n. 8. ou frères. Là, comme ailleurs en Orient, le travail des Presque entièrement ruinées par les invasions tarreligieuses forme l'indispensable complément de l’apos­ tares, les missions d'Arménie reprennent aux xvi· et tolat du prêtre. Appelées par les pères jésuites, les xvh» siècles un nouvel essor, mais c'est surtout aux oblates de l’Assomption de Nimes se sont établies à Arméniens de Perse qu’elles s'adressent. Vers 1600. les Marsivan, à Tokat et â Amassia, tandis que les sœurs de augustins s’établissent à Ispahan : ils venaient de Goa, Saint-Joseph de Lyon occupent les trois autres postes : envoyés par le grand archevêque Alexis de Meneses, au­ ; Adana, Sivas et Césarée. gustin lui-même. Berthold Ignace de Saint-Anne, O. C. D., De Damas, Coup d'œil sur l’Arménie, in-8·, Lyon, 4887, Histoire de l'établissement de la mission de Perse par I p. 197-483 : J.-B. Piolet, op. cit., p. 449-484. les pères carmes déchaussés, in-12, Bruxelles,[1885, | p. 32. En 1609, des carmes déchaussés de la congrégation XXII. Missions protestantes. — Pendant longtemps de Saint-Elie viennent les rejoindre dans la capitale de il n’y eut d'autres protestants en Orient que les Euro­ la Perse. Ibid., passim. Ils se fixent aussi peu après à péens établis dans les différentes échelles. Ce n’est qu'à Ormuz (1612) et à Schiraz (1623). Avant la fin du siècle, partir de 1813, que les sociétés bibliques d'Angleterre et on les trouve à Benderabassi, Ramadan, Bendercougo de Russie commencent â s'intéresser au sort des Armé­ (1670), Julfa (1679), Bassora (1623); enfin, au siècle sui­ niens, et répandent parmi eux, à profusion, les traduc­ vant, à Bagdad (1721). Acta sanctorum, t. vu octobr., tions arméniennes de la Bible. A cette propagande par Paris, 1869, p. 789. Les dominicains se maintiennent le livre succède, en 1831, la mission proprement dite : dans la province de Naxivan. mais leur situation y est très des émissaires du Board américain s'établissent â poste précaire, comme on peut en juger par les procès-ver­ fixe dans la capitale et dans les provinces. Accueillis baux du chapitre provincial de 1710. Liber consiliorum j d'abord avec faveur, ils voient bientôt le haut clergé se provincialium provincial Nexsciovanensis in majori i tourner contre eux: un véritable conflit éclate en 183o. Armenia sub provincialalu adtn Beverendi Pris sacræ I qui va s'accentuant jusqu'en 1845. A ce moment, le patheologia: magistri Angeli Smolinski in anno Llni d7dO, 1 triarche Matthieu lance l'interdit sur les établissemeuts à l'unité vivent inactifs dans leur couvent d’Ortakeuy, sur le Bosphore. Expropriés de leurs couvents de Rome et de Krem. ils n'ont sauvé celui de Beit-Khasbo qu’en en conflant l'administration à des mains étrangères. Raphaël Miasserian (abbé actuel), Histoire (le la congrégation des antonins (manuscrite) ; D' Karapet, La congrégation armé­ nienne des antonins, dans Realencyklopadie fur protest. Théo­ logie und Kirche,& édit., Leipzig, 1896, t. t. p. 690,604, d’après des renseignements fournis par· M*’ Ormanian. 1 j I I I 4921 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE 4922 l'a vu, n'habitent pas que l'Arménie. Dispersés un peu proteslants. et la Porte s'empresse d'exécuter la sentence partout en Turquie, en Russie, en Perse, dans l'Inde, patriarcale au moyen de tontes sortes de mesures ré­ en Égypte et en Autriche, établis en colonies plus ou pressives. L'intervention de l’Angleterre et des Etatsmoins compactes dans les grands centres financiers et Unis ajoute encore aux hostilités; l'excommunication commerciaux de l'ancien et du nouveau monde, ils n'ont prononcée par le patriarche contre les Arméniens pro­ été l’objet que de statistiques très défectueuses. Dans ces testants (1W-13 février 1846) est le signal d une violente conditions, il m’est impossible d'indiquer dans quelle persécution. La vue du sang versé ne fait que rendre proportion ils sont distribués entre les trois confessions l'Angleterre plus exigeante; au lieu de la simple liberté, grégorienne, catholique et protestante. Sur une popula­ c'est une complète autonomie qu elle réclame en faveur tion totale de deux à trois millions d'individus environ, de ses protégés. L’inscription de ces derniers sur les le protestantisme compte 40000 à 50000 adhérents et registres de Vlhliçab-aghassi (inlendant des droits réu­ le catholicisme 60000 à 70000; tout le reste appartient à nis) ne la satisfait point; au bout de quatre ans de ter­ l'église grégorienne. Ces chiffres ne sont qu'approxima­ giversations, la Porte doit accorder â la communauté tifs, mais s'ils pèchent, c’est par excès, non par défaut. protestante l'indépendance absolue, avec un chef civil On en sera sans doute surpris dans certains milieux où propre (novembre 1850). l’on n'a d'autres moyens d’information que certains rap­ Voir, pour lesslétnils et les pièces officielles, l'ouvrage du Rev. II. G. O. Dwight, Christianity in Turkey : a narrative 0/ the ports rédigés le plus souvent pour émouvoir, non pour protestant reformation in the. Armenian Church, in-8·, Lon­ instruire. Mais il ne faut pas oublier que, de tout temps, dres, 1854; A. tibicini, Lettres sur la Turquie, in-12, Paris, les Orientaux ont aimé à enller leurs chiffres. Pour les 1854, t. Il, p. 405 sq. Arméniens en particulier, cette coutume date de long­ Une fois libre, la mission protestante fit d’assez ra­ temps. Le biographe de saint Nersês (j-373) n’octroiepides progrès, que favorisaient d'ailleurs l’esprit froid et t-il pas â son héros dans son voyage à Césarée un cor­ calculateur des Arméniens et leur absence de traditions. tège de vingt-huit évêques, alors que l’Arménie d’alors en comptait une douzaine? Un séminaire établi à Bébek, sur le Bosphore, en 1840. fut transféré à Marsivan en 1862. et remplacé â Bébek Voir, pour plus de détails, V. Cuinet, La Turquie d’Asie, b in-8·, parmi collège dû à la munificence de l'Américain Robert Paris, 1891-1894; Ethnographie de l’Asie Mineure, dans le Livre jaune sur les affaires d'Arménie, in-4·, Paris, 1897, p. 1-8; Scle(1863). On compte à Constantinople un millier d'Arinénoy et deSeidlitz, Die Verbreitung der Armenier in der asianiens proteslants. Le reste de la Turquie est partagé en tischen Turkei und in Transkaukasien, dans les Milteilungen trois missions distinctes : 1» Mission de la Turquie de Petermann. 1896, t. I, p. 1-10 ; J. Barchudarian. Die Armenier occidentale, avec stations à Constantinople, Brousse, und ihre Nachbarvûlker in der Turkei,dans le Austand,1891, Smyrne, Trébizonde, Marsivan, Césarée, Sivas et n. 22; H. Gelzer, art. cit., p. 90-91. ΙΟΙ postes secondaires; — 2’ Mission de la Turquie XXIV. Liste des patriarches. — Comme complément centrale, avec stations à Aïntab et Marach, et 45 postes à l’histoire de l'Église arménienne, je voudrais pouvoir secondaires; — 3° Mission de la Turquie orientale,avec fournir une liste complète des chefs qui l’ont gouvernée; stations à Billis, Erzeroum, Kharpout, Mardin, Van, et mais il est impossible, dans l’état actuel de la science, 119 postes secondaires. Les missionnaires américains, de dresser une table de ce genre avec une exactitude chargés de desservir ces vingt-deux centres principaux. rigoureuse; la chronologie arménienne est encore si sc.nl actuellement au nombre de 176, répartis en trois flottante! Celle qui va suivre est donc purement provi­ catégories : 58 membres du clergé, 50 veuves de mis­ soire; œuvre d’un savant ecclésiastique du patriarcat nonsionnaires et 68 séculiers. uni de Constantinople, elle a paru dans le Calendrier Il s'en faut que tous ces ouvriers et ouvrières s’appli­ détaillé de l'hôpilal national pour l’année 1900, in-8°, quent à la môme œuvre; cinq d'entre eux s’occupent Constantinople, p. 328-333; je la reproduis sans chan­ exclusivement de publications (publicalion department}, gement, mais non sans faire les plus expresses réserves quatre-vingt-onze sont voués à l'enseignement (educa­ sur la première partie, évidemment légendaire (je l’ai tional work), huit exercent la médecine (medical mise entre crochets), sur le titre de saint donné à cer­ work). les autres prêchent ou s’adonnent aux œuvres tains titulaires, et sur quelques dates peu sûres. Tel c? bienfaisance (evangelistic work). Il est impossible qu’il est, ce document aura son utilité, car il four­ d évaluer même approximativement le nombre d'éditions nit, surtout pour la période moderne, la succession 4 la Bible, tracts, brochures de toutes sortes que le très complète des patriarches. Ne sont compris dans < publication department » répand chaque année parmi cette succession à partir de 1441 que les titulaires les Arméniens. L’ « educational work » comprend trois d’Etchmiadzin, regardés à tort ou à raison comme les séminaires pour chacune des trois missions, cinq seuls légitimes. J'ai ajouté des numéros d’ordre, afin de collèges et quarante-six écoles, fréquentés par 2576 mieux distinguer les patriarches légitimes des anlira41éves des deux sexes. Au « medical work » se rattachent tholici et des coadjuteurs titulaires ou, comme disent les hôpitaux d'Aïntab, Césarée, Mardin. Van;à 1'« evanles Arméniens, des colilulaires. On sait que la final·· »n ch-tic work », les cent vingt-cinq églises ouvertes sur tzi indique le lieu d’origine : Sisétzi = de Sis, Yétêzatzi divers points du territoire. Il convient de signalera part, = d’Édesse, Puzantatzi = de Byzance, etc. â cause de leur importance exceptionnelle, la Bible Résidence a Ardaz. 2. S. A ri stakes I" Partev, 325Λοtue,à Stamboul, dont la construction a coûté 100000 li­ 333. 1. S. Thaddée,35-28mars43. vres sterling; le Robert college, à Bébek, fréquenté par 3. S. Vertanès Partev, 3332. S. Barthélemy, 44-60. fiO élèves; le collège de filles,à Scutari, ayant 108 alum341. 3. S. Zacharie, 60-76. u, et enfin les deux grandes écoles de Bardezag pour 4. S. Houssik Partev, 341-347. 4. S. Zémindas, 77-81. les garçons, et de Adabazar pour les filles, les plus iloris5. Paren Achtichatétzi, 3485. Adernersch, 82-95. sxntes de la Bithynie. 352. 6. Mouchèg, 96-126. 6. Nersès I" Partev. le Grand, Hors des frontières turques, les Arméniens protestants 7. Chahen, 127-154. 353-25 juillet 373. ■ont peu nombreux. Ils comptent, en Perse, des com8. Chavarch, 155-175. 7. Cbahak Manazkerdatzi, 3739. S. Ghévontios, 176-193. si-jn.iutés â Tébriz, Téhéran et Ispahan; en Russie, à 377. 10. N........................ 193-219. CL jucha. Chamachi, Karakala et Tillis. 8. Zaven Manazkerdatzi. 377•11. S. Mehgoujian. 230-260. > - H.Gelzer.art. cil., p.88-90; .Vissionsof the A. B. C.F.M. 381. 12. N................... 261-300.] «* Turkey and Bulgaria, with supplement concerning Chris9. Aspourakês Manazkerdatzi, nt- work by Americans and their native associates in ConRésidence à Vitgharchapat. 381-386. B&tinop'.e (rapport officiel de l'agence de la Société biblique). 1. S. Grégoire I" l'illumina- 10. S. Chhbak I- Partev. le XX111. Statistique religieuse. — Les Arméniens, on teur, 301-325. Grand. 387-439. DICT. DE THEOL. CATHOL. I. - C! 1923 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE Sourmak Manazkerdatzî, Résidence à Aghtamar. anticathol., 428-429. 51. Stépanos II Rchdounî, 931Prkicho Assori, anticathol., 932. 429-432. 52. Théotoros I*r Rchdounî. | Climouel Assori, anticath., 932-938. 432-437. 53. Yéghiché Pr Rchdounî,938Sourmak Manazkerdatzî (2· 943. fois), anticath.. 437-444. 54. Anania Mokatzi, 943-967. S. Mesrop Machtolz, vi­ caire, 439-440. Résidence à Arkina. 41. S. Hossepl" Hoghotzmétzi, 55. Vahan Sunî. 968-969. 440-454. 12. MélidehManazkerdatzi.452- 56. Stépanos III Sévantzi, 970972. 456. 57. Khatchik I" Archarouni, 43. Movsès I" Manazkerdatzî, 972-992. 456-461. 14. S. Kond Arahéghatzi, 461Résidence à A ni. 478. 58. Sarkis I·’ Sévantzi, 29 mars 992-1019. Résidence à Tvin. 59. Pétros I” Kédatartz, 101915. S. Ohannès 1° MantagounI, •1054. 478-490. Téoskoros Sanahnétzi, an­ 16. Papken Otmsétzi, 490*515. ticath., 103645 janv. 1038. 47. Samuel Ardzkétzi, 516-526. Khatchik II Anétzi, coad­ 18. Moucheh Aïlapérétzi, 526juteur, 1049-1054. 534. 19. Chahak II Onghkétzi, 534Résidence à Tavplour. 539. 60. Khatchik II Anétzi, 105420. Kristapor I" Diraritchtzi, 1060. 539-545. 61. Siège vacant, 1060-1065. 21. Ghévont lérastétzi, 545-548. 22. Nersès H Pak révan tatzi, Résidence à Dzamntave. 548-557. 62. Krikor II Vgayasèr, 106523. Ohannès 11 Kapéghian,5573 juin 1105. 574. Kévork III Lorétzi, coadj., 24. Movsès Π Yéghivartetzi, 1069-1072. 574-604. Sarkis Hesnétzi, anticath., Ohannès Pakarantzi, antic., 1076- 1077. 590-615. Théotoros Alaklosig, antic., Vertanès, vicaire, 604-607. 1077-1085. 23. Apraham I" Aghpatanetzi, Parsegh I" Anétzi, coadj., 607-615. 1081-1105. 26. Gomidas Aghtzétzi, 615-628. Boghoz Varakatzi, antic., 27. Kristapor II Abaghouni,6281085-1087. 630. 28. Yezr Parachnakertatzi, 630Résidence à Siavlèr. 641. (Montagne Noire.) 29. Nersès 111 Chinogh, 64163. Parsegh I" Anétzi, 1105661. 3 janv. 1113. 30. Anastase Akorétzi, 661-667. 64. Krikor III Paghlavouni, 31. Israël Otmsétzi, 667-677. 1113- 1166. 32. Chahak III Tsoraporétzi, Tavit Aghtamartzi, antic., 677-703. 1114?* 33. Yeghia (Élie) Ardjichétzi, 703-717. Résidence à Hromkla. 34. S. Ohannès III Otznétzî, 65. S. Nersès IV Chnorhali. 717-728. 17 avril 1166-13 aoûtll73. ' 35. Tavit I" Aramonatzi, 72866. Krikor IV Tgha, 1173- ! 741. 16 mai 1193. 36. Trtat I" Otznétzî, 741-767. 67. Krikor V Karavèj, 119337. Trtat II Taznavorétzi, 7671194. 770. 68. Krikor VI Apirat, 119438. Sion Pavonétzi, 767-778. 1203. 39. Es aï Yeghipatrouchétzi, Parsegh II Anétzi, antic., 778-791. 1195-1206. 40. Stépanos I" Tvinétzi, 79169. Ohannès VI Metzaparo, 793. 1203-1212. 41. Hovap Tvinétzî, 793. Anania Sépastatzi, antic., 42. Soghomon Kamétzi, 7931204- 1208. 794. Tavit III Arkagaghnétzi. 43. KhévorkI"Hoïlorpoug,794antic., 1204-1207. *796. 70. Constantin I" Partzrpertzi, 44. Hossep II Karidj. 797-807. 1221-1267. 45. Tavit 11 Kakaghétzi,807-833. 71. Agopl" Klayétzi, 1267-1286. 46. Ohannès IV Ovayétzi. 83472. Constantin II Pronakortzi, 855. 13 avril 1286-1289. 47. Zacarîa Tsakétzi. 855-877. 73. Stépanos IV Hromklayétzi, · 48. Khévork II Kamétzi, 8771290-1293. 898. 49. S. Machtotz Yéghivartétzi, Résidence à Sis. 898-899. 11·. Krikor VII Anazarvétzi, 50. Ohanrês V Patmapan (ITiis1293-1307. torien;, 899-231. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. Constantin III Késaratzi, 19 mai 1307-1322. Constantin IV Lampronatzi, 1322-1326. Agop II Tnrsonatzi, 13271341. Mékitar Krnertzi, 13411355. Agop II Tnrsonatzi (2* fois), 1355-1359. Mesrop Artazétzi, 13591372. Constantin V Sisétzi, 13721374. Boghos I" Sisétzi, 13741377. Théotoros II Sisétzi, 13771322. Karapet I" Kéghétzi, 13931408. Agop III Sisétzi. 1408-1411. Krikor VIII Khanlzoghat, 1411-1416. Boghos II Kamétzi, 14161429. Constantin VI Vaghkatzi, 1429-1439. Krikor IX Moussapékian, 1439-1441. Résidence ù Vagharchapat. 90. Kirakos Virapétzi, 4 juin 1441-1443. 91. Krikor X Tchalalpékian, 1443-1466. Karapet Sisétzi, anticathol., 1446- ? Aristakès II Atoragal, coadj., 1448-1466. ZacariaAghtamartzi, antic., 1461- 1462. Sarkis II Atchatar, coadj., 1462- 1469. 92. Aristakès II Atoragal, 14661469. 93. Sarkis II Atchatar, 14691474. Ohannès VII Atchakir, coadj., 1470-1474. 94. Ohannès VII Atchakir, 14741484. Sarkis III Mussaïl, coadj., 1474-1484. 95. Sarkis III Mussaïl, 14841515. Aristakès III, coadj., 14861499. ' Thatéos, coadj., 1499-1504. Zacaria II Vagharchapatzi, coadj., 1507-1515. 96. Zacaria II Vagharchapatzi, 1515-1520. 97. Sarkis IV Vrastantzi, 15201536. 98. Krikor XI Puzantatzi, 15361541. 99. Stépanos V Salrnaztétzi, 1541-1564. Mikael Sépastatzi, coadj., 1542-1564. Parsegh III. coadj., 15501567. Krikor XII Vagharchapatzi, coadj., 1565-1670. Aristakès III, coadj., 15551563. 100. Mikael Sépastatzi, 15641570. 1924 Stépanos VI Arintchélzî, coadj., 1567-1575. 101. Krikor XII Vagharcha­ patzi, 1570-1587. Thatéos II Vagharch., coadj., 1571-1579. Arakel Vagharch., coadj., 1575-1586. Tavit IV Vagharch., coadj., 1582-1587. 102. Tavit IV Vagharchapatzi, 1587-1629. Melkisédek Kamétzi,coadj., 1593-1624. Krikor XIII.Srapion, coadj., 13 août 1603-23 avril 1606. Chahak IV Kamétzi, coadj., 1624-1628. 103. Movsès 111 Tatévatzî, 13 janv. 1629-24 mai 1632. 104. Pilipos Aghpakétzi, 13 janvier 1633-25 mars 1655. 105. Agop IV Tchoughayétz;, 8 avril 1655-1" août 1689. Yériazar Aïntaptzi, antic., 1663-1682. 106. Yériazar Aïntaptzi, 1682-8 août 1691. 107. Nahapet Yétézatzî, 10 août 1691-13 juin 1715. 108. Agheksanter Γ' Tchoughavétzi, 1706-22 nov. 1714. 109. Astouatzatnurllamatantzi, 7 mai 1715-10 octobre 1725. 110. Karapet II Oulnétzi, 27 sept. 1726-2 oct. 1729. 111. Apraham II Khrchadpétzi, 1730-11 nov. 1734. 112. Apraham III Krétatzi, 24 nov. 1734-18 avril 1737. 113. Ghazar Tchughkétzi, 17381751. Pétros II Kutour, coadj., 1748-1749. 114. Minas Aniétzi, 15 sept. 1751-12 mai 1753. 115. Agheksanter II Puzantatzi. 6 mars 1754-1755. 116. Chakak V Ahakin. élu, 1755-1759. 117. Agop V Chamaghétzi, 2 nov. 1759-juil. 1763. 118. Simon Yérévanétzi, 176326 juil. 1780. 119. Ghoukaz (Luc; Karnétzi, 1780-19 mars 1801. 120. Tavit V Enékétzi,!! avril 1801-1804. 121. TanielSourmarétzi,25mai 1892-9 octobre 1808. 122. YépremTzorakéghtzi,18091831. 123. Ohannès VIII Karpétzi. 16 mars 1831-26 mai s 1842. 124. Nersès V Achtarakétzi, 1843-13 février 1857. 125. Matthéos Puzantatzi. 18 mai 1858-22 août 1865. 126. Kévork IV Puzantatzi, ’9 avril 1866-6 déc. 1882. 127. MakarTéghoudtzi. 21 avril 1885-16 avril 1891. 128. Mkertitch Vanétzi, depuis le 5 mai 1892. Dans son Oriens Christianus, t. i, col. 1371-1416. Le Quien donne une liste de 130 patriarches jusqu’à Abra­ ham Il (1730-1734); mais il a fait entrer dans celte liste beaucoup d’antipatriarches ou de simples colituiaires. La plupart des auteurs à consulter étant signalés au cours de -1925 ARMÉNIE. HISTOIRE RELIGIEUSE — CONCILES 1926 l'article. on n’indiquera ici que les ouvrages les plus importants : capitale religieuse; ce rôle appartient à Achtichat. dans JI. Tcbamtcbian, Histoire d'Arménie, 3 in-4·. Venise, 1784la province du Taron, au sud de l'Arménie. IJ. Gelzer, 1787 (arménien); M. Chamicli, History of Armenia, trad. Joh. op. cil., p. 117 sq. Non moins problématique b· concile Audall, 2 in-8·, Calcutta, 1827 (abrégé du précédent): J. Saintde 339, sous Verlhanès; les neuf canons que cert ns Martin, Mémoires historiques el géographiques sur l'Arménie, auteurs lui attribuent proviennent d'une tardive falsifica­ 2 in-8·, Paris, 1818-1819; V. Langlois, Collection ries historiens tion. Voir le résumé de ces canons dans .1. Issaverdens, anciens et modernes de l’Arménie, 2 in-8·, Paris, 1867-1869; M. Brosset, Collection d'historiens arméniens, 2 in-S·, SaintHistory of the armenian Church, in-16, Venise, 1875, Pétersbourg. 1874-1876; E. Dulaurier, Historiens arméniens ries p. 45, et les canons eux-mêmes traduits en lalin par Croisades, in-fol.. t. i, Paris; le t. n, entièrement imprimé, doit Arsène Angiarakian, dans Angelo Mai, Scriptorum vete­ paraître prochainement. I.es ouvrages qui précédent sont surtout rum nova collectio, in-40, Rome, 1838, t. x, p. 270 sq. des recueils de documents; pour I'histoire suivie : et. Giovanni Le premier synode vraiment authentique est celui de Scrpos, Compendio storieo di memorie cronologiche, 3 ind'Achtichat, tenu vers 365, sous Nersès le Grand. Fauslus, 12, Venise,1786; Garabed Cbahnazarian, Esquisse de l'histoire de 1. IV, c. iv, dans Langlois, t. I, p. 239. Une nouvelle or­ l'Arménie, in-8·, Paris, 1856; E. Dulaurier, Histoire, dogmes, ganisation ecclésiastique, copiéesur celle de Césarée, y fut traditions et liturgie de l'Église arménienne orientale, 2· édit., in-8*, Paris. 1857 ; 3· édit., ibid., 1859; la première édition a paru établie, un symbole de la foi promulgué, et les canons sans nom d'auteur, in-8·, Paris, 1855; J. Issaverdens, Armenia apostoliques rendus obligatoires pour tous. Les coutumes and the Armenians, t. .1. Ecclesiastical history, in-16, Ve­ déjà en vigueur à Césarée touchant le mariage et le jeûne nise, 1875 ; Arsak Ter-Mikélian, Die armenische Kirche in furent introduiles parle patriarche réformateur; les hos­ ihren Beziehungen zur byzanlinischen (vom tr bis turn xtn pices, les hôpitaux, toutes les œuvres charitables in­ Jahrhundert), in-8·. Leipzig, 1892; H. Gelzer. Arménien, dans connues jusque-là en Arménie furent créées, et des écoles, RcalencyklopUdie für protest. Théologie und Kirche, 3' edit., où l'on enseignait le grec et le syriaque, ouvertes à la jeu­ Leipzig, 1897, t. n.p. 63-92.—L’Annenin deGiuseppe Cappelletti, 3 in-8·, Florence, 1841, est très superficiel, et l'Arménie d'Eugène nesse. Le monachisme reçut lui aussi une forte impul­ Boré, dans VUnivers pittoresque, Russie, in-S·, Paris, 1838. t. n, sion. Faustus, 1. IV, c. iv; 1. V, c. xxxi; Gelzer, op. cil., est très incomplet, de même que CI.Galano, Cqncihalionis Ecclep. 151-153. On aimerait à posséder dans toute leur teneur siæ armenta cum Romana pars prima historialis, in-fol., ces régies disciplinaires de l'Arménie chrétienne à son Rome, 1690 (1.1650). Pour plus de détails, voir U. Chevalier, Ré­ berceau ; malheureusement, les historiens ontmieux aimé pertoire des sources historiques du moyen âge. Topo-biblio­ les vanter que les faire connaître en détail. Les canons graphie, 1·' fasc., Montbéliard, 1894, p. 216-219. que le recueil de Mai attribue à Nersès ne paraissent L. Petit. pas authentiques, op. cil., p. 312 sq. 11. ARMÉNIE. Conciles. — I. Du concile de Nicée à celui de Vagharchapat (325-491). H. Du concile de VaNous sommes beaucoup mieux renseignés sur la lé­ gharchapat à celui de Karin (491-633). 111. Du con­ gislation canonique du fils de Nersès, saint Sahak le Grand (390-439). Nous avons de lui un recueil de règles cile de Karin à celui de Chirakavan (633-862). IV. Du disciplinaires traduites en latin dans A. Mai, op. cil., concile de Chirakavan à celui de Hromkla (862-1179). p. 276 sq., et dans A. Balgy, Historia doctrines catholicæ V. Du concile de Hromkla à celui de Florence (1179inter Armenos, in-8°, Vienne, 1878, p. 203-207. et en 1439). VI. Du concile de Florence à nos jours. anglais par F. C. Conybeare, The armenian canons of Le miroir d'une société, c'est sa législation. On n’au­ rait donc pas de l'Église d’Arménie une image fidèle si, St. Sakak catholicos of Armenia, dans The ameriean journal of theology, t. π (1898), p. 828-848. .1. Issaverdens au tableau de ses vicissitudes extérieures, ne venait se en a donné le sommaire, History of the armenian. joindre un exposé sommaire de son organisme interne, Church, p. 73-76. Elles ont pour but de régler la con­ tel que nous le montrent ses conciles nationaux. L’his­ toire de ces conciles présente, il est vrai, une difficulté duite des clercs et des moines, l'économie du culte divin, l'observance des fêtes, les agapes et les repas toute spéciale; pour la plupart d'entre eux, les docu­ funèbres. D’après l’opinion généralement reçue. Sakak ments officiels, je veux dire les actes, n’ont jamais été aurait promulgué ces loisau concilede Vagharchapat (426). publiés. Le peu que l’on en sait se trouve dispersé dans La tradition nationale attribue au même catholicos une cent livres divers, d'un accès mal aisé. Les renseigne­ grande inlluence sur les décisions du concile d'Éphese ments qui vont suivre seront donc forcément incomplets (431) : j’ai dit plus haut que rien n’est moins fondé. et, pour beaucoup d'entre eux, purement provisoires; Comme les Arméniens n'eurent aucune part à cette il est bon d’en prévenir le lecteur. assemblée, il est probable que le concile d'Achtichat, 1. Dt; CONCILE DE NlCÉE Λ CELUI DE VaCIIARCHAPAT réuni, dit-on, en 432 dans le but de promulger soiennt·’le­ (325-491). — La tradition nationale, enregistrée par Aganient les décisions d’Ephèse, est une pure fiction. L uni­ tbange, § 169, dans Langlois, Collection des historiens, que synode tenu en Arménie dans l'affaire du nesto­ t. i, p. 190, et par Moïse de Khoren, 1. II, c. xc, dans rianisme parait être celui de 435, à l’issue du quel on Langlois, op. cit., t. il, p. 129, fixe en 325 le premier envoya une députation au patriarche Proclus pour lui concile d’Arménie. En revenant de Nicée, Aristakès au­ demander qui avait raison, de Théodore de .Mopsueste rait apporté dans son pays les canons de la grande ou d'Acace de Mélitène, de Diodore de Tarse ou de assemblée, et saint Grégoire, encore vivant, les aurait Rabulas d’Édesse. Voyez ci-dessus, col. 1895, les indi­ fait adopter de son clergé et de son peuple dans une cations bibliographiques sur cette ambassade; ajoutez ? réunion plénière tenue à Vagharchapat, après y avoir Cl. Galano, Conciliatio Ecclesiæ armenæ cum roajouté lui-même des canons particuliers. Ce n’est là mana, in-fol., Rome. 1690. t. t, p. 68-74. Certains ca­ qu'une belle légende. Au rapport du véridique Korioun, nons attribués à Elisée et à Isaac se trouvent dans A. Biographie de Mesrob, dans Langlois, op. cit., t. il, p. 10, c'est seulement au v· siècle que Ghévond, Eznik et Mai, op. cit., p. 312. Au lieu de mener au dehors la campagne contre Korioun lui-même introduisirent en Arménie les canons l’hérésie, l’Arménie devait songer à l'extirper de son grecs de Nicée et d’Éphèse, et l'on s'étonne de voir des propre sein. A cette époque, elle se trouvait menacée auteurs récents comme Arsak Ter-Mikélian, Die ardans son existence même par des sectes sans nombre, menische Kirche, p. 28, et comme J.-B. Asgian, La issues du messalianisme. Pour se faire une idée de cette chiesa armena e l’Àrianismo, dans le Bessarione, t. vi déplorable situation, on n'a qu'à lire les vingt canons 11899), p. 522-528, répéter encore les fausses assertions du concile de Chahapivan (447), dont la plupart, et en du pseudo-Agalhange et du pseudo-Moïse. Quant aux particulier le 14°, le 19° et le 20e, sont précisément dirigés additions de Grégoire, dont Korioun ne dit mot, elles contre les adeptes de ces sectes locales. Texte des canons datent sans doute du temps de Sakak, vers 365. II. Gelzer, sous une fausse date dans A. Mai. op. cil., p. 293. cf. Die Anfànge der arm. Kirche, p. 151. Du reste, Vaghar­ Karapet Ter-Mkrttschian, Die Paulikianer im byzantin. chapat n’a aucun titre à jouer au IVe siècle le rôle de 4927 ARMÉNIE. CONCILES 1928 Kaiserreiche, in-8", Leipzig. 1893. p. 42-45. Contre un i synode de 616, où l’on voit le roi de Perse, Chosrov H, rivaliser avec les théologiens couronnés de Byzance et autre ennemi plus redoutable encore, le mazdéisme trancher à sa façon la question des deux natures dans le persan, les évêques arméniens réunis à Achtichat (449) Christ. Voir les sources dans Ter-Mikélian, op. cil., opposèrent la plus vigoureuse résistance. L’historien de p. 60. cette malheureuse époque, Elisée Vartapet, nous a con­ servé la lettre courageuse adressée par les Pères du con­ III. Du CONCILE de Karin a cblui de Cihrakavan cile au roi de Perse pour lui signifier leur refus de céder (633-862). — On crut un moment que la concorde entre à ses menaces. C’est là un beau monument conciliaire. monophysites et dyophysites allait être définitivement rétablie. Ce fut quand Héraclius, victorieux des Perses, Voir la traduction italienne dans .1. Cappelletti, Eliseo, convoqua Grecs et Arméniens au concile de Karin (Théostorico armeno, in-8», Venise, 1840, p. 36-51, la traduc­ dosiopolis. aujourd’hui Erzéroum), vers l’an 633. La date tion française dans G. Kabaragy, Soulèvement national de l’Arménie chrétienne, in-8», Paris, 1844, p. 30-46, est incertaine; Galano, op. cil., t. i, p. 185, suivi par Hefele, op. cit., § 289, trad. Leclercq, t. 111, p. 258; §291, et dans Langlois. Collectiondes historiens, t. H, p. 191t. ni. p. 334-335, adopte l’année 622; Tchamtchian pré­ 196. Une autre lettre synodale fut envoyée, quelques fère 627 ou 629, Histoire d'Arménie, t. Il,p.527 sq. ; Assésemaines après, à l’empereur Théodose. Langlois, ibid., p.206. Cette assemblée de 449-450est la dernière de l’Ar­ mani, qui a écrit sur ce concile toute une dissertation, Bibliotheca juris orientalis, t. IV, p. 12; t. v, p. 207 ménie libre; l’année suivante, au moment du concile de sq., descend jusqu’en 632; enfin G. Owsepian, qui a Chalcédoine, le pays succombait sous les coups de essayé récemment de fixer la chronologie du monothéJezdégerd ; il ne se relèvera, en 484, sous le catholicos lisme, place en 633 l’assemblée de Karin. Die EnisleJean Mantagouni, que pour tomber aussitôt après dans hungsgeschichte des Monothelismus nach ihren Quelle monophysisme. Voir les canons de ce catholicos dans len geprûft und dargestellt, in-8», Leipzig, c. iv; cf. A. Mai, op. cit., p. 297. Le même sort devait frapper l’Église d’Albanie. Chez By:. Zeitschrift, t. ix (1900), p. 545, et Ter-Mikélian, op. cil-, p. 61-66. Quoi qu’il en soit, l’union y fut procla­ celle-ci du moins, avant la chute dans l’hérésie, il y eut mée, la formule « qui as été crucifié pour nous » bannie une louable tentative de relèvement, opérée par un con­ du trisagion, et ies deux fêtes de Noël et l’Épiphanie fixées cile national tenu en 488 à Aghouen (Outi), la capitale à deux jours différents. Ces deux derniers points sont, du pays, sous la présidence du roi Vachakan le Pieux il esterai, niés par Tchamtchian, mais d’autres auteurs et l’archevêque Choup’haghichoy (Choup’haghichay, continuent de les affirmer. A. Balgy, op. cit., p. 25. Il Choup’haghichou). Nous avons encore les actes «le cette parait qu’on aurait même obligé les Arméniens à meler assemblée, précieux document qui devra figurer désor­ un peu d’eau au vin dans la célébration de la messe. Cf. mais dans les collections des conciles. Moïse KaghanGiovanni de Serpos, Compendio storico, Venise, 1786, katouatzi ou d’Outi. Histoire des Aghovans, 1.1, c. xxvi ; traduction allemande dans Agop Manandian. Beitrâge t. π, p. 364-371. tur albanisehen Geschichte, in-8", Leipzig. 1897, p. 44Rien, du reste, ne fut éphémère comme cette union. En 645, un concile de Tvin rejette à grand fracas l’hé­ 48; trad, latine dans A. Mai, op. cit., p. 315. II. Du CONCILE DE VAGHARCHAPAT A CELUI DE KARIN OU résie des Chalcédoniens, A. Mai, op. cil., p. 310 sq., qu’un autre concile de Tvin, celui de 652, tient cepen­ Théodosiopoi.is (491-633).—L’histoire de l’Arménie chré­ dant pour légitime. Sur ce dernier, voir le très intéres­ tienne au V" siècle se ferme sur un grave événement. sant passage de Sébéos dans Ter-Mikélian. op. cit., p. 68Dans un concile général tenu à Vagharchapat, en 491, 70. Giovanni de Serpos en fixe la date en 648, op. cil., sous la présidence du catholicos Papken (487-492), Ar­ t. π, p. 372, et indique pour 650 un autre synode, celui méniens, Géorgiens et Aghovans condamnent solennel­ de Manazkert, dont il cherche d’ailleurs à rejeter la res­ lement le concile de Chalcédoine et adoptent le mono­ ponsabilité sur un catholicos autre que Jean Otznétzi. physisme, alors dominant dans le monde oriental, grâce Ibid., p. 375-382. Toutefois, il est bien difficile, en rap­ à l’appui des empereurs Zénon (474-491) et Anastase prochant les données des historiens, de ne point attri­ (491-518). Moïse Kaghankatouatzi, op. cit.,1. I, c. xlvii; jean le Catholicos, c. xv. Cf. ArSak Ter Mikelian, op. buer à Jean Otznétzi la convocation du synode de Manazkerl; seulement, au lien de la fixer en 650, c’est en cit., p. 47. Désormais, durant plusieurs siècles, toutes 719 qu’il faut en reporter la date. Ter-Mikélian, op. cit., les assemblées conciliaires de l’Arménie reviendront sur p. 73-74. L’un des prédécesseurs de Jean, Isaac III cette décision de 491, pour l’approuver, la rejeter ou (677-703), passe pour être l’auteur des« réponses » insé­ l’expliquer, le plus souvent pour la maintenir quand rées à la suite des canons de Jean le Stylite, dans A. Mai, même. Maintenue, elle l’est par le premier concile de op. cit., p. 301. Tvin (Tovin). réuni en 525 ou 527, l’un des plus impor­ Du concile de 719, tenu à Manazkert d’après la plupart tants de l’histoire. C’est à ce concile, dit-on, que la cé­ des chroniqueurs, à Tvin selon quelques auteurs, nous lèbre formule : qui crucifixus es pro nobis, fut insérée avons trente-deux canons, précédés du discours synodal du au trisagion, et les deux fêtes de Noël et de l’Épiphanie catholicos Jean Otznétzi. Voir le discours dans J.-B. Aufixées au 6 janvier. Voir Hefele, Histoire des conciles, cher, Domini Johannis Ozniensis opera, in-8", Venise, § 240, trad. Leclercq. Paris, 1909, t. in, p. 1077. où les 1834, p. 8-57, et les canons, ibid., p. 57-77 (arm.-lat.). trente-huit canons de cette assemblée sont résumés Je ne sais pourquoi Ter-Mikélian, après avoir identifié le d’après Tchamtchian, Histoire d'Arménie, t. n. p. 237, 527; A. Balgy, op. cit., p. 19; la traduction des ca­ synode de 719 avec celui de Manazkert, ajoute que les décisions de ce synode sont restées inédites, op. cit., nons dans A. Mai, op. cit., p. 270-272 sq. Du reste, rien n’est moins précis que la chronologie de ces conciles de p. 74. Après l’édition de J.-B. Aucher, on les trouve repro­ Tvin; au lieu de deux, il peut fort bien n’y en avoir eu duites dans Mai,op. cil., p.302 sq.,et dans A. Balgy, op. cit., qu’un seul, celui de 552, par lequel fut instituée la nou­ p. 208-216. Chose digne de remarque, on rencontre daps ces documents une mention expresse du sacrement de l’exvelle ère arménienne. E. Dulaurier, Recherches sur la trême-onclion et une justification de la formule qui chronologie arménienne, in-4", Paris, 1859, passim; crucifixus es pro nobis. Les écrivains catholiques ont vi­ L. Alishan, Le Haygh. Sa période et sa fête, in-8», Paris, vement reproché cette justification au catholicos Jean, si 1860; in-16. Venise, 1880. En 596, nouvelle condamnation des Chalcédoniens par un autre concile de Tvin, sous le louable sur tant d’autres points. Galano, op. cit.,1. t, p. 202catholicos Abraham; au nombre des condamnés se trou­ 203’; A. Balgy, op. cit., p. 26. G. de Serpos déclare au contraire n’y rien trouver de répréhensible, op. cit., vait, cette fois, le chef religieux des Géorgiens, Kyrion, p. 383-397. Voir aussi Ter-Mkrttschian, Die Paulikianer, coupable d’avoir rejeté le monophysisme. Voir ci-dessus, p. 74 sq., pour la part prise par ce concile contre les col. 1897, et A. Balgy, op. cil., p.20. Non moins curieux ce 1929 ARMÉNIE. CONCILES sectes indigènes. Il est bon de rappeler à cette place que Jean Otznétzi est le premier compilateur du corpus juris de l’Église arménienne; tous les canons des Pères et des conciles antérieurs au vin» siècle furent réunis par lui en un seul volume, qu'il déposa aux archives patriarcales, après avoir mis en tète une préface, publiée par l.-B. Aucber, Johannis Ozniensis opera, p. 250253. Giovanni de Serpos parle d’un deuxième concile tenu sous Jean Otznétzi dans la ville de Tvin, en 726, contre les julianites, op. cit., p. 431 ; comme cet auteur ne cite aucun témoignage à l’appui de son dire, il est bien probable que ce concile ne fait qu'un avec celui de 719. Voir pourtant Ter-Mkrttschian, Die Paulikianer, p. 73, qui admet l’existence du concile de 726. Prés d’un demi-siècle après, se tint vers 770. le synode de Partav, où furent promulgués vingt-quatre canons, dont le dernier a pour objet de fixer ceux des livres de l’Ancien Testament que les Arméniens regardent comme authentiques; lesau très règlent divers détails de discipline ecclésiastique. J. Issaverdens en donne le sommaire, History of the arnienian Church, p. 124-127. C’est à lui que j’emprunte la date de 767; G. de Serpos, op. cit., p. 432, marque 768. L’une ne vaut peut-être pas mieux que l’autre. On s’accorde à dire que ce synode eut lieu sous Sion Pavonetzi ; or, d’après de récentes recherches, ce catholicos aurait occupé le siège de l’illuminateur de 770 à 778. Et comme certains chroniqueurs relatent l'assemblée de Partav sous la première année du ponti­ ficat de Sion, on serait sans doute bien près de la vérité en plaçant cette assemblée en 770. Voir dans A. Mai, op. cit., p. 307 sq.,la traduction des canons de ce synode. IV. Du concile de Chirakavan λ celui de Hrohkla (862-1179). — Le concile de Partav est le dernier du vin» siècle. Au siècle suivant, nous n’en rencontrons qu’un seul, mais celui-là est d'une importance capitale, je veux parler du synode de Chirakavan, tenu, en 862. sous la présidence du catholicos Zacharie l«r Tsakétzi (855-877), le contemporain et le correspondant de Photius. Là, pour la première fois depuis Karin, toute la nation réunie accepta le concile de Ciialcédoine, cria anathème aux conciliabules de Tvin et de Manazkert, et condensa sa croyance en quinze canons d’une grande portée théologique. Voir le texte de ces canons dans Galano, op. cit., Rome, 1658, t. π, p. 124-Ί37; dans G. de Serpos, t. n, p. 435-438; dans A. Balgy, op. cil., p. 217-219, et le résumé dans J. Issaverdens, op. cit., p. 133-135. Sans être de tout point irréprochables, ces décisions ramenèrent du moins pour un temps la paix entre Grecs et Arméniens et rendirent les perturbateurs syriens moins audacieux. Je dis « pour un temps », car, un siècle après, le catholicos Vahan (968-969) était dé­ posé par un synode d’Ani pour avoir voulu « renouveler l'hérésie de Ciialcédoine ». Ter-Mkrllschian. Die Pauli­ kianer, p. 58-59.— Il est vrai qu'un autre synode d'Ani, celui de 1036, présidé par le patriarche des Aghovans, Joseph, déposa le catholicos Dioscore, coupable d’avoir « outragé la mémoire de saint Léon », le pape de Chalcédoine. Matthieu d'Edesse, trad. Dulaurier; in-8», Paris, 1858, Ire part., c. XL, p. 63; cf. Et. Azarian,Eccle­ siæ armenæ traditio de romani pontificis primatu, in8°. Home, 1870, p. 47. Au début du xn» siècle, on oublie momentanément la question du monophysisme pour s'occuper avant tout de maintenir intacte l'unité hiérarchique, menacée par des divisions intestines. Vers 1114. près de 2500 per­ sonnes du clergé et du peuple réunies en synode con­ damnent l’anticatholicos David d’Aghtamar et ses adhé- i rents. Ter-Mikélian, op. cit., p. 86. Viennent ensuite les multiples démarches faites sous Manuel Comnéne en vue d'amener une réconciliation I entre les fieux Églises grecque et arménienne. J'en ai [ · is., p. 273-307. — La Chronique de Michel, patriarche des Syriens (1166-1199), a été dés l’origine traduite en arménien; c’est sur cette version arménienne qu’a été faite la traduction française de V. Langlois, in-4”, Venise, 1868. L'édition du texte original accompagné d'une nou­ velle traduction par J.-B. Chabot est actuellement en Cours de publication, Chroniquede Michel leSyrien,patr,arche jacobite d'Antioche, 1166-1199, t. i, fasc. 1, in-4·, Paris, 1899 ; fasc. 2, 1900. Bien qu'inférieur au précédent, le ΧΠΙ· siècle n’est point dépourvu d’éclat. Tour à tour théologien, exégète, et poète sacré, Vartan le Grand se recommande encore pir une Histoire universelle, commençant à la création pour finir à l’an 1269 ; édition complète, in-8·, 4renise, :■< 2 ; extraits avec traduction dans Historiens arm. des o isades, t. I, p. 431-443. E. Prud’homme a traduit des passages étendus des commentaires bibliques de cet au­ teur, dans Journal asiatique, VI· série, t. tx, p. 147 sq. — Kiracos de Gantzak compose, lui aussi, une Histoire ^Arménie, ou l'on trouve de bons renseignements sur tes Mongols, les Géorgiens el les Albanais, in-8”, Venise, 1865; trad. fr. dans Brosset. Deux historiens armé­ niens: Kirakos de Ganlzac, Oukhtanès d'Ourha, in-4·, Saint-Pétersbourg, 1870; extraits précédés d'une notice, fons Historiens arm. des croisades, t. t, p. 411-430. — L un de ses contemporains, Malakia Abégha ou le Moine, fournit à son lourde précieuses données dans son HisHire de la nation des Archers ou des Tarlares, jus•r. n 1272; texte arménien,édit. Patcanian, in-8”, SaintP ;■ rsbourg, 1870; trad. fr. dans Brosset, Additions à mistoire de la Géorgie, in-4·, Saint-Pétersbourg, 1851, p 438-467. — Nous n’avons plus, au moins dans son intégrité, la Chroniquede Mékitar d’Ani ; mais nous pos•édons, de Vahram Rapounou le Maître, une Chronique teintée des rois de la Petite-Arménie, in-4”, Madras, ttlO; in-12, Paris, 1859; éditée à nouveau et traduite en fonçais par E. Dulaurier, Historiens arméniens descroi•t/es. p. 493-535. On trouve aussi dans ce dernier ■ecueil, p. 689-698, l'intéressante Relation de la confé■Cr >· de Mékitar de Dachir avec le légat du pape, ■rtue à Saint-Jeafi-d’Acre, en 1262. I Avec Étienne Orbélian, archevêque de Sounik (1287t;i ,·. nous entrons dans le xtv· siècle; ce prélat est B -iir d'une Histoire de la province de Siounik, in-8”, Hnscou, 1861, 2 in-12, Paris, 1859, traduite en français ■ar Brosset, Histoire de la Siounie par Stéphannos t- -- ,.ίι, 2 livr. in-4”, Saint-Pétersbourg, 1864-1866. — L·- connétable Sempat, frère du roi Héthoun 1« (1224tàS» . écrit une chronique abrégée de celles de MatpL-α d’Édesseetde Grégoire le Prêtre et une chronique |pirtculière du royaume de la Petite-Arménie (952-1274), foetinuêe jusqu’en 1331 par un anonyme, in-8·, Mos­ es.:. 1856; in-12, Paris, 1859; la partie relative à la F-· ·—Arménie est reproduite et traduite dans les Historuru arméniens des croisades, 1.1, p. 610-680. Voir encore 1942 V. Langlois, Extrait de la Chronique de Sempad, dans Mémoires de L’Académie de Saint-Pétersbourg, VII· série, t. IV, n. 6, 1862. La traduction des Assises d'Antioche faite par Sempat a été publiée, avec le texte français, à Venise, in-4·, 1876. — De la même époque date la Chronographic de Mékitar d'Aïrivank, publiée par Emin, in-8”, Moscou, 1860, et par Patcanian, in-8·, Saint-Pétersbourg, 1867 ; traduite en français par Bros­ set, Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg, VII” série, t. xm, n. 5, 1869. — De Héthoum, le célèbre auteur de la Relation des Tarlares, on a encore une Chronographic comprenant les événements survenus entre 1076 et 1307, publiée par J.-B. Aucher, in-8", Ve­ nise, 1842, et reproduite, avec traduction, par E. Dulau­ rier, Historiens arm. des croisades, t. i, p. 471-490. — A la même époque appartiennent deux écrivains, Jean d'Orodn et son disciple Grégoire de Datev, tous deux célèbres, le premier comme exégète, le second comme conlroversiste; le Livre des questions de Grégoire, œuvre d'ardente polémique contre les catholiques, a été publié à Constantinople. Sur ces derniers auteurs, voir G. de Serpos, Compendio slorico, t. n, p. 114-125. A mesure que nous descendons le cours du lemps, les écrivains se font plus rares. Au xv· siècle, nous ne ren­ controns qu'un seul nom méritant d'être cité, celui de Thomas de Metsop, auteur d’une Histoire de Timour et de ses successeurs jusqu'en 1447, publiée intégralement à Tillis, in-8”, 1892, analysée el traduite en partie par E. Nève, dans son Elude sur Thomas de Medzoph el sur son histoire de l’Arménie au xv· siècle, dans Journal asiatique, 1855, n, 13; voir l’indication des autres tra­ vaux sur ce sujet, dans l'Arménie chrétienne du même auteur, p. 371-382. Je mentionnerai seulement, à cause de son importance au point de vue religieux, l'article du P. Comely paru dans les Éludes religieuses, nou­ velle série, Paris, 1866, t. tx, p. 211-228. Les souffrances de l'Arménie, tombée au xvt· siècle sous le joug des Perses, ont été racontées, au siècle suivant, par le vartapet Arakel de Tauriz, dans son Livre d’histoires (1602-1661), imprimé à Amsterdam en 1669 et traduit en français par Brosset, avec d'autres docu­ ments de la même époque, dans les Mélanges de L'Aca­ démie de Saint-Pétersbourg, VIIe série, t. xix, n. 5, 1873, et dans sa Collection d'historiens arméniens, SaintPétersbourg, 1874, t. t, p. 267 sq.; ibid., 1876, t. il. VIL La littérature des deux derniers siècles. — Les malheurs mêmes de la nation donnèrent aux lettres une impulsion jusqu’alors inconnue. Bannis de leur patrie, les Arméniens se dispersèrent en Europe et y créèrent des imprimeries, d’où n’ont cessé de sortir, avec des éditions des anciens écrivains, des œuvres originales nouvelles. Le xvi” siècle voit s’établir une imprint r i a Venise (1565) et à Rome (1584): au xvii·, d'autres s - fun­ dent tour à tour à Lemberg, Milan, Paris. Ispahan, Li­ vourne, Amsterdam, Marseille, Constantinople. Leipzig. Padoue. A côté de chaque imprimerie, des sociét-s s’or­ ganisent qui mettent au jour une foule d'ouvrages de science et de vulgarisation. Je ne puis citer ici que les plus grands noms ; la plupart sont déjà connus du lec­ teur qui aura parcouru les pages qui précèdent. A la tête du mouvement littéraire marchent les mékitaristes de Venise, qui ont reçu de leur fondateur. Mé­ kitar de Sébaste, le double héritage de la vertu et de la science. Nulle Académie n’a publié plus d'ouvrages que celle de San Lazzaro; malheureusement, la critique en est souvent absente. Sans entrer dans de fastidieux dé­ tails de bibliographie pure, je dois rappeler ces laborieux travailleurs qui ont nom Michel Tchamtchian (1738-1823 . Mguerditch Avkérian (J.-B. Aucher), Gabriel Avédikian. Ed. Hurmuzian, et, pour finir par celui qui leur est supérieur à tous, Léon Alishan, le Nestor de l'érudition arménienne. Rivalisant avec leurs confrères de Venise, les mékitaristes de Vienne mettent tous les ans en cir­ 1943 ARMÉNIE. LITTÉRATURE — CROYANCE ET DISCIPLINE culation de nombreux ouvrages de vulgarisation. La science théologique a été surtout représentée chez eux par J. Catergian et A. Balgy, dont les PT*. Gr. Kalem­ kiar, Raphaël Baronez et .1. Dashian continuent la noble et toujours orthodoxe tradition. Les études arméniennes ont en Russie un centre très actif, l'institut Lazarev des langues orientales, fondé à Moscou par le comte Jean de Lazarev et ses trois fils. Là, pendant près d'un demi-siècle, a enseigné Mguerditch (J.-B.) Emin, né à Ispahan le 25 novembre 1815 et mort à Moscou le 13 décembre 1890. Editeur et tra­ ducteur infatigable, philologue et historien, Emin a ap­ porté à l'élucidation d'une foule de problèmes d’ordre religieux une érudition presque universelle, jointe à une critique toujours sûre d’elle-même. Son successeur à l’institut Lazarev, Gr. Chalathianz, a réuni les disserta­ tions du fécond écrivain dans les volumes suivants : Recherches el dissertations sur la mythologie, l’archéo­ logie, l’histoire et l’histoire littéraire de l'Arménie (1858-1884), in-8», Moscou, 1896 (en russe) ; Traductions et dissertations sur la littérature religieuse de l’Ar­ ménie (1859-1882). Apocryphes, Vies de saints. Homé­ lies, etc., in-8°, Moscou, 1897 (en russe); Recherches sur la langue, l’histoire et la littérature de l’Arménie (1810-1855), in-8», Moscou, 1898 (arm.). —Deux autres arméniens de Russie, Osgan et Patcanian, ont égale­ ment rendu de grands services à la littérature religieuse de leur patrie. Après Venise, Vienne et Moscou, c’est à Constantino­ ple que la vie littéraire est le plus active, mais les tra­ vaux d'érudition y sont rares; la controverse ou, pour mieux dire, la polémique religieuse, voilà d’ordinaire l’objet des productions hâtives qui y sont iqisesau jour. Citons, parmi ces polémistes, le patriarche Jacques Nalian (T 1760), dont l'Arme spirituelle et la Pierre de la foi, in-81*, Constantinople, 1733, sont encore admirées de ses coreligionnaires, et, en ce siècle, un laïque, Tchamourdjian, auteur de diverses brochures sur des matiè­ res ecclésiastiques, comme Le critique, Le transigeant, etc. Etchmiadzin, qui n’a produit longtemps que des œuvres de mince valeur, tend à devenir un centre d'é­ tudes très actif, grâce au zèle de quelques vartapets qui ont puisé en Allemagne le goût et la méthode des tra­ vaux scientifiques. Mentionnons enfin, par ordre d’im­ portance, les villes de Tillis, de Calcutta et de Jérusalem comme les plus riches en publications arméniennes. Les arménistes européens sont venus à leur tour, et plusieurs ont laissé de véritables travaux de maître ; mais les bornes étroites de ce Dictionnaire ne me per­ mettent pas de parler des écrivains étrangers à l’Arménie. A l'heure actuelle, les études arméniennes sont pro­ pagées par divers périodiques, où, comme dans toutes les revues relatives à l’Orient, les questions religieuses occupent une place importante. Tel est le Pasmaveb ou Polyhistor, revue publiée par les mékitaristes de Venise; mensuel depuis 1889, ce périodique avait paru tous les trois mois de 1873 à 1888, et tous les deux mois de 1813 à 1872; il avait été précédé, au début du siècle, par 1’06servateur de Byzance (1812-1816). Les mékitaristes viennois ont aussi, depuis 1887, un organe mensuel, Hantess Amsorya. Enfin, depuis trente-cinq ans, parait à Etchmiadzin Γ Ararat, revue mensuelle, dont chaque fascicule contient des articles de théologie et de morale, de littérature et d’histoire, de pédagogie et de philologie, sans oublier la politique. Voir, sur ce périodique. A. Burckhardt. Armenisches dans Byz. Zeitschrift, VII (1898), p. 260.261. Sur la presse en général, voir Gr. Kalemkiar, Histoire du journalisme arménien, in-8“, Vienne, 1893 (arm.). Voici, par ordre de date, les principaux ouvrages à consulter sur l'histoire littéraire de l'Arménie ; de cette liste sont exclus à dessein les simples articles de revue, les travaux de pure philo­ logie ou d'un caractère trop spécial. Ceux qui, parmi ces derniers, 1944 rentrent dans notre domaine, sont déjà signalés précédemment à leur place respective. Soukias Somal. Quadro delta storia litteraria di Armenia, in-8·, Venise, 181!*; C. F. Neumann, Versuch einer Geschichte der armenischen Litcratur, nach dcnWerken der Mechitaristen fret bearbeitet, in-16, Leipzig, 1836; K.Patcanian, Catalogue de la littérature arménienne de­ puis le commencement du rv siècle jusque vers le milieu du xvir, Mélanges asiatiques. Saint-Pétersbourg, 1860. t. iv, livr. 1, p. 75-134 ; P. Karékin, Histoire littéraire de VA rménic ancienne du iv‘ au sir siècle (arm.), in-8·, Venise, 1863 ; 2· édit., 1886; Histoire littéraire de l’Arménie moderne, du x/ν’ siècle à nos jours (arm.), in-12, Venise, 1878 ; Bibliographie arménienne (1565-1883). Catalogue alphabétique des publications en lan­ gue arménienne depuis ta découverte de l’imprimerie jusqu’à notre temps (arm.), in-8·, Venise, 1883; K. Patcanian. Esquisse bibliographique de la littérature historique des Arméniens (en russe), in-8·, Saint-Pétersbourg, 1880; G. Chalathianz, Esquisse générale de la littérature nationale de l’Arménie (en russe), in-8·, Moscou, 1885; F. Nève, L’Arménie chrétienne et sa litté­ rature, in-8·, Louvain, 1886; ce dernier livre est moins une his­ toire suivie qu'une série d’essais sur diverses questions de litté­ rature ; la meilleure section est consacrée à l’hymnographie, p. 46-247. Le lecteur trouvera bon nombre d’autres indications dans les catalologues suivants : Catalogue des livres de l’imprimerie arménienne de Saint-Lazare, in-8·, Venise, 1824 (arm. et fr.), avec supplément pour les ouvrages parus de 1893 à 1898, ibid. (arm.) ; G. Kalemkiar, Eine Skizze der lilerarisch-tgpographischen Thüligkcit der Mechitaristen-Congrcgalionin Wien, in-8·, Vienne, 1898 ; Catalogue des livres et manuscrits de la biblio­ thèque de l’institut Lazarev des langues orientales (en russe), in-8·, Moscou, 1888 ; la section arménienne comprend, pour les imprimés, les n. 344-1106, et, pour les manuscrits, les n. 11071257. Il faut y joindre le Supplément I, Moscou, 1896, composé des ouvrages provenant de la bibliothèque de feu J.-B. Emin, et comprenant, comme livres relatifs à l’Arménie, les n. 3003-3375. A côté de ces catalogues d'imprimés, il convient de mention­ ner les catalogues suivants de manuscrits : Korganof et Brosset, Catalogue de la bibliothèque d’Etchmiadzin (russe-français), in-8·, Saint-Pétersbourg, 1840; J. Dashian, Katalog der arme­ nischen Handschriften in der Mechitaristen-Bibliothek zu Wien (all.-arm.), in-8·, Vienne. 1895 ; Katalog der armenis­ chen Handschriften in der k. k. Hof-Bibliothek zu Wien (all.arm.), in-8·, Vienne, 1891 ; G. Kalemkiar, Katalog der arm. Handschriften in der k. Hof-und Staatsbibliothek zu Mün­ chen (all.-aim.), in-8·, Vienne. 1892; N. Karamianz, Handschriftenverzeichniss der k. Bibliothek zu Berlin. X. Verzeichniss der armenischen Handschriften, in-8·, Berlin, 1888 ; Fr. Muel­ ler, Die armenischen Handschriften des Klosters von Argni (Arghana) publié dans Sitzunbericht. der k. Akad. d. Wissensch. in Wien. Philos.-histor. Classe, t. cxxxiv. n. tv, 1896; là., Die armenischen Handschriften von Setvast (Si’vas) und Senqûs, ibid., t. cxxxv, n. vt, 1897 ; G. de Villefroy a dressé, au siècle dernier, le catalogue des manuscrits arméniens de la Bi­ bliothèque nationale de Paris dans Catalogus manuscript. Bibliothecæ regia, in-fol., 1739, t. I, p. 76-99. L. Petit. IV. ARMÉNIE. Croyance et discipline. — I. Symboles et professions de foi. II. Procession du Saint-Esprit. III. L’incarnation. IV. Le trisagion. V. Etat des âmes après la mort, le purgatoire. VI. La primauté du pape. VIL Les sacrements. VIII. Calendrier liturgique. IX. Fêtes. X. Images. XL Jeunes. XII. Livres liturgiques. XIII. Office divin et messe. L’Église d'Arménie possède, comme toutes les Eglises, une liturgie et une discipline propres; elle s’écarte aussi en plus d’un point de.la croyance catholique. Il ·. a donc lieu d’examiner succinctement quelles sont, sous ce triple rapport, les particularités qui la distinguent c la séparent des antres confessions chrétiennes. I. Symboles et professions de fol — Au début d’une enquête comme la nôtre, un examen préalable s’impose, celui des divers formulaires où se trouve pour ainsi dir condensée la croyance générale des Arméniens. Von donc, accompagné d'une traduction latine absolume: littérale, leur principal symbole de foi. Afin de permetb au lecteur d’apprécier par lui-méme les relations sign lées plus loin entre ce formulaire et ΓInterpretatio : Symbolum dite de « saint Athanase », j’ai cru utile de re­ produire d'abord le texte de cette dernière ; ARMÉNIE. CROYANCE; ET DISCIPLINE -1945 SYMBOLE ARMÉNIEN* PSEUDO-ATHANASIEN Πιστεύομεν εις ενα θεόν, πατέρα παντοκράτορα, πάντων ορατών τε καί άοράτοιν ποιητήν* καί εις ένα κύριον Ίησοΰν Χριστόν, τόν υιόν τοϋ θεού, γεννηθέντα έκ τον πατρός, θεόν έκ θεού, φως έκ φωτός, θεόν αληθινόν έκ θεόν αληθινόν. γεννηθέντα, ού ποιηθέντα, όμοονσιον τώ πατρ'ι, δι’ ού τά πάντα έγένετο, τά τε έν ονρανω καί τα επί τής γής, ορατά τε καί αόρατα* τόν δι’ ημάς τούς ανθρώπους καί δια τή*. ήμετέραν σωτηρίαν κατελθόντα. σαρκωθέντα, ένανθρωπήσαντα, τουτέστι γεν­ νηθέντα τελείως έκ Μαρίας τής αειπάρ­ θενου διά πνεύματος άγιου, σώμα καί ψυχήν καί νουν καί πάντα, όσα έστίν άνθρώποις, χωρίς άμαρτίας, άληθινώς καί ού δοκήσει έσχηκότα* παθόντα, τουτέστι στανρωθέντα, ταφέντα καί άναστάντα τή τρίτη ήμερα καί άνελθόντα εις ούρανους έν αύτώ τω σώματι, ένδόξως καβίσαντα iv δεξιά τοΰ πατρός, έρχόμενον έν αύτώ τώ σώματι έν δόξη κρίναι ζώντας και νεκρούς, ου τής βα­ σιλείας ούκ έσται τέλος. „buituunuidp [> ι//> Uumnaud biujpb ludbbudpup uipiupb^b bpl(b[i bt bpbib[buig bi iubbpbiniP[>g. bi ι/fi Sbp ββιηιιι ·β'ρβ/innu, jilpqb'b Uumnibnj, bltbiujb jU.iublib but[u piub quidbbtujb jiuifimbuibu, Uumniiud jUuinntbnj, (nju /> [niuij, Uuinnnub fydiupbui jUutnnibnj ΰμΓιιιριηΙ; dbmliq bi uipiupiud- bnjb b’bp’b /i plmiPbbb bop, npni[ ludlibiujli [ili^ hqbi jbpl[[ïbu bt jbpl(pb, bpbib(Jip bi tubbpbinp i[iudb dbp dîupqlpuli ht φιιιιΊι dbpnj ι/ιρφιιβύια'Ιι [i^Luq jbpl(b[>g diupdbiuguii, diupqiu gmi, b'biui Ipuinuipbpuiqbii [i U'iupbuiduij uppnj bnmb'b bn(μηιβι u/ipni[ npni[bum dii/pdfi'b, /z ‘intfb bi dfimii bi qiudbltuijli np [i'b^ t /> dliipq, tbphupiniuiqbu bi n^ Ipupdbop. puppiipbiiip buu^buip Piuqbwp jbppnpq un nip jiupnigbiup li/bug jbpll/i'hu 1ini[[ib dtupdbnifb huinmi plu/ m^db bôp. quqng b bni[[ili diupdbnifli lu φιιιιιορ bop [i quitnbi qlib'bqiub[iit bi qdbnbiupinpnj βιυριυιηρηιβbudib n£ qnj φαιβύωΊι : ' Καί πιστεύομεν εις το πνεύμα το άγιον, τό ούκ άλλότριον πατρός καί νίοΰ, άλλ’ όμοούσιον δν πατρί καί υίώ, τό άκτιστον, τό τέλειον, τό παράκλη­ τον, τό λαλήσαν έν νόμω καί έν προτήταις καί έν εύαγγελίοις* καταβάν έπί -.ζ ’Ιορδάνη·/, κήρυξαν άποστόλοις, κκονν έν άγίοις. Καί πιστεύομεν εις μίαν μόνην ταν--. καθολικήν καί άποστολικήν έκκλη­ σήν, εις έν βάπτισμα μετάνοιας καί άεέσεως αμαρτιών, εις άνάστασιν νε»ρών. εις κρίσιν αιώνιον ψυχών τε καί r. ά:ων. εις βασιλείαν ούρανών, καί ζΜήν αιώνιον. Τούς δέ λέγοντας, ότι ήν ποτέ, οτε τ.κ ήν ό υιός, ή ήν ποτέ, οτε ούκ ήν τό ά- οζ πνεύμα, ή ότι έξ ούκ ό’ντων έγέ­ νετο, η έξ έτέρας ύποστάσεως ή ούσίας βόσκοντας είναι τόν υιόν τού θεού η π.εύμα τό άγιον τρεπτόν ή άλλοιω—. τούτους αναθεματίζομε*/, δτι αύτ-ι. : αναθεματίζει ή καθολική μήτηρ ca Ipmniuplmi/b, np [uoiibgiui jopb'liu bi [i diupqiupbu bi juiibiniupuibii, />/> /' 6npqiubiuli, piupn· qbiug qiuniupbiuïli lu phiul(b· giui [i unippub: siuiuunuidg bi [i d[i i/fiuijh. pbq-ïiuhpiulpub bi lunuiphpulpiib bl(bqbg[i. [> dfi dl/ppϊηηιβ[ιι h, jiuiqui^tuuipniPb1 'I' > /> ριιιιηιβ[ιι'1ι bi // βιι^ηι[3[ιιΊι dbqiug, [> jiupniP[iib dbnhpig, /> qiuinuiumuibiili jiui[unb'b[>g ïnqing bi diupi/bng. jiupguijnip[lib bplfbfig bi [i l(biubu juubuibbiulpubu : , npg uiiibbVbp bpgbdb jnpduid' n^bp H/iqji'b tpiuf tp bppbdb, jnpdiud' n^ bp unipp bnq[ib, IptllT jn^bbg bqbb, IpuiT Jiujpfb bmpb'bb luub'b i/ibb^ qflpqlib Uutnnibnj bi qumpp ^ d'Arménie. Commencées avec Photius, ces tentatives obtinrent à la longue un succès partiel, succès d’autant plus facile que les Arméniens n’avaient jamais eu à prendre parti dans cette question. A l’époque même où Nersès de Lampron écrivait son Explication de la messe, le catholicos Nersès le Gra­ cieux disait dans sa Profession de foi : Spiritus a Paire incomprehensibiliter inscrulabiliterque procedens. P. , t. cxxxiii, col. 215. 11 n’est pas, on le voit, question G. du Fils. Si ce dogme de la procession du Fils eût été alors professé explicitement par la majorité de la nation, Théorianos n’eût pas manqué, dans ses conférences avec Nersès, de chicaner sur ce point le catholicos ar­ ménien. Dans l’exposé des erreurs soumis vers 1340 au pape Benoit XII, le premier article est ainsi conçu : « Dans l’ancien temps, les Arméniens ont enseigné que le SaintEsprit procédait aussi du Fils; mais, plus tard, un sy­ node arménien a rejeté ce dogme et il n’y a plus main­ tenant que les Arméniens unis à enseigner le Filioque. » L’article suivant reproche également aux Arméniens l'omission du Filioquedans leur symbole. Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. VI, § 707. En réponse à cette double accusation, le concile de Sis(1342) observe que les anciens livres arméniens ne parlent que très rare­ ment de celte procession; elle est pourtant affirmée dans une oraison pour la Pentecôte. Quant au synode qui aurait rejeté ce dogme, il n’a jamais existé. En re­ vanche, la croyance de l’Église romaine a été acceptée dans plus d'un synode de la Petite-Arménie. 7ôid.,p.553. Autant qu’on en peut juger par ces vagues données, 1·? Filioque n’était pas entré d’une façon bien explicite dans la croyance de l’Église arménienne, non pas que cette Église y fût formellement opposée, mais parce qu elle s’en était jusque-là désintéressée. Quand elle dut pr-ndre parti, elle se rangea du côté des grecs dans ses relations avec Constantinople, et du côté des latins dans s- s rapports avec Rome. A la lin, l'inlluence grecque 1950 l’emporta, et aujourd’hui, les Arméniens non catholiques n’admettent pas que l'Esprit-Saint procède aussi du Fils. Quant aux catholiques, Eugène IV et Urbain VIH leur ont imposé l’insertion du Filioque au symbole dans les deux décrets rappelés plus haut; la S. C. de la Pro­ pagande en a fait autant en 1833. Jur. pont, de Prop, fide, part. 1, t. v, p. 86. Un mékitariste de Venise, le P. Gabriel Avedichian, a écrit toute une dissertation pour prouver la perpétuelle orthodoxie de son Église en cette matière, Pissertazione sopra la processione dello Spirito Santo dal Padre a dal Figliuolo, in-8°, Venise, 1824. Même après l’avoir lue, on garde l’impression que les Arméniens se sont occupés de la question assez tard, que plusieurs de leurs docteurs et de leurs conciles n’ont fait aucune difficulté d’admettre la doctrine catho­ lique, que le plus grand nombre y est resté indifférent ou opposé, et qu’on ne peut établir la « perpétuelle orthodoxie » sans solliciter parfois les textes, .le ne parle pas des deux conciles de 1251 et de 1342, où le Filioque fut solennellement admis, mais des temps pos­ térieurs. Dans la période anterieure, le concile de Chira­ kavan (862) est le seul a parler de la procession du Saint-Esprit; il le fait en se servant des termes employés par Photius dans sa lettre au catholicos Zacharie, et ces termes sont ambigus. Il taut toute la bonne volonté d'un P. Avedichian pour découvrir sous une formule iden­ tique l’erreur d’un côté et la vérité de l'autre. Op. cit.,p. 6571. III. L’Incarnation. — La doctrine de l’incarnation ou. pour mieux dire, des deux natures dans le Christ est la grosse pierre de scandale pour l’Église arménienne. N’ayant pu, à cause des circonstances extérieures, pren­ dre part au concile de Chalcédoine, elle en rejeta, une fois redevenue libre, toutes les décisions, par raison d’Etat plutôt que pour des motifs dogmatiques. En di­ sant anathème, en 491. aux Pères de Chalcédoine. elle se conciliait la bienveillance du théologien couronné de Byzance, dont l’appui lui était nécessaire pour sortir de la domination des Perses; et. quand l’Empire redevenu orthodoxe lui demanda de reconnaître le concile, elle lui répondit le plus souvent par un refus, manifestant ainsi aux Grecs son désir de les voir s'occuper exclusi­ vement de leurs propres affaires. Telle est l’impression qui se dégage de toute l’histoire de cette Eglise. Moins jaloux d’orthodoxie que d’indépendance, l'arménien se fait orthodoxe quand son intérêt l’exige, et, une fois cet intérêt hors de cause, il redevient monophysite avec une extrême facilité, monophysite, c’est-à-dire partisan de l’Église nationale, et non partisan d’une seule nature dans le Christ. De ce point de doctrine, il n'a aucun souci. Cet état d’âme explique seul les perpétuelles con­ tradictions doctrinales que l’on rencontre à chaqm page de l’histoire religieuse de l’Arménie. Les Grecs n’ont cessé de reprocher aux Arméniens leurs doctrines christologiques; ils les traiten1 tour à tour d'ariens, de manichéens, d’apollinaristes. de nestoriens.d’eutychéens, d’acéphales. Cf.NicetasStethams, Refulatio Epist. regis Armenia, P. G., t. cv. col. 587666; Euthymius Zigabenus, Panoplia dogmata a. tit. xxni,P.G.,t.cxxx,col. 1173sq.; NicéphoreCalliste.E/.E., xvin, 53, P. G., t. cxlvii, col. 440-441 ; Isaac l’Arménien, Oratio contra Armenos, c. I, P. G., t. cxxxti, col. 1156 sq. ; Nicetas Acominatos. Thesaurus orlhod.ftdei, I. XVII, P. G., t.cxL, col. 89-104. A ces accusations, les Armé­ niens peuvent opposer les déclarations du concile de Tarse, qui, dans sa deuxième réponse, condamne Enta­ chés et ses partisans et se montre disposé à renoncer à la formule : una natura Verbi incarnati, source de tant d’équivoques. Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. v, § 633, et, avant cette époque, celles des conciles de Karin et de Chirakavan. Ces décisions, il est vrai, ont été précédées et suivies de décisions tout op­ posées, aux conciles de Tvin et de Manazkert; aujour- 4951 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE d'hui encore, les Arméniens non catholiques n’admet- I tent ni le concile de Chalcédoine ni ses formules. ArSak | Ter-Mikélian, op. cit.,p. 46 sq. Il n'y a donc rien à tirer de ces décisions contradictoires des conciles. Si nous consultons les professions defoi.nousytrouveronsen termes exprès que.l.-C. este Dieu parfait et homme parfait, une seule personne », mais qu'il est aussi une seule nature unifiée. Cum Deus esset perferius, factus est homo perfectus cum anima ac mente et carne, una hypostasis, una persona et una natura unita. Deu­ xième symbole, dansJ.Catergian.qp. cit, p. 39. L'expres­ sion « une seule nature unifiée » prête merveilleuse­ ment à confusion; c'est là-dessus que les débats théologiques furent le plus souvent engagés. Dans sa Profes­ sion de foi, le catholicos Nersés le Gracieux en donne une explication parfaitement admissible : Factaque no­ va conjunctio est ex duabus naturis sub persona unica ineffabiliter et inseparabiliter unitis, Deusque huma­ natus de Maria natus est...; in ineffabili divinitatis et humanitatis unione, immutabilis et inconvertibilis na­ turarum mansit ostensio...; quod autem nos unam na­ turam dicimus, id nemo ob aliam causam fieri exis­ timet,nisi quia duarum naturarum inseparabilis unio est... P. G., t. cxxxm, coi. 218. Le catholicos se réclame de l’autorité de saintCyrille,dont la phrase: Confitemur unam Verbi naturam incarnatam, a soulevé tant de discussions. Si la formule arménienne vient du doc­ teur alexandrin, on peut évidemment l'expliquer de la même façon que la célèbre phrase de ce dernier. En ce cas. on aurait tort de traiter les Arméniens de monophysites. Toutefois, beaucoup d’entre eux tiennent à pas­ ser pour tels. Leur hérésie n’est ni le nestorianisme, ni 1 l’eulychianisme, mais plutôt ce que l’on a nommé le monophysisme in specie, soutenu avec tant d’ardeur par | les n omes palestiniens cl leur chef Théodose. Hefele, ■ Hist, des conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 857. Us s’obsti­ nent à penser qu'il n'y a dans le Christ qu’une seule | nature, sans vouloir expliquer comment la divinité et l'humanité peuvent ne former qu'unesenle nature. D’au­ cuns prétendent que par nature ils entendent la personne, et lesapologistescatholiques ont accueilli avec empresse­ ment cetteexplication. Asgian. La Chiesa armena e l’Eutichianismo, dans le Bessarione, t. vu, p. 507-517. Reste 1 à savoir si le commun de la nation, qui ne cesse de ré­ péter dans son symbole : una hypostasis, una persona, una natura unita, considère ces trois expressions comme synonymes. Malgré qu'on en ait dit, la chose n’est pas probable. Cf. Galano. Conciliatio Ecclesite armenæ cum romana, Rome, 4658, t. n. Ce volume du célèbre controversiste est exclusivement consacré à l’examen de la doctrine christologique des Arméniens, mais il faut se garder d’admettre toutes ses assertions; il laisse trop souvent de côté les passages embarrassants ou con­ traires à son sentiment pour ne prendre chez les auteurs que ce qui favorise sa thèse. Richard Simon a dit de son côté : « Cette hérésie est imaginaire, et ne consiste qu’en des équivoques de nom. » De Moni (pseudonyme de R. Simon), Histoire critique de la créance et des cou­ tumes des nations du Levant, in-12. Francfort, 1693. p. 140. Équivoques, soit; mais les Arméniens n’en veu­ lent point démordre. IV. Le trisagion. — Non moins tenace est leur per­ sistance â réciter le trisagion, à l’oflice comme à la messe, avec la fameuse addition de Pierre le Foulon : qui crucifixus es pro nobis. Que l'auteur de cette for­ mule l'ait employée dans un sens hérétique, la chose n'est pas douteuse; en est-il de même des Arméniens’? Grosse question sur laquelle on discute encore. Il est bien probable qu’à l’origine cette addition a passé d’An­ tioche en Arménie avec le sens que son inventeur y avait attaché; mais, en Arménie, ce vice originel parait i avoir été corrigé ultérieurement par un emploi plus res­ treint du trisagion. Au lieu de l’adresser à la Trinité 1952 tout entière, l’Eglise arménienne, à en croire ses apolo­ gistes, ne l’adresse qu'au Verbe incarné; il n'en faut pas davantage pour le rendre orthodoxe. Reste donc à savoir si ce sens restreint est bien le sens authentique, celui que les auteurs ou réformateurs de la liturgie ar­ ménienne ont prétendu donner au trisagion en lui assi­ gnant telle ou telle place à Foflice ou à la messe. Or, à la distance où nous sommes des événements, avec le peu que nous savons des origines liturgiques de l’Arménie, la question parait difficile à résoudre. Force nous est d'en appelet* au témoignage des écrivains postérieurs. Que nous répondent ces écrivains'? Que le trisagion s'adresse effectivement à J.-C. seul, et non à toute la Trinité. Dans ses conférences avec Théorianos. Nersès le Gracieux a beaucoup insisté sur ce point, et ses ar­ guments sont péremptoires. La formule ordinaire du trisagion est celle-ci : Dieu saint, Dieu tout-puissant, Dieu éternel, crucifié pour nous, ayez pitié de nous. Or, à certaines solennités, on remplace les mots cruci­ fié pour nous par d'autres paroles appropriées à la fête du jour : à Noël : qui vous êtes montré; à la Purification et le dimanche des Rameaux : qui êtes venu, et qui vien­ drez; le jeudi saint : livré pour nous; le samedi saint : enseveli pour nous; à Pâques et dans le temps pascal : ressuscité d’entre les morts; à l’Ascension : qui êtes monté avec gloire vers le Pi re ; à la Transfiguration : ap­ paru sur le mont Thabor;b l’Assomption : venu pour la mort de votre mère, la sainte Vierge. A la Pente­ côte pourtant on l’adresse au Saint-Esprit, comme le montre l’addition : descendu sur les apôtres. Voir P. G., t. cxxxm, col. 185-189, la réponse du concile de Tarse (1177) dans Galano, Conciliatio Eccl. arm. cum roma­ na, t. t, p. 335, 336, et beaucoup d'autres témoignages postérieurs dans G. Avedichian, Suite correzioni faite ai libri ecclesiastici armeni nell’anno 1617, in-8", Ve­ nise, 1868, p. 375 sq. ; G. de Serpos, Compendio storico di memorie cronalogiche, t. n, p. 347-356. En dépit de ces multiples témoignages, les Arméniens furent accusés plus d'une fois auprès du saint-siège d'employer le trisagion dans un sens hérétique; Rome s'en émut et ordonna, des 1677, de supprimer la malen­ contreuse addition; elle répétait encore en 1833 : 7'risagii additamentum qui crucifixus es pro nobis, minime fiat aut recitetur. Lettre du 4 juillet 1833 à Mor Nourigian, dans .lut·, pont, de Prop, fide, part. 1, t. v, p. 86. Toutefois, dans la récente édition du Jamagarkoutioun, in-8», Venise, 1889, les mékitaristes de Venise ont partout restitué la fameuse addition ; une partie du clergé catholique a applaudi, l'autre partie s'est révoltée et en a appelé à Rome mieux informée. Adhuc sub judice lis est. Quant aux grégoriens, ils n'ont jamais supprimé cette formule de leurs livres, malgré les solli­ citations des grecs. Cf. Grégoire de Chios, ΙΙερ'ι ένώσεως τών άρμενίων μετά της ανατολικής ορθοδόξου εκκλησίας, in-8», Constantinople, 1871, ρ. 136-137. Sur le trisagion en gé­ néral, cf. l’excellente dissertation de Le Quien dans sa préface aux œuvres de saint Jean Darnaseéne. P. G., t. xctv, col. 331-350. V. État des âmes après la mort : le purgatoire. — La doctrine des Arméniens sur lame humaine, son ori­ gine et sa destinée n’a pas toujours été exempte d’erreur. Certains de leurs auteurs, comme Vartan et Simon de Joulfa, ont ouvertement enseigné la préexistence des âmes, Galano, Conciliatio Eccl. arm. cum romana, part. II, Rome, 1661, t. n. p. 4-22; voir col. 10201021 ; d’autres ont enseigné le traducianisme, ibid. p. 23-35; d’autres, la délivrance par Noire-Seigneur, lor: de la descente aux enfers, de toutes les âmes, justes ot impies, qui s'y trouvaient enfermées, ibid., p. 37-76 d'autres, la suppression par N.-S., dans la même cir­ constance, de l'enfer proprement dit, auquel aurait été substituée une certaine région de l’air destinée à recevoir les âmes des pécheurs, ibid., p. 77-99; d'autres, qu’il ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE 1953 1954 n’y a pas immédiatement après la mort de chacun de demanderez-vous, ces conditions, ces formes ? qu’em­ jugement particulier, mais que l’àme une fois séparée du brassent-elles ? Il y a d'abord le rite, de l’aveu des catho­ corps s’en va dans une région supérieure (Gayank), où liques eux-mêmes, puis la discipline et les usages, toutes elle attend sans récompense ni châtiment le jugement choses qui constituent desdroits eldes devoirs pour et.agénéral, ibid., p. 101-156; d’autres, que la vision béatique membre du corps social; et, comme ces droits -· fique n’existe pas, Dieu ne pouvant être contemplé dans ces devoirs s'exercent surtout par la hiérarchie, celle-ci son essence par aucune intelligence créée, ibid., p. 157n’est qu'une forme de l’existence; elle peut varier s ns 189; d'autres enfin, que le purgatoire est une chimère. que l’unité essentielle soit détruite. Ces principes posés, les conclusions sont faciles â tirer. L’Église est une dans Ibid., p. 191-221. Ces erreurs, ai-je besoin de le dire, ont été individuelles et non générales; enseignées par son essence, et sous ce rapport elle a pour chef Jésusquelques théologiens, elles ne sont jamais entrées dans Christ, et,dans une certaine mesure déterminée par les la croyance commune de l’Église arménienne. Le théaconciles, le pape; elle varie dans ses modes d'existence, tin Galano. à l’ouvrage duquel je viens de renvoyer, n’a et chacun de ses groupes a pour chefs ses patriarches pas eu de peine à les réfuter à l’aide des seuls écrits respectifs; pour règles, des lois qui lui sont propres. d’autres auteurs arméniens. Autant de patriarches, autant de hiérarchies distinctes, Il est pourtant un point sur lequel les grégoriens, auindépendantes, autonomes ; tous les patriarches étant jourd’hui encore, ne s'entendent pas avec les catholiques, égaux en pouvoir, car tous sont également chefs d'une je veux parler du purgatoire. Dans un travail d’ailleurs hiérarchie, il ne saurait y avoir entre eux de subordi­ méritoire publié, sous le voile de l’anonyme, par l'un des nation; ils sont simplement coordonnés. Quelle sera dès membres les plus distingués de la société grégorienne, ; lors la place du pape dans l’Église? Il faut distinguer on trouve ce curieux passage : « L’Église d’Arménie en lui le pape et le patriarche ; comme pape, il est l’égal admet un lieu de transition où resteront les âmes jus- | des évêques; comme patriarche, il est l’égal des autres qu'au jour du jugement dernier et délinitif. Celles des | patriarches. Seulement, il a reçu des conciles une prio­ justes y reposent dans la joie, en souvenir du bien qu elles rité d'honneur sur les autres patriarches. Telle est, ré­ ont l’ait pendant leur vie terrestre, et en prévision de la duite à sa plus simple expression, la doctrine des Armé­ récompense et du sort glorieux qui les attend un jour; niens, tant anciens que nouveaux; c’est elle qui a créé mais les âmes des pécheurs y sont tourmentées par le le dernier schisme de 1870, et, dans l’exposé qui pré­ remords et la perspective du châtiment qui leur est ré­ cède, je n’ai guère fait que résumer la thèse du patriar­ servé. Les prières que prescrit l'Église arménienne pour che actuel des non-catholiques, M3r Malachia Ormanian. les morts ont pour objet de désarmer la colère de Dieu Voir son livre, Le Vatican et les Arméniens, in-8’, â l’égard de ces âmes coupables. » Cetle longue note se Rome, 1873, p. 15 sq. réfère à la phrase suivante du texte : « Elle (l’Église Dans cette conception de l’organisme intérieur de l'Église, l’idée dominante est la pleine autonomie des d'Arménie) adresse â Dieu des prières pour les morts et pour le pardon de leurs péchés, mais elle n’admet pas patriarcats respectifs. D’où leur vient cette autonomie? de purgatoire, et ne reconnaît pas les indulgences. » De leur fondation même, œuvre des apôtres, envoyés Histoire, dogmes, traditions et liturgies de l'Eglise par le Christ, et non par Pierre. En vertu de leur mis­ arménienne orientale, in-8°, Paris, 1855, p. 147. Dans sion divine, les apôtres ont créé les diverses Églises, les deux éditions ultérieures de ce livre publiées sous le établissant dans chacune d’elles des usages spéciaux, nom d’Ed. Dulaurier, la phrase du texte est restée, mais qui contribuèrent par leur diversité même â laisser à la note a disparu. La même erreur, et partant les mêmes chaque Église sa physionomie propre, et partant son contradictions se retrouvent dans beaucoup d’autres ré­ autonomie. Ce qui, à l’origine, recommanda telle ville centes publications. Aussi ne sera-t-on pas surpris de plutôt que telle autre au choix des apôtres, ce fut uni­ rencontrer parmi les avis donnés par la S. C. de la Pro­ quement son importance politique. A supposer que la pagandes Mn’Nourigian, en 1833,1e passage suivant, dont primauté soit un dogme, le fait humain qui a attribué la teneur laisse suffisamment deviner la doctrine opposée : à l'évêque de Rome la possession de celte primauté Judicium animarum particulare slalim post obitum rentre dans les conditions disciplinaires, dont le règle­ hominis fieri credatur, id est prompta rcmuneralio ment appartient aux canons. Ormanian, op.cil.,p. 112sq. ac destinatio sive ad gloriam sive ad poenam. Para­ 11 est inutile de pousser plus loin notre examen. Au disus autem non terrestris aliquis locus, sed omnino moyen âge comme aujourd'hui, c’est au nom du prin­ aeleslis, in quo Dei visio intuitiva est, credatur. Purga­ cipe d’égalité entre les patriarches que les docteurs torium insuper et jus concedendi indulgentias extra arméniens hostiles à Rome ont rejeté la primauté pa­ omnem dubitationem sit. Lettre du 4 juillet 1833, dans pale. Cf. Galano, op. cit., t. m, p. 228-372. On trouvera Jar. pont, de Prop, fide, part. I, t. v, p. 86. dans cet auteur bon nombre de témoignages en faveur Tout en niant le purgatoire, les grégoriens, par une de la primauté tirés d’auteurs arméniens. Sur ce point étrange contradiction, ne laissent pas de prier pour les comme sur tant d'autres, il y a solution de continuité morts aussi bien que les catholiques. Les uns et les au­ dans l’enseignement de l’Église d’Arménie. tres consacrent spécialement à cette dévotion le lende­ Voir aussi X..., Selecta testimonia doctorum eccleux Ar­ main des cinq principales fêles (taghavar) : Epiphanie, menia de S. Hom. sedis suprema auctoritate, in-8·. Ve­ Pâques, Transfiguration, Assomption, Exaltation de la nise, 1800; Ed. Hurmuzian, Dissertazione sut primato >-·■manopontefice probato dalla storia armena, in-8·, Venise. 1S.·· . sainte Croix, ainsi que le jour des saints Vartaniens Et. Azarian, Ecclesix armais traditio de romani pontificis jeudi gras). On chante pendant la messe un cantique primatu jurisdictionis et inerrabili magisterio, in-8·. sur les trépassés, et, après la messe, on donne une sorte Rome, 1870 ; AI. Balgy, Historia doctrinae catholicae inter Ar■i absoute, comprenant un cantique, un évangile et la menos unionisque eorum Cum Ecclesia romana in concilio mémoire de tous les défunts. Quelques-unes des hymnes Florentino, in-8*, Vienne, 1878. funèbres ont été traduites par E. Nève, L'Arménie chré­ tienne, p. 212-247. VII. Les sacrements. — Je n’ai pas à exposer ici VI. La primauté du pape. — Après Jésus-Christ, toutes les particularités liturgiques en usage chez les ■ Église. Quelle est sur ce dernier point la doctrine des Arméniens dans l’administration des sacrements, cette Arméniens? Comme bon nombre d’orientaux, ils distin­ description trouvera sa place ailleurs ; je dois sim­ guent entre l’essence et l'existence. Dans son essence, le plement indiquer les points qui intéressent la contro­ christianisme est un, car son fondateur est unique, de verse. même que son but; mais il varie dans les conditions de PBaptême. — Commeles grecs et la plupart des orien­ sou existence, dans les formes extérieures. Quelles sont taux, les Arméniens baptisent par immersion. Plongeant DICT. DE THÉOL CATHOL. I. - 62 1955 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE le sujet dans la piscine, le prêtre prononce les paroles de la forme : AT. servus Jesu Christi, accedens e catechunienalu ad baptismum, baptizatur in nomine Pa­ tris (première immersion) el Filii (seconde immersion) et Spiritus Sancti (troisième immersion). Redemptus sanguine Christi a servitute peccatorum consequitur adoptionem Patris cieleslis, factus cohæres Christi et templum Spiritus Sancti. Trois fois, l'immersion est répétée au nom de chacune des personnes divines, mais l’invocation de la sainte Trinité n'a lieu qu'une fois. Tel est du moins l'usage général; il suffit de s’y conformer pour éviter les reproches de certains théolo­ giens ombrageux, comme Galano. Les Arméniens ne font pas sur le front du sujet le signe de la croix; ils ne connaissent pas les exorcismes ni l’huile des caté­ chumènes; toutes les onctions se font avec le saint chrême. Le baptisé reçoit le nom du saint dont on cé­ lèbre la fête le jour même du baptême ou, s’il n’y a pas ce jour-là de fête spéciale, le nom de celui dont la fête est le plus proche. Le choix du patron n’est donc pas libre. Il n’y a d'autre ministre du baptême que le prêtre ; en cas de danger pour l’enfant, on appelle le prêtre à la maison, mais on ne baptise pas en son absence. Par contre, il n'est pas rare de voir un prêtre donner le baptême à un enfant déjà mort. Le baptisé devant communier tout de suite après le baptême doit nécessairement être à jeun. En général, la cérémonie a lieu huit jours après la naissance. Voir sur le baptême des Arméniens, Galano, op. cit., t. πι,ρ. 489518 ; G. de Serpos, op. cit., t.ni, p. 174-186, 232-266: H. Den­ zinger. Ritus Orientalium, in-8·, Wurzbourg, 1863.1.1, p. 14-48, passim et, pour le rituel, p. 383-403; J. Issaverdens, The sacred rites and ceremonies of the armenian Church, in-16, Ve­ nise, 1888, p. 14-23 : D. Tsolakides, 'Axolouüta ioJ άγιου λακτίσματος τής άνατολιχής άρμινιχή; έκΆησϊας, in-8·, Constantinople, 1881. 2« Confirmation. — Chez les Arméniens comme chez la majorité des orientaux, la confirmation est inséparable du baptême, à tel point que celui-ci administré sans l'autre serait tenu pour invalide. On leur a reproché d’employer parfois du beurre en guise de matière, Denzinger, op. cit-, p. 53; l’accusation ne parait pas fondée. Toutefois, il est certain que pour la préparation du chrême ils se sont souvent servi d’huile de sésame au lieu d’huile d’olive, très rare dans leurs montagnes. P. G., t. cxxxin, col. 192 sq. Ils y mêlent d’ailleurs une foule d’autres essences. Les onctions se font sur les prin­ cipales parties du corps, front, oreilles, yeux, narines, bouche, mains, poitrine, épaules, pieds; chacune d’elles est accompagnée d’une courte formule. A la dernière, le ministre ajoute: Pax tecum, redempte a Deo; pax tecum, uncte a Deo. Il n’y a pas chez les Arméniens d’imposition des mains distincte des onctions. La forme sacramentelle est multiple : autant d'onctions, autant de formules distinctes. Ce sacrement accompagnant tou­ jours le baptême, le ministre ordinaire en est naturel­ lement le prêtre. Après l’onction, le nouveau baptisé est conduit à l’au­ tel pour y recevoir la communion. S’il s'agit d’un nou­ veau-né, comme c'est habituellement le cas, le prétre trempe le doigt dans le calice ou sont les deux saintes espèces, et le passe en forme de croix sur les lèvres de l’enfant, en disant : Plenitudo Spiritus Sancti.C'est ce qu'on appelle la « communion par les lèvres » (cherthnahaghortouthioun). A cause de la communion, on administre ordinairement le baptême pendant la messe. Pour plus de détails, voir les ouvrages cités pour le baptême, «t en particulier Serpos, loc. cit., p. 186-193, 278-289, et Denzin­ ger, p. 49411, passim. 3- Eucharistie. — On signalera plus loin certaines particularités de la messe arménienne ; il n’est présen­ tent·:.: jueslion que de l’eucharistie considérée comme 1956 sacrement. A la différence de tous les autres orientaux, les maronites exceptés, les Arméniens se servent comme matière eucharistique de pain azyme et de vin sans mélange d’eau. L’un et l'autre usage sont très anciens. Le premier n’a évidemment rien que de très orthodoxe, encore que Grégoire de Chios y voie un legs des ébionites transmis aux Arméniens par les « Syriens héré­ tiques ». ΙΙερ’ι ένώσεως τών ’Αρμενίων μετά τής ανατολι­ κής ορθοδόξου ’Εκκλησίας, in-8», Constantinople, 1871, p. 69. Quant au second, les Arméniens l’ont adopté précisément pour se séparer des ébionites; c’est du moins l'assertion de Nersès le Gracieux dans une de ses réponses à Théorianos. P. G., t. cxxxni, col. 249-265. Ce n’est pas ici le lieu de discuter cette question. Très sévères sur ces deux premiers points envers leurs « fils aînés », les grecs n'ont que des éloges à leur distribuer pour leur manière d’entendre la consécration. C’est à Vépiclèse que les Arméniens attribuent la transsubstan­ tiation, et non aux paroles du Sauveur. Tel est du moins le sentiment des non-catholiques actuels; on le trouve déjà formellement exprimé dans V Explication des prières de la messe de Chosrov le Grand (7 972), édit. lat. de P. Vetter, in-8», Fribourg, 1880, p. 18, 29, 35, etc. En 1342, ce sentiment fut pourtant réprouvé par le concile de Sis. Voir la réponse de ce concile à la 66» objection, dans Ilefele, op. cit., t. tx, p. 556. Les ca­ tholiques sont naturellement d’un avis contraire. En revanche, catholiques et grégoriens sont d'accord, en théorie du moins, pour donner la communion sous les deux espèces; ils le font en distribuant avec les doigts et sans l'aide de la cuiller des parcelles de la grande hostie trempées d’abord dans le précieux sang. La S. C. de la Propagande, sans blâmer cet usage, recommande certaines précautions: Sacra laicorum sub utraque specie communio, propter usum inveteratum, non in­ terdicitur. Verum tamen modus, quem narras, mer­ gendi SS. hostiam in calicem, et mox eam manu sa­ cerdotali in os populi ingerendi, cave admodum ne cui periculo obnoxius sil. Lettre du 4 juillet 1833 à l’archevêque-primat de Constantinople dans.Jur. ponl.deProp. fide, part. I, t. v, p. 87. Toutefois, pour éviter tout scandale chez les fidèles, les catholiques ne commu­ nient plus sous les deux espèces ; c'est là un privilège dont ils peuvent user, mais dont ils n'usent pas. Voir sur tous ces points, Galano, t. cit., p. 538-603: Serpos, t. cit., p. 27-161 : Denzinger, l. cit., p. 62-99, passim. 4» Pénitence. — La pénitence s'administre dans l’É­ glise arménienne â peu près comme dans l’Eglise latine. De part et d’autre, à la différence des autres Églises orientales, la formule de l’absolution est indicative; sa partie principale, absolvo te ab omni vinculo peccato­ rum tuorum, a cogitationibus, a verbis et ab operibus, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, parait être unempruntfailauxLalins.il n’y a pas d’époque fixée ou tout fidèle soit tenu de s’approcher du saint tribu­ nal. Ceux qui se confessent le font surtout à l’Epipha­ nie et à Pâques, moins fréquemment à la Transfigu­ ration, â l’Assomption et à ['Exaltation de la Croix. En dehors de ces cinq fêtes, il est excessivement rare de voir un arménien non uni se rendre à confesse. La plupart se contentent d’iineconfession générale publique faite à l’église avant les prières du matin; inutile d’a­ jouter que cette confession, bien que très détaillée, n'a rien de sacramentel. Voir Galano, t. cil., p. 604-630; Serpos, t. cit., p. 289-303; Denzinger. p. 100-115, passim, et, pour le rituel, p. 471-474; Issa­ verdens, t. cil., p. 29-31. 5» Extrême-Onction. — En théorie, les Arméniens rangent l’extrême-onction parmi les sept sacrements, mais ils ne l’administrent jamais. Déjà, il en était ainsi à l’époque du concile de Florence, mais en 1318. une lettre du pape Jean XXII marque expressément que ce 1957 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE sacrement était encore en usage. On continue pourtant à en imprimer le rituel, bien que, en certaines éditions, on l’ait déjà supprimé. La cause de cette disparition n’est pas facile à connaître, mais on peut indiquer di­ verses circonstances atténuantes. Le rituel, importé, semble-t-il, des pays grecs, exige sept prêtres, condition difficile à remplir, surtout dans les campagnes; la rareté excessive de l'huile d'olive dans l'Arménie du nord a sans doute eu aussi sa part d'inlluence; enfin, certains auteurs arméniens ont malencontreusement assimilé les deux sacrements de pénitence et d'extrêmeonction, en ce sens que la réception de celle-ci équi­ valait à leurs yeux à la confession. Pour sauvegarder l'usage 'de la confession menacée de disparaître, on aura sacrifié l’extrême-onction. Quoi qu'il en soit de ces motifs, il n’est que trop vrai que les non-catho­ liques n'usent plus de l'extrême-onction. La bénédic­ tion du beurre suivie de l'onction sur les personnes pré­ sentes qui a lieu le jeudi-saint, et cette autre onction qui se fait sur les cadavres des prêtres défunts peuvent bien être regardées comme des vestiges du sacrement disparu; mais ce sont de simples sacramentaux, non des sacrements. On se sert chez les catholiques des prières du rituel romain. Cf. Galano, t. cit., p. 631649 ; Serpos, t. cit., p. 303-356; Den­ zinger, t. ï, p. 184-190, passim, et pour le rituel autrefois en vi­ gueur, t. tt, p. 519-525 ; Issaverdens, p. 60-63. 6’ Ordre. — De toutes les Églises d'Orient, c’est celle d’Arménie qui se rapproche le plus de l’Église latine pour le nombre et les degrés des saints ordres; si grande est la similitude quïl est permis de tenir pour vraie cette assertion de Grégoire de Césarée écrivant au catholicos Moïse que les Arméniens ont emprunté leurs ordres aux latins. Cf. Galano, 1.1, p. 109. Au premier degré d'initiation se trouve la tonsure, ou, comme dit le rituel, la dignité de « chantre et de lecteur », simple cérémonie préparatoire à la réception des ordres pro­ prement dits. Viennent ensuite les ordres mineurs de portier, de lecteur, d'exorciste, d'acolyte, et les trois ordres majeurs : sous-diaconat, diaconat, prêtrise. Le diaconat comprend les simples diacres et les archi­ diacres, et la prêtrise les simples prêtres et les vartapets. Ceux-ci se distinguent à leur tour en mineurs iquatre degrés) et en majeurs (dix degrés); leur classe est propre aux Arméniens. Il n'y a au-dessus d'eux que la double dignité d’évêque et de catholicos. Les impo­ sitions des mains, les onctions, la tradition des instru­ ments accompagnée d’une formule sont, hormis quel­ ques détails de peu d’importance, analogues à celles du pontifical latin. Les ordres sontconférés par les seuls évê­ ques, mais la consécration des évéques est réservée de droit au catholicos, et, chez les catholiques, an patriar­ che. Les cérémonies d’ordination ont lieu le dimanche, et. de préférence, les 1er, 4, 7 et 10 du mois. Les ordinands s'acquittent de leurs fonctions respectives pen­ dant plusieurs jours de suite après leur ordination, mais ils peuvent monter d'un degré à un autre sans ob­ server d'interstices réguliers. Le mariage est permis aux clercs inférieurs, même après leur ordination; à partir du sous-diaconat, il est absolument interdit, mais les sous-diacres, les diacres et les simples prêtres peuvent continuer de vivre avec la femme qu’ils ont épousée avant de recevoir le sous-diaconat. Le célibat absolu n'existe chez les non-catholiques que pour les varlapets et les évêques; chez les catholiques, il est de­ venu presque général, sans être néanmoins obligatoire; dans l'intérieur de l’Anatolie, les prêtres catholiques mariés sont en assez grand nombre. Sur les ordres en général, voir Golano, op.cit.,l. t,p. 109-119; t- m. p.650-708 ; Serpos. t. cit., p. 370-486; Denzinger. op. cit., î. p. 127 sq., et, pour lo rituel, t. tt. p. 274-363: Issaverdens. t cit.. p. 64-112, Ce dernier auteur a donné du rituel des ordinajusqu'à la prêtrise inclusivement une traduction anglaise 1958 dans The armenian ritual. Part III. The ordinal, rs-lô, Venise, 1875. 7“ Mariage. — Aux yeux des Arméniens, le mari consiste essentiellement dans le contrat intervenant entre les deux conjoints; la bénédiction du prêtre en est la consécration officielle, et non l’indispensable con­ dition. Les empêchements s'étendent, pour la consan­ guinité, jusqu'au septième degré, et pour l’affinité, jus­ qu'au quatrième; on compte les degrés comme dans notre droit canonique. Le mariage est regardé comme indissoluble; toutefois, l'adultère de la femme donne droit au mari lésé de convoler à d'autres noces. 11 n'est pas rare de voir le divorce se produire pour des mo­ tifs moins graves. Les fiançailles ont lieu dans la maison de la fiancée, mais le mariage se célèbre à l’é­ glise, en présence du curé ou d’un prêtre délégué par lui ou par l'évêque; le rite en est assez semblable à celui des grecs. C’est toujours à la messe que s'accom­ plit la cérémonie, ou, comme on dit, le « couronne­ ment », de préférence le lundi. Les jours de jeûne et d’abstinence et les fêtes dites « dominicales » sont des époques prohibées. Voir plus bas la détermination de ces fêtes, qui embrassent une grande partie de l'année. Les secondes noces, sans être interdites, exigent une dispense de l’évêque : elles se célèbrent sans solennité, le plus souvent â la maison. Quant aux troisièmes noces et au delà, on les tient pour invalides. Galano, t. in, p. 709-771; Serpos. t. m. p. 163-174. 198-232; Denzinger, t. i, p. 150-183. passim, et, pour le rituel, t. n, p. 450482 ; Issaverdens, op. cit., p. 113-121. VIII. Calendrier liturgique. — Il me reste à exposer en peu de mots les divers points de la liturgie armé­ nienne qui, après les sacrements, intéressent plus ou moins directement la controverse théologique, tels que fêtes, jeûnes, culte des saints et de leurs reliques, messe et office divin, livres liturgiques, etc. Je ne si­ gnalerai, bien entendu, que le principal; les détails m’entraineraient hors des limites de ce Dictionnaire. Voici d’abord sur le calendrier quelques notions indis­ pensables à l'intelligence de l’héortologie et des jeûnes. Je n’ai pas à m’occuper ici du calendrier civil ou national des Arméniens; mais comme la plupart de leurs fêtes sont mobiles, il est indispensable de donner une notion sommaire de leur calendrier liturgique. Là, comme partout ailleurs, la fête régulatrice de toutes les autres est celle de Pâques. On sait que cette fête tombe nécessairement dans les limites du 22 mars au 25 avril inclusivement. Quel que soit son jour de coïncidence, elle entraîne invariablement dans son évolution, chez les Arméniens, une série de vingt-quatre semaines ainsi distribuées : dix la précèdent, dont trois sont comme une préparation au grand carême (aratcha·rratz paregentan) et sept forment le carême lui-inême; quatorze la suivent, réparties en deux séries de sep: ; la première série embrasse les semaines qui séparent Pâques delà Pentecôte, et la seconde celles qui séparent la Pentecôte de la Transfiguration (earlarari. Soit, au total, un cortège annuel de cent-soixante-huit jours attribués par le calendrier arménien à la fête de Pâques. Entre le dernier et le premier terme du cycle pascal s’étend une longue période, variable elle aussi et di­ visée en sections, dont l’étendue est déterminée par les incidences respectives des fêtes suivantes : 1° l'Assomp­ tion, que l’on célèbre le dimanche le plus rapproché du 15 août, c’est-à-dire ledimanchetombant entre le 12et le I8 de ce mois; 2’ l’Exaltation de la Croix, dont on fait la solennité le dimanche 14 septembre, ou le dimanche le plus voisin de cette date, du 11 au 17 ; 3’ le carna­ val dit de la cinquantaine (Hisnagatz paregentan. qui a lieu le dimanche le plus rapproché du 18 novembre entre le 15 et le 2! de ce mois: 4" Noël ou l'Épipha­ nie, fête unique invariablement fixée au 6 janvier do 1959 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE calendrier julien. C’est donc entre le vartavar (vu· di­ manche après la Pentecôte) d’une part, et l’aratchavoratz paregentan moire dimanche de la Septuage­ sime) d'autre part, que devront être échelonnées, par sections plus ou moins considérables, les vingt-huit semaines laissées en dehors du cycle pascal. En vertu de ce système, le calendrier liturgique doit être tous les ans entièrement retondu. Pour simplifier le travail, le catholicos Simon I"de Yerevan a imaginé, en 1774, une méthode fort simple, au moyen des lettres annuelles (darchir . A chacun des 35 jours ού peut tomber la Pâque (du 22 mars au 25 avril) il a appliqué une lettre, d'après l'ordre de l'alphabet arménien, qui en compte 38. Les 35 premières ont reçu une numéro­ tation successive, à partir de l'unité, avec l’addition d'une lettre complémentaire pour les années bissextiles. Chaque année est marquée de sa lettre particulière, dont la valeur numérale indique le nombre de jours qu'il faut compter depuis l’équinoxe vernal, 21 mars, en commençant au 22, jusqu'au jourde Pâques inclusi­ vement. Si. par exemple, la lettre annuelle est a (haïp), Pâques tombera le premier jour après l’équinoxe, c'està-dire le 22 mars. Des deux lettres affectées aux années bissextiles, la première sert du l" janvier au 29février, et la seconde, du l,r mars au 31 décembre. On choisit pour seconde lettre celle qui précède immédiatement la première dans l'ordre de l'alphabet. A la suite de la lettre annuelle, le calendrier indique, dans autant de colonnes parallèles, ies dates d’incidence des princi­ paux événements liturgiques de l’année, fêtes, jours gras, jours maigres, etc. Voir un tableau de ce genre en français dans E. Dulaurier. Recherches sur la chro­ nologie arménienne, in-4», Paris, 1859, p. 402-405. en arménien dans N. Nilles. Kalendarium manuale utriusque Ecclesiæ, in-8», Inspruck, 1897, t. il, p. 554, et dans tous les almanachs arméniens. Je ne rappellerai que pour mémoire les discussions très vives, parfois san­ glantes, auxquelles le comput pascal a donné lieu entre Grecs et Arméniens et entre Arméniens et Géorgiens. Voir à ce sujet Dulaurier, op. cil., p. 84-100, et sur le calendrier en général, ’Εκκλησιαστική ’Αλήθεια, t. xix (1899), p. 374-379 : t. xx (1900), p. 45-47. IX. Fêtes. — Les courtes notions qui précèdent aide­ ront à comprendre l'économie de l'héortologie armé­ nienne, unique dans son genre. Il n'y a dans l'année que quatorze jours à posséder une solennité fixe, déterminée par le calendrier solaire. Ce sont : les 513 janvier, consacrés à l’Épiphanie (5, vigile; 6, solen­ nité, 7-13, octave); le 14 février, Chandeleur; le 7 avril, Annonciation; le 8 septembre, Nativité de la sainte Vierge; le 21 novembre, Présentation; le 9 décembre. Conception de la sainte Vierge. Toutes les autres fêtes sont mobiles; leur retour est soumis aux évolutions du calendrier liturgique. Elles sont de deux sortes: les fêtes « dominicales > et les fêtes des saints. Sont considérées comme « dominicales » toutes les fêtes de N.-S., de la Croix.de l’Église, de la sainte Vierge; le dimanche étant consacré au souvenir de la résurrection rentre dans cette catégorie, ainsi que les vigiles ou les octaves de ces mêmes fêtes. 11 y a donc par an 140 jours « domi­ nicaux » en moyenne. Ce chiffre a son importance, car on a vu qu’une fête dominicale empêche la célébration du mariage. Les commémoraisons des saints sont as­ signées cliaque année aux jours non occupés par une fête dominicale ou par un jeûne quelconque. Le nombre n’en est pas considérable. En théorie, il s’élève à une moyenne de 122 jours formés par les lundi, mardi, jeudi et samedi de chaque semaine ; mais on ne doit pas oublier que les incidences des jeûnes ou des fêtes dominicales amènent de fréquentes suppressions. Ainsi, en carême et dans les semaines de jeûne, on ne peut fêter un saint que le samedi, jour de demi-jeûne; pendant les 59 jours du temps pascal, à tous les di­ 1960 manches de l’année, à toutes les fêtes dominicales et pendant leurs octaves, les fêtes des saints sont inter­ dites, même le samedi. Le samedi de Pâques (samedi in albis), on fait pourtant mémoire de la décollation de saint Jean-Baptiste, mais seulement à la messe ; de même, le dimanche de la Trinité, on fait mémoire de saint Elie. De là, l'usage des Arméniens de fêter plusieurs saints « en bloc », le même jour; de là aussi la nécessité de déterminer tous les ans, selon les exigences du cycle pascal, la distribution du sanctoral; comme les termes extrêmes de ce cycle oscillent entre le 11 janvier et le 20 juin, la fête d'un même saint se célèbre tantôt en été, tantôt en hiver. C’est sans doute pour n'avoir pas connu ou compris ce procédé que des écrivains superficiels ont pu repro­ cher aux Arméniens d'accorder très peu de place au culte des saints dans leur liturgie. Un des caractères de ce culte, c'est qu'il est national avant tout. La grande majorité des saints fêtés appartient aux docteurs ou aux martyrs arméniens du v» siècle. A' l’exemple des autres Églises, celle d’Arménie re­ garde certaines fêtes comme obligatoires, et c’est là un point qui intéresse directement la théologie. Ce sont, en dehors des 52 dimanches de l'année, les fêtes domi­ nicales suivantes : l'Épiphanie avec le lendemain et l’octave, 6, 7 et 13 janvier; la Chandeleur, 14 février; l'Annonciation, 7 avril; le jeudi-saint, 7e jeudi du ca­ rême; le lundi et le mardi de Pâques; l'Ascension, 6« jeudi de la « cinquantaine »; l'invention des reliques de saint Grégoire l’Illuminateur, 3» samedi après la Pentecôte; le lendemain de la Transfiguration, 1er lundi du Vartavar; le lendemain de l’Assomption, 1·· lundi de « l'Assomption »; la Nativité de la sainte Vierge, 8 septembre; le lendemain de l’Exaltation de la sainte Croix, 1or lundi « de la Croix »; la Présentation, 2l no­ vembre; la Conception, 9 décembre. Certaines autres fêtes sont considérées, au Caucase, comme obligatoires, et en Turquie, comme facultatives. Ce sont : la descente de saint Grégoire l’Illuminateur dans la fosse,5' samedi du carême; la sortie de saint Grégoire de la fosse, Ier samedi après la Pentecôte; saint Thaddée et sainte Santoucht, 1« samedi du Éartarar; saints 1ers Illuminateurs, Ie’ samedi de la « cinquantaine » de Noël. En certains endroits, on célèbre encore les fêtes suivantes : les saints Vartanians, 3’ jeudi de l’Aratchavork ; les saints Traducteurs, 4' jeudi après la Pentecôte; les saints Archanges, 8· samedi de « la Croix » ; les saints Basile, Grégoire de Nysse, Silvestre et Éphrem, dernier samedi de décembre. Conformément à une coutume autrefois assez répan­ due, même chez les Grecs, au témoignage de saint Épi­ phane, Hæres,, li, i,P. G., t. xi.I, col. 892, les Armé­ niens célèbrent le même jour, 6 janvier, la double fête de la Nativité de N.-S. et de l’Épiphanie; de vives dis­ putes ont eu lieu à ce sujet entre eux et les Byzantins, voir les conférences de Nersès Chnorali avec Théorianos, P. G., t. cxxxtti, col. 184-185, 265-268, mais jamais ils n'ont consenti à renoncer à leur ancien usage. Cf. Ed. Dulaurier, Recherches sur la chronologie armé­ nienne. p. 145, 146. Toutefois, les catholiques, obéissant aux instructions de la S. C. de la Propagande, célèbrent la Nativité le 25 décembre, et l’Epiphanie le 6 janvier. Jur. pont, de Prop, fide, part. I, t. v, p. 86. X. Images. — Une question étroitement liée à la pré­ cédente est celle du culte des images. On a reproché aux Arméniens d’être opposés à ce culte; l’accusation est-elle fausse? Oui, si l’on n’envisage que le côté théo­ rique de la question. A maintes reprises, les représen­ tants officiels de l’Eglise d’Arménie ont admis la légiti­ mité de ce culte; plusieurs même ont pris soin de venger leur nation du reproche contraire. Bien avant l'apparition de l'iconoclasme â Byzance, des hérétiques 4961 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE 1962 avaient prêché en Arménie la proscription des images. carême, dont elle forme comme une préparation; vr.Ji On voit par un curieux chapitre de Moïse de Kaghankapourquoi on l’appelle aralchavork, c'est-à-dire atouk (ou d’Outi) que le haut clergé du pays, tout en lable. Quant aux huit autres semaines de jeûne, elles affichant son dédain pour les peintures religieuses des sont échelonnées le long du reste de l'année avant cha­ Grecs, ne laissa pas de s'opposer à ces hérétiques. His­ cune des huit fêtes principales suivantes : saint Elie. toire des Aghovans, 1. III, c. xt.vi. Cf. Karapet Ter1" dimanche après la Pentecôte ; saint Grégoire Γ11Mkrttschian, Die Paulikianer im byz. Kaiserreiche, luminateur, samedi qui suit le 3» dimanche après la in-8», Leipzig, 1893, p. 52-53. Vers le milieu du xin» siècle, Pentecôte; Vartavar ou Transfiguration, 7" dimanche un concile de Sis ordonna « d’honorer les images du après la Pentecôte; Assomption, dimanche le plus Sauveur et des saints et de ne point les mépriser comme proche du 15 août; Exaltation de la Croix, dimanche le les images des faux dieux ». Une centaine d’années au­ plus voisin du 14 septembre; Varaka K hatch ou Appari­ paravant, le patriarche Nersès de Klag avait, dans sa tion de la Croix sur le mont Varak, 2' dimanche après réponse à l’empereur Manuel Comnéne, exprimé la l’Exaltation de la Croix; Hissnag-atz, ou jeûne de la croyance de, son Église touchant les images en termes « cinquantaine », semaine qui suit le l»r dimanche de dune parfaite orthodoxie. Sancti Nerselis Clajensis la « cinquantaine », lequel tombe entre le 15 et le 21 no­ opera, édit. Capelletti, in-8", Venise, 1833, t. I, p. 226 sq.; vembre; saint Jacques de Nisibe, samedi après le 4» di­ E. Dulaurier, Histoire, dogmes, traditions et liturgie manche de la » cinquantaine ». L'ilissnag, analogue à de l’Église arménienne, 2’ édit., Paris, 1857, p. 98-101. notre avent, est une période d'environ cinquante jours Si l’enseignement officiel sur ce point est à l’abri de précédant la fête de l’Épiphanie. Sur un désir manifesté tout reproche, la pratique, il faut bien en convenir, lui dans un de ses discours par Nersès le Gracieux, on a a souvent donné des démentis ; elle lui en donne encore parfois consacré au jeûne les neuf jours qui séparent aujourd'hui. En généra), les Arméniens aiment peu les l'Ascension de la Pentecôte; mais cet usage est presque images. Ils n'en conservent que dans les églises, et en partout tombé en désuétude; là où ce jeûne subsiste très petit nombre. Le plus souvent, il n’y en a qu’une encore, au lieu de durer neuf jours, il se réduit à trois : seule, celle du maître-autel; encore n’est-il pas rare de le vendredi, lendemain de l’Ascension, le mercredi et le la voir remplacée par une simple croix. L’église patriar­ vendredi de la semaine suivante. Le dernier jour deces cale d’Etchmiadzin garde suspendues à ses murs nus « semaines de jeûne », c'est-à-dire le samedi, le laitage les images de l’illuminateur et de ses premiers succes­ est permis; ce jour est désigné sous le nom de navakaseurs, mais personne ne les vénère. Ceux des Armé­ tik, littéralement dédicace, et, par extension, commen­ niens qui vivent au milieu des grecs se conforment cement de fête. Enfin, détail intéressant, chacun de ces davantage aux usages de ces derniers, du moins aujour­ carêmes hebdomadaires est précédé d’un jour de ré­ d’hui. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Il est même jouissance qui est toujours un dimanche, excepté pour permis de croire que si l’Eglise arménienne a un peu le jeûne de l'Epiphanie, dont le commencement coïncide délaissé le culte des images, c’est surtout pour marquer avec celle des fériés de la semaine que détermine la son hostitilé vis-à-vis des grecs. Parmi les motifs invo­ lettre dominicale. Ce « carnaval » d'un jour se nomme qués par le synode d’Ani pour justifier la déposition paregenlan, littéralement bonne vie, c’est-à-dire bonne du patriarche Vahan (970), l’un des principaux est que chère. On voit que les semaines de jeûne ne sont en ce prélat avait introduit des images. En rappelant ce définitive que de cinq jours. En additionnant ces jours fait dans son « Discours contre les partisans de Chal­ avec ceux du grand carême et avec les mercredis et cédoine », Etienne de Siounik reproche à Vahan d’avoir, vendredis de l'année, hormis l'octave de l'Épiphanie et en important des images en Arménie, « substitué le Je temps pascal, nous obtenons un total de 120 jours de culte des icones au culte de la croix sur tous les autels. » ; jeûne par an, en moyenne. On a vu que les jours de Ne pourrait-on pas conclure de ces paroles que la pro­ jeûne, de même que les fêtes dominicales ne permettent fonde vénération des Arméniens pour la croix n’est pas pas la célébration du mariage. Le tempus clausum est restée étrangère à l’espèce d’ostracisme dont ils ont donc de 260 jours environ. frappé les autres objets de dévotion, les images surtout? En principe, l’occurrence d'une fête « dominicale » Cf. Ter-Mkrttschian, op. cit., p. 56-60. Les Pères du devrait dispenser du jeûne; mais, en fait, il n'y a que concile de 1342 invoquent un autre motif, la crainte des l'octave de l'Épiphanie et le temps pascal, de Pâques à musulmans, ennemis, comme on sait, de toute représen­ l'Ascension, où l’usage de la viande soit permis d'une tation figurée. Voir la réponse à la 74» accusation, dans manière continue. C'est pour éviter l’occurrence des Hefele. Hist, des conciles, trad. Leclercq, t. vu, §707. Ce fêtes avec les jours de jeûne que l’on renvoie générale­ qui vient d’ê're dit sur le peu d’expansion du culte des ment les premières au dimanche; toutefois, pour quel­ images chez les Arméniens ne saurait, je le répète, être ques-unes, cette translation est impossible, pour les six tenu pour la règle générale. Il y a telle contrée, par dimanches du carême, par exemple, et pour tant exemple, ou les images des saints, de Marie surtout, sont d’autres, dont la célébration est commandée précisément ; objet d’une dévotion toute spéciale. Partout, d’ailleurs, par le dimanche qui précède ou qui suit. Si l'occurrence 1 intercession des saints est regardée comme un dogme d’une fête ne supprime pas le jeûne, elle en atténue :·.· foi; saint .Jean-Baptiste, saint Grégoire l’illuminateur parfois la rigueur en transformant le jeûne strict en une e! saint Etienne sont les patrons les plus honorés. simple abstinence. XL Jeûnes. — Les Arméniens ont régulièrement deux Il y a lieu, en effet, de distinguer trois sortes de jours de jeûnes par semaine, le mercredi, en mémoire jeûne : 1° le jeûne strict (bakh), qui ne permet l’usage de l'incarnation, et le vendredi, en souvenir du cruci­ ni de la viande, ni des œufs, ni du laitage, ni du pois­ fiement. Ils ont aussi, cela va de soi, le grand carême; ce­ son, ni même de l'huile et du vin, mais seulement des lui-ci commence le lundi de notre Quinquagésimeel dure légumes; 2» le jeûne dit dzuom, identique au précédent sept semaines. Ils ont enfin, chose propre à 1 ur Église, sous le rapport de l'abstinence, mais n'autorisant qu'un seul repas, après les vêpres; 3» le jeûne dit navagadik, des semaines de jeûne (Chapat/ia-bahk). Cette dernière institution remonte au concile de Tvin (555), qui ordonna dans lequel la viande seule est interdite. Si l'on excepte une semaine de jeune par mois, soit douze semaines le jeûne de Varatchavork et du grand carême, tous les autres jeûnes de l’année sont de simples abstinences, par an. Deux de ces semaines, celles de mars et avril, étant comprises dans le grand carême, il n’y a qu’à au sens théologique du mot; on peut manger à toute heure et en n'importe quelle quantité de tous les ali­ •n-r la place des dix autres. La semaine de janvier pre­ cede la fête de l’Épiphanie. 6 de ce mois, et celle de ments non prohibés. Même dans le grand carême, le jeûne proprement dit finissait primitivement au coucl.tr fesrier est toujours placée immédiatement avant le grand 1963 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE du soleil, après les vêpres; actuellement, il se termine à midi. On pourra donc, même en carême, manger de midi à minuit, à toute heure et en toute quantité, des aliments permis; voilà comment on peut faire carême tout en mangeant plusieurs fois du lait, du fromage, de la viande même, en vertu d’un induit, mais seulement à partir de midi. Ces institutions pênitentielles des Arméniens n’ont rien que de très légitime. Tel n'est point l'avis des grecs, gens enclins, comme on sait, à ne trouver bon que ce qu'ils font. Pendant plusieurs siècles et jusqu'à ces dernières années, ils ont attaqué avec une violence inouïe le jeûne hebdomadaire de Varatchavoralz qui s'observe une semaine avant l'ouverture du grand ca­ rême. c'est-à-dire durant la semaine qui précède notre dimanche de la Septuagesime. Ce jeûne, institué en mé­ moire de celui des Ninivites, n'est pas exclusivement propre aux Arméniens; les Chaldëens l’observent égale­ ment. N'importe, jamais les grecs ne rappellent Γάρτζιêoôpiov, — c'est ainsi qu'ils écrivent, — sans y joindre les épithètes de monstrueux et de satanique. 11 est juste de reconnaître qu'ils n'ont épargné ni les railleries ni les calomnies pour le rendre effectivement mons­ trueux. Des multiples raisons fournies par les Armé­ niens pour justifier cet usage, aucune n'a trouvé grâce aux yeux des irréductibles théologiens de Byzance. Ne pouvant refaire ici l’histoire de cette misérable controverse, je me bornerai â renvoyer le lecteur aux principales sources. Du côté des grecs : Anastase de Césarée (al. S. Nicon), Deartzibourio adversus falsam Armeniorum religionem, édité par Cotelier dans ses notes aux Constitutions apostoliques, P. G., t. t, col. 655-658; Isaac d’Arménie, Orat., u, contra Armenos, hæresi S3, P. G., t. cxxxu, col. 1233-1235; voir aussi ibid., col. 12031204; Balsamon. In can. 69 Apostol., P. G., t. cxxxvit, col.177178. Du côté des Arméniens : Nersès de Klag, Opera, Venise, 1833, t. 1, p. 193 sq. ; cf. Nilles, op. cit., t. n, p. 7-11, 559, 572; E. Dulaurier, Histoire de l’Église arménienne, p. 102-103. Sur le calendrier en général et sur les jeûnes, voir N. Nilles, op. cit., t. u, p. 556 sq. ; Calendrier détaillé de rtiûpital national pour l'année 1900 farm.),p. 95-103. Voir aussi G. de Serpos, Com­ pendio storico, t ut, p. 9-20. Les Arméniens catholiques ont, en principe, les mêmes jeûnes que les grégoriens, mais ils en ont peu à peu atténué la rigueur. Tandis que les grégoriens s’abstien­ nent généralement de poisson et même d'huile, les catho­ liques en usent; ils y ajoutent même le fromage, le lait, les œufs, voire, dans certains diocèses, la viande,en vertu d'induits octroyés par le patriarche ou l’évêque du lieu. XII. Livres liturgiques. — Je n'ai pas encore parlé des deux formes principales du culte, l'office divin et la messe. Avant de le faire, je crois utile de donner une courte notice des livres liturgiques, sans lesquels on ne saurait célébrer ni messe ni office. Pour ne point s'égarer le long de leur année litur­ gique — on a vu combien celle-ci était compliquée — les Arméniens ont entre les mains un guide très complet, le Donatzouitz ou Indicateur des fêtes. Ce livre joue le rôle de notre Ordo divini officii; seule­ ment. comme on ne le recompose pas chaque année, il est nécessairement beaucoup plus développé que notre ordo, car tous les cas de concurrence, d'occurrence et d'incidence des fêtes y sont prévus. Sous chacune des fêtes dominicales, sanctorales ou fériales, on trouve l'in­ dication des hymnes, des chants, des psaumes, des épitres et des évangiles à lire ou à chanter tant à l’office qu'à la messe; on y indique aussi, pour les grandes fêles, le quantième du mois ou cette fête se rencontre dans l'Boniiliaire (voir plus loin), indication qui permet de retrouver aisément dans ce dernier livre la notice historique ou l’homélie à lire avant les vêpres. Imprimé à Constantinople en 1702 et à Venise en 1807, ce livre a été presque entièrement modifié par le catho­ licos Simeon dans son édition de 1780. in-4°, Vagharchapat. D abord mal accueillies, les réformes de Simeon 1964 ont été definitivement adoptées par le patriarcat de Constantinople dans l'édition de 1872. Pour les détails bibliographiques, voir P. Karékin, Bibliogra­ phie arménienne, p. 680-682. Le Donatzouitz sert indifféremment pour l’office ou la messe; le Badarakamadouitz ou livre de la célébration de la messe est, au contraire, propre à la messe; on l’appelle encore Khoreurladêder ou Livre du sacre­ ment. II se distingue de notre missel en ce qu'il ne contient que la partie du prêtre, ou, pour mieux dire, du célébrant à la messe chantée, la seule messe que les Armé­ niens non unis connaissent. On n’y trouvera donc pas les morceaux chantés par le chœur, ni même les épilres et évangiles chantés par les ministres sacrés, mais uni­ quement les pièces .que le célébrant doit lui-même chanter ou réciter. Tout récemment (1879), Msr Hassoun a publié une édition à l'usage des prêtres catholiques qui désirent célébrer la messe basse, et il y a fait entrer les épitres, les évangiles, en un mot toutes les parties de la messe. Cette édition, imitée de notre missel, est très répandue parmi les catholiques, mais inconnue des grégoriens. Même l’ancien missel des catholiques pré­ sente avec celui des grégoriens des différences plus ou moins notables, introduites par la S. C. de la Propa­ gande sur le rapport du prêtre arménien Parsegh (f 1693); cette édition corrigée, sur laquelle il nous fau­ dra revenir, parut à Borne en 1677. Sur les autres éditions, cf. P. Karékin, op. cil., p. 278-282. Exclus du Badarakamadouitz, les évangiles et les épitres de la messe se trouvent dans le Djachotz, litté­ ralement Livre de midi ; c'est un grand volume imprimé en très gros caractères et contenant, avec les parties que je viens d'indiquer, les autres pièces destinées à être chantées par les ministres sacrés, non seulement à la messe, mais encore à l’office, telles que prophéties, épitres et évangiles de l’office, prières solennelles, etc. On peut l’assimiler aux anciens Lectionnaires. 1" édition, in-fol.. Venise, 1686. Sur les autres, voir P. Karékin, op. cit., p. 383-386. De même que le Djachotz contient la partie des mi­ nistres sacrés, le Tèbroulioun ou Livre des enfants de chœur renferme les chants, les hymnes, en un mot toutes les pièces chantées par le chœur; c’est un recueil analogue à notre paroissien. Les éditions en sont très nombreuses; la première a paru à Venise, in-32, 1786. Cf. P. Karékin, op. cil., p. 161-162. Au lieu d’avoir pour l'office un livre unique, analogue à notre bréviaire, les Arméniens en possèdent plusieurs, dont l’usage n’est pas toujours commode. J’ai déjà nommé le Djachotz, commun à la messe et à l’office. L'Haïsmavourk, littéralement ce jour-ci, contient les vies abré­ gées ou les éloges des saints et des homélies sur les fêtes « dominicales », dont la lecture est faite au peuple avant les vêpres. Ces pièces sont disposées dans l’ordre du calendrier civil ou des mois de l’année; c’est le pen­ dant des synaxaires grecs et de nos leçons du second et du troisième nocturne. La majeure partie de i'Haïsmavourk a été traduite du grec par le catholicos Grégoire Vgayassér, Vami des martyrs. Cf. N. Nilles, op. cit., t. 1. p. 256, en note. La première édition a paru à Constan­ tinople, in-fol., 1706. Cf. P. Karékin, op. cit., p. 446-452. L’usage de lire avant les vêpres la leçon de l'Haïsmavourk est religieusement observé par les grégoriens et les catholiques de l’intérieurde l’Asie Mineure; mais les catholiques de Constantinople l’ont abandonné. — Le Djareitndir ou Discours choisis est un livre analogue au précédent par sa nature comme par son usage; il s'en distingue seulement en ce qu’il ne contient que les ho­ mélies sur les fêtes dominicales et les panégyriques des saints; les biographies des saints en sont exclues. Voir dans P. Karékin, op. cit., p. 387, la description de l’édi­ tion de Constantinople, in-fol., 1723. 1965 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE La partie usuelle de l’office est contenue dans le Jamarkik ou Livre des heures, analogue à ΤώιΆΛγιον grec et, d’une certaine façon, à notre diurnal; on y trouve les psaumes, les oraisons, les formules qui se récitent tous les jours, à l’exception des chants et des hymnes. On distingue le Jamarkik ordinaire et le grand Janiarkik; celui-ci est d’un format plus grand que le premier et contient quelques chants de plus, lesquels se chantent à la messe du haut des gradins qui s’élèvent à côté de l’autel. Comme ces gradins se nomment adian, le grand Jamarkik s’appelle, pour cette raison, Adianijamarkik. Les éditions de ce livre sont excessivement nombreuses; la première a paru à Djougha (Joulfa), en Perse, in-4®, 1642. Sur les autres, cf. P. Karékin. op. cil., p. 218-236. Les cantiquesou hymnes, non compris dans le Jamar­ kik, sont réunis dans un livre spécial bien connu des Européens, au moins de nom, le Charagan ou Hymnaire. Ce volume contient toutes les pièces chantées de l’office ; mais celles de la messe ne s’y trouvent pas, à moins qu'elles ne soient communes à la messe et à l’office. Les paroles sont accompagnées de notes musi­ cales qui présentent la plus grande analogie avec celles de la musique religieuse des grecs et des Syriens. Les cantiques eux-mêmes sont composés d’après un système de versification semblable à celui des grecs; le terme même du canon qui sert à les désigner est grec. 11 est vrai que le système des grecs provient lui-même d’une imitation des Syriens, et il est difficile, dans l’état actuel de la science, de dire si les Arméniens sont les tribu­ taires immédiats des premiers ou des seconds. Imprimé d'abord à Amsterdam, en 1664, in-8®, sous le nom mo­ derne de Charagnolz, ce livre compte une foule d’édi­ tions. dont la dernière a paru à Constantinople en 1877. En dehors de l’édition ordinaire, il en existe une autre en grand format, contenant les pièces destinées à être chantées du haut de l’adian et appelée, pour ce motif, Adianicharagan. Cf. P. Karékin, op. cil., p. 502-516. 1 >n doit à F. Nève une étude sur ce livre et la traduction de ses plus beaux morceaux. L'Arménie chrétienne et sa littérature, in-8°,Louvain, 1886, p. 46-247. Les mékitaristes de Venise ont publié en un volume spécial le texte et la traduction des hymnes en l’honneur de la sainte Vierge, Laudes et hymni ad SS. Mariæ virginis honorem ex t rmenorum breviario excerpta, in-4®, Venise, 1857. Une traduction russe complète du charagan a été publiée par J.-11. Emin, Recueil des canons et des hymnes religieux de l Eglise arménienne orientale, in-8», Moscou, 1879. Enfin le P Gabriel Avédikian a écrit sur ce livre un volumineux commentaire, Explication des hymnes en usage dans les of/ices de l’Eglise arménienne, in-4®, Venise, 1814. Certaines expressions d’une orthodoxie Jouteuse ont été justifiées par le même auteur dans son œuvre posthume, Sulle correzioni faite ai libri eccle­ siastici arment nell’ anno in-8®, Venise, 1868, p. 119-261. Un conçoit fort bien qu’une telle, abondance de li­ vres rende malaisée la récitation privée de l'office. Les mékitaristes de Venise ont voulu obvier à cet incon■ •■nient en réunissant dans un même volume semblable a notre bréviaire toutes les pièces éparpillées dans les livres que je viens d’énumérer. Ce volume s’appelle Jamagarkoulioun, c'est-à-dire mise en ordre des heures, attendez de l'office. On y trouve, dans une première partie toute la partie commune du Jamakirk; viennent en~uite, dans une seconde partie, toutesles pièces propres, hymnes, chants, épitres, évangiles, prières diverses, pour tous les offices de l'année. Une première tentative de ce genre avait été faite en 1842 par les mékitaristes d? Vienne, mais avec les textes corrigés, au xvn® siècle, par Parsek. Dans leur édition, parue en 1889. les édi­ teurs vénitiens ont partout é tabli le texte primitif. Cf. F. Karékin, p. 237. Celle restitution, bien qu'approuvée par le patriarche Azarian et même par la S. C. d·* la Propagande, a été fort mal accueillie par une partie du clergé catholique; au lieu de profiter de la facilité .ne donne la nouvelle édition, on préfère murmurer con’.; · les éditeurs el... se dispenser de l'office. Reste un dernier livre, le Machdolz, véritable manu I du prêtre dans l'exercice de son ministère: c’est le pen­ dant de notre rituel. Le terme de Machdolz est le sur­ nom donné à Mesrob. l'inventeur de l'alphabet; s'il sert en même temps à désigner le rituel, c’est que la compilation de ce dernier appartiendrait à .Mesrob. Ainsi, du moins, l’affirment beaucoup d'Arméniens; mais cette assertion est insoutenable, car le Machdotz est un agré­ gat d’éléments de toute provenance et de tout âge. Cer­ tains auteurs l'attribuent au patriarche .Machdolz, qui vivait au ix® siècle. Cf. G. Avédikian, Sulle correzioni, etc.,p.6. Quoi qu'il en soit, le Machdolz, dans son état actuel, contient : 1® le rituel des sacrements, baptême et confirmation, fiançailles et mariage, confession, prières auprès des malades, viatique, extrême-onction, prière des agonisants; 2® le rituel des funérailles pour les laïques en général, pour les enfants, pour les religieux, pour les prêtres et les évêques; 3® le cérémonial des visites à faire au cimetière, les 2®, 8®, 15®. 40® jours après la mort et à l'anniversaire; 4“ les divers cantiques et prières pour les morts, disposés d’après les huit modes musicaux; 5® la bénédiction des maisons à l’Epiphanie et à Pâques et dans leurs octaves; 6® bénédictions di­ verses : croix et tableaux â mettre dans l'église, calice et patène, vêtements sacrés et nappes d'autel, portes de l’église, cloches, livres liturgiques, encens, eau bénite (avec une relique de la vraie croix que l’on plonge dans l’eau), repas funèbre du 8® jour après la mort (okiankis), agneau pascal, poules et poulets, sel, plantes, moisson, aires, prières pour la pluie et contre les tempêtes, béné­ diction des puits, absolution publique des parjures, bénédiction solennelle des raisins le jour de l’Assomp­ tion après la messe, des vierges et des veuves qui se vouent à la vie religieuse dans le monde. Après cette partie commune aux grégoriens et aux catholiques, le rituel catholique, in-8®. Venise, 1831, 1840, etc., en con­ tient une seconde renfermant certaines cérémonies empruntées aux latins, mais très aimées du peuple. Telles sont la bénédiction de l'eau, l’indulgence de la bonne mort, la bénédiction des cierges (2 février), des cendres, des rameaux, du chapelet, du scapulaire du Carmel, du lait et du miel, du fromage et des œufs, du pain et des fruits. Enfin, au lieu de laisser en appendice cette partie supplémentaire, Ms® Hassoun en a fait entrer les élé­ ments dans le corps même du rituel imprime par ses soins en 1880, in-8®, Vienne; il a aussi considérablement réduit le rituel des cérémonies propres aux Arméniens, à la joie destins et au scandale des autres.Cf. P.Karékin. op. cit., p. 400-403. XIII. Office divin et messe. — Les Arméniens ont une distribution des heures canoniales analogtie à < · lie des grecs; leur office comprend neuf parties : le noc­ turne, les matines, le lever du soleil (prime), tierce, sexte, none, vêpres, l'entrée de la nuit (complies, elle repos (prière à dire avant le coucher). Les deux der­ nières se disent toujours en particulier: prime et com­ plies (lever du soleil et entrée de la nuit) se suppriment tous les samedis et à toutesles fêtes dites « dominicales®, dont on a vu plus haut l’énumération; en revanche, les premières vêpres de ces fêtes dominicales sont toujours solennelles, c’est-à-dire chantées avec assistance du diacre et encensement. Matin et soir, l’office se récite publiquement à l’église, du moins chez les grégoriens; les catholiques ont laisse tomber cet usage, qu'ils n’ont remplacé par rien, pas même par la récitation privée de l'office. Leur principe est qu’un prêtre qui n’assiste pas à la récitation publique de l’office, n’est pas tenu d'y suppléer en récitant ce 1967 ARMÉNIE. CROYANCE ET DISCIPLINE même office en particulier. C’est là. d'ailleurs, pour le dire en passant, un principe commun à tous les orien­ taux, catholiques ou non. Après ce qui a été dit plus haut sur l’eucharistie con­ sidérée comme sacrement, il ne me reste à mentionner que quelques particularités secondaires de la messe arménienne. On sait qu'à l'exception de certaines orai­ sons el des hymnes, cette messe, prise dans son en­ semble, n'est qu'une compilation de la messe grecque de saint Jacques et de saint Jean Chrysostome. Comme les Grecs, les Arméniens transportent, au moment de l'offertoire, les oblats de l’autel de la prothèse au grand autel, au milieu d'un pompeux appareil et des témoi­ gnages de vénération des assistants. Certains théologiens se sont émus .de celte cérémonie; ils y ont vu une source d'erreur pour la piété populaire, exposée à pren­ dre pour les espèces sacramentelles ces éléments du sacrifice encore intaets : aussi beaucoup d'Arméniens catholiques en ont-ils demandé la suppression, au grand scandale des partisans de l’opinion contraire. Consul­ tée, la S. C. de la Propagande a répondu : Armenorum veneratio erga oblata (id est materiam euc/iaristiæ 'conficienda: præparatam) præmatura videtur atque intempestiva ; ceteroquin diversarum gentium consue­ tudines tolerandæ sæpe sunt, præsertim quia populus satis novit oblata illa nondum esse consecrata, ideoque periculum falsi cultus abest. Lettre du 4 juil­ let 1833 à Mor Nourigian dans Jur. pont, de Prop, fide, part. I, t. v, p. 87. Non moins que la cérémonie ellemême, les paroles chantées par le chœur durant la pro­ cession ont donné lieu chez les Arméniens à de très vives discussions, puis à des corrections dans le texte en usage chez les catholiques. Voir pour les détails G. Avédikian, Suite correzioni faite ai libri ecclesias­ tici, p. 274-285; G. de Serpos, Compendio storico, t. ni, p. 45-50. Le transfert des oblats est suivi du baiser de paix que les assistants se donnent entre eux. Cet antique usage a été maintenu par le saint-siège: Nihil obstat quominus in templo populus pacem invicem impartiatur; quandoquidem viros seorsim a mulieribus id facere affirmas. Lettre citée, p. 87. J’ai déjà parlé de la grosse question de l'épiclése; elle a provoqué, elle aussi, de violents débats et créé entre les catholiques et les grégoriens une divergence de plus. G. Avédikian, op. cit., p. 322-375. Même remarque pour l’usage de mêler un peu d’eau au vin, abandonné des uns et con­ servé parles autres. Avédikian, op. cit., p. 265-267; G. de Serpos, Compendio storico, t. IH, p. 140-160. Sur ce point, la décision de Home est formelle : Aqua sacro calici sub districto prœceplo miscenda est. Lettre citée, p. 86. Par mesure de prudence, Rome a conseillé de distribuer les eulogies ou le pain bénit, non au moment de la communion du prêtre, mais à la fin de la messe, ne forte symbolum cum vera re confundatur. Ibid., p. 87. L’emploi des instruments de musique et des rideaux servant à cacher tout l'autel à certains moments, n’a donné lieu à aucune difficulté théologique. Les Arméniens non unis ne célèbrent pas de messes basses, et, comme il n’y a qu'une messe chantée par jour, il en résulte qu’ils ne célèbrent qu'à d’assez longs intervalles, s'ils sont plusieurs à desservir une église; en ce dernier cas, ils se chargent, à tour de rôle, cha­ cun pendant une semaine, des offices et de la messe. Pour être autorisée chez les catholiques, la messe basse est encore loin d'y être générale, malgré les recom­ mandations du saint-siège : Missarum lectarum (præter sollemnem) pia utilisque consuetudo nequaquam abo­ leatur : quare et idoneus altarium numerus in templis statuendus est. Ibid., p. 86. Il n’est pas rare de voir des prêtres s’abstenir pendant de longues semaines de toute célébration, même en dehors du carême, lequel semble avoir amené cette abstention, en vertu d’une coutume visée dans un autre passage de la lettre pon­ ARMINIUS 1968 tificale : Usus quidem omittendi misste sacrificium nonnullis ante septuagesimam diebus, et præterea determinatis quibusdam intra quadragesimam, perse vituperandus non videtur, nisi forte graviores querela eorum, qui jamdiu aliter agere solent, pertimescenda sunt. Ibid., p. 86. La messe arménienne des grégoriens existe en traduction française dans Ed. Dulaurier, Histoire, dogmes, traditions et liturgie de l’Êglise arménienne, 2’ édit., in-18. Paris, 1857, p. 107-174, en anglais, avec texte arménien, dans E. Asdvadzadouriants, Liturgy of the holy apostolic church of Armenia, in-8‘. Londres, 1887, et, en anglais seulement, dans F.-E. Briglitman, Liturgies eastern and western, in-8·, Oxford, 1896, t. i. Eastern Liturgies, p. 412-457, en latin (traduit sur l'anglais) dans A. Daniel, Codex liturgicus Ecclesiæ universæ, in-8·, I.eipzig, 1853, t. iv, fasc. 2, p. 451-480. Pour la messe des Armé­ niens catholiques, voir Ordo divinæ missæ Armenorum, in-4·, Rome, 1642. 1670, et avec les corrections de Parsek, 1677 (arm. lat.), Liturgia armena, Venise, 1690 sq.; Liturgia armeniaca cum imaginibus, in-4· et in-8·, Venise, 1823 (arm. lat.) : Avédi­ kian, Liturgia della messa armena trasportata in daliano, b· édit., -in-8·, Venise, 1873; Liturgie de la messe arménienne, in-8·, Venise, 1851, 1870; F. X. Steck, Die Liturgie der katholischen Armenier, in-8·, Tubingue, 1845: J. Issaverdens, The arménien liturgy, in-16, Venise. 1872; J.-B.-E. Pascal. Liturgie arménienne, dans Migne. Dictionnaire de liturgie, in-4·, Paris, 1844, col. 1257-1302. Pour le commentaire de la messe, voir Chosroæ Magni, episcopi monophysilici, explicatio pre­ cum missse, trad. P. Vetter, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1880; Nersês de Lampron, Réflexions sur les institutions de l’Êglise et explication du mystère de la messe, in-8·, Venise, 1847 (arm.). Pour les manuscrits et autres détails sur la messe, cf. Brigbtman, op. cit., p. xcvt-ci. L. Petit. ARMÉNIENS (Décret aux). Voir FLORENCE (Concile de). ARMINIUS. — I. Vie el doctrine. II. Disciples. I. Vie et doctrine. — Jacques Arminius (Hermanss ou Harmensen) est né le 10 octobre 1560, à Oudewater (Hollande méridionale). Du lieu de son origine lui est venu le surnom de Veteraquinas. Il était fils d'un sim­ ple coutelier. Après la mûri de son père, plusieurs per­ sonnes riches s'intéressèrent à lui à cause de la vivacité de son intelligence et lui fournirent les moyens d'éludier successivement à Utrecht et à Marbourg. Pendant six ans, il suivit les cours de théologie à l'université de Leyde. Grâce au bourgmestre d’Amsterdam, il put aller à Genève, en 1582, achever ses études. Son attachement à la philosophie de Pierre La Ramée l’obligea à quitter bientôt cette université. 11 vint à Bâle, où, en raison de sa science, on voulait lui conférer le doctorat qu'il refusa. En 1583, il retourna à Genève écouter les leçons de Théodore de Bèze. 11 voyagea en Italie, séjourna quel­ que temps à Padoue et alla jusqu’à Rome. En 1588, il revint à Amsterdam, où il fut pasteur et où il acquit la réputation d’orateur. H était jusqu’alors strictement attaché à la doctrine de Calvin. On le chargea de réfuter un écrit de Coornhert, qui attaquait la doctrine de Cal­ vin et de Théodore de Bèze sur la prédestination décidée par Dieu de toute éternité, même avant la prévision du péché d’Adam, et l’ouvrage des pasteurs de Delft, qui prétendaient que le décret de la prédestination au ciel ou à l'enfer n’avait été porté qu’après la prévision de la chute originelle. On a appelé infralapsaires ces adver­ saires de Calvin, et supralapsaires les partisans du cal­ vinisme rigide. En se livrant à l’examen de ces écrits, Arminius conçut des doutes sur la doctrine qu'il avait crue et enseignée jusqu’alors et on trouve dans les lettres qu'il écrivit à celte date, aux savants, ses amis, les premiers indices d'opposition à Calvin et â Théo­ dore de Bèze. Ce changement d’idées est visible aussi dans la critique, Examen libelli Perkiniani, qu'Armini us fit alors d’un livre du théologien William Perkin. Dis­ ceptatio de modo et ordine prœdestinalionis, et d’un commentaire du chapitre tx de l'Épitre aux Romains, 1969 ARMINIUS Ces deux écrils n’ont été imprimés qu'après la mort de I leurauteur. Celui-ci pensait dés lors que la grâce divine est offerte à tous les hommes qui l'acceptent ou la rejettent volontairement. Son collègue, Pierre Plancius, le réfuta violemment. 11 lui reprochait de s’écarter de la confession de foi et du catéchisme et il l'accusait de pélagianisme et de socinianisme. Uytenbogaert et Tassin se rangèrent du côté d'Arminius, qui ne reconnaissait plus l’autorité des livres symboliques et refusait à l'Etat le droit de s'immiscer dans les questions ecclésiastiques. En 1603, malgré l’opposition de Gomar, Arminius fut nommé professeur à Leyde pour remplacer Ju­ nius, mort de la peste, l’année précédente, et il inau­ gura son enseignement par un discours De sacerdotio Christi, qui lui valut le titre de docteur en théologie. Lorsque Arminius commença, en 1604, à émettre publi­ quement ses idées sur la prédestination, Gomar, par­ tisan acharné du calvinisme rigide, entreprit contre lui une polémique qui divisa en deux camps les réformés de Hollande. Arminius résuma sa doctrine en quelques thèses et s’efforça de prouver que Gomar faisait de Dieu l’auteur du péché et qu'il était manichéen. La discus­ sion continuée de vive voix et par écrit, s’envenima de plus en plus. Les pasteurs en majorité et le peuple demeuraient fidèles au calvinisme; quelques docteurs et les hauts fonctionnaires de l’État se rangeaient au parti d'Arminius. Les calvinistes voulaient réunir un synode dans lequel Arminius serait appelé à se discul­ per; les Etats généraux refusèrent l'autorisation. Oldenbarneweldt fournit, en 1608, aux deux adversaires l’oc­ casion de s’expliquer en présence du Conseil d’Etat. Celui-ci décida que la discussion ne touchait pas aux points principaux de la foi et que les deux partis devaient demeurer en paix. Gomar n'accepta pas cette décision. Les États généraux essayèrent de nouveau de réconcilier les deux théologiens et autorisèrent une conférence avec quatre pasteurs, au mois d’août 1609. Les débats se pro­ longèrent de vive voix et par écrit et furent interrompus par la mort d'Arminius, survenue le 19 octobre de cette année. Les écrits latins du professeur de Leyde furent réunis peu après par ses enfants; ses œuvres complètes ne parurent que plus lard :./. Arminii opera theologica, Leyde,1629,et furent rééditées. in-4°, Francfort, 1631,1634. Eiles ont été traduites en anglais par J. Nichols, The works of James Arminius, 2 in-8°, Londres, 1825-1828; 3 in-80, Bullalo, 1853. 11. Disciples. — Le parti d’Arminius ne disparut pas â la mort de son chef, pas plus que. la controverse ne s'assoupit. Épiscopius prit la direction de l'arminia­ nisme. Il fut accusé avec Jean Gytenbogaert et Conrad Vorstius auprès des Etats de Hollande de troubler la paix du pays et de professer des doctrines hétérodoxes. Pour se disculper, les arminiens présentèrent, en cinq articles, une remontrance, qui leur valut le nom de remontrants : 1° De toute éternité, Dieu a prédestiné au ciel, ceux dont il a prévu la persévérance à croire en Jésus; il a destiné à l'enfer ceux qu'il savait ne devoir pas rester fidèles;2° Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, mais les fidèles seuls jouissent des fruits de sa mort; 3° Aucun homme ne peut acquérir la foi par luinit-me ou par ses puissances naturelles, et tous ont t soin, pour faire le bien, d'être régénérés par l’Esprit; 4 La grâce de Dieu est donc nécessaire, mais elle ne s'impose pas â la volonté des hommes qui peuvent y - sister; 5° Celui qui est uni â Jésus par la foi a le pou- jir de résister au mal. Ils ajoutèrent, en 1611, que le fidèle peut perdre la foi. Cette doctrine, qui fait dépendre le salut de la volonté de l'homme, était manifestement contraire au calvinisme, qui déclare que Dieu seul sauve | les élus. Les gomaristes opposèrent une contre remon- ! trance, exprimée dans le sens de la doctrine rigide de Calvin. Des collisions éclatèrent en plusieurs villes entre îS partisansdes deux sentiments. Les colloques provo- | 1970 qués par les États, en 1611, à la Haye et en 1613. à Delft, n’aboutirent pas â rétablir la paix. En 1614, les États, qui étaient favorables aux arminiens, interdirent de discuter ces questions irritantes et voulurent imposer aux partis la tolérance mutuelle. Pour des motifs poli­ tiques, le prince Maurice d'Orange se rangea du côté des contre-remonlrants. Il lit convoquer à Dordrecht un synode général, auquel devaient assister des députés calvinistes de tous les pays. Les églises réformées du Palatinat, de la Hesse, de la Suisse, de Genève, de l’An­ gleterre y eurent des représentants. Louis XIV avait interdit aux calvinistes français d’y prendre part. Le synode s’ouvrit, le 13 novembre 1618, sous la présidence de Jean Bogermann. Les remontrants n’y furent pas admis comme membres délibérants, ils furent cités à compa­ raître comme accusés. Épiscopius, qui avait demandé une conférence contradictoire, accepta de n'avoir qu'à se défendre. Il déclara qu'il n'était pas obligé d'adopter tous les sentiments des chefs de la réforme et il justifia les cinq articles de la remontrance. Le synode qui se prolongea jusqu’au mois de mai 1619, porta des canons qui confirmaient la doctrine calviniste de la prédestina­ tion absolue et condamnaient 1-arminianisme. Les par­ tisans du système condamné qui avaient déjà été expul­ sés du synode, le 14 janvier 1619, comme menteurs et trompeurs, furent déclarés perturbateurs de l'Église et déchus de toute fonction ecclésiastique. Deux cents per­ dirent leurs places, quatre-vingts furent exilés. Les dé­ crets du synode de Dordrecht furent reçus dans les Pays-Bas, en Suisse, en France et par les presbytériens d’Angleterre. La persécution ne détruisit pas le parti arminien, défendu par Épiscopius. Voir ce nom. L'opinion pu­ blique lui devint peu à peu plus favorable. On reconnut que le synode avait procédé contre lui avec trop de ri­ gueur et les arminiens réussirent à se disculper du reproche politique qu’on leur avait fait d'être hostiles à la maison d'Orange. Après la mort du prince Maurice (1625), ils furent tolérés dans les Pays-Bas, et en 1630, ils obtinrent l'autorisation de s’établir où ils voudraient et d’ériger des églises et des écoles. Ils fondèrent aussi­ tôt un séminaire à Amsterdam. En 1621, ils élevèrent dans le duché de Schleswig-Holstein, la ville de Frédéricstadt. Dès qu’ils jouirent de la paix, ils ne s’accrurent plus. Leur nombre diminua insensiblement et ils eurent dans le calvinisme plus d'influence comme tendance particulière que comme secte proprement dite. Leur nombre ne s’élève guère aujourd’hui qu'à I5 00Q âmes réparties en 27 communautés; mais leurs idées se sont infiltrées d'une façon latente et graduelle dans la plupart des églises réformées des Pays-Bas, et le calvinisme français a subi leur influence. Leur église est dirigée par un synode, qui se réunit chaque année à Amster­ dam ou à Rotterdam et qui se compose de tous i. - ,steurs, des professeurs du séminaire et des délégués i communautés. H désigne un comité de cinq m.-mbr-pour traiter les affaires courantes. Amsterdam poss. de un séminaire destiné à l'instruction des futurs pasteurs; Épiscopius y professa le premier la théologie; Étienne Courcelles lui succéda. D’autres maîtres de ce séminaire se sont fait un nom dans les sciences théologiques; de ce nombre sont Philippe Limborch, Adrien Cattenburgh. Jean Leclerc· et Jacques Wetstein. La chaire de théolo­ gie arminienne a été transférée à Leyde en 1873 et occupée par Tiele. La doctrine des arminiens s’est modifiée progressive­ ment. Ils ont expliqué la prédestination et l'élection dans un sens de plus en plus favorable à la liberté humaine. De prime abord, ils ne repoussaient la prédestination absolue que parce qu’elle fait Dieu auteur du rnal et qu'elle rend inutile la mort expiatoire de Jésus-Christ. Ils ajoutèrent plus tard que le libre arbitre apport:· nt tellement à l'honme que celui-ci ne peut le perdre- Le 1971 ARMINIUS ARNAUD DE BRESCIA péché d’Adam avait été tin acte pleinement libre, qui entraîna pour les descendantsdu premier homme la perte de la véritable justice et les maux temporels; mais il n'a pas détruit en eux le pouvoir d’accomplir le bien. JésusChrist a sauvé tous les hommes, et l'Evangile apporte à tous ceux qui l’entendent la grâce dese relever du péché, de telle sorte que c'est de leur propre faute que quelquesuns ne veulent pas en profiler. La grâce n’est pas efficace par elle-même; son efficacité résulte de la manière dont elle est reçue. Elle n’est pas non plus irrésistible, et on peut la perdre totalement et finalement; mais elle est nécessaire pour commencer, continuer et parache­ ver le bien. La véritable et seule foi salvifique est celle qui opère par les œuvres. La justification comprend cinq actes : l’élection qui met au nombre des vrais croyants et des sauvés, l’adoption, qui place dans la famille de Dieu et donne droit à la béatitude céleste, la justification proprement dite, qui efface tous les péchés par la foi, la sanctification, qui discerne intérieurement les fils de Dieu des enfants du monde, et la continuation par le Saint-Esprit, qui fortifie la confiance et augmente l’assurance de la grâce divine et de la béatitude céleste. Cette doctrine s’accorde en partie avec celle des catho­ liques sur la prédestination et la nécessité de la grâce, mais elle se rapproche du pélagianisme au sujet de l'efficacité de la grâce. Quelques arminiens se laissè­ rent influencer par les idées sociniennes et admirent le subordinatianisme dans le dogme de la Trinité. Les remontrants ne reconnaissaient pas les sacrements au sens strict du mot; ils recevaient toutefois le baptême et la cène, mais comme de simples signes qui ne donnent pas la grâce aux âmes. Les collégiens ont formé une branche particulière de l'arminianisme, fondée par les frères Codde. Leur nom vient de ce qu'ils se réunissaient, pour le service di­ vin, dans des maisons privées, appelées « collèges ». Ils rejetaient toute doctrine positive, reconnaissaient à tous les chrétiens le droit d'enseigner et de prêcher et inter­ disaient d’accepter des emplois, de faire partie des armées et de prêter serment. Sur Arminius, C. Brant, Historia vitæ Arminii, Amsterdam, 1724 ; 2· édition augmentée par Mosheitu, in-8·, Brunswick, 1725; P. Bertius, Oratio in obitum J. Arminii, in-4·, Leyde, 1609; Praestantium ac eruditorum virorum epistolæ eccl. et theol. inter quas a J. Arminio conscripta:, 3· édit., in-fol., Amster­ dam, 1704; J. Nichols, The life of Arminius, in-8·, Londres, 1843: Kealencyklopadie fur protest. Théologie und Kirche, 3' édit., Leipzig. 1896, t. n, p. 103-105. — Sur 1'arminianisme, Uytenbogaert, Histoire de l'Église, de l'an 400 jusqu'au synode de Dordrecht (en hollandais), Rotterdam, 1619, 1647; G. Brandt, Historia reformationis Belgicæ, 3 vol., La Haye, 1726; J. Regenboog, Histoire des remontrants (en hollandais), Amster­ dam, 1774: trad, allemande, Lengo, 1781; Ypeyet Dermont, His­ toire de l’Église réformée néerlandaise (en hollandais), 18191827; Acta synodi nat. Dordrac., Leyde, 1620; Acta et scripta synodi Dordrac. remonstrantium, 1620 ; Haselius. Historia concilii Dordraceni, 1724; Augusti, Corpus librorum symbolicorum, p. 198-240; Bossuet, Histoire des variations, 1. XIV, c. xvu-xciv, Œuvres complètes, Besançon, 1836, t. vn, p. 584602; Bergier, Dictionnaire de théologie, au mol Arminianisme ; Mœlber, La symbolique, trad, française, Besançon, 1836, t. n, p. 387-1112 ; M. Graf, Beitragzur Geschichte der Synode von Dortrecht, Bâle, 1825; Hergenrother, Histoire de l'Église, trad, franc., Paris, 1891, t. v, p. 536-541 ; Encyclopédie des sciences religieuses, Palis, 1877,1. 1, p. 599-605. E. Mangenot. 1. ARNAUD Ignace, jésuite franç ais, né dans le dio­ cèse de Carpenlras. le 10 octobre 1677, admis dans la Compagnie le 5 octobre 1694, professa six ans la philo­ sophie, vingt-trois ans la théologie, fut dix ans préfet des études,et mourut â Avignon, le 4 juin 1752. — Theo­ logia de sacramentis ad faciliorem scholarum et se­ minariorum usum, in-8°, Avignon, 1720. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C1· de Jésus, 1.1, col. 558; t. vm, cul. 1689. C. SOMMEftVOGEL. 1972 2. ARNAUD DE BAD7TO, dominicain de la pro­ vince de Provence. Prieur du couvent de Limoux. Li­ cencié en 1526 et maître en théologie en 1530. Nommé inquisiteur général de Toulouse le 12 avril 1531. Mort vers 1536. On a de lui : 1“ Breviarium de mirabilibus mundi ejusque compositione secundum triplicem viam theologorum, astrologorum et philosophorum, in-4·, Avi­ gnon, 1499; 2° Margarita virorum illustrium de fu­ tura temporis dispositione præcognoscenda. in-4·. Tou­ louse, 1525; 3" Destructorium hæresum novissime con­ structum, inS", Paris, 1532; Lyon, 1536. Quétif-Echard, Scriptores ord. præd., t. π, p. 96, 332; Acta capitulorum generalium ord. præd., t. iv (Monumenta Ο. P. historica, t. TX), p. 204. 231 ; Hurter, Nomenclator literartus, t. iv, cui. 1058. P. Mandonnet. 3. ARNAUD DE BRESCIA. - I. Vie. IL Doctrines. III. Disciples. I. Vie. — Arnaud. Arnaldus, Arnaldus, Amulphus, Emaldus, naquit â Brescia, vers la fin du xi· siècle. On l'avait cru élève d’Abélard, sur la foi d’Otton de Frisingue, Mon. Germ, hist., t. xx, p. 403, cf. le Ligurinus, P. L., t. ccxn, col. 369; il semble que cette opi­ nion doive être abandonnée, cf. Comba, 1 nostri protes­ tant, Florence, 1895, t. i, p. 173. Otton dit également qu'Arnaud ne fut, dans la cléricature. que lecteur; l'au­ teur bien informé de VHistoria pontificalis, dans Mon. Germ, hist., t. xx, p. 537, dit qu'il fut prêtre, cha­ noine régulier et prieur de son couvent. Les témoi­ gnages du temps s’accordent à nous le représenter comme un homme austère, de vie intègre, beau parleur, d’une séduction peu commune. Or, la ville de Brescia était gouvernée à la fois, au temporel, par l’évêque et par deux consuls que le peuple nommait; de là des conflits qui, sans doute, agirent sur l'esprit d'Arnaud et lui inspirèrent ses idées de réforme. Ses théories eurent beaucoup de succès. Dénoncé par l'évêque de Brescia au deuxième concile œcuménique de Latran (1139), il fut déposé de sa charge et banni de l'Italie, où il promit de ne revenir qu’avec l’agrément du pape. Il alla en France, prit parti pour Abélard, et, convoqué par lui, l’assista au concile de Sens (1141). Abélard fut condamné par le concile; Innocent II ap­ prouva cette sentence et ordonna d’enfermer, séparé­ ment, Abélard et Arnaud dans un cloître. Cf. Baronius, Annal, eccl., ad an. 1140. n. 10, et Jatl'é-Lôwenfeld, n. 8149. La décision du pape, en ce qui regardait Arnaud, ne fut pas exécutée ou ne le fut pas longtemps, car bientôt après Arnaud enseignait, â Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève, avec un succès médiocre, mêlant à ses leçons des attaques contre saint Bernard et contre le clergé et ses richesses. Saivt Bernard obtint du roi de France l’expulsion d’Arnaud, que nous retrouvons en­ suite â Zurich, en Suisse, puis, en I I 43, auprès d’un légat du pape, nommé Gui, en Bohême, enlin à VitUrbe, où il abjura, entre les mains d'Eugène 111 (1145), ses opi­ nions particulières et promit obéissance à l'Église. Les Romains, que hantaient les souvenirs du passé, s’étaient mis en tête, dès le pontificat d’innocent H, de ressusciter la République romaine ; dans ce but, ils avaient commencé contre la papauté une lutte longue et ardente. Arnaud fut-il en rapports aveceux avant 1146, comme le suppose M. Rocquain, La cour de Borne et l'esprit de réforme avant Luther, Paris, 1893, t. I, p. 199, n. 2? Ce n’est pas sûr, mais incontestablement en 1146 il était â Rome. Il y devint l’âme de l’opposition au saint-siège. Eugène III l'excommunia le 15 juil­ let 1148. Cf. Baronius, Annal, eccl.,ad an. 1148. n.38, et Jafïé-Lôwenfeld. n. 9281. Adrien IV travailla énergique­ ment contre lui, au lendemain de son élection au sou­ verain pontifical (1155). Arnaud dut quitter Rome. Il fut pris par les troupes de Frédéric Barberousse. Le préfet 1973 ARNAUD DE BRESCIA de Rome, qui représentait à la fois la papauté et l'em­ pire, le condamna,à Rome ou à Civita Castellana, à être pendu, fit brûler son cadavre et jeter ses cendres au Tibre (1155). Tous les documents contemporains attribuent l’exé­ cution d'Arnaud au préfet de Rome. La sentence aurait été portée parle pape, d’après les Annales August. mi­ nor., dans Mon. Germ, hist., Hanovre, 1852, t. xn, p. 8; cf..Boson, Vie d’Adrien IV dans Duchesne, Liber pon­ tificalis, Paris, 1889, t. Il, p. 390. Olton de Frisingue, dans Mon. Germ. hist., t. xx, p. 404, insinue que la responsabilité incomberait â Frédéric Barberousse : principis examini reservatus est, ad ultimum a præ(ecto Urbis ligno adactus. Gérhoh de Reichersberg, dans Marg. de la liigne, liiblioth. Patrum, t. tv b, col. 728, enregistre une version qui parait avoir été celle de la cour pontificale: Arnaud aurait été arraché de sa prison et livré au supplice par le préfet de Rome, pro speciali causa. à l’insu et sans le consentement de l’Église et de la curie. Gérhoh ne contredit pas à cette explication, mais il regrette que les meurtriers n’aient pas redouté de laisser peser les soupçons sur le siège apostolique et rejaillir jusqu'à lui le sang de la victime. 11. Doctrines. — On a ditqu'Arnaud fut un agitateur politique pljitôl qu'un réformateur religieux, que sa théologie n'allait point à l’hérésie et s’arrêtait sur le bord du schisme. Cf. Schmidt, Précis de l’histoire de '.'Église(l'Occident pendant le moyen âge, Paris, 1885, p 215; E. Gebhart, L'Italie mystique, Paris,1890, p. 41. Ce n’est pas ainsi qu'il apparut à ses contemporains. « Hlon de Frisingue le classe parmi les ingenia ad fa­ bricandas htereses scismalumque perturbationes prona; VUistoria pontificalis dit qu'il fonda une secte que. adhuc dicitur heresis Lumbardorum et que l’Eglise I avait excommunié, et tanquam herelicum preceperat •■■‘■itari. Cf. Mon. Germ, hist., t. xx, p. 403, 538, 537. Innocent 11 l’appelle lui et Abélard perversi dogmatis fabricatores et catholicæ fidei impugnatores. Cf. Baronius, ad an. 1140, n. 10. Eugène 1111e qualifie de schis­ matique, dans une lettre, et d’hérétique, dans une autre. Cf. Uaronius, ad an. 1148, n. 38; Marlène et Durand, Amplissima collectio, t. n, col. 551. Saint Bernard le dénonce comme schismatique et comme ayant défendu opiniâtrement toutes les erreurs d’Abélard après leur condamnation par l’Église. P. L., t. clxxxii, col. 363. Adrien IV le nomme hérétique. Cf. Jaflé-Lôwenfeld, n. ICO’.B. Quel fut donc l'enseignement d’Arnaud de Brescia ? II signala les abus auxquels donnaient'lieu trop souvenl les biens ecclésiastiques. Jusqu'ici il ne sortait pas fis limites de l’orthodoxie, et plusieurs de ses contem: ■: uns, dont la foi fut intacte, saint Bernard entre utres, s'attaquèrent aux mêmes maux. Mais Arnaud n envisagea pas la question des biens d'Église unique■ . ni au point de vue disciplinaire. Il nia le principe même du droit de propriété de l’Église. Toutes ses : jssessions temporelles, disait-il, appartiennent aux . . inces temporels ; le pape n’a pas à s’occuper du gou.••rnement de Ri me ; évêques, clercs, moines, ne peuvent r n posséder. Sous peine de damnation. Ceci déjà était p is grave. Sans doute la légitimité du droit de proprn té de l’Église n'avait pas été encore l’objet de défi­ nitions très précises ; pourtant, elle était assez, manife-te pour que ce langage d'Arnaud fût au moins témé­ raire. Arnaud alla plus loin. D’après lui, l’Eglise corrompue l«ns la personne des clercs, des évêques, des cardi­ naux. presque tous simoniaques et avides de richesses, n-tait plus la véritable Église et le pape n'était plus le vrai pape, ipsum papam non esse quod profitetur apos: .liçum virum et animarum pastorem... Dicebat quod sic aposlolicus est ut non apostolorum doctrinam imi­ tetur ad vitam, et idqo ei Obedient iam et reverentiam 1974 non deberi. Cf. 1’Historia pontificalis dans Mon. Germ hist., t. xx, p. 538. Ainsi il n’y avait pas à obéir au pape et aux prélats prévaricateurs. Ce n’était pas tou: les fidèles ne devaient pas recevoir les sacrements des prêtres indignes, ni se confesser à eux, mais bien plu­ tôt se confesser les uns les autres, · Nec debere illis populum delicta fateri, Set magis alterutrum, nec eorum sumere sacra. Cf. Archivio della società romana di storia patria, 1878, t. i, p. 471. Fidèle à son principe, Arnaud refusa, au moment de mourir, de recevoir un prêtre, et déclara qu'il ne voulait se confesser qu'au Christ. Ibid., p. 473. Cette fois, nous sommes en plein schisme et en pleine hérésie. En outre, Otton de Frisingue se fait l’écho d’un on dit, qui attribuait à Arnaud des opinions blâmables sur l’eucharistie et le baptême des enfants. Cf. Mon. Germ, hist., t. xx, p. 404. Comme on sait également qu’Arnaud fut condamné au deuxième concile œcuménique de Latran, Baronius, Annal, eccl., ad an. 1139, n. 9. en conclut aue le 23' canon du concile, Labhe et Cossarl. Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. x, col. 1008, vise Arnaud, en même temps que Pierre de Bruys. Ce n’est pas probable. Si Arnaud avait professé une hérésie re­ lativement à l’eucharistie ou au baptême (si même il avait déjà poussé ses idées de réforme jusqu’aux limites qu’il atteignit plus tard), la sentence du concile aurait été plus rigoureuse, Arnaud n’aurait pas été laissé libre, et saint Bernard n’aurait pas écrit seulement que, dans celte circonstance, Arnaud accusatus apud dominum papam schismate pessimo natali solo pulsus est. P. L.. t. clxxxii, coi. 362. « Ce ne fut certainement que dans les dernières années de sa vie qu’il tomba dans de pa­ reilles erreurs, si tant est qu’il y soit tombé. r, Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Pari-, 1908 sq., t. v, § 615. Saint Bernard appelle Arnaud inimicus crucis Christi. P. L., t. clxxxii, col. 363. S’il fallait prendre ces mots à la lettre, nous aurions un point de contact sûr entre Arnaud et le pétrobrusianisme. Mais il semble que leur sens est plutôt métaphorique. III. Disciples. — Les arnaldistes ou arnaudistes marchèrent dans la ligne tracée par Arnaud de Brescia. Nous avons quatre lettres écrites dans son entourage. L’une, adressée au roi Conrad, en 1150, par « un iidele du sénat » — et dont l’auteur est peut-être Arnaud luirnême — contient ces paroles:' « Vous pourrez faire en sorte qu’à l’avenir jamais un pape ne soit ordonné sans votre ordre et votre bon plaisir. Il est défendu aux prêtres de porter à la fois l’épée et le calice. l'ne autre lettre a pour destinataire Frédéric Barberou- ·: elle est d’un Wetzel (1152), qui flagelle · les ci es hérétiques et apostats, lesquels, à l’encontr de- d. crets évangéliques, apostoliques et canoniques. veulent dominer et troublent l’Église de Dieu et l’Etat »: p.ur battre en brèche le droit de propriété de l’Église, il argue de faux, le premier de tous, la donation de Cons­ tantin. Arnaud disparu, les arnaldistes gardèrent, en accen­ tuant encore le second, les deux points principaux de sa doctrine: négation du droit de propriété de l’Église et affirmation de l’invalidité des sacrements conférés parles ministres indignes. Quand les vaudois survinrent, l’entente s’établit vite avec eux : des deux groupes de vaudois, les pauvres de Lyon et les pauvres de Lombar­ die, ce dernier, plus éloigné du catholicisme et se dif­ férenciant de l’autre précisément parce qu'il ne consen­ tit jamais à admettre que le mauvais prêtre puisse con­ sacrer validement le corps-de Jésus-Christ, naquit d'une fusion du valdisme et de l’arnaldisme répandu princi­ palement en Lombardie. Voir Vaudois. L’Église analhématisa fréquemment les arnaldistes. 1975 ARNAUD DE BRESCIA ARNAUD DE VILLENEUVE 1976 Une formule de condamnation, qui les englobe avec les i nous n’avons rien à dire. On lui a attribué sans cause principaux hérétiques de leur temps, se trouve dans une la paternité du fameux livre blasphématoire De tribus multitude d'actes, par exemple dans le décret de impostoribus qui. très probablement, n’a jamais existé. Lucius III, au concile de Vérone (1184), cf. Labbe et C’est également à tort qu’on a prétendu que Clément V Cossart, Sacrosancta concilia, t. x, col. 1737 ; dans une donna ordre de rechercher et de brûler des écrits dan­ décrétale de Grégoire IX, du 20 août 1229, cf. Auvray, gereux d’Arnaud. La lettre de Clément V, du 15 mars Regestes de Grégoire IX, n. 232, Paris, 1890, t. i, [ 1312, se borne à rappeler qu’Arnaud est mort sans avoir col. 203; dans les fameuses constitutions de Frédéric II remis au pape un livre de thérapeutique qu'il lui avait sur la répression des hérétiques, si souvent reproduites promis : Clément V enjoint au détenteur inconnu de ce dans les bulles pontificales, el datées des années 1220, livre de le lui transmettre au plus vite. Cf. Regestum 1232, 1238. 1239, cf. Huillard-Bréholles, Historia diploClementis papæ F editum cura et studio monachorum matica Frideriei II, Paris,1852, t. n a, p. 4; 1854, t. iva, O. S. B., an. VII, n. 8768, Rome, 1887, t. vt, p. 297. p. 298; 1857, t. va. p. 280, et, par exemple, Bernard Gui, Le Libellus de improbatione maleficiorum d'Arnaud Practica inquisitionis heretice pravitatis, Paris, 1886, touche à la fois à la médecine et à la théologie. Tout en p. 309; plus tard, à une date où l'arnaldisme n'existait ne contestant pas la réalité de certains maléfices, il plus comme hérésie distincte, par exemple, dans une « s’applique à démontrer que les démons ne sont pas, bulle de Nicolas IV, du 3 mars 1291, cf. Potthast, Reg. autant qu’on le pense, au service des sorciers, et que P. II., n. 23589; et, plus tard encore, dans la bulle In bien des prétendus ensorcellements sont tout simple­ coma Domini,alors qu’il ne restait des arnaldistes qu'un ment des cas morbides ». Hauréau, Histoire littéraire vague souvenir. Cf. A. de Castro, Adversus hæreses,!. Ill, de la France, t. xxvm, p. 104. de beatitud., Paris, 1534, fol. 55. Quelques-uns de ses opuscules sont théologiques. Ils lui attirèrent, de son vivant, des ennuis et furent, après Sources anciennes : Historia pontificalis (l'au·-.··. est pro­ sa mort,, l’objet d’une sentence inquisitoriale. bablement Jean de Salisbury). Monum. German, hist., Hanovre, La date de l’apparition des premiers opuscules est 1868, t. xx, p. 537-538 ; Otton de Fristngue, Gesta friderici impe­ ignorée. Arnaud était à Paris, à la fin de l'année 1299, ratoris. Monum. German. hist·, t. xx. p. 36)C367,403-404 ; Gonquand il fut arrêté par l’official. On lui reprochait un tier (de Pairie?), Ligurinus, v. 262-348, P. t. CCXII, col. 369371 ; un fragment d’un poème inédit de la Vaticane, le Gesta per traité qui renfermait des propositions injurieuses pour imperatorem Federicum Barbam rubeam in partibus Lom­ l’Eglise; le prochain avènement de l'Antéchrist y était bardie et Italie, publié par E. Monaci, dans Archivio della soannoncé. Arnaud eut beau se débattre; on instruisit son cietà romand di storia patria, Rome, 1878, t. i, p. 466-474 ; procès, et son œuvre fut condamnée. 11 en appela au Gérholi de Reichersberg, De investigatione Antichristi, dans pape Boniface VIII, et lui présenta un écrit apologé­ Marg.de la Bigne, Biblioth. Patrum, Paris, 1624, t. ivb, col. 727tique, intitulé De cymbalis Ecclesiæ, ou il protestait 728; S. Bernard, Epist., cr.xxxix, cxcn, cxcv, cxcvi, P. L.. qu'il était bon chrétien et prêt à se soumettre à la sen­ t. CT.XXXI1, col. 354-357,358-359,361-363,363-364 ; la lettre 'de Wetzel tence de l’Église, et témoignait la confiance que le et une autre lettre, peut-être rédigée par Arnaud, dans Martène et Durand, Veterum scriptorum et monumentorum historico­ saint-siège ne serait pas hostile à ses idées sur la fin rum. dogmaticorum, moralium amplissima collectio, Paris. des temps; de calculs passablement embrouillés il con­ 1724, t. n. coi. 554-557, 399-400: Buonacorso do Milan, Vita htcrecluait que l’Antéchrist se montrerait vers 1376. Bonitieorum, P. L., t. cctv, coi. 791-792. face VIII ratifia d'abord la décision des juges île Paris. Travaux modernes: J. Schâlchin, Arnold von Brescia. Zu­ Mais ensuite, il aurait déclaré, au rapport d'Arnaud. que rich, 1872; W. Giesehrecbt, Arnold von Brescia. Munich,1873, l’unique tort de l'accusé était d'avoir trop tardi' d otirir trad, italienne par F. Odorici, Brescia, 1877; G. de Castro, Ar­ son livre au pape. Il restitua, sans observation, à Arnaud naldo da Brescia e la rivoluzione romana del xn· sec.. Li­ vourne, 1875; G. Gaggia, Arnaldo da Brescia, Brescia, 1882; l’exemplaire qu’il en avait reçu. Celui-ci vit dans cet E. Vacandard, dans la Bevue des questions historiques, Paris, acte un laisser-passer pour ses opinions. Triomphale­ 1884, t. xxxv, p. 52-114: F. Tocco, L'eresia net medio evo, Flo­ ment il envoya cinq copies de ce livre au roi de France, rence, 1884, p. 231-256, et Quel chc non c’è nelta Divina Corn­ aux frères prêcheurs de Paris, aux chanoines de Saintmedia o Dante e l'eresia, Bologne, 1899, p. 12-16; A. Hausrath, Victor, aux dominicains et aux franciscains de Mont­ Arnold von Brescia, Leipzig, 1891. Voir en outre U. Chevalier, pellier (1301). Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-biblio­ graphie, col. 166, 2423-2424. Cependant, l'affaire n’était pas finie. Dans ses libelles, Arnaud mêlait à ses songeries eschatologiques de vives . F. Vernet. 4. ARNAUD DE VILLENEUVE, médecin et alchi­ attaques contre le clergé, spécialement contre les reli­ miste, né vers 1250, mort en 1312 (avant le 9 février). gieux. Plusieurs religieux espagnols, entre autres le Sa biographie, longtemps encombrée d’inexactitudes et dominicain Barthélemy de Puig Certôs. lui répondirent. de légendes, a été débrouillée et ramenée aux données En 1303 et 1304, Arnaud se trouvait à Marseille, en purement historiques par Hauréau et M. Menéndez Pe­ pleine polémique. Le pape Benoit XI fit confisquer les layo (voir aux sources). écrits où il s’occupait de théologie; le 18 juillet 1304, à Pérouse, le saint-siège étant vacant, ArnauîT demanda Arnaud était certainement Espagnol, et originaire du diocèse de Valence ou, plus probablement, de celui de qu’on les lui rendit. Le pontificat de Clément V lui apporta de la tranquillité. Arnaud put défendre ses idée;· Lérida. Cf. A. Morel-Fatio, Bibliothèque de l’école des librement; il les exposa même à Clément V( 1309), lequel chartes, 1879, t. XL, p. 342. Il était clerc, mais non absorbé, comme il s'en expliqua dans la suite, par de prêtre, et il se maria. Ses premiers maîtres furent les dominicains. Il étudia la médecine surtout auprès dés plus graves soucis, n’y fit guère attention et se garda de médecins musulmans d'Espagne, dont il propagea les leur ajouter foi le moins du monde. Cf. Villanueva. théories. Continuellement en courses en France, en Viage literario a las iglesias de Espana, t. xtx. p. 321. Italie, en Espagne, il résida, en particulier, à la cour des Quatre ans après la mort d'Arnaud de Villeneuve, le 6 novembre 1316, l’inquisiteur d'Aragon Jean Llotger, rois Pierre III et Jacques II d’Aragon, à celle de Frédé­ ric II, roi de Trinacrie, et à la cour pontificale. On sa­ appelé à Tarragone, pendant la vacance du siège archi­ vait qu’il fut le médecin du pape Clément V, cf. Marini, épiscopal, par le prévôt Jofre de Cruillas, condamna Archiatri pontifici, Rome, 1784, t. t, p. 43; on sait treize petits livres d’Arnaud et, dans ces livres, quinze maintenant qu’il le fut encore du pape Benoit XI. Cf. propositions que nous reproduisons avec les notes dont Grandjean, Le registre de Benoît XI, 2° fasc., Paris, elles furent frappées. 188,. n. 727. col. 459, et Hauréau, Journal des savants, 1, 2. Les deux premières concernent la christologie. 1887, p. 311. Elles enseignent l’une que l'humanité, en la personne be ses nombreux traités d'alchimie et de médecine du Christ, est égale à la divinité dans tous ses biens, 1977 ARNAUD DE VILLENEUVE — ARNAULD qu elle a même pouvoir (ce qui semble une erreur dans la foi, car rien de créé ne peut être égalé à Dieu), — l'autre que l’âme du Christ, â peine unie à la divinité, eut toute la science de la divinité, sinon il n’y aurait pas eu dans le Christ unité de personne, la science appartenant au suppôt individuel et non â la nature de ces paroles, dit la sentence de condamnation, magna duo dubia insurgunt, car elles attribuent à l’àme du Christ toute la science de la divinité et elles paraissent n'accorder au Christ qu'une science). 3. Le diable a fait dévier· tout le peuple chrétien, il régne sur lui ; tous les chrétiens, par leur vie et leurs mœurs, ont renié le Christ; leur foi est celle des démons, et tous vont en enfer (téméraire et erreur dans la foi). 4. Tous ceux qui vivent dans les cloîtres sont en dehors de la charité et se damnent, et tous les religieux falsifient la doctrine du Christ (téméraire et mensonge manifeste). 5. L'étude de la philosophie est condamnée et con­ damnés sont encore les docteurs théologiens qui ont mis de la philosophie dans leurs œuvres (téméraire et péril­ leux dans la foi). ti. La révélation faite à Cyrille est plus précieuse que toutes les saintes Écritures (erreur dans la foi). 7, 8, 9. 10, 11, 12. Une œuvre· de miséricorde plaît davantage à Dieu que lesacrilice de l’autel (téméraire et erroné). Etablir des chapellenies et faire célébrer des messes après sa mort n’est pas une œuvre de charité et n'est pas méritoire pour la vie éternelle (hérétique). Celui qui connaît des indigents, èt emploie son superflu a fonder des chapellenies et des messes après sa mort, tombe dans la damnation éternelle (faux et téméraire, à moins que les indigents ne fussent dans une extrême nécessité). Le prêtre qui célèbre la messe, celui qui la fait célébrer, n'oflrent rien à Dieu de ce qui leur appar­ tient. pas même la volonté (faux et téméraire). L'aumône représente mieux que la messe la passion du Christ ifaux et erroné). Dans le sacrifice de la messe Dieu est loué en paroles, non en acte (faux et erroné). 13. Dans l'information relative aux béguins et dans les constitutions papales il n’y a de science que d’œuvres humaines (téméraire, mensonger, et proche de l’erreur, car il y a beaucoup de choses sur les ar­ ticles de foi et sur les sacrements de l’Église). 14. Dieu n'a jamais menacé de la damnation éternelle les pécheurs, mais seulement ceux qui donnent le inauv.iis exemple (erroné). 15. L'avènement de l'Antéchrist est prochain (témér.ire et erroné, déjà quelques-unes des prédictions d Arnaud ont été démenties par les faits). La plupart de ces propositions sont l’écho plus ou moins exact d’erreurs antérieures ou contemporaines. La thèse sur la science du Christ reproduit, en l’aggra­ vant. ce semble, l’enseignement d’Hugues de SaintVictor, dans le De sapientia animæ Christi an æqualis cum divina fuerit, P. L., t. ci.xxvi, col. 845-856. De tout temps il y eut des esprits pour nier l’utilité de la philosophie et de toutes les sciences autres que la théok-gie. Les dires d'Arnaud sur l’Antéchrist, sur la pseudor-v,dation faite à Cyrille, et sur la corruption du chris­ tianisme le rattachent au joachimisme outré et en révolte contre l’Eglise. La 13' proposition témoigne de· ses sympathies pour les béguins dont il prit la défense & vant Clément V. De Guillaume de Saint-Amour qui, lui aussi, avait prédit la tin du monde à brève échéance, il a hérité l'hostilité contre les religieux. Par ses afürmations sur le sacrifice de la messe, il donne la main . sectes diverses qui rabaissaient ou supprimaient l'eucharistie et le culte, et préludaient au protestan­ tisme. Nous ne savons si les doctrines théologiques d’Arnaud de Villeneuve exercèrent une influence sérieuse. Tout«-fo>s, elles eurent un contre-coup assez important 1978 pour que deux dominicains d’Aragon n’aient pas inutile de les réfuter, l’un, Pierre Maza, vers lé· second, Sanchez Besaran, vers 1419. Cf. Quétifet l e Scriptores ordinis praedicatorum, Paris, 1719. : i. p. 721, 771. Sources anciennes. — Les œuvres d’Arnaud ont paru, en un volume in-folio, à Lyon en 1504. ù Paris en 1509, a Venis·· en 1514. à Bâte en 1515, à Lyon en 1520 et 1532, à Bâle en 1585. Mais ces éditions ne contiennent ni les œuvres théologiques ni tous les traités scientifiques. Sur toutes ces œuvres Imprimées et inédites, cf. Hauréau, Histoire littéraire de la France, t. xxvm, p. 50-126, 487-490. Dans son Ensayo, M. Menéndez Pelayo a pu­ blié quelques-uns des textes théologiques, et réédité l'acte de condamnation des quinze propositions par l'inquisiteur Jean Llotger publié par J. Villanueva, Viage literario a las iglesias de Espana, Madrid, 1851, t. xix, p. 321-328 (le résumé de Nicolas Eymeric, Directorium inquisitorum, éd. Pegna, Rome, 1578, p. 198-199, 225, est insuffisant et quelque peu inexact). On trouve dans Denifle et Chatelain, Chartularium universitatis Parisiensis, Paris, 1881, t. n, sectio prior, p. 87-90. l'acte d’appel d’Arnaud à Boniface VIII, et, p. 86-87, 90, 155, le résumé do quelques do­ cuments inédits. Travaux modernes. — M. Menéndez Pelayo, Arnaldo de Vilanova, médico catalan det siglo xm, ensayo historico seguido de tres opuscolos inédites de Arnaldo, Madrid. 1879; et Historia de los hétérodoxes Espafioles, Madrid, 1880, t. 1 : B. Hauréau, Histoire littéraire de ta France, Paris, t. xxvm, p. 26-126, 487-490. Voir, pour l’indication des autres ouvrages beaucoup moins importants. U. Chevalier, Hépertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie, col. 167-168, 2424-2425. F. Vernet. 5. ARNAUD MONTANERI, franciscain du milieu du xtv' siècle, né à Puix Cerdan, au diocèse d'I’rgel, en Catalogne. On l'accusait de soutenir les quatre proposi­ tions suivantes : 1° Christum et apostolos nil habuisse nec in proprio nec in communi; 2° Quod nullus possit damnari qui deferat habitum sancti Francisai ; 3° Quod sanctus Francisais semel in anno descendat in purga­ torium et extrahat inde animas eorum qui sub suis militarunt institutis ; 4» Quod ejus ordo durabit in per­ petuum. L'inquisiteur Nicolas Kosselly exigeait une rétractation de ces erreurs; mais le franciscain s’enfuit en Orient. Nicolas Eymerich, successeur de Rosselly, d’accord avec l’évêque d’L’rgel, le condamna comme hé­ rétique et le pape Grégoire XL qui avait été consulté, ordonna à Armand, vicaire de l'ordre des frères mi­ neurs, de faire amener le fugitif enchaîné aux tribu­ naux apostoliques. On ignore ce qu’il advint d'Arnaud Montaneri. Eymerich, Directorium inquisitionis, part. H, q. xi; Wading Annales minorum, 2· édit., Rome, 1733, t. vin, p. 245-247; Raynaldi, Annales eccles., an. 1370, xix, Lucques. 1752, t. . p. 240: Kirchenlexikon, 2’ édit., Fribourg-en-Brisgau. 1»2. t t. col. 1423-1424. E. Mangesot. ARNAULD Antoine, docteur de Sorbonne. f et l’oracle, durant cinquante ans, du parti janséniste, qui l'appela le « grand Arnauld », naquit à^Pari6 février 1612. Il fut le dernier des vingt ■ -niants An­ toine Arnauld, avocat, et de Catherine Marion, fille d un avocat général au Parlement de Paris. La famille Ar­ nauld était originaire d’Auvergne, d’où l'aïeul du doc­ teur était venu s’établir à Paris, environ l'an 1547. Cet aïeul appartint quelque temps au calvinisme, avec ses enfants. Antoine Arnauld le père brilla au barreau, mais se rendit fameux surtout par son plaidoyer virulent pour l'université de Paris contre les jésuites, en 1594. Si le fils tenait ainsi, de ses origines mêmes, une certaine prédisposition à son rôle futur, bien plus décisive en­ core fut L’impulsion qu’il reçut du fameux Jean Duvergier de llauranne, abbé de Saint-Cyran. l'ami intime de Jansénius et le premier apôtre des idées jansénistes en France. C’est à la suggestion de Saint-Cyran que Ca­ therine Marion, qu'il dirigeait, engagea son plus jeune ûls à quitter l'élude du droit, déjà commencée, pour 1979 ARNAULD celle de la théologie. Et c'est aussi sur le conseil de Saint-Cyran que l'élève en théologie lut saint Augustin beaucoup plus que lés cahiers de ses professeurs de Sorbonne. Le maître officieux vit ses vœux comblés : les thèses de la tentative qui valut à Antoine Arnauld le baccalauréat en théologie, en 1636, formaient une ma­ nière à'Auguslinus avant la lettre (VAugustinus de Jansénius parut en IGiO). Tandis qu’il préparait sa licence et alors que Saint-Cyran était enfermé à la Bas­ tille par l'ordre de Richelieu, en 1638, le jeune théologien se mit plus étroitement encore sous la direction spiri­ tuelle de l'austère abbé. Ce fut sans doute ce qui empê­ cha le cardinal de sanctionner son admission dans la maison et société de Sorbonne, où il ne put entrer qu'après la mort du grand ministre, en 1643. Antoine avait été reçu docteur, non sans éclat, dès 1641; et, la même année, il s’était fait ordonner prêtre. L'occasion se présenta bientôt, et il la saisit avec ar­ deur, d'affirmer bruyamment les doctrines de son direc­ teur et de prendre contact avec les adversaires qu'il com­ battra sans trêve jusqu a son dernier jour. A un écrit de Saint-Cyran contre la communion fréquente, qu’on se passait de main en main dans le monde faisant profes­ sion de piété, le P. de Sesmaisons, jésuite, avait opposé une instruction en sens différent, qui circulait de même. Inaugurant hardiment la méthode, qui réussira si bien au jansénisme, de porter devant le grand public les controverses même les plus épineuses, les plus déli­ cates, Arnauld attaqua l’écrit du directeur jésuite avec un gros in-4’ intitulé: De la fréquente communion: Où les sentiments des Pères, des papes et des conciles, touchant l'usage des sacrements de pénitence et d’eu­ charistie sont fidèlement exposés, Paris, 1643. Ce livre fit grande sensation : sans parler de l'attrait qu'il tenait de son caractère polémique, il séduisait les lecteurs sé­ rieux par le zèle affiché à chaque page pour l’antique discipline, pour la pureté primitive du christianisme ; et les autres par l'agrément, austère encore, mais très réel, d'une langue qu'on n’était pas accoutumé à en­ tendre parler aux théologiens. Vivement combattu, néanmoins, et de divers côtés, l’ouvrage ne fut pas expressément censuré à Rome; mais le pape Alexan­ dre VIII a condamné trois propositions qu’on y re­ trouve à peu près textuellement et qui en résument les doctrines fondamentales. Ce sont la 18«, la 22· et la 23" des 31 proscrites le 7 décembre 1690 : Consuetudo moderna quoad administrationem sacramenti pænitenliæ, etiamsi eam plurimorum hominum sustentet auctoritas et multi temporis diuturnitas confirmet, nihilominus ab Ecclesia non habetur pro usu sed abusu. — Sacrilegi sunt judicandi, qui jus ad communionem percipiendam prætendunt, antequam condignam de delictis suis pænilenliam egerint, — Similiter arcendi sunt a sacra communione, quibus nondum inest amor Dei purissimus et omnis mixtionis expers. Saint Vin­ cent de Paul a constaté et déploré en termes très forts la diminution considérable dans l’usage des sacrements, produite par la lecture du livre De la fréquente commu­ nion. (lettres du 25 juin et du 10 septembre 1648). Plus prés de nous, saint Alphonse de Liguori n'a pas craint d’écrire: « Tenez-vous en garde contre Antoine Arnauld, qui fait étalage de sainteté et semble ne chercher que pureté et perfection pour s’approcher de la communion, tandis qu’il n’a d'autre intention que d'éloigner les fidèles de ce sacrement, l'unique soutien de notre faiblesse. » Tannoja, Mémoires sur saint A Iphonse, trad. franç., Paris, 1842. t. Il, p. 197.Que, du reste, Arnauld ait explicite­ ment visé ce but ou non, certainement la rigueur outrée des conditions, qu'il exigeait pour la réception des sacre­ ments de pénitence et d'eucharistie, ne pouvait qu'éloi­ gner les fidèles de ces sources de la grâce. Aussi, quoi que l’on pense de la réalité du « projet de Bourgfontaine ». c'est-à-dire du plan qui aurait été concerté entre Jansé­ 1980 nius. Saint-Cyran et Antoine Arnauld. pour établir le déisme sur les ruines du christianisme, il faut bien recon­ naître que l'œuvre de ces trois nouveaux réformateurs du dogme et de la morale tendait, par le fait, à rendre le christianisme intolérable et impossible pour la grande majorité des hommes. En même temps que paraissait le traité De la fré­ quente communion, V Augustinus, déjà prohibé par Urbain VIII (I64-1). agitait de plus en plus les écoles théologiques. Le docteur Habert, théologal de Paris et futur évêque de Vabres, ayant cru devoir le combattre du haut de la chaire de Notre-Dame. Antoine Arnauld publia deux Apologies de M. Jansénius, où il soutint notamment les thèses les plus sombres de l’évèque d’Ypres contre la grâce suffisante et sur la réprobation positive (1643-1644). Ensuite, comme Nicolas Cornet, syndic de la faculté de théologie, travaillait à faire censurer cinq propositions qu'il avait extraites de l'.4wgustinus et qui sont bien, comme le reconnaîtra Bos­ suet, la quintessence de ce livre, Arnauld publia des Considérations sur cette entreprise qui, dit-il, est diri­ gée en réalité contre la doctrine de saint Augustin (1649). Puis vient une Apologie pour les saints Pères de l’E­ glise, défenseurs de la grâce de Jésus-Christ contre les erreurs qui leur sont imposées (1651), qui n’est qu'une nouvelle apologie de Jansénius. Cependant les cinq pro­ positions, déférées au pape par les évêques de France, sont condamnées comme hérétiques par Innocent X, le 31 mai 1653 ; et cette condamnation est acceptée par l’assemblée du clergé de France, au mois de juillet sui­ vant, et enregistrée en Sorbonne le 1er août. Les parti­ sans de Jansénius, qui avaient fait les derniers efforts pour sauver les cinq propositions, n’osent attaquer de front le jugement rendu, mais travaillent à le rendre illusoire par la fameuse distinction du fait et du droit. Le droit, c’est la censure d'une doctrine : on l'accepte ; le fait, c'est [’attribution de cette doctrine au livre de Jansénius : là-dessus on refuse son adhésion, sous pré­ texte que l’Église n’est pas infaillible dans les questions de fait. Arnauld soutint cette distinction dans ses Lettres à un duc et pair, écrites au sujet du refus d'absolution infligé par M. Picoté, de Saint-Sulpice, au duc de Lian­ court, à cause de ses liaisons avec les jansénistes (16551656). Deux propositions, tirées de la seconde de ces lettres et dont l’une contenaitcette distinction, furent déférées â la Sorbonne, qui les censura le 30 janvier 1656. Antoine Arnauld, ayant refusé de souscrire à la censure, fut exclu de la faculté de théologie. Cet incident fait le sujet des premières Lettres à un provincial. Ce n’est qu’à partir de la cinquième que Pascal, quittant la cen­ sure et l’exclusion d’Arnauld et les questions de la grâce, se jeta sur la morale des jésuites, où il trouva son grand succès. Les deux dernières Provinciales (17· et 18e) reviennent sur la distinction du fait et du droit. Grâce à cet artifice, pire que toutes les subtilités de casuistique flagellées par le pamphlétaire janséniste, on continuait à lire sans scrupule le livre proscrit. Le saint-siège ne pouvait laisser détruire ainsi tout l'effet de ses décisions : le 16 octobre 1656, Alexandre Vil définit et déclara que les cinq propositions condamnées par Innocent X étaient extraites de l'Angustinus de Jansénius et avaient été condamnées dans le sens de cet auteur. Par une nouvelle constitution, donnée à la de­ mande du clergé de France et du roi, le 15 février 1665, le même pape prescrivait un formulaire à signer par les ecclésiastiques et condamnant les cinq propositions dans le sens de Jansénius. Un édit royal, en date du 29 avril 1665, enjoignit la signature à toutes les per­ sonnes ecclésiastiques et religieuses, même aux « mo­ niales ». Le monastère de Port-Royal des Champs,peu­ plé et gouverné par les sœurs et les nièces d'Antoine Arnauld,était,depuis le temps de Saint-Cyran. comme ia citadelle du jansénisme. Invitées à signe!· le formulaire, 1981 ARNAULD en 4665,les religieuses refusèrent obstinément de le faire, â moins qu'on ne les laissât joindre à leur signature une réserve sur le fait de Jansénius. Arnauld, qui avait inspiré cette résistance, composa ou aida à composer une quantité de faclums pour la justifier. L'affaire des « quatre évêques » et la paias de Clément IX, qui la ter­ mina (1668), l’occupèrent également; et, dans les né­ gociations qui amenèrent la conclusion de celte paix, sa sincérité ne brille pas plus que celle des évéques jan­ sénistes. A ce moment, néanmoins, il était le maître de commencer une carrière nouvelle, où il aurait eu pour lui les sympathies et les éloges du monde catho­ lique tout entier. Il parut d’abord le vouloir, en s'ap­ pliquant avec ardeur à écrire contre les protestants. En particulier, le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi de l’Eglise louchant l'eucharistie (lequel, à la vérité, est surtout l’œuvre de Nicole) lui valut les félicitations des papes Clément IX et Innocent XI, et fit classer son nom parmi ceux des plus éminents défenseurs de la foi catholique. Cependant, après dix ans de trêve, en 1679, Louis XIV, irrité de voir que Port-Royal demeurait toujours un cenlre de coterie, sinon d'opposition, lui fit sentir de nouvelles rigueurs. Arnauld, averti qu’on était aussi mécontent pour les - . . n sait de lui. Il a écrit sur les Psaumes un amp!· ■ .Ali­ mentaire, P. L., t. un, col. 327-570. dans I· ;u - tache au sens mystique et moral, et laisse fr ni percer le plus pur semi-pélagianisme. Mais rien ne nous autorise à lui attribuer le recueil informe <' scolies. intitulé Adnota Hones ad qusedam rang ,·«>■.· loca, P. L., t. Lin, col. 569-580, et découvert a 1 en 4543 par Gilbert Cousin; ce recueil très probablement est de date anté-conslantinienne. On ne saurait non plus admettre, avec Bcllarmin, Feuardent, Le Mire, Cave, l'authenticité du Conflictus Arnobii catholici cum Serapione Ægyplio, P.L., t. lui, col. 239-322. Méchante relation d’une assez piètre conférence théologique qu au­ raient tenue, en présence de deux arbitres. Arnobe et Sérapion et qui, deux jours durant, aurait rouf'· sur toute la dogmatique en général, mais spécialement sur la grosse question du monophysisme, pour ai outir â la pleine victoire de l’orthodoxie. L’attachement naïf et passionné de l'auteur à la doctrine de saint Augustin I. - 63 1987 ARNOBE LE JEUNE — ARNOLDI sans compter l’incohérence de ses idées et la pauvreté de son style, ne permet pas de reconnaître ici la main d’Arnobe le Jeune. Plusieurs critiques, en revanche, l’ont reconnue dans le curieux ouvrage anonyme que le P. Sirmond a publié, en 1643, sous le titre de Praedesti­ natus, P. L., t. lui, col. 587-672, et qui nous offre, avec un catalogue des hérésies depuis celle de Simon le Magicien jusqu’à celle des prédestinatiens, une réfuta­ tion, mais surtout une caricature du système de saint Au­ gustin sur la grâce. De fait, l'esprit semi-pélagien, le style et quelques allusions chronologiques du Praedesti­ natus semblent conspirer pour leur donner raison. Histoire littéraire de la France, Paris, 1735, t. il, p. 342-351 ; Harnack, Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Litteratur, 1883, t. i, fasc. 4, p. 152-153; D. Beda Grandi, dans Theologischc Quartalschrift, Tubingue, 1897, p. 529-568 ; Bardenbewer, Les Pères de l'Église, trad, franç., Paris, 1899, t. in, p. 104-106. P. Godet. 1. ARNOLD Geoffroy, théologien luthérien, né à Annaberg, en Saxe, le 5 septembre 1666, mort à Perleberg le 30 mai 1714. Professeur d'histoire à Giessen, il obtint le titre d'historiographe du roi de Prusse. 11 exerça la charge de pasteur en diverses villes, en der­ nier lieu à Perleberg, et il fut l'un des plus ardents pro­ pagateurs de la secte des piétistes. Ses travaux se rap­ portent surtout à l’histoire ecclésiastique, et son ouvrage le plus célèbre qui donna lieu à de nombreuses contro­ verses a pour titre : Unpartheyische Kirchen- und Ketzerhistorie vont Anfang des À/euen Testaments bis aufs Jahr 1080, in-fol.. Francfort, 1699. La seconde et la troisième parties forment un second volume : Fortsetzung und Erlânterung der unparlheiische Kirchen- und Ketzerhistorie beslehend in Beschreibung der noch ubrigen Slreitigkeiten im siebzehndenJahrhundert, in­ fol., Francfort, 1700. Une édition, dans laquelle se trouvent inscrits quelques écrits relatifs aux discussions suscitées par cet ouvrage, fut publiée à Schallouse en 3 in-fol., 1740-1742. L’auteur fait l'apologie de presque toutes les hérésies et il attribue sans ménagement aux ecclésiastiques tous les malheurs de l'Église. Ses core­ ligionnaires ne sont guère mieux traités que ses adver­ saires. Nous citerons encore de cet auteur : Historia et descriptio theologiae mysticae, seu theosophiie arcanae et reconditae, itemque veterum et novorum mystico­ rum, in-8», Francfort, 1702; Der Historié von der Lehre, Leben und Thaten der beyden Aposlel und Jitnger Christi, Petri und Pauli, in-8», Rostock, 1708. J. C. Coler, Historia G. Arnoldi, qua de vita, scriptis aciisque illius exponitur, in-8·, Wittemberg, 1718; A. Rilf, G. Arnold, historien de l'Église, in-8·, Strasbourg, 1849; Fr. Dibetius. Gottfried Arnold, sein Leben und seine Bedeutung fur Kirche und Théologie, Berlin, 1873; Watch, Biblioth. theo­ logica, 4 in-8·, léna, 1757-1765, t. Il, p. 7, 927,1179 ; t. lit, p. 449; Realencylslopadie für prot. Théologie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1896, t. II, p. 122-124. B. Heurtebize. 2. ARNOLD Nicolas, théologien calviniste, né à Lesna, en Pologne, le 17 décembre 1618, mort le 15 octobre 1680. Après avoir étudié en diverses universités, il devint en 1639 recteur de l’école de Jablonow; en 1641, il se rendit à Franeker, et après divers voyages, succéda dans cette ville à Coccius comme professeur de théologie. On a de lui. entre autres ouvrages : Beligio Sociniana, seu catechesis Racoviana major publicis disputationibus refutata, in-4», Franeker, 1654; Atheism us Socinianus a Johanne Bidello, Anglo, sub specioso Scriptural titulo orbi obtrusus, jam asserta ubique Scripturarum Sacrarum veritate, detectus atque refutatus, in-4», Franeker, 1659; Lux in tenebris, seu brevis et succincta vindicatio et conciliatio locorum Veleris et Novi Tes­ tamenti, quibus omnium sectarum adversarii ad sta­ biliendos errores suos abutuntur, in-4», Franeker, 4662; tous ces ouvrages sont dirigés contre les sociniens; 1988 I Heinrichi Echardi, lutherani, scopæ dissolutæ ; seu fasI ciculus ejus controversiarum contra reformatos, suc­ cincte refutatus, in-12, Franeker, 1676; Exercitatio de quarkerismo ejusque refutatio, in-8», Rotterdam, 1675. I Arnold Nicolas a en outre publié : Maccovii loci com­ munes theologici, ex thesibus, collegiis, et aliis ejus manuscriptis collecti, digesti et aucti, in-4», AmsterI dam, 1658. Watch, Biblioth. theologica, léna, 1757,1.1, p. 545; t. n, p. 36; Bealencyklopiidie fur prot. Théologie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1896, t. n, p. 129. B. Heurtebize. 3. ARNOLD DE LUDE, appelé aussi ARNOLD DE TONGRES, du lieu de sa naissance, était docteur en théologie de l'université de Cologne et enseigna au col­ lège de Saint-Laurent en cette ville. Il combattit l'hu­ maniste Jean Reuchlin dans une célèbre controverse au sujet du Talmud. Ce livre devait-il être conservé, ou devait-on s'efforcer d’en détruire tous les exemplaires? Reuchlin s'était fait le défenseur du livre juif; Arnold de Lude, au nom de la faculté de théologie de Cologne, écrivit Tractatus articulorum seu propositionum XLI11 male sonantium, ex libello Joa. Capnionis, sive Reuchlini, cui titulus Oculare speculum, desumpta­ rum, in-4», Cologne, 1512; Reuchlin s’étant défendu, Arnold publia Responsiones ad articulos quinquaginta desumptos ex prtedicto Speculo oculari quibus Capnion Judæorum Thalmud salvare visus est, in-4», Cologne, 1513. Arnold de Lude était chanoine des églises cathé­ drales de Cologne et de Liège. Il mourut dans cette dernière ville le 28 août 1540, à l’âge de 72 ans. Valère André, Biblioth. belgica, in-8·, Louvain, 1643, p. 82; Foppens, Biblioth. belgica, in-4·, Bruxelles, 1739, t. i. p. 98, 632; Hurter, Nomenclator literarius, t. iv, col. 1041 : .1. Darlis, Hist, du diocèse de Liège pendunt le xvf siècle, in-8·. Liège, 1884, p. 93. B. Heurtebize. 1. ARNOLDI Barthélemy, théologien catholique, né à Usingen vers 1465, enseigna la philosophie à Erfurt où il eut Luther pour disciple et pour ami. En 1512, il entra dans l’ordre de Saint-Augustin et demeura tou­ jours lidèle à l’Église, malgré les efforts de son ancien élève. Il mourut le 9 septembre 1532. Il composa de nombreux ouvrages contre les hérétiques de son époque. Nous mentionnerons les suivants : Duo sermones, pri­ mus de Ecclesia catholica..., secundus de matrimonio sacerdotum et monachorum..., in-4», Erfurt, 1523; De falsis prophetis tam in persona quam doctrina vitandis a fidelibus; De praedicationeEvangelii rectae! munda quibus et conformiter illud debeat prædieari, in-4», Erfurt, 1525; Demerito bonorum operum, in-4»,Erfurt, 1525; De tribus necessario requisitis ad vitam Christia­ nam, quæ sunt gratia, fides et opera, in-8», Wurzbourg, 1526; De inquisitione purgatorii per Scripturam et rationem et de liberatione animarum ex eo per suffragia vivorum, in-8», Wurzbourg, 1527: De invo­ catione et veneratione sanctorum, in-12, Wurzbourg, 1528; Anabaptismus contra rebaptizantes, confutatio eorum quæ Lutherus scripsit contra rebaptizantes, in-8», Cologne, 1529. N. Paulus, Der Augustiner B. Arnoldi von Usingen, I.uthers Lehrer und Gegner, Fribourg-en-Brisgau, 1893, dans les Strassburger theologische Studien, t. I, fasc. 3; Ph. Elsius, Encomiasticon Augustinianuni, in-fol.,Bruxelles, 1654, p.115; Kirchenlexikon,2· édit.. Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. i.col. 14291483; Hurter, Nomenclator literarius, t. rv, coi. 1067. B. Heurtebize. 2. ARNOLDI François, théologien allemand du χνΓ siècle. Curé deCœlien sur l’Elbe, il fut un des plus remarquables adversaires de Luther. Contre cet héréti­ que il publia : Anlwort auf das Buchlein Lutheri wider den kaiserlichen Abschied. in-4», Dresde. 1531; Der unparteiische Laye, in-8», Dresde, 1531. Luther 1980 ARNOLDI — ARRAS (SYNODE DIOCÉSAIN D’) 1990 ayant répondu par un livre intitulé ll’ider den Meu- I 2. ARNOUL DE LISIEUX, né dans les pr ■ chler zu Dresden, Arnold lui répliqua : Auf dus années du xn» siècle, d'abord archidiacre de S. ; , évêque de Lisieux en 1141, combattit activ-m·-i.■ Schmarbüchlein Luthers, in-4», Dresde, 1531. schisme de Pierre de Léon, mais fut. au service Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, 1899, t. B-, col. 1049; d’Henri II, un entremetteur trop complaisant dans u ut- s Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, t. t, col. 1433i les tentatives de ce roi pour triompher de la résistance 1434. I de saint Thomas Becket. Il renonça à son siège en 1181 B. HeUBTEBIZE. ARNOU Nicolas, né le 11 septembre 1629 à Merauet se retira à l’abbaye de Saint-Victor de Paris, ou il court près de Verdun. Entra en 1643 dans l'ordre des mourut en 1184. On a de lui : 1° Epistolæ ad Henrifrères prêcheurs à Perpignan. Étudiant, puis profes­ cum II, regem Angliæ, sanctum Thomam archiepiscoseur dans differentes maisons de son ordre en Catalo­ pum cantuariensem et alios; 2° un traité sur le schisme gne el Roussillon. Professeur de théologie à l’univer­ de Pierre de Léon où il soutient la cause d'Honorius 11; sité de Perpignan en 1659, au collège de la Minerve à 3“ quatre sermons prononcés en diverses circonstanc· s; Rome, en 1675, et régent de ce même collège de 1677 à 4» seize poésies latines, consistant surtout en épigrammes 1670. Nommé professeur de métaphysique à l’université ouépitaphes. Ces ouvrages, édités par Gilles, Oxford. 18 44. de Padoue, le 31 août 1679, puis de théologie, le 18 juin ont été reproduits par Migne, P. L., t. CCI, col. FÏ-2ÜO. 1689. Mort à Bologne le 8 août 1692. Indépendamment Hist, littéraire de la France, t. xtv, p. 304-334 : D. Ceillier, de ses écrits philosophiques, Arnou a publié : 1» Histoire des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1863, t. xtv. p. 751Dirus Thomas Aquinas divin» voluntatis et suiipsius 759; P. L., t.,cCT. col. 9-14: Lebreton, Biographie normande, Rouen. 1857, 1.1, p. 27, 28; Frère, Manuel du bibliographe nor­ in Summa theologiæ fidissimus interpres, atque doc­ mand, Rotten, 1858-1860,1.1, p. 32; U. Chevalier, Répertoire îles trinal Patrum observantissim us custos, in-12 en 2 par­ sources historiques du moyen âge, Paris, 1877, p. 172; Darling, ties, Rome, 1679. C'est le commentaire des 13 premières Cyclopaedia britannica, Londres, 1854, p. 111; A. Pottbast, questions de la première partie de la Somme théologi­ Bibliotheca medii ævi, Berlin, 1896, t. r. p. 121; dont L'Huilier, que. 2° Doctor Angelicus D. Thomas Aquinas (suite Saint Thomas de Cantorbéry, Paris, 1892, passim: Hurter, du titre comme pour l’ouvrage précédent), in-12 en 2 Nomenclator, t. tv, col. 137-138. parties, Lyon, 1686. Commentaire des questions 14 à E. Dublanciiv. 19 de la première partie de la Somme théologique, ün ARNOULT Jean-Baptiste, prêtre français, né en troisième volume contenant la suite du commentaire 1689, mort à Besançon en 1753. Ses ouvrages sont sur­ jusqu’à la question 22» a du être publié, mais n'est pas tout destinés à l'instruction et à l'éducation de la jeu­ signalé par les bibliographes. Le tout revu et complété nesse. On a de lui : 1» un Traité de la Grâce, qu'il publia fut réédité sous le titre suivant : 3° Doctor angelicus D. en 1738sous le pseudonyme d’André Dumont: 2" le Pré­ Thomas Aquinas in Summa theologiæ suiipsius in­ cepteur, son principal ouvrage pédagogique, qui contient terpres et sacri depositi fidissimus custos, sive Com­ un traité des Eléments de la doctrine chrétienne et un mentarii in Summam theologiæ divi Thomæ Aqui­ autre sur l'.lri de se sanctifier, in-4», Besançon. 1747. natis, ecclesiæ doctoris, ex ejusdem doctrina excepti Guërard, La France littéraire; Michaud, Biographie univer­ plurimisque sacræ Scripturæ, Conciliorum et Patrum selle, Paris, 1811 ; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Pans, testimoniis illustrati, 2in-fol., Padoue, 1691 ; 4»Presagio 1853. delTiminente rovina e caduta dell'impero ottomane, V. OlM.ET. delle future villorie e prosperi successi della CrisliaARNOUX Jean, jésuite français, né à Riom en 1575, nità, etc., in-8», Padoue, 1684. admis dans la Compagnie, le 25 mars 1594. professa la Patinus, Lyceum Patavinum, Padoue, 1682, p. 11; Quéüfphilosophie et la théologie, prêcha à la cour et devint, Echard, Scriptores ord. præd., t. n, p. 703; G. Contarini. Noti­ en 1627, le successeur du P. Coton, comme confesseur tie storiche circa li publici professori nello studio di Padova de Louis XIII. Ensuite provincial de Toulouse, il mourut scelti dall’ordine di San Domenico, Venise, 1769, p. 84-87. dans cette xulle le 14 mai 1636. Ses ouvrages sont tous 185-186; J. Didiot, Nicolas Arnou Verdunois, Verdun. 1873 consacrés aux controverses contre les réformés. La (extrait du tome vit des Mémoires de la Société philomathi­ confession de foy de messieurs les ministres <;mraineue que de Verdun): Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, de nullité par leur propre bible. Avec la réplique 1893, t. n, col. 317-318. P. Mandonnet. l’escrit concerté,signé et publié par les quatre inûtr· < 1. ARNOUL ou ERNULPHE de ROCHESTER, né de Charenton, in-8», Paris, 1617; quatre · li:; à Beauvais, vers l’an 1046, étudia dans sa jeunesse à la même année et une â Pont-à-Mousson.Cet ouvra. -donna célèbre école du Bec, sous la conduite de saint Lanlieu à une controverse animée; les quatre ministres franc, puis se lit moine dans le monastère de Saintétaient Montigni, Durand, Du Moulin et Mestrezat. — Lucien-de-Beauvais ; vers 1075, sur le conseil de LanRéfutation du traité de la juste provideme de D ■ .t:r franc, il quitta ce monastère pour entrer à celui de Pierre du Moulin, in-8», Paris, 1618. etc. Cantorbéry; successivement prieur de Cantorbéry et De Backer et Sommervogel, Bibl. de ta C· de Jes ’s. ·- r. abbé de Peterborough, il devint évêque de Rochester en col. 566-572; t. vm, col. 1692. 1114 et mourut le 15 mars 1124, après avoir occupé ce • C. SOMMERVOGEL. siège neuf ans. ARPE Pierre-Frédéric, jurisconsult;r On a de lui : 1» Textus de Ecclesia Roffensi, P. L., testant, né à Kiel, en 1682, mort à Hambourg, en 1748. t. ct.xtu, col. 1443-1456 ; 2» Epistolæ de incestis conju­ Mentionnons seulement son Laicus reritati- rm-l /. giis, P. L., t. ci.xhi, col. 1457-1474; 3° Epistola de sive de jure laicorum,præcipueGermanorum, in prom.isacramento altaris, où il répond à quatre questions vendo religionis negotio, in-4», Kiel, 1717, 1720, dans posées par Lambert, moine de Saint-Bertin, dans lequel il prétendait que la distinction des chrétiens en d Achery, Spicilegium, Paris, 1723, t. m, p. 470-474. ecclésiastiques et laïques n'est fondée ni sur la loi natu­ relle, ni sur la loi mosaïque, ni sur [’Évangile, ni sur Richard et Giraud. Bibliothèque sacrée, Paris. 1822. t. m, p. 116-119; D. Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, l’usage de la primitive Église, ni sur la doctrine des Paris, 1863. t. xiv. p. 235-237 ; Histoire littéraire de la France, jurisconsultes. t. x, p. 425-430; P. L., t. CI.XII1, col. 1441 ; U. Chevalier, Réper­ Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée. Paris. 1822. t. ΓΠ. toire des sources historiques du moyen âge, Paris, 1877, p. 120; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris. ISCo. t. m. p. 659; Stephen Leslie. Dictionary of national biography, col. 345-346. L· ndres, 1889, t. xvn. p. 396, 397; A. Pollhast, Bibliotheca E. Mangexot. medii ævi, Berlin, 1896.1.1, p. 431 ; Hurter, Nomenclator, t. rv, ARRAS (Synode diocésain d’. tenu. au i . - >. col. 35. E. DCBLANCIIV. janvier 1025, dans l'église Notre-Dame, sous h prés, r-.nce 1891 ARRAS (SYNODE DIOCÉSAIN D’) — ARSÈNE AUTORIANOS de Gérard, évéque de Cambrai et d'Arras, assisté des archidiacres et prêtres du diocèse. On y amena, on y interrogea et on y condamna les adeptes d’un certain Gundulphe, hérétique italien, lequel professait les doctrines suivantes : négation de la valeur du baptême et de l’eucharistie, refus de la pénitence au pécheur, interdiction du mariage, défense de vénérer d'autres saints que les apôtres et les martyrs, interdiction de chanter l’office et de vénérer la sainte Croix, nullité du sacrement de l'ordre, les cloches sont de la superstition, enfin les enterrements ont été inventés par les prêtres. Ces hérétiques qui appartenaient à la secte des cathares, furent convaincus et parurent se convertir. L. d’Achery, Spicilegium. Paris, 1723, t. i, p. 6064124; Coleti, Concilia, t. xi, p. 1153-1180; Hefele. Histoire des conciles, trad. Delarc. Paris. 1871. t. vi, p. 260-262; C. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares, Paris. 1849, t. I, p. 35 sq. ; Dollinger, Beitriige rur Secklengeschichte des Mitlelalters, Munich, 1890, t. 1, p. 65 sq. J.-B. Martin. ARRHENIUS Claude, historien suédois, né à Linkœping en 1629, mort à Stockholm, en 1695. Il est l'auteur de nombreux ouvrages relatifs à l’histoire de la Suède. Il faut citer ici : 1° Historien Succorum Gothorumi/ue ecclesiasticae libri IV priores, in-4°, Stockholm, 1689; 2" Sullanum Saxo-Gothicum, 11 in-S0. Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 18p3. V. Oblet. ARRIAGA (Rodrigue de), jésuite espagnol, né à Logroûo, le 17 janvier 1592, admis dans la Compagnie le 17 septembre 1606, enseigna la philosophie à Valla­ dolid, la théologie à Salamanque et à Prague, ou il fut chancelier de l'université et y mourut le 7 juin 1667. — Disputationes theologica: in primant partem D. Thomæ. De Deo uno et trino, in-fol., Anvers, 1643. — De angelis, de opere sex dierum, de ultimo fine hominis, in-fol.. Anvers, 1643. — In primam secunda: D. Thomae... De actibus humanis, de passionibus aiiimtc, de habilibus et virtutibus, de vitiis et peccatis, ibid., in-fol., 1644. — De legibus, de divina gratia, ile justificatione, de merito, 1644; — In secundam se­ cundae... de virtutibus theologicis, fide, spe et eharilale, item de virtutibus cardinalibus prudentia, fortitudine et temperantia, 1650; — In tertiam partem D.Thomæ de incarnatione divini Verbi, 1650; — De sacramentis in genere et de eucharistia, 1655; — De sacramento pæuitenliæ, extremæ unctionis et ordinis, 1655; en tout 8 in-fol. Les deux premiers volumes ont une édition de Lyon, 1644, et le Cursus complet en a une de 16471669. De Backer et Sommervogel, Bibl. de lu C" de Jésus, t. i, Col. 578-581. C. Sommervogel. ARRIBA François, théologien de l’ordre des francis­ cains; il a étudié la question de la prédestination dans son Opus conciliatori uni gratiæ et liberi arbitrii creati perfectam concordiam æterpægue præscientiæ et prae­ destinationis infallibililatem explicans, qui parut à Paris, in-4", 1622. Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, 1892, t. i, p. 271. V. Oblet. ARRIGH1 Jean-Baptiste, théologien italien de l'ordre des augustins, mort en 1605. Il enseigna la théologie à Vérone et fit paraître à Florence :1° Elementorum theo­ logiae libri IV, in-8“, 1569 ; 2" De beatitudine hominis libri II, in-8", 1575. Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, 1892, t. 1, p. 133; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853. V. Oblet. ARRUBAL (Pierre de), jésuite espagnol, né â Çenicero. en 1559. admis dans la Compagnie le 21 avril 1579, professa la théologie à Alcala, à Salamanque et à Rome, et mourut à Salamanque, le 22 septembre 1608. Il lit 4992 partie des congrégations De auxiliis.— Commentario­ rum ac disputationum in primam partem D. Thomæ, in-fol., Madrid, 1619-1622; in-fol., Cologne, 1630. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C1· de Jésus, t. 1 coi. 588; t. vm, coi. 1694-1695. C. Sommervogel. 1. ARSÈNE AUTORIANOS et ARSÉNISTES. I. Arsène Autorianos. II. Schisme des arsénistes. I. Arsène Autorianos. — Né à Constantinople au début du xinc siècle, il avait échangé son nom séculier de Georges avec celui de Gennade en se faisant moine, il prit définitivement le nom d'Arsène, lorsque son père Alexis, qui avait été juge de l'hippodrome avant la prise de la ville par les Latins (1204), eut revêtu lui-mérne le froc sous le nom d'Arsène. C’est au monastère d'Oxie, tout près de la capitale, que notre futur patriarche se retira en quittant le monde. Il en devint higoumène, sans avoir reçu aucun ordre sacré, et il prit part comme tel à l’ambassade que Jean III Valatzès (1222-1254) en­ voya, en 1254, au pape Innocent IV. Au retour, Arsène alla s'enfermer dans un monastère du lac Apollonias, en Bithynie, dont il refusa de prendre la direction. C. N. Salhas, Μεσαιωνική Βιβλιοθήκη, in-8°, Venise, 1894, t. vu, p. 509-511. C'est là que les envoyés de Théodore 11 Lascaris (1254-1258). Ills et successeur de Vatatzès, vinrent lui offrir au nom de leur maître la di­ gnité patriarcale, laissée sans titulaire par la mort de Manuel (1254). Arsène, qui était resté simple moine, reçut en trois jours le diaconat, la prêtrise et l'investi­ ture de sa nouvelle dignité. A. Miliarakis, Ίστοοία τού βασιλείου τής Νίκαιας, in-8°, Athènes, 1898. ρ. 435-441. Créature de l’empereur, Arsène ne connut d'autre loi que la volonté impériale. Son premier acte fut de rédi­ ger une sentence d'anathème contre Michel II, despote d'Epire, et tous ses partisans, et un décret d'interdit sur tout l'empire épirote, rival de celui de Nicée. A. Miliarakis, op. cil., p. 443; A. Heisenberg. Nicephori Dlemmydæ curriculum vitæ et carmina, in-8", Leipzig, 1896, p. 45 sq. L'intervention de Nicéphore Blemmyde em­ pêcha seule la promulgation de celle étrange sentence. Quand l'empereur mourut (1258), Arsène resta fidèle à son jeune fils, Jean II Lascaris, dont Michel Paléologue avait pris violemment la tutelle, après le meurtre du tuteur légitime. Georges Mouzalon. Mais, quand il vil ce même Michel Paléologue s'emparer complètement du pouvoir (1260). au détriment de son pupille, Arsène, dont les remontrances étaient restées impuissantes, abandonna Nicée et se retira au monastère de Pascha sios, à l’embouchure du Drakon. Sans donner de démis sion, il renonça à l'exercice de ses fonctions. Après de vaines tentatives pour lui faire reprendre le pouvoir ou obtenir de lui une abdication formelle, l’empereur et les évêques courtisans lui donnèrent un successeur dans la personne de Nicéphore d’Éphèse. A. Miliarakis, op. cit., p. 560. Le nouveau patriarche compta autant d'adver­ saires qu'Arsène avait gardé de partisans; tous ses actes furent tenus par ces derniers pour invalides. Il mourut d'ailleurs au bout de six mois. .' peine maître de Con­ stantinople (25 juillet 1261 '. Michel Paléologue songea à lui donner un remplaçant. Les partisans d’Arsène mirent en avant le nom de l’ancien patriarche, dont l’empereur finit par agréer la candidature, à condition qu'Arsène reconnût la validité des ordinations faites par Nicéphore. Arsène y consentit, mais refusa de concélé­ brer avec les nouveaux évêques. A. Miliarakis, op. cit., p. 620. Rentré à Constantinople, il couronna Michel pour la seconde fois dans Sainte-Sophie, tout en réser­ vant les droits de Jean Lascaris. Peut-être croyait-il encore à la bonne foi du Paléologue. Toute illusion tomba quand l'usurpateur, pour écarter à jamais son pupille du trône, lui fit crever les yeux (25 décembre 1261). Irrité, le patriarche excommunia l'auteur de ce crime non moins inutile qu'odieux, et rnil pour cond.- 1993 ARSÈNE AUTORIANOS — ARSENE tion de réconciliation l’abandon pur et simple du trône impérial. Miche) Paléologue trouva naturellement la pénitence trop forte, et, après deux années de pourpar­ lers, il fit déposer Arsène à la fin de mai de 1264. Relégué au couvent de Saint-Nicolas, dans file de Proconnese, le patriarche détrôné y mourut en 1273. Arsène a peu écrit. Citons pourtant : 1° son Testament, précieux monument historique de cette période agitée, P. G., t. cxl, col. 947-958. 2° Le patriarche Nicéphore Il (t 1261) lui attribue la composition d’une partie du rituel de l'extrême-onction, P. G., t. cxi., col. 808. Cf. Échos d’Orient, 1899, t. n, p. 197. L'Euchologe grec contient, en effet, un canon dont l’acrostiche trahit l’œuvre d’Arsène. 3° Une Synopsis canonum, écrite en Ί255 et publiée par G. Voël et 11. Juste], Bibliotheca juris canonici veteris, in-fol.. Paris, 1661, t. II, p. 749784, est attribuée par les éditeurs à notre patriarche, mais à tort. L’auteur de ce recueil est un Arsène, « moine de la Sainte-Montagne, » c’est-à-dire de l’Athos, comme le porte la suscription, indication qui ne con­ corde pas avec ce que nous savons par ailleurs de la vie de notre Arsène. 4° Par contre, nous avons de lui bon nombre de bulles. On en trouvera l’énumération dans l’ouvrage cité plus haut d’A. Miliarakis, p. 571576. 5° Les éditeurs de la Patrologie font honneur à Arsène d’un petit poème anacréontique sur le dimanche de Pâques. P. G., t. cxl, col. 937-940. Il est difficile, pour qui connaît l’instruction un peu rudimentaire du patriarche, d'admettre cette attribution. 6" Le ms. 7 de la bibliothèque Lincoln à Oxford contient le traité sui­ vant d’Arsène, encore inédit : Λόγος περί τού πότε καί οιά τίνων ή της "Ρώμης έξέπεσεν εκκλησία. Incipit : Ηζσα γραφή θεόπνευστος. Cf. A. K.Démétrakopoulos, Ορθόδοξος 'Ελλάς, in-8», Leipzig, 1872, p. 46. 11. Schisme des arsénistes. — L’exil d’Arsène avait créé des divisions qui prirent, à sa mort, les propor­ tions d’un véritable schisme, car l’exilé avait eu soin de renouveler dans son testament l’apathème contre l’empe­ reur et ses partisans. Les patriarches se succédaient — il y en eut quatre en dix ans — sans réussira calmer la fureur des arsénistes et des joséphisles : les grands, le peuple, les mendiants, les moines, les brigands même, étaient partagés — tous ne savaient pas pourquoi — entre les deux factions. Les joséphistes représentaient le parti de la cour et du clergé ofliciel : le 2 février 1267, le patriarche Joseph (1er janv. 1267-mai 1275 ; 31 déc. 1282-mars 1283) avait absous l’empereur, crime im­ pardonnable aux yeux des arsénistes. fanatiques intran­ sigeants. La mort de Michel VIH (1282), suivie bientôt de celle de Joseph (1283), laissa le champ libre aux arsé­ nistes : ils en profitèrent pour réclamer au nouvel em­ pereur, Andronic II, des églises et l’épuration du clergé coupable de complaisance pour l’union avec Rome. C’était la majorité du haut clergé. L’empereur accorda tout, et le concile des HIachernes (Pâques 1283). présidé par le patriarche Grégoire de Chypre (H avril 1283-juin 1289), proscrivit sans pitié les partisans de l’union. Ces violences ne suffirent pas à apaiser la discorde entre joséphistes et arsénistes. 11 fallut les réunir en colloque à Adramyttion (Asie Mineure). L’empereur présidait; les arsénistes rédigèrent leur profession de foi et som­ mèrent les joséphisles d’en faire autant; puis, s’en re­ mettant au jugement de Dieu, les deux partis dépo­ sèrent les cédules sur un brasier; le feu respecterait la bonne cédule. Elles furent consumées toutes deux (8nvril 1284). Les deux partis, très penauds, promirent alors dv vivre en paix. Quelques mois après, nouvelle brouille, suivie do l’ex­ communication lancée par le patriarche contre les ré­ calcitrants. Pour calmer ceux-ci. on leur permet de ramener en grande pompe à Constantinople le corps d’Arsène (1284), que l’on ensevelit d’abord â SainteSophie, puis au monastère de Saint-André in Crisi. 199i I Cela fait, ils réclament l’abdication du pr.tri.whe GrA, goire. Grégoire se relire, laissant la place â Albanas-· l·' (14 oct. 1289- 16 oct. 1293). Homme d’une impii;■·. rigueur, le nouveau patriarche ameute tout le tuoti·!·: contre lui. Jean XII (Cosmas) qui lui succède j.mv 1294 -23 août 1303) donne à son tour sa démission sai. avoir rien obtenu. Athanase revient (1303-1311 et montre moins sévère. L’empereur estime l’occasion fa­ vorable pour réunir une nouvelle conférence 1306i elle échoue complètement. Par bonheur, les arsénistes se morcellent en deux partis; les intransigeants ont pour chef Hyacinthe, les modérés Jean Tarchaniote. On profite de cette division pour combler les modérés de faveurs : ils reçoivent les meilleures places dans l’Eglise comme dans l’Etat. Le patriarche Niphon (13111315) travaille à la réconciliation. H y réussit, en don­ nant à tous l'absolut ion au nom d'Arsène (11 avril 1315), dont le corps est ramené de Saint-André à Sainte-Sophie. Ceux des récalcitrants dont cet innocent stratagème n'a pu vaincre l’obstination vont grossir de leur nombre d’autres sectes existantes; mais il n’est plus question des arsénistes. ΣόνοΦις χρονική, écrite par un ami d’Arsène et publiée par K. N. Sathas, Μεσαιωνική ΒιόλιοΟήκη, Venise, 1894, t. vu. p. 1-556; Nicéphore Blemmydes, Διηγησις μερική, éditée par A. Heisenberg, Nicephori Blemmydx curriculum vilx i I Opuscula, in-8·, Leipzig, 1896. p. 1-92; le moine Méthode, be schismate vitando, opuscule publié par A. Mai, Script, vt.. t. ni, p. 246 *. P. G., t. cxt, col. 78·>-806. Parmi les chroniqueurs byzantins, on consultera surtout deux témoins oculaires : P. G., L cit., col. 969-1220, et Georges Pachymeres, P. G., t. cXLiu, col. 407 sq. ; t. cxLtv, col. 1-930. L. Petit. 2. ARSÈNE Matziévitch naquit, en 1697, d’un prêtre marié â Vladimir de Volhynie. 11 fit ses humanités en Pologne, et en 1715 commença ses études théologique- à l’académie de Kiev. L’année suivante, il (s’enferma u monastère de la Transfiguration à Novgorod, d’où il sor­ tit en 1718 pour reprendre ses cours de théologie à Kiev, jusqu’eh 1723. Le saint-synode, en 1730, l’envoya comm missionnaire â Tobolsk, et en 1741 le nomma métrop·lite de la Sibérie. Nous le rencontrons à Rostov en 1712. et c’est ici qu’il engagea une lutte acharnée avec le >··■·kol. En 1763, lorsque Catherine II conçut le projet de supprimer les biens ecclésiastiques, et d’en centraliser les revenus entre les mains d’une commission placée sous la surveillance du saint-synode, le métropolite de Rostov prit avec beaucoup de vigueur la défense d, = droits de l’Eglise russe. Il adressa au saint-synode une très énergique protestation, qui lui valut de la ; t l’impératrice l’exil en Sibérie. Renfermé- dans un ■ ;r ; cachot de la forteresse de Revel, le courageux pr ’;.·· r fléchit point, et mourut saintement le 28 fé-vri- · 1772. Le métropolite Arsène est fauteur de plusieurs r ·. = fort prisés par les théologiens russes. On lui : : · Exhorlationâ l'higoumène Josaphat partisan ■ ■ ·me, 1734, et une Réponse détaillée aux quasi - . I parles raskolniks russes, 1745. En gé-né-ral. le ·. lite Arsène néglige de répondre par de iionn·-- r. .théologiques aux objections de ses adversair-- . souvent il se borne à traiter de rêves leurs doctrines. ■ à dire que ceux qui se séparent de l’Eglise se priv : volontairement des moyens de salut. Les deux éci · d’Arsène ont paru dans V Interlocuteur orthodox'· P· voslavnyi Sobésiednik', revue de l’académie de Kazai 1861, t. in, p. 184-204. 295, 349. 413. H écrivit aussi u: Réponse « un pamphlet luthérien intitulé le Mari··’ i de l’Êglise russe. Les luthériens y attaquaient la Pe ­ de ta foi (Kamène viêry), ouvrage dû â la plume du cé­ lèbre Etienne lavorskii, qui. au commencement du xvin® siècle, fut en Russie l’initiateur d’une école théo­ logique favorable au catholicisme. Dans leur pampinet anonyme, les protestants reprochaient aux pop - russes leur ivrognerie, et les traitaient d'hypocrites qui faisaient 4995 ARSÈNE — ART CHRÉTIEN PRIMITIF semblant de jeûner et en môme temps fréquentaient les bals et les théâtres. La Réponse d’Arsène, publiée en grande partie par Tchistovitch dans son travail sur Théoph. Prokopovitch, Saint-Pétersbourg, 1869. p. 386407, contient des renseignements précieux sur l'organi­ sation de l’Église russe après la mort de Pierre le Grand. Les lettres et documents ayant trait à la lutte entreprise par Arsène pour la défense des droits de l’Église russe ont paru dans les Lectures de la société d'histoire de Moscou, 1862, t. n. in. Citons, parmi les sources biographiques du métropolite Arsène, l'article d'Jkonnikov dans ΓAncienne Russie (Roussicaia Starina}, 1879; Morochkin, Esquisse bibliographique sur le métropolite Arsène, dans le Bibliographe, 1886, η. '2-4; Ephrémov, Maté­ riaux pour servir ù l’histoire de la littérature russe, SaintPétersbourg. 1867: Archives russes, 1863, n. 10,11; Rousskdia Starina, 1876. n. 2, p. 587-588; Znamenskii, Lectures sur l'his­ toire de l’Eglise russe au temps de l'impératrice Catherine, 1875, t. m, p. 228-254; Pliilarète, Essai de littérature ecclésias­ tique russe, Saint-Pétersbourg, 1884, p. 343, 344 ; Bilbasov, His­ toire de Catherine II (en russe), Londres, 1895, t. n, p. 165,166, 225-228, 230-248; Andréievski, Lexique encyclopédique, t. n. p. 172. 173; Lopoukhin, Dictionnaire de théologie, Saint-Péters­ bourg, 1900, col. 1062-1063. A. Palmieri. 3. ARSÈNE, métropolite de Kiev, naquit en 1795. Le séminaire de Kostromski et l’académie de Saint-Péters­ bourg l'eurent comme élève. Moine en 1821, Arsène pro­ fessa la théologie à Saint-Pétersbourg. Le saint-synode le nomma successivement recteur de plusieurs sémi­ naires, évêque de Tambov (1832), archevêque de Podol (1841) et enfin métropolite de Kiev (1860). Le docte pré­ lat mourut à Saint-Pétersbourg en 1876. Les historiens russes le considèrent comme un des évêques les plus saints et les plus érudits de son siècle. Nous passons sous silence ses nombreux écrits de li­ turgie. d’éloquence sacrée, etc. Comme théologien, Ar­ sène est connu par son Traité sur la religion naturelle et la religion révélée, traité paru d’abord dans les Tra­ vaux (Troudy) de l'académie de Kiev, et ensuite en vo­ lume. Kiev, 1875. Il s’ell'orea de ramener à l'église ortho­ doxe les Mulocans, de l'éparchie de Tambov, et consigna ses réponses â leurs objections théologiques dans un ouvrage intitulé : Conseils à un prêtre pour la conver­ sion île ceux qui s’étant séparés de l’Eglise se sont af­ filiés ù la secte des Molocans, 1845. Ses autres écrits touchant les mêmes hérétiques ont paru dans les Troudy de Kiev, 1875. Ses sermons (Sobranie slov), 5 vol., SaintPétersbourg, 1873, sont très estimés. Pjevnitzki, Souvenirs d'Arsène, métropolite de Kiev, dans les Troudy, 1877 ; Lopoukhin, Dictionnaire de théologie, Saint-Pé­ tersbourg. ItMlp, 1.1, col. 1071-1073; Audrêjevski, Dictionnaire en­ cyclopédique, t. U, p. 173. A. Palmieri. ART CHRÉTIEN PRIMITIF. — L L'art chrétien en général. II. L’art chrétien, lieu théologique. 1. L’art chrétien en général. — i. nature de l'art, différence avec l’archéologie. — L'art consiste à exprimer sous une forme sensible des idées, des repré­ sentations plus nobles et plus élevées. Il suppose donc l'union, la compénétration de l’idéal et de la forme réelle et sensible. Ces formes sensibles s’appellentmonuments. Les monuments peuvent être envisagés sous le rapport archéologique, « en tant qu’ils sont destinés à perpé­ tuer le souvenir des personnes, des événements, des usages ou des choses des temps passés; » ou bien sous le rapport artistique, en tant que leur forme sensible, noble et harmonieuse, est l’expression du beau idéal. Ces deux points de vue ne s’identifient pas. Les monu­ ments qui font l’objet des études archéologiques étant le plus souvent des œuvres d'art, l’archéologue doit savoir apprécier le style et le mérite artistique d une œuvre, les comprendre, les juger. L'art chrétien primitif n’est qu’une création du génie grec et romain, création qui a été toutefois fécondée et dirigée par l’esprit du chris­ 199G tianisme. Ce point de dé-part unique a produit l'unité des sujets traités; il y a bien des nuances locales, mais elles ne sont pas considérables. Beusens, Éléments d'archéol. chrét., t. 1, p. 3 ; Kraus, Ge­ schichte der christl. Kanst, Fribourg-cn-Brisgau, 1836, t. i,p.87. II. ORIGINE RE L’ART CHRÉTIEN; SON HISTOIRE. — l° Origine. — Raoul-Rochette a dit : « Un art ne s'im­ provise pas; créer de toutes pièces un ar! sans précé­ dents n'était pas plus au pouvoir des chrétiens que subs­ tituer une nouvelle langue au grec et au latin, » d'autant plus que dans l’antiquité l’art s’occupait de tous les détails de la vie publique et privée. L’art chrétien tire son origine de l’art funéraire antique. Ses commence­ ments ne sont pas rudimentaires et faibles ; loin de là, plus les monuments sont anciens, plus ils sont parfaits au point de vue de la forme et de l'exécution. Quant au fond, on a procédé graduellement. On employa tout d’abord les formules décoratives de l’art funéraire païen, en écartant soigneusement tout signe d’idolâtrie et toute image immorale. Mais l’art chrétien ne devait pas en rester là. Comme il avaità sa disposition des idées nou­ velles, il trouva, pour les exprimer, de nouvelles formes ou modifia les anciennes. Les figures principales qui représentent la pensée chrétienne, sont introduites peu à peu dans le milieu décoratif accoutumé qu’on conti­ nue â prendre dans l'art profane. Les sujets se multi­ plient; à ceux qui sont isolés, on ajoute des compositions; des cycles se constituent. A un moment donné l'idée chrétienne prédomine, l’élément décoratif profane n’a plus qu'une place accessoire. C’est Rome qui a fourni les plus anciens monuments : le vestibule et la galerie des Flaviens à Domitille, les cryptes de Lucine, etc. 2“ Histoire. — L'art chrétien, en particulier la pein­ ture chrétienne, est sorti de l’art gréco-romain. (Nous venons d’indiquer ses commencements au 1"siècle.) En se développant, il marche, pour ainsi dire, de pair avec fart profane; la première période s'étend jusqu’à la lin du II' siècle. Dès le commencement, nous trouvons des sujets distincts, soit isolés, soit groupés dans des com­ positions, soit plus développés dans les cycles. Le sym­ bolisme se forme. Cette première phase est celle de l’invention la plus libre et delà technique la plus soi­ gnée, ainsi que le montrent les parties les plus ancien­ nes de Priscille, de Domitille, de Prétextât, etc. Durant la seconde phase, fin du il'siècle à Constantin, lescycles se développent et prennent des formes déterminées et traditionnelles, presque stéréotypées. Dans la première moitié, le symbolisme atteint son apogée. Mais la décadence de l’art croît en sens inverse; la technique laisse déjà beaucoup à désirer; « le style des peintures est de moins en moins parfait. » Le changement radical dans la situation politique et sociale dès chrétiens, sous Cons­ tantin, amène aussi une modification dans l’art chrétien. Celui-ci se montre désormais au dehors; la technique devient meilleure, mais le symbolisme disparait de plus en plus; le sens religieux s’appauvrit; les artistes com­ mencent à oublier l’esprit des choses de leur art et aboutissent vite à des représentations littérales des faits matériels.- les sujets de la Bible ne sont pas encore écartés, mais ils ont une signification plutôt historique. De nouveaux sujets sont introduits. On revient assez vo­ lontiers àceque j’appellerais des « portraits » et aux scènes de la vie réelle. L'iconographie elle-même change. Le type idéal, imberbe, du Sauveur se modifie pour se rap­ procher peu à peu du type byzantin. Le nimbe, dont on orna sa tête, est donné aussi aux esprits célestes, et même, vers 400, à la Vierge et aux autres saints. Pour les autres branches, voir plus loin. De Rossi, Roma sotterranea, t. i, p. 196 sq. ; t. ii,p.351 sq.; Kraus. Roma sotterranea, 1879, p. 216-227 ; Id., Die altchristliche Kunst in ihren fridiesten Anfûngen, Leipzig. 1.1, 1873; Marucchi, Éléments d'archéol. chrét., 1.1, p. 260-261. 1997 ART CHRÉTIEN PRIMITIF in. rapports avec l’art PROFANE. — Ces rapports ont été exagérés. Il est aussi inexact de dire que l'art chrétien a découvert un style propre etdes formes abso­ lument nouvelles, que de dire qu'il a emprunté tout, le fond et la forme, à l’art profane, ainsi que l’ont fait Raoul-Rochette dans Trois mémoires sur les antiquités chrétiennes des catacombes, dans les Mém. de l’Acad. des inscr., etc.. Paris. 1833-1839, et llasenclever, Der altchristliche Grâberschmuck, Brunswick. 1886, qui va jus­ qu'à nierle symbolisme dans Part chrétien. L’art chrétien, ayant la même techniqueque Part profane, dont il est né, a la même histoire. Plus d'une fois, surtout dans les pre­ miers siècles, les chrétiens ont dû se servir d’artistes païens, ou de monuments fabriqués dans leurs ateliers. Le christianisme avait bien ses idées propres, mais, pour les rendre intelligibles, il fallait leur donner une forme, et cette forme générale, ainsi que le système de décora­ tion, ont été empuntés à Part profane. On retrouve même assez souvent dans le système général de la composition des monuments chrétiens des analogies frappantes entre les deux arts. — Quant aux sujets eux-mêmes, il y en a parfois qui sont indifférents et qui n'ont un caractère chrétien qu’en raison du lieu ou ils se trouvent, ou bien « grâce à la présence accidentel le de quelque signe d’une signification incontestable, l’ancre, le chrisme », etc. Ailleurs, dit M. Prost, on emprunte des images à l’art ancien comme ornement purement décoratif, soit comme expression traditionnelle de certains sujets : les person­ nifications du ciel, de la mer, des saisons, etc., soit à titre de symboles d’une signification convenue qui ne compromettaient aucune des croyances nouvelles ou qui s'y adaptaient : les génies funéraires avec leur torche renversée, les grillons, etc., soit enfin en leur accordant une signification allégorique spéciale, conforme aux doctrines de la nouvelle loi : Orphée, etc. Quelques su­ jets, purement mythologiques, se rencontrent très rare­ ment dans la deuxième et la troisième période. Quoi qu’il en soit, qu’il y ait emprunts ou simples analogies, il est certain que Part chrétien a des caractères, une inspiration, un symbolisme qui lui sont propres. De Rossi, toc. cit.; V. Schultze, Archüologische Studien, Vienne. 1880,' p. 1 sq.;. Id., Die Kutakomben, Leipzig, '188'2; A. Prost, dans la Revue archéologique, 1887, t. i, p. 329-344; Kraus, Geschichte der christl. Kunst, 1.1, p. 65-78,212-223; Piper, Mgthologie d. christl. Kunst. Weimar,1846; Vincenzo Strazzula. dans la Romischc Quartalschrift, 1897, t. xi, p. 507-529; Aube, dans la Revue des Dcuoc Mondes, t. lviii, 1883; .lui. von Schlosser,dans VAllgemeine Zeitung, Beilage, n" 248, 249, 300; Marignan, Études d’iconographie religieuse, Paris, 1889; etc. iv. sources; moyens d’interprétation. — 1° Dé­ coration. — Les artistes chrétiens ont profilé des lieux communs de décoration profane. Ainsi les motifs d’ar­ chitecture, des vues de perspective, des petits paysages, des lignes ornementales, des oiseaux, des vases, des fleurs, des fruits, des guirlandes, des animaux fabuleux, en un mot, les éléments d’une ornementation tout à fait innocente se retrouvent aussi bien dans les cata­ combes que dans les ruines de Pompéi. 2» Sujets représentés. — Sur ce point l'artiste chrétien n’a pas été exclusif, lia cherché son inspiration : 1. Dans TÉcriture sainte. Tantôt il l’interprète librement. Les additions ou abréviations qu’il introduit dans les sujets bibliques, sont dues à l’initiative personnelle, ou à des réminiscences de Part profane et de l’atelier. Tantôt il recourt à l’Écriture sous la forme dans laquelle elle est employée dans les prières pour les morts, dans les liturgies funéraires. Telle est au moins la théorie particulière de M. Le Blant, Etude sur les sarcophages d'Arles. Paris (1878), Introduction, p. xxi-xxxix. Cette théorie a l’inconvénient d’être insuffisante : les sujets différents y ont tous la même signification ; et il y en a d’autres qui n’y rentrent pas. Tantôt l’artiste profite de l’Écriture telle qu’il la trouve dans la prédication 1998 orale, Kraus, Deal- Encyclopüdie ,t. u, p. 11 ; Steinm mn. Die tituli und die kirchl. Wandnialerei, Leipzig. !>V2. p. 72 sq. ; M. Schmid, Die Darstellung der G Christi, Stuttgart, 1890, p. 128 sq. ; et dans les écrits i -s Pères. — 2. Dans les livres apocryphes, en particulier dans les évangiles. Depuis Constantin, on emprunt·- a cette source un certain nombre de traits et de détails qui font bien dans le tableau, par exemple le bœuf et l’âne à la crèche, Marie puisant de Peau-au moment de Pannonciation. Ces détails intéressants répondaient aux exigences populaires mieux que les sobres récits d· : Evangiles canoniques. De Waal, dans la Boni. Quarlalschrift, t. I (1887), p. 173 sq.. 272 sq., 391 sq.; Euovo bulled. d'arch. crist., t. nt (1897), p. 103 sq. ; t. xv (1899), p. 137 sq. — 3. Dans les représentations reli­ gieuses de l’art profane auxquelles on donnait une si­ gnification chrétienne. Voir plus haut. — 4. Dqns certains faits de la vie réelle. Voir plus loin. — La détermination des sujets ainsi faite, il reste à en pénétrer le sens. Pour cela, il faut recourir aux auteurs ecclésiastiques, aux actes des martyrs, et aux poètes chrétiens, Ficker, Bedeutung der altchr. Dichtungen fur die Bildwerke, Leipzig, 1885; en tenant compte du temps et du lieu; à l’archéologie classique;aux inscriptions funéraires; à ce qu’on appelle « le contexte » des monuments. Muntz, Sources de tarchéologie chrétienne, dans tes Mélan­ ges d’archéol. et d'histoire, Rome. 1888; Le Blant, Étude sur les sarcophages d’Arles, Paris, 1878, Introd., p. vit sq., et Revue archéol., 1879, p. 223 sq., 576 sq. ; Kraus, op. cit., t. I, p. 65 sq. 3° Composition de l’ensemble. — Elle a été faite sou­ vent sous la surveillance de l’autorité ecclésiastique. Cela a dû être le cas pour les grands cycles, peut-être même pour certaines représentations isolées. D’autres fois, l’artiste s’est livré âson inspiration et a suivi moins une idée d'ensemble qu’une idée particulière pour cha­ que scène. Tantôt il a usé d’une grande liberté d’inter­ prétation personnelle selon que la place et l’agencement matériel des scènes l’exigeaient, tantôt il a reproduit plus ou moins systématiquement des modèles courants où la maladresse et la lourdeur de l’ouvrier sont plus visibles que l'idée même de l’artiste. v. i.’art et l’église. — Les réformateurs du xvi· siècle, et à leur suite différents auteurs modernes ont prétendu que l’Église primitive eut en horreur l’art et la civilisation antiques, jusqu’au règne de Constantin ou des éléments païens pénétrèrent dans le christianisme. Ce reproche est sans fondement, comme nous le dé­ montrent les nombreux monuments qui ont été décou­ verts dans les cinquante dernières années et dont quel­ ques-uns remontent aux deux premiers siècles de 1ère chrétienne. Sorti du judaïsme, le christianisme p, . . pour des raisons d’opportunité partager quelque p-euJa réserve imposée par l’ancienne loi, Exod., xx. i: Deut.. iv, 16, 23, 25; v, 8, au sujet de certaines n :-r lie : ns plastiques. Mais les juif* eux-mêmes n’étaient pas -ntierement étrangers à toute idée artistique et les chré­ tiens ne devaient pas tarder à rompre définitivement avec la synagogue et ses observances. II y eut sans doute quelques particuliers peu favorables à l’art, par exemple Tertullien, le sombre montaniste. De idol., c. Ill, vm, P. L.", t. i, col. 664-665, 669-671; l’historien Eusèbe, l’ami des ariens, II. £., vu, 18. P. G., t. xx, col. 680; saint Epiphane, Epist. ad Joa. llieros.,^. P. G., t. xun, col. 390-392, etc. Mais ce ne sont que des exceptions. Un très grand nombre de témoignages attestent que l’Église était bien loin de partager ces exagérations oc­ casionnées par certaines préoccupations dogmatiques. Le fameux canon d’Elvire, porté en l’an 300, selon Mor Duchesne, Mélanges Renier. 1886, p. 159-174 : Placuit pict uras in ecclesia esse non debere, ne quod co­ litur et adoratur, in parietibus depingatur, a été diver­ sement expliqué. Les uns le regardent comme une Aè- 1999 ART CHRÉTIEN PRIMITIF fense « toute accidentelle, toute de circonstance, toute locale », ne valant que pour l’Espagne et occasionnée peut-être par la persécution. D’autres disent qu’il n'a pas de portée générale, puisqu’il ne détend que picturas in ecclesia, c’est-à-dire celles qui représentent ce qu’on doit vénérer et adorer, surtout les trois personnes divi­ nes. D'autres enlin croient que c’est une « bizarrerie » de la part des Pères comme le canon 34 du même con­ cile, pour lequel on n’a pas encore trouvé une explica­ tion suffisante. En tout cas, comme le fait observer Baronius, d nnal., an. 57, n. 124, il est resté sans suite réelle et sans trace aucune dans l'histoire générale de l’art : Ecquam tandem fidem meretur tam paucorum epis­ coporum canon, quem totius catholicæ ecclesiæ usus contrarius continuo abolevit, immo antequam nasce­ retur exstinxit. Kraus, op. cit., 1.1, p. 58-65; de Rossi, Borna sott., t. 1, p. 97; Hefele, Conciliengescliiclite, t. i, p. 170; Funk, Klrclwngeschichtliche Abhandlungen und Untersuchungen, Paderborn, 1897, t. I, p. 346-352. vi. caractères. — 1’ A it point de vue de sa concep­ tion. — 1. L’art chrétien primitif est religieux et, sur­ tout pour la peinture et la sculpture, funéraire. Ses différents sujets sont religieux et pris de la Bible; très peu ont un caractère purement décoratif; très peu sont tirés de l'histoire ou de la vie réelle. A l’origine l’élé­ ment décoratif prédominait, mais on y introduit des sujets religieux, par exemple dans la galerie des Flaviens, à Domitille. Dés le 11° siècle, le cycle des peintures reli­ gieuses commence à se fixer. Ce qui inspire l'artiste chrétien dans le choix de ses sujets, ce n’est pas la gloriole de pouvoir décorer les chambres mortuaires, c’est le sentiment religieux. Fortement imprégné de la croyance à une vie meilleure, l'artiste exprime partout cet espoir qui faisait la force de ceux qui ne sont plus et la consolation de ceux qui vivent encore, et dans un langage clair et simple, il fait appel à la piété des vivants pour soulager ’es morts. 2. Il est didactique. L'art chrétien a un but didac­ tique. Son caractère religieux et funéraire et les témoi­ gnages des auteurs le prouvent. Saint Paulin de Noie, A’at. Fel. poem, xxvn, vers. 511-515, P. L., t. i.xi. col. 660, les Constitutions apostoliques, v, 11, P. G., t. i, col. 853, 856, parlent clairement dans ce sens. Saint Jérôme, Epist. ad Fabiol., lxiv, P. L., t. .xxn, col. 613, dit : Multo plus intelligitur quod oculis videtur quam quod aure percipitur. Ce que lart était après Constan­ tin, il a dû l'être auparavant : il n'y avait pas de raison pour qu’il changeât. Le but des monuments funéraires était d'exciter à la prière et de montrer la manière de prier. Les épitaphes le disent clairement. L’une, du ine siècle, au musée du Lalran, Pii. tx, 10, indique que c'est pour cela qu’elle a été placée à cet endroit :... Meruit titulum inscribi ut quisquis de f ratribus legerit, roget deu[m]||ut sancto et innocenti spirito (sic) ad Deum suscipiatur. Une autre, de Priscillc. de Rossi. Inscr. christ., t. i, p. xxx, celles d’Abercius et de Pectorius, s'expriment d'une façon analogue. M. Schultze etses adhérents ont donc prétendu à tort que l’art chré­ tien n'était point didactique, comme d'autres ont eu le tort d'affirmer qu'il l'était exclusivement. Kraus, op. cit., 1.1, p. 79-81 ; Wilpert, Ein Cyclus christologischer Gemiilde, Fribourg-en-Brisgau. 1891. p. 49-52. 3. Il est plus symbolique qu’historique. — Le sujet on l’objet est représenté moins pour lui-même que pour l'idée qu'on veut exprimer : res significatæ iterum res alias significant, dit saint 'I hornas, Sum. theol., I·, q. 1. a. 10. Ce caractère de l'art chrétien a été singuliè­ rement exagéré par certains symbolistes à outrance qui ont cru trouver une idée supérieure dans la plus petite décoration. Leur opinion a provoqué une réaction chez les adversaires qui ont poussé la contradiction jusqu'à l'absurde, trouvant un sens ornemental ou historique £000 i dans nombre de sujets où le symbole est évident. La vérité est plutôt du côté des premiers. Voir SYMBOLISME DE L'ART CHRÉTIEN. 2« 4« point de vue de l’exécution. — L’esprit chrétien ' a pénétré l’art. Les monuments se ressentent de la reli­ gion nouvelle, si différente de l’ancienne. L'artiste n'emploie plits, comme autrefois, son talent pour donner des leçons d'immoralité. « Les nudités sont rares, dit M. Pératé, L’archéologie chrétienne, p. 43; ou bien c’est la nudité enfantine des génies, des amours..., ou la nu­ dité discrète et à demi voilée des images pastorales, des saisons, ou c’est encore la nudité nécessaire de tels personnages bibliques, Adam et five, par exemple... » Dans l’art chrétien tout est pur, chaste et innocent et indique une élévation de sentiments inconnue à l'art profane. L’espérance du bonheur éternel qui est expri­ mée particuliérement dans les fresques des catacombes, la joie douce et grave que nous retrouvons partout, con­ trastent singulièrement avec la froideur glaciale des monuments païens. — Si l'art chrétien est supérieur à l'art profane sous ce rapport, il lui est inférieur sous d'autres. Le pinceau et le ciseau des artistes ne se sont guère élevés au-dessus du niveau commun ni dans la manière de rendre les types, ni dans l’expression des physionomies. Les attitudes, les draperies, en un mot l’entourage reste le même, quoique les sujets soient de leur invention. Ils ont poussé la sobriété de composi­ tion aussi loin que possible; ils ne se soucient presque pas du pittoresque : « il suffit que le sujet soit com­ pris ; c’est affaire à l'imagination de le compléter. On a souvent reproché aux figures primitives leur manque d'individualité. » Pératé, op.cil., p. 42. Ce reproche est justifié et les exceptions sont rares. Une certaine mo­ notonie régne un peu partout. Parfois cependant on trouve des compositions pleines d'aisance, de grâce et de vie, comme la Vierge et le prophète au cimetière de Priscille, malgré les négligences de l’artiste dans l’exécution de certains détails. Assez souvent le style est grossier. — La valeur de l’art chrétien n’est donc pas très considérable. Ses premières productions ne sont pas sans prix et peuvent soutenir la comparaison avec l'art profane. Mais à l’époque de la décadence de l’art classique, il décline à son tour. La recherche de la beauté et de l’harmonie des formes ne rentre plus dans les préoccupations de l’artiste. Toutefois le goût et le sens esthétique n'ont point entièrement disparu, comme le prouvent la basilique constantinienne et les mosaïques de Rome et de Ravenne. Kraus, op. cit., t. t, p. 223. vit. branches DE l’art CHRÉTIEN.— 1» La peinture à fresque. — Ce que nous avons dit plus haut se rap­ porte plus particulièrement à la peinture, les autres branches artistiques appartenant plutôt à une époque postérieure. La peinture chrétienne, qui est aussi an­ cienne que les catacombes, tire son origine de l'usage des anciens de décorer les tombeaux, usage que les chrétiens ont adopt,·. Les sujets qui nous indiquent le caractère chrétien d’une peinture, sont ; 1" symboli­ ques : le poisson, l'agneau, etc.; 2° bibliques, avec ou sans signification allégorique : Noé dans l'arche, la ré­ surrection de Lazare, etc.; 3° dogmatiques et liturgi­ ques : la fractio panis de la chapelle grecque, les pein­ tures des chapelles des sacrements ; 4” iconograph iques ; représentant les images du Christ, de la Vierge, etc.; 5” pris de la vie réelle : la vendeuse de légumes, à saint Calliste. les boulangers, les fossoyeurs, etc., à Domitille; 6" relatifs aux affaires criminelles : le supplice des I saints â la Casa celimontana; 7e mythologiques ; voir plus haut. 2° Les mosaïques. — L'art des mosaïques,ou la pein­ ture monumentale, fortement cultivé par l'antiquité et régénéré pour ainsi dire par le christianisme, au tv» siè. cle, était destiné-à orner dignement l'abside et les murs, 2001 ART CHRÉTIEN PRIMITIF ‘2002 quelquefois aussi le pavé, des sanctuaires chrétiens. — I 2. Les basiliques. — 11 est aujourd’hui certain q:. - n Composées d'un nombre infini de petits cubes de verre dehors des lieux de réunion dans les maisons privé- s et ou de marbre colorié, ces peintures ont un caractère dans les cryptes souterraines, les chrétiens avaient a l-ur particuliérement durable et monumental. En dehors de disposition des églises publiques, même avant Const.ml'élément purement décoratif, elles représentent des tin. Voir Kirsch, Die christl. Kullusgebânde in der ■scenes symboliques, bibliques ou historiques. Les murs konstanlinisehen Zeit, dans Elises. Fetschrift z. I !<"> n>· portent souvent que des cycles historiques. L'abside, jûhr. Jubil. d.deulsch Campo sanlo in Rom, Fribourgau contraire, est l'endroit le plus richement décoré. Les en-Brisgau, 1897. Après l’édit de Milan, les constructions sujets qu'on y représente ne sont pas toujours les mêmes. chrétiennes devinrent plus nombreuses : elles présentent Au IV· siècle, par exemple, on y célèbre le triomphe généralement le type de la basilique dite constant inienne. du Christ et de son Église, les splendeurs du royaume La forme centrale, ronde ou polygonale, domine dans les céleste et la majesté du jugement, sujets empruntés, en mausolées et les baptistères. Comme cette partie del art partie,à l'Apocalypse de saint.Jean.Dans ces compositions chrétien est sans grande importance pour la théologie, nous tout converge vers le centre qui est occupé par le Sau­ renvoyons le lecteur aux livres d'architecture chrétienne. veur. Celui-ci est debout sur la montagne ou sur les 4” La sculpture. — 1. La sculpture chrétienne est nues, ou assis sur son trône el donnant la loi; des apô­ moins ancienne que la peinture : elle ne date, pour tres l'entourent ordinairement, tandis que sur les murs ainsi dire,que de l'époque de la paix. Plusieurs raisons attenant à l'abside on aperçoit les vingt-quatre vieillards expliquent ce retard ainsi que la rareté des monuments portant des couronnes. Les membres des deux églises, avant Constantin. Les artistes chrétiens firent d’abord figurées par les villes de Jérusalem et de Bethléhem, se défaut. Ensuite les monuments plastiques, dont le prix dirigent vers lui. On y voit aussi l'agneau de Dieu nim­ est élevé en raison de la difficulté du travail, se con­ bé, avec ou sans la croix, immolé ou debout sur la mon­ servent moins facilement. Exposées au dehors, ces sculp­ tagne sainte, d'où sortent comme symboles des Évangiles, tures pouvaient enfin devenir une occasion d'idolâtrie les quatre fleuves du paradis, dont l’eau abreuve des ou dt moins, un danger de profanation religieuse ou brebis ou des cerfs, symboles des fidèles. Voir col. 580. de persécution de la part des païens. Avec la paix' de — Les premières mosaïques, qui forment la transition ! Eglise sous Constantin, cet art prend son essor et entre l'art chrétien et l'art profane, sont celles de Saintearrive â son plus grand développement dans la seconde Constance, sur la voie Nomentane. On y rencontre en­ moitié du iv» siècle, à Rome et en Italie, et un peu plus core « un mélange assez singulier d'idées chrétiennes et tard dans les provinces. La chute de l'empire entraîne de formes païennes, aussi bien dans les types que dans l’abandon de la sculpture, qui au vi· siècle, n'existe les motifs d’ornement et dans la composition ». Konpour ainsi dire plus. La sculpture chrétienne commence dakofl', Histoire de l’art byzantin, Paris, 1886-1891, t. t, au moment où l’art profane tombe en décadence. Les artistes, tout en continuant tant bien que mal la tra­ p. 103. Viennent ensuite celles de la nef de SainteMarie-Majeure, bâtie sous Libère, et la précieuse mo­ dition de l'antiquité, se font généralement remarquer par l'absence de talent, le manque de sens plastique et saïque absidale de Sainte-Pudentienne, vrai chefle peu d’intelligence de l'art classique. d ouvre de la fin du IV· siècle, qui. toutes, d’un caractère nettement chrétien, sont pleines de vie. de noblesse, 2. La statuaire. — L’existence de la statuaire nous est de dignité, de naturel, et différent avantageusement de attestée par des écrivains tels qu'Eusébe, 11. E., tx, 9, 10, 11, P. G., t. xx, col. 824, b raideur des monuments postérieurs de l'époque by­ zantine. Les mosaïques de Sainte-Sabine, de l'arc de 833, 837; Vila Const., i, 40; ni, 49, ibid., col. 953, 1109, triomphe de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Paul, à etc. La série des rares monu­ Ravenne, le mausolée de Placidie et le baptistère des ments encore existants s’ouvre orthodoxes, deux monuments splendides et parfaitement par la célèbre statue du Bon conservés, appartiennent au v» siècle. Les autres sont d-jâ du vi·. Pasteur (fig. 20) au Latran, qui remonte au commencement du P.'raté, op. cit.. p. 199-268; Gerspach. La mosaïque, Paris; ni· siècle, et non à la renais­ de It ssi. Musaici cristiani, Rome, 1876-1894; Kraus, loc. cit.. sance constantinienne. Kraus, 3:*-446: .Muntz, plusieurs articles dans la Revue archéolo­ op. cil., t. i, p. 227 sq., contre gique, 1873-1898. Pératé, op. cit., p. 289. Il 3" L’architecture. — 1. Les premiers monuments de existe d’autres statuettes ana­ l'architecture sont les catacombes. Ce sont les cimetières logues dont plusieurs sont des premiers chrétiens creusés généralement dans le tuf passablement mutilées, toutes naturel — exceptionnellement dans des sablières — à inférieures en valeur artisti­ plusieurs étages et consistant en de longs et étroits cor­ que. Kraus, op. cil., 1.1, p. 228, ridors plus ou moins élevés, flanqués de loculi, ordinat­ 229. Sur les types, voir de is ment superposés et de cryptes sépulcrales avec arcoRossi, Bullett., 1887, p. 136 soles. L’ouverture des loculi, taillés en forme de paral­ sq. Puis vient la statue de ii I .gramme dans les parois des galeries, en proportion saint Hippolyte, vrai chef·. la taille du défunt, est fermée par une plaque de d’œuvre du ni· siècle, certai­ marbre ou par des briques, avec ou sans inscriptions nement d’origine chrétienne. et «ymboles chrétiens. Les arcosoles, assez fréquents au On l’a trouvée, en 1551. tout ni' siècle, sont des tombeaux taillés en forme de sarcoprès du cimetière du saint; phage et fermés par une niche voûtée. Les cryptes, cu­ récemment elle a été médio­ 20. — Statue du Bon Pas­ bicula, sont des chambres d’ordinaire de forme rectan­ crement restaurée. Kraus, op. teur au musée de Latran. gulaire avec des tombeaux appartenant à une famille cil., t. I, p. 230. el Real-Encvd'après 11. Marucchi. Élé­ •o à une association funéraire; quelquefois elles declopâdie der christl. Alter! ti­ ments d'archéologie chré­ nennent de vraies chapelles, quand elles renferment I nier, t. i, p. 659-665. Enfin, à tienne, Paris, 19o0, t. t, Motions générales, p. 336. ■n tombeau de martyr. Corridors, arcosoles, cryptes l la basilique valicane. la statue sont assez souvent ornés de peintures. en bronze de saint Pierre qui est du v· siècle. Grisar, S. J., Analecta romana. c. xv, Marcbi. Monumenti dette arii cristiane primitive nella meRome, 1899. trcr-. li del cristianismo. Rome, 1844; Marucclii. op. cit.. t. 1, Garrucci. Storia dcU'arte, t. vi. ï- Ιώ-128; Kraus, Real-Encyclopddie, t. Il, p. 98-136; etc. 2003 ART CHRÉTIEN PRIMITIF 3. Les sarcophages. — A côté du loculus et de Varcosolium de la catacombe et de la forma du cimetière en plein air, tombes ordinaires des chrétiens dans les pre­ miers siècles, il existe des sarcophages. Ces monuments qui étaient rares avant Constantin à cause de leur prix et du manque des marmorarii chrétiens, se multiplient à partir de cette époque non seulement à Rome, mais encore dans les provinces. Toutefois le style est générale­ ment grossier, les ligures mauvaises, les types moins nobles et manquant de naturel dans le mouvement et dans la pose, les plis raides et lourds. L’art profane contemporain exerçait son inlluence sur l’artiste chré­ tien : il est intéressant de constater des attaches assez nombreuses à ses procédés ordinaires. Dans les trois premiers siècles, certains sarcophages ne se distinguent en rien des monuments païens : ils ont des représen­ tations inditl'érentes et inollensives. Mais on trouve aussi des monuments ayant un caractère franchement chrétien. Les sujets, qui sont les mêmes que ceux des fresques des catacombes, sont, sur les plus anciens mo­ numents, relativement simples malgré leur symbolisme, peut-être même à cause de lui. Dans la suite on les dé­ veloppe et on en adopte quelques nouveaux. A partir du tv» siècle, des sujets très nombreux couvrent souvent une seule et même surface, formant tantôt une compo­ sition unique, tantôt des compositions juxtaposées et superposées, dans lesquelles on ne trouve que rarement un ordre logique ou chronologique ou une idée domi­ nante, par exemple, le célèbre sarcophage de Saint-Paul, du tv· siècle, aujourd'hui au Latran, n»4O4. Voir fig. 19, col. 1713-1714. A partir de la seconde moitié du rv· siè­ cle, ces compositions représentent surtout des sujets bibliques et historiques; dans la suite elles sont fré­ quemment remplacées par des scènes idéales et imagi­ naires. A cette époque, on passe à Ravenne par une certaine renaissance de la sculpture des sarcophages. Parmi les monuments les plus anciens et les plus célè­ bres il faut citer le sarcophage de Livia Primitiva, it’ siècle, aujourd'hui au Louvre, Garrucci, tab. 29(1, 3; celui du Bon Pasteur, de la via Salaria, qui est même plus ancien, au Latran, n“ 181, Bidlett., 1891, p. 55 sq., celui de la Gayole, près de Marseille, du n· siècle, dans Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 157, 215, pl. 59, 1; enfin celui de Junius Bassus.à Saint-Pierre. Grisar, dans la Hôm. Quartalschrift, 1896, t. X, p. 313 sq. Ficker, Die altchristl. Bildurerke im... Lateran, Leipzig, 1890; Crousset, Étude sur l'histoire des sarcophages chrétiens, Paris, 1885; Beissel, Bilder aus der Geschicht’ der altchristl. Kunst und Liturgie in Italien, c. t, Fribourg-en-Brisgau, 1899; Le Blant, Étude sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville d’Arles, Paris, 1878; Id., Les sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886: Prost, Revue archéol., 1887,t.x, fasc.l",p.329-344; fasc. 2, p. 51-60, 195-207 ; Kraus, op. cit., t. i, p. 234-253 ; Gar­ rucci, Storia, t. v, tab. 295-404; etc. 4. Sculpture sur bois. — De cet art il ne nous reste qu'un seul monument, unique en son genre : la porte de Sainte-Sabine, du v» siècle. Les panneaux qui sont encore conservés, renferment pour la plupart des scènes bibliques; l'un d’entre eux montre la plus ancienne représentation de Jésus crucifié entre les deux larrons. Kraus, Real-Encyclopiidie, t. n, p. 861-864 : Berthier, La porte de Sainte-Sabine,Fribourg, Suisse,1892 ; Wiegand. Lus altchristl. Hauplportal an der Kirçhe der hl. Sabma, Trêves, 1900; etc. 5. Les ivoires. — Dans les catacombes on a trouvé un petit médaillon représentant le Christ, du tv” ou du v» siè­ cle. Les autres monuments sont des diptyques, des plats de livres, des reliquaires, comme la célèbre lipsanothèque de Brescia, du tv» siècle, des boites à hosties, par exemple, la pyxide de Berlin, peut-être de la même époque. La chaire de l'évêque Maximin de Ravenne ap­ partient au VI' siècle. H. Uneven, Fruhchristl. und miltelalterl. Elfenbeinwerke, 200-4 1893 sq.; Stuhlfauth, Altchristl. Elfenbeinplastik. Fribourg-enBrisgau, 1896; etc. 5° Petits objets artistiques. — Ils ont leur importance, même au point de vue théologique. Ce sont, par exemple, des anneaux, des sceaux, des médailles de dévotion, des lampes, des verres gravés ou â fond d'or. Quelques-uns de ces derniers sont de la fin du in' siècle, le plus grand nombre du tv». Kraus, op. cit., 1.I, p. 478-508; Volpel, Die altchr. GoldglAser, Fribourg-en-Brisgau, 1899; Garrucci, Vetri ornati di figure in oro, 2· édit., 1884. IL L’art chrétien, lieu théologique. — Au sujet de la valeur théologique de l’art chrétien, il y a eu bien des erreurs résultant généralement ou du manque de con­ naissances ou d'un système religieux préconçu. Les uns, Schultze, Roller, Aubé, etc., déclarent hardiment que dans les catacombes il n'y a rien de spécifiquement ca­ tholique ; les autres y voient toute une théologie, un vrai manuel en images peintes (ou sculptées), une sorte de catéchisme complet des pauvres et des illettrés. Catho­ liques et protestants s'efforcent de « tirer les catacombes de leur côté ». La vérité est dans le juste milieu. « Évidem­ ment, dit fort bien M. Marucchi, Éléments..., 1.1. p. 263. il ne faut pas exiger des monuments plus que des allu­ sions; ne serait-il pas ridicule de chercher,même dans nos cimetières modernes, une exposition du dogme ? Une seule pensée devait être dominante, celle de la vie future...; le symbole important était celui qui y faisait allusion. Les autres symboles étaient là secondairement; quand ils étaient dogmatiques, ils rappelaient la foi qu'avait professée le chrétien dont ils ornaient la tombe. » Ace point de vue, l’art chrétien constitue une source précieusede renseignements sur les croyances religieuses de la primitive Eglise. Cela ressort incontestablement des considérations suivantes : 1° Les monuments, en général, sont par eux-mêmes des témoins du passé. Cicéron, In Ven·., act. II. lui, c. xc. Ces témoins ont l'avantage d’etre plus immuables que les écrits et de parler plus vivement et souvent plus clairement â l'in­ telligence. Horace, De arte poet., 180. 181. Il en est de même des monuments chrétiens qui portent néces­ sairement l’empreinte du christianisme. 2» Le carac­ tère de ces monuments est à la fois religieux, symbo­ lique et didactique. 3° Les sources où l'artiste a puisé les idées qu'il revêt d’une forme sensible sont des sources religieuses : la Bible, les écrits ecclésiastiques,lesprières pour les morts, les liturgies funèbres, la prédication orale, etc. 4° L’art chrétien primitif, étant une création de l’esprit chrétien populaire, exprimait nécessairement les idées religieuses des premiers lidèles et, par le fait même, les monuments contribuaient à leur tour à en provoquer de semblables dans l’esprit de ceux qui les voyaient. Cette observation devient encore plus impor­ tante. si nous admettons — ce qui s’impose pour les cyclesde la chapelle grecque, des chambres des sacre­ ments et plusieurs autres monuments — une surveil­ lance de la part de l'autorité ecclésiastique, qui suggérait des idées à l'artiste et le dirigeait dans l'exécution de ses travaux. 5° La comparaison des monuments avec le lan­ gage si clair des inscriptions qui ont le même but. Voir Epigraphie chrétienne. Les monuments ont donc une vraie valeur théolo­ gique. Pour la déterminer, il faut fixer le sujet, ce qui est relativement facile, et en pénétrer le sens. Les con­ ditions suivantes sont nécessaires pour cela : 1° con­ naître parfaitement les différents monuments de l’art chrétien, soit par autopsie soit par une description fidèle de tout ce qui se rapporte â la forme, â l'état de conservation, au style, à l’àge, etc. ; Mor Wilpert. Die Katakom bengemâlde und ihre allen Copien, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1891 ; Nuovo bullett., t. vi, 1900. p. 87 sq.,et ailleurs, a montré que dans nombre de cas 2005 ART CHRÉTIEN PRIMITIF une figure mal reproduite· par Bosio. Garrucci et même par de Rossi a induit en erreur et ces auteurs et ceux qui se sont fiés à leurs copies; 2° employer les moyens d'interprétation indiqués plus haut; 3° avoir une con­ naissance approfondie de l'esprit chrétien, puisée non eulement dans les ouvrages théologiqnes, mais dans toute la littérature religieuse contemporaine ; se trans­ porter dans le milieu social dans lequel les monuments ont été produits et juger tout avec l'esprit d’alors qui était bien différent de celui de notre époque; 4" tenir compte du développement dogmatique : la loi du déve­ loppement extrinsèque existe même dans l’ordre sur­ naturel; il ne faut donc pas chercher dans les anciens monuments de la foi populaire toutes les subtilités des luttes religieuses contemporaines ni les raffinements d'une science théologique postérieure; 5° ne pas suivre un parti pris ties monuments soumis à la torture disent tout ce qu’on veut leur faire dire. « Les faits doivent parler seuls ici » (de Rossi). Ce n’est qu’à ces condi­ tions que les monuments apportent à plusieurs dogmes un supplément de preuves théologiques. Quelques indi­ cations se trouvent dans De Groot, Summa apologetica de Eccl: cath., Ratisbonne, 1893, p. 797, 798; Berthier, Tractatus de locis theologicis, Turin, 1888. p. 570 sq. t. l’art chrétien et la théologie dogmatique générale. — 1. L’Écriture sainte. — La Bible, qui a dé occuper une place importante non seulement dans l'enseignement mais encore dans la vie chrétienne, faci­ lite beaucoup l’intelligence des monuments. On a constaté que. dans les trois premiers siècles, les apocryphes n’ont pas eu d'influence sur l'art, que les artistes chrétiens ont puisé indistinctement aux livres protocanoniques et aux dcutérocanoniqnes, autant que leur sujet y prêtait et que le cycle restreint des types constitutifs le permet­ tait, par exemple, les scènes de Susanne à la chapelle grecque; â Rome, en particulier, à en juger d'après cer­ tains détails, ils se sont servis de l'ancienne version latine. Les peintures les plus anciennes de Dornitille, de la crypte de Lucine et de Priscille, qui sont de la fin du t ■ siècle et du commencement du n«, représentent I annunciation, l’adoration des mages, le baptême de Notre-Seigneur, la résurrection de Lazare, sujets tirés de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean, etc. L. Fonk, Bibel und altchristliche Kunst, dans Stimnien aus Maria-Lauch, juin 1895; Vigoureux, Le Nouveau Testament et tes découvertes archéologiques modernes, 2* édit., Paris, 1896, 353-441; Dictionnaire de la Bible, Paris, 1895, t. il. col. 155158: Philippe, Manuel d’introduction générale eux Livres saints (lith.j, Paris, s. d. [1885], t. 1 (seul paru), p. 126-141. 2. L’Église. — 1° L'idée de représenter l’Eglise sous b forme d'une matrone est très ancienne dans la litté­ rature chrétienne. Hermas, Pastor, vis. 1, 2; Funk, Opera Patrum apostolicorum, Tubingue, 1887, t. i, p. 338. Elle n’est pas non plus étrangère à l'art chrétien. Témoin la mosaïque de Sainte-Sabine, où deux femmes tiennent chacune un livre ouvert. L'inscription placée au-dessous dit que ces deux matrones sont \'Ecclesia ex circumcisione et VEcelesia ex gentibus. M. Pératé, ep. cit., p. 208, trouve le même symbole dans les deux femmes de la mosaïque de Sainte-Pudentienne portant «ne couronne au Maître. Le fond de cette mosaïque donnant en perspective une vue de Jérusalem, et non le Rome, comme on l'a cru jusqu’ici, Nuovo bullett., t. vt. 1900, p. 72; Grisar, Analecta romana, diss. XIII. n. 2. on ne voit plus pourquoi ces deux femmes repré­ senteraient les deux sœurs PudentienneetPraxède. Quant î la théorie delà plupart des archéologues, qui voient un symbole fie l’Église dans un certain nombre d’orantesdes catacombes, elle est sans fondement solide et sans vaieur pratique. Voir Symbolisme de l’art chrétien. VVilpert. dans la Rom. Quartalschrift, t. xm. 1899, p. 23, 21. Kaufmann. Die sepulkralen Jenseitsdenkmâler der Antike und des Urchristentunis, Mayence, 1900, p. 142 2006 sq.; Schultze, Archâologische Studien, p. 262, n. 7. l'ne seule fois, sur la porte de Sainte-Sabine, l’Église parait avoir été symbolisée sous la forme d'orapte entre saint Pierre et saint Paul. L’idée de l'union de Jésus â l’Église protégée par Pierre et Paul ou présentée par eux au divin Époux, y est manifeste. Grisar, Geschiehte Roms und der Pâpste im Jf. A., Fribourg-enBrisgau, 1901, t. I, p. 256. A ce premier symbole de l’Eglise se rattache celui des villes de Jérusalem et de Bethlehem, d’où sortent des brebis symboliques qui se dirigent vers le Sauveur ou l'Agneau sur la montagne sainte. Bethléhem figure l’Église de la gentilité, Maxime de Turin, Hom., χνιιι,Ρ. L.,t. lvi, col. 26! ; S. Augus­ tin, Semi., ccn, P. L., t. xxxvm, col. 1033; Jérusalem celle des Juifs. Tous les hommes sont appelés à être membres de l’Eglise du Christ fondée par les apôtres, à rendre hommage à Jésus et à son Évangile, Rom., i. 16. afin de se sauver et de faire partie de l’Eglise du ciel.de la « Cité de Dieu », de la « Jérusalem céleste ». Celle représentation se trouve sur des verres dorés, Garrucci, Vetri, tab. 10,8; Storia..., tab. 180,6; sur des sarcophages et surtout sur des mosaïques, Garrucci, tab. 211, 253. 21. — Fragment de sarcophage, de la collection particulière de J.-B. de Rossi, représentant le navire de l’Église dirigé par Jésus et trois évangélistes, d'après une photographie. 258, 271, 294, où les deux villes sont indiquées nommé­ ment, et tab. 209, 265, 572, 285, 286, 298, 303, 324, 326329, 331, 333,334, 213,350, où le nom manque. Les plus anciens monuments sont le verre à fond d'or mentionné plus haut, et la mosaïque de Sainte-Constance, sur la voie Nomentane, commencement du iv’ siècle. Kraus, RealEncyclopâdie, t. il, p. 172, 781,782. — Un autre symbole de l’Église,d'ailleurs bien connu dans la lillératurechrétienne, S. Hippolyte, De Christo et antichristo, c. t.tx. P. G., t. x, col. 777, est le navire figuré de plusieurs manières. Sur la gemme illustrée par Aleander, .Va Eccles, referent, symb., Rome, 1626; Kraus, op. cit.. t. I, p. 94, le navire est porté par un dauphin, symbole du Christ, qui conduit ainsi à travers les tempêtes son Eglise à laquelle il sert de fondement. Devant le na Pierre marche sur les flots, soutenu par Jésus, oui lui tend la main : tous deux sont désignés pûr 1- rs noms. Sur un sarcophage de Spolète, du tv* si·.··, .e. collection de M. de Rossi, Bullett., 1871. p. 121, pl. vu, 1; cf.Garrucci, tab. 477, 478; l'artiste a represent· la n· f mystique voguant vers le phare du ciel, protégée par le pilote Jesus : trois matelots, Marcus, Lucas, [J· vnxes, sont aux rames (fig. 21). Saint Matthieu manque parce que le fragment est brisé à cet endroit. Sur l'extrémité du navire, qui a disparu. J.-B. de Rossi place Pierre te­ nant le gouvernail, tandis que M. Kaufmann, op. cit., p. 183, y suppose la figure du défunt qui, après avoir observé la loi évangélique, se dirige vers le ciel sous une telle conduite. Le symbolisme est ici manifeste, mais il est très difficile de le déterminer avec précision. Dans la chapelle des sacrements A2,de Rossi, Roma sotte, inea, t. n, pl. xv, 1, et mieux Wilpert. Malereien der Sakramentskapellen, p. 22, sur un navire battu et sou­ levé par l'orage, un homme se lient debout et éteud les 2007 ART CHRÉTIEN PRIMITIF mains pour prier : Dieu l'écoute. Entouré d'un nimbe de rayons lumineux, il apparaît a mi-corps au-dessus de lui, lui touche la léte de sa main protectrice pour signi­ fier qu’au sortir des orages de la vie il sera reçu dans la béatitude. A côté du navirc-Eglise « exposée aux tem­ pêtes de la mer, sans être an'antie », Hippolyte, loc. cil., un second personnage se débat vainement contre la fu­ reur des Ilots. Tandis que le premier est sauvé, le second se perd : c'est le sort de ceux qui sont en dehors de la barque de Pierre. Kraus, Real-Encyclopâdie,t. 1, p. 731, 732. — On cite encore d'autres symboles : la barque de Pierre et la pêche miraculeuse, l'arche de Noé, etc. Ces représentations ayant d'autres significations, il faut voir quel sens est exigé par l'ensemble. A SaintJanvier de Naples, des jeunes filles sont représentées construisant la tour de l’Église, d'après le Pasteur d'Hermas, vis. m. 1. Funk, Opera Patrum apost..Tubin­ gue, 1887, t. i, p. 352: Pératé, op. cil., p. 55. 2° La primauté de Pierre est essentielle à l'Église. M. Roller prétend, Revue des Deux Mondes, t. lvii, juill. 1883, p. 393, qu'il n'y a pas dans les anciens monu­ ments « une allusion à cette doctrine devenue capitale avec le temps dans l'Église ». Il se trompe. Voici ce que nous trouvons : 1. Les artistes aiment à repré­ senter Pierre comme le premier des apôtres : ils lui donnent généralement la première place et d'ordinaire à la droite du Maître, si toutefois on doit attacher une importance à ce détail.Voir Kraus, Real-Encyclopâdie, Ι.ιΐ,ρ. 682-684. Sur la terra cotta Barberini il a,comme les personnages princiers dans l'art profane, un suppe­ daneum ou escabeau. Grisai·, op. cit., t. i, p. 442. La pyxide de Berlin nous le montre ayant seul parmi les apôtres le bâton, symbole de la puissance. Ici, comme dans d'autres représentations de l'apôtre, le bâton ne signifie pas le pouvoir du miracle,parce qu'il n’y est pas question de miracle. Sur la scène du jugement à Syra­ cuse, Armellini, Cimiteri. p. 722: Bullett., 1877, pi. xi, et texte. Pierre, désigné nommément, porte seul le nimbe, avec le Christ; Paul ne l'a pas. Une représentation ana­ logue de saint Pierre est citée par Marangari, Acta s. Vielorini, 17-40, p. 40. Toutefois dans quelques monu­ ments, surtout romains, Paul est mis sur le même rang que Pierre : la fondation de cette Église par ces deux apôtres et leur martyre dans cette ville expliquent celte particularité. — 2. Pierre nous apparaît comme le vi­ caire du Christ. Assez souvent, depuis le iv» siècle, il est représenté portant la croix, par exemple : sur un sarcophage, aujourd'hui à Saint-Pierre, sur un autre de Ravennc.sur des médailles et surune statuette en bronze du iv» siècle, au musée royal de Berlin. Garrucci, tab.467. Ce n'est pas une allusion à sa mort, mais cela signifie que Pierre est le crucis almæ signifer et dux dans l'Eglise du Christ, comme dit le poète Dracontius, I,au­ des Dei, L III, v. 217 sq., P.L., t. t.x, col. 857. Bullett., 1869, p. 45. Rarement il a pris la place du Bon Pas­ teur, comme dans cette mosaïque du iv» siècle, autre­ fois à Sainte-Pudentienne, où il est orné du nimbe et assis sur une chaire entre deux brebis. Bullett., 1867, p. 43; GriSar, op. cit., t. I. p. 444. Le P. Mullooly, Saint Clement pope and martyr, and his basilica in Rome, Rome, 1873, p. 191, a cru reconnaître les traits de Pierre dans une statuette du Bon Pasteur,retrouvée dans les fouilles à Saint-Clément. M«r Wilpert, Principienfragen d. chrisll. Archéologie, Fribourg-enBrisgau. 1889, p. 30, parle de huit reliefs ou Pierre reçoit les clefs du royaume des cieux; elles se trouvent aussi sur la célèbre statue de l’apôtre, à la basilique vaticane,et sur d'autres monuments postérieurs. —3. Pru­ dence, Perist., I, P. L., t. LX, col. 232, dit que Pierre est Moïse, c'est-à-dire le chef et le conducteur du nou­ veau peuple de Dieu. Son témoignage n'est pas isolé. Cette pensée est exprimée dans l’art chrétien. Il est certain que la substitution de Pierre à Moïse est souvent 2008 voulue par l'artiste. Sur deux verres à fond d'or on croit voir Moïse taisant sortir du rocher les eaux miracu­ leuses. Garrucci, tab. 179, 8, 9. Or c'est Pierre, désigné nommément et avec les traits bien connus du prince des apôtres, qui fait sortir du rocher, qui est le Christ, I Cur.,.x, 4. les eaux du salut (lig. 22). La même scène est gravée sur la coupe de Pudgoritza, aujourd'hui à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, Bullett., 1877, pl. v, vr, où Pierre touche l’arbre (de vie?): l'explication de ce dessin peu réussi est ajoutée en écriture cursive : Petrus virga peryuodset (percussit | fontes eiperunl (sic) guorere [cur­ rere]. D'après de Rossi, Roma soit., t. n, p. 349-351, tav. d'agg. A, B; Bullett., 1868, p. 5, et Me» Wilpert, Prineipienfragen, p. 26 sq., Pierre se trouve encore sous la figure de Moïse dans la crypte dite delle peccorelle. H y est représenté dilloremmcnt sur la même surface, d'abord jeune et imberbe et ôtant ses sandales; puis, à côté, vieux, barbu, avec les traits de Pierre, frappant le rocher mystérieux. CL Wilpert. Malereien der Sa!., a- 22. — Verre d'-ré. de la collection du Vatican, représentant saint Pierre.frappant le rucher, d'après une photographie. mentskapellen, p. 38 sq. Parmi les seize sarcophages publiés par Garrucci, tab. 313, 315, 318, 320. 323, 358, 364. 365, 367, 369, 374, 380, sur lesquels le mi­ racle de la source sortant du rocher est représenté avec le reniement de Pierre, il y en a six ou Pierre porte encore la baguette mystérieuse; la ressemblance des traits et des vêtements, dans ces scènes juxtaposées, montre clairement que Moïse n'y est que le type de Pierre; de plus, sur plusieurs monuments, par exemple, sur le sarcophage du Latran, du iv» siècle, publié par Grisai·, op. cit., p. 441, vient s'ajouter aux deux scènes précédentes celle de l’emprisonnement de Pierre qui garde toujours le bâton symbolique. Mais nous regar­ dons avecKeans, Real- Encyclopédie ,1. n.p. 431, comm ­ une exagération de vouloir, avec le P. Marchi, tromt : partout le prince des apôtres sous les traits de Mo toutefois le type est certain, son emploi fréquent. « nous ne croyons pas être dans l’erreur en voyant dans ces représentations une preuve très importante de ! doctrine sur la primauté de Pierre et de l'Eglise d Rome ». L'absence du nom de Pierre sur les fresqm et les sarcophages n'affaiblit en rien cette preuve : dans les cas ordinaires on ne mettait pas de nom, à plus forte raison aucun nom n’était-il requis pour des scèm bibliques dont le symbolisme était connu de tous. Depuis le commencement du tv» siècle, les artistes · sont encore servis d'un autre moyen pour établir, d'n; ■ manière bien significative, des relations entre Pierre ■ : Moïse, dans la scène de la traditio LEGIS. Le Christ st assis sur le globe du ciel, ou bien debout sur la mon­ 2009 ART CHRÉTIEN PRIMITIF tagne mystique, d’où coulent les quatre fleuves du pa­ radis, symboles des quatre Evangiles; ou encore entre les princes des apôtres, tandis que les autres apôtres représentés symboliquement se trouvent dans une zone inférieure. Il remet d'une main à Pierre le rouleau, symbole de la loi nouvelle, comme le dil l'inscription : dominus legem dal, ou une autre inscription sem­ blable, et il étend l'autre main comme s'il parlait, tandis que Pierre reçoit respectueusement le rouleau dans ses mains enveloppees. Cette scène a été assez souvent re­ produite en différents pays, comme l'attestent des mo­ numents nombreux : un sarcophage d'Arles, un verre trouvé à Porto, Garrucci, t. lit, p. 148. une peinture de Priscille, Bullett., 1889. pl. vu, p. 23 sq., des verres dorés, par exemple, Garrucci, Velri, t.x, p.8; t.xix, p.8, où Pierre porte encore la croix, une médaille de dévo­ tion, un graffito sur une plaque de marbre, Bullett., 1887, p. 27, et Perret, Les catacombes, t. v, pl. 3, un sar­ cophage du Latran, Ficker, <>/>. cit., p. 117, n. 171, et Garrucci. tab. 323, 4-6, etc. Sur une mosaïque de Sainte-Constance, du commencement du tv« siècle, on a deux représentations parallèles : Dieu le Père donnant la loi à Moïse et Dieu le Fils donnant la loi à Pierre. Garrucci, tab. 207; Pératé, op. cit., p. 196-197. Sans voir des symboles partout, on est obligé de reconnaître l'importance de cette scène allégorique de la traditio legis, au point de vue théologique, surtout si on consi­ dère son prototype dans l'art profane : on aimait à re­ présenter les empereurs remettant par écrit leurs ordres à ceux qu'ils envoyaient comme vicairesou gouverneurs dans les provinces; ceux-ci’recevajent respectueusement ce volume, les mains couvertes du pallium. Cahier, Nouveaux mélanges d’archéol.; curiosités myslei ieuses, Paris, 1874, p. 65-84, pl. vu. Knetler. Moses und Petrus, dans Stimmen aus Maria-I.aach, 1901, t. i.x, fasc. 3. p. 237-257; Grtsar,Geschichtv..., 1901,1.4, p. 284, 294 sq. : Wilport. Principienfragen, p. 23-32; Id., dans Riim. Quarlalschrift., 1890, l. iv; p. 10-15 du tirage à part. De Cille figure de Pierre-Moïse, du bâton thaumaturge, des clefs, de la table de la loi, tirons les conclusions qui en résultent sur la nature de l’Eglise. Un seul chef, une seule Eglise. En Pierre se trouve l'autorité de Dieu ; en lui. la loi du Christ. Lui seul tient le bâton symbo­ lique et thaumaturge; lui seul dispose du rocher, image du Christ qu'il remplace comme chef et fondement de l’Eglise; de ce rocher il fait sortir, par l’exercice de son pouvoir, les eaux divines, les sources de la grâce, en particulier les eaux du baptême. Sans Pierre, pas de pouvoir, pas de loi divine, pas de source, pas de sacre­ ments, etc. 3’ La primauté de Pierre vient directement du Christ; celle des évêques de Rome est fondée sur celle de Pierre qui. « si jamais il a franchi les portes de Rome, comme dit R.-A.Lipsius. dans.lahrbiuher fur protest. Théologie, 1876, p. 562, y est venu, non pas comme simple voyageur. mais en vertu de son pouvoir apostolique. » Son séjour et sa mort à Rome sont prouvés par l’histoire. De nombreux monuments des cimetières apostoliques, de celui de Priscille, etc..et de plusieurs anciennes basiliques, des médailles, dont la plus ancienne est du ii'^iècle, représentant les princes desapôtres, de nombreux ver­ res dorés — 80 sur 240 dansGarrucci — avec son image, itd'autres traditions monumentales confirment ces faits. Toutes ces preuves prises dans leur ensemble ont fait dire â M. de Rossi, Bullett., 1864. p. 81 : « L’accord par­ fait entre les multiples indications historiques (sur le séjour de Pierre â Rome), et le témoignage des monu­ ments n’est pas un effet du hasard; il est plutôt une ga­ rantie pour la véracité des monuments aussi bien que des documents. » Marncchi, Memorie dei SS, Apostoli Pietro e Paolo nella cilla di Roma, Rome, 1894. 4“ Mais la barque de Pierre n’est pas abandonnée à elle-même.' Le sarcophage de Spolvte indique que Jésus 2010 est avec son Eglise et qu'il la dirige. T.a même idée encore exprimée par plusieurs autres monuments. par exemple, par un verre don'· sur lequel est ligue ■ chaire adossée au rocher d'Horeb, d'où jaillit foi.de vivifiante (de la'doctrine chrétienne), natalis fons im.'e aquæ eunctæ procedunt, et per diversas lotius mm. regiones puri latices cupitis incorrupti manant. Inno­ cent I". Epist., xix, 1, P. L., t. xx, coi. 583, et par un marbre gravé représentant la colombe, symbole de l’i.— prit-Sainl, posée sur le dossier de cotte même chaire. Bosio, Borna soit., p. 327; Bullett., 1872. pl. tx. 2. 5° Relativement aux différents membres de la hiérar­ chie, l'art chrétien ne nous fournit que très peu d’indi­ cations. On voit bien, parexemple, dans la fractio panis, â Priscille. un homme barbu qui préside, le προεστ'· de saint Justin, Apol., i, 65, P. G-, t. vt, col. 428; ailleurs il est question d'évêques portant barbe.à la chapelle des sacrements A-, un ecclésiastique qui baptise. Nuovo bullett., t. vt, I960, p. 96. A Priscille, il y a une fresque du ni» siècle, qui représente la prise de voile d'une vierge chrétienne, présidée par un évêque (ou prêtre) assisté d'un diacre. Wilpert Die gottgeuteihte.i J' ngfrauen, p. 52-64, pl. I. A Domitille, on voit quelques fos­ sores, etc. C’est peu de chose en comparaison de ce que disent les inscriptions. II. L’ART CHRÉTIEN ET LA THÉOLOGIE DOGMATIQUE — 4° La Trinité; la création. — 1. La Tri­ nité. — Ce mystère n’est représenté que très rarement. M«' Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne, c. VIII, n. 5, en donne les raisons. Saint Paulin de Noie, Epist., xxxii, 5, P. L., t. i.xi. col. 332-333, l’avait fait représen­ J ter plus ou moins symboliquement dans l’église de SaintFélix. Pératé, op. cit., p. 209. croit la trouver dans la mosaïque absidale de Sainte-Pudentienne : la main du Père était dans la partie supprimée, mais on voitencore aujourd'hui, dans la partie inférieure, le Christ assis sur la montagne, et au-dessous, le Saint-Esprit en forme de colombe. Il y a peut-être une représentation de la Tri­ nité dans les trois anges d’Abraham, sur une mosaïque de Sainte-Marie-Majeure. D'après de Rossi, Bullett., 1865, p. 30; Kraus, op. cit., t. i, p. 186: Grisar, op. cit., t. i, p. -435, etc., il y en a une sur le célèbre sarco­ phage de Saint-Paul,aujourd'hui au Latran : Dieu, for­ mant l'homme et la femme, est entre deux personnages qui figureraient leFilset le Saint-Esprit. Quelques archéo­ logues, se fondant sur le silence de certains auteurs con­ temporains et sur l'absence d'une troisième personne dans la scène de .la création sur un autre sarcophage du Latran, Garrucci. tab. 399, 7, ont affirmé que la troi­ sième figure, sur le sarcophage mentionné (dus lu ut. était accessoire et sans aucune signification. Leur con­ clusion ne s’impose nullement. Stuhlfauth, Die/ ,,, der altchristl. Kunst, Fribourg-en-Brisgau. |8'J7. p. 2A3 sq. Le Saint-Esprit, en particulier, est n-pr.’-· - 1 la forme d'une colombe dans les fresques du ! ;■:.··■ ; Christ, dont la plus ancienne est de la premier m·.:; i n» siècle, et deux autres de la seconde, sur musa . i de Sainte-Pudentienne, dans (’annunciation sur i.u. , triomphal de Sainte-Marie-Majeure, etc. | Kraus, Real-Encyclopadie, 1.1, p. 379-38Û; Garrucci. t. i, p. spéciale. 284 sq. 2. Les anges. — Avant l'homme, Dieu a créé les anges. Les artistes chrétiens les distinguent très bien des victoires et des génies du paganisme. Dès le IIe siè­ cle, dans la scène de l'annonciation. â Priscille. F; n Raphaël a le type d'un jeune homme, revêtu de la io­ nique et du pallium. Au IVe siècle (en particulier danla peinture), les anges sont nimbés; vers la tin du IVe siècle elau commencement du v»paraissent le- ailLe premier ange ailé est le symbole de saintMatthieu.dans l'abside de Sainte-Pudentienne : le texte de l'Apocalypse ■ a exercé sous ce rapport une grande influence. Vers la 2011 ART CHRÉTIEN PRIMITIF fin de la période, on voit parfois les anges avec le bâton, symbole de leur caractère d'envoyés du Très-Haut. Quoique vers celte époque le type juvénile commence à vieillir, on ne les représente pas encore avec la barbe. Bans certaines représentations plus rares de la dernière période, les anges ne sont plus de simples personnages historiques, mais des anges protégeant leurs clients, par exemple, les trois enfants dans la fournaise, sur deux peintures du tv" siècle, de Rossi, Borna solt.,t. ni, pl. xv, et Boni. Quartalschrift, 1889, t. ni, pl. vin, 2, et sur la lipsanothèque de Brescia. Sur une amulette du IVe ou du v» siècle, un ange ailé, mais non nimbé, vient en aide à saint Vital. Bullett., 1872, p. 5-30, pl. 11,1. L’idée d'une invocation ou d'un culte était par là mise en avant. Les monuments prouvent l'existence de ce culteau rv· siè­ cle. Des écrivains nous parlent d’amulettes, d'encolpia et de phylactères avec des images ou des noms d'anges. Thiel, Epist. Rom. pontif., t. i, p. 469. Plusieurs de ces petits objets, dont quelques-uns sont du iv° siècle, Bul­ lett., 1870. p. 11. 31; 1890, p. 41 sq.. ont été conservés jusqu'à nos jours. Bullett., 1863. p. 54; cf. Bullett., 1870, p. 20-25; Revue des études grecques, t. iv, 1891, p. 287 sq. ; t. v, 1892, p. 73 sq. Les oratoires, érigés en l'honneur des anges, en particulier de saint Michel, étaient très nombreux en Orient et en Italie, surtout au v· siècle. Plusieurs remontent même au iv», par exem­ ple, le Michaélion de Constantinople, bâti par Constan­ tin. Sozomène, B. E., n, 3, P. G., t. lxvii, col. 910. Kraus, op. cit., t. i, p. 210-213; G. Stuhlïauth, Die Engel in der attchristl. Kunst, Fribourg-en-Brisgau, 1897. 3. Le démon est représenté presque exclusivement dans les scènes d'Adam et d'Eve, sous la forme d’un ser­ pent rampant par terre ayant la partie antérieure du corps soulevée,ou bien roulé en spirale autour de l'ar­ bre. Bosio, Borna soit., c. L, parle d’un anneau de la collection du cardinal Barberini qui portait comme em­ preinte un grand tau dont la barre verticale imitait le monogramme constantinien flanqué de l’alpha et de l'oméga. Un serpent était enroulé autour du pied dont s'approchaient deux colombes. En bas se trouvait gravé le mot salvs. Cet anneau. Garrucci, tab. 478, 2, montre en image ce quel’EglisechantedansIapréfacedela Croix : Qui salutem humani generis in ligno crucis constituisti... et qui in ligno vincebat in ligno quoque vinceretur. Une idée analogue est exprimée par une lampe en bronze du iv« siècle terminée en forme de dragon ayant dans la gueule le fruit néfaste et sur la tète le monogramme du Christ,symbole de la victoire remportée par lui,Bullett., 1868. p. 78 sq., pl. 1, et par trois lampes en terre cuite du v». représentant le Christ d’après Je psaume XC, 11-13. Kraus, op. cit.,l.i, p. 108, 109; Revue de l’art chrétien, 1889-1893. Le Blant, Les premiers chrétiens et le démon, dans Alli del­ la il. Accadentia dei Lincei, 1887, p. 161-168; Wiegand, Der Erzengel Michael tinter Berücksichtigung der byzant. altital. und roman. Kunst ilconographisch dargestellt, 1886 ; Kdppen, Der Teufel und die Hotte in der darstellenden Kunst von den Anfangen bis zum Zeilaller Dantes und Giottos, Kna, disser­ tat., Berlin, 1895. 4. L’homme. — Les sarcophages mentionnés plus haut montrent comment Dieu a formé l’homme du li­ mon de la terre. La femme y parait également. Dieu leur donne la vie. Bientôt ils désobéirent à leur créateur. — La chute de nos premiers parents figure bien sou­ vent sur les monuments, sur une fresque de Priscille dés le milieu du ni· siècle. Le thème est d'ordinaire celui de la Bible : Adam et Eve à côté de l’arbre, le ser­ pent s’en approchant ou roulé autour de l’arbre, le fruit défendu dans la bouche. L’artiste indique aussi la puni­ tion de nos premiers parents : ils cachent leur nudité avec de larges feuilles. Les sarcophages du iv» siècle, pr exemple,celui de Saint-Paul et celui de Junius Bas- 2012 sus, ajoutent deux détails qui expliquent le texte de Gen.. ni. 16 sq. : du côté d’Adam, une petite gerbe d’épis, du côté d'Eve, un petit agneau. Le graffito d'une épitaphe du m· siècle au Latran, pii. xiv, n. 7, Boni. Quartalschrift, 1888, t. n, p. 287 sq. ; Perret, op. cit., t. v, pl. xn, 3, exprime la punition plus clairement encore : un homme y conduit la charrue, une femme y file, assise devant une maison. A celte scène du péché, les monuments ajoutent souvent des images relatives à la rédemption que Dieu a promise aussitôt après la chute, par exemple, la naissance du Sauveur, ou mieux l’adoration des mages, sur le sarcophage de Saint-Paul. A. Breymann. Adam and Eva in der Kunst des christl. A It-rturns, Wolfenbüttel, 1893. 2° Christologie. — La vérité fondamentale du chris­ tianisme, le fait du Verbe fait chair, de Jésus mort pour nous sauver, est résumé dans le symbole si ancien et si fréquent de ΓΙΧΘΥΣ, c’est-à-dire,’Ιησού; Χριστό; Θεού Υιό; Σωτήρ. Tel est le sens bien connu de cet acrostiche du n» siècle, par exemple, d'après Eusèbe, Const, oratio ad sanci, coetum, c. xvn, P. G., t. xx, col. 1288-1289; S. Augustin, De civit. Dei, I. XVIII, c. xxiii, P. L., I. xli, col. 579-580. Voir Sv.mboi.isme de i.'aiit chrétien. La prédiction de l'incarnation est représentée dès les premières années du n»siècle, à Priscille, sur la célèbre fresque de la madone et du prophète Isaïe, LX, 1. etc. (ou Balaam ou Simeon?), qui indique d'un geste que l’enfant de la Vierge est l'étoile qui brille au ciel. Liell. Die Darstellungen der allerselig. Jungfrau Maria... d. Katakomben, Fribourg-en-Brisgau, 1887, pl. v. Sur une peinture de Domitille, Liell, op. cit., p. 327, fig.64, aujour d'hui à moitié détruite, on voyait autrefoisentre le prophète et la Vierge une doubletour:était-cela villede Bethlehem dont parle Michée, v, 2? A Saints-Pierre-et-Marcellin, sur plusieurs peintures du m» siècle, découvertes par Msv Wilpert. Àuovo bullett., 1900, t. vi, p. 89, 90, Ba­ laam indique l'étoile de Jacob. Num., xxiv. 17. L’annonciation est peinte à Priscille, au il· siècle, Liell. op. cil., pl. n, 1, à Saints-Pierre-et-Marcellin au m». Wil­ pert, Ein Cyclus christolog. Gemâlde..., pl. i-iv. L’ado­ ration des bergers se trouve sur une fresque de la catacombe ad duos lauras, Nuovo bullett., t. iv, 1898, p. 120, et sur des sarcophages du iv»siècle. Au cimetière Ostrien, une fresque du ni» ou du iv» siècle. Perret,Catac., t. II. pl. XI.VHI, représente les mages chez Hérode. L’étoile qui les guide a parfois la forme du monogramme cons­ tantinien ^.Garrucci, tab.59,2; Bullett., 1863,p. 79,pour indiquer que l'enfant est vraiment le Christ. Les mages rendent leurs hommages à cet enfant sur une peinture de la chapelle grecque. Sur les plus anciens monuments, la mère allaite l'enfant, le porte sur ses bras et le lient sur ses genoux ; parfois il est tout nu. Sur des' monu­ ments de l’époque de la paix de l'Eglise, elle l'a em­ mailloté et couché dans la crèche. Le massacre des saints Innocents se trouve sur un sarcophage des Gaules, à la fin du tv· siècle. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, nu 214. pl. 51. 1. Jésus parait au milieu des docteurs sur un sarcophage de Pérouse, de la même époque. Bullett., 1871, pi. vm ; Kraus, Real-EncycL, t. i, p. 476. Le sarcophage de Junius Bassus, le n. 183 du Latran, du iv« siècle, ainsi que quatre fresques datant d'avant la paix (les deux plus anciennes se trouvent à la crypte deLucine età la chambre des sacrementsA2etsont du commencement et de la lin du IIe siècle), représentent le baptême de Jésus par saint Jean et la descente du Saint-Esprit sous la forme de colombe. De Waal. Rôm. Quartalschrift, 1896, t. x, p. 335-349 ; Wilpert. Malereien der Sacramenlskapellen, p. 18; Strzygowski, Ikonographie der Taufe Christi, Munich, 1885. Parmi les mi­ racles, dont la série s'ouvre par celui de Cana (voir Eucharistie dans l’art chrétien), les uns reviennent rarement, les autres fréquemment, parexemple. la multi­ 2013 ART CHRETIEN PRIMITIF plication des pains, la résurrection de Lazare, la guéri­ son du paralytique, qui se rencontrent dés le commence­ ment du 11« siècle, à la chapelle grecque, et, vers la fin du même siècle, dans les chapelles des sacrements A-et AL L'h imorroïsse, la fille de la Chananéenne. celle de Jaïre, le jeune homme deNaïmse voient sur des sarcophages du rv« siècle. L’entrevue avec la Samaritaine est peinte dans la chapelle des sacrements A3 et. vers la même époque, à Prétextât. — Jésus est entouré de disciples. Sur les monuments on en voittantôtsix.aucimetièreOslrien, Perret, op. cit., t. n, pl. xxt; souvent aussi douze, par exemple, surla pyxide de Berlin, et plusieurs fois à Domi­ tille. Picker, Die Darstellung der Apostel in der altchrist. Kunst, Leipzig. 1887. — Jésus exerce le ministère de la parole. Schultze, Archâolog. Studien, p. 265, voit le sermon sur la montagne sur un fragment de sarcophage au musée Kircher, à Rome (?). La· doctrine que Jésus enseigné est toute céleste, toute merveilleuse dans ses effets. comme l'indique la figure symbolique du chantre de la Thrace, Orphée, que l'on rencontre quelquefois. Heussner, Die altchrist. Orpheusdarslellungen, Cassel. lt®3; A'hovo bulled., 1900, t. vi, p. 94. « De même que l'Orphée païen avait dompté les bêtes sauvages en jouant sa lyre. Horace. Epist., Il, 3. 391-393, de même l’Orphée divin, Jésus-Christ, a transformé le monde païen par la douceur de sa doctrine. » Marucchi, op. cit., t. i. p. 269 ; de Rossi, Roma sott., t. n, p. 246, 355, pl. x, xvm, 2. Cf. Is., x, 6-7. La transfiguration entre Moïse et Élie est sur la lipsanothèque de Brescia. Sur le sarcophage Junius Bassus, Jésus entre triomphalement à Jérusa1 m ; sur un autre d'Arles. Le Blant, Sarc. d’Arles, p. 18. pl. X. il lave les pieds à Pierre; sur plusieurs autres et - or une fresque de Sainte-Cyriaque. Bulled., 1863, p. 76, il lui annonce sa chute. La trahison de Judas est assez frequente. Gatti. Bulled, com., 1887. p. 205. Jésus est tait prisonnier, sur la lipsanothèque de Brescia. Des sar­ cophages d’Arles le montrent devant le grand-prétre et devant Pilate hésitant, se lavant les mains et condamnant Jésus à mort. On peut douter si la fameuse fresque de Prétextât, du il' siècle, Perret, op. cit., t. I, pl. lxxx, représente le couronnement d’épines. La couronne d’é­ pines est changée en une couronne de fleurs sur un sar­ cophage du Latran, n. 171, ou Jésus porte aussi la croix. La mort du Sauveur et le sacrifice de la croix sont symolisés par le sacrifice d’Abraham, qui parait déjà à la chapelle grecque. VVilpert, Fractio panis, trad, franç., p. 65, pl. x. Pour la victoire sur le démon, voir plus haut. La résurrection, symbolisée des le II'siècle, parle cycle de Jonas, à Prétextât et dans les chambres des sa­ crements, n’est représentée réellement qu’à partir du h· siècle, et encore d une manière plutôt indirecte, soit par le labarum sous lequel sont assis deux gardiens en­ dormis, sarcophage η. 171 du Latran, soit par la visite des femmes au tombeau, etc. Kraus, op. cit., 1.1, p. 506. L'ascension enfin se voit sur un ivoire du iv« siècle, à Munich, Stuhlfauth, op. cit.. p. 167, et le Christ dans la t loire avec nimbe surla porte de Sainte-Sabine.— Quant au signe de la rédemption et au crucifiement du Sau■·■ ur. les artistes chrétiens évitaient d'en donner une re­ présentation réelle. La croix était ignominieuse aux yeux ·: -s païens : il fallait préserver la mort du Sauveur de toute raillerie de leur part. On la représentait donc, dans les peintures aussi bien que dans les sculptures, par des symboles ou par d’autres formes détournées, dont les plus usit es sont : laenae commissa (fig. 23 a), la cruxgamniata, composée de quatre Γ réunis (fig. 23c); la crux decussata (tig. 23 d); la forme (fig. 23 e) composée du let du X grecs ; le monogramme constantinien (fig. 23 /'), renfermant les deux premières lettres de Χριστός. Vers ti fin du IV siècle, on ajoute volontiers les lettres A et û. indiquant ainsi la pensée exprimée par l'épitre aux B breux, xm. 8. et par l’Apocalypse, xxt, 6. Prudence, Cathem., rx, 10-13, P. L.,t. lix, col.863; Paulin deNole, 2014 Poema, xix, v. 617, 618. P. L., t. lxi, col. 544. Voir c. 1. 903-904. Les autres formes ne sont que des modifications du monogramme constantinien ou de la croix monogrammatique (fig. 23 g-p). Le crucifix est également rem­ placé par des représentations symboliques, par exempt· . sur une épitaphe de Domitille. Nuoco bulled., L'ltt. t. v, p. 33, et sur une gemme du musée Kircher, du H· siècle. Kraus. Real-Encyclopâdie. t.i. p. 521. Cette manière d’agir est pleinement justifiée par l'accusation de crucicolæ et le crucifix blasphématoire du Palatin, découvert en 1857, et si souvent reproduit depuis, au- τ+æxxxxx f / ■a A è f de é / m η y o A y, 23. — Formes différentes de la croix et du monogramme cons­ tantinien. d'après A. Pératé, L’archéologie chrétienne, Paris, s. d., p. 143, fig. 101. jourd’hui au musée Kircher. Ce crucifix représente atta­ ché à la croix un personnage à tête d'âne, auquel un autre présente ses hommages en approchant la main droite de sa bouche ; on lit au-dessous ces mots : ΛΛΕ3AMEN0C CEBETE (αι) ΘΕΟΝ. — A part la croix que nous trouvons sur l’épitaphe d’une Rufina du in'siècle, dans les cryptes de Lucine, et deux croix peintes à SainlCalliste. Pératé, op. cit., p. 144. cette image du supplice ne parait bien nettement qu’au v' siècle, et le crucifie­ ment. pour la première fois, sur la porte de Sainte-Sa­ bine, où le Christ est cloué sur la croix entre les deux larrons, et sur un ivoire de Londres. Garrucci, tab. 446, 2 ; Kraus, op. cit., t. i. p. 174, où, à côté du crucifié por­ tant le nimbe et au-dessus l’inscription REX-IVD (æonim), on voit Marie et saint Jean, et Judas suspendu à un arbre. Voir les articles Kreuz, Kreuzigung, Monogramme, dans Kraus, Real-Encycloptidie, t, il, ou on trouve des références bi­ bliographiques très nombreuses ; Id., Das Spottcrucifix nom Palatin, Fribourg-en-Brisgau, 1872; Grisar, Kreuz und Kreuzi­ gung auf der allchristl. Thiire von S. Sabina in Rom, dans Rom. Quartalschrift, 1894, t. vin, p. 1-48; Id.. Analecta roma­ na, diss. X ; Strazzula, Indagine archeologiche suite rappresentanze del « signum Christi », Palermo, 1899. 3° Sacrements. — 4. L’image de Moïse-Pierre frappant le rocher a la signification symbolique connue. Le r· " r. c’est Jésus, I Cor., x, 4, petra autem erat Christus, d- qui jaillissent leseaux spirituelles et la grâce des sacremi nts. La verge mystérieuse qui frappe le rocher et en fait - rtir les eaux en abondance, c’est le symbole du pouvoir surnaturel, sacerdotal, qui, dans l'ancienne loi. apparte­ nait à Moïse et dans la nouvelle appartient à Pierre. C’est par lui que le Christ opère dans les âmes et y répand les eaux de la grâce qui donnent la vie éternelle: ce qui est indiqué par la représentation de la résurr· etion de Lazare, qui accompagne souvent l’image du ro­ cher. — 2. La première grâce qui sort de ce rocher est celle du baptême. De là le lien si étroit entre cette pre­ mière scène de Moïse frappant lp rocher et les repré­ sentations du baptême. Voir Baptême dans l'art chré­ tien. — Un autre torrent de grâces nous arrive par l’eucharistie. Voir EL'CHAniSTlE dans l’art chrétien. — 3. La pénitence. On a cru voir des preuves de son exis­ tence dans une fresque des chapelles des sacrements, par exemple, Garrucci, et d'autres; dans une autre fresque de Saint-Hermès. Revue de l'art chrétien, is»>2. p. 192, dans une troisième de Domitille, Bosio, R - a 2015 ART CHRÉTIEN PRIMITIF soit., p. 231 ; enfin, à la catacombe Oslrienne, dans les « confessionnaux » du P. Marchi, op. cit., p. 186-190. Malheureusement ces opinions ne sont pas fondées. De l'avis de tous les archéologues, les prétendus confession­ naux doivent leur origine à d’autres circonstances. Armellini, Cimileri crisliani, Rome, 1893, p. 286. La scène de la chapelle des sacrements indique la rémis­ sion des péchés comme un ellet du baptême. Voir Bap­ tême dans l’art chrétien. Les autres fresques invoquées représentent le jugement. — 4. L'extrême-onction n’ayant pas de rapport direct avec l’art chrétien, qui est avant tout funéraire, rien n’y fait allusion. — 5. Il en est de même de l'ordination des clercs. Les preuves tirées d'un verre doré. Garrucci, Velri, tab. x.xm, 4, et d'une fresque mal reproduite de Saint-Hermès, Garrucci, tab. 82. 2, sont à rejeter. La fresque, en particulier, repré­ sente le jugement de l'âme; le nimbe du personnage principal indique à lui seul autre chose qu'une ordina­ tion. — 6. Le mariage. Ce sacrement est d une impor­ tance trop considérable dans la vie chrétienne pour que les monuments chrétiens primitifs n'en parlent pas. D’autres signifient clairement que le lien conjugal est saint et formé par Dieu. Sur les mo­ numents païens qui représentent le ma­ riage, les époux se donnent la main, junctio dextrarum ou colluctatio ma­ nuum, au-dessus d'un autel sur le­ quel brûle le feu sacré. Souvent .bi­ non pronuba pré­ side la cérémonie et, en signe d'u­ nion, pose la main 24. — Verre dnrè, représentant le ma­ sur les épaules des Sauf riage chrétien, d'après Martigny, Die- conjoints. tionnaire des antiquités chrétiennes, deux exceptionsdu 2· édit., Paris, 1877, p. 447. tv’siècle,Garrucci, tab. (il, 1, et Boni. Quartalschri ft, 1899. t. xm p. 25 sq., l'art chrétien a abandonné celle pratique païenne si profondément en­ racinée dans les habitudes. A la place de .Innon apparaît la main divine, par exemple, sur un sarcophage de To­ lentino, Garrucci, tab. 301, 8, où l'inscription explique le sens de la sculpture : Quos Paribus meritis iunxit matrimonio lit LCI omnipotens dominus, etc.; ou bien le monogramme du Christ, Garrucci, Velri, 26, 12 (fig. 24); ou bien le Christ lui-même, posant des couronnes sur la tète des epoux pour indiquer que la bénédiction vient de lui et qu'il sanctionne le contrat. Garrucci, tab. 188, 7; 198, 1-3. L'autel païen est également remplacé par un autel chrétien sous forme de colonne ornée, qui. d'après Wolter. Die rômischen Katakomben. part. 1% p. 18,doit représenter l’Église (?). Sur le fragment de sarcophage de la villa Torlonia, fin du ni" siècle (?), reproduit par Marucchi, Il matrimonio cristiano, Rome, 1882, pi., ce n'est plus un autel, c’est un pupitre, ou tectorium, avec le livre par excellence, la Bible, sur laquelle les conjoints prêtent serment de fidélité aux prescriptions du Christ sur le mariage. Tandis que le mari tient dans sa gauche les tabulœ nuptiales qui renferment le contrat de ma­ riage, le Christ, imberbe et sans nimbe, sort des nues du ciel, pour couronner les époux, soit en récompense de leur fidélité, IV Es'dras, il. 46-i7, soit dans le sens de saint Chrysostome, Ilomil., ix. in 1 Tint., P. G., t. i.xn, col. 518. Sur un sarcophage du Puy, Garrucci, tab. 398, 1. et Le Blant. 17,4, le Christ imberbe et nimbé, le visage tourné vers la femme, tient de la gauche les tabulée nuptiales et de la droite confie la femme à son mari. 2016 Pour montrer le caractère chrétien de l'union conju­ gale, les artistes entourent quelquefois les mariés d’images bibliques, Garrucci. tab. 171, 2; Biilletl., 1884-1885, pi. ill. I : ou bien ils les placent auprès du lion Pasteur, au­ près des princes des apôtres ou d'autres saints. Garrucci, tab. 197, 4; 188, 7. Ainsi, d’après l'art chrétien, le ma­ riage doit être secundum dominum, ζαταζύοιον, comme dit saint Ignace d'Antioche, Ad. Polyc., c. v, Funk, Opera Patrum apostol., Tubingue, 1887, t. t, p. 250, et non ζατ’επιθυμίαν, secundum passionem. De là aussi l’accla­ mation Vivatis in Deo de certains verres dorés. Garrucci, tab. 195, 11. Mitius. Ein Familienbild aus der Priscillakataconibe mil der atteste» Hochzeitsdarstellimg..., I'ribourg-en-Brisgau, 1895. a cru voir une scène de ma­ riage dans une peinture de Priscille; d'autres voient une allusion aux fiançailles en présence des parents sur un verre doré. Garrucci, Velri, 29, 4. Dans la première il faut reconnaître une représentation d’une prise de voile; sur le verre doré, il y a uniquement les images de deux parents avec leurs deux enfants. Marucchi, Il matrimonio cristiano sopra un antico monu­ mento inedito, Rome, 4882, Dullett., 1882; Armellini, Lezioni di archeologia cristiana, Rome, 1898, p. 368 sq. ; De Waal, Juno pronuba auf einem christl. Sarcophag., dans Riim. Quartalschrift, 1899, t. xm, p. 25. 26 pl. tn ; Mitius. Ein Famitienbild altchristt. aus d. PriscUtalcatacombe. Frlbourg-en-Brisgau, 1895: Hausser,Die atteste christlicheHochzeitsdarstellung, duns Christliches Kunstblatt, t. xxxix, fasc. 2; Volpel, Die Goldglbser, Fribourg-en-Brisgau, 1899, p. 45-48 lies articles Mariage et Ehe, dims les dictionnaires de Martigny el de Kraus. i” Eschatologie. — 1 ■ L’idée mère qui incontestablement pénètre non seulement le symbolisme mais encore tout l’art chrétien, c'est l'idée du salut, l’espérance de la vie future . fiducia Christianorum,resurrectio mortuorum, dit Tertullien. De res. carnis, t, P. L.. t. n, çol. 795. Bon nombre de signes et d'images symboliques et la plupart des scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament expriment clairement la pensée de la délivrance des misères de cette vie, de la victoire sur la mort et sur le péché, de la sentence favorable du souverain juge, de l'entrée de l’àme au ciel, où elle prie pour ceux qu’elle a quittés, afin qu'eux aussi prennent un jour part au festin de l’Agneau. Cette idée domine tellement les artistes chrétiens qu’elle se retrouve même dans des scènes qui, à première vue, indiquent autre chose, Une repr sentation du baptême rappelle ce qui est absolument nécessaire pour être sauvé, .loa., m, 5; une autre de l’eucharistie attire notre attention sur le gage de la ré­ surrection. .loa., vi, 55 sq. — La vie sur la terre doit elle-même être envisagée à ce point de vue. Elle est semblable à une mer orageuse et tourmentée. Il s’agit d’y faire passer le navire de notre existence, de notre àme, et d'arriver sûrement au port de notre éternité bienheureuse. L'idée de comparer l'existence humaine à un navire était connue des anciens; les Livres saints, Prov., xxxi, 14; Sap., v, 10, ont peut-être favorisé ce symbole qui se retrouve depuis le milieu du ut’ siècle. Allard, Home souterraine, 2“ édit., Paris, 1877, p. 331. Le navire voguant sur les flots dans la direction du port est reproduit sur plusieurs épitaphes du Latran, par exemple, pii. xv, n. 62, 63,etc.,et sur des sarcophages: et pour qu'il n'y ail pas d'erreur d'interprétation, l’artiste a marqué parfois sur le liane du navire le nom des défunts, comme celui d’Ei séria, Passionei, Iscriz. ant., p. 125, n. 88. et celui de Tiiecla sur un sarcophage du iv« siècle, trouvé à Saint-Valentin, par M. Marucchi. Bullelt. archeol. comm. di Borna, 1897, pi. n. La cé­ lèbre lampe d'Eutropius, à la galerie des Offices à Flo­ rence, Garrucci, tab. 469, n'est qu’un symbole de la vie de ce chrétien qui conduit sa barque sous la direction du Christ tenant le gouvernail; sur le fragment de SaintValentin, c'est saint Paul, indiqué nommément, qui exerce le rôle du pilote. — Quant au symbole du cheval ART CHRÉTIEN PRIMITIF 2017 qui exprime parfois une idée analogue (cf. Ps. cxvm, 32; Gai. v, 67, etc.) voir Épigraphie chrétienne et Symbolisme de i.’art chrétien. — L’assistance de Dieu, la divine providence qui intervient activement dans la vie de l’homme, ont aussi leurs figures dans le symbo­ li me primitif. Pour le temps des persécutions cela n'est nullement étonnant. 11 fallait encourager les chrétiens en leur montrant le secours d’en haut. Les scènes de Daniel et des trois jeunes Hébreux dont la foi a « fermé la gueule des lions » et « éteint la force du feu », Hebr., XI, 33, 34, s’y prêtaient fort bien. Il en est de même des scènes de Susanne « dent l’histoire montre si ma­ nifestement que Dieu assiste ceux qui lui restent fidèles et qu’il rend vaines les embûches des ennemis ». On a ainsi la raison pour laquelle ces scènes apparaissent dès le commencement du n8 siècle. Voir d’autres monuments dans Kaufmann, Die sépulcral. Jenseilsdenkmdler, Mayence, 1900, p. 179 sq. « La foi à la vie future est donc exprimée par le décor peint et sculpté en un langage clair et accessible à tous, » et la bonne confiance de l’artiste chrétien contraste singulièrement avec les idées si confuses des païens et leur est même absolument op­ posée. 2. La mort et la résurrection. — Le christianisme enseigne qu’après la mort une nouvelle vie commence. Lame parait devant le juge; le corps est déposé en terre où il attend la résurrection. La mort n’est donc qu’un sommeil. De là le nom de κοιμητήρια, « cimetières, » donne aux lieux de sépulture; de là la manière particu­ lière d’enterrer les morts contrastant si singulièrement avec celle des païens. Cette idée est également exprimée sur différents monuments, par exemple, sur une fresque de lacatacombe deTrason, Garrucci, tab. 70, 2; Perret, op. cit.,l. ni, p. ix-xi, ou un jeune homme, richement habillé, marque avec le calamus, sur deux feuillets grossièrement ouverts, les paroles : Dormit || ίο || Silvest II RE. — Le point capital, c’est la résurrection. Fres­ ques et sarcophages, verres dorés et lampes contiennent des symboles qui attestent clairement la foi à ce dogme fondamental. Ici, c’est Daniel dans la fosse aux lions; B. ce sont les enfants dans la fournaise, Noé dans l’arche et surtout la résurrection de Lazare, symbole de notre propre résurrection, par exemple, dans la chapelle grecque. A la fin du IIe siècle, nous rencontrons les représentations du cycle de Jonas, dans les chapelles des sacrements, etc. La vision d'Ézéchiel, xxxvn, 1 sq., image de la résurrection générale, Tertullien, De resur­ rect., c. xxix, P. L., t. n, col. 836-837, est également représentée. L'idée de la résurrection est encore exprim e par des symboles non bibliques, par exemple, les saisons (cf. Tertullien, loc. cit., c. xn, P. L., t. n, col. 810811 i, à Prétextât, le paon, qu'on trouve dès le ir siècle, Je phénix, Clément de Rome, 1 Cor., xxv, Funk, Opera I atrum apost., Tubingue, 1887, 1.1, p. 94. Rare avant Constantin, il devient assez fréquent après 300. 3. Le jugement. — Ce dogme, affirmé par l’Écriture : Omnes enim stabim us ante tribunal Christi, Rom., xiv, 10. cf. Hebr., ix, 22, et ailleurs, est bien clairement repr senté dans l'art chrétien primitif, qui est avant tout un art funéraire. — a) Lejugement particulier. — L’idée d in jugement particulier, qui existait déjà, d’une cer* ne façon, avant le christianisme, est celle que nous imcontrons d’abord sur les monuments, moins cepen­ dant sur les sarcophages, par exemple, le n. 136 du Latran, Marucchi, op. cit., t. i, p. 329, que sur les fres­ ques des catacombes, par exemple, sur celle de la cha­ pelle des sacrements A2, Wilperl, Alalereien der Sacrasnenlskapellen, p. 14, 32, de la fin du il» siècle. Les représentations de la A'unziatella, de Saints-Pierre-elMarcellin sont de la seconde moitié du m» siècle, Wilpert. dans le Bullett., 1892, p. 28; Ein Cyclus christ»· log.Gemâlde, pi. t-iv. p. 5, 17; Kuovo bullett., 1900, L vi, p. 97 ; celles de Domilille, Rosio, p. 231 ; Garrucci, DICT. DE THÉOL. CATHOL. 2018 tab. 24; Bullett., 1877, p. 150; 1888-1889. p. 79 sq. ; de Sainte-Cyriaque, Bullett., 1876, pl. ix: Marucchi. Ar­ menti, t. Il, p. 230 ; de Saint-Hermès, Garrucci, tab. 82. 2 Marucchi, op. cit., t. I, p. 307 ; t. Il, p. 374, et de la catacombe de la Vigna Cassia, à Syracuse, Bullett.. 1877, p. 150 sq., pl. x, xi; Annellini, Cimiteri cristiani, p. 722, sont toutes du iv’ siècle. A Sainte-Cyriaque et sur une inscription du Latran, Perret, op. cit., t. v. 22, 28; Boni. Quartalschrift, 1892, p. 366 sq. et pl. xn, le jugement est réduit à sa plus simple expression. L’àme y est figurée par une femme qui se tient debout, seule, devant le juge assis, la tête entourée du nimbe. La scène est plus développée à la Nunziatella : au milieu, le juge assis, avec le livre, la main levée comme s’il parlait; quatre saints autour de lui, dont deux parlent, tandis que les deux autres écoutent. Entre les saints, quatre figures orantes, deux hommes et deux femmes; à leurs pieds, des brebis, symbole des élus. Celte scène, dit Mtr Wilpert, 71 valore dommatico delle pillure cimiteriali, Rome, 1897, p. 18, nous rappelle instinctive­ ment les paroles du Dies iræ : Judex ergo cum sedebit — liber scriptus proferetur — quem patronum roga­ turus — inter oves locum præsta. Sur la lunette d’un arcosole, à la catacombe de la Vigna Cassia, à Syracuse, l’artiste a représenté une femme agenouillée et levant les mains vers le Christ nimbé. Celui-ci est debout entre saint Paul et saint Pierre, ce dernier également nimbé. Par respect pour son juge, Marcia porte au bras gauche le manipule du diacre. Évidemment ces représentations se ressemblent. On y trouve les différents éléments d’un jugement. Le juge est le Christ, orné parfois du nimbe, debout, ou assis sur une chaire élevée de plusieurs degrés. De la gauche, il tient quelquefois le livre ouvert, ou le rouleau, tandis qu’il étend la droite du côté du défunt comme pour prononcer la sentence. Devant lui, l’âme, debout, les mains levées comme les orantes, ou à genoux, comme à Domilille, et tendant les mains sup­ pliantes pour demander pardon et miséricorde. Les saints qui assistent le Christ doivent être « les avocats » de l’àme, d’après une inscription de Sainte-Cyriaque, du iv» siècle, Bullett., 1864, p. 34: cuique [Ci/riacæ] pro VITÆ SVÆ lies] TIMONIUM (SIC) SANCTI MARTYRES APUT (sic) Deum et erunt advocati ; ils doivent défendre sa cause — leurs gestes l’indiquent — et la conduire au ciel. Leur nombre est de deux ou de quatre. A Saints Pierre-etMarcellin, il y en a six : c’est le collège apostolique réduit faute de place. Le type connu de saint Pierre est remarquable à Syracuse, l'apôtre est désigné nommé­ ment, tandis que dans la fresque de Saint-Hermès ce sont les deux martyrs Prote et Hyacinthe, enterr· - tout prés dans la même catacombe. Bienheureuse, lame, dit l’inscription du prêtre Sarmata. de Verceil, qu; · de pareils avocats : O felix gemino meruit qui martyre DUCI II ad dominum meliore via requiemque mereri. Bruzza, Iscriz. Verceil., p. 319, n. cxxxv. Gruler. /nscript, antiq., 11G9, 7. Souvent l’artiste indi : : ■■ carac­ tère de la sentence : elle a été favorable, l’àme est représentée comme orante, c’est-à-dire en possession du ciel où elle prie pour les siens. Le rouleau ou le livre qu’on voit entre les mains du Sauveur ou placé devant le trône dans une corbeille, symbolise la sainte Écri­ ture, qui renferme la règle de vie pour chaque chré­ tien. b) Le jugement général. — L’idée de représenter le jugement général est de date postérieure. D'aucuns o:.t voulu voir une représentation de la séparation des bre­ bis d’avec les boucs, à la crypte dite delle peccorelle, à Saint-Calliste. De Rossi, Borna soit., t. n, atl. agg. A. Ils ont tort, d’après Wilpert, Malereien der Sacramentskapellen, p. 41-46. Celte séparation est représentée, d’après Pératé, op. cil., p. 320 et fig. 184, par un couvercle de sarcophage de la collection Strogonof, à Rome. Garrucci. tabl. 304, 3. Cf. Wilpert, Zeitschrift f. kath. Theoc-gie, L — 64 2019 ART CHRÉTIEN PRIMITIF 1888, p. 174 sq. Elle l'était également, selon saint Paulin de Noie, Epist., xxxn. 17, P. L., t. lxi, col. 338, dans sa petite basilique de Fundi, et on la voit encore aujourd’hui à Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne. Gar­ rucci, tab. 284, 4. Sur la terra cotta de la bibliothèque Barberini (Rome), Garrucci, tab. 465, 6, et mieux, dans Archâol. Ehrengabe zum ro. Geburlstage de Rossis, 1892, p. 1-8, le sujet n’est pas moins clair. Le Christ juge, assis sur la chaire, entre six apôtres, pareillement assis et gesticulant, Matth., xix, 28; en bas, la foule séparée par une grille; autour le mot difficile à lire : vic [to] R [ία]. La punition et la récompense y sont symbolisées par des instruments de supplice et par des sacs d'argent tels que les empereurs en jetaient quelquefois au peuple, par exemple, dans un bas-relief de l’arc de Constantin. La nature de cette récompense estindiquée par la croix et par le monogramme du Christ qui ornent les sacs. L’idée du jugement est encore exprimée dans l’Elimasia, ή έτοιμασία τοΰ θρόνου, Ps. LXXXVIII, 15; Eph., vi, 15, qui n’est autre que la représentation d’un trône sur le­ quel sont placés les emblèmes du Seigneur. Elle appa­ ruit pour la première fois sur un sarcophage de Tuscu­ lum, Bullett., 1872, p.123 sq., où on voit sur le trône le entouré d’une couronne, Matth., xxiv, 30, et sur une pierre gravée, du IVe siècle, à Berlin, C. 1. Gr. n. 9080, ou l’inscription ΙΧΥΘ (ιχθύ;) avec les monogrammes PAYfXoç] et ΣΑΥ [>.oc] et une étoile (?) entourée d'une couronne indiqueraient le sens de la figure. Cette expli­ cation deM. de Rossi n'est pas admise par tous. Des représentations analogues se trouvent surdes mosaïques, par exemple, à Sainte-Marie-Majeure, Garrucci, tab. 211, etau baptistère de Sainte-Marie in Cosmedin, à Ravenne, Garrucci, tab. 251, où le trône est placé entre les deux apôtres Pierre et Paul. Ainsi l'art chrétien primitif ne re­ présente que des idées assez vagues du jugement général. Wilpert, dans Compte rendu du II· Congrès scientifigue inter­ nat. descatholiques, 1891, sect, historique, p. 66-68: Kraus, op. cit., t. î. p. ·2Ο1-2Ο3; Id., Die Wandgemaldc in der S. Georgskirche :u Oberzell. Fribourg-en-Brisgau, 1884, p. 15-22; Springer, Das jïmgste Gericht, dans Repertorium fur Kunstioissenschajt, 1884, t. vu, p. 375-404; Voss, Das jüngste Gericht in der bildenden Kunst des frühen Mittelalters, Leipzig, 1884; Jessen, Die Darstellung des Weltgerichtes bis auf Michelangelo, Ber­ lin, 1883; Durand, Étude sur l’Étimasia, symbole du juge­ ment dernier, Chartres, 1867. 4. Le purgatoire et l’enfer. — Les anciens monuments artistiques n’y font aucune allusion directe. Cela ne doit étonner personne. Interprète des sentiments d’allégresse qui, selon l’apôtre, doivent animer les fidèles, l’art chré­ tien repousse toute représentation de caractère effrayant et lugubre. Il ne retrace ni les scènes de la passion, ni les martyres, ni les épouvantes de l’enfer : le contraste avec l’art païen et avec celui du moyen âge est manifeste. 5. Le ciel el ses joies. — a) Le jardin céleste. — Cer­ taines inscriptions, par exemple, Rôm. Quartalschrift, 1888, t. il, p. 342 ; de Rossi, Ins. christ., t. i, p. 141, n. 317, plusieurs actes de martyrs, par exemple, la pas­ sio s. Perpétua, c. iv, et quelques textes liturgiques, Renaudot, Lit. orient., t. I, p. 73, nous permettent de penser que les premiers chrétiens se figuraient le bonheur éternel sous le symbole d'un jardin délicieux, avec des plantes, des fleurs, des arbres, des oiseaux et des sources. Dans l’art chrétien, le jardin est représenté de diverses manières. Mais les accessoires changent souvent. Ici, c’est le Bon Pasteur qui y porte la brebis, symbole de l'âme, ou qui y reçoit l'âme orante dans la compagnie des autres brebis. La, c’est un saint qui l’y conduit, par exemple, sainte Pétronille, à Domitille. Bullett., 1875, pl. I. Sur d'autres monuments on fait abstraction du pas­ teur. et l’âme apparaît sous la même forme et avec le même entourage, auquel s'ajoutent des colombes symbo­ lisant aussi les âmes des défunts. Les plus belles repré­ sentations de ce genre sont celles de la crypte de'ciuque 2020 santi, à Saint-Calliste, de la fin du ni· siècle, de Rossi, Homa soit., t. ni, pl. l-πι, et celle du cubiculum dit delle peccorelle, à la même catacombe, du iv· siècle. De Rossi, op. cil.,l. n, p. 349-351; Wilpert, Die Malereien der Sacramentskapellen, p. -43-46. Ailleurs la scène est réduite : on ne voit que la colombe sur un arbre du jar­ din ou l’âme orante avec l’arbre. A partir du iv· siècle, on représente le palmier â la place de l’arbre ordinaire, sur les fresques, plus souvent sur les sarcophages et surtout dans les mosaïques des églises. Le Christ, ou simplement la main divine, couronne la tête du bienheu­ reux. Perret,op. cit., t. i, pl. vi-vn ; Garrucci, tab. 99, 2; 105, 1 ; 386, 3; Kaufmann, op. cil., p. 174 sq., 192. ô) Le banquet. — Dans une fresque de Domitille, de la fin du i" siècle, Bullett., 1865, p. 42; Garrucci, tab. 19, 4, dans plus d’une demi-douzaine de peintures de la seconde moitié du m· siècle, à Saints-Pierre-et-Marcellin, et sur plusieurs fragments de sarcophages. Garrucci, tab. 401, lô[Bullett., 1866, p. 41. pl. 31 ; 401,13; 371. 4; 401,16, on représente le bonheur du ciel sous le symbole d'un banquet. « Parents et enfants sont placés autour d’une table demi-circulaire, mangeant et buvant ou ten­ dant la main vers un trépied qui supporte un poisson. Deux jeunes femmes, deux servantes, debout ou assises près des conviés, leur versent à boire et des inscriptions sur les fresques les interpellent des noms d'Irène et d’Agape : » Irene da calda, ou porge calda. Agape misce mi, ou misce nobis. Le plus grand nombre des archéo­ logues voit dans ces banquets non pas les agapes, mais une allégorie de la félicité paradisiaque. Cette idée indiquée dans l’Écriture sainte, Ps. xxxvi, 9; Is., i.xiv, 4; Luc., xiv, 15; xxn,29; Apoc., vu, 16,était familière aux premiers chrétiens. Beaucoup d’écrivains, les actes des martyrs, par exemple, ceux des martyrs de Lyon, les Acta Carpi, Papyli et Agathonicæ, du temps de MarcAurêle, les liturgies funèbres, les inscriptionselles-mêmes parlent de l’admission de Pâme au banquet divin. Le mets qui y est invariablement servi, le poisson avec ou sans pain, n’est autre que le poisson par excellence, Γ’ιχΟύς. Vu la signification bien connue de ce symbole, l’intention de l’artiste est manifeste : au ciel il n’y a qu’une nourriture : c’est du Christ même que se repais­ sent et se saturent les commensaux de la table divine, pendant que la « Paix » et la « Charité » servent le vin rafraîchissant du paradis. Ces explications de M. de Rossi, Bullett., 1882, p. 126 sq., et ailleurs, sont certaines. Elles s’appuient sur le caractère symbolique de l’art chrétien primitif, sur la nature du mets, sur les paroles des inscriptions, sur les figures symboliques environnantes et sur les textes mentionnés plus haut. Ajoutons un banquet du cimetière Oslrien, de la même époque. Sur la lunette d'un arcosole on voit au milieu une orante, â droite, les cinq vierges portant des flambeaux,, que Msr Wilpert prend pour les cinq vierges folles arrivées en retard; â gauche, quatre vierges assises â une table : la cinquième dont la place est vide, est l'orante du milieu. Wilpert, Die gottgeioeihten Jungfrauen, Friboùrg-enBrisgau, 1892, p. 66 sq.,pl. n, 5. — Les colombes qu’on trouve parfois mangeant des grappes de raisins ou per­ chées sur le bord d'un vase et se rassasiant du contenu, par exemple, à la crypte de' cinque santi, rappellent avec les acclamations : «ιβ iv βεώ, de Rossi, Borna soit., t. n. pl. xi.vn. 7, et d'autres semblables, le passage de saint Marc. Xiv, 25, et sont un emblème des iidèles qui s'abreuvent de la béatitude éternelle. c) La maison de Dieu. — Moins ancienne est la re­ présentation du ciel sous la formed'une basilique idéale, d’une maison, .loa., xiv, 2. ou d’un palais « où Jésus trône parmi ses martyrs dans la cour intérieure, et dis­ tribue aux élus la récompense éternelle. Cette cour céleste ressemble au parvis entouré de colonnes qui donnait accès aux basiliques », Pératë, op. cit., p. 154. et était fermée par des rideaux brodés, suspendus à des 2021 ART CHRÉTIEN PRIMITIF — ARTÉMON tringles; les saints ouvrent ces rideaux et font entrer l’àme qu’ils protègent, dans les demeures du Père éternel. Nous voyons cettescène sur plusieurs sarcophages, par exemple, au Latran, à Syracuse, Bidlrtt., 1877. p. 150; et â Terni, ce dernier aujourd’hui au Campa sanlo des Allemands, â Koine, Rom. Quartalschrift, 1894, t. vm, p. 131-134, et pl. ; sur une fresque de Sainte-Cyriaque. tandis qu’une autre avoisinante montre le Christ nimbé et entouré des vierges sages et des vierges folles devant la porte d’en­ trée de la salle nuptiale. Bitllett., U 63, p. 76; 1864, p. 35, et surtout Wilpert, Die gottgew. Jungfrauen, p. 72-76, pl. ii. 1. Sur un fragment d’épitaphe, au Latran. pii. xiv, n. 45; Perret, op. cit., t. v, pl. xxiv, 45, on a gravi'· l’âme orante devant la regia ou aula Christi, et on a mis au-dessus de la porte les mots in face. — Le ciel est donc un lieu de rafraîchissement et de repos. Il est aussi un lieu de lumière : ipsis domine... locum re­ frigerii, lucis et pacis, ut indulgeas deprecamur. Voilà pourquoi, depuis l’époque de Constantin, les artistes représentent quelquefois l’âme orante entourée de lampes et de chandeliers, qui symbolisent la lumière éternelle, par exemple, sur l’épitaphe de Bessula, au Latran, pii. xiv, n. 44, sur la célèbre capsa argentea d’Afrique. Bulletl., 1887, pl. vm, et la monographie de M. de Rossi sur ce précieux reliquaire (1889), et sur plusieurs pein­ tures dans les catacombes de Naples. Garrucci, tab. 101, 1. 2; 102, 2; 104, 2: Bellermann, Die christl. Begrâbnissstatten u. bes. d. Kalakomben. zu Neapel, 1839, pl. viii-ix. Ce sont là les manières principales dont l’art chrétien a exprimé d’une façon sensible les joies du ciel. Quelquefois l’artiste les mélange. Ainsi on voit sur une peinture de la casa celimontana (Saints-Jean-et-Paul), à Rome, le jardin du paradis et les 'vela de la basilique. P. Germano di S. Stanislao, La casa celimontana..., Rome, 1894, p. 313 sq. Sur bon nombre d’inscriptions d’Aquilée, réunies par Mer Wilpert à l’occasion du con­ grès des archéologues à Spalatro, en 1894, et publiées dans VEphemeris Salonilana, p. 37-58, on constate aussi ces différentes manières de figurer le bonheur céleste, soit isolées soit mélangées. — Disons enfin, à propos du millénarisme, que les artistes chrétiens ne connaissent point d’endroit intermédiaire qui servirait de séjour à lame qui a quitté le corps jusqu’au grand jour de la résurrection générale. Atzbergcr, Geschichte der christl. Eschatologie innerhalb der vornicünischen Zeit, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 612-630; Kraus, Real-EncyclopÜdie, art. Mahl, Parodies; Martigny, Dictionnaire des antiq. chrét., art. Repas, Paradis, etc. ; Lefort, Les scènes de banquet peintes dans les catacombes, dans la Revue archéol., 1883, p. 224 sq. ; Kaufmann, Die sepulkralen Jenseitsdenkmaler dei' Antike und des Urchristentums, Mayence, 1900, p. 108-206. 6. La communion des saints. — Pour tout ce qui regarde ce point particulier, la communion des saints au sens strict du mot, le culte des reliques et des images, lecultede la Vierge, etc., les monuments renfermentdes indications très précieuses. Nous les fournirons dans les articles Communion des saints, Marie (Culte de), d’après les monuments. Dans les pages précédentes, nous nous sommes bornés à ce qui nous a paru vraiment important et suffisam­ ment prouvé. L’épigraphie chrétienne, plus explicite que les monuments figurés, ne fera que confirmer ces pre­ mières données. Il s’ensuit donc qu’il y a un lien inti­ me entre l’art chrétien primitif et lescroyances religieu­ ses dont il atteste la substance, et qu’en présence des croyances mobiles, Bottantes et jamais définitives, des autres religions ou sectes, le catholique n’a qu’à se féli­ citer de 6 ces titres de noblesse, de ces vieux blasons de h foi » retrouvés dans les monuments de l’art chrétien primitif. Pour la première partie de l’article, les principales publications récente; sunttci. col. 1768,1769) : de Rossi, Roma sotterranea, 2022 3in-fol.. Rome, 1864-1877: Id., Mtwtici cri^Hani... d··'' · -l. esc di Roma anteriori al secolo xv, Rome, 1872 sq. : Id., Bol · u.r i di archeologia cristiana, 1865-1894. continué par . es sous le titre de Nuovo Bullettino di arch, crist., R i. ?. ‘ sq. ; les abrégés des travaux de M. de Rossi : Desbassayns do Richemont, Nouvelles études sur les catacombes, Paris. 1870; la Roma sotterranea, de Norlhcote et Brownlow, en an.·'■·. -, Londres, 1870: de Paul Allard, en français. 2* édit., Paris, 1877; de Kraus, en allemand, Fribourg-en-Brisgau, 2· édit., 1879; Per.·.· . L’archéologie chrétienne, Paris, s. d. (1892); Armellini, Gh ( ■ tichi ciiniteri cristiani di Roma e d’Italia, Rome, 1893: 1 Lezioni di archeologia cristiana, Rome, 1898; Marucchi, É ■· ments (Γarchéologie chrétienne, Paris-Rome, 1900, t. î, n; IJ., Guida del museo cristiano latera n ense, Rome, 1898: Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2· édit., Paris, 1877 ; Kraus, Real-Encyclopadie der christl. Altertümer, 2 vol., Fri­ bourg-en-Brisgau, 1882-1886; Smith et Cheetham, Dictionary of Christian antiquities, 2 vol., Londres, 1875; Garrucci, Sto­ ria dell'arte cristiana nei primi otlosecoli della Chicsa,6 vol.. Prato, 1873-1881 ; Id., Vetri ornati di figure in oro, 2' edit., 1864; Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l’art chrétien, 6 vol., 1872; Kraus, Die christl. Kunst in ihren frühesten Anfiingcn, Leipzig, 1873 ; Id., Geschichte der christl. Kunst, 2 vol., Fribourg-en-Brisgau, 1895 sq.; Wilpert, Principienfragen d. christl. Archaologie, 1889; Nochmals Principienfragen..., 1890; Ein cyclus christolog. Gemalde..., 1891; Die Katakombengemalde und ihre alte Copien, 1891 ; Die gotlgeweihten Jungfrauen in den ersten Jahrh..., 1892; Die fractio panis, édit, franç., Paris, 1896 ; Die Malereien derSakramentekapollen, 1897; Le Blant, Les sarcophages... d'Arles, 1878: Id., Les sar­ cophages chrétiens de la Gaule, 1886; Lefort, Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne, Paris, 1885 : Pohl, Die altchristl. Fresko-und Mosaikmalerei,Lû\pz\%, 1888 ; Schultze, Arclùiolog. Studicn, Vienne, 1880; Id., Die Katakomben, Leipzig, 1882; Id., Archaologie der altchr. Kunst, Munich; Id.. Die Kalakomben von S. Gennaro in Neapel, I na, 1877, 1895; Perret, Les catacombes de Rome, 6 vol., Paris. 1851 sq.; Roller, Les catacombes de Rome..., Paris. 2 vol.. 1881; Rômische Quartaisehrift für christl. Altertumskunde, Rome, 1887 sq. ; Ficker, ArchaologischeStzidien zum christl. Altertum u. Mittelalter, Fribourg-en-Brisgau, 1895 sq. ; Führer, Forschunqen zur Sicilia sotterranea, Munich, 1897; les ouvrages de Jorio, Scherillo, Galante, Stornaiuolo, Schultze, etc., sur les catacombes de Naples; Portheim, Der dekorative Stil in der altchristl. Kunst, Stuttgart, 1886; Hennecke, Altchristl. Materei u. altchristl. Litteratur, Leipzig. 1896; Pératé, L’art chré­ tien, dans la Quinzaine, 1896, p. 151-173; H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, Paris, 1907 ; Dictionnaire d’archéo­ logie chrétienne et de liturgie, en cours de publication. Pour la seconde partie, on trouve quelques rares indications dans Mamachi. Origines et antiquitates..., 2' édit., 6 vol., Rome, 1841-1851; Blanchi ni. Demonstratio histories eccles. comprubatæ monumentis..., 3 vol.; Rome, 1752; Gener, Theol. dogma­ tica scol. monumentis illustrata, 6 vol., Rome, 1768; Pellicia, De ecclesiæ... politia, 3 vol., Naples. 1777. et au commence­ ment du xix'siècle, dans Seroux d’Agincourt, Histoire de l'art..., 6 vol., Paris, 1823; et dans Augusti (différents ouvrages) : W. i:er, Die rômisch. Katakomben und ihre Bedeutung..., 2 bro­ chures, Francfort, 1866; Grillwitzer, Die bildl. Darstellungen in den rôm. Katakomben..., Graz,Diepolder. Thr.j.--g:·· i Kunst im Urchrislentum, Augsbourg, 1882; Gerbet. £>7·.·:-? de Rome chrétienne, 2' édit., 2 vol., Paris, 1866; Gauti ■·. Les trois Rome, 2· édit., 4 vol., Paris, 1854; Bougaud. Le christ: :· nisme elles temps présents, t. in, part. ]'·, c. π. etc., ont écrit dans un but de vulgarisation. Des indications très précieuses se trouvent dans les différents ouvrages de M. de R· ssi ; P.; er, Einleitung in die monumentale Théologie, Gotha, 1867 ; Rol­ ler, Les catacombes... (plus haut); Aubé, La théologie et le syn»bolisme dans les catacombes, dans la Revue des Deuzc Mondes, t. LVin, juillet 1883; Mariott, Testimony of the catacombs, Londres, 1877 ; Revue de l’art chrétien, 1862 : Les catacombes de Rome au point de vue de la controverse; V. di Giovan­ ni, L’archeologia cristiana in sostegno della teologia e della apologetica, Palerme, 1894; Wilpert, Il valore dom matico delle pitture cimileriali, Rome, 1897: Leclercq, Mat., d'arch. chrét.; Diet, d’archéologie et de liturgie chrétienne, passim. R. S. BOL’R. ARTÉMON. Hérétique de la fin du n· siècle et do commencement du m®, appartenant au groupe de- i onarchiens antitrinitaires qui ne voyaient qu’un L·.·!!.tse dans le Christ. Il vécut à Rome, où il propagea s r. î èrésie. Selon lui, le Christ, né d une vierge, et : sans 2023 ARTÉMON — ARTICLE DE FOI doute supérieur en vertu aux prophètes, et rempli d’un pouvoir divin, mais il n'était pas Dieu. C'était là,disaitil. l’enseignement venu des apôtres et des anciens, reçu et conservé jusqu’à Victor, mais altéré parle pape Zéphyrin. Ses audacieuses prétentions avaient beau se heurter au Nouveau Testament, aux écrits des Pères apostoliques et des apologistes, aux cantiques chantés dans les réunions chrétiennes, tous remplis des témoignages les plus for­ mels sur la divinité de Jésus-Christ, il n'en cherchait pas moins à les accréditer comme l’expression de l’Écriture et de la tradition. 11 est vrai qu’à l'exemple de tous les hérétiques du n« siècle, il entendait l’Écriture et la tradilion dans un sens exclusivement favorable à ses vues. L’Écriture, il commença par l’altérer sous prétexte de la corriger, mais il ne put imposer une rédaction uni­ forme; chacun voulut avoir la sienne; et les exemplaires d'Asclépiodote, de Théodote, d’Hermophile et d’Apollonidês étaient loin de concorder. Aussi, autour de lui, linit-on par l’abandonner, en la sacrifiant aux sciences exactes : on résolut tous les problèmes à coup de syllo­ gismes, finalement on plaça Aristote et Théophraste audessus de Jésus-Christ, et on rendit un culte à Euclide et à Galenus. Quant à la tradition, elle fut traitée avec une impu­ dence égale; on tint pour non avenus les renseignements de l’histoire ainsi que les documents écrits ; on passa sous silence la condamnation par le pape Victor de Théo­ dote le corroyeur, l’un des premiers qui eût affirmé que le Christ n’est qu’un homme ; on s’en prit uniquement à Zéphyrin, qu'on accusa d'innover en matière doctri­ nale, comme d’autres l’accusaient d’avoir innové en ma­ tière pénitentielle. Zéphyrin dut excommunier Artémon. La secte songea à se donner un évêque. Théodote le banquier et Asclepiodote firent sacrer le confesseur Na­ talis, auquel ils promirent de fortes mensualités; mais cet évêque improvisé, bourrelé de remords, fit pénitence aux pieds du pape et fut admis à la communion; la ten­ tative schismatique échoua par là même. L'anonyme d’Eusèbe. II. E., v, 28, P. G., t. xx, col. 512 sq., Caius d’après Photius, mais plus vraisemblablement Hippolyte, écrivit contre Artémon, qualifia son hérésie de nouveauté, releva quelques-unes de ses extravagances, le déclara aussi éloigné que possible de la foi, et l’en­ ferma dans ce dilemme, au sujet de l’Écriture : ou vous la croyez inspirée par le Saint-Esprit et alors vous êtes infidèle, ou vous vous croyez plus sage que le Saint-Es­ prit et alors vous êtes fou. D’après saint Épiphane, Paul de Samosate développa plus tard les vues d’Artémon. Ilær., i.xv, 1, P. G., t. xLti, col. 13. Eusèbe, H. E., v, 28, P. G., t. xx, col. 512-514; Épiphane, Hær., LXV, 1, P. G., t. XLII, col. 13; Théodoret. Hæret. fab.. Il, 4, P. G., t. I.XXXUI, col. 389 ; Photius, Bibliolh., 48, P. G., t. eut, col. 85. G. Bareh.le. ARTICLE DE FOI. Le mot « article de foi » n'ap­ partient pas à la langue théologique des Pères. Pour désigner les propositions du symbole des apôtres, ils se servent volontiers du mot sententia. S. Ambroise, Ex­ planatio symboli ad initiandos, P. L., t. xvn,col. 11581159; S. Léon, Epist., xxxt, ad Pulcheriam, P. L., t. Ltv, col. 794. Au moyen âge, cette expression est en­ core employée. Abélard, Expositio symboli apostolorum, P. L., t. clxxvhi, col. 619-620. Mais le mot articulus la supplante peu à peu. Voir col. 1679, la pièce de vers mise sous le nom de saint Bernard; Pierre Lombard, Sent., 1. Ill, dist. XXV,P.L.,t.cxcil, col.810; Albert le Grand, Compendium theologicæ veritatis, 1. V, c. xxi; Opera. Paris, 1895, t. xxtv, p. 169. Ces textes montrent qu’on employait comme synonymes les termes « article de foi. article du symbole », mais ne nous renseignent pas sur ce qu’on exigeait d’une proposition révélée pour lui don­ ner ce titre. Plusieurs définitions peu précises ou fon­ dées sur une fausse étymologie avaient encore .ours a 2024 l'époque de saint Thomas. On attribuait la suivante à Richard de Saint-Victor : « vérité indivisible qui a Dieu pour objet et nous astreint (arctans, d’où serait venu articulus) à croire. » C’est en discutant cette notion et d’autres semblables que saint Thomas fut amené â donner de l’article de foi une théorie complète et pré­ cise. Sum. lheol., II» Hæ, q. i, a. 6; In IV Sent., 1. III, dist. XXV, q. 1, a. 1. S’appuyant sur le sens du mot grec άρΟρον et sur ceux que l'usage attribue au terme latin articulus, il con­ clut qu’il convient d'appeler article de foi une proposi­ tion révélée distincte et apte à s’unir à d'autres pour former avec elles l'organisme vivant de la doctrine chrétienne. Une vérité est vraiment distincte d'une autre lorsqu’elle n’apparaît pas avec elle secundum eamdem rationem, dans un même concept; pratique­ ment, on est en face de deux articles lorsque, pour admettre chacun d’eux, l’esprit se heurte à une diffi­ culté spéciale. Ainsi passion et résurrection de JésusChrist sont deux articles, souffrances et mort n'en for­ ment qu’un. L’article de foi doit être aussi un membre apte à s'unir à d’autres pour former un tout organique : beaucoup de vérités révélées ne satisfont pas à cette condition. Parmi les objets de la connaissance surna­ turelle, il en est que Dieu nous fait connaître pour euxmêmes afin de nous conduire à notre lin dernière : la trinité, l'incarnation et d’autres semblables (ici saint Thomas pense sans doute aux vérités du symbole des apôtres) : ce sont ces notions qui composent les divers articles de foi. D’autres propositions ont été révélées par Dieu, mais ce n’est pas pour elles-mêmes, c’est pour ma­ nifester les notions principales : par exemple, les mi­ racles d’Élisée ; ces vérités sont des moyens et non pas des conclusions, elles ne forment pas un tout orga­ nique et ne peuvent être appelées articles de foi. Et de la sorte saint Thomas aboutit à une définition très pré­ cise qu'on pourrait formuler ainsi : l’article de foi est une vérité, révélée pour elle-même et assez distincte des autres de même nature pour offrir à l’esprit de celui qui veut l’admettre une difficulté spéciale. Ainsi entendu il est en théologie ce que sont, dans les sciences, les principes fondamentaux. Sum. theol., II» H’·, q. 1, a. 7. Pour cette raison et parce qu’il s'agit ici. par hypothèse, de vérités dont la connaissance nous conduit au ciel, l’homme est tenu de croire explicitement les articles de foi. Ibid., q. il, a. 5. Comme la vertu de foi est une participation â la con­ naissance même de Dieu el que la sagesse incrêée n'a pas besoin de distinguer pour connaître, on peut être tenté de conclure qu'il n’y a pas lieu de décomposer en articles les vérités révélées. Le faire serait les empêcher de rester des propositions de foi. Il n’en est rien, c’est en hommes que nous participons à la connaissance de Dieu et si nous entrevoyons aujourd’hui par la foi ce qm- Dieu contemple, c’est avec une intelligence obligée de diviser pour ne pas confondre. Le mot article de foi a donc sa raison d'être. Ibid., q. I, a. 6, sud contra, ail 2“m. Il était d’un usage commode pour la désignation des véri­ tés chrétiennes les plus importantes et sa définition per­ mettait de découper les divers symboles en leurs élé­ ments fondamentaux d'après un procédé uniforme et rationnel. Malheureusement, il n'a pas été engagé dans les contro­ verses, ni consacré par l’autorité enseignante. Les théo­ logiens, d'autre part, ne gardèrent pas en entier la thé­ orie de saint Thomas et par là même, se divisèrent. Pour un article de foi plusieurs conditions étaient requises dans la Somme ; on n'en exigea qu’une d’ordi­ naire. Aussi Suarez constate que les théologiens ne s’accordent pas dans leur définition de ce mot. De fide theol., disp. Il, sect, v, n. 10, Opera, Paris, 1858, t. xn. p. 30. De Lugo dit que les articles de foi sont les véritéprincipales qui soutiennent les autres. De viri. fidei a.- 2025 ARTICLE DE FOI — ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES; viiiæ, disp. III. sect, τν; Disp, scholasticæ, Paris. 1888, t. 1, p. 196. Ivilber reproduit la définition thomiste. De fide, part. Il, c. n, dans Migne, Cursus theol., Paris, 1839, t. vi, col. 459. D’autres théologiens réservent ce mot pour désigner ce qui est contenu dans le symbole des apôtres. Suarez,loc. cil. D’aulresappellent article de foi, ce qui est défini officiellement par l’Église comme étant révélé, M. Didiot, par exemple, Morale surna­ turelle spéciale, Vertus théologales, Paris, 1897, n. 141, p. 97; c’est d'ailleurs le sens que le commun des chré­ tiens tend à donner aujourd’hui à cette expression. Un seul point reste communément admis ; toute proposi­ tion révélée n'est pas article de foi. En somme, jusqu'à ce que les mots « article de foi » aient reçu un sens précis universellement admis, il vaut mieux leur préférer des expressions plus claires. Et quand on les trouve employés par un théologien, il importe, pour éviter toute méprise, de rechercher quelle définition il en donne. S. Thomas et Suarez aux endroits cités au cours de l'article ; Mazzella, De virtutibus infusis, disp. II, a. 7, n. 434, Rome, 1879, p. 223-224. C. RüCH. ARTICLES FONDAMENTAUX (Système des). I. Exposé historique et doctrinal. 11. Réfutation. I. Exposé historique et doctrinal. — Le système des articles fondamentaux est né, chez les protestants, d’un double courant d’idées : 1» du désir d'établir une certaine union entre les sectes chrétiennes séparées par des pro­ fessions de foi différentes; 2° du besoin de montrer que les diverses communions protestantes, malgré leurs di­ vergences irréductibles, possèdent l’unité essentielle à l’Église du Christ. I. LE SYSTÈME DES ARTICLES FONDAMENTAUX COMME — Celui qui le premier formula, quoique d'une façon un peu vague, le système des articles fonda­ mentaux, fut un catholique flamand, Georges Cassander (1513-1566). Humaniste distingué, grand admirateur d'Érasme, ami de plusieurs protestants, esprit fin et to­ lérant, mais peu versé dans les matières théologiques, il crut bien faire en travaillant à réunir les protestants et les catholiques sur une base nouvelle. Ceux-là, dit-il, appartiennent à la vraie Église qui admettent les points fondamentaux de la doctrine des apôtres, contenue dans le symbole, et ne se séparent pas de la communion des autres Églises. Appliquant son principe aux orientaux aussi bien qu’aux occidentaux, il en concluait que les communions romaine, évangélique et grecque pouvaient former une seule et même Eglise, et ouvrait ainsi la voie à la théorie anglicane des trois branches de l’Église catholique. Ce système déplut à la fois aux catholiques et aux protestants : Jean Hesselius et .losse Ravesteyn, professeurs à Louvain, réfutèrent leur compatriote, et son ouvrage, De officio pii ac publicæ tranquillitatis vere amantis viri, fut mis à l'index; de son côté, Calvin attaqua vigoureusement cet opuscule, parce qu’il reconnaissait l'autorité de la tradition, de telle sorte que cette tenta­ tive échoua complètement. Ajoutons que Cassander se rétracta et mourut en catholique. Voir de Schrevel, His­ toire du séminaire de Bruges, Bruges, 1895, p. 263, où se trouve une très intéressante étude sur Cassander, t. I, I" partie. D'un autre côté, les protestants sentirent bientôt le be­ soin de l'union : unis pour attaquer l’Église, ils s’étaient vite divisés entre eux : Carlstad s’était violemment séparé de Luther, les anabaptistes s’étaient révoltés contre son autorité, Zwingle et Calvin avaient rejeté sa doctrine sur les sacrements; les anglicans faisaient un mélange con­ fus de luthéranisme et de calvinisme; et les sociniens sapaient l’édifice chrétien par la base, en niant les dogmes fondamentaux de la trinité, de l’incarnation et de la n-demption. Les esprits modérés comprirent que c’était la pour le protestantisme une source de faiblesse; mais moyen d’union. 202G les tentatives de rapprochement entre Luther et Zwingi·. entre le luthérien Andreæ et le calviniste Théodore de Bèze n’aboutirent qu’à constater des différences abs· ai­ ment irréductibles. C’est alors que germa en certains esprits l’idée de points fondamentaux, sur lesquels lu­ thériens et réformés pussent s’entendre, tout en con-rvant leurs doctrines particulières. . Le premier qui, en Allemagne, fit des efforts vraiment sincères pour amener l’union sur celte base, fut Georges Calixte (1586-1656), professeur de théologie à l’université d'Helmstadt. Ses relations avec des calvinistes tolérants, comme Casaubon, et des catholiques instruits, particu­ lièrement Becan et de Thou, avaient élargi ses vues. Dans ses ouvrages intitulés Disputationes XV de præcipuis christianse religionis capitibus et Desiderium et stu­ dium concordiæ ecclesiasticas, il maintient que les doc­ trines fondamentales du christianisme, c'est-à-dire les principes élémentaires d’où découlent toutes les autres vérités, ont été conservées intactes par les trois grandes communions luthérienne, calviniste et romaine; que les articles, communément reçus par les Pères des cinq pre­ miers siècles, méritent croyance aussi bien que ceux qui sont contenus dans [’Écriture ; que les communions chré­ tiennes qui croient ces vérités doivent, au lieu de s’anathématiser mutuellement, entrer au plus tôt en relations amicales pour préparer une union durable. Ce système, qu'on appela syncrétisme, souleva une tempête dans le monde luthérien : Calixte fut accusé d’hérésie, d’apos­ tasie, de crypto-calvinisme, de papisme et même d’athé­ isme. Son plus fougueux adversaire, Calov (1612-1686), luthérien intransigeant, publia contre lui de nombreux ouvrages, entre autres Digressio de nova theologia IJelmstadio-Regiomontanistarum sijncrelislarum. 1651: Har­ monia Calixlino-hæretica, 1655; Historia syncretistica, 1682; par ses vigoureuses dénonciations il empêcha toute union; non seulement luthériens et réformés conti­ nuèrent de s’analhématiser cordialement, mais les luthé­ riens eux-mêmes se divisèrent en deux camps, les uns soutenant et les autres attaquant les vues syncrétistes de Calixte. Plus tard, un réformé de Genève, Jean-Alphonse Turretin (1674-1737), s'efforça d'amener de meilleures rela­ tions entre son parti et les luthériens. En 1729, il publia son Nubes testium pro moderato et pacifico de rebus theologicisjudicio et instituenda inter protestantes con­ cordia, où se trouve une dissertation sur les articles fon­ damentaux, qu'il définit ceux dont la connaissance et l’acceptation sont nécessaires pourobtenir la grâce de Dieu et assurer son salut. 11 pressa ses coreligionnaires de former une union sur la base de ces articles, en laissant de côté ceux qui n’étaient point fondamentaux. .Mais les esprits n’étaient point mûrs pour une union de ce gen­ re, et ce projet n’eut pas de suite. En Angleterre, Cranmer avait conçu, dès lexvi* siecie, le dessein d'unir ensemble toutes les communi pro­ testantes, etinvité à cet effet Mélanchthon, Calvin et Bul­ linger à se réunir à Londres, pour déterminer les points fondamentaux sur lesquels on pourrait s’entendre. Les troubles politiques firent échouer ce projet. Plus tard, sous Cromwell, en 1653, le parlement nomma un comit·’· chargé de rédiger une liste des articles fondamentaux que tous les protestants d’Angleterre seraient forcés d’accepter. Baxter, président du comité, proposa comme base d’union l’acceptation du symbole des apôtres, de l'oraison dominicale et des dix commandements. .Mais on regarda ce programme comme trop large, parce qu'il pouvait être signé non seulement par les luthériens et les réformés, mais encore par les dissidents, les soci­ niens et les papistes, qu'on voulait exclure de l’Église anglicane. Un autre, plus précis, fut rédigé par Owen et proposé par Goodwin ; on y déclarait, contre les papistes, que l'Écriture est la seule règle de foi, et que la justifi­ cation se fait par la foi et non par les œuvres, contre 2027 ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES) les sociniens, on insistait sur la divinité de Jésus-Christ, la rédemption et la résurrection de la chair; contre les quakers, on proclamait la nécessité du baptême réel pour la régénération et le salut. Vers la lin du χνιΐ’ siècle, en 1695, un philosophe cé­ lèbre, Locke, publia son Essay on the reasonabless of Christianity (traduit en français et publié dans les Dé­ monstrations évangéliques, de Migne, t. iv, col. 241), où il réduit les articles fondamentaux â deux : croire que Jésus est le Messie, et par conséquent accepter sa doc­ trine et ses commandements. Des formules aussi vagues favorisaient le latitudinarisme, auquel ne portaient que trop les idées rationalistes du temps. Aussi Waterland (1683-1740) se crut obligé de réagir contre cette tendance et de préciser davantage la notion des articles fondamen­ taux dans son Discourse of fundamentals. D’après lui, on doit regarder comme fondamentaux les articles qui sont tellement essentiels à la religion chrétienne que, sans eux, elle ne pourrait subsister. Or on doit regarder comme tels tous ceux qui font partie du Testament ou de l’alliance entre Dieu et l'homme : 1° l’existence de Dieu, auteur de cette alliance, créateur, conservateur et gou­ verneur du monde, père de Jésus-Christ; 2<‘ la liberté et la responsabilité de l’homme, sujet de cette alliance; 3» l'autorité divine de l’Êcriture sainte, qui est pour ainsi dire la charte de l’alliance; 4° la croyance au Christ qui est le médiateur de la nouvelle alliance; 5» le repentir et la sainteté de vie, comme conditions de l’alliance; 6° les sacrements qui sont les moyens par lesquels la grâce de cette alliance nous est communiquée; 7° enlin la sanction de l’alliance, c’est-à-dire la croyance à la vie future, à la résurrection, au jugement, au ciel et à l’enfer. Assurément ce système est plus clair et plus complet que ce qui avait paru jusqu’alors. Mais il fut loin de rallier tous les esprits, et au xtx» siècle il fallut chercher une base un peu plus large. L'Alliance évangélique (voir ce mot, col. 890) crut l’avoir trouvée dans les neuf articles que nous avons énumérés plus haut, col. 891 ; la branche française se vit obligée de l’élargir encore et, malgré tout, les divisions n’ont pas cessé. Tout dernièrement, en janvier 1899, un certain nombre de sectes anglaises, les baptistes, les congrégationalistes, les méthodistes, les presbytériens et les chrétiens de la Bible ont adopté un catéchisme commun qui résume, en cinquante-deux ré­ ponses, les articles acceptés par ces différentes commu­ nions; mais ce catéchisme a rencontré plus de contra­ dicteurs que d’approbateurs : plusieurs le trouvent trop complet et trop explicite sur des points qui ne sont pas essentiels, et d’autres le considèrent comme trop vague et trop incomplet : le moyen de concilier des vues si con­ tradictoires! II. LES ARTICLES FONDAMENTAUX ET L’UNITÉ DE L'É­ GLISE. — Ce ne fut pas seulement le désir de l’union qui lit inventer aux protestants les articles fondamen­ taux, ce fut aussi le besoin de défendre leur position contre les attaques des polémistes catholiques. Ceux-ci en efl’et ne tardèrent pas à dire à leurs adversaires : « Vous prétendez être la véritable Église; mais d’où venezvous; où étiez-vous il y a vingt ans? » A cette question embarrassante Luther et ses premiers disciples répon­ dirent par la théorie de l’Eglise invisible, qui contient dans son sein tous les vrais croyants. Mais si l’Église est invisible, répliquèrent les catholiques, comment la re­ connaître? Ést-ce que chacun n’a pas le droit de se re­ garder comme un vrai croyant? Pour résoudre cette difficulté, plusieurs réformés, surtout en France, se rejetèrent sur le système des articles fondamentaux, que Jurieu, son principal défenseur, expose surtout dans deux ouvrages : Le vrai système de l’Église, 1686. et le Traite’ de l’unité de l’Église et des points fonda­ mentaux, 1688. Jurieu admet qu’il y a une Église visi­ ble, que cette Église est universelle et permanente, mais il ajoute : < Il est faux que cette Église soit une certaine 2028 communion distincte de toutes les autres communions. L’Eglise est demeurée visible durant tous les siècles dans les communions, qui. malgré leur séparation et les anathèmes qu'elles ont mutuellement prononcés les unes contre les autres, ont toujours conservé les vérités prin­ cipales. » Le vrai système, édit. 1686. p. 226. Mais que sont donc ces vérités principales qu’il suffit de croire pour appartenir à l’Église? Dans son premier ouvrage, Jurieu n'en avait donné qu'une idée assez vague; pressé par Nicole, qui écrivit contre lui, en 1687, le traité De l’unité de l’Église, il se sent obligé de s'expliquer plus clairement : « Premièrement nous avertissons que, par les points fondamentaux, nous entendons certains prin­ cipes généraux de la religion chrétienne, dont la foi distincte et la créance sont nécessaires pour être sauvé, et pour être appelé chrétien. De ce genre sont qu'il y a un Dieu, qu'il est seul, qu'il faut l’adorer seul, qu’il y a une parole de Dieu dans laquelle il s’est révélé, et qu’il faut recevoir comme un livre divin; que ce livre divin est celui qui s'appelle la Bible; que Jésus-Christ est le Messie, qu’il est fils éternel de Dieu, qu’il a racheté· les hommes par sa mort; et autres semblables. Par les points non fondamentaux, nous entendons les consé­ quences, qui coulent de ces principes, soit que ce soit d'une manière immédiate, ou à la faveur de quelques autres propositions que la raison humaine et la lumière naturelle fournissent : nous comprenons aussi sous les points non fondamentaux les explications plus distinctes de ces principes, que donnent les savants et les théolo­ giens; nous entendons enfin certaines autres vérités, qui n’ont point de liaison nécessaire avec ces principes, qui sont pourtant des vérités de religion et qui peu­ vent faire des articles de la créance des chrétiens. » Traité de l'unité de l’Église et des points fondamen­ taux, 1688, p. 495, 496. Comme on lui demandait à quoi on peut reconnaître ces articles, il répond qu’ils sont fondamentaux de leur nature. Après avoir remarqué que les catholiques eux-mêmes admettent des points fonda­ mentaux sous le nom de vérités nécessaires de néces­ sité de moyen, il ajoute, p. 519 : « Je demande en second lieu qui est-ce qui a mis cette différence entre les pré­ ceptes nécessaires de nécessité de moyen et les autres? Est-ce l’Eglise ou Dieu? Ces articles nécessaires de néces­ sité de moyen ne sont-ils pas tels de leur nature? » Puis sentant que cette réponse n’est pas suffisante, il veut donner un critérium pour reconnaître ces articles, et il invoque tour à tour le bon sens, le sens intime et le consentement de tous les chrétiens. Ainsi donc, d’après Jurieu, il y a bien une Église perpétuellement visible; il suffit, pour en faire partie, de croire les points fonda­ mentaux. Les novatiens, les quartodécimans, les donatistes, les grecs schismatiques, les albigeois, les vaudois et autres sectes hérétiques du même genre, bien qu’ex­ communiées par Borne, n’avaient pas cessé d’appartenir à la véritable Eglise; tandis que les ariens et les soci­ niens en avaient été justement exclus, parce qu’ils reje­ taient les articles fondamentaux de la trinité et de l’in­ carnation. Les luthériens, les réformés et même les catholiques, malgré leurs erreurs, faisaient donc partie de la même Église visible, puisque les uns et les autres continuaient de croire les vérités essentielles. Pour étayer son système, Jurieu fit appel à l’Êcriture et aux Pères. Sans doute il fut obligé d'avouer que la Bible ne parle pas explicitement de cette distinction en­ tre articles fondamentaux et non fondamentaux; mais, ajoute-t-il, elle la suppose dans plusieurs endroits. Les prophéties de l’Ancien et du Nouveau Testament sur l'universalité du royaume de Dieu ne peuvent avoir de sens raisonnable â moins qu’on ne renferme toutes les sectes chrétiennes dans l’étendue de l’Église. D'ailleurs n'est-il pas dit dans l’Évangile que l’Église est un champ où l’ivraie se mêle au bon grain, et n’en faut-il pas conclure que les sociétés errantes ne sont pas nécessairement hors 2029 ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES) de l’Église? En outre saint Paul déclare, I Cor., ni; 10-11, que personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, et qui est le Christ Jésus. Or ce fondement, ce n’est pas la personne de Jésus, mais sa doctrine fondamentale. Aussi nous voyons les apôtres tolérer les judaïsants, malgré leurs hérésies, parce que celles-ci n’étaient point fondamentales. Et d'ailleurs les docteurs scolastiques ne font-ils pas la distinction entre les vérités nécessaires de nécessité de moyen et celles qui ne le sont pas? ce qui n’est au fond que le système des articles fondamentaux. Ce système fut réfuté avec force et érudition par Nicole, De l’unité de l'Église, 1687; mais surtout par Bossuet dans son Histoire des variations, 1688. Partant de ce principe, admis alors par Jurieu et son école, que la vé­ rité ne change pas, il montra que, dès les premiers jours de la Réforme, le changement était devenu son état chronique, que ses docteurs n’avaient jamais pu s'accor­ der les uns avec les autres, ni souvent avec eux-mémes; que les confessions de foi avaient été plus d’une fois mo­ difiées sur des points essentiels; que des vérités, uni­ versellement admises par les premiers chrétiens, étaient rejetées par les protestants, et que par conséquent ceuxci ne pouvaient se rattacher à l’Eglise primitive. Cette rigoureuse attaque fut un coup de foudre pour Jurieu; il fut obligé de changer de tactique et de revenir sur ses concessions, en déclarant que les variations ne sont pas un signe d’erreur et que le christianisme n’en a jamais été exempt. C’était renoncer à la théorie de l’Eglise vi­ sible; c’était ouvrir la porte à tous les abus du latitudi­ narisme. Les sociniens et les libéraux en profitèrent pour répandre leurs erreurs : n’avaient-ils pas le droit, eux aussi, de modifier les doctrines primitives? De plus, parmi les orthodoxes eux-mémes, l’esprit de critique et de négation se développa, et l’on fut obligé de réduire de plus en plus le nombre des points fondamentaux. Bientôt même on renonça complètement à cette théorie, on dé­ clara que l’unité de croyance n’était pas nécessaire; dans un Essai sur l’alliance évangélique universelle, F. Vidal propose d’assembler dans une même alliance tous les chrétiens qui, « unis dans l’amour appliqué à Dieu créa­ teur. aux hommes frères et à Jésus-Christ sauveur, demeurent libres de formuler leur foi comme ils l'en­ tendent. » Voir P. Martin, De l’avenir du protestantisme, Paris, I860, p. 274. Du reste, un grand nombre de pro­ testants libéraux ont pris une attitude plus franche et plus radicale : Notre-Seigneur a prêché une doctrine, mais n’a pas institué d’Église : chacun est donc libre d entendre et de pratiquer l'Evangile comme il le veut. Ainsi plus d’Église, plus d’unité, plus de dogme, rien que l’individualisme absolu : c’est la conclusion histo­ rique et logique des sy stèmes que nous venons d’étudier. IL Réfutation. — Ce simple exposé historique est déjà une réfutation du système des articles fondamen­ taux : car il montre clairement qu’il a échoué dans le double but qu’il s’était proposé. Mais de plus ce système est : 1» contraire à l’unité de l’Eglise telle qu’elle a été instituée par Notre-Seigneur ; 2° irréalisable en pratique, parce qu’il est impossiide, en dehors d'une autorité in­ faillible,de déterminer quels sont ces articles fondamen­ taux. i. CE SYSTÈME EST CONTRAIRE .1 L'UNITÉ DE L'ÉGLISE. — Qu’il y ait, parmi les vérités révélées, des articles plus importants, et par là même plus fondamentaux que d’au­ tres, c’est ce que tout le monde concède; ainsi par exem­ ple le dogme de l’incarnation est en soi beaucoup plus essentiel que le fait de la naissance de Jésus à Bethléhem, très clairement révélé cependant dans l’Évangile. Mais la question est de savoir si, tout en niant un article de foi moins important, quoique réellement défini, on peut appartenir à l'Église. Ét, pour préciser davantage, il ne s'agit pas ici de ces ignorants qui rejettent une vérité, parce qu'ils ne savent pas qu’elle est révélée, tout en 2030 étant disposés à croire toutes les vérités définies : c- ixlà ne cessent pas d'appartenir à l'Église. Mais il s agit de ces sectes, qui sciemment rejettent un dogme de loi défini par l’Église, sous prétexte qu'il n'est pas fonda­ mental : est-ce qu’elles continuent d'appartenir à l'Église de Jésus-Christ? Remarquons aussi que c'est là une question non de possibilité, mais de fait : Notre-Seigneur a-t-il, en fait, constitué son Eglise de telle sorte qu'on puisse en être membre tout en rejetant un article de foi défini par elle? Interrogeons l’Écriture et l'histoire. 1° Écriture sainte. — Jurieu avoue que nulle part la Bible ne fait cette distinction entre articles fondamentaux et non fondamentaux, mais il prétend qu'elle se trouve implicitement contenue dans la parabole de l’ivraie et du bon grain. Malth., xm, 21-30. L’interprétation com­ mune, même parmi les protestants (cf. Goebel, The parables of Jesus, trad, par Banks, Edimbourg, 1883, p. 57 sq.), c'est qu’il s’agit ici des justes et des pécheurs qui vivent côte à côte dans la même Église. Mais quand même il serait ici question de différentes sectes ensei­ gnant des doctrines contradictoires, l’argument se retour­ nerait contre Jurieu : car l'ivraie est semée par l'ennemi de Dieu et elle est destinée au feu, c’est-à-dire aux châ­ timents éternels; donc ces sectes hérétiques ont pour auteur le démon et conduisent à l’enfer. En vain s’appuie-t-il sur le texte de saint Paul, I Cor., Ht, 10-11. L’apôtre y enseigne sans doute que Jésus-Christ est le fondement de l’Église, la pierre angulaire, comme il est appelé ailleurs, Eph., il, 20, et qu’il est par là même le centre de la prédication évangélique. S'ensuitil qu’il faille rejeter le reste? Est-ce qu’un édifice, même avec un solide fondement, est complet et peut subsister sans murailles et sans toit ? L'argument tiré des prophéties ne le sert pas davan­ tage : sans doute elles représentent l’Eglise comme de­ vant avoir une certaine universalité inonde (voir Catho­ licité); mais en même temps comme un royaume où régnent la paix et l’union, et non pas comme un amas de sectes qui s’anathématisent les unes les autres. La seule conclusion à en tirer, la conclusion qu’en fait en ont tirée saint Augustin et les autres Pères contre les hérétiques de leur temps, ainsi que l’avoue Jurieu,c'est que la vraie Église est cette société chrétienne qui joint l'unité à la catholicité. Nous trouvons en effet dans l’Écriture une série de textes montrant clairement que l'unité de l’Église est telle qu’elle exclut toute division, même sur les articles de foi non fondamentaux. Dans ses paraboles, NotreSeigneur compare l’Église à un royaume, Malth., xm. 2k 31,33; Luc.,xm, 18,etc.; et ilajouteque « tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et toute ville ou maison qui estdivisée contre elle-même ne pourra su L.-ister ». Malth., xn, 25. N’est-ce pas là condamnera l’ara.une Église, qui n’est qu’un amas de sectes se querellant les unes avec les autres? Ailleurs, c’est un berça < u les brebis paissent tranquillement sous la houlett du même pasteur, Joa., x, 6-16 ; ce pasteur a sans doute d'autres brebis, qui ne sont pas de celte bergerie ; i quand il veut les faire siennes, il prend la peine d'aller les chercher et de les amener au bercail, où elles écou­ teront sa voix; car il n’y a qu’une seule bergerie et un seul pasteur. En d’autres termes, les hérétiques appar­ tiennent au pasteur suprême, qui les a rachetés au prix de son sang, mais ils ne deviennent membres de l’Église que lorsqu’ils ont été ramenés, par une sincère conver­ sion, dans l’unique bercail. Jésus-Christ proclame cette unité absolue plus expli­ citement encore, lorsque, la veille de sa mort, il adresse à son Père cette touchante prière : Vt omnes unum sint, sicut tu, Pater, in me, et ego in le, ut et ipsi in nobis unum sint ; ut credat mundus quia tu me misisti. Joo., xvn, 21. 11 s’agit ici de l’unité visible, puisqu'elle doit être une des marques de la divinité du christianisai ; 2031 ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES) de l’nnitë de foi aussi bien que de l'union des cœurs, car elle doit se rapprocher, autant que possible, de cette parfaite unité de nature qui existe entre les trois per­ sonnes divines. Est-ce là l’unité qui régne entre des sectes, qui. tout en admettant conjointement un certain nombre d'articles fondamentaux, se combattent avec acharnement les unes les autres? Au reste, Notre-Seigneur, pour sauvegarder cette unité de foi, enverra à ses apôtres l'Esprit de vérité, qui leur enseignera toutes choses, et leur rappellera tout ce que le Maître leur a enseigné,.Joa.. xiv. 26; xvi, 12, 13 : Itle vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quæcumque dixero vobis..., docebit vos omnem veritatem. Or les apôtres devront à leur tour enseigner toute la doctrine du Maître et l’imposer à leurs disciples : Euntes ergo docete omnes gentes... docentes eos servare omnia quæ­ cumque mandavi vobis. Matth., XXVIH, 19-20. Il ne s’agit donc pas de faire un choix, mais de tout accepter. Ceux qui croiront l'universalité de cette doctrine seront sauvés : ceux qui la rejetteront, seront damnés : Qui. crediderit et baplizatus fuerit, salvus erit; quivero non crediderit, condemnabitur. Marc., xvi, 16. Telles furent, en effet, la conviction et la manière d’agir des apôtres. Saint Paul ne se contente pas d'enseigner que l’Êglise est une d'une unité organique, semblable à celle du corps humain, I Cor., xn, 12-27 ; il explique ailleurs, Eph., tv, 4-17, cette comparaison, en déclarant clairement qu'elle implique l'unité de foi. Et ici il nous sera bien permis d’emprunter l’admirable commentaire que fait dece passage Léon XIII dans son encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896. L’apôtre exhorte d’abord les Éphésiensàconserveravecungrandsoinl’harmoniedescœurs : « Appliquez-vous à conserver l'unité d'esprit par le lien de la paix ; » et comme les cœurs ne peuvent être plei­ nement unis par la charité, si les esprits ne sont point d'accord dans la foi, il veut qu'il n’y ait chez tous qu'une même foi. » Et il veut une unité si parfaite, qu'elle ex­ clue tout danger d'erreur: «afin que nous ne soyons plus comme de petits enfants qui flottent, ni emportés çà el là à tout vent de doctrine, par la méchanceté des hommes, par l’astuce qui entraîne dans le piège de l’erreur. » Et il enseigne que cette règle doit être observée, non point pour un temps, mais « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi, à la mesure de l’àge de la pléni­ tude du Christ ». Mais où Jésus-Christ a-t-il mis le prin­ cipe qui doit établir cetle unité et le secours qui doit la conserver? Le voici : « Il a établi les uns apôtres..., d’au­ tres, pasteurs et docteurs, pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ. » Assurément, cette unité si parfaite, cette unité d’esprit et de cœur, qui ne connaît aucunement les fluctuations de l’erreur, et qui est assurée par l’obéis­ sance aux pasteurs légitimes, est incompatible avec ces divisions intestines et ces querelles sans cesse renais­ santes qui régnent entre protestants, même quand ils ont réussi à s'entendre sur un certain nombre de points fondamentaux. Aussi, dès que s’élèvent des schismes dans les églises chrétiennes, l'apôtre, profondément contristé, supplie ses chers disciples, au nom de Jésus-Christ, de les éviter soigneusement : Obsecro autem vos, fratres, per nomen Domini nostri Jesu Christi, ut ipsum dicatis omnes, el non sint in vobis schismata; sitis autem perfecti in eodem sensu el in eadem sententia. I Cor., i, 10. Quand les supplications ne suffisaient pas, il a recours aux menaces, aux anathèmes : Sed licet nos, aut angelus de cælo evangelizet vobis præterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit. Gal., I, 8. Lors donc que Jurieu vient nous parler de la tolérance des apôtres par rapport aux judaïsants, il oublie le langage sévère de saint Paul dans l'Épître aux Galates; il oublie surtout la distinction importante entre ces judaïsants qui se contentaient de pratiquer la loi de Moïse, sans 2032 l'impoSer aux autres, et ceux qui enseignaient que cette loi était obligatoire pour tous, et même pour les gentils: les premiers, coupables seulement d'un attachement excessif à des pratiques anciennes, sont tolérés ; les se­ conds. coupables d’hérésie, bien que ce ne soit pas une de celles que les protestants regardent comme fonda­ mentales, sont traités avec une juste rigueur et con­ damnés par le premier concile de Jérusalem, Act., xv, 1-21 ; et saint Paul ne cessera jamais de les combattre avec une indomptable énergie. Plus tard, lorsque Ilyménée et Philète attaquent la résurrection des corps, I Tim., 1,19-20; Il Tim., il, 17 — un de ces points que la plupart des protestants ne regardent pas comme fon­ damentaux — il déclare que leur erreur estaussi malfai­ sante qu'un cancer, qu'ils ont fait naufrage dans la foi, et qu’illeslivreàSatan,c’est-à-direlesexcommunie.Cette intolérance de l'apôtre par rapport aux hérésies nais­ santes apparaît si clairement dans tout le cours de sa vie, que les protestants n’ont pu s’empêcher de la remarquer. Voir en particulier Conybeare et Howson, The Life, times und travels of St Paul, New-York, 1869, c. xm, p. 441-456 ; W. Lock, dans l’ouvrage inti­ tulé Lux mundi, publié sous la direction de G. Gore, New-York, 1890, p. 317. Saint Pierre,le chefdu collège apostolique, saintJean, l’apôtre de la charité, saint Jude, le frère de saint Jac­ ques, ne se montrent pas moins sévères à l’égard des faux docteurs et des hérétiques de leur temps: ils les dénoncent avec vigueur, les menacent des supplices éternels de l'enfer, et défendent aux fidèles de commu­ niquer avec eux et de les saluer. Ces textes sont telle­ ment clairs et énergiques qu’il suffit d’y renvoyer les lecteurs. Il Pet., π en entier; 1 Joa.,iv, 1-6; II Joa., 7-11; Jude, 4-19. 2» Histoire et tradition.— L’histoire nous montre que cette haine contre l’hérésie fut partagée par les disci­ ples des apôtres, les Pères et les docteurs. Comme les protestants l’accordent généralement pour les auteurs qui ont écrit à partir du IV siècle, il nous suffira de signaler quelques témoignages appartenant aux trois pre­ miers. Ils sont si clairs que l'historien protestant Schaff, History of the Christian Church, 6' édit., New-York, 1892, t. n, p. 168-175, reconnaît que, d'après les Pères anténicéens, l’Êglise est une d une unité visible, orga­ nique et indestructible, fondée sur l'autorité épiscopale, que toute erreur s'écartant de la doctrine catholique doit être condamnée comme une abominable hérésie, et que toute désobéissance en matière de foi doit être regardée comme un schisme. Et, en effet, saint Ignace, dans ses lettres, insiste constamment sur cette unité visible de l’Êglise, qui ne peut se maintenir que par la sou­ mission aux évéques légitimes. 11 déclare aux Ephésiens, c. v, Funk, Opera Patrum apostolicorum, Tubingue, 1887, t. I, p. 177, qu’ils doivent être unis à leur évêque, comme à Jésus-Christ lui-même, et comme Jésus-Christ est uni au Père; résister à l’évêque c’est résister à Dieu. II écrit aux Magnésiens, c. vu, Funk, op. cit., p. 197, qu’ils ne doivent pas se laisser séduire par les doc­ trines étrangères, particulièrement par les judaïsants. Aux Tralliens, c. vu. Funk, op. cil., p. 209, il oit clairement que celui qui n’obéit pas à l’évêque ne peut avoir une conscience pure; et aux Philadelphiens. c. m, Funk, p. 227, que ceux qui se séparent <. ■ l’Eglise ne sont pas les héritiers du royaume de Dieu. Qu'aurait-il dit de ces protestants, qui, tout en conser­ vant les dogmes fondamentaux de l’Êglise, se sont obsti­ nément séparés de leurs évêques légitimes? Saint Irénée est encore plus explicite; dans son Traité contre les hérésies, dont le titre seul indique manifeste­ ment sa pensée, il déclare que là où est l’Êglise, là aussi se trouve l'Esprit de Dieu, et que quiconque s'en sépare, se sépare de la source de la grâce; il ajoute que les héré­ tiques, précisément parce qu'ils nient quelque vérité de 2033 ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES) foi, flottent à tout vent de doctrine; ils bâtissent non sur le roc, mais sur le sable. Contra hæreses, tu, 24, P. G., t. vu, col. 9(56,967. Aussi rapporte-t-il avec com­ plaisance que saint .lean, ayant rencontré Cérinthe dans un bain public, se retira aussitôt de peur que la maison ne s’écroulât ; et que saint Polycarpe, s'étant trouvé avec l'hérétique Marcion, le dénonça comme le premier-né de Satan. dont. hæres., ni, 3, P. G., t. vu, col. 853. Origêne, dont l’esprit était pourtant si large, n’est guère plus tendre à l'égard des hérétiques. C’est à lui que remonte la fameuse formule : Extra Ecclesiam nemo salvatur, In Josue, homil. ni, c. v, P. G., t. xn, col. si 1,842; et, comme le fait remarquer le protestant Schaff, -p. cil., p. 169-170, il s'agit bien ici de l’Église visible, car les Pères de cette période, même les alexandrins, n'en connaissent point d'autre. Les Pères latins n'ont pas parlé avec moins de force. Dans son livre De præscriplionibus adversus hœrelicos, P. L., t. π, col. 12-74, Tertullien déclare nettement que toute hérésie conduit à la mort éternelle, col. 13, précisément parce qu’elle sépare ceux qui l’embrassent de l’unité de l’Église, col. 17 ; que les hérétiques se damnent par le seul fait qu’ils font un choix entre les vérités révélées, col. 18; qu’ils ne sont plus chrétiens et qu’il ne faut pas discuter avec eux, col. 29; que le moyen de reconnaître la véritable doctrine, c’est de voir si elle est enseignée par les Églises apostoliques, et sur­ tout par l’Eglise romaine, col. 33, 49; qu’enlin l’unité de doctrine est une marque de vérité, de même que les variations sont un signe d’erreur, col. 40. 41. Le langage de saint Cyprien, dans son traité De unitate Ecclesiæ.P. L., t. iv, col. 495-520, est encore plus clair et plus énergique. 11 ne reconnaît d’autre Église que celle qui a été fondée sur saint Pierre, col. 498-500, et affirme que quiconque se sépare de cette Église ne peut pas plus faire son salut que ceux qui étaient en dehors de l’arche ne purent échapper au déluge : Quisquis ab Ecclesia segregatus, adulterae jungitur, a promissis Ecclesiæ separatur : nec perveniet ad Christi præniia, qui relinquit Ecclesiam Christi... Habere jam non latest Deum patrem, qui Ecclesiam non habet ma­ trem. Si potuit evadere quisquam qui extra arcam .Voe fuit, et qui extra Ecclesiam foris fuerit, evadit. coi. 503. Et qu’on le remarque bien, il écrit contre les novations, qui ne niaient aucun des dogmes considérés comme fondamentaux par les protestants. Pour plus de détails, voir Nicole, De l’unité de l’Église, p. 80 sq. Du reste, la conduite du concile de Nicée à l’égard des mélétiens et des cathares ou novations nous est une preuve encore plus authentique de la façon dont on con­ cevait l’unité de l’Église au début du iv· siècle. Le concile suppose en effet que ceux qui avaient fait schisme avec .Mélétius, de même que les novations, sont en dehors de l’Église, puisqu'il leur permet d'y rentrer sous certaines conditions; et cependant ni les uns ni les autres n'avaient nié un seul article fondamental. De plus, il exige que les cat nares « promettent par écrit de se conformer aux en­ seignements de l’Église catholique, c’est-à-dire de com­ muniquer avec ceux qui se sont mariés en deuxièmes noces et avec ceux qui ont faibli dans la persécution, mais qui font pénitence de leurs fautes; ils seront donc tenus à suivre dans toutes ses parties l’enseignement de ! Église catholique ». Can. 8, dans Ilefele, Histoire des c-medes, Paris, 1907, t. i, p. 576. Ainsi donc, d’après ['Écriture et la tradition, l’Église de Jésus-Christ n’est pas un amas de sectes divisées entre elles, mais un corps visible et organique, dont font par­ tie ceux qui professent la même foi, d'où sont rejetés ceux qui nient une des doctrines apostoliques, enseignées par 1 autorité infaillible, et où les hérétiques ne peuvent ren­ trer qu’en promettant de croire toutes les vérités ensei­ gnées par l’Église catholique. N'est-ce pas là une condam­ nation anticipée du système des articles fondamentaux? 2034 U. IMPOSSIBILITÉ DE DÉTEBMIXEn CES POINTS FONDA­ MENTAUX. — Il est une autre raison qui condamne ce système, c'est l’impossibilité de trouver une règle, en dehors de l’autorité infaillible de l’Église, pour détermi­ ner ces articles fondamentaux. Depuis plus de trois siècles les protestants cherchent cette règle; ils ne l’ont pas en­ core trouvée, et chaque effort nouveau ne fait que mul­ tiplier les controverses et les divisions; c’est donc une tâche vraiment impossible. Pour le mieux comprendre, passons brièvement en revue les différentes régies qui ont été proposées. Est-ce l’Ecriture qui déterminera ces points fondamen­ taux? Tous avouent qu’elle n'en parle pas explicitement; ce qui est déjà une forte présomption contre ce système; car enlinsi cette distinction entre articles fondamentaux et non fondamentaux est absolument essentielle, ne devrait-elle pas se trouver clairement dans ce que les protestants considèrent comme l'unique règle de foi? Voyons du moins si elle n'y est pas contenue implicite­ ment. Accepterons-nous comme fondamental tout ce qui est clairement enseigné dans la Bible, et comme non fondamental ce qui ne l’est que d’une façon obscure? Plusieurs l’ont prétendu, mais le protestant Waterland fait remarquer avec raison, dans l’ouvrage que nous avons cité, qu'il n’en peut être ainsi; car il y a certaine­ ment des vérités non fondamentales, par exemple, des faits historiques ou même quelques points de dogme ou de morale, qui sont très clairement exprimées dans la Bible, tandis que certaines vérités fondamentales ne le sont pas si clairement. Nous pourrions ajouter que ce qui est clair pour l'un ne l’est pas pour l'autre. Jurieu et Waterland ont vu nettement dans la sainte Écriture les dogmes de la trinité, de l’incarnation, de la divinité de Notre-Seigneur et de la rédemption; les sociniens, les unitaires et bon nombre de ceux qui s’appellent libé­ raux prétendent y voir, avec non moins de certitude, qu’ils n'y sont pas enseignés. En dehors d'une autorité vivante et infaillible, qui donc tranchera le débat? Aussi une autre règle a été proposée, c'est le symbole des apôtres. Mais, comme le dit encore Waterland, ce symbole, pas plus que la Bible, ne détermine quels sont les points fondamentaux. Il ne contient rien sur le canon et l’autorité divine des Ecritures — points absolument essentiels — rien sur le culte et les devoirs pratiques. D’un autre côté il parle clairement de la sépulture de Notre-Seigneur, que les protestants ne regardent point comme un article fondamental, et de la conception vir­ ginale de Jésus, que plusieurs rejettent. Sera-ce le consentement universel des chrétiens qui réglera ces points fondamentaux? Mais comment le i nnaître? Que faut-il entendre par chrétiens? Faut-il y Com­ prendre les ariens, les macédoniens, les pélagiens. les nestoriens? Mais alors il ne restera d'articles fond taux que ceux qui n’ont jamais été niés, c'est-à-dire un très petit nombre, et encore ce petit nombre ne compren­ dra pas ceux qui sont véritablement importants, pui-; les plus essentiels ont été attaqués. Dira-t-on qu il ne faut pas tenir compte du jugement de ces grand· - sectes hérétiques? Mais alors, de quel droit les exclut-on. plu­ tôt que les donatistes, les vaudois et les albigeois D’ailleurs si l’on n'admet pas l’autorité infaillible de la tradition, à quoi bon recourir au consentement universel de chrétiens aussi faillibles que nous le sommes nousmêmes? Restent les critères intrinsèques : on regardera comme fondamentaux les articles qui en soi sont plus essentiels, et ont une liaison plus intime avec le fondement du christianisme. Mais ici la même difficulté se présente. Qui nous dira quels sont ces dogmes plus essentiels, ceux sans quoi le christianisme ne peut subsister? Les protestants orthodoxes nous répondront que ce sont la divinité de Jésus-Christ, la trinité, l'incarnation, la ré­ demption, la justification par la foi et les peines éter­ 2035 ARTICLES FONDAMENTAUX (SYSTÈME DES) nelles. Mais les sociniens, les unitaires et les libéraux regardent ces mêmes points comme des erreurs fonda­ mentales. L’Alliance évangélique elle-même est divisée à ce sujet (voir col. 891), et aujourd'hui il serait difli— cile de trouver une seule réunion importante des diffe­ rentes sectes ou l’on pût s'entendre sur la divinité de Notre-Seigneur et l'éternité des peines. Encore une fois, en dehors d'une autorité infaillible, qui tranchera la dif­ ficulté? Jurieu et des protestants de notre siècle parlent bien du goût et d une sorte de sentiment intérieur qui nous permet de sentir ce qu'il y a d’essentiel dans le christianisme. Mais qui ne sait que les goûts varient avec les individus, et que par conséquent un tel système ne peut amener qu'un morcellement des sectes à l'infini ? 11 est donc impossible de déterminer, sans une auto­ rité suprême et infaillible, quels sont les articles fonda­ mentaux; impossible d’arriver à l’union, même en rédui­ sant le nombre de ces articles. Aussi voit-on se dessiner de plus en plus, dans le protestantisme, un double cou­ rant : l’un vers Rome, le centre de l’unité; l’autre, mal­ heureusement plus important, vers le rationalisme, écueil fatal où viennent échouer les sectes qui refusent d’accep­ ter l'autorité instituée pai· Jésus-Christ. I. Pour l’exposé historique et doctrinal : G. Cassander, De officio pii ac publias tranquillitatis vere amantis viri, in hoc religionis dissidio, publié en -1651 et inséré dans ses Opera, Paris, 1616, p. 780-797 ; Id., Modestus et Placidus, défense de l'ouvrage précédent contre les attaques de Calvin, dans ses Opera, p. 798-879; Id., De urticulis religionis inter catholi­ cos et protestantes controversis consultatio, dans ses Opera, p. 892; Nie. Hunnius, De fundamentali dissensu doctrines lutheranæ et calvinianæ, Wittemberg, 1626; G. Calixte, De præcipuis Christian# religionis capitibus, Helmstadt, 1613; Id., Desiderium et studium concordice ecclesiastics: ; W. Gass, Calixt und der Synkrellsmus, Breslau, 1846; J. A. Turre­ tin. Nubes testium pro moderato et pacifico de rebus theo­ logicis judicio et instituenda inter protestantes concordia, 1729; M" Clintack et Strong. Cyclopaedia of biblical and theo­ logical literature, New-York, 1870, t. in, au mot Fundamen­ tals; Locke, Essay on the reasonabless of Christianity, 1695, traduit en français dans les Demonstrat, évang. de Migne, t. iv, col. 241 sq.; D. Waterland, A discourse of fundamentals, dans ses œuvres, Oxford, 1856, t. v, p. 73-104: Jurieu, Le vrai système de l’Église, Dordrecht, 1686; Id., Traité de l'unité de l’Église et des points fondamentaux, Rotterdam, 1688 ; Al­ fred Rébeliiau, Bossuet historien du protestantisme. Paris, 1892, p. 312-314, 561-595 et passim ; P. Martin, De l'avenir du protestantisme et du catholicisme, Paris, 1869, p, 267-281 et passim; E. D. Morris, Ecclesiology, New-York, 1886, p. 151-162; J. Bovon, Dogmatique chrétienne, Lausanne, 1896. t. n, p. 313341 ; E. Naville, Le témoignage du Christ et l’unité du monde chrétien, Genève. 1893. U. Pour la réputation de ce système : J. Hesselius, De officio pii et christianæ pacis vere amantis viri, exurgente aut vigente hxresi, Anvers, 1566; Josse Ravesteyn, Oratio altera in scholis theologicis ab eodem authors habita, in qua demonstrat portum tutum ac fidum, in quo acquiescere pos­ sint pii homines..., Louvain, 1567; Nicole, De l’unité de l’Église, ou réfutation du nouveau système de M. Jurieu, Paris, 1729; Bossuet, Histoire des variations, spécialement 1. XIV et XV; ld., Avertissements aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu: Bayle. Janua cælorum reserata cunctis religionibus a celebri admodum domno Petro Jurieu; Regnier, Trac­ tatus de Ecclesia Christi, dans Migne, Theolog. cursus com­ pletus, 1838, t. iv, p. 252-297; P. Murray, Tr. de Ecclesia Christi, Dublin, 1868, t. i, p. 637-666; Brugëre, De Ecclesia Christi, 2' édit.. Paris. 1878, p. 291-297; card. Mazzella, De reli­ gione et Ecclesia, Home, 1880, n. 639-657 ; card. Segna, De Ec­ clesiae Christi constitutione et regimine, Rome, 1900, p. 135169 ; et en général les traités de l’Église, à la question de l'unité. A. Tanquerey. ARTOTYRITES. Secte d'illuminés, affiliée au mon­ tanisme comme celle des priscilliens, des quintilliens et des pépusiens et cantonnée en Phrygie. Chez tous ces disciples de Montan la femme jouait un rôle considé­ rable. Éve était considérée comme l’émancipatrice par excellence, car, la première, elle avait goûté au fruit de ASCELIN 2036 l'arbre de la science; la sœur de Moïse et les filles de Philippe étaient proclamées les ancêtres du prophétisme féminin, si en honneur dans le montanisme; Priscille ou Quintille, on ne savait laquelle, avait reçu à Pépuse, pendant son sommeil, la visite et les révélations du Christ. Depuis lors Pépuse devint un lieu sacré et un centre de pèlerinage, en attendant qu’elle fût le théâtre de la descente de la Jérusalem céleste. Hommes et femmes y accouraient dans l’espoir de participer â leur tour aux communications divines. Mais les femmes jouissaient du privilège de la prophétie; elles étaient même admises dans la hiérarchie, à titre de prêtres et d’évêques; et parfois, dans les réunions, sept vierges, armées de flambeaux, habillées de blanc, rendaient des oracles, et se livrant à des accès de fureur excitaient les assistants à la pénitence. Parmi ces égarés, les artotyrites avaient une manière à eux de célébrer les mystères; ils ne se servaient, en effet, que de pain et de fromage, άρτος, τυρός; d’où leur •nom et leur caractéristique. Illuminisme et folie, c'est le lot, remarque saint Épiphane, de tous ceux qui lâchent l'ancre de la vérité, άγκυρα τής άλτ,βείας. S. Épiphane, Hær., χι.ιχ. P. G., t. xi.i, col. 881 ; S. Augustin, Hær., xviii, P. L., t. xi.u, col. 31. G. Bareili.e. ARVAI Georges, jésuite hongrois, né en 1697, mort le 5 juillet 1759. 11 a publié sous le titre de Doctrina moralis un abrégé de théologie morale, 1740. Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, t. il, col. 1562. V. OBI.ET. ASCARGORTA (Jean d>), religieux de l’ordre de saint François, a édité des Leçons de théologie mystique (en espagnol), in-8», Grenade, 1712; Instructio novi contionatoris, in-8», Grenade, 1716; Manuale confesso­ riorum ad mentem subtilis docloris, 3e édit., Madrid, 1724. Voir col. 2054. / Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck. t. Il, col. 12521253. E. Mancenot. ASCELIN. moine du Bec, était né à Poitiers, comme il résulte d’une lettre de Bérenger au moine Richard, P. L., t. ci., col. 69. H entra au monastère sous le gou­ vernement du B. Hellouin à peu près â la même époque que Lanfranc. Il assista, en 1050, à la conférence qui eut lieu â Brionne, â l'instigation du duc de Norman­ die, Guillaume le Bâtard, entre plusieurs religieux du Bec et l’hérétique Bérenger au sujet de l'eucharistie. Bérenger ne réponditpas à ses contradicteurs et ne leur fit aucune concession. 11 écrivit, peu après, au moine Ascelin pour relever quelques circonstances de la con­ férence. Ascelin répliqua à cette-lettre. Sa réponse, ferme et précise, a été éditée par Luc d’Achery dans les notes ajoutées à la vie de Lanfranc, publiée en tète des œuvres de l'archevêque de Cantorbéry, Paris, 1648, P.L., t. ci. col. 67-68; par du Boulay, Historia universitatis parisiensis, Paris, 1665, t. i, p. 430-431 ; et par Labbe · : Cossart, Concilia, Paris, 1671, t. IX, col. 1057-1059. 11 affirme sa croyance inébranlable à la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l’eucharistie et il l’appui sur le témoignage évident de l’Écriture bien interprétée ; il croit aussi â la réalité du sacrifice de la messe, sacri­ fice qui n’est pas contraire aux raisons naturelles, puisqu'il est mystiquement accompli sur l’autel parla toutepuissance de Dieu, aussi véritablement que l’incarnatic· du Verbe dans le sein de Marie; c’est l'enseignement deévangélistes, des apôtres et des docteurs, auquel il exhorte Bérenger à revenir. Il rectifie la proposition que Bérenger prétendait avoir été émise â la confèrent'· de Brionne par Guillaume, moine du Bec, et qu’il décla­ rait « condamnable et sacrilège ». Guillaume aurait dit omnem hominem in Pascha debere ad mensam domi­ nicam accedere ; quam \sententiam] si sic proferret, sacrilega utique judicari deberet. Mais il avait dit ASCELIN MtKr »i Christianum debere in Pascha de mensadomi■k-a communicare, nisi pro aliquo crimine a se perfe- aio a tam salubri sequestretur convivio; hoc autem modo /iat, nisi solo priecepto confessoris sui; in claves Ecclrsiæ annullanlur. P. L., t. cl, «c«. 67. Voir Bérenger. lUbitlon, Acta sanctorum ordinis s. Benedicti, Venise, t.IX, frxvn, n. 40; Ceillier, Histoire générale des auteurs W-r.■« et ecclésiastiques, Paris, 1757, t. XX, p. 287-288, 445-446; ®-.-;ir<· littéraire de la France, 2· édit., Paris, 1867, t. vu, >. 354-556 ;E. du Pin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, ir siècle, Paris, 1699, p. 26-28. E. Mangenot. ASCÉTiQUE. - I. En quoi consiste l'ascétique? II. C nuent elle a pris une forme scientifique. III. Prin­ es: les œuvres ascétiques. IV. Principaux cours d’ascéfeaue. I Ex quoi consiste l’ascétique? — Le mot ascèse, -a:;, était déjà employé par les Pères des premiers fcecles, pour signifier les efforts ou la lutte de l ame j(fcr tienne, contre tout ce qui s'oppose, en elle et autour ■Telle, à la pratique delà vertu ou de la perfection cliréJfenne. Le choix de cette expression avait pu être in­ spiré par ce passage de saint Paul, comparant le chréû qui combat pour la couronne incorruptible du ciel, a athlète des jeux publics, luttant pour obtenir la réKtnpense si convoitée : Nescitis quod ii qui in stadio a, ,-imt, omnes quidem currunt, sed unus accipit bratw·· ·,ι Sic currile ut comprehendatis. Omnis autem f/ui m agone contendit, ab omnibus se abstinet, et illi ' i lem ut corruptibilem, coronam accipiant, nos aum ■Mn incorruptam. I Cor., ix, 24-25. L'expression de saint Paul a d’ailleurs une analogie assez évidente ai- : la parole de Jésus-Christ. Matth., xi, 12. Les écri­ vains ecclésiastiques des siècles postérieurs, en adop­ ta·:’. cette expression dans son sens chrétien, don» -rent fréquemment le nom de théologie ascétique à la science qui s'occupe de tout ce qui a rapport à la perfecβοη chrétienne. En môme temps, on se servit assez ■cuvent aussi du terme de théologie mystique, déjà em: oyé par le pseudo-Aréopagite vers le v· siècle. A notre époque, pour mieux accentuer la différence entre les TOies ordinaires et les voies extraordinaires de la perfection chrétienne, on est convenu de donner le nom ^ascétique à la science qui traite des voies ordinaires, et de réserver le nom de mystique à l’étude des voies extraordinaires. Ce sens restreint est le seul qui doive ■ous occuper ici. ΐι ΐΊΜΤΙΟΝ- — L’ascétique peut être définie : la science théologique qui a pour objet la pratique de la : rfection chrétienne, avec le secours ordinaire de la grâce. ! C’est une science théologique. Elle possède donc le caractère général et essentiel de toute science theologi­ ze-. qui est, suivant la parole de saint Thomas, de proc Jer de principes connus par la lumière de la science supérieure de Dieu et des saints. Sum. theol., Ia, q. 1, • Comme science théologique, l’ascétique est tributaire de la théologie dogmatique, à laquelle elle emprunte des enseignements certains, sur la nature et Economie de la vie surnaturelle et chrétienne, pour se diriger elle-même dans l’étude spéciale des moyens de perfectionner cette vie divine. L’ascétique est également .- utaire de la théologie morale; elle lui demande la connaissance de la révélation, sur la fin dernière de II., mine dans l’ordre actuel de la providence, et sur la maniéré dont la perfection chrétienne peut être réalisée en cette vie. A ces principes empruntés à la théologie dogmatique et à la théologie morale, l’ascétique joint ses pr près principes, qui ne sont que l’enseignement meme de Jésus-Christ sur la pratique de la perfection r : tienne. De tous ces principes, l'ascétique déduit, suivant les lois ordinaires de la théologie, des conclu­ ASCÉTIQUE 2038 sions qui lui sont particulières. Ainsi l'ascétique a son rang dans l'ensemble de la science théologique, avec une subordination nécessaire vis-à-vis de la dogmatique et de la morale, mais aussi avec sa vie propre, c'est-àdire avec ses principes particuliers et ses conclusions spéciales. Mais si l’ascétique, aux différents points de vue que nous venons d’indiquer, est une science tributaire, elle a, sous un autre rapport, le noble privilège d’être comme le terme final, vers lequel convergent tout l'en­ semble de la science théologique et même toute science humaine. Car toute science humaine, en vertu de l'obli­ gation qui lui incombe de tendre à la fin dernière de l'homme, doit avoir son dernier terme et son couronne­ ment complet, dans la science qui a pour objet la réa­ lisation la plus parfaite de cette fin, c’est-à-dire dans l’ascétique. L’ascétique est ainsi la vraie sagesse par­ faite, rapportant toutes choses à la cause finale de tous les êtres, et jugeant de tout, suivant les lumières de la science divine elle-même, communiquées par la révéla­ tion, et augmentées par les dons surnaturels d'intelli­ gence et de sagesse. S. Thomas, Sum. theol,, I», q. i, a. 6 : IIa II®, q. vm. Ce n’est donc point sans raison qu'elle était souvent appelée, aux premiers siècles de l’Église, la vraie philosophie ou la pliilosophie de JésusChrist. S. Jean Chrysostome, Comparatio regis et mo­ nachi, P. G., t. xlvii, col. 387-392. 2° L’objet spécifique de l'ascétique est la pratique de la perfection chrétienne. a) En quoi consiste la perfection chrétienne? — Saint Thomas, partant de ce principe général, que la perfec­ tion d’un être n’est réalisée et consommée que par la pleine possession de sa fin, en tire cette conclusion : l’âme chrétienne n'est vraiment et définitivement par­ faite, que par la complète possession de sa fin dernière, possession réalisée seulement par la vision intuitive de Dieu dans l'autre vie. D’après le même principe, l'âme chrétienne ne peut, en cette vie, être appelée parfaite, que dans la mesure où elle tend véritablement à cette fin dernière. Comme c'est surtout la charité parfaite qui. en ce monde, nous unit à Dieu, le souverain bien, et nous en mérite la possession complète au ciel, c’est elle aussi qui constitue notre perfection, pendant notre pè­ lerinage sur la terre. S. Thomas, Sum. theol., Il* II®, q. clxxxiv, a. t; Opusculum de perfectione vitæ spi­ ritualis, i. Cette charité qui constitue la perfection chrétienne en cette vie ne peut être simplement la charité habi­ tuelle, accompagnement nécessaire de l’état de grâce; sinon toutes les âmes cpii seraient en possession de la grâce sanctifiante posséderaient, par le fait même, la perfection chrétienne. D’ailleurs la simple chant·· habi­ tuelle, comme le prouve saint Thomas, Sum. theol.. II» II”, q. xxiv, a. 10, peut exister avec l'habitude du p-v ■■ véniel qui, de l’aveu de tous, ne peut se concilier a.-c la perfection chrétienne. Suarez, De stalu perfe, ,....s et religionis, 1. I, c. iv, n. Il, 12. D’autre part, la charité actuelle toujours incessante et souverainement intense ne peut être requise pour la perfection chrétienne en cette vie, parce qu’elle n'est point en notre pouvoir; c’est une conséquence de notre nature, dont l’expérience ne nous démontre que trop l’in­ contestable vérité. S. Thomas, Sum. theol., II* 11«, q. clxxxiv, a. 2. Cependant un seul acte de charité, quelque parfait qu’il soit, ne peut, par lui-méine, con­ stituer la perfection chrétienne qui, par sa nature même, doit, ainsi que la vertu, être quelque chose d'habituel. Suarez. De statu perfectionis et religionis, 1. I, c. rv, n. 6. La charité qui constitue la perfection chrétienne est donc une charité fortement établie dans l'âme, qui la dispose habituellement à faire promptement, con­ stamment et diligemment, non seulement ce qui est strictement commandé par Dieu, mais encore ce que 2039 ASCÉTIQUE l’on sait lui être plus.agréable. S. Thomas, Sum. theol., II" II», q. clxxxiv, a. 2; Suarez, lue. cil., n. 5, 17. En réalité, cette perfection chrétienne ne dillère donc point de cette vraie dévotion, si fidèlement décrite par saint François de Sales au premier chapitre de son Introduction à la vie devote. Assurément, lame parfaite n'est point, par le fuit même, absolument exempte de toute lutte ou de toute inclination contraire; mais elle n’a pas à lutter pénible­ ment, comme les âmes encore mal affermies, pour se maintenir habituellement sous la direction de l'amour divin. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II», q. xxiv, a. 9. L’âme parfaite n’est point non plus préservée de toute faute vénielle, surtout des fautes vénielles dépuré fragi­ lité, auxquelles la volonté a une moindre part, mais cette âme n'a point l'affection au péché véniel délibéré, affection inconciliable avec la disposition habituelle de charité qui constitue la perfection. Suarez, loc. cit., n. 12; S. François de Sales, Introduction à la vie dévote, 1. 1, c. xxn. On doit aussi reconnaître que la perfection n'empêche point ni ne condamne les affections légitimes qui n'ont pas Dieu pour objet immédiat; elle exige seu­ lement que toutes ces affections se rapportent finale­ ment à Dieu, comme le terme auquel nous devons tout ramener et le but vers lequel toutes les créatures doivent être dirigées. Enfin la perfection n’exclut point les actions de la vie matérielle, elle demande seulement qu'on écarte, de toutes ces actions, ce qui est contraire â l'amour divin, et même ce qui les empêche d'être en­ tièrement faites par le motif de cet amour. Cf. S. Tho­ mas, Sum. theol., 11“ II», q. CLXXXIV, a. 2. La charité qui constitue la perfection chrétienne estelle seulement l'amour divin, ou comprend-elle aussi l'amour envers le prochain? Puisqu'il n’y a qu’une vertu de charité, ayant pour objet principal Dieu luimême, et pour objet secondaire le prochain aimé pour Dieu, cf. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II», q. xxn, a. 5; q. xxv, a. 1, la perfection chrétienne doit consister premièrement et principalement dans la charité envers Dieu, et secondairement dans la charité envers le pro­ chain. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II», q. clxxxiv, a. 1, ad 2“”. Les vertus "morales naturelles ou acquises, sans constituer l’essence de la perfection, sont requises pour sa pleine possession, parce que, sans elles, la charité n'aurait point sur nos passions et inclinations le domaine parfait qui lui est cependant nécessaire. Car la grâce sanctifiante et les vertus infuses qui l'accompagnent, tout en nous unissant à Dieu, ne détruisent point les inclinations naturelles opposées â cette union; cette destruction n’est effectivement opérée que par les vertus morales acquises qui nous disposent habituellement à faire promptement, constamment, et facilement le bien exigé de nous. S. Thomas, Quæstiones disputâtes, De virtutibus in communi, a. 10, ad 14“m et 10"“. La perfection chrétienne peut-elle exister sans la pra­ tique de quelques conseils de perfection? — On doit distinguer d’après saint Thomas, Sum. theol., 1“ II», q. CVIII, a. 4, deux sortes de conseils de perfection : 1» les uns sont en eux-mêmes des moyens constants d’acquérir plus facilement et plus sûrement la perfec­ tion, en écartant les obstacles principaux à la ferveur habituelle de notre charité envers Dieu, et surtout en aidant â faire, en mainte circonstance, des actes positifs de celle parfaite charité : ce sont les trois conseils évan­ géliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, prati­ qués dans leur universalité ou du moins parliellementet sous certains rapports; 2° d’autres conseils sont en euxmêmes des actes passagers qui, sans être commandés ni sub gravi ni sub levi par les différentes vertus, sont simplement plus agréables à Dieu et témoignent d'une plus grande charité envers lui; tels sont certains actes de miséricorde corporelle ou spirituelle envers le pro­ chain ou de généreuse charité envers un ennemi. Dans 2040 le premier sens, il est certain que la perfection peut exister sans la pratique constante et universelle de ces moyens qui, tout en étant très utiles pour conduire à la perfection, S. Thomas.' Sum. theol., 11“ H», q. ci.xxxtv, a. 3, ne sont cependant point indispensables; car il est certain que la perfection peut exister en dehors de l’état de perfection. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II», q. clxxxiv, a. 4. Dans le deuxième sens, il parait impossible que l’âme soit habituellement dans celte disposition constante de charité qui constitue la perfection, sans témoigner cette charité par quelques actes, accomplis simplement parce qu’ils sont plus agréables à Dieu ou recommandés et désirés par lui. Aussi saint Thomas, Sum. theol., II" II», q. clxxxiv, a. 2; Suarez, De statu perfectionis et imper­ fectionis, I. IV, c. xvn, n. 17; saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, 1. I, c. I, disent-ils que la perfection de la charité consiste â aimer Dieu non seulement de manière à exclure tout ce qui détruit la charité ou diminue sa ferveur, mais encore à faire ce que l'on sait être agréable à Dieu ou recommandé et inspiré par lui. b) La perfection chrétienne ainsi comprise est-elle possible en cette vie? — Tout en réprouvant l’erreur quiétiste, qui affirme la possibilité d'un amour de Dieu absolument désintéressé et habituel, on doit affirmer que la perfection, telle qu'elle vient d’être définie, est possible en cette vie, avec le secours de la grâce, S. Thomas, Sum. theol., 11“ II», q. clxxxiv, a. 2, et quelle peut être réalisée dans tous les états de vie, quels qu'ils soient. S. François de Sales, Introduction ά la vie dévote, 1. I, c. lu. c) Y a-t-il obligation de tendre à la perfection? — S’il s’agit de Ions les fidèles d'une manière générale, on doit répondre qu’il n’y a point pour eux d’obligation grave, positive et directe, de tendre â la perfection, bien qu'il y ait faute grave â la mépriser absolument, ou â s’exposer, même par une grande négligence des fautes vénielles, au danger prochain d'enfreindre gravement les préceptes obligatoires. Salmanticenses, Cursus theo­ logies moralis, tr. XV, c. l, n. 29; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. IV, η. 12; Hibet, L’ascé­ tique chrétienne, Paris, 1888, p. G9 sq. Il est également vrai pour les prêtres, qu’il n'y a point d’obligation positive et directe de tendre à la perfection, en dehors des préceptes communs ou spéciaux qui les atteignent. Il y a cependant une obligation négative et indirecte, en ce sens qu'ils ne doivent point mépriser la perfection, et qu’ils sont tenus de ne point s'exposer au danger prochain de scandaliser les fidèles, ou de manquer gravement â ces nombreuses obligations par­ ticulières, qui supposent, dans celui qui les accomplit fidèlement, un degré non commun de perfection. Suarez, De statu perfectionis et religionis, 1. I, c. xvn, n. 29; c. xxi, n. 6. Quant à l'obligation spéciale qui incombe aux religieux placés dans l’état de perfection â acquérir, nous n'avons point à nous en occuper pré­ sentement. Cet exposé sommaire de la nature de la perfection chrétienne nous a fait connaître l'objet spécifique de l’ascétique. Il nous permet en même temps de délimiter nettement les domaines respectifs de l’ascétique et de la théologie morale. Le but commun de ces deux scien­ ces est de diriger tous nos actes vers notre fin dernière, d’après les enseignements de la révélation chrétienne. Mais tandis que la théologie morale traite de cette di­ rection de nos actes, seulement d'après les obligation strictes imposées sub gravi ou sub levi, directement ou indirectement, à tous les fidèles en général, ou â cer­ taines catégories en particulier, l'ascétique, supposant déjà réalisée cette orientation obligatoire de nos act-s vers notre fin, s’occupe directement de l'orientation plus complète, ajoutée par la pratique de la perfection 2041 ASCÉTIQUE chrétienne. Bouquillon, Theologia moralis funda­ mentalis, 2e édit., Bruges, 1890, n. 5; Aertnys, Theolo­ gia moralis, 5' édit., Paderborn, 1898, protein, p. x. 3" Ce qui caractérise particuliérement l'ascétique, c'est qu'elle n'est point une science simplement théori­ que, expliquant la nature de la perfection au point de tue spéculatif ou dogmatique, mais une science prati­ que. exposant surtout les moyens à employer, les obsta­ cles à éviter et la direction à suivre, pour arriver à ce but suprême de la perfection, auquel toute la vie hu­ maine doit être subordonnée. En analysant sommairement les grandes divisions de I ascétique, nous verrons bientôt quels sont les princi­ paux moyens pratiques qu'elle recommande, pour cha­ cun des degrés ou chacune des phases de la vie spiri­ tuelle. Avec cette direction pratique, l'ascétique reste cependant une science et une science théologique, parce que ses règles et ses recommandations sont déduites de principes immédiatement fournis par la révélation, dans le sens défini précédemment. 4» La pratique de la perfection chrétienne, ainsi com­ prise, est l'objet de l’ascétique, seulement dans la me­ sure où les actes qu’elle inspire sont faits avec le se­ cours ordinaire de la grâce, sans que l’âme s’élève, même d’une manière passagère, jusqu’aux sublimes hauteurs de la contemplation extraordinaire. Sans définir ici la con­ templation extraordinaire qui appartient à la mystique (voir Contemplation), nous signalerons les deux notes caractéristiques qui la distinguent de la contemplation ou oraison commune : Lune perception tout intime et bien certaine d'une présence très spéciale de Dieu, commu­ niquant à l'intelligence des lumières extraordinaires, et à la volonté un amour et une joie indicibles qui sont, sur la terre, le plus parfait avant-goût du bonheur du ciel;2. une suspension,complète ou seulement partielle, des actes de l'intelligence, de la mémoire, de l'imagina­ tion et même des sens extérieurs, qui pourrait empêcher la volonté de jouir, dans une paix parfaite, de cette inef­ fable présence divine. Toute oraison ou contemplation qui n’est point accom­ pagnée de ces deux notes caractéristiques, quelle que soit sa perfection et quels que soient ses effets, ne dé■passe point l'oraison ordinaire ou acquise. Elle relève ainsi de l’ascétique, qui ne s’occupe que des voies ordi­ naires de perfection, tandis que la mystique se réserve l'élude des voies extraordinaires. Ainsi se trouvent net­ tement délimités les domaines respectifs de ces deux sciences, suivant la division communément adoptée au­ jourd’hui. Cette distinction, il est vrai, n’était point faite par les anciens théologiens ascétiques, qui, sous le seul nom de théologie mystique, traitaient tout ce qui appar­ tient aux voies ordinaires et extraordinaires de la per­ fection chrétienne. Mais la différence entre ces deux modes d'opération de la grâce divine leur était bien con­ nue; c’est le point essentiel Cette distinction fondamen­ tal,· une fois établie, on ne doit attacher qu’une impor­ tance secondaire à cette question subsidiaire : Y a-t-il iieu de considérer l’ascétique et la mystique comme deux parties bien distinctes de la théologie, ou bien la mysti­ que n'est-elle vraiment qu'un chapitre de l’ascétique, assurément le plus beau et le plus profond, où l’on étudi·· les merveilleuses manifestations de l’amour divin à l’égard de quelques âmes privilégiées? On doit cepen­ dant reconnaître les avantages de la distinction adoptée actuellement : elle facilite une classification plus nette des états d'oraison ordinaire et extraordinaire, et elle bit mieux ressortir le caractère tout spécial des faveurs concédées par Dieu dans les états mystiques. 11. PRINCIPES IMMÉDIATS SUR LESQUELS REPOSE L’ASCÉTIQtE ET MÉTHODE QUE L’ON T DOIT OBSERVER. — L'as- cêtique, étant une science théologique, doit être basée principalement sur l'autorité de la révélation, telle qu’elle nous est manifestée dans les saintes Écritures et propo­ 204-2 sée par la tradition catholique ou par l’enseignement de l’Eglise. S. Thomas, Sum. theol., 1·, q. I, a. 8. — L’Écriture sainte nous fait connaître la doctrine de JésusChrist sur la perfection, doctrine rappelée par les apô­ tres, particulièrement par saint Paul. C'est à cette source divine que les Pères et les théologiens ascétiques ont principalement puisé leurs enseignements. Dès les pre­ miers siècles, les anachorètes et les moines en avaient fait l’objet le plus habituel de leurs méditations; aussi l’enseignement ascétique oral ou écrit, de toute cette époque, en est-il profondément pénétré. Un des pre­ miers législateurs des moines, saint Basile, dans ses Ethica, emprunte textuellement au Nouveau Testament 80 régies morales appliquées à tous les devoirs de la vie chrétienne ou destinées particulièrement aux évêques, aux prêtres et aux diacres. Dans ses autres ouvrages as­ cétiques, particulièrement dans ses règles monastiques, le saint docteur appuie toujours sa doctrine sur l’auto­ rité de l'Écrilure. L'exemple de saint Basile a été suivi par les Pères et les écrivains ecclésiastiques des époques subséquentes; nous mentionnerons particulièrement saint Nil dans ses Lettres spirituelles, Cassien dans ses Conférences, saint Jean Climaque, saint Grégoire le Grand, saint Bernard et l'auteur de l’imitation. A l’autorité de l'Ecrilure se joint l’enseignement for­ mel de l’Église, condamnant ou réprouvant quelque er­ reur dangereuse pour la piété des fidèles. En ce genre, on doit surtout citer les 28 propositions d'Eckhart (voir ce mot) condamnées par Jean XXII en 1329, les 68 pro­ positions de Molinos (voir ce mot) condamnées par In­ nocent XI le20 novembre 1687,et les 23 propositions con­ damnées par Innocent XII (voir ce mot) le 12 mars 1699. Mais l'obligation du catholique ne s'arrête point à cet enseignement formel de l’Église ; elle doit aussi s’appli­ quer à ce qui est constamment et unanimement ensei­ gné par les théologiens comme intimement lié avec la révélation. Ainsi en est-il particuliérement de cette pro­ position : Jésus-Christ lui-même a établi l’étal religieux, du moins en ce qu'il a d'essentiel. En dehors de ce cas assez rare, l’enseignement des théologiens ascétiques ne s’impose point obligatoirement â notre adhésion. Cependant toutes les fois qu'il s’agit d’un enseignement communément donné, surtout par les théologiens qui jouissent dans l’Église d'une plus grande estime, nous devons, jusqu’à preuve décisive du contraire, incliner de ce côté toutes les préférences de notre intelligence, par déférence pour une sorte de di­ rection tacite qui nous est ainsi indiquée par l’Église. En cas de désaccord entre les théologiens scolastiques et les théologiens ascétiques, toutes les fois que la matière discutée est, par sa nature même, principalement du ressort de la scolastique, on doit, de préférence, se diri­ ger d’après l’enseignement des scolastiques. Si. au jntraire, le point en litige appartient plutôt au domaine expérimental, le témoignage des auteurs asotiqu· - d ■ ra être préféré. Ainsi, s'il nous est permis d'emprunter la mystique cet exemple particulier plus facile à sai-.r. nous suivrons plutôt les scolastiques pour les explica­ tions théologiques sur la nature de l’union fruitive ou sur le rôle des dons du Saint-Esprit dans la contempla­ tion extraordinaire. Mais nous donnerons notre préfé­ rence aux auteurs ascétiques et surtout aux saints les plus estimés dans l’Eglise, pour la description des phé­ nomènes constatés dans chaque espèce de contemplation extraordinaire ou pour le détail des épreuves prépara­ toires ou concomitantes. Il n’est cependant point rigou­ reusement nécessaire que cette estime pour l’ensei­ gnement expérimental des saints aille jusqu’à l'appro­ bation absolue et universelle de leur terminologie ou de leurs classifications, qui peuvent n ôtre point toujours à l'abri de toute critique motivée. En dehors de l'autorité de l’Écriture et de celle de l’Église ou de renseignement les théologiens, peut-on. 2043 ASCETIQUE sn ascétique, accorder quelque valeur à l’autorité de la raison? La raison peut d'abord aider à prouver la con­ venance de l'enseignement révélé. De même qu’en dog­ matique il est permis de recourir à la raison pour mon­ trer la convenance d’une doctrine révélée et répondre aux objections de raison par lesquelles on essaye de l’at­ taquer, cf. S. Thomas, Contra gentes, 1. I, c. vn-i.x. de même aussi en ascétique on peut, avec l’aide de la rai­ son, prouver la convenance des pratiques de perfection chrétienne et réfuter les attaques dont elles sont l’objet. Cette partie apologétique si bien établie par saint Tho­ mas, pour ce qui concerne les conseils évangéliques, dans ses deux opuscules, Contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu et Contra impugnantes Dei cultum et religionem, est encore bien utile à notre époque. C’est encore à la raison bien dirigée, de montrer l'accord de l’ascétique avec la dog­ matique ou la philosophie scolastique. Ce travail a été fréquemment entrepris, non sans succès, par les théo­ logiens scolastiques, toujours préoccupés d’harmoniser toutes leurs connaissances dans une synthèse scien­ tifiquement irréprochable. On peut citer, comme exemples en celle matière, les questions scolastiques qu’ils se sont posées sur le rôle des dons du Saint-Es­ prit dans l’œuvre de notre perfection, sur la nature de notre union avec Dieu pai· la grâce sanctifiante et la charité, sur notre participation à la vie de Jésus-Christ et sur la manière dont Jésus-Christ est présent dans l'âme juste par l’action intime de sa sainte humanité. Enfin la raison peut, en s’entourant de garanties suffi­ santes, déduire des principes positifs de l’ascétique des conclusions légitimes qui constituent vraiment la science ascétique. C’est en réalité la partie la plus considérable dans les cours scientifiques d’ascétique. ill. divisions PRINCIPALES. — L’ascétique est commu­ nément divisée en trois parties, qui correspondent aux trois degrés de la vie spirituelle indiqués par saint Tho­ mas, Sum. theol.. Il* il», q. xxtv, a. 9. Le premier degré dans la vie spirituelle est celui des commençants, incipientes, qui sont comme dans l’en­ fance de la perfection. Ils possèdent la grâce sanctifiante, mais ils ont encore à lutter fortement pour conserver cette amitié habituelle avec Dieu. Cette lutte, qui a pour eux un caractère spécial d'acuité et de persistance, a pour objectif principal la correction des habitudes anté­ rieures encore trop vivaces, ou la soumission des pas­ sions encore trop rebelles au joug de la vertu. Pour si­ gnifier ce travail de purification et de réforme, on a donné à cette période de la vie spirituelle le noni de vie purgative. Sans doute, ces âmes ne peuvent résister avec succès, sans faire quelque progrès dans la vertu. Sous ce rapport, elles commencent â se rapprocher du deuxième degré, constitué parla pleine possession de la vertu. Mais elles ne l’atteignent pas encore, parce qu’il n’y a pas pour elles production prompte, constante et même agréable des actes de vertu, ce qui est cependant, d’après saint Thomas, la caractéristique de la véritable vertu. Quæstiones disputatæ, De virtutibus in communi, a. 1, ad Î3UDI; a. 9, ad 13unl. Le deuxième degré de la vie spirituelle est celui des proficientes. Après des progrès très réels, ils n'éprou­ vent plus de grave difficulté pour observer ce que de­ mandent toutes les vertus naturelles et surnaturelles. Ils en accomplissent les actes, promptement, constamment et avec plaisir, du moins pour tout ce qui concerne le dévouement habituel de la volonté, accoutumée à ne point tenir compte des répugnances de la partie sensible. Une vie ainsi vraiment dirigée d’après les lumières de la foi est, avec raison, appelée illuminative. Déjà même il y a une cerlaine union actuelle avec Dieu ; mais cette union est encore imparfaite, parce que ces âmes n’évitent pas habi­ tuellement tout ce qui déplaît à Dieu et ne tournent pas constamment vers lui toute l’énergie de leurs affections. I 2044 Le troisième degré est celui des perfecti, ou âmes dites parfaites, qui vivent dans une union aussi actuelle que possible avec Dieu, évitant avec soin tout ce qui peut empêcher ou affaiblir une si parfaite union, et pra­ tiquant fidèlement tout ce qui peut la favoriser. D’où le nom de vie unitive donné à cet état. Cette vie unitive peut se présenter sous le double aspect de vie unitive ordinaire, celle des âmes parfaites agissant avec le se­ cours ordinaire de la grâce, et de vie unitive extraordi­ naire, pratiquée par les âmes favorisées, au moins tran­ sitoirement, des dons de la contemplation extraordinaire. Si du domaine de la théorie nous passons à celui de la réalité, nous devons reconnaître qu’en fait, ces trois degrés de la vie spirituelle n’existent guère d’une ma­ nière absolument exclusive. Les commençants qui lut­ tent avec leurs passions peuvent avoir leurs moments de pratique facile de la vertu et d’union fervente avec Dieu. Cette union fervente avec Dieu peut, à plus forte raison, se rencontrer parfois dans les âmes qui ont ac­ quis une vertu bien réelle. Par contre, les âmes parfai­ tes peuvent quèlquefois subir des retours offensifs de la nature et en éprouver quelques atteintes. Chaque degré se désigne donc d’après ce qui le caractérise principale­ ment : c'est une note dominante plutôt qu’une propriété exclusive. D’après cette courte exposition des trois principaux de­ grés de la vie spirituelle, on peut comprendre quels sont les moyens spirituels particuliers à chacun. Dans la vie purgative, la pratique principale est la mortification cor­ porelle et spirituelle, dans le but de substituer au joug tyrannique, ou du moins à l'influence trop grande, des habitudeset des passions contraires, le règne bienfaisant de toutes les vertus inspirées et réglées par la charité di­ vine. Il est donc particulièrement question, dans celle première partie de l'ascétique, du but, de l’objet et des qualités de la mortification chrétienne des sens exté­ rieurs et intérieurs, et des passions el inclinations qui ne sont point suffisamment soumises à la raison et à la foi. Tout converge vers ce but principal, tout est con­ sidéré sous cet aspect particulier : prière, lecture spi­ rituelle, méditation, fréquentation des sacrements et au­ tres pratiques spirituelles. Au deuxième degré, le moyen principalement employé est une méditation plus parfaite, dont le but immédiat est la pratique constante et intégrale de la vertu, dans tout ce qu'elle commande même sous peine de faute vé­ nielle. La méditation étant, après ja grâce de Dieu, la cause principale de la vraie dévotion ou de la pratique fidèle et complète de la vertu, cf. S. Thomas, Sum theol., Π* II», q. Lxxxn, a. 3, tout dans celte deuxième partie de l’ascétique converge vers ce moyen fondamen­ tal. C’est dans ce but que l’on explique longuement la na­ ture delà méditation, ses différentes espèces, les moyens de bien s’en acquitter et la manière de triompher des dif­ ficultés que l'on peut y rencontrer. Au troisième degré, le moyen principal est encore l’oraison, mais une orai­ son plus parfaite, dont le but est surtout l’union con­ stante et parfaite avec Dieu, par un renoncement com­ plet à toute altection qui n'est pas entièrement pour lui, et par un abandon total à sa volonté en toutes choses, malgré toutes les épreuves qui peuvent survenir. Cepen­ dant celle oraison, si parfaite qu’elle soit, reste une orai­ son ordinaire au sens défini précédemment. Elle ne sort donc point du domaine particulier de l’ascétique. Tout cet ensemble de la doctrine ascétique, avec les différents degrés et moyens de perfection spirituelle, peut convenir à tous les états de vie chrétienne, puisque la perfection peut se réaliser dans chacun d'eux. S. Thomas, Sum. theol., II* II·, q. clxxxiv, a. 4. Il y a cependant des applications particulières à chacun de ces principaux états : vie commune pratiquée dans le monde, vie religieuse avec ses vœux et ses règles, ou mi­ nistère sacerdotal exercé au milieu du monde. Ce ne sont 2045 ASCÉTIQUE point mitant d'ascétiques distinctes; ce ne sont que des applications particulières d’une seule et même science surnaturelle, à laquelle il appartient de tout diriger. Tou­ tes ces applications, même quand il s’agit de l'instruc­ tion et de la direction des personnes pieuses dans le monde, doivent donc toujours être inspirées par les so­ lides enseignements de la véritable théologie ascétique, r ien adaptés à la capacité et aux besoins de ces aines. De ce rapide exposé des principales divisions de l’ascétique et de ses applications les plus importantes, nous pouvons de nouveau conclure qu'elle est vraiment une science pratique, exposant les moyens à employer et la direction à suivre pour arriver à la perfection. IV. RÉPONSE AUX PRINCIPAUX REPROCHES FAITS A L'AS­ CÉTIQUE. — 1» Elle n’est pas une science, parce que la dévotion qu'elle inspire ne repose, en très grande partie, que sur le sentiment. — Quels que soient les reproches que méritent certaines œuvres ou publications où le rôle du sentiment est exagéré au détriment de la vraie doctrine théologique, il reste toujours vrai que l’ascé­ tique, considérée en elle-même, est vraiment une science théologique, déduisant de principes révélés un certain nombre de conclusions théologiquement vraies. On ne doit point la rendre responsable de défauts dont elle n’est nullement cause. 2° On reproche à l’ascétique une tendance rigoriste, qui se manifeste parla préférence habituelle du parti le plus sùr ou le plus parfait, ou même par une exagéra­ tion réelle de nos obligations morales. Une telle ten­ dance, assure-t-on, est en opposition avec la théologie morale, surtout depuis l’acceptation commune du pro­ babilisme. — Il ne peut y avoir opposition réelle, là où il y a simplement diversité de points de vue. La théologie morale ne s’occupe que de l’existence ou de la perma­ nence d’une véritable obligation morale. Quand celle existence ou cette permanence n'est pas suffisamment démontrée, et que d’autre part il n'y a point d’évidente nécessité supérieure de prendre, dans le cas particulier, le parti le plus sûr, la théologie morale n’ayant en vue que la question de la stricte obligation de conscience, conclut avec raison que, dans la circonstance, la liberté reste maîtresse d'elle-mèine. L'ascétique, laissant à la théologie morale cette question d’obligation, ne se pré­ occupe que des moyens pratiques de tendre à la perfec­ tion. suivant l'état de vie de chacun et les diverses cir­ constances particulières. Se plaçant uniquement à ce point de vue, elle conseille ou recommande ce qui est plus parfait, sans en faire une obligation, à moins que cette obligation n’existe en vertu d’un vœu ou d'une loi toute spéciale. Recommander ainsi ce qui est meilleur et plus parfait n’est point condamner ce qu’il y a de vrai dans la doctrine du probabilisme, de même qu’affirmer la vérité du probabilisme, avec toutes les applications lé­ gitimes qui s’en déduisent, n’est point un désaveu im­ plicite de l'ascétique. D’ailleurs s’il y a eu, chez certains théologiens moralistes, des tendances et même des ex­ cès rigoristes, ce n’est pas à l’ascétique qu’il faut les attribuer, mais à l’oubli des vrais principes de la théo­ logie morale. t!· L’ascétique est l’adversaire-né de la scolastique ; on ne peut estimer et cultiver l’une sans se refroidir sen­ siblement vis-à-vis de l’autre. On donne comme preuve les plaintes véhémentes de l'auteur de 1 Imitation, de Gerson et d’autres contre la scolastique. — Ces plaintes parfois très vives ne sont dirigées que contre les abus Je la scolastique; aussi se font-elles entendre surtout à l'époque de la décadence de la scolastique. Ce que saint Paul avait déjà dit contre la fausse gnose, ce que plu­ sieurs Pères, après lui, avaient répété contre la fausse philosophie, l'auteur de l'imitation, Gerson, et d'autres écrivains le redisent contre fa scolastique de l'école no­ minaliste d’Occam et de ses disciples. D’autre part, les scolastiques dénoncent avec vigueur les erreurs parti­ 2O4G culières de quelques écrivains ou blâment, dans d’autr s auteurs, des expressions inconsidérées qui pourraient être interprétées dans un sens favorable à l'erreur; amais ils ne s'élèvent contre l'ascétique elle-même. Ainsi la vraie scolastique est estimée à sa juste valeur par i-s meilleurs auteurs ascétiques, et la véritable ascétiquest appréciée par les bons auteurs scolastiques. Aussi ces deux sciences vont-elles de pair, brillant toutes deux du même éclat chez les maîtres de la scolastique qui sont en même temps les maîtres de l'ascétique, témoin, au xm' siècle particulièrement, le bienheureux Albert le Grand, saint Thomas et saint Bonaventure. 4» On reproche à l’ascétique une préoccupation trop exclusive et même égoïste de la perfection individuelle, qui rend presque indifférent à tout le reste, particulié­ rement aux œuvres de charité et d'apostolat. — Il est vrai qu’en ascétique comme en morale, tout se rapporte à la lin dernière de la sanctification personnelle, cependant avec cette différence que la morale s’occupe seulement de ce qui est strictement obligatoire pour cette sanctifi­ cation, tandis que l’ascétique se préoccupe surtout de ce qui est simplement meilleur pour ce but suprême. Mais il est également vrai, pour l’ascétique comme pour la morale, que l’exercice de la charité envers le prochain est souverainement important pour notre sanctification personnelle, parce qu’il est conseillé et recommandé pour plaire à Dieu et accomplir sa volonté, si évidemment ma­ nifestée sur ce point dans toute la révélation chrétienne. L’ascétique ainsi comprise et pratiquée, loin de détour­ ner des œuvres de charité et d’aspostolat, porte à les pra­ tiquer effectivement, suivant l’état de vie dans lequel on est placé. IL Comment l’ascétique λ pris une forme scienti­ fique. — I. ENSEIGNEMENTS FONDAMENTAUX CONTENUS dans le nouveau testament. — 1° L’Évangile nous rapporte les vrais principes ascétiques enseignés par Jésus-Christ, les conseils de perfection donnés par lui à tous les fidèles avec promesse d’une très ample ré­ compense : abnégation et mortification de tout ce qui est opposé à la vertu, pauvreté volontaire, chasteté par­ faite et perpétuelle, œuvres surêrogatoires de miséricorde corporelle et spirituelle, même à l’égard de nos ennemis. Aux âmes plus généreuses qui veulent sincèrement tendre à la perfection, le divin Maître propose la pra­ tique constante et perpétuelle des trois conseils de pau­ vreté volontaire, de continence perpétuelle et d’obéissanceabsolue, Matth., xix, "12,21, pratique bientôt réalisée dans l’Église par l’état religieux, qui remonte ainsi jus­ qu’à Jésus-Christ lui-même. 2° Saint Paul dans ses Epitres. commentant les ,·η<· -ignements du divin Maître, développe ces principes fon­ damentaux de toute l’ascétique. Partant de 1.· no' n même de la vie chrétienne qui doit être une imitation de Jésus-Christ, l’apôtre établit les deux grand-- 1. ■ cette vie spirituelle : d’une part, mortification d- : .,·.· les inclinations et aspirations qui s’opposent au régne de Jésus-Christ en nous, et opposition au monde. ! VI, vm, xn; Gai., v; Col., m;II Cor., iv; Tit., n,12.etc.; et, d’autre part, vie d’union constante avec Jésus-Christ, pris pour règle de nos pensées, de nos affections et de toutes nos actions, Col., ni, 3,17 ; I Cor., x. 31 ; Gai., vi, 14, etc., et inspirant toute notre vie de son amour et de l’amour du prochain. Rom., vm, 35; xn; I Cor., xn. Aux âmes plus généreuses, saint Paul rappelle le conseil de chasteté parfaite donné par Jésus-Christ. I Cor., vu, et le conseil de détachement même effectif des biens de ce monde. Il Cor., vin, 10; ix; Hebr., xin, 16. 11. DÉVELOPPEMENTS DONNÉS A L’ENSEIGNEMENT AS­ CÉTIQUE DEPUIS LES PREMIERS SIECLES JUSQU'AU IX’ SIE­ CLE. — 1° Pendant toute cette période, on doit tout d’abord remarquer l'enseignement ascétique di-s..uaux anachorètes ou aux moines. Habituellement em­ prunté à la sainte Écriture, il se présente le plus sou­ 2047 ASCÉTIQUE vent sous la forme de sentences morales ou d’apophteg­ mes. Son objet principal est l’ascèse, ou la lutte que le moine doit soutenn-contreses défauts et ses inclinations, pour acquérir la vertu, et préparer ainsi son âme â la contemplation des choses divines, par la lecture et la méditation des Écritures et la prière qui unit l’àme à Dieu. Dans la première période de l’ascétisme, jusqu’à l’institution de la vie cénobitique, au rv· siècle, cet en­ seignement resta simplement oral. Il était transmis, aux anachorètes moins expérimentés, par quelque ancien sous l'autorité duquel ils se plaçaient et auquel ils obéissaient, sans abandonner cependant la vie érémilique, si ce n’est pour de courts intervalles. Avec la vie cénobitique, cet enseignemeut oral se maintint sous forme de conférences faites par l’abbé ou higouméne du monastère. Pour donner à celte tradition plus de fixité et d’uniformité, les chefs de communautés cénobitiques rédigèrent des règles monastiques, d’abord très courtes, puis plus détaillées et plus complètes. A ces règles monastiques se joignirent bientôt des écrits ascé­ tiques, destinés à entretenir chez tous les moines la fer­ veur religieuse et la pratique de toutes les vertus de leur état. Nous ne pouvons que menlionner les princi­ paux auteurs de ces écrits : en Orient, saint Basile, saintEphrem,saint Grégoire de Nysse, saintJean Chrysostoine, et plus tard saintJean Climaque; en Égypte, saint Nil, saint Isidore de Péluse, Macaire, Évagre du Pont, moine de Scété, et l'abbé Isaïe; en Occident ou pour l'Occident. saint Jérôme, Cassien, saint Benoit et les nombreux commentateurs de sa règle, Cassiodore, saint Grégoire le Grand, et plus tard saint Benoit d’Aniane. 2° Mais l’enseignement ascétique, pendant toute celte période, n’est point exclusivement réservé aux moines. 11 est assez fréquemment donné aussi aux fidèles retenus par les liens du monde, et qui veulent cependant s’unir étroitement à Jésus-Christ par une vie plus parfaite. Il suffit de mentionner les nombreux écrits desPères sur la pratique de la virginité dans le monde, et leurs fréquentes exhortations aux œuvres de charité envers tous les né­ cessiteux. 3° A côté de cet enseignement ascétique, d’ordre pres­ que exclusivement pratique, destiné aux moines, ou aux simples fidèles retenus dans le monde, commence à se manifester, dans plusieurs écrivains ascétiques de cette époque, une certaine tendance, encore bien lointaine cependant, vers l’ascétique scientifique. Cette préoccu­ pation scientifique paraît avoir été inspirée par le désir de combattre le pseudo-mysticisme néo-platonicien. Elle se manifeste d’abord dans le Pédagogue et surtout dans les Stromates de Clément d’Alexandrie. Dans le portrait du parfait gnostique qui a la vraie connaissance pratique de Dieu, ou la connaissance perfectionnée par la charité, le docteur alexandrin nous montre le type véritable du chrétien parfait, constamment uni à Dieu par la charité. Quoi que l’on puisse penser de certaines expressions, ou se reflètent des idées platoniciennes et surtout stoïcien­ nes, on doit convenir que l’auteur donne d'excellents aperçus doctrinaux, sur la nature de la perfection qu’il place dans la charité pratique ou dans l'union constante avec Dieu, sur les meilleurs moyens de tendre à la per­ fection, l’acquisition des vertus opposées à nos passions et une véritable prière constante; et sur la manière de pratiquer la perfection, même au milieu des occupations du monde. Vers le milieu du v· siècle, un autre docteur alexan­ drin. le pseudo-Aréopagite, oppose aux fausses théories mystiques la théologie mystique chrétienne. Malgré une certaine teinte de platonisme dans les expressions et même dans les idées, sa doctrine mystique est irrépro­ chable et de tout point remarquable. On sait quelle inlluence elle a exercée sur les scolastiques du moyen âge. Quelque tendance scientifique se retrouve aussi dans le traité De vita contemplativa, que le moyen âge 2018 attribuait à saint Prosper d'Aquitaine, mais qui est réellement l’œuvre de Julianus Pomérius au commence­ ment du vi· siècle. III. PROGRES DE L'ENSEIGNEMENT ASCÉTIQUE DU IXe AU XIIe SIÈCLE JUSQU’A HUGUES DE SAINT-VICTOR. — A cette époque tandis que l’enseignement pratique con­ tinue, à peu près sous la même forme qu’aux siècles précédents, avec Abbon de Fleury et Odon de Cluny pour le cloître, et saint Pierre Damien et d'autres pieux prédicateurs pour la masse des fidèles, l'enseignement scientifique, sous l'influence de diverses causes, se per­ fectionne successivement. Les œuvres du pseudo-Aréo­ pagite, récemment traduites par Scot Erigène, ne furent pas sans influence sur ce progrès de l’ascétique; la cause principale doit cependant en être plutôt attribuée au mouvement scolastique de toute cette époque. L'es­ prit scrutateur qui cherche à se rendre compte des pro­ blèmes les plus ardus de la philosophie spéculative, et à concilier leurs solutions avec les enseignements de la foi, cherche aussi à approfondir les mystères intimes de l’ascétique et de la mystique, et à les concilier avec les données de la philosophie et avec les enseignements de la foi. But bien digne des efforts de l'esprit humain et dont la scolastique poursuivra incessamment la com­ plète réalisation. Au xi· siècle saint Anselme, au xn· Honorius d'Autun et Guillaume de Saint-Thierri sont, dans le domaine spéculatif, de véritables précurseurs de l’ascétique scientifique, pendant que Rupert et saint Bernard, avec une tendance plus pratique et un genre plus effectif, cherchent surtout a en inculquer la pra­ tique dans les âmes. Les voies sont ainsi préparées à Hugues de Saint-Victor qui, dans la première moitié du xn· siècle, est le premier à donner à l’ascétique scientifique une forme à peu près définitive. Sans doute, sa classification des degrés de la contemplation est encore imparfaite; son enseignement est incomplet sur un certain nombre de points assez importants; sa méthode n'a point la perfection et le fini que l'on rencontre chez lesgrandsauteursdessiéclessuivants; mais ses principes resteront pour les points principaux et les problèmes les plus importants de l’ascétique, sans parler ici de ce qui concerne la mystique. Voir Hugues de Saint-Victor. IV. DEPUIS LE XIIe SIËCI.E JUSQU’A L’ÉPOQUE CONTEM­ PORAINE. — L’ascétique scientifique passe par plusieurs phases distinctes. Au xm· siècle, avec les grands maîtres de la scolastique, le bienheureux Albert le Grand, saint Thomas et saint Bonaventure, elle atteint une perfection de doctrine qu’elle ne pourra guère dépasser. Au xiv· et au xv· siècle, elle combat les erreurs des pseudo-mys­ tiques de cette époque. Du xvi· au xvm'siècle, elle nous apparaît sous la forme particulière de cours de théologie ascétique ou mystique, où toutes les questions relatives aux trois voies purgative, illuminative et unitive or­ dinaire ou extraordinaire, sont successivement traitées, le plus souvent avec la méthode scolastique, et confor­ mément aux données de la théologie et de la philosophie scolastiques. On y a souvent recours à l’autorité des grands théologiens, particulièrement de saint Thomas, sans négliger cependant l’enseignement expérimental des saints, particulièrement celui de sainte Thérèse. Cet exposé scientifique n’empêche point une certaine polé­ mique contre les pseudo-mystiques de cette époque, particulièrement contre les quiétistes. III. Principales œuvres ascétiques. — Avant d’indi­ quer les principaux cours d’ascétique, il convient de menlionner les principales œuvres spirituelles, qui. sans avoir de vrai caractère scientifique, ont eu, sur la vie chrétienne dans l’Église, une profonde et durable in­ fluence. Nous ne nous occuperons point de celles qui n’ont eu, directement du moins, qu’une influence par­ ticulière, restreinte aux ordres religieux, comme k-s règles ou constitutions monastiques avec leurs nom­ breux commentaires; œuvres cependant si remplies ü 2049 ASCÉTIQUE l’esprit de Dieu, et bien dignes d'attention, puisque, depuis les premiers siècles jusqu'il l’époque contem­ poraine, elles ont dirigé la vie religieuse dans l'Église. Elles ont sans doute grandement contribué au bien général de l'Église, en conduisant à la perfection des âmes d’élite qui ont eu, sur leur entourage et meme sur leur époque, une influence considérable. Mais quelle qu’ait été cette influence, des œuvres de ce genre n’en restent pas moins des œuvres spéciales qui demandent â être étudiées à part. Parmi les œuvres ascétiques qui ont eu sur la vie chrétienne dans l’Église une profonde et durable in­ fluence, nous mentionnerons particulièrement les sui­ vantes. I. L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. — Ce livre, à raison je l’estime universelle dont il a toujours joui dans toute l'Église, a un droit spécial au respect et à la vénération de tous les fidèles. Aussi son enseignement ascétique doit-il être considéré comme conduisant en toute sécu­ rité à la perfection chrétienne. Les principales notes caractéristiques de cet enseigne­ ment sont : 1° D’être essentiellement pratique. On n'y trouve point de thèse doctrinale empruntée à la théologie positive ou scolastique, bien que l’auteur, toujours irréprochable dans sa doctrine, se montre bien au courant de l’enseignement théologique et philosophique de son temps. On ne ren­ contre point non plus les profondes théories mystiques d'un Hugues de Saint-Victor ou de saint Thomas, quoi­ que l'auteur n'ignore ni les faveurs spéciales faites par Dieu aux âmes contemplatives, ni les épreuves si péni­ bles qui précèdent ces divines faveurs. Il se contente d’y faire allusion au point de vue immédiatement pratique. Ainsi au 1.111, c. v, la description des admirables effets de l'amour divin ne parait guère convenir, dans tout son ensemble, qu’à la merveilleuse charité produite dans l'âme par la contemplation extraordinaire; et au 1. II, c. ix, l'exilium cordis semble répondre à la nuit ob­ scure de saint Jean de la Croix. Le pieux auteur s’est pro­ posé un but plus accessible à toutes les âmes qui veulent tendre à la perfection : s’unir à Jésus-Christ par une vie fervente entièrement animée de son amour; et dans ce but. lutter généreusement contre soi-même, pour mai- 1 triserses inclinations et les courber entièrement sous le I joug salutaire de toutes les vertus, dont Jésus nous a donné l’exemple. Mortification et abnégation, pratique desverlus chrétiennes, union constante avec Jésus-Christ; tout se ramène â ces trois points qui comprennent toute l’ascétique et conviennent à toutes les âmes. 2” L’enseignement de l’imitation, quoique particulié­ rement adressé à des moines, peut s’adapter facilement à tous les états de vie et à toutes les circonstances par­ ticulières dans lesquelles une âme peut se trouver. Que ce livre ait élé composé spécialement pour des moines, bien des passages nous le démontrent évidemment; plu­ sieurs chapitres même n’ont guère que cet objet immé­ diat. par exemple 1. I, c. ix, XVII-XX. Cependant l’en­ seignement est donné avec une si profonde connaissance du cœur humain et avec une si sage pondération, qu’il peut,avec quelques modifications faciles à suppléer, s’ap­ pliquer à toute âme chrétienne, dans les différentes situa­ tions où elle peut se trouver. 3° L’enseignement ascétique de l'imitation reflète consiamment une tendance que l’on peut appeler principa­ lement affective. La pratique de l’amour de Dieu est comme la note dominante de tout l’ouvrage, depuis ces paroles du chapitre 1er : Vanitas vanitatum et omnia vanitas præler amare Deum et illi soli servire, jusqu’au livre IV· qui est entièrement pénétré d'un ardent amour envers Jésus dans la sainte eucharistie. On connaît les admirables c. vu, vin du 1. II, et le c. v du 1. III. ou l'amour divin est si fidèlement dépeint. Cette tendance affective si remarquable est une des causes de ce charme 1 PICT. DE THÉ0L. CATHOL. 2Û5O particulier que l’on éprouve â la lecture de l'Imitati-m. On a reproché à l’auteur de l'imitation trop peu u es­ time, sinon même quelque hostilité pour toute science, et en particulier pour la scolastique de son temps. 1 .-.r un examen attentif de toute sa doctrine, on voit claire­ ment qu’il ne fait que répéter l’enseignement de saint Paul contre la tausse science, I Cor., vin, I. en y ajou­ tant la condamnation de celte scolastique de la .1 ca­ dence dont Melchior Cano a si énergiquement flétri les abus. On a récemment encore reproché à l’imitation une préoccupation trop exclusive du salut individuel, qui fait presque oublier l'obligation, cependant si importante, de l’apostolat et des œuvres de charité. C’est perdre de vue le but très spécial de ce livre, immédialementdestinéaux moines, vivant dans la solitude et le recueillement de leur monastère. Mais n’est-il point facile à une âme chré­ tienne, à un catholique zélé, à un homme d'œuvres, à un prêtre, de suppléer, pour son usage personnel, les appli­ cations particulières qui ne rentraient pas dans le cadre immédiat de l'auteur? Du principe de l’amour divin si admirablement décrit dans beaucoup d’endroits, n'est-il point facile de déduire les devoirs qui s'imposent à cha­ cun, suivant sa condition et sa situation, d’après la pa­ role du divin Maître : Sidiligitis me, mandata measer vate. Joa., xiv, 15. H. LES OEUVRES SPIRITUELLES DE SAINTE THÉRÈSE. — 1» Le premier caractère de l'enseignement ascétique de sainte Thérèse est d’être spécialement destiné aux âmes appelées à la vie contemplative. C’est dans ce but que la sainte fondatrice explique avec soin comment on doit se préparer à la réception toute gratuite des faveurs divines, en éloignant de son âme les obstacles les plus habituels. C’est encore dans ce but qu’elle indique en détail les différentes sortes d’oraison ou contempla­ tion extraordinaire, les dispositions que l’on doit y avoir, les peines et les difficultés que l’on peut y éprouver, la conduite que l’on doit y tenir elles faveurs inestimables que Dieu y communique si abondamment. —2» Cet ensei­ gnement si relevé, fruit de l’expérience personnelle des communications divines les plus extraordinaires, a puis­ samment contribuéau développement de la science mystique, en donnant une classification plus nette desdilfêrentes sortes d'oraison extraordinaire, en complétant la description particulière de chacun de ces états, et en traçant les règles pratiques les plus propres à diriger les âmes contemplatives dans chacune de ces phases. L’influence de cet enseignement de sainte Thérèse s’est surtout fait sentir dans l’admirable école mystique dn Carmel qui, du XVI' au XVIII· siècle, a produit de remar­ quables traités de mystique. — 3· fin même temps que les écrits de sainte Thérèse ont fait avancer la science mys­ tique, ils ont aussi produit d’admirables fruits de sain­ teté dans l’ordre du Carmel, dans les autres communau­ tés religieuses, et même dans l’Eglise entière Us sont imprégnés d'un tel amour pour Dieu, d’une si grande estime pour la perfection et d'une sag< — si :· ste, qu’une âme bien disposée ne peut les lire sans éprouver au moins un peu de cette ardeur pour ies choses céles­ tes. —4° Uneautre note caractéristique de l'enseignement de sainte Thérèse, c’est un zèle ardent pour le salut des âmes, et l’insistance avec laquelle elle prie et fait prier continuellement, pour les ministres de Dieu, occupés aux nobles mais périlleux labeurs de l’apostolat. Cf. Chemin de la perfection, c. in. A la lumière de cet en­ seignement, on comprend mieux le rôle social des ordres contemplatifs; on a aussi une intelligence plus compK-te de la véritable source de l’efficacité de l’apostolat, ainsi que des conditions sans lesquelles cette efficacité ne peut se produire. En fait, le résultat de cet enseignement parait avoir été considérable dans l’Église. en orientant vers l'apostolat, d’une manière plus directe et plus halâtuelle, les préoccupations des ordres contemplatifs. L - 65 2051 ASCETIQUE m. les exercices spirituels de saint Ignace. — Nous n'avons à étudier ici que les caractères généraux de l’enseignement ascétique de saint Ignace dans ses Exercices spirituels. 1« C'est un enseignement éminemment pratique, des­ tiné à toutes les âmes, même en dehors de la vie reli­ gieuse. Il n'v est point question d’oraison extraordinaire ni de faveur spéciale communiquée par Dieu. Saint Ignace recommande surtout l’abnégation, le renoncement, le détachement de soi-même et de toute chose créée. Le but de ce renoncement, c’est que l'âme, ainsi délivrée de toute afi'eclion déréglée, puisse s'attacher entièrement et parfaitement à Dieu, sa fin dernière, et obtenir ainsi le salut éternel. C’est en toute chose et toujours, que nous devons pratiquer ce renoncement, pour ne pas nous dé­ tourner de notre fin et pour ne pas manquer à notre devoir d’imiter Jésus-Christ. Mais, suivant la même doc­ trine de saint Ignace, quelles que soient la nécessité et l'importance du renoncement, ce n’est point la perfec­ tion. ce n’est qu’un moyen d’y tendre. 2° Parmi les moyens indiqués par saint Ignace pour faciliter la pratique de ce renoncement, deux méritent une mention particulière : l’oraison et l'examen parti­ culier, faits suivant la méthode recommandée par le saint fondateur. La méthode d’oraison, minutieusement tra­ cée dans tous les détails, a simplement pour but de diri­ ger dans l’oraison ordinaire ou commune. Ce qui y est le plus saillant, c’est le rôle important assigné à la volonté aidée par la grâce, et l'orientation toute pratique, donnée à ces actes de la volonté. Nous en sommes avertis dès la première annotation préliminaire, qui définit les exer­ cices spirituels : une manière de préparer et de disposer l’âme, à écarter d’elle-même toutes les affections déré­ glées, puis à chercher et à trouver ce que Dieu demande d elle. La même idée est encore exprimée par le titre même des exercices : exercices spirituels, pour que l’homme se vainque lui-même et règle sa vie, sans se déterminer par une affection qui ne soit pas bien or­ donnée. Dans le cours des exercices, qu’il s’agisse des préludes, des considérations ou des colloques, les actes de la volonté sont toujours signalés, avec une insistance particulière, comme le but vers lequel tout converge; et ces actes ont toujours pour objet la réforme de soimême, et la pratique parfaite des vertus dont Jésus nous a donné l'exemple, surtout des vertus pénibles à la na­ ture, comme le détachement, l’humilité, la pauvreté, la patience, et même l’amour des humiliations et des souf­ frances. Cette direction si pratique de la volonté est d'ailleurs basée sur une solide conviction qui s’acquiert nar une considération attentive des vérités proposées et par de sérieux retours sur soi-même, considération et retours auxquels l’auteur des exercices exhorte fréquem­ ment. A l'oraison ainsi faite, on doit joindre l’examen particulier, en lui donnant la même orientation pra­ tique contre un péché ou un défaut particulier. 3° Cet enseignement ascétique de saint Ignace a exercé une très grande influence dans l’Êglise, par toute une littérature ascétique, livres de méditations, de lecture spirituelle et de direction, entièrement pénétrés de l’es­ prit du maître et qui ont fait bénéficier un très grand nombre d’âmes de ses sages conseils, spécialement pour l’oraison et l’examen particulier. Cet enseignement a aussi inspiré el guidé les tra’aux apostoliques de nom­ breux prédicateurs, confesseurs et directeurs, qui y ont trouvé un excellent moyen de produire dans les âmes besoins de chacun. On peut constater l'inlluence consi­ I logie symbolique et mystique ; — Michel de Saintdérable de cet enseignement dans les ouvrages ascétiques Augustin, de l’ordre des carmes, Institutionum mysti­ publiés depuis cette époque, surtout dans ceux qui trai­ carum libriqualuor, in-4", Anvers, 1671; — Antoine du tent de la direction des âmes, particulièrement des per­ Saint-Esprit, de l’ordre des carmes. Directorium mysti­ sonnes du monde. cum, Lyon, 1677 ; in-4", Venise, 1732; édité à Séville. IV. Principaux cours d’ascîttique. — On donne le 1724, sous le titre de Cursus theologiæ mystico-scholasnom de cours d’ascétique à ces ouvrages didactiques, licæ; — Morozzo, cistercien, Cursus vitæ spiritualis, où toutes les questions de la théologie ascétique, rela­ Rome, 1674 ; Ratisbonne, 1891 ; — cardinal Bona, cister­ tives aux trois voies purgative, illuminative et unitive cien, Principia et documenta vitæ chrislianæ, Rome, tant ordinaire qu’extraordinaire, sont traitées avec la 1674; Paris, 1674; De discretione spirituum, Bruxelles, forme théologique, le plus souvent même avec la mé­ 1671,1674; Paris, 1673; — Michel Godinez, de la société thode scolastique. de Jésus, Practica de la teologia mistica, la Puebla Dans chacun de ces ouvrages, suivant le but particu­ de los Angeles, 1681 ; version latine, avec commen­ lier que l’auteur s’est proposé, on rencontre, dans une taires, par le P. de la Reguera, S. J., Rome, 1740. proportion plus ou moins grande, les points suivants: II. AU xvtlF SIECLE. — Haver, Theologia mystica the­ exposé didactique de la théologie ascétique positive, avec sibus 194 proposita totidemque commentariis seu ser­ ses principes et ses conclusions ; apologétique de cet monibus exposita, in-4», Paderborn, 1708 ; — Joseph enseignement, suivant les temps et les circonstances ; du Saint-Esprit, de l’ordre des carmes, Cursus theo­ discussion des questions scolastiques auxquelles peut logiæ mystico-scholasticæ, 6 in-fol,, publié successive­ donner lieu l’enseignement ascétique positif: et réfuta­ ment à Séville et à Madrid de 1710 à 1740 ; — Jean tion des erreurs pseudo-mystiques ou autres, par les­ d’Ascargorta, franciscain, Lectiones de teologia mistica, quelles cet enseignement est combattu. in-8», Grenade, 1712; — Antoine de l'Annonciation, de Ces ouvrages pourraient être divisés en plusieurs l'ordre des carmes, Disceptatio mystica de oratione et catégories, suivant les écoles auxquelles ils appartien­ contemplatione scholastico stylo, Alcala, 1683 ; Quodnent, écoles souvent bien distinctes par leur esprit et libeta theologica mystica et moralia animarum direc­ leurs traditions. Mais nous ne devons donner ici qu’un toribus et confessariis perutilia, in-4», Madrid. 1712; — catalogue chronologique. Ce catalogue, forcément res­ Diégo (Didacus) de la Mère de Dieu, franciscain, .-1rs treint aux trois derniers siècles, puisque les cours pro­ mystica, in-8", Salamanque, 1713; — Clavenau, béné­ prement dits d’ascétique ne se rencontrent pas aupara­ dictin, Ascesis posthuma, Salzbourg, 1720 ; — Lopez vant, devra comprendre aussi les ouvrages où l’ascé­ Ezquerra, Lucerna mystica, in-4", Venise, 1722 ; — tique n’est point séparée de la mystique. Martin Gerbert d'Hornau, bénédictin, Principia theolo­ • /. A la fin du xvi· et au xvn* siEcle. — Les œu­ giæ mysticæ ad renovationem interiorem et sanctifi­ vres spirituelles du P. Louis de Grenade, de l’ordre de cationem Christiani hominis, in-8», 1758, abbate de saint Dominique, tout en n'ayant point la forme d’un Saint-Biaise; — delà Reguera, de la Compagniede Jésus, cours d'ascétique, traitent cependant tout ce qui est du Praxis theologiæ mysticæ, 2 in-fol., Rome, 1740, 1745; ressort de l’ascétique, et méritent d’être mentionnées — Casimir de Marsala, capucin, Dissertationes mys­ ici ; — Barthélemy des Martyrs, de l’ordre de saint Domi­ tico-scholasticæ adversus pseudomysticos hujus ævi, nique, Compendium doctrinæ spiritualis magna ex in-fol., Païenne, 1748; Crisis mysticodogmatica adver­ parte ex variis sanctorum Patrum sententiis, in-8», Lis­ sus propositiones Michaelis Molinos ab Innocentia XI bonne.'1582, réédité à Venise, en 1711, sous le titre de proscriptas, 2 in-fol., Palerme, 1751 ; De amore erga Compendium mysticæ doctrinæ', — Sébastien Toscano, Deum, in-fol., Palerme, 1751; — Casimir Tempesti, de l'ordre de saint Augustin, Theologia mystica, Lis­ mineur conventuel, Mistica teologia seconda lo spirito bonne, 1568 ; Venise, 1573 ; — Jean de Jésus-Marie, de e la sentence del S. Bonaventura uniformi allo spi­ l'ordre des carmes, Theologia mystica, Naples. 1607; rito e dotlrina de’ più celebri S. S, Padri e Dot tori — Alvarez, de Paz, de la société de Jésus, De vita spi­ per i tre stati d’incipienti, proficienti e perfett'. 2 inrituali ejusque perfectione, De exterminatione mali et 8», Venise, 17-48 ; — Pierre Giannotti, Teologia mistica, promotione boni, De inquisitione pacis sive studio ora­ 3 in-4», Lucques, 1751; — Scaramelli, S.J.. Directoire tionis, 3 in-fol., Lyon, 1608-1623; Mayence, 1614-1619; ascétique, publié en italien et traduit successivement réédité à Paris, 1875; voir col. 928-930; — Jérôme de en latin, Augsbourg, 1770, en français, en allemand, en anglais, etc.; — Schram, bénédictin. Zintrlutiones la Mère de Dieu, de l’ordre des carmes, Theologia mys­ theologiæ mysticæ, Augsbourg, 1774; 2 in-8». Li_ç, tica, in-4", Bruxelles, 1609; — Rodriguez, de la société de Jésus, Ejercicio de perfection y virtudes religiosas, 1848; Paris, 1868; trad, franç., 2’ édit.. 2 in-8, Paris, Séville, 1609, traduit dans presque toutes les langues; 1879. ni. DU XIXe SIÈCLE. — Comme cours proprement ’ s — Antoine Le Gaudier, de la société de Jésus, Dénatura d’ascétique, nous citerons seulement: le P. Scrap et statibus perfectionis, œuvre posthume, in-fol., Pa­ passioniste, Principes de théologie mystique à l’usage ris, 1643; réédité à Paris, 3 in-8", 1856; — Bail, Théo­ des confesseurs et des directeurs des âmes, Tournai, logie affective, ou Saint Thomas en méditations, in­ 1873; — Ribet, L’ascétique chrétienne, in-S. !>>·.<, fol., Paris, 1654; 5 in-8", Le Mans, 1850, 1855; — 1888; — le P. Meynard, O. P., Traité de la rie inté­ Léon de Saint-Jean, de l’ordre des carmes, Théologie rieure, petite somme de théologie ascétique et mystique mystique, 2 in-8". Paris, 1654; — Philippe de la Sainted’après les principes de saint Thomas, 3" édit. 2 in-12 Trinité, de l'ordre des carmes, Summa theologiæ mys­ Paris, 1899; — Saudreau, Les degrés de la vie spiri­ ticæ, in-fol., Lyon, 1626 ; 3 in-8", Fribourg, 1874, Paris, tuelle, méthode pour diriger les âmes, Angers. 2 in-12, 1874 ; — Jean Chéron, de l’ordre des carmes, Examen 1897 ; La vie d’union à Dieu et les moyens d’y arriver, de la théologiemystique, in-8», Paris, 1657 ; — Schorrer, Paris, 1900; F. X. Mulz, Chris tliche Aszetik, Pader­ de la société de Jésus, Theologia ascetica, in-4", Rome, born, 1907. — On sait d’ailleurs qu'en dehors des cours 1658; — Thomas de Vallgornera, de l’ordre de saint proprement dits d’ascétique, on peut trouver d’excel­ Dominique, Mystica theologia divi Thomæ utriusque lents matériaux dans des auteurs de premier ordre, theologiæ scholasticæ et mysticæ principis, in-fol., qui ont traité incidemment ces matières; nous citerons Barcelone, 1662, 1672 ; 2 in-8", Turin, 1890 ; — Bo­ particulièrement Suarez dans ses traités IVet VII De re­ niface Maes, franciscain. Theologia mystica, Gand, ligione, et Benoit XIV dans plusieurs endroits de son 1669 ; — Dominique de la Sainte-Trinité, de l'ordre des 2055 ASCÉTIQUE — ASCÉTISME Iraité De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione. E. Duhlanciiy. ASCÉTISME. - I. En quoi consisle l’ascétisme chrétien ? II. Comment il diffère de l’ascétisme non chré­ tien. 111. Quelles formes principales il a revêtues à tra­ vers les siècles. I. En quoi consiste l’ascétisme chrétien? — L’ascé­ tisme. dans son acception la plus générale, est la pra­ tique de certaines austérités, quel qu’en soit le but immédial, religieux ou simplement moral. L’ascétisme chrétien, considéré dans son ensemble, est la pratique du renoncement évangélique, exigé par la loi chrétien­ ne ou simplement conseillé comme moyen de tendre plus sûrement à la perfection chrétienne ou de contri­ buer plus efficacement au bien commun de la société chrétienne. Expliquons cette définition : 1. En quoi consiste le renoncement évangélique? — 1° Considéré au point de vue négatif, le renoncement évangélique consisle dans l’abandon ou l’éloignement de ce qui peut être pour le chrétien une occasion ou un danger de manquer aux obligations imposées par Jésus-Christ ou par son Église, ou dans l’exclusion de tout ce qui est un obstacle à l'acquisition ou à la con­ servation de la perfection chrétienne, conseillée et re­ commandée dans l’Évangile. Au point de vue positif, le renoncement évangélique, considéré dans toute son étendue, est une lutte directe et offensive contre les inclinations des sens extérieurs et intérieurs, pour les soumettre entièrement aux préceptes de la vertu stric­ tement obligatoire et même aux exigences de la perfec­ tion recommandée. Pour atteindre plus sûrement ce double but, le fidèle ne se contente point de fuir le danger ou de rester sur la simple défensive; il porte directement l’attaque contre l’ennemi ; il lui inflige une défaite en s’imposant tel sacrifice, telle mortification ou souffrance su rérogatoire. Par celle victoire, la résis­ tance au bien est affaiblie, la tendance à la vertu est for­ tifiée, de nouveaux et de très abondants mérites sont acquis. 2" Le renoncement évangélique peut être intérieur, extérieur ou mixte. Appliqué à nos facultés on â nos sens intérieurs, pour diriger toutes leurs affections, passions et inclinations suivant le commandement de la loi chrétienne ou suivant les recommandations expri­ mées dans l’Evangile, il s’appelle renoncement inté­ rieur. Quand il s'exerce sur les sens extérieurs, pour les soumettre entièrement au commandement de la vo­ lonté ou pour en faire des instruments d’expiation et d'immolation, il prend le nom de renoncement exté­ rieur. Très varié dans ses applications, suivant l'attrait de la grâce et la condition ainsi que les aptitudes par­ ticulières de chacun, il est universellement compris dans cette parole du divin Sauveur: Qui amat animam suam perdet eam, et qui odit animam suant in hoc mundo, in citant æternam custodit eam, Joa., xn, 25, el dans ce conseil de saint Paul : Si enint secundum carnem vixeritis, moriemini: si autem spiritu facta carnis mortifteaveritis, vivetis. Rom., vili, 13. D’après l’histoire de l’ascétisme, les formes principales de ce renoncement extérieur sont les privations et mortifica­ tions corporelles de tout genre, dans l’alimentation, le sommeil, le vêtement, l’habitation et le genre de vie, ainsi que les austérités volontaires et les travaux pé­ nibles que l’on s’impose dans un but de pénitence, d’expiation ou d’immolation de soi-même, pour son propre bien ou pour celui de la société chrétienne. Le renoncement peut être appelé mixte, quand les actes qu’il inspire exigent, en même temps, le renoncement intérieur qui maîtrise les affections et le renoncement extérieur qui mortifie les sens; ainsi en est-il particu­ lièrement de la pauvreté volontaire, de l’obéissance par­ faite et de la chasteté perpétuelle, qu elles soient prati­ 2056 quées dans la vie commune au milieu du monde, ou dans l’état religieux sous ses différentes formes. 2. Raison d’être du renoncement évangélique. — 1» La nécessité d’une lutte défensive et offensive contre la triple concupiscence qui s’oppose en nous à la pra­ tique de la vertu et de la perfection chrétienne; triple concupiscence que saint Jean caractérise par ces trois mots : concupiscentia carnis, concupiscentia oculorum el superbia vitæ. I Joa., II, 16. Si l’homme était resté dans l’état de justice originelle où Dieu l'avait primitivement établi, ses sens intérieurs et extérieurs auraient toujours été, en vertu du privi­ lège divin, parfaitement soumis à la sage direction de la raison, tant qu’elle aurait elle-même persévéré dans sa conformité à la loi divine. Cette soumission aurait existé sans aucun effort et sans aucun combat, par le simple commandement de la volonté, alors maîtresse incontestée de tous les actes de la partie sensitive. S. Thomas, Sum. theol., 1*, q. xcv, a. 1-3. Par le péché originel transmis à toute la postérité d'Adam, ce privi­ lège de maîtrise absolue de la volonté sur les sens a été irrévocablement perdu. En conséquence, nos forces mo­ rales notablement diminuées et amoindries, en regard de ce qu elles auraient été dans l’état permanent d’inno­ cence, sont descendues au degré où elles auraient été dans l'état de pure nature. S. Thomas, Sum. theol., I* II», q. i.xxxv, a. 3. Avec la grâce sanctifiante, nous ne recouvrons point le domaine de la volonté sur les sens. La concupiscence reste en nous avec cette inten­ sité qui est la conséquence même de notre nature; elle se manifeste par les sollicitations de la partie sensitive, qui peuvent être excitées en nous avant toute prévision de l’intelligence, avant et même malgré tout consente­ ment de la volonté. C’est là ce fomes peccati, triste héritage du péché originel et qui, à son tour, nous sol­ licite au péché. Concile de Trente, sess. V, Decretum de peccato originali, can. 5. La force native de celte con­ cupiscence insoumise à la raison, peut encore être augmentée par des fautes et, à plus forte raison, par des habitudes personnelles qui donnent aux sollicita­ tions sensibles une force plus grande, en même temps qu'elles fortifient l’inclination opposée au bien. S. Tho­ mas, Sum. theol., 1“ II®, q. lxxxv, a. 1-3. Pour substi­ tuer à ces inclinations une direction habituelle et constante vers le bien, pour établir dans cette âme ces bonnes habitudes permanentes que nous appelons les vertus morales acquises, une lutte vigoureuse, parfois très pénible et très longue, est nécessaire. Ce n’est que par beaucoup d’actes répétés de résistance au mal et d'adhésion courageuse au bien, que l’on peut soumettre les inclinations auxquelles notre nature est plus vive­ ment sollicitée, surtout quand elles proviennent d'une habitude invétérée. S. Thomas, Sum. theol., la II®, q. Li, a. 3; q. i.xhi, a. 2; Quæsliones disputâtes, De virtutibus in communi, a. 9. 11 est évident que cette lutte devra être encore plus énergique et plus univer­ selle, si le but que l’on veut atteindre est non seule­ ment la vertu obligatoire sub gravi ou sub levi, mais aussi la perfection elle-même au sens défini à Particle précédent. Pour un but aussi relevé et aussi difficile à atteindre dans de telles conditions, une lutte simple­ ment défensive, quelque courageuse qu’elle soit, suffira difficilement. L’àme vraiment désireuse de parvenir au terme, devra s’imposer des sacrifices surérogatoires pour augmenter progressivement ses forces et diminuer celles de l'ennemi, jusqu’à ce qu'elle soit elle-même établie dans la disposition habituelle de faire prompte­ ment, facilement et constamment tout ce qui est agréable à Dieu. Même après avoir noblement conquis cette position, elle ne doit point se reposer dans l’inac­ tion, en face d’un ennemi vaincu et humilié, mais qui peut encore reparaître à toute heure. Or, celte lutte constante, défensive et offensive. né 2057 ASCÉTISME cessaireà tout chrétien pour acquérir la vertu et tendre à la perfection, qu’est-ce autre chose que le renonce­ ment évangélique, comme il a été précédemment dé­ fini? 2’ Une deuxième raison d’être du renoncement évan­ gélique, c'est, pour tout chrétien, le devoir de suivre les exemples de Jésus-Christ, dont la vie tout entière, depuis la crèche jusqu’au Calvaire, n’est qu’un renon­ cement et un sacrifice continuels. Ètre chrétien, c’est imiter Jésus-Christ: vivre en parfait chrétien, c’est se conformer en tout aux exemples de Jésus-Christ. Matth., x, 38, xvi, 24; Marc., vnt,34; Luc., ix, 23; xtv, 27,33; Rom., vt, 3-23; vin, 17, 29; Gai., m, 27; Eph., iv, 2432; Col., m, 10. 12; I Pet., II, 21. Or, ce qui est le plus manifeste et le plus caractéristique dans la vie de Jésus-Christ, c’est le renoncement constant, universel, absolu, qu’il pratique par arnour pour nous, et qu'il porte à sa suprême perfection par le sacrifice de la croix. Ps. xxi; xxxix, 7, 8; Is., lui; Luc., xn, 50; Joa., x. 11, 18; Hebr.. ix, 11-28; x. 5-14. Cette immolation volontaire pour l’humanité coupable est le but principal de sa venue Sur la terre; c’est son œuvre principale en ce monde; aussi dès que cette sublime mission reçue de son Père est entièrement remplie, il quitte ce monde, après s'être rendu le suprême témoignage que tout est consommé. Joa., xix, 30. Cf. Bossuet, Sermon sur la nécessité des souffrances, Œuvres complètes, Paris, 1836, t. i, p. 498. Le chrétien parfait doit donc imiter cet amour de Jésus pour le renoncement sous peine de n’être point reconnu par son Mailre comme un fidèle disciple. Matth.. x, 38; Rom., vin, 17; Hebr., xit. 1, 2; I Pet., n. 21. S'il aime véritablement Jésus-Christ, il ne s'arrêtera point à ce qui lui est strictement commandé, il ne se contentera point de soull'rir avec résignation toutes les peines ou épreuves qui lui sont envoyées par la divine providence. 11 s’imposera lui-même, autant que la pru­ dence chrétienne le lui permet, des souffrances qui lui donneront une conformité plus grande avec le divin Sauveur. De imitatione Christi. 1. IL c. xi, xn ; S" Thé­ rèse, Le château intérieur, septième demeure, c. iv ; Œuvres, Paris, 1859, t. m, p. 560 sq. Or, cette vie de souffrances, acceptée paramour pour Jésus et pour l'imi­ ter plus parfaitement, qu’est-ce, sinon la pratique du renoncement évangélique sous sa forme la plus noble? 3° Une troisième raison d’être du renoncement évan­ gélique, c’est sa valeur particulièrement méritoire et satisfactoire pour nous-mêmes et pour le prochain. Comme cette vérité n’est point acceptée par la théologie I protestante, cf. Realencycklopâdie für proteslantische Théologie und Kirche, Leipzig, 1896. à l’article Askese, par R. Seeberg, il est nécessaire que nous montrions la place qu’elle tient dans l’enseignement catholique, sans que nous ayons, cependant, à démontrer ici les principes dogmatiques sur lesquels elle repose. I. C’est une vérité de foi que tous les actes accomplis pour Dieu par une âme en possession de la grâce sanc­ tifiante, peuvent lui mériter la récompense éternelle et les dons surnaturels nécessaires ou utiles pour y par­ venir. Concile de Trente, sess. VI, can. 32. Il est égale­ ment certain que nous ne pouvons mériter pour autrui, du moins en ce sens qu’il convient à la libéralité divine d’exaucer les supplications des âmes qui lui sont unies parla charité. Mais ce résultat n'est point infaillible, car Dieu ne s'est point obligé à changer, par une sorte de miracle, l'ordre habituel de sa providence, pour tou­ cher. par des moyens exceptionnels, la volonté d’un pécheur obstiné dans le rnal. S. Thomas, Sum. theol., ï* II», q. cxiv, a. 6; II» II®, q. lxxxiii, a. 7, ad 2“">. Nous n’avons point à réfuter ici la thèse contraire, généralement soutenue par les protestants. Nous remar­ querons seulement qu'elle découle de cette supposition affirmée, mais non prouvée, que l’homme, par suite du 2058 péché originel, n’a plus aucune liberté véritable, qu'il ne reçoit, par la justification, aucun principe intérieur de vie surnaturelle et qu’il ne peut, en conséquence, produire, dans l'ordre surnaturel, aucune action v ritablement sienne, digne d'une récompense proportion­ née, c'est-à-dire d'une récompense surnaturelle. Si l'on admet, avec la doctrine catholique, que l'homme n’a point perdu, par le péché originel, sa liberté naturelle etquela grâce sanctifiante lui est donnée comme prihcipe intérieur de vie pour produire, dans cetordre.des actes véritablement libres et personnels, bien que faits avec le secours de la grâce, on devra conclure que rien ne s'oppose à ce que de tels actes soient méritoires, suivant leur nature et suivant la fin à laquelle ils ten­ dent, c’est-à-dire méritoires de la récompense éternelle et des grâces qui y conduisent. S. Thomas, Sum. theol., I* 11», q. cxtv, a. 1-3. 2. Si l’on admet, avec saint Thomas, que l’amourdivin est. dans les actes des âmes justes, la cause immédiate de leurs mérites, on doit conclure que ces méritessont d’autant plus considérables que l’amour divin est plus intense. S. Thomas, Sum. theol., 1“ II®, q. cxtv, a. i. Sans doute un amour très intense peut animer des actions en apparence minimes; mais, toutes cho-e: égales, la grandeur objective du sacrifice olfert à Dieu suppose et en même temps manifesle, dans l'acte luimême, une plus grande intensité de l’amour divin, sui­ vant l’enseignementde saint Thomas: Martyri uni autem inter omnes actus virtuosos maxime demonstrat per­ fectionem chart tatis : quia tanto -magis ostenditur aliquis aliquam rem amare, quanto pro ea rem magis amatam com temnit, et remmagis odiosam eligitpati. Sum. theol., 11“ II®. q. cxxtv, a. 3. Aussi, d’après le même docteur, magnitudo laboris pertinet ad augmen­ tum meriti. Sum. theol., 1« II®, q. cxiv, a. 4, ad 2““. En ce sens, on doit attribuer une grande valeur méritoire objective aux actes de renoncement qui sont, par leur nature même, des actes pénibles, exigeant de notre part un sacrifice parfois très considérable, surtout quand il est renouvelé fréquemment ou même incessamment continué. 3. Il est également certain, suivant la doctrine catho­ lique, que toute âme juste peut offrira la justice divine une véritable satisfaction pour les peines temporelles qui restent souvent à expier après la réception de la grâce sanctifiante.Concile de Trente, sess. XIV.c. vin i t can. 12-14. On peut aussi, en dirigeant son intention, faire bénéficier de ces satisfactions, le prochain qui est en état de grâce. S. Thomas, Sum. theol., Supplem., q. xm, a. 2. Pour qu’une action puisse être ainsi -atisfactoire, il faut qu’eile puisse ètre considérée comme ayant le caractère d’une peine, soit par sa nature in> me. comme tousles actes de mortification extérieure: s toutes les indications qui viennent d’être donnés sur l’ascétisme non chrétien, nous pouvons conclure qu’il présente, extérieurement du moins, certain· - r· blances générales avec l’ascétisme chrétien, notimn.· nt dans l’observance de l’abstinence, du jeûne et d : s mortifications corporelles, et dans la pratique d.· vreté, du célibat, et même d’une vie commun, —i semblable à la vie monastique. Ces ressemblait» - : résultent pas nécessairement d'une influence directe exercée par l’un ou l’autre de ces ascétismes, influence qu'il n’est, d’ailleurs, point facile d'établir par des docu­ ments positifs. Elles peuvent s'expliquer suffisamment par les trois observations suivantes, dont nous n’avons pas à démontrer la vérité. 1° Il peut y avoir, en dehors du christianisme, quelque connaissance, plus ou moins parfaite, de certaines vérités religieuses et morales. 2« L’idée de s’imposer des souf­ frances et des privations volontaires, dans un but d'expia­ tion religieuse ou de simple éducation morale, peut se rencontrer et se réaliser, au moins imparfaitement, en dehors du christianisme. 3° Les expressions ou les ma­ nifestations extérieures de cette idée religieuse ou r. >rale peuvent facilement revêtir certaines formes com- 2067 ASCÉTISME munes, imposées par la condition même de l’homme et par la nature des sentiments à exprimer. Car s'il est naturel à l'homme que ses sens soient associés aux actes et aux dispositions de l’âme, avec cette constante unifor­ mité qu’exige essentiellement chacun de ses actes, il doit en être de même pour ce qui concerne les devoirs reli­ gieux. S. Thomas, Sum. theol., Il» H», q. i.xxxi,a.l.D’où, dans toutes les religions, cette similitude fondamentale dans les pratiques extérieures et les cérémonies du culte religieux, vrai ou faux, chrétien ou non chrétien. P. de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des reli­ gions, 2e édit., Paris, 1886, p. 249 sq. La même conclu­ sion s’impose dans les cas où la volonté, bien résolue à expier toutes ses fautes et à soumettre entièrement à son empire les sens rebelles, exige qu'ils participent eux-mêmes à l’exécution de ces généreuses détermina­ tions. Cette participation du corps, commandée par la volonté, prendra naturellement la forme de quelque pri­ vation ou austérité corporelle, dans la nourriture, le vête­ ment, l’habitation ou le genre de vie. D'où cette ressem­ blance générale que l’on observe dans les manitestations extérieures de tout ascétisme, chrétien ou non chrétien. Cette ressemblance peut être poussée encore plus loin. Pour réaliser plus parfaitement ses projets de mortifica­ tion corporelle, l'homme, naturellement sociable, peut être facilement incliné à rechercher dans une sorte de vie commune un secours et une force qui aident et soutiennent sa faiblesse. Ainsi peut s’expliquer, en dehors de toute influence chrétienne, la formation de communautés ascétiques non chétiennes présentant quelques analogies avec les institutions monastiques de l'Église catholique. P. de Broglie, op. cit., p. 254, 282; dom Butler, op. cit., p. 22 sq. ; J. Mayer, op. cit., p. 45 sq. Ces considérations générales suffisent pour expliquer les ressemblances générales entre les deux ascétismes, chrétien et non chrétien. Quant à la question de fait : y a-t-il eu â une époque déterminée, dans telle région par­ ticulière, une influence positive de l'ascétisme chrétien sur l’ascétisme non chrétien, ou réciproquement? elle ne doit pas être résolue, d'après une thèse préconçue, ni dans un sens ni dans l'autre, mais uniquement d’après des documents certains. Dans l’état actuel de la science historique, ce travail critique, pour tout l’ensemble de la question, ne paraît guère possible. J. Mayer, op. cit., p. 39-46. III. DIFFÉRENCES ENTRE L’ASCÉTISME CHRÉTIEN ET l'ascétisme NON chrétien. — î. Différences entre l'as­ cétisme chrétien et l’ascétisme juif. — Dans les des­ seins de Dieu, la religion juive, plus encore que la religion primitive, devait servir de préparation à la religion chrétienne. Aussi ses observances religieuses étaient-elles comme une ébauche encore lointaine de ce qui devait être réalisé, d’une manière beaucoup plus parfaite, dans la société chrétienne. S. Thomas, Sum. theol., I» II”, q. ci, a. 2, 4. Pour la même raison, les pratiques ascétiques, communes à tout le peuple juif ou spéciales à quelques ascètes, doivent être considérées comme une préparation à l’ascétisme chrétien. Mais ce n’est qu'une préparation encore bien imparfaite. Cette imperfection ressort évidemment : 1» du petit nombre d’ascètes proprement dits parmi les Juifs véri­ tablement fidèles; car on ne peut réellement donner ce nom qu'aux nazir et, en un certain sens, aux membres des communautés de prophètes; 2“ du genre de vie de Ces ascètes, qui ne connaissaient ni la vie érémitique proprement dite, ni la vie monastique avec tout ce qui la constitue véritablement, l'obligation du célibat, la règle, les vœux et l’autorité monastique; sous ce rapport, les communautés esséniennes elles-mêmes restent en­ core loin de la vie monastique véritable; 3° du peu d'in­ fluence exercée par l’ascétisme juif, qui ne parait point avoir rendu de services importants au peuple juif dans l'ensemble de son histoire, et dont ou ne voit aucune 2068 trace évidente dans tout l’Ancien Testament; car si la secte pharisienne a joué un rôle important dans l'his­ toire religieuse et politique des derniers temps du ju­ daïsme et a formé le rabbinisme, les esséniens, trop peu nombreux et trop retirés des affaires publiques n'ont pas influé beaucoup, sinon par l'exemple, sur leurs contemporains. 2. Différences entre l’ascétisme chrétien et l’ascétisme non chrétien, considéré surtout dans deux formes prin­ cipales, l'ascétisme philosophique et bouddhique. — Dans cette étude comparée, nous devons considère” l'ascétisme chrétien dans l’ensemble de son histoin abstraction faite de défaillances individuelles ou d'abus partiels dont l'ascétisme chrétien ne peut être tenu res­ ponsable. Quant à l’ascétisme non chrétien, nous n'exa­ minerons que ses deux manifestations principales : l’ascétisme philosophique, pythagoricien, stoïcien et néo-stoïcien ou néo-platonicien, et l'ascétisme boud­ dhique. Pour mieux faire ressortir les différences réelles de ces deux ascétismes, chrétien et non chrétien, nous les jugerons, l'un et l'autre, d'après leurs effets les plus manifestes, leurs effets sociaux, c'est-à-dire les services matériels, intellectuels et moraux que l'un et l’autre ont rendus à la société. Après avoir rappelé les faits histo­ riques, nous indiquerons les conclusions qui en décou­ lent naturellement. Les faits historiques peuvent se ramener aux quatre suivants : 1. Travail manuel. —i" L’ascétisme chrétien, particu­ lièrement l’ascétisme monastique, a hautement proclamé et fidèlement pratiqué le devoir du travail manuel, soit à raison de son influence moralisatrice et préservatrice, soit comme moyen de se procurer des ressources pour distribuer des aumônes plus considérables. S. Pakhôme, Regula, 5, 7, P. L., t. xxm, col. 66; S. Basile, Regulæ brevius tractatæ, interrog. 69. P. G., t. xxxi, col. 1131; Regulæ fusius tractatæ, interrog. 37, 41, P. G., t. xxxt, col. 1009, 1021; S.Jean Chrysostome, In Matth., homil. vm, P. G., t. lvii, col. 87; De sacerdotio, 1. VI, n. 6, P. G., t.XLVin, col. 682; S. Épiphane, Expositio fidei,ΊΛ, P. G., t. XLH, col. 830; Adv. hær., i.xxx, P. G., t. xt.ti, col. 766; S. Jérôme, Epist., exxv, ad Rusticummonach., n. 11, P. L., t. xxn, col. 1078 sq.; Epist., exxx. ad Deme­ triadem, n. 15, P. L.. t. xxn, col. 1119; S. Augustin. De opere monachorum, P. L., t. XL, col. 547-582; S. Nil, De voluntaria paupertate, 41, 42, P. G., I. lxxix, col. 1019; Epist., 1.1, epist. cccx, P. G., t. lxxix, col. 195; S. Isi­ dore de Péluse, Epist., 1.1, epist. xlix, P. G., t. lxxvih, col. 211-214; S. Benoit, Regula, c. XLV11I, P. L., t. t.xvt, col. 703, 704; dom Besse, Le moine bénédictin, Ligugé, 1898, p. 185 sq.; Les moines d’Orient, Paris, 1900, p. 335 sq.; G. Goyau. Le rôle social du monastère au moyen âge, dans la Quinzaine du 1" mai 1901. On sait d'ailleurs quelle profonde influence a eue sur la société, au point de vue de l’habitude du travail et de la diminution des rigueurs de l'esclavage antique, cet exemple universel et constant des ascètes chrétiens. P. Allard, Les esclaves chrétiens, 3e édit., Paris, 1900, p. 469-476. Si quelques moines, comme les massaliens, ont voulu, sous prétexte de mysticisme, se soustraire â l'obligation du travail, leur conduite, universellement blâmée, n'a servi qu’à mieux faire ressortir la fidélité du reste des moines. S. Épiphane, Adv. hær., lxxx, P. G., t. xi.ii, col. 742-766; S. Cyrille d'Alexandrie, Adv. anthropomorphitas, P. G., t. l.xxvi, col. 1076 sq. ; Verba senio­ rum, P. L., t. Lxxm, col. 768, 807. 2° Ce que l’ascétisme philosophique non chrétien a pensé et accompli, sous ce rapport, est bien manifeste dans l’histoire de la civilisation païenne. Considéré dans son ensemble, il n'a pas su s'élever au-dessus de ce'préjugé commun, partagé par les plus grands philo­ sophes de l'antiquité, et qui considérait comme indigne >8 2069 la ό un homme libre l’exercice du travail manuel et des industries qui s’y rattachent. P. Allard, op. cil., p 1181 sq. En ne combattant point l’antique préjugé contre le travail manuel, en l'entretenant même, par ton approbation formelle, l'ascétisme philosophique a contribué, pour sa part, à perpétuer le grand obstacle â la destruction de l’esclavage. Les nobles protestations émises par quelques-uns de ses meilleurs représentants sont restées sans aucun effet pratique. Tant que l'on proclamait le travail manuel une occupation exclusive­ ment réservée aux seuls esclaves, l’esclavage était une nécessité sociale, car aucune société ne peut exister sans le travail manuel. P. Allard, op. cil., p. 383. 3' Quant à l’ascétisme bouddhique, il a constamment ignoré l’obligation et la pratique du travail manuel, Hardy. Der Buddhisnius nach âlleren Pali-Werken, Munster, 1890, p. 80 sq. ; R. Falke, Buddha, Moham­ med, Christus, ein Vergleich der drei Personlichkeiten und Hirer Beligionen, Gütersloh, 1897, t. n, p. 167, 209; Oldenberg, Buddha, sein Leben,seine Gemeinde, 3’édit., Berlin, 1897, p. 147; soit parce que ces occupations ne sont d'aucune utilité pour la science du vrai bonheur, K>it parce qu’elles constituent assez, fréquemment une occasion de tuer quelque être vivant, ce que réprouve b doctrine bouddhique de(la métempsycose. 2. Bienfaisance et assistance matérielle. — 1° L’ascét.-me chrétien, particuliérement l’ascétisme monastique, s'est rendu très utile à la société par beaucoup d'œuvres de charité corporelle, comme de fréquentes distributions d'aumônes, l’hospitalité à l'égard des voyageurs et des etrangers, l’assistance el le soin des malades à domicile on dans des hospices fondés par la charité chrétienne. S uivent aussi, les ascètes chrétiens intervinrent, par cnarité, auprès des empereurs, des princes ou de leurs représentante, en faveur des intérêts matériels de leurs concitoyens. S. Macaire, Régula, 20, P. L., I. cm,col.450; S. Pakhôme, Begula, 50, 51. P. L., t. xxm, col. 70; S. .lean Chrysostome, In Matth., homil. i.xxii, n. 3, 4, P. G., t. Lvm,col. 671; S. Basile, Begulse brevius trac­ tatu·, interrog. 87, 91, 92, 100, 101, 181, 271, 302, P. G., t. xxxi, col. 4139, 1146, 1151, 1203, 1231, 1295; Pallade, Hist, lausiaca, ci, cxtv, cxvt, P. G., t. xxxiv, col. 1205 sq., 1221 sq.; Sozomène, H. E., 1. 111, c. xvt, P. G., t. lxvii, col. 1091 sq. ; Théodoret. Belig. hist., tv, x, xiv, xvn, P. G., t. lxxxii, col. 1342, 1390, 1411, '1423; de Moiitaleinbert, Les moines d’Occident, Paris, I860, t. i, p. i.vn-Lvx, i.xvin-i.xxiv; Marin, Les moines de Cons­ tantinople, Paris, 1897, p. 61-72; P. Allard, Saint Basile, Paris, 1899, p. 106-112; dom Besse, Les moines d'ijrienl, Paris, 1900, p. 445-453. 2 L’ascétisme philosophique non chrétien a quel­ quefois proclamé, d’une manière éloquente, par l'or­ gane de ses meilleurs représentants, le devoir d’aimer tous les hommes. Sénèque, Be clementia, 1. I, c. m; 1. 11. c. vi ; De ira, I. I, c. v; 1. Il, c. xxxt; De benefi­ cas. 1. VII, c. t; Epist., xlvii; Épictète, Entretiens, 1. 13; Hannot, Essai sur la morale stoïcienne et ses conséquences au point de vue de la civilisation, Bruxelles, 1880, p. 47 sq., 55-58; Ogereau, Essai sur le éqtteme philosophique des stoïciens, Paris, 1885, p. 237; Cm.dlet, La morale stoïcienne, Paris, 1898, p. 259 sq. Il a « gaiement prononcé de belles paroles sur la pratique l'aumône. Sénèque, De clementia, 1. Il, c. vi ; De :·ι,ι beata, 24; Epist., xcv; Epictète, Fragments, cvm; Marc-Aurèle, Pensées, 1. XII, c. xxvi; de Champagny, Les Césars, 5e édit., Paris, 1876, p. 244; Hannot, op. at., p. 45. Mais on ne voit aucune preuve réelle de sa bienfai­ sance â l’égard des nécessiteux de tout genre; la pra­ ti pie de l’aumône ne lui est point connue; et il reste complètement étranger à toute œuvre d'assistance. Aussi. en présence des plus grandes infortunes, Sénèque La d'autre remède à conseiller que le suicide, moyen ι'P s. ’S e ι­ ASCÉTISME 2070 providentiel qui est toujours à la disposition des mal­ heureux. Sénèque, Consolatio ad Marciam, 20; Epist., lxx, lxxvii; De providentia, 6; De ira, 1. 111. c. xv; P. Allard, Les esclaves chrétiens, p. 170-172; Id., Etudes d’histoire el d’archéologie, Paris, 1899, p. 84-90. 3° L’ascétisme bouddhique ne connaît point la charité proprement dite. Ce qu’il recommande et pratique n’est que l’absence de haine, même à l'égard des ennemis, comme aussi l’absence de tout amour quel qu’il soit, fût-ce même l'amour de la famille. Le motif de cette double pratique purement négative est l’amour intéressé de soi-même et le désir de s'épargner les souffrances inséparables de tout amour ou de toute haine, et de se faciliter l’accès du nirvana. Monier Williams, Bud­ dhism, Londres, 1889, p. 131,143-146; Falke, op. cit., t. n, p. 204 sq.; Oldenberg, op. cit., p. 335 sq.; Schrœder, Buddhisnius und Christenthum, was sie gemein haben und was sie unlerscheidet, 2« édit., Reval, 1898, p. 26-32. Si l'on rencontre chez les peuples bouddhistes, particulièrement à certaines époques, des institutions humanitaires, on n'a point de preuve qu'elles sont dues à l’influence des ascètes bouddhistes. Car ceux-ci, d'après les documents que nous possédons, paraissent n'avoir donné aucun concours à ces œuvres de bienfaisance et d'assistance, du moins à l’égard des laïques. Ils se sont contentés de prêcher la nécessité de l’aumône que leur doivent leurs coreligionnaires et de la recevoir réguliè­ rement. Oldenberg, op. cit., p. 346; de Groot, Le code du Mahâyàna en Chine, son influence sur la vie mona­ cale et sur le monde laïque, Amsterdam, 1893, p. 126, 129, 131 ; Kern, Histoire du bouddhisme dans l’Inde, trad, franc., Paris, 1901, t. i, p. 460. 3. Activité intellectuelle. — 1° Les ascètes chrétiens, surtout les moines, ont attaché une grande importance à l’étude de ce qui pouvait leur être utile, particulière­ ment à l'étude de la sainte Écriture, soit comme prépa­ ration à la contemplation des choses divines, soit comme moyen d’exercer autour d’eux un apostolat plus fruc­ tueux. S. Pakhôme, Begula, 139, 140, P L., t. xxm, col. 78; S. Basile, Epist., n, ad Gregoriupi theol., P. G., t. xxxii, col. 229 sq.; S. Jean Chrysostome, Comparatio regis cum monacho, n.‘2, P. G., t. xlvii, col. 389; In Matth., homil. lxviii, n. 5, P. G., t. lviii, col. 646; inl Tim., homil. xiv, n. A,P. G.,t. LX1I, col. 576; S. Jérôme, Episl., cxxx, ad Demetriadem, n. 15, 20, P. L., t. xxn, col. 1119,1124; Rufin, Hist, monach., xxt.P. L., t. xxi, col. 444; Pallade, Hist, lausiaca, xxi, cxliii, P. G., t. xxxiv, col. 1063, 1240. Cette estime des moines chré­ tiens pour l’étude les porta à s’imposer le pénible tra­ vail de transcription des manuscrits, soit de la Bible soit des écrits des Pères ou même d’autres ouvrag. Pallade, Hist, lausiaca, xxxix, P. G., t. xxxiv, col. 1103; S. Jean Chrysostome, In I Tim,, homil. xiv. n. 4, P , . t. LXll, col. 576; S. Jérôme. Epist., cxxv, ad Rusli . .. monach., n. 11,P. L., t. xxn, col. 1079; Marin, y·. . .t , p. 401-409; dorn Besse, op. cit., p. 378-395. 2“ Quant aux ascètes philosophes, il est évident leur étude â notablement différé de celle des asc· : s chrétiens dans son objet et dans son motif; et il est non moins évident, comme nous le montrerons bientôt, qu’elle n'a point contribué, comme pour les ascètes chrétiens, à aider leur influence morale sur la société qui les entourait. Chollet, op. cit., p. 236 sq. 3“ L’ascétisme bouddhique n'a jamais donné, dans ses règlements monastiques, aucune place au travail intel­ lectuel ou à l’étude, en dehors de la lecture ou récita­ tion de la loi ou Dharma. Monier Williams, op. cit., p. 83; Hardy, op. cit., p. 81; Oldenberg, op. cit., p. 471 sq. Une seule connaissance lui importe, celle des quatre grandes vérités du bouddhisme sur la souffrance, ses causes, sa cessation et les moyens d’obtenir cette cessation. Toute autre connaissance lui est indifférente et n'est de sa part Tobjet d'aucune recherche. Moat-r 2071 ASCÉTISME 2072 productrices, c’est-à-dire des deux ascétismes, chrétien et non chrétien. Telle est la conclusion évidente des faits historiques. Quant à l'explication théologique de ces différences in­ times, elle ressort clairement de toute celte étude. D'une part, l'amour de Dieu et la charité véritable à l’égard du prochain dirigeant la volonté et lui inspirant, pour des motifs surnaturels, la pratique généreuse du renonce­ ment évangélique intérieur et extérieur, non seulement dans ce qui est strictement requis par la loi chrétienne, mais encore dans ce qui est simplement conseillé par l'Evangile. D’autre part, l'amour de soi-même et de son bonheur personnel que l’on place dans la parfaite éga­ XXXI. XLVII, CI.XXIV, CLXXV, CXCI, CCCCLXXXIH, CCCCI.XXXVII, lité des passions ou dans l'absence complète de toute cccclxxxix, ccccxc, P. G., t. lxxviii, col. 202. 211, douleur, amour égoïste qui est le principe et le terme 295,298, 306, 446, 450 ; par leurs prédications aux chré­ final de toute la vie morale contrairement aux droits tiens et aux païens, et par leurs écrits en laveur de stricts du souverain maître de tous les hommes, et aux l’orthodoxie, pour laquelle ils eurent souvent à subir de presciptions ou recommandations de la véritable charité envers le prochain. longues et pénibles épreuves. S. Athanase, Vita S. Anto­ nii, 70, P. G., t. xxvi, col. 942 sq. ; S. Jean Chrysostome, 3. Differences entre l'ascétisme catholique et l'ascé­ Comparatio regis cum monacho, n. 2, P. G., t. xi.vii, tisme des sectes hérétiques ou dissidentes. — Sans col. 389; Epist., lv, cxxn, cxxvi, ccxxi, P. G., t. lu, répéter l’étude comparée que nous venons d'esquisser col. 639, 676, 685, 732; S. Grégoire de Nysse, De vita pour l'ascétisme non chrétien, nous indiquerons seule­ S. Ephrem Syri, P. G., t. xlvi, col. 834 sq.; Rufin, ment trois différences extérieures principales entre H. E., 1. 11, c. tx, P. L., t. xxr, col. 518; Théodoret, l'ascétisme catholique et celui des sectes hérétiques ou Belig. hist., i, vt, xn, xxi, xxvi, xxvm, P. G., t. lxxxii, dissidentes : 1· En fait, l’ascétisme de la. plupart de ces col. 1293, 1359, 1391, 1398. 1447, 1471-1482, 1490; sectes s'élève bien rarement jusqu’à la hauteur de cet Sozoméne, II. E., 1. II, c. v; 1. VI, c. xx. P. G.,t. lxvii, ascétisme spécial que l’on appelle anachorétisme ou col. 947, 1342 sq. monachisme proprement dit, c’est-à-dire vie monastique 2° L’ascétisme philosophique non chrétien paraît avoir véritable,comprenant les vœux, l’obligation permanente, restreint son zèle à quelques disciples choisis qui, seuls, la règle et l’autorité monastique. 2° L'ascétisme des sectes ont pu profiter de son enseignement et de sa direction. hérétiques ou dissidentes paraît avoir exercé peu d'in­ II ne s’est point préoccupé d’exercer son apostolat en fluence bienfaisante sur la société. Dans les premiers faveur de la grande masse de la société, qu’il ne croyait siècles, les sectes gnostiques et manichéennes, comme point capable de recevoir sa formation. D’ailleurs, il plus tard les albigeois, au XIII· siècle, ont été surtout proclamait l’inutilité de toute lutte ou protestation contre nuisibles à la société par leur répudiation des fins natu les coutumes établies. Épictète, Manuel, c. xlvi ; G. Bois­ relies du mariage et par les graves excès qu'elles ont sier, La religion romaine d'Auguste aux Antonins, autorisés. Au moyen âge, l'ascétisme des vaudois et des Paris, 1892, t. il, p. 28-31. 45; Chollet, op. cil., p. 266flagellants n'a rien réformé, ni produit aucun bien réel 271. dans la société; il n’a guère servi qu’à propager des 3’ Les moines bouddhistes, aux différentes époques erreurs funestes à la société, en ruinant le principe de leur histoire, ne paraissent ‘pas avoir exercé d’autre d’autorité et en inclinant à se dispenser d'obligations apostolat à l’égard des laïques que celui des recomman­ morales absolument nécessaires. Dans la période mo­ dations morales qu’ils ont pu faire dans leurs visites de derne, la répudiation de l’ascétisme par le protestan­ quête à domicile, Oldenberg, op. cil., p. 346 sq., ou tisme orthodoxe a détruit, dans beaucoup d ames, les que celui de l’éducation des enfants qui pouvaient être plus belles manifestations de la vie chrétienne et a placés, pour un temps assez court, dans leurs monas­ supprimé en même temps, au grand détriment de la tères. L. Féer, à l’art. Bouddhisme, dans la Grande société, des institutions très utiles au bien matériel ou Encyclopédie, Paris (en cours de publication). Cet apos­ moral des individus, des familles et des peuples. Cette tolat très restreint ne semble pas avoir exercé une in­ perte si considérable pour la société n’a point été com­ fluence sérieuse sur la conservation du bouddhisme, ni pensée par les efforts louables de quelques âmes géné­ sur les mœurs des peuples qui l’ont accepté au moins reuses, qui ont cherché à donner au protestantisme, et partiellement. C’est ce que témoignent particulièrement comme malgré lui, une direction ascétique, avec une l’histoire de la décadence progressive du bouddhisme tendance prononcée vers des œuvres de bienfaisance, dans l’Inde jusqu'à sa disparition presque totale vers le d’assistance et de réforme sociale. Ce bien partiel et vu' siècle et l’histoire de ses altérations multiples dans très limité, provenant, non des principes du protestan­ les autres pays où il s'est propagé. Monier Williams, tisme, mais plutôt d’un retour encore incomplet vers la op. cil., p. I 47-171; Zockler, op. cil., t. I, p. 61-78. vérité chrétienne, ne fait que mieux ressortir les ser­ Conclusion. — L’ascétisme chrétien, considéré dans vices beaucoup plus considérables rendus par l’ascé­ son ensemble, en dehors de quelques fautes individuelles tisme catholique. 3" Si nous considérons l'ensemble de ou de quelques abus partiels, a exercé une heureuse l'histoire, l’ascétisme des sectes hérétiques et dissi­ influence sur tous les peuples, par les innombrables dentes, quelle que soit l'influence sociale que l'on veuille services matériels, intellectuels et moraux qu'il leur a lui attribuer, ne l'exerce point d'une manière univer­ constamment et universellement rendus. L'ascétisme selle, quant au temps et quant aux lieux, comme l'ascé­ non chrétien, dans ses deux formes principales, philo­ tisme catholique. Ses bienfaits, dans la mesure res­ treinte où ils existent, sont limités à certaines régions sophique et bouddhique, considérées dans l'ensemble et à certaines époques, tandis que l'influence de l'ade leur histoire, n’a eu presque aucune influence sur la grande masse du peuple pour son bien matériel, in­ tisme catholique rayonne dans tous les pays de la terr-, tellectuel ou moral. Des différences aussi profondes et pendant toute la durée de l'histoire de l’Eglise. aussi universellement constantes entre les effets sociaux III. Quelles formes principales l'ascétisme chezde l’ascétisme chrétien et ceux de l'ascétisme non chré­ tien A REVÊTUES DEPUIS L’EUE CHRÉTIENNE. — I. PO1N 7 tien, ne peuvent véritablement s'expliquer que par une DE DÉPA RT : l.’ASCÉTISME DANS LE SOU VEAU TESTA .VEN 7 différence nielle dans la nature intime des deux causes ' — 1. L’ascétisme dans l’Évangile. — 1° Trois pratiques Williams, op. cit., p. 99; Hardy, op. cit., p. 140; Falke, op. cit., t. n, p. 208 sq. 4. Apostolat et influence sociale. — 1° Les ascètes chrétiens, particulièrement les moines, exercèrent sur toute la société une influence considérable par l’attrait de leurs exemples, S. Jean Chrysostome, In I Tim., homil. xiv, n. 3, 4, 5, P. G., t. lxii, col. 575 sq.; In Matth., homil. i.xvm, n. 3, 4.5, P. G., t. lviii, col. 643 sq. ; par leur haute autorité morale, dont ils ne craignaient point de se servir pour réprouver les scandales publics, pour avertir et reprendre les fidèles et même les princes, les prêtres et aussi les évéques, quand le bien de l’Êglise l'exigeait, S. Isidore de Péluse, Epist., I. I, epist. 2 2073 ASCÉTISME principales sont recommandées à tous les chrétiens : ï. la vigilance sur soi-même pour se préserver de toute défaillance, Malth., xxiv, 42; xxv, 13; xxvi, 41 ; Marc., xm, 33-37; xiv, 38; 2. le renoncement à soi-même et à ses inclinations, pour suivre Jésus-Christ parfaitement, Matth., x,38-40; xvi,24-26; Marc., vin,34; Luc.,xiv, 27; Joa., xn, 25; 3. le jeune, annoncé par Jésus-Christ comme devant être pratiqué par ses disciples, Malth., ix. 14, 15, et même déclaré nécessaire pour obtenir certaines faveurs, Matth., xvil, 20; Marc., tx, 28; mais dans lequel on évitera avec soin toute recherche de l'estime des hommes. Matth., vt, 16-19. — 2° Aux âmes plus désireuses de la perfection, Jésus recommande particuliérement le renoncement à tous les biens tem­ porels, Malth., xix, 21, 27; vin, 20-22; Marc., x, 28; Luc., ix, 57-62; xiv, 28-34, et la virginité perpétuelle. Malth., xix, 12. 2. L'ascétisme dans les Épîtres de saint Paul. — 1. Saint Paul recommande à tous les chrétiens : 1. la vigilance sur soi-même pour ne point défaillir. I Cor., xm. 13; Eph., vî, 18; 2. la lutte contre les inclinations rebelles de la nature, ou du vieil homme, ou de la chair, que le chrétien doit dompter et même crucifier, Rom., vi, 6-23; vu.23-35; vm. 5-13; xm, 14; 1 Cor., ix,24-27; Gai., v, 1-6. 16-26; Col., ni, 5; Phil., ni, 10, pour faire régner en lui-même les vertus de Jésus-Christ, Rom., xm, 14; Gai., v, 16; Col., ni, 10-16; c'est celte lutte que saint Paul a habituellement en vue, quand il parle du combat que tout chrétien doit soutenir. I Cor., tx. 24-27; Eph., vî, 12-18; Phil., m, 12; 1 Tim., iv, 7-8; vt, 12. Le texte grec I Tim., iv, 7, γύμναζε Ôè «αυτόν πρός εύσέδειαν, exprime plus fortement cette lutte. — 2° Aux âmes qui veulent être à Dieu sans par­ tage, saint Paul recommande la virginité perpétuelle. I Cor., vu, 25-40. II. DÉVELOPPEMENTS DES FORMES PRINCIPALES DE L ASCÉTISME DANS LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L’ERE chrétienne. — 1. Aperçu général sur le développe­ ment historique des trois formes principales d'ascé­ tisme. — 1° Ce qui constitue véritablement une forme distincte d’ascétisme ce n’est pas tant l’objet immédiat sur lequel il s’exerce, objet négatif ou positif, privations ou austérités corporelles, que le genre de vie dans lequel on pratique ces privations ou ces austérités. Sous ce rapport, on distingue trois formes principales d’as­ cétisme : 1. l’ascétisme pratiqué au milieu du monde, soit dans la vie commune, soit dans l’état de virginité embrassé volontairement par amour pour Dieu ; 2. l’as­ cétisme de la vie anachorétique ou érémitique, pratiqué dans la solitude, en dehors de toute relation habituelle avec le monde; 3. l’ascétisme de la vie cénobitique ou monastique, pratiqué dans une communauté religieuse entièrement séparée du monde, ou l’on observe la vie commune, sous une règle déterminée. 2° La deuxième et la troisième forme d’ascétisme sont l'objet d'études particulières. Voir Anachorètes, col. 1134. et Monachisme. Nous ne les mentionnons ici que pour montrer la place qu'elles occupent dans l'ensemble de l'histoire de l’ascétisme. L anachorétisme chrétien, bien qu’il réponde à cert ines-aspirations du cœur humain et qu'il puisse s’autoriser de l’exemple de Jésus-Christ, passant quarante jours dans le désert, n’apparaît dans l'histoire de l’Église que dans la seconde moitié du m· siècle. La persécution de l'empereur Dèce, vers l’an 250, en fut plutôt l’occasion que la cause, comme le témoigne la suite des événe­ ments. Car même après toutes les persécutions, les solitudes de l'Égypte, de la péninsule du Sinaï, de la Palestine, de la Syrie et des autres régions orientales con­ tinuèrent à se peupler d’anachorètes. De même, vers le milieu du IVe siècle, en pleine paix de l’Église, la vie éréinitique se propagea dans tout l’Occident. Le cénobitisme ou monachisme naquit de l'anachoré­ 2074 tisme par une sorte de transformation naturelle. Des disciples nombreux accoururent autour des solitaires les plus renommés, comme saint Antoine et d’autres saints, pour profiter de leurs enseignements et de leur direction. D'abord on ne se réunissait autour du maître que pour recueillir sa doctrine, et l'on rentrait aussitôt dans sa solitude où chacun était sa propre règle. Un peu plus tard, on se rapprocha davantage d’une sorte de vie commune, au moins deux jours de la semaine, le samedi et le dimanche, ou l'on se réunissait pour la prière commune. Les avantages de ces réunions, joints aux inconvénients que pouvait souvent présenter un iso­ lement trop complet, conduisirent comme naturellement à la vie commune complète. Au commencement du IV' siècle apparaissent en Égypte les premières commu­ nautés monastiques fondées par saint Pakhômeâ Tabennisi, à Peboou, à Schénéslt et ailleurs. D'Egypte le monachisme se répand bientôt en Syrie, en Palestine, en Mésopotamie, en Arménie et particulièrement dans la Cappadoce et dans les provinces voisines, sous la direction de saint Basile. Presque à la même époque, le monachisme apparaît dans les Gaules avec saint Mar­ tin, vers 360, et se propage bientôt dans tout l’Occident. Ainsi, avant la naissance du monachisme, au commen­ cement du iv· siècle, et la première efflorescence de l’anachorétisme, vers l’an 250, l’ascétisme, pratiqué au milieu du monde, règne seul dans l'Eglise. A cause de cette situation spéciale pendant les trois premiers siècles, nous devons l'étudier à part, avec un intérêt d’autant plus grand qu’il est, en toute vérité, la source cachée d'où ont jailli plus tard les deux autres formes d'ascétisine. 2. État particulier de l'ascétisme des trois premiers siècles. — Ce que nous savons, d'après les documents actuels, sur l’ascétisme de celte période, peut se résu­ mer dans les points suivants : 1° D'après le témoignage de saint Justin, Apol., I, c. xv, P. G., t. vî, col. 350; d’Athénagore, Legatio pro chrislianis, c. χχχιιι, P. G., t. vî,col.966; de Minutius Félix,Octavius, c. xxxi,P.L., t. ni,col.337; deClément d'Alexandrie, Strom., 1. Ill,c. t, P. G.. t. vin, col. 1103; 1. III, c. xv, P. G., t. vin, col. 1198 ; d’Origène, In Jeremiam, hoinil. xtx, n. 7, P. G., L xm, col. 518; Contra Celsum, 1.1, c. xxvi, P. G., t. xi,col. 710 sq.; 1. VII, c. XLVIH,P. G., t.xi,col. 1491; de Tertullien, Apolog., c. ix, P. L., t. i, col. 379; De velandis virginibus, c. x, P. L., t. n, col. 951 ; De cultu feminarum, I. II, c. ix, P. L., 1.1, col. 1412. et de saint Cyprien, De habitu virginum, η. 3 sq., P. L., t. iv, col. 455 sq., il est certain qu’à cette époque un grand nombre de fidèles des deu;; sexes, dans l’espérance d’arriver â une union plus intime avec Dieu, observaient la continence parfaite et pratiquaient certaines absti­ nences, parmi lesquelles Origène mentionne particuliè­ rement l'abstinence de viande et de vin, InJerem.. hon.il. xix, n. 7, P. G., t. xm, col. 518; cette m-'-ineabstinsn avait déjà été fréquemment louée par Clément d'Alexan­ drie, Pœdag., 1. IL c. i, n, P. G., t. vm, col. 383 sq . 410 sq.; Strom., 1. VII, c. vî, vu, P. G.,t. ix,col. 447sq. 2° Le mot ascète, appliqué aux chrétiens, se rencontre pour la première fois dans le Pédagogue de Clément d’Alexandrie. Le divin Pédagogue, dans sa mystérieuse apparition à Jacob, le consacre comme lutteur ou ascète, ασκητήν, pour combattre le grand adversaire de l'huma­ nité et le supplanter; Jacob devient ainsi le modèle des généreux lutteurs ou ascètes qui veulent en ce monde le triomphe de l'âme sur le corps, et dans l’autre vie le triomphe éternel du ciel. Pædag., 1. 1, c. vin, P. G., t. vm, col. 318.,Ce même nom d’à-τκητή; est formelle­ ment appliqué par Origène à une catégorie particulière de chrétiens qui pratiquaient la continence et observaient certaines abstinences. In Jerem., homil. xtx, n. 7, P. G , t. xm, col. 518. 3° A cette époque les ascètes et les vierges consacraient 2075 ASCÉTISME Λ Dieu leur virginité ou leur continence d’une manière perpétuelle, en s’imposant devant Dieu une obligation véritable. Clément d’Alexandrie, Slrom., 1. ΙΠ, c. i, P. G., t. vin, col. 1103; 1. III, c. xv, col. 1198; Origène, In Levit., homil. m, n. 4, P. G., t. xn, col.428; S.Cy­ prien, De habitu virginum, c. rv, P. L.,t. iv, col. 455, 456; Epist., lxii, col. 381. Il paraît bien probable que les ascètes ne faisaient pas alors publiquement le vœu de continence perpétuelle. Car saint Basile, tout en exprimant le désir que ce vœu fût formulé expressément, nous dit que, de son temps, les moines eux-mêmes faisaient ce vœu κατά το σιωπώμενον. Epist., cxcix, P. G., t. xxxn, col. 720. Or, s’il en était encore ainsi des moines au temps de saint Basile, on peut conclure que l’usage était, bien proba­ blement, le même chez les ascètes des trois premiers siècles. Quant aux vierges, nous avons, depuis Tertullien, des témoignages positifs que leur consécration se faisait publiquement dans l’église ou devant la communauté assemblée; mais les documents contemporains ne nous fournissent aucun renseignement certain sur le cérémo­ nial adopté ni sur l’âge requis. De velandis virginibus, c. xiv, P. L., t. π, col. 957, 958. Au temps de saint Cyprien, il n’y a pas encore d’habit religieux obligatoire pour les vierges; le saint évêque se contente de leur détendre la recherche et l'ostentation. De habitu virgi­ num, c. v, xn, xvm, P. L., t.iv, col. 456-458, 462-470. La première mention de l'imposition de l’habit religieux dans la consécration des vierges, se rencontre dans saint Ambroise, De institutione virginum, 1. Ill, c. i, P. L., t. xvi, col. 219. 4° L’éloignement du monde, loué dans les ascètes par Clément d’Alexandrie, Quis dives salvabitur, c. xxxvi, P. G., t. ix, col. 642; Strom., 1. VII, c. vu, P. G., t. ix, col, 457, et parOrigéne, In Levit., homil. xi, n. 1, P. G., t. xn, col. 529 sq., se traduisait pratiquement à cette époque par une vie très retirée, sans qu’il y eût encore de manifestation évidente de l’anachorétisme. Le céno­ bitisme n’existait point non plus, bien qu’il y eût déjà une certaine tendance vers la vie ascétique en commun. Cette tendance se manifeste par les παρθενώνες ou com­ munautés de vierges, mentionnées par saint Athanase, Vita sancti Antonii, c. m, P. G., t. xxvi, col. 843, comme existant déjà à la fin du ni· siècle, et par l’essai de vie commune pour les ascètes, tenté par Hiérakas, vers la fin du ni· siècle. Zôckler, op. cit., t. i, p. 176178 ; E. Schiwietz. Das Ascetenlum der drei erstenchristlichen Jahrhunderte, dans Archiv fur katholisches Kirchenrecht, Mayence, 1898, t. lxxvhi, p. 305 sq. 5° La pratique de la pauvreté volontaire, en confor­ mité avec le conseil de Jésus-ChrisL Matth., xix, 21, et ainsi bien différente de celle que pratiquaient avec tant d’ostentation les anciens philosophes, est louée et recom­ mandée par Clément d’Alexandrie, Quis dives salvabi­ tur, c. xi, xn, P. G., t. ix, col. 615 sq., par Origène, In Matth., homil. xv, n. 15, P. G., t. xm, col. 1293 sq., et par saint Cyprien, De habitu virginum, c. xi, P. L., t. iv. col. 461 sq. Pour les ascètes et les vierges vivant dans le monde, le renoncement effectif à tous leurs biens était rarement possible. Beaucoup se contentaient suivant la recom­ mandation de saint Cyprien, foc, cil., de pratiquer le détachement affectif, auquel ils joignaient une grande modération dans l’usage de leurs biens et une grande générosité dans leurs aumônes. Quelques-uns cepen­ dant, suivant à la lettre la recommandation de JésusChrist, renonçaient réellement à tous leurs biens, pour se consacrer entièrement au service du Seigneur. Au té­ moignage d’Euscbe de Césarée, II. E., m, 37, P. G., t. xx, col. 291, la plus grande partie du clergé, pendant toute cette période, pratiquait ce renoncement absolu, pour se donner plus complètement au ministère aposto­ 2076 lique. Cf. Origène, In Num., homil. xxi, n. 2, P. G., t. xn, col. 739, et la Doctrine des douze apôtres, c. xi, n. 6, édit. Jacquier, Lyon, 1891, p. 133. 6’ Les austérités corporelles mentionnées comme étant alors d’un usage général parmi les ascètes, sont seule­ ment l'abstinence de viande et de vin et le jeûne, ainsi que nous l’avons appris précédemment de Clément d'Alexandrie et d’Origène. 7° L’histoire des trois premiers siècles nous fait connaître les services que les ascètes et les vierges ren­ dirent alors à l’Église. En vertu du dogme de la com­ munion des saints, toutes les prières de ces saintes âmes, leurs pénitences et leur vie d’immolation durent être pour l’Eglise un puissant secours dans cette époque si troublée. Leurs saints exemples, en même temps qu’ils furent une prédication efficace pour le reste des fidèles, furent aussi pour l’Eglise, aux yeux des païens, un très grand honneur, que les apologistes chrétiens n'ont point manqué de faire ressortir, particulièrement saint Justin, Athénagore, Minutius Félix et Tertullien, aux endroits précédemment indiqués. Dans les perse­ cutions, si nombreuses pendant toute cette période, les ascètes de l’un et l’autre sexe soutinrent le courage des simples fidèles et fournirent à l’Église un très grand nombre de martyrs. Outre ces services d’ordre général, nous devons men­ tionner des services plus particuliers rendus par les vierges et les ascètes. Ce fut parmi les vierges consacrées à Dieu que l'on choisit alors les diaconesses, dont la mission était surtout d'exercer la charité envers les pauvres et les malades, et d’aider le clergé, particuliè­ rement en Orient, pour l’instruction des personnes de leur sexe. Voir Diaconesses. Parmi les ascètes, beau­ coup se consacrèrent au ministère apostolique pour lequel ils étaient si bien préparés; un assez grand nombre furent de saints évêques ou d’illustres docteurs de ΓΕglise, comme saint Cyprien, saint Pamphile de Césarée, et plus tard saint Athanase, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, saint Épiphane, saint Éplirem et tant d'autres. Ceux qui ne se consacrèrent point au ministère apostolique, aidèrent puissamment l’Église dans sa mission auprès des fidèles. C’est sans doute pour reconnaître ces services éminents des ascètes et des vierges que l'Église les honorait alors tout particulière­ ment, en les plaçant avant le reste des fidèles et en leur donnant la sainte communion immédiatement après le clergé. Constitutiones apostolicæ, 1. II. c. l.viijl. VIII, c. xm, P. G., t. 1, col. 732, 1109; E. Schiwietz, op. cit., p. 312. 8° Avec ces éminents services rendus à l’Église par les ascètes des trois premiers siècles, l’histoire mentionne aussi quelques abus que les Pères et les conciles de cette époque ne manquèrent point de dénoncer. Nous citerons particulièrement le canon 19 du concile d'An­ cyre, en 314, et les canons 3, 12, 13,15, 16, 17, 18 et 19 du concile de Gangres, vers le milieu du IV» siècle. Le canon 19 du concile d'Ancyre défend aux vierges con­ sacrées à Dieu de cohabiter avec des hommes, en qualité de sœurs. Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq. Paris, 1907, t. i, p. 321 sq. Voir Agapètes, col. 557. Le canon 3du concile de Gangres condamne ceux qui, sous prétexte de profession d’ascétisme, poussaient des esclaves à se soustraire à l'obéissance due à leurs maîtres. Le canon 12 réprouve les faux ascètes qui faisaient con­ sister tout leur ascétisme dans le περιβόλαιον ou pallium des moines et des philosophes, et qui méprisaient tous ceux qui n’étaient point ascètes. Les canons 13 et 17 condamnent la femme qui, sous prétexte d’ascétisme, se revêt de l'habit monacal des hommes, ou coupe la che­ velure que Dieu lui a donnée en signe de sa dépendance. Le canon 15 porte anathème contre les parents qui, sous prétexte d’ascétisme, abandonnent leurs enfants, ou ne leur inspirent pas, autant qu’ils le peuvent, la •2077 ASCETISME — ASÉITÉ piété convenable. Le canon 16 condamne de même les enfants qui, sous prétexte de piété, abandonnent leurs parents et ne leur rendent pas l’honneur qui leur est du. Les canons 18 et 19 frappent d’anathème ceux qui, sous prétexte d’ascétisme, jeûnent le dimanche, ou qui, par orgueil, n'observent point les jeûnes de tradition en usage dans l’Église. Hefele, op, cil., t. Il, p. 1039 sq. Nous arrêterons ici notre élude historique sur l’ascétisuie pratiqué au milieu du monde. A partir du ;·.· siècle, cet ascétisme, grâce à la diffusion de l'ana­ chorétisme et du monachisme, perd bientôt ce caractère spécial qu'il possédait dans les premiers siècles. Il n’y a donc plus de raison de l’étudier à part. Sur les ascètes des trois premiers siècles, outre les Pères cités précédemment et les ouvrages généraux sur l'histoire de l'Église, en peut consulter : dom Berlière, Les origines du monachisme el la critique moderne, dans la Revue bénédictine, janvier et lévrier 1891 ; J. .Mayer, Die christliche Ascese, Fribourg-enBrisgau, 1894; E. Schiwietz, Dus Ascetentum der drei ersten ■ hristlichen Jahrhunderte, dans Archiv fùr katholisches Kirchenrecht, Mayence, 1898, t. LXXvni, p. 3-24, 305-332. E. Düblanchy. ASCHBACH (Joseph d’). historien allemand, né à Bonn le 29 avril 1801, mort le 25 avril 1882. Il enseigna d'abord à Francfort, puis à l’université de Bonn (1812), enfin â celle de Vienne (1852). Il a écrit l’histoire de celte dernière et collaboré à ÏAllgemeines Kirchenlexicon, qui parut à Francfort et à Mayence de 1846 à 1850. Hurter, Nomenclator lilerarius, Inspruck, 1895, t. tri, eol. 1409 ; Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853. V. Oblet. ASÉITÉ. aseitas, αντουσία, ens a se; mode d’exister par soi-même, sans l’intervention d’aucune cause. — l. Sa véritable nature. 11. Historique du mot. III. Erreurs d’Aétius et d’Eunomius. IV. Est-elle attribut primaire? 1. Sa véritable nature. —L’aséité, entendue dans son sens étymologique, éveille l’idée d’une certaine autono­ mie d'être et d’agir, avec exclusion de tout concours étranger. On la rencontre à la base des questions d’ori­ gine. Lorsque l’esprit humain, emporté par son irrésis­ tible appétit de savoir, se met à rechercher la prove­ nance de toutes choses, à vérifier leurs titres à l’existence, i leur poser, dirait Leibnitz, la question déraison suffi­ sante, il se trouve amené, en dernière analyse, à l’une ou l'autre de ces hypothèses: I. Ne devoir à d’autre qu'à s'ii son droit d’exister; en puiser l’affirmation dans le fond même de son essence ; ètre à soi toute sa raison d’être; se légitimer par cela seul qu’on se pose; en un mot, s’appeler l'être ne'cessaire, justifier son être par son être même et pouvoir dire, sans note d’arrogance et d-témérité : je suis parce que je suis ; — 2“ Se reconnaître, â tous égards, redevable de son être â une intervention étrangère; ne rien posséder en propre, avoir tout d'em­ prunt, tirer du dehors toute sa raison d’être, rester inexplicable en se renfermant en soi, être, sur toute la ligne, l'antithèse de l’être nécessaire, se voir dans une entière dépendance vis-à-vis d’autrui, n’exister enfin qu'à la condition d'être produit : cela est le propre de Tëtrecontingent. Chez lui, l'essence, prise en elle-même, n'inclut en aucune manière le fait de sa réalisation; elle est, par rapport à l’existence, dans une attitude pure­ ment passive, dans un état d’inertie et d’impuissance totale. Si elle vient à franchir cette indifférence absolue, ce ne sera certes pas en raison de sa nature : elle est vouée, de ce côté, à une perpétuelle immobilité. Ce ne sera pas non plus par l’effort de son activité: on ne peut agir qu'à la condition d’exister. Ce sera donc unique­ ment grâce à l’intervention, ou, comme écrivait Platon, grâce à la commisération d’une existence antérieure qui lui est étrangère et qui lui communique, par voie de causalité, tout ce qu’elle possède en fait d’acte et de perfection. L'être qui n’est pas lui-même sa 2078 source et son principe, mais qui trouve l'un et l’autre hors de soi et au-dessus de soi, est donc un être essen­ tiellement dépendant. Il ne commence à exister que parce qu'il a été produit. Ainsi la dépendance causale est ce qui constitue, entre l’être nécessaire et l’être con­ tingent, leur fond d’opposition irréductible et trace la ligne de démarcation qui sépare celui qui est à soi de celui qui. en rigueur de justice, est tout entier à autrui. 11 en résulte que la notion d’aséité implique avant tout, dans son contenu logique, absence de cause productrice, indépendance native, absolutisme parlait. C'est sous cette forme négative, signe et reliquat de son origine abstraite, qu’elle se présente de front, in recto, à notre esprit. L’élimination d’un concours quelconque, dans le fait d’exisler, est sa face principale, son côté en vue, et, par suite, le premier sens du mot aséité. Celui d’exister par soi, en vertu d'une nécessité inhérente à sa nature, n’apparaît qu’en second lieu, à l’arrière-plan du concept, in obliquo, et comme faisant suite à l’aséité proprement dite. Il donne, sous une forme positive, la raison de cette autonomie: une plénitude d’être qui se suffit à elle-même. Deux appellations distinctes corres­ pondent, chez les néo-thomistes modernes, à celte double nuance. La première, avec son aspect négatif, s’approprie le nom d’aséité ; la seconde prend celui de perséité, de subsistance, d’aséité radicale, toutes choses éminemment positives. Billot, De Deo uno et trino, Rome, 1897, p. 81 ; Farges, L’idée de Dieu, Paris, 1894, р. 287 ; Dr Scheeben, La dogmatique, trad. Bélet, Paris, 4880, t. n, p. 68. Bien que réunies sous une seule dénomination, ces diverses formalités n’étaient pas totalement inconnues à la théologie qui a précédé la renaissance du thomisme. Elles commencent â se dessiner avec la controverse sur l’essence métaphysique de Dieu. Plusieurs auteurs distinguent déjà Vaseilus inadæquata, côté négatifde l’aséité, exclusion de causa­ lité étrangère, et l’aseitas adæquata, celle-ci ajoutant à celle-là la plénitude de l'existence. Voir Lafosse, Theo­ logiæ cursus completus de Migne, Paris, 1839, t. vil. p. 83. Franzelin, dans son Tractatus de Deo uno, sect, m, с. i, Rome, 1876, p. 259, envisage pareillement le con­ cept d'ens a se sous deux points de vue distincts : comme négation de causalité extrinsèque, negatio simul entis participati, puis comme affirmation de l’être absolu, et affirmatio entis absoluti. En associant ces deux notions dans le même mot, la terminologie an­ cienne voulait sans doute marquer leur étroite corréla­ tion : elle comprenait qu’elles s’expliquent et se complétentmutuellement. L'absenced’inlluence étrangère ne se comprend parfaitement que par la nature d’une chose qui est à elle-même sa raison d'être, non pas par une sorte de causalité réflexe, mais par l'identité de -. n essence avec l’existence. Exister par soi-même ne signi­ fie pas s’être produit soi-même, « se réaliser soi-inemt. · suivant l’expression panthéiste-de Gûnther. Kleuig-n. La philosophie scolastique, trad. Sierp. Paris. !"7<'. t. iv, p. 375. Ce serait une contradiction manifest,·. Ce terme signifie exister en vertu d'une nécessité absolue impliquée dans le fond d’un être qui identifie en lui essence et existence. Il y a donc un abîme entre l’aséité ainsi comprise et celle que décrit Hegel. Ici, nous sommes en face d’une pure potentialité, d’une abstrac­ tion poussée à ses dernières limites ; là, nous contem­ plons la réalité dans ce qu’elle a de plus vivant, de plus positif, de plus parfait. L’être pur du panthéisme idéa­ liste s’appelle bien, en théorie, un principe premier, un absolu sans égal, un être à soi, mais il ne doit ces privilèges qu’à son étatd'indétermination. 11 est oblige, en pratique, de partir à la conquête de sa primauté et. sans autre ressource qu’un progrès sans tin.de se tailler dans l'ordre réel un type d’existence qui cadre avec l'idéal qu’on s’en est fait. Au contraire, l’aséité, prise au sens orthodoxe, donne un être qui, dès le principe, est 2079 ASÊITÉ — ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) 2080 conteste à l’aséité que la prérogative d’attribut primaire par essence l'étre le plus déterminé, le plus réel qui ou d'essence métaphysique de Dieu. Voir Attributs soit possible, â qui tout changement, tout progrès, tout développement est strictement impossible. divins. II. Historique du mot. — Pour traduire en langage Henri Klee, Histoire des dogmes chrétiens, trad. Mabire, Pa­ philosophique la perfection fondamentale qui met l’étre ris, 4848, t. i, p. 185: D' Scheeben. La dogmatique, trad. Bélet, Paris, 1880, t. Il, p. 62; Billot, De Deo unoet trino. Rome. 1897, divin à l’abri de toute causalité, le moyen âge nous a p. 81 ; Franzelin, De Deo uno, Rome. 1876, p. 255: Perrone,Prae­ légué l’expression aseitas qui gagne en concision ce lectiones theologica, Tract, de Deo, part. I. c. ni; Petau, qu’elle perd en harmonie. Dès saint Anselme, Monolog., Theologica dogmata, 1. I, c. vu; Suarez, Disp, metaphys., disp. c. vt, P. L., t. clviii, col. 151, elle entre en cours dans XXX, sect. I sq., Paris, 1866, t. xxvi. p. 60-64; Welzer et Welle, les écoles, et, peu à peu, on la voit se substituer aux lo­ Kirchenleæikon, v· Gott,2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. v, cutions des Pères comme équivalent technique de péri­ col. 870-877 ; Ginoulhiac, Histoire du dogme, Paris, 1852, t. t, phrases oratoires telles que : αγέννητος, non engendré, p. 49 ; Tournely, Prælectiones theologiæ, De Deo, Paris, 1765, t. i, p. 159; V. Contenson, Theologia mentis et cordis, I. I, S. Irénée, Cont. hær., IV, xxxvm, n. 1-3, P. G., t. vu, diss. II, c. n, speculatio 1·, Lyon, 1687, t. I. p. 19-21 ; Farges, col. 1165 sq. ; άναρχος, sans commencement, Tatien, Adv. Cours de philosophie scolastique, Paris, 1898, t. H, p. 307, Idée Græc., c. iv, P. G., t. vt, col. 813; αΰτογένητος, αυτοφυής, de Dieu, Paris, 1894, p. 286 ; D' Clarke, Démonstration de άπάτωρ, άμήτωρ, qui existe par lui-même, Lactance, Di­ l'existence de Dieu et de ses attributs, dans Aligne, Démons­ vin. instit., I, vu, P. L., t. vi, col. 152; ό ών, l'étre trations évangéliques, Paris, 1843, t. v, p. 953; Fénelon. Traité même, l'étre vrai, l'étre franc, l’étre source, opposé à τά de l'existence de Dieu, c. v ; Kleutgen. De ipso Deo, Batisbonne, γενόμενα, l'étre participé, secondaire, dérivé, atténué, en 1881, p. 130-132. chemin vers l’existence. S. Hilaire, De Trinitate, 1. I, C. Toussaint. n. 5-7, P. L., t. x, col. 27 sq. ; Clément d’Alexandrie, ASIE. Un premier article sera consacré à l'état reli­ Pæd., i, 8, P. G., t. vm, col. 325; Origéne, De oral., gieux de l’Asie, et un second à l'histoire des missions n. 24, P. G., t. xv, col. 492; S. Justin, Dialog, cum catholiques de cette partie du monde. Tryph., 3, P. G., t. vt, col. 481 ; S. Athanase, Decr. Nie. syn., 22, P. G., t. xxv, col. 453; Eusèbe, DeI. ASIE (état reliqieux de I’). — I. Aspect général et monst. evang., 1. IV, c. i, P. G., t. xxn, col. 249. Toute population totale. II. Asie russe. Ill. Asie occidentale. cette riche veine de qualificatifs, que nous sommes IV. Indes et dépendances. V. Asie orientale. loin d'avoir épuisée, nous suggère, sur l'apologétique I. Aspect général et population totale. — Berceau chrétienne d'alors, deux importantes conclusions. La de l'humanité, l’Asie est regardée comme le centre de première, c’est la large part qui est faite à Vagennésie, à diffusion des diverses races qui ont, par des migrations une époque où il fallait opposer l'unité du Dieu véri­ successives, transporté dans les autres parties du monde table aux puériles et interminables généalogies des di­ les germes d’une civilisation commune dans son prin­ vinités païennes. La seconde, une constante vigilance ' cipe, mais différenciée par les circonstances dont l'évo­ à proscrire de la nature divine jusqu’à l'ombre d'une lution constitue l’histoire du genre humain. dépendance originelle. Voir Fils, Génération. De cette longue chaîne, les derniers anneaux seule­ III. Erreurs d'Altius et d’Eunomius. — Au rv» siècle, ment sont connus: le reste forme ce qu'on appelle la deux sophistes anciens, Aétius et son disciple-Eunopréhistoire et c’est par des inductions ingénieuses on mius, essayèrent d'exploiter au prolit de leur hérésie, des conjectures hasardeuses que les savants essaient de la vogue dont jouissait universellement le terme αγέν­ reconstituer un lointain passé. νητος dans la théologie chrétienne du temps. Leurs ar­ Ce qui demeure acquis, c'est que quatre races prin­ gufies, savamment réfutées par saint Basile et saint cipales semblent encore se partager le continent asia­ Grégoire de Nysse. In Eunom., P. G.,t. xlv,co1. 259 sq., tique, mais leur développement, influencé par la diver­ se résumaient dans le syllogisme suivant : Vous tenez sité du milieu, a eu des destinées fort différentes, tant l’agennésie pour un attribut divin, disaient-ils aux or­ au point de vue de la multiplication de l’espèce qu'au thodoxes. Or la simplicité de Dieu exclut toute multi­ point de vue du mouvement social et religieux; c’est plicité d’attributs. Donc, l’agennésie est le seul attribut ainsi que nous nous efforcerons d’expliquer la variété qui convienne à la nature divine, leseul,par conséquent, des mœurs et des croyances. qui lui soit essentiel. En d'autres termes, Dieu est essen­ L'Asie est le plus grand des continents ; sa superficie tiellement incapable d'étre engendré. Comment, avec est quatre fois et demie celle de l'Europe qui parait, sur cela, parler d’un Dieu engendré, d’un Fils de Dieu? Son les cartes, n’en être qu'un prolongement péninsulaire. nom seul lui refuse l'honneur d'une nature ouvertement De plus, par sa configuration massive, l’Asie est la ré­ gion continentale par excellence; et si, dans le sud, hostile â l’idée même de génération. Autre conclusion tirée des mêmes principes. Puisque nous avons de par les presqu’îles arabique, indienne et indo-chinoise, l’agennésie un concept adéquat, notre connaissance si,dans l’est.par ses archipels et parses grands fleuves naturelle de Dieu est très claire et très parfaite; elle navigables, elle se laisse assez aisément pénétrer parles équivaut à une connaissance compréhensive. C'était influences extérieures, au nord au contraire comme à tout simplement supprimer l'existence des mystères et l’ouest, c’est une région fermée, avec ses montagnes ruiner dans sa base l’ordre surnaturel. La racine de ces inaccessibles, avec ses déserts sans eau, ses mers inté­ spécieuses erreurs, on le verra plus loin, plongeait plus rieures et son océan arctique où les glaces forment une dans le terrain de la dialectique que dans celui de la barrière le plus souvent infranchissable. théologie proprement dite. Voir col. 1324-1385, 1784Le système montagneux qui occupe le centre de ce vaste rectangle est composé de chaînes élevées, orien­ 1785. tées généralement de l’ouest à l’est et qui se réunissent IV. Est-elle attribut primaire? — Nous ne prouve­ en un point central, la région des Pamirs, que d’intré­ rons pas ici que l'aséité est une des principales perfec­ pides explorateurs ont seuls pu aborder sans y trouver tions divines. Cette démonstration trouvera logiquement une route pouvant servir utilement les intérêts écono­ sa place dans celle de l’existence de Dieu. Une seule et même preuve, un commun support, l’axiome de causa­ miques et sociaux. Autour des Pamirs, les quatre chaînes divergentes lité, fait naturellement rentrer ces deux vérités dans une thèse unique. Il serait évidemment absurde d'admettre ont constitué quatre compartiments qui communiquent difficilement entre eux et où ont pris naissance quatre une cause première et delà faire sortir, en même temps, civilisations distinctes, celles des Finno-Tartares, des d une cause supérieure: ce serait retirer d'une main ce Mongols, des Aryens et des Sémites. qu'on aurait donné de l’autre. Nul doute, d’ailleurs, ne s'est jamais élevé, à ce sujet, dans les théodicées; on n'y Difficiles, les communications n’étaient cependant pas ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) 2081 impossibles : on voit en effet de l’est à l’ouest, c’est-àdire parallèlement aux grandes chaînes, se dessiner deux routes qu'ont suivies les migrations et les inva­ sions; les Aryens qui forment le fond de la population de l’Inde, les Mongols qui, dans les temps historiques, ont occupé une partie de l’Europe, sous Attila et plus tard sous Tamerlan ; puis, en sens inverse, les Sémites mahométans qui ont rellué sur l’Inde et les Russes qui débordent actuellement dans les régions moyennes de l’Asie septentrionale. Quant aux relations entre le sud et le nord, elles ont été milles jusqu'au jour où les con­ voitises des Européens plus puissantes que les obstacles naturels ont déterminé un courant, artificiel d’ailleurs, entre le Turkestan et le Pendjab, d'une part, et d'autre part entre la Birmanie et la vallée du Yang-tse-kiang. La population de l'Asie est estimée à 800 millions d'ha­ bitants, soit plus de la moitié de l'espèce humaine; elle se répartit très inégalement dans les quatre parties de ce continent. L'Asie russe compte environ 25 millions d'habitants, l'Asie occidentale 32 millions, l’Inde et ses annexes 303 millions, la Chine avec la Corée, le Japon et l’IndoChine 409 millions. Voici les chiffres donnés par le géographe A. Supan, dans les Mitlheilungen de Petermann (Erganzungsheft, n. 135, Gotha, 1901). 24 947 500 1» ,4sie russe................................ 2’ Asie occidentale. Empire ottoman (partie asia­ tique).................................... Arabie indépendante. . . . Perse........................................ Afghanistan............................ 17176500 1950000 9000000 4550 000 3° Inde et dépendances. . . 4” dsie orientale. Chine........................................ Corée (1899)............................ Japon (1899)............................ Indo-Chine française (1890). Siam........................ ... 32676500 302831700 330829900 9 670000 46 494000 15590000 6 320000 408 893900 IL Asie russe. — L’Asie russe se divise administra­ tivement en trois parties distinctes, Sibérie, Caucase et Asie centrale. 1» Sibérie. — Le recensement de 1897 donne une po­ pulation de 5727090 qui a dû s’accroître considérable­ ment depuis, de 200 000 habitants peut-être (selon un rapport présenté à l'Exposition de 1900) par l’émigration devenue extrêmement intense. Dans l’ensemble, l’élé­ ment indigène atteint à peine 650 000 âmes et se répartit en trois groupes : Finnois, Turco-Tartare, et Mongol. Les Finnois qui sont établis dans la partie septentrio­ nale de la Sibérie sont au plus 50000; ils se divisent en Sarnoïédes, Ostiaks, Vogouls. Ils sont chamanistes, bien que la plupart d’entre eux soient comptés comme grecsorthodoxes, mais, alors même qu’ils fréquentent l’église russe, ils demeurent attachés à leurs vieilles superstitions. Les Turco-Tarlares, au nombre de 300000, habitent plus au -ud et forment plusieurs groupes (Yakoutes. Tatars, Kalmouks, etc.) qui sont ou des finno-mongols, ou des mongols convertis à l'islamisme; leur langue est le turc. Les Mongols, qui sont aussi 300000. se divisent en deux peuples principaux, les Bouriates et les Tougouses; ils sont bouddhistes et reconnaissent l'autorité du grand lama. La religion gréco-russe est donc.au moins nomi­ nalement, celle des neuf dixiémes environ de la popula­ tion sibérienne, en ne tenant pas compte des raskolniks de plusieurs dénominations dont il est difficile d’évaluer le nombre, car ils se cachent ordinairement pour éviter les persécutions. Il y a un métropolite à Irkoutsk ; et des évêques à Tobolsk. Omsk, Tomsk, Yakoutsk et Yenisseïsk, Oter. DE THÊOI.. CATHOL. 2082 auxquels il faut ajouter les trois sièges de création ré­ cente de Blagovechtchenk, Transbaïkalie-Nertchinsk et Vladivostok. Les catholiques déportés, descendants de déportés ou émigrés libres, sont environ 50000, répartis en cinq pa roisses et relèvent spirituellement de l'archevêque de Mohilev, dans la Russie d'Europe. 2° Caucase. — La population de 9 248 695 âmes aug­ mente rapidement: elle était en 1858 de 4 millions et demi et de 5 800000 en 1S80. A la suite de l'annexion d’une partie de l’Arménie, l'émigration en masse des Tcherkesses musulmans passés en Turquie (au nombre de 600000, entre 1860 et 1890), a été largement compen­ sée, pour une partie, par l’immigration de nombreux Arméniens, qui fuyaient la domination ottomane, etsur tout par une affluence de paysans russes, qui sont venus s’établir au sud du Caucase pour travailler aux sources de pétrole. On peut évaluer le nombre des slaves à 3 mil­ lions, les Géorgiens ou indigènes chrétiens seraient 2 millions, les Arméniens, près de 1 million et les indi­ gènes musulmans, 3 millions. La majorité des Arméniens appartient à l’Eglise monophysite ou grégorienne ; il y a cependant environ 15000 Arméniens catholiques, relevant de l'évêque d’Artnin.Un grand nombre des Arméniens grégoriens sont entrés, depuis la conquête russe, dans l’Église orthodoxe ; il faut en dire autant des nestoriens et jacobites émigrés de Turquie; ils se sont laissé inscrire en entrant en Rus­ sie au nombre des fidèles de l’Église officielle. Quelques milliers de jacobites et de nestoriens passés en Russie appartenaient au protestantisme et les presbytériens amé­ ricains avaient entrepris de suivre leurs fidèles, mais c tte mission était vue d’un mauvais œil par le gouver­ nement russe, comme celle que les Suédois ont com­ mencée chez les Bouriales, et elle est à peu prés aban­ donnée. Les Géorgiens ont formé autrefois une église indépen­ dante qui a longtemps gardé un attachement sincère â l’Eglise romaine; puis elle s’en est séparée et a subi l'in­ fluence grecque; quand les rois de Géorgie durent dé­ laisser les beaux établissements que leur nation avait à Jérusalem et en particulier dans la basilique du SaintSépulcre, les Grecs s’arrangèrent pour s’en attribuer la plus grande partie. Quand les Russes franchirent le Caucase et occupèrent fillis, l’Église géorgienne fut absorbée parcelle de Mos­ cou, et le seul vestige qui reste de son ancienne indé­ pendance est la présence d’un délégué de la Géorgie parmi les membres du saint-synode. Il y a des Géorgiens catholiques, mais pas assez nom­ breux pour qu’il ait été possible jusqu’à ce jour de leur donner l’autonomie propre aux autres églises unies; faute d’un nombre suffisant de prêtres de leur rae·.·. les Géorgiens catholiques sont confiés aux soins des curés arméniens-unis, ce qui n’est pas sans présenter de graves inconvénients, étant donnée la rivalité séculaire qui a toujours divisé les deux peuples. L'Église russe a des évêques â Routais, Poti, Soukhôum-Kalé et Vladikavkaz, sous l’autorité du métropolite de Tillis. 3° Asie centrale. — Sous cette dénomination les Russes ont réuni tout le pays de l'Oural à l’HindouKouch, et de la mer Caspienne au Pamir; ce sont les steppes du Turkestan et du district transcaspien, et aussi les territoires peuplés et prospères des anciens khanats de Khiva, Samarkande et Boukhara. Les statistiques de Reclus datant de 1870 à 1877 comparées à celles de 1897 présentent une énorme différence, allant pour certains districts du simple au triple. 11 faut dire qu'il y a trente ans, dans un pays à peine soumis, beaucoup de tribus nomades arrivaient à se soustraire au recensement, pré­ lude de l’impôt; on peut dire aussi que l'optimisme of­ ficiel tend souvent à grossir les chiffres. Nous admet- I. - 65 2083 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) Irons cependant, faute de mieux, les données officielles qui évaluent la population à 7 721 684 habitants. Dans le nord (provinces d’Akmolinsk, Semipalatinsk, Semirestchenk), la population russe, immigrée dans des régions fertiles et facilement exploitables, dépasse certainement un million ; les autres habitants sont en grande partie des indigènes de race turco-tartare et de religion musulmane, Kirghises, Turkmènes, Karakalpaks, Sartes et Uzbegs. A mesure qu'on avance dans le sud, le voisinage de la Perse se reconnaît à la proportion de sang aryen qui se mêle au sang turc. Les Tadjyks sont de race aryenne presque pure. De même on trouve dans l’est de nom­ breux Chinois. L’Eglise orthodoxe a pour chef un prélat qui a le titre d’évêque du Turkestan. Les musulmans de cette partie de l’Asie sont, comme les Persans, de la secte des schiites et vont en pèlerinage à Meched, dans le Khorassan ; mais leur islamisme est mêlé de nombreuses superstitions païennes qui leur sont communes avec les autres popu­ lations musulmanes de la Russie. Ill. Asie occidentale. — 1° Généralités. — L’occident de l’Asie se compose de trois parties : la Perse, les pays sémites et l’Asie Mineure. S’il est possible de reconnaître dans les Persans et les Arméniens deux races sœurs, de souche aryenne, si la race sémitique domine au milieu de la diversité des religions en Syrie, en Arabie et même en Mésopotamie, il est beaucoup moins facile de déter­ miner quel est le fond ethnique des populations de l’Asie Mineure. Parcourue en tout sens par les conquérants qui y ont tous laissé quelques colons, depuis les Perses et les Mèdes, jusqu’aux Turcs, en passant par les Grecs, les Gaulois, les Romains et les Arabes, l’Asie Mineure n’a d’autre principe d’unité que la domination des Ot­ tomans qui a fait prendre le nom générique de Turcs à cent peuples divers par leur origine et leurs mœurs. Premier foyer d'expansion du christianisme, l’Asie oc­ cidentale fut vile unie dans une communauté de foi, car les Juifs avaient totalement disparu, et ce n’est que dans des montagnes reculées et dans les districts d'Arabie qne subsistaient des tribus que l’Évangile n’avait pas éclai­ rées; mais celte unité de croyances ne tarda pas à se briser; les hérésies sans nombre divisèrent l’Eglise et deux d'entre elles, le nestorianisme et le monophysisme subsistent encore. Au milieu de ces déchirements fit son apparition l'islamisme qui ne tarda pas à submerger toutes ces Églises, celles qui étaient fidèles, comme celles qui avaient faibli; et, comme si ce n’était pas assez, le schisme de Constantinople vint achever le désastre. Pen­ dant plusieurs siècles il n'y eut plus de catholiques dé­ clarés en dehors de quelques points privilégiés, comme la montagne du Liban, ou les Maronites, toujours fidèles, ou tout au moins revenus bien vite d’une erreur passa­ gère, continuaient à vivre en union avec Rome, centre de l’Église, et avec le pape, vicaire de Jésus-Christ. Il ne faudrait pas conclure de là que tous les chrétiens orien­ taux furent formellement séparés de l’Eglise catholique; une ignorance profonde les préserva d’une rupture com­ plète; on le vit bien quand les missionnaires latins se présentèrent à eux en Syrie, en Arménie ou en Mésopo­ tamie; et quand l’Église de Constantinople voulut, au xviii· siècle, imposer une séparation plus explicite, des protestations s’élevèrent, d’où sortirent les églises orientales-unies, qui, au prix des luttes les plus généreuses, et grâce à l'appui de la France, surent conquérir peu à peu auprès des sultans leurs droits de communautés autonomes. 2» Empire ottoman. — A l'heure présente le christia­ nisme a dans l’empire ottoman une situation officielle­ ment reconnue, bien que subordonnée au bon plaisir et à l’arbitraire. Si les orientaux-unis doivent à la protec­ tion de la France une vie moins difficile, bien qu'elle le soit trop encore, les communautés séparées vivent sous la loi du vaiuqueur, et c est bien souvent qu'on a vu le I 2084 sultan faire et défaire des patriarches dans les églises grecque et arménienne; la résistance ne servirait de rien et mieux vaut, leur semble-t-il, relever du Grand-Turc que du pape. Sur 17 à 18 millions d’habitants qui peuplent la par­ tie asiatique de l'empire ottoman, il faut compter plus de 14 millions et demi de mahométans; il faut dire cependant que les statistiques rangent parmi les adeptes de l’islamisme un million environ de druses, ansariés, kizyl-bach, kurdes, bédouins et autres, qui ne sont mu­ sulmans que de nom et qui pratiquent les uns, en petit nombre, le paganisme, d’autres, des cultes mal connus, dans lesquels se retrouvent les vestiges des mystères im­ purs des antiques superstitions syriennes. Les juifs, sur lesquels les renseignements recueillis sont manifestement inexacts et incomplets, sont proba­ blement 200000. Pour les chrétiens, les évaluations devraient être plus précises et cependant rien n'est plus difficile que d’en obtenir; sans parler de la tendance bien naturelle qui porte chaque nationalité à se dire plus nombreuse que ses rivales, il faut tenir compte aussi du profond désordre administratif qui entrave toute enquête régulière. Les chiffres que je donne dans le tableau cicontre diffèrent assez notablement du total que nous avons tiré des derniers travaux du Dr A. Supan (17 176 500); je les reproduis cependant pour l’intérêt qu’ils présentent au point de vue de la répartition des différents cultes; je leur reconnais une valeur considé­ rable car ils sont tirés en grande partie de l’excellent ouvrage de M. Cuinet intitulé La Turquie d’Asie, 5 in-8". Comme secrétaire général du conseil de la dette otto­ mane, M. Cuinet avait sous ses ordres tout un person­ nel européen, chargé de surveiller la rentrée des impôts dans toute l’étendue de l’Empire; il a pu se procurer par ses subordonnés des indications très précieuses qu’il a utilisées avec discernement, mais il ne pouvait pas cependant éviter des omissions et des erreurs, et le tableau que nous donnons en contient certainement, mais son travail n’en a pas moins fait faire un pas énorme à la question et rectifie sur plusieurs points les données erronées sur lesquelles je me suis appuyé dans mon ouvrage, A travers l'Orient, Paris, 1896, surtout en ce qui concerne les Eglises dissidentes. On peut dire que les chrétiens de la Turquie d'Asie sont un peu moins de 3 millions 600 000, dont 700000 catholiques et 100000 protestants. Le protestantisme exerce son activité en Syrie et sur­ tout en Arménie. En Palestine c’est dès l’année 1821 que la Société bi­ blique a commencé ses travaux, mais l'installation du protestantisme à Jérusalem date de l’année 1841 ; alors, par suite d’un accord entre l'Angleterre et la Prusse, un évêché protestant fut institué et doté par les deux cou­ ronnes; le titulaire devait être pris alternativement parmi les anglicans et parmi les luthériens, et devait exercer sur tous les réformés de Palestine, une autorité qui n’impliquait nullement l’unité de confession de foi; cha­ que fidèle devait resté attaché à son symbole particulier. Le premier évêque désigné par la reine d'Angleterre était un ancien juif polonais. Salomon Alexander, sa­ vant hébraïsant, et sa mission était, avant tout, de tra­ vailler à la conversion des Israélites. Après lui, le Ber­ nois Samuel Gobât occupa le siège pendant plus de trente ans; c’était un homme très entreprenant qui fonda à Jérusalem différents établissements dont le principal est celui des diaconesses de Kaiserswerth. Mais, après Gobât, l'alliance hybride de l’anglicanisme et du luthé­ ranisme fut brisée. L’évêché anglican à Jérusalem est purement anglais et les Allemands ont une communau: · distincte dont l’empereur a inauguré la magnifique église lors de son récent voyage en Orient. Les Américains desservent l'église de Saint-Paul spé­ cialement alfectée aux prosélytes de langue arabe. CII RÉ'I IENS. PROVINCES. PoroUTioi CATHO­ LIQUES. 18 19 20 21 22 23 24 25 20 27 28 157 424 128660 1302 677 107 450 1148981 27195 490 1004 800 992 685 4 870 362 NONCATIIOLIQUES. 2 283 80 274 87 0'10 390 3 033 318659 1192 19870 1914 223 066 2949 293825 70 60080 400 82800 __ 30 26 203 12 261 1 191 817 Angora (vilayet)......................... 892 901 764116 Adana — ......................... 403 439 258 939 Sivas — ......................... 1086 455 839354 Trébizonde — ......................... 1047 700 807 500 Erzeroum — ......................... 645 702 507 532 Van — ......................... 430 000 247 000 Bltlls — ......................... 398 625 263 853 Mamouret-ul-Aziz (vilayet). . .· . 575314 504946 Arménie............................ 6 480136 4 193 240 8 784 119523 11500 133 000 10 477 236024 2 300 237 900 12 022 125 670 6 710 171290 6440 128 332 1 675 68693 59 908 1 220 432 Diarbekir (vilayet)..................... 471 462 337 644 Mossoul — ..................... 300 280 270 280 Bagdad — ..................... 850 000 8'13000 Bassorah — ...................... 950 000 892 723 Zor (Mutessariflik)..................... 100000 99150 Mésopotamie..................... 2 671 742 2 442 797 31786 25000 4650 2 277 600 64 313 100763 5000 2350 1500 200 109 813 70202 100582 89150 264350 31665 555 949 81599 145206 96135 94946 17 503 435 389 Alop (vilayet)......................... Damas — ......................... Beyrouth — ......................... Liban (province privilégiée). . . Jônnmlom (Mutessariflik). . . . Syrio................................ Arabio (2 vilayets). . . ARMÉ­ C1IAL- NON-C ATHOLI QUES. 995 758 823 957 955 ('«Ο 709 766 533 554 342 889 890580 80234 341 638 252 604 3 226 160 2 209 450 1 030 000 i 050 000 18 637 161 14 760 840 * 692 431 2 957 451 3 64 882 ISRAÉLITES. MARO­ MEI.KITES- NITES. » » » » » » .» NIENS. DÉENS· 18:« 390 3 033 » 737 » » ARMÉ­ SYRIENS- > > » » » » 9 9 9 » » » » » » 9 » 9 9 » » 400 30 6 423 9 » » » 35 66Ô 44 308 85354 •1636 14103 38 » 9 700 2617 44 264 40 795 232 701 18090 208 698 293 787 60 080 75000 21 507 994 922 193 416 2 079 2 079 83063 69 300 129 523 44100 120 273 79 000 125600 61983 712 842 » > » » » » 572 » 572 PRO­ RIENS TESTANTS· 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 » » » » 9 2 16 420 18000 1600 300 » 36 320 4 990 7000 1 200 600 200 340 10170 > 1000 10O 400 11670 16 » 800 1177 » 1993 9 250 » 50 25 » 9 325 57 890 » 2200 1500 » 61590 22554 5000 » » 200 27 754 24577 49 734 31 422 34 472 1014 141 219 18000 9 930 30 499 19 459 1865 » 1858 3 700 3 605 138 29733 39 034 23 735 138 081 72167 54 208 16039 304 230 20019 1100 2000 28812 9 9 9 » » » » » 88 858 46 785 39 622 46 867 1 862 239 » 9 50 100 » 141 559 » » > » » > 672 431 9 9 9 13 990 1> 913 22571 2100 30 18 1 865 25 632 9 » 9 715 23 834 18 843 » 150 47 805 350 1937 604 144 265 » . 100 9 D > » » 308 740 NIENS· NESTO- » 6 000 2 600 « 8 600 » 190 2 989 24 577 51093 229 680 401 308 740 > » 1192 1 177 2 949 70 » » 5 838 JACOBITES- 34009 47100 76068 193000 2 725 9 210 651 > 353 762 » I» D 450 » GRECS- 8 784 11 500 10477 2 300 12 022 708 3 840 1675 51 306 9 » » LATINS. 9 9 * » 92000 » » 92 000 » 9 » » 9 9 3 400 400 6670 2500 926 22516 1897 » » > 34 909 2451 16 600 304:33 800 2 672 290 1950 6060 61 256 600 » 478 5 000 » 11069 9 100 25 » 11 194 1269 » » 53500 50 54 819 11033 6025 3125 738 599 21 520 20 000 » 5380 » 39 866 65 246 478 9 6 556 » » » » » 991 682 78 210 92 000 97 370 161 53Û 2 921 501 A S IE (É T A T R E L IG IE U X DE L ’) t<> 11 12 13 14 15 16 17 240381 222 760 1 626869 129 438 1 «96 477 325 640 60 640 1088000 1018 IMS 6109123 1Q U E S. MtSÜLlBNS. TOTALS. 1 Constantinople (partie asiatique du vilayet de)........................... 2 Ismidt (Mutessariflik).................. 8 Brousse (vilavet)......................... 4 Bigha (Mutessariflik).................. 5 Smyrno (vilayet)........................ 6 Archipel — ......................... 7 Smnos (principauté tributaire). . K Koniah (vilayet)........................ 9 Castamounl (vilayet).................. Asie Mineure..................... CATIIOI 2085 ÉTAT RELIGIEUX DES POPULATIONS DE L’EMPIRE OTTOMAN (PARTIE ASIATIQUE) 2087 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) Les templiers wurtembergeois ont à Jérusalem, près de la gare, à Jaffa el à Caïfla, trois colonies prospères qui comptent, d’après Warneck, 1347 adhérents. Le protestantisme a fait en Palestine, d’après Gundert, 2000 adeptes. En Syrie, c’est surtout la mission presbytérienne américaine qui exerce son action assez énergique, sans préjudice des établissements relevant d’autres groupe­ ments : Gundert évalue le nombre des protestants à 2 000. Ces chiffres sont sensiblement inférieurs à celui que donne Cuinet qui évalue à 210001e nombre des protes­ tants en Syrie et en Palestine. En Arménie, c’est V American board of missions qui a établi des collèges, des écoles et des missions; en vingt années 127 localités ont été visitées; 400écoles re­ çoivent 23 000 élèves, on a ordonné 70 pasteurs indi­ gènes. Le nombre des prosélytes, que Cuinet porte à 70000 parait exagéré, car Warneck ne compte pour tout l’empire ottoman que 80 à 90000 protestants, dont 25 000 communiants. L’Église grecque compte environ 1600000 fidèles dont a plus grande partie relève du patriarche de Constan­ tinople, 300000 de celui d’Antioche et 20000 de celui de Jérusalem. Les gréco-arabes de ces deux derniers pa­ triarcats ont eu pour pasteurs, jusqu'à ces derniers temps, des prélats de race et de langue grecque tirés des mo­ nastères qui relèvent de Constantinople et d’Athènes; le clergé indigène était maintenu sous tous les rapports dans un état d’infériorité qui lui fermait l'accès des hautes fonctions. Un jour est venu cependant où les prêtres arabes se sont révoltés contre cet exclusivisme dont le principal résultat était de donner à leur pays des évêques étrangers à leurs mœurs, à leur langue et à leurs aspirations; le peuple les a suivis; la Russie les a encouragés et défendus, el malgré le mauvais vouloir de Constantinople, l’Église syrienne orthodoxe compte maintenant un certain nombre d’évêques indigènes; la récente élection d’un arabe au siège patriarcal d’An­ tioche a été l’événement le plus significatif de cette lutte qui est loin d’être terminée. L'Église arménienne grégorienne a son chef ou catho­ licos à Etchmiadzin, dans l’Arménie russe; et des pa­ triarches secondaires à Cis en Cilicie, à Aghtamar, près de Van, à Jérusalem, enfin à Constantinople ; c’est ce dernier qui, reconnu par le gouvernement turc pour chef civil et religieux de sa nation, règle avec la Porte les nombreuses questions litigieuses qui se produisent. Voir col. 1905-1911. Le patriarche des syriens-jacobites réside le plus ha­ bituellement à Mardin, el le chef religieux et politique des nestoriens près de Djulamerk, dans le Kurdistan. L'organisation des chrétientés unies se trouve exposée en détail dans d'autres parties de cet ouvrage. Voir An­ tioche, col. 1399, Constantinople (Église), Jérusalem (Eglise). Les fidèles de rite latin sont soumis à la juri­ diction de six prélats ; 1“ le délégué apostolique de Cons­ tantinople a sous sa dépendance â peu près toute l’Asie Mineure, sauf : 2° l'archidiocèse de Smyrne qui a pour circonscription la partie occidentale de la péninsule, avec 15800 fidèles, et 3° la préfecture apostolique de Rhodes confiée aux pères franciscains (260 catholiques) ; 4’ l’archevêque de Bagdad a sous son autorité les trois missions (autrefois préfectures apostoliques) de Karpout, Mossoul et Bagdad; la première de ces missions est confiée aux capucins de la province de Lyon, la se­ conde aux dominicains de la province de Paris et la troisième aux carmes déchaussés de la province de France; 5° le délégué apostolique de Syrie, résidant à Beyrouth, exerce la charge épiscopale pour tous les la­ tins de Syrie; enfin 6° le patriarche de Jérusalem est chargé de la Palestine et d’une partie de la Galilée, jus­ qu'à Nazareth et au lac de Tibériade. De plus, le patriarche de Jérusalem, l'archevêque de 2088 Bagdad, les délégués apostoliques de Constantinople et de Syrie sont chargés de représenter le souverain pon­ tife auprès des fidèles qui appartiennent aux Églises orientales unies; les rapports des délégués avec les pa­ triarches et évêques orientaux ont été réglés par le Mo­ tu proprio : Auspicia rerum, daté du 19 mars 1896, qui est le complément et le commentaire de la constitution Orientalium dignitas ecclesiarum. Les délégués ont donc à la fois une juridiction directe sur les latins, et sur les orientaux catholiques l’autorité purement mo­ rale qu’ils tiennent de leur caractère de représentants du souverain pontife. 3° Arabie indépendante. — Il y a peu de chose à dire de l'Arabie indépendante dont la population est d’environ deux millions d'habitants. Rattachée idéalement au vicariat d'Egypte par le décret du 17 mai 1839, Juris pontificii de Propaganda fide, part. I, Rome, 1895, t. v, p. 212213, elle constitue, depuis 1889, un vicariat confié aux capucins français. La résidence du vicaire est à Aden et les fidèles sont environ 1500. 4° Perse. — Le christianisme jouit en Perse d'une li­ berté presque complète, mais il n’a atteint qu'un très faible développement. Les Persans, au nombre de 9 mil­ lions, sont musulmans delà secte schiiteet absolument réfractaires à l'action des missionnaires. L'administra­ teur du diocèse d'Ispahan, qui est un lazariste, ne gou­ verne pas plus de 150 catholiques de rite latin; dans le Kurdistan persan, qui confine à la Turquie, se trouvent quelques milliers de catholiques orientaux, chaldéens et arméniens, et un nombre un peu plus considérable de chrétiens non catholiques, principalement des Arméniens, qui sont venus s'y réfugier au moment des massacres, mais on ne possède aucune indication précise à leur su­ jet. Il y a en Perse, notamment à Djoulfa, faubourg d’Ispahan, et à Tauris, des missions protestantes dépen­ dant de \& Church missionary society et de quelques autres associations qui s’appliquent de préférence à la conversion des chrétiens schismatiques; les efforts des protestants pour attirer à eux les musulmans ont été généralement aussi infructueux que ceux des catho­ liques. 5° Afghanistan. — L’Afghanistan fait partie du même groupe d'États, ou plutôt il forme la transition entre l'Asie occidentale et l'Inde; c’est un pays entièrement musulman (4 millions d’habitants) dans lequel il n’existe aucune église chrétienne organisée. IV. Inde et dépendances. — L'empire que l'An gleterre possède aux Indes confine à l'ouest aux pays baloutchis et afghans; au nord il est limité par le Pa­ mir et le Tibet; à l’est, l'influence anglaise se heurte à celle de la France aux confins de la Birmanie; pendant la fin du XIXe siècle, le royaume de Siam, bien qu'in­ dépendant, a tendu à graviter dans l’orbite de la puis­ sance britannique, mais depuis les traités de 1897, l’in­ fluence de la Érance a recommencé à se faire sentir, grâce surtout au grand nombre d'Annamites français immigrés dans la riche vallée de la Meïnam. Cette immense étendue de pays contient près de 300 millions d’habitants, les données fournies par les Missiones catholicæ. 245252 980. sont manifestement audessous de la vérité et paraissent remonter au dénom­ brement fait en 1874; depuis, plusieurs recensements ontété faitset le dernier,celui de 1891, auquel nous nous sommes tenu, donne le chiffre de 295 238 800, ce qui permet de supposer que malgré la famine et les épidé­ mies qui, presque chaque année, font des milliers de victimes,le nombre de300 millions est actuellement at­ teint êt même dépassé. La population de l’Inde se compose de plusieurs cou­ ches qui se sont superposées les unesauxautres ; d'abord les noirs apparentés aux peuples du groupe australien et malais; ils ont, en dehors de quelques districts monta­ gneux, disparu du continent, et on n'en retrouve le 2089 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) type à peu près pur que dans les îles Adaman et Nico­ bar; les dravidiens, de race blanche et d'une culture beaucoup plus avancée, durent cependant reculer de­ vant les envahisseurs venus de l'est et de l'ouest; les touraniens jaunes arrivèrent ensuite par le Tibet, et les aryens du plateau de l'Iran : beaucoup moins nombreux, les aryens triomphent cependant grâce à leur intelli­ gence supérieure; avec l'appui des peuplades noires, ils vinrent à bout des dravidiens; c'est de là sans doute qu’est sorti le mythe de Rama, conquérant l'Inde à la tête d’une armée de singes. Les jaunes se retirèrent vers leur pays d'origine où ils importèrent la religion de Bouddha. Le bouddhisme, refoulé avec les dravidiens dans le sud de la péninsule et dans i'ile de Ceylan. ne fut pas cepeniantsans influence sur la formation de la religion natio­ nale de l'Inde, le brahmanisme, où se trouvent amalga­ mées des traditions d'origine très complexe. Au n» siècle de notre ère une nouvelle invasion touranienne, venue celle-là de la vallée de l’Oxus, ébranla la domination aryenne, déjà compromise depuis l'apparition des armées d'Alexandre; puis, jusqu’au xm· siècle, les migrations se succédèrent venant de l'ouest et amenèrent dans l’Inde les nombreux éléments aryens qui finirent par donner à la race son empreinte définitive. Une tribu aryenne qui arriva, au vit· siècle, de la Perse est celle des parsis, sec­ tateurs de la religion de Zoroastre: ils se fixèrent sur la côte de Goudjerate et, grâce à leur religion, qui tranche nettement avec toutes celles des populations voisines, ils sont demeurés homogènes tout en sachant profiter des avantages que leur procure la civilisation moderne. Enfin, entre le xm» et le xvi» siècle, ce furent les mu­ sulmans qui par la vallée de l'Indus, se répandirent dans le Bengale et le Dekkan; ils y fondèrent l'empire du Grand-Mogol, qui, directement ou par ses vassaux, s'étendait sur toute la partie centrale de l’Inde, au mo­ ment où la France et l’Angleterre commencèrent à se disputer la suprématie. Cette lutte, pleine de glorieux épisodes, se termina par la victoire de la Compagnie des Indes à laquelle l’Angleterre se substitua au milieu du xix· siècle ; la conquête graduelle de la péninsule et de ses dépendances a modifié la constitution politique du pays; mais sans influer sur l'ethnographie. Les habitants de l'empire des Indes parlent cent vingttrois langues et dialectes qui se rangent surtout en deux groupes: les langues aryennes (hindi, 89 millions; ben­ gali, 41 ; mahratti, 16; pendjabi, 18; goudjerathi, 11, etc.); les langues dravidiennes (télougou, 20 millions; tamoul, 15; canara, 10, etc.). L’hindoustani, langue moderne, qui, avec un fond aryen, a fait de grands emprunts au persan et à l'arabe, est une langue commune à presque tous les habitants des grandes vallées du nord; et le toulou joue le même rôle dans les provinces du sud peuplées de dra ;diens. D'après les statistiques publiées après le recensement de 1891, voici quelle était alors la répartition des reli­ gions. 11 i ndous......................................... Musulmans................................... Païens et divers (juifs, 17 191; parsis, 89904)........................ Bouddhistes................................ Chrétiens.................................... 207 731727 57 321164 11338 161 8 547999 2284380 287 223-431 Les bouddhistes sont étalonnés dans I’ile de Ceylan et en Birmanie. Le protestantisme s’est développé très lentement d’abord dans l’Inde; il ne comptait que 128000 adeptes en 1852; mais depuis il a fait des progrès très rapides : en 1872,318000. en 1878,-460000. Christlieb, The foreign missions of protestanlism, trad, de D. A. Croom, Lon­ 2090 dres, 1881. Cel auteur faisait alors (p. 159, note) le calcul qu'en augmentant suivant la même proportion le nombre des protestants arriverait à 1 million, en 1901, et â 138 millions, en l’an 2000. — La première partie de cette conjecture s'est réalisée exactement. Au Congrès des missions protestantes tenu à .New-York en avril 19O0. les statistiques présentées par les missionnaires de l’Inde donnaient un nombre de prosélytes s'élevant â 1005960: il est vrai que celui des communiants n'est que de 102554. lieport of the ecumnical conference on foreign missions, April 21 to May 1 1000, t. if. p. 424. Warneck, dont les calculs s’arrêtent à l'Inde propre­ ment dite, évalue le nombre des protestants à 700UUO. pour l'année 1899. Ces fidèles relèvent d'un nombre très considérable de missionnaires appartenant à toutes les dénominations : anglicans, baptistes, presbytériens, méthodistes, calvi­ nistes; d’après le livre de M. Warneck, 70 sociétés se consacrent à la prédication; plus de la moitié sont an­ glaises, une vingtaine américaines, dix sont allemandes, Scandinaves ou néerlandaises. En général, il ne faut pas trop s’arrêter à la multiplicité des groupements, dont un grand nombre cache, sous des appellations so­ nores, une grande insuffisance ; suivant la remarque de l'auteur cité plus haut, sur 150 ou 200 sociétés de mis­ sions protestantes, il n’y en a pas 60 qui aient plus de 20 membres, et beaucoup d’entre elles avouent qu'après des travaux prolongés elles n’ont pas converti un millier d'infidèles. Nous devons donc faire surtout état des mis­ sions qui, dirigées avec méthode, ont produit des résul­ tats appréciables; c’est d'abord la société anglicane pour la propagation de l’Evangile (S. P. G.); puis la Church missionary society, évangélique; parmi les dissidents, les plus actifs sont les wesleyens qui ont 130000 fidèles dans l’Inde seule, les baptistes, les presbytériens écossais et irlandais; TArmée du salut fait beaucoup de bruit, plus peut-être que de besogne, et les autres missions la redoutent beaucoup, carc'est dans leurs rangs, plus que chez les païens,qu’elle essaie de recruter ses « soldats ». Les missions américaines les plus développées sont celles de l’American board et des diverses associations baptistes et méthodistes. Les sociétés allemandes de Leipzig et d’IIermansburg travaillent avec succès dans la présidence de Madras, et les missions de Bâle ont de nombreux établissements sur la côte du Malabar. Les anglicans comptaient, en 4891, plus de 200000 fi­ dèles, les baptistes un peu moins, les luthériens 70000, les congrégationalistes 50 000, les presbytériens les wesleyens 25000; depuis cette époque le nombre :otal des protestants s’est accru de -400000. Les progrès du catholicisme n’ont pas suivi une marche aussi rapide que ceux du protestantisme, c-p-n-im: ils sont loin d'être négligeables et le nombre de s- - fid-les dépasse deux millions, inégalement repartis, comme il résulte du tableau ci-après. Nous avons laissé les chiffres de la populati <·η totale tels qu’ils sont donnés dans les Missiones cati. e, mais en faisant remarquer qu'ils sont de près d un sixième inférieurs à la réalité. En ce qui concerne la po­ pulation catholique, nous avons suivi le Madras catho­ lic directory de 1900 que nous avons corrigé d’après les renseignements plus récents que nous avons reçus des sociétés de missionnaires touchant la répartition et la situation présente des circonscriptions catholiques. On remarquera que le nombre des catholiques monte rapidement en passant du nord au sud. La proportion de catholiques qui est de 3,6 pour 10000 habitants dans la province ecclésiastique d'Agra, passe à 190 pour lÔOOO dans celle de Pondichéry et à 900 pour 10000 dans celle de Ceylan. 11 faut en voir l'explication d'af-joi dans la présence d'une énorme quantit- de musuim as dans le nord; tandis que le sud renferme une nu de tribus dravidiennes (Telougous, Tamouls. Cam..·-- 2091 DIVISIONS ECCLÉSIASTIQUES. 1 2 3 4 5 6 Agra............................ Allahabad.................... Lahore........................ Kashmir et Kafiristan. Radjpoutana................ Bettiah........................ Calcutta. . 8 Assam . . 9 Dacca. . . 10 Krichnagar Madras. . . Hyderabad . Nagpour . . Vizagapatam 11 12 13 14 15 16 17 18 MISSIONNAIRES. Archevêché. Capucins. Évêché. Capucins. Évêché. Capucins. Préf. apost. Miss. étr. ang. (Mill-llill) Préf. apost. Capucins. Capucins. Préf. apost. Jésuites. Archevêché. Soc. du Divin Sauv. Évêché. Èvèché. Ste-Croix du Mans. Évêché. Miss. étr. de Milan. 88 KB8 19 Pondichéry. Coïmbatour. Kombakonam Mysore. . . Verapoly Quilon.. o u 25 000 000 38 147 000 13600 000 2000 000 14 200 000 13000 000 8095 6420 3590 3000 3650 3725 105 947 000 28 480 21000000 7000000 17000000 15000000 54 290 13040 11000 4050 82 380 44870 12590 8000 12915 42 629 790 78 375 12380 000 5000 000 3 709000 7 000 000 16160 206 000 83 691 13000 28 089 000 318 851 5000000 2 028 020 3000 000 5500000 133 770 35 870 85 000 42170 15 528 020 298 810 1200 000 1210 000 59 700 87 000 2 410 000 146 700 2900000 188000 150000 ? 320134 78000 63 658 ? 3 238 000 461 792 Archevêché. Èvèché. Évêché. Évêché. Archevêché. Èvèché. BS88 SgS æ SS S S S Colombo . . Pointe de Galle Jafna.............. Kandy .... Trincumale . . S a 60 000 000 Goa................................. Patriarcat. Cochin........................... Évêché. Évêché. Damao........................... San Tomé de Meliapour. Évêché. Changanacchery Erculanam.. . . Trichoor . . . . T. r aê 1 e.O K Archevêché. Séculiers et Mill-Hill. 7 075 790 Évêché. Miss. étr. de Milan. 11054000 Évêché. / Oblats de St-Franç. 15 500000 Évêché. j de Sales d’Annecy. 9000000 Bombay........................... Archevêché. Trichinopoly (Maduré). . Évêché. Mangalore....................... Évêché. Poona.............................. Évêché. SOS 2092 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) Évêché. Évêché. Évêché. Jésuites. Jésuites. Jésuites. Jésuites. Miss. Miss. Miss. Miss. étr. de Paris. étr. de Paris. étr. de Paris. étr. de Paris. Carmes. Carmes. Prêtres portugais et goanais. Prêtres du rite syro-malabar. Archevêché. Oblats de Marie. Évêché. Jésuites. Évêché. Oblats de Marie. Évêché. Bénédict. Sylvestrins. Évêché. Jésuites. Birmanie septentrionale. Vic. apost. — orientale . . . Vic. apost. — méridionale. . Vic. apost. Évêché. Malacca........................... Miss. étr. de — de — de — de Paris. Milan. Paris. Paris. » » 129000 83864 91 787 » 304 651 «0 W g Sd »£ si en ® te il •X M S o ·«Q o "* Bs > > 35 24 23 14 12 15 40 23 36 15 22 14 36 32 20 11 14 11 8 3 5 1 1 1 20 17 9 4 12 20 » 2 94 9 15 8 317 37 50 52 290 9 22 43 10 > » 125 9 22 21 1 » » 2 23 19 18 18 143 68 48 54 142 54 28 59 15 6 » 1 63 27 25 29 » > 2 » 51 51 34 21 45 37 50 147 46 980 73 38 2 1 1 5 21 242 59 94 4 4 5 » 77 36 19 49 223 85 1064 115 275 114 502 97 11 4 > 2 95 44 56 87 3 2 2 2 41 29 37 28 53 167 4 1 151 101 1 426 70 71 ? » » 9 139 9 32 ? 769 58 73 48 : : » » Indi­ gènes. 73 12 38 22 8 251 5 23 26 3 272 37 202 56 22 10 » 2 1 j» 348 34 110 20 21 4 » » » » 21 10 39 32 51 115 154 39 38 124 181 38 1 1 1 7 47 77 72 59 > 3 > 76 532 2190 3417 4938 105 2312 37 198120 6 300 42500 21150 7150 3 015 870 275 220 4000000 1930 000 4000000 1200000 6000 9600 41000 19932 271 987 680 o 240 113 79 1083780 748 080 392 000 032 410 159600 11 130 000 s £ £■3 ■» s £ M§ 2 069 791 123 » » 75 > » > ύ » 2093 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) beaucoup pins accessibles â la prédication évangélique que le reste «les Hindous et surtout que les musulmans: enfin il faut remarquer que c’est par le sud de la pénin­ sule qu'a commencé l'œuvre des missionnaires; c’est sur les côtes du Malabar, du Carnatic et du Coromandel qu'ont été fondés les premiers établissements catholiques, et l'action plusieurs fois séculaire de l'apostolat peut avoir amené dans la population une transformation qui la met mieux à même de s’adapter aux enseignements du christianisme. Cela est vrai surtout dans l'Inde ou les préjugés de caste sont un des principaux obstacles à la propagation de notre foi ; des siècles ne sont pas suf­ fisants pour venir à bout des répugnances que rencontre chez le peuple la doctrine de la fraternité chrétienne. S'il en était ainsi, les missionnaires qui travaillent dans Je centre et le nord auraient cette consolation, à défaut de grands résultats immédiats, de songer qu'ils défri­ chent un sol qui, sous leurs successeurs, produira des moissons abondantes. On peut faire la même remarque sur la répartition des chrétiens baptisés par les sociétés protestantes : voici un tableau établi d'après les renseignements donnés par Warneck, pour l’année 1890. ProPopulation totale. testants. Pendjab et provinces du N.-O. 83000000 51030 Bengale........................................... 62 000000 108901 50000000 Bombay et provinces centrales. 33798 Madras et provinces du Sud. . . 35000000 365912 Ceylan................................................. 3000 000 30000 Les Israélites sont environ 18000 dont 5000 à Bombay, 1000 â Calcutta et les autres groupés en grande partie dans le Malabar sous la domination portugaise. V. Asie orientale. — 1» Chine. — C’est à l’extrémité occidentale du continent asiatique, dans les ties, sur les côtes et le long du cours des grands fleuves navigables que sont réunies des populations innombrables, et les statistiques les plus vraisemblables ne peuvent être ga­ ranties à une ou plusieurs dizaines de millions près. Si nous rapprochons le chiffre donné par Γ.4Imanach de Gotha i 1901) de celui que fournit l’Ànnuaire pontifical de la même date, nous trouvons pour la Chine un écart de 64 millions. On a dit souvent que la religion des Chinois est une religion athée; et en réalité, on ne peut pas trouver la notion du Dieu personnel dans ce Tien au sujet duquel il a été disputé avec tant d'ardeur, alors même qu'il fau­ drait l’interpréter, non comme le « ciel » matériel, mais comme le « maître du ciel », ainsi que le voulaient les missionnaires jésuites. En réalité il y a en Chine non pas une, mais trois religions nationales. Le confucia­ nisme, réservé aux lettrés et aux fonctionnaires, ce qui d'ailleurs revient au même, puisque les grades littéraires sont lé chemin qui conduit aux fonctions publiques, est un culte purement civil qui a pour base un pan­ théisme philosophique, mais qui, dans la pratique, se ré­ duit à l’observation méticuleuse de rites dont la significa- 1 tion échappe à ceux même qui les accomplissent. Le taoïsme, regardé comme la religion des habitants pri­ mitifs du pays, est le culte des génies et des démons; il a dégénéré en polythéisme et en idolâtrie; ses prêtres se livrent aux pratiques de la sorcellerie. Enfin le boud­ dhismes perdu son caractère original de doctrine mo­ rale pour dégénérer en un paganisme grossier. Ces reli­ gions ne sont pas, pour le Chinois, exclusives l’une des autres; elles sont considérées comme également vraies et également bonnes; en réalité elles n’en font qu’une seule, diversifiée suivant les contrées par l'influence des milieux et le caractère propre aux habitants de chaque province. A côté du culte officiel, la première place est tenue | par l'islamisme, qui fait des progrès inquiétants dans 2094 tout l’Extrême-Orient. Un article très curieux paru dans la /ievue de l'Orient chrétien, 1901, n. 2. p. 221-253, es­ time à 30 millions le nombre des musulmans chinois; ils forment des groupes très homogènes dans le Turkes­ tan chinois, la Dzoungarie et la Mongolie, puis dans le Kansou et le Yunan; on en trouve aussi dans le Koueitcheou, le Fokien, dans les grands ports de Canton et Chang-hai ; enfin, ils seraient à peu prés 200000 dans l’agglomération pékinoise; leur influence se fait sentir jusque dans le domaine de la politique, et ils ont contri­ bué pour une forte part aux récents massacres, de même que par leur cohésion ils donnent actuellement au gou­ vernement chinois un point d'appui pour sa résistance aux réclamations des puissances alliées. Ils se tiennent en relations avec leurs coreligionnaires des Philippines et des Indes néerlandaises et pourront un jour devenir l’occasion de graves complications. Les missions protestantes ont été tardivement intro­ duites en Chine et ont eu un succès relativement médio­ cre: mais cependant elles progressaient au moment où les événements de 1900 ont complètement paralysé leur action dans une moitié de l'empire chinois. L’AImanach de Gotha de 1901 donne pour 1881, 19000 protestants, et pour 1887, 35750. Gundert, Die evangelische Mission, fournit un chiffre légèrement supérieur ainsi réparti : Presbvtériens. . . . Méthodistes............... Congrégationalistes. Baptistes..................... Épiscopaux................ Divers......................... Missionnaires. Communiants. 122 12347 6954 73 5 627 68 50 4471 44 3215 232 1 ■ 5 6«■ 589 37 287 Warneck donne, pour 1893, un total de 55093. pour 1897, de 80682, et évalue le nombre actuel à 200000; il est vrai qu’il compte tous les baptisés alors que Gundert ne recense que les communiants, mais le progrès n’en est pas moins très considérable. Ces missions sont admi­ nistrées par 53 sociétés dont la moitié sont américaines; mais le travail utile est donné par une dizaine au plus de groupements; les méthodistes tiennent le premier rang avec 20326 adhérents, les presbytériens américains 8300, la China-Inland mission 7900, la London missio­ nary society 7100, la Church mission society 5000, les presbytériens anglais 4000, la mission de Bâle300O. Les missions catholiques, d'origine beaucoup plus an­ cienne, s’étendent sur toute la superficie de la Chine qui est divisée en 39 vicariats et 2 préfectures sfpostoliqu-s. auxquels il convient d’ajouter l’ancien évêché portugais de Macao. Les terribles persécutions de l’année 1900 ont apporté de graves perturbations dans le fonctionnement d une partie deces missions, et les chiffres que nous allons donner ont sans doute été considérablement modili s. Ces événements ont momentanément désorganisé les vi­ cariats de la moitié septentrionale de l’empire; le Yu­ nan et le Su-tchuen sont également parcourus par des bandes de fanatiques ; nous ne pouvons pas encore éva­ luer l’importance du désastre, mais il est énorme et il faudra de longues années pour relever toutes les ruines. 2° Corée. — En Corée, au contraire, l’ère des persé­ cutions officielles parait close ; ce royaume s'est tenu longtemps fermé à toute action venant des peuples chré­ tiens, et les missionnaires n’y pénétraient qu’au p»-ril de leur vie. Depuis la dernière guerre sino-japonaise, la Corée a passé de la suzeraineté plus ou moins nominale de la Chine â l’hégémonie encore dissimulée, mais très réelle, du Japon, et les Européens sont autorisés â rési­ der dans le royaume; les missionnaires y jouissent, an moins en théorie, d’une liberté complète, ce qui n'ee- 2095 ASIE (ÉTAT RELIGIEUX DE L’) pêche pas les fonctionnaires, surtout dans les districts reculés, de molester les chrétiens, de les emprisonner et même de les faire mettre à mort ; il y a cependant une détente et les persécutions sont tout à fait locales. Comme en Chine, la population pratique trois cultes: dans les classes populaires, c'est un naturalisme gros­ sier. sans doute l'ancienne religion du pays; ces super­ stitions se concilient avec les rites bouddhiques et, enfin, dans les classes supérieures, la philosophie de Confu­ cius est en honneur. Les Coréens, doux et intelligents, ont entendu avec docilité la parole des missionnaires; on comptait, en 1900, un évêque et 39 prêtres de la so­ ciété des missions étrangères, desservant 731 stations et le nombre des catholiques s’élevait à 42 450. Les protestants méthodistes et baptistes sont installés depuis 1882 en Corée et y ont fait environ 7000 prosélytes. 3° Japon. — Le .lapon a lui aussi passé, par une tran­ sition brusque, d’un isolement obstiné à une civilisation ultra-moderne; c'est en trente ans que cette transfor­ mation s'eslaccomplie. Les Européens parqués, de 1851 à 1890, dans quelques villes du littoral, sont libres main­ tenant de circuler ou bon leur semble. Les institutions ont été renouvelées d'un seul bloc, et le costume natio­ nal lui-même est délaissé par tout Japonais qui se pique de civilisation. Depuis 1889. l'Etat japonais a inscrit dans sa consti­ tution la liberté de conscience et les cultes nationaux ont cessé d’être subventionnés. Ces cultes sont d'abord le shintoïsme, religion des anciens Japonais, «|ui honore les génies par des sacrifices et autres pratiques fortement imprégnées de superstitions don* auelques-unes sont très gracieuses; au vi» siècle le bouddhisme s’est introduit au Japon et certains Japonais le pratiquent concurremment avec le shintoïsme. Les cultes chrétiens sont autorisés en ce sens que la loi les ignore et ne met aucun obstacle â leur propagation; cette attitude de l’État athée n’est pas sans causer de sérieuses difficultés; c’est ainsi que la loi sur l'instruction publique promulguée en 1899 prohibe l'enseignement de toute religion et toute pratique reli­ gieuse dans les écoles officielles et même dans les écoles libres qui suivent les programmes officiels; or, ces écoles ne sont tolérées qu'autant qu'elles se conforment à ces programmes. Toutefois, il est juste de remarquer qu’un tel règle­ ment n’a pas au Japon le caractère odieux qu’il pré­ sente dans les pays chrétiens; ici c'est un véritable chaos dans lequel s’agitent plus de 40 sectes bouddhistes et shintoïstes, à côté de 37 sectes protestantes et du schisme russe. Rapport de Mor Ozouf, archevêque de Tokio, dans le Compte rendu de la Société des missions étran­ gères pour 1899. Les autorités usent généralement d’un esprit très large dans l’application de ces règlements, mais il n'en est pas moins vrai que là ou le fonctionnaire est malveillant il peut créer de grosses difficultés ; telle cette école de sœurs qui fut menacée de fermeture parce qu’on avait trouvé aux mains des enfants des exemplaires du caté­ chisme, un livre qui ne figure pas dans la liste des ou­ vrages autorisés dans les écoles. Le catholicisme japonais a fait en vingt ans de ra­ pides progrès, il comptait 4000 fidèles en 1879; depuis l’institution de la hiérarchie en 1891, le Japon forme une province ecclésiastique, composée de l'archidiocèse de Tokio et des diocèses de Nagasaki, Osaka et Ilakodaté; le nombre des .fidèles était,en 1901, de 55453, ad­ ministrés par 119 prêtres de la Société des missions étrangères de Paris, auxquels viennent en aide, surtout pour l’instruction, les marianites, et des religieuses françaises appartenant à 4 communautés (damesde SaintMaur, Saint-Paul de Chartres, Enfant-Jésus de Chauffailles et franciscaines missionnaires de Marie). La vie contemplative est représentée par des cisterciens et des cisterciennes. 2096 La Russie fait de grands efforts pour faire pénétrer sa croyance particulière au Japon et aussi en Chine. Un évêque russe est chargé des missions dans les îles du nord; en 1879 il y avait 3000 Japonais convertis à l orthodoxie; ce nombre doit être de beaucoup dépassé au­ jourd’hui. lien est de même des protestantsdont on comptait 7500 en 1879; depuis, une trentaine de missions,dont 25amé­ ricaines, ont créé de nombreux établissements et obtenu de réels succès. En 1899, on comptait 50 000 protestants (41000 communiants) dont la moitié dépendent des églises congrégationaliste et épiscopalienne. Le tempé­ rament japonais, raisonneur et un peu superficiel, s'est très bien accommodé de l’enseignement d'une religion où l'individualisme garde une grande importance;et un nombre relativement considérable de conversions s'est fait dans les classes supérieures; le vice-président de la chambre basse du parlement japonais est un protestant. 4° Indo-Chine française. — Le vaste empire que la France a constitué dans l’Extrême-Orient est de date récente; c'est en 1858 que l'amiral Rigaud de Gem uilly parut devant Tourane pour y prendre la défense des chrétiens persécutés; en 1859, après la prise de Saigon, la Cochinchine méridionale fut annexée, et en 1863, le roi de Cambodge. Norodom, se plaçait sous la protec­ tion de la France. La conquête du Tonkin.de 1882 à 1884, eut pour conséquence l’établissement du protectorat sui­ le royaume d’Annam, et enfin, en 1897, une partie du ter­ ritoire siamois a été placée dans notre zone d'inlluence. La population est de souche mongolique, mélangée d’une proportion de sang malai qui augmente en avan­ çant dans le sud ; outre les Annamites et les Cambod­ giens, il y a des traces de la population antérieure à l’invasion jaune; sous le nom de Khmers, Muongs, Mois, Laotiens, ils formentdes groupements considérables dans l’intérieur de la péninsule. Les langues annamite, cam­ bodgienne et siamoise se rapprochent du chinois, tout en étant moins compliquées. La religion est un bouddhisme altéré par des super­ stitions étranges; comme en Chine, le confucianisme est professé par les lettrés. Les Malais qui se trouvent en assez grand nombre dans le sud sont généralement mahométans. Enfin les Chinois forment une partie notable de la population : on estime qu’il y en a 80000 au Tonkin et un plus grand nombre en Cochinchine; il y en a 40000 dans la seule ville de Cholon, voisine de Saigon ; dans le royaume de Siam, ils ont presque le monopole du com­ merce, et dans un récit de voyage paru dans la Revue des Deux Mondes (15 mars 1901) on lisait que tous les établissements industriels qui se sont récemment créés sont entre les mains des Chinois. Conclusion. — Pour évaluer la situation religieuse de l'Asie, il est nécessaire de recourir aux hypothèses, car si nous avons pu relever assez exactement le nombre des catholiques et des protestants, il n’existe aucun docu­ ment sérieux qui permette de dénombrer les adeptes des autres religions. 11 ne semble pas cependant très loin de la vérité d'esti­ mer le nombre des bouddhistes à. . . . 400 millions, celui des brahmanistes à........................... 200 — celui des musulmans à.................................... 100 — celui des chrétiens à.................................... 20 — celui des païens, sansdoute exagéré . . 80 — Nous évaluons la population chrétienne de l'Asie russe à 14 millions. Les protestants sont (d’après Warneck, p. 339): Dans l’Asie antérieure......................................... 85000 Aux Indes................................................................. 817000 En Chine et en Corée......................................... 21001·' Au Japon.................................................................... 50000 1162000 2098 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) 2097 PRÊTRES POPULATION VICARIATS. Siam........................................ Cambodge............................... Laos........................................ Cochinchine occidentale. . . . — orientale.............. — septentrionale . . Tonkin méridional................... — occidental................. — maritime..................... — central........................ — oriental..................... — septentrional (1). . . . Haut-Tonkin........................... CHRÉTIENS EUROPÉENS. TOTALE STATIONS- 5000000 1 800000 2 000 000 1688000 2500000 600 000 2000000 5500 000 2000000 2000 000 2500000 2500 000 22 200 28450 9 434 63 870 68430 59800 118582 201 740 36 33 21 57 48 46 34 66 204000 49 900 27 630 18460 17 15 13 24 115 52 248 365 490 561 1052 679 264 195 118 30088000(1) 872496 410 4186 47 ÉGLISES ET CHAPELLES SÉMINAIRES ET COLLÈGES- ÉCOLES ET ORPHELINATS. 47 129 36 250 374 192 290 766 3 1 1 4 2 2 2 2 59 120 30 187 18 28 187 651 680 264 162 114 2 2 2 1 681 220 120 48 3304 24 2349 HÔPITAUX- 7 9 » 16 » 1 » 1 3 » » 1 __ 38 (1) Tous ces vicariats sont confiés aux Missions étrangères de Paris, sauf ceux du Tonkin central, oriental et septentrional dont sont chargée les dominicains espagnols. (2) Ces chiffres sont ceux des Missione» catholicæ do 1901. L'Almanach' de Gotha (édit. de 1901) donne seulement 15 millions. M Doumer, gouverneur général de l'Indo-Chine française, m’a donné comme chiffre probable 22 millions dont 8 ou 9 pour le Tonkin - Le chiffre de M. Supan (1δ Γ>90 000-f-6 320 000) se rapproche exactement de cette estimation. Un recensement doit être fait en 1902. Les catholiques seraient: Dans l’Asie russe................................ de 70 à Dans l’Empire ottoman et la Perse................... Dans l’Inde............................................................... En Chine, Corée, Japon et Indo-Chine. . . . 75000 700000 2 1 40 000 1710000 Soit un peu plus de 4 millions et demi. Oriens Christianus, Paris, 1740, t. v ; R. P. Gams, Scries episcoporum Ecclesiæ catholicæ, Ralisbonne, 1873 : Reclus, Géographie universelle, Paris, 1881-1888, t. vi-ix ; Vivien de Saint-Martin, Dictionnaire de géographie universelle, Paris, 1879-1895; Marcel Dubois, Cours de géographie, Paris, 18871891 ; Missiones catholicæ descriptæ, Rome, 1901 ; Annuaire pontificat catholique, Paris, 1901 ; R. P. Piolet, Les missions catholiques françaises au xtx' siècle, Paris, 1991, t. i, n, m; Id.. Rapport sur les missions catholiques françaises (Exposi­ tion des missions, 1900), Paris. 1900; Louvet, Les missions catho­ liques, Lille, iS'Jü; Launay, Histoire des missions étrangères, Paris, 1894; Henrion, Histoire des missions catholiques, Paris, 1847;Cuinet. La Turquie d'Asie, Paris, 1894-1901 ; Pisani, A tra­ vers l'Orient, Paris, 1896: Launay, Histoire des missions de l'Inde, Paris, 1898; Werner, Atias des missions catholiques, trad. Grottier, Fribourg-en-Brisgau, 1886; Missions catholiques ; Annales de la Propagation de la foi; Annales de la SainteEnfance; Bulletin des oeuvres d'Orient ; Annales de la Mis­ sion ; Lettres d'Orient ; Comptes rendus des missions étran­ gères..., etc. — Protestants : Congrès des missions tenu à NewYork, Londres, 1900; Warneck, Histoire des missions protes­ tantes, Berlin, 1901 ; Cliristlieb, Protestant foreign missions, trad. Croom. Londres, 1881 ; Gundert, Die evangelische Mission, Catv et Stuttgart, 1894; Grundemann, Atlas des missions protes­ tantes, ibid., 1896; Pisani, Les missions protestantes, dans la Quinzaine, 15 sept, et 1" octobre 1901, Paris, 1901 ; Journal des missions évangéliques. P. PlSANI. II. ASIE (Missions catholiques de P). — I. Missions nestoriennes. II. Missions du moyen âge. III. Missions du xvi« siècle au xix« siècle. IV. Missions du xix'siècle. I. Missions nestoriennes. — Jusqu’à l’invasion mu­ sulmane l’Asie antérieure n’était pas un pays de mis­ sion, mais une terre chrétienne, où les évêchés et les couvents se multipliaient au milieu d’une population vleine de piété. Sans doute la foi ne fut pas sans souf­ frir des discussions théologiques et des jalousies ethni­ ques : ariens, nestoriens, monophysites, monothélites, brisèrent à de nombreuses reprises le faisceau de l’union, et l’empire de Constantinople, bien avant de succomber définitivement devant les Turcs, encourageait dans son clergé un esprit particulariste d’où devait sortir le schisme d’Orient ; mais il n’en est pas moins certain que depuis les prédications apostoliques le christianisme s’était vigoureusement implanté’depuis la mer Noire jusqu’aux cataractes du Nil, et la pacification religieuse, au temps de Constantin, n’avait fait que consacrer un état de choses qui, existant en fait, n’attendait plus que la sanction des lois. Il y eut cependant des missions pendant cette période, mais elles furent l'œuvre des nestoriens de Mésopo­ tamie, qui, séparés de l’empire d'Orient par les luttes politiques des empereurs de Constantinople et des rois de Perse, cherchaient à l’est l’expansion dont avait be­ soin leur église jeune et entreprenante. Au Ve siècle, ils avaient fondé des évêchés sur les deux rives du golfe Persique; au vi» siècle, Tile de Socotora,au débouché de la mer Rouge, était peuplée de chrétiens convertis par des prêtres venus de Perse. Beaucoup d’Arabes, à celle époque, étaient nestoriens et c’est auprès d’un moinede cette croyance que Mahomet acquit la plupart des con­ naissances religieuses qu'il utilisa pour constituer le corps des doctrines qui devint l’islamisme. Les voyageurs qui. au moyen âge, parcoururent l’Orient, y visitèrent de florissantes chrétientés nesto­ riennes dans des pays ou il n’y a plus aujourd’hui trace de christianisme. Marco Polo, au xm· siècle. Barbaro.au xiv», en trouvèrent sur les côtes d'Arabie; saint Fran. :-· Xavier, quand il s’arrêta dans Tile de Socotor en t.Vrl. y rencontra une population chrétienne assez imp; riante pour qu’il pût y choisir 400 jeunes gens qui !■■ aux Indes. La ruine de l’empire un moment él·. par les Portugais livra ces régions au fanatisme d-.s mahométans et au bout d’un siècle le christianisme avait c>mplètement disparu de Socotora et de tout le littoral de l’Océan indien. En Chine, les jésuites ontdécouvert, en 1625, â Si-NganFou, dans le Chan-Si, une inscription relative â la fon­ dation, en 636, d’une église chrétienne; R. P. Havret. Mélanges sinologiques, fasc. vu, La slide chrétienne de Si-Ngan-Fou, Shanghaï, 1895; on possède encore quelqu- s autres documents qui jalonnent l'histoire religieuse de ces pays lointains : 845. édit de l’empereur Wou-Soun_ qui proscrit le christianisme; 885. lettre du métropolitain nestorien de Chine qui s’excuse de ne pouvoir se rendre à Édesse ou devait se tenir le synode; 987, lettre du catholicos Maris II qui envoie six missionnaires en Chine; 1064, envoi d'un évêque en Chine par le catho­ licos Sabarjesus III. En 1278, Marco Polo, se rendant en Chine, y visita des chrétientés nestoriennes; Jean de 2099 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) Monte-Corvino en 1293 trouve à Pékin une église chrétienne, mais la décadence était déjà bien avancée et le christianisme oriental avait à peu près disparu quand arrivèrent les premiers missionnaires envoyés par le souverain pontife. Il existe aussi des traces du passage des nestoriensen Tartarie; des missionnaires avaient évangélisé le pays qui s’étend de la mer Caspienne et de la mer d’Aral jus­ qu’au voisinage des Pamirs ; les grands voyageurs du moyen âge qui ont visité la cour du grand khan signa­ lent la présence de prêtres chrétiens dans ces régions. Dans les Indes, Marco Polo trouva des chrétientés florissantes; c’est à l’apôtre saint Thomas qu’on en fai­ sait remonter l'origine; les Portugais en arrivant au xv" siècle, rattachèrent au catholicisme 200000chrétiens du Malabar qui avaient relevé jusque-là du patriarche nestorien ; et la découverte à Méliapour du tombeau de l'apôtre des Indes contribua au retour de ces dissidents dont une partie seulement a persévéré; les autres sont retournés à leurs erreurs et les ont même aggravées, car à l'hérésie nestorienne qu’ils professaient, ils ont ajouté celle des monophysites, enseignant à la fois avec les nestoriens que le Christ est composé de deux personnes, et avec les jacobites, que ces deux personnes ne possè­ dent qu'une nature, la nature divine, à l'exclusion de la nature humaine; de telles contradictions ne s’explique­ raient pas si l'on ne connaissait la profonde ignorance des dogmes fondamentaux dans laquelle vivent les orien­ taux des églises séparées ; qu’une doctrine soit condam­ née par les catholiques, cela leur suffit pour la leur faire embrasser et défendre avec une obstination dont aucun raisonnement ne peut venir à bout. Sur les chrétiens de saint Thomas, voir Oriens Christianus,t. njd’Avril, Chal­ dee chrétienne, Paris, 1892 ; Becueil de voyages et mé­ moires, publiés par la Société de géographie, t. tv; Lau­ nay, Histoire du christianisme dans les Indes. Le R. P. Girard, S. J., combat les idées de M. le baron d’Avril, dans la Terre-Sainte, 1er juillet 1901. IL Missions du moyen age. — Lesmissions nestoriennes étaient bien prés de disparaître quand la sollicitude des souverains pontifes et des princes chrétiens commença à se tourner vers les pays de l’Orient ; la période des croisades se terminait et des renseignements avaient été recueillis pendant les périodes pacifiques qui séparaient les périodes de lutte avec les musulmans; on en était venu à savoir qu’au delà des montagnes de Syrie, au delà de l’Euphrate,commençaient des régions immenses habitées par les sujets du grand khan, et qu’au delà on arrivait au mystérieux pays de la soie dont les produits, amenés par mer ou par caravanes, se vendaient sur les marchés d’Alep, de Damas et du Grand-Caire. Toutes ces données étaient bien vagues, mais suffisaient pour inspirer à des âmes ardentes le désir d’aller évangéliser des peuples à peine connus. Les dominicains et les franciscains, fondés depuis peu, fournissaient en abon­ dance des hommes résolus, aventureux et prêts à tous les sacrifices, même à celui de leur vie. Nous voyons donc, dans la seconde moitié du XIIIe siècle, des missions d’exploration confiées par Innocent IV, le B. Gré­ goire X, Honorius II et saint Louis au dominicain André de Longjumeau, aux franciscains Laurent de Portugal, Jean du Plan-Carpin, Guillaume Ruysbrock (de Rubruquis) et Jean de Crémone. Ils arrivèrent chez le grand khan Koublaï, lui remirent leurs lettres de créance et en rapportèrent des témoignages assez peu précis d’ailleurs de la bienveillance du prince mongol. Au xive siècle, Jean de Montecorvino, franciscain, en­ voyé par le pape Benoit XI, parvint en 1307 jusqu’à Khan-Balikh, capitale de la Chine; il en fut institué évêque par Clément V, avec 7 sullraganls, et occupa ce siège jusqu’à sa mort en 1330. Franco de Pérouse, dominicain, fut fait archevêque de Sultanieh.en Tartarie, par Jean XXII, en 1318;Jour­ 2100 dain Catalani, dominicain, fit, en 1521 et 1528, deux voyages dans l’Inde; dans le premier, il avait pour compagnons trois franciscains qui furent martyrisés à Salsette, prés de Bombay, par les mahométans; dans le second,il visitale Malabar et arriva à Khan-Balikh,en Chine, peu après la mort de Jean de Montecorvino. Odoric. de Pordenone, franciscain, parti en 1323, visita Ceylan, Java, Bornéo, Khan-Balikh et revint, en 1331, par le Tibet et la Perse, après avoir baptisé 20000 infidèles. Malgré les difficultés des communications, des groupes nombreux de missionnaires s’acheminaient à travers l’Asie pour arriver à la mer Jaune ; beaucoup succom­ baient aux fatigues, victimes de leur inexpérience et de leur admirable mépris de la vie; mais un premier noyau de chrétientés s’était formé à la fin du xiv" siècle, quand les invasions mongoles conduites par Timour-lenk (ou Tamerlan) anéantirent le fruit de cent cinquante années de travaux : le conquérant ne s’avança vers l’Occident qu’après avoir tout détruit sur son passage, et quand il arriva aux portes de Constantinople, vainqueur du sultan Bajazet, il ne laissait pas derrière lui un seul vestige des chrétientés de l'Asie centrale. III. Missions du xvi» siècle au xix» siècle. — La route de l’Extrême-Orient, fermée par l’invasion mon­ gole, ne devait pas se rouvrir; les Ottomans, un moment écrasés par Timour-lenk, ne tardèrent pas à se relever, et, multipliant leurs assauts contre les débris de l’em­ pire grec, finirent par en avoir raison. Dès lors, i! ne fallut plus penser à parvenir au Cathay, dans l’Inde, ou en Tartarie par l’Asie Mineure ou la Syrie : c’est Cons­ tantinople même qui devient difficilement abordable, et en dehors de quelques villes du littoral de la mer de Syrie ou de l’archipel, tout l’empire turc devient un pays inaccessible à l’Européen. L’Église de Jérusalem subsiste comme un îlot battu par les vagues ou mieux comme un glaçon que les vents du nord poussent vers les ré­ gions tempérées et qui, chaque jour, va en diminuant de volume. Les franciscains préposés par les papes à la garde des Saints-Lieux, se défendent de leur mieux,soutirent,sans se décourager, les avanies de toute sorte, les injures, les emprisonnements et même la mort; mais néanmoins, les sanctuaires vénérés de la communauté catholique de Jérusalem deviennent peu à peu la proie des schisma­ tiques et l’évangélisation des indigènes ne fait pas de progrès. Presque au même moment, les Portugais découvrent la route maritime des Indes par le cap de Bonne-Espé­ rance et les missionnaires marchant à leur suite se répandent de nouveau dans les pays de l’Extrême-Orient; le frère Henri de Coïmbre, franciscain, accompagna, en 1501, Alvarez Cabral; Calicut, Cochin, Goa, Cranganor devinrent le centre de chrétientés importantes; en 1521, les Philippines reçurent leurs premiers mission­ naires et la propagation de la foi semble devoir se dé­ velopper partout sans obstacles. Ces obstacles vinrent cependant du côté des Portugais qui, oublieux du rôle civilisateur que la providence leur avait confié, se laissèrent entraîner aux pires excès; leur cupidité, leur cruauté, leurs débauches les rendi­ rent odieux aux Indous et firent rejaillir sur le chris­ tianisme une partie de leur discrédit; leurs ambitions, leurs jalousies, leurs haines affaiblirent leur puissance et arrêtèrent la conversion des infidèles qu’ils scandali­ saient par une conduite indigne de vrais chrétiens. Il n’y avait pas jusqu’aux missionnaires séculiers et régu­ liers qui, se relâchant de leur ancienne activité, lais­ sassent quelque peu dépérir l’œuvre si bien commencée; il fallait infuser du sang nouveau dans ce corps lan­ guissant et c’est pour cela que le roi de Portugal fit appel au zèle de nouveaux ouvriers. La Compagnie de Jésus venait d’être fondée par saint Ignace qui mit à la 2101 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) 2102 disposition du prince l’un de ses premiers disciples : I sions et de ces imprudences sortit une persécution qci François-Xavier s’embarqua, en 1541, pour les Indes. devait faire couler des flots de sang, et amener pour Il est difficile de comprendre comment en moins de deux siècles la disparition complète, au moins le crutdix ans un homme peut donner une somme de travail on, du christianisme japonais. Le 15 février 1597, vingt-six comparable â celle que fournit le saint jésuite. Il établit croix furent dressées sur une colline voisine de Naga­ â Goa le collège de Saint-Paul où les élèves ne tardèrent saki et on y attacha vingt-six confesseurs de la ioi, dont pas à arriver en foule; de plus, parcourant le littoral, il trois jésuites, six franciscains; les autres,parmi lesquels établit solidement la foi sur la côte du Malabar, la côte étaient des femmes et des enfants, appartenaient au tiersde Travanpore, la côte de la Pêcherie et dans les ordre de Saint-François; ces martyrs ont été béatifiés royaumes ceylanais de .lafnapatam etde Kandy; en 1545, par Urbain VIH. en 1627, et canonisés par Pie IX, en il usité Malacca, en 1546, les Moluques, de 1549 à 1551, 1862. Pie IX a canonisé, en 1867, 205 autres martyrs il annonce la bonne nouvelle au Japon et vient enfin exécutés de 1617 à 1632; des milliers d’autres sur lesquels il n’a pas été possible de recueillir des inlormourir dans File de Sancian, au moment de pénétrer en mations juridiques assez précises onl péri dans la même Chine; il avait été rejoint par un certain nombre de période par le fer, le feu, la croix et d'autres tourments compagnons dont l’un, le P. Antoine Criminal, fut le pre­ mier martyr de la Compagnie, en 1549. L’inlluence du que l’imagination des bourreaux avait poussés à de saint se fit sentir partout où il passa ; d’innombrables infi­ savants raffinements. deles demandèrent le baptême et même un grand nombre Ce qui contrista le plus les martyrs, après de nom­ d Européens, touchés parses exhortations,conformèrent breuses apostasies de leurs néophytes, ce fut de voir,du leur conduite aux devoirs que leur imposait leur carac­ côté de leurs persécuteurs, des chrétiens d’Europe, An­ tère de chrétiens et vécurent, non comme des conquérants, glais et Hollandais protestants. La guerre était déchaî­ mais comme des civilisateurs. née en Europe, la guerre de Trente ans, que les passions Les progrès accomplis à cette époque par les mission­ religieuses rendaient plus impitoyable que toutes celles naires dominicains et franciscains montrent que le temps qui avaient précédé. d'arrêt qui s’était produit avant l’arrivée de saint Fran­ L’Angleterre et les Pays-Bas avaient attaqué sur mer çois-Xavier n’avait pas été de longue durée. Le saintles Hottes espagnoles, et avec un tel succès qu’une siège jugea donc le moment venu d’instituer une jurigrande partie des possessions de l’Espagne en .Afrique diction régulière dans les pays de l’Inde qui avaient et en Asie changèrent de maîtres : de nouvelles puis­ relevé jusque-là de l’évêque de Funchal. En 1534, avait sances coloniales paraissaient dans l’Extrême-Orient et, été créé l’évêché de Goa, dont le premier titulaire fut pour se faire bien venir des infidèles, se donnaient un franciscain, Jean d’Albuquerque. En 1557, deux nou­ comme les ennemis des Espagnols catholiques; les Por­ veaux diocèses furent établis à Cochin et à Malacca. Goa, tugais et les Espagnols avaient soutenu les missionnaires avec le titre d’église métropolitaine et primatiale, éten­ et avaient cherché à profiter politiquement et commer­ dait son autorité sur le littoral de la mer des Indes jus­ cialement de leurs succès; les Anglais et les Hollandais qu’à Sofala et Mozambique; de Cochin relevaient le vont exploiter cette association et ruiner du même coup Malabar, Ceylan, le Bengale et le royaume de Pegou et l’influence catholique et celle des Espagnols. Peu im­ (c’est-à-dire la Birmanie); Malacca étendait sa juridic­ porte à ces marchands avides de renier leur roi, si tant tion dans tout l’extrème-est (Chine, Corée, Japon) jus­ est qu’ils en aient une, si leur apostasie leur ouvre qu’au jour où un évêque fut nommé à Macao. Les titu­ l’accès du marché d’où sont bannis les catholiques. C'est laires des nouveaux évêchés furent deux dominicains : à de là que date, au Japon, l’usage odieux qui s’est per­ Malacca,George de Sainte-Lucie,à Cochin,Georges Themupétué pendant deux siècles, de placer à terre dans les do qui devint, en 1568, archevêque de Goa et dontlesucports de débarquement une croix que les arrivants cesseur à Cochin, Henri de Tavora, passa à son tour, devaient fouler aux pieds; on avait trouvé le moyen le en 1578, sur le même siège archiépiscopal. plus sùr d’empêcher les catholiques de s’introduire dans Les dominicains chargés de Malacca et de l’archipel le pays. des Moluques, instituèrent, en 1545, une branche spé­ L’entrée de la Chine n’était guère moins bien gardée ciale de leur ordre, la congrégation orientale des Indes que celle du Japon. Les Portugais s’étaient fait céder par qui. dès 1548, envoya de nombreux missionnaires dont l’empereur Kouang-hi un petit territoire, File de Ma­ ie plus connu est le P. Bermudez. Le franciscain Bonfer cao, où les marchands étaient comme parqués sous la pénétra dans le Pegou sur lequel il a laissé de nombreux surveillance des officiers du vice-roi de Canton. En 1557, renseignements. Enfin, les jésuites, continuant l’œuvre y fut établi un évêché dont la circonscription compre­ de saint François-Xavier au Japon, y obtinrent des suc­ nait tout le pays situé au delà du détroit de Malacca. cès extraordinaires; une ambassade japonaise se pré- I Les premières tentatives faites pour pénétrer dans l’etnsenta en 1585 aux pieds de Grégoire XIII, qui la reçut pire chinois remontent à cette époque : les franciscains et les jésuites de Macao s’instruisaient de la langue et peu de jours avant sa mort, et de Sixte-Quint, au cou­ des usages afin de se lancer à la recherch· .i· - ■ <. ronnement duquel ils assistèrent. Mais, pendant ce temps, de graves événements s’étaient produits au Japon I Ce fut cependant un augustin des Philippin» -. Martin de Herrada, qui fit les premiers essais, avec i aide d·· et une révolution politique amena un revirement com­ quelques Chinois convertis à Manille; les dominicains plet dans l’attitude que les gouvernants avaient eue se mirent aussi à la recherche du moyen de forcer la jusque-là à l’égard du christianisme. Il faut ajouter ligne interdite, mais ce furent les jésuites qui y réussi­ aussi qu’en 1580, la dynastie régnante en Portugal rent les premiers. En 1679 ie père Ruggieri s’établit à s’étant éteinte, le roi d’Espagne Philippe II s’était fait Canton et peu après à Tchaoking, ville située un peu à reconnaître roi et que, pour soixante ans, la couronne l’ouest sur le Si-Kiang. Grâce à la bienveillance des de Portugal se trouvait réunie à celle d’Espagne; ce mandarins qui admiraient la pureté de sa doctrine, il changement n’avait pas été sans léser de grands intérêts eut la permission de faire venir quelques confrères et dans l’Extrême-Orient, et des jalousies de toute sorte d’ouvrir une chapelle. Parmi les nouveaux mission avaient amené les Espagnols et les Portugais à se ren­ naires se trouvait le P. Mathieu Ricci qui, étant de­ voyer des accusations dont l’écho était venu diminuer venu très versé dans la langue et les lois de h parmi les Japonais le sentiment de respect que leur Chine, put établir des résidences à Nan-tchang-fou, dans avaient inspiré jusque-là les étrangers; enfin les Espa­ le Kouang-Si, en 1588, à Nankin, en 1595 et enfin, après gnols. nouveaux venus et peu au courant des usages du plusieurs voyages à Pékin, en 1595, 1598 et 1601. finit pays, avaient commis certaines maladresses et blessé par être reçu en audience par l’empereur Ching-tsmg; des susceptibilités, parfois très légitimes. De ces divi- 2103 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) 2104 il apportait avec lui des présents parmi lesquels étaient I parés de Cochin, de Negapatam. de Granganor. de Cali­ cut. de Ceylan et y proscrivaient, sous peine de mort, la des pièces de mécanique dont l'ingéniosité charma les profession du catholicisme: le Portugal ne pouvait rien Chinois; Ricci était fort avancé dans la connaissance pour défendre ses sujets chrétiens et cédant â de misé­ des sciences naturelles dont les mandarins étaient très rables questions de vanité et d’intérêt, s'opposait à la curieux; il put donc s’installer à Pékin en 1605, et après création d’évêchés nouveaux qui eussent diminué l'im­ sa mort, en 1610,son successeur, le P. Longobardi, hérita portance de ceux qu’il avait sous son patronage. de son crédit parmi les lettrés. La faveur dont jouissaient les jésuites, n’empêcha pas Des hommes comme les pères Sotejo et de Rhodes, jésuites, avaient senti toute la gravité de la .situation; la des gouverneurs de provinces de persécuter leurs con­ Congrégation de la Propagande, fondée en 1622 par Gré­ frères dont plusieurs furent mis à mort en 1616 et 1620 goire XV. avait proposé l’institution d’évêques pour avec un certain nombre de Chinois baptisés; la porte l’Inde, la Birmanie, le Siam, la Chine et le .lapon, et n’en était pas moins ouverte et les religieux des autres l’obstination de l'Espagne, puis du Portugal, avait em­ ordres allaient pouvoir entrer à leur tour. pêché le projet d’aboutir. Donc pas d’évêques et des so­ Dans l'Inde les dominicains, les franciscains, les ciétés indépendantes, composées d’hommes ardents qui armes et les jésuites continuaient avec persévérance ne distinguaient pas assez entre le bien de l’Eglise et l’œuvre d’évangélisation, qui s’étendait au Bengale, au royaume d'Arrakan (Birmanie),au Siam et au Cambodge. celui de leur ordre, entre les intérêts de la foi et le suc­ cès de leurs opinions particulières. Le succès des missionnaires était général, et cependant C’est ce qui déchaîna sur l’Inde la grosse discussion le résultat final était médiocre ; une courte persécution venait ruiner, en quelques semaines, l’œuvre de plusieurs dite des rites malabars. Voir Ad. Launay. Histoire des missions de l’Inde, Paris, 1898, t. l; Miu Laouenan. Du années; l’inconstance des orientaux leur faisait aban­ donner la foi qu’ils avaient embrassée avec enthousiasme brahmanisme dans ses rapports avec le judaïsme et le et les préjugés, qu’on n’avait pas eu le temps de déraci­ christianisme, Pondichéry, 1884, t. i, p. 362-389. ner, conservaient au fond de ces âmes régénérées par le Dès le début du xvn» siècle les jésuites avaient re­ baptême un levain d’infidélité qui ne tardait pas à fer­ marqué que ce qui éloignait d’eux les indigènes, c’était menter et à détruire le fruit des plus belles prédications. l’inobservation des règles qu’imposait ia division en Pour empêcher ces retours offensifs de l'erreur, les mis­ castes. Le missionnaire qui frayait avec les parias et sionnaires, et en particulier les jésuites, pensèrent que prenait une nourriture réputée impure était un objet pour tenir dans la persévérance ces peuples soumis au d’horreur pour les classes supérieures et n’avait aucun régime du pouvoir absolu, il suffirait peut-être de con­ crédit sur elles. Il s’agissait de gagner les castes qui formaient l’opinion; les parias n’avaient pas d’opinion, vertir les princes, pour que le christianisme, devenu re­ ligion d'État, pût se consolider avec l'appui du pouvoir imitaient en tout les brahmes et partageaient leur mépris séculier; c’est une conception dont il est permis de pour les étrangers ignorants des règles de la vie sociale. penser ce qu’on veut : on en était alors en Europe au Le P. Nobili commença donc à vivre à la façon des principe cujus regioejus religio et les populations de l’Al­ sanyassis; vêtu d’une robe de toile jaune, coiffé d'une lemagne étaient regardées comme catholiques ou comme sorte de turban, il se nourrissait de lait, dé riz et d’herbes protestantes selon le culte qu’était censé professer le et portait au cou le punit ou cordon distinctif des souverain. 11 fui donc fait de grands efforts pour con­ brahmes, composé de trois fils d’or et de deux fils d'ar­ vertir les potentats de l’Inde; on supposait que le peu­ gent. Pendant ce temps, d’autres jésuites adoptaient le ple suivrait l’exemple de bon gré ou non. Une telle costume et le genre de vie des basses classes. Omnibus méthode qui a puissamment contribué au développement omnia factus sum. I Cor., ιχ, 22. Il s’agissait non pas si rapide de l’islamisme ne paraît pas conforme à la loi précisément d'aplanir aux Indiens la voie du salut, mais évangélique, et ce qui le prouverait, c'est le peu de ré­ de faire disparaître certains obstacles jugés insurmon­ sultats qu’elle donna. Le Grand-Mogol Akbar, de qui dé­ tables. Mais une fois dans la voie des concessions, ou pendait toute l'Inde centrale, reçut avec quelque bien­ fallait-il s’arrêter? Il y avait dans les usages indiens des veillance le P. Rodolphe Aquaviva, neveu du général pratiques et des emblèmes qui avaient une signification des jésuites; il aimait à converser avec lui et avec ses obscène ou superstitieuse; suffisait-il de diriger son in­ confrères, il les interrogeait avec curiosité siçr les dogmes tention pour éviter la faute? Les Indiens répugnaient à chrétiens; on le crut sur le point de se faire baptiser certains rites de nos sacrements et on en vint à aban­ et on eut la déception de constater qu’il cherchait â donner pour le baptême l'usage du sel, de la salive et de donner à son empire une religion uniforme ou l’isla­ l'insufflation. misme; le brahmanisme se seraient fondus avec quel­ Ce furent les missionnaires fransciscains qui dénon­ ques bribes de christianisme. Au bout de plusieurs an­ cèrent la pratique des jésuites et les discussions com­ nées les jésuites, reconnaissant qu'ils étaient joués, mencèrent : les synodes locaux adoptèrent l'une ou durent se retirer et Akbar mourut, en 1605, sans avoir l’autre opinion ; les théologiens ne s'accordèrent pas justifié les espérances qu'on avait fondées un peu hâti­ non plus, et le 31 janvier 1623, le pape Grégoire XV par vement sur lui. la constitution Romanæ sedis antistes, dans Juris pon­ Une autre cause qui contribua dans une large mesure tificii de Propaganda fide, part. I, Rome, 1888, I. i. â stériliser les travaux de beaucoup de missionnaires p. 15-17, permit au P. de Nobili de garder un certain fut la rivalité entre les différents ordres religieux. nombre des usages qu'il avait adoptés. Cependant l ac Dès l’origine, ce grave danger avait été prévu et des cord ne s’était pas fait et en 1702 le patriarche d'An­ lègiements fort sages avaient été rédigés, mais ils avaient tioche, Ms'Maillard de Tournon, envoyé par Clément XI. été rarement appliqués. Ce qui manquait à peu près débarqua à Pondichéry pour faire une enquête, puis, au partout, c’était l’autorité épiscopale qui aurait tenu la bout de quelques mois, le 23 juin 1704, publia un man balance égale entre les différentes sociétés et les aurait dement qui condamnait un certain nombre d'usages. Ce au besoin rappelées â l’ordre ; mais, nous l'avons vu, il mandement fut approuvé par Clément XI en congréga­ n'y avait que trois évêchés dans l'Inde, un â Malacca et tion du Saint-Office le 7 janvier 1706, mais avec certaines un â Macao; ces évêchés dépendaient de la couronne restrictions qui laissaient le débat ouvert. Les évêques île de Portugal et l’influence portugaise, déjà affaiblie au Goa et de Cochin en profitèrent pour demander le moment de la réunion du Portugal à l'Espagne, avait di­ retour aux pratiques condamnées et le conseil supérieur minué pendant les soixante ans que dura cette union et de Pondichéry se pourvut comme d’abus devant le Par­ s'était encore amoindrie, quand le Portugal était rede­ lement. Juris ponli/icii de Propaganda fide, part. 1, venu autonome, en 1640. Les Hollandais s’étaient em1889, t. n, p. 243-246, 316-318. 2105 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) Clement XI et Innocent XIII moururent avant d’avoir I juger en dernier ressort,attendait que des informations prises â la source lui permissent de se prononcer. prononcé; ce fut Benoit XIII qui, le '12 décembre 1727, Confirma les condamnations; cependant Fafi’aire revint Il n'én est pas moins vrai que, grâce à l’interprétation qu’ils croyaient pouvoir donner â des rites qui d, . ..< encore devant le Saint-Office, sous Clément XII qui adopta les décisions de ses prédécesseurs, le 24 août 1734. I ont été déclarés superstitieux, les jésuites s'étendirent ii.'il., t. n, p. 448-453. Comme, tout en se soumettant rapidement en Chine; les pères Rho et Schall. admi< a et en prêtant le serment imposé par une constitution la cour, furent chargés de travailler à la rédaction du ca­ publiée le 13 mai 1739, ibid., t. n, p. 501-504, plusieurs lendrier impérial, et après la révolution qui renversa, en missionnaires renouvelaient leurs instances, Benoit XIV '1644, la famille des Ming, ils restèrent au service de la trancha une dernière fois la question par la bulle Om­ nouvelle dynastie qui leur montra la plus grande bien­ ni”»! sollicitudinum,du 12 septembre 1744. Ibid., 1890, veillance; l’empereur Chung-hi, s'intéressant aux sciences L ut. p. 166-182. exactes et naturelles, recherchait les missionnaires dont L'effet de ces malheureuses discussions fut certaine­ les connaissances en botanique, en astronomie et en ment de décourager certains convertis qui, à la suite de mathématiques étaient appréciées à leur juste valeur; le concessions que l’Église a jugées imprudentes, avaient P. Schall était président du « tribunal des malhémati­ mal compris la portée des engagements qu’on leur de­ ques » et honoré de la dignité de mandarin. Bavait ainsi mandait avant de les admettre au baptême, et qui, esclaves gagné pour lui et ses confrères la liberté de prêcher l’Évangile; en quatorze ans (1650-1664), plus de cent d’un attachement coupable à des usages superstitieux, préférèrent retournera l'infidélité; il y eut donc des dé­ mille Chinois reçurent le baptême. fections, moins cependant que certains auteurs ne l’ont Pendant la minorité de Kang-hi, une courte mais dit dans l'intention plus ou moins consciente de discré­ cruelle persécution s’était déchaînée contre les chrétiens; diter les bulles pontificales. Ce qui fut plus grave encore, le P. Schall fut arrêté, torturé et condamné à mort; ce fut de découvrir aux indigènes les faiblesses de ceux cependant, il ne fut pas exécuté et fut même remis en qui avaient & leur enseigner la perfection; dans ces in­ liberté, mais épuisé par les tourments il s’éteigniten 1666. terminables discussions, il fut dit des paroles acrimo­ à l’âge de 75 ans. Le P. Verbiest lui succéda dans ses nieuses, mis en avant, trop à la légère, des accusations fonctions scientifiques et dans la confiance du nouvel passionnées qui discréditèrent les deux partis et influè­ empereur qui se montra tout d'abord très favorable au rent désastreusement sur le développement des missions. christianisme. Enfin, dans cet amas de médisances, les ennemis de la A cette époque la querelle des rites était commencée Compagnie de Jésus devaient trouver des arguments depuis longtemps : celaient les dominicains et les fran­ qu’ils (levaient exploiter avec ceux qu’ils tireraient de la ciscains espagnols établis au Fo-Kien, mais venus des querelle des rites chinois. Philippines, qui, les premiers, avaient été choqués parles Les missions de Chine passèrent en effet par une crise concessions faites aux idées chinoises : la question por­ identique dans son principe si elle fut différente dans tée à Rome, sous la forme de cas particuliers, avait .-t.'· tranchée de la même façon; en 1645 Innocent X avait son développement. On ne rendra jamais un hommage suffisant au zèle condamné les pratiques signalées par le dominicain Morales, mais en 1656 Alexandre VH avait donné raison apostolique des missionnaires jésuites; ils ont bravé la mort, ils ont marché au martyre avec une constance au jésuite Martini; une réplique de Morales avait ameni^ admirable; leur formation religieuse et scientifique en un décret de Clément IX, en 1669, où il était dit qui· les réformes précédentes visaient des cas différents et de­ faisait d'incomparables ouvriers et l’obéissance mettait tous ces hommes de vertu et de talent dans la main de vaient être entendues de la manière dont les faits étaient présentés. Rome se tenait sur la reserve, suspendant son supérieurs expérimentés qui savaient les utiliser, chacun jugement définitif; le jour ou les faits seraient établis selon sesaptitudes, et encourager au besoin l’esprit d’ini­ avec certitude, il serait possible de donner une règle tiative dans les limites d’une action commune. générale et d’en imposer l’observation. Plus que jamais Les jésuites, apôtres avant tout, voulaient la conver­ le besoin se faisait sentir d’avoir dans l’Extrême-Orient sion des infidèles; ces infidèles ils les trouvaient des évêques représentant directement l’autorité du saintdans un état de civilisation tout différent de celui des siège, mais il fallait compter avec les répugnances ex­ peuples d'Occident. C'étaient les mêmes âmes, mais il primées par les ordres religieux et surtout l'opposition semblait que les cerveaux fussent autrement organisés du Portugal; puis il fallut trouver des prêtres séculiers et il fallait, pour arriver à leurs intelligences, que les capables d'aller exercer dans les missions lointain·; - la iis européennes fussent habillées à la chinoise : charge de l'épiscopat toujours redoutable, mais particu­ c’est à ce prix qu'était le succès de leur apostolat. Ils lièrement difficile dans les circonstances qui se pr- - Ci­ furent donc amenés à adopter celte règle, que pour faire taient alors. Ces hommes se rencontrèrent dans iper­ accepter les principes fondamentaux et essentiels du sonne des premiers prêtres de la Société des missi s christianisme, il faut faire le sacrifice des formes acces­ étrangères de Paris. En 1658, Mtir Pallu fut nommé ■ ·’soires et tolérer, quand ils n’étaient pas directement que du Tonkin, avec juridiction sur les provinces le opposés au christianisme, les usages immémoriaux du Yun nan, Kouei-tcheou, Su-tchuen et Kouang-si; M-rde pays; ils allèrent plus loin et crurent pouvoir conserver La Mothe Lambert fut nommé évêque de Béryte. vit ire certains usages superstitieux en ayant soin de les dé­ apostolique delà Cochinchine, du Tché-Kiang. du Fo-Kien, pouiller de ce qui était contraire à la foi ; c’est ainsi que du Kiang-si et du Kouang-tong; M9r Cotolendi, évêque le culte des ancêtres pouvait se transformer en prières de Nankin.devait administrer le Petchili, le Chan-tong, pour les morts. Mais où était la limite entre les conces­ le Chan-si et la Corée, mais mourut avant d'arriver. Ju­ sions légitimes et celles qui ne pouvaient être toléléêS? ris ponli/icii de Propaganda fide, t. i, p. 313-314. Les autres évêques arrêtés par le mauvais vouloir des Por­ C'était un point qui ne pouvait être laissé à l’appré­ tugais se fixèrent dans le royaume de Siam où le chris­ ciation individuelle, ni même au sentiment commun tianisme jouissait d’une complète lib.it·. En lh70, d’un groupe de religieux. C’est pourtant ainsi que com­ Mm- Pallu retourna â Rome pour y chercher des ouvriers mença la dispute et les discussions d'homme à homme évangéliques el y recevoir de nouvelles instructions; on et de société à société n’ont généralement pour résultat retournant en Chine, il prit mille précautions, car il fal­ que d'amener de part el d'autre des exagérations el des lait éviter la rencontre des Hollandais qui pendaient les violences; cette confusion ne fit qu'augmenter, quand les prêtres, des Portugais, qui les envoyaient à Goa, dans religieux d'Europe saisirent de la question un public les prisons de l'inquisition ; capturé par les Espagnols, incompétent, alors que la seule autorité qualifiée pour 2107 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) il fut conduit comme prisonnier à Madrid, et il fallut l’intervention du pape et du roi de France pour le faire élargir. Reprenant le chemin de sa mission en 1681, Ms·· Pallu était cette fois revêtu par la Propagande du titre de visiteur général et administrateur de toutes les missions de Chine; ce n’est qu’en 1684 qu’il put prendre terre sur la côte du Fo-Kien et sa mission pacificatrice commençait à porter ses premiers fruits, quand il mou­ rut au bout de quelques mois; son ami et confrère La Mothe Lambert l'avait précédé au tombeau en 1679. Mais la Société des missions étrangères qu’ils avaient fondée devait continuer l’œuvre pour laquelle ils avaient donné leur vie. Les discussions que Msr Pallu était chargé de terminer n’avaient fait que s’envenimer; tous les missionnaires y prenaient part et la division se manifestait même au sein des différents ordres dont les membres tenaient avec passion pour ou contre les rites. C'est pour mettre fin à ces controverses que, en 1701, Me’ de Tournon fut désigné par Clément XI comme légat a latere. Juris pontificii de Propaganda fide, part. L t. n. p. 210-211. Il devait, après avoir réglé les affaires de l'Inde, se rendre à Pékin et. au moyen des pouvoirs extraordinaires dont il était muni, trancher définitivement la question. Nous avons vu comment il termina en 1704 la question des rites malabares. En arrivant à Pékin en décembre 1705, il y trouva un décret du Saint-Office de 1704, qui défendait toutes les cérémonies en l’honneur de Confucius ainsi que le culte des ancêtres et réprou­ vait les termes usités par les lettrés chinois pour dési­ gner Dieu; c’étaient les trois points principaux delà controverse. Ibid., p. 223-237. Au lieu d’examiner les points litigieux avec les mis­ sionnaires, le légat se laissa entrainer dans des discus­ sions avec les mandarins et même avec l'empereur, au­ quel il devait proposer la nomination d’un supérieur général des missions; le résultat fut défavorable et Mv îlaigrot, des missionsétrangèresÿqui avaitpris la parole pour exposer la doctrine adoptée par le Saint-Office, fut injurié, maltraité, arrêté et banni de Chine; le légat reçut également l'ordre de quitter Pékin ; c’est à Nankin, ou il s’était arrêté, que Me· de Tournon publia en 1706, non pas le décret du Saint-Office, ce qui lui parais­ sait imprudent dans l'état des esprits, mais un mande­ ment qui en promulgait les dispositions essentielles. Dès que l'empereur en eut connaissance, il fut tellement irrité contre le prélat qu'il le fit arrêter et conduire â Macao, avec ordre au gouverneur de le retenir prison­ nier; il est douloureux d'ajouter que cet ordre fut exé­ cuté, ibid., 1898, t. vu, p. 80; malgré la nouvelle de son élévation à la dignité cardinalice, le légat resta dans les prisons portugaises où il expira le 8 juin 1710. Tous les missionnaires qui avaient pris parti pour le légat furent persécutés et jusque dans les provinces loin­ taines du Su-tchuen on les arrêta pour les conduire à Macao ou les Portugais se chargeaient de leur faire expier leur docilité aux enseignements de l’Eglise. La sentence du cardinal de Tournon, telle qu’elle avait été publiée, n’était pas irréformable et appel fut inter­ jeté à Rome. Un décret de Clément XI, de 1710, con­ firma sur tous les points le mandement et défendit toute nouvelle publication sur la question. Juris pontificii de Propaganda fide, part. L t. n, p. 280-283. Cf. p. 283290, 296-297, 335. Une bulle de 1715 imposa à tous les missionnaires un serment d’obéissance, ibid., p. 305-310, cf. p. 318-319, et comme lesdissidentscherchaient encore des subterfuges pour éluder l’exécution de la bulle, un nouveau légat, M'Jr Mezzabarba, se rendit en Chine ou il arriva en 1720. Ibid., p. 328-334. L'empereur le reçut avec un certain éclat, mais ne manqua aucune occasion de s’exprimer en termes malsonnants sur le compte du souverain pontife. Msr Mezzabarba accorda un certain nombre de permissions pour autoriser quelques céré- , 2108 monies sous la condition qu’en les accomplissant on réprouverait toute pensée superstitieuse, et sans avoir amené l’empereur à aucune concession, il quitta Pékin en!72l. Les querelles continuèrent encore pendant vingt ans, cf. ibid., p. 453, jusqu'à ce qu'en 1742 Benoit XIV terminâteette longue controverse par un acte d'inflexible énergie. Ibid., t. ni, p. 73-82. Cf. ibid., p. 210-211. Pendant que se poursuivaient les discussions de prin­ cipe, l’œuvre de la conversion des infidèles se continuait avec une grande activité. L’institution, en 1659. de vicariats apostoliques avait causé un vif mécontentement en Por­ tugal, où la cour réclamait sans cesse en faveur de son droit de patronage, droit que d'ailleurs elle n'exerçait pas et était incapable d'exercer. Cependant disposé à sacri­ fier une partie de ses droits pour pouvoir jouir pacifique­ ment de l’autre. Alexandre VIII consentit à une transac­ tion en 1690. Les vicariats du Malabar, de la Cochinchine et du Tonkin furent conservés, mais en revanche, il était institué à Nankin et â Pékin deux évêchés que le roi du Portugal s’engageait à doter, moyennant quoi le droit de nomination lui serait reconnu. Ibid., t. il, p. 122-127. L’effet de cette concession fut tout opposé à celui qu'on cherchait : l’archevêque de Goa prétendit exercer par les nouveaux évêques une autorité absolue sur toutes les missions de Chine et Innotent XII, qui succéda en 1691 à Alexandre VIII, résolut de reprendre l'ancien pro­ jet de division du pays en vicariats. Par une bulle d'octobre 1696, huit vicariats nouveaux furent institués et la circonscription des diocèses portugais fut nettement délimitée. Ibid., p. 158-161. Le Tche-kiang fut attribué à un dominicain, le Kiang-si à un augustin, le Chan-si et le Chen-si réunis à un franciscain, le Hou-kouang à un missionnaire séculier,le Fo-Kien à M. Maigrot,mem­ bre de la Société des missions étrangères; le ïunan,le Sutchuen el leKouei-Tcheou furent confiés à des évêques ou à des vicaires sans caractère épiscopal de la Société des missions étrangères. Cette mesure mécontenta vive­ ment les Portugais et explique, sans les excuser, les ri­ gueurs dont le gouverneur de Macao usa, en 1706. à l’égard du cardinal de Tournon. Il faut reconnaître que ces rivalités eurent à la longue sur l’œuvre des missions un contre-coup déplorable; les prêtres européens hésitaient à aller dans l’ExtrêmeOrient, moins pour y convertir des païens que pour ba­ tailler avec des compatriotes; le séminaire des missions étrangères ne comptait souvent que cinq ou six lévites, et parfois il était vide. En 1722, la Société des missions n’avaitde ses membres à Siam que deux évêques et deux prêtres; en Chine trois prêtres, au Tonkin un évêque et trois prêtres, en Cochinchine un évêque et trois prêtres. Quand Young-tching, successeur de Kang-hi, mort en 4722, décréta, en 4732, l'expulsion de tous les mis­ sionnaires de l'empire et que ceux-ci furent réunis à Canton, ils étaient trente-cinq en tout. L’esprit du temps avait atteint les missions dans leur source; la foi attiédie par les querelles du jansénisme ne produisait plus les élans de généreux enthousiasme qui portent les mis­ sionnaires à renoncer à leur famille, à leur pays et aux douceurs d’une existence facile. Cette crise allait encore devenir plus aiguë pendant le troisième quart du xvin· siècle par les attaques dont allait devenir victime la Compagnie de Jésus. Par sa suppression les missions de l'Inde et de la Chine per­ daient leurs ouvriers les plus actifs et quand il fallut pourvoir à leur remplacement, il était difficile de faire appel aux ordres religieux, victimes, quoique à un moin­ dre degré, des attaques de l'esprit philosophique; en Espagne, en Portugal, en Allemagne, dans un grand nombre des États italiens, le « despotisme éclairé des princes entravait leur recrutement et menaçait leur in­ dépendance. Les lazaristes acceptèrent cependant 1'1. ritage des jésuites dans le Levant et la Chine, mai- ia 2ι09 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) pénurie des sujets ne permettait pas d’envoyer assez de missionnaires pour développer les œuvres; à peine pouvait-on les empêcher de disparaître. Puis vint la Revolution, qui ferma les noviciats et les séminaires, d-porta et massacra les prêtres; puis les guerres de 1 Empire qui désolèrent l’Europe et pendant lesquelles le chef de l’Eglise, prisonnier, ne pouvait rien pour les chrétientés lointaines; enfin, après 1815, il fallut pour­ voir aux besoins des églises de France, d’Italie, d'Alle­ magne, longtemps veuves de leurs pasteurs, panser les plaies qu’avaient faites les schismes, instruire et baptiser vingt générations qui avaient grandi sans culte et pres­ que sans prêtres. Pouvait-on songer à des conquêtes en pays infidèles quand l'Europe sortait à grand'peine des désastres que le xvm· siècle incroyant avait préparés et que la grande crise révolutionnaire avait consommés? IV. Missions au xrx· siècle. — Il ne subsistait en Chine, au début du xix» siècle, que trois des huit vica­ riats institués par Innocent XII; dans l'Indo-Chine, il y avait les quatre vicariats de Siam, Cochinchine, Tonkin oriental et Tonkin occidental. Un homme de génie, .Μ·Γ Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran, avait imprimé â ces chrétientés une telle impulsion que longtemps après sa mort (1799) on vivait sur ses traditions et les souverains du Siam et de l'Annam, même quand ils étaient hostiles à la religion chrétienne, rendaient uii respectueux hommage à sa mémoire; s’il ne restait plus comme missionnaires français que quelques vieillards usés par le travail, il y avait autour d’eux un clergé indigène formé avec soin qui continuait à desservir les chrétientés. Dans l’Inde, les Portugais avaient aussi ordonné des prêtres indigènes ou métis, mais la préparation sacerdotale écourtée et l’instruction scandaleuseuient insuffisante de prêtres « goanais » donnait peu de valeur aux services de ces coopérateurs, qui, malgré leur nombre, fournissaient peu de travail et contri­ buaient surtout à discréditer la religion par leur con­ duite rarement édifiante. Quand le pape Grégoire XVI qui, avant son élection, était préfet de la Propagande, vit que le moment était venu de rendre leur ancien lustre aux missions d’ExtrêmeOrient, il sentit qu'il fallait tout d’abord mettre lin aux scandales que donnait le clergé goanais et aux abus que le gouvernement portugais ne savait pas empêcher. 11 commença donc à instituer dans l’Inde des vicariats apostoliques et les confia à diverses sociétés de mission­ naires. Ainsi furent établis, en 1834 et 1835, les vi­ cariats de Ceylan. de Sirdhana, du Bengale, et en 1836, ceux de Madras et de Pondichéry; en même temps, il confirma ceux qui existaient antérieurement, celui de Bombay, créé en 1720, celui du Tibet et de l'indoustan, établi en 1826 par les capucins dans les États encore à demi indépendants du Grand-Mogol. Juris pontificii de I / (rpaganda fide, part. I, Rome, 1893, t. v, p. 95-96, 119-120, 135-136, 167-172, 180-181. Les protestations du Portugal amenèrent le souverain pontife à publier, le 24 avril 1838, le bref Multa præclare qui suspendit la juridiction des évêques portugais sur les territoires attribués aux vicaires apostoliques. Ibid., p. 195-198. Les Portugais refusèrent de se soumettre et après avoir contesté la valeur de l’acte pontifical par des arguties juridiques, en vinrent à un schisme formel. Pie IX, après avoir réprimé certains actes de révolte, voulut essayer d'un accommodement pacifique avec la cour por­ tugaise, et après quatre ans de négociations, parut le concordat du 21 février 1857. Juris pontificii de Propa­ ganda fide. part. I, Rome, 1898, t. vu, p. 316-322. Dans cette convention, le saint-siège fixait les limites des diocèses portugais de Goa, Granganor-Damao, Cochin, San-Tomé de Méliapour, Malacca et Macao; de pkis il reconnaissait au gouvernement portugais le 2110 droit d’établir de nouveaux diocèses dans l'Inde, de n nière à faire disparaître graduellement les vicaria:-, mais à condition que ces diocèses seraient dotés et que des garanties seraient fournies sur le recrutement et Γ· ntretien d’un clergé digne de confiance. Cette disposita n, qui effraya beaucoup les chefs de missions existantes, montrait que le saint-siège ne refusait pas de recon­ naître au Portugal certains droits sur les pays que ses missionnaires avaient évangélisés les premiers, mais à la condition que ces droits fussent réellement exercés or il n’en avait pas été ainsi depuis que s'était tari 1< recrutement des missionnaires en Portugal ; depuis deux siècles le diocèse de Malacca n’avait pas de titulaire et le clergé goanais desservait presque seul les régions sur lesquelles les évêques portugais avaient étendu leur juridiction. Au lieu de contester les prétentions du Portugal, Rome le mettait en demeure de prouver qu’il pouvait exercer ce qu’il appelait ses droits; si, après un temps d'essai, il se montrait incapable d'user utilement de ses droits, il pouvait légitimement en être déclaré déchu. Cette polilique à la fois habile et paternelle per­ mit de régler définitivement, en 1886, la situation des chrétientés indiennes; le Portugal avait été hors d’état non seulement d'établir de nouveaux diocèses, mais même d'empêcher les abus que les goanais semblaient tenir à perpétuer : l'institution d’une hiérarchie régu­ lière pour les pays qui ne sont pas soumis politiquement au Portugal vint mettre fin, le 1" septembre 1886, à une contestation que la prudence des négociateurs pontifi­ caux avait seule empêché de dégénérer en un schisme irréparable. Ibid., p. 349-357. 1“ Inde. — Ne pouvant donner un historique détaillé des travaux des missionnaires dans l’Inde, j'indiquerai seulement les conditions dans lesquelles ont été créés les diocèses actuels. La province ecclésiastique d'Agra, presque tout en­ tière confiée aux capucins, a pour origine l’ancienne mis­ sion de ces religieux devenue le vicariat du Tibet-Indoustan, en 1822. On en détacha, en 1846, le vicariat du Tibet, confié aux missions étrangères. Le vicariat d'Agra a été successivement divisé, en 1845, pour former celui de Patna, aujourd'hui Allahabad, ibid., 1893, t. v, p. 351-352, en 1880, celui du Pendjab, actuellement diocèse de Latiore, en 1887, la préfecture du liatiristan et iiaschmir, en 1892, les préfectures de Radjpoutana et de Bettiah. Le Kafiristan est évangélisé par les missionnaires an­ glais de Mill-Hill ; les autres diocèses et préfectures par les capucins; le Radjpoutana par ceux de la province de Paris. La province de Calcutta se compose de trois diocèses et d’une préfecture apostolique et a pour origine le vi­ cariat du Bengale, qui fut divisé,en 1850, en deux vica­ riats dont le second est devenu le diocèse de Dacca. ibid., 1894, t. Vf a, p . 88-89; en 1870 an i, ·:.· . 1... membrement a constitué un vicariat pour les prêtres du séminaire des missions étrangères de Milan; c · si 1 diocèse de Krichnagar. Ibid., t. Vf b, p. 94-95. Enfin, en 1889, la population d’Assam a été confiée aux prèir s allemands du divin Sauveur. L’archidiocèse de Calcutta est administré par les suites belges et le diocèse de Dacca par la congrégation de Sainte-Croix du Mans, qui. après l'avoir cédé, en 1875, aux bénédictins, l'a repris en 1889. La province de Bombay, est tout entière administrée par les pères jésuites. Bombay a été le siège d'un vi­ cariat depuis 1720 et c’étaient les carmes qui en étaient chargés en 1854, quand, obligés de se retirer par les vexations des goanais. ils furent remplacés dans le sud par les jésuites, et dans le nord par les capucins, ibid., t. vi a, p. 222-223; puis, en 1858, les capucins, voulant concentrer tons leurs efforts sur les provinces de hin­ dous tan. laissèrent leur vicariat aux jésuites; ces deux '· ica- 2111 2! !2 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) riats forment les diocèses de Bombay et de Poona, en 1893; les missions de Mangalore et du Maduré (diocèse de Trichinopoly) fondées par les jésuites et reprises par eux en 1816, ont été détachées, en 1878, de la province de Pondichéry et relèvent maintenant de la métropole de Bombay. La province de Madras, avec les trois diocèses de Vizagapatam, Nagpour et Haydarabad, est composée des territoires détachés, en 1832, du diocèse de San Tomé de Méliapour. Ibid., t. v, p. 47. Le premier vicaire, Mtu Folding, bénédictin, préféra aller en Australie et mourut archevêque de Sidney ; il fut remplacé par un augustin, puis par un jésuite; depuis 1841, l’archidiocèse est confié au clergé séculier irlandais, assisté, depuis 1875, par les pères de la société de Mill-Hill. Le vicariat, depuis diocèse, de Haydarabad fut érigé en 4851, ibid., t. vi a, p. 117, et confié à Mar Murphy, qui, transféré en 1856 à Hobart-town, Tasmanie, occupe en­ core ce siège et se trouve être, après Léon XIII, le plus ancien membre de l'épiscopat; lesouverain pontife et lui étaient en 1902 les seuls survivants des évéques nom­ més par Grégoire XVI. Après le départ de Msr Mur­ phy, le vicariat fut confié aux missions étrangères de Milan. Le vicariat de Vizagapatarn, érigé en diocèse en 1886, a été créé en 1850, ibid., p. 90; depuis 1815 il était con­ fié comme mission indépendante aux missionnaires de Saint-François de Sales d'Annecy; la même congrégation est chargée du diocèse de Nagpour détaché en 1887 de celui de Vizagapatarn. La province de Pondichéry dans laquelle sont com­ prises les quelques possessions que la France conserve dans l’Inde est confiée tout entière au séminaire des missions étrangères de Paris. Il se compose des anciens vicariats, maintenant diocèses, de Pondichéry, métropole, Coïmbatour et Mysore. Lors de l’établissement de la hié­ rarchie dans l'Inde, la préfecture apostolique de Pondi­ chéry, qui, depuis 200 ans, existait concurremment avec le vicariat, avec juridiction sur les blancs et les métis dits « gens à chapeau », a été réunie au vicariat devenu siège archiépiscopal. En 1899, le diocèse de Pondichéry qui comptait plus de 200 000 chrétiens a été divisé et la partie sud est devenue le diocèse de Kombakonarn. L'ancien diocèse portugais de Malacca confié aux mis­ sions étrangères se rattache à la province de Pondi­ chéry. L’extrémité sud de l'Inde forme deux diocèses, Verapoly et Quilon qui constituent une province ecclésias­ tique llorissante sous la direction des carmes qui y ont travaillé presque sans interruption depuis 1656. Les vi­ cariats institués en 1853 sont devenus des diocèses en 1886, et en 1887 la juridiction sur les catholiques de rite syro-malabar a été détachée de l'archevêché de Verapoly pour être confiée à des évéques de rite oriental qui étaient en 1902 au nombre de trois. L’ile de Ceylan. séparée du diocèse de Cochin, en 1834, ibid., t. v, p. 119-120, est devenue, en 1847,1e vicariat de Colombo; on en a détaché, en 1847, le vicariat de Jafna, ibid., t. vi a, p. 44-45, en 1883, celui de Kandy; ces trois vicariats sont maintenant des diocèses ; et en 1893 deux nouveaux évêchés ont été institués à Trincomali et à Pointe-de-Galle et confiés aux jésuites. Les oblals de Marie administrent Colombo depuis 1847, et Jafna depuis 1857 ; le diocèse de Kandy, partie' centrale de File, a été confié aux oratoriens d’Italie, puis aux bénédictins sylvestrins. LaBirmanie, ancienne mission du royaume d’Arrakan, Ava et Pégu, est divisée en trois vicariats depuis 1866, ibid., p. 442-443; deux sont dirigés par des prêtres des missions étrangères de Paris et un par ceux de Milan. En résumé, sur trente-deux circonscriptions qui relè­ vent de la Congrégation de la Propagande dans l’Inde anglaise : Les jésuites ont................... Les missions étrangères de Paris.................................... Les capucins........................ Les missions étrangères de Milan................................ Les carmes, les oblats, les missionnaires d’Annecy. Les missions anglaises de Mill-Hill. ....... Les Pères de Sainte-Croix et les bénédictins. . . . Les Pères du divin Sauveur. 7 diocèses. 5 diocèses et 2 vicariats. 3 diocèses et 2 préfectures. 2 diocèses et 1 vicariat. Chacun 2 diocèses. 1 diocèse et 1 préfecture. 1 diocèse. 1 préfecture. Il faut ajouter que, surtout dans les missions du sud, plus anciennes et plus importantes par le nombre des fidèles, il y a déjà beaucoup de prêtres indigènes qui, pieux, instruits et zélés, rendent de grands services. Cela prouve que l'insuccès du clergé goanaisest du non pas à une infériorité de race, mais à une insuffisance de formation ecclésiastique. Comme terme de comparaison disons qu’en 1800, il y avait dans l'Inde, en dehors des évêchés portugais: 1» La mission d’Agra, confiée aux capucins, avec................................ 5000 catholiques. 2° Celle du séminaire des missions étrangères dont le siège était à Pondichéry, avec........................ 42000 — 3° Celle du Malabar, administrée par les carmes et contenant. . . 80000 fidèles. 4" Celle de Bombay, également confiée aux carmes, avec. . . . 8000 catholiques. En y joignant la Birmanie (5000) et Malacca (2500) qui comptent aujourd’hui dans l'Inde anglaise, nous arrivons à 142500. Le nombre des catholiques de cette partie du monde a donc décuplé pendant le xix· siècle. 2° Indo-Chine. — Les missions de l'Indo-Chine fran­ çaise au nombre de 13 sont toutes confiées aux missions étrangères de Paris, à l'exception de trois districts du Tonkin, confiés en 1676 aux dominicains espagnols. Voici les dates de création de différents vicariats. 1659 1673 1679 1844 1846 1848 1850 1854 1883 1895 1899 1901 Cochinchine et Tonkin. Siam détaché de Cochinchine. Tonkin occidental détaché du Tonkin oriental. Cochinchine divisée en orientale et occidentale. Tonkin méridional détaché du Tonkin occidental. Tonkin central détaché du Tonkin oriental. Cambodge détaché de Cochinchine occidentale. Cochinchine septentrionale détachée de Cochiiichine orientale. Tonkin septentrional détaché du Tonkin oriental. Haut-Tonkin détaché du Tonkin occidental.. Laos, détaché du Siam. Tonkin maritime détaché du Tonkin occidental. Il y a aujourd’hui environ 820000 catholiques; en 1800 on en comptait 312000. Cette abondante moisson a fructifié grâce au sang des missionnaires et des chrétiens indigènes. L’empereur Gia-Long, l'ami de l’évêque d'Adran, mou­ rut en 1824; avec le règne de son petit-fils Much-Mong, commença, pour la mission de Cochinchine, l’ère des martyres: de 1833 à 1839,4 vicaires apostoliques. 9 mis­ sionnaires, 20 prêtres indigènes et un grand nombre de chrétiens périrent; ceux qui ne moururent pas en prison, comme le père Odoric, franciscain, subirent des sup­ plices d’une cruauté inimaginable. Et cependant en 1840, il y avait 420000 catholiques, lorsqu’une éclaircie dans la persécution permit de se compter. Tien-Tsi inaugura, en 1842, la deuxième persécution; ii 13 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) 1 i . * 1 t ' ! Mandchourie Sud. . . 2 Mandchourie Nord. . . 3 Mongolie Est.............. 4 Mongolie centrale. . . 5 Mongolie Sud-Ouest . . 6 I-li............................... 7 Kan-Sou.................... 8 Pe-tchi-li Nord . . . . 9 Pe-tchi-li Nord-Est . . 10 Pe-tchi-li Sud-Ouest. . 11 Pe-tchi-li Sud-Est. . . 12 Chan-tong Nord. . . . 13 Chan-tong Est............. 14 Chan-tong Sud............. 15 Kiang-nan................... 16 Tché-Kiang................. 17 Kiang-si Nord............. 18 Kiang-si Sud.............. 19 Kiang-si Ouest .... 20 Fo-Kien........................ 21 Amoy........................... 22 Kouang-tong................ 23 Kouang-si.................... 24 Hong-Kong................. 25 Macao........................ 26 Chen-si Nord.............. 27 Chen-si Sud................. 28 Chan-si Nord.............. 29 Chan-si Sud................. 30 Ho-nan Nord.............. 31 Ho-nan Sud................. 32 Hou-pé Est................. 33 Hou-pé Nord.............. 34 Hou-pé Ouest.............. 35 Hou-nan Nord............. 36 Hou-nan Sud.............. 37 Kouei-tcheou.............. 38 Yunan........................ 39 Su-tchuen Nord. . . . 40 Su-tchuen ouest. . 41 Su-tchuen Est. ... 42 Tibet............................ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , . . . . . Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Préf. apost. Vie. apost. ’ Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Préf. apost. Vie. apost. Diocèse. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. Vie. apost. nier. DE THEOL. CATHOL. Miss. étr. de Paris. Id. M. étr. belg.(Scheuhcld). Id. Id. Id. Id. Lazaristes. Id. Id. Jésuites. Franciscains. Id. M. étr. allen). (Slejl). Jésuites. Lazaristes. Id. Id. Id. Dominicains. Id. Miss. étr. de Paris. Id. Miss. étr. de Milan. Séculiers. Franciscains. Miss. étr. de Borne. Franciscains. Id. Miss. étr. de Milan. Id. Franciscains. Id. Id. Augustins. Franciscains. Miss. étr. de Paris. Id. Id. Id. Id. Id. •21500000 10000000 4000 000 8 00000) 7155420 12 000 000 9000000 10000000 59000000 25 000 000 10000000 10000000 10000 000 20 000 000 8 000 00< 30 000 000 16000 000 3 000 000 ? 7000000 5000000 6000000 6000000 7 000 000 23 000 000 16000 000 6000000 9000000 10000000 10000000 10000000 12000000 20000000 15600000 15000000 41X10000 17 500 8 983 9060 17 340 5680 133 3010 40 000 3 000 32 270 50 000 18200 11930 16190 124140 10500 5070 5500 10860 41320 4 780 42500 1530 9 265 21 00O 20400 10 200 13150 9 630 3 000 10 300 18016 11168 5290 215 5 726 19128 10390 40000 34123 19500 1565 477 655 420 741562 10000000 8 000 000 10000000 5 000000 9 23 10 27 29 27 3 17 24 3 13 42 13 12 31 95 13 9 11 10 2G 23 58 17 13 40 16 15 9 21 9 14 14 10 13 6 8 38 29 35 43 35 18 922 « 260 14 126 115 80 9 23 C99 84 397 614 424 142 30 981 171 115 140 210 112 58 «36 46 54 9 258 52 204 19s 61 9 242 256 71 7 83 444 111 625 581 306 41 8 941 SÉMINAIRES ET COLLÈGES. té O ÉGLISES ET CHAPELLES. prêtres EUROPÉENS. EN 1901- I 2 CATHOLIQUES DIV IS IONS ECC LÉS IA ST IQ ES. MISSIONNAIRES. I narès et le père Fernandez ont été déclarés vénéra! k-s par Grégoire XVI, en 1840, et béatifiés le 27 mai 190). ainsi que .MM. Schæftler et Bonnard, martyrisés er. 1801 et 1852, et un certain nombre de chrétiens indigêm 3“ Chine. — La Chine comptait, en 1800, 3 die··--?. 3 missions et 200 000 chrétiens. La persécution y s ■.li­ sait d’une façon presque continue. Mar Dufresse. mis â mort au Su-tchuen en 1815, et M. Clet. étranglé au Houl’é en 1820, ont été tous deux béatifiés le 27 mai 1900. M. Perboyre, lazariste, comme M. Clet, et martyris·’· au Hou-Pé en 1840’a été béatifié le 9 novembre 1889. A cette époque, l’intervention de la France amena les Chi­ nois à donner aux missionnaires la liberté de prêcher; cet engagement renouvelé en I860 rendit impossible toute condamnation juridique, mais n’empêcha pas le sang des martyrs de couler en abondance, car il faut compter avec la duplicité chinoise qui accorde d’une main une concession et la retire de l’autre, sauf ensuite à nier énergiquement et l'engagement pris et l'acte qui constituait un manque de parole: ainsi périrent, en 1856, le vénérable M. Chapdelaine, mis à mort au Kouang-si, en 1861, le vénérable M. Néel, massacré au Koueitcheou. et ainsi presque chaque année, jusqu’au terrible massacre de Tien-Tsin,en 1870,où, avec deux lazaristes, périrent neuf filles de la Charité. I mais cette fois la France intervint et à plusieurs re­ prises arracha des prisons plusieurs missionnaires con­ damnés à mort; malheureusement les navires français ne pouvaient rien pour sauver les indigènes chrétiens qui périrent par milliers. Tu-ltuc, monté sur le trône en 1847, dépassa en cruauté son prédécesseur, et le gouvernement de Napo­ léon III décida d’imposer à ce furieux le respect de nos compatriotes et de leurs disciples. Une guerre qui dura de I8Ô8 à 1862,se termina par la conquête de la Cochin­ chine; mais quelles représailles furent prisesen Cochin­ chine même, dans l'Annam et au Tonkin au cours de cette p ’riode! Onze missionnaires européens, dont 4 évêques, furent martyrisés avec 116 prêtres annamites et 10O re­ ligieuses indigènes; iOOOÔ chrétiens périrent. Enfin, après des persécutions moins violentes en 1867, 1868. 1873, commença la grande extermination des chré­ tiens, vengeance tirée par les princes de Hué pour la conquête du Tonkin. L’année 1885 a vu massacrer50 000 chrétiens, 30 prêtres et 270 religieuses. Une vingtaine de missionnaires périrent dans les supplices, ou, obligés de se cacher dans les régions malsaines, succombèrent a la fièvre, à la faim ou sous la dent des bêtes fauves, MM. Gagelin, Marchand, Cornay. Jaccard, DumoulinBorie et trois dominicains, NN. SS. Delgado et He- 2114 ; 1 32 165 26 40 48 157 65 1S6 81 34 94 89 58 29 5 48 77 55 55 64 40 12 2 1 3 1 1 11 1 2 » 2 4 2 1 16 14 2 9 1 1 1 1 1 1 1 ? 2 3 2 2 * 1 2 2 1 » 2 3 1 2 3 2 1 102 G0 49 91 56 1 10 146 30 106 426 1GO 51 32 1047 74 85 19 96 61 36 165 42 44 ♦ 23 4 067 9U 4067 45 27 29 77 29 9 13 287 31 324 652 216. 133 342 996 59 29 28 47 9 j4 75 21 15 55 26 27 24 3 12 123 . ·»■ 235 141 72 14 1.-67 4 2 > 2 3 * 4 2 16 7 i 3 2 4 ; 2 • 1 1 > I 2 2 4 2115 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) Que dire des récents massacres dont il est impossible encore de compter toutes les victimes? Elles eussent été plus nombreuses encore si les missionnaires n'avaient essayé, quand ils le pouvaient, de défendre leur vie et celle de leurs chrétiens. Tout le monde a lu le récit du siège soutenu par Mur Favier au Pe-tang; il n’y a que des esprits mal faits qui aient pu critiquer cette résis­ tance légitime. Voir le volume du pasteur protestant, Al­ lier, Les troubles de Chine, Paris, 1901. On connaît maintenant les pertes subies par les so­ ciétés de missionnaires. La société des missions étran­ gères a perdu un évêque, Mor Guillon, et neuf mission- 2116 éprouvée : sur 50 missionnaires hommes et femmes, de diverses sociétés, 17 seulement ont pu fuir par la Sibérie. Le tableau précédent indique la situation des missions catholiques de Chine en 1901 et le tableau suivant mon­ trera dans quel ordre elles se sont développées. Voici comment ces 4'1 missions (le diocèse de Macao étant mis à part) se répartissent entre les différentes sociétés de missionnaires : 21 sont confiées aux ordres religieux : les franciscains 9 missions, les lazaristes 7, les dominicains 2, les jésuites 2, les augustins 1 ; 20 sont entre les mains de sociétés de missions : celle de Paris Corée. Pe-tchi-li-Nord . . 1 Pe-tchi-li-Nord-Eet. 2 Pe-tchi-li, 1856 : Pe-lchi-li-Sud-O. . 3 Pékin, 1839 (dio­ 1. Pékin (diocèse),-1831 : \ Pe-tchi-li-Sud-Est . 4 cèse supprimé en Chan-tong Nord. . 5 1839). Chan-tong, 1883 : Chan-tong Est . . 6 I Pékin, 1838 Chan-tong Sud. . 7 Mandchourie Nord. 8 Mandchourie.............................. 1898 : j Mandchourie Sud. 9 , Mongolie centrale . . | Mongolie centrale. 10 Leao-tnne. 1840 : ' Mongolie, 1883 : I Mongolie Sud-Ouest. Mongolie Sud-O. . 11 ! Mongolie Est . . . . | Mongolie Est. . . 12 Kan-sou...................................... 1898 : j Kan-sou................ 13 I-lï (préfecture) . . 14 Hou-pé Nord.. . . 15 Hou-pé, 1876 : J Hou-pé Nord . Hou-pé Est. . . . 16 Hou-pé Est. . Hou-pé Ouest. . . 17 Hou-pé Ouest. 1856 : Hou-Kouang . Hou-nan Nord. . . 18 I Hou-nan Nord. Hou-nan, 1879 : J Hou.nan Sud Hou-nan Sud.. . . 19 2. Hou-Kouang, Chan-si, ChenChen-si Ni rd. . . 20 l Chen-si Nord.. 1838 : si (miss.) Clien-si, 188o : | chen.si Sud. . Chen-si Sud . . . 21 Chan-si et Chen-si, 1843 : Chan-si Nord. . . 22 1890 :] Chan-si Chan-si Sud . . . 23 Macao (diocèse). . 24 Macao..................................................................... . I Kouang-tong . Kouang-tong ... 25 Kouang-tong et Kouang-si, 18<8 : j 13-t776; Pi­ card, Histoire de l’établissement du christianisme dans les Indes, 2 vol., Paris, 1803; R. P. Maffei, S.J.. His/o e-Jes/· i s orientales et occidentales, trad, de Pure, Paris, 1<:65 ; R. P. M. Tanner, S. J., Societas Jesu usque ad effusion cui jmijpimu militans, Prague, 1675 : R. P. Paulin de Saint-Barthélemy. rrr ·. India orientalis Christiana. Rome. 1794: R. P. Tourna. <·- '■ Histoire des hommes illustrés de l’ordrede Saint-Doi ■ ; — 2119 ASIE (MISSIONS CATHOLIQUES DE L’) — ASSÉMANI 2120 C vol., Paris, 4743; B. P. Wadding,O.S. F., Annales minorum, 1 italien. Rome, 1761. Avant ces travaux bibliographiques, çont. par Fonseca, 19 vol., 1731-1745; R. P. Marcelline da Civezza, il avait édité, d'après les manuscrits de la Vaticane, Acta O. S. F., Sloria universale dette missioni (ranciscane, 4 vol., sanctorum martyrum orientalium, in-fol., Rome, 1748, Rome. 1859; R. P. Charlevoix, S. J., Histoire de l'établissement texte syriaque et traduction latine. Cet ouvrages comblé du christianisme au Japon, 9 vol.. Paris, 1736; R. P. Huc/ une lacune parmi les monuments de l’histoire ecclésias­ lazariste, Souvenirs d'un voyage dans (a Tartaric, le Tibet et tique de l’Orient. On doit rendre hommage à l’érudition 1·ι Chine, 2 vil.. Paris, 1853; ld., Le christianisme en Chine, d'Etienne-Evode Assémani. à qui la protection éclairée 4 vol., Paris, 1857; R. P. Armand David, lazariste, Journal d'ex­ ploration dans l’empire chinois, 2 vol., Paris, 1875; M»' Fades papes permit de continuer les traditions scientifi­ vier. lazariste, Pékin, Pékin, 1899; M·* Laouenan, Du brahma­ ques par lesquelles Joseph Assémani, Fauste Naironi, nisme dans ses rapports avec le judaïsme et le christia­ Abraham d’Ekhel, André Scandar, honorèrent leur na­ nisme, 2 vol., Pondichéry, 1884-1885. tion à cette époque. Biographies : M«r Jacquenet. Le VM· Gagelin, Paris, 1850; E. V.. J. Parisot. Le l7*1· Bonnard, Lyon, 1876; M. Vauris, lazariste. Le B. J. G. 2. ASSÉMANI Joseph-Aloys. Un second neveu de Perboyre, Paris, 1877; Chère, Le V*’· Néron, Lons-le-Saunier. Joseph-Simon Assémani s’illustra dans une branche 1877; Demimuid, Le B. Clet, lazariste, Paris, 1878; Crochet, Le B. Jaccard, Paris, 1879; Salmon. .V»r Davcluy, Paris, 1883: un peu différente des mêmes études orientales. Si Aloys Boursin. Le B. Chapdelaine, Paris, 1884; anonyme, Théophane Assémani n’obtint pas une réputation égale à celle des Vênard, Paris. 1888; M«r d'IIulst, Just de Bretcnièrcs, Paris, autres Assémani, c’est parce que les matières dont il 1888; Piacentini, MtT Ridel, Lyon, 1890; M. Rougeot, M" Delus’occupa n'intéressaient que les érudits. Aloys naquit à place, Auxerre, 1892; Launay, M·' Retord, Lyon. 1893: Louvet. Tripoli vers 1710, et mourut à Rome ÿi 1782. Il ensei­ Les 52 serviteurs de Dieu, etc.. Paris. 1893; Id., M" Puginier, gna d’abord le syriaque à la Sapience, avec distinction, Paris. 1894; Vermeil, AB’ Dumoulin-Borie, Brive, 1897 ; Manpuis Benoît XIV le nomma professeur de liturgie, et genot, Le B. Augustin Schœifler, Nancy, 1900; E. Marin, AB’ Midon, évêque d'Osaka, Paris, 1901. membre de l’académie pontificale. Son principal ouvrage P. Pisani. est le Codex liturgicus Ecclesiæ universie, 12 in-4", ASPILCUETA Martin (1493-1586), plus connu Rome, 1749-1766. Le treizième est inachevé. Bien qu’in­ sous le nom de Navarrus à cause de son pays d'ori­ complète, puisque de quinze livres Fauteur n’en a gine, fut un moraliste et surtout un canoniste célèbre. donné que cinq (les quatre premiers et le huitième), Trois papes successifs, saint Pie V, Grégoire XIII et cette collection est précieuse pour l'étude des liturgies Sixte-Quint, l’honorêrent de leur amitié et lui confièrent orientales. Les rituels, missels, pontificaux et autres la charge de pénitencier. Son ouvrage Manuale sive livres d’offices y sont cités et commentés. On y a joint Enchiridion confessoriorum et pænitentium, Rome, des extraits de divers auteurs, principalement d’après 1588, a été longtemps classique. Parmi ses autres publi­ les manuscrits orientaux de la Vaticane. Le Codex liturcations, qui concernent presque toutes le droit cano­ gicus est très rare en France. Un autre ouvrage d’Aloys nique, nous signalerons le De redditibus beneficiorum Assémani intéressant l’histoire ecclésiastique orientale ecclesiasticorum, où il soutient l'opinion qui fait une est la dissertation intitulée : De catholicis patriarchis obligation de justice à tous les bénéficiers de dépenser Chaldœorum et Neslorianorum commentarius histoleur superflu en œuvres pies. rico-lheologicus, Rome. 1775. Nous avons encore de lui : De sacris ritibus dissertatio, Rome, 1757; Commenta­ Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892. t. i, p. 124 rius... de Ecclesiis, earum reverentia et azylo atque sq.; Bund, Catalogus auctorum qui scripserunt ile theologia concordia sacerdotii et imperii, Rome, 1766; De unione morali et practica, Rouen, 1900, p. 115. et communione ecclesiastica et de canonibus ptenilen.1. Bellamy. 1. ASSÉMANI étienne-Évode (arabe : as-sem'ani, tialibus, Rome, 1770; De synodo diœcesana dissertatio. Ces derniers ouvrages sont moins connus. le (fils) de Simon). Nom patronymique de plusieurs J. Parisot. savants maronites du xvm· siècle, d'où l’appellation latine 3. ASSÉMANI Joseph Simon naquit à Tripoli de de Simonius qu’ils s’attribuèrent. Syrie en 1687, et fut envoyé de bonne heure à Rome La famille des Assémani avait obtenu à Rome le pa­ au collège des maronites, où il se lit remarquer par sa tricial; aussi les neveux de Joseph Assémani (voir plus religion et ses talents. Clément XI sut se servir de lui. loin) y firent leurs études et s’y illustrèrent à l'exemple En 1707, suivant les indications d’un moine libanais, de leur oncle. Gabriel Hawa, ce pape avait envoyé Elias Assémani, Étienne-Évode était le neveu de Joseph Assémani par cousin de Joseph, visiter les bibliothèques des monas­ sa sœur. H naquit à Tripoli en 1709, et,mourut à Rome tères de Nitrie. Elias y trouva d’inestimables richesses en 1782. Amené jeune encore dans cette ville, il étudia au collège des maronites, jusqu'à ce qu’il fût devenu littéraires, que l’incurie des moines coptes livrait à la destruction. C’étaient principalement des manuscrits apte à servir dans son pays les intérêts de la Propa­ gande. Il séjourna longtemps en Syrie, en Mésopotamie syriaques, appartenant à la collection réunie à Scélé par et en Égypte avec le titre de missionnaire de la Propa­ Moyse de Nisibe, au x' siècle. La cupidité des posses­ seurs de ce trésor ne permit pas au voyageur d’acheter, gande, mérita le titre d’archevêque d’Apamée, voyagea même au poids de l’or, un grand nombre de livres. en Europe et alla même en Angleterre. De retour à Élias n’en rapporta que quarante. Ce fut le premier Rome, il entra comme scritlore siriacoà la Bibliothèque exode de manuscrits orientaux vers les bibliothèques vaticane, dont il devint préfet après la mort de son oncle. d’Europe. L’initiative de Clément XI fut imitée par la Il fut le collaborateur de celui-ci dans la rédaction du France, puis au xix» siècle par l’Angleterre. Mais dés les Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque vaticane. années qui suivirent immédiatement la réception à la On a, sous le titre de Bibliolhecie apostolicæ vaticanæ Bibliothèque vaticane des manuscrits d’Elias Assémani, codicum mss. catalogus, Rome. 1757, 1758, 1759, 3 volu­ des dons généreux vinrent augmenter ce premier dépôt. mes in-fol. ne représentant pas la totalité de l’ouvrage. Puis Clément XI forma une nouvelle expédition (1715) Le quatrième tome ne fut imprimé qu'en partie. On a qu’il confia à Joseph Assémani. Après avoir laissé celui-ci aussi d’Étienne-Évode la description des manuscrits contempler à loisir leurs précieux manuscrits, les moi­ orientaux de la Laurentienne de Florence, dans Bines coptes se refusèrent à les lui vendre. Il ne put s’en bliothecæ mediceæ laurentianæ et palatinæ codicum procurer auprès d’eux qu’un très petit nombre. Plus mss. catalogus, Florence, 1742. Les autres bibliothèques heureux auprès du patriarche du Caire et des évêques de l’Europe, moins riches, n’avaient pas encore publié de Syrie, Joseph Assémani rapporta à Clément XI, en leurs catalogues, à l'exception de quelques bibliothèques 1717 une riche moisson de manuscrits, grecs, syriaques particulières comme celle du cardinal Chigi, dont et arabes. Nommé préfet de la bibliothèque apostolique Étienne-Évode Assémani donna aussi le catalogue en 2121 ASSÉMANI et archevêque de Tyr, Joseph Assêmani publia, sur les manuscrits syriaques de la Vaticane, ses premiers ouvrages dont nous parlerons plus loin. Entre temps, il s'employait aux affaires de sa nation, et servait d'inter­ médiaire aux évêques maronites auprès de la cour romaine. En 1736, Clément XII l'envoya, revêtu de la qualité d’ablégat, prendre part au premier concile natio­ nal des maronites, tenu à Louayzé, monastère voisin de Beyrouth, du 30 septembre au 3 octobre de cette année. Les prélats maronites et le saint-siège s'unirent pour louer la prudence dont il fit preuve dans cette fonction el lui attribuer la gloire d'un succès dont le résultat fut de consolider l'épiscopat maronite, d'unir plus étroitement la nation au siège de Rome, et d'étein­ dre les dissentiments élevés à propos de questions par­ ticulières que l’on trouvera mentionnées dans le bref de Benoit XIV indiqué ci-après. Tandis que les actes ara­ bes de cette assemblée étaient publiés en Orient, Joseph Assêmani s'occupait d'en faire approuver à Rome la tra­ duction latine. Sur l avis de la Congrégation de la Pro­ pagande, Benoit XIV confirma le concile de Louayzé par bref du I" septembre 1741. Peu d'années après, une division entre les maronites ayant amené une double élection patriarcale, Benoit XIV intervint de nouveau et y mit fin par la nomination directe au patriarcal de Simon-Evode Assêmani. arche­ vêque de Damas et doyen de l’épiscopat maronite, 16 mars 1743. Évode, parent de l'ablégal, doit ètre dis­ tingué des personnages dont il est question dans cet ar­ ticle. Après ces succès, le docte prélat put ajouter à ses titres ceux de référendaire de la signature, chanoine de Saint-Pierre, membre des S. C. de la Propagande et de l'inquisition. Sa vie pieuse, sa science et sa foi lui valurent la bienveillance des papes et l'estime univer­ selle.. Il mourut octogénaire (1768), laissant à ses com­ patriotes un noble exempleâ suivre, et au monde savant l'héritage des plus utiles travaux. ntUVUBS. — 1" Joseph Assêmani mil principalement à prolit les manuscrits orientaux, acquis par la Biblio­ thèque vaticane, daps la Bibliotheca orientalis clenientino-vaticana, t in-fol., Rome, 1719-1728. Ce n'est qu'une partie d'un très vaste ouvrage, qui devait comprendre la publication par extraits des manuscrits syriaques, ara­ bes, éthiopiens, arméniens, coptes, persans, turcs, des bibliothèques romaines. Assêmani n’utilisa que les manuscrits syriaques et restreignit son œuvre à l'his­ toire des Syriens des trois rites. Par cette œuvre, Assê­ mani contribua plus que tout autre, sans excepter ceux qui l’ont suivi, à faire connaître en Europe la littérature syriaque et l'histoire des églises de Syrie, de Chaldée et d’Egypte. Jusqu'aux publications faites de nos jours, la Bibliotheca orientalis était le seul ouvrage où l’on put étudier celle littérature et celte histoire dans son ensemble, et les travaux postérieurs, en comblant des lacunes et en redressant des imperfections inévitables, n’ont dépossédé l’œuvre d’Assémani d’aucun de ses mérites, ni rien ôté à l'auteur de son plus beau titre de gloire, qui est « l'honneur d'avoir initié les savants de l'Europe aux richesses littéraires renfermées dans les manuscrits syriaques ». R. Duval, La littérature syria­ que, Paris, 1899, p. xm. Les diverses parties de la Bibliotheca orientalis sont successivement consacrées aux Syriens, aux Syriens jacobites, aux Chaldéens et aux nestoriens. Assêmani donne des notes biographi­ ques sur les auteurs, l’énumération et l'analyse de leurs œuvres, souvent de longues citations. On désirerait par­ fois sur ces textes un plus grand nombre d'éclaircisse­ ments ou une revision plus attentive de certains passages. Selon certains orientaux. Assêmani encourt le reproche, bien explicable, d'avoir cherché à favoriser toujours sa nation; mais on ne peut admettre qu'un homme de son caractère ait usé pour cela du procédé puéril consis­ tant à modifier les textes des auteurs. Une partie des ; I j i I matériaux non employés par Assêmani se r-ti la Collectio scriptorum veterum, de Mai. — 2' A !.i suit? de ce premier ouvrage, Assêmani entreprit l'édition iL-s œuvres de saint Éphrem, Sancti Ephrœm syri i-.-r omnia, 6 in-fol., Rome, 1732-1746. Il donna la préface générale en tête du premier volume de la série grecqiœlatine, 1732, et l’édition des trois volumes de cette série, dont les deux derniers ne furent édités qu'en 1743 > t 1746, après son retour de Syrie. Pour la série syriaque latine il fut suppléé par le jésuite maronite Pierre Ambarach (Benedicius) pour les deux premiers volumes, et par son neveu Evode Assêmani (ci-dessus! pour le dernier (1743). Des éditions partielles contemporaines, celles d’Overbeck à Oxford, de Bickell à Leipzig, de Lamy à Malines, de Zingerlé, Hahn. Bedjan et autres, complètent ou rectifient l’édition romaine pour la partie syriaque. L'édition définitive des œuvres de saint Ephrem est encore à faire. — 3» On a encore de Joseph Assémani Kalendaria Ecclesiæ universte, 6 in-4", Rome, 4755. Cet ouvrage a eu le sort de mainte publication trop vaste : il est resté inachevé. C'était, au moyen des textes, des inscriptions, des représentations de toutes sortes, la description de tous les saints honorés dans les églises du monde entier. — 4" Italiae Ecclesiæ scriptores, 4 in-4", Rome, 1751-1753, est un supplément à la collection de Muratori. Une partie des manuscrits d'Assémani furent détruits dans un incendie ιΊ768ι et l'ouvrage ne put être complété. — 5“ Bibliotheca juris orientalis canonici et civilis, 5 in-4", Rome. 1762-1766; cet important ouvrage est devenu fort rare, surtout pour les volumes I, 2 et 4, dont les exemplaires furent la proie d'un incendie. Pour l’usage des occidentaux en relation avec (Orient, J. Assêmani composa deux ouvrages : &>' Budimenta linguæ arabicæ, in-4”, Rome, 1732 ; 7° une grammaire grecque en italien. 2 in-8", Urbino, 1737. D’autres œuvres publiées en collaboration ont été mentionnées aux arti­ cles qui précédent. J. Parisot. 4. ASSÉMANI Simon, de la même famille que les auteurs précédents, naquit à Tripoli en 1752, étudia à Rome, et retourna en Syrie où il séjourna douze ans. Comme il débarquait à Gênes, il perdit tout son bien, se rendit à Padoue et enseigna les langues orientales au séminaire de cette ville. Ses mérites le firent devenir membre de l’Académie des sciences, lettres et arts de Padoue, puis professeur de langues orientales à l'uni­ versité de cette ville (1807). Il eut l'estime de Silvestre de Sacy, dont il fut le correspondant, et l'institut de France mentionna honorablement plusieurs de ses ouvrages. Il a publié : 1" Essai sur l’origine, la reli­ gion, la littérature et les usages des Arabes a Mahomet (en italien), Padoue, 1787. C’est principale­ ment un extrait des travaux de plusieurs orientalistes. — 2" Catalogue de la bibliothèque du chevalier Λαοί, 2 vol., Padoue, 1787-1792. Ce catalogue -st 1- phis considérable de ses ouvrages. A de nombreux extraits de manuscrits, il joint d'importantes dissertations. I. me d'elles, sur la nation copte et les ressources cornu» rciales de l’Egypte moderne, fut traduite par Langh-s et insérée dans le Magasin encyclopédique sans mention de l’auteur. —3" Description d'un globe céleste arabe, chargé d’inscriptions euflques, provenant du musée Borgia. —4" Explication sur des monuments arabes de Sicile. Enfin divers mémoires sur L'influence de la poésie arabe sur la littérature moderne, où il attribue inexac­ tement l'introduction de la rime poétique des langues modernes aux rapports littéraires des Arabes avec les nations méridionales; — sur Les monnaies arabes mec /igures, — sur la géographie des Arabes. Ce dernier mémoire n’a pas été publié. Simon Assêmani mourut i Padoue en 1821. L'annuaire nécrologique de Malm l i consacra en 1822 une notice élogieuse, ou l'on J- ri 2123 ASSÊMANI — ASSISTANCE DU SAINT-ESPRIT corriger quelques erreurs portant sur l’attribution de plusieurs des ouvrages mentionnés aux articles précé­ dents. .1. Parisot. ASSERMET François-Mario, cordelier français du commencement du xvm« siècle, était docteur en Sor­ bonne et enseigna longtemps la théologie au GrandCouvent de son ordre à Paris. Il publia les deux ouvrages suivants : I» Theologia scholastico-posiliva ad S. II. Ecclesiæ mentem elucubrata, 2 in-8°, Paris, 1713. Le t. i" contient, à la suite de courts prolégomènes sur la théologie, un traité De Deo uno ejusque attributis; le tome il comprend les deux traités De Deo trino, De Deo creatore. I lans la préface, l'auteur se déclare un disciple convaincu de Duns Scot. 2» Tractatus scholastico-positivus ile divina gratia ad mentem S. H. Ecclesiæ, 2 ίη-8», Paris, 1715. Il y combat les erreurs de Baius, de Jansénius et des autres néoaugustiniens; il y défend la constitution Unigenitus et il y réfute la Plainte et protestation du P. Quesnel contre cette constitution. Hurler, Xomenctator literarius, Inspruck, 1803, t. n, col. 632633. E. Mangenot. 1. ASSISTANCE DU SAINT-ESPRiT, secours par lequel Dieu empêche l’Église enseignante de tomber dans l'erreur et de mal remplir la mission qu’il lui a confiée ou de s’en écarter. — I. Existence. II. Nature. Ill. Effet, objet et sujets. 1. Existence. — L’assistance du Saint-Esprit est assurée à l’Église entière pour remplir sa mission divine aussi bien qu'à ceux qui sont chargés dans l’Église du magis­ tère suprême. Des témoignages explicites de l’Écriture et de la tradition catholique démontrent que le Saint Esprit les assiste constamment et perpétuellement pour les empêcher d’errer et de dévier de la voie droite de la vérité. 1“ Écriture sainte. — 1. Jésus-Christ a promis à ses apôtres, comme chefs de l’Église, une assistance spé­ ciale du Saint-Esprit, pour les aider dans l'accomplisse­ ment de leur mission d’enseigner au monde la vérité évangélique. Après le dernier repas pris avec eux, vou­ lant les consoler de sa prochaine séparation, il leur pro­ mit le secours de l’Esprit consolateur : « Je prierai le Père, dit-il, et il vous donnera un autre Paraclet pour qu’il demeure avec vous toujours : l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas; mais vous le connaîtrez, car il de­ meurera parmi vous et il sera en vous. » Joa., xtv, 16, 17. Sur la prière de Jésus, lorsqu’il sera retourné vers son Père, celui-ci enverra aux apôtres, pour les consoler du départ de leur .Maître, un Paraclet, c'est-àdire un avocat, un consolateur et un aide autre que Jésus lui-même. Ce nouveau Paraclet différera du pre­ mier, en ce qu'il ne demeurera pas avec les apôtres quelques années seulement, mais toujours, durant tout le cours de leur existence, pour les consoler et les sou­ tenir. Ce sera l’Esprit de vérité, la vérité substantielle, qui leur apprendra l'infaillible vérité; Esprit, que le monde pervers, fils de Satan, père du mensonge, ne peut recevoir, qu’il ne perçoit et ne conçoit même pas, mais que les apôtres connaîtront, lorsqu’il sera avec eux et demeurera parmi eux. Revenant, plus'loin, dans le même discours, sur la promesse de l’envoi du Para­ clet, Jésus précisa l'action du Saint-Esprit sur les apôtres : « Le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom. vous enseignera toutes choses et vous suggérera tout ce que je vous aurai dit. » Joa., xiv, 26. Il viendra donc parfaire l'instruction que le Maître, en raison des circonstances, n’avait pu qu’ébaucher, et il le fera de deux manières : 1° en leur enseignant tout ce qui sera l’objet de la révélation divine et en leur révélant, au besoin, des vérités nouvelles, voir col. 1657 ; 2» en leur rappelant et leur remettant en mémoire, au , 2124 moment opportun, tout ce que Jésus leur aura enseigné. Il ne leur laissera oublier rien d'important; il leur don­ nera, sans mélange d'erreur, la pleine intelligence de l’enseignement du Maître. Cet Esprit de vérité rendra témoignage à celui qui l’aura envoyé, Joa., xv, 26; il con­ vaincra et reprendra le monde de ses torts, Joa., xvi, 7-11; et ce sera par le ministère des apôtres. Il agira autrement à l’égard de ceux-ci; il leur enseignera la vé­ rité pleine et entière de tout ce que Jésus leur aura annoncé et il sera leur introducteur et leur guide dans la voie de la vérité chrétienne, οδηγήσει ύμάς εις την αλήθειαν πάσαν. 11 leur apprendra ce que le Maître avait encore à leur dire, mais qu’ils étaient alors incapables de porter. Il ne tirera pas ces vérités de son propre fond et n’enseignera pas une révélation différente de celle que le Fils de Dieu a apportée au monde; il com­ plétera seulement celle-ci et en donnera l’intelligence parfaite aux apôtres. Joa., xvi, 12-15. Cet envoi du Saint-Esprit aux apôtres pour les aider à remplir leur mission de docteurs ne devait avoir lieu qu’aprés la glorification de Jésus. Joa., vu, 39. Aussi au moment de remonter au ciel, le Sauveur leur rap­ pela la venue prochaine du consolateur promis et leur ordonna de demeurer à Jérusalem jusqu’à sa descente sur eux. Luc., xxiv, 49; Act., I, 4, 8. La promesse se réalisa le jour de la Pentecôte, et le Saint-Esprit des­ cendit d’une façon sensible sur les apôtres. Act., n, 1-4. Dans son discours aux juifs rassemblés, Act., n, 14-18, saint Pierre proclama que cette effusion du Saint-Esprit était l'accomplissement de la prophétie de Joël, n, 28, 29. C’est avec l'assistance de l’Esprit de vérité qu’ils avaient reçu, que les apôtres remplirent leur mission, soit dans leurs prédications isolées, soit réunis comme à Jérusalem où ils délibérèrent entre eux et décidèrent par l’autorité du Saint-Esprit. Act., xv, 28. Voir col. 1652-1653, 1655-1656. A première vue, cette promesse et cette effusion du Saint-Esprit semblent avoir été réservées à la personne seule des apôtres. Les Pères qui ont commenté l’Evan­ gile de saint Jean et beaucoup d’exégètes les ont enten­ dues dans ce sens restreint. Jésus, en effet, consolait les apôtres de la peine que leur causera son départ pro­ chain; il leur annonçait un autre consolateur qui devait demeurer avec eux durant toute leur vie terrestre et remplacer le Maître, remonté au ciel. La promesse sup­ posait leur persévérance dans l’amour et l’observance des commandements. Joa., xiv, 15. Elle visait la situa­ tion personnelle des apôtres, incapables alors de com­ prendre toute la doctrine de Jésus, Joa., xvi, 12, et ayant entendu les enseignements qui leur seraient rap­ pelés à propos. Joa., xiv, 26. Enfin, les apôtres seuls devaient recevoir du Saint-Esprit des révélations nou­ velles. Joa., xvi, 13. Tout cela ne convient qu’à eux seuls et la promesse n’est pas faite immédiatement à leurs successeurs. L’effusion du Saint-Esprit sur eux a réalisé la promesse de Jésus-Christ. Nonobstant la jus­ tesse de ces observations, plusieurs exégètes pensent cependant que cette promesse d’envoyer le Saint-Esprit s’adressait non seulement aux apôtres, mais encore à leurs successeurs, qu’ils représentaient en leurs per­ sonnes. Jésus, en ellet, annonce aux apôtres la venue de l’Esprit de vérité, qui leur enseignera toute la vérité du salut, Joa., xvi, 13; dans quel but. sinon en vue de la mission, qu’il devait leur confier, d'instruire toutes les nations et de leur apprendre ses commandements. Matth., xxvni, 20. Or, lés apôtres, Jésus le savait, ne pou­ vaient remplir par eux-mêmes toute cette mission. L’Es­ prit de vérité leur était donc promis pour eux et pour leurs successeurs dans l'œuvre de l'apostolat. Le conso­ lateur annoncé était nécessaire à l’Église entière, qui allait étre privée de la présence sensible de son fonda­ teur. Enfin, au jourde la Pentecôte, le Saint-Esprit s’est répandu sur les apôtres et sur les disciples rassemblés, 2125 ASSISTANCE DU SAINT-ESPRIT 2126 sur tous les membres de l’Église et sur l’Église elle- i et pour l'éternité. Selon Rupert, parexemple. Contr· ient. mémo. .1. Corluy, Commentarius in Evangelium in Joa., 1. XI, P. L., t. CLX1X, col. 704, le Saint-Esprit S. Joannis, 2° édit., Gand, 1880, p. 347-351, 355-356, ne manquera jamais à l’Église ; il apportera la consola­ 374-375; Id., Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, tion à tous les croyants, col. 709-710; il ne cessera i s 4884, t. 1, p. 25-31 ; Fillion, Évangile selon S. Jean, Paris, de procéder, jusqu’à la fin des siècles, pour dédier et 1887, p. 284-285, 305-306; ld., La sainte Bible, Paris, illuminer l'Eglise qui est la maison de Dieu. col. 732. 1901. t. vu. p. 563-564, 572; J. Knabenbauer, Comment. 2. Les Pères ont affirmé de différentes manières que tn Ev. sec. Joa., Paris, 1898, p. 439, 471-473. Quoi qu'il le Saint-Esprit habitait dans l’Église, l'instruisait et la en soit, on admet plus généralement qu'au moins la pro­ dirigeait. Tertullien, De baptismo, 6, P. L., t. I, col. messe d’envoyer le Saint-Esprit aux apôtres, ut maneat 1206, a dit que « là ou sont le Père, le Fils et le Saintin ælernum, Joa., xiv, 16, s'étend à l’Église jusqu’à la Esprit, là est l’Église qui est le corps des trois ». Saint fin des temps. L’expression in ælernum, rapprochée de Irénée. Cont. hær., ni, 24, P. G., t. vu, col. 966. assure Matth., xxviil, 20, signifie que le Saint-Esprit est promis que notre foi, celle que l’Église nous donne, vient du aux apôtres en raison de leur mission d’enseigner J Saint-Esprit, comme un don excellent placé dans un l’évangile jusqu’à la consommation des siècles et qu'il vase précieux, don toujours jeune et rajeunissant le vase sera donné à leurs successeurs dans le suprême magis­ lui-même dans lequel il est déposé. « Ou est l’Eglise, là tère. Palmieri, Tractatus de. romano pontifice, 2e édit., est l’Esprit de Dieu; et là où est l'Esprit de Dieu, là est Prato, 1891, p. 187-189; Schanz, Commentar über das l’Eglise et toute grâce; or l'Esprit est vérité. » Les héré­ Evangelium des heiligen Johannes, Tubingue, 1885, tiques sont tout à fait étrangers à la vertu de l'Esprit. p. 480. Ibid., n, 31, n. 3, col. 825. Saint Augustin, Serm., 2. D'ailleurs, l’infaillibilité de l’Eglise repose sur cci.xvii, 4, P. L.,t. xxxvili, col. 1231, enseigne que « ce d autres témoignages scripturaires que ceux qui contien­ que l’àme est au corps de l'homme, le Saint-Esprit l’est au corps de Jésus-Christ, qui est l’Église. Le Saintnent la promesse directe de l'assistance du Saint-Esprit. Saint Paul n'a-t-il pas écrit à Timothée que l’Église du Esprit fait dans l'Eglise ce que l’àme fait dans tous les Dieu vivant est la maison de Dieu, la colonne et le fon­ membres d’un corps », et il en conclut qu’il faut rester dement de la vérité? I Tim., m, 15. Des assurances attaché à l'Eglise, si on veut croire par l’Esprit. Saint d’indéfectibilité n’ont-elles pas été expressément données Grégoire le Grand, Exposit. in Ps. v pænilenliæ, P. L., par Jésus à Pierre, le fondement de l'Église? Matth., t. i.xxix, col. 602, présente la même doctrine. On pour­ xvi, 18. Or l’infaillibilité de l’Eglise a toujours été attri­ rait rapporter ici tous les témoignages patristiques qui sont favorables à l’infaillibilité de l’Église, du pape et buée à l’assistance continue et perpétuelle du Saint-Es­ prit sur l’Église entière et ses chefs suprêmes. L’exis­ des conciles. Ils attestent ou supposent le secours divin par lequel l’Église el ses chefs suprêmes sont infaillibles, tence de la cause résulte donc de la constatation de l'efiet. Cetle preuve de l’assistance du Saint-Esprit, que l’assistance du Saint-Esprit, cause efficace de l'infaillibinous ne faisons qu’indiquer ici, sera complétée par la I lité doctrinale. démonstration de l’infaillibilité de l’Église, du pape et 3. Le concile du Vatican a énoncé comme une vérité des conciles. certaine l’assistance divine que Jésus-Christ a promise à 2° Tradition. — 1. Si les Pères, qui ont commenté son Église et qu’il lui accordera jusqu’à la fin du l'Évangile de saint Jean, n’ont pas appliqué à l’Église monde : Dei Filius et generis humani redemptor entière la promesse que Jésus avait faite à ses apôtres Dominus noster Jesus Christus, ad Patrem cælestem de leur envoyer le Saint-Esprit, d’autres écrivains ecclé­ rediturus, cum Ecclesia sua in terris militante, omni­ siastiques de l’antiquité ont donné cette interprétation bus diebus usque ad consummationem sæculi futurum et ont étendu à l’Église l'assistance du Saint-Esprit, se esse promisit. Quare dilectæ sponsæ præsto esse, assurée aux apôtres. Ainsi Tertullien, De præscnpt., assistere docenti, operanti benedicere, periclitanti opem 28, P. L., t. n, col. 47, pour prouver que l’Église a ferre ... nullo unquam tempore destitit. Conslit. de transmis la vérité sans erreur, rappelle que le Saintfide, proœm., dans Ja Collectio Lacencis, Fribourg-enEsprit est son guide dans la vérité et que le Christ l’a Brisgau, 1892, t. vn,col. 248. Ce début delà constitution envoyé, après l’avoir demandé au Père, pour qu’il soit s'appuie surtout sur Matth., xxvm, 20; il affirme l'assis­ le docteur de la vérité. Saint Irénée, Cont. hær., m, tance continue et perpétuelle que Jésus-Christ accorde 11. n. 8, P. G., t. vu, col. 880, affirme que le Verbe in­ à son Église. Cette assistance étant une œuvre ad extra carné τήν δωρεάν τού άγιου Ιΐνεύματος εις πάσαν έξέπεμψε est commune aux trois personnes de la sainte Trinité τήν γτν, σχεπάζων ημάς ταΐς έαυτού πτέρυξιν. Plus loin, et peut être attribuée à chacune d’elles. Ordinairement, ibid., in, 17, n. 2, 3, col. 930, il ajoute : Et Dominus on l’attribue au Saint-Esprit par appropriation. Dans le pollicitus est mittere se Paracletum, qui nos aptaret premier schéma De Ecclesia Christi, qui fut soumis aax Deo,... quem ipsum iterum dedit Ecclesiæ, in omnem Pères du concile du Vatican, l'infaillibilité du magist· r·. de terram mittens de cælis Paracletum. Saint Pacien, l'Église était fondée non seulement sur Matth., xxvin. Episl., i, n. 3, P. L., t. xm, col. 1054, dit de même : 20, mais encore sur la promesse de Jésus-Cind en­ Multos nos Spiritus Sanctus edocuit, quem paracletum voyer le Saint-Esprit à ses apôtres : Et iisdem [apostolis] apostolis et magistrum Deus misit e cælis. Saint promisit Christus veritatis suæ Spiritum, qui mane­ Hilaire de Poitiers, In Ps. cxxv, n. 7, P. L., t. ix, ret cum eis in ælernum, in eis esset eosque omnem col. 689, écrit dans le même sens : Sumus nunc qui­ veritatem doceret, c. IX, dans Ia Collectio Lacencis, dem consolati, quia Dominus ail : Millet vobis etalium t. vu, coi. 570. consolatorem. Dans un des sermons attribués à saint II. Nature. — I) est important de bien préciser en quoi Augustin, Semi., ci.xxxii, n. 2, P. L., t. xxxix, col. consiste l’assistance par laquelle le Saint-Esprit veille 2088, le Saint-Esprit qui est descendu sur les apôtres, sur l’isglise et sur son magistère et l’empêche d'errer est présenté comme non jam visitator subitus, sed per­ dans la foi. Bien des difficultés, soulevées contre elle, petuus consolator et habitator æternus. Au jour de la sont nées des idées fausses qu’on avait sur sa nature. Pentecôte, les fidèles l’ont reçu pour leur propre sanc­ 1° Si on excepte les apôtres qui, par un privilège tification, mais les apôtres en ont été illuminés pour re­ personnel, ont reçu du Saint-Esprit des révélations nou­ fléter sur le monde entier les rayons du soleil de la velles, en vue de compléter l'économie du salut, voir col. 1657, l’Église et son magistère suprême, une fois la vérité. Plus tard, des commentateurs du quatrième Evan­ gile appliquèrent à l’Église la promesse de Jésus-Christ révélation close à la mort du dernier survivant des d envoyer àses apôtres l’Esprit-Saint pour qu'il demeure apôtres, n’ont plus en de manifestations de nouvelles toujours avec eux, Joa., xiv, 16, même après leur mort vérités rentrant dans le dépôt de la révélation. L i.ss.s- 2127 ASSISTANCE DU S. ESPRIT — ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE 2128 tance du Saint-Esprit sur l'Eglise pour l’empêcher d’errer constituent, en quelque sorte, l'eschatologie mariale; et ne comporte donc pas de révélations. Elle diffère même alors on y comprend aussi la première partie du mystère de l’inspiration, qui a élé accordée aux écrivains sacrés » total, c’est-à-dire la mort de la sainte Vierge, appelée, à pour rédiger les Livres saints. Tandis que l'inspiration cause de son caractère transitoire, dormitio, « sommeil, » exerçait une iniluencc positive sur les facultés des ou encore pausatio, « repos, » et transit us, « passage » auteurs inspirés pour qu’ils missent par écrit la pensée du temps à l’éternité, La fête de l'Assomption était sou­ divine qui leur était suggérée, l'assistance n’est qu'un vent désignée par ces différents noms dans l’antiquité secours négatif, qui écarte l'erreur de l’enseignement chrétienne; mais peu à peu, et de bonne heure, le mot ecclésiastique officiel et ordinaire et empêche le magis­ assomption l'emporta sur les autres, et fut réservé pour tère suprême de l’Eglise de prendre une direction con­ marquer l’entrée au ciel, en corps et en âme, de la Mère traire à celle que Jésus-Christ lui a tracée. Dans le de Dieu. Comme l’indique le sens passif du mot (assumi, schéma déjà cité, on proposait de faire déclarer par le assumptus), il signifie que la sainte Vierge a été élevée concile du Vatican dotum infallibilitalis, quæ tanquam au ciel par la toute-puissance divine, tandis que Jésusperpetua Ecclesiæ Christi prærogativa revelata est, Christ. au jour de l'ascension, y est monté par sa propre quæque nec cum inspirationis charismate confundi de­ puissance. bet, neque eo spectat ut Ecclesia novis revelationibus L'assomption proprement dite de Marie étant indépen­ ditescat, collatum ad hoc esse ut verbum Dei, sire id dante, en soi, de sa mort, puisque l’une aurait pu avoir scriptum sire traditum sit, in universali Christi Eccle­ lieu sans l'autre, nous n'avons pas à établir expressément ce dernier fait. 11 nous suffira de dire qu’il est consigné, sia integrum et a quavis novitatis immutationisque corruptela immune asseratur et custodiatur. Ibid., en général, dans les mêmes textes que l’assomption, comme on le verra plus bas. On ne saurait donc le révo­ Collectio Lacencis, t. vn, coi. 570. Cf. les notes ajou­ tées, col. 598. La même doctrine est expressément quer en doute, malgré les hésitations ou même les né­ gations de quelques rares théologiens. Saint Épiphane, affirmée et approuvée par le concile au sujet du magis­ tère infaillible du pontife romain : Neque enim Petri au iv» siècle, n'osait se prononcer, ni pour, ni contre, successoribus Spiritus Sanctus promissus est, ut eo reve­ Hær., i.xxvnt, P. G., t. xi.it, col. 716; mais cette hési­ lante novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assis­ tation isolée ne tire pas à conséquence, et elle s’explique du reste par les préoccupations polémiques du saint doc­ tente traditam per apostolos revelationem seu fidei depositum sancte custodirent et fideliter exponerent. teur. Voir Baronius, Hist, eccl., an. 48, n. Tl, 12; Be­ Const. Pastor æternus, c. iv, Collectio Lacencis, t. vn. noit XIV, Commentarius de D. N. Jesu Christi Ma­ coi. 186. L’assistance du Saint-Esprit est donc seulement lrisque ejus festis, part. II, n. xcvm sq., De fesl. l'effet de la providence spéciale de Dieu sur son Eglise assumpl. Au xvn» siècle, quelques auteurs, cités par le pour y conserver, expliquer et défendre de toute atteinte franciscain Macedo, De clavibus Petri, Rome, 1660, le dépôt de la révélation confié aux apôtres. t. i, 1. IV, De peccat, orig., sect, in, affirmèrent nette­ 2·1 Par suite, cette assistance n'enlève pas la liberté des ment que la sainte Vierge n’était pas morte, sous pré­ docteurs infaillibles de l’Église; elle suppose et exige texte qu’elle n'avait pas contracté le péché originel. leur activité. Son notn lui-même l'indique : le Saint-Es­ Voir l'exposé et la réfutation de cette erreur dans Cotti, prit assiste l'Église pour l'empêcher d’errer. Il faut donc Veritas religionis chrislianæ, Rome, 1737, t. iv, c. XL, De qu'elle recoure aux moyens ordinaires, recherches, morte Deiparæ, p. 328. Cette opinion, reprise et lon­ études, discussions et délibérations, qui écarteront l'er­ guement développée au xix» siècle par un théologien de reur de son enseignement. L'Esprit-Saint favorise cette Gènes, Dominique Arnaldi, dans son ouvrage Super activité par ses grâces actuelles et il veille pour qu’elle transitu B. Μ. V. Deiparæ expertis omni labo culpx ne dévie en rien du droit chemin de la vérité révélée. originalis dubia proposita, Gênes, 1879. est manifeste­ Lessouverainspontifes dans leurs définitions doctrinales ment contraire à la tradition patristique, à l'enseigne­ ont employé les secours, que la divine providence leur ï ment commun des théologiens et .à la liturgie catho­ fournissait. Const. Pastor æternus, c. iv, Collectio La­ lique. Voir les textes cités plus bas pour établir le fait cencis, t. vit, col. 486. Voir les observations de l’évêque de l'assomption. Les mêmes raisons providentielles qui de Brixen, rapporteur, col. 400-401. demandaient la mort du Christ réclamaient aussi, pro­ 111. Effet, objet et sujets. — L'assistance du Saint- portion gardée, celle de sa Mère, bien qu'elle fût Esprit produisant l'infaillibilité doctrinale de l’Église, exempte du péché originel. Devant ressembler à son elle a le même objet et les mêmes sujets que cette divin Fils, il ne convenait pas qu’elle reçût le don de infaillibilité. Voir Infaillibilité. l’immortalité comme Adam et Eve. Mais, pas plus que celle de Jésus-Christ, la mort de Marie n'a été le salaire Manning, La mission temporelle du Saint-Esprit, trad. Gon­ du péché, car l’une et l'autre ont été préservées de la don, Paris, 1867, c. I, p. 53-112; Mazzella, De religione et corruption. ecclesia, 2e édit., Home, 1880, p. 603-606; Palmieri, Tractatus Si la mort et l’assomption de la sainte Vierge méritent, de rontano pontifice, 2· édit., Rome, 1891, p. 172-175, 187-189, comme nous le prouverons, la croyance des fidèles, on 648-659; A. Tanquerey, De vera religione, de Ecclesia, 3· édit., ne saurait en dire autant des circonstances qui les ont Tournai, p. 321-327, 332-334, 472-473; A. Vacant, Études sur la accompagnées. Il est impossible de préciser le lieu et la constitution Pastor æternus, dans Le prêtre, t. vu, p. 13581361 ; t. vin, p. 331-332. date de la mort de la sainte Vierge et de son assomption au ciel. Ce serait à Éphése, d'après une opinion; à Jéru­ E. Mangenot. 2. ASSISTANCE PUBLIQUE. Voir Al'Jîône. salem, suivant une autre. La première s’appuie surtout sur la lettre synodale du concile d’Ephèse (431), dans laquelle les Pères désignent ainsi la ville qui les réunit : ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE. I. Préliminaires. II. Histoire de la doctrine. III. Ses "Ενθα ό θεολόγος ’Ιωάννης, ζαι ή Οεοτόχος ΙΙαρΟένος ή αγία Μαρία, « où le théologien Jean et la sainte Vierge preuves. IV. Pourrait-elle être l’objet d'une définition dogmatique? Marie, mère de Dieu. » Labbe, Concil., t. ni, col. 573. Le I. Préliminaires. — Le mot assomption désigne d'or­ concile, dit-on, n'a pu faire allusion qu’au lieu de leur sépulture. Mais cette explication est rejetée par la plu­ dinaire, dans le langage chrétien, deux faits distincts en part des critiques, qui font remarquer combien la phrase réalité, mais logiquement inséparables, à savoir la ré­ est vague et obscure, probablement même incomplète. surrection de la sainte Vierge, quelque temps après sa Il faut lui ajouter un verbe, pour obtenir un sens rai­ mort, et sa translation en corps et en âme au séjour des sonnable; et il est plus naturel de suppléer un mot qui bienheureux. Quelquefois même on emploie cette ex­ pression pour désigner l'ensemble des phénomènes qui | désigne une église dédiée à Marie et à saint Jean. En 2129 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE 2I3C font cas, ce n’est pas ce texte obscur et isolé qui peut , plus de cent ans après l'épanouissement du cuite de l’assomption et«de la croyance traditionnelle. créer non seulement une certitude, mais même une probabilité solide. Voir dans Le Camus, Les sept églises En effet, dès le vu» siècle au moins, l’Eglise presque de l’Apocalypse. Paris, 1896, p. '131 sq., une discus­ tout entière, en Orient et en Occident, célébrait la f«-t- de sion serrée qui conclut, d'après l’inspection du texte l'Assomption. A Rome,le pape Sergius(687-707)ordonn;iit et des lieux, au rejet de la prétendue tradition éphéune procession solennelle le jour de la fête : Constituit ut diebus Adnuntiationis Domini, D'ihmh luxiset X sienne. — L’opinion actuellement la plus commune veut vitatis sanctæ. Dei genetricis semperque Virginis Maque la sainte Vierge soit morte et montée au ciel à Jéru­ salem. Elle s’appuie principalement sur des témoignages riæ... letania exeat a sancto Hadriano et ad sanctam des vie, vit», vme siècles. Voir plus bas. Cf. Nirschl. Das Mariani populus occurat. Liber pontificalis, P. L.. t. Grab der heiligen Jungfrau Maria, Mayence, 1896. Pour CXXVIII, col. 898; édit. Duchesne, t. i, p. 376. Et remar­ être un peu tardifs, ces témoignages ne sont pas dépour­ quons que cette fête n'est pas présentée dans le Liber vus de valeur. Ils en auraient encore davantage, s’ils éma­ comme d'institution récente, ce qui permet de croire naient d’écrivains dont le sens critique n'aurait eu au­ qu’elle existait depuis quelque temps, peut-être même cune défaillance dans la question. Malheureusement, plu­ dés le pontificat de saint Grégoire le Grand. En Gaule, sieurs d’entre eux ont puisé à des sources suspectes des nous savons qu'on célébrait une fête solennelle, précé­ détails visiblement légendaires sur la mort et l'assompdée d’une vigile, en l'honneur de la Vierge, vers le mi­ tion de Marie. Ce n'est d'ailleurs pas le lieu d'exposer ces lieu du mois de janvier; et Grégoire de Tours, qui nous légendes. On en trouvera un bon résumé dans Le llir, fournit ce renseignement, dit assez clairement qu’il Études bibliques, Paris, 1869, t. n, p. 148-185, avec une s'agissait de l'Assomption : Maria vero gloriosa genitrix étude sur leur origine, leur valeur et leur développe­ Christi... angelicis choris canentibus, in paradisum, Do­ ment littéraire. Voiraussi Th. Zahn, Die Dormitio sanclæ mino præcedente, translataest... Hujus festivitas sacra Virginis, dans la Neue kirchl. Zeitschrift, t. x, fasc. 5. mediante mense undecimo celebratur... Adveniente Cf. Revue biblique, 1899, t. vm, p. 141-144,595-600. Trois autem hac festivitate, ego ad celebrandas vigilias ac­ de ces textes ont été publiés par Tischendorf, Apocaly­ cessi. De gloria martyr., Mirae. ,1.1,c. ix. P.L..t.i.xxi, coi. 713.L’ensemble du passage ne peut convenir qu'â l'aspses apocryphes, Leipzig, 1866, p. 94-136. Voir Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1858, t. Il, col. 503somption corporelle de la sainte Vierge. En Orient,l’his­ 542. D'autres apocryphes, relatifs au trépas et à l’assomptorien Nicéphore Calliste nous apprend que l’empereur tion de Marie, ont été édités depuis. Sur leur groupe­ Maurice (582-602), contemporain et ami de saint Gré­ ment voir Bonnet, Bemerhungen über die ültesten goire le Grand, ordonna de célébrer solennellement cette Sehriflen von der Himmelfahrt Maria, dans la Zeit­ fête le 15 août, H. E., 1. XVII, c. xxvm, P. G., t. cxi.vii, schrift fur wissenschaftliche Théologie, 1880, p. 222col. 292; « ce qui n’empêché pas, dit avec raison Tille­ 247. mont, qu’on en fit dés auparavant quelque solennité. » La date de l’assomption est encore moins certaineque Mémoires, etc., Paris, 1693. t. i. Notes sur la sainte le lieu ou elle s’est accomplie. Baronius lui assigne l’an­ Vierge, n. 18, p. 476. Cf. Marligny, Dictionnaire des née 48, mais il a soin de nous dire « qu'il n'attache à antiquités chrétiennes, 2e édit., Paris, 1877, p. 318. On cette date aucune importance et qu’elle est à ses yeux a signalé récemment l’existence à Antioche d’une fête purement hypothétique. Dans cette hypothèse, la sainte de la sainte Vierge qu'on célébrait, parait-il, dès la lin Vierge était âgée de soixante-neuf ans environ, lorsqu'elle du tve siècle, plus de cinquante ans avant le concile monta au ciel. D’autres Pères pensent qu'elle avait de d’Ephèse. Voir Ant. Banmstark, dans la Rômisehe soixante-douze à soixante-quinze ans. Mais, nous le ré­ Quartalschrift, 1897, p. 55-56. Cette fête était intitulée pétons, il est impossible d’appuyer un calcul quelconque Μνήμη τής αγίας Οεοτόχου καί άειχαρΟένου Μαρίας, sur un fondement certain ». Vigouroux, Dictionnaire de « mémoire de la sainte et toujours vierge Marie, Mère la Bible, t. i, col. 1136. de Dieu. » Tout porte â croire que celte fête rappelait le Hâtons-nous d’ajouter que cette incertitude relative ou souvenir de la mort de Marie. S'il était démontré qu elle nous sommes sur les circonstances de l’assomption, n’atavait également pour objet l’assomption corporelle, teint en aucune manière le fait lui-mème, malgré l'ex­ nous aurions là une attestation précieuse, et d'une très trême pénurie des documents pour les premiers siècles haute antiquité, en faveur de cette doctrine. Malheu­ et les quelques hésitations postérieures dont nous allons reusement, il parait difficile de faire celte démonstra­ parler. tion. Autre chose, en effet, est l'existence d'un simple II. Histoire de la doctrine. · - C'est seulement dans anniversaire, analogue, en soi, à celui des martyr* et la seconde moitié du vte siècle qu'on trouve les premiers des saints en général, et autre chose, l'existence d me documents historiques attestant la croyance à l’assompfête comme la Dormitio, dont le sens traditionnel, tion corporelle de la sainte Vierge. Il y a bien, dans les parfaitement établi, implique la croyance à l ass i ; a proprement dite. siècles antérieurs, un certain nombre d'apocryphes qui la mentionnent, ou plutôt la racontent avec de longs dé­ L’influence de la littérature apocryphe se fit - tir, par voie de réaction, en Occident, vers la fin ■ u tails. Mais il est diflicile de discerner les éléments his­ toriques que ces écrits légendaires peuvent contenir; et vnie siècle, ou au commencement du txe. On vit cir­ culer, sous le nom de saint Jérôme, un écrit intitulé ce n’est pas sans raison que la tradition ecclésiastique, Epistola ad Paulam et Euslochium, dont l'auteur met prise dans son ensemble, les a tenus à l’écart, et que l'un d'entre eux spécialement, le plus célèbre de tous, le public en garde contre les assertions de l'ouvrage apo­ Liber transitus [assumptionis] sanctæ Marite,P.G.,I.v, cryphe De transitu Virginis : ne forte si venerit in col. 1233 sq., fut condamné par le décret dit de saint manus vestras illud apocryphum, dubia pro certis reci­ piatis. Et il ajoute : Hæc idcirco dixerim, quia multi Gélase. Voir Gélase. Non seulement ces apocryphes ne sont pas le fondement sur lequel s'appuie la doctrine nostrorum dubitant utrum assumpta fuerit simul cum corpore, an abierit relicto corpore. Quomodo autem, catholique de l’assomption, mais ils inspiraient en gé­ vel quo tempore, aut a quibus personis sanctissimum néral une telle défiance, que certains auteurs ecclésias­ corpus ejus inde ablatum fuerit vel ubi transpositum, tiques, craignant de paraître leur emprunter la substance même authentique des faits qui y sont contenus, tom­ utrumne resurrexerit, nescitur. P.L., t. xxx. col. 122. 123. La lettre du pseudo-Jérôme. désignée aussi sous bèrent dans un autre excès regrettable, en préférant se taire ou confesser leur ignorance sur la réalité même du le nom de Lettre du pseudo-Sophrone, parce que le mystère. Heureusement ce fut l'exception, et une excep­ bénédictin Martianay l’attribua au moine Sophrone. ami de saint Jérôme, Opera sancti Hieronymi, édit. Martion tardive, qui n'apparaît flu a la fin du vm» siècle, 2131 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE tianay, t. v, p. 33, exerça une influence regrettable sur quelques auteurs ecclésiastiques podlérieurs, entre autres Adon et Usuard dans leurs martyrologes. Voici comment s'exprime le premier d'entre eux vers 858 : Cujus [Virginis] dormitionem vin kal. sept, omnis celebrat Ecclesia, cujus et sacrum corpus non invenitur super terram... Ubi autem venerabile Spiritus Sancti templum illud, id est caro ipsius beatissimæ Virginis Marite, divino nutu et consilio occultatum sit, magis elegii sobrietas Ecclesiæ cum pietate nescire quam ali­ quid frivolum et apocryphum inde tenendo docere. P. L., t. cxxin, coi. 202. Usuard, quelques années après, tenait le même langage. P. L., t. c.xxtv, col. 365. Voir aussi le pseudo-Augustin, P. L., t. xxix, col. 2129; le pseudo-Ildefonse, P. L., t. xcvi, col. 266; les Capi­ tulaires de Charlemagne, P. L., t. xcvn, col. 326; et quelques autres. Mais ce n’était là, en somme, que des dissonances accidentelles dans le concert général d’affir­ mations qui traduisaient la croyance du reste de l’Église à l'assomption corporelle de la sainte Vierge. La fête du 15 août était rangée parmi les plus solennelles, comme le prouvent le concile de Salzbourg en 799, llefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. v, p. 157; la règle de saint Chrodegang, évêque de Metz, P. L., t. lxxxix, col. 1089; le concile de Mayence en 813, Labbe, t. vu, col. 1250; les ordonnances de Hérard, archevêque de Tours, P. L., t. cxxt. col. 768. Le pape Léon IV en ins­ tituait l’octave vers 847; et quelques années après (858), Nicolas Ier, dans sa réponse à une consultation des Bul­ gares, affirmait que le jeûne de la vigile de l’Assomption se pratiquait à Rome depuis une époque très reculée : antiquitus tenet Ecclesia, Labbe, t. νπτ, col. 518. De leur côté, les auteurs ecclésiastiques du moyen âge — à part les exceptions dont nous avons parlé, et qui se produisirent surtout dans l’église de Gaule du IXe au XI· siècle — spécialement tous les docteurs sco­ lastiques enseignèrent dans leurs ouvrages que la sainte Vierge était montée au ciel en corps et en âme. Les uni­ versités les plus célèbres, comme celle de Paris, se fai­ saient gloire de professer cette doctrine; et il faut des­ cendre jusqu'au xvn· siècle pour trouver de nouvelles objections contre la croyance traditionnelle. Voici à quelle occasion. L'église cathédrale de Paris avait lu pendant longtemps, pour la fête du 15 août, le passage du martyrologe d'Usuard, qui affecte d'ignorer la doctrine de l’assomption. Pourtant, vers 1540, on avait cru devoir substituer à ce passage la lecture d'une homélie beaucoup plus affirmative sur le mystère du jour. Un siècle environ plus tard, en 1668, l’exemplaire du vieux martyrologe en usage étant détérioré, il fallut le remplacer par un neut ; et à cette occasion, on se demanda s'il fallait con­ server le passage d’Usuard relatif à l’assomption. Un chanoine, nommé Claude Joly, soutint vivement l'affir­ mative et eut gain de cause, grâce à sa dissertation De verbis l'suardi relatis in martyrologio parisiensi de assumptione beatæ Mariæ Virginis, in-12, Sens, 1669, et grâce à une lettre qu'il écrivit aux deux cardinaux de Retz et de Bouillon, Epistola apologetica, in-12, Rouen, 1670. Mais il fut combattu sérieusement par deux autres chanoines, tous deux aussi docteurs de Sorbonne, Jacques Gaudin et Nicolas Billiard (Ladvocat), le pre­ mier, dans son ouvrage Assumptio corporea bealæ Marite Virginis vindicata, in-12, Paris, 1670, et le second, dans ses Vindiciæ parthenicae de vera assum­ ptione corporea bealæ Marite Virginis, in-12, Paris. 1670. Claude Joly leur répliqua parson nouvel écrit Tra­ ditio antiqua ecclesiarum Francité de verbis Usuardi ad festum assumptionis bealæ Mariæ Virginis vindicata, in-12. Sens, 1672. 11 fut chaleureusement appuyé par Launoy, qui publia à cette occasion son Judicium de controversia super exscribendo parisiensis ecclesiæ martyrologio exorta, in-8", Laon, 1671. Quelques années 2132 plus tard. Tillemont penchait visiblement vers la même opinion, tout en se défendant de juger « l’opinion qui semble reçue par le commun consentement des fidèles ». Mémoires, etc., t. I, Notes sur la sainte Vierge, n. xv, p. 495. Cette controverse, au fond, servit les intérêts de la croyance traditionnelle, en donnant lieu à un triage nécessaire parmi les arguments plus ou moins rigoureux qu’on invoquait jusque-là en faveur de l’assomption. Depuis lors, cette doctrine n’a fait que s’affermir davan­ tage dans l’Eglise tout entière. Pendant longtemps, la fête du 15 août a occupé dans la liturgie catholique un rang supérieur à toutes les autres fêtes de la sainte Vierge; et actuellement encore, du moins en France, elle est accompagnée d’une procession solennelle. Les théologiens, de leur côté, sont unanimes depuis long­ temps à proclamer la certitude de l’assomption; si bien qu’au concile du Vatican beaucoup de Pères croyaient cette doctrine mûre pour une définition dogmatique. Plusieurs postulata, qui étaient rédigés en ce sens, recueillirent près de deux cents signatures. Cf. Acla el decreta sac. oecum, concilii Vaticani, dans la Collectio Lacencis, Fribourg-en-Brisgau, 1892, t. vit, col. 868-872. III. Preuves de la doctrine. — Bien que les chefs ordinaires de preuves tliéologiques ne soient pas tous également applicables â la thèse de l’assomption, nous allons cependant les énumérer dans l’ordre habituel, mais en ayant soin de marquer les différences qui les séparent comme valeur démonstrative. I. écriture sainte. — Disons tout de suite qu’elle ne fournit aucune preuve décisive et explicite de l’assomption. Les Pères et les docteurs du moyen âge ont cru cependant pouvoir citer quelques passages bibliques en parlant de ce mystère. Ainsi, par exemple, le texte sui­ vant : Ingredere in requiem luam tu et arca sanctifica­ tionis tuæ, Ps. cxxxt, 8, qu'on appliquait à Jésus-Christ introduisant au ciel le corps virginal où il avait pris naissance. Ainsi encore le texte : Astitit regina a dex­ tris tuis in vestitu deaurato, circumdata varietate, Ps. xi.iv, 10, qui symbolise, disait-on, la gloire éclatante dont la sainte Vierge est revêtue corps et âme. Mais il est clair que ces passages et autres semblables, entendus au sens littéral, signifient tout autre chose que l’assomption. Les Pères et les théologiens qui les ont cités, à pro­ pos de cette croyance, n’ont pas pu se faire illusion sur leur valeur démonstrative. Ce n'est pas pour établir la doctrine qu’ils en ont fait usage, mais seulement pour l'éclairer et lui donner une couleur biblique. A plus forte raison, cette remarque doit-elle s’appliquer aux comparaisons et symboles qu’on emploie à ce sujet, sous prétexte qu’ils expriment l'idée d'incorruptibilité : tels que le paradis terrestre, le buisson ardent, l'arche d'al­ liance, etc. Ce sont là des accommodations oratoires, mais non des preuves dogmatiques. Au dire de certains théologiens, il y aurait pourtant deux textes scripturaires qui contiendraient l'affirmation au moins implicite du privilège de l'assomption. L’un de ces textes est tiré de la salutation angélique. Luc., 1,28; et l’autre, de la Genèse, ut, 15. Voici comment raison­ nent à ce sujet quelques auteurs, entre autres le P. Ter­ rien, S. .1., dont je résume brièvement l'argumentation. Le principe qui domine la question et qui a été signalé comme tel par les Pères, est la plénitude de grâce, gratio plena, et l'excellence des bénédictions dont fut favorisée la sainte Vierge, benedicta tu in mulieribus. N’a-t-on pas le droit d’en conclure que la grâce de passer par la mort sans en ressentir les outrages, entrait aussi comme élément partiel dans la plénitude où les autres privilè­ ges étaient déjà contenus? C’est la conséquence que si­ gnalait le pape Alexandre III, quand il écrivait une lettre au sultan d’Icone, pour lui exposer les principaux dog­ mes catholiques : Maria concepit sine pudore, peperit sine dolore, et uinc migra vit sise corruption eJuxIc 2133 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE verbum angeli, imo Dei per angeluni, UT plena, non SEMIPLENA GRATIÆ PROBARBTUR. Epist., XXII, Labbe, t. xxi. col. 898. Et cette conclusion parait encore plus lé­ gitime, si l'on considère celle autre parole de la saluta­ tion angélique, benedicta tu in mulieribus. Une béné­ diction si sublime semble exiger que la sainte Vierge ait échappé à la corruption du tombeau ; car on ne peut nier qu il y ait là une malédiction spéciale qui répugne à l'ex­ cellence dune créature aussi bénie que la Mère de Dieu. C'est le raisonnement de saint Thomas : Tertia maledu tin fuit communis viris et mulieribus, ut scilicet in gmluerem reverterentur ; ET AB HAC immunis fuit beata VIRGO, QUIA CUM CORPORE EST ASSUMPTA IN C.ELUM. Opusc. in salut, ang. Le second texte est celui-ci : Inimicitias ponam in­ ter te et mulierem, inter semen tuum et semen illius, e: ipsa conteret caput tuum. Gen., ut, 15. On démon­ trera dans un autre article, Genèse, lit, 15, qu'il y a là une prophétie messianique, où il est question, sinon à la lettre, du moins au sens spirituel, du démon symbo­ lisé· par le serpent, et, d'autre part, du rédempteur et de sa mère qui doivent remporter un triomphe écrasant sur 1 ennemi du genre humain. Or, l'Écriture nous apprend que le Christ a vaincu le démon sous un triple rapport, en triomphant du péché qui est son œuvre principale, Joa., t, 29; puis de la concupiscence et de la mort qui sont deux fruits du péché. Dom., vu, 23, 25; I Cor., xv, 26. 55 sq. Cf. llebr., n, 14-15. N'est-il pas juste que la sainte Vierge, qui est merveilleusement associée au Christ par l'oracle messianique comme l'ennemie perpétuelle du démon, ait une large part dans son multiple triom­ phe? Il est certain que ni le péché, ni la concupiscence n ont eu d’empire sur elle. Donc, au même titre, semblet-il. elle doit triompher de la mort, considérée du moins comme salaire du péché et œuvre du démon. Elle mourra sans doute, à l'exemple de son Fils, mais non de cetle mort complète et hideuse qui est la corruption du tom­ beau. Lassomption sera le couronnement de son triom­ phe sur le serpent séducteur. Voir J.-B. Terrien, La Hire de Dieu, I. VIII, c. u, Paris, 1900, t. Il, p. 343 sq. Ce raisonnement, il faut bien le dire, n’est pas d’une rigueur absolue. Et il ne suffirait certainement pas pour constituer, à lui seul, une preuve scripturaire complète de l assomption. Mais cette doctrine étant admise et proue d'autre part, il semble qu'on puisse en retrouver au moins quelques indices dans ces deux textes de l'Écriture. n. TRADITION. — Elle nous fournit la seule preuve ri­ goureuse dans l'espèce. Il convient donc de lui donner un certain développement et de marquer avec soin les principales phases de cetle tradition qui légitime pleine­ ment la croyance actuelle de l’Église. 1· Premiers témoignages historiques, t F-vni' siècles. — Ils nous sont fournis par les écrits des Pères et les documents liturgiques. Le plus ancien écrivain qui men­ tionne clairement l’assomption est Grégoire de Tours. Doni i mis susceptum corpus [ Virginis] sanctum in nube de­ ferri jussit in paradisum ubi, nunc, resumpta anima, cum electis ejus exaltans, aeternitatis bonis nullo occa­ suris fine perfruitur. De gloria martyr., Mirae., 1. I, c. IV. P. L., t. lxxi, coi. "08. Il semble bien que, dés celte époque, la fête de l’Assomption était célébrée en Gaule, comme l'indique un autre texte de Grégoire, que nous avons cité plus haut. Voir pourtant, en sens contraire, L. Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, ρ. 262. On la célébrait certainement au vu* siècle, comme 1·.· prouvent le Missale gulhicum et le Missale gallicanum velus, qui remontent â la fin de ce siècle, et qui com­ prennent tous deux de magnifiques prières pourla messe de l'Assomption, celles-ci entre autres : Fusis precibus Dominum imploremus, ut ejus indulgentia illuc de­ functi liberentur a tartaro quo beatæ Virginis transla­ tum corpus est de sepulcro... Quæ i;ec de corruptione suscepit contagium, nec resolutionem pertulit in sepul­ 2134 cro, pollutione libera, germine gloriosa, assumptione secura... Parum fortasse fuerat, sile Christus solo saneti/icasset introitu, nisi etiam talem matrem adornasset egressu. Recte ab ipso suscepta es in assumpti ne feliciter, quem pie suscepisti conceptura per fidem, ut quæ lerræ non eras conscia, non teneret rupes inclusa. P. L., t. lxxii, coi. 245-246. — A Rome, nous avons dit plus haut que la fête de l’Assomption se célébrait cer­ tainement au vu* siècle. Plusieurs théologiens et litur­ fistes prétendent même qu'elle existait avant saint Gré­ goire le Grand (f 604), et ils citent à l'appui de leur opinion la collecte suivante d'une messe que contient le saceamentaire appelé grégorien : Veneranda nubis, Domine, hujus diei festivitas opem conferat saluta­ rem, in qua sancta Dei genitrix mortem subiit tem­ poralem, NEC TAMEN MORTIS NEXIBUS DEPRIMI POTUIT, quæ /ilium tuum de se genuit incarnatum. P. L., t. i.xxvin, coi. 133. Les mots soulignés désignent certaine­ ment la corruption de la mort proprement dite, qui n'a pu atteindre la sainte Vierge, et non la délivrance de pêché ou de la peine du péché·, comme l'a prétendu Launoy. N’ayant jamais subi l'empire du péché pendant sa vie tout entière, Marie pouvait encore moins en re­ douter les atteintes après sa mort; et c’eût été un nonsens que de voir là une prérogative spéciale en sa fa­ veur. L’impuissance de la mort à garder la sainte Vierge comme prisonnière ne peut signifier qu’une résurrection proprement dite, c'est-à-dire un privilège dont l'assomplion est le couronnement logique. Ce témoignage litur­ gique, commeon le voit,ne manqueraitpasd’importance, s'il remontait surtout à l’époque de saint Grégoire le Grand. Mais il parait démontré aujourd'hui qu'une par­ tie du sacramentaire qui porte son nom est postérieure à ce pape, et entre autres, la messe de l'Assomption d'où est tirée la collecte Veneranda. Voir Duchesne, Ori­ gines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 117. — En Orient, la plus ancienne attestation de la croyance traditionnelle parait être celle de saint Modeste, patriarche de Jérusa­ lem (7 634), dans son Encomium in dormitionem Deiparæ, P. G., t. lxxxvi, col. 3288 sq. La façon dont il s’exprime au début de son homélie montre bien que la fête de l'Assomption n'était pas d'institution récente à Jérusalem. Sobre de détails sur les circonstances où s'est accompli le mystère, il mentionne pourtant la pré­ sence des apôtres amenés de loin auprès de la sainte Vierge par une voie connue de Dieu seul, ώς μόνο; έπίστατοα θεός; l’apparition du Christ qui vient lui-même au-devant de sa mère, l’ardeur avec laquelle l'âme de Marie séparée de son corps s’élance vers son divin Fils; puis son prompt retour à la vie, « afin de partager cor­ porellement l'incorruption perpétuelle de Celui qui l'a fait sortir du tombeau et qui l'a attirée â lui, de la ma­ nière que lui seul connaît. » Celte dernière expression, répétée à dessein, vise clairement les apocryphes qui ra­ content les détails les plus hasardés sur la mort et la résurrection de Marie. Il tient à montrer qu'il ne s ap­ puie pas sur eux, mais qu'il a puisé à des sources au­ thentiques, et avant tout à la tradition orale. Viennent ensuite les homélies de saint André, qui fut moine à Jé­ rusalem et archevêque de Crète (γ 720), In dormitionem Deiparæ, P. G., t. xcvn, col. 1053 sq., 1081 sq. ; de saint Germain, patriarche de Constantinople (7 733), In sanctamDei Genitricis dormitionem, P. G.,t.xovm, col. 345 sq. ; et enfin de saint Jean Damascène (7 760). In dormitionem beatæ Mariæ Virginis, P. G., t. XCVI, col. 716 sq. 2“ Y a-t-il des textes antérieurs? — Certains théolo­ giens, désireux sans doute de faire remonter la tradition écrite le plus haut possible, ont eu le tort de s’appuyer sur des textes d'autorité douteuse ou même sûrement apocryphes. 11 est démontré, par exemple, que le livre des Noms divins n'est pas l'œuvre d'un disciple de saint Paul, mais d'un écrivain de la lin du V siècle, et que 2135 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE cet ouvrage du pseudo-Denys ne prouve pas l'assomption, si tant est qu'il en parle dans un passage très obscur. Voir Thomassin, D<> dierum festivorum celebritate, 1. II, c. xx, § 12, et Tillemont, loc. cit., note xv sur la sainte Vierge. Le texte de la Chronique d'Eusèbe, P. L., t. xxv», col. 581, mentionne, il est vrai, le mystère de l'assomption dans cette phrase : Maria Virgo... ad Filium assumitur in cælum, ut quidam fuisse sibi revelatum scribunt ; mais, de l’aveu des critiques com­ pétents, ce passage n’est qu’une interpolation. Quant au sermon attribué à saint Augustin sur le même mystère, il ne remonte pas au delà du xn» siècle, et les bénédic­ tins ont eu soin de le metire ad calcem. P. L., t. xt., col. 1142. Les plus expresses réserves s’imposent éga­ lement au sujet d’un récit rapporté par saint Jean Damascene sur la foi d’une histoire qu’il attribue à un certain Euthymius, et d’après laquelle le célèbre Juvénal, patriarche de Jérusalem, aurait lui-même invoqué, au milieu du v· siècle, une ancienne et très véridique tradition prouvant la résurrection et l’assomption de la sainte Vierge. S. Jean Damascene, In dormit, ΰ. Μ. V., homil. n, -18, P. G., t. xevi, col. 748 sq. Ce passage, il est vrai, est inséré dans le bréviaire romain. Fest. .4 ssunipt., IV die infra Oclav., 11 Noelurn. Mais l’Église elle-même nous invite à une certaine défiance à cet en­ droit, en supprimant l'expression très véridique. On sait d'ailleurs que Juvénal était peu scrupuleux sous le rapport de la probité littéraire; et le pape saint Léon, dans une lettre à Maxime d’Antioche, s'en plaignait déjà très vivement. P. L., t. i.iv, col. 1044. — Dans quelle mesure peut-on invoquer le témoignage des apocryphes proprement dits? Il y a deux opinions à ce sujet. Les uns pensent qu’on peut les utiliser comme preuve au moins historique de la croyance chrétienne à l'époque de leur composilion. Leurs ailleurs,disent-ils,n’onl pas inventé le fait de l’assomption de Marie; ils l’ont sans doute en­ jolivé de détails et de circonstances légendaires. Le fait lui-même était déjà connu et reçu dans l’Eglise, et les apocryphes peuvent être invoqués comine des témoins de la tradition orale de l’Eglise. Jurgens, dans la Zeitschrift fur hatholische Théologie, Inspruck, 1880, p. 641 sq. ; Hurler, Theologiæ dogmatica: compendium, Inspruck, 1891, I. Il, n.665. D’autres estiment qu’il est plus prudent d'écarter le témoignage des apocryphes, parce que leur origine est trop suspecte en général, et que nous ne sommes pas encore suflisamment renseignés sur leur provenance, leur date ou leur valeur.Quoi qu’il en soit, la croyance traditionnelle de l’Église ne doit pas son origine à ces documents légendaires. Non seulement il est im­ possible d'établir, par des textes et des faits précis, cette prétendue filiation que soutiennent ou insinuent volon­ tiers certains critiques, mais il est facile de prouver que toutes les vraisemblances historiques écartent absolu­ ment une pareille hypothèse. Car enfin « il n'est pas vraisemblable que l'opinion d'un auteur plus ou moins digne de foi,produite au v· siècle, se soit répandue subi­ tement en Orient et en Occident, de -manière à être ac­ ceptée par des Eglises fort éloignées les unes des autres, et à provoquer sur les points les plus différents l'insti­ tution immédiate d'une fête solennelle. Cet accord que l'on constate ne peut être l'effet du hasard ou de l'irré­ flexion; il résulte évidemment d'une persuasion univer­ selle chez les chrétiens de cette époque, et qui, pour s'imposer, a dû être appuyée sur la double autorité de l'enseignement officiel et de la tradition ». Dom Renaudin, De la délinition dogmatique de l’assomption, Angers, I9O<), p. 21. Et celte induction historique a d'au­ tant plus de valeur, qu’elle s’accorde pleinement avec les données théologiques concernant l'infaillibilité doc­ trinale de l’Eglise et la légitimité de l'argument de pres­ cription. En fait de tradition et de croyances, c'est sur­ tout dans l’Église que la prescription vaut titre, et qu'elle a force de loi, tant qu'elle ne vient pas se heurter 2136 à des titres supérieurs. Or. il n’y a, dans l’espèce, aucun titre plus ancien ou plus sur. Le seul argument plus ou moins spécieux qu'on puisse opposer à la croyance traditionnelle, est le silence des Pères pendant les cinq premiers siècles. Mais pour que cet argument négatif eût quelque valeur, il faudrait prouver que les circonstances où ont vécu les Pères rendent leur silence inexplicable, et cette preuve ne sera jamais faite. L’assomption. d'ailleurs, n’est pas la seule doctrine qui ne soit pas documentée pour les premiers siècles; et le dogme de l'immaculée conception, entre autres, n'est guère mieux partagé sous ce rapport, car il ne parait au grand jour qu'aux v» et vi» siècles, vers la même époque que l’assomption. Si les Pères antérieurs n'ont pas cru devoir mentionner ces deux mystères d'une façon explicite, c’est qu’ils avaient leurs raisons; et, encore qu'il nous soit difficile de les connaître par­ faitement, nous pouvons toutefois en soupçonner quel­ ques-unes. N’y avait-il pas à craindre, par exemple, quecertains hérétiques eussent abusé de ces dogmes en y cherchant la justification de leurs erreurs, et que h-s Valentiniens, entre autres, eussent pris occasion de la pour s’affermir davantage dans leur conviction erronée au sujet du corps de Notre-Seigneur qu’ils croyaient formé d’une substance céleste et impassible? Peul-ëtraiissi les Pères laissaient-ils à dessein le culte de Mai. dans une ombre discrète, pour éviter de fournir le moindre prétexte à une répétition quelconque d'actes idolàtriques, en réveillant par un enseignement inop­ portun le souvenir des nombreuses déesses que I- s païens avaient adorées. Les auteurs ecclésiastiques des premiers siècles avaient d'ailleurs bien d'autres préoc­ cupations plus urgentes que de consigner par écrit, surtout pendant les persécutions, tout ce qui concerne le culte de la sainte Vierge; et leur silence, après tout, ne doit pas nous paraître trop surprenant. Si la plupart des dogmes catholiques ont été soumis à la loi provi­ dentielle du développement organique, il n'est p étonnant que cette loi se vérifie, même avec plus de rigueur, quand il s’agit d'une doctrine qui n'appartient pas, comme d'autres, à la substance même de l’économ rédemptrice. Nous concluons de là que la croyance catholique a-.: mystère de l'assomption, dont nous avons constat.'· l'épa­ nouissement aux vi» et vu» siècles, doit remonter jus­ qu’aux apôtres par voie de tradition orale. C'est la seu explication satisfaisante de son origine, puisque c·-'. croyance ne dérive pas des apocryphes, et sembl inconnue d’autre part à la tradition écrite. Elle aurai; pu sans doute devoir son existence à une révélation privée; mais l’histoire n’en a pas conservé la moindre trace, et c’est là une hypothèse gratuite, dépourvue de toute valeur. Seule, une tradition orale remontant aux apôtres peut être considérée comme la solution du pro­ blème. 3° Témoignages postérieurs au vttt° siècle. — A part du ix» siècle, ils deviennent plus nombreux; et si l'on excepte les quelques hésitations dont nous avons pari . et qui se sont produites çà et là, spécialement en Franc-, sous l’influence combinée du décret pseudo-gélasien contre les apocryphes et de la lettre du pseudo-Jérôn. : à Paula et à Eustochium, nous trouvons une série inin­ terrompue de témoignages très explicites, où les Pères et les docteurs scolastiques, non seulement affirment la réalité de l'assomption corporelle, mais s’efforcent d'-r. montrer les multiples convenances et de marquer quel­ quefois le degré de certitude que comporte cette doc­ trine. Citons, entre autres, pour l’Eglise d’Occid··· : Nolker, moine de Sainl-Gall, qui en parle dans son mar­ tyrologe, vers 870. P. L., t, cxxxi, col. 1161 ; Alton, évêqu·. de Verceil (f 960), Serni., xvn, In assumptione beat e Dei genitricis semper Virginis Mariæ, P. L., t. cxxxt · coi. 857; Fulbert, évêque de Chartres (γ 1029), Semi., v, 2137 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE Ve nativitate beatæ Mariæ, P. L., t. cxli, col. 325; S. Pierre Damien (f 1072), Serm., XL, De assumptione beatæ Mariæ, P. L., t. cxuv, col. 717; S. Anselme 7 1109), Orat., xi., Ad sanctam Virginem Mariam, P. L.. t. ci.vin, col. 966; Ilildebert, évêque du Mans, puis archevêque de Tours (f 1133), Serm., 1, In Deiparæ as­ sumptione, P. L-, t. CLXXVH, col. 808; Abélard (-J-1142), qui s'appuie, entre autres, sur la collecte Veneranda et l'explique dans le sens traditionnel, Serm., xxvi, 7» as­ sumptione beatæ Mariæ, P. L., t. CLXXVtn, col. 541 ; S. Bernard (f 1153), dont les paroles sont insérées au bréviaire romain, '»jour dans l’octave de l’Assomption, Serm.. x.xxv, ht Cantic., n. ~i,P.L., t. CLXXXIII, col. 416; Amédée, évêque de Lausanne (j-1159), Horn., vu, In laudes sanctæ Mariæ, P. L., t. CLXXXtn, col. 1342 ; Ri­ chard de Saint-Victor (fl 173), Explic, in Cantic., 62. P. L.. t. cxcvt, col. 523; Jean Béleth, théologien de Paris (f 1182), Bationale divini offic., c. cxt.vt, P. L., t. ccn, col. 148 sq.; Pierre, abbé de Celle et ensuite évêque de Chartres (f 1187), Serm., i.xvn, i.xxiii, De assump­ tione, P. L., t. ccn, col. 850-851, 856; Pierre de Blois t f 1200), Serm., xxxtn, In assumptione beatæ Mariæ, P. L., t. ccvn, col. 661-662; Absalon, abbé de SpringLirsbach du diocèse de Trêves (fl203), Serm., xt.iv, In assumptione gloriosæ Virginis Mariæ, P. L., t. ccxt, col. 255. — Parmi les écrivains de l’Église orientale, citons S. Théodore Studite (f 826), I.audes in dormit. Deiparæ, P. G., t. xcix, col. 719 sq.; Sirnéon Métaphraste (j-960), Oratio de sancta Maria, P. G., t. cxv, col. 560; Jean Maurope (f 1C50), Serm. in sancl. Dei­ paræ dormitionem, P. G., t. cxx. col. 1080 sq.; Mi­ chel Glycas (f 1050), P. G., t. clviii, col. 440. De nom­ breux témoignages de la liturgie grecque se trouvent dm- le inénologe basilien, P. G., t. cxvn, col. 586, et surtout chez Cozza-Luzi, De corporea assumptione b. Mariæ testimonia liturgica Græcorum selecta, Rome, 1869. Cf. A. Baumslark, Die bibliche Hinimelfahrt der a.brseligsten Jungfrau, dans Oriens chrislianus, 1904. Les docteurs scolastiques sont également très affirma­ tifs sur la réalité de l’assomption. Albert le Grand pro­ clame souvent cette doctrine, surtout dans ses Quæstiones super « Missus est », n. 132, où il examine les différentes raisons qui militent en faveur du mystère. Liturgie (collecte Veneranda), Écriture sainte (Ps. cxxxt, s - textes des Pères, raisons de convenance, il passe tout en revue, et conclut ainsi : H is rationibus et auctorita­ tibus et mullis aliis manifestum est quod beatissima Dei Mater in corpore el anima super choros angelorum est assumpta. Et hoc modis omnibus credimus esse ve­ rum. Opera omnia, Lyon, 1651, t. xx, p. 87 sq. Saint Thomas,son disciple, tient un langage analogue,comme nous l'avons vu plus haut. Citons encore ce passage: Resurrectio aliorum differtur usque ad finem mundi, nisi aliquibus ex privilegio antea concedatur, ut beatæ Virgini, el, ut pie creditur, beato Joanni evangelistæ. Opusc. vi, De expositione symboli, a. 5. Cf. Sum. theol., III·. q. XXVII, a. I ; q. LXXXIII, a. 5, ad 8um. Même doc­ trine chez saint Bonaventure: Sancti doclores ralionabililer probare nituntur, et fideles hunc sensum pie amplectuntur, videlicet quod, beata Maria jam cum corpore sil assumpta, et corpus jam omnino cum anima sit glorificatum. Breviloquium, lect. en. Suarez affirme !.. même chose et ajoute ces paroles : Ita sentit universa Ecclesia, et hic ejus consensus ex antiquorum Patrum traditione manavit. Puis il signale et rejette l’opinion de Catharin qui avait enseigné que l’assomption était un dogme de foi : Sed revera non est, qui neque est ab Ec­ clesia definita, nec est testimonium Scripturæ aut sufficiens traditio quæ infallibilem faciat fidem. Est igitur jam moi· tam recepta hæc sententia, ut a nullo pio et catholico possit in dubium revocari, aut sine te­ meritate negari. In HI™ pari. Sum. theol., disp. XXI, sect. 11, a. 1 i. ! | | I. , 2138 A ces citations des écrivains catholiques, qu’il serait facile de multiplier, il convient de joindre le témoi­ gnage des schismatiques, et notamment celui de l’l^li>e grecque, au concile tenu à Jérusalem en 1672. contre h-s calvinistes : Recte |77. Virgo) signum esse dicitur in cælo, eo quod ipsa cum corpore assumpta est in esuum. El quamvis conclusum in sepulcro fuerit immaculatum corporis ejus tabernaculum, in cælum tamen, ubi Chris­ tus fuerat assumptus, tertio et ipsa die in cælum mi­ gravit. Hardouin, Acta concit., t. xt, coi. 199. Ht. raisons DE convenance. — C’est à dessein qu’on emploie ici cette expression, au lieu de la formule or­ dinaire raisons théologiques. Car on ne voit pas trop comment l’assomption pourrait être déduite, comme conclusion strictement théologique, d’un dogme révélé quelconque. Certains auteurs semblent dire que le dogme de l’immaculée conception exigeait cette faveur; mais leur argumentation ne parait pas rigoureuse. Car si la sainte Vierge n’a pas reçu le privilège de l'immortalité, qui s’harmonisait si bien avec sa conception immaculée, c’est une preuve qu’il n’y avait pas un lien nécessaire et absolu entre la grâce originelle de Marie et les faveurs préternaturelles qui en découlaient. Rien ne garantit da­ vantage qu'il ait existé une connexion plus étroite entre cette première grâce et la résurrection ou l’assomption glorieuse de la sainte Vierge. Rigoureusement parlant, son corps virginal aurait pu attendre la resurrection générale, et nul n’aurait pu y voir une atteinte sérieuse à l’économie du monde surnaturel. Ces réserves faites, disons cependant que de nombreu­ ses et admirables convenances plaidaient en faveur de l’assomption. Le pape Benoit XIV, qui les appelle « des raisons théologiques », au sens large évidemment, les résume ainsi, en quelques mots : Piæ ac religiosæ sen­ tenliæ de assumpto in cælos Virginis corpore, rationes etiam theologiae suffragantur, petitæ ex dignitate Matris Dei, ab excellenti virginitate, ab insigni super omnes homines et angelos sanctitate, ex intima eum Christo Filio conjunctione et consensione, ex Filii in matrem dignissimam affectu. De canoniz. sanci., I. I, c. xi.n, n. 15. II est facile de voir que toutes ces raisons découlent, au fond, d’une seule, la maternité divine. Aussi, laissant de côté les développements, d’ailleurs faciles, que comportent les autres raisons de conve­ nance, nous estimons qu’il suffit de mettre en relief celle qui en est le principe et la clé. Saint Thomas, parlant de la maternité divine de la sainte Vierge, en montre bien la transcendance : Beata Virgo, ex hoc quod est Mater Dei, habet quamdam di­ gnitatem infinitam ex bono infinito quodesl Deus. Sum. theol., I“, q. xxv, a. 6, ad 4“m. Cette maternité fait de Marie une créature unique et la constitue à elle seule dans un ordre à part, en la rapprochant de Dieu autant qu’il est possible à une personne créée. Sa chair a contracté ainsi l’union la plus intime avec la chair du Christ ; ou plutôt. suivant le mot attribué à saint Augustin, les deux ne font qu'un, d’une certaine manière : CaroJesu, caro Mariæ. P. L., t. XL; col. 1145. Convenait-il, dès lors, que JésusChrist laissât le corps de sa mère en proie à la corrup­ tion du tombeau, comme un cadavre vulgaire? Ne devait-il pas plutôt 1’associer au mystère de sa propre ascension, en devançant pour lui l’heure de la résurrection et de la glorification suprême ? N’était-çe pas le couronnement logique des privilèges merveilleux qui avaient préparé, accompagné et suivi la maternité divine de Marie? C’est 1 argument que font valoir de préférence un grand nom­ bre de Pères, entre autres le pseudo-Augustin : Illud ergo sacratissimum corpus, de quo Christus carnem assumpsit et divinam naturam hunianæ univil, non amittens quod erat, sed assumens quod non erat, ut Verbum caro, hoc est Deus homo fieret, escam vermi­ bus traditum, quia sentire non valeo, dicere pertimesco communi sorte putredinis et futuri de vermibus pui- 2139 ASSOMPTION DE LA SAINTÉ VIERGE veris. De assumptione beatæ Marite Virginis liber unus, P. L., t. xi., col. 1146. Voir à ce sujet de belles et pieuses considérations tirées des Pères et des théologiens dans le P. Terrien, La Mère de Dieu, Paris, 4900, t. n, 1. VIH, c. ni, iv, p. 310-390. IV. La croyance a l'assomption pourrait-elle être l'objet d’une définition dogmatique? — Il résulte de ce qui précède que la croyance à l'assomption est une vérité à tout le moins certaine, et qui ne pourrait être niée sans la plus insigne témérité, puisque l’Église l’en­ seigne infailliblement parson magistère ordinaire. .Mais il ne s’ensuit pas qu’on puisse la ranger actuellement parmi les vérités de foi, comme le pensent quelques rares théologiens. Car le magistère ordinaire de l’Église ne s’est jamais prononcé sur son origine, et ne l’a jamais présentée comme faisant partie du dépôt de la révéla­ tion. Pourrait-elle, du moins, être l’objet d’une défini­ tion dogmatique? La question revient à savoir si cette vérité appartient vraiment au dépôt de la révélation, ou, ce qui est tout un, si elle constitue une tradition divino-apostolique. Car si les apôtres en avaient eu connaissance par des voies purement humaines et nous l’avaient transmise comme telle, cette croyance pourrait sans doute exiger de nous le même assentiment qu’un fait historique or­ dinaire, et même l’acte de foi ecclésiastique qui est dù à toute vérité infailliblement enseignée par l’Église; mais elle ne pourrait pas s’imposer à notre esprit prop­ ter auctoritatem Dei revelantis, ni être par conséquent définie de foi divine et catholique. Il importe donc de savoir comment les apôtres ont eu connaissance de l’assomption, et à quel titre ils l’ont enseignée aux fidèles. De la réponse à cette question dé­ pend, au fond, la solution de tout le problème. Pour cela, nous avons le choix entre deux hypothèses qui résument toutes les autres, celles de la vision et de la non-vision du fait par les apôtres. Or l’une et l’autre semblent exi­ ger une intervention de Dieu garantissant le fait en question. D’abord, si aucun des apôtres n’a été le témoin ocu­ laire de l'assomption, il est clair qu’ils n’ont pas pu la connaître avec une entière certitude, en dehors de toute révélation. Même en supposant qu’ils aient trouvé le sé­ pulcre vide et constaté la disparition du corps de la sainte Vierge, ils n’avaient pas le droit de conclure ri­ goureusement à sa résurrection bienheureuse et à sa glorification céleste. On aurait pu leur objecter que Dieu avait peut-être soustrait le corps de Marie à la vénéra­ tion des fidèles pour le transporter en un lieu inconnu, comme il l’avait fait autrefois pour Moïse. Sans doute, la disparition du corps virginal eût été une forte pré­ somption en faveur de son assomption glorieuse ; mais elle n’eût pas suffi pour exclure jusqu'à l’ombre d’un doute, et créer cette pleine et entière certitude que nous avons constatée à l’origine première de la tradition. Seule, une révélation divine explique la croyance des apôtres, s'il n'ont pas vu eux-mêmes la sainte Vierge s’élever dans les cieux. On arrive, en somme, à la même conclusion, avec l’autre hypothèse, celle de la vision du mystère par un ou plusieurs des apôtres. Tout porte à croire que, même dans ce cas, il y a eu sinon révélation proprement dite, du moins intervention divine pour confirmer le fait de l’assomption et enjoindre aux apôtres d’enseigner cette vérité aux fidèles. Car enfin, s'ils ont vu la sainte Vierge monterai! ciel, surtout avec les qualités des corps glo­ rieux, il semble bien que c’est par une disposition très spéciale de la providence, qui avait ses desseins en les faisant assister par privilège à ce merveilleux spectacle. Or, peut-on assigner à cette intervention providentielle un autre but digne de Dieu, que de donner à la fois aux apôtres la certitude pleine et entière du mystère et la mission de l'annoncer aux fidèles? C'était un événement 2140 I qui intéressait au plus haut point la piété chrétienne, et qui avait une portée autrement considérable qu'un simple fait ordinaire, dont les apôtres auraient constaté la réalité historique par leurs facultés naturelles. C’est donc en vue de toutes les générations chrétiennes, et par conséquent comme prédicateurs de la doctrine révé­ lée, que les apôtres auraient eu le privilège de contem­ pler le mystère de l’assomption; ce qni revient à dire, dans notre hypothèse, qu'ils ont dû enseigner cette doc­ trine sous la garantie de l'autorité divine, et qu’ils ont été chargés par Dieu même de la prêcher aux fidèles. Rien ne lui manquerait dès lors pour être susceptible d'une définition dogmatique. Cette origine divino-apostolique, que nous venons de revendiquer pour la croyance universelle de l’Eglise à I l'assomption, lui est d'ailleurs reconnue par un grand nombre de théologiens. Aussi n’yeut-ilaucun étonnement 1 dans le monde théologique, lorsqu’on apprit, à l’époque ' du concile du Vatican, qu'un grand nombre de Pères deI mandaient la définition dogmatique de cette vérité. « Il y eut dix propositions de ce genre, émanant de l'initiative des Pères, faisant toutes au concile la même démande, mais dont chacune était appuyée par un groupe différent d’évêques. En additionnant le total des signatures données en vue de cette définition solennelle, on obtenait le chiffre de 197 Pères, cardinaux, archevêques, évêques et supé­ rieurs généraux d'ordres religieux. Les dix propositions, qui motivaient leur demande par des raisons semblables et souvent exposées dans les mêmes termes, affirmaient nettement que la croyance de l’Eglise à l’assomption était une tradition apostolique reposant elle-même sur une révélation divine, dont l’apôtre saint Jean, par exem­ ple, avait pu être favorisé, puisqu'il survécut aux apô­ tres et à la sainte Vierge. » Msr Martin, Les travaux du concile du Vatican, trad, franç., Paris, 1873, p. 105 sq. Bien plus, quelques évêques, entre autres celui de Jaen en Espagne qui en fit la proposition au concile. Collec­ tio Lacencis, t. vit, col. 872, et celui de Nîmes, Mor Plan­ tier, étaient d'avis que le concile aurait pu définir celte doctrine par voie d’acclamation spontanée, puisque, disait-on, « elle était parvenue à ce point de maturité glo­ rieuse où Pie IX saisit l’immaculée conception de Ma­ rie pour l’imposer à la foi des peuples; évidemment il n’y aurait ni précipitation, ni témérité à la définir telle quelle, même par voie d’acclamation, parce que c’est une cause suffisamment étudiée. » Lettre pastorale de l'évêque de Nîmes annonçant le concile œcuménique du Vatican, Nîmes, 1869. Cf. Martin, Omnium concilii Vaticani quæ ad doctrinam et disciplinam pertinent documentorum collectio, Paris, 1872, p. 114. Depuis cette époque, comme auparavant déjà, les théo­ logiens ont souvent exprimé ce même vœu d'une défi­ nition dogmatique. Citons, entre autres, le P. Buselli, La Vergine Maria vivente in.corpo ed in anima in cielo, ossia Dissertatione theologico-storico-critica sulla definibilità dogmatica della corporea assunzione della Madré di Dio, Rome, 1863; Msr Vaccari, De corporea Deiparæ assumptione, Rome, 1869; De Beatæ Virginis Maries morte, resurrectione et in cælum gloriosa as­ sumptione, Ferrate, 1881 ; Gaspard de Luise, L'assuntione di Maria Madré di Dio, trionfo della doltrinacattolica sul naturalismo, Turin, 1869; le P. Lana, consultent de la S. C. des Rites, La risurrezione e corporea assun­ zione al cielo della Santa Vergine Madré di Dio, Rome. 1880; trad, franç. par Chevalier, in-80, Dijon, 1885; M»r Virdia, évêque de Cariati, Postulatum pro dogma­ tica definitione integræ in cælos assumptione Deiparæ Virginis, Rome. 1880; BerLani, plusieurs articles dans la Seuola callolica de Milan, 1877. Outre les auteurs mentionnés au cours de l'article, voir Janucci, Depsychosomatica et pneumatosomatica Deiparentis assump­ tione disquisitiones, Turin. 1884. Cet ouvrage contient une foule de renseignements, mais il manque de critique, aussi bien d ail- 2141 ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE — ASTROS leurs que la plupart des ouvrages italiens cités plus haut. Voir aussi G. Perrclla, Quæstio utrum B. Virgo non solum in ani­ ma. sed etiam in corpore evecta fuerit in cælum, Naples, 1901, et dans la Revue thomiste, année 1901, une série d’articles où dom Renaudin développe longuement sa dissertation sur la Définition dogmatique de l’assomption, Angers, 1900. J. Bellamy. ASSURANCE. Voir Aléatoires (Contrais), col. 698700. 2142 force d'expression et d'un grand sérieux de conviction morale. Il y a des passages d’une frappante éloquence. Son orthodoxie était incontestée. Par contraste avec son homonyme arien. Photius, Amphil., loc. cit., le dépeint ferme dans la foi, dévoué au soin de son trou­ peau, auquel il donnait l’exemple de la piété et de toutes les vertus. Les conciles des siècles postérieurs, spécia­ lement ceux relatifs à la controverse iconoclaste, aiment à citer son autorité. Le 11« concile de Nicée l'appelle « un astre brillant, éclairant tous les esprits ». Labbe, Concil., t. vin, col. 1385,1387. P. G., t. XL, col. 155-162; Tillemont, Mémoires pour servir à Γhistoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 17 5, t. x, p. 407-414; Acta sanctorum, t. xm octobris. p. 330-334; Engelhardt, Die Homitien des Aslerius von Amasea, drei Pro­ gramme, Erlangen, 1830-1833; L. Koch, Asterias, Bischof von Amasea, dans la Zeitschrift fur historische Théologie, t. xi.i (1871), p. 77-107; Fessler-Jungmann, Institut, patrologi.v, Ins­ pruck, 1890, t. 1, p. 624, note; Bardenhewer, Palrologie, Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 283; trad, franç., Paris, 1899, t. Il, p. 125; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-bibliographie, p. 179-180. C. Verschaffel. ASTERIUS URBANUS. Voir Montanistes. ASTATES. Nom qu'on donna, au dire de Photius et de Pierre de Sicile, à un parli de pauliciens d'Arménie, voir Pauliciens, probablement, pense Dollinger, à cause de la vie errante à laquelle les condamnaient burs opinions des plus hétérodoxes : άστατοι, sans de­ meure. Photius les qualifie de « notables entre les dis­ ciples de Sergius ». Les édits de Léon l’Arménien (813-820) avaient institué contre les pauliciens un véri­ table tribunal de l’inquisition, dont les principaux agents dans l’Arménie romaine furent Thomas, évêque de Néocêsarée, et l’abbé Paracondacès. Les asiates tra­ mèrent la mort des deux inquisiteurs; ils assassinèrent traîtreusement l'abbé Paracondacès, tandis que la po­ pulace de Cynochore, conduite par un astate, massacra l’évêque Thomas, lis se hâtèrent de passer la frontière ASTESANUS, frère mineur, connu seulement par et se retirèrent sous la domination de Monochérarês, le nom du lieu de son origine, Asti, dans le Piémont, émir de Mélitène, dans la seconde Arménie, qui leur était instruit dans le droit canonique et civil. Il est mort donna la petite ville d’Argaoun, probablement Areas, vers 1330. Il rédigea un grand volume, divisé en huit bientôt trop étroite pour contenir le nombre toujours livres, Summa de casibus conscientiæ, Venise, 1468. Cet croissant des réfugiés, nid d'aigles sur les hauteurs, d'où ouvrage a été souvent réédité sous le titre de Summa ils ne cessèrent de s’élancer sur les terres de l’empire. aslesana ou astensis, sans lieu ni date [Strasbourg, Ils continuèrent d’y pratiquer secrètement leur culte, 1473] ; Venise, 1478 (avec des corrections), 1480; Cologne, tout en embrassant ostensiblement celui de Mahomet. 1479; Nuremberg. 1482, 1528 ; 2 in-4”, Lyon, 1519; 2 in­ Photius, Contra manichæos, 1.1. c. xxiv, P. G., t. en, col. fol., Rome, 1728, 1730. Le sens des mots du droit cano­ “-78; Petrus Siculus, Historia manichæorum, c. χι.Ι, P.G., t.civ, nique et romain est donné au I. VIII, tit. xlvii ; ce qui. au col. 1302; Dollinger, Beitràge zur Sektengeschichte des Milteljugement de Schulte, forme un court manuel delà lati­ aUers, t. I, p. 12 sq. nité desdeux Corpus juris. On a extraitdu L V, tit. xx.xn, C. Verschaffel. ASTÈRE (Saint), évêque d’Ainasée, dans le Pont, quarante-sept Canones pœnitenliales, empruntés à saint contemporain de saint Jean Chrysostome. 11 nous apprend , Bonaventure, et on les a publiés à la suite du Décret de lui-méme qu’il eut pour instituteur un certain Scythe Gratien, Rome, 1578, puis à part, Venise, 1584, avec (un Goth?) qui, vendu tout jeune comme esclave à un des notes d'Antoine Augustini; 1595,sans nom d'auteur. professeur d’Antioche, avait fait à l’école de ce maître Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1882, t. 1, coi. de merveilleux progrès et gagné une grande réputation 1523-1524; Huiler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1899, t. iv, parmi les Grecs et les Romains. Photius, Bibliotheca, col. 499-500. cod. 271, P. G.,t. ctv, col. 216. C’est tout ce que l’on sait E. Mangenot. de sa vie, dont l’époque est toutefois fixée par certaines ASTI (Jean-Baptiste d’), théologien de l'ordre des allusions de ses homélies aux événements contemporains. augustins que sa science fit surnommer Phoenix theolo­ Il se souvient de l'apostasie de Julien, Orat., ni, P. G., gorum. On ne sait si ses Commentaria in libros IV t. xi., col. 208; son sermon de la fête des Calendes, Sententiarum ont été imprimés. Oral., iv. col. 218, est de l’année qui suivit le consulat Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1892, L t, p. 136, et la chute d’Eutrope, c’est-à-dire du jour de l’an 4C0; note. il parle ailleurs de son grand âge. Photius, Amphil., V. Oblet. 312. P. G., t. ci, col. 1161. ASTORIN Pierre-Élie (1651-1703 . religieux car e Il ne nous reste guère de saint Astère que des sermons italien, publia contre les gallicans le De potestate s :æ ou homélies. Vingt-deux de ces discours sont complets, sedis apostolicæ, Sienne, 1693; et contre les t r ■ ts savoir douze sur des sujets divers,dans l’édition de Comle De vera Ecclesia Jesu Christi, in-4», Naples. 17'A). bi-lls, Paris, 1648, huit sur les Psaumes, dont un parmi Dédaigneux de la scolastique et ami des nouveautés, les œuvres de saint Chrysostome, et les sept autres pu­ Astorin se fit une réputation d’esprit aventureux qui lui bliés par Cotelier, Monumenta Ecclesiæ græcæ, Paris, causa beaucoup d’ennuis. Il quitta momentanément 1688, t. n; deux, enfin, qu'on trouve parmi les œuvres de 'l'habit religieux, et même la religion catholique, pour saint Grégoire de Nysse, mais attribués à notre auteur se faire protestant. Mais le spectacle des divisions pro­ par Photius, Bibliolh., cod. 271, P. G., t. Civ, col. 201-204, fondes qu'il rencontra chez les théologiens réformés lui 216. Photius donne des extraits de plusieurs autres dis­ fit comprendre sa faute, et il s’empressa de rentrer dans cours qui semblent perdus. Ibid., col. 204-216, 221-224. le sein de l’Église catholique et dosa congrégation,ou il Mais nous possédons encore, sous le nom de saint Astère, I remplit jusqu’à la mort les fonctions de prédicateur. une vie de son prédécesseur, saint Basile d'Amasée. Hurler, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t- n, Acta samt., t. m aprilis. Paris, 1866, t. xn, p. 420-427. I col. 664-665. Ses œuvres complètes sont dans Migne, P. G., t. XL, col. J. Bellamy. 163-480. Tillemont les analyse avec son exactitude ordi­ ASTROLOGIE. Voir Divination. naire, t. x, p. 409 sq. Saint Astère était un orateur de mérite, bien qu’inégal. ASTROS (Paul-Thérèse-David d>)i cardinal fran­ Il se proposait Démosthène pour modèle. Orat., xi, col. çais, né à Tourvès (Var) en 1772, mort en 1851. Entre 333. Ses meilleurs discours témoignent d’une grande dans les ordres à la fin de la Révolution, il fut, apres le 2143 ASTROS — ATHANASE (SAINT) 2144 maii, Anvers, 1680, p. 189. Ce qui est incontestable,c’est Concordat, nommé vicaire général de l'archevêque de que l’enfant fut redevable à ses parents ou à l’évêque Paris. A la mort du cardinal Belloy (1808), il administra d’une éducation soignée, où la science humaine eut sa le siège vacant jusqu’à la prise de possession du cardinal part, mais une part secondaire et subordonnée à l'étude Maury. Ce fut en qualité de vicaire capitulaire qu’il approfondie des saintes Lettres. S. Grégoire de Nazianze, reçut la bulle d’excommunication lancée par Pie VU Oral., xxi, 6, P. G., t. xxxv. col. 1088. contre Napoléon Ier. Accusé de l'avoir divulguée, il fut 11 parait encore certain que, pendant sa jeunesse, incarcéré à Vincennes iusqu'en 181 i. Après le retour Athanase eut des relations intimes avec le grand pa­ des Bourbons, il fut nommé évêque de Bayonne, et, triarche des anachorètes, saint Antoine, soit qu’il ait quinze ans après, en 1830, archevêque de Toulouse. Sur été quelque temps son disciple, soit plutôt qu’il ait la demande du président Louis Napoléon, Pie IX lui donna en 1850 le chapeau de cardinal, un an avant sa fait près de lui, dans le désert, des séjours assez longs. mort. M:ir d'Astros fut un des premiers à signaler les Vita Antonii, præf., P. G., t. xxvi, col. 840. En même temps il était attaché au service de l’église d'Alexandrie; erreurs de Lamennais, qu'il combattit dans la Censure de cinquante-six propositions extraites de divers écrits d’après l’éloge copte, loc. cit.,p. 30-32, il passa six ans de Lamennais eide ses disciples, par plusieurs évêques dans l’office de lecteur, puis devint le secrétaire de saint de France, el Lettres des mêmes évêques au souverain Alexandre. Ce qu’on appelle ses ouvrages de jeunesse les deux livres Contra gentes et De incarnatione Verbi, pontife Grégoire XVI, le tout précédé d'une préface, datent vraisemblablement de cette époque. Quand la où l'on donne une notice historique de celte censure el des pièces justificatives, in-8», Toulouse, 1835. Il a en­ I controverse arienne éclata, entre 318 et 320, Athanase core publié La vérité catholique démontrée, ou Lettres n’hésita pas sur le parti à prendre; son nom se trouve parmi ceux des diacres qui souscrivirent à la lettre aux protestants d’Orthez, 2 in-8», Toulouse, 1833. encyclique envoyée par saint Alexandre à ses collègues Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. ni, dans l’épiscopat, P. G., t. xvm, col. 580, et c’est un col. 998-999. fait que la haine implacable des ariens contre Athanase .1. Bellamy. ASTROY (Barthélemy d>), de l’ordre des frères mi­ commença dès lors. Apol. conlr. arian., 6, P. G., t. xxv, col. 257. Bientôt, le jeune secrétaire et conseil­ neurs, théologien conlroversiste belge qui défendit dans ler intime suivit son vieil évêque au concile de Nicée, ses discours et ses écrits la doctrine catholique contre les calvinistes de Belgique et de Hollande ; il mourut en 325; il y conquit l’admiration générale, comme le rappelait aux moines égyptiens saint Cyrille d’Alexan­ vers l'an 1670. On a de lui, sans parler de ses ouvrages drie. Epist., I. P. G., t. lxxvii, col. 16. Sa mission de polémique : 1» Armamentarium augustinianum providentielle allait commencer, puisqu’il devait être adversus hæreses quadruplici methodo apparatum et l’historien et l’incomparable défenseur du credo nicéen. instructum in-8», Liège, 1664; 2» Catéchisme; 3» Som­ 2» Athanase évêque. — Saint Alexandre mourut le maire de toute la théologie, in-8», Liège, 1663 (en 17 avril 328, date généralement admise aujourd'hui et flamand). fondée sur l’avant-propos syriaque des lettres pascales. Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 1822, t. m : P. G., t. xxvi, col. 1351. Quelques auteurs maintiennent Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t, n, col. 401l'ancienne date de 326, en invoquant divers témoignages 402. V. Oblet. qui attribuent à saint Athanase quarante-six ans pleins d’épiscopat, et surtout un passage de ['Apologia contra 1. ATHANASE iSaint), surnommé le Grand, pa­ arianos, 59, P. G., t. xxv, col. 356-357, qui, dans son sens triarche d'Alexandrie, père et docteur de l’Eglise au iv" siècle. — L Notice biographique. II. Écrits. III. Doc­ naturel, semble placer la mort d’Alexandre cinq mois après le concile de Nicée. Voir A. von Gutschmid, trine théologique. I. Notice biographique, — Athanase s'est trouvé si Eleine Schriften, Leipzig, 1890, t. il, p. -427 sq.,440 sq.; étroitement lié aux grands faits de la controverse arienne F. Loofs, art. Athanasius, dans Realencyklopcidie fur protest. Théologie und Eirche, 3' édit., Leipzig, 1897, que reprendre sa vie en entier serait faire double em­ ploi. La présente notice a surtout pour but de résumer t. Il, p. 195-196. Cette divergence est sans importance l’histoire du saint sur les points déjà développés el de pour la suile de l’histoire. Athanase fut ordonné évêque d’Alexandrie le 8 juin. Comment s'était faite l’élection, la compléter sur d’autres. Des renvois à l'article Aria­ nisme suppléeront à la brièveté de l'esquisse. il est difficile île le démêler clairement dans les récits divergents des anciens auteurs. Saint Épiphane se trompe 1« Période antérieure à l’épiscopat. — Athanase naquit en Egypte, suivant toute probabilité, à Alexandrie. certainement, quand il donne, pour successeur à saint La date de sa naissance peut se lixer maintenant avec Alexandre, Achillas, Hær., ι.χιχ, 11, P. G., t. xt.ii, col. 220; plus de précision qu’autrefois, grâce à un très ancien est-il croyable, comme le veut E. Fialon, Saint Alhaéloge copte du saint, publié par le Dr O. von Lemm, nase, Paris, 1877, p. 107 sq., quand il ajoute que les dans les Mémoires de l'Aeadémie impériale des méléliens profitèrent de l’absence de celui qu’ils redou­ sciences de Saint-Pétersbourg, Ie série, t. x.xxvi (1888), taient pour faire élire un certain Théonas, mort au bout de trois mois. Hær., Lxvm, 7, loc. cit., col. 195 ? Plus n. 11 : Koptische Fragmente zur Patriarchengeschichle Alexandrians, p. 36. D'après ce document, Athanase vraisemblable est le récit de Sozomène, H. E., n, 17, avait trente-trois ans, lors de son élévation à l'épiscopal, P. G., t, lxvii, col. 976 sq.; Athanase absent fut désigné en 326 ou 328; sa naissance doit donc être fixée à l’an­ par le patriarche mourant, le peuple acclama ce choix, née 293 ou 295. Les sources primitives ne donnent et les évéques orthodoxes le confirmèrent malgré l'op­ aucun renseignement sur les parents et sont très sobres position déterminée d'un fort parti mélétien et arien. de détails sur l'enfance même du futur docteur. L’his­ C'est sans doute la pression morale, exercée par le toire du baptême, administré par Athanase encore peuple sur les prélats électeurs, qui donna lieu aux deux enfant à des compagnons de jeu et tenu pour valide par versions ariennes d’une prétendue ordination irrégulière saint Alexandre, a pour premier narrateur Butin. H. E., et clandestine. Sozomène, loc. cit.; Philostorge, Η.Ε.,ιι. I, 14, P. L., t. XXI. col. 487. Outre ce qu'il y a d’éton11, P. G., t. lxv, col. 474. On a le droit de s’en tenir à nant dans la décision de l'évêque, on se heurte à une la déclaration formelle des évêques égyptiens, affirmant vraie difficulté chronologique; car Alexandre monta sur plus lard qu’ils avaient été eux-mêmes,comme toute la le trône patriarcal d’Alexandrie après Achillas, vers 312, province ecclésiastique, témoins de l’unanimité avec alors qu’Athanase était déjà jeune homme. Des auteurs laquelle les fidèles avaient demandé Athanase pour pas­ graves maintiennent cependant le fond du récit, suivant teur. Apol. conlr. arian., 6, P. G., t. xxv, col. 260. en cela le bollandiste l’apebroch, Acta sauciorum, t. 1 Mais cette circonstance, jointe à la jeunesse relative de 2145 2146 ATHANASE (SAINT) l’élu, explique les efforts d’Eusébe de Nicomédie auprès I cation d'une nouvelle assemblée à Tyr; l'évêque d Al— xandrie reçut l’ordre formel de s’y rendre, et parti: le de l'empereur Constantin, pour faire infirinei· la nomi­ 11 juillet. Au synode, les eusébiens se posèrent en jug· s. nation d'un redoutable adversaire à un siège aussi pré­ et les mélétiens en accusateurs; presque toutes les an­ pondérant que l’était alors celui d’Alexandrie. ciennes charges furent reprises, en particulier la—,— Le nouveau patriarche s’occupa d’abord de fortifier sinat d’Arsène, ce qui valut au saint un nouveau et dra­ ses ouailles dans la foi et la vie chrétienne; c’est l’objet matique triomphe. Rufin, H. E., I, 17, P. L., t. xxi, unique de ses premières lettres pascales. P. G., t. xxvi, col. 490. On regarde généralement comme douteux ce col. 1360 sq. L'avant-propos syriaque nous le montre que cet historien ajoute touchant une accusation d'in­ aussi visitant successivement les diverses parties de son diocèse, la Thébaïde. Ia Pentapole et (’Ammoniaque, continence et sa piquante réfutation ; il n'en est question ni dans le récit de saint Athanase, ni dans les actes du puis les régions inférieures, col.1352. Beaucoup dévèques synode. Sozomène, H. E., il. 25, P. G., t. lxvii, col. et des foules nombreuses l'accompagnaient; comme il 1004 sq.; Montfaucon, Animadv., ix. P. G., t. xxv, se dirigeait vers le Saïd, saint Pacôme vint à sa ren­ p.ci.xvm.Devant le parti pris de la majorité eusêbienne, contre avec ses religieux. Des liens de mutuelle estime Athanase partit pour Constantinople, afin de faire appel et d'affectueuse charité s’établirent entre eux; le grand Igislaleur de la vie cénobitique vit dans le « père pa­ à la justice de l’empereur. Il fut condamné à Tyr triarche » un saint, « l'homme christophore, » qu’il d’abord par défaut, puis définitivement, soit à Tyr soit glorifia souvent; il s’associa désormais à ses joies et à à Jérusalem, après le retour des commissaires envoyés ses épreuves, l'appelant « le Père de la foi orthodoxe du en Égypte. Défense lui fut faite de rentrer dans Ale­ Christ » et le faisant saluer par ceux de ses fils qui xandrie. Le succès se compléta bientôt. Arrivés auprès allaient à Alexandrie. Histoire de saint Pakhôme et de de Constantin, les chefs du parti eusébien produisirent ses communautés, Documents coptes et arabes inédits, contre Athanase un nouveau grief ; il aurait menacé publiés par E. Amélineau, dans Annales du musée Guid'affamer la ville impériale, en arrêtant le transport mel, Paris. 1889, t. xvn, p. 384-386, 589-590, 642-643, annuel des blés d’Alexandrie à Constantinople. Sans 678; 143, 267-268. C’est probablement encore au début accepter les dénégations de l’accusé, l'empereur l'exila de son épiscopat que saint Athanase ordonna Frumence dans les Gaules, mais ne permit pas qu’on lui donnât évêque d’Axuma et lui confia la mission d’évangéliser un successeur. Voir Arianisme, col. 1803 sq. l'Abyssinie. Rufin, H. E.. i, 9, P. L.,t. xxt, col. 479; A Trêves, ou il arriva le 6 novembre 336, Athanase S. Athanase, Apol. ad Constant., 31, P. G., t. xxv, fut accueilli avec la plus grande bienveillance par Con­ col. 636. stantin le jeune et l'évêque saint Maximin. Papebroch, Bientôt commença pour le patriarche cette vie mili­ dans sa Vita Alhanasii, c. x, a signalé les récits légen­ tante qui ne fut plus désormais qu'une alternative daires qui se rattachent au séjour dans le» Gaules du incessante d’exils et de demi-tranquillité. Les attaques noble proscrit. Acta sanctorum, loc. cil., p. 202. Mal­ contre la validité de son élection furent comme un pré­ gré la distance, celui-ci restait étroitement uni, par la lude ; après son refus de recevoir à la communion correspondance comme par l'affection mutuelle, à ses ecclésiastique Arius et ses partisans, la lutte s'engagea. amis et à ses fidèles d'Alexandrie; la dixième lettre pas­ Les mélétiens d'Egypte, alliés d’Eusébe de Nicomédie, cale, écrite en 332, avant le retour du saint, montre avec lancent contre le saint toute une série d’accusations men­ quels sentiments de foi, de tendresse et d'héroïsme chré­ songères et perfides : il a chargé les Égyptiens d'une tien le pasteur exilé soutenait et encourageait son trou­ sorte d’impôt en les obligeant à fournir des linges de fil peau. P. G., t. xxvi, col. 1397 sq. Et le troupeau fut pour l’église d’Alexandrie, empiétement sur les pou­ fidèle au pasteur légitime; les efforts tentés par les voirs impériaux ; il a même trempé dans un crime de eusébiens pour imposer Arius aux Alexandrins haute trahison en faisant don d’une cassette remplie échouèrent devant l’hostilité menaçante de ces derniers; l'hérésiarque mourut à Constantinople en 336. L’empe­ d’or à un rebelle nommé Philoméne. Un délégué de reur n’en resta pas moins inflexible à toutes les in­ l'archevêque, Macaire, se rend chez, un certain Ischyras, stances qu on fit auprès de lui pour obtenir le retour du faux prêtre qui usurpait les fonctions sacerdotales, pour patriarche. Sa mort, arrivée le 22 mai 337, fut le signal le rappeler au devoir; bientôt on invente une scène de de la délivrance. Peu de temps après, Athanase quittait violence brutale, où Macaire aurait renversé l'autel, brisé le calice et brûlé les saints Livres. Athanase dut Trêves, porteur d’une lettre louangeuse, adressée par se rendre à Nicomédie, vers la fin de 330; il y resta Constantin le jeune aux Alexandrins et datée du 17 juin. Il lit son voyage à travers la Pannonie.eut une audience quelque temps et fut même souffrant, comme on le voit de l’empereur Constance à Viminacium, en Mésie, puis par le début de la seconde lettre pascale. P. G., t. xxvi, passant par la Syrie, rentra dans Alexandrie, aux a. ·cla­ col. 1377: Chronicon, ibid., col. 1352. La justification matione du peuple, le 23 novembre. Son absence a. ut fut complète, et l’accusé repartit pour Alexandrie avec duré deux ans et quatre mois. Voir Gwatkin. S'f< fies ■/ une lettre où Constantin l’appelait un « homme de Dieu ». Arianism, 2' édit., Cambridge, 1900. p. 140-142. note Apol., 62, P. G., t. xxv, col. 362. Mais les mélétiens ne sur le retour d'Athanase en 337. se tinrent pas pour battus ; ils reprirent l’affaire d’IsL’année suivante, au mois de juillet, saint Antoine chyras, et suscitèrent un autre cas, beaucoup plus grave : Athanase avait fait assassiner un des leurs, Arsène, | vint à Alexandrie, pour se prononcer ouvertement contre évêque d llypsélé; une main coupée, qu’ils promenaient les ariens et donner au grand défenseur de la foi orthopartout, était la pièce à conviction. L’empereur chargea : doxe un témoignage public de son estime et de son affection. Chronicon Syriacum, P. G., t. xxn. col. le censeur Dalmatius, son neveu, de faire une enquête; 1353; Tita S. Antonii, 69-71, P. G., t. xxvi, col. 942 elle n’eut pas de suite, car le prétendu mort avait été sq. Les mélétiens et les ariens, excités par l'attitude payé par les accusateurs pour se cacher dans un monas­ énergique que dut prendre le patriarche et encouragés tère. Athanase reçut de Constantin une lettre bienveil­ par l’élévation d’Eusébe de Nicomédie au siège épisco­ lante, et ce triomphe lui valut la soumission extérieure pal de Constantinople, recommençaient en effet les hos­ et momentanée du chef des mélétiens, Jean Arcaph, et tilités. Non contents de reprendre les anciens griefs, i is en d Arsène, le mort déterré. Apol., 65 sq.. P. G., t, xxv, formulaient de nouveaux, ceux-ci en particulier : Athanase col. 365 sq. La lutte n’était que suspendue. avait occasionné des troubles et l'effusion du sang par 3’ Premier exil, du 11 juillet 335 au 23 novembre 337. — Après une tentative infructueuse pour faire compa­ sa rentrée dans Alexandrie; il était remonté- sur son siège sans y être autorisé par un jugement pr -jlaL·!·.· de raître Athanase à un synode tenu â Césarée en 334. les l'Église. Socrate, II. E., n, 3, P. G-, t. lxvii. col. 1ΛΙ. Les eusébiens réussirent à obtenir de l'empereur la convo­ DICT. DE THEOL. CATHOL. L - 68 2147 ATHANASE (SAINT) eusébiens allèrent même jusqu’à faire ordonner comme évêque d’Alexandrie l’arien Pistus; puis, vers la fin de 338, ils envoyèrent une ambassade au pape Jules 1«, pour lui présenter leurs accusations contre Athanase et solliciter la reconnaissance officielle de leur candidat. Le dossier comprenait les procès-verbaux de la commis­ sion que le synode de Tjr avait envoyée dans la Mareo­ tide; le pape en donna communication à l’accusé. Celuici réunit aussitôt à Alexandrie un concile de près de cent évêques; dans un document précieux, ils mirent pleinement à jour l'inanité des accusations et l'inno­ cence du patriarche. Apol., 3-19, P. G., t. xxv, col. 252 sq. Alors, le pape Jules convoqua les deux partis à un synode romain, où l’affaire serait instruite. 4° Second exil, du 16 avril 339 au 21 octobre 346. — Entre temps, les eusébiens avaient marché de l’avant et, dans une réunion tenue à Antioche, vers la fin de janvier ou le commencement de février 339, constitué Grégoire de Cappadoce évêque d'Alexandrie. Les préparatifs de l'intrusion donnèrent lieu aux violences racontées dans l’article Arianisme, col. 1808sq. Athanase put s’échapper, le 19 mars, quatre jours avant l’arrivée de Grégoire, et resta quelque temps caché aux environs d'Alexandrie; il rédigea son Encyclica ad episcopos epistola, P. G., t. xxv, col. 219 sq.. puis partit pour Rome aussitôt après la fête de Pâques (15 avril). Aussi des auteurs récents, comparant la date certaine du retour avec la durée que VHistoria acephala attribue au second exil, font com­ mencer celui-ci au 16 avril. Voir A. Robertson, Select writings and letters of Athanasius, Oxford et NewYork, 4892. Prolegomena, p. lxxxii. Admis à présenter sa défense devant un synode romain, tenu vers la fin de 340, l’archevêque d’Alexandrie eut la consolation de voir son innocence proclamée après une enquête soigneuse et détaillée. De leur côté, les eusébiens réunis à An­ tioche. dans l’été de l’année suivante, firent confirmer dans le synode in encæniis la déposition d’Athanase; les canons 4 et 12 eurent spécialement pour but d'em­ pêcher à tout jamais sa réintégration. Voir Arianisme, col. 1809 sq. L’exilé passa trois ans à Rome. II y trouva de hautes sympathies, en particulier de la part d’Eulropium, tante de l'empereur d'Orient. Apol. ad Const., 6, P. G., t. xxv, col. 604. Son séjour dans la capitale du monde chrétien fut fécond, car les occidentaux s'attachèrent de plus en plus à la grande cause qu’ils voyaient en quelque sorte personnifiée dans Athanase. En outre, la présence de deux moines que le patriarche avait amenés avec lui, devint comme le point de départ de la vie monas­ tique en Occident. Comme saint Jérôme le rappelait â la vierge Principia, Epist., cxxvn, 5, P. L., t. xxn, col. 1090, Marcella entendit alors, pour la première fois, parler des saints Antoine et Pacôme, comme des cloîtres de la Thébaïde. Cf. Grülzmacher, Pachomius und das atteste Klosterleben. Ein Beilrag zur M ünschgeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1896. p. 56. En même temps, Athanase recevait d’Alexandrie des lettres tout à la fois affligeantes et consolantes, atlligeantes par les tristes nouvelles de persécution arienne qu’elles apportaient, mais consolantes par la fidélité et le dévouement dont elles témoignaient du côté des orthodoxes. De la cor­ respondance du saint, il nous reste une note à Sérapion de Thmuis et deux lettres pascales. P. G., t. xxvi, col. 1412-1422. En avril ou mai 342, Athanase fut appelé à Milan par l’empereur Constant; il apprit le projet qu'avait formé ce prince d’obtenir de son frère Constance une grande réunion d’évêques des deux chrétientés. Au début de 343, le saint alla en Gaule conférer avec Osius, et tous deux partirent ensemble pour le concile de Sardique. Là, après entière revision de tout ce qui avait été dit pour ou contre lui. saint Athanase fut pleinement inno­ centé par la majorité orthodoxe. Pour notifier ce juge­ 2148 ment, deux lettres furent adressées, l’une au clergé et aux fidèles d’Alexandrie, l’autre aux évêques d'Égypte et de Libye. Apol., 37-43, P. G., t. xxv, col. 311 sq. De leur côté, les eusébiens, retirés à Philippopolis, lan­ cèrent l’anathème contre les évêques précédemment déposés et leurs fauteurs. La persécution contre les orthodoxes ne fit que s'accroître en Orient. Les eusé­ biens obtinrent de l'empereur Constance des mesures particulièrement rigoureuses à l'égard d’Athanase et de ses prêtres les plus dévoués; s'ils tentaient de rentrer dans Alexandrie, on devrait les arrêter et les mettre à mort. Dans ces conjonctures, l'évéque proscrit ne pou­ vait pas songer à rejoindre son troupeau. De Sardique, il se rendit à Naïssus en Mésie, où il célébra la fêle de Pâques de 344, puis à Aquilée, ou Constant l’avait appelé. Chronicon syriacum, P. G., t. xxvi, col. 1354 sq. Les Pères de Sardique avaient envoyé à l'empereur Constance deux légats qui devaient solliciter la rentrée d’Athanase dans son diocèse. La conduite indigne d’Étienne d’Antioche à leur égard, surtout une lettre menaçante de Constant dont ils étaient porteurs, et les inquiétudes que la guerre de Perse lui causait alors, déterminèrent enfin Constance à céder. La mort de Grégoire de Cappadoce, survenue le 26 juin 345, favorisa encore la solution ; mais il fallut trois invitations suc­ cessives pour triompher des hésitations du saint. Celuici, quittant enfin Aquilée, alla d'abord visiter à Trêves Temperem· Constant, son protecteur, puis il se rendit à Rome, où le pape Jules, heureux de son rappel et vou­ lant lui donner une marque de sa haute estime, lui remit pour les Alexandrins une lettre des plus flatteuses. Athanase fit route par le nord, vers le milieu de l’été 345, passa par Andrinople et atteignit Antioche, où il vit Constance. L’entrevue fut gracieuse; le prince remit au saint pour les évêques d’Égypte et la communauté alexandrine, pour le préfet Nestorius et les autres fonc­ tionnaires, des lettres bienveillantes qui annulaient toutes les mesures prisesauparavant contre le patriarche. Pendant ce séjour à Antioche, celui-ci ne voulut pas communiquer avec l'évêque arien Léonce ; il prit part, dans une maison particulière, aux offices des euslathiens. L’empereur l’ayant prié de céder une église aux ariens d'Alexandrie, il eut assez d'habileté pour ne pas froisser le prince et éluder la demande, en mettant comme con­ dition qu’on ferait de même à Antioche pour les eusla­ thiens, condition que les ariens ne jugèrent pas prudent d’accepter. Maxime de Jérusalem présidait un synode de seize évêques, quand le saint passa par celte ville; il l'accueillit avec honneur et lui remit une lettre de féli­ citations, destinée aux Alexandrins. Apol., 51-57, P. G., t. xxv, col. 341 sq. Enfin, le 21 octobre 346, après plus de sept ans d’absence, Athanase rentrait dans sa ville épiscopale. Le peuple et les magistrats étaient allés très loin à sa rencontre; il fut reçu comme personne ne l'avait jamais été. Chronicon syriacum, P. G., t. xxvi, col. 1355; S. Grégoire de Nazianze, Oral., xxt, 27, P. G., t. xxxv, col. 1114. Saint Pacôme était mort avant l'intrus Grégoire, le 9 mai 345; mais saint Antoine vivait encore et, voyant des moines de Tabenne qui se ren­ daient à Alexandrie, il les chargea de porter au patriarche un message de bienvenue. Acta sanctorum, t. ni maii, Anvers, 1680, p. 326; Annales du musée Guiniel, loc. cit., p. 656 sq. 5» Les dix grandes années d'épiscopat, 347 à 356. — La lettre pascale pour l'année 347 débute par un cri de reconnaissance : Benedicius Deus Pater Domini nostri ./esu Christi. Ce fut, en effet, après l'exil et la persécu­ tion, une période de calme relatif qui dura dix ans et dont le saint archevêque sut admirablement profiter. U réunit d’abord un synode pour faire confirmer les dé­ crets de Sardique, puis il poursuivit résolument une politique de ferme surveillance et de prudente conci­ liation, dont les effets furent désastreux pour le parti 21-49 ATHANASE (SAINT) arien. Deux ou trois ans après, il était en communion avec plus de quatre cents évêques; des adversaires signalés, tels que Valens et Ursace, voulurent même rentrer en grace avec lui. Hist, arian., 26-28, P. G., t. xxv, col. 724 sq. Des écrits importants, comme ΓApo­ logie contre les ariens et le traité sur les Décrets de Nicée, se rapportent à celte période. 11 y eut aussi chez les Alexandrins, après le retour de leur père bien-aimé, un mouvement intense de ferveur religieuse qui porta beaucoup de monde vers la vie ascétique et monastique. Athanase le favorisa; plusieurs fois, il prit des moines pour auxiliaires, en les faisant monter sur le trône épiscopal, et la lettre que, dans une occasion de ce genre, il écrivit à Draconce, reste profondément instructive à plus d'un titre. La mort de l'empereur Constant, en janvier 350, priva l'évêque d'Alexandrie d'un puissant protecteur et raviva l'ardeur des eusébiens. Des mesures énergiques prises contre des ariens ou des mélétiens, quelques ordinations faites par Athanase dans des diocèses dont il était le métropolitain supérieur, fournissaient un facile prétexte à de nouvelles accusations. Socrate, H.E., n, 24, P. G., t. txvii, col. 263. Toutefois Constance, que la crainte de l’usurpateur Magnence portait à prendre des ménage­ ments, n'entra pas alors dans ces vues; il écrivit même au patriarche pour le rassurer : « Nous voulons, disaitil en terminant, que, conformément à notre décision, tu sois en tout temps évêque dans ton église. » Et d’une autre main : « Que la Divinité te conserve pendant de longues années. Père très aimé! » Apol. ad Constant., 23, P. G., t. xxv, col. 624. Mais, après la défaite de Magnence, en septembre 351. une nouvelle coalition se forma contre l’évêque d'Alexan­ drie; Léonce d'Antioche, Acace de Césarée, Valens el Ursace en étaient les principaux chefs. Athanase essaya vainement de conjurer l'orage en députant à la cour Sérapion de Thmuis, accompagné d’évêques et de prê­ tres égyptiens; Constance était trop prévenu contre l'accusé, et la mort de Magnence, en août 353, le laissa enfin libre de satisfaire sa rancune longtemps compri­ mée. On profitait, du reste, de tout pour l’irriter, comme nous le voyons par V Apologie qui lui fut adressée plus tard par saint Athanase. Celui-ci avait eu des relations amicales avec l’empereur Constant; on l’accusait d’avoir excité ce prince contre son frère Constance. Un envoyé était venu à Alexandrie de la part de Magnence, qui dé­ sirait gagner à sa cause le grand évêque; on dénonçait ce dernier comme complice de l’usurpateur, malgré sa conduite loyale en toute cette affaire. Plus tard,en 354, dans un cas de force majeure, le patriarche permet la célébration du service divin dans une église construite sur un terrain impérial et n'étant pas encore consacrée; c'est un nouvel empiétement et une profanation. On allait même au delà des accusations; on tendait des pièges pleins de perfidie, comme de remettre à l’empe­ reur une lettre fabriquée, où l'évêque d'Alexandrie était censé lui demander la permission de se rendre à la cour. L'autorisation une fois accordée, le refus d’Athanase de faire une démarche qu'il n’avait pas voulue et qu’il sa­ vait être un piège, devenait un grief de plus. A Rome, le pape Jules, ce fidèle défenseur et ami du saint pa­ triarche, était mort le 12 avril 352; le 22 mai, Libère était monté sur le trône pontifical. On ne saurait regar­ der comme authentique la lettre Studens paci, où ce pape aurait, dès son avènement, invité Athanase à com­ paraître devant lui, et, sur son refus, l’aurait retranché de sa communion; mais il est certain que les eusébiens lui transmirent leurs griefs contre l'évêque d’Alexandrie. En revanche, quatre-vingts évéques parlèrent en sa faveur dans un mémoire justificatif, envoyé â Rome. Les événements qui suivent se rapportent à l'interven­ tion de l’empereur Constance et ses procédés violents, d'abord â l’égard des évêques occidentaux dans le synode 2150 d’Arles, vers la fin de 353, et celui de Milan, au : rintemps de 355, puis à l’égard d'Osius de Cordoue · : du pape Libère, pour les amener à son double objectif : la condamnation d’Athanase et la communion ecclésiastique avec les prélats orientaux de son parti. Voir Arianisme. col. 1819 sq. 6« Troisième exil, du 9 février 356 au 21 févri. <2. — Depuis longtemps, une action décisive se préparait contre Athanase. Peu à peu diverses mesures vexatoir s avaient été prises contre sa personne ou contre sesamis et ses ouailles. Une première fois, dans l’été de 355. le notaire impérial Diogène, puis, le 5 janvier de l'année suivante, le général Syrianus étaient venus pour faire partir l’évêque, mais celui-ci, fort de la parole donnée après ia mort de Constant, attendait un ordre écrit de l’empereur. Apol. ad Constant., 22, P. G., t. xxv, col. 624. Le dénouement fut le coup de main exécuté par Syrianus, dans la nuit du 8 au 9 février, contre l'église de Théonas, où le patriarche se trouvait avec une nom­ breuse assistance. Ce fut comme par miracle que le saint, resté jusqu’au bout à son poste, put être soustrait par une poignée de prêtres et de moines aux cinq mille soldats qui avaient fait irruption dans l’église ou qui la cernaient. Vainement les catholiques d'Alexandrie pro­ testèrent contre ces violences et les excès sans nom dont elles furent accompagnées ou suivies. Constance passa outre, et lança un édit pour faire rechercher Athanase et enjoindre à tous les évêques de quitter sa commu­ nion. Le siège patriarcal fut donné à l’arien Georges de Cappadoce, dont l’intrusion n'eut lieu que plus tard, le 24 février 357. Après s’être caché quelques jours dans Alexandrie ou dans les environs, Athanase s'était enfui au désert. I) y composa son Apologia ad imperatorem Constantium, P. G., t. xxv, col. 593 sq. Ne pouvant croire à la com­ plicité formelle de l’empereur en tout ce qui venait de se passer, il caressa d'abord le projet de se rendre à la cour, et même il se mit en route; mais quand il eut appris les dispositions réelles et les desseins sangui­ naires de Constance, il retourna dans le désert. Com­ ment y vécut-il et qu'y fit-il? Dans beaucoup de récits qui se rapportent à cette période, la légende s’est évi­ demment mêlée à l’histoire, comme le remarque Montfaucon, Vita Athanasii, an. 356, n. '10, P. G., t. xxv. p. cxxix sq.; mais, au fond de tout cela, il reste que, poursuivi à outrance par les émissaires de l’empereur, le fugitif courut de grands dangerset dut souvent chan­ ger de retraite. Les moines et les solitaires de la Haute Egypte, tout dévoués à celui que saint Pacôme avait tant de fois glorifié et auquel saint Antoine mourant avai légué sa tunique, furent le principal instrument de ;; providence dans la conservation du grand proscrit plusieurs se laissèrent torturer plutôt que de le trahii Acta sanctorum, t. HI maii, Anvers. 1680, p. 330 Annales dumusée Guimel, t. xvn, p. 679 sq Mais comme on l’a remarqué dans l'histoire d- la: - e. toujours fugitif et toujours poursuivi, le grand champion de la foi de Nicée n'en resta pas moins l'âme du mou­ vement de résistance à l'hérésie triomphante et montée sur le trône impérial. Il suffit de jeter un coup d'œil sue ia liste de ses ouvrages et leur date, pour comprendre quel parti le saint docteur tira de ce séjour fore·· au désert. « C’est de là qu’Athanase encourageait quelques évêques d'Egypte zélés pour sa cause; qu’il adressait des lettres apostoliques à son église d'Alexandrie; qu'il ré­ pondait savamment aux hérétiques; qu'il lançait des ana­ thèmes contre les persécuteurs... Du fond de sa cellule, il était le patriarche invisible de l’Égypte. · Villemain, Tableau die l'éloquence chrétienne au ir· siècle, 2'édit.. Paris, 1849, p. 102. L’avant-propos syriaque des lettres pascales nous apprend quelque chose de plus. Athanase ne craignit pas de se rendre à Alexandrie, pt-ut-éire après le départ de l'intrus Georges 2 octobre 358 · e: 2 y 2151 ATHANASE (SAINT) 2152 séjourner assez longtemps. Chronicon syriacum, à manœuvre. Socrate, H. K., ni, 14, P. G., t. i.xvu.col. 415. l'année 358, P. G., t. xxvi, col. 1357. Quelques auteurs, Après s'ctre caché tout près d'Alexandrie, il gagna se fondant sur cette phrase du traité, De synodis,η. I : Memphis, d'où il écrivit sa lettre pascale pour 363, puis s’enfonça dans la Thébaïde. Chronicon syriacum, άπερ έώρακα και εγνων ακριβώς, P. G., t. XXVI, col. 681, ont même cru qu’il assista secrètement au concile de ann. 363; Hist, acephala, n. 11, P. G., t. xxvi, col. 1358, Séleucie, en 359. Tillemont, Mémoires, Paris, 1702, t. 1446. Tandis qu'il approchait d'Hertnopolis, les évêques, vm, p. 194. C’est, semble-t-il. prendre trop à la lettre le clergé, les abbés Théodore et Pamrnon. avec leurs l'expression alléguée, et en tirer une conclusion peu moines, vinrent à sa rencontre et lui firent une récep­ vraisemblable. Voir Montfaucon, Vita Athan., ann. 359, tion solennelle. Ce fut alors qu’Alhanase visita Tile de n. 4. P. G., t. xxv, p. cxt.i. Ajoutons toutefois, que Tabenne et son célèbre monastère; il examina les régies l'éloge copte, publié par le D' 0. von Lernm, op. et se fit rendre compte de tout, s’intéressant aux plus cil., p. 44, parle d'un séjour du saint en Isaurie et à petits détails de la vie monastique. Il garda de cette Séleucie même, mais sans préciser l’époque. visite un profond souvenir; quand Théodore mourut, en 368. il s'empressa d'envoyer à l’abbé Horsisius et â ses L'empereur Constance mourut le 3 novembre 361. moines une lettre de condoléance et d’encouragement. Athanase bénéficia de l’édit de rappel, rendu par Julien en faveur de tous les évêques exilés. Le siège d’Alexan­ Epist. ad Orsisium, P. G., t. xxvi,col.978 sq. -,Annales drie était libre; car Georges de Cappadoce, rentré dans du musée Guimet, loc. cit., p. 268 sq., 293, 332, cette ville le 26 novembre, avait été, trois jours après, 704 sq. Vers le milieu de l'été, durant une course sur le saisi par le peuple, emprisonné, puis massacré d'une Nil où sa vie était en danger, le patriarche apprit de façon barbare, le 24 décembre. Athanase n'eut qu'à saint Théodore que son exil allait finir. Julien venait reparaître dans Alexandrie, le 21 février suivant, pour de périr dans la guerre de Perse, le 26 juin 363. Narratio être acclamé. Sans perdre de temps, il s’occupa de . Alhanasii ad Ammonium, P. G., t. xxvi, col. 980 sq. rétablir l'ordre et de réparer les ruines spirituelles que L'avènement de Jovien fit donc passer le nuage. Atha­ l'arianisme politique de Constance avait accumulées, il nase fut officiellement autorisé à reprendre son siège trouva dans Eusèbe de Verceil un allié digne de lui. De épiscopal, soit immédiatement, soit après son entrevue là. quelques mois après, ce fameux synode d’Alexandrie, d'Antioche avec le nouvel empereur. Gracieusement précédemment analysé et apprécié sous le rapport de accueilli, il composa, sur la demande du prince, une son importance dogmatique et de son influence histo­ exposition de la foi orthodoxe. J<7 Jovianum de fide, rique dans l'issue finale de la controverse arienne. Voir P. G., t. XXVI. col. 813 sq. Les pétitions, adressées contre Ai.EXANi>niE(Coneifesd'),col.802; Arianisme. col.1832sq. lui à l’empereur par les ariens d'Alexandrie et leur chef 7° Quatrième exil, du 24 octobre 362 au 5 septembre Lucius, restèrent sans effet. Mais Jovien mourut subite­ 363. — Julien l’Apostat ne put supporter longtemps ment dans la nuit du 16 au 17 février 364. l'imrtiense influence qu'exerçaitAlhanase, « l’ennemi des 8° Cinquième exil, du 5 octobre 365 au 31 janvier 366, dieux. » Son dépit éclata dans une lettre adressée au et dernières années. — L'épreuve revint avec l’édit du préfet d’Égypte, Ecdicius : « Je n’apprendrais rien de 5 mai 365. L’empereur Valens, gagné à l'arianisme poli­ ce que tu fais qui me fût plus agréable que l’expulsion tique, bannissait tous les évêques déposés par Constance hors de tous les points de l'Egypte de cet Athanase, de et rappelés par Julien. A cette nouvelle, le peuple ce misérable, qui a osé, sous mon règne, baptiser des d’Alexandrie s’assembla en tumulte pour demander au femmes grecques de distinction. » Bientôt il trouve un gouverneur de la province qu’on lui laissât son patriarche. biais pour se défaire de l'ennemi abhorré, sans paraître Le gouverneur promit d’en écrire à Valens, et les esprits violer la lettre même de son édit : « Nous avions per­ se calmèrent. Mais Athanase, averti sans doute de ce qui mis depuis peu aux Galiléens, chassés par Constance, se tramait dans l’ombre, quitta secrètement la ville, le d'heureuse mémoire, de revenir non pas à leurs églises, 5 octobre; la nuit suivante, le gouverneur et le comman­ mais dans leur patrie. Cependant, j'apprends qu’Athadant militaire faisaient envahir l'église de Saint-üenys, nase, cet audacieux, emporté par sa fougue accoutumée, où l'évêque exerçait habituellement ses fonctions. Celui-ci est venu reprendre ce qu’ils appellent le trône épiscopal, s’était retiré dans une campagne située près de la nouvelle au grand déplaisir du peuple religieux d’Alexandrie. rivière; elle renfermait le caveau où son père avait été Nous lui signifions donc l'ordre de sortir de la ville, à enterré, il y resta caché. Socrate, H. E., iv, 13; Sozomène, partir du jour même où il aura reçu ces lettres de notre If.E.,viA2,P.G., t. i.xvn,col. 495,1325. Bientôt les regrets clémence, et sur-le-champ. S’il reste à l’intérieur de la et les réclamations du peuple furent tels que Valens crai­ ville, nous prononcerons contre lui des peines plus gnit une sédition; il prit le parti de céder aux Alexan­ fortes et plus rigoureuses. » Vainement les Alexandrins drins, et donna l’ordre de ne plus inquiéter Athanase. adressèrent-ils au monarque leurs humbles supplica­ Le patriarche rentra dans Alexandrie, le 1« février 366. tions; ils ne firent qu'augmenter le dépit de l’Apostat « désormais, trop grand pour être persécuté ou protégé qui, dans sa réponse, se trahit vivement : « Plût au ciel par l’empire. » La fin de son pontificat ne fut troublée que la dangereuse influence de l'école impie d'Athanase que par des incidents sans importance. Si, dans un se bornât à lui seul! Mais elle s'exerce sur un grand jour d’émeute, le 21 juillet 366, les païens brûlent l'église nombre d'hommes distingués parmi vous; chose facile impériale, achevée par Georges de Cappadoce, ordre est à expliquer, car de tous ceux que vous auriez pu choisir donné de punir les incendiaires et de reconstruire l'édi­ pour interpréter les Écritures, il n'y en a pas de pire fice; Athanase lui-mêmejette les fondements d’une autre que celui que vous réclamez. Si c'est pour ses talents église, consacrée le 7 août 370 et destinée à porter son que vous regrettez Athanase (car je sais que c’est un nom. Si. en septembre 367, l’arien Lucius essaie de habile homme) et que vous me faites de telles instances, rentrer dans Alexandrie, cette tentative n’a d’autre ré­ apprenez que c’est pour cela même qu’il a été banni de sultat que de le faire expulser du territoire égyptien. votre ville. » Lettres, 6, 26. 51; (Euvres complètes de Le grand docteur alexandrin resta jusqu’au bout le l’empereur Julien, trad. Talbot, Paris, 1863. soutien de la restauration nicéenne et le chef vénéré des Le proscrit était parti le 24 octobre, en consolant ses orthodoxes d'Orient. Voit-il les évêques d'Afrique expo­ amis parce mot d’espérance : « Léger nuage qui passera sés à se laisser surprendre par ceux qui prétendaient substituer le symbole de Rimini à celui de Nicée, il bientôt. » La fuite, eut son côté dramatique; poursuivi réunit un synode, en 368 ou 369, et rédige VEpistola ad sur le Nil par les émissaires d’Ecdicius, et se voyant Afros. C'est à son instigation que le pape Damase, après prés d'être atteint, il fait retourner la barque dans la avoir déposé Valens et Ursace, procède aussi contre direction de ses adversaires qui le croient déjà loin, et Auxence, l'évéque arien de Milan. C'est à lui que saint leur échappe par sou sang-froid et la hardiesse de cette 2153 ATHANASE (SAINT) Basile s’adresse, avec quelle confiance el quelle vénéra­ tion ! quand il entreprend d'intéresser Rome et les évêques d'Occident au lamentable état des églises orien­ tales, celle d'Antioche surtout. Athanase, de son côté, est plein d'estime et d'affection pour le grand cappadocien, destiné à continuer son œuvre par lui-méme et parses brillants disciples, il le défend, quand des moines exagérés méconnaissent la prudente réserve de l’évêque de Césarée dans une situation difficile. Epist. ad Joannem et Antiochum, ad Palladium, P. G., t. xxvi, col. 1165 sq. C’est encore au patriarche d’Alexandrie que son vieux compagnon d'armes, Marcel d’Ancyre, envoie une députation pour lui soumettre sa profession de foi, et grande dut être sa joie de la voir favorablement accueillie. Voir Arianisme, col. 1841. Si les deux livres De incarnatione Domini Nostri Jesu Christi sont réel­ lement d’Athanase, il sut attaquer dans Apollinaire de Laodicée l'erreur manifeste en épargnant la personne et le nom même d’un ancien ami. Ce mélange de con­ descendance et de fermeté se retrouve dans le gouver­ nement du saint. 11 passe facilementsur une irrégularité commise dans l’élection épiscopale d'un jeune officier, Sidérius, qu’il voit propre à faire beaucoup de bien, mais il excommunie solennellement un gouverneur de Libye,crue) et licencieux. Synesius, Epist.,lxvii. P. G., t. LXVt, col. 1418; S. Basile, Epist., lxi, P. G.,t. xxxn, col. 416. Enfin, cet homme contre lequel tant de puissances s'étaient conjurées, cet évêque qui avait passé tant d'an­ nées dans l'exil, souvent au milieu des plus grands dan­ gers, mourut dans son lit, suivant la naïve expression du martyrologe romain, en l'année 373, le 2 mai, peutêtre dans la nuit du 2 au 3. Chronicon syriacuni, P. G., t. xxvi, col. 1360; Histor. acephala, 17, col. 1448. Au dire de saint Cyrille, il avait gouverné l’église d’Alexan­ drie quarante-six ans pleins. έφ’οΛΟίς ετεσι τεσσαράκοντα και εξ. Epist., I, P. G., I. i.xxvn, col. 13. En mourant, il exprima le désir, favorablement accueilli par le clergé et le peuple, d'avoir pour successeur Pierre, l’un de ses prêtres et le fidèle compagnon de ses travaux aposto­ liques. Telle fut, dans ses lignes essentielles, la vie de saint Athanase. Contentons-nous ici d’emprunter ce jugement au Grand Dictionnaire universel dwxzx' siècle : « Quel­ que opinion qu’on professe sur le fond des questions, on n'en doit pas moins admirer la constance de ce mâle soldat, qui ne connut jamais de repos, et qui, des qua­ rante-six ans de son épiscopat, en passa vingt en exil et le reste en combats incessants contre les ariens. » I. Sources primitives pour la vie de saint Athanase. - En premier lieu, ses écrits ; puis, son panégyrique prononcé à Constantinople, vers l'an 380. par saint Grégoire de Nazianze. Orat., XXL P. G., t. x.xxv, col. 1081 sq.; S. Épiphane, Hier., lxviii, 7-11; lxix, 11; i.xxit, 4; i.xxvii. 2 sq., P. G., t. xi.ti, col. 194 sq., 219.387, 642 sq. ; l'index ou Chronique syriaque des I.ettres pascales, et l’Historia acephala, cités souvent au cours de cet article; les Histoires ecclésiastiques de Rufin, So­ crate, Sozoméne et Théodoret. II. Biographies. — Montfaucon a édité trois vies grecques et une vie U'aduitede l’arabe,qui tou tes ont peu de valeur. P.G.,t.xxv, Prolegomena, p. i.rv sq., ci.xxxv sq. Au xvn· siècle com­ mencent les études importantes : G. Hermant, La vie de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, 2 in-4·, Paris, 1671, 1679; D. Papebroch, S. Athanasii vita, dans Acta sanctorum, t. 1 maii, Anvers, 1680, p. 186-258; B. deMontfaucon, Vita S. Atha­ nasii, comme préface à sa grande édition des œuvres du saint docteur, P. G., t. xxv. Prolegomena, p. i.ix sq. ; Tillemont, Mémoires, Paris, 1702, t. vm, p. 1-258; Ceillier, Histoire géné­ rale des auteurs sacrés, 2· édit., Paris, 1865, t. iv, p. 89-233; J. A. Mohler, Athanase le Grand et T Église de son temps en lutte avec l'arianisme, trad, .lean Cohen, 3 in-8·, Paris, 1840; 2 in-8·, Bruxelles, 1841; F. Bohringer, Athanasius und Arius, Oder der erste grosse Kampf der Orthodoxie und Hétérodoxie, in-8·. Stuttgart, 1874; E. Fialon, Saint Athanase. in-8·, Paris, 1877; A. Robertson, Select writings and letters of Athanasius. Prolegomena, bonne notice et chronologie soignée, in-4·, faisant 2154 partie de A select library of Nicene and Post-Nicen·’ ~ 0/ the Christian Church, IP série, Oxford et New-York. ;»·<. t.iv; articles Athanasius, de Lüdtke, dans Kircheid-.r·- n, 2· édit., Fribourg-en-Rrisgau, 1882, t. 1; de F. Loafs, dans . ... encyklopadie fur protest. Théologie und Kirche. 3* - ■ Leipzig, 1897. t. n; de W. Bright, dans A dictionary of Ch -wtian biography ."i· idii., Londres.I960, t. I. — Biographies ; Pi­ laires : Saint Athanase. Histoire de sa vie. de ses écrits ■ : :son influence sur son siècle, in-8·. Lille. 1848; l'abbé P. Barbier, Vie de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, docteur père de l’Êglise, in-12. Paris, 1888; R. Wheler Bush. > · t Athanasius, dans la collection The Fathers for English iders, in-18, Londres, 1888. II. Ecrits : contenu général, chronologie el authen­ ticité d’après l’état actuel de la critique.— Considéréedans son objet, l'œuvre du grand docteur alexandrin peut se diviser en traités dogmatiques, polémiques, historiques, moraux et exégétiques, bien qu'aucune de ces divisions, sauf la dernière, ne soit rigoureuse. Sous le rapport critique, une antre division s’impose, celle qui range les ouvrages transmis sous le nom d’Athanase en deux classes : d’un côté, les écrits authentiques; de l'autre, les écrits douteux ou apocryphes. tableau général suivant l’ordre chronologique v.318 ( >323). Oratio contra gentes el de incarnati me Verbi. 328-335? In illud Matth., χι, 27 ; Omnia mihi tra­ dita sunt. id. Expositio fidei (?). id. Sermo major de fidet?). 328 à 373. Epistolæ heortasticæ. 339. Encyclica ad episcopos epistola v.350. Apologia contra arianos. 350-351. De nicænis decretis. id. De «enttntia Dionysii. 350-353. Epistola ad Amunem. 354-355. Epistola ad Dracontium. 356. Epistola ad episcopos Ægypti et Libyx. 357. Apologia ad Constantium. id. Apologia de fuga. 357-358. Historia arianorum ad monachos. 358. Epistola de morte Arii. v.358. Epistola ad monachos. 359-360. Epistolæ ad Luciferum. 356-361 (? 338-339). Orationes adversus arianos. v. 359. Epistolæ ad Serapionem. 359. De synodis. 362. Tomus ad Antiochenos. id. Epistola ad Huflnianum. 363. Epistola ad Jovianum. 363. 364. Epistolæ ad Orsisium. 365 (? 357). Vita sancti Antonii. v.365. De incarnatione Verbi Dei et contra arianosf?). id. Liber de Trinitate et Spiritu sanet'. .’ . 369- 370. Epistola ad Afros. 370-371. Epistola ad Epictetum. v.371. Epistola ad Adelphium. id. Epistola ad Maximum. v.372. Contra Apollinarium libri II " . id. Epistola ad Joannem et Antiochum. id. Epistola ad Palladium. ? Ad Marcellinum de interpretatione P' li­ morum. I. ÉcniTS authentiques. — La liste suivante com­ prendra, à quelques exceptions près, les ouvrages con­ tenus sous la rubrique genuina dans les tomes xxv et xxvt de la Patrologie grecque éditée par Migne. L ast· risque signalera les écrits qui, maintenus gênéralenu : : comme authentiques, sont cependant, de la part de quelques érudits, l’objet d'attaques ou de d-tïances. i» Oratio sire liber contra gentes': Oral··· de incar­ natione Verbi". P. G., t. xxv, col. 1-95.96-198 — Deux traités qui ne sont en réalité que la double partie dire, apologie générale du christianisme, et qui sont dé-i-r. s sous un titre commun. Arfrersum gentes duo ■ . ;. saint Jérôme, Devins illusl.,Sî, P. L-, t.xx ;. ... ·χ<>. 2155 ATHANASE (SAINT) C'est l’œuvre de jeunesse d'Athanase, composée, suivant l'opinion commune, vers 318, avant la naissance de l’arianisme, et suivant quelques-uns, quatre ou cinq ans plus tard, peu de temps avant le concile de Nicée. Dans le premier livre, Athanase réfute l'hellénisme, en mon­ trant l'origine, le progrès et l'extravagance de l'idolâtrie; il lui oppose la connaissance de l'unique vrai Dieu, connaissance qu'il fonde sur la nature de notre âme et sur la considération du monde comme révélation exté­ rieure de Dieu. Dans le second livre, l’auteur montre dans l’incarnation la réparation de l’œuvre primitive, détruite par le péché; c'est pour rendre à l’homme le principe de la vie et de la vraie connaissance de Dieu, que le Verbe s’est incarné, est mort et ressuscité. Aux juifs incrédules sont opposées les prophéties; aux gen­ tils, les principes qu’ils admettent et les faits historiques qui se rapportent à la propagation du christianisme. La provenance athanasienne de cet écrit a été vivement contestée par .1. Drâseke, professeur au collège de Wandsbeck; l'auteur aurait été Eusèbe d’Ëmesse. Les arguments en faveur de cette thèse, tirés surtout du style, des idées philosophiques ou théologiques et de la maturité que supposent les livres en question, ont été presque universellement rejetés comme insuffisants. Voir, pour l’attaque : J. Drâseke, Athanasiana, dans Theologische Studien und Kritiken, Gotha. 1893, p. 251-315, et Athanasios pseudepigraplws, dans Zeitschrift für wissenschaftliche Théologie, Leipzig, 1895, p. 517-537 ; V. Schultze, Die Jugendschriften des Athanasius, dans Theologisches Literaturblatt, Leipzig, 28 avril 1893, xiv Jahrg., col. 191. — Pour la défense : G. Krüger, compte rendu dans Theologischer Jahresbericht, Brunswick, 1893, t. xm, p. 194; 1895, t. xv, p. 179; F. Hubert, Die Jugendschrift des Athanasius, dans Zeitschrift für Kirchengeschichte, 1895, t. xv, p, 561-566 ; F. Lauchert, Die Echtheit der beiden apologetischen Jugendschriften des hl. Athana­ sius, dans Revue internationale de théologie, Berne, 1895, p. 127-136; C. Weyman, compterendu dans Byzantinische Zeit­ schrift, Leipzig, 1896,t. v, p. 223-225 ; A.Slülcken, Athanasiana, dans Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristl. Literatur, nouv. série, Leipzig, 1899, t. iv, lasc. 4, p. 1-23; K. Hoss, Studien über des Schrifttum und die Théologie des Athanasius ai'f Grund einer Echtheitsuntersuchung von Athanasius contra gentes und de incarnatione, Fribourg-enBrisgau, 1899, p. 1-95. 2° In illud Matlh.,xr, 27 : Omnia mihi tradita sunt a Patre meo, etc. P. G., t. xxv, coi. 207-220. — Traité, incomplet peut-être, où sont combattues les fausses inter­ prétations que les ariens donnaient â ces paroles de Notre-Seigneur. Saint Athanase les entend du Christ, de son œuvre médiatrice et de sa glorification ; il prouve l'unité substantielle du Père et du Fils par ce texle de saint Jean, xvi, 15 : Omnia quæcumque habet Pater mea sunt. Le début de l’écrit montre qu’il a été composé du vivant d’Eusèbe de Nicomcdie, par conséquent avant l'année 342; Montfaucon, dom Ceillier et autres auteurs le placent avant l’ouvrage qui suit. L’authenticité est contestée par Hoss, Studien, p. 50-51. 3» Encyclica ad episcopos epistola. P. G., t. xxv, col. 219-240. — Dans cette lettre remarquable, Athanase dénonce l'intrusion de l’évêque arien Grégoire de Cap­ padoce sur le siège d’Alexandrie, et décrit les violences de toute sorte qui l’accompagnèrent. Le saint la com­ posa avant son départ pour Rome, alors qu’il était en­ core caché aux environs d’Alexandrie, par conséquent, peu de temps après Pâques 339, Grégoire étant entré dans la ville le 23 mars de cette année. Chronicon syriacum, P. G., t. xxvt, col. 1353-1354. 4» Apologia contra arianos. P. G., t. xxv, col. 210410. — Pièce historique de première valeur, à cause des nombreux documents qu’elle renferme; aussi cetle apologie est-elle appelée Syllogus, ou collection, dans les Acta sanctorum, t. t maii, Anvers, 1630, p. 188. Le saint y discute et réduit à néant toutes les accusa­ tions personnelles dont les ariens l'avaient chargé à 2156 Tyr et à Philippopolis. Elle fut composée vers l'an 350, après le retour du second exil, c. LX, LXi, et après la rétractation de Valens et d'Ursace, c. lxxxviii, mais avant leur rechute en 351. Les chapitres lxxxix, xc, où la chute de Libère et d'Osius est racontée, ont été ajoutés plus tard, d'où controverse sur leur provenance atha­ nasienne. Heiele, Histoire des conciles, trad. Gosclder et Delarc, Paris, 1869, t. II, p. 63-64. 5° Epistola de nicænis decretis. P. G., t. xxv, col. 411476.— Le titre grec complet indique en ces termes l’objet de cette lettre : « Que le concile de Nicée, vu la malice des eusébiens, a formulé comme il fallait et selon la piété ce qu’il a défini contre l’hérésie arienne. » C’est la justification, en même temps que l'histoire, du terme ίμοούσιος, inséré par les Pères de Nicée dans leur sym­ bole. Document précieux, pour connaître le sens de la définition et la manière dont on fut amené à choisir ce terme fameux. Voir Arianisme, col. 1795 sq. Cet ouvrage fut composé après le retour du second exil et pendant la période de calme relatif qui suivit, mais quand déjà le saint prévoyait un retour agressif de la part de ses ennemis, c. n ; on peut donc le placer entre les années 346 et 355, vers 350 ou 351. 6» Epistola de sententia Dionysii. P. G., t. xxv, col. 477-522. — Cet écrit fut occasionné par l'abus que fai­ saient les ariens de la lettre adressée vers 260 par saint Denys d'Alexandrie aux évêques Euphranor et Ammon. De là ce titre complet de l’opuscule : « De Denys, l’évêque d’Alexandrie, que son sentiment étail, autant que celui du concile de Nicée. contraire à l'hérésie arienne, et que les ariens le calomnient qui le disent de leur avis. » Athanase affirme, n. 10, que son illustre prédécesseur, en employant les expressions alléguées, parlait non pas du Verbe, mais du Christ considéré dans sa nature humaine. Il s’attache surtout à montrer l'opposition réelle des sentiments entre Denys et les ariens. Ce traité fut composé vers la même époque que le précédent, aussitôt après, suivant les uns, ou, sui­ vant les autres, peu auparavant. 7» Epistola ad Praconlium. P. G., t. xxv, col. 522534. — Draconce, abbé d'un ■ monastère, avait été élu évêque d’Hermopolis; il prit la fuite et se cacha. Atha­ nase lui écrivit cette lettre, intéressante par ce qu'elle montre dans le saint de sérieux, de bon sens et d’affec­ tueuse tendresse. Draconce est prémuni contre certains esprits qui prétendaient voir dans l’épiscopat une cause de péché, ou qui s'imaginaient ne pas trouver matière au renoncement chrétien en dehors de la vie monastique. Ainsi encouragé, l’évêque élu accepta le fardeau et eut bientôt l'occasion de devenir confesseur de la foi. Cette lettre fut écrite avant la fête de Pâques de 354 ou 355. 8" Epistola ad episcopos Ægypti et Libyæ. P. G., t. xxv,col. 535-594. — Après avoir échappé providentiel­ lement au coup de main du gouverneur Syrianus, dans la nuit du 8 au 9 février 356, Athanase écrivit celte lettre aux évêques d'Egypte et de Libye, pour les prévenir contre les menées secrètes des ariens et particuliére­ ment contre l’acceptation d’un symbole que ceux-ci se disposaient à mettre en circulation et à imposer sous peine de bannissement; il engage les pasteurs à garder fermement la foi de Nicée, et réfute brièvement l’hérésie. Cet écrit fut composé avant le 24 février 357, jour où Georges de Cappadoce fit son entrée dans Alexandrie, mais quand déjà on parlait de la nomination de cet intrus, n. 7. 9“ Apologia ad imperatorem Constantium. P. G., t. xxv, col. 594-342.— On a vu plus haut quels chefs d’ac­ cusation les ennemis du patriarche portèrent contre lui auprès de Constance, quand la mort de son frère Cons­ tant et de l’usurpateur Magnence l’eut laissé seul maître de l’empire, et comment ces dénonciations amenèrent le troisième exil d’Athanase. Réfugié au désert, celui-ci composa celte apologie, dont le ton calme et digne, le 2157 ATHANASE (SAINT) 2158 style simple et incisif, l’éloquence mêle et pénétrante prendre de copie; cet ouvrage ne peut être, en partie du moins, que l'Historia arianorum ad monachos. Le saint font l'une des pièces les plus achevées que le saint ait écrites. Elle est précieuse aussi pour les renseignements docteur lit-il, pour réfuter l'arianisme, un autre travail qu’elle nous donne sur la vie d'Alhanase. Il l'acheva d'un caractère plus dogmatique; et, s'il le lit. est-ce l'un pendant que Georges de Cappadoce était à Alexandrie, des écrits qui nous sont parvenus? Autant de problèmes n. 27 sq., vraisemblablement dans l’été de 357. sans réponse satisfaisante. Montfaucon, Admonitio in 10° Apologia defugasua. P. G.,t. xxv, col. 613-680.— Epist. ad Serapionem, n. 1-3. Dans la lettre présente, Athanase avait fui devant les satellites de Syrianus; ses Athanase répond à la troisième demande de son ami ; il ennemis ne manquèrent pas d'y chercher une occasion raconte la mort d’Arius d'après ce qu’il en avait su par de le décrier, en le représentant comme un peureux et un de ses prêtres, présent à Constantinople lors de un lâche. La réponse fut cette apologie, célèbre chez les l’événement. La lettre appartient à l'année 358. Récem­ anciens auteurs et qui. pour le mérite, ne le cède guère ment on a attaqué, non pas l’authenticité du document, à la précédente. Avec quelle dignité le noble fugitif mais la véracité de l’auteur; nous n’aurions là qu'un ré­ démasque les véritables sentiments de scs calomnia­ cit de tendance, forgé par Athanase pour déprécier l'hé­ teurs, et leur oppose la doctrine du Christ,son exemple résie arienne en montrant le doigt de Dieu dans la mort et celui des saints ! puis, reprenant l’offensive, avec de son fondateur, tandis qu’en réalité Arius et le héros quelle vigueur il dépeint les fureurs sauvages de ses du récit athanasien, saint Alexandre de Constantinople, persécuteurs et leurs tristes exploits! Cette apologie fut ' seraient morts plusieurs années auparavant. On se con­ composée avant la mort de Léonce d'Antioche, ou du tente seulement d’accorder à l’auteur de la lettre des moins avant que cette mort ne fut parvenue à la con­ circonstances atténuantes, la véracité ne comptant pas naissance d’Athanase, η. 1, probablement vers la fin de alors au nombre des vertus. Telle est la thèse de O. Seeck, 357. Untersuchungen zur Geschichte des nicânischen KonH» Epistola et Historia arianorum ad monachos'. zils, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, Gotha, 1896, P. G., t. xxv, col. 691-796. — Deux écrits qui paraissent t. xvii, p. 33 sq. Thèse inadmissible, soit en ce qui con­ intimement liés, comme serait un livre et une préface cerne la chronologie relative à la mort d’Arius et de saint ou lettre d’envoi; dans certains catalogues anciens, ils Alexandre, voir Arianisme, col. 1806, soit en ce qui con­ sont compris sous eelte simple rubrique : Epistola ad cerne le caractère de saint Athanase. Assurément il voit monachos sire ad solitarios. Le titre d’Histoire des dans Ta fin d’Arius un châtiment providentiel et une ariens n'est pas authentique, mais il exprime bien l'ob­ condamnation divine de l'hérésie; mais partir de là pour jet du livre, composé pour satisfaire aux désirs des moi­ réduire tout le récit à une fiction d’adversaire peu scru­ nes de la Thébaïde et nullement destiné, dans la pensée puleux, c’est dépasser les bornes de la critique objective. de son auteur, à la publicité. C’est un résumé de la per­ ■13“ Orationes tv adversus arianos'. P. G-, t. xxvt, sécution arienne contre les orthodoxes depuis l’année col. 10-526. — Ces quatre discours ou livres, λόγοι, sont le 335 jusqu’à l’année 357, résumé oratoire où les mouve­ principal ouvrage dogmatique qu’ait composé le grand ments passionnés de l’éloquence trahissent souvent docteur du Verbe. Dans la première parlie, il expose la l’indignation d’un noble cœur en face des vilenies dont doctrine arienne, puis il prouve par l’Écriture, en s’ai­ il a été le témoin et des maux causés à l’Église par l'hé­ dant aussi d’arguments rationnels, l’éternité, la consub­ résie. Les circonstances où se trouvait Athanase et le but stantialité et la génération divine du Fils. Dans la se­ polémique qu’il poursuivait en composant cet écrit, ex­ conde et la troisième partie, il discute les passages pliquent suffisamment qu’on n’y trouve pas le ton calme scripturaires qui ont trait à ces questions fondamen­ et froid d'un simple historien : « Pourquoi demander ce tales. Dans la quatrième, il insiste sur le rapport mutuel qu’il ne peut donner à un orateur contraint par les ini­ du Père et du Fils,en affirmant la distinction personnelle quités de ses ennemis de démasquer leurs intrigues et et en niant la séparation de nature. On place générale­ leurs calomnies, de justifier sa doctrine et ses actes, et ment la composition de cet ouvrage entre les années de faire le récit d’événements dont il a été le héros ou 356 et 361, pendant le troisième exil d’Athanase; quel­ la victime? » E. Fialon, Saint Athanase, p. 209. La ma­ ques auteurs récents estiment qu’il remonte à une nière brusque dont s’ouvre le livre a fait croire au plus époque antérieure et donnent les dates de 338 on 339. grand nombre que les premiers chapitres manquent; Loofs, op. cit., p. 200; Stülcken, Athanasiana, p. 45 d’autres préfèrent voir dans l'ilistoria arianorum une sq. Chez ce dernier la question se complique d’un continuation de la seconde partie de l’Apologia contra problème beaucoup plus grave au sujet de l’authenticité, arianos. Robertson, Select writings and letters of Atha­ non pas de tout l’ouvrage, mais de 1 Oratio tv. Dans un nasius, p. 266. Quand saint Athanase composa cet ou­ , article de la Zeilscl'rift fur wissensehaftliche Théolo­ vrage, Léonce d’Antioche vivait encore et Georges de gie, intitulé Maximus philosophus, 1893. t. xxxvi, Cappadoce exerçait dans Alexandrie son pouvoir usurpé; p. 290-315, Draseke a retiré ce quatrième livre a saint il faut donc le placer à la fin de 357 ou au début de Athanase, pour l’attribuer à Maxime le philosophi·. Sans 358. Le récit de la chute du pape Libère, n. il, serait admettre cette attribution fantaisiste, d’autres critiques une addition postérieure, qui donne lieu à la même con­ ont nié pourtant la provenance athanasienne. Stülcken, troverse que les additions faites à l’Apologia contra loc. cit., p. 50-57; Hoss, Studien, p. 123-126. Ils invo­ arianos. Des doutes soulevés çà et là contre l'authen­ quent la différence de style et de procédé intellectuel ou ticité de ce livre ont été réfutés par A. Eichhorn, Alha- . littéraire; ils allèguent même une diversité de doctrine nasii de vita ascetica testimonia collecta, Dissertatio concernait la nature humaine du Christ; f intégrité de theologica, Halle, 1866, p. 57-62. Enfin, quelques au­ cette nature est nettement exprimée dans I'Oratio tv, teurs se sont demandé si l’écrit n’aurait pas été composé 23, ίίλως ένανβρωπησας, tandis qu’Athanase conçoit tou­ par un ami ou secrétaire d’Athanase, sous sa direction jours l’union comme se faisant entre le Arerbe et la chair toutefois, hypothèse insuffisamment établie. ou le corps. Ces raisons sont loin d’être convaincantes; 12“ Epistola ad Serapionem de morte >lrii. P. G., la dernière, en particulier, suppose une opinion fausse t.xxv, col.680-690. — Sérapion,évêque de Thmuis et grand sur la doctrine christologique du saint docteur. La dif­ ami du patriarche, lui avait demandé des renseigne­ férence de style et de procédé, fût-elle aussi grande que ments sur trois points : ses propres épreuves, l’hérésie le disent ces critiques, prouverait tout au plus l’opinion arienne et la mort d’Arius Pour les deux premiers émise par Newman, à savoir que le quatrième livre ne points, Athanase renvoie Sérapion à un ouvrage com­ ferait pas un tout avec les trois premiers, mais serait posé pour les moines et qu'il lui adresse, avec recom­ plutôt une collection de matériaux ou de fragments di­ mandation instante de ne pas le garder et de n’en point vers qui se rattacheraient â la controverse easéiûenne 2159 ATHANASE (SAINT) 2160 et marcellienne. Select treatises of S. Athanasius in teurs placent la composition de cet ouvrage vers 3651 controversy with the Arians, Oxford, 1812, p. 498 sq. d’autres la rapportent plutôt, et non sans fondements, 14» Epistolœ ad Serapionem. P. G., t. xxvi, col. 525au troisième exil, vers 357. Il fut traduit en latin, du 576. — Quatre lettres dogmatiques, adressées à l’évêque de vivant même d'Athanase, probablement entre 365 et 370, Thmuis par saint Athanase pendant son troisième exil, par Evagrius, plus tard évêque d’Antioche. S. Jérôme, entre 356 et 361, peut-être en 359, après l’opuscule De Vita S. Pauli, prolog.; De viris illustr., 125. P. L., morte Arii. Ces lettres visent surtout une erreur signa­ t. xxm. col. 18, 712-713. Bientôt la Vita Antonii alluma, lée au patriarche par Sérapion, erreur qui consistait à dans l’Occident comme dans l’Orient, un véritable faire de la troisième personne de la Trinité un être enthousiasme pour la vie ascétique et monastique. Malgré créé, esprit supérieur dont le rôle serait de servir d’in­ les nombreux témoignages de la tradition, recueillis par strument au Verbe divin dans la sanctification des âmes. Montfaucon, Monitum, col. 825 sq., l’authenticité et Athanase établit, dans la première lettre, la divinité du même la véracité de cette Vie ont été vivement attaquées Saint-Esprit, en développant ce que disent de lui l’Ecri- I de nos jours par quelques critiques, en particulier VVeintureetla tradition. Dans la seconde, il reprend d'une 1 garten, professeur d’histoire ecclésiastique â l’université façon sommaire la doctrine orthodoxe sur la divinité du de Breslau, et Gwatkin, qui lui refusent tout caractère Verbe, longuement établie dans ses Discours contre les historique et n’y voient qu’un écrit tendancieux du mona­ ariens; dans la troisième, il résume brièvement les chisme déjà constitué. Leurs arguments, surtout intrin­ arguments en faveur de la divinité du Saint-Esprit. La sèques et souvent négatifs, ont été longuement discutés quatrième est une réponse à de nouvelles arguties ve­ et victorieusement réfutés par divers érudits, catholiques nant des hérétiques. Quelques critiques ont estimé que et protestants. la seconde et la troisième lettre n’en faisaient primiti­ Voir, pour l’attaque : H. Weingarten, Der Ursprung des .Ifiinvement qu'une seule, divisée ensuite par les copistes. chlums im nachconstantinischen Zeitalter, d’abord dans Zeit­ Ceillier, op. cit., p. 132. D’autres terminent la quatrième schrift fur Kirchengeschichte, 1876-1877, t. i, p. 1-35. 545-574, puis tiré apart. Gotha, 1877; H. Gwatkin, Studies of Arianism, lettre au n. 7, et considèrent le reste, où il est question 2· édit., Cambridge, 1900, p. 102-107. — Pour la défense : C. Hase, du péché contre le Saint-Esprit, comme un morceau indé­ Dos Leben des hl. Antonius, dans Jahrbücher furprotest. Τ/ιβοpendant. Stülcken, op. cit.. p. 58-60. Voir le Monitum logie, 1880,p.418-448 . J. Mayer, Ucber Aechlhcic und Glaubwürde Montfaucon, P. G., loc. cit. digkcit der dem licit. Athanasius d. Gr. zugeschrieben Vita 15“ Epistola de synodis. P. G., t. xxvi, col. 677-792. — Antonii, quatre articles dans Der Katholik, Mayence, 1886, 1.1. Le titre complet de cet ouvrage en indique l'objet prin­ p.495-516, 619-636; t.n. p. 72-86, 173-193; A.Eichhorn. A thanasii cipal. Saint Athanase y raconte d’abord ce qui s’est de vita ascetica testimonia collecta, Halte, 1886 ; U. Berliêre, Les origines du monachisme et la critique moderne, dans passé dans les « conciles célébrés â Rimini en Italie et Revue bénédictine, Maredsous, 1891, t. vin. p 53-57; A. Ro­ à Séleucie en Isaurie »; puis, à propos des symboles bertson, Select writings and letters of Athanasius, Oxford. qui y furent rédigés, il établit un contraste saisissant 1892, p. 188-193 ; D. Wolter, Der Ursprung des Miinchtums, Tuentre la fixité de la foi orthodoxe définie à Nicée et l'in­ bingue et Leipzig, 1900, p. 6-12. stabilité de toutes ces professions de foi ariennes qui s’étaient succédé, depuis le début de cette hérésie jus­ 19“ Epistola ad Afros. P. G., t. xxvi, col. 1027-1018. qu'aux diverses formules de Séleucie. Cette anarchie — Lettre synodale, rédigée dans une réunion de quatredoctrinale n’aura de remède que dans une franche vingt-dix évêques d’Égypte et de Libye. Elle avait pour acceptation du credo nicéen, y compris 1’όμοούσιος. Le but de prémunir leurs collègues de l’Afrique occiden­ saint docteur justifie ce dernier terme, mais en même tale contre les intrigues des homéens qui cherchaient à temps montre une attitude conciliante à l’égard des hosubstituer le credo de Rimini à celui de Nicée. Atha­ méousiens qui, comme Basile d’Ancyre, semblaient nase rappelle les titres de ce dernier et la véritable his­ accepter la doctrine même de Nicée. Voir Arianisme,col. toire de l’autre; puis il défend brièvement la doctrine 1831. Ce traité fut composé vers la fin de 359, alors que de la consubstantialité. Comme il y est fait mention d’un le concile de Rimini n’avait pas encore pris fin, n. 55. synode romain, tenu sous le pape Damase. où furent Le passage contenant le formulaire de Niké et de Con­ excommuniés Valens et Ursace, n. 10, cet écrit se rap­ stantinople, n. 30-31, fut inséré plus tard. Montfaucon, porte à l’année 369 ou 370. Monitum, P. G., loc. cit. 20" Epistola ad Epictetum. P. G., t. xxvi. col. 101816“ Tomus ad Antiochenos. P. G., t. xxvi, col. 7931070. — Épictète, évêque de Corinthe, avait consulté 810. — C’est la lettre synodale rédigée pour l’église d'An­ saint Athanase au sujet de discussions christologiques qui tioche par saint Athanase, au nom des évêques d'Italie, s’étaient élevées dans son église. Les uns avaient pré­ d’Arabie, d’Égypte et de Libye réunis à Alexandrie, en tendu que le Verbe s’était changé en chair, ou du moins 362. dans le célèbre concile des «confesseurs». Voir Aria­ avait subi dans l’incarnation une certaine déchéance: ils nisme, col. 1833. lui attribuaient un corps qu’il n’aurait pas pris de la 17“ Epistola ad Jovianum de fide. P. G., t. xxvi, col. Vierge Marie, mais qu’il aurait formé de sa propre sub­ 811-824. — Exposé de la foi orthodoxe, corn posé à Antioche, stance et apporté du ciel ; ils concluaient que la chair en 363, sur la demande de Jovien. Athanase propose à du Verbe était consubstantielle à la divinité, et que l’empereur comme règle de l’orthodoxie le symbole de celle-ci avait elle-même souffert. Le parti opposé avait Nicée, confirmé par le sutlïage du monde chrétien; il soutenu que le Verbe habitait dans le Christ, comme termine par une profession de foi explicite dans la divi­ dans les prophètes ou les saints; autre aurait été le nité du Saint-Esprit et la Trinité consubstantielle. Verbe, et autre le Christ. Il y avait là deux courants 18“ Vita sancti-Antonii.P. G., t. xxvi,col. 823-976. — Ce d’idées, dont l’un se rattachait à des disciples d'Apolli­ fut pour des moines étrangers, τούς έν τή ξένη μονα­ naire, et l’autre à une théologie de provenance antioχούς, vraisemblablement les moines occidentaux d'Italie chienne. Voir G. Voisin, Eapollinarisme, Louvain, et des Gaules, que saint Athanase composa cette Vie 1901, p. 65-66. Saint Athanase repousse avec la même célèbre, ou il montre dans le patriarche des solitaires énergie les deux conceptions, comme contraires à la foi un modèle de sainteté, résume ses enseignements et catholique. En réfutant la première, il affirme avec la raconte ses combats contre les démons. C’est une œuvre plus grande netteté que le Verbe est devenu vraiment historico-ascétique, bien caractérisée par saint Grégoire homme, ayant pris de la Vierge Marie un corps sem­ de Nazianze, quand il dit de son héros, « qu’en décrivant blable au nôtre, n. 7, 8. Contre la seconde conception, les actions du divin Antoine, il a promulgué, sous la il établit l’identité personnelle du Verbe et du Christ, forme d une histoire, la règle de la vie religieuse. » n. 10, 12. Comme on le voit par le début, la lettre à Épictète fut écrite vers 370 ou 371, après le synode roUrat., xxi, 5, P. G., t. xxxv, col. 1088. Beaucoup d’au­ 2161 ATHANASE (SAINT) 2162 . un qui anathématisa Auxence, l’évêqne arien de Milan, i autres lettres dans la Patrologie de Migne. Deux autres tra : lo­ tions, l'une allemande, l'autre anglaise, se recommandent ;_r Elle jouit dans l'antiquité d'une grande célébrité. Saint les préfaces et les notes utiles qui les accompagnent : F. Lars. . Epiphane l'a reproduite. Hær., lxxvii, P. G., t. xi.n, Die Fest-Briefe des heiligen Athanasius, Leipzig et Gœli-i;:. col. 643 sq., et saint Cyrille d’Alexandrie en a défendu 1852; A. Robertson. Select writings and letters of Athan le vrai texte contre les altérations des nestoriens. Epist., sius, p. 495 sq. M" Freppel a donné une Étude critique sur les xi., xlv, P. G., t. lxxvii. col. 200, 237. Lettres pascales, dans Commodien, Arnobe, Lactance et 21« Epistola ad Adelphium. P. G., t. xxvi, col. 1070autres fragments inédits. Paris, 1893. Pour certains problèmes historiques et chronologiques que soulève l'index syriaque, voir 1084.— Adelphius,évêque d'Onuphis,un confesseur de la d'un côté, Hefele, compte rendu dans Theologische Quartal­ foi, s’était trouvé eu face d'une autre erreur. Sous pré­ schrift, Tubingue, 1853, p. 146 sq. : R. Sievers, Athanaeii vita texte que si le Verbe ne fait qu’un avec sa chair, il est acephala, dans Zeitschrift fur die historische Theologi'·. 1868, une créature, ceux dont il s'agissait séparaient le Verbe t. xxxvtn, p. 89 sq. ; de l'autre, Gwatkin, Studies of Arianism, de sa chair et ainsi divisaient le Christ. Tirant de là une 2· édit., ρ. 107-109. conséquence pratique, ils refusaient d’adorer le corps du Sauveur. Saint Athanase approuve la condamnation 24« Lettres diverses. — La correspondance de saint de ces hérétiques, et montre qu'il faut adorer le Christ Athanase a presque entièrement disparu; ce qui nous en Dieu et homme, ce qui n'est pas adorer une créature, reste, en dehors des pièces déjà signalées, a peu d’im­ mais le Verbe fait homme; il ne faut pas séparer la portance. Voici les titres de ces lettres contenues dans nature humaine du Verbe, pour adorer le Verbe seul, le tome xxvi de la Patrologie grecque : Ad Amunem, mais il faut adorer le Verbe revêtu de la forme d’esclave col. 1169-1176, lettre de direction spirituelle, écrite avant qu'il a daigné prendre pour nous sauver.On accepte com­ 354, pour rassurer des moines qui se croyaient souillés munément pour la composition de cet écrit la date par les illusions nocturnes, même involontaires; Ad approximative de 371, proposée par Montfaucon. monachos, col. 1185-1188, lettre distincte de celle qui 22» Epistola ad Maximum philosophum. P. G., se trouve en tête de VHistoria arianorum, et écrite aux t. xxvi, col. 1083-1090. — Maxime le philosophe, le même solitaires vers 358, pour les mettre en garde contre les apparemment qui tenta plus tard de monter sur le siège hérétiques et leurs fauteurs; Ad Luciferum, col. 1181épiscopal de Constantinople, avait écrit à l’évêque 1186, deux lettres datant de 359 ou 360, où saint Atha­ d'Alexandrie au sujet de divers hérétiques : les uns nase loue vivement l’évêque de Cagliari pour son zèle niaient que le Christ fût Dieu; les autres considéraient en faveur de l'orthodoxie; Ad Rufinianum, col. 1179le Verbe comme descendu sur un homme, mais non 1182, lettre où les décisions du concile d’Alexandrie de pas fait homme lui-même; d’autres, enfin, voyaient dans 362 sont communiquées à cet évêque; Ad Orsisium, le Christ un homme né de la façon ordinaire. Saint col. 978-982. deux lettres se rapportant aux années 363 Athanase réfute brièvement ces erreurs; il montre que et 364 et relatives, l'une à la visite du monastère de le Christ crucifié est le Dieu de gloire, que tous doivent Tabenne par le patriarche, l'autre â la mort de saint l'adorer comme vrai Dieu, et que dans les actions du Théodore; Ad Joannem et Antiochum, ad Palladium, Christ la gloire et la puissance divine se manifestent en col. 1165-1168, deux lettres ou le docteur alexandrin même temps que l'infirmité humaine. Cette lettre a défend saint Basile contre d’injustes attaques, vers 372; beaucoup de points communs avec les deux précédentes Ail Diodorum, col. 1261-1262, fragment d’une lettre à cet et se rapporte, plus ou moins, à la même époque. évêque de Tyr. 23« Epistolæ heortasticæ. P. G., t. xxvt, col. 133925“ Ad Marcellinum de interpretatione Psalmorum 1450. — Ce sont les fameuses Lettres pascales ou festales, P. G., t. xxvm, col. 10-46. — Pieux et substantiel traité dont la perte arracha tant de soupirs à Montfaucon : sur l'étude et l'usage des Psaumes, leur excellence, leur Hei! quam pungit dolor amissi thesauri! Au temps sens prophétique, la manière dont ils peuvent convenir du célèbre bénédictin, il n’en restait en effet que quel­ â chacun dans les diverses circonstances de la vie. Ces ques fragments grecs, se rapportant aux lettres xxn, avis sont mis dans la bouche d’un saint vieillard et xxiv, xxvn, xxvm, xxix, xxxix, xl, xi.ii-xlv; parmi ces adressés sous forme de lettre à un solitaire du nom de débris, l'extrait de la xxxix· lettre avait une importance Marcellin. Malgré les doutes exprimés par quelques au­ majeure, à cause du catalogue des Livres saints qu’il teurs, l’ouvrage est généralement tenu pour authentique. renferme. Mais, en 1842 et en 1847, on découvrit dans Montfaucon, Monitum,col. 10; Bardenhewer, Les Pères de l'Église, trad, franç., Paris, 1899. t. n. p. 43; Boss. un couvent égyptien de la Nilrie, le couvent de SainteMarie Mère de Dieu, une version syriaque de quinze Studien, p. 31. Mais il ne paraît pas qu’on puisse l’iden­ lettres, correspondant aux années 329 à 348. Ces Lettres tifier avecl’écrit De titulis Psalmorum, dont parle nt pascales, qu’on a justement comparées aux mandements Jérôme, De viris illustr., 87, P. L., t. xxni, col. 731. de carême de nos évêques, complètent un côté du mi­ il. ÉcntTS douteux ou APoen YPOF.S. — Le tome xxvm nistère pastoral qui occupe peu de place dans les autres de la Patrologie grecque contient les ouvrages classés écrits de saint Athanase, celui de l'instruction morale; par Montfaucon sous la double rubrique de Dubia et ce sont de véritables homélies sous forme de circu­ de Spuria. Les conclusions de ce savant restent vraies laires, où tous les devoirs de la vie chrétienne se trouvent dans leur ensemble; dans quelques cas seulement. la résumés dans de courtes exhortations. La version syriaque critique actuelle se montre moins conservatrice, s ' en découverte en Egypte était précédée d'un avant-propos considérant comme douteux, ou du moins sujets à dis­ ou Index, s'étendant à tout l’épiscopat d’Athanase; il cussion, des écrits qu’il a maintenus parmi les authen­ indique pour chaque année l’époque de la- célébration tiques, soit en proclamant définitivement comme apo­ de la lête de Pâques, les consuls, le préfet d’Égypte et cryphes d’autres écrits qu'il avait seulement considérés les principaux événements relatifs à la vie du saint comme douteux. De là trois catégories : écrits discutés; docteur. Cette chronique syriaque et une autre chro­ écrits d’authenticité suspecte; écrits apocryphes. 1« Écrits discutés. — J’entends par là plusieurs ou­ nique, publiée par Mallei en 1738 et désignée habituel­ lement sous le titre d'Hisloria acephala, constituent, I vrages sur lesquels le dernier mot n’est pas dit, mais avec les Epistolæ heortasticæ, des documents de premier qui présentent des difficultés assez sérieuses pour mé­ ordre pour l'histoire de saint Athanase, surtout en ce riter l'attention des critiques même conservateurs et qui concerne la chronologie. justifier des études plus approfondies. 1. Expositio fidei, "ΕχίΙεσις πίστεωζ. Ρ. G., t. xxv, La version syriaque trouvée en Égypte fut publiée par W. Cu­ col. 197-208. — Symbole où se trouve contenue et •■x: !ireton, The festal letters of Athanasius, discovered in an quée la foi catholique sur les mystères de la Trinit· et ancient syriac version, Londres, 18-18. I.e cardinal Mai en de l'incarnation; les développements sont directement donna une traduction latine, reproduite avec ce qui reste des 2163 ATHANASE (SAINT) 2164 opposés à l’arianisme et au sabellianisme. L'emploi de ’ nient avec lui, ou du moins considèrent comme dou­ teuse, la provenance athanasienue de l'écrit. Les princi­ l'expression όμοιος τώ ΙΙατρί fait généralement placer paux motifs sont : la différence de style et d'arguments, celte εκΟεσις avant la formation du parti homéen, entre l'emploi de certaines expressions, comme celle de τρεις les années 325 et 358; divers érudits la rangent même υποστάσεις dans le sens de trois personnes, l'affirmation parmi les plus anciens écrits d’Athanase. Mais elle con­ de la parfaite intégrité de la nature humaine dans le tient diverses expressions moins conformes à sa théo­ Christ. Cette dernière raison suppose un préjugé arbi­ logie qu'à celle d’Antioche; ce qui l'a rendue suspecte traire au sujet de la doctrine christologique de saint à quelques auteurs récents. J. Kunze, Marcus eremita, Athanase. L'expression de τρεις υποστάσεις appartientLeipzig, 1895, p. 117, note 1 ; Stülcken, Athanasiana, elle au texte primitif? Voir F. C. Conybeare, On the p. 23-27; Hoss, Studien, p. 109-113. sources of the text of S. Athanasius, dans The jour­ 2. Sermo major de fuie. P. G., t. xxvt, col. 1261-1292. — Ouvrage publié pour la première foispar Montfaucon, nal of philology, Londres, 1896, t. xxiv, p. 286. Les autres raisons sont discutables, soit en elles-mêmes, soit qui le présente comme « un excellent traité contre les ariens et autres hérétiques contemporains d’Athanase, dans leur portée. Aussi des auteurs graves maintien­ où. à l’aide de syllogismes el de dilemmes, le saint doc­ nent fermement l’authenticité de l’ouvrage, ou n’accor­ teur écrase et réfute les erreurs de ces ennemis de la dent pas que la question soit définitivement tranchée. lumière ». P. G., t. xxv, Prolegom., p. x. 11 y est ques­ Contre l'authenticité : J. Driiseke. Gesammelte patristiche tion de la divinité du Verbe et de son rapport à la nature Untersuchungen, Altona et Leipzig, 1889, p. 167 sq., et Zur Athanasios-Frage, dans Zeitschrift /ür wissenschafttiche Théo­ humaine, puis d'un grand nombre de textes scriptu­ logie, 1895, t. xxxvni, p. 238-69; Stülcken, Athanasiana, p. 70raires, relatifs à ce double objet. La plupart des cri­ 75 ; Hoss, Studien, p. 128-129 ; G. Voisin, L’apollinarisme, p. 73tiques maintiennent simplement l'authenticité. Newman 75, note modérée. — Pour l'authenticité : F. X. Funk, compte a pourtant estimé qu’il est difficile de voir dans cet ’ rendu dans Theologische Quartalschrift, Tubingue, 1890, t. lxxii, ouvrage autre chose qu’une collection de petits frag­ p. 312; A. Robertson, S. Athanasius on the incarnation, ments tirés dautres écrits d’Athanase. Select treatises 2· édit., Londres, 1893, Introduction ; H. Striiter, Die Erlüsungsof S. Athanasius, p. 500. Il a, du reste, une étroite pa­ lehre des hl. Athanasius, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 75-90; F. Lauchert, Die Lehre des hl. Athanasius, Leipzig, 1895, p. XI, renté avec Γεκθεσις πίστεως. Aussi, les auteurs qui note 2; F. Kattenbusch, Das apostoliche Symbol, Leipzig. 1894doutent de l’authenticité de ΓεκΟεσις, doutent aussi du 1900, t. n. p. 223,975. — Bardenhewer, Les Pères de l’Eglise, t.n, Sermo major, ou prétendent même y voir un écrit polé­ p. 40, constate seulement que l'authenticité soulève des objections. mique contre l’apollinarisme, sorti des cercles antio­ 2° Écrits d'authenticité suspecte. — Tels sont, en géné­ chiens vers la fin du rv« siècle. Stülcken, Athanasiana, p. 28-40; Hoss, Studien, p. 104 sq. ral, les ouvrages contenus dans le tome xxvm de la 3. Liber de incarnatione Verbi Dei et contra arianos. Patrologie grecque sous la rubrique : Dubia. H suffit, P. G., t. xxvt, col. 982-1028. —Sorte de commentaire sur pour la plupart, d'indiquer le titre : Testimonia ex sa­ des textes doctrinaux, divisé en trois parties : réfutation cra Scriptura, de naturali communione similis essent iæ des objections faites par les anoméens contre la divinité inter Patrem, Filium et Spiritum Sanctum, col. 29de Jésus-Christ; preuves de la divinité du Saint-Esprit; 80; Epistola catholica, col. 81-84; Refutatio hypocrisis preuves scripturaires de la consubstantialité du Verbe. Meletii et Eusebii Samosalensis adversus consubstan­ Ceux qui maintiennent l'authenticité de cet ouvrage, lui tialitatem, coi. 83-88; De ælerna Filii et Spiritus assignent comme date approximative l'année 365. BarSancti cum Deo existentia, et contra Sabetlianos, coi. denhewer, Les Pires de l’Église, t. n, p. 38. Les doutes 95-122; De sabbatis et circumcisione, ex libro Exodi, reposent surtout sur l'usage de quelques expressions coi. 131-142; Romilia de semente,coi. 143-168; Romilia qui ne semblent pas alhanasiennes, et sur une inter­ in illud : Profecti inpagum, Matth., xxi,2,coi. 169-186; prétation du texte : Pater major me est, Joa., xtv, 28, Romilia in passionem el crucem Domini, coi. 185différente de celle qu'on trouve dans Orat., i, 58. Stülcken, 250. Athanasiana, p. 01-06; Hoss, Studien, p. 127-128. Le traité De virginitate, sive de ascesi, coi. 251-282. 4. Liber de Trinitate et Spiritu Sancto. P. G., t. xxvt, mérite une mention spéciale. Un essai de réhabilitation col. 1190-1218. — On ne possède qu'une traduction latine a été tenté par A. Eichhorn, Athanasii de vita ascetica de cet écrit, qui a beaucoup de rapport, pour la matière testimonia, p. 27 sq. Malgré quelques adhésions don­ et la méthode, avec le précédent et avec les lettres à Sénées à cette thèse, il semblerait plutôt acquis mainte­ rapion. Les partisans de l’authenticité donnent la même nant que l’ouvrage est apocryphe; ce serait un traité date approximative que pour le Liber de incarnatione anonyme, en conformité de doctrine théologique avec Verbi Dei. Bardenhewer, loc. cit. Les doutes viennent les formules cappadociennes des environs de l’an 370, aussi des mêmes auteurs. Stülcken, loc. cit., p. 75-76; mais étroitement apparenté dans sa partie ascétique à la Loofs, dans Realencyklopâdie fur protest. Théologie, doctrine eustathienne, condamnée par le concile de 3“ édit., t. n, p. 201. Gangres. Voir Mor Batiffol, Le Περί παρθενίας du 5. Contra Apollinarium libri II. P. G., t. xxvi, col. Pseudo-A thanase, dans Rômische Quartalschrift fur 1091-1166. — Deux livres,dont les vrais titres sont,pour christliche Altertumskunde und fur Kirchengele premier. De incarnatione Domini nostri Jesu Chris­ schichte, Rome, 1893, t. vu, p. 275-286. ti, et pour le second, De salutari adventu Jesu Christi. Il faut aussi considérer comme suspecte, sinon apo­ Ni dans ces titres, ni dans le corps de l’ouvrage, il cryphe, I'Interpretatio in symbolum, Ερμηνεία εις τό n’est fait mention d’Apollinaire, qui vivait encore; c’est σύμβολον, contenue parmi les Fragmenta, P. G., t. xxvt. coi. 1231-1232. A. Hahn, Bibliolhek der Symbole und seulement une réfutation, substantielle et pénétrante, «le diverses erreurs apollinaristes. La parfaite intégrité G laubensregeln, 3' édit., Breslau, 1897, p. 137-138.D’aprés de la nature humaine du Christ est. en particulier, net­ les recherches faites parCaspari et Kattenbusch. op.cit., tement défendue. D’après Montfaucon, cet écrit fut com­ t. 1, p. 273 sq., celte Ερμηνεία dériverait du symbole posé par saint Athanase vers l’an 372. L’authenticité est donné par saint Épiphane à la lin de son .1 ncoratus, contestée de nos jours. Suivant Dràseke, ces deux P. G.,t. xi.ili, col. 234-235, et serait peut-être l'œuvred’un livres auraient été rédigés à Alexandrie après la mort des premiers successeurs de saint Athanase. de saint Athanase, entre 373 et 377, par Didyme l’AveuPour les divers écrits exégétiques, contenus dans le gle et l’un de ses disciples, Ambroise, dont parle saint tome xxn de la Patrologie grecque, voir le Dictionnaire Jérôme, De viris illustr., 126, P. L., t. xxiii, col. 713. de la Bible, art. Athanase, t. i, col. 1208 sq. Pris du Sans suivre Dràseke dans ses conjectures ni accepter moins dans l’état où ils nous sont parvenus, iis ne sem­ toutes ses objections, un grand nombre de critiques 1 blent pas présenter de garantie suffisante d’authenticité. 2165 ATHANASE (SAINT) Ce sont, en dehors de la Lettre à Marcellin, tenue communément pour authentique, les ouvrages suivants : Expositiones in Psalmos, col. 45-156; Fragmenta com­ mentariorum in Psalmos, col. 547-590; Interpretatio Psalmorum, sive de titulis Psalmorum, col. 591-1344; Fragmenta in Job, in Canticum, in Mallhæum, in Lu­ cam, in Epist. 1 ad Corinthios, coi. 1344-1404. 3» Écrits apocryphes. —Pourles nombreux ouvrages de ce genre, classés depuis longtemps parmi les Spuria, il suffît de renvoyer au tome xxvin de la Palrologie grecque, col. ·437 sq. Un seul de ces ouvrages a donné lieu récemment à une discussion de quelque impor­ tance; c'est le Syntagma doctrines ad monachos, col. 831-846. M.E. Revillout a vu, dans cet ouvrage, une partie des actes du concile d’Alexandrie de 36·^, partie disciplinaire ayant pour objet la réglementation de la vie religieuse sous la forme de l'ascétisme primitif; l’en­ semble même des actes de ce concile aurait formé la collection désignée sous le nom de Synodigue de saint Athanase. Rapport sur une mission en Italie, dans .-lrchii-es des missions scientifiques, 3· série, Paris, 1877, t. iv, p. 447 sq. ; Le concile de Nicée d’après les textes coptes et les diverses collections canoniques, 2 in-8°, Paris. 1881, 1899. La thèse a été acceptée par A. Eich­ horn, Athanasii de vita ascetica testimonia, p. 15 sq., et traitée d'assez vraisemblable par quelques érudits. Mais elle a trouvé aussi des adversaires convaincus et ne parait pas être sortie indemne de leurs attaques. Voir F. X. Funk, compte rendu dans Theologische Quartalschrift, Tubingue, 1887, t. lxix, p. 362-364; A. Rober­ son, Select writings and letters of Athanasius, Pro­ legom.,p. lix; surtout Mtt'BatiU'ol, Le i Syntagma doc­ trinal» dit de saint Athanase, dans Studia patrislica, 2· fasc., Paris, '1890, p. 119 sq. Aux écrits relégués par Montfaucon dans la classe des apocryphes il en faut joindre plusieurs autres, qu'il avait laissés parmi les dubia. Tels sont ceux ou la critique moderne voit l’œuvre d’Apollinaire de Laodicée, et que ses partisans eurent l’habileté de faire passer sous le nom de saint Athanase. C’est le cas, certainement, poul­ ies deux opuscules De incarnatione Dei Verbi, P. G., xxvin, col. 25-30, 89-96. Le premier est une sorte de symbole, où se trouve la célèbre expression Μίαν φύσιν τ-,ΰ Θεού Λόγου σεσαρζωμένην, unam naturam Dei Verbi incarnatam, employée dans un sens très différent par les monophysites et par saint Cyrille d'Alexandrie qui croyait à sa provenance athanasienne. De recta fide, ad reginas, P. G., t. lxxvi, col. 1211. Le second opuscule est un petit traité antinestorien, ou l’on remarque ces conceptions apollinaristes : Θεός έν σαρζί... ένών έαυτον τήν σάρκα... τώ πνεΰματι Θεόν, και άνθρωπον τή σαρχί... C’est encore le cas, très probablement, pour 1 opuscule "Οτ·. εις ό Χριστός, Quod unus sit Christus, col. 121-132. 4'oir G. Voisin. L’apollinarisme, part. II, c. i. § 2 ; c. n, § 2,3. Enfin, depuis les nouvelles recherches faites sur l’his­ toire du canon scripturaire, on ne peut plus douter du caractère apocryphe de la Synopsis Scripturæ sacrât, col. 281-138. résumé clair et souvent très profond des Livres saints, ou quelques auteurs avaient prétendu voir U ΙΙυκτία των θειων γραφών, dont parle Athanase dans i Apologia ad Constantium, 4, P. G., t. xxv, col. 600. Cet écrit pseudépigraphe reste anonyme et parait ap­ partenir à la fin du v" siècle. T. Zahn, Geschichte des .V· teslamenllichen Fanons, Leipzig, 1890, t. n, p. 302318. I Éditions. — La principale édition des Œuvres de saint Athanase est celle des bénédictins de Saint-Maur, J. Lopin et B. de Mcntfaucon, 3 in-fol.. Paris, 1698. Elle fut réimprimée, avec oxnpléments, en 1777, à Padoue, par les soins de l'évèque de eette ville, N. A. Giustiniani. Migne a profité de ces travaux et êe plusieurs autres, ceux surtout du cardinal Mai, dans sa PaSro.ogia grxca, 4 in-4·, Paris, 1857. Pour les éditions plus an­ 2166 ciennes, voir Montfaucon, P. G., t. xxv, Prolegom., p. xvt; pour les éditions partielles, Bardenhewer, Les Peres de l'Église, t. n, p. 47 sq. : A. Roberston, Select writings and tellers of Athanasius, Prolegom.. p. xi-xn. 2. Traductions. — L'Allemagne possède une traduction com­ plété des œuvres du saint docteur dans Sümmlliche U · /. tion d’un choix d'écrits, par J. Fisch et A. Richard, dans Bibùothek der Kirchenvdler, 2, vol. Kempten, 1872-1875. L'Angle­ terre a des traductions remarquables accompagnées d’introduc­ tions et de notes précieuses -.Select treatises ofS. Athanasius, in controversy with the Arians, et Historical tracts..., Ox­ ford, 1842,1843, dans la collection Library o/ the Fathers ; Se­ lect writings and letters of Athanasius..., Oxford, 1892, dans la collection Library of Nicene and Post-Nicene Fathers. On n'a, en France, que des traductions partielles : la Vie de saint Antoine, par Robert Arnauld d'Andilly, dans les Vies des saims Pères du désert, Paris, 1668, 1G8O; \'Apologie à Constance, les deux Livres contre Apollinaire, la Lettre encyclique aux évê­ ques d’Égypte et de Libye, le Premier discours contre les ariens, dans la collection des Chefs-d’œuvre des Pères, t. m ; les deux Apologies de saint Athanase à l'empereur Constance et sur sa fuite, dans E. Fialon, Saint Athanase. On trouve des extraits et des analyses dans la Bibliothèque choisie des Pères de l’Églisegrecque et latine, parN.S. Guillon, 1828,t. v, p. 172257. Sur les traductions arméniennes. voirTajézl, Des h. Atha­ nasius, Palriarchen von Alexandrien, Beden, Briefe und unechte Schriften. Venise, 1899. 3. Ouvrages à consulter. — S. Jérôme. De viris illust., 87, P. L., t. xxm, col. 693; Photius. Bibliolh., cod. 32, 139, 140, P. G., t. cm. col. 64. 420; Montfaucon, préface générale et re­ marques préliminaires avant chaque ouvrage;!-. Ellies Dupin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, L’trecht, 1731, t. H, p. 35-60; C. Oudin, Commentarius de scriptoribus ecclesiasticis, I.eipzig. 1722,1.1, col. 325-390, Dissertatio de ope­ ribus sancto Athanasio attributis ; G. Cave, Scriptorum eccle­ siasticorum historia literaria, Oxford, 1740, t. t, p. 191-198; Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés, 2· édit., Paris, 1865, t. iv, p. 105 sq. ; Fessler-Jungmann. Institutiones patrolo­ gies, Inspruck, 1890, t. 1, p. 392 sq. ; Bardenhewer, op. cil., t. n, p. 37 sq. ; P. Batiffol, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 264, 327 ; F. Wallis, On some mes. of the writings of S. Athanasius, dans The journal of theological studies, oct. 1901 et janv. 1902. HI. Doctrine de saint Athanase. — i. traits caracté­ ristiques. — La théologie de saint Athanase ne se pré­ sente pas sous la forme d'un corps de doctrine systéma­ tiquement relié. Son rôle ayant élé celui d'un homme d'action, ses écrits furent en général des écrits de cir­ constance, composés pour défendre la foi ou satisfaire à ses devoirs d’évèque. Et pourtant, peu de docteurs ont eu sur l’orientation et le développement de la dogmati­ que chrétienne une influence aussi profonde. Cela tient au rôle providentiel qui échut au saint; par son propre mouvement, et plus encore par le cours des événements, il fut porté à fixer ses méditations et toute la vigueur de sa grande intelligence sur un problème aussi iondainental pour le christianisme que fécond dans sa portée théologique, le problème du Verbe incarné, Dieu fait homme et Sauveur du genre humain. Il considéra le Verbe sous tous ses rapports, dans son existence au sein du Père, dans l'œuvre de la création ou il intervient comme Sagesse et Puissancedu Père, dans l’œuvre de la rédemption qu'il accomplit comme Verbe f ut chair. En­ visagé de la sorte, Jésus-Christ devient un centre, auquel se rapportent lesgrandes lignes de la religion chrétienne : la trinité, la création et l'état primitif du genre humain, la chute et l'incarnation du rédempteur avec toutes ses conséquences. Aussi rien n'est plus facile que de tirer une large synthèse dogmatique de la doctrine de saint Athanase, en la rattachant soit à la personne du Verbe, comme l'a fait Atzberger, Die Logoslehre des hl. Atha­ nasius, soit à son œuvre rédemptrice, comme l’ont fait Pell, Die Lettre des hl. Athanasius von der Stinde und Erlbsung, et Stràter, Die Erlôsungslehre des hl. Atha­ nasius. Athanase, docteur de l’Église, est avant tout théologien, et sa doctrine présente un caractère éminemment tradi­ tionnel ; dans une phrase, où l'élégance se joint à la vé­ 21G7 ATHANASE (SAINT) rité, on a dit « qu'elle est un chaînon d'or entre les en­ seignements plus anciens et la théologie postérieure au concile de Nicée ». Chaînon solide aussi, parce que. sans sacrilier les résultats acquis par les maîtres qui ravalent précédé, Athanase fit passer la pureté de la foi pardessus toute autre considération. En face d'hérétiques qui faussaient les dogmes catholiques par leurs concep­ tions d'écoles, il comprit la nécessité de replacer ces mêmes dogmes et de les défendre sur leur propre ter­ rain, la révélation contenue dans l’Ecriture sainte et la tradition. Il sut dégager la doctrine catholique d'éléments parasites qui la gênaient et dont l’arianisme essaya de se prévaloir; au Logos-démiurge et au Dieu abstrait de la philosophie, il opposa nettement le Logos de saint Jean et le Dieu de l'Évangile qui par son Fils sauve le monde. Il a mérité le beau titre de Père de l'ortho­ doxie. Il n’en est pas moins de son siècle et de son milieu, ce milieu alexandrin ou se côtoyaient alors deux écoles célèbres, sur certains points rivales et sur d'autres se compénélrant mutuellement, soit par inlluence immé­ diate, soit par communauté de sources; l'école néoplato­ nicienne avec son éclectisme philosophique, et l’école chrétienne du Didascalée ou prédominait encore, mais modifiée déjà par des apports de provenance asiatique, la doctrine d'Origène. Élevé dans ce milieu, Athanase en subit d'abord l'inlluence littéraire et philosophique, sen­ sible surtout dans son œuvre de jeunesse, le traité Con­ tra gentes et De incarnatione. Que de passages rappel­ lent « le grand Platon », ou témoignent de conceptions stoïciennes courantes à cette époque! Sous le rapport théologique, Athanase trouvait à Alexandrie une école vivante et. douée d'une physionomie propre. Origène resta pour lui un maître vénéré, dont on relit les œuvres même au désert. AdSerap., tv,9, P. G., t. xxvi, col. 650. Toutefois il ne l'acceptait pas les yeux fermés, sans dis­ cernement : « Ce qu'il a écrit, comme en cherchant et s'exerçant, ne doit pas être pris pour sa pensée propre. Mais lorsque, dans une discussion et une exposition, il définit et affirme sans hésitation, alors on possède la pensée du laborieux savant. » Ve decret, nicœn., 27, P. , t. xxv, col. 466. G. Par ailleurs, les circonstances placèrent souvent le saint docteur dans d’autres milieux. A Nicée d'abord, et plus longuement, durant son premier et son second exil, il prit contact avec les occidentaux et leur terminologie trinitaire et christologique. En Orient, il se trouva en face d'adversaires ou même en communauté d'action avec des amis formés à d’autres écoles, eusébiens, ho­ méousiens, néonicéens d'Antioche ou de Cappadoce. Il y gagna en largeur de vues et d'esprit, mais sans cesser d'être alexandrin. C’est même en grande partie sous son inlluence que se précisèrent les traits généraux qui, bientôt, distinguèrent l’école égyptienne d'Alexandrie et l'école syrienne d'Antioche, et que le cardinal Hergen­ rother résume ainsi, dans son Histoire de l’Église, trad. P. Belet, Paris, 1880, t. n, p. 134 : « L’école d'Égypte, contrairement à l'opinion de Photin, qui n’admettait qu'une différence de degrés entre le Fils de Dieu et les saints, relevait la différence spécifique qui existe entre l'incarnation et l'influence purement morale que Dieu exerce sur l'homme, et insistait sur le caractère incom­ préhensible de cette union mystérieuse. L’école syrienne, conformément à la direction rigoureuse qu'elle suivait et contrairement aux idées gnostiques et apollinaristes, s’appliquaità démontrer que les deux natures en JésusChrist gardent leurs propriétés et échappent à toute confusion. Les Alexandrins insistaient volontiers sur l’union des deux natures et sur l'unité de l’Homme-Dieu ; les Antiochiens, sur la diversité permanente du divin et de l’humain; les premiers, sur le côté mystérieux de l'incarnation; les autres, sur son côté compréhensible, sur la dualité de l'étre humain et de l'être divin. » Il faut 2IG3 tenir compte de ces considérations générales, quand on veut apprécier la théologie athanasienne. n. PRINCIPAUX détails. — La biographie de saint Athanase et la liste de ses ouvrages nous ont fait con­ naître le fond de sa doctrine; reste à en grouper sous divers chefs les points les plus saillants. I" Théodicée, anthropologie. — En réfutant le paga­ nisme et en lui opposant le monothéisme chrétien, l'au­ teur de YOratio contra gentes établit, sur Dieu et sur l'homme, les vérités les plus essentielles. L'existence de Dieu, ses attributs essentiels et son action immédiate dans la création, la conservation et le gouvernement du monde, sont démontrés par des arguments qui, pour la plupart, sont restés dans l'enseignement traditionnel. Dieu crée par pure bonté, il crée dans son Verbe, qui est sa sagesse même; pas d'intermédiaires entre la puis­ sance créatrice et son objet. Le mal n'est point un être positif que Dieu ait créé; il doit son origine à l'abus de la liberté contingente. L’homme est composé d’un corps mortel et d'une âme raisonnable, spirituelle et immortelle : l'esprit n’est qu’une faculté de lame, τον έν αυτή (ψυχή) νούν, n. 34, P. G., t. xxv, col. 61. Par sa raison l’homme peut s’éle­ ver· à la connaissance de Dieu, en prenant pour point d'appui ou le monde extérieur ou sa propre âme; car le monde porte l’empreinte du Verbe, Sagesse du Père, et dans l’âme surtout brille, comme dans un miroir, l’image du Verbe. Saint Athanase explique peu ce qu'il entend par cette contemplation du Verbe dans l'âme hu­ maine; il semble placer le lien objectif de cette connais­ sance entre notre propre raison dont l'âme a conscience, et le Verbe considéré comme Raison divine dont la nôtre n'est qu'une participation. Du reste, il ne prouve pas l’existence personnelle du Verbe; il la suppose, ou comme connue par la foi, car il écrit pour un chrétien, ou comme admise par la philosophie de son temps. Il insiste beaucoup et à plusieurs reprises sur la nécessité de la pureté du cœur, pour s’élèvera Dieu. Sur la philo­ sophie de saint Athanase et ses rapporlsavec la doctrine platonicienne, voir E. Fialon, Saint Athanase, c. x : Rit­ ter, Histoire delà philosophie chrétienne, trad. .1. Trullard, Paris, 1844, 1. V. c. it; G. Teichmûller. Arislotelische Forschungen, ni. Halle, 1873, c. tv, § 5. et Studien zur Geschichte der Begri/le, Berlin, 1874, p. 166-169; A. Aall, Geschichte der Logosidee in der christlichen Lilteratur, Leipzig, 1899, p. -468 sq. 2» Étal primitif, chute originelle. — L'homme, créé â l’image du Verbe, n'était pas seulement doué· d'une âme spirituelle et raisonnable; il avait encore reçu de quoi vivre selon Dieu et à l’abri du mal, de la mort en particulier, dans le paradis terrestre. Pour comprendre dans toute son extension le contenu de cette grâce ini­ tiale, il faut examiner dans saint Athanase et l’œuvre de la rédemption et les conséquences de la chute originelle, telles qu’elles ressortent de l'ensemble de sa doctrine. Exprimée déjà substantiellement dans l'Oratio de incar­ natione Verbi, cette doctrine se précise et se déve­ loppe dans les Discours contre les ariens, les Lettres pascales et autres ouvrages du saint docteur. On voit alors très clairement que, pour Athanase. l'état primitif renfermait, outre la nature, les dons appelés maintenant préternaturels et la filiation divine parla grâce. Voir G. A. Pell, Die Lehre des hl. Athanasius von der Sünde und Erlôsung, Introduction, p. 3 sq. Mais Dieu avait imposé au premier homme une loi, dont l'observation fidèle devait être pour lui la condition du bonheur parfait et de l'immortalité. Trompé par le démon, l'homme se sépara du Verbe et transgressa le précepte divin ; il perdit les dons reçus, et fut réduit à sa condition naturelle, εις τ'ο κατά φύσιν. De ineam., 4, P. G., t. xxv, col. 104; Orat. conlr. arian.. m, 38. P. G., t. xxvi, col. 406. Par le fait même, le principe de la corruption et de la mort fut dans l’humanité. Le pé­ 21G9 ATHANASE (SAINT) ché d'Adam et ses conséquences passeront désormais à ses descendants : « Tous les hommes, depuis Adam, sont morts et restent morts... Adam péchant, le péché s'est transmis à tous les hommes. » Orat. contr. arian., i, 44, 51, P. G., t. xxvi, col. 103, 118. A la vérité, ni la puissance de connaître Dieu ni la liberté ne furent per­ dues; mais les.hommes ne firent qu'abuser de plus en plus de ces dons et tombèrent dans la plus effrayante corruption. De incarn., 12, P. G.,t. xxv, col. 116-117. 11 fallait un sauveur. 3» Incarnation. — On l'a déjà remarqué, la doctrine de saint Athanase sur le Verbe incarné est le centre de toute sa théologie, comme sa foi en ce même Verbe fut l'âme de sa vie militante. C'est par ce côté surtout qu'il attaqua l'arianisme, montrant que la négation de la di­ vinité du Verbe mettait cette hérésie en opposition avec les sentiments les plus intimes des vrais chrétiens; qu'elle élevait une barrière infranchissable entre Dieu et nous, puisque, suivant la sainte Écriture, nous ne connaissons le Père que par le Fils; qu'elle annihi­ lait en réalité l'œuvre de la rédemption, puisque nul autre qu'une personne divine ne pouvait réformer en nous l'image primitive, détruite par le péché, et nous taire enfants de Dieu. C’est donc sous l'aspect sotériologique que saint Athanase considère d'abord le Verbe in­ carné. « C'est pour notre salut qu'il s'est manifesté dans un corps humain. » De incarn., I, P. G., t. xxv, col. 98. « Quand mérne rien n’eùt été créé, le Verbe de Dieu n'en existait pas moins, et le Verbe était Dieu. Mais il ne se serait pas fait homme, si le besoin des hommes ne l'y avait forcé. » Orat. contr. arian., ni, 56, P. G., t. xxvi, col. 268. Par le péché d’Adam, le genre humain avait perdu les dons spéciaux de l’état originel; il était tombé sous la loi de la corruption et de la mort. Dieu, qui avait porté la loi, ne pouvait, sans se contre­ dire en quelque sorte, accorder un simple pardon, solu­ tion qui, du reste, eut manqué d'eflicacilé suffisante; ! homme ne pouvait se refaire lui-même à l’image primi­ tive. Et pourtant il convenait à la bonté divine de ne pas laisser périr son œuvre de prédilection. Le Verbe, lui. pouvait refaire c-r nous sa propre image, et, en se faisant homme, poser dans le genre humain un principe de résurrection et < immortalité. En même temps, par vie et par sa me t, il serait Verbe et Sagesse de Dieu, c'est-à-dire, il me aifesterait son Père aux hommes, et leur servirait lui-même de modèle. Dans VOratio de incarnatione, Athanase met princi­ palement en relief un aspect-de la rédemption suggéré tout d'abord par le récit de' la Genèse et développé par ■ int Irénée et l'école asiatique ; l'aspect physique, ayant pourobjet le passage de la corruption à l'incorruptibilité, de la mort à l'immortalité. Mais cet aspect n'est nulle­ ment exclusif; dans ce même écrit, le corps du Christ est considéré comme hostie et victime, ίερείον καί θύμα, son œuvre est envisagée comme une rénovation, et la formule célèbre apparaît déjà : « Le Verbe s’est fait homme, pour que nous fussions déifiés, » Αυτό; γαρ ένηνθρώπησεν, ΐνα ήμεϊς θεωποιηβώμεν. P. G., t. XXV, Cel. 112, 192. Grandes idées, que le saint docteur ne cesse pas ensuite de rappeler ou de développer, dans ses Lettres pascales comme dans ses Discours contre les ariens. La doctrine christologique de saint Athanase se relie naturellement à sa doctrine sotériologique. Le Verbe incarné est et doit être l'Homme-Dieu, ό έκ Μαρίας Θεός άνόρωπος. Orat, contr. arian., iv, 36, P. G., t. xxvi.col. 52 > Dieu, pour refaire en nous l'image du Verbe, pour nous manifester le Père, pour nous déifier. Homme, pour payer la rançon du péché en soutirant dans son corps, et placer dans l'humanité un principe d'immortalité, mais aussi pour être parmi nous une manifestation visible de 1 invisible divinité. De là, dans un seul et même sujet, c-tte union substantielle et inséparable du divin et de I I . i I I [ I 2170 l'humain, si fortement accentuée dans la théologie c· inasienne. Si les expressions de temple, de demeure, de vêtement, d'instrument, s’y rencontrent, appliquées .< l’humanité du Christ, rien dans le contexte ou dans la doctrine générale qui ne soit radicalement opposé- au nestorianisme. « Le Verbe s'est fait homme, mais il n'est pas venu dans un homme.» Oral, contr. arian., ni. 30, P. G., t. xxvi, col. 388. Toutes les conséquences de l'unité· ontologique du Christ apparaissent. Communica­ tion des idiomes fréquemment appliquée; c’est le Verbe qui crée et qui ressuscite les morts; c’est le Verbe qui a faim et qui souffre. Maternité divine de Marie, τής Θεοτόκου Μαρίας. Orat, contr. arian., hi, 14, 29. 33. P. G., t. xxvi, coi. 350, 386, 394. Aetion théandrique nettement formulée. Ibid., 31-32, col. 390-391 ; Epist., tv, ad Scrap., 14, P. G., t. xxvi, col. 656-657. Adoration de l'humanité sacrée du Sauveur, enseignée et défendue formellement. Epist. ad Adelphium, P. G., t. xxvi, col. 1074 sq. Mais n’y aurait-il pas excès dans le sens contraire? n'est-ce pas préparer la voie au monophysisme, que d’employer des expressions comme φυσική ενωσις? Con­ tra Apollin., i, 10, P. G., t. χχνι, col. 1110. Quel que soit l’auteur de cet ouvrage, Athanase ou l’un de ses disciples, sa véritable pensée ne peut faire de doute; il entend affirmer une union vraiment substantielle dont les termes sont, d'un côté le Verbe, et de l'autre la na­ ture humaine dans sa pleine intégrité; φυσική ενωσις, ne dit donc pas unité de nature. A cette question, tou­ tefois, se rattache un point important de la doctrine christologique d’Alhanase. Que la complète dualité des natures dans le Christ soit contenue dans les deux livres contre Apollinaire, c’est un fait: τέλειος Θεός καί τέλειος άνθρωπος ό Χριστός, I, 16, P. G., t. χχνι, col. 1121. Mais la paternité de cet ouvrage est contestée au saint doc­ teur, et pour cela même. On a prétendu que, dans ses écrits authentiques, il ne reconnaît pas d’âme humaine dans le Christ; le Verbe s’est fait homme en ce sens qu’il s'est uni à un corps, mais lui-même tient lieu d ame raisonnable. Les termes du composé théandrique se­ raient donc, d'un côté la personne du Verbe, de l'autre ce que saint Athanase appelle τό ανθρώπινον, l'élément humain du Christ, c’est-à-dire σάρξ, σώμα, la chair ou le corps. En un mot, Athanase serait apollinariste. Opi­ nion émise jadis par Baur, Die chrislliche Lehre von der Dreieiniffheil und Mcnschwerdung Gotles, Tubingue, 1841, t. 1, p. 570 sq., et reprise tout récemment par A. Stülcken, Athanasiana, p. 90-106, et Iv. Boss, S In­ dien ûber das Schrifllum und die Théologie des Atha­ nasius, p. 76-79. Cette thèse repose d’abord sur une interprétation abu­ sive des termes σαρξ et σώμα. Athanase les emploie dans leur sens biblique, qu’il a expliqué lui-même ; a C’est la coutume de Γ Ecriture d'appeler l'homme chair. . Oral, contr. arian., ni. 30, P. G., t. xxvi. col. 388. Et ailleurs : « Dire ; Le Verbe s'est fait chair, c’est dire : Le Verbe s’est fait homme. » Epist., II. ad Scrap., 7; Epist. ad Epictet.,8, P. G., t. xxvi, col. 620, 1064. De là vient que, pour désigner l’élément humain dans le Christ, le saint docteur se sert indifféremment des ter­ mes chair, corps, humanité, et qu'il attribue l'ignorance et le progrès dans le Christ soit à la chair, soit à la nature humaine : Τής ανθρώπινη; φύσεως ή; έστιν i'iiov και τό άγνοεΐν... ώς άνθρωπος αγνοεί,... αγνοεί σαρκ.κώς. Orat. contr. arian., Ill, 43, P. G., t. χχνι, col. 413, 416. A cette explication il faut joindre la doctrine générale d'Athanase sur l'incarnation qu'il désigne habituelle­ ment. non par le terme de ένσωμάτωσις, mais par celui de ένανθρώπησις, exprimant l'idée de Verbe fait homme. C'est en elfet l'idée du Verbe fait homme qui est à la base de cette doctrine ; homme semblable à nous par la nature, όμοιος κατά τήν φύσιν τοϊ; άνθρωποι;, De incarn., 37 ; homme comme nous, ώςήμάς άνθρωπον. Orat, contr. 2171 ATHANASE (SAINT) 2172 arian., I, 43; homme né dè la Vierge Marie à notre chrétienne, Athanase oppose la trinité consubstantielle. Rien de créé ne peut étre rangé dans la trinité, « car ressemblance, καθ’ όμοίωσιν ήμετέραν. Epist.ad Maxi­ mum, 2, P. G., t. xxv, col. 160; t. xxvi, col. 401, 1088. tout entière, elle est un seul Dieu... La trinité est indi­ visible. La divinité est une. Un seul Dieu sur tous, par Et quand les ariens, pour prouver l'infériorité du Verbe, tous, en tous. Telle est la foi de l’Église catholique. Car objectent le texte : Nunc anima mea turbata est, quelle le Seigneur l’a fondée et enracinée dans la trinité. lors­ est la réponse? λέγων άνθρωπίνως, « c'est comme homme qu'il dit : Mon âme est troublée maintenant. » qu'il a dit à ses apôtres : « Allez enseigner toutes les Du reste, la question se posa en 362, au concile des « nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du confesseurs, à l’occasion de vues divergentes sur l’in­ « Saint-Esprit.» Si le Saint-Esprit était une créature,il carnation, échangées, semble-t-il, entre les représen­ ne l'aurait pas rangé avec le Père, pour ne pas faire une tants d’Apollinaire de Laodicée et des partisans de la trinité hétérogène, par le mélange d’un élément étran­ doctrine antiochienne. Finalement les uns et les autres ger. Est-ce qu’il manque quelque chose à Dieu pour professèrent « que le Verbe du Seigneur n’est pas venu qu’il s’adjoigne une substance étrangère avec laquelle à la fin des temps dans un homme saint, comme il est il se fasse adorer? Blasphème! » Ainsi parlait Athanase venu dans les prophètes, mais que le Verbe lui-même contre les pneumatomaques, dans sa première lettre â s’est fait chair... Ils professèrent aussi que le Sauveur Sérapion. n. 17, et sa troisième, n. 6. P. G., t. xxvi. col. n’avait pas un corps sans âme, ni sans sentiment, ni 570, 634-635. C'est ce qu'il avait enseigné auparavant con­ sans esprit, ούδ’άνάητον. Car il n’était pas possible que tre les ariens : « Il n’y a dans la trinité qu'une seule et le Seigneur s’étant fait homme pour nous, son corps fût éternelle divinité. » Oral, contr. arian., I, 18, ibid., sans esprit ; ce n’est pas, en effet, le salut du corps seu­ col. 48. Et c’est en ce sens que, dès le début de sa car­ lement, mais aussi celui defame que le Verbe a opéré». rière d’écrivain,il employait la doxologie tradit ionnclle Tomus ad Antiochenos, 7, P. , G., t. xxvi, col. 804. qui unit les trois personnes divines dans un même Laltitude prise par l’évêque d’Alexandrie dans cette honneur, une meme puissance et une même gloire. circonstance n'est pas douteuse, puisqu’il fit souscrire Orat. de incarn., 57, P. G., t. xxv, col. I97. Les difficultés et les querelles suscitées, d'abord par à Paulin d’Antioche un formulaire où se retrouve la le mot όμοούσιος, puis par la question de terminologie profession de foi qu’on vient de lire. Ibid., col. 809; S. Épiphane, Hær., lxxvi, 20-21, P. G., t. xlii, col. 672. relative aux termes ούσία. ούσις, ύπόστασι; et πρόσωπ.ον, ont été racontées à l’article Arianisme. On a vu com­ C’est la même doctrine qui se retrouve, vers 370, dans la lettre à Épictète, n. 7; le Verbe s’est fait vraiment ment, dans ses traités De decretis nicænis, De synodis homme, άληδεία άνδρώπου γενομένου. parce qu’il devait et sa lettre ad Afros, saint Athanase fut l’historien et le procurer le salut de l’homme tout entier, âme et corps. défenseur du terme consacré par le concile de Nicée. P. G., t. xxvi, col. 1061. Si donc saint Athanase emploie Dans sa pensée, Γόμοούσιος emportait certainement de préférence, pour désigner l’humanité du Christ, les l’unité numérique de la substance divine. Voir .1. F. Betermes σαρξ et σώμα, ce n’est pas qu’il nie l’âme humaine thune-Baker, The Meaning of üomoousios in the « Condu Sauveur; mais il suit en cela l'usage biblique et tra­ stantinopolitan » Creed, dans Texts and studies, Cam­ ditionnel, eide plus, fidèle â sa propre conception sotébridge, 1901, t. vu, n. 1, p. 26-28. Mais il attachait moins riologique, il met en relief dans l’élément humain d’importance au terme lui-même qu'au dogme dont il du Christ le côté par où le Verbe s’est rendu visible était l'expression. A part les ouvrages polémiques où il le défend contre les attaques des ariens et des semiaux hommes, par où il a souffert et est mort pour détruire la loi de la corruption et de la mort, c’est-à-dire ariens, il se sert peu de Γόμοούσιος, à tel point que, dans les trois premiers discours contre les ariens, ce terme le corps sensible et la chair passible. Voir G. Voisin, La doctrine christologique de saint Athanase, dans la ne parait qu’une seule fois. Orat., i. 9, P. G., t. xxvi, Herue d’histoire ecclesiastique de Louvain, 15 juillet col. 29. Il se contente d’expressions équivalentes, comme 1900; puis, L’apollinartsme, Louvain, 1901, p. 40-47. όμοια; ουσίας, όμοιος κατ’ούσίαν, όμοιος κατά πάντα. Mais il faut reconnaître que, si le grand docteur Dans la querelle des trois hypostases, l’attitude du saint docteur fut très conciliante; il suffit de rappeler la dé­ alexandrin a soutenu en principe l’intégrité parfaite de la nature humaine du Christ, il n’a pas tiré toutes les ! cision prise au concile d'Alexandrie de 362. Mais pour lui, il continue à identiliefcftWoia et ύπόστασις. Epist. ad conséquences de cette doctrine, par exemple en ce qui Afros, 6, P. G., t. xxvi, cSE 1039. En réalité, la termi­ concerne la liberté, et même la volonté. La distinction nologie trinitaire d’Athan^e s'arrête à la simple li rdes deux volontés ne se trouve formule que dans De mule des symboles : un seul Dieu, Père, Fils et Saintincarnatione et contra arianos, 21, ouvrage dont l’auEsprit. Ce sont là les termes scripturaires qu’il oppose thenticibi n’est pas admise par tous, et dans un passage aux termes équivoques des ariens, philosophant sur cité par le VIe concile œcuménique, comme appartenant à un traité de saint Athanase sur ces paroles : Nunc ani­ Γάγέννητος et le γεννητός; Notre-Seigneur, leur dit il. « nous a ordonné d'être baptisés, non pas au nom de ma mea turbata est. P. G., t. xxvt, col. 1021, 1241. Le Γάγίννητον et du γεννητόν, non pas au nom du créateur problème de l’impeccabilité du Christ n’est touché, ex et de la créature, mais au nom du Père, du Fils el du professo que dans les deux livres contre Apollinaire. Sur Saint-Esprit. » De decretis nicæn., 31, P. G., t. xxv, l’union même de l’élément divin et de l'élément humain dans l’unique personne du Verbe incarné, la théologie col. 474. Si maintenant nous considérons les trois personnes du saint évêque reste incomplète, comme sa terminolo­ divines dans leur rapport mutuel, c’est d’abord le Père gie. Il affirme l’union, mais ne l’explique pas, ce qui se et le Fils qui nous apparaissent, vrai Père et vrai Fils: conçoit, puisqu’il s’agit d’un mystère ; même il n’en dé­ « Ils sont deux, puisque le même n’est pas le Père et le termine pas la nature d’une façon précise. Les grandes controverses christologiques des siècles suivants feront Fils, comme le soutient Sabellius, mais le Père est Père, et le Fils est Fils. » Oral, contr. arian., iv, 2, P. G., compléter l’œuvre. t. xxvi, col. 470. Et parce que le Père est essentielle­ 4° Trinité. — L’article Arianisme suffit à montrer quelle fut, dans ses lignes générales, la doctrine trini­ ment Père, il engendre le Fils de toute éternité et né­ taire de sai..t Athanase. Arius enseignait une trinité cessairement, mais sans division ni partage ; génération d’hypostases, en donnant à ce terme le sens de substan­ ineffable dont le docteur alexandrin n’essaie pas de son­ der les mystérieuses profondeurs. Viennent ensuite les ces, ούσίαι, non seulement distinctes et séparées les unes différents noms de la seconde personne, où se mani­ des autres, mais différentes en leur nature. Au sommet, feste toujours de plus en plus son inséparable union â Γάγέννητος, seul incréé, seul éternel, seul vraiment Dieu. A cette conception qui détruisait réellement la trinité la première. C’est le propre Verbe du Père, ïèio; τοΰ 2173 ATHANASE (SAINT) 2174 θεοϋ Λόγος; non pas le Logos-démiurge des philosophes les apparitions sensibles, celui qu'on voit et celui qui et des ariens, mais le Logos-Dieu, qui est la liaison parle ; on voit un ange sous une forme empruntée, mais en lui c’est le Verbe qui parle, Orat. contr. arian., m. même du Père et sa propre Sagesse, dans laquelle il a 12-14, P. G., t. XXVI, col. 346-251..I. Tixeront, Histoire fait toutes choses. Et c’est aussi sa propre, parfaite et des dogmes, Paris, 1969, t. n, p. 67-75. immuable image, απαράλλακτος εϊκών. 5" Grâce. Église. Sacrements. — Le Verbe incarné Le Saint-Esprit est surtout présenté en rapport immé­ diat avec le Fils. Pour Athanase, comme le Fils rentre continue son œuvre ici-bas de deux façons : au dedans, dans le Père, le Saint-Esprit rentre dans le Fils, lui parla grâce; au dehors, par l’Église et les sacrements. étant uni par l’identité de nature, de substance et d’opé­ Dans ses écrits dogmatiques, Athanase ne s’occupe pas ration : « Le Saint-Esprit est en même relation d’ordre directement de la grace actuelle, mais il en suppose plus et de nature avec le Fils que le Fils avec le Père... Rien d une fois la nécessité, surtout quand il met danstout qui n'existe et ne soit opéré par le Fils dans l’Esprit... son jour le profond abaissement ou le genre humain L’Esprit étant dans le Verbe, il est manifeste qu’il est était réduit avant la venue du rédempteur. Il est plus en Dieu par le Verbe. » Ad Serapion., I, 21, 31 ; ni, 6, explicite dans les écrits moraux; ainsi les lettres pas­ P. G., t. xxvi, col. 580, 601, 633. Aussi bien, la troi­ cales montrent dans la grâce un principe de force et sième personne dérive-t-elle de la seconde, comme d’illumination qui reste toujours en notre pouvoir. celle-ci de la première. C’est l’esprit du Verbe, ίδιον τού Epist., m, 3; v, 1, P. G., t. xxvi, col. 1373, 1380. Dans Λόγου ; qui procède du Père et que le Père donne par le la vie de saint Antoine, parlant des victoires de ce héros Fils; qui reçoit du Fils tout ce qu’il a, et que le Fils chrétien, le biographe ajoute : . vue l’état particulier où elle se trouve et les effets qu’elle Le mot est vrai de l’homme, de l’écrivain, du docteur, est destinée à produire en ceux qui la reçoivent. Mohler, du saint. Athanase le Grand, trad, franç., Paris, 1810, t. m, Athanase fut grand comme homme, par la trempe de p. 263 sq. son caractère et sa vigueur intellectuelle, par le dévoue­ Au sujet de la pénitence, deux textes sont attribués au ment total et désintéressé à une noble cause, par les saint docteur, tirés l’un d'une Chaîne sur Jérémie, qualités qui font les hommes d'inlliience et d’action. « Il l'autre d'une homélie sur ces paroles : Profecti in pa fut du nombre de ces esprits vigoureux, tels que les ré­ gum, P. G., t. xxvi, col. 1316; t. xxvni, col. 184. Dans clament les époques décisives. Constamment, pendant sa le premier, l'effet de l'absolution sacerdotale est com­ vie si remplie de vicissitudes, il se montra prêt à endu­ paré à celui du baptême; dans le second, le pouvoir de rer les dernières souffrances pour sa conviction ; et il y remettre les péchés est attribué aux disciples de Jésus. demeura inébranlable; il s'efforça de la défendre contre Mais l'authenticité de ces textes est en question. Enfin, toutes les attaques, d'entraîner sur ses pas les esprits 2177 ATHANASE (SAINT) — ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) oscillants ; et persuadé de la haute importance de sa mission, animé en même temps d'une sage condescen­ dance, il était, à ce double titre, éminemment propre à marcher à la tête de son parti, et à se soutenir dans celte difficile position. La grandeur de son caractère est hors dedoute. » Ritter, Histoire de la philosophie chrétienne, trad. .1. Trullard, Paris, 1844, t. n, p. 26. Athanase fut grand comme écrivain. Non qu’il ait été un littérateur de profession, cefutplutùl un penseur et, dansses écritscomme dans sa conduite, un homme d’ac­ tion ; mais cela même donne à sa langue un cachet par­ ticulier et des qualités solides qui l’ont fait admirer par les plus grands maîtres. « Son style, dit Photius, est clair, sobre et précis, mais en même temps nerveux et profond ; sa dialectique est puissante, et sa fécondité mer­ veilleuse. 11 argumente, non à la manière d'un écolier, en suivant pas à pas les règles de la logique ; mais en maître, et avec magnificence. » Biblioth., cod. 140, P.G., t. cm, col. 420. Érasme partageait l’admiration de Pho­ tius et louait en particulier cette éloquence forte de choses allant droit au but, tolus est in explicanda re. D’au­ tres ont relevé ce don particulier que possède Athanase d'allier dans un style clair et simple la mâle éloquence de la phrase antique et les pittoresques images de la Bible. Voir E. Fialon, Saint Athanase, Étude littéraire, c. xi; Monltmicon, Destylo Athanasii,P. G., t. xxv, Prolegom., p. xxill sq. Athanase fut grand comme docteur. Ce n’est pas â prouver,quand ceux aufrontdesquelsbrillecetteauréole, se sont inclinés devant lui. Ils l’ont appelé le grand illu­ minaient, pilier et pierre fondamentale de l’Église. Voir les Elogiavelerum,P. G., t. xxv, Prolegom.,p. ccLxxivsq. Peu d’hommes tiennent, en effet, dans l’histoire de l’Église une place plus importante. Dieu lui confia la mission de détendre une cause d'une exceptionnelle grandeur ; il fut digne de ce choix, et, par un juste retour, la grandeur de la cause a rejailli sur le champion du Verbe incarné. Athanase fut grand comme saint. Le récit de sa vie est un panégyrique, a dit justement Môhler, et Grégoire de Nazianze a pu commencer son célèbre discours par ces paroles : « Louer Athanase, c’est louer la vertu même. N’est-ce pas, en effet, célébrer les louanges de la vertu, que de faire connaître une vie qui réalisa toutes les ver­ tus ensemble?»Oral.,xxi,P. G., t. xxxv,col. 1082.Dans cette sainteté, comme dans cette vie, une passion fit l’unité, celle dont le duc de Broglie a dit : « Athanase était enflammé, dès sa jeunesse, de la passion qui fait les saints, l'amour de Jésus-Christ. » Cet amour du Verbe incarné explique tout Athanase. Il explique ses travaux, ses joies et ses épreuves, ses amitiés et ses sympathies. 11 explique aussi ses antipathies, ses indignations, sa haine réelle de l’hérésie et ses invectives contre ceux qui l’entretenaient; il les explique, comme l’amour de JésusChrist pour son Père céleste explique le fouet levé con­ tre les vendeurs du Temple et les Væ vobis lancés aux pharisiens hypocrites ou endurcis. Athanase reste l'une des plus grandes et des plus no­ bles figures dont s’honore l'humanité. Avec saint Théodore Studite, lambi, lxxi, P. G., t. xctx, col. 1800, nous pou­ vons saluer en lui un vaillant athlète dont les travaux sont au-dessus de toute louange ; la gloire des docteurs; un géant qui, luttant pour Dieu, a triomphé des plus redoutables ennemis. Τίς τού; αγώνα; των πόνων των σών φράσοι, 'Q πενταΟλητά, των διδασκάλων κλέος ; Υπέρ Θεού γάρ ώς γίγα; δραμών μέγας, Στεφζ,φορών καΟεϊλε; έχδρού; παγκάκους. I. Études sur la doctrine de saint Athanase. — i· Parmi les catholiques : Montfaucon, Prstfat., tv, P.G., t. xxv, p. xxvni sq.; dom Ceillier, Hist. gén. des auteurs sacrés, 2· édit.. Paris, 4865, c-ti. a. 6; abbé Barrai, Étude sur saint Athanase le Grand, in-8·. Paris, 18C3 : Gott das ll’orl und sein schôp/crisches, wiederB1CT. DE THEOL. CATHOL. 2178 herstellendes und weltregierendes Walten, nach dem M. A - inasius dargestellt, par un prêtre catholique, in-8·, Munich. K L. Atzberger, Die Logoslehre des hl. Athanasius, ihre ·'>■und unmittclbaren Vorlûufcr, in-8·, Munich, 1880; G. A. F-!;. Die Lehre des hl. Athanasius von der Sünde und E l - .· ;. EinedogmengeschichtlicheStudie, in-8·,Passau, 1888: H. Stripr. Die Erlôsimgslehre des hl. Athanasius. Dogmenhistorisch-· Studie, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1894; F. Lauchert, Die Lehre des ht. Athanasius des Grossen, in-8·. Leipzig, 1895 ; J. Schwar.e. Dogmengeschichte der patristischen Zeit, 2' édit.. Fribourg-enBrisgau, 1895, passim, table, p. 883. —2· Parmi les protestants: H. Voigt, Die Lehre des Athanasius von Alexandrien, in-8·. Brème, 1861; C. Vernet, Essai sur la doctrine christologique d’Athanase le Grand, in-8·, Genève, 1879; A. Eichhorn, Atha­ nasii de vira ascetica testimonia collecta, in-8·, Halle, 188i . J. A. Dorner, History o/ the development of the doctrine on the person of Christ, trad, angl., Édimbourg, 1897, part. 1. t. u, passim ; A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1894, t.n, passim : A. Stülcken, Athanasiana, et K. Hoss, Studien fiber das Schrifltum und die Théologie des Athanasius, déjà cités. H. Études diverses, se rapportant d'une façon plus générale à la personnalité, au caractère, à l'influence d’Athanase. — 1‘ Catho­ liques : Môhler, Athanase le Grand, déjà cité; Hergenrother, Athanasius der Grosse, dans Gürres-Gesellschaft, Vereinschrift ftlr 1876, p. 1-24. —2· Protestants : F Bôhringer, Atha­ nasius und Arius, déjà cité ; J. Kaye, Some account of the council of Nicsea, in connexion with the life of Athanasius, in-8·. Londres, 1853; Stanley, Lectures on the History of the Eastern Church, Londres, 1861, 7' feet.; Farrar, Lives of the Fathers, Édimbourg, 1889, t. I, p. 445-571 ; G. Kruger, Die Bedeutung des Athanasius, dans Jahrbiicher fhr protestantische Theologis, 16· année, Brunswig, 1890, p. 337-356; Robertson. Select writings and letters of Athanasius, Prolegom.. c. iv. Voir encore, pour divers ouvrages et articles non cités au cours de cette étude, U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie, au mot Athanase, et Sup­ plément, col. 2429. x. Le Bachelet. 2. ATHANASE (Symbole de saint). — I. Noms. II. Texte. HL Unité. IV. Origine : 1° date, 2” lieu de compo­ sition. 3’ auteur. V. Autorité. I. Noms. — Nous avons sous le nom de saint Athanase un symbole de foi dont le texte est entré dans le bré­ viaire romain : c'est le Quicunque vult salvus esse. Plu­ sieurs anciens manuscrits du vin· siècle ne lui donnent aucun titre; dans d’autres manuscrits, généralement plus récents (ixeou x" siècle), on trouve les appellations de Fides catholica, Fides sancti Athanasii, Fides sancti Athanasii episcopi, Fides catholica sancti Athanasii episcopi, Fides catholica edita a sancto Athanasio Alexandrite episcopo, ou même Hymnus Athanasii de fide Trinitatis, etc.; et l’opinion qui l'attribue a saint Athanase est certainement fori ancienne, puisque l'auteur du commentaire de l’Oratoire (ms. du x* ou xr siècle), que l’on soupçonne être Théodulfe d'Orléans (f 821), affirme qu’il le lui a toujours vu attribué dans les anciens manuscrits : Traditur enim quod a · r simo Athanasio alexandrin» ecclesiæ antestile sit edi­ tum : Ha namque semper eum vidi prætitulalum etiam in veteribus codicibus. Burn, The alhanas. ere, H, p. liv. Cependant un psautier de Cambridge: 272 O. 5·, du ix" siècle, donne : Fides sancti Anasthasii episcopi, leçon que dont G. Morin (Science catholique, 15 juillet 1891, p. 679, 680) a signalée ailleurs; et un manuscrit du XIVe siècle, édité par Montfaucon, P. G., t. xxvni, col. 4573, 1593, et qui porte en regard une traduction française, fait précéder cette traduction de la note : Ce chant fut sainct Anaistaise qui aposloilles de Rome, tandis qu’il donne au texte latin le titre de Canticum Bonefacii, désignant sans doute par là le grand évêque de Mayence martyrisé en 755, qui aura répandu dans les Gaules l'usage du Quicunque comme chant d'office. Dom G. Morin, loc. cit., p. 679. H. Texte. — Voici maintenant le texte du Quicunque tel qu’il se dégage des manuscrits des vni* et ix· siècles et des plus anciens commentaires. Je l'emprunte i M. Burn, op. cil., p. 4-6, en conservant sa numéroa- L — 69 2179 ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) 2180 son troisième volume, p. 270. que l’union des deux par­ ties a pu se faire dès le vi8 siècle. Sur quoi s'appuie l'avis de ces critiques? Leurs argu­ 1. Quiconque vult salvus esse ante omnia opus est ut teneat ments sont de diverse nature : '1° D'abord certaines catholicam fidem, 2. quam nisi quisque integram inviolatamque citations du Quiconque qui supposent, par leur teneur, servaverit absque dubio in æternum peribit. 3. Fides autem caque l’écrivain, en les faisant, n'avait sous les yeux qu'une Uiulica hæc est ut unum deum in trinitate et trinitatem in uni­ des deux moitiés du texte complet : a) Le manuscrit de tate veneremur : 4. neque confundentes personas, neque substan­ tiam separantes. 5* Alia est enim persona patris alia filii alia Vienne 1261 du xn» siècle : c’est une collection de ser­ spiritus sancti. 6. sed patris et filii et spiritus sancti una est di­ mons et d’écrits attribués à saint Augustin. Dans un de vinitas, æqualis gloria, coætema majestas. 7. Qualis pater talis ces sermons l’orateur cite du Quiconque l’article 3, puis filius talis et spiritus sanctus. 8. Increatus pater increatus filius plus loin les articles 1-6, 24, 26, sur quoi il se met à 'ocreatus et spiritus sanctus. 9. Immensus pater immensus filius parler des épreuves de la vie, fait une description du .mmensus et spiritus sanctus. 10. Æternus pater, æternus filius jugement, et conclut sans un mot sur la deuxième par­ æternus et spiritus sanctus : 11. et tamen non 1res æterni sed tie du symbole, b} La profession de foi que Denebert, unus æternus. 12. Sicut non tres increati nec 1res immensi sed unus increatus et unus immensus. 13. Similiter omnipotens pater évêque élu de Worcester, présenta à Éthelhard. arche­ omnipotens Illius omnipotens et spiritus sanctus, 14. et tamen vêque de Cantorbéry, vers l’année 798. H y récite les non tees omnipotentes sed unus omnipotens. 15. Ita deus pater articles 1, 3-6, 20-22, 24,25 du Quiconque, puis pro­ deus filius deus et spiritus sanctus, 16. et tamen non tres dei sed met d'observer les décrets des papes et de garder la foi unus est deus. 17. Ita dominus pater dominus filius dominus et spiritus sanctus, 18. et tamen non tres domini sed unus est do- I et la discipline des six conciles généraux. Des articles du symbole sur l'incarnation, rien, c) Le fragment de minus. 19. Quia sicut singillatim unamquamque personam et deum et dominum confiteri Christiana veritate compellimur, ita Trêves (Bibliothèque nationale. 3836, VIIIe siècle); le co­ tres deos aut dominos dicere catholica religione prohibemur. 20. piste qui l'a écrit nous dit qu’il l'a trouvé dans un ma­ Pator a nullo est factus nec creatus, nec genitus. 21. Filius a pa­ nuscrit plus ancien à Trêves : Hæc invini Treviris in tre solo est, non laetus nec creatus sed genitus. 22. Spiritus uno libro scriptum sic incipiente Domini nostri Ihesu sanctus a patre et filio, non factus nec creatus nec genitus est Christi, et reliqua. Suit le texte, qui comprend la der­ sed procedens. 23. Unus ergo pater non 1res patres, unus filius nière partie de l'article 27, Domini nostri Ihesu Christi non tres filii, unus spiritus sanctus non tres spiritus sancti. 24. fideliter credat, jusqu’à la fin : le verset 35 seul est Et in hac trinitate nihil prius aut posterius, nihil maius aut mi­ nus, sed totæ tres personæ coæternæ sibi sunt et coæquales : 25. omis, d) Ajoutons que le plus ancien commentaire que ita ut per omnia sicut iam supradictum est et trinitas in unitate nous ayons du Quiconque, celui qui porte le nom de et unitas in trinitate veneranda sit. 26. Qui vult ergo salvus esse Fortunat ou d'Euphronius (v· siècle?), omet l'explica­ ita de trinitate sentiat. 27. Sed necessarium est ad æternam sa­ tion des articles 2, 12, 14, 20-22, 24 en partie, 27. Le lutem ut incarnationem quoque domini nostri lesu Christi fideliter commentaire de Troyes (c. 780-820) omet également celle credat. 28. Est ergo fides recta ut credamus et confiteamur quia des articles 2, 12, 20-22, 26, 27. Ces deux commentaires dominus noster lesus Christus dei filius deus pariter et homo est. connaissaient-ils donc les versets qu’ils n'expliquent 29. Deus est ex substantia patris ante sæcula genitus, et homo est ex substantia matris in sæculo natus. 39. Perfectus deus, per­ pas? — 2» Le second ordre d’arguments est tiré du si­ fectus homo ex anima rationali et hunjana carne subsistens. 31. lence des auteurs. Si le Quiconque a existé complet au Æqualis patri secundum divinitatem, minor patri secundum hu­ vni'siècle, comment des hommes comme Paulin d'Aquimanitatem. 32. Qui licet deus sit et homo non duo tamen sed unus lée, Alcuin, Raban Maur l'ont-ils ignoré? Comment un est Christus. 33. Unus autem non conversione divinitatis in came pareil document, se réclamant du nom d’Athanase, n’ased assumptione humanitatis in deo. 34. Unus omnino non con­ t-il pas joui de plus d’autorité, n'a-t-il pas été plus sou­ fusione substantiæ sed unitate personæ. 35. Nam sicut anima ra­ vent cité et exploité? Comment surtout ne s’en est-on tionalis et caro unus est homo, ita deus et homo unus est Chris­ tus : 36. qui passus est pro salute nostra, descendit ad inferna, pas servi comme d’une arme victorieuse contre l’adop­ resurrexit a mortuis, ascendit ad cados, sedet ad dexteram pa­ tianisme? — 3" Enfin M. Harnack a fait valoir, dans le tris : 37. inde venturus judicare vivos et mortuos, 38. ad cujus même sens, des considérations tirées de la structure adventum omnes homines resurgere habent cum corporibus suis même du texte. Ce texte manque d’unité organique : la et reddituri sunt do factis propriis rationem. 39. Et qui bona doctrine sur l’incarnation n'est nullement annoncée egerunt ibunt in vitam æternam, qui vero mala in ignem æter­ d'abord : la /ides catholica c'est la Trinité seulement : num. 40. Hæc est fides catholica quam nisi quisque fideliter lirfides autem catholica hæc est ut unum deum in trini­ miterque crediderit salvus esse non poterit. tate, etc. Avec l'article 26 : qui vult ergo salvus esse, III. Unité. — La première question qui se pose pour lequel est un retour à l’article 1, s’achève évi­ ce texte, et qu’il faut traiter avant celle de son origine, demment tout le dessein de l'auteur primitif. Les articles est la question de son unité. 11 suffit, en effet, d’un re­ 27 et 28 qui rattachent les deux parties sont un lien gard superficiel pour voir que le Quiconque se divise en factice. On remarque d’ailleurs entre ces deux parlies deux parties bien distinctes : l’une (1-26), qui expose la des expressions diflérentes pour signifier la même idée: doctrine trinitaire, l’autre (27-40), qui expose la doctrine comparez, par exemple, 1 et 2 avec 27, 28 et 40. christologique. Ces deux parties sont-elles de la même Tels sont les arguments des critiques qui voient dans plume, et la composition entière est-elle d’un seul jet? le Quicunque une œuvre composite. Ces arguments sont-ils décisifs? Je ne le pense pas. 1» Notons d’abord Plusieurs critiques l’ont nié et le nient encore. Citons parmi les Anglais MM. Swainson et Lumby, et entre les que l’existence de quatre manuscrits, au moins, du Allemands, M. Harnack. D’après eux, il y aurait eu pri­ vm· siècle comprenant le texte entier (Paris, Bibl. nat., mitivement deux écrits distincts et indépendants, l'un 13159 1795-8001; Paris, Bibl. nat. 1451 [c. 796]; Milan, trinitaire, l’autre christologique. Le premier daterait, Bibl. ambr.. O. 212 |vni8 siècle] ; et l’original du Psautier dans sa rédaction fondamentale, du Ve siècle; l’origine d’Utrecht, Claudius, C. vu [la copie est du commence­ du second est complètement obscure. Après avoir che­ ment du IX· siècle]) ruine par la base l’opinion qui re-_ miné isolément, ils auraient été, dans les premières jette au IXe siècle la soudure des deux parties, et infirme années du IXe siècle, soudés ensemble de façon à pré­ l'argument tiré des citations incomplètes. Mais, d'ailleurs, senter une composition continue. Le texte en resta il est certain : a) qu’on ne saurait baser aucune conclu­ flottant et indécis pendant quelque temps; puis il attei­ sion sur le manuscrit de Vienne 1261, le sermon dont gnit vers l’an 850 sa forme actuelle et définitive. C’est la il s’agit n'étant pas identifié et ses citations étant fort date donnée par M. Lumby, History of the creeds, libres; &) que le fragment de Trêves est mutilé au com­ 3» édit., 1887, p. 259 sq. M. Harnack, qui s’était d'abord, mencement, et qu’on ignore ce qu’il contenait avant ce comme lui. arrêté au ix» siècle, Dogmengeschichle, t. u, qu’il en reste ; c) que la profession de foi de Denebert est écourtée même pour la partie du symbole qu elle p. 299, a depuis modifié son opinion, et il accorde dans tion des articles. Elle nous servira pour les discussions qui vont suivre. 2181 ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) cite, et que l’on peut supposer à l’évêque de Worcester de bonnes raisons pour n'avoir pas cité la seconde ; d) enfin, que le texte contenu dans les commentaires de Fortunat et de Troyes, s'il peut, en raison de ses lacunes, servir à prouver l’existence d’un développement ul­ térieur du texte primitif, fournit aussi une preuve pé­ remptoire que, dans la première rédaction, les deux parties,trinitaire et christologiqne, étaient représentées. — 2° Le second ordre d’arguments n'est pas plus con­ vaincant; car s’il est vrai que Raban Maur et Éginhard semblent ignorer le Quicunque, leurs contemporains le connaissent, et Alcuin et Paulin d'Aquilée, s’ils ne le citent pas ad verbum, s’en rapprochent du moins singu­ lièrement et pourraient bien s’en être inspirés. Pour l’autorité dont devait jouir le Quicunque, même sous le nom d'Athanase, il est difficile de la définir au juste. Son usage, dans la liturgie, était tout local, et on l’a considéré sans doute d’abord plutôt comme un chant d’église que comme un symbole authentique, marchant de pair avec celui de Nicée par exemple. Ajoutons que si ses principes (articles 32-35) condamnaient d'avance l'adoptianisme espagnol, comme le faisaient d'ailleurs ceux de saint Augustin et de saint Ambroise, il ne four­ nissait pas contre cette hérésie de trait direct. — 3° Quant aux observations de M. Harnack, il est exact que le Quicunque n'a pas été rédigé, comme le symbole des apôtres ou celui de Nicée, dans une unité littéraire et organique qui en maintienne intimement liés les divers énoncés : Credo in Deum... et in lesum Christum...et in Spiritum Sanctum: mais c’était là une conséquence né­ cessaire du développement donné aux doctrines trinitaire et christologique, et surtout de la forme sentencieuse adoptée pour les formuler : on n’en saurait rien con­ clure contre l'unité de composition. Nous avons d’ail­ leurs de ce même procédé un exemple analogue et frap­ pant : c’est celui de la Fides Romanorum attribuée à saint Damase, et qui est plutôt de saint Phæbade d’Agen (f c. 392). Les deux parties qui regardent la tri­ nité et l’incarnation sont si peu jointes ensemble dans la rédaction, que plusieurs manuscrits ont mis un Ex­ plicit à la fin de la première, pour commencer ensuite la seconde avec le titre Incipit ejusdem sermo. V. Burn, op. cil., ρ. 61, 62. A-t-on le droit cependant de dire que l’écrit n'est pas d’un seul jet? Nullement. Et pas davan­ tage pour le Quicunque. Dans celui-ci la fides catholica de l’article 3 s’applique aussi bien à la deuxième qu’à la première partie du symbole. Divisons cet article, et mettons, par la pensée, un primo après hæc est; qu’estce qui peut nous en empêcher? On n'a donc pas apporté, croyons-nous, contre l'unité de composition du Quicunque, de preuve qui l’ébranle sérieusement. Est-ce à dire que, depuis son origine, le texte n’en a subi aucun développement? Je n’oserais l'affirmer, alors que le symbole des apôtres lui-même a connu ce genre d’altération. Le commentaire de Fortu­ nat, qui représente peut-être la plus ancienne forme du Quicunque, offre, comme on l’a vu, des lacunes impor­ tantes. Quelques-unes s’expliquent sans peine; d’autres omissions, celle surtout des articles 20-22, se compren­ nent moins bien, et il est prudent, semble-t-il, de ne pas donner ici une solution trop radicale. Des énuméra­ tions comme celles des versets 8, 9, 10, 15, 17 pouvaient aisément être multipliées même par de simples copistes, sans que le fond doctrinal fût d'ailleurs modifié. IV. Origine. — L’origine du Quicunque serait immé­ diatement fixée dans le temps et l'espace, si nous pou­ vions nommer son auteur. Ne le pouvant pas, au moins directement, force nous est d’en rechercher séparément la date approximative et la patrie, rétrécissant ainsi le champ des hypothèses, et déterminant, sinon un écri­ vain, du moins un groupe d’écrivains à qui l'on doive vraisemblablement attribuer. Mais d'abord il faut écarter sur cet auteur les opinions 2182 certainement fausses. De ce nombre est, sans con’este. l’opinion, régnante jusqu’à Vossius (1642), qui a ■ u d o.le Quicunque l'œuvre de saint Athanase. Cette conclu- n étant de celles qui ne se discutent plus, je ne m’y amie pas davantage. On peut seulement se demander pour­ quoi notre symbole porte le nom du grand évêque d'Alexandrie, et la réponse est aisée, si l'on remarque que ce nom est intimement lié non seulement au triomphe de la doctrine du consubstantiel, mais aussi aux premières luttes christologiques de l’apollinarisme. La doctrine de l’incarnation, en réalité, ne doit guère moins à saint Athanase que celle de la trinité. — Bien plus, loin d’ètre l’œuvre de saint Athanase, le Quicunque n’appartient même pas à l’Église grecque. Les Grecs ne l’ont connu que fort tard, et les textes qu’ils en possè­ dent, peu concordants entre eux, présentent tous les caractères de traductions. Voir P. G., t. xxvni, col. 1579, 1581, 1585, 1587, où l'on trouvera quatre de ces traduc­ tions éditées par Montfaucon. Cf. Caspar), Quellen zur Geschichte des Taufsyntbols, t. m. p. 263-267, Que l’on remarque maintenant l'affirmation catégorique, bien que discrète, de la procession du Saint-Esprit a paire et filio (a. 22), l'égalité rigoureuse maintenue, non seulement dans les termes, mais dans tout le ton du symbole, entre les trois personnes divines, l’absence de Γόμοβύσιο; et, comme nous le verrons tout à l’heure, le cachet augustinien de toute cette théologie; ce sont là des indices infaillibles qui ne sauraient nous tromper, et qui, indé­ pendamment de ce qui nous reste à dire, devraient nous empêcher de voir dans le Quicunque un produit de l’Église orientale. C'est donc chez les latins qu’il en faut chercher la patrie et l'auteur. Voyons d'abord à quelle date. i. date. — Nous ne trouvons, avant le ve siècle, au­ cune trace du Quicunque. En revanche, nous voyons, dans notre symbole, l’apollinarisme clairement visé et condamné au verset 30 ; et dans les versets 8-18 ce sym­ bole emprunte si visiblement les procédés de style et les expressions mêmes de saint Augustin (voir plus loin), qu’il faut nécessairement supposer qu’il lui est pos­ térieur ou contemporain. N’oublions pas. d'ailleurs, que c’est le grand évêque d’Hippone qui, le premier, a for­ mulé nettement la procession du Saint-Esprit a patre et filio, et en a, par son autorité, rendu dans l’Église latine la doctrine universelle. Tout ceci nous reporte, pour la composition du Quicunque, aux années 420-430 au plus tôt. — Maintenant les articles 32-35 ne nous obligent-ils point à descendre plus bas, après le premier éclat des hérésies nestorienne et eutychéenne qui sem­ blent y être en cause? M. Burn, loc. cit., p. i.xxiv. suivant ici Waterland, p. 144, ne le pense pas. Il croit qu'une préoccupation antiapollinariste suffit à expliquer ces versets, surtout le verset 34. Il ne voit, dans tout ce pas­ sage, rien qui aille expressément contre ces h· r et j'avoue que si l'on veut s’en tenir uniquement · 1. é ctrine et aux expressions qui la traduisent, on tr· : ■ . en effet, celles-ci tout entières déjà dans saint Augustin, sans aucune vue ultérieure sur Nestorius ou Eutyches. Voyez, par exemple, Enchiridion, xxxv, P. L., t. XL. col. 250; In Joa., tr. XXVII. 4, t. xxxv, col. 1617; Serra., clxxxvi, 1, t. x xxvni, col. 999; Epist., cxl. c. iv. n. 12, t. xxxm, col. 542, 543. L'évêque d’Hippone a employé, lui aussi, pour éclairer l'union du Verbe et de rhum nité en J.-C., l'exemple de l’union du corps et de l’àme en nous. Epist., cxxxvn, c. ni, n. 11. t. xxxm, col. 520; In Joa., tr. XIX, 15, t. xxxv, col. 1553. Cela est vrai; mais, si les seuls écrits de saint Augustin peuvent expliquer le fond et la forme du développement christologique du Quicunque, ils ne suffisent pas à expliquer l’existence de ce développement lui-même, et pourquoi l’auteur l'a introduit ici. Pour que cet auteur ait jugé indispensable d’insister sur ce point, et de n us dire solennellement, comme il l’a fait pour la trinité ; 2183 ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) Sed necessarium est ad ælernam salutem ut incarna­ tionem quoque Domini nostri Jesu Christi /ideliter credat, il faut qu’il y ait eu quelque raison particulière et pressante. On allègue comme raison, je le sais, d'un côté l'apollinarisme qui n’était au fond que le mono­ physisme, et de l'autre, certaines doctrines de Léporius et de Julien d'Éclane qui touchaient de bien prés au nestorianisme, si elles n’étaient le nestorianisme luimême. Mais n’est-ce pas accorder à ces erreurs, aux dernières surtout, trop d’importance que de les supposer en cause dans le développement dogmatique dont, nous nous occupons? Mieux vaut, ce me semble, descendre au moins jusqu’à la période nestorienne de -430-440, pour fixer le terminus a quo de la rédaction du Quicunque. M. Harnack, Dogmengeschichle, t. Ht, p. 270, voudrait nous faire descendre plus bas encore, et nous entrainer jusqu'au commencement du vt0 siècle, du moins pour la partie christologique de notre symbole. 11 s'appuie sur la présence au verset 36 des mots qui passus est, descendit AD inieros, sedet ad dexteram dei patris omnipotentis, qui représentent la recension gallicane et plus récente du symbole des apôtres, et des mots pro nostra salute, écrits sous l'influence du symbole de Constantinople. Mais ces observations ou bien n’ont pas d'objet, ou bien n'ont pas la portée qu'il leur donne. La clause passus est n’est pas, il est vrai, dans le vieux symbole romain, ni dans celui d’Aquilée vers 390, mais elle se trouve dans le symbole de l’Église de Milan. Hahn, Bibliothek der Symbole, § 20, 21, et dans un symbole africain de saint Augustin, Serm., ccxii, 1, P. L., t. xxxvni, col. 1059; cf. Serm., ccxrv, 7, Ibid., col. 1069, dont le Quicunque, nous l’avons dit, est lar­ gement tributaire. L’ancienne et vraie leçon du Qui­ cunque n'est pas descendit ad inferos, mais bien ad inferna; ce n’est pas sedet ad dexteram dei patris omnipotentis, mais bien ad dexteram patris; et quant au passus est pro nostra salute (pro salute nostra), il suffit de remarquer que ces mots se trouvent non pas seulement dans le symbole de Constantinople, mais aussi dans celui de Nicée, connu certainement en Occi­ dent au Ve siècle. On peut donc retenir la date de 430 comme la plus haute qu’il soit possible d'assigner au Quicunque. La plus basse sera naturellement fixée par les premières mentions ou citations que nous en trouverons dans les auteurs. Or la plus ancienne est peut-être ce commen­ tlire de Fortunat dont il a été plusieurs fois question. Malheureusement, il est impossible de dire au juste à quelle époque appartient ce document. Le nom de Fortunat n’est donné que par un seul manuscrit, celui de Milan, Ambros. M. 48, 78, xte siècle,- et le biographe de l'évêque de Poitiers n’a conservé aucun souvenir d’un commentaire du Quicunque écrit par lui. Un autre manuscrit de Saint-Gall, aujourd'hui perdu, mais édité par Godalst, Manuale biblicum, Francfort, 1610, attri­ buait ce commentaire à Euphronius : Euphronii pres­ byteri expositio fidei catholicæ beati Alhanasii. Dom G. Morin, loc. cil., p. 676, a vu dans cet Euphronius un ami de Fortunat, Euphronius, évêque de Tours, élu en 555, mort vers 572; M. Burn, plutôt Euphronius, évêque d'Autun (450-490). Celte dernière opinion supposerait que le Quicunque a été composé vers le milieu du v»siè­ cle. Mais rien n’est certain. — Que si l’on fait abstraction dn commentaire de Fortunat, on trouve notre symbole signalé dans le célèbre canon du concile d'Autun tenu vers 670, sous l’évêque saint Léger : Si quis presbyter, aut diaconus, subdiaconus, clericus, symbolum quod, sancto inspirante spiritu, apostoli tradiderunt, et fidem sancti Alhanasii præsulis irreprehensibililer non recensuerit, ab episcopo condamnetur. Burn, loc. cit., p. Lxxvni. Cf. Mansi, Concil., t. xi, coi. 125. En 633, le quatrième concile de Tolède en incorpore dans sa déclaration doctrinale des fragments dont on ne sau­ £1S4 rait méconnaître l’origine, Mansi, Concil., t. x, col. 615, 616; elle président du concile, saint Isidore de Séville en fait mention dans deux lettres, Epist., vi, 4, au duc Claudius, P. L., t. lxxxiii, col. 903; Epist., vin, 3, à l’évêque Eugène, ibid., col. 908, dont on a contesté, mais sans raison suffisante, l’authenticité. Enfin, nous trou­ vons notre symbole cité dans le sermon ccxi.iv, fausse­ ment attribué à saint Augustin, et qui est, vraisem­ blablement, de saint Césaire d’Arles (f 542), P. L., t. xxxix, col. 2194. Cf. dom Morin, loc. c:t., p. 677, et Revue bénédictine, octobre 1901, p. 341-342; Burn, loc. cit., p. lxxxiii. C'est la plus ancienne citation verbale certaine que nous connaissions. Elle permet de placer la composition du Quicunque entre les années 430-530 environ. Que si maintenant l’on observe que la comparaison de l'union du corps et de l'âme de l'ar­ ticle 35 est tombée en défaveur après Eutychès, et a pro­ voqué une certaine défiance, on jugera sans doute à propos de reporter un peu plus haut le dernier terme de cet intervalle, vers l'an 500 environ. Le Quicunque serait un écrit du Ve siècle (430-500). il. lieu d'origine. — Quelle patrie lui assigner? Ici tous les indices concourent à nous marquer la Gaule, et dans la Gaule, cette partie qui gravite autour d'Arles, comme le lieu d’origine probable du Quicunque. Si l'on excepte, en effet, le quatrième concile de Tolède et saint Isidore de Séville, il est remarquable que c’est en Gaule ou dans les diocèses qui la joignent que notre symbole est presque exclusivement mentionné et cité jusqu’au Xe siècle. Après Césaire d’Arles (j· 542) et le concile d’Autun (c. 670), nos témoins sont Denebert de Worcester (c. 798), Hincmar de Reims (845-882), Adal­ bert de Térouanne (870), Riculfe de Soissons (889), Ratramne de Corbie (868), Énée de -Paris (868), Théodulfe d'Orléans {-j- 821), Benoit d’Aniane (821), Agobard de Lyon (γ 840), Florus, diacre de Lyon (834), Réginon, abbé de Prum (892), etc. De même, les premiers commentaires semblent avoir été écrits en France, ou se rencontrent dans des manuscrits et psautiers gallicans. D’autre part, si nous examinons le texte du Quicunque, il nous appa­ raît comme largement tributaire de la théologie et de la terminologie augustiniennes, mais il nous apparaît aussi tributaire de la théologie et de la terminologie de ce groupe d’écrivains qui se rattache à Lérins, et surtout de saint Vincent de Lérins lui-même. Les ressemblances entre le Commonitorium et notre symbole sont telles, qu'Antelmi (1693) a pensé que les deux écrits sont du même auteur. Cf. Poirel, De utroque Commonitorio Lirinensi, Nancy, 1895, p. 204-206. M. Burn, loc. cit., p. 48 sq., a dressé un tableau des loca parallela que présentent, d’un côté, le Quicunque, de l’autre, saint Augustin, saint Vincent de Lérins, Fauste de Riez, et saint Eucher. Dom Morin a comparé aussi ce symbole avec les passages analogues de saint Césaire d’Arles. Le symbole d'Athanase et son premier témoin : saint Césaire d’Arles, dans la Revue bénédictine, octobre!901. p. 347-363. Je me borne à citer quelques-uns des textes les plus frappants de saint Vincent et de saint Augustin en les faisant précéder, pour abréger, du numéro de l’article auquel ils se rapportent. 3. 4. Vine., Commonil,, 16, P. L., t. i„ col. 659 : Ca­ tholica ecclesia... unum Deum in trinitatis plenitudine, et item trinitatis æqualilatem in una divinitate vene­ ratur : ut neque singularitas substantial personarum confundat proprietatem, neque item trinitatis distinc­ tio unitatem separet deitatis. 5. 6. Vine., ibid., 13, col. 655 : quia scilicet alia est persona patris, alia filii, alia spiritus sancti : sed tamen patris et filii et spiritus sancti non alia et alia sed una eademque natura. 10. Aug., Serm., cv, 3, 4, P. L., t. xxxvin, coi. 620 : æternus paler, coælernus filius, coælernus spiritus sanctus. 2185 ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) 13. 14. Aug., De trim, v, 8, 9, P. L., t. xi.n, col. 917: Itaque omnipotens patet·, omnipotens filius, omnipo­ tens spiritus sanctus; nec tamen tres omnipotentes, sed unus omnipotens. Cf. ibid., vin, I, coi. 947. 15. 16. Aug., De Irin., vm, 1, P. L., t. xlit, coi. 947: Deus pater, deus filius, deus spiritus sanctus..., nec ta­ men ires dii. Cf. ibid., t, 5, 8, coi. 824. 17. 18. Aug., Cont. Maximin., n, 23. 3, P. L., t. xi.ii, coi. 798 : Sic et dominum si quieras singulum quem­ que respondeo, sed simul omnes non tres dominos deos, sed unum dominum deum dico. 23. Aug., Coni. Maximin., π, 23. 3, coi. 798 : In illa quippe trinitate quæ deus est, unus est pater, non duo vel tres ; et unus filius, non duo vel tres; et unus am­ borum spiritus, non duo vel tres. 28. Aug., Enchiridion, xxxv, P. L., t. XL, col. 249 : Christus lesus, dei filius est el deus et homo. 29. Vine., Commonit., 13, P. L., t. L, coi. 656: Idem ex patre ante secula genitus; idem in seculo ex matre generatus. 30. Vine., Commonit., 13, ibid. : Perfectus deus, per­ fectus homo. In Deo summa divinitas in homine plena humanitas. Plena, inquam, humanitas, quippe quæ animam simul habeat et carnem. 31. Aug., £pist.,cxxxvn, c. m, n. 12, P. L.. t. xx.xm, coi. 520 :Æqualem patri secundum divinitatem, mino­ rem autem patre secundum carnem, hoc est secundum hominem. 33. 34. Vine., Commonit., 13, ibid. : Unus autem non corruptibili nescio qua divinitatis et humanitatis con­ fusione, sed integra et singulari quadam unitate per­ sonæ. Aug., Serm., clxxxvi, I. P. L., t. XXXVIII, coi. 999 : Idem Deus qui homo, et qui Deus idem homo, non confusione naturarum sed unitate personæ. 35. Aug., In Joa., tr. XXXV, 3, P. L., t. lxxvih, coi. 1836 : Sicut enim un us est homo anima rationalis et caro; sic unus est Christus deus et homo. Ces rapprochements parlent assez deux-mêmes : que Ton veuille bien seulement, pour en sentir toute la force, lire les passages complets d'où ils sont pris. Main­ tenant, remarquons à l'article 4 le mot substantia : neque confundentes personas, neque substantiam sepa­ rantes. Bien que saint Augustin ait employé ce mot dans le sens d’essentia,en parlant de la Trinité, par exemple, De trinit., v, 9, 10, P. L., t. xi.n, col. 917, 918, il ne le regardait pas cependant comme absolument propre à exprimer ce mystère : Unde manifestum est, dit-il, Deum abusive substantiam vocari ut nomine usitatiore intelligatur essentia, quod vere ac proprie dicitur, ita ut fortasse solum Deum dici oporteat, essentiam, De trinit., vn, 5, 10, ibid., col. 942; et dans le même ou­ vrage, vu, 6, 11, ibid., col. 943, 945, il prend substantia comme synonyme de persona : tres simul illæ substantial sire personæ. En Gaule, au contraire, le mot étaitaccepté comme équivalant à essentia ou natura. Saint Vincent, Commonit., 12, P. L., t. L, col. 654. et Fauste de Riez, De Spir. sancto, 1, 4,5, P. L., t. i.xii, col. 13.14, l’emploient couramment dans ce sens, et avant eux saint Hilaire de Poitiers, De synodis, 12, P. L., t. x, col. 489, 490, l'avait employé de même. Si l’on observe enfin que l'école de Lérins jette son grand éclat précisément â 1 é poque que nous avons assignée â la composition du Quiconque, que son premier maître Honorât est mort en 429, saint Hilaire d'Arles en 449, saint Vincent de Lérins en 450, saint Eucher en 449 ou 450, saint Loup de Troyes en 476. Fauste de Riez en 493, Césaire d’Arles, le premier, on s’en souvient, qui ait cité notre symbole, en 542; si l'on observe que le mot propriis, au verset 38 I reddituri sunt de factis propriis rationem), pour­ mil bien avoir été mis là, ainsi’quel’a suggéré M. Har­ nack, Dogmengesch., t. ni, p. 270, comme une discrète protestation contre les doctrines outrées de l'augustinianisme ; si l'on observe, dis-je, tout cela, il sera difficile 218G d’échapper à cette conclusion que c’est dans le - r-> des écrivains qui se rattachent à Arles et à L· ru.-. au Ve siècle, dans un milieu où les ouvrages de saint Augus­ tin sont lus et appréciés, mais où sa doctrine du peci. ; originel soulève pourtant des objections, qu'a été rédigé notre symbole. M. Künslle a voulu depuis en faire un écrit antipriscillianiste, publié en Espagne. /II. auteur. — Cette conclusion résout déjà en partie la question de l’auteur. Pouvons-nous la préciser davan­ tage,et,entre les noms que nous venons de citer,en choi­ sir un pour le substituer, en tête du Quicunque, à celui d’Athanase? Antelmi, nous l’avons vu, s’arrêtait à celui de saint Vincent de Lérins ; Waterland lui préférait celui d’Hilaire d'Arles; M. Burn, qui regarde le symbole comme antérieur au nestorianisme, a avancé timide­ ment celui d’IIonorat lui-même. Mieux vaut, pensonsnous, nous contenter ici des résultats certains fournis par l’étude qui précède, et ne pas aller au delà de ce que l'histoire nous apprend. V. Histoire et autorité. — Ce qui a été dit jusqu'ici des citations et des commentaires du Quicunque nous renseigne déjà sur son histoire et l'autorité dont il a joui depuis le vi· siècle. Parti de la Gaule.il est possible qu'il ait été, dès ce même VIe siècle, connu en Afrique. Saint Fulgence (j· 533), s’il ne le cite pas, s’en rap­ proche beaucoup. Epist., xiv, G,ad Ferrand., P. L.,t. lxv, col. 397. Au vil’ siècle, le symbole pénétre en Espagne (quatrième concile de Tolède), pendant qu’en France le concile d’Autun (c. 670) en impose aux clercs l’étude et l'intelligence. Au vm" siècle, nous le trouvons en Alle­ magne, où saint Boniface, peut-être, l'introduit comme chant d'église. C’est vers celte époque également que l'Angleterre le connaît, et que l'on commence à en écrire des commentaires. Au tx· siècle, les prescriptions se multiplient qui font aux clercs une obligation de le savoir par cœur, de le comprendre, et de pouvoir l'ex­ pliquer verbis communibus (synode de Reims de 852, dans Hincmar, P. L., t.c.xxv, col. 773). llayton, d’abord abbé de Reichenau, puis évêque de Bàle, en impose aux clercs la récitation chaque dimanche à Prime : omni die dominico, ad horam primam recitetur, P. L., t. cxv, col. 11, et l’évêque de Brême, Anskar, recommande en mourant de le chanter. P. L., t. cxvm, col. 1010. Au X· et au xi« siècle ce n’est pas les dimanches seulement, mais tous les jours, que se récite à Prime le Quiconque dans les églises ultramontaines. Batiffol, Ilist. du brév. rom., Paris, 1892, p. 183. L'Italie l'avait connu dès le IXe siècle; il ne pénétra que plus tard dans l’office romain. Ainsi, dès le vu· siècle, le Quicunque a conquis sa place comme objet d’étude obligatoire pour leclerg- au tx’siècle, et même à la lin du vin·, il fait son enti dans la prière publique. L’autorité qu’on lui attribue est videmment celle qui s’attache à récrit d'un grand ■ ·-que comme Athanase, sanctionné et adopté par lÊglise : c’est à la fois celle d’un chant, d’une œuvre liturgique devenue officielle, et d'un symbole proprement i.t. Cette dernière signification s’accentue davantage à m-.-sitre qu’approchent les temps de la scolastique. Agobard (f 840), en le citant contre Félix d'Vrgel. le regarde bien évidemment comme une règle de foi. Aux sept commentaires que nous connaissons jusqu'au ιχ· siècle, ceux de Fortunat, de Troyes, de l’Oratoire, de Bouhier,' d'Orléans, de Paris et de Stavelot, le moyen âge, jusqu'au xvi· siècle, en ajoutera une vingtaine, parmi lesquels ceux d’Abélard, de saint Bernard, d'Alexandre de Halès, de Pierre d’Osma, de Denys le chartreux. Saint Thomas d'Aquin citera, dans sa Somme théologique,le symbole de saint Athanase comme une autorité à laquelle il n y a rien à répliquer. Luther lui-même se demandera si depuis les apôtres « rien de plus important et de plus magistral » a jamais été écrit : les Anglicans le feront entrer dans leur « Livre de la commune prière Ce:·» œuvre d'un théologien inconnu, par la netteté piiisSiLfe 2187 ATHANASE (SYMBOLE DE SAINT) avec laquelle elle expose et, pour ainsi dire, burine la doctrine de la trinité et de l’incarnation, a conquis l’au­ torité qui s'attache aux définitions des conciles et aux infaillibles enseignements de l’Église. Voir Symbole. Ce sont surtout les Anglais qui, dans ces derniers temps, et à la suite des controverses soulevées par le rapport de la commis­ sion rituelle de 1867, ont étudié la question du Quicunque, et c’est dans le livre de M. Burn, le dernier paru, que j'ai puisé en grande partie les éléments surtout paléographiques de cet article. Voici d'ailleurs, et par ordre de date, les principaux ouvrages à consulter : G. Vossius, De tribus symbolis, 1(42; Quesnel, De symbolo athanasiana, 1675; Antelmius, Nova de symbolo ulhanasiano disquisitio, 1693 ; Montfaucon, Diatribe in symbolum Quicunque, dans Opera S.Athanasii, 1698, t. n ; Muratori, Dis­ sertatio de auctore symboli Quicunque, dans Anecd. latin.,1698, t. n ; Waterland, Critical history of the athanasian creed, Cambridge, 1724; nouv. édit., Oxford, 1870; Maria Speroni, De symbolo vulgo sancti Athanasii, diss. I, 1750; Harvey, The history and theology of the three creeds, Londres, 1854 ; Stan­ ley, Contemporary review, août et nov. 1870; Brewer, The athanasian creed vindicated, Londres, 1871; Ffoulkes, The athanasian creed, 187t ; Swainson, The literary history of the nicene and apostles' creed, and that commonly called the creed of saint A thanasius, Londres, 1875 ; Ommaney, History of the athanasian creed, Londres, 1875; The early history of the athanasian creed, Londres, 1880 ; Lumby, History of the creeds, 1877; 3· édit., 1887; dom G. Morin, Les origines du symbole Quicunque, dans la Science catholique, juillet 1891 ; Heurtley, History of the earlier formularies of faith, Oxford, 1892 ; Burn, The athanasian creed and its early commentaries, Cambridge. 1896, dans la collection des Texts and studies, t. tv. n. 1. — Œuvres plus générales : Kellner, Symbolik, Hambourg, 1837 ; Ph. Schall, The creeds of christendom, 1877 ; Caspari, Ungedruckte... Quellen des Taufsymbols, Christiania, 1866-1875: Loofs. Ilealencyklopddie, 3· édit., t. n, p. 177-194; Harnack, Dogmengeschichte, 1893; Kiinstle, Antipriscilliana. J. Tixehont. 3. ATHANASE Pierre, dit le Rhéteur, naquit vers 1571, à Constantia, dans file de Chypre. Demeuré seul après la mort de ses parents et le départ de ses deux frères aînés, il se rendit à Constantinople au moment où son ancien directeur Néophyte devenait patriarche pour la seconde fois(1607-I612). Grâce à l'intervention de son protecteur, Athanase put entrer au collège des jésuites de la capitale; de là, il partit pour Rome, espérant achever ses études au collège grec de Saint-Athanase. N’ayant pu y être admis à cause de son âge avancé, il vint en France, probablement entre 1620 et 1630, et il sut se créer dans notre pays des protecteurs et des amis. Chargé de deux missions en Orient, il en rapporta bon nombre de manuscrits, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque na­ tionale. 11 en rapporta même, chose non moins intéres­ sante, une lettre autographe du patriarche Parthénius l'Ancien à l'adresse de Louis XIV, au sujet de l’union des Églises. Ce document, que personne n’a encore signalé, est daté du 2 mounikhion 1643. Voir Parisinus 582, du supplément grec, fol. il. Le même Parthénius, par un diplôme de mars 1644 (ibid., fol. 8), octroya à Athanase des pouvoirs spirituels très étendus; Theophanes de Jérusalem (ibid., fol. 9 bis) et Nicéphore de Chypre (ibid., fol. 10 bis) en lirent autant. Les patriarches .loannice et Néophyte renouvelèrent ces faveurs (ibid., fol. 6, 7). Avant de rentrer en France, Athanase eut la précaution de faire contresigner les pièces dont il était muni par l'ambassadeur de France à Constantinople, M. de la Haye. Cette signature est du 30 avril 1653. Rapprochée des documents cités plus haut, elle prouve qu’Athanase ne passa pas moins de dix ans de suite à Constantinople, de 1643 â 1653. Dix ans après, le mardi 13 mars 1663, il mourut à Paris, rue Saint-Jean-de-Beauvais, au PuitsCertain. et fut enterré dans l’église de Saint-Étienne-duMont. Il était âgé de 92 ans. Quétif et Echard, Scrip­ tores ordinis praedicatorum. recensiti, in-foL, Paris, 1721, t. H, p. 514. Voici, par ordre chronologique, les ouvrages d’Atha­ nase : l·· Opuscula philosophica quatuor (grec- latin), in-4», ATHANASE DE B AL AD 2188 Paris, 1639; ce volume est divisé en deux parties, dont la première comprend les trois premiers traités, et la se­ conde le quatrième; — 2° Aristoteles propriant de animte immortalitate mentem explicans (gr. lat.), in-4», Paris, 1641 ; — 3» Antipalellarus. Epistola de unione Ecclesia­ rum ad Alexandrinum et Hierosolymorum patriarchas. A nticampanella in compendium redactus (gr.-lat. ), in-4», Paris, 1655. On trouve sous ce titre général les quatre parties suivantes : 1. l’Antipatellarus, ou réfutation d'un discours contre la primauté du pape prononcé le 29 juin 1652 par le patriarche de Constantinople Atha­ nase Patelaros; 2. la lettre aux deux patriarches d'Alexan­ drie et de Jérusalem sur l’union des Églises; 3. h décret synodal de Parthénius condamnant la profession de foi de Cyrille Lucar; 4. V Anlieampanella, ou réfuta­ tion de l’ouvrage de Cam panel la, De sensu rerum et ma­ gia. Les trois premiers opuscules sont en grec ancien avec traduction latine en regard; le quatrième est en latin seulement. L'Antipalellarus a été longuement analysé par N. Marini, Bessarione, Rome, 1898, t. tv, p. -405-412; t. v,p. 115-1-49; cette étude a paru ensuite en opuscule sous le titre ; H primato di S. Pietro difeso dal prete byzantine Pietro Atanasio il Retore (sec. xvn), gr. in-8», Rome, 1899; une traduction française en a été publiée dans Le prêtre, t. xv (1899-1900), p. 499 sq.; — 4» De summi pontificis sublimi supra omnes domi­ nio, ad patriarchas orientis, et de infallibilitate ipsius (gr.-lat.), in-4°, sans lieu ni date, mais imprimé certainement â Paris, et probablement en 1662, date que porte la traduction latine de l’épitre dédicatoire. On conserve à la Bibliothèque nationale de Paris, dans le sup­ plément grec, sous les numéros 582.1014, 1026,1027 et 1030, des lettres, papiers et notes diverses d’Athanase le Rhéteur, d’où l’on pourrait tirer les éléments d'une biographie complète. E. Legrand y a puisé les documents qu'il a publiés dans sa Bibliographie hellénique du xvtr siècle, in-8·. Paris, 1895, t. ni, p. 417-437. Dans les deux premiers volumes de cette même bibliographie, on trouvera la description exacte des ouvrages d’Athanase. L. Petit. 4. ATHANASE, religieux de la congrégation de Picpus, auteur d'une Histoire du socinianisme, in-4», Paris, 1723. Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 1822, t. ni. V. Oblet. 5. ATHANASE DE BALAD, patriarche jacobite, fut, avec Jacques d'Edesse, disciple de l'évêque Sévère Sebokt, vers 640, au couvent de Kennesrin, sur la rive gauche de l’Euphrate. On y enseignait le grec, dont la connaissance fut nécessaire aux Syriens tant qu'ils ne furent pas définitivement séparés de Constantinople et d’Antioche. Athanase fut moine à Beitmalké, puis prêtre à Nisibe. Son élection au patriarcat, en 684, mit fin à une dissidence survenue au sein de l’église syrienne. La mêmeannée, il donna l'épiscopat â Jacques d'Édesse. 11 n’occupa que trois ans le patriarcat, et mourut en 687 ou 688. — Nous avons de lui la traduction syriaque d'une partie des homélies de saint Grégoire de Nazianze, en faveur chez les Syriens, et de lettres choisies de Sévère d'Antioche, que les Jacobites avaient un intérêt religieux à posséder dans leur langue. Une partie de ces traductions nous est parvenue en manuscrit. Athanase traduisit une œuvre profane, l'isagogé de Porphyre, également conservée en manuscrit. Devenu patriarche, Athanase écrivit une encyclique, qui est restée d’autorité canonique, sur les relations des chrétiens et des mu­ sulmans. Ce document, non publié, qui appartient au premier siècle de la conquête arabe, semble devoir être d’un intérêt particulier. Athanase composa des prières liturgiques, signalées par Zotenberg, Catalogue des mss. syriaques de la Bibliothèque nationale, p. 27, 47 ; W. Wright, Catalogue of the syriac mss. in the Bri­ tish Museum, p. 218. Barhébræus, Chronic, ecclesiast., I, 54, édit. Abbeloos-Lamy, 2189 ATHANASE DE BALAD — ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES 2190 Louvain, 1872, t. r, p. 287-294; Assémani, Bibliotheca orientalis, I p. 205-206. — 6“ Άλεξίκακον φάρμακον ήτοι πνευματικόν t. I, p. 335; P. Boschius. Historia chronologica patriarcharum εγχειρίδιου,in-8°,Leipzig,'1818: œuvredirigéecontre; vol­ antiochenorum, dans les Acta sanctorum, t. iv julii, 2* édit., tairianisme biblique et historique. — 7·Νέον Λειμών ό · ■ Paris, 1868, p. 114; R. Duval, La littérature syriaque, Paris, in-8·, Venise, 1819. Ce recueil hagiographique, composé 1899, p. 378. J. PaRISOT. en grande partie par Macaire Notaras, métropolitain de Corinthe, contient bon nombre de pièces écrites par 6. ATHANASE DE PAROS naquit vers 1725, à Athanase. La préface, qui lui appartient, a pour but de Kosto, dans la petite île de Paros. Il étudia successivement montrer que les victimes du fanatisme musulman n'· nt la grammaire dans sa patrie, les belles-lettres à Smyrne, pas moins de droit à notre culte que les martyrs des sous l’habile direction de Iliérolhée Dendrinos, et la théologie à l’Académie de ΓAthos, ou professait alors le premiers siècles. — 8° Plusieurs traités d’Athanase sont restés inédits. Je citerai, parmi ces derniers, ΓΈκθεσις fameux Eugène Bulgaris. Doué de réelles aptitudes pour l’enseignement et la prédication, il exerça tour à tour ήγουν ομολογία τής αληθούς και ορθοδόξου πίστεως,écrite cette double fonction à Salonique, â Corfou et à Missoen 1774 contre les partisans du dimanche dans la ques­ longhi. Lorsque Bulgaris quitta la direction de l'Acation descolybes, et conservée au monastère d'Iviron sous démie athonite, Athanase fut appelé à lui succéder; mais le n. 604. — 9« Le recueil des panégyriques de Macaire Chrysocéphalos, imprimé à Cosmopolis, s. d., probable­ il dut, bientôt après, abandonner cette haute position. Ayant pris ouvertement parti contre les novateurs dans ment en 1793, contient en appendice, p. 457-469, un pa­ la question des colybes, il fut excommunié et déposé en négyrique de Grégoire Palamas par Athanase; ce n'est juin 1776 par le patriarche Sophronios. Voir, sur cette qu'une violente diatribe contre la façon dont les latins longue controverse, L. Petit, La grande controverse des entendent le culte des saints. colybes, dans les Échos d'Orienl, t. n (1899), p. 321-331. C. Sathas, Νιοιλληνινή Φιλολογία, in-8·, Athènes, 1868, p. 630-642 Cinq ans plus tard, en 1781, il fut relevé de l’excommuni­ (biographie aussi superficielle qu’élogieuse de notre héros, écrite cation à la suite d'une rétractation publique. Après avoir par un de ses élèves, Z. Mamoukas); Ph. Meyer, lîealeucypassé encore quelque temps à Salonique, tout occupé klopiidie fur prot. Théologie und Kirche, 3· édit.,Leipzig, 1807, d'enseignement et de prédication, il alla prendre, t. n, p. 205-207. vers 1792, la direction d’une grande école à Chios. C’est L. Petit. ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. -1. No­ là qu’il mourut, le 24 juin 1813. Athanase est assurément, après Eugène Bulgaris, le tions. II. Histoire. III. Condamnation. plus remarquable théologien grec de la fin du dernier I. ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. Notions. — siècle. Ennemi de Rome et de l’Occident, il attaque tour à tour la scolastique, le protestantisme et l’esprit philo­ En vue des développements réservés aux mots Dieu et sophique représenté par Voltaire. S’il fait usage de la Morale, le présent article se renfermera dans les para­ science moderne, c’est pour triompher plus aisément de graphes suivants : 1. Diverses acceptions de l’athéisme. ses adversaires ; il n’épargne même pas ceux de ses core­ IL Rapports de l’athéisme avec la théologie catholique. ligionnaires qui pensent autrement que lui. Non moins III. Nécessité de distinguer l'athéisme des autres erreurs. fécond que passionné, il porta son activité sur les prin­ IV. Le matérialisme, forme de l’athéisme scientifique. cipales branches de la science sacrée, théologie, hagio­ V. Autres erreurs connexes. graphie, liturgie, prédication. Je ne parle pas de ses I. Diverses acceptions de l’athéisme. — Le mot œuvres purement grammaticales ou littéraires : elles athéisme prête à des sens multiples. Tout d’abord, l’a sont exclues de notre domaine. Dans l’énumération qui privatif, un de ses éléments étymologiques, donne lieu, va suivre, j’observe l'ordre chronologique, le plus simple par sa double valeur significative, à deux premiers en pareil cas : genres d’athéisme : l'un, négatif, ou, pour mieux dire, 1” 'Ο ΙΙαλαμάς έκεϊνος, ήτοι 6ιος... τοΰ... Γρηγορίου, précisif, absence totale d'idées sur Dieu, plutôt agnos­ αρχιεπισκόπου Θεσσαλονίκης τοΰ θαυματουργού, τούπίκλην ticisme qu’athéisme proprement dit; l’autre, positif et Ιίαλαμά, in-4·, Vienne, 1784. C’est la vie de Grégoire formel, négation catégorique de l’existence d'un Etre Palamas écrite par le patriarche Philolhée et traduite en suprême. C’est dans cette dernière acception que s'en­ grec moderne par Athanase, qui l’a fait précéder et suivre tend l’athéisme, au sens ordinaire du mot, pour se de diverses pièces, dont on peut voir une énumération décomposer, à son tour, sous l’analyse philosophique, exacte dans la Byzanlinische Zeitschrift, t. vin (1899), en deux autres espèces bien tranchées. Il y a l'atlx -me p. 71-73. —2° 'Ο Άντίπαπας, ήτοι αγώνες...τοΰ... Μάρκου théorique ou négation de Dieu restreinte au champ de αρχιεπισκόπου τής ’Εφέσου, τού πίκλην (sic) Ευγενικού, la spéculation, puis il y a l’athéisme pratique, m· me in-8·, s. 1., 1785. Vie de Marc d’Éphése, suivie du décret négation étendue au domaine des résolutions actives et de canonisation, en date de février 1734 (p. 177-186), et de appliquée avec logique au détail de la vie. Car si notre la sentence d'absolution promulguée en 1781 en faveur intelligence peut, par des essais de démonstration ration­ d'Athanase (p. 187-196). — 3· Χριστιανική απολογία, in-8·, nelle, rejeter Dieu de l’univers, lui refuser une place Constantinople, 1798. Cet ouvrage, publié sans nom d'au­ dans la série des choses vraies, il est malheureusement teur. a toujours été mis sur le compte d'Athanase; c’est encore plus facile à notre volonté d'op· rer cet ostra­ une curieuse réfutation des idées révolutionnaires de cisme dans sa zone d'intluence, et de bannir le divin île liberté et d'égalité. — 4° Διδασκαλία πατρική, in-8·, Con­ nos pensées, de nos sentiments et de notre vie tout stantinople, 1798 ; pamphlet dirigé contre les partisans entière. On a décrit l’athéisme pratique » un certain état du progrès moderne, et où se révèle la vieille haine des d’âme qui fait qu’on vit en réalité dans cette sphere qui Grecs contre les Latins et leurs sympathies pour les limite notre activité humaine comme si Dieu n’existait Turcs. — 5° Επιτομή είτε συλλογή τών θείων τής πίστεως pas ». P. Didon, Carême de Marseille, 1875, Conférence δογμάτων, in-4·, Leipzig, 1806. C’est un manuel de théo­ sur l'athéisme, pratique. Dans ce déplorable système de logie composé par Athanase à l'usage de ses élèves de vie, on ne pense pas à Dieu, sinon âde rares intervalles; Chios. Les trois premières parties, qui traitent de Dieu.de on ne l’aime pas, on l’écarte de sa mémoire comme un la création et de la rédemption, ne sont qu'un abrégé plus souvenir importun, comme un fantôme d'imagination ou moins indépendant du cours d'Eugène Bulgaris. La qua­ arriérée; on ne tient surtout aucun compte de sa loi, on trième partie, qui a pour objet les sacrements, est beaucoup la regarde comme un joug stupide et insupportable et plus originale. Dans la cinquième, Athanase ne fait guère on se rit de ses sanctions, de son ciel et de son enfer, qu'emprunter à Grégoire Palamas son explication des de ses peines et de ses récompenses. On reconnaît aisé­ commandements. Voir Ph. Meyer. Realencyklopâdie fur ment, dans ces tendances systématiques à exclure de prol. Théologie und Kirche, 3' édit., Leipzig, 1897, t. n, l’âme toute inlluence divine et à murer l'exxsteace 2191 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS humaine dans des intérêts matériels et grossiers, ce que l’usage courant nomme, à quelques variantes près, indif­ férence religieuse, neutralité confessionnelle, libre pen- | sée, ou bien encore irréligion, impiété, incrédulité. Voir Lamennais, Essai sur l’indifférence en matière de religion, t. i, c. i, il. Ces divers états de conscience > pratique reposent tous sur le même axiome fonda­ mental : agissons comme s'il n’y avait point de Dieu. Sur ce même principe, le rationalisme contemporain s’est efforcé de construire un nouveau système de morale. C’est sur les ruines du dogme et des croyances reli­ gieuses, dit-il, que doit s’élever la règle de vie capable de s'imposer nécessairement à tous les hommes et de faire l'union des esprits et des cœurs dans un même idéal. Le peu de succès et de progrès des sciences morales et sociales vient de leur solidarité avec des hypothèses et des spéculations qui divisent les esprits et échappent à tout contrôle et à toute vérification scienti­ fique. Par conséquent, les libérer de cette servitude, leur donner l'autonomie, les asseoir sur des bases scien­ tifiques, ce sera les ranger, du même coup, parmi les sciences exactes et leur en faire partager les avantages d’évidence et de faveur universelle. Bel avenir assuré­ ment. On se rendra alors aux prescriptions de morale comme on obéit aux lois de la pesanteur ou de l’affinité. S’obstiner, au contraire, à faire de l’éthique un corol­ laire de la théologie ou de la métaphysique, c’est la vouer à l’impuissance et à la stérilité. « La supposition de l'existence de Dieu, déclare Taine, est incapable de produire une morale naturelle. » Taine, Philosophes I classiques du XIX’ siècle, 3” édit., Paris, 1868, p. 279. Donc, nécessité de laïciser la morale et de couper ses attaches avec la théodicée. Mêmes principes et mêmes procédés en matière politique. L'unité nationale, la paix, la concorde, la mutualité, la prospérité d'un pays exigent, au dire des juristes modernes, que la constitu­ tion et les lois d’un Etat aient un fondement étranger à tout système religieux, à toute conception théologique proprement dite. Dés lors, on efface Dieu du code, des constitutions civiles, des monuments publics, des céré­ monies et des harangues officielles, et, par-dessus tout, de l'enseignement des écoles de l'Etat : tout cela au nom de ce qu’on appelle athéisme d’État. Une même maxime, un même programme dans la vie intellectuelle et dans la vie sociale, dans la morale et les règles de gouverne­ ment : Se passer de Dieu, le reconduire à ses frontières, dit Comte, en le remerciant de ses services provisoires. D’où part ce mot d'ordre universel? Évidemment des écoles philosophiques qui nient ou révoquent en doute l'existence de Dieu. L’athéisme pratique nait de l’athéisme théorique. « Tout sort des doctrines : les mœurs, la lit­ térature, les constitutions, les lois, la félicité des États et leurs désastres, la civilisation, la barbarie. » Lamen­ nais, loc. cit. On aura donc saisi l’athéisme dans sa racine-mère, quand on aura fait l’examen des doctrines philosophiques plus ou moins en rupture avec la théo­ logie et spécialement avec la théologie catholique. Ce sera le plan de cette étude. 11. Rapports de l'athéisme avec la théologie catho­ lique. — Λ première vue, l’athéisme semble rentrer de préférence dans le cadre des questions philosophiques, qui sont comme la préface obligée de la théologie. A peine lui accorde-t-on l’espace de quelques lignes, dans la plupart des cours théologiques. Mais les néga­ tions toujours plus audacieuses et plus radicales du rationalisme obligent actuellement les théologiens à se porter en avant de leurs frontières naturelles, pour dé­ fendre l'idée de Dieu en péril. Indépendamment des nécessités d'une lutte qui donne, de plus en plus, à la théologie une forme apologétique, l’existence de Dieu n'est pas seulement un dogme de la raison naturelle, c'est encore un dogme de foi puisqu’elle nous est pré­ sentée, par le magistère de l’Église, comme un article 2192 de la révélation, et, de ce chef, elle appartient de droit au domaine théologique. Cette vérité était formulée en tète du symbole des apôtres et elle a été définie par le concile du Vatican. Elle ouvre la série des déclarations dogmatiques que l'Église y a professées sur Dieu. On lit, en tête de la constitution Dei Filius, cette profession solennelle : La sainte Église catholique, apostolique, romaine, croit et confesse qu’il y a tin Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant. La conséquence directe de ces paroles, remarque M. Vacant, c’est que l’existence de Dieu est un dogme de foi catholique. Etudes théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. i, p. 165. Et cela sans rien préjuger sur la contro­ verse ayant trait à la compossibilité d'actes de foi et de démonstrations philosophiques sur une même vérité. Donner droit de cité à l'athéisme dans une œuvre théo­ logique n'est pas sortir de cette stricte neutralité, c'est s’harmoniser avec les intentions d’un concile qui, par la teneur de ses définitions et de ses anathèmes, tend à viser et à mettre à découvert les fallacieuses négations du rationalisme. Ill. Nécessité de distinguer l’athéisme des autres erreurs. — A part de rares exceptions, le qualificatif athée fait horreur daps le monde savant, et on cherche généralement à s’en défendre. On se plaint ironique­ ment de ceux « par la grâce desquels on est panthéiste, matérialiste, athée sans le savoir ». Renan, Éludes d’histoire religieuse, préface. On repousse une épithète si souverainement inju­ rieuse et teintée de calomnie; on n'a pas assez de mépris pour les procédés vulgaires d une polémique qui fait entrer, de gré ou de force, ses adversaires dans les caté­ gories tranchées de croyant ou d’athée. « Jadis, dit très bien M. Vacherot, l'athéisme était la calomnie de tous les docteurs en théologie contre les philosophes qui n'acceptaient pas sans réserve le Dieu de leurs Églises. » Renan, Dialogues et fragments philosophiques, Paris, 1876, p. 317. Parfois, sans doute, dans les ardeurs de la lutte des idées, cette accusation a été prodiguée au delà de toute mesure. Chez les peuples anciens, il suffisait, pour en être atteint, de ne point partager, si stupides et si ridicules qu elles pussent être, les opinions domi­ nantes, les croyances officielles d'une époque à l'égard de la divinité. Les chrétiens furent autrefois qualifiés d’àOeot d’une manière absolue. Avant eux, ceux qui, dans la Grèce païenne, furent les premiers apôtres d’un Dieu unique, pur esprit, législateur suprême et provi­ dence du monde, subirent la même injustice. Anaxagore échappe, par la fuite, aux suites d une accusation qui, plus tard, fera mourir Socrate et forcera Platon à abri­ ter ses conceptions théologiques sous le manteau de la mythologie. Plus près de nous, on a taxé d'athéisme des penseurs tels que Descartes, Malebranche, Locke, Kant et nombre d'autres philosophes, qui ne pouvaient assurément en être suspectés, puisque, dans leurs écrits, ils ont détendu l’existence de la divinité. Désireux d’éviter semblables exagérations, tout en maintenant le droit d’appeler chaque chose parson nom, nous marque­ rons, d’après des règles équitables et logiques. 1? ligne de démarcation qui sépare les vrais athées de ceux qui ne le sont pas. 1« Ne doivent pas figurer dans l’athéisme les philo­ sophes qui ont eu sur la nature divine et sur ses attri­ buts des théories fausses ou incomplètes. Jamais le polythéisme, malgré ses grossières erreurs théologiques, n’a passé pour synonyme d’athéisme. 2» A mettre également à l'abri de ce reproche l'absence d’idées définies et précises sur la divinité, et ne pas grossir, avec le principe contraire, le nombre des peuples sans croyance, comme l’a fait le naturaliste anglais John Lubbock. De Quatrefages, L’espèce humaine, 11· édit., Paris, 1892, p. 352. 2IC.3 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS 3° Semblable immunité pour l’auteur d'une doctrine dont les conclusions ne détruisent point directement et immédiatement la notion de Dieu, encore que, par des déductions logiques, on puisse démontrer qu'elles la mettent en péril. La note spécifique d’un système se prend rigoureusement à la dernière conclusion que lui donne son auteur. Sans cela, on risquerait'de rencon­ trer, parmi les tenants de l'athéisme, ceux-là même qui en ont été les plus redoutables adversaires, en commen­ çant par Anaxagore, Platon, Aristote, etc. Prenons un exemple. La psychologie sensualiste de Locke conduit logiquement à nier Dieu ; cependant, il faut bien se garder de dire que Locke est athée; il ne l’est pas; il l’est si peu que, dans son Essay concerning human understanding, il enseigne et prouve l'existence de Dieu. Le vrai nom de ce système est sensualisme. Il reste toutefois permis à la critique philosophique de montrer comment l’athéisme peut en sortir par une conséquence légitime, mais lointaine, en tout cas, énergiquement re­ poussée par l’auteur. 4» Mais si une doctrine est manifestement incompa­ tible avec l'idée de Dieu, si sa conclusion est directement la négation équivalente du minimum de notion absolu­ ment requis pour formuler avec quelque vérité ce juge­ ment : Dieu existe, alors·son nom propre, dans le dic­ tionnaire, doit être athéisme. Le lui imposer, c’est le droit, c'est le devoir de la plus impartiale critique; c’est tout simplement mettre la chose dans son casier, c’est caractériser la vraie physionomie d'un système. Le principal est donc de fixer les éléments essentiels qui, dans toute théodicée, sont strictement exigés pour constituer l’idée de Dieu dans ses traits les plus géné­ raux. IV. Le matérialisme, forme de l’athéisme scienti­ fique. - Si loin qu’on remonte dans l'histoire de la philosophie et des religions, la formule sur laquelle tombent d’accord les doctrines théologiques les plus di­ verses, c’est que Dieu est l’auteur du inonde, sa cause première, le principe de toute existence. Les autres conceptions viennent se greffer et se grouper autour de ce nucleus idéologique. Ici, c'est une puissance qui pro­ duit, là une intelligence qui dispose, ailleurs une bonté qui perfectionne toutes choses, partout et toujours, une cause supérieure dont dépend l’univers. Et ainsi, le problème de l’origine du monde amène fatalement tout système philosophique qui le tente à se prononcer pour ou contre Dieu. C'est la croix de chemin ou l'on se partage, le symbole sur lequel on se compte. Il faut rejeter la nécessité d'une telle alternative sur la nature même d’une question qui ne peut se résoudre, à tra­ vers les explications les plus compliquées, qu'en l'une ou l’autre de ces conclusions : 1° ou bien le monde s'explique par ses propres lois, se développe par le jeu fatal de ses propres forces; il est sa cause à lui-mème : c'est l’athéisme formel; 2° ou bien le monde ne s’ex­ plique que par l’intervention d une cause supérieure, distincte de la série des phénomènes cosmiques; c’est le théisme. Pour juger, sur ce point, de la couleur d’une théorie philosophique, il n’y aura qu'à mettre ses solu­ tions en regard de ces deux réponses. Ce diagnostic deviendra plus évident encore par son application. Choi­ sissons, parmi tous les systèmes, celui du matérialisme, sous sa forme la plus récente, la plus scientifique et la plus courageuse, tel qu'il se trouve développé dans les ouvrages de ses chefs, Moleschott et Büchner. Sorti en droite ligne des sciences physiques, chimiques et phy­ siologiques, il se présente sous le patronage exclusif de h science expérimentale et veut fonder une philosophie ne la nature destinée à remplacer toutes les formes de religion. Quatre livres forment l’évangile de ces doc­ trines radicales : 1° la Circulation de la vie (Kreislauf des Lebens), traduit par le Dr Gazelles : dissertations physiologiques de Moleschott visant à établir l'unité et I £194 l’éternité de la substance dans la variété des change­ ments de forme; 2» Force et matière (Kraft und St par Louis Büchner: exposé de l’axiome générateur du système : sans matière point de force, sans force point de matière; 3° Science et nature (ll’issen und Natu· >, du même auteur, traduit par Delondre, Paris, 1866 : critique de plusieurs travaux scientifiques en vue de la philosophie de la nature; 4° Leçons sur l'homme, par Carl Vogt, Paris, 1865 : application des dogmes maté­ rialistes à l’étude de l’homme par l’étude comparée des cerveaux humains. A l'aide de ces divers écrits, on peut codifier leurs explications sur l’origine du monde, et offrir le type par excellence de l’athéisme scientifique contemporain. i" axiome : Sans matière, point de force ; sans force, point de matière. Car, sans la force, la matière rentre­ rait à l'instant dans un néant sans forme. Sans la ma­ tière, la force, réduite à elle-même, se dissiperait dans l'abstraction pure. La force est une simple propriété de la matière, inintelligible en dehors d’elle et sans elle. Elle n'est pas un dieu qui pousse la matière du dehors, elle n’est pas non plus une essence des choses sépa­ rables delà substance; elle est une propriété liée, de toute éternité, à la matière et inséparable d’elle. axiome : La matière est éternelle. On le prouve par son indestructibilité. L'atome est inattaquable. Ce qui ne peut pas être anéanti ne peut pas être créé. Donc la ma­ tière est éternelle. L'effort de la preuve porte sur l’indestructibilité de l’atome. On la base sur cette proposition célèbre qui a la force d’une loi scientifique: Rien ne se perd, vienne se crée. Il n’y a dans le monde aucune ac­ tion créatrice, ni destructrice : tout n’est qu’une vaste métamorphose nous montrant, sous la variation inces­ sante des ligures et des combinaisons, la même masse persistante. En ce qui concerne la matière, l’expérience le prouve par l’équation constante des éléments et des pro­ duits. Même phénomène pour la force. Variable dans scs manifestations, elle ne l'est pas dans son intensité qui est toujours, quant à la somme deses effets, égale à ellemême. Toutes les forces de la nature se ramènent au même principe et se transforment d'après les regies de la mécanique. La chaleur, la lumière, l'électricité, ne sont que divers modes de mouvement. Buchner, en 4857, interprétait dans ce sens les travaux dllelmholtz, sur l’action réciproque des forces de la nature (de Fa­ raday, Discours à l'institut royal de Londres, On the conservation of the force), et les résumait dans cette expression : immortalité de la force (voir Science et nature, t. i, p. 63), et. par suite, immortalité de la ma­ tière. Sur la conservation de l'énergie et les causes pos­ sibles de sa déperdition, C. de Freycinet, Essais sur la philosophie des sciences, Paris, 1896, p. 259. 3’ axiome . Nécessité des lois de la nature. Elle dé­ coule des principes posés. Les lois étant les rapports mécaniques entre les forces, elles doivent être sur le même pied de nécessité. D’où l'on peut induire, dit Moleschott, combien il est antiscientifique de considérer le gouvernement de l'univers comme le cours d'un ordre réglé et déterminé d’avance par un esprit qui gouverne­ rait du dehors, tout en poursuivant la tâche pénible, impossible même, de s’accorder avec des lois immuables. Un dilemme, devenu fameux, leur sert d'argument final. Ou ce sont les lois immuables de la nature qui gou­ vernent, ou c’est la volonté divine; il faut choisir. Si la volonté divine gouverne, les lois sont superflues: si. au contraire, ce sont les lois, elles gouvernent immual· ment, c’est-à-dire qu’elles excluent toute intervention d'une cause étrangère. Or. tout nous atteste l'existence des lois immuables. Donc l'idée de Dieu est la plus inutile des chimères, à moins d’admettre un Dieu pu­ rement honoraire, dont on pourrait dire ce qu'on disait du roi constitutionnel : il règne et ne gouverne pos. Pour l'honneur de Dieu, autant dire qu'il n'existe pas. 2195 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS Tout leur système, sur l’origine du monde, se condense donc en ces points essentiels : 1" L'histoire du cosmos se ramène tout entière à l'action des forces naturelles : « Le principe fondamental de l’école soi-disant matéria­ liste, ou, pour mieux dire, naturaliste, réside dans l'ori­ gine naturelle (Natürlichkeit) de tous les phénomènes terrestres, dans le passé et dans le présent, et dans leur indépendance d'influences extra-naturelles exerçant une action arbitraire. Büchner. Science et nature, t. il, p. 3. 2° Ces forces naturelles elles-mêmes sont réduites, par la physique, à n'ètre que des modes variables du mou­ vement, de la force inhérenteà la matière. 3° La matière est indestructible et éternelle : elle existe donc par ellemême, par elle seule, sans aucun principe intérieur ni extérieur, immanent ou transcendant. Il est clair dès lors, que le monde se suffit à lui-même quant à son existence, à son organisation et à sa conservation et qu'il n'a nul besoin d'un principe hypercosmique. Voilà l'athéisme scientifique, sans phrases et sans réticences, l'athéisme complet, conséquent, radical, tel qu’il a été signé et imprimé, en Allemagne, par l’extrême gauche hégélienne, Moleschottet Buchner, Cari Vogtet Virchow. Leurs disciples français se tiennent, en général, dans la région des applications et de la spécialité. L'idée gé­ nérale du système doit se chercher chez les maîtres allemands comme à sa vraie source. Gralry, Les so­ phistes et la critique, Paris, 1864, p. 71. Concluons avec le P. de Ravignan : « Un fait doit être remarqué, c'est que tout système athée est comme nécessairement ma­ térialiste. L'œil s’arrête à la matière, il ne voit plus quelle; et l’homme, fasciné par les sens et par les choses sensibles, fait dire à son cœur : « 11 n’y a point « de Dieu. » Dixit in corde : non est Deus. Tel est l’a­ théisme, un matérialisme grossier. » Conférences de Notre-Dame de Paris, IX· confer., La notion de Dieu, Paris, I860, p. 232. V. Autres erreurs connexes. — La thèse matéria­ liste, avec son athéisme brutal, sans illusion et sans rêve, répugne trop ouvertement aux grands instincts religieux de l’humanité pour se faire accepter de tous et exercer un prestige doctrinal qui soit durable. Elle peut momen­ tanément séduire les esprits appliqués aux méthodes expérimentales et aux sciences exactes, mais par ses for­ mules raides et froides, elle s’aliène toute une catégorie intellectuelle et de beaucoup la plus puissante en nom­ bre, celle qui aime l'enthousiasme littéraire, les purs et nobles sentiments, la vive spontanéité des passions et des vertus, les brillantes productions imaginatives. Bref, l’athéisme se ferme l’entrée de bon nombre d’intelli­ gences qui, d'autre part, ne peuvent se résoudre à la création ex nihilo. Qu’arrive-t-il alors? On cherche des compromis, des solutions moyennes entre ces situations tranchées de spiritualisme et de matérialisme, sans prendre garde que, sur les problèmes d'origine, il ne peut y avoir que deux réponses véritables, et qu'en se butant contre la création, on revient logiquement à la négation de Dieu. Il s’en suit que ces systèmes interm diaires ne sont au fond que des variétés, des nuances d'athéisme, c'est-à-dire une négation de Dieu adoucie, veloutée, mystérieuse, d'autant plus à craindre qu'ainsi voilée et atténuée, elle s'insinue sans effort dans les esprits et dans les cœurs. l. panthéisme. — On trouvera étrange d’apparenter deux doctrines d'apparence si diverse : l’une, qui met Dieu partout au risque de sacrifier la nature; l’autre qui le bannit du monde comme une hypothèse ridicule, liais force sera de se ranger à cet avis, après un rapide croquis du panthéisme, dans son idée générale, au point ou viennent aboutir ses innombrables rameaux. Dans son essence, le panthéisme, c'est l’unité, c’est la réduc­ tion du fini et de l'infini, de la nature et de Dieu à l'unité absolue. Le mot panthéisme l’indique suffi­ samment. Son but est d'expliquer la coexistence du fini 2196 et de l’infini, du contingent et du nécessaire, du parfait et de l'imparfait, tâche excessivement difficile. Le con­ traste des deux existences est si grand et l'esprit humain est si faible et si exclusif, qu’il est aisé de comprendre sa tendance à résoudre la question en supprimant un des deux termes. C'est ce que fait le panthéisme. 11 résout le problème en présentant le fini et l'infini comme les deux faces d'une seule et même existence. Dieu et la nature ne sont pas deux êtres, mais l’être unique dans sa double face; ici, l'unité qui se multiplie; là, la mul­ tiplicité qui se rattache à l’unité. L’être vrai n’est pas dans le lini ou l'infini, il est leur éternelle et indivisible coexistence. Voilà le panthéisme : πάν représente les mille formes du fini, θεό;, la notion de l'infini. Variez les formules, le fond reste le même : identité de Dieu et du monde. Rapprochons maintenant de ce dogme fondamental la thèse matérialiste : l" On nie, de part et d'autre, la distinction de deux ordres de réalités, de deux mondes, qui seraient, d’un côté, le monde métaphy­ sique des causes premières, de la pensée, de la volonté absolue, monde invisible, intangible, incorporel, et de l’autre, le monde étendu, palpable et visible des phéno­ mènes et des substances sensibles. 2° Panthéistes et matérialistes nient la transcendance de la cause; pour les uns comme pour les autres, le monde est profondé­ ment un dans sa substance et dans son principe; le monde porte en soi sa raison d’être. Ils affirment, avec une foi égale, l'unité de la nature, l’éternité et la né­ cessité du monde. Mais là s’arrête l’accord. Tandis que le matérialiste s’en tient à cette rigide unité, le pan­ théiste, tourmenté par le désir de donner à Dieu une apparence de réalité, s'enfonce dans un dédale de concepts abstraits, de postulats, de distinctions nuageuses sans pouvoir réussir à voiler l'évidente contradiction à la­ quelle il doit nécessairement se heurter : 1» ou bien, en effet, pour payer tribut à l’expérience et conserver au monde sa réalité, il appauvrit l’existence divine et la réduit à n’ètre plus qu’une idée, une idole métaphy­ sique, une pure abstraction. Inévitablement, il glisse sur la pente de l’unité physique, verse au matérialisme et se rend, à bon droit, suspect d’athéisme; 2° ou bien, par un procédé contraire, voulant se faire à tout prix un Dieu réel et vivant, il réduit à rien l’existence des choses visibles en faisant tout rentrer en Dieu par l’éma­ nation, les métaphores et les figures poétiques; l’ima­ gination achève le reste; tout se perd dans un nuage vaporeux où sombre l’idée d’un Dieu distinct et per­ sonnel. Nous voilà revenus à l’athéisme pai’ un chemin tout opposé, par celui du mysticisme et de la rêverie. Le panthéisme se présente donc comme une doctrine inclinant, par une double pente, à la négation de Dieu. Mais comme elle maintient une distinction au moins idéale entre Dieu et le monde, on ne peut la mettre totalement sur un pied d’égalité avec le matérialisme. Toutefois, il faut noter avec soin l’affinité logique des deux systèmes. Pour marquer plus nettement les deux versants du panthéisme, on a appliqué à chacun d’eux une étiquette spéciale : celui qui sacrifie Dieu à la nature, c’est le panthéisme matérialiste, naturaliste, athée; celui qui, au contraire, sacrifie la nature à Dieu, c’est le pan­ théisme spiritualiste, mystique, un théisme exagéré. P. de Ravignan, Conférences de Notre-Dame, IX· confér., La notion de Dieu, Paris, I860, p. 235. L’in­ fluence de ces vagues et brillantes doctrines ne vient pas de leurs exposés techniques, uniquement accessibles à quelques rares initiés, mais des œuvres des poètes et des romanciers contemporains qui, par la déification de la nature, l'abus de la couleur et de l’image, effacent de plus en plus la ligne qui doit à jamais nettement séparer Dieu de la créature. C’est par ces productions littéraires que le panthéisme s'insinue dans les esprits et dans les cœurs, qu’il les vide du véritable divin et qu’il les ache­ mine, par des routes fleuries, à la négation de Dieu. 2197 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. NOTIONS il. positivisme. — En principe, ce système n’est ni déisme ni athéisme, du moins athéisme théorique, n'ayant point de réponse sur l'origine des choses; sa spécialité est même de ne vouloir point en avoir et de miller indistinctement ceux qui posent semblable pro­ blème et s’amusent à lui chercher une solution. A ses yeux, l'athée, aussi bien que le déiste, n’est point en­ core un esprit vraiment émancipé, c’est, toujours à sa manière, un théologien, un dogmatisant qui a un sys­ tème du monde. Semblables luttes lui paraissent des combats fantastiques, bons pour les intelligences arrié­ rées qui s’attardent dans les stages inférieurs de la pen­ sée humaine. Car, pour le positivisme, l'esprit humain p isse successivement par trois états théoriques diffé­ rents : l’état théologique, ou fictif; l’état métaphysique, ou abstrait; l’état scientifique, ou positif. Comte décrit ainsi celte loi du développement total de l’intelligence humaine, qui contient en substance tout le système positiviste. Dans l’état théologique, l’esprit humain, diri­ geant ses recherches vers la nature intime des êtres, vers les causes finales de tous les effets qui le frappent, en un mot, vers les connaissances absolues, se repré­ sente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers. Dans l’état méta­ physique, qui n'est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont rem­ placés par des forces abstraites, véritables entités (abs­ tractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés. Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain reconnaissant l’impossibi­ lité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher 1 origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacher uni­ quement à découvrir, par l’usage bien combiné du rai­ sonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. Auguste Comte, Cours de philosophie positive, Paris, 1892, t. I, p. 3 sq. Le premier carac­ tère propre de la philosophie positive est donc précisé­ ment de regarder comme nécessairement interdits à la raison humaine tous les sublimes mystères des causes primordiales et finales que la philosophie théologique, disent-ils, explique, au contraire, avec une si admirable facilité, jusque dans ses moindres détails. L'école posi­ ti, e ne se contente pas de confiner ses adeptes dans I lude des phénomènes etdes causes, elle leurdemande de se séparer radicalement de la théologie et de la méta­ physique, de déclarer les causes premières absolument inconnaissables et d’observer à leur égard une attitude de neutralité rigoureuse, à égale distance de toute négaI t. n et de toute affirmation. Voilà l’idéal : mais il est Miflicile de s’y maintenir. En fait, c’est un équilibre Instable : maîtres et disciples, cédant à la tendance commune, se dressent, eux aussi, un système du monde, et toujours, dans le sens de la négation matérialiste -t athée. Comte n’échappe pas lui-même à cette fatalité. Après avoir, dans la première moitié de sa carrière, répudié toute connivence avec l’athéisme, il y glisse manifestement sur la fin de sa vie, lorsqu'il essaie fétablir une religion sans Dieu, sans àme et sans im­ mortalité. Quoique plus stable dans sa sévère ortho­ doxie. Littré ne réussit pas à se renfermer complète­ ment dans l'indifférence. A maintes reprises, on le voit prêter son concours et son haut patronage aux pam­ phlets agressifs du matérialisme contre le spiritualisme. Dans son édition du Dictionnaire de médecine de Xysten, il s’exprime sur l’àme, sur la vie, sur l’organi­ sation. sur la matière, dans des termes qui ne dillèrent en rien de ceux qu’emploient les matérialistes. Ailleurs, cfans un livre ou l’auteur se déclare franchement maté­ 2198 rialiste, Matérialisme et spiritualisme, par M. Leblais, Paris. 1861, Littré déclare, dans la préface, soutenir ce que le livre soutient, et combattre ce qu’il combat. C’e.-t ainsi qu’on entend, en pratique, la neutralité et le par­ fait désintéressement. Personne ne s’y trompe. < En regard des courants spiritualistes de l’époque, écrit Büchner, Science et nature, t. i, p. 24, on peut con­ sidérer la philosophie positive comme étant athée, matérialiste et sensualiste. Ce que l’on désigne, à l’époque actuelle, sous le nom de Dieu, de Créateur, de Providence, d’Éternel, etc., ne représente, suivant la philosophie positive, que des figures de théologie méta­ physique, des artifices de logique, des hypothèses qui, à l’origine, pouvaient bien être nécessaires. Ce qui doit remplacer le Dieu d’autrefois, c’est actuellement l’huma­ nité, ou. à un point de vue général, l’amour de l’huma­ nité. Diis exstinctis, Deoi/ue, successit humanitas. » Formulaire significatif montrant à merveille la notable déviation qu’ont effectuée, sous la poussée logique de l’esprit, ceux qui avaient voulu se mettre à l’écart de toute doctrine métaphysique et religieuse. Le dernier mot de leur dogmatisme, car ils sont eux aussi des dog­ matisants, c’est le pur athéisme, et un athéisme d’autant plus dangereux qu’il se dissimule derrière une neutra­ lité illusoire et qu’il se donne pour le credo officiel de tous les savants. ni. sensualisme. — A cause de l’étroite corrélation de nos facultés avec leur objet, les systèmes psycholo­ giques peuvent avoir avec la négation de Dieu une affi­ nité compromettante. Le sensualisme en fait foi par son histoire, aussi bien que par l’analyse de ses doctrines. On sait la part qui lui revient dans la genèse des écoles sceptiques, matérialistes et athées du xvin· siècle. L'his­ toire de cette évolution aurait pu se lire d'avance dans l’examen des erreurs qui sont à son point d’origine. En ramenant toutes nos idées les plus simples comme les plus complexes à des combinaisons de pures sensations, en les faisant rentrer de gré ou de force dans le monde des impressions sensibles, et. par conséquent, dans le monde matériel,le sensualisme préparait inconsciemment dans ses trois écoles les éléments logiques d une guerre à l’idée de Dieu. Le sensualisme objectif estima que si tout notre sa­ voir se réduisait à la sensation, nous ne connaissions que les choses matérielles, et, qu’en conséquence, hors de la matière, il n’y avait plus rien, puisque les corps sont les seuls objets que nos sens puissent atteindre. C’était donner dans le matérialisme et, par la. dans l’athéisme. Les partisans les plus résolus ne reçu : nt pas au point ou le raisonnement les avait coml . d’autres, plus timides, essayèrent de se soustraire, par l’inconséquence, à cette marche en avant. Le sensualisme subjectif devait, en définitive. urter au même écueil, mais par une voie un peu plus détournée. Pour proportionner la faculté a son a< . il se vit obligé de confondre l’intelligence avec I s sens · t de rabaisser la nature humaine au niveau d'une n.>: sensible. Mais condamner notre plus haute acti.it a n'élaborer que des sensations, c'est-à-dire une connais­ sance fugitive, mobile, variable à l'infini, et surtout su­ jette à l’erreur, était ouvrir aux âmes la porte du scepti­ cisme. du doute universel, et, finalement, de l’athéisme. Quand on fait planer l’incertitude sur les choses les plus évidentes, la notion de Dieu est la première qu'on abandonne à la négation. Le sensualisme moral ou épi­ curien arrive d’un trait à ce résultat. Si notre âme, se dit-il, est tout entière renfermée dans les sens, la sen­ sation est seule appelée à juger entre le bien et le mal, les émolionsdes sens sont le vrai et unique critérium de moralité; le bien, c’est le plaisir; le mal, c’est la dou­ leur. On vogue à pleines voiles dans les eaux d'Épicur··. de Democrite et de leurs voluptueux disciples. Le principe suprême de la vie est la jouissance physique : 2199 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE c’est là le but de l’existence humaine. Révélation, reli­ gion, église, piété, vertu, vie éternelle, tout ce qui dé­ pend de ces idées, la distinction du bien et du mal. de la vertu et du vice, tout disparaît. Le mouvement est donné : les encyclopédistes peuvent veniret faire l’appli­ cation de ces doctrines dans toutes les branches du sa­ voir humain. On trouvera à l’article Dieu la réfutation de l’athéisme et des erreurs connexes, ainsi que la question de savoir s’il peut y avoir des hommes véritablement athées. A consulter : Pritius, Dissertatio de atheismo in se fœdo et humano generi noxio, Leipzig, 1695; Jablonski, Stultitia et irrationabilitas atheismi, Magdebourg,1696; Grapius, An atheismus necessarie ducat ad corruptionem morum, Rostock, 1697; Abicht. Dedamno atheismi in Bepublica, Leipzig, 1703; Buddeus, Thesaurus de atheismo et superstitione, léna, 1777; Miiller, A theismus devictus, Hambourg, 1672 ; Heidenreich, Briefe über die Gotteslaügnunge, Leipzig, 1796; Franck, Dic­ tionnaire des sciences philosophiques, art. Athéisme, Paris, 1875: Jaugey, Diction, apologétique, art. Athéisme, Paris, 18ΙΊ ; Dupanloup, L'athéisme et le péril social, Paris. 1866; Caro. L'idée de Dieu, Paris, 1878 ; Amédée de Margerie, Études sur Dieu, 2 in-12, Paris, 1865: M«’ Élie Méric, Morale et athéisme contemporain, Paris, 1875 ; Guthlin, Les doctrines positivistes en France, Paris, 1873, p. 863 sq.; Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. n, art. Gotteslaügnung; Diderot et d’Alembert, Dictionnaire encyclopédique, Livourne. 1770, t. i, art. A théisme ; Perrone. Prælcctiones theologicæ, Trac­ tatus de Deo, part. I, c. i; H. Klee. Histoire des dogmes chré­ tiens, trad. Mabire, Paris, 1848, t. i, p. 170; A. Farges et Barbedette, Cours de philosophie scolastique, Paris, 1898, t. il, p. 297. II. ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. Histoire. — I. Inde. II. Grèce et Rome. III. Temps modernes, mou­ vement cartésien. IV. Mouvement baconien. V. Mouve­ ment voltairien. VI. Mouvement kantien en Allemagne. VII. Mouvement kantien et hégélien en France. L’athéisme scientifique est né de la réaction première de l’esprit humain contre les grossières superstitions du paganisme. Il date du jour où. s’affranchissant des cosmogonies mythiques, l'homme a tenté, par le seul effort de sa raison appliquée aux sciences de la nature, de se faire un Système sur le monde, sur lui-même, sur la cause première, sur son origine, sur sa lin. C'est chez les races indo-germaniques que s'est inaugurée cette rupture entre la philosophie et la religion. En général, les Orientaux n’ont jamais cherché, sur ces problèmes, une science d’information en dehors de leurs livres sa­ crés. Religion et philosophie reposaient, côte à côte, dans la même page traditionnelle. Ces peuples n’ont jamais pu connaître l'athéisme à ce point de vue doc­ trinal. L’Inde est la seule partie de l’Orient où la critique moderne ait découvert des traces certaines d’un déve­ loppement philosophique proprement dit et les premiers vestiges d’une négation de Dieu voilée dans les brumes d'un vague panthéisme. C’est par l’Inde que doit s’ouvrir Fliistoire de l'athéisme. I. Inde. — Les derniers travaux des savants orienta­ listes Ward, Colebrooke. Windischmann, Lassen. Abel Rémusat et Eugène Burnouf ont réduit au nombre de quatre les systèmes philosophiques les plus en vogue chez les Indiens. Ce sont : 1° le vêedantâ; 2° \e sânkhya; 3° le veiséshikà; 4° le nydya. Parmi ces systèmes, les deux derniers se perdent en questions de physique et de dialectique; les deux premiers seuls s’occupent du principe des choses, et résolvent la question dans un sens panthéiste, mais avec des allures différentes. Tandis que le vêedantâ reste essentiellement théologique et s'inspire dans les Védas, le sânkhya cherche à se dé­ gagée de l'orthodoxie, dans la mesure du possible, et à prendre une direction plus philosophique. Ainsi, tout en s’accordant sur l’unité absolue de l'existence, sur la consubstantialité de la nature et de Dieu, le premier, le vêedantâ, tend ouvertement à absorber la nature en 2200 Dieu et à se jeter aux extrémités du mysticisme : pan­ théisme spiritualiste. Le second, le sânkhya, par une tendance contraire, absorbe Dieu dans la nature; pan­ théisme matérialiste, qui aboutit à la négation expresse et hardie d’un dieu, ou iswara, organisateur du monde. On ne saurait cependant s’autoriser de ces écrits pour ratifier le jugement de Barthélemy Saint-Hilaire sur la presque totalité des races jaunes. « Les peuples bouddhi­ ques, dit-il, peuvent ètre,sans aucune injustice,regardés comme des peuples athées. Ceci ne veut pas dire qu’ils professent l'athéisme et qu’ils se font gloire de celte incrédulité avec cette jactance dont on pourrait citer plus d’un exemple parmi nous; ceci veut dire seulement que ces peuples n'ont pas pu s’élever, dans leurs méditations les plus hautes, jusqu’à la notion de Dieu. » Dans Quatrefages, op. cil., p. 351. Faire passer pour athées des peuples qui mettent des dieux partout dans leurs lé­ gendes, qui les redoutent et les adorent, qui ont fait de la prière une institution, qui admettent le dogme de la vie future et celui de la rémunération, c’est outre­ passer les droits de la déduction, c’est mettre sur un même rang une conception imparfaite avec sa négation formelle, choses très distinctes et très diverses. Les doc­ trines du vêedantâ et du sânkhya ne relèvent de l’his­ toire de l'athéisme dans l’humanité qu’à titre de pre­ miers types d’un système mondial, avec tendance logique à supprimer une cause distincte de l’univers et supé­ rieure à lui. IL Grèce et Rome. — Avec le génie grec, l’esprit hu­ main trace les conceptions fondamentales par lesquelles peut s’expliquer l’origine des choses. Les •prodiges de science, de talent, de recherches et d’efforts dépensés depuis, à cette cause, dans un cycle de vingt-cinq siècles, n’ont pu lui faire franchir ce premier horizon. Ce fait si remarquable, dans les annales du savoir, peut être contrôlé dès la première des troi ’rendes époques qui se partagent les brillantes évolutic s de la philosophie hellénique. t. période AifTÉsocRATiQUB, — Dans son premier essai vers la cause de l'univers, la pensée grecque s'en­ gage dans trois directions différentes où l'on saisit déjà les grandes lignes des solutions modernes. L'école ionienne, absorbée à ses débuts par l’étude des phénomènes et de la nature extérieure, se dégage peu à peu de cette physique, s'imprègne fortement d’un panthéisme naturaliste avec Héraclite et commence avec Empédocle et Leucippe à évoluer vers le matérialisme de Démocrite. L’athéisme est déjà en possession de sa for­ mule : éternité de la matière, unité matérielle qui est à elle-même sa raison d’être; deux principes coéternels, atomes et vide ; mouvement et combinaisons à l’infini de tous les mouvements possibles; monde soumis à des lois mathématiques inflexibles et serré dans l’étau de la nécessité. Démocrite semble avoir eu conscience de l'an­ tagonisme de son système cosmique avec la religion et la divinité. On admet généralement qu’il nia les dieux populaires et ne se tint pas seulement à leur égard, comine le pense Cicéron, De natura deorum, 1.1, c. xliii, dans une simple mobilité d’opinions. Si cette école atomiste et matérialiste présente, çà et là. dans ses écrits, quelques traits religieux, c’est inconséquence ou mode d’exposition, ou bien encore affaire de foi personnelle et non de conviction philosophique, car elle est tou entière foncièrement athée. L'école d’Élée, avec Xenophane, commence aussi à combattre le polythéisme et à lui opposer l’unité d’un Dieu sans commencement ; mais en urgeant cette unité, elle tombe dans le panthéisme idéaliste. Parménide, son oracle, part du concept d’être, montre que l'être seul existe, qu’en dehors de l’être, il n’y a rien, que tout se réduit à une essence unique, éternelle, immuable. L’étre ne peut commencer ou cesser d’être; il est dans un pré­ sent un et indivisible; la pensée elle-même n’est pas dis- 2201 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE tincte de l'être. Mais cet être unique, Parménide le conçoit étendu dans l'espace; c’est un concept d’être physique et non métaphysique. En tout cas, sa théorie est bien un panthéisme indécis à tendance mystique. La raison humaine, égarée dans des excès d'empirisme ou d’abstraction, ne retrouva sa voie que le jour ou .·!naaagore de Clazomines vint lui dire qu’il y avait, dans la nature, une intelligence qui est la cause de l'ar­ rangement et de l’ordre de l'univers. Ce jour-là, dit Aris­ tote, cet homme parut avoir seul conservé sa raison au milieu de la folie et de l'ivresse de ses devanciers. Un nouveau facteur entrait en équation et devait, en se per­ fectionnant, donner le jour à la théodicée spiritualiste : c'était la théorie du νοϋς. Anaxagore y fut amené de la manière suivante : Ne trouvant pas le moyen d'expli­ quer par la matière, comme telle, le mouvement en gé­ néral, et, à plus forte raison, le mouvement ordonné qui a produit une œuvre aussi belle; d’autre part, ne voulant pas recourir à une nécessité inexpliquée, comme le hasard, il admit l'existence d'un être incorporel, d'une forme organisatrice distincte de l'univers, d’une cause transcendante. Anaxagore dépasse le réalisme deses pré­ décesseurs, sans tirer toutes les conséquences du con­ cept d'une cause intelligente distincte de ses effets. Par exemple, il ne s’est pas posé, d'une manière réfléchie, la question de la personnalité; il a encore, ici et là, des conceptions semi-matérialistes. Mais le grand pas est fait; la philosophie possède la donnée qui. en passant par les génies de Socrate, de Platon et d'Aristote, et, plus tard, par les docteurs chrétiens, donnera au problème des origines sa pleine lumière. Ainsi trois noms, trois principes résument les premières recherches sur la cause du momie : Démocrile, Pamiénide, Anaxagore; l'éternité de la matière, l'unité abstraite, la causalité in­ telligente. On ne passera pas ces limites à l’avenir, on devra forcément, dans ces questions, se placer dans l’un ou l'autre de ces moules systématiques. La période antésocratique s'achève avec les sophistes. Bien qu’on fasse sortir de leurs écoles les premiers athées avérés, poursuivis comme tels par leurs contem­ porains, on ne saurait assigner à leur athéisme une hase philosophique proprement dite : il était sans doute plutôt verbal et pratique. Leur principe était d'ailleurs de rejeter indistinctement toute méthode et toute idée de système théorique. S’ils ont attaqué les cultes et les croyances religieuses, c’est parce qu'ils les rangeaient parmi les préjugés et les affirmations arbitraires. Pro­ tagoras. leur chef, fut accusé d'athéisme à cause de ses ouvrages sur les dieux et fut obligé de quitter Athènes. Cicéron n'en fait cependant qu'un sceptique doutant s’il y avait des dieux, ou non. De natura deorum, 1. I,C.XLI1. Diagoras de Mélos, au contraire, est regardé comme le premier qui ait reçu le nom d'athée. Un entêtement d auteur, une tendresse excessive pour une production de son esprit l’entraîna dans l'impiété. Il avait appelé en justice un poète qui lui avait volé une pièce de vers. Celui-ci jura qu'il ne lui avait rien dérobé, et peu de temps après, publia sous son propre nom cet ouvrage, qui lui acquit une grande réputation. Diagoras conclut de tout cela qu’il n'y avait point de providence, point de dieux, et lit des livres pour le prouver. Tout porte à croire que ses arguments étaient surtout d’ordre pra­ tique et portaient sur des faits analogues à celui que nous venons de raconter. II. période socratique. — A côté de ces grandes écoles, sorties du mouvement socratique, ou le concept du voôç va en se développant, il est étrange de voir se placer des systèmes plus ou moins hostiles à l’idée de Dieu. L'école cynique, mélange incohérent de doctrine so­ cratique, éléatique, tourne à une libre pensée, en ma­ tière religieuse, qui s'approche de l'athéisme formel dans lequel s’établit, sans aucune honte, l'école Cyré­ 2202 naïque, non plus au nom d'une physique matérialiste, mais d'une morale sensuelle des plus grossières et des plus révoltantes. On nomme, dans cette dernière catégorie de joveux viveurs, les deux fameux athées, Théodore et Evhémére. Cicéron, De natura deorum, 1. I, c. xlii. Il est sou­ vent fait mention de leur incrédulité et de leur polémique contre les dieux. Sans doute, Théodore ne faisait porter immédiatement ses négations que sur les dieux popu­ laires, mais il n'y ajoutait pas la préoccupation de distin­ guer ces faux dieux du véritable. A l’école socratique se rattache encore, par Aristote, l'athéisme de Straton de Lampsaque, disciple égaré de la secte péripatéticienne, qui place dans la matière une force organisatrice, mais sans intelligence, une vie intérieure sans conscience ni sentiment, qui devait donner à tous les êtres leurs forces et leurs facultés. Cette force aveugle recevait de lui le nom de Nature, et la Nature remplaçait, à ses yeux, la puissance divine. Cicéron, De natura deorum, 1. 1, c. xm. III. PÉRIODE POST-SOCRATIQUE Eli GRÈCE. — Elle dé­ bute par l'école d’Épicure. « Ce philosophe, dit Lucrèce, son fidèle interprète, est le premier des humains qui ait eu le courage de s’élever contre les préjugés qui aveuglaient l'univers, et de secouer le joug de la religion, qui, jusqu’à lui, avait tenu tous les hommes asservis sous son empire, et cela sans être arrêté ni par le res­ pect pour les dieux, ni par la crainte du tonnerre, ni par aucun autre motif. » Un tel éloge fait déjà pressen­ tir l'orientation des idées théologiques d'Epicure. Comme toutes les autres spéculations de ce philosophe, elle a subi l'influence directrice de son système de morale. Diogène Laêrce, Vie des philosophes, I. X. n. 85, 131, 136. L’éthique épicurienne, on le sait, vise à rendre heureuse la vie humaine en la délivrant des douleurs de l'àme; Or, de toutes ces douleurs morales, la plus redoutable est la crainte des dieux qui, maîtres des élé­ ments, peuvent à chaque instant, dans un mouvement d’humeur capricieuse, enlever à l’homme la fortune, la santé, et, en tout cas, le calme parfait, cette sérénité confiante qui fait le plaisir du sage. De là, chez Epicure, cette préoccupation de détourner la croyance à la pro­ vidence et à l'immortalité de l’âme. Il admet bien des dieux, mais il leur enlève toute action possible sur le monde et sur nos destinées. Leur fonction réelle, di­ saient les anciens, était de protéger le philosophe contre la haine de la multitude. Pour ravir aux dieux leur activité et les ensevelir dans une éternelle indolence, il fallait à tout prix construire ude cosmogonie dans la­ quelle on pùt se passer de leur concours. Le natura­ lisme de Démocrite était là pour combler cette lacune, « pour arroser les petits jardins d'Epicure, » écrit spi­ rituellement Cicéron, op. cit., 1. I, c. xi.ni. Seulement Epicure en retranche l'inexorable nécessité· pour •■ni-.-.r tout prétexte à la crainte. Il imagina ce clinamen insen­ sible, ces déclinaisons menteuses, commentitias dec inationes, comme les appelle Cicéron, par lesquelles dans un temps indéterminé, l'atome s'écarte lui-même de la parallèle, d'une manière imperceptible, et peut ainsi s'avancer vers d'autres atomes, les rencontrer, rebondir pour en choquer de nouveaux qui ont aussi décliné, et former avec eux l’univers. Réduite à si peu de chose, la déclinaison paraissait quantité négligeable, une sorte d'inlinitésimal dont il n'y avait pas à se sou­ cier. Epicure déclare lui-méme qu'il a plus à cœur de rendre l'homme heureux que de le tenir au courant des minuties de la science. Aristote, Physic., iv. 8; Lucrèce. De natura rerum, π, 221-242; Cicéron, De fato, xi. xx; De natura deorum, 1. I, c. XLin; Ravaisson. Essai sur la métaphys. d’Aristote, Paris, 1846, t. n. p. 91. Les stoïciens, avec Zénon, rétablissent la croyance à la providence et à un ordre éternel établi dans le monde: plus de place pour le hasard; les dogmes du Portique 2203 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE sont le contre-pied des dogmes épicuriens. On s’attend à regagner les hauteurs du spiritualisme de Platon et d’Aristote, en les entendant parler de providence, mais on se trouve surpris, en parcourant leur physique, ou mieux leur physiologie, de les voir retourner à Heraclite et à son panthéisme naturaliste, â ce feu artiste dont dépend, suivant eux, la genèse du monde. La nature leurapparaît comme un organisme immense dontchaque être est un membre vivant. Toutes les âmes, toutes les forces sortent d'une âme universelle, d’un esprit de feu répandu partout et fécond, centre de tous les mouve­ ments du monde, forge de toutes les intelligences. En dépit de ses apparences et de ses aspirations spiritua­ listes, la physique stoïcienne est strictement panthéiste et plus voisine de l’athéisme qu’on ne le croirait de prime abord. La providence enfermée dans la nature ne saurait la soustraire à ce reproche. La philosophie grecque devait finir, avec les Alexan­ drins, par ou elle avait commencé, par le panthéisme, niais par un panthéisme raffiné, spiritualisé, caché dans les nuages dorés du mysticisme, laissant loin derrière lui celui des philosophes anciens. Ici encore, on part de l’unité, mais on ne s’y enferme pas comme les éléates. Au sein de cette unité, il y a un principe de di­ versité, une loi d’émanation qui la fait épanouir en triuité. Le monde n’est que l’unité multipliée; il en est l’image et le produit; tout se replie vers l’unité qui, seule, est vraiment réelle, pure, immobile, et tend à tout absorber dans son sein. Une fois de plus, on ne voit sur l’écran qu’un panthéisme spiritualiste porté, il est vrai, â sa plus haute puissance, mais toujours éloigné de l’affirmation d’un Dieu réel, vivant et distinct du monde. iv. nosm. — Les Romains n’ont rien innové en phi­ losophie. Leur génie politique et militaire, leur respect pour la tradition, pour la sagesse des ancêtres, les ren­ daient peu propices aux pures spéculations de la pen­ sée. La philosophie grecque ne pénétre chez eux qu’au IIe siècle avant l’ère chrétienne, et elle n’y trouve de faveur que pour les théories de la nouvelle Académie, du Portique ou d’Epicure. Lucrèce a poétisé le culte de la matière et du plaisir. Cicéron a donné ses préférences à la nouvelle Académie. Varron, Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle ont cultivé et mis en honneur cette morale stoïcienne si sympathique aux vertus nationales. L’his­ toire de l'athéisme n'a rien à signaler dans une généra­ tion de philosophes qui, de parti pris, ont écarté, dans leurs emprunts aux théories grecques, tout ce qui con­ cerne le côté physique et cosmologique de ces doc­ trines, pour s’occuper uniquement de morale ou de rhétorique. Rome resta fidèle à son polythéisme. Ce sera l'éternel honneur delà révélation chrétienne d’être venue s’interposer entre l’athéisme et le polythéisme pour faire briller au ciel de la conscience religieuse des peuples et des philosophes l’idée de son Dieu unique, personnel, créateur et providence de l'univers. L’éclat de cette lumière refoula pour longtemps dans les té­ nèbres les systèmes qui servaient d'appui à la supersti­ tion ou à l’incrédulité. De la sorte, on traverse près de seize siècles sans rencontrer une négation de Dieu or­ ganisée, liée à une genèse scientifique du monde ou à un nouveau système de morale. III. Temps modernes. Mouvement cartésien. — Mais dès le jour où la philosophie voulut reprendre son indépendance et ne plus- être l’auxiliaire de la foi, mais sa rivale, elle recommença bientôt, sur une nouvelle gamme, la série de ses premières erreurs. Descaries (1596-1650), avec son doute méthodique, est le véritable initiateur de cette révolution intellectuelle. Toute sa vie, il luttera contre les conséquences de ses principes, mais il en a posé le germe. Par une analyse hardie, le philosophe français avait ramené le monde corporel â la seule étendue, le monde spirituel à la seule pensée. Il est déjà facile de prévoir que ses disciples ne 2204 s’en tiendront pas à ce dualisme. L'unité, qui est comme la loi de la pensée humaine, simplifiera encore ces deux types d'existence et les ramènera à un principe commun, à une seule substance. L'occasionalisme de Malebrançhe, supprimant toutes les causes secondes et réduisant tout à une seule cause, accuse déjà cette tendance. Spinoza (1632-1677) achève logiquement la concen­ tration et en vient à ne faire du fini et de l'infini que les deux aspects d'un seul et même être. Partant de la dé­ finition cartésienne de la substance, être en soi et par soi, il déduit immédiatement, avec une rigueur géomé­ trique, l’uniié de substance. Une telle substance est l’être infini, doué d'une série infinie de modes ou attributs qui répondent au monde des esprits et au monde des corps. Le total de la substance et de ses attributs est, pour le philosophe, la nature naturante ; l’infinité des modes de l'étendue et de la pensée forme la nature naturée. Que devient Dieu, dans ces conditions? La lettre du système lui accorde une sorte d'existence propre et distincte avec une intelligence qui lui donne l’apparence d'une personnalité consciente. Mais l’esprit dit le contraire. Car. suivant les doctrines cartésiennes, la pensée se manifeste sous deux formes distinctes : en­ tendement et volonté. Or, Spinoza dit que Dieu n’a pas de volonté, et que l’entendement n’appprtient qu’à la nature naturée, non à la naturante. Le Dieu de Spinoza n’est donc pas une intelligence; il n’a ni personnalité, ni conscience, ni aucun des caractères d’une existence distincte. En définitive, il absorbe Dieu dans la créature, et en fait, comme le panthéisme naturaliste, un Dieu réduit à une abstraction, à une idée creuse, à un pur néant. Nous nous arrêterons à celte qualification qui nous parait plus rigoureuse et prend la voie moyenne entre les divergences des critiques au sujet de l’athéisme de Spinoza. Voir Nourrisson, Spinoza el le naturalisme contemporain, Paris, 1866, p. 219. IV. Mouvement baconien. — La philosophie anglaise a sa part dans ce mouvement des esprits vers des mé­ thodes nouvelles, sans être, pour cela, un prolongement, une sorte d’écho du cartésianisme. Elle a pris naissance dans un esprit national arrivé, au xvn· siècle, à la con­ science de sa tendance prédominante: goût exclusif pour l'expérience, certaine horreur de la spéculation et de la métaphysique, amour prépondérant des questions d’inté­ rêt immédiat et des solutions qui paraissent pratiques. François Bacon (1560-1626) est le père de cette philoso­ phie expérimentale qui substitue l’observation à l'hypo­ thèse, l'induction au syllogisme. Tout en s’attachant à réglementer l'expérimentation et â donnei’ à la science une direction pratique versl'industrie, commodis huma­ nis inservire, il ne nie pas néanmoins la métaphysique, ni les causes finales, encore moins la cause première, comme le prétend de Maistre, dans le livre où il le prend si violemment à parti. On ne peut donc le soupçonner d’athéisme. 11 n,’en est pas de même de son disciple Hobbes (1588-1679) qui exclut de la philosophie Dieu, sa nature, ses attributs, parce qu'il n'y a rien en Dieu qui prête à la science, étant donné que Dieu n'est pas un corps. L'inconséquent matérialiste dit bien que l’homme peu: connaître Dieu par la foi, mais ce fidéisme juxtaposé à une philosophie crûment matérialiste semble d'autant plus une concession â ce qu’il estimait être le préju-· religieux de ses compatriotes, qu'ailleurs il ne voit dans la religion qu’un artifice et une combinaison politique. Sans injustice, on doit le ranger parmi les athées les mieux caractérisés. Locke (1631-1704) est loin d’être aussi radical dans ses doctrines; il a même soin de prouver l'existence de Dieu, mais néanmoins sa psychologie sensualiste déve­ loppée dans son Essay concerning human understan­ ding, Londres, 1690, est fatalement destinée, comme nous l'avons vu. à battre en brèche la théodicée. Elle ne 2205 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE tarde pas à évoluer vers le scepticisme le plus absolu, celui de Hume et de Berkeley et à devenir une arme de guerre entre les mains des free tinkers anglais, Bolingbroke, Collins, Tindal. V. Mouvement voltairien. — Voltaire, qui s’était réfugié en Angleterre vers 1726, rapporte à sa patrie cet esprit d'hostilité railleuse contre le christianisme et ses dogmes révélés. Ses saillies d'impiété ne pouvaient seules fonder une philosophie; il fallait à ce scepticisme une tournure scientifique. Ce fut l'œuvre de V Encyclopédie. Sous le prétexte de réunir dans un même faisceau toutes les connaissances humaines, on insinua, à tout propos, la haine contre la religion et, malgré des protestations officielles de déisme, aux articles 4 nie, Dieu, Athée, on ne parvint pas à dissimuler la sympathie marquée des rédacteurs pour l'athéisme et le matérialisme. Le xvm« siècle était mûr pour l’athéisme sans voile et sans périphrases du Système de la nature, par Paul d'Hol­ bach, 2 vol., Londres, "1771. Ce manuel d'athéisme répéta Démocrite et Epicure dans un style lourd, prolixe et pédantesque qui lui valut les critiques de Voltaire, dans l’article Dieu du Dictionnaire philosophique. H n’est sur­ passé en cynique impiété, que par le Dictionnaire des athées de Sylvain Maréchal, in-8°, Paris, 1799, qui, dans sa bizarrerie sacrilège, met au nombre des athées JésusChrist, le Saint-Esprit, saint Paul, saint Augustin, Bos­ suet, etc. Lalande, en ajoutant un supplément â cet ou­ vrage scandaleux, a la folie de se féliciter plus de ses progrès en athéisme qu’en astronomie. C’est dans ces aberrations que s’effondre le xvm· siècle. VL Mouvement kantien en Allemagne. — Le XIXe siècle s’ouvre avec Kant (1721-1801·), fondateur d’une nouvelle philosophie teinte aux couleurs nationales du génie allemand, patient, laborieux, méditatif, enclin à un idéalisme rêveur. L'Allemagne allait, â son tour, se mettre à la tète de la tranchée. Le père de la philosophie criti­ que voulant relever la certitude de ses ruines et l’établir sur des bases plus solides, s’applique d'abord à recher­ cher la cause des contradictions entre philosophes. Il la découvre dans un vice de méthode. Tous, s’attachant à l’objet de la connaissance et poursuivant la solution des plus hautes questions que puisse se poser l’intelligence humaine, telles que celles de l’existence de Dieu, de la spiritualité de l’àme, de la destinée de l’homme, ont oublié le sujet qui donne naissance à tous ces problèmes, c'est-à-dire la raison humaine. Ils ont négligé de con­ stater ses lois, sa nature, ses limites. Kant ramène le débat à celte analyse. Son projet entre dans le titre même de son principal ouvrage : Critique de la raison pure. H y nie l’objectivité des idées et les réduit à être des formes purement subjectives de notre entendement. Selon lui, les objets denos conceptions, Dieu, l’àme hu­ maine, la substance matérielle elle-même ne sont que de simples formes de notre raison et n’ont pas de réalité hors de l'esprit qui les conçoit. L’ne réforme entreprise contre le scepticisme aboutit ainsi elle-même à la ruine de la métaphysique objective, à la défiance à l’égard de nos plus hautes facultés, à l’élimination de tout ce qui n'est pas directement observable, enfin, à un doute uni­ versel sur les objets qu’il importe le plus à l'homme de connaître, Dieu, l’àme humaine, la liberté. Telle est, dans sa première phase, l’œuvre du penseur allemand : œuvre de destruction, anéantissement de la raison spé­ culative. Mais il réserve tous les honneurs à la raison pratique, à celle qui gouverne la volonté et préside à notre activité : seconde phase du problème développé dans sa Critique de la raison pratique. Se tournant vers la loi morale, il reconstruit, par une déduction rigou­ reuse, tous les dogmes de la métaphysique: Dieu, l’im­ mortalité de l’âme, la liberté. Sceptique en théorie, Kant redevientdogmalique en morale. L’incrédulité contempo­ raine, le positivisme, par exemple, ne le suivra que dans la première partie de sa thèse, condamnation de la mé­ 220G taphysique, rejet a priori des réalités inexpérimen­ tales. Là est le premier danger du système kantien par rapport à l’idée de Dieu; le second, c’est d'amener, par la voie de l’idéalisme critique, une recrudescence de panthéisme. On y arrive avec la logique sévère de Fichte. Kant, son maître, avait subordonné l’être réel à la pense. De cette conception il était facile de conclure : si les choses ne sont que ce que les fait la pensée, c'est la pen­ sée qui constitue, qui crée les choses. Le moi. en se pensant,"en se posant, se crée; en posant le non-moi. il le crée aussi; enfin, en posant Dieu, il le crée encore. Fichte (1762-1814), dans sa Théorie de la science, tira toutes ces conclusions : il lit sortir l’objet du sujet : identité absolue de l’être et de la pensée. Le moi seul est principe, expliquant tout, posant tout, créant tout, étant tout, s’expliquant, se posant, se créant lui-même. Singu­ lier panthéisme qui absorbe en l’homme, Dieu et le monde, qui détrône Dieu pour couronner l’homme. Schelling (1775-1854) reprend, mais en le transformant radicalement, le subjectivisme idéaliste de Fichte. Il ne tire plus l’objet du sujet, le non-moi du moi, l'être de la pensée; il les place tous deux sur la même ligne, les identifiant dans un principe supérieur, l’absolu, au sein duquel ils se réunissent et se confondent. Cet absolu c'est Dieu. En lui, s'effacent les différences du moi et du nonmoi. La conséquence d’un tel postulat, c’est l’identité de toutes choses dans l’essence de l’absolu : une seule essence, une seule substance qui, par son évolution, devient toutes choses. Le nom de ce système, c’est le panthéisme essentiel. Développé avec plus de vigueur et de hardiesse, il produit le panthéisme logique d’Hegel qui est le dernier mot de la philosophie allemande et la construction la plus originale du xix» siècle. Hegel (1770-1831) commence par synonymiser totale­ ment être et pensée et, pour marquer cette fusion, il les réunit sous un seul nom, l’idée. L’idée, en se dévelop­ pant, produit la nature; la nature, en produisant l'âme, produit l’esprit, et l'esprit produit Dieu. Tout se réduit à un monde purement logique dans lequel Dieu est à la fois tout el rien; rien, puisqu'il n'a conscience de luimême que dans l’esprit humain; tout, puisqu'il est la substance générale de toutes les consciences et de toutes les existences. C’est la négation du Dieu réel, vivant et personnel. Hegel appelle superstition toute croyance en un Dieu objectif et ne reconnaît pour réel que ce qui est éternel, le mouvement logique de l’idée, cet éternel de­ venir qui produit et reproduit sans cesse le monde. Une philosophie où l’homme était transformé en conscience de Dieu, devait nécessairement dégénérer en excès au­ dacieux, une fois livrée aux interprétations de nombreux disciples. C'était inévitable. A la mort du maître, en effet, l'école hégélienne se fractionne, comme les groupes parlementaires, en droite, centre et gauche. La droite opéra une retraite avec des sens mystiques et r _ ni. le centre voulut conserver les positions de l'orthodoxie hégélienne; la gauche, poussant de l avant, af irrru de nouveau, par la plume de Strauss et de Mich-b-td.· I rlin, que Dieu n’est personnel qu'en l’homme. Puis on vit bientôt une extrême-gauche identifier rigoureuse­ ment idée et nature, pour revenir aux dogmes matéria­ listes et athées du XVIII· siècle. Ses adeptes, Feuerbach, Bruno Bauer, Max Stirner, Arnold Ruge, avec leur de­ vise : homo sibi Deus, tentèrent de substituer à tous les cultes la religion de l’humanisme. Les révolutions poli­ tiques de 1848 se firent l’écho deces doctrines radicales : le socialisme fit alliance avec l’athéisme, tant en France qu’en Allemagne. L’idéalisme transcendant, arrivé à sa dernière période d'exaltation, avec le pessimisme athée de Schopenhauer, devait, à la fin, tourner an réalisme le plus effréné, au matérialisme cynique de Moleschott et de Louis Buchner. VII. Mouvement kantien et hégélien en France — Une crise analogue l’attendait, vers le même temps, de 2207 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. HISTOIRE l’autre côté du Rhin. La métaphysique allemande avait succédé, en France, à la psychologie écossaise, dés ISIS, à la suite d'un voyage de Victor Cousin (1792-1867) en Allemagne. A partir de cetle époque, le restaurateur officiel de l'enseignement philosophique réédita succes­ sivement, dans ses éloquentes leçons, les théories de Kant, de Fichte, de Schelling et d'Hegel. Des soucis d'orthodoxie lui lirent adoucir les nuances de panthéisme trop tranchées de ses nouveaux maîtres, ce qui donna à sa théodicée un aspect fort étrange, au ton faux et indécis. Quand Hegel vit ses formules ainsi métamor­ phosées : « M. Cousin, dit-il, m'a pris quelques pois­ sons, mais il les a bien noyés dans sa sauce. » Taine, Philosophes classiques, Paris, 1868, p. 135. Plus tard, le père de l'éclectisme modifia encore ses opinions et revint au spiritualisme de Descartes et de Leibnitz. Mais il avait acclimaté dans l’esprit de ses illustres élèves et de la génération universitaire ce criticisme germanique qui, en se moulant dans le génie français, allait altérer ou détruire la vraie notion de Dieu au nom de la science moderne, du progrès et de la liberté de penser. On voit sortir, de cet amalgame doctrinal, le scepticisme religieux de Jouffroy, le déisme rationaliste d’Émile Saisset et de Jules Simon, le positivisme de Comte, de Littré, de Taine, le criticisme ‘de Renan, l'idéalisme hégélien de Vacherot et de Schérer. Quand, de tous ces noms, on a excepté ceux des déistes spiritualistes, Ê. Saisset et Jules Simon, on peut assigner aux autres ces deux dogmes fondamentaux : condamnation de la métaphysique et négation formelle de la personnalité divine. On s’accorde pour réduire Dieu à un être essen­ tiellement indéterminé, relégué dans un vague obscur, sans influence aucune sur le monde et ses lois. Sous prétexte de le laisser dans son infini, on se défend sévè­ rement de le définir, de lui donner des attributs. Toute tentative de s'expliquer sur ce principe nébuleux est traitée de dogmatisme impertinent, de grossier anthro­ pomorphisme. Au fond, cesairs d’abstention respectueuse servent à voiler aux propres yeux de ceux qui les pren­ nent ou à ceux du public la vérité d’un athéisme qui, présenté dans tout son jour, répugnerait et ferait peur. On est suffisamment renseigné, par exemple, sur la neu­ tralité systématique des positivistes français, bien qu'ils se piquent de pousser plus loin la réserve et la modé­ ration dans les questions de cause première. Avec des apparences plus modérées, Bain, Bailey, Stuart Mill. Herbert Spencer et autres positivistes anglais, ne pra­ tiquent pas mieux l'indifférence. Leur commune sym­ pathie pour le darwinisme, leur prosélytisme à chasser l’idée de Dieu du domaine scientifique et à la remplacer par des hypothèses où l'on explique le monde sans l'in­ tervention d'une cause intelligente montre suffisamment dans quel sens il faut interpréter leurs théories sur l'in­ connaissable. En résumé, « le positivisme nous offre la forme la plus concrète, la plus actuelle et, en un sens, la plus populaire de l'athéisme. » Guthlin, Les doctrines positivistes en France, Paris, 1873, p. 366. On doit ajou­ ter, la plus redoutable, car en groupant sous son nom et sous sa méthode toutes les spécialités scientifiques, l'his­ torien, le philologue et l'artiste, aussi bien que le phy­ sicien, le naturaliste et le chimiste, elle tend à envahir tous les modes d'activité de la pensée contemporaine pour y supprimer l'idée et le nom du créateur. Sous son influence, les diverses branches du savoir prennent de plus en plus les allures d’un complot universel tramé contre Dieu. Sans avoir jamais fait adhésion for­ melle au positivisme, Ernest Renan (1823-1892) lui appar­ tient néanmoins par ses assertions familières et par la base de ses travaux critiques. Sa théodicée flottante et indécise, bien que rebelle à l'analyse et ennemie décla­ rée des formules arrêtées, se rapproche sensiblement, dans l'ensemble, des vues positivistes. A tout propos, l’auteur partage leur mépris pour la métaphysique et 2208 déclare que « le problème de la cause suprême nous déborde et nous échappe, qu’il se résout en poèmes et non en lois ». Dialogues et fragments philosophiques, p. 326. Malgré son intention expresse de répudier toute connivence avec l’athéisme et le panthéisme, Renan y retombe souvent par la force de ses principes hégéliens. Ses effusions mystiques puisées aux sources du spiri­ tualisme le plus orthodoxe, enrichies d'une élocution biblique éblouissante, ne parviennent pas à dissimuler une certaine affinité avec la négation de Dieu. Elles prouvent, tout au plus, qu’en fait de religion et de croyance, le dernier mot de sa critique est un scepticisme artistique. En voulant, à son tour, remplacer la philosophie par le criticisme, Charles Renouvier était allé jusqu’à dire, dans le premier volume de ses Essais de critique géné­ rale, Paris, 1854-, que l'athéisme était la vraie méthode scientifique. Une étude plus attentive de la finalité uni­ verselle lui fit rétracter, dans la suite, cette profession de foi paradoxale empruntée à Proudhon. On ne doit donc pas l'inscrire au nombre des athées. Il est pénible autant que surprenant, pour la critique théologique, d'avoir à y laisser le nom d’un illustre et profond penseur, dont le but fut précisément de rétablir et de solidifier, dans les consciences savantes, cette même notion de Dieu qu’avaient si fortement ébranlée les coups de la critique négative. Nous voulons parler d’Etienne Vacherot. L'illustre disciple de Cousin s'était proposé, dans les deux gros volumes intitulés La méta­ physique et la science, ou Principes de métaphysique positive, Paris, 1858, de reconstruire la métaphysique du xixe siècle sur des bases nouvelles et de refaire à neuf la théodicée, λ Si les fausses définitions de la li­ berté, dit-il, ont engendré le fatalisme, les fausses idées sur Dieu ont engendré l'athéisme. » En conséquence, il s’applique à réformer les conceptions que théologiens et métaphysiciens se sont faites communément sur la divinité. Il croit en découvrir la fausseté et l’impuissance dans l'obstination qu'ils ont mise à réunir constamment sur un même sujet perfection et réalité, universalité et individualité, toutes choses, selon lui, absolument con­ tradictoires. Son principe à lui, c'est que la perfection est incompatible avec la réalité. A la théologie de choi­ sir entre un Dieu parfait ou un Dieu réel. Mais il faut renoncer désormais à les identifier. Toute l’existence réelle est bornée au inonde : hors de là. plus de réalité. Le Dieu parfait n’est qu’un idéal. Par conséquent, Dieu est l’idée du monde, et le monde la réalité de Dieu. Tout le système de Vacherot est dans cette antithèse : d'une part, l’infini, la substance du monde, seul être réel et vivant; d’autre part l'idéal, le vrai Dieu, qui n’est ni réel ni vivant..Qu'est-il alors? une simple idée de l’esprit, une fiction subjective, pour tout dire, un être de raison. « Supprimez les êtres pensants, l’Ètre infini et universel (le Cosmos) existerait toujours, mais le Dieu vrai aurait cessé d'exister. » La métaphysique et la science, I. il, p. 277. Ce Dieu a une singulière ressemblance avec celui d’Hegel, et, puisqu'on lui refuse expressément toute existence réelle, nous sommes en face d'un athéisme doctrinal très explicite. Les pro­ testations très sincères de l’auteur appuyées par l'inten­ tion qui se dégage de tout son livre ne peuvent infirmer la vérité de cette conclusion ; elles ne font que couvrir l'honorabilité et la droiture de la personne et de son dessein. L’œuvre si originale et si savante de Vacherot est le dernier événement à signaler dans l'histoire de l'athéisme scientifique : son examen nous dispense de suivre les progrès de la pensée hégélienne dans une foule d'autres écrits publiés, tant en France qu'à l'étran­ ger, depuis son apparition. Les ouvrages indiqués à la fin de l'article précédent ; Reimman, Historia atheismi et atheorum /also et merito sus­ pecturum, Hildesheim, 1725 ; Leclerc, Histoire des systèmes des 2209 ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. — ATHÉNAGORE anciens athées, Amsterdam, 1696 ; Spizelius, Scrutinium atheismi historico-theologicum, Augsbourg, 1663: Zeller, Philosophie der Griechen, trad. Boutroux. Paris. 1877; Blessig. De origine philosophise apud Romanos, Strasbourg, 1770 ; F. Ravaisson, Essai sur te stoïcisme, Paris, 1835; Rollin, Histoire an­ cienne. Paris, 1837. t. Ht, p. 622 sq. ; Catéchisme historique des incroyants. Migne, Démonstrations évangéliques, Paris. 1853 ; Saint-René-Taillandier, L'athéisme allemand et le socia­ lisme français, dans la Revue des Deux Mondes, nouvelle série, t. XXIV: Émile Saisset, De la philosophie allemande, dans la Revue des Deux Mondes, nouvelle série, t. ni; Caro, Le maté­ rialisme et la science, Paris, 1876; Paul Janet, Le matérialisme contemporain, Paris, 1875: Félix Ravaisson, La philosophie en France au xix· siècle, Paris, 1868: Gruber, Le positivisme depuis Comte jusqu’à nos jours, trad. Mazoyer. Paris, 1803: Tabaraud, Histoire critique du philosophisme anglais. Paris, 1806: Gratry, Les sophistes et la critique, Paris, 1864; É. Sais­ set, Précurseurs et disciples de Descartes, Paris, 1862. III. ATHÉISME ET ERREURS CONNEXES. Condamna­ tion. — Avant le concile du Vatican, on ne rencontre aucune condamnation solennelle de l'athéisme. T.a rai­ son en est claire. Aux premiers âges du christianisme, la croyance en Dieu était une vérité si éclatante, qu'elle était mise en dehors de toute controverse, soit avec les hérétiques, soit avec les païens. La négation de Dieu ne se rencontrait, au sein de l’Eglise, qu’à l'état erratique, comme un phénomène tout à fait extraordinaire, une sorte de folie et d'égarement monstrueux. Ainsi, en 1215, le panthéisme d'Amaury de Chartres est frappé par le IV· concile de Latran comme une inconcevable aberra­ tion d'esprit, plutôt que comme une hérésie. Reproba­ mus etiam ac condemnamus perversissimum dogma impii Almarici, cujus mentem sio pater mendacii excxcavit, ut ejus doctrina non tam haeretica, quam in­ sana sit censenda. Denzinger, Enchiridion, n. 359. Voir col. 939. Il n'en est plus de même au xix· siècle. Le rationalisme, toujours plus menaçant, cherche activement à effacer ou à corrompre, dans les consciences catho­ liques, la notion de l’Être suprême. Il fallait un prompt remède. La première constitution dogmatique, Dei Fi­ lius, promulguée par le concile du Vatican, fit face à ce premier danger. 1° Athéisme. — Le premier paragraphe du chapitre premier notifie, dans ses premières lignes, la profession de foi de l’Église en l'existence de Dieu : La sainte Église catholique, apostolique, romaine croit et con­ fesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et seigneur du ciel et de la terre et tout-puissant... Cette déclaration suffit pour exclure du corps de l’Eglise celui qui nie le Dieu des chrétiens, envisagé d’une ma­ nière concrète, tel qu'il s’est révélé dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Le premier canon, qui fait suite à l’exposé doctrinal du chapitre, confirme et précise celte conclusion, en disant : Anathème à qui nierait le seul vrai Dieu, créateur et seigneur des choses visibles et des choses invisibles. Deux erreurs nous semblent comprises dans cette condamnation : 1“ celle qui con­ siste à nier l’existence de toute divinité; 2“ celle qui refuse de voir un Dieu véritable dans le Dieu du chris­ tianisme. La première est l’athéisme, non pas, assuré­ ment, l’athéisme pratique, l'hérésieétantessentiellement dans une adhésion formelle de l’intelligence, encore moins l'athéisme négatif, qui ne peut nier un Dieu qu'il ignore, mais bien l'athéisme spéculatif, doctrinal, scien­ tifique. celui qui rejette formellement et explicitement la réalité de l’Ètre suprême. 2° Matérialisme. — De ce chef, le matérialisme, tel que nous l'avons exposé en traçant la véritable physio­ nomie de l’athéisme, est, de tous les systèmes rationa­ listes destinés à miner la notion de Dieu, le seul qui soit atteint directement par ce premier canon. Pour éluder tout prétexte et toute dangereuse restriction, les Pères du concile ont également stigmatisé, dans les anathèmes suivants, les théories modernes soudées à D1CT. DE THEOL. CATHOL. 2210 l'athéisme. Canon 2 ; Anathème à qui ne roua pas d'affirmer qu’il n’existe rien en dehors de la : Hère. La sentence tombe sur toutes les form - d matérialisme, en l’atteignant dans son dogme centra! : exclusion de toute réalité distincte de la matière. 3» Panthéisme. — Puis viennent les condamnations infligées successivement : 1° à la formule générale <1 p: nthéisme, canon 3: Anathème à qui dirait -/ae . substance ou l'essence de Dieu et de toutes choses une et la même; 2“ aux diverses formes de panthéisme : a) celle de l'émanation, la plus ancienne en date, canon i Anathème à qui dirait que les choses finies, soit cor­ porelles. soit spirituelles, ou que du moins les spiri­ tuelles sont émanées de la substance divine; b) celle de Schelling, ou panthéisme essentiel : identification de toutes choses dans l’examen de l’absolu, canon 1 (suite) : Que l'essence divine, par la manifestation ou l’évolution d’elle-même, devient toutes choses ; c) enfin, celle de Hegel, panthéisme de l’être universel,canon 4 (suite): ou enfin que Dieu est l’être universel et indéfini qui, en se déterminant, constitue /’universalite des choses en la­ quelle se distinguent les genres, les espèces et les indi­ vidus. 4» Positivisme. — On s’étonne peut-être de ne pas trouver un dernier anathème contre le positivisme. Il n’a pas, cependant, échappé à la vigilance du concile. Puisque ce système s’interdit, en principe, l’accès des questions théologiques, on ne pouvait l'atteindre dans un endroit exclusivement consacré à définir l’existence et lesattributs de Dieu. 11 était, au contraire, plus logique de le réserver au premier canon du chapitre iv de cette même constitution DeiFilius : Anathème à qui dirait que le Dieu unique et véritable, notre créateur et sei­ gneur, ne peut être connu avec certitude parla lumière naturelle de la raison humaine, au moyen des êtres créés. Là se trouve visé l'agnosticisme, derrière lequel les positivistes de toutes nuances essayaient de se retran­ cher pour combattre efficacement l’existence de Dieu. Le concile a donc poursuivi la négation de la divinité dans toutes ses sources actuelles. Bien plus, la teneur du premier canon, au chapitre premier, porte sur ceux qui rejettent le vrai Dieu, c’est-à-dire le Dieu du chris­ tianisme. Pour se soustraire à la note d’hérésie, il ne suffit pas d’admettre un Dieu quelconque, sur la foi de n’importe quelle preuve philosophique, il faut reconnaî­ tre le Dieu que l’Église catholique présente à ses fidèles, c’est-à-dire le Dieu qui s’est révélé aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres et aux saints. Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. i, p. 207. C. Toussaint. ATHÉNAGORE, apologiste du n» siècle. — 1. ’> : 11. Œuvres. III. Particularités. I. Vie. — Athénagore n’est mentionné ni dans Eusèbe ni dans saint Jérôme, et partage dans 1 ancienne littéra­ ture chrétienne le sort de l’auteur de TE.'piliv « hmgm re et d’Ilermias. Ne serait-ce pas parce que son apologie, circulant sans nom d'auteur, avait . té attribuée à saint Justin dès avant le tv· siècle? Duchesne. Bulletin cri­ tique, 1882, t. ni, p. 187. Quoi qu’il en soit, le nom et deux ouvrages d’Alhénagore ont été sauves de l'oubli. En effet, Méthodius, évêque d'Olympie en Lycie ( + 311,. cite en témoignage dans son Περί άνχατχσεω;,!,37, l’enseigne­ ment d’Athénagore sur le rôle des démons; dans saint r.piphane, Hær., lxiv, 20, 21, P. G., t. xli, col. 1101: dans Photius, Bibl., cod. 234, P. G., t. cm, col. 1109; Bonwetsch, Methodius von Olympus, Leipzig. 1891. Philippe de Side (v· siècle), bien que ses renseigne ments, au dire de Socrate, H. E., vu, 27. P. G., t. lxvii. col. 800, 801, et de Photius, Bil>l.,cod. 35. P. G., t. cm. col. 68, ne soient pas toujours sûrs, donne des rensei­ gnements intéressants sur Athénagore. Enfin Arètb-as. évêque de Césarée au x· siècle, a fait transcrire le texu I. — 70 2211 ATHÉNAGORE de ses ouvrages. Toute la biographie d’Athénagore se réduità ces deux titres de philosophe et d'Alhénien. Mais, s’il faut en croire Philippe de Side, ce qui n’a rien d’in­ vraisemblable, Athénagore aurait d'abord témoigné peu de sympathie envers les chrétiens, à l’exemple de la plupart de ses contemporains, ies sophistes d’Athènes. La lecture de l'Écriture, ou il cherchait des objections contre le christianisme, l'aurait converti, et dès lors il se serait fait le défenseur de ses frères dans sa Πρεσβεία et de sa foi à la résurrection dans son Περί άναστάσεως. Baronius et Tillemont l'identifient, sans preuves suffi­ santes, avec le martyr Athénogènes. Plus vraisemblable­ ment. Zahn, Forseh. zur Gesch. des Fanons, 1884. t. ni, p. 60, et Harnack, Gesch. der altchristl. Lit., '1893, t. I, p. 258, l'identifient avec l’Athénagore, auquel Boethus a dédié, après la mort de Marc-Aurèle, son ΙΙερ’ι των παρά Πλάτωνι άπορουμένων. Il ne nous reste de lui que deux ouvrages, son Apologie et son traité Sur la résurrection. On ignore complètement le lieu, la date et les circon­ stances de sa mort. II. Œuvres. — '1° Apologie. — Le titre de Πρεσβεία, sous lequel elle nous est parvenue, pourrait laisser croire qu’Athénagore fut chargé de présenter oralement la dé­ fense de ses frères, mais le texte donne plutôt l’impres­ sion d’une œuvre de cabinet, mûrement réfléchie, modé­ rée dans la forme et ferme dans le ton, adressée par un philosophe, au nom de la philosophie, à des empereurs philosophes, dans un esprit de conciliation, pourdémontrer le mal fondé des accusations qui pesaient sur le christianisme : de laie titre de Supplicatio que lui donne Otto, et de Libellus que préfère Schwartz. D’après le manuscrit d’Arélhas, elle est adressée « aux empereurs Marc Auréle Antonin et Lucius Aurélius Commode, arméniaques, sarmatiques, et. ce qui est mieux, philosophes ». Nulle difficulté pour le premier : c'est bien l'empereur philosophe, Marc Aurèle. Mais quel est ce Commode? Est-ce le gendre ou le fils de Marc Aurèle? La suscription, dans son intégrité; ne saurait convenir ni à l'un ni à l'autre. Car, d'une part, Lucius, dès son association à l’empire, ne s'appela plus Com­ mode; dés 163 il pouvait bien porter le titre d’arméniaque, mais non celui de sarmalique, puisqu'il mou­ rut en 169, bien avant l’expédition contre les Sarmates. D'autre part. Commode ne saurait porter le litre d’arméniaque. Mommsen a proposé de voir une faute de copiste et de lire γε-,ιια·<ιζοίς au lieudeàppzvtaxoîç; dans ce cas, il s'agirait du tils de Marc Auréle. La guerre contre les Sarmates ayant eu lieu en 176, et Marc étant mort en 180, c’est entre ces deux dates qu’il faut placer ΓApologie; les titres de germanique et de sarmalique ne paraissant que jusqu'en '178, VApologie doit être de 177. Elle comprend un exorde, 1-3; trois parties fort iné­ gales. 4-30. 31-34,35-36, et une courte péroraison. — Dans l'empire, chacun a la liberté d'adorer les dieux de son choix; seuls, les chrétiens sont dénoncés, poursuivis, condamnés. Il faut se tenir en garde contrôles délateurs fallusion aux sophistes, et très vraisemblablement à Cres­ cens. à Fronton, à Celse) et protéger les chrétiens, au nom du droit commun, de la justice et de la saine philo­ sophie. On leur reproche ΓάΟεότης, les Ουέστεια δείπνα, lesoiSiTtécstx a:?-::. A tort, car : 1° ils ne sont pas athées. (L'athéisme était l'une des accusations à la mode contre les chrétiens : voir ies textes dans le Puganus obtrectator de Kortholtus, Lubeck, 1703.) Ils adorent le Dieu créateur, mais ils n'en adorent qu'un. Dans ce Dieu unique ils reconnaissent le Père, son Verbe ou Fils et le Saint-Esprit, enseignant u leur puissance dans l'unité et i leur distinction dans l'ordre ». Ils admettent des anges i au service de Dieu. S’ils s'abstiennent de vos sacrilices, c'est parce que Dieu n'apprécie que le sacrifice du cœur. Argument de VÉpilre à Diognête,3,P. G.,t. n, col. 1172; d'Jrénée, Cont, hxr.. iv, '14,3, P. G., t. vu. col. 1011; de Minucius Fchx, Üclav., 32, P. L.,t. ni, col. 339; de 2212 Tertullien, Ad Scap., 2, P. L., t. I, col. 700; à la diffé­ rence de saint Justin, pas la moindre allusion au sacrifice eucharistique. S'ils n’adorent pas vos dieux, c'est parce qu'ils ne sont que des créatures ; leurs simulacres peu­ vent opérer des prodiges; mais ce n’est là, de l’aveu même de certains de vos philosophes et de vos poètes, que l'œuvre des démons. 2° Les chrétiens ne méritent pas davantage le reproche d’immoralité. Convaincus que Dieu est le témoin intime de leurs pensées, ils s'inter­ disent jusqu’à la pensée du mal. La loi divine leur dé­ fend même de jeter un regard de concupiscence sur la femme; ils n'ont d’autre but, dans le mariage, que la procréation des enfants : μέτρον επιθυμίας ή παιδοπο’.ία. Minucius Félix, Octal·., 28, P. L., t. m, col. 337, et Clé­ ment d'Alexandrie, Ptedag., n, 10, P. G., t. vin, col. 512. Ils pratiquent la chasteté, ils gardent la virginité; ils blâment les secondes noces comme un adultère décent. Pas de μίξεις chez eux : les en accuser ne convient qu'à ceux qui les commettent réellement, ce qui rappelle l'a­ dage ή πόρνη την σόφρονα. —3° S’ils n’ont rien d'Œdipe, ils n'ont également rien de Thyeste; car l'anthropopha­ gie suppose le meurtre. Or le chrétien a horreur du sang; il s'abstient même de le voir verser; il pousse le respect de la vie jusqu’à condamner l'avortement et l’exposition des enfants; enfin sa foi dans la résurrection des corps lui interdit de se faire le tombeau vivant d'un corps qui doit ressusciter. — Paix donc aux chrétiens innocents, qui prient pour, la prospérité de l’empire et pour la transmission de la couronne impériale du père au fils. Telle est cette Apologie, l’une des plus belles, d'après Bossuet, VI· Averties. aux protest., par la gravité du ton et la beauté de la forme, la loyauté de la discussion cl l’étendue de l'érudition. Elle contient la première démon­ stration rationnelle de l'unité de Dieu, qui ait paru dans la littérature chrétienne; elle rappelle saint Justin par sa manière bienveillante de traiter la philosophie et les philosophes, et fait pressentir Clément d'Alexandrie et Origène, qui vont travailler à l'alliance de la philoso­ phie et de la théologie. Elle a de si nombreux points de ressemblance avec VOclavius, qu’on s'est posé· la ques­ tion de savoir lequel dépendait de l'autre, d'Atlicnagore ou de Minucius Félix ; question d'ordre critique qui n’enlève rien au mérite de l'apologie. Krüger nie toute dépendance, Grundriss der theol. Wissenschaflen, p. 87; Ébert, Allg. Gesch. der Lit., 1874, t. i, p. 25; Lœsche, Jahrbucher fur protest. Theol., 1882, t. vm, p. 168-178, veulent qu'Alhénagore ait utilisé Minucius Félix. Harnack, après avoir dit, en 1883, Texte und Unters., 1.i, fasc. 2, p. 181, que rien ne démontrait cette relation, a affirmé, en 1896, Gesch. der altchrisl. Lit., t. I, p. 228, que c’est Minucius qui s’est servi d'Athénagore, contrairement à Wilhelm qui, en 1887, avait déclaré impossible la démonstration de cette dépendance, llreslau-philol. Abhandl., II, I, 1887, p. 71; Pe Minucii Felicis Octavio et Tertulliani Apologetico. 2° De la résurrection des morls, Περϊ άναστάσεως νεαρών. — Dans les manuscrits, ce traité fait suite à la Πρεσβεία et est attribué au même auteur. Personne ne doute qu’il ne soit d’Athénagore. Athénagore, à la lin de sa Ιίρεσοεία, n'avait fait que signaler en passant la résur­ rection ; il s'était abstenu d’y insister pour ne pas intro­ duire, semble-t-il, un sujet étranger à celui qu’il traitait; mais étant d'Athènes, où l’Aréopage avait accueilli avec tant de scepticisme les déclarations de saint Paul â ce sujet, et appartenant à une époque où la résurrection des morts restait une pierre d’achoppement pour tant d’esprits, i) tint à s'en expliquer avec la loyauté et la force dialectique qui caractérise son Apologie ; la forme n'en est pas moins belle. C'est le premier traité qui ait paru dans la littérature chrétienne sur ce sujet, et non le moins intéressant; car il permet de constater quelles étaient les objections opposées alors à ce dogme du sym- 2213 ATHÉNAGORE 2214 rection. leur part respective dans la responsabilité e' le bole et quelle était la manière dont on y répondait dans jugement futur. Il garde une attitude bienveillante pour les milieu» cultivés. la philosophie; il estime que les philosophes poss-.i- nt Il se divise en deux parties: l’une, 1-10, réfute les ob­ dans une certaine mesure la lumière divine, mais -.cit jections contre la possibilité de la résurrection. 1. Si incapables d’arriver par eux-mêmes à la pleine connais­ Dieu ne peut ressusciter les morts, c’est faute de science ou de puissance. Or Dieu a la science: ayant su former sance de Dieu, ce qui implique la nécessité d’une révé­ lation. En revanche, il se montre impitoyable pourceux les corps, il saura bien les rappeler à la vie. Il a la puis­ qu’il appelle des sycophantes : accusateurs sans juge­ sance: ayant pu former les corps, il pourra les recon­ ment, sans science et sans conscience ; docteurs qui ne stituer avec tous leurs éléments épars. Si Dieu ne le veut pas, c’est par crainte d'une injustice vis-à-vis du ressus­ savent rien du christianisme, pleins de morgue, vicieux, cité ou d’un tiers, ou par raison d’indignité. Or il ne haineux et cruels; tourbe de grammairiens, de rhéteurs et de sophistes, possesseurs de riches sinécures, con­ saurait y avoir d’injustice vis-à-vis de personne, et la résurrection n’est pas plus indigne de Dieu que la créa­ seillers des empereurs et meneurs de l’opinion publique. tion. — 2. La résurrection doit avoir lieu. Car la desti­ Athènes élait leur centre. On connaît Théodotius, Lol­ lianus, Hadrianus, Hérodes Atticus et ses deux élèves, née de l’homme, créé pour vivre toujours, sa nature qui Aulu-Gelle et Apulée. Athénagore n’en nomme aucun ; est la synthèse intégrante de l’âme et du corps, le jugement mais il dénonce la pusillanimité de leur esprit, la sub­ qui doit s'appliquer au composé humain, c’est-à-dire au corps comme à l'âme, et la fin dernière, tout la réclame. tilité de leur doctrine, la dépravation de leurs mœurs, Ce traité, digne de la Πρεσβεία pour le fond et pour la l’infamie de leur rôle de délateurs. forme, est incomplet. Car il laisse de côté la question de 4. Théologien, Athénagore a le premier essayé une l’état des corps ressuscités tant au point de vue physio­ démonstration scientilique de la Trinité: unité de Dieu; logique qu’au point de vue surnaturel ; il néglige les création et gouvernement du monde par le Verbe ; le analogies déjà signalées par saint Clément de Rome, que Père, le Fils et le Saint-Esprit; le Père inengendré : le Minucius Félixet saint Cyrille de Jérusalem mettront en Fils est le Verbe du Père,en idée et en énergie, son in­ lumière; il ne renferme aucune des images sensibles de telligence, son premier rejeton, γέννημα,produit au de­ la résurrection, que Théophile d’Antioche va insérer dans hors, προελΟών. S’agit-il là de la génération éternelle du son traité à Autolycus et qui fourniront à Tertullien les Verbe? Le Verbe est-il Fils de toute éternité? Sans doute tableaux si éloquents de son De resurrectione. carnis. Athénagore affirme que Dieu a de toute éternité en lui 111. Particularités. — 1. Comme écrivain, Athénagore sa raison, qu’il est éternellement raisonnable. Mais le dépasse de beaucoup tous les apologistes du il' siècle. Verbe forme-t-il une hypostase distincte de celle du On lui a reproché sa déférence extrême,son obséquiosité Père? Rien ne l'indique. Le contexte porte plutôt à croire envers le pouvoir. Il plaide, en effet, la cause de l’héré­ que le Verbe n’a été engendré qu’à l’occasion de la créa­ dité impériale; il fait argument de la prière des chrétiens tion et pour créer ; ce serait alors l’idée fausse d’une en faveur des autorités constituées. Mais un tel loyalisme génération temporelle. Le Saint-Esprit agit sur les pro­ n’a pas de quoi étonner : ce fut celui de presque tous phètes; il est une dérivation de Dieu, απόρροια; il sort de lui et il y rentre comme le rayon dans le soleil : cette les écrivains ecclésiastiques de l’époque. On n'a qu'à se rappeler les avances que faisait Méliton à l’empire, comparaison, déjà réprouvée par saint Justin, sera re­ prise plus lard et appliquée par le sabellianisme, non au dans Eusèbe, 11. E., iv, 26. P. G.. t. xx, col. 396, et la Saint-Esprit, mais au Verbe. Athénagore admet l’existhéorie de Tertullien, d’après laquelle les bons empereurs avaient favorisé le christianisme,Candis que les mauvais I tence personnelle des anges, distribués entre les cieux pour maintenir en harmonie les éléments du monde, et avaient été seuls à le persécuter. Apolog., v, P. L., 1.1, celle des démons, à la malice desquels il attribue les col. 296-297. Quant à la prière pour les chefs du pouvoir, miracles, vrais ou apparents, qui se faisaient parmi les elle était de tradition apostolique. Voir saint Clément, païens. Apol., x, P. G., t. VI, col. 908,909. A en croire 1 Cor., LXt, dans Funk, Opera Pair, apost., t. I,p. 140; Méthotlius, dans Photius. Bibl., cod.234, P. G., t. cm, col. Théophile d’Antioche, Ad Autol., i, 11, P. G., t. vi, col. 1109, il aurait partagé l'erreur de ceux qui attribuaient 1041 ; Tertullien, Apolog., χχχ,Ρ. L., t. i, col. 442-445; la chute des anges à un péché charnel. Enfin dans son Ad Scap., n, P. L., t. i, col. 700. Voir Mangold, De traité de la Résurrection, il fait allusion à la peine éter­ Ecclesia priniæva pro cæsaribus et magistratibus nelle de l'enfer: c’est le feu inextinguible de saint Ignace, romanis preces fundente, Bonn, 1881. Ad Eph., xvi, dans Funk. Opera Pair. apost.A. t. p. Is6; 2. Tillemont a soupçonné Athénagore de montanisme, le feu éternel de VÉpilre à Diogmte, x. P. G., : tt, à cause de l'expression dont il se sert au sujet des pro­ col. 1184; le châtiment éternel de saint Justin. .4; : phètes et de la manière dont il parle des secondes noces. 1,21, P. G., t. VI, col. 361; Théophile d’Antiocl.e, Ad Le mot extase, si en faveur chez les montanistes, n'est Autol., i, 14, P. G., t.’ vi, col. 1045. pas suffisamment caractéristique ; et quant à Γεύπρεπής μοιχεία, elle n’est qu’un écho des rigoristes du temps I. Éditions : Dechair, Oxford. 1706: Maran. dans P. G. L n. qui estimaient que le lien matrimonial n’était pas rompu col. 889-1024; Otto, Corp, apol., t. vu; March et Owen. dans par la mort. Si Athénagore avait été réellement montaDougla’s series of christ, greek and latin writers. X w-Ycrk. niste, il aurait traité les secondesnoces de véritable adul­ 1876, t. iv ; Schwartz dans Texte und Caters. sur Gesch. der altchristl. Lit., Leipzig. 1891, t. IV, fasc. 2. tère. Voir Théophile d’Antioche, Ad Autol.,ut, 15,P. G., II. Travaux : Hefele, Beitrüge zur Kirchengesch., Tut. vi, col. 1141 ; Clément d’Alexandrie, Strom., Ill, 12, bingue, 1864, Lehre des Athenagoras und Analyse seiner P. G., t. vin, col. 1184; Origène, In Luc., homil. xvn, Schriflen,t.t. p.60-86; Schubring, Die Philosophie des Athena­ P. G., t. xiil, col. 1846; Tertullien, De monog., i, P. L., goras, Berlin, 1882 ; A. Joannides. 11}«γμ«τιί» rif, v?.; -'ai.— t. n, col. 931 ; Minucius Félix, Oclav., xxvni, P. L., =i>.»roçix>i{ γν«»ι··;. léna, 1883; Lehmann, Die Auferstet. ni, col. 337. Maran etOtto renvoient aux témoignages hungslehre des Athenagoras, Leipzig, 1890 ; Π. Λ-.·-.5ΐττ;, Ή ίΐΐοΛογ,α -oC Α9ην«γόρον, Leipzig, 1893; Duchesne, Les origines recueillis par Cotelier sur Hermas. Aland., ιν, 4. Du chrétiennes, lithographié; Harnack, Die Chronologie..., Leip­ reste, Athénagore n'a rien de la théorie montaniste zig, I, De Athenagoræ scriptis et vita; Chevalier. Répertoire, sur le Saint-Esprit. Bio-bibliographie, p. 184, 2430; Richardson, Bibliog. synopsis, 3. Philosophe, Athénagore appartient à l’école néo­ p. 37, 38 ; Arnould, De apologia Athenagora·, Paris. 1898; Barplatonicienne, sans en être l’esclave ; et il n’y a rien denhewer, Les Pères de CÉglise, trad, franç.. Paris, 1898. L 1. d’impossible à ce qu’il ait été le chef de l'académie, au p. 177-182; A. Ehrhard. Die altchristl. Litteratur, Frib-urg-enrapport de Philippe de Side. Il a une culture étendue ; Brisgau, 1900, p. 243-245: Bardenhewer. Geschichte der alltarcAA. il connaît le composé humain, la nature de Fame et du Litteratur, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t I, p. 267-27S G. Bakeille. corps, leur union qui doit se reconstituer par la résur- ■ 2215 ATTALIATES — ATTENTION ATTALIATES Michel, jurisconsulte et historien, était originaire d’Attalia, en Pamphylie, comme l'indique son nom. 11 vint de bonne heure à Constantinople, et y exerça d’abord les fonctions d'avocat. Ayant réalisé une grosse fortune au moyen d’heureuses spéculations dans la capitale et à Ithodosto, il put jouer un certain rôle dans les affaires publiques. Tour à tour conseiller d’État et juge de l’hippodrome sous l’empereur Constantin Ducas (1059-1067), juge de l'armée sous Romain Dioge­ nes (1067-1071), patrice sous Michel Parapinaces (10711078), magister sous Nicéphore Botaniates (1078-1081), il laissa à sa mort des œuvres de bienfaisance très pros­ pères et des œuvres scientifiques d’un certain mérite. Nous avons de lui : 1° Un manuel de droit intitulé : Πόνημα νομικόν ήτοι σύνοψις πραγματική. Écrit en 1072 à la demande de Mi­ che) Parapinaces, cet opuscule eut une grande vogue, comme en témoignent les nombreuses copies qui nous en sont parvenues.il a été publié par J. Leunclavius et M. Freher dans : Juris græco-romani tam canonici quam civilis tomi duo, in-fol., Francfort, 1596, t. n, p. 1-79. Cf. E. Zachariâ de Lingenthal, Hisloriæ juris græco-romani delineatio, in-8», Heidelberg, 1839, p. 71 sq. ; J.-A.-B. Mortreuil, Histoire du droit byzantin, in-8», Paris, 1846, t. m, p. 218-229; L. Sgoulas, dans la revue athénienne Θέμις, Athènes, 1861, t. vin. —2« Un typicon en faveur du monastère et de l’hospice fondé par lui en 1077. à Rhodosto. Cette intéressante pièce a été publiée d'abord par C. Sathas, Μεσαιωνική βιβλιοθήκη, in-8», Ve­ nise, 1872, p. 3-69, puis par E. Miklosich et J. Millier, Acta et diplomata græca medii œvi, in-8», Vienne, 1887, t. v, p. 293-397. Cf. Wald. Nissen, Die Diataxis des Michael Attaleiatesvon 1077,in-8°. léna, 1894·; — 3» Une Histoire allant de 1034 à 1079. Dédiée à l'empereur Ni­ céphore Botaniates, elle est presque uniquement occu­ pée par ces intrigues sans fin et ces révolutions de palais qui marquèrent les dernières années de la dynas­ tie macédonienne. Elle n’en est pas moins précieuse, car l’auteur ne raconte que ce qu’il a lui-même observé ou vécu. Le texte en a été publié par Brunet de Presle et J. Bekker, dans le Corpus byzantin de Bonn, en 1853. Les parties relatives aux croisades se trouvent aussi dans le Recueil des historiens des croisades. Historiens grecs, in-fol., Paris, 1875, t. 1, p. 1-99, où elles sont suivies d’un commentaire de B. Hase, p. 101-154. W. Nissen, Die Diataxis des Michael A ttatciates von 1077, ln-8·. léna, 1894 : ce livre renferme (p. 23-39) une excellente bio­ graphie de notre auteur; K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, 2* édit., in-8·, Munich, 1897, p. 269-271. L. Petit. ATTENTION. L’attention n’est que l’application de l’esprit à l’objet qu’on veut connaître. Cet objet peut être une vérité spéculative, connue ou inconnue, que l’on considère ou que l’on cherche à découvrir. L'attention est pour notre esprit le moyen d'arriver à savoir la vé­ rité; quand celle vérité est évidente ou déjà bien con­ nue, il suffit, pour qu’elle soit aperçue ou qu’elle rede­ vienne présente à la mémoire, que l'attention se porte sur elle. Aussi les mots : attention ou advertance et connaissance sont-ils fréquemment employés, comme synonymes, en théologie morale et dans le langage cou­ rant. L’attention peut porter aussi sur des faits psycho­ logiques et c'est à ce point de vue qu'il convient de l’étu­ dier ici. Elle a nécessairement sa place dans tous nos actes libres et elle est une des causes dont le concours produit la responsabilité morale. Parce que l'intelligence dirige la volonté, une attention spéciale est nécessaire la où il faut une intention spéciale. Certains actes enfin, pour être convenablement accomplis, demandent une attention particulière. De là, trois questions, d'inégale importance, que le théologien doit résoudre à propos de l’attention: 1. Quelle attention faut-il apporter â l’acte qu’on accomplit pour eu être moralement responsable? 2216 II. Quelle attention est nécessaire au ministre du sacre­ ment pour conférer validemenl ce sacrement? III. Avec quelle attention doit-on réciter le bréviaire pour que le précepte ecclésiastique soit accompli? I. Quelle attention faut-il apporter a l’acte qu’on ACCOMPLIT POUR EN ÊTRE MORALEMENT RESPONSABLE? — Cette question se présente sous deux points de vue : 1» Quelle attention exige la responsabilité morale? 2» Que devient la responsabilité morale quand cette attention fait défaut? — I» De l’attention qu'il faut apporter à un acte pour être moralement responsable de cet acte. — L’acte humain, selon la définition de saint Thomas, Sum. theol., 1’ Ilæ, q. 1, a. 1, est l’acte qui procède de la volonté délibérée de l’homme. Ce qui le caractérise, c’est qu’il dépend essentiellement de cette volonté; s’il se produit, c’est qu’elle le veut; il n'existerait pas si elle s’y refusait. C’est pour cela que l’homme en est respon­ sable, car cet acte étant de lui est à lui et il ne peut pas ne pas lui être imputé. Mais la volonté est éclairée et dirigée par l’intelligence; quand celle-là se décide à un acte quelconque, elle le veut ou l’accepte tel que celle-ci le lui montre et pas autrement. S’il y a dans cet acte quelque particularité qui reste inconnue ou qui passe inaperçue de l’intelligence, elle ne compte pas pour la volonté, elle n’est ni recherchée, ni voulue. Aussi, devant Dieu, l’homme, uniquement responsable de ce qu’il a voulu, ne répond-il de ses actes que dans la mesure où il les a connus. 11 suffit de rappeler ce principe pour faire comprendre toute l'importance du rôle de l’attention dans la vie mo­ rale : par définition, elle intervient nécessairement dans tous les actes de cette vie, puisqu’ils procèdent tous de la volonté délibérée. Si donc on veut apprécier avec justesse, la responsabilité de l’agent, il faut chercher avant tout ce qu’il a remarqué, ce qu’il a vu dans son acte : c’est cela et cela seulement qu’il a voulu. Ce principe est applicable à tous les actes humains, bons ou mauvais. Pour mériter, il ne suffit pas d'accomplir un acte objectivement bon ; il faut le vouloir et. par con­ séquent, le connaître d’abord comme tel. De même, pour pécher, il ne suffit pas de commettre un acte objecti­ vement mauvais; il faut encore le connaître comme tel. Ce qui se dit des uns peut donc — mutatis mutan­ dis — se dire des autres. On étudiera ailleurs, en d, ter­ minant les conditions requises pour mériter, comment il faut considérer et par suite vouloir un acte bon pour avoir droit à la récompense. Voir Mérite. Ici nous exa­ minerons seulement les deux questions relatives à l’acte mauvais. 1. Quelle attention faut-il pour que, dans une mesure quelconque, un homme soit moralement respon­ sable de son acte? 2. Si la matière est grave, quelle attention faut-il pour qu’il y ait péché mortel? 1. Celui-là seul est moralement responsable de son acte qui en a réellement remarqué la malice; l'attention qu'il apporte à ce jugement de moralité peut d’ailleurs être parfaite ou imparfaite, actuelle ou virtuelle. La malice doit être remarquée. Que l’acte objective­ ment soit mauvais, il ne peut l’être subjectivement si l'homme dont il est l'œuvre n’a pas pris garde à sa mo­ ralité, car cette malice qu’il ignore, il ne peut pas la vouloir; il ne peut donc en être rendu responsable. Il faut quelle soit réellement remarquée. D ne suffit pas qu’il y ait obligation de s’en rendre compte avec possi­ bilité et même facilité de la connaître, si de fait on ne remarque pas que l'acte est mauvais. La connaissance morale obtenue grâce à cette atten­ tion est parfaite ou imparfaite ; parfaite, si celui qui porte ce jugement de moralité est en pleine possession de ses moyens de connaissance; imparfaite, si son in­ telligence, fortement gênée par quelque obstacle d’ori­ gine physiologique et psychologique (demi-sommeil, demi-ivresse, préoccupations absorbantes, etc.), ne con­ naît plus qu’à demi et d'une façon très incomplète et 2217 ATTENTION très défectueuse. Cette dernière suffit évidemment pour qu’il y ait une certaine responsabilité, puisque le carac­ tère moral de l’acte n’est pas ignoré absolument ; mais cette responsabilité est atténuée et ne peut jamais aller jusqu’à la faute grave. On verra pourquoi tout à l’heure. Si l’on remarque-, au moment où l’on agit, le carac­ tère moral de l'acte qu’on accomplit, l’attention est ac­ tuelle. En ce cas, l'acte est imputable en lui-même. Mais un acte quelconque peut avoir des conséquences bonnes ou mauvaises qui viendront en leur temps ; ces consé­ quences, on peut les prévoir et remarquer leur caractère moral ; elles sont dés lors virtuellement connues. Ainsi prévues et acceptées, elles sont imputables, au moins in causa, à l’agent qui a mis en jeu leur cause efficace. Voir Volontaire indirect. S'il est indispensable que la moralité de l’acte soit réellement connue, il n’est pas nécessaire qu'elle le soit complètement, sans obscurité et avec une entière certi­ tude. Il n’est pas besoin que l'on sache pourquoi l’acte n'est pas bon, ni même que l'on soit certain de sa ma­ lice; il suffit de savoir, ou même, en certains cas, de soupçonner qu'il est mauvais. Agir, en tous ces cas, se­ rait accomplir, de propos délibéré, un acte certainement ou probablement interdit par Dieu, c’est-à-dire pécher puisque l’homme n'a le droit de faire que ce qui lui parait certainement permis par Dieu. De là découle une double conséquence : 1° L'ignorance complète et involontaire de la malice d’un acte excuse de tout péché; c'est l’ignorance invincible. 2° Mais dés qu'il y a doute, dès qu’on soupçonne un acte de malice, en d'autres termes si l’ignorance n’est que vincible, il faut s'abstenir de l'acte suspect ou s'assurer, avant d’agir, que le doute n’est pas fondé. Voir Conscience doltixse et Probabilisme. L’ignorance est vincible dès qu'on remarque qu'il faut examiner de plus près la moralité de l’acte qu'on veut accomplir. 2. Si la matière est grave, quelle est l’attention re­ quise pour qu’il y ait faute mortelle? Il faut avoir re­ marqué la gravité de cette matière; sinon, on n’en est pas responsable. Celui-là, en effet, qui accomplit un acte quelconque interdit sub gravi, sans connaître la défense portée, en réalité ne veut pas offenser Dieu gra­ vement, puisqu’il n’y pense même pas, et Dieu ne lui imputera pas ce qu'il n’a pas voulu. Par suite, si l’intelligence ne peut se rendre compte de la gravité d'une faute, il ne peut y avoir de péché mortel. Or c’est toujours ce qui arrive dans le cas d'adverlance imparfaite : l'intelligence peut bien alors vaguement connaître la malice d'un acte; elle est inca­ pable d'en comprendre la gravité. L’advertance parfaite est donc nécessaire pour qu’il y ait péché mortel. La connaissance qui en résulte peut être certaine ou sim­ plement probable : ou bien on voit clairement que la faute est grave, ou bien on ne fait que le soupçonner. Agir, si l'on est sûr qu’il y a matière grave, est évi­ demment commettre un péché mortel; mais il n’est pas nécessaire que l’on ait cette certitude : c'est assez d'un simple soupçon. Soupçonner, en effet, c’est savoir que l'acte peut être interdit sub gravi; et l’accomplir mal­ gré cela, c'est consentir à ce que, par son fait, Dieu soit gravement offensé; c’est accepter le péché mortel. De là l’obligation de prendre le parti le plus sûr en s'ab­ stenant de l’acte douteux, ou de s’assurer avant d'agir que les soupçons ne sont point fondés. Voir Conscience et Probabilisme. On peut se placer à un double point de vue pour apprécier un acte mauvais : l’examiner par rapport à Dieu et le considérer comme une désobéissance aux lois divines, ou bien, sans remarquer formellement ce qu'il est aux yeux de Dieu, le concevoir comme un désordre, comme un mal que la conscience déclare interdit et qu elle reproche s’il est commis. La gravité d'une faute sejuge de meme : l'acte apparaît soit comme la viola­ •2213 tion d’une loi divine importante, soit comme un·· · gravement répréhensible, profondément inconvenant·., très contraire à la raison. Il suffit de percevoir de c- "e seconde manière la malice du péché et sa gravit· . t r. selon la remarque, fréquemment rappel ··. de saint Liguori, Theol. mor., L V, n. 11 ; llle gui operatur contra rectam rationem, etiamsi non reputa' · . ■ i--». Sum. theol., Ia, q. xm, a. 4. Il faut ajouter, pour n donner la raison, qu’elle seule s'harmonise avec les con­ ditions fondamentales de notre connaissance de la natur·1 divine. Son côté subjectif, en tant que distinction de raison, répond au caractère abstrait de nos conceptions, alors que son côté objectif rellète la surabondance d'une perfection capable de fournir matière à un chiffre illi­ mité de concepts et d'aspects différents. 6° Opinions thomistes. — En cours de lutle avec le scotisme, l'école de saint Thomas se fractionne elle-meine, sur la question présente, en deux nouvelles opinions. A force de brasser des formalités abstraites, on lit sortir de la distinction de raison objective deux autres distinctions. L’une dite majeure, major, fut réservée aux concepts à contenus exclusifs et hétérogènes, comme ceux d'animal et de raisonnable; l'autre appelée mineure, minor, fut donnée aux concepts à peine nuancés par une variété de contenu qui n'empêchait ni mutuelle contenance, ni réciprocité d’attribution. Tel est, par exemple, le cas des notions transcendentales, l'étre, le vrai, etc. Les partisans de la distinction majeure sont en petit nombre. Suarez, In Sum. thëol., part. 1, 1. I, c. xm, en citant pour elle quelques contemporains, fait des réserves sur l'adhésion de Capreolus, In 11’Sent., 1. l,disl. VIll,q. iv, ad 16"m Au­ reoli. Tous les autres théologiens, en dehors des nomi­ nalistes etdesscotistes,adoptent unanimement la distinc­ tion mineure comme plus conforme à la simplicité divine et plus rapprochée des locutions patristiques, toutes favo­ rables à la réciprocité des attributs divins soit entre eux, soit avec l'essence divine. S. Augustin, De Trinit., I. XV, c. v, P. L., t. xlii, col. 1062. Voir Gonet, Clyp. thorn., disp. 111, a. 3; Billuart, Sum. S. Th., diss. II, a. 3; Con(enson, Theol. mentis et cordis, I. I, div. n, c. t, spec. 2; Tournely, De Deo, q. tv, 2“ concl.; Billot, De Deo uno, Rome, 1867, p. 161, 397. VII. Rapports mutuels. — Les relations entre attri­ buts divins doivent se baser sur leur nature et se régler suivant les deux aspects qui les distinguent. On peut en effet envisager les perfections divines : Usoit du côte de la réalitéqui les objective; 2° soit du côté de leur contenu logique et formel. Au premier point de vue, parfaite identité et réciprocité. Puisque les choses égales à une troisième sont égales entre elles, tous les attributs de Dieu, identiquesau mémetitreàla substance,se trouvent, de ce chef, réellement et substantiellement identiques entre eux. Il n'y a donc point d'exagération, en ce sens, in sensu identico, dans l'axiome de saint Augustin cité plus haut : quæ justitia (in Deo), ipsa bonitas, et quæ bonitas, ipsa beatitude. En Dieu, la justice est >>ont<· et la bonté est bonheur. On peut dire également la justice est la bonté et la bonté est la justice, mais seulement au sens indiqué. Au point de vue du contenu logiqu·· et f : mel, c'est-à-dire du rellet spécial que chacune des id ··-attributs représente à notre esprit, il n'y a plus ni iden­ tité, ni réciprocité. Autrement, les noms que non- don­ nons à Dieu seraient tous synonymes, ce que voulaient précisément eunoinéens et nominalistes. Il n'est donc plus permis, sous ce rapport formel, in sensu formali, de substituer indifféremment un attribut à un autre et de dire, par exemple, la miséricorde divine est la justice. Il y a, en effet, dans notre intelligence, un concept spé­ cial correspondant à la miséricorde et un autre à la jus­ tice, chacun d’eux a sa raison et sa signification propre. VIII. Règles d’emploi. — Elles sont exposées au mot Abstraits (Termes), col. 283. IX. PréiugÉS modernes. — Les écoles de philosophie, plus ou moins colorées d'hégélianisme, se font un hon­ neur de laisser Dieu, lorsqu'elles admettent son existence, dans la plus complète indétermination, sans jamais vou­ loir rien dire de sa nature et cela, disent-elles, par crainte de dégrader la divinité. En toute rencontre, elles raillent les naïfs ellorts de la théodicée spiritualiste occuper â 2235 ATTRIBUTS DIVINS — ATTRITION façonner Dieu sur le type simplement agrandi de l'âme humaine ou d’un homme de génie. Écoutons Renan, Fragments philosophiques, Paris, 1876, p. 324 : « L'an­ thropomorphisme populaire est le grand écueil que la théodicée philosophique cherche â éviter, et elle a rai­ son; mais il est un anthropomorphisme dont il lui est impossible de se débarrasser, et qui est inhérent à sa tentative même : c'est l'anthropomorphisme psycholo­ gique. Toutes les expressions dont se sert la théodicée pour expliquer la nature et les attributs de Dieu impli­ quent une psychologie finie. On transporte à Dieu tout ce qui, dans l'homme, a le caractère de la perfection, li­ berté, intelligence, etc., sans remarquer que ces mots sont la négation même de l’infinité. » Ce que l’objection implique, à son tour, et avec plus d’évidence,c’est l'igno­ rance réelle ou simulée des corrections sévères que nous faisons subir aux perfections créées avant de les reporter à Dieu. Les développements que nous leur avons consacrés nous dispensent d'une plus ample réponse. Voir Anthropomorphisme, col. 1367. S. Thomas, In IV Sent., 1. I, dist. II, q. i, a. 3; Sum. theol.,I·, q. xm. a. 12; De potent., q. vit, a. 5. ad 2·“; Contra gentes. 1.1. c. xxxv;Capréolus, In I VSent.,1.1, dist.Vlll.q.iv; Jean deSaintThomas, Cursus theol., in part. I. q. iv, a. 6, disp. IV ; Gotti, De Deo, q. tv ; Thomassin, Dogm. theol. de Deo, 1. I, c. xvrn; Sua­ rez. Disput. metaphys., disp. XXX, sect, vt; Fénelon. Traité de l'existence de Dieu, part. Il, c. v; Kieutgen. La philosophie scolastique, trad. Sierp. Paris, 1868. 1.1, p. 299 sq. ; Maret, Théo­ dicée chrétienne, Paris, 1844, p. 197; Gratry, La connaissance de Dieu, Paris, 1856, t. tr, p. 99; Scheeben, La dogmatique, trad. Bélet, Paris, 1880, t. n, p. 72 ; Farges, Idée de Dieu, Paris, 1894, p. 259; Vacant, Études théolog. sur les constit. du con­ cile du Vatican, Paris, 1895, t. t, p. 176. C. Toussaint. ATTRITION. Nous exposerons d’abord l'ensemble de la doctrine catholique sur l’attrition, puis nous expliquerons le décret que le pape Alexandre Vil a porté à son sujet. I. ATTRITION. — L Notion. IL Honnêteté. III. Effi­ cacité. IV. Conditions. V. Sens de la formule : ex atlrito contritus. I. Notion. — L’attrition est appelée aussi par les théologiens contrition imparfaite. Etymologiquement ce nom vient de attero qui signifie « briser », comme contrition vient de contero, verbe plus expressif qui veut dire a broyer ». Saint Thomas écrit à ce sujet, Sum. theol., Supplem., q. i, a. 2, ad 2““ : In corpora­ libus dicuntur allrilaquæ aliquo modo diminuta sunt, sed non adhuc perfecte sunt comminuta; sed contrita dicuntur quando omnes partes trilœ sunt simul per divisionem ad minima. Et ideo significat attritio in spiritualibus quamdam displicentiam de peccatis com­ missis sed non perfectam ; contritio autem perfectam. Ce que nous pouvons traduire en résumé par cette for­ mule : L’âme pénitente est brisée par l’attrition et broyée par la contrition. Cependant, il ne faut pas prendre ces expressions : « briser » et « broyer », trop à la lettre. Le cœur peut être aussi bien broyé de douleur dans la contrition im­ parfaite ou attrition que dans celle que nous appelons parfaite. Ce n’est point l'intensité de la douleur qui les différencie essentiellement l'une de l'autre, mais le mo­ tif qui les produit. Ce motif peut être, en effet, ou la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu pour lui-même, ou quelque autre motif honnête et surnaturel, mais infé­ rieur à la charité. Dans le premier cas, la contrition est dite parfaite, parce que, portant avec elle la charité et la grâce sanctifiante, elle a sa forme parfaite : gratia for­ mata. Dans le second cas, elle est imparfaite, quoique bonne, parce que, ne procédant pas de la charité, elle est privée de sa forme de perfection. Ces explications sont empruntées au concile de Trente, sess. XIX, c. iv : Contritionem aliquando charitate perfectam esse... 2236 Illam vero contritionem imperfectam qute attritio di­ citur, quoniam vel ex turpitudinis peccati considera­ tione, vel ex gehennæ et pœnarum metu concipitur... On peut, avec le concile, ramener à deux tous les motifs d’attrition : l“ la considération de la laideur du péché, vel ex turpitudinis peccati consideratione; 2° la crainte de l'enfer et des autres peines, vel ex ge­ hennæ et pœnarum metu. Premier motif. — Le péché est laid en lui-même et en raison de la laideur qu’il produit dans l’âme. En lui-même, il est d'abord opposé à la charité, puis­ qu'il offense Dieu souverainement bon et digne d'être aimé. Le détester pour cette première forme de laideur serait faire acte de charité et partant de contrition par­ faite. Mais le pécheur peut s'arrêter à d'autres consi­ dérations. Son acte coupable est opposé à la prudence, à la justice, à la reconnaissance, parce qu'il viole toutes les obligations que ces vertus nous imposent à l’égard de Dieu, créateur et rédempteur, et ce sont au­ tant de formes de laideur. Détester le pécher pour ces motifs étrangers à la charité, c’est faire acte de contri­ tion imparfaite. D'autre part, le péché enlaidit l’âme. Il la dépouille de la grâce qui est sa beauté dans l’ordre surnaturel et par le fait lui imprime une tache, macula peccati. De plus, il engendre les mauvaises habitudes, les inclina­ tions perverses qui s’accentuent par la rechute et sont sans contestation des laideurs morales que doit redouter et délester tout homme raisonnable. Ceci encore est motif d’attrition. H faut ajouter que dans chaque faute considérée isolé­ ment, qu’il s’agisse d’orgueil, d’avarice, de luxure ou d'autre péché, la raison éclairée par la foi peut saisir un ou plusieurs caractères de laideur spéciale et détes­ ter la faute pour ce motif particulier. C’est toujours la contrition imparfaite, ex consideratione turpitudinis peccati. Second motif. — Le péché entraîne comme consé­ quence les châtiments de Dieu. L’enfer, sanction éternelle du péché mortel, est de tous ces châtiments le plus grand et par conséquent le plus capable d'inspirer au coupable une crainte salu­ taire qui l'amène â résipiscence. L’enfer comporte deux peines : la privation de Dieu ou le dam et la peine du sens ou du feu. Ces deux peines étant inséparables en fait l’une de l’autre, la crainte du pécheur s’étend d’or­ dinaire à toutes les deux simultanément; mais elle pourrait, par une abstraction de l’esprit, être limitée soit à la peine du dam, soit à la peine du feu, et ce se­ rait encore un motif suffisant d’attrition. Le désir du ciel est également pour l’homme un motif de fuir le péché, de le regretter, quand il a été commis, et d’entre­ prendre de le réparer. Ce motif d’attrition, à notre avis, ne se distingue pas de la crainte du dam. Les peines temporelles sont aussi des châtiments de Dieu et peuvent être l’origine du repentir. Parmi ces peines temporelles il faut mentionner d’abord celles du purgatoire, privation de Dieu pour un temps et peine sensible. Mais il faut compter aussi les épreuves qui affligent dès cetle vie le pécheur, soulïrances physiques ou morales, infirmités, insuccès, remords, etc... Le chrétien sait que ces châtiments terrestres du péché ne sont point rares dans l'ordre de la divine providence, i t la crainte de les subir ou bien leurs atteintes doulou­ reuses peuvent être motif d’attrition. De toutes les considérations qui précèdent, résulte cette définition : « L'attrition est la détestation du pécl · motivée par la considération de sa laideur ou par la crainte des çhâtiments de Dieu. » Quanta l’origine du mot, Morin écrit, De disciplina in administr. sacr. pæn., 1. VIII, c. n, n. 14, Paris, 1651, p. 505, qu’il se répandit dans les écoles de théolo­ gie après l’année 1220. Alexandre de Halés, Guillaume 2237 ATTRITION 2238 de Paris, Albert le Grand l'emploient, dit-il, comme une 16 mai 4520, est en ce sens : Contritio quæ paratur ;-r discussionem, collationem et detestationem peccatorum, expression déjà vulgarisée dans renseignement, ut jam in scholis vulgato utuntur; mais à sa connaissance elle qua guis recogitat annos suos in amaritudine animæ ne se trouve pas dans les écrivains antérieurs. Palmieri, suæ,ponderando peccatorum gravitatem,maltitudine. i, fo’.ditatem, amissionem æternæ beatitudinis, ac æterme De sacr. pæn., Ruine, 1879, th. xxxti, p. 345, rectifie celte observation et constate que le bienheureux Alain damnationis acquisitionem, hæc contritio facit hypo­ de Lille emploie jusqu'à trois fois le mot attrition critam, imo magis peccatorem. Denzinger, Enchiri­ dans ses Régulas de sacra theologia, reg. 85. Cf. P. L., dion, Wurzbourg, 1895, n. 630, p. 175. Celte propositi, n t. ccx, col. 665, et préface de l’éditeur Mingarelli, ibid., est extraite du 2’ sermon sur la Pénitence. L'hérésiarque col. 618. Or, Alain de Lille, qui naquit en 1114 et mou­ soutient la même doctrine dans son livre De la captivité rut en 1203, parait avoir écrit ses Règles théologiques de Babylone et dans la défense des articles condamnés avant l’année 1150. Nous trouvons donc le mot attrition par Léon X. Cf. Palmieri, De pæn., p. 282-284. en usage dés la première moitié du xn’ siècle, c’est-àBaius distingue deux amours : l’un de charité, bon et dire dès le commencement de la scolastique. Observons, méritoire, l’autre de cupidité, mauvais et coupable, entre toutefois, que ce terme n'eut pas dès l'origine le sens lesquels il n’y a pas de milieu. D'où l’attrition est mau­ précis que nous avons expliqué. Il désignait, dans les vaise parce qu’elle ne procède pas de la charité mais de premiers auteurs qui l’employèrent, une détestation im­ la cupidité. Une proposition qui résume cette théorie tut parfaite du péché qui ne justifiait pas par elle-même, condamnée par Pie V, bulle Ex omnibus afflictionibus, sans que le caractère de cette imperfection fût nette­ l«r octobre 1567 : 38. Omnis amor creaturæ rationalis ment déterminé. Voir IV, ABSOLUTION : Sentiments des aut vitiosa est cupiditas, qua mundus diligitur, quæ a anciens scolastiques, col. 175 sq., ou, à propos de l’effi · Joanne prohibetur, aut laudabilis illa charitas, qua cacité de l'absolution, il est parlé de la distinction entre per Spiritum Sanctum in corde diffusa Deus amatur. l'attrition et la contrition d'après les plus célèbres Denzinger, op. cit., n. 918, p. 245. d'entre les scolastiques, Guillaume d’Auvergne, Jansénius renouvelle et développe l’erreur de Baius Alexandre de Halés, Albert le Grand, saint Bonaventure, dans son Augustinus, De gratia Christi Salvatoris, 1. V, saint Thomas et Duns Scot. Ce n'est que dans les écri­ c. xxi-xxxv, Rouen, 1652, t. ni, p. 231-252. Il enseigne vains postérieurs qu’on trouve la notion exacte et com­ en résumé : 1» que la crainte de l’enfer sans la charité plète de l'attrition, telle qu'elle a été définitivement est mauvaise, c. χχπ-χχπι; 2» que cette crainte vient fixée par l'autorité du concile de Trente, sess. XIV, d’une source vicieuse, l’amour Je soi, c. xxiv; 3° que le c. tv. Cf. Palmieri, loc. cit., th. xxvii, p. 300. repentir qui en résulte n’est pas libre, car les actes in­ IL Honnêteté de l'attrition. — i. exposé de la spirés par la crainte sont involontaires et sans mérite, QUESTION. — 1° Nous devons établir que la contrition c. xxix. Pour ces motifs il conclut qu’il faut réprouver i: iparfaite ou attrition est en soi bonne et utile au salut. la doctrine des théologiens scolastiques, enseignant que Nous limiterons notre discussion à l'attrition qui vient la crainte de l'enfer est le motif d’une véritable contri­ de la crainte, ex metu gehennæ et pœnarum, pour deux tion, c. xxxlii : Repugnat magnopere Augustino doc­ raisons : 1° cette forme d’attrition a été plus particuliè­ trina, qua docetur dolorem peccati propter gehennæ rement attaquée par les adversaires de la doctrine ca­ metum, seu attritionem quorumdam scholasticorum, tholique; 2° quand nous aurons démontré le caractère excludere posse omnem peccandi voluntatem et conti­ honnête du repentir issu de la crainte, il sera prouvé a nere propositum bonæ vitæ, seu servandi totam legem fortiori que la contrition produite par la honte du péché Dei. Op. cit., p. 247. est moralement bonne, car, tout le monde en convient, Les disciples de Jansénius acceptèrent absolument les ce second motif d’attrition est d'un ordre plus élevé que vues du maître. Nous relevons les propositions suivantes le premier. parmi celles qui furent condamnées par Alexandre VIII, 2° La crainte d'offenser Dieu à cause du châtiment est 7 décembre 1690 : 7. Omnis humana actio deliberata généralement appelée par les théologiens « crainte ser­ est Dei dilectio vel mundi : si Dei, charitas Patris est; vile », car il semble que ce soit le propre de l’esclave si mundi, concupiscentia carnis, hoc est, mala est. — d'obéir par peur du châtiment. On lui oppose la « crainte 14. Timor gehennæ non est supernaturalis. — 15. At­ filiale », celle du fils qui accomplit la volonté de son tritio, quæ gehennæ et pœnarum metu concinitur, sine père par affection et reconnaissance. dilectione benevolentiæ Dei propter se, non est bonus La crainte servile peut avoir deux formes. Ou bien, la motus ac supernaturalis. Denzinger, op. cit., n. 1161. peur du châtiment existe sans la détestation du péché, 1171, 1172, p. 275-276. de telle sorte que la disposition du pécheur pourrait se La doctrine de Quesnel reste la même. Propositions traduire par cette formule : « Je pécherais s’il n’y avait condamnées par Clément X, bulle Unigendus. 8 sep­ pas d’enfer. » Cette sorte de crainte mêlée d’une affec­ tembre 1713: 44. Non sunt nisi duo amores, unde oo.mt tion positive au mal est qualifiée par les moralistes de voliliones et actiones nostræ nascuntur : amor Dei >i « servilement servile », serviliter servilis. Ou bien, la omnia agit propter Deum, quemque Deus remuneratur, crainte du châtiment renferme la détestation du péché, et amor, quo nos ipsos ac mundum diligimus, qm. et partant, la résolution ferme de s’en abstenir. Ce second quod ad Deum referendum est non refert et propter sentiment se traduit: « Je hais le péché parce qu'il mé­ hoc ipsum fit malus. — 61. Timor nonnisi manum co­ rite l’enfer; » et les moralistes l’appellent crainte « sim­ hibet, cor autem tamdiu peccato adducitur, quamdiu plement servile », simpliciter servilis. ab amore justiliæ non ducitur. — 62. Qui a malo non Or, il est bien entendu que la crainte servilement ser­ abstinet nisi timore posnæ, illud committit in corde vile renfermant une affection au péché est moralement suo, et jam est reus coram Deo. Denzinger, op. cit., mauvaise, et ne peut à aucun titre être le motif d’une n. 1259,1276,1277, p. 284-286. attrition surnaturelle. Nous ne nous occupons que de la Enfin le synode de Pisloie (1786) reprend encore cette crainte simplement servile. C'est de celle-ci que nous thèse, tant de fois condamnée, des deux amours oppos- s voulons démontrer qu’elle est honnête et louable et que I de charité et de cupidité, entraînant comme conséquence l'attrition qui en naît est bonne et utile au salut. la réprobation de l'attrition. Parmi les 85 propositions π. erreurs. — Luther enseignait que la contrition de cette assemblée, qui furent condamnées par Pie VI, de honte et de crainte empêche le péché extérieur mais bulle Auctorem fidei, 28 août 1794, la 23’ et la 24’ se non le péché interne, qu elle fait de l'homme un hypo­ rapportent au double amour : de duplici amore; la 25* crite et par conséquent le rend plus coupable. La 6’ pro­ à la crainte servile : de timore servili. Denzinger, or position condamnée par Léon X, bulle Exurge Dornins, * cit, n. 1386,1387,1388, p. 316-317. 2239 ATTRITION ni. doctrine catholique. — La doctrine catholique est formulée et définie parle concile de Trente, sess. VI, De justificatione^ c. vî, et can. 8; sess. XIV, De pænitentia, c. iv, et can. 5. Sess. VI, c. vî. Modus præparationis adjustificationem. ...Dum peccatores se esse in­ telligentes. a divinæ justltiæ timore, quo utiliter concutiun­ tur, ad considerandam Dei mi­ sericordiam se convertendo, in spem eriguntur, fidentes Deum sibi propter Christum propitium fore... Can. 8. — Si quis dixerit gehennæ metum, per quem ad misericordiam Dei de peccatis dolendo confugimus, vel a pec­ cato abstinemus, peccatum esse aut peccatores pejores facere, anathema sit. Sess. XIV, c. iv. De contri­ tione. ...Illam vero contritionem im­ perfectam, quæ attritio dicitur, quoniam vel ex turpitudinis peccati consideratione, vel ex gehennæ et poenarum metu com­ muniter concipitur, si volunta­ tem peccandi excludat, cum spe veniae. declarat non solum non facere hominem hypocritam et magis peccatorem, verum etiam denum Dei esse, et Spiritus Sancti impulsum, non adhuc quidem inhabitantis, sed tantum moventis,quo pænitens adjutus, viam sibi ad justitiam parat. Can. 5. — Si quis dixerit eam contritionem, quæ paratur per discussionem, collectionem et detestationem peccatorum, qua quis recogitat annos suos in amaritudine animæ suæ, ponderando peccatorum suo­ rum gravitatem, multitudinem, feed i late m, amissionem æternæ beatitudinis, et æternæ dam­ nationis incursum, cum pro­ posito melioris vitæ, non esse verum et utilem dolorem, nec præparare ad gratiam, sed fa­ cere hominem hypocritam, et magis peccatorem ; demum illam esse dolorem coactum, et non liberum ac voluntarium, anathema sit. Man ière de se préparer à la justification. ...Les pécheurs,se reconnais­ sant coupables, passent de la crainte de la justice divine qui les a utilement ébranlés, à la considération de la miséricorde divine et s’élèvent à l’espérance, confiants que Dieu leur sera propice pour l’amour de JésusChrist... Si quelqu’un dit que la crainte de l'enfer par laquelle nous re­ courons à la divine miséricorde dans la douleur de nos fautes ou nous nous abstenons du péché, est coupable et rend les pécheurs encore pires, qu’il soit anathème. De la contrition. ...Quant à cette contrition im­ parfaite que l’on nomme attri­ tion. parce qu’elle naît ordinai­ rement ou de la considération de la laideur du péché, ou de la crainte du châtiment et des peines, si unie à l’espérance du pardon, elle exclut la volonté de pécher, le saint concile déclare non seulement qu’elle ne rend pas l’homme hypocrite et plus grand pécheur, mais encore qu’elle est un don de Dieu et une impulsion du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore, il est vrai, dans l’homme pénitent, mais seulement le meut et l’aide ainsi à préparer sa voie vers la justice. Si quelqu’un dit que la con­ trition qui est produite par la discussion, l’examen et la dé­ testation des péchés, quand quelqu'un, repassant les années de sa vie dans l’amertume de son cœur, considère la grièveté, la multitude et la honte deses fautes, le bonheur éternel perdu, la damnation éternelle encourue, et se propose de mener une vie meilleure; qu’une telle contrition donc n’est pas une vraie et utile douleur et ne prépare pas à la grâce, mais qu’elle rend l'homme hypocrite et plus grand pécheur, enfin, que c’est une douleur forcée, ni libre, ni volontaire, qu’il soit anathème. iv. preuves de LA DOCTRINE. — 1. Autorité de la sainte Écriture. — 1° C’est une pensée fréquemment répétée dans l’Ancien Testament, dans les livres sapien­ tiaux surtout, que la crainte de Dieu est utile parce qu’elle garde du péché; sainte, parce qu’elle inspire les bonnes œuvres. Nous lisons dans l’Ecclésiastique, n, 2022: « Ceux qui craignent le Seigneur prépareront leurs cœurs et sanctifieront leurs âmes en sa présence. Ceux qui craignent le Seigneur garderont ses commande­ ments, et ils auront patience jusqu’à ce qu’il jette les yeux sur eux, en disant: Si nous ne faisons pénitence, c’est dans les mains du Seigneur que nous tomberons et non dans celles des hommes. » Cf. Eccli., i, I3, 27-29; H, 1, 14-19; Prov., i, 7; xiv, 27. — Le psalmiste consi­ dère la crainte comme une grâce et ilia demande à Dieu, Ps. cxviii, 120: « Transpercez mes chairs par votre 2240 crainte, car j’ai peur devos jugements. » Les prophètes, enfin, font souvent appel à la justice divine pour ame­ ner à résipiscence les peuples et les individus coupables. 2° Dans le Nouveau Testament, saint Jean-Baptiste s’adresse en ces termes aux pharisiens et aux sadducéens, Malth., xin, 7-12: « Race de vipères, qui vous a fait comprendre que vous aviez à fuir devant la colère qui vient? Faites donc de dignes fruits de pénitence. Et ne vous rassurez pas en vous-mêmes en disant: Nous avons Abraham pour père... Déjà la cognée est à la ra­ cine des arbres. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu... Celui qui vient après moi est plus puissant que moi. Il a le van dans la main et il nettoiera son aire. 11 rassemblera le froment dans son grenier, et il brûlera les pailles dans le feu qui ne s’éteint jamais. » Le précurseur, à l’exemple des pro­ phètes anciens, veut donc amener par la crainte ses in­ terlocuteurs au repentir. Jésus-Christ parle dans le même sens: « Ne craignez pas, dit-il à ses apôtres, ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre l’àme et le corps dans la géhenne. » Matth., x, 28. Un autre jour, il dit et répète avec insistance à ceux qui l’entourent: « Si vous ne faites pénitence, vous pé­ rirez tous. » Luc., xm, 5, 7. Ainsi Dieu lui-même s’est fait le prédicateur de h pénitence qui naît de la crainte. Comment peut-on soutenir après cela qu’elle soit mau­ vaise? 2. Enseignement des Pères de l'Église. — Clément d’Alexandrie explique dans le second livre des Stromates, c. vî, P. G., t. vin, col. 966, que la crainte est, avec la foi et l’espérance, une des dispositions prépara­ toires pour le salut, προς σωτηρίαν νεύσ*.ς, et fait ensuite de ce sentiment salutaire une apologie qui débute ainsi: « Ceux qui disent du mal de la crainte attaquent la loi, et dès lors que leurs attaques sont contre la loi, il est clair qu’elles atteignent aussi le législateur qui est Dieu. » Ibid., c. vu, col. 967-971. Saint Basile enseigne dans une homélie sur la péni­ tence, Horn., vu, P. G., t. xxxi,col. 1789, qu’il y a plu­ sieurs remèdes pour l’âme après le péché, et il recom­ mande, entre autres, la crainte des jugements de Dieu: « Réfléchissez combien sont effrayants les enseignements de l’Écriture sur l’éternel jugement... Penseà à votre dernier jour, etc... » Saint Ambroise, commentant le verset 420 du psaume cxvm, Confige timore tuo carnes meas, Serm., xv, n. 37, P. L., t. xv, col. 1423, compare la crainte aux clous qui attachèrent le corps de Jésus à la croix, et déclare que cette crainte qui crucifie nos chairs est nécessaire pour garder la charité dans nos cœurs: Nisi igitur affigantur cruci hæ carnes, et configantur clavis a timore Dei nostri, non permanebit in his Spi­ ritus Dei. Saint Jean Chrysostome, Hom., xv. Ad pop. Antioch., n. 1, 2, P. G., t. XLIX, coi. 154 sq., insiste longuement sur cette pensée que la crainte des coups de la fortune est une garantie de fidélité au devoir, et répondant, semble-t-il, à quelque précurseur du jansénisme, il fait cette simple mais décisive remarque: « Si la crainte n’était chose bonne, Jésus-Christ n’aurait point prononcé de si nombreux et si longs discours où il parle de la peine et du supplice à venir. » Ibid., col. 156. Saint Jérome écrit dans son Commentaire sur le pro­ phète Malachie, c. i, 6, P.L., t. xxv, col. 1623: « Con­ sidérons que le fils et le serviteur sont distingués danla sainte Écriture, non par une nécessité de nature, mais en raison de leur volonté. Celui qui a reçu l’esprit d’adoption est fait fils de Dieu; celui qui a reçu l’esprit de servitude dans la crainte est fait serviteur. Dieu veut certainement tout d’abord que nous soyons ses fils et que nous fassions le bien par amour; mais si nous ne nous élevons pas jusque-là, il veut du moins que nous 2241 2242 ATTRITION soyons ses serviteurs et que nous nous écartions du mal par crainte de ses châtiments... Le serviteur honore aussi son maître, mais pas avec la charité du fils pour son père... Et parce que la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, Eccli., i, 16, nous pou­ vons nous élever de la crainte des serviteurs â la gloire des fils. » Saint Augustin, dont se réclament si fort les jansé­ nistes, n'est pas en désaccord avec les autres Pères sur le point que nous étudions. Il importe toutefois, pour comprendre certains passages de ses œuvres, de ne pas perdre de vue la distinction que nous avons faite entre les deux espèces de crainte servile. L'une est cou­ pable parce qu’elle suppose l'affection au péché, et saint Augustin la condamne à bon droit. L’autre est honnête, puisqu’elle exclut l'affection au mal, et celle-ci reçoit les encouragements du saint docteur. Dans un de ses sermons, Semi., ct.xt, c. vin, 8, P. L., t. xxxvm, col. 882, il interroge le voluptueux et lui demande pourquoi il s’arrête sur la pente du péché: « Vous me répondrez: Parce que je crains l’enfer; je crains le supplice du feu éternel; je crains le jugement de Dieu: je crains la société du démon qui me tourmenterait et avec qui je brûlerais. Eh bien quoi? Vous dirai-je: votre crainte est mauvaise, votre crainte est vaine? Je ne l'ose, puisque le Seigneur lui-même nous suggère la crainte et nous dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ensuite ne peuvent plus rien ; mais craignez celui qui a le pouvoir de perdre le corps et l’âme dans la géhenne du feu; je vous le dis: craignez celui-là. Luc., xn, 4, 5. Lors donc que le Seigneur nous suggère la crainte avec insistance, redoublant la menace, puis­ qu’il répète le mot, dirai-je, moi, que votre crainte est mauvaise? Non pas. Craignez en effet; vous n’avez pas de crainte plus légitime; il n'y a rien que vous deviez craindre davantage. » 3. Arguments de raison. — 1" On doit dire d’un acte qui exclut à la fois la volonté de pêcher et l’affection au péché qu'il est moralement bon. Or, la crainte des châtiments de Dieu exclut évidemment la volonté de pécher, car pécher serait précisément mériter ces châ­ timents. D’autre part, nous n’admettons, par définition, comme motif d’attrition que la crainte qui exclut l’af­ fection au péché. Donc l’attrition qui naît de la crainte comme nous l’entendons est bonne et honnête. 2° D’un autre côté, il faut remarquer que dans un acte de crainte, quel qu’il soit, il y a nécessairement aspira­ tion vers un bien, en même temps que répulsion à l'égard du mal opposé à ce bien. La moralité de l’acte résulte du caractère de l'objet vers lequel la volonté aspire et dont elle redoute la perte. Or, dans l’attrition qui nait de la crainte de l’enfer, l’objet des aspirations de la volonté est le ciel, béatitude éternelle et destinée suprême de l’homme, objet éminemment bon, honnête el désirable. Donc, un tel acte ne peut être mauvais. v. RÉPONSE AUX objections. — 1» L’objection capi­ tale opposée â notre thèse peut être présentée sous cette forme : Ni la détestation du péché, ni la crainte de l’enfer ne sont choses mauvaises, en soi, mais il est mauvais de détester le péché à cause de l'enfer, d’obéir â Dieu à cause du châtiment qui frappe la désobéis­ sance, car, agir ainsi, c’est subordonner Dieu à soi-même, Dieu à la créature, ce qui est désordre et péché. —Nous répondons : L'acte d’attrition, tel que nous l'avons défini, n’est pas la subordination de Dieu â la créature, mais, au contraire, le mouvement initial par lequel le pécheur, renonçant â la créature, se reporte vers Dieu. Le pécheur craint l’enfer et veut y échapper. En consé­ quence, il fuit et déteste le péché qui y conduit. .Mais, détester le péché, tout péché, c’est nécessairement vou­ loir l'opposé, c’est-à-dire ce que Dieu veut, tout ce que Dieu veut, vouloir en particulier l'observation de ce commandement : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu DICT. DE THEOL. CATHOL. de toul votre cœur. Et ainsi le pécheur est rétabli dans l'ordre, dans la voie qui le conduit à Dieu, sa lin der­ nière. On insiste : Mais ce pécheur déteste l’enfer plus que son péché. — la supposition est gratuite. Le pécheur craint l’enfer et, par suite, le péché qui y conduit. De quel droit dit-on que l'une des deux craintes est plus grande que l'autre? Ce qui est vrai, en tait, c'est que les pénitenls ne lont pas la comparaison entre ces deux craintes. En tout cas, il ne faut pas perdre de vue l’hy­ pothèse dans laquelle nous avons placé notre discus­ sion : Nous n'admettons pas qu'un pénitent dise: « Je pécherais s'il n'y avait pas d’enfer; » car alors il y aurait affection au péché, et ce serait la crainte servilement servile. Cf. Suarez, De pænitentia, disp. V, sect, n, n. 8, 9, Opera omnia, Paris, 1866, t. xxn, p. 105-106. 2° Les jansénistes ont objecté aussi quelques textes scripturaires, dont les deux suivants qui peuvent être considérés comme résumant toute la difficulté : I Joa., iv, 18 : Timor non est in charitate, sed per­ fecta charitas foras mittit timorem, quoniam timor pœnam habet. Si la charité exclut la crainte, comment la crainte peut-elle être considérée comme un bien sur­ naturel et un don de Dieu ? — Réponse : 1° On pour­ rait soutenir qu’il s’agit dans ce texte de la crainte ser­ vilement servile qui est, en effet, égoïste et mauvaise et que la charité exclut certainement. 2° En admettant qu’il soit question de la crainte honnête que nous défen­ dons, on peut dire encore que ia charité parlaite l’exclut, comme ce qui est plus parfait exclut ce qui l’est moins, comme la vision béaliflqueau ciel exclut la loi et l'espé­ rance qui, pourtant, sont ici-bas des vertus et des dons de Dieu. Cf. P. Drach, Épitres catholiques, Paris, 1879, p. 195-196. I Cor., xm, 3 : Si charitatem non habuero..., nihil mihi prodest. L’attrition étant, par définition, étrangère à la charité, ne sert donc de rien. —Le texte de saint Paul signifie que, sans la charité, rien ne sert comme mérite pour le ciel. Nous sommes d'accord que l’attrition par elle-même ne justifie pas. Mais elle est bonne et utile connue disposition préparatoire à la justification, el la parole de l’apôtre n’a rien de contraire à cette affirma­ tion. C'est, d’ailleurs, l’enseignement formel du concile de Trente, sess. XIV, c. iv : Et quamvis [attritio] sine sacramento pœnitentiæ per se ad justificationem per­ ducere peccatorem nequeat, tamen eum ad Dei gratiam in sacramento pœnitentiæ impetrandam disponit. Cf. Wirceburgenses, Theol. dogm., polem.,etc., De sacram, pæn., n. 152-157, Paris, 1854, t. v, p. 145-150: R. Cornely, Comment, in S. Pauli priorem epist. ad Corin­ thios, Paris, 1890, p. 393. III. Efficacité de l’attrition. — Pour déterminer les eiïets salutaires de l’atli ition, nous devons distin­ guer son action : 1° en dehors de tout sacrement ; 2= dans le sacrement de pénitence; 3° dans les autres sacre­ ments. I. EN dehors de tout sacrement. — 1” assertion : L’attrition seule ne suffit pas pour la rémission du péché mortel. — C’est une vérité théologique incontestable qu’en dehors des sacrements, l'acte de charité seul justifie le pécheur, car, seul, il détache complètement la volonté de la créature pour la reporter tout en­ tière vers Dieu. Marie-Madeleine est pardonnée parce qu'elle a eu la charité : Demittuntur ei peccata mulla quoniam dilexit multum. Luc., vu, 47. Et saint Jean dit formellement que celui qui n’a pas la charité reste dans la mort du péché : Qui non diligit manet in morte. I Joa., ni, 14. Or, par définition, l’attrition ne renferme pas la charité. Donc, elle ne justifie pas par elle-même. Cette conclusion est confirmée par le concile de Trente, sess. XIV, c. iv : Quamvis sine sacramento pœnitentiæ per se ad justificationem perducere peccatorem nequeat. L - 71 2243 ATTRITION 2244 2» assertion : L’attrition seule ne suffit pas pour la ré­ taux et d’autres encore, mais, en première ligne, semblemission des péchés véniels, dans une âme qui est privée t-il, l’acte d’attrition, car c’est de tous les actes le mieux de la grâce sanctifiante. — D’après l'enseignement com­ approprié à la destruction et à la réparation du péché mun des théologiens, le péché véniel ne peut être remis véniel. II. DANS LE SACREMENT DE PÉNITENCE. — Nous sup­ sans la grâce sanctifiante soit antécédente soit concomi­ posons établi que la contrition est partie essentielle et tante; c’est-à-dire que la grâce sanctifiante doit exister disposition absolument nécessaire dans le sacrement de préalablement dans l’âme, ou y être produite par l'acte pénitence. La question à traiter en ce moment est cellequi obtient la rémission. Voir dans ce sens S. Thomas, ci ; Quelle contrition est nécessaire '? La contrition par­ Sum. theol., 111«, q. lxxxvii, a. 4; Suarez, De pænifaite est-elle requise, ou l’attrition suffisante? tentia, disp. XI, sect, n, n. 4, loc. cit., p. 203. Or, il n'y 1. Opinions anciennes. — Nous exposons ces opi­ a dans notre hypothèse ni la grâce sanctifiante antécé­ nions d’après Suarez, disp. XX, sect, 1, loc. cit., dente. ni la justification concomitante. En conséquence, p. 421. le péché véniel n’est pas remis. 1° Quelques théologiens, parmi lesquels Pierre Lom­ Au reste, comment l’attrition remettrait-elle le péché bard, Sent., 1. IV, dist. XVI11, n. 4, P. L., t.cxcn.col.886, véniel dans une âme qui est privée de la grâce? On ne et saint Bonaventure, In IV Sent., 1. IV, dist. XVIII, peut soutenir qu’elle le puisse ni en rigueur de justice, a. 2, q. I, Opera omnia,Paris. 1866, t. vt, p. 10, exigent ni en raison de la libéralité divine. En effet, l’attrition la contrition parfaite dans te pénitent qui demande du pécheur est une œuvre morte au point de vue du l’absolution. Ils sont d'avis que la contrition parfaite mérite, sans valeur satisfactoire de condigno, et, par est une disposition tellement essentielle, que si elle conséquent, sans valeur de justice devant Dieu : Dona manque, 1e pénitent fût-il de bonne foi d’ailleurs dans iniquorum non probat A Itissimus..., nec in multitudine la réception du sacrement, l'absolution est nulle, et il sacrificiorum eorum propitiabitur peccatis. Eccl., xxiv, n’y a pas rémission du péché. L’argument invoqué par 23. D'autre part, on ne voit pas dans la sainte Écriture que Dieu ait cette libéralité particulière de pardonner ces auteurs est que 1e pardon des péchés n’est attribué dans la sainte Écriture qu’à la charité, et ils estiment au pécheur ses fautes légères indépendamment des fautes graves, pour un repentir imparfait. Et cela ne que l'institution du sacrement n'a rien changé à cette conviendrait pas, ajoute Suarez, loc. cil., car il serait loi. Gabriel Biel soutient encore cette thèse au xv· siècle. indigne de la sagesse, comme de la justice de Dieu, de In IV Sent., 1. IV, dist. XVI, XVIII, Tubingue, 1502. faire une telle miséricorde à celui qui resterait éloigné Voir col. 181. de lui de propos délibéré. 2° D’autres disent aussi que la contrition parfaite est 3e assertion : L’attrition suffit pour la rémission des nécessaire pour la rémission des péchés dans te sacre­ péchés véniels sans le sacrement, dans l’àme juste qui ment de pénitence, mais ajoutent une explication qui atténue considérablement celte affirmation. Il peut arri­ possède déjà la grâce sanctifiante. — Cette proposition soutenue par saint Thomas, Sum. theol., III“, q. lxxxvii, ver qu’un pénitent se présente au tribunal de la pénitence a. 2, et le plus grand nombre des théologiens, est pré­ avec la simple attrition. Cette disposition n'est pas suf­ sentée par Suarez comme « probable», disp. XI, sect. n. fisante par elle-même pour obtenir 1e pardon, et si elle n. 11-13, loc. cit., p. 213. Nous croyons qu’on peut restait telle, 1e sacrement serait sans effet. Mais sous accentuer cette note, et qualifier l’assertion de « très l’action du sacrement, la disposition d’attrition est probable », pour les considérations suivantes : 1° Nous transformée en contrition et, cette transtormation faite, supposons une âme qui possède la grâce. L’attrition de l'effet de l’absolution est produit, la grâce est conférée. cette âme est un acte vivant, par conséquent méritoire — Comment se lait cette transformation ex attrito in con­ et efficace dans l’ordre surnaturel. Or, la fin de cet acte tritum? Là est 1e point obscur de celte opinion. Voir ce que nous disons plus loin des sens possibles, exacts est de réparer l'offense légère qui, sans détruire l'amitié de l’âme avec Dieu, l'a cependant ternie. Puisqu’il est ou erronés, de la formule : ex attrito contritus. Celle efficace, il produit réellement cet effet. 2» Il y a une opinion a été soutenue par Cajetan,/» Sum. theol., Ill·, différence morale énorme entre le péché véniel et le q. i.xxxtv, a. 1, dans Divi Thomœ opera, Anvers, 1612, péché mortel. En raison de cette différence, il nous t. xn, p. 281, et Opuscula, tr. IV, De attritione et con­ parait peu probable qu’il faille le même moyen pour tritione, à la fin du même tomé, p. 47. réparer l’offense légère que pour réparer l'offense grave. 3° Un autre groupe de théologiens acceptent d’abord, Saint Thomas dit à ce sujet, loc. cit., ad 3“'": « Comme comme tes précédents, ce principe : la contrition parfaite un corps peut être taché de deux manières : première­ est requise en droit dans le sacrement de pénitence. En ment par la privation de ce qui est requis par la beauté, conséquence, il faut que 1e pénitent se présente au saint par exemple, de sa couleur naturelle ou de la propor­ tribunal avec la conviction qu’il a cette disposition né­ tion normale de ses membres; secondement par le con­ cessaire. Mais, ajoutent-ils, si ce pénitent se trompe sur tact d'une chose qui ternit la beauté, comme la boue ou sa disposition, sans qu’il y ait de sa faute, il sera justifié la poussière; de même l’àme peut être tachée de deux cependant, en raison de sa bonne foi, par la force du manières : premièrement par la privation de la beauté sacrement. Entre le pécheur qui se présenterait sciem­ de la grâce détruite en elle par le péché mortel; ment sans la contrition parfaite et celui qui est dans la secondement par l'inclination déréglée de la volonté bonne toi, il y a cette différence que 1e premier apporte vers quelque chose de temporel, qui est la suite du un obstacle à l’efficacité du sacrement, non 1e second. péché véniel. Or, pour enlever la tache du péché C’est pourquoi te premier n'est pas justifié, mais plus mortel, l’infusion de la grâce est requise; mais pour I coupable, tandis que 1e second obtient son pardon. — enlever celle du péché véniel, il faut seulement un Remarquons seulement, sur cette opinion, qu’en fait elle acte procédant de la grâce, par lequel se trouve détruite admet une hypothèse, celle de la bonne foi, où l'attril’inclination déréglée que l’on avait au bien temporel. » tion suffit réellement pour l'efficacité du sacrement. Elle 3» Le concile de Trente, sess. XIV, c. v, dit que la décla­ a pour principaux tenants François de Victoria, lieleration des péchés véniels en confession n’est pas né­ cliones duodecim, theologiae, de potestate Ecclesiæ, q. n ; cessaire, parce que ces péchés peuvent être remis en et Dominique Soto, De natura et gratia, 1. II, c. xv, dehors du sacrement de diverses manières : Venialia Lyon, 1581, p. 100. quibus a gratia Dei non excludimur et in quæ fre­ 4° L’opinion vraie est que la contrition parfaite n’est quentius labimur... taceri citra culpam, mullisque pas requise dans te sacrement de pénitence, maisque l’ataliis remediis expiari possunt. Les remèdes auxquels trition suffit. Elle était déjà communément soutenue le concile fait allusion sont : la prière, les sacramen- J; par tes anciens docteurs scolastiques, particulièrement 2245 ATTRITION par les deux grands chefs d’école, saint Thomas et Duns Scot. Saint Thomas écrit. In I Γ Sent., 1. IV, dist. XXII, q. n, a. 1, Opera omnia, Paris, 1873, t. x, p. 613 : Quando aliquis accedit ad confessionem attritus, non plene contritus, si obicem nonponat, in ipsa confessione et absolutione, sibi gratia et remissio peccatorum da­ tur. Cf. ibid., dist. XVII, q. m, a. 7, p. 515; dist. XVIII, q. i, a. 3. p. 529; Sum. theol., Suppl., q. x, a. 1; q. xvnt, a. 1. Nous lisons, d'autres part, dans Duns Scot, In IV Sent., 1. IV, dist. XIV, q. v, a. 3, Opera omnia, Paris, 1894, t. xvm, p. 158: Parum attritus, eliam attritione quæ non habet rationem meriti ad remis­ sionem peccatorum, volens tamen recipere sacramen­ tum pænitenliæ sicut dispensatur in Ecclesia, et sine obice iu voluntate peccati mortalis in actu in ultimo instanti illius prolationis verborum in quo scilicet est vis sacramenti illius, recipit effectum sacramenti, scilicet gratiam pænitentialem. Cf. J.-B. Sasse, De sacram. Eccl., de sacram pænit., Fribourg-en-Brisgau, 1898, t. ii, p. 155. Le concile de Trente a confirmé cetle opinion par son autorité, de telle sorte qu’il serait gravement téméraire de la contredire aujourd’hui. Nous l’établissons dans l'assertion suivante : 2. Assertion : {/attrition suffit pour la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence. Première preuve : la nature même du sacrement d’après sa divine institution. — II est de fui divine, d'après l'Evangile, Matth., xvi, 19; xvm, 18; Joa., xx, 21-23, et de foi catholique, d’après le concile de Trente, sess. XIV, can. 3, que Jésus-Christ a institué le sacre­ ment de pénitence pour la rémission des péchés, et qu’il a donné aux prêtres le pouvoir non pas seulement de déclarer que les péchés sont remis, mais de les re­ mettre effectivement. Or, si la contrition parfaite est requise dans le sacrement, jamais la parole du Sauveur : « Vous remettrez les péchés, » Joa., xx, 23, ne sera vérifiée, car les péchés seront remis par la contrition parfaite avant l’absolution du prêtre. Et ceci sera le droit et la règle sans exception. Mais alors l’institution de Notre-Seigneur serait une institution vaine, le sacre­ ment serait sans utilité, partant sans raison d’être. Nous ne pouvons nous arrêter à une conclusion qui répugne si évidemment à la divine sagesse. Il faut dire, par con­ séquent, que la contrition parfaite n'est pas requise. C'est le raisonnement que saint Thomas et Duns Scot opposent au Maître des Sentences, loc. cil. Deuxième preuve : la croyance constante de l’Église touchant la nécessité de l’absolution pour les mourants. — Toujours les pasteurs de l’Église ont enseigné que l'absolution du prêtre aux derniers moments assurait le salut des mourants, et toujours aussi les fidèles ont mis un pieux empressement à appeler le ministre de Dieu pour obtenir par lui la rémission de leurs péchés avant de paraître devant le souverain juge. Le pape saint Célestin I" écrit aux évêques des provinces de Vienne et de Narbonne, Epist., lv, c. Il, n. 3, P. L., t. L, col. 432 : « Nous apprenons qu’on refuse la pénitence aux mourants, et qu'on ne répond pas aux désirs de ceux qui, à leurs derniers moments, réclament ce re­ mède de leur àme... Qu'est-ce donc que cela, je vous prie, sinon infliger au mourant une nouvelle mort et, par un sentiment cruel, tuer une âme, en lui refusant de l'absoudre? » Saint Augustin dit de son côté, dans une lettre à l’évêque Honorat, Epist., ccxvm, n. 8, P. L. t. xxxiii, col. 1016 : « Si les ministres des sacrements ne sont pas présents, quel malheur pour ceux qui par­ tent de ce siècle sans la régénération du baptême ou le pardon des péchés personnels! Mais si les ministres sont présents, tous reçoivent l'assistance nécessaire, les uns sont baptisés, les autres réconciliés. » Enfin le con­ cile de Trente nous est témoin de la croyance et de la pratique constantes sur ce point, sess. XIV, c. vu : « Afin qu’aucune âme ne périsse, il a toujours été pieu­ 2246 sement observé ceci dans l’Église de Dieu, qu'il n ■: aucune réserve à l’article de la mort, et que, par c nséquent, tous les prêtres puissent absoudre tous les ; nitents de leurs péchés et censures, i Voilà le fait. Mais cet enseignement des pasteurs, cette croyance des peuples, cette pratique cons:.,! . seraient des exagérations et du pur formalisme, s'il était vrai que l'absolution ne remet pas les péchés San- la contrition parfaite. Si, en efiet, le mourant avait cette contrition parfaite, ses pêchés lui seraient remis sanl’absolution. S’il ne l’avait pas, l'absolution ne servirait de rien. Dans l’une et dans l’autre hypothèse, à quoi bon appeler le prêtre? Tout s'explique, au contraire, dans la thèse que nous soutenons. Oui, le mourant est justifié sans le sacr, ment, s’il a la contrition parfaite; mais s'il n’a que l’attrition, ce qui arrivera souvent, et ce qu'on peut toujours craindre, son salut éternel est en danger. Il mourra dans son péché, s’il n’est pas absous; il faut donc, «t pour qu’il ne périsse pas, » que le prêtre soit appelé. Le prêtre rend à cet homme, par l'absolution, la grâce et l'amitié de Dieu. Troisième preuve : comparaison entre la loi ancienne et la loi nouvelle. — La loi ancienne était une loi de crainte; la loi de l’Évangile est une loi d'amour, sous laquelle la grâce est plus abondante, le devoir plus doux et le salut plus facile. Les sacrements, en particulier, sont institués pour communiquer la grâce aux fidèles avec plus de sécurité et d'abondance. Or, si on exige la contrition parfaite dans le sacrement de pénitence, la rémission des péchés, qui est un point d’une importance capitale dans la vie surnaturelle des âmes, est plus compliquée, plus difficile et, par conséquent, moins sûre dans la loi nouvelle que dans la loi ancienne. La con­ trition parfaite, avant l’Évangile, justifiait le pécl tir sans autre condition. Aujourd’hui, il faudrait, par la volonté de Jésus-Christ, en plus de la contrition par­ faite, la réception réelle du sacrement de pénitence, ou du moins la volonté sincère de le recevoir. Et on sait combien ce sacrement est pénible et mortifiant pour le pécheur, en raison des actes qu’il exige. Jésus-Christ, au lieu de faciliter le pardon des péchés, l’aurait rendu particulièrement difficile. La proposition qui aboutit â cette conclusion ne peut être vraie. — La supériorité de la loi nouvelle consiste en ceci précisément, que l’attrition qui ne suffisait pour la rémission des péchés ni dans la religion primitive, ni dans la religion moisi jue, suffit avec le sacrement dans la religion chrétienne Quatrième preuve : autorité du concile de Trent·. — Le concile de Trente, sess. XIV, c. rv, com; .re les deux contritions, parfaite et imparfaite, au point de vue de leur efficacité : Docet præterea, etsi contri­ tionem hanc aliquando charitate perfectam esse contingat, hominemque Deo reconciliare, priusquam hoc sacramentum actu suscipiatur; ipsam nihilo­ minus reconciliationem ipsi contritioni, sine sacramenti voto, quod in ea includitur, non esse adseribendam. niam vero contritionem im­ perfectam quæ attritio dicitur... declarat donum Dei esse, et Spiritus Sancti impulsum, non adhuc quidem inhabitantis, sed tantum moventis, quo pænitens adjutus, viam sibi ad ju­ stitiam parat. El quamvis sino sacramento pænitentiæ per se ad justificationem perducere peccatorem nequeat, tamen eum ad Dei gratiam in sacr amento Le saint concile enseigre encore que. qu-Jquil arrive quelquefois que ce',:·? c ntritkn soit parfaite par ta chanté et qu’elle réconcilie l'homme avec Dieu avant qu'il ait reçu de lait le sacrement de pénitence, il ne laut pourtant pas attribuer cetle réconciliation a la contri­ tion seule sans le vœu du sacrement qui y est inclus. Quant à cette contrition im­ parfaite que l'on nomme attri­ tion... le saint concile déclare qu elle est un don de Dieu et une impulsion du Saint-Esprit qui n’babite pas encore, il est vrai, dans l'homme pénitent, mais seulement le meut et l'aide ainsi à préparer sa voie vers la justice. Et quotqn'âe ne puisse pas, par etie-m1 =e sans le sacrement de penU-ttc- 2247 pænitentiæ impetrandam disponit. ATTRITION conduire le pécheur jusqu'à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement do pé­ nitence. La doctrine qui est exposée dans ce texte peut ainsi se résumer : Il y a deux dispositions qui réconcilient le pécheur avec Dieu. L’une, qui est la contrition par­ faite, le réconcilie en dehors du sacrement : hominem Deo reconciliare, priusquam hoc sacramentum actu suscipiatur. L’autre, qui est l’attrition, le réconcilie avec le sacrement : ad Dei gratiam in sacramento pænitentiæ impetrandam disponit. Quelques auteurs ont contesté cette interprétation, prétendant que le mot disponit, employé par le concile, ne signifie pns que l’attrition soit la disposition pro­ chaine, immédiatement suffisante pour la validité de l'absolution, mais indique seulement une disposition éloignée qui commence le retour du pécheur vers Dieu, et l'amènera par degrés jusqu'à la justification, mais en passant par une disposition plus parfaite. Ainsi pense Launoy, dans son ouvrage De mente concilii tridenlini circa contritionem et attritionem in sacramento pæni­ tentiæ, Paris. 1653, mis à l'index par décret du 13 novembre I691. Collet reprend la même explication dans son traité De pænitentia, part. Il, c. iv, a. 2, sect. n. dans Aligne, Theol. cursus completus, t. xxit, col. 297 sq. L’étude raisonnée du contexte nous permetde répondre que le mot disponit équivaut à sufficit, parce qu’il signifie la disposition suffisante pour la validité du sacre­ ment. — 1» Le concile établit un parallèle entre faction ou l'efficacité des deux contritions. De la contrition par­ faite il dit qu'elle réconcilie le pécheur sans le sacre­ ment, ce qui pourrait se traduire : elle est disposition prochaine et suffisante pour la justification en dehors du sacrement. C'est au même point de vue assurément qu'il parle ensuite de l’efficacité de l’attrition avec le sacrement, et c’est comme disposition prochaine et suffisanteau pardon sacramentel qu'il nousla présente. — 2°Le concile distingue, d'autre part, le rôle de l’attrition en dehors du sacrement et dans le sacrement. Ce rôle n’est pas le même dans l'une et l’autre hypothèse. En dehors du sacrement, l’attrition est disposition éloignée pour la justification : donum Dei et Spiritus Sancti impul­ sum... quo pænitens adjutus viam sibi ad justitiam parai. En bonne logique, il faut comprendre d'une autre manière son rôle dans le sacrement. C'est donc d'une disposition prochaine qu’il s'agit dans cette for­ mule : ad Dei gratiam in sacramento impetrandam disponit. — 3° La pensée des Pères du concile ressort encore de cette observation qui termine le chapitre iv de contritione : Quamobrem falso quidam calumnian­ tur catholicos scriptores, quasi tradiderint sacramen­ tum pænitentiæ, absque bono motu suscipientium gra­ tiam conferre : quod nunquam Ecclesia docuit nec. sensit. Toutes les explications données par le concile sur la contrition parfaite et imparfaite aboutissent donc à cette conclusion : On voit combien sont peu fondées les attaques des novateurs contre la doctrine de l’Église et des écrivains catholiques. Si cette doctrine n’était pas celle qui affirme fattrition suffisante pour le sacre­ ment de pénitence, à quoi bon tint d’explications sur l'honnêteté et l'utilité de cette contrition? A quoi bon même nommer ('attrition à propos du sacrement de pénitence? L’argumentation qui s’imposait se réduisait à ceci : la contrition parfaite est requise dans le sacre­ ment et les catholiques ne se contentent pas d'une dis­ position imparfaite. Toutes les objections protestantes tombaient. — Donc notre interprétation reste, et c’est à bon droit que nous avons invoqué l’autorité du concile de Trente à l’appui de notre assertion. Quant à la raison pour laquelle le concile a employé, 2248 au lieu du terme plus précis suf/icit, cet autre moins décisif disponit, nous la trouvons dans les Acta genuina ss. cecum. conc. trid. de Massarello publiés par Theiner, Agram, s. d., t. t, p. 531 -600, et dans VHisloire du concile de Trente par le cardinal Pallavicini, 1. II, c. x, Aligne, 1844, t. il, col. 642. Le projet de décret soumis aux délibérations des Pères portait ce texte : Illam vero contritionem imperfectam quam theologi attritionem vocant... sufficere ad sacramenti hujus constitutionem. Theiner, loc. cit., p. 584. C’était affirmer avec une net­ teté qui ne prête pas à la discussion la doctrine que nous venons de démontrer; mais aussi c’était réprouver formellement l’opinion de Pierre Lombard et des théo­ logiens qui l’avaient suivi. Or, on ne voulait formuler une condamnation que contre les hérétiques. Quelques Pères en firent la remarque. L’évéque .Jean Émilien de Tuy en Espagne, soutint même encore, dans la con­ grégation préparatoire du 12 novembre 1551, dans laquelle on discutait les propositions hérétiques, que la contrition parfaite était nécessaire avec le sacrement. Theiner, loc. cit., p. 575; Pallavicini. loc. cit., p. 642. Puis, dans la derniere congrégation générale qui pré­ céda la session XIV, 21 novembre 155'1, sur le projet de rédaction définitive du chapitre iv, le même évêque, rappelant qu’il n’y avait pas accord unanime des catho­ liques sur la suffisance de l’attrition dans le sacrement, demanda une modification du texte proposé sur ce point. Item cum dicitur quod attrito remittuntur peccata virtute absolutionis supervenientis, advertatur cum de hoc variœ sint opiniones, posset deleri. Theiner, loc. cit., p. 600. Le concile tint compte de ces observations au point de vue de' l'expression, sans toutefois rien changer au sens de la doctrine. C’est pourquoi au terme sufficere il substitua disponit. Cf. J.-B. Sasse, loc. cit., p. 141. m. dans les autres sacrements — Nous distin­ guerons l’efficacité de l’attrition dans le baptême qui est sacrement des morts, et dans les sacrements des vi­ vants. 1. Dans le baptême. — Pour qu’un adulte reçoive avec fruit le sacrement de baptême, il faut de toute né­ cessité qu'il ait la contrition de ses péchés personnels, car c’est un principe absolu qu’il n’y a jamais rémission du péché personnel sans repentir. Voir Contrition. Or, nous disons que dans le baptême, comme dans la péni­ tence, la contrition imparfaite ou attrition suffit. Les preuves de cette assertion sont les mêmes que nous avons apportées dans la thèse précédente en ce qui concerne le sacrement de pénitence :1a notion du sacre­ ment, la croyance pratique des fidèles sur la nécessité de le recevoir, la supériorité de la loi nouvelle sur l'an­ cienne. Notis ajoutons seulement cette observation qui est une preuve de plus : pour recevoir avec fruit un sacrement des morts, soit le baptême, soit la pénitence, il suffit d une disposition qui détache la volonté du pé­ ché, écartant ainsi l’obstacle à l’infusion de la grâce. Or, l’attrition remplit ce rôle, puisque par définition elle exclut l’allèction au péché mortel. D’où nous con­ cluons avec saint Thomas, In 1V Sent., 1. IV, dist. XVI, q. 1, a. 3, loc. cit., t. x, p. 140 : Ad hoc quod homo præparel se ad gratiam in baptismo recipiendam, præexigilur fides, sed nun charilas, quia sufficit attri­ tio præcedens, etsi non sit contritio. En vertu des mêmes considérations, l’attrition sera disposition suffisante dans l’extréme-onction, quand ce sacrement suppléant celui de pénitence en cas de néces­ sité aura de fait le rôle et l'efficacité d’un sacrement des morts. â. Dans les sacrements des vivants. — Il peut se faire qu’un fidèle se présente à un sacrement des vi­ vants, confirmation, eucharistie, extrême-onction, ordre ou mariage, en état de péché mortel, sans avoir cons­ cience de son état, ce qu’on appelle recevoir le sacre­ 2249 ATTRITION ment de bonne foi. Si le fidèle en question n’a aucun repentir de ses fautes, ni explicite, ni implicite, quand il reçoit le sacrement, celui-ci est nul, parce que, comme nous l'avons dit à propos du baptême, il n'y a pas de rémission du péché sans contrition. Mais si ce fidèle a la contrition imparfaite, doit-on penser que ses péchés lui sont remis par la vertu du sacrement? Les théologiens répondent généralement par l'affirmative, estimant que le sacrement des vivants agit, dans ce cas, comme un sacrement des morts. Le péché qui tait obstacle à l'infusion de la grâce dans l'âme est suffisam­ ment écarté, pensent-ils, par l'atlrition du fidèle de bonne foi. Saint Thomas adopte cette solution pour la confirmation, Sum. theol., Illa, q. ι.χχπ, a. 7, ad 2““. et pour l’eucharistie, q. lxxiv, a. 3. Cf. Billot, De Ecclesiæ sacramentis, Rome, 1897, t. il. p. 152 sq. IV. Conditions. — Sous ce titre nous nous occupe­ rons d'abord des qualités nécessaires à toute vraie contrition; nous traiterons ensuite la question si con­ troversée du commencement d'amour de Dieu dans l'attrition. I. des qualités de la CONTRITION. — Tonte détes­ tation du péché, pour servir au salut, doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et universelle. Ceci est une thèse que nous supposons établie et que nous n'avons ni à expliquer ni â démontrer ici. Voir Contrition. Nous ferons seulement à l'occasion de chacune de ces qualités, nécessaires dans la contrition imparfaite comme dans la parfaite, quelques observations qui intéressent particulièrement l’attrition. 1" qualité : intérieure. — L'attrition doit exister dans la volonté, puisque en vertu de la définition même qu’en donne le concile de Trente, sess. XIV, c. iv, elle exclut la volonté de pécher : si voluntatem peccandi excludat. — Cependant quelques théologiens, dont Melchior Cano, Jtelectio de pænitentia, part. VI, q. xv, Co­ logne, 1605, et André Vega, De justificatione, 1. XIII, c. xxxiv, Cologne, 1572, ont pensé qu'une attrition appa­ rente ou supposée, sans existence réelle dans la volon­ té, pourrait suffire dans le sacrement de pénitence, si le pénitent était de bonne foi. L'hypothèse est celle-ci : Un pécheur, qui n’a que des apparences d’attrition, croit pouvoir se présenter au saint tribunal. En réalité, sa haine pour le péché et son ferme propos ne sont que des velléités et non des actes formels de volonté; que penser de l’absolution qu'il reçoit? L’absolulion est valide, disent les auteurs que nous venons de citer, en raison de la bonne foi du pénitent. Ballerini, parmi les modernes, accepte cette solution. Opus theol. mor., Prato, 1892, t. v. p. 29 sq. Nous estimons au contraire, avec Palmieri, note suwle texte de Ballerini, n. 76, loc. cit., p. 38, et Tract, de pænitentia, Rome, 1889, p. 353 sq.. que la réponse ainsi formulée est erronée. La con­ trition n’est pas simplement commandée, elle est un moyen nécessaire et matière essentielle dans le sacre­ ment de pénitence. Dés lors qu elle fait défaut, le sacre­ ment est nul. 2° qualité .-surnaturelle. — Innocent XI, par décret du 2 mars 1679, a condamné la proposition d'après la­ quelle un repentir naturel serait probablement suffisant dans le sacrement de pénitence, n. 57 : Probabile est suf/icere attritionem naturalem modo honestam. Den­ zinger, Enchiridion, n. 1074, p. 262. L'attrition est surnaturelle en raison de son objet formel ou motif. Or, parmi les motifs que nous avons indiqués, il en est qui sont surnaturels absolument et en eux-mêmes, parce qu'ils n'ont de réalité que dans l'ordre surnaturel, par exemple la privation de la grâce, la perte du paradis, la crainte de l’enfer ou du purga­ toire. D’autres sont surnaturels en raison du point de vue sous lequel les conçoit et les considère une âme éclairée par la foi : ainsi les châtiments de Dieu en ce > monde. Il est certain que les malheurs qui affligent · 2250 l’humanité pourraient être appréciés à un point de vue purement rationnel et philosophique, et qu'euvi-j.·· s de cette sorte, ils ne sauraient être des motifs d’Sttri;: n surnaturelle. Mais ces mêmes événements peuvent · Te considérés, à la lumière de la foi, comme des manit-stations de la justice de Dieu et des appels de sa miseri­ corde, ce qu'ils sont en effet. Sous cet aspect, la cni i. des épreuves de cette vie est surnaturelle. Cependant quelques auteurs cités par saint Lij.ii·τι, Theol. mor., I. VI, n. 443, Paris, 1883, t. ut, p. 314. estiment que la crainte des châtiments de Dieu est un sentiment purement naturel, puisque la raison humaine suffit â le concevoir. Ils concluent que l'attrition qui naît d’une telle crainte ne peut être surnaturelle. Cette manière de voir est communément rejetée. Suarez, disp. V, sect, n, n. 15, loc. cit., p. 107, fait remarquer très justement que les explications du concile de Trente sur l’attrition permettent de conclure que les peines temporelles sont un motif suffisant de repentir salu­ taire. Le concile affirme d’abord que la contrition im­ parfaite peut venir de la crainte de l’enfer et des peines; ex metu gehennæ et poenarum. Puis, il apporte un exemple qui nous explique de quelles peines il a voulu parler : hoc enim timore utiliter concussi Ninivitæ, ad Jonœ prædicationem plenam terroribus, pænitentiam egerunt et misericordiam a Deo impetrarunt. Or la crainte des Ninivites était la crainte des malheurs temporels, particulièrement de la ruine de leur cité. Saint Liguori, appréciant les deux opinions, loc. cit., rapporte que certains auteurs qualifient la thèse com­ mune, de « moralement certaine »; d’autres disent: « très probable; » lui-même s'en tient â la note ■ plus probable », et il ajoute : « Comme l’autre opinion ne manque pas d'une certaine probabilité au moins extrin­ sèque, j'estime qu'il est plus sûr de la suivre en pra­ tique. » Ballerini est plus sévère pour l’opinion qui nie la valeur surnaturelle de la crainte des châtiments, et il ne lui reconnaît aucune probabilité. Note sur Gury, n. 264, Comp. theol. mor., Prato, 1894, t. π, p. 215. 3* qualité: universelle. — La contrition parfaite est. par essence même, universelle, parce que son motif, qui est la charité, exclut nécessairement tout péché. En est-il de même de l'attrition? Il y a lieu de distinguer entre ses différentes formes, en raison des motifs d'où elle pro­ cède. La considération de la laideur générale qui se rencontre dans tout péché, la perte de la grâce sancti­ fiante, la crainte de l’enfer et des châtiments temporels réservés au péché, quel qu’il soit, sont des motifs qui valent également pour tous les péchés et produiront une contrition qui sera virtuellement universelle. Mais la laideur particulière d’une faute ou d'une catégorie de fautes donne naissance à un repentir qui est limit â cette faute ou à cette catégorie, et ne s'étend p.i- vir­ tuellement à d'autres péchés. Que vaut, d ins I · sacre­ ment de pénitence, cette attrition spéciale et re-tr-int·-? Elle suffit si le pénitent n'a pas d’autres p. ch· s mor­ tels que ceux dont il déteste la laideur spéciale, car, dans ce cas, le repentir est universel de fait et tous les pêchés commis sont rétractés. Elle ne suffit pas, au contraire, s’il y a d'autres péchés et que, de propos délibéré, le pénitent refuse d’étendre à ceux-ci son repentir. Dans ce second cas, il y aurait, non seulement sacrement nul. mais sacrilège. Maison peut faire une troisième hypothèse.celle d'un pénitent de bonne foi qui déteste tous les péchés dont il se souvient, pour un motif particulier,et oublie invo­ lontairement d'autres péchés auxquels sa contrition ne s’étend pas virtuellement. Il réprouve, par -xemple, un adultère qui le déshonore, sans se souvenir d’un vu! qu'il a commis. Dans ce cas, il n'y a pas sacrilege; n :s le sacrement a-t-il ou n'a-t-il pas un effet? Nous sornn.es en pr sence de trois solutions : 1« Quelques moralistes, parmi lesquels Coninc». De 2251 ATTRITION 2252 sacramentis,disp. IV, η. 73, et les théologiens de Würz­ l’attrition vraie. Mais, si le pécheur considère les bourg, loc. cit., p. 169, pensent que le sacrement épreuves dont nous parlons, au point de vue surna­ est nu).· La raison est celle-ci : il faut essentiellement, turel, comme des châtiments du péché, cette considéra­ comme matière du sacrement, une contrition rétractant tion pourra bien suffire pour qu'il se détourne du péché tous les actes du passé, qui séparent et éloignent deDieu. à cause de ces châtiments plus que de tout autre mal. Cet Ceci suppose un repentir qui embrasse, sinon formelle­ autre mal sera plus grand peut-être en soi que les châ­ ment, du moins virtuellement tous les péchés mortels timents redoutés, mais moins grand au regard de la commis et non pardonnes. C’est pourquoi, dans le cas foi, parce qu'il n’aura pas le caractère de punition di­ proposé, le sacrement est invalide. vine. Et ainsi l’attrition sera appréciativement souve­ 2° D’autres, cités par saint Liguori, n. 444, disent, en raine. Génicot, Theol. mor., Louvain, 1898, t. n, n. 274, sens tout opposé, que le sacrement est valide et immé­ p. 281. diatement fructueux, et Palmieri adopte leur manière de Le P. Billot, De Ecclesiæ sacramentis, Rome, 1897, voir. De pænit., loc. cit., p. 358. L'argumentation de t. Il, p. 159 sq., estime qu’on peut avoir une véritable ces auteurs peut être présentée sous cette forme : on attrition surnaturelle et universelle sans qu’elle soit discute par hypothèse sur une attrition vraie, quoi­ appréciativement souveraine, et il demande à ce sujet: que issue d'un motif spécial. Or, une attrition vraie doit qu’adviendrait-il d'un pénitent de bonne foi qui se renfermer le bon propos de ne plus pécher : si volun­ présenterait au saint tribunal avec une telle attrition? tatem peccandi excludat. Mais le bon propos de ne plus Dans ce cas, dit-il, l attrilion suffit comme partie cons­ pécher n'implique-t-il pas, d'autre part, la réprobation titutive du sacrement, sufficiens in ratione partis, puis­ générale du péché, quel qu’il soit? — Ceci revient à qu’elle est une vraie douleur et rétractation des péchés nier la possibilité d’une véritable attrition surnaturelle commis; mais elle ne suffit pas comme disposition du qui ne serait pas universelle. On peut répondre avec sujet, insufficiens in ratione dispositionis, parce qu'elle De Lugo, De pænit., disp. XIV, sect, vi, n. 83, Disputa­ n'exclut pas'tout obstacle à l’infusion de la grâce sancti­ tiones scholasticæ, Paris, 1869, t. tv, p. 636, qu’il n’est | fiante. D’où le sacrement est valide, mais ne produit pas exact que la résolution de fuir le péché dans l’avenir pas immédiatement la grâce, sacramentum validum et implique nécessairement la détestation et la rétractation informe. — Cette distinction, au point de vue des con­ des fautes commises dans le passé. ditions requises, entre l’attrition-matière et l'attrition3° L'ne troisième solution, donnée par Suarez,disp. XX, disposition, nous parait arbitraire et sans fondement suffisant dans la tradition. C’est de l’attrition simple­ sect, v, n. 7-15, loc. cit.,p. 449 sq.; de Lugo, loc. cit., ment, matière et disposition, sans distinction, que le n. 74-89, p. 634 sq., et la plupart des thomistes, est concile de Trente dit qu’elle doit « exclure la volonté déclarée « plus probable » par saint Liguori, loc. cil., de pécher », condition qui ne peut se vérifier que si le n. 444, p. 349. — Revenons au cas proposé d’un pécheur regret d’avoir offensé Dieu est supérieur par comparai­ qui se repent de son impureté à cause de la honte par­ ticulière de ce péché, mais oublie une injustice grave. son â tout autre. Cet homme déclare au saint tribunal le péché dont il a Quanta la pratique, il faut dire qu’il suffit que l’attriconscience : sa confession est formellement intègre; tion soit souveraine virtuellement, par la disposition son attrition est, par supposition, une douleur surna­ générale de la volonté de détester le péché dans le passé turelle; il reçoit l'absolution; aucun des éléments essen­ et de le fuir dans l'avenir, comme le plus grand mal. tiels du sacrement ne fait défaut. 11 y a donc un sacre­ 11 n'est pas nécessaire de faire des comparaisons expli­ ment valide. Mais, d’autre part, la présence dans l’àme cites. On a bien la foi quand on croit à la parole de d'un péché mortel non rétracté est un obstacle à l’effi­ Dieu plus qu'à aucune parole créée, sans comparer cacité de ce sacrement, et en raison de l’obstacle la successivement les autres autorités à l'autorité divine ; grâce n'est pas conférée. D'où, quoique valide, ce sacre­ la charité, quand on aime Dieu par-dessus toutes choses, ment est infructueux : sacramentum validum et in­ sans entrer dans le détail des objets aimés. De même, forme. Ce sacrement produira son effet aussitôt que on a la contrition quand on hait le péché par-dessus tous l’obstacle sera écarté; et il suffira pour l’écarter d'un les maux, sans examiner ceux-ci l’un après l'autre. Bien acte d'attrition qui s'étende au péché oublié. — La dis­ plus, c’est l’avis de tous les moralistes que les compa­ cussion reste ouverte. Mais elle est plus théorique que raisons détaillées seraient dangereuses. Se demander si pratique. On ne trouvera guère, en effet, dans la vie on souffrirait les plus cruels tourments, les plus dureç réelle, le pénitent sincère qui limitera si rigoureuse­ épreuves morales, la mort même, plutôt que de pécher encore, c’est se mettre en tentation de gaieté de cœur, ment sa contrition à un motif particulier, qu'on ne s’exposer peut-être à un grave péché interne et presque puisse dire qu’il réprouve, au moins implicitement, tous sûrement à des inquiétudes de conscience. S. Liguori, les péchés mortels qu’il a commis. 4' qualité ; souveraine. — L’attrition n’exclut la vo­ loc. cit., n. 433. II. DU COUMENCEMENT D'AMOUR DE DIEU. — i. Etal de lonté de pécher qu'à condition de disposer le pécheur à la question. — Parmi les conditions requises pour 1 at­ haïr sa faute par un acte délibéré, plus que tout autre trition, faut-il compter un commencement d'amour de mal. C'est pourquoi elle doit être appréciativement Dieu? Et si on répond affirmativement, quelle forme souveraine, appretiative summa. d'amour est nécessaire? Exigera-t-on un amour désin­ La considération de la laideur du péché et la crainte téressé de Dieu pour lui-même, ou simplement l'amour de l’enfer produiront facilement et logiquement une intéressé dit de concupiscence? Ces questions ont pas­ attrition souveraine, car notre foi nous montre, dans la sionné les casuistes du xvn· siècle en particulier. Des laideur du péché, la plus grande de toutes les laideurs, solutions multiples ont été proposées à cette époque, et dans le malheur de l'enfer, le plus grand de tous les appuyées et combattues avec une égale ardeur, jusqu’à malheurs. Il n’est pas aussi clair, à première vue, que ce qu'un pape intervint pour mettre fin aux vivacités de la la crainte des maux temporels, comme la maladie, la persécution, la trahison, *la ruine matérielle, puisse polémique. Voir 11. Attrition. Décret d’Alexandre VII. Nous exposons brièvement les principales opinions, être l'origine d'un regret souverain dans le sens que puis nous donnons, sous forme d’assertions, la solution nous avons dit. Car enfin, les maux temporels auxquels qui est communément admise Aujourd’hui. pense le pécheur, ne sont pas nécessairement, après 2. Opinions. — Toutes les théories qui ont été mises l'enter, les plus terribles qu'il puisse redouter. Et nous au jour sur la question proposée, peuvent se ramener à sommes d'avis qu'en effet le repentir, issu de cette ori­ deux groupes: d'une part, les opinions qui exigent dans gine, pourrait n’étre pas souverain, tout comme il pour­ le repentir un commencement d'amour désintéressé ou rait n'ètre pas surnaturel. Dans ce cas, ce ne serait pas 2253 ATTRITION de charité ; d'autre part, celles qni n’exigent pas celle condition. On appelait dans les anciennes discus­ sions, contritionisles, ceux qui détendaient, sous une forme ou sous une autre, la nécessité de l’amour initial de charité; altrilionistes, ceux qui combattaient par une opposition plus ou moins radicale, dans le sens contraire. Scavini, Theol. mor., Paris, '1855, t. iv, p. 25. groupe : opinions qui exigent un commencement d'amour de charité. — Ces opinions ont comme origine commune les deux principes suivants: 1° il n’y a pas de vraie conversion sans amour de Dieu ; 2° il n’y a pas d’amour vrai en dehors de l'amour désintéressé ou de charité. Mais sous quelle forme et dans quelle mesure l’amour de charité est-il requis dans l’attrition? Les explications ne sont plus concordantes. 1. Opinion de .luenin, De pæn., q. ni, c. tv, a. 2, n. 2, Institut, theol., Paris, 1700 (à l’index par décrets du Saint-Office du 22 mai et du 17 juillet 1708), t. vi, p. 457 sq., et de Habert, De pæn., c. vm, a. 4, Theol. dogm. el mor., Paris, 1709, I. vi, p. 179 sq. — Il y a deux formes de la charité, l’une qui est la charité in­ tense, charitas intensa; l'autre, la charité moindre, charitas remissa, cette dernière restant toutefois l’amour de Dieu par-dessus toutes choses, licet prædominans. Le péché est remis en dehors du sacrement par la charité intense qui engendre la contrition par­ faite, mais non par la charité moindre qui ne produit qu'une contrition imparfaite. C’est dans cette contrition née de la charité de degré inférieur que consiste la vé­ ritable attrition. — Nous répondons : L’essence de la charité n’est pas dans un degré spécial d’intensité, mais dans son objet formel ou motifqui est Dieu en lui-même; et l’amour de Dieu pour lui-même, â quelque degré qu'il se rencontre, produit la contrition parfaite. 2. Opinion de quelques thomistes, dont Billuart, Tract, de sacram, pæn., diss. IV, a. 7, Theologia, Paris, 1828, t. xvm, p. 166sq. — Ces auteurs distinguent deux amours de Dieu pour lui-même, l’un qu’ils appellent d’amitié, l’autre de bienveillance. Le premier aime Dieu parce qu’il est souverainement bon et aimable en lui-même et appelle la réciprocité d’amour : c’est la charité propre­ ment dite. Le second aime Dieu aussi pour lui-même, mais sans appeler la réciprocité : d’où le nom de bien­ veillance. L’amour d’amitié, ou de charité, fait la contri­ tion parfaite: l'amour de bienveillance est requis dans l’attrition. — Nous répondons: Cette distinction est pure­ ment verbale. Tout amour de Dieu pour lui-même est charité et, par le fait, appelle en retour et produit néces­ sairement l’amitié divine. C’est pourquoi l’amour de bienveillance et l’amour d’amitié sont uneseule et même chose, la charité parfaite. 3. Opinion de Pallavicini, Assert, theol., 1. VII, De sacram, pænil., c. xn, Rome, 1651, t. vi, et de Bossuet, De doctrina concilii Tridentini circa dilectionem in pænilenlia requisitam,n. yin, xxvm, χχχιν, xu, Œuvres complètes, Bar-le-Duc, 1879, t. x, p. 645 sq. — On peut aimer Dieu pour lui-même sans l’aimer par-dessus toutes choses. On n’a ainsi qu’une charité ébauchée qui ne peut suffire à constituer la contrition parfaite, non perficiens. Mais ce commencement d’amour désintéressé est nécessaire avec la crainte des peines de l’enfer pour constituer l’attrition salutaire. — Sur cette explication, nous remarquons d’abord qu’un amour de Dieu qui ne serait pasau-dessus de tout autre ne suffirait pas à con­ stituer un repentir apprëciativement souverain. Mais ensuite nous ne comprenons pas qu'il puisse se rencon­ trer un amour de Dieu pour lui-même, c’est-à-dire en raison de sa perfection el de son amabilité infinies, qui ne soit en même temps un amour prédominant sur tout autre, ou de charité parfaite. La perfection de l’amour et de la contrition vient de leur objet formel, c'est-à-dire du motif qui les fait naître. Il faut dire, en résumé, que ces trois opinions et d'autres qui se ramènent à celles-ci, réclamant, sous des formules différentes, l’amour de charité dans la c< ntrttion imparfaite, ne font que renouveler l'ancienne opinion de Pierre Lombard et de saint Bonaventure que nous avons réfutée à propos de l’efficacité de l’attrition dans le sacrement de pénitence. i» groupe : opinions quin'exigent pas un amour ini­ tial de charité. — Saint Liguori, loc. cil., n. 440, donne la note «presque commune », fere communis, à la thèse générale qui soutient que l’attrition est suffisante dans le sacrement de pénitence sans qu'il soit nécessaire en même temps d'un amour de charité à un degré quel­ conque. Nous croyons qu’on peut dire qu’elle réunit au­ jourd'hui l'unaniinité des théologiens. Mais les auteurs qui sont d'accord sur cette thèse générale, ne le sont plus de tout point dans leurs explications, et il nous faut ici encore noter des opinions distinctes. 1. Un grand nombre de théologiens se contentent d'af­ firmer la valeur suffisante de l’attrition, sans rien de plus. Ils excluent de l’attrition, de par sa définition même, tout amour de charité, mais ne disent rien d'un autre amour. Ainsi Suarez, disp. XX, sect. 1, loc. cit., p. 421, et De Lugo, disp. V, sect, ix, loc. cil., p. 375. Nous devons remarquer qu’on nomme souvent, comme les premiers représentants de cette opinion, François de Victoria et Dominique Soto, en raison de la doctrine par­ ticulière professée par ces auteurs, et que nous avons rappelée plus haut, à savoir que si un pénitent se pré­ sentait de bonne foi à la confession, avec une contrition imparfaite, il serait justifié par la vertu du sacrement. Benoit XIV, De synodo diœeesana, 1. VII, c. xm, n. 6, dans Theol. cursus completus, t. xxv, col. 1964. 2. D’autres disent qu’il faut dans l’attrition. avec la détestation du péché, un mouvement d'amour vers Dieu, qui n’est pas l’amour de charité, mais l'amour de con­ cupiscence. Cet amour de concupiscence, appelé aussi d'espérance, est l'amour intéressé qui cherche Dieu parce qu’il nous fait du bien et qu’il est pour nous la source du bonheur et la satisfaction des aspirations multiples de notre âme. C’est l'enseignement de Tournely, PræL theol. de sacram, pæn., q. v, a. 3. Paris, 1728. t. I, p. 278 sq., et des théologiens de Wurzbourg, De sa­ cram. pæn., disp. 11, c. in, a. 3, 4, loc. cit., p. 150 sq. 3. D’autres enfin affirmentd’abordavec les précédents, qu'il faut dans l’attrition un amour d’espérance; mais ils ajoutent cette observation : rien n'exige que l’acte d'amour soit explicite; il peut n’ètre que virtuel ou im­ plicite. Or, dans toute attrition vraie et surnaturelle, il y a implicitement et virtuellement le mouvement de la volonté vers son bien, qui est l’amour d’espérance. Ainsi raisonnent entre autres les théologiens de Salamanque, De pænitentia, disp. VII, dub. i. n. 39-57. Cursus theo­ logicus, Paris, 1883, t. xx.p.57 sq.,et saint Liguori. 7 heol. mor., 1. VI, n. 442, obj. 3, loc.cit., p. 349.Cette troisième forme de l'opinion dite attritioniste concilie entre elles les deux précédentes, et parait avoir prévalu dans i en­ seignement actuel. C’est la solution que nous admettons. Elle sera prouvée dans les trois assertions qui suivent. 3. Solution. — Première assertion : Il faut un com­ mencement d’amour de Dieu avec l’attrition dans le sacrement de pénitence. La conversion du pécheur doit être la rétractation com­ plète du péché. Or, l’acte du péché a un double aspect : il détourne de Dieu, il porte vers la créature, arersio a Deo, conversio ad creaturam. La rétractation ne sera complète que si elle a aussi un double aspect en sens contradictoire, c’est-à-dire si elle détourne l’àme de la créature et la reporte vers Dieu, aversio a creatura, conversio ad Deum. Mais comment l’âme est-elle dètournéede la créature, sinon par le 'regret? et comment reportée vers Dieu, sinon par un commencement d’amour? — Le concile de Trente, au reste, mem.-^je 2255 ATTRITION formellement le commencement d'amour de Dieu parmi les disposilions préparatoires à la justification, sess. VI, c. vi : Dum peccatores se esse intelligentes, a divinæ juslitiæ timore, quo utiliter concutiuntur, ad conside­ randam Dei misericordiam se convertendo, in spem eriguntur, fidentes Deum sibi propter Christum pro­ pitium fore; illumgue tanquam omnis juslitiæ fontem diligere incipiunt :ac propterea moven tur adversus pec­ cata per odium aliquod et detestationem. Il faut donc ce commencement d'amour, diligere incipiunt, dans le pénitent qui demande l'absolution, comme dans le caté­ chumène qui se prépare au baptême. Deuxième assertion: Le commencement d’amour re­ quis dans l’attrition est l’amour d’espérance. — En elfet, il ne peut être question de l’amour de charité. Autrement l’attrition ne se distinguerait plus de la con­ trition parfaite, et le pécheur serait toujours justifié avant l'iibsolution. Mais en dehors de l’amour de cha­ rité, qui esl l'amour désintéressé, il n'y en a pas d'autre que l’amour intéressé ou d'espérance. C’est donc celuici qui est requis. — Cette conclusion ressort d’ailleurs des paroles du concile de Trente que nous avonscitées: Deum tanquam omnis justitiæ fontem diligere inci­ piunt. Aimer Dieu comme source de toute justice, c’està-dire comme source de la grâce et des dons surnatu­ rels, c’est l’aimer d’un amour qui est surnaturel mais intéressé, ou amour d’espérance. Troisième assertion : L’amour d’espérance est impli­ cite et suffisant comme tel, dans toute attrition qui vient d’un motif surnaturel. Tous les motifs d’attrition peuvent se ramener à deux: la honte et la crainte. — Supposons d’abord une attri­ tion qui vient de la honte. Le pénitent est honteux des laideurs de son péché, de ses caractères de révolte et d'ingratitude: il se reporte par le fait même vers celui à qui il devait obéissance et reconnaissance; il veut pour l'avenir rendre ces devoirs à son maître et bienfaiteur : c’est l'amour d’intérêt. Ou bien, il a honte du triste étal de son âme, et déteste le péché pour ce motif; c’est donc qu’il veut recouvrer la grâce et les dons surnatu­ rels: amour d'intérêt encore. — Supposons, en second lieu, une attrition de crainte. Craindre un mal, n'est-ce pas désirer le bien opposé? La crainte de l’enfer ren­ ferme le désir du ciel; la crainte des châtiments de Dieu en ce monde renferme le désir de sa protection et de scs bénédictions. Il est donc constant que l'amour d'espérance est implicite dans toute attrition surnatu­ relle. Nous ajoutons que cet amour implicite suffit. La preuve de cette dernière affirmation est dans le rappro­ chement et la comparaison des deux chapitres doctri­ naux dans lesquels le concile de Trente expose les dis­ positions préparatoires à la justification ou à la rémission du péché, sess. VI, c. vi, et sess. XIV, c. iv. Dans la session VI, le concile mentionne parmi les dispositions nécessaires pour recouvrer la grâce,le commencement d'amourdeDieu, diligere incipiunt. Dans lasession XIV, parlant des conditions requises avec l’attrition, il dit seulement : si voluntatem peccandi excludat, cum spe veniæ. Du commencement d'amour de Dieu il n’est plus question. Il n’y a pas contradiction entre les deux textes assurément. Les conditions requises dans la session XIV doivent correspondre à celles qui sont exigées dans la session VI. Puisqu'il n'y est plus fait mention formelle de l'amour de Dieu, c'est que, d’après les Pères du concile, l’amour qui est implicite dans l’attrition telle qu'ils font décrite, est suffisant. 4. Conclusion et réponse à une objection. — Benoît XIV, De syn., 1. VII, c. xm, n. 9, loc. cit., col. 10G6, termine un court exposé historique de la discussion sur l’attrition, par cette observation : Adhuc sub judicc lis est;adhuc impune pro una et altera sentenliadimicatur. La question n'est pas tranchée par le juge suprême e; on 2256 peut encore, sans encourir de réprobation, se prononcer pour l’une ou l'autre opinion. D'où il concluait : « Que les évêques évitent, dans leurs synodes et instructions, de porter des décrets sur ce sujet. » Nous ajoutons dans le même sens : Que les prêtres évitent dans leurs sermons, leurs catéchismes, leurs exhortations au saint tribunal, d’affirmer que l’attrition est insuffisante par elle-même si elle ne renferme pas un commencement d’amour de Dieu. Dire cela serait vouloir être plus sage que la sainte Église et jeter inutilement des inquiétudes, peut-être de grandes tentations de découragement, dans l’âme des pénitent;. On a opposé une difficulté â cette conclusion : La va­ lidité du sacrement de pénitence est en jeu dans la dis­ cussion qui divise les contritionistes et les attritionistes. Or, on doit suivre toujours le parti le plus sùr quand il s’agit de la validité d'un sacrement, puisque la propo­ sition qui soutenait le contraire a été condamnée par Innocent XI, décret du 2 mars 1679, η. 1 : Non est illi­ citum in sacramentis conferendis sequi opinionem probabilem de valore sacramenti, relicta tutiore. Denzinger. Enchiridion, n. 1018, p. 258. Donc, quoiqu'on puisse argumenter en faveur de l’opinion atlrilioniste dans une discussion théorique, il faut dans la pratique du sacrement de pénitence suivre et enseigner l'opinion conlrilioniste qui est la plus sûre. L’objection ainsi pré­ sentée fut en vogue dès la publication du décret d lnnocentXI. Voir Dollinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeiten in der romisch-katholischen Kirche, Nordlingen, 1889, t. i, p. 91. Nous répondons, avec saint Liguori, Theol. mor., 1. VI, n. 4-40, loc. cit., p. 335, et De Augustinis,De re sacram., loc. cit., p. 244 : Le raisonne­ ment des contritionistes serait concluant si en réalité les opinionsen présence étaient probables toutes deux. Or, il n'en est pas ainsi. L’opinion contritioniste, quoique non condamnée, n’est, pas sérieusement probable, et l’opi­ nion adverse est moralement certaine. Nous croyons l’avoir démontré et nous constatons que les théologiens de notre époque sont d'accord sur cette appréciation. Génicot, Theol.mor.,De sacr. pæn., n. 271, t. n, p. 278, écrit, en parlant de la thèse des attritionistes : Hanc doctrinam licet a quibusdam sæc.xvii et sæc. xviii au­ ctoribus oppugnata fuerit,S. Alphonsus(n.440)certam vocat, et qua talemomnes hodie recipiunt. Dans ces con­ ditions on ne peut plus invoquer le décret d’InnocentXl. S'il est vrai, en effet, qu’on ne peut suivre, quand il s’agit de la validité du sacrement, une opinion moins sure et simplement probable; il est vrai aussi qu'on peut toujours suivre une opinion moralement certaine, sans se préoccuper d’une thèse improbable en sens contraire. Autrement il n'y aurait plus de sécurité dans l’administr; tion et la réception des sacrements. Gé­ nicot, Theol. mor., De sacram, in genere, n. 116. t. n, p. 122. Cette réponse se trouve corroborée par une ob­ servation d'ordre historique. Le jésuite Esparza avait pris part aux délibérations préliminaires sur le décret du 2 mars 1679. Or, il écrivit le 6 mars 1680, à ses con­ frères de Belgique, que les consulteurs s’étaient préoc­ cupés de la question de l’attrition, et qu'ils avaient été d'avis unanime, qu'en condamnant la première propo­ sition : Non est illicitum, etc., le pape n’atteindrait aucunement, dans sa valeur pratique, l'opinion « mora­ lement certaine » de la suffisance de l’attrition pour la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence. Dollinger et Reusch, op. cit., p. 92. V. Sens de la formule : ex attrito contritus. — II est utile de déterminer le sens exact de cette for­ mule souvent employée par les théologiens anciens et adoptée par les modernes, mais avec une signification plus précise. — La disposition imparfaite d’attrition peut-elle être transformée et devenir contrition parfaite? Tout le monde répond affirmativement à cette première question. — Mais comment se fait la transformation? 2257 ATTRITION. DÉCRET D’ALEXANDRE VII Les explications se sont multipliées dans les sens les plus divers, et Morin énumère jusqu'à dix opinions. Cet auteur publiait en 1651 son traité De disciplina in ad­ ministrations sacramenti pienitentiæ, Paris. Or, il dit dans cet ouvrage, 1. VIII, c. in, n. 12. p. 509, qu’il y a près de quatre siècles qu’on discute très vivement dans les écoles sur la transformation de l’attrition, et il ajoute que la controverse n’est pas près de finir. Nous ne le suivrons pas dans sa relation des variétés et sim­ ples nuances d’opinions. Toute la question se résume ainsi : La formule ex altrito contritus peut se vérifier soit en dehors du sacrement, soit dans le sacrement de pénitence; et dans l’une et l'autre hypothèse, elle est susceptible d’un sens erroné et d'un sens vrai. /. en deuors ou SACREMENT. — 1» Sens erroné. — Au témoignage de Morin, loc. cit., n. 1, p. 507, un bon nombre parmi les anciens docteurs considéraient l'attrition comme une contrition atténuée, inspirée par l’amour de charité, mais à un degré moindre que la contrition proprement dite ou parfaite. L’attrition de­ viendrait contrition, dans cette opinion, par le seul fait qu’elle s’élèverait à un degré supérieur et serait infor­ mée par la grâce, gratia formata perfecta. Ceci paraît être la pensée de saint Bonaventure, In IV Sent., 1. IV, dist. XVII, part. 1, a. 2, q. n, in, loc. cit., t. v, p. 667-670, et de Scot, In IV Sent., 1. IV, dist. XIV, q. η, η. 14-16, loc. cil., t. xvin, p. 74-76. — Cette explication est erronée puisqu’elle repose sur une notion inexacte de l’attrition. Saint Thomas, d’autre part, la réfutait déjà, Sum. theol., Suppl., q. i, a. 3. Voici son raisonnement : « Il y en a qui disent que l’attrition devient contrition comme la foi informe devient formée, sicut fides infor­ mis fit formata. Mais, à notre avis, cela ne peut être. L’habitude de la foi peut bien, en effet, d’informe devenir formée par la grâce; mais jamais l’acte de foi informe ne deviendra un acte de foi formée, parce que cet acte informe passe et ne demeure pas comme une habitude, transit et non manet. Or, qui dit attrition et contrition, ne dit pas habitude, mais acte : attritio autem et con­ tritio non dicunt habitum sed actum tantum. » 2° Sens vrai. — Le pécheur qui n’a d’abord que la disposition d’attrition, peut s’élever graduellement d’un motif de repentir à un autre, jusqu'à l'amour de charité qui fait la contrition parfaite. La crainte de l'enfer sup­ pose le désir du ciel ou l’amour d’espérance. De cet amour d’espérance qui a pour objet les grâces de l’ave­ nir, le pécheur passera assez naturellement à un amour de reconnaissance pour les grâces du passé. Et de 1’amour de reconnaissance, sera-t-il si difficile de s'élever jus­ qu'à l'amour de Dieu pour lui-méme qui est la charité? Nous arrivons ainsi au sommet de la hiérarchie des motifs surnaturels de contrition. Les premiers actes du pécheur repentant étaient d’attrition; le dernier auquel il aboutit, avec le secours de la grâce, est la contrition parfaite. C’est ainsi, croyons-nous.qu’il faut entendre les explications de quelques-uns.des anciens scolastiques, celles entre autres de Guillaume d'Auvergne, De sacra­ mento pænitentiæ, c. v-vm, Upera, Paris, 1676, t. i, p. 462-470, et d’Albertle Grand, In I V Sent., 1. IV, dist. XVI, a. 8, Opera omnia, Paris, 1894, t. xxix, p. 559-561. II. dans LE sacrement. — 1» Sens erroné. — Certains auteurs ont pensé que le sacrement de pénitence avait la vertu de transformer l’acte d’attrition en contrition parfaite. Voir ce que nous avons dit plus haut de l’opi­ nion du cardinal Cajetan et de quelques autres théolo­ giens touchant la contrition nécessaire dans le sacrement de pénitence. L’acte d’attrition deviendrait, par la force du sacrement, comme un autre acte, puisqu’il serait contrition parfaite, sans que le pécheur ait à changer sa volonté ni à s’inspirer d'autres motifs de repentir. Nous trouvons celte manière de voir résumée dans une pro­ position de Scot, (oc. cit., n. 15, p. 75 : Attritio fil con­ tritio sine omni mutatione reali ipsius actus. — Ceci 2238 I revient en somme à la première explication qui concern·? la transformation en dehors du sacrement el que ; avons déclarée erronée. La grâce du sacrement donne­ rait sa forme de perfection à un acte informe par sa nature. Or, il y a là une erreur, car le sacrement ne peut transformer ex opere operato un acte de volonté I libre. Tant que la volonté n’agira pas pour le motif de charité, le repentir sera imparfait ou de simple attri­ tion. 2° Sens vrai. — Le pénitent qui n’avait que la dispo­ sition d’attrition en se présentant à l’absolution, reçoit par la grâce du sacrement l'habitude infuse de contri­ tion parfaite. En effet l’attrition est disposition suffi­ sante pour l’efficacité de l’absolution. Celle-ci confère donc au pénitent la grâce sanctifiante et, avec la grâce sanctifiante, toutes les vertus surnaturelles, parmi les­ quelles la charité et la pénitence qui constituent en­ semble ce que nous pouvons appeler l’habitude surna­ turelle de contrition parfaite. On peut dire en ce sens : Attritus actu fit virtute sacramenti habitu contritus. Suarez, De pæn., disp. XX, sect, i, n. 13, loc. cil-, p. 425; Salmanticenses, De pæn., disp. VII, dub. i, n. 62. loc. cil., p. 84; Billot, De Eccl. sacram., (oc. cit., p. 137; Tanquerey, Synopsis theol. dogm., Tournai, 1895, t. n, p. 507. Cajetan, Opuscula omnia, à la fin du t. xn des Œuvres de saint Thomas, in-fol., Anvers, 1612, tr. IV, De altrilione et contri­ tione, p. 46sq. ; Summula, v· Contritio, Lyon, 1595, p.101 sq. ; Sua­ rez, De pænitentia, disp. V, XX, Opera omnia, Paris, 1866, t. xxn. p.99sq.,421 sq.; Beltarmin, De controversiis chrislianæ fidei. I. II. c. xvir-xviii, De sacram, pæn., Lyon, 1603, t. u, coi. 967 sq. ; DeLugo, Disputationes, disp. V, sect, ix, De pæn., Paris. 1869. t. iv, p. 374 sq. ; Salmanticenses, Cursus theologicus, disp. VII. De pæn., Paris, 1883, t. xx, p. 15 sq. ; Tournely, Praelectiones theologiae de sacram, pæn., q. v, Paris, 1728, t. I, p.223 sq.; Billuart, Cursus theologiæ, diss. IV, De sacram, pæn., Paris, 1828, t. xvni, p. 123 sq. ; Wirceburgenses, Theologia. De sacram, pæn., c. ni. Paris, 1854, t. v, p. 141 sq.; Bossue!, De doctrina concilii Tridentini circa dilectionem in sacramento pæniten­ tiæ requisitam, dans les Œuvres complètes, Bar-le-Duc, 1879, t. x, p. 646 sq. ; Francolini, De dolore ad sacramentum pæni­ tentiæ rite suscipiendum necessario, Rome, 1706 ; Le Drou, Dis­ sertationes quatuor de contritione et attritione, Rome, 1707; S. Liguori, Theologia moralis, I. VI, η. 440-444. Paris, 1883, t. nt. p. 333 sq ; Vindicte Alphonsianæ, Paris, 1874, t. n, p. 34 sq. : Benaglio, Dell' attritione quasi materia e parte det sacra­ mento della poenitenta, Milan, 1846; Scavini, Theologia mora­ lis universa, tr. X, De sacram, pæn., disp. I, c. n, Paris, 1855, t. tv,p. 23sq.; Gury-Ballerini, Comp. theol. mor., Prato, 1894, t. n, p. 193 sq. ; Ballerini-Palmieri, Opus theologicum morale. Prato, 1892, t. v, p. 21 sq. ; Palmieri, Tractatus de sacram, pænitentiæ, th. xx-xxxir, Rome, 1879, p. 214 sq.; Jaugey, De sacram, pænitentiæ, Langres, 1877, p. 26 sq., 153 sq. : Hurter, Theol. dogm. comp., Wurzbourg, 1883, t. ni. p. 393 sq.: De Augustinis, De re sacramentaria, tr. V, De pænitentia. th. xm, xix. Romo, 1887, t. n, p. 82, 233; Billot, De Ecclesiæ s .·. :· mentis, Rome, 1897, t. n, p. 115 sq.; J.-B. Sasse, fnst de sacramentis Eccîesiæ, Fribourg-en-Brisgau, 1898. t.ir. p. 121 i-. : Berardi, Praxis confessoriorum, Bologne, 1891.1. ii. p. -12! sq. : Génicot,Theol. mor. institutiones, Louvain, 189S. Ln. p. 276 sq.; Haine, Theol. mor. elementa, Rome, 1899. t. rn. p. 226 s . Scbanz, Die Lehre von den heiligen Sacrament·:η der hath lischen Kirche, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 553 sq. ; Dollinger et Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeilen in der r jmisch-katholischen Kirche seit dem sechtehnten Jahrhundei t. Nordlingen, 1889, 1.1, p. 67-94 et passim. A. Beugnet. II. ATTRITION. Décret d’Alexandre VIL — I. Motif et occasion du décret. II. Texte. III. Commentaire. I. Motif et occasion. — Après le concile de Trente, les théologiens s’accordèrent généralement à dire que la contrition parfaite n’était pas nécessaire pour la réI mission des péchés dans le sacrement de pénitence. Mais il restait à préciser quelles étaient les conditions I d’une véritable attrition. Quelques-uns soutinrent qu’il ] n'y avait pas d’attrition salutaire sans un commence­ ment d’amour de charité; d’autres n’exigèrent me ’ l’amour de concupiscence; d'aulres encore — et ce fut 2259 ATTRITION. DÉCRET D’ALEXANDRE VII le plus grand nombre — se contentèrent d’affirmer que l'ailrilion était pleinement suffisante, pourvu qu’elle exclût reflection au péché et remermât l’espérance du pardon. Voir l'exposé complet des opinions dans l'article précédent. En somme, deux principaux partis étaient en présence. Les uns, parce qu'ils revenaient sous une autre forme à la thèse de la nécessité de la contrition parfaite, furent nommés contritionistes; les autres s'ap­ pelèrent attritionistes. Chaque parti se réclamait de l'autorité du concile de Trente et citait des textes à son avantage, parfois même ceux que l'adversaire invoquait également, chacun les interprétant à sa manière. De là à s’accuser de témérité, voire d’erreur dans la foi, il n’y avait qu’un pas; et ce pas fut franchi sans peine à l’époque où les controverses sur la justification et sur la morale relâchée passionnaient tous les esprits. La question de l’attrition revenait dans la plupart des débats. On la disputa « fort chaudement » surtout en Belgique et dans l'université de Louvain, où l’épinion des contritionistes était en faveur. Jlecueil historique des bulles, etc., Mons, 1704, p.389; De Augustinis, De re sacramentaria, Home, 1880, p. 231. Mais il semble avéré, d’autre part, quec’est dans le camp des attritionistes, forts de leur grand nombre et de la valeur réelle de leurs arguments, qu’on se lit peu de scrupule de censurer de notes théologiques l'opinion adverse. On la déclara non seulement « im­ probable », mais « dangereuse dans la foi, contraire à l'esprit du concile de Trente, implicitement et virtuel­ lement condamnée par le concile ». Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. VII, c. xm, n. vn, dans Migne, Theol. curs. compl., t. xxv, col. 1005. Cette discussion, venant après d’autres, ajoutait aux divisions des pas­ teurs et au scandale des fidèles. C’est pourquoi le pape Alexandre VII crut devoir intervenir. Les incidents de la querelle en Belgique furent l'oc­ casion immédiate de cette intervention. Voici les faits d'après le récit de Dollinger et Reusch, Geschichte der Moralslreitigkeitenin der rômisch-katholischen Kirche soit dem sechzehnten Jahrhundert, Nordlingen, 1889, t. i, p. 85 sq. L’opinion contritioniste dominait dans le clergé paroissial belge. En 1637, l’archevêque Boonen de Malines avait exhorlé les confesseurs de son dio­ cèse â exiger de leurs pénitents plus que la simple attri­ tion; et en 1659, l’évêque Wachtendonk de Namur fit la même recommandation à ceux qui dépendaient de sa juridiction. Mais, voici qu’en 1661 parut à Gand un catéchisme flamand recommandé et propagé par les pères jésuites, dans lequel était enseignée cette doctrine, que l’attrition inspirée par la crainte de l’enfer suffit dans le sacrement de pénitence. Grand émoi parmi les curés de la ville. Ils se réunirent, rédigèrent une décla­ ration contre l'enseignement du nouveau catéchisme, et obtinrent pour cette déclaration l’approbation de la fa­ culté de théologie de Louvain. Ce n'est pas tout. Deux membres distinguésde l’ordre de Saint-Augustin, Chris­ tian Wolf ou Lupus et François Farvaques, rédigèrent sans tarder des dissertations savantes pour démontrer que le catéchisme en question interprétait mal la doc­ trine du concile de Trente. Toutes deux parurent en 1666. Celle de Christian Lupus est intitulée : Dissertatio dogmatica de germano ac avito sensu ss. patrum, uni­ versae semper ecclesiæ ac sacros. praesertim Trid. synodi circa Christianam contritionem et attritionem, Lou­ vain, 1666; celle de Farvaques : Quæstio quodlibetica de attritione, seu quæ fuerit mens concilii Tridentini de sufficientia attritionis servilis in sacramento poeni­ tentiae, Louvain, 1666. Le jésuite Maximilien Le Dent répliqua aux deux moines augustins, non sans quelque vivacité, par une dissertation en sens contraire, qui pa­ rut sous ce titre : De attritione ex metu gehennæ ejusque cum sacramento pænitentiæ sufficientia juxta mentem s. conc. Trid. adversus Christiani Lupi disser­ tationem dogmaticam et quæstionem quodlibeticam 2260 Francisci Farvaques O. Erem. S. Aug., Malines, 1667. C’est alors que la question lut portée à Rome. Il semble bien que l'initiative de cet appel au siège apostolique revienne à Christian Lupus.il écrivit d'abord à son con­ frère de Rome, Henri Noris, moine augustin comme lui, plus tard cardinal, une lettre qui lut rendue publique, par laquelle il défend l’orthodoxie de sa doctrine et se plaint d’être traité par ses adversaires comme un adepte de Luther. Epistola familiaris ad P. Henricum Noris, qua Chr. Lupus quibusdam ad nonnulla nuperæ suæ de Christiana contritione dissertationis capita haesitantibus, conatur dare rationem, Louvain, 1667. Puis, il s’adressa par lettre privée au cardinal Bona. Dans cette seconde lettre, il se plaint à nouveau des jésuites qui regardent les adversaires de l'attrilionisme comme des jansénistes; il démontre que son opinion n'a rien de commun avec les propositions de Baius condamnées par Paul V; il ajoute que l’internonce a conseillé à la faculté de Louvain de ne pas répondre aux jésuites, et envoyé sa dissertation à Rome; il conclut en demandant au cardinal de le sou­ tenir lui et ses amis auprès du pape et du cardinal Barberini. Cette lettre est du mois d'avril 1667. Sur ces entrefaites, paraissait une riposte du père Le Dent à la lettre que Lupus avait adressée à Noris et rendue pu­ blique. Ad epistolam familiarem... responsio, in qua attritionis cum sacramento sufficientia magis stabili­ tur, Malines. Des deux côtés, on se plaignait vivement de l’adversaire et on souhaitait sa condamnation à Rome. Le pape ne condamna personne, mais rappela à la modération les deux partis. C’est l'objet du décret que le Saint-Office publia le 5 mai 1667. Il est interdit par ce texte aux défenseurs de l'une ou de l’autre opinion de se servir de formules injurieuses et de censures théologiques pour qualifier l’opinion adverse. II. Texte du décret. — Du jeudi, 5 mai 1667. Ferla V. Die 5 mal! 1667. Ss. D. N. Alexander Pa­ Notre Saint-Père le pape Alexandre VII, ayant appris pa Vil, cum acceperit non sine gravi animi moerore, scholasti­ avec une sensible douleur, que cos quosdam acrius, nec absque quelques théologiens scolasti­ fidelium scandalo, inter se con­ ques disputaient entreeux avec trop d'aigreur et au scandale tendere, an illa attritio, quæ des fidèles, sur cette question, concipitur ex metu gehennæ, excludens voluntatem peccandi si l'attrition conçue par la cum spe veniæ, ad impetran­ crainte de l'enter, excluant la dam gratiam in sacramento volonté de pécher et accompa­ gnée de l'espérance du pardon, pænitentiæ, requirat insuper aliquem actum dilectionis Dei, requiert encore quelque acte d’amour de Dieu pour obtenir asserentibus quibusdam, ne­ la grâce dans le sacrement de gantibus aliis, et invicem ad­ pénitence, les uns soutenant versam sententiam censurantibus ; Sanctitas Sua enixe cu­ cette opinion, les autres la niant, et chacun d'eux censurant ré­ piens pacis vinculum inter Adeles servare omnemque scis­ ciproquement l'opinion du parti suras fomitem extinguere, au­ contraire; Sa Sainteté qui ne souhaite rien tant que de con­ ditis votis Eminenliss. ac Reserver le lien de la paix entre verendiss. DD. cardinalium les fidèles, et de détruire les adversus taereticam pravitatem germes de division, après generalium Inquisitorum; nec avoir entendu l'avis des Éminon DD. consultorum et qualifinentissimes et Révérendiscatorum sacræ Congregationis simes cardinaux inquisiteurs ejusdem generalis Inquisitionis, généraux contre l’hérésie, et jioc præsenti decreto in virtute aussi des consulteurs et qua­ sanctæ obedientiæ et sub pœna excommunicationis latæ senten­ lificateurs de la même S. C. de l’inquisition générale, par tias huic sanctæ sedi reservatas, ce présent décret, en vertu aliisque pusnis ejusdem sanctæ de la sainte obéissance, et sedis arbitrio taxandis, præcisous peine d'excommunication pit cunctis et singulis fidelibus, latin sententiæ réservée au quocumque gradu ac dignitate, Saint-Siège, et sous ies autres etiam episcopali et majori,imo peines qu’il plaira au saintet cardinalitla fulgentibus, ut si deinceps de materia attritionis siège d'imposer, ordonne â tous præfatæ scribent, vel libros aut les fidèles et ù chacun en parti­ scripturas edent, vel docebunt, culier, de quelque condition et vel prasdicabunt, vel alio quovis dignité qu'ils soient, même aux modo pænitentes aut scholares évêques et à ceux qui sont plus cæterosque erudient, non auélevés encore sans excepter les 22G1 ATTRITION. DÉCRET D’ALEXANDRE VII — AUBÉ deant alicujus théologiens censuræ alteriusve injurias aut contumeliae nota taxare alteru­ tram sententiam, sive negantem necessitatem aliqualis dilectio­ nis Dei in prætata attritione ex metu gehennæ concepta, quas hodie inter scholasticos com­ munior videtur, sive asseren­ tem dictæ dilectionis necessita­ tem, donec ab hac sancta sede fuerit aliquid hac in re defini­ tum. Statuitque præterea de­ cretum hoc, seu illius exemplum ad valvas basilicæ principis apostolorum de urbe, et in acie campi Floras affixum omnes ubique existentes arctare et afficere, ac si unicuique per­ sonaliter tuisset intimatum. cardinaux, que s’ils composent ou publient à l'avenir deslivres ou des écrits, s'ils enseignent, ou prêchent, ou instruisent de quelque manière que ce soit les pénitents, les écoliers et autres sur la matière de l'attrition, Ils n'entreprennent pas. avant que le Saint-Siège ait décidéquelque chose à ce sujet, de noter d’au­ cune censure théologique, ni de décrier par aucun terme inju­ rieux ou offensant ni l'une ni l'autre des opinions en présence, ni celle qui nie la nécessitéd'un acte d'amour de Dieu avec l'at­ trition conçue par la crainte des peines, opinion qui est aujour­ d'hui plus commune dans les écoles, ni celle qui affirme la nécessité de cet acte d’amour. De plus, Sa Sainteté veut que ce décret ou la copie qui aura été affichée aux portes de la basilique de Saint-Pierre de la ville de Rome et au champ de Flore, oblige tous les fidèles en quelque lieu que ce soit, de la même manière que s'il avait été signifié à chacun d'eux personnellement. Franc. Ricardus, S. rom. François Ricard, notaire et univ. Inquisitionis not. de la Sacrée Inquisition ro­ maine et universelle. III. Commentaire. — La question de doctrine qui s’agitait entre contrilionistes et attritionistes a été traitée dans l’article précédent. Nous n’avons à présenter ici que quelques observations d'ordre historique et pra­ tique. 1" Nous constatons d'abord que certains auteurs, comme Lacroix, Theol. mor., 1. VI, part. II, n. 875, Paris, '1874, t. m, p. 431, et les théologiens de Würz­ bourg, Theol. dogm., etc., De sacram, pænil., n. 162, Paris, 1854, t. v, p. 155, interprètent le décret d’Ale­ xandre VII en ce sens'que le pape protégerait contre les censures théologiques et autres qualifications outra­ geantes, non pas l’opinion qui veut un commencement damour de charité dans l’attrition, mais seulement celle qui requiert l'amour d’espérance. C’est en ce sens qu’il faudrait entendre l'expression aliqualisdilectionis. — Nous n'adoptons pas,pour notre part, cette observation. Nous croyons, en raison des circonstances qui ont mo­ tivé le décret, que c’est bien de l'opinion des contritionistes qu'Alexandre VII entendait parler. 2° Le pape n’a déclaré ni l’une ni l’autre des opi­ nions en présence, dénuée de valeur ou de probabilité. Aussi les tenants des deux partis continuèrent-ils la discussion en gardant mieux toutefois la modération qu'avait si sagement prescrite le souverain pontife. Liés l’année suivante, Farvaques publia un nouveau fac­ tum. Xenium theologicum in quo dilectionis Dei in sacramento pænitentiæ necessitas asseritur et confir­ matur, Louvain, 1668; puis encore un an après, Veri­ tas et charitas seu mens conciliiTrid. de attritione ex melu gehennæ concepta, Louvain, 1669. Le Dent riposta : Ad xenium theologicum P. Franc. Farvaques et ad ejusdem apologiam responsio, Malines, 1669; et son confrère Ægidius Estrix le soutint, Decertatio historico-theologica pro mente concilii Tridentini de vi attritionis sine amore amicitiæ in sacramento com­ probata, Louvain, 1669. Au temps de Benoit XIV, l’un et l'autre parti avait toujours ses représentants dans le ministère pratique comme dans l’enseignement théo­ rique. De synodo diœcesarla, 1. VII, c. xm, n. ix, loc. cit., col. 1066. 3° Toutefois Alexandre VII n’a pas mis absolument les deux opinions sur la même ligne, puisqu’il prend 2262 soin de constater que celle qui soutient la suffisance de l’attrition, sans réclamer un acte d’amour, est la plus commune dans l’enseignement des écoles de ce t-mr «. hodie inter scholasticos communior videtur. Dollinger et Reusch, loc. cit., p. 87, pensent que cette note fa·, orable aux attritionistes est due à l’intervention du or­ dinal jésuite Pailavicini, dont l’inlluence était grande auprès du pape. Ceci parait surprenant, quand on sait que ce cardinal était personnellement partisan de l’opi­ nion qui exige un commencement d’amour de charité. Assertionum theologicarum, 1. VIl,c. χπ, Rome, 1651, t. vi. Les auteurs allemands que nous citons en con­ viennent. Si donc il est vrai que Pailavicini lui-même a fait qualifier de « plus commune » l’opinion qu'il com­ battait, c’est que la note en question s’imposait avec évidence à un esprit de bonne foi. 4» Que faut-il entendre par les censures théologiques, qu’il est défendu de porter contre l’opinion adverse? — Il faut entendre les qualificatifs qui signifieraient que cette opinion est répréhensible au point de vue de la foi, comme de la déclarer hérétique, erronée, suspecte, sentant l’hérésie, captieuse, téméraire, malsonnante, dangereuse, scandaleuse, offensante pour des oreilles pieuses. Mais ce n’est pas une censure théologique de dire qu’une opinion est peu probable, ou improbable, ou même fausse, parce que ces dernières notes sont des appréciations d’ordre logique et rationnel et ne concer­ nent pas la foi. Nous pouvons par conséquent les appliquer à la thèse contritioniste, sans contrevenir au décret d’Alexandre VII. Ainsi pensent saint Liguori, Theol. mor., 1. VI, n. 440, Paris, 1883, t. ni, p. 335, et De Augustinis, De re sacramentaria, Rome, 1887, t. n, p. 233. Ce dernier appuie sa conclusion sur l’autorité du théologien Viva, Damnatæ theses, part. Ill, in prop, xv ab Alex. VIII, n. 33, qui écrit ceci, en parlant précisément de notre décret : Praescriptum istud in virtute s. obedientiæ, ne censura ulla his opinionibus inuratur, non impedire, quominus aliqua ex it’s dici possit improbabilis, et falsa, ut docent' theologi com­ muniter; tum quia inter censuras theologicas non recensetur falsitas, et improbabilitas; tum etiam quia evidens est alterutram ex his opinionibus extreme oppositis, quæ censuram non possunt, esse falsam. 5° L’excommunication latæ sententias portée par le décret d’Alexandre VII n’a pas été renouvelée par la constitution Apostolicæ Sedis, et se trouve abrogée de ce fait. Denzinger, Enchiridion symbolorum et definitionum, doc. XCIII, n. 1017, Wurzbourg, 1895, p. 257 ; Recueil historique des bulles et constitutions, brefs, décrets et autres actes concer­ nant les erreurs de ces deux derniers siècles [par le P. Michel Le Tellier, S. J.], 4· édit., Mons, 1704; Viva, Damnatæ ri. - ad theologicam trutinam revocatæ, part. Ill, Naples. !" r; Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. VII, c. xni, dar.- M·.·· . Theologiæ cursus completus, Paris, 1840, t. xxv. c .. : Lacroix, Theologia moralis, 1. VI, part. II, n. 875. Paris. K», t. lit, p. 430; De Augustinis, De re sacramentaria, Borne. 1887. t. n, p. 231 ; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1 3. t. n, col.87, 520,599 et passim ; Dollinger et Reusch, G·'·"’> ■" der Moralstreitigkeiten in der romisch-kathulischen Kirche, t. i, p. 67-94 et passim. A. Beugnet. AUBÉ Benjamin, né à Paris en 1826, mort en 1887, professeur de philosophie et critique d’histoire reli­ gieuse. Les principaux ouvrages qu’il a publiés sont : 1» Histoire des persécutions de l’Église, jusqu’à la fin des Antonins, in-8°, Paris, 1875 ; 2“ La polémique païenne au n- siècle, in-8°, Paris, 1878; 3» Les chré­ tiens dans l’empire romain, de la fin des Antonins au milieu du m· siècle, in-80, Paris, 1881 ; 4° L'Église et l’Ftat dans la seconde moitié du ni* siècle, in-8’. Paris, 1886. Ces ouvrages.où il étudie les rapport- de l’Église et de l’État romain pendant les trois premiers siècles, ainsi que les polémiques religieuses qui naqoi- 2263 AUBÉ — AUBRY 2264 rent au cours des persécutions, témoignent chez 1'autenr, | ristie de l’ancienne Église, in-fol., Paris, 1629, et une surtout les deux derniers, un désir très louable d'impar­ traduction latine en fut faite par David Blondel el Jeantialité. Mais on doit lui reprocher de s’étre placé en gé­ Frédéric Gronow : De eucharistiæ sive cænæ dominicæ néral au point de vue rationaliste, en parlant de l’his­ sacramento libri très, in-fol., Deventer, 1654. Antoine toire intérieure de l’Eglise, qu'il connaît beaucoup moins Arnauld s’appliqua à réfuter Aubertin dans son ouvrage : que l’histoire extérieure, et d'avoir adopté les préjugés La perpétuité de la foi touchant l'eucharistie. On a de Dodwell sur le nombre des martyrs, qu’il diminue le encore d’Aubertin : Anatomie du livre publié par le plus possible. Sa méthode consiste à relever dans les sieur de la Millelière pour la transsubstantiation, in-4», auteurs, pour chaque persécution générale ou locale, Charenton, 1642. les noms des victimes, à taire valoir soigneusement les Voir la préface du De sacramento eucharistiæ, publié à circonstances défavorables au martyre, et â additionner Deventer en 1654; Bayle, Dictionnaire hist, et critique, t. i, enlin le nombre des cas irréductibles qui s'imposent p. 379; Niceron, .Mémoires des hommes illustres, t. xxxvt, aux esprits les plus difficiles. Le chilïre des martyrs p. 12; Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-cn-Brisgau, 1882, t. t, qu’il obtient de la sorte est assez mince, et c’est unique­ col. 1568-1569. ment à ce chiffre qu’il mesure la violence de la persé­ B. Heurtebiz.e. cution. Cette méthode manque de critique, parce qu’elle 1. AUBRY Jean-Baptiste, bénédictin, né le 26 avril ne tient pas compte des témoignages des apologistes qui 1736 â Deyviller. près d’Épinal (Vosges), mort à Comrépètent sans cesse qu’on massacre les chrétiens, ni des mercy (Meuse) le 4 octobre 1809. Il lit profession de la auteurs ecclésiastiques de cette époque, où la préoccu­ vie religieuse le 7 octobre 1753 à l’abbaye de Moyenpation du martyre est trop accentuée pour supposer une Moutier de la congrégation de Saint-Vanne, sous le nom persécution anodine. Ces quatre ouvrages ont été juste­ de dom Benoit, et fut chargé par ses supérieurs de con­ ment inscrits au catalogue des livres prohibés, Index tinuer VHistoire des auteurs ecclésiastiques, de dom librorum prohibitorum, in-4», Borne, 1900, p. 51. Remi Ceillier. Il était alors à l’abbaye Saint-Léopold de Nancy. Le seul volume préparé pour cette continuation Bulletin critique, 1881. t. n, p. 54 sq.; I88C, t. vu, p. 301 sq. ; n’a pas été publié. Dom Jean-Baptiste Aubry a été prieur Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1895, t. m. col. 1327â Breuil, après avoir été conventuel à Saint-Avold. 1328 : P. Allard, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, Paris, 1885, Introd., p. vu. Forcé par la Révolution de quitter son monastère, il J. Bellamy. vécut à Commercy dans la retraite et la pauvreté. Parmi AUBERMONT (Jean Antoine d ),d’une famille noble ses ouvrages, nous mentionnerons : Questions philoso­ de Bois-le-Duc, fit profession dans l’ordre des frères phiques sur la religion naturelle, dans lesquelles on prêcheurs à Gand, le 11 avril 1633. Après avoir achevé propose et on résout arec les seules lumières de la rai­ ses études, enseigna la philosophie et la théologie son les objections des athées, des matérialistes, des pyrdans divers couvents de sa province, et exerça l’office rhoniens et des déistes, in-8». Paris, I782 : ayant été criti­ de missionnaire apostolique dans la Frise. Second ré­ qué par l’abbé Guinot dnnsle Journal littéraire de Nancy, gent du collège des dominicains à Louvain de 1649 à 1782, t. tx, p. 106-122, l’auleiir répondit par des Lettres 1653. Docteur de l’université de Louvain le 20 octobre critiques sur plusieurs questions de la métaphysique 1652. Premier régent au susdit college de 1665 à 16/3. moderne, in-12, Paris, 1783; Théorie de l’âme des biles Mort le 22 novembre 1686. On a de lui les écrits théo­ et de celle qu'on attribue ά la matière organisée, in-12, logiques suivants : 1° Oratio panegyrica in S’. Thomam Paris, 1790; Leçons métaphysiques à un mylord incré­ de Aquino, prononcée le 7 mars 1650 devant l’univer­ dule sur l'existence et la nature de Dieu, in-12, Paris, sité, in-4°, Louvain. 1650 ; 2” Doctrinaquant de primatu, 1790; Questions aux philosophes du jour sur l’âme et auctoritate ac infallibililate Romani Pontificis tradi­ la matière, in-8», 1791; Anti-Condillac ou Harangue dero nt Lovanienses, in-4», Liège. 1682; 3" Responsio hi­ aux idéologues modernes, in-8», Paris, 1801 ; Nouvelle storica theologica ad cleri 'gallicani de potestate eccle­ théorie des êtres suivie des erreurs de Condillac dans siastica declarationem Parisis XIX marlii 1682factam, la logique et de celles de Voltaire dans la métaphy­ ex Summorum Pontificum decretis ac gestis excepta sique, in-12, Commercy, 1804; Aubade ou lettres apo­ per quemdam sacræ lheologiæ professorem (sans nom logétiques et critiques à MM. Geoffroy et Mongin, in-8», d’auteur), in-8», Cologne, 1683 ; 4» Mantissa celebrium Commercy, s. d., pour répondre à une critique du pré­ in Belgio et Gallia scriptorum... declarationi cleri cédent ouvrage, parue dans le Journal des Débats. gallicani de ecclesiastica potestate nuper edita oppo­ [E. Psaume], Éloge de M. A ubry, ancien prieur bénédictin, sita; l’auteur y a joint: Dissertatio de immediata epi­ membre de l'Académie de Nancy, Parts (1809); Feller, Bio­ scopalis et synodalis juridictionis origine, in-4», s. L, graphie universelle, Paris, 1833, t. i, p. 435; Quérard, La 1683 ; 5» Expunctio appendicis R. P. Pappebrochii offi­ France littéraire, 1.1, p. 115; Hurter, Nomenclator literarius, cium corporis Christi a S.Thoma de Aquino composi­ Inspruck, 1895, t. ni, col. 498-499. tum denegantis, Gand. B. Heubtebize. 2. AUBRY Jean-Baptiste, né le 4 octobre 1844 à Quélif-Echard, Scriptores ord. præd., t. ir, p. 709; B. de Ourscamp (Oise), fit de solides éludes théologiques à Jonghe, Belgium Dominicanum, Bruxelles. 1719, p. 106. 433; Beauvais et à Rome et fut professeur d’histoire ecclé­ Analectes pour servir Λ l'histoire ecclésiastique de la Belgique, siastique et d’Écriture sainte au grand séminaire de Louvain (1890), t, χχπ,ρ. 185; Hurter, Nomenclator literarius, t. il, col. 407. Beauvais (1868-1874). Membre delà Société des missions étrangères de Paris, il fut envoyé, en 1875, au KouéiP. Mandonnet. AUBERTIN Edme, théologien protestant, né en 1595, Tchéou, où il mourut le 19 septembre 1882. 11 laissait à Châlons-sur-Marne, mort à Paris le 5 avril 1652, con­ beaucoup de notes et d’ouvrages manuscrits, que son verti à l’Eglise catholique. Il fut admis comme ministre frère, M. Auguste Aubry, curé de Dreslincourt (Oise’, a en 1618 par le synode de Charenton et fut placé à la publiés. Ils ont paru sous des litres un peu différents, tète de l’église de Chartres. En 1631, il vint â Paris. Son qui déroutent le bibliographe. Sans parler du volume principal ouvrage a pour titre : Conformité de la créance sur Les grands séminaires, qui forme la seconde partie de l’Eglise avec celle de saint Augustin sur le sacre­ de l’Dssai sur la méthode des études ecclésiastiques ment de l'eucharistie, in-8», Paris, 1626. 11 y affirme en France, in-8», Lille et Paris [1893], et qui est en que les dogmes de la transsubstantiation et de la pré­ bonne partie de la main de l’éditeur, nous suivrons sence réelle furent inconnus aux premiers siècles de l’ordre des Œuvres complètes, 12 in-8», Paris, 1894l’Êglise et il y attaque vivement les cardinaux Bellarmin 1902 : 1» Quelques idées sur la théorie catholique des et Duperron. Il en publia une autre édition : L'eucha­ sciences et sur la synthèse des connaissances humaines 2265 AUBRY — AUDIENS dans la théologie, 1894 ; 2« Mélanges philosophiques. Le cartésianisme, le rationalisme et la scolastique, 1895 ; 3° /études sur le christianisme, la foi et les missions catholiques dans l’Extrême-Orient, 1896; 4° Eludes sur Dieu, l’Eglise, le pape, le surnaturel, les sacrements; 5“ Choix de méditations sacerdotales. Direction spiri­ tuelle, opuscules de piété, 2' édit.. 189"; 6» Etudes sur l’Écriture sainte, /.a Genèse, les Psaumes, les Epitres de saint Paul, 189"; 7“ Cours d’histoire ecclésiastique et théologie de l'histoire de l’Église, 2 in-8", 1899; 8« La méthode des études ecclésiastiques dans nos séminaires depuis le concile de Trente; ce volume formait la pre­ mière partie de i’Essai sur la méthode des éludes ecclésiastiques en France, Lille [1890]; la 2“ édition, Paris, I960, comprend trois chapitres nouveaux sur \ Œuvre théologique de Bossuet; 9° Introduction à l’élude des sciences sacrées et conseils pratiques aux étudiants, 1900. Tout cet ensemble comprend deux sortes d'écrits. Les uns concernent la méthode des études théologiques et opposent constamment, et non sans quelque exagé­ ration. l’école romaine, représentée surtout par le car­ dinal Franzelin, et l’école française.Les autres sont l’ap­ plication. faite à diverses sciences sacrées, des principes préconisés dans les premiers; simples essais ou ébauches, auxquels le père Aubry n’a pas pu mettre la dernière main. Les deux derniers volumes contiennent la Corres­ pondance inédite du père Aubry. A. Aubry, Jean-Baptiste Aubry, docteur en théologie, in-12, Lille, 18-9; Correspondance du père J.-B. Aubry, etc., in-8·, Beauvais [I886], rééditée plusieurs lois sous le tide : Les Chi­ nois chez eux, in-4·, Lille, E. Mangenot. AUCTOREM FIDEI (Bullo). Voir Pistoie (Con­ cile de). AUDEBERT Étienne, jésuite français, né à Bellac (Haute-Vienne), en 1592, admis dans la Compagnie le 1" septembre 1613, professa 3 ans la philosophie, 8 ans la théologieet l’Ecriture sainte, lutta avec énergie contre les réformés et mourut à Pau, le 30 juillet 1646 ou 164". Belle confession de foy touchant l’invocation de l’ange gardien, tirée de la bouche du sieur Monioux, jadis ministre de Tonnains...et signée de sa main...,in-4», Bordeaux, 1624; Explications de quelques endroits de saint Augustin, touchant la sainte eucharistie, in-12, La Rochelle, 1630; Le triomphe de la vérité, ou adveudu sieur Abbadie, ministre de Pau, sur la trans­ substantiation et sur le purgatoire, in-8», Orthez, 1638. Abbadie répondit à cet ouvrage par : La victoire de la vérité opposée au triomphe sans victoire, chanté par un vaincu..., in-8», Orthez, 1638. — La logique du Sr Ab­ badie, ministre de Pau en Béarn, in-8», 1638; Lettre au synode de Messieurs les ministres de Béarn sur les passages de Thêodoret, Dial. 2,et de Gélose, livre des deux natures, in-4», Lescar, 1639; Lettre à Messieurs du consistoire de Pau, en Béarn, sur la croyance du sieur Abbadie..., in-4», Lescar, 1639. De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C’ de Jésus, t. i, col. 622-624. C. Sommervogel. AUDEBOIS DE LA CHALINIÈRE JosephFrançois, chanoine d’Angers, mort en 1759, l’un des continuateurs des Conférences d’Angers. Les confé­ rences sur la grâce, 3 in-12, Angers, 1745, lui appar­ tiennent; il y combat surtout les erreurs des jansénistes. Hœfer. Nouvelle biographie générale, Paris, 1853. art. Babur, Hurter, Nomenclator lilerarius, t. n. col. 1249,1336. V. Oblet. AUDIENS, disciples d'Audius, anthropomorphites et partisans décidés de la célébration de la Pâque chré­ tienne en même temps que celle des juifs. Leur chef Audius ou Udo était né en Mésopotamie, au iv« siècle, d’une famille illustre ets’était fait remarquerpar l’intégrité 2266 de ses mœurs et l'ardeur de son zèle. Mais il ne pou .i: tolérer le plus léger désordre dans l’Eglise et reprenait avec une grande liberté de langage les évêques et les prêtres toutes les fois que leurs actes ou leur adminis­ tration lui semblaient laisser à désirer. 11 s’emportait contre le luxe et l'amour de l’argent et stigmatisait toute faute contraire au dogme ou â la discipline. Ni sa piété sincère, ni son zèle pour l’orthodoxie de la foi et le main­ tien de la discipline ne lui firent pardonner ses intem­ pérances de langue; il fut en bulte à des vexations et â des représailles. Longtemps il supporta tout sans se plaindre et sans rompre avec l’Église. Mais il finit par fonder une secte qui, à son exemple, par l'austérité, la probité et le sens de la justice, s’afficha comme une pro­ testation vivante contre les défaillances de l'époque. Ses partisans ne voulurent plus s’appeler chrétiens et prirent son nom ; ils vécurent apart, isolés du reste des hommes, dans des monastères ou des couvents, de préférence loin des centres ou â l’entrée des villes, et se propagèrent rapidement en Asie et en Scythie; ils suivirent Audius parmi les Goths, enseignant à ces barbares les rudi­ ments de la foi et propageant la pratique de l’ascétisme et de la continence. Ils s’organisèrent en église et eurent un clergé à eux. Audius, en effet, avait été sacré évêque par un évêque catholique qu’il avait gagné à sa cause; après lui, on cite, entre autres, comme évêques de la secte, un certain Üranius en Mésopotamie et un certain Silvanus en Gothie. A la mort de ces chefs, les audiens diminuèrent sensiblement et se trouvèrent bientôt confi­ nés dans quelques rares couvents, soit à Chalcis non loin d’Antioche, soit en Mésopotamie près de l’Euphrate, sans la moindre action sur le mouvement intellectuel de l’époque. Saint Epiphane, à qui nous devons ces détails, ne peut se défendre d’un sentiment particulier de sympathie pour des hommes aussi austères : il leur sait gré de ne pas avoir erré sur la question trinitaire, à une époque ou l'arianisme avait tant de succès, Bre.r., t.xx, P. G., t. xlii, col. 341 ; et, par un excès de bienveillance, il les traite de schismatiques plutôt que d'hérétiques, ,-lnecephalæosis, I, m, 1, P. G., t. xlii, col. 869. Il est pourtant obligé de constater qu’ils se servaient d’un grand nombre d'apocryphes, sans dire lesquels, et de blâmer leur anthropomorphisme, comme contraire â la tradi­ tion ecclésiastique et à la règle de la foi, ainsi que leur obstination â célébrer la Pâque en même temps que les juifs. Les audiens, en effet, entendaient mal l’Ecriture : prenant au pied de la lettre soit les expressions scrip­ turaires, qui prêtent des membres à Dieu, soit les récits des théophanies de l’Ancien Testament, ils plaçaient la ressemblance de l’hoinmeavec Dieu dans la corporéit·· ils étaient anthropomorphites. Epiphane, Hær.. lxx. ' . P. G., t. xlii, col. 348. Voir Anthropomorphites. coi. 1371. De plus, ils ne tenaient aucun compte desdécisi·ons : : - = à Nicée touchant la célébration de la Pâque, â l'occa-ion de l'usage introduit par les quartodécimans. Voir nom. Us s’obstinèrent à célébrer la fête en même temps que les juifs, sous ce double prétexte, aussi puéril que faux, que leur usage, le seul vrai, pensaient-ils, avait.'■:·> abandonné, en 325, par un esprit de basse flatterie envers l’empereur et pour faire coïncider la fête de Pâques avec le dies natalis de Constantin. S. Epiphane. Hær., i.xx. 9, P. G., t. xlii, col. 353. Ils s’appuyaient, bien â tort, sur l'autorité de la Διάταξι; αποστόλων. Car cette Δ·.άτα;:;, document inconnu jusqu’ici et en contradiction, sur ce point, avec les Constitutions apostoliques, v. 17, P. G., t. i,col.888, ne permettait de célébrer la fête de Pâques en même temps que les Juifs convertis, c’est-à-dire le quatorzième jour delà lune, que par amour de la paix et pour ne pas contrarier ces judéo-chrétiens. Son autorité, en tout cas, était nulle devant la décision du concile de 2267 AUDIENS — AUGUSTIN (SAINT) 2268 Nicée. Mais saint Épiphane a raison d’observer qu’à s’en , 1. AUGUSTIN (SAINT). Nous étudierons séparé­ tenir, comme le faisaient les audiens, à l'usage juif, il ment : I. Sa vie, ses œuvres et sa doctrine. II. Sa règle. pouvait arriver que, certaines années, on célébrât deux pàques, parce que les juifs ne tenaient plus un compte | I. AUGUSTIN (Saint), vie, œuvres et doctrine. — Au­ rigoureux de l’équinoxe. Hær., lxx, 11, P.G., t. xm, relius Augustinus, évêque d’Ilippone, un des plus grands col. 364. saints et le plus illustre docteur de l’Église, sans contre­ Il est encore question des audiens aux v» et VI' siècles. dit un des écrivains dont la pensée a exercé la plus puis­ Théodoret signale qu’ils remettaient les péchés d’une sante influence dans la direction des esprits en Occident, singulière façon, en obligeant les pécheurs à passer 13 novembre 354-28 août 430. — I. Vie. II. Œuvres. III. Doc­ entre une double rangée de livres sacrés et apocryphes trine. IV. Autorité en théologie. et â confesser leurs fautes pendant cet exercice; ceux I. Vie. — C’est la vie du docteur, c’est-à-dire l'histoire qui s’y soumettaient n’y voyaient qu’une plaisanterie. de son esprit, non de ses vertus ou de son ministère Hær., iv, 10, P. (r., t. lxxxiii, col. 429. L’auteur du épiscopal, qui doit ètre présentée ici. Les documents sont Praedestinatus, l, 50, P. L., t. Lin, col. 606. après avoir d une richesse incomparable; sur aucun auteur de l’an­ résumé saint Épiphane, ajoute que les audiens furent tiquité nous n’avons des renseignements autobiogra­ combattus par Zénon, évêque des Syriens, personnage phiques et historiques comparables aux Confessions, aux d’ailleurs inconnu. Rétractations, à la Vita Augustini par son ami Possidius. Nous nous limiterons à indiquer le caractère de S. Épiphane, Hier., lxx. P. G., t. xlh, col. 839 sq. ; S. Augustin, chaque période de cette vie : 1° Les égarements et la Hær., i., P. L., t. xlii, col. 39; Théodoret, H. E., iv, 9, P. G., conversion (354-386); 2» De la conversion à l’épiscopat, t. t.xxxn, col. 1141 ; Hær., rv, 10, t. lxxxiii, col. 428; Prædepériode de formation doctrinale (386-396); 3° L’épiscopat stinatus, i,50, P. Z,., t. un, col. G(S sq.; Cassiodore, Hist. tripart., et le plein épanouissement de la doctrine (396-130). vu, 11, P. I... t. T.X1X, col. 1077; S. Éphrem, Serm., xxiv, Irc PÉRIODE : LES ÉGAREMENTS ET LA CONVERSION adv. liter., Opera, Rome, 1740, t. n, p. 493 494. (354-386).— 1"Éducation chrétienne. —Augustin naquit G. Bareii.le. AUFRÉRI Étienne, jurisconsulte du xv» siècle, le 13 novembre 354 àTagaste, aujourd’hui Souk-Aras, à fut conseiller, puis président au parlement de Toulouse. vingt-cinq lieues de Bone (ancienne Hippo-Regius), alors On a de lui : 1« Repetitio clementinæ prîmes Ut clerico­ petite ville libre de la Numidie proconsulaire, récem­ rum, de officia et potestate judicis ordinarii; il y a ment convertie au schisme donatiste. Le second nom joint un traité De potestate sæcularium super eccle­ d’Aurelius ne parait jamais dans sa correspondance, siis ac personis et rebus ecclesiasticis, et un autre De mais lui est donné par les contemporains. Paul Orose, polestate Ecclesiæ super laids et personis et rebus Lib. apologelicus,I,P. L., t. xxxi, col. 1175. Sa famille, eorum, Paris, 1514; ces traités insérés dans la collec­ très honorable, n’était pas riche. Son père, Patritius, un tion Tractatus tractatuum juris, Venise, 1584, t. i, II, des curiales de la cité, était encore païen : mais les ad­ ont été plusieurs fois réédités; 2° Decisiones curite armirables vertus qui ont fait de Monique (ou Monnique, c/iiepiscopalis tolosanæ, dictæ decisiones capellæ toloainsi que le nom est écrit dans les manuscrits) l’idéal sanæ, 2’ édit., in-4», Lyon, 1616. de la mère chrétienne, amenèrent enfin son époux au baptême et à une sainte mort (vers 371). L’éduca­ Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 1822, t. ni; tion d’Augustin fut chrétienne. Sa mère le fit marquer Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853; Hurler, du signe de la croix et inscrire parmi les catéchumènes. Nomenclator lilerarius, t. iv, col. 896; Pontas, Dictionnaire Conf., 1. I, c. xi, n. 17, P. L., t. xxxn, col. 668. Il par­ des cas de conscience, Paris, 1795. tageait la foi de Monique, et, dans une maladie, il de­ V. Oblet. manda le baptême ; mais, le danger ayant bientôt disparu, AUGER Émond, jésuite français, né en 1530 au vil­ selon l’usage déplorable de cette époque, on le différa. lage d’Alleman, près de Troyes, entra au noviciat à Rome du vivant de saint Ignace. Après avoir enseigné avec Il fut mis en rapport avec des hommes de prière, homi­ nes rogantes, Conf., 1.1, c. ix, et dans leurs entretiens, grande réputation les humanités et la philosophie en Italie, il revint en France et combattit avec succès les , trois grandes idées firent dès lors sur lui une profonde impression : 1. un Dieu providence, qu’il concevait réformés, surtout en Auvergne et à Lyon. 11 devint con­ fesseur du roi Henri III, recteur des collèges de Tournon, comme magnum aliquem, qui posset, etiam non appa­ rens sensibus nostris, exaudire nos et subvenire nobis, Toulouse, Lyon, etc., et mourut à Côme, le 31 janvier Conf., 1.1, c. ix, 14, coi. 668 ; et il le priait avec ferveur. 1591. L’historien Matthieu l’appelle le « Chrysostome de ne in schola vapularem, dit-il, pour ses étourderies la France, le plus éloquent et le plus docle prédicateur d’enfant bien doué, mais léger, mais dissipé, paresseux de son siècle ». Après avoir publié en 1563, à Lyon, un et ennemi du grec; 2. le Christ sauveur : Hoc nomen Catéchisme el sommaire de la religion chrestienne, qui Salvatoris mei Filii tui, in ipso adhuc lacte matris, eut un bon nombre d’éditions françaises, latines ou tenerum cor meum pie biberat, et alte retinebat, et grecques, il mil au jour, la même année : De la vraye, quicquid sine hoc nomine fuisset, quamvis litteratum, reale et corporelle presence de Jésus-Christ au sainct et expolitum, et veridicum, non me lotum rapiebat, Sacrement de l'autel, contre les fausses opinionset mo­ Conf., 1. Ili, c. iv, n. 8, coi. 686; texte corrigé d’après dernes heresies tant des luthériens, zuingliens et westle Coipus de Vienne; 3. enfin la vie future et ses sanc­ phaliens que calvinistes, 3 in-811, Lyon, 1565 ; 3 in-8°, tions : Audieram enim adhuc puer de vita æterna Paris, 1565-1566 ; 3 in-8», Paris, 1567. — Des sacremens de l'Église catholique el vray usage d’iceux. Doctrine nobis promissa, ibid., 1. I, c. xi; et, ailleurs, il nous dit de la pensée du jugement : Qui metus, per varias avérée par toute l'antiquité chrestienne, contre les no­ vateurs de ce temps, in-8», Paris, 1567. — Des sacre- | quidem opiniones, nunquam recessit de pectore meo. Conf., 1. VI, c. xvi, col. 732. mens, savoir : du baptême et de la confirmation, de Augustin sut bientôt tout ce qu’il pouvait apprendre l'eucharistie et du sacrifice de la messe, in-8», Paris, à l’école de Tagaste. 11 étudia les belles-lettres dans la 1567. — Discours du saint sacrement du mariage, ville de Madaure, avec des succès qui surexcitèrent l’am­ Livres II. Contre les heresies et mesdisances des calvi­ bition paternelle ; Patrice, s'imposant des sacrifices aunistes, bezeans, ochinistes et melanchtoniens, in-8°, dessus de sa fortune, résolut de l'envoyer à Carthage se Paris, 1572, 1577. — Du sacrement de penitence et de préparer à la carrière du forum. Malheureusement il Vextresme-onction, in-8», Lyon, 1571 ou 1574. fallut de longs mois pour réunir les ressources nécessai­ De Backer et Sommervogel, Bibl. de la C· de Jésus, t. I, col. 632-642; t. vm, col. 1706; Brand, P. Emundus Augius S. J,, res, et Augustin dut passer sa seizième année à Tagaste Cleve, 1903. C. SOMMERVOGEL. dans une oisiveté qui fut fatale à sa vertu. 22G9 AUGUSTIN (SAINT) 2° La crise morale (369). — Le second livre des Con­ fessions déplore cette première victoire des passions. Augustin, livré à lui-même, s'abandonna aux plaisirs avec toute la fougue d’une nature ardente. Au début de cette crise, il pria, mais sans désir sincère d'être exaucé : Da mihi castitatem, sed noli modo. Conf1. VIII, c. vu, n. 47, ibid., col. 757. Quand, vers la fin de 370, il arriva à Carthage, tout l'entraîna : les séductions de la grande ville encore à demi païenne, les mœurs licencieuses des autres étudiants, la fréquentation des théâtres, l’enivre­ ment de ses succès littéraires : Tumebam typho, Conf., 1. III, c. ni, et un désir orgueilleux d’être le premier, même dans Je mal : pudebat non esse impudentem. Bientôt il dut avouer à Monique une liaison coupable avec celle qui lui donna un fils (372), « le fils de son péché, »et dont il ne se séparera qu’à Milan, après quinze ans de servitude. Dans l’appréciation de celte crise, deux excès sont à éviter. Les uns, trompés peut-être par l’accent de dou­ leur des Confessions font exagéréeavec Mommsen; Loot's, llealencyclopàdie, 3e édit., t. n, p. 268, le lui reproche avec raison; mais, à son tour, il excuse trop Augustin, quand il prétend que l’Église permettait alors d’avoir une concubine; les Confessions, à elles seules, prou­ vent que Loofs n’a point compris le canon 17e de Tolède. Mais l’on peut dire qu’Augustin garda, jusque dans sa chute, une certaine dignité, des remords qui l’honorent, et même, dès l'âge de dix-neuf ans, un véritable désir de briser sa chaîne. En 373, en ellet, une direction toute nou­ velle est imprimée à sa vie par la lecture de ['Horten­ sius. Il y puise l’amour de la sagesse, dont Cicéron fait un si magnifique éloge. Dès lors, un idéal nouveau se lève dans son âme, il rêve déjà — ce n’est encore qu’un rêve — de renoncer à tout pour la vérité : Viluit mihi repente omnis vana spes, et immortalitatem sapienliæ concu­ piscebam æstu cordis incredibili. Conf., 1. III, c. tv, n. 7. Dès ce moment, la rhétorique n’est plus pour Augustin qu’une carrière; son cœurestà la philosophie. La solitude de Cassiciacum réalisera le rêve, retardé par la double séduction des passions et du manichéisme. d· La crise manichéenne (373-382). — C'est encore en 373, dans sa dix-neuvième année, qu’Augustin tomba, avec son ami Honorat, dans les pièges des manichéens. Pendant neuf ans, novem annos totos, dit-il, De moribus rnanich., xtx. P. L., t. xxxni, coi. 1374, il fut leur dis­ ciple,c'est-à-dire jusqu’à son départd'Àfrique pour Rome. 1. Les causes. — Comment un si grand esprit put-il être séduit par les rêveries orientales, synthétisées par le Persan Mani, en grec Μάνη; (215-276), en un dualisme grossier et matériel, et introduites en Afrique à peine depuis cinquante ans ? Augustin nous a révélé lui-même les causes qui l'entraînèrent; a\ Son orgueil se laissa prendre aux promesses d une philosophie libre, sans le frein de la loi. Les manichéens répétaient : fidem nobis ante rationem imperari... ; se autem neminem premere ad fidem, nisi prius discussa el enodata veritate. Quis non illiceretur, præsertim adulescentis animus, cupi­ dus veri,... superbus et garrulas? De utilit. cred., i, 2, P.L., t. xi.H, coi. 66. Et dicebant : Veritas et Veritas, et multum eam dicebant. Conf., 1. I, c. vi, coi. 102. — b) Les contradictions qu’ils croyaient montrer dans les Ecritures, par exemple entre les deux généalogies de Matthieu et de Luc. Cf. aveux d'Augustin à son peuple. Serm., li, 6, P. L., t. xxxvm, col. 336. — c) L’espoir de trouver chez eux une explication scientifique de la na­ ture et de ses phénomènes les plus mystérieux. L’esprit curieux d’Augustin s’était passionné pour les sciences naturelles, et les manichéens lui assuraient que pour Faustus, leur docteur, la nature n'avait plus de secrets. — d) L’origine du mal tourmentait son esprit, et, taute de solution, il admettait la lutte des deux principes. — e' Le matérialisme, latentdans un système qui expliquait tout par l'opposition de la lumière et des ténèbres, sédui­ I 2270 sait Augustin ; son esprit ne pouvait se représenter une substance spirituelle. Conf., 1. IV, c.xxiv; 1. V, c. xvin; 1. VII, c. iv. — f) D’autres causes, d’ordre moral, ache­ vèrent de Tentrainer. D’une part, il se laissa prendre â l’austérité apparente et aux vertus affectées des initiés manichéens, qui, sous le nom d’élus ou de parfaits, i li­ saient parade de l'abstinence et de la chasteté les plus rigoureuses : plus tard, l’hypocrisie démasquée le con­ vertira. D'un autre côté, quel puissant attrait, que l'irres­ ponsabilité morale, résultat d’une doctrine qui niait la liberté et en attribuait les crimes à un principe étranger! Adhuc enim mihividebat ur, non ESSE NOS QUI PBCCA stUS, sed nescio quam aliam in nobis peccare naturam; Er DELECTABAT SUPERBIAM MEAM, EXTRA CULPAM JSSSK. Conf., 1. V, c. x, n. 18, coi. 714. Une fois gagné à la secte, Augustin s'y livraavec toute l’ardeur de son caractère: il lisait tous leurs livres, adoptait et détendait toutes leurs opinions ; il attaquait la toi catholique miserrima et furiosissima loquacitate, De dono persev., xx, 53, P. L., t. xi.v, col. 1026, et son prosélytisme fougueux entraîna dans l'erreur son ami Alypius, son Mécène de Tagaste, Romanien, ami de son père, dont la fortune subvenait aux dépenses de ses études, Coni, acad., 1. I, c. 1,3, P. L., t. xxxn, col. 907, et enfin cetaini,dont il raconte la conversion, le baptême et la mort. Conf., 1. IV, c. iv, v, P. L., t. xxxn, col. 696. %. Professorat à Carthage. — Cette période mani­ chéenne coïncide pour Augustin avec le plein épanouis­ sement de ses facultés littéraires. Il était encore étu­ diant à Carthage, quand il embrassa l’erreur. Ses cours terminés, il eût dû naturellement aborder le forum liti­ giosum: il prêtera la carrière des lettres et revint â Tagaste enseigner « la grammaire », dit Possiditis. Jæ jeune professeur sut captiver ses élèves, et l'un d’enlre eux, Alypius, à peine plus jeune que lui, ne voudra plus le quitter; après l’avoir suivi dans l’erreur, il sera baptisé avec lui à Milan, et deviendra, plus tard, évêque de Tagaste, sa ville natale. Cependant, Monique pleurait son hérésie, amplius quam flent matres corporea fu­ nera. Conf., I. III,c. xi, n.19, coi. 691. Un saint évêque, sans doute celui de Tagaste, la consola par ces mots : Fieri non potest, ut filius istarum lacrimarum pereat. Ibid., 1. Ill, c. XIII, col. 693. Elle l’avait d'abord écarté de son foyer, mais bientôt elle consentit à le recevoir dans sa maison et à sa table. La mort d’un ami très cher rendit à Augustin le séjour de Tagaste odieux. Pour se distraire de sa douleur par la gloire, il va continuer à Carthage son enseignement de la rhétorique. Sur ce théâtre plus vaste, où font suivi ses élèves, Alypius et les deux fils de Romanien. ses talents brillent de tout leur éclat; son esprit achève de se former par d’infatigables études de tous les arts li: raux : omnes libros artium, quas liberales vocant.... per meipsum legi et intellexi, quoscumque legere potui. Conf.,1. IV, n.30, coi. 705. Ayant pris part à une grande joute poétique, il remporta le prix, et le procon- .1 Vindicianus déposa sur sa tête, en plein théâtre, la corona agonistica. C’est à ce moment qu'il composa son premier ouvrage, aujourd'hui perdu, sur l'esthétique, De pulchro el apto. Ibid., n. 27, col. 704. 3. Augustin desenchanté du manichéisme. — Au fond, même à l’époque de son premier enthousiasme, la doctrine de Manès laissait dans son esprit de l’inquié­ tude et des nuages : jamais il ne fut pleinement satis­ fait. Loin d’avoir été prêtre de la secte, comme plus tard on Ten accusera, Cont. lilt. Petii., in, 20, P. L., t. xliii, col. 357, il ne fut jamais initié ou élu, a resta au degré d’auditeur, le plus bas de la hiérarchie, dans une sorte de catécliuménat. Son esprit inquiet cher­ chait partout une réponse aux mystères de la nature : bien qu’il ait toujours détesté la magie, Con/., 1. IV, 3, col. 694, de l'étude de l’astronomie il alla jusqu’aux rêveries de l'astrologie, heureux de rejeter ses uutes sur 2271 AUGUSTIN (SAINT} les astres. /Z>i<7.,4,5,col. G95. En vain, le magistrat Vindicianius et le jeune Nébridius essaient de l'arracherâ ces études : il fallut l’histoire des deux enfants nés le même jour pour l'ébranler. Conf., 1. VII, c. vi, n. 10, col. 739. En réalité, le problème du mal le tourmentait toujours et plus le manichéisme se révélait à lui, moins il calmait ses angoisses. Les causes de son désenchantement nous sont encore révélées par lui-même : a) D’abord, le vide effrayant de la philosophie manichéenne: « ils détruisent tout, et ne peuvent rien bâtir : >> Nobis faciebant quod... aucupes, faciunt..., obruunt enim et quoquo modo operiunt quæ circa sunt aquas, ... ut aves, non electione, sed inopia, in eorum dolos decidant. De util, cred., i, 2, P. L., t. xi.n, coi. 60. b) Leur immoralité en opposition avec leur affectation de vertu; il constata que, sous des dehors austères, la vie des élus était scandaleuse, et cette hypo­ crisie le révolta. De mor. manich., n, 18-20, P. L., t. xxxn, col. 1372-1378. c) Leur infériorité dans la polé­ mique avec les catholiques: aux textes scripturaires, ils n'opposaient que ce mot : « On a falsifié les Ecritures. » Conf., I. V, 21,col. 716; De util, cred.,1,7,P. L., t.xi.11, col.69. Il ne savait lui-même que répondre aux questions de Nébridius, resté catholique: « Comment Dieu n’avait-il pu empêcher le mauvais principe de lui dérober des parcelles delà divinité?» Cont.Fortunatum, disp. l,P.L.,t. xi.n. col. I 1 1 ; Epist., lxxix,/*. L., t. xxxm, col. 272. d) Mais surtout, il ne trouvait point chez eux la science. C'est celle science, au sens moderne du mot, la connaissance de la nature et de ses lois, qu’on lui avait promise: or, à ses questions sur les mouvements des astres et leurs causes nul manichéen ne savait répondre. « Attendez Faustus, lui disait-on; il vous expliquera tout. » Faustus de Miléve, le célèbre évêque manichéen, vint enfin à Carthage; Augustin le vit, le questionna: ses réponses lui révélèrent un rhéteur vulgaire, absolument étranger à toute culture scientifique. Conf., 1. V, 3-6, col. 707710. Le charme était rompu. Bien qu'il n’ait pas brisé tout de suite extérieurement avec la secte, son esprit.se détacha complètement de ses doctrines. L’illusion avait duré neuf ans. 4. La conversion par la philosophie. — Peu après cette révolution intellectuelle, en 383, Augustin, âgé de vingt-neuf ans. voulut chercher à Rome, avec unesituation plus honorée, des disciples plus dignes de lui que les eversores de Carthage. Conf., 1. V, 14, col. 712. Sa mère ayant deviné son départ et voulant ne pas se séparer de lui, il recourt à un subterfuge et s’embarque durant la nuit. A peine arrivé à Rome, il fut gravement malade, sans songer â demander le baptême. Guéri, ilouvritune école d’éloquence ; mais, dégoûté par les ruses des éco­ liers pour ne point payer, il se mit sur les rangs pour une chaire vacante à Milan, et fut agréé par le préfet de Rome Symmaque. Dans une visite qu’il fit à l’évêque Ambroise, la bonté du saint le charma et le décida à suivre sa prédication. Deux ans de lutte le séparaient encore de la victoire de la foi. L’esprit d'Augustin, de383 à 386, passa par trois phases distinctes: d’abord, une période de philosophie académicienne et de scepticisme découragé. De cœur, il n'était plus avec la secte manichéenne ; il fréquentait encore ses adeptes, et, à Rome, il logeait chez l'un d'eux: mais la philosophie qu'il lui préférait, ne lui offrait que des doutes: Itaque academicorum more, sicut existimantur, dubitans de omnibus atque inter omnia fluctuans, manichæos quidem relinquendos de­ crevi... Conf., 1. V, 25, col. 718; cf. 13. col. 711. Il res­ tera donc catéchumène catholique,comineil l’étaitdepuis son enfance, doi.ec aliquid certi eluceret, quo cursum dirigerem. Ibid., 25. Puis, une période d'enthousiasme néoplatonicien. A peine eut-il lu, à Milan, quelques ou­ vrages de Platon et surtout de Plotin, que brilla pour lui l'espoir de trouver la vérité. Lui qui se voyait encore 2272 impuissant à concevoir un être spirituel, Conf., 1. VII,1, col. 733, quand il médita ces profondes théories sure la lumière immuable » de la vérité, ibid., 16, sur le mal, qui est essentiellement privation, ibid., 18, sur Dieu, l'être incorporel et infini, source des êtres, ibid., 26; cf. 1, col. 733. sur le Verbe lui-même, qu’il croyait trou­ ver dans ces livres, ibid., 13, ravi, il se sentit embrasé d’une nouvelle passion, la passion de la philosophie. Alors, il rêve d’une vie toute consacrée à la recherche de la vérité, vie commune avec ses amis épris de la même passion, Conf., 1. VI, 24, col. 731, vie pure, déga­ gée de tout souci vulgaire d'honneurs, de fortune ou de plaisirs, avec le célibat pour règle. Mais c’est un rêve: il est encore prisonnier de ses passions. Ibid., 19-20, col. 729. Monique, qui a rejoint son fils à Milan, le dé­ cide â accepter un projet de mariage, mais la fiancée est trop jeune. Augustin a renvoyé la mère d'Adéodat : une autre, hélas! lui succède. De là. unedernière période d’angoisses et de luttes. La lumière entre dans son esprit par la lecture des Écritures, Conf., 1. VII, 20-21, col. 746; elles lui révèlent les deux grandes vérités in­ connues des platoniciens : le Christ sauveur, et la grâce qui donne la victoire. Bientôt, il a la certitude que Jésus-Christ est la voie unique de la vérité et du salut. Ibid., 18, col. 745; cf. 1. IX, 15. La résistance ne vient plus que du cœur. Un entretien avec Simpiicianus, le futur successeur d'Ambroise, le récit de la con­ version du célèbre rhéteur néoplatonicien Victorinus, ibid., 1. VIII, 1, 2, préparent le grand coup de la grâce qui le terrassa à trente-trois ans, au jardin de Milan (septembre 386). Conf., 1. VIII, 12, col. 762. Quelques jours après, profitant des vacances d'au­ tomne, Augustin, malade, renonçait à sa chaire, et allait, avec Monique, Adéodat et ses amis, dans la villa de Verecundus, se consacrer à la vraie philosophie, qu'il ne séparait plus du christianisme. II· PÉRIODE : DE LA CONVERSION D'AUGUSTIN A SON (386-396). — Ces dix ans constituent la pé­ riode d'initiation d’Augustin â la dogmatique chrétienne : alors s'opéra dans son esprit la fusion de la philoso­ phie platonicienne avec la doctrine révélée. La loi qui a présidé à l’évolution de sa pensée a été méconnue dans ces derniers temps; elle mérite d'étre précisée. i»Lesolifai;'ec/eCaôsiciacum (septembre 386-mars 387). — 1. Le philosophe. — Le rêve longtemps caressé était réalisé. Augustin a décrit dans les L. Ill contra academicos cette vie d’un calme idéal, animée par la seule passion de la vérité. Chargé de l’administration de la villa, il se plaint du temps perdu à donner des ordres aux serviteurs, mais sa santé réclamait celte dis­ traction. En même temps, il achevait l’éducation de ses jeunes amis, tantôt par des lectures littéraires en com­ mun, tantôt par des entretiens philosophiques, auxquels parfois il invitait Monique et dont les comptes rendus, recueillis par un secrétaire, ont fourni la substance des dialogues Contra academicos, De beata vita, De or­ dine, etc. Licentius rappellera, plus tard, Epist., xxvi, P.L., t. xxxn, col. 105-108, ces délicieuses soirées et ma­ tinées philosophiques.A propos d'incidents vulgaires,Au­ gustin soulève les problèmes les plus élevés, voir la scène ravissante du De ordine, 1. I, n.6, P. L., t. xxxn,col.981 ; c’est un de ses principes que ma.cimæ res, cum a parvis quæruntur, magnos eos efficere solent. Cont. academ., 1. I, n. 6, ibid., col. 909. Il a su faire si bien partager sa passion de la philosophie à ses disciples, qu’ils n’ont plus que dégoût pour le monde, et un souverain mépris de la vie des sens. De ord., 1. II, c. xx, P. L., t. xxxn. col. 1019. Les sujets préférés de leurs entretiens sont : la vérité, la certitude, Cont. academicos; le vrai bon­ heur dans la philosophie, De vita beata; l’ordre provi­ dentiel du monde et le problème du mal, De ordine; en résumé, Dieu et l'âme, Soliloquia, De immortalitate anima:. épiscopat 2273 AUGUSTIN (SAINT) 2274 b) La foi d’Augustin se manifeste dans les Dialogues 2. Augustin est-il chrétien à Cassiciacum 9 — Jus­ sous diverses formes : a. Un récit de sa conversion. qu’ici, nul n'en avait douté : les historiens, se fiant au Dans le livre II Cont. acad., c. Il, n. 5, P. L., récit des Confessions, avaient tous cru que la conver­ t. xxxn, col. 921-922, il raconte la passion irrésistible sion d’Augustin datait de la scène du jardin et que sa qui l’entraînait vers la philosophie, quand la religion de retraite à Cassiciacum, réclamée par sa santé, avait aussi son enfance l’a ressaisi ; respexi tantum, confiteor, quasi pour but de le préparer au baptême. Aujourd’hui, cer­ de itinere in illam religionem... verum ipsa me ad se tains critiques découvrent entre les Dialogues philoso­ phiques, composés dans cette solitude, et l’état d'àme nescientem rapiebat. Troublé et hésitant il a pris l’apô­ décrit dans les Confessions, une opposition radicale : tre Paul, il l’a lu, et comment? Perlegi totum intentis­ d’après Harnack, Augustin’s Confessionen, p. 15, l'au­ sime atque cautissime. Et il nous révèle l’argument qui teur des Confessions aurait projeté sur le solitaire de l’a convaincu, c’est le tableau de la vie et des conquêtes 386 les sentiments de l'évêque en 460. D’autres, Loots, des apôtres, neque enim isti tanta potuissent, etc. RealencyclopSdie, 3· édit., t. n, p. 268, et surtout Gourb. Une belle profession de foi à la Trinité et à l’incarna don, dans sa thèse présentée à la faculté de théologie tion au livre II De ordine, c. v, n. 16, ibid., col. 1002; c. Un entretien caractéristique sur la divinité du Christ. protestante de Paris, Essai sur la conversion de saint Augustin, Cahors, 1900, p. 45-50, vont bien plus loin : Rien ne prouve mieux les rapports intimes qifi unissaient le.solitaire de la villa de Milan ne serait pas chrétien chez Augustin et ses amis la sagesse philosophique et la de cœur, mais un platonicien : la scène du jardin serait foi chrétienne, que cette scène délicieuse, De ordine, une conversion, non au christianisme, mais à la philo­ 1. I, c. x, n. 29, P. L., t. xxxn, col. 991, dans laquelle, à sophie. D'après Gourdon, p. 83, la phase vraiment chré­ propos d’une définition de l’ordre providentiel, une dis­ tienne ne commencerait qu’en 390. cussion s’engage, non certes sur la foi au Christ que dé­ Worter a, d’avance, fait justice de ces affirmations dans fendent ces jeunes gens chrétiens eux aussi, Bellam rem son étude, Die Geistesentwickelung des hl. Augus­ facis, inquit Licentius. Negabimus ergo Dei Filium tinus bis zu seiner Taufe, Paderborn, 1892, p. 64. Le Deum esse? mais sur la manière d’entendre sa filiation débat est tranché par les faits les plus certains : a) Au­ divine et c’est Augustin qui s’écrie : Cohibe te potius, inquam, non enim Filius improprie Deus dicitur, il gustin a été baptisé à Pâques 387, on l’avoue : qui croira que ce fut là pour lui une cérémonie sans portée est Dieu dans toute la rigueur du terme. Et aussitôt le jeune Trygetius troublé supplie qu’on efface du compte et incomprise? b) Dans les Confessions, les faits maté­ riels (et non pas seulement l’état d'àme) seraient falsi­ rendu la phrase malheureuse! d. Aussi Monique estfiés avec une rare impudence : la scène du jardin, elle admise à ces conversations philosophiques; elle n’est l’exemple des solitaires, la lecture de saint Paul, la point étrangère dans ces sacrosancta philosophise pene­ conversion de Victorinus, les ravissements d'Augustin à tralia; la philosophie que cherche Augustin n’est point celle que condamnent les Écritures, c’est celle que Moni­ la lecture des Psaumes avec Monique, tout cela, in­ venté après coup ! c) Enfin, c’est en 388 qu’Augustin a que aime, qu’elle aime plus que son fils même, et nove­ composé des apologies comme le De moribus Ecclesiæ rim quantum me diligas. De ordine, 1. I, c. XI, n. 32, catholicæ, etc., et il ne serait pas chrétien! Consultons col. 994. d'ailleurs les Dialogues eux-mêmes. c) Les transformations merveilleuses que la foi opère 3. Histoire de sa formation chrétienne, d’après les dans son âme apparaissent à leur tour dans les Dialo­ écrits de Cassiciacum. — Sans doute, entre les Confes­ gues. a. C’est la prière qu’il adresse chaque jour à Dieu, sions et les Dialogues philosophiques, il y a toute la dif­ De ord., 1. I, c. vin, n. 25, col. 989, surrexi, redditisférence que réclament un genre et un but si différents. que Deo quotidianis volis, et quelle prière! Nous en Les Dialogues sont une œuvre de pure philosophie, de avons un écho dans les Soliloques (écrits à Cassiciacum au jeunesse, non sans quelque prétention, comme l’avoue in­ début de 387) qui s’ouvrent par un admirable cri d’un cœur génument Augustin, Conf., 1. IX, c. tv, η.Ί, P.L., t. xxxn, tout pénétré des paroles évangéliques : Deus qui facis col. 466: in litteris jam quidem servientibus libi, sed ut pulsantibus aperiatus (Matth., vu, 8). Deus qui nobis adhuc superbia: scholam tanquam in pausatione anhe­ das panem vitæ (Joa., VI, 35), Deus per quem sitimus, lantibus. ..Commentde telsouvrages raconteraient-ils les potum, quo hausto numquam sitiamus (Joa., iv, 13)... victoires de la gràce?Ce n'est qu'incidemment qu’ils ré­ Et que demande-t-il? Auge in me fidem, auge spem; vèlent l’état d’esprit du solitaire. Cependant ils en disent auge charitatem... L. II, c. f, n. 3, P. L., t. xxxn, assez pour nous montrer le converti des Confessions. coi. 871. Et ce serait là la prière d’un platonicien qui ne a) Voici d’abord la grande loi qui préside à ses recher­ serait pas chrétien ! b. Le repentir d'Augustin éclat.· plus ches philosophiques. Elle est révélée dès 386, par le rarement ici que dans les Confessions, mais les accents n’en sont pas moins pénétrants: Satis sint mihi vulnera premier ouvrage composé à Cassiciacum. Dans les con­ mea, quæ ut sanentur, pene quotidianis fletibus De Ή clusions du IIIe livre Contra academicos, c. xx, n. 53, rogans... De ord., I. I, n. 29. ibid., col. 99l. Et dans sa P. L., t. xxxn, col. 657, sont exprimés : d'abord le but prière des Soliloques, I, η. 5, col. 872, il déplore ses de ses recherches, unir la raison à l’autorité; puis sa foi à l'autorité du Christ : mihi certum est nusquam égarements intellectuels : Recipe,oro, fugitivum tuum, prorsus a Christi auctoritate discedere, non enim Domine... jamjam satis... inimicis tuis... servie­ rim, satis fuerim fallaciarum ludibrium. Accipe me reperio valentiorem; et enfin la loi de sa philosophie : il ne cherche chez les platoniciens que des explications ab istis fugientem famulum tuum... M. Boissier, en harmonie avec sa foi : apud platonicos me interim La fin du paganisme, t. i, p. 376, constatait que « le quod sacris nostris non repugnet, me reperturum con­ pénitent l’avait définitivement emporté, quoique le phi­ fido. Cette confiance excessive avait ses dangers, nous losophe vécût encore»,et M. Gourdon,op. cit., p. 49, ose nier qu’à cette époque le pénitent eût apparu! c. La le verrons plus loin en exposant la doctrine néoplatoni­ victoire morale couronne tout : victoire sur l’orgueil in­ cienne d'Augustin. Mais il est évident que dans ces dia­ tellectuel surexcité auparavant par les lectures platoni­ logues ce n’est pas un platonicien qui parle, mais un ciennes, Conf., 1. VII, c. xx, n. 26, col. 7-46; mainte­ chrétien, ou, plus exactement, l'un et l’autre. Pour Au­ nant, le grand obstacle à la sagesse, vehementissime gustin, il n'y a pas deux vérités; il n’y en a qu’une, qu’il a trouvée dans l’Évangile, dont il cherche la raison formidandus, cautissimeque vitandus, c’est l’orgueil. superbum studium inanissimo gloriæ, De beata vita. i. dans la philosophie. L’illusion de Gourdon et de Loofs a été de transporter dans l’esprit d’Augustin nos distinc­ ί n. 2, P. L., t. xxxn, col. 959; son ignorance i’époutions modernes. Mais, pour cela, ils ont dû, surtout Gour­ I vante. De ord., L I, c. v, n. 13; sa misère morale lui fa:t horreur, indigniorem esse me qui tam cito saner. Ibid. don, refuser de lire les textes. I. - 72 DICT. DE THEOL. CATUOL. 2275 AUGUSTIN (SAINT) I. II, n. 29, col. 991. Victoire aussi sur tes passions qui peu à peu s’apaisent. 11 a pris enfin la grande décision de renoncer au mariage : la sagesse est l'unique liancée qui lui plaise, pour elle il renonce à toute joie de la terre, pro libertate animae meæniihi imperavi... non ducere uxorem. Soliloq., 1. I, c. x, n. 17, ibid., col. 878. Ainsi le cœur d’Augustin, aussi bien que son esprit, était-il prit pour le baptême. 2» Le néophyte et le religieux (carême 387-391). — 1. Milan et Borne. — Vers le commencement du ca­ rême 387, Augustin se rendit à Milan : avec Adéodat et Alypius, il se rangea parmi les competentes. Les Con­ fessions,l. IX, c. vi, nous révèlent les mortifications et la ferveur de ces jeunes gens. Au jour de Pâques,ou du moins dans le temps pascal, Augustin fut baptisé par Ambroise. La tradition du Te Deum chanté en ce jour alternative­ ment par l’évêque et le néophyte ne repose sur aucun fondement (l’auteur serait plutôt l’évêque du Ve siècle, Nicétas de Remesiana, cf. dom Morin, Bevue bénéd., 189i, p. 49-77). Mais cette légende traduit exactement la joie de l’Église recevant pour fils celui qui allait être son plus illustre docteur. De ce temps date la résolution prise, de concert avec Alypius et Évodius, de se retirer en Afrique dans une solitude. Il resta sans doute à Milan jusque vers l’automne, continuant ses ouvrages sur l’immortalité de l’âme et la musique. A l’automne de 387, il était sur le point de s’embarquer à Oslie quand Monique quitta la terre. Aucune littérature n’a des pages d'un sentiment plus exquis que le récit de cette mort bénie et de la douleur d’Augustin. Conf., 1. IX. Augustin resta à Rome plusieurs mois, occupé surtout à la réfutation du manichéisme. Il s’embarqua pour l’Afrique, après la mort du tyran Maxime (août 388) et, après un court séjour à Carthage (guérison d'Innocentius, De civit., 1. XXII, c. vm), il se rendit dans sa ville natale. 2. La fondation du monastère deTagaste.— A peine arrivé, Augustin voulut réaliser son projet de vie par­ faite. Il vendit tous ses biens, en donna le prix aux pauvres. Epist., cxxvi, n. 7, P. L., t. xxxm, col. 480; Cl.vn, n. 39, ibid., col. 692. Puis avec ses amis, il se retira dans sa propriété, déjà aliénée, pour y vivre en commun dans la pauvreté, dans la prière et l’étude des saintes Lettres. Epist., χνπ, η. 5. Le Liber lxxxiii quæslionum est le fruit des entretiens de cette solitude. Il y composa aussi le De Genesi contra manich.,De ma­ gistro, De vera religione. 3» Le prêtre d’Hippone (391-396). — Augustin ne son­ geait point au sacerdoce : il fuyait même, par frayeur de l’épiscopat, les villes où une élection était nécessaire. Un jour, qu’appelé à Hippone par un ami pour le salut de son âme, il priait dans l’église, le peuple l’acclama soudain, demandant â l’évêque Valère de l’élever au sa­ cerdoce : malgré ses larmes, il dut céder et fut ordonné (commencement de 391, non 390). Cf. Serm., ccclv, η. 1 ; Epist., cxxvi, n. 7. Le nouveau prêtre ne vit dans le sacerdoce qu’un motif de plus de reprendre la vie religieuse de Tagaste. Valère le seconda et lui accorda une propriété inlra ecclesiam, dans les dépendances de l’église. C’est le second monastère qu’il fondait. Voici les principaux faits de son ministère sacerdotal de cinq ans : 1. La prédication lui est confiée, malgré la coutume (déplorable, dit saint Jérôme, Epist., lu, P. L., t. xxii, col. 534) qui en Afrique réservait ce mi­ nistère à l’évêque. Valère, loin d’être jaloux des talents de son prêtre, lit exception en sa faveur, et bientôt, malgré les murmures de certains évêques, l’exemple fut imité. Le De Genesi ad lilt, liber imperf. et le De term. Domini in monte sont le résumé de cette prédi­ cation. 2. Il combattit les hérésies, surtout les mani­ chéens, et le succès fut prodigieux. Ainsi, un de leurs 2276 grands docteurs, Fortunat, provoqué par lui à une con­ férence publique, fut si humilié de sa défaite qu’il s'enfuit d’Hippone, Cont. Fortunatum (392). De celte période datent le De utilitate credendi (391 ), De dua­ bus animabus (391-392), Contra Adimantum (394), l'achèvement du De libero arbitrio. 3. Il participa le 8 octobre 393 au plenarium totius Africæ concilium, Possidius, Vila, c. vu, qui se tint à Hippone sous la présidence d’Aurèle, un des plus grands évêques de Carthage. A la demande des évêques, Augustin dut y prononcer le discours qui, complété, est devenu le De fide et symbolo, P. L., t. XL, col. 181-192. 4. Il extirpa l’abus des banquets dans les chapelles des martyrs. Enhardi par la confiance que lui témoignait Aurèle, il l’exhorta à l’abolir dans son diocèse. Epist., xxn, P. L., t. xxxm, col. 90. Au concile d’Hippone de 393, Hefele, Hist, des conciles, trad, franç., t. n, p. 244, re­ connaît son influence dans le canon 29e sur ce sujet. Enfin à Hippone même le scandale fut aboli en 395, non sans de grandes luttes racontées dans Epist., xxix, P. L., t. xxxm, col. 114. z//« période : L.’épiscopat (396-430). — Valère, cassé par l’âge et voulant assurer à Hippone un tel pasteur, obtint du primat d’Afrique, Aurèle, l’autorisation de s’adjoindre Augustin comme coadjuteur. Mais celui-ci ne consentit â être sacré que lorsqu’on lui eut prouvé que le canon 8« de Nicée souffrait des exceptions. Pos­ sidius, Vila, c. vm. H fut sacré par Mégale, évêque de Calame et primat de Numidie. On ne peut déterminer sûrement si l’année de son sacre fut 395 ou 396. Avec Rauscher et Rottmanner, Histor. Jarhrbuch, 1898, p. 894, nous inclinons pour 396. Augustin avait alors quarante-deux ans et devait rester le pasteur d’Hippone pendant trente-quatre ans. La joie de l’Église est expri­ mée dans la belle lettre de Paulin de Noie à Romanien. P. L., t. xxxm, col. 25. 1“ L’évêque religieux et pasteur. —1. Augustin quitta sa fondation monastique pour la résidence épiscopale : mais son palais devint un monastère où il établit la vie commune avec ses clercs qui s’engageaient à observer la pauvreté et la règle religieuse. On s’est demandé si l’évêque d’Hippone avait fondé un ordre de moines, ou de clercs réguliers, ou deux ordres distincts. H songeait sans doute peu à ces distinctions. Mais c’est bien un engagement formel à la pauvreté qu’il exigeait de ses clercs. Rien de plus curieux que les confidences de l’évêque à son peuple sur ce sujet dans les sermons ccclv, n. 6; ccclvi, n. 14, P. L., t. xxxix, col. 15721581 : il célèbre celte vie de dépouillement de ses clercs, puis, à la suite d’une infraction de l'un d’eux, il ra­ conte qu’il leur a donné à tous du temps pour réfléchir et opter de nouveau ; ils ont voulu vivre dans la pau­ vreté, et désormais l’infidélité les privera de la cléricature. La maison épiscopale d’Hippone devint une pépi­ nière de fondateurs qui bientôt couvrirent l’Afrique de monastères, et d’évêques pour les sièges des villes voi­ sines. Possidius, Vila, c. xxn, énumère dix amis et dis­ ciples du saint promus à l’épiscopat. Ainsi Augustin méritait le titre de patriarche de la vie religieuse et de rénovateur de la vie cléricale en Afrique. Il entraînait d’ailleurs les autres par son exemple. Il faut lire le tableau de ses vertus par Possidius, loc. cit. : extrême pauvreté et simplicité en tout, austérité excessive, cha­ rité qui faisait vendre les vases sacrés pour racheter les captifs. Il fit élever un xenodochium et cinq basi­ liques, entre autres celle où furent déposées les reliques du premier diacre saint Étienne. 2. Mais il fut surtout le pasteur des âmes et le défen­ seur de la vérité : son action doctrinale, dont l’in­ fluence devait durer autant que l’Église elle-même, fut multiple : la prédication fréquente, souvent cinq jours consécutifs, et avec un accent de charité qui gagnait les cœurs; sa correspondance qui portait dans le monde 2277 AUGUSTIN (SAINT) 2278 entier ses réponses sur les problèmes du temps; la di- i gement est celui de l’Église d'Afrique dont il ·': .: . dans ses conciles. rection imprimée aux divers conciles d'Afrique auxquels il assista, par exemple à Carthage en 398, 401,407, 419. à 1 ■1. Période de douceur et de discussion pari fi·; — Milève en 4'16 et 418; enfin ses luttes infatigables contre C'est par des conférences et une controverse am: île toutes les erreurs. Raconter ces luttes serait infini: don­ que l’évêque d’Hippone aurait voulu rétablir l'imité. nons seulement les indications chronologiques qui aide­ Dès 393, au synode d’Hippone, auquel il assista comme ront à comprendre soit ses écrits, soit des changements simple prêtre, les Pères adoucirent la loi qui ordonnait dans sa conduite. de ne recevoir les clercs donatistes qu’au rang des la iq ses : 2“ Lutte contre les manichéens. — Le zèle que, dès son on excepte ceux qui n’ont pas rebaptisé, ou qui ramè­ nent leur paroisse au sein de l’Église. Hefele, Hist, des baptême, Augustin avait déployé pour ramener ses an­ ciens coreligionnaires, sans perdre de son ardeur, re­ conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 89; Mansi,t.ni,col. 924. vêtit une forme plus paternelle : « Que ceux-là se dé­ C’estle moment où Augustin publia son Psalmus contra chaînent contre vous, qui ne savent au prix de quelle partem Donati. En 397, le concile de Carthage renou­ peine on conquiert la vérité... Pour moi je dois avoir velle les mesures de 393. Aux avances des catholiques et pour vous la même patience que m'ont témoignée mes aux écrits d'Augustin, les donatistes répondent par le frères, lorsque j'errais, aveugle et plein de rage, dans silence. Ils ont peur, ils n’osent même signer leurs vos doctrines. » Cont. epist. Fundani, (en 397), c. tu, lettres et opuscules, ils les dérobent aux regards, et re­ P. L., t. xi.ii, col. 174. Sans entrer dans le détail des fusent tout colloque. Voir ces reproches dans Contra litt. œuvres, signalons la grande victoire remportée en 404, Petiliani, 1. I, c. xix, n. 21, P. L., t. xliii, col. 255. Il sur Félix,élu manichéen et docteur des plus renommés. n'a pu se procurer la lettre de Pétilien qu’après un an Comme il répandait ses erreurs dans Hippone, Augustin de recherches. Il y eut pourtant deux controverses : en l’invita à une conférence publique dont l’issue eut un 377 ou 378 une conférence avec Fortunius, évêque donaimmense retentissement: Félix s'avoua vaincu, embrassa tiste de Tubursicum, Epist., xliv, P. L., t. xxxiii, la foi, et souscrivit avec Augustin les actes de la confé­ col. 173-180; puis en 398 une controverse épistolaire. à la rence. Cf. P. L., t. XIII, col. 519. Dans ses écrits, Au­ demande du donatiste Honorat. Epist., xlix, col. 189-191. gustin réfuta successivement Manès (397), le fameux Il en proposa une troisième (399) à Crispinus, évêque de Faustus (400), Secundinus (405); puis vers 415 les prisCalama, mais sans succès. Epist., LI, col. 191-194. En cillianistes fatalistes et astrologues qui lui furent dénon­ 398-400, dans l'ouvrage perdu Contra partem Donah, il cés par Paul Orose, et enfin un ouvrage marcionite vers plaidait pour la tolérance et la douceur. Vers 400. il 420. écrit ses grands traités contre Parménien, De baptismo, 3° Lutte contre le donatisme. — Le schisme durait 1. VII, et en 400-402, Contra litteras Petiliani, etc. depuis près d’un siècle. C’est en 312 que les évêques de Les conciles d’Afrique, sous l'inspiration d'Augustin, Numidie avaient déposé illégitimement Cécilien, évêque continuent à montrer un grand esprit de conciliation. de Carthage (comme ayant été consacré par un traditor), Le 16 juin 401, le Ve concile de Carthage demande au et nommé un évêque intrus, Majorin, à qui succéda pape Anastase d’autoriser les enfants donatistes à la cléDonat le Grand. Quoique condamné par le pape et par ricature. Le 13 septembre 401, le VIe permet de mainte­ les empereurs, le schisme s'était propagé au point qu’en nir dans leur ordre les clercs convertis du donatisme, et 330 un synode du parti comptait 270 évéques. Il avait surtout il décrète d’envoyer des ambassadeurs aux do­ fondu en les ressuscitant deux vieilles erreurs, celle des natistes pour les inviter à rentrer dans l’Église. Hefele, rebaptisants et celle des novatiens. Comme les pre­ Hist, des concil.,t. n, p. 126; Mansi, t. m, col. 771-772 miers, il faisait dépendre la validité des sacrements de (ce sont les canons 66-69 du Codex Ecclesiæafricanæ). la foi et même de la pureté morale du ministre; comme Le 25 août 403, le VII· synode de Carthage décide que. les seconds, il excluait de l’Église les pécheurs. De plus, par l’intermédiaire des magistrats civils, on invitera les il est difficile de n'y pas voir un courant de revendica­ donatistes à envoyer des députés à un colloque. Hefele, tions antisociales que les empereurs durent combattre loc. cit., p. 154; Mansi, t. ni, col. 787; S. Augustin, Cont. par des lois rigoureuses. La secte étrange des milites Crescon., 1. III, c. xi.v, P. L., t. xi.ii, col. 523. Les donatistes répondirent d’abord par des refus inju­ Christi, que les catholiques appelaient des circumcel­ rieux (à Hippone, Proculeianus déclina tout colloque au liones (rôdeurs, brigands), montenses, campitæ, ressem­ blaient, par leur fanatisme destructeur, aux sectes révo­ nom du parti, Epist., Lxxxvin, n. 7, P. L., t. xxxin, lutionnaires du moyen âge. Peut-être même, d'après col. 306; lxxvi, ibid., col. 263-266, appel aux lai mies Thuinmel, Dollinger et Harnack, y avait-il un mouve­ donatistes; à Calama, Crispinus insulta les catholi pies. Cont. Crescon., loc. cil., n. 50, col. 523), puis les vio­ ment national d’opposition à la domination romaine. lences redoublèrent : Possidius. évêque de Calama De 373 à 379, les empereurs Valentinien Ier et Gratien et ami du saint, n'échappa que par la fuite. C ut. renouvelèrent les anciens édits pour interdire ce culte Crescon., I. 111, c. xlvi; l'évêque de Bagaia fut laissé schismatique et confisquer leurs églises. Les donatistes couvert d’horribles blessures, ibid., c. xliii: on essaya en Numidie étaient assez puissants pour paralyser les lois. Mais un ferment de dissolution était au dedans, et plusieurs fois d’attenter à la vie de l'évéque d’Hippone. Possidius, Vita, c. XII. Ces atrocités amenèrent un une multitude de sectes différentes avait morcelé le changement dans les dispositions des Pères d'Afrique. parti. Au moment ou Augustin arrivait à Hippone, une 2. Période de répression rigoureuse. — Saint Augus­ guerre impitoyable venait d’éclater entre deux factions : le 24 juin 393 un synode de cent évêques donatistes à tin a indiqué les deux motifs pour lesquels il approuva la rigueur des lois qui lui déplaisait autrefois : Nondum Cabarsussi condamnait Primien, successeur de Parméexpertus eram vel quantum mali eorum auderet nien,et lui substituait Maximien; mais Primien réunit au impunitas, vel quantum eis in melius mutandis conferre synode de Bagaia trois cent dix évêques, ses partisans, qui excommunièrent Maximien et, avec le secours du possit diligentia discipline. La vue des conversions pouvoir public, il enleva leurs églises à ses adversaires. nombreuses l’encouragea donc, mais ce fut la fureur Contre les catholiques, tous les partis s’unissaient, et à des circoncellions qui l’avait d'abord décidé. Hippone où ils dominaient, leur haine allait jusqu'à in­ En juin 404, le IX» concile de Carthage députe aux terdire de faire cuire du pain pour les catholiques. Bon­ empereurs Arcadius et Honorius, deux évêques, dont l'un est Évodius, ami d’Augustin, pour exposer le refus wetsch, dans Healencijclopàdie, t. iv, p. 796. L'histoire des luttes d'Augustin contre les donatistes du colloque, les atrocités des donatistes, et demander est aussi l'histoire du changement de ses opinions sur l’application des lois théodosiennes. Hefele. or cit., l'emploi des rigueurs contre les hérétiques : et ce chan­ t. n,p. 155; Mansi, t. ni, col. 794,1159. Mais Augustin - ; _s AUGUSTIN (SAINT) 2280 Les mesures rigoureuses furent reprises contre les explique le sens de la pétition : on suppliait l'empereur | donatistes. Une loi de 411 alla même jusqu’à punir de d'appliquer l’amende de dix livres d’or, là seulement où mort leurs conventicules. Augustin, en plusieurs cir­ les catholiques auraient souffert des violences des héré­ constances, recommanda plus de douceur. Epist., cxxxiv tiques. Epist., t.xxxvm, n. 7, P. L., t. xxxm, col. 306; (412), au proconsul Apringius. Dans sa lettre ci.xxxv au Epist., CLXXXV, ad Bonif., n. 25, col. 804. En février 405, comte Boniface (417), col. 792-815, il exprime sa théorie Honorius, avant l'arrivée des députés, informé par ses complète sur la répression. Voir Jules Martin, Saint fonctionnaires des atrocités commises, publie une série Augustin, 1901, p. 373-388, excellente étude sur la tolé­ d'édits, ordonnant d’enlever leurs églises aux donatistes. rance dans les ouvrages du saint docteur. Ceux-ci résistent et les fureurs recommencèrent. Le Le donatisme décrût peu à peu, mais ne disparut 23 août 405, le Xe concile de Carthage remercie les complètement qu'après l'invasion des Vandales. Encore empereurs, mais presse de nouveau les donatistes d'en­ en 419, Augustin, se trouvant à Césarée (aujourd'hui voyer à un colloque des députés en nombre égal, avec Chercheli), eut une conférence publique avec Émérite, pleins pouvoirs,libera legatio. En-406, Augustin dut écrire, au nom de tout le clergé d’IIippone, une lettre de pro­ l’un des orateurs de Carthage. Sermo ad Cæsareensis testation à l’évêque donatiste Januarius, pour se plaindre eccl. plebem Emerito pressente habitus, P. L., t. xliii, des cruautés des circoncellions (tableau à lire pour juger col. 689-698; De gestis cum Emerito Cæsareensi donaimpartialement la conduite des catholiques). Epist., tistorum episcopo, ibid.,col. 698-706. En 420, à la prière i.xxxvm, P. L., t. xxxm, col. 302; cf. Epist.. lxxxix, à de Dulcitids, tribun impérial, il réfute un opuscule de Festus, pour demander l'appui des lois, ibid., col. 309. l’évêque donatiste Gaudentius. Cf. Epist., cciv, Dulcitio, De -407 à 410 il y eut des alternatives de rigueur et P. L., t. xxxm, col. 939; Contra Gaudentium libri d'indulgence de la part du pouvoir civil. 11 est certain duo. Mais à cette époque le pélagianisme réclamait son qu'un sérieux mouvement de conversions se manifesta et activité. irrita les obstinés. Le 13 juin407, le XI' concile de Car­ 4° Lutte contre le pélagianisme. — 1n phase : De thage régularisa la situation des églises converties : les l'origine à la condamnation par Innocent P’ (417). évêques qui ont ramené leurs paroisses avant les édits — C’est vers -400 que vint à Rome Pélage (en celte Mor­ impériaux peuvent les garder, les autres églises sont réu­ gan), moine, mais non pas prêtre, surnommé leBreton, nies aux diocèses catholiques. Diverses lettres d’Augus­ en réalité d'origine irlandaise ou écossaise. Influencé tin justifient les lois rigoureuses, Epist., xcni, ad par Rufin le Syrien, disciple de Théodore de Mopsueste, Vincent. (408), ibid., col. 521-547 (traite la question à il attaqua le dogme de la grâce, et s'indigna un jour en fond); Epist., xcvn, à Olympus; Epist., cv, donatistis, entendant un évêque citer le daquod jubes et jube quod ibid., col. 396-404; cf. la correspondance avec Nectaire, vis d’Augustin. Cf. Dedono persev., c. xx, n. 53, P. L., païen, sur un sujet analogue, Epist., xc, xci, cm, civ. t. xlv, col. 1026. Célestius, ancien avocat devenu moine, se Il faut remarquer la restriction importante de saint Au­ fit le propagateur de cette doctrine. Après 410, les deux gustin : il ne veut point qu’on punisse jamais de mort hérésiarques, fuyant Rome, prise par Alaric. arrivèrent pour hérésie. Epist. C. Donato proconsuli Africæ, en Afrique. Pélage y séjourna peu, il se rendit auprès col. 366-367, eos rogamus ne occidatis. Ct. Cont. Cresde Jean de Jérusalem. Augustin nous apprend, De con., 1. Ill, c. lv, n. 55, P. L., t. xliii, col. 526. Sans gestis Pelagii, η. 46, P. L., t. xliv, coi. 346, qu’on lui cesse il rappelle l’invitation à un colloque, tant il en avait parlé avec éloge. Il n’était pas à Hippone compte sur le succès. quand il y passa ; il le vit à peine à Carthage, au moment 3. La conférence de 411. — Un édit d’Honorius, du ou la conférence avec les donatistes l’absorbait (411); 44 octobre 410, ordonnant une conférence entre les et, comme Pélage lui écrivit une lettre respectueuse, évêques catholiques et donatistes, mit fin aux refus de Augustin lui adressa une réponse amicale dont l’héré­ ces derniers. Dans une lettre collective, rédigée par siarque se prévaudra plus tard à Diospolis, Epist., Augustin, Epist., cxxvm, P. L., t. xxxm, cal. 487-490, cxlvi, P. L., t. xxxm, col. 596, sans vouloir remarquer les évêques catholiques promirent de céder leurs sièges la leçon qu’elle contenait, d’après le Degestis Pelagii, s’ils étaient convaincus d'erreur, et de conserver aux η. 51, col. 347. donatistes leurs évêchés si ceux-ci reconnaissaient Mais dès 411, Célestius fut démasqué à Carthage et le leur égarement. La réunion eut lieu à Carthage, les concile réuni en cette ville (411 ou, d’après Quesnel, 1, 3, 8juin 411, cent ans après l’origine du schisme; 412) condamna six propositions dénoncées par le diacre les séances se tenaient dans le secretarium des ther­ Paulin de Milan. Cf. M. Mercator, Commonitorium mes, sous la présidence du commissaire impérial Marsuper nomine Cæleslii, P. L., t. xlviii, col. 69, 114; cellinus. Etaient présents 286 évêques catholiques et Mansi, t. iv, col. 290; Hefele, t. n, p. 168; S. Augustin, 279 évêques donatistes : au nom des donatistes parlaient De grat. et pecc. orig., 1. II, c. ii-iv, P. L., t. xliv, Pétilien de Constantine, Primien de Carthage et Émérite col. 386-387. Célestius, ayant refusé de se rétracter, fut de Césarée; les catholiques avaient pour orateurs Aure­ excommunié; il en appela à Rome, mais, au lieu de s’y rendre, il se retira à Éphése, ou il fut assez habile pour lius et surtout saint Augustin. Les deux premiers jours se consumèrent en misérables chicanes soulevées par obtenir l’ordination sacerdotale. les donatistes. Le troisième jour, Augustin parvint à en­ Augustin n'avait pas assisté au concile de Carthage trer dans le cœur du débat. Sur la question historique, (Hippone appartenait à la province de Numidie). Mais, l'innocence de Cécilien et de son consécrateur Félix fut à la prière des fidèles et surtout de Marceliinus, il établie par des documents authentiques. Sur la contro­ réfuta les erreurs de Célestius : en 412 dans les De pec­ verse dogmatique, Augustin prouva, par les textes scrip­ catorum meritis et remissione, De spiritu et littera; en 415 dans le De perfectione justiliæ. Le nom de turaires, la thèse catholique, que l'Eglise, tant qu’elle est sur la terre, peut tolérer dans son sein des pé­ Pélage n’y paraît pas. Augustin nous apprend, De ges­ cheurs pour les ramener, sans perdre sa sainteté. Le tis Pel., c. xxii-xxm, P. L., t. xliv, col. 346 347, qu'il tribun Marcellinus, au nom de l’empereur, attribua aux voulait le ménager. Mais, en 415, il réfuta vigoureuse­ Catholiques victoire sur tous les points. Augustin publia ment, sans nommer encore Pélage, un de ses livres sur la nature, dans son De natura et gratia. En même un abrégé des actes à l’usage des fidèles, Breviculus collationis cum donatistis, P. L., t. xliii, col. 613-650, temps, il envoie à Jérôme, Paul Orose, son ami, pour avec un appel aux donatistes, et les conversions furent arrêter avec lui le progrès de l’erreurà Jérusalem. Mais nombreuses. Ainsi la visite d'Augustin à Constantine Pélage avait dans l’évêque Jean un habile protecteur. (Cirtha) amena la conversion de la ville. Epist., cxliv, En juin 415, la question fut débattue dans un synode P. L., t. xxxm, col. 590-592. diocésain. Jean dirigea les débats de manière à faire 2281 AUGUSTIN (SAINT) triompher Pélage. Six mois après (décembre 415). un concile de quatorze évêques se réunit à Diospolis(Lydda) pour juger Pelage, officiellement dénoncé par deux évêques des Gaules, Héros d'Arles et Lazare d'Aix. Mais par l’inlluence de Jean deJérusalem, et en l'absence des accusateurs, le synode se contenta trop facilement des dénégations hypocrites ou des explications ambiguës de Pelage, et l'admit à la communion catholique. Doctri­ nalement, rien n’était compromis, mais l’effet fut déplo­ rable, et saint Jérôme appelait ce concile miserabilis synodus. Epist., cxliii, P. L·., t. xxn, col. 1181. Aussi en 416, dés que le synodo»de Carthage (63 évê­ ques) eut appris de la bouche d'Héros et de Lazare les événements de Diospolis, il renouvela la sentence de 411, et envoya au pape Innocent une lettre synodale très détaillée. Cf. S. Augustin, Epist-, clxxv, P. L., t. xxxtn, col. 758, Mansi, t. iv, col. 321.La même année, Augustin avec 60 évêques assistait, à Milève, au synode de Numidie qui prit les mêmes décisions. Voir la lettre syno­ dale à Innocent, Epist., ct.xxvt, col. 762; Mansi, t. iv, col. 331; de plus, une autre lettre particulière d'Augus­ tin, d'Aurèle et de trois autres évêques informait le pape du bruit répandu en Afrique que Rome favorisait la doctrine pélagienne, et demandait une condamna­ tion. Epist., clxxvii, col. 754-772; Mansi, t. iv,col. 337. Le 27 janvier 417, Innocent 1" examina la question dans un synode romain : trois réponses aux lettres d'Afrique louèrent les évêques en confirmant l’excom­ munication de Pélageet de Célestius, jusqu'à rétracta­ tion de leurs erreurs. Jaffé, n. 321-323; Mansi, t. ni, col. 1071-1081; S. Augustin, Epist., clxxxi-clxxxiii, P. L., t. xxxtn, col. 779-787. Cependant, pour arrêter les mauvais effets du synode de Diospolis, Augustin écrivait au prêtre Hilaire, Epist., clxxviii, col. 772, à Jean de Jérusalem, pour lui demander les Actes du concile, sur lesquels il composa son De gestis Pelagii in synodo diospolitano (au début de 417). 2* phase : /ntrigues sous Zozime et seconde con­ damnation. — Pelage avait adressé à Innocent Ier un Libellus fidei qui ne fut reçu que par Zozime, son suc­ cesseur (mars 417). S. Augustin, De grat. Christi, 1. I, n. 32, 35, 36; i. H, n. 19,24, P.L., t. xi.iv, col. 1715-1716. Ce son côté, Célestius, chassé d'Éphèse, s’était rendu à Constantinople, où il fut condamné encore par l’évêque Atticus. S’étant rélugié à Rome, il présenta'lui aussi à Zozime un Libellus fidei ambigu. Fragments dansD. L., t. xi.i, col. 1718. Tout contribua à tromper Zozime : pro­ testations mensongères de Célestius, caractère suspect des accusateurs Héros et Lazare, enfin une apologie de Pélagepar Praïle, successeur de Jean de Jérusalem. Le pape accepta donc l’appel, interrogea, dans un synode romain, Célestius qui n’hésita pas à condamner tout ce que condamnait Innocent Ior. Deux lettres de Zozime aux évêques africains (la seconde est de septembre 417) re­ prochent aux Pères d’Afrique trop de précipitation, ap­ prouvent les déclarations de Célestius et de Pelage, et demandent qu'on envoie à Rome ses accusateurs. P. L., t. xlv, col. 1720-1721. Aussitôt les 'évêques d’Afrique réunis en concile à Carthage (fin de 417 ou début de 418) écrivent au pape pour l'avertir des fourberies pélagiennes, et le supplient de maintenir la décision d’Innocent. Mansi, t. tv,col.376, 378; S. Augustin, De pecc. orig., c.vi, vii.n. 7, 8, P. L., t. xliv, col. 588; Cont. duas epist. Pel., 1. II, c. ni, ibid., col. 573-575; Libellus Paulini diaconi, envoyé au pape par l’accusateur de Pélage, P. L., t. xlv, col. 17241725. Dans une troisième lettre (21 mars 418), Zozime répond aux évêques d'Afrique qu'il veut traiter l’affaire de concert avec eux, et qu’il a laissé toutes choses en l'état. P. L., t. xlv, col. 1725-1726; Jalfé, n. 342. Cette lettre reçue, le 1" mai 418, le synode général de Carthage, composé de plus de 224 évêques (d’après Photius. P. L., t. xlv, col. 1730), rédigea huit (ou neuf) canons contre 2282 la doctrine pélagienne : ils ont été insérés dans le Codex can. Eccl. africanæ, n. 110-127, Mansi, t. ni, col. 810-823, cf. Denzinger, Enchiridion, n. 65-72. et nt été faussement attribués au IIe concile de Mil· ■ en 4'.· Ilefele, Conciliengeschichle, 2· édit., t. n, p. 113; tra i. franç., t. n, p. 184. Cependant à Rome, Zozime avait reconnu la fourb· rie de Célestius : celui-ci, cité à comparaître de nouveau au synode romain pour un jugement définitif, s’enfuit de Rome, et le pape prononça la condamnation des deux hérésiarques. Jaffé, ann. 418. Bientôt après (été de 418), le pape exposa la doctrine catholique dan.·, une lettre circulaire (tractoria) qui reçut les souscriptions des évêques du monde entier. Cf. Hergenrother, Hist.de l’Église, trad, franç., t. n, p. 164; Jalfé, n. 343. Ce do­ cument est perdu, mais par les fragments conservés dans S. Augustin, Epist., cxc, n. 23, S. Prosper, Lib. cont. collât., n. 15, 57, cl. P. L., t. xlv, col. 1730-1731, nous savons que le pontife sanctionnait les décrets des conciles d’Afrique, condamnait Célestius et Pélage, dé­ finissait en particulier le dogme du péché originel et la nécessité de la grâce pour tout bien, omnia enim bona ad auctorem suum referenda sunt, unde nascuntur. S. Prosper, loc. cit., n. 15. Pendant cette période d'hésitations du pape, le rôle d’Augustin s’était trouvé très délicat. C'est lui qui ré­ digea la lettre des évêques africains à Zozime. et inspira les huit canons de Carthage. D'autre part, comme les pélagiens se vantaient d'abord d'être soutenus â Rome par ie pape et les prêtres de son entourage (surtout par Sixte, plus tard le pape saint Sixte III), et, après la condamnation, accusaient Rome de s'être donné un dé­ menti, l'évêque d'Hippone éclaira Sixte par des lettres aussi habiles que pressantes. Epist., cxci, P. L..t. xxxm, col. 867, 874-891. Il prit ensuite la défense de Zozime. Séparant la question dogmatique de la question de per­ sonne, il démontra que le pape n'avait jamais approuvé la doctrine pélagienne, mais seulement avait accepté provisoirement les protestations de Célestius promettant se omnia damnaturum quæ sedes aposlolica damnaret. De pecc. orig., c. vu, n. 8, P. L., t. xi.rv, col. 389. Le rôle prépondérant d’Augustin dans la condamnation des pélagiens est mis en relief par une lettre de saint Jérôme, S. Augustin, Epist., ccn, P. L., t. xxxtn, col. 928, et par la mission que lui confient les empereurs Honorius et Théodose d’obtenir la souscription des évêques à cette condamnation. Epist., cci, ibid., col. 927. 3“ phase : Après la condamnation par Zozime. — La Tractoria de Zozime, souscrite parles évêques et con­ firmée par les lois des empereurs (cf. décret de Cons­ tance, père de Valentinien, en 421, P. L.. t. xlv, col. 1750), marque le déclin du pélagianisme. Mais long­ temps encore il essaya de résister. Trois faits sont plus saillants dans cette nouvelle phase des luttes de saint Augustin : l’entrée en lice de Julien, la rétractation de Léporius, la naissance du semipélagianisme. 1. Julien, fils de l’évêque Memorius et de l’illustre chrétienne Juliana, ancien ami d'Augustin, jusque-là très estimé pour sa science et ses immenses aumônes, promu par Innocent I" à l'évêché d'Eclane en Apulie, devient tout à coup le chef du parti pélagien. Esprit vif et pénétrant autant qu'opiniâtre dialecticien vraiment redoutable, il supplée Pélage et Célestius qui disparais­ sent à peu près de la scène. Dès 418 il entraîne 17 évê­ ques d’Italie à refuser avec lui de signer la Tractoria, et ils adressent au pape leur protestation, avec appel au concile plénier. P. L., t. xlv, col. 1732-1736. Us furent tous déposés canoniquement et bannis par l’empereur. Julien, exilé d’Italie en 421, continua d’écrire pampi.let sur pamphlet contre Augustin, qu’il appelle injurieuse­ ment manichéen et chef des traduciens. Cf. Opus i.-; -f. cont. Julian., 1. I, n. 1, 2, 6. 9. 27. 32. 66; 1. III. η. !ΰζ 93,165, etc. Sa doctrine nous estconnue par les ciuûcr.s 2283 AUGUSTIN (SAINT) étendues que rapporte saint Augustin, par Marius Mer­ cator. Liber subnotationum in verba Juliani, P. L., t. xi.vm, col. 109-174; et. t. xlv, col. 1731-1739. Saint Augustin publia contre lui, vers 419, le L. II de nuptiis et concupiscentia, défense sommaire du livre 1er que Julien avait attaqué dans un ouvrage en quatre livres, vers 420, Contra duos epist. Pelag. I. 1V, réponse à deux manifestes, l’un de Julien, l’autre des 18 évêques contre la sentence de Zozime; vers 421, Contra Jul. pelag. I. VI, réplique plus’détaillée au grand ouvrage de Julien. Celui-ci ayant répliqué au L. II de nuptiis, par un écrit en huit livres adressé à Florus, autre évêque pélagien, l’évêque d’ilippone, en 429, se mita le réfuter point par point, mais surpris par la mort, il ne put achever que les six premiers livres. Julien s’obstina dans son hérésie : il essaya vainement avec Célestius de renouveler ses intrigues sous le pape Celestin I67; il mourut dans la misère en Sicile en 454. 2. La rétractation de Lêporius en 426. Ce moine gau­ lois était â la fois pélagien et nestorien. Chassé des Gaules en vertu des lois impériales il s’était réfugié en Afrique, ou il fut converti par saint Augustin. Le concile de Car­ thage en 426 reçut le Libellus emendationis, ou rétrac­ tation de Lêporius, et le renvoya lui-même aux évêques des Gaules, avec une lettre de recommandation. Mansi, t iv, p. 518; Cassien, De incarn., L I, c. Il, ni, P. L., t. L, col. 18-23; Tillemont, t. xm, p. 883-885. 3. Lutte contre le semipélagianisme naissant. Il n’est pas douteux que la doctrine de l’évéque d’ilippone, et surtout ses formules parfois trop absolues, aient troublé bon nombre de catholiques : la grâce qui donne le vou­ loir et l’agir semblait détruire la liberté. La première attaque vint d’un couvent d’Hadrumetum, en 426 ou 427 : les moines étaient choqués de la lettre adressée à Sixte, Epist., cxcxtv : il est injuste de nous reprocher nos fautes, disaient-ils, puisque c’est la grâce qui nous a manqué. Augustin écrivit pour eux les traités De gratia et libero arbitrio ; De correptione et gratia, et diverses lettres â l’abbé Valentin, qui, semble-t-il, ramenèrent le calme. Epist., ccxiv, ccxv, et réponse de Valentin, ccxvi, P. L., t. xxxiii, col. 968-978. Cf. Hadruméte (Moines d’). A la même époque, un certain Vitalis de Carthage, probablement moine, lui aussi, gardait quelque chose du venin pélagien : l’acceptation de la foi est l’œuvre de la liberté seule et mérite les grâces suivantes. Augustin lui adresse un véritable traité, Epist., ccxvn, ibid., col. 978989, et s'appuie spécialement sur des textes de saint Cyprien, dont Vitalis invoquait l'autorité. Mais dans le midi de la Gaule, à Marseille surtout, l’ouvrage De correptione et gratta suscita une opposition plus vive, qui se prolongea durant tout un siècle. Plu­ sieurs prêtres et moines de Marseille (à leur tète était le célèbre abbé de Saint-Victor. Cassien, Collât., XIII, c. ix-xvm; XVIII, c. xiv, ouvrage composé avant 426), ne pouvant admettre la gratuité absolue de la pré­ destination, cherchèrent une voie moyenne entre Augustin et Pélage : il faut, disaient-ils, que la grâce soit donnée â ceux qui la méritent, refusée aux autres : sans cela, Dieu serait-il juste? La bonne volonté précède donc, elle désire, elle demande, et Dieu récompense. Deux disciples du saint évêque, Prosper d’Aquitaine et Hilaire, laïques zélés et instruits, l'informèrent en 428 ou 429 des progrès de cette doctrine. Epist., ccxxv, ccxxvi, ibid., col. 10021012. Le saint docteur exposa de nouveau dans les deux ouvrages De prædeslinatione sanctorum et Dedono per­ severantiae, comment les premiers désirs du salut étaient eux-mêmes dus â la grâce de Dieu, qui est ainsi maître absolu de notre prédestination. 5° Dernières années. Luttes contre l’arianisme. — En 426. le saint évêque, âgé de 72 ans, voulant épargner â sa ville les troubles d’une élection après sa mort, fit acclamer par le clergé et le peuple le choix du diacre 2284 Héraclius comme auxiliaire et successeur, et il lui remit l'administration extérieure. Récit officiel de cette élection par Augustin. Epist., ccxin, P. L., t. xxxm, col. 966. Il eut enfin goûté un peu de repos, si la disgrâce immé­ ritée et la révolte du comte Boniface (427) n’eût boule­ versé l’Afrique. Les Goths envoyés par l’impératrice Placidie pour combattre Boniface, aussi bien que les Van­ dales appelés par lui, étaient ariens. Maximin, évêque arien, entra dans Hippone avec les troupes impériales. Le saint docteur défendit la foi dans une conférence pu­ blique (en 428) et dans divers écrits. Cf. Collatio cum Maximino; Contra Maximinum arianum libri duo, P.L.,t. xi.li, col.709, 814; Serm., cxi., P. L., t. xxxvin, col. 773-775. Dix ans auparavant, l’évêque d’ilippone. à la prière de ses fidèles, avait réfuté un sermon arien dont on répan­ dait des copies parmi le peuple. Cf. Contra sermonem arianum, P. L., t. xlii, col. 683-708. Cependant le saint évêque, désolé par la dévastation de l’Afrique, travailla à réconcilier le comte Boniface et l’impératrice. Epist., ccxx, P. L., t. xxxin, col. 992997. La paix se fit en effet, mais non avec Genséric le roi vandale. Boniface vaincu se réfugia dans Hippone, où s’étaient déjà retirés de nombreux évêques. Cette place alors très forte allait souffrir les horreurs d’iin siège de dix-huit mois. Dominant ses angoisses, le saint vieillard continuait sa réfutation de Julien d’Éclane,quand dès le début du siège il se sentit frappé à mort, et après trois mois de patience admirable et de ferventes prières, il quitta ce monde le 28 août-430, âgé de soixante-seize ans. Le corps du saint évéque fut déposé avec honneur dans la basilique de Saint-Étienne. Mais Hippone, d'abord délivrée, succomba après de nouvelles défaites, et fut la proie des flammes : la bibliothèque d’Augustin échappa providentiellement au désastre. En 486, saint Fulgence et d’autres évêques d'Afrique, exilés par la per­ sécution des Vandales, emportèrent avec eux en Sar­ daigne le corps vénéré de leur grand docteur. Deux siècles plus tard, les Sarrasins s’étant emparés de File, Luitprand, roi des Lombards, racheta les précieuses reliques, qui furent déposées dans l’église de SaintPierre à Pavie. C'est là qu'en 1695 on prétendit les avoir retrouvées dans un sarcophage en marbre ; mais après Muratori (voir la bibliographie), le P. Rottmanner, Histor. Jahrbuch, 1898, p. 897, ne croit pas à la réalité de la découverte. Aujourd’hui, sur les ruines d’ilippone, s'élève, construite par le cardinal Lavigerie, une magni­ fique basilique, à la gloire de son immortel docteur. I. Ouvrages généraux. — 1· Études de patrologie. — Les principales sont : Tillemont, Mémoires, in-4·, Paris, 1710 : tout le t. xm (étude très précise des œuvres dans l'ordre chronolo­ gique), cf. t. xn, p. 269-282,554-585; dom Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, in-4-, Paris, 1774; 2· édit., Paris, 1861 : tout le t. ix; J. Fessier, Institutiones patrologiæ.ï" édit. (Jungmann), Inspruck, 1890-1896, t. n. p. 250-404 ; Otto Bardennewer, Patrologie, 2* édit., Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 416-447 ; trad, franç. par Godet et Verschaffel, Paris, 1899, t. tr, p. 395-453. Voir aussi Bellarmin-Labbe, De scriptoribus ecclesiasticis : Dupin, Bibliothèque des auteurs ecetés., 1690, t. ut a, p. 522-839; Sevestre, Dictionnaire de patrologie. 1851, t. i, p. 534-628; Al zog, Patrologie, trad. Belet, Paris. 1877, p. 504-557. 2· Histoires des dogmes. — Schwane, Dogmengeschichte, t. Il, Patristische Zeit, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1894; traduc­ tion française par Degert, Paris, 1902, SS 7, 20, 21, 25, 26, 28. 36. 37, 54-55, 66, 72, 93, 98, étude très méthodique sur la doctrine; A. Harnack, Lehrbuch der Oog»ienÿ<’sc/iich(e,3'édit., Fribourgen-Brisgau, 1897, t. tu, p. 56-221. c. ni (très important) sous ce titre : Place d’Augustin dans l'histoire universelle comme réformateur de la piété chrétienne. Harnack a donné un abrégé du Lehrbuch dans Grundriss der Dogmengeschichte, 3· édit., in-8·, Tubingue, 1898; trad, franç. de la 1" édit., par Choisy, Pré­ cis de l’histoire des dogmes, Paris, 1893, c. in-iv : Rôle univer­ sel d'Augustin comme docteur de l'Église. p. 256-296; Loofs, Leitfaden zum Studium der Dogmengeschichte, 3- édit., in-8·, Halle. 1893; Seeberg, Lehrbuch der Dogmengeschichte, in-8·, Erlangen, 1895, 1.1, p. 252-332; voir aussi Fr. Bonifas, Histoire 2285 AUGUSTIN (SAINT) -2-^G versio magni A uguslini, Lincil, 1691 ; A. Naville. Saint A uru*des dogmes, Paris, 4886, t. n, surtout p. 174-240; BÎUcIil, Ges­ tin,étude sur le développement de sa pensée, jusqu à Tepoque chichte dei' Pielismus, t. I. 3· Dictionnaires et encyclopédies. — Kirchenlexikon de de son ordination, Genève, 1872; G. Boissier, La fit. lu ρ<·ji­ Wetzer et Welte, 2* édit., 1882, t. i, col. 1669, 1678, art. de Her­ nisme, Paris, 1891, t. 1, p. 339-379; A. Harnack. Augusto. » genrother; Healencyclopadie fur protest. Theol. u. Kirche, par Confessionem, 2· édit., Giessen, 1895 ; L. Guurdon, £.<<αι sur (a Herzog, 3' édit., Leipzig, 1897, t. H, p. 257-285 (étude chrono­ conversion de saint Augustin, thèse protest., Cahors. 1&C; logique importante par Loots); A religions Encyclopedia, de T. Wôrter, Die Geistesentwickelung des hl. Aur. Augustinus Ph. Schaff, in-4·. Edimbourg, 1883,1.1, p. 173 sq., art. de Domer. bis zu seiner Taufe, in-8·, Paderborn, 1892; W. Timme. Au­ 4· Histoires ecclésiastiques. — G. Cuper et Jo. Stilting, gustins geistige Entwicklung in der ersten Jahren nach S. J., bollandistes, Acta S. Aur. Augustini, in-fol., Anvers, 1743, seiner Bekehrung, 386-391, Berlin, 1908; H. Becker, Augustin. et dans Acta sanctorum, t. vi augusti, p. 213-460; Hergen­ Sludienzu seiner geistigen Entivicklung, Leipzig, 1908. rother, Histoire de VÉglise, trad, franç., 1880, t. n, p. 141-190; 2· Sur la profession mondcale ou érémitique d’Augustin, Hefele, Hist, des conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 97 sq. voir le récit do la fameuse controverse dans les Acta sanctorum, t. vi augusti, p. 248-256 (liste d’ouvrages pour et contre) ; Thesis 5· Histoires de la philosophie. — Ritter. Geschichte der christapologetica pro d. A uguslini doctrina, statu et habitu mona­ lichen Philosophie, in-8·, 1841, t. I, p. 154-443; trad, franç. par chal!, regula..., in-4’, Paris, 1649; Bonaventure de Sainte-Anne, Trullard, Paris, 1843, t. ir, p. 137-407; Franck, Dictionnaire des sciences philos., 1875, p. 122-127 ; Card. Gonzalez, O. P., Histoire Monachatus Augustini ab Augustino potissimum propu­ gnatus, in-12, Lyon. 1674; Fulgentius Fosseus (pseudon. du cé­ de la philosophie, trad, franç. par de Pascal, in-8·, Paris, 1890, t. il, lèbre Aug. H. de Noris), Somnia L. Francisci Macedo in itine­ p. 71-96; Alb. Stock 1, Geschichte der christlichen Philosophie zur Zeit der Kirchenvàter, in-8°, Mayence, 1891, p. 293-366; Id., rario sancti A ugustini post baptismum...,in-4·, La Haye (Paris), Lehrbuch der Geschichte der Philosophie, 3' édit., Mayence, 1687 ; Louis Ferrand. Discours où l’on fait voir que saint Au­ 1888, t. i, p. 288-308; Brucker, Hist, critica philosophise, in-4·, gustin a été moine, in-8·, Paris, 1689. 1766, L in, p. 485-507 ; A. Weber, Hist. de la philosophie euro­ 3‘Sur les reliques du saint et son tombeau à Pavie, voir dans péenne, 1886, p. 167-177 ; Prantl, Geschichte derLogik bn Abend­ le Répertoire d’U. Chevalier les ouvrages pour ou contre la dé­ land, Leipzig, 1855, t. i; Huber, Philosophie der Kirchenvàter. couverte des reliques à Pavie en 1695, surtout Muratori, Molivi 6· Histoires littéraires. — Ébert, Geschichte der Litteratur di credere, tuttavia ascoso, e non iscoperlo in Pavia Tauno des Mittelalters, 2· édit., Leipzig, 1889, t. I, p. 212-251; trad, M.DCXCV, il sacro corpo di S. Agostino, doltore delta Chiesa, franç., Paris, 1883,1.1, p.229-272 ; Bahr, Geschichte derr'ômischen Trente, 1730 (anonyme, mais réimprimé dans les Opere, Arezzo, Litteratur, Carlsruhe, 1837, Supplement-band, t. n, p. 222-307; 1770, t. x); Germer-Durand, Le tombeau de saint Augustin Villemain, Éloq. chrét. au ir siècle, Paris, 1849, p. 373-513. â Pavie, dans la Revue de Tari chrétien, 1878, p. 257-274; Beccard, Histoire des reliques de saint Augustin et de leur trans­ II. Biographies spéciales de saint Augustin. — lation à Hippone, 2* édit., Paris. 1867. Sur cotte translation, voir 1· So urces contemporaines. — Avec les écrits autobiographiques lettres de l’abbé Sibour à M. Nicolas (1842). Vie de saint Au­ du saint, la Vita S. Aur. Aug. par Possidius, évêque de Calama, gustin, par Nicolas, L i. Appendice, p. 413-456. ami intime et commensal d'Augustin, en tète de l’édit, des bénédictins, P. L., t. xxxn, col. 33-66; à part, cum notis SalII. Œuvres. — Une analyse détaillée de tontes est masii, Rome, 1731 ; annotée par Cuper et Stilting dans les Acta impossible ici : on la trouvera dans les ouvrages de sanctorum (cf. supra), p. 215-228; traduite en français, dans les Tillemont et de Ceillier. Nous nous bornerons aux indi­ Œuvres complètes, Paris, 1872, L r, p. 3-25. cations les plus importantes, surtout pour la chronolo­ 2· Biographies complètes. — Les plus importantes sont : Vita gie et l’authenticité ; les apocryphes seront examinés S. Aur. Aug. Hipp, episc. ex ejus potissimum scriptis concin­ nata, par les bénédictins Hugues Vaillant et Jacques du Frische, dans une série spéciale. Un tableau final donnera la composée sur les notes alors inédites de Tillemont au t. xi de liste chronologique de toutes les œuvres. Ici, l’ordre l’édition des Opera, dans P. L. en tète des Œuvres, t. xxxn, méthodique (parfois un peu arbitraire) s’impose. Nous col. 65-578; L. Berti, De rebus gcstis S. Aug. librisque ab distribuerons les œuvres en neuf classes: 1“ Autobiogra­ eodem conscriptis commentarius, in-4·, Venise, 1756; G. KIoth, phie et correspondance; 2° Philosophie et arts libé­ Der h. Kirchenlehrer Aur. Augustin, 2 in-8·, Aix-la-Chapelle, raux ; 3’ Apologie générale et polémique contre les in­ 1839-1840; Poujoulat, Hist.de saint Augustin, sa vie, ses œuvres, fidèles ; 4” Polémique contre les hérésies ; 5° Exégèse son siècle, influence de son génie, 3 in-8·, Paris, 1845-1846; scripturaire; 6° Exposition dogmatique et morale; 2· édit., 2 vol-, 1852; trad, allemande, italienne; Hist, de saint Augustin d’après ses écrits et rédit. bénédict., par un ^membre 7» Théologie pastorale et prédication ; 8“ Œuvres sup­ de la grande famille de saint Augustin, 2 in-8·, Bruxelles, 1892 ; posées ; 9° Écrits perdus. Ad. Hatzfeld, Saint A ugustin, 3' édit., in-8·, Paris, 1897; D’Célesi™ classe : Écarts autobiographiques et corbestin Wolfsgruber (bénédictin), Augustinus (auf Grund des KirPONDANCB. — Les Confessions nous livrent l'histoire île chengeschichtlichen Schriftennachlasses,von...Kardinal Rausson cœur, les Rétractations celle de son esprit, et les cher), in-8·, Paderborn, 1898 ; G. von Hertling, Dei' Untergang Lettres celle de son activité dans l’Eglise. der antiken Kultur, A ugustin (dans la coll. Weltgeschichle in Karakterbildem), gr. in-8·, Mayence, 1902. — Écrivains protes­ 1« Les Confessionum libri tredecim, P. L.. t. xxxn, tants, à remarquer : Fr. Bohringer, Aurelius Augustin, Zurich, col. 659-368 ; Retract., 1. II, c. vt, ont été composés vers 1845 (dans Die Kirche Christi und ihre Zeugen,t. i, p. 97-774), 400. — 1. Rut. — 11 est clairement indiqué par le titre 2* édit. (Fr. et P. Bohringer), 2 vol., Stuttgart, 1877-1878; C. Binbien compris : confession ici ne signifie point aveu ou demann, Der heilige Augustinus, 3 in-8·, Berlin, Leipzig, récit; c’est, dans le sens biblique du mot <·..-nl·’- -., la Greisfwald, 1844-1869; Ans. Eisenbarth, Der heilig. Augustinus, louange d’une âme qui reconnaît et admire l'action di­ sein Leben und seine Lehre, in-8·, Stuttgart, 1853; J. Farrar, vine en face de ses misères. Conf., 1. I, c. i; 1. IX. n. ! 1; Lives of Fathers, 1889, critiqué dans Dublin Review, S. Aug. and his anglican critics, juillet 1890, p. 89-109. 1. XI, c. t, etc. « Les treize livres de mes Confessums, Nommons seulement les autres historiens du saint : en latin : dit l’auteur, Retract., loc. cit., col. 632. louent le Dieu Philippe de Harweng, O. P. (-j-1182), P. L.. t. ccrn, col. 1205juste et bon de mes maux et de mes biens, ils élèvent 1234; Jourdain de Saxe, O. S. Aug. (f 1380), dans le Supple­ vers Dieu l'intelligence et le cœur de l’homme. » Au.-si mentum Patrum de Hommey, Paris, 1686; Anonyme édit, par est-ce à Dieu lui-même que l’auteur s’adresse avec des Cramer, Kiliæ, 1532; Érasme, Bàle, 1543, en tête de son édit. ; élans incomparables de foi. d’humilité et d'amour: nulle G. Moringus, Anvers, 1533; Fivizani, Rome, 1587; Corn. Lanpart on ne trouvera une peinture plus saisissante du ciHotus, Paris, 1614; Jo. Rivius, Anvers, 1646: Luc Dachery, Paris. 1648; — en français : A. Godeau, 1652; Ma imbourg, Paris, vide et de l’agitation d’une âme sans Dieu : Fecisti nos 1659; A. Tonna-Barthet, O. S. A., Lille, 18i)8(avcc la liste ad te, etc. Conf., 1. I, c. t. —2. Division. — La 1" par­ complète des couvents de l’ordre de Saint-Augustin ; — en alle­ tie, 1. I-IX, est le cantique de louange de l’âme d’Au­ mand : Waitzmann, Augsbourg, 1835: C"·· Ida Hahn-Hahn, gustin au souvenir de sa vie coupable et des grâces de Mayence, 1866; Phil. Schaff, Ber in, 1854: A. Egger. Kempten et Dieu. La IIe partie, contemplation sublime delà création Munich, 1904; —en anglais : Moriarty, Philadelphie. 1879; E. C. Cutts. Londres. 1881; Coilette. Londres, 1883: — en espagnol : I racontant la gloire de Dieu, Gen., I, n’est pas un horsd'œuvre, comme on l'a cru, mais le complément naturel J. Manuel, O. S. A., Saragosse, 1723; — en italien . Benvenuti, Palestrina, 1723; Massini, 1810; Calini. S. J.. Brescia. 1775. du récit : Augustin nous devait le portrait intime de soa III. QùestionsI’articulières. — l’Sur la conversi on d'Au­ âme, telle que la foi et la grâce l’avaient transfigurée. gustin et le développement de sa pensée : Ignace Werner, Gju- ' — 3. Jugement. — De tous les ouvrages du saint doo- 2287 AUGUSTIN (SAINT) 2288 teur, aucun n’a été plus universellement lu et admiré : aucun n'a fait couler plus de larmes salutaires. Ni pour l'analyse pénétrante des plus complexes impressions de l’âme,ni pour l'émotion communicative, ni pour l’élévation des sentiments ou la profondeur des aperçus philoso­ phiques, ce livre n'a son pareil dans aucune littérature. dans la Revue du clergé franç., 19(H, t. xxv, p. 141-149. Sur les lettres en général, voir A. Ginzel, Der Geist des h. Au· guslinus in seinen Bricfen, dans Kirchenhistorische Schriften, Vienne, 1872, t. i, p. 123-245 ; Dubelman. Das Heidenthum in Nordafrika, nach den Briefen des h. Augustinus, in-4·, Bonn, 1859. Éditions fort nombreuses. Signalons celles de Sommalius, S. J., in-8·, Douai, 1608, souvent réimprimée; de Wagnereck, S. J., avec une étude et d'excellentes notes ascétiques, Dillingen, 1631; avec commentaire en latin, Florence, 1757. — Éditions récentes : de Pusey, Oxford, 1828; de Raümer. 2· édit., Stuttgart, 1876; de Knoll dans le Corpus de Vienne, 1896, t. xxxin. — Cf. Études signalées à Vie (Harnack, Worter) ; Arthur Desjardins, Essai sur les Confessions, in-8·. Paris, 1858; Douais, Les Confessions de saint Augustin, in-8‘, Paris, 1893 (étude, non traduction). n» classe: œuvres philosophiques et LITTÉRAI­ RES. — Ces écrits, dont le fond résume les entretiens 2» Retractationum libri duo, P. L., t. xxxn, col. 583665. — Écrit dans les dernières années, 426-427, ou même fini en 428, d’après Tillemont, t. xnr, p. 1040. Le titre doit être compris moins dans le sens français de ré­ tractation, que dans le sens primitif de revision, ou exa­ men critique deses ouvrages, par l’auteur: « Je revoyais, dit-il, Epist., ccxxiv, n. 2, A L., t. xxxni, col. 1001, mes modestes ouvrages, et, si quelque passage me blessait ou pouvait blesser les autres, tantôt je le condamnais, tantôt le justifiant, j’établissais le sens qu'on pouvait et devait lui donner. » 11 énumère ses écrits dans l’ordre chronologique, expliquant le but, l'occasion et l’idée maîtresse de chacun d’eux. Le livre Ier va de sa conver­ sion, 386, à son épiscopat, 386-395; le II», de l’épiscopat à l'an 426 : en tout 94 ouvrages en 232 livres. Cet ou­ vrage, monument de l’humilité du saint, est un guide d'un prix inestimable pour saisir le progrès de la pensée chez le saint docteur. 3» Epistolæ, P. L.,t. xxxin. — L’édition bénédictine compte 270 numéros : il faut y ajouter les deux lettres et un fragment retrouvés depuis, P. L., ibid., col. 751, 789-792, 929-938, et retrancher 53 lettres qui sont des correspondants d’Augustin : il reste 220 lettres authen­ tiques distribuées en 4 classes par les bénédictins : 1. avant l’épiscopat, t-xxx ; 2. de l’épiscopat à la confé­ rence de 411, xxxi-jxxni; 3. de 411 à la mort, cxxtvccxxxi ;4. lettres de la 3» période sans date plus précise, CC.XXXH-CCLXX. Cette correspondance est de la plus grande valeur pour connaître la vie, l'influence et même la doctrine de l’évêque d’Hippone. Les lettres de pure amitié occupent assez peu de place: aussi en ce genre n'a-t-il pas un cachet bien original. Mais, dit Ebert, Histoire de la littérature du moyen âge, trad, franç., t. i, p. 270, « nulle part mieux qu'ici ne se montre l’importance considérable dont jouissait saint Augustin de son temps. » On le voit, consulté de tous côtés comme l'oracle de l’Occident, répondre aux questions les plus variées. Bon nombre de ses lettres sont en réalité de vrais traités que nous classerons dans le tableau de ses œuvres. Les bénédictins, P. L., t. xxxm, col. 11731177, dans un index méthodique très utile, ont distingué les lettres: 1. théologiques; 2. polémiques; 3. exégétiques; 4. ecclésiastiques ou liturgiques; 5. morales; G. philosophiques; 7. historiques; 8. familières. Fessier, 2» édit. Jungmann, t. n a, p. 380-384, a fait une dis­ tribution analogue, précise et détaillée. Goldbacher, l’éditeur des Epistolæ dans le Corpus de Vienne, a rendu compte de la découverte de deux nouvelles lettres dans Wiener Studien, 1894, t. xvi, p. 72-77. Le fragment (extrait du commentaire de Primasius), P. L., t. xxxin, col. 751, a été édité plus correctement par Haussleiter dans les Forschungen zur Geschichte d. Neul. K'anons, de Zahn, fasc. iv, Erlangen, p. 200-283. La correspondance de saint Augustin et de saint Jérôme a été éditée à part, à Gràtz, 1744, par Smith. Sur cette correspondance, cf. Philippe de Barberiis. O. P., Discordantiæ SS. Hieronymi et Augustini, Rome. 1481 ; Overbeck, A us dem Briefivechsel des Augustinus mit Hieronymus, dans la Histor. Zeitschr. de Sybel, 1879, t. vi, p. 222-259 ; Dufey, Controverse entre saint Jérôme et saint Augustin d'après leurs lettres, des solitaires de Cassiciacum, ont tous été composés ou du moins commencés dans cette villa, de la conversion au baptême (septembre 386-mars 387). Ils ont un double caractère: ils continuent l’autobiographie du saint en nous initiant aux recherches et aux hésitations de son esprit, ainsi qu’à ses conquêtes. Mais il y a moins d'abandon que dans les Confessions : ce sont des essais littéraires, écrits avec simplicité sans doute, mais avec une simplicité qui est le comble de l’art et de l’élégance. Nulle part ailleurs le style d'Augustin ne sera aussi châtié, ni sa langue aussi pure ; le saint doc­ teur semble en avoir eu du remords : Catechumenus jam,... sed adhuc sæcularium litterarum in/latus con­ suetudine scripsi. Retract., prol., n. 3, P. L., t. xxxn, coi. 585. La forme dialoguée montre qu’il s'inspire de Platon et de Cicéron. Les interlocuteurs sont, avec Au­ gustin, son ami Alypius, le jeune Licentius, fils de Romanien, dont la vie mondaine préoccupera Augustin jusqu’à ce qu’il l’ait converti, Epist., xxvi, P.L., t.xxxnt, col. 103, Trygetius, frère de Licentius. Fr. Worter, Die Geistesenlwickelung des h. Augustin, p. 75-210, examine à fond tous les ouvrages philosophiques. Cf. D. Ohlmann, De S. Augustini dialogis in Cassiciaco scriptis, in-8°, Strasbourg, 1897 (diss. inaug.). 4“ Les trois livres Contra academicos, P. L., t. xxxn, col. 905-958; Retract., 1. I, c. i, sont le premier écrit d'Augustin après sa conversion (automne 386) et il le dédie à son compatriote et ami, Romanien, qui lui a confié ses deux fils. Il y combat le scepticisme de la nouvelle académie, dont il avait tant soufl'ert : le bon­ heur n’est point dans la recherche de la vérité, mais dans sa connaissance, 1. Ier; l’esprit peut atteindre la certitude et ne doit pas se contenter de la probabilité, 1. Il et ΠΙ. 5° Le De beata vita, P. L., t. xxxn. col. 959-976 ; Re­ tract., 1. I, c. n, est le résumé d'un entretien com­ mencé le 13 novembre 386 (33· anniversaire de sa nais­ sance). Il est dédié à Théodore Manlius, probablement le consul de l’an 399, mentionné dans De -civitate, I. XXII, c. Liv. Après un magnifique tableau de l’huma­ nité voguant sur l'océan de la vie vers le port de la phi­ losophie que lui ferme une montagne escarpée (l’or­ gueil), Augustin prouve que le vrai bonheur n’est que dans la connaissance de Dieu, et encore seulement dans la vie future, ajoutera-t-il dans les Rétractations, loc. cit. 6» Les deux livres De ordine, P. L., ibid., col. 9771020 ; Retract., 1. I, c. m, dédiés à Zénobien, riche ami de Milan, examinent le rôle du mal dans le plan de la providence (386). A remarquer : la scène ravissante du 1. Ier, n. 29-33,col. 991-994; et dans le 1. II, n. 26-45, col. 1007-1012, l’union de la raison et de l’autorité, le rôle des arts libéraux dans l’éducation. 7° Les Soliloquiorum libri duo, P. L., t. xxxn, col. 869-904; Retract., 1.1, c. tv, sous forme d’entrelien d’Augustin avec sa raison, sont un prélude aux Confes­ sions par la magnifique prière du début, 1. I,n. 1-6, par l’expression ardente de sa passion pour la connaissance de Dieu, n. 7-10, par les grandes vertus qu’il exige du sage, n. 14-26. Le II» livre, constatant que la vérité est immortelle, en conclut que l’âme, siège de la vérité, ne peut mourir. Ils ont été écrits en 387. La conclusion des Soliloques est publiée par Trombelii, dans P. L., t. XLVII, col. 1157-1158; Matinée. S. Augustinus in So­ liloquiis qualis philosophus appareat, qualis vir, in-8·. Rennes, 1864. 2289 AUGUSTIN (SAINT) Apocryphes. — On a souvent publié ensemble trois pieux opuscules, un Liber soliloquiorum animæ ad Deum, des Medi­ tationes et un Manuale certainement non authentiques. Ce sont des recueils do passages (d'ailleurs fort saisissants) extraits de divers auteurs par un compilateur inconnu qui ne remonte pas au delà du xir siècle. Dans le Liber soliloquiorum, P. L., t. XL, col. 863-898, on trouve des emprunts aux vrais Soliloques, aux Confessions, ά Hugues de Saint-Victor (L. de arrha animæ), et au concile de Latran de 1198. Parmi les Meditationes, P. L., t. XL, col. 902-942, les unes sont déjà dans le recueil anselmien, voir Anselme, col. 1340, les autres paraissent être de Jean, abbé de Fécamp (f 1178). Le Manuale, P. L., t. XL, col. 951-968, imprimé aussi en partie sous le nom d'Anselme et d'Hugues de Saint-Victor, réunit des fragments des saints Augustin, Cyprien, Grégoire et Isidoro de Séville. L'édition des bénédictins signale avec soin la provenance de chaque chapitre. 2290 tung, voir Abhandl. d. bayer. Acad., t. xvn, p.284-2S8: e: par Ébert, Hist. gén. de la litter, du moyen âge, t. i, p. 271-272. Cf. Ed. du Méril, Poésies populaires latines, 1843, p. 120-142: Manilius, Geschichte der christliche latcin. Poesie, Stuttgart. 1891, p. 320-323. — L'Exsultet, ou chant triomphal du sam-- ii saint, serait assez vraisemblablement d'Augustin, d'après Adalbert Ebner, dans Kirchenmusikalisches jahrbuch, t. vin '18.:.. p. 73-83. Cl. Jahresbericht..., de Conr. Bursian, 1895, t.LXXXiv, p. 272. HP CLASSE : APOLOGIE GÉNÉRALE ET POLÈMIOCE De civitate Dei libri 1. Il, c. XLin, composé de 413-426 avec de fréquentes interruptions; le livre X a été écrit après 415, et les livres XX-XXII sont de 426. — 1. But. — Après la chute de Rome,en 410, les païens l'attribuaient, comme tous les malheurs publics, à l'abo­ 8» Le Liber de immortalitate animæ, P. L., t. xxxn, lition du culte païen. Malgré des apologies ébauchées col. 1021-1034, a été écrit à Milan en 387, comme un dans les lettres à Volusien et au tribun Marcellinus, complément des Soliloques : il reprend la preuve de Epist., cxxxvi-cxxxvni, P. L., t. xxxin, col. 514-535, l’immortalité de l’âme, par l’éternité de la vérité. Plus celui-ci demanda une défense plus complète de la loi. tard, Retract., 1.1, c. v, les arguments parurent insuffi­ Augustin se mit à l’œuvre. Se trouvant en face du pro­ sants à l’auteur lui-même, et l’expression trop obscure. blème de la providence sur l’empire romain, il élargit 9° Le dialogue avec Évodius De quantitate animæ, encore l’horizon, et, dans un élan de génie qui trans­ P. L., t. xxxn, col. 1035-1080; Retract., 1. I, c. xn, formait l’apologie en philosophie de l’histoire, il em­ composé à Rome vers le commencement de 388, étudie brasse d'un regard les destinées du monde groupées la grandeur et la dignité de l’âme qui découle de son autour de la religion chrétienne, religion unique, qui, immatérialité. bien comprise, remonte aux origines et conduit l'huma­ 10° Le De magistro, P. L., ibid., col. 1193-1222; Re­ nité à son terme final. La cité de Dieu, société de tous tract., 1. I, c. xn, composé en 389, est un dialogue entre les serviteurs de Dieu dans tous les temps et dans tous Augustin et son fils Adéodat, âgé de seize ans, destiné à les pays du monde (sens nouveau du mot civitas, re­ mourir deux ans plus tard, dont son père nous dit, Conf., marque fort bien de Hertling, Augustin, Mayence, 1902, 1. IX, c. vi : Horrori mihi erat illud ingenium. Après p. 100), la cité terrestre ou du démon, société de tous une intéressante étude sur le rôle du langage, c. l-vin, les ennemis de Dieu, ces deux cités morales bâties par Augustin développe sa célèbre théorie du Verbe, seul deux amours contraires, voilà le véritable objectif de la maître intérieur: elle sera expliquée plus loin, Doctrine providence et le triomphe de la cité de Dieu est le vrai de la connaissance. centre du plan divin. —2. Analyse. — Le grand docteur, Retract., loc. cit., retrace en détail le cadre de son Comparer la question De magistro Inspirée à saint Thomas par cet opuscule : De veritate, q. xi, édit. Vivès, t. xiv, p. 581. — ouvrage, avec ses divisions en deux grandes parties : W. OU, über die Schrift des h. Augustinus De magistro, in-8·, Ir» partie (apologétique, 1. I-X) : Le polythéisme païen Hechingen, 1898 (progr.). est également impuissant : a) à donner la prospérité en ce monde comme le peuple l’espère (1. I-V, histoire 11° Encyclopédie des arts libéraux. Saint Augustin avait des calamités sous les dieux, et vrais motifs de la gran­ entrepris un recueil de traités sur toutes les branches deur de Rome); 6) à préparer le bonheur de la vie de l’enseignement : grammaire, rhétorique, dialectique, future comme les philosophes l'affirment (1. VI-X, cri­ catégories, etc. ; plusieurs étaient achevés: tout a péri, sauf tique serrée, profonde et mordante de la théologie le De musica. Les traités longtemps attribués à saint Au­ païenne, sous toutes ses formes, surtout de la démonologustin, De grammatica liber, P. L., t. xxxn, col. 1385gie néoplatonicienne). IIe partie (expositive, 1. Xl-XXIl i : 1410; Principia dialecticæ, ibid., col. 1411-1420; CateLe christianisme donne la clet de la providence en goriæ decem ex Aristotele decerptae, ibid., 1429-1439; montrant la cité de Dieu, quoique mêlée ici-bas à la Principia rhetorices, ibid., col. 1439-1448, sont tous apo­ cité terrestre, en marche vers ses destinées éternelles. cryphes, d’après les bénédictins. Toutefois, le P. RottEt Augustin raconte les trois grandes phases de cette manner, Hislor. Jahrbuch, 1898, p. 894, dit que le De histoire en consacrant à chacune quatre livres : ni la grammatica nous a été conservé par extraits et re­ naissance (exortus) des deux cités (1. XI-X1V, création, manié. Cf. Teuflèl, Gesch. der rom. Literatur, 5° édit., chute des anges, chute d'Adam et péché originel i: b le p. 1133. C’est aussi la thèse de Huemer, Der Grammaprogrès (procursus) ou évolution des deux cités dans tiker Augustinus, dans Zeitschrift fur ôsterr. Gymn., l’histoire (1. XV-XVIII, les trois premiers expliquant les 1886, t. iv, p. 256. grandes périodes bibliques marquées par le déluge, 12° Les six livres De musica, P. L., t. xxxn, col. 1081Abraham, David, la captivité, le XVIII" réservé à la cité 1194; Retract., 1. J, c. xi, commencés à Milan en 387 et terrestre ou histoire des empires); c) la fin des deuxcitês terminés à Tagaste en 391, exposent d’abord la technique (fines debiti)ouétude des tins dernières (I. XIX-XXII. ia du rythme, mètre et vers. L. I-V. Mais le dialogue avait béatitude, le jugement, l’enfer et le ciel des ressuscités). pour but d’élever l’esprit du rythme changeant des Dans ce cadre grandiose, les digressions dogmatiques, corps et des âmes, au rythme immuable de l’éternelle morales ou historiques sont fréquentes : les contempo­ vérité. L. VI, c. XI-XVII, P. L., ibid,, col. 1179-1193. Ce rains qui arrachaient à l’auteur chaque livre à mesure dernier livre mérite d’être lu, les mystiques du moyen qu’il était écrit, s'inquiétaient moins de l’ensemble que des âge aimaient à s’en inspirer. Les cinq autres sont très questions du jour envisagées de si haut. — 3. Juger.,, t. difficiles à saisir, au jugement d'Augustin lui-même. Cf. — La Cité de Dieu est considérée comme l'ouvrage le Epist., ci, à Memorius, n. 3, P. L., t. xxxni, col. 369. plus important du grand évêque; le sujet si vasteembrasse Eust. Uriarte, La musica segun s. Agustin, articles nom­ l’universalité des problèmes qui tourmentent l'esprit breux dans ta Revista Agustiniana, 1885-1886; Fétis, Biographie humain, et l'auteur y prodigue les vues profondes et ori­ musicale, Paris 1860, L 1, p. 170-171. — Le Psalmus contra partem Donati, d’Augustin (voir Œuvres contre les donatistes, | ginales. Ce livre, avec les Confessions, mérite une place col. 2294, aété étudié, comme la plus ancienne poésie latine ryth- ! à part : les autres œuvres intéressent surtout les théo­ logiens : celles-ci appartiennent à la littérature générale mée, dans le célèbre traité de Wilhem Meyer, Anfang und Uret passionnent toutes les âmes. Les Confessions sou: ia sprung der lateinische und griechischen rhythmischen Dichcontre les infidèles. — 13» XXII, P. L., t. xli; Retract., 2291 AUGUSTIN (SAINT) théologie vécue dans une âme et l'histoire de l'action de Dieu dans les individus. La Cité de Dieu est la théologie vivante dans le cadre historique de l’humanité et explique l’action de Dieu dans le monde. L’érudition d’Augustin serait aujourd’hui en retard : mais, quoiqu'on en ait dit, ses vues générales dominent mémo les faits et les peu­ ples qu'il n'a pas connus. I. Commentaires. — Louis Vives (dans l’édition d’Érasme, Bâle, 1522), souvent réimprimés; Lêcn Coquæus (Coqueau), O. S. A., Commentarii in II. de civitate Dei, in-fol., Paris, 1636. Π. Éditions séparées. — B. Sadler, O. S. B., avec notes, 5 ln-8·, Ingolstadt, 1737; sans notes, 2 in-8·, Leipzig, 1825; plus ré­ cemment. Strange, 2 in-8·. Cologne, 1850 ; meilleure par Doinbart, 2· édit.. 2 in-8·, Leipzig, 1877. lit. Analyse et études. — Voir une analyse très (iétaillée dans Tillemont, p. 6C8-612; Ceillier, 2· édit., p. 288-327 ; Ebert, Hist, de la littérature du moyen âge, trad, franç., 1.1, p. 241-259 ; Bois­ sier, La fin du paganisme, Paris, 1891, t. H, p. 339-390 ; de Hertling, op. cit., p. 98-105. IV. Ouvrages spéciaux. — Fr. A. Bittner, De civitate Dei com­ mentarii, in-8·, Mayence, 1845; Carlson, De contentione Aur. Augustini cum paganis in libro ejus « De civitate Dei », in-8·, Lundæ, 1847; J. Reinkens. Geschichtsphilosophie des h. Au­ gustins, Schaffltouse, 1866; Seyrich, Die Geschilsphilosophie Augustins nach seiner Schri/t a De civitate Dei », Leipzig, 1891 (diss, inaug.); M. Bonwetsch, Von der Stadt Gottes (nach A ugustin), dans Miltheilungen u. Nachrichten für die Ev. Kir­ chs in Russland, Biga, 1891, p. 193-209; .1. Biegler, Die Civitas Dei des h. Augustinus, in-8·, Paderborn, 1894; van Goens, voir plus loin Doctrine; Dombart, Zur Texigeschichte « De civitate Dei » Augustins, Leipzig. 1908. V. Sur les sources. — Karl Frick. Die Quellen A ugustins im XVIII Bûche seiner Schrift « De civitate Dei », in-8·, Hoxter, 1886; Draseke, Zu Augustins « De civitate Dei », xvin, 42, eine Quellenuntersuchung, dans Zeitschrift f. wiss. Theol., 1889, L ΧΧΧΠ, p. 230-248. 14» Le De vera religione, P. L., t. xxxiv, col. 421-172; Retract., I. I, c. xm, fruit de la solitude de Tagaste (389-391) et adressé â Romanien, est un petit chefd’œuvre d’apologie, non seulement contre les mani­ chéens, dont il est spécialement parlé, mais contre tous les inlidéles. La vraie religion n’est que dans l’Église ca­ tholique, c. l-vil, fondée sur l’histoire de la religion et les prophéties, c. x-xx (ébauche de la Cité de Dieu). Plus tard, en 415, Augustin, consulté sur les preuves de l’existence de Dieu, renvoyait Évodius à ce livre. Epist., clxii, n. 2, P. L., t. xxxiii, col. 750. 15° Le De utilitate credendi, P. L., t. xlii, col. 65-92; Retract., 1. 1, c. xtv, adressé à son ami Honorât, encore manichéen (391), prouve que la foi, dont il se moque, n’est point accordée à l’aveugle, mais sur des preuves divines de l'autorité infaillible de l’Église catholique. 16° Le Liber de fide rerum quæ non videntur, P. L., t. XL, col. 171-188, traite le même sujet : il est de 400, et n’est pas mentionné dans les Rétractations, mais dans _Episl.,ccxxxi,n.1 ; peut-être est-ce un sermon. 17° Le Liber de divinatione dæmonum, P. L., t. XL, col. 581-592; Retract., 1. II, c. xxx, a été écrit entre 406-411, à la suite d’un entretien de l’évêque d'Hippone avec plusieurs laïques instruits sur les prédictions at­ tribuées aux faux dieux. 18° Les Sex qusestiones contra paganos expositæ, ou Epist., cil, à Deogratias, prêtre de Carthage, P. L., t. xxxiii, col. 370-386; Retract., 1. II, c. xxxi, vers 408409, répondent aux moqueries de Porphyre et des païens sur la résurrection, la nouveauté du christianisme, le culte et les sacrifices, etc. 19° La Lettre, cxvtn, au païen Dioscore, P. L., t. xxxiu, col. 432-449, est un essai d'apologie indirecte, en réponse à des questions de rhétorique profane qu’il écarte (en 410). Le tableau qu’il trace des égarements de toutes les écoles philosophiques fait ressortir l’autorité de la foi chrétienne, à laquelle il l’invite. 20° Le Tractatus adversus judæos, P. L., t. xlii, col. 51-64, est un sermon (de 428?) sur la mission du Christ et la réprobation du peuple juif et de son culte. 2292 Sur le caractère messianique du Christ, cf. Semi., xci. /V» CLASSE : POLÉMIQUE CONTRE LES HÉRÉSIES. — 1. Histoire générale des hérésies; 2. contre les mani­ chéens; 3. contre les donatistes; 4. contre les pélagiens; 5. contre les ariens. 1. Histoire des hérésies. — 21« Le Liber de hæresibus, P. L., t. xlh, col. 15-50, composé à la prière du diacre de Carthage, Quodvultdeus, en 428-429, est une notice, très précieuse pour l'histoire des doctrines, de chacune des 88 hérésies qu'Augustin compte depuis Simon le Mage jusqu'à Pélage. Malheureusement la mort arrêta l’auteur avant la réfutation qu’il avait projetée. Édition spéciale de Danée, Genève. 1571 ; de Ed. Welchman, in 8·, Oxford. 1871 ; de (Eider, dans le Corpus hæreseologicum, Berlin, 1856, 1. 1, p. 187-225. — Laurentius Cozza, O. Min., Com­ mentarii historico-dogmatici in I. s. Augustini De hæresibus ad Quodvultdeum, 2 in-fol., Rome, 1707 (sur les 22 premières hérésies seulement). 2. Contre les manichéens. — 22» Les deux livres De moribus Ecclesiæ catholicæ et de moribus manichæorum, P. L., t. xxxn, col. 1039-1378; Retract., 1. 1, c. vu, furent composés par Augustin à Rome (388) aussitôt après son baptême. Ce parallèle est une réponse aux insolents défis des manichéens et dévoile l’hypocrite austérité de mœurs de leurs élus. Le Ier livre, après avoir établi la théorie de la charité source de toute sainteté, n. 1-62, exalte les vertus de l'Église dans ses religieux, ses clercs et ses laïques, n. 62-74. Le II» livre ré­ prouve les principes manichéens sur l’origine du mal, n. 1-18, et dévoile les turpitudes secrétes des adeptes, n. 67-75. 23» Le Liber de duabus animabus, P. L., t. xlii, col. 93-112, a été écrit au commencement du ministère sacerdotal d'Augustin (avant août 392), pour réfuter la doctrine des deux âmes dont l’une serait une émanation de Dieu, l'autre serait l'œuvre du principe mauvais. Toute âme vient de Dieu, n. 1-9, et l'origine du péché est dans la liberté, n. 11-15. 24» Les Acta seu disputatio contra Fortunatum manichæum, P. L.,t. xlii, col. 111-129; Retract., 1. I,c. xvi, sont le procès-verbal d'une discussion publique qui dura deux jours (28-29 août 392) entre Augustin et For­ tunat qu'il appelle prêtre manichéen. Le débat roule sur la nature du mal; coéternel à Dieu, dit le mani­ chéen, né de la liberté, dit Augustin. Au second jour, Fortunat dut avouer qu'il n'avait rien à répondre, et bientôt quitta Hippone. 25» Le Liber contra Adimantum, manichæi discipu­ lum, P. L., t. xlii, col. 129-172; Retract., 1. I, c. xxn, a été écrit entre 393 et 396. Parmi les ouvrages secrets des manichéens étaient ceux d’Adimante, le plus illustre peut-être des disciples de Manès, sur les prétendues con­ tradictions entre les deux Testaments. Ayant pu avoir ces livres, Augustin en reproduit le texte, et les réfute en conciliant les passages allégués. D’après les Rétrac­ tations, loc. cil., plusieurs de ces questions ont été trai­ tées dans la chaire d'Hippone; d’autres sont restées sans réponse, faute de temps. 26» Le Liber contra epistolam manichæi quam vocant « Fundamenti»,P. L.,t. xi.ti, col. 173-206; Retract., 1. II, c. π : même époque, 393-396. Cette lettre de Manès était comme le catéchisme des manichéens. Augustin en re­ produit le texte et en réfute la première partie avec grande modération : il se contente de notes pour la lin. Les questions agitées sont : les deux principes, la créa­ tion, l’origine du mal. 27» Les trois livres De libero arbitrio, P. L., t. xxxn, col. 1231-1310, furent commencés â Rome dès 388, sous forme de dialogue, comme les autres œuvres de cette époque. Le Ier livre est en effet le fruit des entretiens d’Augustin avec Évodius son ami, sur l’origine du mal, qui se trouve dans la liberté. Plus tard, à Hippone, il acheva les deux autres livres, avant la fin de 395. Le H* £293 AUGUSTIN (SAINT) 2294 examine pourquoi Dieu nous a donné une liberté ca­ donc une nouvelle apologie de l'Ancien Testament, que pable de pécher» el surtout, ajoute le 111' livre, quand le Nouveau n'a jamais réprouvé. sa prescience lui montrait nos fautes futures. Plus lard, Sur la controverse manichéenne, consulter encore : b- ■ --les pélagiens et semipélagiens ont invoqué certains pas­ religione et De utilitate credendi ; De Genesi cont. nui -; les Confessions, passim: les Epist., lxxix, ccxxxvi: !’£· . sages de ces livres, mais à tort, dit saint Augustin, De­ ratio in Ps. exc; les Senn., i, n, xn, clih, clxxxxii. tract., 1. I, c. ix. n. 3-6. Cf. De natura et gratia, n. 80ccxxxvn. 81. P. L., t. xliv, col. 286; De dono persev., n. 26-30, ibid., col. 1008. 3. Contre les donatistes. — Ces ouvrages, écrits la 28» Contra Faustum manichæum, libri ΧΧΧΙΙΤ,Ρ. L., plupart de 400 jusqu'à la conférence de 412, développent t. xlii, col. 207-518; Detract., 1. H, c. vu. Ce Faustus, les grandes théories de l’Église visible, comprenant dans gente Afer, civitate Milevilanus, eloquio suavis,ingenio son sein même des pécheurs, de l’efficacité des sacre­ callidus, 1. I, c. 1, est celui-là même dont l'ignorance ments indépendante des dispositions du ministre, de la avait désenchanté Augustin. Confess., 1. V, c. IH-vi. non-réitération du baptême, même conféré hors de Dans un ouvrage publié vers 400, « il blasphéma contre l’Église. la Loi et les prophètes, contre leur Dieu, contre l’incar­ 34» Le Psalmus contra partem Donati, ou Ps. abece­ nation du Christ. » Augustin le réfuta, et, selon sa mé­ darius, P. L., t. xliii, col. 23-32, est un chant pure­ thode préférée, suivit pas à pas son ouvrage : de là ment rythmique (le plus ancien document du genre) de XXXlll livres ou dissertations qui sont une admirable 240 vers, composé par Augustin, entre 393-396, à l'usage apologie du judaïsme et du christianisme. Malheureuse­ du peuple. Chacune des 20 strophes de 12 vers était ment le désordre de l'œuvre de Faustus a ici son contre­ désignée par une lettre de l’alphabet commençant le pre­ coup, des redites et un peu de confusion. Fessier, mier mot, de là le nom d'abecedarius. Après la lettre V. 2' édit. Jungmann, t. n, 1. p. 295, a donné un tableau Augustin ajouta une prosopopée de l’Eglise rappelant ses méthodique des questions traitées. enfants égarés. Pour le fond, c'est l'histoire et une courte 29° De actis cum Felice manichæo libri duo, P. L., réfutation du schisme. Cf. Detract., L II, c. xx. t. xlii, col. 519-552; Retract., I. II. c. vm. C’est le Pour l’étude littéraire du psaume, voir plus haut, n. 12. procès-verbal officiel de la conférence de deux jours (en 404) entre Augustin et-le manichéen Félix, qui 35» Les trois livres Contra Epistolam Parmeniani, s'avoua vaincu, et signa l’anathème contre Manès. La P. L., t. xliii, col. 33-108, ont été composés en 400, après discussion avait roulé sur la mission de Manès, n. 1-15, les lois d’Honorius en 399 contre l’idolâtrie. L. I, c. ix. sur l'immutabilité de Dieu, la liberté source du mal, et L’occasion de cet ouvrage fut la lettre par laquelle l’ar­ la rédemption par le Christ. ménien, évêque donatisle de Carthage (déjà mort en 400). 30° Liber de natura boni contra manichæos, P. L., avait reproché à Tichonius, son coreligionnaire et l’au­ t. xi.it, col. 551-572; Detract., 1. II, c. tx. Composé en teur des célèbres règles d’exégèse, d'être trop conciliant 405, cet opuscule développe la thèse que tout être, ma­ en accordant que l’Église doit être universelle et ne peut tériel ou immatériel, ayant Dieu pour auteur, est bon en être restreinte à un coin de l’Afrique. Le saint docteur son essence, que le mal est toujours un déficit et qu’on établit donc la catholicité de l’Église, discute l’origine ne saurait concevoir un principe des choses absolument du schisme donatiste; en fait, on n'a pu prouver que mauvais. les consécrateurs de Cécilien fussent des traditores, L 1, 31° Le Liber contra Secundinum manichæum, P. L., c. πι-vi; en droit, l’Église ne périt pas, parce qu'elle a t. xlii, col. 577-602; Detract., 1. Il, c. x, écrit vers des indignes en son sein, 1. II et III; digressions sur 405-406, n’est que la réponse d'Augustin au Romain les lois contre les donatistes, 1. I, c. vm-xiv; 1. Ill, Secundinus, auditeur manichéen qui, ayant lu ses ou­ c. vi. vrages contre sa secte, lui avait écrit pour essayer de le 36» Les sept livres De baptismo contra donatistas, ramener au manichéisme. P. L., t. xlii, col. 571-577. P. L., t. xliii, col. 107-244; Retract., 1. IL t. xvm, sont S. Augustin déclare, Detract., loc. cit., qu’il préfèrecet de la même époque (vers 400). La thèse de la validité du écrit à tous les autres contre les manichéens. baptême conféré hors de l’Église y est examinée surtout A la controverse manichéenne nous rapportons deux historiquement, pour arracher aux donatistes l'autorit · ouvrages contre les priscillianistes et les marcionites : de saint Cyprien. Augustin constate que, malgré son erreur sur la réitération du baptême, Cyprien a con­ 32° Le Liber ad Orosium contra priscillianistas et origenistas, P. L., t. xlii. col. 669-678; Detract., 1. II, damné le schisme, I. Il ; il critique successivement les c. xliv. L’espagnol Paul Orose, réfugié, en 414, auprès lettres à Jubaianus, 1. 1II-V, à Quintus, 1. V, c. xvm-xix, d’Augustin, lui avait remis une consultatio ou commo­ l’épitre synodale aux évêques de Numidie, 1. V. c. xxnitorium de errore priscillianislarum, P. L., ibid., xxti, la lettre à Pompée, 1. V, c. xxm-xxviii, enfin les col. 665-669, tableau des doctrines manichéennes, mêlées Sententiæ episcoporum (87) du concile de Carthage en 256, 1. VI et VII. A comparer avec Centra < d'astrologie, que Priscillien, séduit par le fameux Marc de Memphis, avait léguées à l’Espagne. Augustin, en 1.1, c. xxxn; 1. II, c. xxxi-xxxvni; De un. bapt. c. Petit., c. xiii-xvi. n. 22-26. 415, les réfuta dans ce livre ad Orosium, mais briève­ ment, parce que ses ouvrages antimanichéens avaient 37° Les trois livres Contra litteras Petiliani, P. L., épuisé la matière. Dans la lettre ccxxxvn, adCeretium, t. xliii, col. 245-388; Detract., 1. II, c. xxv, ouvrent la P. L., t. xxxm, col. 1034, il reproche surtout aux pris­ controverse avec l’évêque donatiste de Cirtha (Constan­ cillianistes leurs impudentes falsifications et leur fameuse tine); ils ont été écrits de 400 à 402, à mesure que les loi : Jura, perjura, secretum prodere noli. Quant à documents donatistes parvenaient à l’évêque d’Hippone. Pétilien, né catholique, violemment arraché à l’Église l’origénisme, Augustin préféra adresser Orose à saint Jérôme avec sa lettre clxvi, De origine animæ, P. L., | par les donatistes, rebaptisé et ordonné malgré lui, étant t. xxxm, col. 720, 733; Detract., 1. II, c. xi.v. devenu leur évêque à Cirtha et une des colonnes du 33“ Les deux livres Contra adversarium Legis et Pro­ parti (il sera un des orateurs de la conférence de 412), avait adressé à ses prêtres une lettre contre l’Église phetarum, P. L., t. xlii, col. 603-666; Detract., 1. Il, c. lvhi. En 420, des fidèles d’Hippone transmirent à leur catholique. Augustin, en ayant eu des fragments, adressa évêque un codex anonyme, qu’on lisait et vendait publi­ aussitôt une lettre pastorale à ses fidèles pour les pré­ quement au détriment de la foi : l'auteur, marcionite munir : c’est le livre Ier. Le texte même de la lettre ou d'une secte analogue (Augustin n’a pu deviner, 1. I, donatiste lui ayant été remis plus tard, il la réfute phrase c. i), prétendait que la création et tout l'Ancien Testa­ par phrase dans les cent huit chapitres du i. 11·. Enfin. ment sont l'œuvre du démon. La réponse d'Augustin est Pétilien ayant répondu au I. Ier par une seconde lettre 2295 AUGUSTIN (SAINT) 2296 pleine d'invectives, Augustin, dans un HPlivre, montre ' d’une mission restée secrète), Émérite, qui avait été l’un des orateurs donatistes en 411, vint, saluer l’évêque 1 impuissance de son adversaire. A remarquer : la dis­ d’Hippone, qui l’invita à l’accompagner, le jour même, cussion du principe donatiste : « de la conscience du à l’église catholique pour une discussion devant le ministre dépend la justification du baptisé, » 1.1, c. ii-ix; peuple : Émérite accepta, la conférence eut lieu devant 1. II, c. ni; la contradiction des donatistes qui anathéplusieurs évêques, amis d’Augustin. L’évêque d’Hippone matisent les maximianistes et ne les rebaptisent pas, 1. I, prononça le Sermo ad Cæsareensis Ecclesiæ plebem c. x-xvin; le débat sur les lois impériales de répression, Emerito pressente habitus, P. L., t. xliii, col. 689-698, 1.1, c. xvm; 1. II, c. xiv-xxm, xxxix-xliii, lxxiii-ci ; 1. Ill, sur la paix, sur la conférence de 411 ; Émérite, sans c. xxxix. doute se sentant vaincu, refusa de prendre la parole 38° Ad catholicos epistola contra donatistas, ou De (16 septembre 418). unitate Ecclesiæ liber unus, P. L., t. xliii, col. ,391-ί ίβ. Deux jours après, nouvelle conférence à l’église, Cetle lettre pastorale, qui porte le nom d’Augustin, et, racontée dans le De gestis cum Emerito Cæsareensi d’après c. 1. η. 1, aurait dû être écrite entre le IIe et le donatistarum' episcopo liber unus, P. L., t. xi.m, IIIe livre de l’ouvrage précédent (en 402), avant qu'Aucoi. 697-706 : Emérite s'obstina, persista dans son gustin connût la 2e lettre de Pélilien, est d'une authen­ mutisme, mais sans se convertir. ticité très douteuse. Elle a en sa faveur le catalogue de 45° Les deux livres Contra Gaudentium, donalistaPossidius, c. m, signalant une Epistola c. don. ad rum episcopum, P. L., t. xliii, col. 707-752; Retract., catholicos fratres (mais est-ce celle-ci ?) et une citation 1. II, c. lix, sont le dernier écrit antidonaliste (vers 420). du IIe concile de Constantinople, en 553, Mansi, t. ix, Gaudentius, évêque donatiste deïhamugade, un des ora­ col. 261-262, l'attribuant â Augustin. Mais contre elle il teurs de 411. irrité des lois sévères de l’empereur, entre­ y a le silence des Rétractations, qui signalent la lettre tenait, chez ses fidèles, la fureur du suicide, et avait pastorale précédente, Contra lilt. Pelii., 1. I, un style écrit en ce sens, au commissaire impérial Dulcitius, non seulement inférieur, mais de caractère tout diffé­ deux lettres que celui-ci transmit à l’évêque d’Hippone, rent, tourmenté, déclamatoire, l’obscurité fréquente de pour les réfuter. C’est le sujet du Ier livre. Gaudentius la pensée, une langue parfois barbare, des opinions ayant répondu à son tour à Augustin, celui-ci répliqua opposées à celles d'Augustin : les bénédictins, loc. cit., par le livre 11°; la question agitée est surtout celle des col. 389-390, hésitaient beaucoup; nous croyons qu'une lois de rigueur et du suicide. Cf. Epist., CCiv, P. L., comparaison minutieuse avec les autres traités doit faire t. xxxn, col. 939-942. rejeter cet opuscule qui agite, d'ailleurs, les mêmes questions que l’ouvrage précédent et combat également Voir sur la controverse donatiste : Epist., xxm, xxxm-xxxv, Pétilien (ce que ne suppose pas Possidius). XLIII, XLIV, XLIX, LI-LIIl, LVI-LVIII, LXt, I.XVI, LXX, LXXVt, I.XXXVI-LXXXIX, XCIII, XCVII, C, CV-CVIII, CXI, CXII, CX.XVIll, 39° Les quatre livres Contra Cresconium grammati­ CXXIX, CXXXI1I, CXXX1V, CXXXIX, CXLI, CXLH, CXLtV, CLXX11I, cum partis Donati, P. L., t. xliii, col. 445-591· ; clxxxv, ccrv, P. L., t. xxxm. Retract., 1. II, c. xxvi, continuent la même polémique. Tractatus in Joa. Evang..tr. IV-VI, ΙΧ-ΧΧΠΙ; In Epist. Joa., Ils sont écrits peu après les lois répressives d'IIonorius tr. I-IV, P. L., t. xxxiv ; Enar. in Ps. x, xxv (enar. n), .v.r.r en 405, 1. m, c. xlvii; Retract., loc. cit., donc vers (enar. m), xxxn (enar. m), xxxm (enar. n), xxxv, xxxvt 406. Le rhéteur Cresconius avait pris la défense de la (senn. n, ni), xxxix, uv, i.vn, lxxxv, xcv, xcvm, ci, exix, 1" lettre de Pétilien, son évêque, et attaqué le livre I» CXXIV, CXXXIl, CXLV, CXLVll, CXLIX, P. L., t. xxxvi-xxxvn ; Sérm., x, xlvi, XLvn, lxxxviii, xc, xcix, cxxix, cxxxvm. Contra lilt. Petiliani. A signaler : l’inutilité du baptême CXLVI, CCLXV, CCI.XVI, CCLXVIII, CCLXIX, CCXCIt, CCCLVII-CCCLX, des hérétiques, quoique valide, 1. I, c. xxi-xxxiv; la notion de l’hérésie et du schisme, 1. II, c. m-ix (les P. L., t. xxxvm-xxxix. donatistes sont hérétiques); tout le livre IV roule sur la 4. Contre (es pélagiens. — Le système augustinien de fameuse scission des maximianistes. la grâce devant être étudié plus loin, nous nous borne­ 40° Le Liber de unico baptismo contra Petilianum, rons ici aux indications chronologiques nécessaires. Cf. P. L., t. xliii, col. 595-614; Retract., 1. Il, c. xxxiv, est Garnier, édit, de Mercator, diss. VI, c. n, De scriptis le dernier de cette polémique (vers 410). Pélilien était ab Augustino adversus pelagianos, P. L., t. xlviii. revenu à la charge par un écrit, De unico baptismo, col. 546-566. — Nous distinguerons les écrits :a) contre l’évêque d’Ilipoone donna le même titre à sa réponse Pélage et Célestius; b) contre Julien; c) contre les qui revient sur les mêmes idées et touche à la question semipélagiens. historique de Cécilien, etc., c. xvi-xvn. a) Contre Pélage et Célestius (412-419). — -46» Les 41° La Lettre, cvhi, à Macrobe, évêque donatiste d’IIiptrois livres Depeccatorum meritis et remissione, P. L., pone, P. L., t. xxxm, col. 405 118, est de la même t. XLiv, col. 109-200 (souvent cités sous ce titre : De époque (410) et doit être rapprochée de cette controverse. baptismo parvulorum, par Augustin lui-même, Epist., Augustin reproche au successeur de Proculeianus : cxxxix, n. 3, ou encore Libri ad Mareellinum), Retract., a) de rebaptiser les catholiques, tandis qu’il ne rebaptise 1. II, c. xxxm, ont été écrits à la prière du tribun pas les maximianistes; b) de se séparer de l’unité de Marcellin (412). Le Ier livre établit la chute d'Adam, l’Église. cause de la mort et du péché que le baptême remet dans les enfants; le IIe combat l’impeccabilité pélagienne; 42° Le Breviculus collationis cum donatislis, P. L., le IIIe est une lettre ajoutée après coup pour réfuter t. xi.in, col. 613-650 ; Retract., 1. II, c. xxxix. n’est qu’un résumé, à l’usage des fidèles, du procès-verbal l’exposition de Rom., v, 12, par Pélage. 47° Le livre De spiritu et littera, P. L., t. xi.iv, officiel des trois jours de conférence contradictoire entre 201-246; Retract., 1. II, c. xxxvn, répond aux préoc­ les évêques catholiques et donatistes (juin 411). cupations de Marcellin troublé d’avoir lu, dans l’ouvrage ■43° Le Liber ad donatistas post collationem, P. L., précédent, que l’homme peut être sans péché avec la t. xliii, col. 651-690; Retract., 1. II, c. XL, est un appel grâce, mais de fait ne l’est pas. Il a été écrit à la fin de adressé, après la conférence, aux laïques donatistes 412, du moins avant le meurtre de Marcellin (septembre pour les inviter à l’union et les prémunir contre les 413). Dans le titre, les termes spiritus et littera, em­ faussetés répandues par leurs évéques. L’Epistola, c.xi.r, pruntés â II Cor., m, 6, équivalent â gratia et lex. Cf. P. L., t. xxxm, col. 577-583, est une invitation semblable, Cont. Faust.manich., 1. XV, c. vm; Cont. Julian, opus mais plus courte, au nom des évêques du synode de imp., 1. II, η. 157. La loi seule est littera occidens, la Zerta. 44° La Conférence avec Émérite, évêque donatiste de grâce du Saint-Esprit vivifie en inspirant la < délecta­ tion » de la charité. Césarée, est un épilogue de celle de Carthage. Augustin 48° Le De natura et gratia ad Timasium et Jacoétant venu à Césarée, en 418 (chargé, par le pape Zozime, I 2297 AUGUSTIN (SAINT) 2298 bum contra Pelagium, P. L., t. xliv, col. 247-290; ' les plus monstrueuses erreurs, empruntant aux mani­ Retract., 1. II, c. xlii, esl la réfutation (en 415) du I chéens l'émanation, aux origénistes la préexistence des livre de Pelage De natura, transmis à Augustin parces âmes, aux péjagiens le salut sans le baptême. Augustin deux jeunes moines, que Pelage avait gagnés à la vie répondit par cet écrit en quatre livres : le 1“ adressé religieuse. A remarquer : les ménagements pour au moine Renatus qui lui a transmis l’ouvrage de Pelage, c. VI, col. 250, sa théorie exposée, c. vti-x, xix, Victor; le II» au prêtre espagnol Pierre à qui Victor a col. 250-256, la discussion des témoignages des saints dédié son livre; le 111» et le IV» à Victor lui-même qu'il Hilaire, Ambroise, Jérôme, etc., c. lxi-lxviii, col. 284traite avec une indulgente bonté. Il réfute l'émanatisme, 288. Cf. remerciements de Timasius, Epist., clviii, 1. I, n. 4, 23.24; I. II, n. 4, 7; il justifie ses hésitations P. L., t. xxxm, col. 741. entre le traducianisme et le créalianisme, et en lin 49» Le Liber de perfectione justitias hominis, P. L., affirme que pour ceux qui meurent sans baptême, il n’y t. xi.iv, col. 221-318, est adressé, en 415, aux évêques a ni paradis, ni prière de l’Eglise. Eutrope et Paul qui ont remis à Augustin un écrit b) Contre Julien d’Eclane (419-430). — 55» Des deux apporté de Sicile, les Definitiones ou raisonnements livres De nuptiis et concupiscentia, P. L., t. xliv, attribués à Célestius et certainement d’accord avec un col. 413-474; Retract., 1. II, c. lui, le Ier fut adressé, au ouvrage de lui, c. i. Saint Augustin réfute lesl6 raisons commencement de 419, au comte Valère que l'évêque de Célestius, c. I-vil, et puis explique les textes scrip­ d’Hippone voulait prémunir contre les écrits pélagiens turaires apportés en faveur de l’impeccabilité possible. (de Julien sans doute) qu'il avait reçus, c. Il, n. 2, 50· Le Liber de gestis Pelagii, P. L., t. xliv, col. 319col. 414; il y est prouvé que la doctrine du péchéoriginel n'est pas la condamnation du mariage. Julien d’Éclane 360: Retract., 1. Il, c. xlvii, dédié en 417 â l’évéque Aurèle, de Carthage, est le plus précieux document publie aussitôt contre l’ouvrage d’Augustin un factum pour l’histoire du concile de Diospolis dont il reproduit en quatre livres dont des fragments sont transmis par le et explique les actes. On y trouve la série des articles comte Valère à l’évêque d’Hippone, qui composa le reprochés à Pelage, qu’il dut désavouer ou condamner livre II», défense du I»r contre les calomnies de Julien. pour être absous. Saint Augustin donne un résumé de Avec celui-ci, le débat roulera habituellement sur la tout l’ouvrage, n. 60-66, col. 355-358. concupiscence, inclination innocente d’après lui, péché Daniel, S. J., Histoire du concile de Palestine ou de Dios­ (matériel) et cause de péché d’après le saint docteur. polis. dans te Recueil de divers ouvrages philosophiques, etc., 56“ Les quatre livres Contra duas epistolas pelagiain-4·, Paris, 1724, t. i, p. 700 sq. norum, P. L., t. xliv, col. 449-638;. Retract., 1. Il, 51» La Lettre, clxxxvi, à Paulin de Noie, P. L., c. lxi, sont adressés (vers 420) au pape saint Bonit. xxxm, col. 815-831, esl de la même année (417), face Ier (418-422) qui avait transmis à Augustin deux résume le synode de Diospolis, n. 32, col. 827, et lettres, l’une, disait-on, de Julien, envoyée â Rome, prouve l’inlluence de Pélage sur saint Paulin, n. 1, l’autre des dix-huit évêques pélagiens envoyée à Rufus, col. 516; la lettre, CLXXXVlll, à Juliana, mère de la vierge évêque de Thessalonique : il y a quelque doute sur Démélriade, est de la même époque (fin de 417 ou com­ la première. Op. imperf. cont. Jul., 1. I, c. xvin. Le mencement de 418), P. L., ibid., col. 848-854, et montre I»r livre réfute la lr« lettre qui accuse Augustin d’être Faction dangereuse de Pélage sur cette illustre famille manichéen, denier la liberté et decondamner le mariage. à laquelle Julien d’Éclane s’était allié par son mariage Les livres II-IV réfutent la 2» lettre sur des reproches avec la, dont Paulin, apparenté lui-même aux Anicii, analogues, et précisent la doctrine des pélagiens. avait chanté l’épithalame. P. L., t. un, col. 633-638. 57» Les six livres Contra Julianum, hæresis pelaGarnier, S. J., craint même que Déinétriade n’ait été gianæ defensorem, P. L., t. xliv, col. 641-874; Retract., favorable à l’hérésie. P. L., t. xi.vm, col. 554. I. II, c. LXti, furent composés en 421 après la mort de 52“ Les deux livres De gratia Christi et de peccato saint Jérôme, quand l’ouvrage intégral de Julien en originali, P. L., t. xliv, col. 359-410; Retract., 1. II, quatre livres fut parvenu à Augustin. Les livres I-Il c. 1., ont été écrits contre Pélage et Célestius en 418, forment une réfutation générale de Julien par le témoi­ après la condamnation de l’hérésie à Rome et en gnage des Pères grecs et latins : ce sont eux qu’il Afrique; Augustin était resté à Carthage, après le con­ accuse de manichéisme; les textes d’Irénêe, de Cyprien, de Reticius, d’Olympe, d’Ambroise, de Basile, de Jean cile du 1er mai, et n'avait pas encore rempli sa mission à Césarée. Les nobles et pieux Romains Pinien (sanctus Chrysostome, etc., sont discutés. Les quatre derniers Pinianus, dit Augustin, Cont.Jul., 1. IV, n. 47), Mélanie livres réfutent pas à pas, selon la méthode du grand et Albina, influences par Pélage qui protestait de son docteur, chaque phrase des quatre livres de Julien, sur orthodoxie, s’adressèrent à l’évêque d’Hippone. Celui-ci, le péché originel et le mariage, 1. III, sur la concupis­ dans le l»r livre, De gratia, dévoile les ruses de Pélage cence, 1. IV et V, sur le baptême des enfants, I. IV. qui appelle grâce la liberté, ou la loi, ou la rémission 58“ L’Opusimperfectum contra Julianum, ou contra des péchés. Le II» livre, De peccato originali, établit secundam Juliani responsionem, P. L., t. xliv, col. 1049l'existence et le caractère dogmatique du péché originel 1608, en six livres, est le dernier ouvrage du grand même dans les enfants. docteur, interrompu par la mort. Julien, réfugié en 53“ La Lettre, exetv, au prêtre romain Sixte (plus tard Cilicie, ayant connu la première réponse d’Augustin Sixte 111), P. L., t. xxxm, col. 874-891, est aussi de (De nuptiis, 1. II), écrivit aussitôt contre lui un 418 et doit être signalée, à cause des troubles seinipélapamphlet virulent en huit livres, qui ne parvint à l’évêque d’Hippone qu’en 428, pendant qu’il préparait giens dont elle fut l’occasion. Augustin y insiste sur le mystère de la prédestination gratuite (à la grâce), n. 4le III» livré des Rétractations. A la prière d’Alypius, il 5, 20, 30, 34; c’est au n. 19, qu’est la célèbre formule : réfuta, livre par livre et point par point, le texte inté­ eu ni Deus coronat merita nostra, nihil aliud coronat gralement reproduit de Julien. Les réponses sont par quam munera sua; il atteste que les pélagiens recou­ suite trop morcelées pour garder toute leur force, si le raient déjà aux mérites futuribles des enfants, pour lecteur ne fait la synthèse. Le débat porte surtout sur nier la gratuité de la grâce, n. 35-43. le péché originel, I. II et III, la concupiscence, 1. IV-V, 54“ Les quatre livres De anima et ejus origine, P. L., et la liberté après la chute, 1. VI. t. xliv, col. 475-548; Retract., 1. II, c. lvi, peuvent être c) Contre les semipélagiens (426-430). — 59» Le indiqués ici, quoique composés en 420. Vincenlius livre De gratia et libero arbitrio, P. L., t. xliv, col.881Victor, jeune donatiste récemment converti, étonné des 912; Retract., 1. II, c. lxvi, fut écrit en 426 ou 427 hésitations de l’évêque d’Hippone sur l'origine de l'âme, pour les moines d’Hadrumet, aujourd'hui Mahomet* en écrivit contre lui un factum en deux livres, ou il mêlait Tunisie. Dans ce monastère, la lettre cxciv a Sixt.. 2299 AUGUSTIN (SAINT) 2300 envoyée par le moine Florus, avait excité des disputes attaques de part et d'autre, Maximin s'éternise dans un ardentes, plusieurs croyant la liberté anéantie par Au­ long discours, col. 724-740, qui absorba tout le temps, gustin. L’abbé Valentin envoya ses moines Cresconius et, au lieu de reprendre le débat le jour suivant, an­ et Félix consulter l’évêque d'Hippone. Celui-ci les nonça son départ pour Carthage. Augustin fit constater instruit, leur remet deux lettres pour l’abbé Valentin et le procédé déloyal dans le procès-verbal, et réfuta le sa communauté, Epist., ccxiv (ou est expliquée la discours dans ses deux livres contre Maximin. Maximin lettre à Sixte) et ccxv, L., t. xxxm, col. 968-974, et accordait à Augustin la distinction des trois personnes, en même temps ce traité composé pour affirmer la mais il niait l’unité d’opération et de substance. C'est gratuité de la grâce sans détriment de la liberté. Le cette consubstantialité et l’égalité des trois personnes calme fut rétabli, mais pas entièrement, Valentin, avec ' que démontre l’évêque d'Hippone. sa lettre de remerciements, ccxv, ibid., col. 974, envoya L'arianisme est encore combattu, Serm., ui, cxvm. cxxvi, Florus au saint docteur. cxxxv, cxxxix, cxl, ci.xx.xin, cccxLi. P. L., t. xxxvm-xxxxi; 60° Le livre De correptione et gratia, P. L., t. xi.iv, Tractatus in Joannem. XVII, XVIII, XX, XXVII. XXXVI, XXXVII, XLIX, LIX, LXXI, P. L., t. XXXV; Epist., CLXXI, col. 911-946; Detract., I. H, c. lxvii, fut la réponse ccxxxvm-ccxi.il, P. L., t. xxxm. (427) à la question posée par Florus, au nom des moines inquiets : « Si la grâce seule donne la persévérance v» classe : BXÈGÈSB SCRIPTURAIRE. — Après un dans le bien, pourquoinous reprend-on de nos chutes’.'» traité théorique, nous énumérerons les écrits exégéAugustin répond que la liberté demeurant, la correc­ tiques dans l'ordre de la Bible. tion est légitime. Homo, in eo quod audieras et 1. Théorie de l'exégèse. — 60» De doctrina Chris­ tenueras, in eo perseverares, si velles, dit-il aux fidèles, tiana libri IV, P. L., t. xxxiv, col. 15-122. — C'est un c. vn, n. 11, col. 923. Mais il développe le dogme de la vrai traité d’exégèse, le premier en date (saint Jérôme gratuité de la prédestination totale, le don de la persé­ ayant plutôt écrit en polémiste), composé en grande vérance. A ce propos, il établit entre la grâce d'Adam et partie (1. I-III, c. xxxvi) dès 397, achevé en 426, et celle de ses fils rachetés une distinction qui a fait divisé en deux parties : voyant dans la Bible une couler des flots d'encre, et dont Jansénius a voulu faire grande source de la doctrine chrétienne, non Tunique la clef de la doctrine augustinienne. ni la première, Augustin trace la méthode : a) d'en dé­ A. Arnauld a composé de cet écrit une Synopsis analydca couvrir le sens; c’est la lr» partie, véritable herméneu­ placée en tète de quelques exemplaires de l'édition bénédictine, tique comprenant I. I-III; b) de l’exposer au peuple; mais supprimée ensuite comme janséniste. c’est la II» partie qui donne les principes, non de l’ex­ 61° L'Épître, ccxvn, à Vitalis de Carthage, P. L., position scientifique, mais de l'homilétique ou prédi­ t. xxxm, col. 978-989, serait de 427, d’après les béné­ cation. Impossible d’entrer dans le détail : c’est le dictins (Garnier la croyait plus ancienne, 420-424). Elle monument historique le plus utile pour connaître le est très importante pour l’histoire du semipélagianisme caractère de l’exégèse à cette époque. qui avait des représentants à Carthage comme à Mar­ Édition séparée par Bruder, Leipzig. 1838. — Études impor­ seille. A remarquer : les duodecim sentential du c. v, tantes de Clausen, Schneegans. Voir plus loin. n. 16, col. 984, ou douze règles de foi sur la gratuité de la grâce, qui marquent un grand progrès de la ques­ 2. Commentaires sur l'Ancien Testament. — Trois tion depuis les canons de Carthage en 418. commentaires sur la Genèse, sans compter le quatrième 62» et 63° Le Liber de prædestinatione sanctorum inséré au 1. XI-XVI des Confessions, montrent l'esprit (des fidèles), P. L., t. xliv, col. 959-992, et le Liber de d’Augustin cherchant avec une anxiété croissante l'ex­ dono perseverantiæ, ibid,, col. 993-1034, ont été écrits plication scientifique des origines. tous les deux après les Hélractations, en 428-429, contre 67» Les deux livres Dé Genesi contra nianichæos, P. L., les semipélagiens des Gaules. Lesdeux laïques instruits t. xxxiv, col. 173-220; Detract., 1. I, c. x, ont été écrits et zélés, Prosper et Hilaire, témoins de l'agitation sou­ par le nouveau converti à son retour d’Italie (388-390) levée dans le clergé régulier et séculier du midi de la pour réfuter les objections des manichéens contre le Gaule par les écrits d’Augustin, surtout par le De cor­ récit de la création. Dans cette explication de Gen., i-m, reptione et gratia, informèrent l'évêque d'Hippone des il a blâmé lui-même l’abus du sens allégorique. nouvelles doctrines. Epist., ccxxv, ccxxvi, P. L., ibid., 68» Le De Genesi ad litteram liber imperfectus, col. 947-959; t. xxxm, col. 1002 sq. On prétendait d’une P. L., t. xxxrv, col. 219-346; Detract., 1. I, c. xvm, est part que Vinitium salutis devait venir de la volonté qui un essai d’exégèse littérale qu’Augustin, devenu prêtre, prie et désire le salut, d’autre part que la persévérance tenta vers 393-394. « Mais, dit-il, son inexpérience n'est pas un don, mais dépend de nous. Contre la pre­ succomba sous le faix, » Detract., loc. cit., et il renonça mière erreur, Augustin écrit le De prædestinatione, qui à poursuivre. A la révision de 426, il ajouta les n. 61-62. établit le don de Dieu, pour le commencement du salut, 69» Les douze livres De Genesi ad litteram, P. L., pour toute prière ou tout désir : la gratuité de la pre­ t. xxxiv, col. 245-486; Detract., 1. II, c. xxiv. sont le miere grâce est la base du dogme de la prédestination, travail définitif d’exégèse littérale sur le récit des ori­ celle-ci n’étant que la préparation de la grâce, c. x, n. gines. H a été écrit de 401 à 415, après l’interprétation 19, col. 974. La seconde erreur est réfutée dans le De plus allégorique donnée dans les Confessions. Le but dono (et non De bono) perseverantiæ, qu’on a aussi est bien d’écarter tout désaccord entre le récit biblique nommé Liber secundus de prædestinatione. et la vraie science. Mais, dit-il lui-même, in hoc opere, 5. Contre l'arianisme. — 64» Le Libercontra sermo­ plura quæsita quam inventa,et eorum quæinven ta sunt nem arianorum, P. L., t. xi.il, col. 677-708 ; Detract., pauciora firmata, cætera vero ita posita, velut adhuc 1. II, c. lu, est la réfutation, écrite en 418, d’un sermon requirenda sint. Detract., loc. cit. Les digressions y arien anonyme qu’on répandait parmi les fidèles et sont nombreuses : sur l’astrologie, 1. II, c. vm ; sur la dont le texte est donné en entier. L’auteur inconnu science des anges, 1. Ill, c. xxix ; les 1. VII et X ren­ soutenait l’infériorité du Christ par rapport au Père. ferment toute une psychologie, ou même, en y joignant 65» La Collatio cum Maximino arianorum episcopo, le I. VI. une anthropologie. Le 1. XII est une étude sur P. L., t. xi.ii, col.-709-742, et les Duo libri contra eumle rapt de saint Paul, II Cor., xn, 2-4, et sur les visions dem Maximinum arianum, ibid., col. 743-814, se rap­ surnaturelles. portent â la célèbre conférence de 428 à Hippone entre 70» Les sept livres Locutionum in Heptateuchum, le grand docteur et l’évêque arien Maximin, arrivé en P. L., t. xxxiv, col. 485-546; Detract., 1. II, c. liv, sont Afrique avec les Goths de Segisvult. La Collatio est le des notes critiques de linguistique sur les hébraïsmesou procès-verbal officiel du colloque : après quelques hellénismes qui obscurcissent la version latine. Vers419L 2301 AUGUSTIN (SAINT) 71° Les sept livres Quæstionum in Heptateuchum, P. L., ibid., col. 547-824, sont des scholia plus déve­ loppés signalant les problèmes que soulève le texte. Vers 419. 72° Les Annotationes in Job, P. L., il,id., col. 825-886, sont des notes marginales d’Augustin écrites de 397 à 400, publiées par d’autres, et assez maladroitement, sicut potuerunt vel voluerunt, dit-il. lietract., 1. Il, c. xm. De là, désordre, obscurité, hésitation de l'auteur à en accepter la paternité. 73° Les Enarrationes in Psalmos, P. L., t. xxxvtxxxvii, sont l’œuvre de toute la vie d’Augustin. A peine prêtre, il se mit à exposer, mais sans ordre déterminé, les divers psaumes : ce n'est que plus tard qu’il mil en ordre ces discours. Plusieurs n’ont jamais été prononcés: ainsi, en 415, il écrivit plusieurs commentaires qui ne sont pas des sermones, par exemple pour les Ps. lxv», lxxi, i.xxvii. Les trente-deux sermons sur le Ps. lxviii ontété écrits les derniers, bien après 415. Il ne faut point y chercher l’explication littérale des psaumes : mais, de l'aveu d’Ellies Dupin, si hostile pourtant à l’allégorie, c’est un chef-d’œuvre d'éloquence populaire, d’une verve et d’une originalité inimitables. 3. Écrits sur les Évangiles. — 74· Les quatre livres De consensu Evangelistarum, P. L., t. xxxtv, col. 1041-1230; Retract., 1. II, c. xvi, écrits vers l’an 400, sont une apo­ logie des Évangiles contre les infidèles et un essai de conciliation des apparentes contradictions des quatre récits. Le I" livre sur l’autorité, le caractère et le but des évangélistes, réfute l’accusation d'avoir altéré la doc­ trine du Christ. Le IIe et le IIP concilient Matthieu avec Marc, Luc et Jean. Le IVe étudie les particularités des trois derniers évangélistes. Sans doute certaines obser­ vations sont plus subtiles que solides. Mais de l’aveu du protestant Clausen, Augustinus... interpres, 1827, р. 107-115, nulle partAugustin n’adéployé plus de finesse et d'ingéniosité. 11. J. Vogels, S. Augustins Schrift De consensu Evangelistarum, Fribourg-en-Brisgau, 1908. 75“ Les deux livres Quæstionum Euangeliorum, P. L., t. xxxv, col. 1321-1364; Retract., 1. II, c. xn, sont le recueil fait après coup (vers 400) de réponses envoyées en divers temps et sans ordre à un lecteur passionné des Écritures : la note morale et mystique domine; le 1" livre est sur saint Matthieu, le II* sur saint Luc. 76“ Les deux livres De sermone Domini in monte, P. L., t. xxxiv, col. 1229-1308, sont le fruit du minis­ tère sacerdotal d’Augustin (393-396). Prenant pour base Matth., v-vn, il groupe dans le cadre du discours sur la montagne, et surtout des béatitudes, les autres paroles du Christ, et dans une synthèse remarquable d’onction et de profondeur, il résume ce qu’on nommerait au­ jourd’hui la théologie morale du Christ. 77“ Les Tractatus CXXIV in Joannis Evangelium, P. L., t. xxxv, col. 1379-1976, sont des homélies pro­ noncées vers 416. Ce commentaire suivi de saint Jean, d'allure tour à tour dogmatique et morale, est à bon droit rangé parmi les œuvres magistrales d’Augustin. Ariens, pélagiens, donatistes sont successivement com­ battus, et l’âme est toujours saisie. 78’ Les Tractatus X in epistolam (/·“) Joannis (ad Parthos), P. L., ibid., col. 1977-2062, sont de la même année (416) et s’arrêtent au c. v, ÿ. 3. L’orateur s’est sur­ tout attaché à la charité, tr. VIII-X, et à l’unité de l’Église, tr. II, III, X, 8-10. 4. Sur les Épitres de saint Paul, Augustin a laissé trois essais datant de son ministère sacerdotal. — 7!)" Ex­ positio guarumdam (84) propositionum ex Epist. ad Romanos, P. L., t. xxxv, col. 2063-2088; Retract., 1.1, с. xxiii, est le fruit des entretiens avec les frères du monastère d’Hippone (393-396) : comme on y lisait l’Épître aux Romains, Augustin était interrogé sur les passages difficiles : ses réponses, écrites par les frères avec son aveu, forment ce recueil. Les semipélagiens se 2302 réclamaient de la 9’ et Augustin avoue qu’alors il n’avait pas saisi le rôle de la grâce ad initiem salut s. De prædest. sanct., c. in-iv. 80“ L’Epistolæad Romanos expositio inchoata. P. !... t. xxxv, col. 2088-2106. ne développe que les salutations, I, 1-7, et la question du péché contre le Saint-i «prit, n. 14-23 (traitée aussi dans Serm., i.xxt. et Enchim i , c. lxxxiii). La difficulté le fit renoncer à l’entreprise. 81“ L'Expositio ad Galatas, P. L., ibid., col. 21052148, est un vrai commentaire expliquant le sens littéral de chaque verset. Cf. Retract., 1. I, c. xxiv. 5. Recueil scripturaire. — 82’ Le Speculum, P. L., t xxxiv, col. 887-1040, est un simple recueil des pres­ criptions morales extraites dans l'ordre même des Livres saints, sans aucun essai de systématisation. Il fut composé par Augustin sur la tin de sa vie (427), dans un but d’édification, comme un miroir de la loi divine. Il fut publié par Cl. Ménard à Paris en 1654 ; les critiques en prou­ vent l'authenticité par le témoignage de Possidius et les extraits d'Eugyppius. Seulement à la version italique, dont se servait pres­ que exclusivement Augustin, on a substitué (sauf de rares pas­ sages) le texte hiéronymien. Tommasl l’a édité à part, Rome. 1679. Un ouvrage analogue, sous ce titre de Liber de divinis scrip­ turis sive speculum, a été successivement publié : 1· par l’oratorien Vignier dans son Supplementum operum S. Augustini, 1654, t. i, p. 515-546, d’après un manuscrit de Théodulfe d’Orléans qui ne donne qu’un abrégé de l’ouvrage primitif, et très mal reproduit par Vignier; 2· par le card. Mai dans sa Nova PP. Bibliotheca, t. t b, reproduisant le Codex sessorianus qui donne le texte le plus pur de l'ouvrage complet, d'après 17ta la; 3· par Weihrich, à la suite du premier Spéculum, t. xu du Corpus de Vienne,p. 287-700, d’après le Sessorianus; il ajoute en note le texte complet de l’abrégé de Théodulfe, d’après les deux manuscrits Aniciensis (Le Puy) et Mesmianus (aujourd'hui à Paris, 9380). Ce Liber diflère du Speculum précédent en ce qu’il classe les textes dans un ordre méthodique pour en faire une somme doctrinale. Bien que Vignier, Mai et récemment Léopold Delisle aient vu dans ce Liber le véritable Speculum de saint Augustin, il est certainement supposé et le Speculum des béné­ dictins répond seul aux indications de Possidius. Cf. Weihrich en tète de son édition; Léopold Delisle, dans Biblioth. de l’École des chartes, 1884, p. 478487. Vl‘ CLASSE : EXPOSITION DOGMATIQUE ET MODALE. — 1. Exposition générale de la foi. — 83’ Le De fuie et symbolo, P. L., t. xl, col. 181-196; Retract., 1. I, c. xvn, est le discours sur le symbole prononcé au con­ cile d’Hippone, en 393, par Augustin simple prêtre, qui ne put refuser de le donner an public en le complé­ tant. 84“ Le De agone Christiano, ibid., col. 283-310. com­ posé dès 396, est un manuel de vie chrétienne, « expo­ sant, avec une extrême simplicité de langage pour nos frères peu exercés dans la langue latine, la régie <:■ la foi et des mœurs. » Retract., 1. Il, c. il. C'est l’J’n ,··ιdion du peuple : comme dans l'autre, le dogme y est plus développé que la morale. 85’ Enchiridion ad Laurentium seu liber de fée, spe et caritate, P. L., t. xl, col. 231-290; Retract., 1. II, c. i.xni. Un Romain pieux et instruit, Laurentius, frere du tribun Dulcitius, demanda à Augustin sur la foi chrétienne un enchiridion, au sens grec du mot, un petit livre substantiel qu'il eût sans cesse en main. La réponse fut, en 421, cet opuscule, précieux entre tous, admirable synthèse de la théologie d’Augustin ramenée aux trois vertus théologales : a) à la foi, il rattache l’ex­ plication de tout le symbole, c. vm-cxni. et c'est la plus grande partie du livre; b) à l’espérance le commentaire de l’oraison dominicale, c. cxrv-cxvi; c) à la charité tous les préceptes, c. cxvn-cxxii. Les théologiens l'ont tou­ jours considéré comme un manuel du véritable augus­ tinisme. Éditions spéciales : par Danée, Genève, 1575: in-12, Lelrxfg. 1838; par G. Krabinger. Tubingue, 1861 ; dans la Chrest■.■>> -.’i : patristica d'Augusti, t. n, p. 241 sq. ; dans les Opera selecta i; 2303 AUGUSTIN (SAINT) Hurter, t. xvi ; surtout avec les notes et commmentaires théolo­ giques de J.-B. Faure, S. J,, Rome, 1755,2* édit. (Passagtia), Naples, 1857 ; par O. Schell, Tubingue et Leipzig, 1903. Étude très détaillée de l'Enchiridion par Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., 3" édit., t. Ht, p. 205-221; trad, franç., p. 291-296. 2. Questions diverses oumélanges. — 86° Le Liber de diversis quæstionibus LXXXlll, P. L., t. XL, col. 11-102; Retract., 1. I, c. xxvi, est le fruit des entretiens théolo­ giques avec les solitaires de Tagaste et d’Hippone (393396). Devenu évêque, il fit recueillir les feuilles sur les­ quelles ses réponses avaient été consignées, et les publia sans les coordonner. Les questions traitées sont de tout genre, philosophiques (q. vin, tx, xit, xv, etc.), exégétiques(la plu part à partir de q. xt.tx; sur saint Paul, q.LXVilxxiv), surtout dogmatiques. Fessler-Jungmann, op. cit., р. 365, donne un index méthodique. 87" Les trois livres De diversis quæstionibus ad Simplicianum, P. L., t. XL, col. 101-148; Retract., 1. 11, с. t, sont le premier ouvrage d’Augustin évêque, adressé à Simplicien (voir Confes., I. VIII, c. i-π), succes­ seur d’Ambroise sur le siège de Milan. Le Ier livre, de beaucoup le plus important, répond à deux questions sur la grâce, Rom., vit, 7-25, et surtout sur la prédesti­ nation. Rom., tx. 10-29. Les meilleurs critiques, soit catho­ liques comme Fessier, soit protestants comme Loofs et Reuter, regardent cet ouvrage comme l’expression de la vraie doctrine augustinienne sur la grâce. Cf. Retract., loc. cit.; De pnedestin. sanct., n. 8, etc. Cf. Analyse de ce livre par Loofs dans Realencycloptidie, t. n, p. 279 sq. Voir Franzelin, De Deo, th. lvii, p. 579; et plus bas, Doctrine de la grâce. 88° Le Liber de octo Dulcitii quæstionibus, P. L., t. xi., col. 147-170, adressé vers 422 au tribun Dulcitius, «est formé, dit l'auteur, Retract., 1. II, c. lxv, de citations extraites des ouvrages que j’avais antérieurement com­ posés. » Il le conserve cependant à cause de nouveaux développements et d’une question nouvelle. 3. Questions particulières dogmatiques. — 89« Les quinze livres De Trinitate, P. L., t. xlh, col. 819-1098. sont l’œuvre dogmatique la plus développée et la plus profonde d'Augustin. Pendant plus de quinze ans, de 400 à 416, il y travailla, et il raconte, Retract., 1. II, c. xv, que les douze premiers livres ayant été distribués dans le public à son insu, avant complète correction, il fallut la prière des frères pour lui faire achever l’œuvre. Il se propose de justifier le mystère de la Trinité. La I™partie (I. I-VII) établit le dogme et résout les objections scrip­ turaires et rationnelles. La II" partie (1. VIII-XV) essaie de donner l’intelligence du mystère par l’image qu’Augustin en découvre : a) dans l'âme qui se connaît et qui s'aime (1. IX); b) dans ses trois facultés, mémoire, intelligence et volonté (1. X); c) même dans la vision corporelle (I. XI); d) enfin dans la science, la foi et la sagesse (1. XII, XIII, XIV). Cette dernière partie est à la fois la plus subtile et la plus discutée. Le saint doc­ teur proclame lui-même que ce sont là seulement de lointaines analogies ; ailleurs, Epist., clxix, CLXXIV (préface du livre), il avoue la grande obscurité de ces derniers livres. Stilting, Acta sanct., loc. cit., n. 125, établit que la rencontre par Augustin de l'ange enfant essayant d'épuiser l'eau de la mer, est une légende sans autorité. 90 La Lettre, cxx.ad Consentiunt sur la Trinité, P. L., t. x.xxin, col. -452-462 (vers 410?), en réponse à la let­ tre cxtx, insiste : a) sur la subordination de la raison â la foi, n. 2-10; b) sur l’infinie simplicité qui ne permet pas de distinguer une divinitas Trinitatis qui serait autre chose que la Trinité, n. 13-20. 91° De fide et operibus, P. L., t. XL, col. 197-230; Retract., 1. II, c. xxxvm. Vers 413, des fidèles instruits envoyèrent à Augustin certains écrits assurant le salut à tous les baptisés, et n'exigeant pour le baptême que la foi sans amendement de vie. Ci titre cette torme de 2304 l'erreur miséricordieuse, l’évêque d’Hippone établit : a) qu'on ne doit admettre au baptême que les croyants résolus à bien vivre; b) que, malgré la foi, le pécheur impénitent sera damné pour toujours. On a souvent répété (sans preuves) que ce livre était dirigé contre saint Jérôme, In Isaiam, lxvi, 24, P. L., t. xxiv, coi. 677. — Comparer sur la même thèse : Enchirid., c. lxvii-cxvii, avec les notes de Faure, p. 139-144. 4. Questions de morale ou d’ascétisme. — Sous ce titre nous réunissons les écrits d’un but plus pratique, dont deux sont sur le mensonge, cinq sur la continence ou le mariage, etc. 92° Le De mendacio, P. L., t. xl, col. 483-518, com­ posé en 394, avait été condamné à disparaître, à cause de son obscurité. Mais â la revision de 426, Augustin le corrigea et le conserva pour certains détails qui man­ quent au suivant. Retract., 1. I, c. xxvn. Seul le suivant est adressé à Consentitis. 93» Contra mendacium ad Consentiunt, P. L., t. xl, col. 517-548; Retract., 1. II. c. lx, fut motivé, vers 420, par la question suivante de Consentius : « N’est-il pas permisâ un fidèle de se faire passer pour priscillianiste, afin de découvrir les mystères de cette secte qui, pour garder ses secrets, impose le parjure à ses adeptes? » Non, répond Augustin à son ami, tout mensonge est illicite, mais plus encore en matière de religion. 94° Le De continentia, P. L., t. xl, col. 349-472, n’est proprement qu'un sermon (vers 395) sur les luttes nécessaires pour garder la continence de son état, mal­ gré les fausses excuses des pécheurs,'surtout des mani­ chéens, 95» De bono conjugali, P. L., t. xl, col. 373-386; Retract., 1. II, c. xxn. Vers 400, les partisans de Jovinien répétaient que l'on n'avait pu le combattre qu’en déprimant le mariage. Augustin répond en exposant sa dignité et sa fin. C’est le plus complet traité patristique des devoirs des époux. 96° Le Liber de sancta virginitate, P. L., t. xl. col. 397-428, suivit immédiatement le précédent (400) et le compléta. Retract., I. II, c. xxm. C’est une apologie de la virginité (explication de I Cor., vu, 26) et une vive exhortation au vœu de perpétuelle continence, pourvu qu’il soit fait avec humilité, n. 29-57. 97° Le Liber de bono viduitatis seu epistola ad Julia­ nam, P. L., t. xl, col. 431-450, fut composé en 414 à la prière de la noble veuve Juliana, mère de Démétriade. Bien que des noces réitérées soient toujours permises, n. 1-15, Augustin célèbre le mérite et les vertus d’un saint veu­ vage, n. 16-19, pourvu qu'il s’appuie sur la grâce. 98° De conjugiis adulterinis ad Pollentium libri If, P. L., t. xl, col. 451-486; Retract., I. II, c. lvii. Aux questions de Pollentius, Augustin répond (en 419) que le mariage chrétien est absolument indissoluble, même en cas d'adultère (ce que Pollentius niait). Il étudie aussi le célèbre privilegium paulinum. L. 1, c. xx. 99» Le De patientia, P. L., t. XL, col. 611-626, est proprement un sermon prononcé avant 418. Cf. Epist., ccxxxi, n. 7. L’idée mère est que la patience des justes et des vrais martyrs est un don de la grâce, n. 12-26. 100» De cura gerenda pro mortuis, P. L., t. xl, col. 591-610; Retract., 1. II, c. lxiv. Vers 421, interrogé par Paulin de Noie sur l’avantage d’être enseveli près des tombeaux des martyrs, Augustin démontre l’efficacité des prières, surtout du sacrifice de l’autel pour les défunts, et ajoute que ces prières sont ordinairement plus ferventes près des mémoires des martyrs. Comparer Serm., Cl.xxn-Cl.xxtn. — A. Frantz, Das Gebet tùr die Todten... nachden Schriften des Augustinus, in-8·, Nordhausen, 1857 (thèse intéressante). 101° Le livre De opere monachorum, P. L., t. xl, col.549-592; Retract.,I. II,c. xxi, lut composé vers 400.à la prière d’Aurèle, évêque de Carthage, pour apaiser la division qui partageait les moines, et, à leur occasion. ‘2305 AUGUSTIN (SAINT) les fidèles : dans les monastères récemment fondés, les uns se réclamaient de Matth., vi, 25-34, pour exclure et mépriser le travail corporel que les autres pratiquaient pour vivre. Augustin se range à ce dernier avis, et recommande le travail, pratiqué par saint Paul, n. 1-26, conforme à l’Évangile, n. 27-35, préservatif contre les vices. Voir Le Camus, évêque de Belloy, Saint Augustin, De l’ou­ vrage des moines, in-8·, Rouen, 1633 (avec d'autres opuscules et commentaires sur ce sujet). VIIe CLASSE : PASTORALE ET PRÉDICATION. — La théorie de la prédication a été donnée par l’évêque d’ilippone dans le IVe livre De doctrina Christiana (voir n. 66). Pour Augustin le prédicateur est avant tout le divinarum Scripturarum tractator et doctor, c. iv, n. 6. Il doit donc s'approprier de mémoire les sainles Lettres et les approfondir, n. 7. Mais la sagesse chré­ tienne doit aussi mettre en œuvre les ressources de l’éloquence, c. tu. 102» Le De calechizandis rudibus, P. L., t. XL, col. 309-348; Retract., 1. II, c. xtv, a été composé vers 400, à la prière du diacre Deogratias, chargé d’ins­ truire les catéchumènes. Augustin enseigne à prémunir les esprits contre le scandale des vices des chrétiens in­ dignes, à instruire sans ennui ni fatigue, grâce aux in­ dustries variées du zèle; il donne même deux modèles d’instruction, n. 24-55. Cf. même sujet dans Cont. Faustum, 1. XIII, c. vu; 1. XXII, c. XVI-XXI. — Éditions séparées dans la collection de Hui ler et dans les Quellenschriften, de G. Kruger, 2· édit., Tuhingue, 1893. — Études : Fr. X. Schüberl, Die « narratio a des ht. Au­ gustin und die Katechetiker der Neuzeit, in-8·, Dingolfing, 1880; Mayer, Geschichte des Katechumenales und der Katechese, Kempt, 1868; Jos. Gruber, Des h. Augustin Theorie der Katecltelik, Salzbourg, 1830, souvent réimprimée avec additions; Rentschka, Die Dekalogkatechese des ht. Augustinus, 1905. 103» Sermones, P. L., t. xxxvm-xxxix. L’œuvre ora­ toire de saint Augustin est immense ; elle embrasse les Enarrationes in Psalmos (n. 73), les Tractatus in Joannem (n. 77, 78), etc. Sous le titre de Sermons, les bé­ nédictins ont classé les discours plus isolés, au nombre de 363, sûrement authentiques. Ils les ont di­ visés en quatre classes: La lre, De Scripturis, Semi., ιcxxxin, autrefois appelés De verbis Domini, De verbis apostoli, etc. C’était l’usage de lire un passage de l'Ancien Testarnenl ou des Épitres avant le chant du graduel, suivi de l’Évangile : à son gré, Augustin développait l’une ou l’autre lecture, ou même réunissait les deux. Cf. Semi., xxxil. La 2«, De tempore, sur les différentes solennités, clxxxiv-cclxxii ; la 3», De sanctis, panégy­ riques des martyrs, cclxxiii-cccxl ; la 4», De diversis, sermons dogmatiques, moraux, ou de circonstances. Les sermons sont en général assez courts; on les écoutait debout; prenait des notes qui voulait. Augustin révisait l’œuvre des tachygraphes ou parfois dictait lui-même, mais le plus souvent après le sermon. Ainsi s’expliquent les rédactions différentes du même sermon. Déjà le ma­ nichéen Secundinus appelait Augustin summum orato­ rem et deum pene totius eloquentia:. P. L., t. xlii, col. 574. Il traduisait l’impression générale des contem­ porains ratifiée par la postérité. Si le docteur domine chez lui l’orateur, s’il a moins de couleur, d’abondance d'actualité et de charme oriental que Jean Chrysostome, il a aussi une logique plus nerveuse, des rapproche­ ments plus hardis, plus d’élévation et de profondeur dans la pensée, et parfois dans ses élans de cœur et ses dialogismes hardis, il égale la puissance irrésistible de l’orateur grec. De notre temps les critiques ont mis en relief le mérite oratoire de saint Augustin que son rôle doctrinal reléguait au second plan. Voir Rottmanner. Hislorisches Jahrbuch, 1898, p. 894. 1· Sur l’éloquence de saint Augustin : Colinkamp, Étude criti­ que sur la méthode oratoire de saint Augustin, in-8·, Paris, 1848; JMCT. DE THÉO!.. CATHOL. 2306 Sadous, S. Augustini de doctrina Christiana libri eaq i tur, seu de rhetorica, apud Christianos disquisitio, in-8·, Paris, 1847; A. Lezat, De oratore Christiano apud S. .1·.? ..··.mim disquisitio, in-8·, Paris, 1871 ; Longbaye. Saint Λασιωtin, prédicateur, dans La prédication, grands moi.'rss ■ ·. grandes lois, in-8·, Paris, 1888, p. 153 sq., et dans r- ■ ■ ligieuses, 1888; Woifsgruber, Augustinus, IS!1'·. J. Vérin, S. Augustini auditores, sive de Afrorum .-hr.era­ norum circa Augustinum ingenio ac moribus disquism... in-8·, Blois, 1869; A. Degert, Quid ad mores ingeniaqu .· · -rum cognoscenda conferant S' Augustini sermones in-S·. Paris, 1894; A. Régnier, La latinité des sermons d’· saint Au­ gustin, in-8·. Paris, 1887. Cf. Norden, Die antike Kunstprosa, t. n, p. 621-624. 2· Sur la date des sermons, nous ne pouvons que renvoyer aux conclusions auxquelles est arrivé pour certains sermons M. Degert, s'aidant des recherches des bénédictins. Op. cit., p. 20-30. 3· Nouveaux sermons publiés depuis l’édition bénédicüne, sous le nom d'Augustin : 1. La collection de Michel Denis, S. J., Vienne, 1792, 25 sermons, dans P. L., t. xi.vi, col. 813-940; ce recueil a une vraie valeur critique, et dom Morin. Revue béné­ dictine, 1895, p. 45, ainsi que Rottmanner, Histor. Jahrb., 1898, p. 394, s'étonnent qu'on le confonde avec les suivants ; 2. Collec­ tions de sermons supposés ou du moins fort douteux : a) celle de Fontani, à Florence, 1793, 4 sermons, P. L., t. xlvii, col. 11131140; b) de Frangipane, moine du Mont-Cassin, Rome, 1819, 10 sermons, P. L., t. xlvi, col. 239-1004; c) de Cailiau, in-Iol., Paris, 1842, 160 sermons: d) les Sermones inediti esc codicibus Vaticanis, dans le Spicilegium romanutn de Mai, L vin, p. 713-715, et dans Patrum nova bibliotheca, t. t, 201 sermons; e) Liverani a aussi publié quelques homélies, dans le Spicile­ gium liberianum, in-fol., Florence, 1863. Voir les discussions sur ces recueils dans la 2· édition de dom Ceillier, t. IX, p. 833844; dom Morin, Revue bénédictine, 1893, p. 28-36. sur Geoffroy de Batli (auteur présumé de plusieurs de ces sermons,; 3. Plus récemment Caspari, dans Alte u. nette Quelten z. Geschichte der Taufsgtnbols, Christiania. 1879, a prouvé l’authenticité du ser­ mon ccxxn, P. L., t. xxxvm, col. 1060-1065, â tort suspecté. 4. Publications de dom Morin : voir la revision faite dans R. vue bénédictine, 1895, p. 388; le discours sur Faustimis. publié dans Revue bénédictine, 1890, p. 267, n’est pas de 390, et reste dou­ teux; un autre discours inédit attribué à saint Augustin dans Revue bénéd., 1892, p. 173, est pseudoaugustinien. 4· Sermons douteux ou supposés de l'édition bénédictine. Les éditeurs, avec un sens critique admiré de tous, ont séparé, comme douteux, une 5· classe de 32 sermons et relégué dans l’Appendice 317 sermons apocryphes. L’erreur, entre autres causes, est venue du systèmede plagiatdontsaintCésaireaformulélaloi.cf. Malnory, Vie de saint Césaire,p. xil.Les bénédictins ont essayé de resti­ tuer à leurs auteurs les divers sermons qui ne sont pas d'Augus­ tin, par exemple à Pélage le n. ccxxxvi emprunté au Libel,'us fldei de l'hérésiarque, à Origène, et surtout à saint Césaire. On trouvera des sermons de Césaire égarés parmi ces pseudoaugustiniens, une 1'· table de 128 sermons par les édit, bénéd.. P. L., t. lxvii, col. 21-22; une 2- liste assez différente est fournie par l'éditeur de saint Césaire, P. L.. t. lxvii, col. 1641-1642, elle re­ tranche un certain nombre de numéros ; une 3* liste, la meilleure, est fournie par M. Paul Lejay dans la Revue biblique. 18.6, p. 594, d'après l’étude des manuscrits par M. Malnon·, op. viif classe : œuvres supposées. — Nous les grou­ perons dans le même ordre que les authentiques — 1» Lettres. —1.La Lettre à Démétriad··. col. 1098-1120. a été écrite par Pélage en 413 quand Démétriade. touch· e par un sermon d’Augustin, prit le voile, et à cette o . ision reçut les félicitations de Jérôme, d'Augustin, d'in­ nocent Ier, ou peut-être en 414, quand elle se retira à Rome. 11 est étrange qu'on ait pu l’attribuer à Augustin qui en dénonce le caractère pélagien, Epist., clxxxvhi, et nomme l’auteur dans le De gratia Christi, c. xxn, ainsi que les aveux de Pélage. Ibid., c. xxxvin, P. L., t. xliv, col. 371, 378. Paul ürose, dans son Apologeticus (édité en 415), l'attribuait à Pélage en ajoutant qu'un se­ crétaire (Anien) l'avait écrite en son nom. Bede, In Cant., 1. I, l’a réfutée en l’attribuant à Julien d'Éclane. — 2. La Regula pro monachis, P. L., t. xxxn, coh 14491452, adaptation aux moines de la lettre ccxi pour les religieuses, est postérieure à saint Augustin. — 3. La lettre de consolation à Probus, P. L., t. xxxtii, col. 11781179. regardée par Migne comme authentique, avait été I. - 73 2307 AUGUSTIN (SAINT) a juste titre rejetée par les bénédictins. — 4. La corres­ pondance avec le comte Boniface (seize billets), ibid., col. 1095-1098, absolument inconnue des anciens, admise par Baronius, est l’exercice de rhétorique d’un inconnu. — 5. La correspondance supposée entre Au­ gustin et Cyrille de Jérusalem sur les vertus et les mi­ racles de saint Jérôme, P. L., ibid., col. 1120-1153, est l’œuvre d'un imposteur maladroit (puisque Cyrille est mort bien avant Jérôme) et monothélite. Cf. Epist. Cyrilli, c. iv, col. 1132. 2° Philosophie. — Le De spirituetanima, P.L., t. XL, col. 779-832, faussement attribué à saint Augustin, a été imprimé aussi dans lesœuvres de Hugues de Saint-Victor, où elle forme le IIe livre De anima. Cette psychologie, théorique et ascétique, est une compilation curieuse re­ produisant ou abrégeant les théories des Pères latins depuis Augustin. Gennadeet Boèce jusqu’à saint Bernard et Hugues en passant par Isidore, Alcuin et Anselme. Saint Thomas, De anima, a. 12, ad 1““, l’attribue à un cistercien et s’inquiète peu d'être en désaccord avec lui sur la distinction de l’àme et de ses facultés. Les béné­ dictins, et Stôckl, Geschichte der Philos, d. M. A., t. i, p. 389, croient qu’il est d’Alcher de Clairvaux. 3° Apologie contre les infidèles. — 1. Le Tractatus (sermon) adversus quinque hæreses seu contra quinque hostium genera, P. L., t. XLII, coi. 1101-1116, est posté­ rieur à Augustin, du temps de la persécution des Van­ dales. Le second titre est seul exact, puisque les païens et les juifs sont combattus avec les manichéens, les sabeliiens et les ariens. Les Lovanienses, Bellarminet d’autres l’ont cru authentiqnc. — 2. Le Sermo desymbolo contra judæos, paganos et arianos, P. L., t. xlii, col. 11171130, est de la même époque; les bénédictins ont cons­ taté des emprunts à saint Augustin. — 3. Le Dialogus de altercatione Ecclesiæ el Synagogæ, P. L., t. xlii, col. 1131-1140, parait être l’œuvre d’un juriste, disent les bénédictins, col. 1131; ne serait-ce pas une décla­ mation de rhéteur? 4° Apologie contre les hérétiques. — A. Contre les manichéens. — 1. Le De fide contra manichæos, P. L., t. xlii, col. 1139-1151, est une imitation d'Augustin, spé­ cialement dans le De natura boni contra manichæos. Sirtnond l’attribuait à Evodius, sur la foi d’un manus­ crit. — 2. Le Commonitorium quomodo sit agendum cum manichteis qui convertuntur a été faussement at­ tribué à saint Augustin et donne la formule d’abjuration en 10 anathématismes pour les manichéens convertis, avec les règles à suivre. Cf. formule gréco-latine plus ancienne et plus développée, éditée par Galland, et re­ produite P. G., t. 1, col. 1462-1477. B. Contre les donalistes. — 1. Le Sermo de Rusticiano subdiacono a donatistis rebaptizato et in diacorum or­ dinato,P. L.,t. xliii, col. 753-758, n’est pas d’Augustin. Voir ibid., col. 752. D’après Harnack, Lehrb. d. Dogmeng., t. ni, p. 131, ce serait une pièce fabriquée par le fameux Jérôme Vigûier. — 2. Le livre Contra Fulgen­ tium donatislam, P. L., t. xi.m, col. 763-764, est éga­ lement supposé : il parait être de Vigile de Tapse. — 3. L'écrit publié sous le titre de Liber testimoniorum fidei contra donalistas, par dom Pitra dans Analecta sacra et classica, part. 1, Paris, 1888, p. 147-158, n'est ni d'Augus­ tin, ni contre lesdonatistes, mais contre les ariens et les macédoniens, et d'un auteur plus récent; peut-être estce le Parvus libellus adversus arianoset macedonianos de Fauste de Riez (conjecture de dom Cabrol, Revue des quest, hist., 189!), t. xlvii, p. 232-213). C. Contre les pélagiens. — 1. Hypmnesticon cont. pelagianos el eælestianos, P. L., t. xi.v, col. 1609-1664; ce Commonitorium est aussi appelé Hypognoslicon (subnotationum libri), titres employés l’un et l’autre par Marius Mercator. C’est une réfutation en six livres, d’une vraie valeur, des cinq grandes thèses pélagiennes. Bien que Julien ne soit pas nommé, l’auteur semble 2308 1 écrire contre lui; tout le livre IV est contre sa théorie i de la concupiscence. Dès le tx° siècle, Remi, arche­ vêque de Lyon, avait prouvé qu’il n’est pas d'Augustin (contre Hincmar) dans le L. de tribus epistolis, c. xxxv, P. L., t. cxxt, col. 1044, ainsi que Prudence de Troyes contre Scot Érigène. De prædeslinalione, c. xiv, P. L., t. cxv, col. 1200. L’auteur est inconnu : les bénédictins penchent pour Marius Mercator, malgré la différence de style ; d'après Garnier, ce serait le prêtre Sixte, plus tard Sixte III, qui aurait voulu ainsi réparer la faveur accordée d’abord à Célestius. Cf. Garnier, Opera Mercatoris, diss. VI, P. L., t. XLVllt. coi. 572-586; L. Raab. Disquisitio historica de libris Hypognos­ ticon, in-4·, Altorf, 1735. 2. De prædeslinalione et gratia, P. L., t. xlv, coi. 16651678, traité court et sans grande valeur, n'est certaine­ ment ni d’Augustin, ni de Fulgencede Ruspe. Bellarmin et d’autres ont vu dans le c. ix des traces d’inspiration semipélagienne. — 3. Le De prædeslinalione libellus, ibid., col. 1677-1680, est une courte protestation contre la prédestination au mal, très bien caractérisée, c. ut, comme une impulsion irrésistible. D. Contre les ariens. —1. La Collatio beati Augustini cum Pascentio ariano... præsente Laurentio judice, P. L., t. xxxin, coi. 1156-1162, est présentée comme le procès-verbal officiel d’une conférence qui aurait eu lieu à Hippone. Les bénédictins ont démontré, col. 11531156, qu’elle n'est pas historique, cf. Epist., CCXXXvm, P. L., t. xxxm, col. 1038, et qu’il faut y voir une œuvre de Vigile de Tapse publiant sous le nom d’Augustin ce que la persécution des Vandales ne lui permettait pas de dire en son nom. — 2. Même explication pour le livre Contra Felicianum arianum de unitate Trinita­ tis, P. L., t. xlii, col. 1157-1172; ce dialogue entre Augustin et Félicien est supposé par Vigile de Tapse, véritable auteur. — 3. Le livre De trinitate et unitate Dei, P. L., t. xlii, col. 1193-1200, est formé d’emprunts au dialogue apocryphe entre Orose et Augustin el au L. contra sermonem arianorum. 5° Exégèse. — 1. Les trois livres De mirabilibus sacræ Scripturæ, P. L., t. xxxv, col. 2149-2200, ne sont pas l'œuvre d’Augustin, comme l’avait déjà remarqué saint Thomas, Sum. theol., III», q. xlv, a. 3, ad 2“m, mais d’un homonyme écrivant en 661, cf. I. IL c. iv, col. 2176, très probablement en Irlande, col. 2158. C’est un examen, selon la science du temps et sans grand in­ térêt, de tous les miracles de la Bible. — 2. Le com­ mentaire De benedictionibus Jacob palriarchæ, P. L., t. xxxv, col. 2199-2206, est un extrait des Questions sur la Genèse d'Alcuin imité de saint Jérôme et de saint Grégoire le Grand. —3. Les Quæstiones Veleris et Not i Testamenti, P. L., t. xxxv, col. 2205-2415; t. L du Corpus de Vienne (deux édit, par Souter). Ce vaste re­ cueil (Dex Veteri Test.; 2° ex Novo ; 3° exutroque mixlimjnepeutêtre d’Augustin,de l’aveu de tous (opinions étranges, voir col .2206). La collection a d’ail leurs été rema­ niée etaugmentéeau moins une fois, puisqu’une famille de manuscrits intercale de non velles questions. Cf. index, col. 2207. La collection primitive serait, d’après Garnier. P. L-, t. XLViii, col. 314-315, composée vers 370 par 1' Ambrosiaster (auteur du Comment, in Epist. Pauli . d’après les bénédictins, P. L., t. xxxv. col. 2207-2415. elle est l’œuvre de plusieurs auteurs et de diverses époques. Jansénius l’accusait de pélagianisme. A consul­ ter : A. Harnack, dans A bhandlungen Al. v. Ôllingen gewidmet, Munich, 1898, p. 54-93. — 4. Liber quaestio­ num xvii in Matth., P. L., t. xxxv, col. 1365-1376, est aussi très probablement apocryphe. Cf. Cellier,a. 4, q. vu. n. 2. — 5. Le Psalterium quod matri suæ composuit, P. L., t. xi., col. 1135, est attribué à Jean XXII (?). — 6. Cantici Magnificat expositio, ibid., col. 1137-1142, est I un extrait,horriblement mutilé, d'Huguesde Saint-Victor. I 6° Exposition dogmatique oumorale. — 1. LeDe/ide 2309 AUGUSTIN (SAINT) 2310 ad Petrum sive de regula verse fldei liber unus, pieux et fait avec soin d’extraits d’Hugues de SaintP. L., t. XL, col. 753-780, exposé de la foi avec XL rè­ Victor, de saint Bernard et du Proslogium d’Anselme. gles, est d'inspiration augustinienne : mais l’auteur est — 20. Les Soliloquia, Meditationes et Manuale. P. L . Fulgence de Ruspe. — 2. Le livre De ecclesiasticis t. XL, mentionnés n. 7, paraissent être du même au­ dogmatibus, P. L., t. xlii, col. 1215-1222, est depuis teur que le précédent. — 21. De triplici habitaculo, longtemps restitué à son auteur, Gennade de Marseille. P. L., t. xl, coi. 891-898,d’unauteur inconnu, mai-η n — 3. Les deux livres De incarnatione Verbi ad Janua­ sans mérite, étudie l’enfer, la terre ou le voyage, et le rium, P.L., t. xlii, col. 1175-1194, sont formés d’extraits ciel. — 22. De contritione cordis, ibid., col. 941-951. du ΙΙερΙ αρχών d’Origéne, traduit par Rufin. — 4. Le pieux extraits des Méditations anselmiennes. — 23. De essentia divinitatis, P. L., t. xlii, col. 1199-1208, Scala paradisi, ibid., col. 998-1004, n’est ni de saint attribué aussi à Jérôme, à Ambroise, etc., est, en grande Augustin, ni de saint Bernard, mais du chartreux Gui. partie, extrait du De formulis spiritualis intelligentiæ, — 23. De septem vitiis et septem donis, ibid., col. 1089d’Eucher de Lyon. — 5. Le dialogue De unitate sanctæ 1091, se trouve dans les Allégories d'Hugues de SaintTrinitatis, P. L., t. xlii, col. 1207-1212, est d’un auteur Victor. — 25. Le De conflictu viliorum et virtutum, inconnu, mais fort ancien. — 6. Les Quæstiones (xxxtn) ibid., col. 1091-1106, attribué à quatre Pères, est d'Am­ de Trinitate et de. Genesi, P. L., t. xlii, col. 1171broise Autbert. bénédictin, abbé de Saint-Vince’nt-en1176, sont extraites d’Alcuin. — 7. Le Dialogus quae­ Vulturne. — 26. A des auteurs inconnus appartiennent : stionum LXV.sub tituloOrosii percontantis et Augustini De duodecim abusionum gradibus, P. L., t. xl, respondentis, P. L., t. xl, col. 733-752, est un recueil col. 1079-1088, étude sur douze défauts, attribuée faus­ d’extraits, pris çà et là, des œuvres d’Augustin et des sement aussi à saint Ambroise; De sobrietate et casti­ commentaires in Genesim, attribués â Eucher. —8. Le tate, ibid., col. 1105-1112; De visitatione infirmorum, LiberXXIsententiarum seu quæslionum, P. L., t. XL, ibid., col. 1147-1158, art de préparer à la mort. col. 725-732, recueil plus court, mal digéré, d’emprunts 7» Prédication. — Aux 317 sermons apocryphes si­ divers. — 9. Le De Antichristo, ibid., col. 1131-1134, gnalés au n. 3, il faut ajouter : 1. Les Sermones ad fra­ attribué aussi à Alcuin, est du moine anglais Adson de tres in eremo, P. L., t. xl, col. 1133-1358: ils sont au Derby.— 10. Le De assumptione, ibid., col. 1141-1148, nombre de 76, mis en circulation par le célèbre augusrépond à une consultation sur la réalité de l'assomptin Jourdain de Saxe (Jourdain de Que llinberg, f 1380). tion : l’auteur (peut-être Fulbert de Chartres, au Les 48 premiers sont tous d’un même auteur qui se xi' siècle), en indique les raisons de convenance. — donne pour l'évêque d’Hippone, mais tous indignes de 11. Le De vita Christiana, P. L., t. xl, col. 1031-1046, lui, remplis de fables ridicules (sauf les deux authen­ est d'un rigorisme pélagien, déjà reconnu parTillemont, tiques déjà connus CCCLV et ccci.vi). Exercices d un t. xv, p. 15-17. Les critiques l'attribuaient jusqu’ici à rhéteur gallo-flamand, disent les éditeurs iMvanienses; l’évêque breton Fastidius, pélagien ardent, auteur d’un imposture d’un ignorant du x« ou xi« siècle, d'après livre De vita Christiana, et dont Caspari a publié plu­ Christianus Lupus. — 2. Sermons ou fragments de ser­ sieurs opuscules, Briefe und Abhandlungen, Chris­ mons réunis par les bénédictins, P. L., t. xl, col. 1159tiania. 1890, p. 361. Mais dom Morin a reconnu le De 1230, parmi lesquels deux De consolatione mortuorum, vita Christiana de Fastidius dans la première lettre col. 1159-1168, attribués par un manuscrit à saint publiée par Caspari; d’autre part, le De vita Christiana Chrysostome, d’autres, sous le titre De rectitudine caque nous éludions, renferme textuellement la prière tholicæ conversationis, col. 1179-1190, sont des extraits orgueilleuse que l’on reprocha si fort à Pelage; dom non de saint Éloi, mais de saint Césaire. — 3. Dans la Morin conclut que cet opuscule est. fort probablement, sériede onze sermons, édités parmi les opuscules. P. L., le fameux livre de Pélage, Ad viduam, qu'on avait cru t. xl, col. 626-723, les quatre premiers étaient autrefois perdu. Ainsi, on avait attribué à Augustin l’écrit même appelés De symbolo libri quatuor : en réalité ce sont des de l’hérésiarque. — 12. Le De vera et falsa pænitentia sermons aux catéchumènes in traditione symboli ià ad Christi devotam, P. L., t. XL, col. 1113-1130, quoique comparer avec les sermons authentiques ccxn-ccxv, cité presque intégralement par Gratien et Pierre Lom­ P. L.,t. xxxvm, col. 1058-1076); seul le premier est au­ bard sous le nom d’Augustin, n’est certainement pas thentique. Des trois autres qui sont apocryphes, Hahn, de ce Père : il cite les actes apocryphes de saint André, BibliothekderSymbol, 3° édit., p. 60, a extrait une for­ n. 22, et décrit une économie pénitentielle bien posté­ mule de symbole un peu différente de celle d’Augustin; rieure à Augustin, cf. casuistique compliquée (et erro­ il a signalé aussi, après Usher, la parenté de ces dis­ née), n. 27. L’auteur de ce document intéressant est in­ cours avec le Sermo (apocr.) de symbolo contra ju-iæ- · . connu. — 13. Le Liber exhortationis, vulgo De saluta­ paganos et arianos, signalé plus haut. P. L., t. xlii. ribus documentis ad quemdam comitem, P. L., t. xl, col. 1117. — Les sept autres sermons De : coi. 1047-1078, recueil de conseils d’un ascétisme relevé, Christiana, De cantico novo (au baptême!. De I'·' ;■ -, est certainement de Paulin d’Aquilée (f 802-803). — De cataclysmo, De tempore barbarico, s nt .'-g ,:· . ■ .t 14. Le De cognitione veræ vitæ, P. L., t. xl, col. 1005apocryphes et probablement composés par 1· même m1032, est l’œuvre d’Honorius d’Autun (f 1152) sous teur que les précédents, durant la domination des Van­ forme de dialogue entre le maître et les disciples. Les dales. — 4. Le Serm.,ccci.i, reconnu authentique par les Grecs l’ont traduit en l’attribuant à Augustin. — 15. Le bénédictins, était suspect à Erasme, et avec raison, sem­ De amicitia, P. L., t. xl, col. 831-848, est un résumé, ble-t-il : examiné avec attention, il n’a aucune parenté fort mal exécuté par un inconnu, du beau traité en trois de style ni de langue avec les autres écrits d’Augustin. livres du moine anglais Ethelred de Riedval. — 16. Le P. L., t. xxxix, col. 1535 sq. Liber ad sororem de vita eremetica, P. L., t. xxxn, tx° classe : ouvrages perdus. — Cf. Schœnemann, col. 1451-1474, cite la règle de saint Benoit, c. xiv, et dans P. L.,t. xlvii, col. 34; Cave, Scriptorum eeclvsiatranscrit les Méditations anselmiennes, c. xv-xvm. sticorum historia litteraria..., sæc. v. L’auteur paraît être le même Ethelred. —17. Speculum, 1° Ouvrages philosophiques et littéraires : 1. Le De P. L., col. 968-984 : c’est la première partie de la Con­ apto et pulchro, composé sous l'influence manichéenne, fessio fidei, attribuée à Alcuin, qui est elle-même for­ par le jeune professeur de rhétorique de Carthage. Cf. mée d’extraits d’Augustin et autres Pères, et a fourni à Confess., 1. IV, c. xni, n. 20-27. — 2. Presque toutes les son tour des emprunts aux Meditationes S. Augustini. I parties de son grand ouvrage sur les Arles liberales — 18. Le Speculum peccatoris, ibid., col. 983-992, est I (Detract., 1. L c. vi. P. L.. t. xxxn, col. 591 . par d’un auteur postérieur au x· siècle. — 19. Le Liber de exemple les Principia geometriae, etc., commences diligendo Deo, P. L-, t. XL, coi. 847-864, est un recueil Milan en 387. 2312 AUGUSTIN (SAINT) 2311 ORDRE CHRONOLOGIQUE DES ÉCRITS DE SAINT AUGUSTIN Voir : 1° les édit, bénédictins; 2» Stilting dans Acta sanctorum, t. vi augusti, p. 353-357 ; 3» Schœnemann dans P. L., t. xlvh, col. 26-34; Realencyclopâdie, t. n, p. 259-285 (Loofs); Ger. Rauschen, Jahrbücher der christlichen Kirche, 1897. Le savant P. Odilo Rottmanner, O. S. B., a bien voulu reviser ce tableau, qui a été cor­ rigé selon ses précieuses indications. Les dates sont souvent approximatives. DATE. Edit. BÉNÉD. Tome. OUVRAGE. • I" Époque. — Écrits d’Augustin catéc RUMÈNE 386 — — 387 — — 387-391 Contra academicos l. III (à Cassisiacum)............................ De beata vita (fin de 386, ibid.)............................................. De ordine I. II (ibid.).............................................................. Soliloquiorum I. II (ibid.)...................................................... De immortalitate animes (à Milan)...................................... De grammatica (un fragment conservé)............................... De musica I. VI (fini en Afrique).......................................... 387-388 388 388-390 388-395 389 389-391 389-396 De quantitate animæ (à Rome)............................................. De moribus Eccl. cath. et de mor. man ten. r.. Il (à Rome). De Genesi cont. manichæos I. II (à Tagaste)........................ De libero arbitrio l. Ill (à Rome et en Afrique).............. De magistro (à Tagaste).......................................................... De τεκλ KBLiattiKE (à Tagaste)............................................. De diversis quæstionibus lxxxiii.......................................... I I I I I I I CORPUS MIGNE, P. L. de Retract. SVMÎBO d’ordre VIENNE. (386-Paques 387) xxxn, 905-958 xxxn, 959-976 xxxn, 977-1020 XXXII, 869-904 XXXII, 1021-1094 xxxn, 1385-1408 XXXII, 1081-1194 i 2 3 4 11 » I, 11 4 5 6 7 8 11 12 » I» » P B » I, I. 1, I. I, 1. 1. 8 7 10 9 12 13 26 9 22 67 27 10 14 86 XXV xxv » XLI XXVIII * » L XXV » » I. 1, I. I, 1, I, I, I. 1, I. 1, 14 15 16 17 18 19 19 22 23 24 25 » I, 27 » 15 23 24 83 68 76 34 •25 79 81 80 » 92 94 II. 1 n. 2 * II. 4 II, 12 II, 13 Π, 14 II. 6 II. 7 11. 16 11, 20 11, 21 II. 21 11. 17 II. 18 II. 22 II. 23 II, 25 87 84 26 66 75 72 102 1 28 74 » 101 16 35 36 95 96 37 B 15 24 8 16 10 » II, 26 38 89 69 29 30 31 3 39 » B > » B » » I, I. I, I, 1. Il» ÉPOQUE. — Dû BAPTÊME AU SACERDOCE (387-391) I I III I I III VI xxxtt. xxxn. XXXIV, XXXII, xxxn, XXXIV, XI, 1035-1080 1309-1378 173-220 1221-1303 1193-1220 121-172 11-100 III» ÉPOQUE. — Du SACERDOCE A LA CONSÉCRATION épiscopale (391-396) 391-392 391-392 392 393 (oct.) 393-394 393-396 — — — — — — 394-395 — De utilitate credendi (ad Honoratum)............................... De duabus animabus c. manich. (avant août 392).............. Disputatio c. Fortunatum (28 août)...................................... De fide et symbolo (disc, au conc. d’Hipp.)........................... De Genesi ad litteram l. imperfectus................................... De sermone Domini in monte I. Il...................................... Psalmus c. partem Donati (abecedarius)............................ Contra Adimantum manichæi discipulum........................ Expositio quarumdam proposit. ex Epist. ad Itoni. . . . Expositio Epist. ad Galatas................................................. Epist. ad Romanos inchoata expositio............................... Epist. xxvm ad Hieronynum (De nova V. T. versions). . De mendacio............................................................................ De continentia......................................................................... 396-397 — 397 — 397-400 — 4O0 — — — — — — — — 400-401 — 400-402 402 De diversis quæst. (vn) ad Simplicianum Mediol. episc.. De agone Christiano.............................................................. Contra epistolam (manichæi) quam vocant Fundamenti. De doctrina Christiana (1. Ι-1Π, 396); la fin en 426 . Quæstionum Euangeliorum (ex Matth. et Luca) l. II. . Annotationes in Job.................................................... De catechizandis rudibus...................................... Confessionum l. XII1........................................................... Contra Faustum manichæum l. XXXIII............................ De consensu evanoelistarum l. IV........................... Ad inquisitiones Januarii I. II (Epist. liv, lv).............. De opere monachorum....................................................... De fide rerum quæ non videntur..................................... Contra epistolam Parmeniani l. Ill.................................. De baptismo contra donatistas l. VII..................... De bono conjugati (contra Jovio.)......................................... De sancta virginitate........................................................... Contra litteras Petiliani donatistæ l. III ... . Arf catholicos epistola (c. donatistas), ou De unitate Eecl. (aulh.?)..................................................................... De trinitate l. .YV (1. III avant 415. 1. XIV en 416) . De Genesi ad litteram l. XII............................ De actis cum Felice manichxo l. 11 (7 et 12 décembre 404). De natura boni contra manichæos l. unus .... Contra Secundinum manichæum l. unus................. Epist. cxxxn ad Hieronymum (Gal., n, 14).............. Contra Cresconium grammaticum partis Donati I. IV. . IV» Époque. — De l’épiscopat 400-416 401-415 ' 404 405 405-406 — 406 VIII VIII VIII VI III III IX VIII III III III II VI VI XLU, XLU, xi.ll, XL, XXXV, XXXV, XLin, XLII, xxxv, XXXV. xxxv, XXXttl, XL, XL, 63-92 93-112 111-129 181-192 219-246 1229-1308 23-32 129-172 2063-2067 21(6-2148 2087-2105 111-114 487,518 348-372 a la controverse pélagienne VI VI VIII III III Ill VI I VIII ni II VI VI IX IX VI VI IX VIII III VIII VIII VIII II IX B XXXIV XLI XLI (396-412) XL, XL, XLII, XXXIV, xxxv. xxxiv, XL, xxxn, XI.II, xxxiv, XXXttl, XL. XI., Χ1.ΙΠ, XUH, XL. XL, XI.nl, 107-147 289-309 173-206 15-121 1321-1363 825-887 309-348 659-866 207-518 1041-1230. 199-223 547-582 171-189 35-108 107-244 373-396 396-478 245-388 xun, xlh, xxxiv, XLII, xlii, XLU, xxxm, XL.il, 391-446 819-1098 245-486 517-551 551-572 577-602 275-291 446-594 » XLI XXV o j> » » XXXIII xxv ΧΙ.ΙΠ » XLI 5 Ll I.I XLI XLI Lll L1I » XXVIII XXVs XXVs xxv XXXIV Lll II. II. II. II. II. 1 I 23 J 3 DATE. 406-411 408 408-41» 409 410 411 412 412 413 413-426 414 415 415 410-417 416 417 418 avant 418 419 419-420 420 421 422 423 426-427 427 428 428-429 429-430 2314 AUGUSTIN (SAINT) OUVRAGE. De divinationeimnonum L unus...................................... Epist.xcm ad Vincent. Rogat.(De hæreticis vi coercendis). . Sex quaestiones contra paganos (Epist. cu ad Deogr.). . . Epist. cvm ad Macrobium donat. (De non iterando bap­ tismo) ............................................................................... Epist.cxvin ad Dioscorum (paien)(Dt> philosophias erroribus) Epist. cxx ad Consentiam (De Trinitate)............................ De unico baptismo contra Petilianum............................... Breviculus collationis cum donatistis.................................. Liber contra donatistas post collationem............................ ÉDIT. BÉNèD. Tome. MIGNE, P. L. VI 11 II XL, 581-592 xxxin, 321-347 XXXIII, 370-386 XLI XXXIV XXXiV IT, 30 17 II, 31 18 H II 11 IX IX IX xxxm, xxxin, xxxm, xt.ni, XI.ni, XLIII, 405-417 432-449 452-462 595-613 613-650 651-689 XXXIV XXXIV XXXIV » > > » » 11 II. 36 II. 39 II, 40 41 19 90 40 42 43 > » » 13 13 > II. 33 II, 37 II, 38 » II, 45 » » II. 42 46 47 91 > 13 97 » 48 » II, 45 II. 45 11, 44 49 3 3 32 » 9 » II. 47 73 » » Π, 59 II, 50 » > 51 • 52 53 44 44 64 99 98 70 71 > 55 54 CORPUS de Reirtxrf. K1?» r> exsili VIENNE. V° Époque. — Depuis les luttes pélagi EN N ES Λ LA MORT (412-430) XLIV Epist. cxxxvh ad Volusianum (De incarnat.)..................... II xxxm, 515-525 XLIV Epist. cxxxvm ad Marcellinum (De incarnat.).................. II xxxm, 525-535 XLIV Epist. cxl ad Honorium. Dr. gratia N. T. 1. I..................... xxxm, 538-577 II De peccatorum mer. et rem. et de bapt. PARV. L. II! AD Marcel................................................................................... » X xliv, 109-200 De spiritu et littera ad Marcellinum............................... X xliv, 201-246 De eide et operibus (complément du De spiritu).............. VI XLI XL, 197-230 Epist. cxlvi! ad Paulinum seu L de videndo Deo.............. II xxxm, 596-622 XLIV De civitate Dei 0. X après 415; 1. XX vers 426; fin en 426) . vn XL XLI, 11-804 D ■ bono viduitatis. Epist. ad Julianam............................... VI XLI XL, 429-450 Epist. clvii ad Hilarium Siculum (De pelagianismo). . . XLIV II xxxin, 674-693 Dt: natura et gratia contra PELAGiuM(adTimasium etJac.). » xliv, 247-290 De perfectione justjtiæ hominis (contre les Definitiones de Célestius)......................................................................... XLIV. 291-318 XLII XLIV Epist. clxvi ad Hieronym um seu de origine animæ hominis. II xxxm, 720-733 XLIV Epist. cLxvn ad Hieronymum seu de sententia Jacobi, π, 10. II XXXIII, 733-741 VIII xi.n, 669-678 Contrapriscillianistaset origenistas l.ad Paulum Orosium. Enarr. in Ps. lxvii, lxxi, lxxvh, etc. ; les autres depuis 301 jusqu’à bien après 415.......................................................... > IV nxn-ni, 66-1900 » In Joannis Evangelium tr. CXX1V.................................... III xxxv, 1379-1976 » In Epist. Joannis ad Parthos tr. X (vers Pâques 416) . . . III xxxv, 1977-2061 X XLII D : gestis Pelagii in synod. Diospol. ad Aurelium episc.. xliv, 319-360 Epist. clxxxv ad Bonifacium, De correctione donatista» rum liber........................ II xxxm, 792-815 V Epist. CLXxxvi ad Paulinum Nol. (De pelagianismo) . . . π XXXIII, 815-831 9 Epist. clxxxvii ad Dardanum seu de praesentia Dei liber. 11 XXXIII, 832-848 XLII De graua Christi et peccato originali l. Il..................... xliv, 359-410 X Epist. cxciv ad Sixtum presbyt. rom. (plus tard pape). . . XLIV xxxin, 874-891 II Sermo ad Cæsareensis Eccl. plebem, Emerito pressente. . IX xliii, 686-697 > De festis cum Emerito donat, episcopo Cœsareœ.............. > IX XLtn, 697-706 Contra sermonem quemdam arianorum liber. .................. VIII » XLII, 683-708 De patientia liber (seu potius sermo).................................. VI XL, 611-626 XLI De conjugiis adulterinis I. II................................................. VI XL, 451-480 XLI Locutionum (in Heptateuchum) I. VII............................... XXVIII III XXXIV, 485-546 Quastionum (in Heptateuchum) I. VI!............................... III XXXIV, 547-825' XXVIII Epist. cxcix ad Hesychium episc. seu de fine saeculi . . . » II xxxin, 904-925 De nuptiis et concupiscentia l. II (I, 419; II, 420)............. X xliv, 411-474 XLII De anima et ejus origine l. II.............. XLIV, 474-548 X Contra duas epist. pelaoianorum ad Bonifacium papam l. IV.......................... > X XLIV, 549-638 Centra mendacium liber ad Consentiunt........................... VI XL, 517-548 XLI Contra Gaudentium Thamugadensem episc. donat. 1. II . » IX XLIII, 707-754 Contra adversarium Legis et Prophetarum I. II............... • νπι xlii, 603-666 Contra Julianum hæresis pelagianæ defensorem l. IV. . » xliv, 641-874 X Enchiridion ad Laurentium, seu de fide, spe, charitate liber.......................... » VI XL, 231-290 De cura pro mortuis gerenda (ad Paulin. Not.)................. VI XL, 591-610 XLI De octo Dulcitii quaestionibus liber...................................... > VI XL, 147-170 Epist. eexi ad moniales (Lafiéf/tedeS. Aug. en a été extraite). > II xxxnt, 958-965 De οπλτιλ et libeiio λπβιτιιιο ad Valentinum Adrumet. . xliv, 875-911 > X De coancpTiotfr. et οκλτιλ ad eumdem............................... xliv, 911-946 » X Retractationum L. II.............................................................. XXXVI I xxxn, 583-656 Epist. ccxvn ad Vitalem carthag. (Douze règles de foi con­ tre les semipélagiens)........................................................... » xxxin, 978-989 II Speculum de Scriptura sacra............................................. xxxiv, 890-1040 XII III CuHatio cum Maximino arianorum episcopo..................... > vm xi.n, 709-743 Contra Maximinum arianorum episcopum.................... vm » xlii, 743-814 De hæresibus ad Quodvultdeum LL.................................. vm » xi.n, 21-50 Tractat us ad versusj udæos (Serm. de incarn. D*ladv.jud.). vm xi.n, 51-64 De prædestinatione sanct. ad Prosperum et Hilarium. . XLIV, 959-992 X De dono perseverantiæ ad eosdem...................................... XLV, 993-1034 X Opus imperfectum contra Julianum L VI........................ » XLV, 1049-1608 X 9 II, 51 II. 52 » IT, 57 II, 54 II. 55 II. 53 11. 56 78 50 6t GO 59 58 62 56 II. 63 Π, 64 II, 65 * II. 66 II. 67 • 85 100 88 » 59 60 2 * » » » > 61 82 a première fut exécutée à Bâle, 1506, par Amerbach, avec le concours du cha­ noine Aug. Dodon, en onze parties, 9 in-fol., suivant l’ordre chro­ nologique indiqué par les Retractat. Très incomplète. Elle n’a ni les Lettres, ni les Sermons, ni les Enarrationes in psalm., qu'Amerbach avait imprimés à part. Réimprimée à Paris, 1515. — 2· Érasme, en 1528-1529, fut chargé par Froben, de Bâle, de diriger une édition plus critique suivant un ordre méthodique en 10 in-fol,, réimprimée à Bâle, 1543, 1556-1569, 1570, etc. ; à Pa­ ris, 1531, 1541; à Venise, 1552, 1570,1584. Les notes critiqués d’Érasme sont reproduites dans les Variorum exercitationes, P. L., t. xlv, col. 198-570. — 3· La troisième à Lyon en 1561-1563 avec des Indices rerum memorabilium à chaque volume. — 4· La quatrième,per theologos Lovani" ex ms cod. emendata... et illustrata eruditis censuris, 11 in-fol., Anvers, 1577. La direc­ tion. après la mort de Th. Cozée, fut confiée à Jean van der Meulen (Molanus); pour la première fois, les supposititia sont rejotés à la fin des divers tomes. Réimprimée, h Paris, 1586. 1603, 1609. 1613; à Genève. 1576; à Cologne, 1616. Oct. Worst, ο. cap. (ψ 1671), a publié une critique de cette édition : Vindicte augustiniano-catholicæ, etc., in-fol. En 1654-1655, l’oratorien Vignier publia à Paris en 2 in-fol. un supplément à toutes les édi­ tions précédentes, contenant de nouveaux sermons, un Specu­ lum (apocryphe), 6 livres de 1’ouvrage Contra Julianum. — 5· La meilleure édition est celle des bénédictins de la congrég. de Saint-Maur, 18 vol. en 11 tom. in-fol., 1679-1700, par dom Delfau au 2316 ! début, puis dom Blampin et Pierre Coustant, avec préface géné­ rale (au t. xi) et dédicace par Mabillon. Classification méthodique des œuvres, ordre chronologique pour les lettres, distinction cri­ tique des œuvres authentiques et supposées, surtout pour les ser­ mons, divisions des chapitres en paragraphes, introductions, sommaires, annotations, révision critique des textes, tables par­ ticulières et générales d’une grande richesse par D. Claude Guesnié : tout cela en a fait sinon l’édition définitive, du moins la meil­ leure jusqu’ici. Pour l’histoire de cette édition : Fénelon, De generali præfatione PP. benedictinorum..., etc., Œuvres, édit. i Lebel, Paris, 1823, t. xv, p. 81-109; en français dans dom Ceillier, Hist. gén. des auteurs eccl. (édit, de 1861, t. ix, p. 846); d’Avrigny, Mémoires chronologiques (à l’année 1699) ; [Thuillier], His­ , toire de la nouvelle édition de S. Augustin donnée par les I bénédictins de la Cong, de S. Maur; Tassin, Hist. litt. de la Cong. de S. Maur, p. 290 sq. ; dom Ceillier. Hist. gén. des aut. eccl., 2' édit., Paris, 1861. note sur l’édition bénéd., t. ix, p. 815-818; R. C. Kukula, Die Mauriner Ausgabe des Aug., dans les Sitzungsberichte de l’académie de Vienne, Philos.· histor. Classe, Vienne. 1890,1898. t. c.xxi,cx.xii,cxxvii,cxxxvni (histoire détaillée des accusations de tendances jansénistes contre cette édition, cf. Revue critique, 1890, p. 191); H. Reusch, Der Index der verbotenen Rucher, t. il n. 685; le R. P. Odllo Rottmanner, dans Bibliographische Nuchtràge zu D' Kukula's Abhandlung, Die Mauriner..., même recueil, Vienne, 1891, t. cxxiv, p. 1-12, a corrigé les dates de publication des divers volumes de celte édition, t. n en 1679, t. ni en 1680 et non en 1688 et 1689. La Revue Bossuet, Paris, 1900, n. 3, prouve l'influence exercée par Bossuet sur les rédacteurs de la préface. Celte édition a été reproduite : 10 vol., Paris, 1689-1696; 11 in­ | fol., Anvers (Amsterdam), 1700-1703; avec Appendix Augustiniana (t. xn, 1703) par Phereponus (Jean Leclerc); 18 in-4·. i Venise, 1729, 1835; 1756-1769; 1797, 1807 (édition très fautive, d’après Rottinanner, p. 10); par Caillau, 43 in-8·, Paris, 18361840; par Gaume, Paris, 1836-1839,11 vol. en 22 parties gr. in-8*; par Migne, P. L., t. xxxii-xlvh; le t. xlvii contient en supplé­ ment les études de Vivès, Érasme, Schônemann, Leclerc. Noris, Merlin, etc., ainsi que les préfaces de certains éditeurs des œuvres de saint Augustin, par exemple celles de Vivès, Claude Ménard, Sirmond, etc. — 6· Édition de l’académie impériale de Vienne, dans le Corpus script. Eccl. lut. : ont paru : Confes­ siones, édit. P. Knoll, 1896(sect. i,l, t. xxxm); Retractationes. édit. P. Knoll, 1902 (sect, i, 2, t. xxxvi); Epistolæ, 1-123, édit. Al. Goldbacher, 1895-1898 (sect, IL 1-2, t.xxxiv); sect, m, 1904 ; Specu­ lum et L. de div. Script., édit. Weihrich, 1887 (m,1, t. xn); De Genesi ad litt., et autres opuscules sur l'Heptateuque; Adnot, in Jub.édit. J.Zycha, 1894-1895(m, 2-3,t.xxvm); De civitate Dei, édit.E. Hoffmann, 1898-1900 (v, 1-2, t.XL); De flde et symbolo, et autres opuscules de morale, édit. J. Zycha, 1900 (v, 3. t. xi.i); De utilitate credendi, et autres ouvrages contre les manichéens, édit. J,Zycha, 1900 (vin, 2, t. XLll). Voir le tableau. ΠΙ. Éditions d’ouvrages isolés. — Consulter surtout Schonemann et la seconde édition de dom Ceillier. Paris, 1861, t. ix, p. 812-814, et les indications données pour les principaux ou­ vrages. Ici nous signalerons la collection de H. Hurter, S'S. Pa­ trum opuscula selecta, Inspruck, 1868. On y trouve : De uti­ litate credendi ; De flde rerum quæ non videntur: Dr flde et symbolo (ser. î, t. vi);Da catechizandis rudibus, avec la Vita, par Possidius (ser. î, t vm); Enchiridion ad Laurentium, seu de flde, spe et caritate (ser. i, t.xvi); Opusc. selecta de Ecclesia (ser. î, t. xxvn); Epistula ad mon. Adrumetinos ; De gratia et libero arbitrio (ser. I, t. xxxv); De prædcstinatione SS. et de dono persev. (ser. î, t. xxxvi) ; De Trinitate (ser. î, t. xi.ii, xliii ) ; In Joannis evangelium tractatus (ser. n. t. i-ii). IV.Traductions françaises. — 1· Traductions des Œuvrt < complètes . par Raulx et Poujoulat, 17 in-4·, Bar-le-Duc, 1872; par Péronne et autres collaborateurs, 34 in-4·, Paris, 1872, avec le texte latin et les notes de l’édition bénédictine: le tome premier donne en français les deux Vies du saint par Possidius et par les bénédiclins. — 2· Traductions d’Œuvres isolées. Pour le détail des traductions anciennes, cf. l’annotation de la deuxième édition de dom Ceillier, Hist, des aut. eccl., Paris, 1861, t. ix, p. 814815. En particulier, les Confessions ont été traduites par Arnaud d’Andilly, in-12, Paris, 1649, 1695; avec préface de Lamenna s et notice sur les manichéens, 2 in-32, Paris, 1822, retoucht·· par Charpentier, en 1861 ; par Dubois, 1886; par de Saint-Victor. 1844; par Léonce de Saporta, in-12,1844; par L. Moreau, in-8·. Paris. 1840: par Paul Janet, in-12, Paris, 1857 ; par Saint-Ray­ mond, in-8· illustré, Paris, 1884; la Cité de Dieu, par Raoul dPresles, Abbeville, 1486; par des bénédictins, 2 in-8·, 1701 ; par L. Moreau, 3 in-8*, Paris, 1846; par Saisset, avec introduction et notes, 4 in-8·, Paris, 1855; les Lettres, par Poujoulat, 4 in-8·,Paris, I 1858, avec introduction ; les Sia; livres contre Julien, parl’abbéde 2317 AUGUSTIN (SAINT) Vcnce, 2 in-12, Paris, 1736. Dubois a traduit les opuscules suivants : De veru religione, 1690; Despir.etlitt., 1700; Deordine, 1701; De doctr. christ., 1701 ; De ulil. credendi, 1741. Arnaud a traduit l'Enchridion, 1685; le De prædest. SS. et de donc persev.. 1676. ùn a de Pellissier : 7-es Soliloques traduits pour la première fois en français, in-12, Paris, 1853. Ils avaient été traduits cependant avec le manuel et les méditations, par’ La Croix, in-12,1745-1747. III. Doctrine. — Quand les critiques cherchent à dé­ terminer « la place d'Augustin dans l'histoire de l’Église el de la civilisation » (titre de l’étude de Feuerlein, voir plus loin), il ne saurait être question d'une inlluence extérieure et politique, telles que l'ont exercée les saints Léon, Grégoire ou Bernard. Reuter l’a justement remar­ qué, Aiiguslinische Studien, p. 479, Augustin, évêque d une cité de troisième ordre, naguère exercé d'action directe sur la politique; et peut-être, ajoute Harnack, Lehrburch tier Dogmengeschichte, t. ni, p. 95, n'avait-il pas les qualités d'un homme d'Etat.Toute son influence a été intime et sur les esprits. S'il fait époque dans les destinées de l’Eglise, comme on en convient, c’est dans l'histoire du dogme que son action a son contre coup; et s'il a une place à part dans l’histoire même de ’hu­ manité, ainsi que l’estiment les penseurs réftéc.iis comme Rudolf Eucken, c’est en qualité de peuseï ■: ayant, même en dehors de la théologie,' exercé une action décisive sur l'orientation de la pensée occidentale. Etudier sa doctrine, c’est donc en même temps étudier son action dans le monde. Dans un si vaste sujet, im­ possible d’être complet: on comprendra que, laissant de coté les questions de détails nous cherchions à fixer avec précision la position d'Augustin dans les grands problèmes augusliniens. Voici l'ordre que nous suivrons: 1» Rôle doctrinal hors de pair de saint Augustin ; 2» Sources de sa doc­ trine, en quel sens est-il néoplatonicien? 3« Sa théorie de la connaissance et l'ontologisme ; 4° Sa doctrine sûr Dieu et les œuvres de Dieu ; 5° Le docteur de la grâce: est-il prédestinatien ? 6° Le docteur de l’Église et sa théorie des sacrements ; 7“ Le docteur de la charité ou morale de saint Augustin; 8° Théories eschatologiques d’Augustin; 9° Conclusion: caractéristique du génie de saint Augustin. t. ROLE doctrinal hors de pair. — Comme intro­ duction à l'examen de ses théories particulières, nous vouions mettre en lumière non pas cette vérité incon­ testée que l'influence doctrinale d’Augustin a été im­ mense, mais cette conclusion plus étonnante, procla­ mée par les plus grands critiques, que cette influence est exceptionnelle et sans rivale, même à côté de Tho­ mas d’Aquin, en un mot que l’enseignement d’Augustin marque une époque décisive dans l’histoire de la pensée chrétienne, et fait entrer l’Eglise dans une phase nou­ velle. On aurait pu réserver ce fait comme conclusion de l’étude sur sa doctrine : mais pour mieux détermi­ ner les points précis sur lesquels se fixera l'attention, il est utile de montrer: 1» le-degré d'influence qu’il faut attribuer à Augustin : 2° la nature ou les éléments de son action doctrinale; 3» les caractères généraux de sa doctrine. 1° Augustin proclamé le plus grand des Pères. — 1. Par les catholiques. — Tel était certainement le senti­ ment des contemporains d’Augustin, si l'on en juge par les expressions de leur admiration recueillies par Stil­ ting, dans Acta sanctorum, loc. cit.,§ lv, p. 359-361. Jérôme, entre autres, n’hésitait pas à lui dire: Catholi­ ci te conditorem antiqua: rursus fidei venerantur. Epist., CXt.t, ad August., P. L., t. xxn, col. 1180. Mais le. contemporains seraient suspectssi la postérité n'avait ratifié leur jugement. Les papes ont attribué au docteur d’Hippone une autorité si exceptionnelle qu’elle mérite une étude à part. Voir plus loin l’autorité de saint Au­ gustin. La pensée de tout le moyen âge a été parfaite­ 2318 ment résumée par Pierre le Vénérable, plaçant Augustin immédiatemenlaprèslesapôtres: .Maximes posl ■■ s ecclesiarum instructor. Epist. ad S. Bern., dans a S. Bernardi, Epist., ccxxtx, n. i3, P. L.. t. cl.xxxh. col. 405. Le xvi" siècle exprime la même adieu . :. . . deux écrivains de caractère tout opposé: Érasme im­ même s'enthousiasme sur ce sujet: quid hid.■' Christianus hoc scriptore mugis aureum • ·1 augus­ tius? dit-il dans la Préface de son édition. Et Sixt- de Sienne proclame Augustin le plus grand génie de l'hu­ manité : Doctor super omnes qui ante eum et post eum hucusque fuerunt mortales. Biblioth. sancta, Cologne, 1576, p. 220. Dans les temps modernes, c'esl Bossuet, le génie le plus semblable à celui d’Augustin, qui lui assigne sa place parmi les docteurs, la première: il ne l’appelle pas simplement « l’incomparable Augustin », « ce mailre si intelligent et pour ainsi dire si mailre, » Défense de la tradition, 1. IV, c. xvi, édit. Lebel, t. v, p. 240, mais, l'aigle des docteurs, ibid., I. IX, c. xrv, p. 501, et » le docteur des docteurs ». Sermon pour la vêlure d'une postal· bernardine. — Si un moment l’abus que les jansénistes firent de ses ouvrages, peut-être aussi les exagérations de certains catholiques ainsi que les attaques de certains critiques à la suite de Richard Simon, semblent avoir effrayé quelques esprits, le juge­ ment général n’a pas varié, et au XIX’ siècle Slôckl exprimait la pensée de tous: « Augustin a été à juste litre appelé le plus grand docteur du monde catho­ lique. » Geschichte der chrisll. Philos, zur Zeit der Kirchenvâter, 1891, p. 365. 2. Au jugement des protestants. —Chose étrange! il semble que les critiques protestants aient été spéciale­ ment séduits en ces derniers temps par la grande ligure d'Augustin, tant ils lui ont consacré d'études pro­ fondes (Bindemann, Schalf, Dorner, Reuter. A. Harnack, Eucken, Schee),etc., pour ne parler que de travaux alle­ mands). Or leur admiration, pour être froidement rai­ sonnée, n’en est pas moins enthousiaste : et, plus ou moins, ils arrivent à celte formule de Harnack: « Ou trouver, dans l’histoire de l’Occident, un homme qui pour l’influence puisse lui être comparé? » Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3’ édit., t. m, p. 95. Les ré­ formateurs, Luther et Calvin, s’étaient contentés de trai­ ter Augustin avec un peu moins d'irrévérence que les autres Pères. Voir Ph. Schalf, Saint Augustin, 1886, p. 99-161. Mais leurs descendants lui rendent ■'datante justice, et cela au moment même ou loyalement ils re­ connaissent en lui le père du catholicisme romain. Schalf a rapporté leurs conclusions, loc. cit.. p. 101-102. Pour Bindemann « Augustin est, au ciel de l’Eglise, un astre d'un éclat extraordinaire. Depuis les apôtres, nul autre ne l’a surpassé : on peut dire que la premiere place parmi les Pères de l’Église lui est due... 11 marque le plus haut point de développement de l'Église d’Occident avant le moyen âge. C'est de lu: que le mysticisme aussi bien que le scolaticisme médiéval ont reçu la vie. Il forme le plus solide pilier du catlivl:cisme romain ». 11 ajoute, il est vrai, que chez lui aussi les chefs de la réforme ont puisé ·> les principes qui ont enfanté une ère nouvelle ». Le Dr Kurtz, dans son Histoire de l’Église, 9* édit., 1885, appelait Augustin « le plus grand, le plus puissant de tous les Pères, celui dont l'influence est la plus profonde, de qui pro­ cède tout le développement doctrinal et ecclésiastique de l’Occident, et à qui le ramène périodiquement chaque crise, chaque orientation nouvelle de la pensée ». Schaff lui-même n’est pas d’un autre avis, op. cit.. p. 27 : « Tandis que les autres grands hommes de l'Iiistoire de l’Église sont accaparés ou par les catholiques ou par les protestants, lui, il jouit auprès des deux confessions d'un respect également profond et durable. liud· if Eucken, plus hardi, a osé écrire: « Sur le terrain propre du christianisme, a paru un seul grand philo-. : r 2319 AUGUSTIN (SAINT) 2320 inférieure, et l’inspiration mise à part) celle de Paul c’est Augustin. tDie Lebensanschauungender Grossen Denker, 1902, p. 210. Mais Ad. Harnack est celui qui a dans la prédication évangélique. Aussi a-t-il été en le plus souvent insisté sur ce rôle unique d’Augus­ butte aux mêmes égarements de la critique. Comme on tin. Il a étudié « la place dans l’histoire du inonde a voulu faire du paulinisme la vraie source du christia­ nisme actuel qui aurait étouffé le germe primitif de d'Augustin réformateur de la piété chrétienne et l'in­ fluence du docteur de l'Église ». Lehrbuch der Dogl'Evangile de Jésus, on a imaginé, sous le nom d’augus­ mengesch., 3» édit., t. ht, p. 56-221. Dans son étude tinisme, je ne sais quel syncrétisme des idées de Paul sur les Confessions, il y est revenu, p. 7: « Aucun et du néoplatonisme, qu’Augustin aurait installé dans l’Église, et qui serait une déviation, déplorable d’après homme ne peut lui être comparé depuis Paul, » à l’ex­ ception de Luther, ajoute-t-il. Encore aujourd’hui nous les uns, fort heureuse d’après les autres, de l'ancien vivons d’Augustin, de sa pensée, de son esprit; nous christianisme. Ces fantaisies ne résistent pas à la lec­ sommes, dit-on. les fils de la Renaissance et de la ture des textes et Harnack lui-même montre dans Au­ Réforme, mais l'une et l’autre dépendent de lui. Telle gustin l’héritier de la tradition qui le précède. Mais, est la thèse reprise dans Dos Wesen der C/iristentum, d'autre part, faudra-t-il, comme on l’a fait parfois, 1901, où il expose surtout le rôle d’Augustin dans la identifier toutes ses conceptions avec les vues des formation du catholicisme. écrivains, en particulier des Pères grecs, dont il est 2° De quelle nature est l'influence d’Augustin? — le successeur? Son œuvre doctrinale se borneraitNous pouvons distinguer une triple action : elle à une simple question de synthèse, de méthode, 1. D résume et condense dans ses écrits les trésors d'ordonnance meilleure ou d’expression nouvelle ? Non intellectuels du monde ancien et les transmet au monde certes, on ne doit pas méconnaître la part d’invention nouveau. — 11 est remarquable, en effet, que précisé­ et d’originalité dans le développement du dogme, que la ment à l'heure où les migrations des peuples allaient providence réservait à cet incomparable génie, fallùt-il ensevelir la civilisation sous les ruines du monde ça et là constater, dans des questions spéciales, des dé­ romain et où les nations nouvelles devaient se nourrir faillances humaines. Plus que tout autre Père, il a réa­ des traditions du monde ancien, un homme de génie lisé pour les dogmes ce progrès qu’exprimait si bien tel qu'Augustin se soit trouvé là pour recueillir dans une Vincent de Lérins, son contemporain, dans une page vaste synthèse l’héritage de la pensée antique dans ce que certains ont cru dirigée contre lui : c’est le dévelop­ qu’elle a de plus élevé, et surtout les développements pement d'un germe vivant jusqu'au plein épanouisse­ de la pensée chrétienne opérés dans les deux derniers ment de la vie; de la graine presque imperceptible au siècles, pour l’infuser au monde nouveau comme un grand arbre, quel changement ! C’est pourtant le même ferment salutaire qui dans ces natures encore grossières être. Ainsi grandit la parole évangélique fécondée par mais riches ferait lever la philosophie religieuse de les génies providentiels dont jusqu'ici Augustin semble le l’avenir. Cf. Bôhringer, p. 424. La mission providen­ plus grand. tielle d’Augustin apparaît nettement. Harnack va jusqu'à a) En général, toute la dogmatique chrétienne lui dire que « l'existence misérable de l’empire romain en doit des théories nouvelles pour mieux justifier et expli­ Occident n’a été prolongée jusque-là, semble-t-il, que quer la révélation, des aperçus nouveaux, plus de net­ pour permettre l’action exercée par Augustin sur l’his­ teté et de précision. Les luttes multiples auxquelles il toire universelle ». Précis de l’hist. des dogni., trad, fut mélé, et aussi la nature spéculative de son esprit, ne franç., p. 255. C’est pour remplir cette immense tâche laissèrent à peu près aucune question en dehors de ses que la providence l’a mis en contact avec les trois recherches. Toujours sur la brèche, il eut à combattre les mondes dont il doit transmettre la pensée : avec le ennemis de toutes les vérités chrétiennes depuis les infi­ monde romain et latin au milieu duquel il a vécu, avec dèles et les manichéens jusqu'aux semipélagiens, ces ca­ le monde oriental que l’étude du manichéisme lui a tholiques d'ailleurs si fervents. Esprit subtil et pénétrant, révélé en partie, avec le monde grec que les platoniciens rompu à toutes les finesses de la dialectique, il sut dé­ lui ont manifesté. En philosophie, il a été initié à tout masquer les sophismes, et dissiper les équivoques. D’au­ le contenu et à toutes les subtilités des diverses écoles tre part, esprit profond et ingénieux, dans chaque question qu'il a parcourues, mais avec indépendance, sans se qu’il aborda, il découvrit des démonstrations lumi­ donner à aucune. En théologie, c’est lui qui initia neuses, des rapprochements nouveaux: par sa manière l’Eglise latine au grand travail dogmatique accompli en même de poser les problèmes, il les marqua de son Orient pendant le iv’ siècle et au commencement du empreinte, si bien qu’il n'est pour ainsi dire pas de V": il en vulgarisa les résultats en leur donnant la forme problème où l’étude de sa pensée ne s’impose au théo­ plus nette et plus précise du génie latin. — Mais celte logien. science du passé, Augustin ne la résume pas à la façon b) En particulier, il développa certains dogmes avec d’un scolastique éclectique, par une synthèse froide et une telle ampleur, il dégagea avec tant de clarté de l’en­ impersonnelle, analysant, classant, combinant toutes les veloppe traditionnelle le germe fécond de ces vérités, idées, mais sans leur imprimer un cachet propre de que plusieurs ont été (à tort, selon nous) désignées manière que dans l’édifice nouveau, on reconnaît encore sous le nom d’augustinisme; Augustin n'en est point l’origine de chaque élément. Eucken a bien dit, op. l’inventeur, mais le premier il les a mises en pleine cit., p. 210: « Toutes les influences du passé, comme lumière. Ce sont avant tout les dogmes de la chute, de toutes les impulsions de son temps. Augustin les fait la réparation, de la grâce et de la prédestination : siennes, les ramasse en lui seul pour en faire quelque « L’apparition d’Augustin dans l’histoire du dogme, chose de grand et de nouveau. Bien qu’enraciné dans dit Schall', op. cit., p. 97. fait époque surtout en ce qui un milieu latin, il subit de fortes influencés grecques et regarde les doctrines anthropologiques et sotériologiorientales. Du christianisme primitif et du néoplato­ ques, auxquelles il fit faire un progrès immense, et qu’il nisme il opère un mélange nouveau dans lequel prédo­ porta à un degré de clarté et de précision qu'elles mine, avec son originalité, l’élément chrétien et dont le n'avaient pas eu jusque-là dans la conscience de produit pourra être discuté mais dominera toute l’his­ l’Église. » — Mais il n’est pas seulement le docteur toire du christianisme. » de la grâce, il est aussi le docteur de l'Église: ses 2. Il a été pour le développement et le progrès du luttes de vingt ans avec le donastisme ont abouti à une dogmatique complète de l’Église, grande œuvre et corps dogme le plus puissant instrument de la providence. — Ici le danger n’a pas été de nier ce progrès, I mystique du Christ et vrai royaume de Dieu, de son mais de l’exagérer. On l'a souvent dit, la mission dog­ rôle pour le salut, de l’efficacité intime de ses sacre­ matique d'Augustin rappelle (dans une sphère bien ments. C’est sur ce point, comme sur le centre de la 232! AUGUSTIN (SAINT) théologie augustinienne, que Reuter a concentré ses I Augusliniche Studien (la plus savante étude récente sur Augustin, d'après Harnack). — Les controverses manichéennes l'ont aussi amené à préciser les grandes questions de l'Être divin, de la nature du mal, et on pourrait aussi l'appeler le docteur du bien, ou du bon principe de toutes choses. — Enfin, nous le verrons, le caractère même de son génie et la direction pratique, surnaturelle et divine qu'il imprimait à toutes les spé­ culations de sa pensée, ont fait de lui le docteur de la charité. c) Un dernier progrès dû aux œuvres d'Augustin, est celui qu’il accomplit dans la langue théologique. Pour une grande part il contribua, sinon à la créer, du moins à la fixer définitivement. Elle lui doit une foule de ces formules lapidaires, d’une profondeur égale à la concision, que la scolastique dégagea plus tard de l’ensemble de son œuvre. Le latin d’ailleurs, plus bref, plus précis que le grec, moins flottant dans ses formes, se prêtait merveilleusement à cette œuvre : Augustin en a fait la langue dogmatique par excellence et c'est sur lui que se sont formés les Anselme et les Thomas d’Aquin. — Aussi a-t-on essayé parfois de lui attribuer le symbole pseudo-alhanasicn. Sans doute il est postérieur, mais Bonifas, Hist, des dogmes, 1.1, p. 21, 78, et Haag. Hist, des dogmes chrét., t. i, p. 476, ne se trompaient pas, quand ils en cherchaient l’inspiration dans les formules du De Trinitate. Quel qu’en soit fau­ teur, voir col. 2184-2186, il a connu Augustin et a puisé dans ses œuvres. C’est sans doute ce don des formules précises, aussi bien que sa charité, qui lui a fait attri­ buer si souvent le mot célèbre : In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus charitas; il n’est pas de lui, mais respire son esprit. Cf. dom Morin, dans la Bevue d’iiist. et de litt. relig., 4902, p. 147-149. 3. Il est le grand inspirateur de la pensée religieuse dans les siècles suivants. — Pour raconter l’influence d’Augustin sur la postérité, un volume ne suffirait pas : â l’article Augustinisme, nous toucherons aux points principaux. Ici nous signalons simplement les faits en indiquant leur portée : l»r fait : Avec Augustin le centre du développement dogmatique et théologique se déplace et d'Orient passe à (Occident et à ce point de vue encore Augustin fait époque dans l'histoire du dogme. «Jusque-là, remarque justement Bonifas, op. cit., p. 21, l’influence prépondé­ rante avait appartenu à 1 Église grecque, l’Orient avait été la terre classique de la théologie, le grand atelier de l'élaboration du dogme. A partir d’Augustin, l'influence prépondérante tend à passer du côté de l'Occident... L’esprit pratique et réaliste de la race latine succède à l’esprit spéculatif et idéaliste de l’Orient et de la Grèce. » 2’ fait : Il est également l'inspirateur, au sein de l’Église. de deux courants qui semblent contraires l’un à l'autre, la scolastique et le mysticisme. De Grégoire le Grand aux Pères de Trente, son autorité théologique, la plus haute sans contredit, domine tons les penseurs. Les représentants de la scolastique, Anselme, Pierre Lombard, Thomas d'Aquin, les représentants du mysti­ cisme, Bernard, Hugues de Saint-Victor, Tauler, ont également fait appel à son autorité, se sont nourris de ses écrits et pénétrés de son esprit. 3° fait : H n'est pas jusqu’aux courants plus modernes qui ne dérivent de lui, dans ce qu'ils ont de vérité ou de sentiment profond de la religion. Desavants critiques tels que Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., t. ni, p. 100, et Sell, dus der Geschichte der Christentum, 1888, p. 43, ont appelé Augustin le premier homme moderne; et de fait i) a tellement façonné le monde latin, que c’est lui au fond qui a fait l’éducation des esprits modernes. ( Mais sans aller jusque-là, on peut citer cette parole d’Eucken, op. cit., p. 244 : « Ce n'est peut-être pas un para- I djxe de dire que si notre temps veut reprendre et traiter i 2322 d'une façon indépendante le problème de la religi· n. il ne doit pas tant se reporter à Sciileierniacher ou a Kant, ni même à Luther ou à saint Thomas, qu'à Augustin .. Et eh deçà de la religion, le monde moderne trouvera plus d’un point par ou il se rattache à Augustin, du moment que, laissant de côté la forme souvent étrange, nous pénétrons jusqu'au fond des choses... Il est des points sur lesquels Augustin est plus moderne qu'il gel et Schopenhauer. » 3° Caractères généraux de la doctrine d'Augustin. — Nous n’en signalerons que trois : 1. Elle s'est formée progressivement dans son esprit : le docteur d’Hippone n'est pas parvenu d’un seul coup au plein développe­ ment de sa pensée. C'est par étapes, aidé souvent par les circonstances et les nécessités de la polémique, qu’il est arrivé à la précision de chaque vérité et à la vision nette du rôle de cette vérité dans l’ensemble de la révélation. Aussi exige-t-il de ses lecteurs qu'ils sa­ chent « progresser avec lui ». L’étude des œuvres de saint Auguslin dans l’ordre historique s’impose donc, si on ne veut point se méprendre, et cela s’applique tout spécialement, nous le verrons, à la doctrine de la grâce. Mais ici encore, il y a un excès à éviter : on est exposé à trop prolonger les périodes d'hésitation ou d'erreur. Ni les jansénistes autrefois, ni les critiques protestants d’aujourd'hui n’ont su éviter cet écueil. Harnack, à pro­ pos de la christologie d’Augustin, abuse d'un aveu des Confessions, 1. Vil. c. xxv. Augustin reconnaît là qu'au début il ne distinguait pas très bien la doctrine catho­ lique de l'Incarnatiou, de l'erreur adoptienne de Photin: il ne voyait en Jésus-Christ qu'un homme inspiré et un docteur. Harnack, Dogmengéschichte, 3e édit., t. m, p. 121. en profile pour affirmer que ce qu'il n'avait passais! alors, il ne le comprit bien jamais, el que sa christolo­ gie a de profondes affinités avec celle de Paul de Samosate et de Photin. Or. dans le texte des Confessions, les mots aliquanto posterius limitent ce moment d'hésita­ tion à un temps très court dont le point de départ pré­ cède même la scène de la conversion au jardin. C'est donc plutôt une étape de son retour à la foi qu'une phase de sa pensée déjà chrétienne. Dès 388 il exprime dans le De libero arb., 1. I, c. xi, n. 5, P. L., t. xxxn, col. 1224, l’idée la plus catholique du ['ils de Dieu en­ gendré égal à son Père. Quant aux prétendues affinités persistantes avec Photin, elles sont démenties par les textes les plus formels, par ceux-là même qu'allègue le critique allemand. De peccat, mer., 1. 11, n. 27, P. L., t. xi.iv, col. 168; De corr. et gr., c. xi, 30. ibid., col. 934. 2. Cette doctrine est essentiellement théologique, et a Dieu pour centre. — a) Sans doute Augustin est un grand philosophe, et Fénelon a pu dire de lui dans ses Lettres sur divers sujets de métaphysique et de reli­ gion, lettre iv, Œuvres, édit. Lebel. 1820, t. 1, p. 393 : « Si un homme éclairé ramassait dans les livres de saint Augustin les vérités sublimes que ce grand homme y a répandues comme par hasard, cet extrait, fait avec choix, serait très supérieur aux Méditations de Des­ cartes. » Ce recueil a même été fait. Voir plus loin. 11 y a donc une philosophie de saint Augustin. Mais chez lui, elle est si intimement liée à la théologie, que l'on ne peut les séparer. Aussi n'étudierons-nous pas à part le théologien et le philosophe : aussi bien celui-ci inté­ resserait-il moins les lecteurs de ce dictionnaire. Augus­ tin n’est pas un homme que l'on puisse couper en deux. 11 n’y a jamais eu pour lui qu’une vérité, et cette vérité il la saisit, il l'embrasse de toute son âme, elle est pour lui comme une émanation de Dieu et devient la loi de son être. Un exemple : Auguslin est un psycho­ logue des plus profonds et des plus pénétrants, un psy­ chologue par goût, par passion : Noverim me, a-t-il dit après avoir dit à Dieu : Noverim te; Dieu et l'âme, voilà ce qu'il veut savoir. Et de fait dans l'étude des rouages si compliqués, si impénétrables de notre âme. 2323 AUGUSTIN· (SAINT) il est allé bien plus avant que tel psychologue de re­ nom : mais, pour lui, cette étude de Fàme est une étude religieuse, inspirée par le désir de connaître les voies mystérieuses de Dieu dans notre âme et de notre àme vers Dieu. Les historiens protestants, eux aussi, ont re­ marqué ce cachet des écrits d'Augustin. « Le monde, dit Eucken, op. cit., p. 223 (trad, franç. dans Ann. de phil. chrét., 1899, p. 625), l’intéresse moins que Faction de Dieu dans le monde et particulièrement en nousmêmes : Dieu et l'àme, tels sont les seuls sujets dont la connaissance nous doive passionner. Tout savoir devient un savoir moral religieua:, ou plutôt une conviction morale religieuse, un acte de foi de l’homme se donnant tout entier. » Et avec plus d'énergie encore, Bôhringer a dit : « L'axe sur lequel se meuvent lecteur, la vie et la théologie d'Augustin, c'est Dieu. » Aurelius A ugustinus, 2e édit., 1877, p. 414. Voir encore Dorner, Augustinus, sein theologisches System, etc., 1873, p. 324. b) Dans sa théologie même, il est remarquable qu'Augustin met toujours en saillie la connaissance de Dieu, tandis que les discussions orientales sur le Verbe avaient forcé Athanase et les Pères grecs à placer au sommet de la théologie la foi au Verbe et au Dieu-Homme qui nous délivre. La révélation s'était développée dans tout le iv« siècle comme doctrine du Christ. Augustin lui aussi place au centre de l’œuvre divine l’incarna­ tion, mais il l’envisage comme la grande manifestation historique de Dieu à l'humanité : l'idée de Dieu domine tout, de Dieu considéré en son essence (De Trinitate), dans soil gouvernement (De civitate), ou comme le terme de toute vie chrétienne (Enchiridion de fide, spe et caritate; De agone christiano, etc.). 3. La doctrine d’Augustin est essentiellement catho­ lique, opposée au protestantisme. — Il importe de constater ici ce fait, d’abord pour n’avoir pas à y reve­ nir à propos de chaque dogme en particulier, mais sur­ tout à cause du changement d’attitude de la critique protestante â l’égard de saint Augustin : rien n’est plus digne d’attention que cette évolution, si honorable d'ail­ leurs pour l’impartialité des derniers écrivains. — a) La thèse des protestants d’autrefois. — Les tentatives ne manquèrent pas pour accaparer Augustin et en faire un réformateur avant la Réforme. Luther sans doute dut avouer qu’il ne trouvait pas chez lui la justification par la foi seule, ce principe générateur de tout le protestan­ tisme, et il s’en consolait, au dire de Schalf, Saint Au­ gustin, 1886, p. 100, en s’écriant : « Augustin s’est sou­ vent trompé, on ne peut se lier à lui. Tout bon et saint qu’il est, il s’est souvent mépris sur la vraie foi, tout comme les autres Pères. » Mais en général la Réforme n'en prit pas si aisément son parti et il fut longtemps d’usage d'opposer au catholicisme le grand nom d’Au­ gustin. La Confession d'Augsbourg, a. 20, osait lui attribuer la justification sans les œuvres, cf. Concordia, Libri symbolici, etc., édit, de Berlin, 1857 (reproduisant celle de 1584), p. 17, et Mélanchthon invoquait son auto­ rité dans son Apologia confessionis, a. 4, ibid., p. 64-65, 80, 92, etc. b) Les aveux récents. — Depuis trente ou quarante ans tout est changé, et les meilleurs critiques protes­ tants proclament à l’envi le caractère éminemment ca­ tholique de la doctrine augustinienne. Ils l’exagèrent même, par un excès contraire, lorsqu'ils prétendent trouver en lui le fondateur du catholicisme. Voici com­ ment IL Reuter conclut ses études si importantes sur le docteur d’Hippone, Augustinische Sludien, p. 497 : « Augustin est pour moi le fondateur du catholicisme ro­ main en Occident... Ce n'est point là une découverte nouvelle, comme Kattenbusch parait le croire, mais une vérité reconnue depuis longtemps par Néander, Julius, Kôsllin, Dorner, Schmidt, etc. » Et se demandant en­ suite si « l’évangélisme » se trouve chez Augustin : « Sur ce point, dit-il, p. 511, on a raisonné bien dill'é- , 2324 remment autrefois et de nos jours... Les phrases si usi­ tées de 1830 à 1870 : Augustin est le père du protestan­ tisme évangélique, Pélage est le père du catholicisme, ne se lisent plus aujourd’hui que rarement. On a re­ connu depuis qu'elles sont insoutenables, bien qu’elles renferment une particula veri. » Ph. Schalf, op. cit., p. 98, arrive aux mêmes conclusions. Et Dorner a dit, lui aussi, dans la Religious Encyclopaedia, Édimbourg, 1883, art. Augustin, t. i, p. 176 : « C’est une erreur de prêter à Augustin les idées qui ont inspiré la Réforme. » Mais nul n'a mis en lumière cette idée avec autant d'in­ sistance que Harnack. Tout récemment, dans ses leçons sur l’essence du christianisme, il caractérisait l’Eglise romaine par trois éléments dont le troisième 'est l'augustinisme, l'esprit et la piété de saint Augustin. « Au­ gustin, en effet, a exercé sur toute la vie intérieure de l’Eglise, vie religieuse et pensée religieuse, une in­ fluence absolument décisive. » Das Hese» des Christentums, 14« leçon, 1900, p. 154. « Au v« siècle, dit-il, p. 160, à l'heure ou l’Eglise héritait de l'empire romain, elle avait en elle un homme d'un génie extraordinaire­ ment profond et vigoureux : de lui elle a pris ses idées, et jusqu’à l'heure actuelle elle n’a pu s’en détacher. » Cf. trad, franç., p. 271. Dans son Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3« édit., t. ut, p. 216-218, cf. Précis, trad, franç., p. 291-294, le même critique énumère en détail les idées par lesquelles Augustin appartient à ce qu'il appelle « le catholicisme vulgaire » : c'est : 1» I Eglise comme institution hiérarchique avec autorité doctrinale; 2° les mérites de la vie éternelle et la méconnaissance de la thèse protestante du salut par la foi, « c’est-à-dire par celte confiance constante en Dieu que procure la certitude du pardon des péchés, » Précis, p. 261 ; 3° le pardon des pêchés dans l’Église et par l’Eglise; 4» la distinction entre les préceptes et les conseils — entre les péchés légers et les péchés graves, — échelle des hommes bons et des hommes mauvais, — échelle de félicité céleste selon la mesure des mérites; 5° on l’accuse « de renchérir sur les idées supersti­ tieuses o de ce catholicisme vulgaire; sur le prix infini de la satisfaction du Christ, — sur le salut considéré comme jouissance de Dieu dans le ciel, — sur l’effica­ cité mystérieuse des sacrements (ex opere operato), — sur l'idée de la virginité de Marie, même dans l’enfan­ tement, — sur « l'idée de sa pureté et de sa concep­ tion, uniques en ce genre ». llarnarck n'ose pas dire formellement qu'Augustin ait enseigné l’immaculée Conception ; mais Schalf, lui, n’hésite pas : « Augustin, dit-il, op. cit., p. 98, est responsable de plusieurs graves erreurs de l’Eglise romaine;... il a anticipé le dogme de l’immaculée Conception, et son mot prophétique, Roma locuta est, causa finita est, peut au moins être cité en faveur du décret du Vatican sur l’infaillibilité ponti­ ficale. » c) La théorie des contradictions. — On se tromperait toutefois si on pensait que les protestants modernes sa­ crifient entièrement Augustin. Ils veulent que ce docteur, malgré un fond catholique, ait inspiré Luther et Cal­ vin. La thèse nouvelle est donc que les deux Eglises peuvent tour à tour se réclamer de lui. La formule de Burke, rapportée par Schalf, op. cil., p. 102, est caractéristisque : « Chez Augustin les idées anciennes et mo­ dernes se mêlent, et l’Eglise papale a autant de droits d’en appeler à son autorité que les Églises de la réfor­ me. » Aucun ne marque plus nettement celte contradic­ tion que Loofs, Leitfaden tum Studium der Dogmengeschichte, 3e édit., p. 196; après avoir dit qu’Augustin a accentué les éléments caractéristiques du christianisme occidental (catholique), qu'il en est devenu le père dans les âges suivants et que « l'ecclésisslicisme du catholi­ cisme. romain, la scolastique, la mystique, et même les prétentions de la papauté au gouvernement temporel sont fondés sur la direction qu'il a imprimée », il af­ 2325 AUGUSTIN (SAINT) firme qu’il est le docteur et le trait d’union de tous les réformateurs, et conclut par cet étrange paradoxe : « L’histoire du catholicisme romain est l'histoire de l'élimination progressive de l’augustinisme. » Cette facilité à supposer des contradictions flagrantes chez un génie comme Augustin, étonne moins chez ces critiques quand on se rappelle qu’avec Reuter, op. cit., p. 514, ils juslilient cette théorie par cette réflexion : « Chez qui trouvera-t-on des contradictions plus fréquentes que chez Luther! » D’autres, avec Harnack, prétendent que dans un génie comme Augustin, il y a comme plusieurs individualités dictinctes qui tour à tour expriment la pensée dominante du moment. On trouvera les préten­ dues contradictions d'Augustin énumérées par A. Har­ nack. Lehrbuch der Dogmengesch., t. ni, p. 90-94; cf. Précis, etc., trad, franç. Nous montrerons, à pro­ pos de la doctrine sur la grâce, — et c’est là surtout qu’on a voulu voir la contradiction, — que ces théories des critiques reposent sur une fausse interprétation de la pensée de saint Augustin : or très souvent on s'est mépris sur sa pensée, parce qu’on ne s’est point assez familiarisé avec sa langue et sa terminologie. II. SOUliCBS DE LA DOCTRINE DE SAINT AUGUSTIN ET INFLUENCE DU NÉOPLATONISME. — 1“ Le fail. — 1. La réalité de cette influence ne peut être sérieuse­ ment discutée par qui a lu les œuvres d’Augustin, en particulier celles des premières années qui ont suivi sa conversion. Elle a été reconnue par Bestnïann lui-même, qu'on accuse de l’avoir niée dans sa thèse, Qua ratione Augustinus notiones philosophise græcæad dogmata an I/tropologica describenda adhi­ buerit, Erlangen. 1877. Pour être convaincu, il suffirait de voir les passages de Plotin et de saint Augustin, mis en regard sur deux colonnes, par M. Grandgeorge,Saint Augustin et le néoplatonisme, 1896, p. 70-84, 117-147. Les Confessions, I. VII, c. ix, xx-xxi, P. L., t. xxxn, col. 740, 746, décrivent l'enthousiasme allumé en lui par les livres platoniciens. Et cet enthousiasme vivra longtemps au cœur d'Augustin, source d’éloges magni­ fiques et répétés. Cont. aead., I. III, c. xvin ; Epist., cxvm, n. 20-34, P. L., t. xxxm, col. 441-448; De vera relig., c. xn, paucis mutatis, Christiani flerent ; De civit. Dei, 1. VIII passim, c. r, iv, v, x. — 2. Celte in­ fluence fut exclusive: nulle autre philosophie n’a im­ primé une direction sérieuse sur l’esprit d’Augustin. On pourrait hésiter pour Pythagore ou plutôt les pytha­ goriciens dont la doctrine est appelée venerabilis ac prope divina, De ordine, I. II, η. 53, P. L, t. xxxn, coi. 1020, éloge trouvé excessif dans les Retract.., L II, c. ni, 43. Mais on ne voit pas qu’il leur doive autre chose que des recherches trop subtiles sur l'allégorie des nombres. D'après Grandgeorge, op. cil., p. 31, Aris­ tote n’est cité que trois fois par Augustin, et malgré le mérite qu’il lui reconnaît, De civit., 1. VIII, c. xn, il le juge fort inférieur à Platon. Les stoïciens et les épi­ curiens, quoique cités plus souvent (vingt-trois et vingtdeux fois), ont toujours été très sévèrement jugés par lui. — 3. Sources platoniciennes où puisa Augustin : il est certain que le Timée fut directement connu par Augustin qui le cite, De civil., 1. X,c. xxxi, P. L., t. xi.i. col.311 ; I. X, c. xxx, il compare l’enseignement de Platon avec celui de Porphyre. Dans le De beata vita, c. iv, il dit : Lectis autem Platonis paucissimis libris, et c'est bien tout ce qu’on peut accorder: encore cinq manus­ crits donnent-ils: Ledis autem Plolini. Augustin lisait peu le grec, et les œuvres de Platon n’étaient pas tra­ duites en latin comme celles de Plotin l'avaient été par Victorinus. Cf. Conf.,1. VIII, c. n. L’influence fut donc exercée par les néoplatoniciens plutôt que par Platon: mais, si l'on examine bien, on constatera que l'empreinte laissée dans Pâme d'Augustin vient plutôt du fond pla­ tonicien que des idées spécialement néoplatoniciennes. — On trouvera indiquées avec précision par Grand­ 2326 george,op. cit., p. 41, lesparties des ouvrages de Plotin etde Porphyre qu’Augustin acitésou du moins a c .-. Jamblique lui est reste étranger, il ne le cite jamais et le nomme â peine une fois. De civ., 1. VIII. c. xn. P. ’ , t. xu, col. 237.— 4. Méthode gui préside à l'ct·· i--s néoplatoniciens par Augustin. : c’est la règle imp par la foi d'Augustin qui va déterminer la mesure >!■l’influence subie. On a répété qu’il fut longtemps un néoplatonicien adoptant des formules chrétiennes, i . le contraire qui est la vérité. Déjà à Cassiciacum et plus tard encore, il était un néoplatonicien devenu chrétien très sincère, mais cherchant encore à revêtir sesTlogmes des expressions néoplatoniciennes. — a) La formule de cette méthode nous est donnée dès le début dans une deses notes autobiographiques qui sont l’histoire de son esprit. Dans Cont. acad., 1. Ill, c. xx, il nous avertit qu’il y a deux voies pour aller à la vérité : l’autorité et la raison. Or, ajoute-t-il, « en lait d'autorité, j'ai choisi pour maître le Christ dont je ne m’écarterai jamais. » Quant à la philosophie, voici sa règle: Quod autem sub­ tilissima ratione persequendum est, ita jam sum affe­ ctus, nt quid sit verumnon credendo solum, sed etiam intelligendo apprehendere impatienter desiderem: apud platonicos me interim quod sacris litteris nostris non repugnet reperturum esse confido. Ainsi il rr.it au Christ, mais il va chercher et il est sûr de trouver chez les platoniciens une philosophie qui s’adapte à l’expli­ cation de sa foi. — b) Les dispositions d’esprit sont donc absolument celles d’un croyant : il est prêt, non à con­ damner l’Évangileau nom de Platon, mais à l'expliquer par sa philosophie. M. Grandgeorge, op. cit., p. 155. a fort bien conclu en ces termes : « Donc, tant que sa philosophie concorde avec ses doctrines religieuses, saint Augustin est franchement néoplatonicien ; dès qu’une contradiction se présente, saint Augustin n’hé­ site jamais à subordonner sa philosophie à la religion, la raison à la foi... Il fut avant tout un chrétien: les questions philosophiques se trouvèrent dans son esprit (et toujours davantage) reléguées à l’arrière-plan. Cette observation suffit à démontrer combien Donner, dans son Augustinus, p. 326 sq., a exagéré l'influence néoplatonicienne. — c) La méthode était pourtant dan­ gereuse : cherchant ainsi de parti pris l’accord entre les deux doctrines, il croira, sans fondement, trouver le christianisme dans Platon, ou le platonisme dans l’Evan­ gile. Tour à tour il exagérera ce que nous pouvons em­ prunter aux platoniciens, et ce que les platoniciens doivent à la révélation : il rendra ceux-ci tributaires de l’Écriture, et, dans les Rétractations, I. II, c. iv, n. 2, P. L., t. xxxn, col. 632, il devra corriger cette affir­ mation du De doct. christ., 1. II, c. xxvm. n. 43, P. L., t. xxxiv, col. 56, que Platon s’était inspiré de Jérémie. Augustin s’en est si bien aperçu, que dès l'an 400, dans les Confessions, L VII, c. XIV, n. 20. I: L., t. xxxn, col. 744, il remerciait Dieu d’avoir conn:. :■ s Écritures seulement après les platoniciens, parc- : ainsi il a pu constater qu’il puisait dans les saints Livres Les éloges exagérés des platoniciens au 1. Ill, Cont. acad . c. xvii, n. 37, P. L., t. xxxn, col. 954; voir Retixu t., L I, c. I, n.4, ibid., col. 587 : tantum extuli, quantum impios homines non oportuit. Dans le 1. 11. /<- ■ it.. c. xnr, n. 2, il avait déjà dit : Nos Platont m nec pi ophetæ, nec apostolo... nec cuiquam Christian·:· compa­ ramus. — b} Le rôle trop bean attribué à la philosophie. Comme si elle pouvait donner le bonheur complet. Retract., 1. I, c. il. — c) L'affirmation du 1.1. < : c. I, n. 2, que la science est toujours réserve â la vertu. Cf. Retract., 1. I, c. iv, n. 2. B. En particulier, la théorie néoplatonicienne du bonheur l’avait séduit : il avait cru lui aussi, quand il faisait son rêve de vie philosophique, que la science de Dieu donne le vrai bonheur, dès cette vie : illusion qui renverse l’ordre de nos destinées. Il rectifie dans les Retract., 1. I, c. iv, n. 3, col. 590, et surtout c. xiv, n. 2, col. 606. Le bonheur : a) n’est qu’en Dieu connu et aimé, mais b) dans la vie future seulement, et < une seule voie y conduit, le Christ. C. La démonologie platonicienne lui avait inspirédes doutes, des hésitations, des erreurs même sur le rôle des anges. Par exemple. Retract., 1. I, c. xi. n. ». col. 602, il corrige la terminologie néoplatom·.. AUGUSTIN (SAINT) 2331 qui confond anges et âmes; ibid., c. xv, n. 7, col. 610611, il raconte ses hésitations sur la nature des esprits tentateurs : sont-ils bons? sont-ils inférieurs à l’homme? Cf. De duabus animabus cont. man., c. xm, n. 20, P. L., t. xlii, col. 108. D. La cosmologie platonicienne lui a fait adopter au début la fameuse thèse de l’âme universelle qui lait du inonde un immense animal. De musica, 1. VI, c. xiv. n. 44, P. L., t. xxxn, col. 1186; De immort. anim., c. xv, n. 24, ibid,, col. 1033. Mais dans les Retract., 1. 1, c. xi, n. 4, ibid., col. 602, sans condamner absolu­ ment l'idée, il avoue qu’elle est sans preuves, temere dictum. Cf. De consensu Evang., 1. I, c. xxiu, n. 35, P. L.,t. xxxiv, col. 1058; De Genesiad litt. l.imperf., c. iv, n. 16-17, ibid., col. 226. E. Dans la psychologie platonicienne il avait été trop indulgent pour deux grandes erreurs : — a) L’idéolo­ gie des platoniciens, pour qui toute science est une réminiscence, fut d'abord adoptée. Sans doute, Augustin n’a jamais admis une vie précédente dont les péchés seraient punis dans celle-ci. Cf. De Genesi ad litt., 1. X, c. vu, n. 12, P. L., t. xuv, col. 413. Mais il recou­ rait à la mémoire pour expliquer l’origine des idées, Soliloq., L II, c. xx, n. 35 ; De quantit. anim., c. xx, n. 34, P. L., t. xxxn, col. 905, 1055, et il a réfuté .cette erreur. Retract., 1. I, c. iv, n. 4; c. vm, n. 2, ibid., col. 587, 594; De Trinit., 1. XII, c. xv, n. 24, P. L., t. xlii, col. 1011; De civit., 1. X, c. xxx; Epist., ci.xiv, n. 20, P. L., t. xxxm, col. 717. — b) Il admit aussi des doutes sur une question non moins grave : Y a-t-il une seule âme pour tous, une distincte pour chacun? Cf. De quantit. anim., c. xxxm, n. 69, ibid.. col. 1075; Epist., clviii, n. 5, P. L., t. xliii, col. 695; réfutation dans De lib. arb., 1. II, c. ix, n. 27, P. L., t. xxxn, col. 1255; c. vu, n. 16. F. Dans Veschatologie platonicienne il avait puisé deux erreurs : — a) unefausse théorie sur la résurrection : les platoniciens exagéraient l’horreur que nous devons avoir pour le corps, au point de rendre la résurrection impossible, et dans les Soliloq;, I. 1. c. xiv, n. 24, il avait adopté le principe. Cf. Retract., 1. I, c. rv, n. 3, ibid., col. 590. De même il avait cru que les corps ressuscités n'auraient plus ni membres, ni chair, ni os. De tide et symb. (393), c. x, n. 23, P. L., t. xl, col. 194; cf. Retract., I. I, c. xvn, col. 613. Idée analogue dans De musica, 1. VI, c. IV, n. 7, rétractée dans Retract., 1. 1, c. xi, n. 2, col. 601. Voir étude complète, De civil., 1. XII, c. χχνι; I. XIII, c. xvi, xix. — b) La thèse platonicienne de l’évolution des choses amenant la réintégration dans l’état primordial avait séduit Augustin. 11 la formule vaguement, De morib. manieh., I. Il, c. vu. n. 9, P. L., t. xxxn, col. 1349, et en montre le danger (l'origénisme), Retract., 1. I, c. vu, n. 6. ibid., col. 593. Cf. De civit., 1. XII, c. xm, P. L., t. xli, col. 360-362. III. LA CONNAISSANCE RELIGIEUSE D’APRÈS SAINT Augustin. — 1° La certitude et ses limites. — Ici surtout Augustin apparaît moderne, par ses préoccupa­ tions et par le caractère sage et tempéré de ses affir­ mations. 1. Il combat le scepticisme de la nouvelle académie et revendique pour l’intelligence une vraie certitude. — a) D’abord la certitude des vérités premières et fonda­ mentales: du principe de contradiction, Cont. academ., 1. III, c. x. n. 23, P. L., t. xxxn, col. 946 : Certum enim habeo aut unum esse mundum, aut non unum;... dic istas disjunctiones.i. falsas esse ; — des vérités mathématiques : ter terna novem esse... necesse est, vel genere humano stertente, sit verum, ibid., c. xi, n. 25, coi. 947; il constate que ces vérités sont éter­ nelles, De liber, arbit., 1. Il, c. vm, n. 21, P. L., t. xxxn, col. 1252; — certitude des fondements de la dialectique, Cont. acad., 1. 111, c. xm. n. 29, col. 949. 2332 — b) Puis, devançant Descartes et les modernes, pour arriver à l'objectivité de nos connaissances, il part de la psychologie, de la conscience du moi qui sent, qui pense et qui vit. Cf. Cont. acad., 1. Ill, n. 25, 26, ibid., col. 947 (étude de la sensation avec réponse à l’objec­ tion du rêve). Le doute lui-même finement analysé devient une base solide de la certitude : d'abord parce que ce doute, connu par la conscience, devient une première vérité, De vera relig., c. xxxix, n. 73, P. L., t. xxxiv, col. 154-55 : Omnis qui se dubitantem inlelligil, verum inlelligit, et de hoc re quant intelligit, certus est, etc.; puis parce que ce doute démontre l'existence : si non esses, falli omnino non posses, De lib. arbit., L II, c. m, n. 7, P. L., t. xxxn, col. 1243, et dans Γ Enchiridion, c. xx, n. 7, P. L.,' t. xl, col. 242-243 : quoniam... etiam nescire viventis sit; enfin, parce que nul ne doute qu’en vertu d’une certitude précédente qui lui montre le danger d’une assertion prématurée, De Trinit., 1. X. c. x, n. 14, P. L., t. xlii, col. 981 : Etiam si dubitat, vivit; si dubitat, unde dubitet meminit ; si dubitat, certus esse vult; si dubi­ tat., cogitat; si dubitat, scit se nescire; si dubitat, judicat non se temere consentire oportere. 2. Il assigne à la certitude intellectuelle ses limites et revendique pour la volonté une grande influence sur les affirmations de l’esprit. — Il s’agit de déter­ miner la position du grand docteur dans le problème, si agité de nos jours (comme autrefois entre les scotisles et les thomistes) : les démonstrations des vérités religieuses sont-elles si claires, si évidentes qu elles entraînent nécessairement l’adhésion, ou bien la volonté peut-elle exercer un rôle actif? La doctrine d’Augustin bien comprise nous paraît de nature à concilier les esprits, en montrant ce qu’il y a de vérité dans les deux opinions extrêmes : il est à égale distance de l’intellectualisme exagéré de ceux qui ne veulent reconnaître d'autre certitude que celle qui s’impose nécessaire­ ment â l’esprit par la force d’une évidence logique absolument irrésistible, et du mysticisme sentimental qui voudrait, sans preuves certaines et sur de simples probabilités, imposer une adhésion complète et irrévo­ cable. A. D'une part il reconnaît que, par les créatures, nous nous élevons à Dieu et que notre raison se convainc de son existence, « aussi clairement que le soleil se montre à nos yeux, » Soliloq., i. I, c. VI, n. 12, P. L., t. xxxn, col. 875: Promittit enim ratio quæ tecum lo­ quitur, ita se demonstraturum Deum tuæ menti, ut oculis sol demonstratur. Cf. De Gen. ad lilt., 1. IV, c. xxxil, n. 49, P. L., t. xxxiv, coi. 316. Il n'est donc pas exact de comparer la théorie d'Augustin au fameux pari de Pascal, ainsique l'a fait M. Jules Martin, Saint Augustin, p. 28, à propos du De utilitate credendi, c. vin, n. 20, P. L., t. xi.iv, col. 79. Jamais il n’a sup­ posé que les preuves ne donnent que des probabilités, et qu'il faut une bonne fois faire un saut dans l'inconnu, dans une croyance sans motifs certains. B. D’autre part nul docteur n’a marqué avec une pareille insistance les limites de nos démonstrations, et le mystère qui surgit à côté, au plutôt au centre de nos meilleures preuves, même dans l’ordre purement philo­ sophique et en dehors des dogmes révélés. Dès qu'on touche à Dieu, le mystère nous enveloppe, effraie l’in­ telligence, et l’empêche d’être irrésistiblement entraînée par les preuves, si la volonté ne vient y joindre son empire. Aussi peut-on dire en ce sens qu’Augustin est le docteur de la volonté, et qu’il lui accorde une cer­ taine primauté sur l'intelligence. — a) A la base de sa théorie, il pose en principe que, sans les qualités morales du cœur, l’esprit n’atteindra pas la vérité. C’est une loi providentielle que Dieu n’accorde la vérité qu’à ceux qui la cherchent pie, caste et diligenter. De quant, animæ, c. xiv, n. 24, P. L., t. xxxn, col. 1049. De 2333 AUGUSTIN (SAINT) même, De vera relit)., c. x, n. 20, P. L., t. xxxiv, col. 131 : Intende igitur diligenter et pie, quantum potes : tales enim adjuvat Deus ; De moribus Eccl., passim, mais surtout 1. I. c. i, n. 1, P. L., t. xxxn, col. 1311 : neque omnes qui quœrunt discere digni sunt ; et dili­ gentia et pietas adhibenda est; Epist., cxl, c. xvni, n. 48, P. L., t. xxxm, coi. 558: tanto fructuosius cogi­ tabis, quanto magis pie cogitaveris. D'après le De ordine, 1. Π, c. xix, η. 51, P. L., t. xxxn, coi. 1019, « la vision du vrai est l'apanage de celui qui vit bien, qui prie bien et qui étudie bien. » — En particulier l’or­ gueil de l'esprit est le grand obstacle à la conquête de la vérité, et si les philosophes ne se rendent pas aux preuves de la foi, c’est qu’ils persistent dans cet orgueil, in superbia et invidia remanentes, est-il dit. De vera relig, c. iv, n. 6, P. L., t. xxxiv, col. 126. — b) Une raison de celle loi, c’est que la vérité religieuse se pré­ sente à l'homme, non comme un froid théorème à con­ templer, mais comme un bien qu’il faut embrasser de toute son âme pour en faire la règle de sa vie. Le grand docteur ne dit pas (comme certains aujourd’hui) : La religion n’est point une doctrine, elle est une vie, » mais il dit fort bien : « La religion n’est pas seulement une doctrine, elle est une vie de notre âme. » Déjà dans le L'ont. acad., 1. IL c. m, n. 8, P. L., t. xxxn, col. 723, il exige que toute l’âme se donne à la vérité: ipsum verum non videbis, nisi in philosophia TOTUS intra­ veris. Dans le De morib. Eccl., 1. I, c. xvn, n. 31, ibid., col. 1324, il dit énergiquement de la vérité révélée : amore petitur, amore quæritur, amore pulsatur, amore revelatur, amore denique in eo quod revelatum fuerit, permanetur. Enlevez, l’amour, c’est-à-dire l’inlluence d'une volonté toujours libre, les démonstrations ne retiendront plus. Cf. 1. Il, c. n, n. 4, col. 1349 (tableau de ceux qui cherchent, non la vérité, mais des objections à la vérité). — c) Aussi ne craint-il pas d’af­ firmer que la connaissance de la vérité est le fruit dé la vertu, non sa cause. Cont. Faust, manich., L XXII, c. lu, P. L., t. xlii, col. 433 : Prior est in recta hominis eruditione labor operandi quæ recta sunt, quam voluptas intelligendi quæ vera sunt. Voir aussi au début des Soliloques, L I, c. i, n. 3, P. L., t. xxxn, col. 872, la belle prière: Deus,... quem nemo invenit, nisi plene purgatus ; et le passage très significatif,De util. cred., c. xvi, n. 34, P. L., t. xlii, col. 90, où il formule cette loi, si étonnante à première vue : chercher la vérité pour purifier l’âme, c’est illusion et désordre; il faut au contraire purifier l'âme pour voir la vérité; verum videre velle ut animum purges, cum ideo purgetur ut videas, perversum certe atque præposterum est. — d) Mais le caractère de toute démonstration religieuse qui explique le mieux la part de liberté qu’elle laisse, c’est, d’après Augustin, le mystère qui pénètre toute conception de Dieu, de l’infini, de l’éternel. Il n’est pas de ceux qui ne veulent en philosophie religieuse que des évidences absolues et croient résoudre toutes les difficultés. Il décrit l’état d’âme de ces esprits trop dogmatiques, au début du De Trinit., 1. 1, c. i, n. 3, P. L., t. xlii, col 821 : il prend pour exemple la conci­ liation de l'immutabilité divine avec la création, qui, pour lui, est un insondable mystère; « mais quand on parle ainsi à certains, ils s’indignent, etc. n II recon­ naît que ce fut son erreur, avant sa conversion, d’exiger des preuves d’une évidence absolue et pour ainsi dire mathématique. Confess., 1. VI, c. iv, n.6, P. L., t. xxxn. col. 722 : volebam enim eorum quæ non viderem, ita me certum fieri, ut certus essem quod septem et tria decem sint. Il conclut que notre science de Dieu est toujours mystérieuse, cujus (Dei) nulla scientia est in anima, nisi scire quomodo eum nesciat. De ord., L IL c. xvni, n. 47, ibid., col. 1017. —e) Bien plus, dans la philosophie naturelle, Augustin retrouve ce caractère mystérieux, qui, sans détruire la valeur de nos preuves, 23.34 laisse dans l’esprit une certaine indétermination et â ia volonté la liberté de l’adhésion. Ainsi l’union de l'âme et du corps lui parait, et non sans raison, un mystère impénétrable. De civit., L X, c. xxix, n. 2, P. i. . : v. col. 308. Et à propos de l’origine de l’âme, il adresse à Vincentius Victor, représentant les intellectuel-:-? exagérés, cet avis précieux: intellige quid nun mtelligas, ne totum nonintelligas. De anima et ejus ung., 1. IV, c. xi, n. 15, P. L.. t. 'xi.iv, col. 333. 2“ Théorie augustinienne de la connaissance intel­ lectuelle. — Ce problème est d’une importance capitale, non seulement par sa difficulté (Augustin a reconnu que cette connaissance est un mystère, Epist., ct.ix, ad Evod., n. 2, P. L., t. xxxni, col. 699), ou à cause des interprétations diverses si souvent tentées au xix· siècle, et récemment renouvelées, mais surtout à cause du rôle que joue cette théorie dans le système augustinien : ce n’est pas un problème isolé, c’est une partie, un as­ pect du grand problème général de notre dépendance de Dieu. Pour Augustin, l'intelligence a besoin de la lumière de Dieu, son soleil, pour la vérité, comme la volonté de la grâce de Dieu, bien suprême, pour la vertu. Bien des interprètes ont fait fausse route pour n’avoir pas remarqué celte ressemblance entre le rôle de l'illumination et celui de ia grâce. 1. La théorie et ses formules d'après les œuvres de saint zl ugustin. — A. Préliminaires ά supposer. — α) Il s'agit d'expliquer l’origine des idées intellectuelles qui, d'après Augustin, sont séparées par un abîme des connaissances inférieures données par les sens. Celles-ci ne constituent que la science: il cherche l'origine de la sagesse. — b) Pri­ mitivement, Augustin avait admis l'idéologie delà rémi­ niscence néoplatonicienne, il l’a rejetée. Voir col. 2331. — c) Nul ne doute que saint Augustin n'ait admis le monde intelligible de Platon ; seulement, de ces idées qui sont la vérité en elle-même, il fait, non un monde réel hors de Dieu, mais les idées memes de la sagesse divine. 11 s’agit de savoir comment nous parvenons à les atteindre. B. Voici, par ordre chronologique, les principales for­ mules d’Augustin et les sources de sa doctrine: a) Dieu, soleil de l’âme. Dès 387, dans Solii., L I, c. vin, P. L., t. xxxn, col. 877, il dit des vérités Intel­ lectuelles, ea non posse intelligi, nisi ab alio quasi sa sole illustrentur. Cf. c. i, n. 3; c. xm. — b) Dieu le seul maître, et maître intérieur de l’âme. En 389, D · magistro, document exceptionnel, et (avant 391 i Epist., xiii, ad Nebrid., P. L., t. xxxm, col. 78, il ajoute que l’àme comprend, Deum consulendo. — c) Dieu est la lumière de notre âme dans laquelle nous voyons tout, De Genesi ad litteram (393), 1. XII, à propos de la vision de saint Paul, passage très difficile, c. xxxi. n. 59. P. L., t. xxxiv, col. 479, cf. même théorie dans De pecc. mer., i. I, c. xxv. n. 38, P. L.. t. xi.iv. c.·!. f:.?. « L’àme est l'œil, Dieu est la lumière. — Dans le De civit, (après 415), 1. X, c. n, P. L., t. xu, cul. 279. il développe l’idée que le Verbe est cette lumure de toute âme (il parle de la connaissance naturelle . — Λ L’âme a danssa nature une relation intime avec le monde intelligible qu elle voit in quadam luce sui generis incorporea. De Trinit. (415), 1.X1I, c. xv, n. 24, P. L.. t. xlii, coi. 1011; Retrat. (426-427), 1. I, c. vin, n. 2, P.L., t. xxxn, coi. 594. Dans ces deux passages, Augus­ tin essaie d'éviter les métaphores pour être précis. On peut creuser les citations savamment réunies par André Martin, S. Augustini philosophia, part. IL c.xix-Ltv, 1865, p. 176-277,et .Iules Martin, Saint Augus­ tin, 1. I, p. 51 sq., on n’en tirera que cette assertion : » nous voyons la vérité immuable, » et cette métaphore: « nous la voyons à la lumière divine. » Or quel est le sens de cette métaphore? 2. Interprétations diverses. — A. Interprétation panthéiste : Dieu, raison universelle et unique intelli- 2335 AUGUSTIN (SAINT) 2336 pour savoir. Mais cela dit, tout le problème reste : en gence, verrait en nous la vérité, et nous la verrions en quoi consiste celte intelligence donnée par Dieu, et lui et par lui. Augustin serait averroïste, plusieurs l’ont comment arrive-t-elle, finie et créée, à percevoir la affirmé. Ce n’est même pas vraisemblable, tant il a vérité éternelle? Platon répond : réminiscence ; Aristote mis de soin à exclure tout panthéisme, col. 2330. et l’École: effet de l'abstraction; d'autres : idées innées, B. Interprétation ontologiste : notre âme contemple­ rait l’Être divin lui-même et, en lui, verrait les idées dépôt mystérieux des vérités. Mais Augustin n'aurait divines, les vérités éternelles et immuables. Ainsi l’ont rien dit. Tout son livre Du maître intérieur consiste­ rait à dire : « Dieu a créé notre raison. » C’est impos­ entendu peut-être quelques anciens scolastiques, certai­ nement Malebranclie, à peu de chose près, Fénelon et sible. Saint Thomas l’a senti, et çà et là, il veut attirer saint Augustin au système aristotélicien. Cf. De veritate, Bossuet, récemment tous les ontologistes, et sans doute q. x. Efforts inutiles: les textes d'Augustin ne peuvent aussi l’abbé .Iules Martin. — Critique: elle est contraire entrer dans le cadre, et saint Thomas avoue en maint aux explications les plus certaines d'Augustin : — a) Toute endroit qu'il a été trop platonicien. vision de Dieu a été rejetée par Augustin de la manière 3. Solution. — A. Exposé du système. — La doctrine la plus expressive; il avait paru l’accorder à Moïse et à d’Augustin est donc, d'après nous, la théorie, si célèbre Paul dans le De Genesi ad lilt., 1. XII, c. xxvin, n.56; c. xxxiv, n. 67, P. t.. t. xxxiv, col. 478, 483; mais il au moyen âge qui la lui emprunta, de l'illumination divine des intelligences. — a} On peut la formuler ainsi : repousse cette vision .même par privilège), De Trinit., Notre âme ne peut atteindre à la vérité intellectuelle, 1. II, c. xvi ; In Joa. Evang., tr. III, n. 17; Cont. Maximi­ sans une influence mystérieuse de Dieu, ne consistant num,!. II, c. xn, n. 2,P. L., t. xlii, col. 268. — b) D’après point à se montrer lui-même à nous (objective}, mais à saint Augustin, Dieu soleil de l’àme, n’apparaît jamais produire (effective} dans notre àme comme une image comme un objet que nous voyons, mais comme un agent qui produit en notre âme ce par quoi nous pou­ de ccs vérités qui détermine notre connaissance. En langage scolastique, le rôle que les aristotéliciens attri­ vons connaître. C’est là le nœud delà question, lesontologisles ne l’examinent point assez. Les comparaisons buent à l’intellect agent qui produit les species impres­ d'Augustin mettaient déjà sur la voie : le maître, le sas, ce système l'attribue à Dieu: Lui, le maître, il par­ soleil, la lumière, n'influent pas comme objets perçus lerait à l’àme, en ce sens qu’il imprimerait cette repré­ directement, dans lesquels on aperçoit d'autres objets. sentation des vérités éternelles qui serait la cause de Mais il est un texte d’une clarté indéniable. Dans le De notre connaissance. Les id os ne seraient pas innées Trinit., I. XIV, c. xv, n. 21, P. L., t. xlh, col. 1052, il comme dans les anges, mais successivement produites dans lame qui les connaîtrait en elle-même. —b} Il faut décrit l’influence de cette lumière incorporelle, comme une transcription qui, du livre divin, transporte la se garder de confondre cette explication avec l’averroïsme vérité éternelle dans notre âme où elle est imprimée, qui attribuait la connaissance elle-même il une intelli­ comme le sceau laisse son empreinte sur la cire : unde gence séparée. D’après les Arabes, Dieu ou la raison (ex libro lucis} omnis lex justa (les vérités de la morale universelle supplée non seulement l’intellectus agens, dont il est question là) describitur, el in cor hominis mais l’intellectus possibilis, et toute la connaissance se imprimendo transfertur, sicut imago ex annulo et in ferait en moi sans moi. C'est le panthéisme intellectua­ ceram transit et annuitant non relinquit. Voilà l'in­ liste combattu comme destructeur de la foi par saint fluence du maître divin, du soleil, de la lumière intel­ Thomaset toute la scolastique. — c) Au contraire, le sys­ lectuelle, il transcrit, il imprime dans l’àme l’image de tème de l’illumination a été regardé de tout temps la vérité, mais le maître, le soleil ne sont point l’objet comme une opinion libre, ainsi que Suarez l’affirme que nous voyons. — Or cetle explication n’est point encore, De anima, 1. IV, c. vm, n. 4, Paris, 1856, t. vt, isolée, elle est familière à Augustin : In Ps., iv, n. 8, р. 741, in re tam abdita, dit-il, le problème est P. L·., t. xxxvi, col. 181, expliquant le lexte fameux : si obscur que toute liberté reste. Augustin a eu des par­ Signatum est in nobis lumen vultus tui, il dit : Signa­ tisans illustres, en particulier dans l’école bonavenlutum autem dixit in nobis, tanguant denarius signatur rienne. Voir la publication franciscaine très intéressante regis imagine; De ord., 1. II, c. vm, η. 25, P. L., De humanæ cognitionis ratione anecdota quasdam t. xxxn, col. 1006, il nous dit que la lex Dei in sapien­ s. Bonaventuræ et nonnullorum ipsius discipulorum, tes animas quasi transcribitur. Impression d'une image, ίη-4·>, Quaracchi, 1883, surtout la diss. prasvia, p. 34transcription, voilà l'influence divine, et cette influence 45. Voir Augustinisme. Telle est, à peu près, l’interpré­ tation d’Augustin, adoptée aussi par Leibnitz et Gerdil. s'exerce au moment même de la connaissance intellec­ tuelle; elle n’est point par exemple le don, fait une fois Cf. Lepidi, op. cil., p. 218-219. Saint Thomas lui-même l’insinue dans l’opuscule De spiritualibus creaturis, pour toutes à l’àme d’idées innées qui s’éveilleraient η. 10, Utrum spiritus agens sil unus omnium hominum. sous l’impulsion de la connaissance sensible. Quæst. disp., Paris, 1889, t. xiv, p. 49-54. C. Interprétation scolastique (saint Thomas et son B. Preuves en faveur de cette interprétation. — ci) Elle école). — Dieu serait la lumière de l’àme : a) comme cause est formellement exigée par les textes cités : tous s'ex­ créatrice de l’intelligence: c’est lui qui par la création a pliquent et s’éclairent: on comprend la transcription, allumé le flambeau de la raison; b) comme source de toute vérité : les idées divines sont le type, l’exemplaire l'impression d’une image, les comparaisons du sceau, du auquel doit se conformer toute connaissance pour être soleil, du maître qui parle intérieurement, de l’ange vraie. S. Thomas, Sum. theol., 1“, q. LXXXlv, a. 5; quand il illumine les hommes, De Genesi ad lilt., 1. XII, q. Lxxxvin, a. 3. C'est l’interprétation courante chez les n. 58, l’affirmation d’un secours nécessaire, nisi Deus scolastiques. Zigliara, Della luce intellettuale, c. xi-xm, intus adjuverit. Epist., exx, ad Consent,, n. 2, P. L., Rome, 1874, t. i ; Lepidi, De ontologisme, Louvain, I t. xxxm, col. 453. Sur la comparaison du soleil, voir 1874, p. 192-225; Franzelin, De Deo uno, Rome, 1870, Soliloq., 1. I, c. vm, n. 15; dans le De Trinit., 1. XII с. xv, n. 24, P.L., t. xlii, col. 1011, il dit que nous con­ p. 140-148. — Critique : Cette explication est insuffisante. Les textes mêmes de saint Augustin disent plus que templons la vérité in quadam luce sui generis incorpo­ cela, on l’a vu. Mais une réflexion tranche tout: si on rea, quemadmodum oculus carnis videt quæ in hac s’en tenait là, il faudrait dire que saint Augustin n’au­ corporea luce circumadjacent. Cette lumière sui generis rait jamais touché au problème de la connaissance, qui n’est donc pas Dieu, mais produite par Dieu. — b} Elle parait cependant’avoir été la préoccupation de sa vie est exigée surtout par la théorie générale de saint Au­ entière. Toutes ses réponses se réduiraient à ceci : Nous gustin. L'illumination de l'intelligence est ordinairement savons, parce que tout savoir est une image des idées comparée à l'influence de la grâce dans la volonté : divines, et parce que Dieu nous a donné l'intelligence c’est une des thèses favorites du docteur d'Hippone. De 2337 2338 AUGUSTIN (SAINT) civit., 1. VIII, c. ix-x, n. 2, P. L., t. xli, col. 235. Voir plus haut col. 2328. Or nul ne doute que l’influence de la grâce s’exerce d'une manière effective; il en sera donc de même de l’illumination intellectuelle. Un texte très intéressant est fourni par le I. XIV, De Trinit.,c. xn, n. 15, P. L., t. xi.ii, col. 1048, où la lumière qui éclaire l’âme est comparée à la grâce qui la justifie, et l'une et l’autre sont des formes créées dans l’âme. — c) Elle est réclamée enfin par ses origines historiques. Il serait facile, mais trop long, d’établir que Platon et Plotin par leurs explications ont préparé le système du docteur d’Hippone. Conclusion. — Est-ce â dire que cette explication d’Au­ gustin soit la vraie théorie de la connaissance? Nous ne le pensons pas, mais nous avions à déterminer la pensée d’Augustin, non à la justifier. D’ailleurs il sied d’être réservé en ces matières : du système que nous attribuons à Augustin, saint Thomas, In IV Sent., 1. Il, dist. XVII, q. n, a. 1, Paris, 1873, t. Vin, p. 221, parle avec respect : saiis probabiliter, dit-il. Il est d’ailleurs très intéressant de comparer ces deux grands génies sur cette question : dans l’opuscule qu’ils ont écrit chacun De magistro et dans les passages suivants : Soliloq., 1. I, c. vt, n. 12, P. L., t. xxxn, col. 875, et S. Thomas, Sum. theol., I“llæ, q. cix, a. 1, ad 20n’ ; De magistro, c. xi, xn, ibid., col. 1215, et S. Thomas, In IV Sent., 1. II, dist. XXVIII, q.l, a. 5, ad 3'““; Confess., 1. X, c.x, n. 17, ibid., col. 786; De Genes. ad litt.,l. XII, c.xvi, n.33, P.L.,t. xxxiv, col. 467, et S. Thomas,/te veril., q. x, a. 6, ad 5um; De Trinit., 1. XII, c. n, n. 2, P. L., t. xt.ii, col. 999, et S. Thomas, ibid., ad 6“m; Confess., 1. XII, c. xxv, n. 35, P. L., t. xxxn, col; 840 : siambo videmus verum esse quod dicis, etc. ; De vera relig., c. xxxvi, n. 66, P. L., t. xxxiv, col. 151, et S. Thomas, Quodlib., X, q. IV, a. 7, ad 1"™. 3» La foi et ses rapports avec la raison : Augustin apologiste. — « Augustin est le premier des Pères qui ait senti le besoin de raisonner sa foi, et de se rendre distinctement compte des problèmes préliminaires que nous devons aujourd'hui traiter dans les prolégomènes de toute dogmatique. Les Alexandrins, il est vrai, avaient agité ces questions, mais chez eux, formel et matériel de la foi, fondements primitifs et déductions éloignées, tout est mêlé. » Celte réflexion est de Harnack, Lehrb. der Dogmengesch., t. ιπ,ρ.97, et il cite à l’appui iesquestions de Laurentius dans l’Enchir., c. tv, P. L., t. xt„ col. 232. Nous ajouterons que le système si clair et si net du grand docteur sur l'union de la foi et de la raison, s’il avait été mieux compris, aurait préservé les théologiens du xvn» siècle des subtilités nuageuses dont l'analyse de la foi se dégage aujourd'hui avec tant de peine. 1. Augustin affirme, dès le début de sa conversion, les lieux sources de nos connaissances religieuses, la raison et l'autorité. — C’est la conclusion de son premier ouvrage, Cont. acad., I. Ill, c. xx, n. 43, P. L., t. xxxn, col 958 : Nulli dubium est, gemino pondere nos impelli ad discendum, auctoritatis atque rationis. Voircol. 2326. C’est la thèse développée dans le De ordine, 1. II, c. ix, n. 26, ibid., col. 1007. — La nécessité de croire à une autorité est le fond même du De utilitate credendi, où il établit en général nihil omino humante societatis inco­ lume remanere, si nihil credere statuerimus, quod non possumus tenere perceptum, c. xn, n. 26, P. L., t. xui, coi. 84. — La nature de la foi est nettement exposée par exemple dans l’Epist., cxi.vii, ad Paulinam, c. n, ni, n. 7, 8, P. L., t. xxxm, col. 599-600 ; elle n’est point je ne sais quel sentiment vague de l’àme adhérant à une doc­ trine sans motits rationnels; elle est une adhésion intellectuelle aux vérités qui lui sont garanties, non par une vision intime de ces vérités, mais par des témoins dignes de créance : Creduntur ergo illa quæ absunt a sensibus nostris si videtur idoneum quod eis testimo­ nium perhibetur. Loc. cit., n. 7. Ainsi, d’après le grand Did. DE THÉOL. CATHOL. docteur, le caractère essentiel de la foi. c’est d’avoir pour unique motii d’affirmation un témoignage, mais un témoignage vérifié, tandis que la science voit l'objet en lui-même, dans les causes ou les effets intimement li s avec lui. La liberté de l'adhésion et la nature mysté­ rieuse de l'objet sont des propriétés de la foi chr·. tienne, elles n’en constituent pas le fond essentiel. 2. Prioritéde la raisonetde lafoisousdir.-rso-· · — H est assez d’usage de résumer la pensée d’Augustin, comme Weber l’a fait, Histoire de la philos, europ., 4· édit., p. 168 : « Chronologiquement, la foi précédé l'intelligence : pour comprendre une chose, il faut préa­ lablement l’admettre, credo ut intelligam. » Et de fait bien souvent le grand docteur affirma la priorité de la foi, De ordine, 1. Il, c. ix, n. 26, P. L., t. xxxn,col. 1007 : Ad discendum necessario dupliciter ducimur, auctori­ tate et ratione. Tempore auctoritas, re autem ratio prior est; De Trinit., 1. VIII, c. v, n. 8, P. L.. t. xlii, coi. 952 : priusquam intelligamus, credere debemus; 1. IX, c. i, n. 1, coi. 961: fides utcumque inchoat cogni­ tionem; In Evang. Joa., tr. XL, n. 9, P. L., t. xxxv, coi. 1690 : credimus ut cognoscamus, non cognoscimus ut credamus. Mais dans tous ces passages, il s'agit uni­ quement de l’intelligence intime des vérités révélées. Quant à la préparation de la foi, nul n’a marqué, avec plus de netteté et de mesure qu’Augustin, le rôle de la raison qui précède et accompagne l'adhésion de l'esprit. Voici donc l’ordre complet des relations entre la raison et la foi : — a) Avant toute foi, la raison doit montrer non la vérité intime des affirmations du témoin, mais les titres de celui-ci à être cru sur parole : De prædest. sanct., c. n, n. 5, P. L., t. xliv, col. 962-963: nullus quippe credit aliquid, nisi prius cogitaverit esse credendum; De vera relig., c. xxiv, n. 45, P. L., t. xxxiv, coi. 141: auctoritas fidem flagitat et rationi præparat homi­ nem... Quanquam neque auctoritatem ratio penitus deserit, cum considerat cui sit credendum, et c. xxv, n. 46, coi. 142 : nostrum est considerare quibus vel hominibus vel libris credendum sit ad colendum recte Deum. La lettre cxx à Consentius étudie les rapports de la raison et de la foi, et, après avoir proclamé le grand principe : etiam credere non possemus, nisi rationales animas haberemus, explique cette prioritéde la raison, c. i,n.3, P. L., t. xxxm, col. 453 : Si igitur rationabile est ut ad magna quædam, quæ capi non possunt, fides præcedal rationem, procul dubio quantulacumque ratio quæ hoc persuadet, etiam ipsa antecedit fidem. — .Mais une fois établies l’autorité et l’existence du témoignage divin, ce serait folie d’attendre pour croire qu'on ait résolu toutes les questions quæ non sont finiendæ ante fidem, ne finiatur vita sine fide, dit-il. Epist-, en. ad Deogratias, n. 38, P. L., t. xxxm, col. 386. — b.l Dans l’acte de foi lui-même, la raison garde cette vision de l’autorité du témoignage : l’esprit ne peut atteindre que le vrai, et la vérité des dogmes révélés n'apparaît que dans le témoignage. Saint Augustin ne cesse de Je redire : cogitat omnis qui credit, credendo ■■ogitat, et cogitando credit. De prædest. sanct., c. -i. P. L., t. xi.iv, col. 263. Et que voit le croyant? ce ne sont pas seulement les concepts, éléments du oogme, c,. De Trinit., LVIII, c. v, n. 7, P. L., t. xlii,coL 952; c'est la vérité de ces dogmes, manifestée par un témoignage autorisé : si videtur idoneum... testimonium. Cf. Epist., CX1.VII, n. 7. Et avec plus de clarté encore, Epist., cxx, ad Consentiunt, n. 8, P. L., t. xxxm, col. 456 : Habet namque fides oculos suos, quibus quodammodo videt verum esse quod nondum videt, et quibus certis­ sime videt nondum se videre quod credit. (Quodam­ modo exprime .a vérité vue seulement par le dehors, par le témoin.) Quelle n’eût pas été la stupéfaction d’Augustin si on lui eût dit que la foi doit lermer les yeux sur les preuves du témoignage divin, sous peine de devenir la science! si on lui eût parlé d'une foi d'au- I. — 74 ?339 AUGUSTIN (SAINT) tarifé qui donne son assentiment, dit-on, sans regarder aucun motif qui prouve la valeur du témoignage. Comme s'il était possible à l'esprit humain d’accepter un témoi­ gnage sans motifs, ou, ce qui est la même chose, sans motifs connus ! Ou encore, comme si le témoignage, même savamment critiqué, pouvait jamais donner la science, la vue intérieure de l’objet! Saint Augustin, au contraire, loin d’avoir peur du mot de science et de vision, exige l'une et l'autre, pourvu que l'objet en soit seule­ ment le témoignage, Epist., cxlvii, c. ni, n. 8, P. L., t. xxxm, col. (500 : Constat igitur nostra scientia ex visis rebus et creditis : sed in iis quæ vidimus vel vide­ mus, nos ipsi testes sumus; in Ais autem quæ credi­ mus, aliis testibus movemur ad fidem, et alors la foi requiert des documents, QUIBUS vtsis non visa credan­ tur. Il ajoute aussitôt que cette adhésion aux dogmes, appuyée sur un témoignage reconnu digne de créance, peut être appelée une science, mais elle reste toujours la foi, puisqu'elle ne voit pas l’objet en lui-même. — c) Mais, pour l'intelligence intime du mystère, la foi précède la raison. Dès que le témoignage divin est connu, la raison s’arrête au seuil du mystère, sans retarder sa foi jusqu’à ce qu’elle ait mieux compris le mystère. Elle n'attendra même pas, pour croire, qu’on ait résolu toutes les questions. C’est après avoir cru, que le fidèle cher­ chera les explications plus ou moins approximatives du dogme. Mille fois Augustin l'a redit, et il aime à invoquer l’autorité d’Isaïe, vu, 9, ou plutôt de la tra­ duction inexacte des Septante : nisi credideritis non intelligelis. De lib. arbit., 1. II, c. n, n. 6, P. L., t. xxxn, col. 1243; Epist., cxx, c. t, n.3, P. L., t. xxxm, col. 453. C’est la grande thèse introduite plus tard par Anselme dans la scolastique primitive, fides quærens intellectum. Deux sermons renfermant un admirable résumé de cette théorie : le sermon xliii tout entier, dont la conclu­ sion explique la vérité deces deux formules: intellige ut credas, crede ut intelligas, c. vu, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 258; et le sermon xvin in Ps. cxvm, surtout n. 3, P. L., t. xxxvn, col. 1552 : quamvis enim, nisi aliquid intelligat, nemo possit credere in Deum, tamen ipsa fide qua credit, sanatur ut intelligat am­ pliora. .Ilia enim sunt, quæ nisi intelligamus, non credimus; et alia sunt, quæ nisi credamus, non intelligimus. 3. La démonstration de la foi. — a) Le rôle de l'apo­ logiste a été tracé dans le De lib. arbit., 1. III, c. xxi, n. 60, P. L.,t. xxxn, col. 1301 : donner les titres de l’au­ torité qu’il invoque, et repousser les objections, adver­ sus incredulos hactenus defendenda, ut vel mole au­ ctoritatis infidelitas eorum obteratur, vel eis ostenda­ tur, quantum potest, primo quam non sit stultum talia credere, deinde quam sit stultum talia non credere. — b) A la base de toute démonstration, Augustin pose le grand principe que la connaissance de la providence divine doit précéder tout, et que toute preuve de la révélation par les miracles suppose déjà établis l’exis­ tence de Dieu et le gouvernement du monde par lui. Cf. De utilitate cred., η. 34, P. L., t. xm, col. 89 : si enim Dei providentia non providet rebus humanis, nihil est de religione satagendum, etc.; Confess., I. VI, c. v, n. 7,8, P. L., t. xxxn, col. 723 (l'autorité de l’Écriture démontrée par la providence). — c) Les grandes preuves sur lesquelles Augustin appuie l’autorité de Jésus-Christ ou de l’Eglise dans le De fide rerum quæ non videntur; De civitate Dei ; De vera religione, sont déjà indiquées dans le De utilit. cred., loc. cit. Il si­ gnale en particulier : —a. les miracles du Christ,sanati la iguidi, mundati leprosi; — b. au-dessus des miracles, les prophéties; voir Serm., xi.ni, c. IV, n. 5, P. L., t. xxxvm, col. 256, magnifique développement du firmio­ rem propheticum sermonem, II Pet., i, 18; — c. la multitude des croyants, partim sequentium mul­ 2340 titudine, De util, cred., loc. cit.; cf. Epist·, cxvm, c. v, n. 32, P. L., t. xxxin, col. 447, argument insuffisant, si, avec le nombre des croyants, Augustin n’envisageait aussi l’établissement merveilleux de l’Église avec son caractère de catholicité si souvent opposé aux mani­ chéens et aux donatistes, et le miracle providentiel qui peut seul expliquer la conquête du monde, voir Serm., xliii, c. v, n. 6, P. L., t. xxxvm, col. 257, le rôle des apôtres dans l’établissement de l’Église; — d. mais la grande preuve qui semble avoir frappé davantage Augustin, c’est la sainteté du christianisme incarnée dans l’Eglise, et la transformation morale du monde. Cf. tout l’ouvrage De moribus Eccl. (voir col. 2292); De utilit. cred., c. xvn, n. 37, P. L., t. xlii, col. 90. Lui-même, il fut convaincu par l'histoire de l'héroïsme apostolique. Voir col. 2274. Dans le De vera relig., c. m, iv, n. 3-7, P. L., t. xxxiv, col. 123-126, après avoir tracé un magnifique tableau de la révolution morale accomplie, il conclut que, si les grands philo­ sophes, Socrate et Platon, en étaient aujourd’hui té­ moins, chrisliani fierent, η. 7, col. 126. A l’évêque d’Hippone ainsi qu’aux Pères du concile du Vatican (constit. De fide, c. ni), l’Église apparaît comme la dé­ monstration mise à la portée de tous, manifestus mons domus Domini, etc. Cf. In I Joa., tr. I, n. 13, J'. L., t. xxxv, col. 1988. 4. Les sources de la foi, d'après saint Augustin. — A. En général, Augustin proclame l’autorité des trois règles de foi : Ecriture, tradition et magistère ecclé­ siastique. — Il est si évident qu’il n'a sacrifié ni la Bible à la tradition orale, ni l’Église à la Bible, que les critiques protestants, impuissants à concilier ces deux éléments, ont, ici encore, accusé Augustin de contra­ diction : « Ceux qui placent l’Ecriture au-dessus du symbole, tout comme les partisans de l’idée contraire, peuvent se réclamer du nom d'Augustin, car il a fortifié la tendance bibliciste, tout en fortifiant également la position des hommes d'Église qui, comme Tertullien, démolissent les biblicistes. » Harnack, Précis de l’hisl. des dogmes, trad, franç. p. 263. Cf. Lehrbuch der Dogmengesch., t. ut, p. 92. Ce reproche est sans fondement, et saint Augustin, en signalant ces diverses sources de notre foi, en a très bien décrit la subordination et l'harmonie. a) Pour lui, les Écritures canoniques sont une règle indéfectible, De nat. et grat., c. lxi, n. 7, P. L., t. xliv, col. 282: solis canonicis scriptis debeo sine ulla recusatione consensum (solis, par opposition aux écrits des Pères et aux apocryphes). b) Mais tout n’est pas dans l’Êcriture, et la tradition seule nous a transmis bien des révélations apostoliques, comme le baptême des enfants, De bapt., 1. V, c. xxm, n. 31, P. L.,t. xliii, col. 192: sunt multa quæ universa tenet Ecclesia, et ob hoc ab apostolis præcepta bene creduntur, quanquam scripta non reperiuntur. Cf. 1. II, c. vu, n. 12, col. 133; 1. IV, c. vi, n. 6, col. 159; Epist., lvi, n. 1, P. L., t. xxxm, col. 200. Cette tradi­ tion du baptême nécessaire aux enfants lui fournit sa preuve favorite du péché originel. Cont. Jul., I. VI, c. v. n. 13, P. L., t. xliv, col. 830. Mais, pour être vraiment apostolique, la tradition doit apparaître revêtue d’un caractère d'universalité, et saint Augustin formule déjà la règle que développera bientôt Vincent de Lérins, De bapt., 1. IV, c. xxiv, n. 31, P. L., t. xliii, col. 174 : quod universa tenet Ecclesia, nec conciliis institutum, sed semper retentum est, nonnisi auctoritate apost Uca traditum rectissime creditur. A la tradition orale se rapporte le symbole, regula fidei, que doit consulter l’interprète de l’Êcriture, comme une loi inviolable. Cf. De doct. christ., I. Ill, c. n, n. 2, P. L., t. xxxiv, coi. 651. Augustin l’a souvent commenté, De agone christ., c. xm-xxxni, P. L., t. XL, col. 299-309; Enchi­ ridion, c. ix-cxui, ibid., col. 255-285; Serm., i, ad 2341 AUGUSTIN (SAINT) catech., ibid., col.627-637; Semi., ccxn-ccxv, in tradit, symboli, P. L., t. xxxvm, col. 1058-1076. Hahn, Bibliothek der Symbole, 3« édit., § 33, 47, p. 38, 58, a extrait de ces commentaires deux lormes du symbole, l’une usitée à Milan, l’autre en Afrique, dont la variante la plus importante est la conclusion : vitam æternam per sanctam Ecclesiam. c) Au-dessus de l’Écriture et de la tradition est l’au­ torité vivante de l’Eglise. Elle seule nous garantit les Écritures, d’après la célèbre parole, Cont. epist. manich., c. v, n. 6, P. L., t. xlii, col. 176: Ego vero Euan­ gelio non crederem, nisi me catholicæ commoveret auctoritas. Cf. Cont. Faust., 1. XXII, c. lxxix, ibid., col. 452; 1. XXVIII, c. n, col. 485. C’est elle encore qui nous transmet le symbole. De doct. christ., 1. III, c. n, P. L., t. xxxiv, col. 651. Par son enseignement, elle est la règle suprême que l’on doit suivre dans l’interpréta­ tion de l’Écriture et de la tradition. De doct. christ., 1. 111, c. xxvn, n. 38, P. L., t. xxxiv, col. 80; De Gen. ad litt.lib. imper/., c. I, n. '1, P. L., t. xxxiv, col. 221 : quærendi dubitatio catholicæ fidei metas non debet excedere. Enfin, par ses conciles, elle tranche toutes les controverses. De bapt., 1. Il, c. iv, n. 5, P. L., t. xliii, col. 129. d) Dans l’ordre logique de la démonstration de la foi par Augustin, la divinité de l’Église, prouvée non par les Écritures (il y aurait cercle vicieux), mais par les grands miracles de son établissement et de sa sainteté, précède la connaissance des Livres saints, au moins de leur inspiration. Puis de l’Église catholique reconnue divine dans ce qui est le fond essentiel de sa pensée religieuse, il reçoit, avec le symbole, les Écritures ins­ pirées qui lui révéleront d’une manière plus distincte la mission et les privilèges de l’Église. Tel est le sens de ce passage fameux, Cont. epist. manich., 1. IV, c. v, P. L., t. xlii, col. 175 : multa sunt alia quæ in ejus (Ecclesiæ) gremio me justissime teneant : tenet con­ sensio populorum atque gentium : tenet auctoritas mi­ raculis inchoata, etc. B. En particulier, la Bible et saint Augustin. —Il est certain qu’Augustin a contribué, par son exemple et ses théories, â développer le rôle de l’Écriture dans l’Église. Harnack n’a pas craint dedire. Précis de l'hist. des dog­ mes, p. 152, qu’à partir du Ve siècle, en fait l’Écriture sainte a reçu, dans la vie de l’Eglise en Occident, une place autre qu’en Orient, elle se tient davantage au pre­ mier plan et cela s’explique surtout par l’infiuence d’Augustin. a) Il est un des témoins des plus anciens du canon complet des Écritures : il y a compris les deutérocanoniques, au moment où saint Jérôme s’en tenait aux hé­ sitations de l’Orient, et, dit Harnack, op. cit., p. 150, l’opinion d’Augustin lit règle pour [Occident toutentier. La liste des livres canoniques qu’il donne, en 397, De doct. christ., 1. II, c. vm, n. 13, P. L., t. xxxiv, col. 41, concorde parfaitement avec le canon dit gélasien, que les critiques modernes croient promulgué par le pape Damase dans un concile romain de 374 (Thiel, Episl. rom. pont., p. 56; Jaffé, Regesta, n. 40, 91), et avec la liste envoyée à Exupère de Toulouse par le pape Inno­ cent I»r, en 405, P. L., t. xx, col. 501. Un catalogue sem­ blable, avec des variantes sans portée, était déjà dressé en 393 par le concile d’Hippone, auquel assistait Augus­ tin, comme simple prêtre, can. 38, Mansi, t. in, col. 924, canon renouvelé à Carthage en 397, can. 47, Mansi, t. in, col. 891, et en 419. can. 29, Mansi, t. iv, col. 430. Ces conciles ne prétendent pas formuler une décision défi­ nitive et ajoutent qu’il faudra consulter le pape Boniface pro confirmando isto canone. Mansi, t. iv. coi.891. De même Augustin connaît et permet les divergences entre les diverses Églises. De doct. christ., 1. II. c. vm, n. 12, P. L., t. xxxiv, col. 48. et en particulier les dou­ tes de l’Église orientale, De civil., 1. XVII, c. xx, n. 1, 2342 P. L., t. xli, col. 554. Mais personnellement il ne varii jamais sur la valeur des deutérocanoniques. et dans le De civil., 1. XV11I, c. xxxvi, P. L., t. xli, col. fend toujours l'inspiration de la Sagesse. H modifia au contraire ses idées sur l’auteur de plusieurs livres avait attribué la Sagesse à Jésus-Sirach, mais plus tard changea d’avis, Retract., 1. II,c. iv, n.2, P. L., t. xxxn, col. 631, sans pouvoir désigner d'auteur. Voir S; ... lum, § 21, P. L., t. xxxiv, col. 947.0. Rottmanner. dans Saint Augustin sur l’auteur de l’Épitre aux Β· > dans la Revue bénédictine, juillet 1901, a établi qu'a partir de 409 jusqu’à sa mort, Augustin ne cite plus cette épitre comme un écrit de l’apôtre, sans toutefois se prononcer contre l’origine paulinienne. Cf. De peccat, mer., 1. I, c. xxvm, n. 50, P. L., t. xliv, col. 137 (l’ins­ piration même de l'épitre est niée par certains). — Quant aux apocryphes, il les répudie avec énergie. De civit.,1. XV,c.xxm, n. 4, P.L., t.xi.i, col.470: I. XVIII, c. xxxvm, col. 598; Cont. Faust, man., 1. XI, c. n, P. L., t. xlii, col. 245. b) La doctrine de l'inspiration doit aussi à Augustin d’avoir été précisée dans le sens « du biblicisme strict ■·, Harnack, op. cit., p. 151, c’est-à-dire de l’origine divine et par suite de l’inerrance absolue des Livres saints, telle que le concile du Vatican l’a proclamée, quant (Scripturam) esse veracem nemo dubitat nisi infidelis et impius. De Gen. ad. lilt., 1. VII, c. xxvm, n. 42, P. L., t. xxxiv, col. 371. C’est l’esprit de Dieu qui « parle par la bouche des prophètes et conduit la plume des apôtres ». De doct. christ., I. II, c. vi ; 1. III, c. xxvn, etc.; Confess., 1. Vil, c. xxi, n. 27; 1. XIII. c. xxix, n. 444; De civil., 1. XVIII, c. xliii. On peut même dire que les livres des apôtres sont les écrits de Jésus. De cons. Evang., 1. I, c. xxxv, n. 54, P. L., t. xxxiv, col. 1070. Toute affirmation absolue de l’Écriture, même celles que l'écrivain a conçues sans révé­ lation, devient une vraie révélation pour le lecteur, parce que Dieu, l’inspirant, lui donne la garantie de sa divine parole. Aussi une erreur dans la Bible est-elle impossible. Episl., lxxxii, c. i, n. 3, P. L., t. xxxm, col. 277; n. 24, col. 286. Si on croit y rencontrer une assertion fausse, c’est que aul codex mendosus est, aut interpres erravit, aut lu non intelligis. Cont. Faust, man., 1. XI, c. v, P. L., t. xlii, col. 249. Cf. Epist.. lxxxii, loc. cit., col. 277. Tout leDe consensu E-, a..g.· . P. L., t. xxxiv, col. 1041 sq., la controverse avec saint Jérôme sur Gai., n, 14 sq., ont pour but d’exclure de la Bible, non seulement toute dissimulation volontaire, mais toute erreur inconsciente. Voir encore Epist., xcm, c. x, n. 35-36, P. L., t. xxxm, col. 319; De Gen. ad lilt., 1. V, c. vm, P. L., t. xxxtv, col. 329; In Joa., tr. CXI, n. 1, P. L., t. xxxv, col. 1930. Toutefois pour saisir exactement la théorie d’Augustin, il ί.·.Ά tenir compte des restrictions qu’il fait : il admet, des oublis, la confusion d’un nom mis pour un autre, De cons. Evang., 1.ΙΠ, c. vu, n.30, P. L.,1. xxxr.. c·.·!. 1175, les discours sont fidèlement rapportés pour le fond et la pensée, mais on peut trouver entre éiangéiistesdes divergences d'ordre ou d’expression. Ibid., I. II. c. Xli, n. 27-29, col. 1090. Vogels, S. Augustins Schrift De consensu Evangelistarum. Fribourg-en-Brisgau. 1908. c) Sur les versions de la Bible, saint Augustin eut des opinions moins heureuses. Il considéra la version des Septante comme inspirée. Sans doute il raconte comme une simple « tradition » la légende des 72 cel­ lules, De civit., L XVIII, c. xlii, P. L., t. xli, col. 603; De doct. christ., i. II, c. xv; Enarr. in Ps. ixxxvit, n. 20, mais il insiste sur l’inspiration, et explique par la volonté du Saint-Esprit les divergences entre l’hébreu et le texte grec, l’un et l’autre étant inspirés même dans les parties qui manquent dans l’un des deux textes. De civit., loc. cil., c. xliii, col. 604. Parce qu'il ne reconnaît d’autorité qu'au texte grec 2343 AUGUSTIN (SAINT) de l’Ancien et du Nouveau Testament, saint Augustin conserve en face des textes latins une entière liberté d’appréciation et de discussion. 11 reproduit surtout des textes « italiens », parce que l'Itala a ses préférences; cependant il emploie fréquemment les anciens textes « africains », et parfois même la Vulgate de saint Jérôme. Rônsch, Die laleinischen Bibelübersetzungen im christlichen Afrika zur Zeit des Augustinus, dans la Zeitschrift fur die hist. Théologie, 1867, p. 606 sq.; 1870, p. 91 sq.; Douais, Saint Augustin et la Bible, dans la llevue biblique, 1893, p. 62-81, 351-377; Burkitt, The old Latin and Jtala, dans Texte and Studies, Cambridge, 1896, t. iv, fasc. 3, p. 55-78; P. Monceaux, Hist, littéraire de l’Afrique chrétienne, Paris, 1901, t. i, p. 138-151. d) Sur l'herméneutique de saint Augustin, nous n'avons qu'à ajouter deux remarques importantes : — a. Il fait une loi sévère d une extrême prudence dans la détermination du sens scripturaire : qu’on se garde des interprétations hasardées et opposées à la science qui livreraient la parole de Dieu en risée aux incré­ dules. De Gen. ad lilt., 1. I, c. xix-xxi, surtout .n. 39, P. L., t. xxxiv, col. 260 sq. — b. Augustin mit le premier en avant, sans l’affirmer absolument, la théorie de la pluralité du sens littéral, qui aurait été fatale à l'exégèse, si elle avait prévalu. Tout ce qu’un lecteur peut ou veut comprendre de pieux et de vrai en lisant la Bible, quand même l’auteur sacré n’y aurait pas songé, serait le sens de l’Écrilure, voulu par le SaintEsprit qui prévoyait cette future interprétation. « Moimême, dit-il, si j'étais écrivain inspiré, je voudrais parler ainsi... » Confess., 1. XII, c. xxxr, n. 42, P. L., t. xxxir, col. 844; De doct. christ., 1. III, c. xxvn. n. 34, P. L., t. xxxiv, col. 80. On sait les discussions auxquelles a donné lieu cette théorie. Saint Thomas l’avait approuvée sans réserve dans le De potentia, q. iv, a. 1, Paris, 1889, t. xm, p. 118; mais plus réservé dans la Somme, 1“, q. 1, a. 10, il ne garde plus que la formule, et l'entend tout autrement, des sens allégo­ rique, moral, anagogique, qui sont fondés sur le sens littéral toujours unique. L’opinion d'Augustin est aujourd'hui universellement abandonnée. Cf. Patrizzi, De interpret. Scriptur., Rome, 1844, p. 15-54; J. T. Beelen, Dissertatio theologica qua sententiam vulgo recep­ tam esse sacrae Scripturae multiplicent interdum sen­ sum litteralem, nullo fundamento satis firmo niti demonstrare conatur, Louvain, 1845, surtout p. 40-48. Voir Moirat, L'herméneutique augustinienne, 1907. e) Un jugement d'ensemble sur l’exégèse augusti­ nienne est difficile à formuler, si multiples sont les aspects de son œuvre. Les plus remarquables de ses travaux bibliques appartiennent ou à la théorie (De do­ ctrina christ.), et elle est généralement louée; ou à la prédication qui cherche volontiers l'interprétation mystique et allégorique (In Joa., In Psalmos), et en ce genre il est incomparable; ou à des questions spé­ ciales (De consensu Evaiig.) et on admire sa péné­ tration. Mais de commentaires suivis on ne trouve guère que te De Genesi ad litteram, les essais sur les Épitres aux Romains et aux Galates : l’œuvre propre­ ment exégétique d’Augustin n’égale donc, ni par l’éten­ due, ni par le caractère scientifique, celle de saint Jérôme. Trois circonstances ont contribué à cette infé­ riorité : — a. Une insuffisante connaissance des langues bibliques : il lisait le grec, mais avec peine; quant à l'hébreu, tout ce qu'on a pu conclure des études récentes do Schanz et de Rottmanner, Theolog. Quartalschr., 1895, t. i.xxvii, p. 269-276, c’est qu'il était familier avec le punique, langue sémitique apparentée à l'hébreu. — b. Le but moral et d'actualité pratique que visait son éloquence, le portait à des abus incontestables du sens mystique. — c. Enfin dans la polémique, les deux grandes qualités de son génie — passion ardente 2344 du tempérament africain et subtilité prodigieuse de son esprit — ne lui laissaient point toujours le calme nécessaire â un exégète, et l’entraînaient à des interpré­ tations violentes ou ingénieuses sans solidité. Ainsi, le texte de Matth., xvn, 20, attribuant à Jérémie une pro­ phétie de Zacharie, Augustin affirme que l’Esprit-Saint l’a voulu ainsi pour signifier l’accord ou plutôt l'identité de toutes les prophéties. De consensu Evang., 1. Ill, c. xxx, P. L., t. xxxiv, col. 1175. De même un allégorisme exagéré est né du désir de vérifier l’accord des deux Testaments d'après la formule : In Vetere Novum latet, et in Novo Vetus patet, Quæst. in Heptat., 1. II, q. Lxxni, P. L., t. xxxiv, coi. 623. Clausen, Augu­ stinus S. Script, interpres, 1827, p. 167-207, 252-267, a recueilli une série de textes dont l’exégèse augusti­ nienne ne saurait être acceptée. iv. dieu et ses ŒWHEs. — 1° Théodicée augusti­ nienne. — Après ce qui a été dit des hautes conceptions empruntées par Augustin aux théories platoniciennes, il reste à signaler quelques idées fondamentales sur notre connaissance : 1. de l’existence de Dieu ; 2. de sa nature;3. de la Trinité. 1. L’existence de Dieu: — a) Elle est pour Augustin unedecesvérités auxquelles la providence donneunetelle clarté qu’il est malaisé de s’y dérober. Nul ne peut plei­ nement ignorer Dieu. In Ps. LXXIV, n. 9, P. L., t. xxxvi, col. 852 : (Deus) ubique secretus est, ubique publicus, quem nulli licet, ut est, cognoscere, et quem nemo per­ mittitur ignorare. Les athées eux-mêmes ne le sont guère que dans le cœur, par passion, in corde suo. In Ps. xm, n. 2, ibid., col. 141. Encore s’en trouve-t-il fort peu, rarum hominum genus, In Ps. l.tl, n. 2, ibid., col. 613, et c'est une véritable folie, insania ista pau­ corum est. Semi., i.xix, n. 3, P. L., t. xxxvm, coi. 441. — b) Dieu n'est pourtant point l'objet de notre intuition directe et immédiate. A propos de la théorie de la con­ naissance, on a vu que saint Augustin ne sait rien ni d'une contemplation immédiate de Dieu, ni des idées innées. Il décrit lui-même, De Genesi ad Utt., 1. IV, c. xxxii, n. 49, P. L., t. xxxiv, col. 317, comment notre âme, partant de la connaissance des choses sensibles, s’élève, grâce à l'illumination du Verbe, jusqu'aux invi­ sibilia Dei. — c) Il a touché à toutes les preuves clas­ siques de l’existence de Dieu, mais on trouverait rare­ ment chez lui une démonstration systématique. Il attache une importance particulière au consentement du genre humain. In Joa., tr. CVI, n. 4, P. L., t. xxxv, col. 1910 : exceptis paucis in quibus natura nimium depravata est, universum genus humanum Deum mundi hujus fatetur auctorem. — L’antique preuve par Ia finalité et l’ordre du monde a été développée par lui avec une délicatesse, une grâce, une émotion inimitables : partout dans la beauté de la nature, il lit le nom de l’architecte divin. Cf. Serm., c.xt.i, n. 2, P. L., t. xxxvm, col. 776 : philosophi nobiles quae­ siverunt et ex arte artificem cognoverunt. — Mais son éloquence est surtout admirable quand il développe la preuve métaphysique du monde fini et changeant, réclamant un créateur infini et immuable. Dans les Confessions, 1. X, c. vi, n. 9, il s’écrie : Interrogavi terram... mare... et abyssos... et responderunt : quiere super nos... Ipse fecit nos. D’autres fois, avecune logique plus serrée, ibid., 1. XI, n. 6, col. 811 : Ecce sunt cælum et terra : clamant quad facta sunt : mutantur enim atque variantur. Quidquid autem factum non est, et tamen est, non est in eo quidquam quod ante non erat, quod est mutari atque variari. Clamant etiam quod seipsa non fecerint, etc. Il faut remarquer dans la réponse à la consultation d’Évodius (en 415), Epist., CI.XH, n. 2, P. L., t. xxxtn, col. 705 (cf. Epist., clx, n. 1-3, ibid., col. 701), la profonde rétlexion d'Augustin : toutes nos preuves montrent que Dieu existe, non qu'il doit exister : ce ne sont pas des raisons a priori de son 2345 AUGUSTIN (SAINT) existence. Il renvoie an De vera relig., c. xxxr, n. 58, P. L., t. xxxiv, col. 147-148. — d) Mais la demonstra­ tion augustinienne par excellence est celle qui est développée ac professe dans le De div. quæst. LXXXIII, q. Liv, P. L., t. XL, col. 38, avec plus d'étendue dans le De libero arb., 1. II, n. 7-33, P. L., t. xxxn, col. 42431203, et enfin dans les Conf., I. VII, c. x, n. 16, ibid., col. 742. Elle repose sur la constatation d'une vérité éter­ nelle et immuable, supérieure à l’homme, et pourrait être formulée ainsi : La raison de l’homme (et l’esprit angélique, ajoutent les Detract., 1. I, c. xxvt, ibid., col. 627), occupant le plus haut degré de la hiérarchie des êtres de ce monde, si elle découvre un être plus parfait, cet être sera Dieu. Or, ma raison constate qu’audessus d’elle, il y a la vérité éternelle et immuable, qu'elle ne crée pas, mais qu’elle contemple, qui n'est ni mienne, ni en moi, puisque les autres la contem­ plent aussi bien que moi et hors de moi. Cette vérité est donc Dieu lui-même, ou si l’on suppose un être encore plus élevé, nous conduit du moins à cet être, source de toute vérité. Cf. De lib. arb., loc. cit., n. 7-12,43-44,1538, col. 1243-1261. M. Jules Martin, Saint Augustin, p. 101-188, a vu là un prélude à l’argument de saint Anselme. Mais c’est à tort : Augustin ne conclut point de l'idée de Dieu à son existence. Mais analysant les caractères de la vérité, il les trouve inexplicables, si audessus d’elle il n’y a un être immuable, source de l’immuable vérité. Dès 388, celte idée s’empara de toute l’àme d'Augustin, et elle se trahit par des exclamations comme celle-ci : « 0 Dieu, vous êtes le père de la vérité, le père de la sagesse, le père de la vraie et souveraine vie, le père de la béatitude, le père du bien et du beau, le père de la lumière intelligible, le père de notre réveil et de notre clarté... » Soliloq., 1. I, c. I, n. 2, P. L., t. xxxn, col. 870. Au fond, cette preuve, comme les autres, se ramène à la trilogie fameuse, dans laquelle Dieu est conçu par le grand docteur comme source de tout être, de toute vérité, de tout bien : causa subsi­ stendi, ratio intelligendi, et ordo vivendi. De civit. Dei, 1. VIII, c. iv, P. L., t. xi.i, col. 228-229. 2. Notre conception de la nature divine. — a) La limite de notre connaissance de Dieu, l’impuissance de le comprendre et de l’exprimer par le langage humain, est un des thèmes préférés du grand docteur. Certes il est loin d’être agnostique, on l’a vu ; mais, plus que tout autre, il éprouve le tourment du mystère divin qui nous enveloppe; il ne cesse de redire que ni nos con­ cepts, ni nos paroles ne peuvent épuiser l’infini. Si comprehendis, non est Deus, dit-il. Semi., cxvn, n. 5, P. L., t. xxxvm, col. 663, cf. n. 7. In Ps. lxxxv, n. 12, P. L., t. xxxvii, col. 1090: Deus ineffabilis est, faci­ lius dicimus quid non sit quam quid sit; In Évang. Joa., tr. XIII, n. 5, P. L., t.xxxv, col. 1495: Omnia pos­ sunt dici de Deo, et nihil digne dicitur de Deo. Les conceptions les plus vraies seront encore les plus géné­ rales, pourvu que nous sachions en déterminer les contours trop vagues : pour Augustin, Dieu est l’être, l'être absolu, l’être dans sa plénitude et sa perfection, l’être au-dessus duquel, en dehors duquel et sans lequel rien n’existe. Soliloq., 1. I, c. I, n. 3, 4, P. L., t. xxxn, col. 870-871. — b) Parmi les attributs de Dieu, la sim­ plicité est la caractéristique qu’il met en saillie. Étant essentiellement pure actualité de l'être, sans qu’on puisse le concevoir jamais en puissance qui peu à peu se transforme en acte, Dieu est également toute perfection. Augustin va même jusqu’à regretter, en parlant de l’essence divine, l’emploi du mot substance qui semble établir une distinction entre le fond de l'être et des qualités accidentelles, De Trinit., 1. Vil, c. v, n. 40, P. L., t. xlii, col. 942: Deus si subsistit ut substantia dici possit, inest in eo aliquid tanquam in subjecto, et non est simplex, etc. Et il conclut: Essentia proprie dicitur, substantia abusive. — Pour écarter de l’Élre •2346 j divin toute espèce de composition métaphysique, il se plaît à décrire l'identité absolue qui lait de chacun de ses attributs, bonté, sagesse, justice,... non des acci­ dents surajoutés à son être, mais son être même : Qw-d habet, hoc est..., sic habet sapientiam ut ipse sit sa­ pientia, etc. In Evang. Joa., tr. XLVII1, n. 6. P. L., t. xxxv, col. 1743. Il insiste également sur l’identit· de ces attributs entre eux. De Trinit., 1. XV, c. v, n. 7. 8, I P. L., t. xlii, col. 1059; cl. 1. V, c. x; L VL c. vu; Semi., cccXLi, c. vi, n. 8, P. L., t. xxxix. col. 1498; De civit. Dei, 1. XI, c. x, n. 2, P. L., t. xli, col. 326. Sous celte inspiration augustinienne, Suarez et d'autres théologiens ajouteront un dernier aspect de la simpli­ cité divine: nos idées elles-mêmes des attributs divins ne seront pas formellement distinctes: elles se compénétreront mutuellement: je ne puis concevoir la justice divine, sans embrasser dans cette justice infinie qui m'apparaît comme la plénitude de l’être, la miséricorde infinie qui est comprise dans celte plénitude. Cf. Sua­ rez, De Deo, 1. X, c. x-xiv; card. Zigliara, La luce inlellettuale, t. il, p. 101. — c) A la lumière de cette sim­ plicité ineffable, s’expliquent plus aisément les rapports de Dieu au temps et à l’espace. L’éternité est l'actuation si parfaite de toute la vie divine, que, nul changement n’étant possible, on ne peut y distinguer ni hier, ni au­ jourd’hui, ni demain. Le temps naît, non pas avec les révolutions des astres, comme Platon l’a dit, mais avec le changement inhérent à toute créature. Tempus est creaturæ motus ex alio in aliud. De Gen. ad lilt., 1. V, c. v, n. 12, P. L., t. xxxiv, col. 325. Cf. De Gen. cont. manich., 1. II, c. II, n. 3, ibid., col. 175; Confess., 1. XI, c. xix. — De même la simplicité montre Dieu élevé audessus de tout espace, présent partout mais inétendu et incommensurable. Epist., cxxxvn, ad Volusianum, c. π. P. L., t. xxxm, col. 519. — d) La théorie de la science divine se résume chez Augustin en cette grande conception : Dieu contemple, en un seul regard immua­ ble, tout être, toute vérité, tout objet possible ou réel. Cette connaissance est une intuition éternelle devant laquelle le passé et l’avenir sont aussi actuels que le présent, mais chacun pour la partie du temps auquel répond leur réalité. Dieu embrasse tous les temps et peut ainsi connaître l’avenir (qu'il soit produit libre­ ment ou avec nécessité) aussi infailliblement que le présent. Cf. De lib. arb., 1. III, c. ii-iv, n. 3-10, P. L., t. xxxn, col. 1272-1274; De civit. Dei, 1. XI, c. xxt, P. L., t. xli, col. 334. — On n’ose guère plus aujour­ d'hui nier qu’Auguslin ait admis en Dieu la science du futur conditionnel, qui ne se réalisera jamais, mais qui se réaliserait, si certaines conditions étaient posées: il semblerait à première vue, que ces objets purement hypothétiques ne peuvent être présents au regard divin, comme quelque chose de réel. Mais, comme les autres Pères, saint Augustin a admis en Dieu cette connais­ sance: bien plus, il en a fait avec raison, nous le ver­ rons, le ressort de sa providence. Quand les semi; lagiens abusent de cette connaissance, et croient y trou­ ver des mérites qui annulent la gratuité de la grâce et le don de la prédestination, le grand docteur de la grâce nie de pareilles applications de cette science, mais il admet la connaissance elle-même. Cf. De prædest. sanet., c. IX, n. 47, P. L., t. xliv, col. 273; De I dono persev., c. ix, n. 23, P. L., t. xlv, col. 1005-1006. 1 Voir plus loin la doctrine de la grâce. I 3. La Trinité. — D’après Schwane, Dist. des dogmes, | trad, franç., t. n, § 20, p. 265, Augustin aurait mérité le premier rang parmi les docteurs de l'âge patristique, non moins par sa doctrine de la Trinité, que par sa doctrine de la grâce. Il est certain que ses quinze livres De Trinitate condensent et complètent ce qu’on avait dit de plus profond et de plus précis sur ce grand mys­ tère; spécialement pour mettre en harmonie avec l'unité de l'être divin, la divinité, désormais L.rs 2347 AUGUSTIN (SAINT) discussion, du Fils et du Saint-Esprit. Le caractère saillant de sa doctrine trinitaire, c’est que nous pouvons y saisir, dans une pleine lumière, la marche de l’esprit latin dans la conception de la Trinité, marche opposée â celle des Pères grecs ou orientaux. Le P. de Régnon, Éludes de théologie positive, p. 300-429, a développé cette divergence des deux conceptions, mais il faut le reconnaître, son admiration pour les grecs ne lui a pas permis d’apprécier toute la valeur du progrès accompli ou du moins préparé par le génie d'Augustin. Ce déve­ loppement du dogme est cependant d’autant plus remar­ quable qu’en passant par la scolastique, la théorie trini­ taire d’Augustin orientera tous les théologiens occiden­ taux. Les principes communs aux Pères grecs et latins, au moment où écrivait Augustin, étaient d’abord le dogme des trois personnes participant pleinement et également à une même nature divine, puis l’explication du dogme par cetaxiome, implicitement formulé par les grecs euxmêmes : In divinis omnia sunt unum, ubi non obviat relationis oppositio, formule dans laquelle l’unité se rapporte à la nature, l’opposition aux personnes; cf. De Trin., 1. V, c. v-vi, P. L., t. xi.n, col. 912; dans le Prooe­ mium du I. VIII, ibid., col. 947, dont les formules ont été certainement imitées par l’auteur du symbole pseudo-athanasien Quiconque, il affirme la grande règle : il faut exprimer au singulier toutes les propriétés absolues de l’essence : unus Deus, bonus, omnipo­ tens ipsa Trinitas, et quidquid aliud non invicem rela­ tive, sed ad se singuli dicuntur; hoc enim secundum essentiam dicuntur. Trois traits caractérisent le concept latin et le progrès accompli sous l’inlluence du grand docteur : a) la conception de la nature avant les per­ sonnes; b) l’insistance à attribuer toutes les opérations ad extra à la Trinité entière ; c) l’explication psycho­ logique des processions. A. Dans l’explication de la Trinité, Augustin conçoit la nature divine avant les personnes. Sa formule de la Trinité sera : une seule nature divine subsistant en trois personnes; celle des grecs au contraire disait : trois personnes ayant une même nature. Jusque-là, en efl’et, l’esprit des grecs se fixait directement sur les per­ sonnes : sur le Père, conçu comme le Dieu unique (primitivement le mot Deus, ό Θέος, lui était spéciale­ ment réservé), credo in unum Deum Patrem ; puis sur le Fils, né du Père, Deum de Deo, et enlin sur le SaintEsprit procédant du Père en tant que Père, donc par le Fils. Ce n’est qu’à la réflexion que leur esprit considé­ rait directement dans ces trois personnes une seule et même nature divine. Saint Augustin au contraire, pré­ ludant au concept latin que les scolastiques lui ont em­ prunté, envisage avant tout la nature divine et poursuit jusqu’aux personnes pour atteindre la réalité complète. Deus, pour lui, ne signifie plus directement le Père, mais plus généralement la divinité, conçue sans aucun doute d’une manière concrète et personnelle mais non comme telle personne en particulier. C’est Dieu-Trinité, c’est-à-dire au fond la divinité qui s'épanouit sans suc­ cession de temps ou de nature, mais non sans ordre d’origine, en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit. Ce caractère spécial de la théorie trinitaire d'Augustin explique seul la forme si nouvelle du symbole pseudoathanasien qu’elle a inspiré. Tous les anciens symboles, Denzinger, Enchiridion, n. 1-13, même ceux usités du temps d’Augustin, et employés par lui à Milan et en Afrique, Hahn, Bibliothek der Symbole, 3e édit., § 3347. sont formulés d’après le concept antique, débutant par la foi au Dieu unique qui est le Père, pour clôturer par le Saint-Esprit, sans exprimer autrement la Trinité, Credo in Deum Patrem (première personne)... et in Jesum Christum /ilium, etc. (forme la plus ancienne du symbole, Denzinger, loc. cit.); Credimus, in UNUM Deum Patrem... et in unum Dominum nostrum Jesum, etc. (symboles dits de Nicée et de Constantinople, Hahn, 2348 loc. cit., § 143-145, p. 160-166). Mais le symbole Quicumque, d’inspiration augustinienne, s'ouvre par la foi à la divinité commune aux trois personnes : Fides catho­ lica hæc est, ut unum Deum (nature) in Trinitate et Trinitatem in unitate veneremur, etc. Denzinger, n. 136. La doctrine, certes, est la même, mais qui ne voit que le concept augustinien, en exprimant avant tout l'imité de nature, prévient et écarte d'avance les objections. — a) Jamais, jusque-là, l’imité divine n’avait été mise si puissamment en relief en face des trois personnes divines. Les grecs accentuaient le rôle de ces personnes, étaient constamment harcelés par les accusations de trithéisme, et, pour cela, obligés de récapituler la Trinité dans sa source première, le Père. Voir les paroles du pape saint Denys à saint Denys d’Alexandrie citées par saint Atha­ nase. De decretis Nicænæ syn., n. 26, P. G., t. xxv, col. 464. Mais chez saint Augustin, la divinité unique apparaît de prime abord et, de cette vue, naîtra plus tard la distinction des deux traités De Deo uno et De Deo trino, distinction que le concept grec n’aurait point inspirée. Cf. De Trin., tout le 1. VII, spécialement c. iv, vt, P. L., t. xlii, col. 939, 946. — 6) L’égalité des per­ sonnes divines éclate aussi avec plus de clarté. Le con­ cept antique faisait ressortir le rôle du Père, unique principe de la divinité, et, pour parler avec saint Denys, de tout l’être, τή; όντοτητος, source, origine des autres personnes, en sorte qu’à lui seul semblait appartenir en propre la divinité; il est le Dieu suréminent, ό έπ'. πάντων Θεός, ΰ των όλων Θεός : mais cette insistance, pour certains esprits moins profonds, n’était pas sans danger d’une subordination du Fils et du Saint-Esprit. Chez Augustin, c’est la nature divine, avec toutes ses perfections absolues, qui apparaît tout d’abord, exis­ tant identiquement la même dans chacune des trois personnes. De là cette égalité si grande qu’Augustin peut dire, De Trinit., 1. VIII, procem., P. L., t. xlii. col. 947 : Tantam esse æqualilatem, ut non solum Pater non sit major quam Filius, sed nec... singula quæque persona quælibet trium minus aliquid sit quam ipsa Trinitas. — c) Un autre péril, il est vrai, se présente. Cette divinité, que l’on s'habitue à considérer indé­ pendamment des trois personnes, ne sera-t-elle pas conçue peu à peu comme Dieu personnel, avant d’être Père, Fils et Saint-Esprit, entraînant ainsi ou une quaternité en Dieu, ou l'absorption des trois personnes en un sabellianisme nouveau? Jamais la théorie de Cajetan, In Sum. S. Th., 111», q. ni, a. 2; I», q. xxxix, a. 4, et de Durand, In 1 VSent-, 1. Ill, dist. I, q. il, n. 7, affirmant une subsistence commune aux trois personnes, n’aurait pu surgir de la conception antique, tandis qu’elle se présente assez naturellement à l’esprit latin. Ce danger, Augustin l’a pressenti et l’a prévenu, en niant à celte divinité toute réalité distincte de la réalité des person­ nes divines. Cf. plus haut col. 2303, n. 90. B. Un autre progrès de la théorie trinitaire d’Augus­ tin, c’est l’insistance à faire de toute opération divine ad extra l’œuvre indistincte des trois personnes. Seule­ ment comme chaque personne possède la nature divine d’une manière particulière, on attribue à chacune d’elles dans les opérations extérieures le rôle qui convient au caractère de son origine : simple appropriation, diront les latins après Augustin. Certes les Pères grecs, eux aussi, affirmaient cette unité ά’ένέργεια en Dieu : elle était même pour eux la grande preuve de l unilé de nature. Mais c’était là l’œuvre de la réflexion : dans la description directe de la Trinité, ils accentuaient, au contraire, comme un rôle distinct de chacune des per­ sonnes dans les œuvres accomplies en communauté d’action. De là ces formules si difficiles pour les latins : έζ. τοϋ ΙΙατρο; διά τοϋ Γιον έν τω Πνεύματι. De là des assertions absolues qui semblaient réserver exclusive­ ment à chaque personne une opération propre : seul le 2349 AUGUSTIN (SAINT) Saint-Esprit était formellement descendu à la Pentecôte, comme l’incarnation appartient seulement au Fils. De là en particulier cette explication fréquente des théo­ phanies de l’Ancien Testament, d’après laquelle le Fils seul avait apparu aux anciens patriarches. Saint Augus­ tin proclame d'abord qu’en réalité les théophanies sont nécessairement l’œuvre de toute la Trinité, quoique l’une des personnes puisse être parfois spécialement manifestée· De Trin., 1. III, c. xvn, n. 32, P. L., t. xm, col. 866. Le Père, ajoute-t-il, peut, aussi bien que le Fils, apparaître. Ibid., n. 32-33; cf. c. x, n. 17-18, col. 835. De fait, au paradis terrestre, ce n’est pas une personne, c’est la Divinité, Père, Fils et Saint-Esprit (indiscrete Deus) qui s’est manifestée, ibid., n. 16-17, col. 855; et les paroles entendues par Adam n’ont pas seulement été produites par la Trinité, mais au nom de la Trinité, personam demonstrantes ejusdem Trinitatis. Ibid., η. 18, col. 857. D’ailleurs, dans ces apparitions, la Tri­ nité s’est ordinairement servie des anges comme de messagers pour se manifester sous une forme créée. De Trinit., 1. III, c. xi, n. 27, col. 886. Enfin dans l’incar­ nation elle-même, bien que seul le Verbe communique sa personnalité à l'humanité du Christ, toute la Trinité a opéré cetle ineffable union : humanam illam formam ex Virgine Maria Trinitas operata est, sed solius Filii persona est ; visibilem namque Filii solius perso­ nam (c’est-à-dire l’humanité visible) invisibilis Trinitas operata est. De Trin., 1. II, c. x, n. 18, coi. 857. C. Enfin, Augustin a jeté les fondements de la théorie psychologique des processions : dans cette conception, systématisée plus tard par Anselme et achevée par saint Thomas, l’esprit essaie de pénétrer la vie intime de Dieu et, contemplant la nature divine douée d'intelli­ gence et de volonté, explique par ces deux opérations le nombre et la nature des processions concernant l’origine du Fils et du Saint-Esprit: le Fils naît du Père comme Verbe de l’intellection divine, per modum intelligibilis actionis, dira saint Thomas, Sum. theol., Ia, q. xxvn, a. 2; le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme le terme substantiel de leur amour, processio amoris, S. Thomas, ibid., a. 3 ; et, avec ces deux processions, le cycle de ce qu’on pourrait appeler l’évo­ lution divine est complet, parce que deux opérations seulement réclament un terme substantiel. Profonde métaphysique que saint Augustin a inaugurée par son analyse subtile de l’àme humaine, dans laquelle il aimait à voir la plus belle image de la Trinité. Mais il avait cherché les vestiges de ce grand mystère dans les autres créatures, analogies parfois arbitraires et forcées, mais qui attestent du moins chez le docteur africain une rare ingéniosité. Pour résumer les vues augustiniennes, il a paru utile de retracer ici dans un tableau (d'après K. Scipio, Des Aurel. Augustinus Metaphysik, Leipzig, 1886, p. 66-67, mais modifié et cor­ rigé) les principales formules et images par lesquelles sont représentées les trois personnes de la Trinité. Voir le tableau des formules et images de la Trinité, col. 2351-2352. 2’ La création et les créatures. — 1. Cosmogonie auguslinienne. — On a signalé plus haut, à propos du néoplatonisme de saint Augustin, ses grandes thèses de lacréation exnihilo, distincte de Dieu, œuvre de la liberté divine. Il reste à mentionner ici sa théorie de l'IIexaméron, théorie qui atteste sa largeur de vues en exé­ gèse, et son originalité dans le problème si ardu des origines. A. En quel sens Augustin admet-il la création simul­ tanée de tout l'univers? — On sait les tâtonnements et les hésitations de son esprit en face du récit de la Ge­ nèse. Voir col. 2300, n.67-70.11 ne s’est jamais purement rallié ni à l'école allégorique d’Alexandrie, ni à l’école littérale de Syrie; mais sur ces problèmes des origines qui le hantent sans cesse, il s'inspire tour à tour de l’une 2350 et l’autre de ces écoles pour former ce qu’on a nom n son éclectisme. Tous ces eftorts ont abouti aux conclu­ sions suivantes : a) Tous les systèmes affirmant l’éternité du monde, même avec la création, sont, pour lui, contraires à la raison et il n'admet point la théorie de saint Tiiornas d’après laquelle seule la foi nousapprend que 1 monde a commencé. Au 1. XI de la Cité de Dieu il traite à fond cette question et il prouve successivement que le monde ne peut exister en dehors du temps, procul dubio mun­ dus non factus est in tempore, sed cum tempore, loc. cit., c. VI, P. L., t. xli, col. 322, et que le temps, es­ sentiellement successif, ne saurait être infini et éternel, tempus autem quoniam mutabilitate transcurrit, æternitati immutabili non potest esse coaeternum. Ibid., 1. XII, c. xv, n. 2, coi. 366. Que Ton suppose des mondes innombrables ayant précédé le nôtre,ou que l’on admette un seul monde, « soumis à d'innombrables alternatives de destructions et de renaissances que ramènent cer­ taines périodes séculaires » (système platonicien), tou­ jours il y aura une distance infinie entre ces temps et l’éternité, considerent nihil esse diuturnum in quo est aliquid extremum. Ibid., 1. XII, c. xn, coi.359. A ceux qui demandent pourquoi Dieu n’a pas créé le monde plus tôt? il répond : Pourquoi ne l’a-t-il pas créé ail­ leurs? Quod si dicunt inanes esse hominum cogitatio­ nes quibus infinita imaginantur loca, eum locus sit nullus prieter mundum, respondetur eis, isto modo inaniter homines cogitare praeterita tempora vacationis Dei, cum nullum tempus sit ante mundum . b) Le récit des six jours de la création dans la Genèse ne peut être pris à la lettre et au sens propre. Dès 389, dans le De Genesi cont. manich., I. I, c. xxm, n. il, P. L., t. xxxiv, col. 193, Augustin exclut les jours ordi­ naires. Entre autres raisons, il se demande ce que signi­ fient trois jours sans astres. De Gen. ad litt. lib. imp., c. xn, n. 36, P. L., t. xxxtv, col. 235. Et après la création du soleil, il ajoute : « Quiconque se rend compte que, pendant notre nuit, il y a le soleil ailleurs..., celui-là cherchera une signification plus relevée pour de pareils jours. » Ibid., c. xm, n. 43, col. 237. c) En réalité, l’action créatrice a été instantanée et les six jours de la Genèse correspondent à l’indivisible ins­ tant où tout fut créé. De civit. Dei, 1. XI, c. IX, P. L., t. xli, col. 324. S’appuyant sur la parole de l’Ecclésiastique, xvni, 1 : creavit omnia simul, Augustin repousse, non pas toute intervention nouvelle de Dieu, mais toute nouvelle création : post eam conditionem a suis ope­ ribus requievit, non condendo aliquid amplius, dit-il. De Gen. ad litt., 1. V, c. iv, n. 10, P. L., t. xxxiv, coi, 325; cf. ibid., 1. I, c, x, coi. 253; De Genesi ad litt. l.imperf., loc. cit., c. vu, n. 28,col.232; De civil.Dei, 1. XI, c. ix, P. L., t. xli, col. 324. d) Il ne suppose point cependant, comme bon nombre de ses contemporains, que l’acte instantané du cr· aleur ait produit l’univers organisé, tel que nous le vovons aujourd'hui. Mais il distingue entre la création propre­ ment dite et la formation ou développement du monde: cette seconde œuvre due, au moins en très grande part, aux forces déposées dans le sein de la nature par le créateur, a été graduelle, progressive, parcourant diverses phases dont le récit mosaïque peut donner une idée approximative. Confess., 1. XII, c. vin, n. S, P. L., t. xxxn, col. 829; De Genesi ad litt.,1. VI; 1. IX. B. Comment Augustin conçoit-il les éléments primi­ tifs du monde et les « rat iones seminales »? — a) D’après lui, à l’origine, Dieu créa les éléments du monde à l’état de masse confuse et nébuleuse : le mot est du saint docteur, De Gen. ad lilt., 1. I, c. xn, n. 27, col. 256, nebulosa species apparel. Ces éléments, selon les données aristotéliciennes, il les appelle matière et forme, ou plutôt matière informée. Parfois, il est vrai, il semble affirmer que Dieu produisit d'abord U ma- 2351 2352 AUGUSTIN (SAINT) FORMULES ET IMAGES DE LA TRINITÉ D’APRÈS SAINT AUGUSTIN LE PÈRE LE FILS LE SAINT-ESPRIT A. — En Dieu lui-mème 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. Summe esse. Vera æternitas. Æternitas. Pater. Origo rerum. Summe sapientem esse. Æterna veritas. Veritas. — Species. Imago. Pulchritudo. B. — Dans les 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. Unitas. Existentia. Esse. Esse. Id quo res constat. Id quo res sit. Natura. Physica. 16. Hes visa. 17. Memoria. Esse. Mens. Memoria. Ingenium. Memoria (de Deo). Ordo. Utriusque amor. Velle. Ordinem appetere. Quo congruit. Quo sibi amica sit. Usus. Ethica. l’homme sensible Visio externa. Visio interna. D. — Dans 18. 19. 20. 21. 22. créatures en généiuLL Species. Scientia. Nosse. Specie contineri. Quo discernitur. Quo hoc sit. Doctrina. Logica. C. — Dans Summe bonum esse. Æterna et vera caritas. Voluntas. Bealitudo. Usus. Munus. Delectatio. Animi intentio. Voluntas (volitio). l’ame spirituelle Intelligere. Notitia. Intelligentia. Doctrina. Intellectio (Dei). Vivere. Amor. Voluntas. Usus. Amor (in Deum). Textes de saint Augustin : 1. De civil. Dei, 1. XI, c. xxvm. P. L.. t. xli. col. 342. — 2. Ibid. — 3. De Trinit., 1. IV, c. i, n. 2, P. I... t. XLII, col. 887, et Prooemium. — 4. Ibid. — 5. De Trin., 1. VI. c. X, n. 11, Ibid., col. 931. — 6. Ibid. — 7. De Trin.. I. VI, c. x, n. 12, ibid., col. 932 (expressions empruntées à saint Hilaire I. Il De Trinitate). — 8. Ibid. 9. De civit. Dei, 1. Xl. c. xxvi, P. L·., t. xli, col. 339-341. — 10. Confess., 1. ΧΠΙ, c. xi, n. 12, P. L., t. xxxn, col. 849. — 11. De civit. Dei, 1. XI. c. xxvm, P. L·., t. xli, col. 342. — 12. De div. quæst. lxxxiii, q. xvin, P. L., t. XL col. 15. — 13. Ibid. — 14. De civit. Dei, 1. XI. c. xxv, P. !... t. xli, col. 338. — 15. Ibid. —16. De Trin.. 1. Xl. c. il, n. 2, P. 7 ., t. xlii, col. 985. —17. Ibid., c. in. n. 6-9, col. 988-992. — 18. Ibid., 1. VI, c. x, n. 11 col. 931. — 19. Ibid., I. IX. c. ni, η. 3, col. 962. — 20. Ibid., 1. X. c. xi, n. 17, col. 982; cf. Epiât., ci.xix, ad Euodium (en 415) η. 6, P. L., t. xxxm, col. 745. — 21. De Trin., ibid. — 22. De Trin., 1. XIV, c. xn, n. 15, col. 1048; cf. c. n, n. 4, col. 1038. tière invisible, sans forme et sans êtres individuels, De Gen. cont. man., 1. I, c. v, ibid., col. 177; De Gen. ad lilt. I. imperf., n. 10, col. 224; Confess., 1. XII, c. vm, n. 8, P. L., t. xxxn, col. 829 : fecisti mundum de materia informi, quam fecisti de nulla re pene nullam rem. Mais il explique sa pensée dans le De Gen. ad litt., 1. I, c. xv, n. 29, P. L., t. xxxiv, col. 257 : la matière n’a pu être créée avant toute forme, puis­ qu’elle ne saurait exister avant toute détermination; elle a donc eu, sans préexistence, simple antériorité d'ori­ gine. Cf. ibid., 1. II, n. 24, col. 272; 1. V, c. v, n. 13, 16, col. 326 : (materia) præcedens formationem suam, non tempore, sed origine. b) Parmi les éléments créés au premier jour, Augustin distingue deux séries : les uns étaient définitivement constitués dans leur nature spécifique; d'autres n’exisyænt qu’en germe dans la préexistence de leur cause. Ainsi à l’origine, tout était créé; mais le plus grand nombre des êtres l'était seulement en puissance et enveloppés dans leurs causes. De Gen. ad lilt., 1. VII, c. xxvm, n. 41, col. 371. « Toutes choses, dit-il, De Trinit., 1. Ill, c. ix, P. L., t. xlii, col. 878, ont été créées par Dieu dès l’origine, dans une sorte de contexture des éléments; mais elles ne peuvent se développer et paraître que lorsque les circonstances opportunes sont réalisées, acceptis opportunitatibus prodeunt. » Ailleurs, De Gen. ad litt., 1. V, c. xxm, n. 45, P. L., t. xxxiv, col. 338, il compare l’évolution du monde s’épanouissant hors des éléments primitifs, au développement d’une graine devenant un grand arbre : « De même que dans la graine se trouve invisi­ blement tout ce qui, par la suite, constituera l'arbre, ainsi le monde contenait en lui-même tout ce qui allait être manifesté plus tard, non seulement les cieux avec leur soleil, leur lune et leurs étoiles..., mais encore ces autres êtres qu’il produisit en puissance et dans leurs causes. » Ces rationes seminales, empruntées sans doute aux néoplatoniciens, Grandgeorge, op. cil., p. lit, devenues plus tard si célèbres dans la scolastique, ne sont précisément que les énergies latentes dans les germes destinés à se développer, non pas seulement durant les six jours de la création, mais durant tous les siècles de l’histoire du monde. De Gen. ad litt., 1. IX, c. xvn, n. 32, col- 406. Augustin multiplie les •2353 AUGUSTIN (SAINT) exemples et les formules pour faire comprendre sa pensée : ainsi au début la matière informe créée par Dieu est appelée ciel et terre, non point parce qu'elle était déjà le ciel et la terre, mais parce qu’elle pouvait le devenir, non quia jam hoc erat, sed quia jam hoc esse poterat. De Gen. cont. man., 1. I,c. vu, n. 11, ibid., çol. 178. Il parle de même des plantes et des -animaux, De Gen. ad lût., 1. V, c. iv, n. 11, ibid., col. 325. Il est remarquable qu'Augustin, même au moment où il semble si hardi, par respect pour le texte sacré, dit que ces énergies du monde ont d’abord formé, non pas une semence, la graine ou l’œuf, mais au contraire l’être vivant qui produira la semence de l’avenir. Ibid., n. 9, col. 324; De Trin., 1. Ill, c. vin, n. 13, P. L., t. xlii, col. 876. c) Au risque d’étonner, il faut ajouter que saint Augustin étend son système à l’homme lui-même : Comment, se demande-t-il, Adam et Éve existaient-ils au commencement du monde? Respondebo : invisibiliter, poten Haliter, causaliter, quomodo fiunt futura non facta. De Gen. ad Utt., I. VI, c. vi, n. 10, P. L., t. xxxiv, col. 343. Ainsi Adam et Éve ont été créés dès le pre­ mier jour, non pas dans leur réalité parfaite, mais « selon la puissance productive répandue comme un germe dans le monde par la parole de Dieu », secundum potentiam per verbum Dei tanquam seminaliter mundo inditam. Ibid., 1. VI, c. v, n. 8, coi. 342. De celte existence potentielle, le temps venu, oportebat jam tempore suo fieri Adam de limo terræ, ejusque mu­ lierem ex viri latere. Ibid. Mais, si l'on ne veut se méprendre, le lecteur doit prendre garde à deux réserves capitales : l'âme n’a pu être enfermée dans aucune ratio causalis, nous dira Augustin ; voir, plus loin, col. 2360; et, de plus, Dieu interviendra pour la formation du corps. C. Saint Augustin est-il donc évolutionniste? — S’il s’agit d'évolution athée ou d’évolution matéria­ liste sans àme, la question serait ridicule, tant le rôle de Dieu et de l’âme est au centre de toute la cosmo­ gonie et anthropologie augustinienne. Mais il est une évolution théiste qui a pu, non sans quelque apparence, se réclamer du docteur d’Hippone. En niant si catégo­ riquement les créations successives n’a-t-il pas admis que le créateur a doté la matière d'une puissance de différenciation et de transformation graduelles qui constitue l’évolutionnisme? On l’a cru parfois, et le R. P. Zahm, Bible, science et foi, trad, franç., Paris, s. d., p. 58-66, fécilite le grand docteur d’avoir préludé à la science moderne, d'abord en accordant à la nature ce pouvoir de transformation, puis en proclamant « que le monde est sous l'empire de la loi, et que Dieu, dans le gouvernement de l'univers physique, agit non pas directement et immédiatement, mais indirectement par l’intermédiaire des causes secondes que nous nommons les lois et les forces de la nature ». Et, ajoute-t-il, « il est sur ce point si explicite dans son langage qu’on ne peut s’y méprendre. » Op. cil., p. 66. Et cependant cette interprétation est absolument inexacte dans ses deux parties. a) Augustin n’a pas cru possible la transformation; mais, affirmant la fixité des espèces, il n’admet pas que « d’un même principe primitif ou d’un même germe, puissent sortir diverses réalités ». Ce jugement de l’abbé Jules Martin, dans son étude très pénétrante sur ce sujet, Saint Augustin, p. 314, est aussi le nôtre. Et la preuve en est évidente pour qui lit au I. IX De Gen. ad lilt., c. xvn, n. 32, P. L., t. xxxiv, col. 406, cette affirmation sans réplique : « Les éléments de ce monde corporel ont aussi leur force bien définie et leur qualité propre d’où dépend ce que peut ou ne peut pas chacun d’entre eux, et quelle réalité doit ou ne doit pas sortir de chacun d’entre eux... De là vient que d’un grain de froment ne naît pas une fève, ni d’une fève le froment, 2354 ni de la bête l’homme, ni de l’homme la bête. · Ainsi les rationes seminales ne constituent pas dans les · la­ ments la puissance d’évoluer « de l’homogène à l’hété­ rogène », comme le pense Zahm, L’évolution et le dogme, trad, franç., p. 124, mais supposent autant de germes qu’il doit surgir plus tard d’espèces différentes. Et les exemples cités prouvent dans l’esprit d’Augustin une conception assez sévère de l'espèce. Le 1. III De Trin.,c. vin, n. 13, P.L., t. xi.n, col. 875,est particulièrement instructif; il n’y a point de génération spontanée, mais « de tous les êtres qui viennent à la vie les germes invisibles étaient latents dans les éléments de la nature ». Ainsi de la mer naquirent poissons et vola­ tiles; de la terre les plantes et « les premiers animaux de chaque espèce ». D’autres germes innombrables existent, dispersés dans l’univers, mais endormis faute de circonstances favorables, quibus erumpant el species SUAS PERAGANT. b) Augustin exige, pour la formation de l’univers, l'intervention divine immédiate, distincte du concours. Sans doute Dieu ne crée plus, mais son action directe est parfois nécessaire pour suppléer à l’impuissance des énergies cosmiques, pour amener, au moment voulu, tel ou tel germe à son plein développement. Or, que l'influence divine jette dans l'univers une nouvelle matière (hypothèse rejetée par Augustin;, ou qu’à divers intervalles elle donne une impulsion nouvelle (comme il l’exige), c’est toujours l’insuffisance de la loi, et le recours « au miracle ». 11 est vrai que le grand docteur ne spécifie pas les cas où Dieu devra intervenir ainsi miraculeusement. Mais il accepte le principe. A propos de la formation de la lune, il dit : Si aliquid Deus imperfectum fecisse dice­ retur, quod deinde ipse perficeret, quid reprehensioni» haberet ista sententia? De Gen. ad lilt., 1. II, c. xv, n.30, P. L., t. xxxiv, coi. 276. — Pour la formation du corps d’Éve, il affirme catégoriquement cette interven­ tion miraculeuse et, à ce propos, en donne la théorie générale, op. cit., 1. IX, c. xvi-xvm, surtout n. 31-32, col. 405-406. Les êtres futurs, dit-il, sont contenus dans les éléments de deux manières bien différentes : les uns devront nécessairement jaillir de ce germe pri­ mitif; les autres pourront en ètre tirés, si Dieu inter­ vient directement. Et c’est ainsi que le corps d’Éve était renfermé moins dans les éléments que dans la puissance de Dieu, in Deo erat absconditum, n. 31, col. 406. Cette formation d’Éve est si bien un miracle que les anges eux-mêmes n’ont pu l’accomplir, n. 26-28, col. 403-404. — Même intervention de Dieu pour intro­ duire l’àme d’Adam dans son corps, et aussi, semble-t-il, pour la formation de ce corps, op. cit., 1. VII, c. xxiv, n. 35, col. 368 : Credatur ergo, si nulla Scripturarum auctoritas aut veritatis ratio contradicit, hura ita factum sexto die, ut corporis quidem humani ratio causalis in elementis mundi, anima iero jam ipsa crearetur el creata lateret in operibus Dei, donec eam suo tempore sufflando... formato ex limo corpori insereret. D. Comment Augustin harmonise-t-il sa théorie avec les six jours de la Genèse? — Il éprouva toujours un grand embarras, el on peut même dire qu’il n’est point parvenu à une interprétation définitive et exclusive. a) D’après le De Gen. cont. man., P. L., t. xxxiv, le but de Moïse dans le récit des six jours serait ou bien de consacrer le repos sabbatique (1. I, n. 33, col. 189}. en figui’anl aussi le repos des âmes dans l’éternité (n. 34) — ou bien de donner une image prophétique des six âges du monde (n. 35-42, col. 189-193; — ou bien de représenter les six phases diverses de la vie morale de nos âines(n. 34, col. 194). b) Dans le De Gen. ad lilt. lib. imperf., c’est une façon populaire de représenter la succession, non pas : l'action divine, mais des phases par lesquelles est passo 2355 AUGUSTIN (SAINT) 2356 le monde créé sous l’action des causes naturelles. De Gen. ad litt.,1. XI, c. xxvi. n. 33, P. L., t. xxxrv, De Genesi ad lilt. lib. imperf., c. vu, n. 28, ibid., col. 231 ; col. 443; De corr. et grat., c. x, n. 27, P. L., t. xliv, cl. De Gen. ad litt., I.V, c. v, n. 14, ibid., col. 326. col. 932. En tout cas, la chute des démons, aurait-elle c) En particulier le soir et le matin reçoivent d’Au­ eu lieu au premier instant de leur existence, n’est point gustin diverses significations. D’après le De Gen. ad lilt, 1’ellei d’une nature créée mauvaise, mais l’abus crimi­ lib. imperf., c. XTV, n. 51, ibid., col. 246, le soir dési­ nel de leur liberté. De Gen. ad litt., 1. XI, c. xxm, n. 30, gnerait l’état imparfait et indéterminé de la materia col. 441. Leur premier péché a été l’orgueil, puis.l’envie. informis, et le matin la détermination spécifique im­ Ibid., c. xiv, n. 18, col. 436. — c) Après la chute des primée par Dieu à cette matière.Cf. De Gen. cont. man., J démons, point de rédemption pour eux. In Joa. 1. II, c. tu, n. 4, col. 197. , Evang., tr. GX, n. 7, col. 1924; leur prison est l’air qui d) Plus tard, à partir de 400, il propose une autre entoure la terre, jusqu’à la fin des temps : alors seule­ interprétation : ces six jours et, en particulier, le matin ment ils seront enchaînés dans les enfers. De civit. Dei, et le soir figurent les phases successives de la connais­ 1. XI, c. xxxm, P. L., t. xli, col. 346. Leur intelligence sance que les anges acquiérent des créatures, d’abord désormais obscurcie est sujette à l’erreur. Ibid., 1. IX, en Dieu (connaissance plus parfaite, matutina), puis en I c. xxn, col. 274. — d) La magie avait autrefois passionné elles-mêmes (connaissance inférieure, vespertina) et ce Augustin encore manichéen. Converti, il en donne la symbolisme répondrait au sens vrai qu'avait en vue théorie dans un de ses premiers ouvrages. De div. l’écrivain. De Gen, ad lilt., 1. IV,c. xxvi-xxx, n. 43-47, quæsl. Lxxxrtl, q. lxxix, η. 1 P. L., t. xl, col. 91. P. L., t. xxxiv, col. 313-316; 1. V, c. v, n. 15, col. 326. Certains prodiges du paganisme sont acceptés bien faci­ Cl. De civit. Del, 1. Xl, c. vu, P. L., t. xli, col. 322. lement : il soupçonne cependant une supercherie à E. Conclusion. — Augustin présentait sa théorie avec propos de la lumière perpétuelle du temple de Vénus. grande réserve et sans condamner les autres interpré­ De civil. Dei, 1. XXI, c. vi, n. 1, P. L., t. xli, col. 717. tations. Cf. De Genesi ad litt., 1. I, c. xx-xxi, n. 40-41, En profond psychologue, Augustin attribuait à nos P. L., t. xxxiv, col. 261 ; I. V, c. I, n. 1, col. 34, nullius pensées une modification du cerveau ou des sens assez intercludens melius intelUgendi licentiam ; c. νπι, forte pour être perçue par les sens aigus du corps col. 329, nescientes conjectamus. Mais, d’autre part, il éthéré des démons. De divin, dæm., c. v, n. 9, P. L., réclamait avec énergie la liberté de défendre son sys­ t, xl, col. 586; Cont. acad., 1. I, c. vu, n. 20, P. L., tème: jamais peut-être il ne fut aussi sévère à l’égard t. xxxn, col. 916. Dans les Retract., I. Il, c. xxx, ibid., de catholiques, qu’il ne l’a été ici envers les « contra­ col. 543, il trouve qu’il a été trop affirmatif; mais cette dicteurs » qui érigaient leur solution en dogme, et cela vue sur la manifestation extérieure de nos pensées les dans le plus pieux et le plus humble de ses livres, plus intimes n’en est pas moins intéressante. — A pro­ Confess., 1. XII, c. xiv-xxv, P.L.,t. xxxn, col. 832-840, pos de Gen., vi, 2, Augustin rejette l’interprétation légen­ en particulier n. 40, quia superbi sunt... amant (sen­ daire qui attribue aux anges la naissance des géants. tentiam) suam, non quia vera est, sed quia sua est..., De civit. Dei, 1. XV, c. xxm, P. L., t. xli, col. 468. nec visus sed typhus earn peperil. C. Fonctions des anges. — a) Sous l’influence des F. Vigoureux, Mélanges bibliques, Paris, 1882, p. 92-102 ; idées néoplatoniciennes, il a toujours admis qu’à chaque A. Metals, Origine du monde d'après la tradition, Paris, 1888, créature de ce monde un ange était préposé, De div. p. 166-253, 318-351. quæsl. Lxxxnr,q. lxxix,P. L.,t. xi.,col.90; il doute même 2. Angélologie. — C’est une des parties de la révéla­ si les anges, qui gouvernent les astres, ne leur sont point tion dans lesquelles Augustin, influencé par le néopla­ intimement unis pour en faire des êtres vivants, De tonisme, n’a pu se dégager de confusions qui nous éton­ Gen. ad. litt., L II, c. xxxvm; l'indécision sur la théo­ nent aujourd’hui. rie du monde, immense anima), persiste encore dans les A. Nature des anges. — a) Sans doute il n’est point Retract., 1. I, c. xi, n. 4, P. L., t. xxxn, col. 602. — vrai, comme on l’a cru, qu’il ait affirmé catégoriquement b) Sur la question des anges gardiens la position d’Au­ que. les anges ont un corps, si subtil, si délicat et gustin a été exactement définie ici. Voir Angélologie, éthéré qu’on le suppose. Noris dans ses Vindicte col. 1218. On peut ajouter que s’appuyant sur Luc., XVI, auguslinianæ, c. tv, § 1, P. L., t. xlvii, col. 688, l'a 22, il considère les anges comme des intermédiaires qui font connaître aux âmes des défunts, dans la mesure parfaitement établi. Mais on ne peut nier qu’il soit resté marquée par Dieu, let événements de cette terre. De sur cette question incertain et indécis jusqu’à la (in. In cura pro morl.,c. xvi, n. 18, P. L., t. XL, col. 605-606. Ps. t.xxxv, n. 17,.P. L., t. xxxvit, col. 1004, il dit que Pour le grand docteur, entre les anges et les justes notre corps ressuscité sera qualia sunt angelorum existe une intime société; ils font également partie de corpora. Dans le 1. XV, De civil. Dei, c. xxm, n, i, l’unique cité de Dieu. De civil. Dei., 1. XII, c. ι, η. 1 ; P. L., xli, col. 468, il dit encore : ambiguum est. Cf. c. ix, n. 2, P. L.,t. xli, col. 349,357. — c) Enfin,les mi­ 1. XXI, c. x, n. 1, col. 724. — 6) Sur le nombre des anges racles sont accomplis par le ministère des anges. C’est et la hiérarchie des chœurs angéliques, il avoue son l’enseignement positif de saint Augustin qui leur attri­ ignorance. Enchir., c. lviii, P. L., t. xl, col. 259; bue les théophanies de l’Ancien Testament. De Trin., Ad Oros. conl. Prise., c. xi, n. 14, P. L., t. xlii, col. 678. 1.111, c. x, n. 21, P. L., t. xlii, col. 881. Il ajoute même — <·) La nature de leur connaissance et la puissance de deux points importants : d’abord les anges peuvent ac­ leur action sont, pour Augustin, des problèmes inso­ complir des miracles avec leurs forces naturelles (tou­ lubles. Au 1. XII, De civil. Dei, c. xxm-xxvii, il conclut jours avec la permission ou l’ordre de Dieu), sans doute d’une longue étude qu’on ne peut pas plus leur attribuer dans certaines opérations comme la résurrection ou la création du plus petit des êtres qu’au laboureur celle la formation du corps d’Éve, ils ne peuvent prêter des moissons et des fruits. C. xxiv, col. 374. qu’un concours préliminaire, mais le docteur d’Hippone B. Histoire des anges. — a) Le moment de leur créa­ n’a jamais supposé, comme certains grands théologiens, tion, dit Augustin, ne nous a pas été révélé. Il croit, qu’un miracle doit nécessairement dépasser toutes les cependant, qu’ils furent créés avec le monde matériel; forces angéliques : les miracles de la Bible disparaî­ du moins ne sont-ils pas co-éternels â Dieu. De civit. traient aussitôt. La seconde remarque est que Dieu peut Dei, I. XII, c. xv, n. 3, P. L., t. xli, col. 365. — b) Avant employer les démons comme instruments de ses mer­ leur chute, ils ont reçu la grâce. Ibid., c. IX, col. 356. veilles, etiam per angelos malos, sire sinendo, sive Mais, s'ils ont vécu avant la chute, ont-ils joui dès le jubendo,sive cogendo. De Trin., loc. cit., coi. 881. début (même les anges qui allaient pécher) de la béati­ 3. Psychologie de saint Augustin. — Dans l’étude tude ? Augustin n’ose pas nier absolument : au moins de l’âme, Augustin est plus heureux quedansson angen'avaienl-ils point l’assurance d'un bonheur perpétuel? 2357 AUGUSTIN (SAINT) lologie trop pénétrée de néoplatonisme. Ici il semble vivre dans son domaine : un don exquis d’observation intérieure et d'analyse pénétrante lui permet de décrire avec une saisissante précision les phénomènes les plus délicats de notre vie intime. Nul n’a parlé de la dignité de lame avec une admiration plus passionnée : « Dieu seul est meilleur que l’àme;... l'ange est son égal, tout le reste de l'univers lui est inférieur. » De quantit. ani­ mæ, c. xxxiv, n. 77, 78, P. L., t. xxxn, col. 1078. — D'après Nourrisson, La philosophie de saint Augustin (1866), t. I, p. 312, « nul aussi, non pas même Des­ cartes, n’a établi plus solidement, sinon avec une mé­ thode plus sévère, que l'àme qui nous est connue avant le corps, nous est connue sans le corps et mieux que le corps. » Bien qu'il ait agité les grands problèmes psy­ chologiques, surtout dans la première période de sa conversion, l’étude de l'âme est moins chez lui l'œuvre d'une époque, qu'un élément inséparable de toutes les grandes questions. En particulier si l’idée de Dieu est le point culminant de sa doctrine, la connaissance de l’àme est la voie qui le conduit à la connaissance de Dieu. Aussi a-t-on pu dire qu’il a fondé la théodicée sur la psychologie. Op. cit., p. 321. Sur un grand nombre de points, si Augustin n'a pas inventé, si parfois ses preuves, empruntées à Platon, sont moins solides qu’in­ génieuses ou éloquentes, il a du moins formulé avec une étonnante précision les grandes thèses spiritualistes qui, malgré certaines résistances, inspireront bientôt toute philosophie chrétienne. De nombreuses théories de la psychologie augustinienne ont été envisagées plus haut à propos du néoplatonisme et de la connaissance, d'autres sont intimement liées à la doctrine de la grâce (voir plus loin), nous ferons seulement connaître ici la position d'Augustin dans les questions capitales : A. de la nature de l'âme; B. de son union avec le corps; C. de son origine. A. Nature de l’âme. — a) La spiritualité de l’àme est une de ces doctrines fondamentales sur lesquelles Augustin n’a jamais varié depuis ses lectures platoni­ ciennes. 11 n’ignore point que bon nombre hésitent. Epist., clxvi, ad llieron., n. 4, P. L., t. xxxm, col. 721-722. Mais, pour lui, il affirme énergiquement la séparation essentielle entre l’àme et le monde maté­ riel. De Genesi ad litt., I. Vil, c. xn-xxii, P. L.,t. xxxiv, col. 360-366, spécialement n. 25, 43, col. 372, ou il est dit : Nunc tamen de anima... niJiil confirmo nisi quia ex Deo sic est, ut non sit substantia Dei, et sit incorporea, id est, non sit corpus, sed spiritus. Cf. De anima et ej. orig., I. IV, c. xm, n. 19, P. L., t. xi.iv, coi. 535; De naturaboni cont. man., c. I, P. L.,\. xxxtv, coi. 552. Il ne veut même point qu'on emploie le mot de corps dans le sens de quelques écrivains qui appe­ laient ainsi toute réalité substantielle : il y aurait là une équivoque fâcheuse, De Genesi ad litt., 1. VII, c. xv, n. 21, ibid., col. 363, et une vaine dispute de mots. Epist., clxvi, n. 4, P. L., t. xxxm, col. 722. Quand Eauste de Riez et d'autres Marseillais affirment que l’àme est corporelle, n’ont-ils pas été victimes de cette confu­ sion de termes? — b) Dans la démonstration de la spiritualité de l’âme, Augustin emprunte à Platon des preuves sans portée sérieuse : la meilleure de toutes dans le De quantitate animæ repose sur la connaissance intellectuelle de l'immatériel, spécialement c. xm, n. 22, P. L., t. xxxn, col. 1047, c. xxvn-xxix, n. 5258, col. 1065-1068. Cf. De immort, animæ, c. vi, n. 10, col. 1025. — c) L’âme est donc a fortiori simple et non composée de matière et de forme. Augustin rejette éga­ lement l'opinion étrange proposée par Évodius, Epist., clviii, n. 6, P. L., t. xxxm, col. 695, d'après laquelle l'âme à la mort garde avec elle un corps éthéré qui ne la quitte jamais, nesit una omnium. Cf. Epist., clix, n. 1, ibid., col. 622; Epist., clxii, n. 3, col. 705. B. Union de l’àme et du corps : nature de l’homme.— \ 2358 a) Victorieux du matérialisme, Augustin s'est gardé de l'excès trop fréquent qui change le spiritualis . un idéalisme extravagant. L’homme lui est apparu tel :u il est : ni ange, ni bête, mais nature composée ou s unis­ sent sans se confondre la matière et l'esprit. — u. 11 rejette le dichotomisme platonicien et orig.n .pii voit tout l’homme dansl'àme, dontlecorps n'est qu'une enveloppe, une prison, ou du moins un instrument : Quisquis a natura humana corpus alienare vult desi­ pii, dit-il avec énergie en 420. De anima et ejus orig., I. IV, c. n, n. 3, P. L., t. xliv, col. 525. Cf. De fera relig., c. xxxvi. Il reconnaît même dans l'âme une inclination naturelle à vivre dans un corps. De Gen. ad litt., 1. VII, c. xxvn, n. 38, P. L., t. xxxiv, col. 369. — b. Les définitions successives de l'homme manifes­ tent le progrès évident de cette vue dans l’esprit d’AuguStin. En 388, dans le De quantitate animæ, c. xm, n. 22, P. L.,t. xxxn, col. 1048, il écrit : (Animus) mihi videtur esse substantia quædam, rationis particeps, regendo corpori accommodata. Et dans le De moribus Eccl. cath. (même année), 1. I, c. xxvn, n. 52, ibid., coi. 1332: Homo... anima rationalis est mortali atque terreno UTENS corpore. Ces formules se ressentent encore de l'influence platonicienne. Mais dans le De Trinitate (400-416), 1. XV, c. vu, n. 11, P. L., t. xlii, col. 1065, il leur substitue une formule plus exacte : Homo .est substantia rationalis constans ex anima et corpore, ou encore l’ancienne définition : Homo est, sicut veteres definierunt, animal rationale mortale. Ainsi le corps n’est plus un étranger pour l'homme : il est l'homme même. Ce n'est point tout : Augustin va jusqu’à le réhabiliter en le vengeant des folies mani­ chéennes et du mépris exagéré des néoplatoniciens. 11 tient qu’en lui-même le corps est bon, et se plait â en décrire la beauté. Cf. De continentia, c. ix, P. L., t. XL, col. 364. b) El cette âme unie au corps, c’est bien frime spi­ rituelle, la seule qu'Augustin reconnaisse. 11 ne rejette pas seulement les deux âmes au sens manichéen, l une bonne (l’esprit) émanée de Dieu, l’autre mauvaise et ani­ male, issue du principe ténébreux. Cf. tout le livre. De duabus animis, P.L., t. xlii, col. 93; Detract., 1. I, c. xv, η. I, P. L., t. xxxn, col. 608. Il repousseaussi la trichotomie et ne reconnaît dans l'homme que deux éléments, le corps et l’àme. Celte âme, il est vrai que la terminologie biblique la distingue parfois de l'esprit. De Gen. cont. man., 1. II, c. vm, n. Il, P. L., t. xxxiv, col. 202; cf. De anima et ejus orig., 1. IV, c. il, n. 3, P. L., t. xliv, col. 525, natura certe lota hommis est spiritus, anima et corpus. Mais elle est bien une réalité unique, qui pense (spiritus) et qui anime le corps et devient principe de tous les phénomènes physiologiques. Cf. ibid., c. xiii-xiv, col. 535 . · xxn, col. 544; 1. II, c. Il, col. 495; De div. quæst. laialî, q. vu, P. L., t. XL, col. 13; De Trinit., 1. XIV. c. xvi, P. L., t. xlii, col. 1053. c) L’union est même si intime, si profonde que l’âme spirituelle donne au corps non seulement la vie sensitive et végétative, mais par là même la subsistance et l’être corporels. De immort, animæ, Xv, n. 24, P. L., t. xxxm, col. 1033 : per animam ergo corpus subsistit, et eo ipso est, quo animatur... Tradit speciem anima corpori, ut sit corpus in quantum est. Cf. c. xvi, n. 25, coi. 1034. d) L'àme et le corps, pour être unis, ne sont point cependant confondus; l'âme garde sa supériorité et constitue l’homo interior, comme le corps l’homo exterior. Cf. De Trinit., 1. IV, c. m. n. 5, P. L., t. xlii, col. 890; Cont. Faust., 1. XXIV, c. H, ibid., col. 475. L’àme garde aussi son entité propre; elle ne devient pas corps, ni le corps esprit. L'évêque d’Hippone proteste clairement contre une théorie qui, a diverses reprises, et tout récemment encore, a reparu 2359 AUGUSTIN (SAINT) 2360 dans les écoles : d’après ses défenseurs, l'unité du même d'animaux : hypothèse plus absurde encore chez composé humain exigerait une sorte de fusion de la les manichéens qui voyaient dans l’âine une parcelle substance spirituelle de l’àme avec la substance maté­ de la divinité. Hær., 46, P. L., t. xxxrv," col. 35-38; rielle du corps pour former un étre nouveau, résultante De Gen. ad litt., 1. VII, c. ix-xn, col. 560-562. — des deux composants. Saint Augustin ne l’entend point d. Ni l’âme d’Adam, ni celles de ses descendants ne ainsi. Dans sa lettre ccxxxvin à Pascentius, c. n, n. 12. peuvent provenir d'une substance immatérielle créée P. L., t. xxxm, col. 1042, il écrit : Cum corpus el anima au premier jour. Augustin, persuadé que Dieu a tout sit UNUS homo, quamvis corpus et anima non sint créé alors, au moins en déposant dans le monde les UNUM... La formule peut paraître excessive, mais elle a germes des êtres futurs, est amené à se demander si pour but d’exclure une mixtion qui anéantirait la par­ l’âme d'Adam a été, elle aussi, produite causaliter avec faite spiritualité de l'àtne. On comprend que cette union la matière de l’univers. Tout le 1. VII du De Gen. ad de deux êtres si opposés, esprit et matière, restant dis­ litt. est consacré à repousser les trois hypothèses tincts l’un et l'autre, quoique vivant de la même vie, possibles : ou bien un germe (ratio seminalis) spirituel ait toujours paru au profond docteur d’Hippone un s’épanouirait en une âme, au temps voulu, comme il a impénétrable mystère. -été dit du corps d’Adam, De Gen. ad litt., 1. VII, e) Le siège de l’âme, d’après lui, est non point une c. xxii, n. 32, P. L., t. xxxiv, col. 366; mais comment partie spéciale du corps, tête ou cœur, mais le corps concevoir ce germe d’une âme? — Ou bien Dieu aurait tout entier; c’est la conséquence de sa simplicité indi­ créé primitivement une substance immatérielle dont il visible : tola singulis partibus simul adest, quæ tola formerait dans la suite des temps toutes les âmes simul sentit in singulis. De immori, animæ, c. xvi, humaines : mais que serait cette substance? Active, n. 25, P. L., t. xxxn, coi. 1034. intelligente, bienheureuse, ou non? Ibid., c. vi-vii, C. Origine de l'âme. — On sait le tourment que col. 358-360. — Ou enfin Dieu aurait déposé la ratio cette question causait à l'esprit d’Augustin : il y reve­ seminalis des âmes dans les anges qui fourniraient à nait sans cesse. De libero arbil., 1. III, c. lv-lix (388Dieu la substance de nos âmes, comme les parents 395); De Genesi ad lilt., tout le 1. X (401-415); les celle de nos corps. Mais alors notre âme serait fille des Lettres, clxiii, n. 5-11, ad Marcellinum (en 412); ci.xiv, anges? etc. Jbid., c. xxm, n. 34, col. 368. Malgré ad Evodium, n. 20; clxvi, ad Hieronymum (en 415); certaines hésitations, Augustin conclut que l’âme cxc, ad Optatum (en 418); Cont. duos epist. Pel., d’Adam a été créée directement, ou au premier jour du 1. Ill, η. 26 (en 420); Cont. Julian., 1. V, n. 17 (en monde, ou au moment ou elle fut unie au corps du 421); Op. imperf. cont. Julian., L II, n. 178; 1. IV, premier homme. — e. Quant à l’âme de Jésus-Christ, n. 104 (en 429-430). Mais pour saisir sa véritable attitude Augustin ne tranche rien : admettrait-on le génératiasur ce point, il faut d'abord distinguer deux questions nisme pour les autres fils d’Adam, cette âme pourrait bien différentes : l’origine des deux premières âmes être créée directement par Dieu, si sa dignité, l'exige humaines, celles d’Adam et d’Ève, qui ne purent naître ou bien descendre de l'âme d’Adam, pourvu qu’on par génération, et l’origine des âmes de leurs fils. Puis exclue toute contagion du péché, eam suscipiendo il faut séparer les conclusions certaines et acquises des mundavit, ut sine ullo prorsus peccato, vel perpetrato problèmes non résolus. vel traducto, ad nos veniens de Virgine nasceretur. a) Voici les conclusions définitives d’Augustin : Epist., clxiv, ad Evodium, c. vn, n. 19, P. L., t. xxxm, a. L’àme ne peut émaner de la substance divine (idée coi. 717. gnostique, manichéenne) : c’est un blasphème contre b) Le problème laissé sans solution : d'où vient l’âme l'immutabilité, la simplicité et aussi la sainteté de Dieu, des /ils d’Adam? — a. Quatre opinions ont paru plau­ puisqu'on lui attribuerait, avec le changement, toutes sibles au docteur d’Hippone, et chacune a ses difficultés. les dégradations des âmes humaines. De Gen. cul lilt., Ou les âmes viennent par propagation de l’âme des pa­ 1. VII, c. m-iv, n. 4-6, P. L., t. xxxiv, col. 357-358; rents, et alors comment sauver la personnalité? Ou elles Epist., cxl, ad Honoratum, n. 7, P. L., t. xxxm, sont créées, et alors d’où vient le péché originel? D’ail­ col. 341 ; Epist., clxvi, ad Hieron., c. m, n. 7, ibid., leurs, dans l'hypothèse de la création, Augustin distingue col. 723; De anima et ejus orig., 1. II, c. ni, n. 6, trois systèmes : elles peuvent être créées au moment de P. L., t. xliv, col. 497-498 (passage très précis). — b. l’union avec le corps, mais que devient le repos du Aucune âme, ni celle d'Adam, ni «elle d’Ève, n’a pu septième jour? ou, créées au début du monde, elles naître, en vertu de l’évolution naturelle du monde, ni sont succesivement unies par Dieu au corps qui leur est même par l’intervention divine, d’un germe corporel destiné? ou enfin, créées primitivement, elles s’unissent ou de l’àme d’aucun animal : sa spiritualité serait d’elles mêmes à ce corps; et, dans ces deux derniers cas, anéantie. De Genesi ad lilt., 1. VII, c. ix-xvn, n. 12-22, quelle est leur existence, leur activité durant les longs P. L., t. xxxrv, col. 360-364; c. xxm, n. 34, col. 368; siècles d’attente. Cf. De lib. arb-, 1. III, c. xxt, n. 59, au c. xxvni, n. -43, col. 372, on lit : Nec Ha factus P. L., t. xxxvn, col. 1799; Epist., clxiii, ad Marcelli­ (spiritus) ut in ejus naturam natura ulla corporis vel num, n. 6, 7, P. L., t. xxxm, col. 587; clxvi, ad Hie­ irrationalis animæ verteretur; cf. Hær., 81, P. L., ron., c. m, col. 723 (comparez la lettre de saint Jé­ t. xlii, coi. 45; la lettre cxc, n. 14, P. L., t. xxxm, rôme, favorable à la création des âmes, Epist., ci.xv, c. t, col. 718). — b. L'Écriture sainte, d’après saint Augustin, coi. 861, est justement sévère contre le traducianisme matérialiste de Tertullien : quo perversius quid dici n’a aucun texte décisif en faveur de l’une ou l’autre opi­ potest? Le traducianisme vers lequel inclinera Augustin, nion. Il a examiné en détail un très grand nombre de sera donc tout spirituel : l’âme naîtrait de l'âme des textes; on en trouvera la série complète dans Cupetioli parents, et le danger serait, non pour son immatéria­ (Gualdo), Theologia mor. el cont. S. Augustini, t. I, lité. mais pour la personnalité humaine. — c. Toute p. 188-195. — c. L’indécision d’Augustin persévéra jus­ vie antérieure, dans laquelle les âmes, purs esprits, qu’à la fin de sa vie, et il est inexact qu’en 418, dans la auraient, par leurs fautes, mérité d’être exilées dans lettre cxc, n. 18, P. L., t. xxxm, col. 863, il ait con­ des corps mortels (rêveries platoniciennes et origédamné absolument le génëratianisme. Ses paroles sont nistes) a été traitée par Augustin de fable contraire à la formelles dans cette même lettre, n. 2, 4, 14-16, 21 ; puis raison et â la conscience. Cf. Epist., clxiv, n. 20, P. L., dans les ouvrages postérieurs, vers 420, De anima el ejus t. xxxm, col. 717; clxvi, n. 27, ibid., col. 732; cxl, orig., 1. I, c. xvi, n. 26, P. L., t. xliv, col. 489 : non n. i. bid., col. 858. — A plus forte raison avait-il hor­ audeo docere quod nescio; 1. IV, c. n, n. 2, coi. 524.: no» reur de la métempsycose avec ses migrations succes­ sum ausus aliquid definire, quia fateor me nescire. En 426, il écrivait dans les Retract., I. I, c. i, n. 5, P. L., sives d une même âme dans divers corps d hommes ou 23C1 AUGUSTIN (SAINT) 23G2 t. xxxn, col. 687 : Nec tunc sciebam, nec adhuc scio. constante, plus logiquement enchaînée. Sur aucun point Cf. 1. II, c. xlv, cvi. Enfin, le même aveu d’incertitude aussi, les critiques protestants n’ont fait des ellorts plus est réitéré dans son dernier ouvrage, Op. imperf. cont. malheureux pour l’arracher â l’orthodoxie, et le rejeter Jul., 1. II, c. clxviii, P. L., t. xi.iv, col. 1219 : Me nescire tantôt dans le docétisme, tantôt dans le nestorianisme. confiteor. Mais on peut dire avec Bellarmin, De amiss, 11 faut lire les hésitations, les aveux et enfin les conclu­ grat., 1. IV, c. xi, que vers la fin, seule la difficulté du sions inattendues de Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., 3e édit., t. m, p. 119-120. Sous prétexte que, péché originel l'empêchait d'adhérer à la création des d’après Augustin, la Trinité entière a opéré l’incarna­ âmes. 3° L’incarnation et l’œuvre du Christ. — 1. Impor­ tion, ce Père n’a pu admettre que le Verbe ait avec l'hu­ tance de la christologie d'Augustin. — a) En dehors de la manité du Christ une union plus intime que les auti·s lettre cxxxvn à Volusien, Augustin n’a pas écrit.de traité personnes; et, parce qu’il a constamment affirmé contre spécial sur l'incarnation. Mais dans tous ses grands ou­ Apollinaire l’existence de l’âme dans le Christ, Harnack vrages, dans le De civitate et le De Trinitate, dans les en conclut qu’avec cette àrne, considérée comme per­ commentaires sur saint Jean et sur les Psaumes, dans sonne humaine, Augustin a construit IHomme-Dieu : l'Enchiridion, le De agone christiano, les Sermones et la personne humaine a reçu le Verbe en elle-même, et spécialement dans les explications du symbole, Jésusl’âme, milieu où il a été reçu, est le centre de l’HommeChrist apparaît au centre de sa théologie, de la religion Dieu. et de l'histoire de l'humanité. Sans doute on peut trou­ Ainsi le Verbe ne s’est point fait chair, mais il s’est ver quelque exagération dans la remarque de Harnack, cni par la grâce avec lame de Jésus. Avec plus de que « cette contemplation du Christ était un élément clarté, le même critique disait, t. n, p. 339 : D'après nouveau et qu’Augustin a été le premier à le réintro­ l’évêque d’Hippone, « on peut concevoir l'habitation de duire après Paul et Ignace ». Lehrbuch der Dogmenla divinité en Jésus-Christ, par analogie â sa présence gesch., 3° édit., t. ni, p. 117; Précis de l’hist. des dogmes, dans le juste comme dans un temple, bien qu’il sou­ р. 269. Mais dans le fond cette observation marque exac­ tienne avec fermeté que le Verbe s’est fait chair. Telle tement un côté de la pensée du docteur d’Hippone : dès est aussi la doctrine de Dorner, d'après Scheel, qui, lui, sa conversion, Jésus-Christ a été le point d’orientation se rallie franchement, avec Feuerlein, à l’interprétation de son âme; et. Confess., I. VII, c. xvm, P. L., t. xxxn, catholique d’Augustin donnée par Schwane. Scheel, op. col. 745, voir col. 2268; il le présente sans cesse comine cit., p. 225. Il suffira de parcourir les principales thèses la vérité, la vie, l’unique voie vers Dieu, De civil., du grand docteur, pour voir la fausseté évidente de 1. IX, c. xv, P. L., t. xli, col. 268; I. X, c. xxxn, n. 1, toute autre explicalion. col. 312, il l’appelle universalis animæ liberandæ via; A. L’ensemble du dogme a été expliqué avec une net­ bien plus, le Christ qui est la voie, est aussi pour lui le teté qui ne permet point le doute : Homo verus, Deus terme, la patrie, Deus Christus patiua est quo imus : verus, Deus et homo loliis Christus : Hoc est catholica homo Christus via est qua imus, Serm., cxxtv, n. 3, fides. Qui negat Deum Christum, photinianus est: P. L., t. XXXVIII, Col. 685; il pense à lui toutes les fois qui negat hominem Christum, manichéens est; qui qu’il parle de révélation et d’autorité, et les développe­ confitetur Deum æqualeni Patri Christum et homi­ ments qui semblent être de la philosophie pure, sont nem verum... catholicus est. Serm., xcn, n. 3, P. L., chez lui, très souvent influencés et pénétrés de la pen­ t. xxxviii, col. 573. Cf. Enchir., c. xxxvi, col. 250 : sée de Jésus-Christ. Nul n’a mis plus constamment en Christus una persona, Deus et homo, etc. relief ce qu’il écrivait à Laurentius : Certum proprium­ B. Le Fils de l’homme. — a) C’est en expliquant ce que fidei calholicæ fundamentum, Christus est, Enchir., titre de Jésus-Christ, qu’Auguslin affirme la réalité de с. v, P. L., t. xi., col. 233, et en ce sens, on peut dire la nature humaine du Christ. De cons. Evang., 1. II, avec Loofs, Leitfaden, etc., p. 221, qu’il a formé la théo­ c. i, n. 2, P. L., t. xxxiv, col. 1071. Dans le De agone logie et la piété occidentale à donner â la personne de christiano, il combat successivement : les docétes qui lui Jésus-Christ la place qui lui convient. L’idée dominante refusent un corps réel, c. xvn, n. 20, P. L., t. xl, col. de la Cité de Dieu (Reuter l’a bien remarqué, Augus300; les apollinaristes rigides qui lui refusent une âme, tinische Studien, p. 80) consiste à montrer le Christ au c. xxi, n. 23, col. 302; cf. erreur d’AIypius â Milan, centre du inonde, et la religion du Christ ne commen­ Confess., 1. VU, c. xix, P. L., t. xxxn, col. 746: les çant pas avec l’Évangile, mais dominant tous les siècles, apollinaristes mitigés qui lui accordaient une âme passés et futurs : res ipsa quæ nunc Christiana religio principe de vie, mais sans intelligence, eum negant nuncupatur, erat apud antiquos, nec defuit ab initio habuisse quod est optimum in homine, c. xix. n. 21, generis humani, etc. Detract., 1. I, c. xm, η. 3, P. L., col. 301. Cl. Epist., clxx.xvii, n. 4, P. L., t. xxxm, t. xxxn, col. 603; cf. De civil., 1. XVIII, c. xlvii, P. L., col. 833; Serm., lxvii, n. 7, P. L.. t. xxxvm. <·..·!. 436. t. xli, col. 609; Enchir., c. cxvm, P. L., t. xl, col. 287. 6) Avec la nature humaine, le Verbe a pris les infir­ b) La doctrine christologique de saint Augustin a mités de la chair qui sont exemptes de péché ; il était passible et mortel, comme nous tous. De jwc. mer. et moins varié avec le progrès de l’âge que sa doctrine de la grâce. Le protestant Scheel conclut ainsi une patiente rem., 1. II, c. xxix, n. 48, P. L., t, xuv, col. 180. étude historique de la christologie d’Augustin, Die An· D’autre part, l’union personnelle avec le Verb·’, grâce schauung Augustin’s fiber Christl Person und Werk, ineffable, type de la grâce d'adoption que le Christ nous méritera, fit rejaillir sur cette humanité d'admirables in-8», Tubingue, 1901, p. 391. Malgré certaines hésita­ tions du début, voir col. 2322, « la christologie esquissée privilèges : exclusion de tout péché originel, parce que par Augustin jusqu’en 391 est le germe de sa christo­ le Christ, dit-il, a été conçu sans concupiscence, Enchilogie postérieure. » rid., c. xxxiv, xli, P. L., t. xl, col. 249, 252; De Trim, I. XIII, c. xvm, P. L., t. xlii, col. 1032; — sainteté c) L'inlluence de cette doctrine sur les successeurs de absolue qui le préserve de toute faute personnelle, même l’évêque d’Hippone sera "suffisamment indiquée par ce la plus légère, Enchirid., c. χχχνι,Ρ. L., t. xl. col. 250; fait, que la fameuse lettre du pape saint Léon le Grand à Flavien (13 juin 449) s’inspire non seulement des De h-in., loc. cit.; De corr. et grat., c. xi, n. 30, P. L., t. XLiv, col. 934 : Deque metuendum erat, ne­ pensées, mais des formules mêmes du De Trinitate. per liberum voluntatis peccaret arbitrium, cum... na­ Dorner, Augustinus, p. 105-106, lait une intéressante comparaison de cette Epist., xxvm, P. L., t. Liv, col. tura hominis a Deo ita suscepta, nullum in se molum make voluntatis admitteret. Comment Dorner. qui cite 775 sq., avec les 1. I et II De Trinitate. 2. La personne du Christ. — Sur aucun point de la ' ce texte, Augustinus, p. 103. a-t-il pu en conclure que le saint docteur nie la liberte du Christ? 11 i affirme révélation, la doctrine d'Augustin n'est plus claire, plus 23G3 AUGUSTIN (SAINT) 23G4 au contraire et là et ailleurs, par exemple De prxdest. n. 3, P. L., t. xxxv, col. 1836 : agnoscamus geminam sanct., c. xv, n. 30, P. L.,t. xliv, col. 982 : aut idea in substantiam Christi, utrumque autem non duo, sed illo non libera voluntas erat, ac non tanto magis erat, unus est Christus. Mais plus souvent au mot substan­ quanto magis servire peccato non poterat? En particu­ tial, il substitue le mot plus précis naturæ, et si, avec lier il revendique pour lui la pleine liberté de son sa­ limiter, Augustinische Studien, p. 220, on peut trouver exagérée l’assertion de Dorner qu'Augustin a introduit crifice sur la croix, De Trin., 1. IV, c. xin, n. 16. P.L., le premier en Occident cette formule « deux natures en I. xlii, col. 858 : non eam (carnis vitam) deseruit invi­ tus, sed quia voluit, quando voluit, quomodo voluit. une personne », il est certain qu'il a toujours affirmé Cf. Serm., ci.ii, n. 9; In Joa., tr. CX1X, n. 6, P. L., hautement non pas seulement l’unité morale de deux personnes en Jésus-Cbrist, mais l’unicité absolue d’une 1. xxxv, coi. 1952. personne en deux natures : Ha... mediator apparuit, c) Deux autres privilèges de l’humanité du Christ sont signalés : sa vie intellectuelle était à l’abri de toutes ut in unitate personæ copulans utramque naturam, etc. nos ignorances, et, même enfant, il fut préservé de Epist., cxxxvii, ad Volus., n. 9, P. L., t. xx.xin, col. 519. l'inconscience naturelle à cet âge, De pecc. mer., 1. H, b) Cette personne unique est celle de Verbe qui, sub­ c. xxx. n. 48, P. L., t. xliv, col. 180; dans sa vie sen­ sible se développaient les affections humaines, mais sistant de toute éternité en sa nature divine, a voulu admirablement soumises à l'empire de sa volonté, et il dans le temps subsister dans la nature humaine du apparaît dans la passion non animi infirmitate, sed Christ, en se l’appropriant par une communication de potestate turbatus. In Joa., tr. LX, n. 5, P. L., t. XXXV, sa personnalité : Christus in unitatem personæ suæ, col. 1799 (voir tout ce sermon). manente invisibili Dei forma, accepit visibilem homi­ C. Le Fils de Dieu. — Douter de la pensée d’Augustin nis formam. Cont. Maxim, arian. ep., 1. I, c. xix, sur la divinité de Jésus-Christ entendue dans le sens le P. L., t. xi.ii, coi. 757. Quoi qu’en ait dit Dorner et, plus strict, est impossible. Il n’y a pas même ici l’obscu­ après lui, Scheel lui-même, op. cit., p. 226, il est évi­ rité de certains textes comme pour la Trinité. On peut dent que Christus ici (comme très ordinairement chez dire que les assertions de Harnack sont expressément Augustin) est l’équivalent de Verbum ou de Filius . c’est réfutées : — a) Augustin n’est pas resté photinien, puis­ ie Verbe qui a uni à SA personne l’humanité du Christ. qu’il raconte lui-méme et réfute ses anciennes erreurs. Cf. De corr. et grat., c. xi, n. 30, P. L., t. xliv, Confess., 1. VII, c. xix, P. L., t. xxxn, col. 746. Cf. col. 934 : Deus naturam nostram, id est animam ra­ col. 2322. — b) C’est du Christ considéré dans sa per­ tionalem carnemque hominis Christi suscepit... ut ipse sonne divine, qu’il affirme l’égalité absolue avec son (homo) et verbum... una persona esset. C’est même Père, Serm., CLXxxin, n. 5, P. L., t. xxxvm, col. 990 : une formule, familière à Augustin, de représenter tantôt arianus qui non confitetur æqualem, non confitetur la nature humaine portant en soi la personne du Verbe, Filium ; si non confitetur l'ilium, non confitetur Sapientiæ (le Verbe) personam gerit, et plus souvent la Christum, et contre les eunomiens, n. 6, ibid., qui personne du Verbe portant la nature humaine : Filium Dei dicimus passum in homine quem portabat. De negat similem (Patri), negat Christum. Cf. Cont. serm. arian., c. xxxvi, n. 34, P. L., t. xlii, coi. 707, agone christ., c. xxtn, n. 25, P. L., t. xl, coi. 304; cf. nos tanquam opprobrio novi nominis homousianos vo­ Lib. LXXXllt quæst., q. lxv : hominem quem Sapientia cant, etc. — c) Il a repoussé en propres termes et fort gestabat. souvent l’interprétation nestorienne de sa doctrine, c) L'humanité du Christ n’était donc pas une personne donnée par Harnack, c’est-à-dire l’union purement quand le Verbe se l’est unie, et c’est pour établir ce morale du Verbe avec le Christ, l’inhabitation par la point (en même temps que la gratuité de l’union) qu'Au­ grâce. Dès 396, dans le De agone christ., il proteste gustin insiste sur ce fait que cette humanité n’a jamais deux fois contre cette erreur : N’écoutons pas ceux qui existé hors du Verbe, De Trin., 1. XIII, c. xvn, n. 22, dans le Christ ne veulent voir qu'un homme et un saint, P. L., t. xi.ii, col. 1031 : ex quo homo esse cœpil, ex hominem dicunt, sed ita justum ut dignus sit appellari illo est etDeus; Op. iniperf. cont.Jul., 1. I, c. cxxxvm, Filius Dei, c. xvn, n. 19, P. L., t. xl, coi. 300; les P. L., t. xlv, col. 1137: dans le Christ.ipse homo numautres saints reçoivent le don de la sagesse, le Christ a quam itafuit homo utnonessel unigenitus Dei Filius; reçu Ια personne même du Verbe, non solum benefi­ Cont. serm. arian., c. vin, P. L., t. xlii, col. 688: non cium (sapientiæ) habet, sed etiam personam gerit. sic assumptus est ut prius creatus, post assumeretur Ibid., n. 22, coi. 302. En 426, sous l’inspiration d’Au­ sed ut ipsa assumptione crearetur. gustin, le moine gaulois Leporius, voir col. 2283, rétracte E. La distinction des deux natures reste intacte après cette conception nestorienne, quatre ou cinq ans avant l'union.Les protestants reconnaissent qu'Augustin n’a pas le concile d'Éphèse, dans le Libellus emendationis. Cf. été sur ce point moins affirmatif que les saints Atha­ Alansi, t. iv, col. 581-519; Hahn, Bibliothek der Sym­ nase et Ambroise. bole, etc., 3e édit., § 214, p. 299. — d) De même, l’adop­ a) En général les formules d'Augustin excluent toute tianisme, conséquence du nestorianisme, a été à l’avance pénétration d’une nature dans l'autre. De Trin., 1. I, exclu par saint Augustin. Les Pères de Francfort invo­ c. vu, n. 14, P.L., t.XLIl, col. 829 : neque enim illa sus­ quèrent à bon droit son autorité, par exemple, In Joa., ceptione alterum eorum in alterum conversum atque tr. VII. n.4, P. L., t. xxxv, col. 1439 : Oportebat ergo mutatum est; nec divinitas quippe in creaturam mu­ ut ille baptizaret, qui est Filius Dei Unicus, non adop­ tata est, ut desisteret esse divinitas; nec creatura in tatus; adoptati filii ministri sunt Unici. Et dans le Li­ divinitatem, ut desisteret esse creatura. bellus de Leporius, Hahn, op. cit., p. 301, on lit de La lettre ccxix, η. 1, P. L., t. xxxni, coi. 991, notis même : credamus Unicum Filium Dei, non adoptivum, apprend que Leporius avait nié l’incarnation pour sau­ sed proprium,... secundum carnem fuisse perpessum. ver l’immutabilité divine. Aussi le Libellus emendatio­ Cf. Serm., clxxxih, n. 5, P. L., t. xxxvm, col. 990. nis accentue-t-il ce point : absit ita credere ut conflatili D. L’union du Verbe et de l’humanité est partout quodam genere duas naturas in unam arbitremur re­ expliquée en parfaite harmonie avec saint Cyrille dactas esse substantiam. Hujusmodi enim commixtio d'Alexandrie, et aucune divergence n’a pu être signalée. partis utriusque corruptio est. Scheel, op. cit., p. 184a) C'est une union de deux natures en une seule per­ 186, a réuni une foule de textes qui excluent toute com­ sonne. Augustin emploie parfois la formule tradition­ mutatio, conversio, confusio du divin et de l'humain. nelle en Occident depuis Tertullien, in Christo dux I Il faut en conclure que le mot mixtio, condamné parle sunt quidem substantiæ, sed una persona, Serm., cxxx, ' Libellus et assez, fréquemment employé par Augustin, n. 3, P. L., t. xxxvni, col. 727; cl. In Joa., tr. LXXV11I, cf. Epist., cxxxvii, n. 14 (mixtura Dei et hominis.. 2365 AUGUSTIN (SAINT) indique seulement l'intime pénétration, non des natures, mais de la personne divine dans la nature humaine, pour se l’approprier. b) La divinité du Verbe ne subit donc aucun change­ ment, aucune diminution : (Deus) mutabilem creaturam incommutabili majestate suscepit, De agone christ., c. x, n. 12, P. L., t. xl, coi. 297; Homo Verbo accessit, ■non Verbum in hominem commutabililer accessit. Epist., clxix, n. 7, P. L., t. xxxm, coi. 745. Vainement lleuter, Augustinische Sludien, p. 212, a voulu trouver chez le saint docteur des traces de la κρύψις protestante d une renonciation partielle du Verbe â l’usage de ses attributs divins. D’autres protestants,Feuerlein, Scheel, op. cit., p. 50, lui ont répondu qu’il ne pouvait être question à son sujet ni de κένωσις ni de κρύψις, tant il est clair dans l’explication de l’exinanivit de saint Paul : Quomodo exinanivit? Sumendo quod non erat, non perdendo quod erat... Cum essetDeus, homo apparuit. Serm., xcn, n. 3, P. L.,t. xxxvm, coi. 573. c) La nature humaine de son côté reste nature créée, limitée dans le temps,l’espace, l’activité. Aussi Augustin explique-t-il constamment de l'humanité du Christ le Pater major me est. Enchirid., c. xxxv, P. L., t. xl, col. 250; De Trin., 1. I, c. vn, n. 11, P. L., t. xlii, col. 828. Il est étrange queles luthériens citentencore Au­ gustin en faveur de leur eutychianisme inconséquent qui donne à l’humanité du Christ ubiquité et préexis­ tence à sa conception. Scheel, op. cit., p. 266-267, pré­ tend que le Liber cont. serm. arian. attribue â l’huma­ nité la toute-puissance: or il s’agit uniquementdu pou­ voir de juger au dernier jour, op. cit., c. xi, P. L., t. XL, col. 691, et là même est exclue toute préexistence du Christ comme homme, quodesse cœpit in tempore. F. La perpétuité de l’union hypostalique a-t-elle été niée par Augustin’D’après Domer, Augustinus, p. 101, et, après lui, Scheel, op. cit., p. 268, Augustin aurait cru que l’incarnation ayant un but temporaire, prendrait lin avec le jugement dernier, sous prétexte qu’au De Trin., 1. I, c. x, n. 21, P. L., t. xlii, col. 835, on lit: Jam non interpellabit pro nobis, tradito regno Deo et Patri. Comme si la fin des intercessions marquait la fin de son règne dans le ciel! Précisément, dans ce même passage, il repousse l’opinion étrange de certains, que l’humanité serait alors absorbée dans la divinité, n. 15, col. 829, et il ajoute: nec arbitremur Christum traditurum regnum Deo el Patri, ut adimat sibi, n. 16, coi. 830. G. Les lois du langage théologique fondé sur l’unité de personne (communicatio idiomalum) ont été non seulement observées, mais très exactement formulées par saint Augustin: Hanc unitatem personae Christi, sic ex natura ulraque constantem, divina scilicet atque humana, ut quælibet earum vocabulum etiam alteri impertiat, et divina humana', et humana divinie, bea­ tus ostendit Apostolus. Cont. serm. arian., c. vm, P. L., t. xlii, coi. 688. En vertu de cette unité, on dit que le Fils de l’homme est descendu du ciel, et que le Fils de Dieu a été crucifié, et Filius Dei dicitur crucifixus. D’après Harnack, Dogmengesch., t. n, p. 339, les ex­ pressions caro Dei,ounalusexfeminaDeus, seraient très rares chez Augustin. D’abord le nombre importe peu. Mais les expressions équivalentes abondent, comme Verbi caro, In. Joa., tr. CX, n. 5, P. L., t. xxxv, col. 1923 (Scheel,p. 265); Augustin n’hésite pas à ré­ péter cent fois que Dieu est mort, par ex., Epist., Clxix, n. 8, P. L., t. xxxm, col. 746; Serm., exxx, n. 4, P. L., t. xxxvm, coi. 728; CCX, ibid., col. 1989; spécialement ccxiv, n. 7, col. 1069 : Vita et Immor­ talis in cruce moreretur. Enarr. in Ps. cil, n. 6, P. L., t. xxxvii, col. 1321; Enarr. in Ps. CXLVii, n. 16, col. 1925, etc. IL Les formules parfois moins exactes d’Augustin ne créent point de difficultés, si on les examine avec les 2366 développements qui les entourent. Ou bien elles ont été rétractées, comme le Domo dominicus, Detract., 1. I, c. xix, η. 8, P. L., t. xxxn, col. 616: cum sit utique Dominus,etc. Ou bien elles sont expliquées; ainsi, très souvent Augustin semble dire que le Verbe s’est uni un homme (donc une personne):susceptus est homo, est-il dit plusieurs fois dans le sermon ccxiv, n. 6, P., L., t. xxxvm, col. 1069. Mais (Scheel l'a très bien remarqué, op. cil., p. 100) le mot concret homo est pris par Augus­ tin pour l'humanité concrète et singulière que le Verbe s'unit, et Augustin le dit lui-même : cum enim sit tolus Filius Dei unicus D. N. .1. Christus Verbum et homo, atque, ut expressius dicam, Verbum, anima et caro... Ibid., n. 6. Ct. De Trin., 1. IV, c. xxi, n. 31, P. L., t. xlii, coi. 910. Ailleurs, si on lit avec attention ses explications, on s’aperçoit que ses inexactitudes mêmes sont inspirées par le sens profond du dogme, mais envi­ sagé sous un aspect spécial. Ainsi il compare l'humanité du Christ à un vêtement; indutus est homine, dit-il, Lib. de div. qwest. lxxxiii, q. i.xxin, P. L., t. xl, col. 85. et passim, formule dont abusera Abélard dans un sens nestorien, voir col. 47, 414; mais Augustin nous dit luimême que l’expression indutus est doit être entendue d’une union, non pas accidentelle et extérieure, mais substantielle et intime ; elle signifie seulement que l’humanité n’a point modifié le Verbe, pas plus que le vêtement ne modifie celui qui le revêt : quanquam ilia susceptio inefiabiliter susceptum suscipienti copulave­ rit, sed quantum verba humana rebus ineffabilibus coaptari possunt, ne mutatus inlelligatur Deus. Ibid., col. 85. De même la comparaison de l'union hypostatique avec l’union de l’âme et du corps, souvent employée, par exemple Serm., clxxxvi, n. 1, P. L., t. xxxvm, col. 999, a pour but d’affirmer l'union réelle et non morale seu­ lement, entre le Verbe et l'humanité, idem Deus qui homo ... non confusione naturæ, sed unitate personæ. Mais tandis que l’âme et le corps sont des parties de l'homme qu’ils constituent, le Verbe tout entier est Dieu, tout entier il est homme: accedit homo Deo, et fit uns persona, ut non sit semi-deus, quasi parte Dei Deus, et parte hominis homo, sed tolus Deus et tolus homo. Serm., ccxcm, n. 7, P. L., t. xxxvm, col. 1332. 3. L’œuvre du Christ Sauveur. — A. Le problème. — Dans l'interprétation de la théorie d'Augustin sur la rédemption, il est facile de constater combien la doc­ trine du salut est intimement liée à la doctrine du Sau­ veur : de la sotérologie dépend la sotériologie. Abélard n’ayant cru trouver chez Augustin qu'un Christ purement homme, moralement uni par la grâce à la divinité, ne vit aussi dans la rédemption que l’infiuence de ses le­ çons et de ses exemples. Tous les théologiens catho­ liques, au contraire, ayant reconnu dans ses écrits le véritable Homme-Dieu, y trouvent également le dogme catholique du salut, c’est-à-dire l’expiation de nos pê­ chés sur la croix par une victime innocente substituée à l’humanité coupable. Jusqu'à ces derniers temps, cal­ vinistes et luthériens, croyant à la divinité du Christ, admettaient la même interprétation. Mais depuis que la divinité de Jésus-Christ a été battue en brèche, les nou­ veaux nestoriens sont revenus à la rédemption morale d’Abélard, et bon nombre de critiques ont osé attribuer à Augustin leur conception rationaliste. On ne parle plus d’expiation, et la substitution fait place à la solida­ rité de la famille humaine; le Christ, dit-on, est bien mort pour nous, ύπερ ημών, puisque ses exemples de vertu nous sont salutaires; mais il n’a point soufiert αντί ημών, à notre place. Ou bien, si l'on avoue qu’Au­ gustin a parlé de rédemption, on la ridiculise, en pré­ tendant qu'il a entendu par là une rançon payée, non à Dieu, mais au démon pour nous délivrer de son escla­ vage. A. Harnack s’est gardé de ces excès : il reconnaît que chez Augustin « Jésus nous est représenté comme >e 2367 AUGUSTIN (SAINT) médiateur, la victime et le prêtre par le moyen duquel nous sommes rachetés et réconciliés avec la divinité, si bien que sa mort, comme le prêche l’Eglise, est le sûr fondement de notre rédemption. » Précis de l’hisl. des dogmes, p. 270. Mais il essaie d’annihiler cet aveu en prêtant à Augustin ces trois pensées : a) la réconcilia­ tion avec Dieu est bien moins importante que le rachat du démon; b) la leçon d'humilité donnée par le Christ prime de beaucoup ce rachat, et constitue la véritable œuvre du Christ; c) d’ailleurs Augustin n’attribue guère à cette rédemption que des effets négatifs (pardon des péchés, etc.) et non une justification positive. Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., 3° édit., t. ni, p. 118-125, 190-192. Le docteur A. Gottschick, Augustin’s Anschauung von der Erloser-Wirkungen Christi, dans Zeitschrift fur Theol. und Kirche, 1901, p. 97-213, a combattu ces fausses interprétations; comme Seeberg, Lehrbuch der Dogmeng., 1895, t. i, p. 304, il reconnaît dans les écrits de saint Augustin la vraie rédemption expiatoire, en ajoutant que cette conception ne lui semble point aussi chrétienne que le pense Seeberg. B. Solution du problème. — La doctrine sotériologique d’Augustin n’est point obscure : nous nous bor­ nerons à la caractériser par l’examen de sa pensée sili­ ces quatre points : a) le médiateur; 6) le sacrifice, acte principal de sa médiation; c) la délivrance du démon qui en est la conséquence ; cl) l’action morale du Christ. 1" question : En quel sens saint Augustin attribuet-il le rôle de médiateur à l'humanité du Christ? — On est d'abord étonné de cette assertion inspirée par 1 Tim., il, 5, sur laquelle le grand docteur revient sou­ vent. Dans les Confessions, 1. X, c. xliii, n. 68, P. L., t. xxxn, col. 808, il dit : In quantum homo, in tan­ tum mediator; in quantum autem Verbum, non me­ dius, quia æqualis Deo ; et par suite, ajoute-t-il ailleurs, il est également éloigné de nous : non per hoc mediator est, quod æqualis est Patri; per hoc enim, quantum Pater, tantum et ipse distat a nobis : el quomodo erit medietas, ubi eadem ipsa distantia est? De pecc. orig., c. xxvm, n. 33, P. L., t. xi.tv, coi. 402. Cf. De civit., 1. IX, c. xv, P. L., t. xli, coi. 269; Enarr. in Ps. cui, n. 8, P. L., t. xxxvi, coi. 1384 : Christus me­ diator inter hominfm et Deum, non qua Deus, sed qua homo, etc. Semi., ccxc.ni, η. 7, P. L., t. xxxvm, coi. 1331. A cause de celte insistance, Scheel, op. cil., p. 318-319, reproche à Augustin de sacrifier le rôle du Verbe : Le médiateur ne doit-il pas être l'Homme-Dieu, pour se trouver entre les deux extrêmes? Il le faut sans doule, et Augustin l’entend bien ainsi. Deux observa­ tions éclaireront sa pensée. a) D’abord ce n’est point la personne du Verbe, mais la nature divine qu'il veut exclure du rôle de médiateur. Comme le mot Christus désigne la personne du Verbe subsistant en deux natures absolument indépendantes l'une de l’autre, il se demande quelle est celle des deux, humaine ou divine, qui peut et doit poser les actes de satisfaction et d’expiation : or.il est évident que ces actes ne sont point du ressort de la nature divine. Mais la na­ ture humaine à son tour n’agit point sans être comme inlormée par la personne du Verbe. C’est donc bien l’Homme-Dieu qui apaise le Père et nous sauve. Telle est la pensée exacte du saint docteur : Neque per ip­ sum liberaremur unum mediatorem... nisi esset et deus. Enchir., c. cvm, P. L., t. xi., col. 233. Ce rôle du Verbe et de l’humanité dans la rédemption est admi­ rablement expliqué dans le sermon cxxvn, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 710 : De suo Filius Dei, de nostro filius hominis. Quod minus est, a nobis accepit; quod plus est, nodis dedit. Nam et mortuus est ex illo quod filius homini est, non secundum illud quod FiliusDei. Mortuus est tamen Filius Dei, sed secundum carnem 2368 non secundum Verbum... Ergo quod mor­ tuus est, de nostro mortuus est; quod vivimus, de illo VIVIMUS. b) Autre observation : Augustin a conçu l’œuvre du médiateur sous un double aspect : apaiser Dieu au nom de l’humanité, convertir le cœur de l'homme de la part de Dieu, voilà son double rôle. Or il y a une nuance profonde qui distingue ces deux missions du Christ. La première, apaiser Dieu, sera l'œuvre de 17/0JZ.VE-Dieu, du juste par excellence (l'expression flomo-Deus, En­ chir., c. cvin, semble être spéciale à Augustin, d’après Harnack, Lehrbuch, t. ni, p. 191). Convertir l’homme, sera l’œuvre de DiEü-homme : c’est l’amour de Dieu (avant l'incarnation) descendant jusqu’à nous, jusqu’à se revêtir de notre nature, qui nous gagnera par le spec­ tacle de cet anéantissement, non de l'humanité qui est inefi'ablement exaltée, mais du Verbe dans l’humanité. Ces deux points de vue sont essentiels pour com­ prendre la doctrine d’Augustin. Dans le De Trinit., 1. IV, c. n, n. 4, P. L., t. xlii, col. 889, il dit : Iniquo­ rum et superborum una mundatio est sanguis Justi, et humilitas Dei. Le sang de l’homme juste voilà pour l’expiation; l’humilité (l’abaissement de Dieu dans l’humanité), voilà pour convertir notre orgueil. 2° question : La rédemption est-elle, d’après A ugus­ tin, un sacrifice expiatoire offert par le Christ à son Père, en vertu d’une substitution? — La réponse est si claire, si constamment formulée dans toutes les œuvres du saint docteur, que certains s’étonneront d’une question motivée par de récentes critiques. Pour Au­ gustin comme pour toute l’Eglise chrétienne jusqu'à ces derniers temps, le premier acte —et le principal — de la médiation du Christ, c’est l’expiation de nos péchés et noire réconciliation avec Dieu par le sacrifice du cal­ vaire, selon Eph., v, 2, tradidit semetipsum uro vobis oblationem et hostiam Deo. Ct. Serm., cm, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 824. a) Trois principes sont supposés par Augustin à la base de ce dogme fondamental : a. la conception du péché, non pas seulement comme une imperlection morale du pécheur, mais surtout comme une lésion du droit divin, une offense de Dieu et un outrage à sa majesté; — b. la théorie de la satisfaction due à Dieu, théorie développée surtout dans la doctrine de la péni­ tence dont elle est le fondement ; — c. le principe de la substitution (satisfactio vicaria) en vertu de laquelle le Christ s’olfreet est accepté par son Père comme vic­ time des péchés de l’humanité entière dont il obtient ainsi le pardon. Tout cela, Augustin l'affirme en bloc, sans une analyse distincte, mais avec une netteté qui ne permet pas le doute : Suscepit Christus sine reatu supplicium nostrum, ut inde solveret reatum nostrum, et finiret supplicium nostrum. Cont. Faust, man., 1. XIV, c. iv, P. L., t. xlii, coi. 297. H adresse les ter­ ribles reproches de l’Apôtre à ceux qui ne voient dans la croix qu'une œuvre morale : animalis homo... non percipit... quid gratiæ credentibus crux conferat Christi : et putat hoc illa cruce actum esse tantum modo, ut nobis... imitandum prœberetur exemplum. In Joa., tr. XCVI1I, n. 3, P. L., t. xxxv, coi. 1881-1882. Cf. tr. LXX1X, n. 2, coi. 1838. b) Les sources scripturaires de ce dogme se trouvent pour Augustin : a. Dans les paroles de Jésus à la Cène : Et idea : hic est, ait, sanguis meus, qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum. De peccat, mer., I. II, c. xxx, η. 49, P. L., t. xliv, col. 180-181. — b. Dans lesÉpitres de saint Paul, le prédicateur de lacroix: ainsi, dans l'Enchirid., c. xli, n. 13. P. L., t. xl, col. 253, expliquant II Cor., v, 20, il écrit : Eum qui non noverat peccatum, id est Christum, pro nobis pec­ catum fecit hoc est, SACRIFICIUM PRO PECCATIS, per quoit reconciliari valeremus. — c. C’était pour lui l’écho des prophéties antiques. Dans tout le c. xxxi, De cons. mortuus, 2370 AUGUSTIN (SAINT) 2369 Evang., n. 48, il applique au Christ Is., lii-liv, sur­ tout Vulneratus est propter peccatanostra... livore ejus sanati sumus, P. L., t. xxxtv, col. 1065. Cf. In Ps. LxVtit, n. 9, 10, col. 848-849, quæ non rapui, tunc exsolvebam, et Augustin ajoute : fuit delictorum susceptor, sed non commissor. In Ps. xu v, n. 7, ibid., col. 498 ; In Ps. xxxr, n. 18, ibid., col. 270. — d. Il y voyait la réalisation de la grande figure de l’agneau pascal, avec saint Paul, I Cor., v, 7. Cf. De doct. christ., I. II, c. xli, n. 62, P. L., t. xxxiv, col. 64; Enarr. in Ps. xxxtx, n. 13, P. L., t. xxxvi, col. 443. Après des affirmations si nettes et qui vont encore se multiplier en se précisant, il est inconcevable que cer­ tains critiques aient pu attribuer â saint Anselme l'ori­ gine de cette idée rédemptrice. Depuis les articles de Cremer dans Studien und Kritik., 1880, p. 7 sq., et l’as­ sentiment donné à sa thèse par Ritschl et son école, il a été de mode de prétendre que la théorie anselmienne de la satisfaction était inspirée par les principes du droit germain. Les meilleurs critiques protestants, les plus étrangers aux préoccupations dogmatiques comme Loofs, Leilfaden, etc., 3· édit., p. 273, Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., t. ni, p. 357, ont montré tout ce qu’il y a d’étrange dans une assertion qui donne la coutume germaine du Wehrgeld pour origine à une croyance lon­ guement étudiée par saint Augustin et même formulée par les Pères antérieurs, comme Tertullien et Cyprien. Bien plus, Harnack n’hésite pas à affirmer que, même avant saint Paul, le christianisme le plus ancien était basé sur le sacrifice expiatoire du Christ mourant. Cf. Harnack, Das Wesen des Christentum, 1900, 9' conf., p. 98-102; trad, franç., Paris, 1902, p. 163-174. c) L’acte rédempteur du Christ c’est la mort sur la croix; elle est, pour Augustin : a. Un véritable sacrifice : morte sua quippe uno verissimo sacrificio pro nobis oblato, quidquid culparum erat,... purgavit, abolevit, exlinxit. De Trin., 1. IV, c. xm, n, 17, P. L., t. xlii, coi. 899; cf. c. XIV, n. 19, coi. 901, les quatre éléments de ce sacrifice. — b. Le sacrifice unique figuré par tous les sacrifices anciens, In Ps. lxxiv, n. 12, P. L., t. XXXVI, col. 955 : In omnibus illis generibus sacrificiorum intelligitur illud unum sacrificium et unica victima in cruce Dominus. — c. Sacrifice perpétué dans le sacrifice de l’autel qui est offert dans le monde entier selon la prophétie de Malacbie; cf. De civit., 1. X, c. xx, P. L., t. XLt, col. 298, où il est dit aussi : huic summo veroque sacrificio cuncta sacrificia falsa cesserunt, —d. Sacrifice consistant essentiellement dans la mort du Christ, dé­ crétée par son Père. Mais nulle part on ne trouve, chez Augustin, trace des exagérations de la scolastique pro­ testante, d’après laquelle Jésus en croix aurait été vrai­ ment maudit par son Père, et aurait souffert les tour­ ments mêmes de l’enfer. Gretillat, Dogmatique, t. iv, p. 298, dit avec raison que ces excès ont rendu odieuse la théorie de l’expiation. d) Le rôle multiple de Jésus dans ce sacrifice est dé­ terminé par le grand docteur : a. Tantôt il apparaît comme prêtre et sacrificateur : le péché est effacé per unicum sacrificium mediatons veri sacerdotis. De Gen. ad litt., 1. X, c. xiv, n. 25, P. L., t. xxxtv, coi. 419. — b. Tantôt il est à la fois la victime et le prêtre, parce que c’est lui-même qui offre sa vie et livre son corps aux tourments. Cf. De Trinit., loc. cit., col. 901; De civit., 1. X, c. xx, P. L., t. xi.i, col. 298: Ipse offerens, ipse et oblatio. Et c’est précisément la liberté de cette oblation par lui-même qui transforme en sacrifice la mort in­ fligée par les bourreaux : le Christ a élu immolé parce qu’il l’a voulu. Serm., cm, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 824 : Et perrexit ad passionem mortis, mortem voluntariam, non necessitatis sed arbitrii, et il renvoie â Eph., v, 2. — c. Tantôt Augustin le montre victorieux et triomphateur, Confess., 1. X, c. xliii, P. L., t. xxxn, col. 808 : Victor et victima, et ideo victor quia victima, DICT. DE THEOL. CATHOL. I I I ’ I et ideo sacerdos quia sacrificium, faciens tibi η·< de servis filios. — d. Enfin il le représente au ciel interces­ seur pour nous, comme le grand-prétre, dans le S nt des saints. Cont. epist. Parmen., 1. II, c. vn. vin, P. L., t. xliii, col. 59. e) Les fruits de la satisfaction du Christ sont sans doute d’abord le pardon des péchés, Cont. Eaust., 1. XIX, c. vî, P. L., t. xlii, col. 352, le pardon de .' s les péchés, même de ceux commis après le baptême ,ce que nie Scheel, op. cit., p. 313) : Sanguis ... del- it omnia peccata nocentium, pretium tantum datum re­ demit omnes captivos... In Ps. cxxtx, n. 2, P. L., t. xxxvii, coi. 1697. Mais saint Augustin exprime avec non moins d’insistance et sous mille formes les dons positifs de la réconciliation avec Dieu. C’est une grâce analogue à celle de Jésus-Christ· qui nous est assurée. De pecc. mer., c. χχνι, n. 39, P. L., t. xliv, col. 131. C'est l’incorporation au Christ dont tous les croyants deviennent les membres: per ejus sanguinem... Christi corpori copulantur. In Joa., tr. LUI, η. 6, P. L., t. xxxv, coi. 1772; cf. Serm., cxi.iv, n. 2, P. L., t. xxxvin, coi. 188. C’est l’adoption divine, jusque-là empêchée par nos fautes : illevenit Unigeni lus solvere peccata, quibus implicabamur ne adoptaret nos... In Joa., tr. II, n. 13. P. L., t. xxxv, col. 1394. Et dans le Serm., cxcn, η. I, P. L., t. xxxvin, col. 1012, il dit avec plus d'énergie encore : Deos facturus, qui homines erant, homo factus est qui Deus erat. Comment Harnack a-t-il pu parler de réconciliation purement négative? f) L’étendue de la rédemption du Christ, d’après Augustin, est universelle et ne souffre pas d’exception : Sanguis innocens fusus delevit omnia peccata nocen­ tium, pretium tantum datum redemit omnes capti­ vos... In Ps. cxxtx, n. 2, P. L., t. xxxvn, coi. 1697. Ainsi : a. Tous les péchés sont expiés, même ceux commis après le baptême, qui, d’après Scheel, op. cil., p. 313, ne seraient point compris dans la rédemption. — b. Tous les captifs sont rachetés, même les enfants qui meurent sans recevoir le baptême. Augustin l’affirme expressé­ ment. Cont. Jul., 1. 111, c. xxv, n. 58, P. L., t. xliv, col. 732. Il faut même remarquer l'argumentation d’Augustin qui ferme toute échappatoire aux jansénistes. Au 1. VI Cont. Jul., c. iv, n. 8, ibid., col. 825. et dans l’Op. iniperf. cont. Jul., 1. II, n. 175, ibid., col. 1217, il raisonne ainsi : Jésus-Christ est mort pour tous sans exception, donc tous sans exception sont pécheurs : omnes itaque mortui sunt in peccatis, nemine prorsus excepto, et pro omnibus mortuis vivus mortuus est unus. De civit., 1. XX, c. vi, P. L., t. xu, coi. 665. Voilà la pensée des dernières années d'Augustin. Un sera donc bien forcé, quand il restreindra aux élus les effets de la rédemption, de l’entendre des grâces efficaces qui ne sont pas données à tous. Les sermons de saint Augustin ne peuvent laisser aucun doute; apr··- e R. P. O. Rottmanner, Scheel l’a remarqué, op. · p. 455. Serm., cccxliv, n. 4, P. L., t. xxxix. col. 151.7 : Sanguis Domini tui, si vis, datus est pro te, si n · ·: .· ; .is esse, non est datus pro te... Hoc est magnum quia smiel et PRO omnibus dedit. Sanguis Christi ralenti est sa nolenti supplicium. Serm., CCXCII, n. 4, P. L., t. xxxvin, coi. 1322 : Apostolica et vera sententia est, quia Christus Salvator omnium hominum. Cf. J.-B. Faure, ad cap. xlvii Enchir. ; Stentrup, De Verbo incarnato, Soleriologia, th. xxxm, t. i, p. 387-416. Voir plus loin la doctrine de la grâce. — Quant aux anges, Augustin eut craint de favoriser la croyance origéniste au salut final des démons, s'il ne les laissait en dehors de la rédemption. Il signale seulement, Enchirid., c. lxi-lxii, P. L., t. XL, col. 260-261. que la mort du Christ a réuni hommes justes et lions anges en une même cité de Dieu, dans laquelle les élus remplaceront les anges déchus. 3· question : Saint Augustin a-t-il vu dans ia ré- I. - 75 2371 AUGUSTIN (SAINT) demption «ne rançon payée au demon, non à Dieu? On le lui a reproché, ainsi qu’à d'autres Pères, comme si le démon avait acquis, par le péché, le droit de tenir en esclavage l'humanité, en sorte que le sang du Christ, au lieu d'etre offert à Dieu, aurait été le prix payé au démon. Conception odieuse, inspirée par le gnosticisme oriental, que saint Grégoire de Nazianze, Orat., XL, P. G., t. xxxvi, col. 654, stigmatisait déjà comme inju­ rieuse à Dieu. Mais, quoi qu’il en soit des autres Pères, est-il vrai qu’Augustin ait compris ainsi la rédemption? Sans doute, lui aussi, il décrit l’esclavage du démon, à qui les hommes se sont vendus, vendere se potuerunt, sed redimere non potuerunt; il affirme que le sang du Christ a été le prix de notre rachat; il parle de piège tendu au démon sur la croix : le corps du Christ a été l’appât sur lequel il s’est précipité, etc. Cf. Serm., CCLXin, n. 1, P. L., t. xxxviii, col. 1210; cxxxiv. c. v, n. 6, col. 745. Mais si l'on examine le sens de ces images, il est absolument évident que cette mise en scène n’est qu'une façon de dramatiser la défaite du démon et notre délivrance : la doctrine d'Augustin non seulement est étrangère à la grossière conception d’une rançon payée au démon, mais elle peut donner la clef des expressions employées par certains Pères. Voici quelques preuves : a) Jamais Augustin n’a exprimé la pensée que le Christ ait traité avec le démon, qu’il soit médiateur entre l’homme et le démon, ni que son sang ait été oflert au démon. 11 ne connaît qu’une seule médiation, entre les hommes et son Père; cf. Enchirid., c. cvni, P. L., t. XL, col. 282; De prædest. sanct., c. xxx, n. 15, P. L., t. xliv, col. 981 ; une seule rédemption propre­ ment dite, celle qui nous rachète de la colère de Dieu : Omnis natura humana justificari et redimi ab ira Dei justissima, hoc est a vindicta, nullo modo potest nisi per fidem ac sacramentum, sanguinis Christi. De nat. et- grat., c. II, n. 2, P. L., t. xliv, coi. 149. L'expiation des péchés par le sacrifice offert a son Père est pour le docteur d'Hippone l'idée centrale de la rédemption et du christianisme, comme l’ont démontré les textes cités plus haut. Prétendre avec Harnack que cette ré­ conciliation avec Dieu n’apparaît qu’au second rang, c’est absolument dénaturer les faits. b) Bien plus, notre délivrance du démon est présen­ tée partout comme la pure conséquence de l’expiation et de la réconciliation avec Dieu, non comme le résul­ tat d’une rançon payée au démon. Ce principe est d’une importance capitale. Loin de mettre en première ligne je ne sais quel trafic avec le démon, partout Augustin montre que celui-ci a été vaincu précisément parce que Dieu a reçu satisfaction et a pardonné. De civit., 1. X, c. xxn, P. L., t. xli, col. 300 : vincitur (dæmon)... per mediatorem Dei et hominum Christum Jesum, per quem, facta peccatorum purgatione, reconciliamur Deo. Non enim nisi peccatis homines separantur a Deo. Cf. De Trin., 1. IV, c. xm, n. 17, P. L., t. xlii, coi. 899; De peccat, mer., 1. II, c. xxx, n. 9, P. L., t. xliv, coi. 180; In Joa., tr. LUI, n. 6, P. L., t. xxxv, coi. 1771-1772; Serm., ccclxiii. n. 2, P. L., t. xxxix, coi. 1635. c) La théorie de saint Augustin sur la défaite du démon exclut positivement toute idée de rançon. On trouve cette théorie développée au 1. XIII De Trinit., c. xn, n. 16, P. L., t. xi.ii. col. 1026 : tout est à lire et à peser, en particulier les principes suivants : a. Le dé­ mon n’avait aucun droit sur nous : ce qu’on appelle ainsi n’est qu’une permission de Dieu de châtier les pécheurs : il était bourreau, non le maître. — b. Donc aucune rançon n’était due : mais la rémission des pé­ chés par Dieu entraînait notre liberté : Si ergo com­ missio peccatorum, per iram Dei justam, hominem subdidit diabolo, profecto remissio peccatorum per reconciliationem Dei benignam eruit hominem a dia­ bolo. Loc. cit., n. 16, coi. 1026. — c. Ce pardon pouvait 2372 être gratuit sans réparation : il convenait mieux que la justice divine fût satislaite, et que le démon perdit son empire par suite de son injustice, et c’est le plan de la passion : Jésus meurt pour les coupables, le démon est le meurtrier in juste de cet innocent, il est puni et perd son empire sur ses victimes : Quæ est igitur justitia, qua victus est diabolus? Certes, c’était le cas de parler de rançon : bien différente est la réponse : Quæ, nisi justitia Jesu Christi? Et quomodo victus est? Quia cum in eo nihil morte dignum inveniret, occidit eum tamen. Et utique justum est ut debitores quos tenebat, liberi- dimittantur... Ibid., n. 18, coi. 1027-1028. Et cette explication revient sans cesse : fudit sanguinem innocentis, jussus est recedere a nocentibus, Serm., cxxx. n. 2, P. L., t. XXXVIII, coi. 726; peremisti quem non debebas, redde quod tenebas. Serm., cxxxiv, n. 6, coi. 745. Et au sermon cxxx, n. 2, coi. 726, avec plus d’énergie encore, il dit du démon : Ille autem potuit sanguinem istum fundere, non meruit bibere. Et in eo quod fudit sanguinem non debitoris, jussus est reddere debitores. Ille quippe sanguinem suum ad hoc fudit, ut peccata nostra deleret... Jstæ erant catenæ captivorum. Venit ille, alligavit fortem vinculis pas­ sionis suæ. Le rôle du démon est donc uniquement celui d’un vaincu et d’un châtié. C'est en ce sens que la croix a été pour lui un piège : muscipula tua erat; unde lætatus es, inde captus es. Serm., cxxxiv, n. 6, ibid., col. 745. Mais Augustin affirme que Jésus nous a rachetés du démon! — Oui. mais il dit aussi que Jésus nous a ra­ chetés de l'esclavage du péché, Serm., xxx, n. 1, ibid,, col. 188, rachetés de l’enfer, Serm., cccxliv, n. 4, col. 1515, rachetés de la mort. De nat. et grat., c. xxiv, n. 26, P. L., t. xliv. col. 260. Prétendra-t-on qu’il a payé une rançon au péché, à la mort et à l’enfer? 4" question : En quoi consiste, d'après saint Augus­ tin, l’œuvre morale du Christ? — Après le pardon des hommes par Dieu, le médiateur devait remporter une seconde victoire, ramener à Dieu les cœurs des hommes. De tous les Pères, sans contredit, nul n'a développé avec autant d’insistance qu’Augustin ce côté moral de l’incarnation. C’est même là un cachet tout personnel de sa doctrine : sa thèse sur l’humilité de Dieu dans l’incarnation est une de ses plus profondes conceptions. Les théologiens catholiques ont laissé aux ascètes la méditation de cet aspect de l’œuvre du Christ chez saint Augustin. Les critiques protestants, au contraire, sur­ tout dans ces derniers temps (plusieurs sans doute par­ ce que la théorie de l’expiation leur souriait moins, mais plusieurs aussi qui veulent la conserver) ont lait ressortir avec éclat la grande thèse auguslinienne du Christus humilis. Cf. Harnack, Lehrbuch der Dogmengesch., 3e édit., t. ni, p. 122; Scheel, op. cit., p. 345-440. Il suffira ici de préciser la pensée du doc­ teur d’Hippone. a) Dans le plan divin, l’humilité est la leçon fon­ damentale de l'incarnation. Partant, même dans ses ouvrages les plus théoriques. Augustin réunit le double but de ce mystère, l’expiation oflerte au Père céleste, et l’humilité réhabilitée par les insondables abaisse­ ments du Verbe fait homme. C’est le trait de la personne de Jésus-Christ qui a fait sur son âme comme sur saint Paul, l’apôtre de l’exinanivit, la plus profonde impres­ sion, Harnack revient sans cesse sur cette idée, et, pour lui, le Christus humilis est le centre de la christologie du docteur d'Hippone. Sans doute pour Augustin l'incar­ nation est le grand témoignage de l’amour de Dieu pour nous. Voir surtout De catech. rud., c. iv, n. 7-8, P. L., t. xi., col. 314-3I5. Mais cet amour lui-même amènera nos cœurs â aimer l'humilité de Dieu, qui, manifestée par de tels anéantissements, brise notre orgueil. « L’image idéale de l'humilité dans la gran­ deur, dit le célèbre critique, voilà ce qui a subjugué 2373 AUGUSTIN (SAINT) Augustin : l’orgueil c’est le péché, l'humilité est la source et la torce de tout bien. Dans les abaissements du Christ, il puisa ce sentiment nouveau qu'il a im­ planté dans l’Eglise, le culte de l'humilité. Cf. Lehrbuch der Dogniengesch., t. m. p. 122; Précis de l'hist. des dogmes, p. 270. Telle est bien l'impression que laisse ce texte du 1. VIII De Trinit., c. v, n. 7, P. L., t. xlii, col. 952, où l'humilité est présentée comme le grand mystère sauveur : Hoc enim prodest credere, et firmum algue inconcussum corde retinere, humilitatem qua natus est Deus ex femina et a mortalibus per tantas contumelias perductus ad mortem, summum esse medi­ camentum, quo superbite nostrie sanaretur tumor, et altum sacramentum quo peccati vinculum solveretur. b} Cest précisément par l'humilité que Jésus est pour nous la voie. Dans les Confessions il raconte comment lui fut révélé, à lui qui ne voyait encore dans le Christ qu'un homme incomparable, le rôle de Jésus, voie des âmes, mais voie par l'humilité: non etiin tenebam dé­ suni, humilis humilem, nec cujus rei magistra esset ejus infirmitas, noveram: Verbum enim tuum... ædificavit sibi humilem domum de limo nostro (la nature humaine), per quam subdendos deprimeret a seipsis, et ad se tra­ jiceret sanans tumorem et nutriens amorem. L. VII, c. xvin, n. 24, P. L., t. xxxn, col. 745; cf. c. xix-xx. Un peu plus loin, il s'écrie, parlant de son orgueil passé: Ubi erat ilia ædificans caritas a fundamento humi­ litatis quod est Christus Jesus? η. 26, col. 747. Tel est le thème ordinaire de ses discours de Noël : Doctrinam tantæ humilitatis agnosce... Tantum te pressit humana superbia ut te non posset nisi humilitas sublevare DIVINA. c) C’est au Verbe, à la personne divine, non à l’hu­ manité, qu’il attribue cette humilité. Dieu sans doute ne peut s’humilier dans sa nature divine: mais Dieu consentant à s'unir à une nature créée, voilà la grande leçon de l’humilité! Dieu seul pouvait être le maître de cette vertu. Via humilitatis hujus aliunde manat, a Christo venit: Hæc via ab illo est qui, cum esset altis, humilis venit... Quid aliud docuit nisi hanc humilita­ tem? ηϋη immerito ait: ego sum via.... In hac ergo humilitate propinquamur ad Deum. Enarr. in Ps. xxxi, n. 18, P. L., t. xxxvi, col. 270. Ainsi la leçon de l’humilité, Augustin l'exalte moins dans la vie et la pas­ sion du Sauveur, que dans le fait primordial de l’incar­ nation, décrétée et réalisée par le Verbe. Quel mot pro­ fond que celui où il montre le Christ vainqueur parce qu’en lui Dieu est humblement uni à l’humanité : qui vicit, et homo erat et Deus; et ideo sic vicit natus ex Virgine, quia Deus humiliter, non quomodo alios sanctos, regebat illum hominem, sed gerebat. De Trin., I. XIII, c. xvni, n. 23, P. L., t. xlh, col. 1033. Ci. In Ps. vm, n. 11, P. L., t. xxxvi, col. 114; In Ps. xvin, n. 15, col. 163; Epist., ccv, ad Consentiunt, n. 11, P. L., t. xxxm, col. 916; De pecc. orig., c. xl, n. 46, P. L., t. xi.iv, col. 409. Conclusion. — Unrésumé précis de la théorie augustiniennede la rédemption nous est fourni dans l'Enchiridion, c. cvni. Harnack le commente, Lehrbuch, t. ni, p. 191, comme l’expression de son système. Que le lec­ teur juge: Cum genus humanum peccata longe sepa­ raverunt a Deo, per mediatorem, qui solus sine pec­ cato natus est, vixit, occisus est, reconciliari nos oportebat Deo usque ad carnis resurrectionem in vitam telernam (voilà le but premier de l’incarnation, répara­ tion et réconciliation avec Dieu); ut humana superbia per humilitatem Dei argueretur ac sanaretur et de­ monstraretur homini quam longe a Deo recesserat... (seconde lin de l'incarnation: œuvre morale du Christ humble, œuvre capitale, mais après la réconciliation: celle-ci étant affirmée, il n’y a plus d’apparence ratio­ naliste et abailardienne. comme le croit Harnack); et Unigenito suscipiente formam servi, quæ nihil ante 2374 meruerat, fons CRATI.e PANDERETUR (résultat d· ! œuvre rédemptrice: ce n’est pas seulement le pardon, la d vrance, mais la sanctification par une grâce comparée à celle de l’incarnation); et carnis etiam resunv,·;·.·. re­ demptis promissa in ipso redemptore prsemonstra,·. t,,r (rôle de la résurrection, garantie du triomphe futur que nous assure la réconciliation par le Christ·; et per eanidcm naturam quam se decepisse lætabalur, dia­ bolus vinceretur (la délivrance du démon représentée comme une victoire sur lui, remportée par la nature humaine, et comme une conséquence de la récomd ition avec Dieu: de rançon payée au démon, pas un •mot). 4. La Mère du Christ d'après saint Augustin. — La théologie de la Mère de Dieu était, en plein épanouisse­ ment au iv' siècle. C’était la suite du développement de la christologie. Par le même principe qui élevait l'hu­ manité du Christ a un rang divin, la mère de qui Dieu avait voulu naître devenait en toute vérité Θεοτόκο; (expression déjà employée par Athanase et Grégoire de Nazianze) et ce titre à son tour enfermait d’ineffables privilèges. Augustin, de l’aveu des critiques protestants, ci. Harnack, Lehrb. der Dogniengesch., t. m, p. 217, loin d’arrêter cet élan, contribua puissamment à l’ac­ célérer. Signalons quelques traits principaux : a) Le rôle incomparable de la Mère de Dieu dans le plan divin est mis en relief par le grand docteur. Il ne se contente pas d’affirmer, avant le concile d’Ephèse, la maternité divine: natus est Deus ex femina, dit-il. De Trin., 1. VIII, c. v, n. 7, P. L., t. xlii, col. 952. Cf. De Gen. ad litt. lib. imperf., c. i, n. 4, P. L., t. xxxiv, col. 221 ; Serm., clxxxvi, n. 1, P. L., t. xxxvm, col. 999. Il en cherche la raison profonde et affirme que Dieu a voulu l'enfantement du Sauveur par Marie précisément afin quelle concourût à la délivrance de l’humanité. Adam et Eve l’ont perdue; Jésus et Marie la sauveront. Ainsi la coopération de Marie à la rédemption n'est pas seulement une conséquence de sa maternité, elle est l’intention première de Dieu. H ne s’agit pas seulement d’honorer les deux sexes, dit-il dans le De agone christ., c. xxn, n. 24, P. L., t. XL, col. 303, il y a là un mystère plus profond: Huc accedit magnum sacramen­ tum, ut quoniam per feminam mors nobis acciderat, vita nobis per feminam nasceretur; de même, ajoutet-il, il fallait que le démon fût vaincu par les deux sexes. b) La virginité perpétuelle de Marie, même in partu, est très résolument défendue contre Jovinien. Epist., cxxxvn, ad Valus., n. 8, P. L., t. xxxm, col. 519; clxii, ad Evodium, n. 6, col. 707; Op. imp. cont. Jul., 1. IV, n. 122. P. L., t. xlv, col. 1418 (Julien et Augustin sont d’accord sur ce point). Dans les sermons pour No· I il célèbre celte merveille. Serm., clxxxvi, n. 1, P. L., t. xxxvm, col. 999 : Concipiens virgo, pariens ·. ■ , virgo perpetua. Quid miraris hæc, o homo? Il a :.,· a attribuer à la toi de Marie l'accomplissement de ces merveilles. Serm., ccxv, n. 4, ibid., col. 1074 :,.·..· ·? peperil. c) La préservation de tout péché (au moins per­ sonnel) est affirmée comme un admirable privilege dû à la dignité incomparable de Marie. De nat. et grat., c. xxxvi, n. 42, P. L., t. xi.iv, col. 267 : Excepta itaque sancta Virgine Maria, de ίμια PBOPTBh BOXotl st Domini nullam prorsus, cum de peccatis agitur, ha­ beri volo quæslionem : unde enim scimus quid e< p as gratiæ collatum fuerit ad vincendum omni ex parte peccatum, quæ concipere ac parere mebcit, quem constat nullum habuisse peccatum. Il faut remarquer que sajnt Augustin vient de ranger parmi les pécheurs les justes les plus célèbres de ΓAncien Testamen:. Ai-:L Enoch, Abraham, Élie,... saint Joseph lui-mème. Har­ nack a fort bien compris l'importance d’un si grand privilège, surtout appuyé sur de tels motifs. < Augustin, 2375 AUGUSTIN (SAINT) 237ό à la prédestination ; 8° théories augustiniennes en oppo­ dit-il, a si énergiquement proclamé la culpabilité de tout homme, même des saints, que cette exception en sition apparente avec le système exposé. 1» Interprétations diverses du système de saint laveur de Marie a contribué à lui donner tin rang à part Augustin.— La part de Dieu et de l'homme dans le salut, entre le Christ et les chrétiens; et, pour exprimer la capacité de grâce en Marie, Augustin emploie les mêmes l'accord de la grâce et de la liberté, c’est sans contredit expressions que pour Jésus. » Lehrbuch der Dogmenla partie principale de la doctrine de l’évêque d'Hip­ gesch., t. m, p. 217. Ce principe ne doit pas être oublié pone; c’est celle où sa pensée a été à la fois la plus personnelle, la plus puissante et la plus contestée : la dans la question suivante. d) L’immaculée conception a-t-elle été affirmée par plus personnelle, puisqu’il a le premier synthétisé les saint Augustin?D’après VOpus imper/, cont. Jul., 1. IV, grandes théories de la chute, delà grâce et de la liberté, n. 122, P. L., t. xi.v, col. 1418, il est certain que Julien et que de plus il a donné, pour les concilier, une expli­ crut le confondre en lui objectant que par sa théorie du cation profonde, vraiment à lui, dont on ne trouve pas péché originel, il condamnait la Vierge mère à ètre es­ trace chez ses prédécesseurs : aussi le mot augustinisme a-t-il été ordinairement réservé pour désigner, non clave du démon. Voici la réponse intégrale du saint docteur : Non transcribimus diabolo Mariam condi­ toute la doctrine d'Augustin, mais son système de la tione nascendi, sed ideo quia ipsa conditio solvitur grâce; — la plus puissante, car, de l’aveu de tous, c’est gratia remiscendi. Nombre de catholiques, comme lui surtout qui a assuré le triomphe de la liberté contre Schwane, Itogmengeschichte, t. n. p. 691, trad, iranç., les manichéens, et de la grâce contre les pélagiens ; sa t. m, p. 184, et certains protestants, comme Schaff, doctrine, pour une grande part, a été solennellement adoptée par l'Église, et on sait que les canons du con­ voir co|. 2324, ont vu là une affirmation du grand pri­ vilège. D'autres avec le P. Odilo Rottmanner, Histocile d’Orange sont littéralement empruntés à ses risches Jahrb., 1898, p. 895, ne croient pas le texte écrits; — la plus contestée aussi : comme saint Paul, concluant. Harnack, op. cil., p. 217, dit qu'il ne suffit dont il développe l’enseignement, il a été souvent allé­ pas pour affirmer avec certitude. Pour conclure, com­ gué, souvent incompris; amis et ennemis ont exploité parons les deux seules interprétations possibles de ce sa doctrine dans les sens les plus divers; sans entrer texte : a. La première : « Non, nous ne soumettons pas ici dans le détail des interprétations qui en ont été Marie au démon par la loi de la naissance, et cela, parce données (voir Augustinisme), trois faits méritent que la grâce de la régénération l’a préservée de cette d'être signalés. triste loi. » Ce sens admis, Marie n'a jamais été esclave Dans tous les temps les adversaires de la liberté, du démon, l’objection de Julien tombe à terre; il y a prédestinatiens, wicleffistes, calvinistes et jansénistes, se accord parfait avec la protestation citée plus haut sont réclamés d’Augustin. dont les termes sont si universels : « dès qu'il s’agit de Les théologiens catholiques ont, il est vrai, généra­ péché, je ne veux plus qu'il soit question de la Mère du lement reconnu qu’Augustin sauvegarde les droits de la Sauveur. » — b. Deuxième interprétation : « Nous ne sou­ liberté; mais ils se sont étrangement divisés sur la mettons pas Marie au démon, parce que, née dans le nature de cette liberté et sur l’explication de l’action péché par la loi générale de toute naissance, elle en a divine d'après Augustin. été délivrée par la grâce de la régénération. » L'imma­ De nos jours, on doit l’avouer, chez de nombreux culée conception disparait, mais en même temps que de critiques de tous les partis, domine l’interprétation difficultés! 1« Au lieu d’une réponse â Julien, c’est un sévère qui fait d’Augustin le théoricien d’un détermi­ aveu et une défaite : on lui accorde tout, la mère de nisme divin fatal à la liberté. Richard Simon avait déjà Dieu a été esclave du démon. 2’ Elle est mise absolu­ essayé, dans son Histoire critique des commentateurs ment au même rang que tous les autres hommes dont du N. T., de montrer dans Augustin un novateur en le péché originel a été effacé; il n'y a même pas une rupture ouverte avec l'enseignement traditionnel intro­ indication sur le moment de sa justification : que de­ duisant des dogmes nouveaux inconciliables avec la vient ce rang à part, à côté du Christ, si justement si­ liberté. Son récent historien, II. Margival, est encore gnalé par Harnack, dans la doctrine d'Augustin? 3° Bien plus sévère. Dans la Revue d'histoire et de littérature plus, on prête au grand docteur une contradiction dans religieuses, t. tv (1899), p. 447, il montre Augustin vic­ la même phrase : les mots non transcribimus nient time du pessimisme métaphysique, puisé inconsciem­ toute servitude du démon, et aussitôt après on l’accorde. ment dans les doctrines manichéennes : « Jamais la Augustin dirait à la lettre : « nous ne soumettons pas conception orientale de la nécessité et de l’éternité du Marie au démon, et cela parce qu'elle est réellement mal n’aura un plus zélé défenseur que cet évêque... son esclave en naissant, mais plus tard elle est régé­ Il n’opposera rien en somme au stoïcisme chrétien du nérée. » Au lecteur de décider si cette interprétation est moine breton Pélage que les explications d’un cœur vraisemblable. D’autre part, il faut reconnaître que, fragile, l’histoire de ses intimes et inévitables dé­ dans le même ouvrage, 1. VI, n. 22, ibid., col. 1535, faites. » Augustin semble n’exceptcr que Jésus-Christ. Mais, si Le savant bénédictin dom Odilo Rottmanner, Der on approfondit mieux ce texte, Augustin y traite uni­ ' Auguslinismus, p. 29, conclut ainsi une pénétrante quement de la transmission de droit du péché originel, analyse de la doctrine d’Augustin sur la grâce : chez transmission qui affecte tous ceux qui descendent saint Augustin dans la doctrine de la prédestination, il d’Adam par génération naturelle, et en ce sens Jésusy a désaccord entre la théorie et la pratique : la douceur Christ est seul exempt. Marie n’est pas exempte de de la pratique est restée inaltérable, les sermons le droit, elle est exceptée en fait, en vertu même de la ré­ prouvent; la théorie, d’abord inoffensive, s’est conti­ demption de celui qui est exempt de droit. nuellement développée dans le sens d’une excessive V. LE Sl'STEME DE SAINT AUGUSTIN SUR LA GRACE ET rigueur et d une action irrésistible de Dieu sur la LB GOUVERNEMENT DIVIN DE LA LIBERTÉ. — Dans Cette liberté. D’ailleurs, cette variété incessante empêche de question capitale nous distinguerons, pour ’plus de trouver chez lui un système complet et dont les parties clarté, les points suivants : 1“ les deux interprétations soient logiquement enchaînées. opposées du système de saint Augustin; 2° développe­ Les critiques protestants contemporains, même les ment historique de sa pensée, avant Pelage; 3" le plus sincères admirateurs d’Augustin, sont impitoyables. système pélagien ; 4° vue d’ensemble des dogmes défen­ Tandis que les anciens réformateurs se réclamaient de dus contre Pélage; 5° le système augustinien dans ses lui pour nier le libre arbitre, leurs successeurs se trois principes fondamentaux; 6° application du déclarent les défenseurs de la liberté contre lui. Cf. système à la doctrine du péché originel; 7» application Haag, Histoire des dogmes chrétiens, Paris, 1862, t. i, 2377 AUGUSTIN (SAINT) p. 207-213. Loofs, Dogmengeschichte, 3' édit., Halle, I 1893, p. 237, 244, lui attribue une prédestination et une grâce irrésistibles en opposition avec la liberté, avec saint Jérôme, avec le catholicisme vulgaire qui ne put s’y habituer et ne se déclara augustinien qu’en adoptant en fait le semipélagianisme. Harnack voit dans la théorie augustinienne de la grâce de « nombreuses con­ tradictions » et des « restes de manichéi. me ». Précis d'histoire des dogmes, trad, franç., p. 287 ; Lehrbuch der Dogmengeschichte, 1897, t. ni, p. 202, 205. Comme Loofs et beaucoup d'autres, il a été trompé par cette fausse idée d'une grâce irrésistible. Or, une étude purement objective des textes, mais de tous les textes, spécialement de la dernière époque, considérés dans leur liaison et dans le sens indiqué par Augustin lui-même (ce qui est.la vraie méthode historisque), amène à une conclusion absolument différente. II ne s'agit pas de pallier les exagérations et les erreurs d'un Père — lui-même en a rétracté un bon nombre et il en est d'autres que nous signalerons; il s’agit de trouver sa vraie pensée, son vrai système complet et logique, tel qu’il l’a compris. Malgré des exagérations trop réelles sur certains points, malgré des difficultés qui expliquent, même sans parti pris, les dissentiments, nous croyons les textes assez clairs et les critiques assez impartiaux pour proposer une revision de jugements trop sévères. Et nous affirmons sans hésiter : I. que saint Augustin s’est formé un vrai système parfaitement enchaîné, sans contradictions, et dont le fond n’a pas varié depuis son épiscopat, à en juger par ses derniers ouvrages; 2. que dans ce système la liberté humaine fut jusqu’au dernier jour très nettement affirmée tandis que jamais on n’y trouve une impulsion irrésistible et nécessitante. 2» Développement historique de la pensée d’Augus­ tin sur la grâce. — 1. Origine du problème. — A. 11 est bien antérieur pour Augustin aux premières luttes pélagiennes de 412 : c’est là un fait aujourd’hui incon­ testé. A mesure qu’Augustin condamnait le manichéisme et résolvait le problème du mal par le rôle qu’y joue la liberté humaine, surgissait pour lui le problème du bien sous son triple aspect philosophique, théologique et spécialement paulinien. a) Le philosophe habitué à chercher en tout l’action de Dieu dut se demander comment se conciliaient deux sou­ verainetés, celle du gouvernement divin et celle de la liberté de l’homme. La prescience divine, que les philoso­ phes anciens avaient niée pour sauvegarder la liberté, ne l'inquiétait pas : puisque Dieu sait que je ferai librement telle action, la vérification de cette science, loin de détruire l’indépendance de mon acte, l’exige infaillible­ ment. La prescience n'agit pas plus sur l’avenir que la mémoire sur le passé. De civit. Dei, 1. V, c. ix, n. 4, P. L., t. xli, col. 148-152; De libero arb., 1. III, c. miv, n. 7, P. L., t. xxxn, col. 1275-1276; In Joa., tr. LUI, n. 4, P. L., t. xxxv, col. 1776. Ce n'est pas même le concours de l'action divine avec l'activité créée qui le préoccupe le plus ordinairement. Pélage niera ce concours, comme toute intervention divine; mais ce côté du problème ne sera touché que très indirecte­ ment. Ce qui fixe l’attention d’Augustin, c’est le rôle spécial de Dieu dans la vie morale : vertu, sainteté, tout cela est-il dû à la seule liberté humaine? Ou si on en cherche l’origine en Dieu, que devient la liberté? b) Pour le théologien, la révélation compliquait le problème en affirmant une influence mystérieuse et continuelle du Christ dans le chrétien : Sine me nihil potestis facere. Joa., xv, 5. La question d'une grâce surnaturelle venait s’ajouter à celle de la providence. c) Mais le dogme paulinien de la prédestination divine séparant les élus des réprouvés, comme d’une, même argile le potier fait des vases d’honneur et des vases d’ignominie, ajoutait cette autre question : comment | 2378 la liberté n'est-elle pas anéantie par la chute d'Adam et parla prédestination gratuite de Dieu? Voilà l’aspect de la question pour Augustin dès le début de son apostolat, et il ébauchait déjà une réponse dans son Expositio quarumdam proposition C’est là une vue entièrement erronée, comme l’ont prouvé Loofs, Realencyclopâdie, 3’ édit., art. Augus­ tinus, t. n. p. 278, et Reuter, August. Studien, p. 46. Celui-ci établit que les théories de l’Église et de la grâce sont chez Augustin deux chapitres indépendants l'un de l’autre, et que jamais il ne se prévalut de la doctrine du péché originel pour appuyer ses théories sur l’Église. Ses nombreux écrits n’offrent pas trace de cette préoccupation. 2. Diverses phases de la pensée augustinienne et erreurs de la première période. — A. En aucune ques­ tion l’étude des œuvres d’Augustin dans l'ordre chrono­ logique n’est aussi importante qu’ici. Déjà de son temps les seinipélagiens opposaient ses premiers écrits aux derniers; et saint Augustin leur répondait : « C'est vrai, j'ai mieux vu, j'ai corrigé; puisque vous me lisez, pour­ quoi ne progressez-vous pas avec moi ? » Cf. De prædest. sanct., c. iv, n. 8, P. L., t. xliv, col. 966. B. Mais il faut se garder d'exagérer, comme faisaient les jansénistes soutenant qu’Augustin écrivant le De spiritu et littera (412) était encore pélagien. Même avant son épiscopat dès 393, Augustin formulait dans le De div. quæst. lxxxiii, q. lxvi, n. 5, P. L., t. xi., col. 71, les grandes thèses du péché originel, ex quo in paradiso natura nostra peccavit; de la masse de perdition : omnes una massa luti facti sumus, quod est massa peccati, et de la prédestination gratuite. Seule­ ment jusqu’à son épiscopat il n’avait pas compris comment la première bonne disposition de la volonté, par exemple la foi, doit venir de Dieu; et il attribue à la liberté seule cet initium salutis. Au fond tout le semipélagianisme (non le pélagianisme, comme préten­ dait Jansénius) pouvait entrer par là. Cette erreur unique avait inspiré diverses formules qu’il a lui-même corri­ gées plus tard. Telles sont les suivantes : a} La vocation à la foi est un don gratuit de Dieu; mais l'acceptation de la foi est le fait de la liberté seule. Lib. lxxxiii quæst., q. lxvi, n. 3, P. L., t. XL, col. 71. Cf. Retrait., 1.1, c. xxvi, 16, P. L., t. xxxn, col. 628. — b) Dans la masse de l'humanité déchue. Dieu aperçoit des différences qui justifient les grâces diverses accordées aux uns ou aux autres. Ibid,, n. 4. — c) Deus non miseretur, nisi vo­ luntas præcesseril. Ibid., η. 5, col. 76. Plus tard il dira que tout bon désir est déjà une miséricorde de Dieu. — d) La grâce de la vocation n’était alors pour lui que la prédication extérieure; il oubliait l’appel intime au fond du cœur qui sait se faire accepter infailliblement Cf. De prædest. sanct., c. ni, n. 7, P. L., t. XL, col. t*àl. — e) Croire et vouloir viennent de nons seuls; opérer le bien est le don de la grâce. Expositio quaruimtarn propositionum ex Epist. ad Rom., prop. 55, 60. 61, P. L., t. xxxv, col. 1076-2080. Cf. Retract., 1. I. c. xxm, 2379 AUGUSTIN (SAINT) 2380 préface, p. xix, p. 193, ont signalé l’importance de cet P. L.,t. xxxn, col. 621. — f) De même il enseignait ouvrage. « A partir de 397, dit M. Martin, loc. cit., c’est que la foi mérite la grâce qui justifie. Expositio, etc., la période de la connaissance exacte, précise et, on peut prop. 60, 62. Ce qui est exact, ajoutent les Rétrac­ tations, I. I, c. xxm, n. 4, pourvu que la foi elle-même dire, définitive. » C. La comparaison des textes achève la conviction. II soit proclamée don de Dieu. 3. En 391 le système augustinien est complet. — n’est pas exact que les formules les plus dures soient réservées à la dernière période; la prédestination n’a Importance du De div. quæsl. ad Simplicianum. — nulle part une tonne plus absolue que dans la Quæsl. il Une exagération qu’il importe de dissiper consiste à ail Simplic., n. 12, 13. Au contraire sur plusieurs points, prolonger indéfiniment les hésitations d’Augustin. Pressé par les arguments des pélagiens, il n’aurait par exemple sur le sort des enfants, M. Turmel observe cessé de resserrer le champ de la liberté; et vers la fin que certaines formules adoucies sont plus récentes. de sa vie seulement il aurait formulé cette prédestina­ Revue d'hist. et de till, relig., 1902, p. 211. Il conclut cependant qu’il n’y a pas lieu de recourir à une évo­ tion absolue qui l’anéantit. C’est une erreur. Si la pré­ lution depuis 397. destination détruit la liberté, c’est dès 397 qu’Augustin a nié celle-ci; car dès le début même de son épiscopat 3° Le système pélagien. — Il faut le connaître si on (quinze ans avant la controverse pêlagienne) il a formulé veut comprendre la théorie et la terminologie d’Au­ son système dans une fameuse consultation, qui n'a gustin. Or, si les erreurs particulières sont très connues été ni assez étudiée ni assez comprise. Simplicianus, et doivent être développées ailleurs, voir PÉI.AGE, l’idée successeur d’Ambroise sur le siège de Milan, entre mère d’où elles sont issues et le fond même de la con­ autres questions posées à son ancien disciple Augustin, troverse pélagienne le sont moins. l'interroge sur le chapitre tx de l’Épitre aux Romains. 1. Erreurs dogmatiques des pélagiens. — Elles sont La réponse, De div. quæsl. ad Simplicianum, 1. 1. q. clairement énoncées dans la première condamnation il, L., t. XL, col. 104-147, constitue par sa précision, prononcée au concile de Carthage dès 411. Voir Marius sa plénitude, sa clarté et surtout par l’explication ra­ Mercator, Commonit. super nomine Cælestii, P. L., tionnelle qu’il ajoute au dogme, la véritable clef du t. xlviit, col. 69, 70, et plus complètement dans le Liber système augustinien. On doit la relire si on veut saisir subnotationum, ibid., col. 114-115. Cf. Mansi, t. iv, le fond de la pensée et la portée des formules conti­ col. 289-292. On reprochait à Célestius, disciple de Pénuellement employées, mais dont le sens n'est guère lage, plus hardi que son maître, les erreurs suivantes ; a) Adam a été créé mortel ; pécheur ou non, il devait indiqué qu’ici. Cette assertion étonnera. En voici les mourir. Négation de l’élévation surnaturelle du pre­ preuves : mier homme; ni iustice originelle, ni privilèges préter­ A. Augustin lui-même dans ses dernières années, et naturels qui en découlaient. — b) Le péché d’Adam avec une insistance trop peu remarquée, renvoie ses a nui ά lui seul, non au genre huptain. Négation du adversaires à ce livre. Dans les Retract., I. II, c. i, P. L., péché originel. — c) Les enfants naissent aujourd'hui, t. xxxn, col. 629, loin de rien modifier, il affirme que dans l’état où se trouvait Adam avant sa faute. Syn­ ses recherches furent couronnées par le triomphe de la thèse des deux premières erreurs : la mort, la concu­ grâce, in cujus quæstionis solutione laboratum est qui­ piscence, etc., etc., ne sont point l’effet du péché d’Adam, dem pro libero arbitrio voluntatis humante : sed vicit mais la condition originelle de l'humanité. — d) « Adam dei gratia. Dans le De dono perseveranliæ (en 428-429), c. XXI, η. 55, P. L-, t. xi.v, col. 1027, il affirme que là, par sa mort [ou sa prévarication] n’a point fait mourir antequam pelagiana hæresis appareret, il a enseigné tout le genre humain, [puisque] le Christ par sa résur­ la vraie doctrine de la grâce et de la prédestination. rection n’a point fait revivre le genre humain tout D’après le De prædestinalione sanct. (en 429). c. iv, n. 8, entier. » Le grand argument de Célestius et des péla­ giens pour nier le péché originel : c’est un fait que le P. L., t. xliv, col. 966, c’est là seulement que les semiChrist par sa résurrection ne donne à personne la vie pélagiens auraient pu trouver la solution du grand pro­ blème : « Qu’on leur envoie donc ces livres, » dit-il : immortelle du corps, et ne donne pas à tous la vie de Invenissent islam quæstionem secundum veritatem l’àme, mais seulement à ceux qui croient et se conver­ Scripturarum in 1° libro... ad Simplicianum, nisi tissent. Donc, concluent-ils, Adam n'a causé la mort forte eos non noverint ; quod si ita est, facite ut noverint. corporelle pour personne, et la mort de l’àme que pour Et cette solution, il l’ose attribuer à une illumination ceux-là seuls qui imitent sa prévarication, non pour tous. Sans cela Adam pourrait plus, pour nous perdre, divine : Quant mihi Deus in bac quæstione solvenda, que le Christ pour nous sauver. Tel est certainement cum ad episcopum Simplicianum,sicutdiæi,scriberem, revelavit. Qu’on adoucisse tant qu’on voudra la portée le sens de cet article ; les pélagiens entendaient la mort de cette révélation, si on songe qu’Augustin parle ainsi par Adam dans le double sens corporel et spirituel, et insistaient sur ce fait que « tous ne renaissent pas à la fin de sa vie, dans ses ouvrages les plus prédestina­ tions, il n’est point permis de ne pas tenir grand compte spirituellement en Jésus-Christ ». Voir le discours de Pélage cité par Mercator à propos de cet article, op. de cette consultation. B. Du reste, des critiques très pénétrants ont saisi cil., P. L., t. xlviii, col. 88-89; Mansi, t. iv, col. 295. l'importance de ce livre, bien qu’ils ne semblent pas en On voit ici l’affinité des erreurs pélagiennes avec le avoir compris toute la doctrine. D’après Loofs, Realennestorianisme : le premier Adam ne nous ayant point cyclopüdie, 3· édit., t. n, p. 279-280, on peut avec des perdus, le second Adam n’est plus rédempteur. Le citations de cette seule Quæsl. il ad Simplicianum ' même concile d’Éphèse devait condamner les deux reproduire toute la doctrine spécifiquement augusti­ hérésies. — Les mots mis entre [] sont des variantes nienne sur la grâce telle qu elle fut défendue plus tard empruntées l'une à l’édition du Commonitorium par contre les pélagiens et les semipélagiens. Et ce travail Baluze, Mansi, t. iv, col. 293; l'autre au Lib. subnotat., de synthèse, Loofs l’a ébauché dans son article. Jleuter, de Mercator, P. L., t. xlviii, col. 115; les retrancheraitAugustinische Studien, p. 10, dit que nulle part on ne on, le sens reste le même, mais moins clair. — e) « Les surprend mieux, dans le travail même de sa formation, enfants morts sans baptême jouissent de la vie éternelle, le système augustinien de la grâce et de la prédestination. conséquence de la négation du péché originel : on Dés ce temps-là était dessiné tout le schema de la excluait cependant ces enfants du regnum cælorum, sans seconde forme que sa doctrine allait revêtir. pouvoir expliquer en quoi celui-ci différait de la vita Parmi les écrivains catholiques contemporains, l’abbé ælerna. » —f)« L'homme peut ètre sans péché et obser­ Turmel, Revue d’histoire et de littérature religieuses, ver avec facilité les commandements, puisque même avant la venue du Christ il exista des hommes sans 1900, p. 392, et l’abbé Jules Martin, Saint Augustin, 2381 AUGUSTIN (SAINT) 2382 péché, et la Loi conduisait au royaume des cieux aussi qui, selon la remarque de Neander, Kirchengesd ->,u, bien que l’Évangile. » Cette affirmation de la perfection t. iv, p. 1135, confine Dieu dans son éternité « d’où atteinte ici-bas est un des traits les plus caractéristiques. il est simple spectateur, non acteur du drame du Ces erreurs sont la conséquence d’un système; mais monde ». quelle est l’idée mère qui les a inspirées? C. On s’est même demandé si Pélage n'avait pets 2. Idée fondamentale du système pélagien. — A. Elle nié également tout concours divin naturel.Le reproche n’est pas uniquement dans la négation de l'ordre sur­ lui fut adressé par Paul Orose, De arbitrii libertate, naturel; pour beaucoup, le pélagianisme est un natu­ η. 19, P. L., t. XXXI, col. 1188; par saint Jérôme, E; ■ t., ralisme excluant l’élévation surnaturelle, l’adoption cxxxm, ad Ctesiph., n. 7, P. L., t. xxn, col. 1155: divine, la chute, tout mérite d’un ordre supérieur, mais Audite sacrilegum : si, inquis, voluero curvare digitum, admettant que la volonté dépend du gouvernement movere manum, sedere, stare, ambulare..., semper divin. De là cette règle solennelle d'interprétation : tou­ mihi auxilium Dei necessarium erit? Cf. n. 5-6. De tes les fois qu’Augustin exige une grâce contre Pélage, grands théologiens ont cru l’accusation fondée : Bellaril s’agit d’un acte surnaturel. — Or, cette vue et cette min, De grat. et libero arbit., 1. IV; Suarez, Prolog., règle sont incomplètes : sans doute Pélage a nié toute 1. V, De gratia, c. iv, Paris, t. vu, p. 235; De prædest. grâce surnaturelle, quoi qu’en aient dit les jansénistes; Dei, 1. II, c. xvil, t. 1, p. 455; Tanner, De gratia, q. m, il admettait seulement les dons extérieurs de la révé­ disp. Ill, n. 65-68, t. Il, col. 1202; Arriaga, De gratia, lation, de la loi, des exemples du Christ. Cl. Augustin, disp. XLIII, n. 3; Maurus, De gratia, 1. VII, q. lxviii, De gratia Christi, c. νιι-χ, n. 8-11, P. L., t. xliv, n. 25; Scheeben, La dogmatique, § 131, trad, franç., col. 364-368; aveux de Julien dans Opus imperf. cont. t. m, n. 35. Ernst, lui aussi, Die Werke und Tugenden Jul., 1. I, c. xciv, P. L., t. xi.v, col. 1 1 1 1. Mais Pélage a der Unglaiibigen nach Augustin, p. 233, pense qu’au nié plus que cela; même en dehors de l’ordre surna­ début le reproche fut motivé. turel, il a exagéré les forces de la liberté. Et ces mêmes Le débat ici importe peu. 11 est certain que si saint théologiens le reconnaissent quand ils s’appuient sur la Augustin fut le grand théoricien du concours de Dieu controverse pélagienne pour aflirmer l’impossibilité, dans De Genesi ad litt., I. IX, c. xv, n. 28, P. L., sans une grâce, d’observer la loi naturelle, même quoad t. xxxiv, col. 404; 1. X, c. xx, col. 335; Epist., CCT, substantiam actus. ad Consentium, c. m, n. 17, P. L., t. xxxm, col. 948, B. Le fond du système pélagien est donc l’indé­ il ne lit pas porter sur ce point le débat avec les péla­ pendance absolue de la liberté par rapport à Dieu, et sa giens et leur attribua plutôt l’affirmation du concours. puissance illimitée pour le bien comme pour le mal. — De nupl. et concup., 1. II, c. iv, n. 12, P. L., t. xuv, a) L’origine en doit être cherchée dans le stoïcisme dont col. 443; Conlr. Jul., 1. V, c. xv, n. 53, ibid., col. 814. Pélage adopte la devise : On demande à Dieu richesse Cf. Opus imperf. contra Jul., 1. III, n. 144, P. L., ou santé, mais non la vertu qui dépend de nous. Saint t. xlv, col. 1305. Jérôme signalait déjà cette influence, Epist., cxxxm, ad Quoi qu’il en soit, c’est une règle absolue que jamais Ctesiph., n. 2, P. L., t. xxn, col. 1148, en s'écriant avec la grâce défendue par Augustin ne peut signifier le Tertullien : Philosophi, patriarchas hæretieorum, et au concours, puisque la grâce est toujours pour lui un n. 3, il montre Pélage alléguant, sous la fausse étiquette don spécialement accordé pour les seuls actes de vertu, du pape Sixte II, les pensées du pythagoricien Sextus. don qui discerne les bons des méchants. Augustin y fut un instant trompé. Retract., 1. II, c. xlii, D. La toute-puissance de la liberté pour le bien P. L., t. xxxn, col. 647. D’après Pélage, à Dieu créa­ était une suite de son émancipation. Saint Jérôme, teur l'homme doit l’être et la liberté (ce qu’il appelle Epist., cxxxm, ad Ctesiph., n. 10, P. L., t. xxn, possibilitas boni); c’est le seul don de Dieu, et, comme col. 1158, reprochait à Pélage de prétendre à la sainteté il est grituit, en jouant sur les mots, Pélage l’appelait même de Dieu, perfectam et Deo æqualem in homi­ une grâce. Mais toute autre influence de Dieu sur la nibus justitiam jactitas. — a) En droit, Pélage récla­ liberté la détruirait. — b) Au synode de Diospolis, on mait pour la nature humaine ΓάπαΟεία et Γάναμβρτησί» reprocha à Pélage cette assertion : Non est liberum des stoïciens, c’est-â-dire la domination absolue de toute arbitrium, si Dei indiget auxilio. Augustin, De gestis passion et une insensibilité, par laquelle l’homme, Pelagii, c. xxvm, n. 42,P. L., t. xliv, coi. 345; cf. Epist., disait saint Jérôme, loc. cil,, col. 1151, vel saxum vel clxxxvi, ad Paulin., c. ix, n. 32, P. L., t. xxxm, Deus est. — b) En fait, Pélage affirmait que, même dans coi. 827. Célestius, cité par saint Jérôme, Epist., cxxxm, l’Ancien Testament, ceux qui sont appelés saints et ad Ctesiph., n. 5, P. L., t. xxn, col. 1154: Destruitur justes étaient réellement sans péché et dans la perfec­ enim voluntas quæ alterius ope indiget. Plus énergi­ tion complète, acquise par leur seule liberté. Cf. S. Au­ quement, Julien disait (Augustin, Opus imperf., 1. V, gustin, De peccat, mer. et rem., 1. III, c. ι, η. 1, P.L., n. 41, P. L., t. xlv, col. 1477) : Si prævenitur, interit. t. XLIV, col. 185 : Dicunt... quod in hac vita sint.fwnnt, Pélage résumait sa pensée dans sa fameuse distinction futurique sint filii hominum nullum habentes de trois éléments de la vie morale. Augustin, De grat. omnino peccatum, ibid., c. XIII, n. 23, coi. 200 ; les Christi et peccat, orig., 1. IV, c. IV, n. 5, P. L., Pères du concile de Milève, Epistola ad Innoc. pap., t. xliv, col. 362 : posse in natura, velle in arbitrio, dans les Œuvres de saint Augustin, Epist., cxxvi, n. 2; esse in effectu locamus; primum illud, i. e. posse, Aug. et quinque episc. ad Innoc. epist., clxvii, n. 18, ad Deum proprie pertinet, qui illud creaturæ suæ con­ P. L., t. xxxm, col. 763, 772. tulit; duo vero reliqua, h. e. velle et ESSE, ad homo 3. Un rigorisme effrayant fut la conséquence de nem referenda sunt, quia de arbitrii libertate descen­ cette exagération des forces de la liberté. — Puisque dunt. — c) La lormule la plus expressive du système est la perfection est possible à l’homme, elle est obligatoire. celle de Julien d’Éclane, proclamant l'émancipation Pour Pélage, comme pour les stoïciens, tout bien oblige: complète de la volonté. Augustin, Op. imperf. cont. il n’y a plus de conseils, mais seulement des préceptes. Jul., 1. I, c. CLXXvm, P. L., t. xlv, col. 1102 : Libertas Ce côté si important du système est resté pour beau­ arbitrii, dit Julien, qua a Deo emancipatus homo est. coup inaperçu. Cependant de savants critiques l'avaient Aussi, Albert Bruckner, Julian von Eclanum, Leipzig, insinué. Tillemont, Mémoires, t. xv, p. 15-17; t. xm, 1897, p. 176, voulant caractériser la doctrine de Julien, p. 126; Noël Alexandre, Hist, eccl., sæc. v, c. m. §14. n’hésite pas à approuver la parole de Harnack, que, Venise, 1778, t. v, p. 28. Mais les documents pélagiens dans son fond le plus intime, c’est uné doctrine athée publiés par Caspari dans Briefe, Abhandlungen moi (gottlos), quoi qu’il en soit des sentiments personnels Predigten, Christiania, 1890, ont mis ce fait hors de de Julien. C'est au moins une doctrine sans providence toute contestation. Harnack a même osé dire que « =c. jo 2383 AUGUSTIN (SAINT) 238 i Pelage, tout homme qui aurait pu agir mieux qu’il I tion officielle par l’Église; 2. des principes plus géné­ n’agit, va en enfer ». Précis de l’histoire des dogmes, raux, qui constituent le fond même du système augustinien. et n'ont point été, au moins clairement, l'objet trad, franç., 1883, p. 285; cf. Lehrb. der Dogmengesch., d’une définition ; 3. des applications de ces principes aux 3« édit., t. ni, p. 182. questions spéciales de l’état d'Adam, du péché originel, A. Les pélagiens damnaient donc pour l’éternité tout de la prédestination, applications laissées, le plus sou­ chrétien coupable du moindre péché véniel, ou plutôt, vent, elles aussi, en dehors des décisions de l’Eglise. d’après eux, tout péché était mortel : pour un mensonge, Quant à la première partie, cette vue d'ensemble sur pour une parole oiseuse, on cesse d'être juste, on de­ les dogmes établis par Augustin nous est fournie par vient iniquus et peccator, digne de l’enfer. deux documents importants: 1. les canons du concile C'est là ce que reprochèrent à Pélage les Pères du de Carthage (418) ; 2. les douze vérités de foi catholique synode de Diospolis (415) quand ils le forcèrent à qu'Augustin énumère dans sa lettre à Vitalis. désavouer cette proposition : In die judicii iniquis et 1. Trois grandes vérités dogmatiques résument les peccatoribus non esse parcendum, sed ælernis eos 8 (ou 9) canons du concile d’Afrique. Ce concile, tenu à ignibus exurendos. Tous les documents contemporains sont unanimes sur le sens de cette proposition et du Carthage en 418, voir col. 2281. fut confirmé par la célèbre Tractoria du pape Zozime, Jalfé-Lowenfeld, reproche fait à Pélage. Paul Orose, Lib. de arbitrii n. 342-343, P. L., t. xx, col. 693; t. xlv, col. 1730. Le libertate, η. 16-18. 21-22, P. L., t. xxxi, col. 1185,1187, 1191; S. Jérôme, Dialogus adv. pelagianos, 1. I, n. 28, texte du concile dans Mansi, t. iv, col. 327. P. L., t. xlv, P. L., t. xxiii, col. 22; surtout S. Augustin. De gestis col. 1728: Denzinger, Enchiridion, n. 64. On sait qu'Augustin, l’àme de ce concile, a condensé dans ces défi­ Pelagii, 1. Ill, η. 9, 10, P. L., t. xliv, col. 325. Et pour couper court à tout subterfuge, Augustin nous apprend nitions les vérités pour lesquelles il combattait : dans le De natura et gratia (écrit en 415, immédiate­ A. Sur le péché d’origine, il affirme l'immortalité ment avant le concile de Diospolis), n. 40, 41, P. L., d’Adam avant la chute (can. I); la transmission des t. XLIV, col. 266, que Pélage lui-même faisait de cette péchés à ses fils, et la nécessité pour les entants d’être erreur une base de son système. Les justes et les enfants baptisés in remissionem peccatorum, dans le sens de Dieu ne sont point damnés; donc ils n’ont aucun propre de ce mot (can. 2) ; et l’impossibilité pour les péché, si léger soit-il, puisque tout péché les damnerait. enfants non baptisés d'entrer au royaume des cieux, ou Faute d’avoir connu le système de Pélage, plusieurs même de jouir ailleurs d'une véritable béatitude (can. 3). critiques jusque dans ces derniers temps (Turmel, L’authenticité de ce 3' canon est contestée: elle semble Eschatologie au tv· siècle, p. 52, extrait de la Revue cependant sérieusement établie ; cf. Hergenrother, Kird'hist. et de litt. relig., 1900, t. v) avaient attribué aux chengeschichte, t. Il, n. 112; en tout cas, la doctrine est Pères de Diospolis l’erreur des miséricordieux: ces sûrement augustinienne.Cf. Augustin,De anima et ejus Pères auraient reproché à Pélage la doctrine catholique orig., 1. II, c. xn. n. 17, P. L., t. xliv, col. 505. de la damnation des chrétiens qui vivent mal. Cette B. Sur la nécessité et le rôle de la grâce, les Pères méprise n’est plus possible aujourd'hui. Cf. J. Schicsl, affirment: a) que la grâce qui nous justifie n’est pas seulement le pardon des péchés passés, mais aussi un Der objective Unterschied zwischen Tod und. lâsslicher Silnde, Augsbourg, 1891, § 9, Die Lehre des Pelagius, secours, adjutorium ut non committantur (can. 4); — 6) Ce secours n'est pas seulement une lumière qui р. 25-29; Bulletin de littérature ecclésiastique (Tou­ révèle la loi, mais l’amour du bien, ut etiam facere louse), 1901, p. 101-119; dans les opuscules publiés par Caspari, l’auteur de la lettre De malis doctoribus, diligamus atque valeamus (can. 5); — c) La nécessité de с. xn-xv, p. 89-99, condamne au feu pour un verbum ce secours est absolue et non pas seulement ut facilius otiosum. Cf. p. 119-120. possimus (can. 6). B. Le péché véniel exclut de l’Église, tout comme C. Contre l’impeccabilité et la perfection prônées par du ciel. D’après Pélage. on n’est plus membre de les pélagiens, les Pères proclament et démontrent par l’Église, membre du Christ,' on n'est plus enfant de Dieu, l’Écriture qu’en fait la providence laisse les hommes, même les plus justes, tomber dans des fautes: a) Ana­ dès qu'on a violé le plus petit commandement. Saint Au­ gustin, Hær., 88, P. L., t. xlii, col. 48, a déjà signalé cette thème à qui ne voudra pas entendre dans toute sa rigueur le mot de saint Jean, 1 Joa., 1,8 : Si dicimus quia pec­ erreur. Dans le serm. clxx.xi, n. 2, 6, P. L., t. xxxvm, catum non habemus, nos ipsos seducimus (can. 7). — col. 980-982, il réfute cette thèse : Totam prorsus b) Anathème à qui prétend que les saints ne récitent Ecclesiam in singulis quibuscumque fidelibus suis nullum habere peccatum. Ct. De gestis Pelagii, n. 42, le dimitte nobis peccata noslrd qu’au nom de leurs frères pécheurs (can. 8). — c) Ou par pure humilité P. L., t. xliv, col. 345; Epist., clxxxvi, ad Paulinum, (can. 9). n. 32-33, P. L., t. xxxm, col. 828 ; Caspari, Briefe, etc., 2. La lettre à Vitalis développe une quatrième lettre i, p. 5. Specht, Die Lehre von der Kirche nach dem hl. Augustin, p. 64. a très bien remarqué que les vérité, la gratuité de la grâce, dans douze règles de pélagiens définissaient l’Église la société des parfaits. foi, excellent résumé de la lutte d’Augustin contre les C. En particulier, sont damnés par Pélage les riches semipélagiens. Epist., ccxvn, c. v, n. 16, P. L., Lxxxiii, qui ne renoncent point à leur fortune. C’est la sixième col. 984. Après l’affirmation du péché originel (a. 1), la proposition condamnée au synode de Diospolis, Augus­ gratuité de la grâce: — a) est affirmée dans son univer­ tin, Epist., clxxxvi, n. 32, P. L., t. xxxm, col. 828salité pour tous, pour les enfants (a. 2), pour chaque 829. La lettre d'Hilaire de Sicile à Augustin, vers 414, acte chez les adultes, majoribus ad singulos actus dari P. L., t. xxxm, col. 674, lui dénonce déjà cette erreur (a. 3). — b) Elle est prouvée par sa distribution : Dieu extravagante. Voir la réponse d'Augustin à Hilaire, ne la donne pas à tous, mais à qui il veut (a. 4, 5, 6). Epist., clvii, n. 23-39, P. L., t. xxxm, col. 686-693; — c) Elle est expliquée en rejetant la théorie des semi­ Casparri, tout un traité, De divitiis, p. 25-67. Ce rigo­ pélagiens pour qui la mort des enfants sans baptême était la punition des fautes qu'ils auraient commises, risme, exagéré jusqu’à devenir invraisemblable, séduisit les âmes austères et favorisa puissamment ia diffusion s’ils avaient vécu plus longtemps (a. 7, 8, 10). — d) Elle est confirmée par les prières de l’Église pour obte­ du pélagianisme. 4° Vue d’ensemble sur les dogmes défendus par nir la foi aux infidèles, par les actions de grâces pour Augustin contre Pélage. — La théorie augustinienné de les convertis (a. 11, 12). la grâce embrasse trois parties : 1. des éléments dogma­ 5° Les trois principes fondamentaux du système tiques (directement opposés aux conclusions plutôt qu'aux augustinien. — Le P. Wolfsgruber, Augustinus, p. 824, dit que la clavis augusliniana se trouve dans l'affirmaprincipes de Pélage) dont Augustin obtint la proclama­ 2385 AUGUSTIN (SAINT) lion par Augustin de ces deux vérités : L’homme est libre; il nepeutrien sans la grâce. Ces deux affirmations sont précieuses, sans doute, mais elles créent le mystère, ne l’expliquent pas. La véritable clef est donc ailleurs, dans l’explication augustinienne du gouvernement divin des volontés, théorie si originale, si profonde et pour­ tant absolument inconnue des critiques protestants les plus perspicaces, Harnack, Loofs, etc. Il y a à la base du système augustinien, non pas deux, mais trois principes fondamentaux dont nous devons déterminer le sens précis: I. Dieu est le maître absolu par sa grâce de toutes les déterminations de la volonté; 2. l’homme reste libre sous l'action de la grâce, comme en son absence; 3. la conciliation de ces deux vérités repose sur le mode du gouvernement divin. Premier principe: La souveraineté absolue de Dieu sur la volonté est opposée par Augustin au principe pélagien de l'émancipation de la liberté. A. Affirmation de cette souveraineté. — Bien avant Pélage,la théologie d'Augustin tendaità établirl'inlluence toute-puissante de Dieu dans l'ordre de la vertu comme dans l’ordre de la vérité. Dieu, cause première, est auteur de tout bien, de toute perfection morale, de tout salut. Nul homme n’est bon, vertueux sans le don de Dieu, qui s'appelle grâce parce qu'il est entièrement gratuit. Nul n’est sauvé sans le don spécial delà persé­ vérance finale, préparée par une prédestination spécia­ lement affectueuse de Dieu. De corrept. et grat., c. xtv, n. 45, P. L., t. xliv, col. 943: Sine dubio habens (Deus) humanorum cordium quo placeret inclinandorum omnipotentissimam potestatem. La liberté n'arrêtera point les décrets divins : Sic enim velle scu nolle in volentis aut nolentis est potestate, ut divinam volun­ tatem non impediat, nec superet potestatem. Ibid., n. 43. coi. 242. Et la raison en est claire: Magis habet in potestate voluntates hominumquam ipsi suas. Ibid., n. 45, coi. 944. Cf. De prtedest. sanct., c. vm, n. 13, P. L., t. xliv, coi. 970-971 ; De grat. et lib. arbilr., c. xx, n. 41, ibid., col. 906. — En particulier nul endurci, qu’il ne puisse convertir, quand et comme il voudra. Cf. Enchiridion, c. xcv, cm, surtout c. xcvm, P. L., t. xl, col. 277 : Quis porro tam impie desipiat ut dicat Deum malas hominum voluntates quas voluerit, quando voluerit et ubi voluerit, in bonum non posse convertere ? Cf. De div. quæstion. ad Simplic., 1. I, n. 14, P. L., t. xl, coi. 119. — De même nulle volonté, si élevée en sainteté soit-elle, qui ne tombe dans les pires excès, si Dieu ne la protège. Saint Augustin l’af­ firme des anges eux-mémes, De civ, Dei, 1. XII, c. ix, P. L.. t. xli, col. 356, et en général de toute créature, Cont. Maximinum, 1. II, c. xn, n. 2, P. L., t. xlii, col. 768, et avec une énergie particulière, Serm., xcix, n. 6, P. L., t. xxxvm, col. 598 : Nullum est enim peccatum quod fecit homo, quod non possit facere alter homo, si desit rector a quo factus est homo. B. Sur l’exercice de cette souveraineté, Augustin a formulé diverses lois : La lre est que tout acte bon et salutaire sans excep- 1 tion est le fruit d'une grâce, d'un don de Dieu ; sans ce don de Dieu, nul ne mérite pour le ciel. Dans la lettre CXVII, c. vu, n. 16, P. L., t. xxxin, col. 984, parlant des adultes, il dit : Scimus gratiam... majoribus ad sin­ gulos actus dan. Cf. conc. de Carthage de 418, can. 3-5. La 2e loi (issue de la 1") est la priorité de la grâce sur la bonne volonté: loin d'être méritée par quelque bon désir, par la loi ou la prière, elle précède et prépare tout, puisque bon désir, foi et prière doivent venir de 1 la grâce. De prædest. sanct., c. xvn, P. L., t. xlv, col. 978. 3· loi : Non seulement ['impeccantia pélagienne, ou j préservation de toute faute même légère, est irréalisable 1 à la faiblesse humaine sans une grâce spéciale, mais ce don est lui-même un privilège excessivement rare ac­ 2386 cordé une ou deux fois dans l'histoire de l'humanit·'. Tous les autres hommes, même les saints, ont eu 1fautes légères et ont dû réciter le Dimitte nobis ■ ■i nostra. Cf. Epist., clxxvii, ad Innoc. pap., n. 18.7 /... t. XXXIII, col. 772; De pecc. mer. et rem., 1. II, c. x-.v. i. P. L., t. xliv, col. 158-167 ; De perf. just., c. vm. P. 1.., t. XLIV, col. 299; Cont. duas epist. Pelag., 1. IV. c. x. n. 27, P. L., t. xliv, col. 629; Serm., clxxxi, c. n-xi, P. L., t. xxxvm, col. 980-983. Cf. Alticozzi, op. cit., t. iv, p. 145. On peut même constater encore ici la marche vers une sévérité plus grande. Jusque vers 415 Augustin tolère l’affirmation qu'il y a des justes sans péché, pourvu qu'on attribue « la grâce de Dieu cette perfection : Isti utcunque tolerandi sunt, dit-il. Epist., CLVit, cul Hilarium (a. 414), n. 4, P. L., t. xxxm, col. 675. Cf. De spiritu et lilt., n. 73; De perf. justitiæ,c. xxi, n. 44, P. L., t. xliv, col. 316-317. Après 415, par exemple, au concile de Carthage (418),cf. Mansi, t. m, col. 814, on nie qu'aucun juste, même avec la grâce, vive sans péché. Mais ce qui domine ces lois c’est l’étendue de cette dépendance, en dehors même de l’ordre surnaturel. C. Étendue de cette dépendance. — Même dans l’or­ dre naturel, la dépendance de toute volonté créée est si universelle que nul acte de vertu n’est accompli, sans un don de Dieu. Ma liberté peut tout, disait Pélage. Ta liberté, répond Augustin, n’arrive â rien sans Dieu; elle dépend de lui en tout, à chaque instant. Ainsi l’ont compris saint Thomas et les scolastiques du moyen âge, et parmi les modernes, Vasquez, In j··» Π», disp. CXC; Turrianus (Torres), Tract, de gratia, disp. IV, dub. m, ad 12um; Suarez, De gratia, 1. I, c. xi-xii, Paris, t. vu, p. 433 (avec une réserve importante sur l'emploi du mot grat ia : pour tout acte naturel, Suarez proclame le bien­ fait de Dieu, il ne veut pas qu'on l'appelle grâce); Esparza, De gratia, q. xi.v, etc. Mais, pour éviter de graves confusions, qu’on le remarque bien, ces théolo­ giens ne disent pas que pour un seul acte de vertu na­ turelle, Augustin exige la grâce surnaturelle (erreur de Baius et des jansénistes), ils veulent seulement que tout acte de vertu soit véritablement un don de Dieu : non pas que la volonté ne puisse pas l’accomplir, mais parce que de fait, sans ce bienfait providentiel, elle ne le vou­ dra pas. Bien des malentendus ont surgi de ce que ce principe n’a pas été compris : en particulier la grande théologie du moyen âge, qui l’a adopté et en a fait une base de son système sur la liberté, n’a pas toujours été juste­ ment appréciée. Voir Augustinisme. Mais plusieurs ont été effrayés de ces affirmations si universelles, parce qu’ils n’ont point compris la nature de ce don de Dieu qui laisse la liberté intacte, et qui sera expliquée plus loin. Et cependant la pensée d'Augustin, pour qui lit les textes sans parti pris, est incontestable. a) Le fondement sur lequel il appuie la nécessité de la grâce ad singulos actus n’est point le caractère surna­ turel de l’acte méritoire, mais le principe universel que Dieu doit être la source unique de tout bien (comme de toute vérité par l’illumination), voir col. 2336, et a/· . · >, de tout bien moral, de la vertu. Qu'on médite ce teste important des Rétractations (426-427), 1. I, c. ix. n. 6, P. L., t. xxxii, col. 598 : Quia omnia bona, sicut ■ ■>ctum est, et magna, et media, et minima ex Deo sunt; sequitur, ut ex Deo sit etiam bonus usas liberæ volun­ tatis, quæ virtus est, et in magnis numeratur bonis. b) Les formules affirmant que toute bonne volonté vient de Dieu, que la liberté sans lui est toujours dans le mal, sont universelles et sans restriction. In Joa., tr. V, n. 1, P. L., t. xxxv, col. 414 : Nemo habet de suo nisi mendacium atque peccatum. Cf. conc. d’Orange Π. can. 22,Denzinger, n. 165; Serm., clvi, n. 152. P. L., t. xxxvi, coi. 856 : Cum dico tibi, sine adjutorio Dei nihil agis, nihil boni dico, nam ad male agendum habes sine adjutorio Dei liberam voluntatem. Les for­ mules négatives ne supportent pas de limitation â 1 or- 2387 AUGUSTIN (SAINT) dre surnaturel. De ce que la liberté ne peut rien dans l'ordre du salut, on ne pourrait conclure qu’elle n'a de force que pour le péché, puisqu'il faudrait lui accorder toutes les vertus naturelles. D’ailleurs pour limiter ainsi les textes, il laudrait admettre qu’Augustin n'a jamais parlé de la faiblesse de la volonté pour observer toute la loi naturelle. c) Du reste, il s'est expliqué là-dessus de la manière la plus formelle : a. Il exige ce don de Dieu pour· les vertus naturelles qui ne produisent rien pour le ciel, qui existent (rare­ ment, il est vrai) chez les infidèles; par exemple, Pole­ mon, jeune païen, renonce à l'intempérance : C'est le don de Dieu, s’écrie Augustin, Epist., cxliv, n. 2, P. L., t. xxxm, col. 591, ne id ipsum quidem quod ineo factum est, humano operi tribuerim, sed- divino. — Exemple non moins saisissant d'Assuérus. Cf. De grat. Christi, c. xxrv, n. 25, P. L., t. xliv, coi. 376. b. C’est même un des principes de sa polémique avec Julien d'Éclane sur les vertus des infidèles. Il ne lui reproche pas seulement de les avoir exagérées, mais de n’avoir pas reconnu le don de Dieu dans chacune de ces vertus. Cont. Julian-, 1. IV, c. xm, n. 16, P. L.,t. xliv, col. 744 : Quanto satius si te impios ita laudare dele­ ctat..., quanto, inquam, satius hæc ipsa in eis dona Dei esse fatereris ! Et après une page admirable sur la pro­ vidence divine qui prépare de loin toute supériorité mo­ rale, il conclut : Quanto ergo tolerabilius illas quas dicis in impiis esse virtutes, divino MUNERI potius quam eorum tribueres tantummodo voluntati, licet ipsi hoc nesciant, etc. c. Il y a plus : Augustin distingue très expressément les deux ordres de grâce : la grâce des vertus naturelles (simple don de la providence intérieure qui prépare à la volonté les motifs efficaces) et la grâce pour les actes salutaires et surnaturels qui est donnée avec le premier prélude de la foi : celle-ci est la grâce des fils, gratia filiorum, l'autre est la grâce de tous; même les étran­ gers, /ilii concubinarum, dit Augustin, peuvent les rece­ voir. Parlant de la mort courageuse supportée par un hérétique : c’est un don de Dieu, s’écrie-t-il, mais bien difiërent des dons réservés aux chrétiens, De patientia, c. xxvn, n. 28, P. L., t. XL, col. 624 : Sicut negandum non est hoc esse donum Dei, ita intelligendum est alia esse Dei dona filiorum illius Jerusalem quæ sursum libera est mater nostra. C'est pour avoir oublié cette distinction si importante des deux grâces que Vasquez n'a pas su trouver chez saint Augustin la grâce actuelle surnaturelle avant la justification et que Suarez, au contraire, n’osait appeler du nom de grâce le don des vertus naturelles, de peur qu'on en tirât un argument pour nier la grâce surna­ turelle. Deuxième principe : La liberté, même sous l’action de la grâce efficace, a toujours été sauvegardée par saint Augustin. — Tout le monde accorde deux faits importants : a) Saint Augustin a d’abord défendu si ardemment le libre arbitre contre les manichéens que ses ouvrages sont un arsenal inépuisable. De libero arbitrio, 1. Ill, P. L., t. xxxn, col. 1221-1319; De duabus anima­ bus, parexemple c. xi, n. 15, P. L., t. xlii, col. 100 : Ne­ minem vituperatione suppliciove dignum, gui... id non faciat quod facere non potest?Nonne ista cantant et in montibus pastores et in theatris poetse, et magistri in scholis... et in orbe terrarum genus humanum. Cont. Faust, manich., 1. XII, c. xcvni, P. L., t. Xl.li. coi. 466. — b) Dans la lutte pélagienne, Augustin aperçut bientôt le danger de compromettre la liberté en exaltant la grâce, et il voulut à tout prix conjurer ce péril, en évi­ tant les écueils opposés. Cl. De pecc. mer. et rem. (412), 1. II, c. xvm, n. 28, P. L., t. xliv; col. 168; De natura et gratia cont. Pelag., c. lxv, n. 78. ibid., col. 286 : là Augustin adopte la théorie de saint Jérôme : Ubi neces­ 2388 sitas, nec corona est, tandis que Loofs l’accuse d’être en opposition avec le docteur de Bethlehem. De gratia Christi et de pecc. orig. (418), I. I, c. xlvii, n.52, P. L., t. xliv, col. 383. Mais on a prétendu que peu â peu, entraîné par la logique de ses idées, il avait sacrifié la liberté au profit du déterminisme divin. Or les textes sont absolument contraires à cette accusation. a) Jamais Augustin n’a rétracté ses théories capi­ tales sur la liberté, jamais il n’a modifié sa pensée sur ce qui en est la condition essentielle, c'est-à-dire le plein pouvoir de choisir ou de se déterminer. Qui osera dire que dans la revision de ses ouvrages, sur un point de cette importance, il ait manqué de clairvoyance ou de sincérité? Il ne reproche point aux pélagiens d’exiger le pouvoir de choisir, il proclame avèc eux, que sans cela il n'y a plus ni responsabilité, ni mérite, ni démérite, mais il leur reproche d'exagérer ce pouvoir. Julien, niant les entraînements de la concupiscence, concevait le libre arbitre comme une balance dont les deux plateaux sont dans un parfait équilibre, libra quam conaris ex utraque parle per æqualia momenta suspendere, ut voluntas, quantum est ad malum, tantum etiam sit ad bonum libera... Op. imp. cont. Julian., 1. Ill, c.cxvn, P. L., t. xi.v, coi. 297. Augustin proteste : cet équilibre existait dans Adam ; il est rompu depuis le péché origi­ nel, la volonté a besoin de lutter et de réagir contre une inclination au mal, mais elle reste maîtresse de son choix. Cf. Epist., i.xxxvi, ad Paul., c. x. n. 34, 36, P. L., t. xxxm, col. 829-830; Op. imperf. cont. Julian., 1. Ill, c. ex, P. L., t. xlv, col. 1294 ; 1. V, c. xlviii, col. 1484; 1. VI, c. xi, col. 1520 (ou très clairement il établit que la liberté reste, mais non pas la même liberté dont jouissait Adam par le privilège de l’inté­ grité originelle). bj Au contraire, il n’est pas un de ses derniers ou­ vrages antipélagiens,où Augustin ne proclame posilivement le pouvoir complet de choisir. Sans doute il affirme aussi en Dieu le pouvoir absolu de diriger ce choix. Mais ce pouvoir divin, il l’a toujours affirmé avec une égale énergie, au moins depuis 397. Si donc on prétend que par là il nie la liberté, qu'on ne dise plus qu'à la fin de sa vie il a été déterministe : il faut soutenir qu’il a détruit la liberté même dès 397 dans les Ques­ tions à Simplicien et les ouvrages suivants, pourtant si catégoriques en faveur de la liberté que Jansénius les accusait de pélagianisme. En 418, De grat. Christi et pecc. orig., 1. I, c. xlvii, n. 52, P. L., t. xliv, col. 383. En 426, De corrept. et grat., c. xiv, n. 43, P. L., t. xliv, col. 942 : Sic enim velle seu nolle in volentis aut no­ lentis est potestate, ut divinam voluntatem non impe­ diat nec superet potestatem; etiam de his enim qui faciunt quæ non vult facit ipse quæ vult. Les deux affirmations sont catégoriques : Dieu peut convertir tout endurci, mais il le convertira en lui laissant le pouvoir de refuser la conversion. Gomment? Il le dira tout â l’heure. — En 427, parmi les douze articles de foi sur la grâce il place celui-ci : a Quiconque a reçu la grâce efficace de la foi ne donne son adhésion que dans la pleine indépendance de sa volonté, sua id jacere volun­ tate ac libero arbitrio. Epist., ccxvit, ad Vitalem, n. 16, P. L., t. xxxm, coi. 985. Voici un texte de 428429, De prædest. sanct., c. v, n. 10, P. L., t. xlv, coi. 968 : non quia credere vel non credere non est in arbitrio voluntatis humante, sed in electis præparatur voluntas a Domino. c) l-ι grâce efficace opère infailliblement, mais jamais par une impulsion irrésistible : sous son action la vo­ lonté reste mailresse d’elle-même. Dès le début de la controverse pélagienne il avait enseigné (en 412) : Consentire autem vocationi Dei vel dissentire propriæ voluntatis est. De spiritu et litt., c. xxxiv, n. 60, P. L-, 2389 AUGUSTIN (SAINT) t. xi.iv.col. 240. Et plus haut, il en avait donne la raison, c. xxxvii, n. 58: Vult autem Deus omnes homines sal­ vos fieri... non sic tamen ut eis adimat liberum arbi­ trium quo vel bene vel male utentes justissime judi­ centur. Il le répète constamment, par exemple en 415, dans le De nat. et gral., n. 78, P. L., t. xi.iv, col. 286 : In recte faciendo nullum est vinculum necessitatis. Vers la fin, en 426, dans la revision de ses ouvrages, loin de rétracter ce qu'il avait enseigné dans la proposi­ tion 61e de VExpos. quar. proposa, de Epist. ad Boni., P. t. xxxv, col. 2072, sur la liberté de la loi et de la bonne volonté, il le confirme, Retract., 1. I, c. xxm, n. 2, 3, P. L., t. xxxn, col. 621 : Vtrumque ergo no­ strum est propter arbitrium voluntatis et utrumque ta­ men datum est per spiritum fidei et charitatis. L’acte bon, même surnaturel, est l’œuvre de l’homme et de Dieu. Troisième principe : La théorie augustinienne sur l'action divine concilie la grâce et la liberté. — Y a-t-il contradiction entre les deux principes précédents? Har­ nack, Loofs et d’autres l’ont pensé, parce que, d’après eux, la grâce augustinienne est une impulsion irrésis­ tible. Mais est-ce la conception du grand docteur? il a cru, au contraire, avoir concilié les deux dogmes et il s'étonnait que les moines d’Hadrumète n’eussent point compris. Cette solution a été indiquée, mais trop som­ mairement, par les anciens théologiens et de nos jours par Schwane, Dogmengeschichte, trad. Degert, t. Il, §7, p. 129, par Hergenrother, Kirchengeschichte, t. il, n. 117, trad, franç., t. il, p. 174, par le bénédictin Wolfsgruber, Augustinus, 1898, p. 825-830. L'exposer sera justilier le système du docteur d’Hippone. A. Exposition du mode d’action de la grâce. —La so­ lution repose sur trois théories augustiniennes, et explique également rinllueuce divine sur les vertus na­ turelles et surnaturelles. 1" théorie de psychologie de la volonté. — La volonté ne se décide jamais sans un motif, sans l’attrait d’un bien perçu dans l’objet : Voluntatem non allicit ad facien­ dum quodlibel, nisi aliquod visum. Quid autem quisque vel sumat vel respuat, est in potestate, etc. De lib. arbit., i. III, c. xxv, n. 74, P. L., t. xxxn, coi. 1307. Or bien que la volonté soit libre en présence de tout motif, en fait elle prend souvent des résolutions différentes selon les divers motifs qui lui sont présentés. C’est là tout le secret de l’influence exercée par l’élo­ quence (l’orateur ne peut que présenter des motifs), par la méditation ou les bonnes lectures. Quelle puis­ sance n’aurait pas sur la volonté celui qui pourrait â son gré lui présenter à tout moment tel ou tel motif d’agir? Or tel est le privilège de Dieu, en vertu d’un autre principe. 2' théorie de psychologie intellectuelle. — Saint Augustin a remarqué cette vérité d’expérience univer­ selle que l’homme n’est pas maître de ses premières pensées : il peut influer sur le cours de ses réflexions, mais il ne peut déterminer lui-même les objets, les images, et par conséquent les motifs qui se présentent â son esprit. Nemo habet in potestate quid ei veniat in mentem, dit-il, De spiritu, el lilt., c. xxxiv, n. 60, P. L., t. xi.iv, coi. 240, sed consentire vel dissentire propriat voluntatis est. Or le hasard n’étant qu’un mot, c’est Dieu qui détermine à son gré ces perceptions pre­ mières des hommes, soit par l’action providenliellement préparée des causes extérieures, soit intérieure­ ment par le ministère des anges ou même par une illumination divine envoyée à l’àme. Cf. De Genesi ad litt., 1. IX, c. xiv, n. 25, P. L., t. xxxiv, col. 403 (pas­ sage très caractéristique). L’influence divine sur la volonté apparaît déjà bien puissante puisqu'il dépend de Dieu d'attirer la volonté en lui présentant tous les motifs ou les attraits dont sa puissance dispose. Cependant son action serait encore incertaine sans un troisième élément. 2390 théorie de la science divine. — Augustin ajoute que Dieu non seulement envoie à son gré les illumina­ tions el les attraits qui inspirent à la volonté dé: rminalions, mais qu’avant de choisir entre tout s es illuminations de l’ordre naturel ou surnaturel i. la réponse que fera très librement la volonté a chacune d’elles. Ainsi dans la science divine, pour toute volonté créée, il y a des séries indéfinies de motifs qui a tel moment seraient repoussés, et d’autres séries qui de fait (mais très librement) entraîneraient le consente­ ment au bien. Dieu pourra donc, à son gré, obtenir le salut de Judas, s’il le veut, ou laisser Pierre se perdre : nulle liberté ne résistera à ses plans, bien qu’elle garde toujours le pouvoir de se perdre. Par conséquent c’est Dieu seul qui, dans sa pleine indépendance, détermine, par le choix de tel motif ou de telle inspiration (dont il connaît l’influence future), si la volonté se décidera pour le bien ou pour le mal. Dès lors, l’homme qui a bien agi doit remercier Dieu de ce qu’il lui a envoyé une inspiration prévue efficace, tandis que celte faveur a été refusée à tel autre. A plus forte raison tout élu doit-il à la seule bonté divine d’avoir reçu la série de grâces que Dieu voyait infailliblement quoique très librement liées avec la persévérance finale. Certes on peut rejeter cette théorie, l’Église ne l’a pas encore faite sienne; on peut demander où et comment Dieu connaît le résultat de ces grâces (Augustin a toujours affirmé le fait, n'a jamais recherché le mode et c’est en cela que le moli­ nisme se distingue de lui en essayant de répondre â cette question). Mais le penseur qui a créé et soutenu jusqu’à son dernier jour ce système si logiquement enchaîné peut-il être accusé de fatalisme,de manichéisme? Or, cette solu­ tion Augustin l’a toujours mise â la base de son système. B. Preuves. — a] Dès 397, il la formule avec une grande clarté, dans le De div. quæst ad Simplic., I. I, q. n, n. 121, P. L., t. xi, col. 111 : Simplicien a de­ mandé comment il faut entendre le chapitre ix de l’Épitre aux Romains sur la prédestination de Jacob et d’Ésaü. Augustin détermine d’abord la pensée de saint Paul, à savoir que toute bonne volonté vient de la grâce, ut de operum meritis nemo glocietur, η. 2. toc. cit., col. 111, et d’une grâce si sûre dans ses résultats, que jamais la liberté humaine ne lui résistera. Puis il affirme que cette grâce efficace n’est pas nécessaire pour que nous puissions bien agir, mais parce que de fait, sans elle, nous ne voudrions pas agir, non ideo dictum putandum est, mm volentis neque currentis sed miserentis est Dei, quianisiejus adjutorio NON POSSUMUS adipisci quod volumus , sed ideo potius quia nisi ejus vocatione non volumus, n. 12, coi. 118. De la surgit la grande difficulté : comment le pouvoir de résister à la grâce, s’accorde-t-il avec la certitude absolue du résul­ tat? Et c'est ici qu’Augustin répond : il y a plusieurs manières d’inviter à la foi; les âmes étant diversement disposées, Dieu sait quelle invitation sera agréée, quelle autre n’agréera point. Ceux-là seuls sont les élus ρ ar qui Dieu choisit l'invitation efficace, mais Dieu pouvait les convertir tous, n. 13, cl. 118 : Si vellet etiam U us) ipsorum misereri, posset ita vocare, quomodo illis aptum EST ut et morerentur el inlelligerent et seque­ rentur. Verum est ergo, mulli vocali, pauci vero electi; illi enim electi qui congruenter vocati : illi autem qui non congruebant neque contemperabantur vocationi non electi quia non secuti, quamvis vocati... Cujus autem miseretur, sic eum vocat, qlomouo scit ei con­ gruere, ut vocantem non respuat. Y a-t-il là trace d’une gratia irresistibilis, ou de cette impulsion inéluctable dont on a tant parlé ? Et cepen­ dant, c’est l'explication à laquelle dans ses dernieres années, Augustin renvoie ses adversaires : si on la comprise, il ne conçoit pas ces inquiétudes pour la liberté. 2391 AUGUSTIN (SAINT) &) En 412, il la renouvelait dans le De spir. et lilt., c. xxxiv, n.60, P. L., t. xliv, col. 240. Tout acte bon vient de Dieu; mais pourquoi? parce que visorum suasioNir.us agit Deus ut velimus et ut credamus. Et il explique aussitôt les procédés divins pour préparer les avertissements efficaces, tantôt par la providence exté­ rieure, tantôt par une lumière intérieure, présentant la pensée qui de fait nous sauvera, sive extrinsecus per euangelicas exhortationes... sive intrinsecus, ubi nemo habet in potestate, quid ei veniat in mentem; mais même alors, la liberté est intacte, sed consentire vel dissentire propria voluntatis est. Voilà la doctrine d’un livre dont il est dit dans les Detract., I. 11, c. XXXVI1 : in quo libro, quantum Deus adjuvit, acriter disputavi contra inimicos gratiæ Dei. c) Dans ses dernières années,, de 428 à 430, Augustin, loin d’oublier cette théorie capitale, appuie sur elle toute sa doctrine de la prédestination : lire le De dono persever., et le De prædest., sans cette explication, c’est se condamner à ne rien comprendre. Sans cesse Augus­ tin revient sur cette science qui précède la prédestina­ tion, la dirige et assure son infaillible résultat. Si Dieu, par une pression inéluctable, entraînait la volonté, on n’a que faire ici de la prescience. Mais si les inspira­ tions divines laissent toute liberté de consentir ou de résister, on comprend, qu’avant de prédestiner telle grâce, Dieu examine, dans la prescience, reflet qu’elle produira. Aussi parlant de la grâce efficace dans le De dono persever., c. xvii, n. 42, P. L., t. xlv, col. 10141018, Augustin dit : Isla sua dona... Deus... in sua præscientia præparavit. Quos ergo prædestinavit, ipsos et vocavit vocatione ii.la quam me SÆPE comme­ morare non piget. Et ce choix de la vocation prévue efficace, c’est toute la prédestination : namque in sua quæ falli mutarique non potest, præscientia, opera sua futura disponere, id omnino, nec ai/.ud quidquam est PRÆDEST1NARE. Cf, ibid., c. xtv, n. 35, coi. 1014, il décrit cette vocation efficace. Plus brièvement au c. vm, n. 20, col. 1004, il montrait Dieu maître de notre cœur et de nos pensées : in cujus est potestate cor nostrum et cogitationes nostræ. Cf, De prædest. sanct., c. x, n. 19. P. L., t. xlv, col. 971-975. — Même doctrine dans son dernier ouvrage. Opus imperf. cont. Julian., 1. I, c. xciii, P. L., t. xlv, col. 1109. Quand Julien l'accuse de sacrifier la liberté, il en appelle toujours â la prescience de Dieu, pour concilier l’une et l’autre. Il se plaint de ceux qui n’entrent pas dans celte profonde doctrine : ignoscendum est, quia in re multum abdita, falleris. Absit ut impediatur ab homine Omnipotentis et cuncta scientis intentio. Parum de re tanta cogi­ tant... Agnosce gratiam : alium sic, alium autem sic Deus, quem dignatur, vocat. Saint Prosper avait bien compris son maître, quand, à l’objection d’une néces­ sité fatale qui entraîne les réprouvés, il répondait : non ex eo necessitatem pereundi habuerunt, quia prædestinati non sunt : sed ideo prædestinati non sunt quia tales futuri ex voluntaria prævaricatione præsciti sunt. Hesp. ad cap. Gall., obj. 3», P. L., i. xlv, col. 1834. ; t. xxxix, col. 1558 : pænitenlia gravior in qua proprie potest. Il ne reste que la pénitence: et de lait Augustin vocantur in Ecclesia pænttentes remoti scilicet asacraaffirme que ce rite concerne le pardon des fautes, ibid.. menlo altaris participando. Ces mots confirment la 1. V, c. xxm, n. 34, col. 193: Manus impositio si non distinction signalée plus haut des deux pénitences. adhiberetur ab hæresi venienti, tanquam extra omnem D’après V Enchiridion, c. lxv, P. L., t. XL, col. 262, non culpam esse judicaretur. tam consideranda est mensura temporis quam doloris. Ce dernier texte soulève la question très complexe de l’imposition des mains sur les hérétiques convertis. 5. La réconciliation solennelle clôturait la pénitence. Nous savons par la lettre ccxxvm, citée plus haut, Est-ce la confirmation, comme les grecs l’ont pratiquée? que les fidèles la regardaient comme nécessaire. Le Est-ce un rite non sacramentel, assimilé à la confirma­ canon 32' du 111' concile de Carthage (août 397), au tion, comme le pense Mo' Duchesne. Liber pontificalis. début de l’épiscopat d’Augustin, défend aux prêtres de t. t, p. 167? Voir Morin, Commentarius histor. de disci­ réconcilier les pénitents, sans avoir consulté l’évêque, plina... pænit., 1. IX, c. vi, Paris, 1651. p. 613-650. excepté le cas de nécessité en l'absence de celui-ci. 9° Le mariage. — La doctrine de ce sacrement, déve­ Mansi, t. m, col. 885 et 735 (can. 43 de la Collection loppée en plusieurs écrits spéciaux, voir col. 2304, do.u africaine); llelele, Conciliengesehichle, 2“ édit., t. 11, à Augustin un grand progrès. — 1. On sait qu'il la Ui' p. 66; trad. Leclercq, p. 98; Er. Lauchert, Die Canones reposer sur le principe général des trois biens, qui en I marque aussi trois grands éléments: la fin du mariage der... allkirchl. Concilie», 1896, p. 167. 2431 ‘ AUGUSTIN (SAINT) ou les enfants, la loi du mariage ou fidélité mutuelle des époux, la signification sacramentelle (sacramentum), c’est-à-dire le lien indissoluble des époux chrétiens, ligure de l’union de Jésus-Christ avec son Église. 2. Le caractère sacramentel du mariage a été reconnu par Augustin. Mais, qu'on le remarque, la preuve n'en est point pour nous dans l'appellation de sacrement. Ce terme est trop imprécis chez le saint docteur, comme aussi dans le texte de saint Paul, Eph., v. 32, dont il s’inspire. On peut dire avec Vasquez, Mullendorf et d'autres que saint Augustin n'appliquait pas ce mot au mariage dans le même sens qu’au baptême, à l’eucha­ ristie, à l'ordre, dans lesquels il y a une consécration spéciale d’un élément matériel. Mais d’autre part nous croyons avec Schanz, Die Lehre von den Sacrani., p. 731, que ce mot a ici un sens très relevé, et que de l'ait saint Augustin attribue au mariage deux caractères qui en font un vrai sacrement au sens moderne du mot: a) L'insti­ tution par Jésus-Christ même de ce symbolisme admi­ rable de son union avec l’Église. In Joa., tr. IX, n. 2, P. L., t. xxxv, col. 459. — b) La grâce est conférée en vertu de cette institution sacramentelle. C’est la consé­ quence de la grande théorie auguslinienne que tout sa­ crement du Nouveau Testament confère la grâce qu’il signifie. Or, cetle signification est ici un fait d’une, importance singulière, elle est la source de sainteté pour le mariage chrétien et l’élève au-dessus de tout mariage naturel : quod autem ad populum Dei spectat, etiam in sanctitate sacramenti. De bono conj., c. xxtv, n. 32, P. L., t. XL, coi. 394. Voici d'une manière précise la pensée d’Augustin en ce passage remarquable : a. Le mariage des chrétiens est élevé à la sainteté d'un signe religieux. — b. Pour que la signification du Christ et de son Église soit exacte, elle exige une indissolubilité absolue, plus étroite que celle du mariage naturel: celui-ci avait pu être dissous par le divorce; devenu sacrement, le mariage, par sa signification même, en­ ferme un vinculum nuptiale indestructible, tant que les époux vivent. — c) Ce vinculum est proprement ce que saint Augustin appelle res sacramenti. De nupt. et conc., c. x, n. II. Il est comparé au caractère du baptême etau caractère de l'ordre. De bono conj., c. xxtv, n. 30, P. L., t. XL, col. 394. 3. L’indissolubilité du mariage a trouvé dans Augustin un défenseur invincible. — a) 11 en fait une propriété naturelle du mariage naturel; mais Dieu a pu décréter des exceplions, témoin le privilegium paulinum. De conj. adul., 1. I, c. xm, P. L., t. XL, col. 459. — b) Mais dans le mariage chrétien, l'indissolubilité est une propriété essentielle, puisqu’elle constitue la res sacra­ menti. Aussi ni adultère, ni séparation de fait, ni stéri­ lité, ni même apostasie, ne peuvent dissoudre ce lien : seule la mort de l'un des époux le rompra. De nupt. et conc., c. xvn, n. 19. P. L., t. xliv, col. 423. — c) Après ces paroles si absolues écrites en 419, on n’est point sur­ pris que, vers le même temps, il ait composé le De con­ jugiis adul., voir col. 2304, pour condamner la dissolu­ tion du lien conjugal, ob causam fornicationis. Il l'avait déjà repoussée avant 326 dans le De serm. Dom. in monte, 1. I, c. xiv, n. 39, P. L., t. xxxiv, col. 1249. Mais ce qui étonne, c’est qu’entre ces deux dates, en 412, dans le De fide et op., c. xix, n. 35, P. L., t. XL, col. 221, il ait pu exprimer un doute sur ce point et dire : ut, quantum existimo, ibi venialiter quisque fallatur, paroles non rétractées. L. I, c. xxxviii. On doit cependant s’en tenir à sa dernière opinion. Les hé­ sitations des Rétractations,!. I, c. xix, n. 6, P. L., t. xxxm, col. 616; 1. II, c. lvii, col. 653, difficillimam quœstionem, semblent concerner, non le fond du débat, mais les circonstances, la nature de cette fornicatio, etc. 4. La virginité perpétuelle n’est point inséparable du mariage, d’après Augustin, parce que l’usage du ma­ riage n’est point nécessaire pour établir le vinculum, 2432 élément essentiel du contrat et du sacrement. Aussi entre la sainte Vierge et saint Joseph reconnait-il un véritable mariage. De nupt. et conc., 1. I, c. xi, n. 12, P. L., t. xliv, col. 420; Cont. Jul., 1. V, c. xn, n. 46, ibid., col. 810; Cont. 1-aust., 1. XXIII, c. vm, P. L., t. xlii, col. 471. Vil. MORALE DE SAINT AUGUSTIN : LE DOCTEUR DE LA — Quand les récents critiques d’Allemagne envisagent dans Augustin l’inspirateur de la piété chré­ tienne, ce n’est point dédain de son œuvre dogmatique, c’est une observation profonde sur le caractère de son génie et de son œuvre : son génie, nous le dirons, est surtout dans l’émotion qui accompagne la contemplation de la vérité. La vraie science, pour lui, c’est uniquement la sagesse, sapientia, celle qui est goûtée par le cœur, aussitôt qu’elle éclaire l’esprit, et la philosophie n’est autre chose que la piété : c’est le principe auquel il revient sans cesse : Hominis sapientia pietas est, ditil dans l’Enchirid., c. il, P. L., t. XL, col. 231. Cf. De civit., 1. XIV, c. xxvill, P. L., t. xli, col. 436; De spir. et litt., c. xm, n. 22, P. L., t. xliv, col. 264. Aussi ses œuvres se distinguent-elles par le cachet pratique et l’impression intense de vie chrétienne qu’il infuse aux âmes. Il ramène toute contemplation des mystères à l’union avec Dieu : adhærere Deo bonum est. — Ce que les critiques ont moins compris, c’est que nul n’a su, mieux qu’Augustin, montrer le lien indissoluble qui fait dé­ pendre la morale du dogme. Dans l’immensité de son œuvre tout est dogmatique et à peine peut-on détacher certains opuscules d’une allure plus strictement morale. Voif col. 2304. Mais à tous ces écrits dogmatiques il a su donner leur portée pratique pour la vie de lame. — Nous nous bornerons à indiquer ici, d’après le grand docteur : 1» les fondements de la morale; 2° la loi fonda­ mentale de la charité; 3° les lois particulières; 4° les degrés de la perfection morale. 1° Les fondements de lamorale, d'après saint Augustin, peuvent être ramenés à trois principes : 1. le but de la vie en Dieu seul, bien suprême; 2. le bien moral et le devoir; 3. le mérite et les bonnes œuvres complément de la loi. 1. La fin de l'homme et le but de la vie est en Dieu seul, bien suprême. — La morale étant la science des lois de la volonté, ou du développement libre de la vie, le problème fondamental qui, dès le début, séduisit Augustin, fut le terme final vers lequel tendent toutes les énergies de notre âme. Ou est la fin de notre être, c’est-à-dire le bien dont la possession achèvera notre perfection et mettra fin à tout effort, à toute tendance, nos inclinations étant désormais satisfaites dans un repos bienheureux? Or cette fin est Dieu même, qui apparaît ainsi, sous un nouvel aspect, cause première et suprême : comme créateur il était source de tout être et de l'ordre ontologique; comme bien suprême, il est source de tout vouloir et moteur de toute activité consciente : toute la morale, implicitement ou explicitement, consis­ tera à diriger vers Dieu notre liberté. Telle est la première base de la morale qu’Augustin a développée, dès le début, dans le De beala vita, P. L., t. xxxn, col. 959 sq.; De moribus Eccl., 1. 1 (vrai traité de morale), c. m-ix, ibid., col. 1312-1320. Plus tard cetle pensée domine et pénètre toute la trame des Confessions, spécialement 1. II, c. vi; 1. IV, c. xn; I. V, c. iv; surtout 1. X; elle revient dans le De Trin., 1. XII, c. iv-vin, et dans le De civit., en particulier 1. XIV, 1. XIX, presque entier, dans le sermon cl, et mieux encore ln Ps. cxvill, serm. î, xn, xm, xxn. Voici la marche générale de sa pensée : a) Le point de départ est un fait psychologique indu­ bitable : l’aspiration innée (donc venue du créateur), irrésistible de notre âme au bonheur : elle veut être, être bien, c’est-à-dire atteindre le plein épanouissement de sa vie dans la paix et la béatitude. Cette tendance est charité. 2133 2434 AUGUSTIN (SAINT) le principe de toutes nos volontés, même dans le sui­ cide. De lib. arb., 1. 111, c. vin, n. 23, P. L., t. xxxn, col. 1282; De civil., 1. Xl. c. xxvn, P. L.. t. xli, col. 310. A cette soif de bonheur nul ne peut se dérober : nul même ne la discute, tout le débat roule sur son objet. De Trin., 1. XIII, c. iv, n. 7, P. L., t. xi.ii, col. 1018. La conception augustinienne de la morale est donc franchement eudémonisle : le bonheur y est conçu comme la fin de la vie, précisément parce que l’âme le cherche d'un irrésistible élan. Il y a là l'optimisme essentiel à tout spiritualisme logique. Jamais Augustin n’a pu supposer que cette béatitude soit une chimère et que la nature, en marâtre cruelle, se soit fait un jeu barbare de nous bercer d'aspirations irréalisables. Qu’on n’accuse pascettethéoriede cacher un épicuréisme raffiné, bien inférieur au stoïcisme. Augustin a déjà répondu dans le sermon cl, P. L., t. xxxvm, col. 808-814, et la théorie de la charité conciliera tout à l’heure le désir de notre félicité avec le plus pur amour du bien. b) Un second principe augustinien identifie la béati­ tude avec Dieu lui-mème. Partant de cette donnée plato­ nicienne, que le bien est identique à l'être, le mal n'élanl qu’un déficit ou une négation de l’être, il établit que là seulement sera le bien parfait et absolu, où se trouvera l'i'tre complet, sans limites, par suite immuable et éternel. Mais toute créature est mélange d’être et de néant; el inspexi cætera infra te et vidinec omnino esse, nec omnino non esse, etc. Confess., I. VII, c. xi. n. 17, P. L., t. xxxn, col. 742. Dieu seul sera donc le bien parfait, le summum bonum, bonum omnium bonorum, bonum aquo sunt omnia bona, bonum sine quo nihilesl bonum, et bonum quod cœteris bonum est. In Ps. cxxxtv, n. 6, P. L., t. xxxvn, coi. 1747. Ainsi Dieu, notre vraie béatitude, doit, être l’unique objet de nos aspirations : Bonorum summa Deus nobis est... Neque infra rema­ nendum nobis est, neque ultra quærendum : alte­ rum periculosum, alterum nullum esi. De mor. Eccl., 1. I, c. vm, n. 13, P. L., t. xxxn, coi. 1316. La grande, l’unique loi fondamentale de la morale sera de nous attacher à Dieu. Augustin en empruntera mille fois la formule au psaume i.xii, 28 : Mini adiiærere Deo bonum est; hoc est totum bonum. Vultis amplius'? Doleo volentes; fratres, quid vultis amplius? Deo adhterere nihil melius. In Ps. lx/i, P. L., t. xxxvi, coi. 928. Voir Béatitude. c) La conclusion sera la célèbre théorie du 1. I De doct. christ., c. ni, n. 1, P. L., t. xxxiv, col.. 19 : Dieu seul peut être aimé pour lui-même, de lui seul on peut jouir (frui); des biens créés on doit seulement user (uli) : ils ne sont que des moyens pour aller à Dieu. Cf. De musica, I. VI, c. Xiv, n. 46, P. L., t. xxxn, col. 1187. Cette formule empruntée à Augustin par Pierre Lombard, Sent-, 1. I, dist. I, c. II. sera la pre­ mière maxime développée au début de toutes les Sommes. Cf. S. Bonaventure, In IV Sent., I. I, dist. I, a. 1, 2, Quaracchi, t. 1, p. 30 sq.; S. Thomas, ibid., q. II. .Mais la jouissance de Dieu qui béatifie lame, est ré­ servée à la vie future. Voir col. 2330. Ici-bas une seule chose est possible, l’etTort pour nous unir à lui par la connaissance et l’amour : Deo adhærere non valemus nisi dilectione, amore, caritate. De mor. Eccl., I. 1, c. xiv, n. 24, P. L., t. xxxn, coi. 1322. Toute la morale chrétienne se résumera donc dans la victoire de la cha­ rité, qui est l’amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, sur la cupidité qui est l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu. On s’est étonné (Nourrisson, ouv. cit., t. Il, p. 389) d'entendre Augustin railler les doctrines confuses de l’antiquité sur la nature du souverain bien, et déclarer que, Platon mis à part, aucun philosophe ancien n'a su pénétrer l’énigme de la vie. C’est qu’à ses yeux, les plus belles pages des diverses écoles sur le bien et le devoir étaient affectées d'un vice irrémédiable, l'oubli de Dieu I D1CT. DE THEOL. CATHOL. et de son culte : seul Platon a fait dépendre directement la vertu du Bien suprême, de Dieu, et a du coup divi­ nisé la morale. 2. Le bien el le devoir. — Deux vues, incomprises de nos jours, seront seules signalées sur ce point que d'ailleurs Augustin a moins approfondi rationnellement la loi révélée lui suffisait. a) Le caractère absolu du bien et du mal a été admi­ rablement enseigné dans le 1. Ill De doct. christ., c. xiv, n. 22, P. L., t. xxxiv, col. 74. Le grand docteur montre la justice immuable, indépendante des coutu­ mes des peuples. Voir le texte caractéristique du I. 1 Retract., c. Xlii, n. 8, P. L., t. xxxn. col. 605. Bien plus, ainsi que Weber l'a signalé, Hist, de la philos, europ., p. 175, il remonte plus haut que la volonté de Dieu pour trouver la source du bien et du mal. Ainsi dans le Cont. mend., c. xv, n. 31, P. L., t. XL, col. 540, ce n’est point parce que Dieu l'a défendu que le men­ songe est un mal, mais Dieu l'a prohibé parce qu'il est contraire à l'éternelle justice, règle du bien. Tel est le sens profond de la célèbre définition de la loi éternelle prescrivant ce qui est déjà fixé par l'intelligence divine et l'ordre des êtres : Lex ælerna est ratio divisa vel vo­ luntas Dei, ordinem naturalem conservari jubens el perturbari velans. Cont. Faust, mati., I. XXII, c. xxvn, P. L., t. xlii, coi. 418 (tout le chapitre est important). b) La source de l’obligation ne peut point se trouver dans le seul caractère du bien. Augustin distingue en effet avec l’Evangile les préceptes et lesconseils. Puisque, au-dessus des vertus obligées, il y a une perfection sui érogatoire, il est bien clair que tout bien n’oblige pas. Obligation dit une dette, donc envers quelqu'un. Aussi le docteur d’Hippone conçoit-il tout devoir comme imposé par le domaine souverain de Dieu : l'ordre du monde est la propriété de Dieu qui a le droit de la faire res­ pecter. Ainsi tout péché est conçu comme une injustice à l'égard de Dieu : peccatum est voluntas relinendi cel consequendi quod justitia vetat, De duab. anim.,c. xi n. 15, P. L., t. xlii, coi. 105; même formule dans le De Gen. ad litt, lib. imp., c. 1, n. 3, P. L., t. xxxiv, col. 221. C’est là un aspect que saint Augustin aime à développer : le péché est la violation de la propriété divine, au moins en ce sens qu’il dégrade l’âme, mai­ son de Dieu, et détruit l’ordre du monde. Dans le très beau sermon ccclxxviii, n. 8-10, P. L., t. xxxvm, col. 1272, il dit : Vous êtes intempérant : qui aura le droit de vous accuser? Nul certes parmi les hommes : sed tamen... Deus arguit, exigens de te interritaiî m templi sui et 1NC0RRUPTI0NEM habitationis SU.T. De même dans le sermon ix, n. 15, ibid., col. 87 : in cor­ ruptelis eum offendis, in te illi facis injuriam : facis enim injuriam graliie ipsius, domui ejus. Augustin revient sans cesse sur cette idée. Cf. Serm., cclxxi :: n. 9, ibid., col. 1273. L’obligation commence d n \: où la liberté, renversant l'ordre essentiel ou natui<■! créatures, porterait atteinte au domaine du créateur - n le dégradant. L’homme n’est point tenu de viser à fa plus haute perfection, il est tenu de ne point détruire l’œuvre et la propriété de Dieu. 3. Le mérite et la nécessité des bonnes œuvres. — Ici surtout, de l’aveu des critiques protestants, éclate le caractère catholique de la doctrine augustinienne, et ce caractère est aussi éminemment moral. Comment le pro­ testantisme a-t-il pu rompre le lien indissoluble que la morale naturelle a établi entre le devoir et le salut, et faire de l'inutilité de la vertu, la base du nouvel Évan­ gile? Toujours est-il qu’il doit renoncer à se réclamer d’Augustinsurce point: « Dans ses écrits, dit Bindemann, Der h. Augustinus, t. m, p. 935, les rapports des œu ire s avec la foi sont énergiquement affirmés au sens catho­ lique : on y retrouve les mérites et l'invocation des saints. * Il suffira donc de signaler les trois principes d'Augustin en opposition avec la conception protestante. I. - 77 2435 AUGUSTIN (SAINT) 2436 i™ opposition : sur la nature de la foi qui sauve. — 1 envers Dieu, toute autre affection de l’âme est cupidité mondaine et coupable. Mais ils n’ont pas su comprendre Neander avait prétendu trouver chez l’évêque d’Hippone l’idée protestante de la foi, l'assurance de sa propre jus­ Augustin. En mille endroits il nous avertit que la cha­ tification par le Christ. Mais Dorner, Augustinus, p. 194rité n’est pas toujours l’amour de Dieu, vertu théolo­ 195, apres Wiggers, prouve fort bien qu’Augustin exige gique, mais l'amour du bien, de la vertu, de l’ordre : l’adhésion intellectuelle aux vérités révélées. il est vrai que le bien dans sa source vient de Dieu et dans sa finalité objective tend à Dieu, il est vrai encore 2‘ opposition ; sur la nécessité des oeuvres. — Non seu­ que l’amour du bien a son acte suprême et son cou­ lement, Augustin n’a jamais connu la théorie protes­ tante du salut par la foi seule, ainsi que l’avoue A. Har­ ronnement dans l’amour formel de Dieu, mais jamais saint Augustin n’a voulu restreindre à ce dernier acte nack, voir col. 2324, mais il l’a mille fois expressément rejetée. La seule foi qui justifie, est celle qui opère par I le champ de la vertu. Contra duas epist. Pel., 1. II, c. ix, n. 21, P. L., t. xliv, col. 586 : quid est boni cupi­ la charité. De spir. et litt., c. xxxn, n. 56, P. L., ditas nisi charitas ? Cf. De grat. Chr., c. xvm, n. 19, t. xliv, col. 237; Serm., lui, n. Il, P. L., t. xxxvni. col. 369. Ou encore : sans les œuvres, la foi ne sauvera P. L., t. xliv, col. 370. Il reconnaît et admire d’autres personne. De fide et oper., du c. xtv à la lin, P. L., vertus moins hautes et plus humaines, même des vertus t. xl, col. 211, voir col. 2303; De un. bapt., c. x, n. 17, purement naturelles. Cf. Serm., ccxxxix, n. 2, P. L., P. L., t. xliii, col. 604; De bapt. cont. don., 1. IV, t. xxxix, col. 1530 : Licita est humana charitas qua c. xix, n. 26, ibid., col. 172; in Ps. xxxi, enarr. n, uxor diligitur... humana est, sed, ut dixi, licita est. II surtout n. 6, P. L., t. xxxvi, col. 261. — Il concilie ajoute même que cet amour est obligatoire et proclame qu'on le trouve chez les païens. Cf. ibid., c. vu, n. 7; saint Paul, Rom., m, 28, avec saint Jacques, n, 20, en De civil., L XIV, c. vin, n. 1-3, P. L., t. xli, col. 413ce que le premier affirme l’inutilité des œuvres avant la 415; In Ps. lxxix, n. 13, P. L., t. xxxvi, col. 1026; foi, et le second la nécessité des œuvres après la foi. In Ps. xxxvi, serm. n, n. 13, ibid., col. 371 : Ipsa est De div. quæst. Lxxxitl, q. lxxvi, P. L., t. xl, col. 87-89. charitas quæ dicitur et voluntas bona. De Trinit., 3e opposition : les bonnes œuvres constituent des mé­ 1. VIII, c. x, n. 14, P. L., t. xlii, col. 960; Epist., rites pour le croyant. — Voici encore un point en opposi­ clxvii, ad Hieron., c. iv, n. 15, P. L., t. xxxm, tion irréductible avec tous ceux qui attribuent à Augus­ col. 739. tin un fatalisme déterministe. L’idée de mérite suppose en effet (par la nature des choses et dans la pensée 2» question : Saint Augustin exige-t-il, pour qu'un constamment affirmée par le grand docteur) la respon­ acte soit honnête ou même méritoire, une in/luence sabilité de l’agent, la liberté, le domaine sur son acte. positive et formelle du motif de la charité théologale? — Detract., 1. 1, c. xxm, n. 2, P. L., t. xxxn, col. 617. C’est la thèse exagérée de certains théologiens augustiniens, comme Louis Habert, trompés par l’insistance Or il a toujours affirmé les mérites des justes, tout en d’Augustin à exiger que tout amour de notre volonté soutenant que ces mérites sont dus à un don gratuit. soit rapporté à sa lin dernière,à Dieu. Cf. Cont. Julian., Confess., 1. IX, c. XIII, n. 34, ibid., col. 798 : Quisquis I. IV, c. m, n. 33, P. L., t. xliv, col. 755 : Sine hoc enumerat vera merita süa, quid tibi enumerat nisi amore creatoris nullis quisquam bene utitur creaturis. munera tua. Cf. De grat. et lib. arb., c. i, 1, P. L., De grat. et lib. arb., c. xvm, n. 37, ibid., col. 903 : Dice t. xliv, col. 881 ; De civit., 1. XIV, c. xxvi, P. L., t. xli, col. 438; Epist., cxciv, c. v, n. 19, P. L., t. xxxm, omnia præcepla dilectionis, id est charitatis quæ tanta el talia sunt ut quidquid se putaverit homo facere col. 880. Loofs, Leitfaden zum Studium der Dogmeng., р. 226, conclut que cette théorie du mérite était une bene, si fiat sine charilate nullo modo /iat bene. Mais d’après le saint docteur, Dieu étant la source de porte ouverte au semi-pélagianisme. C’est une erreur évi­ toute loi, de tout ordre, de toute honnêteté, dès que la dente, puisque le premier mérite est dû lui-méme à la volonté agit par le motif d’une vertu quelconque, impli­ grâce, Il eût été plus juste de conclure qu’on s’était citement et objectivement, elle rapporte tout à Dieu, trompé en attribuant â Augustin l’idée d’une grâce né­ bien qu’elle ne songe pas explicitement à lui. La théorie cessitante, absolument inconciliable avec le mérite. de saint Augustin n’est pas qu’il faut toujours explici­ 2" Loi fondamentale de la charité. — Nul Père n’a tement aimer Dieu pour aimer le bien, mais qu’il faut fait ressortir comme Augustin ce cachet de la loi du aimer le bien pour ne jamais perdre l’amour de Dieu. Christ « loi d’amour ». L’Enchiridion ramenait toute la Aussi célébre-t-il la beauté de chaque vertu prise à part. morale à la charité, comme les dogmes à la foi. Omnis Le sermon cl, c. vm, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 812, itaque præcepti /inis est charitas, id est ad charitatem explique et complète la célèbre théorie sur les vertus refertur omne praeceptum, Enchir., c. cxx, P. L., cardinales, formulée dans le De moribus Eccl. calh., t. xl, col. 288, et déjà dans le De moribus Eccl., I. 1, с. xv, n. 25, P. L., t. xxxn, col. 1322, il ne voyait dans | c. xv, n. 24, 25, P. L., t. xxxn, col. 1322. Cf. Serm., xvi, n. 8, P. L., t. xxxvn, col. 146-147; In 1 Joa., tr. VI, toutes les vertus que des formes diverses de l’unique n. 3, P. L., t. xxxv, col. 2021; tr. VIII, n. 1, ibid., charité. C’est une idée fondamentale qu’il reproduit sous col. 2035-2036. diverses formes : on connaît les deux amours qui 3” question: La doctrine augustinienne du castus constituent les deux cités dans la Cité de Dieu, 1. XIV, c. xxvin, P. L., t. xli, col. 439 : Fecerunt civitates duas amor Dei est-elle quiéliste? Confond-elle la charité amores duo : terrenam scilicet, amor sui usque ad avec le désir de posséder Dieu? — Les quiétistes ont cité triomphalement les formules d’Augustin réclamant pour contemptum Dei : cielestem vero amor Dei usque ad Dieu un amour pur, dégagé de tout intérêt, l’amour de contemptum sui. De même dans le De doctr. chr., 1. III, l’épouse qui aime son époux pour lui-même, non pour c. x. n. 15, P. L., t. xxxiv, coi. 71: Non prœcipit Scri­ les trésors qu’il apporte. In Ps. LV, n. 17, P. L., ptura nisi charitatem ; cf. ibid., n. 16; Epist., ccxxxi, ad Darium, n. 6, P. L., t. xxxm, coi. 1020; Serm., t. xxxvi, col. 658: Nos ergo Deum amemus, fratres, Clli, n. 4, P. L., t. xxxvm, coi. 468; De patientia, pure et caste. Non est castum cor si Deum ad mercedem c. xxm, n. 20, P. L., t. xl, coi. 622; surtout Epist., colit... N’est-ce point condamner ou du moins exclure ci.xvn, ad Hieron., P. L., t. xxxm, coi. 733 sq. Mais on tout retour de l’âme’sur son propre bonheur? a étrangement abusé du rôle donné par Augustin à la Mais la théorie d’Augustin est à l’opposé du quiétisme. charité et il faut en rétablir le sens exact pour le déga­ Il interdit le désir de tout don distinct de Dieu, de tout ger de diverses erreurs. bonheur mis en autre chose que Dieu. Car dans le texte 1re question : La chanté est-elle la seule vertu d’après même qui a été allégué il ordonne d’aimer Dieu notre saint Augustini’ — Baius et les jansénistes ont conclu récompense et notre béatitude. Citons la théorie si belle qu’en dehors de la charité chrétienne ou surnaturelle du n. 16. Les païens, dit-il, attendaient de Dieu les biens 2437 AUGUSTIN (SAINT) de la terre, des troupeaux, des moissons... Or, Dieu abandonne ces biens à ses ennemis. Ibid., n. 16, col. 657. El un peu plus loin, n. 17, col. 658, il ajoute : Quid ergo? Mercedem de Dei cullu non habebimus? Habebi­ mus plane, sed ipsum Deum quem colimus. Ipse nobis merces erit quia videbimus eum siculi est. Vouloir jouir de Dieu c’est l’amour chaste, c’est l’amour de l’épouse. In Ps. lxxii, n. 33, P. L., t. xxxvi, col. 928. Aussi venge-t-il de toute attaque le désir de cette récompense divine éternelle. De civit., 1. V, c. xvt, P. L., t. xli, col. 160; cf. 1. XIV, c. tx, ibid., col. 423; In Ps. xciu, n. 24, P. L., t. xxxvii, col. 1211 : Inten­ dite, fratres, venale est. Venale est quod habeo, dicit libi Deus; eme illud. Quid habet venale? Requiem venalem habeo, eme illam de labore. Cf. ibid., n. 24-25, coi. 1211-1213; In Ps. cxxxvi, n. 15, ibid., col. 1770; Epist., cxxxvill, ad Marcellum, c. ni, n. 17, P. L., t. xxxm, coi. 533; et surtout De catech. rud., c. xxvtl, n. 27, P. L., t. xi., coi. 331. Augustin approuve aussi la crainte de la damnation, même quand elle redoute le châtiment sans être encore la frayeur filiale de perdre Dieu. In 1 Joa., tr. IX, n. 5, P. L., t. xxxv, col. 2049 : Quis est timor castus? Ne amittas ipsa bona. Ce passage explique admirablement pourquoi au n. 5 du même sermon il condamne la crainte de celui qui est encore attaché au mal. Cf. Serm., lxv, c. v, P. L., t. xxxvin, col. 429; ci.vi, c. xm, xiv, col. 857-858; ci.xi, c. vin, n. 8, col. 882; De sancta virgi­ nitate, c. xxxvin, n. 39, P. L., t. xt, col. 418; De grat. et lib. arb., c. xvm, n. 39, P. L., t. xliv, col. 904-905; De catech. rudib., c. v, n. 9, P. L., t. XL, col. 316; Opus imperf. cont. Jul., 1. VI, n. -40, P. L., t. xlv, col. 1508 sq. La pensée d’Augustin sur l’efficacité de l’attrition a été étudiée par les théologiens, et récem­ ment par de San, Tractatus de pænilentia, c. xvm, Bruges, 1900, p. 503-521. 4° question : Saint A ugustin a-t-il conçu la charité sans l'amour de bienveillance? — Le désir de posséder Dieu, d'après saint Augustin, joue un grand rôle dans la charité. De là est née une interprétation de sa doctrine diamétralement opposée à la précédente. La charité meurt, disait le quiétisme, dés que l’àme aime en son­ geant à le posséder : c’est un égoïsme coupable, au moins imparfait. Au contraire, d’après Bolgeni et ses disciples. Augustin ne prêche que l’amour intéressé, le désir de Dieu pour le posséder. La charité devient pure chimère, dit l'école nouvelle de Bolgeni, si elle cherche à aimer Dieu pour lui-même sans l’envisager comme la béatitude couronnement de tous nos désirs. C’est un effort contre nature puisque toute volonté, faite pour le bien, cherche en tout ce bien qui doit toujours être son propre bien. Ainsi Augustin n’aurait point connu ce que les théologiens, après saint Thomas, appellent amour de bienveillance, amour de Dieu considéré en lui-même à cause de ses perfections infinies, sans un retour sur notre propre béatitude. La vraie charité serait l’amour qui cherche son bonheur non dans les richesses de son époux, mais dans la communauté de vie et d’affection. Solii., 1. 1, c. vi, n. 13, P. L., t. xxxn, col. 877 : Charitas quæ videre perfruique desideret. De morib. Eecl., 1. I, c. xxv, n. 46, ibid., col. 1330 : Si enim Deus est summum hominis bonum,... sequitur profecto quoniam SUMMUM BONUM APPETERE EST BENE VIVERE, Ut nihil sit aliud bene vivere quam toto corde, tota anima, tota mente Deum diligere. Désirer Dieu c’est aimer Dieu, selon ce mot profond du sermon CCCXXXIV, n. 3, P. L., t. xxxvin, col. 1469 : Hoc est Deum gratis amare, de Deo Deum sperare; et encore, sermon cccxxxi, n. 4, ibid., col. 1461 : Gratis amate, se solum ab illo desiderate. Nous l’avouons, ces formules et d’autres sans nombre favorisent en apparence cette théorie, mais en réalité la doctrine de l’évêque d'Hippone proteste contre cette étroite interprétation. Il enseigne, il est vrai, que la 2438 volonté ne pourrait aimer Dieu, si Dieu n’était son seul et vrai Bien, c’est-à-dire son Dieu, source et fin de son être. Il est vrai encore qu'il nous présente ?·.·.■, -nt, comme objet de notre amour, Dieu béatitude supreme de l’homme. Âlais cela tient à sa conception profond- des rapports de l’âme et de Dieu. Pour lui tout dans le monde est venu d’un acte d’amour de Dieu créateur. Tout doit revenir à Dieu fin suprême par un acte d’amour i ■·. C’est le sens de la parole célèbre : Non colitur ille >. si amando, Epist., cxl, ad Honor., c. xvm. n. 45, P. L., t. xxxm, col. 557; et dans Epist., ci.v, ad Macedon., c. iv, n. 13, ibid., col. 672 : Imus autem (ad Deum] non ambulando, sed amando. Cf. Martin, Doctrine spirit, de S. Augustin, Paris, *901, p. 201. Or pour diriger ce mouvement de retour vers Dieu. Augustin devait présenter Dieu et les perfections divines dans leur rapport avec l’âme qui doit se mettre en marche. Dieu lui sera donc montré comme la fin, le terme, le repos, la béatitude. Fecisti nos ad te, etc. Mais on ne doit pas oublier les principes de la théorie augustinienne : d’une part, Dieu n’est notre béatitude que parce qu'il est Dieu, et l’aimer comme source de notre bonheur c'est aimer et glorifier toutes scs perfections infinies; c’est le sens de cette profonde parole, De morib. Eccles., 1. L c. xxvr, n. 48, P. L., t. xxxn, col. 1331 : Quod(summum bonum) si nil aliud est quam Deus,... quis cunctari potest, quin sese amet, qui amator est Dei? D’autre part, Dieu est la fin dernière de tout, de notre bonheur final comme de notre vertu sur la terre, et notre béatitude elle-même doit tendre à Lui en le glorifiant. C’est le sens profond des formules augustiniennes sur Dieu, fin de tout, dont il est permis de jouir, non d'user. Dans les élus la joie de posséder Dieu n’existerait plus, si cette joie s’arrêtait égoïstement à elle-même et ne revenait à Dieu comme le plus beau cantique à sa gloire. Voilà la pensée d’Augustin. Tandis que nous séparons dans nos Con­ ceptions ces deux choses, le bonheur des élus et la gloire de Dieu, il les contemplait dans leur admirable unité, et nous demandant d’aimer Dieu source de notre béatitude, il n'oubliait pas que cetle béatitude, pour exister, doit être rapportée comme tout le reste à Celui qui est la lin suprême des êtres : charilatem voco, dit-il, motum animi ad fruendum Deo propter ipsum el se et proximo propter Deum. De dort, christ., 1. III. c. x, n. 16, P. L., t. xxxiv, col. 72. La parole de Leibnitz cherchant à concilier Bossuet avec Fénelon : < Aimer,... c’est trouver son bonheur dans la félicité d’un autre. > amare est felicitate alterius delectari (Lettre à Maghabecci, juin 1698, peu avant la condamnation de Fénelon) se vérifie dans le bonheur des élus; ils sont heureux de la félicité, de la gloire de Dieu, et en particulier de ce que leur bonheur est une nouvelle manifestation de cette gloire divine. 3° Lois particulières de la morale. — i. LP. .•..■•te­ trice de la conscience dans les cas douteux. — Un a souvent cité contre le probabilisme le 1. III Cm.t. acad., c. xvi, n. 35-36, P. L., t. xxxn, col. 952. mais a tort ; ce texte réfute seulement le système des académi­ ciens, et prouve qu’il n’est point permis de commettre meurtres et adultères, sous prétexte que certains hommes n’y ont point vu de crime; il ne traite pas la question actuelle. Augustin serait plutôt favorable au probabi­ lisme, dans Epist., xlvii, ad Publicolam, n. 4, P. i.., t. xxxm, col. 186 : à propos des idolothytas, il permet, dans le doute, d’user de sa liberté. 2. Morale individuelle. — Augustin parait plutôt sé­ vère dans ses décisions. Ainsi, dans la lettre xlvii, déjà citée, il ne permet point de donner la mort à un in­ juste agresseur, pour sauver ses biens, ou même sa · ie. Ibid., col. 186. Cf. De lib. arb., 1. I. c. v, n. 13, P- L-, t. xxxn, col. 1228. 11 a justement réprouvé tout men­ songe, même officieux. Cont. mend., c. xv. Le culte des saints et des anges a été vengé par lui de toutes les — c- 2439 AUGUSTIN (SAINT) sations d’idolâtrie. Voir col. 1221. Rien de pl us précis que sa réfutation de Faustus, Cont. Faust., 1. XX, c. XXI, P. L., t. xlii, col. 384 : populus Christianus memorias mar­ tyrum concelebrat et ad excitandam imitationem, el ut meritis eorum consocietur, atque orationibus adju­ vetur; ita tamen ut nulli martyrum, sed ipsi Deo martyrum, quamvis in memoriis martyrum, consti­ tuamus altaria. La prière pour les morts est solen­ nellement enseignée. Cf. De cura pro mortuis, voir col. 2304. On connaît la page immortelle des Confess., J. IX, c. xii-xm, n. 29-36, P. L., t. xxxn, col. 776-778, où il demande qu'on offre pour sa mère des prières et le sacrifice eucharistique. Tels sont, en effet, avec l’au­ mône, les moyens principaux de soulager les défunts. Serm., clxxii", ccxxxix, P. L., t. xxxvm, col. 936-937, 1127-1130, etc. Toujours il ajoute que ceux-là seuls sont ainsi soulagés, qui pendant la vie ont mérité que les suffrages de l’Eglise pussent leur être appliqués. 3. Morale sociale. — Augustin proclame le caractère éminemment sociable de l'homme et distingue les trois sociétés dont il fait partie : la famille (domus), la patrie (civitas), l’humanité. De civit., 1. XIX, c. XII, P. L., t. xli, col. 638 sq. La fraternité humaine, célébrée par les païens eux-mêmes, se resserre par « l’espérance du même héritage céleste ». Epist.,-CLV, ad Macedonium, c. iv, P. L., t. xxxm, col. 672. а) Dans la famille, il proclame l’émancipation chré­ tienne de la femme : sans doute elle est soumise à l’autorité du mari, Quæst. in Hept., 1.1, q. CLIII, P. L., t. xxxiv, col. 590, mais elle a désormais les mêmes droits matrimoniaux que lui. Cf. De conjugiis adult., 1. Il; De bono con/ug., P. L., t. XL, col. 471 sq., 373 sq. б) Dans la société civile, le droit de propriété dérive du droit divin, toute richesse étant un moyen donné par Dieu de remplir notre destinée. Dans la société, l’exercice de ce droit est sanctionné par le droit humain ou la loi civile : c’est tout ce qu’a voulu dire Augustin dans un passage mal compris du tr. VI, In Joa., n. 2426, P. L., t. xxxv, col. 1436. Il est inconcevable que des écrivains comme Harbeyrac, le traducteur de Puffendorf, et Nourrisson, ouv. cité, t. il, p. 401, suivant en cela Wiclef, De civili dominio, 1. I, η. 5, Londres, 1885, p. 5, lui aient attribué un « abominable » commu­ nisme théocratique, d’après lequel seul le chrétien fidèle à Dieu serait propriétaire du monde entier et l'infidèle ou simplement le pécheur aurait perdu tout droit. Ils font allusion à la lettre CLlll à Macedonius, n. 26, P. L., t. xxxm, col. 665, où il est dit : Omne igitur quod male possidetur, alienum est, male autem possidet, qui male utitur. Mais la suite même du texte indique évidemment que c’est là une de ces exagérations ora­ toires, trop fréquentes chez le docteur africain, et même, disons-le, un malheureux jeu de mots roulant sur le double sens de male possidere. Augustin ajoute qu’il faut s’en tenir aux lois civiles qui laissent aux méchants leur propriété. D’ailleurs, en cent endroits il enseigne explicitement que Dieu donne les biens terrestres aux méchants comme aux bons. Serm., cccxi, c. xin-xv, P. L., t. xxxvm, col. 4448; cccxvn, n. 1, ibid., col. 1455 : hoc dat bonis et malis; Epist., ccxx, ad Bonif., n. 10, P. L., t. xxxn, col. 996 : Ne putentur mala, dantur et bonis, ne putentur magna vel summa bona, dantur et malis. c) Quant à l’esclavage, Augustin, sans en proclamer l’abolition qui n’était point encore préparée dans les mœurs, le déclare contraire a la nature primitive île l’homme, De civil., 1. XIX, c. xv, P. L., t. xli, col. 643, et ajoute : « Ce n’est pas le travail qui dégrade l’esclave, c’est le péché. » Il exige qu’on traite les esclaves avec douceur, comme des membres de la famille humaine : il applaudit à leur émancipation, Serm., xxi, P. L., t xxxvm, col. 142 sq. ; il les.appelle à la vraie noblesse 2440 de la vie monastique. Serm., ccclxi, P. L., t. xxxix, col. 1599 sq. d) Dans la délicate question de l’autorité du prince et de l'obéissance due aux lois civiles, Cunningham, Saint Augustin, etc., Londres, 1886, p. 193-195, admire avec raison la sagesse et la modération d'Augustin. Il proclame pour les sociétés la grande loi de la justice : « Sans elle, que sont les grands empires, sinon de grands brigandages ? » De civit., i. IV, c. iv, P. L., t. xli, col. 115. Le prince doit gouverner pour le bien public, ibid., c. m, col. 114; nulle loi n’oblige si elle ne découle de la loi éternelle. De lib. arb., 1. I, c. xv, P. L., t. xxxn, col. 1238; De civit., 1. XIX, c. xxi, P. L., t. xli, col. 648; De vera rel., c. xxxi, P. L., t. xxxiv, col. 148. — Le bien social est tellement la loi suprême que, dans le 1. I De lib. arb., c. VI, n. 14, P. L., t. xxxm, col. 1129, il permet, si le bien public l'exige, de changer le gouvernement établi, et de ren­ verser une démocratie injuste et violente pour établir un pouvoir aristocratique ou monarchique. Le soldat n’a point à examiner si la guerre est injuste, il doit obéir. Cont. Faust. man., L XXII, c. lxxv, P. L., t. xlii, col. 448. e) Quant aux relations entre l’Église et l'État, Au­ gustin proclame que partout où les lois respectent les droits de la conscience, l’Église ou la cité céleste ne s'inquiète aucunement des diversités qui se trouvent dans les mœurs, les lois ou les institutions... Elle n’y retranche rien, n’y détruit rien, elle conserve au con­ traire cet ordre social et s’y conforme. Decivit., I. XIX, c. xvii, P. L., t. xli, col. 646. Mais s’il affirme les droits de l’autorité civile dans sa sphère, il maintient aussi l’indépendance de la conscience en face du prince qui envahit le domaine de la foi:« prétendre que la liberté chrétienne affranchit de l’obéissance au prince, c’est une erreur ; mais l'erreur est plus grande encore de croire que l’on peut soumettre sa foi à l'autorité du ma­ gistrat civil. » Expos, quar. propos, ex Epist. ad Rom., expos, lxxii, P. L., t. xxxv, col. 2683. 4° Les divers degrés dans la perfection morale du chrétien. — i. En général, Augustin établit une hié­ rarchie morale de mérites et démérites. — Au iv· siècle, les idées stoïciennes avaient envahi certains esprits, et, à la suite de Jovinien, plusieurs niaient avec plus ou moins de franchise, toute inégalité dans le bien comme dans le mal. L’homme est vertueux ou criminel, mais impossible d’établir des degrés dans le crime ou dans la vertu. Cela paraîtrait incroyable si aujourd'hui en­ core les protestants et avec eux beaucoup de rationa­ listes ne soutenaient ce paradoxe. Or, c’est le mérite de saint Augustin d’avoir, avec plus de précision que ses prédécesseurs, expliqué sous tous ses aspects ce que Harnack appelle « l’échelle » de la vertu et du vice. Lehrb. der Dogmengesch.,3° édit., t. m, p. 217. Ce savant critique a fort justement remarqué que c’est là un des points saillants de « son catholicisme », et il énumère très exactement les quatre aspects principaux de la question, qui tous manifestent l’opposition absolue du système protestant et du système augustinieh. a) La distinction entre les préceptes et les conseils — les premiers ne pouvant étre violés sans péché, les con­ seils étant seulement œuvre de surérogation — a été nettement expliquée dans les Confessions, 1. XII, c. xix, n. 24, P. L., t. xxxn, col. 855, en s’appuyant sur Matth., xix, 21 : si vis perfectus esse ; dans De sancta virginitate, c. xiv, n. 14, P. L., t. XL, col. 402 (commen­ taire Liber (pseudo-august., voir col. 2309) de vera et falsa cident dont l’influence sera si profonde sur tous les pœnit., c. xvin, n. 34, P. L., t. XL, col. 1128, dira en­ core plus tard : quædam peccata sunt mortalia et in théâtres de l'activité intellectuelle et civilisatrice. On trouvera dans les œuvres d’Augustin, une apologie et pænitentia fiunt venialia. Cf. S. Ambroise, De parad., c. xiv, n. 71, P. L., t. xiv. col. 310. Mais Augustin éta­ une explication: a) des vœux en général, Serm., cxLvni, blit très nettement une démarcation absolue entre les n. 2, P. L., t. xxxvm, col. 799; ccxxtv, n. 3, ibid., péchés véniels et mortels, selon qu’ils méritent ou non col. 1094; Epist., cxxvil, n. 6, P. L., t. xxxm, col. 186, l’enfer éternel. Ainsi dans le Speculum, à propos des etc. ; — b) de la profession religieuse en général. Epist., CL, Actes des apôtres, P. L.,t. xxxtv, col. 994. édit. Weihrich, ibid., col. 645 (lettre à Démétriade après sa vélation so­ Corpus de Vienne, t. xn, p. 199, il réfute l’erreur per­ lennelle); — c) de l’obéissance monastique, dans la lettre sistante encore qui limitait les péchés mortels aux trois ccxi, ibid., col. 958-964; De moribus Eccl., I. I, c. xxxt, crimes canoniques, et il ajoute : quasi non sint morti­ n. 67. P. L., t. xxxn, col. 1338 (tableau ravissant des fera, quæcunque alia sunt præter hæc tria, qvæ λ re­ monastères d'Égypte); —d) de la pauvreté évangélique, gno dei séparant; aut inaniter... dictum sil : neque De opere mon., c. xxv. n. 32, P. L., t. xl, col. 572; dans le sermon ccci.vi, n. 8-10, P. L., t. xxxvm, col. 1577, il fures, neque avari, neque ebriosi, neque maledici, neque rapaces regnum Dei possidebunt. Voilà, d'après apparaît comme l'apôtre de cette vertu dans son Augustin, les péchés mortels (letalia, mortifera, cri­ clergé. Mais ici encore, il se garde des excès du rigo­ mina) dans le sens et l'extension de la théologie mo­ risme pélagien proscrivant toute richesse terrestre; le derne. mal, pour un chrétien, n’est pas d’avoir des biens, mais Les péchés véniels au contraire (il les appelle aussi d’en mal user. Cf. De mor. Eccl., c. xxxv, n. 78, P. L., levia, quotidiana) sont compatibles avec la grâce, la t. xxxn, col. 1343; De serm. Dom. in monte, L II, sainteté et le droit au ciel : ce sont ces fautes de chaque c. xvn, n. 57, P. L., t. xxxiv, col. 1294; Serm., xxxix, jour dont le pardon est obtenu par la prière, tandis n. 3-4, P. L., t. xxxvm, col. 242: tolle superbiam, dique les mortels exigent la réconciliation par l’Église. viliæ non nocebunt. Voir col. 2439. Ènchirid., c. lxix-lxxi, P. L., t. xl, col. 265; De sijmb. 3. Les trois phases de la vie spirituelle : théologie ad cat., c. vit, n. 15, ibid., col. 636 : sunt venialia, sine mystique d’Augustin. — Sans entrer dans aucun détail, quibus vita ista non est; De fide et oper., c. x.xvi, ibid., nous ne pouvons omettre ce fait important : c’est Augus­ col. 228; De civit., I. XIX, c. xxvn, P. L., t. xli, tin qui, infusant une sève chrétienne dans les théori» s col. 657; 1. XXI, c. xxvi, n. 4, col. 748. Les péchés vé­ néoplatoniciennes sur la purification de l’âme, a intro­ niels sont représentés, I Cor., ni, 15, par le bois et la duit, avant lepseudo-Aréopagite.dans l’ascétisme occiden­ paille dans l'édifice bâti sur le fondement du Christ. tal tout un ensemble d'images et de formules dont 'it De civit., 1. XXI, c. xxvi-xxvn, P. L., t. xli, coL’743encore notre littérature ascétique. Ainsi la mystique lui 752. Ce sont entin ces fautes légères que les plus saints doit de distinguer, dans l’ascension de notre âme vers ne parviennent point à éviter : lorsque, en effet, Augustin Dieu, trois grandes étapes que l’on a appelées voies ou soutient contre les pélagiens que tout homme pèche, il vies purgative, illuminative, unilive. s’agit uniquement de péché véniel. Voir col. 2383; a) L’idée dominante est celle d’un progrès nécessaire Enchirid., c. lxxi, loc. cit.; De civit., L XIX, c. xxvi, dans l’effort de l’âme pour contempler Dieu et s’unir à P. L., t. xli, col. 657. lui. Comme Augustin lui-mème, dans les Conf., 1. XIII, Les exemples qu’il r enne de ces défaillances légères c. IX, P. L., t. xxxn, col. 847, nous devons gravir les montrent l’accord de sa pensée avec l'enseignement ac­ ascensions du cœur et chanter le cantique des degrés. tuel de la théologie, De nal.et gr., n. 45, P. L., t. xliv, Ces degrés, on peut diversement les distinguer. Dans le col. 268-269: Paulo immoderatius aliquando risit vel De quantitate an., c.xxxm, n. 70 sq., ibid., col. 1073animi remissione jocatus est, etc. A cette théorie du pé­ 1079, Augustin, unissant la division aristotélicienne de ché véniel se rattache la doctrine du purgatoire spécia­ nos facultés à la méthode de Platon pour élever l’âme à lement développée par saint Augustin. Voir col. 2444. la contemplation du beau, distinguait sept activités de c) Dans les justes, il y a donc une échelle de degrés l’âme ou sept degrés qu’elle doit franchir. de perfection, comme il y a une hiérarchie d’iniquité 11 les décrit avec un charme ravissant, et les résume dans les pécheurs; la formule célèbre de saint Augustin en ces termes (n. 79, col. 1079) : a. la vie, b. le sentiment résume tout, De nat. et grat., c. lxx, n. 84, P. L., (vie sensible), c. l’art ( c’est-à-dire la pensée ou vi< nt. xliv, col. 290 : Charitas ergo inchoata, inchoata ju­ tellectuelle), d. la vertu (ou effort moral purificateur), stitia est ; charitas provecta, provecta justitia est ; charie. la tranquillité (calme des passions domptées), f. l’entr.-e tas magna, magna justitia; charitas perfecta, perfecta (ingressio, ce mol obscur désigne le regard de l ime justitia est. purifiée fixé sur Dieu et cherchant à pénétrer dans le d) Il en résulte dans le ciel une hiérarchie de gloire sanctuaire de la divinité), g. la contemplation (qui est répondant à la hiérarchie des mérites, de même qu’en déjà la demeure en Dieu quædam mansio, n. 76 . Il enfer les châtiments sont proportionnés aux crimes. exprime encore ces degrés sous cette autre forme, ibid..· Enchir., c. xi, P. L., t. xl, col. 284: inbeatitudine isli a. de corpore, b. per corpus, c. circa corpus, d. ad seipalius alio præstabilius, in miseria vero illi alius alio sam, e. in seipso, f.ad Deum, g. apud Deum. tolerabilius permanebunt. b) Mais plus souvent il omet les premiers degrés plus 2. En particulier, la doctrine de la vie parfaite et > philosophiques et réduit l'ascension de l'âme aux trois de l’état religieux, chez saint Augustin, est empreinte opérations qui constituent aujourd’hui les trois voies de d'un ascétisme sage, modéré et pratique. Dans ses éloges purification, d'illumination, d’union ou contemplation. enthousiastes de la virginité, voir col. 2304, tout en exal­ Voir De ordine, 1. II, c. xxx, n. 50, P. L., t. xxxn, tant la supériorité de la continence parfaite, il maintient col. 1019. — a. La purification, dans la pensée des plato­ toujours la sainteté du mariage: Non tanquam malo niciens, consistait à séparer l’âme de tout ce qui est : rbonum, sed tanquam bono melius, virginitatem, nuptiis porel: le corps étant essentiellement la souillure et la anteponimus, répond-il à Julien. Op. imp., 1. IV. prison de l'âme, devait être exclu de la vie future. Voir n. 122, P. L., t. xlv, col. 1418. Sa Hêgle (voir plus loin) col. 2331. Mais dans le sens plus chrétien d’Augustin, 2443 AUGUSTIN (SAINT) 2444 purifier le cœur, c’est y détruire l’amour de toute autre au iv’siècle), le mérite de saint Augustin est d’avoir évité chose que l’âme et Dieu, s’élever au-dessus de tout ce le double écueil des systèmes origéniste et millénaire. 1. L’origénisme, après avoir troublé l’ensemble de la qui est changeant et périssable. Cf. De ulilil. cred., c. xxi, n. 34, P. L., t. xlii, col. 89; Solii., I. I, c. vi, doctrine chrétienne par son anthropologie bizarre, par n. 12-13, P. L., t. xxxn, col. 875-876; De div. quæst. ses âmes, esprits déchus en des vies précédentes et Lxxxm, q. XLVI, n. 2, P. L., t. XL, n. 30. — b. L’illumi­ exilés dans un corps, bouleversait également l'écono­ nation désigne directement, avec l’effort intense pour mie du monde futur : multiplicité d’existences succes­ sives, qualité des corps ressuscités, nature des châti­ fixer le regard de l’âme sur Dieu, l’accroissement de la ments futurs, surtout l’éternité des peines remplacée lumière et la vue de plus en plus claire de la Beauté suprême ; mais indirectement et par conséquence, c’est par la théorie du rétablissement final qui restaurerait le rapprochement de plus en plus intime de notre âme l’égalité primitive dans la béatitude accordée â tous, avec Dieu par les vertus, surtout par les trois vertus anges et démons, c’était tout un ensemble de mons­ théologales. Ce rapport très platonicien entre la lumière trueuses erreurs. Augustin, plus ferme en Cela que et la vertu nous étonne aujourd’hui. Augustin l’a expli­ saint Jérôme et d’autres Pères, ne fut jamais séduit par qué dans un profond passage des Soliloques, 1. I, c. vi, ces rêveries : il les condamna toutes en bloc, De civit., n. 13. ibid.: aspectus animæ, ratio est: sed quia non I. XXI, c. xvii, P. L., t. xli, col. 751, en nous appre­ sequitur ut omnis qui aspicit videat, aspectus rectus nant que « l’Êglise les a justement réprouvées ». Cf. c. xxiii, col. 735. C’est sans doute une allusion aux lettres atque PERFECTOS, id est quem visio sequitur, virtus vocatur; est enim virtus vel recta vel perfecta ratio. du pape Anastase I""· contre Rufin et Origène (460-401), Et il poursuit en montrant le rôle de la foi, de l’espé­ lettres adressées à Simplicien, évêque de Milan, Jafiérance et de la charité pour fixer le regard de l’àme sur Lowenfeld, n. 276, et à Jean de Jérusalem. Ibid., n.282. Cf. Hergenrœther, Hist, de l’Êglise, trad, franç., t. n, la lumière divins. On comprend mieux par là pourquoi le baptême, couronnant la purification par la lumière de р. 221. la foi, s’appelait l'illumination. — c. L’union avec Dieu, 2. A l’égard des rêveries millénaristes d’un second « le Père de la Vérité, » De ord., 1. II, n. 5'1, devient de avènementdu Christ régnant sur la terre avec les justes, plus en plus intime dans la lumière de la contemplation : son attitude fut moins nette au début. Certes il répudia « c’est comme la demeure de l'âme en Dieu : et alors toujours les fables ridicules du chiliasme grossier et quels transports! quelle jouissance du Bien suprême et charnel, il nous l'apprend lui-mêmé dans le De civit., seul véritable! quels souilles de l’éternelle sérénité! Que J. XX, c. vu, n. 1, P. L., t. xli, col. 667. Mais il ajoute puis-je en raconter? Elles ont révélé ces merveilles, au­ qu’il se laissa d’abord séduire par le régne spirituel tant du moins qu’elles l’ont cru convenable, ces âmes ou sabbatisme de mille ans qu'il reconnaissait dans grandes et incomparables que nous savons les avoir vues l'Apocalypse, xx. De fait on le trouve indiqué dans le et les contempler encore. » De quanlit. an., c. xxxm, sermon ceux, n. 2, P. L., t. xxxvn, col. 1197 : regnabit n. 77, P. L., t. xxxn, col. 1076. Le récit de l’ineffable Dominus in terra cum sanctis suis, etc. Mais il ne entretien d'Ostie entre Augustin et Monique nous donne tarda pas à répudier cette erreur, et dès lors le règne à la fois, de cet état sublime, la théorie et un exemple du Christ et la première résurrection de l’Apocalypse d’un charme tout idéal. Confess., 1. IX, c. x, P. L., désignent pour lui la période actuelle de l’Ascension au t. xxxm, col. 773-775. Cf. Nourrisson, ouvr. cité, t. i, jugement dernier, période durant laquelle le Christ p. 247-259. règne avec l’Êglise sur la terre, et avec les justes qui c) On a comparé dans ces derniers temps l’action exer­ attendent bienheureux la résurrection. De civit., 1. XX, cée par Augustin â celle du pseudo-Denys l’Aréopagite. с. ix, P. L., t. xli, col. 672-675. Bitschl le premier, dans son étude, Die Methode der 2“ Le sort des âmes, de la mort au jugement. — âltesten Dogmengeschichte (Jahrbuch fur deutsche I. Leproblème. — C’est une des questions ou il est plus difficile de dégager complètement la pensée du saint Théologie, 1871),émit cette idée que le pseudo-Aréopagite en Orient, et Augustin en Occident avaient exercé une docteur. Au iv« siècle, les idées millénaristes avaient action parallèle, imprimant tous deux un cachet d’ecclélaissé sur ce point un grand vague dans les esprits. siasticisme plus cultuel chez Denys, plus moral chez Pour les chiliastes, comme saint Justin, Irénée et Ter­ l'évéque d'ilippone. A cette appréciation, Harnack. tullien, c’était pour les justes, entre la mort et la résur­ Lehrbuch der Dogniengesch., t. m, p. 129, met cette rection, une période non de béatitude, mais d’attente réserve, que tous deux, loin de modifier le catholicisme du règne terrestre que l’on devait partager avec le vulgaire, ont subi les impulsions qui, avant eux, s’exer­ Christ. 11 en était resté dans beaucoup d’esprits la per­ çaient dans les deux Églises. Ajoutons que, dans la seule suasion que les âmes des saints étaient jusqu'au juge­ ment dans un lieu spécial (sein d’Abraham, limbes in­ sphère de la théologie mystique, Augustin a sur le pseudo-Denys la triple supériorité du génie occidental : fernaux, paradis), avec beaucoup d'incertitudes sur leur état. Quelques Pères semblent bien leur avoir re­ a. Supériorité d'une doctrine sûre et sans équivoques: fusé la béatitude. Saint Ambroise, le maître d’Augustin dans la description de l'union divine il sauvegarde net­ (malgré certains textes influencés par IV Esdras, c. vu), tement la distinction de l’àme et de Dieu,tandis que par­ fois chez l’écrivain oriental, comme chez Plotin,on craint nous représente les saints au ciel, mêlés aux chœurs de voir l’àme absorbée dans l'unité pure qui est Dieu. angéliques. Expos, in Luc., 1. X, n. 92, P. L., t. xv, — b. Supériorité de la précision et de la clarté : il ne forge coi. 1827. Saint Augustin n’échappa point à toute in­ pas des termes ampoulés et une langue prétentieuse où certitude. Aussi le pape Jean XXII et l’anglican Thomas Burnet, qui tenta de ressusciter l’erreur de ce pape, De la pensée se perd dans les nuages. — c. Caractère plus profondément moral, ainsi que le remarque Harnack, statu mortuorum et resurgentium, Londres, 1726, p. 71. ont prétendu que, d'après Augustin, les âmes des justes Précis de l'hist. des dogmes, trad, franç., p. 271 : pour lui, la vie ascétique doit être une vie spirituelle et un (du moins si I on excepte les martyrs, dit Burnet) ne jouissent pas de 1? vue de Dieu jusqu'à la résurrection. ellort pour la vertu: il ne se laisse absorber ni par les Mabillon est à peu près de cet avis, Opera S. üernardi, pratiques extérieures d'un ascétisme trop matériel, ni P. L., t. clxxxiii, col. 465. Petau, Dogm. theol.. De par je ne sais quelles rêveries mystiques qui préparent les folies du quiétisme. Deo, L Vil, c. xiv, n. 10, Paris, 1865, p. 622, et Gener, VIII. ESCHATOLOGIE DE SAINT AUGUSTIN. — 1» L’oriTheologia dogm. schol., t. H, p. 100, croient du moins génisme et le millénarisme combattus. — Dans la des­ qu'il était indécis. M. Tunnel, Eschatologie à la fin du tv‘ siècle, 1900, p. 2, 3, 59 (extrait de la Demie cription de nos destinées futures (question dont plusieurs d’hisl, et lilt, relig.,. 1900), affirme qu’il avait gardé · la points assez importants étaient encore fort obscurs 2445 AUGUSTIN (SAINT) croyance â l'ajournement des peines après la résurrec­ tion »; « selon saint Augustin, dit-il, p. 59, l’âme privée de son corps n'a qu'une sensibilité obtuse, et elle est incapable de jouir ou de souffrir fortement. » Cette dernière interprétation, on va le voir, est absolument contraire aux textes. Ou doit reconnaître avec Muratori, De paradiso, non expectata corporum resurrectione... (réfutation de Burnet), c. xvn, p. 164, avec Schwane, Dogmengeschichlc, t. ir, § 76, trad, franç., t. ni, р. 252-253, qu'il y avait un certain vague dans les idées de saint Augustin, spécialement sur le lieu où vivent ces âmes. Mais son système exposé d’après l’ensemble de textes très nombreux, ne laisse aucun doute sur la béatitude de ces âmes par la vision de Dieu. 2. Le système augustinien. — A. Aussitôt après la mort, le sort éternel est fixé, les âmes criminelles sont enfermées dans un lieu de tourments, les justes dans un séjour de repos et de bonheur. — Tout cela, de l’aveu de tous, est indiscutable. Dans l'intervalle qui sé­ pare la mort de la résurrection, écrit-il, vers 428, De prædest. sanct., c. xn, n. 24, P. L., t. xliv, col. 977-978, secundum ea quæ gesserunt... sive cruciantur animæ, sive REQUIESCUNT. Même pensée en 421, dans VEnchirid., с. Ctx, P. L., t. XL, col. 283 : cette période, dit-il, ani­ mas abditis receptaculis continet, sicut unaquæque digna est, vel requievel ærumna. La même idée en 415, avec l'explication de ce repos qui est un vrai bonheur, In Joa.,tr. XLIX, n. 10, P. L., t. xxxv, col. 1751 : Habent omnes animæ,cum desæculo exierint, diversas receptio­ nes suas: habent gaudium bonæ, mateTORMENTA. Sed cum facta fuerit resurrectio, et bonorum gaudium amplius erit,et malorum tormenta graviora, quando cum corpore torquebuntur. Cette joie est encore mieux exprimée, De Gen. ad lilt., 1. XII, c. xxxn, n. 60, P. L., t. xxxiv, col. 480. L'âme aut ad illa fertur pomalia (loca), aul ad dia itidem similia corporalibus, nec tamen pomarum, sed quietis atque gaudiorum. Dans le sermon αχ, c. iv, P. L., t. xxxvin,· coi. 638 : Pardonnez, dit-il, et alors à la mort « vous trouverez au lieu d’un juge un père, au lieu d’un bourreau un ange pour vous porter au sein d’Abraham, au lieu d’une prison le paradis». Or cette constatation, à elle seule, exclut toute connais­ sance obtuse, tout sommeil de l'âme, bien que le mol somnus soit employé dans le passage même ou il est dit : habent gaudium bonæ. In Joa., loc. cit. Quand Augustin renvoie au jugement dernier la rétribution des œuvres, il ne peut plus être question que d'une ré­ tribution plus solennelle, publique, plus complète, ul­ tima retributio, dit-il lui-même. Qwest! Evang., 1. II, c. xxxvm, P. L., t. xxxiv, col. 1351. Il reste donc à dé­ terminer si les damnés soutirent déjà du feu infernal, si les élus jouissent de la vue de Dieu. B. Les réprouvés souffrent déjà du feu de l’enfer. — De tous les textes allégués par M. Turmel pas un seul n’exclut le feu. D’autre part, voici des textes formels qui l'affirment. A propos du mauvais riche, plongé dans les flammes, Augustin affirme que tel est l'état des méchants après la mort : sepultura inferni, poenarum profunditas quæ superbos... post hanc vitam vorat, dit-il. Quæsl. Evang., 1. II, c. xxxvm, P. L., t. xxxv, coi. 1350. Le sermon cclxxx, n. 5, P. L., t. xxxvm, coi. 1283, décrit le tourment futur, et ajoute : quamvis etiam nunc ille guttam ex digito pauperis apudinferos sitiat, et ille in sinu Abrahæ deliciose requiescat. Cf. De Gen. ad litt., 1. XII, c. xxxm, n. 63, P. L., t xxxiv, coi. 482, inferni tormenta; Epist., clxxxvii, n. 6, P. L., t. xxxm, coi. 834, dives impius cum in tor­ mentis esset inferni, etc.; Epist., ci.xiv, n. 8, ibid., col. 712; Serm., clxxviii, n. 3, P. L., t. xxxvm, coi. 912. C. Saint Augustin affirme très souvent que les âmes des saints jouissent dès maintenant de la vision béalifique. — a) Série de textes généraux pour tous les saints. Décrivant le bonheur de ceux qui ont fini leur pèlerinage 2446 ici-bas, In Ps. cxtx, n. 6, P. L., xxxvn, col. 1602. il dit : Non sic est patria illa Jerusalem, ubi omnes boni... Ibi omnes justi et sancti, qui eruuntur Verro Dei sine lectione,... quod enim nobis per paginas s gustini, 2 in-fol. (1643-1645): ouvrage d’un vrai mérite; L A.ticozzi, S. J., Summa augustiniana ex collectis, disputatis explicatisque sententiis D. Augustini, 6 in-4·, Rome. 17". étude très pénétrante de la pensée augustinienne surtout sur la grâce; La défense de la tradition et des saints Peres, par Bossuet, édit. Lebel, Versailles, 1815, t. v, apologie de la d· ·> trine d’Augustin contre les attaques de Richard Simon; les Annotationes de J.-B. Faure sur ['Enchiridion de fide, spe et caritate, Rome, 1755; par Passaglia, Naples, 18'i7, sont une vé­ ritable clef de la doctrine de ce Père; Tîxeront, Histoire des dogmes, Paris, 1909, t. n, p. 351-512. — 3· Études importantes d'auteurs protestants : Em. Feuerlein, Über die Stella ng Augu­ stins in der Kirchen-und Kulturgeschichte, dans Historiéehe Zeitschrift de Sybel, 1869, t. xxn, p. 270-313; A. Dorner, Augu­ stinus, sein theologisches System und seine religionsphilosophische Anschauung, in-8·, Berlin, 1873; H. Reuter. Augustinische Studien, in-8·, Gotha, 1887 (paru dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, 1881, t. v, p. 349-286; t. vi, p. 155-192; t. vin, p. 124-187), très importante étude sur la théorie de l’Église; W. Cunningham, S. Austin and his place in the history f Christian thought, in-8·, Londres, 1886 (Hulsean Lectures. 18S5); R. Eucken, Die Lebensanschauungen der grossen Denker, in-8·, Leipzig, 4· édit., 1902, p. 210-245, traduit dans les Annales de philos, chrét., sept.-oct.-novembre 1899. II. Études sur la philosophie et le néoplatonisme de saint Augustin. — 1* La philosophie en général : André Mar­ tin, oratorien, S. Augustini philosophia. Angers, 1667, recueil de textes réédité par Jules Fabre, Paris, 1863 (tendance ontologiste); A. Théry, Le génie philosophique et littéraire de S. Augustin, in-8·, Paris, 1861; Flottes, Études sur S. Augus­ tin, son génie, son âme, sa philosophie, in-8·, Montpellier. 1861 ; cf. Saint-René Taillandier, dans la Revue des Deux Mm des. 1862, t. XL, p. 503-512; G. Milone, Come lafilosofia di S. Tummaso da quelia di S. Agostino per essere differentissima non e discorde, dans Giorn. d. Arcad., 1862, t. xxxrv. p. 37-116; F. Nourrisson, La philosophie de S. Augustin, 2 in-8·. Paris, 1865 (cf. Barth. Saint-Hilaire, dans les Mémoires de UAcad, des sciences mor. et pol., 1865, t. Xli, p. 167-262); A. Dupont, La philosophie de S. Augustin, Louvain, 1881 (extrait de la Revue catholique de Louvain); Storz, Die Philosophia der h. Augu­ stinus, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1882; Jules Martin, Samt A ugustin, in-8·, Paris, 1901 (dans la collection Les grands phi­ losophes), étude vraiment personnelle, mais trop systématique; cf. L. Becker, dans la Revue d’hist. ecclés. (de Louvain), 15 avril 1902, p. 379-385: Bainvel, Un nouvel interprète de saint Augu­ stin, dans les Études, 1901, t. i.xxxvn, p. 645-661 ; A. Gardeil. dans la Revue thomiste, novembre 1901, p. 628-636; A. Berthau J, S. Augustini doctrina de pulchro ingenuisque artibus, P .tiers, 1894; L. Baurain, Le temps d'après saint Augustedans la Revue augustinienne, mai 1902, p. 183-193. — 2· Le néoplato­ nisme et saint Augustin. Voir Études générales sur le fiat nisme des Pères, dans la Topo-bibliographie de M. Chevalier, ai mot Platonisme; Souverain, Le platonisme dévalé, ssn r .chant le Verbe platonicien, Cologne (Amsterdam). 17* · ·. - uïevè une controverse violente, cf. H. v. Stein, Der Sfr · .r ' - ; angeblichen Platonismus der Kirchenvater (ci. Ze. ·...... : ' die histor. Theol., 1864, p. 319-418); F. Baltus, S. J.. D- - platonisme, in-8·, Paris, 1896 (met en regard les textes d'Augustin et ceux de Plotin dont il s'inspire). III. Théorie de la connaissance religieuse. — 1· Augus­ tin et la connaissance en général : Melzer, Augustini et Cartesii placita de mentis humanæ sui cognitione. 186*3; W. Ott, D. hl. Augustinus Lehre über d. Sinneserkenntniss, dam Philosophisches Jahrbuch, 1900, p. 45-59, 138-148: H. Lecer, Untersuchungen über Augustins Erkenntnisstheorie >n Beziehungen zur antiken Skepsis, zu Plotin und zu Desca^:^, in-8·, Marbourg. 1901. — 2· Saint Augustin et l'oniv-.g^—-t : 2459 AUGUSTIN (SAINT) L. Schutz, Divi Augustini de origine et via cognitionis intel­ lectualis doctrina ab ontologismi nota vindicata, Munster, 1867 (diss. inaug.). Voir les ouvrages sur l’ontologisme : Zigliara, Ü. P., Della luce intellectuale e dell' ontoloyismo se· condo la dottrina dei SS. Agostino. Bonaventura e Tommaso, 2 in-8·, Rome, 1874 (t. I, tes trois derniers chapitres) ; Lepidi, O. P., Examen philosophico-lheologicum de ontologismo, in-8·, Louvain, 1874, c. xvi, p. 192-225; J. Kleutgen, S. J., Die Philo­ sophie der Vorzeit vertheidigt, 2 in-8·, Munster, I860, trad, franç., t. n, p. 409-455.—3· Augustin apologiste : B. Fibus, S. J., Augustinus Pauli ad Bomanos interpres apostolico-romanocatholicus (ou) Via veritatis et vitæ... per... interpretationem d. Augustini super Ep. ad Bom... contra atheos, paganos, judæos, mahumetanos, hæreticos, etc... demonstrata, in-fol., Cologne, 1696 (véritable apologie d’après saint Augustin); F. Nitsch, Augustinus Lehre von Wunder, in-8·, Berlin, 1865; F. C. J. van Goens, De Aur. Augustino apologeta sec. libros de civitate Dei, in-8·, Amsterdam, 1838; J. Hahnel, Über das Verhàltniss des Glauben zum Wissen, in-8·, Leipzig, 1891 (diss, inaug.); W. Schwenkenbecher, Augustins Wort : • Fides præccdit rationem, n Sprottau, 1899 (progr.). — 4' So nt Augustin exégète, Douais, Swint Augustin et la Bible, dans la Beuue biblique, 1893, p. 62-81, 351-377 ; 1894, 110-135, 410-432, résumé dans le Dictionnaire de la Bible, art. Augus­ tin. — Les attaques de Richard Simon dans son Histoire cri­ tique des commentateurs du Nouveau Testament, c. xvn, Rot­ terdam, 1693, p. 246-300, furent réfutées par Bossuet, Histoire de la tradition et des saints Pères, édit, de Paris, t. v. — Sur les discussions scripturaires entre saint Jérôme et saint Augustin, voir col. 2287; S. C. W. Bindesboll, Augustinus et Hieronymus de S. Scriptura ex hebræo interpretanda disputantes, in-8·, Copenhague, 1825. — Une concordance très utile des commen­ taires d'Augustin a été donnée par Lenfant, O. P., Biblia augustinianu, sive collectio et explicatio omnium locorum quæ sparsim reperiuntur in omnibus S. Augustini operibus, ordine biblico, 2 in-fol., Paris, 1661. — Deux écrivains protes­ tants ont publié de sérieuses études sur l’ensemble de l'œuvre exégétique d’Augustin:N. Clausen, Aurelius Augustinus Hipp. S. Script uræ interpres, in-8·, Copenhague, 1827 ; E. F. Schneegans, Appréciation de saint Augustin d'après ses travaux sur l'herméneutique sacrée, in-8·, Strasbourg, 1848 (thèse). — Questions spéciales: F. VVeihrich, Die Bibelexcerpte de divinis Scripturis und die Itala des h. Augustinus, in-8·, Vienne 1893 (extrait des Sitzungsberichle de l’Acad. de Vienne, t. cxxix); O. Rottmanner, S. Augustin sur l'auteur de TÉpitre aux Hébreux (extrait de la Bevue bénédictine de Maredsous. juillet 1901). — 5· Sur le symbole : C. P. Caspari, Ueber das Symbol bei Augustin, dans Ungedruckte... Quellen zur Ges­ chichte des Taufsymbols, 1866, t. i, p. 264-282. IV. Doctrine d’Augustin sur Dieu et ses œuvres. — 1· La connaissance de Dieu : C. von Endert, Der Goltesbcweis in der patristischen Zeit, mit bcsonderer Berucksichtiguny Augustins, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1869 (excellente étude); Duquesnoy, Une preuve de l’existence de Dieu dans S. Au­ gustin (De libero arbitrio, 1. Il, c. m-xv), dans les Annales de philosophie chrétienne, 1891, L xxv, p. 286-302, 331-346. — 2* La Trinité : Th. Gangauf, O. S. B., Des h. Augustinus spe­ culative Lehre von Gott dem Dreieinigen, in-8·, Augsbourg, 1866; G. Wessenborn, De cogitationibus Augustini philoso­ phicis de Trinitate Dei prolatis, in-8·, Halle, 1841 ; Reuter a publié sur l'attitude d’Augustin vis-à-vis des formules trinitaires d’Orient, divers articles dans la Zeitechri/t/ur Kirchengeschichte, t. v, p. 375 sq. ; t. vi, p. 155 sq. — 3· La création : A. Ritschl, Expo­ sitio doctrinæ Augustini de creatione mundi, peccato, gratia, in-8·, Halle, 1843 (diss, inaug.); Grassmann,DieSchüpfungslehre des h. Augustin und Darwins, in-8·, Ratisbonne, 1889 (bonne étude sur l'évolution des rationes seminales); J. Chrislinnecke, Causalitat und Entwicklung in der Metaphysik Augustin, Leipzig, 1891; E. Melzer, Die augustinische Lehre vom Kausalitats Verhaltniss Gottes zur Welt, in-8*, Neisse, 1892; R. P. Zahm, C. S. C., Bible, science et foi, trad, par Flageolet. Paris, 1894, p. 54-77; L'évolution et le dogme, trad, par J. Fla­ geolet, Paris, 1897, c. iv,p. 119-157; A. Motais, L'école éclectique sur l'Hexaméron mosaïque. I. Saint Augustin, daosles Annales de philosophie chrét., 1885, t. xn, p. 174-191, 286-301, 375-398; t. XIII, p. 65-78, 159-172. Voir col. 2355. Sur le temps : Fortlage, Augustins Lehre von der Zeit, Heidelberg, 1836; A. Brandt, S. Augustini de angelis doctrina, Paderborn. 1903. —4* Le mai et la controverse manichéenne : J.Nirschl, Ursprung und We· sen des Bôsen nae.h der Lehre des h. Augustinus, in-8·,Ratis­ bonne. 1854; K. Scipio, Des Aurelius Augustinus Metaphysik in Bahmen seiner Lehre vom Ûbel, in-8·, Leipzig, 1886 ; Douais, Saint Augustin contre le manichéisme de son temps, in-8·, ( 2460 Paris, 1895 (extrait delà Bevue thomiste); A. Bruckner, Faus­ tus von Mtle>>e. Beitragz. Geschichted.abenland. Munichais· nu<. in-8·, Bâle, 1901. — 5· L’anthropologie de saint Augustin : Cf. col. 1003, surtout Ferraz, Gangauf; Fred. Heinichen, De Augustini doctrinæ anthropologicæ origine commentatio, in-8·, Leipzig, 1862 ; Kahl. Die Lehre vom Primat des Widens bei Augustinus, Scotus, Carlesitis. 1886. — 6· L’incarnation et la rédemption : K. Kühner, Augustins Anschauung von der Erlosungsbedeutung Christi,. Heidelberg, 1890; O. Scheel, Die Anschauung Augustins über Christi Person und Werk, in-8·, Leipzig, 1901 ; J. Gottschick, Augustins Anschauung von der Erloserwirkungen Christi, dans Zeitschrift fur Théologie und Kirche, 1901, fasc. 2. 3; Van Combrugghe, dans la Bevue d’hist. eccl., Louvain, 1904, t. v; Friederich, Die Marialogie des h. Augustinus, Cologne, 1907. V. La doctrine spéciale de la grace et la controverse pélagienne. — 1· Sources pélagiennes à connaître : les écrits de Pélage, Célestius et Julien sont très bien indiqués par Garnier, dans la diss. VI, part. II. De scriptis pro hæresi pelagiana, P. L., t. XLViii, col. 586-640; surtout Pélage, Epist. ad Deme­ triadem (v. 413), P. L., t. xxxnt, col. 1099-1120; Expositio Pelagii super omnes epistolas Pauli, P.L., t. xxx.col. 645-902: mais ce texte a été tronqué et corrigé au νι· siècle, pour éliminer l’erreur pélagienne; on put donc l’attribuer à saint Jérôme. Zimmer, Pe­ lagius in Irland, Texte und Untersuchungen zur pairistichen Litteratur, in-8·, Berlin, 1901, tranche la controverse soulevée par F. Klasen dans la Theolog. Quartalschrift, 1885, t. lxvii. p. 244317, 531-577; il a retrouvé dans le Codex S' G aliensis 7.9, ix· siè­ cle, le texte primitif sur lequel il a collationné le texte imprimé. Le Liber ad viduam de Pélage, qu’on croyait perdu, est identifié par dom Morin avec le De vita Christiana pseudb-augustinien, P. L., t. xl, col. 1031-1046, voir col. 2309. C. P. Caspari, Briefe, A bhandlungen und Predigten aus den zwei letzten Jahrhunderten des kirchlichen A Iterthums und den Anfang des M. A., in-8·, Christiania, 1890. (Il y a là un Corpus pelagianum, d'origine postérieure, mais qui éclaire vivement cette hérésie. Voir Agricola pelagianus, col. 634-635.) La 1·· lettre de ce recueil serait, d’après dom Morin, Bevue bénéd. de Maredsous, 1898, p. 481-493, le traité De vita Christiana de l’évêque pélagien breton Fastidius, et non l’œuvre du pélagien Agricola .comme le pensait Caspari. I^es autres lettres seraient aussi de Fastidius. — 2· Ecrits des Pères contemporains d’Augustin contre le péla­ gianisme: S. Jérôme, Epist., cxxxm, ad Ctesiphontem, P. L., t. xxn, col. 1147-1161 ; Dialogus adversus pelagianos, P. L., t. xxm, col. 495-590; P. Orose, Liber apologelicus contra Pela­ gium de arbitrii libertate, P. L., t. xxxi, col. 1174-1212; Ma­ rius Mercator, Commonitorium de Cælestio imperatori obla­ tum (a. 429), P. L., t. XLvni, col. 65-108; Liber subnotationum in verba Juliani, ibid., col. 109-174; Prosper d’Aquitaine expli­ que la doctrine d’Augustin dans son Epist. ad Bufinum de gra­ tia et libero arbitrio (a. 429), P. L., t. xlv, col. 1793-1801, et ses autres ouvrages. Cf. L. Valentin, Savd Prosper d'Aquitaine, in-8·, Paris,1900,étude sur la doctrine de saint Augustin, p. 77-120, 368-410. — 3· Études sur la controverse pélagienne: J. Garnier, l’éditeur de Marius Mercator, a ajouté à ses commentaires sept dissertations très savantes, entre autres: I* De primis auctoribus et praecipuis defensoribus hæresis pelagianæ; H· De synodis habitis in causa pelagianorum ; VP De scriptis... adversus hæresim pelagianum... et pro ea; VIP De ortu et incrementis hujus hæreseos, P. L., t. xlviii, col. 255-698: Petau, De pelagia­ norum et semipelagianorum hæresi, 1643, dans les Dogmata theologica, édit. Vives, 1866, t. iv, p. 597-657, et Thesaurus de Zaccharia, t. v, p. 263-330 (tout ce tome v est consacré aux disser­ tations sur la grâce); Id., De sex dierum opificio..., 1. IV, in quo ex Augustini sententia liberi arbitrii natura constituitur, dans les Dogmata, t. iv, p. 373-443; H. Noris, O. S. A., Historia pelagiana et dissertatio de synodo Voecum..., additis Vindiciis augustinianis pro libris a s. doctore contra pelagianos ac semipelagianosscriptis, in-fol., Padoue. 1673 (voir AugustiniaNisxffi); les Vindiciæ sont aussi dans P. L., t. xlvii, col. 571.883; Noël Alexandre, O. P., Hist, eccles., sæc. v-vii, c. m; Dîss. selectæ, I-XIV, XXJ-XX1I, édit, de Venise par Mansi, 1778, p. 12-56,172-184, 262-292; Bénédictins éditeurs de saint Augustin, Præfatio in t. x, P. L., t. xliv, col. 9-108; ibid., col. 1680-1792: varia scripta et monumenta ad pelagianam historiam perti­ nentia; Scipio Maffei, Istoria teologica delle dottrine e delle opinioni corse ne cinque primisecoli della Chiesa in proposito della divina gratia, del libero arbitrio e della predestinazione, in-fol., Trente, 1742, trad, latine par Reiflenberg, S. J., in-fol., Francfort, 1756. Voir aussi les grands théologiens au traité de la grâce, par exemple Suarez, Prolegom., v, vu, édit. Vivès, t. vu, p. 220-350, et les controversistes sur le prédeslinatianisme. le baianisme, le jansénisme. — Plus récemment, à remarquer ; les 2461 AUGUSTIN (SAINT) ouvrages de Fr. Wôrter, Der Pelagianismus nach seinem Ursprunge und seiner Lehre, in-8*, Fribourg-en-Brisgau, 1866 ; Beitrlige zur Dogmengeschichte des Semipelagianismus, in-8·, Paderborn, 1898; Fr. Klasen, Die innere Énttuicklung der Pela· gianismus, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1882; controverse de Kuhn et Krabinger dans Theologische Quartalschrift, 1853, sous ce titre : Der angebliche Pelagianismus der voruugustinischen Vater; A. Gaillard, P. S. S., Éludes sur l’histoire de la doctrine de la grâce, depuis saint Augustin, in-8·, Lyon-Paris, 1897. Parmi les ouvrages protestants, à signaler: G. J. Vossius, Historia de controversiis quas Pelagius ejusque reliquia· mo­ verunt (Opera, t. vi), 1655 : W. F. Walch, Historia doctrinæ de pecc. originali, 1783; Id., Ketzerhislorie, t. iv, v; G. Fr. Wiggers, Pragmatische Darstellung des Augustinismus und Pelagianismus, 2 in-8*, Berlin, 1821; Hambourg, 18313; Jacobi, Der Lehre des Pelagius, Leipzig, 1892; A. Bruchner, Julian von Eclanum, sein Leben und seine Lehre, ein Beitrag zur Ges­ chichte des Pelagianismus, in-8·, Berlin, 1897, dans Texte und üntersuchungen, t. xv, fasc. 3; J. Jüngst,A'uZlus und Geschichtsreligion, Pelagianismus und Augustinismus, in-8·, Giessen, 1901. — 4· Exposé direct des doctrines augustiniennes : C. Merlin, S. J., Véritable clef des ouvrages de saint Augustin contre les pélagiens, P. L., t. xlvii, col. 886-988 (c’est la pre­ mière partie d’un ouvrage paru sous ce titre : Réfutation des critiques de M. Bayle sur S. Augustin, Paris, 1732). Cf. Mé­ moires de Trévoux, déc. 1736, nov. 1716, nov. 1717, août 1730; A. Mayr, A ugustinus, doctor gratte, Ingolstadt, 1721. Plus récemment, parmi les protestants: Phil. Marheinecke, Ottomar, Gesprache über des Augustinus Lehre von der Freiheit des Willens und der Gnade, in-8“, Berlin, 1821 ; E. Bersot, Doctrine de saint Augustin sur la liberté et la providence, in-8“, Paris, 1843 ; cf. Cousin, dans les Comptes rendus de ΓAcad, des sciences morales et pol., 1843, t. iv, p. 187; Th. Weber, S. Augustini de justificatione doctrina, in-8·, Wittemberg, 1875. Auteurs ca­ tholiques: J. Ernst. Die Werke und Tugenden der Unglaubigen nach S. Augustin (nebst einem Anhang über den 22. Canon des Arausicanum H), in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1871 (étude sé­ rieuse que fauteur a défendue contre Hefele dans Zeitschrift fur kath. Theol., Inspruck, 1895, p. 117); J. P. Baltzer, Des h. Au­ gustinus Lehre über Prédestination und Reprobation, Vienne, 1871; Rottmanner, O. S. B., Der Augustinismus, Munich, 1892 (cf. Schanz, dans Theol.Quaetalschrift, 1892. t. i.xxv, p. 699-703; O. Pfülf, dans Zeitschrift für kath. Theol., 1893, p. 482-495); A. Kranich. Über die Empfanglicheit der menschl. Natur fur die Gâter der übernat. Ordnung nach dem Lehre der hl. Au­ gustin und des hl. Thomas, in-8·, 1892; Turmel, Le dogme du péché originel dans S. A ugustin, dans la Revue d’hist. et de litt. relig., 1901, p. 385-426; 1902, p. 128 sq., 209 sq., 289 sq.. 510 sq ; Kolb, Menschliche Freiheit und gottliches Vorherwissen nach Au­ gustin, Fribourg-en-Br., 1908. Voir Augustinisme, bibliographie. VI. L’Église, la controverse donatiste et les sacre­ ments. — 1· La controverse donatiste : Documenta ad donatistarum historiam pertinentia, recueillis par les bénédictins, P. L., t. xi.m, col. 773-842; Duchesne, Le dossier du donatisme, dans les Mélanges... de ΓÉcole franç. de Rome, 1890, p. 589-650. Écrivains protestants : A. Roux, Dissertatio de Aur. Augustino adversario donatistarum, in-8·, La Haye, 1838; F. Ribbeck, Donatus und Augustinus, uder der erste entscheidende Kampf zwischen Separatismus und Kirche, in-8·, Elberfeld, 1858; Thummel, Zur Beurtheilung der DonatismuS, Halle, 1893. — 2· L’Église : Allicozzi, Summa augustiniana, in-4·, Rome, 1747, tout le 3· volume traite De vera Christi Ecclesia, selon saint Augustin (contre les jansénistes); E. Gommer, Die Catholicitàt nach dem hl. Augustinus, in-8·, Breslau, 1873; Th. Specht, Die Lehre von der Kirche nach dem h. Augusti­ nus, in-8·, Paderborn. 1892 (relève souvent les erreurs de Reu­ ter, dans Augustinische Studien); cf. Schanz, dans Theol. Quar­ talschrift de Tubingue, 1893, p. 337; Id., Die Einheit der Kirche nach dem hi. Augustinus, in-8· (progr.), Neubourg, 1885; parmi les protestants, à remarquer : H. S. Schmidt, Des A ugusti­ nus Lehre von der Kirch', dans Jahrbuch für deutsche Théologie, 1861, t. vi,p. 197-255; Mirbt, DieStellung Augustins in der Publicistik der Gregorianischen Kirchenstreits, in-8·, Leipzig, 1888. étude historique très précise de tous les textes d’Augustin allégués dans la grande lutte du sacerdoce et de l’em­ pire (x'-xr .siècle) par les défenseurs ou les adversaires de la papauté; E. Michaud, La notion de l’Église d'après saint Au­ gustin, dans Internationale theologische Zeitschrift, 1894, t. π. p. 607-626. — 3· Sur les sacrements en général et la contro­ verse des rebaptisants : tous les théologiens étudient la doctrine de saint Augustin dans le traité De sacramentis in genere. Voir Noël Alexandre. Hist, eccles .sæc. in, diss. XXIII, Venise, 1778, t. iv, p. 155-165; J. Hymmen, Die Sakramentslehre Au­ 2462 gustins, Bonn. 1905. Le plenarium concilium centre les rei at­ tisants, allégué très souvent par Augustin, et si .êciaiem*bt baptismo, 1. 11, c. IX, n. 14, P. L., t. xun, col. 135. d . .i de'vives controverses au xvir siècle. Voir Laun· y. b-: * - . tione plenarii apud Augustinum concilio in causa < ■ zantium dissertatio, Paris, 1644. dans Opera omnia. in-. .. Cologne, 1731, t. li, p. 122 sq. (à 1’Index, 29 mai 169 ·. ainsi n nouvelle Défense)', Nicolai, O. P., Œcumenica dissertat ■ concilio plenario, quod contra, don atistas baptismi q . ‘ onem ex Augustini sensu definivit, in-8·, Paris, 1667 ; J. 1». 1 ajouta à son savant ouvrage Des jugements canoniques ·.;■ s évêques, Paris, 1671 (contre Pierre de Marca), une dissertation (où l’on montre en quel temps, et pour quelles raisons l’Église universelle consentit â recevoir le baptême des hérétiques: et par où l'on découvre ce qui a donné occasion aux auteurs qui ont traité de cette matière, de s'être égarés dans la recherche qu’ils ont faite du concile plénier qui termina, suivant S. Augustin, cette contestation); Launoy, pris à partie par ces deux auteurs, répliqua : de là échange de brochures; Noël Alexandre, Hist, eccles., sæc. in, diss. XXIV, De eu >i cilio ple­ nario quod controversiam de baptismo htereticorum diremit juxta sententiam Augustini, Venise, 1778, t. IV, p. 165-168 (il opine pour Nicée); Billuart, Digressio historica, sect, vr, sur le même sujet, Paris, 1872, t. vi, p. 233-236; J. Ernst, Der heilige Augustin über die Entscheidung der Ketzertauffrage durch ein Plenarconcil, dans Zeitschrift für kathulische Théologie, Inspruck, 19ü0, p. 282-325. — 4· Le sacrement ··? l’eucharistie : J. Ph. Bovius. S. J., De sacramento altaris fides S. Augustini, in-4·, Milan, 1757 : Μ. Μ. WHden, Die Lehre d s h, Augustins vom Opfer der Eucharistie, in-8·, Schaffhausen. 1*64: Schanz, Die Lehre des h. Augustinus über die Eucharistie, dans Theolog. Quartalschrift de Tubingue, 1896, t. lxxxiii, p. 79-115; F. S. Renz, Die Geschichte des Messupfcr-B·. Freising, 1901, t. 1, p. 238-266; E. Tarchier, Le sacrement de l’eucharistie d’après S. Augustin, Lyon, 19U4; M. Blein, Le sacrifice de l’eucharistie d'après S. Augustin, Lyon, 1906; O. Blank, Die Lehre des hi. Augustins vom Sakramente der Eucharistie, Paderborn, 1907; K. Adam, Die Ew.hari*tulehre des hi. Augustins, ibid., 1908. — G. Smith publia en 1739 une brochure reproduite dans S. Augustin... par W. Cunningham. 1886, p. 198-276. — 5* La pénitence : Schanz, Die Lrhrt es h. Augustinus über das heilige Sacrament des Busse, <. .ns Theolog. Quartalschr. de Tubingue, 1895, t. i.xxvii, p. 448496, 598-621; Chr. Pesch, Die Lehre des hl. Augustin über die Nachlassg. der Sünden durch das Busst-sakranu nt, dans Der Katholik, juin 1900, t. xxi, p. 537-517; A. Kirsch, Zur Geschichte der katholischen Beichte, in-8*·, Wurzbourg. 1902, cet ouvrage combat E. Herzog (évêque vieux-caiboiique) qui a répliqué par Die kirchliche Sündenvergebung ta ch der Lehre des hl. Augustin, in-8·, Berne, 1902. VII. Sur la doctrine morale de saint Augustin. — !· En général : Grou, Morale de S. Augustin, surtout d'après Con­ fessions el la Cité de Dieu, Paris, 1786; F. Mayr, O. S. A., D. Augustinus, vitæ spiritualis magister, Pavie (xvnr siècle!, trad, franç. par P. Laurent, S. Augustin maître delà vie spiri­ tuelle, 4 in-8·, Paris, 1890; P. Goedert, S. Augustin, Lectures spirituelles, Paris, 1900; J. Marlin. Doctrine spirituelle de S. Augustin, in-24, Paris (1901); Torn. Rodriguez, O. S. A.. Analogias entre S. Augustin g S* Teresa, dans Revista tiana, 1893 (dix articles): L. Dubief, Essai sur les uiees ; .tiques de S. Augustin, in-8·. Moulins, 1857: Nourri-< . . ouvr. cité, étudie spécialement la morale de saint Aug .s :., t. I, p. 220-263; t. u, p. 1-92, 380-398: J... Mansba Ethik. des h. Augustins, 2 in-8·, Fribourg-im-Br., — 2· Sur la théorie augustinienne de la charité : Bolgeni, Della ■: rita o amor di Dio, 2 in-8·. Rome, 1788: J.-B. Faure, dans s: = annotations sur le c. vm de ï'Enchindion, Naples, 1847. et Palmieri, De pænitentia, Rome, 1879, tli. xxn, atténuent i in­ terprétation de Bolgeni. Contre Bolgeni : Muzzarelli. Del moltvo formale specifico dell' alto di canta, Foiigno, 1792: Chantre y Herrera, De chantate ejusque discrimine ab spe theoluyica, in-4·, Bologne, 1792; Scheeben, Handbuch der kalhol. Dogmatik, t. m, § 296, surtout p. 937-947. VIII. Eschatologie. — J. Cadonici, Vindicte august·r < inæ ab imputatione regni millenarii, in-8·, Crémone, 1747; Mora­ tori, De paradiso regnique cælestisgloria..., c. xvii. in-4·. Vé­ rone, 1738, p. 164-181 (venge saint Augustin des attaque^ de Thomas Bumet) ; J. Turmel, L'eschatologie à la fi·, du iv si : ie, 1900. Cf. Portalié.dnns le Bulletin de littér. eeclés. de Tout* se, 1901, p. 101-119; A. Frantz. Die Gebet für die Tudten... · den Schriften des hi. Augustinus, Nordhausen, 1857. IV. Autorité de saint Augustin. — 11 ne s’agit p< ot d’examiner ici la qifestion de l’autorité des Peres de AUGUSTIN (SAINT) 2463 l’Église : nous supposons les principes généraux. Mais le rôle à pari du grand docteur dans l’Église et surtout les approbations exceptionnelles que le saint-siège a pro­ diguées â sa doctrine, spécialement dans les problèmes de la grâce, semblent avoir investi ses écrits d'une autorité officielle dont il est important de déterminer le sens et la portée. 1. DOCUMENTS OFFICIELS ÉTABLISSANT L’AUTORITÉ DE saint AUGUSTIN. — 1° Lettre de saint Célestin 7«r aux évêques des Gaules (431). — 1. L’occasion de cette lettre est indiquée par Celestin : Prosper et Hilaire, ces deux laïques dont il loue le zèle (les mêmes qui avaient in­ formé l’évêque d’Hippone de l’opposition semipélagienne à sa doctrine) sont venus à Rome et informent le pape du trouble jeté dans les âmes par des prêtres présomp­ tueux qui soulèvent de téméraires problèmes, indisci­ plinatas quœstiones vocantes in medium. Dans une lettre remise à Prosper et à Hilaire pour les évêques gau­ lois, le pape les presse d’i mposer silence à ces prêtres qui attaquent des maîtres dont ils n’ont pas même été les disciples. Le silence des évêques ressemblerait à une connivence. Donc desinat, si ita res est, incessere no­ vitas vetustatem, etc. (paroles que Vincent de Lérins essaie d’accaparer à son profit, dans son Commonitorium, 1. 11, 32, P. L., t. L, col. 681). Il est clair qu’il s’agit d'Augustin que l’on poursuit même après sa mort. Le pape le montre clairement par l’éloge suivant qui va devenir la grande loi du respect dù à l’évêque d’ilippone, mais loi tempérée par les réserves ajoutées dans un docu­ ment qui accompagne la lettre, et dont il va être question. 2. Voici le texte d’après Mansi, Amplissima coli, con­ cit., t. tv, col. 455, 462; cf. Jaffé, n. 381; P. L., dans l’appendice du t. xlv, col. 1755, et t. L, col. 528; Denzinger, Enchiridion, n. 86, 97. a) Éloge d’Augustin dans la lettre de Célestin. Augustinum, sanctie recorda­ tionis virum, pro.vita sua atque meritis in nostra communione semper habuimus, nec unquam hunc sinistrae suspicionis sal­ tem rumor aspersit : quem tantæ scientiæ olim fuisse me­ minimus, ut inter magistros opUmos etiam ante a meis sem­ per decessoribus haberetur. Bene ergo de eo omnes in com­ mune senserunt, utpote qui utique cunctis et amori 'fuerit et honori. Unde resistatur tali­ bus quos malo crescere vide­ mus... 6) Restriction dans les lettre. Augustin dont la vie et les mérites sontrestésen sainte mé­ moire, a toujours été en commu­ nion avec nous: jamais l'ombre même d’un fâcheux soupçon ne l'a effleuré : si grande était sa science, nous en gardons le souvenir, que mes prédéces­ seurs l'ont même toujours mis au rangées maîtres. Aussi tous en général font-ils eu en haute estime, comme un homme uni­ versellement entouré d’affection et d'honneur. Réprimez donc les menées de ces hommes que nous voyons croître dans le mal. capitula Profundiores vero difficiliores· que partes incurrentium quae­ stionum, quas latius pertracta­ runt qui haereticis restiterunt, sicut non audemus contemnere, ita non necesse habemus adstruore; quia ad confitendum gratiam Dei, cujus operi ac dignaüoni nihii penitus subtrahen­ dum est. satis sufficere credi­ mus, quidquid secundum prædictas regulas apostolicæ sedis nos scripta docueruut : ut pror­ sus non opinemur catholicum qu< d apparuerit praefixis sen­ tentiis esse contrarium. qui accompagnent la Quant aux questions plus profondes et plus ardues que soulèvent ces controverses, questions amplement dévelop­ pées par les écrivains qui ont combattu les hérétiques, nous n'avons certes pas la témérité d'en faire peu de cas. mais nous ne croyons pas non plus néces­ saire d'en imposer la solution. En eflet, pour la grâce de Dieu, à l’action et à la miséricorde de qui rien absolument ne doit être soustrait, il suffit de s'en tenir à la doctrine que. selon les règles précédentes, nous enseignent les écrits du siège apostolique : en sorte que nous regardons comme entièrement contraire Λ la foi catholique ce qui apparaî­ tra en opposition avec ces dé­ cisions doctrinales. Dans les anciennes citations de ce texte par les théo­ 2464 logiens, Viva, Theses damn, ab Alex. VI1J, prop, xxx, on lit, après pertractarunt, les mots Augustinus et alii. C’est une glose qui a glissé dans le texte. 3. Origine et autorité des capitula. — On ne saurait avoir de doute sur l'authenticité de la lettre de Célestin. Prosper d’Aquitaine dans son Liber contra collatorem, c. xxi, n. 58, P. L., t. xi.v, col. 1831, la résume dans ces mots qui en indiquent la portée : Per hunc virum (Célestin) intra Gallias istis ipsis qui sanctæ memoriæ Augustini scripta reprehendunt, maleloquentiæ est adempta libertas, quando considentium actione suscepta (allusion à Ia démarche de Prosperet d’Hilaire) et libro­ rum qui errantibus displicebant pietate laudata, quid oporteret de eorum auctoritate sentiri, sancto manife­ stavit eloquio... Et il cite tout le passage sur saint Augus­ tin. Mais d’où viennent les dix capitula (mal divisés en onze dans les anciennes éditions, cf. Enchiridion de Denzinger, n. 87-97) qui suivent la formule finale de la lettre et ont eux-mêmes un préambule spécial? L’origine en est incertaine. Sans doute Baronius, Suarez, Sirmond ont établi depuis longtemps que les capitula ne font point partie de la lettre de Célestin, et ne sont point de ce pape : rien dans la lettre ne les annonce, et surtout les formules employées au sujet des décisions pré­ cédentes des papes ne sont point celles qu'emploierait un pontife romain parlant de ses prédécesseurs. De plus, ils sont postérieurs à la lettre de Célestin, puisque Prosper dans le passage cité n'y fait aucune allusion, et reconnaît que les semipélagiens sont encore excusables. Bien que Vasquez, Petau, et récemment Hergenrother, Kirchengesch., t. n, n. 123, trad, franç. p. 194, et Faure aient cru encore â l’authenticité, le débat semble tranché. Mais quel est le compilateur? Est-ce saint Léon, encore diacre, comme le voulait Paschase Quesnel, où plutôt comme l'affirme dom Constant, saint Prosper lui-même, qui, pour mettre un terme à l’opposition contre les der­ niers ouvrages de saint Augustin, aurait rédigé cette liste de propositions en priant le pape saint Sixte 111 (432440) de l’approuver? Mais, quel qu'en soit l’auteur, l’autorité n’en est point contestée. Ces capitula ont toujours été regardés, au moins depuis le vi« siècle, comme un document expri­ mant officiellement la foi de l'Eglise. Le pape saint llormisdas y fait allusion dans sa lettre du 13 août 520 à l’évêque Possessor comme à une expression sûre de la foi catholique : in scriniis ecclesiasticis expressa capi­ tula continentur... P. L., t. xv, col. 1777. A la même époque, en 520, le diacre Pierre et ses compagnons, écrivant aux évêques africains exilés en Sardaigne, les alléguaient comme la lettre même de Célestin. Epist. Petri diac., c. vu, n. 7, P. L., t. xlv, col. 1776. Ces capitula ont été joints à la lettre de Célestin dans toutes les collections de documents officiels et ipsa sede apo­ stolica volente et probante, disent les bénédictins édi­ teurs des lettres de Célestin. P. L., t. L, col. 527. Suarez, De gratia, proleg. VI, c. I, n. 12, t. vu. p. 277, ajoute avec raison que ces capitula sont en grande partie des extraits des conciles d'Afrique ou des décisions ponlilicales contre les pélagiens. 2» Le pape saint Gélose I", dans sa lettre aux évêques du Picenum (1" novembre 493), après une réfutation du pélagianisme, blâme énergiquement, entre autres abus, la négligence des évêques à réprimer les attaques des semipélagiens contre saint Jérôme et saint Augustin : Adhuc M.MVSSCEi.vsaccrescit,utsubconspeclu et præsentia sacerdotum, bealæ memoriæ I/ieronynum atque Augustinum ECCLESIASTICORUM LUMINA MAG1STR0Rt M, musca moritura, sicut scriptum est (Eccle.. x) exterminans oleum suavitatis, lacerare contenderet. Mansi, t. vni col. 29; P. L., t. lix, col. 40; t. xlv, col. 1771; Thiel, Epist. rom. pont-, t. i, p. 325; Jaffé, n. 621. 3" Lellredu pape saint llormisdasà l’évêque africain 2466 AUGUSTIN (SAINT) 2465 Possessor (13 août 520). Voir le texte du document dans Mansi, t. vm, col. 498-500; P. L., t. ixin, col. 490-493, abrégé dans t. xlv, col. 1778; Thiel, p. 926; Jaffé, n. 850. Possessor, évêque réfugié à Constantinople, trouvant autour de lui les esprits troublés et agités par les écrits de Fauste de Riez, consulte le pape sur ce sujet; lettre reçue par le pape le 18 juillet 520 : texte dans Mansi, t. vin, col. 497; P. L., t. xlv, col. 1776. Hormisdas répondit : a) sur la question spéciale relative à Fauste, que les ouvrages de cet écrivain n'ont pas d’autorité dans l’Êglise, ou selon la formule usitée neque illuni recipi : c’est une allusion au décret dit gélasien qui dans la V" partie (d'origine incertaine, cf. Bardenhewer, Patrologie, trad, franç., t. m, p. 142; 2' édit, allem., 1901, p. 548) range les écrits de Fauste parmi les apocryphes, (livres ou hérétiques ou suspects). P. L., t. tax, col. 164. — b) Sur la question générale de la grâce, il renvoie â Augustin, aux capitula et saint Paul en ces termes, P. L., t. Lxin, col. 493 : De arbitrio tamen libero et gratia Dei, quod romana (hoc est catholica) sequatur et asse­ veret Ecclesia, licet in variis libris beati Augustini, et maxime ad Hilarium et Prosperum, possit cognosci, tamen in scriniis ecclesiasticis expressa capitula continentur, quæ, si tibi desunt et necessaria creditis, destinabimus; quanquam qui diligenter Apostoli dicta considerat, quid sequi debeat evidenter cognoscat. On peut sans doute savoir la doctrine qu'enseigne l'Église romaine, c'est-à-dire l’Êglise catholique, sur le libre arbitre et la grâce de Dieu, dans les divers ouvrages du bienheu­ reux Augustin, principalement dans ceux qu'il a adressés à Prosper et à Hilaire ; mais elle est formulée dans des capitula conservés dans les archives de Γ Kglise, que nous vous enver­ rons, si vous ne les avez déjà et les jugez nécessaires ; d'ail­ leurs celui qui examinera avec attention les paroles de l'Apôtre, verra avec évidence ce qu'il doit croire. 6» Les éloges d'Augustin par les papes suivant* sont nombreux, mais ont un caractère moins officiel et m< ms précis. Cf. Gotti, Theologia scholast. dogmat., 1.1.De Deo sciente, q. tv, dub. v, Venise, 1750, p. 230. Adrien I" (772-795) l’appelle par exemple præcipuum l'a: ■ et optimum doctorem. Les pontifes plus récents ont pro­ fessé la même vénération. Marcelli, O. S. A., Insti­ tutiones theologicæ, t. v, De gratia, p. 91, cite des paro­ les très expressives d'Alexandre VII à l’académie de Louvain : Augustini et Thomte inconcussa tuti··.maque dogmata sequi semper velitis ; de Clément X, d’Innocent XII, de Clément XI, etc. Le document le plus significatif de l’époque moderne est l'ordre donné par Clément VIII aux consulteurs de la congrégation De auxiliis dans l'affaire du molinisme de se guider d'après la doctrine de saint Augustin : adstringere statui totam hanc disputationem ad normam doeirinæ Augustini de gratia, dit-il dans son discours du 20 mars 1602 à la première conférence solennelle tenue en sa présence, et il en donna trois raisons : il a vaincu les pélagiens, il n’a rien omis des questions aujourd’hui controversées, les papes ont tou­ jours affirmé l’autorité de sa doctrine. Voir le texte dans la Theologia de Gotti, loc. cit., ou Serry, Hist, congr., 1740, Supplément, p. 95. En présence de documents émanés de si haut, si élogieux pour saint Augustin, le problème s’est posé : l’Êglise a-t-elle donc approuvé et adopté toute la doc­ trine de saint Augustin, du moins in re gratiæ't N'est-il jamais permis de s’en écarter? Trois réponses ont été données : a) Pour les uns, en cette matière l'autorité d’Augustin est absolue, irréfra­ gable et sans exception, b) Pour d'autres ces éloges sont des formules vagues laissant toute liberté, c) Plus modé­ rés entre les deux extrêmes, le grand nombre des théo­ logiens reconnaissent une réelle autorité normative à saint Augustin, mais entourée de réserves et de sages limites. Deux observations sur ce texte important : a) Le pape n'affirme point qu'il soit facile de trancher les questions de la grâce avec les seules œuvres de sain! Augustin, ni II. INTERPRÉTATION EXCESSIVE DE L’AUTORITÉ DE qu'il suffise de se borner à les consulter. S’il fallait tout saint Augustin. — 1° Exposé. — 1. D’après cette décider par les écrits d’Augustin, dit très bien Petau, école, toute parole du grand docteur sur la grâce et la pourquoi renvoyer aux décisions recueillies par l’Êglise, liberté serait une règle de foi, il ne serait jamais permis de et à saint Paul lui-méme? De Trident, concil. et Augu­ s'en écarter. Tous les adversaires de la liberté se sont stini doctrina, c. v. — b) Les ouvrages adressés à Pros­ appuyés sur Augustin, en l’exaltant au-dessus de tout. per et à Hilaire sont les deux livres De prædestinatione Les jansénistes ne reculèrent point devant cette asser­ et De perseverantia, dont la thèse capitale est non tion inouïe : il taut préférer une phrase de saint Augus­ d'expliquer le mode de la prédestination, mais d'établir tin même aux décisions les plus formelles de l’Êglise. contre les semipélagiens la gratuité absolue de la Jansénius a posé lui-même les fondements de cette grâce : Cernitis... quanta manifestatione defendatur théorie insensée dans tout le Liber proœmialis du t. n hæc gratia contra quam merita extolluntur humana, de son Augustinus. Voici quelques titres de chapitres : tanquam homo aliquid prior det, ut retribuatur ei. De C. xiv. Augustini doctrina de gratia Dei, euangelica, prædest., n. 37, P. L., t. xliv, coi. 987. aposlolica, et irrefragabilis auctoritatis : totius 4° Le pape Boniface 11 et les Pères du concile Ecclesiæ nomine scripta, silentibus scriptoribus un d'Orange (ôBO-531) sanctionnent l’autorité spéciale de versis. C. xxtn. Noliliæ veræ theologicæ limites .·■ -e saint Augustin. — Les canons du concile d'Orange (530) fixit Augustinus. Il termine ce livre par cette pr.t — envoyés de Rome par le pape Félix IV aux évêques des tation : unus est Augustinus, instar omnium, loco Gaules, ne nomment point, il est vrai, le docteur d'ilip­ Omnium, SLPRA OMNES. Tout ce qui ne vient pas de lui, pone, mais on sait qu’ils sont extraits de ses œuvres. ajoute-t-il, mieux vaudrait que cela fût absent de la Voir Augustinisme. Quant au pape Boniface II, succes­ théologie. C. xxx, p. 28. Et la pratique répond <:·.■■; lui seur de Félix IV, dans la lettre d'approbation du synode à la théorie. Il trouve dans Augustin les propositions de (25 janvier 531), il affirme que la doctrine de la grâce a Baius condamnées par le pape, par exemple la 53'. Que été transmise tout spécialement par saint Augustin : de faire? Il hésite, dit-il, mais enfin, par respect pour les hac re multi Patres, et præ cæteris beatæ recorda­ papes qui ont si souvent loué Augustin, il affirme la tionis Augustinus episcopus, etc. Mansi, t. vin, col. 735; proposition, condamnée, ajoute-t-il, non comme fausse P. L., t. xlv, col. 1790; cf. Jaffé, n. 881. , (elle est d’Augustin), mais comme pacis inimicam. 5° Le pape Jean 11, dans sa lettre à divers séna­ De statu natures puræ, 1. III, c. xxn. t. n, p. 4G3 : teurs (534), contre les nestoriens, cite avant les autres Quid ergo ad propositionem quam proscripsit apoPères, saint Augustin, cujus doctrinam, secundum slolica sedes? Hæreo, fateor. Sed quid ad doctrinam prædecessorum meorum statuta, Romana sequitur et Augustini...? Les disciples imitaient le maître : rien de servat Ecclesia. Mansi, t. vm, coi. 804; P. L., t. lxvi, plus ordinaire chez eux que ce raisonnement : les pro­ coi. 21 ; Jaffé, n. 885. Il y a là l'affirmation d’une vénération positions condamnées de Baius sont de saint Augustin : traditionnelle du saint-siège pour l'enseignement d'Au­ cela suffit à nous rassurer. En 1677, le janséniste Haiergustin. mans ne craignit point de dire tout haut h pensée du DICT. DE THEOL. CAT110L. I. - 78 2467 AUGUSTIN (SAINT) 2408 mariage? le rôle prédominant de la grâce avec les parti, et c’est lui qui formula la proposition 30e con­ éloges accordés aux saints, au libre arbitre, à la loi ? Le damnée par Alexandre VIII (7 décembre 1690) : Ubiguis péché originel exige-t-il l’origine des âmes ex traduce? invenerit doctrinam in Augustino clare fundatam, C’est trop peu ; nous ne craignons pas de dire que ces illam absolute potest tenere et docere non respiciendo questions réservées embrassent tous les problèmes sub­ ad ullam pontificis bullam. Voir col. 762. tils agités dans la controverse pélagienne, mais aux­ 2. Tous les théologiens catholiques se sont gardés de quels n’ont point voulu toucher les conciles et les ces excès. Mais plusieurs ont parfois exagéré la portée souverains pontifes ; par exe'mple le mode d'efficacité des éloges pontificaux et soutenu que toutes les pensées de la grâce, l’état de pure nature, l’explication détaillée, d'Augustin dans les vastes problèmes de la grâce étaient de la prédestination, de la distribution de la grâce, etc. canonisées par l’Église. Le docteur A. Koch, dans une En un mot les papes ont approuvé la doctrine d'Augus­ étude sur ce sujet, Der h. Faustus von Riez, 1895, tin relative à tous les points dogmatiques définis sous p. 129-191, a signalé ces excès en particulier chez Noris son inlluence et non les opinions relatives aux subtils qui défend même de trouver des obscurités chez saint problèmes que les définitions ne touchent pas. C’est pour Augustin; il raconte qu’à l'occasion des controverses De cette raison que nous avons distingué, col. 2383, les dogmes auxiliis, on reprochait.aux molinistes de ne pas accep­ défendus par Augustin et ce que nous croyons être son ter ce principe dans toute sa rigueur. « Toute doctrine système. Noris, très embarrassé par des réserves qui d’Augustin sur la grâce ou la prédestination, disait Diego condamnent ses exagérations, Vindiciæ, c. vm, P. L., Alvarez, De auxiliis div. grat., disp. X, n. 3, p. 49, doit être considérée comme la foi de l’Église catho­ t. xlvii, col. 818-831, a imaginé une étrange théorie : ce fameux chapitre Profundiores ne laisse absolument au­ lique. » Dans une lettre au religieux augustin, Barthécune liberté : l’auteur prétend bien imposer partout la lemi de Los Bios, on lisait « cette parole d'un ancien » : solution d’Augustin, seulement il juge inutile pour le Ille seore proprio hæretieumesse convincit, gui Augu­ stinum in aliguoputayeritreprehendendum esseeloguio. moment de formuler des canons. Loc. cit., col. 828. C'est oublier le texte à expliquer : sicut non audemus con­ Cf. Documents réunis par Serry, Hist, congr. de auxi­ temnere, ita non necesse habemus astruere; on ne parle liis, 2« édit., Venise. 1760, Appendix, p. 249. Dans un point ainsi d’opinions qu’on vent imposer. aulre document, ibid., col. 213. parmi les propositions 4. La décision de Clément VIII relative aux congré­ dont on fait un crime aux molinistes, la 22° est celle-ci : gations De auxiliis n’a point donné à l'autorité d Augus­ non recte dici : illud saltem necessario ab omnibus tin plus d’étendue que la lettre de Célestin. On accusait esse tenendum guod Augustinus asseruit nec retracta­ vit. La 20« accordait que chez Augustin il y a des locu­ Molina de semipélagianisme : il était naturel de vérifier si sa doctrine était en harmonie avec les affirmations tions impropres, qu'il faut éviter. C’est là un crime dogmatiques du grand adversaire des semipélagiens. d’irrévérence d'après ces auteurs, comme si saint Tho­ Dans le Scriptum Clementis VIII remis à la congréga­ mas n’avait pas parlé plus énergiquement. Voir-col.2457. tion comme règle directive (Serry, Hist, congr., append, Noris, ajoute Koch, a voulu tout détendre et tout faire admirer chez Augustin, et de nos jours encore, Mutterde la 2« édit., p. 91-112), il n’est pas une seule des xv thèses sous lesquelles sont groupés tous les textes, muller et d’autres regardent comme définies toutes les théories d'Augustin sur la grâce. qui ne puisse se ramener à une question purement dogmatique et déjà définie contre les semipélagiens. 2° Critique. — Ce système est évidemment inadmis­ Nulle formule, prise à la lettre dans son sens augustisible et il est inexact que l’Eglise ait jamais adopté nien, ne tranche les questions discutées entre thomistes toutes les explications d’Augustin sur les questions si et molinistes, l’explication de l'efficacité infaillible de la complexes de la grâce. grâce. La thèse v elle-même, qui parut dangereuse aux 1. La condamnation de la proposition d’Havermans molinistes, laisse intacte la question du mode d'in­ par Alexandre VIII a mis déjà une première limite ; fluence. La décision du successeur de Clément VIII, toute décision de l’Eglise doit être placée au-dessus des Paul V, le prouve bien.Non seulement il laissa la liberté assertions d’Augustin. Et la raison en est évidente, aux deux écoles, mais dans un écrit de sa main, destiné l’Église a le charisme de l’assistance, Augustin n’en a à l’ambassade d’Espagne qui pressait le pontife de déci­ pas joui. der la question, il en revient encore à la célèbre réserve 2. Le texte même des approbations pontificales ne des capitula. « Le concile de Trente, dit-il, a sagement comporte pas ce sens si absolu : aucun de ces éloges écarté, à l'exemple de Célestin, les questions subtiles et n'est une sanction positive et sans réserve d’un système : complexes sur le mode de l'action divine. » Voir cet ce sont des éloges généraux de ses œuvres et de sa doc­ écrit dans Schneemann, Controversiarum de div. trine; parlois ces éloges lui sont communs avec d’autres gratià, Fribourg-en-Bris^au, 1881, p. 296. Pères, dont nul ne songe à affirmer l'infaillibilité. Par­ 5. Un bref d'Innocent XII (16 février 1674) à l’acadé­ fois même c'est une simple apologie contre des attaques. mie de Lonvain résume et confirme notre interpréta­ Aucun examen n'a été fait de l'œuvre immense d’Augus­ tion des capitula. L'académie avait prié le pape de tin, comment laurait-on approuvée dans toutes ses déclarerque les idées augustiniennes (d'après les Lovaparties? nienses) de la grâce efficace par elle-même et de la 3. Les capitula Cælestini réservent expressément les prédestination ante merita, n’ayant pas été réprouvées questions profondes et difficiles. C’est là un fait.capital par la condamnation de Jansénius, devaient être soute­ passé trop souvent sous silence par certains théologiens. nues jusqu'à nouvelle décision du saint-siège. Inno­ Quel que soit le collecteur de ces capitula, les papes, en cent XII refusa et répondit par la formule même des les sanctionnant, ont également sanctionné cette sage capitula : Profundiores, etc. réserve. Cette restriction affecte implicitement toutes les 6. Les papes ont enfin sanctionné par un fait très so­ approbations subséquentes, puisque les plus formelles lennel la liberté de s’écarter de la pensée d'Augustin sont accordées, comme celle de Jean H, secundum sur les questions non définies de la grâce. Il est incon­ prædecessorum meorum statuta. testable que le grand docteur condamne les enfants Mais quelles sont les questions profondes ainsi omises morts sans baptême à une peine sensible. Aussi quels et laissées libres? D'après Quesnel, Opera S. LeonisM., reproches n’adressait-on pas aux partisans d'une opinion diss. Ill, part. II, c. il, s’appuyant sur les paroles de plus douce? Or Pie VI, dans la célèbre condamnation du saint Augustin, Cont. duas epist. Pelag., 1. 111, c. vm, synode de Pistole par la bulle Auctorem fidei, 28 août P. L., t. xliv, col. 608, il s’agirait des objections soule­ 1794. a. 26, Denzinger, n. 1889, a vengé cette opinion vées par les pélagiens : comment accorder la théorie de bénigne,et déclaré qu elle était exempte de pélagianisme. saint'Auguslin sur la concupiscence avec la dignité du 2469 AUGUSTIN (SAINT) 2 »70 Pères, passim, spécialement 1. I, c. vn-vin, Ver7. Tel a été aussi le sentiment des grands théologiens 1820, t. v, p. 22-30. de toutes les écoles. Ils ont toujours reconnu des limites 2. Mais d'autres critiques accusent Augustin d’ern-urs à l'autorité d’Augustin, et, bien qu’à regret, se sont parprédestinatiennes ou jansénistes; en constatant que lois écartés de son sentiment. Le célèbre auteur du De l’Église, loin de les adopter, les a proscrites. Même avec locis theologicis, Melchior Cano, n’a pas exempté Augus­ ces réserves, le système ne parait point acceptable. I s tin de ces faiblesses humaines que l'on trouve chez les documents pontificaux, s’ils ont,un sens, signifient pour plus illustres docteurs. L. VII, c. lit, 3a concl., Padoue, ■1734, p. 217. Et même à propos de la prédestination, le moins que l’évêque d’Hippone est orthodoxe, qu i! n'a D. Baùez, attribuant à saint Augustin la réprobation pas sacrifié la liberté à la souveraineté de Dieu. On peut admettre des formules excessives (plus dicens et mini s antécédente des damnés à cause du péché originel, la volens intelligi, col. 2457), des obscurités, des incerti­ réfute assez sévèrement et ne craint pas d’écrire; si ita­ tudes, des tâtonnements, des opinions personnelles trop que D. Augustinus voluisset attendere malitiam hujus sévères sur certains points (le sort des enfants), mais consequentia,nunquam posuisset quod universaliter ori­ trouver dans ses œuvres les théories de Calvin, c’est ginale peccatum solum est causa reprobationis omnium reproborum. Banez, In I,m, q. xxn, a. 5. Noris fait de dire que l’Eglise, pendant quinze siècles, a pris pour vains efforts, Vindiciæ, c. v, § 10, P. L., t. xlv, coi. 773guide un adversaire de sa foi. 782, pour atténuer l’importance de ce passage. Il faut Conclusion. — Elle est renfermée, nous semble-t-il, lire les conclusions modérées de Suarez, De gratia, dans la distinction formulée dans la lettre de saint Célestin Ier et la restriction qui l’accompagne. — a) D’une Proleg. VI, c. vt, n. 16. 8. D’ailleurs l’Église et les théologiens, en fixant â part, dans les questions capitales qui constituent la (oi de l’Église en matière de liberté et de grâce, le docteur l'autorité d'Augustin ces sages limites, suivaient les conseils d’Augustin lui-même. Denzinger, Enchiridion, d’Hippone est bien réellement le témoin autorisé de la n. 86, et A. Koch,‘out>. cité, p. 135-138, l’ont très bien tradition contre l’erreur pélagienne et semipélagienne, montré, rien n'est plus antiaugustinien que de prétendre ainsi que saint Athanase contre Arius, et saint Cyrille imposer comme règle de foi toute parole d’Augustin. contre Nestorius. Cf. Melchior Cano, De locis theol., Lui-même proteste avqc énergie: in omnibus litteris I. VII, c. I-IV ; Fessler-Jungmann, Inslit, patrol., 1890, meis non solum pium lectorem, sed etiam liberum cor­ t. i, p. 41-47. Ainsi existence du pêché originel, néces­ rectorem desiderem... Noli meis litteris quasi Scripturis sité absolue de la grâce au moins pour tout acte salutaire, canonicis inservire. De Trin., 1. III, procem., n. 2, P. gratuité du don de Dieu qui précède tout mérite de L., t. xlii, coi. 869. Et il revient sans cesse sur ce sujet, l’homme puisqu’il doit le causer, prédilection de Dieu spécialement dans les préambules des livres De Trini­ pour les élus à qui il donne des grâces prévues efficaces, tate, I. II, n. 1, col. 845; Epist., cxciv, n. 10, P. L., et avec tout cela liberté de l’homme et responsabilité t. xxxm, col. 873: in eis (scriptis meis) nulla celui ca­ dans ses fautes, voilà des points sur lesquels l'Église non nonica constituatur auctoritas. Epist., cxlvii, n. 2, seulement accepte, mais admire et recommande sa doc­ ibid., col. 597, η. 39, η. 53-54. C’est la règle qu’il prati­ trine : témoins les canons du II' concile d'Orange. quait lui-même à l’égard des autres Pères: En dehors b) D’autre part, les explications plus subtiles des de l’Écriture, écrit-il à saint Jérôme, alios ita lego, ut, problèmes secondaires, concernant plutôt le mode que le fait, sont laissées par l’Église, pour le moment du QUANTALIBET SANCTITATE DOCTRINAQÜE PRÆPOLLEANT, non i ta verum putem quia ipsi ita senserunt, sed quia mihi moins, à la prudente étude des théologiens. Thomassin, vel per illos auctores canonicos vel probabili ratione, Consensus scholæ de grat., 1.1, c. x, dans Dogmata theol., quod a vero non abhorreat, persuadere potuerunt : nec Paris, 1870, t. vî, p. 28, réclame la liberté de discussion te, frater mi, sentire aliud existimo. Epist., lxxxii, sur la prédestination ante vel post merita. Bossuet luin. 3, P. L., I. xxxm, coi. 277. Cf. n. 32, coi. 289; Epist., même, défenseur si zélé de l’autorité d’Augustin, affirme CXLvm, à l’évêque Forlunatien, n. 15, P. L., ibid., avec raison que ce grand docteur n’a pas même traité col. 628: talis ego sum in scriptis aliorum, tales volo la question subtile débattue dans les écoles. Voir col. 2403. esse intellectores meorum. Ainsi, l’augustinisme vrai, dégagé d’idées accessoires, restera intact dans ses principes fondamentaux, et recevra lit. CRITIQUE DE l'interprétation trop large et RESPECT DO A L’AUTORITÉ D’AUGUSTIN. — 1“ Exposé. — avec les progrès des docteurs et des conciles, de nouveaux A l'opposé des théologiens précédents, et peut-être par développements et de nouvelles lumières. réaction, d’autres écrivains ont cru que les approbations Les sources sont rangées dans l’ordre chronologique des con­ pontificales n’étaient que des lormules vagues sans con­ troverses sur l’autorité de saint Augustin. séquences pratiques. Aussi Launoy, Richard Simon, et I. Controverse dans les Gaules, après la mort de saint Augustin, ν·-νι· siècle. — La question de l’autorité de saint récemment -M. Margival n'ont-ils pas hésité à dire bien Augustin se confond avec la controverse du eemipélagiani- .e. haut que saint Augustin ne s’est pas seulement trompé Voir Semipélagianisme et Augustinisme (théologiqu··*. Les sur des points secondaires, mais sur le fond même du documents sont réunis dans : édit, bénédictine de S. Angus:.n. problème. L'évêque d’Hippone, disent-ils, est un nova­ Appendix ad t. x, P. L., t. XLV, surtout col. 1755-4292: A. Mal­ teur; rompant avec la tradition des Pères qui l’ont pré­ nory, S. Ccsaire, évêque d’Arles, in-8·, Paris, 18J4, > i: ut cédé, il introduit le prédestinatianisme dans l’Église. p. 143-155 ; A. Koch, Faustus Bischof von Riez, in-8·. Stuttgart. Voir col. 2376. 1895. Sur les fameux capitula de la lettre du pape Célestm. il faut consulter : le monitum de l’éditeur bénédictin dom Constant, 2° Critique. — On a montré plus haut que ces asser­ P. L., t. L, col. 522-528, et les auteurs auxquels il renvoie : X. r■-. tions, au point de vue historique, sont contraires aux Vindiciæ augustinianæ, c. vin, et Ballerini, Observation.>s ad textes de saint Augustin, col. 2387-2392. Ici nous de­ Norisii historiam pelagianam, 1. IL c. VI, n. 1, Opéra. t. I. vons ajouter qu'elles sont en contradiction avec l’ensei­ col. 491 sq. ; Suarez, De grat., proleg. VI. c. 1, n. 11. Paris, 1857. gnement de l’Eglise. I. Prétendre que saint Augustin a t. vn, p. 275; Sirmond dans ses notes au t. t des Concilia non seulement innové, mais introduit ses fausses inno­ Gatliæ; Mansi, Ampliss. collectio concit., t. IV, col. 45Γ-462: vations dans l’Église en changeant sa foi (et c'était bien J.-B. Faure, Dissertatio de auctore capitulorum S. Csetestino rom. pont, olim tributorum, dans le Thesaurus the A. de Zacla pensée de Richard Simon en certains passages sur le péché originel, etc.), c’est accuser l’Eglise d’avoir erré I caria, Rome, t. v, p. 352, conclut à tort pour l’origine céle-tinienne, mais réunit les pièces du procès; Fessier, Instit. patr.jl.. et changé de croyance: nous n'avons point à examiner édit. Jungmann, 1896, t. n, 2, p. 99. ici ce qui est la négation même de tout le christianisme: IL Controverse ne avxiuis entre thomistes et v uc’est là ce qui irritait Bossuet et explique les paroles ! NISTES. — Les théologiens qui y furent’mêlés ou jouéren' ja parfois un peu exagérées par lesquelles il venge l’Église rôle dans les célèbres congrégations de 1598 â 1607. or,: · ·» et saint Augustin. Défense de la tradition et des saints parlé de Vautorili de saint Augustin. Voir les ouvrage- -ies 2471 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) dominicains Alvarez, Lemos, plus tard de Gotti, Theologia, 1750, t. ï, p. 230-231, des jésuites Molina, Vasques, Suarez, par exemple De gratia, proleg. VI, c. vi, Paris, 1847, t. vu, p. 311-325; Dechamps, De hæresi janseniana, 1. Ill, disp. I; les histoires de ces congrégations par L. de Meyer, S. J., et Sorry, O. P. Dans l'Historia congreg. de Serry, au supplément, édit, de 1740, on trouve, p. 95, V Oratio a Clemente VIII habita (20 mars 1602) sur saint Augustin ; et p. 209-250, le récit curieux et passionné des accusations portées contre les molinistes d’avoir méprisé l’auto­ rité de saint Augustin. L'n résumé de ces débats sur l’autorité et la pensée de saint Augustin est donné par G. Schneemann, S. J., dans Controversiarum de divinæ gratiæ liberique arbitrii concordia initia et progressus, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1881, p. 38 sq. III. Controverse sur le vœu d’enseigner la doctrine de saint Augustin. — Basile Ponce de Léon, Celeberrimum academiæ Salman ticensis de tenenda ac docenda doctrina SS. Au­ gustini et Thonue Aq. judicium statuto juramentoque solemn i firmatum et contra impugnantes propugnatum, Salamanque, 1627 ; Douai, 1634. Serry, ouvr. cité, supplém. de l’édit, de Venise, 1740, p. 197-218, a inséré des extraits d’apologies manu­ scrites de ce serment sous ce titre : De juramento quo Academia Salmanticensis S. Augustini doclrinæ et S. Thomæ conclu­ sionibus se addixit ; nec non de ejusdem juramenti apologia. Au nom des franciscains, le P. Pierre de Urbina, plus tard évêque do Valence, publia le Memorial en defensa de las doctrinas del D. S. Bonaventura y Escoto sobre el juramento que la Universitad de Salamenca hizo de leer tan solamente la doctrina de S. Augustino, y S. Thomas. Madrid, 1628. En Belgique, où l’académie de Louvain faisait le même serment d’après Noris, Vindiciæ august., dans P. L., t. xlvii, col. 573, deux auguslins en publièrent des apologies : Ch. Moreau dans ses Observations sur Tertullien, et Jean Rivius dans la Vie de saint Augustin. IV. Controverse soulevée par les exagérations jansé­ nistes. — Jansénius, dans son Augustinus, t. il, Liber proœmialis, de ratione et auctoritate in rebus theologicis, p. 1029; les c. x-xxx exaltent au-dessus de tout l’autorité de saint Au­ gustin ; l’abbé Martin de Barcos, neveu de Saint-Cyran, publia sous l’anonymat: Quæ sit S. Augustini el doclrinæ ejus auctoritas in Ecclesia, Paris, 1650; l’abbé de Bourzeis, Lettre d’un abbé à un évêque (1649), soutient que le concile de Trente doit être inter­ prété d’après saint Augustin; encore en 1788, le janséniste joséphiste Joseph Zola publia (sous l’anonymat) : De ratione et au­ ctoritate S. A ugustini in rebus theologicis, et specialim in tra­ dendo mysterio praedestinationis et gratiæ, Pavie et Brixen. 1788 (à l’index, 5 février 1790). Ces théories sont réfutées dans tous les ouvrages généraux contre le jansénisme. Cf. Fontaine. Deschamps, Ripalda; spécialement Pierre de Saint-Joseph, cister­ cien, Defensio S. Augustini Hipp. adv. Augustinum Vprensem quoad auxilia gratiæ et humanam libertatem. Paris, 1651. — Petau publia contre Bourzeis : De Tridentini concilii interpretalione et S. Aug. doctrina dissertatio, Paris, 1649 (dans les Dogmata theol., Paris, 1866, t. IV, p. 659-702). Sur la proposition avancée par le janséniste Havermans, le 8 mars 1677 (voir sa Dissertatio theologica de auctoritate Patrum, praesertimS. Augustini, Cologne, 1677), et condamnée (30*) par Alexandre VIII le 7 décembre 1690, consulter la série d’ouvrages, indiqués par Le Bachelet (Alexandre VIII. Prop, cond., col. 762-763), par exemple les dominicains Milante et van Ranst, le bénédictin Kurtz; spécialement Viva, Damnatæ theses ad theologicam trutinam revocatae, part. III, Francfort, 1711, p. 213-278; Martin Steyaert, Novitas utrinque de novo repressa per decretum duplex SS. Alex. VIII, Louvain, 1691; le célèbre ouvrage Specimen doclrinæ theologicae per Belgium manantis ab anno 164b ad 1677, in-4·, Mayence, 1681; Hil. Monnier, O. S. B., Lettres adressées à M. Dedan contre le système de M. Ni­ cole, où il prouve que saint Augustin est la règle qu’on doit suivre dans les matières de la grâce, 1710. V. Controverse norisienne. — En 1673, au plus fort des querelles jansénistes, Noris, de l’ordre des augustins, publia ses Vindiciæ augustinianæ quibus s. doctoris scripta adversus pelagianos et semipelagianos a reccntiorum censuris asserun­ tur, Padoue, 1673 (en appendice de son Historia pelagiana). Ce fut le signal de nouvelles luttes. Voir Augustinisme. Signalons ici la réfutation des Vindiciæ par A. Cupetioli (pseudonyme du théalin Gabr. Gualdo), Disputatio theologica de auctoritate S. Augustini, Padoue, 1720.Sur cette controverse, cf. K. Werner, Franz Suarez, Ralisbonne, 1861, t. i, p. 295 sq. VI. Controverse au xviii· siècle. — A la fin du xvir siècle, l’autorité de saint Augustin fut battue en brèche par Richard Si­ mon, dans VHistoire critique des principaux commentaires du N. T. depuis le commencement du christianisme jusqu’à 2472 nos temps, in-8·, Rotterdam, 1693, réfutée par Bossuet, dans sa Défense de la tradition et des saints Pères. Les accusations de nouveauté et de rigorisme furent reprises par J. Leclerc, sous le pseudonyme de Phereponus, dans son édition des Opera S. Au­ gustini, Anvers, 1703, t. xn, p. 471-622, et réfutées do nouveau par L. A. Muratori, dans son ouvraga : De ingeniorum modera­ tione in religionis negotio, Paris, 1715. Mais la controverse avait été ravivée en France par un ouvrage posthume de Launoy : Véritable tradition de l’Église sur la prédestination et la grâce, La Haye, 1702 (sur l’authenticité, cf. Lettre insérée dans le Journal des savants, 1701, p. 722; d’Argentré, dans son Com­ mentarius historicus de praedestinatione et reprobatione ad ann. 1660, croit le livre de Launoy; d’autres l’attribuent à son disciple Louis de parais). Contre Launoy : P. Daniel, S. J., Dé­ fense de saint Augustin contre un livre qui parut depuis peu sous le nom de M.de Launoy où l’on veut faire passer le saint Père pour un novateur, Paris, 1704 (Recueil des divers ouvrages du P. Daniel, Paris, 1724, t. Il, p. 219); Serry, O. P., D. Augu­ stinus summus prædestinationis et gratiæ doctor a calumnia vindicatus adversus Jo. Launoi tractatum peculiari Clem. XI decreto nuper inustum, in-12, Cologne, 1704. Bientôt Serry, laissant Launoy, accuse les molinistes d’être les vrais coupables, dans son Epistola Jo. Launoi ex Elysio ad generalem S. J. praepositum data, in-12, 1705. Le P. Daniel répondit par la Lettre du P. D., jésuite, au R. P. Antonin Cloche, général de l’O. des D., in-12, 1705. La controverse dévia ainsi abandonnant Launoy. L’ex-oratorien Dueil donna au livre de Launoy une nou­ velle forme sous ce titre : Le molinisme, système théologique, le plus ancien, le plus sûr et le plus raisonnable, 1732. En 1773, le dominicain J.-P. Dufour publia : L'autorité de S. Au­ gustin et de S. Thomas dans l'Église catholique établie par la trad, du témoignage perpétuellement rendu à leur doctrine, in-12, Toulouse. Un autre dominicain, Gazzaniga, dans ses Praele­ ctiones theologicae, t. vi, De gratia, diss. V, c. i. réfute R. Simon et Launoy. Cf. M. Marcelli, O. S. A. (fl804), Institutiones theolo­ gicae, t. v, p. 89-95, De auctoritate S. Augustini (imprimées seu­ lement en 1845, Foligno). VII. Derniers ouvrages. — A. Koch, Die Auctoritat des h. Augustin in der Lehre van der Gnade und Prædestinolion, Quartalschrift de Tubingue, 1891, p. 95-136, 287-304, 455-487; étude reproduite dans Der heilige Faustus Bischof von Riez, Stuttgart, 1895, c. v, Die A utoritàt des hl. A ugustin, p. 129-191. E. PoRTALIÉ. 2. AUGUSTIN (Règle de saint). — I. Monachal et régie de saint Augustin. II. Chanoines réguliers et pré­ montrés. III. Ermites de Saint-Augustin. IV. Congré­ gations d’hommes. V. Congrégations de femmes suivant la règle de saint Augustin. I. Monachat et règle de saint Augustin. — Saint Augustin fut l’introducteur du monachisme dans l’Afrique romaine. Il l’avait vu fonctionner à Milan el à Rome. Il transforma sa maison patrimoniale de Tagaste (388) en un monastère où Alypius, Evodius et plusieurs de ses amis vécurent sous sa direction. Il en fonda un deuxième à Hippone après son ordination sacerdotale (391). Lorsque les habitants de cette ville l’eurent choisi pour évêque, il lit de sa demeure épiscopale un monastère où tout le clergé mena avec le pontife une véritable vie religieuse. Voir col. 2275, 2276. L’exemple d’Augustin fut contagieux. Des monastères furent fondés dans plusieurs diocèses. Les disciples du saint évêque d’Hippone, appelés au gouvernement des Eglises, imposèrent à leur clergé, avec la vie commune, les obligations de la vie monas­ tique. On peut citer Alypius, évêque de Tagaste, Profu­ turus, de Cirta, Severus, de Milève, Évodius, d’Uzala. Le monastère d’Hadrumète est célèbre dans 1’histoire des controverses sur la grâce. C’est pour ses habitants qu'Augustin écrivit son traité De correptione et gratia. Des vierges et des veuves s’étaient déjà réunies pour suivre ensemble les exercices de la vie religieuse, lorsque saint Augustin fonda le monastère de Tagaste. Son influence contribua beaucoup à augmenter leur nombre. Il y avait à Hippone une de ces communautés de femmes, que gouvernait sa propre sœur. Elles étaient de sa part l’objet d’une constante sollicitude. C’est pour elles qu’il écrivit, en 423, sa fameuse lettre, consi­ dérée depuis lors comme une règle. Epist., ccxxi, P. L., t. xxxm, col. 960-965. Son intention n’était pas de légi­ 2473 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) férer pour l’ordre monastique, encore moins de fonder un ordre. Il trace simplement à une maison religieuse de son diocèse une ligne de conduite générale, que dis­ tinguent une admirable discrétion et une largeur de vue, vraiment dignes de son génie. Cette règle, bien que destinée à des femmes, s'adapte très facilement aux besoins d'un monastère d'hommes. Il n'y a qu’à substi­ tuer le genre masculin au genre féminin et à faire un petit nombre de suppressions. Cette adaptation s’est laite à une époque reculée. On la trouve dans la Regula ad servos Dei, que saint Benoît d’Aniane (f 821 ) a publiée dans son Codex regularum, P. L., t. xxxn, col. 13771384. La règle de saint Augustin a exercé une grande influence sur le développement de la discipline monas­ tique en Occident. Saint Césaire d’Arles l a lucet s’en est servi. L'auteur de la Regula Tarnatensis (νι· siècle), P. L., t. lxvi, col. 977-986, lui a emprunté une dizaine de chapitres. Elle figure parmi les sources dans lesquelles saint Benoît a puisé la doctrine de sa règle. Suivait-on dans les monastères d’hommes, fondés par saint Augustin et par ses disciples, la règle contenue dans son épitre ccxxi? Rien ne permet de l'affirmer. En tous cas, cette lettre, prise isolément, ne donne pas une idée suffisante de l’observance des monastères africains. On ne saurait la considérer comme la règle suivie par eux, dans le sens que ce mot comporte de nos jours. La vie de saint Augustin, écrite par son disciple Possidius, P. L., t. xxxn, col. 33-66, et plusieurs de ses discours, de ses lettres et de ses ouvrages fournissent, sur ce sujet, les renseignements les plus précis. Les sermons cccuv, CCCLVI, P. L., t. xxxix, col. 1570-1581, prononcés à l’occa­ sion d’un désordre survenu dans le monastère de sa mai­ son épiscopale, sont du plus haut intérêt pour l’intelli­ gence de la pauvreté monastique et des obligations qu’elle imposait. On y voit que l'évêque d’Hippone exi­ geait de ses moines une désappropriation complète et définitive. Quelques mauvais moines s'etforçaienl d'éri­ ger la paresse en vertu ; la loi du travail ne pouvait, d’après eux. se concilier avec l’esprit de prière et de confiance en Dieu. Ces insanités jetaient le trouble dans les monastères. Saint Augustin leur opposa son remar­ quable traité De opere monachorum, P. L., t. xl, col. 547582, où son bon sens a facilement raison des sophismes dont ces faux mystiques enveloppaient leurs théories. Il y met dans toute sa lumière la loi du travail pour gagner sa vie qui pèse sur le moine. Voir col. 2304, 2305. Le monachal de l’évêque d'Hippone a été l’objet de longues et fastidieuses contestations entre les ermites de Saint-Augustin et les chanoines réguliers. Les premiers se prononçaient pour l’affirmative ; les seconds soute­ naient l'opinion contraire. Ceux-ci voulaient faire du saint docteur un chanoine régulier, en attendant que certains clercs du xvn· siècle le transformassent en supérieur de séminaire ou d’oratoire. Les nombreux ouvrages, écrits au cours de cette polémique (on en peut trouver la liste dans Hëlyot, Hist, des ordres monas­ tiques, 1792, t. I, prêt., p. xi.v, et dans Ulysse Chevalier, Répertoi re des sources h istoriques du moyen âge, Topobibliographie, Paris, 1877. art. dur/icstins.coL 257,et Û7ianoines, col. 650), pourront lournir à l'histoire littéraire des pages fort curieuses, mais ils ne sont d'aucune uti­ lité pour éclaircir ce point d'histoire. On s’évertuait de part et d’autre à transporter en plein iv· siècle des ins­ titutions qui ne franchissent pas les limites du moyen âge. Tillemont, Mém. pour servir à l’hist. ecclés. des six premiers siècles de l’Église, 1702, t. xm ; llclyot, Hist, des ordres reli­ gieux, 1792, t. π, p. 1-15; t. m, p.1-7; Bulteau, Hist, de l'ordre de saint Benoit, t. i, Inlrod. ; Acta sanctorum, 1868, aug., t. vi, p. 245-256; dom Besse, Le monachisme africain, 1900. II. Chanoines réguliers, montrés. Prémontrés. Voir Pré­ 2474 III. Ermites de Saint-Augustin. — 1» Constitutio, développement de l’ordre. — Plusieurs congrégations érémitiquesavaient embrassé, dans le cours des x: ■ xm·siècles, la règle de saint Augustin. Voir An v. ·· ■ ·. col. 1137. La diversité de leurs observances engendra.: de la confusion. Pour y remédier, le pape Alexandre IV entreprit de les réunir dans un seul ordre 1251 . prit le nom d’Ermites de Saint-Augustin. Le ar : : . Richard de Saint-Ange convoqua tous les supérieurs ces congrégations à Rome, où ils tinrent, sous -1 pr· - dence, un chapitre général (1256). Ils élurent un supé­ rieur général et distribuèrent leurs couvents en quatre provinces. Le pape les exempta l’année suivant·· de ia juridiction épiscopale. Rome leur a donné de nombreux privilèges. Pie V les mit au nombre des ordres men­ diants à la suite des carmes (1567). Alexandre VI les confirma dans la possession de la charge de sacristains de la chapelle pontificale (1497) qu’ils avaient depuis la fin du xm· siècle. La règle de saint Augustin, où sont posés les prin­ cipes fondamentaux de la vie religieuse, ne permettait guère d’organiser les couvents et encoie moins l'ordre. Il fallut la compléter par des constitutions, qui furent approuvées par les chapitres généraux de Florence (1287) et de Ratisbonne (1290). Cet ordre prit en Europe une grande extension. II compta, à l’apogée de son développement, environ 30000 religieux, répandus dans 2000 couvents, group 's en 42 provinces. Le xiv» siècle, qui fut le témoin de tant de décadences, vit le relâchement de la discipline s'introduire dans ce vaste corps. Sur plusieurs points . t à diverses époques surgirent des hommes de Dieu qui voulurent y porter remède en établissant des réformes. Elles ne se firent pas sous la même impulsion. De là des divergences importantes. Les maisons qui acceptèrent les statuts de chacune de ces réformes se groupèrent en congrégations, ayant à leur tête un vicaire général qui les gouvernait sous l’autorité du supérieur général. L’ensemble de ces congrégations porta le nom commun d'observance régulière. Voici la liste des plus connues : celle d'Illiceto, fondée par le P. Ptolémée de Venise, supérieur général (élu en 1385), dans le voisinage de Sienne, compta 12 couvents; celle de Carbonnière, dans le royaume de Naples (vers 1460), avec II couvents; celle de Pérouse, fondée par le général Augustin de Rome (1419), eut 11 maisons; celle de Lombardie, de beaucoup la plus nombreuse (1430), eut 56 couvents, le plus connu était celui de Notre-Dame de Brou.^li ■·· :ivents, de la Pouille (1492) avec 11, de Calabn- 15 7 avec 40, de Dahnatie (1510) avec 11, de Colonto · n Calabre (1530) avec 11, de Centorbi ou des R.iortn· - le Sicile (1590) avec 17. La congrégation sicilienne ■.··! Bosco, qui ne compte que 3 maisons, a été fondée en 1818 par Salvator Cacumus, confesseur du roi i'-r-lipand IV et évêque de Larisse. 2° Ré[ormes. — La rétorme fut introduite en Espagne par le P. Jean d'Alarcon, qui fonda un couvent à .,· t effet dans la Vieille-Castille (1-430). Elle lut adopt- · . n 1505, par tous les couvents du royaume de Castille, qui furent distribués en quatre provinces : Tolede, Sala­ manque, Burgos et Séville. A la demande du roi de Portugal, Jean III, Louis de Montoya (γ 1532. entreprit la réforme des couvents de ce pays. Un de ses disciples. Thomas de Jésus (-j-1578), compléta son œuvre en intro­ duisant une observance plus austère que celle pratiquée jusque-là dans son ordre. Ceux qui l’embrassaient allaient pieds nus, ce qui leur fit donner le nom à'aug . tins déchaussés. On leur a encore donné i■-.•lui de r- .lets. Cette réforme fut introduite en Espagne i 1588 v.-.-c l'autorisation de Philippe II. dans le couvent de T - a- 2475 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) vera. Le P. Louis de Léon écrivit les constitutions que ses membres devaient suivre (1589); elles furent confir­ mées par Clément VIII (1598). Cette congrégation prit, à partir de 1601, un rapide développement en Espagne, dans les Indes occidentales ét aux Philippines; elle pénétra jusqu'au .lapon ( 1603). Introduite à Naples, en 1592, elle se répandit tellement en Italie qu’Urbain VIII put distribuer ses couvents en quatre provinces. Elle passa en Allemagne (1626). D’Italie, cette réforme fut portée en France par les pères François Amet et Mathieu de Sainte-Françoise, ancien prieur du couvent de Verdun (1596). Les maisons qui l’embrassèrent, furent distribuées en trois provinces. L'observance des augustins déchaussés espagnols était plus rigoureuse que celle de leurs frères de France et d’Italie. En 1493, Simon Lindmer et André Proies réunirent les principaux couvents de l’Allemagne et douze cou­ vents bavarois dans une congrégation réformée, qui prit le nom de congrégation de Saxe. Le chapitre général de Nuremberg rédigea ses constitutions; Jules II l’exempta de la juridiction du supérieur général (1503). Les pères Étienne Rabache et Roger Girard rame­ nèrent le couvent de Bourges à la pratique littérale des premières constitutions de l'ordre (1593). Une vingtaine île couvents suivirent cet exemple. Ils formèrent la pro­ vince réformée de Saint-Guillaume de Bourges. On les connaissait sous le nom plus populaire de petits-augustius. 3" Etat actuel. — La Révolution française et la sécu­ larisation, qui en a été la suite, ont supprimé les cou­ vents de cet ordre en France, dans une grande partie de l’Allemagne et de l'Italie. Ceux d’Espagne ont eu le même sort à l’époque de l’exclaustration (1835). Il en fut de même au Portugal. Ceux du Mexique (1860), de la Pologne 1864) et du Hanovre (1875) ont également dis­ paru. L’ordre a pu se rétablir en Espagne où ses belles missions des Philippines ont été pour lui la cause d'une grande prospérité. Sa situation est bien compromise depuis que l’Espagne a perdu cette colonie. Les augustins existent encore en Italie, à Malte, en Angleterre, en Irlande, en Belgique, en Hollande, dans l’Allemagne du nord et du sud, en Amérique. Ils ont 100 maisons distribuées en 27 provinces. La congrégation fondée en France par le P. d’Alzon, sous le nom d’augustins de l’Assomption, et qui avait sa maison mère à Paris, 8, rue François-l", se rattache à l’ordre des ermites de Saint-Augustin. ■i" Sainis. Activité apostolique et intellectuelle. Per­ sonnages célèbres. — Cetle famille religieuse a fourni à l’Eglise un certain nombre de saints, entre autres saint Nicolas de Florentino (1306), saint Jean de SaintFacundo (1479), et saint Thomas de Villeneuve (1555), et de martyrs. Maigret a publié le Marlyrologium augustiuianum. Anvers, 1525. De nombreux évéques sont sortis de son sein. Pius Keller a donné la liste de ceux qui sont originaires d’Allemagne, Index episcoporum ord. erem. S. Aug. Germanorum, 1876. Depuis le xvt' siècle, les augustins ont déployé une grande activité apostolique. Les augustins déchaussés ont évangélisé les Philipines, le Japon, les Indes Occi­ dentales et Orientales; les ermites de Saint-Augustin, le Mexique et le Vénézuéla; ils ont rivalisé de zèle avec les jésuites et les franciscains en Chine et en Australie. De nos jours, ils ont des missions aux Philippines, au Mexique, au Pérou, au Japon, en Chine, dans l'Hindoustan et en Australie. Le collège romain des augustins irlandais envoie des apôtres en Irlande, en Angleterre et en Australie. Les missions desaugustins de FAssomption en Bulgarie, à Constantinople et à Jérusalem sont prospères. L’activité intellectuelle des augustins s’est exercée dans les diverses branches des sciences divines et hu­ maines. Pendant que les uns donnaient un enseigne­ 2476 ment oral dans des universités ou dans les écoles de l’ordre, d’autres servaient l’Église par leurs écrits. Ils ont eu en théologie une école dite de Saint-Augustin, dont les membres étaient connus sou,s le nom dejurantes in verba S. Augustini. Ses principaux représentants sont, après son fondateur, le général Gilles Colonna, qui avait été disciple de saint Thomas d’Aquin, Thomas de Strasbourg (j- 1357). Grégoire de Rimini (j- 1358), Augustin Gibbon (j- 1676). Noris (1704) et Berti (1766), Italiens pour la plupart. Voir Augustinianisme. Voici les noms de quelques-uns des augustins les plus célèbres : en Italie, Jacques de Viterbe (7 1308), surnommé doctor speculativus; Gilles Colonna (7 1316), doctor fundatissimus ; Albert de Padoue (1323 ou 1328); Alexandre de Saint-Elpideo (j- 1325), évêque d’Amalli, qui appuya fortement Jean XXII dans sa lutte contre Louis de Bavière; Grégoire de Rimini (1358); Barthé­ lemy d’Urbino (j-1350), qui défendit l’autorité pontifi­ cale contre les témérités de Marsile de Padoue et de Guillaume Occam ; le cardinal Alexandre Oliva (7 1463), légat du pape au concile de Constance; le cardinal Seripando (j· 1563), qui remplit les mêmes fonctions au concile de Trente; Louis Alberti (ψ 1628), célèbre pro­ fesseur de l’université de Padoue; Panvini (j-1568), très versé dans la connaissance de l’histoire de son ordre et l’un des premiers qui aient attaqué les centuriateurs de Magdebourg; Lancillot (f 1643), écrivain ascétique distingué; Lupus (f 1681), dont les travaux sur l’histoire des conciles font autorité; le cardinal Noris (j- 1704), rangé parmi les meilleurs érudits de son époque; Cava­ lier! de Bergami (f 1757), liturgiste distingué; Berti (-j- 1766), professeur à l’université de Pise et auteur d’une excellente théologie dogmatique. En Espagne et Portugal : Gaspar Casai (ψ 1587) et François du Christ (7 1587), professeurs l’un et l'autre à l’université de Coïmbre, le premier se fit remarquer au concile de Trente; Gonzalès de Mendoza (-j- 1591), professeur à l’université de Salamanque, ainsi que Pierre d’Aragon (■{· 1595) et Jean Marquez (j- 1621); saint Tho­ mas de Villeneuve, orateur, écrivain ascétique et bon exégète; Thomas de Jésus (γ 1588) et Louis de Léon (7 1591), écrivains mystiques des plus estimés; Florez (j-1773), dont la Spaùa sagrada fait autorité parmi les érudits. En France : Augustin Trionfo (7 1328). célèbre pro­ fesseur de l’université de Paris, et Aymeric Augier, de Bourges (xiv· siècle); Simon Baringue (j-1373); Lubin (t 1695) et de Commanville qui rendirent ensemble de grands services à la géographie ecclésiastique. En Allemagne : Henri de Weimar (vers 1340) ; Tho­ mas de Strasbourg (f 1357), qui a commenté le Maître des Sentences; Jean Klenkoch (φ 1374), qui a laissé aussi des commentaires de Pierre Lombard, de saint Matthieu et des Actes des Apôtres ; Jean Zaccharia (-j-1374), professeur éminent de l’université d'Erfurt, qui com­ battit avec grand succès, au concile de Constance, les erreurs de Jean Huss; Jordan de Quedlinbourg (vers 1380), Jean de Dorsten (7 1481) et Barthélemy Arnoldi (j-1532), professeurs eux aussi à l’université d’Erfurt; Gélase Hieber (-j-1731), dont les prédications firent à Munich de nombreuses conversions parmi les protes­ tants; Abraham de Sainte-Claire (j- 1709), dont l’élo­ quence édifia profondément la cour impériale de Vienne; Klüpfel (7 1811), professeur estimé de l’université de Fribourg. Un augustin allemand fit à son ordre une triste réputation, pendant la première moitié du xvt' siècle; ce fut l’hérésiarque Martin Luther. Son exemple provoqua parmi ses confrères de nombreuses apostasies, entra autres celles de Wolfang Cappelmair (-j- 1531), prieur de Munich, de Conrad Treyer (T 1542), qui avait rempli les fonctions de provincial, d’André Siegfried (7 1562·. prieur de Wurzbourg, qui se firent tous les propaga­ teurs de la nouvelle hérésie. 2477 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) 2478 A la fin du xix’ siècle, l'ordre des augustins continue la Conception établit en Espagne une réforme plus aus­ ses traditions littéraires et scientifiques. On peut citer tère que l’observance primitive (1594). celle d· - Trini­ lesnomsde l’orientaliste cardinal AugustinCiasca(-}-1902), taires déchaussés, qui s’étendit hors de la péninsule et qui a publié : Sacrorum Bibitorum fragmenta copto- i compta quatre provinces. L’ordre de la Trinit·· n’a jamais pu réparer les pertes que lui ont fait subir la Révolu­ sahidica musei Borgiani, Rome, 1885,1889, et une ver­ sion arabe du Diatessaron de Tatien, 1888; le P. Fer­ tion française et les persécutions qu’elle provoqu · c nandez, auteur d’un cours de théologie; Msr Camara, Europe. 11 lui reste encore quelques maisons peu nuo.évêque de Salamanque, l’un des orateurs les plus goû­ breuses en Italie, en Espagne et dans l'Amériquedu S>;-1. tés de l’Espagne, le P. Lopez, le P. Guillaume RugaSon général s'est offert au souverain pontife pour -·. mer, qui a publié une monographie de Léonce de By­ vouer avec ses frères à l'œuvre anti-esclavagiste I"'.·; . Les services rendus à l’humanité par les trinitaires |,.Iir zance, les PP. Tardy, Giorgi, Keller, etc. En Espagne, les augustins, chargés de la direction du collège royal ont valu les éloges les plus mérités, même de la part de de l’Escorial, exercent une réelle influence sur le dé­ Voltaire. En 1200, c’est-à-dire deux années après leur veloppement des études; ils publient une revue men­ fondation, ils avaient délivré 186 captifs. Le nombre des suelle La Ciudad de Dios. Quelques-uns de leurs con­ esclaves rendus par eux à la liberté s’élève à 900000. frères, qui évangélisent les Philippines, ont beaucoup Emelin, Die Litteratur zur Geschichte der Orden SS. Tri­ contribué aux progrès de l’histoire naturelle dans ces nitatis und B. Mariæ de mercede redemptionis captivorum, îles. Les augustins de l’Assomption en France s’occu­ Karlsruhe, 1890 ; Bonaventura Bare, Annales ord. SS. Trini­ tatis, Rome, 1684; Antonio dell'Assumptione, Arhor chronolopaient plus particuliérement de la bonne presse; ils pu­ gica ordinis excalceatorum SS. Trim, Rome. 1894. bliaient le journal La croix; ils continuent à publier le Pèlerin, le Cosmos, les Échos d’Orient, les Questions II. ORDRE DE NOTRE-DAME DE LA MERCI OU DES actuelles, le Mois pittoresque et littéraire, avec l’aide MEltcÉDAlRES. — Cet ordre poursuivait le même but de nombreux collaborateurs. Réfugiés à Louvain, ils ont que celui de la Sainte-Trinité. 11 eut pour fondateur fondé, en 1902. la Revue augustinienne. Les PP. Bouvy saint Pierre Nolasque (1223); Grégoire IX le confirma et Gernjer Durand s’occupent de l’histoire des Eglises en 1235. Saint Raymond de Pennafort rédigea ses cons­ orientales; le P. Drochon dirigeait une publication de titutions. Les membres de cet ordre faisaient le vœu monographies contemporaines qui est continuée depuis de se donner eux-mêmes en captivité pour délivrer un sa mort. Plusieurs religieux des maisons de Constanti­ esclave, dont le salut était en péril. A l’œuvre du rachat nople sont nos collaborateurs. Le pèlerinage national des esclaves, ils ont ajouté le service spirituel des galères annuel de Lourdes et le pèlerinage de pénitence à Jé­ et l’évangélisation des païens, spécialement dans l’Amé­ rusalem sont dus â l’initiative de ces religieux. rique du Sud. Au début, cet ordre, qui était surtout mi­ Les augustins ont, à l’imitation des franciscains, litaire, se recrutait principalement dans la noblesse; il établi un tiers-ordre, que Boniface IX a approuvé pour se composait de chevaliers, de prêtres et de frères. Les les femmes (1400) et Paul II pour les hommes (1470). sept premiers généraux furent chevaliers. Lorsque Jean XXII (1317) voulut que cette charge fût remplie Panvinius, Chronica S. Augustini ordinis per seriem di­ gesta, Home, 1510; Pamphilius, Chronica ordinis fratrum , par un prêtre, les chevaliers quittèrent l’ordre pour eremitarum S. Augustini, Rome, 1681; Curtius, Elogia viro- | s'unir aux chevaliers de Montesa. Les religieux de la rum illustrium ex ordine eremitarum S. Augustini, Anvers. Merci se sont répandus en Espagne (3 provinces) et en 1658; Gandolfus, Dissertatio historica de ducentis augustinia- 1 France (1 province). Christophe Colomb les emmena en nis scriptoribus, Rome, 1740 ; Hélyot, Hist, des ordres religieux, Amérique, où ils se développèrent beaucoup plus qu’en 1722, t. m, p. 7-50; Th. Kolde, Die deutsche Augustinen Kongregation und J. v. Staupitz, Gotha, 1879; Heimbucher, Die ] Europe. Ils y forment, en ce moment, 4 provinces avec Orden und Kongregationen..., 1896, 1.1, p. 443-463. plus de 400 religieux. Le P. Jean du Saint-Sacrement établit la réforme des mercédaires déchaussés, confir­ IV. Congrégations d’hommes. — Depuis la fin du mée par Clément VIII (1603), qui eut une province en Xin* siècle, un grand nombre de familles religieuses, Espagne et une en Sicile. L’ordre de la Merci avait des ayant à choisir entre les quatre grandes règles approu­ tertiaires. Il a fourni à l’Église quelques cardinaux : vées par Rome, ont adopté celle de saint Augustin. Plu­ saint Raymond Nonnat (f 1240) est le plus connu; plu sieurs ordres militaires l'avaient déjà prise pour base sieurs évêques, parmi lesquels saint Pierre Paschal, de leur législation. Les chevaliers de Saint-Jean, de évêque de Jaen (71300), mérite d’être cité, et un certain Jérusalem ou de Malte, d’Aubrac, les chevaliers de l’ordre nombre d’écrivains : François Salazar, Bernard de Vergas Tcutonique, et après eux, ceux de la Foi de Jésus-Christ, Mérino, Salmeron, etc. Quelques-uns de ses membres de la Croix de Jésus-Ch rist, de Notre-Dame de la Victoire. ont été martyrisés par les musulmans; 315 on: p-r: Voir Militaires (Ordres). Il en est de même des Frères pendant les guerres de religion. prêcheurs ou dominicains. Voir Frères prêcheurs. Bern, de Vargas, Chronica sacri et militaris ord. B M. de z. trinitahies. — Cet ordre fut fondé par saint Jean mercede. Païenne, 1619; Gari y Siumell, Bibliotheca mercede Mallia et saint Félix de Valois à Cerfroi dans le daria, Barcelone, 1875. diocèse de Meaux (1198) sous le nom d’ordre de la Tri­ nité ou de la Rédemption des captifs. Innocent III ni. servîtes. — L’ordre des servîtes fut fondé, en lui donna son approbation. L» but principal de ses 1233. sur le mont Senario près de Florence par les membres était de se consacrer au rachat des chrétiens saints Bonliglio Monaldi, Bouagiunta Munetti. Amideo que les Maures avaient réduits en esclavage. Ils ont Amidei, Munetto dell’ Antella, Uguccione. Sostegni et ajouté à la règle de saint Augustin des constitutions Alexis Falconieri. canonisés par Léon XIII (1888). très sévères, qu’il a fallu mitiger dans la suite (1267). Alexandre IV l’a confirmé (1255). Le cinquième général, Cet ordre eut une rapide extension. La maison de | saint Philippe Beniti (j-1285). lui donna des constitutions; Paris, placée sous le vocable de saint Malhurin, valut ce fut sous son gouvernement que l'ordre se développa à ses membres le surnom de Malhurins. Ils eurent Il comptait 10000 religieux en 1310. Martin V leur a bientôt des couvents nombreux en France, à Rome, en ! donné les privilèges des ordres mendiants. Antoine de Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, en Es- | Sienne établit la réforme des servîtes de l'observance pagne, où ils devinrent florissants et d’où ils passèrent (1411) et Bernardin de Ricciolini celle des ermites du même ordre (1543). Les servîtes ont eu parmi eux un en Amérique. Les Trinitaires ont eu jusqu'à 250 couvents distribués en 17 provinces. Julien de Nantonville et certain nombre d'écrivains : Sarpi (f1623i. l'historien < Claude Aleph entreprirent en France une réforme de connu du concile de Trente: le mathématicien Ferrari cet ordre à la fin du xvi« siècle. Le P. Jean-Baptiste de (7 1626), qui enseigna longtemps à l'université de Padoœ; 2479 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) les deux frères Maracci (·]-Ί675 et 1700); un autre Maracci (-j-1732), orientaliste distingué; Canali, auteur d'un traité Des sacrements, Venise, 1734; le numismate Tonini (-j-1884). Les servîtes ont aujourd’hui trente cou­ vents en Italie, en Allemagne et en Hongrie. Ils envoient des missionnaires en Arabie. Les ermites de l’ordre de Saint-Paul. Voir Anacho­ rètes, col. 1137. Arch. Gianii, A nnales sacri ord. servorum B. Μ. V., Lucques. 1719-1723 ; Hist, de l’ordre des serviles de Marie et des bienh. fondateurs. 2 vol., Paris, 1836; Maria Merkel, Speculum virtu­ tis et scientist sive viri illustres ordinis servorum, Nurem­ berg, 1748. IV. religieux HOSPITALIERS. — Les innombrables hôpitaux et maisons-Dieu, fondés en Europe dans le cours du moyen âge, étaient desservis par des religieux hospitaliers, qui, pour la plupart, se rattachaient à la règle de saint Augustin. Quelques-unes de ces familles religieuses étaient réunies en congrégations ; les autres étaient isolées. Léon le Grand, Les maisons-Dieu, dans la Bevue des questions hist., 1896, t. LX, p. 95-134; 1898, t. t.xm, p. 99-147. Les hospitaliers de l’ordre du SaintEsprit desservaient l'hôpital fondé par Guy de Montpellier dans cette ville, à la fin du xn· siècle; Innocent III leur donna l’hôpital romain du Saint-Esprit (1204); ils en acquirent plusieurs autres; il y avait parmi eux des prê­ tres et des laïcs. — Les religieux, qui desservaient l’hôpi­ tal siennois de N.-D. della Scala, tonde par le 13. Soror (f898), virent leurs règlements approuvés par Célestin III (1194); on les appela dans plusieurs hôpitaux d’Italie. — Les dlexiens ou celUtes, fondés en Flandre, vers le mi­ lieu du xiv· siècle, pendant la peste noire, soignaient les malades dans les hôpitaux et à domicile ; ils furent assez, nombreux pour former quatre provinces; il leur reste encore quelques maisons. — Les frères de la charité, fondés par saint Jean de Dieu à Grenade (1510), confirmés par Pie V (1572) et par Paul V (1617) et admis par Urbain VIII (1624) à participer aux privilèges des ordres mendiants, se répandirent en Espagne, en Italie, en France et en Allemagne. — Les frères de la charité de Saint-Hippolyte, fondés auprès de Mexico par Bernar­ din Aloares, vers 1585, s'unirent à eux. Cette famille religieuse possède aujourd’hui 120 maisons, distri­ buées en 11 provinces, soumises ' à l’autorité d’un supérieur général, qui réside à Rome. — Pierre de Bethencourt (-j-1667) établit à Guatemala (Amérique cen­ trale) un hospice et une congrégation voués aux soins des infirmes et à l'instruction des enfants du peuple. Ses membres portent le nom de Bethléhémites. Clément X les a approuvés (1672), et Innocent XI leur a donné la règle de saint Augustin. Ils avaient des maisons au Mexique, au Pérou et dans les îles Canaries. — Les clercs réguliers pour le service des infirmes, fondés par saint Camille de Lellis en 1584, suivent la règle de saint Augustin. v. autres congrégations. — Voici lés noms de quelques autres congrégations d’hommes soumises à la même règle. Les frères pontifes, fondés au XII· siècle dans le midi de la France, par saint ÿénézet, avaient des hôpitaux près des endroits où les voyageurs traversaient les fleuves. Ils organisaient des bacs; ils construisaient des ponts. On leur doit ceux d'Avignon et du SaintEsprit sur le Rhône, et de Bompas sur la Durance. Cette congrégation disparut au xiv' siècle. — Les religieux de la Pénitence de Jésus-Christ ou sachets, appelés en­ core bonshommes (xih· siècle). — L’ordre de l’Artige, fondé dans le diocèse de Limoges au xn· siècle, et qui disparut au commencement du xv·. — Les hiéronymites, qui comprenaient quatre congrégations distinctes : 1° Les ermites espagnols de Saint-Jérôme, fondés en 1367. par Pierre Fernand Pocha de Guadalajara (f 1402), qui s’occupèrent beaucoup d’études et d'apostolat et furent employés avec succès parXiménès à l’évangélisation des 2480 Indiens. Ils ont joué en Espagne un rôle important. Charles-Quint, qui mourut dans un couvent de leur ordre à Saint-Just (1558) et Philippe II, qui leur fit bâtir l’Escurial, furent pour eux des protecteurs puissants. Cette congrégation a complètement disparu en 1835. 2» Les hiéronymites de la congrégation du bienheu­ reux Pierre de Pise, fondés en 1372, eurent 2 pro­ vinces et 46 couvents en Italie. Il y eut parmi eux des hommes de doctrine et de vertu. 3” Les hiéro­ nymites de l’observance ou de Lombardie. Ce fut d'abord une réforme espagnole de l’ordre introduite par Lopez de Olmédo en 1424. Les sept couvents, qu’ils avaient en Espagne, se réunirent aux anciens hiérony­ mites en 1595. Ils eurent en Italie dix-sept maisons, qui formèrent une congrégation indépendante. 4° Les hiéro­ nymites de la congrégation de Fiésole, fondés par Charles de Montgranelli (-j-1417), comptèrent jusqu'à 40 couvents. Le nombre des religieux ayant con­ sidérablement diminué, Clément IX supprima leur con­ grégation et les soumit à celle du B. Pierre de Pise. — Les jésuates ou clercs apostoliques de Saint-Jérôme eurent pour fondateur le B. Jean Colombini (1360). Ils menaient une vie très pénitente, soignaient les malades, spécialement les pestiférés, et ensevelissaient les morts. Leur congrégation, assez répandue en Italie, fonda un couvent à Toulouse (1425). Comme elle était en pleine décadence, Clément IX la supprima (1668). — Les frères de Saint-Ambroise réunis en congrégation près de Milan sous Eugène IV (1441) disparurent dans le courant du xvn· siècle. — Les frères des apôtres furent soumis à la règle de saint Augustin par Innocent VIII en 1484; ils s'unirent aux barnabites en 1589. — En Allemagne pendant le xiv· siècle, un grand nombre de pieux laïcs embrassèrent, sous la règle augustinienne, la vie commune et prirent le nom de pauvres volontaires. Leurs diverses maisons se réunirent en une congréga­ tion, qui disparut à l'époque de la Réforme. — Les piaristes, fondés par saint Joseph Calasanz (1597) pour in­ struire les enfants pauvres (Clerici regulares pauperes matris Dei scholarum piarum), se répandirent surtout en Espagne, en Italie et en Autriche où ils s'occupèrent aussi d’enseignement supérieur. Ils ont eu quelques bons théologiens et des professeurs émérites. Cette con­ grégation se compose aujourd’hui de 4 provinces : Espagne-Italie, Hongrie, Bohême et Autriche; c’est dans cette dernière contrée qu'elle a le plus grand nombre de religieux et qu’elle exerce le plus d'influence. V. Congrégations de femmes. — 1° Congrégations de femmes répondant aux congrégations d’hommes indiquées plus haut. — La plupart des congrégations d'hommes énumérées plus haut avaient ou ont encore des religieuses dans leur sein. Les sœurs ermites de Saint-Augustin n’étaient pas soumises à l'autorité du général de l’ordre ; leurs couvents étaient placés sous la juridiction de l’ordinaire. Voici le nom de quelquesuns des plus connus : Liège, où vécut sainte Julienne (-j-1258) ; Montefalco, en Italie, où se sanctifia sainte Claire de la Croix (γ 1308); Venise, qui remonte à la fin du xn· siècle; Dordrecht, en Hollande, fondé en 1326; Tour­ nai, fondé par Pierre de Champeau (4424); Saint-André de Cambrai (1249), Naples, Rome. Quelques-unes de ces religieuses soignaient les malades dans les hôpitaux. Catherine Emmerich (f 1824) appartenait au couvent de Dulmen. — Les auguslines déchaussées et les récollettes en Espagne (xvn· siècle). — Les trinitaires dé­ chaussées, fondées par Françoise de Romero (1612). — Antoine Velasco fonda à Séville les religieuses de la merci, qui furent approuvées par saint Pie V (1568). — Les sœurs servîtes, qui remontent à saint Philippe Beniti, se sont surtout répandues en Italie, en Flandre et en Allemagne; il ne faut pas les confondre avec les sœurs du T. O. des servîtes ou mantellates, fondées par sainte Julienne Falconieri (-j-1341) et organisées par 2481 AUGUSTIN (REGLE DE SAINT) le même saint Philippe. Elles ont en Autriche 18 cou­ vents et plus de 300 religieuses. — Les alexiennes ou cellitines, répandues en Belgique et en Allemagne, soi­ gnent les malades dans les hôpitaux et à domicile. — Les hiéronim i tines lurent établies à Tolède par Marie Garcias (7 1426). — Les sœurs jésuates, fondées par Catherine Colombini de Sienne (f 1387), subsistaient en Italie à l’état de congrégation en 1872. Citons encore les sœurs hospitalières du Saint-Esprit, les petites sœurs et les ablates de l'Assomption. Les sœurs de la Compas­ sion, dont la maison-mère est à Saint-Firmin (Meurtheet-Moselle), suivent la règle des servîtes. 2° Religieuses hospitalières. — Les religieuses hospi­ talières, soumises à la règle de saint Augustin, et atta­ chées au service des hôpitaux furent très nombreuses pendant tout le moyen âge dans l’Europe occidentale. Les frères hospitaliers disparurent assez vite, tandis qu’elles se sont conservées beaucoup plus longtemps. Les religieuses de VHôtel-Dieu de Paris, qui remontent aux premières années du xm» siècle, sont les plus con­ nues. — Étienne Haudry, secrétaire de saint Louis, fonda les sœurs haudryeltes ou filles de l’assomption de N. D. — Il s'est établi dans le courant du xvit· et du xvin· siècle des congrégations de femmes, vouées au soin des malades, qui se rattachent à la règle de saint Augustin : les sœurs de la chanté chrétienne, fondées, à Paris, par Françoise de Sainte-Croix (1624) ; les hos­ pitalières de Saint-.Toseph, de la charité chrétienne de Grenoble (1679), de Besançon (1685), de Pontarlier (1687), d'Ernemont (1729), de Loches, fondées par Susanne Dubois (1621); les filles du Verbe incarné, fondées à Lyon (1625) par Jeanne Chezard de Matel ; les hospita­ lières de la miséricorde de Jésus, fondées à Dieppe (1630) et rétablies au commencement du xix” siècle. Les hospita­ lières de Saint-Joseph de La Flèche, fondées en 1642 par Marie de La Fare, transplantées à Montréal (1659), ont 8 maisons dans l’Amérique du Nord. Les dames de Saint-Thomas de Villeneuve, fondées par le P. Le Proust (augustin) et Louis Chaboisseau à Lamballe (Côtes-du-Nord) en 1660, sont encore répandues en France. Les sœurs de Saint-Paul furent fondées par M·1· du Parc de Lezerdot (1699). Les sœurs maristes furent fondées à Lyon (1823). Les sœurs de l'union des Sacrés-Cœurs furent fondées en 1828 par le P. Delira­ bant. Les sœurs du Pauvre Enfant Jésus furent fonfondées à Aix-la-Chapelle (1843). Les servantes du T. S. Cœur de Jésus, fondées à Paris, par un prêtre lorrain (1866), sont répandues en France, en Autriche et en Angleterre. Les sœurs de Saint-Jean de Dieu ont été fondées en Irlande par l’évêque Furlong (1871), die. Plusieurs de ces congrégations s’occupent encore de l'éducation des jeunes tilles. 3° Brigittaines. — D’autres congrégations à but très varié ont adopté la même règle. Les brigittaines, fon­ dées par sainte Brigitte de Suède (f 1373). Chacune de leurs maisons se composait de 60 religieuses, gouvernées par une abbesse, qui avait sous ses ordres dans un mo­ nastère séparé de celui des femmes 13 prêtres, 4 diacres et 8 frères lais. Leurs constitutions furent approuvées par Urbain V (1370) et Urbain VI (1375). Cette famille religieuse, connue encore sous le nom d’ordre du Sau­ veur, n'avait que des monastères doubles. Elle se répan­ dit en Suède, en Norvège, en Flandre, en Prusse, en Pologne et en Russie. Elle compta 10 couvents en Alle­ magne, 1 en Angleterre; il y en eut quelques-uns en France et en Italie. Au moment de toute sa splendeur, cet ordre compta 79 maisons; celui de Wadsten. fondé par sainte Brigitte, resta le plus célèbre. Le protestan­ tisme l'anéantit presque complètement. 11 y avait encore | un monastère double à Altmunster (Bavière), qui dis- 1 parut en 1803. Il subsiste 12 maisons de brigittaines. 4° Ursulines. — Les ursulines furent fondées à Bres- I cia (1535) par sainte Angèle de Mérici (j· 1540) dans le but 2482 ] de donner aux jeunes tilles une éducation chrétienne. I Borne les approuva en 1544. Cette famille religieuse, qui observe la clôture, se développa rapidement en Italie j grâce à la protection de saint Charles Borromée. Λ I i mort du saint archevêque, elle comptait dans le seul diocèse de Milan 18 maisons et 600 religieuses. Le pre­ mier couvent d’ursulines françaises fut établi, en 1591, dans le Comtat Venaissin, d’où elles se répandirent dans tout le royaume. Elles y formèrent plusieurs congréga­ tions dont quelques-unes devinrent tort important·-; celle de Paris eut 80 maisons; celle de Lyon. 100; celle de Bordeaux, 89; celle de Toulouse en avait 26 en 1677. Il y eut encore celles de Dijon, de Tulle, d’Arles. La congrégation des ursulines de Jésus, dite de Chavagne, a été fondée dans le diocèse du Luçon en 1805. Celle de Troyes est encore une fondation du xix· siècle. Les ur­ sulines eurent de bonne heure des couvents en Alle­ magne. Elles pénétrèrent aux États-Unis en 1727. A l'épo­ que de leur plus grande prospérité, leur nombre s'éle­ vait à plus de 15 000; elles formaient 20 congrégations, composées de 330 maisons. Très répandue de nos jours, surtout en France (110 couvents), cette famille religieuse, si l'on tient compte des tertiaires italiennes et suisses de Sainte-Ursule, possède 240 couvents ou pensionnats, ou vivent 4500 sœurs. Postel, Hist, de sainte Angèle de Mérici et de tout t'ordre des ursulines, 2 vol., Paris, 1878. 5° Angéliques, annonciades, visitandines. — Les angéliques ou guastallines, qui existent encore de nos jours, furent établies en 1536 par Louise Torelli (ÿ 1559 . comtesse de Guastallo, près Parme, pour s’occuper de l’éducation des jeunes filles. Les annonciades françaises, qui eurent pour fondatrice (1500) sainte Jeanre de Va­ lois (-j· 1505), se répandirent en France et dans les PaysBas, ou elles possédèrent 40 couvents. Elles n'ont plus que 2 maisons â Malines et à Bruges; les autres ont dis­ paru pendant la Révolution française. Elles élèvent des jeunes filles pauvres. La B. Marie Victoire Fornari (-j- 1617) a fondé à Gênes une congrégation du même nom, qui a compté 50 couvents en Italie,*en France et en Danemark. Il lui en reste deux en France et un petit nombre en Italie. Les visitandines, fondées en 1610 à Annecy par saint François de Sales et sainte’JeanneFrançoise de Chantal, adoptèrent la règle de saint Au­ gustin en 1618. La plupart de leurs maisons élèvent des jeunes filles. A la mort de leur fondatrice, elles avaient 87 couvents répandus en France et en Savoie. Leur nombre était de 200 avant la Révolution française. Il est aujourd’hui de 120. C’esl en France qu’elles sont le plus nombreuses. Bien que soumises à une règle commune, leurs maisons ne forment pas une congrégation ui.i·.. La B. Marguerite-Marie Alacoque (-j-4690) qui reçut à Paray-le-Monial les révélations du Sacré-Cœur; et :-s mères Anne-Magdeleine Rémusat et Marie de Sales Chappuis, dans ce siècle, sont les visitandines les plus connues. 6° Congrégations vouées ά l'éducation des jeunes filles. — Plusieurs autres congrégations, vouées â I édu­ cation des jeunes filles, ont adopté la règle de saint Augustin. Les sœurs de la Présentation, fondées dans le diocèse de Senlis (1627) par Catherine Dreux et Marie de la Croix, répandues en France et dans les Pays-Bas, qui ont disparu pendant la Révolution. Les sœurs de -V. D. de la miséricorde, fondées à Aix-en-Provence (1633 . pour l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse par l’oratorien Antoine Yvan et la mère Marie-Magdeleine de la Trinité. Les hospitalières de Saint-Joseph de Bordeaux, fondées en 1638 pour recueillir les jeunes orphelines. La congrégation de Saint-Joseph de La Rochelle (1672 . Les sœurs de Saint-Louis, établies i Saint-Cyr par Mme de Maintenon (1684). Les sœurs iu Très-Saint-Sacrement (1715). Les sœurs irlandaises de 2483 AUGUSTIN (RÈGLE DE SAINT) — AUGUSTIN D’ESBARROYA la Présentation (1756). Les sœurs de la Compassion de N. D., fondées à Toulouse par la mère Gaborit (1790), répandues en France et en Italie. Les sœurs de SainteCroix, fondées à Liège par le curé llabets (1833). Les victimes du Sacré-Cœur de Jésus, fondées à Tours par le chanoine Pasquier (1831·), mènent la vie contemplative. Ajoutons les sœurs de N.-D. de Sion, fondées en 1843 par le P. Ratisbonne, et les dames de l'Assomption, dont la maison-mère est à Paris-Auleuil, fondées par la mère Eugénie. 7° Congrégations vouées à la conversion et à la pré­ servation des filles repenties. — Plusieurs congrégations religieuses, placées sous la règle de saint Augustin, tra­ vaillent à la conversion et à la préservation des filles repenties. Des communautés de femmes, connues sous le nom d’ordre de la Magdeleine, se dévouaient à cet apostolat, en Allemagne, dès le xm· siècle. Elles étaient soumises à des religieux du même ordre. On les trouve plus tard en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et en Portugal. Un certain Bertrand fonda une maison de ce genre à Marseille en 1277 ; il y en eut aussi à Naples (1324), à Paris (1492). Le P. Athanase Molé, capucin, frère du procureur général du parlement, fonda à Paris, en 1618, le monastère des Madeionettes, où l'on préparait à la vie religieuse les femmes de mauvaise vie, qui se convertissaient. Rouen et Bordeaux eurent des couvents destinés à la même fin. Il y en avait déjà un à Rome (1520) et un autre à Séville (1550). Le carme Dominique de Jésus-Marie fonda dans le même but, à Rome (1615), la congrégation des sœurs du Bon-Pasteur ou du Conservatoriodi S. Cruce della penilenza. Le V. P. Eudes établit, en 1644, à Caen, les filles du Bon-Pasteur, con­ nues encore sous le nom de religieuses de l’ordre de N.-D. de la Charité ou de dames de Saint-Michel; elles se répandirent dans plusieurs villes de France. Elles ont 24 maisons disséminées en France, Espagne, Italie, Angleterre, Autriche et Amérique. La mère Elisabeth de la Croix-de-Jésus (-j- 1649) fonda à Nancy (1631) les sœurs de N.-D. du Befuge, répandîtes actuellement dans dix diocèses de France. Les sœurs du Bon-Pasteur, fondées à Paris par M™« de Combé (j-1692), ont disparu pendant ia Révolution. La maison qu'elles avaient à Angers, est devenue, à partir de 1828, sous le gouverne­ ment de la R. M. Marie de Sainte-Euphrasie Pelletier, le centre d'une congrégation nombreuse et florissante, répandue dans le monde entier, Hélyot, op. cit., t. n, m, rv; Heimbucher, op. cit., 1.1. J. 1 Jesse. 3. AUGUSTIN D’ALVELDT, en latin Alveldianus, Alveldensis ou A Ivedius, frère mineur de l’observance ré­ gulière ou cordelier, ainsi nommé du lieu de sa naissance Alveldt, près d'Hildesheim. Lecteur de théologie au couvent de Sainte-Croix, à Leipzig, il se rendit célèbre par ses attaques très vives dans ses discours et ses écrits contre Luther et ses disciples. En 1523, il était gardien du couvent de Halle; il mourut vers 1532. Ses adversaires l'ont couvert d’injures grossières dans leurs réponses à ses attaques. Ses écrits sont les suivants : 1“ Super apostolica sede, an videlicet divino sit jure necne, angue pontifex gui papa dfei cœptus est, jure divino in ea ipsa president, non parum laudanda ex sacro Bibliorum canone declaratio, in-4», Leipzig, 1520; une seconde édition latine parut la même année, ainsi qu'une édition allemande; Lonitzer, Veltkirch et Luther y répondirent; 2° un sermon en allemand contre Luther in-4", Leipzig, 1520; 3" Tractatus de communione sub utraque specie quantum ad laicos, an ex literis dici possit Christum hanc vel prteeepisse vel præcipere debuisse,et guid in re hac sentiendum pie, sane, catho­ lice sit juxta veritatem euangelicam, in-4». Leipzig, 1520 ; 4° Malagma optimum... contra infirmitatem horribilem duorum virorum, fratris Joannis Loniceri theologistæ et fratris Martini Luteri ordinis eremitam 2484 de vicariatu, ut sanentur, ad percutiendam vituperii cilharanam, in-4", Leipzig, 1520 ; 5» Sermon von der Priesterehe, in-4", 1520 ; 6° Pia collatio F. Aug. Alveidiani ad B. P. doctoreni Marlinum Lulherum super « Biblia nova Alveldensis s, in-4"; 7" Alveldts Thesen auf der Disputation zu Weimar am 20 Jan. 1522, dans Kapp. Kleine Nachlese, t. Il, p. 516-519; 8" Wyder den Wittenbergischen Abgott Marlin Luther, in-4", 1523; 9" Assertio Alveldiana in canticum Salve reginamisericordiie contra impios Deiparæ virginis Mariæ murmu­ ratores, detractores, blasphematores, in-8", Leipzig, 1527; cet ouvrage a été publié aussi en allemand; 40" Widder Luthers Trostung an die Christen zu Hall, in-4; Dresde, 1528; 11« Gracia theologica quant Magdeburgis ad clerum habuit de ecclesia bipartita et Martini Luderi omniumque Luderanorum ruinoso ac stultis­ simo fundamento, in-8», Leipzig,1528; 12»Der funfzigst Psalm Miserere mei genannt, mit einer kurtzen Atύ ..minando, dirigendo, alliciendo, pulsando et instigando. Op. cil., c. xv, Anvers, 1550, p. 49. Cf. In Epist. ad Horn., ix, 12, Anvers, 1554, p. 276. 2“ Depuis les controverses du χνι· siècle. — Le reten­ tissement donné aux deux systèmes de la préd· termi­ nation physique et de la science moyenne, ne fit point oublier la théorie de la détermination morale de b volonté par les appels de Dieu. Au contraire, â partir 2495 AUGUSTINIANISME de ce moment, elle fut plus méthodiquement systémati­ sée pour la distinguer des autres explications. Bien plus, elle fut comprise par les théologiens avec des nuances assez différentes pour amener un fractionne­ ment entre trois ou quatre explications qui eurent cha­ cune pour représentants des docteurs renommés et souvent prétendirent être exclusives. Avant de les énu­ mérer, il faut dire que parfois les théologiens parlent d’une manière si vague qu’il est difficile de leur assigner un groupe particulier. Mais toujours l’infaillibilité de la grâce efficace repose pour eux sur la force persuasive de l’invitation divine, indépendamment de la science moyenne. explication : Le congruisme de la grâce, par son intensité relativement supérieure aux résistances de la volonté, ou par son harmonie avec le caractère et les dispositions actuelles de l’âme. — Nous réunissons deux explications, n'étant point parvenu à distinguer nette­ ment les partisans de l’une et de l’autre; les uns disent clairement : la grâce est infaillible parce qu’elle est donnée à un degré supérieur â la concupiscence actuelle. C’est au fond l'explication augustinienne déjà étudiée. Les autres considèrent moins l'intensité que la qualité: la grâce est victorieuse parce que les motifs que pré­ sente l’invitation divine sont précisément ceux qui, vu les dispositions du sujet, doivent être acceptés et en­ trainer l’assentiment. Ά ce groupe appartiennent un grand nombre de sa­ vants thomistes auxquels vient de se joindre le P. Guil­ lermin. Les uns ont enseigné cette prédétermination morale pour remplacer la prédétermination physique qu’ils ne pouvaient adopter. D’autres reconnaissent la prédétermination physique comme une explication plausible, mais la modifient et l’adoucissent en lui adaptant cette explication morale. Parmi les adversaires de la prédétermination physique, fut d'abord le célèbre Joannes Vincentius, O. P. (-j-1595), dont la théorie est exposée et très longuement réfutée par Jean de Ledesma, O. P. (j-1616), défenseur du système de Battez, dans De divinæ graliæ auxiliis..., in-fol., Salamanque, 1616, p. 34, 51, 62, 125-137, 180-190, etc. Tel aussi le célèbre professeur d'AIcala et de la Minerve, Jean Gonzalez de Albelda (j-vers 1636), « qui le premier, dit le R. P. Guillermin, Revue thomiste, janvier 1903, p. 658, s’éleva contre l’explication de la grâce suffisante qu’avaient donnée Lemos et Alvarez, » dans son commentaire In I*m Sum., disp. Will, sect, n, n. 10; disp. LIX, sect, n, n. 14. — Un autre célèbre professeur de Salamanque, François de Araujo (Aravius), O. P., mort évêque de Ségovie, en 1661, enseigna également cette prédétermination morale, et lui donna expressément ce nom qu’il oppose â la pré­ détermination physique. In /■”" II* comment., t. n, p. 460-165. Pour expliquer 1’inlaillihilité de la grâce, dit-il, non est necessarius concursus physice prsr-delerminans,...sed suf/icit concursus moraliter prædelerminativus qui ex assidua directionis dei et specialissima providentia, ...vim sortitur infallibilem. Ibid., p. 462. Voir sur cet auteur les Salmanlicenses, Paris, t. x, p. 229; Goudin, O. P., Tractatus theol., Louvain, 1874, t. n, p. 301; les Études religieuses, avril 1890, t. xlix, p. 664. Il faut encore joindre à cette liste Jean Gonzalez de Léon, O. P., dans ses Controversial de auxiliis gra­ tine, dont le R. P. Guillermin, Revue thomiste, p. 660, donne d'intéressants extraits; son célèbre confrère Nicolai (-j-1673), « l’adversaire si résolu et si redouté du grand Arnaud, » dans ses notes sur la Somme de saint Thomas, 1“ II3-, q. cxi, a. 3. Mais parmi les partisans les plus ardents de la prédétermination morale, au nom de saint Augustin et de saint Thomas, on ne peut ou­ blier de citer Joseph de Vita, O. P. (t 1677), dans un ou­ vrage spécial sur cette question : De proprio et per se principio unde provenit peccatum in actionibus volun­ tariis, in-fol., Palerme, 1665, réfuté, à cause de ses 2496 attaques contre la prédétermination physique, par Massoulié, O. P., Divus Thomas sui interpres, 2 in-fol., Rome, 1707-1709. diss. III, q. v, a. 1, t. n, p. 141-118. Ce dernier théologien, loc. cit., q. vi, t. il, p. 201-227, adopte cependant un système analogue, le congruisme (il se sert du mot congruitas) de la grâce graduée dont l'intensité est supérieure à celle de la passion â vaincre. Le P. Guillermin, loc. cit., p. 666, attribue la même opi­ nion au célèbre thomiste Reginald (-J-1676),et lui-même, après avoir décrit et défendu avec autant de précision que de modération l’ancienne conception thomiste de la prédétermination physique nécessaire pour passer à l'acte second, il déclare qu’il préfère la conception nou­ velle dont il expose ainsi les conséquences (c’est nous qui soulignons). « Désormais il faudra faire consister cette efficacité (de la grâce) en quelque chose de relatif et de variable suivant la nature et le degré de l’obsta­ cle dont elle a à triompher. Et de là vient que les dé­ fenseurs de cette théorie spéciale attribuent volontiers l'efficacité de la grâce ά une certaine proportionnalité ou congruité (congruentia, contemperies) avec la vo­ lonté. Mais à leur avis, c'est une congruité agissante et triomphante qui cause infailliblement le consentement, et qui dès lors n’a rien de commun avec la grâce con­ grue de Suarez, laquelle, on le sait, tire son efficacité du consentement prévu par la science moyenne. » P. 658. L'auteur affirme encore que la grâce efficace n’est pas donnée à tous parce que certains opposent coupablement des obstacles. Enfin, il ajoute, Revue thomiste, mars 1903, p. 22, note, 25, 30, des limites iinportantesà la théorie des degrés. 2‘ explication : L’efficacité morale de la grâce est ex­ pliquée par le nombre, la variété, le choix providentiel des appels divins, en sorte que l’enchaînement supplée â ce que chacun laisserait d’incertain. C’est le système que L. 'Ihomassin défend dans son Consensus scholæ, surtout part. 1, c. xxi-xxvi, t. vi, p. 41-52, et qu’il peut attribuer â bon nombre d'anciens ou de modernes. 3’ explication : Elle est fondée sur la distinction de deux grâces: l'une générale et simplement suffisante pour les actes faciles, l'autre efficace par elle-même pour les actions difficiles. 1. La théorie. — Ces théologiens ne veulent ni la science moyenne avec les molinistes, ni avec les tho­ mistes une grâce suffisante qui jamais ne produit son eilet. Ils ont donc cherché une voie moyenne. a) Une grâce commune générale est accordée à tous, contérant des forces immédiatement suffisantes pour les devoirs ordinaires, faciles, en particulier, pour prier; pour les actions difficiles, cette grâce ne donne qu'un pouvoir médiat, c’est-à-dire le pouvoir de la prière qui obtiendra le secours spécial. Avec cette grâce ordinaire, il dépend entièrement de la volonté de consentir au bien ou de résister. Aussi, bien qu’on l’appelle grâce suffisante, elle est en fait tantôt efficace, si l’homme consent, tantôt purement suffisante, s’il résiste. En un mot c’est la grâce moliniste, mais donnée seulement pour les préceptes faciles, et avec la science moyenne en moins. — b) Une grâce spéciale, plus puissante, est absolument nécessaire pour les devoirs difficiles, pour la victoire des grandes tentations : celle-ci est toujours efficace par elle-même, en sorte que jamais· la volonté ne lui résiste (bien qu’elle ne détruise pas la liberté), tant son action morale est puissante. 2. Le fondement de ce système est la théorie de la prière si fréquemment exprimée par saint Augustin, De nat. et grat., c. XLIII, n. 50, P. L., t. xliv, col. 271 : Non igitur impossibilia jubet; sed jubendo admonet, et facere quod possis, et petere quod non possis. Et à Ia lin de ce livre, c. lxix, n. 83 : hinc admonemur et in facilibus quid agamus et in difficilibus quid petamus. Cf. De grat. et lib. arb., c. xvi, n. 32, ibid., col. 900; c. xviii, n. 37, ibid., col. 903 ; admonitum est liberum 2497 AUGUSTINI ANISME arbitrium ut quivreret Dei donum. De corrept. et grat., c. n, n. 4, ibid., col. 918 : orent, ut quod nondum habent, accipiant ; c. v, n. 7, ibid., col. 919. On remar­ quera cependant qu’Augustin n'affirme jamais que pour les choses faciles il n'est pas besoin d’une grâce effi­ cace, et que pour les choses difficiles la grâce est tou­ jours efficace. 3. Les défenseurs de cette opinion ont été surtout les sorhonistes et saint Alphonse de Liguori. Au témoignage d'Isaac Habert, évêque de Vabres (voir bibliographie), elle était enseignée par les professeurs bien connus de Sorbonne et du collège de Navarre, Gamache. Duval, Ysarnbert, Hennequin, et parait avoir été spécialement formulée par le célèbre Alphonse Lemoine, qu’attaque l'augustinien Marcelli. Tournely développa le système dans son traité De gratia, q. vi, a. I; il raconte que C. Duplessis d'Argentré, dans sa dissertation sur la grâce, allègue en sa faveur plus de cent théologiens; mais il faut ajouter que Tournely confond un peu sa théorie avec le système de Thomassin. L’un et l’autre en effet expliquent {'efficacité de la grâce par une action morale, non par une détermination physique de la volonté; mais c’est le seul point commun; il est vrai qu’il est très important. Enfin le grand docteur saint Alphonse de Liguori, en l'adoptant, lui a donné la gloire de son nom et ses fils conservent pieusement cet héritage. Le P. Jansen, dans la Bevue~thomiste, 1901, p. 501, réclame contre l’oubli de « ce système mitoyen qui admet l'efficacité intrin­ sèque de la grâce (ad operandum bonum et servanda prœrepta). admet une grâce suffisante laquelle n'est pas infailliblement efficace et rejette en même temps la science moyenne des molinistes. » Le P. Desurmont, La charité sacerdotale, 1899, t. n, p. 378, résume ainsi le système de saint Alphonse : « Quiconque priera pour obtenir la grâce spéciale ou efficace reservée aux devoirs plus difficiles l’obtiendra. Quiconque ne priera pas, en sera privé. Telle est la loi, l'imprescriptible loi. « La seconde partie de cette loi semble dépasser le fond du système : Est-il bien sûr que Dieu refuse tou­ jours la grâce efficace â quiconque n’a pas prié ? lit. CRITIQUE DE CETTE PRÉDÉTERMINATION MORALE. — Nous devons indiquer sommairement les raisons que les autres écoles opposent à ce système si répandu autrefois. 1° Critique générale. — 1. On peut accorder à ce système deux points (avec Suarez, De auxiliis, 1. Ill, c. x, n. 2, Paris, 1858, t. xi, p. 192) : a) Dieu peut en effet, dans son trésor infini de grâces, en trouver d’assez puissantes pour entrainer sûrement le consentement libre de la volonté. Les hommes sont parfois si puissants pour changer les résolutions des autres hommes : quel sera le pouvoir de Dieu quiagitâson gré dans l’intérieur même de lame, pour multiplier lumières et attraits! — ô) En fait, on peut admettre, si l’on veut, que Dieu en a usé ainsi dans certains miracles de la grâce, comme la conversion de saint Paul. 2. Mais la prédétermination morale n’explique point le mystère de la grâce. — a) De fait, l’expérience prouve que Dieu n’einploie pas universellement ce moyen. Il n’est ni vrai, ni vraisemblable que Dieu donne à tous ceux qui font bien (même dans les plus petites choses, une légère aumône, etc.), une abondance de grâces moralement irrésistible, en sorte qu’il leur serait non seulement plus difficile, mais moralement impos­ sible de résister : l’expérience de chaque âme semble établir qu’il n'en va point ainsi. — ô) En principe, l’in­ faillibilité du gouvernement divin ne serait pas suffi­ samment sauvegardée. Jamais Dieu, connaissant la nature de ces grâces, n’aurait qu’une certitude morale du con­ sentement futur. Or la providence de Dieu exige une infaillibilité métaphysique. Qu’on examine même le cas d’une grâce ainsi choisie, aussi intense que l'ou voudra. DICT. DE THEOL. CATHOL. 2498 Ou bien la liberté du dissentiment reste dans la voi-mté. ou elle est anéantie : si la liberté persiste, avec plein pouvoir de résister, comment Dieu saurait-il avec une infaillibilité métaphysique qu'elle consentira " Si la liberté est anéantie, où est le mérite? — c) Enfin cette théorie est essentiellement incomplète. Tout au plus expliquerait-elle la prévision certaine du consentement futur de l’âme, quand Dieu donnerait à ses appels ixe telle intensité. Mais elle n’explique point l’autre partie du problème, la prévision des fautes chez ceux qui reçoivent une grâce ordinaire. Comment Dieu peut-il savoir ce qu'ils feront avec cette grâce ? Voici Pierre et Judas : Pierre est converti, dit-on, parce que la grâce est si forte que moralement il ne pourra pas résister. Mais Judas, que fera-t-il? La grâce de Jésus qui l'invite ne crée pas pour lui une nécessité morale de consente­ ment : mais elle est au moins suffisante, elle lui donne le pouvoir complet, même relativement d la passion présente, de se convertir à l’appel de son Sauveur. Com­ ment Dieu peut-il savoir avant l’événement ce que résoudra Judas? Il faut donc conclure : Ou bien on avouera que Dieu ne peut le savoir, et la providence est anéantie ; ou bien on niera qu’il y ait dans tout fidèle une grâce véritablement suffisante, et c’est le jansénisme; ou du moins on dira que, dès qu’il n’y a pas nécessité morale du bien, il y a nécessité morale du péché, c’està-dire une incitation tellement forte qu’il y a certitude morale de la chute, et alors c'est au fond la théorie norisienne des degrés qui reparaît. Après avoir affirmé la nécessité morale des actes de vertu, on en arrive à pro­ clamer la nécessité morale des péchés. 2° Critique particulière des divers systèmes. — L’ap­ plication des raisons générales se fait d'elle-même, que la nécessité morale provienne du degré de grâce plus in­ tense que la concupiscence (Massoulié), ou du choix de la grâce en harmonie avec les dispositions de l’âme (Jos. de Vita), ou de la multitude et de la succession des diverses grâces (Thomassin). Seulement, tandis que les premiers systèmes semblent supprimer la liberté, ce dernier compromettrait la sûreté de la 'providence par des tâtonnements indignes d’elle. Qu’on en juge par cette explication de Thomassin, op. cit., t. tv, part. II, n. 5, p. 142 : Illud indubitatum mihi est, si quam in pariem deflectere voluntates nostras visum Deo sit; TOTabeo posse accumulari ingerique incitamenta, TOT, ex adverso, repagula orjici, ut difficillime dissen­ tiat voluntas; ideoque SI iisdem machinis s.epicule arietetur, tandem certissime veniat in deditionem. Quant à l’explication de Tournely et de saint Al­ phonse, on doit sans nul doute accorder que la prière est un grand moyen d’obtenir la grâce et de vaincre les tentations, et tel est le sens des maximes augustiniennes adoptées par l’Église. Mais la théorie surajoutée à cette maxime ne parait point aider à la conciliation de la grâce et de la liberté. On a dit qu’elle réunit toutes les difficultés du molinisme dans sa première assertion, à celles de la prédétermination thomiste (ou de l’augustinianisme strict) dans la seconde. Il semblerait même qu’elle les augmente notablement, en se privant des explications de l’un et l’autre système. C’est ce qui explique le silence de bon nombre de théologiens. Puisqu’en ce moment la discussion est reprise avec plus d’insistance, nous devons exposer brièvement les diffi­ cultés que présente ce système, pour que le lecteur puisse juger. En des matières si délicates on ne doit point s’étonner que de grands maîtres et de grands saints soient d’un avis différent: l’autorité du célèbre docteur de l’Église saint Alphonse de Liguori est certes d’un grand poids, même dans le dogme; elle ne peut cependant trancher une question dans laquelle d’autres saints docteurs, comme saint François de Sales, on’ pré­ féré une autre solution. I 1. Dans la première assertion sur la grâce donnée j I. - 79 2499 AUGUSTINIANISME 2500 1673, dans Opera omnia, 1.1 ; les Vindiciæ sont aussi dans P. tous pour les choses aisées, spécialement pour la prière, L., t. xlvii, col. 571-883. Noris publia encore diverses apologies, la liberté est pleinement sauvegardée, mais la grâce et en particulier : Janseniani erroris calumnia, sublata, dans la providence divines sont sacrifiées : a) la grâce d’abord : Historiae pelagianæ Henr. Noris ab anonymi scrupulis vin­ car son efficacité dans ces actes faciles, dans la prière, diciæ, in-4·, Rome. 1695, dans Opera omnia, t. ni. Cf. Journal échappe complètement à Dieu el dépend uniquement des savants, 18 juin 1696, p. 036-438 (favorable à Noris); Acta de la liberté humaine. De deux hommes qui reçoivent erud. Lipsiæ, 1696, p. 508 sq. cette même grâce de la prière, l’un consent et prie, Contre Noris : Fulgentius Risbrochius (pseudonyme de Fr. Ma­ cedo), Henricus Noris dogmatistes Augustino injurius, summis l'autre résiste. Ce consentement du'premier, qui est un pontificibus.... SS. Patribus... infestus demonstratus, in-16, véritable mérite, ne saurait être attribué à Dieu, au don Augsbourg, 1676 (à Vindex pour sa violence, par décret du de Dieu, comme l’enseigne l’Église avec saint Augustin, 22 juin 1676); Jean Hardouin, S. J. (sous le titre de doctor soril est uniquement le fait de l’homme. C’est lui qui s’est bonicus), Scrupuli orti ex libro R. P. H. Noris qui inscribi­ distingué de l’autre fidèle qui a résisté: c’est inadmis­ tur, Historia pel., ad Romanos hujus libri censores (à Vindex sible. L’augustinien Marcelli, op. cil., t. v, De gratia, par décret du Saint-Office du 7 septembre 1695); Joannes à Guidio p. 290, a très bien démontré ce point. L’importance de cioli. O. M. O., Propositiones parallelae Mich. Bail et Henrici ce déficit apparaît mieux si on songe que ce premier de Noris, Francfort, 1676; Bruno Neusser, O. M., Prodromus velitaris, in quo Augustinus, Baronius, Bellar minus, et cen­ mérite peut, dans ce système, décider de tout le salut. teni scriptores Societatis vindicantur, a calumniis, conviciis, Car c’est cette prière qui, obtenant la grâce infaillibleimposturis, quibus scatet opus tripartitum Henr. de Noris ment efficace, pour l’acte difficile suivant, peut me don­ (Hist, pel., etc.), in-fol., Mayence, 1676 (a été attribué parfois à ner le paradis, tandis quel’autre fidèle qui arésistésera Honoré Fabri, S. J.). perdu pour toujours. Ainsi l’acte méritoire qui a décidé 2* période : en Espagne, l’école fut représentée surtout par de mon éter ni té ne serai t poi n t dù à une grâce efficace, ne Pierre Mansos, O. S. A., qui publia : S. A ug ustinus. sui interpres, serait point un don spécial de Dieu, distinct de la grâce Salamanque, 1719; S. Augustinus gratiæ sufficientis assertor suffisante donnée à tous.— b) La providence elle-même I et vindex contra jansenistas et alios... synopsis causæquesnèllianæ, in-8·, Salamanque, 1719; S. Augustinus gratiæ efficacis est sacrifiée. En effet, ni Tournely, ni les disciples de efflcacissimus propugnator contra haereticos, in-4·, Madrid, saint Alphonse n’expliquent comment Dieu, en don­ 1729 ; S. Augustinus de peccato originali, 2 in-8·, Madrid, 1731. nant cette grâce suffisante, peut connaître et diriger Son principal ouvrage fut : De virt utibus infidelium ad mentem l’usage qu’en fera l’homme. Cette grâce en elle-même S. A uguslini. Madrid (à l’index espagnol en 1722). Sur la controverse n’est pointefflcace,elleserarepousséepar l’un,acceptée avec le dominicain Alliaga, voir Hurter, Nomenclator, t. π, col. 990 ; avec le bénédictin Navarro, ibid., col. 648, 991. par l’autre, au gré de la liberté. Comment Dieu peut-il 3* période, fin du xvnr siècle: Fuig. Bellelli, O. S. A., avait deviner ce que fera cette liberté? La science moyenne publié : .Vens Augustini de statu creaturæ rationalis ante étant supprimée, et saint Alphonse la supprime en effet peccatum, polemica dissertatio adv. pelagianos, baianos, (voir R. P. Jansen, C. SS. R., Revue thomiste, 1904, jansenianos errores, etc., in-4·, Anvers, 1711; Id., ‘Mens Au­ p. 503), toute providence devient impossible. Le moli­ gustini de modo reparationis humanae post lapsum adv. nisme, ainsi que le thomisme, sauvegardait la provi­ baianam et jansenianam hæresim, etc., 2 in-4·, Rome, 1737 (explication des propositions condamnées de Baius, Jansénius et dence et le don spécial de Dieu, en affirmant que Dieu, Quesnel); Berti avait donné son Opus de theologicis disciplinis, sachant d’avance lerésullat qu’aurait cette grâce, diri­ 8 tom. in-4·, Rome, 1739-1745. souvent réimprimé (abrégé par geait ainsi la liberté etaccordait unefaveurplus grande Buzi). — Tous ces ouvrages furent attaqués d'abord par Jean â celui dont il prévoyait le consentement. d’Yse de Saléon, archevêque de Vienne, dans deux ouvrages 2. Dans la seconde assertion d'une grâce infaillible(anonymes): Baianismus redividus inscriptis PP. FF. Bellelli ■ment el intrinsèquement efficace pour les actes diffi­ et Berti, O. Er. S. A., Jansenismus redivivus in scriptis, etc., ciles, le don de Dieu est évident, mais la liberté soulève puis par l'archevêque de Sens dans un Judicium de operibus les mêmes difficultés que dans tous les autres systèmes theologicis Fr. Bellelli et Berti (ces trois ouvrages sont repro­ duits intégralement dans l'édition de Y Opus... de Berti, 10 in-4·, affirmant que la grâce en elle-même a une vertu intime Naples, 1779). Berti répliqua aux deux archevêques: contre de qui amène infailliblement le consentement. Celte grâce Saléon : Augustinianum systema de gratia ab iniqua baiani et est-elle irrésistible? Si oui, où est la liberté? Si non,où janseniani erroris insimulatione vindicatum, sive refutatio est la certitude du consentement? De plus, dans ce sys­ librorum, etc., Rome, 1747 (dans édition de Naples, t. vm, ix); tème, on affirme que, dans tous les actes difficiles, celui contre Languet : In opusculum inscriptum RR. Languet ar•qui n’a point prié (par sa faute) n’a plus une grâce chiep. Senon. judicium... aequissima expostulatio (ibid., t. ιχ). immédiatement suffisante pour ne pas pécher, au mo­ Enfin Berti a résumé son système dans: A ugustini...quæst ionum ment précis où la loi oblige. Cela parait bien dur : j de scientia, de voluntate et de providentia Dei, necnon de... gratia Reparatoris, dilucidatio, in-8·, Bassano, 1766. Voir puisqu’il n’a pas la force actuellement nécessaire pour Reusch, Der Index der verbot. Bûcher, t. n, p. 881-889. bien agir, toute sa culpabilité serait in causa, pour Sources plus générales : n'avoir pas prié : mais en ce moment il ne serait pas 1. Pour l’exposé du système : Keller, O. S. A., dans Kirchenplus coupable que l’homme ivre commettant un homi­ lexikon, 2* édit., t. T, col. 1667, 1669; Marcelli, O. S. A., Institu­ cide. tiones theologicae, Foligno, 1845, surtout t. v, De grat., I. XXIX, 3. Ajoutons que la base elle-même du système n’est p. 170-307; Dictionnaires de Bergier, de Richard et Giraud, au mot A ugustiniens(superficiel); Kleutgen, Théologieder Vorzeit, pas exacte : on range la prière parmi les choses faciles ; t. n, p. 33 sq. or elle suppose souvent une immense victoire et, par 2. Critique du principe des deux délectations : Fénelon, ins­ conséquent, une immense grâce : par exemple, dans truction pastorale portant condamnation de la Theologia... une révolte subite et violente des passions, sous le coup Catalaunensis (de L. Habert, qui enseignait aussi la délectation d'un outrage, pour un voluptueux, pour un vindicatif la victorieuse : réfutation très étendue), dans Œuvres complètes, priêre sera un acte très difficile. Le R. P. Jansen, loc. Paris, 1823, t. xvi, p. 207-542; Daniel, S. J.4 Dissertation théi cit., p. 500, répond : « Une prière imparfaite (oratio logique sur cet axiome de S. Augustin : Quod amplius nos delectat, secundum id operemur, necesse est, in-12, Paris, 1714. lepida) n'est pas une action difficile, etc. » Mais toute Carpani, S. J.» De delectationibus caelesti ac terrena ob gra­ prière, dans une violente passion, rencontre de grands duum superioritatem trahentibus secum infallibiliter id quod obstacles, et la distinction des actes faciles et difficiles magis delectat, duplex disputatio, altera polemica (contre réclamant des grâces de nature si différente paraît bien Berti), altera scholastica, Augsbourg, 1763 (dans le Thesaurus arbitraire et bien subjective. Cf. Revue thomiste, 1903, de Zaccharia, t. v). p. 341-348. 3. Théologiens au traité de la grâce, et de la charité : Tour­ 1. AUGUSTINIANISME absolu. — 1·· période : H. Noris, Historia nely, Praelectiones theol. de gratia Christi, Venise, 1755, p. 3»j3pelagiana et dissertatio de synodo V* œcum..., additis Vin­ 325; Goudin.O. P., Tractatus theol.,1. n. De gratta, q. v, a. 4. ? 4. diciis augustianis quibus S. D" scripta adversus pelagianos Louvain, 1874, p.303-307; Serry,O. P..D. Augustinus d. Thonu et semipelagianos a reccntiorum censuris asseruntur, Padoue, ejusque angelicae scholae conciliatus in q. de gratia primi no- 2501 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) minis et angelorum, in-8·, Padouo, 1723 (ouvrage tout entier destiné à réconcilier les augustiniens avec les thomistes) ; Palmieri. De Deo creante et devante, in-8·, Borne, 1878, th. xxxvm, р. 321-327; De gratia, th. LV, p. 488-492; Schifiini, Tractatas de gratia divina, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1901, disp, V, sect, v, p. 419-430. II. Augustiniens modérés. — 1· En général ; Les théolo­ giens n’étudient guère en détail ces systèmes que depuis la fin du xm' siècle, et encore assez rarement. Suarez avait réfuté en général la prédétermination morale, Opusc. de auxiliis, 1. ΙΠ, с. x, Paris, 1858, t. xi, p. 192; Goudin, Tract, theol., Louvain, 1874, t. n, p. 301-309; Wirceburgensis theologia, De gratia, (Kilher), n. 273-277. 2· En particulier : L. Thomassin a tracé l’histoire de ce sys­ tème dans son ouvrage (incomplet sans doute, mais érudit et utile) : Mémoires sur la grâce où l'on représente les senti­ ments de S. Augustin, de S. Thomas et de presque tous les théologiens jusqu'au concile de Trente, et depuis le concile, des plus célébrés docteurs des universités de l'Europe, 3 in-8·, Louvain, 1608, traduit en latin par l’auteur et inséré sous le titre Consensus scholx de gratia, dans les Dogmata theol., Paris, 1870, t. vl, p. 1-475. — Massoulié, O. P., dans son Divus Thomas sui interpres, in-fol., Rome, 1707, diss. III, q. lit, t. n, p. 122-244. étudie longuement les différents modes d’explication morale, en particulier le système de Thomassin, p. 227-244 ; cf. p. 141-160; il expose son propre système, t. n, p. 204-227. Voir sur ce système: Tournely, De gratia, q. ni. Venise, 1755. t. ni. p. 222-325, et surtout l’exposé favorable (avec réserves) par le R. P. Guillermin. O. P., dans la Revue thomiste, janvier et mars 1903, t. x. p. 654-675; t. xt, p. 20-31. — Sur le système sorboniste : Isaac Habert, Theologiæ græcorum Patrum vindi­ cate'circa universam materiam gratiæ cum perpetua colla­ tione... doeirinæ S. Augustini... et scholæ sorbonicæ, I. Ill, Paris, 1647, I. 11. c. vt, n. 1; c. xv, n. 2, etc.; Tournely, Prælectiones theologicæ, De gratia Christi, q. vit, a. 4, Venise, 1755, t. nt, p. 523-541, pour 1’histoire, p. 536-538. Saint Alphonse de Liguori adopte et expose ce système dans doux ouvrages : Del gran mezzo della preghiera per conseguire la salute eterna et lutte le grazie che desideriamo da Dio, Venise, 1759 (voir surtout part. 11. c. tv, S3); Opera dommatica contre gli eretici prétest reformati, 1769, c’est un commentaire du concile de Trente, traduit en français (comme le précédent) sous ce titre : Défense des dogmes; voir surtout sess. VI, n. 15, et l’appen­ dice I. ou est réfutée la théorie de Berti. Cf. sur cette théorie de saint Alphonse, Al. de Calonne, Système de S. Liguori sur la grâce. Paris, 1878 : Jansen, dans la Revue thomiste, 1901, p. 468503 ; Desurmont, La charité sacerdotale, 1889. t. n, p. 374-379. E. PORTALIÊ. AUGUSTINISME (Développement historique del’). L’influence doctrinale du grand évêque d’Ilippone sur la pensée des siècles suivants a été incomparable. Λ l’article Augustin, on a essayé d’en montrer la profon­ deur, l’universalité elles principaux caractères,col. 23172324, 2453-2457. L’autorité que l’Eglise lui attribue a été appréciée, col. 2463 sq. Il reste à indiquer les phases principales du développement de la doctrine augustinienne dans l’Eglise. Le mot augustinisme désigne tantôt d’une manière générale l’ensemble des doctrines d’Augustin, ou même un certain esprit philosophique qui les pénètre, tantôt spécialement le système sur l’action de Dieu, la grâce et la liberté. De là : 1. L’au­ gustinisme en général. II. L’augustinisme théologique de la grâce en particulier. I. Augustinisme en générai.. — t. l’augustinisme JUSQU’A LA ΙΌ II MATIO N DE LA SCOLASTIQUE péripaté­ ticienne. — Durant cette période, obscurcie par l’inva­ sion des barbares, et chargée de sauvegarder la science théologique de l’avenir, on peut dire qu’Augustin est le grand maître de l’Occident : il est absolument sans rival,car, s’il ena un,c’est un desesdisciples,Grégoire le Grand qui,formé à son école et pénétré de son esprit, a popularisé, on pourrait dire vulgarisé, ses principales théories. Cette influence prépondérante d’Augustin est le caractère spécial de cette époque jusqu'à l’avènement de la philosophie aristotélicienne. Elle est aussi la première introduction de la philosophie dans la théologie latine, car l'action néoplatonicienne, autrefois exercée sur Augustin, va avoir son contre-coup dans toute la spécu­ lation occidentale. Avant Augustin, il convient de le 2502 remarquer, la philosophie était peu en faveur auprès des Pères, et Tertullien n’avait guère vu en elle que la mère des hérésies. Le rôle d’Origène en Orient. acrimatant le néoplatonisme dans les écoles chrétiennes, fut celui d’Augustin en Occident, sauf que l’é-.êque d’Ilippone avait su plus habilement démêler les v rit ’s du platonisme et les rêveries qui s’y étaient mêlées. Ainsi s'établit un courant d’idées platoniciennes qui, avec des recrudescences intermittentes d'intensité, ne cessera jamais d’agir sur la pensée occidentale. Cette influence augustinienne éclate de toutes manières : 1’ Les compilateurs si nombreux et si méritants de cette époque, les Isidore, les Bède, les Alcuin, puisent à pleines mains dans ses œuvres, tout comme les prédi­ cateurs du VIe siècle, entre autres saint Césaire. 2° Dans les controverses, et en particulier dans la grande controverse des IX· et xn» siècles sur la validité des ordinations sirnoniaques, et l’illégitimité des réor­ dinations, ce sont les textes de saint Augustin qui jouent le rôle principal. Le grand nombre des citations du grand docteur suppose à la fois la confiance des écrivains, et l’habitude de le consulter. M. Cari Mirbt a publié une étude très intéressante sur ce fait, Die Stellung Augus­ tins in der Publicistik des Gregorianischen Kirchenslreits, Leipzig, 1888 : avec une grande précision il a relevé, contrôlé toutes les citations augustiniennes dans cette polémique dont les documents sont publiés dans les Monumenta Germ, histor., Libelli de lite impera­ torum et pontificum sæculis xt et xn,3 in-4°, Hanovre, 1890,1892, 1897. La statistique donnée par Mirbt est à consulter si l’on veut connaître les œuvres d’Augustin lues alors de préférence. Voici quelques conclusions de cet auteur : Tous les publicistes recourent à Augustin comme à une autorité ecclésiastique prééminente, et tous les partis l'invoquent avec une égale confiance. Op. cit., p. 5-56. Les citations d'Augustin dépassent de beaucoup celles des autres Pè­ res, sauf Grégoire le Grand, ce qui est très naturel, ce pape ayant été, autrement qu’Augustin, en relations avec les princes et mêlé aux affaires politiques. Ibid., p. 75. Ces citations si multipliées, et avec des variantes si nombreuses, sont parfois puisées aux écrits du saint très répandus aux xe et xr siècles dans les cloîtres d’Al­ lemagne et d’Italie, mais souvent aussi à des recueils augustiniens. Ibid,, p. 74, 111. L’influence d’Augustin se fait sentir dans presque toutes les questions alors controversées, mais surtout dans la théorie de l’Êglise, des relations de l’Eglise et de l’Etat, de l’excommunica­ tion, p. 103, et à propos de la validité des sacrements, surtout de l’ordination sacerdotale. Ibid., p. 106-108. Le fait que toute cette collection de brochures politiques dépend si étroitement d’Augustin, est une éclatante preuve de son influence. Au fond, le moine de Constance. Bernold (1054-1100), exprimait la pensée de tous, quand il l’appelait vere ipsius sacræ Scripturæ armarium, Epist., i, adversus Alboinum, Libelli de lite, etc., t. i, p. 7, et quand il écrivait : quia igitur, tam egregii doctoris assertioni et nos absque scrupulo adquie....... debemus, quem et romani pontifices juxta attestatio­ nem S. Cælestini papæ inter magistros, dum adhuc viveret, habuere : cujus et opuscula post mortem ejus pro authenticis recipienda synodali judicio decrevere. De sacramentis excommunicalorum, n. 3, dans Li­ belli, etc., t. ti, p. 92. 3° Dans la période préthomiste de la scolastique en formation, d’Anselme à Albert le Grand. Augustin est le grand inspirateur de la théologie. De cette époque sur­ tout se vérifie ce qu’a écrit de Rémusat : « On ne saurait imaginer à quel point ce grand esprit, si orné, si cultivé, a défrayé d’idées et d’études les docteurs du moyen âge. Avant d'attribuer à l’un d'eux l’invention d'un système ou la connaissance directe d'une pensée antique, il faudrait s’assurer d'abord qu’Augustin n'en avait rien dit. Sévère­ 2503 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) 2504 prononcée de mysticisme : les mystiques s’inspirent de lui, surtout les sages et les modérés (école de SaintVictor, saint Bernard), tandis que les dévoyés (Scot Érigène et plus tard Eckhart) relèveront plutôt du pseudo-Aréopagite. 2» Thèses psychologiques. — 1. Théorie de la connais­ sance : notre intelligence n'atteint la vérité que sous Faction illuminatrice et immédiate de Dieu. Voir plus loin. 2. Théorie des facultés de l'âme : elles sont substan­ tiellement identiques à l’âme elle-même, conçues comme des fonctions, non comme des entités distinctes; cette thèse de l’identité gardera toujours des partisans dans la scolastique future. 3. L'indépendance substantielle de l ame vis-à-vis des corps est un principe augustinien : l’àme est vraiment une substance, même sans le corps ; elle trouve en elle-même son principe d'individuation. Ainsi Hugues de Saint-Victor n’hésite point à regarder l’âme après la mort comme unepersonne, tandis que les aristotéliciens n’y voient qu’un être incomplet. Les âmes ont aussi des degrés différents de perfection et le corps n’est pas It. TABLEAU DE AUGUSTINISME DOMINANT AU DÉBUT l’unique principe des différences entre les hommes. DU XIII· siècle. — A ce moment l’augustinisme qui ré­ gnait sans rival dans les écoles, sans être un système 3° Théories cosmologiques. — 1. La matière du complet et rigoureusement enchaîné- comme le sera le monde n’est point conçue comme la pure potentialité thomisme, embrassait un certain nombre de théories, d’Aristote, mais comme une actualité positive, quoique d’ordre plutôt philosophique, admises généralement par dans un degré infime. Les augustiniens ont-ils en cela la scolastique préthomiste. Les savantes études du bien saisi la pensée du grand docteur? H est aussi ma­ R. P. Mandonnet, Siger de Brabant, Fribourg, 1899, laisé de le dire que de préciser leurs propres pensées et surtout de les accorder entre eux. Voir col. 2351 ; p. i.xiv sq., et de N. de Wulf, Gilles de Dessines, c. 1, Louvain, 1901, malgré les divergences de détail, ont mis voir aussi .1. Martin, Saint Augustin, p. 308; de Wulf, ce fait en pleine lumière. Voici le tableau des théories op. cit., p. 19. Ainsi au xm· siècle, l’augustinien saint Bonaventure rejette la possibilité d’une existence de la communément regardées alors comme augustiniennes, et au sujet desquelles la lutte va s'engager. matière isolée de toute forme, /nlVSent.,1. Il, dist. XII. 1» Thèses générales de méthode. — 1. Fusion de la a. 1, q. t, Quaracchi, t. il, p. 294·; au contraire Henri de théologie et de la philosophie, ou absence de distinction Gand, Quodlib., I, q. x, Scot, etc., pensent que cela offre formelle entre les deux domaines et les deux ordres de moins de difficultés que l’existence des accidents eucha­ vérités rationnelles et de vérités révélées. Voir col. 2322. ristiques. Au xn· siècle, d’ailleurs et même jusqu'en Sans doute il ne faudrait pas croire à une confusion 1250,1e mot forma avait un sens très élastique : il signi­ fiait souvent l’ensemble des qualités caractéristiques ou complète : Henri de Gand ouvre sa Somme théologique des accidents qui manifestent le corps. Ainsi, à propos par de belles pages sur la distinction de ces deux sciences. Sum. theol., q. i, n. 10-13; cf. de Wulf, op. de l’eucharistie, Alger (j-1131) disait que la substance cil., p. 21; Hist, de la philos, seol., 1895, p. 71-79. Mais disparaît, mais que la forme reste : cunt forma panis, soliditas, color, sapor, sentiatur. De sacramentis all., on doit constater une tendance à les fusionner, et Scot Êrigêne parlait en augustinien, quand il disait : Sicut 1. I, c. vm, P.L., t. clxxx, col. 759; c. ix,iôirf.,col. 766; ait Augustinus, creditur et docetur non aliam esse cf. Innocent III (-j- 1203), Desacro alt. mysterio, I. 1, philosophiam... et aliam religionem ; quid est de phi­ c. xx. P. L., t. ccxvii, col. 871. M. de Wult, op. cit., p. 20, remarque justement que le rapport de la matière losophia tractare, nisi verte religionis... regulas expo­ nere? De divina preedest., c. I, n. 1, P. L., t. cxxn, j première avec l’état quantitatif de l'être corporel est totalement étranger aux préoccupations des scolastiques coi. 357. H en est de même dans l’ordre de Faction di­ augustiniens de cette période. vine; il y a tendance à effacer la séparation formelle 2. Dans la matière sont renfermées les fameuses ra­ entre la nature et la grâce. On ne peut nier que la sépa­ tiones seminales des choses. Voir col. 2350. Cette théo­ ration des deux ordres, naturel et surnaturel, soit très rie de l'évolution plastique des formes déposées dans faiblement accentuée dans les œuvres de saint Augustin et de ses disciples. la matière est. d'après M. de Wulf, op. cil., p. 18, une de celles qui ont joui parmi les anciens disciples d’Au­ 2. La préférence est donnée à Platon sur Aristote : gustin du maximum de stabilité. Mais, il faut l'avouer, celui-ci représente le rationalisme dont on se défie; les interprétations étaient bien variées. Hugues de Saintl'idéalisme de Platon séduit. Sa théorie des idées est Victor, De sacram., 1.1,part. VI, c. x.xxvn, P. £.,t.'CLXXvi. interprétée,' comme par Augustin, de la science divine; col. 286, interprète Augustin par la théorie atomique. ■·: on accuse Aristote d’avoir fait un monde séparé de ces la ratio seminalis consiste, entre autres effets, en ce idées qui sont seulement les types éternels des êtres que les atomes simples, sans recevoir du dehors aucune dans l’intelligence divine. réalité nouvelle, peuvent, par Faction divine, se multi­ 3. La sagesse est envisagée comme philosophie du plier â l’infini : ainsi, en vertu de la ratio seminalis. le Bien plutôt que comme philosophie du Vrai. La vérité corps d’Éve fut tout entier formé de la matière prise du ne semble avoir de prix que comme révélation du bien à réaliser ou â conquérir. Pour les disciples d’Augustin, la corps d'Adam, sans aucune addition. Ibid., col. 2ï»>primauté, dans l'homme aussi bien qu’en Dieu, est à la 287; cf. Sum. Sent., tr. III, c. ni, ibid., col. 92. Saint volonté sur l’intelligence; la métaphysique est dominée Bonaventure au contraire appuie sur ces rationessem par la morale. Et comme la prédominance du mouve­ nales une autre théorie plus profonde. Ne voulant p ment affectif sur la spéculation rationnelle est le carac­ admetire avec Pierre Lombard. Sent., 1. II, dist. XXX. que le corps de l'homme consiste uniquement dans t.· tère essentiel du mysticisme, de même que les disciples de saint Thomas se reconnaîtront à un intellectualisme [ parcelle de matière transmise par la génération, il en­ très accentué, ceux d'Augustin ont toujours une teinte seigne que cette matière a une ratio seminalis, c =?.-»- ment opérée, cette vérification réduirait trop la part de leur génie... » Saint Anselme, 1856, p. 476. N’est-ce pas d’ailleurs la pensée d'Anselme lui-même, quand il écrit dans la préface de son Monologiuni : Nihil potui invenire nie dixisse, quod non catholicorum Patrum et maxime beati Augustini scriptis cohœreal. Son his­ torien avait bien le droit de conclure que « le vrai maître d’Anselme c’est Augustin ». Voir col. 1317, 1352. e même écrivain a établi qu'Abélard, malgré ses allures I. si indépendantes, relève très souvent du docteur africain dont les textes se pressent sous sa plume. De Rémusat, Abélard, t. n, p. 356, 491, etc. Hugues de Saint-Victor ne cite presque jamais personne, pas plus Augustin que les autres; mais il est tellement pénétré de l'esprit du docteur africain, que non seulement ses idées, mais ses formules sont augustiniennes : on l'appelait pour cela un second Augustin ou encore l’àme d'Augustin. Cf. Hist, lilt, de la France, t. xn. p. 62. Toute l’école de SaintVictor l’imita. Quant à Pierre Lombard, on peut dire que ses .Sentences sont comme un essai de synthèse des théories augustiniennes. 2505 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) dire une vertu active, une puissance de s’assimiler toute autre matière à l’infini, et ainsi de s'accroître. Et il donne l’exemple du ferment dont la ratio seminalis peut s'emparer de toute la pâte. In IV Sent.,1. Il, dist. XXX, a. 3, q. t, Quaracchi, t. n, p. 729-631. Saint Bonaven­ ture étudie les textes d'Augustin, De verarelig., c. xi.it, n. 79, P. L., t. xxxiv, col. 158; De Gen. ad litt., 1. V, c. xxm, n. 44, ibid., col. 331. 3. La composition hylémorphique des êtres spirituels fut également considérée comme une des grandes thèses augustiniennes. Le docteur d'Hippone avait-il donc affirmé que tout esprit, ange.ou âme, est composé de deux éléments, d'une matière (spirituelle) et d’une forme? Tout au plus avait-il douté. Voir col. 2355 (anges), 2360 (âmes). Il est très probable, selon la con­ jecture de M. de Wulf, op. cit., p. 20, que le Fans vitæ du juif Ibn Gebirol (Avicebron) n’est point étranger à la vogue de celte doctrine. Mais les plus fervents au­ gustiniens l’adoptèrent, en s’appuyant souvent sur un texte apocryphe du De mirabilibus S. Scripluræ. Voir col.2308.Cf.S.Bonaventure, In IV Sent., 1. II, dist. III, part. 1, a. 2; scholion des éditeurs, Quaracchi. t. n, p. 93. Tel fut l'enseignement du dominicain saint Pierre de Tarentaise (j-1174), de tous les grands maîtres fran­ ciscains (sauf Jean de la Rochelle), Alexandre de Halès, saint Bonaventure, Richard de Middleton, de Scot qui n'hésite pas à se réclamer d'Ibn Gebirol : ego autem ad positionem Avicembronis redeo... De rerum principio, q. vm, a. 4, n. 24, Opera, Paris, 1892, p. 378. Malgré l'opposition de saint Thomas, Sum. theol., I», q. L, a. 2; Cont. gent., 1. II, c. L, et d’Henri de Gand lui-même, Quodl., IV, q. xvi, cette idée a survécu et a trouvé des défenseurs au xvn» siècle, tels que Jérôme a Montelortino, Summa Scoti, t. n, q. î., a. 2, etc. 4. La multiplicité des formes substantielles dans les composés, spécialement dans l'homme, fut aussi soute­ nue avec énergie par les augustiniens contre l’aristoté­ lisme au xm» siècle. Voir plus loin. Mais si l’on se rap­ pelle que pour les augustiniens du xn» siècle, Hugues de Saint-Victor, Alain de Lille, Pierre Lombard luimême, les mots matière et forme étaient loin de répondre aux concepts péripatéticiens, on doit bien reconnaître, avec M. de Wulf, op. cit., p. 28, que ces scolastiques de la première époque n’avaient guère envisagé le problême qui agita le siècle suivant. H n’en est pas moins vrai que les franciscains ont défendu la pluralité des formes, à la suite d’Alexandre de Halès, Sum., 11«, q. xliv, m.4. de saint Bonaventure (voir le scholion des éditeurs, Quaracchi, t. n, p. 323, 379), de Richard de Middleton, In IV Sent., 1. II, dist. XVII, a. 1, q. v. Sur cette question de la multiplicité des formes il importe d’éviter tout excès; les opinions sont libres. D'un côté les censures contre l'opinion de saint Thomas sont dénuées de toute valeur. Voir plus loin. D'autre part, la défini­ tion du concile de Vienne (1311) sur l ame forme du corps, n'a 'nullement sanctionné la théorie thomiste au détriment de la théorie que les franciscains ont cru auguslinienne. Cela est reconnu aussi bien par le car­ dinal Zigliara, O. P., De mente concilii viennensis in definiendo dogmate unionis animæ humanæ cum cor­ pore deque unitate formée substantialis in homine, in-8», Rome, 1878, p. 96 sq., que par le P. Prosper de Martigné, La scolastique et les traditions franciscaines, in-8», Paris, 1888, p. 175 sq. Le P. Ehrle, S. J., a pu­ blié des textes qui le démontrent péremptoirement, Zur Vorgeschichte des Concils von Vienne, dans Archiv f. Litt. und Kirchengeschichte des M. d., t. n, p. 369, et encore Olivi’s Leben und Schriften, ibid., t. m, p. 409. Il est certain que les franciscains les plus ardents pour la multiplicité des formes, enseignaient unanimement que l’âme spirituelle est forme du corps. L’un d'eux, Richard de Middleton, un des examinateurs d'Olivi, n’hésita pas â le censurer, et dans son Quodlibet, III, I j | i 550C q. xn, in-8», Paris, 1519, fol. 95. on lit expressément : Contra veritatem fidei est quod dicit (Avicenna ani­ mam non esse formam substantialem corporis mani, sed tantummodo corporis administrantem. 5. L’impossibilité de la création du month· α>· xt-'w·, ou le caractère essentiellement temporel de toute .-r· ture sujette au changement, estime des idées d'Augustin, voir col. 2350, que ses disciples défendirentavec le plus de constance et, semble-t-il, avec le plus de bonheur. L’opuscule de saint Thomas, De æternitaté mumii contra murmurantes, dans ses explications des text· s d’Augustin et d'Hugues de Saint-Victor, montre combien la discussion était serrée, et aussi combien pouvaient être troublés les anciens augustiniens, en lisant cette concession : Et prælerea adhuc non est demonstratum quod Deus non possit facere quod sint infinita actu. Opusc., XXIII, De seternit. mundi, Opera, Paris, 1889, t. xxvn, p. 453. IU. LA LUTTE DE L’AUGUSTINISME CONTRE L’ARISTOTÉLISMB THOMISTE. — 1° L’opposition à la doctrine de saint Thomas (1270-1290) s’explique en grande partie par la résistance de l’ancien augustinisme; la con­ damnation du thomisme (1277) est la dernière victoire des augustiniens. — Nous devons signaler ici ce fait d'une extrême importance pour l’histoire des doctrines, d'autant qu’il a été souvent défiguré par les critiques rationalistes. Renan, Averroès, p. 259, se flattait de dé­ montrer que, sans abuser de la conjecture, on peut dé­ signer les deux foyers de l’averroïsme au xm· siècle, l’école franciscaine et surtout (’université de Paris. Sur la parole de Renan, dépourvue de toute preuve, d'autres ont répété, comme Cantu, Hérétiques d’Italie, t. I, p. 339, que les franciscains, par opposition aux domi­ nicains et aux thomistes, favorisaient les idées averroïstes. Or les documents démontrent absolument le contraire. La lutte contre saint Thomas, durant sa vie et après sa mort, a pour vraie cause rattachement sin­ cère, mais parfois étroit et intransigeant, de l'ancienne école pour les thèses platonico-augustiniennes qu’on voyait renversées. Si l'ordre franciscain s'est trouvé en masse dans l’opposition, loin d'etre poussé par une pré­ férence pour l’averroïsme, c’est par horreur pour les nouveautés philosophiques et pour l’oubli de l’augus­ tinisme, qu’il s'attaquait au thomisme. C'est ce qu'ont définitivement établi les savants travaux du P. Ehrle, du P. Mandonnet, O. P., et de M. de Wulf. Voir biblio­ graphie. Cf. aussi Denifle, Chartularium unie. Paris., t. 1, p. 556. Hauréau, Histoire de la philosophie sco­ lastique, part. II, t. Il, p. 36, avait adopté les fausses vues de Renan. 1. Les faits plus importants. — L’averroïsme apparaît dans l’université de Paris peu après 1250. Ibn Rosch était mort en 1198, Michel Scott datait une de ses tra­ ductions en latin de 1217, Hermann en date une autre de 1240 à Tolède. Dès le 9 mars 1255, un réveil de l’aristotélisme (condamné au concile de Paris en !-U9) se manifeste dans le règlement de la faculté des arts ordonnant l’enseignement officiel des écrits du Stagyrite. Dè# 1256, Albert le Grand publie son !>■ violate intellectus contra Averroem. Le 19 janvier 12'3, une lettre d’Urbain IV renouvelle les décrets de Gré­ goire IX, avec prohibition d'enseigner Aristote. En 1267, apparaît Siger de Brabant, le grand propagateur de l’averroïsme. Thomas d'Aquin, qui depuis 1261 élabo­ rait à la cour pontificale les traductions nouvelles d'Aristote avec commentaires, revient en 1269 à l'uni­ versité de Paris, et aussitôt commence la grande con­ troverse contre l’averroïsme. Voir Mandonnet. op. cit., p. lxxiu. En cette même année sont publiés les mani­ festes des deux partis, le De anima intellectiva de Siger et De unitate intellectus contra averroistas de saint Thomas (scriptum mirabile, s’écrie Guillaume· de Tocco, que nul, capable de comprendre Aristote, ne 250Ί AUGUSTINISME (DEVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) pouvait lire sans être convaincu Acta sanct., martii t. 1, p. 666). Cf. Mandonnet, ibid., p. cxix, cxxvn. L’agitation extrême qui suivit ces écrits aboutit bientôt à une première condamnation (10 décembre 1270) par l’évêque de Paris, Étienne Tempier, de treize proposi­ tions averroïstes se ramenant à quatre erreurs fonda­ mentales : a) négation de la providence; b) éternité du monde; c) unité de l'intelligence dans tous les hommes; d) négation de la liberté. Cf. Denifle, Chartularium univers. Par., t. t, p. 486-487. C’était, semble-t-il, un triomphe pour Thomas, l’adver­ saire de l'averroïsme. Cependant en même temps l'hos­ tilité contre ses doctrines, spécialement contre l'unité des formes substantielles, se manifestait dans une dis­ pute publique, racontée par Jean Peckham, O. M. Cf. Chartularium univers. Par., p. 634, et les sages expli­ cations de Mandonnet. Op. cil., p. exil sq. En 1272 Thomas quitte Paris, au grand regret de l’université, il meurt le 7 mars 1274. Or trois ans après, jour pour jour, le 7 mars 1277, l’évêque de Paris, qu’une lettre du pape Jean XXI, 18 janvier 1277, avait encore pressé de faire une enquête sur les erreurs propagées dans l'uni­ versité, cf. Mandonnet, p. ccxxvi, proscrivait solennel­ lement une série de 219 propositions, qui visait dans son ensemble les grandes erreurs averroïstes. Nul plus que Thomas ne les avait combattues, et voilà que dans cette série, on n’en peut douter, une vingtaine de pro­ positions frappaient expressément l’enseignement du docteur d’Aquin et de son maître Albert le Grand. Cf. Chartularium, t. I, p. 543 sq. Le P. Mandonnet, p. ccxLVtil, a dressé le tableau des propositions tho­ mistes condamnées : elles concernent surtout l’indivi­ duation des esprits, la différence des âmes entre elles, par exemple l’excellence de celle du Christ, indépen­ damment des corps, etc. Autre fait plus étonnant encore. Le 18 mars 1277 (onze jours après la condamnation de Paris) l’arche­ vêque de Cantorbéry, primat d’Angleterre, Robert Kil­ wardby, condamnait un groupe de trente propositions, dont plusieurs, relatives à la philosophie naturelle, attei­ gnaient l’enseignement de Thomas d'Aquin sur l’unité des formes substantielles. L’évêque de Paris avait eu l’intention de condamner aussi ce point ; il avait ordonné l’examen officiel, mais une lettre des cardinaux durant la vacance du pontificat (20 mai-25 novembre 1277) avait ordonné de surseoir. Cf. Chartularium, t. i, p. 625, 626, n. 7. Le P. Mandonnet, p. cxlviii, croit qu’Etienne Tempier n’est pas étranger à cette condamnation an­ glaise. En tout cas, on n’y peut voir simplement une rivalité d’ordre religieux, puisque Kilwardby était, lui aussi, dominicain. 2. Cette condamnation du thomisme en 1277 est une victoire des anciens augustiniens. Sans doute, l'ancienne rivalité des séculiers contre les réguliers avait pu se traduire à Paris par la joie d’englober Thomas parmi les averroïstes. Mais la sentence de l'archevêque domi­ nicain ne peut s’expliquer ainsi. a) La vérité est que Kilwardby représentait « l’ancien augustinisme, dit le P. Mandonnet, p. ccxtix, auquel j le rattachaient sa formation et son activité scienti­ fiques ». La révolution doctrinale, opérée par Albert et Thomas, épouvantait cette ancienne école, chez les do­ [ minicains comme chez les franciscains. Aussi, dans la célèbre dispute de 1270, on avait vu Thomas pris à parti non seulement par l’évêque de Paris, mais par ses frères dominicains : ainsi l’affirme Jean Peckham, le franciscain successeur de Kilwardby sur le siège de I Cantorbéry, témoin oculaire du fait, cf. Chartula­ rium, p. 635; même en tenant compte des exagéra­ tions d'un adversaire, on doit admettre que le fond est exact. — Le P. Ehrle, Per Augustinismus und der Aristotelismus in der Scholastik gegen Endedes xtilJahrh., p. 604 sq., a démontré que l’augustinisme régnait avant I 2508 saint Thomas chez les dominicains aussi bien que chez les franciscains ; parmi ces maîtres dominicains de l’ancienne école, il signale Roland de Crémone (j-1250), Robert Fitzacker, Hugues de Saint-Cher (f 1263), Pierre de Tarentaise (le saint pape Innocent V γ 1276) et Kil­ wardby. « On pourrait même, ajoute le P. Mandonnet, p. LXin, trouver de l’inlluence augustinienne dans un des premiers écrits de saint Thomas » (le commentaire -des Sentences). b) Les lettres de Jean Peckham fournissent des don­ nées absolument définitives sur le fond de la discussion. Ces lettres sont réunies par le P. Ehrle dans Zeitschrift fur hath. Theol., 1889, p. 172-193, quelques-unes dans le Chartularium univ. Par., t. i, p. 624, 627, 634. Or voici ce que nous apprend cet adversaire constant des idées thomistes, qui les combattit à Paris, en Angle­ terre et dans la curie romaine (lettre du I" juin 1285, Chartular., p. 634), qui renouvela même les condamna­ tions de Kilwardby et en porta de nouvelles le 30 avril 1287 (Chartularium, t. i, p. 539, note 8, etc.) : a. Le grand grief qu’il formule contre le thomisme et les do­ minicains, c’est l’amour excessif de la philosophie (au­ jourd’hui on dirait le rationalisme) et le mépris des Pères : cum doctrina alterius eorumdem (l’ordre des dominicains) abjectis et ex parte vilipensis sanctorum sententiis, philosophicis dogmatibus quasi totaliter innitatur, ut plena sit idolis domus Dei el languore. Lettre du 1er janvier 1285, Charlul., p. 627. — b. Mais c’est surtout saint Augustin que Peckham se plaint de voix· oublier : Quid enim magis necessarium, quam, fractis columnis, edificium. cadere, quam, vilipensis auctenticis doctoribus, Augustino et cæteris, fœdum venire principem et veritatem succumbere falsitali? Ibid. — c. Enfin, dans sa lettre du 1·Γ juin 1285 à l’évêque de Lincoln (Chartul., p. 634; Zeitschrift, p. 186), il indique avec précision les doctrines augustiniennes soutenues pax· les franciscains contre les attaques des dominicains : ... philosophorum studia minime re­ probamus,... sed prophanas vocum novitates. « Ce que nous réprouvons, ce n’est pas l’étude de la philosophie, mais les nouveautés introduites depuis vingt ans au mépris des Pères... Quelle est donc la doctrine la plus saine, celle des fils de saint François qui s’appuient sur les saints et les philosophes; vel illa novella quasi tola contraria quæ, quidquid docet Augustinus (I) de re­ gulis æternis et luce incommutabili, (2) de potentiis animæ, (3) de rationibus seminalibus inditis materiæ el (4) consimilibus innumeris, destruat pro viribus et enervat. » Dans la quatrième série est incluse la plura­ lité des formes pour laquelle Peckham avait tant lutté. c) On comprend mieux, après cela, l’origine augus­ tinienne des condamnations de 1277, et aussi des con­ troverses entre les deux grands ordres. Entre les pre­ miers maîtres franciscains et dominicains, il y avait eu intimité. Mais bientôt les deux ordres reçurent une orientation différente. « Thomas, dit le P. Mandonnet, p. cxiir, engage son école et son ordre dans un puissant intellectualisme philosophique et théologique, tandis que Bonaventure vise à établir une école de théologie mystique en maintenant autant que possible la théolo­ gie augustinienne antérieure. » L’observation est justifiée par les documents des deux ordres. Saint Bonaven­ ture a constaté le fait : « Les frères prêcheurs visent surtout à la spéculation, et leur nom l'implique, et en­ suite à l’onction; les frères mineurs tendent principa­ lement à l’onction et secondairement à la spéculation. » In Hexaemeron, coll, xxn, Opera, Quaracchi, t. v, p. 440. Les savants éditeurs franciscains de saint Bona­ venture (Quaracchi), dans la Dissert, de scriptis S. Bon., pars III, de doctrina, t. x, p. 31, reconnaissent dans le docteur séraphique le caractère éminemment augustinien et platonicien; il était porté à la synthèse d’Augustin plus qu’à l'analyse d’Aristote : « Il avait excellera- 2509 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) ment, ajoutent-ils, spiritum conservativum, l’esprit de tradition, opposé à toute nouveauté, » mais non à tout progrès. Voir In IV Sent., 1. III, la conclusion (t. ni, p. 896); sur Aristote et Platon, In Ilexaem., coll. v(de l'année 1273), t. v, p. 360 sq., le sermon Christus unus ma­ gister, t. v, p. 572; In IVSent., 1. II, dist. I, part. I, a. 7, q. il,t.n,p. 22. D’autre part, l’historien de saint Thomas, Guillaume de Tocco, accentue avec insistance, dans la méthode et les doctrines du docteur angélique, la note d’innovation qui ellrayait Peckham : Erat novos in sua lectione movens articulos, novum modum et clarum determinandi inveniens, et novas reducens in determi­ nationibus rationes, ut nemo, qui ipsum audisset nova docere el novis rationibus dubia definire, dubitaret quod eum Deus novis luminis radiis illustraret... Acta sanct., mardi t. vn, n. l.q. 11 en résulte que l’école augustinienne franciscaine représentait la tradition comme les dominicains le progrès. Une heureuse fusion des deux méthodes dans les deux ordres amènera peu à peu l’accord sur les points certains, sans exclure les divergences sur les points encore obscurs (comme l’unité ou la multiplicité des formes), le progrès chez tous. Les censures d’Étienne Tempier, de Kilwardby et de Peckham contre la doctrine du docteur d’Aquin n’arrêtèrent point son essor. Borne s’était réservé le ju­ gement définitif, d’après Peckham lui-même. Lettre du 7 décembre 1281, Chartularium univ. Par.,t. i, p. 625. Un an après la sentence de 1277, le chapitre général de l'ordre, tenu à Milan (juillet 1278), envoyait en Angle­ terre deux visiteurs pour punir toute opposition à la doctrine du vénérable père Thomas. Chartularium, ibid., p. 566. En juillet 1278, Gilles de Lessines publiait son traité De unitate formarum en faveur de cette doctrine. Kilwardby lui-même, promu au cardinalat, avait’déjà sa résidence â Rome; la résistance en Angle­ terre était brisée. Cf. Mandonnet, p. CCLII. On sait que la canonisation de Thomas mit un terme à l’opposition de Paris. L’évéque de Paris, par un acte officiel du 14 février 1325, relira la condamnation de son prédé­ cesseur et combla la doctrine de Thomas des éloges les plus ilatteurs. Cf. Mandonnet, p. ccuv. 2“ La théorie de l'illumination divine fournil au XIIIe siècle un exemple des transformations de l’augus­ tinisme par le péripatétisme. — L’impuissance de l’intelligence à atteindre la certitude de la connaissance intellectuelle sans une influence particulière de Dieu, soleil des âmes (voir col. 2331 sq.), fut un des points les plus caractéristiques de l’augustinisme médiéval; mais dans les phases diverses de celte opinion on peut voir le type de la pénétration lente de l’aristotélisme scolastique dans les esprits les plus augustiniens. Les franciscains, éditeurs de saint Bonaventure à Quaracchi, ont publié sur ce sujet une dissertation très intéressante avec documents nouveaux. Voir Bibliographie. l’« phase. — Avant l’introduction d’Aristote, les théo­ logiens admettaient tous les formules augustiniennes : nous connaissons les choses intelligibles in rationibus ælernis, ou in luce increata, puisque : a) les créatures sujettes au changement ne peuvent nous donner la vé­ rité immuable, certaine, et que b) les diverses intelli­ gences, sujettes, elles aussi, aux variations, prouvent par leur accord sur les vérités, qu’elles les puisent, non en elles-mêmes, mais dans une lumière immuable. Saint Thomas, dans la Quæst. un. de spiritualibus creaturis, a. 10, ad 8““, Paris, 1889, t. xiv, p. 34, décrit avec une extrême clarté l’origine de ce système augustinien, au­ quel il oppose les vues d’Aristote. Voir aussi l’auguslinien saint Bonaventure. Mais qu’entendaient les augus­ tiniens des xt· et xn” siècles par cette vision in rationibus æternisf II est très malaisé de le déterminer. a) Les uns semblent s’être contentés de mettre sous ces formules des idées fort vagues et imprécises, ce qui rend bien difficile toute interprétation. Saint Anselme 2510 lui-même a-t-il livré toute sa pensée? Quidquid rùb-.i. dit-il, per illam lucem divinam video, sicut infirmus oculus quod videt, per lucem solis videt, quam m ipso sole nequii aspicere. Proslogion, c. xvi. P. I... t . . : i. coi. 235. Il est certain que par ces mots et autres s· .blables, il n’a point enseigné l’ontologisme, car c·: te phrase est immédiatement précédée de celle-ci : Γ. ··. Domine, hæc est lux inaccessibilis... Vere vie·· h.me non video, quia nimia mihi est. Cf. Lepidi. E.rc.i - n philosophico-lheologicum de ontol., 1874, p. 225-235. Il est plus probable qu’il entendait par là l'action , natrice de Dieu des bonaventuriens, ainsi que le pense Van Weddingen. Essai critique sur la philosophie de saint Anselme, p. 139, 157, etc. Mais le vague des for­ mules prouve que les idées restaient sur ce point con­ fuses dans beaucoup d’esprits. Voir Jean de Salisbury. Entheticus, v. 639-650, P. L., t. CXCIX. col. 978. b) D’autres interprétaient-ils Augustin dans le sens d’une vision en Dieu des vérités éternelles? Nier que parmi les augustiniens des xn» et xni” siècles il y eut de véritables ontologistes, comme on l'a tait souvent jusqu'ici, n’est plus possible, après les nouveaux docu­ ments publiés par les franciscains de Quaracchi. De humanæ cognit. rat. Le fameux franciscain Pierre-Jean Olivi (j-1298) à la question : Voyons-nous Dieu ? répond que quidam aliquando dicere voluerunt (ils ne disent donc plus), moti auctorii ATiBus Augusti xi, quod Deus in vita ista DIRECTE et IMMEDIATE videtur a nobis, ita tamen quod aliter videant stulti, aliter sapientes, ali­ ter beati (cette vision est donc obscure, imparfaite). Mais pour lui cette théorie est plutôt une erreur qu'une opinion et elle contient des assertions contraires à la foi. Et il cherche une interprétation plausible de saint Augustin. Voir le texte, ibid., p. 245-247. D’ailleurs, l'existence de l’ontologisme ressortait d’une insistance semblable chez les grands docteurs à réfuter expressé­ ment cette interprétation augustinienne. Ainsi saint Bonaventure, dans la Quæst. disp, de scientia Christi, q. iv, éditée pour la première fois par le P. Fidelis a Fanna, De humanæ cognit. ratione, Quaracchi, p. 61 sq., Opéra, t. v, p. 22 sq., décrit admirablement l’ontologisme : ad certiludinalem cognitionem concur­ rit lucis ælernæ evidentia, lanquam ratio cognoscendi tota et sola, et il repousse cette interprétation d’Augus­ tin parce que secundum hoc nulla esset rerum cognitio nisi in Verbo, et tunc non differret cognitio viæ a cognitione patriæ, nec cognitio in Verbo a cognitione in proprio genere..., nec cognitio rationis a cognitione revelationis. Et il ajoute cette remarque profonde que de cette opinion, quant quidam posuerunt (veut-il par­ ler seulement des anciens | latoniciens?) est né le scep­ ticisme. Tout mysticisme exagéré, ontologiste ou autre, produit une défiance incurable de la raison. Richard de Middleton, Quæst. disp., a. 5,éditée dans le De hu>n. cognit. rat., p. 233, réfute également l’ontologisme ex professo, pour ce motif que Dieu habite une lumière inaccessible. I Tim., vi, 16. Saint Thomas a également connu et réfuté l’ontologisme tel qu’il a été présenté au xix” siècle, et il affirme que de son temps il avait des partisans. In 1 V Sent., 1.1, dist. XVH. q. i. a. i. I eris. 1882, t. vu, p. 211. c) Le plus souvent, l’inlluence de la lumière éternelle était comprise comme effective, non comme objective. Notre esprit ne voit pas les rationes ælernæ : mais, selon l’expression souvent employée, ces rationes imprimant in mentem nostram, c’est-à-dire qu’on admettait cette action spéciale de Dieu, déjà expliquée, col. 2336. qui constituait la théorie de l'illumination ou l’irradiation immédiate de Dieu sur les intelligences. Cette interpre­ tation d’Augustin était à peu près universelle, d’après les éditeurs de saint Bonaventure. De humanæ c: gr.it. rat., p. 12 sq., 37-42. Il est vrai qu’on essaie t. · ~e d’attribuer cette opinion à saint Thomas, ce qui est 2511 AUGUSTINISME (DÉVÉLOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) absolument impossible. L'influence qu’il attribue à Dieu, par exemple, Cont. Gent., 1. 1, c. xi, ad 5""’, est médiate par la création, et surtout par la providence qui dirige et prépare toutes nos connaissances, comme elle dirige et prépare tous nos actes bons. Sum. theol., I* 11«, q. cix, a. 1. Cl. Opusc., LXII1, in Boelh. de Tri­ nitate, q. i, a. 1 : in naturaliter cognitis non indiget nova luce sed solo motu et directione ejus; cf. ad 2"01, 6““>, 8““, Paris, 1889, t. xxvin, p. 488; Comment. in Joa., c. i, lect. v. (Pour expliquer cette action provi­ dentielle, comparer la théorie sur les grâces extérieures, voir plus loin Augustinisme théologique.) Le cardinal Zigliara, Della luce intelletluale, 1. IV, c. xn, t. n, p. 357, interprétant ces passages d'une action immédiate de Dieu, a du entendre par là le concours divin. Mais le P. Mandonnet, Siger de Brabant, p. CCLix. ne s’est point trompé en admettant l’idée que Thomas, au début de sa carrière, était « encore sous l’influence de ses maîtres augustiniens », et acceptait comme assez probable la théorie d’une illumination immédiate. En tout cas, c’était, d’après Roger Bacon, l’opinion de Guillaume de Paris (f 1249), de Robert Grossetète (-j-1253) et de tous les anciens théologiens : et omnes sapientes antiqui, et qui adhuc remanserunt usque ad tempora nostra... c’est-à-dire jusqu’à l’apparition de l'aristotélisme. Brewer, Opera quædam inedita, p. 74-75. Cf. Mandon­ net, p. CCLVIII. La théorie de Guillaume de Paris sur la vision de la lumière éternelle demanderait une étude. Cf. Noël Valois, Guillaume d’Auvergne, Paris, 1880, p. 206-278. phase. — Dès que le péripatétisme, adopté par Al­ bert le Grand et saint Thomas, eut introduit la théorie de la connaissance par la distinction de l’intellect agent et de l’intellect passif, les augustiniens, au milieu du xn» siècle, s'insurgèrent contre l’invasion de cette phi­ losophie trop peu idéaliste; mais, phénomène curieux, ils se laissèrent eux-mêmes envahir peu à peu par plus d’une conception aristotélicienne, surtout par les for­ mules. C'est alors que l'illumination augustinienne est expliquée en des termes tout nouveaux : au lieu de dire comme autrefois que Dieu éclaire l'intelligence, on af­ firme, en langage péripatéticien, que Dieu est l’intellect agent de l’homme, que lui seul peut rendre intelligible pour nous la vérité des choses. Mais ici encore sur­ gissent divers systèmes : a) Les uns enseignent avec Roger Bacon que Dieu est l'intellect agent pour l'homme, c’est-à-dire qu’il remplit la fonction attribuée par Aristote à cette faculté de déter­ miner par une image (species) spirituelle l’acte de la connaissance dans l'àme. Voir l’Ôpizs majus, édit, de Bridges, p. 41 ; cf. Mandonnet, op. cil., p. cclvi sq. C’est le système que décrit saint Bonaventure, qu’il re­ connaît fondé super verba Augustini, et qu’il accepte an fond etsi verum ponat, etc., mais en le modifiant. In IV Sent., 1. II, dist. XXIV, part. I, a.2,q. iv, Quaracchi, t. n, p.562. C’est aussi cette opinion que Renan et lesautres critiques n’ont point comprise; ils ont confondu cette théorie augustinienne transformée et inoffensive avec l’erreur « maudite » d’Averroès; d'après le penseur arabe, il n’y aurait dans tous les hommes qu'une seule intelligence éternelle (intellectus possibilis) qui se communiquerait diversement aux diverses âmes hu­ maines, toutes mortelles avec leurs corps. Renan, croyant trouver chez Bacon et les autres franciscains celte même idée, en concluait qu’ils étaient les averroïstes frappés dans la condamnation de 1277. Il est avéré au contraire que cette théorie sur Dieu intellect agent, sauvegardant la distinction de l’intelligence dans chaque homme, n'a été l’objet d’aucune condamnation, et Bacon sur ce point, au lieu d'ètre trop progressiste, était plutôt en retard. Cf. Mandonnet, p. cclvhi. b) Mais les plus sages augustiniens adaptèrent avec plus de modération la théorie de l’illumination à la psy­ 2512 chologie aristotélicienne. Ils accordèrent que la connais­ sance exige dans l’âme la faculté, ou mieux, d’après leur théorie sur les facultés de l'àme, la fonction de l’intel­ lect agent, aussi bien que celle de l'intellect passif. Mais ils ajoutèrent, pour être lidèles à Augustin, que cette activité de l’intelligence était impuissante si Dieu n’y joignait une influence particulière distincte du concours, un rayonnement de la lumière éternelle sur notre es­ prit. Telle est expressément la doctrine de Jean Peckham, l’adversaire de saint Thomas. Quœst. disp., dans De hum. cogn. rat., p. 179 sq. Il veut dans la connaissance un lumen intellectus creatum (ce ne peut être que l'intellect agent, bien que le mot lui fasse peur) et de plus lumen increatum supersplendens, et enfin l’inlelleclus possibilis, p. 181. Et un peu plus loin, p. 182, il dit : luxæternanon est in viaobjectum mentium huma­ narum, sed lumen tantum ostendens veritatem intelligibilium. C’est aussi le sentiment de saint Bonaventure et de ses disciples. Voir la dissertation des franciscains de Quaracchi. p. 27. Sa pensée est plus confuse dans la Quæsl. disp., IV, De scientia Christi, Quaracchi, t. v, p. 22 sq., et dans De hum. cogn. rat., p. 61 sq. 11 faut remarquer avec quelle conviction il dit qu'on ne petit admettre d’erreur chez Augustin, hoc valde absurdum est dicere de tanto Paire et Doctore maxime authentico inter omnes expositores sacræ Scripturæ. Albert le Grand semble aussi adopter cette opinion, dans son commen­ taire InIV Sent., 1.1, dist. II, a.5 : lux intellectus agentis non suf/icit per se nisi per applicationem lucis intel­ lectus increati, sicut applicatur radius solis ad radium s telles. Cf. recueil de Quaracchi, p. 33 ; l’explication de Jean Olivi, ibid., p. 246 sq., est très intéressante. 3» phase. — L’illumination augustinienne va laisser la place à l’intellect agent, resté seul principe de déter­ mination de l’àme â l'acte de la connaissance. Ce sera l'exemple le plus frappant du progrès de la scolastique aristotélicienne. 3» L’augustinisme philosophique cède peu à peu la place au péripatétisme scolastique, ou se fond avec lui. — 1. En général les doctrines caractéristiques de l’au­ gustinisme perdirent toute l’influence que le thomisme acquérait. La philosophie aristotélicienne, dégagée de l’averroïsme, pénétra peu à peu dans toutes les écoles el les franciscains ne tardèrent point à modifier leur ensei­ gnement. Peckham lui-même constatait déjà dans ses lettres ce courant nouveau parmi ses frères. Le P. Ehrie, Zeitschrift f. hath. Theol., 1889, p. 191, et M. de Wulf, loc. cit., p.17, après lui, ont constaté des allusions à l'exis­ tence dans son ordre d’un parti favorable aux idées nouvelles; ce parti ne tarda pas à triompher. On a dit souvent que Duns Scot, dans son opposition au tho­ misme. se meut « dans le sillage de l’augustinisme ». Ce n’est exact que dans un sens très large. Scot est, lui aussi, un péripatéticien. Sans doute il semble encore subir l'influence de quelques théories d'Augustin; il défend la prééminence de la volonté sur l'intelligence et la pluralité des tonnes dans les êtres. Mais sont-ce bien là des principes fondamentaux de l'augustinisme? Est-ce même vraiment de l'augustinisme, au moins si l’on envisage l’aspect que donneà ces pensées le docteur subtil? 2. Spécialement la théorie de l’illumination intellec­ tuelle, se modifiant de plus en plus, va se perdre dans la théorie scolastique de l’abstraction. Peckham lui-même, quand il soutient cette théorie de la lumière éternelle (dans le recueil de Quaracchi, p. 179-182), est loin de nous exposer le pur augustinisme. 11 oppose à Aristote, avec les textes d’Augustin, ceux d’Avicenne pour prou­ ver l’action de Dieu sur l'intelligence : Intellectus agens est substantia separata, quæ influit super mundum æternum. Ibid., p. '181. Ces formules nouvelles distin­ guant rintellectus agens et i’intelleclus possibilis, tout comme Roger Bacon l'avait fait, préparent l'évolution vers le péripatétisme pur. Bientôt l'influence spéciale de 2513 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) 2514 4. Les causes qui amenèrent la victoire du thomisme Dieu, soleil des intelligences, se confondra avec le con­ cours divin, et l’interprétalion des rationes æternæ dans péripatéticien sur l’ancien augustinisme sont multiples: l'école franciscaine sera celle de saint Thomas. On cons­ a) Le R. P. Mandonnet, Siger de Brabant, p. lvii. a tate cette marche de la pensée dans plusieurs documents justement signalé la principale : la philosophie augus­ de la collection de Quaracchi. Le Fr. Eustache d’Arras tinienne, tout imprégnée de platonisme, en partageait (que l'on a longtemps confondu avec saint Bonaventure, les avantages et les inconvénients. Les hautes spécula­ De humante cognitionis ratione, p. xvin) exige bien tions sur Dieu, le Bien, et l'homme la rendaient immor­ encore une irradiation des règles éternelles dans l’âme, telle. Mais l’absence de méthode didactique et thèse ordonnée de tout l'ensemble, puis l'oubii des mais elle est le résultat de l'in/luenlia generalis, quine semble chez lui guère distincte de la création et du données expérimentales qui imprimaient à l’aristotélisme concours. Voici ses formules : Non mdt dicere Augu­ une allure plus scientifique et positive, préparaient le stinus quod veritas increata luceat menti immediate triomphe de la philosophie nouvelle. Le caractère vague, imprécis et mystique de certaines spéculations, par per seipsam, sed per aliquam sui similitudinem ex­ pressam, qua mentem informat sui notitia, sicut lux exemple dans la théorie de la connaissance, les con­ informat aciem sua expressissima similitudine, quæ damnaient à disparaître devant une analyse exacte des est lumen seu radius, per quam agnoscitur ipsa lux, choses. licet, in suo fonte non videatur. Quæst. disp., I, ibid., b) La sagesse et la modération de la nouvelle école p. 186. Un peu plus loin, il dit que la vérité incréée contribuèrent puissamment à son triomphe : Albert le est ratio videndi alia, non pas qu'on puisse la contem­ Grand et saint Thomas, loin de se poser en adversaires pler immédiatement, mais hoc jacit per quasdam regu­ de saint Augustin, comme on le leur reprochait, se met­ las, hoc est per quasdam irradiationes vel illustrationes taient à son école et, tout en modifiant certaines théories, supra mentem, quæ ideo dicuntur regulæ quia directives introduisaient et absorbaient dans leur système toute la sun (mentis innotitiam aliarum veri latum. Ibid., p. 186. théologie du docteur d’Hippone. « C’est avec la méthode Maisces irradiations sont-elles autre chose que les pre­ scientifique d'Aristote, dit le R. P. Mandonnet, p. lviii, miers principes? Le frère Eustache a soin d’ajouter que qu’ils réorganisèrent le dogme augustinien pour lui as­ la lumière incréée éclaire sans cesse notre âme, sicut surer des assises plus fermes el une ordonnance plus semper in/luil ad conservandam naturam. Ibid. Ce systématique. » Ainsi il n’y eut plus d'école strictement n'est donc plus que l'action conservatrice et le concours. augustinienne, parce que toutes les écoles l’étaient; Richard de Middleton (de Mediavilla) ne veut rien exiger toutes éliminèrent certains points spéciaux, et gardèrent de plus, semble-t-il, dans sa (Juæstio disputata sur ce pour le maître une même vénération. Ce qui disparait, sujet, ibid., p. 220-245; car lui aussi ii n’exige de Dieu c’est uniquement l’augustinisme sous un aspect trop dans la connaissance que le concours requis dans toute étroit et trop limité que lui donnaient des questions par­ action des créatures: per suam influentiam generalem ticulières alors agitées, c’est l'augustinisme trop plato­ quæ necessaria est ad hoc quod agens creatum agat nicien; mais le grand augustinisme, avec ses vues sur quamcumque actionem. Dieu, sur les idées divines, sur la Trinité, sur la ré­ 3. La fusion de l'augustinisme et du thomisme éclate demption, sans parler de la grâce, conserve toujours dans la schola ægidiana, qui, composée des religieux son empire sur les esprits. de Saint-Augustin, se réclame plus hautement de son tv. l’augustinisme dans les temps modernes. — nom depuis le xtv» siècle. 11 est â remarquer que son Après ce qui a été dit, col. 2321, el en réservant l'im­ plus illustre docteur, celui qui lui a donné son nom, mense mouvement augustinien dans les questions de la Gilles de Rome (Ægidius Colonna, 1247-1316, doctor fun­ grâce (voir plus loin et aussi Augl'stinianisme, col. 2485,i, datissimus), est en même temps, le R. I’. Mandonnet le nous n’avons qu’à indiquer ici quelques faits impor­ proclame, op. cil., p. lxiv, un fervent disciple de Thomas tants : d’Aquin. Plusieurs lui attribuent à tort, selon le docte 1° Aux xv» et xvi» siècles, une renaissance très exagé­ P. Echard, O. P., la fameuse apologie du thomisme, rée de platonisme chercha un point d’appui dans la Correctorium corruptorii. Cf. Fernandez, O. S. A., philosophie d’Augustin. Ce fut sous une inspiration Bevis ta agustiniana, 1882, t. n, p. 141-151, 365-374. tout augustinienne, dit Nourrisson, La philosophie de Mais cette union des écoles égidienne el thomiste n emS. Augustin, t. Il, p. 175, que Bessarion (f 1472) com­ péchait point des divergences sur des questions particu­ posa ses plaidoyers en faveur de Platon, en particulier lières dans lesquelles les augustins voulaient suivre de sa réfutation de Georges de Trébizonde sous le titre Ad­ plus près leur docteur préféré. Ainsi, Gilles de Rome versus calumniatorem Platonis, Rome, 1469. Cf. Henri aurait, d'après le P. Mandonnet, rejeté l’unité de la Vast, Le cardinal Bessarion, p. 337. Le mouvement pla­ forme substantielle dans l'homme, d’après le De erro­ tonicien se propagea rapidement et envahit tout, même ribus philosophorum, η. 7, publié par le savant domi­ la cour de Léon X. Marsile Ficin (j- 1499). l’imprudent nicain, dans Siger de Brabant, appendice, p. 7. CL apôtre de cette résurrection, s’appuie sur l’autorité du p. i.xiv, CI.XXV1, sur l'authenticité de cet écrit contre les grand docteur africain, pour opposer Platon au donbie auteurs de Vllist. hltér. de la France, t. xxx, p. 484; courant de l’averroïsme panthéiste et matérialiste qui menace d'engloutir toute croyance à la vie luture; mais Mattioli, Studio critico sopra Egidio Bomano, Rome, Ficin, loin d’imiter Augustin et de convertir Platon au 1896, p. 185. 11 est du moins certain que Robert d’Erfort écrivit contre Gilles une apologie de certaines christianisme, semble sacrifier inconsciemment sa foi opinions de saint Thomas qu’il avait attaquées. Voir aux plus étranges rêveries. Enfin, vers la fin du Ehrle, Archio für Litt. und Kirchengesch.,l. il, p. 227 xvi» siècle, François Patrizzi, rappelant les magnifiques éloges des platoniciens par saint Augustin, demandait 239. K. Werner a étudié en détail les points spéciaux au pape Grégoire XIV de bannir des écoles chrétiennes qui ont distingué cette école, par exemple Tame de la philosophie péripatéticienne. Cf. Launoy, De varia l'homme considérée comme image créée de la Trinité, Aristotelis fortuna, in-12, Paris, 1666, p. 88. Dieu consommateur et béatitude de l'homme envisagé 2» Au xvn» siècle, il faut signaler certains rapports comme l'objet spécifique de la théologie, Deus in quan­ indéniables entre le cartésianisme et la philosophie de tum glorificator vel glorificativum est subjectum theo­ logies, dit Grégoire de Rimini. O. S. A.. In IV Sent., saint Augustin. Certes il y a une étrange exagération à prol., q. tv, a. 2, distinction des deux connaissances soutenir, comme Huet l'a fait dans sa Censura philoso­ spirituelles de l'homme, science et sagesse, etc. Nous phise cartesianæ, te édit., Paris, 1694, p. 244 sq.. que renvoyons à cette auteur, Der Auguslinismus des spâDescartes n’est qu'un plagiaire audacieux, et surtout de teren Mittelallers, Vienne, 1883. l'évêque d'ilippone. Mais on ne peut nier quelques res- 2515 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) 2516 égale diversité de jugements sur le développement de l’augustinisme. 1» La théorie des critiques protestants est très sim­ ple : persuadés du caractère prédestinatien de la grâce augustinienne et de la négation de la liberté par l'évê­ que d'Hippone, quand ils voient l’Église défendre la liberté avec une énergie toujours croissante, ils en con­ cluent que l’Église a été infidèle â l'augustinisme et a fini par l'étouffer. Ainsi, ceux-là même qui proclament la vitalité de l’esprit d'Augustin dans la piété du catholi­ cisme et dans l'ensemble doctrinal de l'Eglise, col. 2324, font exception pour le dogme de la grâce et accusent l’Eglise de n’avoir prodigué les éloges les plus pompeux au système d'Augustin sur la grâce que pour mieux dissimuler l’envahissement progressif du pélagianisme. La formule de Loot’s a été citée, col. 2325, c’est égale­ ment la théorie de M. Harnack. On peut même dire que l’idée mère du ni" volume de son J/istoire des dogmes consiste à montrer cette pénétration continue du pélagianisme dans le catholicisme aux dépens du véritable augustinisme. Au Ve siècle, le semipélagianisme règne et le concile d’Orange est loin de le réprimer complètement, Lehrb. der Dogmeng., 3° édit.,‘t. ni, p. 225-240; dans la lutte du ix· siècle, c’est l’augusti­ nisme vrai qui est frappé en la personne de Gottschalk, ibid., p. 269-278; c’est lui qui inspire au xrv» siècle le déterminisme de Bradwardin et de VViclef, son disciple, condamné à Constance, ibid., p. 433-455 ; c’est lui que la scolastique décompose savamment, p. 551-581 ; que le concile de Trente dissimule et rejette à l’arrière-plan, p. 635-646; enfin la condamnation de Baius et de Jansénius marque la chute définitive de l’augustinisme dans l’Eglise et le triomple du semipélagianisme, p. 658-670. Tel est aussi le jugement de Dorner, Augustinus, p. 205; de Bohringer. Augustinus, t. 1, p. 258; t. n, p. 118, i de de censures injustes par le pape lui-même dans la con­ plus, nulle créature n'est bonne que par Dieu. c. il, Denzinger, n. 89. — B. Étendue de cette nécessité : damnation du pseudo-synode de Pistoie. Bulle Auctorem fidei, a. 26, Denzinger, n. 1389. — d) Enfin, certaines a) pour tous même pour la persévérance des justes, formules ont été abandonnées parce que leur obscurité c. in, IV, quod nemo nisi per Christum libero bene utatur pouvait favoriser de fausses conceptions de nos mys­ arbitrio, Denzinger, n.91; b) pour tout acte bon et salu­ tères. Ainsi les expressions qui semblaient identifier le taire, qui doit être inspiré, instinctu Dei (pape Zozime·, et péché originel et la concupiscence ont fait place à des préparé par le Seigneur (évêques d’Afrique), c. v-vn, formules plus claires, sans renoncer au vrai sens que Denzinger, n. 92-94. Le chapitre vm résume en attri­ saint Augustin avait voulu exprimer. Voir col. 2395. buant â Dieu et borne voluntatis exordia, et incre­ II. TRIOMPHE AU VI· SIECLE DE L’AUGUSTINISME menta probabilium studiorum, et in eis usque in fin· m MODÉRÉ SUR LE SEMIPÉLAG1AN1SME ET LE PRÉDESTINAperseverantiam. — C. La preuve de cette nécessité universelle est dans les prières de l’Église, c. vm, Den­ tianisme. — De la mort d’Augustin au 11" concile d’Orange (430-529) cinq grands faits sont à signaler : zinger, n. 95. — D. La liberté demeure, malgré cette 1· l’augustinisme sanctionné en 431 par le concile nécessité de la grâce, ab initio fidei, c. ix, Denzinger, d’Êphèse et une décrétale de Célestin 1er; 2° l’opposition n. 96. — E. Le dernier chapitre, le X", Denzinger. n. 97. semipélagienne â la théorie augustinienne ; 2" l’exagélaisse les autres questions subtiles â la libre discussion. ralion de cette théorie par les prédestinatiens, Lucidus Voir col. 2463. Au fond ces capitula fixent déjà la vraie mesure de ce que l’Église regardera toujours comme et autres; 4° le progrès de l’augustinisme modéré par le De vocatione omnium gentium ; 5° le concile d’Orange essentiel et catholique dans l’augustinisme : elle a en 530, triomphe de l’augustinisme modéré. depuis clarifié un point ou deux, mais elle n'a point 1° L’augustinisme sanctionné deux fois en 431. — varié. 1. D’abord au concile d’Ephèse. — Immédiatement 3. Fin du pélagianisme. — Après ces condamnations, après la mort du grand évêque, s’ouvrit à Éphèse le on constate encore diverses tentatives des p, i.lr;-ns concile général auquel, par honneur, l’empereur l’avait pour ressaisir l’influence, mais elles furent promptement spécialement invité. Julien d’Éclane et plusieurs des dixréprimées. En 439, la dernière année du pontificat de huit évêques pélagiens, exilés pour leur obstination, I saint Sixte III, divers évêques pélagiens, simulant une avaient fait cause commune avec Nestorius : accueillis conversion, voulaient remonter sur leurs sièges, Julien par lui à Constantinople, ils l’accompagnèrent à Éphèse essaya d'envahir l’évêché d’Eclane. Mais le saint pape, et le soutinrent dans sa révolte contre le concile. Lettre encouragé par l’archidiacre Léon, son futur successeur, des Pères du concile au pape Célestin, Mansi, t. iv, rendit ses efforts inutiles. Cf. Noris, Hist, pelag., L II. col. 1334. Noris a pourtant démontré que les Orientaux, c. xn, Bassano, 1769, col. 337. en admettant le concours des pélagiens, n’avaient point Saint Léon continua la lutte en Italie : sous son pon­ pour cela partagé leurs erreurs. Hist, pelag., L 11, c. ix, tificat, vers 446, saint Germain, évêque d’Auxerre, dut Bassano, 1769, col. 313-322. Mais les Pères orthodoxes passer une seconde fois avec Sévère, évêque de Treves, dans la Grande-Bretagne, infestée encor·· par les p.’-lacondamnèrent les deux erreurs, ainsi que l’atteste saint Prosper, Carmen de ingratis, vers. 68, P. L., t. li, giens; plus heureux que dans la première mission de col. 99. Cette condamnation est constatée dans les ■430 (avec saint Loup de Troyes), il obtint cette fois qu­ Actes : a) dans la lettre citée du concile au pape, Mansi, ies évêques pélagiens fussent chassés de l’ile, et la paix t. IV, col. 1338 : <■ Quand on eut lu devant le saint syfut assurée. Nvris, ibid., p. 341. Le pape Gelas- I" 2519 AUGUSTINISME (DEVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) 2520 (492-496) eût encore à lutter contre cerlaines menées ner à l'un une grâce efficace, qui respectera sa liberté, pélagiennes, et on a de lui, outre deux lettres à Hono­ sans priver les autres d’une grâce qui leur conférera le rius, évêque de Dalmatie, P. L., t. lix, col. 30-33, et pouvoir de se sauver, mais dont de fait ils ne voudront une autre aux évêques du Picenum, ibid., col. 33-41 point profiter. (voir col. 2464), enfin un vrai traité Adversus pelagiaC’est pour n’avoir pas saisi ce principe fondamental nam hæresim. Ibid., col. 116-137. de l'augustinisme, que les erreurs signalées, pendant 2« L’opposition semipélagienne à la theorie augus­ tout un siècle, agitèrent l’Église de Gaule. Le monitoire tinienne. — 1. Caractère général de celte opposition. — de saint Célestin Ier n’étoufl'a pas ces théories : il était La décrétale de Célestin ne mit point fin aux disputes : conçu en termes trop vagues, sans doute à dessein pour on le comprend mieux si on suppose que les capitula ménager des catholiques sincères que Prosper et furent publiés seulement plus tard, et si on tient compte Hilaire avaient hautement loués et dont l'influence était du caractère vague et assez mêlé du courant semipégrande. Cf. Noris. Ilist. pelag., L II, c. v, col. 266. lagien. — a) La source de toutes les discussions est dans Mais le document pontifical eut un heureux résultat : ce fait que Cassien et ses partisans ne comprirent ja­ on cessa peu à peu d'attaquer Augustin, et on examina mais l'explication de l’action divine par Augustin : com­ les questions en elles-mêmes. Les quinze capitula ment Dieu sait, avant de conférer une grâce, le résultat Gallorum que réfute saint Prosper, P. L., t. i.l, col. 157qu'elle amènera : sic eum vocat. Quomodo scit ei con­ 170, étaient un recueil des accusations gauloises contre cutere ut vocantem non respuat, voir col. 2389-2390, l’évêque d’ilippone. Après la lettre de Célestin, l-'auste et comment Dieu peut ainsi donner à tous une grâce de Riez sera plein de respect pour Augustin et le citera suffisante pour le salut, et à quelques-uns une grâce même avec honneur. Dire avec Arnold, Cesârius, p. 533, efficace sans entraver leur liberté. Augustin soupçon­ | que les citations sont ironiques, c’est une assertion nait leur méprise, quand il demandait qu’on envoyât I contraire aux textes, comme le démontre Wôrter, Zur aux moines d'Adrumète ses réponses ad SimpliciaDogniengesch. des Semipelag., Paderborn, 1898, p. 81. num. Voir col. 2379. — b) De là une erreur d'interpré­ 2. Les représentants du semipélagianisme ontpresque tation par rapport aux écrits d’Augustin. Partout ou ils tous donné lieu à des discussions et à des apologies qui voyaient une élection spéciale de Dieu, ou l’affirmation seront étudiées à propos de chaque personnage. d'une grâce précédant tout acte bon, toute préparation, a) Cassien, le premier chef, celui que réfute Prosper, ils concluaient qu’Augustin détruisait l’activité person­ Contra Collatorem, P. L., t. li, col. 213-277, s’éteignit nelle, qu’il enseignait le fatalisme, qu’il innovait : bientôt après Augustin (vers 435). Ses idées restèrent Hemoveri omnem industriam... el sub hoc praedesti­ dominantes dans le clergé, et Vasquez, d’après Noris nationis nomine fatalem quamdam induci necessi­ qui l'appelle magnus theologus et in semipelagiana tatem:... obstinationem suam vetustate defendunt. historia magna cum laude versatus, affirme que la Lettre de Prosper à Augustin, P. L., t. xliv, col. 949. plupart des évêques gaulois en étaient pénétrés. Voir L'innovation, tel était le grand reproche : Contrarium Koch, op. cit., p. 151. — b) Vincent de Lérins est-il le putant Patrum opinioni et ecclesiastico sensui, quid­ Vincent dont saint Prosper réfute les objections (traves­ quid in eis de vocatione electorum secundum Dei pro­ tissement des idées augustiniennes assez semblable aux positum disputasti. Ibid., col. 947. De nombreux cri­ capitula Gallorum), P. L., t. li, col. 177-186'? C'est un tiques ont vu, non sans quelque apparence, un écho de point très discuté. Nous avons indiqué certains passages ces plaintes dans le Commonitorium de Vincent de assez, suspects du Commonitorium. Voir aussi Noris, Lérins, c. xxxii-xxxm, P. L., t. L, col. 684; cf. c. xxvt, Dist. pelag., 1. H, c. xi, col. 326-336. Toutefois Baronius, col. 674. — c) Telle fut l'origine des erreurs positives Papebrock, Acta sanctorum, maii t. vi, p. 284, des semipélagiens. Ils voulaient à tout prix assurer la Alticozzi et d'autres le justifient. Voir Hergenrother, Histoire de l'Église, trad, franç., t. n, n. 123, p. 195. possibilité du salut pour tous. Or, admettre en Dieu une prédilection quelconque pour ceux â qui il destine­ — c) Saint Hilaire, évêque d’Arles (7449), dont Prosper rait d'avance une grâce efficace, ou ia persévérance dit, dans sa lettre à Augustin, admiratorem secta­ finale, et la gloire du paradis, d'après eux, c’était en toremque in aliis omnibus tuæ esse doctrinæ, P. L., même temps enchaîner la liberté de ces élus, et priver t. xliv, col. 953, mais qui fut profondément troublé les non-élusdu pouvoir nécessaire de se sauver qu’exige par la prédestination, n’est pas pour cela semipélagien. l'universalité de la rédemption. Ils en concluaient donc: Cf. Acta sanctorum, t. v maii. — d) Saint Honorat, a. qu’il n'y a point de prédestination des élus; b. point évêque de Marseille (f 492), a été vengé des attaques de de don de persévérance finale qui assure le salut; Noris par Noël Alexandre, sæc. v, c. m, 7, § 10, Venise, c. point de grâce spéciale et personnelle, comme ils 1778, t. v, p. 50. — e) Fauste, abbé de Lérins en 433, disaient, qui assure le consentement de certaines âmes évêque de Riez en 462, mort vers 490, est plus suspect (ce que nous nommons grâce efficace) ·, d. mais, au con­ â cause des condamnations portées contre ses œuvres. traire, ils admettaient une grâce générale et commune H est certain que dans son désir légitime d’établir la donnée â tous : seule la liberté détermine si elle est possibilité du salut pour tous, il est arrivé à nier le efficace ou non. Ou, si Dieu donne à certains une grâce bienfait de la grâce efficace et de la prédestination. De de choix qu'il ne donne pas à d'autres, par exemple la gratia Dei et lib. arb., 1. I, c. xv, il dit : non specialem foi, ou les préparations à la foi (initium fidei), c’est esse circa credentes Dei beneficentiam, etc. P. L., que ces âmes ont mérité celte grâce par leur bonne t. Lviii, col. 808. Au 1. 1, c. ix, col. 795, et très souvent, volonté antérieure, par leurs prières, etc. Telles sont les il affirme qu'il dépend de nous seuls, sans la grâce, idées qui pendant un siècle agitèrent l'Église des Gaules, de chercher Dieu, de frapper. Il admet en Dieu la et telles sont les erreurs que l’Église condamnera. prescience de nos actes, il montre fort bien que l’œil On a dit autrefois que les semipélagiensn’avaient point de celui qui prévoit n’influe point sur la réalisation de nié la première grâce pour Vinitium ftdei, mais qu’ils l'acte, non oculus facit ut res videnda nascatur, 1. Π, avaient eu le tort d’admettre la science moyenne, une c. ill, col. 817 ; mais il nie tout décret divin de pré­ grâce non prédéterminante, et l’élection post merita. destination, même pour les enfants ; que les uns reçoivent Le savant dominicain Noël Alexandre a réfuté expres­ le baptême et les autres meurent avec le péché originel, sément cette erreur historique. Ilist. eccles., sæc. v, c’est indépendant de Dieu. Cf. c. iv, col. 818. c. tu. a. 8, De semipelag. error., Venise, 1778, p. 52. 3. Les défenseurs de l’augustinisme. — a) Le plus Mais on peut ajouter que leur grand tort fut précisément illustre et le plus sage fut sans contredit Prosper d'Aqui­ taine (-j- 463) dont les écrits, en particulier le Carmen de ne pas appliquer la science moyenne à la providence: ils auraient compris, que Dieu peut gratuitemeut don­ de ingratis (jeu de mots sur les adversaires de la grâce), 2521 AUGUSTINISME (DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DE L’) résument toute la controverse. Il a toujours regardé les semipélagienscomme catholiques, les décisions de Rome n’ayant pas été assez, précises; mais après la lettre de Célestin, il est dur pour eux, et les appelle calumnia­ tores, lupos occultos, hypocritas. Voir Noris, Hist, pelag., I. Il, c. v, p. 266; c. x, p. 322-226. — b) Le pape Gélase I" (492-496), dont l'activité antipélagienne a été signa­ lée, proclama l'autorité de saint Augustin. Voir col. 3463. Dans le décret qui porte son nom, les écrits de Cassien et de Fauste sont signalés à la Ve partie, comme apo­ cryphes, c'est-à-dire au moins suspects. Cf. Ewin Preuschen, Analecta, kürzere Texte zur Gesch. der alten Kirche, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, I893, p. 154; P. L., t. t.tx, col. 163-164; Mansi, t. vin, col. 145. Malgré les incertitudes sur l’origine des diverses parties de ce document, on croit que l’insertion de ces deux noms fut faite par Gélase dans le concile romain de 494. Cf. Jaffé, 2» édit., n. 700. Le pape Ilormisdas, dans sa lettre de 520, fait allusion à cette censure comme ayant été déjà por­ tée. Voir col. 2465. — c) Vers 519-523, la lutte contre le semipélagianisme fut poursuivie par les moines de Scythie (auteurs de la controverse des théopaschites) et les évêques d’Afrique. Un mémoire, signé par Jean Maxence et autres moines, fut remis en 419 aux légats du pape Ilormisdas à Constantinople. P. L., t. xlv, col. 1771-1772; t. I.xxxvi, col. 75-86. On y lisait par exemple : abominantes eliam eos qui contra vocem apostoli audent dicere : nostrum est velle, Dei vero perfi­ cere, η. 3. La correspondance entre l'évêque africain Possessor, intermédiaire des moines de Scythie, et le pape Ilormisdas (en 520), a été indiquée, col. 2465. Le débat roule sur les écrits de Fauste de Riez, et il faut le remarquer, la modération du pape égale celle de l'évêque. Fauste n’est pas rangé parmi les Pères faisant autorité, mais on peut lire ses livres avec prudente ré­ serve, et les moines scythes sont blâmés de soulever des questions impertinentes. Maxence, froissé de ces reproches, publia une critique irrévérencieuse de cette lettre dont il simule de suspecter l’authenticité, P. L., t. Lxxxvt, col. 93-112, etadresse un mémoire contre Fauste aux évêques d’Afrique exilés en Sardaigne. — d) Saint Fuigence, évêque de Ruspe, au nom des autres évêques, prit en main la défense d’Augustin. Du fond de la Sardaigne, il avait publié ses trois livres Ad Moninum, dont le pre­ mier maintient le dogme de la prédestination, tout en rejetant les exagérations de Monime sur la prédestina­ tion au péché. Pour répondre aux instances des moines scythes, il écrivit à son retour en Afrique (523) les trois livres, dédiés à Jean (probablement Maxence, cf. Bardenhewer, Palrologie, trad, franç., t. m, p. 23) et à Vénérius, De veritate prædestinationis et gratiæ. Ce fut lui aussi qui écrivit, quoique son nom ne soit pas parmi les souscripteurs, la célèbre lettre synodale des évêques africains, adressée, après délibération en synode, à Jean et à Vénérius. 11 est aussi l’auteur de Ja réponse collective, véritable traité, au diacre Pierre et aux autres Orientaux. Voir Bibliographie. Nous savons parla lettre synodale, n. 10, P. L., t. lxv, col. 442, et par la vie de saint Fulgence, qu’il avait composé un grand ouvrage en Vil livres, malheureusement perdu, contre le traité de Fauste De gratia. Fulgence s’était pénétré de l’augustinisme au point de mériter le titre d’.'l ugustinus abbreviatus. Et cet augus­ tinisme il l'a compris comme il a été exposé, col. 23842389, 2398. Seulement il en garde toutes les sévérités, excessives d'après nous, pour les enfants morts sans baptême, ainsi que les incertitudes sur l'origine des âmes. Cf. De veritate prædest., 1. 111, c. xvin, n. 28. P. L., t. lxxxv, col. 666. Il en garde aussi les obscurités sur la volonté divine de sauver tous les hommes et sur la distribution de la grâce. C’est ce point principal ou il a été victime des formules violentes d'Augustin; et, pour soutenir que Dieu n’a pas eu une volonté absolue de 2522 sauver tous les hommes, ce que nul ne peut nier. il arrive à dire que Dieu ne veut d’aucune façon le salut de tous, et que la grâce est refusée à un grand nombre. De verit. prædest., 1. III, c. x-xin. n. 17-2 ; I . t. lxv, col. 660; cf. Epist., xvn (lettre synodale i. n. i". ibid., col. 438. Mais quand il parle de la prédestination divine — et c’est le dogme qu’il défend surtout contre Fauste — il re­ pousse toutes les énormités que l’on attribuait à Augus­ tin sous ce nom : a) La liberté ne souffre aucune atteinte de la prédestination, et saint Fulgence repousse toute action qui lui enlèverait le pouvoir de se détermi­ ner : Prædestinationis nomine, NON aliqua voluntatis humante coactitia necessitas exprimitur, sed mise­ ricors et justa futuri operis divini sempiterna dispo­ sitio prædicatur. Ad Monimum, 1. I, c. vu, P. L., t. lxv, coi. 157. — b) La prédestination est fondée, d'après lui, sur l'immutabilité de la connaissance divine : Quisquis enim veritatem prædestinationis divinæ negare con­ tendit, mutabilem Deum sine dubio prædicat, etc. De verit. prædest., 1. Ill, c. I, η. 1, ibid., col. 651. Rien de plus sage que cette théorie, d’après laquelle c'est un dogme, évident à la raison elle-même, que Dieu doit savoir de toute éternité où sa providence conduit le monde, les méchants comme les bons. e) Saint Césaire, archevêque d’Arles (502-542), avait été moine au couvent de Lérins. Néanmoins il combat­ tit avec autant de fermeté que de modération le semi­ pélagianisme toujours très répandu même apres la mort de Fauste. Sa réfutation de Fauste De gratia et libero arbitrio est perdue, mais sa grande œuvre fut la célébration du IIe concile d'Orange qui mit tin à ces disputes. 3° Condamnation du prédestinatianisme naissant, au concile d’Arles (475). — Les théories augustiniennes suscitèrent-elles dès le v· siècle, en face des semipéla­ giens inquiets pour la liberté, des disciples exagérés qui, incapables de saisir les distinctions subtiles du grand docteur, inaugurèrent un effrayant prédestinalianisme? C’est un problème qu’il faut résoudre, pour comprendre le progrès de l’augustinisme dans cette première période. 1. Le problème de l’hérésie prédestinatienne. — On appelle ainsi le système que les semipélagiens attri­ buaient aux partisans d’Augustin, système caractérisé par ces deux erreurs : D’abord on affirme en Dieu une prédestination des réprouvés au péché et à l'enfer, aussi bien qu’une prédestination des élus au mérite et à la gloire. De plus, cette double prédestination se réa­ lise par une impulsion irrésistible de la puissance di­ vine enchaînant les uns au bien et les autres au mal. Plus de liberté, plus de grâce suffisante, plus de volonté divine du salut de tous. Voir la formule rejetée par le concile d’Orange, Denzinger, n. 170, aliquos ad mal mi divina potestate prædestinatos esse. Or, historiens et théologiens ont vivement disait si au Ve siècle une telle hérésie a eu réellement des repré­ sentants,ou si elle est une pure invention des semi] ■ f i­ gions ne comprenant pas le véritable augustinisme et cherchant à le rendre odieux. Les deux opinions les plus opposées ont eu des partisans. La dernière, celle qui croit que tous les documents ou il est question de cette hérésie sont falsifiés par les semipélagiens d'.rreur de Lucidus, sa condamnation au concile d'Arles, seraient des inventions de Fauste de Riez) a pour elle le calviniste Usher (Jac. Usserius), Jansénius et ses adeptes, et certains savants catholiques, tels que Cab.i'm. — Il ne l’ap­ pelle pas ordinairement gratia (ce mot est réservé à la grâce habituelle) ni même proprement gratia gratis data, comme d’autres scolastiques, mais c’est pour lui une question de mots, et finalement il tolère cette der­ nière expression. Voir In IV Sent., 1. 11, dist. XXVIII, q. i, a. 4.Beaucoup de scolastiques l'appellent in/luentia generalis (par opposition à la grâce surnaturelle),d'autres in/luentia specialis (par opposition au simple concours qui accompagne les actes même mauvais, tandis que cette motion providentielle prépare les seuls actes bons). c) Bien comprise, cette théorie défend les scolastiques contre les accusations de pélagianisme souvent formu­ lées contre eux. — On les accuse d'avoir exagéré les forces de la nature humaine en admettant que l’homme peut, ex viribus naturæ, vaincre les tentations, éviter le péché, tandis que saint Augustin et le concile d'Orange disent que tout acte bon, toute prière vient de Dieu. Saint Thomas lui-même a été accusé pour la première période de sa vie (celle des commentaires In Sententias) et plusieurs de ses disciples l'ont défendu en opposant au pélagianisme de Thomas jeune, l'augustinisme de Thomas senior. Mais l’accusation tombe d'elle-mème. si on comprend la théorie de l’action providentielle : le docteur d’Aquin exclut de ces actes bons naturels toute grâce surnaturelle quoad substantiam, mais il affirme toujours contre Pelage le don de Dieu réclamé par saint Augustin, cette direction providentielle qu’on peut même appeler grâce. Voici un texte capital dans l’article le plus suspect, In IV Sent., I. II, dist. XXVIH,q. I, a. 3, Paris, 1867, t. vin, p. 372: Sed si gratia pro divina voluntate gratis in noris OMNIA BONA causante accipiatur, di­ cendum quod neutro modo homo sine gratia præcepta implere potest, et ideo pelagius erra vit, quia sim­ pliciter impleri præcepta legis posse sine gratia posuit. Saint Thomas a très bien compris l’erreur de Pélage niant toute dépendance de l'homme par rapport à Dieu. 3° Courant pélagien au moyen âge. — Si les grands scolastiques ne furent point pélagiens, d'autres, il faut le reconnaître, se laissèrent séduire; les uns, audacieu­ sement, comme Abélard, nièrent le péché originel, et tl'y virent que des conséquences fâcheuses, non une faute. Voir col. 47. La même erreur fut adoptée par les disciples d'Abélard, par l'auteur de l’Epitome, c. xxxm, P. L., t. CLXXvm, col. 1753, Ognibeneet les Sentential de Saint-Florian, dans Gielt, Die Sentenzen Rolands, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 130-133. D’autres, inconsciem­ ment, pour expliquer la liberté, nièrent l’action divine. Les uns infirmaient la certitude de la prédestination. L’homme étant libre de ses actes, pourquoi un nonprédestiné ne se sauverait-il pas, et réciproquement? Dans ce cas, la liste des élus se modifie à chaque instant, et la providence demeure incertaine de ses résultats. Plusieurs allaient jusqu'à soutenir que la liberté peut agir autrement que Dieu ne l’avait prévu, et alors Dieu tout-puissant peut faire que sa prescience n’ait point existé! Voir Ayguanus (Angriani, carme, 1400)exposant cette erreur, Inl F Sent., 1. 1, dist. XXXIX; dist. XLII, concl. 3*, p. 166 sq. D’autres, comme Durand, niaient le concours immédiat, de peur de nuire à la liberté. En gé­ néral, on doit avouer que les nominalistes sacrifiaient à la liberté de l’homme les droits de Dieu. 4° Courant prédeslinatien au moyen âge, toujours combattu par les grands scolastiques. — 1. Avant Brad­ wardin. — Au xnt< siècle, la négation de la liberté n’est point le déterminisme théologique des augustiniens exa­ gérés, c’est le déterminisme panthéiste ou matérialiste introduit par les disciples d'Averroès. Aristote a-t-il nié la liberté psychologique? Un disciple zélé d’Augustin, au xnc siècle. Jean de Salisbury, l'en accusait déjà, Enthelicus, v. 831-834, P. L., t. cxix, col. 283, et l’on sait que la critique hésite encore. Mais pour les aristotéliciens averroïstes du xm· siècle, il n’y a plus à douter: la né­ 2536 gation de la liberté couronnait leurs autres négations fondamentales de la création (le monde est éternel), de la providence (le monde inférieur n’est ni administré, ni même connu par Dieu), de la personnalité (l’intelli­ gence est unique dans tous les hommes). Aussi Siger de Brabant, celui qu'on nommait à Paris vers 1260 Siger le Grand, Doctor præcellentissimus, le plus ardent propa­ gateur de l’averroïsme, enseignait-il que les' actions humaines sont toujours régies par la nécessité. Pour lui les persuasions et les punitions ne sont raisonnables que comme des obstacles ou des médicaments destinés à paralyser l'action des causes qui entraînent au mal. Le P. Âlandonnet, Siger de Brabant, p. cxciv-cc, l’a prouvé contre l’opinion de Leclerc, Hist, liltér. de la France, t. xxi, p. 102,126, d'Hauréau, Hist, de laphilos. seal., part. II, c. n, p. 132, de Cipolla, Giomale storico, t. vin, p. 101, qui tous avaient voulu faire de Siger un pur thomiste. Cf. les Impossibilia de Siger, publiés par Baumker, p. 23-26. Mais la condamnation de ces doctrines subversives fut éclatante. Parmi les propositions condamnées en 1270, les 3«, 4«, 9» concernent la liberté, Chartular. univ. Paris., t. t, p. 487; et parmi celles de 1277 on en compte un plus grand nombre, n. 128-136, 158-165, 167, 173, 194-195, 206-209. 2. Thomas de Bradwardin. — Ce célèbre professeur d’Oxford, mort archevêque de Cantorbéry (1349), est l’initiateur d’un grand mouvement prédeslinatien, et l’inspirateur de Wiclef lui-même. Dans son grand ou­ vrage au titre très significatif : De causa Dei contra Pelagium, il part d’une fausse conception de 1’Étre di­ vin et de son action qui absorbent tout autre être et toute autre action: sur ce fondement il bâtit la théorie la plus effrayante et la plus logiquement enchaînée d’un déterminisme divin qui anéantit toute liberté. Il est vrai que certains écrivains se sont mépris sur sa pensée et ont cru n’y trouver que le système très orthodoxe de la prédétermination physique. Tels sont les carmes de Salamanque ou Salmanlicenses, De gratia act., disp. VI, dub. I, Paris, 1871, t. ix, p. 744; Serry, Divus Augustinus D. Thoniæ conciliatus, in-8°, Padoue, 1724, p. 239, dans Opera, t. ni, p. 451, l’invoque en faveur de sa propre doctrine que la grâce suffisante ne donne pas le pouvoir complet et absolu de bien faire. Récemment encore le savant cardinal Zeph. Gonzalez, O. P., Isloria de la filoso/ia, trad, franç., t. n, p. 407, a cru lui aussi qu’il suivait la pensée de saint Thomas. Mais il est impossible aujourd’hui de ne pas voir dans Bradwardin le précur­ seur et le maître de Wiclet. Wiclef invoque son patro­ nage, et tous les critiques protestants, par exemple Har­ nack, Dogmengesch., t. ni, p. 433, 457; Loofs, p. 323, reconnaissent cette filiation. Elle a été aussi proclamée par Hergenrother, Kirchengesch., trad, franç., t. v, p. 121, par le Dr Bruck dans son Hist, de l’Église, trad. Gillet, t. n, p. 379, et autrefois par le P. Duchesne, S. .L, l.e prédestinalianisnie, 1, IV, c. n. Le P. Richard, O. P., Biblioth. sacrée, t. v, p. 252, a très justement dit: a Bradwardin était un faux thomiste, ou plutôt un vrai prédeslinatien qui admettait une prédestination et une opération de Dieu sur la créature, toutes les deux néces­ sitantes. » Bradwardin a été lui aussi victime d'une étude trop exclusive de saint Augustin. C'était son maître favori et il le plaçait au-dessus de tous les autres : gui