DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE CONTENANT DOCTRINES DE LA THEOLOGIE CATHOLIQUE DES L'EXPOSÉ LEURS ET PREUVES COMMENCÉ SOUS A. HISTOIRE LEUR LA DÎRB^TION DK VACANT E. MANGENOT PROFK88KUR A Ι/ΙΚΧΤΓΠΓΤ CATHOUQÜ1 DI PAÎUB PROFMSKÜR Àü GRAND FÊMINAIRK DK XANCT 8OÜ8 COXT1XUR CKLLK DK É. AMANN rnorKââKuii a AVEC LE la faculté dk théolocib catholique dé CONCOURS O'UN GRAND L'uxivKitsrr» dé enusBouna NOMBRE OE COLLABORATEURS TOME DIXIÈME DEUXIÈME MESSE - PARTIE MYSTIQUE PARIS-VI LIBRAIRIE LE T OU Z EY ET 87, Boulevard R aspail, 87 1929 TOUS DROITS R&SERVftS ANÈ Imprimatur : Argentorati, die 20* Junii 1929. f Carolus Josephus Eugeniusj Ep. Argcntinen. LISTE DES COLLABORATEURS DU MM. Anastase de Saint-Paul (le B. P.), canne déchaussé, conservateur des archives générales de l’Ordre, A Home. Autore (le B. P. dom), chartreux (f février 1920). Bardy, à Dijon. Baudot (le B. P. dom), bénédictin de l’abbaye de Farn­ borough (Angleterre). Bigot, aumônier de la Visitation, Nancy. Caiirol (le B·· P. dom), abbé de Farnborough (Angleterre). Carreyre, professeur au séminaire Saint-Sulplcc, Paris. Clamer, professeur nu grand séminaire de Nancy, A Bosservillc (Meurthe-et-Moselle). Constantin, aumônier du lycée Henri, Poincaré, Nancy. Dennepeld, professeur A la Faculté de théologie catho­ lique de ΓUniversité de Strasbourg. Did (Mgr), chorévèquo maronite, professeur A la Faculté do théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Duulanchy (le B. P.), maristo, professeur au scolasticat de Differt (Belgique). Dumoutef, professeur au séminaire Sainl-Sulpicc, Paris. Édouard d’Alençon (le B. P.) des frères mineurs capucins (f septembre 1928). Fonck, professeur au grand séminaire de Strasbourg. Gaudel, professeur A la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Godbfroy, ancien supérieur du grand séminaire de Nancy. Gorce (le B. P.), des frères prêcheurs, professeur au scolas tient du Saulchoir, Kain (Belgique). Grumel (le B. P.), des augustins de l’Assomption, A Cadl· Kcul, Constantinople. Habert, curé de Chatnpagne-sur-Selne (Scinc-el-Oise). Hrddr (le B. P.), des frères prêcheurs, A Angers puis A Clermont-Ferrand. Janelle, professeur nu lycée Kléber, Strasbourg. Janin (le B. P.), des augustins de l’Assomption, A CadlKcul, Constantinople. Jugir (le B. P.) des augustins do l’Assomption, A Borne. TOME DIXIÈME MM. Karst, professeur A la Faculté des lettres de l’Université de Strasbourg. Lacger (de), professeur au grand séminaire d’Albi. Laurent (le B. P.), des augustins de l'Assomption, A Cadi-Keul, Constantinople. Levesque, professeur nu séminaire Salnt-Sulptce, Paris· Longprê (le B. P.), des frères mineurs, A Quarrachl (Italie). Marcii al. professeur nu grand séminaire de Nancy, A Bosservillc (Meurthe-et-Moselle). Michel, aumônier du pensionnat de Notre-Dame de Sion, A Strasbourg. Molien, A Amiens. Mollat, professeur a la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Paquier, curé de Saint-Pierre de Chaillot. Paris. Parseval (le B. P. de), des frères prêcheurs. A Saint· Maximin (Var). Petit (Sa Grandeur Mgr), archevêque titulaire de Corinthe (f novembre 1927). Piolet (le B. P.) de la Compagnie de Jésus. Bivu'.re, professeur A la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Bucn (Sa Grandeur Mgr), évêque de Strasbourg. Sala ville (le B. P.), des augustins de l’Assomption, A Cadl-KcuI, Constantinople. Teetaert (le B. P.), des frères mineurs capucins. A Lou· vain (Belgique). ΤπΛΜίηγ, professeur aux Facultés catholiques de IJlIe. Thouvenin, ancien professeur au grand séminaire de Nancy (f février 1923). TisskraNT (Mgr), A la Bibliothèque vatlcane. Borne. Vanstkenberqhe, professeur A la Faculté de théologie catholique de 1*Université de Strasbourg. Venard, professeur A l’institution Bobin. Vienne (Isère) DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE M MESSE. — IV· AU VI. LA MESSE EN ORIENT DU IX· SIÈCLE. — I. La doctrine des Pères orthodoxes. II. La messe chez les nesloricns et les monophysites (col. 1327). III. La doctrine sur le sacri­ fice de la messe et le développement des rites litur­ giques (col. 1329). 1. La doctrine des pères orthodoxes. — On retrouve chez les Pères du iv· siècle et des siècles suivants les Affirmations des Pères anténicécns sur le caractère sacrificiel de l'eucharistie, la relation de ce sacrifice non sanglant avec le sacrifice sanglant de la croix, son efficacité salutaire pour les vivants et pour les morts, son quadruple caractère latrcullquc. eucha­ ristique, propitiatoire et impétratoirc, qui en fait la substitution parfaite des sacrifices multiples de l’Ancienne Loi. La fol de l’Églisc sur ces divers points ne subit ni éclipse ni variation. Leur ensemble est maintenu dans la piété chrétienne par l’oblation quo­ tidienne du sacrifice, suivant un rituel qui, sous la variété des formules et les divergences de détail, reste le même en scs lignes essentielles dans toutes les Églises. Il y a dès lors peu d'intérêt à passer en revue la série chronologique des Pères et des écrivains ecclésiastiques pour recueillir sur leurs lèvres les simples affirmations déjà rencontrées chez les premiers témoins. Mieux vaut s'arrêter à quelques passages bien choisis de certains d’entre eux qui accusent un certain progrès dans l’explication du dogme, et éclai­ rent de quelque lumière l’une ou l’autre des thèses classiques do la théologie actuelle. Il ne faut pas. du reste, nous attendre à trouver chez les Pères des conceptions systématiques soit sur la nature du sacrifice en général ou l’essence du sacri­ fice de la messe en particulier, soit sur les relations de celui-ci avec le sacrifice de In croix ou avec ce que certains nomment le sacrifice céleste. Ces synthèses sont d’un outre âge, et quiconque veut monopoliser au profit de son système les données patrisliqucs risque fort de faire fausse route et de prêter aux anciens des idées étrangères à leur perspective. Ces considérations nous déterminent à suivre, dans l’exposé de la doctrine des Pères orientaux, l’ordre synthétique plutôt que l’ordre chronologique. Nous allons donc mettre sous les yeux du lecteur quelques textes de valeur sur chacune des thèses classiques du DICE. DE TIIÉOL. CA TH O L. (Suite) traité de la messe : 1· Jésus-Christ, «à la dernière cène, en instituant l’eucharistie, a offert un vrai sacrifice; 2° La messe est un vrai sacrifice et la reproduction du sacrifice de la cène;3· La consécration du pain et du vin et leur changement au corps et au sang de JésusChrist constitue l’acte central et principal du sacrifice eucharistique; 4· La messe représente et reproduit mystiquement le sacrifice de la croix; 5· La messe remplit les quatre fins du sacrifice. 1· Jésus-Christ, à la dernière cène, a offert un vrai sacrifice. — Que Jésus-Christ, à la dernière cène, en instituant l'eucharistie, ait offert à Dieu un vrai sacri­ fice et sc soit manifesté par là prêtre à la manière de Melchlsédcch, conformément à la prophétie du psaume αχ ; que dans ce sacrifice il y ait eu une certaine Immo­ lation de la victime qui était lui-même, immolation non sanglante, mais simplement symbolique cl mys­ tique : c’est ce qu’enseignent communément les Pères grecs à partir du iv· siècle. Les témoignages abondent. Bapportons-en quelques-uns des plus explicites. Voici d’abord l'affirmation d’Eusèbc de Césarée, Demons!. evangel.,}. V. c. m. P. G., t. xxn, col. 365 D : • De même que Melchlsédcch, qui était prêtre des Gentils, n’est présenté nulle part comme ayant offert des victimes d’animaux, mais seulement du pain et du vin, lorsqu’il bénit Abraham; de même Notrc-Scigneur et Sauveur lui-même d'abord le premier, puis tous les autres prêtres établis par lui et dispersés parmi toutes les nations, lorsqu'ils célèbrent le sacrifice spirituel selon les règles ecclésiastiques, την πνευματικήν έπιτελουντες κατά τούς έκκλη σι αστικούς θεσμούς Ιερουργίαν, représentent mystérieusement, αίνίττονται, par du pain cl du vin le sacrement do son corps et de son sang salutaire. > Même affirmation chez saint Alhanase ou l’auteur, quel qu’il soit, du Sermo major de fide, *29. P. G., t. xxvi, col. 1281 C : · C’est par son corps que le Christ est devenu cl a été appelé pontife par le sacrement qu’il nous a transmis en disant : Ceci est mon corps pour vous, et : Ceci est mon sang, sang de la Nouvelle Alliance, non de l'Ancienne, qui est répandu pour vous. Cf. Theodorei, Dial. contra lucres., u, P. G., t. t xxxm, col. 180, qui cite le même passage sous le nom de saint Alhanase. Dans son premier discours In Christi resurrectionem, P. G., t. xlvi, col, 612 CD, saint Grégoire de Nysso X. — 42 1319 MESSE EN ORIENT, DU IV* AU IXe SIECLE met en vive lumière le sacrifice mystique de la cène < Le Sauveur, dit-il. voulant montrer que c'était bien volontairement et de son plein gré qu’il sacrifiait sa vie pour notre salut, et que la malice des Juifs aurait été impuissante contre lui sans sa permission, devança leur agression par une invention de sa sagesse : Il recourut â une manière de sacrifice ineffable et invi­ sible aux hommes, et s'offrit lui-me me en oblation et en victime, étant à ht fois le prêtre et l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, κατά τόν άρρητον της ιερουργίας τρόπον καί τοΐς άνΟρώποις αόρατον, καί εαυτόν προσήνεγκε προσφοράν καί Ουσίαν ύπέρ ημών. » Quand fit-il cela? Lorsqu’il donna à manger son corps réduit a l’état de nourriture, montrant clairement que l’immolation de l'agneau avait déjà été consommée; car le corps de la victime n’aurait pas été propre à être mangé, s’il avait été vivant. Ainsi, lorsqu’il donna à scs disciples à manger de son corps et à boire de son sang, dé/à par le dessein bien arrêté de celui qui réglait ce mystère par sa puissance, le corps avait etc immole d une manière ineffable et invisible, rfirt ν.τζί τό Οελητόν τη εξουσία του το μυστήριον οίκονομουντος άρρητος τε καί άοράτως τό σώμα έτέΟυτο. L’âme cependant restait là où la puissance de l’auteur du mystère l’avait placée avec la vertu divine qui lui était unie, ne désertant pas la région du cœur. Aussi peut-on. sans se tromper, compter les jours (où Jésus est resté enseveli], à partir du moment où fut offerte à Dieu la victime par le grand-prêtre qui avait sacrifié pour le péché de tous son propre agneau, c’està-dire lui-même, d'une manière invisible cl ineffable, άφ’ού προσήχΟη τω Θεω ή Ουσία παρά τού μεγάλου άρχιερέως, τού τόν εαυτού αμνόν ύπέρ της κοινής αμαρτίας άρρήτως τε καί άοράτως ίερουργήσαντος. D’après l'évêque de Nyssc, le sacrifice de la cène, la première messe, fut donc un sacrifice parfait et com­ plet, mais l’immolation en était mystique cl invisible. La mort sur la croix devait la manifester. Dans son homélie In mysticam canam, P. G., I. Lxxvn, col. 1017 A, saint Cyrille d’Alexandrie exprime plus brièvement la même Idée que saint Gré­ goire de Nyssc : · A la dernière cène, Γ Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde, est égorgé, σφαγιάζε­ ται; le Père se rejouit, le Fils est sacrifié volontaire­ ment non par les adversaires de Dieu, mais par luiméme, afin de montrer que sa passion salutaire est volontaire, ό Υιός έκουσίως Ιερουργείται ούχ ύπό των θεομάχων σήμερον, άλλ’ύφ’ εαυτού. » I n des auteurs qui insistent le plus sur l’immola­ tion mystique de Jésus â la dernière cène est le prêtre Hésychius, dans son Commentaire du Lévitique : Proveniens semetipsum in cana apostolorum immo­ lavit, quod sciunt qui mysteriorum percipiunt virtutem. Hunc sacerdotem Septuaginta non solum unctum sed et consummatum manibus appellarunt. Consummatus est enim manibus prius in mystica cana, accipiens panem et frangens; deinde per crucem, quando affixus est. In Levit., I. Le. iv, P. G., t. xcm, coi. 821-822. De même, In Levit., I. V, e. xvi, coi. 993 B: Ipse propriam carnem immolavit; ipse sui sacrificii pontifex in Sion factus est, quando sanguinis .\ovi Testamenti dabat calicem. Cf. In Levit., 1. 11, e. vm, coi. 882 B, 883 A; Fragmentum in ps. (IX, 2, coi. 1321, où se lit l’expression : Έν Σιών (au cénacle) έαυτόν ό Μονογενής ίΟυσεν. Des expressions d’Hésvehius il faut rapprocher celle qu’emploie Eutychius, patriarche de Constantinople, dans Min sermon De paschale, 2, P. G., t. lxxxvi b, col. 2393 B : Avant de mourir, il mangea la Pâque, la Pâque mystique j’entends; car, sans la passion, cette cène n’aurait pas reçu le nom de Pâque. // s'immola donc mystiquement, lorsque, après le repas, prenant le pain dans ses mains, il rendit grâces, l’offrit et le rompit, s'étant introduit lui-méme dans l'antitype. 1320 μυστικώς ούν έαυτόν έΟυσεν... έμμίςας έαυτόν τώ άντιτύπω. » D’après Théodorel, In ps. (ΊΧ, I. P. G., I. lxxx, col. 1772 C, Jésus inaugura son sacerdoce dans la nuit qui précéda sa passion, lorsque, prenant du pain, il rendit grâces et le rompit, en disant : Prenez cl man­ gez-en : ceci est mon corps, etc. Le Syrien saint Éphrem est d'accord avec les Pères grecs : il parle plus d’une fois, dans ses discours métri­ ques, du sacrifice de la cène. Voir, par exemple, le II· discours pour la semaine sainte, 6-10, J. Lam\, S. Ephnem Syri hymni cl sermones, t. i, Malines, 1882, p. 380-390 pass., où le saint docteur dit qu’à la cène fut offerte la véritable Pâque du véritable agneau : Jésus fut l’oblation et l’offrant, les disciples mangèrent la victime. 2° La messe est un vrai sacrifice, reproduction du sacrifice de la cène. — La messe n’est pas autre chose que la répétition du sacrifice offert par Jésus à la der­ nière cène. Les Pères grecs affirment clairement cette identité : identité par rapport au rite extérieur et au mode d’im­ molation : c’est un sacrifice non sanglant, αναίμακτος Ουσία, expression qui revient constamment dans les écrits patristiques comme dans les documents litur­ giques : Voir, par exemple, saint Nil, Epist., n. P. G., t. lxxix, col. 315; saint Isidore de Péhisc, Epist., nr, 75. P. G., t. lxxvîii, col. 781; identité par rapport à la victime, qui est le corps et le sang de Jésus et Jésus lui-même tout entier sous les espèces du pain et du vin, avec cette différence qu’à la dernière cène, Jésus était passible et mortel dans son humanité, tan­ dis qu'à la messe il se trouve dans son état glorieux et immortel; identité aussi par rapport au prêtre prin­ cipal, qui reste Jésus lui-même opérant invisiblement le changement du pain cl du vin en son corps et en son sang, continuant à s’offrir à son Père dans son état de victime tandis que les prêtres de l’Egllsc tiennent visiblement sa place cl répètent les paroles et les gestes qu’il fil alors De tous les Pères de l’Église orientale saint Jean Chrysostomc est celui qui expose avec le plus d’abon­ dance et de précision les divers aspects de cette doc­ trine. Ainsi il écrit, In II Tim., hom. n, 15, P. G.f t. lxiî, col. 612 : « L’oblation que font maintenant les prêtres, quel que soit l’offrant, que ce soit Paul ou Pierre, est la même que celle que le Christ donna à scs disciples; celle-là n’est pas inférieure à celle-ci, parce que ce ne sont pas les hommes qui la consacrent mais celui-là même (pii consacra celle de la cène. De meme, en effet, que les paroles que Dieu prononça alors sont les mêmes que les prêtres disent maintenant, de même l’oblation est la même, ή προσφορά ή αύτή ίστιν, ήν ό Χριστός τοίς μαΟηταΐς ίδωκε, καί ήν νυν οί ιερείς ποιούσιν. Le saint docteur insiste souvent sur l’état d'immolation mystique dans lequel Jésus est placé dans le sacrifice eucharistique : · Lorsque vous voyez, dit-il, le Seigneur immolé et gisant, et le prêtre incliné sur la victime et abîmé dans la prière, et tous les assistants les lèvres rougies de ce sang pré­ cieux, pensez-vous être encore parmi les hommes et habiter la terre? Ne vous sembie-l-il pas être trans­ porté subitement dans les deux? "Οταν Ιδης τόν Κύριον τεΟυμένον καί κείμτ/ον, καί τόν Ιερέα έφεστώτα τιρ Ουματι καί έπεύχομενον. · De saccrd., nr, 4, t. xi.vn, col. 612. Cf. In Rom., hom. vm. 8, t. lx, col. -1G5 : τόν οι’ ημάς σφαγ^τα Χριστόν, τό θύμα τό έπ'αύτής κείμε'/ον; Jfomil. de. coemeterio et cruce, 3, t. xi.tx. col. 397 : « Puisque ce soir nous allons voir, nous aussi, celui qui a été cloué à la croix, égorgé et immolé comme un agneau, ώς αμνόν έσφαγμέ*/ον καί τεΟυμένον, approchons-nous, je vous en supplie, avec tremble­ ment et grande révérence. > 1321 MESSE EN ORIENT, DU IVe AU ΙΧθ SIECLE 1322 Mais le point sur lequel saint Jean Chrysostomo son Trésor de l’orthodoxie, publié par S. I ustratiadès, insiste le plus est le rôle du prêtre principal et invisible J Μιχαή) του Γλυκά ε».ς τάς απορίας τής θείας γραφής qui est Jésus*Christ lui-même. Scs paroles sont absolu­ κεφάλαια, I. ι, Athènes, 1906, ρ. λδ'-ίε*: · Le pain et ment rebelles à une interprétation qui ramènerait le calice qui sont sacrifiés sur les saints autels en la part do Jésus dans l'oblation du sacrifice de la mémoire de la mort cl de la résurrection de notre messe à une intervention médiate et simplement grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ sont consacres, virtuelle» provenant de la délégation donnée une fois et sont réellement le corps meme et le sang de celui pour toutes aux apôtres et à leurs successeurs dans qui a souffert volontairement dans la chair et qui est le sacerdoce. D'après le docteur grec. Jésus, à la ressuscité pour nous incorruptible, impassible et messe, est l’acteur principal, quoique invisible: le immortel et communiquant à ceux qui le reçoivent prêtre visible n’est (pic son instrument, son prêlel'incorruptibilité, l’impassibilité et 1'immortalité. Le voix, son locum tenens. Classique est le passage de la Seigneur lui-même, en effet, a la cène mystique où il I" homélie sur la trahison de Judas, G, t. xlix, col. 3b0, mangea avec scs disciples et célébra le premier ce où cette doctrine s’exprime avec le plus de relief : sacrifice, ordonna d accomplir ce sacrifice de celte « C’est le moment d'npprochcr de la table redoutable... manière qui esl observée jusqu’à ce jour dans les I.e Christ est là; c’est lui qui prépara la table (du saintes Eglises, ό άρτος και τδ πστήριον, τά έπί των cénacle); c’est lui aussi (pii maintenant orne la nôtre. αγίων θυσιαστηρίων Ιερουργούμενα. τελειοΰται καί Ce n’est pas un homme, en effet, qui fail epic les dons έστιν αύτδ τά σώμα και τδ αίμα αύτού του παΟόντος deviennent le corps cl le sang du Christ, mais le Christ έκουσίως σαρκί,.. ίφΟαρτον καί απαθές καί αθάνατον lui-même crucifié pour nous. Le prêtre est là remplis­ καί τοΐς μετέχουσιν αφθαρσίας καί άπαΟείας καί sant un rôle et prononçant les paroles, σχήμα πληρών, αθανασίας παρεκτικόν.. * Même doctrine chez Euty­ τά ρήματα φΟεγγόμενος έκεΐνα. mais c’est la vertu chius de Constantinople dans le Discours sur la pagne et la grâce de Dieu qui opère. Ceci est mon corps, dit et l eucharistie déjà cité, P. G., t. lxxxvi b, col. 2393le prêtre : c’est cette parole qui change les dons, 2396 : « Quiconque reçoit une partie des espèces consa­ τούτο τδ ρήμα μεταρρυθμίζει τά προκείμενα. Chrysocrées reçoit le corps de Jésus-Christ tout entier et stomo sans doute ne nie pas (pic le prêtre visible son sang vivifiant. auxquels est unie la plénitude de et l’Egllsc dont il est le représentant offrent vrai­ la divinité du Verbe, car ce corps, après le sacrifice ment le sacri lice; mais cette offrande meme, Jésus mystique et la sainte résurrection, est immortel et l’offre sans cesse à son Père : S’adressant à Jésussaint et vivifiant, τδ άφΟαρτον μετά την μυστικήν Christ, Fils de Dieu, à celui qui devait naître de la ιερουργίαν καί τήν άγίαν άνάστασιν καί αθάνατον vierge Marie, Dieu s’écrie : Tu es prêtre selon l’ordre καί άγιον καί ζωοποιόν σώμα καί αίμα του Κυρίου, de Mclchisédech, offrant perpétuellement par le pain τοΐς άντιτύποις έντιΟέμενον διά τών ιερουργιών. » et le vin l’offrande des offrants, ίρτω καί οίνω τήν Le dernier des Pères grecs, saint Jean Damascène, των πρ e σκ οριζόντων προσφοράν εις τδ διηνεκές enseigne, mais sans relief, que l’eucharistie est un προσάγων. » De Mclchis., 3, t. lvi, col. 262. vrai sacrifice, figuré par l’oblation de Mclchisédech et Théodorel, Jn ps. C/.r, 4, />. G., t. lxxx, col. 1773 A, les pains de proposition, identique à l’hostie pure et parait s’éloigner quelque peu de cette conception et sans tache et non sanglante prédite par Malachie. faire une part moins directe à Jésus dans l’oblation De fide orthodoxa, 1. 1\ , c. xm, P. G., t. xav, col. du sacrifice de la messe : « Le Christ, né de Juda selon 1149-1152. la chair, exerce maintenant son sacerdoce [selon 3· La consécration est Tacte central et essentiel du l’ordre de Mclchisédech ] non qu’il offre quelque chose sacrifice de la messe. — Dans les diverses liturgies lui-même, mais en tant qu’il est la tête de ceux (pii orientales, qui se sont multipliées cl développées offrent, ούκ αύτός τε προσφέρων, άλλα των προσφεsurtout à partir du iv· siècle, nombreux sont les ρόντων κεφαλή χρηματίζων. 11 appelle, en effet. l’Églisc rites, nombreuses les prières dont l'ensemble compose son corps, et par son intermédiaire il exerce son le drame sacré du sacrifice eucharistique. Mais, parmi sacerdoce comme homme, recevant comme Dieu ce tous ces rites et toutes ces prières, il en oit un de qui esl offert. Or l’Églisc offre les symboles de son central et de principal : c’est celui par lequel le célé­ corps et de son sang, sanctifiant toute la pâte par les brant reproduit les gestes cl répète sur le pain et le prémices, διά ταύτης ιερατεύει ώς άνθρωπος, δέχεται vin les paroles dites par Jésus à la dernière cène : δε τά προσφεοόμενα ώς Θεός. · 1! y a lieu de se Ceci est mon corps; Ceci est mon sang; en d’autres demander si Théodore! ne parle pas ici de la simple termes, la consécration ou transsubstantiation du oblation du pain cl du vin avant la consécration, ou pain et du vin au corps et au sang de Jesus-Christ même après la consécration, puisqu’il parait bien avoir est l’acte essentiel du sacrifice de la messe. C'est à ce nié la transsubstantiation. Voir art. Euciiaiustib de moment en effet, que Jésus-Christ, prêtre principal ce Dictionnaire, t. v, col. 1167. Il admet par ailleurs et victime de ce sacrifice, parait sur l’autel cl s’ollrc que Jésus est vraiment sacrifié à la messe. Cf. In lui-même invisiblement à Dieu, tandis que le prêtre, Malach., i, 11, t. lxxxi, col. 1968 B : « L'immolation (pii tient sa place, l’offre visiblement. C’est à ce moment des victimes sans raison a pris fin. cl seul désormais aussi que, par la signification des paroles prononcées, est sacrifié l’agneau immaculé qui ôte le péché du Jésus est immolé mystiquement, son corps étant placé monde, μόνος 8έ δ άμωμος άμνδς Ιερεύεται. > sensiblement séparé de son sang : ce qui annonce et Gélose de Cyziquc, dans son Histoire du concile de rappelle sa mort sur la croix: et ce rappel et cette Nicée, 1. Il, e. XXX, P. G., t. lxxxv, col. 1317 B, représentation symbolique est Inséparable, en vertu attribue aux Pères du concile la déclaration suivante : même de l’institution divine, du sacrifice de la messe « Considérons par la fol que l’agneau de Dieu, qui comme il sera dit tout à l’heure. enlève le péché du inonde, git sur cette table sacrée, Cette doctrine se dégage d’une manière suffisam­ immolé par les prêtres sans l’être, [c’est-à-dire d’une ment claire des textes des Pères grecs. Le point qui manière non sanglante), άΟύτως ύπδ των Ιερέων dans la tradition orientale est enveloppé, au moins Ουόμενον. » au premier abord, de quelque obscurité, est celui du Que la victime mystiquement immolée sur l’autel moment précis où s’opère le changement du pain cl soit dans l’étal d’impassibilité et d'immortalité où du vin au corps et au sang du Seigneur. Est-ce lorsque l’a mise la résurrection glorieuse, c’est ce qu’enseigne le prêtre répète sur les oblals les paroles dominicales : très clairement Sévérien de Gabala dans un passage Ceci est mon corps; Ceci est mon sang; ou bien lorsqu’il cité par Nicétas AkOinlnatos dans le livre XXVII· de [ demande, après ces paroles, soit à Jésus-Christ lui- 1323 MESSE EN ORIENT, DU IV® AU IX* SIECLE même, comme c’cst le cas dans quelques formules égyptiennes, soit au Père, par l’intervention du SaintEsprit, comme c’est le cas le plus fréquent et celui en particulier, du rite byzantin, d’opérer le changement ? La question a été étudiée longuement dans ce Diction­ naire à l’article Epic lèse eucharistique, t. v, col. 232 sq., et nous n’avons pas à répéter ici ce qui a été dit. Qu’ii nous suffise de faire remarquer que les Pères grecs, au moins jusqu'à la controverse iconoclaste, ne paraissent pas s’écarter de la doctrine si explicite de saint Jean Chrysostome dans le texte cité plus haut de la /'· homélie sur la trahison de Judas, P. G., t. xux, col. 380, et dans plusieurs autres passages de scs écrits. Si beaucoup d’entre eux attribuent le changement au Saint-Esprit en faisant même allusion à la prière de la liturgie; si quelques autres, comme Hésychius, rappellent à ce propos, la prière adressée au Christ, au lieu de mentionner les paroles domini­ cales (cf. In Levit.,n, c. vm, P. G., t. xciii, col. 880 D : Nisi Christus, rogatus ore sacerdotum, ipse venerit cl cœnam sancti ficaverit, ea quæ aguntur nullatenus sacri­ ficium dominicum fiunt), il ne s’en suit pas nécessaire­ ment qu’ils s’opposent à l’enseignement de la Bouche d’or; car celui-ci aussi attribue souvent la trans­ substantiation à la descente et à l’opération du SaintEsprit. Ces affirmations, à première vue divergentes, posent un problème délicat à résoudre; mais la conciliation n’est pas impossible. A vrai dire, les Pères grecs jusqu’à saint Jean Damascene, ne semblent pas s’être doutes de la dillkulté qui a occupé les théologiens postérieurs, surtout à partir de l’époque où a commencé la contro­ verse entre Grecs et Latins sur la forme de l’eucharistie. Pour eux, le moment central du sacri lice est l’anaphorc ou canon; et l’acte du sacrifice est considéré comme achevé et consommé, lorsque la participation des trois personnes divines au changement des oblats a été exprimée parles prières de l’ftglise, c’est-à-dire, en fait, après la prière qu’on est convenu d’appeler Vépiclèse. Mais dans leur pensée le rôle principal dans cet acte (si l’on peut s'exprimer ainsi), revient à Jésus, Pontife et victime du sacrifice, et la trans­ substantiation s’accomplit réellement, lorsque le prê­ tre répète ce que fit et dit Jésus, à la dernière cène. C'est ce qui est supposé par l'affirmation courante que Jésus est le prêtre principal, qui continue à se sacrifier lui-même par le ministère des prêtres visibles comme il se sacrifia au cénacle. C’est ce que proclame, dès le v· siècle au moins, la liturgie byzantine de saint Basile : Σύ cl δ προσφέρων καί προσφερόμενος, Tu es celui qui offre el qui est offert. Donnons quelques réfé­ rences. Dans le fragment d’un discours de saint Athanase aux nouveaux baptisés, qui nous a été conservé par Eutychius, patriarche de Constantinople, dans son sermon De paschatc, P. G.,t. lxxxvi à, coi. 2101 AB (cf. t. xxvi, col. 1325 A), il est dit : «Tu verras les lévites portant les pains et la coupe de vin et les pla­ çant sur l'autel, την τράπεζαν; et tant que les prières et les demandes ne sont pas faites, le pain et le calice restent ce qu’ils sont. Mais lorsque les grandes et admi­ rables prières ont été achevées, έπ’άν δέ έπιτελεσΟώσ’.ν al μεγάλα·. καί Οαυμασταί εύχαί, alors le pain devient le corps, et le calice le sang de Notrc-Seigneur JésusChrist. > Un peu plus loin, le saint docteur répète à peu près les mêmes paroles, en les introduisant par les mots : « Έλβωμεν έπί την τελείωσήν των μυστηρίων. Venons-en à la consommation, c’est-à-dire à la consé­ cration, à l’accomplissement des saints mystères. » Saint Cyrille de Jérusalem, de son côté, écrit, Catech. myst., iv, 7, P. G., t. xxxm, col. 1072 AB : « Le pain et le vin de l'eucharistie, avant la sainte invocation de l'adorable Trinité, πρδ τής αγίας έπικλήσεως τής 1324 προσκυνητής Τριάδας, sont du pain et du vin ordi­ naires; mais cette invocation faite, le pain devient le corps du Christ, et le vin son sang. » Qu’est-cc que celle invocation de la Trinité dont ii parie, sinon les grandes et admirables prières nommées par saint Atha­ nase, c’est-à-dire l'anaphorc de la messe, à partir de la préface jusqu’après la demande du changement par le prêtre ? Ce passage de saint Cyrille peut servir à en interpréter un autre, qui se lit Catech. myst., v, 5-8, P. G., ibid., col. 1113-1116, où le saint docteur rappelle justement l’anaphorc de la messe hiérosolymitaine au iv· siècle, cl parait n'attribuer le changement qu'à la seule prière par laquelle le prêtre demande à Dieu d’envoyer son Saint-Esprit pour opérer la trans­ substantiation. Mais, dans cette prière, l’intervention du Fils, de celui qui est le prêtre, n'est pas mentionnée. Cyrille a même passé sous silence le récit de la der­ nière cène avec les paroles de Jésus. Elles se trouvaient cependant dans la messe de Jérusalem. Faut-il en conclure que l'évêque de Jérusalem ne leur attribuait aucune efficacité ? Nullement, mais la mention de l'épiclèsc du Saint Esprit est donnée comme un ter­ minus ad quem, après lequel, l’invocation de la sainte Trinité étant achevée, le changement est opéré et le sacrifice consommé. C'est ce qu’il dit en propres termes : « Ensuite, après que ce sacrifice spirituel, ce culte non sanglant a été parfaitement accompli, μετά τδ άπαρτισΟήνα». την πνευματικήν Ουσίαν την άναίμακτον λατρείαν, nous Invoquons Dieu sur cette hostie de propitiation, επί της Ουσίαε έκείνης του ίλασμοϋ, pour la commune paix de l’Eglise. » Très suggestives aussi et allant au même but sont les paroles de saint Basile dans le De Spiritu Sancto, c. xxviî. 66, P. G., t. ΧΧΧΠ, col. 188 : « Les paroles de T invocation, τά τής έπικλήσεως βήματα, dans la consécration, έπΐ τή άναδείξε·., du pain eucharistique et de la coupe de bénédiction, qui donc d’entre les saints nous les a laissées par écrit ? Car nous ne nous contentons pas de ce que rapporte l’Apôtre ou l’Evan­ gile, mais nous disons, avant et après, d'autres choses, auxquelles nous attribuons une grande efficacité pour le mystère, ώς μεγάλην ë/οντα προς τδ μυστήριον την ίσ/ύν. » Mais si ces autres paroles qui précèdent et suivent le récit de l'institution ont une grande effi­ cacité, à plus forte raison sont importantes les paroles mêmes du Seigneur répétées par le prêtre. Saint Basile insinue ici discrètement la même doctrine que saint Jean Chrysostome sur les paroles dominicales, en même temps qu’il s’accorde avec les autres Pères pour voir le point central eL essentiel du sacrifice dans l'anaphorc de la messe, depuis la préface jusqu’après l'épiclèsc du Saint-Esprit. Même enseignement, mais avec plus de précision pour l’efficacité immédiate et fondamentale des paroles du Seigneur, dans saint Grégoire de Nysse, Oratio catech., 37, P. G., t. xlv, col. 97. C’est sans nul doute aussi plus aux paroles du Seigneur qu’à celles de l’épiclèsc que songe saint Grégoire de Nazlanze, quand il écrit à son ami Amphlloquc, Epist., lxxv, P. G., t. xxxvii, col. 280-281 : < Ne néglige pas de prier et d’intercéder pour nous, lorsque par la parole tu fais descendre le Verbe, lorsque par une section non san­ glante, lu divises le corps et le sang du Seigneur, ayant ta voix pour glaive, άναιμάκτω τομή σώμα καί αίμα τέμνης δεσποτικόν, φωνήν έχων το ςίφος, expres­ sion particulièrement remarquable pour indiquer l’immolation mystique et symbolique du sacrifice do la messe en relation avec l’immolation sanglante du Calvaire. Il faut en dire autant de saint Cyrille d'Alexandrie, là où il affirme < que les oblations offertes dans les églises sont sanctifiées et bénies cl consacrées par le Christ, τάς έν ταΐς έκκλησίαις δοιροφορίας άγιάζεσΟαι πιστεύομεν καί εύλογεϊσΟαι καί 1325 MESSE EN ORIENT, DU IV« AU IX® SIÈCLE τελειουσΟαι παρά Χρίστου, Adversus anthropomorphitas, e. xn, /». G., t. i.xxvi, col. 1097 C. 0uant à Hésychius, qui, nous Pavons vu plus haut, semblait attribuer, dans un passage, la transsubstantiation à l’invocation adressée au Christ dans la liturgie dont il se servait, il est aussi explicite que saint Jean Chrysostome sur l'efficacité des paroles dominicales dans le passage que voici : Sanctificationem mystici sacrificii et a sensibilibus ad intelligibilia translationem sive commutationem, ei qui verus est sacerdos, videlicet Christo, oportet dari... quia per ejus virtutem et prola­ tum ab eo verbum, qua videntur sanctificata sunt, in Levit., 1. Vi, c. xxn, 1-1 16, P.G., t.cxnr, coi. 1071-1072, La doctrine sur l'efficacité des paroles du Seigneur s'obscurcira dans l'Égllsc byzantine, à partir de saint Jean Damascène. sous l’influence de la polémique contre les iconoclastes. Ceux-ci se fondent sur un passage de la messe de saint Basile pour affirmer qu’il n’y a qu’une image du Sauveur qui soit ado­ rable, à savoir, les antitypes (c'est-à-dire le sacrement) du corps et du sang du Seigneur. Pour mieux leur répondre, les théologiens orthodoxes sont amenés à dire que le changement n'est opéré qu'après que les paroles de l’épiclèsc ont été prononcées. Malgré cet écart, ils restent dans la ligne traditionnelle en mar­ quant comme terminus ad quem de l’accomplissement du sacrifice le moment meme de l’épiclèsc. •t® La messe et le sacrifice de la croix. — De par l’institution divine, le sacrifice eucharistique est en relation étroite et essentielle avec le sacrifice de la croix. A la cène, Jésus, en donnant à ses disciples son corps à manger sous l’espèce du pain et son sang à boire sous l’espèce du vin, marque par anticipation sa mort sur la croix. Il se présente comme la victime qui va être immolée pour le salut du monde, pour la rémission des péchés : Voici mon corps livré pour vous. Voici mon sang répandu pour vous pour la rémission des péchés. Il ajoute : Laites ceci en mémoire de moi, c’est-à-dire, avant tout, en mémoire de ma mort, comme l’explique saint Paul, I Cor., xî, 2G : · Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur. » Une doctrine si claire formulée dans les livres inspirés ne saurait être absente de la tradition patristique. Les Pères grecs enseignent donc que la messe est un mémorial de la passion et de la mort du Sauveur, et non un mémorial quelconque, mais un mémorial qui reproduit d’une manière symbolique et non sanglante le drame du Calvaire. Saint Paul ayant enseigne, par ailleurs, dans l’Épltre aux Hébreux, l’unité du sacrifice de la Nou­ velle Alliance, certains Pères ont la préoccupation de montrer comment celte unité est sauvegardée, malgré la répétition quotidienne du sacrifice eucha­ ristique dans l'Égllsc. Cette unité se fonde, d’après eux, sur l’identité de la victime el sur l’identité du prêtre principal. Il ne faut pas s’attendre à trouver la synthèse de col enseignement chez tous les Pères et dans chacun des textes que nous allons citer. Les Pères ne parlaient pas comme des professeurs de théologie, et c’est tantôt un point de vue, tantôt un autre qui vient sous leur plume. Ce serait fausser leur pensée, et on la fausse souvent, en donnant une portée exclusive à telle ou telle de leurs expressions. Eusèbe de Césaréc dans sa Démonstration évangé­ lique, 1. I, c. x, 7‘. G., t. xxn, col. 83-1 I. esquisse déjà une théorie générale du sacrifice, spécialement du sacrifice propitiatoire. Il y parle à plusieurs endroits du sacrifice de la messe, et le présente comme le mémo rial du sacrifice offert par Jésus sur la croix. · Le Sau­ veur, dit-il. nous a laissé une mémoire de ce sacrifice pour que nous l'offrions continuellement en guise d‘hos­ 1326 tie, μνημτμ καί ήμΐν παραδούς άντί û υσίας τώ Θεώ διηνεκώς προσφέρει*/. » Col. 89 B. Il ajoute : ♦ Nous avons reçu par tradition la prescription d’accomplir sur l’autel, suivant les ordonnances de la Nouvelle Alliance, par les symboles du corps et du sang du Sauveur, la mémoire de ce grand sacrifice [du Calvaire J, τούτου δήτα του θύματος τήν μνήμην επί τραπέζης έζτε/εΐν διά συμ(Ζ)ων τού τε σώματος αύτου καί του σωτηρίου αίματος κατά θεσμούς της καινής διαθήκης παρειληφότες ·, col. 89 D; cf. col. 92 B. Saint Grégoire de Nazianze, Orat. n apolog., 95, P. G., t. XXXV. col. 497 B, au lieu du mot mémoire, μνήμην, emploie celui d'antitype : · Comment oser s’approcher du Dieu prêtre et victime pour lui offrir le sacrifice extérieur, antitype (c’est-à-dire figure, reproduction) des grands mystères (c’est-à-dire du sacri­ fice de la croix), avant de lui avoir Immolé une hostie de louange, un coeur contrit et humilié, πώς ίμε/λον Οαρρήσαι προσφέρει*/ αύτώ την Εξωθεν [ Ουσίαν]. την των μεγάλων μυστηρίων αντίτυπου? > I-c terme άντίτυπος est beaucoup plus expressif et compréhensif que celui de μνήμη : il suggère l’idée d’une repré­ sentation, d’une reproduction, et cadre bien avec ce glaive de la parole divisant le corps et le sang du Christ dont nous a parlé plus haut l’évêque de Nazianze. Le docteur le plus complet est encore ici saint Jean Chrysostome. Commentant l’Épltre aux Hébreux, il aborde résolument la question de l’unité du sacrifice de la Nouvelle Alliance proclamée par saint Paul, unité que semble contredire la multiplicité de nos messes : « Le Christ, dit l’Apôtre, s’est offert une seule fois, et cela a suffi pour toujours... Mais quoi, est-ce que nous ne l’offrons pas chaque jour? Nous l'offrons, il est vrai, mais c’est en faisant mémoire de sa mort, et l’oblation est unique et non multiple. Comment est-elle unique et non multiple ? Parce qu’elle a été offerte une seule fois comme l’ancienne l’était dans le Saint des saints. L’une est la figure de l’autre, et vice versa; car nous offrons toujours le même Jésus-Christ cl non pas tantôt une brebis, tantôt une autre. Notre victime est toujours la même; c’est pour cela que le sacrifice est unique. Parce que le Christ est offert en beaucoup d’endroits, allons-nous dire qu’il y a plusieurs Christs? En aucune manière, mais le Christ est un partout. Ici. il est complet; là il est complet; il n’est partout qu’un corps unique. De meme donc qu’offert en plu­ sieurs endroits, il est un seul corps cl non plusieurs, de meme il n y a qu’un seul sacrifice. Notre pontife est celui-là même qui a offert la victime qui nous purifie. Celte victime offerte alors, victime inconsumable, est celle-là même que nous offrons maintenant. Cela se fait en mémoire de ce qui eut lieu alors ; n’a-t-il pas dit : Faites ceci en mémoire de moi? Ce n’est pas un autre sacrifice que nous faisons, à lu manière du pontife de l’Ancienne Loi, mais c’est toujours le même; ou plutôt, nous accomplissons la commemoraison du sacrifice [de la croix), ό άρχιερεύς ημών έκεινός έστιν 6 την καΟαίρουσαν ήμας προσενεγκων εκείνην προσφέρομεν καί νυν... την αυτήν άεί ποιουμεν* μάλλον δέ άνάμνησιν έργαζάμεΟα Ουσίας. » In Hcbr., horn. xvn. I, G., t. i.xin, col. 131. Theodorei, interprétant lui aussi l’Épltre aux Hébreux, se pose la même difficulté, et la résout à peu près de même, mais il tait le rôle de prêtre princi­ pal attribué à Jésus, que son prédécesseur fait si souvent ressortir : « Si le sacerdoce de Γ Ancienne Loi a pris fin et si le pontife selon l’ordre de Melchisédech a offert son sacrifice, rendant inutile d’autres victimes, pourquoi donc les prêtres de la Nouvelle Alliance célèbrent-ils la mystique liturgie ? Mais ceux qui sont instruits des choses divines savent que nous n’offrons pas un autre sacrifice, mais que nous faisons le mémo- 1327 MESSE EN ORIENT, NESTORIENS ET MONOPHYSITES rinl de cet unique et salutaire sacrifice, comme nous l’a ordonne le Seigneur lui-même : Failes ceci en mémoire de moi; afin que par la méditation nous fassions revivre en notre souvenir la représentation des souffrances endurées pour nous, et que nous excitions en notre cœur la flamme de l’amour envers notre bienfaiteur, attendant la jouissance des biens futurs, ούκ 4λ>ην τινά Ουσίαν προσφέρομεν, αλλά της μιας εκείνης καί σωτηρίου την μνήμην έπιτελουμεν.., (να πή θεωρία τόν τύπον των ύπέρ ημών γεγενημένων άναμ.μνησκώμεΟα πχΟημάτων. ·/n Hebr., ιχ, P. G., t. Lxxxn, col. 736 B. Terminons par ce passage du traite d’Eulogc d’Alexandrie que nous a conservé Photius, Bibliotheca, cod. cclxxx, P. G., t. αν, col. 310-3-11 : après avoir affirmé l’unité du sacrifice de la Nouvelle Alliance cet auteur ajoute : « Le redoutable mystère du corps du Christ que nous célébrons n’est pas l'offrande de sacrifices differents, mais le rappel du sacrifice offert une seule fois; le Seigneur a dit, en clTet : Faites ceci en mémoire de moi, ού Ουσιών έστι διαφόρων προσαγωγή, αλλά της άπας προσενηνεγμένης Ουσίας άνάμνησις. · 5· Les fins du sacrifice, — Il n’y a pas lieu de s’arrêter longuement à l'enseignement des Pères sur les fins et l’efficacité du sacrifice de la messe. Ils répètent ce qui est clairement marqué dans les litur­ gies orientales. C’est, la plupart du temps, en faisant allusion aux prières rituelles qu’ils parlent du sujet. La messe est avant tout pour eux un sacrifice de louange et d'action de grâces pour les immenses bien­ faits de Dieu et spécialement celui de la rédemption. Ils insistent sur l’action de grâces, et c’est tout naturel, puisque ce sacrifice s’appelle Vcucharislie. Voir, par exemple. Eusèbe. Demons!, evang., 1. I, c. x, P. G., t. xxn. col. 92 B; saint Cyrille de Jérusalem, Catech. myst., v, 5, t. XXXIII, col. 1113 sq.; saint Jean Chrysostomc. In Malth., hom. xxv, 13, t. lvh. col. 331, où il explique le mot εύ/αρ’.στίχ; In 1 Cor., hom. xxiv, 1, 4, t. lxi, col. 199. Ils signalent aussi le caractère propitiatoire de ce sacrifice. Saint Cyrille de Jérusalem, loc. cil., 8, col. 1116 A, lui donne le nom de Ουσία του Ιλασμου et dit que nous offrons le Christ immolé pour nos péchés, Χριστόν έσφαγιασμένον ύπέρ ήμετέρων αμαρτημάτων προσφέρομεν. Col. 1117. Cette propitiation vise non seulement les péchés des vivants mais aussi les péchés des morts, et les morts en reçoivent soulagement, ibid., col. 1117; cf. saint Jean Chrysostomc,De sacerd., vi, 1.1. xlvii, col. 680; In Philip., hom. m, 1, t. lxii, col. 203; ln / Corinth., hom. xli, 5, t. lxi, col. 361. Ce n’est pas, du reste, ici le lieu d’examiner cette ques­ tion de la prière pour les morts, qui sera traitée à l’article ΡνποΛΤοιηι:. Pour ce qui est de la prière de demande pour les vivants, les Pères se plaisent à rappeler aux fidèles dans leurs homélies les magnifiques prières des litur­ gies orientales où les différents membres de l’Égllse sont nommés, et les diverses catégories d'affiigés et de malheureux, expressément mentionnées; où toute grâce est demandée, où aucun membre de la famille humaine n’est oublié. IL La messe chez les nestoriens et les monopiiYsiTEs. — Les controverses chrlstologlques du v siècle, qui amenèrent la création des Églises nestorienne et monophysite, ne furent pas sans avoir une certaine répercussion sur la théologie eucharistique, spécialement ù propos de la transsubstantiation (voir article Eucharistie, t v, col. 1166 sq ); mais elles laissèrent intacte la croyance au sacrifice de la messe. \ussi trouve-t-on sur cette question chez les théolo­ giens nestoriens et monophysites une doctrine équi­ 1328 valante à celle des Pères orthodoxes. Quelques cita­ tions suffiront à le prouver. Dans une de scs homélies, Nestorius met bien en relief l’idée du sacrifice eucharistique, reproduction symbolique du sacrifice de la croix : < Aux fidèles comme à des soldats est offerte la solde royale que sont les saints mystères; mais l’année des fidèles, on ne la voit nulle part; comme une paille légère, le vent de la négligence les a emportés avec les catéchumènes. Le Christ est symboliquement crucifié, immolé par le glaive de la prière sacerdotale; mais, comme aux jours de la passion, ses disciples ont pris la fuite, zal σταυρουτχι μέν κατά τόν τύπον Χριστός, τη της ιερατικής εύχής μαχαίρα σφχττόμενος. » Loofs, Nestoriana, Halle, 1905, p. 211. On trouve dans ces paroles un écho de celles de saint Grégoire de Nazlanzc rappor­ tées plus haut; elles montrent en la consécration l’acte central du sacrifice, par lequel la victime, qui est Jésus-Christ, est immolée. On peut seulement se demander si, en parlant de la prière sacerdotale, Nestorius fait allusion aux paroles du Seigneur ou à celles de l’épiclèse. En fait, il semble que la doctrine sur la forme de l’eucharistie se soit obscurcie très vile chez les nes­ toriens. Déjà sur la fin du v· siècle, Narsaî, un de leurs docteurs, paraît bien faire du Saint-Esprit le prêtre principal du sacrifice et lui attribue le rôle que saint Jean Chrysostome reconnaît à Jésus. Expli­ quant dans une de scs homélies les prières et les rites de la messe, il dit en propres termes : < Le Saint-Esprit descend à la demande du prêtre et il célèbre les mystères par la médiation du prêtre, qu'il a consacré. Ce n’est pas la puissance du prêtre qui célèbre les adorables mystères, mais c’est le Saint-Esprit qui les célèbre par sa mystérieuse présence. > Il ajoute qu après les trois signes de croix faits au moment de l’épiclèse, le sacrifice est accompli. Homit., xvn, Expositio mtjster., publiée par Connolly, The liturgical homilies oj Narsaî, dans Texts and Studies, t. vm, 1909, p. 21, 22. Voir aussi Horn., xxr, De baptismo, p. 58, Hom., xxxu.De sacerdotio, p. 66-67. C’est peut-être sous l’influence de cette doctrine sur l’épiclèse que l’Égllse nestorlennc, déjà depuis plusieurs siècles, a supprimé le récit de la cène avec les paroles du Seigneur dans la messe dite des Apôtres, qui est la plus usitée. On peut cependant recueillir chez d’autres théolo­ giens nestoriens des textes favorables à la doctrine catholique. C’est ainsi qu’Ebed Jésu, au xiv· siècle, dans le court chapitre qu’il a consacré à la messe, dans son ouvrage : De la vérité de la religion chrétienne, traduit en latin et édité par Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. x b, p. 358-359, après avoir rapporté les paroles dominicales ajoute : Hoc itaque præceplo dominico mutatur panis in sanctum e/us corpus, el vinum in pretiosum ejus sanguinem, et fiunt in remis­ sionem peccatorum, cl in emundationem et illumina­ tionem et propitiationem. Il faut ajouter que. dans les deux autres messes nestorlennes, dites de Théodore de Mopsuestect de Nestorlus, l’épiclèse est séparée des paroles du Seigneur par de longues prières, et parait de ce fait perdre de son importance, la présence réelle étant déjà supposée par ces prières. Chez les docteurs monophysites, la doctrine tradi­ tionnelle est bien conservée. Le pseudo-Denys (qui est peut-être Sévère d’Antioche) enseigne clairement non seulement que l'eucharistie est un sacrifice, mais que la consécration en constitue l’essence : Après la préface, le pontife < procède à la célébration mystique du sacrifice en la manière que Dieu a instituée... il s’écrie au Seigneur : « Vous l'avez dit : Faites ceci en mémoire de moi. » Puis il demande la grâce de n'être pas Indigne de ce ministère par lequel l’homme Imite un Dieu, et de retracer Jésus-Christ dans la célébration 1329 MESSE EN ORIENT, DÉVELOPPEMENT DES RITES cl la distribution des choses sacrées. » Hier, eccles., c. in, § ni, 12, P. G., t. in, col. 441-444. Sévère d’Antioche n'est pas moins explicite que saint Jean Chrysostorne à affirmer le rôle princi­ pal du Christ pontife dans la célébration de la messe : « Le prêtre qui se tient à l’autel ne joue le rôle que d’un simple ministre. Prononçant les paroles comme en la personne du Christ et reportant l’action qu’il accom­ plit au temps où le Sauveur institua le sacri Bec en présence de ses disciples, il dit sur le pain : Ceci est mon corps, (pii est livré pour dous; faites ceci en mémoire de moi. Sur le calice il prononce ces mots : Ce calice est le Nouveau Testament en mon sang, qui est répandu pour vous. Ainsi donc, c'est te Christ qui continue à offrir te sacrifice, et la puissance de scs divines paroles sanctifie les éléments, qui sont apportés pour être transformés en son corps cl en son sang. E. Brooks, The sixth bool: of the select letters of Severus, patriarch of Antioch, t. n, Londres, 1901, p. 237-238. Dans sa Lettre au prêtre Thomas, Jacques d’Édesse résume brièvement les prières et les rites de la liturgie syriaque. Il parledu s icriflce mystique et non sanglant du corps ctdu sang du Fils unique offert à Dieu comme hostie de propitiation pour les âmes fidèles. Il dit fort bien que toute la messe « a pour but de commé­ morer ce que Jésus-Christ a fait pour nous ». Il consi­ dère l’oblation comme terminée après les commémoraisons qui suivent l’épiclèse : Sed et precatur illap­ sum Spiritus Sancti : mox peragit commemorationes, in quibus oblatio absolvitur. Th. J. Lamy, Dissertatio de Syrorum fide et disciplina in re eucharistica, Lou­ vain, 1859, p. 230-232. Jean de Dara, au vin· siècle, répète la doctrine de Sévère sur les paroles domini­ cales. Lamy, ibid., p. 36. Au xii· siècle, Denys Bar Salibl, dans son Commentaire de la messe, résumera ses prédécesseurs. Dioysius Par Salibi : Expositio liturglæ, édit. J. Labourt, dans le Corpus script, christ, orient.. Script, syr., t. xcm, Paris, 1903. La doctrine des Coptes nous est suffisamment mani­ festée par les trois liturgies dont ils se servent, cl qui remontent sûrement à la période palrislique. La litur­ gie dite de saint Grégoire présente cette particularité que l’épiclèse qui suit les paroles du Seigneur est adressée directement à Jésus-Christ. C’est à lui que la consécration est expressément attribuée: Quisanctiflcasti has oblationes propositas, et fecisti illas invisibiles ex visibilibus. Cf. Kcnaudot, Liturgiarum orientalium collectio, éd. de 1817, Francforl-sur-lc-Meln, t. r, p. 3134. La liturgie arménienne, dérivée des liturgies grec­ ques de saint Jacques et de saint Jean Chrysostorne, abo ide, comme toutes les liturgies, en affirmations dogmatiques sur l’eucharistie, sacrifice de la Nouvelle Alliance, offert pour les vivants et pour les morts. Chosrov le Grand, qui la commente, au x· siècle, insiste sur le rôle de Jésus prêtre principal, à la manière de saint Jean Chrysostorne et de Sévère d’Antioche. Cf. P. Vetter, Chosroir Magni, episcopi monophijsitici, explicatio precum missæ e lingua arme­ niaca in latimm versa, Fribourg-cn-Brisgau, 1880; S. Salavillr, Consécration et épiclèse d'après Chosrov le Grand, dans les Échos d'Orient, 1911. t. xiv, p. ΙΟ­ Ι C. III L\ doctrine sur le sacrifice de la messe ET LE DÉVELOPPEMENT DES RITES LITURGIQUES. — C’est surtout à partir du ιν· siècle que les liturgies orientales se diversifient et s’enrichissent de nouvelles formules et de nouvelles cérémonies. Ces prières et ces cérémonies ont souvent une portée dogmatique, et traduisent, mieux peut-être que les textes des Pères et des docteurs, la pensée de l’Egllse. Il ne saurait être ici question d’entrer dans un examen détaillé des formules et des gestes symboliques qui 1330 composent la trame des messes orientales. Voir Orien­ tales (liturgies). Nous allons nous borner à attirer l’attention des théologiens sur quelques expressions et quelques rites particulièrement significatifs. Remarquons d’abord que, dans presque toutes les liturgies orientales, la mémoire de la résurrection du Sauveur est associée à la mémoire de sa passion, à la fin de la formule de consécration du pain. On fait dire à Notre-Seigncur : Toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez à ce calice, vous annoncez ma mort et vous confessez ma résurrection, z's/ έμ&ν θάνα­ τον καταγγέλ7χτε, την έμήν άνάβτασιν ομολογείτε. Sans doute, dans la prière qui suit, on rappelle non seulement la résurrection, mais aussi l'ascension et même le second avènement du Sauveur au dernier jour; mais la résurrection est l'objet d’une mention spéciale pour bien montrer que la divine victime de l’autel est dans son état glorieux et qu'elle ne peut être immolée que d’une manière symbolique. C'est vrai­ semblablement pour signifier la résurrection que, dans toutes les liturgies, on rencontre le rite de la mixtion des deux espèces, précédée de la fraction de l'hostie, qui représente le crucifiement. Ce double symbolisme est expressément marqué dans l'Ordo communis de Ια liturgie syriaque, Rcnaudot, op. cit., t. n, p. 22; cf. aussi Eutychius de Constantinople, Sermo de pas­ chale, P. G., t. lxxxvi b, col. 2396 A : ή κλάσις του άρτου τού τίμιου την σφαγήν δηλοΐ. Dans la liturgie copte de saint Basile, la résurrection est appelée le complément du sacrifice mystique : Confitemur passio* nem ejus salutarem, mortem ejus annunciamus, credimasque ejus resurrectionem, mysterii complementum, Rcnaudot, t. i, p. 21. La messe byzantine présente plus d'une particula­ rité intéressante. Sur la fin de la période que nous éludions, apparaissent les rites assez compliqués de l’avant-messe ou préparation des oblats. L'idée prin­ cipale qui s’en dégage est que la messe est la repro­ duction mystique de sacrifice de la croix. Le prêtre, prenant de la main gauche un pain ou προσφορά, et tenant la lance de la main droite, fait un triple signe de croix sur le pain avec la lance en disant à chaque fois : En mémoire de Noire-Seigneur. Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Puis il plante la lance dans le côté droit de la σφραγίς ou empreinte carrée gravée sur le pain, et coupe en disant : Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie. Il fait la même opération dans le côté gauche de l’empreinte, en disant : Et comme un agneau sans tache, muet devant celui qui le tond, il n'ouvre pas la bouche; puis dans la partie supérieure, en disant : Dans son humilité, son jugement a été exalté. Introduisant en biais la lance du côté droit de la prosphora, il enlève le saint pain (qu’il doit consacrer et que les liturgistes appellent souvent T agneau) en disant : Sa vie est enlevée de la terre. Le diacre : Immolez Tagncau. Le prêtre immole l’agneau, c’est-à-dire qu’il l'entaille assez profondément en forme de croix, en disant : L'Agneau de Dieu est imm Aé, qui enlève le péché du monde, pour la vie et le salut du monde. Puis il retourne le pain de manière ù avoir en haut l’empreinte de la croix, cl le diacre ayant dit : Percez, Seigneur, il perce le pain avec la lance du côté droit juste sous les lettres I Σ. en disant : Un des soldats lui perça le côté de sa lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Ces rites réalistes pra­ tiqués sur le pain de l’oblation, avec les paroles qui les accompagnent, en disent assez long sur la relation entre le sacrifice de la messe et celui de la croix. Cf. S. Pél ridés, La préparation des oblats dans le rite grec, dans les Échos d'Orient, 1900, t. in, p. 65-78. C'est aussi au même symbolisme qu’il faut rapporter, d’après certains auteurs, la curieuse pratique de ver­ ser quelques gouttes d’eau chaude dans le calice, un 1331 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE peu avant la communion, immédiatement après la fraction de l’hostie cl le mélange des deux espèces. L’eau chaude ou ζέον rappelle l’eau qui coula du côté du Sauveur, quand le soldat le perça de la lance. Quelques auteurs cependant, comme Syméon de Thcssaloniquc, De divino templo, 94. P. G., t. clv, col. 741, y voient le symbole de la divinité, qui ne fut pas séparée du corps du Sauveur après sa mort sur la croix, tandis que, d’après Nicolas Cabasilas, Expositio lilurglæ, c. χχχνπ, P. G., t. cl. col. 452, c’est la descente du Saint-Esprit, nu jour de la Pente­ côte, qui est signifiée par ce rite. Cette interprétation cadre mieux avec les paroles prononcées par le prêtre en bénissant le ζέον. Cf. Goar, Euchologium Grircorum, Venise, 1730, p. 127-128: sur l’antiquité de cet usage, voir Pargoirc, L'Église byzantine de 527 à 847, Paris, 1905, p. 101-102. Le rôle de Jésus pontife est bien marqué par ces paroles de la messe de saint Basile, telle qu’on la trouve dans l’euchologe Barberini de la fin du vin· siè clc : · Tu es celui qui offre cl celui qui est offert, celui qui consacre cl qui est consacré. Tu as été constitué notre pontife, et tu nous as confié le ministère sacré du sacrifice liturgique et non sanglant, Σύ εΐ ό προσφίρων καί προσφεράμεν^ς καί άγιάζων καί άγιαζόμενος. » Bright man. Liturgies eastern and western, t. i : Eastern Liturgies, Oxford. 1896, p. 318. Les rubriques qui accompagnent la prononciation des paroles dominicales : Hoc est corpus rneuni, etc., indi­ quent suffisamment que la consécration des oblats s’opère .à ce moment et contredisent l’opinion des Grecs modernes sur la valeur consécraloire de l’épielèse du Saint-Esprit. Cf. Goar., op. cil., p. 61 et 120. Signalons aussi l’expression : τά ύπομνήματα του σωτηρίου αύτου πάθους, pour désigner l’eucharistie, qui se lit dans l’anaphorc de la messe de saint Basile. La liturgie syrienne avec ses nombreuses anaphores abonde aussi en rites et en formules à portée dogma­ tique. Elle se divise en trois parties. La première correspond à peu près à la prothèse des Grecs, et reçoit le nom de sacrifice de Melchisédcch. En versant le vin dans le calice, le prêtre dit : Hoc vinum, quod est typus sanguinis, qui /luxit nobis ex latere Filii tui dilecti Jesu Christi; cl en mélangeant au vin quelques gouttes d’eau, il ajoute : Hanc ellam aquam, quœ est typus uqu.r illius, qu:c /luxit nobis ex latere dilecti Filii, etc. Renaudot, op. cit., t. n, p. 3. La seconde partie, pendant laquelle le prêtre encense l'autel et les oblats et fait une première commémoraison des vivants et des morts, s’appelle le sacrifice d’Aaron. On y trouve ce passage, qui exprime bien l’idée totale de la messe, commémoraison non seulement de la mort du Sauveur — qui reste pourtant au premier plan — mais aussi de tous ses mystères : Memoriam Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi totiusque ejus dispensationis salutifera* pro nobis agimus. Ecce enim annuntiationis ejus per archangclum vigilem, nativitatis ejus in carne, baptismi ejus in Jordane, pas­ sionis ejus salutaris, elevationis ejus in cruce, mortis ejus vivificir, sepultura ejus gloriosa*, resurrectionis praetorie, ascensionis in cnlum sessionisque ejus ad dexteram Dei Patris, juxta divinum ejus ad nos perceptum, commemorationem nunc celebramus super eucharistiam istam, quse coram nobis proposita est. Renaudot, ibid., p. 16. Avec la lecture de l’Épitrc et de l’Évangile commence le sacrifice de Jésus-Christ. Parmi les nombreuses messes syriennes, la plus impor­ tante est celle de saint Jacques, frère du Seigneur. Elle insiste surtout sur le caractère propitiatoire du sacrifice eucharistique. Cf. Renaudot, ibid., p. 37, 38, il. Signalons dans une prière attribuée à Jacques docteur (on ne dit pas lequel) ce passage sur le prix du sacrifice de la tinsse : Aspice delicta, sed aspice 1332 simul sacrificium quod pro ipsis ofjcrtur, quia multo majus est sacrificium et victima quam reatus. Ibid., p. 22. Le travail qui précède ayant été fait directement sur les sources, nous croyons inutile de donner une longue bibliographie, qui ferait double emploi soit avec celle qui n été donnée dans cet article même pour les trois premiers siècles, soit avec celles qui so trouvent aux différentes sections de Particle Eucharistie . ou à Particle Épici.ésb eucharistique. Signalons seulement les ouvrages do quel­ ques théologiens, oü la preuve patrlstlque sur le sacrifice de In Messe reçoit quelque développement : Bcllnrmin, Controversia·. t. iv. De eucharistia cl sacri/le io missa· libri sex, Venise. 172 i ; Duperron, Traité du S. Sacrement de l'eucharistie, Paris, 1622: Petau. Dogmata theologica, De incarnatione, 1. Nil, c. χιι-χπι, el Thomnssin, Dogmata theologica : De Verbi Dei incarnatione, I. X, c. xvi, pour Pcxcrcicc du sacerdoce de Jésus-Christ à la dernière cène; Arnould et les autres auteurs de In Perpétuité de la foi de l'Eglise catholique sur l'eucharistie, éd. Migne, 4 vol., passim; voir I. IV, la Vil lettre du P. SchefJmâcher sur le sacrifice de la messe, col. 1107-1142; J. Assémani, Codex liturgieus Ecclesia: universa·, Home, 1751, t. iv, p. 25 sq.; N. Gihr, Die heilige Sacramente, Fribourg-cn-Brisgnu, 1897, t. i, p. 627-631; M. de lui raille. Mysterium fidei de augustissimo corporis et sanguinis Christi sacrificio atque sacramenta. Puris. 1921, passim, oü la tradition orientale est largement utilisée. Pour les liturgies orientales, voir Goar, Euchologium Grœcorum, Paris, 1647, Venise, 1730, p. 47-190; Henaudot, Liturgiarum orientalium collectio, Paris, 1716, I-Tancforlsur-le-Mein, 1847, 2 vol., avec de savantes introductions et notes ; C. A. Swainson, Greek Liturgies, Cambridge, 1884 ; Brlghtman, Liturgies eastern and western, t. i, Eastern Liturgies, Oxford, 1896; P. de Meester, arlicle Grecques (Liturgies), dans le Dictionnaire d'archéologie et de liturgie, t. vi, col. 1591-1662. Vil. LA MESSE DANS L’ÉQLISE BYZANTINE I. Doctrine des théolo­ giens de l’époque byzantine. II. Controverses sur le sacrifice de la messe (col. 1336). III. Doctrine des théo­ logiens gréco-russes de l’époque moderne (col. 1343). I. Doctrine des théologiens de l'époque byzan­ tine. — Pas plus sur le sacrifice de la messe que sur la plupart des autres questions dogmatiques, les théo­ logiens de l'époque byzantine ne font notablement progresser par des spéculations originales l’intelli­ gence de la doctrine traditionnelle. Ils se contentent généralement de répéter les affirmations des anciens Pères. Ceux qui méritent le plus d’attirer l'attention sont les commentateurs de la messe byzantine. Quatre principaux commentaires nous sont parvenus : celui de Théodore, évêque d'Andida, au xn· siècle; celui du Pseudo-Germain, dont le texte actuel a subi plu­ sieurs remaniements s’échelonnant entre le ix· et le xm· siècle; celui de Nicolas Cabasilas, au xiv· siècle et celui de Siméon de Thcssaloniquc, au xv·. Nous laissons de côté le court traité du pscudo-Sophronc, publié par Mal dans le t. iv du Spicilegium romanum, Rome, 1840, p. 31-48, et reproduit par Migne, P. G.t t. lxxxvh b, col. 3981-4002. Ce n'est qu’une compi­ lation, qui emprunte beaucoup à Théodore d’Andida, et n'a rien qui ne se trouve dans le Pseudo-Germain. 1· Dans sa προΟεωρΙα κεφαλαιώδης, P. G., t. cxl, col. 417Ί68, Théodore d'Andida commence par décla­ rer que les rites accomplis dans le saint sacrifice ne sont pas seulement la représentation, -τύπος, de la passion, de la sépulture et de la résurrection du Sauveur, comme le déclarent beaucoup de ceux qui sont revêtus de la dignité sacerdotale, mais qu’ils symbolisent aussi toute la vie du Sauveur, tout le mystère de Véconomie. Cette idée, Théodore n’est pas le premierά l'exprimer: nous l’avons déjà trouvée expressément formulée dans certaines liturgies, et saint Théodore le Studlte avait déjà dit avant lui que la messe est la récapitulation de toute l'économie, APRÈS LE IX· SIÈCLE. — 1333 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, DOCTRINE συγζεφαλαίωσίς της όλης οικονομίας τόδε το μυστή­ ριον, Antirrhcl. I adv. Iconomaehos, P. G’., t, χαχ, col. 310 C. En fait, elle est commune chez les théolo­ giens byzantins. C'est d’après cette conception que l’évêque d’Andida interprète les diverses formules et cérémonies do la messe byzantine. Il y trouve le symbole des divers mystères de la vie de Jésus, depuis sa conception virginale et sa naissance jusqu’à sa glorieuse ascension. Ecrivant avant la controverse sur l’épiclèse, il manque de précision sur la forme de la consécration, mais il insinue assez clairement, col. 452-453, que l’épiclèse du Saint-Esprit a pour but d’exprimer la coopération de toute la Trinité au mystère de la transsubstantiation. Jésus est à la fois le prêtre et la victime du sacrifice, et les prêtres visibles tiennent sa place à l’autel, τό του μεγάλου άρ/ιερέως φέρουσι πρόσωπον. Col. 456 Λ. 2° Du traite du Pseudo- Germaiη, intitulé 'Ιστορία έκκλησιαστική καί μυστική θεωρία, P. G, t. xcvni, col. 383-454, il existait déjà au ix· siècle une première rédaction, qu’Anastase le Bibliothécaire a connue et qu’il a traduite en latin. Cf. S Pétridés. Traités liturgiques de saint Maxime et de saint Ger­ main traduits par Anastase le Bibliothécaire, dans la Revue de TOrient chrétien, 1905, t. x, p. 289-313, 350361. Cette première ébauche est tout entière d’ordre symbolique. Elle abonde en affirmations dogmatiques. Donnons-en quelques-unes dans la traduction même d'Anastasc. De l'autel il est dit : Sacra mensa est ubt in sepultura sua positus est Christus, in qua super­ jacet verus et cœlestis panis Christus mystico et incruento sacrificio vivens hostia jactus ut homo, qui et carnem suam et sanguinem in escam vita: ndcrmv proposuit fidelibus. Revue de TOrient chrétien, loc. cit.. p. 310. Lc vin mélangé d’eau symbolise le sang et l’eau qui coulè­ rent du côté du Sauveur percé par la lanee. P. 352. Le Pseudo-Germain écrit à une époque où la prépa­ ration des oblats, telle que nous l’avons décrite col. 1330, existait déjà. Il s’arrête à ces cérémonies d’un symbolisme si réaliste. Mais ce n’est pas seulement la passion et la mort du Sauveur qu'il voit dans les rites liturgiques. Il y trouve aussi des figures des autres mystères de la vie de Jésus. Pour lui, comme pour Théodore d’Andida, la messe est la représentation de toute l’écononoinle de notre salut : Concha est in similitudinem spelunca:, quæ fuit in Bethléem. in qua natus est Christus, et in similitudinem speluncain qua sepullus est. P. 309. — Quod summus sacerdos populum signat, venturum Christi secundum demons­ trat adventum, in sex millesimo quingentesimo anno juturum ( =» 992), per compulum digitorum ostendens sex millenarium quingentenarium numerum. P. 357. Dans le traité interpolé, tel qu’il existe déjà au xiv· siècle, nous trouvons un passage très explicite sur Jésus-Christ, prêtre principal du sacrifice de la messe, continuant à exercer actuellement son sacerdoce : « Il ne s’est pas contenté de s’offrir et de s'immoler une seule fois pour cesser ensuite d’exercer son sacerdoce, mais par celui-ci, qui est perpétuel, il est le ministre de notre liturgie, se montrant par là notre avocat auprès de Dieu pour l’éternité, selon qu’il est écrit : « Tu es prêtre pour l'éternité ». Aussi, les fidèles ne doivent concevoir aucun doute sur la sanctification des dons pas plus qu’au sujet des autres sacrements, bien qu’ils s’accomplissent selon l’intention et aux prières des prêtres, ού γάρ άπαξ έαυτύν προσαγαγών καί Ούσας, έπαύσατο της Ιερωσύνης, άλλά διηνεκεϊ ταύτη λειτουργεί την λειτουργίαν ημών. » P. G., t. cil., col. 433 D. Cela n’empêche pas le compilateur d’attri­ buer ensuite le changement des dons à l’intervention du Saint-Esprit, col. 436-437, car, comme beaucoup d’autres Byzantins, il ne se pique pas de logique. Plus loin, col. 453, il déclare que Jésus-Christ 1334 • donna son propre corps et qu’il versa son propre sang et mélangea la boisson de la Nouvelle Alliance, en disant : Ceci est mon corps et mon sang rompu et versé pour la rémission des péchés. Ιδιον σώμα δέδωζε καί ίδιον αίμα έξέχεε..., λέγων' Τούτά έστι τά σώμα μου καί τό αΤμά μου. » Bemarquable aussi est Γορροsllion qu’il établit, col. 450 CD, entre V immolation mystique que le prêtre opère à la prothèse en décou­ pant avec la lance l’Agneau dans la προσφορά, et V immolation quasi-sanglante qui se produit à la consé­ cration : La communion du prêtre sous chacune des espèces séparément · montre que le divin Agneau est encore rouge du sang répandu à la divine et vivifiante immolation de la victime spirituelle, immolation que le prêtre avait faite mystiquement à la prothèse, ούίεν άλλο δηλοΐ εί μή αιματώδη έτι είναι τάν θειον αμνόν από της θείας και ζωη φόρου σφαγής τού νοητού θύματος, ήν ό ίερεύς έπεποιήζει μυστικός έν τη προΟέσει ». 3· De tous les commentaires de la messe byzantine le plus original, le plus pieux et le plus doctrinal est sans contredit celui de Nicolas Cabasilas, ’Ερμηνεία της θείας λειτουργίας, P. G., t. cl, col. 367-191. Comme ses prédécesseurs, Cabasilas voit dans l’en­ semble des cérémonies de la messe une représenta­ tion symbolique de tout le mystère de l’incarnation et de la rédemption, έν πασι τοΐς ύπό των ιερέων διά πάσης της τελετής πραττομένοις ή οικονομία τού σωτηρος σημαίνεται, col. 369 D; cf. col. 372 B. Plus clairement qu’aucun autre, il distingue l’acte central du sacrifice de ce qui le précède et de ce qui le suit. Cet acte central, c’est la consécration des dons, c’està-dire leur changement au corps et au sang du Sau­ veur. Voilà ce qui, d’après lui, constitue vraiment le sacrifice et annonce la mort du Sauveur, sa résurrec­ tion et son ascension, ά μεν γάρ τών δώρων αγιασμός αυτή ή Ουσία · τον θάνατον αύτού καταγγέλλει, καί την άνάστασιν καί την άνάληφιν, οτι τά τίμια ταύτα δώρα εις αύτό κυριακόν μεταβάλλει σώμα, τά ταύτα πάντα δεξάμενον. Col. 372 A. Ce qui précède le sacri­ fice : prières, psaumes, chants, lectures, symbolise les mystères de la vie du Sauveur antérieurs à sa passion. Ce qui suit indique la descente du SaintEsprit. la conversion des nations» la sanctification des fidèles, ibid., et c. xvi, col. 404-406. En un chapitre spécial, le xxxn*,col. 440-441, notre théologien s'arrête à considérer l’essence du sacrifice. La messe n’est pas une simple représentation ou image de sacrifice, mais c’est une véritable immola­ tion, un vrai sacrifice, ού τύπος Ουσίας ουδέ αίματος, άλλά αληθώς σφαγή καί Ουσία . Ce n’est pas le pain et le vin qui sont immolés» mais c’est l’Agneau de Dieu qui, par son immolation enlève le péché du monde. Pour le prouver, il suffit de faire remarquer que le sacrifice est le passage de l’état de non-immolation à l’état d’immolation. Avant la consécration, le pain n'est pas immolé; après la consécration, il n’existe plus, il a disparu: il ne peut donc être la victime offerte. La victime, c’est le corps meme de JésusChrist, en lequel le pain a été changé. Sans doute, à l’autel, le corps de Jésus n’est pas réellement mis à mort; mais il est réellement présent. Et l’état d’immolation, qui devait normalement avoir pour sujet le pain, par le fait du changement, est considéré comme existant non plus dans le pain, qui a disparu, mais dans le corps de Jésus-Christ, auquel 11 a été changé, έπεί δέ άμφότερχ μετεδλήΟη, καί τό ΛΟυτον καί ό άρτος, καί γέγονεν αντί μέν άΟύτου τεΟυμένος, άντί δέ άρτου τό σώμα Χριστού, διά τούτο ή σφαγή έκείνη, ουκ εν τω άρτω, άλλ’ώς έν. ύποκειμένω Οεωρουμένη τω σώματι τού Χριστού, ού τού άρτου, αλλά τού ’Αμνού τού Θεού Ουσία καί έστι καί λέγεται. Col. 440 D. 1335 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, CONTROVERSES Cette manière ingénieuse de concevoir l'immolation du sacrifice eucharistique permet à la fois de montrer que c*est la consécration qui réalise cette immola­ tion, et que le sacrifice eucharistique ne diffère pas, en réalité, du sacrifice de la croix. Car le théologien byzantin se pose l'objection tirée de l’unité de sacri­ fice de la Nouvelle Alliance si solennellement procla­ mée par saint Paul : « Ceci étant supposé, dit-il, rien ne force à introduire plusieurs oblations du corps du Seigneur, πολλας τάς προσαγωγάς του κυριακου σώματος. Puisque ce sacrifice se produit non par l'immolation actuelle de l'Agncau, mais par le chan­ gement du pain en l'Agncau déjà immolé, il est clair que le changement a bien lieu, mais que l’immolation do la victime n’a pas lieu à ce moment; et ainsi, ce qui est changé est multiple, et le changement se répète souvent: mais rien n'empêche que le terme du changement (mot à mot : ce en quoi a Heu le change­ ment) soit unique et reste le même; que, de même qu’il n’y a qu'un seul corps, il n’y ait aussi qu’une seule immolation du corps, πρόδηλον ώς ή μέν μετα­ βολή γίνεται, ή δέ σφαγή ού γίνεται τότε, καί ουτω τδ μέν αεταβαλλόμενον πολλά, καί ή μεταβολή πολλάκις · τδ δέ είς δ μεταβάλλεται, ούδέν κωλύει εν και τδ αύτδ είναι. » Col. Hl A. Cette explication de l’essence du sacrifice de la messe diffère sensiblement, on le voit, des nombreuses théories de nos théologiens. Elle a cependant une grande affinité avec la conception de Suarez, et elle mérite considération. A quel moment s’opère la consécration? C’est sur ce point que Cabasilas s’écarte de la doctrine catho­ lique. Il affirme que la transsubstantiation a lieu au moment où le prêtre demande à Dieu d'envoyer son Saint-Esprit pour faire du pain le corps du Christ, et du vin son sang, τούτων είρημένων, τδ παν της Ιερουργίας ήνυσται καί τετέλεσται, καί τά δώρα ήγιάσνη καί ή Ουσία άπηρτίσΟη. C. xxvn, col. 125 A. Il expose longuement son opinion, et attaque les Latins, qui attribuent la consécration aux paroles du Seigneur. C. xxvm-xxxi, col. 125-437. Cela ne l'empêche pas d'affirmer à maintes reprises que JésusChrist, à la messe, est à la fois le prêtre et la victime, j que c’est lui qui est le ministre de notre sacri lice, λειτουργεί τήν λειτουργίαν ημών. C. xxvni, col. 428 B. Mais il n'opère le changement des oblats, conjoin­ tement avec le Père et le Saint-Esprit, qui est sa vertu, qu’au moment où le prêtre demande l’envoi du Saint-Esprit, πιστεύομεν αυτόν είναι τδν ένεργοϋντα τδ μυστήριον τδν του Κυρίου λόγον, άλλ' ούτω, διά ίερέως, δι’έντεύςεως αύτού καί εύχής. C. χχιχ, col. I2’J Β. Il faut remarquer aussi ce que notre théologien dit de l'offrande que Jésus fait de lui-même à son Père. Avant la consécration, le prêtre offre le pain et le vin et Jésus reçoit cette offrande. .Mais quand les dons offerts deviennent lui-même, quand ils sont changés en son corps et en sang, alors le Christ s'offre luimême a son Père. C'est parce qu’il s’offre lui-même qu’on dit que le même offre et est offert, et reçoit; j il offre et II reçoit comme Dieu; il est offert comme homme, προσφέρει μέν γάρ καί ό Κύριος, άλλ'εαυτόν τώ ΙΙατρί, καί τά δώρα ταύτα, όταν αύτδς γένωνται... προσφέρων μέν καί προσδεχόμενος ως Θεός, προσφερόμενος δέ ως άνθρωπος. C. xux, col. 477 BC. Notons enfin que Nicolas Cabasilas est un des rares théologiens byzantins qui distingue clairement dans l'eucharistie le sacrement et le sacrifice, et le mode d’efficacité de l’un et de l’autre. < Ce saint mys­ tère, dit-il en parlant de la messe, sanctifie d’une double manière : par mode de médiation et d'interces­ sion, τη μεσιτεία, et par la communion, τη μεταλήψ». Le premier mode est général et s’étend aux vivants et aux morts Le sacrifice est, en effet, offert pour les 1336 uns et les autres et leur rend Dieu propice. La seconde manière n'est accessible qu'aux vivants, car les morts ne peuvent prendre celte nourriture et ce breuvage. » C. xlh, col. 157. 4· Nous trouvons dans les écrits Hturgico-dogmatiques de Simfon de Thessaloniquc, mais avec moins de précision et de développement, les idées princi­ pales que nous avons relevées dans le commentaire de Nicolas Cabasilas. Même doctrine, en particulier, sur la consécration par l'épiclèse du Saint-Esprit, après laquelle le sacri­ fice est achevé, De divino templo, 86, P. G., t. clv, col. 732-733, ταύτα τετελεκώς σφραγίδι σταυρού καί έπικλήσει I [νεύματος, τδν ζώντα εύϋύς βλέπει προκείμενον*Γησουν. Siméon parle de l’immolation spirituelle et intelligible de Jésus à la messe : l'autel symbolise le Christ immolé et vivant, gisant là comme sacrifié d’une manière intelligible et sans cesse immolé, καί αύτδν τυποΐ τδν Χριστόν έσφαγμένον και ζώντα, καί νοητώς έκεισε θυόμενου κείμενον. De sacra hturgia, 98, P. G., ibid., col. 293 A; cf. col. 297 C. Il insiste sur le rôle de Jésus, prêtre principal : < Bien que chaque jour des milliers de prêtres offrent le sacrifice, il n’y a qu’un corps et un sang, et un seul sacrifice et non plusieurs, car le Verbe de Dieu est vivant, et c'est lui qui opère par les prêtres, qui lui sont subordonnés, présent qu'il est partout et au-dessus de tout, έν έστι τδ σώμα καί αίμα, καί μία ή Ουσία καί ού πολλαί’δ γάρ τού Θεού Λόγος ζών έστι καί ένεργής... ούδέ ημείς ένεργούμεν τελούντες τά μυστήρια, αλλά λειτουργούμευ μόνον ήτοι ύπηρετούμεν. » De sacramentis, 4 1, ibid., col. 181-184. 11 traite la question de la consécration des parcelles, μερίδες, détachées du pain du sacrifice à la cérémonie de la préparation des oblats en l’honneur des saints et pour les vivants et les morts. Il enseigne (pie ces μερίδες ne sont pas changées au corps cl au sang du Seigneur, mais qu’elles participent à une certaine sanctification, αγιασμός, par leur contact avec l’hostie consacrée. Mélangées au Pré­ cieux Sang,elles peuvent, à la rigueur, servira commu­ nier les fidèles, parce qu’elles sont imbibées du liquide consacré. Notre théologien semble faire de ces par­ celles comme une sorte d'oblation et de sacrifice secon­ daire, à côté du sacrifice du corps et du sang du Sauveur. De sacra lilurgia, 94, col. 280-286; De diuino templo, 102, col. 718-749, άντί προσώπων είσίν ύπέρ ών προσάγονται, καί Ουσία έστίν ύπέρ αύτών προσφερομένη Οεω. II. CONTROVERSES SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE. — Les controverses eucharistiques ne manquèrent pas, en Orient, pendant la période byzantine. On discuta avec les Latins sur les azymes, sur l'épiclèse, sur la communion sous les deux espèces, voire même sur la nécessite de la communion pour les petits enfants. Mais ces controverses regardaient plus le sacrement que le sacrifice, cl nous n’avons pas à en parler ici. En dehors de ces querelles entre Grecs et Latins, surgirent au xir siècle deux autres questions se rapportant proprement au sacrifice de la messe, qui mirent aux prises les théologiens byzantins entre eux. Ie Controverse sur ta nature du sacrifice de la messe, — Elle fut soulevée sur la tin de l’année 1155 ou au début de 1156 par le diacre Sotérikhos Panteugénos, au moment où H venait d’être élu patriarche d'Antioche. 11 s’agissait de savoir si le sacrifice de la croix avait été offert par le Verbe incarné, prêtre et victime de ce sacrifice, aux trois personnes divines, ou seulement au Père et au Saint-Esprit. Sotérikhos trouvait une difficulté spéciale à admettre que le Verbe se fût offert à lui-même le sacrifice II voyait là une sorte de dédoublement hypostatique aboutissant à l’erreur nestoricnnc : Un offrant et un recevant, cela fait 1337 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, CONTROVERSES deux personnes. Si l’on dit que c'est la nature humaine du Christ qui a oiTert et sa nature divine qui a reçu, cette séparation des natures ne se conçoit guère sans qu'on attribue à chacune une personnalité. Ainsi raisonnait Sotérikhos dans un petit dialogue qui nous a été conservé par Nicétas Akominalos dans son Trésor de l'orthodoxie, 1. XXI il, P. G., t exi-, col. 1 ΙΟ­ Ι 18, et N(aÎ, Spicilegium romanum, t. x, Koine, 1811, p. 3-15. Quelques prélats et théologiens, parmi lesquels on nomme le métropolite de Dyrrachium, Eustathc, le prédicateur Basilakls, un certain .Michel de Thcssalonique, parurent se ranger a cette opinion. Mais la grande majorité des évêques présents à Constanti­ nople et la plupart des théologiens, clercs ou laïques, affirmèrent que le sacrifice de la croix avait été offert à la Trinité tout entière, Père, Fils et Saint-Esprit. Pour réfuter Sotérikhos, on fit appel nu passage de la messe byzantine que nous avons cité plus haut, où il est dit qu’à la messe Jésus-Christ est à la fois celui qui offre, celui qui est offert et celui qui reçoit, Σύ cï ύ προσφέρω v καί προσφερόμενος καί προσδεχόμενος. C’est ainsi que du sacrifice de la croix la controverse passa au sacrifice de la messe. Sotérikhos chercha à répondre à l’objection, et interpréta ainsi le texte liturgique : Jésus offre ceux qui sont sauvés par lui. lui-même est offert par le sacrifice non sanglant, qui se fait en sa mémoire, et il reçoit comme Dieu ce que nous lui offrons. Il expliquait sa pensée en disant que Jésus-Christ ne s’offre pas de nouveau à la messe, mais qu’il est offert par le prêtre. Le Sauveur, en effet, d’après l’Apôtre, ne s'est offert qu'une fois à son Père par le sacrifice de la croix. Il n'avait pas besoin d’offrir à sa propre divinité cet unique sacrifice de son corps et de son sang, parce que son humanité avait été suffisamment sanctifiée par l'union hypo­ statique. Il insistait sur cette idée qu'à la messe Jésus n'est pas réellement immolé, mais que sa passion salutaire y est renouvelée en imagination, ou plutôt d'une manière imagée et symbolique, comme si elle avait lieu présentement, ώς ένεστώτχ γάρ τά πάλαι γεγενημένα καινίζα φχνταστικώς, ή μάλλον είπείν είκονικώς, ή άνχμνησις, ήν ποίεΐν ήμας έπέτχξεν ό σωτήρ. Mai, toc, cil., p. 14 ; P. G., toc. cil., col. 1 18 AB. Le patriarche élu d'Antioche affirmait donc trois choses : 1. Le sacrifice de la croix n’a pas été offert au Verbe, mais seulement au Père et au Saint-Esprit; 2. Jésus-Christ n’a fait qu’une seule oblation de lui-même, au moment du sacrifice de la croix; il ne renouvelle pas cette oblation à la messe; c’est le prêtre qui fait cette oblation par le pain et le vin, qu sont changés en son corps et en son sang. Il reçoit cette oblation comme Dieu; 3’ Li messe est une sorte de drame purement symbolique représentant la passion du Sauveur. · Il ne faisait pas bon se livrera dos fantaisies théolo­ giques sous le règne de Manuel Comnène (11 13-1180), car le basllcus se piquait de théologie plus qu'aucun autre de ses sujets. Aussitôt que courut le bruit de la discussion soulevée par Sotérikhos. on décida de convoquer le synode permanent (σύνοδος ένδημούσα) pour examiner la question. L'assemblée se tint au patriarcat, dans la chapelle Saint-Thomas, le 2G janvier 1156. V assistèrent, outre le patriarche de Constantinople et les évêques alors présents dans la capitale, le patriarche de Jérusalem, plusieurs séna­ teurs et hauts dignitaires. Tous furent unanimes à condamner les idées de Sotérikhos sur le sacrifice de la croix et celui de la messe; et l’on produisit de nombreux textes des anciens Pères et aussi des théo­ logiens plus récents, parmi lesquels figurent Pholius, Léon de Bulgarie, et Eustratc de Nlcéc, pour appuyer la doctrine orthodoxe, qui est celle-ci : 1· Le sacrifice 1338 de la croix a été, cl le sacrifice quotidien de la messe est offert non seulement au Père et au Saint-Esprit, mais aussi à la personne du Verbe considéré dans sa divinité; 2· Jésus-Christ n'a pas seulement offert le sacrifice de la croix, mais il offre aussi chaque jour le sacrifice de la messe; 3· Jésus-Christ, à l’autel, n’est pas simplement immolé en figure et d'une manière métaphorique, mais d'une manière réelle, quoique mystérieuse et non sanglante; 4· Le sacrifice de la messe et celui de la croix constituent un seul et même sacrifice. Telle est la doctrine qui se dégage non seulement des actes de ce premier synode de 1156, mais aussi de ceux d’un second concile, plus nombreux et plus solennel que le premier, qui se tint deux ans après, au palais des Blakhcrncs. le 12 mai 1158, sous la pré­ sidence même de l'empereur. Le premier synode, en effet, ne mit pas fin à la controverse, et ne fut qu'une escarmouche entre les deux partis. Sotérikhos et plusieurs de ses amis n'avaient pas été convaincus par les autorités produites par les orthodoxes, et ils continuaient à discuter. Ils en vinrent même à sou­ tenir que le sacrifice de la croix avait été offert au Père seul, à l’exclusion du Fils et du Saint-Esprit. Au second concile, Manuel Comnène lui-même argu­ menta contre Sotérikhos, qui allait jusqu'à dire que recevoir était une propriété hypostatique du Père. Enfin, il s’avoua vaincu par le théologien couronné, et signa cette déclaration : · Je me range à l’avis du saint et sacré concile pour confesser que : aussi bien le sacrifice offert maintenant, que celui qui le fut autrefois, l’est et l’a été par le Verbe incarné, attendu que c’est un seul et même sacrifice, ομοφρονώ τη ιερά καί άγίχ συνόδω επί τώ την Ουσίαν καί την νυν προσαγομένην καί τότε προσαχΟείσαν, παρά του μονογενούς καί ένανθρωπησαντος Λόγου καί τότε προσαχΟείσαν καί νυν πάλιν προσάγεσϋαι, ώς την αύτην ούσαν, καί μίαν.» MaT, ρ. 76-77 ; P. G., t. cil., col. 189 C. Par cette soumission tardive, Sotérikhos ne réussit pas à s'assurer le siège d’Antioche, auquel il avait déjà été nommé. Il fut déposé, le lendemain 13 mai, par les membres du synode, à cause du scan­ dale qu’il avait donné en défendant si longtemps une doctrine qualifiée d'hérésie. Celle-ci fut portée au Synodicon de la Grande Église pour être anathema· tisée chaque année, au dimanche de l’Orthodoxie, dans les termes suivants : « Anathème à ceux qui disent que le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, notre Dieu et Sei­ gneur et Sauveur, offert par lui pour le salut du monde, au temps de sa passion salutaire, au titre de pontife qu’il a reçu pour nous selon son humanité — il est, en effet, lui-même, le sacrificateur et la victime, d’après l’illustre théologien Grégoire — anathème à ceux qui disent qu il a offert lui-même ce sacrifice à Dieu le Père, mais que le Monogène lui-même et le SaintEsprit ne l’ont pas reçu avec le Père. Affirmer cela, en effet, est exclure des honneurs et de la dignité divine Dieu le Verbe lui-même et l’Esprit Paraclet, qui lui est égal en substance et en gloire; Anathème à ceux qui ne confessent pas que le sacrifice offert chaque jour par ceux qui ont reçu du Christ le pouvoir de célébrer les saints mystères n'est pas offert à la sainte Trinité; ils contredisent, en effet, les saints et divins Pères Basile et Chrysostome, avec lesquels s’accordent les autres Pères théophores dans leurs discours et leurs écrits; < Anathème également à ceux qui. entendant le Sauveur dire au sujet de la célébration des saints mystères qu'il a institués : Pattes ceci en mémoire de moi, ne donnent pas à ce mot mémoire, την άνάμνησιν, son véritable sens, mais osent affirmer que le sacrifice quotidien offert par ceux qui célèbrent les saints 1339 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, CONTROVERSES mystère* suivant la prescription de notre Sauveur et Seigneur de toutes choses, renouvelle en imagination et tn image, καινίζει φαντατισκώς καί εικονικός, le sacrifice que notre Sauveur fit de son corps cl de son sang sur la croix, pour la rançon et la rédemption de tout le genre humain. Ils font ainsi entendre que ce sacrifice est différent de celui que le Sauveur a accom­ pli autrefois, et n’a, avec ce dernier, qu’une relation artificielle et symbolique, καί διά τούτο άλλην είναι ταύτην παρά την έξ αρχής τω Σωτήρι τετελεσμένην είσάγουσι, καί προς εκείνην φανταστικός καί εικο­ νικός άναφερομένην. Ils vident de son contenu le mystère du divin et redoutable sacrifice, ώς κενούσι τό τής φρικτής καί θείας ιερουργίας μυστήριον, par lequel nous recevons les arrhes de la vie future, et vont contre le saint Père Jean rempli de sagesse et aux paroles d’or, qui explique clairement, dans ses nombreux commentaires du grand Paul, que ces deux sacrifices ne sont pas dissemblables et constituent un seul et même sacrifice. » Mai, p. 55-57; P. G., col. 177. 2· Controverse sur P incorruptibilité du corps eucha­ ristique. — Les Pères de 1156 et 1158 avaient bien affirmé contre Solérikhos que l’immolation que Jésus victime subit à l’autel n’était pas purement fantoma­ tique et métaphorique; mais ils n’avaient pas expliqué en quoi consiste celte immolation mystérieuse. C’est justement sur ce point que se porta l’esprit curieux et original de ce .Michel Glykas, appelé aussi Michel Sikiditès, qui fut accusé de magie et de sorcellerie et, pour ce motif, aveuglé et emprisonné par ordre de Manuel Comnène, en 1156, l’année même où se tint le premier synode contre Sotérikhos. Le malheureux réussit à obtenir du basilcus sa liberté, et se lit moine, profitant du peu do vue qui lui restait pour lire les Pères et s’occuper de théologie. C’est alors qu’il écrivit ses fameux Chapitres sur les passages difficiles de Γ Écriture sainte, au nombre de 98, que Soph roue Eustratiadès a publiés sous le litre : Μιχαήλ τού Γλυκά είς τάς απορίας τής θείας γραφής κεφάλαια, 2 vol., Athènes et Alexandrie, 1906-1912. Parmi les questions que lui soumettent ses corres­ pondants, ou qu’il se pose à lui-même, se trouve celle-ci : La sainte communion du Christ (ή άγία τού Χριστού μετάληφις, c’est-à-dire le corps eucharistique du Christ) est-elle corruptible ou incorruptible? Glykas donne sa réponse dans le c. ux, op. cil., 1.i, p. 133-135, qui n'est pas autre chose que la fameuse lettre fausse­ ment attribuée à Jean Zonaras par quelques manu­ scrits et parde nombreux auteurs jusqu’à nos jours : cf. P. G., t. Lxxvi, col. 1073, n. 5. 11 commence par faire allusion à la controverse qui a éclaté sur le sujet. « Plusieurs, dit-il, sont dans l'incertitude tou­ chant la nature du corps du Christ présent dans les saints mystères. Ce corps est-il corruptible, passible, comme il l’était avant sa résurrection ? Ou bien est-il doué de l'impassibilité et de l’incorruptibilité propres au corps glorieux ? » Après avoir paru écarter la ques­ tion comme curieuse cl téméraire, il la résout pourtant d’une manière catégorique : d’après lui, le corps du Sauveur dans l’eucharistie est passible et mortel, comme il l’était, à la denilère cène, nu moment de l'institution de ce sacrement. Cet étal de possibilité dure depuis la consécration jusqu'à la communion Enseveli dans l’estomac du communiant comme dans le sépulcre, ce corps divin passe alors à l'état glorieux et incorruptible, s’unissant à la substance de l’âme, qu’il garde pour la vie éternelle. Glykas ful-ll le premier à soulever cette question et à lui donner celte étrange solution? Nous ne sau­ rions le dire. Ce que Nicétas Akominalos nous apprend dans le xxvn· livre du Trésor de l'orthodoxie, public par S. Eustratiadès, op. cd , t. î. p. κ -μ', c’est que la 1340 controverse éclata sous le patriarche Georges I IlXIphilln (1191-1198), et que le moine Miche) Sikiditès (ou Glykas) y eut la principale part. Celui-ci, nu témoi­ gnage de Nicétas, écrivit un ouvrage, βίβλος, où il développait longuement In théorie résumée dans le e. ux, dont nous venons de parler. 11 s’ngit vraisem­ blablement de ΓApologie adressée au moine Joannice, qui constitue le c. lxxxih de l’édition de S. Eustra­ tiadès, t. n, p. 348-379, et porte le titre suivant : Apologie partielle contre le moine qui nous a appelés κακοδόξους, parce que nous disons que le pain de la prothèse est tel par nature, qu’était la sainte chair du Christ, qui fut donnée en nourriture aux disciples, à la cène mystique. Grâce à ce document, nous sommes suffisamment renseignés sur l’incroyable système du théologien byzantin, et nous pouvons contrôler ce qu’en rapporte Nicétas Akominatos. Le principal fondement de cette théorie est une conception ultra-réaliste de la présence réelle de NoireSeigneur dans l’eucharistie, et l’absence de toute expli­ cation des accidents eucharistiques dans la théolo­ gie grecque. Les Grecs, surtout depuis saint Jean Damascènc et la controverse iconoclaste, ne voient plus qu’une seule chose visible dans l’eucharistie : à savoir le corps et le sang de Jésus-Christ. Ils n’ont pas du tout, comme l’ont nos théologiens, la vision d’accidents du pain et du vin restant séparés de la substance du pain et du vin après la consécration, et réellement distincts du corps et du sang du Sauveur cachés sous ces voiles. Pour eux, il n’y a pas de voiles : il n’y a que le corps de Jésus. Prenant à la lettre les paroles du Sauveur : Ceci est mon corps, ils ne voient que le corps, et pas autre chose, substance ou accident. Certains d’entre eux, sans doute, s’inspirant des expressions d’anciens Pères, parlent des antitypes, des symboles, des mystères ou sacrements du corps et du sang de Jésus-Christ ; mais ces mots ne sont pas pour eux l’équivalent exact de ce que nous appelons les accidents eucharistiques, et plusieurs le font bien voir, quand ils répètent, à la suite de saint Jean Damascènc et des Actes du Vil· concile œcuménique, que les oblals ne sont proprement appelés antitypes du corps et du sang de Jésus-Christ qu’avant la consécra­ tion, non après. Après, il n’y a que le corps et le sang. Dès lors, ce que le prêtre, à l'autel, touche de ses mains ou de ses lèvres, ce qu’il fractionne en plusieurs parties, ce qu’il broie entre ses dents, ce qu’il mange et boit, c’est le corps et le sang, et ce n'est que le corps et le sang. Si vous demandez une explication, ils vous répondent que c’est un mystère insondable, absolu­ ment comme lorsque vous les interrogez sur la diffé­ rence qu'il y a entre la génération du Fils et la pro­ cession du Saint-Esprit. En d’autres termes, les Grecs parlent en général de l’eucharistie comme si les acci­ dents du pain et du vin étaient devenus par la trans­ substantiation les accidents memes du corps et du sang de Jésus-Christ, en étaient inséparables, ne fai­ saient qu'un avec eux. Le second fondement de la théorie de Michel Glykas est d’ordre liturgique et se rapporte directement au sacrifice de la messe. La liturgie ou messe, avonsnous dit, est conçue par les Byzantins comme une sorte de reproduction de tous les mystères de la vie du Christ, de toute Véconomic, comme ils disent. Le mystère de la mort occupe le centre du drame, mais il y a place aussi pour ce qui a précédé et pour ce qui a suivi. Par ailleurs, la messe, étant un vrai sacrifice, suppose une immolation. Certains anciens Pères, par exemple saint Jean Chrysostome, ont employé, pour parler de l’immolation de Jésus à l’autel, des expres­ sions très réalistes. Glykas ne pouvait manquer d'y faire appel. Un troisième principe guide notre théologien. 1341 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, CONTROVERSES D'après lui, le corps glorieux est fait d’une matière subtile et éthéréc : il n'a ni chair ni os; il est impal­ pable et, par nature, invisible à l’œil corporel. L'Évan­ gile, il est vrai, parce qu'il raconte de .Jésus ressuscité, semble contredire ces affirmations, mais ce n'est qu'une apparence : Le Sauveur glorieux se laissa voir et toucher par ses disciples; il mangea même devant eux; mais ce fut par condescendance et par économie, κατά συγκατάβασήν καί κατ’οικονομίαν, c'est-à-dire par une sorte d’accommodation Λ la faiblesse humaine, qui ne correspondait nullement à la sublime réalité. Cf. c. xen, Eustratiadès, t. n, p. 418-435, qui traite, rx professo de la nature des corps ressuscités, et aussi le c. lxxxih dont nous nous occupons. Avec de tels principes, qui lui étaient communs avec la plupart de scs contemporains, sinon avec tous, Glykas échafaude logiquement son système. Dans l'eu­ charistie, après la consécration, il n’y a plus de pain, il n'y a que le corps de Jésus-Christ. Or ce corps est palpable, visible quoique sous une apparence étran­ gère, il est brisé, Il est broyé sous la dent du commu­ niant. Donc, ce n’est pas un corps glorieux, impassi­ ble, immortel et Incorruptible, mais un corps passible, soumis à la corruption de la mort, susceptible d'être partagé et divisé en morceaux. Tel était le corps du Sauveur, à la dernière cène. Si Jésus, dit notre théo­ logien, avait institué l’eucharistie après la résurrec­ tion, les adversaires auraient quelque raison à faire valoir en faveur de leur opinion; mais c’est avant sa passion, alors que sa chair était passible et allait bientôt subir la mort, qu’il livra à ses disciples les saints mystères. La consécration rend Jésus présent sur l’autel dans l'état de passlbllité où il se trouvait à la dernière cène. EL cela est nécessaire pour qu’il y ait véritable sacri flee et immolation réelle; car l’Agneau divin est réellement immolé par le prêtre, comme l'affirment les Pères et la liturgie. Il suit de là qu’à l’autel le corps du Sauveur est réellement divisé en morceaux; qu’il passe par une mort mystérieuse; qu'en recevant une parcelle du pain consacré, le communiant ne reçoit pas le corps tout entier; mais une partie du corps. Glykas ne recu­ lait pas devant ces conséquences de son système, que lui reprochaient ses adversaires. Il insistait sur ce point que la messe est la commémoraison, le rappel de la mort du Sauveur, et non celui de sa résurrection. Mais de même qu’après avoir été mis à mort et en­ seveli, le corps du Sauveur avait échappé à la corrup­ tion totale ou δ’.αφΟορά, et était ressuscité incorrupti­ ble, impassible et glorieux; de même, à la messe, après l’immolation de la consécration, la division et la rupture des membres avant la communion, l’ense­ velissement à la communion même, ce même corps ressuscitait mystérieusement au dedans du commu­ niant à la vie immortelle et glorieuse» et allait se mélanger à la substance de son Ame pour lui commu­ niquer sa propre incorruptibilité : « Si le pain de la prothèse était incorruptible, le Seigneur ne dirait pas par la bouche du prêtre : Prenez, mangez : ceci csl mon corps. Comment, en effet, pourrions-nous prendre et manger ce qui ne peut naturellement être tenu par les mains et broyé par les dents ? Tu parais plaisanter, ô homme, en un sujet qui ne supporte pas la plaisanterie. Lui dit : Prenez, mangez : Ceci est mon corps, et toi tu affirmes que ce qui t'est donné est supérieur à la corruption. Et comment donc pourra-t-on le prendre et le manger, si, étant incorruptible, il ne peut être pris et mangé ? Lalssc-là celle fausseté. Ou ce que le Seigneur nous donne est incorruptible, cl alors, nous ne mangeons pas vraiment ce que nous mangeons; ou nous man­ geons réellement sa chair et nous buvons réellement son sang, et alors il ne faut rien dire de plus... Sans 1342 conteste possible, c'est bien la chair de celui qui a été immolé que nous mangeons; c'est bien son sang que nous buvons, et c’est par là que nous annonçons sa mort... N'aic donc plus de doute, et ne renverse pas l'ordre : la croix et la mort précèdent; après la mort, suit l’ensevelissement de trois jours, et après l'ensevelissement, c'est l'incorruptibilité et la résur­ rection de la tombe. Songe que la même suite s'observe sur le pain de la prothèse. Car, suivant Jean de Damas, il est élevé par les mains du pontife, comme sur la croix; rompu, il est distribué; et il est enseveli en nous, cl l'économie est pour ainsi dire consommée en lui; ensuite, il est rendu incorruptible. Et non seulement il est incorruptibilisé, mais il nous Incorruptibilisc nous-mêmes d'une manière merveilleuse. Apprends que lorsqu’il a été égorgé et mangé par nous, alors il passe à l’état incorruptible, et se mêle à l’essence de notre Ame suivant saint Macairc l’Égyptien: πάσης o5v αντιλογίας εκτός, τήυ σάρκα του σφαγιασΟέντος έσΟίομεν, το αίμα του σφαγιασΟέντος πίνομε'?· έφ’ώ καί του θάνατον αυτού καταγγέλλομεν... ’ Γψούται διά των χειρών τού άρχιερέως ώς έπΐ σταυρού, καί κλόμευος διαδίδοται καί έν ήμΐυ θάπτε­ ται, καί τελειούται κατ’εκείνου είπεϊν ή οικονομία, είΟ’ούτως άφΟαρτίζεται. » Eustratiadès, t. ii, p. 372, 376-377. Les mêmes idées et, çà et là, les memes expressions se retrouvent dans deux documents apocryphes, fabriqués, il n'y a pas de doute, à l’époque de la contro­ verse, et qui ont exercé la sagacité de plusieurs criti­ ques : nous voulons parler de la fameuse Lettre de Pierre Mansour à Zacharie, évéque de Doara, et du discours inachevé du même Sur le corps immaculé du Sauveur, publiés d’abord par Pierre Plantin, à Anvers, en 1609, et insérés par Lcquicn nu tome n des œuvres de saint Jean Damascènc, P. G., t. xcv, col. 401-112. L’auteur de ce pastiche insiste surtout sur l’idée que la messe est une reproduction de toute Véconomic, c’est-à-dire des mystères de l’incarna­ tion et de la rédemption, et qu’on doit y retrouver la suite des principaux événements de la vie de Jésus, depuis sa naissance à Bethléem jusqu’à sa résurrec­ tion glorieuse. La théorie de Michel Glykas ne souleva pas, à Byzance, la reprobation que l’on pourrait supposer a priori. Elle rencontra sans doute des adversaires résolus, mais elle recueillit aussi des adhésions illustres, et les opposants ne la réfutèrent pas avec les argu­ ments qui viendraient naturellement sous la plume de nos théologiens. Le patriarche Georges Xiphilin, après avoir lu la dissertation du novateur, que nous avons résumée, se sentit gagné à sa thèse. 11 passa le livre à Bacchus, évêque de Paphos, qui fut d’un avis contraire, et lit remarquer que la messe n’annonce pas seulement la mort du Sauveur mais aussi sa résurrection. Les théologiens se partagèrent bientôt en deux camps. Xlphilin, tant qu’il vécut, les laissa librement discuter et ne dissimula pas sa préférence pour la thèse du'moinc Sikiditès. Son successeur. Jean X Camatéros (1198-1206), la favorisa encore davantage. Les partisans de l’incor­ ruptibilité obtinrent que l’empereur Alexis III l'Ange (1195-1203) réunît un concile pour trancher le débat· Le concile, dont les Actes ne nous sont pas parvenus, se montra en majorité favorable à la thèse de l’in­ corruptibilité, et l’empereur pencha aussi de ce côté. Mais celui-ci n'avait ni le goût des controverses théo­ logiques, ni la poigne d’un Manuel Comnène. 11 ne prit pas résolument parti; et comme aux arguments de la minorité les tenants de l’incorruptibilité n'oppo­ saient guère que des textes patristiques, auxquels les autres répondaient par d’autres textes de même provenance, le concile n’nnalhématlsa personne cl se 1343 MESSE DANS L’ÉGLISE BYZANTINE, CONTROVERSES contenta d'interdire toute discussion ultérieure sur In question. Mais comment empêcher des Byzantins de discuter? Le patriarche fut le premier à violer la prescription synodale, et dans un mandement de carême parla de la controverse, en taisant les argu­ ments des partisans de l'incorruptibilité. lui prise de (Constantinople par les Latins, en 1204, vint interrompre les discussions, et chacun resta sur ses positions. Plusieurs dissertations furent composées de part et d’autre, et l’on en trouvera sans doute plus d'un écho dans l'énorme littérature théologique byzan­ tine encore inédite. Signalons un court morceau, malheureusement coupé au milieu par une lacune, dans le cod. Paris, gncc. 1189, du fonds grec, qui contient les œuvres du moine chypriote. Néophyte le Redus (t vers 1220). Aux fol. 199v°-200v°, Néophyte nous dit son sentiment sur la question soulevée par Michel Glykas. Il termine en se rangeant du côté des partisans de l’incorruptibilité, bien que. chose curieuse, les récits de visions eucharistiques qui pré­ cèdent fassent attendre une solution toute contraire et favorisent nettement la conception ultra-réaliste. Malgré l’appui des patriarches Georges Xiphilin cl Jean Camatcros, la thèse de la corruptibilité ne réussit pas à devenir la doctrine oflicicllc de l’Église byzantine. Elle fut peu à peu abandonnée et même traitée d’héré­ sie. Elle s'opposait trop ouvertement à l’enseigne­ ment formel de la plupart des anciens Pères grecs, qui enseignent que Jésus-Christ sc trouve dans l'eucharistic avec sa chair impassible, vivante et glorifié; que la division de l’hostie n’entraîne pas la division du corps; que Jésus est tout entier présent sous la moindre parcelle; que, si l’Agneau divin est immolé sur l’autel, c'est une immolation non sanglante, αναίμακτος Ουσία, une immolation qui ne mérite pas ce nom, θυόμενος άΟύτως. Glykas, sans doute, pouvait invo­ quer en sa faveur quelques expressions réalistes de saint Jean Chrysostome sur l'immolation de la vic­ time de l’autel, expressions plus oratoires que théo­ logiques, destinées à inculquer fortement à un audi­ toire populaire le dogme de la présence réelle. Il pou­ vait citer maint récit d’apparitions eucharistiques, où le Sauveur est dépeint sous la forme d’un petit enfant découpé en morceaux, à la fraction de l’hostie, et distribué sous cette forme aux communiants (voir, par exemple, l’histoire du moine incrédule à la pré­ sence réelle converti par saint Arsène, P. L., t. lxxih, col. 978 sq.; l’histoire du Juif assistant à la messe célébrée par saint Basile, histoire que rapporte Glykas lui-même dans sa dissertation, loc. cit., p. 376). Il pouvait aussi se prévaloir jusqu'à un certain point de l’autorité d’Anastase le Sinaîte, dans Vliodégos9c. xxhi, P G., t i.xxxix, col. 291-298, où, discutant avec un gafanite, Anastase parait supposer que le corps de Jésus-Christ dans l’eucharistie est corruptible. Mais ces arguments d’autorité étaient trop peu nombreux et trop imprécis pour contrebalancer les évidentes affirmations patrisliques et plusieurs passages des liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, que citaient les partisans de l’incorruptibilité. Par ailleurs, la théorie de Glykas, qui transformait en véritable sacrifice sanglant l'hostie pacifique et non sanglante de nos autels, répugnait trop au sens chré­ tien pour s’imposer à la croyance des fidèles. Elle fut ruinée, du jour où les Byzantins prirent contact avec la théologie latine des accidents eucharistiques. C’est A peine si l’on en signale quelques traces chez les Grecs de la période moderne. Cf. Athanasc de Paros, Επιτομή των θείων δογμάτων, Leipzig, 1806, p. 369372. III. Doctius e des théologiens gréco-russes de l’i.poqvi. moderne. — A partir du xvi· siècle, la théologie eucharistique de ΓÉglise gréco-russe devient, 1344 dans une large mesure, tributaire de la théologie catholique. Pour réfuter les protestants, qui s’at­ taquent à la fois au sacrement et au sacrifice, les théologiens orientaux empruntent volontiers les arguments de nos grands théologiens des xvr et xvn· siècles. Dès la lin du xvr siècle, Jérémie II, patriarche de Constantinople, répondant aux professeurs luthériens de Tubingue et de Wittenberg, s’inspire surtout dt VExposition de la liturgie de Nicolas Cabas lias, dont il transcrit plusieurs passages relatifs à la messe, représentation de toute l’économie et à la consécra­ tion, considérée comme l'essence du sacrifice. Pre­ mière réponse, c. xm, dons Gédéon de Chypre, Κριτής τής άίηΟείας. Leipzig, 1758, 1.1, ρ. 64-65, 74. Au xvn· siècle, les négations protestantes sur le sacrifice de la messe comme sur la plupart des autres dogmes sont rejetées par plusieurs conciles locaux. La Confession orthodoxe de Pierre Moghila affirme le caractère sacrificiel de l’eucharistie. Ce sacrifice est propitiatoire pour les péchés des vivants et des morts; il est le mémorial de la passion du Sauveur, et durera jusqu’à la lin des temps, Conf. orth., P· p., q. xvni, Kimmel, Monumenta fidei Ecclesiw orientalis, t. i, léna, 1850, p. 183-181. Dosithéc, dans sa Confession de foi, c. xv et xvn, n'est pas moins explicite : Le sacrifice non sanglant de la Nouvelle Alliance a été institué à la dernière cène, quand Jésus a dit : Prenez cl mangez : Ceci est mon corps, etc. C’est un sacrifice véritable cl propitiatoire, ofTcrl pour tous les fidèles vivants ou morts et pour l'utilité commune, comme on le voit par les prières qui l'accompagnent et que nous ont transmises les Apôtres, έτι είναι Ουσίαν αληθή καί ίλαστικήν, προσφερομένην ύπέρ πάν­ των εύσεεών ζώντων καί τεΟνεώτων καί ύπέρ ώφελείας πάντων. Kimmel, ibid., p. 449, 461. Les manuels de théologie composés à partir du xvni· siècle pour l'usage des séminaires et des acadé­ mies ecclésiastiques exposent généralement, à la ma­ nière des manuels catholiques et dans le même ordre, les diverses questions relatives au sacrifice de la messe. Quelques-uns cependant ne distinguent pas nettement entre le sacrement et le sacrifice, et mêlent les deux notions. Les questions proprement scolastiques sur l’essence du sacrifice, sur la distinction des divers fruits, sont communément passées sous silence par les théologiens contemporains. Quelques-uns pour­ tant font de brèves allusions aux opinions sur l’es­ sence du sacrifice, et adoptent celle qui voit cette essence dans la consécration des deux espèces consi­ dérées séparément. Ainsi C. Androutsos, Δογματική, Athènes, 1907, p. 373; Dyovouniotis, Tà μυστήρια της ανατολικής όρΟοδόζου Εκκλησίας, Athènes, 1913, p. 120 : ή έννοια τής Ουσίας έν τή θεία εύχαριστία έγκειται έν τφ χωρισμοί του άρτου καί οίνου; Mallnovskii, Résumé de théologie dogmatique, Serghiev P< ssad, 1908, p 387. La plupart affirment explicitement l’identité sub­ star, tiellc du sacrifice de la messe avec le sacrifice de la croix, tout en notant les diflércnces qui les distinguent. Voir, par exemple, Macairc, Théologie dogmatique orthodoxe, éd. russe de Pétrograd, 1883, p. 420-421; Malinovskif, op. cil., t. n, p. 386-387; Androutsos, Συμβολική έξ έπόψεως όρΟοδόζου, Athènes, 1901, p. 301-302; Δογματική, p. 370-371; Dyovouniotis, op. cit., p. 122-123. L'identité du prêtre principal, qui est Jésus-Christ lui-même, n’est pas oubliée. Mais Malinovskii, op. cit,, p. 387, remarque que le Sauveur ofirit immédiatement le sacrifice de la croix, tandis qu’il ofïre le sacrifice eucharistique médiatement, c'està-dire par l’intermédiaire des prêtres, sans exclure pour cela sa participation actuelle, quoique invisible à ce sacrifice. 11 y a également accord complet entre 1345 MESSE DANS LA LITURGIE les théologiens gréco-russes cl les théologiens catho­ liques sur 1rs quatre fins du sacrifice de la messe. z\ côté des manuels de théologie dogmatique, il faut mentionner les catéchismes et les explications des rites liturgiques, qui s’adressent surtout aux simples fidèles. Ces sortes d’ouvrages conservent une couleur byzantine très prononcée, et l'on y retrouve les principales idées exposées par les anciens commen­ tateurs de la liturgie, surtout celle-ci : que la messe est la représentation de toute l'économie. Signalons, parmi ces ouvrages, celui de Jean Nathanaël : ΊΙ θεία λειτουργία μετά εξηγήσεων διαφόρων διδασκάλων, Venise, 1571, qui fut traduit en slavon et entra dans la composition de l’ouvrage intitulé Scrigeal approuvé par le concile moscovite de 1656 et publié par le patriarche Nlcon; celui de Nicolas Bulgaria, Ιερά κατήχησις ήτοι εξήγησες τής θείας καί ίεράς λειτουρ­ γίας καί έξέτασις των χειροτονούμενων, édité à Venise en 1683 et plusieurs fois reproduit depuis, encore très lu de nos jours dans les milieux grecs; le Ταμείου ορθοδοξίας de Théophile de Campanie, Venise, 1780, c. xiv-xvn, p. 28-13 de l’édition d’Athènes, 1908, resté également très populaire. Le Grand catéchisme de Philarètc de Moscou, estimé par les Busses â l’égal d’une confession de foi. consacre, malgré sa brièveté, plusieurs questions au symbolisme des rites de la messe, et reproduit bien la conception byzantine : < Quelle part doivent prendre à la divine liturgie les simples assistants, qui ne communient pas ? Rép. : Ils peuvent et doivent prendre part â la messe par la prière, la foi et surtout par le souvenir ininterrompu de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, qui a justement recommandé de faire cela en sa mémoire.— Quel souvenir convient-il d’évoquer, au moment où a lieu la procession pour l’évangile ( = la petite entrée) ? Afp. : Le souvenir de Jésus-Christ paraissant pour prêcher (’Évangile. Aussi pendant la lecture de l'évangile, il faut avoir l'attention et la piété que nous aurions, si nous voyions et entendions Jésus-Christ luimême. — A quoi faut-il penser, quand a lieu la procession pour le tranfert des dons â l’autel (=» la grande entrée)? Rép. : Il faut penser à Jésus-Christ allant à son émouvante passion comme une victime â l’immolation, et se souvenir aussi que plus de douze légions d’anges sont là prêles à le garder comme leur tsar (Le tsar des tsars et le Seigneur des Seigneurs s'aoance pour être immolé, dit un tropairc de la messe du samedi saint). — A quoi faut-il penser au moment même de l'accomplissement du mystère, et quand les ministres sacrés communient à l’autel? Rép. : A la cène mystique de Jésus-Christ lui-même avec les Apôtres, à sa passion, à sa mort et à son ensevelissement. — Que représentent, après cela, l’écartement du voile du sanctuaire, l’ouverture des portes impériales et l'appa­ rition des saints dons ? Rép. : L’apparition de JésusChrist lui-même, à la résurrection. — Que représente la dernière ostension des saints dons au peuple, après laquelle ceux-ci sont cachés? Rép. : L’ascension de Jésus-Christ au ciel. » Mieux (pic l’exposé technique d’un manuel de théologie dogmatique, ces brèves demandes et réponses, nous disent la fol vivante de l’Égllsc russe au sacrifice de la messe mémorial de la passion du Sauveur, évocation mystique des princi­ paux mystères de sa vie. Sur In controverse : Tu <·> celui qui offre qui est offert cl qui reçoit, voir : Mal, Spicilegium Romanum, t· X» Hôme, 1811, p. 1-96; Mlgne, /*. G., t. CXL. col. 137-202; Nlcétns Acomlnatos, De Manuelc Comneno, I. VII, 5. P. G., I. cxxxix, col. 360-561; Alhilho, De jxrpclua consensione Ecclesia occidentalis atque orientalis, 1. 11, c. XII, 5, Cologne. 1618, coi. 690-692; du même. In Robert! Crcgghtant appa­ ratum, versionem et notas ad historiam concilii Florentlni scriptam a Splocslro Syroputo de unione inter Graecos et Ixitinos exercitationes, Exerc. xxvi, p. 522-538 ; Kinnninos, 1346 lltstor., L IV, c. xvr, P G., t. cxxxin, coi. 517-521 ; Andro­ nis Dhnitr.icopoulos Με&ωνης δυο /2'λ ·ης αιρισίως τσιν λεγοντω·/ την σωτήριον ύχι& r ut· ί Ουσίαν μή τη τρισυπόστατη» Οιοτητι τ:ροσαχϋή·χ(, άλ/α ζο> ΙΙατρί μόνω. Ixipzig. 1805; du même, Εχ/ζησιατίχη β(///1οΰηζη. Ixdpzlg, I860, p. 315 sq. Sur la controverse rein live Λ l'incorruptibilité du corps de Jésus-Christ dans l’euchari'tlc : Nlcétns Acominatos, Η^σαυφος η, 1. XXVII, publié dans les Prolégomènes A l’édition des chapitres théologiques de Michel Glykas par Sophronc Eustmtiadès, Μ·χαη> τού Γ>υζα ιίς 'ας αποφιας τής ϋιιας γραφής κεφαλαία.!. ι, Athènes, 1906, ρ. κ'-μ’; Michel Glykas, c. i.ix et Exxxm, publiés par S. Euitratiadês, op. cil., t. n, p. 133-135, 318379, Alexandrie, 1912 (comme nous l’avons dit dans le corps de l’article, le c. ux, n’est pas autre chose que la fpmeusc lettre attribuée à Jean Zonaras sur la corruptibi­ lité du corps du Christ. P. G., t. lxxvî, col. 1073. n. 5); Pierre Mansour, Lettre â Zacharie, éoêque de Doara, et Discours sur le corps immaculé du Christ reçu à la commu­ nion. avec la préface de Lcquien, P. G., t. xcv, col. 397-112 (nous avons dit que ces deux pièces étalent des écrits supposés, reproduisant des passages entiers des deux cha­ pitres de Michel Glykas sur le sujet); Néophyte le Reclus, Σ-.οζτι/η πχρίξετασις περί τής νεοφανούς οιχονωας είτε ά^Οαρτνν, φθαρτήν ό Χριστός ττίοσ*/αοιτο σαεζχίίηοχ titre, puisque l’auteur ne parle que du corps eucharistique), ι/ πνίυμιτιζό»ν et ρήσΐο»ν α'χμφι· ή παο^ςϊτασις παριστο>σα τάς âz^2ê(;rc;. dans le Cuti. Paris, grœc. 11S9, fol. 199 v*·200 v·; Nicétas zKcominntos. De Alexio haari Angeli fratre, 1. HI, 3, P. G., t. cxxxix, col. 893-898; Allatiu*. De perpetua consensione, I. II. c. xm, 3,col.702703, et Exercit. xxvi in Creighlonum, p. 33S-519; les auteurs de la J^erpètuilé de la foi de TÉglise catholique sur Pencha· rislte, édit. Mlgne, 1.1. col. 711-725, et t. iv, col. 565-593, sur le xxnr chapitre de VDodegos d’Anastase le Slnaite; t. IV. col. 677-606, sur la Lettre à Zacharie et le Discours sur le corps du Seigneur de Pierre Mansour; l. iv. col.611642, sur la controverse soulevée par Michel Glvkas (et. sur le même sujet, t. i, col. 413-419); t.iv, col. 523-526, sur l’histoire de saint Arsène. M. JUGIE. VIII. LA MESSE DANS LA LITURGIE. - - Notre tâche dans cet article devra se borner à traiter : 1· de la messe dans les plus anciens documents liturgiques, la παράδοσις de saint Hippolyte (la question de la Didachè a clé traitée dans une section précédente, col. 865), VAnaphore de Sérapion, les Constitutions apostoliques, VAnaphore de Balizeh; 2· La messe dans les liturgies grecques et orientales étant étudiée à Okiestau:s (Liturgies grecques et), il nous restera à traiter de la messe dans les liturgies latines, â l’excep­ tion de la liturgie romaine: et dans le 3* de la messe romaine. La question de la messe ambrosienne est traitée au mot Amdkosii-xxe (liturgie), et celle de la messe mozarabe au mot Mozarabe (liturgie). L L’anaphorc d’I lippoh te. IL L’anaphore de Sérapion (col 1351). 111. L’anaphore des Constitutions apostoliques (col. 1355). IV. L’anaphorc du Testamen· tum Domini (col. 1360). V. L’anaphorc de Balizeh (col. 1363). \ I. La révolution liturgique en Occident au IV· et au v· siècle (col. 1365). VII. Le De sacra­ mentis du Pseudo Ambroise (col. 1367). \ III. La liturgie gallicane (col. 1369). IN. Les liturgies cel­ tiques (col. 1379). N. La liturgie romaine (col. 1382). L L’anaphore n’i Iippolytl. — 1· Le texte.— Ce texte désormais fameux a été édité en latin d’abord par Ed. Hauler, Didascali est, qui camis expers, qui sine tempore genitus, m tempore natus est... voluntatem tuam implevit, opus quod ei dedisti, consum­ mavit... traditus est Pilato praskH, judicatus est. judex ; condemnatus est, salvator ; cruci affixus est. qui pati non potest ; mortuus est natura immortalis ; sepultus esC vita affector; ut illos propter quos advenerat, a passione sol­ veret. et a morte eriperet, ut diaboli vincula rumperet... resurrexit c mnrtuis tertia die : quadraginta diebus commo­ ratus cum discipulis assumptus est in exi os ; et ad dexte­ ram assidet tibi, Deo ac I*atri suo. Memores Igitur eorum qua? propter nos pertulit, gratias agimus tibi, Deus omnipotens, non quantum debemus, at quantum possumus ; et constitutionem ejus implemus. Le récit de l’institution est donné avec des détails et des termes qu'il faut retenir, car de lui se sont inspirées la plupart des liturgies orientales, et c’est une de leurs caractéristiques les plus importantes qui les distingue des liturgies latines. La liturgie mozarabe, par une singularité bien curieuse, fait seule exception* In qua enim nocte tradebatur, pane sanctis ac immacula­ tis manibus suis accepto, et elevatis oculis ad te Deum suum ne Patrem, fregit, et dedit discipulis, dicens : Hoc est mysterium Novi Testamenti, accipite ex eo. mandu­ cate : hoc est corpus meum, quod pro multis frangitur· In remissionem peccatorum: similiter calicem miscuit ex vino el aqua, sanctificas it, ac dedit Iisdem, dicens : Bibite ex eo omnes : hic est sanguis meus, qui pro multis effunditur in remissionem peccatorum. Hoc facite in meam commemo­ rationem. Quotiescumque enim manducabitis panem hunc, et bibetis hunc calicem, mortem meam annuntiabitis, donec veniam. L'anamnése, qui ne fait qu’un ici avec l’épiclesc, est aussi conçue en termes intéressants, que l’on rapprochera de ceux d’Hippolyte : Itaque memores passionis ejus, et mortis cl a mortuis resurrectionis, atque In cirium reditus ; nocnon secundi adventus, quem Idem fac lunis est, in quo cum gloria et potestate veniet judicare rivos et mortuos, el reddere singulis juxta opera eorum; tibi regi ac Deo panem hunc et calicem hunc offerimus secundum constitutionem ejus, grallas tibi per cum agentes, quia nos dignos habuisti, qui staremus coram le, ne sacerdotio fungeremur tibi ; et poscimus te. ut super lure dona in consj>cctu tuo proposita placata rcsplcias, tu qui nullius indiges Deus, et bene­ placeas In cis ad honoram Christi tui, atque supra hoc sacri licium mittas Sanctum tuum Spiritum, testem paxsionum Domini Jesu, ut exhibeat panem hunc corpus Christi tui, et calicem hunc sanguinem Christi tui. quo participes illius ad pietatem continuentur, remissionem peccatorum consequantur, diabolo ejusque errore liberentur. Spiritu Sancio repleantur, digni Christo tuo flant, vitam sempi­ ternam impetrent, te illis reconciliato. Domine omnipo­ tens. Le thème d’Hippolyte a été Ici commenté et déve­ loppé. 1.’auteur dans l’anamnèse insiste en particu­ lier sur le second avènement; c’est à l’éplclèse qu’est attribuée la vertu de la consécration. Un nouvel élément est ici introduit qui, au temps 1359 MESSE DANS LA LITURGIE, LES CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES d’Hippolytc, n’avait pas encore pris place, dans le corps de l’anaphorc, mais qui probablement la précé­ dait. Les liturgies grecques et orientales suivront d’ordinaire cet exemple et inséreront ici des prières iitaniques. On remarquera qu’elles font double emploi avec celles de l’oraison des fidèles qui précède. C’est du reste souvent le cas de ce document qui, compare Λ l’anaphorc d’Hippolytc, se présente comme la para­ phrase et le développement d’une composition beau­ coup plus brève et plus simple. La position de Probst et autres liturglstcs qui ont considéré cette liturgie clémentine des Const, apost. comme la liturgie primitive et la source de toutes les autres, est plus difficile encore à maintenir aujour­ d’hui après les études qui fixent au commencement du in· siècle la composition de la Tradition apostolique. La prière litanique est très complète et conçue eu termes élevés, mais nous n’en pouvons donner ici qu'un résumé : Adhuc oramus te. Domine, pro sancta Ecclesia tua, quæ n finibus ad fines extenditur, quam acquisisti pretioso sanguine Christi tui ; ut cani inconcussam ac minime fluc­ tuantem conserves usque in sæculi consummationem. JWd.. coi. 1106. On prie ensuite pour l’épiscopat, pour les prêtres, les diacres, tout le elergé, pour le roi et ceux en charge, pour l’armée, pour les saints, les patriarches, les pro­ phètes, les justes, les apôtres, les martyrs, les confes­ seurs, les évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs, chantres, vierges, veuves, laïques, pour les fidèles qui assistent au sacrifice (regale sacerdotium, gens sancta), pour les continents, les gens mariés, les enfants, les malades, les exilés, les proscrits, les voyageurs, pour nos ennemis, pour les catéchumènes, les pénitents, pour la sérénité de l’air, la fertilité de la terre, pour les absents. La litanie se termine comme toutes les prières par une doxologic : Quoniam tibi omnis gloria, veneratio, gratiarum actio, honor, adoratio, Patri et Filio et Spiritui Sancto, nunc cl semper et in Infinita ac sempiterna saecula saxulorum, ir. Arnen. — L’évêque : Pax Dei sit cum omnibus vobis. Coi. 1107. On pourrait croire que cette doxologic est la con­ clusion de l’anaphorc et de toute cette partie du ser­ vice, et peut-être en était-il ainsi à l’origine. Toutefois la litanie, qui a été dite par l'évêque, est suivie d'une autre litanie qui donne la même énumération que la précédente (prière pour l’Églisc, pour les évêques, le elergé, etc.), mais celle-ci est dite par le diacre, et l’évêque la termine par cette prière : Drus qui magnus et magni nominis es... Detis et Pater sancti Filii tui Jem salvatoris nostri, respice super nos ac super gregem tuum hunc, quem per cum delegisti ad nominis tui gloriam ; et sanctifica corpus nostrum et animam nostrum, concede ut effecti puri, etc., per Chris­ tum tuum ; cum quo tibi gloria, honor, laus, glorificatio, gratiarum actio, et Sancto Spiritui, in sæcula. Amen. La partie qui suit peut être étudiée à part. C’est un service pour la communion qui est très complet, et dont tous les détails sont minutieusement réglés. La plupart des liturgies orientales s’en inspirent aussi, et y ont même ajouté de nouvelles prières. Nous devons donc le résumer aussi. Le sen ice débute par des avertissements, des invo­ cations et des doxologies : Dla conn* dlcnt : attendamur. Ac episcopus Ita ad popu­ lum proloquatur : Sancta ranctls. Populusque respondent : I nus sanctus, unus Dominus, unus Jesus Christus, In gloriam Del Patris, benedictus In sæcula. Amen. Gloria In nlllssimls Deo, ct In terra pax, In hominibus bona voluntas. Hosanna tllio Davidis : be net 11 cl us qui venit in nomine Domini, Deu* Dominus, et apparuit nobis : Hosanna In altisftlxnis. 1360 L'évêque communie, ct à leur tour, les prêtres, les diacres, sous-diacres, lecteurs, chantres ct ascètes, diaconesses, vierges, veuves, les enfants ct tout le peuple. L'évêque en distribuant la communion dit : Corpus Christi, et celui qui la reçoit répond : Arnen. Le diacre tient le calice ct en le présentant dit : Sanguis Christi, calix uitæ, ct celui qui boit répond aussi : Amen. Pendant la communion on chante le ps. xxxm. A la fin de ce chant, le diacre dit une courte prière de communion : Percepto pretioso corpore et pretioso sanguine Christi, agamus gratias cl, qui dignos olfecit nos ut participes essemus sanctorum ejus mysteriorum ; rogemusque id nobis non in judicium ac damnationem fleri, sed In salu­ tem, etc. Col. 1110. L'évêque à son tour dit une prière de communion qui a une allure de litanie : Sacerdotes conserva; reges tuere; magistratus in justi­ tia ; aerem in temperie ; fruges in ubertate ; mundum in omnipotente providentia ; gentes seda, errantes con­ verte, etc. Elle se termino par la doxologic trinitairc : Nosque omnes congrega in regnum cælorum, in Christo Jesu D. N., etc. Et par la bénédiction donnée par l'évêque : Deus omnipotens, verax et incomparabilis, qui ubique existis, ac omnibus pnesens es, et In nullo instar eorum quæ insunt contineris : qui locis non circumscriberis, temporibus non vetustescis, sæculis non terminaris, verbis non seduceris ; qui ortui non es subjectus, et custodia non Indiges, et supra ex traque interitum es, ac conversionem recipere nequis, atque natura es immutabilis, qui lucem habitas i naeessam, ct natura invisibilis es... Deus Israelis, vere videntis, in Christum credentis populi tui... benedic lis qui tibi Inclinarunt cervices suas, atque da cis... quo­ niam tibi gloria, laus, majestas, cultus, adoratio ; ct Filio tuo Jesu, Christo tuo, nostro Domino, Deo ac regi : et Sancto Spiritui ; nunc et semper, et in sæcula socculorum. Amen. Le diacre dit : lie in pace, et le service est terminé. Col. 1111. L'influence do ce VIII· livre sur les liturgies grec­ ques et orientales a été telle qu’il nous a paru néces­ saire d’en donner les principales parties. La plupart en procèdent et n'ont guère fait, tantôt que les abréger, tantôt que les développer. Leur inspiration, moins sensible sur les liturgies latines, s’y découvre cepen­ dant sans peine, soit qu’elle ait été directe, soit qu'elle les ait influencées par l’intermédiaire d'une autre liturgie, la liturgie byzantine, par exemple. Quoique celle liturgie représente, pense-t-on géné­ ralement, plus spécialement la liturgie des Églises d'Antioche et de Jérusalem, il est difficile de dire exactement dans quelle mesure ct à quelle époque elle a été suivie. Mais il n’est pas douteux qu’elle ne soit dans ses traits essentiels un témoin do la liturgie du iv· siècle, ct c'est co (pii en fait le grand intérêt théo­ logique. On sait que l’éditeur est probablement le même qui a Interpolé les épitres authentiques de saint Ignace, ct qu’il est, sinon arien, du moins subordination. On pourrait relever dans la liturgie du VIII· livre quelquesunes de ces tendances. Pourtant il faut avouer qu’en général 11 s'est tenu dans la ligne traditionnelle, et que même les quelques expressions (pie l'on a relevées I ont été expliquées par certains liturglstcs dans un sens orthodoxo. IV. Le testament de Nothe-Setgneuh. — C'est en 1899 que Mgr Ignatius Ephraem 11 Bahmani publia à Mayence le Testamentum domini nostri Jesu Christi, texte syriaque, traduction latine, des pro­ légomènes ct sept dissertations sur le texte. L’auteur 1 ne craignait pas d’en faire remonter la date au temps 1361 MESSE DANS LA LITURGIE, LE TESTAMENT DE N.-S. de saint Irénéc, le commencement ou le milieu du n· siècle. Mais les critiques n'ont pas souscrit à ce jugement. Malgré les archaïsmes que contient ce document» on ne peut le situer avaht le milieu du iv· siècle (Zahn, dont Morin), ct même quelques critiques le placent plus bas, au v· siècle (Wordsworth, Harnack, Batiffol, Funk)· Nous citerons plus loin les principaux travaux sur ce document. Pour le moment nous nous contenterons de dire que les relations entre le Testament et les Constitutions apostoliques sont nombreuses, et qu’il n’est pas possible de faire remon­ ter sa rédaction dernière Zi une époque de beaucoup antérieure à ce dernier document. Quelle que soit la date qu’on lui assigne le Testament n’en reste pas moins un document précieux pour la liturgie, notamment pour l'histoire de la messe, ct il nous conserve des traditions anciennes. Le 1. I, c. xix, nous donne une description détaillée de l'église (Rahmani, p. 2.3) qui peut nous aider ù nous remire compte des divers rilcs de la messe au ιν·-ν· siècle. L’auteur nous décrit, comme celui des Constitutions apostoliques l’avant-mcssc. Λ cette époque les deux rites sont étroitement liés ct semblent n’en plus faire qu’un. Elle a lieu après un office matinal, l’oral io ou laudatio aurora. L. I, c. x.xvi. Après quoi le lecteur lit les prophéties ct les autres leçons. Au prêtre ou au diacre est réservée la lecture de l’évangile. Suit l’homélie. Bahmani compare cette messe des catéchumènes avec les deux types qui nous sont donnés dans les Const, apost., 1. II, c. i.vîi ct 1. VIII, c. v-xi. Les deux descriptions ne dlfïèrcnt pas essentiellement. Cf. p. 170 sq. Le diacre donne alors congé aux catéchumènes ct à tous ceux qui ne doivent pas assister au sacrifice. P. 83. La prière litanlquc dite par le diacre suit la même ligne que celle des Const. apost., qui a été conservée avec des changements plus ou moins impor­ tants dans les liturgies orientales, ct même dans quel­ ques liturgies latines. Pro pace... pro fide... pro concordia, etc. L’énumération est très complète; on prie pour les apôtres, les prophètes, les confesseurs, l'évêque et tous les ordres, les catéchumènes, les princes, les voyageurs, les défunts, etc. Après cette proclamation le diacre dit la prière : Surgamus in Spiritu Sancto p. 87, et l’évêque conclut par une prière qui est simplement indiquée par ccs mots : Episcopus deinceps perficiat. Populus dicat : Arnen. P. 89. A un autre endroit, 1. I, c. xxvin, p. 59, l’auteur nous donne une instruction : Mystagogtuquæ profertur ad fideles ante oblationem. Elle est récitée seulement pour Pâques, l’ÉpIphanlo, la Pentecôte, le samedi cl le dimanche. Dans ce texte l’évêque fait un exposé théologique, une sorte de commentaire très étendu du symbole de fol. Le Fils est homme ct Dieu tout ensemble; il a vaincu la mort cl le démon; il est des­ cendu aux enfers; il est le roi du royaume éternel, il est la sagesse, la puissance, il est le Seigneur, il est le bras du Père. Lumière, salut, sauveur, docteur, libérateur, pasteur, porte, vie, remède, nourriture et breuvage, juge, il est tout cela. Avec Dieu avant les siècles, il s’est incarné pour sauver les hommes; sa croix est notre vie. Ccs thèmes sont développés avec une piété touchante mais prolixe. C’est l’instruction inystagogiquc qui se termine par la doxologic et le peuple répond : Amen. P. 59-G7. La messe des fidèles est longuement décrite et avec tous les détails. L. I, c. xxm, p. 35. Pour l’offrande, l’évêque offre le samedi trois pains, symbole de la Trinité; quatre le dimanche, symbole des évangiles. 11 offre avec les prêtres, les diacres, les veuves, les sousdiacres, les lecteurs ct ceux qui ont des charismes. L’ordre suivi est minutieusement 1362 décrit. Les prêtres concélèbrent ct imposent avec l'évôquc la main sur les pains. Avant l’offrande a lieu le baiser de paix. Le diacre proclame longuement ceux qui ne doivent pas assister à la messe ou parti­ ciper : Si quia odium contra proximum halæt, reconcilietur; *1 qui· conscientia incredulitatis versatur, confiteatur; si quii pollutu*, locum det ; sl quis prophetas despicit, semet segreget ; etc., etc. Enfin le dialogue de la préface Dominus tnbiscum, Sursum corda, Sancta per sanctos (dit l’évêque) et il entonne Fanaphorc : Gratias tibi agimus. C’est le même thème, quelquefois mot pour mot, que celui d’Hippolytc, mais longuement paraphrasé. 1· Dieu est le Père saint, Animarum nostrarum corroborator, vitæ nostro*, donator. Pater unigeniti tui salvatoris nostri, quem ultimis tem­ poribus misisti ad nos redemptorem et præconem tui consilii, ctc. 2· Le Fils est : Virtus Patris, gratia gentium, scientia, sapientia vera. etc. C’est le Père qui l’a envoyé, le Père : Fundator excelsorum, rex thesaurorum lucidorum. Ins­ pector Sion c t lestls, etc. Tu domine. Verbum tuum, filium tuæ mentis, per quem omnia fecisti, cum ipso compla­ cueris, In uterum virginalem misisti... qui voluntatem tuam adimplens et préparons populum sanctum... qui cum traderetur passioni voluntariæ, etc., même développement que dans Hippolyte. 3· Le récit de l’institution est aussi à peu près calqué sur VAposlolica traditio, pour la consécration du pain. Celle du calice au contraire est conçue en termes assez insolites : Similiter calicem vini quod miscuit dedit In typum sanguinis qui effusus est pro nobis. L’éditeur fait remarquer qu’il y a ici erreur du copiste qui a omis les paroles consécratolres : hic est sanguis meus qui effunditur pro oobis. Les passages parallèles, notamment la liturgie des Canons ecclé­ siastiques empruntée à celle-ci, ont en effet ccs paroles. 4· L’anamnèse paraphrase la Traditio apostolica en ces termes : Memorcs ergo mortis tuæ ct resurrectionis tuæ offerimus tibi panem cl calicem, gratins agentes tibi, qui es solus Deus in sæculum ct salvator noster, quoniam nos dignos effecisti, ut staremus coram tc ct tibi sacerdotio fungeremur. Quapropter gratias agimus tibi, nos lui famuli. Domine. Et le peuple répète cette formule. 5· L’évêquc reprend la prière d’oblation qui abou­ tira comme celle de la Traditio à une éplclèsc de même nature. Mais ici Intervient un élément qui faisait défaut dans l’anaphorc d’Hippolytc, c’est une prière d’intercession litanlquc, mais sans la réponse du peuple qui est un des éléments de ccttc prière : Curam habe corum qui tuam voluntatem semper faciunt ; viduas visita orpbanosque adjuva. Memento eorum qui in fide obdormierunt... à noter en particulier la mention des charismes qui est une des curiosités du Testamentum : Eos qui sunt lu charismatibus revelationum sustine usque In finem, qui sunt In charismate sanationis, con­ firma, qui habent virtutem linguarum, robora, qui laborant in verbo doctrinæ, dirige. L’épi ( lèse consiste en une simple prière au Saint E sprit . Da deinde, Deus, ut tlbl uniantur omnes, qui j»arliclpnndo accipiunt ex sacris (mysteriis | tuis, ut Spiritu Sancto repleantur nd confirmationem fidei In veritate ut tribuant tibi semper doxologiam ct Filio tuo dilecto Jrsu Christo, per quem tlbl gloria ct Imperium cum Spiritu Sancio in sæcula sæcuiorutn. Le peuple dit : Amen. 1363 MESSE DANS I. \ LITURGIE, L’A N A ΙΊΙΟ R E DE BALYZE1I Le Saint-Esprit est encore mentionné par l’évêque : Du nobis concordem mentem in Spiritu Sancto, et sana animas nostras per oblationem... Quelques avertissements sont donnés pour recevoir la communion, avec des prières. En recevant le pain consacré on dit : Amen, puis : Sancta, sancta, sancta Trinitas ineffabilis, da mihi ut sumam hoc corpus in vitam, non in condemnationem... En recevant le calice : Amen, in plenitudinem corporis et sanguinis. Et quand tous ont communié, le diacre fait une prière d’action de grâces : con/ileamur Domino, etc. L'évêque en fait une autre de son côté : elle sc ter­ mine par une doxologie trini taire, à laquelle le peuple répond : Amen, p. 18, 19. 6· Une doxologie a été dite ù la fin de l’épiclèsc, une autre après les prières d’action de grâces. La messe se termine sur la bénédiction : Sit nomen Domini benedictum in secula. Populus : Arnen. Benedictus qui venit in nomine Dondni, benedic­ tum nomen glorlæ Ipsius. Populus : fiat, liat. L’évêque : Emit te gratiam Spiritus super nos. Après la publication du texte par Rahman! (voir cidcssui) divers articles ont paru sur son livre : Arcmzcn, dans Journal o/ theological Studies, t. n et m, 1901, 1902; P. Batiffol, Le soi-disant Testament de A’.-.S’. J.-C„ dans Revue biblique, 1900, p. 253-260 ; IL Achclls, dans Theologische Litcratuneitung, 1899, p. 705; F. X. Funk, Das Testament umeres Ilerrn und die verivandten Schriflen, Mayence, 1901 ; cf. Dcr Katholtk, 1900,1.1, p. 9 ; A. J. Maclean, The ancient Church Orders, Cambridge, 1910, p. 163 ; du même, Recent discoveries illustrating early Christian Life and Worship, Londres, 1915, p. 119, 120; dam G. Morin, Revue bénédictine, 1900, p. 25; A. Har­ nack, Comptes rendus de l'Acad. des sciences de Berlin, 30 nov. 1899; J. Wordsworth, deux articles dans Church Quarterly Review, janv. et avril 1900, et un art. dans Revue internationale de théologie, 1900, t. xxxi ; James Cooper et A. J. Maclean ont publié The Testament o/ our Lord, trad, anglaise sur le syriaque avec in trod, et notes, Edimbourg, 1902. V. L'anaphobe de Balyzeii. — On donne ce nom à des fragments d’une liturgie égyptienne sur papyrus trouvés dans les ruines d’un monastère copte détruit depuis plus de dix siècles, Dèr Balyzch ou le couvent do Balyzch, aux environs d’Assioùt, dans la HautcÉgyptc. Recueillis par les membres de la mission anglaise, The British School o/ Archaeology in Egypt, sous la direction du professeur Flinders Petrie, cos frag­ ments furent confiés ù M. Walter E. Crum qui recon­ nut dans ces débris épars de manuscrits liturgiques, « un document écrit sur papyrus en caractères élé­ gants du mi· ou du vin· siècle, contenant des portions de la prière litanique, de l’action de grâces eucharis­ tique, et du Credo en grec, dont le texte différait de celui des anaphores publiées jusqu’ici. > F. Petrie, Gl:eh and Ri/eh, Londres, 1907, p. 10, dans le chapitre ajouté par M. W. S. Crum. CL aussi la note publiée par ce dernier dans le Journal of theological Studies, t. ix, ρ. 312-313. Dom P. de Puniet, à qui fut commu­ niquée la copie du document, a été le premier à en tirer parti dans un mémoire intitulé : Fragments inédits d'une liturgie égyptienne écrits sur papyrus, qui a été publié dans le Report o/ the nineteenth Eucharistic Congress held at Westminster, sept. 1908, Londres, 1909, p. 367-401; cl. aussi la Revue bénédictine, 1909, t. XXVI, p. 34 sq. Dans notre article Canon, du Diction, d'archéol., t. n, col. 1881-1895, nous avons donné le texte de ce document avec tous les détails et notes qu’il comporte. Nous y renvoyons le lecteur, et nous nous contenterons de donner ici la restitution du texte d’après dom P. de Puniet avec lu traduction latine, 1364 et de faire remarquer que c’est le plus ancien fragment manuscrit d’une liturgie grecque, et si la date du papy­ rus est du vu· ou vin· siècle, celle du texte remonte beaucoup plus haut. Mgr Batiffol, L'eucharisllc, 5· édit., p. 327 sq., donne le texte grec et la traduction d’une partie de ce document. Les premiers fragments reproduisent une partie de l’ancienne προσευχή ou prière litanique, qui en Égypte comme ailleurs, se récitait au commencement de la messe des fidèles : Qui (petentibus] dat petitionem cordis eorum, præslct nunc pacem suam cjui est dominator sanctus et verus. Dominus nomen illi, qui in altis habitat ct humilia respicit, qui est super cados ; ipsi gloria in saxula. Anien... (petimus j Domine cl Dominator omnipotens, universa* carnis visi­ tator magnifice·... Deus ct Pater Domini nostri Jesu Christi qui fecisti universa... Tu es adjutor noster tu (fortitudo nostra], tu refugium nostrum (In die tribulationis], tu susceptor noster (in omnibus), ne derelinquas nos sed libera nos ab omni periculo... ... fidem confitetur : Cretio in Deum Patrem omnipo­ tentem ct in unigenitum Filium ejus Dominum nostrum .Jcsum Christum, cl In Spiritum Sanctum ct in camis resurrectionem ct sanctam catholicam Ecclesiam. ... [gratia] «Ioni tui (fiat] in virtutem Spiritus Sancti, in confirmationem ct augmentum fidei, in spem futunc vitæ ætcrnæ, per Dominum nostrum Jcsum Christum per quem tibi Patri gloria cum Sancio Spiritu in saxula. A men. Ce qui est surtout à noter ici c’est la mention, ùcette place, du symbole de foi. C’est l’antique symbole des Églises égyptiennes qui apparaît ici pour la première fois dans sa rédaction originale. Il est curieux de trouver à une date aussi ancienne la présence d’un symbole de foi et d’une formule différente de celle de Nicéc-Constantinople. Cette dcmlèrc a été admise dans le service eucharistique, le symbole des apôtres restant réservé au baptême. Le cas de l’anaphore de Balizeh reste donc, croyonsnous, unique en son genre. Lé fragment qui suit est la fin d’une formule, peutêtre d’une oraison d'offertoire. Les fragments suivants reproduisent l’anaphore : (Tibi assistant mille milita ct dena rallia denum millium sanctorum angel orum ct archangelorum ; tibi assistunt seraphim, sex alæ) uni et sex alæ alteri, duabus alis velabant faciem, cl duabus pedes, ct duabus volabant. Omnes autem semper tc sanctificant. Sed ct cum omnibus te sanctificantibus accipe ct sanctificationem nostram dicentium tibi : Sanctus, sanctus, sanctus. Dominus sobaotb, plenum est cælum ct terra gloria tua. Reple ct nos gloria tua quiB apud te est, ct mittere dignare Spiritum Sanctum tuum in has creaturas, ct fac panem quidem corpus Domini ct salvatoris nostri Jesu Christi, calicem autem sanguinem Novi (Testamenti quia ipso Dominus noster Jesus Christus in qua nocte tradebatur accepit panem cumque benedicens fregit dcdltquoj disci­ pulis (suis ct apostolis] dicens : (accipite, manducato omnesj ex co : Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur In remissionem peccatorum. Slinlllter, postquam 4 ca navit, accipiens calicem benedixit ct bibit cl dedit eis dicens ; accipite, bibite ex co omnes : Hic est sanguis meus qui pro vobis eiTundilur in remissionem peccatorum. (Hoc facite in meam commemorationem.) Quotiescumque manducabitis panem hunc ct calicem illum bibetis, mortem meam annunciate ct resurrectionem meam confitemini. Mortem tuam annuntiamus et resurrec­ tionem tuam confitemur ct deprecamur... Le reste de cette précieuse anaphorc manque; mais la partie que les papyrus de Balizeh nous ont conser­ vée nous permet de faire plusieurs constatations. La préface, ici comme partout, à l’exception de l’anaphore I de saint Hippolyte, aboutit à la mention des anges et au Sanctus. L’absence du Benedictus qui venit dans le Sanctus est un trait commun aux liturgies orien­ tales. L’absence du Vere sanctus qui, dans les liturgies 1365 MESSK DANS LA LITURGIE, LA RÉVOLUTION LITURGIQUE gallicanes ct dans une partie des liturgies orientales, sort de transition entre le Sanctus et le récit de l'institution, indique aussi que notre anaphorc appar­ tient à lu liturgie alexandrine qui présente, comme on le volt, de nombreuses ct frappantes analogies avec la liturgie romaine. Plus caractéristique encore est la suite de la prière. Elle s'appuie sur les derniers mots du trisagion pour introduire l’épiclèse Repie nos. Cette formule d’épi· elise, si intéressante déjà par scs termes mêmes, l'est peut-être encore davantage par la place qu’elle occupe avant la consécration. On sait en effet que dans les liturgies l’épiclèse vient après le récit de l’institution et elle est conçue en de tels termes, qu'il semble souvent que le mystère de la transsubstantiation n'a lieu qu'à ce moment. Ce fut là depuis des siècles, un sujet de controverse entre l’Église latine ct ΓÉglise grecque. Le canon romain en effet suppose que les paroles de l’institution ont produit tout leur effet. On est même de plus en plus disposé aujourd'hui à reconnaître qu’il n'y a pas d’épiclèsc proprement dite dans le canon romain (voir plus loin MXSSfi DaSS la LiTunaii: jtosiA/NK et art. EpiclLse). Or celte ana­ phorc, témoin si précieux et si vénérable des liturgies égyptiennes, contient l'épiclèse avant la consécration. Ainsi se trouve confirmée, par un document d’une authenticité incontestable, l'hypothèse déjà émise par le D Baumstark, que le rit alexandrin primitif devait posséder l’épiclèse avant la consécration. Liturgla romana c Ulurgia del l'Esarchato, Rome, 1901, p. 46-17. C’est plus tard, ct sans doute pour se conformer aux usages byzantin et syrien, que le rite alexandrin rejeta son épiclèsc à la suite des paroles de l’institution. Ces fragments sont en tout cas une nouvelle preuve des relations étroites entre le canon romain et le canon alexandrin. Dom de Puniet en conclut que l’épiclèse romaine doit cire cherchée plutôt dans la formule Quam oblationem que dans, le Supplices. Fragments inédits d'une liturgie égyptienne, p. 389 sq. VI. La révolution liturgique du IV· siècle. — La victoire de Constantin et la paix rendue aux chrétiens ouvraient pour l’Église une ère nouvelle. Les conséquences s'en firent immédiatement sentir dans le culte et dans la liturgie, comme dans la disci­ pline générale ct l’administration. Jusque-là ct presque dans toutes les provinces, les chrétiens étaient traités en proscrits ou en suspects. S'ils purent jouir parfois d’une certaine tolérance, ils ne devaient jamais oublier que leur droit à l’existence et à la liberté n’était pas reconnu, cl cette hostilité de l’Étal écartalt de. la profession du christianisme un nombre considérable de gens qui, portés peut-être vers la nouvelle religion par leurs sympathies, n’entendaient pas compromettre pour s'y agréger leur position ou leur sécurité. Le jour où Constantin se déclara ostensiblement pour l’Église, le nombre des chrétiens décupla, et l’État permit à l’Église do s’afficher librement. Elle n'était plus le pusillus grex des origines, ni même la société qui ne s’ouvrait qu’à des recrues de choix, à des initiés connus pour leur moralité cl leur ferveur. La crainte de la persécution ct des apostasies possibles suppri­ mée, on reçut les candidats en plus grand nombre, et beaucoup qui redoutaient les obligations qu'entraînait le baptême, ou retardaient par calcul la date de sa réception, se contentèrent du titre de catéchumène, ct jouirent ainsi, sans aucun risque cl sans de trop pénibles devoirs, de la plupart des avantages de la société chrétienne. Le culte fut ouvert au grand public ct prit une solennité inconnue jusque-là. Lne des conséquences de celte révolution fut que l’on s'appliqua à réglementer avec plus de précision les fonctions du culte, à les adapter aux nouvelles circonstances, et, tout en donnant plus d’éclat à cer­ 1366 taines cérémonies, à abréger certains rites et par exemple celui de la messe. Probst l'a démontré lon­ guement. Mais ceci n’intéresse pas directement l’hisloirc dogmatique et nous pouvons le laisser de côté. Mais une autre révolution se produisit en Occident à celte époque sur laquelle nous devons nous arrêter un peu plus longuement, parce qu’elle eut au contraire une portée considérable sur la théologie liturgique. Jusqu'ici tous les documents que nous avons étudiés nous décrivent une même messe, un type unique. L’anaphore peut varier dans sa teneur, ct même d'une façon assez importante, comme on peut le voir en comparant celle d'Hippolyte aux formules de Sérapion ou des Constitutions apostoliques. La liberté d’improvisation est encore laissée à l’officiant, mais elle s'exerce toujours sur le meme thème. C’est, sauf la liberté d’improvisation qui a été depuis longtemps limitée et meme abolie, le système qui s'est maintenu en Orient pendant tout le Moyen Age ct jusqu’à nos jours. Ainsi par exemple dans l’Église de Byzance, il y a deux types de messe : celle de saint Basile ct celle de saint Jean Chrysostomc, mais pas d'autre. Au contraire, que l’on étudie les liturgies latines : romaine, gallicane ou mozarabe, les prières de la messe, collecte, préface, secrète, postcommunion, changent presque tous les jours, surtout les jours de fête ; les chants, introït, graduel, trait, alleluia, offer­ toire, communion, suivent la même loi. Le Commu­ nicantes lui-même admet des rédactions différentes, ct ces variations dans les prières de la messe étaient encore beaucoup plus fréquentes du vi· au ix· siècle ct même au delà. Celte différence entre l’Orient ct l’Ocddent est de telle importance qu’elle peut fournir une base selon nous, pour la classification des liturgies en deux familles distinctes, celles d’Orlcnt et celles d’Occidcnt, et relègue au second plan les autres différences que l’on a pu relever entre les unes ct les autres, comme la place à la messe de la lecture des diptyques ou du baiser de paix. Cette révolution s'opéra, semble-t-il, vers la fin du iv· siècle, ct eut peut-être à Rome son centre ou du moins son premier foyer. Les Gaules ct l'Es­ pagne suivirent sans retard. Si nous y insistons, encore une fois, c’est qu’elle eut des conséquences théologiques assez importantes. A partir de ce moment, on se mit en Occident à compo­ ser des oraisons, des préfaces, d’autres pièces litur­ giques. C'est une page nouvelle qui s’ouvre dans l’histoire de la liturgie, ct ce développement ne fut pas sans conséquence dans l'éclosion des familles liturgiques latines en Gaule, en Espagne ou ailleurs. Il donna naissance à des ouvrages liturgiques nom­ breux, les Sacrumcntaires leunien, gélasien, grégorien, pour l’Église do Rome, les autres recueils des litur­ gies gallicane, mozarabe, ambrosienne ou celtique. Pendant ce temps l’Oricnt restait stationnaire; il gardait scs anciennes formes et n'admettait de variété que dans les leçons ou dans les compositions des inélodes. Ces recueils liturgiques occidentaux sont d'ordi­ naire anonymes. On signale bien des recueils de prières par Musée, par Voconius, par Damasc. par Maximin do Ravenne. Mais que sont devenus leurs ouvrages? Quel est l'auteur des messes gallicanes, du Missel de Bobbio et des autres Sacramentaires? Ceux même attribués à saint Léon, à Gélasc, à Grégoire sont encore contestés; en tout cas ils ont reçu de nombreuses additions ou modifications de la part d’auteurs incon­ nus pour la plupart. Il fallait signaler cette situation avant d’entrer dans l'étude de ces liturgies. 1367 MESSE DANS LA LITURGIE, LE DE SACRAMENTIS VH.Le/>a .9j En tout cas scs ana­ logies avec le De mysteriis de saint Ambroise sont frappantes. Pour toutes ces raisons nous donnerons ici ce texte comme le témoin le plus important et le plus ancien du canon romain, de façon que la comparaison des deux textes soit rendue facile. Texte du De sacram. dans A £., t. xvj, col. 462-464. Texte du De sacramentis Fnc nobis (inquit sacer­ dos) hanc oblationem ascrip­ tam, ratam, rationabilem, acccptabilcm. quod figura est corporis et sanguinis Jesu Christi. Qui pridie quam patere­ tur, in sanctis manibus suis accepit panem, respexit in cælum ad te, sancte Pater omnipotens, æteme Deus, gratias agens, benedixit, fre­ git. f nictumque apostolis suis et discipulis suis tradi­ dit, dicens : accipite et edite ex hoc omnes : hoc est enim corpus meum, quod pro multis confringetur. Similiter etiam calicem, postquam carnatum est, pri­ die quam pateretur, accepit, respexit in cælum ad te, sancte Pater omnipotens, Wteme Deus, gratias agens, benedixit, apostolis suis et discipulis suis tradidit, di­ cens : accipite et bibite ex hoc omnes : hic est enim san­ guis meus. Canon romain Te igitur..... Memento Domine.... Communicantes.... Hanc igitur oblationem... Quam oblationem tu Deus, in omnibus, quresumus, bene­ dictam, ndseriptain, ratam, rationabilem, acceptablleinque facere digneris : ut nobis corpus et sanguis fiat dilec­ tissimi Filii tui Domini nos­ tri Jesu Christi. Qui pridie quam patere­ tur, accepit panem in sanc­ tas, ac venerabiles manus suas : et elevatis oculis in cælum, ad te Deum Patrem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fre­ git. deditque discipulis suis dicens ; accipite et mandu­ cate ex hoc omnes : hoc est enim corpus meum. hanc oblationem suscipias In sublimi altari tuo per manus angelorum tuorum, sicut suscipere dignatus es munera pueri tui justi Abel et sacri­ ficium patriarcha; nostri Abrahm et quod tibi obtulit summus sacerdos Melchisedcch. 13G8 sereno vultu respicere digne­ ris, et accepta habere, slcutl accepta habere dignatus e» munera pueri tui justi Abel, et sacrificium patriarch æ nostri Abrahn», et quod tibi obtulit summus sacerdos tuus Melchhcdcch, sanctum sacri­ ficium, immaculatam hos­ tiam. Supplices te rogamus, om­ nipotens Deus : jube hæc perferri per manus sancti angeli tui in sublime altare tuum, in conspectu divins majestatis tua·, etc. H faut tout d’abord remarquer que le texte du De sacramentis n’est pas, comme le canon romain, un texte proprement liturgique; c’est une citation donnée par un écrivain au cours d’un traité sur la messe, texte qu'il explique et qu'il commente, ce qui a permis à certains auteurs, Funk, par exemple, de n’en pas faire grand cas. Il faut ensuite compléter ce texte que nous avons cité, ce qu’on ne fait pas toujours, par les passages qui suivent et qui font partie de la messe. Le IDcc quotiescumque feceritis, qui manque dans le texte précédent est donné un peu plus loin, IV, vi, 26, col. 464 : Vide quid dicat : quotiescumque hoc feceritis, toties commemorationem mei facietis donec iterum adveniam. D’après un autre passage les fidèles disaient Amen après la communion. IV, v, 25, col. 463. A la com­ munion on chante le ps. xxn ; Dominus pascit me et nihil mihi deerit V, ni, 13, col. 468. On peut même supposer que le Pater dont le com­ mentaire est donné, V, iv, 18 sq., col. 469, se disait à ce moment et se terminait par une doxologie, qui diffère de celle usitée dans les liturgies occiden­ tales mais se rapproche de la doxologie orientale. VI, v, 24, col. 480. Texte du · De sacramentis · : Quid requiritur? audi quid dicat sacerdos : per Dominum nostrum Jesum Christum in quo tibi est, cum quo tibi est honor, laus, gloria, magnificentia, potestas cum Spiritu Sancto a sæculis, et nunc et semper, et in omnia s recula saxulorum. Arnen. Simili modo postquam On aura remarquée aussi que dans le texte du cana lum est, accipiens et De sacramentis manquent les mots sanctum sacrificium, hunc præclarum calicem in immaculatam hostiam, ajoutés par saint Léon. sanctas ac venerabiles ma­ L’auteur nous donne cette prière comme la for­ nus suas, item tibi gratias mule de consécration, et il est clair par son commen­ agens, benedixit, deditque taire que, pour lui, la transformation des éléments discipulis suis, dicens : acci­ s'opère â ce moment. Il semble bien, quoique certains pite et bibite ex eo omnes : Hic est enim calix san­ auteurs croient le contraire, que la formule du De guinis mei, novi et ademi sacramentis soit antérieure à la rédaction du canon testamenti : mysterium fidei : romain au moins sous sa forme actuelle. Malheureu­ qui pro vobis et pro multis sement l’auteur ne nous dit pas à quelle prière se effundetur In remissionem rattache sa formule. Se reliait-elle directement au peccat oram. Hæc quotiescumque fece­ Sanctus, ou à la préface en l'absence du Sanctus? Dans l’un et l’autre cas, ce serait un argument, et ritis, in mei memoriam facietis. (Et sacerdos dicit :) on n'a pas manqué d'en user, en faveur de ceux qui Undo et memores,Domine, Ergo memores gloriosis­ rejettent le memento des vivants avant les prières du simae ejus passionis et ab nos seni tui sed et plebs canon. De même rien de certain pour les prières (pii inferis resurrectionis, in cæ­ tua sancta, ejusdem Christi suivaient, sinon que le canon ne pouvait se terminer lum ascensionis, offerimus Filii tui Domini nostri tam brusquement sur l’allusion au sacrifice de Mclchltibi liane immaculatam hos­ bcatæ passionis, nec non et sédcch. L’auteur n’a cité évidemment dans le texte tiam. hunc panem sanctum ab inferis resurrectionis, sed de la messe que ce (fui l’intéressait pour sa démons­ et in cælos gloriosæ ascen­ et calicem vltæ ælcrnæ ; sionis : offerimus pnvchira· tration. majestati tum de tuis donis Les différences (pie l’on remarque entre les deux ac ilntis, hostiam puram, textes ne manquent pas d'importance. Le canon hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panem sanc­ romain a rejeté les mots quad figura est corporis et san­ guinis Jesu Christi, qui pourraient prêter A une équi­ tum vllæ oeternm et calicem voque, encore qu’ils soient conformes à une tradition salutis perpetuæ. Supra quæ propitio ne «t petimus et precamur. ut dont on retrouve des exemples notamment dans l'ana- 1369 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE GALLICANE phoro de Séraplon. Le sens n'est pas que l'eucharistie n'est qu'un symbole ou une figure. Le contexte du De sacramentis prouve au contraire combien l'auteur est persuade de la réalité de la présence du corps et du sang du Christ après les paroles de la consécration. Le figura corporis répond en réalité à sacramerthim corporis. Il en est de ce terme comme de celui de ομοίωμα qui en est le synonyme, et d’à/τίτυπα dont les Grecs se sont servis longtemps et qui eût pu être employé dans un sens orthodoxe. Mais le danger d’une équivoque les a fait abandonner de bonne heure CL Batiffol, L'eucharistie, p. 362 sq. Ici, comme tou­ jours, l'Égliso romaine nous donne une preuve de son orthodoxie scrupuleuse et vigilante. Le canon romain supprime l'incise quod pro mullis confringetur, qui existe sous cette forme ou sous des formes analogues dans do nombreuses liturgies; Il se contente du pro nobis et pro multis effundetur; la répétition du pridie quam pateretur a été supprimée aussi dans la consécration du calice. Au contraire la formule même de consécration du calice est plus sommaire dans le De sacramentis et, si l'on peut dire, plus ramassée, la formule romaine plus ample et plus explicite. Dans l’anamnèse romaine, l'addition nos servi (ui sed et plebs tua sancta, et de l'incise prmclaræ ma/estati tuæ de luis donis ac datis, et les répétitions hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, le panem sanctum vi tic œlenue et calicem salutis perpclute, sont d’importance, et accusent une rédaction plus appliquée; ils conservent aussi des éléments tradi­ tionnels, comme le de luis donis ac datis. Ce n'est pas une simple paraphrase, ce sont des précisions d’une certaine portée. La prière au Père d’accepter ce sacrifice est aussi plus solennelle et plus précise. La substitution du per manus angeli lui au per manus angelorum tuorum est heureuse, car c’est le plus sou­ vent sous la forme du singulier qu'il est fait allusion, dans la liturgie et même dans l'Anclen Testament, à Vange du Seigneur. On sait du reste à combien d’in­ terprétations ont donné lieu ces termes sous lesquels on a mémo vu le Saint-Esprit ou le Verbe de Dieu. La finale de l’oraison romaine ut quotquot dont il n’est pas fait mention dans le De sacramentis, a aussi une haute signification. Le texte romain est donc plus étudié, plus complet, plus riche de sens que celui du De sacramentis. Nous y reviendrons dans l’étude de la messe romaine. Sur le De sacramentis, et. L. Duchesne, Origines du culte chrétien, 5· édit., p. 187-189. On pourra voir que parmi les critiques l'accord n’est pas encore fait ; Amuhoimen (rit) 1.1, col. 055 ; Probst, Liturgie des I V. Jahrhunde.rtes, p. 233; (loin G. Morin, Hernie bénédictine, 1894, p. 76, et plus récemment P. Batiffol, L'eucharistie, 5« Mil., p. 316, 353, 355. VIII. La messe gallicane. — La description de la messe gallicane a été donnée jusqu’aujourd’hui par presque tous les auteurs, en prenant pour base les Lettres dites de saint Germain qui étaient consi­ dérées comme authentiques et donc de la seconde moitié du vi· siècle. Saint Germain fut en effet évêque de Paris do 555 à 57G. Elles furent découvertes par Martène et Durand à Autun et données dans leur Thesaurus novus anecdolorum, au t. v, et rééditées dans P. L.. t. i.xxu, coi. 83-98. Elles ont eu Jusqu'ici, comme nous l’avons dit, une étrange fortune cl Lebrun, Rivet, Duchesne, Probst, I.cjay, Netzer, Thalhofer-Eisenhofer, Batiffol s'en sont servis dans leurs ouvrages pour décrire la messe gallicane. A l'instigation d'Edmond Bishop, dom Wilmart a repris l’examen du procès, et 11 arrive à ces conclusions qui nous paraissent solide­ ment établies, Λ savoir que ces lettres ne sont pas do 1370 saint Germain, qu'elles ne sont pas en réalité des lettres, et n'appartiennent pas davantage au vi· siècle: c'est plutôt un petit traité anonyme de la fin du vu· siècle; la liturgie qui y est décrite est celle d'une église de la Bourgogne, peut-être Autun. L'auteur s'inspire de la liturgie wisigothique et notamment de saint Isidore, et aussi de la liturgie byzantine à laquelle il fait des emprunts. Dom Wilmart les définit en dernière analyse « comme une glose édifiante autour des décisions d'un synode franc, par ailleurs inconnu, qui dut se réunir au déclin du vu· siècle, ou même un peu plus tard pour statuer sur des rites censés tradi­ tionnels. > Les renseignements fournis par ce texte gardent une certaine valeur, mais le point de vue géné­ ral est complètement changé, et les diverses conclu­ sions que l'on avait tirées de ce document sur les ori­ gines de la liturgie gallicane, ses affinités avec la liturgie byzantine et autres questions de même genre'doivent être abandonnées ou modifiées. C’est de Grégoire de Tours, des auteurs et des conciles du w siècle, que Ton devra désormais s’inspirer, comme l’avait tenté déjà Mabillon qui ne connaissait pas encore l’existence des prétendues lettres de saint Germain, pour décrire la messe gallicane. C'est aussi ce que nous ferons dans l’exposé suivant, en nous inspirant le plus sou­ vent des savantes remarques de dom Wilmart. L’étude de dom Wilmart a paru dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. ντ, 1· part.» Ger­ main de Paris (Lettres attribuées à saint), col. 1049 à 1102. Divers travaux sur ces lettres avaient été publiés avant cet article, notamment par Martène, le premier éditeur, par Ed. Bishop, Observations on the liturgy of Nanai, p. 89; dans R. H. Connolly, The liturgical homilies of Narsat, Cambridge, 1909, cl Liturgica historica, Oxford, 1918, p. 131, η. 1; par Mgr Batiffol, Études de liturgie et d’archéologie chrétienne, Paris, 1919, etc. Cf. Wilmart, foc. clt., col. 1049-1102. 1· La messe des catéchumènes. — L'avant-messe gallicane ou messe des catéchumènes a déjà pris de grands développements : chants d’antiennes, de psau­ mes, de cantiques, lectures et litanies. Elle débute par une antienne et un psaume, pen­ dant que le prêtre vient de la sacristie à l’autel. Ce chant exécuté par les clercs existe aussi dans la messe mozarabe, et répond à l’introït romain et à l’ingressa du rit milanais. Grégoire de Tours, quoi qu'on en ait dit, ne fait pas allusion à cette antienne d’introduc­ tion. Le diacre enjoint le silence, probablement par ces mots : Silentium facite. L’évêque salue l'assistance par la formule : Dominus sit semper vobiscum. A Rome et à Milan le salut est Dominas vobiscum. Mais au mozarabe on trouve aussi le Dominus sil semper vobiscum. Les lettres du Pseudo-Germain annoncent ici le chant solennel de l'aios en latin et en grec. Quel élait ce chant? Ce n’est pas le sandus, comme on l’a cru à tort, et qui est parfois appelé, à tort aussi, le trisagion. Ce dernier litre doit être réservé à un chant d'origine byzantine dont l’histoire est connue. Il y fut introduit sous Théodose II (108-150), mais peut-être est-il plus ancien. Il est conçu en ces termes : 'Άγχος ό θεός, Άγιος Ισχυρός, Άγχος αθάνατος έλέησον ήμχς. Pierre le Foulon (t 177) y ajouta les mots ό σταυρωθείς St’ ήμχς. et Γοη se battit sur cette formule qui avait pour son auteur un sens mono­ pin site et qui fut adoptée par les Syriens jacobitcs; nous avons dans la liturgie romaine le Trisagion sous sa double forme primitive grecque et latine nu vendredi saint et, bien entendu, sans l’addition du Foulon. Il se présente sous une autre forme encore dans la liturgie mozarabe, mais nous n’avons pas à l’étudier pour le moment (cL dom Férotin, Liber ordinum, col. 737, 760 et 809). 1371 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE GALLICANE Le Kyrie eleison est chanté ensuite par trois enfants, < t une seule fois. Nous avons parlé ailleurs des recher­ ches qui ont été faites récemment sur le Kyrie eleison et sur son usage; nous nous contentons de renvoyer à cet article Kyrie eleison dans Diction. d'archéol. Le chant de la prophétie dont il est question ensuite est le chant du Benedictus. Ce point est désormais acquis, et la collectio post prophetiam dans les livres gallicans est l’oraison qui suit. Sur la portée de ce cantique à la messe, nous pouvons renvoyer aussi à notre article Cantiques (évangéliques), du Diction. d'archéol. Ici s’insère une première lecture. Selon le PseudoGermain elle est tirée des prophètes ou des livres historiques, de l’Apocalypse pendant le temps pascal; aux fêtes des saints, on lit leurs actes, gesta sancto­ rum con/essorum ac martyrum in solempnitatibus eorum. L’usage d’une leçon prophétique n disparu presque complètement dans la messe romaine dès le v· siècle; il a été maintenu plus longtemps à Milan, et les livres gallicans confirment le témoignage, sur ce point, du Pseudo-Germain. Le rit mozarabe a aussi conservé l’antique usage de cette lecture. On aura remarqué aussi l’importance de la lecture à la messe des vies des saints, point continué aussi par Grégoire de Tours et par les livres gallicans. Même usage en Espagne el ά Milan. La seconde lecture de la messe est tirée des Actes des apôtres et des épttrcs. Après ces deux leçons, chant du cantique des trois enfants dans la fournaise, Benedicius es, appelé aussi Benedictio. Le fait est aussi confirmé par les mêmes témoignages. L’impor­ tance attachée à ce rite est démontrée par ce fait que le Concile de Tolède de 633 présidé par saint Isidore, établit que · dans toutes les églises d’Es­ pagne et de Gaule, en la solennité de toutes les messes, ladite hymne sera chantée dans la chaire du lecteur ». Seulement dans la liturgie mozarabe l’hymne s’in­ sérait entre la première et la seconde lecture. Le chant du Benedictus es au samedi des quatre-temps dans l’Égllsc romaine est une vieille tradition qui rappelle cet usage. Dans le Missel de Bobbin il est fait mention d’une collecte post benedictionem, mais il semble que ce soit ici une dérogation à l’usage attesté par plu­ sieurs témoins d’un répons chanté, qui doit être identifié avec le psallendum, le versus ou clamor, ou psalmellus; ù Borne on avait, après les lectures, le répons et l’allcluia, remplace parfois par le Tractus. Le concile de Tolède que nous avons cité interdit l’usage qui s’était introduit dans quelques églises d'Espagne de chanter des laudes entre l’épi tre et l’évangile. Sous ce nom il faudrait entendre avec saint Isidore. Vulleluia. Dom Wilmart, op. cil., col. 107*2. Le Pseudo-Germain note ici la reprise du chant de Vagios uu Trisaglon. C’est une innovation dont on ne trouve pas d’autre exemple à cet endroit de la messe, dans aucune liturgie; le but de ce chant à cette place était de donner une plus grande solennité à la lecture de l’évangile qui va suivre. C’est ce que souligne l’auteur de notre document en ces termes qui sont ù remarquer. Egreditur processio sancti evangetil velut patentia Christi triumphantis de morte, cum prœdictis armeniis et cum septem candelabris luminis... ascen­ dens in tribunal analogii... clamantibus clericis : Gloria tibi, Domine. Le tribunal analogii désigne un ambon ou tribune élevée cl décorée, d’où aussi l'évêque prê­ chera, et sur laquelle il parait comme un juge sur son tribunal. L'acclamation Gloria tibi, Domine, ou le Gloria Deo omnipotenti, dont parle Grégoire de Tours, répond a l’annonce du diacre Lectio sancti evangetil. L’évangile est d’ordinaire suivi d’un chant. Le Pseudo-Germain nous dit qu’on reprend ou que l’on continue le Trisagion entonné avant l'évangile. A 1372 Milan, l’évangile était suivi du Dominus vobiscum et d’un triple Kyrie avec une antienne; en Espagne on chantait une antienne avec alleluia, A Home, le pape saluait le diacre du Pax tibi, puis disait le Dominus vobiscum et VOremus. L’homélie d’ordinaire suivait l'évangile. Ici se placent les prières litaniques que l’on peut rattacher à l'avant-messe, au moins dans l’usage des Gaules, puisque on ne renvoyait les catéchumènes qu’après ces prières. Le Pseudo-Germain décrit ainsi cette prière: precem [psallunt levita] pro populo, audita (apostoli) priedicatione, levitœ pro populo dcprcc(i\)ntur et sacer­ dotes prostrati ante dominum pro peccatis populi inter· ccd(u)nt. 11 n’est pas douteux qu'il ne faille reconnaître ici la litanie diaconalc dont il a déjà été question dans les pages précédentes, et qu’on ne doit pas confondre, comme l’a fait Duchesne et d’autres après lui, avec la prière des fidèles. Dom Wilmart après Edmond Bishop a insisté sur ce point. Cf. Ed. Bishop, Observations on the liturgy o/ Narsal, p. 117-121; Journal of theological Studies, 1910-1911, t. xn, p. -106-113; et Liturgica historica, p. 122, 121; Connolly, Journal of theological Studies, 191 Ο­ Ι 920, t. xxi, p. 219-232; dom Wilmart, art. cité,. col. 1075. Duchesne, dans sa 5· édit, des Origines du culte chrétien, p. 211, n. 2, discute l'attribution à Gélose du Dicamus omnes. La prière diaconalc et la prière des fidèles présentent des analogies et appar­ tiennent, croyons-nous, au genre des prières litaniques, mais elles se distinguent cependant par certains caractères qu'il faut énoncer ici, parce que la question a son importance. La prière des fidèles est une prière récitée après le départ des catéchumènes par les seuls fidèles et qui fait donc partie de la messe des fidèles. Cette prière s’appelle indifféremment la prière de l’Église, la prière commune, la prière des fidèles. En Occident, notam­ ment à Home, elle est récitée de la façon suivante; le pontife invite les fidèles à la prière; le diacre intime l’ordre de fléchir les genoux: l'évêque prononce la prière, les fidèles répondent par VA men. Bishop remar­ que finement à ce propos que cette prière porte le cachet de l’Églisc romaine, où l’autorité ecclésiastique maintient toujours scs droits; la part des fidèles y est réduite au minimum, tandis qu’en Orient l’initiative du peuple chrétien est bien plus large. De telle sorte que la prière des fidèles à Home serait plus justement nommée la prière pour les fidèles. Nous avons un type bien conservé de cette prière dans les Orationes sol­ lemnes du vendredi saint. Mais toute autre trace en a disparu dans la liturgie romaine. La prière des fidèles, sous une forme analogue, a existé dans les liturgies gallicanes au vi· siècle, à preuve un texte d’un concile de Lyon sous Sigismond (516-523) qui fait allusion à Voratio plebis quæ post euangelium legitur. Concilia ævl merovingici, p. 31. Mais elle a disparu depuis, comme à Borne, et l’on ne trouve plus dans les recueils de la liturgie gallicane (pic des litanies diaconalcs imitées de celles de la liturgie byzantine. Ces litanies ou διακονικά sont récitées par le diacre, et font partie de Γ avant-messe. \ chaque invocation du diacre, le peuple répond Kyrie eleison, el à la fin le célébrant conclut par un oraison. Ce type de prière, créé sans doute à Antioche, fut adopté à Constan­ tinople et de là transporté à Borne et en Gaule au v· siècle. La supplicatio litania: dont il est question dans la règle de saint Benoit, les preces deprecationes tetania:, le Kyrie, de la messe romaine en sont dérivés. IDe cette prière diagonale dont nous avons dit ailleurs l’origine et les destinées, plusieurs exemples existent dans les livres gallicans encore, ainsi le 1373 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE GALLICANE Divintu pacis, et le Dicamus omnes. Elles sont données Tune et I’autro par Mgr Duchesne dans son chapitre sur la messe gallicane (5· éd., p. 210 et 211); aussi nous contenterons-nous d'y renvoyer. Du reste elles présentent les plus grandes analogies avec celles des Constitutions apostoliques que nous avons citées, avec la Deprecatio sancti Martini du Missel de Statue cl la Deprecatio pro universali Ecclesia que de bons juges, malgré l’opinion de Duchesne, continuent à attri­ buer au pape Gélose (492-196)· Cf. Duchesne, op. cit., p. 221, n. 2, et dom Wilmart, art. cité, col. 1076; ci. aussi art. Litanies du Diction, d'archéol. Avec la prière diaconalc, la messe des catéchumènes est décidément terminée et le diacre les renvoie. La formule n’est pas donnée ici, mais on en trouve une équivalente au rituel milanais : Si quis catechumenus procedat, si quis judicas procedat, si quis paganus procedat, si quis lueret i eas procedat, cujus cura non est procedat. Saint Grégoire nous rappelle encore la formule : S7 quis non communicet det locum, et le Pontifical jusqu’aujourd’hui contient à I’ordinallon des exorcistes celte curieuse formule : Exorcistam oportet... dicere populo ut qui non communicat del locum. Le Pseudo-Germain rappelle à ce propos les termes 'énergiques de l’évangile : nolite dare sanctum cani­ bus neque mittatis margaritas ante porcos. Toutes ces précautions nous prouvent l’importance de l’action qui se prépare, el de nouveaux avertisse­ ments du diacre réveilleront l’attention cl le respect des fidèles. La formule était silentium jacite, ou pacem habete, comme au rit milanais; le Pseudo-Germain qui souvent commente ou interprète le rite, nous dit que l’on fait le signe le croix sur les yeux, les oreilles, la bouche ut hoc solum cor intendat, ut in se Christum suscipiat. 2° La messe des fidèles. — L’offrande du pain et du vin en Gaule comme ailleurs était faite par les fidèles. Ce que nous devons remorquer ici et ce qui est propre, dans une certaine mesure, à la messe gallicane, ce sont les honneurs dont on entoure les « oblats » c’est-à-dire les éléments qui seront consacrés. Des coutumes analogues existaient dans les liturgies orientales, et l’on est tenté de retrouver ici encore l’influence byzantine. Duchesne, op. cil., p. 216, dom Wilmart, art. cité, col. 1080. On est même surpris de voir le Pseudo-Germain désigner, par prolepse, ces éléments en ces termes : Procedente ad altarium corpore Christi, prieclara Christi magnalia dulci melodia psallit Ecclesia. P. L., t. lxxii, coi. 93. Grégoire do Tours s’exprime en termes analogues, quand il nous «Ut que le mysterium dominici corporis était contenu dans des vases en forme do tours, tours en bois, par­ fois revêtues d’or. Glor. mart., 86; Hist. Franc., X, xxxi, 13, P. L., t. lxxi, col. 781, 569. Le vin à consa­ crer est apporté dans un calice, sanguis Christi... offertur in calice. L’eau est ajoutée au vin, comme dans tous les autres rits. Une patène recevait le pain. Il est fait allusion aussi aux voiles qui recouvrent les oblats, un premier voile, palla, de lin ou de laine, un second voile de pur lin qui supporte les oblats, corporalis palla; en lin un tissu précieux de soie el d’or, orné de pierreries couvrira l’oblation. Quoique l’on rencontre ailleurs des rites analogues, quelquesuns de ceux que nous venons de décrire semblent propres aux Églises gallicanes. Ils nous disent en tout cas de quels soins et «le quel respect sont entourés les éléments, mémo avant la consécration. Pour le détail cl la comparaison avec les autres rits. cf. dom Wil­ mart, op. cit., col. 1081 sq. Le sonum quando procedit oblatio désigne un can­ tique particulier, analogue au Cheroubicon des Grecs. Quand les oblats sont placés sur l’autel le chœur chante les Laudes, triple alleluia. Duchesne donne 1374 comme équivalent de ce chant les laudes de Noël au mozarabe : Alleluia. Iledemptionem misit Dominus populo suo; mandavit in iclernum testamentum suum; sanctum ct terribile nomen ejus, alleluia. Ces chants sonum cl laudes répondent à peu près au psaume d’offertoire usité à Home et à Milan. Ici se place la lecture des diptyques, comme dans la plupart des liturgies, mais nous n’avons pas de renseignements particuliers sur ce rite dans les Églises gallicanes. Les noms des morts pour lesquels on offrait le sacrifice, des vivants qui offraient les obla­ tions et d’autres personnages, étaient lus a ce moment. Ce rite a son importance au point de vue thêologique, parce que l’inscription aux diptyques est un signe que l’on était en communion avec ceux dont le nom est lu. On biffait celui des hérétiques; cette pratique donna lieu souvent à d’aigres controverses; enfin le nom du pape était d’ordinaire à la place d’honneur. Cf. art. Diptyques dans Diction, d'archéol. Nous don­ nons comme type la formule suivante d’après Duchesne, Origines du culte, p. 221 : Offerunt Deo domino oblationem sacerdotes nostri (il s’agit des évê­ ques d’Espagne), papa Homens is et reliqui, pro se el pro omni clero ac plebi bus Ecclesiæ si bi met consignatis vel pro universa jraternitate... Item pro spiritibus pau­ santium, Hilarii, Alhanasil, etc. Cette lecture est suivie, dans les rits gallican ct mozarabe, d’une oraison : Collectio post nomina. Les nombreuses for­ mules conservées dans ces livres seraient à étudier de près, car il y est fait souvent allusion aux effets du sacrifice de la messe. Voir art. Mozarabe (liturgie). L’ensemble de ce rite des diptyques a, du reste, un grand intérêt, car il est une preuve de la foi à l’inter­ cession de l’Église, a l’efficacité du sacrifice et à l’union de tous les fidèles dans l’Égllsc sur la terre ct avec les saints du ciel. Le baiser de paix qui suit est aussi accompagné d’une oraison, collectio ad pacem. Dans les livres galli­ cans ct mozarabes celle-ci varie avec toutes les fêtes, comme la précédente. C’est une riche collection de textes souvent expressifs el dont nous nous contente­ rons de citer un exemple. C’est la collectio ad pacem, de l’Assomption de la sainte Vierge célébrée chez les gallicans en janvier. Elle est tirée du Missate gothicum, P. L., I. lxxii, col. 215 : Deus universalis machina» propagator, qui in sanctis spiritaliter, in matre vero virgine etiam corporaliter habi­ tasti ; quæ ditata tuæ plenitudinis ubertate, mansuetudine florens, caritate vigens, pace gaudens, pietate præcellcns, ab angelo gratia plena, ab Elisabeth Iwnedicta, a gentibus merito prédicat ur beata ; cujus nobis Udes mysterium, partus gaudium, vita protectum, discessus attulit hoc festivum ; precamur supplices, ut pacem quæ in adsumpIIone Matris tunc pncbuhti discipulis, solenni nuper (sans doute sollcmpnitcr) largiaris in cunctis, salvator mundi, qui cum Patre. On sait que, sur la place des diptyques et du baiser de paix, la liturgie romaine présente des différences assez importantes avec les liturgies gallicanes et moza­ rabes, dont les rites sur ce point se rapprochent davan­ tage de ceux de Constantinople. Mais on a vu par ce qui précède que ces emprunts sont souvent assez tardifs. Cf. notre article Baiser de paix du Diction, d'archéol. La collectio ad pacem est suivie dans les livres galli­ cans d’une prière plus importante encore et qui dans ces livres est appelée d’ordinaire Contestatio ou Immolatio; clic correspond à la préface romaine et débute par le Sursum corda et la réponse Habemus ad Dominum. Le prélude est aussi le même : Vere dignum et justum est. Mais les contestationes gallicanes, comme les immolationes mozarabes ont des caractères très différents des préfaces romaines. C’est, si l’on peut dire, un fruit du terroir. Le génie gallo-romain du 1375 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE GALLICANE vi< au vin· siècle s’y donne librement carrière. Le latin de cette époque n’est plus le style classique des Romains du siècle d’Auguste. Il est souvent prolixe et l’on y relève des antithèses, des ornements, même des concetti qu’on voudrait voir bannis de ces compo­ sitions ecclesiastiques. La manière romaine, surtout au temps de Gélasc et de Grégoire, a incontestable­ ment plus de discrétion et de dignité, l’expression est aussi d’une orthodoxie plus surveillée. Mais, pour le point de vue qui seul nous intéresse ici, cette riche collection de contestationes qui nous est conservée dans les livres gallicans, est un trésor encore peu exploré par les théologiens où J’on pourrait étudier les doctrines de cette Église sur l’eucharistie, sur la grâce, sur l’incarnation et la rédemption, mieux peut-être qu'en aucun autre recueil. Nous ne pouvons que signa­ ler ici celte source de l’histoire de la théologie de l’Égllse gallicane, car l'exposition détaillée deman­ derait une longue thèse. Nous citerons presque au hasard la suivante pour donner une idée de cette littérature : Dignum et justum est ; qui dives infinitæ clcmcnliæ copioso munere pkismnm tua* creatura* in tantum digneris erigere, ut vernaculo limi patiaris homine de terrena compago closes crû committeres, et ad judicandas tribus solium exccha· sedis in sublime componeres. Testis est dies hodierna, beati Petri cathedra episcopatus exposita, in qua fidei merito revelationis mysterium. Filium Del confitendo, prnlatus apostolos ordinatur. In cujus confes­ sione est fundamentum Ecclesia*, nec adversus hanc petram porta? inferi pni valent, nec serpens vestigium expremit, nec triumphum mors obtinet. Quid vero beato Petro divrno sub tempore accessit laudis et gloriæ, quæ vox. quæ lingua, qui*, explicet? Hinc est quod mare tremulum fixo calcat vestigio, et inter undas liquidas pendula planta perambulat. Hic ad portam speciosam contracti tendit vestigia, et tactus Petri digito, claudus non indiget baculo. Hinc carceratus dum dormitat, Christus cum Ipso pervi­ gilat. et retrusus ergastulo, forus procedit per angelum. Hinc paralyticum erexit decubantem in lectulo, ac debi­ litato verbo dedit vestigium. Hinc Tubitham mulierem revocavit de funere, ct virtute imperanti pnrdarc non licuit. Hinc tanta fidei dotem inter apostolos petiit, ut curaret universos languores dum prætcrit. ct cadavera viverent umbra salubris quæ tetigit, per Christum... P. L., t. lxxu, coi. 257. Comme dans toutes les autres liturgies la contestatio aboutit au Sanctus. Mais les liturgies gallicanes et la liturgie mozarabe ont une autre oraison, la collectio post sanctus, qui est une transition entre le Sanctus ct le récit de l’insti­ tution. Elle commence généralement par les mots Vere sanctus. Ainsi dans une des messes de Mono : Vere sanctus, vere benedicius dominus noster J. C. filius tuus qui pridie. P. L., t. cxxxvm, col. 8G6. Mais d ordinaire elle donne lieu ù de plus amples développe­ ments où la question dogmatique est souvent abordée, ainsi dans la suivante de la même collection, loc. cit., col. 873 : Hic inquam Christus dominus noster et Deus noster, qui sponte mortalibus factus adsimllls per omne hunc æv| diem immaculatum tibi corpus ostendit, veterisque delecti Idoneus expiator sinceram inviolatamque peccatis exhibuit animam, quum sordentem rursus sanguis clueret, nbrogataque in ultimum lege moriendi, in carlo corpus perditum atque ad patrii dextenim relevaret, per Dominum nostrum qui pridie. Le passage est altéré dans le manuscrit, mais on devine le sens (voir la note de Dcnzinger, loc. cil.); le post sanctus répond aussi à une prière de même genre dans les liturgies orientales. La liturgie romaine n’a pas de prière qui réponde au Vere sanctus. Le récit de l'institution, introduit par le Vere sanctus dans les liturgies gallicanes, suit le texte de saint Mathieu et de saint Marc avec les mots qui pridie 1376 quam pateretur. Ici au contraire l’accord est complet entre les liturgies gallicanes et la liturgie romaine, ct le fait n ’est pas de mince importance pour l’histoire ct le groupement des liturgies latines, mais nous no pouvons que renvoyer sur ce point aux remarques des liturgistes, notamment à celles de dont Cagin qui a fort bien tiré les conclusions de ce fait. Les liturgies orientales suivent donc une autre tradition et disent avec saint Paul in qua nocte tradebatur. L'Espagne, il est vrai, dit aussi in qua nocte, mais cette anomalie est attribuée d'ordinaire â une influence byzantine d'âge postérieur. C’est d’autant plus vraisemblable que les livres espagnols appellent l'oraison qui suit, Post pridie. Cf. sur ce point dom Cagin, Paléographie musicale, t. v, p. 55 sq.; Duchesne, loc. cit., p. 230, η. 1 ; dom Wilmart, art. cité, col. 1085. On a discuté aussi pour savoir si ces liturgies ne portaient pas primi­ tivement l'incise, pro nostra d omnium salute. Cf. Revue bénédictine, 1910, t. χχνιι, p. 513 sq. Les mots mysterium fidei semblent aussi avoir été adop­ tés en Gaule, comme dans la formule romaine, et probablement sous son influence. Les paroles de la consécration en Gaule sont accom­ pagnées d’un signe de croix tracé sur l’oblation, geste auquel on reconnaît la vertu spéciale d'accomplir le mystère et qui est ratifié par le ciel. Le PseudoGermain, qui parle de la « transformation » opérée par la consécration du pain ct du vin, fait allusion à l’ange de Dieu qui bénit l’hostie, Angelus Dei ad secreta super altare tamquam super monumentum des­ cendit, ct ipsam hostiam benedicit instar illius angdi qui Christi resurrectionem cvangelizavit. On a fort opportunément à ce propos rappelé le trait, cité par Grégoire de Tours, de saint Martin qui apparut dans la basilique à lui dédiée dans cette ville ct bénit, dextera extensa, le sacri lice ofTcrt sur J'au tel, juxta moremcatholicum signo crucis superposito. Vitre Patrum, xvi, 2, P. £., t. lxxi, col. 1075. Cf. dom Wilmart, col. 1086. La prière qui suit est de première importance pour la théologie de la messe. Elle porte le nom post secreta ct ailleurs post mysteria, post eucharistiam. Ce titre, assez souvent son contenu, le miracle de saint Martin que nous avons rapporté, le fait que Grégoire de Tours appelle les paroles de la consécration verba sacra (Glor. mart., 87, P. L„ t. lxxi, col. 782), et d'autres textes que nous pourrions citer, prouvent assez que les paroles de l’institution était considérées comme opérant le mystère de l’eucharistie. Mais il faut bien ajouter qu'assez. souvent cette oraison est conçue en des termes qui feraient croire au contraire que la transsubstantiation est opérée par l’épiclèse, ainsi la suivante : Dcus Abraliam, Dcus Isaac, Deus .Jacob, Dcus ct pnter D. N. J. C., tu de cælls tuis propitius a Havens (apparens?) hoc sacrificium nostrum. Indulgent Issbna pietate prose­ quere, dlscendat domine plenitudo mngistatls. divinitatis, pietatis, virtutis benedictionibus (benedictionis) et gloriæ tuæ super hunc panem, et super hunc calicem et tint nobis legitima eucharistia in transformatione corporis et san­ guinis domini, ut quicumque et cotienscunique ex hoc panem ct ex hoc calice libnbcrimus, sumamus nobis monimentum fidei,slnccrem dilectionem, tranquilla spem resur­ rectionis adque immortalitatis œtemœ in tuo llliiquc tui, Λ/ojcrt de Mone, P. L., t. < xxxvin, coi. 871. Cf. uno oraison dans le même sens, P. t. i xxn. coi. 257. Nous n'insisterons pas sur ce point, car toutes ces difficultés ont été envisagées ct expliquées au mot Épiclèse. Cf. aussi dom Cagin, Te Deum ou Illatio? p. 220 sq., ct Revue bénéd., 1911, t. xxvm, p. 386 sq. Dans tous les cas la collection de ces oraisons post secreta est l'une de celles qu’il faut étudier avec le plus de soin dans les liturgies gallicanes, pour se 1377 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE GALLICANE rendre compte de la foi de ces Églises au mystère eucharistique. Du mot post secreta on a conclu assez naturellement que la formule de la consécration était faite A voix liasse, tandis que la contestation ct le post sanctus étaient dits A haute voix. Nous ne reprendrons pas ici la question si chaudement débattue au xvn· ct au xvin· siècle entre théologiens ct liturgistes sur le secret des mystères. Elle a perdu, nous semble-t-il, de son actualité, ct nous nous contenterons de renvoyer sur ce point A Ed. Bishop, Observations on the liturgy o/ Narsaî, p. 121-120, ct A notre art. Amen du Diction, d'archéol. A l’oraison post secreta se rattachent les rites de la fraction ct de la commixtio. La fraction est dans la messe primitive un rite de première importance. Le nom de (ractio panis donné à l'eucharistie à l’ori­ gine, la place du mot /regit dans le récit de l’institu­ tion, l'insistance des liturgies les plus antiques dans cette formule sur les mots [corpus meum] quod pro nobis confringetur, ct d’autres indices nombreux, suffiraient A celle démonstration. On trouve pour ce rile de nombreuses variétés dans les liturgies. Nous verrons, pour la messe celtique, que les Irlandais divisent l’hostie de sept façons différentes suivant les fetes. En Gaule on les divisait en neuf parcelles, en forme de croix. Parfois on les arrangeait sur la patène de manière A dessiner une forme humaine. Lo concile de Tours de 5G7 interdit cette pratique comme superstitieuse ct ordonna de disposer les par­ celles en forme de croix. Le sens attaché A ce geste est donné par un chant de fraction qui s'appelle eonfractorium ou ad confractionem. Nous en avons cité quelques-unes dans notre article Fractio panis, du Diction. d'archéol. En voici une : Credimus Domine, credimus in hac confractione corporis cl effusione tui sanguinis nos esse redemptos : confidimus etiam quod spe hie interim jam tenemus, in æternum pér­ irai mereamur. Per. La commixtion ou immixtion a, comme la fraction, une portée dogmatique. L’officiant trempe dans lo calice une ou plusieurs des parcelles consacrées ct en laisse tomber une dans le calice. Sous cette forme ct avec les paroles dont elles est accompagnée dans plusieurs liturgies, ce rite ne semble avoir d’autre but que de montrer aux fidèles avant la communion que c’est bien le corps ct le sang du Christ qu’ils vont recevoir, et que la séparation de l’un cl de l’autre sous les espèces différentes du pain ct du vin, n’est qu’une apparence. Quoique A celte époque la communion sous les deux espèces fût à peu près universelle, la doctrine n'en était pas moins admise que le Christ était tout entier sous l’une ou l’autre espèce. Les rites de commixtion et d’immixtion (pii se rattachent A celle partie de la messe, nous semblent favoriser celle interprétation. Voir Immixtion du Diction, d'archéol. La récitation du Pater suit la fraction cl la commix­ tion. La récitation du Pater A la messe ct A cette place ou A une place voisine de la fraction et de la communion, est une pratique presque universelle. A la vérité on a pu citer quelques exceptions. Les Constitutions apostoliques ne parlent pas du Pater, pas plus (pic saint Hippolyte, Sérapion ou l annphorc de Balizeh. Mais ce sont IA des exceptions. Le Pater a sa place, ct une place d’honneur, A la messe ro­ maine; il y est entouré de rites particuliers. Chez. les gallicans, comme dans la plupart des autres liturgies, il est encadré entre un prélude ou protocole et une conclusion ou embolisme. Voici ces deux textes d’après le Missale golhicum : Non nostro præsumenles, Pater sancte, merito, sed domini nostri Jesu Christi l ilii tui obcdlcntcs imperio, nudemus dicere : Pater noster, etc. 1378 Libera no*, omnipotens Deus, ab omni mnlo, ab omni periculo, ct custodi nos in omni opere bono, perfecti veritas et vera libertas, Deus, qui regnas In saxula sæculorum. Protocole et embolisme varient du reste chez les gallicans, comme la conleslatio ou le Post sanctus ou i'.-ld pacem. Ces rites divers ont pour but de mettre en relief l’importance de cette prière enseignée à ses disciples par le Christ ct qui est la prière des prières. Cette importance a été dès l'origine reconnue ct attestée par la liturgie. La finale du Pater fut enrichie d’une doxologic, comme nous le voyons dans la Didachè, et dans quelques-uns des plus anciens manuscrits du Nouveau Testament, ct l’on ne s’étonne pas trop de l’assertion de saint Grégoire, qui s'indignant de voir le Pater relégué après le canon, le fait remonter jusqu'A la fraction, en disant qu'A l'origine le Pater était la prière sur laquelle les apôtres consacraient. Voir col. 983. Le Pater a aussi une place d’honneur au baptême ct dans d’autres sacrements. A la messe gallicane le Pater est récité par l’assis­ tance tout entière, comme c’était aussi la coutume chez, les Grecs, tandis qu'en Afrique, en Espagne et A Borne, le célébrant prononçait seul à haute voix le Pater, ct le peuple répondait Amen, ou sed libéra nos a main. Avant la communion l’évêque ou même le prêtre bénit les fidèles. Celte bénédiction a aussi son impor­ tance dans la liturgie; elle n’est pas spéciale A la liturgie gallicane, mais elle avait lieu en .Afrique au temps de saint Augustin; elle existe aussi dans les liturgies orientales, cl tout indique que Borne l'a connue, bien qu'elle y ait été transformée et déplacée. Cf. dom Wilmart, op. cit., col. 1088; dom Morin, Bévue bénédictine, 1912, t. xxix, p. 179 sq. Le sens de celte bénédiction, sorte d’absolution ou de purification dernière avant la communion, est déterminé par les formules qui l’accompagnaient. Lo diacre disait : Humiliate vos benedictioni, ou chez les Grecs : Inclinons nos têtes devant le Seigneur. Le Pseudo-Germain nous cite celle-ci : Pax, (ides ct cantas, et communicatio corporis et sanguinis D. N. J. C. sit semper vobiscum, ct il nous dit que la bénédiction du prêtre devait être plus courte ct moins solennelle que celle de l’évêque. C'est une allusion discrète aux discussions qui sans doute curent lieu A cette époque, ct dont quelques conciles portent la trace au v· et au vi· siècle, dans les canons qui ont pour objet soit de réserver exclusivement A l’évêque le droit de bénir le peuple, soit do marquer la différence entre l’une et l’autre, comme ici. (Cf. notamment con­ cile d’Agdc de 506. can. 4L) La formule variait selon les jours; il existe dans les manuscrits des recueils de bénédictions episcopales dont quelques-uns ont été édités, ct qu’il ne faut pas négliger, car ils sont aussi un des éléments de la liturgie théologique. Voir notre article Bénédictions épiscopales du Diction, d'archéol. Une certaine hiérarchie, ou si l’on veut un ordre rigoureux était maintenu pour la communion; les prêtres et les diacres communiaient A l’autel, les autres clercs devant l’autel, les laïques hors du chœur. C'était du moins l’usage en Espagne. En Gaule les fidèles entraient dans le chœur et venaient communier A l’autel. Les hommes recevaient l’hostie sur la main nue. les femmes la recevaient dans un linge appelé dominical. Duchesne, op. cit., p. 257. Pendant la communion on exécutait un chant: anliphona ad accedentes. Selon la plus ancienne tra­ dition. c’était le ps. xxxin, Benedicam Dominum in omni tempore, ou du moins quelques-uns de ses versets qui s’appliquent si bien A l’eucharistie : accedite ad 1379 MESSE DANS LA LITURGIE, LA MESSE CELTIQUE cum cl illuminamini, iste pauper clamavit el Dominus exaudivit cum, ct surtout : Gustate et videte quoniam suavis est Dominus. Dom Cagln, Paléographie musi­ cale, t. v, p. 22-25, a réuni les principaux témoignages do cette tradition. II est intéressant dc constater que la Gaule l’avait conservée. Le Pseudo-Germain, après d’autres, nous le rappelle, mais en insistant pour démontrer que ce chant qu’il appelle Trecanum est un acte de foi en sa Trinité. — Et, en effet, trois versets qui se répétaient d'une certaine façon ct se terminaient sans doute par la doxologie trinitairc, comme dans le mozarabe, enseignaient à ceux qui recevaient la communion · que le Père est dans le Fils, le Fils dans le Saint-Esprit, l'Esprit-Saint dans le Fils, ct de nouveau le Fils dans le Père. » D’autres chants pour la communion accompagnèrent celui-ci ou s'y substituèrent, ainsi la belle hymno sancti venile des liturgies celtiques. Ailleurs, chez les Mozarabes ct les Orientaux, on récite le symbole de Nicée-Constantinoplc à ce moment. C'est toujours la préoccupation qui est à noter, de faire précéder la participation au corps ct au sang du Christ, d’un acte do foi, car l’eucharistie est par excellence le mystère de l’union au Christ, ct par lui entre les fidèles dans la foi ct la charité. Après la communion on dit une oraison dont le texte aussi est variable. Les postcommunions conservées dans les livres de la liturgie gallicane sont aussi à étudier, car elles expriment la foi de ces liturgies dans la présence réelle ct dans les effets du sacrement sur l’âme. Après ccs prières avait lieu le renvoi des fidèles comme dans les autres liturgies. C'est Vite missa est, dans la liturgie romaine, le Missa acla est, In pace dans le missel de Stowe, le Procedamus in pace, in nomine Domini dans le rit ambrosicn, une formule plus solennelle chez les Mozarabes. Dans les liturgies orien­ tales, il y a d’autres formules de renvoi. Ce n’est que I tardivement dans certains rites, qu'on eut l’idée d'ajouter après ce renvoi, la lecture dc l’évangile de saint Jean ct d'autres prières qui enlèvent à la formule toute sa portée. Les livres de la ltturgif. gallicane. — Comme nous l’avons dit, les oraisons dc la messe gallicane ne sont pas Invariables comme celles des liturgies grecques et orientales, clics peuvent clinngcr chaque jour. De là l'ori­ gine des collections qu’on en n faites, ct qui sont un recueil de première importance pour l’histoire théologique de ccs liturgies. Ce sont les Messes dc Mone, le Missale gothicum, le Missale gallicanum velus, le Missale Francorum, le Missel de Bobbio. Comme nous avons déjà donné tous les rensei­ gnements nécessaires nu sujet de cette littérature dans l’article Liturgie, col. 807 sq., nous n’avons qu’à y ren­ voyer. lùi outre quelques fragments dc livres gallicans ont été publiés dans ces dernières années dans diverses revues. On en trouvera le relevé très complet dans l’article dc dom l.cclcrcq. Gallicanes (Liturgies) du Diction, d'archiol. IX. La messe dans les liturgies celtiques. — Y a-t-il en réalité une liturgie celtique au sens où il y a une liturgie mozarabe, une liturgie gallicane, une liturgie romaine? il faut répondre par la négative. Des usages partiluliers, des prières quelque nombreuses qu’elles soient, des rites empruntés dc droite ct de gauche ne suffisent pas h former une liturgie originale. Les anciennes théories qui cherchaient h cos usages une origine orientale et opposaient l'Églisc celtique aux Églises latines ct notamment à l'Églisc romaine, théo­ ries dont on trouve les dernières traces dans Warren, sont aujourd’hui bien démodées. L’étude de tous ces fragments liturgiques qui a été très poussée dans ces cinquante dernières années, tend de plus en plus â démontrer que la liturgie celtique ou plutôt les lilur- 1380 gies celtiques, terme adoptée pour rendre compte des divergences qui existent dans les usages liturgiques des églises établies en Irlande, dans les lies Britanniques ct sur lo continent européen, ne sont qu’un mélange dc rites et de formules empruntés par ccs Églises soit aux Églises gallicanes, soit ù l'Églisc romaine, soit même à l'Églisc mozarabe ou aux Églises orientales. La statistique dc tous ces textes assez nombreux a été dressée avec une patience ct un soin remarquables dans l'article Celtiques (Liturgies) du Diction, d'archéol., par dom Gougaud. Nous citerons plus loin quelques autres travaux sur ce sujet qui méritent d’être consul­ tés. Nous ne signalerons ici que les documents les plus importants pour la messe : le premier est le missel dc Stowc, le second celui de Bobbio. On trouve aussi dans les fragments publiés par Bannister et d'autres, quelques prières dc la messe dont nous tiendrons compte dans l’exposé qui suit. Ie Les textes. — 1. Le Missel dc Stoiue. — Sous ce nom de Missel dc Stowc, on désigne un manuscrit aujourd’hui conservé ù la bibliothèque de l’Académlc royale d’Irlande à Dublin sous la cote D, if, 3 (fonds Ashburnham), ct qui avait séjourné pendant un certain temps dans la bibliothèque du duc dc Buckingham, au château dc Stowc; il passa ensuite dans celle de Lord Ashburnham ct enfin à l’Acadéinie royale de Dublin. On a cru jadis (pie ce manuscrit avait été trouvé en Allemagne au xvin· siècle, mais il semble démontré aujourd’hui qu’il n’a jamais quitté l’Irlande. On discute encore pour fixer l’âge ct l’origine du manuscrit. Les textes irlandais qui y sont transcrits ct quelques autres particularités ne laissent pas de doute sur son origine celtique. Il n'en est pas de même pour l’âge : vu·, vin·, ix· siècle; les paléographes hésitent, mais il est certain qu'il a été encore interpolé jusqu’au X· siècle. Il a été édité par F. E. Warren en même temps que quelques autres fragments dans son livre The liturgy and ritual of the Celtic Church, Oxford, 1881. Malheureusement» et par suite dc circonstances indépendantes de la volonté de l’éditeur, celte édition présente d’assez nombreuses erreurs, notamment une interversion de feuillets qui déroule, dans l’ordinaire même dc la messe. L’édition du Bcv. Mac Carthy, malheureusement moins abordable, mais dc beaucoup supérieure, se trouve dans les Transac­ tions of the Royal Irish Academy, 1886. t. xxviî, p. 135-208. 141 société Henry Bradshaw a confié une réédition Λ M.jGcorgc F. Warner, The Stowe missal, edited by G.F. Warner, t. i, facsimile, Londres, 1906 ; t. π, texte, introduction et index, London, 1915. Voir (pickpics nouveaux rensei­ gnements sur le manuscrit dc Stowc ct son histoire, par E. Gwynn et T. F. O’Kahilly dans Revue celtique, 1927, t. xxxvn, p. 103 sq., ct t. XLiv, p. 251 sq. Le Missel contient l’ordinaire et le canon do la messe, ct des oraisons d’une messe des apôtres ct des martyrs, d’une messe «les saints el des vierges, cndant dc le citer pour expliquer certaines excentricités que nous allons rencontrer dans la composition de la messe. Ajoutons qu’nllleurs Bishop n parlé avec admiration de la piété des Irlandais ct dc leur zèle pour la liturgie. Hook of Cerne. Le traitement appliqué dans les lectures du texte dc la sainte Écriture qui est arrangé cl ccntonisé, est aussi un indice de cette tendance signalée chez les Celtes. On ne saurait donc le mettre do côté pour l’étude dc la messe celtique avec Mgr Duchesne qui n’y volt qu'un essai maladroit dc combinaison des deux usages gallican ct romain. Même si l’on refuse d’admettre son origine celtique contre l'avis des plus savants liturgistes. Il faut bien y reconnaître do nombreux éléments celtiques. Les relations entre le missel de Bobbio et celui de Stowc sont aussi un point désormais acquis. Enfin les analogies entre ce manuscrit et la liturgie mozarabe soulèvent un autre problème, mais ce n’est pas le Heu d’étudier ici ccs ques­ tions qui sont plutôt du domaine de l’histoire. 2· La messe celtique. — Gildas reproche aux prêtres bretons de ne pas dire la messe chaque jour. Il semble qu'au temps de saint Colomba, ù loua, la messe ne se Célébrait que le dimanche et les jours dc fêle ct quand on apprenait le décès d’un ami. En Bretagne armo­ ricaine, au contraire, on a des exemples que la messe se célébrait quotidiennement. La messe se dit dès l’aurore; on ne elle qu’un cas où elle se célébrait l'après-midi. L'ordinaire de la messe est exposé par Henry Jenner dans l’article que nous citons plus loin. Il y a une préparation il la messe qui comprend dans le missel de Stowc une confession des péchés, une longue litanie des saints (coupée en deux dans l’édition de Warren par suite d’une erreur do bro­ chage dans le manuscrit) ct une apologia sacerdotis. Ce dernier trait n’est pas spécial aux liturgies cel­ tiques. On pourrait faire une collection de ccs prières dans les manuscrits du Moyen Age. Voir notre article DICT. DE THÉO!·. CATIIOL. 1382 Apologies liturgiques du Diction, d'archfol. Notre missel romain en a conservé quelques-unes dans les orationes ante missam pour chaque jour dc la semaine. La préparation des oblats avait lieu, semble-t-il, comme dans le rit gallican, avant l’entrée du célé­ brant. Elle comportait certaines prières. En versant l’eau dans le calice : Peto te Pater; deprecor te, Fili; obsecro te, Spiritus Sancte; en versant le vin : Remittent Pater, indulgent Filius, misereatur Spiritus Sanctus. Le Leabhar Breac note que l’on devait verser une goutte, pour l'eau, comme pour le vin, en prononçant le nom de chacune des personnes de la Trinité. Nous avons voulu donner cet exemple dès le début pour montrer tout ce que cette piété a de méticuleux, de compliqué, parfois même, devrait-on dire, dc super­ stitieux, comme dans certaines énumérations des péchés, ou dans certains rites de fraction Le cadre dc l'avant-messe est à peu près le cadre romain, une oraison, le Gloria in excelsis, une ou plu­ sieurs collectes, multipliées, parfois au point dc sou­ lever des protestations parmi les fidèles, l'épllrc tirée dc saint Paul, un chant graduel, un chant d'alleluia. Une litanie célèbre, la Deprecatio sancti Martini : Dicamus omnes trouve place ici. C'est un emprunt aux liturgies d’Orient, qui ont des prières de même type; celle-ci n’est même qu’une traduction d'un texte grec. Elle a été adoptée du reste par d'autres liturgies latines; on trouvera dans Duchesne, Origines, édit, de 1908. p. 202, le texte fort intéressant, mais qui n’a du reste rien dc particulièrement celtique. Suivent deux oraisons, puis l’on commençait par découvrir en partie le calice ct les oblats, en enlevant probablement un premier voile, le dévoilement complet ne devant avoir lieu qu'à l'offertoire. On chantait trois fois la formule : Dirigatur Domine, puis on éle­ vait l’un des voiles du calice et l'on répétait trois fois aussi la prière : Ve ni, Domine, sanctificator omnipo­ tens, et benedic hoc sacrificium præpara/um libi. Amen. (Pour tout ceci dom Gougaud. op, cil., col. 3008, 3009.) L’évangile suivait. Un des fragments découverts par Bannister donne pour l'évangile dc la circoncision un évangile apocryphe dc Jacques fils d’Alphée. Journal of theological Studies, 1907-8, t. ix. p. Il 1-121. Le Credo porte le Filioque ajouté au texte primitif ; après l’évangile un chant qui répond peut-être aux laudes des liturgies mozarabe ct gallicane. Nous avons dit quel traitemeut le missel dc Bobbio fait subir à l'Écriture sainte. Nous sommes loin de la rigueur romaine. L’offertoire comprend le dévoilement complet du calice, une élévation du calice ou du calice ct de la patène, avec différentes formules données dans le missel de Stowc, qui n'ont rien de caractéristique. Ici a lieu le Memento des morts, avec la lecture des diptyques. C'est l’usage mozarabe ct gallican : Has oblationes et sincera libamina immolamus tibi, domine ihesu christc, qui passus es pro nobis ct resurrexisti tertia die a mortuis pro animamus (sic) carorum nostro­ rum N. ct cararum nostrarum quorum nomina recitamus ct quorumcumque non recitamus sed a te recitantur in libro vi tie. La préface débute par le Sursum corda. Le texte donné par le Missel de Stowe fait un emprunt au trisagion, et un autre à la préface de la Irinité. Le thème du reste est une confession dc la Trinité: Pater omnipotens··· Pendant cc temps on chantait le psaume de communion. Souvent, cl dès la plus haute antiquité, le ps. xxxm était choisi comme convenant mieux qu'aucun autre ù cc moment. L’acte de tremper un fragment de l’hostie dans le précieux sang était accompagné, nous l’avons dit. dans les anciennes liturgies, par exemple dans la liturgie gallicane, par des formules cjui ten­ daient à exprimer la fol de l’Églisc dans l’unité ct l'indivisibilité du pain ct du vin consacrés, du corps ct du sang du Christ. La commixtio ou immixtio a encore une autre signification. Dans l’ancienne liturgie romaine une parcelle du pain consacré, trempée dans le précieux sang, était gardée pour la communion du lendemain; le pape la laissait tomber dans le calice pour figurer l’unité et la continuité dans l’Églisc d'un même sacrifice. Enfin il arrivait souvent que le pain consacré ou même du pain ordinaire fut trempé dans le précieux sang pour la communion des malades. Cette question importante pour l’histoire du dogme eucharistique a été étudiée avec tous scs développe­ ments par M. Andricu, Immixtio ct consecratio, dans Revue des sciences religieuses, 1922, 1923, 1921, réunis sous cc titre : Immixtio ct consecratio. La consécration par contact, Paris. 1925; cf. aussi art. Immixtio, Fermentum, du Diction, d'archéol. L’Agnus Dei est une addition duc au pape Sergius et devait sc chanter pendant la fraction. Il met l’accent sur la doctrine du sacrifice. Le Christ, ù la fois prêtre ct victime, est l’agneau qui cfTace les péchés du monde. Les trois prières qùl suivent ne sont pas, à celte place du moins, d'une époque très ancienne. C’étaient des prières de dévotion privée, préparation à la commu­ nion dont le texte variait suivant les pays; dans les missels anciens on en trouve des types assez nombreux. La première dans notre missel paraphrase le Pax Domini, ct rappelle la prière du canon sur l’Eglisc (quam) pacificarc ct coadunare digneris. Le baiser de paix vient aujourd’hui après cette oraison. Nous avons dit ailleurs l’importance de ce geste, sl usité parmi les premiers chrétiens ct qui prend ù la messe, au moment de la communion, une signification particulière. Dans les liturgies orientales ct gallicanes, il est avant l’oiTcrtoire, cl l’on a peut-être donné trop d'importance à cette variété qui nous parait d’intérêt secondaire. La seconde est une prière de dévotion privée sur la communion au corps ct au sang. La troisième exprime une pensée qui se rencontre dans les plus anciennes liturgies, notamment dans les Constitutions apostoliques; on remarquera qu’â la di (Terence de la précédente clic ne fait allusion qu’au corps du Christ reçu dans la communion. La communion. — Nous avons dit cc qu'était la communion dans la messe romaine au temps de saint Grégoire. Elle est aujourd’hui entourée d’un ensemble de formules attachées à chacun des actes du célébrant. Peu de remarques à faire sur ces prières : Pancm ciclcs- 1401 MESSE DANS LA LITURGIE, I.A MESSE ROMAINE lem accipiam, Domine non sum dignus, Corpus Domini, Quid retribuam, Sanguis Domini, qui sont des textes de l'Êcriture, notamment des psaumes, arrangés pour la circonstance, ct qui ont été peut-être des antiennes de communion. L’une d’elles, le Quod ore sumpsimus est une postcommunion du Sacramcntairc léonicn dont le style admirablement precis, trahit l’origine. Au contraire le Corpus (uum, Domine, est d’origine ct de style gallican. Dans les premiers siècles les fidèles recevaient dans leurs mains le pain consacré ct buvaient au infime calice. Au temps de saint Grégoire la coutume subsis­ tait encore do donner le pain consacré au commu­ niant qui le prend dans ses mains pour le porter dans sa bouche. On suit dans les Ordines romani les varia­ tions que subit la réception de l’eucharistie. Aujour­ d’hui on récite le Confiteor suivi de VIndulgentiam ou absolution du prêtre avec VEcce Agnus Dei, ct le Domine non sum dignus. L'Amen après avoir reçu la communion a été supprimé, sauf quand la commu­ nion est donnée par l’évêque. Cc petit rituel qui ne parait pas antérieur au χιι· siècle, ct qui n’est qu’une répétition de prières déjà dites, a dû constituer d’a­ bord, pense-t-on, le rituel de la communion distribué en dehors de la messe. La coutume de communier sous une seule espèce ne s’est introduite que peu à peu en Occident ct pour des raisons de convenance ct de facilité pratique. Au temps de saint Thomas elle n’est pas générale encore, et celui-ci sc demande si l’on peut communier sous une seule espèce. C’est à l’époque du mouvement hussite et au concile de Trente que celte discipline a été sanctionnée. Nous renvoyons pour cette question à l’article Communion sous les deux espèces, t. m, col. 552 sq. L’usage de chanter un psaume pendant la commu­ nion est parallèle à celui de l’introït ct de l’offertoire ct à peu près du infime temps. Saint Augustin y fait allusion. Le psaume se terminait par la doxologic d’après le premier Ordo romanus. La coutume subsiste, mais sous la forme d’une seule antienhe, qui est tirée parfois d’un autre livre de ΓEcriture. L’antienne de communion est suivie d’une oraison qui, sous le nom de postcommunion (anciennement Oratio ad complendum) correspond à la collecte et à la secrète. La collection de toutes ccs oraisons est essentiellement et, à peu près sans exception, romaine; elles portent elles aussi le cachet du génie romain. On y trouve souvent, en termes éclatants, la preuve de la foi de cette Eglise en la trans.instantiation, scs conceptions sur le sacrifice de la messe ct sur l’eucha­ ristie en général. Bossuet s’y réfère souvent dans scs controverses avec les protestants. Les messes de carême ont en plus une oraison super populum qui est une relique du passé. On a beaucoup discuté sur son origine ct sa portée. On la trouve dans le Sacramcntairc grégorien ct même dans le léonicn et dans le gélaslen. On l’a assez naturellement rapprochée des bénédictions épiscopales que l’on rencontre dans la liturgie gallicane et dans d’autres liturgies. Il existe dans certains livres liturgiques des collections assez importantes de ces prières sous le titre de Hénédictional. Les oraisons romaines super populum ont en effet l’allure d’une bénédiction du peuple fidèle. Le congé est donné par la formule. Ite, missa est. Cc terme de missa sur lequel discutent encore les philologues, est resté le nom le plus populaire de la messe dans plusieurs langues. Equivalent de missio ou dimissio, c’était le terme courant au v« ct au vi· siè­ cle pour désigner la finale d’un office aussi bien que de la messe. Après cela le pontife se retirait en bénis­ sant le peuple. Le Placeat et l’évangile de saint Jean étaient des pratiques do dévotion privées qui, 1402 peu à peu, sc sont généralisées ct ont été rattachées à la messe, comme cc fut le cas pour d’autres pra­ tiques qui font corps maintenant avec la messe. Note sur les sacramenta 1res et missels romains et les ordines. Dans la liturgie romaine comme dans les autre* liturgies latines, le système a prévalu de changer cer­ taines formule* des prières de la messe, suivant le· circonstances ct les époques de l’année liturgique. Cet usage qui ne s’est jamais établi en Orient, ct qui constitue pour les liturgies latines une caractéristique si accentuée, a donné naissance Λ la composition d’un certain nombre de livres liturgiques dont la connaissance est nécessaire pour l’étude de la messe dans la liturgie. I.cs principaux sacrarncntaircs romains sont le léonicn, le gélaslen ct le grégorien. Le* Ordines romani décrivent les cérémonies de la messe romaine du vin· nu XV' siècle. Nous renvoyons pour les notions sur ccs livres à l’article Liturgie oü on le* trouvent décrits. Le missel romain actuel ne représente exactement ni le léonien, ni le gélasien, ni même le gré­ gorien, encore qu’il en contienne des éléments nombreux. Sa réduction actuelle est une sorte de compromis entre le* anciens livres romains ct les gallicans, si bien qu’il fau­ drait l’appeler rigoureusement galli can o-romaln, si Γοη voulait tenir compte des matériaux qui le composent. Son histoire a du reste été reconstituée après des recherches très longues ct très méritoires de certains Uturgistes, notamment celles d’Edmond Bishop dont les tra­ vaux sur cc point révèlent un sens critique ct une perspi­ cacité de premier ordre. Comme nous l’avons résumée à l’article Lm-RGir, nous nous contentons d’y renvoyer le lecteur. Nous avons dit aussi, col. 814,815, comment au cours de* Ages ce missel a subi des changements de divers genre, ct comment les évêques réunis a Trente demandèrent au Saint-Siège de réviser cc missel en même temps que le* autres livres liturgiques. Cc fut l’œuvre de saint Pie V et de ses successeurs Clément VIII ct Urbain VIII dont on trouve les bulles en tête de nos missels. On trouvera à Particle Canon de la messe une biblio­ graphie abondante à laquelle nous renvoyons. Nous ne citerons ici que quelques travaux plus récents ct, parmi les anciens, ceux qui méritent une mention. Nous laissons do côté les ouvrages oü la messe est étudiée au point de vue mystique ct théologique· même ceux qui, comme les ou­ vrages du P. de La Taille ou de M. Ixpln, ont une portée historique, mais que l’on trouvera cités ailleurs. Parmi les modernes, le livre de Mgr Duchesne sur les Origines du culte chrétien (5· édition) mérite toujours d’être étudié avec le plus grand soin, même si quelquesunes do ses hypothèses paraissent discutables. Les Leçons sur la messe de Mgr Batiffol, Paris, 1919, ct son ouvrage L'eucharistie (5* édit.» 1913) résument heureusement le* derniers travaux sur le sujet. Edmond Bishop dims sc* Liturgica historica, Oxford, 1918, ct dons les articles que nous avons cités, a étudié à fond quelques questions essentielles pour l'histoire de la messe. Une de se* dissertations principales sur la messe romaine a été présentée aux lecteurs français dans une édition enrichie do notes précieuses par dom Wilmart, Le génie du rit romain, Paris, 1920. Dom Cngin dans scs divers travaux. Paléo­ graphie musicale, t. v, avant-propos ; Te Deum ou Illatio? Paris, 1906 ; Eucharistia, Paris, 1912 ; L'anaphore apos­ tolique ct scs témoins, Paris, 1919, a fait sur la question de la messe des recherches fort savantes. Les travaux de Probst, trop dédaigneusement ignorés en Fronce ct dont U faut bien reconnaître t’insu (Usance sur quelques points, ont réuni de très nombreux textes sur la messe, cl scs livres restent utiles ; notons en particulier sur notre sujet. Liturgie des IV. Jahrhunderls und deren Rc/orm, Munster, 1893, cl Die attestai romischcn Sacramentarien und Ordines, Ibid., 1892; A. Franz, Die Messe im deutschen Mitlelaltcr, Fribourg-cn-B., 1902; Thibaut, La messe romaine, Paris ; sous cc titre Liber sacramentorum, dom J. Schuster a publié en italien huit volumes de notes histo­ riques et liturgique* sur le missel romain ; la traduction du premier volume a paru, Bruxelles, 1925. Parmi les anciens, Lebrun. Explication littérale, historique et dogmatique de la messe, I vol., Paris, 1726, souvent réédité, garde toute sa valeur ; dora Claude de Vert, Explication tlmple, littérale ct historique, » vol., Paris, 1720, avec quelques théories contestables, est toujours lu nvcc profit. Nous nous permettons de renvoyer aux article* Anam- 1403 MESSE MESSIANISME 1404 néee. Anaphore, Canon, Fraction, dans Diction. d'archêol. p. 136-141; Nouvelles ecclésiastiques du 24 juillet 1761, En Un dans U. Chevalier, Topo-bibliographie, nu mot p. 117-119, du 7 et 14 août 1761, p. 125-127, 120-130). messe, on trouvera de nombreux renseignements. L'écrit fut fort attaqué et Messcnguy en prit la F. Cadhol. défense, dans une Lettre justificative au pape Clé­ ment XIII, in-12, s. 1., en latin et en français, dans MESSENGUY, Françole-Phlllppe (1677-1763), une Lettre au cardinal Pussianct, 8 avril 1761, dans naquit â Beauvais, le 22 août 1677, de parents pauvres; les Nouvelles ecclésiastiques du 6 février 1762, p. 21 cependant il Ht ses éludes; il devint et voulut rester et surtout dans le Mémoire justificati/ du livre inti­ toute sa vie simple acolythe. En 1700, il était profes­ tulé : Exposition de la doctrine chrétienne, ouvrage seur de rhétorique au Collège de Beauvais, et c’est posthume, in-12, s. 1., 1763 (Nouvelles ecclésiastiques pour les élèves de ce collège qu'il composa la plupart du 9 janvier 1764, p. 7-8). Cet écrit publié par Ci. Lede ses ouvrages. Le célèbre Coffin, qui succéda à queux, est précédé d’un long avertissement de l'édi­ Rollin dans la direction du collège, le fit son coadju­ teur; cet avertissement de cxxxvni pages n'est qu’une teur; mais l’opposition ouverte de Messcnguy à la Bulle le força à quitter le collège en 1728. 11 se retira apologie de l’auteur et du livre. Λ l'ouvrage lui-même, Lcqueux a ajouté des Réflexions sur l’état présent de d’abord â Saint-Éticnnc-du-Mont. puis ù Saintla doctrine orthodoxe dans T Église et sur les vrais Germain-en-Laye où il mourut le 19 février 1763. moyens de s’en instruire et d’éviter Terreur, in-12, Paris, Messcnguy a composé de nombreux ouvrages dans lesquels les idées jansénistes occupent une large 1763; enfin il y a quatre pièces qui sont l’œuvre de Messcnguy : celui-ci déclare ses vrais sentiments au place. On doit citer : Abrégé de l’histoire et de la morale sujet des contestations présentes, par quatre notes des de l’Ancfcn Testament, in-12, Paris, 1728. Cet écrit 29 octobre 1731, 8 mai 1749, 2 mai 1751 et 8 juil­ composé, à la demande de Rollin, eut de très nom­ let 1751. D’ailleurs, les derniers écrits publiés par breuses éditions et fonda la réputation de l'auteur Messcnguy lui-même ne laissent aucun doute sur scs avec l’ouvrage qu’il avait public quelques années sentiments personnels : La Constitution Unigenitus auparavant : Idée de la vie et de l'esprit de Mess ire adressée à un laïque de province avec quelques réflexions Nicolas Choart de Buzanval, évéque et comte de et l’acte d’appel des quatre évéques, dont on fait voir la Beauvais, in-12, Paris, 1717; Λ la suite, on trouve canonicité et la force, in-12, s. 1., 1748; —Lettres à un imprimé un Abrégé de la vie de M. Herman!, docteur ami sur la Constitution, in-12, 1752; ces Lettres, au de la Maison et Société de Navarre (Mémoires de Tré­ nombre de cinq, sont très hostiles à la Bulle. — Les voux de déc. 1717, p. 2020-2031). — Viennent ensuite : Entretiens de Théophile et d’Eugène sur la religion La vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ, traduite en chrétienne, avec un discours sur la nécessité de l’étudier français, in-12, Paris, 1729,1730,3 vol. in-12, 1752; — Vies des Saints pour tous les jours de Tannée, avec les et une bibliothèque chrétienne, in-12, 1760, sont tirés Mystères de Notre-Seigncur, 6 vol. in-12 et 2 vol. in-4°, de VExposition de la doctrine chrétienne. Enfin Mes­ scnguy avait composé pour les élèves du Collège de Paris, 1730; nouvelle édition, 2 vol. in-4% Paris, 1734 Beauvais, des Exercices de piété, tirés de T Écriture et des et 1740; Messcnguy n’a compose que la vie des saints prières de T Église (et non des Pères de l’Église, comme des mois de janvier et février cl des 12 premiers jours écrit Quérard), in-18, s. 1., 1760. Le recueil 5799 de de mars, le reste est l'œuvre de Goujel; les mêmes la bibliothèque de l'Arscnal fol. 128 à 241, cite des vies parurent abrégées, in-12, Paris, 1737; — Abrégé de l’histoire de T Ancien et du Nouveau Testament,avec ouvrages de Messcnguy. des remarques, 3 vol. in-12, Paris, 1737-1738 ; — A brégé Mlcbnud, Biographie universelle, t. xxvin, p. 85-86; de T histoire de T Ancien Testament avec des éclaircis­ Hœfcr, Nouvelle biographie générale, t. xxxv, col. 141-143; sements et des réPriions, 10 vol. in-12, Paris, 1735Quérard, La France littéraire, t. vj, p. 84-85; Feller, Bio­ 1753 et 1753-1761 (cf. Dictionnaire des livres jansé­ graphie universelle, édit. Pérennês, 1842, t. >711, p. 546; nistes, 4 vol. in-12, Anvers, 1752, t. t, p. 11-18 et Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvn, p. 20-21; Lcqueux, Mémoire sur la vie et les ouvrages de feu l’abbé Nouvelles ecclésiastiques du 19 septembre 1770, François Philippe Méscnguy, acolythe du diocèse de Beau­ p. 149-150). — Messcnguy interrompit un moment vais, in-12, s. 1., 1763; Dictionnaire historique des auteurs scs travaux personnels et s’occupa de liturgie : il ecclésiastiques, 4 vol. in-8°, Lyon, 1767, t. ni, p. 192-193; coopéra ù la refonte du Bréviaire de Paris, 1735, à la Supplément au Nécrologe des plus célèbres défenseurs et réédition du Missel de Paris, 1738, et du Processional, confesseurs de la vérité des XVIP et XVIIP siècles, in-12, 1739; Barbier attribue à Messcnguy les trois Lettres s. 1., 1763, p. 187-189, et Suite du Nécrologe... depuis 1760 écrites de Paris à un chanoine de l’église cathédrale, de jusqu’à 1707, in-12, s. I., 1767, p. 202-218; Hébraïl-GuyotLnportc, La France littéraire, 2 vol. in-12, Paris, 1769··*♦ contenant quelques réflexions sur les nouveaux 1784, t. n, p. 80; Desessarts, Les siècles littéraires, 7 vol, bréviaires, in-12, 1735; enfin Messcnguy édita les in-8% Paris, 1800-1803, t. iv. p. 361-362; Picot, Mémoires Chants des offices propres au diocèse de Montpellier et pour servir à Thistoire ecclésiastique du XVIIP siècle, du Supplément au Missel, 1736, publiés par Colbert 7 vol. in-8·, Paris, 1855, t. iv, p. 441-142; Nouvelles ecclé­ (voir dom Guéranger, Institutions liturgiques, c. xx, siastiques. du 6 septembre 1708, p. 141-144; Encyclopédie t.n, p. 299 sq. de l'édit, de 1841). des sciences religieuses (supplément), t. xn, p. 697-700; Mais l’ouvrage capital de Messcnguy semble être Gazier, Histoire générale du mouvement janséniste, 2 vol. ln-8°, Paris, 1922, t. n, p. 35, 115-119. V Exposition de la doctrine chrétienne ou Instructions J. Cahbevhi:. tur 1rs principales vérités de la religion, G vol. in-12, MESSIANISME. — On désigne sous ce nom Utrccht, 1744; nouv. édit., 4 vol. in-12. Cologne, l'ensemble des idées juives relatives nu Messie et aux Π5Ι, 4 vol. in-12, 1758. Cet écrit eut un très grand temps messianiques. — Après une in troduct ion, l'article succès et fut comblé d’éloges par les Nouvelles ecclé­ comportera d'abord une étude analytique des textes siastiques du 26 mars 1752. p. 54-55, des 3 avril et messianiques contenus soit dans la Bible (col. 1403), 29 mal 1758, p. 38, 92, du 24 avril 1761, p. 65-66, du 24 juillet 1761, p. 117-119, du 7 août 1761, p. 125-127, soit dnnsla littérature extra canonique (col. 1511); puis et du 14 août 1761, p. 129-130; il fut traduit en italien une synthèse des traits ainsi rassemblés (col. 1535). et publié à Naples. Serran dans sa brochure. De præIntroduction. — 1· Importance des prophéties claris catechistis, en fait un éloge délirant. Ce travail messianiques. — Novum Testamentum in Vetere latet, n’est que le catéchisme que Messcnguy enseignait Vetus in Novo patet : cet adage ne s’applique nulle aux pensionnaires du Collège de Beauvais; il fut mis part mieux qu’en matière de prophéties messia­ à l'index par un décret de Clément XIII, 14 juin 1761 niques. Par elles, en efiet, l'Ancicnnc Alliance sc révèle (Colonia, Dictionnaire des livres jansénistes, t. n, comme la préparation d'un étal religieux plus parfait 1405 MESSIANISME, G É N É II A LIT É S et en laisse entrevoir les grandes lignes. D'autre part, la Nouvelle Alliance, dès le début, fut à tel point conçue comme leur accomplissement que, pour la caractériser, on a qualifié ses formes religieuses de • messianiques », expression hébraïque dont le mot « chrétien » n'est que le synonyme grec. C'est pourquoi les prophéties messianiques n'ont pas eu seulement leur valeur pour l'époque où elles furent prononcées, mais elles l’ont gardée pour tous les temps. De nos jours encore elles forment une partie importante de notre théologie, elles sc lisent jusque dans le catéchisme du simple fidèle. Tout le monde connaît donc plus ou moins ces antiques prédictions. Ceux qui vivent en dehors du mouvement critique les comprennent comme nos ancêtres des siècles passés, sans le moindre soupçon au sujet de leur sens et de leur portée. Les esprits plus Avertis des méthodes et des résultats de l’exégèse contemporaine savent que tout ceci a sa répercussion dans le domaine particulier des prophéties messia­ niques, et ils se demandent ce qu'il en est de leur explication. Des critiques indépendants sc sont empressés de dire que cet élément de la tradition chrétienne serait caduc de tous points. En le vérifiant d'après l'état actuel de science biblique, on peut, au contraire, établir qu'il en sort fortifié dans tout ce qu’il a d’essentiel. 2· Définition. — 11 faut tout d’abord circonscrire la question; car par prophéties messianiques tous n’entendent pas la même chose et beaucoup en ont une notion imprécise et incomplète. Cette définition est commandée par le point de vue d’où on les considère. D'ordinaire, à la lumière du Nouveau Testament, on y comprend l’ensemble des oracles qui concernent la personne et le royaume du Christ. Cette conception, juste dans le fond, devient Inadéquate dès qu'on se met sur le terrain de l'Ancien Testament, c'est-à-dire quand on fait abstraction de la manière dont les pro­ phéties se sont réalisées. Alors elles sc présentent sous une forme beaucoup trop complexe pour entrer dans le cadre de la définition usuelle. Le trait commun des prédictions de l’Ancien Testa­ ment est l’attente d’un nouvel état de choses réalisé sur la terre et nettement différent de l'ordre actuel, qui consistera du côté de Dieu dans une manifestation éclatante de Jahvé, suivie de rétablissement définitif de son règne, du côté de l’homme dans un attachement fidèle au Très·! laut, dans une sainteté parfaite et dans un grand bonheur. Cette ère nouvelle sc réalisera par l’achèvement de la théocratie d’Israël, de sorte que le peuple juif en bénéficiera en premier lieu, les autres nations seulement par son intermédiaire et sous son hégémonie. Parfois les prophètes concentrent leurs espérances sur un prince idéal qui sortira à cette époque de la race élue et sera le représentant saint et puissant de Jahvé. Ils ne l’ont désigné par aucun nom générique. Dans un des plus anciens psaumes, iî, 2, et surtout plus tard dans la littérature apocryphe el rabblnlque, Hén. éth., xlviii, 10, Targum de Jérusalem, Gen.t in, 15; XMX, 10. Psaumes de Salomon, xvn, 36; xvm, 6, il est nommé maSiah, Messie. Ce terme signifie < oint > cl était appliqué, dans les livres canoniques aux patriarches, aux prêtres, aux prophètes et surtout aux rois qui sont présentés. 1 Reg., x, 6; xvi, 13; Is., Lxr, 1, comme ayant reçu dans une mesure toute spéciale l'esprit de Dieu. Il s’ensuit qu'au sens strict du mot seules seraient messianiques les prophéties qui se rapportent Λ la per­ sonne du Messie. Mais comme elles font partie d’un ensemble plus vaste d'espérances qui toutes visent la même époque, il y a lieu de prendre le terme de pro­ phéties « messianiques » dans un sens plus large, sus- 1406 ccptible de s'appliquer à toutes les prévisions de l’ave­ nir chez les prophètes. Nous distinguons donc tout d'abord deux genres de prédictions messianiques : au sens large le messia­ nisme est l’attente du royaume de Dieu sur la terre qui doit s'établir à la fin des temps et auquel, sous la préséance des Israélites, tous les peuples appartien­ dront; au sens strict, il est l'espérance en un roi idéal, le Messie, qui doit gouverner le monde en substitut visible de Dieu. Il y a cependant des prophéties dans l'Ancien Tes­ tament qui ont trait à l’avenir glorieux de l’humanité, mais auxquelles le terme « messianique » ne s’applique pas intégralement ni dans l'un ni dans l’autre sens. Ce sont celles ou le bonheur futur n'est pas clairement donné comme appartenant a une époque distincte de la période actuelle, ou bien n'est pas rattaché au sort d'Israël. Ces oracles ne sont pas, au moins du point de vue de l’Ancien Testament, des prophéties expli­ citement messianiques. Tout au plus peut-on les tenir pour implicitement messianiques. Tandis que celte distinction n’est pas communé­ ment faite par les auteurs, l’exégèse des textes pro­ phétiques en a fait introduire une autre, moins importante, celle de prédictions directement cl indi­ rectement messianiques. Les premières, qui forment la grande majorité, sont des oracles qui sc rapportent uniquement et immédiatement au Messie ou au temps messianique; les autres comprennent quelques textes dans lesquels les événements et les personnages décrits sont historiques, mais en même temps conçus comme figures de ce qui doit arriver à la fin des temps. Ces textes indirectement messianiques correspondent à cette donnée suivant laquelle l’Ancien Testament, parce qu’il est une préparation du Nouveau, renferme de nombreux actes cl personnages qui sont des types de ce qui doit arriver dans la plénitude des temps. Les prophètes eux-mêmes ont parfois relevé le rôle figu­ ratif des événements et institutions de leur peuple; c’est ainsi qu'ils ont présenté l’exode comme sym­ bole du retour d’Israël au moment de l'ouverture de l’ère messianique, Is., x, 21. 26; Mich., vu. 15-16, Ez., XX, 35-36. La tradition patrislique et théolo­ gique a enrichi les prophéties messianiques propre­ ment dites de quelques-uns de ces types. Les différentes nuances dont le terme « prophéties messianiques ■ est susceptible peuvent être classées dans le schéma suivant : Prophéties messianiques : I au sens strict. l explicitement ) au sens large. directement ( ou implicitement ou indirectement (=» d’une façon typique). Toutes les prophéties messianiques, parce qu'elles visent la fin de l’ordre actuel sont en même temps des prédictions eschatologiques, de sorte que la plupart des exégètes protestants nomment aujourd’hui leur ensemble non pas messianisme, mais eschatologie de l’Ancien Testament. Elles forment l’eschatologie ter­ restre qui est si différente de l’eschatologie transcen­ dante. 3· Méthode. — Celte détermination du messianisme dicte une méthode en conséquence. Suivant la règle fondamentale qui préside ù l’inter­ prétation des Écritures nous avons Λ chercher le sens littéral, et par conséquent nous avons principalement à nous placer au point de vue de l’Ancien Testament, c’est-à-dire que nous devons chercher à comprendre les prédictions non pas en premier lieu à la lumière de leur réalisation, mais d’après leurs propres termes. De cette manière seulement on peut saisir l’idée que les prophètes et leurs auditeurs sc sont faite de l’ère messianique. 1407 M ESSI A N IS M E, G É N É H A LIT ÉS Conformément à cc principe, notre tâche sera de suivre tout d’abord le messianisme dans son déve­ loppement historique en étudiant les différentes pro­ phéties dans l’ordre chronologique de leur succession. La base indispensable d’une telle élude est la cri­ tique littéraire dans la mesure où elle a réellement précisé nos connaissances sur l’origine des textes pro­ phétiques. Elle entre d’autant plus en jeu que le caractère messianique de bien des passages ct non des moins importants sert précisément —· souvent d’une façon injusti fiée — d’indice pour en fixer la date. Celte attention donnée à l’origine des textes mes­ sianiques permet de les placer dans leur milieu histo­ rique et par là de les mieux comprendre; car les pro­ phètes mêlent toujours à leur description du salut messianique des traits empruntés aux circonstances de leur temps. En suivant la même méthode, on est amené à tenir également compte pour l’intelligence de ces prédic­ tions de l’ensemble des vues prophétiques de leurs auteurs. Dans la littérature prophétique les promesses de salut ne sont pas des visions isolées; elles sont au contraire inséparablement liées à la manière dont les voyants envisagent l’avenir du peuple ct des autres nations en général. Elles forment dans leurs discours par rapport aux exhortations, reproches ct menaces, la partie presque toujours la moins étendue. On en aurait donc une conception incomplète ct même fausse, si on n’apercevait pas comment dans les tableaux prophétiques la lumière des promesses est contrebalancée par les ombres qui les entourent. C’est pourquoi nous donnerons une esquisse des perspec­ tives de chaque prophète. Ainsi se dégagera d’autant mieux son espérance messianique. Au terme de celte analyse viendront logiquement quelques considérations d’ordre général. Celles-ci se rapportent d’abord à l’origine et au développement du messianisme. La nature même du sujet impose ensuite une triple comparaison. Il y a lieu d’abord de rapprocher les multiples pro­ phéties, pour les résumer, en relever les ressemblances ct les différences, y distinguer les éléments importants et accessoires, en obtenir une idée d’ensemble. Ensuite il faudra mettre les idées messianiques d’Israël en parallèle avec les idées semblables ou pré­ tendues telles des autres peuples de l’ancien Orient. Étude d’autant plus nécessaire aujourd'hui que beau­ coup d’exégètes ont voulu prouver par l’étude compa­ rative des religions que le messianisme juif n’est pas autochtone, et que son origine ct son sens s’expliquent par les aspirations toutes pareilles d’autres nations. En troisième lieu nous devrons comparer les idées messianiques de l’Ancien Testament avec les données I du Nouveau, c'est-à-dire étudier enfin l'espérance messianique à la lumière de son accomplissement. La solution de ces problèmes fondamentaux du messianisme suppose évidemment au préalable la connaissance exacte des faits. I. Ouvrages sur l'eschatologie messianique. — Ie Ca­ tholiques. — L. Retake, Die messianischcn Wcissagungen bel den grossen und klcinrn Prophcten, 1859-62; H. Lcsêtre, Messie, dans Dictionnaire de ία Bible, t. iv, col. 1032-1040; J. Touzard, article Juif, II· partie : l'espérance messianique, dan* Dictionnaire apologétique, 1915, t. n, col. 1614-1054; M. Wolff, Messianischc Wcissagungen, 1911, 2· édit., 1922; G. Hoberg, Kalcchismus der messianischcn Wcissagungen, 1915; N. Peters, Wcllfrlcde und Prophcten, 1917; J. Duller, Die Messtaserwariung im Allen Testament, 2· édit., 1921; S. Grill, Dit Lehrt der Hciligen Schrift vom Endr der Well, 1921; !.. Dürr, Vrsprung und Ausbau der israclitischfûdlschcn Ilcilandscrivarlung, 1925; Fr. NAtschcr, AUoricntalischer und alttestamentlichcr Aufcrstehungsglaube, 1926. 2· Protestants. — E. W. H< ngstenberg, Christologie des Allen Tf s tamen tes, 1851-57; C. v. Orclli, Die alllestamcnt- 1408 liche Weissagung non der Vollcndung des Gottcsreiches, 1882, article Messias, dans Prolrstanlische Kcahncyclopudic, 1903, t. XII, p. 723 sq.; E. Hiehin, Dir messianischc Weissa­ gung, 1885; Ch. A. Driggs, Messianic Prophecy, 1886; V. II. Stanton, The Jewish and the Christian Messiah, 1886; Messiah, dans J. Hastings, The Dictionary of the Bible, 1900, 1920, t. in, p. 352-357; I’r. Delitzsch. Mcssiunischc Wcissagungen tn gcschichtlichrr 1'olgc, 1890; II. Gunkcl, Schàp/ung und Chaus tn Urzelt und Endze.lt, 1895, 2· édit., 1921 ; P. Volz, Die vorcxilischc Juhvcprophcllc und dec Messias, 1897; E. Hühn, Die messian. Wcissagungen des israclitisch-jüdischcn Volkcs, I. i, 1899; W. Nowack» Die Zukunftshoffnungcn Israels in der assyrischm Zeil, dans Holtzmannfcslschrift, 1902; II. Grossmann, Der Vrsprung der israclitisch-jüdischen Eschatologie, 1905; E. Bert h enu, Dic alttcstamcnIUchc Aufcrstehungshofjnung, 1905; J. Richter, Die messianischc Weissagung und ihre Erfüllung, 1905; W. Müller, Die messianischc Erwartung der vorrxilischcn Prophcten, 1906; 11.Schmidt,Der Ursprung der israclitisch-jildlschen Eschatologie, dans Thcologische Bundschau, 1906; W. O. E. Ocsterlcy, The evolution of the messianic Idea, 1908; A. Schulte, Die messianischcn Wcissa­ gungen des Allen Tcstamcntcs nebst dessen Typen iibcrselzt und kurz erkliirt, 1908; E. Sellin, Die israclitisch-jüdische Heilandserivartung, 1909, Der alttcstamcntlichc Prophctismus. II· partie. Alter, Wescn und Ursprung der alllestamcntlichen Eschatologie, 1912; W. Eichrodt, Die Ilofjnung des ewigen Eriedens im alten Israel, 1920; W. Caspar!, Die Anfangc der alttestamcnllichcn messianischcn Weissagung, dans Xeuc kirchlichc Zeilschri/I, 1920, p. 455 sq.; A. Causse, Israel ct la vision de l'humanité, 1924; IL Schmidt, Der Mythos vom wiedcrkchrcndcn K ont g im Allen Testament, 1925; G. Holschcr, Die Ursprüngc der jüdischen Escha­ tologie, 1925; E. Konig, Die messianischcn Wcissagungen des Alten Testaments, 1925; A. v. Gall, Βασό.ίία τον Θιο·3, Einc rcligionsgcschichllichc Sludic sur vorkirchUchen Escha­ tologie, 1926; Nathaniel Micklcm, Prophecy and eschatology, 1926; G. R. Berry, Messianic-Predictions dans Journ. of Bibl. Lit., 1926, p. 232 sq.; W. Israel el II. Schfdel, Der Messias und das Volk Israel, 1927. II. Ouvrages sur le prophétisme. — W. R. Smith, The prophets of-Israël, 1897; Comill, Israelitischcr Prophetismus, 1897; R. Kittel, Prophetic und Weissagung, 1899; O. I^ocksch, Ceschichtsbctrachtung und Gcschichtsübcrlicferung bel den vorrxilischcn Proidietcn, 1902; A. DavidsonPaterson, Old Testament Prophecy, 1904; B. Biintsch, Prophetic und Weissagung, dans Zeitschrift fur tvissenscha/lliche Théologie, 1908; J. Touzard, Les prophéties de rAncicn Testament, dans llcvue du Clergé français, 1908, t. LVi, p. 535-548; E. Mangcnot, Prophétisme, dans Diction­ naire de la Bible, t. v, col. 735-747; E. Sellin, Der allteslamentliche Prophclisrnus, 1912; G. Hôlscher, Die Prophtttn, 1914; W. Cossmann, Die Entwickelung des Gerichlsgedankens bei den alltestamentlichen Prophcten, 1915; B. Duhm, Israels Prophcten, 1916; E. Tobac, Les pro­ phètes d^Israfl, 1919-1921; W. Baumgartner, Die Aufjassungen des Jahrhunderts vom israclitischcn ITophctismus, dans Archiv für Kulturgeschichte, 1922; S. Buzy, Les sym­ boles de rAncicn Testament, 1923; A. Condamln, Pro­ phétisme israélite, dans Dictionnaire apologétique, t. iv, col. 386-425; L. Durr, Wollcn und Wirken der alttcslamentlichcn Prophcten, 1926; M. A. van den Oudcnrljn, De prophcliw charismate in populo israelitico libri quattuor, 1926. Voir en outre les Manuels d'histoire des religions ct de théologie biblique, cités dans JudaIsme, t. vin, col. 1635. ÉTUDE ANALYTIQUE DES PROPHÉTIES RELATIVES AU MESSIE DANS LA LITTÉRA­ I. I. Les premières formes de l’espérance messianique. IL L’époque de Moïse (col. 1418). III. Le temps des rois (col. 1421). IV. Les prophètes écrivains antéexiliens (col. 1426). V. Les temps cxlllens ct postexiliens (col. 1465). J L Les premières formes ni. Ι.Ί spéranci: mesSiANiQl e. — Avant de devenir dans les huit der­ niers siècles de l’histoire d’Israël ce système d’idées et d’aspirations que révèle l’œuvre des prophètesécrivains, l’espérance messianique n’avait longtemps reposé que sur de rares oracles divins, épars à longue distance les uns des autres à travers les époques • précédentes. TURE CANONIQUE. — 1409 MESSIANISME, LE PROTÉVANGILE Les commencements en sont conservés dans la Genèse. Les textes qui les contiennent ne sont ni nombreux ni étendus. Le Protévangile, la bénédiction de Noé, la promesse faite à Abraham, la bénédiction de Jacob, telles sont les prédictions de l'époque pré­ mosaïque que la tradition regarde comme messiani­ ques. Pour la grande majorité des critiques modernes elles sont aussi peu authentiques que messianiques. On peut cependant se rendre compte qu'elles gardent toujours une valeur objective, 1· Le Protévangile. — Depuis l’époque palrlsliquc jusqu’à la tin du xix· siècle, le célèbre texte, Gcn., m, 15 : « Je mettrai une inimitié entre toi ct la femme, entre ton lignage et son lignage; il t'écrasera la tête et toi tu lui écraseras le talon » figurait en tête de tous les exposés relatifs au messianisme et était regardé comme un des oracles les plus importants. Aujour­ d’hui il se trouve souvent déprécié et même complète­ ment rayé de la liste des prophéties messianiques, lliilin, par exemple, Die messianischcn Wcissagungen, 1898, p. 131, le range dans un appendice parmi les passages · interprétés à tort comme messianiques » par la théologie traditionnelle, et Richter, Die messianische Weissagung und Hire Erfüllung, 1905, p. 16, termine son exposé sur le < célèbre protévangile », p. 13, en disant qu’il ne contient aucune prophétie. Tous ceux, néanmoins, pour qui le christianisme est encore la religion de la rédemption de l’humanité déchue, tiennent le récit de la chute, Gcn., m, pour un texte qui a un fond historique, et le >\ 15 pour la pre­ mière lionne nouvelle que Dieu adressa aux hommes tombés. Si, au contraire, ce chapitre ne contenait qu’un antique mythe païen sous une forme mono­ théiste ou la simple spéculation d’un sage Israélite sur l’origine du mal, le 15 que les Pères ont nommé le πρώτον εύαγγέλιον serait le πρώτον ψεύδος de l’his­ toire humaine. Les paroles : · Je mettrai une inimitié, etc. » restent donc pour nous le protévangile. Pour comprendre dans quel sens elles le sont, il faut savoir d’abord que Dieu proclame par elles non seulement la lutte entre la femme ct le serpent ainsi qu'entre la progéniture de l’une et de l’autre, mais aussi ct surtout la défaite du serpent et de son lignage. Il faut relever cette idée générale de l’oracle parce que plusieurs exégètes modernes, entre autres Hûhn, p. 136, Richter, p. 14, IL Gunkel, Die Genesis übersetzt und erklârl, 1910, 3· édit., p. 21, O. Procksch, Genesis übcrsclzt underklârl, 1913, p. 36, prétendent qu’il s’agit uniquement là d’un combat qui serait aussi redoutable et néfaste pour l’un que pour l’autre des deux partis. Cette conception apparaît déjà dénuée de fondement par le fait que l’mi entend Dieu prononcer une sen­ tence pénale sur le serpent. Cette sentence serait bien illusoire, si l’ennemi du serpent ne devait pas préva­ loir contre lui. Elle est en outre contredite par le fait que le verbe Sûf a bien, d’après Job, ix, 17, voir P. Dhormc, Z»e livre de Job, 1926, p. 123 sq., le sens d’écraser; or écraser la tête d’un serpent, c’est le rendre inolTensif. Il faut ensuite se demander quels sont les deux adversaires dont la lutte se termine par la défaite de l'un d’entre eux. Depuis saint Irénée, ('ont. hnr„ III, xxiii, 7, on volt dans le protévangile la promesse de In victoire du Christ sur l’ennemi infernal de l’huma­ nité. Cette conception a reçu dans la Bible latine, en tant qu’il s’agit du vainqueur, un relief particulier par le fait que le pronom hébreu Au, qui se rapporte à lignage, n'y est pas traduit par ipsum en relation avec le neutre semen, mais dans la Vetus Itala par ipse, et dans la Vulgate par ipsa. I.es traducteurs de la Velus Kala, en choisissant à l’exemple des Septante le mas­ culin du pronom, interprétaient semen dans un sens 1410 individuel ct l’appliquaient au Messie. Saint Jérôme en rendant hu par ipsa ne pensait même plus à semen, mais A multer et la femme qu'il visait n’était pas la première Eve, mais la seconde, Marie qui, comme mère du Sauveur, est associée à sa victoire. Cette interprétation précise la portée d'une pro­ messe qui est en soi tout à fait générale; car c'est a la descendance de la femme, donc Λ toute l'humanité que la lutte est prescrite ct que la victoire est an­ noncée. Cette première prophétie n’indiquait pas en­ core quand ct de quelle façon cette victoire serait remportée. Surtout il n’en résultait pas qu'un person­ nage Individuel devait être le héros de ce combat ct procurerait par son succès le triomphe aux autres. L’humanité est donc l'un des deux partenaires. L'autre n'est pas aussi aisé a déterminer. D’après la lettre du texte il semble que ce soit uniquement le serpent, c’cst-à-dire l’animal que nous désignons par ce mot. G’cst par sa propre astuce — « il était plus rusé que tous les animaux que Dieu avait créés », ni, 1 — qu’il réussit à faire succomber l'homme. C'est lui qui est puni par la transformation de sa nature : au lieu de marcher sur des pattes, il rampera doréna­ vant sur le ventre et mangera de la bouc. C’est au serpent que l'homme doit écraser la tête. En lui-même le texte du récit ne laisse donc pas entendre que le reptile soit le porte-parole d'un autre être, supérieur à lui et usant de lui pour causer la chute de l'homme. Cette conception semble exclue en outre par le fait que, dans ce cas, le coupable aurait échappé à la puni­ tion. tandis que la victime innocente aurait enduré le châtiment. D’autre part, le tentateur de l'homme est peint sous des traits qui excluent un vrai serpent; autre­ ment il faudrait, avec Josèphc, An/., I, i, I, et ie Livre des Jubilés, ni, supposer qu’au paradis cet animal avait l’intelligence et la faculté de parler, ct que l’ordre de lutter contre lui reçu par l’huma­ nité ne serait que celui d’écraser des serpents. Ce fait en apparence contradictoire qu’un serpent est en jeu ct qu'il ne s’agit pas néanmoins d’un véritable serpent peut être explique de trois façons. Le serpent est conçu par le narrateur ou bien comme un être fabuleux, ou bien comme un être démoniaque, ou bien comme un symbole de la puissance qui a dé­ tourné l’homme de Dieu. La première intcrprétation’est surtout très en vogue depuis Kant. D’après celui des exégètes contempo­ rains qui a le plus contribué à la répandre, H. Gun­ kel, Die Genesis, p. 21» cf. Protevangelium, dans Die Ileligion tn Geschiehte und Gegenwart. t. iv, 1913, col. 1921, le protévangile n'est qu’une de ces fables si nombreuses chez les peuples primitifs qui racontent. « comment tel ou tel animal a acquis scs qualités extraordinaires, par exemple, l'âne ses longues oreilles. » Cette explication n« serait acceptable que si le serpent était la figure principale de la narration, et s’il ne s'agissait pas d'un récit sacré ct de l’évé­ nement le plus funeste pour toute l’humanité. Qui­ conque admet une révélation par laquelle la Provi­ dence a voulu communiquer à l’humanité certaines vérités capitales sur son origine, son état et sa des­ tinée, doit écarter une telle explication comme incom­ patible avec la foi. D'après la seconde interpretation, l’auteur biblique aurait supposé qu'un démon infernal a tenté les pre­ miers hommes ct qu’il a pris pour cela la forme d’un serpent : Zapletal, Alttcstamenttichcs, 1903, p. 23 sq.; Feldmann, Parodies und Sündenfall, 1913, p. 217, 506; Helm, Znr Paradiestsschlangc, dans Festschrift fur Seb. Merkle, 1922, p. 137 sq.; L. Dûit. Ursprung und Ausbau der israclitisch-jüdischcn Hcilandsertvar* tung, 1925, p. 69 sq. Pour rendre cette hypothèse pro- MESSIANISME, LA BÉNÉDICTION DE NOÉ liable, on rappelle surtout que les Babyloniens et les Assyriens ont représenté les divinités des enfers sous fonne de reptiles. Celle explication, pour spécieuse qu’elle soit à première vue, n'en est pas plus admis­ sible. Qu’on accumule tant qu'on voudra, avec Hchn et Dûrr, le» matériaux pour prouver qu’en Babylonie les démons infernaux étaient représentés comme des serpents, rien dans notre texte ne fait allusion au caractère infernal et démoniaque du serpent qui séduit Adam et Ève : il est expressément présenté comme une bête des champs, créée par Dieu. L’intelligence, l’art de parler et de séduire sont sans doute des dons étran­ gers â un serpent, mais ils ne suffisent pas à faire de lui un démon. Si le serpent n’est ni une bête, ni un démon, s’il n’est pourtant pas un être fantastique, mais une réa­ lité, ne serait-ce pas qu’il est la désignation symbo­ lique de la puissance qui a fait succomber l’homme? < Le serpent était... une apparition symbolique de l’immatériel principe mauvais. » Hoberg, Katechismus der messianischen Weissagungen, 1915, p. 10. Ce caractère symbolique du serpent n’est pas inconce­ vable; car, bien que les premiers chapitres de la Genèse rapportent une histoire vraie, ils contiennent cependant des traits où la Commission biblique auto* rise a reconnaître un sens métaphorique, par exemple, le cadre des six jours de la création, le fait que Jahvé se promène vers le soir dans le jardin d'Eden. Dès lors, le serpent ne pourrait-il pas être regardé comme le symbole de la puissance séductrice? Celle-ci n’est pas nommée explicitement dans Genèse, ni. Ce n’est que dans un des derniers livres de l’Anclen Testament, Sap.,n, 21, et dans les écrits du Nouveau, Joa., vm, •H; Apoc., xn, 9, 11; xx, 2. que le diable est claire­ ment indiqué comme ayant causé la perte du bonheur paradisiaque. L’auteur sacré a pu penser au monde créé en tant que par ses attraits il tend à détourner l'homme de Dieu; voir Kônlg, Die messianischen Weissagungen, 1925, p. 80. Ni le Sauveur ni le tentateur diabolique ne sont donc expressément désignés dans le protévangile. Mais de même que le premier est renfermé dans la descendance d’Èvc, le second l’est tout autant dans la puissance séductrice. Le sens religieux qui résulte du protévangile est donc le suivant : le genre humain reçoit l'ordre de lutter contre la puissance séductrice qui tend à le détourner de Dieu, et il reçoit en même temps l'assu­ rance de sortir vainqueur du combat bien que « le serpent » doive continuer ù lui tendre des embûches. Ainsi le protévangile garde sa valeur comme première prophétie du salut, et doit être pour cette raison considéré comme implicitement messia­ nique. Les commentaires de la Genèse de C. F. Keil, 1878, Fr. Delitsch, 1887, A. Tappchom, 1888, A. Dilhnann 1892, Hum· mclaucr, 1895, II. J. Crcllcr, 1901, Neteler, 1905, H. Strack, 1905, G. Hoberg 1903; M.Hetzenaucr, 1910,A. Fillion, 1913, O.Procksch, 1913, C. Dler, 1914, L. Murillo, 1911, II. Gunkcl. 1919,1917, H. Holzingcr. 1921, E. Kônlg, 1919, 1925. M.-J. Lagrange, L'innocence et le péché, dans Rcuue bibli­ que, 1897, p. 311-379; V. Zapletal, Allleslamenllichcs, 1903, p. 16-25 : Dos Strafgerlcht nuch dem Sünden/all; M. Flunk, Die frotte Bolschafl ans der Urzclt, 1901; G. Las s on, Des Menschen Schuld und Schicksal nuch I. Moses, 2-J, 1908; W. Engclkcmper, Dos Prntoevangelium, dans Biblische Zeitschrift, 1910, p. 351 sq.; .1. Feldmann, Parodies und Sundenfall, 1913; J. Melnhold, Die Erzhhlungen nom Parodies und Sündenfall (Gcn., H, m), dans Buddr-Fest­ schrift, 1920, p. 122 sq.; A.Brassnc, La chute de nos premiers parents (Gcn.» m), dans Reoue pratique d*apologétique, 1920, p. 502 sq.; E. O. James, The origin and fall of man (Gcn., ι-πι) dans Theology, 1921, p. 16, sq., p. 78 sq.; J. Hchn, Zur Paradiesesschlange, dans Festschrift fur Seb. Merkle, 1922, p. 137 sq.; A.-IL Krappc, The story of the fall, dans 1012 Am. Journ. o/ Seni. Lang, 1026-27, p. 230 sq.;K. Fruhstorfcr, Wellschop/ung und Paradies nach der Blbel, 1927. 2° La bénédiction de. Noé.—· Dans le cadre de l'histoire primitive de l’humanité un second texte appartient au même genre de messianisme que le protévangile, savoir les paroles prononcées par Noé après l’irré­ vérence du cadet de scs Ills, et la conduite respec­ tueuse de scs deux autres enfants Sein et Japhet, Gcn., ix, 25-27 : J 25. Maudit soit Chanaan! Qu'il soit l'esclave de scs frères! 26. Béni soit Jahvé, le Dieu de Sein! Que Chanaan soit son esclave! 27. Que Dieu donne de retendue à Japhet, ot qu’il (Japhet) habite dans les tentes de Scm et que Chanaan soit son esclave! Tandis que le fils insolent est maudit et dégradé jusqu’à être le plus vil serviteur de ses frères, les deux autres sont bénis. Sein reçoit une bénédiction toute spirituelle : Jahvé entrera dans une relation si intime et si particulière avec lui qu’il est nommé le Dieu de Scm, comme plus tard le Dieu d’Abraham. Japhet est béni au point de vue materiel par l'élargissement extraordinaire de son domaine; en outre comme hôte de son frère il prendra part nu privilège religieux de Sem (qu'il habite se rapporte à Japhet et non à Jahvé comme le supposent I loberg, Die Genesis übersctzt und crklûrt, 1908, p. 106, et Volck, Noe, dans Protest. Realencyclop&die, t. xiv, p. 116). Il c«t évident que les sentences de Noé ne sont pas seulement des prédictions sur le sort de scs fils, mais en même temps sur le destin de leur descendance, en particulier sur Je fait que les Sémites seront les favoris de Dieu, par l'intermédiaire desquels le Très-Haut se communiquera aux autres hommes. Elles contiennent « la première allusion à l'élection future d’Israël ». Volck, op. cil. A cette conception traditionnelle de l'oracle de Noé celle des critiques s'oppose diamétralement. Pour eux l’épisode dont ces paroles font partie est une légende inventée dans le but d'expliquer les relations de cer­ tains peuples de l’époque. « L'explication scientifique» en doit consister, comme dit Gunkcl, Genesis, p. 81, dans la recherche des peuples et du temps auxquels il est fait allusion. D'ordinaire on y reconnaît la situa­ tion du règne de David ou de Salomon (Wellhauscn, Stade, Buddc, Iloizingcr) : Sem serait le nom d’Israël qui est devenu le maître absolu de Canaan et dont les Cananéens, descendants de Cham, sont devenus les esclaves; Japhet, l'hôte de Scm, désignerait les Philistins, les Phéniciens ou bien les Hittites. i Mais, d’abord, il est tout Λ fait arbitraire de prendre Scm pour un nom propre d’Israël et encore davan­ tage d'identificr Japhet ù un des trois peuples sus­ nommés. Ensuite il est invraisemblable qu’un Is­ raélite du temps des premiers rois ait formulé des vœux pour l’agrandissement du domaine d’une nation voisine. Enfin le nom de Chanaan est tout ύ fait secondaire, de sorte que celui qui fut maudit ne représentait pas non plus primitivement un seul peuple. Il est vrai que le texte actuel nomme Chanaan. Mais Chain a commis le péché et Cham a dû être puni, de sorte (pic le plus simple est de supposer avec Kônlg, Die messianischen Weissagungen, p. 90, que le texte original des f. 25-27 contenait le nom de Cham, et que plus tard, lorsqu’on Palestine les Israé­ lites constatèrent que la dépravation de l’ancêtre sc manifestait d’une manière rebutante chez scs habi­ tants, il fut remplacé par celui de Chanaan. Pour expliquer celte énigme de la mention de Chanaan, on ne peut, comme le font beaucoup d’exégètes recourir à une double tradition du Jahvlslc dans l'une desquelles le ills mauvais aurait été appelé Cham et dans l'autre Chanaan; car chaque fois que les trois 1413 MESSIANISME, PROMESSES FAITES AUX PATRIARCHES ills soul nommés ensemble, Gen., v, 31; ix, 18; x, 1, on Hl Sem, Cham et Japhet. Pour toutes ces raisons hi critique commence à chercher le fond historique de la soi-disant prédic­ tion de Noé dans une situation ethnographique beau­ coup plus ancienne et plus compliquée. C'est ainsi quo Gunkcl cl Procksch la rapporteraient au milieu du deuxième millénaire, au moment où des peuples sémites et aryens envahirent Canaan cl les pays limi­ trophes. 11 y serait annoncé (pie ia r insite à une cohabitation paisible des deux races conformément a ta noble entente de leurs pères —*cl nos connaissances des relarions de < ilïérents peuples dans l'Asie antérieure au deuxième millénaire sont beaucoup trop vagues — Gunkci le reconnaît lui-même quand 11 appelle son interprétation un essai -- pour fournir la base d'une interprétation historique des paroles de Noé. Cet oracle n’a donc pas encore trouve d’ < explica­ tion scientifique ». Sans doute, en face des résultats de la science préhistorique l’exégèse reçue présente de très grandes difficultés. Cependant on ne saurait nier que nous n'y ayons affaire avec une tradition très ancienne qui remonte au delà de l’origine de la natio­ nalité israélile. Celui qui admet que, grâce à la Provi­ dence, l’épisode de la chute de l’homme et les paroles du protévangile ont été transmises à l’humanité postérieure, ne ressent aucune difficulté à supposer également pour l’histoire de Noé un fond historique. Dans tous les cas l'oracle est un texte messianique très ancien. Voir les commentaires de la Genèse et la littérature générale. 3· La promesse /dite à Λ braham. — Le privilège reli­ gieux accordé à la race sémite par la bénédiction de Noé s’est réalisé en Israël. Déjà, lors de la vocation d’Abraham, Dieu lui fait des promesses on ne peut plus brillantes. Jahvé dit alors à l’ancêtre des Israé­ lites : r Je ferai de toi une grande nation; je te bénirai et je rendrai grand ton nom; tu seras une bénédic­ tion. Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai celui qui te maudira et en toi seront bénis tous les peuples de la terre. » Gcn., xn, 2-3. A deux autres moments solennels de la vie d’Abraham, le Très-Haut lui répète ces magnifiques paroles, en les étendant expressément à sa postérité. Gcn., xvm, 18; xxn, 1G-18 Plus tard il les adresse également a Isaac et à Jacob. Gcn., χχνι, I; χχνιπ, 11. En compensation de ce qu’Abraham sur l’ordre divin quitte sa famille et sa patrie, il devient avec sa descendance non seulement l’objet, mais aussi l’ins­ trument de riches bénédictions. Lui et sa postérité, qui deviendra une grande nation, ont une telle impor­ tance aux yeux de Jahvé que le salut des autres peuples dépendra de leur relation avec eux. Ceux qui s'approcheront d’Israël en amis seront bénis; par contre ceux qui se comporteront en ennemis seront maudits par Dieu. Mais les nations auront part à la bénédiction divine, non seulement à cause d’Abraham et de sa postérité, mais aussi par leur intermédiaire. Dans ce sens Jahvé dit d’abord à Abraham : < Tu seras une bénédiction. » Comme par suite de sa révolte Adam avait été la cause de la malédiction de la terre, ainsi Abraham est par son obéissance une source de bénédiction. Le salut qui émanera de lui ne sera pas restreint à son proche entourage, mais parviendra à l'humanité tout entière : « En loi seront bénies toutes les nations du monde*, xu,3; «en la postérité seront DI CT. DE TIIÛOL. CATIIOL. 1414 bénies toutes les nations du monde. » xvm, 18. Comme dans ccs phrases le verbe sc trouve au niphal et au hilpatt, et que le sens primitif de ce· conjugaisons est le sens réfléchi, la plupart des exégètes modernes, Gunkcl, Procksch, Holzlnger, Hûhn, Budde, Jeremlas, traduisent : < En toi sc béniront toutes 1rs nations, » ce qui signifierait : elles désirent Ion bonheur. Mais, comme d'une part le sens passif est beaucoup plus fré­ quent pour le niphal et sc trouve quelquefois pour le hitpaël, comme d’autre part Abraham, xn, 2. vient d'être appelé un instrument de bénédiction, les exé­ gètes qui, d'après l'exemple des Septante, de la Peschltto et de la Vulgate traduisent par le passif, Hummelaucr, Dier, Hoberg, Kunig, Sellin donnent à la phrase un sens plus exact. Du reste le réfléchi * ils sc béniront en toi, en ta postérité », revient Indirec­ tement nu même : ceux qui sc souhaiteront le bonheur d’Israël, le recevront ; car il consiste essentiellement dans le salut de Dieu, cl en matière religieuse désirer sérieusement c'est obtenir. Or la connaissance leur en parvient sinon par l’enseignement, du moins par l’exemple d’Israël, de sorte qu'Isracl reste le trait d’union entre Dieu et l’humanité. a prédominance de la postérité d’Abraham est I. donc principalement prévue et prédite dans le domaine religieux. Accordée à cause de la foi héroïque du grand patriarche, elle est en premier lieu d’ordre spirituel : la religion d’Abraham aura un règne mon­ dial; Israel, après avoir obtenu le salut, en deviendra un jour le médiateur pour tous les hommes. Nous avons donc Ici une promesse explicitement messia­ nique et des plus élevées que la Bible ait jamais recueillies, (.’ne conception aussi idéale de l'univer­ salité du salut par Israël ne se rencontrera plus que dans Isaïe. Cependant, malgré le caractère religieux de la bénédiction donnée à Abraham, Isaac et Jacob, toute préoccupation politique, matérielle, n’en est pas exclue, conformément au cadre terrestre du messia­ nisme. On le voit déjà indirectement par l’annonce qu Israël deviendra un grand peuple, dont les membres seront aussi nombreux que le sable de la mer et les étoiles du ciel. C'est d’ailleurs ce qui est formellement exprimé dans la promesse faite à Abraham lors de l’immolation d’Isaac : « Ta postérité possédera la porte de ses ennemis», xxiî, 17.et davantage encore dans la bénédiction que Jacob reçoit de son père : « Que Dieu le donne de la rosée du ciel et des sucs de la terre, abondance de blé et de moût. Les peuples te serviront et les nations sc prosterneront devant loi. » wii. 28 29. Ainsi dès les premières promesses messianiques faites à Israël, à côté des vues les plus idéales et les plus universalistes, nous constatons des aspirations nationales et des conceptions matérielles du bonheur à venir. On ne doit pas s’en étonner quand on sait que les perspectives ultra-terrestres furent longtemps imprécises chez les Israélites. (’.ette interpretation liistorique et messianique des oracles est abandonnée par bien des exégètes mo­ dernes. Parmi les protestants, seuls François Delitzsch, Orelh. Strack et surtout Kônlg la maintiennent. Tous les autres, même ceux qui reconnaissent les patriar­ ches comme des personnages historiques, tiennent pour des légendes le gros des récits qui les concernent. Les discours surtout seraient des fictions qui expriment les Idées courantes des temps où les légendes prirent naissance. La plupart d’entre eux cependant admet­ tent le caractère messianique des oracles en question. Sellin, Die Israelitisch-fûdische HeUandseruxirlung, 1909, p. 7 sq., et surtout Procksch, Genesis, p. 91, en relèvent le contenu religieux et éminemment eschalologique et réfutent Gunkcl qui. Genesis, p. 1GI sq., X. — 15 1415 MESSIANISME, PROMESSES FAITES AUX PATRIARCHES 1416 substituent une forme légèrement différente, de la racine Salah « être tranquille » et y voient un nom mystérieux du Messie. D’autres remplacent Siloh par des mots provenant de racines qui ressemblent exté­ Les commentaire* de la Genève.— Plrot, Article Abra­ rieurement à Salah, par exemple, Saluah ® qui mit· ham, dans Dictionnaire de la Bible, Supplément, t. r. 1926, tendus est. D'autres encore lisent Selloh pour Siloh, cl col. 19-23; J.-L. Lienhard, Lu religion des patriarches, l’expliquent comme un composé de la particule rela­ étude d*histoire et de théologie biblique, 1899; W. Caspar!, tive Se ct du datif do la troisième personne du pronom Abrahams Berufung (Gen., xn, 1-3) dans Allgemeine chan­ personnel /d(/i) : à qui. I geIis ch-lutherIs che Kirchenzeitung, 1919, p. 323 sq., 346 sq. Cette dernière interprétation est de beaucoup pré­ 4· La bénédiction de Jacob. — Comme 1'histoire des i férable aux deux précédentes; car elle est tout à fait patriarches s'ouvre par la bénédiction qu’Abraham conforme aux consonnes de Siloh, elle est grammatica­ reçut de Jahvé, elle sc termine par celle que Jacob lement juste, ct elle est surtout confirmée par presque donna à ses douze ills. Le grand discours si poétique, toutes les anciennes versions, de sorte que Lagrange, mis dans la bouche du vieillard mourant, a son point La prophétie de Jacob, Revue biblique, 1898, p. 531. culminant dans cet oracle sur Juda, Gen., xux, 8-12 : a écrit avec raison qu’elle ne devrait plus être contro­ versée. Juda, tes frères te loueront, ta main sera sur la nuque Cependant la manière ordinaire de la présenter ne de tes ennemis; les enfants de ton père se prosterneront semble pas juste : on prend Sello = à qui pour une devant toi. Juda est un Jeune lion; c’est parle pillage, mon Ills, que phrase elliptique et on sous-entend comme complé­ [tu es monté; ment : il (c'est-à-dire le sceptre) appartient. Ainsi La­ tu t'es étendu ct couché comme un lion, comme une lionne; grange, Zaplctal, Driver, Kautzsch, Kittel, Murillo, [qui oserait t’éveiller? Procksch, Bœhmer, Dürr. D’une part cette ellipse est Le sceptre no sera pas enlevé de Juda, ni le bâton d’entre trop forte,et à cause du mot suivant tvelô, « el à qui », [scs pieds, si surprenante que Wcllhauscn, Frankenbcrg, Hûhn jusqu'à ce que sienne celui à qui appartient le [gouver­ ont pour l'éviter supposé que tvelô est une glose de et à qui appartient l’obéissance des peuples. [nement] Il liera son fine A la vigne, ct au cep de vigne le petit do Selloh. D’autre part, comme Seydl, Der Kalholik, 1900, [l’Ancsse; p. 159 sq., l’a si bien relevé, le texte hébreu et quel­ il lavera son vêtement dans le vin ct son manteau au sang ques versions paraissent suggérer qu’il y a une vraie [des raisins. lacune. Dans la phrase : Scs yeux brilleront de vin ct ses dents seront blanches [de lait. Ias sceptre no sera pas enlevé de .Juda Jusqu’à ce que vienne celui à qui (appartient)... ct à qui (appartient) D’après ces paroles, Juda, comme individu aussi l’obéissance des peuples, bien que comme tribu, jouera parmi ses frères le rôle du lion parmi les animaux, ct il sera un guerrier redou­ le parallélisme exige après le premier » à qui * un substantif correspondant à · obéissance ». Ce sub­ table en face des ennemis. Personne n’osera l’atta­ stantif, nous le trouvons dans Ez., xxt, 32 : ad bô quer, tandis que lui s’enrichira du butin pris aux aSer lô hamiSpaf «jusqu’à ce que vienne celui à qui autres. Cette position dominante durera jusqu’à un appartient le jugement», verset qui dépend indubita­ terme qui est indiqué par les trois mots ad kt mèd blement de notre passsage; nous le retrouvons dans le Siloh : « jusqu’à ce que vienne Siloh ». Cette petite phrase Targum d'Onkclos où se lit la paraphrase suivante : est la plus importante de tout l’oracle; car c’est elle « à qui appartient la royauté. » Nous sommes donc en qui lui donne un sens messianique. Mais, à cause de droit de supposer que le texte actuel présente une cet énigmatique Siloh, elle forme depuis des siècles une véritable crux interpretum. lacune ct de la combler par miSpaf, jugement, gouvernement. Nous pouvons d’autant mieux le faire Il y a trois manières principales de l’expliquer. que le mot « gouvernement » qui se lit encore dans le D’après la première interprétation, autrefois très répandue chez les exégètes protestants tels que Tuch, texte hébreu d'Ézechiel ne se trouve plus dans le Ewald, Dlestcl, Dillmann, hr. Delitzsch, Strack grec du même passage. Ce qui est arrivé au texte grec (1905), Mein hold, Ein/tlhrung ins Allé Testament, d’Ézéchiel, s’est produit antérieurement sans doute 1919, p. 167, le sujet de la phrase serait Juda, ct dans le texte hébreu de la Genèse. Il est étonnant Siloh serait le nom de la ville de Silo : « Jusqu’à ce que cette interprétation donnée par Scydl n’ait pas qu’il vienne à Silo. » Elle est aujourd’hui presque trouvé d'adhérents; car elle est de toutes la plus entièrement abandonnée, parce que Juda n’a jamais adéquate. eu de relation importante avec Silo, ct que la con­ Il s'ensuit que le sens de la phrase si discutée serait quête de cette ville n’a pas marqué de tournant dans celui-ci : le règne de Juda prendra seulement fin au l’histoire <Γ Israël. moment où un prince très puissant apparaîtra. Cette Tous les autres prennent Siloh pour le sujet de venir. annonce n'est aucunement une menace; elle est au Seulement les uns, Vater, Gcsenius, Bcuss, Knobel et contraire une promesse, car le héros prédit ne sera surtout Kônig, Messiatdsche Weissagungcn, p. 98, pas un roi historique quelconque qui supplantera font de iiloh un substantif abstrait qui signi fierait Juda, mais le roi par excellence qui régnera sur le « repos » : Juda gardera sa supériorité « jusqu’à ce monde entier et inaugurera une ère toute nouvelle. que vienne le repos ». Mais cette traduction de Siloh Aussi longtemps que l'état actuel des choses durera est purement hypothétique et,d’après les phrases pré­ en Israël ct chez les autres nations, donc jusqu'à la cédentes, le repos existe déjà pour Juda pendant qu’il fin des temps, Juda tiendra le sceptre. 11 ne le cédera tient le sceptre. qu’à un prince eschatologiquc qui exercera le pouvoir Aussi la grande majorité des exégètes anciens ct I royal dans toute sa plénitude. Celui-ci sera le chef non modernes, voit-elle dans Siloh la désignation d’un . seulement des tribus d’Israël et de quelques nations personnage à venir. Bien que l’accord soit loin d’être I voisines, mais de tous les peuples. réalisé sur la façon de déterminer ce personnage, la Son avènement au trône marquera le commence­ plupart d'entre eux se sont ralliés à l’opinion qu’il ment d’une époque de prospérité extraordinaire : Il s’agit du Messie. Mais il y a de nouveau discussion sur les y aura une telle quantité de vignes que ce prince - -il détails de l’exégèse. Les uns, (Gunkel, Grcssmann), déri­ vaut mieux prendre le prince pour sujet du t. 12, que vent Siloh. soit qu’ils le gardent tel quel, soit qu’ils lui Juda — pourra lier l'âne qui le porte, monture la assure que les prétendues prédictions ne sont que des descriptions de la puissance ct de la gloire d’Israël à l’époque de David ct de Salomon. 1417 MESSIANISME, L'ÉPOQUE DE MOISE plus noble de lu haute antiquité, h un cep de vigne suns avoir souci du dégât. Le vin sera aussi abondant que l’eau. Les yeux du roi en auront un éclat bril­ lant, tandis que scs dents seront blanches du lait qui ruissellera dans le pays. On comprend aisément que, depuis l’antiquité, l'oracle sur Juda ait été pris pour messianique, et que la majorité des exégètes modernes le traitent aussi comme tel. Il est en effet la première prophétie expli­ citement ct strictement messianique. Cependant, de même qu’il y a de grandes différences dans la manière d’interpréter la phrase sur laquelle repose le sens mes­ sianique, il n'y en a pas moins dans la façon d’appré­ cier la valeur de la prédiction messianique. Pour pres­ que tous les critiques, les suprêmes paroles attribuées â Jacob, non seulement dans leur forme poétique, mais aussi dans leur fond, dateraient d'une époque de beau­ coup postérieure au patriarche. Elles auraient des origines successives et seraient des vaticinia post even­ tum, où aurait été décrite la situationde chaque tribu ù un certain moment. D’ordinaire on fait remonter les parties les plus anciennes, notamment les oracles sur Issachar, Dan, Benjamin, Zabulon, à l’époque des Juges. Par contre, celui qui concerne Juda serait, dans les f. 8-9 ct 11-12, la description de l’état des choses au commencement du règne de David, lorsque les premières victoires du fils d'Isaï eurent montré la supériorité de la tribu de Juda; seul le t. 10 serait une prophétie de l’avenir messianique. D'autres, Stade, Dillmann, Wcllhausen, Cornill, Holzinger, Kautzeh, Marti, Beer, prétendent au contraire que précisément le f. 10 est le moins ancien, et fut inter­ calé seulement après l'exil pour faire entrer l’idée d’un Messie dans ce texte antique. Les exégètes catholiques, ainsi que ceux des pro­ testants qui admettent encore une révélation pour le temps prémosaïque, Delitzsch, Orelli, Strack, Kônig, maintiennent l'authenticité des bénédictions de Jacob, qu'ils appuient sur des arguments d’ordre psychologique ct historique ; voir surtout Kônig, Die Genesis, 1919, p. 746 sq. La reconnaissance de l’au­ thenticité substantielle du texte n'empêche d'ailleurs pas d’y supposer des remaniements poétiques ct des ampli Dent ions pour les passages qui sont des allu­ sions trop précises, à la situation politique et géogra­ phique de plusieurs tribus. Mais c'est ù tort qu'on regarde la prédiction sur Juda comme une glose de ce genre, sous prétexte qu'elle aurait été absolument inconcevable avant David, comme le prétend Cornill, dans Zeitschrift fürdic A.TAVissenschaft, 1914, p. 108, ou que l’attente d’un Messie a ses racines dans la foi en la dynastie davidique, comme l'affirme Procksch, p. 262; car longtemps auparavant, du temps des Juges, Jud., i, 19; XX, 18,et déjà lors du séjour dans le désert. Num., π, 3: x, 11. la tribu de Juda se distingua de toutes les autres, de sorte que les critiques devraient mettre cet oracle au moins sur le mime pied que les plus anciens textes du pot me. C'est ce que fait en effet Grossmann, Die An/ûnge Jsrafls91M4, p. 187 sq. M. Causse, Les plus vieux chants de T Ancien Testa­ ment, 192G, p. 39, le suit pour les t. 11 ct 12, tardis qu’il attribue 8 ct 10 au temps de David. Encore moins fondée est la supposition que le t. 10 est postexilicn. Procksch, p. 270, dit avec raison que pré­ senter ce verset con me une interpolation n’est plus faire de l’exégèse raisonnable. 1 es crroir, 7-5. L’origine davidique de ce pas­ sage est encore plus contestée que celle du précédent. Naguère pourtant Causse, Les plus vieux chants, p. 153, a défendu pour ce testament l’opinion traditionnelle. P. Dhorme, Les livres de Samuel, 1910; A. Schulz, Die Bûcher Samuel, 1920; W. Caspar!, Die Samuelbûcher, 1926; Ch. Dicckmann, Die ente Wcissagung vom Davldsohn, 1903; O. Procksch. Die letzten Worte Davids, Il Sam., X.X11I, J-7, dans Alttestamcntlichc Studlen K. Kittel dargebracht, 1913, p. 112-125; L. Host.Die Ucbcrlicfcrung non der Thronnachfolge Davids, 1926. 2· Oracles de David, Ps.,n ct αχ (hébr. ex). — Beau­ coup plus importants que cette promesse faite ô David au sujet de sa dynastie sont les oracles qu’il prononça lui-même dans les Psaumes. Les temps sont passés où une telle affirmation prêtait à sourire à la majorité des critiques. Un retour 1422 vers les positions traditionnelles sur l’origine des Psaumes sc marque nettement dans certaines publi­ cations récentes, telles que Je commentaire dc B. Kit­ tel, P· édit., 191 1 ct 2· édit., 1922, les Psalmensludien do S. Mowinckcl, 1921-1921, V Introduction à ΓAncien Testament dc K. Scllin, 3· édit. 1925, l'étude de Causse sur Les plus vieux chants de la Bible, 1926. Ce dernier surtout, en déterminant les premiers stades dc la poé­ sie biblique, ne reconnaît pas seulement des psaumes davidiques, mais même prédavidiques. Au point de vue messianique, nous revendiquons surtout pour David les psaumes n et αχ. Il est vrai que, précisément pour ces deux chants, l'origine davi­ dique en est aussi contestée que la portée prophé­ tique. Pour maintenir l’une ct l'autre, il faut braver les attaques les plus variées de presque tous les exé­ gètes modernes. Il nous semble pourtant que nous sommes en mesure d’y répondre,ct qu’en attribuant ccs deux psaumes au plus ancien temps royal et en les interprétant comme messianiques au sens strict du mot, nous rendons justice a leur véritable carac­ tère. En tout cas nous nous fondons sur des argu­ ments non moins scientifiques que nos adversaires. Le ps. n montre les peuples avec leurs princes en révolte contre Jahvé et son oint, le roi de Jérusalem; ils veulent sc débarrasser de leur domination comme d’un joug insupportable. Le Très-Haut, · qui siège dans les vieux ► se rit de leur insurrection ct les con­ fondra dès qu’il lui plaira. Son oint public solennel­ lement qu’il a été institué comme roi à Sion par Jahvé lui-même (LXX et Vulgate). Le jour de son intronisa­ tion, Dieu lui a dit : « Tu es mon fils; c’est aujourd’hui que je l’ai engendré. « Par suite Jahvé l'a invité à prendre part ù son gouvernement; il lui a donne les nations pour héritage et les extrémités dc la terre pour propriété; il l’a autorisé à briser les peuples rebelles comme des vases dc terre avec son sceptre de fer. Le psaume se termine par un conseil que le psalmistc donne aux princes, le conseil dc servir Jahvé avec crainte pour ne pas périr par suite de sa colère. Il ne peut être question dans ce psaume d'un roi quelconque de Jérusalem auquel on l'aurait adressé le jour dc son avènement. Le poète aurait vraiment trop exagéré en lui ouvrant la perspective d’un règne mondial. Étant donné que David est nommé par Jahvé son fils, 11 Beg., vu. I l ; ps. lxxxviii (Vulg.),2S,et que dans l’Ancien Orient la royauté est conçue comme ayant une origine religieuse, il a pu dire de lui-même qu’il est engendré par Jahvé. Bien que le terme · engendrer * ail primitivement ct d’ordinaire un sens physique, il ne semble pas expri­ mer ici une véritable génération. Cette acception métaphorique sc rencontre aussi dans des locutions semblables de la littérature babylonienne, voir Paffrath, Der Tilct · Sohn der Gottheit » dans Orientait· shsche Studlen, t. i, 1917. p. 157 sq.; Landersdorfer, Einc sumerischc Parallèle :u Psalm 2, dans Biblische Zeitschrift, 1923, p. 31 sq.; Kaupcl, Psalm 2 und die babylonischcn Kùnigslieder dans Théologie und Glaube, 1923. p. 39 sq. En employant le style de cour reçu dc son temps, le psalmistc aurait pu faire au roi des com­ pliments plus ou moins exagérés tels que nous en trouvons dans ps. lx.S, « qu'il trône à jamais devant la face dc Dieu ·, et dans ps. xx. 5; HI Beg., i, 31; mais il n’aurait jamais pu lui annoncer qu’il serait le maître absolu dc l’univers. Un tel vœu ne s’explique ni par la fierté nationale des Israélites, comme le suppose Zenner, Die Psalmcn nach dem Urtext, heraus· gegeben von H. Wiesmann, 1906, p. 120, ni par le style somptueux des cours orientales, comme le suggère Gunkel, Die Psalmcn übersctzt und erklûrt, 1920, p. 9. Pour cette raison, Kittel, Duhm, N. Peters, Welt· /riede und Propheten, 1917, p. 8, en partie Bertholet, 1423 MESSIANISME, L’ÉPOQUE DES ROIS : DAVID 1424 et Causse, p. 161, préfèrent expliquer cette promesse I le Messie est un prince Il réunit donc comme Melchisédec époque assez basse, en tout cas après le soulèvement les deux dignités, royale et sacerdotale, des Machabées»· En quoi il suit l’exemple de bien des A plus d'un point de vue le psaume est mystérieux critiques, surtout de Duhm, qui, pour n'avoir pas et énigmatique, surtout parce que plusieurs versets admis de psaumes préexiliens, ont cru devoir supposer en sont très mal conservés, notamment la seconde que les psaumes qui s'adressent à des rois avaient été partie du t. 3, qui se lit dans la Vulgate : In s plendocomposés en l'honneur des princes asmonéens. A ribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te; en l'exception de Baethgen et de Bcrtholet, les common- hébreu : « Sur les montagnes saintes (ou en pompes tatcurs récents, notamment Kittel, Sellin, Gunkel, sacrées) du sein de l'aurore [sort ] pour toi la rosée Causse, Kônig, se sont opposés avec énergie à cette de ta jeunesse. » Si on compare les différents mss. conception et réclament pour tout le groupe des hébreux et les anciennes versions, on constate pour ce psaumes royaux une origine préexilienne. passage plus d'une douzaine de leçons différentes cl, Sellin n'a pas hésité à revendiquer, Ileilands- si on compte les conjectures par lesquelles les exéeruxiHung. 1909, p. 15, moins catégoriquement, Ein- gètes modernes ont essayé d'en reconstituer la leçon leitung, 1925, p. 131, notre psaume pour le temps la plus probable, on en trouve quelques douzaines, royal le plus reculé; il l'a tait en raison de l'esprit qui Mieux vaut donc faire abstraction de ce verset, bien l’anime et qui est le même que celui de la prophétie qu'il soit assez sùr que la fin genui te est exacte et de Balaam. Comme le roi qui est décrit dans l’oracle qu’elle représente l’écho de ps. xi, 7: ego hodie genui te. du voyant païen, le Messie en effet a encore un caracDans la détermination du roi en question, les quatre tère quelque peu despotique : les peuples païens sont opinions qui ont été émises au sujet du psaume pré­ présentés comme quantité négligeable; il peut les cèdent se rencontrent encore pour celui-ci, et sont briser comme une simple poterie. Quelle différence représentées par les mêmes auteurs Zenner cependant entre ce portrait du Messie et celui qui est donné par est moins radical et admet ici l'explication typique, les prophètes, notamment par Isaïe, et d’après lequel ‘ Les mêmes raisons qui excluent l'application du 1425 MESSIANISME, LES PROPHETES PRÉEXILIENS ps. n à un roi historique empêchent d'admettre que dans le ps. cix le poète s’adresse à un prince de son époque. C’est uniquement le roi par excellence, c'està-dire le Messie qu'il décrit. L’époque du ps. cix ne peut être, commo pour le ps. n, que le temps préprophétique. Depuis que Blckcll a constaté le prétendu acrostiche Simon dans les quatre premiers versets, on a souvent appliqué, et on applique encore, le psaume Dixit Dominus au dernier des frères machabéens, Simon, auquel les Juifs don­ nèrent le titre héréditaire de prince et de grand prêtre. Le P. Lagrange op. cil., p. 50, tout en faisant observer qu' < il est très difficile de fixer l'époque de la composi­ tion du psaume », le place aux temps machabéens, parce qu’il croit que « toute la scène du psaume est au ciel»,et que la description est un développement de Daniel, vu, 9. Ici encore les derniers commentateurs nous semblent mieux inspirés en réclamant le ps. αχ pour la période précxlliennc. Sellin, Heilandserwartung, p. 14 ; Einleitung, p. 133, l’a expressément relevé parmi les cantiques qui semblent appartenir à l'ère de David. Or, si la conception archaïque du Messie nous ramène pour ce psaume au temps du premier des psalmistes, pourquoi, encore une fols, ne pas le lui attribuer à luimême? D'autant que David, après avoir entrevu le Messie, a dû presque nécessairement le nommer « mon Seigneur ». On peut donc conclure que David a décrit deux fois au moins la ligure du Messie. Chaque fols il l’a glorifié comme représentant de Jahvé sur la terre, qui règne à Sion, attaque et écrase impitoyablement tous ses ennemis. La seconde fois il lui attribue en outre la dignité de prêtre. Parmi les psaumes qui remontent à David (Com­ mission biblique, 1" mai 1910) il faut encore men­ tionner le psaume xv (hébr. xvi) dont le t. 10 : « car tu ne laisseras pas mon âme dans le Schéol et tu ne per­ mettras pas que ton saint vole la corruption » est cité comme messianique et appliqué au Christ ressuscité, Act., n, 22-31; xm, 35-37. Cependant ce verset a en hébreu le contenu suivant : « car tu ne livreras pas mon âme au Schéol et tu ne permettras pas que ton saint voie la fosse. · D'autre part le Messie n'aurait guère pu dire qu'il ne s'associe point aux libations de sang oflcrles aux idoles» t. 4. Dans ces conditions le psaume est plutôt indirectement que directement messianique. Les commentaires do Lcsêtrc, 1833; Delitzsch, 1891; Kessler, 1899; Hupfeld-Nowack, 1899; Cheyne. 1901; d’Eyragues, 1905; Hoberg, 1906; Zenner, 1906; Briggs, 1907-1909; Pannier, 1908; Knabenbauer, 1912; Schlûgl, 1915; Staerk, 1920; Pércnnês, 1922; Kittel. 1922; Duhm, 1922; Bcrtholet, dans Kautzsch, 1923; Wutz, 1925; Gunkel, 1926; Kônlg, 1926. Cheyne, Origin and religious content of the Psalms, 1891; Mowinckcl, Psalmcnstudien, i-v, 1921-24; H. Meiss ct IIoude, Les psaumes traduits de l'hébreu, 1927; Fr. Zorell, Psalterium ex hebraro latinum, 1928. Stade, Die messianischc Hoffnung im Psalter, dans Zeitschrift fur Théologie und Kirche, 1892; Mlnocchl, / salmi mrssianici, dans Heuue biblique, 1903; lljclt, Messianischc Dégriffé und Ausdrilcke inden Psalmen, 1901; Ijigmngc, Notes sur le messianisme dans les psaumes, dans Revue biblique, 1905, p, 38 sq., 188 sq.; Wilbers, De messiaanschc psalmen, 2, 72, 110, dans Sludien, 1919; I). C. Simpson, The Psalmists, 1926 (il y a un chapitre de T. IL Robinson sur l'eschatologie des psaumes). Knulon, Der Text des 110 Psalmes, dans Der Katholik, 1865, t. n, p. 120 sq.; Ilnghcbacrt» La prophétie du psaume//, 7, dans Hevue biblique, 1893, p. 502 sq.; Peters, Die Ent· stehungdes M. T. von Psalm 110, J, dans Theologlsche Quar· ni/schr//f, 1898, p.615 sq.; 1·’.Zorell, Der 16. (/J.) Psalm,ein exegetischrr Versuch, dans Iliblische Zeitschrift, 1913, p. 18 sq.; Zapletal, Der 2. Psalm, ibidem, p. 365 sq.; Der 2. Psalm, dans AlltestamcntUches, 1903, p. 125-138; Theiss, Psalm CX,Dixit Dominus, dans Pastor bonus, 1917, p. 193 1426 sq., 211 sq.; Landersdorfcr, Eine sumerische Parallele tu Psalm 2, dans lliblische Zeitschrift, 1923, p. 34 sq.; Katipcl, Psalm 2 und die babglonischen Konigslleder, dans Théologie und Glaube, 1923, p. 39 sq. IV. Lb messianisme au temps des prophètesÉCHIVAINS JUSQU'A L'EXIL.—/. NOü VELLE ORIENTA· TION. — Après David nous arrivons tout de suite aux prophètes-écrivains. A lire leurs discours, on constate immédiatement que ce que nous avons trouvé jus­ qu'ici en fait d'idées messianiques ne représente que des préliminaires, que des rudiments de l’espérance messianique qui apparaissent çâ et là ct pour ainsi dire fortuitement. Les prophètes, par contre, se sont occu­ pés du messianisme d’une façon continue ct systéma­ tique. Alors que leur tâche principale semblait être le perfectionnement moral des générations au milieu des­ quelles ils vivaient, ils travaillaient autant pour l'ave­ nir que pour le présent. Ils voulaient procurer au peuple un état sous tous les rapports meilleur que l'état actuel. C'est pourquoi ils parlaient constam­ ment de l’avenir. Ils l’avaient devant les yeux comme Moïse l'établissement des Israélites en Canaan. Ils reprenaient ses idées. Ils répétaient aussi les vieux oracles messianiques. Mais à cette antique espérance ils donnaient des formes nouvelles. Avec eux les aspi­ rations messianiques prenaient une orientation tout autre. Pour comprendre le développement imprimé au messianisme par l’activité des prophètes-écrivains, il faut tenir compte du fait que, depuis le règne de David ct de Salomon, la situation d’Israël avait complètement changé. Après le gouvernement glorieux de ces deux rois, le schisme avait divisé le peuple. Les guerres fratricides avaient longtemps déchiré les deux royaumes séparés. Les ennemis extérieurs, voi­ sins immédiats ou grandes puissances du Nil, de l’Euphrate et du Tigre, les serraient souvent de près. L'idolâtrie et l'immoralité s'introduisaient dans les mœurs. De là une décadence ct un afïalblissemcnt croissant jusqu'à la destruction finale de Samarie ct de Jérusalem. Dans ces conditions les Israélites pensaient d’au­ tant plus aux anciennes promesses relatives à un ave­ nir de gloire ct de félicité. Le gros du peuple en atten­ dait avec impatience la réalisation. On vivait dans la conviction que, contre le peuple élu par Jahvé ct contre la cité sainte de Jérusalem au milieu de laquelle le Très-Haut était présent, aucune puis­ sance ennemie, aucune adversité ne pouvait prévaloir définitivement. On s’attendait à une nouvelle inter­ vention grandiose et solennelle de Dieu, semblable à celle de l’Exodc ct du Sinaï, par laquelle Israël serait débarrassé d’un seul coup de tous les ennemis ct de tous les maux. On appelait cctle manifestation divine ainsi que la période qui s'ouvrirait à sa suite < le jour de Jahvé ». Les Israélites, en se crampon­ nant de cctle façon aux promesses d'autrefois, ou­ bliaient trop que Moïse en avait lié la réalisation à l’observation de l’alliance conclue avec le Très-Haut et vivaient dans les illusions les plus néfastes. Il s’était donc formé une sorte d’eschatologie popu­ laire. Elle avait comme unique contenu l'attente d’une grande manifestation de Jahvé en faveur de son peuple. Elle était la conclusion tirée des promesses antiques; mais elle oubliait que leur accomplissement dépendait de conditions nettement définies. Certains exégètes parlent d’eschatologie populaire dans un sens tout autre. Depuis que Gunkel, Schôp* fung und Chaos in Urzeil und Endzeil, 1895, et Grossmann, Der Ursprung der israelitisch-jildischen i Eschatologie, 1905, allant à l'encontre de l’école do I Wellhauscn, ont revendiqué pour le messianisme une I origine ancienne, on y englobe non seulement la 1427 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : AMOS plupart des oracles que nous venons d’étudier, niais aussi tout un ensemble d’idées qui se rapportent à la fin des temps. D’un côté, on en postule l’existence parce que, longtemps avant le messianisme Israélite, il y aurait eu, dit-on, un messianisme oriental dont les espérances juives ne seraient qu’une transposition. D’autre part, on la déduit de certaines constatations que l’on croit faire chez les prophètes-écrivains, (leuxci emploient, dit-on, une foule de termes techniques : jour de Jahvé, reste sauvé, rétablissement, rejuge, etc, pour exprimer leurs idées cschatologiques sans jamais les expliquer; ct cela prouverait qu’ils supposent ces termes connus de leurs auditeurs. Cette eschatologie populaire a été admise après Gunkel et Gressmann par Sellin, Der alttestamentliche Prôphelismus, 1912. p. 1-1-1 sq.; II. Dittmann, ber Heiligc Rest im Allen Testament, dans Theologische Studien and Kritiken, 1911. p. 602-618; N. Peters, Weltjrlede und Propheten, 1917, p. 11 sq.; Dftrr, bic Slellung des Prophelen Ezechiel in der israelitisch-jûdischen Apokalyptik, 1923, p. 67 sq. Ces deux derniers attribuent au courant populaire les oracles mêmes d’Isaïe, Π, 1-4, et de Michée, iv, 1-4, sur la gloire future de Sion. Cependant cette prétendue eschatologie populaire est une pure chimère; car. ά l’exception d’Israël, aucun peuple de l’ancien Orient n’a connu d’eschatologie (voir col. 1552 sq.). Pour ce qui regarde les termes cschatologiques employés parles prophètes, sauf celui de · jour de Jahvé », tous les autres sont nouveaux. En particulier celui du < reste sauvé » a été intro­ duit par les prophètes pourrectifier la fausse concep­ tion que les Israélites se faisaient du jour de Jahvé. C’est contre elle que se dressèrent les prophètes. Ils proclamaient hautement que, par suite de ses prévarications, Israël était devenu indigne des pro­ messes reçues. Ils disaient à leurs compatriotes qu’en effet le jour de Jahvé viendrait Seulement le but immédiat n'en serait pas de relever, mais de punir le peuple. Ils prenaient très souvent les invasions des ennemis, les grands fléaux de la nature pour les signes précurseurs du jour de Jahvé. Les Israélites auraient à passer par un jugement si dur que seul un petit reste survivrait. C'est uniquement ce reste qui verrait la réalisation des promesses. Telle est la nouvelle conception de l’avenir d’Israël qui se rencontre à peu près chez tous les prophètes préexiliens. Tel est leur schéma du messianisme. Moïse avait proclamé que le bonheur dans la Terre promise dépendrait pour Israël de l’observation de la Loi : les prophètes, constatant que cette condition n'était pas réalisée, annoncent aux générations cor­ rompues les pires malheurs. Tandis que les antiques voyants n’avaient prévu et prédit qu’une ère de salut, de prospérité cl de gloire, les prophètes-écrivains pré­ sentent cette ère comme précédée d’un jugement sévère et purificateur. D'ailleurs, tout en ayant beaucoup de traits com­ muns, les formes sous lesquelles le messianisme appa­ raît chez les prophètes sont assez différentes et varient d'après la situation historique à l'époque de chacun. Pour les comprendre il faut donc replacer leurs idées messianiques non seulement dans le milieu historique, mais les faire ressortir sur le fond sombre des menaces; elles se détachent alors d’autant plus lumineuses. II. λ nos. — Déjà le premier des prophètes-écri­ vains, Amos, annonce à Israël que son avenir, au moins en tant qu’il s'agit des dix tribus, est très sombre. Son livre s'ouvre par l’annonce que Jahvé est tellement irrité contre le peuple élu qu’il rugit de Sion, i, 2; ct tout le ministère du voyant n’est pour ainsi dire que l’écho de ce rugissement. 1428 Au moment où sous Jéroboam II (783-743) le royaume du Nord était transitoirement dans un étal florissant, Amos quitta sa patrie judéenne pour aller en Samarie cl lui prédire une ruine imminente. Ce • royaume pécheur , ix, 8, est aussi mûr pour le juge­ ment que les fruits d'automne le sont pour la cueil­ lette, vm, 1-2. Il faut qu'il disparaisse de la surface de la terre, ix, 8. Jahvé ne veut plus pardonnera scs habitants, vu, 8; vin, 2. Au contraire, il jure par sa vie qu’ils seront ruinés, vî, 8-9; car bien qu'il les ait préférés â toutes les autres nations, n. 9-11; ni, 1-2, et qu’il les ait avertis par des punitions succes­ sives, IV, 6-11, ils l'offensent à présent plus que jamais par l’idolâtrie, les vices et les crimes les plus affreux, n, 6-8; ni, 8-10; v, 7-10; vi, 12. Le pis est qu’ils croient néanmoins plaire à Dieu à cause de l’alliance que celui-ci a conclue avec eux ct à cause du culte extérieur qu’ils lui rendent. Ils en sont telle­ ment convaincus qu'ils désirent l’arrivée du jour de Jahvé, v, 18. Amos leur fait savoir avec une impitoyable sévé­ rité qu’ils ont perdu leur position privilégiée auprès de Dieu, ix, 7. Puisque tous les avertissements ont été vains, Israël doit se tenir prêt à paraître devant Jahvé pour recevoir son châtiment définitif, iv, 12. Le jour de Jahvé, après lequel ils aspirent tant — c’est chez Amos que nous constatons pour la première fols cette mentalité populaire—sera précisément le moment où ils seront punis pour toujours ; < ce jour ne sera point lumière mais ténèbres », v, 18-20. Certes Jahvé châtiera aussi les peuples des alentours, i, 3-n, 5, mais Samarie surtout sera punie. Les moyens em­ ployés pour cela seront la guerre, v, 3; vi, 15,l’exil, iv, 2-3; v, 27; vî, 7, la peste, v. 6; vî, 9; vu, 17, la faim et la soif, vin, 11-14 ( 11b est une glose), les tremblements de terre, vm, 8. Le prophète voit sur­ tout Jahvé renversant le sanctuaire de Béthcl et exterminant tous les idolâtres, ix, 1-4. Cette ruine du peuple au jour de Jahvé sera accompagnée de phénomènes enrayants : la terre chancellera, vm, 8, (d’après Wellhnusen, Marti, Nowack, Guthe, Sellin, ce verset aurait été ajouté après coup par un lecteur qui a cru qu’il s'agit du jugement du monde; mais dans ce cas vm, 9, serait également une glose) ct le soleil se couchera à midi de sorte qu'il fera nuit en plein jour, vm, 9. D’après ces menaces qui forment presque l'unique contenu des neuf chapitres de son livre, on pourrait supposer qu'Amos a renoncé à tout espoir messia­ nique. A en croire plusieurs exégètes, Smend, Volz, Duhm, Wcllhauscn, Marti, Cornili, Harper, Guthe dans E. Kautzsch. Die hetlige Schri/t des Allen Testamentes, 4· édit., 1923, I. n, p. 46, Nowack, Die kleinen Prophelen, 3· édit., 1922, p. 170, tel serait en efïct le cas; car ils regardent comme incompatibles avec ce qui précède et donc ajouté pendant ou après l’exil les derniers versets du livre, ix, 11-15, où il est dit que la maison de Jacob ne sera pourtant pas entièrement exterminée et qu'elle connaîtra un relèvement brillant. Avec raison d’autres, Kônig, Orelli, Stærk, Gress­ mann, IL Schmitt, Kôhler. Sellin, bas Zivôljprophetenbuch, 1922, p. 223 sq.,van Iloonacker, Les douze petits prophètes, 1908, p. 195, 282 sq.,Tobar, Les pro­ phètes,l.i, 1919, p. 185 sq., Touzard,/.e livre d'Amos, 1909. p. U sq.,maintiennent ce morceau; car déjà dans quelques passages antérieurs Amos avait laissé entre­ voir la possibilité du salut. Tel est le sens de son exhortation : · Cherchez Jahvé pour que vous viviez ». exhortation qu’il répète trois fois, v, 4. 6, 14, ct à laquelle il ajoute la troisième fols : « Peut-être Jahvé aura pitié du reste de Joseph », v, 15. I) avait même prévu le salut effectif pour une partie du peuple : « Comme un berger sauve de la gueule du lion une 1429 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : OSÉE paire de Jambes ou une oreille, ainsi seront sauvé» les Israelites ■, ni, 12. Il avait expressément dit que seuls les pécheurs périraient, ct que 1rs Justes seraient conservés au milieu des épreuves comme les grains de blé dans un crible, ix, 9-10. Il annonçait toujours la ruine du royaume et du peuple de Samarie comme telle, jamais l’extermination absolue de tous ses membres. lai prétendue contradiction entre tx, 11-15 et i, 1-ix, 10, n’existe donc pas. D’autre part, en considé­ ration des prophéties messianiques des temps anciens, il est naturel qu’Amos ait entrevu le salut par delà la ruine. C'est pourquoi il termine scs oracles par les promesses suivantes : « En ce jour », c’est-à-dire quand Samarie sera tombée, « Jahvé rétablira la hutte déla­ brée de David », ix, 11. Cette dernière expression signi Ile le royaume de Juda, bien affaibli el amoindri par rapport à l’époque de David. Grâce à la conquête des nations voisines, îx, 12, ct surtout par le rétablis­ sement des tribus du Nord, la reconstruction et le repeuplement de leurs villes dévastées, îx, 14, ce royaume aura de nouveau l’étendue qu’il avait au temps de ce roi glorieux. 11 y aura alors une fertilité paradisiaque dans le pays : à peine aura-t-on semé qu'on moissonnera, îx, 13, promesse qui se trouve déjà dans Lev., χχνι, 5; toutes les montagnes suinteront de moût, îx, 13. Les Israélites, au milieu de leurs vignes dont ils boiront le vin et de leur jardin dont ils man­ geront les fruits, seront heureux à tout jamais, îx, 15. Ainsi tout en étant très bref dans sa description de l’avenir messianique, Amos en précise déjà quelques éléments auxquels presque tous les prophètes revien­ dront : sanctification du peuple par l’extermination des pécheurs, restauration du royaume de David par la réconciliation des douze tribus et l’assujettisse· nient des peuples des alentours. Grande félicité ma­ térielle, causée par une fertilité exubérante, et fina­ lement durée sans lin de ce bonheur. Les commentaires des douze petits prophètes de P. Schegg, 1851; Trochon, 1883; J. Wellhauscn, 1898; L. A. Smith. 1900; K. Marti, 1901; Driver 1906; A. van Iloonacker, 1908; C. von Orelll, 1908; Procksch, 1910, 1916; P. Kicssler, 1911; Dnhin, 1911; Nowack, 1922; Knabcnhauer-1 lagen, 1922; E. Sellin, 1922. Les commentaires d’Amos seul de Driver, 1898; d’Œttli, 1901; de W. H. Harper, 1905; Staerk, 1908; Valette. 1908; Totizard, 1908; Gutlie, dans Kaulzsch, 1923. Condamln, chants lyriques des prophètes : strophes et choeurs, i, A/nos, dansKrcur biblique, 1901, p. 352 sq.;E. Bau­ mann, Der Au/bau der Amasrcden, 1903; .L Bôhmer, Die Etycnarl (1er prophelischen Hcilsprediyt des Amos, dans Studien und Kritiken, 1902; F. l.ockcrt, Le prophète Amos, 1909; \V. Baumgartner, Kennen Amos und Hosea cine HeUses cha tologic ? 1913;Budde, Zur Geschichtc des Huches Amos, dans Wellhausen/rstschrift, 1911, p. 65-77; Caspar!, Wer hat die AilSprÛche des Prophelen Amos gesammelt? dans Neue kirchliehe Zeitschrift, 1914, p. 704-715; L. Desnoyers, Ix prophète Amos, dans Heu, bibl, 1917, p. 218 sq.;P. Humbert. Un héraut de la justice, Amos, 1917; E. Balla, Dit Drohund Schellworte des Amos, 1926; K. Hcfvr, Amos, 1927. ill, os6g, — Le ministère d’Amos a été de très courte durée. A cause de ses reproches et de ses menaces, il fut bientôt expulsé de Samarie, el retourna en Judée. Mais, quelques années après, entre 750 cl 720, un autre prophète, Osée, tenait aux habitants du royaume du Nord le même langage sévère. Bien que celui-ci fût leur compatriote cl qu’il les aimât tendrement, vî, 4 ; xi. 7 sq.. il fut obligé à son tour do les accuser cl de leur prédire le châtiment. Ses incriminations sont encore plus détaillées, illustrées qu’elles sont par des descriptions de la corruption du temps présent, xiv, 1 sq.; vu, 1-7. ainsi que par des aperçus rétrospec­ tifs sur le passé, x, 9 sq.;xi, 1-6; xii;xm. 1-6. Pour bien mettre sous les yeux de ses auditeurs leur infi­ délité, Osée épousa sur l’ordre de Dieu une · femme de fornication », i-m. 1430 A ce» accusations correspondent les plus sinistres menaces : Jahvé qui avait eu une prédilection pour Israël, ne peut dorénavant que le haïr, îx. 15; xin> I L Devenu son pire ennemi, le Très-Haut sévira contre lui comme un bon, une panthère el une ourse en furie, xm, 7-8. Quand il mettra On sous peu. î, 4. au royaume d’Israël, < 1rs jours du châtiment et de la rétribution viendront », îx, 7; la tribulation sera si grande que 1rs hommes diront aux montagnes : « Couvrez-nous , et aux collines: « tombez sur nous ». x. 8. Dès maintenant la punition a commencé : par suite d’une sécheresse tout languit, la terre ct ses habitants, même les oiseaux cl les poissons, îx. 3. (Bien n’oblige de prendre ce verset avec Guthe. Nowack ct en partir avec Sellin pour une glose). Des armées ennemies inonderont le pays, le dévasteront surtout aux endroits du faux culte, ix. 6; x. 8, tue­ ront impitoyablement les habitants, x, 14-15, iv, 6; xin, 15; XIV, 1, ou les chasseront de leur domicile, îx, 3-17; xi, 5. Pour exterminer les Israélites, Jahvé les frappera en outre de stérilité ct ordonnera à l’enfer ct à la mort d’envoyer In peste el toutes sortes de maladies contagieuses, xm, 14. Parfois et incidem­ ment Osée gourmande ct menace également Juda. IV, 15; v. 5; v, 12-14; vi, I, 11, vm, 14; xm, 1 (par contre, dans xii, 3 et x, 11, Juda est a remplacer par Israel). Tel est le contenu de la majeure partie des quatorze chapitres du livre. Il pourrait donc sembler qu’il n’y ail plus de place pour des prophéties de salut. Plu­ sieurs fois cependant le prophète laisse percer, à tra­ vers ces sombres nuages, le soleil de la bonté divine et le fait même briller avec éclat. A cause du contraste qui existe entre les nombreuses menaces et ces rares promesses, ces dernières sont tenues pour inauthenti­ ques par les mêmes auteurs.ou à peu près, qui enlèvent la conclusion rassurante du livre d'Amos. Mais ici leurs arguments sont plus faibles encore; car .pour les mots comme pour les idées, il y a « une relation si intime entre une grande partie des oracles contestés et le reste du livre que tout proteste contre l’idée d'une interpolation ». Sellin, p. 18. D’autre part, il faut savoir que le livre actuel combine des fragments de discours qui n’ont aucune connexion entre eux,el que précisément la plupart des promesses ne se trouvent plus à leur place primitive, ce qui explique qu’elles jurent avec le contexte. Il nous semble assez pro­ bable qu’elles datent plutôt du temps qui suivit la ruine de Samarie (722), comme les oracles messia­ niques de Jérémie et d’Ézcchicl sont en leur majeure partie postérieurs à 586. A défaut de moyens sûrs pour en fixer la suite chronologique, il faut sc contenter d’un exposé systématique. Dans v, S-vn, 1*, passage où Osée s'adresse autant à Juda qu’à Israël, il fait dire à Jahvé qu’après avoir sévi contre les deux royaumes, il retournera au ciel dans la conviction que les Israélites, terrifiés par le châtiment, le rechercheront et lui demanderont de guérir leurs plaies, v, S-vi. 3. Entendant leurs prières, Jahvé hésite un moment, mais finalement il se déclare prêt à rétablir Israël, en particulier Juda. vî, 11; mi, 1\ (C’est, nous semble-t-il. In meilleure explication de ces versets difficiles; dans tous les cas il n’est pas nécessaire de les sacrifier entièrement comme le font Guthe. Nowack. et en partie Sellin.) La raison pour laquelle Jahvé épargnera au moins un reste des Israélites, c’est sa miséricorde qui triom­ phera de sa juste colère et l’amènera à pardonner à ce peuple, à ne pas sc contredire au point de le perdre après l’a voir élu, xi, 8-9. Quand les Israélites du Nord auront vécu longtemps · sans roi et sans sacri­ fice ». ni, 4, à la fin des temps, m. 5. c'est-à-dire à la fin du temps de pénitence, ils reviendront à Jahvé*. 1431 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : ISAÏE Celui-ci les acquerra pour toujours, il, 21-22, confor­ mément à la belle parole : « C’est la piété que je désire et non le sacrifice» la connaissance de Dieu et non les holocaustes ·, vi, 6, il y aura une union intime entre lui et son peuple, consistant dans l’amour ct dans la parfaite connaissance du Très-Haut, n, 18 sq., 21 sq. Il les ramènera des lieux où ils avaient été dispersés, xi, 11. Les douze tribus se réuniront de nouveau, sous un seul ct même roi de la dynastie davidlquc, i. 11 ; ni, 5. Osée,comme plus tard Jérémie ct Ézéchicl, nomme ce roi idéal dc l’avenir, David tout court. (C’est bien à tort que Harper, Nowack, Duhm, Sellin regardent cette mention du roi mes­ sianique comme ajoutée après coup). Les Israélites deviendront aussi nombreux que le sable dc la mer ct vivront dans une paix éternelle, sans être tour­ mentés ni par les animaux sauvages ni par les ennemis, n, 18. Ciel et terre s’entendront pour fournir aux Israélites du froment, du vin et de l’huile en abon­ dance, n, 22-23. Pour dépeindre le bonheur et la prospérité d’Israël, Osée dit que le peuple fleurira comme le lys ct la vigne, xiv, 6. Les idées messianiques d’Oséc sont à peu près les mêmes que celles d’Amos. Pour lui aussi, la catas­ trophe est imminente, i, 4; d’autre part il relève que l'époque de la tribulation ct de la pénitence durera longtemps. Les commentaires des douze petits prophètes, voir col. 1429. — Les commentaires d’Oséc soul dc Nowack, 1880; Scholz, 1882; Cheyne, 1899; Œttli, 1901; Harper, 1905; Guthe, 1923. — Condamin, Interpolations et transpositions accidentelles, dans Revue biblique, 1902, p. 379-397, sur Osée, i, 1-3, 8-9, p. 386 sq.; Bôhmcr, Die Grundgedanken der Predigt Hoseas, dans Zeitschrift fùr udssenscha/tliche Théologie, 1902, p. 1 sq.; E. Pciscr, Hosea, dans Philologische Studien zum Alten Testament, 1914; F. Praetorius, Bemerkungen zum Bûche Hosea, 1918; Λ. Alt, Hosea, S, S-6, 6, dans Neue kirchliche Zeitschrift, 1919, p. 537 sq. iv.îsaib.— Isaïe qui est à tout point de vue le plus ' grand des prophètes, l’est surtout par ses oracles mes­ sianiques; il a été nommé l’évangéliste dc 1’Ancien Testament. Bien qu’il jouisse encore aujourd’hui d’un prestige unique, la critique moderne conçoit son œuvre en général, particulièrement son messianisme, tout autrement que l’exégèse ancienne. Non seule­ ment les savants non catholiques lui contestent unani­ mement la seconde partie du livre qui porte son nom, XL-Lxvi, ainsi que les chapitres xiiî-xiv, 23; xxi; xxivxxvn; xxxiv-xxxv, ct les attribuent à des auteurs exilions cl posl-cxiliens, mais bon nombre d’entre eux lui enlèvent encore d’autres textes, parmi lesquels se trouvent Justement quelques-unes de ses plus célèbres prédictions. L'étude des idées messianiques d’Isaïe se meut donc sur un terrain fort discuté. La situation est d’autant plus embarrassante que, même pour les prophéties qu’ils reconnaissent comme authentiques, les auteurs sont loin d’être d’accord sur leur date d'origine. (La position prlse’par nous dans ces questions de critique littéraire se dégagera de la manière dont nous nous servirons des passages. Elle ne sera exposée ct défen­ due qu'en tant que la négation de l’authenticité d’un texte résulte principalement dc son contenu messianique.) Comme les discours d’Isaïe appartiennent à des époques très différentes de sa longue carrière, la meil­ leure manière d’en saisir les idées messianiques est dc les étudier dans leur suite chronologique. De celte façon on évite le schéma trop artificiel dans lequel on les place d'ordinaire, ct il sera en même temps possible de suivre ces idées dans leur développement en tenant compte dc la situation historique dans laquelle elles ont vu le jour. 1432 1° Prophéties du commencement du ministère (ver· 740). — 1. La première prédiction sur l’avenir d’Israël se trouve dans la uision inaugurale, vi. Elle est exces­ sivement pessimiste : le prophète est envoyé par le Seigneur uniquement pour aveugler et endurcir le peuple, ce qui veut dire qu’Israël, par l'opiniâtreté avec laquelle il persistera dans scs péchés malgré la prédication du prophète, deviendra mûr pour le jugement. A la question de savoir jusques A quand doit durer cet aveuglement, Isaïe reçoit cette réponse : « Jusqu'à ce que les villes soient dévastées ct sans habi­ tants ct les maisons sans hommes, et que le pays soit ravagé et désert ·, vi, 11. Le récit primitif du c. vi semble se terminer sur cette phrase (Marti, Duhm, Guthe); car d’abord le t. 12 n'est qu’une faible répétition, une glose du verset précédent : Jahvé n'y parle plus comme auparavant à la première personne, mais à la troi­ sième. Ensuite le 13 : · Et si une dixième partie en reste, elle sera également détruite, comme chez un chêne ou un térébinthe dont il reste un tronc quand on les coupe » introduirait l’idée que même le moindre reste qui survivrait au premier châtiment serait détruit à son tour. En effet, la comparaison veut dire que, dc même qu’on enlève encore après coup le tronc d'un chêne abattu, ainsi on fera disparaître les sur­ vivants des Israélites, ct elle ne signifie pas, comme Feldmann le prétendait encore dans son commentaire récent,Das Bach Isaias, i, 1925, que du dixième sauvé survivra un reste comme un tronc du chêne abattu. Or une telle idée n'est guère concevable. Elle est, d'une part, contredite par bien des oracles d’Isaïe. Pour cette raison sans doute on a jugé nécessaire dc gloser cette glose du ÿ. 13 par la phrase : » Leur tronc sera une semence sainte », phrase qui ne se trouve pas en grec ct qui est rejetée commi inauthentique même par les exégètes qui maintiennent 12 ct 13 : Houbigant, Condamin, I lackmann, Meinhold, Cheyne. D’autre part, l'appel de Dieu aurait condamné Isaïe à une œuvre tout à fait inefficace. Si, par contre, le t. 11 contient la dernière parole de Dieu, celle-ci par son sens général serait encore compatible avec l’idée d’un petit reste qui serait sauvé, ou du moins elle ne l'exclurait pas formellement comme le fait le t. 13B. Marti et Duhm exagèrent beaucoup, quand ils trou­ vent sublime le contenu du c. vi, précisément à cause de l'idée que Jahvé veut se passer d’Israël pour la réalisation du vrai culte dans le monde entier. Aucun prophète n'a eu et n'a pu avoir une conception aussi désintéressée dc la manière dont la religion pure ct absolue serait établie. Le fait que, dans sa vision inaugurale, Isaïe n’en­ trevoit pas explicitement le salut, même pour un petit groupe, mais uniquement le châtiment, prouve que l'irréligion et le désordre moral ct social régnaient aussi en Judée et A Jérusalem. Nous ne devons pas nous étonner dc trouver chez Isaïe presque autant dc reproches ct dc menaces que chez Amos ct Osée. Les discours qu'il adresse aux habitants du royaume du Sud ont pour but principal dc démontrer qu’ils sont devenus, A leur tour, indignes de Jahvé. On n’y trouve que quelques passages brefs ct clairsemés où il promet un avenir glorieux A un petit reste. Ces pro­ messes suivent parfois les menaces sans liaison étroite et forment avec elles un certain contraste. Pour celte raison quelques critiques veulent en retrancher le plus grand nombre et les séparer des discours primitifs du prophète. Mais, comme parmi ccs passages quelquesuns du moins sont reconnus comme authentiques par tous, ct que s'y exprime l’idée d'un reste sauvé ct d’un bonheur magnifique dont cc reste Jouira après le chAtimcnt, on est en droit de revendiquer tous ccs passages pour Isaïe. Comme dans le livre d'Osée, le 1433 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : ISAIE contraste des promesses avec le contexte ne prouve pas contre leur authenticité; car la composition des livres prophétiques, moins encore que celle des écrits législatifs et historiques de ΓAncien Testament, ne sau­ rait être comparée à la rédaction des ouvrages mo­ dernes. Ni le point de vue logique ni le point dc vue chronologique n’y président d’une manière absolue. Souvent, d’ailleurs, ce ne sont pas les prophètes euxmêmes qui ont fixé par écrit ct collectionné leurs oracles. *2. Déjà les premiers discours d’Isaïe, n, 6-v, 21, révèlent la tendance comminatoire. Ils sont pleins d’accusations contre Juda à cause de l’idolâtrie, des mœurs païennes, de l'orgueil que la situation opulente du pays inspire à scs habitants. Isaïe y fait retentir des cris de malheur et prédit à plusieurs reprises un jugement sévère. A l’exemple d’Amos, il nomme l’in­ tervention de Dieu, le jour de Jahvé des armées, n, 12. Quand le Très-Haut sc lèvera, l’éclat dc sa majesté terrifiera la terre, n, 19. Les idoles disparaîtront avec tout ce qui rend pour le moment les Judccns si fiers, n, 12 sq. Jérusalem et Juda tomberont, ni» 8, la vigne dc Jahvé deviendra un désert, v, 6. Ce jour ne sera pourtant pas uniquement un jour de ruine cl de ravage. Déjà, au milieu des menaces, Isaïe laisse entrevoir, ni, 12-15, qu’à côté des coupables il existe encore des justes et que Dieu rendra justice à son peuple (LXX) opprimé et égaré parles chefs ct les princes. A la fin du discours qui contient cette allu­ sion au salut, il en donne une description explicite, iv, 2-6. Ce salut sera réservé à ceux qui auront échappé aux terreurs du jugement, savoir aux justes qui étaient inscrits pour la vie à Jérusalem, c'est-à-dire à ceux qui étaient prédestinés à survivre. Le salut consistera dans un triple avantage. D'abord les réchappés seront heureux : une grande fertilité du pays leur procurera un tel bien-être ct une si grande richesse, qu’il en résul­ tera pour eux une gloire devant le monde entier, iv, 2. C'est le seul sens possible dc ce verset. Bien que le terme < germe » qui s’y trouve employé soit plus tard dans Jérémie, xxiu, 5,et dans Zacharie, tu, 8; vr, 12, une désignation du Messie, il ne peut avoir ici, à cause du parallélisme avec « fruit de la terre », que le sens dc produits du sol, sens qui sc rencontre aussi dans d’autres passages, par exemple, Gcn., xix, 25. Tout au plus peut-il signifier que le sol, outre sa production naturelle, donnera par suite d'une bénédiction spé­ ciale dc Dieu, des récoltes tout à fait extraordinaires. Puis les élus seront saints : Jahvé aura lavé la souillure des filles de Sion ct effacé à Jérusalem les taches de sang. Enfin ils jouiront d'une présence particulière dc Jahvé qui viendra (LXX) sur Sion et sur scs assem­ blées d’une manière visible sous la forme d'une colonne de fumée ct de feu comme lors de l'Exode. (Duhm, Marti, Cheyne, Guthe rejettent cette prophétie; d’après Duhm et Guthe elle aurait été composée seulement au ni· siècle. Le style ct le contenu seraient en désaccord avec les textes authentiques d Isaïe. Skinner, Condamin ct Feldmann relèvent avec raison que les idées principales de cc passage, salut d’un reste et purification par le jugement, se trouvent aussi ailleurs chez Isaïe.) 3. Cette magnifique prédiction du salut messianique suit immédiatement les reproches si connus que le prophète a faits aux femmes de Jérusalem. Un autre texte tout à fait analogue appartient très probable­ ment à la même époque : xxxn, 9-20. Isaïe y accuse une seconde fois d'une façon particulière les femmes de la capitale qui sont si insouciantes ct si peu attentives à ses exhortations. Il leur annonce que dans l’avenir elles deviendront anxieuses. Toute joie cessera. Les vergers ct les vignes seront ravagés ct les maisons détruites. Celte désolation durera jusqu’au moment où sera répandu · l’esprit d’en haut », qui transformera 1434 toute la nature déserte et les cœurs pervertis. Jus­ tice, paix ct bonheur régneront alors partout. Presque unanimement on attribue cet oracle à l’époque qui précéda l’invasion de Sennachérib (701) parce qu'on interprète l'indication de temps qui se trouve au f. 10: » en des jours à l'année » (tamim al Pin a) dans le sens de · après plus d’un an ». Mais celte expression peut aussi bien signifier « après des jours cl des années»,et la perspective du prochain avenir est ici tout autre que dans les discours de cette époque tardive. Pour ces raisons nous suivons Duhm qui place cet oracle au commencement de l'activité d’h..aie. 2· Prophéties du temps de la guerre syro-éphralmite (vers 735). — La paix et la prospérité dans lesquelles Juda s’était trouvé durant les premières années du ministère d’Isaïe furent subitement troublées par deux dangers. L’un provenait de l'Assyrie, qui se relevait d'une léthargie transitoire, l’autre de la Samarie et de la Syrie qui déclaraient la guerre a Achab, parce qu’il ne voulait pas entrer dans une coalition contre Nlnive. Dans son manque dc confiance ct son impré­ voyance, le roi, pour parer au danger le plus Imminent, l'attaque de Pékah et dc Bczin, s'adressa à Teglathphalasar III pour qu'il vint à son secours, ct par cette démarche rendit le premier danger plus menaçant qu'il ne l'était. Cette situation compliquée appela Isaïe à une activité intense dont nous avons des documents très importants dans les discours contenus en vn, l-ix,7, ct en ix, 8-x, 4 4- v, 25-30. Ccs discours sont pour le messianisme d’une portée exceptionnelle. Au mo­ ment du danger suprême, Isaïe prévit ct annonça non seulement le salut messianique, mais aussi le Messie sauveur. C'est donc à lui que revient le mérite d’avoir introduit pour la première fois dans la litté­ rature strictement prophétique l’idée du Messie per­ sonnel. 1. Lorsque les rois dc Damas et de Samarie s'ap­ prochèrent dc la ville sainte, le prophète alla trouver Achaz, pendant que celui-ci inspectait les fortifica­ tions cl la conduite d’eau, pour annoncer au roi, sur l’ordre de Dieu, l’échec certain de scs deux ennemis Pour confirmer sa promesse, il lui ofïrit un signe, c’est-à-dire un grand miracle, dont le choix restait réserve au roi. Celui-ci, par suite de son scepticisme, s'y refusa. Plein d’indignation, le prophète lui repro­ cha son attitude honteuse envers Jahvé, ajoutant que Dieu lui donnerait néanmoins un signe : < Voici la vierge est enceinte et enfante un fils qu’elle appel­ lera Emmanuel (Dieu avec nous) », vu, 14. Comme cette phrase suit immédiatement l’annonce du signe ct que Jahvé avait promis comme signe un fait miraculeux, on a, jusqu'au xix· siècle, unanime­ ment interprété le t. 14 dans ce sens qu’il indique le signe promis, que ce signe est un miracle, cl que ce miracle est la naissance virginale d’Emmanuel. Mais l’exégèse moderne, tant protestante que catholique, abandonne de plus en plus celle explication. Les protestants le font parce qu’ils ne reconnaissent plus la portée messianique de cette prédiction; pour eux le signe ne consiste que dans le nom symbolique d’Emmanuel, donné d’avance comme garantie du salut promis ct prochain. Les exégètes catholiques, tout en maintenant la naissance virginale d’Emma­ nuel, contestent qu'elle représente le signe et croient de celte façon pouvoir mieux défendre le sens messia­ nique du texte. Or il pourrait bien y avoir erreur des deux côtés. Pour comprendre le t. 1 I. passage discuté aujourd’hui plus que jamais, il faut tout d’abord tenir compte du fait que Jahvé. vn, 4-9, vient de promettre le salut qu’obtiendra Jérusalem dans le danger actuel en 1435 MESSIANISME, LES PROPHETES PRÉEXILIENS : ISAÏE des expressions si absolues que l'indignité même du roi n’y changera rien. Sans doute le refus du roi mérite une punition. Aussi est-elle longuement décrite dans les f.17-25: le roi assyrien,en lequel Achaz a tant de confiance qu’il croit pouvoir se passer de l’aide du ciel, ravagera la Judée. Mais la guerre syro-éphraïmite elle-même aura une issue favorable pour Achaz. Il s’ensuit que le signe que Jahvé veut donner luimême aura le meme but et le même caractère que celui que le roi aurait dû demander, c’est-à-dire qu’il sera un miracle par lequel le Très-1 laut révélera d’une façon éclatante sa toute-puissante protection contre les rois Pékah et Bezin. Ce signe ne peut être contenu que dans la phrase : Ecce virgo concipiet, etc.; car cette phrase est intro­ duite solennellement par ecce et rattachée étroitement par la même particule à l’aflinnation que Jahvé donnera lui-même un signe; elle précède en outre l’assurance réitérée que les deux ennemis ne prévau­ dront pas, vu, 16, échec que le signe doit précisément garantir d’avance. Or cette proposition annonce deux choses : la naissance et la dénomination d’un enfant. La seconde, savoir que l’enfant s’appellera Emmanuel, est un indice préalable de l’aide de Dieu dans le danger actuel, mais elle n’est pas le signe, quoi qu’en disent aujourd’hui presque tous les exégètes protes­ tants, car le contexte exige comme signe un miracle. Le signe ne peut donc consister que dans le premier fait : ecce virgo concipiet et pariet filium. Or, parmi les mots qui l’annoncent il n’y en a qu’un seul qui soit apte à exprimer un miracle, c’est celui de virgo, ce qui veut dire que le signe est la conception virgi­ nale de l’enfant. Si dans le texte hébreu betoula cor­ respondait à virgo, terme qui ne signifie que vierge, on n’en aurait jamais douté. Mais nous y lisons aima, mot qui signifie seulement « jeune fille > non mariée, Gen., xxiv, 43; Ex., xi, 8; Cant., i,3; vi, 8; iTov., xxx, 19. Cependant aima est ici équivalent à bctoula; car une jeune fille non mariée doit être supposée vierge jusqu’à preuve du contraire, comme l’a très bien dit Tobac, article Isaïe, t. vin, col. 36, et le pro­ phète n’aurait pas employé ce terme, mais celui de iSSa < femme », s’il n’avait pas voulu exprimer un privilège unique qui distingue cette mère de toutes les autres, et qui consiste en ce qu’elle ne conçoit pas d’une façon ordinaire, c’est-à-dire en contractant un mariage. 11 faut conclure que le signe consiste dans la naissance virginale. Dans cette prédiction, il ne s’agit donc pas en premier lieu de l’enfant qui va naître, mais de sa naissance miraculeuse. C’est si vrai que cet oracle à lui seul ne suffit pas à déterminer l’enfant. Pour cette raison, les protestants qui rejettent l’idée qu’il est ici question de naissance virginale sc croient en droit de prétendre qu’il ne s’agit pas d'un enfant déterminé, mais de tous les enfants qui naîtront dans l’intervalle d’un an et auxquels leurs mères pourraient donner le nom d’Emmanuel, opinion dénuée de tout fondement, ne fût-ce qu’à cause du mot aima. C’est seulement dans scs prophéties ultérieures qu’IsaTc a explicitement fait connaître que l’enfant annoncé est le Messie. Il en résulte que le nom d’Emmanuel avait été donné d’avance à l’enfant non seulement parce qu’il présage le salut de Juda, mais aussi parce qu’il est conforme à la nature surhu­ maine de l’enfant. Mais à l’époque où Isaïe parlait devant le roi, les auditeurs ne pouvaient pas encore saisir le sens total du nom d’Emmanuel ni le rôle messianique de celui qui le porterait. On ne lient pas d'ordinaire suffisamment compte de ce fait. La naissance miraculeuse d’Emmanuel apparaît nécessairement comme prochaine; car elle doit être le signe apte à consolider lu foi d’Achaz. En effet, 1436 Isaïe annonce, au v. 16, qu’avant que l’enfant sache rejeter le mal cl choisir le bien, le pays des deux enne­ mis sera dévasté. Gomme Emmanuel est le Messie, celui-ci semble cire attendu pour bientôt. De tout temps on a vu là une difficulté. Pour la résoudre on a, surtout autrefois - aujourd’hui Feldmann l’essaie encore — recouru à l’anticipation prophétique, c’està-dire à la supposition que sa vision montrait au prophète le Messie tout près; dans les temps modernes on a invoqué soit le prétendu sens hypothétique de la particule hinne (= ecce) : Si la Vierge enfantait maintenant, etc., soit l’idée que le signe n’est pas du tout la naissance virginale, mais la devastation de la Palestine par le roi assyrien. Toutes ces explications sont contredites par le sens obvie du texte, par la grammaire,et reposent en outre sur des changements arbitraires du ÿ. 16. Voir L. Dcmivfeld, Le « signe » dans la prophétie d'Emmanuel, dans Revue des sciences religieuses, 1927. p. 69-86. Aussi bien n’a-t-on aucunement besoin de recourir à ces moyens artificiels pour comprendre la prophétie sur la naissance de l’Emmanuel; car elle correspond à une loi générale qui domine, comme nous le verrons, la plupart des prophéties de l’Ancien Testament et qui consiste en ce que les prophètes présentent souvent Père messianique comme proche. C’est la loi du rac­ courci en perspective comme s’exprime Fr. Delitzsch, Messianische Wcissagungen, 1890, p. 99, et aussi Fillion, Essais d'exégèse, 1881, i, La prophétie de la vierge mère et d'Emmanuel, p. 98. 2. Cette première prophétie sur l’Emmanuel a été complétée et développée par d’autres (pi’Isaïe a pro­ noncées bientôt après. D’abord à l’occasion d’une nouvelle description de l’invasion assyrienne, vm, 5-10, qui suit à peu d’intervalle celle de vu, 17 sq. Le prophète y dit que, parce que Juda a méprisé les eaux de Siloé qui coulent doucement, c’est-à-dire l’ac­ tion protectrice de Jahvé à Slon, les eaux grandes et puissantes de l’Euphrate, savoir l’armée assyrienne, inonderont la Terre sainte. Consterné par ce danger, Isaïe s’adresse tout à coup, comme dans un appel pressant, à celui qu’il avait annoncé peu de temps auparavant à Achaz, en s’écriant : « Elles couvrent toute ta terre, Ô Emmanuel ! La pensée d’Emma­ nuel ranime son courage à tel point que, dans un transport de joie hardie, il invite toutes les nations, même celles des pays lointains, à venir attaquer le peuple de Dieu, leur annonçant d’avance qu’elles seront confondues, vm, 9-10. La terre de Juda, qui est souvent nommée la terre de Jahvé, est ici désignée comme appartenant à Emmanuel : d’où il suit qu’il en est le roi. Et comme l’attente de ce roi inspire à Isaïe une confiance absolue en face du monde entier, il est plus qu’un roi ordinaire, il est le roi par excel­ lence que David a nommé l’Oint, le Messie. Pour écarter l’idée que la Palestine serait le pays d’Emmanuel, quelques critiques, par exemple, Cheyne, Marti, Guthe, changent d’une façon arbi­ traire la fin de vin, 8, et éliminent surtout le suffixe de la seconde personne : ton pays. Duhm, qui avait introduit ce changement l’a de nouveau abandonné, dans la quatrième édition de son commentaire, 1923, p. 81. 11 prend maintenant toute la seconde partie du ï. 8 pour une glose tardive; par contre il défend contre Guthe et Marti l’authenticité des versets 9-10 et les apprécie même de la façon suivante : « Il s’agit ici pour Isaïe non seulement du danger syrien; pour lui le monde est entré dans la grande crise spirituelle qui doit décider de ses destinées... La prophétie d’Israël atteint ici une hauteur royale · p. 82. 3. Si quelque doute avait pu exister sur l’identité entre Emmanuel et la personne du Messie, il aurait I été dissipé par une troisième prophétie, vin, 23-1 x, 5 1437 MESSIANISME, LES PROPHETES PRÉEXILIENS : ISAIE qui est encore plus cintre. Isaïe y constate, plein d’amertume, que le gros du peuple ne prête pas fol aux révélations que Dieu lui accorde par son Inter­ médiaire, et il annonce une troisième fois le châti­ ment qui viendra de l’Assyrie, et qui pèsera sur tout le pays comme une nuit sombre. Cependant il ne désespère pas. Au contraire, au milieu des plus épaisses ténèbres, il voit tout à coup surgir la lumière du salut. De cette lumière se réjouiront en premier lieu les contrées septentrionales de la Palestine, le pays de Zabulon et de Nephlall, qui, en effet, d'après IV Heg., xv, 29 et les annales de Teglatbphalasar III, ont le plus souffert des campagnes assyriennes des années 731-732. Une Joie immense régnera parce que le joug imposé par le conquérant sera enlevé, que le bâton de l’exacleur sera brisé et que toute trace de guerre, botte de soldat et manteau trempé de sang, disparaîtra. Cependant la raison principale de la joie sera le fait qu'alors un roi montera sur le trône de David qui doit garantir à tout jamais la paix ; Un enfant naîtra, un fils nous sent donné; lui souveraineté sera sur son épaule cl on Je nommera Merveilleux-Conseiller, Dieu fort, père à jamais, prince (de la paix. Pour l'agrandissement de la souveraineté et pour la paix Sur le trône de David cl dans son royaume, (sans fin Pour l'affermir et le consolider par le droit et la justice Dès maintenant à jamais. Le zèle de .Jahvé fera cela, rx, 6-7. Il y a ici, comme dans vu, 14, l’annonce d’un enfant. Bien qu’il ne soit pas nommé Emmanuel, Il est évi­ dent qu’il lui est identique. Ici et là son apparition coïncidera avec le changement de la situation malheu­ reuse. Comme une date de ses toutes premières années doit marquer la lin du danger actuel, repré­ senté par la guerre syro-éphraïmile, ainsi une date ultérieure de sa vie formera le terme de la détresse causée par l’invasion assyrienne. C’est lui qui main­ tiendra la paix et le bonheur par son gouvernement sage et juste. Il sera quali lié pour cela d’une façon extraordinaire. Il sera un conseiller merveilleux; sa puissance sera telle qu’on le nommera Dieu fort. Ce titre est donné à Jahvé, Is., x, 21; Dent., x, 17; Jer., xxxii, 18; Neh., ix. 32. Pour Isaïe et ses audi­ teurs, ce terme appliqué au Messie n’a sûrement pas eu le sens métaphysique qu'on lui donne parfois main­ tenant. D’autre part, il n’est pas non plus uniquement hyperbolique suivant l’usage du style de cour employé dans l’Anclen Orient. Il exprime une nature surhu­ maine, une certaine participation à la vie et à In majesté divine. « La conception Israélite tout en faisant une différence Insurmontable entre Dieu et l’homme, n mis cette différence de côté uniquement pour le Messie... Mais l’idée du caractère divin du Messie restait obscure et imprécise », l’eldmann, 1.1, p. 120. Ce roi divin sera nécessairement pour son peuple un vrai père, un - père à toujours » et un prince de paix. Par lui se réalisera In promesse faite à David que son trône doit subsister à jamais. Telle est l’explication de celte magni lique prophé­ tie. Personne n’ose en nier le sens messianique, Mais beaucoup de critiques, surtout Marti, llackmann, Volz, Cheyne, Guthe, la regardent comme inauthen­ tique, comme poslexilicnne. D’autres, par exemple Baudissin, t’omill. Smend cl surtout Duhm. la reven­ diquent pour Isaïe. Ce dernier critique dans la P éd. de son commentaire l’attribue à la lin de l’acti­ vité d’Isaïe. Mais à cause de la connexion étroite entrevu, l.et ix. 1 (ils’agit chaque fois d’un enfant), et à cause de l’accord qui existe entre les descrip­ tions des suites de l’invasion assyrienne données dans vin, 23, cl dans les sources historiques, il 1438 vaut mieux la laisser a l’époque de la guerre syroép hr aim île. 4. Immédiatement après l’échec et la retraite des armées de Pékah cl de Bezin, le prophète fixe dans un discours solennel l’attention des Hiérosolymitains sur les graves dégâts causés par les envahisseurs : la dévastation totale du pays est la punition de leurs péchés. Ciel et terre doivent s’épouvanter de ce qu’Israêl, élevé comme un enfant par Jahvé, le con­ naît moins que le bœuf son possesseur et l’Ane l’étable de son maître, i, 2-3. Jahvé reste malgré tout prêt à leur pardonner : même si leurs péchés sont rouges comme la pourpre, ils deviendront blancs comme la neige, i, 18. Il est cependant inévitable que le peuple passe par un sévère jugement qui le purifiera comme le feu purifie le métal. Ce n’est qu’après ce jugement que Sion sera sauvée (Nous plaçons donc le discours du premier chapitre à la fin de la guerre syro-éphraimitc et non en 701 après l’invasion de Sennacherib. L’état lamentable du pays que font supposer les r. 5-9 est suffisamment expliqué par ce qui est raconté IV Heg., xvi, 5,et surtout II Parai., xxvm, 5 sq., de l’issue de cette guerre, de sorte qu’on n’a pas besoin de penser à la dévastation due â l’armée de Senna­ cherib. En outre, les idées et le ton ne cadrent guère avec les discours qu’Isaïe a tenus vers 701,et dans lesquels il annonce continuellement la délivrance de Jérusalem et la ruine des ennemis, xxvni-xxxin.) 5. Le peuple, au lieu de tenir compte du langage sévère d’Isaïe, se livre, par suite de la retraite de l’armée ennemie, à une joie folle. Le prophète lui fait savoir, xxn, 1-11, qu’il ne peut pas la partager. Il lui faut au contraire, pleurer sur la ruine de son peuple, xxn, 4. En esprit il voit la ville de nouveau assiégée, scs guerriers percés par le glaive, scs chefs mis en fuite. Ce désastre viendra parce que le peuple, dans son impardonnable insouciance, s’amuse et reste sourd aux appels à la pénitence. Dieu ne leur par­ donnera pas ce péché : il faut qu’ils paient cette fri­ volité par la mort. (Ce discours, bien qu’a peu près tous les exégètes le supposent prononcé, comme celui du c. i, à l’occa­ sion de l’invasion de Sennacherib, après la retraite provisoire ou définitive de l’ennemi, ne peut, nous semble-t-il. être mis dans la bouche du prophète à cette époque: car le langage d'Isaïe en 701 est encore bien plus opposé à celui de xxn, 1-14. qu’à celui du c. i. La situation extérieure de xxn peut aussi bien être celle de 735 que celle de 700. Le t. 6 qui mentionne Elam cl Kisch fait difficulté dans les deux cas et le mieux est de le regarder avec Guthe. p. 626, comme ajouté après coup. Beaucoup plus que xxxn, 12-14, (pic Duhm place avant les discours de 701 contenus (lans xxvni-xxxin.il faut regarder xxn. 1-14. comme anterieur à ces chapitres.) 3° Prophéties de l'époque de l'invasion de Sennachéri b (701). - Ce fut donc au moment d’un grand danger national, causé par les rois de Syrie et de Samarie. qu’Isaïe prononça les célèbres oracles mes­ sianiques que nous venons d’étudier. Pour en trou­ ver de semblables il faut descendre jusqu’à la fin de sa carrière A l’occasion d’un autre danger, bien plus grand encore, provoqué par l’invasion de Sennache­ rib, le prophète rut alors des visions qui égalent celles de la guerre syro-éphraïmlte. tandis que les quelques discours (pii se placent entre les deux dates de 734 et 701 n'ont aucune portée messianique. Les Assyriens avaient détruit le royaume de Damas et de Samarie et menaçaient de plus en plus Jérusalem elle-même. Sennacherib s’apprêtait à achever la con­ quête des Etals situés le long de la Méditerranée. Ceux-ci. comptant sur l’aide de l’Egypte, formèrent une ligue contre l’Assyrie. Ezéchias. le successeur 1439 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : ISAIE d’Achnz, y prit part. Pour le punir, Scnnachérib envahit Juda; mais devant les portes de la ville sainte son armée fut frappée par Fange de Jahvé. Ccs événements curent une forte répercussion sur les oracles d’Isafe. Le prophète s’opposa par tous les moyens A la coalition avec les autres nations, surtout avec l'Égypte. Il proclama de nouveau que Jahvé suffisait Λ lui seul pour sauver son peuple. Il assura de la façon la plus nette que Scnnachérib ne réussirait pas et qu’après la détresse transitoire la tranquillité renaîtrait. Et de nouveau, comme en 735, il présenta la prospérité A venir comme le bonheur messianique. Les discours qui expriment ccs idées d’Isafc semblent être lessuivants : x, 5-xn, 6 ; xvn. 12-xix ; xxvin-xxxm. 1. Dans l’ordre chronologique, les paroles contre Samarie ct Jérusalem, contenues en xxvm, tiennent sans doute la première place. (Bien que la menace à l’adresse de Samarie, xxvin 1-1, date d’une époque antérieure A 722, la plupart des critiques attribuent le reste du chapitre à un temps voisin de 701, A cause de la polémique qui s’y trouve contre ceux qui cher­ chent l’appui de l’Égypte. Voir Condamin, p. 202, Feldmann, t. i, p. 336. Parce que, en 703, une alliance fut nouée entre Juda et l’Égypte et que, depuis 711, Ézéchlasyavait travaillé, les xxvin, 5sq. doivent se placer entre 711 ct 703. Λ cause de la connexion étroite entre les t. 4 ct 7, il faut supposer qu’IsaTc a repris l’oracle contre Samarie pour y ajouter celui qui vise Jérusalem. Mais comme, d’autre part, le lien entre 4 ct 7 est artificiel, rien n’empêche de supposer qu’IsaTc lui-même a plus tard élargi l'oracle contre Samarie par la perspective consolante contenue dans les t. 5-G, que les critiques rejettent si souvent.) Comme trente ans plus tôt, Isaïe est obligé de faire encore de graves reproches A Israël; Il l’accuse sur­ tout d'ivrognerie, xxvm, 1-10. C’est pourquoi l’armée assyrienne renversera comme un ouragan d’abord Samaric, xxvm, 2-4. Dieu sauvera cependant un reste de cc royaume pécheur, Il deviendra pour lui un diadème de gloire, donnera la justice à scs juges ct la force à scs guerriers, xxvm, 5-G. Les Hiérosolymltalns ne valent pas mieux que les Samaritains. Ils sc moquent même du prophète qui leur annonce la punition, en disant qu’ils ont conclu un pacte avec la mort ct l’enfer, xxvm, 14-15. Isaïe leur assure que le fléau les atteindra, xxvm, 17-20. Pour accomplir leur ju­ gement, Jahvé sc lèvera lui-même ct frémira de colère comme autrefois lorsqu’il est venu en aide A David, xxvm, 21-22. Cc jugement sera · une œuvre étrange »; car Jahvé, en châtiant son peuple, semble travailler non pas pour, mais contre son propre hon­ neur. Cependant, comme le prophète l’indique, xxvm, 23-29, le châtiment a pour but de purifier le peuple et d’en sauver un reste. Ce reste, Jahvé l’a dès maintenant posé comme pierre angulaire et comme fondement de l’édifice du nouveau royaume de Dieu qui doit remplacer l’ancien, xxvm, 16-17“ . 2. Malgré les avertissements d’Isaïe,les relations entre Juda ct l’Égypte, ou plutôt l’Éthiopie qui dominait en cc moment l’Égypte, dcvinrent.cn face du danger assyrien, de plus en plus étroites et, vers 703. une ambassade du roi éthiopien Tirhaka arriva A Jérusalem. I.c prophète éleva de nouveau la voix, xvn. 12-xvm, 7, ct Invita les messagers à retourner chez eux: Jahvé n’a pas besoin de l’aide de leur roi. Par sa simple menace il dispersera l’armée assyrienne, cette assemblée de peuples nombreux qui font un bruit pareil aux flots de la mer, xvn. 12-14. Au mo­ ment où les Assyriens lèveront leurs bras pour saisir Jérusalem, Dieu les coupera comme on coupe des rai­ sins mûrs, xvm, 4-6. L’impression sera telle que ]cs Éthiopiens mêmes reconnaîtront Jahvé ct vien­ 1440 dront à Sion lui offrir des présents, xvm, 7. (Bien que ce verset ne semble pas appartenir au texte pri­ mitif du poème xvn, 12-xvm, G, Isaïe lui-même ou quelqu’un de ses disciples a pu ajouter celte prédic­ tion messianique A la prophétie primitive. Condamln, p. 128.) 3. Un an plus tard environ, Isaïe annonce que les Assyriens vont mettre bientôt le siège devant Jéru­ salem. Des que le cycle des fêtes d’une année se sera encore une fois reproduit, donc dans un an, la ville sera entourée d’ennemis. Parce qu’ils viendront sur l’ordre de Jahvé, Isaïe dit que Dieu lui-même cam­ pera et élèvera des retranchements contre elle et réduira scs habitants A la plus extrême détresse, xxix, 1-4. Elle le mérite A cause de son aveuglement, de son culte purement extérieur ct de sa politique irré­ ligieuse, xxix, 9-15. Mais Dieu ne laissera pourtant pas périr Jérusalem, il la délivrera, d’un coup, de scs oppresseurs en les dispersant comme de la poussière, xxix, 5-8. Oui, « sous peu », xxix, 17, la situation sera complètement changée, cc qui est exprimé d’une façon imagée par ccs paroles : le Liban sera transformé en verger ct le verger en une forêt. L’aveuglement ces­ sera et tous, même les plus pauvres, deviendront heu­ reux. Les malfaiteurs disparaîtront de la communauté ct celle-ci, devenue sainte, appartiendra dorénavant A son Dieu dans un bonheur qui rien ne viendra trou­ bler. XXIX, 16-24· (Les deux passages 5-8 ct 15-24 du chapitre xxix qui contiennent des promesses de salut,sont attribués par a peu près tous les critiques ct aussi par Duhm A des auteurs post exilions. Cependant les principes qui permettent à Duhm de maintenir l’authenticité des promesses semblables : xxxn, 15; ix 1-6; xi, 1-8, donnent, comme Condamln, p. 203, ct Feldmann, t. i, p. 351 sq., le relèvent avec raison, Je droit de laisser également A Isaïe xxix, 5-8 et 15-24. D’autant que Duhm garde xxxi, 5, verset qui, comme nous le verrons tout A l’heure, représente, en comparaison avec ce qui précède, un changement aussi brusque que xxix,5 ct xxix, 15.) 4. Peu de temps après, Isaïe s’adresse do nouveau au peuple ct surtout A scs chefs politiques : xxx. Il leur reproche, outre leurs efforts pour gagner l'Égypte, la résistance continuelle qu’ils opposent A Dieu ct A scs prophètes. La punition ne tardera pas à venir : l’armée judéenne fuira devant l’ennemi de la façon la plus honteuse ct il n’en restera presque rien, la nation sera aussi complètement ruinée qu’une cruche brisée en mille morceaux, xxx, 1-17. De nouveau, comme dans le discours précédent, par un subit changement d’idées, le prophète annonce que, malgré tout, Jahvé « attend pour faire grâce A son peuple ». Le jour viendra où Israël ne pleurera plus. Les épreuves l’amèneront A la conversion. Parce qu’il écoutera alors fidèlement la voix de Dieu ct qu’il se débarrassera des idoles, une pluie abondante ct des llcuves qui couleront mime sur les hautes montagnes rendront le sol très fertile. La nature sera tellement changée que la lune brillera comme le soleil et que le soleil aura une clarté sept fois plus grande que main­ tenant, xxx, 18-2G. A la fin de cette description du bonheur futur, Isaïe prononce des phrases mystérieuses : < Ceci arri­ vera, dit-il d’abord, au jour où Jahvé pansera les blessures de son peuple », xxx, 26, « au jour du grand massacre, quand les tours tomberont, » xxx. 25. Et immédiatement il décrit, sous l’image d’une tempête, la manifestation de Jahvé qui descendra du ciel ct massacrera les ennemis, au son des instruments de musique avec lesquels les Israélites accompagneront le combat, xxx, 27-33. (Tandis que les critiques aban­ donnent ordinairement, xxx, 18-33, en entier, 1441 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : ISAIE Duhm défend les f 27-33, passage contre lequel on n'a pas encore, d'après lui, apporté de preuve sérieuse. On peut en dire autant des versets, xxx, 18-26.) 5. Un peu plus tard, une troisième fois, Isaïe blâme, xxxi; ΧΧΧΠ, 1-8, les princes à cause de leur pacte avec l'Égypte. Il leur annonce que Jahvé sc lèvera < contre la maison des méchants »; mais une fois de plus il ajoute aussi que Dieu protégera la ville cl renversera Assour devant elle. /\près la catastrophe de l'ennemi, le rui cl le peuple seront transformés; le bonheur régnera à Jérusalem grâce au juste gouvernement du roi ct des princes. L'aveuglement aura cessé pour faire place à une grande sagesse. (Ces deux groupes de versets n’ont pas non plus trouvé grâce devant les critiques modernes. Duhm est encore une fols tout à fait isolé en maintenant les plus importants. Du premier morceau, c. χχχι,ϋ attri­ bue Λ Isaïe surtout le t. 5, malgré le contraste qui existe entre cc verset ct cc qui précède. Avec raison il émet l'idée que, dans le c. xxxi, deux poésies différentes, mais isaïennes, sont réunies; précisément le contraste qui s'y rencontre rend cette conception très probable, non seulement pour cc chapitre, mais aussi pour les précédents, où la transition de la menace à la promesse est si brusque. Toutes deux, menace ct promesse, appartiendraient à la même époque, mais n’auraient pas été prononcées simultanément. Le second morceau, xxxn, 1-8, est pour les cinq pre­ miers versets — les trois suivants ne sont que des sentences générales — mis par Duhm sur le même pied que n, 2-1, et xi, 1-8 : · aussi bien que n, 2-4, et xi, 1-8, sont authentiques, xxxn, 1-5, peuvent l’être et appartenir à l’âge avancé d’Isaïe», p. 234.) 6. Immédiatement avant le siège, donc à peu près un an après les discours des chapitres xxix-xxxi (voir Driver ct Condamin), Isaïe cric malheur au dévasta­ teur assyrien qui ruine tout sans pitié. Mais il a con­ fiance en Jahvé, qui sc lèvera contre lui, sauvera la ville ct brûlera les ennemis comme des épines. A Sion les pécheurs en trembleront et sc convertiront. Après la disparition des Assyriens, on sera de nouveau heu­ reux ct tranquille à Jérusalem, à tel point qu’il n’y aura plus, comme Moïse l’avait déjà prédit, Ex., xxiu, 25, d’infirmes ni de malades, xxxm, 1-24 (Assez unanimement les critiques, y compris Duhm, attribuent ce discours au temps posl-exilicn. Quel­ ques-uns cependant, Baudissin, Cheyne, Orelll, Kittel, supposent au moins un fondisaïen, ou bien reconnais­ sent qu’il y a une telle parenté entre cc discours cl les oracles reconnus comme authentiques qu’il s'agi­ rait d’une imitation d’Isaïe. Avec raison Condamln, p. 210, en conclut que le parti le plus raisonnable est de laisser ce chapitre à Isaïe.) 7. Lors de l’invasion de Scnnachérib, Isaïe annonce donc à maintes reprises le salut, et le présente comme messianique. Comme au moment de la guerre syroéphraïmitc, Il prédit en outre le Messie lui-même; car le troisième, x-xi, des célèbres textes qui sont réu­ nis dans le livre d’Emmanuel, c. vn-xn, appar­ tient non pas, comme on l’a supposé souvent et récemment encore Ecldmann, à la même époque que les deux autres vn-ix, mais à la dernière de l’acti­ vité du prophète. (Dans le groupe de textes, x, 5-xn, G, il faut tout d'abord revendiquer le c. x pour la période du siège de Jérusalem sous Scnnachérib; car la note historique de x, 9, ne s’explique qu’après 717 ct la remarque de x, 25, que l’ennemi assyrien sera bientôt abattu, rapproche cc texte des chapitres xxix-xxxm où nous venons de la lire. Et comme le contraste entre le pre­ mier verset du chapitre xi et le dernier du chapitre x est visiblement voulu pour rehausser l’impression du chapitre xi, Il forme un lien très ferme entre les deux, 1442 de sorte que l’un ct l’autre datent de la dernière épo­ que du ministère d’Isaïe.) (A lire les critiques, avant de chercher à quelle date de la vie d’Isaïe ces textes doivent être attribués, il faudrait sc demander s’ils sont authentiques ou non. La plupart d’entre eux enlèvent à Isaïe tout au moins les passages messianiques, savoir x, 20-27: XI, 1-9, 10-16, ct le chapitre suivant xn. Quant au morceau le plus important, xi, 1-9: Et egredietur virga de radice Jesse, etc., Guthc(1922) ne rejette pas entièrement la possibilité d’une origine isaïenne, ct Duhm (1923> estime plus probable l’opinion qu’Isaïe en est l’au­ teur. Tous sans exception regardent la suite de xî, 1-9 : xi, 10-16 cl xn comme des textes très tardifs. -Condamin hésite, avec Driver et Skinner, entre le maintien de xi, 10-16, et son attribution à l’époque postexilienne ct donne le c. xn pour une addition postérieure à Isaïe. Ecldmann lient les arguments en faveur de xr, 10-16, pour plus forts que les autres.) Dans les chapitres x et xi, Isaïe parle deux fois du danger ct du salut. Une première fois, x, 5-27, il annonce à Assour qu’il sera humilié à cause de son orgueil exorbitant, qui le pousse à dépasser les ordres de Jahvé ct à s’emparer de tontes les nations. L’entre­ prise contre Jérusalem sera la cause de sa chute. Semblable à un feu, Jahvé ct son peuple séviront au milieu de l’armée assyrienne comme dans une magni­ fique forêt, dont quelques arbres seulement subsis­ teront. Ceci arrivera bientôt, x, 25. En cc jour ceux des Israélites qui survivront au danger — ils ne for­ meront qu’un petit reste — seront pour toujours fidèlement attachés à leur Dieu, x, 20. Une seconde fois, x, 28-xi, 16, Isaïe décrit d’abord d’une façon très vivante l’approche des Assyriens. Au moment où ils seront en face de la ville sainte ct voudront étendre leurs mains contre elle, ils seront terrassés par Jahvé. De nouveau le prophète les compare à une forêt dont les arbres les plus majes­ tueux tombent sous la hache, x, 28-34. Tandis qu’ainsi la forêt d’Assour sera abattue. Un rameau sortira de la tige de Jessé, Un rejeton poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit de Jahvé, Esprit de sagesse et d’intelligence. Esprit de conseil ct de force. Esprit de connaissance ct de crainte de Jahvé, xi, 1-2· Du tronc d’Isaï, c’est-à-dire delà famille de David, qui est tellement affaiblie ct humiliée qu’elle ressemble à un arbre dont il ne reste plus que le tronc ct la racine, sortira un surgeon d’une vigueur exception­ nelle : un roi paraîtra sur lequel l’Esprit de Jahvé reposera avec la plénitude de tous les dons nécessaires pour un gouvernement sage, juste et fort. IJ s’occupera particulièrement des pauvres ct des fai­ bles; il tuera par contre les tyrans ct les méchants par le simple souille de scs lèvres, xi, 3-5. La suite en sera une paix paradisiaque qui régnera dans tout le pays, parce qu'il sera rempli de la connais­ sance ct de la crainte de Dieu, comme la mer est remplie par les eaux, xi, 9, et à laquelle participera même le règne animal ; les animaux les plus sauvages habiteront ensemble avec les plus paisibles ct devien­ dront les compagnons des enfants dans leurs jeux, xi, 6-9. Ce roi ne sera pas seulement la gloire ct le bonheur des Israélites, mais aussi des païens qui sc dirigeront vers lui comme vers un étendard. En même temps les Israélites dispersés reviendront. 11 n’y aura plus de discorde entre Juda et Éphraïm; les douze tribus se jetteront d’un commun accord sur tous les voisins des alentours pour les subjuguer, pendant que Jahvé dévastera et desséchera les pays de leurs ennemis 1443 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : MICIIÉE les plus redoutables, l’Assyrie et l'Égypte, xi, 10-16. Ces paroles sont très (lures, surtout après lu descrip­ tion de la paix qui doit régner parmi les animaux. Isaïe aurait-il pu dire immédiatement après que les hommes ne parviendront pus Λ celte paix? Les doutes émis au sujet de l'authenticité de ce passage sont donc bien compréhensibles. 8. La prophétie, xi, 1-9, faite au moment du plus grand danger que Jerusalem ait couru depuis quo David en avait fait la capitale du royaume Israélite, représente Je sommet du messianisme d’Isaïe. Elle complète ce qu’il avait déjà énoncé sur la personne cl le règne du Messie. D’autre part, elle est elle-même admirablement complétée par doux autres prédictions qui annoncent la participation de tous les peuples au royaume messianique. L'une est la célèbre vision, n, 2-1. sur la montagne de Sion vers laquelle tous les peuples afflueront dans les derniers temps pour recevoir de Jahvé renseigne­ ment de la vérité. Ils sc laisseront Ions sans exception guider par Jahvé; par suite toute guerre cessera el les armes seront transformées en outils de travail. Duhm remarque avec raison qu’on n’a encore pro­ duit aucun argument sérieux contre l’authenticité de ce texte, el qu’à cause de la parenté avec xi, 1 sq. et xxxn, 1 sq., le mieux est de le placer à la fin de l’acti­ vité d'Isaïe. L’autre prédiction, xix, 16-25, sc rapporte à la conversion de l’Égypte et de l’Assyrie. La crainte de Jahvé qui punit l’Égypte amènera d’abord quelques villes à le reconnaître comme maître suprême, et à apprendre la langue sainte de son culte, Finalement tout le pays adorera Jahvé, on érigera au milieu de l’Égypte un autel en l’honneur du vrai Dieu et toutes sortes de sacri flees y seront olïerts. Dans ce même des­ sein de servir Jahvé, l’Égypte s'associera à LAssyric. La rivalité entre ces deux puissances cessera. Le trait d'union entre les deux sera Israel qui leur commu­ niquera la connaissance de Jahvé et deviendra ainsi, conformément à l’antique promesse faite à Abraham, Gen., xii, 1-3, une bénédiction au milieu de la terre. Quand on pense aux traitements cruels qu'Israël a subis si souvent de la part de ces deux peuples, on voit que cette prédiction respire l’universalisme le plus large et le plus sublime. Nous plaçons cette prophétie, avec Condamin et Feldmann, à la fin de l’activité d’Isaïe. Parmi les protestants, il n’y a que Driver, Kuenen, Dilhnann, Baudissln qui la reconnaissent comme authentique. Tous les autres rejettent de plus en plus, non seule­ ment les promesses faites à l’adresse de l’Égypte, mais aussi les menaces, xix, 1-15, qu Isaïe avait proférées contre elle antérieurement. Voir In bibliographie indiquée à la fin de l’article Isaïe, t. viu, col. 77-79. Y ajouter : Guthe-Buddo, Dus Bueh Jesaia dans Kaulzsch, 1922; Duhm, Dos Buch Jesaia ubcrselzl und erktàrt, t· <·. 502 sq., les additions le pardon est exclu, ni, 1-5. Jahvé sans doute serait postérieures sont insignifiantes. prêt a pardonner même celle extrême infidélité a la condition d'un repentir sincère, ni, 14. Plein de misé­ Les commentaires des douze jietits prophètes, voir col. ricorde, il y invite son peuple, ni, 12 sq.,22 sq. Mais 1420. Les commentaires de Sophonle de Relnkc, 1868; c’est en vain. Pour celle raison dans les discours, Klcincrt, 1893; Beck, 1899; Davidson, 1899; Lippi, 1910; iv, 5-M.3O.qui appartiennent sans doute A la même J. .M. P. Smith, 1912; Rothstein, dans Kautzsch, 1923. époque Jérémie décrit a plusieurs reprises l’ennemi que Schwnlly, Dos Duch Zephanla,dtms Zeitschrift fur die A.T. Wisscnschaft, 1890; Bachmann, Zur Textkritik des Propheten le Seigneur fera venir du Nord : c’est une grande Zephania, dans TheotOgUche Studien und Kritiken, 1891; nation qui se lève des extrémités de la terre, bien Besson, Introduction au prophète Sophonle, 1910; Corni II. armée cl impitoyable; le bruit qu’elle fait est sem­ Die Prophétie Zcphanfas, dans Theologtsehe Studien und blable au mugissement de la mer, vî, 22-23; elle se Kritiken, 1916; J. Calés, L'authenticité de Sophonie, Il, J J compose uniquement de héros et dévorera la maison, et son texte primitif, dans Recherches de science religieuse, le bétail, les fils ct les filles d'Israël, v, 15-17. (Les 1920. deux t. suivants, 18-19, ne semblent pas être primitifs, 17//. JfillfiMlFL — Non seulement, comme tous ses et pas davantage quelques mots de iv, 27 cl de v, 10 prédécesseurs, Jérémie a prévu et prédit le grand châ­ qui restreignent la destruction; voir pour v, 19, Con­ timent du peuple élu et de la ville sainte, mais il l’a vu damin, p. 48, pour v, 18; iv, 27; v, 10, Volz. p. 51, de ses propres yeux. Il en a été le témoin ému ct 59,64, et Bothsteln, p. 735, 737.) Dans ccs descrip­ l’interprète le plus qualifié par suite des révélations tions Jérémie ne pense pas nécessairement, comme qu'il reçut en ce moment. Celte coïncidence de ses pro­ le relèvent Condamin, p. 61 sq., ct Volz, p. 57 sq.. phéties avec la catastrophe, ainsi que le rôle si impor­ Justement contre la plupart des exégètes modernes, tant qu'il a Joué donnent à scs prédictions sur l’avenir à un peuple déterminé, savoir les Scythes « Jérémie d’Israel une portée unique. avait appris de Jahvé qu’une puissance guerrière fera Le livre qui les contient, bien que l’authenticité son irruption du Nord. Il ne savait rien de plus», Volz, de scs di fièrent es parties soit loin d’être aussi contestée p. 58. Le prophète entend déjà en esprit le son des qur celle du livre d’Isaïe, pose cependant une foule de trompettes cl les cris de guerre, cl il voit 1rs étendards problèmes critiques, de la solution desquels dépend des conquérants, iv, 19-20. Le châtiment de son peuple In conception exacte de son messianisme. Ces pro­ prend même à ses yeux la forme d'une catastrophe blèmes concernent surtout l'ordre chronologique des mondiale : la terre devient vide cl le ciel sans lumière; prophéties, ordre qui, comme pour Isaïe, doit tonner les montagnes tremblent, les hommes disparaissent le cadre indispensable de notre exposé, ct les remanie­ du sol cl les oiseaux des airs, iv, 23-26, ments des textes primitifs qui ont été ou auraient été La réforme religieuse du roi Josias en 621 n’a eu entrepris justement au point de vue messianique, soit qu’un eflet transitoire, surtout parce qu’uprès la mort par Jérémie et Baruch eux-mêmes, soit par des pro­ de ce prime. 608, Joïakim a de nouveau introduit le phètes postérieurs ou de simples collecteurs et lecteurs culte‘idolâtrique. Jérémie s'opposa formellement à des oracles. cette abolition des lois de Josias, xi. (Nous regardons 1· Discours antérieurs au premier siège de Jérusa­ avec Bothsteln, p. 755, ct surtout avec Volz, p 129 sq., lem (597). — Comme pour Isaïe, la vision inaugurale cc chapitre comme composé nu commencement du de son ministère ouvre à Jérémie une sombre pers­ règne de Jolakim; Condamin, p. 103 sq., h· suppose pective sur l’avenir de son peuple. Elle l’est pourtant écrit en 621.) Dans une série d’oracles, vu, 1-ix. 22; moins quo chez le fils d’Amos. D’après les dernières X, 17-22, le prophète répète ses menaces ct ajoute paroles que Dieu lui adresse â celte occasion, le pro­ des détails saisissants. Jahvé rejet tern les habitants phète d’Anathoth ne devait pas seulement · arracher de Juda loin de sa face, comme il a rejeté toute la cl détruire, perdre ct ruiner », c’est-à-dire prédire la race d'Éphralm, vu, 15; il va déverser sa fureur sur les ruine, mais aussi < bâtir et planter », 1, 10, donc hommes, les bêtes et les arbres; elle brûlera sans annoncer aussi le salut. Sa lâche principale était cepen­ s’éteindre, vh. 20. Les cadavres seront la pâture des dant de proclamer des accusations et des menaces. oiseaux ct des bêtes, vn, 33, et couvriront les champs Dans cc sens, Jahvé lui montre une chaudière bouil­ comme du fumier, ix, 21. La mort sera préférable à lante qui s’avance du Nord, en lui disant qu’elle la vie pour les survivants dans tous les lieux où Jahvé signifie les royaumes septentrionaux qui viendront les aura dispersés, vin, 3. Dieu enverra derrière eux le inonder la Terre suinte ct en conquérir les villes, parce glaive Jusqu’à ce qu’il les ait exterminés, ix, 15; il que les Israélites ont renié leur Dieu cl adoré les enverra même contre son peuple des serpents ct des Idoles, t. 13 16. basilics, vin, 17, et l’abreuvera d’eau empoisonnée, ix, Celte vision contient le thème qui revient le plus 1 L Le prophète proclame surtout que, si le peuple ne souvent dans les discours de Jérémie. Il sc rencontre se convertit pas, non seulement la ville, maisausslle immédiatement dans un premier cycle, qui remonte temple sera détruit. Cette menace, d’après le récit du au début de son activité, ir, l-iv, 4. (Ce texte est chapitre xxvi, aurait failli lui coûter la vie. Des doublement en désordre : les morceaux primitifs ne | prédictions analogues remplissent les discours des cha- 1451 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : JÉRÉMIE pitres xiv-xmi. (La perspective dc salut, xvi, 11-15, interrompt la suite des idées et a été sans doute ajou­ tée après coup ainsi que très probablement xvi, 19-20.) La quatrième année du roi Joïakim, 605, Jérémie reçut dc Jahvé l’ordre de réunir dans un volume toutes les paroles qu’il avait déjà adressées au peuple et de les lire au temple pour que, par leur ensemble, elles fissent plus d'impression sur les auditeurs. Mais le roi déchira ct brûla le livre et le peuple persista dans ses péchés, xxxvi. C’est pourquoi dans un grand discours, xxv — excepté Schwally, Duhm, Ryssell, les critiques le regardent comme authentique, sauf les versets 3038 que la plupart rejettent pour des raisons que le P. Condamin estime vagues ct insuffisantes — le prophète annonça de nouveau la punition. 11 ht allusion aux bouleversements des peuples de l'Orient qui eurent Heu à celte époque, ct dont les épisodes les plus marquants furent la chute de Ninive en 612 et la bataille de Karkemisch en 605. Il vit dans ccs troubles le jugement dont Jahvé frappe les nations, en particulier Juda qui boira la coupe de la colère divine plus que toutes les autres, xxv, 17, 29. 11 releva comme autrefois que le désastre viendrait du Nord : < Dieu fera venir toutes les tribus du Nord », xxv, 9, c’est-à-dire, comme l’indique une glose du texte hébreu, l’armée de Nabuchodonosor. En effet le châ­ timent sc rapprocha de plus en plus en la personne de ce rot qui défit le pharaon Néchao à la bataille dc Karkemisch, devint le maître absolu des provinces occi­ dentales de l’ancien royaume assyrien. Jérémie décrit ce châtiment en termes très pathétiques : < Jahvé du haut (du ciel) rugit, il crie... contre tous les habitants dc la terre; le tumulte s’étendra jusqu’au bout dc la terre; ...Jahvé dispute avec les nations, il plaide contre toute chair... une grande tempête s’élève des extré­ mités dc la terre,» xxv, 30-32. Immédiatement avant le déchaînement de l’orage, Jérémie invite encore une fois Juda à la conversion dans le poème, xm, 15-27, qui se place peu de temps avant 597 : < Rendez gloire à Jahvé votre Dieu avant que ne viennent les ténèbres», xm, 16. Mais il sait que ses exhortations sont vaines; aussi peu qu’un nègre peut changer de peau, aussi peu les Israélites habitués au mal pourront faire du bien, xm, 23. C’est pourquoi Dieu les dispersera comme de la paille, xm, 21. 2' Oracles à partir du premier siège (597). — Les menaces de Jérémie commencent à se réaliser en 597, lors du premier siège de Jérusalem causé par la révolte de Joïakim : le jeune roi Jéchonias qui lui succéda fut emmené en captivité avec la meilleure partie des habitants de la ville. Aussitôt après cette première déportation, les prédictions de Jérémie pren­ nent une autre tournure; il n’envisage plus seulement le jugement, mais aussi le salut. Il commence enfin à « planter » après avoir jusqu'ici · arraché ». Cepen­ dant de son changement d’attitude ne bénéficient pas ceux qui l’entourent, mais uniquement ceux qui vien­ nent d’être envoyés en exil. Par la vision des deux panniers dc figues, dont l’un contient des fruits exquis, l’autre des fruits fort mauvais, il apprend que l’avenir d*Israël repose dorénavant sur les seuls déportés qui sont représentés par les bonnes figues, xxiv. C'est pour eux seuls qu'il trouve des paroles de consolation. Il les leur transmet en 591 dans une lettre, xxix. La perspective du salut telle qu elle ressort de la forme primitive de la lettre est encore vague et générale : après soixante-dix ans, c’est-àdire après un laps de temps assez long et non pas bientôt, comme de faux prophètes le leur font croire, xxvn-xxvm, Jahvé les ramènera dans leur pays, xxix, 10. (Celle indication sur la durée de l’exil a été plus tard intercalée dans le grand discours du c. xxv, 1112.) L'espoir sc précise dans l’oracle sur les mau­ 1452 vais pasteurs, xxm, 1-8, qui ne se comprend nulle part mieux qu’à la fin du règne de Sédécias, succes­ seur de Jéchonias. Voir Volz, p. 229; Rothstein, p. 790. Après avoir menacé les mauvais pasteurs qui ont dispersé et égaré le troupeau dc Jahvé, Jérémie annonce que Dieu ramènera ses brebis de tous les pays où il les a dispersées; elles seront fécondes et se multiplieront; elles auront des pasteurs qui les paî­ tront conscieusement, de sorte qu’elles n’auront plus rien à craindre, xxm, 3-4. II prédit surtout que le temps viendra où Jahvé suscitera à David un germe juste qui régnera avec sagesse et justice, qui procu­ rera le salut à Juda aussi bien qu'à Israël et dont le nom sera : Jahué notre justice, xxm, 5-6. L'éclat de ce rétablissement sera tellement grand qu'il éclipsera la gloire de l'Exode, xxm, 7-8 . J Ce texte représente la première prophétie vraiment messianique qui sc rencontre dans Jérémie. Il com­ prend une description assez complète dc l'ère nou­ velle : Jahvé lui-même opérera le salut en ramenant les exilés, et en suscitant à David un digne descendant qui réunira sous son sceptre les deux royaumes dans un commun état dc félicité. Le nom du nouveau roi • Germe », ainsi que les qualités qui lui sont attri­ buées, ne laissent pas de doute que cet oracle soit l’écho de celui d’Isaïe, xi, 1 sq., sur la tige qui sortira du tronc de Jessé. (Volz, p. 230. a essayé d'éliminer Ici ÿ. 5 ct G pour des raisons intrinsèques et extrinsèques, de même Meinhold, Ein/lUirung ins Aile Testament, 1919, p. 208; Rothstein, p. 789, affirme par contre que l'authenticité n’en peut être révoquée en doute.) L’oracle le plus rapproché de cette promesse mes­ sianique appartient déjà au temps du dernier siège de Jérusalem. Le rôle que Jérémie eut alors à jouer était tout autre que celui d’Isaïe en pareille occasion quand l'année de Sennachérib avait bloqué la ville (701). Celui-ci pouvait annoncer la défaite certaine de l'ennemi; celui-là devait prédire la conquête Inévi­ table de Jérusalem, xxi, 1 sq., xxxiv. Jérémie s’attira par là même les pires persécutions, xxxvn-xxxvm. 11 eut au moins la consolation de recevoir à nouveau de Jahvé, ct d’une façon pour ainsi dire palpable, l'assurance que la ruine imminente de la ville sainte et de l'État théocratlquc ne serait pas la fin d’Israël, xxxn-xxxm. Au moment où le siège touchait ù sa fin, Jahvé lui ordonna d’acheter un champ a Anathoth. Cet achat devait garantir que, malgré le désastre, le champ garderait sa valeur cl par là être un indice symbolique dc la restauration d'Israël, xxxii, 1-15. Dans ce sens le Très-Haut accompagna son ordre dc promesses sur le retour des Israélites, sur leur séjour tranquille dans la patrie recouvrée, sur leur union inaltérable avec Jahvé qui conclurait avec eux une alliance nouvelle, xxxn, 36-11 ;xxxm, 1-13. (L’authenticité entière ou substantielle dc ces deux passages est assez communément reconnue, voir Condamin, p. 250; Volz, p. 301, rejette pourtant la majeure partie des deux et Rothstein, p. 815 sq., fait de même pour le second. Quant aux promesses dc xxxiii, 14-26, sur l’état florissant dc la royauté ct du sacerdoce qui manquent dans le texte grec, les cri­ tiques sont assez d’accord pour les placer à l’époque postcxilicnne. « Les raisons apportées contre l’authen­ ticité de ce morceau ne sont pas péremptoires; mais, prises dans leur ensemble, elles gardent assez de force pour réduire la conclusion, en cette manière obscure, aux proportions modestes d’une simple probabilité » Condamin, p. 251.) Bientôt après Jérusalem fut détruite ct la grande masse dc la population transportée à Babylone. Au prophète qui trouva grâce auprès du vainqueur un seul soutien restait : l’espé-ance en l’avenir. Pour cette raison il lui donna une expression bien plus 1453 MESSIANISME, LES PROPHÈTES PRÉEXILIENS : BARUCH parfaite encore qu'auparavant. Il décrivit l’èrc mes­ sianique dans un magnifique poème, xxx-xxxi qui, au point de vue esthétique aussi bien que tIdéolo­ gique, forme le point culminant dc toutes ses prophé­ ties. (Les opinions sur l’origine dc ccs deux chapitres sont peut-être plus partagées que pour n'importe quel autre texte de Jérémie Bares sont ceux qui les rejet­ tent en entier, Stade, Smend, Nath. Schmidt, ou qui n'en retiennent que des tronçons, surtout xxxi, 2-6, 15-20, comme Glcscbrccht, Duhm, un moment Cornlll. La plupart des exégètes en regardent la majeure partie comme authentique, Graf, Rothstein, Peake, Baudissin, Sellin, Gautier, Driver, Volz, Condamin, ct ne tiennent — ct ceci avec raison - - pour secondaires que xxx, 10-11 χιλί, 27-28; xxx, 23-21 » xxm, 19-20; xxxi, 35-37. Beaucoup parmi eux, auxquels Cornill s'est associé après coup, défendent expressé­ ment le passage le plus important, xxxi, 31-34, contre Duhm. — Quelques-uns distinguent deux périodes dc composition : une partie du poème aurait été écrite avant l’année 580, une autre après cette date. Mais l’homogénéité du texte, si bien relevée par Condamin, p. 235 sq., ct avant lui déjà par Eichhorn. Peake,Cor­ nill, après lui par Volz, ainsi que les allusions précises au temps qui suivra la catastrophe rendent bien plus probable l’opinion que les deux chapitres en entier furent seulement composés après 586.) Le temps viendra où Jahvé rétablira Israel ct Juda et les reconduira dans le pays qu’il avait donné à leurs pères, xxx, 3. Cette restauration sera précédée d’une grande angoisse, xxx, 5 sq., que le prophète suppose sans doute causée par un bouleversement poli­ tique des peuples, panni lesquels les Israélites seront dispersés. Ils seront alors définitivement délivrés dc leurs ennemis ct serviront dorénavant Jahvé leur Dieu, et leur roi David que Jahvé leur donnera, xxx, 9. Jérémie donne ici au nouveau roi le nom dc David tout court, pour relever qu'il sera aussi digne que le premier, qu’il sera le Messie. Le prophète s'adressse ensuite, xxx, 12 sq.. d’une façon spéciale à Juda et surtout à Sion pour leur promettre le rétablissement : la ville sera reconstruite ct le palais royal rebâti, xxx, 18; on y entendra des cris d’allégresse du peuple qui se multipliera, xxx, 19. De la même manière il apostrophe, xxxi, 1 sq., ÉphraTm et les autres tribus du Nord. Jahvé les aime d’un amour éternel ct les rassemblera des extrémités de la terre. Elles rebâtiront Samariect iront remercier Jahvé à Sion de tout le bonheur qu’il leur accordera, xxxi, 5 sq. Que Rachel cesse donc dc pleurer ses enfants perdus, xxxi, 15 sq. En ce temps, quand Juda et Israël seront ramenés dans leur pays, Jahvé conclura avec eux une nou­ velle alliance, xxxi, 31, qui consistera principalement en ce que la loi divine ne sera plus seulement écrite extérieurement sur des tables de pierre, mais dans les cœurs, xxxi, 33, c’est-à-dire que la volonté dc Dieu les dominera complètement; elle fera partie dc leur nature et ne sera plus une force étrangère à laquelle ils puissent résister. Par suite dc cette influence que la loi divine exercera sur les cœurs, tous, du plus petit nu plus grand, auront une parfaite connaissance dc Dieu, xxxi, 34. Ce nouvel état de choses durera sans fin; aussi long­ temps que le soleil éclairera le Jour ct que hi lune et les étoiles éclaireront la nuit, Israël sera le peuple élu qui jouira sans interruption de ccs faveurs divines, xxxi, 35-37. Sans doute, il y aura encore dans son sein des transgresseurs de la Loi; mais ils seront punis indivi­ duellement. Jamais le peuple comme tel ne sera plus rejeté ct puni, comme c’est à présent le cas, xxxi, 29-30. 1454 Le grand texte des chapitres xxx-xxxi est pour ainsi dire récapitulé dans un tout petit, ni, 14-17, qui ajoute en outre à ce tableau du temps messia­ nique deux traits extrêmement importants. Le cuite de Jahvé sera tellement intérieur qu'on se passera même de l'arche d'alliance, ce signe visible dc la présence dc Jahvé, in, 16. Ensuite, a la fin des temps, non seulement les Israélites, mais aussi les païens « ne suivront plus les mauvais penchants de leur cœur », au contraire ils viendront adorer Jahvé à Jérusalem, in, 17. Ainsi les autres nations auront part au salut d'Israël. 11 y a encore deux endroits où Jérémie exprime les mêmes idées universalistes. Le premier est xn, 1417; Jahvé y annonce · aux mauvais voisins » d’Israël, donc aux peuples des alentours, qu'ils seront châtiés par la déportation, mais que plus tard ils seront rame­ nés dans leurs pays. Si alors ils sc convertissent ct acceptent la foi d’Israël, ils lui seront incorporés. Dans Je cas opposé ils seraient exterminés. Cette promesse, bien qu’elle fasse suite a un texte qui date du temps dc Joïakim, doit néanmoins sc rattacher chronologiquement aux chapitres xxx-xxxi; car il n’est guère concevable que le prophète, à une époque où il n’avait que des menaces pour son peuple, ait ouvert une perspective si consolante aux ennemis d’Israël (Rothstein, Volz). Il en faut dire autant dc la magnifique prière, xvj, 19 : « Jahvé. ma force, mon rempart et mon refuge au jour de la détresse, vers toi viendront les nations des confins dc la terre et elles diront : Nos pères n’ont eu que le mensonge en heri­ tage, des vanités qui ne profitent pas. » On le volt, Jérémie ne s'attend pas pour le temps messianique à un grand changement extérieur en Israël, au point dc vue soit politique soit matériel. Il n'y a chez lui aucune allusion à une position pré­ dominante du peuple dans le monde ou a une trans­ formation miraculeuse de la nature en sa faveur, bien qu’il prévoie lui aussi une manifestation éclatante de Jahvé. Ce qu’il relève c'est la transformation des âmes ct leur union intime avec Dieu. A la conception hautement spiritualiste que Jérémie professe sur l’èrc messianique correspond l’universalisme le plus large. Pour In bibliographie, voir t. vn, article Ji.nt.MJE; Podcehard, Le /irrr J la signification de « faire sortir de In maison de David le Messie ». Cc psaume n’est donc pas plus messianique que la pro­ messe contenue dans II Bcg., vu. 1458 Plus discutée encore que le sens de ce psaume est sa date. Pour d’Eyragues, Lagrange, Staerk,filaethgcn, Duhm, Bcrtholct, il est post exili en, pour Knaben­ bauer, Zenner, Hoberg, Pércnnès, Kittel, Gunkel, il est préexilien. Comme le contenu est tout à fait général ct qu’il ne fait nulle part supposer que la promesse faite à David au sujet de sa dynastie n'est pas réalisée au moment où il fut composé, mieux vaut le placer avant l’exil. Très proche parent de cc cantique est le psaume lxxxviii. Son auteur mentionne également les pro­ messes faites à David ct les amplifie même beau­ coup, 2-5, 20-38 (6-19 n'est pas une partie primitive du psaume), mais il constate avec amertume la diffé­ rence qu’il y a entre ces promesses, ct la situation actuelle de la famille royale et du peuple, 39-46. I! supplie Jahvé d'avoir de nouveau pitié d’Israël, 47-52. Le messianisme du psaume lxxxviii est donc absolu­ ment le même que celui de cxxxî. Il y a par contre une. grande différence entre eux par rapport à la date. La plupart des exégètes attribuent très juste­ ment le psaume lxxxviii à l’époque exilicnnc ou postcxiliennc. L’hymne interpolé 6-19 est avec raison regardé par Gunkel comme préexilien. Sans le moindre droit Baethgcn trouve dans le 1.19: · A Jahvé appar­ tient notre bouclier cl au Saint d’Israël notre roi » une allusion au Messie personnel. 2° Les prétendus psaumes eschatologiques ou psaumes d'intronisation de Jahvé. — Ceux des exégètes mo­ dernes qui contestent le plus que certains psaumes soient des prophéties strictement messianiques, font, à cet égard, d’autant plus de cas de plusieurs autres. Les psalmistes qui n'auraient pas décrit l'œuvre ct la personne du Messie, auraient par contre mainte fois relevé la grande intervention par laquelle Jahvé luimême inaugurerait l'ère messianique. Ils ne se seraient pas contentés d’y faire quelques allusions. Plus d’un parmi eux sc serait transporté en esprit à la fin des temps et aurait, en des psaumes entiers, chanté la gloire de Dieu qui s’y révélera ainsi que le bonheur des hommes qui doit en résulter. Le premier qui ait systématiquement exposé cctle opinion est Gunkel.Voir Die israehtische Literatur, dans Pinneberg's Kultur der Gcgenivart, I, vu, puis l’article Psalmen, dans Die Religion in Gcschichte und Ge gen­ wart, t. in, 1910; Ausgeivühltc Psalmen Β·-4· édit.; Peden und Au/sûl:e, p. 123 sq.; Die Psalmen übersct:t und erklûrt, 1926. 11 s’appuie eii partie sur Stade et il a été suivi surtout par Staerk et Kittel. Ces auteurs entendent comme eschatologiques, pas tou­ jours cependant d’une façon unanime, les psaumes suivants : xlv, xlvi, xi.vii, lxxiv, lxxv, χαι, xcvni. Pour les caractériser comme un groupe à part, ils leur donnent un nom spécial, à savoir psaumes d'intronisation ou d’avènement de Jahvé. Ils les nomment ainsi parce que leur contenu roulerait autour de l’établissement définitif du royaume de Dieu sur la terre. Cette théorie a pris après coup chez Mowinckcl, Psalme nstudten, n : Das Thronbesteigungsfest Jahivaes und der ürsprung der Eschatologie, Christiania, 1922, une forme très curieuse. D’une part cet auteur nie le caractère eschatologique de ces cantiques, et il les prend, en leur assimilant un grand nombre d’autres psaumes, pour des chants liturgiques qu’on aurait composés pour une prétendue fête d’intronisa­ tion de Jahvé. La célébration en aurait consisté en des rites et des hymnes par lesquels on exprimait que Jahvé prend de nouveau, pour l’an qui s’ouvre, posses­ sion de l’empire d’Israël el du monde. Les psaumes d’intronisation auraient donc été primitivement des poésies liturgiques. D’autre part Mowinckcl prétend que la fête de l'intronisation de Jahvé serait deve- 1459 MESSIANISME, LES PSAUMES PRÉEXILIENS nue la source de l’eschatologie des Israélites : les idées des psaumes, après avoir été de simples idées cultuelles, se seraient transformées en conceptions cschatologiques. Ainsi l’eschatologie d’abord chassée par Mowinckcl du psautier y est finalement réintro­ duite par lui-même. Quand il sera question de l’origine du messianisme, nous verrons combien précaires sont les bases sur lesquelles repose la théorie de Mowinckcl· Ici il est nécessaire de voir au juste ce qu’il faut penser de celle de Gunkel, de Kittel et de Staerk; car ils ont déjà gagné des adhésions partielle^ au sujet de tel ou tel psaume. Or, bien qu’il y ait lieu de se réjouir de voir croître le nombre des données messianiques dans le psautier, nous croyons que la manière dont ces exé- . gâtes, et à leur suite quelques autres, présentent cer­ tains psaumes comme se rapportant d’un bout à l'autre à la fin des temps n’est aucunement justifiée. C’est avec beaucoup de raison, comme nous l’avons constaté après coup, que Kdnig, 7)ir Hauptschivûchen der modernen Psatmenauslegung, dans Théologie und Glaube, 1926, p. 635 sq., proteste à son tour contre elle ct la signale comme un des cotés faibles de l’exé­ gèse moderne des Psaumes. Le premier · psaume d’intronisation » serait le psaume xlv. Dans les trois strophes de ce cantique puissant, le poète célèbre Sion comme inébranlable parce quelle est la demeure de Jahvé : même si la nature entière était bouleversée, les habitants de Jéru­ salem ne craindraient rien, i’· strophe. Des peuples et des royaumes s’étalent réunis pour attaquer la ville sainte; mais Jahvé a fait retentir sa voix ct tout de suite ils ont tremblé ct sc sont affaissés, n· stro­ phe. Qu’on vienne ct qu’on regarde les œuvres de Jahvé, scs ravages dans le pays; il a banni la guerre jusqu’aux frontières du pays, il a brisé et brûlé toutes les armes ct domine ainsi sur les nations, m· strophe. D’après l’explication commune, ce psaume sc rap­ porte à une victoire récemment remportée sur des ennemis qui menaçaient Jérusalem, très probable­ ment à la défaite de l’armée de Sennachérib en 701. Pour Stade. Gunkel, Staerk. Kittel, Cheyne, il est une description de la délivrance que Jahvé accordera aux siens dans les derniers jours ; il les fera échapper aux bouleversements cosmiques qui auront lieu à la fin du monde comme ils en avaient marqué le com­ mencement, str. î; il abattra les peuples païens qui. conformément aux prophéties d’Ézéchiel, xxxvmxxxix. entreprendront alors une attaque suprême, str. π, et il établira la paix universelle et étemelle sur la terre, str. m. Cette exégèse n’est qu’une série d’exagérations, pour employer un terme que Gunkel applique tant de fois à celles des explications messianiques qui ne lui conviennent pas. En effet il n’y a pas dans ce psaume la moindre allusion à la fin du monde. Déjà l’invita­ tion à voir ce que Jahvé vient de faire, t. 9, montre que le poète pense à son temps. Dans la première strophe II est bien question de cataclysmes universels, mais comme de faits hypothétiques, non comme de faits réels qui arriveront un jour. Lcur mention est tout à fait semblable à la célèbre phrase d’Horace : St /raclas illabatur orbis, impavidum /crient ruina·. Les propositions décisives de la seconde strophe sont les deux suivantes : t. 5·: « un fleuve, ses bras réjouis­ sent la ville de Dieu ct ♦. 7a : · des nations mugis­ sent. des royaumes s’ébranlent ». Quel mot dans la deuxième permet de penser à l’assaut général des peuples décrit par Êzéchiel? Et pourquoi la première, serait elle une description du bonheur qui doit arri­ ver a la fin des temps et qui recevra sa réalisation, comme le prédiront Ezéchiel, Zacharie, Joël, entre autres par un fleuve miraculeux qui jaillira à Jérusalem 1460 ct transformera la Palestine en paradis? La phrase, il faut l’avouer, est abrupte et obscure. On voit d’ordinaire dans le fleuve une désignation symbolique de la grâce et de la protection divine. Pour pouvoir le prendre pour le fleuve cschatologiquc, il faudrait y être autorisé par le contexte : ce qui n’est pas plus le cas pour la troisième strophe que pour les deux premières. L’annonce que Dieu fera cesser la guerre jusqu’à la frontière du pays s’explique très bien après une victoire éclatante et représente le sens naturel du ÿ. 10. S’il était sûr que le psaume a trait à l’évé­ nement de 701, on pourrait traduire : » Jahvé fera cesser la guerre jusqu’au bout de la terre »; car Isaïe a également pris la défaite de l’armée assyrienne pour le commencement de la paix complète. Dans ce cas le ÿ. 10, et lui seul, contiendrait une idée messianique. Bcrtholet a donc bien raison de dire que, dans le psaume, les notes cschatologiques retentissent douce­ ment, bien plus doucement qu’on ne l’a supposé. Le psaume suivant, xlvi, est un hymne à Jahvé, qui remonte à Sion avec l’arche d'alliance qu’on rap­ porte d’une bataille victorieuse. A celte occasion le poète rappelle les victoires les plus éclatantes que Jahvé ait remportées lors de la conquête de la Pales­ tine : · Il nous a soumis des peuples, il a mis sous nos pieds des nations. Il nous a choisi notre héritage », 4-5. Ce qui rend le poète particulièrement joyeux et fier, c’est le fait que Jahvé est en même temps le maître de toutes les nations sur lesquelles il règne, 9. C’est pourquoi il invite non seulement les Israélites mais tous les peuples à l’acclamer, ct il voit venir lé jour où les païens aussi le reconnaîtront comme leur roi et où leurs princes s’uniront · au peuple (mot à mot comme peuple) du Dieu d’Abraham », 10. Le psaume se termine donc par la grande idée messianique de la conversion des païens. Mais tout ce qui précède sc rapporte ou bien au passé ou bien au présent. Plus encore que le précédent, ce psaume est pris pour un chant entièrement cschatologiquc. Sous ce rapport, l’opinion de Gunkel, Staerk et Kittel, est partagée par Dichl, Erklûrung von Psalm 47, 1894, la Bible du Centenaire. Lagrange, Itevue biblique, 1905, p. 196.1 II s'agit, écrit ce dernier, du règne futur de Dieu. Le poète nous transporte in medias res. Jahvé est descendu pour établir son règne par de grandes actions... Aucune circonstance historique, mais un sublime pressentiment de l’avenir. » Kittel donne un long exposé sur la poésie cschatologiquc du psautier et formule sa conception de la façon suivante: « Notre psaume est le premier dans la série des psaumes où le caractère mcsslanico-eschalologiquc se révèle avec une clarté pour ainsi dire indéniable», p. 185... • Ce qui est ici décrit ne s’est jamais réalisé au cours de l’histoire. C’est attendu pour l’avenir, savoir la soumission de tous les peuples à Israël, 4, ct l’incor­ poration des princes païens avec leurs nations aux fils d’Abraham. Nous avons affaire à un tableau de l’avenir dans lequel le poète décrit comme déjà réa­ lisée l’intronisation de Jahvé », p. 188 sq. H Celle Interprétation repose d’abord sur une fausse traduction de 91 : Jahvé malak. Ces deux mots se retrouvent dans plusieurs psaumes (pii ont reçu une explication cschatologiquc. Ceux qui les prennent pour des psaumes d’intronisation traduisent cons­ tamment : Jahvé est devenu roi, pour relever qu’il s’agit d'un fait nouveau. Mais on peut aussi bien rendre la phrase par · Jahvé est roi, Jahvé règne ». En elle-même elle ne témoigne donc ni pour ni contre la conception cschatologiquc. La vraie traduction ne peut ressortir que du sens général et du contexte du psaume où celte expression sc trouve. Or dans notre psaume xlvi sc Ut non seulement Jahvé malak, mais aussi deux fois Jahvé melek - Jahvé est roi ; la pre- 14G1 MESSIANISME, LES PSAUMES PRÉEXILIENS inière fois dans 3b, la seconde fols précisément dans 8B, phrase parallèle à 9\ de sorte que le psalmiste veut exprimer non pas le fait nouveau de l'avènement de Jahvé qui arrivent à la lin des temps, mais le fait ancien el present que Jahvé est, depuis la création, le maître absolu du monde. Il faut donc traduire 9* par : < Jahvé règne » ct la suite 9h par : * il est assis sur son trône saint », ct non par « 11 s’assied sur son trône saint ». 11 s’ensuit également que le verset 6 : « Dieu monte au milieu des acclamations, Jahvé (monte) au son de la corne » ne signifie pas (pic Dieu remonte, au ciel après avoir vaincu ses ennemis sur terre, mais qu'il remonte à Sion avec l’arche. Les pro­ phètes (pii décrivent la venue de Jahvé pour juger le monde et pour prendre pleinement possession de son empire, prédisent presque toujours sa descente sur terre, rarement son retour au ciel. Encore moins fondée que cette traduction de 9»,avec les conclusions que quelques exégètes en ont tirées pour le sens de 9b ut de 6, est l’explication donnée par les memes auteurs des t. 1-5. Ils prétendent qu’il s’agit là du grand coup définitif par lequel Jahvé renver­ sera tous les païens et soumettra a son sceptre tous les peuples. Mais, dans le t. I, il n’est aucunement ques­ tion de la défaite de toutes les nations ct, dans le t. 5, se trouve la formule si connue par laquelle est décrite la conquête de Canaan. Aussi la Bible du Cen­ tenaire, tout en préférant l’interprétation cscliatologique du psaume, avoue-t-elle que le sens des t. 1-5 cadre mal avec celle-ci ct Gunkel se voit obligé de modi lier le texte. A la place de: il a choisi notre héritage », il lit : ■ il a élargi notre héritage ». pour pouvoir donner ù héritage le sens de royaume messianique. L’unique conception messianique exprimée dans le psaume xlvi, et qui a été de tout temps reconnue comme telle, est donc celle de la conversion des païens. L’enthousiasme avec lequel cette perspective est célébrée rapproche ce psaume des psaumes xavxcvn, dont la date la plus probable est celle du retour de l’exil. Cependant le 6 : « Jahvé monte au milieu des acclamations » s’explique seulement, quand on pense ù l’arche d’alliance avec laquelle le Très-Haut remonte ù Sion. Celte allusion fait penser à une origine préexilienne du psaume. Le psaume suivant, xi.vn, ressemble beaucoup au précédent. C’est un hymne de procession : les pèle­ rins admirent la ville sainte, sa gloire, sa force et la protection que lui accorde Jahvé. Depuis Théodore de Mopsueste, on suppose (pie ce poème fut occa­ sionnée par la destruction de l’armée de Sennacherib. Il y a, en effet, plusieurs traits de ressemblance entre ce chant et le chapitre xxxm d’Isaïe. Aussi n y a-t-il qu’un seul exégète moderne, Gunkel, qui ait aban­ donné cette explication. Il avoue qu’il s’agit d’un événement déterminé; seulement celui-ci n’appar­ tiendrait pas ù l’histoire, mais à l'avenir, savoir la dernière attaque des peuples païens contre Jérusalem. Les arguments qu'il allègue contre l’interprétation traditionnelle ct à l’appui de la sienne sont faibles. Le psaume lxxiv est une méditation sur le jugement de Dieu. Le psalmiste expose la manière dont Dieu exerce son activité comme juge des hommes. Il n’in­ tervient pas toujours tout de suite, il juge ù l’heure qu’il a fixée : · Quoique je prenne un délai — c’est Jahvé qui parle -je juge quand même avec justice », 3. Même si parfois le monde semble vouloir sc dislo­ quer à cause du désordre qui y règne. Dieu n'en reste pas moins le maître, Il en a affermi les colonnes, -L Au temps voulu « il exerce le jugement en abaissant l'un et humiliant l’autre », 8. Il punit en particulier tous les malfaiteurs en leur donnant ù boire la coupe de sa colère qu’ils absorberont jusqu’à la lie, 9. Oui, il 1462 brisera toutes les cornes des méchants ct exaltera celles des justes, 11, Stade, Gunkel, Staerk, Kittel interprètent de nou­ veau toutes les expressions saillantes de ce poème, surtout le délai pris par Jahvé et la coupc de la colère divine, dans un sens uniquement csclialologique» Duhm lui aussi suppose que le délai serait celui qui précède le dernier jugement. Mais, si le psalmiste avait, en effet, pensé au grand jugement qui inau­ gurera le temps messianique, il l’aurait plus claire­ ment indiqué. Comme les termes employés se rap­ portent en premier lieu au gouvernement ordinaire que Dieu exerce à travers l'histoire, le poète a surtout en vue celui-ci et tout au plus et en second lieu le juge­ ment qui clôturera les temps actuels. Beaucoup d’exégètes modernes, par exemple Reuss, Bacthgen, Bcrtholet, Duhm, placent ce psaume à l’époque des Machabées, tandis qu'autrefois on pen­ sait souvent à la défaite de Sennachérib. Mais d’Eyragues dit avec raison qu’il est impossible de fixer l’époque. Aussi Kittel et Gunkel s'abstiennent-ils de toute détermination. En pareil cas nous présumons, toujours le temps préexilien. Le psaume lxxv est un chant de triomphe, qui, conformément au titre des Septante : < contre ΓAssy­ rien », est d’ordinaire interprété comme la célébration de la victoire remportée sur Sennachérib. Kittel luimême avoue qu’il a trait à cet événement historique. D’autre part, il croit que le poète a, comme Isaïe, pris la défaite du roi assyrien pour · une image du jugement final * et qu’il a voulu surtout composer un cantique cschatologiquc sur l’époque du salut mes­ sianique. Dès les premiers f. 2-1. il décrirait, comme dans ps. xlv, 9 sq., le combat final, dans 5-7 la bataille décisive contre toutes les puissances hostiles à Jahvé, dans 8-11 le jugement du monde par lequel les justes obtiendront enfin leur récompense. Le point culmi­ nant serait atteint dans les deux derniers f., 12-13, qui glorifient la fin du despotisme et le règne définitif de paix. Cette manière de voir est partagée par Pérennes qui caractérise ainsi notre psaume : < A l’occasion de la défaite de l’année assyrienne, 2-7, le psalmiste annonce le grand jugement messianique qui aboutit à la royauté œcuménique de Jahvé. 8-13. » Bcrtholet est incliné à admettre quelques traits eschalologiques, de même Calés, Recherches de science religieuse, 1926, p. 39. Duhm n’en trouve un qu'au t. 11. Pour Stade. Staerk, Gunkel. Lagrange, le psaume est même exclusivement cschatologiquc, sans allusion ù un fait historique quelconque. Hitzig, Olshausen, Ewald. Graetz, Knabenbauer. Bacthgen. d Eyragues, Zenner sont restés fidèles à l’explication entièrement historique du psaume. Seule l’exégèse de ces derniers est justifiée. Dans les f. 2-7, il n’y a aucune expression qui ne cadre avec la description d’une bataille et d’une défaite ordinaires. Les t. 8-13 présentent un peu plus d am­ pleur, surtout en 9b ct 10: < la terre sc tait d'épouvante, quand Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre. » Mais où est la teinte cschalolo gique? Que de fois, par exemple xx.xiv, 2; xlui,27; i xxiii, 22; xcin, 2. les psalmistcs invitent le Seigneur ù sc lever et ù venir en aide aux justes. Quand on lit les traductions de ce psaume, on pour­ rait parfois croire que le verset 11 a un contenu mes­ sianique. Pércnnès par exemple l’a ainsi rendu : Oui parmi les hommes « les peuples » te loueront, le reste < des peuples te fêlera ». Mais en hébreu on lit mot ù mot : « la fureur de l’homme te louera ct du reste de la fureur tu te ceindras ». phrase qui est sans doute corrompue et dont personne ne peut reconstruire avec certitude la forme primitive. 1463 MESSIANISME, LES PSAUMES PllÉEXILIEN'S Le psaume χαι célèbre, comme les Septante l'ont déjà indiqué en lui donnant comme titre : · pour la veille du sabbat où la terre fut créée », la royauté de Jahvé, qui s'est manifestée au moment de la création, par la victoire sur les puissances du chaos. Jahvé est roi, il est revêtu de majesté, son trône est affermi dès le commencement; tel est le contenu des deux premiers versets; les trois suivants sont une descrip­ tion du tumulte des eaux qui remplirent le lehom ct de l’empire que Jahvé a établi sur elles. D’après Gunkcl, Kittel, Staerk, ce chant serait un des principaux psaumes d’intronisation, un hymne mythico-eschatologiquc. Il annonce que le combat livré par Jahvé lors de la création se répétera à la fin des temps, lorsque Jahvé établira sa royauté inté­ grale. Pour trouver au ps. xcn un tel contenu, il faut partir de ce principe que la phrase « Jahvé est roi » dénote toujours un psaume eschalologique ct le lire ensuite avec cette idée préconçue. Le psaume xcvui est un hymne en l’honneur de Jahvé, roi du monde et d’Israël. Devant le TrèsHaut assis sur les Chérubins, les peuples et la terre entière doivent trembler. Le maître de l’univers a comme qualités distinctives la sainteté et la justice. Il les a révélées d’une façon particulière au sein du peuple élu. Les termes employés sont tout à fait généraux et ne peuvent se rapporter qu'au règne actuel de Jahvé. Aussi la plupart des exégètes n'ont-ils pas pensé à leur donner un sens escliatologiquc. Staerk relève expressément que le psaume n’a pas un contenu pro­ phétique : c’est un hymne d’action de grâces après une victoire, mais le psalmiste exalte cette victoire comme l’ouverture de l’ère messianique. Kittel partage cette opinion. Bertholct, la Bible du Centenaire, ct surtout Gunkel prennent même ce chant pour un véritable psaume d’intronisation. Aussi Gunkcl traduit-il le t. 1· : « Jahvé est devenu roi > ct lit le t. lb : < il· s'assit sur les Chérubins ». La vocalisation fautive des mnssorètes aurait caché jusqu’à nos jours le caractère eschalologique du psaume. Mais le changement de ioteb t assis » en iaiab < il s’assit » n’est nullement justifié,ct surtout il ne révèle en aucune façon que le psaume soit messianique. 3° Passages messianiques épars dans les psaumes. — Nous venons de constater qu’à côté des psaumes qui sont des oracles sur le Messie, aucun autre cantique préexilien n’a un contenu entièrement messianique. Parmi les prétendus psaumes eschatologiqucs un seul renferme des idées messianiques. Parmi les autres psaumes qui semblent appartenir à l’époque des rois, trois seulement présentent encore la perspective messianique. 1. D’abord le psaume lxvh. C’est un hymne de procession. Le poète y glorifie Jahvé à cause des hauts faits opérés dans le passé ct dans le présent ct encore attendus pour l’avenir. Dans les versets qui se rapportent aux temps futurs, *29 sq., le cantique prend une tournure messianique. Dieu est prié de confirmer et d’achever ce qu’il a déjà fait pour son peuple. Qu'il menace surtout l’Égypte, « la bête sau­ vage des roseaux », et les autres peuples païens avec leurs rois. Alors ces rois viendront apporter des pré­ sents au temple de Jérusalem. Les puissants de l'Égypte eux-mêmes accourront el l'Éthiopie tendra ses mains vers Jahvé. Dès maintenant le psalmiste Invite les rovaumes de la terre à acclamer le TrèsHaut. Voir P. Synave, L'universalisme dans le ps. LXVHI (LXVH) dans Revue des sciences philoso­ phiques ct théologiques, 1927, p. 51-58. A peu près tous les exégètes donnent cette explica­ tion eschalologique aux t. 29-32. Gunkel a l’idée extravagante d’interpréter le psaume tout entier 1464 comme eschalologique, même les passages où sont racontées la sortie de l’Égypte ct la conquête de Canaan; car tout ces événements d’après lui se répé­ teront à la fin des temps. Il suppose avec beaucoup d'exégètes une date très tardive pour le psaume, tandis que Kittel renonce à toute indication chronologique et que Staerk avoue son absolue indécision. 2. En second lieu : lxxx, 1 1-17 : « Ah! si mon peu­ ple voulait m’écouler, si Israel voulait marcher dans mes voles! A l’instant J’humilierais scs ennemis, je tournerais ma main contre ses adversaires. Ceux qui haïssent (maintenant) Jahvé, le flatteraient ct vi­ vraient dans une crainte éternelle. Je le nourrirais de la fleur du froment, je le rassasierais du miel du rocher. » Ces versets clôturent un hymne de fête ct expriment que le salut espéré viendra dès qu’Israël s’en rendra digne. La désobéissance du peuple retient les faveurs que Jahvé voudrait lui accorder. Bien que le 17 rappelle Deut., xxxn, 12-11, le psaume n’est pas postexilien comme le prétendent Kittel, Bertholct, Duhm. S’il datait d’un temps pos­ térieur à la captivité, le bienfait du retour serait sans doute mentionné. Bacthgen et Gunkcl le placent avant la destruction de Jérusalem. 3. Le troisième texte est le psaume lxxxvi. Celuici appartient au groupe des hymnes qui exaltent Jéru­ salem. Parmi les titre de gloire de la ville sainte, le poète relève qu’elle est la patrie de tous les adora­ teurs de Jahvé. Malheureusement le texte est mal conservé. S’agit-il seulement ici du rôle que Sion joue comme centre religieux des Juifs dispersés et des pro­ sélytes? Ou le privilège y est-il en outre envisagé dont elle jouira comme capitale du royaume messia­ nique? Il est curieux que tous les exégètes que nous avons vu relever à outrance le caractère cschatologique de maint psaume ne l’admettent pas pour celui-ci. Bacthgen par contre tient avec raison que ce cantique est à rapprocher des prophéties d’Isaïc, if, 2-1; xi, 10; xvui-xix, sur la conversion des nations étrangères. La plupart des exégètes catholiques ajou­ tent à l’explication historique l’interprétation pro­ phétique. En effet la proclamation que les grandes nations ont droit de cité à Jérusalem ct qu’elles sont regardées par Dieu comme nées à Sion ne s’explique complètement que comme oracle eschalologique. Tous les critiques qui rapportent ce psaume uni­ quement aux Juifs de la dispersion ou aux prosélytes le prennent pour postexilien. Mais la mention de Babylone et de l’Égypte exclut, comme Bacthgen le relève avec raison, celte époque tardive. L A en croire surtout ceux qui ont découvert les psaumes eschatologiqucs, il y aurait encore d’autres psaumes préexillcns dans lesquels sc rencontrent des versets messianiques. C’est ainsi que Kittel, Berlholet, Staerk prennent ps. vu, 7-9·, pour une prière adres­ sée à Dieu d’intervenir par le jugement du monde: < Lève-toi, Jahvé..., toi qui ordonnes le jugement. L’assemblée des peuples t’environne; au-dessus d’elle remonte dans la hauteur. Jahvé juge les nations. » (’.es paroles, mal conservées el déjà peu claires en ellesmêmes, sont surtout mystérieuses en raison de leur contexte. Le psaumé est la supplication d’un indi­ vidu persécuté ct calomnié. Tout à coup celui-ci implore le Très-Haut de lui rendre justice devant les peuples par un Jugement solennel. Il est bien pos­ sible que les versets qui contiennent cette demande soient intercalés après coup. Mais qu’ils aient appar­ tenu au texte original ou non, jamais ils n’ont un caractère eschalologique; car les peuples ne sont pas l’objet du jugement, ils en sont seulement, comme le relève justement Duhm, les spectateurs. Les psaumes ix et x (hébr.), qui ont formé primi- 1065 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL : ÉZÉCHIEL tivcmcnt un seul cantique (Vulgate, ix), sont une glorification du Juste gouvernement de Dieu qui punit les impies, protège les opprimés. Gunkel et Kittel y trouvent plusieurs versets eschatologiqucs. D'abord, ix, 8-9 : < Jahvé siège toujours, il a affermi son trône pour le jugement, il juge le monde avec justice, il gouverne les peuples avec droiture. · 11 faut avoir la manie eschalologique pour penser, pendant la lecture de ces phrases, à l’intronisation de Jahvé Λ la lin des temps cl au dernier jugement, pour en tirer avec Kittel la conclusion (pie probablement tout le psaume ix vise Père messianique, ou pour prendre avec Gunkel les >\ 6-17 pour un hymne cschalologique. Au psaume x, les mêmes auteurs prennent les f. ΙΟ­ Ι 8 pour eschatologiqucs : « Jahvé est roi à jamais; les païens disparaissent de son pays. Tu entends les souhaits des humbles... pour faire droit à l’orphelin el à l'opprimé afin qu’un homme mortel ne les tyran­ nise plus ». Pérennès s'associe à eux ct y trouve éga­ lement la perspective messianique. Nous avouons que le sens messianique de ces trois versets est bien plus acceptable que pour ix, 8-9. Cependant ce n’est pas le sens obvie; car le désir de voir disparaître les païens de la Palestine était regardé comme réalisable avant Père messianique, el de tout temps on attendait de Jahvé qu’il exaucerait la prière des pauvres pour les protéger. Le psaume x est une touchante expression de la confiance en Jahvé. Il se termine par l’idée que, tandis que les méchants seront terriblement punis par Dieu, « le juste verra sa face », 7b. Le sens de l’expression : • voir la face de Jahvé », qui se rencontre aussi ps. xvn, 15, ps. xu, 3, est très discuté. Voir Notscher, Dos Angesidd Gottesschaucn, 1921. D'après Gunkel, Duhm, Baetghen, elle signifie simplement : apparaître au temple, ce qui est le cas ps. xu,3, ou jouir d’une façon sensible de la faveur divine. D'autres, par exemple Lagrange, Pérennès, Kittel, Bertholct, la prennent pour une locution eschalologique. Les deux premiers y voient une allusion à la vie après la mort, les deux autres à l’état heureux des justes qui, à la fin des temps, posséderont Jahvé sur la terre. Seule cette dernière conception donnerait à la phrase « voir la face de Dieu » un sens messianique. Mais elle est dénuée de tout fondement. Dans le psaume i.vii, qui est une prière adressée à Dieu dans un grand péril, se trouve deux fois, V 6 et 12, comme refrain la demande : Lève-toi, ô Dieu, au-dessus des cicux, que ta gloire (brille) sur toute la terre. · Kittel prétend que par ce refrain le psalmiste envisage son salut ù la lumière eschalologique. Il dési­ rerait l’arrivée du grand jugement universel, parce que seule la manifestation de Jahvé le délivrent. La Bible du Centenaire indique la même conception, à la différence que le sujet du psaume est supposé être la communauté d’Israël. Gunkel dit avec raison qu’il ne peut pas être question d’eschatologie dans ce psaume. Le sujet est, en effet, un individu ct il est inconce­ vable qu’un individu exige qu’à cause de lui le jour de Jahvé arrive. Le refrain n’est qu’une forme solen­ nelle ct ample de la prière simple : aide-mol. On en dira autant de ps. i.xxxi, 8;xc, 16. Somme toute il ne reste que six psaumes à contenu messianique parmi les dix-neuf étudiés dans ce cha­ pitre, pour lesquels des exégètes avaient supposé un sens eschalologique. V. Li s idées messianiques ni s temps kxiuens et POSTEXiiJENS. - - /. / /.KcHlEL. - Jahvé n’abandonna pas son peuple non plus durant l’exil. Parmi les déportés de l’année 597 se trouvait déjà celui qui devait être auprès d’eux son porte-parole, Ézéchiel. En 593, il l’établit comme « sentinelle de son peuple », 1466 m, 17, ct lui donna l’ordre de s’adresser à scs frères en exhortant chacun individuellement. Par cette activité Ézéchiel avait à maintenir la foi parmi les captifs de Babylone, à les rendre dignes du pardon divin el du retour en Chanaan. Cette mission devait amener Ézéchiel à entretenir dans une large mesure les espérances messianiques. I) ne le fit pourtant d’une façon systématique que durant la seconde période de son ministère, c'est-à-dire après 586. Le recueil des prophéties d’Ézéchicl ne soulève pas les graves problèmes de haute critique qui se rencon­ trent pour les livres d’Isaïe ct de Jérémie. Jusqu'en ces derniers temps il a été regardé par à peu près tous les exégètes non seulement comme entièrement dû à la plume d’Ézéchicl, mais aussi comme une œuvre d’un seul jet. 11 est vrai que le travail de critique littéraire accompli par les récents commentateurs. Kractzschmar (1900), Toy (1901), Rothstein (1922) Hcinlsch (1923), Hermann (1921) a démontré que le livre d'Ézéchlel est lui aussi d'origine plus compliquée qu’on ne le croyait jusqu'ici : le prophète a refait et remanié son ouvrage ct, à côté des fautes de copiste, le texte ac­ tuel contient des changements et de courtes additions provenant d'autres rédacteurs. Mais tous ces inter­ prètes sont unanimes a reconnaître qu’à peu près tous les passages importants furent écrits par Ézéchiel lui-même. « Somme toute, il faut dire que dans une large mesure, le livre doit être pris pour la collection de ce qu’Ézéchiel a fixé par écrit, et qu’Ézéchiel a personnellement fait cette collection. · Hermann, p. XXXIV. Cependant quelques mois après que Hermann écri­ vait celte rassurante conclusion, G. Hôlscher, Hezekiet, der Didder and das Buch, 1921. a cru pouvoir affirmer qu’il faudrait tenir comme tout à fait insuf­ fisante la critique faite jusqu'ici. Λ l’entendre, le livre qui porte le nom d’Ézéchicl serait un des moins authentiques de la littérature prophétique. La majeure partie des discours, en particulier tout ce qui se rapporte à la restauration ct au temps messianique, aurait été ajoutée après coup. Quelques rares poésies devraient être attribuées à Ézéchiel. Tout le reste serait écrit en prose et dû à différents auteurs du v· siècle. Dans sa forme actuelle le livre d’Ézéchlel serait un écrit polémique lancé sous le nom du pro­ phète par le sacerdoce sadokite. G. Hôlscher n’aurait pas vu besoin de relever dans son introduction que l’analyse qu’il entreprend, en vue de séparer dans les parties authentiques des morceaux secondaires, n’est pas toujours juste. Sa cri­ tique est tellement subjective ct radicale qu'on peut prouver par elle tout ce qu'on veut. Il n’est donc pas nécessaire d’en tenir compte. Au nom d’une critique non moins hardie. Mowinckel. Ezra den Shrifttaerde, 1916, avait déjà rejeté Ez., xl-xlviii. Voir la réfu­ tation faite par Werner Kessler, Die itinere Etnheit· lichkcit des Bûches Ezechiel, 1926, Beridde des theologi· schen Seminars der Brüdergemeinde in Herrnhut, xi. 1° Prophéties d'Ezéchiel arant la chute de Jérusalem (5S6). - Avant la chute de la ville sainte, les pro­ messes sont très rares chez Ézéchiel. Il est vrai que, dans le texte actuel des oracles de ce temps, on trouve dispersées de nombreuses prédictions messianiques; mais, en les comparant au contexte,on s’aperçoit que beaucoup d’entre elles ont été ajoutées après coup; car au point de vue psychologique, pédagogique et parfois même logique, il parait invraisemblable que le prophète ail fait nu même moment des affirmations aussi contradictoires que celles qui se trouvent par­ fois juxtaposées dans son livre. On n’en conclura pas à l’inaulhcnticité de ces prophéties, mais seulement à leur origine postérieure. 1467 MESSIANISME, LE TEMPS DE L'EXIL Parce qu’Isracl continuait, même après la première déportation, à être « une maison de révolte » — c’est chez Ézéchiel la désignation continuelle du peuple élu—qui ne voulait pas écouter son Dieu, n, 5; in, 7, etc., les accusations et les menaces formèrent en effet longtemps presque Punique contenu de scs dis­ cours. Dans les paraboles des e. xvi (Hcinisch, Der Prophet Ezechiel, 1923, p. 18. et Hermann, Ezechiel, 1921, p. 102, regardent les f. 4-1-63 comme ajoutés après 586; mais il vaut mieux avec Rothstein, dans Kautzsch, Lu, 1922, p. 909, prendre pour tardifs seu­ lement 42b, 53b, 55b, 60-63, versets qui contiennent des promesses de salut) et χχιιι,ίΐ incrimine Israël et Jérusalem en termes qui choquent autant par leur dureté que par leur crudité. A maintes reprises, v, 1-2, 12-17; vt, 11-14; vu, 14-16; xv; xxi, 8-9; xxiv, 1-14; xxxïii, 27-29, il annonce une ruine définitive de la ville sainte et de la Judée, ainsi qu’une extermination totale de leurs habitants. Ce n’est que par un juge­ ment radical que la colère de Dieu sera assouvie, v, 13; vi, 12, et qu’on reconnaîtra que Jahvé est le vrai Dieu, vn, 7; xxxm, 29. Quelques exégètes, par exemple Hcinisch et Hermann, estiment qu’Ézéchicl aurait en outre prédit une catastrophe mon­ diale que Jahvé déchaînerait pour faire disparaître Israël. Cependant la fin de vu, 2, ne doit pas se traduire, comme ils Pont fait, par : < La fin vient pour les quatre coins du monde », mais seulement par « la fin vient pour les quatre coins du pays ». On ne doit même pas prendre à la lettre les menaces qui présentent cette fin comme absolue. Cela résulte déjà des phrases par exemple, v, 3-4; vi, 8-10, que le prophète lui-même y ajouta plus tard pour les adou­ cir. Leur caractère hyperbolique ressort ensuite du fait que, déjà durant les premières années de son ministère, Ézéchiel a promis par deux fois le salut au moins à un petit reste de la population qui séjour­ nait encore en Palestine. Dans la vision relative à l’affreuse idolâtrie pratiquée dans le temple par les anciens et au départ de Jahvé de la ville, il aperçoit un ange qui marque d’un signe avant le jugement • ceux qui gémissent et sc lamentent à cause de tous les crimes qui sc font en elle », pour qu’ils ne soient pas tués avec les autres, ix, 4. Il compare, xxn. 17-22, ces quelques justes à un peu d’argent qui au creuset sera dégagé des scories. Comme Jérémie, Ézéchiel comptait donc pour l’ave­ nir beaucoup plus sur les Juifs qui sc trouvaient déjà en Babylonie que sur ceux qui restaient encore en Judée. C’est de ceux-là qu’il s’occupait de toutes scs forces, pour préparer le nouveau peuple, agréable à Dieu. Ce sont eux qu’il invite à la conversion.cn les assurant que Jahvé ne veut pas la mort du pécheur mais, au contraire, sa conversion et sa vie, xvm, 23, 32, ce qui signifie que Dieu ne veut pas les enlever par une mort prématurée, mais les garder pour qu’ils voient le bonheur messianique. Pour cette raison il leur ouvre dès le commencement, au moins par quel­ ques prophéties, la perspective de l’èrc messianique. Ainsi il prédit que l’exil ne durera pas toujours, mais qu’il prendra fin après quarante ans, iv. 6. Lorsque le roi Sédécias sc fut laissé entraîner à secouer le joug babylonien et à rendre ainsi inévitable la chute de Jérusalem, le prophète dans le magnifique oracle du c. xvii annonce que. si la branche de la famille davidique représentée par ce roi doit être rejetée, une jeune tige de la branche de Jéchonias sera plantée sur la montagne d’Israël pour devenir un cèdre majes­ tueux; à l’ombre de scs rameaux les oiseaux de tout genre viendront habiter. C’est la prédiction du royaume du Messie, issu delà racine de David, xvn, 22-2 i. Une autre allusion au Messie sc trouve, xxi, 32, ÉZÉCHIEL 1468 où 11 est dit que le pays avec tout ce qu’il contient sera transformé en ruines, jusqu’au moment où appa­ raîtra celui à qui appartient le jugement, passage où Ézéchiel reprend la promesse de Jacob, Gcn., xux, 10. Cf. col. 1116. Parce que, après la déportation de 597, ceux qui res­ taient en Palestine convoitaient les biens des exilés — ils croyaient que ceux-ci ne reviendraient plus — Ézéchiel publia que Dieu ramènerait les déportés et leur donnerait de nouveau le pays. Ils reviendront transformés, avec un cœur nouveau, et marcheront dorénavant selon les lois du Très-Haut, xi, 14-21, Cette prophétie reçut un complément significatif par celle qui termine le discours que le prophète adressa, en 591,à des anciens qui le consultaient, xx. L’objet de leur demande n’est pas expressément indi­ qué, mais il résulte de Penseibble de la réponse et surtout du f. 32 qu’il s’agissait de la tentative do pratiquer le culte de Jahvé sous des formes analogues à celles des rites païens, et peut-être même de la con­ struction d’un temple en terre étrangère. Ézéchiel répond d’abord par un aperçu de l’histoire des aber­ rations d’Israël toujours porté à l’idolâtrie et des miséricordes de Jahvé constamment prêt à lui par­ donner, XXI, 1-32. Aujourd’hui même Jahvé n’est pas au bout de scs soins pour son peuple. Il veut main­ tenir et exercer ses prérogatives royales sur les Israélites. Aussi les ramènera-t-il de l’exil dans la patrie. Mais, de même que, lors de la sortie d’Égypte, il les a conduits à travers un désert et lésa soumis à un jugement à cause de leur révolte, ainsi cette fois encore les fera-t-il passer par un désert, et avant leur nou­ velle entrée en Canaan il séparera les justes des Injustes. La partie saine du peuple rentrera et ser­ vira fidèlement son Dieu qui, en récompense, la com­ blera de ses faveurs, xx, 33-44. (11 n’y a, nous sem­ ble-t-il, aucune nécessité de séparer cette promesse de l’exhortation qui précède; car rien n’indique qu’il faille supposer avec Rothstein, p. 920, et Hcinisch, p. 104. que tout le peuple sc trouve déjà en exil, ou avec Hermann, p. 127, que la catastrophe de 586 a déjà eu lieu.) 2° Prophéties d*Ézéchiel apris 586. — Ces quel­ ques prédictions sporadiques de l’avenir glorieux, qui datent toutes du temps qui préc< da la débâcle, ont été ensuite élargies et enrichies par des exposés qui sont les plus systématiques de toute la littérature des prophètes. Jérusalem une fois détruite, les accu­ sations et les menaces cessent complètement et font place aux plus magnifiques promesses. Ézéchiel rassure immédiatement les exilés, accablés par la’tristc nouvelle delà chute de Jérusalem, en leur répétant que Dieu ne veut pas la mort, mais la conversion, xxxm, 11, et qu’ils verront le salut s’ils font sincèrement péni­ tence et persévèrent dans l’obéissance envers Jahvé, xxxm, 10-20. Ce salut, Ézéchiel le décrit dans la suite d’une façon plus détaillée que tous les autres voyants. D’une part il le fait d’une manière négative. Dans ce sens il annonce d’abord en six oracles, xxv-xxxm, XXXV, l’extermination de tous les voisins d’Israël: Ammonites, Moabites, Édomites, Philistins, habi­ tants de Tvr et de Sidon. Ensuite, dans une autre série, xxix-xxxn, prononcée en partie dès avant 586, il prédit la ruine de l’Égypte. D’un ton solennel il lui fait savoir que le jour de Jahvé viendra aussi sur elle, xxx, 2-3. Sa destruction cependant ne sera pas définitive comme celle des nations voisines. Les Égyp­ tiens, après avoir été dispersés pendant quarante ans, reviendront dans leur pays et formeront un petit peuple. Les épreuves les auront amenés à reconnaître que Jahvé est le seul vrai Dieu, xxix, 12-16. D’autre part, il présente le bonheur à venir d’une ! façon positive. H le résume en trois tableaux. Une 14G9 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL première fois i! compare, comme Isaïe, Michéc et Jérémie, le peuple des deux royaumes à un troupeau que ses bergers ont jusqu’ici négligé, exploité, dis­ persé. A l’avenir Jahvé s’occupera lui-même de ses brebis, les recueillera cl les reconduira en Palestine, xxiv, 1-1 G. après avoir écarte du nouveau troupeau tous les mauvais éléments, xxxiv, 17-22. Il leur don­ nera un seul pasteur, « son serviteur David ·, xxxiv, 23-24; xxxvn, 15-28. Ézéchiel répète donc la déno­ mination que Jérémie avait appliquée au Messie. Les animaux sauvages, qui figurent les nations voisines, ne troubleront plus le bercail d’Israël. Des pluies abondantes produiront de riches pâturages jusque sur les hautes montages, xxxiv, 14, et partout régnera une grande fertilité, xxxiv, 2G-27. Jahvé garantira la durée étemelle de cet état de choses par une nou­ velle alliance de paix, et par son habitation au milieu du peuple, xxxiv, 24-28. Dans une seconde description, xxxvi; xxxvn, 1528, Ézéchiel s’adresse aux montagnes : c’est en vain que les peuples des alentours sc sont moqués d’elles, en voyant qu'elles restent ά jamais dévastées. Pré­ cisément pour répondre à ces railleries, pour sauver son honneur, Dieu leur donnera de nouveau la ver­ dure et les fruits. 11 les invite à sc parer pour rece­ voir dignement le peuple qui viendra bientôt. Les « rescapés » rebâtiront les villes cl deviendront plus nombreux et plus heureux que jamais. Ils vivront comme dans l’Éden, xxxvi, 35. Celte prospérité leur adviendra non parce que entre temps ils s’en seraient rendus dignes, mais uniquement parce que Jahvé veut sauver son honneur. Comme pourtant la condition indispensable de lout ceci est la sainteté, Jahvé sanctifiera Israël par une intervention toute particulière. Celle-ci consistera d’abord en un acte extérieur et rituel : Dieu les aspergera d’une eau pure qui les purifiera. Il fera plus encore. : conformé­ ment à une prophétie antérieure, il créera un cœur nouveau qui remplacera leur cœur de pierre, et il leur communiquera l’Esprit divin qui les amènera à observer les commandements du Très-Haut. Dans un troisième tableau, qui est tout à fait propre â Ézéchiel, xl-xlvih, le prophète dépeint sous la forme d’une vision le nouveau temple comme for­ mant avec son culte le centre de toute la vie des Israélites après l’exil, cl le nouveau pays complète­ ment transformé. En véritable architecte, il décrit d’abord, jusque dans ses moindres détails, le temple majestueux qui sc dressera dans la ville sainte, XL· XLif,ensuite, en prêtre enthousiaste, l’entrée de Jahvé dans le temple, l’inauguration de l’autel des holo­ caustes, le service des fêles et des sacrifices, le minis­ tère des prêtres, le rôle du roi et du peuple par rap­ port au culte, XLHî-XLvi, finalement, en géomètre et économiste, la transformation et la répartition de la Terre sainte entre les douze tribus : une source jaillira du temple et deviendra un grand fleuve dont les eaux fertiliseront surtout la contrée si aride de l’Est et assainiront, en s’y jetant, la mer Morte clic-même. Dans le pays ainsi arrosé chaque tribu possédera une bande de terrain allant de la Méditerranée au Jour­ dain, XVLII-XLVIII. Par cette description de la situation future d’Israël et de Canaan, il est certain qu’Ézéchiel n’a pas voulu parler uniquement en symboles, mais établir un code et dresser un plan qui, par la bonne volonté des hommes et davantage encore par l’intervention miraculeuse de Dieu, devait être un jour plus ou moins réalisé. Pour couper court Λ tous les doutes qui pour­ raient être érnis au sujet de la réalisation du salut tel qu'il l’a décrit dans celte dernière vision et tel qu’il l’avait déjà antérieurement exposé, x.xxiv- ÉZÉCHIEL 1470 xxxvn, Ézéchiel communique â scs auditeurs une autre vision encore, la célèbre vision des ossements desséchés qui gisent dans une plaine et qui tout à coup sont revêtus de chair et de peau, et complète­ ment ranimés. C’est ainsi que Jahvé ressuscitera le peuple du tombeau dans lequel il se trouve à présent, et le ramènera dans son pays. Il agira en maître absolu et tout-puissant; tout essai d’empêchement tenté par un ennemi sera vain, xxxvn, 1-11. Cependant une fois rétabli en Palestine et après avoir joui pendant un certain temps de sa tranquillité et de son bonheur, Israël aura â soutenir une dernière tentative faite en vue de troubler sa paix par tous les peuples ennemis de Dieu. Ils seront réunis en une armée Immense sous le roi Gog qui les conduira contre Jérusalem. Mais, arrivés devant la ville sainte, Jahvé les renversera subitement et fera briller plus que jamais sa gloire devant les nations, xxxvni-xxxix. La prophétie relative à celte expédition dont le caractère mystérieux est encore augmenté par l’état imparfait et complexe de la forme littéraire, est peutêtre la plus énigmatique de tout l'Ancien Testament. Elle introduit un élément tout nouveau dans les per­ spectives des temps messianiques qui se retrouvera plus lard sous d autres formes. Ce coup d’œil sur les oracles d’Ézéchiel montre que, tout en contenant plusieurs Idées nouvelles, ils ne diffèrent cependant pas au fond de ceux des prophètes précxi liens. A en croire beaucoup de critiques, sur­ tout ceux de l’école évolutionniste, il en serait autre­ ment. Ézéchiel aurait Inauguré un messianisme qui sc distinguerait du tout au tout de celui de ses pré­ décesseurs, et qui aurait exercé une influence excep­ tionnelle sur celui de scs successeurs : il serait le père de l’apocalyptique, et c’est à partir de lui que les pro­ phètes auraient pris un intérêt particulier â l’eschato­ logie. Cette appréciation d’Ézéchiel est due ei> grande partie â ce que ces auteurs rendent le prophète res­ ponsable des lois rituelles contenues dans la quatrième source du Pentatcuque (Code sacerdotal). De ce chef, ils ne le tiennent plus pour un vrai prophète. D’un côté. Ézéchiel n’aurait plus été un véritable homme de Dieu entrant, à la façon d’Isaïe et de Jérémie, en communication directe et intime avec Jahvé : ses relations avec Dieu auraient été régularisées par un légalisme cultuel et extérieur. De l’autre, il n’aurait pas non plus été un véritable homme du peuple, adressant â ses auditeurs, en discours entraînants et spontanés, le message puisé dans son contact vivant et immédiat avec Dieu : la réflexion dogmatique, la composition littéraire auraient prédominé chez lui. Au point de vue messianique la conséquence serait que les oracles d’Ézéchiel contiennent, au lieu de pré­ dictions sobres, des spéculations fantaisistes, des calculs artificiels sur les temps à venir et qui se rap­ portent de préférence â l’époque cschatologique, tout à fait comme ceux des auteurs apocalyptiques des deux derniers siècles avant J.-C. Contre celte dépréciation du rôle prophétique pro­ prement dit d’Ézéchiel une forte réaction s’est fait sentir; voir le commentaire de Hermann et l’étude de J. Touzard sur Ézéchiel. dans /tenue biblique, 1919, p. 5-88, dont voici la conclusion : « L'esprit prophé­ tique n’a pas subi de déviation (en lui), quoi qu’en disent nombre de critiques indépendants », p. 88. Cette réaction a trouvé une expression singulière­ ment exagérée dans la critique si négative de Hôlscher, qui, en ne laissant â Ézéchiel que quelques morceaux de son livre, l’a mis de nouveau sur le même rang que ses grands prédécesseurs. Mais sur le rôle d’Ézéchiel par rapport â l’apoca­ lyptique et â l’eschatologie, beaucoup ont cru devoir 1471 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL : LE LIVRE DES CONSOLATIONS maintenir l'appréciation de la critique évolution­ niste. Ainsi Dûrr dans sa monographie, Die Stcllung des Prophelen Ezcchiel in der israclitisch-jûdischcn Apocalyptik, 1923 : Non seulement au point de vue formel, par ses visions, ses actes symboliques, son style, mais aussi au point de vue réel, surtout par sa description de l’expédition de Gog, Ézéchiel serait le premier représentant de l’eschatologie apocalyptique. Mais, à cet égard aussi, une rectification s'impose. La fausse conception du rôle littéraire d’Ézéchiel est principalement due A une confusion des idées relatives A l’eschatologie et aux écrits apocalyptiques. Cette confusion atteint son point culminant chez Dürr quand il prétend,p. 105, qu’Ézéchiel «a été le premier, dans un but de consolation, A s'occuper d'une ma­ nière prononcée de l’eschatologie », et, p. 10, que le caractère principal des apocalypses est leur · contenu essentiellement eschatologique ». Les deux affirma­ tions sont également Inexactes. D'abord Ézéchiel est loin d’être le premier A s'ouvrir aux perspectives cscha­ tologiques. Les prédictions de tous les prophètes anté­ rieurs sc rapportent A tel point A la fin de l’ordre actuel, que beaucoup d’exégètes modernes préfèrent les appe­ ler non pas < oracles messianiques * mais < oracles cschatologiques ». En attribuant à Ézéchiel les pre­ miers textes cschatologiques, Dûrr pense sans doute exclusivement aux chapitres xxxvin-xxxix; mais par la il restreint, d’une façon arbitraire et inusitée, le sens du terme < eschatologique » ct donne, comme nous le verrons tout A l’heure, au contenu de ces deux chapitres une importance exagérée. La deuxième affirmation sc rattache A une concep­ tion des apocalypses qui, pour être aujourd’hui com­ munément reçue, n'en est pas moins fausse. Certes l’eschatologie forme le contenu principal des apoca­ lypses; mais tel est aussi le cas pour les écrits stricte­ ment prophétiques, et les auteurs apocalyptiques ont, autant que les vrais prophètes, rapproché la fin des temps de leur époque. Au point de vue eschatologique, il n’y a donc pas de différence notable entre les livres prophétiques et apocalyptiques. Ce qui les distingue est tout autre chose, comme on le dira ultérieurement. Outre ces conditions générales, c’est l’estime exa­ gérée de l’épisode de Gog qui a amené Dûrr el scs prédécesseurs, A prendre le livre d’Ézéchiel pour l’inauguration du genre apocalyptique. La descrip­ tion de l’attaque suprême des peuples formerait « l’achèvement du tableau qu’Ézéchiel a tracé de l’avenir ». p. GG. C’est par elle qu’il aurait exercé · la plus grande influence sur les siècles suivants », p. 90. Le fait qu’cncore une fois 11 doit y avoir après le réta­ blissement d’Israël,«A la lin des temps », xxxvm, IG, une crise qui amènera la défaite définitive des païens serait devenu « le centre autour duquel sc groupaient toutes les autres espérances », p. 90, - le point de départ de toute une dogmatique escliatûlogique », p 65. 11 est Indéniable que les chapitres xxxvm-xxxix forment la partie la plus originale du livre d’Ézéchiel, mais ils sont loin d’en être une partie Intégrante. Ils pourraient manquer sans qu’il y eût de lacune. Par l’imagination exubérante qui s’y manifeste et par le caractère énigmatique de leur contenu, ils ne com­ plètent pas, ils dérangent plutôt le tableau général dessiné par le prophète. D'autre part ce contenu n’est pas entièrement nouveau. Les oracles d’Isaïe qui se rapportent au siège de Jérusalem par Sennacherib ainsi que les psaumes qui y font écho, décrivent, également, la ruine définitive des païens devant les murs de la ville sainte; de même Jérémie, xxv, avait annoncé le désastre général de tous les peuples. Ce qui est tout A fait nouveau, chez Ézéchiel, savoir que l’irruption des peuples ennemis se fera en plein 1472 temps messianique,est une donnée tellement hors du cadre général du prophétisme qu’elle est et restera toujours obscure. Pour ce qui regarde l’in fluence qu’Ézéchiel est censé avoir exercée par ces mêmes chapitres, clic ne sc présente pas non plus comme aussi extraor­ dinaire que Dûrr le prétend. Elle se constate chez Abdias, Zacharie et Joel, qui prédisent une attaque générale des peuples contre Jérusalem laquelle finira par leur défaite complète. Mais, pour leur conception de ce jugement des nations, ces prophètes dépendent en même temps d’Isaïe et de Jérémie, comme le montre la comparaison d'Abdlas, IG avec Jcr. xxv, 15, 28; xi.ix, 12; de Zach., xîi, 2 avec Jcr. xxv, 15, 28; de Joël, iv, 10 avec Is., π, 4. D’autre part ce qui est le plus caractéristique chez Ézéchiel, savoir que l’invasion des païens troublera Ja paix messia­ nique déjà existante, est complètement perdu de vue par Abdias, Zacharie ct Joël. Ce trait qui, d’après Dürr, est si proprement apocalyptique, manque dans les apocalypses elles-mêmes, A l’exception d'Hénoch, Lvi, el du I H· Livre sibyllin, vers G57-6G7. Alors de quel droit nommer Ézéchiel le père de l’apocalyptique? Outre In bibliographie A la fin de l’article ÉzÉCHTBL, voir : Bothstcin, Dus Buch Ezéchiel, dans Kautzsch, 4· édit., 1922, t. i; P. Hcinisch, Dus Buch Ezcchiel, 1923; J. Her­ mann, Ezcchiel übersetzt und erklart, 1924. L. Gautier, La mission du prophète Ézéchiel, 1891; Kainrath, Der messianische Tcil der ezcchielischen Prophétie, dans Jahrbûcher fur protestantischc Théologie, 1891; Bochnier, Melek und nasi bei Ezcchiel, dans Theologische Stu­ dien und Kritiken, 1900, Die prophclischc Heilspredigt Ezechiels, ibidem, 1903; O. Norbcck, Den messianska Pro/etian hos Hcsekicl, 1901; K. Begrich, Dus Messiasbild des Ezéchiel, dans ZeitschnH fur luisscnschaflliche Théologie, 1904; J. Ijiijciak, Ézéchiel, sa personne et son enseignement, 1906; Mcsnard, Les tendances apocalyptiques chez le prophète Ezéchiel, 1909; W. F. Loflhouse, The prophet of reconstruc­ tion. A patriots ideal /or a new age, 1920; L. Dürr, Die Stcllung des Prophelen Ezcchiel in dcr isracliUsch-judischen Apokalyplik, 1923. Z/. la seconde PARTIE D'ïSaiE. — La com­ mission biblique, 29 juin 1908, relève que dans les chapitres que la critique voudrait contester A Isaïe, le prophète s’adresse aux exilés comme s’il vivait au milieu d’eux : Judœos in exilio babylonico lugentes veluli inter ipsos vivens alloquitur el solatur. Cette indication engage l’exégète catholique A interpréter les textes dans le cadre de l’exil, comme l’ont déjà fait Touzard dans le Dictionnaire apologétique, t. n, col. 1612 sq.; Fischer, Isalas 40-55 und die Perikopen vont Gottesknecht, 1916, p. 45 sq.; L. Dürr, Ursprttng und A us bau der israrlitisch-jüdischcn He Handserivartung, 1925, p. 125 sq.; Fr. Feldmann, Das Buch Isaias, 192G, l. π, p. 13 sq. 1° Les chapitres XL ù LV. — Ézéchiel avait exercé son ministère dès le commencement de la captivité, c’est-à-dire à l’époque la plus dure de l’épreuve, alors que ne brillait aucune lueur de salut. Les prophéties d’Isaïe, xi.-i.v, nous transportent par contre à la fin de l’exil, au moment où la marche vic­ torieuse de Cyrus fait poindre l'aurore de la déli­ vrance. Aux Israélites qui suivaient avec une atten­ tion soutenue les conquêtes du roi perse, le prophète annonce que Babylone sera bientôt renversée, que c’est même principalement dans le but de détrôner cette maîtresse orgueilleuse du monde oriental cl de lui arracher les captifs d’Israël que Jahvé a appelé Cyrus, xli, 2; xlv, 4, ct le conduit de victoire en victoire, xliii, 14; xlv, 1-3. Il leur promet même qu'A peine ce héros aura-t-il pris Babylone. Jahvé sc mettra en personne à la tête de son peuple pour le reconduire en Palestine. Dans l'exécution de cette œuvre, le I Très-Haut est présenté tantôt comme un guerrier qui 1473 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL : LE LIVRE DES CONSOLATIONS pousse des cris et dessèche les pays des ennemis par le feu de sa colère, xlii, 13-15, guide scs élus, armée irrésistible qui broie scs adversaires, xli, 1 1-16, tantôt comme un berger qui conduit les Israélites avec le plus grand soin à la façon d’un troupeau, XL, 10-11. Le retour se fera par la voie la plus directe à tra­ vers le désert, (μη, largement arrosé cl orné des plus beaux arbres, sera transformé en jardin, xli, 17-20; xliii, 19-20; xlix, 9-11. Là où passera le cortège, les collines seront abaissées ct les vallées aplanies, XL, 3-1. Dès maintenant des messagers de bonne nouvelle sont envoyés aux villes de la Judée pour leur annoncer le relèvement de leurs ruines ct le retour de leurs habitants, xl, 9. C’est surtout Jérusalem qui doit se réjouir ct sc préparer à recevoir avec la plus grande allégresse Jahvé qui lui ramène scs enfants. Ils seront si nombreux qu'elle sera trop étroite, xlix, 20-21. Elle sera donc reconstruite, non seulement en pierres ordinaires, mais en pierres précieuses, liv, 11 sq.; elle deviendra un Éden, où l’on trouvera la joie ct l'allégresse, li, 3. Tout ce rétablissement du pays ct de la nation est présenté non pas comme un épisode quelconque de l’histoire d’Israël, mais comme l’inauguration de son bonheur definitif, le commencement de l’èrc messiani­ que. Aussi, lors de la sortie de Babylone, des miracles seront-ils opérés qui dépasseront ct feront oublier ceux de l’Exodc, xliii, 16-18. Les descendants d’Abraham reviendront, cl de Babylone, et de tous les pays où ils ont été dispersés, xux, 12; xun, 5-7; les païens eux-mêmes les ramèneront, xlix, 22-23. Les infidélités d’Israël auront disparu comme un brouillard ct seront pour toujours oubliées par Jahvé, xliv, 22. Le Très-Haut lui jure, comme à Noé après le déluge, de ne plus s’irriter contre lui : plus tôt s’ébranleraient les montagnes que son alliance de paix conclue avec lui, liv, 9-10, conformément « aux faveurs assurées à David », lv, 3. Israël sera doré­ navant le peuple le plus heureux du monde. A l’abri de tous les dangers, ses enfants prospéreront sous la bénédiction de Jahvé comme une prairie le long des rivières, xliv, 3-1. Bois et reines des nations seront à son service, xlix, 22-23; des peuples inconnus vien­ dront de loin pour participer à son bonheur, xliv, 5. Comme Ezéchiel, le prophète relève que Jahvé accordera ce bonheur aux Israélites non pas à cause de leurs mérites, mais uniquement à cause de l’hon­ neur de son nom, car si le peuple est purifié par l’exil, xlviii, 10, il n’est pas encore parfaitement fidèle au service de son Dieu, de sorte que celui-ci l’appelle un serviteur aveugle et sourd, xliii, 8; xlii. 18-23. Dès son origine, Israel a si souvent cl si gravement fatigué ct tourmenté son Dieu que, si Jahvé n’avait pas retenu sa colère, il l’aurait depuis longtemps exterminé. S’il l’exalte néanmoins, c’est à cause de son nom, xliii, 25. Par la restauration d'Israël il veut plus que jamais manifester sa grandeur, montrer le néant des faux dieux el forcer les païens à se conver­ tir. Déjà les victoires de Cyrus font trembler devant le Très-Haut les pays du inonde les plus lointains. xli, 4-5. La chute de Babylone sera la plus grande honte pour les idoles ct pour ceux qui les adorent, xliv, 6-20. Mais ce qui mettra le comble à lu révé­ lation de la gloire de Jahvé devant toute chair, ce sera le retour d'Israël à travers le désert, xl, 1-5; xli, 20. Alors, quand Israël sera rétabli en Palestine, même les peuples les plus reculés de l'Afrique, les Éthiopiens, les Sabécns, les Égyptiens, viendront sc prosterner devant lui et lui diront : « Seul tu as un Dieu, il n’en est point d’autres xlv, 1 1-17. Les païens sc convertiront et se consacreront à Jahvé. xliv, 5; lv, 5. Dans sa bonté Jahvé y invite toutes les extré­ 1474 mités de la terre, xlv, 22 sq. Ceux qui persisteront malgré tout dans leur idolâtrie, ainsi que ceux qui ont maltraité Israel, seront exterminés, xli, 11-16; xi.ii, 13-15. xlix. 25-26. La restauration d’Israël sera donc la manifestation décisive de la puissance de Jahvé. Le règne de Dieu sur la terre sera enfin pleinement réalisé. Le but final de la création cl de l'élection d’Israël sera définiti­ vement atteint : tout genou fléchira devant Jahvé, xlv, 2 L Non seulement les Israélites, mais aussi les païens adoreront le vrai Dieu, bien que ces derniers occupent dans le royaume de Dieu un rang inférieur. Plein d’enthousiasme à l’idée que la vraie religion sera répandue dans le monde entier, le prophète invite à plusieurs reprises le ciel ct la terre avec tout ce qu'ils renferment à louer Jahvé, xui, 10 sq.; xuv, 23. Il les exhorte même à coopérer à la réalisation du salut par les paroles célèbres : Rôrale cæll desuper et nu bes pluant Justum, etc., xlv, 8. (D’après l’hébreu il faut prendre justum dans le sens neutre : le salut, ct remplacer dans la seconde partie du verset sauveur par salut.) Dans les textes qui contiennent ces prophéties sont enclavés quatre poèmes xlii, 1-7; xlix, 1-9·; L. 1-9; lu, 13-lui, 12, qui par leur forme et plus encore par leur contenu sc détachent du contexte. Ils ont également trait au retour des Israélites de l’exil ct au salut du inonde tout entier; mais la manière dont la redemption est réalisée se présente tout autrement. D’après les oracles précédents, le rétablissement d’Israël cl la conversion des païens seront l’unique affaire de Jahvé, qui, en manifestant plus que jamais sa loutc-puissancc, ôtera d’un seul coup tout ce qui s’oppose à la réalisation du bonheur de son peuple, ct forcera les païens à sc mettre à genoux devant sa majesté. Au contraire, dans ces quatre poésies, le salut est attribue à un personnage que Jahvé enverra spé­ cialement dans ce but. Ce messager, qui est conti­ nuellement appelé ebed Jahvé, · le serviteur de Jahvé », accomplira sa lâche lentement ct en surmon­ tant avec beaucoup de peine bien des obstacles. Il sera en premier lieu l’alliance de son peuple, c'est-à-dire l'intermédiaire entre Dieu ct Israël. En cette qualité il fera sortir les captifs de prison, xlii, 7. il aura « à rétablir les tribus de Jacob cl à ramener les réchappé* d’Israël », xux. 6, à relever le pays, à partager les héritages dévastés », xux. 8. Mais cette œuvre « est Insuffisante » pour le Serviteur, xux, 6. Il sera en outre · la lumière des nations » et leur apportera le droit, xux, 6. pour que le salut de Jahvé arrive jusqu’aux extrémités de la terre, xlix. 6. Les pays les plus éloignés attendent sa doctrine, xlii. L Le Serviteur sera initié à sa vocation par Jahvé lui-même comme un disciple par son maître, l, l; jour par jour il recevra scs Instructions. Il les communi­ quera aux hommes sans ostentation ct sans violence. Il s’occupera surtout des malheureux pour les consoler, L. L Dans sa bonté 11 ne brisera pas le roseau cassé et n’éteindra pas la mèche encore fumante, xlii, 3. Hélas! il ne rencontrera pas seulement des âmes dési­ reuses d’entendre sa parole, mais aussi des adversaires qui chercheront à entraver son œuvre, à tel point qu’il sera tenté de dire qu’il sc fatigue en vain el qu’il consume sa force pour rien, xlix, L Les ennemis le persécuteront et l’outrageront de la façon la plus cruelle et la plus ignominieuse, ct causeront finalement sa mort. En face de cet homme de douleurs, un moment les justes eux-mêmes ne sauront plus à quoi s’en tenir, ils le mépriseront el croiront qu’il est frappé par Dieu à cause de ses propres crimes. Cependant Ils reconnaî­ tront en fin de compte que c’est uniquement pour les péchés de son peuple qu’il a souffert, et qu’il en est devenu la victime expiatoire. Son châtiment donnera 1475 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL : LE LIVRE DES CONSOLATIONS la paix aux autres, ses meurtrissures causeront leur guérison. Précisément par sa passion « l’œuvre de Jahvé prospérera », c'est-à-dire que le but pour quoi Dieu l’a envoyé sera atteint. Parce qu’il aura livré son âme à la mort, porté les fautes de beaucoup et intercédé pour les pécheurs, il reviendra à la vie, aura une grande prospérité et vivra de longs jours. Il aura, en outre · sa part parmi les grands et partagera le butin avec les forts ·. Ce qui veut dire : « Il deviendra un puissant dans l'histoire de l’humanité, un de ceux qui marqueront dans son développement, l'un des conquérants spirituels du monde. » La Bible annotée, i, 1. p. 251. Des rois et des peuples se lèveront et se prosterneront devant lui. Il saute aux yeux que le Serviteur de Jahvé qui accomplit ainsi l’œuvre de salut est un individu. On ne comprend guère comment, au xix· siècle, tant d’exé­ gètes ont pu tenter — et quelques-uns, p. c. Budde, dans Kautzsch, t. n, p. G63, le tentent encore — de l’identiflcr à Israël. Entre les deux il n’y a rien de commun que le nom. Dans quelques endroits du contexte des quatre chants, Israel porte également le titre de < Serviteur de Jahvé ». Pour tout le reste : caractère moral, rôle à jouer, relation avec Dieu, il y a entre les deux .Serviteurs une différence du tout au tout. L'explication qui voit dans le Serviteur un sujet collectif est, comme le disait encore récemment W. Staerk, Zum Ebed Jahioe-Problem, dans Zeitschrift fûr die alttcslamentliche Wissenschaft, 1926, p. 213, une des aberrations les plus lamentables qui aient jamais eu lieu dans le domaine exégétique. De la sainteté extraordinaire du Serviteur, de la lâche si vaste et si sublime qu'il lui appartient d’accomplir au sein de son peuple et dans le monde entier, il ressort qu’il est, de toute évidence, celui sur (pii les prophètes ont souvent concentré leurs espérances cschatologiques : le Messie. Cependant un bon nombre d’exégètes modernes ne veulent pas identifier le Serviteur et le Messie. Ils s’y refusent parce que le prophète, en employant souvent le par­ fait, semble placer les souffrances du Serviteur dans le passé. Ils croient devoir en conclure que le Scrvivitcur est un personnage qui a vécu avant le prophète, ou qui vient de mourir après avoir été son contem­ porain. Cet argument est loin d'être décisif. D’abord, bien des fols dans la littérature prophétique, \eperfec­ tum propheticum est employé pour décrire par antici­ pation un événement futur, xlviii, 20-21 ; Ps.. n, 7 sq.; voir d'autres exemples chez J. Fischer, Wer ist (1er B bed? 1922, p. GO sq.; mais, de plus, dans les chants du Serviteur, surtout dans le quatrième, le point de vue auquel le prophète sc place pour décrire l’œuvre du Serviteur est tantôt celui de l’avenir, de sorte qu'il présente le Serviteur comme une figure du passé, tantôt celui du présent quand il parle du Serviteur comme d’un personnage dont l’arrivée est attendue. Le prophète passe parfois de l’un à l’autre : ainsi, un, 10-11, il décrit mémo la passion du Serviteur comme future, tandis que d’ordinaire il la suppose terminée, voir Feldmann, Der Knecht Gotles in Isaias Cap. 40-55, 1907, p. 188 sq., et surtout Fischer, Wer ist der Ebed? p. 61 sq. C’est en vain que W. Ru­ dolph, Der exilische Messins, dans Zeitschrift ftlr die A. T. Wissenschaft. 1925, p. 90-111, a essayé d’alfaibllr $ous ce rapport l'argumentation de Fischer. Une année après, W. Staerk l’a réfuté dans la même revue, p. 242-260, et, particulièrement au sujet de VE bed du quatrième chant, est arrivé il la conclu­ sion, sans doute exagérée, que les indications chrono­ logiques à son sujet sont tellement vagues qu'on ne sait pas si le prophète a voulu dire : le Serviteur a déjà existé, ou il existe encore, ou bien il existera, p 260. Il s'ensuit que les temps de verbe employés 1476 par le prophète sont tout à fait favorables à l’inter­ prétation messianique. Celle-ci s'impose donc logiquement à quiconque n’est pas partisan de l'explication qui voit dans le Ebed une collectivité. Aussi ceux qui s'y refusent sc livrent-ils à de vrais tours de force, plus fantaisistes l’un que l’autre. Successivement on a voulu voir dans le Serviteur : Moïse, David, Ozias, ftzéchlas, Jéchonias, Zorobabel, Isaïe, Jérémie ou un des personnages inconnus de différentes périodes. L’n seul et même auteur, Sellin, a même changé trois fois d'avis sur ce point. En 1896 le Serviteur était pour lui Zoro­ babel, en 1901 Jéchonias, en 1922 Moïse. L’hypothèse la plus Intelligible est encore celle des critiques qui prennent le Serviteur pour un contemporain du pro­ phète, auquel celui-ci aurait conféré la dignité de Messie. Elle est identique à l’interprétation donnée par quelques exégètes des psaumes strictement mes­ sianiques. Il faut donc maintenir que le Serviteur est le Mes­ sie. Ce n’est qu’à lui que le rôle de libérateur d’Israël et de législateur des païens a pu être attribué. De même que, dans la première partie du livre d’Isaïe, le Messie est présenté comme Sauveur au milieu du danger assyrien, ainsi, dans la seconde partie, il est donné comme un second Messie qui, à la fin de l’exil, reconduira son peuple en Palestine et l’y rétablira. D’autre part le Messie apparaît ici sous un aspect tout nouveau. 11 n’est pas décrit comme un prince davidique qui établit le royaume de Dieu en conqué­ rant irrésistible, mais comme un homme éminemment saint et sage, contredit et persécuté, qui souffre et meurt pour expier les crimes de scs frères et accomplit ainsi le salut. Par ces quatre chants un élément est introduit dans le messianisme qui était jusqu’ici complètement inconnu, et qui diffère beaucoup de toutes les conceptions rendues familières par les autres prophéties. Cette différence sc fait particulièrement sentir quand on compare les oracles de ccs quatre chants avec ceux du contexte; car, ainsi que nous l’avons déjà relevé, d’après ccs derniers le salut ne s’accom­ plira pas seulement avec rapidité et sans obstacle, mais aussi uniquement par Jahvé, à tel point qu’il ne semble pas y avoir de place pour un Messie média­ teur. Il s'ensuit que les quatre chants n’ont pas tou­ jours fait partie d’Is. xl-lv. Bien que tous ceux qui identifient le Serviteur avec Israel, prétendent, pour soutenir leur thèse, que ccs quatre morceaux sont des parties intégrantes et primitives du Dcutéro-Isaïe, et que des exégètes catholiques, notamment les PP. Condamin et llonthcim et M. van Ildonackcr,aient entre­ pris de le prouver par les règles de la métrique hé­ braïque, il parait difficile de les maintenir dans le texte original. Existaient-ils au moment où les pro­ phéties de xl-lv furent composées, ou prirent-ils naissance seulement après coup? on ne saurait le dire ; mais il n’y a aucune nécessité de supposer deux auteurs différents pour les deux groupes de textes. Tel est le messianisme de la seconde partie d’Isaïe. Les problèmes en sont aussi difficiles (pic les idées sublimes. S. A. Cook, The Cambridge ancient History, 1925. 1. m, p. 489, a écrit de ces chapitres qu’ilÎ contiennent la partie la plus profonde de tout l’Anclen Testament, et que les quatre chants sur le Serviteur de Jahvé en représentent le point culminant. Ce juge­ ment est l’exacte expression de la vérité. 2° Les chapitres MU xrv, ΛΧΛ7 Γ-Λ Α xr. — Aux chapitres xl-lv du livre d’Isaïe il faut rattacher deux morceaux qui les précèdent : xiiî-xiv, 23,et xxxiv-xxxv. Ils reflètent la même situation et sont animés du même esprit que les chapitres xl-lv. Par rapport à leur contenu messianique, ils sc rangent 1477 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL parmi les plus vigoureuses ci les plus magnifiques des­ criptions du jour de Jahvé en tant qu'il signifie le jugement des peuples et le salut d'Israël. Le premier correspond tout â fait aux aspirations des exiles qui voudraient voir Babylone détruite et son roi détrôné afin de pouvoir rentrer dans leur patrie. Le prophète s’est fait leur interprète. Encore une fois la chute de la capitale païenne et le retour d’Israël ne sont pas pour lui de simples événements historiques, mais la manifestation définitive de .Jahvé. Au premier plan se trouve la destruction de Baby­ lone pur les Mèdes, xin, 17. On voit l’armée ennemie arriver d’un pays lointain, xiiî, 5; on entend le bruit qu’elle fait sur les montagnes, xm, 4. Avant l'attaque Jahvé la passe en revue, xm, 4. Elle va rendre « Baby­ lone, la perle des royaumes, l'orgueilleuse parure des Chaldéens semblable à Sodomc et à Gomorrhe », xm, 19 22; xiv, 22-23. Mais l'effondrement de Babylone n'est pour le prophète qu’un épisode du jugement universel du monde. < Le jour de Jahvé est proche; il vient comme une tempête de la part du Tout-Puissant », xm, 6. La terre sera changée en désert et les pécheurs en seront exterminés, xm, 9, 11. Les orgueilleux surtout seront abaisses et punis, xm, 11. Par suite de la terreur qui régnera partout, · tous les bras deviendront lâches et tous les cœurs seront glacés », xm, 7. Les hommes erreront comme des gazelles effarouchées et comme des brebis égarées, xm, I L Ils seront tués en si grand nombre qu'ils deviendront plus rares que l'or fin, xm, 12,15-16. En même temps < les astres du ciel et les Orions ne donneront plus leur lumière; le soleil s’obscurcira à son lever et la lune ne fera plus briller sa lumière, » xm, 10. Les deux seront ébranlés et la terre tremblera, par la colère de Jahvé des armées, au jour de son ardente colère, xm, 13. Le but de ce bouleversement du monde et de ce châtiment des peuples est le salut d'Israël. Jahvé aura de nouveau pitié de lui et le rétablira dans sa terre, xiv, 1. Alors < les étrangers se joindront à lui et s’atta­ cheront à la maison de Jacob », xiv, 2. Beaucoup de païens donc, frappés d’étonnement à la vue du réta­ blissement miraculeux de ce peuple, sc convertiront et seront admis à sa communauté religieuse. En retour de l'oppression qu’ils ont fait peser sur les Israélites, ils les ramèneront en Palestine et y seront leurs ser­ viteurs et leurs servantes, xiv, 2. Plus encore que le premier morceau, xm,l-xiv, 23, le second xxxiv-xxxv, rappelle les chapitres xl-lv. (xxxv, 4 contient des expressions qui sont sans doute empruntées â xl, 9-10. L'auteur de xxxiv-xxxv semble souvent, pour l’intelligence de son exposé, sup­ poser la connaissance de xl-lv, de sorte qu’il sc con­ tente parfois d’allusions. Sous ce rapport la comparai­ son entre xxxv, Gb. 7, et xli, 8; xliii, 19-20; xlviii. 21; xxxv, 9 et u, 10; xxxv. 8 et xl. 3-1; xliii, 19, est instructive. Voir Feldmann, t. n, p. 410.) Comme les chapitres xm et xiv sont un poème sur la chute de Babylone, ainsi les chapitres xxxiv et xxxv sont un poème sur la destruction d’Édom qui. en 58G, a aidé Babylone d’une façon si ignominieuse. Tout le chapitre xxxiv est consacré à la description de la dévastation du pays et Λ l’extermination de la nation édomlle. Dans sa haine contre eux, le prophète ne peut trouver assez de mots et de comparaisons pour exprimer quo c'en sera fait d'eux pour toujours. Le glaive de Jahvé qui descendra sur Edom pour y faire une grande tuerie, ruissellera de sang, xxxiv, 5-G. Le sol du pays deviendra du soufre, xxxiv, 9. Les ronces, les orties et les chardons pousseront dans ses palais et forteresses, xxxiv, 13. Les bêtes sauvages et les démons remplaceront les anciens habitants, xxxiv, 13. PICT. DE THÉOL. CATHOL. î LE LIVRE DES CONSOLATIONS 1478 Cette punition d’Edom n'est, comme tout à l’heure celle de Babylone, qu'un trait particulier du grand jugement des nations. Le prophète l'indique dès le commencement. 11 invite tous les peuples et toute la terre à entendre ce qu’il va publier, < car Jahvé est indigné contre toutes les nations... il les livrera à la « tuerie ·, xxxiv, 1-2. Les montagnes ruisselleront de leur sang, xxxiv, 3. < Les cicux seront roulés comme un livre et toute leur armée tombera comme tombent les feuilles de la vigne et du figuier, » xxxiv, 4. En opposition avec ce sombre tableau du cataclysme du monde et de la ruinc d’Édom, le prophète décrit tout à coup et sans transition la venue de Jahvé pour délivrer et glorifier son peuple. Avec des couleurs splendides, il dépeint surtout le retour de l'exil à tra­ vers le désert. Celui-ci sera transformé en paradis. Il fleurira et recevra la brillante parure du Liban, du 9 Carmel et de Saron, xxxv, 1-2. Son sol aride sc chan­ gera en fontaine, xxxv, 7. Il y aura une route qui sera aussi sainte que sûre, car aucun Impur n'y passera et aucune bête féroce ne s’y montrera, xxxv, 8-9. Toute cette transformation aura lieu, parce que la gloire de Jahvé s’y révélera, xxxv, 2. Il viendra per­ sonnellement pour sauver et ramener son peuple, xxxv, 4. C’est pourquoi les exilés doivent sc réconforter et sc réjouir, xxxv. 3-4. Quand Jahvé arrivera, » les yeux des aveugles et les oreilles des sourds s'ouvriront, le boiteux bondira comme un cerf et la langue du muet éclatera de joie », xxxv, 5-6. Durant le voyage à tra­ vers le désert, < les simples mêmes ne s’égareront pas », xxxv, 8. Eux les rachetés de Jahvé arriveront tous a Sion; « ils y entreront avec des cris de triomphe ». « Une joie étemelle couronnera leur tête; la joie et l’allégresse seront leur part; la douleur et le gémisse­ ment s’enfuiront, » xxxv, 10. 3° Les chapitres lvi-i.xv[. —· Autant les chapitres, Is., xl-lv, forment un tout homogène, où se reflète nettement le temps qui précéda immédiatement la chute de Babylone, autant le reste du livre apparaît comme une masse disparate dont les morceaux sup­ posent une situation différente de celle des oracles de xl-lv, et la présentent sous différents aspects, alors que les précédents oracles la supposent toujours iden­ tique. Déjà pour cette raison l’opinion des exégètes qui placent ccs onze chapitres, dans un seul et même milieu au point de vue historique et géographique, ne peut se justifier. C’est ainsi que Duhm et, sur ses traces, Marti, Cornill, Steuernagel, Gautier les datent du temps qui précéda Néhémic et Esdras, donc vers le milieu du v· siècle, et Feldmann, t. n, p. 14, 195. 203-221. de l’époque cxlllenne. D'ailleurs la première tentative sc heurte au fait que les prétendues allusions au milieu du v· siècle n’existent pas, la seconde â l’impossibilité, ou tout au moins â l’extrême diffi­ culté. que du reste Feldmann reconnaît lui-même pour lvi, 9-lvii, 13; lix, de faire cadrer toutes les parties avec le temps exllien. Il ne reste donc qu’à classer avec Budde, Sellin, Kittel, les textes d’après les cir­ constances avec lesquelles ils sont en harmonie. Ces circonstances ne sont pas toujours aussi faciles à déterminer que celles de xl-lv. Il faut, nous semblet-il. penser pour i.vn, 14-21; lviii; ux, 15b-21; Lx-Lxv, nu temps qui précède et pour lvi, 1-8; lxvi, 5-25, au temps qui suit le retour, et parmi ces textes distinguer entre ceux qui sont rapprochés des oracles d’Aggée cl de Zacharie et ceux qui voisinent avec les prophéties do Malachie. Puisqu'on doit répartir ainsi les textes, il en résulte que les prophéties messianiques qui y sont contenues forment, au lieu d'un tableau harmonieux, une mosaïque multicolore dont on doit étudier une à une les di fieront es pièces. X. — 47 1179 MESSIANISME, LE TEMPS DE L’EXIL : LE LIVRE DES CONSOLATIONS Tout d'abord il faut fixer notre attention sur celles qui sont encore des oracles exilions. 1. Les chapitres lx-lxh ressemblent beaucoup, pour le contenu ct le style, aux chapitres xl-lv et appartiennent, en raison surtout de la vibrante at­ tente du salut qui s’y exprime, à la même situation. L'auteur s’y adresse aux exilés pour leur annoncer la délivrance ct le retour, en des termes qui rappellent absolument xl, 3 sq.; xlv, 13; xlvhi, *20, etc. Plu­ sieurs critiques les attribuent au même auteur, et le P. Condamin les a même réunis avec les chapitres livlv comme ayant primitivement formé un seul grand poème. Ccs trois chapitres contiennent le tableau le plus brillant ct le plus célèbre de la gloire finale de Jéru­ salem ct du bonheur de scs habitants. Quand l’heure du salut arrivera, Sion sera illuminée par l’apparition de Jahvé. Elle resplendira alors d’une façon si merveil­ leuse que, tout autour, la terre semblera plongée dans les ténèbres, et qu’attirés par sa clarté les peuples, rois en tête, afflueront vers elle, tandis que les Israélites dispersés reviendront, lx, 1-4. En même temps les richesses des pays ct des mers seront transportées à Jérusalem : les Arabes inonderont la ville de leurs chameaux et de leurs troupeaux, ct les vaisseaux venant de Tharsis s’approcheront de la côte palesti­ nienne comme les pigeons de leur colombier, lx, 5-9; lxi, 6. Les étrangers rebâtiront les murs de la ville dont les portes resteront continuellement ouvertes, pour que les trésors du monde y puissent être apportés sans interruption, lx, 10-11 (le f. 12 est une glose). Les étrangers cultiveront aussi les vignes et les champs des Israélites et paîtront leurs troupeaux, lxi, 5. Tandis qu’eux, les Israélites, occuperont parmi les païens le rang qu’ont eu autrefois les prêtres chez eux, lxi, 5-6, les rois eux-mêmes les serviront, lx, 10. Sion « boira le lait des peuples ct sucera le sein des royaumes » (dans le texte se lit · rois >), lx, 16. Dans la ville ainsi reconstituée, la paix, la Justice et le bonheur régneront à jamais, lx, 17-18. Ses habitants seront tous saints et se multiplieront à tel point que le petit deviendra un grand peuple, lx, 21-22. Jéru­ salem deviendra la gloire de tout l’univers, lx, 15; lxii, 7. Jahvé l'aimera comme un jeune homme aime sa fiancée, lxii, 5. Elle n’aura plus besoin ni du soleil ni de la lune : Jahvé sera sa lumière éternelle, lx, 1920. Les Jours de deuil auront pris fin, lx, 20, et les Israélites posséderont le pays pour toujours, lx, 21. 2. Le psaume formé par lxhi, 7-lxiv, 11, exprime d'une manière touchante l'espérance messianique. Dans le passé les Israélites ont reçu beaucoup de bien­ faits de Jahvé, bien qu'ils en fussent indignes, lxîv, 5-6, et qu’ils l'eussent irrité et affligé tant de fois, lxhi, 10, à tel point qu’ils sc trouvent maintenant dans le malheur ct que Jérusalem ct le temple sont détruits, lxiiî, 10; lxîv, 9-10. Ccs versets montrent que la situation à laquelle ils sc réfèrent est tout à fait celle de l’exil (Feldmann, Dudde), ct non celle du temps postexilicn (Sellin, Cheyne, Duhm). Mais Jahvé dans sa bonté ne les abandonnera pas non plus maintenant, lxîv, 7, 11. Dans cette conviction ils lui adressent des appels pressants, le priant de se tourner de nouveau vers eux, de déchirer les deux ct de descendre sur la terre pour y faire des merveilles Inattendues, pour les sauver de leurs ennemis ct faire trembler les peuples devant eux, lxhi, 17, 19; lxîv, 1-2. 3 I.C chapitre lxv pourrait être la réponse à la prière précédente. Il semble, en cflct, refléter la même situation. D'après 9, 11, 18, les Israélites ne paraissent pas être revenus en Palestine, et Jérusalem ainsi que le temple ne semblent pas encore recons­ truits (Dudde, Feldmann); d’autre part tout indice manque pour dire, comme Duhm ct scs partisans l’ont 1480 prétendu, que les accusations des versets 1-15 visent les Samaritains du temps d’Esdras et de Néhémle. Jahvé y dit Λ son peuple qu’il n’est pas responsable de sa misère actuelle. Continuellement il a étendu ses mains vers lui pour le recevoir. Mais cc peuple l’a sans cesse irrité, surtout par son idolâtrie ct continue partiellement encore en exil à pratiquer co culte infâme, 11-12. C'est pourquoi il fera venir sur eux le glaive auquel tous les coupables succomberont, 12. Par contre, les vrais serviteurs de Jahvé seront sauvés, 8, et formeront une race nouvelle qui héritera des montagnes de la Terre sainte, 9. La ils jouiront d’un bonheur unique. Jahvé créera pour eux un ciel nou­ veau ct une terre nouvelle, 17, ct fera de Jérusalem une ville d'allégresse et d’Israël un peuple de joie pour toujours, 16. Le bruit des sanglots cl des cris ne sera plus jamais entendu. 4. Is., lvii, 14-21, semble être une invitation au retour adressée, après le premier rapatriement, âccux qui sont encore à Babylone. L’exhortation, xl, 1, de frayer un chemin y est répétée. Dieu, après avoir été irrité un moment contre son peuple, le guérira ct le consolera. 11 donnera la paix à ceux qui sont loin comme à ceux qui sont près, promesse qui ne s’expli­ que jamais mieux, que si on pense à ceux qui sont déjà arrivés à Jérusalem et â ceux qui séjournent encore sur les lleuvcs de Babylone. (La réprimande, lvi, 9-lvh, 13, qui précède cet oracle est peut-être précxillennc.) 5. Is., LVin. — Au peuple qui après le retour attend pour bientôt la réalisation parfaite du salut ct qui croit la mériter par des pratiques extérieures, surtout par le jeûne, Dieu fait savoir que seule l'observation des lois morales l'en rendra digne. Cette vraie sainteté fera poindre la lumière de son bonheur comme l'aurore, 8-10. Israël deviendra semblable à un jardin bien arrosé; il rebâtira cc qui est tombé en ruines, 12, et jouira de nouveau de l’héritage de son père Jacob, 14. (Les expressions employées pour exprimer le bonheur attendu sont générales; mais elles font pour­ tant penser davantage ù l’époque qui suivit le retour qu'à celle qui le précède, étant donné surtout que celui-ci n'est nulle part en perspective.) 6. Is. lix, 15b-21, ct lxhi, 1-6. —(Tout moyen fait défaut pour fixer la date de ccs deux morceaux. Si le premier formait la suite de cc qui précède, il appar­ tiendrait au temps de Malachic; car dans lix, 1-15*, comme dans les discours de cc prophète, l'impiété ct l'immoralité sont présentées comme un obstacle au salut d’Israël; mais au lieu de lire dans la suite, lix, 15b sq., la menace que Jahvé viendra punir son peuple, nous apprenons que le Très-Haut assouvit sa colère contre les païens. Ainsi lix, -15* et lix, 15-21, ne forment donc pas une unité, comme Duhm cl Feldmann le prétendent. Nous les séparons avec Cheyne ct Budde. Le second oracle, lxhi, 1-6, est tout à fait parallèle à lix, 15b-21, ct Budde y volt avec quelque raison la suite de cc premier oracle. Nous aussi, nous les réunissons pour les placer à la fin du premier groupe des oracles du « Trito-Isaïe ».) Le contenu en est très dramatique. D'abord nous voyons Jahvé revêtir son armure comme un guerrier — la justice est sa cuirasse, le casque du salut est sur sa tête, la vengeance lui sert de cotte de maille — puis descendre sur la terre pour attaquer scs ennemis ct remplir d’épouvante les peuples de l’Oricnt aussi bien que ceux de l’Occidcnt. Ensuite nous le voyons revenir d’un terrible carnage qu’il a fait au milieu des païens. Il les a piétlnés dans sa fureur comme un homme qui au pressoir foule les raisins, de sorte que son vêtement est tout rouge de sang. Le but de ct jugement des notions est le salut d’Israël; Jahvé viendra flnalcjncnt à Sion en Sauveur pour renouveler son alliance, lix, 20-21. 1481 MESSIANISME, APRÈS L’EXIL : AGGÉE 7. Is., lvi, 1-8; lxvi, 5-25. ·— Dans la troisième partie d’Isaïe il y a deux textes importants,dont la situation historique semble être tout à fait celle de l'époque qui suivit les oracles d'Aggée et de Zacharie. En effet, pour ce qui regarde le premier, lxi, 1-8, les dispersés d’Israël seront de plus en plus rassem­ blés; d’après les f. 5 et 7, le temple existe de nouveau ct, d'après 8, le retour a déjà eu lieu. C’est une magnifique prophétie messianique : Le salut est proche, il faut plus que jamais se rendre digne de la grâce de Dieu par la pratique de la justice. Le salut ne sera pas uniquement réservé aux Israé­ lites. Si les étrangers observent les lois d’Israël, Jahvé les conduira à sa sainte montagne, les réjouira dans sa maison ct y acceptera avec complaisance leurs sacri­ fices; car le temple s’appellera « maison de prière pour tous les peuples ». En lisant le second texte, lxvi, 5-25, on est d’abord bien embarrassé pour déterminer la situation qu’il reflète. Les quatre premiers versets du chapitre sup­ posent clairement le temple comme non existant, tandis que les t. 6-17, surtout à cause de 6, font penser le contraire. D’autre part la parenté entre les expressions cl les idées qui ressort spécialement, comme le relèvent Duhm cl Ecldmann, de la comparaison de 2 avec 5, de 3 avec 5, 6, 14, semble prouver l’unité des deux parties lxvi, 1-4, et 5-1 G. Pour cette raison Duhm ct scs partisans ont, d’une manière très ingé­ nieuse, compris 1-1 du temple que les Samaritains voulaient construire à l’époque de Néhémle, et 5-17 du temple de Jérusalem, achevé depuis 51 G, et ont placé cc texte comme les précédents vers 450. La manière cependant dont la construction du nouveau temple est blâmée par Jahvé, 1-4, ct dont les adver­ saires des Israélites sont désignés — ils sont appelés frères, 5— exclut celle hypothèse, voir Budde ct Feld­ mann. II ne reste donc qu’à attribuer ou bien avec Dillmann ct Feldmann l’ensemble à l’époque exilienne, ou bien à distinguer avec Budde deux morceaux diffé­ rents appartenant l’un à l’époque qui précède, l’autre à celle qui suit la construction du temple. La première tentative se heurte nécessairement au f. G, de sorte qu’il faut choisir la seconde. Les f. 5-1G doivent donc trouver leur place après Aggée et Zacharie. La poésie qu’ils contiennent est suivie d’un morceau en prose, 17-25. Les deux oracles décrivent le jugement final qui apportera le châtiment aux impies ct le bonheur aux fidèles. — Dans le premier le prophète s’adresse à ceux qui ridiculisent l’espérance messianique des fidèles, 5; il leur annonce que Jahvé doit venir avec fracas du temple, G, et sévir comme le feu et l'ouragan contre toute chair, 15-16, pour punir scs ennemis et achever infailliblement l’œuvre commencée de la restauration, 7-10. Que Jérusalem et ceux qui l’aiment sc réjouis­ sent. 10. Les élus y seront rassasiés de consolation et abreuvés de délices, 11-12; Jahvé versera sur elle la paix comme un fleuve ct la gloire des nations comme les flots d’un torrent, 12. Dans la seconde prophétie, Jahvé s’adresse d’une façon abrupte Λ ceux qui, même après l’exil, l'offensent par des pratiques idolâtriques. 11 viendra pour les punir ct pour Juger en meme temps toutes les nations qu’il rassemblera devant lui, 17-18. Comme on lit, dans le verset suivant, que les païens survivants seront envoyés aux peuples les plus lointains qui n’ont pas encore entendu parler de Jahvé pour y publier la gloire de Dieu, l’expression « toutes les nations » ne peut sc rapporter qu’aux nations voisines d’Israël. Le premier message apporté par les représentants de ccs pays limitrophes à toutes les races de l’univers, sera celui du retour de tous les Israélites qui « à cheval, en voiture, en litière, sur des mulets et des 1482 dromadaires, seront ramenés en offrande », 20. Le second effet sera la conversion des païens parmi Ιο­ ί quels Jahvé choisira des prêtres ct des lévites, 21. Jahvé révèle enfin que la race ct le nom des Israé­ lites dureront aussi sûrement que les deux nouveaux 1 ct la terre nouvelle qu’il créera doivent subsister. I Chez eux, à Jérusalem, toute chair viendra régulière­ ment pour célébrer les fêtes ct sc prosterner devant Jahvé. En dehors de la ville Ils auront un spectacle affreux; ils verront les cadavres des hommes qui s’étalent révoltés contre Dieu, continuellement · ron­ gés par les vers ct grillés par le feu, » 22-24. Voir la bibliographie donnée ù la fin de l'article IsaIk. Ajouter : Condamln, Las prédictions nouvelles du cha­ pitre XLVIH d'Isale, dans Revue biblique, 1910, p. 200 sq.; S. L. Brown, introduction to the study of Isaiah, 40-66, dans The Interpreter, 1910-11, p. 397 sq.; A. W. Blunt, The « Ser­ vant » Passages in Deutero-Isaiah, ibidem, 1911-12, p. 184 sq.; A. Bœgncr, Λ propos d'Ésalc, Un, dans Revue de théo­ logie, 1912, p. 368 sq.; S. ŒtlH, Der Prophet Jesaja, 40-66, 1913; IL G. Dalman, Jesaja 53, das Prophrtemoort vom Suhnleiden des Gottcsknechtes, 1914; H. Gnssmann, DU literarische Analyse Dcuterojesaias, dan* Zeitschrift fur die A. T. Wissenschafl, 1914, p. 254 sq.; Klostemumn, Zur Erklarung der Huches Jesaja, dans Theologisches Literaturblatt, 1914, p. 506 sq.; Fr. Feldmann, DasfErùhere und das S'eue, dans Sachaufestschrift, 1913, p. 161 sq.; J. I ischcr, Isaias, 40-55, und die Perikopen nom Gottesknecht, 1916, Wer (st der Ebedî 1922; Fr. Prætorius, Bemerkungen zu dm Gedichten vom Kncchte Jahi^es,dans Zeitschrift fûr die A. T, Wissmschaft, 1916, p. 8 sq.; Fr. Zorcll, Das alerte EbedJahve-Lied, dans Riblischc Zeitschrift, 1916, p. 14«) Les visions de Daniel sont au nombre de cinq cl se trouvent renfermées dans les chapitres n, vu, vui ix, x-xn; elles sont toutes parallèles entre elles et sc complètent progressivement. · Chacune progresse sur la précédente en plus de clarté », Bigot. Elles contiennent doux séries de révélations. Les unes sc rapportent à l’histoire du monde et d’Israël à partir de Daniel jusqu'à la fin de l’ordre actuel, les autres à l’établisse­ ment du royaume messianique. Pour plus de clarté chaque groupe mérite d’être étudié à part. 2° Développement du monde à partir de Γépoque de Daniel jusqu'il rétablissement du royaume messianique. — 1. Les quatre empires. —* La première série des révélations contient un aperçu de l'histoire postexiHenne jusqu’à la réalisation du royaume de Dieu sur la terre. Cette histoire sc déroule en quatre périodes remplies par le gouvernement de quatre empires successifs. C’est ce que nous apprenons par le songe de Nabudiodonosor cl par l'interprétation qu'en donne Daniel, n, ainsi que par la première vision de ce dernier, vil Nabuchodonosor volt une statue énorme dont la tête est d’or, la poitrine et les bras d'argent, le ventre cl les cuisses d’airain, les jambes de fer, les pieds de fer et d’argile. Daniel lui révèle que ces quatre parties figurent quatre empires dont le pre­ mier est celui de Babylone qui sera remplacé par un autre moins puissant, pour faire placo ù un troisième, qui commandera à toute la terre », n, 39. Celui-ci sera à son tour suivi d’un quatrième * qui fera puis­ sant comme le fer et brisera les précédents », n, 40, mais qui sera d’autre pari divise eu plusieurs dont les diHérenls rois contracteront cntn\eux des mariages sans pouvoir cependant se consolider. Ce songe et son explication sont éclaircis par lu vision sur les quatre animaux que le prophète voit surgir successivement de la mer, vu. Le premier est comme un lion avec des ailes d’aigle. Le second ressemble à un ours et tient trois côtes dans sa bouche. Le troisième est semblable à une panthère et a quatre ailes cl quatre têtes. Le quatrième a un aspect tout diflérent des trois autres; il est plus féroce qu’eux, Il a dix cornes, entre lesquelles pousse tout à coup une autre petite corne qui arrache trois des premières. Elle reçoit ensuite des yeux d'homme et une bouche qui parle axec emphase. Daniel apprend par un ange 1500 [ que les · quatre bêtes puissantes sont quatre rois qui sc lèveront de la terre », vu, 17, et comme il désire savoir en détail ce qu’il en est de la quatrième bêle, il reçoit les renseignements suivants, (’.elle bête représente un quatrième empire (pii dévorera toute la terre. Scs dix cornes figurent dix rois, et la petite corne qui pousse après est le symbole du dernier roi qui surgira. « Et il proférera des paroles contre le Très Haut cl il tourmentera les saints du Très-Haut, cl il aura l'intention de changer les temps et la loi, et ils seront livrés dans sa main jusqu'à un temps, des ( «=deux) temps et la moitié d’un temps, vn, 25. L'identification de ces quatre empires avec des royaumes historiques a été entreprise surtout de deux façons. Jusqu'au xix· siècle, l’on prenait assez unanimement le royaume néo-babylonien fondé par Nabuchodonosor pour le premier, le royaume médoperse établi par Cyrus pour le second, le royaume grec d'Alexandre pour le troisième et l’empire romain pour le quatrième D'après une autre conception proposée déjà dans l’antiquité par saint Éphrem, Polycitron! us, Cosmos Indicoplcustès et Porphyre, soutenue au xvn· siècle par Bossuet, Hugo Grotius, Houblganl, dom Calmet. et acceptée aujourd’hui par tous les exégètes qui considèrent le livre de Daniel comme une apocalypse, le quatrième empire n'est pas celui des Romains, mais un royaume qui est antérieur à celui-ci et dont le dernier et le plus mauvais roi est Antiochus Épiphane. Les uns, après avoir subdivisé l’empire médo-perse en deux, Iden­ tifient ce quatrième avec l'empire grec, en tant qu’il comprend celui d’Alexandre ainsi que ceux des quatre diadoques, les autres seulement avec l’un des royaumes des diadoques, le royaume syrien des Ptolé­ mées, tandis qu'ils continuent à voir les trois autres dans les empires babyloniens, médo-perse et grec Mais, d’après tous, le quatrième empire aboutit à Antiochus Épiphane, de sorte que les dix rois sont scs prédécesseurs. Ce qui est capital, pour décider entre ces deux conceptions, c'est le contenu de la troisième vision, vin, et encore davantage de la cinquième, x-xi; car il y a là, vm. 9-11, cl surtout xi, 21-45, des détails tellement précis sur les faits cl gestes du roi qui a causé l’insurrection machabécnnc. qu'il en résulte que c'est lui quo l'auteur décrit. « Tout le monde est d'accord que le chapitre xi doit s’interpréter du temps de Séleucides et des Lagides, et spécialement d’Anliochus Épiphane. Cela est concédé même par le P. Knabenbauer, et on s'entendait là-dessus déjà au temps de saint Jérôme, nu moins jusqu’au verset 21. ► Lagrange, lac. cil., p. 491. Et commo , les prophéties de Daniel... n'ont qu’un seul grand objet, qui est de faire voir à Daniel ce qui doit arriver à sa nation, et dans tout l’Orient, depuis le règne de Cyrus jusqu’à celui d’Antiochus Épiphane >, Calmet, Commentaire, éd. 1700, p. 537. le quatrième empire païen ne peut être que celui dont l'hostilité envers Dieu a son point culminant dans Antiochus Épiphanc. Son règne amènera la fin de l’ordre actuel. Le dernier événe­ ment historique est la mort de ce tyran, xi. 40-45. ?. Calcul de la fin du quatrième empire — Celte fin des temps n’est pas seulement rattachée à l’époque d’Antiochus Épiphanc, clic est en outre précisée par le calcul si célèbre des soixante*-dix semaines, ix. Daniel, troublé par le fait que, contrairement à une prophétie de Jérémie qui prévoyait une durée de soixante-dix ans pour la ruine de Jérusalem, In restauration n’a pas encore eu Heu, reçoit de la bouche de l’archange Gabriel la révélation quo les soixantedix semaines sont en réalité soixante dix semaines d’années, donc, quatre cent quatre-vingt-dix années. I (.c temps se divisera en trois périodes de sept semaines 1501 MESSIANISME, APRÈS L’EXIL : DANIEL de soixante-deux semaines et d’une semaine, périodes dont chacune sera marquée par des événements sail­ lants. La première époque qui comprend quaranteneuf années ira « de la sortie de la parole pour faire reconstruire Jérusalem jusqu’à l’apparition d’un chef oint », ix, 25. La seconde quI sera de soixante-deux semaines, c’est-à-dire de quatre cent trente-quatre années, pendant laquelle Jérusalem sera rebâtie, ira Jusqu'» à ce qu’un oint soit retranché » et < que le peuple d’un chef venant détruise la ville et le temple », (X, 26. Alors commencera la semaine finale do sept ans. Avec elle viendra « l'inondation », c’est-à-dire la ruine par la guerre. L’ennemi fera « une solide alliance avec plusieurs ·. Pendant une demi-semaine, il fera cesser (LXX. Théodotion) l’holocauste et l’obla­ tion et · sur le sanctuaire, (LXX, Théodotion) sera l'abomination de la dévastation Jusqu'à ce que la consommation décidée tombe sur cette dévasta­ tion », ix, 27. La manière de comprendre ce calcul est des plus discutées. Saint Jérôme, Commentarium tn Danlelem prophetam, P. L.» t. xxv, col. 5G1-578, énumère déjà neuf opinions. Jusqu'à la fin du Moyen Age, l’explica­ tion strictement messianique avait été présentée sous vingt-deux formes différentes, Fraidl, Die Exegese der Stebzig Wochen Daniels in der alien und mitHeren Zell, 1883, p. 156-159. Il va sans dire que les exégètes modernes n'ont pas tardé à augmenter de beaucoup le nombre des hypothèses : on en compte aujourd’hui plus de cent. Récemment encore paraissait une nou­ velle étude sur le sujet dont l’auteur, dans l’avantpropos, prétend avoir trouvé la solution détlnitlvc du problème : M. Thilo, Die Chronologie des Danielbûches, 1926. Mais après ce dernier essai même « il faut bien prendre en considération qu’il ne s’ngit pas ici de préférer une interprétation claire et sans difficulté à une autre qui aurait des caractères tout opposés, mais de préférer une entre deux ou plusieurs interprétations dont toutes sont discutables », DriverRothstein, Einlcitung in die Lilcratur des Alten Testamenles, 1896, p. 352, cité par Bayer, p. 75. Comme pour la désignation du quatrième empire les explications vont de nouveau en deux sens princk paux : L’aboutissement du calcul est la date de la mort ou bien du Christ sous Ponce Pilate, ou bien du grand prètre Onias III assassiné en 171 sous Antio­ chus Épiphanc, Il Mach., tv, 34. Quiconque considère le livre de Daniel comme une apocalypse et reconnaît qu’Antiochus Épiphane est le dernier roi hostile à Israël décrit dans les cha­ pitres vn, vin, x, xi, rapporte nécessairement au règne de ce môme roi cette révélation de l'ange, sur la durée et le terme de rabaissement du peuple élu commencé par l’exil En effet. « les faits (prédits dans les c. !.x et xi) correspondent pas à pas », Lagrange. « Bon nombre de traits s’unissent, sc compénètrent. s’identifient du chapitre vu au chapitre xn du livre de telle façon qu’ils ne peuvent raisonnablement, à si peu de distance les uns des autres, signifier des choses diffé­ rentes. » Dwiki., col. 97. Le point de depart du calcul n’est pas un édit d’un roi perse qui aurait permis la reconstruction de la ville sainte, mais « en apparence » (Lagrange) la pro­ phétie de Jérémie, xxix, 10, à laquelle il est fait allu­ sion. ix, 2, et par laquelle il est annoncé que la restau­ ration d’Israël aura lieu après soixante-dix ans. La computation elle-même se fait moyennant une trans­ formation des soixante-dix ans en soixante-dix semaines d’années. Le calcul de la première semaine s’explique au mieux par la supposition que l’auteur du livre de Daniel a combiné Jcr., xxix, 10, avec Jcr., xxx, 18, qu’il a interprété ces prédictions de Jérémie de la 1502 même manière que le Chronlstc. II Parai., xxxvr, 20 sq., et qu'il les a datées à peu près du temps de la destruction de Jérusalem, 586; voir Bayer, p. 83 sq. Ceci résulte de ce qu'il clôture la première semaine par l’avènement de Cyrus qui est le chef oint et dont le règne commença en 536. Cette époque va donc de 586 à 536, tandis que les soixante-dix années de l'exil sont comptées par l’auteur, de nouveau en dépen­ dance du Chronlstc, Bayer, p. 85 sq., à partir de la troisième année de JoTakim, qui est de vingt et un ans antérieure à 586, Jusqu'à l’avènement de Cyrus. La seconde époque va du commencement du règne de Cyrus jusqu'au meurtre d’Onias, 536-171. Il est vrai, que la durée de cette époque de soixante-deux semaines, soit quatre cent trente-quatre années ne correspond pas à l'espace compris entre 536 et 171 qui n'est que de trois cent soixante-cinq ans. Mais la difficulté sc résout au mieux, ou bien par l’hypothèse que l'auteur du calcul, après avoir déduit des soixantedix semaines sept pour la première période et une pour la dernière, n’a pas voulu détailler, comme dit le P. Lagrange, p. 513, le bloc du milieu, ou bien par celle du P. Bayer, p. 86, que l’auteur a cru qu’entre l’avènement de Cyrus et le meurtre d’Onias il y avait quatre cent trente-quatre années. La troisième période sera inaugurée par l'assassinat du grand prêtre, commis en 171, II Mach., iv, 34. Au milieu de cette époque les sacrifices cesseront conformément à I Mach., i, 57, où il est raconté que le 15 kislcv de l’année 143 de l'èrc sélcucide, c'est-àdire le 15 décembre 168, donc trois ans et demi après la mort d’Onias, Antiochus Épiphane « mit l’abomination de la dévastation sur l’autel ». La fin de cette semaine sera marquée par la fin de l’oppres­ sion, conformément à I Mach-, iv, 52, où il est dit que le 25 kislcv de l’année 148 do 1ère séleucide (25 décembre 165), donc la septième année après Onias, Juda Machabéc rétablit le culte. Le calcul de la première moitié de cette dernière semaine se trouve encore sous deux autres formes : « un temps ( -an) des ( — deux) temps et la moitié d’un temps, » vn. 25; la profanation du temple durera deux mille trois cents soirs et matins, soit onze cent cinquante jours, soit à peu près trois ans et demi, vin, 14. Par cette explication la prophétie des soixante-dix semaines perd le sens directement messianique; mais elle reste typiquement messianique comme M. Bigot, col. 82. et Oehler. Théologie des Allen Testamenles, 2· éd.. 1882, p. 831. l’ont relevé. 3« Le royaume messianique. — Après les quatre empires païens dont les chefs sont tous plus ou moins hostiles au Très-Î Inul. après la persécution pire encore du dernier roi du dernier empire, sera établi le royaume de Dieu. Dans chacune des cinq visions, à l'exception de la quatrième, la prédiction relative au passé est suivie de celle qui concerne l’èrc messianique. Dans le songe de Nabuchodonosor le royaume de Dieu est symbolisé par la pierre qui sc détache d'ellemèine sans l’aide d’un homme, brise la statue, devient grande comme une montagne et remplit toute la terre, n. 31 sq. Dans la prophétie des soixante-dix semaines, le temps nouveau dont on détermine l’arrivée est caractérisé comme une époque où · le crime sera expié · — il n’y aura donc plus de péché — où « la Justice étemelle, c’est-à-dire le salut messianique sera apportée ». où « les prophéties seront scellées », c’està-dire confirmées par leur réalisation, et où < le saint des saints — le nouveau temple — sera oint », ix. 24. La description la plus connue du royaume de Dieu est celle qui est en connexion avec la vision des quatre animaux. C’est le tableau grandiose et célèbre de l’Ancien des jours donnant le gouvernement du monde au fils de l’homme, vit, 9 sq. Daniel, après 1503 MESSIANISME, APRÈS L’EXIL : DANIEL avoir vu les quatre animaux représentant quatre empires, aperçoit un vieillard, · un ancien de jours » avec un vêtement blanc comme la neige ct avec des cheveux purs comme la laine; il s'assied sur un trône formé de flammes de feu ct roulant sur des roues de feu ardent, entouré d'innombrables myriades de serviteurs ct présidant un tribunal. La quatrième bête est tuée ct les trois autres privées de leur puis­ sance, xn, 9-12. Alors s'avance avec les nuées du ciel < quelqu'un de semblable à un flls d'homme ». 11 sc présente devant l’Anden des jours, « et il lui est donné puissance, honneur ct royauté, ct tous les peuples, mitions ct langues le serviront. Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera pas enlevée, ct son royaume est un royaume qui ne sera pas dé­ truit », vu, 13-11. De tout ccci un ange donne à Daniel l’interpréta­ tion suivante : après les quatre bêtes qui sont quatre rois, «les saints du Très-Haut recevront la royauté ct la posséderont Jusqu’aux siècles des siècles», vu, 17-18. C’est pour eux que sera installé le tribunal qui fera périr la quatrième bête, vu, 22-26. « Et (alors) le règne, la puissance, la majesté des royaumes sous tout le ciel sera donné au peuple des saints du Très-Haut », vu, 27. Il résulte, tant de la vision que de son explication, que l'empire par lequel Dieu remplacera les quatre grands empires païens, les dépassera en valeur morale, en étendue ct en durée. La supériorité est déjà indiquée par la manière dont il est symbolisé. Il n’est pas représenté par une bêle, mais par un homme, littéralement par un être qui est « comme un Ills d’homme ». Le mol araméen pour homme enai est un collectif : humanité, genre humain. Dan., iv, 14; v, 21, ct le moyen le plus simple pour l’employer dans un sens Individuel, c’est-à-dire pour désigner un seul représentant de l’humanité, est de mettre devant lui bar, ills, Kônig, Die messianischcn Wcissagungen, p. 300. Parce que Daniel ne vil pas un homme réel, comme il n’avait pas non plus vu de bêtes véritables — il s’agit d’êtres mystérieux qui apparaissent dans une vision — il dit seulement qu’il a aperçu quelqu’un qui est comme un homme. Le flls d’homme ne surgit pas de la mer comme les bêtes, il arrive porté sur les nuées du ciel, trait qui n’indique pas qu’il vienne du ciel, mais tout au moins qu’il est en relation avec les desseins divins. L’Ancien des jours, c’est-à-dire le Dieu éternel, de qui découle tout pouvoir, confère au ills de l’homme la royauté. Il lui confle son seulement le gouvernement d’un peuple pour un certain temps, mais celui de tous les peuples pour toujours. Mais qui reçoit cette puis­ sance universelle et éternelle? Trois fois dans l’inter­ prétalion sont expressément nommés, comme déten­ teurs du pouvoir, « les saints du Très-Haut ». Il ne peut pas y avoir de doute que par ce terme sont désignés les Israélites. C’est donc le peuple élu qui est en premier lieu symbolisé par le Ills de l’homme ct qui recevra la domination du monde. La tradition juive ct chrétienne a compris le ills de l’homme plutôt dans un sens Individuel, ct l’a identifié avec le Messie. Ce faisant, elle n’a pas eu tort. Car les bêtes ne sont pas seulement les symboles des empires païens, mais aussi de leurs rois. Cf. n, 38; vn, 17; vin, 20, 21.Comme ces bêtes symbolisent non seulement des royaumes mais aussi leurs chefs, ainsi. • le flh de l'homme représente l’empire des saints; mais rien n’empêche qu’il ne représente aussi leur chef, c’est-à-dire le roi Messie, ou plutôt que le Messie ne soit pas lui-même le représentant de son empire », Lagrange, p. 506. La version des Septante, qui a été faite peu après la composition du livre, traite le fib de l’homme comme un personnage individuel et 1504 surnaturel qui vient sur les nuées ct se met à côté de l’Anden des jours. La vision du Ills de 1 homme est complétée par celle de l’archange Michel ct de la résurrection des morts, xn, 1-3. Celle-ci se rattache à la prédiction sur la dernière expédition qu’Antiochus Epiphane entre­ prendra contre Jérusalem, ct au cours de laquelle il trouvera la mort. « En ce temps-là sc lèvera Michel, le grand prince qui protège les fils de ton peuple, et ce sera un temps d’angoisse comme il n’y en pas eu depuis que des nations existent Jusqu'alors. Mais en ce temps Ion peuple sera sauvé, (c’est-à-dire) quiconque sera trouvé inscrit dans le livre, 2. Et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre sc réveille­ ront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte ct l’opprobre éternel, 3. Et les sages brilleront comme l’éclat du firmament, ct ceux qui auront conduit beaucoup à la justice comme les étoiles à jamais et pour toujours. » En ce temps-là, savoir quand Antiochus Éplphane campera devant Jérusalem pour la prendre d’assaut, surgira pour Israël un protecteur tout particulier, l’archange Michel, le grand chef des anges et l’ange gardien des Juifs, x, 13-21. Le peuple élu aura grand besoin de son aide, car il sc trouvera dans un état plus misérable que jamais. Grâce à l’intervention de Michel, il sera sauvé. L’archange viendra exécuter le jugement sur Antiochus Epiphane, comme dans le temps d’Isaïe l’ange de Jahvé sur Sennachérib. Le salut ne sera pas accordé à tous les Israélites sans distinction, mais seulement à ceux qui plaisent à Dieu par leur piété et qui sont pour cela notés dans le livre de vie, idée qui est exprimée de la même façon dans Isaïe, iv, 3, cl Malachie, ni, IG. Comme dans Is., xxvi, 19, il est prévu que les défunts ressusciteront pour prendre part nu bonheur définitif des élus. Beaucoup sc lèveront de la poussière. · Beaucoup » est ici synonyme de · tous », comme dans Esth., iv, 3. Parce que auparavant il n’est question que des Israélites, c’est aussi uniquement pour eux que la résurrection est prévue. Les païens n’en sont pas expressément exclus, mais comme il s’agit pour 1’autcur de consoler la communauté juive, il ne mentionne le salut qu’en tant qu’il les concerne. Ceux qui vivent au moment où se réalise le bonheur messianique, n’y prendront part que dans la mesure où ils en seront dignes : ainsi les défunts qui reviennent à la vie seront traités selon leurs mérites. Seuls ceux qui ont vécu saintement reverront la lumière pour s’en réjouir éternellement; les autres au contraire seront voués à une honte sans fin. L'auteur ne précise pas en quoi doit consister cette honte des pécheurs. Parmi les élus il signale, par contre, les sages dont les enseignements cl les exemples ont soutenu les autres dans la vertu. Ceux-ci auront un tel bonheur qu’ils brilleront de joie comme le ciel ct ses étoiles. 11 Voir In bibliographie h la fln de l’article Daniel. — Lagrange, Les prophéties messianiques de Daniel, dans Brrue biblique, 1904, p. 494 sq.; Ch. Wright, Daniel and its critics, 1900; Ed. Hertlein, Der Daniel der Rhmerzett, 1908, Die Mcnschcnsohn/ragc im letzten Stadium, 1911 ; E. Bayer, Daniclstudicn, 1912; M. Pilnnzl, Der hfenschcnsohn (n Daniel, 7, 13, dans Internationale kirchliche Zeilschrlll 1913, p. 310 »q„ lEin christUches Schriftstâck im alten Testa­ ment, Dan., 7, ibid., 1916, p. 277 sq.; T. G. Pinches, Eresh light on the Book o/ Daniel, dans Expos, Tint., 1915, p.257 sq,; F. A, Herzog, Die Jahrtswochen Daniels nach,der IXI, dans Schiveizeriche Kirchen-.eitung,m\(\, p. 48 sq.; Hôlscbcr, Die Entstehung des Huches Danieî.dans 7 heologische Sludicn und Kritikcn, 1919, p. 113 sq.; Soin Juan Marin, La profécla de Daniel, 1919; A. Colunga, Los vaticinios messtanicos de Daniel, dans Ciencia tomista, 1920, p. 285 sq.; M. Haller, Das Aller von Daniel, 7, dans Thcologische Sludicn und Ertliken, 1921, p. 87 sq.; R. Anderson, The coming 1505 MESSIANISME, PSAUMES EXÏLIENS ET POSTE XIIJENS prince, or the seventy iveeks of Daniel, 1921 ; Kelly, 1 he great prophecies o/ Daniel, 1921 ; Marti, Das Buch Daniel, dans Kaulwh, 1923; Ch. Boutffower, In and around the Hook o/ Daniel, 1923; P. S/c/.ygirl, Von den Per loden der Wochcnprophetie (Dan., 9, 21-27) und andcren Zahlcn bel Daniel, dans Théologie und Glaube, 1923, p. 268 Bq.; .M. Noth, Zur Komposition des Huche» Daniel, chins Theo· logische Studien und Kritiken, 1926, p. M3 »q.; W. Baum­ gartner, Neues ketlschri/tliche» Material zum Huche Daniel? dans Zeitschrift fur die Λ. T, Wissenschaft, 1926, p. 38 sq.; Dos Aramaische im Huche Daniel, ibidem, 1927, p. 81 sq.; Chilpcric Edwards, 77ir messianic idea, 1927 (cette étude sc rapporte surtout û Daniel) ; J. A Montgomery, .1 critical and cxegctical commentary on the Book o/ Daniel, 1927. X. PSAUMES BX/LIEE’S ET POSTEXt Et ENS, — Dll temps des grands prophètes précxillens, un nombre assez restreint de psalmistes ont reproduit quelquesunes de leurs idées messianiques. Après la grande catastrophe, et surtout après le retour de l’exil, le messianisme a davantage préoccupé les poètes. Car nombreux sont les psaumes dans lesquels se retrouve l’écho des oracles prophétiques. 1· En premier lieu il faut nommer le psaume xxi, le célèbre psaume du Messie soutirant, qui n’est compréhensible comme tel que quand on le rapproche des quatre chants sur le Serviteur de Jahvé. Celui qui y prie est tellement malheureux qu’il est près de désespérer; car, tout en étant juste ct innocent, il est persécuté de la pire manière par les hommes ct, de plus, abandonne de Dieu, 2; jour ct nuit il cric en vain vers le Très-Haut, 3. Au lieu d'être exaucé ct sauvé comme scs pères, il est « un ver ct non un homme >, 1-7. Tous ceux qui le voient sc moquent de lui ct ridiculisent même le seul soutien qui lui reste encore, la confiance en Jahvé, 8-9. Pourtant ils n’arrivent pas à la lui arracher; car il sait qu'il a été dès sa naissance entouré par son Dieu d'une sollici­ tude paternelle, 10-11. C’est Lui qu’il appelle au secours devant le danger qui devient de plus en plus terrible, 12. Car scs ennemis l'entourent comme des taureaux, comme des lions, comme des chiens, 13-11, 17·. Il a perdu toutes scs forces, de sorte qu'il est devenu comme l’eau qui s'écoule, 15, et qu'il est près de (LXX) mourir, IG. Scs mains ct ses pieds ont été < creusés >, 17b, scs membres sont tellement décharnés qu’on peut en compter les os, 18. En vue de sa mort prochaine, les bourreaux sc partagent déjà ses vête­ ments, 19. Dans celte situation le souffrant adresse un dernier appel pressant à Jahvé pour qu’il vienne à son aide, 20-22. Tout à coup le moribond exprime la conviction qu'il sera sauvé. D'avance il annonce qu’il en glorifiera Dieu dans l’assemblée de scs frères, 23, ct il invite dès maintenant tous les Israélites ù remercier ct à louer Jahvé h cause du salut qu'il lui aura accordé, 21-25. A l’occasion des sacrifices d’action de grâces qu’il offrira, conformément à scs vœux, il invitera les pauvres pour les rassasier, 20-27. Il prévoit des évé­ nements plus importants encore: les extrémités du monde sc souviendront de nouveau de Jahvé cl sc convertiront Λ lui, toutes les nations se prosterneront devant sa (LXX) face, 28-30. Toute angoisse est donc chassée; car il vivra : « mon (LXX) âme, dit-il, vivra pour lui, nia postérité le servira, »31·. A cause de son salut encore les générations ù venir loueront le Seigneur, 3lh. 32. Tous les exégètes sont pleins d'admiration pour la splendeur de ce psaume, surtout pour la beauté de l'âme qui s'y révèle. Bien que celui qui prie soit innocent, il ne se réclame pas comme tant d’autres de sa sainteté; bien qu'il soit persécuté, il ne respire aucune haine contre ses ennemis. Le sujet du psaume est donc un personnage d’une éminente sainteté. 1506 C'est aussi un homme d'une position ct d’une impor­ tance exceptionnelle; car il Invite tout Israel à sc réjouir de son salut, promet aux pauvres de son peuple nourriture ct satiété, prévoit la conversion de tous les païens. Bien que le salut de celui qui prie ne soit pas expressément présenté, comme cause de celle conversion, celle-ci doit en être néanmoins regardée comme le fruit : sans quoi le psalmiste ne l’aurait pas mentionnée. Or la conversion des Gentils est une des grandes espérances messianiques. Parce qu’elle est rattachée à l’œuvre du juste souffrant de notre psaume, il s'ensuit que ce juste est le Messie. Cette argumentation, tout en étant concluante en elle-même, l'est surtout par la comparaison du psaume avec les quatre chants du Serviteur de Jahvé, et ceux-ci jettent une vive lumière sur la plainte et l’hymne de joie réunies dans le psaume. Le psalmiste a dû s’inspirer surtout du deuxième et du troisième, dans lesquels le Serviteur parle lui-même, pour composer un nouveau chant du Serviteur souffrant cl triomphant. Il nous semble donc impossible d’ad­ mettre que David ait composé ce psaume, et que son auteur parle primitivement en son propre nom, de sorte que le psaume ne serait messianique qu'au sens typique : il est directement messianique. Cette explication messianique est aujourd’hui rejetée par tous les exégètes protestants. Pour échapper à l'argumentation que nous venons de présenter, ils emploient deux moyens. Quelques-uns comme Duhm. Staerk. Bcrtholet, la Bible du Centenaire, prétendent que le chant de triomphe ou du moins les versets qui s'y rapportent à la conversion des païens, n’ont pas primitivement fait partie du psaume. D’autres, comme Briggs, Bacthgen, affirment que le sujet est, comme dans les quatre chants du Serviteur, le peuple d’ Israel. Kittel cl Gunkel reconnaissent que ces tenta­ tives sont vaincs : Λ cause des t. 23 cl 26 le sujet est nécessairement un individu; ni le rythme,d’ailleurs, ni la suite des idées n’auloriscnl à couper le psaume en deux. Kittel croit pouvoir expliquer la haute envergure que le psaume prend dans les ÿ 26 sq. par la suppo­ sition que celui qui parle ainsi n’est pas une personne privée, mais un chef, le chef des Israélites pieux qui glorifie avec sa victoire le triomphe de la bonne cause, du règne de Dieu. Mais danc ce cas ce chef ne parlerait plus dans les t. 26 sq. en son nom propre, mais au nom de son peuple. Kittel revient donc à l’explication collective. Gunkel, tout en relevant la parenté qui existe entre notre psaume et les quatre chants du Serviteur de Jahvé. repousse énergiquement l'identi­ fication du sujet du psaume avec le Serviteur. En niant le sens obvie du t 28, il veut faire croire que le psalmiste n’attend nullement comme suite de son salut la conversion des païens, mais qu’il est tellement rempli d’enthousiasme pour le miracle de sa guérison qu’il Invite aussi les païens â louer Jahvé. En face de ces vaines entreprises de l’exégèse moderne, le sens messianique du psaume xxi reste d’autant plus solidement acquis 2° Comme le ps. xxi rappelle les quatre chants du serviteur de Jahvé, les ps. xcv. xevi, xcvh semblent être l’écho des hymnes de louanges qui entourent ces chants dans la seconde partie d’Isaïe. Ils s'expli­ quent en effet au mieux comme cantiques d’action de grâces composés en imitation de ces hymnes pour glorifier Jahvé.Λ cause du salut qu’il accorde par le retour de l’exil. 11 est vrai que, d’après I Par., xvi, 2333, le psaume xcv a etc chanté par David lors de la translation de l’arche â Sion; mais il ne s’ensuit pas, comme Hoberg lui-même, p. 352, le relève, que tous les versets du psaume proviennent de la plume du roi-psahniste. Parmi les versets qui ont été ajoutés après la publication d’Isaïe, xi.-i.v (Hoberg signale 1507 MESSIANISME, PSAUMES EXILIENS ET POSTEXILIENS c t. 5), il faut surtout compter le t. 13, le dernier, qui annonce la venue du Seigneur pour le Jugement; car < l’idée du jugement final semble avoir été étran­ gère ou du moins peu connue à David », I iobcrg, p. 26. Gunkel, Kittel. Staerk, Bcrtholct rangent ces trois psaumes parmi les hymnes eschatologiques chantes en l’honneur de Jahvé, en tant qu’il va sc révéler d’une façon éclatante comme maître du monde. Kittel surtout les explique d’un bout à l’autre comme des prophéties sur l’intronisation de Dieu & la fin des temps. Cette conception sc comprend assez pour les psau­ mes xcv d xcvn; car, étroitement apparentés, ils sc terminent tous deux par les phrases : « Il (Jahvé) vient, oui il vient pour juger la terre; il jugera le monde avec justice ct les peuples avec équité », ct, conformément à cette attente nettement messianique, les Israélites y sont invités à publier la gloire de leur Dieu parmi les nations, ct tous les peuples sont exhortés à adorer cc Dieu unique, Λ venir même se prosterner devant lui dans ses parvis pour que le royaume messianique sc réalise bientôt. Mais, d’autre part, les psalmistes soulignent que Dieu s’est montré roi dès la création du monde ct que, par la délivrance de la captivité, il révèle sa force devant les païens t en faisant apparaître le salut promis », de telle sorte que toutes les extrémités du monde l’ont vu. Cc n’est donc pas uniquement le règne futur, mais aussi le règne actuel de Jahvé qui forme l’objet des psaumes xcv et xcvn. Avec Lagrange, Pércnnès et Baethgcn, nous reconnaissons pourtant que le point de vue cschalologiquc y prédomine conformément au fait que, dans Is., xl-lv, le retour de Babylone est présenté comme ouverture de l’èrc messianique. Bien que le ps. xcvt semble appartenir à la même situation que xcv et xcvn, le caractère messianique n’y est pas aussi apparent que le supposent Gunkel, Kittel, Staerk, Bcrtholct, Zenner, Lagrange, Pércnnès. Toute allusion à l’établissement du royaume intégral de Jahvé y manque. La théophanic décrite aux t. 2-6 pourrait très bien, comme le suggère Duhm, sc rapporter à un orage; mais, comme dans ps. xvn, 8 sq., Il vaut mieux la prendre pour une description poétique de l’aide que Dieu vient d’accorder à Israel; car le t. 8 où il est dit que Jérusalem ct les autres villes de Juda sc réjouissent des jugements de Jahvé ne peut viser, comme dans ps. xi.vn, 12, dont il est la reproduction, qu’un événement du passé. Cet événe­ ment est ici la délivrance de la captivité. Des grandes suites qu'il doit avoir le psalmistc ne mentionne que la confusion des idolâtres, 7. 3° En troisième lieu nous mentionnons les passages messianiques des autres psaumes exiliens ou postexiliens. Ps., I, 5: ■ C’est pourquoi les méchants ne subsiste­ ront pas lors du jugement, ni les pécheurs dans rassem­ blée des justes. » Les Targums ont déjà pris le Jugement pour le jugement messianique, ct l’assemblée des justes pour la communauté des saints qui subsistera après cc jugement. Presque tous les exégètes modernes, en particulier Baethgcn. Klttel, Bcrtholct, Staerk, Duhm. Pércnnès, Podechard, Revue biblique, 1918, p. 72, suivent les Targums. Gunkel par contre, qui exagère tant de fols le messianisme des psaumes, trouve cette conception de ps. i. 5, ridicule. Il a bien tort; car, comme préface du psautier, le psaume i est de date très récente ct la mention du Jugement s’y explique au mieux comme une allusion à la séparation des justes et des impies, telle qu'elle est prédite dans Is., Lxv, 8-10, 13-25; l.xvt, 10-12, 18-23; Mal., m, 11-12; iv, 1-3, pour la fin des temps, voir Podechard, toc. cil.. p 72. Ps., xni, 7 ; « Ah! que deSion vienne le salut d* Israël! 1508 Quand Jahvé rétablira son peuple, Jacob sera dans l’allégresse, Israel dans la Joie. » Cc verset semble être « une aspiration à l’avènement du règne messianique », (Pércnnès), ajouté pendant l’exil au psaume primitif. Duhm, Stacrk, Gunkel, l’expliquent également comme cschatologiquc. Le psaume lxvi, plutôt postexilicn, est, comme Pannier l’a très bien caractérisé, un psaume univorsi liste du royaume de Dieu. Bien que composé pour remercier Jahvé après les récoltes, il contient les idées les plus universalistes et est une aspiration vers le règne messianique : Que Dieu bénisse de plus en plus Israël pour que toutes les nations rècontuiissent que le salut dépend de lui. Le psaume lxxxiv contient un des plus beaux textes messianiques du psautier : 10. Oui son salut est proche pour ceux qui le (Dieu) ct hi gloire habitera notre pays. (craignent, 11. I4i bonté ct la fidélité sc rencontreront, la justice et la paix s’embrasseront. 12. La fidélité germera de la terre. ct la justice regardera du liant du ciel. 13. Oui, Jahvé donnera scs bienfaits, notre terre donnera son fruit. 14. Ia justice marchera devant lui. et la paix suivra scs pas. Le psaume est une prière pour la restauration com­ plète d’Israël, composée après l’exil, probablement peu après le retour de Babylone. Le peuple y remercie Jahvé de ce qu'il a eu pitié de lui en lui pardonnant son péché ct en le rétablissant dans son pays. Mais, comme le bonheur tant de fois prédit par les prophètes est encore loin de sa réalisation totale, il supplie en même temps le Très-Haut de lui montrer sa bonté et de lui accorder son salut, 2-8. A cette supplica­ tion du peuple le poète répond par un oracle divin, 8-14, dont il dit expressément qu'il ne compte que pour les justes. Son contenu est d’abord (au v. 10) : « le salut est proche; bientôt les contemporains du second temple n’auront plus rien à envier à ceux du Temple de Salomon ou à l'âge mosaïque ; Jahvé ne tardera pas à remplir de sa glorieuse présence sa deuxième demeure », Pércnnès, p. 192. Le poète énumère ensuite les principaux biens spirituels, bonté, fidélité, Justice, paix, qui rendront alors les hommes heureux. Dans une première comparaison il les pré­ sente comme de bons génies qui accompagnent Jahvé, 11.14, ct qui rivalisent pour réjouir la terre; dans une seconde comparaison, 12, il les fait pousser du sol comme de l’herbe ct regarder du haut du ciel comme le soleil. Finalement il n’oublie pas de mentionner, à l’exemple de tant de prophètes, qu'il y aura alors une grande fertilité de la terre. Voir pour cc psaume Calés, dans Recherches de science religieuse, 1924. p. 429 131. S11 Ps. i.xxxv, 9-10, renferme une prière analogue: Toutes les mitions que tu as créées viendront sc prosterner Devant In face, Jahvé, et glorifier ton nom; Car tu es grand ct tu fais des miracles, toi seul es Dieu. Bien qu’elle soit la plainte d'un Individu, edit prière renferme celte belle perspective sur la conver­ sion des païens, ct prouve combien vive était l’espé­ rance messianique au temps de sa composition. A cause de nombreux emprunts à d’autres psaumes qu’on relève dans celui-ci, cc temps est très tardif. Com­ parer aussi ps. lxxxix, IG. Le psaume cr, le troisième des psaumes de pénitence, est nu commencement, 1-12, et dans les versets de b fin, 24-28, la plainte d un affligé qui est près de mourir; nu milieu, 13-23, par contre. Il est une prière pour Jéru snlem tombée en ruines. Cette partie a été composée sans doute pendant l’exil et insérée dans un psaume plus ancien. Elle a un contenu tout à fait eschato» 1509 MESSIANISME, LES DERNIERS LIVRES CANONIQUES logique. Le poète exprime d'abord l’espoir forme que Jahvë qui trône éternellement sc lèvera un jour pour délivrer les Israélites et restaurer Slon, 13. 11 ose même dire qu'il est temps de leur faire miséricorde · l'heure en est venue », 11. · Oui, Jahvé rebâtira Slon, il y apparaîtra dans sa majesté », 17. · Alors les nations craindront le nom de Jahvé cl tous les rois de la terre ta gloire », 16. Tous les peuples se rassembleront, ainsi que les royaumes, pour servir Jahvé, 23. Le psalmiste regarde donc, comme Aggéc et Zacharie, la recons­ truction du temple et de la ville sainte comme le prélude de l’ère messianique. 11 relève expressément que, même si le salut ne se réalise pas tout de suite, il sera la part de la génération future pour laquelle il fixe par écrit sa prophétie* 19-22. Dans le ps. cxlix, le poète contemple l’avenir d’Israël non seulement avec le plus grand optimisme, niais avec un enthousiasme exalté. H invite ses coreli­ gionnaires à glori lier Jahvé par un cantique nouveau, à le louer en dansant, à le célébrer avec le tambourin et la harpe : car Jahvé aune son peuple, il donne aux humbles le triomphe pour parure », I. Cette joie exubérante est sans doute causée par une victoire remportée sur les ennemis. Par suite du succès, les Israélites 6. ont Λ lu bouche le* louanges de Dieu ct Λ leur main un glaive Λ deux tranchants, 7. Pour tirer vengeance des nations et châtier les jwuplcs. 8. Pour lier leurs roi avec des chaînes ct leurs princes avec des entraves de fer, (écrit. 9. Pour exécuter ù leur égard le jugement tel qu'il est Telle est la gloire réservée ù tous ses serviteurs. D’après ces paroles les Israélites sont appelés à être les instruments de la justice divine, les ministres de Jahvé dans rétablissement de son règne sur les nations. Par là le psalmiste ne veut pas faire de prédic­ tion, il veut au contraire constater que les anciens oracles que les prophètes ont autrefois publiés et fixés par écrit sont en train de se réaliser. Le psaume respire donc un véritable enthousiasme messianique. D’après la plupart des exégètes celuici aurait été causé par les victoires éclatantes du temps des Machabées. Mais, en face de cette fixation exacte de la date du psaume* Gunkel invite avec raison à la réserve. On pourrait seulement dire que le chant a été composé durant la domination étran­ gère, et qu’il est postérieur aux oracles des pro­ phètes. La prière qui se lit ps. cxxvr, 4-0, est parallèle à celle du psaume lxxxi v, 10-11. Après avoir décrit aux versets 1-3 la joie qui animait les Israélites lors du retour de Babylone, le poète fait allusion â la situation pauvre et triste dans laquelle les rapatriés sc trouvaient durant les premières années. Il supplie le Très-Haut d’accorder bientôt à son peuple la com­ plète restauration. Il est tellement convaincu que Dieu ne tardera pas â la réaliser qu’il compare ses contemporains à des laboureurs qui, après avoir semé pleins d’inquiétude, récoltent avec joie. Duhm rapporte le psaume tout entier A la restau­ ration messianique de l’avenir. D’après lui, il serait le plus beau de tous les psaumes, et contiendrait l’expression la plus touchante et la plus tendre de l’espérance eschatolOglquc. A son exemple. Lagrange, Bcrtholct, Pércnnès, Gunkel appliquent non seule­ ment les versets 1-6, mais aussi les trois premiers versets au rétablissement à venir, ('.elle exégèse de 1-3 ne nous semble pas justifiée; car déjà le parallé­ lisme avec le psaume lxxxiv, où il est d’abord quesion de la restauration préalable et ensuite seulement de la restauration définitive, recommande l’expli­ cation reçue; en outre le verbe défini du premier j DICT. DE THÙOL. CATHOL. 1510 verset est un parfait ct rien dans le contexte n’invite â le prendre pour un parfait prophétique. 4° Très peu nombreux sont les psaumes postexllicns où l’on a voulu, à notre avis sans raison, trouver des idées messianiques. L’explication messianique que proposent de ps. cxun, 12-15, Staerk, Kittel. Baethgen, est rejetée par Gunkel; a juste titre, nous semble-t-il, car il s’agit d’une description du bonheur matériel présent des Israélites. Quant au ps. cxi.vni, 1-1, qui fait sans doute allu­ sion au rétablissement d’Israël après l’exil, il n’y a pas de raison péremptoire de considérer cc mot comme une allusion au bonheur messianique à venir. Contre Kittel, ci. Lagrange, loc, cil., p. 201. X/. ΓΟΛ/Λ, JVblTH, LE !" LlVEE bES UACBaEÊXS, /.'ecclesiastique, · - En dehors des prophètes post­ exilions, les idées messianiques se rencontrent non seulement dans les psaumes, mais aussi dans les écrits historiques et didactiques du judaïsme. Dans le Livre de Tobie. au cantique que le vieux père entonne après la disparition de l’archange Baphacl, xiii, 11 sq., la future gloire de Jérusalem est décrite avec enthousiasme : La ville qui est maintenant châtiée par Dieu sera un jour reconstruite avec magni­ ficence. < Les portes seront bâties de saphirs ct d’éme­ raudes, toute l'enceinte de scs murs de pierres précieuses, toutes ses places publiques seront pavées de pierres blanches et pures. » Elle retentira de chants d'allégresse; car les captifs ct les dispersés y revien­ dront ct les peuples y arriveront pour apporter des pré­ sents ct pour adorer le Seigneur. — Avant de mourir le vieillard annonce à son fils et A ses petits-fils la destruction de Ninive cl la restauration d'Israël ; « Toute la terre déserte d’Israël sera repeuplée, et la maison de Dieu, qui y a été brûlée, sera rebâtie de nouveau; et là reviendront tous ceux qui craignent Dieu ct les nations abandonneront leurs Idoles, clics viendront à Jérusalem et elles y habiteront, ct tous les rois de la terre sc réjouiront en elle, adorant le roi d’Israel ·, χιν, 7-9. Judith dans son cantique d’action do grâces cric malheur aux peuples qui s’élèvent contre Israël : • Le Seigneur tout-puissant sc vengera d’eux et les visitera au jour du jugement. 11 mettra du feu ct des vers dans leur chair afin qu’ils brûlent ct hurlent éter­ nellement ·. xxi, 20-21. Au I" livre des Machabées, Mathathias dans scs paroles d’adieu tnenlionne la promesse faite à David que son trône existera toujours, ri, 57. U Ecclésiastique professe à trois reprises l’espérance messianique. D’abord dans la prière du c. xxxvi qu’il adresse à Dieu pour qu’il sauve son peuple de sa situa­ tion misérable : il supplie le Très-Haut de se mani­ fester bientôt, de renouveler les grands miracles d’au­ trefois, do détruire les ennemis qui maltraitent Israël, de remplir Sion do sa divine majesté et le temple de su gloire, et de montrer ainsi à tous les habitants de la terre qu’il est le Dieu éternel, 6-22. Ensuite dans l’éloge des saints d’autrefois : après avoir parlé du malheur dont Israel fut accablé après la mort de Salomon, Jésus Sirach se basant sur II Bcg,. vn, 15 sq., Ill Bcg., xi. 39 et Is., xi, 1, exprime la con­ viction que Jahvé n’extirpera pas entièrement son élu, mais qu* «il laissera à Jacob un reste ct à David un germe », xi.v, 22. Finalement, lors delà mention d’Élle, le Siracide répète cc que le prophète Malachie avait annonce à son sujet : « Il est destiné pour un temps déterminé afin d’adoucir la colère de Dieu ct d’unir le cœur des pères ct des fils, et de rétablir les tribus d’Israël », xlvui, 10. La pensée de l’époque où tout cola se réalisera le fait tressaillir de joie ct il s’écrie : « Heureux celui qui te [Élic) verra ct X. — 18 1511 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE 1512 mourra,» 11 (texte hébreu). Par cette phrase Pau- | Comme il était connu de l’auteur du Liore desfubllCs, leur semble vouloir dire que ceux qui verront Élie iv, 19, qui a écrit sous les rois asmonéens (voir plus peuvent tranquillement quitter la vie, car ils y re­ bas), il a été composé quelque temps nu moins avant viendront bientôt parla résurrection; voir J. Peters, ce livre. Mais comme le sentiment national, qui fut Das Buch Jesus Sirach oder Ecclesiasticus, 1913, si vivement surexcité par la persécution d’Antiochus Epiphane, y manque, il peut être prétnachabécn, p. <12 sq. Le livre de la Sagesse ct le II· livre des Machabées Lagrange, Le Messianisme, p. 62. qui ont pris origine dans le milieu hellénique ne font Par leur contenu, ces chapitres forment une apo­ pas allusion à l’espérance messianique. calypse sur le dernier jugement. L'auteur constate l'immoralité qui règne dans le monde; tandis que II. ÉTUDE ANALYTIQUE : LE MESSIANISME toutes les autres créatures sont soumises aux ordres de DANS LA LITTÉRATURE NON CANONIQUE. — Dieu, seuls les hommes les transgressent, v, 2-4. D’où Après avoir étudie le messianisme tel qu'il se ren­ vient cette révolte du genre humain? Quand et com­ ment cessera-t-elle ? Pour donner la réponse h cei contre dans les livres Inspirés de i’Ancien Testament, questions, il met en scène Hénoch et lui fait raconter nous sommes encore loin d’en connaître toutes les formes. Car aux prophéties messianiques de la littéra­ ce qu’il a appris sur le passé et l’avenir de l’humanité ture canonique succèdent, dans la littérature apocry­ au cours de visions et de voyages célestes. D’abord le patriarche annonce que le retour à phe, une foule do prétendues révélations sur la lin des temps ct, dans la littérature rabbinique, de nom­ l’innocence ne se fera qu’à la fin du monde par un grand jugement, r-v. Dieu, entouré de myriades breuses spéculations sur l’avenir d’Israël et du monde. Les premières se présentent comme un complément, d’anges, i, 9, descendra sur le Sinaï, i, 3-4. Les mon­ les dernières comme une interprétation des oracles tagnes seront ébranlées, la terre sera déchirée, i, 6; l’angoisse ct la peur rempliront les mortels, i, 5, qui des anciens prophètes.— L La littérature apocryphe. tous seront Jugés, î, 7. Les impies seront maudits ct IL La littérature rabbinique (col. 1526). L La littérature apocryphe. — A ce point de exterminés de la surface do la terre, î, 9, les justes vue, les écrits apocryphes l’emportent de beaucoup bénis : < la lumière de Dieu leur luira », î, 8; la Joie, la paix ct la sagesse seront leur part, î, 8; v, 7-8. Ils ne sur les produits rabbiniques. Ils témoignent de la manière intense dont les commettront plus aucun péché, v, 8, ct vivront long­ Juifs, durant les deux siècles qui précédèrent et qui temps dans un bonheur parfait, v, 9. Après cette sobre description du discours introducsuivirent l’apparition du Christ, ont entretenu l’espé­ rance messianique. Les causes de cette manifesta­ toirc, se déroulent dans l'exposé principal, vi-xxxvi, tion étaient d’un côté l’état malheureux qui résulta les tableaux les plus fantastiques. Ils ont trait en successivement de la persécution d’Antiochus Épi- premier Heu à l'origine ct aux suites du péché : Le phano (175-161 av. J. -C.), de la prise de Jérusalem mal a été introduit dans le monde par la chute des anges, c’est-à-dire par l’union charnelle de deux cents par Pompée (63 av. J.-C.), de la destruction de la ville sainte par Titus en 70 après J.-C., état si pénible esprits célestes avec les filles des hommes, vi-vm. pour les Israélites croyants que la perspective messia­ Pour les punir, Dieu les Ht enchaîner par les archanges nique restait leur seul soutien, de l’autre l’enthou­ ct Jeter sous des collines, où ils attendent leur con­ siasme religieux et national excité par les victoires damnation définitive, qui aura lieu à l’occasion du des Machabées ct le règne glorieux des premiers grand jugement. Alors ils sortiront de leurs cachots Asmonéens, événements qui furent plus ou moins souterrains pour être précipités dans un abîme de feu, considérés comme des signes précurseurs de l’appro­ x, 12-13; xi-xvi; xvïii, 11-xix, 9; xxi. Le voyant complète ensuite scs premières indica­ che de l’ère du bonheur définitif. La plupart des livres apocryphes ont pour thème tions sur le bonheur des justes à la fin des temps : principal l’eschatologie tant messianique que trans­ Les élus vivront plus longtemps que les premiers cendante ct portent, à cause de leurs révélations sur patriarches, xxv, 6, ils auront mille enfants, x, 17; l’avenir ct sur l’autre monde, le nom d’apocalypses. toute la terre sera couverte d’arbres fruitiers ct remplie D’autres, tout en ayant un contenu légendaire ou de bénédictions, x, 18-19. Aucune mauvaise œuvre didactique, renferment néanmoins de remarquables n'y sera plus faite, x, 16, 22, ct tous les peuples ado­ reront le vrai Dieu, x, 21. Le centre de la terre sera passages messianiques. Les conceptions qu’ils développent sur la fin des un endroit particulièrement béni. Il n'est autre que temps actuels sont des plus variées; parfois elles sont I Jérusalem, xxvi-xxvn. Là, près de la maison de bizarres et assez souvent obscures. Le manque de Dieu, sera transplanté l'arbre de vie qui se trouve clarté est surtout dû au langage symbolique ct indé­ maintenant au bout du monde, xxiv-xxv. Scs fruits terminé qui y est employé de préférence, ct à l’incer­ I ct son odeur donneront aux justes joie ct longue rie, I I titude qui plane sur la date de presque tous ces écrits xxv, 4-6. ct par conséquent sur la situation historique qu'ils La fin de cette seconde partie contient des révé­ reflètent. Malgré leurs éléments fantastiques ct leurs lations sur le sort des défunts avant ct après le juge­ nombreuses obscurités, ces textes sont très Importants ment final. Bien qu’elles fassent partie de l’escha­ pour la connaissance du messianisme. « Ils comblent tologie transcendante, nous les mentionnons parce la lacune littéraire qui s'étend entre I’Ancien ct le qu'elles sont liées à celles qui se rapportent à l’escha­ Nouveau Testament, ct, par les espérances si haute­ tologie messianique. I lénochVlécrlt le schéol tel qu’il ment messianiques, qui sont leur caractéristique com­ l'a vu lors d’un de scs voyages. C’est l'endroit où « mune, ils sont comme une sorte de prolongement ct réunissent les Ames de tous les morts Jusqu’au grand d’épilogue des prophètes canoniques, en même temps Jugement, xxii, 3-4. 11 est divisé en quatre compar­ que le prologue de ('Évangile. » P. Batiffol, Diction­ timents dont deux reçoivent les pécheurs, deux ks naire de la Bible, t. î, col. 757. justes. Parmi les pécheurs, le patriarche distingue 1· Le livre d'iltnoch. — La plus Importante ct, ceux qui ont été déjà punis sur terre ct ceux qui sont semble-t-il, la plus ancienne des apocalypses est le morts sans châtiment terrestre. Les premiers resteront livre d’Hénoch. Ce n’est d'ailleurs pas un ouvrage d’un toujours dans le schéol, parce que leur sort est moins seul Jet, mais un conglomérat d’écrits divers, tous dur que celui qui attend les autres, lors du Jugement. attribués au patriarche Hénoch. Ces derniers remonteront du schéol comme les mau1. Le premier comprend les chapitres i-xxxvi. [ vais anges de leur prison, ct comme eux ils seront 1513 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE Jetés dans un lieu de supplice plus terrible, xxn, 10*13. Ce lieu sera la vallée de Hhmoni où, en face des justes qui se trouvent à Jérusalem, ils seront continuelle­ ment tourmentés, xxva, 1-4. Les justes sont classés en deux catégories. La pre­ mière comprend ceux qui sont morts à la façon d’Abel d’une mort violente; ils ne sont pas encore heureux et gémissent, xxn, 5-7. La seconde est tonnée de tous les autres justes. Ceux-ci sont heureux; l'endroit où Ils se trouvent est éclairé ct possède une source d'eau, xxn, 2-9. Bien n'est dit sur leur sort Λ l'avènement du grand jugement. Mais leur résurrection ct leur parti­ cipation au bonheur des Justes vivants doit sans doute Cire sous-entendue. Celte apocalypse rappelle ce qu’on lit dans Isaïe, xxiv-xxvn. Elle dépasse ce morceau par les détails qu’elle donne sur la situation des défunts, tant préli­ minaire jusqu’au jugement final, que définitive par suite de ce jugement; d’autre part elle affirme moins clairement La résurcctlon ct le caractère spirituel du bonheur final des justes. H est étrange que l'auteur ne se soucie pas du sort ultérieur de ces élus, quand ils seront arrivés au terme de leur longue vie. 2. Λ cette premiere partie du livre d’Hénoch sont étroitement apparentés les c. Lxxii-cvm. Comme la plupart d'entre eux sont également connus à l’auteur des Jubilés, iv, 17-23, on les regarde avec raison comme la suite primitive de i-xxxvi. C’est en premier lieu le Livre astronomique, i.xxnlxxxii, qui, tout en étant consacré aux astres et aux lois qui déterminent leur marche, contient des idées eschatologiqucs : l’ordre actuel qui se constate au firmament sera en vigueur jusqu'à ce que se produise la nouvelle création dont les œuvres dureront éter­ nellement, lxxii, 1. Avant ce renouvellement, il y aura une grande commotion ct perturbation au ciel ct dans toute la nature : obscurcissement des étoiles, irrégularité de leur marche, sécheresse ct infertilité de la terre. Toutes ces calamités seront causées par les péchés des hommes mauvais ct procureront la mort à tous les impies, lxxx, 1-8. Pour les justes, au con­ traire, il n'y aura pas de Jugement, ι χχχι, I, Cette doctrine se présente comme un complément de celle du début ι-χχχνι.. Le second morceau est le Livre des visions histori­ ques, Lxxxm-xc, dont la deuxième partie, lxxxv-xc, est un abrégé de l’histoire de l’humanité, en particu­ lier d’Israël Jusqu'à l'érection du règne messianique. La tonne en est d’un symbolisme excentrique. Adam ct les premiers patriarches y sont comparés à des taureaux, les Israélites à des brebis, leurs ennemis à des bétes fauves ct à des oiseaux de proie. L'auteur présente l'époque de l’histoire Juive qui a commencé par l’exil comme la plus malheureuse de toutes. Depuis la perte de son indépendance, le peuple élu est sous la domination cruelle de soixante-dix bergers, c’est-à-dire de tyrans païens, ct d’esprits célestes dévoyés qui, en quatre périodes formant ensemble soixante-dix laps de temps (semaines d’années?), mal­ traitent plus que Jamais les brebis et les livrent aux animaux sauvages. Au moment où les brebis sont devenues aveugles, elles mettent bas des agneaux. Ceux-ci cherchent à réunir autour d’eux les brebis pour tenir têteaux ani­ maux. Aux agneaux poussent des cornes ct à l’une des brebis une grande corne. Ces agneaux représentent, d'après l'opinion do tous les auteurs, les Hasldim du temps machabécn ct d’après la majeure partie d'en­ tre eux, LOckc, Schoddc, 1 angen, Bousset, O. Holtz­ mann, Charles, Fr. Martin, Causse, Frey, la grande corne est Judas Machabée. La lutte devient achar­ née; car · tous les aigles, éperviers ct corbeaux... se réunissent pour abattre la grande corne. » Mais tout 1514 à coup Dieu intervient, xc, 17 sq. 11 frappe de son bâton de colère la terre, qui s’ouvre pour dévorer tous les animaux ct tous les oiseaux. En même temps les brebis reçoivent un grand glaive pour tuer leurs ennemis. Alors un trône est érigé dans la Terre sainte et Dieu y monte pour commencer le jugement. En premier lieu sont condamnées les étoiles déchues, ensuite les pasteurs, qui tous sont Jetés dans un abîme de fou. Puis sont Jugées les brebis aveugles, c'est-à-dire les Israélites infidèles; elles sont également jetées dans un gouffre de feu près de l'ancienne Jérusalem; ccllc-d est remplacée par une nouvelle que le Seigneur habite. Lô se réunissent toutes les brebis « qui avalent péri ou qui avaient été dispersées », xc, 33, et même < tous les animaux des champs ct les oiseaux du ciel >; ceux-ci adorent ks brebis ct leur obéissent, xc. 30. 11 est probable que les brebis dont il est fd question sont les Juifs dispersés qui se Joignent a ceux de Jéru­ salem, cl que les autres animaux sont les païens qui n’avaient pas opprimé ks Israélites. D’après l’expres­ sion · qui avaient péri » l'auteur pense rail à la résureclion des Israélites fidèles. Mais, d’après le contexte, il s'agit pour lui uniquement de la réunion des dispersés. Cf. Lagrange, op. cit., p. 126. Alors Je glaive, qui avait été confié aux brebis, est scellé ct tous sont sages ct bons. Finalement naît un taureau blanc avec de grandes cornes « que craignent toutes ks bêtes des champs ct tous les oiseaux du ciel ». En mime temps tous ks membres de la nouvelle communauté de Dieu (ou seulement toutes ks brebis?) sont transformés en taureaux blancs, pendant que le premier taureau blanc, devient un taureau sauvage. 1) n'y a pas de doute que le taureau changé en aurochs ne soit le Messie. Son apparition comme tel. ainsi que la transformation en taureaux des animaux qui l’en­ tourent, signifie qu'à la fin des temps recommence l’âge d’or des patriarches qui avaient été également représentés comme des taureaux. Le messianisme de cette vision, tout en ressemblant beaucoup à celui des c. t-xxxvi, est bien plus national : ks Israélites jouent un grand rôle dans le rétablisse­ ment de l’ordre sur la terre ct occupent une place privilégiée dans le nouveau royaume de Dieu. Il s'en distingue en outre par la mention du Messie. Cclui-c» cependant n’intervient pas d’une façon active,comme les prophètes l’avaient toujours prévu. « C’est un ornement dû à la tradition prophétique, ce n’est pas un Sauveur. » Lagrange, p. 81. Étant donné que ks symboles choisis par l’auteur renferment des allusions nu temps des Machabées, il faut conclure qu'il a regardé la grande Intervention de Dieu comme tout à fait proche. Tout à côté se trouve le récit d'une nouvelle vision qu'on nomme V Apocalypse des dix semaines; dans le livre actuel cette vision est séparée en deux mor­ ceaux : χαπ; χα, 12-17. Hénoch y raconte l’histoire du monde à partir de sa naissance jusqu’au jugement messianique en la divisant en dix semaines. La sep­ tième semaine va de l’exil jusqu’au temps de l’auteur : une génération perverse s’est levée; toutes scs œuvres sont mauvaises, χαπ, 9; mais les fidèles élus seront sauvés, χαπ, 10. Bientôt la huitième semaine, la semaine de justice commencera, χα, 12, qui sera l’ou­ verture du jugement final. Pendant toute sa durée les justes d’Israël prévaudront contre leurs oppresseurs, obtiendront des richesses ct construiront · la maison du grand roi. c'est-à-dire le temple, dans une splendeur éternelle», χα, 13. Pendant la neuvième semaine aura lieu le jugement de toute l’humanité : « le monde sera noté pour la destruction et tous ks hommes regarde­ ront après le chemin de justice», χα, 14. La dixième semaine verra le grand jugement éternel, à l'occasion 1515 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE 1516 duquel Dieu punit surtout les .anges, xa, 15. Alors nés du livre que celle de l’insurrection machabéenne. le premier ciel disparaîtra pour être remplacé par un Le livre se compose de plusieurs documents primi­ nouveau qui sera sept fois plus beau. Des semaines tifs qui, sauf les fragments dits noachltcs, sont diffi­ innombrables pleines dc bonté ct dc justice suivront, ciles à distinguer; voir l’essai de Gry : La composition ct le péché ne sera plus jamais nommé, xa, 16-17. littéraire des paraboles d'Hénoch, dans le Λ/uséon, 1908, La conception des destins du monde ct d’Israël, I p. 27-71. Est-il nécessaire de supposer pour les textes ainsi que celle du jugement final contenue dans cette relatifs au Fils de l’homme des interpolations chré­ apocalypse des dix semaines, est essentiellement la ' tiennes? Ni la mort du Messie sur la croix, ni sa résur­ même que celle qui sc trouve exprimée dans le livre I rection n’y sont mentionnées, et ccs passages cadrent des visions historiques, lxxxhî-xc. très bien avec le contexte. D’autre part, on a établi Les derniers chapitres du livre d'Hénoch, χα-cvni, . quelques rapprochements très frappants entre les sauf l’apocalypse des dix semaines et les c. cvi-cvn évangiles et certaines phrases dc ccs textes des para­ boles, Lagrange, p. 88 sq., Frcy, col. 359. (Le P. La­ qui sc rapportent à Noc, contiennent des exhortations adressées à tous les hommes, quelques promesses pour grange et partiellement Gry se montrent assez favo­ les justes ct surtout des malédictions pour les pé­ rables à l’hypothèse d’interpolations. 11 semble pour­ cheurs. Depuis F. Martin les critiques français nom­ tant, suivant l'opinion dc Frcy, col. 360, que ces ment ce morceau le Livre de Γexhortation et de la malé­ rapprochements ne sont pas tellement caractéristi­ ques qu’ils exigent une dépendance littéraire.) diction. D’ordinaire on en place la composition au Le livre des paraboles se divise en trois discours : premier siècle avant Jésus-Christ, surtout parce qu’on voit dans les pécheurs, que l’auteur accuse ct menace, Chacun contient des descriptions de l’autre monde, du les Sadducécns. Mais J.-B. Frcy, Apocryphes de TAn­ jugement final, du futur royaume de Dieu, qui dînè­ cien Testament, dans Dictionnaire de la Bible, Supplé­ rent notablement de celles des autres morceaux du ment, fasc., 1-2, 1926, col. 366 sq., relève avec rai­ livre d’Hénoch cl qui sont surtout plus parfaites. son que la situation qui correspond le mieux aux Au centre sc trouve partout le Messie qui n’est pas un prince terrestre, mais un être céleste. En combi­ traits sous lesquels les pécheurs et les justes sont décrits, est celle du règne d’Antiochus Épiphane et j nant les idées énoncées dans les trois discours, on obtient l’ensemble suivant. qu’il n’était pas besoin d’attendre les Sadducécns, L’auteur met en opposition deux mondes : le monde pour trouver en Israël des négateurs dc l’immortalité d’en haut avec Dieu, qui est toujours nommé le Sei­ dc l’âme ct dc la rétribution future. gneur des esprits, les auges et les saints, et le monde Ce livre n’est pas homogène, surtout en ce qui d’en bas avec les pécheurs qui prédominent et quelques concerne l’eschatologie. Celle-ci est d’un côté, en ch, rares justes qui souffrent. Ccs justes sc trouvent 4-cv, 2; cvm, transcendante ct ressemble à celle du livre dc la Sagesse : immédiatement après leur mort sous la protection céleste : les saints intercèdent pour les justes seront récompensés, an, 13 sq.; < les portes eux auprès du Très-Haut, xxxrx, 5; ils seront un jour sauvés ct vengés par le jugement qui ne sera autre du ciel s’ouvriront à eux», cm, 2; ils seront introduits dans la lumière, mis sur des trônes d’honneur ct chose que la manifestation du monde d’en haut. Parmi les saints du ciel Hénoch aperçoit, xxxvm, brilleront éternellement, cvm, 12 sq. Mais, d’après d’autres passages, tout ne semble pas sc passer à la 6, un être tout à fait particulier qu’il désigne par diffé­ fin du monde dans l’au-delà. Après la grande injustice rents noms, surtout par celui de Fils de l’homme cl qui règne actuellement sur la terre ct en particulier en d’Élu. Comme le litre Fils de l’homme l’indique, cet Palestine, xa, 7; xen, 2, après les dernières grandes être est bien un homme et non pas un ange : il ressem­ épreuves qui consisteront entre autres dans la révolte ble à un ange, xlvi, 1. Conformément à sa nature des peuples ct dans la cruauté des parents contre leurs humaine, il vit continuellement dans la communauté propres enfants, xax, 1-5, viendra le jugement final, des saints, c’est-à-dire des défunts pieux, des patriar­ xa, 7, attiré par les prières des justes, χαιι, 5; les ches ct des autres justes, lxx, L II n’a pas encore païens ct les malfaiteurs y périront, xci, 9; xciv, 7. comme eux vécu sur la terre. Il a été créé par Dieu Les justes eux-mêmes tueront impitoyablement les avant le monde, xlvih, 3. 6, ct existe devant Dieu en pécheurs en leur tranchant la tête, xcv, 3; xcviii, 12. toute éternité, xlvih, 6. Il possède la sagesse, la jus­ D’après d’autres passages, les pécheurs seront tour­ tice et révèle tous les secrets, xlvi, 3; xux, 3. Il habite sous les ailes du Seigneur des esprits, cl tous let mentés ou anéantis par le feu de l’enfer, xax, 11; c, 9; eu, 1. Par suite du jugement, les justes prédo­ élus brillent devant lui comme l’éclat du feu, xxxix,". 11 est encore inconnu au monde d’en bas, seuls les mineront de nouveau, xcv, 7; xevi, 1-2; ils seront guéris de leurs maux, χαι, 3, ct verront beaucoup de justes le connaissent déjà ct espèrent en lui, xlvhi, ΊH jours heureux, xevi, 8. Trois fois, xa, 10; xen, 3; 7; lxi, 5; lxh, 7. L’apparition du Fils dc l’homme entouré dc la c, 5, il est dit que les justes qui sont déjà morts, ressusciteront ct vivront dans la sainteté ct le bon­ communauté des élus marquera le grand tournant dans heur. Seule cette seconde eschatologie est messiani­ I l’histoire du monde, la Un des temps, xlv, 3; l-i.1. que et s’accorde avec celle des parties d’Hénoch i II sera assis sur un trône et fera le jugement, xlv, 3; L, 4. A sa vue les justes sc réconforteront ct sc réjoui­ étudiées jusqu’ici. 3. Englobée dans ccs textes sc trouve la pièce la ront, xlv, 3; lxi x. 26. et à travers tout l’univers retenplus importante du livre d'I lénoch : Le Livre des para­ ' tira un hymne en l’honneur de Dieu, lxi, 9-13. l«cs boles, xxxvh-lxxi. Ni les idées eschatologiqucs ni les royaumes du monde fondront à l'aspect du Fils de allusions historiques ne permettent dc fixer avec cer­ l’homme, ui. Les peuples l’adoreront, xlvih, 5; un, I. titude la date de ccs chapitres. Presque tous les auteurs La somme du jugement lui sera donnée, xux, 1; u.2; préfèrent les placer au dernier plutôt qu’à l’avant- i lxh, 2; lxix,27. Non seulement les angeset les homines dernier siècle avant J.-C. Mais, étant admis que la vivants sc réuniront autour dc lui, mais aussi les mention des Parities, lvi, 6, n'oblige pas à s'arrêter à défunts qui ressusciteront, li. 1-2. Les mauvais anges, une date postérieure à l’année 10 avant Jésus-Christ, enchaînés jusqu’alors, seront jetés dans le feu éternel. année où pour la première fois les Partîtes pénétrèrent 1 Liv, 3-6; lv, I; lvi, 1-4; lxiv, 1-2. Parmi les pécheurs a Jérusalem (Szckely, O. Holtzmann, Felten, Fr. Mar­ I sont punis surtout < les rois ct les puissants qui powêtin. Fr, Gry, Charles. Causse, Beer, Boussct), on ne , dent la terre ·, parce qu'ils n’ont pas adoré le vrai Dieu trouve, comme Frcy l’a très bien démontré, aucune ct qu’ils ont maltraite les enfants dc Dieu, χιλί, 4-8: situation historique qui corresponde mieux aux don­ I lxviii, 8-10; un, 5-6; uv. 2; lxh. 11; lxiii, 7-10, 1517 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE 1518 i.xvn, 10. (Les grands coupables sont, pour l’auteur, comme celles des vieillards ct les nourrissons dc trois sans doute en premier Heu. les chefs païens dc la semaines auront l’aspect de centenaires, xxm, 25. Palestine et leurs adherents qui oppriment les Israé­ Par exagération il est même dit que la terre périra, xxxm, 28. lites restés fidèles à leurs traditions. Lors du jugement ils reconnaîtront enfin le 'Près Haut, lxii, 3, 0, mais Mais,par suite dc ces châtiments, les Juifs sc conver­ trop tard; en vain ils supplieront le Pils de l’homme tiront enfin ct cette fois définitivement. Dorénavant ils d’intercéder pour eux, lxh. 9-10; ils disparaîtront reconnaîtront Dieu comme leur maître, lui seront de la surface de la terre, ils seront enfermés au lieu attachés de toute leur âme, observeront sa thora de leur ruine, lxix. 27-28, lis descendront dans les entière, i, 15 sq.; xxm, 26 sq. En revanche Jahvé les ténèbres, dans les flammes de l’enfer, lxiii, 6, 10. Les guérira, xxm, 20, les rassemblera du milieu des païens, autres pécheurs pourront encore trouver grâce pen­ i, 15, les sanctifiera, i, 15, l, ct érigera sa demeure au dant que, lors du jugement, le malheur sc réunit sur milieu d eux. i, 17. Ils seront débarrassés de leurs leurs tètes, à condition de faire pénitence; leur sort ennemis, xxm, 20 sq., et craints dc tous les peuples, ne sera cependant pas glorieux comme celui des justes, xxxi, 18. A tout jamais ils posséderont Canaan ct y jouiront du plus grand bonheur : < Leurs jours s’appro­ !.. 2-L A la fin du second discours, conformement â un cheront dc mille ans... Il n’y aura pas dc vieillard..., élément traditionnel de l’eschatologie, un groupe tous seront comme des enfants ct des jeunes gens. spécial de malfaiteurs est mentionné : les peuples Ils passeront tous leurs jours en paix ct en joie; il n'y païens qui, comme l’avait déjà prédit Ézéchiel, xxxvmaura ni Satan ni autre ennemi; car tous leurs jours xxxix, entreprendront un dernier assaut contre Jéru­ seront des jours dc bénédiction ct de salut, xxm, salem. Ces peuples se grouperont autour des Parthcs 27-29. et des Mèdes ct seront excites par les mauvais anges. Nulle part li n’est dit quand tout cela arrivera. Ils fouleront la Terre sainte comme une aire; mais Mais, en lisant ces prédictions, on a l’impression que devant la ville sainte ils seront arrêtés ct engloutis celui qui les a composées, est convaincu que le niveau par le schéol, lvi, 5-8. le plus bas a déjà été atteint lors de la persécution Par la punition et la disparition des pécheurs ct d’Antiochus Epiphane, et que les Israélites s’élèvent des oppresseurs, les justes obtiendront repos et salut. progressivement vers le bonheur messianique. xlvih, 7. Ils seront sauvés. Leur sort sera magnifique, L’eschatologie du Livre des jubilés est nationale, lvui, 2; leurs faces brilleront de joie, li, 5; ils seront conformément au rôle tout à fait privilégié qui y est entourés d’une lumière éternelle, lvui, 3. 6; ils attribué à Israël. Dieu a créé celui-ci dès l'origine du deviendront comme des anges du ciel, li, 4; ils seront monde, n, 19, cl le protège personnellement sans jamais en confier le gouvernement, comme celui des revêtus d’habits de gloire qui ne s’useront jamais, autres peuples, à des anges, xv, 32. L’auteur ose même lxh, 15-16. Leur plus grand bonheur consistera dans par la bouche d’Abraham conférer aux Israélites des la vie commune avec le Fils de l’homme; avec lui Ils fonctions qui sont toujours réservées à Dieu : · ils mangeront, ils sc coucheront et ils sc lèveront pour seront appelés à affermir le ciel et la terre ct à renou­ les siècles des siècles, lxii, 13. veler les lumières qui sont au firmament », xix, 25. A toutes ces joies prendront également 'part les On comprend qu’un écrivain qui entretient un tel dispersés, qui reviendront sur des chars portés par les particularisme prévoie le bonheur messianique exclu­ allés des vents, lxii, ainsi que les saints qui sont déjà sivement pour son peuple. A un seul endroit du texte morts. De ccs derniers il est dit d’un côté qu’ils descen­ actuel, il s’élève à un point de vue universaliste. Lors dront avec le P ils de l’homme, xxxvm, 1 ; xlv, 3, de l’annonce du déluge, il dit : · El Dieu fil à toutes dc l’autre qu'ils ressusciteront et seront séparés des ses créatures une nature nouvelle et juste, do sorte autres qui surgiront des tombeaux, li, 1-2. qu’elles ne pécheront plus en éternité ». v, 12. Mais Le séjour des élus après le jugement sera en pre­ cette remarque, qu’elle sc rapporte au temps qui mier lieu, la terre, transformée cl embellie, xxxvm, 2; suivit imméadilement le déluge ou au temps eschalolv, 5; li. 5; lvui, 5; lxii, 15. Ce sera aussi le ciel : logique, est tellement énigmatique et cadre si mal Hénoch y aperçoit les demeures des futurs élus, xli, 2. avec le contexte, qu elle semble être une addition; Ciel ct terre seront donc unis. Le bonheur y durera voir Volz, Jüdische Eschatologie, 1903. p. 26. éternellement, lvui. 3; lxxxi, 16. Ce bonheur sera exclusivement terrestre ct consis­ Toute cette eschatologie du livre des paraboles est tera dans l’amélioration des conditions actuelles dc très spiritualisée bien qu’elle garde encore une couleur vie. L'au-delà n’est cependant pas tout à fait étranger fortement nationale. Elle renferme beaucoup d’élé­ à l'horizon dc l’auteur. D’après xxm, 30b. les justi s ments nouveaux, surtout au sujet du Messie qui est parmi les défunts, sans doute des défunts d Israël, présenté comme un être préexistant. verront le bonheur final des vivants cl s’en réjouiront, 2· Le Livre des jubilés. Le Livre des jubilés suit ils ne quitteront donc plus l'autre monde où la béa­ dc près le livre d’Hénoch: car la manière dont la tribu titude est leur part. Les pécheurs du monde entier dc Lévi y esl exaltée aux dépens de celle dc Juda, prouve que son auteur a écrit après les grands succès I par contre seront, d’après vu, 29; xxn, 22, tout dc suite après leur mort livrés aux peines du schéol cl dc la famille sacerdotale des Machabécs, ct avant le auront, d’après le sens probable dc xvi, 9-16, à passer déclin de la dynastie asmonéenne, donc au plus tard par un jugement où ils seront condamnés â des souf­ sous Jean Hyrcan (135-106). frances éternelles. Bien que cet écrit ne soit qu’un développement 3· Les Testaments des douze Patriarches. — Au Livre midraschique dc la Genèse, il est parsemé d’idées mes­ des jubilés sc rattache par un lien étroit celui des sianiques qui forment un tout assez homogène. Moïse Testaments des douze Patriarches. Les deux écrits est censé apprendre de Dieu que la désobéissance par contiennent une foule d’idées communes; en particu­ laquelle les Israelites offenseront continuellement le lier celle dc la prééminence de la tribu de Lévi qui Très-Haut, deviendra un jour au suprême degré provo­ est encore plus fortement accentuée au détriment dc cante. Aucune loi ne sera plus respectée, tous les vices celle de Juda. Cette parenté ne s’explique que par régneront, 11 y aura guerre de tous contre tous, i, l'identité des sources auxquelles leurs auteurs ont 8-1 i; xxm. 16-21. Pour les punir, Dieu leur enverra les puisé et dc l’époque à laquelle ils ont écrit. pires maux; il les livrera en particulier à des peuples Mais, tandis que le Livre des jubilés est une compo­ cruels, xxm. 22-21, qui les réduiront presque à néant; sition purement juive, les Testaments ont reçu des les têtes de leurs enfants deviendront blanches 1519 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE retouches chrétiennes. Tout le monde le reconnaît, car ils contiennent une vraie christologie qui s’expli­ que mieux et plus naturellement si les additions chré­ tiennes sont nombreuses, comme le supposent Plum­ mer, Burkitt, Schûrer, Lagrange, Felten, Frey. Par contre, Charles, Friedlânder, Hart, Lawther, Clarke, Ocstcrley ont essayé de diminuer autant que possible ces interpolations pour mettre le Christ et les Apôtres à la remorque de l’auteur des Testaments. Sous bien des rapports le schéma eschatologique des Testaments est absolument celui des Jubilés : Après une dépravation suprême et un jugement sévère, Israël se convertira. Dieu le recevra de nouveau en grâce, le réunira de tous les coins du monde, exter­ minera ses ennemis et habitera au milieu de lui. Hub., vi, 5; Sim., v, 4; vi; Lévl, iv; x, 2-1; xiv-xvm; Juda, xvn, l;xvm; xix ; xxm-xxiv; Iss., v-vi; Zab., ix; Dan, v, sq.; Nepht., iv; Gad, vm; Asser, vu. D’autre part des idées Importantes qui se rencon­ trent dans les Testaments manquent dans les Jubilés. Ce sont surtout les quatre suivantes : Le salut messianique sera aussi la part des païens : la paix régnera sur la terre entière, Sim., vi, les gentils reconnaîtront Jahvé, Juda, xxn; xxv; Zab., ix; Dan, v. Ce salut sera en outre partagé par les défunts : les patriarches et les autres Justes ressusciteront, Lévl. vm; xvni; Juda, xv; Zab., x; Benj., x. Les impies sc lèveront également de leurs tombeaux, mais unique­ ment pour leur honte; leur sort est le feu éternel, Zab., x; Benj., x. La rédemption d’Israël et des autres hommes se fera par la destruction des mauvais anges et de leur chef Béliar, qui ont si longtemps séduit et tourmenté les hommes, Sim., vi; Juda, xxn; Zab., ix ; Lev., v; Dan, v. Enfin il y est question du Messie. Tandis que l’au­ teur des Jubilés, pour ne pas froisser les Asmonéens lévitiques, n’osait pas relever la plus grande préro­ gative de la tribu de Juda, savoir de fournir un jour le Sauveur par excellence, l’auteur des Testaments l’a mentionné a deux endroits. Le premier sc trouve dans Juda, xxiv, 4-6. Le P. Lagrange, avec lequel nous regardons les t 1-3 qui précèdent comme Interpolés, le traduit ainsi : · Alors montera do moi (=> Juda) un germe et 11 restaurera le sceptre de mon règne, et de notre racine s élèvera une tige, et il en montera une verge de justice pour les nations, pour juger et sauver tous ceux qui Invoquent le Seigneur. · Le second est dans Joseph, xix, 6 : le Messie y est symbolisé par une corne qui pousse au taureau de Juda. D’après Charles, p. xcvm, les Testaments contien­ draient, à côté de l’annonce d’un Messie issu de Juda, la prophétie d’un Messie sortant de Lévl. Il lui applique surtout le psaume de Lévl, xvm, et en combi­ nant plusieurs autres passages il trace de lui un por­ trait très exact. Mais le P. Lagrange a montré que, dès qu’on fait abstraction des phrases qui sont des interpolations chrétiennes et qu’on laisse aux autres leur sens naturel, « il ne reste plus de Messie lévitlque, mais seulement l’afllnnatlon du grand rôle Joué par Lévl dans la personne des Asmonéens, par Lévl regardé avec Juda, et avant lui, comme l’instrument du •salut national et religieux, et, tout au plus, mais cela est fort douteux, l’esquisse d’un grand prêtre extra­ ordinaire, revêtu do couleurs messlannlques. » p. 70. <· Le troisième Hure sibyllin. — Cet écrit suit de près ceux qui viennent d’être analysés. Aussi long­ temps qu’on l’attribuait à un seul auteur, on le croyait composé vers 110 avant J.-C. Mais, depuis GefTcken, Komposition und Enlstchungszeit der Oracula slbijllina, 1902, on y distingue de plus en plus différentes cou­ ches païennes et chrétiennes; cependant, tout en 1520 pinçant In rédaction définitive du livre au prenlcr siècle avant ou après J.-C., on continue â attribuer Ici oracles juifs, qui entrent seuls ici en ligne de compte, au milieu du ιι· siècle avant J.-C. ou on en fait remon­ ter ù cotte époque les éléments primitifs; voir Frcy, col. 425; Dousset, Die Religion des Judcntums, p. 19sq. Le III· livre sibyllin est la première œuvre du judaïsme hellénique où se rencontrent des idées messianiques. Les écrits canoniques qui appartiennent au même milieu, la Sagesse et le H· livre des Machabécs, ne contiennent que l'eschatologie transcen­ dante, mais ne mentionnent pas l’eschatologie messianique qui est Ici largement représentée. Con­ formément à leur but, qui était de propager les con­ ceptions juives dans les milieux païens, les oracles sibyllins font un véritable étalage des idées messia­ niques, si particulières au judaïsme. Dans le prologue qui est conservé dans Théophile d’Antioche, Ad Autolycum, π, 36, et qui indique le programme de tous les oracles sibyllins : la lutte pour le seul Dieu contre les idoles, il y a l’annonce générale que les païens idolâtres seront exposés < à la lueur d’un feu brûlant ·, 81, cl qu’ils » seront brûlés par des flam­ beaux tous les jours », 82, qu’au contraire « ceux qui ont vénéré le Dieu vrai et éternel hériteront la vie, et habiteront en toute éternité le jardin verdoyant du paradis et mangeront le pain délicieux du ciel étoilé ·, 81-86. Les vers 97-291 sont un aperçu de l’histoire du monde à partir de la construction de la tour de Baby­ lone jusqu’à l’établissement du royaume messianique qui aura lieu après le septième roi hellénique de l’Égypte ( =» Ptoléméc VI, 1 15-117) et qui consistera en ce que le peuple de Dieu obtiendra l’empire du monde, et deviendra pour tous les mortels un guide ΰ travers la vie. B* Plus loin, 367-380, au milieu de menaces lancées contre de nombreux pays et villes, se trouve une promesse du bonheur messianique, adressée à l’Asie et à 1’Europc; les habitants de ccs deux continents se réjouiront d’une longue vie et de tous les biens terres­ tres; aucun péché ne sera plus commis; la paix et la justice régneront partout. La description la plus importante et la plus détaillée des temps messianiques est contenue dans la troisième partie du livre, 189-808. Ici on voit clairement que la soumission de la Grèce par les Domains (148 av. J.-C.) a occasionné la composition des morceaux antiques de ce livre. L'auteur y voit le jugement de Dieu et en met la description sous forme de prophétie dans la bouche de la Sibylle : Des maux affreux de toutes sortes fondront sur l’humanité et particulièrement sur la Grèce en punition de son idolâtrie et de scs autres crimes : 538-511, 601-623, 632-651. Au milieu de ces calamités. Dieu enverra < du soleil », c’est-à-dire de l’Orient, un roi qui, par les conseils de Dieu, fera cesser la guerre sur toute la terre, · en tuant les uns et en concluant des alliances avec les autres », 652-656. Le temple de Dieu brillera d’opulence et de richesse en or, en argent, en pourpre cl la terre sera d’une fertilité prodigieuse. Mais, après un certain temps, des rois païens à la tête de leurs peuples entreprendront encore une fois une campagne contre le temple cl la Terre sainte. Pendant qu’en face-du temple, ils immoleront des sacrifices idolâtrlques, Dieu fera entendre sa voix i et les tuera tous. La terre tremblera et les montagnes s’écrouleront, 657-667. Alors les Israélites vivront définitivement en paix; car le Créateur lui-même les protégera, 702-709. Voyant leur bonheur, les autres nations les Imiteront en acceptant la vraie religion et en observant la Loi, 710 726, Le royaume éternel de Dieu sera établi sur la terre et aura comme centre Slon,^où Dieu habitera. De tous les coins du monde 1521 MESSIANISME, LA LITTÉRATURE APOCRYPHE on Apportera des trésors au temple. Les Juifs seront les juges cl les rois des hommes; la paix régnera aussi parmi les animaux, 727-790. Le livre sc termine par l'énumération des signes qui annonceront la fin do toutes choses, tels que l'appa­ rition de glaives dans le ciel étoilé, l'obscurcissement du soleil et de la lune, des combats dans les nuées, des gouttes de sang sur les rochers, 796-807. 5· Les Psaumes de Salomon. — Les psaumes apo­ cryphes nommés psaumes de Salomon nous amènent vers le milieu du 1·' siècle avant Jésus-Christ, à l’époque où d’un côté la décadence des derniers repré­ sentants de la dynastie asmonéenne, de l’autre la prise do Jérusalem par Pompée, 63 av. J.-C., remplirent les cœurs des I liérosolymitains pieux, des pharisiens surtout, de la plus poignante amertume. Leur unique consolation était de sc confier a Dieu qui rétablirait complètement Israël en envoyant le Messie. Ils expri­ mèrent leurs angoisses et leurs espérances dans des psaumes dont dix-huit sont conservés; le xvn· est le plus important pour le messianisme : Dieu restera toujours et malgré tout le roi suprême d’Israël, xvn, 1, 3-1, G. Mais au-dessous de lui, comme autrefois, il y aura de nouveau un roi terrestre, issu de la souche de David, xvn, 5. Dans une ardente prière sa venue est implorée : · Fais-leur (aux Israélites) surgir leur roi, le fils de David, au moment que tu as choisi..., ceins-lc de force pour qu'il écrase les chefs injustes et purifie Jérusalem des païens qui la foulent misérable­ ment », xvn, 21-23. Il apparaîtra « puissant par scs actes et fort en la crainte de Dieu », xvn, 7-10; il sera exempt de tout péché, xvn, 3G, instruit par Dieu, sage et juste, xvn, 32. Il ne mettra pas sa confiance en des chevaux et des cavaliers, et pour renverser scs ennemis il n'aura pas besoin de guerroyer, xvn, 33. Par la simple parole de sa bouche il frappera toute la terre et anéantira les païens impies, xvn, 35; son sceptre de fer brisera l'orgueil des pécheurs, xvn, 23-24. Il réunira les Israélites en leur pays et les y distribuera scion leurs tribus; tous seront saints; aucune injustice ne sera plus commise par eux; aucun païen ne souillera plus le sol palestinien, xvn, 2G-29. Des nations païennes serviront Israël, xvn, 30, des peuples venus des extrémités de la terre viendront pour le voir dans son bonheur, et porteront comme cadeau les fils d’Abraham qui sont épuisés par l’exil, xvn, 31. Tandis que toutes ces idées du ps. xvn sont homo­ gènes et rentrent dans le cadre du messianisme ancien, celles des autres psaumes sont disparates entre elles et différentes du psaume xvn. Abstraction faite de quelque versets du ps. xvni qui sont une imitation du ps. xvn, l’idée d’un Messie personnel ne s’y trouve pas. Il y est tout simplement question de l'aide du salut, de la gloire que Jahvé apportera le jour où il aura pitié de la maison de Jacob, n, 31; vu, 10; x, 8; xu, G; île la réunion des dispersés, vin, 28; xi. D’autre part l’eschatologie transcendante y est mêlée au mes­ sianisme terrestre : « Ceux qui craignent le Seigneur ressusciteront pour la vie éternelle et leur vie sera dans la lumière vers un sauveur du monde. Cette publication forme Par rapport à Jérémie le P. Condamin fait la même le point culminant d’un mouvement qui se produit constatation : « Jérémie comme plusieurs autres depuis que les fouilles faites en Orient,et le déchlflrcprophètes parait attendre l’ère messianique aussitôt ment des textes trouvés, ont permis de replacer après le relourde l’exil ». Le livre de Jérémie, p. 217. l’Ancicn Testament dans son milieu historique cl de Cela est aussi vrai pour Ézéchiel. Ces deux prophètes faire le parallèle entre les idées et instil niions d'Israël, ont toujours présenté la fin de l’exil comme le début et celles des peuples avec lesquels celui-ci fut en rap­ du temps messianique. C’est encore davantage le port. En ce (pii concerne le messianisme, il résulterait cas pour l’Isaïe de l’exil : < Chez le prophète de l’exil, de cette comparaison qu’il y eut chez d’autres c’est le rétablissement des tribus après la captivité nations des prophéties et des espérances analogues; qui est le signal de la restauration universelle, bien plus, que ces dernières seraient le prototype Is., XUX 5 sq. » A van Hoonacker, Revue biblique, et formeraient la source des prédictions bibliques. 1901. p. 223. Celte prétendue dépendance a été cherchée surtout 1553 MESSIANISME, PRÉTENDUES ANALOGIES 1554 A côté de ces produits inférieurs de la divination en trois directions. Ceux qui nient l'existence des assyro-babylonlenne, d'autres textes cunéiformes ont prophéties messianiques au temps préexllien nfllrété allégués comme sources plus directes du messia­ incnt que l’idée d'un Sauveur aurait clé empruntée nisme. Ce sont en premier lieu les passages des au parsisme avec lequel les Israélites auraient pris inscriptions historiques où tel roi est décrit comme un contact à Babylone. Celle tendante a rejeunlr ainsi prince qui rend son peuple particulièrement heureux. les oracles messianiques n, comme nous l’avons vu, On en rencontre déjà dans les inscriptions des provoqué une forte réaction : aujourd’hui beaucoup plus anciens princes sumériens, tels que Urukagina, d’auteurs reconnaissent que le messianisme n’appar­ cône B et C, m, 2 sq., et Gudca de Lagosch, tient pas seulement à l’époque prophétique, mais cylindre B, xvn, 17 sq., voir Fr. Thureau-Dangin, qu’il précède même les prophètes. Une de leurs princi­ Die sumerisehen und akkadischen Kônigstnsehri/len, pales raisons est le fait que les germes de l'espérance messianique sc rencontreraient déjà dans les antiques 1907, qui se vantent d’avoir établi l'ordre et que sous religions égyptienne et babylonienne. leur gouvernement la Justice brille et l’injustice Tandis que ces religions auraient fourni à Israël scs disparaît. De même Hammurabi, au prologue, r, idées messianiques, d’autres sont présentées comme 32 sq., cl à l’épilogue, xxrv, 30 sq., de son code, renfermant des conceptions similaires pour lesquelles, prétend avoir subjugué tous ses ennemis et rendu par suite de la distance dans l’espace cl le temps, heureux tous scs sujets. Même note dans les annales il ne saurait être question de dépendance, mais qui des Sargonides comme dans celles de Nabuchodonosor. n'en mériteraient pas moins d'être prises en considé­ Zimmern, Keilinschri/ten, p. 380 sq . Chnstusmythe, ration à titre d’analogie. Dans cette seconde catégorie p. 16 sq., cite comme particulièrement caractéris­ entrent les croyances des Cirées, des Romains, des tique les éloges que le roi Assurbanipal, le troisième Hindous et des Germains. des Sargonides (668-626), fait de son règne : « Depuis 1· Prétendu messianisme des Babyloniens. — Dans que Asur, Sin, Schamasch... dans leur bienveillance aucun pays la prédiction de l’avenir n’a Joué un m’ont mis sur le trône de mon père, Adad laisse tomber aussi grand rôle qu’en Mésopotamie. C'est sur les la pluie, Éa ouvre les abîmes qui contiennent les sources; le blé atteint une hauteur de cinq coudées, bords de l’Euphrate et du Tigre que se trouve le berceau de l'astrologie et de presque tous les autres les épis sont longs de cinq sixièmes de coudée... Les genres de divination. La classe la plus noble des vergers produisent avec abondance les fruits, le bétail prêtres avait la charge de présager les événements met bas avec succès. Durant mon règne, la surabon­ futurs au moyen des phénomènes qu’ils observaient dance est descendue et il y a profusion de richesses », au ciel cl sur la terre, voir L. Dennefeld, Die babyCylindre de Rassam, I, 41 sq., voir M. Slreck, Assur­ lonische Wahrsagekunst, 1919. Bien d’étonnant banipal und die letzten assynschen Konige, l. n, 1916, p. 6-7. « Sur l’ordre des grands dieux je me nus à ce que les panbabylonistes, dominés par l’idée préconçue que toutes les conceptions et institutions sur le trône de mes pères... Les grands, les généraux désiraient mon gouvernement. Parce que mon nom de ΓAncien Orient cl en particulier de l'Ancien Testament remontent plus ou moins à une source fut prononce... les quatre coins du monde sc réjoui­ assyro-babyhinicnne, aient tenté l’impossible pour en rent... les armes des révolutionnaires dormirent... faire dériver aussi le messianisme. Dans la ville et dans les maisons personnne ne prit le Mais, tout d’abord, la littérature proprement divina­ bien de l’autre.» Tablette L, 4, n, 5 sq., Struck,ibidem., toire, qui sc compose d’innombrables présages — en p. 259-261. Dans le même sens un courtisan écrivait à Assurbanipal qu’il y a sous son règne < des jours de voirie groupe le plus curieux dans L. Dennefeld, Babylonisch-assyrische Geburtsamina, 191 t - n’a absolu­ justice et des années de droit, des pluies abondantes ment rien de commun avec les oracles messianiques. et des prix modérés... les dieux sont respectés... les vieillards sautent, les enfants chantent, les femmes et Car les prédictions y sont tirées d’ordinaire de consta­ tations futiles et ne se rapportent qu'aux choses les jeunes lilies s’adonnent avec plaisir à leur devoir de la vie publique ou privée. Aucune perspective de femme et donnent la vie A des garçons et à des filles...» K. F. Harper. Assyrian and babylonian letters, eschatologique ne s’y rencontre et le point de vue moral vest tout à fait secondaire. Aussi les panbaby­ i, 1892, n. 2. Ces compliments montreraient qu'on avait eu lonistes les plus convaincus n’ont-ils pas ose mettre la coutume en Chaldée de saluer les rois, non seule­ les présages babyloniens en parallèle direct avec les ment comme des chefs puissants, mais aussi comme prophéties bibliques. Ils ont cependant essayé d’y des .sauveurs inaugurant une ère de prospérité. Ces découvrir des éléments eschatologiques, au moins éloges ne seraient pas uniquement des formules flat­ sous forme embryonnaire. Parce que les augures teuses, mais l’écho de l’espérance répandue dans tout prédisent nu pays et à scs habitants tantôt une ère l’ancien “Orient qu'après l’époque actuelle de malheur de bonheur et de paix, tantôt une ère de malheur cl un sauveur du monde viendrait pour réaliser enfin le de révolte, on a prétendu qu’ils auraient connu et bonheur. Chaque roi juste et puissant aurait été salué appliqué le schéma carnetérislique de l’eschatologie, comme un type do ce roi idéal. En définitive ces d’après lequel une époque de salut suivra et rem­ formules auraient donc un sens eschatologique et placera un jour la présente époque de malheur. Ainsi messianique. Zimmern, Keilinschri/ten, p. 381. 394, surtout H. Zimmern, Die Keilinschri/ten und das Christusmythe, p. 15. 21. 28 sq.; H. Lielzrnaun, Der Allé Testament, non Eberhard Schrader, 3· cd., 1903, Weltheiland, 1909, p. 21; IL Grossmann, Messies und p. 381. 393. Z urn Streit urn die Christusmythe, 1910, Erlôser, dans Geisteskultur, 1924, p. 96 sq. p. 19-20 l ne telle interprétation des présages baby­ Pour justifier celle interprétation, il faudrait préalaloniens ne tient pas compte du fait que rien n’est blemenl prouver que l’espérance en un sauveur a réel­ plus naturel pour un devin que de prédire le bonheur lement existé en Orient dès les temps les plus anciens ou le malheur. Voir en de telles prédictions des indépendamment de la Bible. Or aucun témoignage germes du messianisme est In pire manière d’employer direct n’a pu en être allégué. Quant à ces éloges la méthode comparative. XV. Elchrodt, Dic llof/nung dithyrambiques, ils sont d’autant moins aptes A figurer des etvigen Friedens irn at ten Israel, 1922, p. 112, comme témoignages indirects, comme reflets d’une écrit avec raison : - Ni les innombrables oracles de prétendue espérance messianique, qu’ils sont dépour­ l'hépatoscoplo ni les autres... ne contiennent des élé­ vus de toute perspective eschatologique. Il ne faut ments d’une espérance semblable à celle de l’ancien y voir que l’expression des prétentions vaniteuses des Israël, » | J I · ’ I II I 1555 MESSIANISME. PRÉTENDUES ANALOGIES rois orientaux, auxquelles trop souvent la réalité I ne correspondait guère. Cette coutume d'idéaliser le règne d’un prince est du même ordre que celle d’attribuer aux rois assyro-babyloniens une descen­ dance divine, ou de regarder leur gouvernement comme depuis longtemps prédestiné et préparé par le ciel. Telle est l’opinion des assyriologues ct des exégètes impartiaux tels que C. Bezold, Archio /iïr Beligionsivisscnscha/I, 1907, p. 122, ct B. Meissner, Babylonien und Assyrien, t. i. 1920, p. G7; Sellin, Prophelismus, p. 17; Mowinckel, Die uorderasiatischen Kônigs-und F(lesteninschriften dans Festschri/t für Gunkel, 1923, p. 301 ; Dûrr, Ileilandserwartung, p. 27; Gall, Basileia, p. 44. Enfin les panbabylonistcs découvrent un fond eschatologiquc dans la mythologie, notamment dans les légendes qui sc rapportent aux luttes que des dieux et des demi-dieux ont entrepris dans les temps primi­ tifs pour faire cesser le désordre initial ou supprimer des fléaux. C’est dans ce sens qu’ils interprètent par exemple, la victoire de Mardouk sur Tiamat, d’Enlil 1 sur Labbou, le mythe d’Éa ct d'Atarbasis ct même le | récit du déluge. Voir les textes dans P. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, 1907, et G. Grcssmann. Altorientalische Texte zum Allen Testa­ ment, 2· éd., 1926. Tous ces contes seraient l’écho d’une croyance antique, d’après laquelle, après le temps de malheur, viendra un temps de bonheur, une époque messianique. Outre Zimmern, Kcilinschri/ten, p. 391, Christusmythe, p. I l sq., c'est surtout Gunkel, Schôp/ung und Chaos in Urzeit und Endzeit, 1891, p. 87, ct A. Jeremias, Babylonisches im Neuen Testa­ ment, 1905, p. 91 sq.. qui veulent y trouver l’origine plus ou moins probable de l’eschatologie biblique. Ils prétendent même que le mythe du dieu de la peste Ira, d’après lequel à la fin des ravages causés par ce dieu ΓAkkadien sc lèvera ct renversera tout, prouve­ rait que les Babyloniens ont déjà attendu l’arrivée d’un roi mondial, d’un roi Messie. Voir le texte dans Grcss­ mann, Altorientalische Texte, p. 212 sq. Cette concep­ tion est aussi partagée par O. Weber, Die Literatur der Babylonien und Assyricr, 1907, p. 107. On se demande comment une pareille interprétation des mythes babyloniens est possible; car rien abso­ lument ne l’autorise, ct ici encore toute perspec­ tive messianique fait défaut. Non sans raison Gall, op. cil , p. 47, a raillé Jeremias qui, dans llandbuch der altorienlalischen Geislcskultur, 1913, p. 205 sq., réussit à construire toute une eschatologie babylo­ nienne où l’on aurait non seulement un temps mes­ sianique, mais encore un Messie. Cette juste critique n’a pas empêché Jeremias, dc grouper, l’année suivante sur plus de soixante-dix pages, Die ausserbiblische Erlàser-Erwartung, p. 13-88,des textes assyro-baby­ loniens censés relatifs au grand sauveur de l’humanité. 1556 ct très obscurs. Le sage îpu-wer y décrit un cata­ clysme complet de l’Égypte. Le pays tourne comme le disque du potier, il, 8; il est dévasté comme une linière qu’on vient de moissonner, iv, 1-5; une misère extrême règne partout, i, 6; m, I L Par suite de la famine, on dispute aux porcs la nourriture, n, 13; vi, 1-3. Aucune autorité n’est plus respectée, vi, 5-6; vu, 11 sq.; ix, 2; on blasphème les dieux, v, 3; on attaque même le roi, des gens insensés le chassent ct détruisent sa résidence, vu, 1-1. Après une exhortation à se débarrasser des ennemis qui ont causé tous ces malheurs ct à rentrer de nouveau dans la ligne du devoir, x, 6 sq., des réflexions au sujet du’roi et des apostrophes à son adresse se suivent sans beaucoup dc cohérence : · On dit qu'il est un pasteur pour tous ces hommes; dans son cœur il n'y a pas dc mal; son troupeau s'est diminué bien qu’il s’en soit occupé; pour le moment il n’y a point de pilote. Où cst-il aujourd’hui? Dort-il? Voyez, nulle part sa puissance n’est visible, xn, 1-5... Commandement, intelligence et droit sont avec toi; mais tu laisses la révolte par­ courir le pays, on le dit des mensonges », xn, 12-13. • Si seulement tu goûtais un peu le malheur », xm, 5. Le dernier poème présente un tableau de la situation qui devrait exister en Égypte ; « Qu’il est beau quand les bateaux remontent le fleuve, qu’il est beau quand on retire les filets et qu’on y trouve des oiseaux..., qu’il est beau quand les mains des hommes construi­ sent les pyramides... qu’il est beau quand les gens sont ivres... quand le désir de chacun d’avoir une couchette à l’ombre est réalisé et que la porte est fermée derrière lui. » Le premier égyptologue qui ait publié ct inter­ prété ce texte, H. O. Lange, Prophezeiungen eines ûgyptischen Weisen, etc., dans Sitzungsber. der Berliner Akad. der H’/ss., 1903, p. 601-610, l’a pris pour la prophétie d’un sauveur qui doit procurer le salut au peuple. Il a été surtout suivi par E. Meyer, ct Bcrtholct. Mais d’autres, surtout Alan H. Gardi­ ner, Admonitions o/ an egyptian sage, etc., 1909, A. Erman,D/c Mahnivarte cinesügyptischen Prophelen, dans Sitzungsber. der Berliner Akad., 1919, p. 801-815, Die Literatur der Ægypter, 1923, p. 130-118, E. XVcill, La fin du moyen empire égyptien, t. I, 1918, p. 22, Gall, Basileia, p. 55 sq., s’opposent avec raison à cette explication ct, au lieu de voir là des prophéties, ils appellent ccs poésies des exhortations. La descrip­ tion de l’état lamentable du pays ne peut, en effet, se rapporter qu'au passé ct vise très probablement la chute de l’ancien empire. Le roi est exhorté à pourvoir I à la prospérité de ses sujets. L'espoir en un rétablisse­ ment futur est exprimé sans la moindre nuance eschatologiquc. 2. Le second texte est le papyrus 1116 B de Pétro· grad, GoleniscbelT, Les papyrus hiératiques, n. IDS, 1116 A, 1116 B de l'ermitage impérial à Saint-PétersAux travaux cité* au cour* dc l'article ajouter: A. Vacbourg, 1913, dont la partie la plus importante sc lit cari, Babiloniitno e Mrssianismo,dnns Scuola caUolica, 1922, p. IO1 »q. E. Kônig. Die moderne Babylonisicrung der aussi sur une tablette en bois du Musée du Caire, Bibrt in ihrrr neuesten Erscheinungtform, 1922; XV. Paulus, Daressy, Ostraca, p. 52 sq. Les deux documents datent Marduk l’rtup Christi? dan* Orientalia, η* 29, 1928. delà XVI II· dynastie (1850-1350 avJ.I-C.), ct sont 2· Prétendues prophéties égyptiennes. — D’autres des copies dont l’original remonte à 2000 av. J.-C. ont cherché en Égypte, les racines du messianisme : Le contenu en est le suivant. E. Meyer, Die Isracliten und thre Nachbantâmme, Le roi Snefru (vers 2950 av. J-C.), après avoir 1906, p. 151 sq.. Geschichte des Allert ums, 1906, t. i b, entendu les rapports «les hauts fonctionnaires, donne : 287, Ulrich XXilckcn. Zur âgyptlschen Prophétie, au sage prêtre Nefcr-Hchu l’ordre dc lui dire de dans Hermes, 1905, p. 559; E. Norden, Die Geburt « belles paroles ». Ayant demandé s’il doit parler du des Kindes, 1921, p. 51 sq., p. 55. Quatre textes passé ou dc l’avenir, celui-ci est invité à révéler les surtout contiendraient des prédictions analogues à choses futures. Il décrit donc «l’abord l'état du pays celles de* prophètes. Voir ccs textes dans Grcssmann. à la suite dc l'invasion des Asiatiques et des Bédouins. Altorientalische Texte, p. 16-55. Non seulement tout sera «lévasté ct la guerre civile 1 Le plus long se lit sur le papyrus 344 dc Lcyde; déchirera la population, mais la nature elle-même Il date du commencement de la XIX· dynastie (vers sera changée : le Nil se desséchera et le soleil perdra 1300 av J.-C.) ct contient six poèmes très mutilés; son éclat et sa chaleur, 26-57. Mais alors, < un roi 1557 MESSIANISME, PRÉTENDUES ANALOGIES viendra du Midi; il s’appellera Amcni cl sera le Ills d’une femme de Nubie, il recevra la couronne de la Haute-Égypte et de la Basse-Égypte... Les hommes de son temps se réjouiront... Ceux qui sont inclinés au mal et qui méditent des hostilités, se tairont par peur devant lui. Les Asiatiques tomberont par son glaive ct les Libyens par sa flamme... On construira le mur des princes et on ne laissera plus les Asiatiques descendre en Égypte.·· Le droit occupera dc nouveau sa place et l’injustice sera chassée. Que se réjouisse celui qui verra cela et qui sera dans le cortège du roi, » 58-71. Ce discours de Ncfer-Kchu a un caractère tout à fait prophétique,et on comprend que ceux qui pren­ nent le papyrus de Leydc pour un prototype des prophétiques messianiques, donnent beaucoup plus encore le même sens â celui de Pétrograd. Mais, à y regarder de près, on constate qu’il ne s'agit pas davan­ tage ici d’un oracle proprement dit. Deux indications précises montrent qu’on a affaire à un vaticinium post eventum. D’abord le roi glorifié comme sauveur y est désigné par son nom propre, Amcni. Or Amcni est le nom familial du pharaon Amcnemhet Ier (20001970 av. J.-C.), fondateur dc la XII* dynastie. 11 s’ensuit que c’est un roi historique qui est visé et non un roi idéal, un Messie. Ensuite la mention du mur des princes construit au nord de l’Égypte près du Wâdi Tumilât pour barrer le chemin aux envahisseurs asiatiques, prouve que le but principal du texte dont elle esl sans doute le point culminant (Gardiner, Dûrr, Gall), est d’exalter Amcnemhet Ier, précisément parce qu’il a reconstruit et consolidé ce mur et qu'il a mis fin par là aux dévastations de l’ennemi. Pour ccs raisons Gardiner, Ermann, Dûrr, Gall interprètent les paroles de Nofer-Rchn comme une glorification hyperbolique de ce pharaon : elles sont mises dans la bouche d’un ancien sage pour que cette forme pro­ phétique leur donne plus d’éclat. 3. Le troisième oracle censé messianique est la « prophétie de la brebis sous le règne du roi Bokchoris ». D’après un papyrus qui date de la XXXVI* année de l’empereur Auguste (7-8 après J.-C.), sous le sage ct pieux roi Bokchoris, qui a vécu vers 720 avant JésusChrist, un agneau aurait prédit une grande calamité de l’Égypte, ainsi que le relèvement du pays, en particulier l’invasion des Syriens ct des Assyriens en Égypte, ct ensuite l’irruption des Égyptiens en Syrie ct en Assyrie. Le texte, traduit pour la première fois par J. Krall, dans Festgabcn :u Ehrcn Bûdingcrs, 1898, p. 1 sq., étudié récemment surtout par Gall, Basileia, p. 65-68, esl très fragmentaire ct peu intelli­ gible. L’nc chose est y rependant claire, comme Gall le relève, p. 81 : c’est qu’il vest uniquement question de faits historiques et non d’événements cschatologiques. Quoi dc plus naturel pour un peuple qui vient dc succomber que de mettre son espoir en un redresse­ ment prochain? I. Le quatrième texte est la prédiction d’un potier sous le règne d’un roi Aménophis, conservée par un fragment de papyrus grec du ni* siècle après JésusChrist, K. Wessely, Dcnkschri/tcn der Akad. der \\ iss. in Wicn, phiL-hist. Fiasse, 1893, p. 3 sq. (A’ruc grieclusche Zauberpapgri). Il contient d’abord l’annonce de différents malheurs qui fondent sur le pays : dessèchement du fleuve, obscurcissement du soleil, révolution intérieure, irruption des ennemis extérieurs. Il annonce ensuite l’avènement d’un roi aimé de tous, qui doit vaincre les envahisseurs ct faire revenir les sanctuaires transportés en pays étranger. Alexandrie aura une nouvelle gloire. Pendant cinquante-cinq ans il y aura à Héliopolis un roi qui inaugurera une ère tellement heureuse, que les vivants souhaiteront que les défunts ressuscitent pour y prendre part. 1558 Dans la nature l’ordre sera de nouveau rétabli : le Nil sc remplira d’eau ct le soleil retrouvera son plein <(lat. Les opinions sont très partagées sur l’origine cl le sens dc ce texte. Tandis que les uns, par exemple, N. Wilcken dans Ægyptiaca, Festschrift fiïr Ebers, 1897, p. 116-152, l’attribuent pour le fond à l’époque d’un des Aménophis dc la XV111· dynastie,et prennent le passage qui mentionne Alexandrie pour une inter­ polation faite â l’époque hellénique, les autres, surtout Keitzenstcin, Ein Stûck hcllenistischer Kielniiteratur, dans Nachrichten der k. Gesellsch. der Wiss. zu Gôt· lingen, phiL-hist. Fiasse, 1901, n.iv, p. 309-332; Gall. Basileia, p. 69-74, cl Wilken, dans Hermes, 1905, p. 511-560, préfèrent le placer en entier nu temps hellénique. Keitzenstcin identifie le premier des deux rois avec Évergètc II cl le roi dont le règne doit durer cinquante-cinq ans avec Philopator Soter; Gall pense pour les deux à Alexandre le Grand que les Égyptiens saluaient comme le sauveur qui les délivra du joug perse. Tandis que Wilcken comprend le texte comme une prophétie semblable à celles dc l’Ancien Testament, Keitzenstcin et Gall tiennent avec raison la forme prophétique pour une pure fiction. Pour les phrases qui annoncent une perturbation ct un rétablissement dc la nature, un bonheur exceptionnel réalisé par le roi, elles supposent une influence juive due à la Diaspora alexandrine. Aucun dc ccs textes n’est donc une vraie prophétie susceptible d’être mise en parallèle avec les prédic­ tions messianiques. Aussi des égyptologues de renom, comme Erman et Gardiner, ainsi que beaucoup d’exé­ gètes, notamment Scllin, Prophetismus, p. 234 sq.; Clemen, Beligionsgeschichtliche Erklarung des Neuen Testamcntes, 1909, p. 115; Kittel, Die Beligion des Volkes Israel, 1921, p. 89; Kônlg, Mess. Weissagungen, p. 30 sq.; Dûrr, Heilandserwar(ung,p. 1-15; Gall, Basileia, p. 48-82, regardent-ils comme une tentative sans issue l’essai de rattacher le messia­ nisme à ces morceaux de la littérature égyptienne. 3· L'eschatologie perse. — Si les religions babylo­ nienne et égyptienne ne contiennent pas d’idées qui puissent être sérieusement mises en parallèle avec celles du messianisme, la religion perse renferme des conceptions qui ressemblent réellement aux doctrines messianiques de l’Ancien Testament. Le mazdéisme se rapproche déjà du mosaîsmc par sa croyance en un Dieu saint qui est partout présent ct qui sait tout. Ce < maître sage », Ahura-mazda (Onnudz), de l’univers, entouré d’esprits immortels comme d’une cour royale, n’est cependant pas toutpuissant. Il est contrecarré par « l’esprit ennemi », Angro-mainyu (Ahriman), qui sc dégagea de lui « au commencement dc la vie * et le combat partout. Lorque Ahura-mazda eut créé le monde dans un état parfait, heureux ct saint. Angro-mainyu y fit irrup­ tion avec une armée de démons et y introduisit le mal physique et moral. Depuis ce moment, la lutte entre les deux antagonistes tourne surtout autour des âmes do l’humanité. Dans le dessein de rendre dorénavant ce combat victorieux pour le bien. Ahura-mazda envoya le prophète Zoroastre. D’après les plus anciennes parties deLAvcsta, les Gdtha, la victoire définitive devait être bientôt remportée.et Zoroastre espéra en être encore témoin pour entrer avec ses fidèles au royaume d’Ahura-mazda ct voir disparaître dans l’enfer Ahriman avec tout son parti. D’après les chapitres plus récents, la lutte dure encore longtemps. Dans le Bundahisch, autre livre sacré, postérieur à VAvesta, on lit même qu’elle continuera pendant trois mille ans, c’est-à-dire le même temps qu’elle avait déjà duré au moment de l’apparition de Zoroastre. Immédiate- 1559 MESSIANISME, PRÉTENDUES ANALOGIES ment avant ce triomphe final vient un héros fort ct sage, semblable a Zoroastre. 11 surgira du sperme de celui-ci. qui en attendant repose dans le lac de I lamun. Il sera le vrai Sauveur Saoschyant. Par son regard plein de bénédiction il rendra toutes les créatures immortelles et ressuscitera tous les morts. Tandis que dans les 6’d/hn il n'est pas question du sort des défunts mais .seulement des vivants, qui après avoir passé par un jugement général seront ou bien éternellement heureux avec Ormudz et ses anges, ou éternellement malheureux avec Ahrirnan cl ses démons, l’Accs/o postérieur ct le Bundahisch enseignent que les hommes seront jugés immédiatement après leur mort et introduits au paradis ou jetés dans l’enfer en passant le pont Cinvat,ct qu’à la fin du monde après la résur­ rection un second jugement aura lieu. Ce jugement sera inauguré par un incendie immense qui brûlera et purifiera le monde. Par suite de l’énorme chaleur tous les métaux se fondront ct formeront une lave brillante que les hommes auront à traverser. Pour 1rs justes elle sera aussi agréable que du lait tiède, les pécheurs y souffriront les plus grandes douleurs; mais, après avoir essuyé cette dernière peine, ils prendront part comme les justes au bonheur définitif. En même temps Ormudz ct sa suite céleste vaincront Ahriman ct scs démons, qui seront brûlés et anéantis dans le feu qui embrase l’univers. Alors le royaume de Dieu sera complètement établi. Il y a donc dans le mazdéisme une eschatologie mes­ sianique cl transcendante, ct aussi la croyance en un sauveur qui inaugurera l’èrc définitive de l’histoire de l’humanité. Pour cette raison on conçoit que tous ceux qui cherchent à réduire autant que possible l’originalité des croyances religieuses d’Israël, aient particulièrement recours au parsisme pour expliquer l’espérance messianique. Mais, pour que leur hypo­ thèse fût recevable, Jl leur faudrait prouver que tous les textes des livres Israélites précxillens qui men­ tionnent le Messie ct le salut final ont été interpolés après coup, pendant ou après l’exil — on avoue qu’avant l’exil aucune infiltration du parsisme n’a été possible — ct que les doctrines communes aux deux religions, sont dues à une dépendance effective de la Bible par rapport à l’Avcsta. Or la majeure partie des exégètes récents reconnaît, comme nous l’avons vu. l’authenticité ou tout au moins l’origine préexilicmie de la plupart des passages messianiques en question, cl un nombre toujours croissant d’auteurs, par exemple Wcllhausen, Marti, Soderblom, Schûrer, Kunig. Sellin, Albert, Bcrtholet, Schcftclowilz, Holscher, restreignent à un minimum et reculent à une date tardive l’infiltration du parsisme. A côté des affinités ils relèvent de grandes différences entre les deux religions. Ils observent que les Idées nouvelles propres au judaïsme postexilien peuvent très bien être le résultat d’un développement autonome de ('Ancien Testament. Pour ce qui regarde les ressem­ blances considérables qui rapprochent l’eschatologie de l’Avcsta de celle de la Bible, ils font valoir avec raison, surtout KOnig, Messianischc Wcissagungen, p. 21, et Bôklen, Verwandlscha/t der jûdisch-christlichen mil der persischen Eschatologie, 1902, que les deux religions, partant du même fond monothéiste, ont pu évoluer parallèlement et aboutir à des concep­ tions non moins homogènes sur l’issue de l’ordre actuel. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a dans les conceptions ct coutumes des différents peuples beaucoup d’éléments communs qui expliquent des coïncidences parfois surprenantes, que < le principe de conformité > s’applique surtout en matière reli­ gieuse Voir de Broglie. Problèmes et conclusions de Vhistoire des religions, 8· édit., p. 212-281 : les ressem­ blances entre le christianisme et les autres religions; 15G0 K. Marbo, Die Glcich/ôrmigkeit in der Welt. Untcrsu· chungen zur Philosophie und positiven Wissenscha/t, i-ii, 1916-1919. il est donc très étonnant quo la dernière étude sur l’eschatologie de l’Ancicn Testament : Gall, Βασιλεία του Θεού, 1926, ne soit pas autre chose qu’une entre­ prise de large envergure pour rattacher celle-ci au parsisme. G. I lolscher avait raison de dire, un an auparavant, Die Ursprûnge der jüdischen Eschatologie, 1925, p. 11, en parlant d’avance de cette publication que, malgré les matériaux nombreux cl détaillés qu’on pouvait en attendre, il serait impossible de faire dériver l’eschatologie juive du mazdéisme. En effet, dans son large exposé de l’espérance du royaume de Dieu chez les Perses, p. 83-163, Gall n’a fourni aucun élément nouveau à l’appui de cette dérivation. Dans les chapitres suivants il lui faut recourir à la critique la plus* subjective ct la plus radicale, pour rapporter toutes les prophéties messianiques au temps exilicn et postexilien, ct ce n’est qu’en multipliant les comparaisons et les identifications les plus hardies qu’il arrive à mettre Deutéro-Isaïe et Zacharie à la remorque de l’Avcsta. Carter, Zoroastrianism and Judaism, 1918; John A. Maynard, Judaism and Mazdayasna, a study in dissimilarities, dans Juurn. o) Bibl. Lit., 1925, p. 63 sq. •Ie Perspectives cschatologiques des Grecs ct des Domains. — Dans les temps anciens ces deux peuples n’avaient aucune conception ou espérance comparable au messianisme. Pour l’antique Grèce, Gall, p. 447, relève expressément que l’eschatologie y était incon­ nue. Hésiode, en effet (vers 800 av. J.-G.), dans son poème ίργα καί ημέρα»., tout en concevant le dévelop­ pement de l’humanité suivant un schéma de quatre périodes déterminées, n’en connaît aucune qui soit définitive et qui clôture l'histoire du monde. 11 distingue l’Age d’or, d’argent, de fer ct d’airain — l’ûge des héros intercalé entre les deux derniers est secondaire — ct décrit comment de l’un à l’autre la situation de l’humanité empirait progressivement, depuis l’état paradisiaque qui régna durant l’Age d'or jusqu’à l’état malheureux ct mauvais des temps actuels qui représentent l’Age de fer. 11 ne prévoit véri­ tablement aucune modification essentielle : l’avène­ ment d’un temps tout à fait heureux lui est étranger. Tout au plus s’attend-il à une amélioration de l’état actuel, v. 273. Ovide, au commencement de ses Métamorphoses, î. 89-150, a repris celle division de l’histoire humaine en quatre périodes sans nourrir non plus l’espoir d’une ère de salut.Cependant,à la fin du même ouvrage, xv, 858 sq., il glorifie, déifie l’empereur Auguste à tel point qu’il semble prendre son règne pour un temps de bonheur extraordinaire, pour une époque nouvelle, Ovide est loin d’être le seul dans le monde grécoromain à exalter un prince et à le saluer comme inau­ gurant une nouvelle période de bonheur. Celle cou­ tume que nous avons constatée chez les AssyroBabyloniens et les Egyptiens sc rencontre également en Grèce et en Italie. En Grèce d’abord, surtout à partir du moment où l’ancienne croyance aux dieux commençait à chanceler, on donnait à de grands hommes le litre de sauveur, σωτήρ, réservé jadis aux divinités. C’est ainsi qu’en 307 av. J.-C.,les Athéniens appelaient Antigone et Démélrios Poliorcète < dieux sauveurs ». Plus tard cette glorification fut surtout en usage sous les Ptolémées et les Sélcucides. Voir l’inscription trilingue de Boscttc, Dit ten berger, Orientis graci inscriptiones selecte, 1.1, n. 90, et encore i davantage sous les empereurs romains. Aucun n’a été autant qu'Auguste exalté comme le I sauveur du monde. Dans l’inscription d’Halicarnasse, 1561 MESSIANISME, PRÉTENDUES ANALOGIES Ancient grcek inscriptions in the British Muscum, η. 89 ί, sc lit la descript Ion suivante de son règne : • L’éternelle et l'immortelle force physique de l’univers adonne aux hommes le suprême bien en faisant entrer dans notre heureuse vie César Auguste, père de sa patrie... ct sauveur du genre humain tout entier, dont la providence exauce non seulement toutes les prières mais les devance; car la terre et la mer sont en paix, les villes fleurissent par suite des bonnes lois... et possèdent le comble de tout bonheur... » Ce qu’on gravait en province sur les rochers, les poètes l’expri­ maient dans la capitale en vers plus artistiques. Horace et Virgile rivalisaient à cet egard avec Ovide. Horace chantait que l'empereur était un dieu sem­ blable à Jupiter, Odes, 111, v, 1 sq.,que les dieux avaient donné à l’humanité en la personne d’Auguste le meil­ leur don et que, même si l’Age d’or revenait, ils ne pourraient rien donner de mieux, Odes, IV, n, 37 sq. Virgile n’est pas d’un enthousiasme moins débor­ dant. Dans l'Énéidc, II, 789 sq., Il décrit Auguste comme un descendant des dieux qui procure au Latium l’âge d’or. Avec raison on a vu dans ces formules non seule­ ment l’expression d’un servilisme exagéré, mais aussi le témoignage d’une profonde aspiration vers une période de paix ct de joie, l’expression de l'espoir que l’empereur Auguste réaliserait ce rêve de bonheur. Un poème surtout est devenu célèbre par l’attesta­ tion qu’il contient de ce désir de béatitude ct la pré­ diction du sauveur qui doit la procurer. Une ving­ taine d’années avant de composer l’Énéidc, Virgile avait annoncé dans la quatrième églogue la naissance d'un enfant prodigieux qui donnerait la paix au monde et tout ce qu’il peut en outre désirer : aussi bien le dernier âge du monde annoncé par la sibylle de Cumes est sur le point de commencer,c’est le début d’une longue série de siècles : Ultima Cuniæi venit lain carminis ictas ; Magnus ab integro sæclorum nascitur ordo. Un enfant va naître qui mettra fin à l’Age de fer ct inaugurera l’Age d’or. Il vivra comme un dieu; on le regardera avec admiration ; par son gouvernement il apportera la paix au monde; toute trace de crime y disparaîtra. Dès son enfance la nature sc transfor­ mera merveilleusement: pendant que son berceau sera entouré des phis belles fleurs qui pousseront en partie sur place même, dans les prairies qui exhalent les parfums les plus délicieux les troupeaux de bœufs n’auront plus A craindre les lions. Les serpents et toutes les plantes vénéneuses disparaîtront. Les champs seront couverts d’épis dores, les broussailles sauvages porteront des raisins. Les feuilles des vieux chênes suinteront le miel. Cependant avant que l’enfant atteigne l’Age mûr, il y aura encore une fois une grande guerre semblable à celle de Troie. Mais ensuite le bonheur sera complet sur la terre. On n’aura même plus besoin de bateliers qui traversent les mers, parce que chaque pays fournira tous les produits et cela sans travail; les laboureurs et les vignerons n’auront plus A peiner; les foulons pas davantage, parce que In toison des brebis donnera directement la pourpre et les autres couleurs. Tout le monde se réjouit de cet heureux temps qui approche ct le poète lui-même espère le voir. Tel est le contenu de ce poème. II n’est pas étonnant que, dans l’antiquité cl le Moyen Age, il ail valu A Virgile l’honneur d’être rangé parmi les prophètes; car II rappelle tout A fait les prédictions d’Isaïe sur Emmanuel Encore aujourd’hui cette églogue attire l’attention. La meilleure preuve en est que la dernière dizaine d’années n'a pas vu paraître sur elle moins de huit éludes différentes : A. F. Boyds, Virgil and haiah, 1918; J. J. Hartmann, Virgilius pro/cet, dans 1562 Nieuive Th. Stud., 1921, p. 293 sq.; K. Witte, Virgil* vierlc Ekloge,àm* Wiener Studien, 1922; Lagrange, Le prétendu messianisme de Virgile, dans Repue biblique, 1922, p. 552-572; E. Norden, hic Geburt des Kinde*, 1924; Fr. Kampcrs, Vom Werdegang der abendlûndichen Kaisermystik, 192-1, p. 65-86 : Vergils oierte Ekloge; A. W. Heidel, Vergils Messianic expectations, dans Amer. Journal o/ Philo!., 1924, p. 205 sq.; W. Weber, Der Prophet und sein Gott, eine Studie zur oierten Ekloge Vergils, Beihe/te zum Alten Orient, 1925. Auparavant avaient paru K. L. Co rivay, The messianic idea in Vergil, dans Hibbert Journal, 1907; H. IJetzmann, Der Wcltheiland, 1909. Tousces travaux ont pour but d’éclaircir le sens du poème qui, tout en étant facile à comprendre dans l’ensemble, renferme des obscurités dans plusieurs de scs détails. On discute en particulier sur l’enfant qui est ici visé. Pourtant l’occasion du poème est bien connue. 11 est adressé au consul Pollion, après que celui-ci eut réussi en 40 av. J.-C. A rétablir la paix entre Octave, le futur empereur Auguste, et Antoine ct qu’en gage de leur réconcilia­ tion la sœur de celui-là, Octavie, fut donnée comme épouse à celui-ci. Au moment du mariage elle était enceinte de son mari précédent. D’après les uns, par exemple, Kônig, Messianischc Wcissagungen, p. 27, il s’agit de l’enfant attendu d’Octavie, d’après les autres, par exemple Lietzmann, Der Weltheiland, p. 3, 5, c’est un fils de Pollion ; d’autres encore, par exemple 1\ Wendland, Die hetlenistisch-rômische Kullur, 1912, p. 88, pensent à un fils d’Oclavc. Un quatrième groupe d’auteurs, entre autres A. Jcremias, Die ausserbiblischc Erlosererwartung, p. 225, n’accepte pas que Pollion soit visé et préfère identifier l’enfant avec le futur empereur Auguste. Le fait qu’il y a tant d’incertitude sur la détermination de l’enfant prouve que sous ce rapport le texte est très ambigu. Il est d’autant plus précis par rapport A son fond principal, savoir l’annonce d’un enfant qui sera le roi de l’âge d’or de l’humanité. Si \ irgile n’était pas un païen, ct si son poème ne contenait pas tant de traits mytho­ logiques, on serait tenté de dire que la quatrième églogue est une prophétie messianique; car il y prédit en termes précis l’apparition du sauveur du monde. Ce qui est particulièrement surprenant, c'est que sa prédiction sc rapproche des oracles prophétiques non seulement par l’idée générale, mais aussi par bien des détails : la description de la paix qui doit régner dans la nature rappelle tout A fait le chapitre xî d’Isaïe, et la nouvelle guerre qui transitoirement troublera le bonheur de l’âge d’or fait penser aux chapitres xxxvmxxxix d’Ézéchiel contenant la description de l’expé­ dition de Gog. Ces ressemblances amènent a croire que, sinon directement, au moins Indirectement par l’intermédiaire des oracles sibyllins, \ irgile dépend ici des prophètes d Israël, dépendance qui s’explique sans dilllculté quand on pense qu’il y avait au temps d’Auguste, huit mille Juifs A Home, Josèphe. An/., WH, xi, l,ct que les Juifs de la Diaspora faisaient une grande propagande pour leurs idées religieuses. Pour expliquer l’origine de cette conception d’un sauveur chez Virgile, les auteurs modernes ont recours aux textes de la littérature assyro-babylonienne, égyp­ tienne et gréco-romaine mentionnés plus haut, qui contiennent des éloges dithyrambiques de rois, surtout Lietzmann et Norden, ou A l’ambiance du monde romain qui, à l’époque d’Auguste et de Virgile, las des sanglantes guerres fratricides, désespérant de la triste situation et des hommes ordinaires incapables d’y remédier, aspirait après un sauveur héroïque et divin,Weber et Gall. Ils n’ont pas tort en traçant ainsi • le tableau généalogique » (Norden) de l’enfant décrit par Virgile et en rattachant l’idée du sauveur A la banqueroute du paganisme. Mais il faut relever au 1563 MESSIANISME, RÉALISATION DANS LE N. T. moins egalement l’in fluence des conceptions juives. Gnll l’observe avec raison contre Norden qui cherche à écarter celte influence; mais c’est à tort que, suivant ses prédilections personnelles, il veut aussi faire entrer en ligne de compte le parsisme. Il s’ensuit que la prédiction messianique de Virgile ne s’explique pleinement que comme un écho des grandes prophéties de I’Ancicn Testament. Il est vrai que le P. Lagrange soutient une concep­ tion toute differente de la iv· égloguc. D’après lui il ne peut y être question ni de messianisme ni de connexion avec I’Ancicn Testament. Conformément à la coutume orientale de diviniser les souverains, Virgile aurait glorifié Octave cl son fils, chanté d’avance le culte de l’empereur. Pour écarter du poème le sens messianique, le P. Lagrange relève que c’est au père de l'enfant qu’est attribuée la pacification du monde et la réalisation du bonheur. Bien de plus exact. Mais il est non moins vrai que la naissance de l’enfant est regardée comme l’inauguration de la félicité des hommes : il est expres­ sément dit que l’enfant apporte la paix et que son apparition ouvre Père nouvelle. L’enfant est donc présenté comme sauveur du monde. Pour prouver ensuite qu’une infiltration d’idées juives n’est guère probable, le P. Lagrange insinue d’abord que, par ultima Cumœl venit iam carminis fetas, Virgile ne fait pas allusion à la Sibylle de Lûmes, mais qu’il < désigne le poème d’I lésiode ». Cependant le poète grec, ainsi que nous venons de le voir, a parle de l'âge d’or uniquement comme d’un temps primordial, mais aucunement comme d’une époque dont le retour pourrait être espéré pour l’avenir. Le P. Lagrange fait valoir en second lieu la différence qui existe entre la conception du Messie, telle qu’elle sc rencontre dans le III· livre sibyllin, et celle du prétendu Messie de l’églogue : là le sauveur descend du ciel cl rétablit l'ordre par une intervention foudroyante, ici le sau­ veur naît et il n’y a aucune autre relation entre lui et le bonheur que celle de la coïncidence. Sans doute cette différence existe. Mais il y a d’autre part deux traits qui s’accordent tout à fait, savoir l’an­ nonce de la paix dans le règne animal et d'une guerre qui troublera momentanément la paix paradisiaque, et cette harmonie semble difficile à expliquer sans une dépendance. Supposé même que les oracles sibyllins ne doivent pas être pris en considération, il reste toujours la ressemblance frappante entre Is., ιχ-χι, et la bucolique de Virgile : le prophète et le poète présentent la naissance d’un enfant merveilleux comme l’ouverture de l’ère de prospérité. Cet accord non plus ne peut amener le P. Lagrange à supposer une source judaïque aux conceptions de Virgile. Il l'écarte une fois de plus — c’est son troisième argu­ ment — pour cette raison que le poète n’aurait pu prendre contact avec le judaïsme qu’au moyen d’un rapport entre Pollion et llérode. A quoi il ajoute que le messianisme des Juifs nation vaincue par les Romains. · n’avait pas de chance de séduire Virgile ». Or il n’est pas nécessaire d’admettre le séjour d’Hérode à Borne, en 10 av. J.-C.: l'existence d'une colonie juive florissante dans la capitale même de l’Empire romain offrait à un Romain des possibilités normales de connaître les idées juives. Et, en un moment où le syncrétisme religieux était si fort à la mode, est-il tellement invraisemblable que Virgile ait pu être inspiré par cette espérance admirable du messianisme? Il n’est donc pas démontré qu’une influence Juive sur Virgile soit impossible et il semble même, à tout prendr», que cette hypothèse est celle qui explique le mieux les particularités de son poème. 5* La fin de l'ordre actuel d'après les Hindous. — Parmi les religions de l’Inde, l’hindouisme présente 1564 également un parallèle avec l’espérance messianique. Vischnou, qui, dans la religion védique jouait un rôle secondaire est devenu pour les Hindous le dieu suprême, qui se révèle aux hommes par dix incarna­ tions successives. Il vient chaque fois que l'immoralité et le malheur ont atteint leur point culminant. La première fois il a apparu sous la forme d’un poisson pour sauver les hommes du déluge. La huitième fois il s'est manifesté en la personne du héros divin Krischna, qui, encore enfant, écrasa un serpent. La neuvième incarnation eut lieu en Bouddha. La dixième se fera dans l'avenir. Elle sera la plus importante; car alors Vischnou apparaîtra en personne : il défen­ dra le bien et détruira le mal; des débris du monde ancien il construira un inonde nouveau et instituera une ère de bonheur. Tenant dans sa main droite un glaive brillant, il descendra du ciel sur un cheval blanc, il détrônera les barbares pour donner le gou­ vernement aux justes. Il semble que cette croyance en la suprême révéla­ tion de Vischnou ait un vrai caractère cschatologique, et ne sc rapporte pas seulement au bouleversement physique du globe comme le suppose Konig, Messia· nischc Weissagungen, p. 21 sq. Voir P. A. Chantepic de la Saussaye, Lehrbuch der Mi· gionsgeschichte, t. n, 3· édit., 1905, p. 137 sq.; A. Jercmiai, Die ausserbibtische Erloserenvartung, p. 232 sq.; Macnicol, Hinduism and Christianity, sonic (saints of contact and divergence, dans Expos. Times, 1924, 1925, p. 323 sq.; E. Abegg, Dor Messiasglaubc in Indien, 1928. 6° La fin du monde d'après les mythes germaniques.— La mythologie germanique connaît, elle aussi,la fin du monde actuel et son renouvellement en vue d’inau­ gurer une ère de bonheur. La catastrophe mondiale est causée par la méchanceté des dieux* plutôt que des hommes. Elle est surtout inévitable par suite de la mort de Baldur qui est le dieu soleil. Elle sc fera par une conflagration de l’univers et par l’assaut des vagues de la mer qui doit entrer en ébullition. Dieux et hommes périssent et la terre brûlante est engloutie par l’océan. Mais apres le cataclysme a lieu le crépus­ cule des dieux : un nouveau monde surgira, il sera revêtu de verdure et les épis y pousseront sans semence. Baldur et d’autres dieux reviendront à la vie. Il y aura aussi de nouveau des hommes. Celte seconde humanité descend d’un couple qui a échappé au désastre. Aucun mal ne régnera plus sur la terre. Tel est le contenu du premier chant, Voluspa, de l’Edda, combiné avec celui d’autres contes. C’est un mythe qui a trait au renouvellement de la nature au prin­ temps, mais aussi au renouvellement du monde à la fin des temps, de sorte qu’il a un aspect eschalologlquc. Il exprime l’espérance des Germains en un monde meilleur. Wolfgang Golther, Handbuch der nordischen Mythologie 1895. IV. Comparaison entre les prophéties de L'Ancien Testament et les faits du Nouveau. — Étant donné que tout le messianisme est une aspi­ ration vers l'avenir religieux d’Israël et du monde, il reste à voir comment les prédictions se sont réa­ lisées, c’est-à-dire dans quelle mesure le christianisme correspond à l’espérance entretenue par les prophètes. Saint Jean-Baptiste ouvrit sa prédication par cet appel : « Faites pénitence car le royaume des deux est proche », et il présenta le Christ comme l’agneau qui enlève les péchés du monde, comme celui qui a existé avant lui et dont il n’est pas digne de dénouer les sandales. Le Sauveur annonça à plusieurs reprises que le royaume de Dieu était venu. I )e même il releva et il prouva qu’il était le Messie attendu, qu’en lui se réalisaient les antiques prédictions. Les apôtres ont 15G5 MESSIANISME, RÉALISATION DANS LE N. T. unanimement et continuellement prêché que JésusChrist avait apporté au monde le salut si souvent annoncé ot si ardemment attendu : toutes les pro­ messes s’étalent réalisées en lui, Il Cor., I, 20. D’après ccs affirmations si autorisées» il ne peut y avoir de doute que le Nouveau Testamentc soit Γac­ complissement de l’espérance Israélite. D’autre part la comparaison entre le contenu de cette espérance et Ja mission du Christ montre qu’il ne s’agit pas d’une concordance absolue : le salut, tel qu’il s’est réalisé, cl la prédiction, telle qu’elle en avait été faite, ne coïncident pas comme les deux membres d’une équation. H y a accord, mais il y a aussi désaccord. Il y a accord : Comme les prophètes l’ont annoncé, le rovaume de Dieu embrasse tout l’univers. Les membres non seulement d’un seul peuple mais de tous les peuples y appartiennent. Avec une rapidité miraculeuse la croyance au Dieu unique a remplacé l’idolâtrie du monde antique, et sans arrêt elle s’est répandue jusqu’aux confins de la terre. Les peuples les plus civilisés sont monothéistes; leur civilisation remonte en dernière analyse à leur évangélisation cl repose sur les principes chrétiens. Conformément aux oracles messianiques, le culte de Dieu est. devenu surtout intérieur et consiste essen­ tiellement en l’accomplissement de sa sainte volonté; il se pratique en outre de l’Orient jusqu’à l’Occidenl par un sacrifice sublime et pur. En union intime avec ce culte se réalise par les moyens les plus efficaces la sanctification des âmes tant de fois prédite par les vovanls de I’Ancicn Testament Toute celte religion absolue et parfaite a été com­ muniquée au monde, comme il avait été prédit depuis Abraham, par l’intermédiaire d’Israël : les apôtres étaient des Juifs, et elle n’est autre chose que le plein développement du culte mosaïque : non vent solvere sed adimplere. Dans le nouveau royaume de Dieu, le Christ· c’està-dire le Messie, occupe une place unique. En Jésus le Messie des prophètes est vraiment venu. En har­ monie avec les prédictions d’Isaïe et de Michéc il sortit de la souche de David, il naquit d’une vierge à Bethléem. Il posséda la nature divine dans une mesure tout autre quo n’avaient pu le soupçonner David en le nommant « Ills de Dieu » et Isaïe en le désignant par « Dieu fort ». Comme il avait été annoncé dans les quatre chants du Serviteur de Jahvé, il enseigna la vérité comme personne avant lui, il gagna les hommes, surtout les pécheurs, par sa bonté et sa sainteté; il acheva sa vie pour expier les péchés du monde par le supplice le plus douloureux. Mais il y a aussi désaccord; d’une part, en effet, à côté des prédictions qui se rapportent au caractère spi­ rituel du règne messianique, il y en a un bon nombre qui visent le cadre national et le bonheur matériel de ce règne; d'autre part, le rôle du Christ pour b» salut éter­ nel COSE la théologie, de la philosophie ct même de la liturgie, un certain nombre de renseignements qui no sont pas méprisables. Il y aurait Intérêt à les recueillir dans le verbiage où ils sont trop souvent noyés, et â les rap­ procher des témoignages contemporains. Signalons, au moins, les lettres ; 40, critique de la dialectique ct des méthodes en usage dans les écoles; 11, sur l’origine des idées; 15, sur les relations divines; 16, sur la connaissance par Dieu des futurs conditionnels; 26 ct 33, sur la présence réelle, où l’auteur s’élève contre une nouvelle recrudescence des idées bérengaTiennes; 39, sur la réitération de la pénitence; 27, sur l’utilité de la prière pour adoucir les souffrances des damnés; 35 ct 36, sur diverses questions cano­ niques el en particulier sur l’ordination des fils de prêtres; 47, sur le duel (judic iaire) et les ordalies. Tout cela témoigne d’une érudition assez copieuse, bien que mal digérée, d’une assez grande méfiance û l’endroit des idées nouvelles, d’un attachement solide aux au­ torités anciennes et spécialement â saint Augustin que l'auteur semble assez bien connaître. Et c’est fort caractéristique du mouvement des idées au milieu du xn· siècle. 1· Textes. — Mabillon. qui «sait connu le nn. des lettres avait donné 1rs n. 1,10, 18 dans son édition de saint Bernard, voir J*. /.., t. CLXXXH. col. 687-691; le n. 33, A Gerland, sur la présence réelle, dans Veler. AnalecL, t. m, 1682, p. 159 sq. (reproduit dans P. !... t. ixuxvin, col. 1273). L'édition complète des lettres et des poèmes se trouve dans (’.. L. Hugo, .Surr.c antiqiutalis monumenta, Sainl-Dié. 1731, t. n, p. 312-420; l’cpitrc en ven ù l'abbé de Saint( léincnt a été publié |>ar G, Wattcnbach, dans Seins Archlv, 1892, t. xvn, p. 357; le Certamen paper et regi*, par 11. Bœhincr, qui donne aussi une nouvelle édition de la lettre 36. dans Monum. Germ, hist., Libelli de lite, t. m, 18·>7. p. 713-719. 2· Études. — Outre les notices plus ou moins sommaires des é<1itears aux divers endroits cites ; dom Ouimet» Biblio­ thèque lorraine, Nancy, 1751. col 656-658 (ou l'auteur cherche à attribuer à Métel, conjecture invraisemblable» la chanson de Garni le Lohérans}, ct. Histoire de Lorraine, 2 édit., Nancy, 1745, p. cxxii; Morért. Le grand Diction­ naire, édit, de 1759, t. vn» ru mot Metellus (Hugues), col. 505; Histoire littéraire de la L'rance,t. .xn, 1763, p. 193511, donne une analyse très complète drs principales lettres; Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. xxxv, col. 193. É. Amans. La métempsycose est une doctrine philosophique qui admet que l’dmc passe de corj)s en corps. Comme l’a fait remarquer Olympiodoro, il serait plus juste de dire metensomatose (Ad Ptuedon., 81,2), car ce n’est pas le corps qui change d’âme» mais l’âme qui change de corps. Cette doctril c a été renouvelée en ces derniers temps par les tenants du spiritisme et de la théosophie, voilà pourquoi nous croyons devoir la traiter avec plus d'ampleur, notons toutefois que les spirites ct théosophes emploient le tenue de réincarnation pour bien, marquer qu’ils limitent les migrations de l’âme ù travers les seuls corps humains, tandis que la métempsycose peut s’étendre aux animaux ct même aux végétaux. L Histoire. II. Discussion (col. 1592). I. Histoire. — 1· Prinutt/s. - Geux-ci sont portés à l’animisme; ils imagineront que l’âme regrette son vieux corps : aussi aspire-t-elle à rentrer, ct rentret-elle clïcclivernent, soit dans des objets qu’elle affec­ tionne, soit dans des animaux vivants, soit dans des créatures humaines des enfants où elle revit sa vie antérieure par une sorte de métempsycose mal définie. A. Le Boy', Les populations de culture in/érteure, dans Christus, édit. 1916. p. 58. Certaines âmes sont parfois regardées comme mortelles, d’autres se réincarnent : telles fréquemment les limes* des petits enfants. A Bros, La religion des primitifs, dans MÉTEMPSYCOSE X. — 50 1575 MÉTEMPSYCOSE, HISTOI RE Où en est Γhistoire des religions?, Paris, 1911, t. i, p. 86. 2· Chine, — Quoique le culte des morts y ait une grande place, il n’est pas question de réincarnation avant l'introduction du bouddhisme au début du v· siècle de notre ère. 3· Perse, — Pas de trace de la métempsycose. Mme Annie Pesant qui cherche dans toutes les reli­ gions antiques des traces de théosophie est obligée d’avouer : « La réincarnation ne paraît pas être ensei­ gnée dans les ouvrages qu’on a traduits jusqu'à pré­ sent, et celle croyance ne se rencontre guère chez les Parsis modernes. La sa gesse antique, I *aris. 1912, p. II. i Il est vrai qu’elle ajoute : « Mais nous trouvons chez eux cette idée que l’Esprit, dans l’homme, est une étincelle dont la destinée est de devenir un jour flamme et d’être réunie au l’eu suprême. Et ceci doit impliquer un développement pour lequel la renais­ sance est indispensable. * Λ cc compte, il serait loi­ sible de retrouver la métempsycose dans tout système de panthéisme. I· Gaulois, . · Les Druides enseignaient la migra­ tion des âmes. » Chantepie de la Saussaye, Manuel d’histoire des religions, trad, fr., p. 702. On connaît le texte fameux de J. César : Non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios, atque hoc maxime ad virtutem excitari putant, metu mortis neglecto. De bello gallica, I. VI, c. xiv. 5· Inde. - La métempsycose a trouvé dans l’Inde son terrain d'élection, cependant celte croyance n'y est pas primitive. La croyance Λ la transmigration est étrangère â la religion védique ou religion aryenne de l’Inde. Ce sont les brahmanes ou prêtres qui ensei­ gnèrent une série Infinie de renaissances. Ils suppo­ sèrent que les réincarnations animales ou végétales — auxquelles croyaient les Hindous, comme font beaucoup de sauvages — étaient des châtimci ts. Bientôt ils admirent que les bons eux-mêmes, sauf exception, renaissent, et la transmigration leur appa­ rut comme la loi de tout être qui pense, agit ou jouit. Une sorte de physique, avec équivalence cl succession du mérite cl de la jouissance, du démérite et de la douleur (doctrine du Karman ou de l’acte) expliquera l’univers. Cependant on ne se résigne pas a la perspec­ tive d’existences indéfiniment répétées, on aspire au Nirndnd, c’est-à-dire à la délivrance de la sensation, de l’action, de la pensée. Cf. L. de la Vallée Poussin. Diction, apolog., t. h, col. G79 : · Le plus probable est que celte croyance (à la transmigration) absolu­ ment étrangère au vieux védisme est un produit de la terre indienne. » Voir aussi Où en est l'histoire des reli­ gions?, 1.1, p. 258. Le plus ancien texte où il soit question d’un retour des morts a la vie est celui-ci : * Tous ceux qui quittent ce monde s’en vont dans la lune. Dans la première partie du mois, la lune s’enfic de leurs souilles vitaux; dans la seconde moitié, elle les excite à renaître. La lune est la porte de la région céleste. Elle laisse passer qui sait répondre à sa question; qui ne lui répond pas, elle le repousse vers la terre sous forme de pluie. Les êtres rejetés renaissent, selon leurs œuvres et leur savoir, sous forme de ver. de mile, de poisson, d’oiseau, de lion, de porc, d’âne sauvage, de tigre, d’homme ou d'autres êtres. · Kaushtlaki - Hrâhmana-Upanishad. Chantepie de la Saussaye, p. 356 : < I a théorie de la transmigration des âmes ne remonte guère plus haut, dans lu religion officielle, que les Upanishads les plus ancienne!·. Si elle sc présente dans la partie des Védas, comme on l’u récemment pensé, ce n’est que par éclairs faibles et fugitifs. » La morale des l panishads repose sur la doctrine du Samsdra ou la théorie des renaissances, destinée à une si haute et si durable fortune dans l’Inde. Le point de 1576 départ est la croyance au mal de l’existence. Tant que les âmes individuelles sont séparées de l’Amc* univer­ selle et suprême, elles sont hors de leur vole et, par suite, loin du bonheur qui n’est autre que leur absorp­ tion dans le centre commun. Or la roue du Samsâra, cercle fatal des renaissances, tourne jusqu'à ce que la somme des actes répréhensibles soit compensée par celle des bonnes actions, ou mieux jusqu'à ce que l’homme renonce à l’acte lui-même el éteigne en lui celle soif de l’existence. Trishnd, cause de tout le mal. La pratique du renoncement, l'inaction la plus absolue, l'union par la pensée de notre âme avec l’Amc suprême aboutiront a l’union réelle et défini­ tive de l’une cl de l’autre. Cf. Roussel, Diction, apolog., t. n, col. 652. Celle absence de désirs, celte ankylosé de la pensée, conduit directement â l’absorption dans le Brahmc, ou Nlrvâna, c’est-à-dire à l’extinction de l'existence individuelle, mat qui fera fortune dans le bouddhisme surtout. Cc que poursuit le bouddhisme, c’est comme le brahmanisme, la destruction de la personnalité, avec celte différence toutefois que pour le brahmanisme cette destruction consiste dans l’absorption de l’âme individuelle par l’Ame suprême, tandis que le boud­ dhisme semble ignorer l’Ame suprême, ou du moins il ne s’en occupe pas; il ne place le salut que dans le Nlrvâna. Le dogme de la responsabilité personnelle reste le fondement très solide de la moralité. Mais il aboutit à une conception toute mécanique de la rétribution. L’acte, par hii-mêmc, dégage une force mystérieuse qui provoque la récompense ou le châtiment; clic remplace avantageusement, dans l'Inde, le latum capricieux des anciens. Mais comme les I lindous sont très systématiques, il s’ensuit du dogme du Karma que Dieu n’est plus nécessaire pour l’ordre du monde, car celui-ci est soutenu par l’ensemble des actes des créatures; qu’il n'est plus nécessaire à la rétribution, car celle-ci est réglée par l’acte personnel. Dieu aura si peu de c hose à faire que les écoles philosophiques, la plupart du moins, s’en passeront. L. do la ValléePoussin, Diction, apolog., I. n, col. 679; La morale bouddhique, Paris. 1927, c. m. Parmi les cinq connaissances d’ordre thaumaturgique que le bouddhisme assigne pour but à la vie religieuse, il y a le souvenir des anciennes naissances. L. de la Vallée-Poussin. Nirudna, Paris. 1925, p. 21 Le Bouddha et les saints connaissent leurs existences passées cl les existences passées des autres hommes Des méthodes seront fixées par lesquelles l’ascète apprend à remonter de proche en proche, de moment psychologique à moment psychologique, jusqu’à la conception, jusqu'à la pensée qu'il eut en mourant dans une vie antérieure. Ibid., p. 32. Cf. Cavaignic, Histoire du monde, I. m, Hist, de l'Inde, p. 277-290. La métempsycose bouddhique, à la différence de celle des Jaïna.s, exclut les pierres cl les arbres. L. de la Vallée-Poussin, Houddhismc, Paris, 1925, p. 51. On sait que l’Inde, berceau du bouddhisme, ne lui resta pas fidèle. A l’exception du Népal el de Ccylan. elle professe l’hindouisme dont les sectes principalis sont le vishnouisme cl le civafsme. Les célèbres et nombreuses incarnations do Vishnou n’ont qu’un rap­ port lointain avec le sujet qui nous occupe ici. G· égyptiens. Hérodote attribue aux Égyptiens l’invention de la métempsycose, n, 123. On s’est appuyé sur ce texte fameux, à tort croyons-nous, pour faire de la métempsycose un dogme égyptien. Sans doute, il est difficile de ramener à l’unité 1rs croyances qui furent fort diverses dans les différentes provinces d'Egypte et qui ont évolué nu cours des millénaires de son histoire. 11 semble cependant que 1577 M ÉTEMPS YCOSE, HISTOIRE 1578 l’on a exagéré le rôle de In métempsycose dans la des Pyramides, sc joindre aux étoiles innombrables, religion égyptienne, et Mallon n raison de ne pas lui ou. suivant les idées panthéistes qui prévalurent plus accorder une grande place dans son étude sur la lard, elle va sc fondre dans le Soleil, elle rentre dans religion des Egyptiens, (.hristus, p, 670. Il dit,en par­ l’Amc universelle, habitante du Soleil. Elle n’est pas lant du châtiment réservé au pé< heur : Parfois, il créée spécialement pour tel ou tel corps. était contraint d'entrer dans h· corps d’un porc, de L’esprit s’en va au séjour des Mânes. D'après le revenir sur terre et d’y vivre misérablement. · /dure des morts, cxxvt, G, il peut circuler à son gré Ph. Vircy, Λο religion de l'ancienne fcgyplc, Paris, d’un monde ù l’autre, et se soustraire aux danger* 1910, p. 19, est plus explicite : La doctrine de la qu'il peut rencontrer dans i’atitrr vie. Cet esprit garde métempsycose, en honneur chez les anciens Egyp­ quelque chose de la personnalité du défunt, car il tiens, leur enseignait qu’au sortir de leur vie humaine. s'alimente des oflrandcs présentées pour celte person­ Ils pouvaient aller demeurer dans le corps de divers nalité par les vivants, et revient tourmenter ceux-ci animaux, sc transformer en serpents ou en oiseaux, en cas de négligence de leur part, mais il ne la repré­ ou même devenir des plantes; ainsi le c. t.xxxi du sente que très imparfaitement. Et s’il prend sa part Kituel ou Livre des morts est relatif à la transforma­ des offrandes, ce n’est pas a lui directement que ces tion du défunt en lotus. · offrandes sont adressées. Améllncnu (Rôle des serpents dans les croyances reli­ (/est au double que sont adressées les offrande* des­ gieuses de l9Égypte9 dans Revue de l'histoire des reli­ tinées au défunt. C'est lui qui reste le compagnon fidèle gions, 1905) essaie d’expliquer l’origine de la croyanc e du corps pour lequel il a été créé. Il a besoin d'un en la transformation du mort en serpent et, pour cela, support matériel, c’est le corps - - d'où la nécessité s’appuie sur l’étude de Van Gcnt.cp (Tabou et Toté­ de l'embaumement ou. a son defaut, une statue du misme à Madagascar, Biblioth, des Hautes-Éluder, défunt. I.c double conserve dans ce corps ou dans Sciences religieuses, t. xvn, p. 272). Les indigènes cette statue une survivance de la personnalité du de ces races primitives, constatant que notre corps, défunt. après lu mort, devient la pâture des vers, supposent On constatera sans peine que les pratiques de l’emque l’un d’eux, élu comme nouvelle incarnation du bau moment, qui prirent ur e si grande place en défunt, sc développe en reptile, gardien de la person­ Egypte parce qu’elles semblaient nécessaires à la nalité et animé de son esprit. 1) s’établit ainsi une sorte subsistance du double, impliquent des croyances plu­ de parenté entre ce rerpent et la famille du mort. tôt contradictoires avec la métempsycose. Aussi le serpent est-il l’animal le plus généralement C’est donc à tort qu’on a cru trouver une preuve de vénéré dans la religion populaire, bien que ce culte sc la croyance en la métempsycose dans les momies «oit éter du aux mouches, aux abeilles et à d’autres d’animaux trouvées si nombreuses dans les tombeaux animaux. égyptiens. Cf. Enrycl. Britonn.. art. Melempsychose. Il n’est pas étonnant que ces Idées, communes à La raison en est toute différente Ixs animaux pou­ presque toute l’Afrique, comme le prouvent les récits vaient être momifiés pour rester au service du défunt, de Livingstone, de Cameron, de Gallieni, de Casat i, ou même lorsque nous devons y voir un sigi r du culte se retrouvent dans l’ancienne Egypte. Des textes rendu aux animaux, ce culte peut s’expliquer autre­ ment que par la doctrine de la transmigration. égyptiens affirment tellement que les serpents sont les demeures des âmes de tous les dieux, c'est-à-dire 7* Grets. — Franck dit avec raison : « On croit des Ames des ancêtres divinisés. Ces serpents, corps communément que l’idée de la métempsycose a passé où logeaient les esprits des défunts, devenaient les des Egyptiens aux Grecs; mais cette opinion ne s’accorde pas avec l’histoire. Longtemps avant qu’il y protecteurs des familles qui en descendaient. Par extension de cette idée, on voit les serpents devenir eût aucune relation entre les deux peuples, la trans­ migration des âmes était enseignée, au nom d Orphée, les protecteurs des villes, des provinces, en lin du pays dans les mystères de la Grèce. Hérodote lui-même, tout entier. dont le témoignage est le seul fondement de la sup­ De même les animaux carnassiers ont pu devenir position que nous combattons, distingue expressé­ les demeures des âmes de ( eux dont ils avaient dévoré ment entre les anciens et les nouveaux partisans de la les corps. L’homme même, par l’anthropophagie, métempsycose, c’est-à-dire qu il reconnaît que ce pouvait devenir la demeure de ceux qui Pavaient pré­ dogme était répandu dar s sa patrie avant Pythagore. · cédé dais la vie; cf Herodote, t. 216 et iv, 26. Les Diction, des sciences philos.. art. Orphiques. textes des Pyramides nous montrent Ounès dévorant Si haut que nous puissions remonter, nous rencon­ les dieux, scs ancêtres, pour posséder leurs vertus. trons le culte des morts avec nombreuses offrandes, Maspéro. Ribliolhiguc égyptologique, l. i. p. 157-158. cf. Christus, p. 443, sans que nous trouvions aucune I.c Livre des morts apprend au défunt à faire toutes trace favorable à la croyance aux réincarnations. les transformations désirables. i xxvi, à se charger à Homère nous révèle les doctrines de son temps rela­ son gré en faucon, t.xwti et i xxvm, en lotus, t.xxxi, tives à la survivance des âmes, mais aucun texte ne en phénix, t.xx.xtii, en échassier, lxxxiv, en hiron­ favorise lu métempsycose. delle, lxxxvî, en serpent, lxxxvii, en oiseau â tête 1 L'orphbmt. - ('elle croyance n’apparalt qu’au humaine, i.xxxv, en crocodile, rxxxvni. ('.’est pure· vi· siècle dans l’orphisme. ment de la magie et Clumtcpie de la Saussaye. Manuel Dionysos Zagrvus, essayant d’échapper à la colère d'histoire des religions, Paris, 191 1. p. 108. a raison des Titans par une série de métamorphoses, a été mis de dire : Hérodote s’est abusé quand il a attribué en pièces et dévoré quand il est sous la forme d'un aux Egyptiens la doctrine de la métempsycose, les taureau; Pallas n sauvé son cœur, d’où renaît le métamorphoses sont absolument volontaires, et Ici nouveau Dionysos, puis sc venge des Titans et les il n’est point question de châtiment ou d’expiations foudroie. De leurs tendres sort le genre humain, dans comme dans les métempsycoses des Hindous ou des lequel l’élément titanique. principe du mal. s’oppose à pythagoriciens. · l’élément dionysiaque, principe du bien, derive du Opel dant ces idées do métempsycose sont très sang de Zagrcus. De là. pour l’homme, la nécessité de secondaires dans I eschatologie des Egyptiens. Ceux-ci se libérer du principe mauvais pour faire triompher distinguaient l’Ame, BA, le double, KA, l’esprit l’élément divin; il y arrive par une série de purifi­ KHOL*, le cœur. AB. Après la mort, l’âme proprement cations. répétées |nmdant plusieurs existences cotisé* dite monte ou s’envole au ciel. Elle va, suivant les cutives, jusqu'à cc qu’il entende de Perséphonc le mot idées de l’époque archaïque, exposées dans les textes 1579 MÉTEMPSYCOSE, HISTOIRE sauveur : « Bienheureux cl fortuné, tu seras dieu ct non plus mortel. Christus, p. 468; A. Diès, Le cycle implique, Paris, 1909, p. 42; Gomperz, Les penseurs de ta Grèce. Paris, 1904, t. i, p. 111; .1. Adam, The religion* teachers o/ Greece, Edimbourg. 1909, p. 106; Jane Harrixson, Prolegomena to the study o/ greck religion, Cambridge, 1903, c. xi. C’est bien probablement aux orphiques que Platon empruntera l’antique tradition que les âmes, après être allées chez I fades, reviennent sur terre et renais­ sent des morts; on suppose vraisemblablement le nombre des âmes fixe ct invariable; les âmes des vivants ne peuvent venir que des morts. Phédon, 70 c. De même Hérodote, II, 123, pense aux orphiques aussi bien qu'aux pythagoriciens quand il fait emprunter à l’Égypte par des sectes contemporaines le cycle de trois mille ans : < Les Égyptiens furent les premiers à dire que l’âme de l’homme est immortelle. Sans cesse, d’un vivant qui meurt, elle passe à un autre qui naît; ct. quand elle a parcouru tout le monde terrestre, aquatique et aérien, elle revient alors s'introduire en un corps humain. Ce voyage cir­ culaire dure trois mille ans. C’est là une théorie que, plus ou moins près de nous, plusieurs Grecs se sont appropries; je sais leurs noms cl ne les écris point. · Comme le note Bohde, Psyche, Seelencull und UnslerbUchkeitsglaubeder Gricchen. Leipzig, 1903, t. n. p. 123, il y a chez 1rs orphiques un cycle des naissances, une roue de la génération et du destin. Dans cc cercle, Il n'y a pas que 1rs âmes à évoluer: il est probable que l'univers entier est soumis Λ un renouvellement pério­ dique, dans lequel tous les phénomènes du monde vivant comme du monde inanimé sc répéteront iden­ tiques. L’idée du cycle est ainsi étendue à toute la nature. Toutefois le cycle se rompt pour les âmes; non pas pour toutes, mais pour celles des privilégiés qui ont eu part aux mystères orphiques ct, parmi celles-là, pour celles qui ont accompli une expiation suffisante. Comme le dira Platon. Phédon, 69 c : « Il y a beaucoup de thyrsophores, mais peu de vrais bacchants. > La libération définitive est une rentrée au sein de la divi­ nité. Mais cette récompense était proposée sous des images assez grossières; le bonheur céleste prenait la forme d un banquet, ct l’on ne trouvait d’autre prix de la vertu, au dire de Platon (République, n, .363) 1 qu’une éternité d’ivresse. C’est à grand tort qu'on a assimilé à l’orphisme les mystères d’Élcusis. Ceux-ci étaient sous la tutelle de l'Etat, tandis que l'orphisme était une religion libre, disséminée en confréries indépendantes, sans être attachée à un sanctuaire, ouverte aux nouveautés, aux doctrines individuelles, sc rapprochant successi­ vement de tous les systèmes philosophiques. Si quelques poètes, Pindare (ci. Ménon, 81 b) ct Euri­ pide. eurent connaissance des idées orphiques, si des philosophes, comme Platon, leur firent accueil, par contre, aux yeux du grand nombre, par leur genre de vie ct leur costume, leur dédain du vulgaire, les Purs, les Saints étaient suspects ou un peu ridicules. Paul Foucart, Les mystères d'Éleusis, Paris, 1911, p. 255. L'orphisme requiert de ses initiés une série de puri­ fications continuées pendant tout le séjour sur la terre, la lecture ct la méditation des livres orphiques, les pratiques de la vie ascétique. Il se montre donc moralement bien supérieur aux mystères d'Eleusis, dans lesquels 11 n'y a aucune notion de mérite ct de démérite, où seule compte la question d’initiation. • L'orphisme n'est probablement pas d’origine hel­ lénique; cc qui s’y mêle de bacchique et d’orgiaque ainsi que le nom d’Orphée, fait songer à une origine thracc. » Chantepie de la Saussaye, p 562. 2. Les pythagoriciens. — Ils adoptèrent le cycle 1580 cosmique et le cycle des âmes. Leur alliance avec les orphiques est attestée par le célèbre texte d’Hérodote (ii. 81). Parlant des Égyptiens, qui défendaient de vêtir de laine les morts, il s’arrête pour constater, en certaines sectes grecques des interdictions semblables: < Ils ressemblent en cela à ceux qu’on appelle orphiques et bacchiques et qui ne sont en réalité que des Égyptiens, ainsi qu'aux pythagoriciens. > On s’est demandé si les mythes orphiques dérivent du mythes pythagoriciens ou inversement. Bolide, Psyche, t. n, p. 107, lient pour la première opinion, ainsi que P. Foucart, Les mystères d'Clcusis, p. 253. Voir en sens contraire, Maass, Orpheus, 1895, p. 161166; Chaignet, Pylhagore ct la philosophie pythagori­ cienne, p. 38, dit prudemment : · L’époque de la for­ mation scientifique de la théologie orphique est trop incertaine pour qu’on puisse affirmer qu’elle a exercé une influence réelle et précise sur Pylhagore. » (’.’est à Phérécyde de Syros (t vers 513), certaine­ ment allié aux orphiques, que plusieurs (Suidas; Porphyre, De ante. Nymph., 31; cf. Gruppc, Griechische Mythologie und Religionsgeschichte, Munich. 1906, p. 428) rapportent l'invention de la métem­ psycose; entre les di fièrent s « replis » de sa cosmo­ gonie sc trouvent les portes par où passent lésâmes qui entrent dans la vie ou en reviennent, ('/est dans ce sens qu’il faut entendre Cicéron, Tusc.. i, 16, décla­ rant : Pherecydes Syrius primum dixit animos hominum esse sempiternos. L’idée du cycle cosmique est exprimée dans la curieuse réflexion d'Eudème à scs élèves (Phys., 51) : « Si l’on en croyait les pythagoriciens, les choses devraient sc répéter numériquement identiques. Et moi, je reviendrais professer, avec le même baguette, devant vous semblablement assis; et tout le reste sc reproduirait ainsi en son enchaînement. » Dans cc cycle de naissances et de renaissances était évidemment comprise l’âme humaine. Nos sources ne peuvent remonter jusqu’à Pylhagore (pii, très proba­ blement, n’a rien écrit. Philolaûs fut le premier a mettre par écrit la doctrine en ces trois fameux volumes que dut acheter Dion de Syracuse pour le compte de Platon (Diogène Laëree, vm, 15; Jambliquc, Vitu Pyth., 199). Clément d'Alexandrie (Stro­ males, ni, 133) écrit : < Il est bon de se rappeler le mol de Philolaûs. Or voici cc que dit le pythagoricien : des anciens théologiens et devins (allusion aux orphiques) disent que l’âme a été unie au corps en punition de certaines fautes ct est pour ainsi dire ensevelie en lui comme dans un tombeau. » On peut voir une allusion a celte doctrine dans Gorgias, 193 ab, ct dans Cratyle, 400 d. La vie ne serait alors qu’un châtiment, et la mort une délivrance. Opinion qu'Athénée (iv, 175 a) nous présente comme celle du pythagoricien Euxithéc. En sens contraire, voici une assertion de Philolaûs citée par Claudien Mamert, De statu anim., π. 7 : « L’âme chérit son corps, parce que sans lui elle ne peut sentir: mais quand la mort l'a séparée, elle mène dans le monde une vie incorporelle. ■ 3. Pylhagore. - Les légendes (pii, de bonne heure, eurent cours au sujet de Pythagorc montrent que sa pensée religieuse est absolument orphique. Pylhagore est l’homme des renaissances. D’après 1 léraclidc le Ponlique, il racontait ses vies successives (Diogène Lacrce, vm, 4-6). La série commençait par Ailhalidès. Hermès, son père, lui avait donné à choisir le privilège qu’il voudrait, sauf celui de ne point mourir. Il obtint donc de se rappeler, vivant ou mort, tout cc qui lui serait arrivé. On voit que le fond même de 1’hi.stoire suppose, pour tous, les naissances succes­ sives : échapper à la mort et, par suite, aux renaisI sauces est impossible à l’homme et les dieux ne I peuvent autre chose, pour leurs favoris, qu’éclnlrcr 1581 M É T E M P S Y C 0 S E, IIIS T ΟI K E et rendre consciente celte continuité entre les vies disparates qui, pour le commun des mortels, demeu­ rent isolées et indépendantes. Donc Ailhalidès devint Euphorbe, celui qui blessa Ménélas, lequel Euphorbe affirme avoir été Ailhalidès ct avoir reçu d'Hermès la précieuse mémoire. Il peut raconter, en effet, toutes les pérégrinations de son âme. A Euphorbe succède Hermotirnc; ct celui-ci a d’autres choses que son affirmation pour garants de ses merveilleux récits. Dans le temple d’Apollon, chez les Branchidcs, il sait retrouver la lance à figurine d’ivoire qu'y avait déposée Ménélas. Enfin, après Pyrrhus de Délos, la chaîne des personnalités s'arrête à Pylhagore, dont le souvenir peut parcourir à son gré toutes les vies précédentes et dont la pensée, comme dit Empedocle, Katharmoi, fr. 129, n’a qu’à se tondre pour embrasser, d’un seul effort, toutes les choses qui existent, une à une, jusqu’à dix et vingt générations d’hommes. Xénophanc prenait moins au sérieux cette multi­ plication de consciences de son contemporain, et racontait plaisamment que le Maître, voyant battre un chien qui hurlait de douleur, s’était écrié : « Arrête, ne frappe pas; c’est Pâme d'un de mes amis que j’ai reconnu à sa voix. » Diogène Laërce, vm, 36. On dit généralement, à la suite de Diogène Laërce, vm, 13, que de la métempsycose dérive l’inter­ diction faite aux pythagoriciens de toute nourriture animale, viande, poisson, œufs. Si cette règle d’abstii ence est vraie, ce serait un nouveau rapprochement avec la vie orphique qui interdisait toute nourriture vivante. Platon, De legibus, vi, 782. Par ailleurs, Aristoxènc, d’après Diogène, vm, 20, dit que Pylhagore avait permis toute espèce de nourriture animale, à l’exception du bélier et du bœuf qui laboure. Suivant d’autres relations, les pythagoriciens n’exchiaicnt de leur alimentation que les bêles mortes de maladie, ou déjà entamées par d’autres bêles; en outre certains poissons, les œufs ct les espèces ovi­ pares, les fèves et les autres aliments interdits par ceux qui confèrent l'initiation aux mystères. Diogène, vm, 33. H serait plus intéressant de savoir s’il y avait au cycle décrit par Eudème un arrêt pour les âmes, qui rentreraient ainsi au sein de la divinité sans recommencer la série des existences. Nous n’avons, pour l'affirmer, que des renseignements très posté­ rieurs et dépourvus de toute autorité. A. Diès, Le cycle mystique, p. 61. II serait pourtant étrange, semble-t-il, que les pythagoriciens, tout en regardant la naissance comme une peine, n’aient pas entrevu, au moins pour le sage et l’initié, l’heure de la libéra­ tion définitive. (Somme le dit Hohde, Psyché, t. il, p. 166 : · Ce serait un bouddhisme sans promesse de Nirvana. ■ •I. Empedocle. - La métempsycose est le point sur lequel la doctrine composite d'EinpédOcle <1 Agri­ gento vient rejoindre celle des pythagoriciens. Le démon qui souille scs mains dans le meurtre ou se parjure par un faux serment sc voit banni de la divinité. Il tombe dans l'existence terrestre, il arrive pleurant cl criant dans celle demeure sans joie qu’habitent le meurtre ct la haine et la légion entière des Kéros. Là, il doit revêtir les corps 1rs plus divers et, pendant trente mille saisons, parcourir, l’un après l’autre, les douloureux sentiers de la vie, fr. 115, 7. Le poète hil-mèmc n'a-t-il pas été autrefois garçon et fille, arbrisseau, oiseau, poisson muet dans la mer, fr. 117. Ainsi l’inexorable métempsycose emprisonne l’âme jusque dans les plantes, et l’homme peut devenir ou lion qui dort dans la montagne ou laurier au beau feuillage, fr. 127. La vie des animaux sera donc sacrée au disciple d’Empedocle. L’homme no 1582 s'exposera pas à participer aux œuvres de haine ct à répandre un sang qui vraiment est le sien, fr. 136. A cette condition il pourra, délivrant peu à peu son âme de l’iniquité, remonter l’échelle des naissances. A la fin de cette ascension, il deviendra devin, poète, médecin, chef des hommes sur la terre. Plus haut encore le place l'ultime métamorphose : dieu riche e.i honneurs, il viendra s’asseoir à la table des autres dieux, pour y oublier à jamais soucis, souffrance et mort, fr. 111. Ainsi le démon rentre au sein de la divinité, d’où le péché l’avait banni. Empédoclc en est lui-même à la dernière période de la vie humaine. La tête couronnée de bandelettes, il va, partout admiré, enseignant, aux milliers d'hommes ct de femmes qui le suivent, la vole du salut. Et déjà, aux yeux de tous comme à scs propres yeux, il est entré vivant dans la divinité : · Je suis parmi vous comme un dieu immortel », fr. 112. A. Diès, Le cycle mystique, p. 85-87. 5. Platon. — Platon apporte en ces questions de prudentes réserves : « En pareille matière, il est impossible, ou du moins très difficile d’arriver à l'évidence... Parmi les raisonnements humains, il convient de choisir le meilleur ct le plus solide et de s’y risquer, comme sur une nacelle, pour faire la traversée de la vie ·. Phédon, 85 cd.; Il l d; cf. Hat, Platon, Paris 1W& Les âmes en quittant leur corps partent pour IHadès avec leur degré de valeur morale, et ce degré de valeur morale est si personnel et tellement fixe que nul ne peut ni l'augmenter ni l’amoindrir. Phédon, 107 d; Lois, xir, 959 bc. Une fois arrivées dans le séjour des enfers, les âmes se rendent d'elles-mêmes vers ce qui leur ressemble ct se font ainsi leur propre sort. Phédon, 80 d-81 c; République, x, 613 b; Lois, iv, 716 cd; v, 728 ac; x, 904 cc; Timée, 90e. Celles des sages gagnent la société des dieux avec lesquels elles doivent passer l’éternité. Gorgias, 526 c; Phédon, Si a, 111e. D’après le Phèdre, 219 ab, le sort du sage lui-même n’est définitivement fixé dans la félicite qu'au bout de trois mille ans d’épreuve; encore faut-il que, pendant cc temps, il soutienne trois fois de suite la vie dont il a déjà donné l’exemple. Platon devient plus austère en vieillissant. Les âmes des tvrans et des autres criminels incorri­ gibles se dirigent vers les méchants de même ordre, attirées vers eux par le charme de leur dépravation; et c’est là, dans cc milieu de corruption radicale, qu’elles vivront à jamais, éternellement malheureuses, éternellement incapables de rompre avec la perversité qui fait leur malheur. Gorgias, 525 cc; Phédon, 113 e; République, x, 613 ce. Le châtiment qu’elles endurent ne leur est d’aucune utilité, puisqu’elles sont incapables de guérison; mais il est utile à ceux qui le voient. Gorgias, 178 d; 179 a; 501 c: 525 ad; République, I, 337 d; ix. 591 b; Lois, v, 730 de; ix, 851 de, 862 de; xi, 931 ab. Quant aux âmes qui peuvent encore guérir de leurs vices, elles s’en vont vers les groupes des trépassés qui ont eu le mime genre de vie et commis les mimes fautes. Mais leur épreuve n’est que temporaire. Au bout d’un certain stage, elles peuvent s’incarner derechef. Georgias, 525 e-526 b. Phédon, 11 1 ab; République, x. 611 c-625a; Phèdre, 219 a b; Théétite, 177 a; et celte permission d’un sage destin suffit à provoquer leur exode. Emportées par le désir d’habiter un corps, elles choisissent alors le mode de vie qui s’adapte le mieux à leurs dispositions, Phédon, 81 b82 b; République, x, 617 e-618 c; Phèdre, 219 b; Lois, x, 901 c; Timée, 42 be. Au cours de ccs palingénésies, Timée, 91 d, les âmes humaines peuvent se réincarner dans des corps do 1583 MÉTEMPSYCOSE. HISTOIRE 1584 bêles de toute sorte, même de poissons ct de moi- ι l’homme demande une solution telle quelle. République Inique», ibid., 92 ab. Platon ne parle pas comme n, 382 d. Cc sont peut-être des contes de vieilles Empédode d’une réincarnation dans les plantes, femmes, niais comment les mépriser si nous n’avons mais, sous cette réserve, il énonce la doctrine de la rien de mieux, rien de plus exact à dire. Gorgias, 521 a; palingénésic, dans sa forme la plus générale ct les cf. The Myths of Plato, translated by .L A. Steward, corps de tous les animaux, sans exception, paraissent Londres, 1905, p. 198-302; Brochard, Les mythes de susceptibles de recevoir les âmes humaines déchues. Platon, Études dr philos, anc. et nmd., Paris, 1912. Celte affirmation semble en contradiction avec Mais Platon, sans attacher le même importance à plusieurs textes du Phèdre el de la République. Cf. tous les détails de ses mythes, considère la réincarna­ A. Rlvaud, Timée, Paris, 1925. D’après Phèdre, 249 b c. tion comme une doctrine philosophique dont il prétend une âme animale, au sens propre du terme et qui n’a nous donner les preuves dans le Phédon. La première jamais contemplé la vérité, ne peut pas subsister est tirée de l’ordre général de la nature, la nature est dans un rorps humain. Xc faut-il pas admettre, gouvernée par la loi des contraires; par cela seul donc inversement, qu'une âme humaine, meme déchue, . Aristote. — Certains ont voulu interpréter dans l’importance de la croyance aux métempsycoses. le sens de la métempsycose le fameux texte du De Quelle que soit la valeur du mythe, par lequel il la generatione animalium, 1. \ L c. lu, 736 b. 27, mais traduit en images, la foi en un progrès ou en une c’est bien â tort, car la vraie traduction semble être : déchéance jmssible des Ames, la confiance en l’effort L’âme humaine n'est pas tirée de lu matière, elle vient de la raison pour maîtriser les instincts inférieurs est un élément caractéristique et permanent dç la philo­ du dehors, c’est-à-dire de Dieu, et ainsi elle peut être appelée divine. C’est ce qui résulte du dédain avec sophie de Platon Ce qui est vrai, comme E. Rohde lequel, De anima, L 1, c. m, 107 b. Aristote parie l’a noté, c’est que la doctrine platonicienne de l’âme fait place à des données d’origine et de nature diffé­ des * fables pythagoriciennes -, ne pouvant admettre que « n’importe quelle âme puisse entrer dans rente. Platon amalgame en un tout l’ancienne n’importe quel corps » ce qui parait d’ailleurs bien croyance orphique ou pythagoricienne ct la conception plus moderne de l'âme, principe des fonctions corpo­ impossible si l’on admet que l’âme est la forme ou relles. Le Timée nous offre en cc sens la première l’acte du corps. Ailleurs, Métaphysique, I. XI, c. m, ébauche, déjà très complète, de toutes les doctrines de 1070 a, 21 sq., il déclare que la forme substantielle l'âme humaine, qui dominèrent la philosophie, depuis n'est produite qu’avec le composé. Aristote Jusqu’à Descartes. Spinoza et Leibnitz. Cf. 8" Romains. · Les anciens Romains croyaient à la Gaye, The Platonic conception o/ immortality and its survivance, comme le prouve le culte envers les connexion with the theory o/ ideas, Londres, 1901. Mânes, les Larves et les Lémures, que l’on honorait Ce serait d’ailleurs se méprendre sur la pensée de avec une piété touchante ou que l’on conjurait comme Platon que de prendre a la lettre tout ce qu’il décrit des hôtes importuns ct nuisibles. si minutieusement dans scs mythes. Car, d’après lui, Ils héritèrent de la métempsycose par Ennius, le mythe est un mensonge, mais qui renferme de la poète de Calabre. Dans scs Annales, il raconte avoir vu vérité République, n, 377 a. L’emploi du mythe est en songe Homère, qui lui a déclaré que la même âme comme un aveu d’impuissance; on y a recours pour qui a animé les deux poètes, avait autrefois appartenu expliquer d’une façon quelconque les problèmes que la à un paon. CX Horace, Épf/r«,L II.1 ; Perse, Sa/., vî, 9; raison se pose, sans pouvoir les résoudre, ct dont Lucrèce, L I, v. 121. On admet que ΓEpicharmus d’En- 1585 M É T E Μ P S Y C Ο S E, HISTOIRE ni us ët ni t une exposition poétique de certaines théories pythagoriciennes. Nous voyons des allusions à la même doctrine dans Horace, Odes, I. I, xxvm; Ovide, Métumorph., L XV, v. 153; Virgile, Énéide, I. VI. v 7l3sq. Anchise explique A finéc les lois de l’expiation Imposée aux âmes d’outre tombe : « Lorsque le temps a enfin achevé d’effacer toutes les souillures de ces âmes, ct qu’elles ont recouvré In pureté de leur céleste origine, cl hi simplicité de leur essence, un dieu, au bout de mille nus, les conduit sur les bords du fleuve Léthé, afin de les rappeler à la vie ct de les unir, suivant leurs désirs, A de nouveaux corps. · Il ne faut pas confondre avec la métempsycose, la doctrine pan­ théiste exprimée dans les Géorgiques, I. IV. v. 219 sq., et qui explique I intelligence des abeilles en attribuant a tout l’univers des parcelles de l'intelligence divine. Lucrèce combat à la fois les deux doctrines de la réincarnation et de l’immortalité. 1. 111, v. 670sq. Est-il nécessaire de noter que les arguments qui portent contre l’une ne valent nullement contre l’autre? P. Nigidius Figulus adopta les doctrines de Pythagore. Philostrate prêtera la même doctrine à Apollo­ nius de Tyane. Mais les Romains étaient plus portés à suivre les tendances de Lucrèce que les rêveries de la transmigration. 9· Israël. — C’est à tort qu’on a prétendu que les Juifs croyaient à la métempsycose. Sans doute ils ont toujours eu la tentation de consulter les morts. Moïse dut interdire la nécromancie : Deut., xvin, 11 et xxvi, H; nous la voyons néanmoins pratiquée au temps de Saûl, I Beg., xxvm, 8-20, et d'Isaïe, vin, 19. De pareils faits dénotent la croyance à la survie de l’Amc, non à la réincarnation. On a invoqué dans cc sens le texte de Sap., vm, 19-20; il faut reconnaître que la traduction de la Vulgate favorise cette interpretation : Puer autem eram ingeniosus, et sortitus sum animam bonam. Et cum essem magis bonus, veni ad corpus incoinquina­ tum. Voir saint Augustin, De Genesi ad litteram, 1. X, c. vn. Mais le sens du texte primitif est tout dînèrent; Fillion traduit : « J’étais un enfant d’une excellente nature, ct j’avais reçu en partage une bonne Ame. Et plutôt, comme j’étais bon, je suis venu dans un corps sans souillure. » Le t. 20 revient sur la pensée exprimée dans le t. 19 pour la compléter et l’expliquer. On allègue dans le même sens Joa., i, 21. Les envoyés des Juifs demandent A saint Jean-Baptiste : Es-tu Élic? Ils croyaient donc A la réincarnation. Lagrange, Évangile selon S. Jean, Paris. 1925, p. 35, répond : · On attendait Êlie comme le précurseur de la restauration. C’est ainsi que le Siracide, xlvut, 10 sq., expliquait l’oracle de Malachic (ni, 1 sq.; cf. Le messia­ nisme..., p. 210), si bien que Jésus a expliqué A scs disciples après la transfiguration que le Baptiste avait joué le rôle d'ÉHe. Mais les Juifs attendaient fille en personne, revenu sur la terre pour révéler ct oindre le Messie (Justin, Dial., vm). Il serait abusif de conclure de ce fait que les Juifs admettaient la métempsycose, puisqu’il s'agit IA d'un cas très spécial, celui d’un homme qui n’est pas mort mais qui est emporté au ciel dans un tourbillon (IV Bcg..n, 11).· On allègue aussi Joa., m, 3, mais bien A tort, car -nuire que d’après Lagrange, Zoc. cil., p. 75. la vraie traduction serait : · En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît d’en haut (et non de nouveau) ne peut voir le royaume de Dieu », ct cela conformément A Joa.,m,31 ct A xix, 11 ct 23 — la’secondc affirmation de Jésus : « lui vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de l’eau ct de l’esprit, ne peut entrer dans le royaume des deux montre qu’il s’agit d’une naissance spirituelle conférée par le baptême. On invoque surtout Joa., ix, 1 ct 2. d’où il semble­ rait résulter que les apôtres admettaient la possibilité 1586 d’une vie antérieure (ainsi pense saint Cyrille) ct l’on prétend que Jésus a refusé de démentir une pareille doctrine. En réalité la question des apôtres exprime une surprise fondée sur l’impossibilité d’admettre ur.e faute antérieure A la naissance; leur erreur consiste à croire que toute infirmité est un châtiment et Jésus dissipe cette erreur. Saint Paul affirmera comme une vérité indiscutable que les enfants, avant la naissance, n’ont fait ni bien ni mal. Rom.,ix, 11. Par ailleurs, la préexistence des Ames était admise par les esséniens. Josèphe, De bello jud., Il, vm, 11; Philon, De gi guntlbus, 5 6 sq., Mangey, 1.1, p. 263; De somniis, î, $ 118, t. î, p. 643. Josèphe nous dit aussi, Anhqutt., XV, x, 1, que les esséniens menaient un genre de vie qui avait été introduit chez 1rs Grecs par Pythagore. Mais on ne trouve chez eux aucune trace de théorie de la migration des Ames. Chaignet, Pythagore, p. 131. C’est en vain qu'on tenterait d’in­ terpréter dans cc sens cette doctrine que leur prête Josèphe : · L’Ame descendue de l’éther le plus subtil, et attirée dans le corps par un certain charme naturel, y demeure comme dans une prison; délivrée des liens du corps comme d’un long esclavage, elle s’envole avec joie. » Josèphe, De bello jud., II, vm, IL 10 J.a Cabbate. - - On retrouve cette doctrine dans les livres cabbalistiques dont les plus anciens ne remontent d’ailleurs qu’au second siècle de notre ère. Les Ames, comme tous les êtres particuliers de ce monde, sont destinées â rentrer dans la substance divine. Mais, pour cela, il faut qu’elles aient développé toutes les perfections dont le germe Indestructible est en elles. Si elles n’ont pas rempli cette condition dans une première vie, elles en commencent une autre, et après celle-ci une troisième, en passant toujours dans une condition nouvelle où elles trouvent les moyens d’acquérir les vertus qui leur ont manqué auparavant. Cet exil cesse aussitôt que nous sommes mûrs pour le ciel, ou que notre Ame est suffisamment développée pour goûter les joies de l’union mystique avec Dieu; mais il dépend de nous, en refusant de réparer nos fautes et en nous obstinant dans le mal, de le faire durer toujours, c’est-à-dire, jusqu’au moment de la grande rénovation de l’uni vers. Franck, La kabbale, p. 211. 11· Gnostiques. - Des idées analogues se retrouvent chez les gnostiques. Plotin, Ennëades, II, ix. 6, affirme que ceux-ci ont puisé dans Platon leur doctrine de la métensomatose, d'après laquelle notre Ame, depuis le commencement du monde, se trouve dans une migration perpétuelle de corps en corps, dont le but est de la perfectionner, c’est-à-dire de la rendre capable de recevoir la raison parfaite, afin qu elle puisse retourner un jour au Plérôme. Mais il est à croire que Basilide, Valentin, Carpocrale ont puisé leurs Idées dans des doctrines orientales répandues alors en Svric. 11 y a d’ailleurs une assez grande différence entre la doctrine de Platon et celle des gnostiques sur la transmigration. En effet, tandis que Platon ne consi­ dère, en général, la métempsycose que comme un moyen d’expiation pour les fautes commises dans une vie antérieure, les gnostiques enseignent que les existences successives, par lesquelles les âmes passent nécessairement, ont pour but de leur faire développer complètement les perfections dont elles possèdent le germe en elles. 12* Alexandrins. — 1. Plotin ose affirmer : · C’est une croyance universellement admise que l’Amc commet ties fautes, qu’elle les expie, qu’elle subit des punitions dans les enfers ct qu’elle passe dans de nouveaux corps. · Ennéades, I, î, 12. En tout cas, il admet pleinement la doctrine de la métempsycose. IV, vn. Chaque Ame va où elle a 1587 MÉTEMPSYCOSE, IIFSTOIHE mérité d’aller par sa vie. Celles qui n’ont pas su s'affranchir du corps retournent dans des corps humains. Quelques-unes même, qui sont devenues animales, retombent dans le corps des animaux. Quelques-unes, des meilleures, sont admises à choisir, elles-mêmes, leurs nouveaux corps. D’autres enfin s’élèvent au delà du ciel, sont changées en étoiles et, dc là, contemplent le spectacle de l’univers. Ill, iv, 2, 5. Enfin les âmes les plus pures vont se confondre avec Dieu. HI, iv, 6. La punition est une sorte de talion. Les mauvais maîtres renaissent esclaves; les mauvais riches, pauvres. Celui qui a tue devient un homme destiné à être assassiné; un fils qui a tué sa mère redevient une mère tuée parson fils. 111, n, 13. Maintenant comment se fait-il que l’âme, qui est pure dc toute souillure, puisse tomber dans le péché? Plotin répond que ce n’est pas l’âme qui pèche, mais l’homme en tant qu'il a un corps ct une âme; par conséquent c’est le composé qui est pécheur, ct c’est lui seul qui est puni. I, i, 12. 2. Porphyre. — Le syrien Porphyre va reprendre ccs idées sous une nouvelle forme. Admettant comme un fait démontré l’hypothèse platonicienne de la révivis­ cence, il enseigne que nous avons déjà existé dans une rie antérieure, que nous y avons commis des fautes ct que c’est pour les expier que nous sommes revêtus d’un corps; selon que notre conduite passée a été plus ou moins coupable, l’enveloppe qui recouvre notre âme est plus ou moins matérielle. Ainsi les uns sont unis à un corps aérien, les autres à un corps humain; ct s’ils supportent cette épreuve avec rési­ gnation, en remplissant exactement tous les devoirs qu’elle impose, Ils remontent par degré au Dieu suprême, en passant par la condition de héros, de dieu intermediaire, d’ange, d’archange, etc. Ce sont les démons, répandus dans le monde entier qui, poursuivant les âmes, les contraignent à rentrer dans un corps lorsqu’elles en sont séparées. 12· Christianisme, — 1. Les anciens Pères. — Saint Justin, Dial., iv, P. G., t. vi, col. 481-181. admet une certaine préexistence dc l’âme, dont elle n’a pas conscience, non plus que des existences successives qui doivent suivre celle-ci. Par contre Alhénagore, De resurrectione, xv, P. G., t. vu, col. 1001, affirme la non-préexistence de Pâme Saint I renée, Cont. lucres., III, xxxiii, P. G., t. vu, col. 831, attaque Platon et son breuvage qui fait oublier a l’àmc scs vies anté­ rieures. Il n’a pas de peine à montrer que, si le breuvage était aussi efficace qu’on le prétend, on ne se rappellerait pas l’avoir Ixi cl on ne le connaîtrait pas. Clément d’Alexandrie a-t-il admis la préexistence? Les textes qu’on cite dans ce sens, Slrom , iv, 20; P. G., t. vin, col. 1377. et Quis diucs salmis. 3. 26, 33, 36, I. IX, col. 608, 632, 610, 611, ne sont pas décisifs. Photlus, Il i bllot h., cod 109, P. G.,t.vm,col. 15,dit que les H ypolyposes soutiennent la métempsycose. Mais tant d’autres fables absurdes se trouvaient également dans son exemplaire que Photlus se demande si vraiment c’est là l’œuvre de Clément. 2. Origène, ses hypothèses, sa condamnation. — Origène n’a enseigné nulle part la métempsycose, quoiqu'il ait admis la préexistence des âmes. Sans doute saint Thomas. Quant. disp, dc pot., q. ni, a. 10, dit bien que tous ceux qui ont admis la création dc l’àmc en dehors du corps ont admis la transmigration des âmes, mais il s’agit d’un lien logique entre deux erreurs, dont on peut sc préserver partiellement par un heureux illogisme. D'ailleurs Origène ne sc pro­ nonce, De principiis, II, vm, I, P. G., t. xi, col. 221, qu’avec une certaine réserve, en chercheur qui lance une hypothèse, non en maître qui enseigne. Il ne faut donc pas voir dans scs théories l'indice d’un courant traditionnel parmi les chrétiens, mais un essai malheu­ 1588 reux pour concilier avec h· dogme les idées platoni­ ciennes. Au témoignage d’Eusèbe, //. VI. xix, 7, Porphyre disait de lui : ■ Dans sa vie, c’était un chrétien et un ennemi des lois; mais dans sa concep­ tion des choses de ce monde cl de l’être divin, c’était un I lellène... Origène partant de la fausse étymologie de ψυχή (âme) venant de ψύχος (froid) croit que ψυχή dénote un refroidissement d’un état meilleur ct plus divin, la perle dc la chaleur première et divine. De prine., ΙΙ,νιιι, 3, P. G., t. xi, col. 222. Pour lui, tous les esprits sont créés de toute éternité et absolument égaux en perfec­ tion. Ils ont abusé de leur liberté et celle chute devint l’occasion de la création du monde matériel. Ce monde n’est pas autre chose que Je lieu de purification des esprits bannis du ciel el enfermés dans des corps d’une matière plus ou moins grossière. A la fin, tous les esprits retournent à Dieu. Quelques-uns devront encore subir dans l’autre monde une purification par le feu, mais finalement tous seront sauvés ct purifiés. Alors le mal est vaincu, le monde sensible a rempli son rôle, la matière rentre dans le néant. L’unité primordiale de Dieu cl de tous les êtres spiri­ tuels est restaurée. Mais celte restauration de l’état primitif n’est point la tin proprement dilc du monde, elle n’est que le terme d’une époque dans l'évolution sans tin, dans la constante alternance de la chute ct du retour à Dieu. Origène est conduit par le désir de sauver la justice et la sagesse de Dieu, puisqu’il conclut ; « Ainsi, ni Dieu n’est injuste, en donnant à chaque chose sa place selon ses mérites, ni les biens ou les maux dc la vie ne sont distribués au hasard. > II, tx, I, col. 231. Il prétend expliquer ainsi certains récits bibliques, teks que la lutte de Jacob el d’Èsaû avant leur nais­ sance, l’élection dc Jérémie quand il était encore dans le sein de sa mère, et quelques autres faits semblables qui ne pourraient se justifier que par les vertus ou les fautes d’une vie antérieure. SI Dieu a entremêlé son ouvrage de tant d’imper­ fections, c’est afin que les Intelligences dégradées, qui ont mérite d’être attachées à un corps, trouvent l’occasion de souffrir davantage. Faut-il étendre la pensée d’Origène jusqu’à l’âme des bêles? Saint Jérôme l'affirme ct Justinien clic un texte favorable à cette interprétation. I, vm, 4, P. G., t. xi, col. 1X0. Par ailleurs, Origène semble désavouer celte opinion puisqu'il la reproche à Crise. Contra Cels., m, 76, iv, 17 el 83, P. G., t. xi, col. 1618, 1050 ct 1157. Si Origène trouva quelques partisans comme Didyme l’Avcugle et le diacre Evagre le Politique, ct même antérieurement saint Pamphile de t .ésarée qui composa une Apologie d’Origène en cinq livres, dédiée aux confesseurs dc la foi condamnés aux mines, par contre il sera réfuté par saint Pierre d’Alexandrie qui écrivit un ouvrage contre la préexistence de l’âme qui aurait péché avant d’être reléguée dans un corps, el dont Léonce dc Byzance nous a conservé deux fragments (Tractatus contra Monophysitas), par saint Méthode d’OIympe, P. G., t. xvm, col. 265, surtout par saint Grégoire dc Nysse, dans son dia­ logue sur L’âme ct la résurrection, P. G., t. xt.vi, col. 12-110, cl le e. xxvm de son traité De hominis opificio, P. G., t. xi.iv, col. 230-231. Particulièrement caractéristique est le traité inti­ tulé : Théophraste, ou Dialogue sur l’immortalité de l’âme et la résurrection par 1 aiée de Gaza, disciple du philosophe néoplatonicien Hiéroclès, P. G., l.i.xxxv, col. 871-1001. I.’auteur réfute la raison dc justice apportée par les défenseurs de la métempsycose consi­ dérée comme un châtiment : < Quand je châtie mon (Ils ou mon serviteur, avant de leur infliger une punition, 1589 métempsycose, je leur répète plusieurs fois la raison pour laquelle je les punis, et je leur recommande de s’en souvenir pour ne plus tomber dims la même faute; ct Dieu, qui établit contre les fautes les derniers chAtiinents, n’ins­ truirait pas ceux qu’il punit du motif pour lequel il les punit, mais il leur ôterait le souvenir de leurs fautes en même temps qu’il leur donnerait un senti­ ment très vif de leur peine! A quoi servirait donc la peine si elle laissait ignorer la faute? fille· ne ferait qu’irriter le coupable et le pousser â la démener. N'aurait-il pas le droit d’accuser son Juge, s'il était puni sans avoir conscience d’avoir commis aucune faute? · Par ailleurs la métempsycose n’est pas néces­ saire pour rendre raison des Infirmités que nous apportons en naissant, elles s’expliquent par des causes physiques et ne sauraient être considérées comme des peines infligées par Dieu pour des fautes commises dans une vie antérieure. Les maux qui frappent l’homme servent à lui donner l'occasion dc déployer sês vertus ou à le corriger de ses vices; s’il ne se corrige pas, son châtiment sert d’exemple aux autres. D’ailleurs la vie actuelle suffit pour montrer ce que nous valons. Le juge n’a pas besoin d'attendre une seconde vie. Saint Épiphnne mena la lutte contre l’origénismc ct réunit en 402 un concile pour le condamner. Le fut lui qui excita l'hostilité dc saint Jérôme contre le grand docteur alexandrin et sa brouille avec Rufin. Saint Augustin semble favorable à Platon dans Epist., vu, ad Nebridtnm, i, 2, P. L., t. xxin, col. 68, mais il le réfute nettement plus lard,De Trinit., XII, 151, t. xi.n, col. 1011. Cf. De civ. Dei, IX, xxx, t. xli, col. 312 : ■ Si l’on croit qu’après Platon il n’y a rien à changer en philosophie, d'où vient que sa doctrine a été modifiée par Porphyre en plusieurs points qui ne sont pas de peu de conséquence? Par exemple, Platon a écrit, cela est certain, que les âmes des hommes reviennent après la mort sur la terre, et jusque dans le corps des bêtes, (’.etle opinion a été adoptée par Plotin, le maître de Porphyre. Eh bien! Porphyre l’a condamnée, non sans raison. Il a vu avec Platon que les Ames retournent dans de nou­ veaux corps, mais dans des corps humains, de peur, sans doute, (pi’il n'arrivât à une mère devenue mule de servir de monture â son enfant. Porphyre oublie par malheur quo dans son système une mère devenue jeune fille est exposée A rendre son fils incestueux. · Dc même, XL xxv, il expose In doctrine d’Origènc ct ajoute : « .le suis surpris plus qu’on ne saurait dire qu’un homme si habile, si exercé dans les saintes lettres, n’ait pas tout d’abord remarqué combien tout cela est éloigné de la sainte Ecriture. » Saint (}yrille d’Alexandrie, In Joann., î, P. G\, I. Lxxm,col. 31, réfute le dogme platonicien, imitant son oncle, Théophile, qui a écrit un vaste ouvrage, aujourd’hui perdu, contre les origênistes. La lutte anli-origénisle prit plus de violence au vi· siècle. Théodore, évêque dc Scylhopolis, adressa vers 553 une condamnation très vive des erreurs d’Origènc â l'empereur Justinien cl aux patriarches de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche cl de Jérusalem, P. (i.t t. lxxxvi, col. 231-236. Nous possé­ dons un autre ouvrage dc même tendance Intitulé : Doctrine de S» Barsanuphe sur 1rs opinions d'Origine, d'Éiwgre et de Didyme. P. G., I. ï.xxxvi, col. 891-902. En ce qui concerne la condamnation d’Origènc nous ne pouvons rappeler ici que ressent Ici. L’initiative vint de l’empereur Justinien qui s’adressa au patriarche Ménas pour lui signaler les erreurs d Ori­ gène· Il s’efforce de les réfuter el cite un grand nombre dc Pères, notamment Grégoire dc Nazianze. Grégoire de Nysse, Jean Chrysostomc, Pierre d’Alexandrie, Alhanasc, Basile. Cyrille d’Alexan­ histoire 1590 drie, etc., qui tous s’étalent prononcés contre Ori­ gin c. Il termine par dix anathèmes dont le premier seul nous Intéresse : « Si quelqu’un dit ou pense que les Ames humaines existaient antérieurement, c'est-à-dire qu’elles étaient antérieurement des esprits ou des forces sacrées, lesquels, se détournant de la vue dc Dieu, s’étalent laissés entraîner au mal, et, pour ce motif, avaient perdu l’amour divin, avaient été appelés des Ames ct envoyés par manière dc puni­ tion dans un corps, qu'il soit anathème » Cf. HefelcLcclercq, Histoire des rancîtes, Lit b, p. 1I8-L Ménas réunit aussitôt son concile « permanent · qui lança contre Origène 15 anathèmes qu’on a sou­ vent attribués, sans preuve, au V· Concile œcuméni­ que (IP dc Constantinople). Les quatre premiers seu­ lement sont ii citer ici : L Quiconque croit à la fabu­ leuse préexistence des âmes et à la condamnable apocatastase qui s'y rattache, qu'il soit anathème; 2. Quiconque dit que la création de tous les êtres raisonnables ne comprenait que des esprits sans corps tout à fait immatériels qui n’ayant plus voulu de la vue de Dieu, se sont adonnés a dc mauvaises choses, chacun suivant scs penchants, cl ont pris des corps plus ou moins parfaits... qu'il soi! anatheme; 3. Quiconque dit que Ir soleil, la lune ct les étoiles font aussi partie de ccs êtres raisonnables, ct qu’ils ne sont devenus ce qu'ils sont que parce qu'ils se sont tournés vers le mal, qu’il soit anathème. L Quiconque dit que les êtres raisonnables dans lesquels l'amour divin s’est refroidi, sc sont cachés dans des corps grossiers tels que les nôtres, cl ont été appelés hommes, tandis que ceux qui ont atteint le dernier degré du mal ont eu en partage des corps froids ct obscurs el sont devenus ct s'appellent des démons ct des esprits mauvais, qu’il soit anathème. J lcfde-Leclercq, toc. cit., p. 1191. Dans le V· concile œcuménique tenu à Constanti­ nople en 553, il n’est question d’Origènc que dans le xi· anathème; ici il est condamne à la suite d’héré­ tiques pour des questions christologiques. La thèse du cardinal Noris ct des Ballermi admettant que le concile dc 553 aurait renouvelé les condamnations du concile de 513, est aujourd'hui abandonnée faute de preuves suffisantes. On peut juger dc ce qu'il y a de fantaisiste dans l’argumentation dc Papus, Les esprits, p. 170 : « On a dit que la réincarnation avait été condamnée par l’Églisc ; c’est faux. I n concile (IV· Concile dc Cons­ tantinople, sic) a dit que celui qui proclamerait être revenu sur la terre par dégoût du ciel était anathème; mais loin de condamner la réincarnation, cet avis du concile indique au’Contraire qu’elle faisait partie de renseignement, cl que, s’il y en avaient qui reve­ naient volontairement se réincarner, non par dégoût du Ciel, mais par amour de leur prochain, l’anathème ne pouvait pas les loucher. · La même confusion entre l'essentiel ct le secondaire dc la condamnation se retrouve chez le D» Rozier, Magie d religion, dans Initiation, avril 1898 : « Que dit le fameux concile dc Constantinople sur lequel cer­ tains auteurs s’appuient pour démolir, non pas la métempsycose, qui n’est pas en question en Occident, mais la théorie des incarnations? Ce concile a condam­ ne, en 513, quelques propositions dOrigène, entre autres et en premier lieu celle-ci : St guis... supplicii causa, anathema sit. Les réincarnaiionnislcs ne pré­ tendent pas que ce soit par lassitude de la contempla* (ion divine, par refroidissement de l'amour de Dieu que les Ames reviennent sur la terre, bien au contraire; iis ne prétendent pas non plus que leur retour soit une punition. Ils disent que l’existence terrestre nous est imposée pour évoluer el parvenir à nous rendre maîtres de la matière dont Adam, par sa chute, nous 1591 MÉTEMPSYCOSE, DISCUSSION 1592 a τα dus les esclaves. Celle existence terrestre ne IL Discussion. — Les auteurs scolastiques ne pourrait pas, sans inconvénients, se prolonger plus de refutent généralement pas la métempsycose d’une cent ans. pour des raisons qu’il est inutile d Indiquer façon spéciale, car ils la considèrent comme manifes­ ici; mais cent ans sont insuffisants pour obtenir la tement incompatible avec leurs thèses sur le composé victoire définitive; il a donc fallu nous accorder un humain. Voir cependant Tonglorgi. Institutiones delai beaucoup plus considérable, mais coupé par des philosophica, Bruxelles, 1873, t. m. p. 102; Tilman intervalles de sommeils... chacun de ces sommeils Pesch, Inst, psychologica*, Fribourg-cn-B., 1896, l. i, s'appelle In mort. Il est vrai que chaque existence es! p. 409. accompagnée de l’oubli de celles qui l’ont précédée, Il est évident que si l'âme est la forme substantielle mais cet oubli est providentiel, il facilite l’évolution : du corps, lui donnant l’être spécifique ct possédant avec le souvenir il serait difficile de changer son plan un être essentiel avec lui, elle ne pourra s’unir qu’a de vie » (Il semble bien que ce soit l’inverse, nous ne ce corps. Cf. S. Thomas, Quœsl. disp, de sptr. creat., pourrions changer qu’à condition do profiter de notre a. 9. ad4nm; In //um Sent., dlst. XVII, q. n, a. 2. Il expérience, cc qui suppose le souvenir). Le I)r Bozier y aura proportion entre telle âme cl tel corps, Contra croit devoir conclure : · La théorie des réincarna­ Gentes, 1. 11, c. lxxiii, i.xxv, lxxxi, ad 3uni. L'Ame tions envisagée ainsi peut être acceptée ou rejetée par est aussi sensitive et, comme telle, requiert tel corps; les catholiques, mais elle ne tombe pas sous l’anathème cf. Sum. thcol., Iü, q. lxxvi, a. 5. L’âme garde les déter­ précité. > minai ions qu’elle a eues en étant la forme de tel corps, En réalité la doctrine des réincarnations doit être ct ne peut devenir la forme de tel autre corps. considérée comme positivement réprouvée par l’Églisc, C’est cc qu’expliquait Avicenne, auquel saint Thomas non pour l’anathème lancé par le concile de 513, sc ralliait ; Si aliquid unurn figuram suam non relinens puisqu’il n’était pas œcuménique, mais plutôt à cause (relut aqua) distinguatur per di rersa nasa, quando du II· concile de Lyon(1274): «Les Ames...sont immé­ removentur vasa, non remanent proprior figuræ dis· diatement reçues dans le ciel >, ct du concile de Flo­ tincta*. Si autem sit aliquid retinens figuram (sicut cera) rence (1439) ; « Les Ames... descendent immédiatement quod distinguatur secundum diversas figuras per diversa dans l’enfer pour y souffrir le châtiment de peines instrumenta, etiam remotis illis remanebit distinctio Inégales. · Dcnz.-Bann., n. 164, 693. figuratis. Et hoc madi) se habet anima rationalis. litte 13· Temps modernes. — Jérôme Cardan de Pavie, enim ita esse suum post corporis destructionem retinet, Bernardin Telesio, Giordano Bruno essaient de faire ut ipsa maneat idem esse individuatum ct distinctum revivre le dogme de Pythagorc. Van Hclmont admet ct proportionatum corpori suo. Cf. S. Thomas, In llum la préexistence des âmes cl a pu influer sur la monaSent., dist. XVII, q. n, a. 2 in corpore ct ad 4um. 1· Les arguments apportes en faveur de la métem­ dologlc de Leibniz. Charles Bonnet de Genève développe la doctrine psycose ne sont pas convaincants. J’emprunte les deux de la métempsycose qu’il nomme palingénésie. C’est premiers à L. Figuier, Le lendemain de la mort, celte mime doctrine que le philosophe lyonnais Paris, 1871. 1" Argument. — La présence de l’homme sur Ballanche (1776-1847) essaiera de concilier avec le tel ou tel point de la terre ct l’inégale distribution des dogme chrétien. Cf. Gaston Frainnct, Essai sur la maux sur notre globe ne peuvent trouver d’explica­ philosophie de Pierre-Simon Batlanche, Paris, 1903. tion... Si au contraire vous admettez la pluralité des P. Leroux, (1797-1871) dans son livre De l'humanité, existences humaines, tout s’explique merveilleuse­ Paris, 1840, enseigne la métempsycose dans l'huma­ ment... Notre existence actuelle n’est que la suite d’une nité mime : ce sont les mêmes hommes qui renaissent autre, soit que nous portions en nous l’âme d’un ani­ sans cesse. C’est une immortalité individuelle, irais mal supérieur, que nous devons épurer, perfectionner, non personnelle. L'individu n’est pas absorbé di.ns ennoblir, pendant notre séjour sur la terre; soit la substance absolue; mais en rentrant dans son autre qu’ayant déjà rempli une existence imparfaite ct corps individuel, Il perd la mémoire ct la personnalité. mauvaise, nous soyons condamnés à la recommencer Jean Beynaud, Terre et Ciel, Paris. 1854, ne peut admettre celle immortalité sans conscience ct sans sur nouveaux frais. » P. 264. Réponse. - Dans le Contra (lentes, I. Il, c. xliv. souvenir. Aussi pour conserver la personnalité ct la intitulé, La distinction des êtres ne provient pas de la responsabilité, il admet que la transmigration se fait diversité des mérites et des démérites, saint Thomas d a ire en astre avec toutes les conséquences morales apporte douze raisons contre Origènc ct conclut : qu’exige le principe du mérite et du démérite. • Lorsque nous donnons gratuitement, nous n’oflenLe père de l’école phalanstérienne, Charles Fourier, enseigne, lui aussi, la métempsycose. Théorie de Γunité sons pas la justice en donnant Inégalement; or Dieu universelle, 1841, 1.11, p. 301-348. Quel est le vieillard n donné l’être par pure libéralité, il n’avait donc pas qui ne voulût être sûr de renaître ct de rapporter à tenir compte des mérites. » dans une autre vie l’expérience qu’il a acquise dans De plus comme le bien du tout prime le bien des celle-ci? Prétendre que ce désir doit rester sans réa­ parties, il ne convenait pas de diminuer le bien du lisation, c’est admettre que Dieu puisse nous tromper. tout pour augmenter le bien de certaines parties. De Il faut donc reconnaître que nous avons déjà vécu même que l’architecte ne donne pas aux fondations avant d’être ce que nous sommes, ct que plusieurs les qualités du faite, de peur de priver la maison de la autres vies nous attendent, les unes renfermées dans solidité désirable, de même Dieu n’aurait pas rendu le monde ou Intra-mondaines, les autres dans une l’univers parfait dans son genre en faisant toutes scs sphère supérieure ou extra-mondaines, avec un corps parties égales. plu> subtil et des sens plus délicats. Toutes ces vies, 2· Argument. — « S’il n'y a pas de réincarnation, au nombre de 801, sont distribuées entre cinq pério­ nous demanderons pourquoi les âmes ne sont pas des d’inégale étendue ct embrassant une durée de formées toutes sur le même type, ct pourquoi, lorsque 81 000 ans. Au bout de ce temps, toutes les âmes tous les corps humains sont semblables, il y a une particulières perdent le sentiment de leur existence si grande diversité dans les âmes?... Comment expli­ propre μ confondant avec l’âme de notre planète. que-t-on l’exislcncc de ces enfants qu’on appelle petits Toutes ers rêveries semblèrent a plusieurs confir­ prodiges : Pascal, Mozart, Rembrandt... Tout se mées par les faits que prétend expliquer le spiritisme comprend si l'on admet une vie antérieure à la vie et préparèrent des adeptes à la tbéosophic (voir ccs présente. L’individu apporte, en naissant, l’intuition mots)· qui resuite pour lui des connaissances qu'il avait 1593 M ÉTEMPSYCOSK, DISCUSSION acquises pendunt sa première existence. » P. 277279. Réponse. - fille Méric, L'autre uie, Paris. 1880, t. î, p. 325. cite une piquante réfutation par un médium : « Quoi! c’est pour résoudre le problème des Inégalités intellectuelles que le spirite enseigne le système des réincarnations! Mais il ne sait doue pas qu’il n'y a pas deux cires, deux choses semblables dans la nature, cl que vous ne sauriez en trouver dans l’immensité de l’espace, pas plus que dans la durée du temps. Pcnse-t-ll pour cela que le grain de blé, que le brin d herbe sc réincarnent? N'est-ce pas de cette diversité même que naît l'harmonie de l'univers? l’n tout har­ monique est-il jamais résulté que l’Étcrncl donne à Adam cl a sa compagne après la faute : c’est bien là le corps pesant et matériel dont Dieu a affublé l'humanité à la suite de sa prévarication. El Dieu voudrait rendre à l'homme, à la lin des temps, celle lourde chaîne, sous prétexte de le récompenscrl Ce n’est pas vraisemblable; certes l’Écriture parle de la résurrection des morts, et il faut s’en tenir à cette vérité éminemment traditionnelle; mais ce qui doit reprendre vie, c’est non pas le corps matériel, mais cette forme caractéristique, είδος χαρακτηρίζω^, sorte d’entité spirituelle, d'idée directrice, qui fait durant cette vie mortelle l’unité et la continuité dc la matière laquelle sans cesse passe dans l’économie corporelle. Ce qui ressuscite donc ce n’est pas la chair; άλλ* δπερ ποτέ έχαρακτηρίζετο έν τη σαρκί, τούτο χαρακτηρισΟήσεται έν τω πνευματικά σώματι. De resur., 1, xxm, p. 217. On n’accusera pas Méthode d’avoir défiguré la pensée d’Origènc, ni d’avoir infirmé les critiques que celui-ci adressait au concept vulgaire de lu résurrec­ tion. Mais l’évêque d'OIympc n’entend pas laisser ces arguments sans réplique. Les deux défenseurs de la doctrine origénislc sont vivement pris à partie par les représentants de l’orthodoxie, Méthode lui-même et Memmian, dont les longs discours, coupés çà ct là de quelques scènes dialoguées, forment les cinq· sixièmes de l’ouvrage. Point par point ils reprennent les idées philosophiques cl scientifiques exposées par les adversaires, pour en tenter la réfutation. L’un après l’autre ils examinent les textes scripturaires 1611 MÉTHODE D’OLYMPE 1612 allégués par l’origénismc, ct en suggèrent une plus est rouge, à cause de la passion, sans tache, à cause de correcte interprétation. Toute cette argumentation son innocence, sons joug, parce que pure de tout n’est pas d’égale valeur. Los passages bibliques sont péché, non liée au ioug, parce que sans passions. Elle traités par les anli-origénistes avec la même décon­ est immolée hors du camp, c'est-à-dire hors de Jéru­ certante fantaisie que l’on avait trouvée dans Ori­ salem, en un lieu pur, sans aucune contamination, gine. La critique des arguments scientifiques est car par son sang l’Eglise est sancti liée; par sa cendre d’une pauvreté lamentable; voir Π, ix-xiv, p. 315- le peuple est pur!lié, c’est-à-dire que par sa mort tous 360, ct les concepts physiologiques que Memmian pré­ les païens sont rachetés de la mort. · De cibis, xi, tend substituer a l'idée si juste (ct si moderne) d’Ori- p. 111. gène sur le · torrent circulatoire » ct les « cycles » des Semblablement les prescriptions relatives aux divers éléments, sont littéralement enfantins. — La diverses formes de lèpre sont à interpréter spirituellecritique philosophique est meilleure; elle s’attaque ment. Les quatre sortes de lèpre, auxquelles le chré­ surtout à l’idée platonicienne, qui est le fond de l’ori- tien doit porter remède, ce sont les désirs charnels, la génisme,d'une dualité absolue de l’âme et du corps. crainte, la haine, la colère. Bien de bien nouveau en Méthode, qui conduit lui-même celle partie de la dis­ tout ceci, et dont on ne puisse retrouver l’analogue cussion, n’a pas de peine à montrer que toutes ces dans Origène ou dans Philon. 6. Explications de passages scripturaires. — Les deux images de chaînes, de prison, de liens pesants, dont traites précédents peuvent déjà passer pour tels. Le abusait Origène après Platon, masquent assez mal l'incohérence des concepts fonciers. Si le corps est court opuscule que Bonwetsch intitule De sanguisuga, De la sangsue, est consacré à l’explication de deux l’unique cause du péché, comment admettre la faute passages scripturaires sans aucun lien entre eux: Prov., commise par l’humanité non encore incarnée, faute qui aurait été punie par la relégation dans un corps maté­ xxx, 15-16, et Ps., xvm, 2. Il s’agit dans le premier de riel? Pourtant ïi vouloir trop insister sur celte idée la sangsue prise comme type de l’avidité insatiable. Dans le second, le t du psaume : Civli marrant glo­ juste que c’est l’âme qui pèche, et non pas le corps, Méthode en vient à proposer du texte paulinicn sur riam Dei, ct opera manuum ejus annuntiat firmamen­ l’opposition entre la chair et l’esprit, Hom., vu, 9-25, tum, est interprété en ce sens que les anges (cali) une exégèse qui ne laisse plus de place à la concu­ louent le Christ (gloriam Dei), tandis que l’Église piscence si vigoureusement rattachée par saint Paul (firmamentum) annonce l’action de Dieu (opera ma­ nuum ejus) dans l'humanité Bon exemple de la ma­ à la chair. De resur., I, lvii-lx, p. 317-325. Il faut aussi passer condamnation sur le concept de l'âme qui est, nière de trouver dans un texte biblique, par d in­ en fin de compte, proposé par Memmian. III, xvm, génieux rapprochements de mots et de phrases, dos sens fort éloignés de celui que le premier auteur p. 414 sq. Pour lui, l’âme est corporelle; elle ne peut pas ne pas l’être, άσώματος είναι ού δύναται, l’in- avait dans l’esprit. 7. Le De creatis, dont il ne reste qu’un assez, long corporéité étant une propriété exclusivement divine : < les âmes créées par le démiurge sont des corps spi­ fragment conservé par Phot lus, col. 235, revient sur rituels, ont par conséquent aussi des membres percep­ une question qu'avait déjà touchée le De autexusio, à tibles par l’intelligence ·, αίδέ ψυχαζ.. σώματα νοερά savoir la création dans le temps. Contre Origène, ce ύπάρχουσαι. εις λόγω Οεωρητέ μέλη διακεκόσμηνται. dialogue, dont il est difficile de rétablir la structure, démontre que le monde n’est pas nécessaire à Dieu, Quant au concept positif de corps ressuscité, on ne le voit nulle part logiquement déduit ou étudié, que Dieu se conçoit très bien sans le monde, qu’au contraire la création ab irtertio semble impliquer con­ cl celte lacune tient, de toute évidence, au défaut d’idée précise sur la nature et la croissance du corps. tradiction. On remarquera, à litre de curiosités théo­ 11 semble que, pour Méthode, le corps soit une unité logiques, la singulière opinion suivant laquelle la créa­ stable dont Dieu a directement assuré l’organisation; tion ex nihilo des éléments du monde est attribuée au Père, tandis que le Fils, main toute-puissante du de celle synthèse,acquise une fois pour toutes,la mort Père, est chargé de l’organisation, ix, p. 498, ct aussi dissout les cléments, mais au dernier jour Dieu saura retrouver chacun d eux et restituer ainsi le corps qu’il l’exégèse qui est donnée du premier verset de la Genèse : /n principio (i. e. in Sapientia) creavit Deus nous avait jadis formé. Avec toutes scs insuffisances et même tous scs civium et terram. Ibid., xî, p. 199. 8. Le traité Contre Porphyre ne s’est malheureuse­ défauts, V Aglaophon reste le traité le plus considéra­ ment conservé que d’une manière très imparfaite, cl ble ct le plus digne d’étude que l’antiquité chrétienne qui ne donne aucune indication sur l’ouvrage que nous ait laissé sur la résurrection. 5. Les deux petits traités, De cibis, De lepra, ont I Méthode entendait réfuter. Les fragments sc rappor­ tent à une apologie de la croix, et décrivent sommai­ exactement le même caractère. Il s’agit en somme de l'application à la vie chrétienne, par une interpréta­ rement les motifs de l’incarnat ion. Celle-ci devait délivrer les âmes de la servitude à laquelle les avaient tion allégorique, des observances mosaïques soit en matière alimentaire, soit en fait de purification.Λ une soumises les démons : ίνα τα κράτη των τυραννούντων question qui lui est posée sur la nécessite de ces obser­ άνατρέψας δαιμόνων έξέληται της πίκρας τάς ψυχές vances, l’auteur répond en rappelant le décret libé­ δουλείας, ι, ρ. 503. Ce résultat semble obtenu plutôt rateur rendu par l’assemblée do Jérusalem. Act., xv. par une victoire du Christ que par un marchandage Les observances n'obligent plus les chrétiens; mais avec le démon. on peut toujours sc demander pourquoi Dieu avait 9. Les deux douzaines de fragments du Commentaire jadis porté pour les Juifs ces interdits alimentaires. sur Job, conservés par la chaîne de Nicétas, semblent L’étaient en somme des observances prophétiques, d’une sobriété plus grande dans l'explication de ayant pour objet d’annoncer l’Évangile. Avec une l’Érrilure que les développements que nous avons subtilité qui rappelle le pseudo-Bamabé, Méthode déjà rencontrés. Mais il faut.comme de juste, faire la recherche donc la signification de ccs préceptes. De part des ciseaux de l’cxcerptcur. Il ne s'est rien conmême il examine cc que présageait l'immolation de la I servé des Commentaires sur la Genèse cl sur le Can­ vache rousse, dont la cendre mêlée aux eaux d’asper- tique signalés par saint Jérôme, à moins que le De don, leur conférait une vertu purificatrice. Num., xix. viris ne vise d’une part le De creatis, d’autre part le A vrai dire, répond-il, cette purification dure encore I c. vu du Symposion où la vierge Procille prend les pas­ chez nous ; « La véritable jeune vache, c’est la chair que sages du Cantique, n, 2, cl vi, 7-8, comme thèmes le Christ a prise pour la purification du monde; elle I de son développement. 1613 MÉTHODE D’OLYMPE — MÉTHODISME 1614 10. Ouvrages perdus. - En <1· hors des deux com­ mentaires ci-dessus, Jérôme mentionne encore un De Pythonissa dirigé contre Origène. Le Dr resurrecttone, ill. xvn. I, p. 41 I. ne dit qu’un mot de l’exégèse du fameux passage de I Heg., xxvm, 12 sq., sur lequel à plusieurs reprises sc sont affrontés partisans et adversaires d’Origène; et il semblerait que Méthode partage ici l’idée du maître Alexandrin sur la réalité de l'apparition de Samuel. Le dernier chapitre du /k sanguisuga, x, I, p. 189, annonce un ouvrage ou Méthode aurait traité· Du corps (humain) >, sans doute pour expliquer le passage de Sap., vu, 1 sq.; si cc traite a paru, il ne s’en est rien conservé. IL Ouvrages apocryphes. - Les anciens éditeurs ont publié sous le nom de Méthode deux sermons assez longs que lui attribuaient divers mss., l’un sur V Hijpa· paillé, c’est-à-dire la rencontre de Siméon et d’Anne avec reniant Jésus, le jour de la Présentation, le second pour la fêle des Hameaux. /'. (L, I. xvm, col. 318 sq., 381 sq. I*. Martin a donné, au t. iv des Analecta sacra de Pitra, p. 207 et 433, le texte armé­ nien cl la traduction latine de deux fragments d’un sermon sur l’Ascension. Il s’agit dans ces divers cas, de compositions de date relativement tardive, con­ temporaines des controverses christologiques. D’un tout autre caractère est une prophétie rela­ tive à la lin du monde qui a joui durant tout le Moyen Age, tant en Orient qu’en Occident, d’une extraor· dlnalrc populari lé.(2c Sermo sancti Methodii episcopi Patercnsis de regno gentium et in novissimis temporibus certa demonstratio, est, en même temps qu’une descrip­ tion à grands traits de l’histoire mondiale d’après les données bibliques, une annonce du triomphe définitif du royaume de Dieu sur l’Antéchrist, ct de la lin du inonde qui suivra cette victoire. Prenant comme point de départ la prophétie de Daniel relative aux quatre empires, Dan., vu, notre visionnaire identifie le dernier empire, avec l’Empirc romain qui n’est autre que le royaume des chrétiens. Celui-ci doit subsis­ ter jusqu’à la fin du monde, ct triompher de tous les peuples qui viendront l’assaillir, jusque* et y compris les Ismaélites, contre lesquels pourtant la lutte sera particulièrement dure, ct dont les succès sembleront un instant balancer la victoire définitive du chris­ tianisme. Selon toute vraisemblance, les Ismaélites en question ne sont autres que les Arabes. I.’espoir que le visionnaire inspire à ses lecteurs d’un triomphe final de la chrétienté a grandement contribué à faire lire celte misérable élucubration aux époques trou­ blées, lors de l’invasion des l'art ares au milieu du xiir siècle, cl à la fin du xv· quand les Turcs devin­ rent pour l’Europe chrétienne le suprême péril. E. Sackur. qui a particulièrement étudié ce texte, conjecture que l'auteur est un syrien, écrivant en grec dans le dentier tiers du vit· siècle, et dont la composi­ tion originale n été traduite en latin dans la région franque vers le milieu du vm· siècle. Mais tout ceci nous met fort loin du vieil évêque de Lycie. est réalisé par Γédition dr Alb. Jahn, S. Methodii opera arerdit S. Methodius plalonizans, Halle, 1865; enfin, J. -B. Pitra réunissait dans les Analecta sacra, t. m, 1883, p. 602627.ct t. n, 1883,p. 201-209(trad, p, 434-441), un certain nombre de fragments Inédits; mais surtout il signalait l’existence d’un corpus slavon des œuvres dr Méthode dont il donnait une très brève esquisse. Op. cil., t. m, p. 612 sq. C’est grâce à ccs premières indication* que N. Bonwetsch a pu mettre la main sur le corpus slavon, qui lui permet de publier : Methodius von Olympus, r, Schriflen, Erlangen et Ixdp/ig. 1891, qui reproduit, rn une traduction allemande le corpus en question, en doublant le texte de tous h-s framents grecs conservés (le Symposion n'y figure pas, n’rxtstant point rn slavon). Dr cettr édition dérive celle du Cor­ pus dr Berlin, t. xxxn, Ixipzig. 1917,donnée par le même éditeur, ruais qui prend comme point de départ le grec; ne donnant le slavon (en allemand) que là ou le grre fait défaut, cc qui rend la lecture un peu pénible; les œuvrrs apocryphes ne figurent pas dans cette édition. Quant au texte de l’apocalypse de Pseudo-Méthode, il n été publié fort souvent aux origines de l’imprimerie, soit en latin (recension des principales éditions dans E. Sackur. Sibyllinische Texte und Forschungcn. Halle. 1898, p. 3 sq J. soit en grec (par exemple dans les Λ/onum SS.Patrum orthodoxographa. Bale, 1569, 1.1, p. 93-99); on peut le trouver rn latin dans la Hibliotheca maxima Patrum de Lyon, t. m, 1677, p. 727-734; ct mieux dans Sackur. op. cit., p. 59-96 (voir une note de G. Bardy, dans Recherches de science religicuie, 192.1, t. \m. p. 329-331). II. Notices et travaux. — 1· Histoire littéraire. — Parmi 1rs anciens auteurs relevons seulement ; I ill cm ont. Mémoires, t. v, p. 466-473, 756-769; Oudin, 1722, t. i. p. 299-306; dom Ccillicr, Histoire drs auteurs sacris cl rcclésiasliques, 1733. t. iv, p. 26-45 (2* édit., t. m. p. 62-73). Parmi les auteur* contemporains : Λ. Harnack, Allchrislhehc I.iteratur, t. î, 1893. p. 468-478. 898-900, t. n (C7»h>nologie), 2, p. 147; O. Bardcnhcwcr. Altkirchliche /.iteratur, 2“ édit., 1913, t. n. p. 331 sq.; et surtout 1rs introductions de N. Bonwetsch, dans ses deux éditions, auxquelles on ajou­ tera : L'cbcr die Schrifl drs Methodius von Olympus · tw>m Aussatz · (dr la lèpre), dam Abhandlungen Alex, von Œlltnyem zum 70. Geburlstag gtmidmet. Munich, 1898. p 29-53. 2” Travaux.— L Sur la théologie. — Outre le L n de A. Jahn, Methodius plaîonizans.siveplatonismus SS. Patrum Hcclrsia· grivcar S. Methodii exemplo illustratus. Halle, 1865, les études suivantes paraissent 1rs plus importantes : A. Pankov, Methodius, Hischof non Olympos, dam Der Katholik, Mayence, 1887, 2. t. i.\m. p. 1. 113, 223, paru aussi en tirage en part ; L. l endt, Sùnde und liasse in den Srhri ten des Methodius υοη Olympus, ibid., 1905, p. 24-45; mai* surtout la trè* copieuse étude de N. Bonwetsch. Die Théo­ logie des Methodius wn Olympus, dan* 1rs Abhandt. dtr k. Gesellsch. der Wissensch. de Gocttinguc, phil.-hislor. K lasse, nouvelle série, t. vn, n. 1, Berlin, 1903, 173 p.; A. Biarnonti, l.'etlca di Mrtodio d'OIim/to, dans Rivista trim, di studi film, e theol.. 1922, t. m, p. 272-298. étudie l’influence de Méthode sur la diffusion de l'ascétisme i.u iv« siècle. 2. Sur la question liltérairr et historique. — Ί h. /ahr, l’eber dm Hischo/ssitz des Methodius, ilans Zeitschrift p.r Kirchenqrschichle, 1886, t. vm. p. 13-20; \V. M. lùunsay, Methodius, bishop of Olympus, dan* The classical Kcvicu . 1893. t. vn, p. 311-312; E. Garel, 5. Melhodii Patarensis convivium decem virginum (thèse). Pari*. 1880; I’r. I Urich, I. Τιati:s. — Le Dr autexusio n été publié d’abord juir J. de Meurs (Mcundux) dans Variorum divinorum Uber unia, Ix»ydc. 1619, p. 89-110, reproduit dans les Optra, édit. J. ΙλπιΙ, l lorencc. 1746. t. vm, col. 725-731 ; E. (tom­ bé fb rassemble pour la première fols les œuvres connues de Méthode dans Amphilochii Iconiensis, Methodii Pala· remis rl Andreir Cretensis opera omnia, Paris, 1644, p. 283471; il ne connaît pas encore le Symimsion .qui est publié presque simultanément par !.. Allatius, Melhodii rp. cl mari, convivium virginum, Home. 1656,et par P. Poussincs, .S’. P. Λ*. Melhodii rp. et mari, convivium virginum, Paris, 1657; dès lors Combéfls peut publier le Symposion dans inn Auctarium novissimum, Paris, 1672, p. 64-162; c’est cette double édition de Cornbéils qui fiasse dans Gallandi. lilbliothrca Ml. Patriim, l. m. Venise. 1767, p. 66.3-832, et de là dans P. G., t. xvm. col. 9-408. — l'n sérieux progrès Munich, 1885 (dans 1rs Mémoires de l'Académle des scicncci dr Bavière, philos.-philol. Klassr, t. xvn b). É. Amaxn. lintstchung und Entivicklnng der lAleraturgattung des Sym­ posion, Wur/bourg, 1909; W. Meyer. Anfang und Trsprung der laleinischen und griechischen rhythmischen Dlchtung, MÉTHODISME, réaction tentée au sein de l’anglicanisme par John Wcslcy (1703-1791). - Cc mouvement présente un intérêt spécial tant à cause du grand nombre de ses adhérents (plus de trente millions en Angleterre, aux Ëtats-l nis, au Canada, en Australie) qu’a cause de l’ardeur de ses mission­ naires en pays chrétien et en terre païenne; c’est la raison pour laquelle nous lui consacrons une étude quelque peu détaillée. L Origine du mouvement. IL Principales branches de méthodistes (col. 1617). HL Doctrine (col. 1618). IV.Organisation (col. 1619). 1615 MÉTHODISME L Origine nu mouvement. — L'Angleterre du xvnr siècle est le premier pays de l'Europe pour les découvertes scientifiques cl la philosophie nouvelle; par contre son niveau moral est très bas et un déver­ gondage éhonté succède â l’austérité puritaine. Les congrégationahstcs, baplislcs et quakers sont désar­ més contre les assauts de la philosophie déiste et arienne; les anglicans aussi bien que les non-confor­ mistes éprouvent une égale horreur pour toute fer­ veur religieuse traitée d'enthousiasme. !♦ John Wesley, — Pour remédier à l’anarchie, des idées qui désole l’anglicanisme, John Wesley fera appel à l’expérience religieuse qui se manifeste surtout dans le fait de la justification dans la crise du Arm birth. Il maintiendra les xxxix articles anglicans, tout en les réduisant ù xxv pour ses disciples d'Amérique. Scs idées évolueront après lui et exerceront une influence considérable sur les théories de la théo­ logie protestante libérale, depuis Schlciermacher jusqu'à William James. Fil* du pasteur d’Epworlh, John est le trei­ zième des dix-neuf enfants d’une mère très pieuse qui fait chaque jour deux heures de méditation, son exa­ men de conscience ct emploie un quart d’heure pour se recueillir avant les prières en commun. Apres avoir fait de bonnes études à l’Univcrsilé d’Oxford, il est converti par la lecture de l'imitation de Jésus-Christ, ct sc décide à suivre la carrière ecclésiastique. 11 adopte aussitôt un règlement de vie très sévère : lever mati­ nal, examen de conscience chaque soir, emploi jaloux du temps, pureté d’intention, inventaire exact de l’âme, jeûne, prière, oraisons jaculatoires quand l’heure sonne cl, dans les intervalles du sommeil, comptabilité des phénomènes qui marquent l’ac­ croisse ment de la ferveur. Élu en 1726 fellow de Lincoln-College, puis rec­ teur de Wroble de 1727 à 1729, il est rappelé à Oxford. Après avoir longtemps pensé uniquement à sa vie intérieure, il va maintenant songer aux autres. Ironie des choses humaines! Après avoir été accusé toute sa vie de papisme, Wesley aboutira à créer un noyau de protestantisme renforcé : « On s’y attachait au dogme de la justification par la foi seule, et même, dans une partie de la secte, à celui de la prédestina­ tion absolue, entendue avec toute la dureté calvi­ niste. Ajoutons qu’en sc séparant de l’Égllse établie, le méthodisme était conduit naturellement à nier la valeur de la succession apostolique, a contester l’au­ torité de l’épiscopat et les privilèges de la prêtrise, en un mol, à rejeter tout ce que l’anglicanisme avait essayé de conserver de l'organisme catholique : le prêcheur devenait ministre, par le seul fait de sa voca­ tion intérieure; il pouvait non seulement enseigner, mais administrer la communion. » Thurcau-Dangin, Im renaissance catholique en Angleterre au XIX· tiède, Paris, 10· éd., 1923, t. i, p. xxvn. Le savant historien ajoute avec une pointe d’exagération : « On se retrouvait en plein puritanisme. * Ils étaient loin de prévoir un pareil résultat, les quelques étudiants modèles d’Oxford qui décident de sc réunir chaque semaine, d’observer scrupuleuse­ ment les Statuts désuets de Université cl de vaquer aux œuvres de miséricorde. Leur ferveur méticuleuse est critiquée des relâchés, ct le nom de méthodiste leur est décerné comme un sobriquet. Us continuent néanmoins de sc réunir chaque soir de 6 à 9 heures, étudiant le Nouveau Testament et s’efforçant d’éta­ blir la vie doctrinale, liturgique ct constitutionnelle de l'ancienne Église. Cependant John Wesley veut étudier l’Évangile en l’enseignant aux Pcaux-Hougcs; il part pour la Géor­ gie, mais n'atteindra pas les sauvages. Nommé curé des colons de Savannah, il exerce son ministère avec 1616 une certaine rigueur, il est poursuivi pour refus de communion et revient en 1738 en Angleterre. 2° Influence des pidtistes moraves (1735-1711), — Wcslcy a fait la traversée avec d’humbles piélistes moraves, et il admirera leur calme devant la mort au fort de la tempête, alors qu'il se sent incapable de dominer son effroi. Il va donc quitter momentané­ ment scs conceptions théologiqucs, High Church, pour se rapprocher de Luther el de la justification par la foi seule. Bolder lui révèle le devoir de l’amour de Dieu. H va voir le comte Zinzcndorf â Hcrmhut, il est profondément ému de cet essai de reconstitution de I’Église primitive. Mais il sera déçu par la doctrine des frères moraves et sera obligé de se séparer d’eux ù cause de leur quiétisme, qui leur fait considérer les œuvres non seulement comme inutiles, mais comme nuisibles à la justification. 3e Rupture avec Γ Église anglicane.— Parmi scs conquêtes, une des plus brillantes est celle de White­ field qui obtint aussitôt de grands succès oratoires. Mais les anglicans leur reprochent bientôt de prêcher une assurance absolue du salut. De plus la prédica­ tion consiste surtout de la part de l’orateur â faire le récit enthousiaste de sa propre conversion. Le comble du succès est d’obtenir qu’un certain nombre d’audi­ teurs s'effondrent, gémissant, pleurant, hurlant avec des spasmes violents el épileptiques, signe évident de la naissance imminente de l’homme nouveau. Peu à peu toutes les églises leur sont refusées. Whitefield se décide à prêcher en plein air aux ouvriers de Bristol, Wesley, apres quelques hésitations, consent à imiter son exemple. Arraché contre son grc du sein de I’Église anglicane, il sc console par les manifestations, évidemment divines à scs yeux, du Xeiv birth qui se renouvellent à chacune de ses prédications en plein air. Wcslcy éprouvait une vive répugnance pour la prédestination absolue et s'était rallié à l’armi­ nianisme. Whitefield au contraire subissait l'influence du calvinisme dont les progrès étaient* grands en Angleterre depuis 1689. Les deux amis évitaient ces questions irritantes, mais les disciples, plus indiscrets, forcèrent Wesley à se prononcer; il y eut désormais deux branches distinctes : les calvinistes ct les armi­ niens. Les deux chefs, irrémédiablement séparés en matière de doctrine, restèrent néanmoins unis par une Inaltérable amitié. 4· Wesley crée des ministres. · Cependant ces défections restreignaient le nombre des collaborateurs: bientôt il n’a plus que son frère Charles. Alors il confie ù quelques laïques, intelligents ct pieux, le soin d’édifier la réunion, en son absence, par la lecture de la Bible. Un jour, un jeune maçon lit une harangue enflammée. Ce succès Inattendu le décida à permettre aux lafques do prêcher en attendant qu’il eût des clergymen. Cela lui permet de voyager plus librement. Son activité est extraordinaire, il visite toutes les localités. On a compté qu'il avait parcouru 362 025 kilomètres, qu’il avait débité 52 -100 sermons, une moyenne de 3 ou 4 par jour. Il remporte des succès éclatants, mais soulève parfois pendant scs prédications publiques une violente opposition qui met sa vie en danger. L’opposition qui lui est le plus sensible est celle des évêques anglicans refusant d’ordonner ses prédica­ teurs. Une fois, il demande ce service à un prélat de I’Église grecque de passage en Angleterre (1761). Il ne pouvait recourir souvent à cet expédient; aussi, apres de longues hésitations, se décide-t-il en 1781 à ordonner des prêtres pour l’Amérique, puis pour l’Irlande ct l’Écossc, enfin pour l'Angleterre. Il envoya même en Amérique, qui venait de se séparer de l’Angleterre, deux superintendants qui 1617 M ÉTHO DISME bientôt sc considérèrent comme évêques. L'Église méthodiste s'organisa, dans le Nouveau Monde, en Église épiscopale. 5· Mort de Wesley. Il laissait 72 000 adeptes en Angleterre, 61 000 en Amérique, sans compter 800 000 adhérents. Pour régir celle prodigieuse année, il n’avait pas désigné de successeur; une Deed of declaration datée de 1784 léguait scs biens el pouvoirs â une Conférence composée de 100 prédicateurs. Il y eut des mécontents surtout parmi les laïques exclus. Il négligeait de fixer les rapports avec I’Église anglicane dont il ne s’était jamais séparé complète­ ment. Il y rut donc des divisions. 11. Principales bhanchi s des méthodistes. 1· Angleterre. - Nous devons nous borner aux plus nombreuses : Les Primitive methodists introduisirent les camp-meetings commencés en Amérique dès 1799. — Les Hi Me Christians, fondés par W. O’Bryan, admettaient les femmes à la prédication. — Les Protestants methodists, groupés par Matthew Johnson, protestaient contre l’usage des orgues dans les églises. — Les Arminiens methodists sont partisans de la Derby /a ilh. — La Methodist neiv connexion fut cons­ tituée* par A. Kilham d'après des principes nettement démocratiques. - - La Wesleyan mcthodisl association sc forma en vue d’une certaine décentralisation, accordant l’autonomie régionale pour les affaires concernant exclusivement les circuits et les églises. Elle s’unit en 1857 avec les Wesleyan reformers pour constituer les United methodist free Churches. — En 1859 se forma la Wesleyan reform union. -- En 1806, les Independent methodists attirèrent nombre de quakers, cl furent dénommés Quaker methodists, ou les Singing Quakers. Malgré ces déchirements, la famille wcslcy cnne conserva toujours de sérieux effectifs. Renouveau. — A partir de 1855 on constate une nouvelle marche en avant, une progagande intense, tant en terre anglaise que dans les missions étran­ gères. Une place est consentie dans la Conférence aux délégués laïques, des collectes abondantes permet lent de subvenir aux frais de propagande. Des conférences sont créées dans les pays étrangers : France, 1852; Australie, 1855; Canada, 1875; Afrique australe, 1883; Allemagne, 1897; Chine, 1853; Milan, I860; Naples, 1863; Espagne ct Portugal. I860; Home, 1870. On compte que, depuis 1855, deux nouvelles cha­ pelles ont été édifiées chaque semaine en moyenne; 250 000 livres y furent consacrées chaque année. Depuis 1851, le Westminster normal training Institu­ tion prépare des maîtres d’écoles, tandis que le South­ lands college forme des maîtresses. Les collèges de Dldsburg cl de Kichmond instruisent des ministres. On a construit dans les grands centres des Central Halls, superbes salles de réunions avec de belles orgues et tout le confort des grands théâtres, ainsi le Twentieth century Hall de Westminster. En même temps on constate en ces dernières années une tendance vers l’unité. Des « Conférences œcumé­ niques » se réunissent tous les dix ans depuis 1881. 2* États-Unis. - L’individualisme s’y manifeste encore plus; il n’y a pas moins de dix-huit Églises méthodistes, voici les noms des dix plus importantes : La Methodist episcopal Church ( I 636 859 membres) qui envoie des missionnaires en Europe. ·— La Metho­ dist episcopal Church South (2 IIS 236). — African mcthodisl episcopal, do couleur (551 776). — African mdhodist episcopal /.ton (112 315). - - Coloured metho­ dist episcopal (366 315). — Methodist protestant (186 275). - La Canadian methodist Church, unifiée depuis 1883, groupe 107 261 membres. Le méthodisme forme incontestablement une des plus grandes organisations du monde chrétien, avec 1618 57 647 ministres, 95 695 prédicateurs locaux, 94 571 écoles dominicales, 982 484 instituteurs cl employés, 10 386 134 écoliers, 104 161 églises et chapelles, 10 690 702 membres. Notons que ce dernier nombre ne comprend pas les enfants jusqu’à 15ans; il faudrait donc pour obtenir l'effectif complet le multiplier par le coefficient 3, ce qui donnerait plus de 30 millions. ill. Doctrine du méthodisme.— C'est en matière doctrinale surtout que Wcslcy n’avait nullement cherché à innover. 11 est resté fidèle jusqu’au bout aux xxxix artiefes. Aussi n’a-t-il jamais songé à imposer de symbole. Si nous consultons scs écrits, notamment son Jour­ nal, scs Sermons (1727), ses Notes explicatives sur le Nouveau Testament (1751) il donne comme marques de la nouvelle naissance (New birth) la foi, l’espérance, la charité; il insiste sur la sanctification par la pratique des vertus chrétiennes el des bonnes œuvres; il s’exprime comme pourrait le faire un catholique. Il ajoute la théorie de 1 assurance, c’est-à-dire de la certitude que doit posséder tout homme juste de son étal actuel de justifié; il le sait par expérience, il le sent. C’est une forme de l’expérience religieuse. Il admet que la conversion doit être instantanée, c’est un point qu’il a conservé de la doctrine des Moraves, tout en admettant contre eux des degrés divers dans la justification el dans la foi. Après la mort de Wesley, les méthodistes, s’étant séparés de I’Église anglicane, sentirent le besoin d’une confession de foi. La Conférence de 1806 en affirma la nécessité; on prépara deux projets, l’un en xxix, l’autre en xxxvni articles, mais on ne put aboutir. La Conférence de 1807 décida : personne ne saurait conserver une poste officiel dans nos sociétés, s’il tient des opinions contraires aux suivantes : la totale corruption de la nature humaine, la divinité et la rédemption du Christ, l’influence ct le témoignage du Saint-Esprit, la sainteté chrétienne, comme les méthodistes les admettent. — On remarquera la restric­ tion de la tin qui ne désigne rien de précis el ouvre la porte â toutes les évolutions possibles. Aussi quel recul doctrinal pendant un siècleI En 1907, on constatait que le méthodisme est soumis à la meme évolution théologique que le reste du monde chrétien (protestant) ct l’on ajoutait que « les croyances wcslcy vîmes sont bien plus élastiques que celles de I’Eglise anglicane ou celles des presbyté­ riens », car « le méthodisme est une religion extrême­ ment pratique. Il a l’habitude de vérifier les idées en les appliquant immédiatement dans la réalité. Le ministre qui est frappé par une nouvelle présentation de la doctrine chrétienne ne se demande pas seule­ ment : · Jusqu’à quel point est-ce que cela concorde avec lo système général de la doctrine évangélique? » mais : » Qu’csl-cc que celle idée dira à I homme insou­ ciant et au nouvel éveillé, que je dois Inviter demain soir à renoncer à ses péchés et a venir au Christ? » Voilà certes une grande force conservatrice; le métho­ disme progressera lentement et en se donnant le temps pour mettre en pratique les idées nouvelles, pour les réconcilier avec ce qu’il y a d’essentiel dans le vieux svstèiùc el les utiliser en vue d’un meilleur rendement. Les jugeant à leurs résultats, il n’adoptera que ce qui s’atteste utile à sauver l’Évangile ». Sir Percy Bunting, New history of methodism, Londres, 1909, t. il, p. 488. Dans quel sens porte aujourd'hui l’expérience? (’.’est l’affaiblissement considérable du sentiment du péché, ce sentiment de terrible effroi ou du moins cette secousse de conscience qui, aux premiers jours du méthodisme, forçait le pécheur à prendre une résolution séance tenante, le jetait dans une agonie d’âme el souvent dans des convulsions physiques. On recourt moins â la crainte qu’à la persuasion. 1619 METHODISM E à renseignement, à la sympathie. On n’insiste plus tant sur le devoir de sauver sa propre âme que sur le devoir de se rendre utile comme disciple et soldat du LlinU. Par contre, certains veulent revenir à l’enseignement pur cl simple de Wesley, et. dans la préface d’une brochure éditée en 1920, le Rev. Dinsdnlc T. Young félicite l’auteur de son courage cl ajoute : < D’aucuns semblent s’imaginer qu’ils peuvent continuer avec succès l'œuvre d’évangélisation de John Wesley sans avoir sa théologie. Je suis tout à fait persuadé que c'est là un vain rêve. La chrétienté organisée est aujourd'hui d’une faiblesse déplorable, et un retour a l’enseignement nettement évangélique est le seul espoir qui lui reste ». Messages hat made the revival, p. 5 Voici douze points mis dans les projets des xxix et xxxviii articles, préparés en 1806 et qu’on voudrait conserver : La parole infaillible. — L’origine de l’homme et son état primitif. — La chute de l’homme. - La corruption totale de la nature humaine. · La rédemption universelle et la grâce prévenante. — La rédemption par le sang du Christ. — Le repentir el la prédication de la loi. — Le salut par la foi. — La nouvelle naissance. — L'assurance. La sautillent ion totale et la perfection chrétienne. — l ne seule épreuve et deux alternatives : le ciel cl l’enfer. L’avenir dira si le méthodisme saura suivre ces sages conseils cl se préserver d’un modernisme dissolvant de toute doctrine définie. Les méthodistes contemporains constatent, avec tristesse, que beaucoup de leurs prédicateurs ont perdu la conviction qui faisait le succès des revivais primitifs. Comme un archevêque disait à l’acteur Betterton ; Comment sc fait-il que vous, acteurs, vous produisiez plus d’effet par vos fables que mon clergé avec ses vérités? » Betterton répondit : « N en déplaise a voire Grâce, c’est que voire clergé public la vérité comme si elle était une fiction, tandis que nous autres, acteurs, nous débitons des fables comme si elles étaient la vérité. » Certains méthodistes préfèrent la théorie de Darwin aux récits de la Genèse, mettent au point de départ de l’humanité non une déchéance, mais le début d’une évolution vers un progrès indéfini. C’est donc abandonner un point essentiel du protestantisme, point que les catholicisme tenait comme exagéré. On peut leur appliquer cc que G. Goyau dit des protestants modernes en général : « Les Idées de libre examen, de religion personnelle et d’évolution­ nisme dogmatique sont devenues, pour beaucoup d’adeptes de la Réforme, comme des catégories de la pensée, cl I interet véritable ne consiste plus à savoir quels sont les dogmes qu’ils croient, mais quelles sont les émotions religieuses qu’ils ressentent, cl quel· sont les points de vue qu’ils aiment. · /.’Allemagne reli­ gieuse. Le protestantisme, Paris. 1908, p. xi. IV. Organisation, — SI Wesley ne fut pas original en matière de doctrine, il ne le fut même pas en fait d’organisation. < Le grand succès de Wesley comme organisateur est dû au moins autant à sa réceptivité pour accepter les suggestions des autres et À son adresse pour les adapter qu’il la fertilité de scs propres ressources. Il est remarquable qu’il n’y a guère dans tout son système admirablement agencé un seul détail dont il faut l'appeler l'inventeur. > J. IL Overton, John Waleg, p. 121. Dès que Wcsley avait prêché, les hommes régénérés à la suite de sa parole ou désireux de bénéficier d< la neuve Ile naissance étalent aussitôt enrôlés dans un groupement destiné à soutenir, encourager, alimenter leur ferveur religieuse. Les disciples forment 1G20 les United societies qui sont considérées comme appar­ tenant à Γ Église établie, (‘.es sociétés peuvent com­ prendre des Select societies ou Select bands, groupant ceux qui font profession d’avoir atteint la perfec­ tion chrétienne absolue, et des Penitent societies pour les régénérés retombés dans le péché; mais ces grou­ pements ne subsistèrent pas longtemps. Les Hand meetings sont des assemblées hebdoma­ daires avec prières, cahtiqucs, lectures, exhortations pieuses, confession publique de chacun des assis­ tants â commencer par le chef. Chacun expose l’étal de sa conscience depuis la dernière réunion, tentations rencontrées, chutes ou victoires, progrès faits dans la vertu, moyens employés? Ceci est véritablement admirable, mais ne peut être pratiqué que par une élite. Dès que le méthodisme est devenu une Eglise, et donc s’est ouvert à tous, cela devait forcément dégénérer. D’ailleurs, dès le début, les adversaires y voient des foyers de débauche et d’immoralité. Cependant l’on avait pris certaines précautions pour éviter les abus : les réunions sont de 5 à 10 membres triés sur le volet, les sexes sont séparés, les gens mariés sont séparés des jeunes gens, il faut pour pénétrer un billet d’admission renouvelé chaque trimestre. Le niveau moral est d’abord très élevé; voici les pratiques recommandées : ni vente ni achat le dimanche, pas de liqueur, ni de jouissances inutiles, comme le tabac, n’avoir qu’une parole, ne rien mettre en gage, pas d’ornements superflus, ne pas dire du mal des autres, faire l’aumône, réprimander les coupables avec douceur, donner le bon exemple : aller à l’église et à la sainte table chaque dimanche, assister à toutes les réunions publiques des bands, écouter le prêtre chaque matin si possible, prier chaque soir en famille, lire l'Ecriture et la méditer chaque fois qu’on le peut, jeûner et faire abstinence chaque vendredi. Les Select bands disparurent à cause de l’antinomisme de ces prétendus saints qui se croyaient dispensés des devoirs élémentaires de la vie chré­ tienne. Certains passaient leur temps à faire des mira­ cles et à annoncer la fin du monde pour le lendemain. La Classe groupe douze membres payant un penny par semaine; un collecteur apporte chaque semaine les cotisations aux administrateurs. Plusieurs classes forment une société, les sociétés sont réunies en districts, les districts en provinces ou nations. Dans chaque société il peut y avoir une ou plusieurs Hands, mais ces organismes ne sont pas essentiels. Wesley possédait une autorité absolue qu’il exerçait sans morgue ni dureté. 1 )ès (pie le nombre des convertis se fut accni, il dut s’adjoindre des Class-leaders; le chef des douze membres est imposé, non élu, il doit voir chaque membre au moins une fois par semaine, s’enquérir de l’état de son âme. traiter avec le ministre, le mettre au courant des cas de maladie ou d’inconduite, transmettre les cotisations. Comme il y a peu de clergymen ralliés à Wcsley, il faut leur adjoindre des Lay assistants ou helpers, qui doivent prêcher tous les jours malin et soir, assembler chaque semaine les Hands, visiter les classes une fois par trimestre, réunir les chefs des Hands cl des classes chaque semaine. A la tête de chaque dis­ trict il y a un prédicateur itinérant. Aux Conférences annuelles de 1711 à 1791, l’autorité de Wesley fut toujours décisive. 11 voulait qu'on assistât aux ofllces anglicans, tout en y adjoignant deux fêles spéciales, les Love-feasts ou agapes, et les IVofchnights ou vigiles. Quoiqu’il ait accepté, contraint par la nécessité, de faire des ordinations, geste qui équiva­ lait à la rupture, il voulut mourir dans l’Église de son baptême. 1621 MÉTHODISME MÉTROPHANE CRITOPOULOS Wcsley redoutait pour son œuvre le danger de la richesse. Il disait : · La pratique de la religion suppose nécessairement l’activité cl la frugalité; celles-ci ne peuvent que produire la richesse. Or, quand la richesse augmente, elle s’accompagne d’orgueil, de colère et d'amour du monde sous toutes scs formes. » Les méthodistes actuels ne fréquentent plus les Églises anglicanes, ils reçoivent les sacrements de leurs propres ministres dans leurs chapelles. lis ne se recrutent plus parmi les ouvriers, mais comptent beaucoup de personnes enrichies dans le commerce et l'industrie. On assure que les Royce vont de préférence aux églises wesleycnnes. La propagande dans le peuple s’est continuée par l’Année du salut du général Booth, ancien ministre do la Methodist neuf connexion. Le méthodisme avait joué au début en Angleterre* un rôle analogue à celui que tint un peu plus tôt le piétisme en Angleterre el sur le continent. 11 prêchait le sentiment du péché et l’assurance de la justifica­ tion hic et mine. Le passage d’un état à l’autre sc faisait en un instant de crise par la conversion ou ncip birth. La justification par la foi qu'il prêchait était plus proche de la doctrine du concile de Trente que le solifidéismc furieux de Luther, comme il disait avec dédain. Par ailleurs son arminianisme le plaçait aux antipodes de la prédestination génevoise. Wcsley mort, la séparation avec l’Église anglicane sc consomme, les doctrines évoluent el le plus grand nombre sc rallie à la conception de l’expérience reli­ gieuse mise en honneur par des théoriciens, tels que Schlciermachcr, le père du protestantisme libéral, et William James, le prophète du pragmatisme religieux. On sait que Schlciermachcr croit avoir découvert un sens religieux, intermédiaire entre la raison el le cœur; ce sens a pour objet l’infini répandu dans l’univers el prenant conscience en chacun de nous. William James lui a imprimé un caractère de pragmatisme utilitariste. Ou est loin de l'orthodoxie désirée par Wcsley. tCc grand homme qu’on a comparé à saint Benoît pour sa piété liturgique, à saint Dominique pour son zèle apostolique, à saint François d’Assise pour son amour du Christ et son détachement, à saint Ignace de Loyola pour son génie organisateur, à saint Alphonse de Liguori, son contemporain, pour son appel terrorisant aux jugements de Dieu, a déclenché un clan bienfaisant de ferveur, non seulement chez scs disciples, mais aussi par émulation, chez les angli­ cans, les congrégationalisles, les baptist es» qùi lui doivent un regain de vie spirituelle. Les méthodistes ont bien mérité, en appuyant les œuvres sociales et philanthropiques, écoles dominicales, anlicsdavagisme, réforme des prisons, antialcoolisme. Dans la liturgie, ils ont fait une large place aux cantiques qui nourrissent la piété. Ils ont donné une vigoureux élan aux missions chez les infidèles. Il faut constater néanmoins que le vice intrinsèque du protestantisme a fait dévier le mouvement en amenant le glissement dans la doctrine, la multipli­ cation des sectes, el qu’une réaction organisée pour réveiller la ferveur chez les anglicans endormis» a tourné insensiblement à une lutte acharnée contre les chrétiens fidèles aux traditions romaines. M. Lelièvre, Vie de John Wesley, Paris, 1868; Xugustin Léger, La jeunesse de John Wesley, Paris, 1910; W. Banni, ber Methodlsmus, Zurich, 1828; L. S. Jacoby, Geschlchte des Methodlsmus, Brème, 1870; IT. LooL, art. Methodismus, de la Protest. Realencyclopàdie; Maximin Piet te, La réaction weslêyenne dans L roohilion protestante, Étude d'hisfoire religieuse, Bruxelles, 1925, et Paris. 1927. K. Heddk. 1. MÉTROPHANE 1622 CRITOPOULOS, patriarche d’Alexandrie (xvn· siècle). L Vie. IL Ou­ vrages. III. Doctrine L Vie. — Il naquit à Berrhée (Βερροία, Verria) en Macédoine en 1589. A l’âge de douze ans, il fut nommé par le métropolite de cette ville πρωτοαποστολάριος, c’est-à-dire premier lecteur del’épltrc. Il choisit jeune homme l’état monastique cl sc rendit au mont Athos. C’est là sans doute que le rencontra Cyrille Lucar, alors patriarche d’Alexandrie, et qu’il se l’attacha. Invité par Georges Abbot, archevêque de Canlorbéry, à envoyer un jeune grec intelligent en Angleterre pour y étudier, Cyrille Ht choix de notre Metrophane, alors prêtre. Celui-ci arriva à Londres au milieu de 1617, et dès la rentrée scolaire de cette même année, commençait à Oxford un cycle d’études qui devait durer plusieurs années. En mars 1621, nous le trou­ vons encore en Angleterre. Il ne tarda pas à quitter cc pays pour l’Allemagne. Il y visita un grand nombre de villes, Hambourg. Brême. Helmstadt, où il passa l’année scolaire 1624-1625, cl où il rédigea sa Confes­ sion de l’Église orientale (voir plus loin), Magdebourg. Halle, Wittenberg, Berlin, Leipzig, Cobourg, Weimar, léna, Frieienwalde, Alldorfl, Nuremberg. Sullzbach. Augsbourg. l hn, Stuttgart, Tubingue el Strasbourg. Après quoi il passa en Suisse. Bâle et Berne le virent tour à tour. Les Bernois lui facilitèrent les movens d’aller à Genève et lui remirent une lettre de recommandation auprès des chefs religieux de cette ville. Le 6 octo­ bre 1627, Metrophane fut reçu par la Compagnie des pasteurs, et procès-verbal fut dresse de l’audience. Cc document, conservé dans les Archives du consistoire de celte ville, et reproduit par Legrand, Bibliographie hellénique du xrzz· siècle, t. v, p. 203-206, nous apprend que Mélrophane déclarait être venu dans le but de rechercher et désirer < quelque moyen d’union des Églises grecques et orientales avec les Eglises d'Europe et occidentales », et se disait mandaté pour cela par « Cyrillus, patriarche ci-devant d’Alexandrie et à présent de Constantinople ». Il affirmait avoir visité, sur son ordre, les Églises el académies d’Alle­ magne el même souscrit, à Bâle, à une grande partie des articles de leur Confession de foi. On lui demanda des preuves qu’il avait celte mission : il ne put les fournir ou elles parurent insuffisantes. Sur quoi, la Compagnie « lui a fait entendre que. puisqu’il n’avait commission ni mandement exprès du patriarche de s’employer à cc louable dessein, ai ns seulement de voir cl d’apprendre ce qui est de la doctrine enseignée en nos églises, joint que ce dessein, estait général à toutes, la Comp. ne pouvait autre que louer ledit dessein et désirer que Dieu donnast le moyen de l’exé­ cuter, · Deux jours après, Mélrophane fut admis à une audience du Conseil. La relation, conservée à l’Hôtvl de ville de Genève, et reproduite par Legrand, op. cit , p. 207-208, nous le montre s’engageant plus avant dans les tentatives d’union. · Et a ledit Mytrofanes proposé trois poincts. Le premier si la parole de Dieu est pas celle (pu doit décider toutes les controverses; 2· si, quand il y a quelque passage obscur dans l’Es* criplure qui ne se peut expliquer par l’Escriplurc même, on ne peut pas recourir aux Pères. Le 3· si, au faicl du rite et cérémonies, on pouvait pas (sic) se dispenser en quelque façon, moyennant qu’il n’y oust rien qui fust contraire à la parole de Dieu et à l’édification de l’Église. · La réponse du Conseil fut plutôt réservée : « Là-dessus leur Compagnie ne peut faire autre chose sinon tesmoigner un désir d’cslablir quelque bonne union, mais que ceste Eglise estant seule el séparée, elle ne peut rien faire, mais faut qu’il v ail consentement universel tant des Eglises de Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre que autres. 1623 M ÉT B O P 11Λ N E C KIT O P O U LOS Et tout cc qu’ils peuvent faire à présent, c’est de faire voir audit Mytrofancs nos liturgies et caté­ chismes· dont ils lui bailleront des copies. » De Genève, Metrophane alla â Zurich ct de là à Venise, où il arriva le 1" novembre 1627. 11 se rendit sans doute directement à Constantinople. En 1631, on le trouve en Égypte. I n acte de fiançailles nous le montre grand archimandrite d’Alexandrie au 15 sep­ tembre 1633. Du 1" décembre 1633 jusqu'au 31 juil­ let 1636, il signe en qualité d’évêque : ο .Μεμφέως καί ΑΙγύπτου Μητροφάνης. En septembre 1636, il monte sur le trône patriarcal d’Alexandrie. On le trouve en 1638 à Constantinople, où il souscrit au synode qui con­ damne son bienfaiteur Cyrille Lucar. Une lettre de Ro­ dolphe Schmfd, résident impérial à Constantinople, da­ tée du 30 mai 1639, nous apprend sa mort en Valachic. IL Ouvrages. — 1· 'Ομολογία της άνατολικής ’Εκκλησίας της καθολικής, Confessio catholico: ct apos· tolicæ in Oriente Ecclesix, accompagnée d’une traduc­ tion latine de Jean Horneius; parue à Helmstadt en 1661. L'épltre dédicatoire de l’auteur aux professeurs de Helmstadt est datée du 12 mai 1625. Le ms. auto­ graphe de la Confession de Metrophane est conservé à la bibliothèque de Wolfenbûltcl (n. 1018). Cette Confession a été rééditée par Weissenborn, avec regard sur l’original, dans l’appendice â l'ouvrage de Kimmel, Librisymbolic! Ecclesia:orientalis, Appendice, p. 1-213, par Mésoloras, Συμβολική τής όρΟοδόξου άνατολικής ’Εκκλησίας. I ϊ, 1883, ρ. 279-368, et par Michalcescu, Die Rekennlnisse und die wichtigsten Glaubcnszeugnisse der griechisch-oricnlalischen Kirchc, 1901, p. 186-252. Ccs deux derniers éditeurs ont, pour plus de clarté, ajouté un litre de chapitre pour la conclusion de l’ou­ vrage : xxm, IIcpl καταστάσεως της άνατολικής ’Εκκλησίας. 2·Λόγος !Ιανηγυρικός, άμα καί δογμα­ τικός, εις .την κατά γέννησιν τού κυρίου’Ιησού Χριστού, avec traduction latine de Georges Quecclus; paru à Altdorff en 1626. Cf. Legrand, op, cil., t. 1, p. 219. Cc discours fut prononcé ù 1’Académie d’Altdorff, aux environs de la fête de Noel 1625. C’est un exposé du dogme christologique où l’auteur met spécialement en relief la divinité de Jésus-Christ. — 3· Άπόκρισις πράς την ζήτησιν... περί τού Άποστολικού ρητού Γαλατ. εΐ Ηνεύματι περιπατεϊτε, καί επιθυμίαν σαρκάς ού μή τελέσητε, avec traduction latine de Melchior Kinder, parue en 1626 à Nuremberg; ci. Legrand, ibid., p. 220. •I· Epistola de vocibus quibusdam liturgicis, texte grec ct traduction latine par Jérémie Crudelius, parue ù Wittcmberg en 1710; cf. Legrand, t. v, p. 211. Celte lettre fut écrite en 1626. Elle donne l’explication des mots Είρμος, τροπάριου, κοντάκιον, ύπακοη, έξαποστελίριον, φωταγωγικόν et κανών avec renvois au Menologe. Martin Gerbcrt l’a reproduite dans Scriptorcs ecclesiastici de musica sacra potissimum, 1781, t. hi, p. 398 102. 5· Emendationes ct animadversiones in Johanms Mcarsii Glossarium grecco barbarum, paru à Stendal on 1787. Cf. Legrand, ibid., p. 212. — 6· IIcpl τής προφοράς τού γράμματος Δ καί Θ, ώς ού ντίλτα καί τήτα αλλά δέλτα καί θήτα χρή ταύτα προφέρεσθαι, écrit à Altdorff en 1625, édité par Schwenter à la fin de son Oratio de pronunciatione literæ Than raphatir, Nuremberg. 1625. — 7· Diverses lettres, dont un certain nombre sont publiées. Voir Rlchtcr, Eptdolæ, 1782; Legrand, op. cit., t. v. p. 212-211; Νέα Σιών, t. v, 1907, 'Ελλήνων επιστολαί προς τύν Πατρίκιον Ιούνιον, ρ 306 sq.; ΣυμοολαΙ εις την αλληλογραφίαν τού Μητροφάνους κριτοπούλου ώς φοιτητού τής 'Οξφόρδης,ibid., t. ix, 1909, ρ. 291-296. Autre lettre publiée dans Ιερός Σύνδεσμος. 1911, n. 235 ct 211. A signaler une lettre en latin à Léger, en réponse a drs avances pour faire l’union des Églises, publiée par Mazaraks, Μητροφάνης Κριτό πουλος, ρ. 57-59. 1624 (havres inédites. — Nous mentionnons les suivantes d’après Démétracopoulos et Mazarakès : I- Six homé­ lies prèchées à Venise (renseignement pris dans Dletelmair. De Metrophane Critopoulo); 2" 'Οδοιπορικόν. Journal de son voyage en Angleterre, Allemagne, Suisse, Italie. Dcmétracopoulos sc demande si le manuscrit en a jamais été retrouvé, ou s’il s’agit tout simplement de l’album où Critopoulos conservait les lettres des savants avec lesquels il avait été en relation; 3* Une traduction du Nouveau Testament en grec-vulgaire; I· Une grammaire du grec-vulgaire; 5· l ue Antipanoplie, réplique à la Panoplie de Néo­ phyte Rhodinos parue ù Home en 1630; 6· Un dis­ cours προς τούς πάντα καινοτομούντας. Ces deux der­ niers ouvrages ne sont connus λληνιχή çtloXoyci, Athènes, 1868, p. 2·»7298; G. J. Za viras Âtx 17)x;. Athènes, 1872, p. 449; Boutyras ct Karydés, \ ξιχον Ιστορϊ ς xal Constantinople, 1881, t. m, p. 830; Λιζιχον ΈγχυχλοπαιΪιζόν. Athènes, t. tv (1893-1891), p. 859; W. Gass, Symboltk der gncchischen Kirche, Berlin, 1872, p. 64-69; Wctrer et Welle, Ktrchcnlexicon, 2· édit., t. viu (1893), col. 1444-1446; Protest. Hcalenctjklopivdic, 3’ éd., t. xm (1903), p. 30-33; il. J, Chr. Wcisscnborn, \ppendix librorum sgmbolicorum, lènn, 1850, p. vi-xiv; J. E. Mésolonis, ΣυμβοΙίχη τής ôp9cάνατο).ιχή: Ε<κλη ία:, t. î, p. 265-278 (préface nu texte do la Confession de Critopoulos), Athènes, 1883; 1627 MÉTROPHANE CRITOPOULOS — MEURIER Jnn. Allchakcscu, Die Bckennlnisse und die udchttgsten Glaubcnszetignissc der griechisch-oricntalischen Kirchc, Leipzig, 1904, p. 183-181» (préface au texte de la Confession); T. P. Thémélés, ÙLu^gaiî ιις την άλλη/ογρζφιαν τού Μττροφάνο*; ώ: φοσητοΰ τή: ’< )içop6f,:,diin> \ s ϊι ’·>, t. ιχ (1909), ρ. 291-296; Λ. Palmieri, Theologia dogmatica orthodoxa, t. r, p. 564-576; M. Jugic, Theologia dogmatica Christianorum orientalium, t. i, 1926, p. 511-512, 580. to principaux travaux qui traitent de Mélrophane cri(opouloi «ont les monographie % suivantes, dont il est indis­ pensable de tenir compte : A. K. Bcmelracopoulos, Λόχμην zepi tou jStov xit των σ^γγοχμιυατων Μηιρυφανους :*>> ΚμτοπςύΧου, Leipzig, 1870, in-8% 62 pages; G. G. Alazarakès, Μητρο?*νης Κρσόπουλος τζατριχρχης Άλίςχ/δρεια; χχτα Γ>ύ: νώ'.ιο: τού ζχτ0ΐ2”χκου Αλ(ξζνδρ(ίας, Le Caire, 1884. in-8% 77 pages; AL Renier!, Αίητροφάνης Kprozo-Ào; xai o i » ’ \ΤΡ1? *et l’ttgxvta ^ίλοι αύτοϋ (16171628), Athènes, 1893, ln-8·, 114 pages; E. Legrand, Biblio­ graphie hellénique du ΧΙΊΙ· siècle, t. v, 1903, p. 192-218 (notice biographique); K.J.D. (Dyobouniotês) Μητρομανής du fonds moderne est le Spiraculum Francisci de May­ ronis, composé pendant les vacances de 1 116 par un étudiant de l’université de Bologne, qui avait déjà fait un stage à Paris cl dont nous savons seulement qu’il était originaire d’Evora. C’est un compendium de doctrine scoliste. rédigé par ordre alphabétique cl appelé Spiraculum quia fere totum spiratum a conflatu Francisci de Mayronis, cuius doctrina fulget ut sol et luna. Ces Index font voir que l'ouvrage de X. — 52 1639 Min II Ο N N ES 1640 Meyronncs était très étudié au xv· siècle, comme eu objectionibus rl dubiis acutis. (P. Ehrlc, loc. cit.) En font foi d'ailleurs les nombreux mss. disséminés voici l’index suivant le ms. Int. 902 de la Vaticane, dans les bibliothèques d'Europe. qui passe pour le plus complet : Veritates collecter ci En même temps que les Scripta in ! \ libres Sententia­ iHiriis operibus divi Augustini : er libris de Civitate rum, Maurice éditait, d’après un manuscrit incorrect, Dei, de Trinitate, de doctrina christiana, Confessio­ discorrectiis, cl incomplet, un Quodlibetum du Docteur num, Octoginta trium qunstionum. Hdradutioiuini, illuminé, renfermant seize questions dont les treize super (lenrstm ad litteram, dr mirabilibus Scripturit· premières portent dans le texte même leur numéro sacra-, contra manichtros, contra Adamantium. Quitsd'ordre: apres cela en viennent trois autres que l’édi­ tionum super M aliturum, super Lucam, diversarum teur a chiffrées xiv-xvi, mais dans le texte les deux Scripturarum, in sermone de sloicts d eplcureis, premières sont dites n· cl m·1, et la dernière est sans in sermone dr hoc quod dictum esi Ego sum. Les Veri­ chiffre. On rencontre la même disposition dans le tates theologica· seu compendium librorum sancti Augustini dr Civitate Dei, parurent à Venise 1189 ms. 179 d’Assisc. Le P. l’agi écrivait avoir entre les (Hain, η. 10 533); on elle des éditions antérieures, mains un manuscrit avec une xiv* question, diffé­ rente de celle qui porte ce chiffre dans l’édition, et Cologne, s. d., Trévlse, 1 176, Toulouse, 1 I88.Oii trouve une question xvn· également inédite. Il y aurait la collection de ces Flores, insérées au corps des bien des choses intéressantes à relever dans cet ouvrages qu'elles concernent, dans l’édition monu­ mentale des œuvres de saint Augustin, donnée par le ouvrage: nous mentionnerons seulement la déclara­ cistercien Conrad de Leonberg chez Aincrbach et les tion qui se lit dans le proarmium sur le modus proce· frères l-’robcn de Bàlc, 1505-1506, dendl in theologia, adopté par l’école franciscaine. Maurice du Port continue son catalogue par les Il va, est-il dit, une double méthode de procéder eu Sermones ad clerum rl populum. On a deux volumes théologie, mort peripateticorum et more platonieorum. imprimés de ces serinons : Sermones aurei ab adventu Suivant la première proceditur a b inferioribus ad cum quadragesima usque ad quartum feriam post superiora cl a facilioribus ad difficiliora, suivant la Pascha, Bruxelles, 1 191, Cologne, s. d , Venise, 1191 seconde on suit un processus inverse, a superioribus Dans le colophon ce recueil est indiqué comme le ad inferiora et de difficilioribus ad faciliora. La pre­ premier volume l’?s sermons de tempore. Toutefois mière était celle de saint Paul, la seconde celle de le suivant n’a pas été publié Deux ans après l'édi­ saint Jean. Ce second modus procedendi, tanquam teur le promettait en annonçant les Sermones de magis huic doctrina' conveniens, rst acceptus commu­ laudibus sanctorum et dominicales per totum annum, niter a dodori bus nostris, c'est-à-dire ceux de l’école Venise. I 193. Bûle, 1198, mais il ne donnait que les franciscaine. On répète la même déclaration en com­ premiers, ut nimis operis magnitudo evitetur. Nous mençant la première question, en ajoutant que ce sommes loin d’avoir dans les 92 sermons du !·' volume modus est nobis innata via. et on aborde le mystère de et dans les 90 du il·, en y ajoutant les 5. que publiait la Trinité qui est in theologica facultate difficillimum le capucin Mathias Belintani, dans son volume et supereminens. In sermones S. D. S. Honavcntune et in Euangelia, Dans les éditions de 1519 et de 15*20 on trouve à Venise. 1588, toute l’œuvre oratoire de Mcymnncs, la suite du Quodlibetum divers traités, (pii avaient déjà paru auparavant. Ce sont : 1. Formalilates secun­ dont on cite des sermons demeures inconnus, comme celui De eucharistia suscipienda, Pluit illis manna. dum doctrinam domini Francisei Mayronis scotistarum Antoine de Balocho, observant de Vercell, en rapporte principis ad mentem Dodoris subtilis propius acce­ un exemple dans le sermon i.x, de son Quadragesimale dentes, dont le litre seul prouve qu'il n’a pas été écrit de 12 excellentiis christianir fidei, Venise, 1492, fol. '217. par le Doctor acutus abslradionum ; 2. Tractatus primi Encore faut-il noter que le texte imprimé diffère principii complexi secundum doctrinam.,.; 3. Declara­ souvent de celui des manuscrits. tiones quorumdam terminorum theologalium secundum, Les Sermones de sanctis furent publiés cum aliquibus doctrinam... intitulé aussi De divinis nominibus, dans tractatibus utilimis (dont on a fait subtillimis) pro d’autres éditions; I. Tractatus de univocatione entis prn-dicandi ofllcio. (’es traités, au nombre de quatorze, qui sc trouve seulement dans l’édition de 1520. Les dont un est justement quali lié. tractatus prrcdicabilis trois premiers, composés secundum doctrinam Fran(ms. .vz, 278 de l’abbaye de Sninl-l inrien), sont les cisci de Magronis avaient déjà paru, l 'erra re. 1 190. uns dans le corps du volume sous le litre de sonnons, par les soins du franciscain Petrus Mcliictanus, les autres sont réunis à la lin. En voici les sujets : lecteur à l’université de cette ville, puis à Venise. 1517, Dr baptismo, de angelis, de humilitate, de suffragiis dans un recueil édité per eximium artium cl medicina· mortuorum, de pœnilrntia, de indulgentiis, de articulis oratorem Hieronymum de Xucciarellis ruina num, dont fidei, de frf unio, de corpore Christi, de septem donis Jean de Saint-Antoine faisait à tort un franciscain. Spiritus Sancti, de ultimo judicio, super Pater noster, Le mineur observant, Augustin Gotuccio, a inséré le super Magni fleat, super Missus est. Le traité des indul­ 3·. en le révisant, sous le titre :Dc explanatione termi­ norum theologicorum, dans son Gymnasium specula­ gences n’est autre que le sermon In vincula sancti Pc/ri ou Dr clavibus, dont nous avons parlé et que tivum, Paris, 1605. Le traité De, univocatione entis, l'on trouve souvent séparé dans les mss. Quant à également publié par Nucciarclli, n'est qu'un simple celui Dr articulis fidei, imprimé dans le volume, il extrait des questions n-xiv du prologue du Conflatus, les autres ne sont que des adaptations souvent litté- n'est que la seconde cptestion d’un traité plus déve­ loppé, Funiculus tripler, (ni, 11), Van Iloonacker, op. rit., p. 374. Il n’en est pas de même de l’hypothèse d’une transposition de ccs deux versets de leur place primitive à leur place actuelle, hypothèse qui pourrait bien donner la meilleure solution de la difllculté (Byssel, Steiner, Driver, Condamin). Leur authenticité, en cllet.est â maintenir â cause de l'analogie de la pensée avec celle des pro­ phètes contemporains, et aussi de la ressemblance d’idée et d’expression avec d’autres passages de Michée, tout spécialement, iv, 6-7, après lesquels il y aurait lieu précisément de replacer comme dans leur contexte primitif les v. 12 cl 13 du c. IL Cf. Condamin, Interpolations ou transpositions acciden­ telles, dans llerur biblique, 1902, p. 383-386. Pour Van Iloonacker ccs mêmes versets seraient une digression, qui aurait non plus le sens, généralement admis, d’une promesse de restauration après l’exil, mais celui d’une descri pilon de l’épreuve déjà commencée, el d’un exode forcé de la nation pour ne pas périr tout entière; seuls les premiers mots du passage : Je l’assemblerai, je réunirai les restes d’Israël % el les derniers : Jahvé est à leur lèle · seraient à supprimer comme glose. Op. cil., p. 371. 2. Des chapitres /I et i Tout autre est l’attitude de la critique au sujet du deuxième discours du livre, iv-v. Depuis Stade, (pii fut le premier à dénier l'au­ thenticité ή l’ensemble de ces deux chapitres, Bernerkungen Obcr dus Buch Alicha, dans Zeitschri/l /hr die A. 7’. Wissenscha/t. 1881. I. i, p. 161-172 cl 1883. t. π, p, 1-16. bon nombre de critiques, Wcllhausen, Chcyne, Marti, Smith. Gautier, se sont de plus en plus ralliés à scs conclusions, lilies s’appuient sur les consi­ dérations suivantes : . 9 sq. De tels arguments et la conclusion qu’on en tire dent, sans être complètement satisfaisant, est â coup sont loin pourtant d’avoir la valeur qu'on leur attribue siïr meilleur que dans Isaïe. Cf. Condamin, op. cit., p. 20. trop généralement. - a) La prétendue incompatibilité Est-ce à dire que le prophète Isaïe aurait lui-même entre les deux discours de Michée, l’un de menace, emprunté ccs quelques versets au livre de Michée? ι-m,l’autre de promesse, iv-v, n’existe pas; le rappro­ Il ne le semble pas; ou bien tous deux dépendraient chement qu’on établit entre eux pour les opposer, d’une source commune, ou mieux il y aurait emprunt ne répond pas sans doute à la réalité, car ils furent fait au livre de Michée. mais inséré de seconde main prononcés dans des circonstances qui ont dû être dans celui d’Isaïe. Ensuite, l'extirpation de tous les tout à fait différentes; tandis que le premier discours, cléments de superstition cl d’idolâtrie, que les influen­ tout de menace, fut prononcé au moment où les ces païennes avaient introduits en Israël et qui sont armées assyriennes allaient frapper Samarie, ce n’est mentionnés v, 11-13, pourrait bien être une allusion que plus tard, alors que l’éventualité imminente d’une à la réforme religieuse instaurée par Ézéchias, et ainsi invasion ennemie s’était éloignée, que Michée, dans l’oracle que ccs versets terminent s affirmerait l’œuvre son deuxième discours, entrevit une restauration du prophète du vm· siècle. glorieuse. La citation de l’exemple de Michée dans le 3. J es chapitres ri-νπ. -L’authenticité de ces der­ livre de Jérémie ne laisse-t-elle pas d’ailleurs entendre niers chapitres a clé également l’objet de nombreuses que sa prédication n'avait pas été sans efficacité, discussions; toutefois la critique est, à leur endroit, puisque Dieu avait détourné de son peuple le châti­ moins radicale que pour les deux chapitres précédents; ment imminent dont le menaçait le prophète ? · Et elle hésite à refuser à Michée au moins vî, 9-16 el vu, Jahvé s’est repenti de ce qu’il avait prononcé contre 1-6, ct lui attribue meme vî, 1-vn, 6 (Cornlll, Slcuereux, Jcr.. xxvi, 19. Ainsi donc si le danger assyrien nagcl). Elle y voit, en général, un assemblage d élé­ n’était pas supprime, le répit dont jouissait Jérusalem ments de provenances el d’époques différentes; l’un « permettait d’ouvrir aux yeux du peuple la conso­ d’eux, la prière qui termine le recueil, vu. 7-20, daterait lante perspective des destinées glorieuses que Jahvé du temps de l’exil ou même d'après ledit de Cyrus lui réservait. » Van Iloonacker, op. cit., p. 317. (Nowack), a moins que ce ne soit du il· siècle, selon b) D’autre pari, tout, dans ces deux chapitres de l'opinion de Marti ct surtout de Haupt qui assigne Michée, n’est pas étranger aux prophètes ses contem­ â la période machabécnne, 170-100. les chapitres ivporains, h Ile, par exemple, la prédiction de la conver­ VII. sion des peuples à la loi de Jahvé; il n’ist pas néces­ Constatons d’abord l’unité des deux derniers cha­ saire, pour la rencontrer, d’aller la chercher dans le pitres de Michée. La séparation très nette, générale­ Délit cru-Isaïe ou dans Zacharie; Jérémie l’a formelle­ ment admise, entre vi-vn, 6, cl vu, 7-20,ne s’impose ment énoncée, m, 17, ct Isaïe. à maintes reprises, y pas; la situation, en eflct, que suppose la prière finale fait allusion, xi, 10; xvm, 17; xix, 16-25; ce dernier vit, 7-20, est bien la même que celle (pii est décrite passage, malgré les nombreuses et graves objections dans les versets précédents ; l’accent pénétré cl pathé­ formulées contre son authenticité, n’est cependant tique qui l’anime est dans la même note que celui de pas â refuser à Isaïe; Driver. Kiienen, Dillmann, la description de la colère divine el du châtiment pro­ Cornill... le lui maintiennent. Cf. Condamin, Le livre chain, vî; sa forme dramatique enfin, qui tour à tour d'Nde, Paris, 1905. p. 134-136. met en scène le jieuple el Jahvé, continue le procédé r) L’application du nom d’Ephrata à Bethléem, employé vi, 1-8. où c’est tantôt Jahvé qui parle, loin de trahir une origine récente, apparaît au con­ tantôt un personnage représentant le peuple et tantôt traire tout à fait dans la manière des jeux de mots du un troisième interlocuteur, (’.elle unité des c. vi-vii premier discours au c. m ; si. en effet, le nom d'Ephrala apparaîtra plus parfaite encore, si l’on en rest Hue est ici rapproché de celui de Bethléem, renfermant la l’ordre logique qui a dû être l’ordre primitif en repor­ souche qui doit produire le Messie, n’est-ce pas parce tant les v. 11M3 du c. vu après le L 6 du même qu’il est implicitement mis en rapport avec la racine chapitre, où ils continueront la menace de l’invasion fuinih : produire ? étrangère el de la devastation d’Israel, tandis (pi’lls d) Quant à la situation, en lin, qui serait celle de interrompaient manifestement la prière du c. vu, l’exil ou même des temps qui l’ont suivi, on a juste­ 7-11“, qui ainsi se poursuit tout naturellement dans ment fait remarquer que l'insplnithm prophétique vu. h 2” Cf. Van Hoohàcker> op .at. p. .no. peut donner la connaissance d’événements de beau­ I nis entre eux. les éléments de ces chapitres vî ct vu coup postérieurs au temps où fut prononcé l’oracle, ne le sont pas moins au reste du livre, surtout s’il y comme le serait la lin de l’exil babylonien pour un est question, comme c’est probable, de la ruine de voyant du vnr siècle. D'ailleurs, il n’est pas ici néces­ Samarie, désormais fait accompli, ct non pas de celle sairement question de la grande déportai ion du temps de Juda et de Jerusalem, qui ne sont pas nommes de Nahurhodonosor; il s’agit peut-être, tout simple­ une seule fols. Les traits de la description du châti­ ment. d’une déportation faite par les Assyriens, qui, ment, vu, 1-6, rappellent, en effet, absolument ceux du temps de Sargon déjà, transportaient les captifs (pie le prophète Osée a laissés des années qui précé­ à Babylone. A noter, pour finir, que s’il faut recon­ dèrent l’invasion assyrienne dans le royaume du Nord, 1659 MICHÉE, LE LIVRE Os. n, 1-2; vu, lb-2. 3 sq., ct. dans l'énoncé des griefs et des menaces de Jahvé. il sc trouve des formules empruntées à Anios ct à Osée. Cf. Midi., vi, 10-11 ct Am., vm. 5-6; Midi., m, 15 ct Ain., v, 11; Midi., vî. 11. cl Os.,IV. 10. N'csl-cc pas d’ailleurs manifes­ tement au royaume du Nord cl non à celui de Juda que s’adresse le reproche d’avoir continué ù suivre avec une docilité coupable les préceptes des rois impies d’Israël. Oinri ct Achnb, Mich., vî, 16? Et ainsi le prophète qui, dans son premier discours, s’émouvait à la perspective de la destruction de Sama­ rie. exprime, en finissant le recueil de ses oracles, la sympathie ct les espérances qu’éveillent en Juda les malheurs des Israélites du Nord. La correspondance entre les idées religieuses des c i-v ct νι-νιι, particulièrement au sujet de la bonté de Jahvé qui ne sévit que contraint par les crimes de son peuple, n, 7-8 et vi, 3, et de l’inutilité des mani­ festations extérieures du culte, si elles ne sont accom­ pagnées de l’observai ion Adèle des devoirs moraux, m, I ct vi, 6-8. confirme encore l’unité d’auteur de ccs différents chapitres. Bien ne s’y oppose non plus du côté de la langue ou du style, bien au contraire, car on peut relever, entre les c. vî-vii ct le reste du livre, certaines affi­ nités littéraires, tel l’emploi de particules dans un sens assez rare, 'attôh, par exemple, dans un sens rela­ tif . IV. 7. 9. Il ct vu, I, 1(1. et betôk équivalent à be : π, 12; ni. 3 et vu, 11. On peut noter encore, comme indices d’origine commune, l’analogie des Introduc­ tions de 1.2-1, et de vi, 1-2, la tournure drama­ tique ct les changements d’interlocuteurs dans l’en­ semble du livre, les réminiscences des oracles d'Amos ct d'Oséc Mich., n, 3 cl Am., v, 13; Mich., m. 2 et Am., v. 15; Mich., i, 7 cl Os., π, 1 ; Mich., m, 6 et Os., IV, 5; pour celles qui se trouvent dans les derniers chapitres de Michée voir plus haut. On peut remarquer en lin que le c. vi, avec son idée fondamentale de la préférence de Jahvé pour l’amour, la justice et la miséricorde convient parfai­ tement à un prophète antérieur à l’exil et à un con­ temporain d’halo. Cf. Am., v. 21-21; Is., i, 11, 25. De l'ensemble de celle discussion nous pouvons donc conclure à l’unité et à l’authenticité du recueil prophétique attribué ù Michée: L’ensemble harmo­ nieux que forment les trois sections du livre, plaide à lui seul pour leur communauté d’origine. Aux cha­ pitres i-jii, nous entendons les menaces prononcées contre Samarie et Sion. Aux chapitres iv-v, Michée célèbre la préservation de Sion en prédisant sa domi­ nation future sur les peuples. Aux chapitres vi-vn, il justifie le jugement accompli sur Samarie cl exprime des Vieux pour sa restauration, (’.’est une trilogie dont les éléments sc présentent dans un parfait enchaî­ nement. Van Hoonacker. op. ci/., p. 353. L’étude de lu question d’authenticité nous a amené ù aborder celle de l’époque à laquelle avalent été com­ posés respectivement les différents oracles du pro­ phète. Voici, sans prétendre à une précision rigou­ reuse. bien difficile en pareille matière, les réponses qu’on peut tenir pour vraisemblables : le premier discours c-d à maintenir avant 722, date de la ruine de Samarie, soit ù cause de la menace de celle catas­ trophe. I, 6. soit à cause de la relation qu’ont entre eux les trois discours constituant l'ensemble du livre; admises, en effet, les dates ci-dcssous proposées pour le» deux derniers, il est difficile de déterminer d’autre manière l’époque du premier. Les c. iv-v, en contraste si frappant avec les précédents, supposent des cir­ constances bien différentes, qui sont à chercher, sur­ tout d après l’allusion a l’exemple de Michée dans le livre de Jérémie, dans une période de calme rétabli par Γ éloignement du châtiment annoncé antérieure­ 1060 ment, i-m, un certain temps par conséquent après que le premier discours aura été prononcé. Non pas que des assurances de salut ne soient de mise ά une époque aussi troublée, cl grosse de menaces (pie celle où le danger assyrien était pressant, mais le ton des pro­ messes grandioses des c. iv-v ne serait pas alors celui de l’allégresse et de l’enthousiasme qui saluèrent, sans doute, le départ des Assyriens bien loin des murs de Jérusalem. Postérieur également ù la ruine de Sama­ rie le dernier discours qui, devant le fait accompli de la catastrophe qui a si durement frappé le royaume d’Israël, formule des vœux pour sa restauration. L'ordre de ces discours est-il primitif et chronolo­ gique? Bien n’cmpèche de l’admettre, car il n’y a pas lieu de distinguer ici, comme pour d’autres recueils prophétiques, entre l’auteur meme des oracles ct leur éditeur; l’ordre logique, non moins que l’ensemble harmonieux des éléments constitutifs dn livre de Michée, permet de penser que c’est le prophète luimême (pii est non seulement l’auteur de l'œuvre qui porte son nom, mais encore l'éditeur. Pour les critiques, dont nous avons discuté les thèses sur la non-authenticité de tout ou partie des deux derniers discours, bien différente est l'histoire du livre de Michée : « La structure du livre de Michée, dit l’un d’eux, a quelque chose de complexe; il est malaisé d'expliquer par quel concours de circons­ tances il a revêtu sa forme actuelle. Les prophéties authentiques elles-mêmes ne sont pas ordonnées d’une façon méthodique; il est encore plus difficile de dire quand, comment et pourquoi les morceaux les plus tardifs ont été adjoints à la collection. Divers critiques ont cherché à reconstituer par des suppositions ingé­ nieuses, le processus historique ct littéraire dont le livre de Michée est le résultat, (’.es tentatives, pour intéressantes qu’elles soient, présentent un caractère trop subjectif et trop aléatoire pour que nous nous y arrêtions. L. Gautier, Introduction à T Ancien Tes­ tament, Lausanne, 2· édit., 1914, p. 506. 3° Texte. — 1. fctat. - Les quelques versets, au sujet desquels s’est posée la question d’interpolation ou de transposition, intéressent plutôt l’histoire du texte (pic celle de sa composition. Ce texte nous est parvenu dans un état défectueux; seul, parmi les Petits Prophètes, celui d’Osée est encore plus altéré. Bien des corrections, en effet, sont nécessaires. J. Μ. P. Smith, dans son commenlairc.cn signale plus de 80, dont près de la moitié se trouvent dans les deux premiers chapitres, prépondérance à attribuer, en partie tout au moins, au grand nombre de noms propres dans ces chapitres. Dans bien des cas, les Septante permettent d’heureuses corrections du texte massorélique; la version syriaque, à cause de sa dépendance de la version grecque, est loin d’offrir les mêmes ressources ; la version d’Aquila non plus que la Vulgate ne sont d’un grand secours. Cf. V. Byssel. Die arabische Debersetzung des Micha in der Pari· see und Londoner Polyglotte, dans Zeitschrift lûr die A. T. Wissenscha/t, 1X85, t. v, p. 102-138; Untersuchungen Qber die Textgestall und die Hchtheit des Huches \iniiii, Leipzig, 1887; M Sebûk, />/<· syrlsche Uebef* setzung der zinôl/ kteinen Propheten und ihr VerhâUniss zu de.m massoretischen Text und zu der ûlteren Ueberselzungen namcnttich den LA'X und dem Targum, 1887; IL P. Smith. The text o/ Micha, dans Hebraica, 1888, t. iv, p. 75-81; J. Taylor, The massoretic text and the ancient versions o/ the Hook o/ Micah, 1891. 2 Forme poétique. - La forme poétique des oracles de Michée est indéniable, mais sa reconstitution mé­ trique ct slrophique, malgré les nombreux travaux dont elle a déjà etc l'objet, n’en demeure pas moins fort incertaine. Les auteurs des différents systèmes de composition 1661 MICHÉE, LE LIVRE poétique en ont tour Λ tour fait l'application a tout ou partie du livre de Michée. Ainsi I). II. Millier, dans son ouvrage Die Propheten m Hirer ursprûnglichen Form, 1896, essaie d’adapter sa théorie de la strophe, de l'antistrophe..· aux c. m ; v. G-Il ; vu ; Sicvers, dans scs AUlcstamentliche Miscctlen parus dans lltrichte fiber Verhandlungcn der kônigl. sflchsischrn (ksdlscha/t der W’ixsenscha/ten, 1907, t. lix, p. 76*109, fait de même pour l’ensemble du livre, ainsi (pie J. M. P. Smith sous le t itre Slrophic Strut turc of the Hook of Micàh, publié dans Old Testament and Semitic studies in Memory of IV. H. Harper, 1908, t. n, p. 115138: P. Haupt, avec beaucoup de fantaisie cl d’arbi­ traire. prétend rétablir la construction strophique du livre de Michée dans scs Critical notes on Micah de VAmerican Journal o/ Semitic languages and literatures de juillet ct octobre 1910. Des commentaires connue ceux de Marti, J. M. P. Smith, essaient, avant de passer à l’explication du texte, d’en retrouver la division en vers et en strophes. Si « les résultats, obtepus jusqu’ici ou que l’on peut espérer obtenir dans l’état actuel des moyens d’investigation, sont trop incertains pour (pie l’on soit autorisé à faire d’une théorie quelconque sur la strophique hébraïque la base d’une appréciation critique du texte... il n’en est pas moins vrai qu’en plus d'un cas, ces études ont déjà rendu des services sérieux dont il importe de tenir compte. » Van 1 foonacker, op. cil., p. xi-xii. Ie. Doctrines religieuses. — Le prophète Michée ne marque pas sans doute une étape nouvelle ct impor­ tante dans l'histoire du prophétisme en Israel, son enseignement n’est point caractérisé par une spé­ ciale originalité; il n’est point cependant le simple imitateur de scs grands contemporains, Amos et Isaïe. Adresse en des circonstances à peu près identiques, son message, par bien des cotés, rappellera le leur, mais une émotion qui lui est bien personnelle le pénétré et nous laisse entrevoir l’expérience d’une âme qui a souffert des maux, objet de scs anathèmes. Avec une insistance et une précision plus vigou­ reuses, il rappelle, peut-être à cause du peu d? résul­ tat des prédications d’Amos et d’Osée. des vérités essentielles sur Dieu et la pratique d’une religion vraiment sincère. A la peinture des mœurs des Hé­ breux du vm® siècle, il ajoute quelques traits qui mon­ trent mieux encore la nécessité de l’intervention pro­ phétique, pour le maintien de la foi de Jahvé dans sa pleine intégrité. Dans le lointain de l’avenir messia­ nique en lin. il projette des lumières qui mettent en un relief plus puissant tel ou tel de scs cléments, demeurés jusqu’alors dans l’obscurité. 1. Dieu. - - « Jahvé n’est-il pas au milieu de nous? Le malheur ne saurait venir sur nous. > Mich., m, 11. C’est par de telles paroles que prêtres cl prophètes entretiennent pour de l'argent les illusions parmi le peuple. Cc dernier, en effet, malgré les enseignements réitérés des vrais prophètes ct plus spécialement d’Amos ct d’Osée. s’obstinait dans la conviction que a faveur de Jahvé était inséparable du choix qu’il avait fait de son peuple, et qu’elle ne saurait dépendre de la plus ou moins grande fidélité à le servir. Une telle conception de la divinité et de ses relations avec scs sujets ne différait guère, en fait, de celle que les peuples voisins d Israël sc faisaient de leurs propres divinités. Sans doute Jahvé, tout comme le dieu de Moab. Chamosh, pouvait parfois laisser sa colère s’allumer contre son peuple, mais il ne pouvait l’abandonner défini­ tivement ri consommer sa ruine, il y allait de sa dignité ct de son renom parmi les nations; pouvait-il d’ailleurs demeurer insensible à l’offrande d’innom­ brables .sacrifices dont la fumée montait sans cesse vers lui? Et ainsi le culte apparaissait comme l’élé­ ment essentiel, la substance même de la religion; 1662 que Igs victimes soient en nombre ct de qualité, que tous les rites soient rigoureusement accomplis, selon les prescriptions minutieusement établies, ct alors Jahvé ne saurait exiger davantage. C'est à faire péné­ trer l’élément moral dans celte notion populaire de la divinité, de scs relations avec Israël et des devoirs à lui rendre, que s’évertuera le prophète Michée. A l’exemple d’Amos, d’Osée ct d lsale, il dépensera toute son activité à purifier et à élever les idées alors reçues sur Dieu cl la religion. Pour cela il expose, avec une particulière insistance, la nature des exigences divines, dont la méconnais­ sance sera sévèrement châtiée. Ce que Jahvé réclame de son peuple, c'est la justice et la miséricorde et non les boucs et les béliers. Mich., vî, 6-8, Lui-même, juste et droit, il réclame de scs sujets les mêmes qualités, mais en leur place, il ne trouve qu’injusticc ct cruauté envers les pauvres; tous, princes, juges, riches,grands, sont également coupables, vu, 3; il n’est pas jusqu'aux chefs religieux qui n’aient sombré dans l’universelle corruption, en prostituant leur sublime mission par la recherche d'un gain sordide, in. IL (.eux dont le devoir était de dénoncer le crime et le péché les ont, au contraire, dissimulés sous le manteau de la reli­ gion. Mais le prophète, conscient de sa vocation d'in­ terprète authentique des volontés divines, ne demeu­ rera pas muet; comme jadis son homonyme, le fils de Jcmla, HI Beg., xxn, il fera entendre aux cou­ pables la menace d'un redoutable châtiment. La colère et la vengeance divines, provoquées par tant de crimes, ne sauraient en effet retarder plus longtemps le châtiment. A la confiance présomptueuse que les prévaricateurs, encouragés par les prêtres et les prophètes, mettent dans la protection de Jahvé Michée répond par l’annonce de la ruine de Jéru­ salem et de son temple; leur sort sera celui de Sama­ rie : · Sion deviendra un champ qu’on laboure, Jeru­ salem un monceau de pierres et la montagne du temple une hauteur boisée. Mich., m, 12. Dans celte sinistre prédiction, s’affirme, non moins que son cou­ rage, l’originalité du prophète, courage à menacer Jérusalem d’une destruction totale et à porter ainsi un coup redoutable aux antiques préjugés. Les habitants de Jérusalem, en particulier, ne pouvaient admet­ tre que la splendide demeure de Jahvé. symbole de sa présence au milieu de son peuple depuis les jours de Salomon, pût jamais tomber entre les mains d’une nation païenne et subir la profanation et la destruc­ tion; qu’ils comprennent désormais que Jahvé n’a besoin ni du temple, ni de Jérusalem pour manifester sa gloire et sa puissance, et que Celui qui ébranle les montagnes ct les vallées saura bien faire éclater sa ven­ geance dans le monde, même si la capitale de Juda n’est plus, ('elle condamnation sévère est le trait final qui forme aussi le point culminant du discours des trois premiers chapitres. Le prophète v affirme, dans les termes les plus catégoriques, que Jahvé n’a d’obligation envers son peuple que pour autant que celui-ci observe fidèlement la loi de son Dieu. C’est la doctrine que proclament d’ailleurs avec la même net­ teté Amos et Osée · Van Hoonacker. op. cil., p. 310. 2. l.e culte. - Avec ces memes prophètes encore. Michée insiste sur le côté moral de la pratique de la religion. Il doit être au premier plan (les préoccupa­ tions des serviteurs de Jahvé et non pas, comme il arrive trop souvent, ù l’arrière-plan, bien loin der­ rière les pratiques d’un culte trop exclusivement extérieur, composé de rites, d’offrandes, de fêtes, de sacri flees. Dans une formule d’une netteté et d’une concision remarquables, Michée caractérise la pratique de ce qu’il entend par une véritable religion : On t’a fait connaître, ô homme, cc qui est bon et cc que Jahvé 1663 MICHÈE. LES DOCTRINES demande de loi : c’est seulement d’accomplir le droit, d'aimer In bonté et de te conduire humblement envers Dieu. Mich.. vi, 8. Parole riche d'enseignements, évo­ quant la predication d’Amos et d’Osce qui déjà s'ef­ forcaient de faire comprendre au peuple, combien l’accomplissement des devoirs fondamentaux de l’or­ dre moral importait bien autrement qu’une célébra­ tion tout extérieure des cérémonies du culte. Am., v, N,21; Os, vi, 6; parole qui annonce et prépare la réponse de Jésus-Christ sur l’amour de Dieu el du prochain. Maflh., xxn, 31-10. Ce n’est pas à dire que, selon Michéc, pas plus d’ailleurs que selon les pro­ phètes, scs contemporains du vnr siècle, Jahvé n’agrée pas les sacrilices, mais simplement que ces sacrifices ne sont pas l’unique chose désirée par lui: quels que soient leur nombre et leur qualité, ils ne suuniicnt suffire par eux-mêmes à mériter la faveur divine, s’ils ne sont accompagnés des bonnes dispo­ sitions intérieures de ceux qui les offrent. L’énumération des offrandes et des sacrifices, Mich.. vi, 6-7,soulève un double problème: celui de l’omis­ sion dis sacrifices pour le péché » el celui de la men­ tion des sacrifices humains. De l’omission des .sacri­ fices pour le péché faut-il conclure, avec certains cri­ tiques, qu’nlors cette catégorie de sacrifices n’était pas cm ore en mage? Nullement, car il ne s’agit pas Ici de faire une énumération exhaustive des offrandes cl des sacrifices, mais de rechercher quels seraient, parmi les uns cl les autres, ceux qui constitueraient l liominage le plus éclatant à la divinité, et conséquem­ ment le plus apte à détourner le châtiment divin ; c’est ainsi que l’holocauste est mentionne, parce que l’hom­ mage qui v est rendu à Dieu est d’autant plus par­ fait (pie la victime y est entièrement consumée. D’ail­ leurs l'institution d’offrandes cl de sacrifices pour le péché est déjà supposée en vigueur du temps du roi Jons. IV Beg., xii, 16. Quant aux sacrifices humains auxquels ferait allu­ sion la (in du ♦. 7 : Lui donnerai-je mon premier-né pour ma prévarication, le fruit de mon sein pour le péché de mon àmeî peut-on affirmer qu’ils étaient alors réellement offerts en Israël? Beaucoup le pensent et, on conséquence, attribuent l’oracle, dans son ensemble, nu règne de Manassé, durant lequel sc pra­ tiquaient les sacrifices d’enfants. IV Beg.. xxi, *2-18. Sans doute l’histoire d’Israël n’est pus sans exemple «le tels sacrifices, ainsi celui de la fille de Jephlé et du fils d’Achaz, Jud., xi. 31-39; IV Beg., xvi, 3; d’autre purl les reproches de Jérémie et d Ézcchiel. qui sont lis premiers à s’élever nettement contre la coutume des sacri lices d’enfants, .1er.,vu, 31; xix, 5; Ez., xx, '26 sq„ ceux d’Osce peut-être, xm, ‘2; ix. 13, la défense enfin de wri lires humains dans la Loi, Lev., xvin, 21 : xx, 2, en établissent bien l’existence, mais non la pratique régulière et constante: le prophète parle ici par pure hypothèse, mentionnant le « premier-né <1 le fruit du sein » comme des victimes dont l’immo­ lation constituerait le sacrifice par excellence, le plus efficace qui sc puisse imaginer. 3. /r messianisme. — Aux sombres perspectives de l’oracle des trois premiers chapitres succède la vision de la splendeur future d'Israël et de Jérusalem parmi les nations. Mich., iv-v : o) Conversion des peuples. -· Or il arrivera à la fin de* jours que la montagne de la maison de Jahvé sc trouvera dressée à la tète des monts el elle s’élèvera iu-d» "sus des collines, el des peuples y afflueront; d s nation* nombreuses Ven iront, disant : « Venez, montons à la montagne de Jahvé el à la maison du Dieu de Jacob, cl il nous Instruira dans scs voies et nous marcherons dans ses sentiers; car de Sion sor­ tira l i loi el la parole de Jahvé de Jérusalem. » Il sera arbitre de peuples nombreux et il exercera la jus­ 1lifi'i tice envers des nations puissantes, au loin. 1V, I-.34, Si les rabbins juifs et meme quelques exégètes pro­ testants modernes ont entendu cette prophétie au sens matériel d’un exhaussement physique de la montagne de Sion et du pèlerinage de toutes les nations au temple de Jérusalem, rien n'oblige « à prêter une conception aussi bizarre à l’auteur de cette magnifique prophétie...; puisque le style des prophètes est poé­ tique et imagé, il serait puéril d'expliquer littérale­ ment toutes leurs descriptions. Les commentateurs catholiques et plusieurs protestants admettent donc avec raison que le tableau de cette grandeur de Jérusalem est idéal cl symbolique. Le Temple, centre du culte de Jahvé, comme s’il s'élevait sur une haute montagne, sera visible de très loin. Toutes les nations s’y rendront librement pour se faire instruire dans la religion de Jahvé : en d’autres termes, toutes les nations sc convertiront au culte du vrai Dieu. Celte conversion arrivera dans les derniers temps », c’està-dire, au sentiment de tous les exégètes dans les temps messianiques, Condamin, Isaïe, p. 21-22. ('.cite idée d’une conversion future des peuples païens, une des caractérisliques du messianisme d’Is­ raël, apparaît ici et dans le passage parallèle d’Isaïe, M, 2-1,avec une netteté qu’on ne rencontre guère que dans la littérature de l’exil ou même d’après l’exil; elle n’est pas pour autant étrangère à la littérature biblique du vnr siècle, (’.f. Is., xi. 10: xvm, 7; xix, 16-25; Os., vu, 8. On ne saurait donc la refuser à .Michéc; s’il l’exprime d’une manière plus licite, la raison peut en avoir été, selon la remarque d’un doses commentateurs, dans le contraste qu’il voulait éta­ blir entre le sort dont il avait autrefois menacé Jéru­ salem. m, 12. el la gloire qu’il lui présage aujourd hui·. Van Hoonacker, op. cil., p. 381. />) Règne de la paix. - La conséquence de ce retour des peuples païens à Jahvé c’est l'établissement du règne de la justice et de la paix universelles : « Ils (les peuples) forgeront leurs épées en socs el leurs lances en faucilles, l ue nation ne lèvera plus l’épée contre l’autre el ils ne s’exerceront plus à la guerre. On res­ tera assis chacun sous sa vigne el sous son figuier el nul ne causera de la terreur: t ar la bouche de Jahvé des armées a parlé. · .Mich., iv, 3*’-l. L’espoir d’une paix universelle à l’àge messianique n’est pas mro chez les prophètes du vnr siècle : Os., xi, 20; xiv, 8; Am., ιχ, I; Is., ix. 1-6; xi, 6-10. D’une manière générale d’ailleurs, parmi les bienfaits qu’lsnicl entrevoit dans l’avenir messianique, aucun dont le nom ne revienne plus souvent que celui de la paix: le Messie sera le prince de la paix. Is., ix,5;cf. Mich , v, 1; Zach., vi, 13. Aussi rien d’élonnanl que ks commentateurs, les anciens surtout, lorsqu’ils es­ sayèrent de déterminer les temps de l’accomplissement de celle prophétie, n’aient cru celle paix messiariqur réalisée à la naissance de Jésus-Christ, quand les anges chantèrent : Paix sur la terre aux hommes »; l’f-Anngllc du Christ n’esl-il pas d’ailleurs expressément appelé un évangile de paix? Eph., vi, 15: Act., x. 36. Cette paix toutefois que le Sauveur est venu apporter en ce monde cl dont ses disciples peuvent dès ici-bas goûter le bienfait est celle tranquillité de l’àme unie à Dieu, selon la parole de saint Paul: Étant donc justifiés par la foi nous avons la paix avec Dieu par Noirc-Scigneur Jésus-Christ. Boni. L r) Le Reste . L’avènement de celle ère de triomphe et de paix pour Israel n’ira pas sans de terribles épreuves préalables qui feront de rétablisse­ ment du règne de Jahvé une glorieuse restauration; un Iteste ». délivré de ses infirmités cl de tous ks maux qui l’accablaient - allusion à la situation touI jours précaire de Juda et sans doute à la chute de 1665 MICHÈE, LES Samarie plutôt quT· In captivité de Babylone qui aurait été caractérisée de manière plus nette · un • Iteste * deviendra un peuple puissant, ('.elle notion du · Heste»,devenant une forte nat ion, implique-t-elle, rumine le prétendent nombre de critiques a la suite de Wellhauscn, un développement trop avance pour être datée du vjii· siècle? Il ne le semble pas; les nombreux passages, ou Isaïe revient sur l'idée de la fondation d’une nation nouvelle par ceux qui sur­ vivront au jugement de Jahvé, s’opposent au rajeu­ nissement d’une espérance messianique dont l’ex­ pression se trouve déjà dans Anios.v, 15 et dans le nom symbolique du lils d’Isaïe, Shrar-lasehub : Γη reste reviendra. Is., vu, 3, N'est-ce pas à partir de l’époque des prophètes du vnr siècle que la simple mention de ce < Beslc évoquera, dans In littérature biblique, la gloire et la splendeur de l’ère messianique? (Z) Le Messie. Pour compléter sa description du triomphe messianique, le prophète esquisse, au c. v, 2-6 (1-5 de l’hébreu), quelques traits de l’œuvre à réaliser par le souverain du nouveau royaume : Mais loi, Belhléem-Éphrala, petite par ton rang parmi les clans de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit être dominateur en Israël, et dont les ori­ gines sont de l’âge antique, des jours du lointain passé. Il les livrera donc jusqu’au temps où celle qui doit enfanter aura enfanté, cl le reste de ses frères vien­ dra se joindre aux enfants d’Israel. Il se tiendra ferme el gouvernera par la puissance de Jahvé. par la majesté du nom de Jahvé son Dieu; et on sera dans la sécurité, car maintenant son prestige s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre... 11 (nous) délivrera d’Assur, quand celui-ci envahira notre pays et qu’il foulera notre territoire. Passage important dont il y a lieu de discuter et de préciser l’interprétation. La venue du futur dominateur en Israël sera pour l’humble bourgade de Bethléem une gloire sans pareille. C’est bien, en elïel, de Bethléem qu’il s’agit, cl son nom n’est pas à rayer du texte original comme le voudraient Nowack, Marti. J. M. P. Smith; ceuxdà mêmes d’ailleurs, qui font de cc mot une glose tar­ dive, reconnaissent qu’il est ici question, sans aucun doute possible, de celte cité, patrie de David; l’allu­ sion évidente à la dynastie de David, originaire de Bethléem cl la manière dont Bethléem et Éphrala sont associées dans d’autres passages le prouvent bien. Cf. I Par., n. .50-51 . Kutli. i. 2 ; n. Il; 1 Beg. xvn, 12; Jos., w, 59 (Septante). Le sens de l’expres­ sion Bethlécm-Éphrata est celui de Bethléem des fiphratéens, expression employée par le prophète, el pour bien marquer la population de celle ville qui renferme la souche généalogique du Messie-Sauveur et, sans doute aussi, sous l’inlluence de sa tendance à jouer sur les mots, Éphrala suggérant, en etïel. un rapprochement avec la racine phârtïh: produire. Quel que soit le sens exact dans lequel doive s’en­ tendre l’infériorité de Bethléem, relativement â d’au­ tres clans plus importants de Juda les traductions :i cc sujet varient ce (pie le prophète veut mettre en relief c’est le contraste entre la petitesse actuelle de la cité et la grandeur de sa destinée, puisque c’est d’elle que doit provenir le dominateur en Israël. Les prince* des prêtres et les scribes du peuple, répon­ dant à Herode qui s’informait auprès d’eux du lieu de lu naissance du Christ, invoquèrent cc passage de Michéc, niais sans reproduire à la lettre le texte du prophète : · Et toi. Bethléem, terre de Juda. tu n’es point la plus petile panni les princes de Juda, car de toi sortira un chef qui doit paître mon peuple Israel. * Motlh., n, 5-6. A ce sujet, remarque le P. Lagrange, » Matthieu n’a pas dû sc croire plus lié par les paroles prononcées par les scribes qu’au texte même de Γ fieriturc. Il en a rendu le sens général tout en changeant DOCTRINES 1666 la formule; depuis la naissance du Sauveur il paraissait étrange de ne voir dans Bethléem que son peu d’im­ portance dans les clans de Juda. · Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 26. Saint Jérôme, après avoir constaté que la citation n’est conforme ni à l’hébreu ni aux Septante, pense que l’évangéliste aurait voulu par lâ souligner la négligence des scribes et des prêtres dans la lecture des divines Écritures: opinion plus curieuse que sérieuse, car les Juifs, selon leur méthode d’exégèse souvent plus attentive aux mots qu’au sens, ne se seraient pas tellement écartés du texte. Quoi qu’il en soit, c’est de Bethléem que les Juifs, selon saint Matthieu, attendaient le Messie, comprenant que l’oracle de Michéc annonçait non seulement sa descendance davidique. mais encore le Heu de sa naisinnre. ('/est ainsi que l’a également compris l’exégèse traditionnelle, encore que, à prendre à la lettre le texte même de la prophétie, il pourrait s’interpréter en cc sens seulement, que l’humble bour­ gade deviendra glorieuse du seul fait que le futur dominateur du royaume, desccr dant de la race de David, illustrera ainsi la patrie de ses ancêtres. Les origines du futur roi dateront de l’âge antique, des jours du lointain passé. Eaul-il. avec la Vulgate qui traduit : Et egressus ejus ah initio, a diebus irternitaiis (Septante · και Εςοβοι χύτού αρχής ές ήμερων αϊώνος) voir dans ces mots l’annonce de l’origine éternelle du Messie? Pris au sens littéral, le texte hébreu n’implique pas cette doctrine, bien moins encore celle du mystère de la sainte Trinité comme le prétend Knabenbauer : Modus loquendi demum mys­ terio SS Trinitatis palejacto dare patet. Commentarius in prophetas minores, Paris. 1886, p. 112. Malgré la solennité des termes employés par le prophète, il ne semble pas, en clïet, qu’il y ail lieu de leur donner un autre sens que celui qu’ils ont. soit un peu plus loin dans le livre même de Michéc, vu, 1 I, 20, soit dans le livre d'Isaïe. 11, 9; il s’agit des jours du lointain passé auxquels remonte la souche davidique dont sortira le Messie. Qu’à l’époque de Michéc, David n'ait encore pu apparaître comme un personnage d’une si haute antiquité (Nowack, Marti, J. M. P. Smith), là n’est pas la question, · notons plutôt que Michèe ne parle pas des origines antiques du futur dominateur en se tenant au point de vue de sa propre époque, mais en se plaçant nu point de vue de I époque de l’avènement du dominateur. C’est en cllct le titre de l’ori­ gine antique de cc dernier qu’il expose, et il est évi­ dent que ce litre était à faire valoir en rapport direct avec celui dont il devait établir le droit ou l’autorité. D’ailleurs en rattachant la généalogie du lloi-Messie à la souche davidique. le prophète pouvait tenir compte de l’origine antique de celle souche elle-même. La prophétie n’ofïrc rien d’incompatible avec la suppo­ sition qu’elle a été prononcée à une époque, où les descendants de David occupaient le trône cl par Michéc lui-même. » Van Hoonacker, op rit., p. 389390. Après avoir ainsi annoncé les origines du domina­ teur en Israël, le prophète poursuit, vu lixant l’époque de son avènement et les caractéristiques de son gou­ vernement. Mich., v. 3- L Si, à première vue, le t. 3 : Il (Jahvé) les livrera donc jusqu’au temps où celle qui doit enfanter ait enfanté· n'apparail pas en rela­ tion logique avec ce (pü précède immédiatement, il n’en fait pas moins partie du contexte, car l’épreuve dont le peuple doit être délivré, est supposée au t l (Hébreu, iv. 11), formant le début du passage; la pensée est celle-ci : l’avènement du futur Boi-Sauveur marquera la lin de l’épreuve d’Israël (pii ne sera livré aux mains de ses ennemis, que jusqu’au temps prophètes ct aussi l’art. Mi.ssianismi , col. 1429. Panni le« ouvrages spéciaux sur le livre de Michée on peut mentionner : L. Itrînkc, Der Prophet Micha, Giessen, 1874; C. I* Caspar!, Ueber Micha den Moraslhitcn und 'tint pruphetische Schrlll, Christiania, 1851-1852; Koordn, Comment. In ealirinhi Micha-, Lcy«lc, 1869; E. C. Arnaud, Élude «ur le prophète Mfcftée,Genève. 1882; Cheyne, Micah, with notes and introduction, Cambridge, 1882; V. Rysscl, Unlenudumgen ùbtr die Textgntalt und die Echlhcit des [Juches Micha, Leipzig, 1887; Stade. Bemcrkungen uber du» Bach Micha, «tans /.cilschriB fur die alllestamentllche Wiuenschafl, 1881. t. i, p. 161-172; du même, Weitere Bmcrkungcn zu Micha, < F-I’.dans la même revue, 1883, t. m, p 1-16; du même sur Miellée, î, 2-4 ct vu, 7-20, même rrvue, t. xxm, p. 163. No.vack, Bemcrkungen ùber dus Buch Micha, même revue, 1881, t. tv, p. 277-291; Pont, Mkha-SIndi/n, dans Thcobgische Uudifn, 1888, p. 235246; 1389.P 151-153; 1892, p. 329-360; Kosters,De Samen- 1668 tlrlling van het bock Mirha, dans Thcologhch Tijihchrifl, 1893, p. 249-274 ; J. T. Beck, Erkldrung der Prophctcn Micha und Joël, Gütersloh, 1898; J. IL Taylor, De prophétie tmn Micha, Arntieim, 1891; llnlévy, Recherches bibliques : It livre de Michée, dans Demie .sémitique, 1904, t. xu, p.97sq,, 193 sq , 289 sq., 1905 sq., t. xm, p. 1 sq.; II. Donat, Micha, 11,6-9 dans Bibtischc Zeitschrift, 1911, t. ix, p. 350-366; L. Delporte, Michée, I, ό cl 7, même revue, 1913, l. xi, p. 235-248; J. C. Peiser, Micha V, dans Oricnlalhchc Ultraturzeitunff, 1917, t. xx, p. 363 sq.; K. Biiddc, Dos Rulsd von Micha 1, dans Zeitschrift fur .1. 7’. Wiucnschafl, 1917, t. xxxvn, p. 77 sq.; du mémo, Micha 11 und III, même revue, 1919-1920, t. xxxvui, p. 2 sq.; Bruno, Micha Und der lierrscher ans der Vorzeit, Leipzig, 1923; Gunkd, De? Micha-Schluss ( Midi., V//, 7-20) dans Zeitschrift fur Seuil· tislik, 1924, p. 145 sq.; iT.ftorius, Zum Micha Schhus, même revue, 1924, p. 72 sq.; Posner, Dus Buch des Proph. Mtchah, Francfort. 1924; Burkitt, Micah VI mid VU, a northern prophecy, dans Journal of biblical literature, 1926, p. 159 sq. A noter aussi les articles sur Michée, parus dans les différentes encyclopédies: «l’Ermonl, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible: «le Seisvnberger, dans WclzcrWelle, Kirchenlcxicon: de Volck, dans Hauck, Protest. Realcncpklopadie: de Cheyne, dans Encpclupaedia biblica; de Nowaek, dans Hastings, .1 Dictionary o/ the Bible. A. Cl AMl.H. 1. MICHEL Augustin (1661-1751) naquit cn 1661 dans un petit village des environs dTndcrstrofl (Haute-Bavière), et entra vers l’âge de vingt ans au couvent des chanoines réguliers de Saint-Augustin dans celle dernière localité. Envoyé à ITniversité de Dillingen, il en revint docteur en théologie cl in ulroqttc jure, et professa longtemps dans son couvent. Il accepta finalement la cure d’Aspacb, où il mourut en 1751. Fort estimé pour la profondeur de scs con­ naissances et l’aménité de son caractère, il avait été désigné comme conseiller ecclésiastique par l’électeur de Cologne, le prince-évêque de Frisinguc ct le princeabbé de Kempten. Sa production littéraire qui est volumineuse est surtout consacrée à la morale : il y demeure fidèle ù l’enseignement reçu des jésuites de Dillingen : 1· De jure ct justitia juridice ct theologice tractata, in-D, Angsbotirg et Dillingen, 1697; 2· Dis­ cussio juridica de lege amortizations contra L. B. de Schmid9 in-8”, Home, 1699; 3" Theologia canonico· moralis seu perfecta ct practica instructio sacerdotii curati tam pro foro interno (piam externo, In-fol., I tomes cn 3 vol., Angsbotirg et Dillingen. 1710-1712, d’un probabilisme extrêmement résolu; I· Discussio theologica de contritione ct attritione, ibid., 1710, où Michel réfute les opinions de Lcdrou sur la nécessité d’un commencement d’amour de Dieu dans l’altrition; 5· Confutatio injamis libri cui temerarius titillas est : Expostulatio et protestatio qua reclamat adversus decretum pontificium quo centum ct una pro­ positiones damnata* sunt Pasch. Qucsnel presbyter Purisirnsis, In-8·, Landshut, 1719, publié aussi cn alle­ mand à Angsbotirg, 1721 : Grlïndllche Widcrlcgting jenes vcrschrcitcn Buchs, etc.; railleur y prend très vivement à partie la Protestation rédigée cn 1715 par Quesnel contre la bulle Unigenitus, flétrit les quatre évêques « appelant » et justifie la condamnation de chacune des propositions. F. C. <». Hirschlng, Illstorisch-lilltTarisches Hundbuch, t. v a, Leipzig, I860, p. 328, reproduit dans .1. G. Mcuul, Uxikon der tculschcn Schriflstcllcr, I. IX, Leipzig, 1809, p. 161; Hurler, .\amcnclator, 3* édit., t. IV, col. 1636 (appelle l’auteur Michl). L. A M AN X. 2 MICHEL D’ANCHIALOS, patriarche de Co usta «Ii oplc de 1169 à 1177. I. Me. IL Œuvres. I. Vie. - Certains manuscrits de date plus récente joignent au nom de Michel l’appellation » ό *Αγχιχ).ου>. Sur cette donnée on a fait de ce personnage un évêque de cette métropole (ef. Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastiques, t. n, col. 1512). C’est à tort, 16G9 MICHEL D’ANCHIALOS car la lecture des meilleurs manuscrits, ό του Άγχιάλου marque, dans la terminologie du xir siècle, un rapport, non au siège lui-nièmc, mais à son titulaire. Michel parait avoir été à la fois le purent et le colla­ borateur de l'évêque d’Anchialos ; en effet, il fut élevé parce prélat, cf. S. Lampros, Μιχαήλ Άκομινάτου τα σωζόμενα, I. ι, ρ. 7 1. dont il fut sacellaire, Ephrtrmii Cwsares, vers 10 183-10 181. Venu dans la suite à Byzance, il prit rang parmi les officiers pa­ triarcaux et parvint à l'importante charge de prolckdikos. Lampros, op. cil,. p. 82. Les sources le désignent aussi comme ύπατος των φιλοσόφων ». Ce n’est là ni un simple titre, ni un brevet de science décerné par des admirateurs, comme le pense Loparev, Vir. Vrrznr/i/nA*. 1907. t, xiv, p. 337. et le sup­ pose (iédéon, Πατριαρχικοί πίνακες, p. 365. Otte appellation désignait à la lin du xu· siècle le recteur de la Faculté de philosophie érigée à ^Université nouvellement restaurée par Manuel Comnène. Michel nous l’apprend lui-même dans le discours qu’il prononça à l’occasion de son entrée cn charge. La vaste culture du professeur est célébrée tant par les historiens que par les panégyristes. 11 ne nous reste qu’un seul témoin de son éloquence (voir in/ra). C’est surtout à son énergie et à son sang-froid, Lam­ pros, op. cil.. p. 83, qu’il dut d’être choisi comme patriarche à la mort de Luc Chrysobcrgès, entre le 10 novembre 1169 et le 30 janvier 1170. 11 devait, comme chef de l’Églisc, réaliser une œuvre canonique considérable (voir infra la bibliographie). Le ponti­ ficat de Michel d’Anchialos intéresse l’histoire de la théologie à un triple point de vue : par les mesures prises contre certaines hérésies, par l’attitude qu’il eut vis-à-vis de Borne, par les conditions qu’il mit à l’union projetée avec les Arméniens. 1° Mesures contre les hérésies. — La manie dlsputcusc de Manuel Comnène avait, en soulevant à tout propos les problèmes les plus délicats de la théologie, acculé les esprits les plus audacieux à de véritables nouveautés. Le basileus qui avail, par son interven­ tion directe dans les débats, pris plaisir à les faire naître, eut la cruauté de les réprimer par le glaive et l’anathème. A la question du sacrifice, réglée au synode de 1158, voir ci-dessus, col. 1338, avait succédé celle de l’infériorité relative du Christ, par rapport à son l’ère, exprimée par le verset de saint Jean : Ό πατήρ μου μείζων μού έστιν, χιν, 28. Celle-ci devaitelle s’entendre de la nature divine, de la nature hu­ maine ou du composé théandrique? On avait donné à cette question, cn 1166, une réponse solennelle qui avait semblé devoir être définitive. Cf. Chalandon, Jean 11 Comnène et Manuel Comnène. p. 614 sq. Or, à la mort de Luc, à la faveur des intrigues nouées pour la nomination de son successeur, l’affaire rebon­ dit. Le métropolite de Corfou, Constantin, ct Jean Irénikos. higoiimène de Batala, furent les théolo­ giens du mouvement. Bcven cliquant contre des me­ sures de police canonisées par des synodes le droit de parler de la nature humaine du Christ, ils l’iso­ laient complètement de sa personne divine par une abstraction mentale, κατά ψιλήν έπίνοιαν. (‘.’est seu­ lement de la nature humaine ainsi considérée que le Christ a pu, disaient-ils. prononcer la phrase rap­ portée par saint Jean. Cette doctrine, s’il faut en croire Cinnamos, vi, 2, P. G., t. cxxxiit, col. 617 B, avait rencontré de nombreux partisans à la tête de l’Églisc; on prêtait meme au patriarche des faiblesses pour la nouvelle école, ct il était clair que l’aristo­ cratie lui était ouvertement favorable. Seul l’empe­ reur, trouvant unique l’occasion de discuter, tint tête a scs sujets, et son amour-propre, piqué au jeu, avait obtenu la condamnation de ses contradicteurs. En PICT. DE. THÉOL, CAT». 1670 1170 le débat, s’il ne prit pas la même ampleur, fut tout aussi passionné. L’évêque de Corfou, condamnant le synode auquel il avait souscrit, traitait publique­ ment d’hérétique K patriarche défunt : Jean Irénikos avait, lui, toujours réclamé contre la décision de 1166; il s’en était expliqué dans de volumineux traités, qui circulaient sans qu’on l’inquiétât. Des propos irré­ vérencieux tenus par lui sur le compte de l’empereur et du haut clergé firent qu’on s’en souvint. Une double procédure fut inscrite contre les délinquants, sans doute à dessein; car le verdict, portant sur le même délit de récidive, fut successivement impitoyable ct clément. Le prélat, accusé d’hérésie, perdit toute dignité ecclésiastique (synode du 30 janvier 1170) tandis que l’higoumène, au prix d’un repentir simulé, obtenait son pardon et conservait sa charge (synode du 18 février 1170). Jean, fort de cette clémence, continua scs menées et on dut en venir à l’anathème l’année suivante; son nom fut associé à celui de Cons­ tantin et consigné dans le synodicon du dimanche de l’Orthodoxie. Sur ces démêlés t biologiques, cf. L. Petit, Documents inédits sur le concile de 1166 et ses derniers adversaires. dans Viz. Vremennik. 1901, t. xt, p. 465493; P. Ouspenskij. Le mouvement théologique à Byzance au XI· et au XII· siècles, dans le Journal du Ministère de ΓInstruction publique russe, sept., oct. 1891. Dans la controverse dogmatique le pa­ triarche apparaît au second plan aux ordres de l’empe­ reur; il devait en politique prendre sur le maître de l’Empirc une revanche éclatante. 2· Rome et Byzance. —On sait que Manuel Comnène tenta avec une rare persévérance d’unir les Églises grecque et romaine. A la base de cc dessein il y avait une visée politique; reprenant une idée de son grandpère Alexis, le basileus rêvait de rétablir à son profit l’unité des empires d’Oricnt et d'Occidcnt, et deman­ dait à être couronné par le pape; mais il savait que cela ne pouvait se traiter sans le retour des Grecs à l’obédience de Borne et prenait les devants. Entamées sous Adrien IV, les négociations se pour­ suivaient avec Alexandre III. Vers la fin de 1167 le sébaste Jourdain avait fait au pape des propositions séduisantes de nature à le débarrasser de l’étreinte germanique. Diriger, Corpus der griechischen I rkunden des Miltelalters und der nrueren Zeit. n Tell. p. 81. n· 1180. Le pape ne pouvait se résoudre à couronner un prince schismatique; il refusa l’or du basileus,mais pour ne pas sembler vouloir tout rompre, il envoya deux cardinaux porter à Byzance les conditions de Borne. On ne sait rien des tractations qui eurent alors lieu; un conseil de Latins dont Manuel prenait les avis dut beaucoup faciliter la tâche des légats, tout cn piquant la susceptibilité des prélats grecs. En mai 1170, l’empereur faisait à nouveau pressentir le pape; ses apocrisiaircs mirent cette fois au premier plan des négociations l'union des Églises; la contre­ partie politique se réduisait à une simple question de mariage entre une nièce du basileus et un seigneur ita­ lien. Sur celle base les pourparlers s’engagèrent; puis une nombreuse cl solennelle mission pontificale, com­ posée de cardinaux, d’évêques ct de théologiens alla porter à Constantinople les revendications du SaintSiège. Le caractère de cette ambassade a été étran­ gement méconnu ou altéré par les historiens. Chalan­ don, op. cit.. p. 566, la confond avec la première; c’est à tort, car Michel était déjà patriarche quand il eut affaire avec elle; cc qui place son activité non en 1167 mais en 1170. Alexandre III réduisait au minimum les réclamations du Siège apostolique; trois conditions seulement étaient mises à l’union : la confession de la primauté romaine, la reconnaissance du droit d’appel et l’inscription du nom du pape dans les diptyques. Le fait, d'autant plus surprenant qu’il est impossible X. — 53 Î67Î MICHEL D’ANCIIIALOS de dire sous quelles influences exactement il s’est produit, avait été signalé ct sufhsainment prouvé par Allai ius, De Ecclesia* occidentalis et orientalis per­ petua consensione, p. 661. 665. Norden, Papsttum und Pyzanz, p 96, faisant état d’un texte tendancieux et trop tardif pour être exact, n cherché sur ce point à Allaiius une chicane téméraire. Avec mauvaise humeur, il a reproché à celui-ci d’avoir prêté à un pape antiallemand des condescendances pour les Comnènes, puis, sur le témoignage d’un polémiste de la lin du xiv» siècle Macairc d’Ancyre, imputé à l’intransi­ geance pontificale, s’exerçant partout et sur tout, l’échec des négociations. Le mémoire rédigé par Michel d’Anchialos lui-même sous forme de dialogue et récemment publié par Loparev (cf. Viz. Vremennik, 1907, t. xiv, p. 311-353) montre l’inanité d’une pareille thèse; ce document met en une vive lumière le rôle joué parson auteur dont la fierté répugnait & des arrangements qui lui donnaient un maître. Le patriarche discute avec l'empereur lui-même sur les prétentions latines. Il émet sur la primauté romaine ct le magistère suprême des avis aussi excessifs que paraissent modiques les demandes pontificales; il semble bien que Michel ait voulu par là rendre vain tout espoir de conciliation. On ne saurait reconnaître au pape le droit d’appel; les saints canons défendent en effet de porter une cause devant un condamné; or le pape est sous le coup des cen­ sures ct ne saurait de ce fait juger les délinquants (n· 11, 17). C'est au contraire à lui cl à tous les Latins qu’incombe l’obligation de venir à Byzance répondre de leurs crimes. Sur la primauté romaine la pensée du prélat est encore plus tranchée. Déchu de toute dignité pontificale, il (le pape) ne saurait cire le. premier de ceux qui ont conservé la grâce; ce n'est qu'un laïque, qui a besoin d'étre sanctifié par d'autres, qui ne peut en sanctifier d'autres, ni promouvoir des prêtres, des diacres ou des clercs d'un rang inférieur (n· 17); ce n'est pas un pasteur, mais une brebis galeuse »; el si on ne veut pas contaminer le troupeau fidèle, il faut s’en tenir soigneusement éloigné. D’ailleurs le pape ne peut pas réclamer la primauté au nom de saint Pierre; il conviendrait alors de faire cet honneur A Antioche ou plutôt A Jérusalem, où le Christ vécut, si les saints canons n’en avaient statué autrement,en décidant que le pouvoir civil ct le magistère ecclésiastique devaient rester intimement liés; c’est pourquoi, depuis Cons­ tantin, le siège de l'orthodoxie est à Byzance, non plus à Borne; de plus, avec la primauté, le pape a perdu tous scs autres privilèges. Comme l’empereur plaide les circonstances atténuantes, les risques de guerre en Europe ct en Asie, les désastres politiques déjà subis par la faute du schisme, Michel répond que, là où il s'agit de sauver les Ames, on ne saurait s’inquiéter des corps. Le péril turc ne l’effraie pas; et le prélat sc laisse aller à un souhait sacrilège qui donne la mesure de son fanatisme : Que le Turc soit mon maître, exté­ rieurement, mais que le Latin ne me soit pas uni au spirituel; car, soumis au premier, je ne partagerai pas sa /οι; mais accepter l'union avec le second sur une base dogmatique, c'est me séparer de Dieu (n· 28). Cette rigueur de propos n’allait pas sans une cer­ taine contradiction dans la pratique cl en théorie. D’une part en effet l’auteur loue chez Photius, trai­ tant avec les Latins, le sens de Véconomie dont il refuse le bénéfice à un empire aux abois (n· 31), d’au­ tre part les Latins, hérétiques impénitents, n’ont pas été traités comme tels par les conciles antérieurs el ne le seront pas, à cause de la force et du danger qu’il représentent. Xu moment ou les facilités faites par Borne sem­ blaient devoir aboutir à un accord, ce réquisitoire ΠΙ tout échouer. L*ombrageux> patriarche imposa sa 1672 volonté à un empereur qui n’avait ni la farouche énergie, ni non plus la sincérité dont plus tard fera preuve Michel Paléologue. Manuel Comnènc permit à Michel de faire un de ces gestes imprudents que Ici ambitions de l’Occident ne demandaient qu’à exploi­ ter; le synode qui devait conclure l'Vnion porta à l’instigation de cc prélat une excommunication solen­ nelle contre le pape et ses adhérents; par une réserve singulière l’anathème ne leur fut pas jeté. Le tome de celle assemblée, aujourd’hui perdu, exposait la vraie foi des Orées, les chefs d’accusation de ceux-ci contre les Latins, à qui on déniait le droit de réviser le procès qu’on venait de leur faire.D’après Macairc d’Ancyre,ci. Allaiius, op. cil., col. 665. Les légats ne se prêtèrent certainement pas à celle comédie antiromalne; il est cependant curieux que Hugues Éthérien et son frère Léon, qui étaient du conseil de l’empereur ct l’assis­ tèrent dans toute cette affaire, n'y fassent pas la moindre allusion. C’est sans doute à cette occasion que Michel, renouvelant le geste de Photius, y alla de sa lettre encyclique contre les erreurs des Latins. Allatius, ibid. Par ces mesures extraordinaires il fit échouer l’union des Églises; i'ablmc du schisme sc creusa; le fanatisme des Grecs porlé par elles au paroxysme devait, quand la mort de Manuel lui laisserait libre cours, provoquer le massacre de tous les Latins en 1182 el appeler la revanche de 1201. 3e Hyzancc et l'Arménie. — Située aux confins de l’empire, l’Arménie pouvait, dans le conflit que Byzance soutenait avec les Turcs, subir l’influence de scs ennemis. I (établir l’union religieuse parut encore ici au basilcus le moyen le plus sûr de rattacher ccltc nation à sa fortune. Les négociations provoquées par les Arméniens eux-mêmes promettaient d'aboutir, quand Michel eut à s'en occuper comme patriarche. Théorianos, charge de traiter celle affaire, arriva en Arménie au printemps de 1170; il agit sur les instructions du patriarche défunt avec prudence ct courtoisie. Les conférences dogmatiques aboutirent à un résultat capital : à la reconnaissance par les Arméniens de la doctrine des deux natures el des deux volontés dans le Christ. Cependant le catholicos réservait la question du voca­ bulaire; il pensait rester orthodoxe en maintenant la formule « une seule nature » afin d'éviter le reproche de nestorianisme, ce dont Jusque-là lui et son Église avalent soupçonné les Grecs. Nous confessons deux natures pour éviter la confusion des natures; ct une seule nature pour marquer leur inséparabilité. P. G., t. cxxti, col. 210 C. Le nouveau patriarche fut aussi froissé du soupçon porlé contre la foi de son Église (pie mécontent de la réserve faite par Nersès en matière dogmatique. Il rédigea au nom de l'empereur une longue réponse dépourvue de toute aménité, où ni le passé de l’Égllsc arménienne ni son attitude présente n’étaient ménagés. Texte conservé par la Disputatio //“ Thcoriani, P. G., t. exxxm, col. 223232. Non seulement le légal byzantin devait obtenir la suppression pure et simple de la formule incriminée, sous laquelle se cachait ou une hérésie formelle ou une erreur inconsciente, op. cit., col. 221 D, 225 A; il lui fallut de plus exiger l’abolition de certains usages liturgiques ct disciplinaires. Théorianos, chargé à nouveau des négociations, emportait en outre deux autres lettres de pure politesse, l’une de l’empereur, l’autre du patriarche. Le catholicos consentit à toutes les exigences des Byzantins, mais conseilla la pru­ dence. Γη conseil national pouvait seul sanctionner les réformes qu’il s’engageait à faire; or. il se savait des ennemis irréductibles; d’autre part, la divulgation de certaines clauses secrètes venait de le mettre en mauvaise posture. Il ne désespérait cependant pas d éclairer son peuple; il travaillait à réunir le synode 1673 MICH KL D’A N C111A LOS — MICHEL DE BOLOGNE 1674 il en est de même d'un autre acte attribué à notre à cet diet, quand il mourut (δ août 1173). Son suc­ Michel par Zachariæ. Jus, ni, 500 (η. 1). cesseur, Grégoire IV. aussi dévoué que lui à la cause de l'union rencontra sur ce point la plus vive hostilité, Il existe trois éloges do Michel d’Anchialos dus ù Michel motivée moins par l'opposition des races que par Akominatoi cl Λ Eustn the do Thessalonlque ; l’un est édité l’intransigeance des Byzantins. Le catholicos en référa par S. P. IjimprnM, Meyer/ ’Azouc*iro> Τα σωζόμχνα, t. î. à Manuel Comnène (1175). Celui-ci répondit sur le p. 72-92; c’est un modèle de rhétorique creuse; les deux tard par une nouvelle ambassade, Janvier, 1177; cf. autres, rédigés par Eus tu the qui devait beaucoup nu défunt, se trouvent dan* le Cod. Scorial. Y-D, 10, fol. 157-164 v· Dulger, op. c//., t. il, p. 87, n. 1527. Le basilcus venait ct 164 ν·-178 v*, ct trouvent imprimé* dan* le recueil de trouver dans la liturgie des Arméniens des preuves déjà cité de Begrl. adéquates de leur orthodoxie. De son côté, le Pour les autres sources, consulter P. Chalandon, Jean II patriarche, assagi par les précédents insuccès, sc résol­ Comnène el Manuel P* Comnène, p. 646-661. On trouvera vait à user d'économie, cl bornait scs prétentions à également dans cct ouvrage une abondante littérature, la suppression de la formule une seule nature en Jésusp. un-uv; les études les plus importantes et 1« plus récentes Christ. Michel ne devait pas connaître les effets d’une ont été citées dans le corps de l’art Idc. concession (pii dut beaucoup coûter à sa fierté. Les V. Lâchent. négociations se poursuivaient encore quand la mort le 3. MICHEL DE BOLOGNE, savant exé­ frappa lui-même vers mars 1177. Pour toute cette gète cl théologien carme du xiv siècle. L Vie. question voir Tourncbiz.e, Histoire de ΓArménie, IL Œuvres. p. 215-253; Chalandon, op. c/L, p. 655-659. L Vie. - - Michel Anguani ou De Anguani s, dit IL (Euvhes. - En dehors du dialogue déjà cité, à tort Aiguani, Alignant, etc., plus connu sous le nom il ne nous reste de Michel d’\nchialos qu'un seul de Michel de Bologne, naquit À Bologne. La date de sa discours, dont l'authenticité n'est pas douteuse. C'est naissance nous est inconnue, ainsi que celle de son une adresse à Manuel Comnène conservée dans le entrée au couvent des carmes de sa ville natale. Scs cod. Oxon. Harocc, gr, 131, fol. 186b-190 ct le Scor. supérieurs l’envoyèrent étudier à {’Université de Paris. gr. Y-11-10, fol. 132 r°-139 r®, éditée par \V. Regel, Plusieurs chapitres généraux le chargèrent d’expli· Fontes rerum byzantinarum, fasc. 2, Pétersbourg, 1917, quer les Sentences en cette même ville. Celui de d'après ce dernier manuscrit. A la suite d’Allatius, Ferrare, 1357, le nomma pour la septième année, Dr utri usque Ecclesia* ocr. et or. perpetua consensione, c'est-à-dire 1361; celui de Bordeaux, 1358, pour la p. 665, Fabricius, Dibliothcca grsrca, t. χία, p. 227, cinquième année, 1363: enfin celui de Trêves, 1362, et Ixrumbacher, GeschieJitr der byzantinischen Littepour l'année scolaire alors commençante 1362-1363. ratur, 2· édit., p. 91, font à Michel l’honneur d’un Dans le catalogue des maîtres de Bologne, Anguani court mémoire sur la messe des présanctifiés;cf. Am­ figure comme docteur de Bologne en 1371. Dans bres. gr. 290, fol. 2-1 r·; 290, fol. 97-98 v·. Nous n'avons les actes du chapitre général d’Aix en Provence, trouvé nulle part la justification de cette attribution. 16 mai 1372. nous le trouvons comme détinileur pour Les diverses suscriplions de manuscrits ne parlent en la province carmélitaine de Bologne avec le litre de effet que d’un Michel patriarche; Stevarl auquel s’en Maître. prend Allâtius ne le désigne pas autrement.En ce 11 fui élu provincial de sa province de Bologne aux cas, il est à peu près sûr que l'auteur de l’opuscule est chapitres généraux du Puy-en-Velay, 1375. cl de le patriarche Michel l’Oxilc (1113-1116), d’ailleurs Bruges. 1379. Comme le général Bernard Olerius connu pour ses ordonnances et ses traités liturgiques. adhérait au parti du pape d’Avignon, Clément \ 11, C’e-I sous le nom de ce patriarche qu'à bon droit l’a le pape de Borne, Urbain VI. le déposa cl nomma édité M. Gédéon, Άρχεΐον έκκλησιαστικής Ιστορίας, Michel de Bologne vicaire général par bref du p. 31-36. Fabricius cite également comme ouvrage 19 avril 1380. Ainsi commença le schime qui divisa de Michel d’Anchialos un Synodicon contra Armel’ordre jusqu’à l’élection de Jean Grossi comme géné­ nos (pie la seule autorité de Nicolas Comnène ral de tout l’ordre, 26 avril 1111. Anguani eut sous Papadopoli. dont il se réclame, ne saurait nous son obédience les religieux des pays qui adhéraient à imposer. I rbain VI, tels, par exemple, Γ llalie(rnoins le royaume Le Régestc de MJchel d Anchialos comprend outre de Naples), la Hongrie, la Pologne. l’Allemagne, la les lettres déjà mentionnées une série d’actes patriar­ Flandre, l’Angleterre el la Gascogne, vie. Le nouveau caux réglementant : 1° La juridiction des évêques en vicaire général convoqua, en 1381, le chapitre général matière d’ordination, cf. /*. G., I. exxxvm,col. 210sq.; â Vérone, où en vertu d’un bref du pape l rbain VI, 2·la situation des prêtres investis de dignités ecclésias­ on élut des déOniteurs suppléants en remplacement tiques après leur entrée au cloître. Mansi, Concil., de ceux des provinces qui suivaient le parti de Ber­ t xxir, col. 129 A ; 3· l’exercice des fonctions civiles par nard Olerius. Le chapitre ainsi constitué élut â l'una­ les clercs. P. G., ibid., col. 85; I· trois cas de mariages nimité Michel de Bologne comme général cl celui entre parents, cf. Mansi, ibid., col. 12'2 et 129 BC; de Bamberg en Bavière. 1385. le confirma dans celte le troisième est inédit dans le Sinait gr, 482 (1117) charge. An dire de certains auteurs. Michel de Bologne fol. 229b-230a; 5e la répression de rites superstitieux. aurait en personne visité les couvents cnrmélitains P G . ibid., côl. 711. d’Angleterre; en réalité il ne le fit que par l’intermé­ Deux autres actes réforment deux sentences de diaire de son frère, Bernard de Bologne, qu'il avait, Luc Chrysobcrgès. Gédéon, ΚανονικαΙ διατάξεις, t. n. à col effet, constitué visiteur général d’Angleterre. p. 21. 27; un troisième dénie aux métropolites le Lorsque le général sc rendit à Gênes, en 1386. pour droit de créer de nouveaux évêchés dans leur pro­ y saluer le pape Urbain VI. celui-ci le déposa. On ne vince. Gédéon. ibid, p. 26. A la naissance du fils du sait au juste le motif de celte déposition. Mais les basilcus, Alexis, le patriarche prit une mesure extra­ auteurs supposent généralement que cette disgrâce ordinaire ct fit prêter par son synode serment à l’héri­ échut à \nguani du fait qu’il adhérait â un cardinal tier présomptif. (X Viz. \ rcmennik, 1895, t .n. p. 388que le pape lit mourir en cette même année, ou parce 393. — L'acte édité par Allâtius. De Eccl. occ. et qu’il était grand ami de l’archidiacre de Burgos, son or. perpeL cons., p. 671 sq., est ù tort placé par Dôlgcr. ancien disciple, personne .suspecte a l rbain. Le pape Corpus der griechischen Urkunden des AI Ht. und der nomma vicaire général â sa place Jean de Baudc, alias neueren Zr.H, p. 86, n. 1516, sous le pontificat de de Palude, qui fut ensuite élu général au chapitre de Michel d’Anchialos en août 1173; il sc rapporte égale­ Brescia. 26 mai 1387. Quant à Anguani, il se retira en ment à l'administration de Michel l’Oxite (août 11 13); son couvent de Bologne, et s’y adonna avec ardeur 1675 MICHEL DE BOLOGNE aux études sacrées ct à la continuation de scs nom­ breux ouvrage*. Il occupa la chaire d’Ecrit are sainte A l’université de celle ville cl fil l’exégèse du psautier. Apres la mort d’t rbain VI, le pape Boniface IX, par le bref du 25 juillet 1395, nomma Alignant vicaire général de la province de Bologne avec pouvoir de visiter ct de réformer, tout en restant sous l'obédience «lu général» Jean de Bande. Il reparut au chapitre général de Plaisance, 21 mai 1396, comme délinitcur pour la province de Bologne, Enfin il mourut a Bologne, le 16 novembre 1100. Homme vraiment émi­ nent tant par sa haute vertu ct sa prudence consommée que par son grand savoir, il a bien mérité de I Iigli.se ct de son ordre. Il fut conseiller de plusieurs papes. Il fut philosophe, théologien et exégète, comme Pal les­ tent scs œuvres. Le chapitre général de Venise, 1521, ordonna de répandre dans l Ordre les o uvres éditées de Jean Baconthorpc (Bacon) et de Michel de Bolo­ gne; celui de 1518 tenu en la même ville statua qu’on suivrait dans l’ordre la doctrine de ces deux maîtres, mais qu’on aurait soin de corriger les éditions défec­ tueuses de leurs œuvres. II. Œuviies. — Parmi les œuvres imprimées men­ tionnons : 1· Quirtlioncs subtilissima· cl /acillime. disputatae,,, in quatuor libros Sententiarum explicitly œuvre qu’il composa pendant son lectorat à Paris, lilies furent éditées pour la première fois Λ Milan, chez Léonard Vegii, 1510; puis ù Venise, chez Jean Guer­ rillas, 1623. Certains auteurs donnent comme titre A cet ouvrage : Commentaril in IV Sententiarum ou In libros Sententiarum commentarii ; le titre exact est celui que nous avons donné (ci. Daniel de la V.-.M., Spéculum; Mazzuc helli cl l'ant uzzi). Cependant à la bibliothèque de l'université de Bologne on conserve un ms. 1520, in-l·, intitulé : Commentarii in Senlcn· lias. Ce ms. avait appartenu à Matthieu de Bologne (t 1412) 2" Commentarii in Psalmos Davidicos. D’après Louis Jacob, cet ouvrage aurait été publié pour la première fois à Milan, 1510, chez Léonard Vegii; mais cet auteur aura confondu celle édition avec la Ie· édi­ tion de l'œuvre précédante; car la première édition qu’on en connaît est l’anonyme d’Alcala de Hénarvs, 1521, 2. t. in-fol., faite par les soins «le Jean Emisera, évêque de Burgos, d’après le ms. de la bibliothèque des hiéronymilcs de Lostoros de Gulsando; cette édition fut suivie de deux autres également anonymes : Lyop, 1581 ct 1588-1589, 2 l. in-fol. Enfin, par ordre du cha­ pitre général «le Borne, 1598, le procureur général, Basile \nguisclola, compara l'édit ion de Lyon 15881589 avec les mss. des carmes de Bologne (de 1397, 5 vol ) et ceux des carmes de Venise («h· 1397-1 123) ct donna une édition corrigée, imprimée à Venise, 1600-1602, 3 t. in-l·, Dans une lettre préface il démontre péremptoirement que l’ouvrage est de Michel de Bologne : L parce «pic res mss. le lui attri­ buent . 2. pour des motifs de critique interne : en effet, dans cet ouvrage Anguani renvoie 15 fols à « son » Dictionnaire théotogique, ainsi qu’à divers autres de scs ouvrages. Aussi le Saint Siège par bref du 20 dé­ cembre 1601 (llullar. carmcl.,n»p. 313b-3l I1’) ordonna que dorénavant l'ouvrage serait publié sous le nom de son auteur. Michel de Bologne. De fait on peut «Itcr encore les éditions de Lyon. 1603, 1610, 1651, 1656; Venise. 1608 ct Paris. 1613, 1616 cl 1626. En vain le dominicain français Hammon et le bénédictin Mb hrl Ximenez Barrancon essayèrent-ils d'attribuer cet ouvrage au bénédictin Pierre Bersuire (Bcrchorlus, t 1362), la réponse du carme Jean de Saint-Ange (1721) trancha déllnitivcmcnt la question en faveur de l’ordre des cannes. Parmi les ouvrages Inédits mentionnons: 3*l’AWcédaire ou Dtclionnarium sacrum, 2 tomes, ms. 1052 a ct 167G b de la bibliothèque de l'université «le Bologne prove­ nant du couvent «les cannes de cette ville; un autre ms. existe nu college Saint Albert des cannes de Rome. L’ouvrage resté incomplet ne contient que les trois premières lettres. Le chapitre général de 1620 décréta, mais en vnln, que c« lie œuvre serait publiée cl conti­ nuée. Anguani fut le premier a inaugurer ce genre d’études. 4· Alphabetum theologicum, ms. existant au collège Saint-Albert des carmes de Home. 5· Leeturn in psalmos, I vol. ms. 1052, c /, de In bibliothèque de l'université de Bologne. Mnn«|uent les ps. ι-xxv. Cet ouvrage est cité par Cornelius n Lapide, Knabvnbaucr, etc. G* Jn psalmus pirnitmtialrs tectura, ms. a Gènes du xvn* siècle. 7·· Tabula in h brus Sententiarum, ms. 10fil, du musée Cnlvcl à Avignon. Puis «les Commen· latres sur Job, Mlchéc, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc; des Postillrs sur l’évangile de saint Jean et l'Apocalypse; une description de la Passion de Notre-Seigneur; une Exposition du Pater et de P Ave; un excellent traité de I*Immaculée Conception, cite cl fort loué par les auteurs qui ont écrit sur la matière, comme sont Arnold Dost lus, l ’erdinand de Salazar, etc. Des commentaires sur toute ta philosophie; Quatre livres sur P Éthique d’Aristote; l n Iture sur Vallrc Maxime; Tabula Moralium .S’. Grcgorli; Tabula seu Index decreti a Gratiano collecti; en lin des collectioni de sermons et de lettres. Quant Λ la doctrine de Michel de Bologne plusieurs points sont A critiquer. Cosme de Villiers pourtant cherche A en expliquer quelques-uns. Michel admet avec Pierre Lombard, 1 Sent., dist XI.V, cap. vu, qui­ la volonté divine, dite de bienveillance, beneplaciti, est toujours efficace et effectuée. Il admet une double prédestination : l’une selon la justice présente, l’autre selon la prescience étemelle de Dieu. Même beaucoup de prédestinés selon la justice présente, seraient par­ fois réprouvés selon la prescience éternelle de Dieu. Quant aux mérites, il admet que la volonté est plutôt passive qu'active ; · La volonté, dit-il, n’a par elle-même aucune disposition pour mériter; celleci lui vient de l’Agent (Dieu). La volonté concourt néanmoins à Pacte méritoire, mais la qualité d’être méritoire. Pacte ne le tient point de la volonté, mais de Dieu, c’est-à-dire, de la grâce. » Avec Pierre Lombard, IV Sent., dist. XVIII, Anguani admet «pi’il faut un acte de charité ou . 700-721, 738, 748. 752-754; Daniel de ta V. M., X’inea Carmeli, Aiivcn, 1662, p. 532· 533, n· 955; Speculum car nul., \nvcrs, 1680, I. n, p. 894, η. 3052-3053; Élltéc Monsigmini, canne, Hullarhnn carnalitanum, Rome, 1715 «I mHv., t. i. p, 143-149, 153; I. ir, p. 313-311; Michel XiineiK·/. Barnmcon, IncognUus perse cognitus, Madrid, 1720, in-8n, IncognUus apertius cognihn 1677 MICHEL DE BOLOGNE — MICHEL CÉKELAIBE Ibid,, 1722, In 8 . ('.onchiyla allegationis In lit/ super ccrll· tudlne aiwlorls Incogniti in Psalmos, Ibid., 1728, hi-8 ; Jean do Suint-Ange■, Ont. carrn., Dissertatio apologetica pro incognito per se cognito, Madrid, 1721, ln-4·} Cosme de Villiers, Hibllothrra earnici., <>rh uns, 1752, 1. il, col. 433445, n· 141 et col. 147· 148, n· 144; Albert l’nbridus, H ltd ίοtheca latina media· et infimo- u-talls, Pndoue, 1751. t. ι, p. 2U3; t. v, p. 74 a; Giammarid Mn/zuchclll, GU scrillorl d'Italia, Brescia, 1753-1703, I. 16, p. 780-785; .ban I nu· lazzi, Nolitlc degll scrillorl Ihdognui, Bologne, 1781-1794, t. i, p. 76-90 ;l. ix, p. 15-16; Alexandre Budinsky, DU UnUcrsIlat Paris und die L'remden an derselben tm MiUrl aller, Berlin, 1876, p. 198-199; Benedict Zlinrinrinan, C. I)., Mumunenta historica carmclliana, Lérin», 1907, t. i, p. 201-202, 254-255 et 408; Acta capit. gener. Ord. carmcl., Home, 1912, 1. i. p. 16, 48, 51, 67, 73. 78, 81-98, 105, 112, 116, 338, 34 I, 376 et 429; Analecta Ord. carmcl., I. m, Home, 1914. p. 140, L v, 1924, p. |G2. not* 1. P. Anastasi, ni Saixt-Paul. 4. MICHEL CÉRULAIRE patriarche di Constantinople de 1013 à 1058, sous lequel sc consomma la rupture entre Γ Eglise latine et l’Eglise grecque. L Vie. 11. Le conlllt avec. Rome (col. 1680) I. Vie. 1·· .4 mini le patriarcat. Bien que l’on soit assez renseigné sur certaines parties de la vie d? Michel Cérulaire (voir à la bibliographie rénuméra­ tion des sources), il n’est pas facile de reconstruire de manière tout à fait exacte son curriculum film. La date de sa naissance n’est pas connue; on peut la fixer par conjecture aux premières années du xr siè­ cle. Il appartenait à une famille sénatoriale de Coustantinople, dont les membres avaient joué un certain rôle; son père remplissait dans l'administration des fonctions importantes. Michel cl son frère aîné reçu­ rent une éducation fort soignée qui devait les préparer aux carrières publiques; il ne paraît pas, en diet, (pie l’on eût destiné l’un ou l’autre a être d’Eglise. Cc fut un drame de famille qui détermina la voca­ tion de Michel, a une époque ou il était déjà, semblet-il. entré dans le cursus honorum. En 1040, un complot sc forma contre le gouvernement oppresseur du basilcus Michel IV le Paphlngonicn (1031-1011). que l’on voulait détrôner, la conspirai ion fut découverte ct Cérulaire s’y trouva englobé, à tort ou à raison; sur sa participation au complot, sur le rôle qu’il y joua les historiens byzantins ne sont pas d'accord S’il fallait accepter la donnée de Jean Skylitzès. Cérulaire aurait été l’un des principaux meneurs et c’est lui qu’on aurait songé à élever sur le trône. \’olr J. Skylit/ès, trad, latine, p. 106, 108; cf. Cédrénils, P. G., I. ex su, col. 26 1 A. Quoi qu’il en soit, Michel Céruhilrcel son frère furent arrêtés, condamnés à la dépor­ tation, ct séparés d'ailleurs l’un de l’autre. Le basilcus, pour rendre Michel inolîcnsif, le pressait vivement de prendre l’habit monastique; ni promesses, ni menaces ne parvinrent à le faire céder. Mais un jour il apprit d’Isaac Comnène qu’il couronna le lri septembre. Sur la reconstitution de ces événements, voir II. Mfidlcr, Theodora, Michael Stratioticos, Isaac Comnenos (dissert inaug.), Plaucn, 1894, spécialement p. 10 sq. Dc tels sendees, ct témoignant d’une telle puis­ sance, auraient dû créer au nouveau basileus une vive reconnaissance à l’endroit dc Cénilaire. Ce fut d’abord ce qui arriva, ct durant les premiers mois du règne le patriarche fut à l’apogée de son pouvoir. Sans aller jusqu’à prétendre que Cérulaire ait jamais songé à réunir dans scs mains les deux pouvoirs civil ct reli­ gieux (cf. Bréhler, op. cit.t p. 275), il faut bien recon­ naître qu’il entendait gouverner le basileus; les témoi­ gnages très précis de deux contemporains, Michel d Altalic ct .Jean Skylitzès, ne laissent aucun doute sur ce dessein, ct il ne nous parait pas nécessaire de recourir au réquisitoire de Pscllus, pièce toute dc commande, pour établir ce point. Mais Comnène n'était pas homme à se donner un maître; il résolut bientôt dc sc débarrasser du patriarche. Profilant du moment où, selon son habitude, Cérulaire s’était, quelques semaines avant Noël, retiré en un monastère suburbain, il le ht arrêter, jeter dans une embarca­ tion ct conduire dans l’ile dc Proconnèsc (Maimara). Bientôt meme on trouva que cette prison était encore trop rapprochée de Constantinople; ordre fut donné de. transférer Michel à l’ile d’Imbros, dans l’Archipel. Il s’agissait maintenant d'obtenir de lui une abdication en forme, qui permettrait de lui donner un successeur. Mais, dans son cachot, Cérulaire se refusa à faire la moindre concession; il fallut donc songer à une dépo­ sition en règle, cl pour cela constituer un tribunal ecclé­ siastique devant qui l’on ferait comparaître le patriar­ che. C’est en prévision dcce procès que Pscllus, l’ancien ami de Cérulaire, composa le réquisitoire dont il a été plusieurs fols question, ct qui ne lui fait guère d’hon­ neur. Le < consul des philosophes » en serait pour scs frais ct pour sa honte. Le tribunal avait été réuni dans une ville de Thrace que Pscllus ne désigne pas autre­ ment, mais le vaisseau qui devait y conduire Michel fut entraîné par les courants dans la mer de Marmara et aborda au petit port de Madyte, assez loin, semblet-il, de l’endroit prévu pour la comparution. C’est à Madyte que Cérulaire mourut quelques jours plus tard, accablé par les émotions de toute sorte, les fatigues et les mauvais traitements qu’on ne lui avait pas épargnés, (’/était quelques jours avant Noël 1058. A peine le patriarche est-il mort que la réputation de sa sainteté sc répand dans toute l’Églisc d’Oricnl. Isaac Comnène affecte dès lors pour lui une vénération aussi grande qu’avait été sa sévérité. Sur son ordre le corps dc Cérulaire est ramené en grande pompe à Constantinople, et le basileus vient lui-même honorer la dépouille mortelle, demandant pardon de ce qu’il avait entrepris contre le confesseur dc la foi. On parla bientôt du miracle permanent qui s’opérait au tombe au dc Michel, où sa main droite, placée en forme de croix, comme Jadis quand il bénissait le peuple, 1680 demeurait sans corruption. L’année suivante, Isaac Comnène abdiquait à son tour, ayant désigné comma successeur Constantin X Doucas (1059-1067). Celui-ci était marié à Eudocie la propre nièce du patriarche défunt; l’apothéose de Cérulaire allait commencer. Le nouveau patriarche, Constantin Lichoudès, instituait en son honneur des panegyrics annuelles. C’est à la première célébration sans doute que Pscllus, dési­ reux dc se concilier la faveur d’Eudocic, prononça cette oraison funèbre démesurée où il célébrait la sainteté et les hauts faits de celui dont il avait jadis requis la condamnation. La politique connaît de ccs revirements! IL Le conflit avec Home. — En exposant la carrière de Michel Cérulaire sans entrer dans le détail du conflit avec Home, nous n’avons fait en somme que reproduire l’impression que laissent les écrivains byzantins. Pour eux, en effet (ct Pscllus ne fait guère exception dans VOraison funèbre), le fameux conflit dc 1051 auquel nous attachons aujourd’hui tant d’importance ne semble pas compter. C’est a peine si une Chronique byzantine du xm· siècle (qui a peut-être été influencée par les idées latines) fait allusion à l’ambition de Michel dc jouer en Orient le même role que le pape en Occident, κατά τδν της πρεσβυτέρας 'Ρώμης πάπαν ίγειν. Sat has, Hiblioth., l. vu, p. 161. Il ya plus. Les Latins eux-mêmes contemporains dc l’événement ne semblent pas accorder beaucoup plus d’intérêt a un fait qui nous apparaît si gros de conséquences, et l’impression que donnent les acteurs mêmes du drame, c’est que Home est sortie du conflit à son honneur. C’est finalement Michel qui fait figure de vaincu. Voir ci-dessous. col. 1702. El pourtant l’opinioilcst aujourd’hui, el depuis long­ temps déjà, fermement ancrée, dans l’une ct l’autre Église, que Cérulaire est responsable de la rupture, qui, plusieurs fois esquissée au cours des siècles précédents, n pris, de son chef, un caractère définitif. C’est à cause de ce geste que sa mémoire est honorée à Constantinople el dans les Églises qui relèvent plus ou moins de l’obédience byzantine, qu’elle est honnie à Rome et chez ceux qui dépendent d’elle. Ce n'est pas ici le lieu, semble-t-il, d’établir le bien-fondé de celle appréciation concordante, qu’il convient dc renvoyer à une étude d’ensemble sur le schisme orien­ tal. Voir Schisme obi ental. Peut-être, en effet, le conflit de 1051 a-t-il eu un caractère plus épisodique qu’on ne le prétend d'ordinaire. H reste qu’il a clé un événement d'importance et dont il faut retracer Ici très exactement ct l’occasion el les diverses phases. C’est le seul but que l’on visera ici. ln //occasion du conflit. — Bien qjic l'on ait à maintes reprises soutenu le contraire, il nous parait qu’au milieu du xr siècle les relat ions étaient rompues depuis un certain temps déjà entre Home ct Constan­ tinople. A coup sûr ce n’était pas l’état de guerre entre les deux sièges, mais de part el d'autre on semblait avoir pris son parti d’une silnation qui, à d’autres époques, aurait semblé anormale. Il est bien certain, par exemple, que Michel Cérulaire, au moment dc son élévation au trône patriarcal, en 1043, n’envoya pas à Home de Ici Ire synodique; certain également que sous son règne, ct sans doute antérieurement déjà, le nom du pape n’était plus inscrit aux diptyques. I nc attitude analogue était observée par les autres patriarcats orientaux, au moins par celui d’Antioche, le seul qui se trouvât en terre byzantine. La lettre par laquelle h· patriarche Pierre notifia, en 1052, son élé­ vation à saint Léon IX, causa à la curie romaine une joyeuse surprise, parce qu’elle reprenait une tra­ dition interrompue; Tan ni m per te videtur reparaisse sancite Antiochena? l'cctesiiv studium ct sentire quod est 1681 MICHEL CÉRULAIRE, OCCASION DU CONFLIT sentiendum, lui écrit le pape saint Léon. Eplst., ci, P. L., t. cxi.ni, col. 770 A. De celte rupture des relations ecclésiastiques entre les deux moitiés de la chrétienté, ce n’est pas ici le lieu d’analyser les causes éloignées ou prochaines; il nous suffira d’avoir constaté le fait· Disons pourtant que les raisons qui, dans le domaine religieux, poussaient Constantinople a se retirer de l’obédience romaine étaient renforcées par les démêlés politiques qui, â tout instant, depuis l’époque carolingienne, mettaient aux prises les basileis avec les souverains temporels de l'Occidcnt latin. Si les patriarches de la ville « protégée de Dieu » n'avaient (pie trop de tendances a rechercher une autocéphalic qui Hat lait leur orgueil, les empe­ reurs byzantins avaient bien des raisons pour entre­ tenir ces penchants. En un point de l’espace surtout les frictions étaient continues entre les basileis cl les césars occidentaux. Terre byzantine de par la conquête de Justinien au vi· siècle, l’Italie, lambeau par lambeau, avait été arrachée à l’Empire. Λ un moment du ix· siècle, la domination de Constantinople s’y était réduite â une étroite zone littorale dans la région du Sud. Mais, au x· siècle, Byzance s’est relevée d’un long abaissement; sur toutes ses frontières l’empire romain s’est renforcé; de haute lutte il a repris une bonne partie des terres qui lui avaient jadis appartenu. L’Italie du Sud a été partiellement reconquise, les deux thèmes des Lom­ bards et de Calabre ont été réorganisés, ct il est possible, qu’à un moment ou â l’autre,sous le règne dc Basile II le Bulgaroctone, on ait envisagé la conquête de Borne. C’est aussi vers l’Italie que, depuis réta­ blissement du Saint-Empire romain dc la nation ger­ manique les césars allemands tournent leurs ambitions. La fin du x·, le début du xi» siècle sont remplis dc leurs tentatives pour imposer leur suzeraineté jusqu’à l’Italie méridionale. Nous n’avons pas à dire ici les diverses expéditions allemandes entreprises en cette région, les secours fournis aux indigènes en révolte contre la domination byzantine, les efforts soutenus pour faire des principautés de Bénévcnt et de Salemc les points d’appui de la pénétration germanique. 11 est inévitable que cette action allemande dans l’Italie du Sud ait exaspéré Constantinople; l’irritation du Sacré-Palais n’a fait que croître, et contre les césars occidentaux, et contre les papes de Home qui ne sont trop souvent (pie leurs serviteurs. A une époque où les questions politiques retentissent immédiatement dans les affaires religieuses, les frictions dont nous venons de parler ne pouvaient guère favoriser les bons rap­ ports entre les deux Églises de Home et dc Constan­ tinople. Or, par un singulier revirement, l’année 1050 va voir s’ébaucher puis sc conclure une alliance entre le basileus Constantin IX, l’empereur Henri III cl le pape Léon IX. ct justement encore à cause des a Haires italiennes. C’est qu’un tertius gaudens est survenu dans ces régions, (pii prolile de in lutte séculaire entre indigènes, Grecs el Allemands, pour sc tailler un domaine de plus en plus étendu. C'est l’installation des Normands, dans ΓItalie du Sud, ce sont leurs déprédations, c’est leur arrogance qui, dans le commun péril, vont amener l’union des anciens adver­ saires. Le représentant du basileus en Italie, Argyros, est l’inspirateur de cette politique nouvelle. Il l’a préconisée durant son séjour à Constantinople (entre 1019 cl 1051); il la pratique dès qu’il est débarqué à Bari en IO5I Le basileus y est acquis; le pape Léon IX s’y rallie avec joie, il essaie, non sans succès, d’y rallier l’empereur germanique dans son voyage de 1052. Mnls à cette politique un homme ne trouvait pas son compte, c’était Michel Cérulaire. Une union politique 1682 entre le basileus ct l’Occidcnt, c’était dc toute néces­ sité un rétablissement des relations religieuses entre la nouvelle Borne ct l’ancienne; c’était la fin dc lautocéphalie où sc complaisait Michel. On le voyait bien dès 1052, puisque le patriarche d’Antioche,choisi de Constantinople parmi les amis dc Home, inaugurait son règne en envoyant une synodique à Léon IX qui lui répondait nu printemps dc 1053 par l’envol dc sa profession dc foi. P. L., t. cxi.nr, col. 769-773. Un jour ou l’autre le basileus exigerait sans doute de Cérulaire une démarche analogue; Cérulaire n’était pas homme à s’y résigner sans combat. Sa conscience meme le lui interdisait. Persuade comme il l’était que les Occidentaux erraient sur plusieurs points importants du dogme ct delà discipline, il ne croyait pouvoir réaliser cette communicatio in sacris qu’im­ pliquait le rétablissement aux diptyques du pape romain. Sur ce point il s’est expliqué d’ailleurs avec une suffisante clarté. Voir des textes encore partielle­ ment inédits dont la traduction est donnée dans Ant. Michel, Humbert und Kerullarios, Paderborn, 1925. p. 35 sq. 2· Le conflit à Constantinople. — Il est des cas où l’offensive est la meilleure forme dc défensive. C’est pour empêcher entre Grecs ct Latins la collusion qu’il redoute, c’est pour défendre les prérogatives de son siège que Cérulaire sc met le premier en campagne. Déjà H avait vivement combattu, pendant le séjour d’Argyros à Constantinople, les vues pacificatrices de ce dernier; son irritation contre le catapan d'Italie avait pris la forme d’une haine personnelle, et à plu­ sieurs reprises Argyros s’était vu refuser la commu­ nion. Michel à Pierre d’Antioche, lettre f, n. 7, P. G., t. exx, col. 788. C'est sans doute au même moment ou un peu après, mais à coup sùr sous la même inspira­ tion, que Cérulaire agit contre les Latins installés à Constantinople. Depuis quelque temps déjà les Hon­ grois et les Amaltitains avaient dans la capitale leurs églises à eux, où la liturgie sc célébrait selon le rite latin. Par ordre du patriarche ccs lieux de culte furent fermés; des scènes de désordre eurent lieu où la popu­ lace fut montée contre les étrangers. A en croire une accusation postérieure du cardinal Humbert, le saccllairc Nicéphore serait allé jusqu'à des violences sacri­ lèges : les hosties des Latins auraient été foulées aux pieds, le pain azyme dont elles étaient faites n’étant pas susceptible d’abriter la présence réelle du Sau­ veur. Sur ccs points, voir : S. Léon. EpfoLt c.. n. 19, et 29, /’. /,., t. cxi.ui, col. 758 et 761, et l’excommuni­ cation portée par Humbert, P, G., t. cxx. col. 7157Ι6Λ. Ces violences, dans la pensée de Michel, devaient rendre difficile, impossible même, I union avec Borne. Il n’y faudrait pas insister cependant Sur tout ceci on n’eut à Borne que des renseignements incomplets, cl il ne semble pas (pi’on y ait attaché d’abord une importance tragique; l’émotion fut beaucoup plus vive quand, au printemps de 1053. fut transmise à la curie romaine, alors tout occupée des préparatifs dc l’éxpédilion contre les Normands, une lettre (pii venait d’arriver à l’évêque de Trani, Jean, en provenance dc Constantinople. C'était elle (pii allait mettre le feu aux poudres. 3· La lettre à Jean de Trani. · Rédigée en grec, celle lettre avait été remise aussitôt au cardinal Humbert, le personnage le plus important de la curie, qui l’avait immédiatement traduite en latin. Elle se donnait comme écrite par Léon, métropolite d'Achrida en Bulgarie. La Bulgarie était redevenue, depuis les conquêtes de Basile H en 1020, une pro­ vince de l’Empire ct avait été pourvue peu après d’une hiérarchie grecque dont Léon était pour lors le chef. En étroites relations avec le patriarche dc 1683 MICHEL CÉRULAIRE, ÉCHANGE DE LETTRES Constantinople, le métropolite bulgare n’avait pu agir que de concert avec celui-ci, cl n'était en défi­ nitive que son porte-parole. On ne s’y trompa pas en Occident où la lettre sera toujours considérée comme provenant de Ccrulaire. Jean, le destinataire, était évêque de Trani. Située dans le thème des Lombards, cette ville était encore politiquement au pouvoir des Byzantins, mais au point de vue ecclésiastique elle n’avait pas cessé de relever de Home et suivait dès lors les usages latins. Par ailleurs Jean était l'ami d’Argyros, pour lors en pleine préparation militaire, cl préoccupé d'assurer sa jonction avec la petite armée pontificale rassemblée par Léon IX. Texte de la lettre dans /*. G’., t. cxx. col. 836 sq. Étrange missive en vérité (pie cette lettre du métro­ polite bulgare! Elle sc donne comme une invitation à négocier et elle a les allures d’un ultimatum, presque d’une déclaration de guerre. Elle veut expliquer aux Latins quels obstacles s'opposent encore à l'union, et elle le fait de manière à rendre dorénavant toute union impossible. Aussi bien clic ne s'adresse pas exclusive­ ment λ Jean de Trani, mais par son intermédiaire a tous les chefs religieux des Francs, προς πάντας τούς αρχιερείς των Φράγγων, et au reverendissime pape. Écrite par charité pour Dieu, en même temps (pie par sympathie pour les destinataires, elle doit attirer l’attention des Latins sur l’indécence de leurs pra­ tiques, qui sont le grand obstacle à l’accord définitif entre les deux peuples et les deux Églises, (’.es prati­ ques, à savoir l’usage des azymes et le jeûne du samedi, assimilent en effet les Latins aux Juifs, et empêchent donc pour l’instant toute communicatio in sacris. Cette thèse posée, la démonstration suivait, rapide d'ailleurs, que seul l’usage du pain fermenté dans l’eu­ charistie correspondait a l'institution du Christ,et que d’autre part le fait d’observer le jeûne du samedi niellait les Latins (on ne voit pas trop pourquoi) à la remorque d’Israël. Puis la lettre visait l’usage que sc permetlaient les Latins, contrairement au précepte apostolique, des viandes non saignées, πνικτά οίς το αίμα αυτού συγκίκραται, la coutume aussi de suppri­ mer V Alleluia en carême, toutes erreurs considérables qui, loin de sc justifier par l’autorité de Pierre et de Paul, mettaient leurs partisans en contradiction tant avec les apôtres, qu’avec la doctrine des sept conciles œcuméniques. · Redressez-vous, continuait le docu­ ment. corrigez vos erreurs, abandonnez aux Juifs et les azymes et l’observance du sabbat, aux infidèles et aux barbares l’usage des viandes étouffées, pour vous mettre d’accord avec nous dans la véritable ortho­ doxie, cl pour qu’il n’y ail plus qu’un seul troupeau sous la conduite du Christ. Car lui, il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se repente et qu'il vive. · Sans doute l'évêque de Trani est-il déjà dans ces idées; il les a fait partager à son peuple, s’est efforce de les propager; qu’il continue celle action en s’adressant toujours plus loin, toujours plus haut. Alors il sera digne de recevoir de plus amples confidences cl, sans doute, des propositions plus précises de paix. Tel est ce document désormais fameux. Si vraiment il voulait être une Invitation à négocier. Il ne pouvait être plus malhabile. Mais le supposer, ce serait admet­ tre chez Ccrulaire une dose de sottise et de fatuité que sa conduite ultérieure ne permet guère d’imaginer. Les porte-parole de la chrétienté grecque s'y présentent non pas même en égaux des chefs de l’Eglise latine, mais en docteurs irréfragables qui gourmandenl avec morgue, font la leçon de très haut, se donnent comme les uniques détenteurs de la vérité, et n'entreront en rapport avec les Latins (pie si ces derniers viennent humblement à résipiscence. Sans doute on ne voulait pis la mort du pécheur, mais il fallait que, sans tarder, h pécheur reconnût ses torts. Et quand l’on songe à 1684 la mesquinerie des griefs faits au Latins,l’étonnement croit encore, (/étaient donc là les erreurs énormes des Occidentaux, et qui empêchaient, tant qu’elles n'mi­ raient pas été rectifiées, toute union entre eux et leurs frères d'Orient ! cl la fin de la lettre faisait prévoir une nouvelle liste d’exigences! Vraiment,a tout bien consi­ dérer, en faisant toute la part voulue à l’importance (pie pouvaient avoir aux yeux de Grecs minutieux des divergences disciplinaires cl cultuelles bien anodines à notre gré, on ne peut échapper à celle conclusion : les auteurs de la lettre voulaient la rupture. Ils étaient assurés à l'avance (pie cet ultimatum paraîtrait inju­ rieux à Home, qu’il serait repoussé avec hauteur. Ils auraient dès lors une réponse toute prêle aux demandes du basileus. L’union, ce n’étaient pas eux. c’était Home qui la rendait impossible! •1° La riposte de Home, le premier mémoire de saint Léon IX. - Les choses faillirent tourner en effet comme Ccrulaire, selon toute vraisemblance, le dési­ rait. La première réaction de Rome fut extrêmement vive, et si elle avait pu sc manifester à temps, nul doute tpic l’affaire n’eût pris dès l’abord la plus fâcheuse tournure pour les intérêts de l’union. L'homme qui dirigeait pour lors la chancellerie romaine était le cardinal Humbert dont l’importance à la cour pontificale a été bien mise en évidence par de récents travaux. Voir Léon IX (Saint), col. 323. (/est à lui (pie Jean de Trani avait remis la lettre de Leon d’Achrida, lui (pii l’avait traduite en latin, lui qui, à coup sûr, fut chargé par le pape de préparer la réponse. Celle réponse, s’est conservée. Saint Léon, EpisL, c. P. L., t. exun, col. 711-769 : In terra pai hominibus. L’analyse très fouillée, tant au point de vue du style qu’au point de vue des idées, qui vient d’en être faite par M. Anl. Michel, démontre à l’évi­ dence (pie le cardinal a bien été le rédacteur de la lettre. ()p. cil., p. 13 sq. ; voir les tableaux de compa­ raison avec divers écrits d’Humbert, p. 66 sq. Il va sans dire que ceci ne diminue en rien l'autorité du document. En le signant pour le transmettre à Cons­ tantinople, le pape l’aurait fait sien, et il aurait engagé sa responsabilité. Nous verrons d’ailleurs qu'en réalité ce fut une autre pièce qui fut communiquée aux Orientaux. Celle-ci n’en mérite pas moins de retenir l’attention. Les caractéristiques essentielles en ont été données à l’art. Léon IX (Saint). Retenons seulement que ce long manifeste adressé à l'évêque de Constantinople cl à celui d’Achrida, se borne à la démonstration générale de l’autorité de l’Églisc romaine, de sa prééminence dérivée tant du droit divin que du droit humain (donation de Constantin), de son infaillibilité dans les questions doctrinales, n. 32, col. 765. Avec une âpreté (pii va parfois jusqu’à l’invective, il fait le procès des misérables prétentions de Constanti­ nople, auxquelles il oppose les trop nombreuses défail­ lances intellectuelles ou morales de beaucoup de ses chefs spirituels. Pourtant l’Église de Constantinople est la fille de l’Eglise romaine; or, voici que la fille, sans respect pour les cheveux blancs de sa mère, la provoque comme en un combat singulier, n. 21 cl sq., col. 761-763, triste enlreprise cl qui risque d’attirer sur la fille insolente la malédiction divine. Dès que l’on s’élève en effet contre l’autorité de l'Église romaine, c’est la destruction même de la chrétienté que l’on machine, n. 36, col. 767. L'auteur de la lettre n'abandonnait cependant pas lout espoir d’une solution pacifique; confiant en l’intcrvenlion du basi­ leus, il sc flattait (pie la cité gardée de Dieu > saurait au besoin sc séparer des mauvais bergers, n. 31 ; il escomptait davantage encore : une soumission filiale du patriarche lui-même. C’est avec la tendresse d’un père cl l'affection d'un frère, paterna pietate ac ger· 10.85 MICHEL CÉRULAIRE, ÉCHANGE DE LETTRES mana dilectione, qu’il terminait sur un sincère appel à la paix et à la concorde. Ainsi la lettre a Jean de Trani signalait, avec l'acri­ monie (pie nous avons dite, les divergences rituelles qui séparaient Grecs et Latins; la riposte de Borne mettait le doigt sur le point essentiel du débat : la primauté de l’Église romaine. A peine avait-elle un mol rapide pour cette question des azymes que la polémique voulait envenimer. Voir, n. 5, col. 717. Mais elle annonçait dans scs dernières lignes un traité en forme où seraient repris les griefs de détail signales par Léon d’Achridn, alio exordio congruum censu imus respondere vestne catumnim quant con/ratribus et eue· piscopis nostris Apulis scriptam ad sugillationem nostri azymi et pradicationem oestri termenti non dubitastis dirigere, n. 10, coi. 768. Elle annonçait aussi h· rassem­ blement de textes patrisliques dont le dossier vien­ drait appuyer la démonstration générale esquissée par la lettre. Il ne fait plus guère de doute, depuis les travaux d’A. Michel, (pie le traité spécial annoncé par la lettre ne soit l’écrit d’I lumberl intitulé : Adversus Crocorum calumnias, et assez improprement appelé le Dialogue d'un Romain et d'un Constantinopolitain, P. L., t. cxlüi, col. 929-971. Voir la démonstration dans A. Michel, op. cil., p. 45 sq. En fait, récrit en question n’a rien d’un dialogue. Après avoir reproduit la lettre de Léon d’Achrida, l’auteur la découpe en fragments auxquels il oppose la réponse convenable, comme il l’indique d’ailleurs dans son avant-propos : (7 mani­ festius vestra dicta a nostris secernantur, vestra obelis, nostra autem astcriscis pnvnotantur. i, coi. 933. Il nous parait donc, comme à A. Michel, que la composition de ce livre se place non point à Constantinople â l’été de 1051, mais en Italie, à l’automne de 1053. C’est une réfutation en règle des griefs avancés par Leon d’Achrida: usage des azymes, jeûne du samedi, manducation de viandes non saignées, suppression de VAllelluia en carême. Il ne saurait être question ici de reproduire la série des arguments par lesquels Humbert défend les usages latins: disons seulement que l’auteur est parfois assez heureux dans sa manière de ramener à ses justes proportions cette querelle sur des vétilles. On ne saurait lui dénier non plus une connaissance assez exacte des usages grecs, qui lui permet d’opposer parfois aux attaques de l’Orienlal la réponse topique. Tout n’est pas d’égale valeur dans son travail, et nous sourions quand nous* l’entendons dire que les revendications des Grecs en faveur de l’usage du pain fermenté ont comme un arrière-goût de manichéisme. L’étalage des quelques mots hébreux qu’il sait nous semble presque enfantin, et aussi le maniement du fameux anathema maranatha, n. 30. col. 913, dont il veut épouvanter son adversaire. Tel quel néanmoins, le Libellus répondait de manière suffisante aux attaques des Grecs. Peut-être serait-il plus pertinent encore s’il avait songé Λ mettre en parallèle avec l’intransigeance des orientaux en matière de rite, le libéralisme dont on faisait preuve,à Borne même, à l’endroit des usages grecs. Mais de ceci il avait été suffisamment parlé dans la lettre précédente. Cf. EpisL, c. 29, col, 7GI. En même temps que la curie romaine prenait si nettement position à l’endroit de Constantinople, elle s’elforçail de faire alliance avec Antioche, sur la bonne volonté de qui elle croyait pouvoir compter. Déjà au printemps, et sans doute avant d’avoir eu connaissance de la question des azymes. Léon avait écrit au patriarche Pierre une lettre bienveillante. Cidessus. col. 1680. Au moment où nous sommes arrivés, il était préoccupé de bien autres soucis; le désastre de sa petite armée à Civitate, 19 juin 1053, l avait fait prisonnier des Normands. Cf. art. Lîon IX, 168 G col.327.1 lumbert continuait, selon toute vraisem­ blance, â garder scs coudées franches; il tenta de faire intervenir auprès du patriarche d’Antioche l'évêque d’Aquilée-Grado, Dominique, que Ton rencontre à diverses reprises les années précédentes, dans l’entou­ rage du pape. Depuis quelque temps déjà ce siège épiscopal de Grado prenait le titre patriarcal. Il parut tout indiqué d’amener une démarche de son titulaire auprès d’un des grands dignitaires de l’Oricnt. (Le serait inaugurer entre patriarcats de l’Oricnt et de (’Occident ce commerce épislolaire qui avait jadis fait la cohésion des grands sièges grecs. A la vérité, la lettre rédigée par Dominique témoignait de quelque naïveté, en promettant d’exhiber â Pierre les litres de son Eglise à une si haute dignité. Mais au préa­ lable il fallait tirer au clair la question de foi : elle sc ramenait à l’afYaire des azymes. Constantinople venait de faire à l’Églisc romaine le plus sanglant outrage, en prétendant (pie l’usage des azymes l’empêchait de participer au corps du Christ. Pourtant, insistait Dominique, nous n’agissons ainsi qu’en vertu d’une tradition remontant au Christ lui-même; cl nous ne condamnons pas pour autant les Églises orientales qui usent de pain fermenté. Que le patriarche d’Antioche, dès lors, veuille bien condamner ceux qui contredisent ainsi nos pratiques. Texte grec et latin dans P. G., t. cxx. col. 752-756. Antioche goûta médiocrement celte mise en demeure et les prétentions non moins naïves du siège 1st rien au titre patriarcal; mais en lin la lettre de Pierre en réponse à la précédente et qui doit être du printemps de 1051 se maintient en des termes Iréniqucs. Elle n’admet, en fait de pain eucharistique, que le pain fermenté: elle donne à l’appui de col usage toutes les raisons de fait et de droit qui seront ressassées dans toute celle controverse; elle invite les Occidentaux à renoncer à leur pratique; mais en tin elle ne prononce aucune pande irréparable cl laisse le champ libre pour de nouvelles conversations. On comparera avec inté­ rêt cette lettre si modérée de ton avec le manifeste de Léon d’Achrida. Pour terminer, le patriarche d'An­ tioche sc plaignait de n’avoir pas encore reçu de Léon IX la réponse à sa lettre de prise de possession, συστατική, envoyée deux ans plus lût, il en envoyait une copie à Dominique de Grado qui la communi­ querait au pape et pourrait aussi lui transmettre la lettre actuelle. Texte dans P. G., t. exx, col. 756-781. Ge soin de faire tenir à Léon sa lettre de communion témoignait que, malgré une sérieuse divergence sur la question des azymes. Antioche tenait à rester unie avec Home. 5° L'accalmie à Constantinople. — Or, peu de temps avant la rédaction de celle lettre, toutes choses, à Constantinople aussi, s’étalent orientées vers la paix religieuse. Jean de Tranl, expédié à Byzance par Argyros, après le désastre des troupes pontificales à Cl vitale, avait dû faire au Palais-Sacré une vive peinture dû la situation italienne. Si l’on voulait arrêter les progrès de la complète normande, il fallait de toute urgence faire trêve aux discussions entre Grecs et Latins, pour assurer leur action commune. L’évêque avait dû faire loucher du doigt au baslleus le caractère intem­ pestif du manifeste inspiré par Cérulalrc contre les pratiques latines. Nous Ignorons le détail de ces négo­ ciai Ions, mais nous savons que de Constantinople parti­ rent bientôt pour l’Italie méridionale deux lettres, l’une du baslleus, l’autre du patriarche. Ces deux pièces, mal­ heureusement, ne sc sont pas conservées, et nous rc pouvons parler de leur contenu que par les réponses que leur fil la curie romaine : réponse à Michel Cérulalre =■ S. Léon. Epis., eu; réponse à Constantin IX. EpisL, cur, P. L., t. cxun, col. 773-777 ; col. 777-781. 1687 MICHEL CÉRULAIRE, LA LÉGATION D’HUMBERT 1688 Pour autant que nous en puissions juger, la lettre l’ambassade remettrait au basileus et au patriarche. adressée par Cérulaire au pape était extrêmement Voir l’élude détaillée et les preuves dans A. Michel, modérée dans les idées comme dans l’expression, et op. cit., p. 57 sq., et p. 73 sq. La fougue de l'ancien ne discutait aucun des griefs si abondamment accu­ moine s’y tempérait de quelque douceur, mais il mulés contre l’action des patriarches de Constanti­ n’est pas difficile de retrouver en ses développements nople par la première lettre de Leon. On en conclura toutes les idées cl quelques-unes mêmes des expres­ avec Jlcfcle et plusieurs autres érudits que la lettre sions du premier manifeste. Texte dans P. L., I. cxijh, de Léon n’avait pas été envoyée à Constantinople. S. Léon, Epist., en. â Michel Cérulaire; Epist., an à Constantin, col. 773-781. Voir les références aux divers auteurs dans A. Michel, op. rit., p. 55, n. 2. Peut-être Humbert qui se préoc­ La lettre au basileus est destinée d’abord ù accré­ cupait de constituer, comme il le dit lui-même, un diter les ambassadeurs auprès du souverain, â les dossier patristique n’avait-il pas trouve tout ce qu’il recommander à sa bienveillance. Elle s’étend longue­ cherchait; peut-être, au dernier moment, la douceur ment sur les difllcuités politiques dans lesquelles sc et la bonté de Léon IX avaient-elles reculé devant débat le pape, reconnaît en termes voilés la défaite de les expressions parfois si dures du manifeste? Les Civitate, niais exprime l’espoir que les Normands, deux hypothèses sont plausibles. Cérulaire, de son devant les forces combinées de ΓEmpire germanique côté, améliora sérieusement le ton de la discussion: et du basileus, n’auront pas le dernier mot. La ques­ il regrettait, dans la lettre perdue, les trop longues tion religieuse n’est touchée qu’lncldemmcnt, au début de la lettre d’abord,où Constantin est vivement dissentions qui séparaient les deux Églises, et se décla­ remercié d’avoir voulu mettre un terme à une trop rait prêt à mettre le nom du pape aux diptyques et à longue séparation : Post nimium longus et perniciosas engager tout l’Orient à en faire autant. C’est du moins discordias, primus pacis et concordin· monitor, portitor ce que dit Léon IX dans sa réponse : Scripsisti nobis et exoptatus exactor efficeris. Coi. 777 C. Il n’a point quoniam si una Ecclesia romana prr nos haberet nomen méprisé l’Église romaine, il a voulu l’honorer comme tuum omnes Ecclesia· in toto orbe terrarum (traduit έν τη οικουμένη) haberent per te nomen nostrum. Loe. cit., un fils bien né fait sa vieille mère. Puis, ayant longue­ ment exprimé scs doléances sur les événements poli· col. 776 A. Ce ton irénique n’empêchait pas Cérulaire tiques, l’auteur revenait aux sujets de crainte que lui de signaler au pape les difficultés qui pouvaient être inspirait l’altitude de < l'archevêque > Michel. Sans faites â l’union, ainsi que le patriarche le dira dans une doute la lettre que celui-ci venait d’envoyer était un lettre ultérieure À Pierre d'Antioche. P. G., t. exx, appel à la concorde et ù l’unité, mais on aurait voulu col. 781 B. Mais il le faisait avec humilité, μετά πολλής y trouver autre chose, un désaveu de ses actes passés : ταπεινοφροσύνης, désireux qu’il était de voir se res­ persécution contre les Latins et anathème contre serrer les liens des deux empires, ce dont le pape le l’usage des azymes; entreprises sur la juridiction des félicitera : Sicirr cœpisti collabora ut duo maxima patriarches » d’Alexandre et d’Anlloche, et pleraque regna connectantur pace optata, P. Λ., t. cxi.in, col. 777. (traduire plusieurs) quœ usurpare dicitur, sicut a nos­ (’.’étaient les mêmes sentiments qu’avec plus de cha­ tris nuntiis diligenter cognoscere poteris. Coi. 780 BC. leur encore exprimait Constantin Mononaque. Dési­ < S’il persévérait en ces sentiments, la paix que nous reux d’effacer les traces de longues et pernicieuses dis­ lui envoyons ne pourrait que revenir vers nous » (allu­ cordes, il déclarait à Léon que tous ses efforts allaient sion ù Luc., x. G). Le pape exprimait l’espoir qu’il à ménager la paix entre 1rs deux Églises. Sa lettre, il n’en serait pas ainsi, et invitait discrètement le basi­ l’espérait du moins, serait une consolation pour le leus à faire en sorte que ses justes craintes ne se pape au milieu des grandes afflictions qui ne lui réalisassent pas. avaient pas été ménagées. En outre de cette promesse Mêmes idées, sous une forme à peine atténuée, dans d une amélioration des rapports ecclésiastiques, elle la lettre adressée ù «l'archevêque » Michel (on remar­ faisait, en effet, espérer au vaincu de Civitate des quera (pie la chancellerie romaine évite toujours le secours efficaces pour le tirer de sa fâcheuse situation. terme de patriarche). Le pape se déclarait touché par Cf. ibid., col. 777 C, 779 B. (’.es deux lettres arrivèrent les appels de Cérulaire à la concorde, qui allaient auà Bénévent, où se trouvait Leon IX, dans les derniers devant de ses plus chers désirs. Il ne saurait dis­ Jours de décembre 1053 ou tout au début de 1051 ; elles simuler néanmoins ù son correspondant que des apportèrent au pape un véritable réconfort. rumeurs fâcheuses circulaient sur son compte. Sans 6· La préparation de l'ambassade d'Humbert. vouloir en examiner le bien-foi dé (il s’agit évidemment Nous ne saurions dire si les lettres constantinopolide ces griefs sur lesquels les apocrisialres fourniront talnes indiquaient explicitement au pape la solution de plus amples explications), la lettre passait â d’au­ rapide et très efficace, consistant à envoyer d’urgence tres reproches sur lesquels elle attirait l’attention du à Constantinople une ambassade munie de pleins pou­ destinataire : l’irrégularité de sa promotion (dierns voirs. Mais cette idée était si naturelle qu’elle pouvait neophytus), scs empiètements sur les patriarches » venir d’ellc-mvme à la pensée de Léon et de ses d’Alexandrie et d’Antioche (noua ambitione Alexandri­ conseillers. Puisque des raisons d’ordre temporel cl num et Antiochenum patriarchas antiquis suit digni· d’ordre spirituel rendaient l’union désirable aux deux tatis privilegiis privare contendens contra omne fasci ius partis, le mieux était de commencer par causer; ou tuo dominio subjugare conaris). Détestable et lamen­ liquiderait plus aisément les difficultés pendantes par table était cette usurpation sacrilège qui faisait em­ conversation que par lettres. La résolution fut vite ployer par Michel ce titre de patriarche œcuménique prise à Bénévent de diriger vers la (’.orne d’or une (qua te universalem patriarcham jactas), ('.e litre légation pontificale. Le choix <1 Humbert comme représentant principal « d’universel » eût ù la rigueur convenu à Pierre, mais du Siège apostolique s’imposait ou ù peu près; c’était comme on ne volt pas que celui-ci, bien que constitué lui qui dirigeait la diplomatie pontificale, sa connais­ prince des apôtres, l’ait jamais employé, ses succe-s sance passable du grec, son érudition patristique lui seurs n’ont jamais tenté de le prendre; et Grégoire permettraient de discuter lù-bas les questions liti­ le Grand a donné sur ce point une rude leçon à Jean gieuses avec une compétence qu’on aurait vainement (le Jeûneur) de Constantinople. Frappé d’anathème, attendue d’un autre Latin. On lui adjoindrait le chan­ Jean est mort dans son obstination; malheureusement celier de l’Églisc romaine, Frédéric de Lorraine (le depuis quatre cent quarante ans que ceel s’est passé, futur Γ.tienne IX) et l'archevêque d’Amaltl, Pierre. combien d’imitateurs n’a-l il pas trouvés, parmi les O fut Humbert encore qui rédigea les lettres que titulaires de son siège! Et celte considération sc ter- 1 (»89 MICHEL CÉRUL \IRE, LA LÉGATION D’HUMBERT minait par un vif appel à la résipiscence : llesipisce ergo, rogamus, a b hac insania ne illius consors tu quoque, quod absil, fias. Mais il était un grief qui avait par­ dessus tout blesse la curie romaine, l'attaque violente faite par Michel contre l'usage des azymes. Rapide­ ment lu lettre indiquait les raisons de fait et de droit qui militaient contre cette condamnation sommaire. Elle enregistrait ensuite la promesse faite par le Constantinopolitain de contribuer à faire rétablir par tout l’Oricnl le nom du pape, dans les diptyques, mais c’était sans aucune satisfaction. Cette pratique n’al­ lait-elle pas de soi? et une Eglise qui, en la négligeant, sc séparait de l’Eglisc romaine était-elle autre chose qu’un conciliabule d’hérétiques, un conventiculo de schismatiques, une synagogue de Satan*? Il fallait doue faire cesser au plus tôt les hérésies et les schismes. Quiconque se prétendait chrétien devait cesser d'at­ taquer l’Eglise romaine, l’Eglise apostolique. La lettre se terminait sur des paroles d’espoir : l'enquête des légats montrerait sans doute que Michel était inno­ cent de plusieurs de ces griefs, leur action par ailleurs le ramènerait au droit chemin. Confidimus ...quod ab his innoxius aul correctus invenieris, aut certe admo­ nitus cito corrigeris. La prière mutuelle du pape et de l’archevêque l’un pour l’autre ne pourrait que contri­ buer à ce pacifique résultat. Tout cela était infiniment juste, et Rome n’avait contre l’attitude des chefs religieux de Constantinople que trop de sujets de plainte. S'exprimant néanmoins sous une forme aussi peu nuancée, ces gravamina de de l’Eglise romaine ne risquaient-ils pas d’élargir la déchirure que l’on se proposait de réparer’? Cérulaire se présentait le rameau d’olivier â la main; on lui montrait la férule. Quels que fussent ses desseins cachés, il consentait sous la pression du basileus à prendre une attitude pacifique; peut-être eût-il été plus habile d'éviter jusqu’aux apparences de la rai­ deur. Si l’on voulait négocier une paix durable, il ne fallait pas. dès l’abord, commencer par humilier celui avec cpii l’on tentait de se réconcilier, l ue attitude plus souple n’aurait peut-être pas empêché Cérulaire d’aller jusqu’au bout de scs desseins; du moins, en l’adoptant, on laissait au patriarche l’entière respon­ sabilité de la rupture. Peut-être si Léon IX, dont la bonté était proverbiale, avait lui-même tenu la plume, les revendications si justes de l’Eglise romaine au­ raient-elles pris un autre tour. Le fait qu’l lumber! les rédigea, et qu’il sc chargea de les développer orale­ ment à Constantinople ne permettait guère d’augurer le succès de sa mission. A coup sûr on pouvait compter, du moins pour l’instant, sur le concours du basileus; mais Constantin Monoinaque voudrait-il aller à ren­ contre de celui derrière qui marchait toute l’Eglisc byzantine et toute la plèbe de la capitale? El s’il le voulait, le pourrait-il? 7· L'ambassade d'Humbert et les premiers contacts. Outre les deux lettres dont nous venons dr parler, l'ambassade pontificale emportait encore le texte ori­ ginal d’une lettre arrivée (depuis combien de temps, on ne le dit pas) de Jérusalem, cl dont Humbert qui la traduisit en latin nous a laissé un fragment. Adv. Gnreorum calumnias, xxxm, /*. L., t. exuit, col. 951952. Elle montrait que les usages liturgiques de l’Eglisc hlêrosolymllaine, se rapprochaient davantage de ceux de Rome que des pratiques de Constantinople. \ celle pièce on avait joint aussi la première lettre de Léon IX à Cérulaire et 1rs deux documents qui la devaient renforcer. V oir cl-dcssus, col. 1681. On avait ainsi tout un arsenal de preuves, si la discussion s’éta­ blissait entre Grecs et Latins, soit sur la question géné­ rale dr la primauté romaine, soit sur les divers points en litige. Nous sommes mal renseignés sur les premières dé­ 1690 marches de l'ambassade. La Commemoratio brevis eorum gu ο- gesserunt apocrisiarii sa neter romance Sedis in regia urbe, P. G., t, cxi.m, col. 1001-1 (»01. ne donne un récit (et combien sommaire) des événements qu'à partir du 21 juin 1051. (L’est d’elle que dépend la narration qu’en fait l’archidiacre Wibert dans sa Vie de saint Léon IX, I. Il, c ix, ibid.,co\ 198, et cette Vie servira de source aux divers auteurs latins qui par­ lent de la question. Du côté grec nous avons le récit que fait le patriarche Cérulaire lui-mémr dans une encyclique adressée, par l’intermédiaire d’Antioche, aux deux autres patriarches orientaux, P. G., I. exx, col. 816-820, et dans une lettre plus longue écrite à Pierre d'Antioche, ibid, col. 781-796., Ccs deux docu­ ments ont été écrits à l'automne de 1051; émanés de Michel, ils tentent évidemment de rejeter sur les Ro­ mains toute la responsabilité de la rupture; il ne faut donc les utiliser qu’avec précaution. Toutefois nous ne pensons pas qu'il faille quali lier sans plus de < roman » la présentation qu’ils donnent des faits. Et c'est pourquoi, confiant dans ces textes, nous ne mettons pas en doute que les légats romains, en quittant Bénévent, ne se soient dirigés vers l’Apullc pour se rencontrer avec Argyros. C'est par lui, en somme, que s’étaient nouées les premières négocia­ tions avec Constantinople; il convenait de prendre langue avec lui cl de s’assurer amplement des dispo­ sitions qu’on allait rencontrer là-bas. On a dit. il est vrai, que les Normands auraient dû s'opposer à celte collusion entre Romains et Byzantins qui était dirigée contre eux, et l’on a imaginé de faire embarquer les légats à Naples pour éviter la suspicion des Normands. Mais il faut concevoir avec plus d’élasticité la « cap­ tivité » de Léon IX à Bénévent. Elle ne l’avait pas empêché dr recevoir par l'intermédiaire d’Argyros les dépêches de Constantinople; elle ne l’empêcha pas de tenir à Bari, vers ces mêmes moments, un concile dont la Irace vient de se retrouver, cf. A. Michel, toc. cit., p. 19. 79, 88; elle ne pouvait guère l’empêcher dénouer avec le catapan des négociations que les Nor­ mands auraient eu en effet toutes raisons d’empêcher, s’ils en avaient connu l'objet. Nous conclurons donc avec M J. Gay : * Quand les trois légats partis de Bénévent, en janvier 1051, avec le consentement des Normands qui respectent en eux les représentants du Saint-Siège, gagnent la côte apulienne. Argyros s’en­ tretient avec eux cl joint scs instructions personnelles à celles qu’ils ont reçues du pape. Comme II connais­ sait fort bien, par sa propre expérience, l’état des partis dans la capitale de l’EmpIre, il a dû faire savoir au cardinal Humbert et à ses compagnons que le patriarche avait de nombreux adversaires, sur les­ quels il leur serait facile de s'appuyer pour mettre le basileus de leur côté. Ainsi s'explique l’attitude des légats (pii. dès le début, ont pu s’entendre avec le basileus avec une décision singulière, comme des hommes déjà bien informés et sachant qu’ils peuvent braver en face les prétentions de Cérulaire. Dès lors il est naturel (pie le patriarche ail vu surtout en eux les amis et les émissaires de son rival, de son adversaire, aussi habile qu’obstiné, le duc byzantin d’Italie. * J. Gay,///faite méridionale etPEmpire byzantin, p. 199. Arrivés à Constantinople, en effet, les légats affec­ tèrent visiblement de n’avoir de mission que pour le basileus. C’est seulement après quelque temps qu'ils se présentèrent au patriarche. Cérulaire.d.ms sa lettre à Pierre d’Antioche.se plaint vivement des manques d’égard qu’ils sc seraient permis à son endroit. P. G., t. exx, col/785 B. L’attitude des légats ne tra­ duisait que lmp bien les sentiments dont témoignaient les papiers qu’ils apportaient. Puisque l’Eglise romaine se considérait par rapport à celle de Constantinople comme une mère offensée par sa fille, elle attendait de 1691 MICHEL CÉRULAIRE. LES POLÉMIQUES celle-ci les premières marques καί λόγω τά ταύτης πρεσβεία σεμνύνων καί μεγάλύνων άεί Col. 797, ((S’est, on le voit, l’abdication complète des vieux droits du patriarcat apostolique ; Antioche n’est plus qu’un évêché suffragant de Constantinople.) Avec une infinie précaution, rejetant la faute sur l’archiviste, Pierre ne laisse pas néanmoins de relever la chronologie fantaisiste de son correspondant. Ce n’était pas au VI· concile que Vigile avait d’abord refusé d'acquiescer; Vigile s’était finalement récon­ cilié avec les Orientaux; c’était le pape Agathon qui avait été en relation avec le VI· concile el ces rela­ tions avaient été bonnes. D’ailleurs était-il besoin de remonter si haut dans le temps? Quarante-cinq ans plus lot, quand Pierre était venu ù Constantinople, sous le patriarche Sergius, il avail entendu de ses oreilles le nom du pape de Home, .Jean, cité avec les autres patriarches durant les saints mystères, il avait lu ce nom. de ses yeux, dans les diptyques. Depuis, cette pratique avait cessé, sans qu’il pût dire com­ ment, ni pour quelle cause, mais il tenait sur ce point précis à rappeler la vérité. El, sans doute, il y avait entre Grecs ct Latins de multiples divergences, mais dans la liste envoyée par Cérulaire tout n’était pas d’égale valeur; toutes ccs questions de barbe, d’an­ neaux, cl mémo de graisse ou de saindoux, étaient en somme bien secondaires. Gf. n. 7-10, col. 800-801. Ortains mêmes de ccs griefs étaicnts-ils réels? Il semblait bien difficile d’admettre que les Latins n’adorassent pas les images ou les reliques des saints. Le pape Adrien n’avait-il pas. de concert avec les autres pa­ triarches. dirigé le VII· concile et analhématisc les iconomaques? Ne voyait-on pas les pèlerins francs entrer dans les églises grecques et honorer les saintes images. N. 20. col. 812. Restaient des questions plus graves. Celle des azymes : Pierre en avait traité dans sa lettre à Dominique de Grado, cette lettre avait été communiquée à Cérulaire, il était inutile d’y revenir,à moins que les Latins ne justifiassent que leur usage reposait sur une tradition apostolique. La manduca­ tion de viandes non saignées était évidemment con­ traire au décret des apôtres, simple abus d’ailleurs, toléré plutôt (pie permis par I’Église latine. Après tout ne voyait-on jamais de boudins pendus aux charcu­ teries de Constantinople? Le mariage de deux frères avec deux sœurs, cela ne se passait-il jamais dans I’Église grecque? Autre chose était une tolérance ta­ cite. autre chose une autorisation expresse. N, 16,17. Pour la question du mariage des prêtres et sur celle plus grave encore du Filioque, le patriarche de Cons­ tantinople avait eu grandement raison d’insister; il ne fallait pas abandonner Ici le témoignage des Écritures ct des textes apostoliques. Encore l’attitude des La­ tins. au moins pour ce qui concernait l’addition au symbole, pouvait-elle se réclamer de circonstances attenuantes. Leur pays avait été longtemps nu pouvoir des Vandales, aussi les copies authentiques des textes ecclesiastiques avaient pu sc perdre. N. 12, col. 805. D’ailleurs, tout en restant fermement ancré sur la foi orthodoxe, ne convenait-il pas de rechercher davan­ tage les points d’union que les questions contestées? <.cs Latins, après tout, ils étaient des frères, quand bien nu me par rusticité ou Ignorance ils dévieraient 1701 MICHEL CÉBULAIRE, LE RETOUR \U STATU QUO parfois du droit chemin. On ne pouvait guère dcnuinder à ces barbares une parfaite exactitude : c’était déjà bien beau qu'ils confessassent correctement les mystères de la Trinité ct de l’incarnation. N. 1 lt col. 805. La lettre de Pierre sc terminait parmi appel suppliant : · De toutes nies forces, écrivait le patriar­ che d'Antioche, je conjure Votre Sainteté de ne pas entrer en celle alïaire avec un esprit de contention. Autrement il serait ft craindre qu’en voulant réparer la déchirure on la rendit plus large, Prnscz-y bien, tous les malheurs présents, tous les troubles qui ra­ vagent les royaumes, toutes les calamités, pestes el famines qui désolent villes et campagnes, tous les échecs de nos troupes, ne proviendraient-ils pas d'ici, je veux dire de celle longue séparation, de celle mésin­ telligence de notre Église avec le Siège apostolique? » N. 21, col. 812. El, pour aller jusqu'au boni de scs audaces, l’excellent homme d’ajouter: · Que les Latins rectifient leur addition nu symbole, et je ne demande rien de plus, laissant même de côté comme indifférente la question des azymes. Votre Béal il mie pourrait sc contenter de cela, de peur de tout perdre en voulant trop gagner. » N. 22. coL 813. Au fait le patriarche d’Antioche se Hat (ait encore de l’espoir (pie des négociations pourraient recommen­ cer entre Home et (Constantinople. Dès (pie Ton con­ naîtrait le nouveau pape, il fallait s’adressera lui avec beaucoup de simplicité el de douceur. Peut-être Dieu ferait-il luire sa vérité dans son âme: peut-être déclarerait-ll (pie tous ccs bruits ont été faussement répandus sur le compte des Latins, ou (pie les actions de quelques-uns des siens n’engageaient pas la res­ ponsabilité de son Église N. 10, col 809. IIe Conclusion. Le retour au Statu quo. — - C'était à coup sûr d’un robuste optimisme. Michel ne s’était engagé dans les négociations avec Borne que par la volonté expresse du basileus. Sans rien faire de positif pour empêcher leur succès, il s’était maintenu dans une altitude de froideur résignée; puis, dès qu’il avait eu conscience des maladresses cl de l’incapacité diplo­ matique d’Humbert, il avait habilement profité des moindres choses pour rendre impossible toute négo­ ciation. Il était arrivé ft ses lins. Les pourparlers de paix ce n’était pas lui. pensait-il, c’était Humbert (pii les avait fail échouer. 11 était bien décidé main­ tenant ft ne plus recommencer, \ulour de lui se serrerait toute I’Église orientale. Il avait déjà partie gagnée avec le patriarche d’Antioche, car les scru­ pules de cet honnête homme, ne l’empêcheraient pas de régler pratiquement son altitude sur celle de Cons­ tantinople; prévenus par Antioche, les patriarches de Jérusalem et d'Alexandrie ne manqueraient pas, il en était assuré, d’épouser Stt querelle. \u fait s’agissaitil même de querelle? \près un intermède de deux ans où la politique séculière avait voulu faire prédominer ses vues, on revenait tout simplement au statu quo ante. L’isolement où se complaisait l’Orient ne serait plus troublé par ccs vains bruits d’entente avec Home: l’incident était clos Passées les vives émotions de juillet 1051, les choses reprirent à Constantinople leur aspect coutumier; nu fait ces émotions laissèrent si peu de I race que les historiens by /antins n’en conser­ veront pas le souvenir Voir ci-dessus, col. 1680. A Home pareillement on n'attachera sur l’heure qu’une importance médiocre Λ l’insuccès de ccs pour­ parlers de paix. La C.tanrncmnralio brcids trouve qu’après tout les » hoses ne se sont pas si mal passées à Byzance, et que Michel finalement a excité contre lui In colère de l'emper<*ur P. t. (.xliii, col 1002 C. La Vie de saint Léon IX par V iberl se contente de transcrire ce suthfrct qu Humbert s’octroie ft luimême· cl de même Si. hert do (icmbloux, Chron., a. 1051, /*. Lis col cl Γ \nnaliste saxon. niCT^DK |Ut '.OL CkTlF. 1 702 a. 1051, Mon. Germ, hist., Script., t. vi, p. 6K8. Le Chronicon Casinente trouve que. tout Όηιι:χτ. Michel Cérulaire ne connaîtra pas ccs inquiétudes; il jouira, jusqu’aux derniers temps de son pontificat, de celle uulocéphalie à laquelle il tenait tant ct qu’il avait cru menacée en 1052. Peu de choses, pensait-il, étaient changées à Constantinople depuis les jours de son accession au trône patriarcal, peu de choses, sauf peut-être l'accroissement de son propre pouvoir. Le geste par lequel il avait écarté tout danger d’un con­ trôle romain lui avail permis de raffermir l’autorité de Constantinople sur l’ensemble de l’Orient; le coup de force qui, au dernier moment, avait brise les velléités pacificatrices de Monomaque l avait fait tout-puissant dans l’Élat. Lui aussi, comme l’évêque de Borne, n'vtult-11 pas devenu le pape de l’Orient, l’égal, le supérieur même du basileus? En fuit, sur tous ces points, l'honnête Pierre d An­ tioche avait vu plus juste que lui. La déchirure légère qui, depuis si longtemps déjà, menaçait l’union des Églises grecque cl latine était devenue, par sa faute, un trou béant, irréparable. En arrivant au trône patriarcal Cérulaire avait trouvé entre Borne ct Cons­ tantinople cet état mitoyen qui n'est ni la paix, ni la guerre, mais la simple rupture des relations diploma­ tiques· El lui. Il avait fait en sorte qu’au lieu de la paix qui pouvait encore se conclure, ce fût la guerre qui arrivât. Devant l’histoire, il porte, croyons-nous, la responsabilité de cet acte décisif. L Sot Hc.i s. 1” (1 uurcs de Michel ('tndaire. — I n IMirlir publier* dans l\ G’.. I. c.xx, col. 710-810; mais Vllionèlic pour ht ftte de l'orthodoxie, col. 724-736, est un ancien morceau liturgique bien antérieur ft Michel; quelques décidons synodale^, prise* du temps de Michel, sont ù rechercher au t.cxix.col.747,830; outre ccs pièces. Pavlov, Aperçu historique cl IfUérairr de l'ancienne polémique (jréco russe contre let Latins (en russe), Pétcrsbourg, 1878, X. — 54 f 703 MICHEL CÉRULAIRE — MICHEL DE LA EUENTE 1704 ct Tolcdc, le 2 mars 1573, lit scs études à Madrid, puis enseigna la grammaire aux enfants de son village. Agé de 20 ans, il embrassa la vie religieuse et IB pro­ fession au couvent des cannes chaussés de Valdemoro (Madrid), le 29 mai 1591. Il suivit les cours de philo­ sophie cl de théologie à l’université de Salamanque; ensuite il passa au couvent d’Avihi, de là au collège de théologie morale, où il administra la cure de la paroisse annexée au couvent. Comme il excellait dans la prédication, on le réclama à Ségovie; mais bientôt il fut chargé du soin des novices. Quand on sépara la province de la Vieille Castille de celle de la Nouvelle, il lit partie de cette dernière et fut nommé ihallre des novices au couvent de Tolède. Il demeura dans celle ville jusqu'à la lin de sa vie, où il se dévoua totale­ ment à l’éducation des novices et au bien des âmes. En dehors d’un zèle infatigable pour le salut des àmes, Dieu l’avait doté des dons surnaturels de discerne­ ment des esprits ct de prophétie; de fait, de multi­ ples expériences ont prouvé que, bien des fois, il connaissait d'avance l'état des personnes qui venaient s'adresser à lui. Aussi, son champ d’action s’étendant de plus en plus, il travailla non seulement dans la ville de Tolède, mais encore dans toute la région environ­ nante. A lin de mieux conserver les fruits de salut ct la ferveur opérée dans les Ames, il établit diverses confré­ ries très florissantes. Comme religicux.il mena une vie éminemment sainte; il acquit une véritable héroTcité dans la pratique de toutes les vertus. Aussi Dieu sc manifesta très familièrement à son fidèle serviteur; il le combla de tous genres de grâces extraordinaires, extases, lévitations, prophéties cl miracles. Comme B avait une dévol ion toute particulière à la passion de Notrc-Selgncur et à l’auguste sacrement de l'eucha­ ristie, c’est surtout pendant la sainte messe que Dieu manifestait en son serviteur les dons gratuits dont il le comblait; durant le saint sacrifice l'extase lui devint quasi-habituelle. A cette oraison éminente, il joignait une mortification très rigoureuse ct une tendre et toute filiale dévotion à la très sainte Vierge; il s’appliqua particulièrement à honorer le mystère de l’Iinmaciilée Conception, ct montra toujours une grande confiance dans la protection singulière de la Mère de Dieu sous le titre de N.-J), du Scapulaire. Après une courte maladie, il mourut à Tolède, le 27 novembre 1625 d’après Jacques de la Passion ct Pierre de Oxea, le 17 novembre 1626 d’après d’autres. Après sa mort,il apparut glorieux à plusieurs person­ nes et Dieu opéra par son intercession de nombreux miracles. Son corps, qui dès le moment de la mort avait pris une beauté inconnue jusqu'alors, fut trouvé en état de parfaite conservation lorsque, en présence de médccii s et de chirurgiens, en 1628,3 ans après sa mort, on ouvrit son sépulcre. Après cette constatation, le corps fut déposé à coté de l’autel dans la chapelle de la confrérie fondée par lui. Sa cause fut introduite à Home peu de temps après sa mort. Ie Son œuvre principale est un livre ascélico-mysli<|ue, qui a pour titre : Libro de las très vidas de cl hombre corporal, racional y rspiritual. Tolède, 1623, in-1·, 2* édition, Madrid, 1710, corrigée ct augmentée d’une notice sur la vie de l’auteur par le P. Jean de S.-Ange, carme chaussé, ln-8·, 320 p. 4- 105 pour la notice; une 3· édit, conforme à la 2* a paru durs la col­ lection de La verdadera clcncia cspaflola, 1887, in-12·, p. 519, 2 tomes en un volume. On a eu tort d’omettre en cette dernière édition la notice sur la vie de l'auteur. Michel de la Fuente cite relativement peu sainte Thérèse et saint Jean de la Croix,et davantage l lugucs ct Hichard de Saint-Victor, saint Thomas, saint 5. MICHEL DE LA FUENTE, auteur mys­ Bonaventure. Gerson, Buysbrocck, Blosius, Denis le tique carme espagnol (1573-1626?)· Chartreux (van Byckcl),ctc. Dans lr L I·'. il traite de Il naquit à Valdelaguna, village situé entre Madrid l’homme corporel, c'cst-à-dirc des facultés sensitives, p. 131-157, donne une autre recension de In n· lettre à Pierre d’AnÛochc. Diverses pièces inédites ne larderont pas i paraître; la principale est la pièce ώ; πώυ το τύ.ήόο; du Cod. Vindob. lheol. fol. 07-80. 2* Texte» officiels relatif» au schisme. — Il s’agit des lettres de Mon IX. Cérulalrc. Pierre d’Antioche, etc.; nom y avons renvoyé dans P. L. et P. G.; elles sont rassem­ blée* dans Ch. Will, Acta et scripta qua· de controversiis Eccksbr gr*c* ct latimrjut cuti X l composita exstant. Leipzig et Marbourg, 1801 ; quelques outres documents dans .1.1 lergenrôther, Monumenta grxca ad Photium ejusque historiam pertinentia. Bathbonne, 1863. 3* Historiens anciens. — 1. Byzantins. — Michel Psellus, (contemporain et mnl ς (réquisitoire contre Michel), publiée par L. Bréhier, dans Br' ie des Hades grecques. 1903. t. xvi, p. 375-116, 1904, t. xvd, p. 35-75; du mémo Έρίωαιχσ tenr c : το* τχτίΐηχ- Mt/x λ r m (oraisonfunèbre de Michel), dans K. Sailin', op. cil., p. 303-387; du même diverses lettres adressées à Michel, ibid., t. v, p. 287-291, 505,513; Jean SkyllUês (ou le Curopalalc), Histoire des empereurs (811-1079), tnd. latine complète éditée par J.-B. Gablo, Venise, 1570, texte grec (1057-1079), dims P. G., t. cxxn. col. 368-476; Michel d’A Halle, Histoire, dans l’édit. de Bonn, 1853; Cédrénus, ϊύνοψις ίστοτιώ*. dans l’édit, de Bonn. 18 W, ct dans P. G., t. cxxi-cxxn; les historiens byzantins postérieurs dépendent des précédents; voir pourtant une ϊ><*Λι: /ροΜχή anonyme (xn· siècle), dans K. Sathm, op. cit.. t. vn. 2. Historiens latins. — Wlbcrt, Vita Leonis paper. dans P. I... t. ex un, col. 457-504. dépend étroitement pour le récil de ccs événements de la Commemoratio brevis: pour les a lirai vies de saint Léon IX. voir In bibliographie de l’article IJ ·ν IX; il faut tenir compte îles Annales de l’Italie méridionale : Guillaume d’Apulic, Gesta Hobcrli Wlseardi. dans Mon. Germ. hist.. Script., t. IX, p. 239; la Chronique du Mont-Cassin. ibid., t. vu, p. 686; Aimé du Monl-Cassin, Histoire de h Xormant. édit. Dclarc. IL I'rava x.— Ils sont extrêmement nombreux; on en , trouvera une liste assez complète dans L. Bréhier, Le schisme oriental du XI· siècle. Paris, 1899, que l’on complé­ tera par les Indications plus récentes d’Anl. Michel, Hum­ bert und Kerullarios. I Tell, dans Quellcn und l'orschungcn... hrrantqegebrn non der Gôrres-Gesellschaft. Paderborn, t. XXI, 1921 (voir la recension de cet ouvrage, dans Byzanllnltche Zeitschrift. 1926, t. χχνι, p. 101-102, ct dans Echos d* Orient. 1928). Ce dernier auteur avait déjà donné dans le Hlstorhehcs Jahrbuch. 1922. t. xt.u, p. 1-11, un article important sur la situation de Constantinople avant Cérubtlre : Berland cine 1 retiming drr yricchtschen und romischcn Kirche schon por Kerullarios? et publié quelques textes Intéressants dan* les Byzanlinisçhc Jahr· bûcher. I. in. 1922 : Der Verfasscr des Brie/es Leos non Achrida. p. 49-66. On ne peut songer à reproduire Ici toute cette biblio­ graphie; voici par ordre de date les ouvrages qui paraissent h· plus utiles : C. Will, Acta et scripta (voir cl-sc, 1074; Jacques de la Pnsdon, De tirait n υαη de sonne υαη den H. Vader en Propheel Elias dese laopende άρτος τοιούτός έστι κατά φύσιν, όποια ην ή άγια του ecuive, vcrsprrudl doore de Koningh-ryckcn υαη Spagnien, Χριστού σάρξ, ή έπΐ τού μυστικού δείπνου το'ς Liège, 1684, p. 43-78, ou il y a son portrait, ainsi qu'un μαΟηταΐς εις βρώσιν δοΟεΐσα. Ajoutez à cela que abrégé de ta vie écrite par Io P. Pierre de Oxca; la notice les mêmes opinions attribuées par Nicétas Chômât ès du P. Jean de S.-Ange dans l'édition 1710 du Libro de las à Sikiditès sur la condition des premiers parents sc 1res vidas; notice qui a été omise «tans l'édition de 1887; retrouvent développées dans Glykas, que le même Cosine de Villiers, Hibliothcca carmelitana, Orleans, 1752, Nicétas nnus apprend que Sikiditès fut secrétaire à t. π, col. 453-155, n. 150. la cour, τοίς βασιλικούς ύπογραφεύσι κατεύχγμενος, P. Anastase de Saint-Paul. ce qui concorde avec le titre de γραμματικός qui sc 6. MICHEL GLYKAS (seconde moitié du trouve apposé au nom de Glykas dans la suscriplion xn· siècle), connu comme historien byzantin, mérite de ses κεφάλαια, cl enfin que Sikiditès, au témoignage de l’être encore davantage comme théologien. du meme Nicétas. s’est occupé d’expliquer les paroles I. La pehsonne. Né à Corfou, d'après une note της πρεσβυτέρας Γραφής» ce qui peut s’entendre cl de de copiste, dans le premier tiers du xn· siècle, il fut ses κεφάλαια ct du premier livre de scs Annales qui secrétaire à la cour impériale. Impliqué dans un procès n’est qu'un long commentaire de la Genèse. 11 n’y a de sorcellerie, il fut jeté en prison par ordre de l’empe­ donc plus lieu d hésiter : il faut voir en Sikiditès et en reur Manuel Comnène cl condamné à l'aveuglement. Glykas un seul et meme Michel, cl la suggestion de Il subit ce supplice sous une forme mitigée qui ne le Boivin demeure recevable qui attribue à une fausse priva pas entièrement de la vue Devenu ensuite transcription la leçon Sikiliolès au heu de Sikiditès en moine, il prit pari à la controverse théologique autour tête de la Χρονική de Glykas. du Pater major me est, où il tînt pour l’interprétation 11. Li s œuviiES. — Ie La plus connue est sa Χρονική orthodoxe. Mais il suscita d’autre part une querelle ou Annales, P. G., t. ci.vm (voir autres éditions dans doctrinale qui agita fort les derniers lustres du siècle. Krumliachcr, Geschichte der byzantin. Lileratur, p. 381). Il soutenait que le corps de Jésus-Christ dans l’eu­ Otto histoire s’étend de la création du monde à la charistie se trouve dans un état passible cl corrup­ mort de l’empereur Alexis Comnène (1118). Elle est tible. ct ne passe à l'étal incorruptible qu'immédiadivisée en quatre livres dont le premier est un com­ lemenl après la communion. Voir çi-dessus, col. 1339. mentaire de l'œuvre des six jours, le second comprend Il fond lit son opinion d'une part sur le fait que le la période d’Adam à César, le troisième celle de César corps du Seigneur, dans la réception du sacrement, est à Constantin, ct le dernier traite des empereurs de rompu et broyé, ce qui ne saurait convenir à un corps incorruptible, cl d’autre part sur l’exemple ct le pré­ Constantinople depuis Constantin. L’ouvrage est écrit dans le genre parénétfquc. Les dissertations cepte du Christ, qui, ayant donné à ses disciples son théologiques ou morales n’y sont pas rares, cl c’est corps à l’étal passible, leur commanda de faire de ce qui fait la particulière originalité de cet historien, même en mémoire de lui. Sur l’ordre de l’empereur, ami du singulier cl du curieux. un concile se réunit pour condamner la nouveauté, 2e L’autre ouvrage capital de Glykas est une collec­ mais la mauvaise volonté du patriarche .lean X Cama­ tion de lettres ct de dissertations sur les sujets les ims (1198-1206) l’empêcha de sortir tout son effet. plus divers intitulée : ΕΙς τάς απορίας τής Γραφής La querelle tomba sans doute d’cllc-mêmc quand κεφάλαια, éditée intégralement pour la première fois Byzance fut prise par les Latins. La mort de Glykas par S. Eustratiadès, t. i, Athènes. 1910, et t. n, précéda de peu rcl événement. Alexandrie, 1912. ('.vite édition n'est pas définitive, Cette querelle sur l'eucharistie nous est rapportée car d’excellents mss. n’ont pas été utilisés, ct d’impor­ par Nicétas Chonlntès dans son Histoire, I. III du tants problèmes de critique littéraire nécessaires pour règne d’\lcxis Comnène, P G . t t xxix, col. 893-897, rétablissement du texte n’ont pas été élucidés. Les cl dans le c xxvn de son Trésor de l'orthodoxie, texte chapitres sont nu nombre de 95, car il ne faut pas publié par S. Eustratiadès dans les Prolegomena aux compter les deux premiers introduits dans la série Κεφάλαια <1? Glykas Mais le Michel dont parle Nicétas par l'éditeur, et qui sont des pièces étrangères à cl qu’il dit être l’auteur do l'opinion susdite a nom Sikiditès. Le problème s’est posé dr savoir s’il fallait l’ouvrage. L’ordre suivi n'est ni celui des matières, ni ou non identifier les deux personnages. Tous deux ont celui des destinataires;s’il y en a un, il ne peut être que vécu sous Manuel Comnène, tous deux ont clé aveu­ chronologique, c’cst-ù-dirc que les dissertations sont glés par ordre impérial cl tout deux sous la forme I réunies dans le recueil dans l’ordre où elles ont été mitigée. Tous deux ont dans la suite écrit sur des composées. Bien n’est plus vané que les questions de leur mortification ct »oq περί της 1711 MICHEL LE SYNCELLE MICHEL LE SYRIEN 17Γ2 Chronicon civile cl ecclesiasticum anonymi auctons, Charfeh, 1901; les passages relatifs ù Michel sc trouvent dans I édition complète publiée, sans traduc­ tion, par J.-B. Chabot, Anonymi auctoris chronicon ad annum Christi 1234 pertinens, dans Corpus script, christ, or., Scriptores syri, ser. ill, l. xv, Paris, 1916, p. 306-335. Malheureusement cette chronique aussi est défigurée par d'importantes lacunes. Michel, qui semble s’être appelé ainsi dès son bap­ tême, tandis que son frère el son neveu, suivant l'usage commun, changèrent dc nom lors de leur con­ sécration épiscopale, naquit â Malalyah, l'ancienne Mélitène, en 1126, d’une famille que Barhébræus dit avoir porté le nom de Qtndnsl ou Qindisl. Son père. Éllc» était prêtre. Michel entra, sans doute de bonne heure, au monastère de Mûr Barçaumâ non loin de sa auctarium, l. r, p. 1525-1576; des panégyriques manu­ ville natale. Il y était archimandrite depuis dix ans au scrits sur saint Jean-Baptiste, cf. H Omont, Inven­ moins, lorsque le patriarche Athanase, â la fin de 1165 taire sommaire des manuscrits grecs dc la Bibliothèque ou au début dc 1166, lui offrit le diocèse d'Amid. nationale, n. 1521 : Michaelis syncelli oratio in la adcm Barhébræus, t. I, col. 533. Michel, soit qu'il eût voulu S. Joannis Baptista·, cl sur les archanges Michel el sc réserver en vue de la succession éventuelle du Gabriel, cf. Hagiographi Bollandiani, cl H. Omont, patriarche, dès lors gravement atteint, soit pour toute Catalogus hagingraphicorum grneorum Bibliot. not. autre raison, refusa. De fait, le patriarche mourut le paristensis, n. 366 »·, 1012 r; Lnmbros, Catalogue o/ 11 juillet 1166, et les évêques se réunirent aussitôt the greek manuscripts on mount Athos, J312n, 2772 u, au monastère dc PcSqln, sur le bord de l’Euphrate, JW·, 2776 *, 6219*, 6262'; A. Papadopoulos- non loin de Malalyah. En présence des dissentiments Kéraincus, Ίεροσολυμιτιζή βιβλιοθήκη, t. iv, p. 70, qui se manifestaient entre eux, les évêques les plus n· 18. Son biographe nous dit qu’il avait écrit plu­ zélés proposèrent de tirer au sort entre trois noms; el sieurs lettres aux moines byzantins de Sicile au sujet c’est ainsi que Michel fut élu. 11 n'accepta d’ailleurs dc la querelle du Fllloque à Jérusalem; ccs lettres ne qu’avec difficulté sur l’insistance des évêques, cl sont pas autrement connues. D’après la tradition après leur avoir fait promettre par écrit qu'ils obser­ grecque. G. Papadopoulos, ΣυμβολαΙ εις ττρ ιστορίαν veraient les canons, ne feraient pas d’ordinations simoniaques, ne s’annexeraient pas d’autres diocèses, ne τής παρ’ήμιν έζζλησιαστιζής μουσικής, ρ. 212, d aurait aussi composé un grand nombre de poésies changeraient pas de siège. La consécration de Michel religieuses, el mis vn musique VAcathislc ainsi que cut heu au monastère dc Mûr Barsaumâ le 18 octo­ diverses mélodies anciennes ct nouvelles. Peut-être bre 1166, en présence de nombreux évêques, 28 d’après aussi est-il l’auteur d’un discours-sur la déposition de la Chronique, p. 767, trad., t. m, p. 180, qui donne les la ceinture de la sainte Vierge, Lambros. op. cit., noms, ou 32, Barhébræus, t. I, col. 511. Le patriarche, après avoir adressé sa profession de n. 62M*. On ne saurait évidemment lui attribuer le foi à son collègue jacobile d’Alexandrie, en signe de panégyrique de saint Ignace «pii est l'œuvre d’un communion, sc rendit au monastère de Mar Annule, homonyme inconnu ou Deir Zu’farûn, près de Mardin, ct y promulgua dix-neuf canons. Le premier d’entre les patriarches Th. I. Schmidt n publié deux v|c« dc saint Michel le Syncrlk a la suite dc son histoire du monastère de Chora, syriens jacobilcs, il sc réserva le siège dc Mardin, inau­ Bulletin de l'institut archéologique russe d Constantinople, gurant une tradition qui a persisté, et transféra au 1906, t. xi. p. 227-279; la première avait été éditée en partie siège d'Amid son compatriote et ami, Denys bar par M. Gédeon dans son Ρυΐανι ον ινρτΆογιο , p. 232 sq., ijalibi. Barhébræus, t. r. col. 511-513. Puis, Michel, S. Vaille, Saint Michel le Sgnetlie cl les deux /rircsGrapti, saint Théodore el saint Théophane, dnns In Bévue dc t'Orlcnl ayant fait porter une lettre de communion au catho­ chrétien, 1901. t. vi, p. 311-332. 610-642; I nbriclus, Biblio­ licos Ncrsès le Gracieux, partit pour visiter ks com­ munautés jacobilcs de Syrie et Palestine. Touchant theca gnrea, 1721. t. x. p. 220-221. 230. Antioche sans s’y arrêter, il arrivait à Jérusalem le H. Janin. 9. MICHEL LE SYRIEN, patriarche jaco- j jeudi saint, 28 mars 1168. Le patriarche latin de la ville sainte, Amaury, puis celui «l’Antioche, Aimery, blte d’Antioche (t le 7 novembre 1199). — L Vie. qu'il alla visiter à Quasyr. le reçurent avec honneur,ce IL Œuvres. III. Doctrine. que Barhébræus suppose avoir été fait par politique, I Vie. — Les principaux événements de la vie du patriarche Michel sont racontés par lui-même dans sa en vue d’Iniiniller les Grecs, de qui les Latins avaient chronique, éd. Chabot, p. 697-739, trad. t. ut. p. 311- à se plaindre. Op. cit., col. 545. Michel demeura toute une année à Antioche, puis rentra dans son couvent 413 Toutefois, le ms. unique qui nous en est reste étant mutilé des feuillets contenant les faits des de Mâr Barsaumû. où il réunit un synode en 1169. La plupart des événements, qui sont racontes années 1154-63 cl 1165-70, op. cit., introd., p. xt.. il faut pour ccs périodes recourir à Barhébræus, qui ensuite dans la Chronique, concernent soit l’adminlss'est largement Inspiré de Michel, Gregorit Rarhebnti I tration de l’Églisc syrienne, soit les malheurs dont celle-ci fut accablée, surtout par suite des compéti­ chronicon ecclesiasticum, édit., J.-B. Abbeloos et tions entre les différents princes qui se disputaient T J 1 ainy. t. i, Paris ct Louvain, 1871, col. 535-606 D'autres données sc trouvent dans la partie relative alors Arménie, Mésopotamie el Syrie. Nous ne retien­ ù l’hlstolrv ecclesiastique d’une chronique composée drons que quelques faits présentant un intérêt parti­ un peu axant le milieu du xm’ siècle par un moine, culier du point de vue ecclésiastique. Michel cul de probablement originaire d’Édcssc. qui avait vécu nombreuses difficultés dans son administration : dans l’entourage d'Athanase, frère dc Michel, ct du d’une part le désordre du clergé était grand dans une maphrien Grégoire, son neveu. Le patriarche syrlcn- époque si profondément troublée au point de vue catbollqtlv d Antioche. Mgr Ignacr-P.phrvm II Bah- politique, et l’intention manifestée dès son élection mani, qui a découvert cette importante chronique, par le nouveau patriarche de mettre fin aux abus les n’en a Imprimé que la première partie, histoire civile. plus criants n’était pas faite pour lui attirer des amis; ύ;0ο86ξου πίστεως. Monlfaucon. Bibliotheca Coislintana, 1715. p. 90-93; une poésie en vers anacréonliqucs à l’occasion du rétablissement des images, Allatlus, Dr l'cetesia occidentalis cl orientalis perpetua consensione, 1648, p. 1433-1135; la traduction grecque d’une profession dc foi de Théodore Aboukarra ou Theodore de Harran. V. G., I. xcvn, col. 15041521; un éλου του άποστολικου θρόνου των ’Ιεροσολύμων μέθοδος περί τής τού λόγου συντάξεως σ/εδιασΟεισα bi ’Εδέσση τής Μεσοποτα­ μίας αιτήσει Λαζάρου διακόνου καί λογοθέτου, φιλο­ λόγου ύ’/τος, cf. K. Krumbachcr, Geschichte der byzanttnischen Literatur, 1897. p. 586-587 ; un dis­ cours sur les puissances supracélesles. Λόγος εις 1713 M IC II EL LE SYRIEN d'autre pari, il sc laissa aller au népotisme ct ne sut pas s'entourer, dc sorte qu'il fut trahi par < eux qu'il avait le plus favorises. Deux fols en quelques années. 1171 et 1170, les moines de son couvent de Mftr Bar >aumn se révoltent; le métropolitain Jean dc Callinice, déposé en 1171, le fait arrêter par le préfet de Mardin, puis par les soldats dc l'émir dc Mnssoul, Seif ad-din; en 1177, c'est un dillércnd avec le ma phrien île TukriL Mais la plus grosse épreuve devait venir â Michel de son disciple préféré, Théodore bar Wahboun, qui sc laissa ordonner comme anlipatrinrehe par quelques évêques mécontents. Pris, excommunié cl dégradé en 11K1, le rebelle s'évade du couvent dc Mûr Bar^aumâ ct va intriguer à Damas auprès de Saladin, puis â Jérusalem, où il cherche l'appui des Latins contre le métropolitain Athanasc, frère de Michel. A la mort du mnphricn Jean, les évê­ ques orientaux choisissent un moine du couvent dc Mar Mat tai, Karim bar Masih ; mais Michel leur impose son neveu Jacques, consacré sous le nom de Grégoire. Bar Wahboun ct Bar Masib sc réunissent contre Je malheureux patriarche (1189). Puis Bar Masili ayant été dégradé en 1191, Bar Wahboun retrouve un pro­ tecteur dans la personne du catholicos d’Arménie, ct obtient d'etre reconnu par le roi dc Cilicie comme ayant juridiction sur les Syriens de son royaume Michel excédé veut sc démettre au synode qui se tient à la Pentecôte 1193, mais les évêques refusent sa démission. Il est d’ailleurs délivré peu de temps après par la mort de Bar Wahboun. Le trouble continue cependant dans les diocèses orientaux, où Bar Masih intrigue de nouveau contre Grégoire. Enfin, dans les derniers jours dc sa vie, Michel eut â lutter encore contre un dc scs neveux, Josué Sephtâna ou le Lippu, qui cherchait à s’assurer les votes des évêques pour la succession de son oncle. Discuté par les siens, Michel semble avoir été plus considéré par les églises voisines. Le patriarche jacobltc d'Alexandrie, à qui, dès son élection, il avait envoyé une lettre dc communion, lui soumit son diffé­ rend avec Marc ibn al-Qanbar, Chronique, p. 720, trad , l. m, p. 379 sq.; scs relations sont cordiales avec les catholicos arméniens de Hrom-klay, ses voi­ sins. Xersès le Gracieux et Grégoire IV l’Enfant : il conseille ce dernier avec un ton de bienveillante pro­ tection. E. Toumebize. Histoire politique et religieuse de Γ Arménie, Paris, 1900, p. 251. Toutefois. Michel ne les suivit guère dans leurs clîorls pour s’unir aux Grecs, pour des raisons théologiques sans doute, mais peut-être aussi parce qu'il voyait dans un rap­ prochement avec Bvzancc un péril politique pour luimême et pour son Eglise; car le seul fait d’avoir reçu des lettres dc l'empereur l'avait rendu suspect ù cer­ tains émirs musulmans. Chronique, p. 701. trad., t. m, p. 351 sq. Ses relations avec les Latins furent meil­ leures. nonobstant les jugements portes dans la (hronique sur les Francs cl leur action en Orient. Les digni­ taires latins reçurent Michel avec honneur cl il atta­ chait du prix h leur bienveillance : déjà on a vu son empressement A visiter les églises de Syrie et Pales­ tine dès le début de son pontificat; il les visita de nouveau les derniers mois de 1177 au printemps dc 1179, cl. entre temps, il rut soin de placer à Jérusalem, puis à Antioche, comme agent de liaison, un dc scs frères. Çllbfi consacré sous le nom d’Mhanasc. Il note avec complaisance les politesses ou faveurs que 1rs Latins lui lirent : réception dans l’église dc Saint-Pierre, A Antioche, où on le fil asseoir sur la chaire de l'apôtre. Chronicon de Bahmanl, éd. Cha­ bot, p. 307. octroi de diplômes par les rois de Jé­ rusalem, Amnury Ier ct Baudoin IV, Chronique, p. 719 sq., trad., t. m, p. 379, invitation A sc joindre au patriarche latin d’Antioche pour assister au 1716 IIP concile du Lnlran, qu’Alexandrc III réunissait contre les Albigeois, ibtd., p. 718, trad., t. in. p. 377 sq. Michel devait son prestige à l'incontestable noblesse de son caractère, integre cl ferme; on peut penser qu'il le devait aussi ù sa science. Un de scs contempo­ rains, prêtre égyptien, répondant a une question de son neveu, le mnphrien Grégoire, écrivait a son sujet, dans le style ampoulé de l'époque, mais non sans fon­ dement ; ... le bon pasteur, pieux ct saint, seigneur de ceux qui ont été consacrés patriarches, gloire des peuples jacobites et notre gloire a tous, Anbù Michel, ton oncle;... plongé, comme il l’est, dans h s sciences ecclésiastiques ct philosophiques, leurs vagues battent sa pensée de leur entrechoquement comme le puissant Gihon (Nil), car il a embrassé toute connaissance ct toute sainteté, céleste ct terrestre... », L. Xi Ile court. Le livre du chrême, mu. Paris arabe /40, dans Le Muséon, 1928, t. xlî, p. 51. Michel mérite donc le surrom de Grand; il faut noter cependant que Barhébræus, en accolant à son nom l'adjectif rabbâ, traduit * grand » par les orientalistes, n’entendait pas lut décerner un épithète d'honneur, mais simplement l’opposer â son neveu, Josué Scphtânâ, consacré sous le nom de Michel, surnommé -e'ourü, , dans la revue *Ανατολικός Άστήρ, 1890. t. xxx, 11 n été question ont été publiés par Mai, Spicilegium roma­ p. 22. A cette date, notre personnage n'était que nurn, t. x, p. 16-93 (réédition dans P. G., t. cxl, col. 137simple fonctionnaire (διάκονος) de la Grande Église; 282); on trouve les actes du second dans Sakkclion, Ιίατp. 316-328; cf. aussi une note du codex il joignait à cette qualité le titre de protckdikos de Thcssalonique. Cf. P. (λ, t. cxi., col. 152 I). (’/est en athonitc 3102, fol. 30 r°, dans lumipros, <Λγιορ«:ι/υι AÙ'tti:, t. I, p. 277. raison de cette dernière charge qu’il fut appelé, uavacx. — Allatius, \’indiciir synodi Ephcsimv, d’après une formule alors à la mode « ό τού Θεσσα­ p. T583 sq.; Fabricius, Bibliotheca yruea, t. x, p. 231 (la λονίκη; ·. Cf. B. Vasiiievskij, Éloge funèbre inédit de date, 1660, qu’on y lit, est sans doute duc à une erreur de Basile d’Achrida, dans Vizantijskij Vrémennik, 1891, typographie); F. Cludundon. Jean II Comnène et Manuel l·1 1.1, p. 60, note 2. Comnène, p. 640-643 ct Introduction, p. xi.vni; !.. Petit, Lex èidques de Thessa Ion (que, dans les Échos d'Orient, 1901, Michel, venu à Byzance·, avant 1117, fut attaché à t. v, p. 29; P. Ouspcnskij, mouvement thèologique a ΓÉcole patriarcale des Χαλζοπρατεΐα. Cf. F. Fuchs, Byzance aux .XI · et -V*/· siècle (en russe), dans le Journal du Dit hàheren Schulen von Konstantinopcl (m Mittelalter, Ministère de T Instruction publique russe, scpt.-oct. 1891, 1926, p. 47-49. Après dix années de professorat, il cn p. 29 1 ; J. Dniseke, Zu Michael Glykas, dans Byz. /.citschri/t, devint le plus haut dignitaire, οίκουμενικάς διδάσ­ 1896, t. v, p. 57; K. Krumbachcr, Gcschichtc der byzantiκαλο;. ct cumula les deux charges de μαΐστωρ των nischen Literalur, 2· édit., p. 93, 124, 473, 475; Du (-ange, Ρητόρων, ct de διδάσκαλος των ευαγγελίων. Michel Xot.r in Joannis Cinnamt Instor., dans P. G., t. cxxxm, s’occupa dès lors simultanément d’éloquence ct d’exé- col. 517-519, notes 15 cl 16. V. I. AU HEN T. gè*c. Son œuvre oratoire a été décrite et cn partie MIECHOW (Justin de), dominicain polonais né publiée par W. Hegel, Fontes rerum byzanlinarttnt, dans la ville de ce nom cn 1591, mort cn 1612. Alors 1892, p. 131-182; voir deux autres discours dans le cod. Scoriul Υ-Η-ΙΟ,Μ. 123r-124 r,et 317 r-319r. Il ne qu’il était prieur à Dantzig cn 1634 cl recteur du col­ lège théologique de Cracovle à partir de 1637, il entre­ nous est parvenu aucune œuvre théologique portant son nom; il joua cependant un rôle actif dans la polé­ prit et mena à bonne fin un ouvrage considérable, mique soulevée autour du texte de la liturgie Σύ cl plein de vues intéressantes concernant la théologie, ύ τροσφέρων καί ό προσφερόμενος ». Voir ci-dessus et particulièrement la mariologie : Discursus prwdi· col. 1316 sq, Le sacrifice de la Croix a-t-il été offert cabiles super litanias (aurctanas B IL virginis Maria* in duos tumo\ distributi, tn quibus omne id quod vel à la Trinité toute entière ou bien au Père seul? Le ad cultum 1L Virginis vel ad hominis Christiani animum professeur d'exégèse des Évangiles ct son collègue, Nicéphore Basilakes, chargé de commenter saint Paul, protelaris doctrinis exornatum vel ad hœrcscs m irloma· y répondaient avec Sotérichos. patriarche élu d'An­ chorum con/utandas pertinet..., édité à Lyon en 1610 ct à Paris cn 1612; réédité à Naples cn 1857 par l’abbé tioche, d'une façon évasive : ούτε μόνω, ούτε ού μόνω. Pclella; traduit cn français par l’abbé Antoine Ricard L'acte d'offrir προσφέρειν, expliquaient-ils. est une propriété hypostatique du Fils; recevoir l'offrande (6 vol., V· édit. 1868, 2· édit. 1870). (ζροσδέχεσΟαι) est par contre un attribut propre au Quétit-Echard, Scriptores ordinis pra*d(catorum, t. n, Père, au même titre que Ι'άγεννησία ; s’il en était p. 529. autrement, l’offrande, προσαγωγή, n’ayant commencé M.-M. Gorce. qu’avec l’incarnation, Dieu ne serait pas éternel (VIIGÉTIUSj hérétique espagnol de la fin du (d’après les actes du synode, éd. Mal, .Spicilegium vm· siècle. - Ce personnage, dont le nom sc trouve romanum, t. x, p. 73). Cette exégèse fut propagée par aussi écrit Mingcntius, est fort mal connu. D’une part des discours et pur des écrits; nous ne savons quelle Élipand de Tolède (le père de l’adoptianisme espa­ fut In part prise par Michel à cette campagne; elle gnol), dans une lettre à Fidélis, se vante d’avoir jugulé dut être importante; car le synod»· du 26 janvier 1156 l’hérésie des mlgéticns cn un concile tenu à Séville : qui condamna les novateurs le nomme expressément Ego et r.cteri fratres ma m Ispalitam tam in festis et 1c destitue de toute dignité. Cf. Nlcétas Akomi- paschalium quam tn culeris erroribus Migctianorum natns, De Monade Comnena, vu, 5. Cette mesure hrrresim emendavimus. P. L., t. xevi, coi. 918 D. Du toutefois ne dut pas être maintenue, car Michel, même Elipand 11 s’est conservé une lettre ou plutôt 1721 MIGETIUS M IGNE 1722 une violente invective, adressée à Migétius lui-même, Salibannrum de la lettre des évêques espagnols. ibid., col. 859-867 ; elle énumère les erreurs diverse!» du Quelques-uns ont trouvé un souvenir du priscilliapersonnage. Enfin d'Espagne encore nous vient un nlsmc, la vieille hérésie espagnole, une In fluence des renseignement sur Migétius dans la lettre écrite par mahométisme. Tout cela est peut-être bien raffiné. N’y les évêques de cc pays aux évêques francs, après la aurait-il pas ici, tout simplement, un procédé de polé­ premiere condamnation par ceux-ci d< l’adoptia­ mique d Eiipand de Tolède, prêtant, sur des indices nisme espagnol. Voir ici, t. î,col. 401-105. Pour discré­ très ténus, des énormités a son adversaire? il aurait diter Béatus, l'adversaire d'Eiipiind, les prélats espa­ profité par exemple d’une exégèse trop littérale que gnols le comparent à Migétius ; Gui similem dixerimus donnait Migétius du psaume Eructavit ou du Conserva antiphrasium Beatum nisi Miqrtio Caminorum rl rnc, pour lui faire dire une absurdité sur David, d’un Xalibanorum (?) magistro. Cela leur donne l'occasion mot sur Paul, organe de J’Esprit-Saint, pour inventer de raconter sur ce dernier quelques anecdotes propres cette fable que Paul est la troisième personne de la â le discréditer. P. L., t. ci, col. 1330 BC. - - D’autre Trinité. Et quant a l'enseignement de Migétius sur la part le pape Adrien P» a été mis au courant des erreurs seconde personne, il est conforme à l’orthodoxie, et les de Migétius. Bien qu'il soit hostile aux vues d’Eliaccusations que porte contre lui Eiipand trahissent pand, il ne laisse pas de signaler les erreurs de Migé­ tout justement les insuffisances de sa propre christo­ tius, auxquelles s’est laissé prendre l’évêque mission­ logie Tout ceci est si conforme aux procédés de la naire Egila : Non recte il le Egila p radicat, sed errora polémique cn général ct de la polémique théologique quosdam Mingenlii magistri sui sequens extra catho­ cn particulier, qu’il faut attendre d autres preuves pour prêter, même à l’ignorant cl à l’illuminé que licam disciplinam, ut /crlur, conatur docere. Dans Codex carol., 97 (al. 95). P. L., t. xcvin, coi. 370 A. et Mon. put être Migétius, les absurdités dont l'accuse Eiipand. Germ, hist., Epist., t. in, ρ. 637. - Si l’on ajoute enfin Le* sources ont toutes été citer* dans l’article. En fait de une allusion aux Migentiani, qui sont rapprochés des travaux, voir J.-B. ElnhOber, Dissertatio dogmatica de donat isles et des lucifériens dans une lettre de l'évê­ lurcxi EUpandi rl Jeltct», reproduite dan* I*. t. a, que Saul de. Cordouc (dans Florez, Espana sagrada, col. 337-438, sur Migétius, volrcol. 355 sq.; Ifrfelr-I-eclercq, t. xi, p. 166), on aura fait le lour des documents qui sc Histoiredcsconcile», t. inh.roi.083; Hauck, Kirchcngescbichte rapportent à notre personnage. Deutschlandi, 3'-4· édit., t. ir, Leipzig, 1912, p. 293-301. Le plus clair, c’est encore cc que dil Eiipand dont È. Amann. MIGNE Jacques-Paul, prêtre français publi­ la passion malheureusement obscurcit bien les expres­ ciste et éditeur, né à Saint-Flour (Cantal), le 25 octo­ sions. A Migétius il reproche une conception fausse bre 1800, mort a Paris, le 2-1 octobre 1875. L Biogra­ de la Trinité, sur laquelle nous reviendrons; puis un phie. IL GAivre (col. 1725). III. Appréciation rigorisme moral qui se traduit par des exigences trop (col. 1738). grandes cn cc qui concerne la sainteté des prêtres, par L Biographie. - - Après une enfance quelque peu la prohibition de certains aliments, par l'interdiction turbulente, Jacques Paul Mignc fut emmené, cn 1817, de manger avec les in fidèles ; en lin une tendance à exal­ par l’abbé Salisse du collège de Sainl-Flour à Orléans, ter outre mesure la dignité ct l'importance de l’Eglisc où il fil scs études de théologie. Quand il eut terminé ct de la ville de Borne. Ce dernier point explique bien sa formation cléricale, trop jeune encore pour rece­ comment l’évêque missionnaire Egila, envoyé en voir les ordres, H fut envoyé, comme professeur de Espagne par l’archevêque Willicar de Sens, pour y quatrième, au collège de Chûlcaudun. où il fit montre travailler Λ la réforme ecclesiastique, s’est lié avec Migé­ de telles qualités pédagogiques, que le principal lui tius chez qui il trouvait une dévotion · à l’endroit du proposa de sc démettre cn sa faveur. Apris un stage de Siège romain bien rare dans l'Espagne de cette époque. trois ans. il reçut l’ordination sacerdotale, en 1821; Ensemble aussi Egila ct Migétius auront protesté mais auparavant, voulant revoir sa théologie, il con­ contre divers abus d’ordre moral ou disciplinaire qui sacra à cette étude, pendant six mois, quinze heures s’étaient multipliés depuis la conquête arabe; surtout par jour. 11 fut alors Immédiatement chargé de l’udmiils auront lutté contre le laisser-aller général qui por­ nistration de trois paroisses du canton de Cbûtillontail les chrétiens à se conformer aux habitudes des sur Loing, Aillanl-sur-MIlleron, la Charme cl DamSarrasins. Ils l’ont dû faire avec quelque véhémence martin; puis, comme le climat marécageux de celle cl en érigeant en principe des maximes contestables. région était contraire à sa santé, il fut envoyé à Auxy Ils auront dû remarquer aussi que le comput pascal que, a peine installé, il quittait pour Pulseaux. gros différait de celui qui était désormais suivi à Home. chef-lieu de canton du Gûtinnis. Sur celte activité d’Egila, voir deux lettres fort louan­ Son ministère fut très fructueux : il partageait son geuses d'Adrien ltr, Cod. carol . 96 cl 9.5 (al. 97) P. L., temps entre l’étude et le soin des âmes, sc faisant aginum marginem supe­ græca de Boissonnade, Paris, 1832; nux Opuscula dog­ riorem distinguentibus subjectamque materiam signifi­ matica, Opuscula varia. Opera varia de Sirmond. cantibus, adornata; operi bus cum dubiis tum apocryphis, Paris, 1630. 1675, 1695; ή la Bibliotheca concinnatoria aliqua vero auctoritate in ordine ad Traditionem eccle­ de Combe lis, Paris. 1682; aux Miscellanea de Baluze, siasticam pollentibus, amplificata.. ; editio accuratissi­ Paris, 1678-1715; aux Sacra antiquitatis monumenta ma, catcrisquc omnibus facile anteponenda, si perpen­ de Hugo, Etival, 1732; aux Delicia· eruditorum de dantur : characterum nitiditas, chartæ qualitas, inte­ Land, Florence. 1736-1755; Λ la Collectio prima des gritas textus, perfectio correctionis, operum recusorum Vindemia litteraria· de Schannat, Leipzig. 1732; aux tum varietas, tum numerus, forma voluminum perquam Bcliquiæ sacra- de Bout h. Oxford. 181 1-1818; aux commoda sibique in toto offerts decursu constanter l'ragmcnta Patrum græcorum de Muntei, Copcnluiguc, >inuhs. pretii exiguitas, priesertimque ista collectio, 1788; aux Catena· de Leipzig, d’Oxford. de Venise, de una, methodica ct chronologica, sexcentorum fragmen­ Cologne: aux diverses collections de dont .Marlène, torum opusculorumque hactenus hic illic sparsorum, de Casimir Oudin, de HoOmann, de Lorcnzana, de primum autem in nostra Bibliotheca, ex operibus ad Zacagny, de Quirini, de Calaardi, de Trombclli, de omnes a lates, locos, linguas formasque pertinentibus, Mai, etc. coadunatorum. Pour les lettres des Sous crains Pontifes, les EpisLa Patrologie latine fut publiée la première : ses lotie romanorum Pontificum de dom Coustant, Paris, 217 tomes en 218 volumes in-1 parurent de 1844 â 1721, ont été reproduites intégralement. 1855, en deux series, la première, de Tcrtullicn à saint Enfin les textes de certains Pères ont été empruntés tiregoirc le Grand (t. t à txxiii), 1814-181'». la seconde, à des éditions particulières : l’édition de lertullien. de saint Grégoire le Grand â Innocent Ht (t. i.xxiv entièrement neuve, est l’œuvre de dom Pitra; celle de â ·:< xvn), 1819-1855. reproduisant les écrits ou frag­ ments d’écrivains ecclésiasli(pies. au nombre de 26! L saint Cy pricn a été empruntée A Baluze et dom Morand, Paris, 1726; celle d'Arnobc. A Orelli, Leipzig, 1816 De 1862 à 1865. parurent quatre volumes d'indices de 1817; celle de Laclance, à Lcnglet du 1 resnoy, Paris, la Patrologic latine, comprenant 235 tables generales 1748; celles de Juvencus, Dmcontius, Sedulius, Pru­ ou spéciales qui devaient servir de clés. La composi­ dence et saint Isidore, à \rcvalo. Home, 1792; celle tion de ces tables suppose un travail considérable. Elles n’ont pas coûté A rédiger, suivant Mignc, moins de Lucifer de Cagliari, aux frères Colet i, \ cuise, 1778: celle de saint Damase, à Merenda, Home. 1751: celle d’un demi-million de francs, ni moins de cinq cents ans de travail à cinquante hommes. Malgré le labeur de saint Optât, A Ellies du Pin. Paris. 1700: celle de Sulplce-Scvèrc, à de Prado. Vérone, 1711-1751; celle extraordinaire qu’elles ont exigé, elles ne rendent pas de saint Cliromace, A BraTda, l’dinc. 1816; celles de tous les services désirables : leur trop grand morcelle­ saint Jérôme et Hulin, à Vallarsi. Venise, 1766-1772; ment oblige souvent à recourir à plusieurs de ccs 235 tables pour trouver le renseignement cherché. On celle de saint Paulin, à Muraturi. \ érone. 1736: celle de Marius Mercator, à Garnier. Paris, 1673; celle de peut cependant regretter que le cinquième volume (V Indices, (pii avait coûté deux années de travail Salvien â Hahi/e. Paris, 1663, 1681; celles de saint Léon ct de saint Xénon, ù P. ct J. Ballerini. Venise, lx pographique ct (pii était cliché, ail élédélruil par l'incendie de 1868 et n’ait pu être reconlitué dans la 1753-1757: celle de saint Hilaire, à dom Coustant. Paris. 1693. celle de saint Ambroise, à du l'rische cl suite, il devait contenir, entre autres, un Index genePICT. DE THÉO!.. CATII. X. — 55 î 735 AfIGNE, ŒUVRES DIVERSES 1736 rahs Scnpturæ et, surtout, un Index pairistiens, com­ II· siècle, P. G., t. vi, col. 1705 1816; les Quicstlones posé par le cardinal Pitra, donnant un aperçu des crilicic et historiae de Mucarioruni /Egyptii et Alexan­ Î'èrrs cl écrivains de l’Églisc latine d’Innocent III I drini vitis de IL J. Floss, P. G., t. xxxiv, col. 1-176; au cnn ci le de Trente, et une notice bibliographique les Origeniana de Huet qui s’étendent sur 651 colon­ nes, P. G., t. xï, col. 633-128 L sur tous les ouvrages ecclesiastiques imprimés ou 3. Œuvres diverses. Les grandes collections qui manuscrits depuis les temps apostoliques, jusqu’au viennent d’être signalées ne sont qu’une partie de xvr siècle. l’œuvre de Aligne. De 18 JO à 1856, en même temps que La Patrologtc grecque parut en deux éditions : une edition gréco-latine et une édition latine. L'édition I les différents Cursus, il publiait près de cent volumes; de 1856 à 1868, une cinquantaine. gréco-latine fut publiée de 1857 A 1866, comprenant En 1811, il éditait les Œuvres de sainte Thérèse, en 161 tomes en 166 volumes, partagée en deux séries, I vol , accompagnées de méditations sur les vertus la première allant de saint Bamabé à Pliotius. t. i de la sainte par le cardinal Lambruschlni, des Actes à av, 1857-1861, la seconde de Phallus au concile de de sa canonisation cl de plus de 150 lettres cl de 180 Florence, t. cv A graphique. Gf Tables delà P L . t.i, verso du titre. MIGNOT 1740 Ce qu’il faut voir, dans cet amas prodigieux de publications, c’est l’utilité dc l’œuvre considérée dans son ensemble. .Malgré ses imperfections, rouvre de Aligne a rendu et rend encore d'immenses services à la science religieuse. L’éditeur catholique a donne aux travailleurs la possibilité d'nvolr sou* In main, dans un format commode, pour un prix peu élevé, toutes les œuvres dc l'antiquité chrétienne, les ouvrages les plus intéressants des exégètes, des apologistes, des théologiens et des orateur*, ecclésiastiques. Aujour­ d’hui encore, malgré l'indiscutable supériorité de la plupart des éditions du Corpus de Vienne, pour les auteurs ecclésiastiques latins, et du Corpus de Berlin, pour les auteurs grecs, les Patrologies restent utiles, ou même indispensables, ne fût-ce qu’à cause des études érudites qui y sont proiitablcmeiit réunies. · P. de I abriolle, Bull, d'une, tilt, et d'arch. chn’L, 1913, p. 206. Aussi comprend-on les sentiments de satisfaction que Aligne exprimait, le 15 janvier 1861, dans la lettre où il annonçait l’achèvement de la première série des Pères grecs : < Nous pouvons chanter gaiement notre Num dimittis, parce que. sans grand secours ni grande vertu, il nous aura été donné d’être plus utile à l’Eglisc que bien des savants ct des saints, et que. posant ce livre fondamental dc toute bibliothèque sérieuse, à l’édition duquel nous n’avons pu déterminer ni libraire ni communauté, ni gouvernement, nous pouvons, en quelque sorte, dire comme saint Paul : Cursum meum consummavi; puis nous présenter avec confiance devant Dieu, notre Cours de Patrologie à la main. » Ann. de phil. chréL, t. lxi, p. 79. Lfl collection des Annales de Philosophie chrétienne, de 1841 à 1868, donne un grand nombre de documents, l’analyse de In plupart des publications dc Aligne cl des appréciations très favorables de Bonetly; biographie du clergé contemporain, pur un solitaire (l’abbé Barbier), Paris, 1841, t. m. p. 289-423, et p. xwn-xxix; Hoefer, Nouvelle biographie générale. Paris, 1861, t.xxxv, col. 488; A’apcrcau, Dictionnaire des contemporains. Paris, 1880. p. 1290; Streber, Migne, dans Kirchenlcxiknn. 2· édit., Fribourg, 1893, t. vni.col. 1510-1513; Lichtenberger. Bncgclopédicdes sciences religieuses, Pari*, 1880. t. ix, p. 163; .l.-P, Kirsch, The catholic Encyclopaedia. New-York. 1911. t. x, p. 190; Ed, Leterrier, I/abbé Migne, dan* l.rs Contemporains. Pari*; lli. NKiird, t.a Patrologie latine dc ht igné considérée au point de vue de l'archéologie musicale, de la métrique, de la liturgie et de. la bibliographie dc la musique, dans \'éritr canonique, t. xn(186G), p. 404,4 11 ; IC. Ihitier, bibliographie de la presse périodique française, Paris. I860; Hurler, Nomenclator lilcrnriiis, 3· édit., In*pmck, 1913, t. v, col. 1605-1607; P. dc Labriolle, Ourtqurs documents sur J. P. Migne. dans bulletin d'ancienne littérature et d'archéo­ logie chrétienne, 1913, p. 293-209; du même. Histoire de la littérature latine chrétienne. Pari*. 1921, p. 45-49; Journa» de Γimprimerie et dc la librairie. 16 février 1868; Le droit. 22 décembre 1871; Gazette des tribunaux, 22 dé­ cembre 1871; Semaine religieuse de Paris. 30 octobre 1875; Hergenrother, Thcpl. Literaturblalt, 1867, |». 4 10-4 17; Polgbibtion, t. i. p. 59, t. xiv, p. 159; bibliothèque de t'ftcole des Chartes, IV série, Ll. p. 62-67; (»nv**c. Trésor des livres rares et curieux, Dresde, 1860, t. i, p. 411-412; luingloi*. Manuel île bibliographie historique. Pari*. 1904, p. 390-400; Intermédiaire de* chercheurs rl des riirieux, 10 nuü 1013, p. 595; dom (.abrol. Histoire du cardinal Pitra, Paris, 1893; Batlcndier. Le cardinal Pitr«î, Pari*. 1895; Pngurlle de l olh nav. 1 ô du cardinal Guibcrl, t. n. Pari*, 1890; Aloznrd, I). A. Apre, archevêque de Paris. Paris, 1905; E. A’cuillot, Louis l cuillat, t. i ct m, Pari*. 1913. L. Mmiciixl. 1 · MIGNOT Éilenne. (1698-1771) né à Pari* le 17 mars 1698, obtint la première place à la licence en Sorbonne,et s'adonna à l’étude îles si lences ecclé­ siastique», et des monument* dc l’antlipüté profane; II fut reçu docteur en Sorbonne, le 21 novembre 1728. II publia un très grand nombre d’écrilx, presque tous Μ IGNOT 17'. 1 hnprégnés dc jansénisme, cl il resta toujours uni aux opposants à la Bulle. Il fut reçu li ΓAcadémie des Inscriptions cl Belles-Let très en 1761, cl il publia dans le Recueil de celle Académie 29 Mémoires impor­ tants. Il mourut le 23 juillet 1771. Le premier écrit d’Etienne Mignot souleva de vives discussions ; il a pour lit re : Traité des prêts de commerce où Ton compare la doctrine des scolastiques sur ccs prêts avec celle de T Écriture sainte et des Saints Pères, ill-1·, Lille, 1738; en tête, sc trouve une Consultation sur les prêts dc commerce ou sur les rentes rachetables des deux côtés, datée du l,r décembre 1735 cl signée par plusieurs docteurs dc la l’acuité dc Paris (d'après Picot, cette première édition serait l'œuvre, non de Mignot, mais d'Aubert, curé de Chûncs, dio­ cèse de MAcon). Mignot publia une seconde édition, beaucoup plus complète en 1759, sous le titre : Traité des prêts de commerce ou dc l'intérêt légitime cl illégi­ time de Purgent, I vol., in-12, Amsterdam, 1759 (Mémoires de Trévoux d’août 1759, p. 1925-1918, cl Nouvelles ecclesiastiques du I avril 1769, p. 56). Dans un chapitre préliminaire, Mignot examine les définitions (pie les scolastiques ont données du prêt et de l’usure; puis il étudie le prêt par rapport aux pauvres cl aux riches, cl il sc demande si tout intérêt, meme celui qu’on retire de l'argent prélé a un riche qui a fait usage de Large ni prêté pour augmenter sa fortune, est condamné parle droit divin; tonte usure est-elle condamnée par le droit ecclésiastique et par les lois civiles? enfin, il examine l’origine du système scolastique cl il prouve sa nouveauté. Mignot fut attaqué par l’abbé Barthélemy de la Porte, dans scs Principes théologiques, économiques cl civils sur Tusure, 3 vol. in-12, Paris, 1769; Mignot répondit dans un cinquième volume qui fut publié en 1770; il y étudie le prêt cl l’usure qu'il s'applique à définir exactement cl il défend sa première these sur la légi­ timité du prêt; la Porte répliqua par Six nouvelles lettres à un curé, in-12, 1772. cl il ajouta un quatrième volume à son œuvre d? 1769; mais, à cette date. Mignot était mort. Mignot eut des défenseurs, ct c’est depuis celle époque que parurent un grand nombre d écrits en faveur du prêt à intérêt (voir Picot, Mé­ moires pour servir â l'histoire ecclésiastique pendant le XVHf siècle, t. tv, p. 192-105). Les autres écrits dc Mignot, bien que remplis d'idées personnelles, provoquèrent moins dc critiques. Il faut citer. Les traités historiques et polémiques de la fin du monde, de la venue d'Élic ct du retour des Juifs, 3 vol. in-12. Amsterdam. 1737 1738; cet écrit, attri­ bué souvent à de Bonmiire ct à Boidol. les deux amis de Mignot, sont plus probablement l’œuvre de Mignot lui-même (voir Barbh r. Dictionnaire des anonymes, n· 18 III). Un petit volume in-l , 1739, dirigé contre d’Etemarc et h* parti Au reste, que V Ecclesia discens attende sans impa­ tience ni inquiétude les verdicts de V Ecclesia docens. «Tant que l’Église rejette ou tient pour suspecte une théorie nouvelle, tenez pour certain que, si sédui­ sante qu’elle soit, elle n’est point achevée; la preuve n’en est point faite; il reste des antinomies à résoudre dans la trame du système. Si la lumière s’achève, si la théorie revêt une forme, sinon définitive, du moins conciliable avec les vérités acquises, les écoles les plus conservatrices ne tarderont pas à l’accueillir... * Mgr Mignot jouit, de son vivant, d’une rare consi­ dération, non seulement parmi les catholiques cul­ tivés de notre pays, mais encore dans des milieux étrangers cl même hostiles au catholicisme. Le rayon­ nement de son influence tenait peut-être moins à la diffusion de ses écrits qu’au nombre ct à la qualité de ses relations privées. H entretint une correspon­ dance plus ou moins assidue avec des personnalités telles que le baron Frédéric von îlûgcl. Hyacinthe Loyson, George Tyrrell. Alfred Loisy et Paul Sabatier. N’eût été son désistement spontané, il aurait succédé au cardinal Mathieu a l’Académie fran­ çaise. Par ailleurs, son libéralisme politique us la direction de Quant in ct Cherest, 2 vol., ln-8·, \uxcrre. 1868, t. il, p. 536-538). Mignot édita le Discours de saint Victor éveque de Rouen, à la louange des saints d de leurs reliques, in-8·, Auxerre, 1763; il publia MnJ.su (416). - - 1* Lettre synodale. Pélage, en décembre 115, avait été absous par le concile de Diospolis (Lydda), par suite des fausses manœuvres de ses accusateurs, saint Jérôme cl Paul Orosc. Voir l’art. Pi.i.agiamsme. Portée en Afrique, la nouvelle de cette absolution suscitait un très vif émoi. En septembre 116, deux conciles plé­ niers sc réunissaient, l’un de la Byzacene à Carthage, l'autre de la Numidie à Mllèvc. Cette dernière assem­ blée décida d’écrire au pape Innocent Pr une lettre, qui figure encore, et à juste litre, dans la corrcsj ondance de saint Augustin. Epist., ci.xxvj, /*. t. xxxiii, col. 762 sq. Après avoir rappelé la nécessité de soumettre au Siège apostolique les dllllcuItésdoctri­ nales elle indiquait comment Pélage, par sa doctrine minlinislc de la grâce el sa négation du péché originel, allait à l’encontre des textes scripturaires les plus clairs et de la pratique de l’Églisc. Elle signalait la présence de Célestius en Asie, de Pélage en Palestine; exprimant d’ailleurs l’espoir epic les coupables seraient amenés Λ résipiscence par l’action douce ct ferme du pape. (L’était le souhait que faisait le concile de Numidic, s’associant aux vœux du concile qui un peu aupa­ ravant avait groupé à Carthage les autres évêques africains. Texte de cette lettre dans Uardouln, Concil., t. i, col. 1221 sq.; Mansi, t. ni, col. 331 E sq. 2· Canons dits de Milève, en réalité de Carthage, On voit qu’il n’est nullement question dans celle lettre de canons doctrinaux élaborés par le concile. Si l’assemblée avait rédigé quelques textes de ce genre, elle n’aurait pas manqué de les soumettre Λ l’approba­ tion du pape, au lieu de se contenter des affirmations un peu vagues de la lettre, cl il y aurait trace de cet envoi dans l’épllre. Pourtant V Hispana attribue h cc concile de Mi lève, sous une préface d’ailleurs emprun­ tée au concile de 102, une série de 27 canons, les huit premiers d’ordre dogmatique cl relatifs aux doc­ trines pélaglcnjics, les autres d’ordre disciplinaire, (’.’est comme canons de Mllèvc qu’ils sont cités jus­ qu’au xvn· siècle. Mais en réalité c’est là un conglo­ mérat de textes canoniques ramassés de divers côtés. 11 suffit pour s’en assurer de parcourir les notes mises à la marge par Uardouln cl Mansi; une démonstra­ tion plus complète sc trouve dans II. Noris, Historia pclagiana, I. I, c. x, Louvain, 1702. p. 12 sq Si. laissant de côté les canons disciplinaires, on recher­ che l’origine «les canons dogmatiques, on voit qu’ils sc retrouvent dans le Codex canonum Ecclesia africarur de Dcnys le Petit, où ils Omirent, n. cvm ct sq., sous le protocole suivant : (Uardouln, t. i, col. 926; Mansi, t. m. col. 810) : Gloriosissimis imperatoribus Honorio XII ct Theodosio VIII coss., kul Mal, Car­ thagine in secretario basilica' l'audi, cum \urclius episcopus in unioersali concilio consedisset,,, placuit omnibus episcopis... in sancta synodo Carlhaginensis Ecclrsiic constitutis, etc. Il s’agit du concile de toute l'Afrique tenu le I” mai 113 ù Cartilage, sous la présidence d’Aurèle, après que furent arrivées en Afrique les nouvelles relatives au changement d’atlllude du pape Zosime dans l'affaire pélagicnne. Croyant on danger les doctrines du péché originel et de la grâce, les Africains éprouvaient le besoin de les allirmcr et de les préciser. Voir dans Mansl, t. iv. 1754 col. 377, cf. P. Λ.,ΐ, i.vi, col. 486B, un autre protocole du même concile, qui mentionne la présence de deux cent trois évêques venue de la Byzacene, de la Mau­ rétanie Sititienne, de la Tripoli!aine, de la Numidie, de la Maurétanie Césarienne, et de l’Espagne. 3· Nombre des canons. — Ces canons, dont il n’est pas douteux que saint Augustin n’ait clé l’inspira­ teur, sont-ils au nombre de huit ou de neuf? (Lest là une question «pii a été jadis assez vivement débattue, mais qui doit être, malgré le mauvais exemple que donnent Je nouveau Denzingcr, n. 102, ct le Ί hesuurus de Cavallcra, n. 813, considérée comme résolue. Dans certaines collections anciennes, le canon 2, sur la nécessité du baptême des enfants, est doublé par un canon relatif au sort des enfants morts sans baptême. Voir rénumération de ces témoins dans Maassen, (leschichlr, p. 169. Si ce canon est considéré comme authentique, il faut compter 9 canons. Or la démonstration des Balleririi emporte pièce dans le sens de l’authenticité : Append, ad S. J^eoms M. opéra, t. m, p. xcvi, reproduite dans P Λ., I. lvt, col. 112 sq. En voici l’essentiel : l.a collection canonique ancienne, publiée d’abord par Qucsntl sous le titre de Codex canonum eeelestasticcrum et constitutorum S. Sedis apostoticœ (par abréviation : Collection Quesncl) et rééditée à nouveau par les Bailcnni, donne sous la rubrique : Concilium plenarium apud Carthaginem habitum con­ tra Pelagium et Cudestium, les 9 canons dogmatiques. Édit. Balleririi, col. 165; P. L.,col. 186 sq. Le compila­ teur de cette collection est un Gaulois, qui travailla très peu après la controverse pélagicnne, dans I idée d’en rassembler tout le dossier. Son témoignage est hors pair cl préférable à celui des compilateurs pos­ térieurs. Par ailleurs un exemplaire grec de ces canons a clé aux mains de Photius qui en donne l’analyse, Hiblioth., end. 53, /*. G., t. «m, col. 92 : Photius compte 9 canons, rendus par le concile d’Aurèle à Carthage, et donne l'indication des 3 premiers; le 3· est précisé­ ment celui que nous éludions : Τούς λέγοντας μέσον τόπον κολάσεως καί αραδείσου, etc 6ν καί τά άβάπτιστα βρέφη μετατιθέμενα ζην μακαρίως, τούτους αναθεματίζει. Enfin la manière de compter du diacre 1'errand (νι· siècle) dans sa Brematio canonum est tout à fait favorable à l’existence de 9 canons dogmati­ ques. (Let auteur, ù la vérité, n’en cite aucun (cela n’allait pas à son but), mais les numéros d ordre qu’il donne aux canons disciplinaires suivants supposent avant eux 9 et non pas S autres textes. Son ht. JO cône. Carlhag., {Hrcriatio, n. 190) correspond bien au n. 9 «lu Codex canonum ( n. 117) parce que celle collec­ tion a supprimé le can. 3; «le même le ht. ! 1 (Breviatio, n. 191) correspond au n. 10 ( 118) «te la meme col­ lection. Devant ces trois témoignages disparaissent les témoignages contraires «les collections postérieures. l.'Hispana ne saurait compter: sa façon «le grouper, s«>us la rubrique Cone. Milevit. les divers textes dont nous avons parlé, est tout à fait arbitraire. Dcn>s le Petit, à la vérité, ne connaît que 8 canons dogmati­ ques, mais, chose curieuse, pour conserver le chiffre de 9, il donne un numéro d’ordre et cote comme canon le protocole conciliaire ( n, 108)ce qu’il ne fait jamais dans les circonstances analogues Voir P. L., t. lxvh, col. 217. Pour rejeter l’authenthilé «le ce canon 3. on a allégué une preuve plus considérable : La série des propositions nnlipélagicnm s connue sous le rom de Praterilorum Scdis aposloliea episcoporum auctori­ tates, fait mention de plusieurs des Decreta Cartha­ giniensis sitnodi, P. !... t. t, col. 531: clic signale par leur numéro «l’ordre, les canons 3, f. 5, cl ci s canons correspondent aux numéros de la série à 8 canons. \vanl «le tirer argument «le ceci, il convici «irait de s’assurer par une étude critique que le texte susdit. 1755 MILÈVE (CONCILES DE) tel que nous le lisons, n’a pas été harmonisé par un copiste postérieur. Si la lecture actuelle devait rire acceptée comme authentique, il resterait encore â se demander, avec Quesncl, si l’auteur (inconnu) de la pièce en question ne comptait pas pour un seul canon les n. 2 el 3, comme ayant en somme, un contenu ana­ logue. lui tout cas, il s’ensuivrait seulement (pie dc t»onnc heure il v a eu une double rédaction des canons, l'une a 9 termes (connue dc la Collection Quesncl. d? Ferrand, de Photios), l’autre â 8 termes ( la série Prairritorum; la dyonisiennc). L'hypothèse d'une sup­ pression d’un terme parait infiniment plus vraisem­ blable que celle de l’addition. En effet, un texte dc saint Augustin, cité à l’art. Limiies, t. ix, col. 763, déclare nettement · que les nouveaux hérétiques pela­ gicus ont été très justement condamnés par l’autoriM de* conciles catholiques el du Siège apostolique ; pour avoir osé donner aux enfants morts sans baptême un lieu d? repos et de salut en dehors du royaume des deux · De anima cl ejus origine, I. 11. c. xn, n. 17, /’. A , t. xî.iv, col. 565. C’est le sens très exact du canon litigieux. 4* Texte des canons. — A cause dc leur importance dans la controverse pélagirnne, nous donnons ici le texte dc ccs canons, dont l'exégèse viendra à l’art. Pi’lsüiaxismi Nous suivrons le texte de la Collection Quesncl (édit. Ballerini), /’. A., t. iai, col. 486-190. 1. Plac ill omnibus in sanc­ ta synodo Carthagincnds Eccfadr constitutis, ut qui­ cunque dixerit de Adam hominem mortalem factum, ita ut. sive peccaret, sive non peccaret, moreretur in corpore, hoc est, de corporo exiret, non peccati merito, sed neces»itate nature, ana­ thema sit, Totis ceux qui siégeaient nu concile de l’Eglisc de Car­ thage ont approuvé la mo­ tion suivante : Quiconque dit d'Adam qu’il a été créé homme mortel, en sorte (pie, pécheur ou non, il serait mort corporellement, qu'nlnsi sa sortie du corps aurait été non le Mtlaire du péché, mais une nécessité de la nature; qu’il soit anathème. 2. Item placuit, ut qui­ Dc même, quiconque dît cunque parvulos recentes at» qu’il n'est pas nécessaire dc uteris matrum baptizandos baptiser 1rs nouveau-nés, ou negat, aut dicit in remissio- qu'on les baptise sans doute nem quidem precatorum eo* pour la rémission des péché*, baptizari, sed niliil ex Adam mais que du péché originel trahere originalis peccati, d’Adam ils n’apportent rien quod lavacro regenerationis «pii doive être lavé par le expietur : undo Iit, conse­ bain de régénéraiion.cn sorte quens. ut in eh forma baptis­ (pic, pour eux, la formule du ma Iis In remissionem pecca- baptême « pour la rémission lorum non vere, sed fids»· des péché* n’a qu'un sens intelligutur, anathema sit. impropre : qu'il soit ana­ Quoniam non aliter Intelli- thème. Car les paroles dc gendurn est quod ait Aposto­ Γ A pâtre ; « Par un seul lus : Per unum hominem homme le péché est entré peccatum intravit tn mundum dans le monde, et par le el per pectalum mors; et itu pêché· lu mort, ct ainsi estin omnes Immines périrons iit, il passé dan* tou* 1rs hom­ in quo omnes peccaverunt, mes, qui ont tous péché nisi quemadmodum Ecclesia en lui », ces paroles ne peu­ catholica ubique diffusa sem­ vent s'entendre que du la per intellexit. Propter bnne manière dont les a toujours enim regulam Iklci etiam entendue* l’Eglisc catholi­ parvuli, qui niliil peccatorum que partout répandue. C’est in srlpsis adhuc committere bien à cause de cette régie potuerant, Ideo in remissio- de fol que le* petit* enfants nem peccatorum veraciter mêmes, lesquel* n’ont pu baptizantur, ut In eis rege­ commettre aucune faute per­ neratione mundetur quod sonnelle, sont en tout»· vérité baptisés pour la rémission generatione traxerant. de* péchés, afin que la régé­ nération purifie en eux ce que la génération leur a fait contracter. Dc même : si quelqu’un 3. Item placuit, ut *1 quis dieit Ideo dixisse Dominum : dit que les paroles du Sei­ In domo Patris mei manifo- gneur ! · Il y a beaucoup dc nes mutbr rant. etc., ut intrl- demeure* dans la maison de hgitur quia in regno c®lo- mon Père » doivent s'enten- mm crlt aliquis médius, mit ullus alicubi locus, ubi bonté vivant parvuli qui sine bap­ tismo ex hac vltn migrarunt, sine quo in regnum ea lorum, quod est vita æternn, in Inire non possunt, anathema sil. Nam cum Dominus dicat : A7ii qui.\ renatu* fucril ex aqua el Spiritu sancto, non intrabit in regnum aviorum, quis catholicus dubitet par­ ticipem diaboli fore cum qui coluercs non meruerit esse Christi? Qui enim dextera caret, sinistram procul dubio I partem J incurret. 4. Item placuit, ut qulcunquc dixerit gratiam Dei qua justificamur per Jesum Christum Dominum nostrum, ad solam remissionem pecca­ torum valere quæ jam com­ missa sunt, non etiam ad adjutorium ut non commit­ tantur, anathema sit. 175G dre en ce sens qu*il exist» dans Ic ros mime «les deux ou ailleurs un lieu intermé­ diaire ou les enfants morts suns baptême vivent heu­ reux, tandis que sans le bap­ tême ils ne peuvent entrer dans lo royaume des ci.'iix, c’est-h-dlre dans hi vie éter­ nelle : qu’il soit anathème. Ear le Seigneur a dit : · Qui­ conque m» renaît dc l’eau et de l’Espril. n’entrera point nu royaume des cieux. · Dès lors, quel catholique lié»!·* ternit à dire cohéritier du demon celui qui n’a point mérité d’être cohéritier du Christ? Celui qui ne sera pas à la droite dc celui-ci sera inévitablement ù sa gauche. De même, quiconque dit que la grâce de Dieu qui nous justifie par Jésus-Christ Notrc-Selgneiir. procure seule ment la rémission des fautes déjà commises, mais n’est pas un secours pour éviter les fautes à venir : qu’il soit anathème. a 5. Item placuit, ut si qui* dixerit camdcm gratiam Del per Jesum Christum Domi­ num nostrum propter hoc tantum adjuvare ad non peccandum.qula per ipsam nobis aperitur cl revehitur intclligentia mandatorum, ut scia­ mus quid appetere, quid vitare debeamus; non autem per illam pnestari ut quod faciendum cognoverimus etiam facere diligamus atque valeamus,anathema sit.Cum enim dicat Apostolus : De même, quiconque dit quo celte mêiiir grâce donnée par Jésus-Christ Notre-Scignrur n’est une aide pour éviter le péché qu'en nous procurant une intelligence plus claire des commande­ ment*, en nous faisant con­ naître ce que nous devons désirer ou é\ iter, mais qu’elle ne nous donne aucune force pour aimer cl pratiquer ce que nous savons être bon; qu’il soit onathèrne. Car ΓΑpôtre dit : * lai science en Ile, Scientia in/lat, charitas vero mais la charité édifie. · Il adi/tcal, valde impium est ut est donc tout à fait impie credamus ad cani qua· in liat dc croire que nous avons la nos habere gratiam Chris­ grâce du Christ pour cette ti, cl ad eam (pur :edi(icat science qui enfle et que nous non habere; cum sit utrum­ ne l'avons pas pour la cha­ que donum Del, ct scire quid rité qui édifie: c’est, en effet facere debeamus, et diligere un don dc Dieu et de savoir ut faciamus; ut, irdificantc ce qu'il faut faire ct d'aimer charitatc, scientia nos non ce que nous devons faire; possit inllarc. Sicut autem ainsi.la charité nous édifiant, de Deo scriptum est : Qui la science ne peut plus nous docet hominem scientiam : sic enfler. S’il est écrit de Dieu etiam scriptum est : Charitas • qu'il enseigne h l'homme la science », il est écrit aussi : ex Deo est. » La charité vient de Dieu. Dc même, quiconque dé­ 6. Item placuit ut qui­ conque dixerit Ide»» nobis clare que la grâce dc la justlgratiam justilicationi* duri, tication non* est donnée pour ut quod facere per liberum que nous puissions faire avec arbitrium possumus hit. ju­ plus de facilité ce que nous bemur I facilius possimus pouson* |al. ce «pie nous implere per gratiam; t un­ • levons) faire par notre li­ quam etiamsi gratia non bre arbitre, si bien (pic, sans liaretur, non quidem facile, la grâce, nous pourrions sed tamen possemus sine accomplir, quoique avec plu* illu Implere divina mandata, dû dilllcullé, le* commande­ anathema sit. Dc fructibus ment* divin* : qu'il «oil enim mandatorum Dominus anathème. Parlant, en effet, loquebatur, ubi non ait : de l'accon>pll**emcnt de* Sine me difjlcilius iMtcstis fa­ préceptes, le Seigneur n'a pas cere; sed ait : Sfne me nihil dit ; · Sans mol vous ne le, i potestis faicre. remplirez qu’avec difficulté ·, mai* bien : · San* mol vous ne pouvez rien faire. · 7. Item placuit, quod ait De même I.'apôtrc saint ’ sanctu* Johannes apostolus : Jean déclare : · Quand nous A 1757 MILÈVE (CONCILES DE) disons «pic nous sommes sans ρ«·« hf·, nous nous trompons nous-mêmes, rl la vérité n'est pas en nous. · Qulconque entend ers mots dans ce sens «pic c’est par pure humilité qu’il ne faut pai dire «pic l'on est sans péché, et non parce que c'est la vérité : qu'l! «oit nnalbénie. (ûir l’apôtre continue : · Mai·. si nous confessons nos péest qui dimittat nobis peccatai chés. Dieu est fidèle «t juste cl inundet nos ab onint ini­• pour nous 1rs pardonner , p. 262-264. É. Amann. MILTITZ (Charte» de) Né vers les années 1190 sans (pie l’on puisse préciser ni la date, ni le lieu, Charles de Miltitz appartenait à une famille de petite I>ICT. DK TIIÉOL. CAT11. 1766 noblesse allemande. Il fut élevé à Cologne et reçut à divers moments des canonicats à Mayence, Trêves et Meissen. Vers 1515, il est entré à la curie romaine, où on le volt prendre les titres de camerarius pontificis, cubicularius secretus et familiaris; il s’occupait aussi des affaires de l’électeur de Saxe. C’est la raison, sans doute, pour laquelle il fut choisi, à l’automne de 1518, pour partir en Allemagne en qualité de nuntias et com­ missurius apostollcus. En même temps qu’il devait ap­ porter à l’électeur la « rose d’or · sollicitée par celui-ci depuis plusieurs années, il devait l’engager a apaiser le conflit que Luther venait de provoquer Λ Wittenberg et qui avait déjà abouti à une dénonciation en cour de Borne. Le nonce devait d’ailleurs rester en relation avec le cardinal Cajétan, légat du Saint-Siège en Allemagne, ne rien trancher définitivement sans lui. Comme on avait encore l’idée à Borne qu’il s’agissait simplement d’une « querelle de moines » entre Tetzel et Luther, le nonce devait avant tout arranger cette affaire. C’est ainsi qu’il rencontra Luther à Altenbourg vers le 6 janvier 1519 cl TcLzel à Leipzig le 19 janvier; Il fut entendu qu’on soumettrait le diflérend à l’archevêquc-élccleur de Trêves; les deux adver­ saires s’engageaient à garder jusque-là le silence, et Luther, le 3 mars, écrivait à Léon X une lettre pleine de respectueuse déférence. Endres, Martin Luther's Priefuechsel, l. i, n 159, p. 112. Ayant ainsi amorcé les négociations, Miltitz se rendit dans la région rhé­ nane, pour y rejoindre Cajélan. et pressa vivement Luther de venir l’y rejoindre afin de discuter les points litigieux devant le légal et l’électeur de Trêves. Mais Luther trouva le moyen de se dérober, appuyé qu’il était par l’électeur de Saxe, et plus préoccupé de la dispute de Leipzig que de la comparution devant l’archevêque de Trêves. Miltitz, à l’été, revint en Saxe pour l’aifairc de la rose d’or », où 11 ne réussit guère mieux. Il avait beaucoup désiré faire de la remise de ce cadeau pontifical une démonstration qui aurait raffermi le prestige du Saint-Siège; il dut se contenter finalement de remettre la rose, de la main à la main, aux commissaires de l’électeur, à Allenbourg, le 21 sep­ tembre. Il eut vers ce moment une seconde entrevue avec Luther, qu’il crut avoir décidé à venir avec lui à Trêves, mais il s’aperçut bientôt qu’il avait élé joué; le 8 décembre 1519 il s’en plaignait vivement à l’élec­ teur : Borne s'irritait de voir les choses traîner en lon­ gueur, le légat commençait à parler de censure et d’interdit. Mais l’électeur continuait à se dérober; les idées de Luther évoluaient de plus en plus rapidement dans le sens de la révolte. En août 1520, Miltitz eut vent de la publication prochaine du manifeste de Luther A la noblesse chrétienne de la nation allemande; mais au moment où il écrivait à l'électeur pour lui demander de l’arrêter, il était trop tard : le livre venait de paraître. Pourtant Miltitz caressait encore l’espoir d’arranger les choses. Dans les derniers jours d’août, il est à Eislebcii au chapitre des augustinsoù il comptait rencontrer Luther; en fait II ne put rejoindre le réfor­ mateur qu'au début d’octobre à Leichlenbourg. Il obtint de lui qu’il écrirait au pape une lettre pour lui déclarer ηνιχή φιλολογία, Athènes, 1868, p. 39*1-397; G. I. Zaviras, \ a Ί Athènes, 1872, p. 306-311 ; A. Papa­ dopoulos Vrêtos, X :oî> / rpc/.η φύολογία, Athènes, 1854, t. i, p. 223-230; A. K. Déniétracopoulos, ’Ορθόδοξος ’Ελλά:, Leipzig, 1872, p. 167-168; S. I. Bout y rai, Aeçtzôv ιστορία; xat γίωγραφίας. t. IV, Constantinople, 1881, p. 616-617; Mètzakès, dans Αιξιζον ;· ζυζ/οπαΐ'λχό*. t. v, Athènes, 1894-1896, p. 344-345; E. Legrand - H. PcmolL. Petit, Bibliographie hellénique, et IL Pcmot, Bibliogra­ phie ionienne, aux endroits cités ci-dessus au cours de l’article. Pour la doctrine d’Éllo Miniatis sur l’inunnculée conception, outre les articles mentionnés de S. Pétridès et M. Jugle, ct pour les compléter, voir S. Sala ville, Elle Mèniatès et Γ Immaculée Conception, observations nouvelles d propos des diverses éditions des A:ôx/at, dan* Echos d*Orient, t. xxvn, 192«, p. 278-294. où l’on trouvera inté­ gralement reproduits les intéressants extraits de Miniatis concernant ce dogme. S. Sala ville. MINIM ES -1. Origines de l’ordre. II. Influence au xvi· siècle. III. Place dans l'histoire des sciences ecclésiastiques aux xvn* et xvm· siècles. L Oiugines de l’ohdbe. — Vers 1 135 un jeune homme de dix-neuf ans, nommé François, originaire de Paule cn Calabre, réunit à Saint-Marc quelques dis­ ciples attires par l'austérité de la vie qu’il menait ct les éclatantes guérisons qu’il opérait : tels furent les débuts de l’ordre des minimes, appelés d’abord les ermites de saint François d’Assise. Pendant longtemps, l’influence de la nouvelle con­ grégation sc limita au royaume de Naples. En 1171. le pape Sixte IV l’approuva oflklcllement. Un peu plus tard, en 1 182, le roi de France, Louis XI, grave ment malade, écrivit à Sixte IV afin de faire venir à son chevet le thaumaturge de la Calabre. L’inter­ vention de Louis XI donna un nouvel élan à l’ordre naissant. Dans scs Mémoires Philippe de Gommyncs mentionne le voyage cn France de saint François de Paule. L. VI, c. vm. Il n’est pas certain que Jean de Baudricourt ait accompagné le vénérable patriarche pendant ce voyage (cf, notre étude sur Notre-Dame de Braquancourt, dans les Annales de la Société d'IIis, foire, d9Archéologie ct des Beaux-Arts de Chaumont, t. v, n. 3. 1922, p. 74 ct 82). Après la mort de Louis XI, François resta en France et il y établit divers couvents à Plessis-les-Tours, à Ainhol.se, puis en 1 193 Λ Nigeon près de Paris et à Braquancourt près de Biaise en Champagne. En I 193 aussi, Alexandre VI Borgia donna un autre nom aux minimes qui s’appelèrent désormais : Ordo Minimarum Jesus et Maria·, l ne première règle fut approuvée par le môme pa|»c, avec le vœu dit quadragésimal, suivant lequel les minimes s’engagent au carême strict ct perpétuel, c’est-à-dire à l’abstinence totale de chair, d’œufs et de laitage. François de Poule mourut en 1507 à Plossis-lesToiits. cl il fut canonisé en 1519 par Léon X. L’ordre continua à se répandre en Balle, en Espagne, cn France, et meme un peu cn Allemagne. En 1671 les minimes comprenaient en France (et en Belgique) onze provinces et 159 couvents. IL l.’tNI LVENCE DES MINIMES PENDANT LE xvp sifzcLi . — Les minimes devaient être dans l’in­ Λ MINIMES 1774 tention de leur fondateur surtout des modèles de prière et de pénitence, ct convertir les peuples par l’exemple d’une vie austère. Les disciples immédiats du saint, par exemple Germain Lionet (t 1513), Jean Abondance, Denys Barbier, François Binet (t 1524) cl d'autres furent des apôtres plutôt qur des théologiens remarquables. L’un d’eux fut martyrisé par les Maures ct un autre, Bernard Buy!, aurait été le premier vicaire apostolique cn Amérique, au temps de Christophe Colomb (cf. Boberli, Disr.gno storico dell'ordine de Minimi, Borne 1902,1.1, p. 80 sq.). Les premiers minimes cherchèrent en outre à essaimer, à fonder des maisons dans les campagnes les plus reculées, malgré des difficultés sans nombre qui ne leur laissèrent pas les loisirs nécessaires à ceux qui veulent se livrer aux travaux spéculatifs. Pendant longtemps l'activité intellec­ tuelle des minimes ne dépassa guère les murs de leurs couvents où ils initiaient les novices à l’étude de l’Écriturc sainte et de la théologie. Bientôt cependant les minimes commencèrent a prendre un rang honorable parmi les écrivains ecclé­ siastiques : en 1552, le P. François Bellemère faisait paraître le Directorium vitor humana secundum Deum, et un peu plus tard le P. Simon Guichard cl le P. Gas­ pare Bicclullo del Fossa eurent une certaine part aux travaux théologiques du concile de Trente, (’.f.Boberli, op. cit . t. i, p. 278 cl 343. Les minimes ne furent pas les moins ardents a lutter contre les réformateurs protestants. Leurs couvents furent parfois les derniers bastions du catholicisme dans les paroisses gagnées aux idées nouvelles. Ils eurent leurs martyrs, massacrés par les hérétiques. Quelques-uns de leurs religieux prêchèrent avec succès contre les ministres réformés, à Paris le P. Bellemère et le P. Dehcm (1527-1562), à Lyon le P. J. Hopltel. à Mâcon un minime de Champagne, le P. N. Richard. Le plus célèbre de ces contraversâtes fut,cn France, le P. François Humblot, auteur du livre intitulé : Fantosme de la Cène ministrate conclu des maximes cl opinions des plus fameux ministres de la prétendue réformalion, Paris, 1612. Avec lui il faut en outre mention­ ner le P. Moot qui publia contre le ministre Moïse Chevillote un livre relatif à l'eucharistie : De incom­ prehensibili Dei omnipotentia in mysterio eurharisluc, Paris et Chaumont. 1607. HI. L\ PI \< r. IMS MINIMES DAN’S L IHSTOHU DES SCII NCES I CCI I'M AST1QVKS \UX XVII· ET XVU1· SIECLES. — Ce ne fut pas avant les premières années du xvm· siècle que quelques théologiens appartenant à l’ordre arrivèrent à 1a notoriété. Le plus grand est incontestablement le P Mcrsenne, 1588-1618, à la fois théologien, philosophe cl mathématicien remar­ quable, qui sut être le merveilleux animateur d’un groupe d’études scientifiques tout cn restant un fer­ vent religieux. Voir art. Mi ksennk. Grâce à lui, à ses élèves tels que le P. Nivéron, le couvent de la Place Boy ale exerça une réelle influence sur les esprits les plus cultivés, A côté de lui. il faut tirer hors de pair le P lùnmanucl Maignan de Toulouse (1601-1676), qui sc mil à la suite de Descartes, tout cn gardant une réelle ori­ ginalité, ct imagina un nouveau système destiné Λ expliquer la présence réelle à l’aide de l’atomisme. 11 exposa sa doctrine dans plusieurs ouvrages, cn parti­ culier dans le Cursus philosophicus, Lyon. 1674. Plus tard, un dominicain attaqua les idées du P. Maignan d'inspiration plus platonicienne cl cartésienne qu'aris­ totélicienne. et un autre minime de Toulouse, savant mathématicien lui aussi, le P. Sagueno, entreprit de défendre la doctrine de son confrère dans un ouvrage intitulé : Systema Maignani vindicatus,Toulouse, 1705. 1775 MINIMES — MINISTRE DES SACREMENTS 1776 Le P, Malgnan composa aussi deux volumes de théolo­ P. Nicolas Barré (1621-1686) religieux très fervent, gie: Sacra theologia, Lyon, 1661. cl un autre sur le prêt directeur goûté, fonda l’institut des écoles chari­ tables du Saint-Enfant-Jésus (Dames de SaintΛ intérêt : De tau Halo pecuniæ, Toulouse, 1673. Ιλ question espèces eucharistiques semble avoir Maur). Cf. sa Vie parie P. Henri de Grciz.es, Bar-leDuc, 1892. Le JL Giry (1638-1688), cf. art. Giry, été l’une de celles qui intéressèrent le plus vivement les théologiens appartenant à l’ordre des minimes. Le continua cn hagiographie l’œuvre du P. Martin. Avant de sc livrer à scs importants travaux théologiques, P. Sahcr(1615-1707) consacra même A cette question Je P. Boucat avait fait paraître, A l'époque du quié­ un volume entier: Historia scotastica de specie bus eucharisticis, Lyon, 1687. C’est un travail de théo­ tisme, un petit volume sur le Repos cn Dieu, Rouen 1696. Au xvni· siècle, le P. Michel-Ange Marin (1698 logie positive. Les minimes ne néglige lent pas la théologie propre­ 1767) chercha A adapter la spiritualité A différentes ment scolastique et spéculative. Jamais cependant, ils catégories de personnes : de là les titres amusants de ne constituèrent une école ayant scs thèses propres, à ses ouvrages : Adélaïde de W is bourg ou la pieuse la façon des écoles dominicaine ou franciscaine. Les pensionnaire, Avignon, 1711; Virginie ou ta Vierge théologiens que nous allons citer sc rattachent avec chrétienne, Avignon 1752. Il compila egalement une une liberté plus ou moins grande aux écoles déjà énorme Vie des pères du disert, 1761. Voir son article. existantes, en particulier au thomisme. L’œuvre littéraire des minimes est donc considéra­ En 1651, le P. Buteau (f 1657) donnait au public ble; il sera possible de compléter le tableau sommaire un Commentarium in partem Divi Thoma': de Deo que nous avons essayé d’en présenter, en parcourant uno, Anvers, cl cn 1656. L. Lallemandet (f 1660) les ouvrages assez nombreux que les minimes ont cherchait A rester lidèle au Docteur angélique tout consacrés A l’histoire de leur Ordre. En premier ileu, en ménageant Duns Scot dans le Cursus theologicus le Chronicon generale ordinis Minimorum, Paris, 1631, in quo discussis hinc inde Ihomistarum et scotistarum par le P. Lanovius (de la Noue, 1595-1670) qui avant praxipius fundamentis decisi va sententia pronuntiatur, la publication du grand travail du IL Roberti était Lyon, 1656. En Espagne, le P. E. Palanco (1657- celui où 11 était possible de trouver le plus grand nom­ 1720) sc montre résolument thomiste et rejette le bre de renseignements relatifs à l'histoire de l’ordre au système molinlstede la grâce dans son traité De pro­ xvr et dans le premier quart du xvn· siècle. Outre videntia Dei concordata cum humana libertate et sanc­ l’Histoire générale de V Ordre, 1621, de Dony d'Attichy, titate divina, Salamanque, 1692. Le P. Λ. Douent de il faut mentionner la Cronica generale de la Orden de Bourges, cf. art.BoucAT, est lui aussi un représentant los Minimos, Madrid, 1619, par le P. de Montoya, ct le de l’école thomiste dans les 5 volumes de sa Theologia Diarium Minimorum, Paris, 1709, parie P. Thuillier. patrum dogmatica scolaslica-positiva, Paris, 1718-1726, La Révolution devait porter un coup terrible aux ouvrage vraiment excellent où il expose avec ampleur minimes, surtout A leurs couvents français. Dans les les opinions adverses. Cet ouvrage contient les onze années qui précédèrent la crise, le P. Jacquier (1711traités suivants : 1. De Deo ùno e jusque attributis in 1788) de Vitry-le-François devint célèbre par ses tra­ genere. 2. De invisibilitate et visibilitate Dei. 3. De vaux scientifiques et phllosopliiqucs. C’est dans intellectu et scientia Dei. L De voluntate Dei. 5. De Deo l’école de Bricnne tenue par les minimes que fut trino, 6. De Deo creatore et prœmotore, de angelis, de élevé Napoléon Bonaparte. opere sex dierum et de homine. Ί. De Deo incarnato. L’ordre des minimes survécut à la Révolution, par­ 8. De gratia mediatoris. 9. De actibus humanis, 10. De ticulièrement cn ItxiHc» où il compte encore A l'heure Deo pastore: ubi de. fide et charitale, de regulis fidei, actuelle un petit nombre de couvents. maxime vero de Scriptura sacra, de Ecclesia ct conciliis. Aux ouvrages cités dans le texte, il faut ajouter : Pour 11. De sacramentis tam in genere quam in speciali. la Vie de saint François de Paule, les Bollandlstcs, Acta — Dans scs leçons de théologie publiées sous ce sanctorum, 2 avril; P. A. Dondé, Les figures et l'abrégé de titre : In sacram de Deo scientiam dissertationes selectu: la vie, de la mort cl des miracles de S. François de J*aule, historica- scotasticn·, Naples, 1730-1739, le P. Péri­ Parii, 1681 ; Giry, Vie de S. François de Paule, Paris, 1699; mez/.!, (1670-1710) fil une part égale aux opinions de Pradier, idem, Paris, 1902. Pour l'histoire des minimes, consulter surtout : Robert!, Disegno storico dell'ordlne de saint Thomas, de Vasques cl de Suarez. Minimi della morte det santo Institutore flno ai nostri tempi, Après les théologiens dogmatiques, il faudrait citer l. î. (1507-1600), Rome, 1902. t. π (1600-1790), Rome les moralistes, les exégètes, rappeler à ce propos le nom 1909, t. m (1700-1800), Rome, 1922; pour les minimes de de Merscnnc.et y ajouter celui du P. Rangucil(t 1623) Bricnne, cf. abbé Prévost dans Mémoires de la Société auteur d’un commentaire sur les livres des Dois, et du académique de l*Aube, t. lxxix, 1915, p. 163-283. P Masson (1620-1700) qui composa divers travaux E. Dumovtet. sur l'Anden Testament. La place des minimes dans MINISTRE DES SACREMENTS. — le renouveau mystique du xvn· siècle mériterait d’être l n sacrement est un signe sensible qui, cn vertu de étudiée de plus près : il faut nous borner A citer quel­ l'institution de Jésus-Christ, produit dans celui auquel ques noms et quelques livres, par exemple la il est appliqué la grAcc qu’il représente. Celui qui Theologia mystica du P. G. Lopez Navarro, Madrid, accomplit le signe sacramentel est le ministre du 1612. ct la Théologie mystique de saint François de sacrement. Nous dirons : L Qui peut être ministre du sacrement. IL Les conditions qu’il doit remplir pour Faute, par lr P Adrien Roussel, Munich. 1653. 11 ne leur suffit pas d’ailleurs de commenter les enseigne­ que le sacrement soit valldemcnt ct licitement admi­ ments de leur saint fondateur : tout cn restant fldèlcs nistré (col. 1779). III. Le rôle exact qui lui revient (col. 1787). IV. L’obligation qui lui incombe, en cer­ à la devise caritas qu’il leur avait laissée. Ils surent se tains cas, de donner ou de refuser les sacrements mettre λ l’école des écrivains plus récents, de saint François de Sales notamment, dont le P. Roulllurt (col. 1791). I. Qui PEUT ÊTUE MINISTRE D*UN SACREMENT? ---publia, en 1635, le Testament évangélique suivi peu 1· Seul un homme (homo) vivant peut administrer un •près par le Bouquet mystique. Parmi 1rs minimes qui exercèrent une Influence reli­ sacrement. — Il est A peine besoin de le prouver. C’est A son Église de la terre que Jésus a confié scs sacre­ gieuse profonde par leurs écrits ct par leur vie, l'un ments; c’est ù des hommes qu’il a donné le pouvoir des plus notables est le P. Simon Martin (f 1653), de les conférer. higlogriphe. qui fut surnommé le prince des ebronoUn ange ne saurait donc être ministre d’un sacre­ logisUs et sc querella avec Pctau : écrivain spirituel, ment. Saint Jean Chrystome voyait, dans celte préroil traduisit ks ouvres de Louis de Grenade. Le 1777 MINISTRE DES SACREMENTS gatlvc des hommes, cl particulièrement des prêtres, une preuve de Ja sublimité du sacerdoce ; « C'est ù des hommes, vivant sur terre, que Dieu a confié la charge de dispenser les dons célestes; il leur a donné un pou­ voir qu’il n’a accordé ni aux anges, rd aux archanges. · De sacerdotio, I. Ill, n. 5, P. G., t. xlviii, col. 643. Le catéchisme du Concile do Trente résume ainsi la pensée de l’Église sur ce point : Quamvis Deus sacra­ mentorum auctor cl dispensator sit, ea tamen, non per angelos, verum per homines ministrari in Ecclesia voluit. P II, c. i, n. 22. Divers faits miraculeux sont cités cn sens contraire. Saint Thomas parle de certaines traditions d'après lesquelles des anges auraient consacré des églises, Sum. theol., ΠΙ*, q. lxiv, a. 7; cc n’est pas là un sacre­ ment. On rappelle que des anges donnèrent le viatique ù plusieurs saints, par exemple ή saint Stanislas Kostka, Lépicicr, Ί racial, de sacramentis m communi, Paris (1921), p. 232; mais la communion existe indépendam­ ment de la personne qui la donne. On invoque d’autres traditions merveilleuses, cf. Prümmcr, Manuale thcologiic moralis, Frlbourg-cn-B., 1914, t. m, n. 53; mais, à supposer même que ces faits soient vraiment authen­ tiques, il semble qu'il faudrait y voir des moyens extraordinaires employés par Dieu pour donner sa grâce, moyens qu’il lui aurait plu de choisir semblables aux rites sacramentels, mais qui ne sont pas des sacre­ ments à proprement parler. La chose est d’ailleurs trop exceptionnelle pour qu’il soit utile de la discuter davantage. 2· Mais tout homme ne peut indistinctement adminis­ trer tout sacrement. — 11 faut, du moins pour la plu­ part, être spécialement accrédité par une consécra­ tion, qui est, ou l’ordination sacerdotale, ou la consé­ cration épicopale. Le concile de Trente l’a expressé­ ment défini cn ces termes : Si quis dixerit Christianos omnes in verbo et omnibus sacramentis administrandis habere potestatem, anathema sit. Sess. vu, De sacram, in genere, can. 10, Denzinger-Bannwart. n. 853. Cettc définition visait directement l’erreur de Luther qui. dans son De captivitate Babylonis, affirmait que tous les chrétiens avalent des pouvoirs égaux, sans dis­ tinguer entre prêtres et fidèles; une proposition appli­ quant ce principe ά l’absolution des péchés avait pré­ cédemment été condamnée par Léon X. Bulle Exsurge, Domine, du 15 juin 1520, prop. 13, Denzinger-Bann­ wart, n. 753. Mais cn réalité, c’était l’erreur de tous les anarchistes de l’Église, de tous ceux qui, depuis Mon­ tan jusqu'aux vaudois, avaient nié les droits cl privi­ lèges de la hiérarchie et du sacerdoce. Cf. Innocent III. profession de foi imposée aux vaudois, Denz-B., n. 421 ; IV· conc. du Latran, condamnation des Albigeois, ibid., n. 430. C’est qu’en effet, dans l’administration des sacre­ ments, l’homme n’agit pas cn son nom, mais nu nom du Christ (pii les a institués et continue à agir par eux, au nom de l’Église â qui le Christ a confié les sacrements comme son bien propre. Il faut qu’il soit mandaté, autorisé par le Christ et par l’Églisc, cl c’est l’ordination qui lui donne cc mandat officiel. Jesus a fail le premier cette distinction entre ceux qui ont le pouvoir de donner les sacrements cl ceux cpii ne l’ont pas. Aux apôtres qu’il charge de continuer sa mission, Joa., xx, 21, il transmet son autorité pour sanctifier les âmes, pour baptiser, Matth., xxviii, 19. pour absoudre. Joa., xx. 22-23, pour consacrer l’cucharlstlc, I Cor., xi, 24-25, pour oindre les mala­ des, Jac., v, 14, pour sc choisir des successeurs Λ qui ils transmettront â leur tour les mêmes pouvoirs. Ad., xm, 2-3; xx, 28; TIL, I, 5. Et ccs pouvoirs, dans l'administration des sacrements, le prêtre ne les exerce qu'en s’identifiant avec le Christ, en se revêtant, pour ainsi dire, de la personnalité du Christ; c’est ce qu’in- 1778 cliquent les formules actuellement employées dans la plupart des sacrements, formules qui ne sont pas des prières, mais des affirmations prononcées avec l'auto­ rité même du Christ : Ego te baptizo, Ego te absolvo, Hoc est corpus meum... Sur cc point toutefois, il y a une certaine diversité entre les sacrements. Certains d’entre eux exigent absolument dans celui qui les confère une consécra­ tion; quelquefois, des circonstances exceptionnelles autoriseront un ministre extraordinaire non revêtu de la même dignité. De la les distinctions établies par les théologiens entre ministre consacré et ministre non consacré, ministre ordinaire et ministre extraordi­ naire; cf. Noldln, n. 27; Prümmcr, n. 54. 1. Baptême. — C’est aux apôtres que Jésus a donné le pouvoir de baptiser, Mat th., xxvui, 19; le ministre ordinaire du baptême solennel sera le successeur des apôtres, au début, l’évêque seul, puis le prêtre. Actuel­ lement le prêtre est ministre ordinaire du baptême ct le diacre, ministre extraordinaire. Codex jur. can., can, 738 ct 711. Mais, parce que le baptême est absolu­ ment nécessaire pour être sauvé, à côté du baptême solennel, l’Église, interprète de la volonté divine, reconnaît le baptême privé, conféré, par une personne quelconque, can. 742. En cc cas, le ministre du bap­ tême n’agit pas comme représentant officiel du Christ ct de l’Église; il est un simple particulier venant au secours de son prochain, non exhiberet se ministrum Ecclesiæ, sed subveniret necessitatem patienti, S. Tho­ mas, Sum. theol., Ill*, q. lxiv, a. 6, ad 3Qm. Voir Baptême, t. n, col. 284 sq. 2. Confirmation. — Le ministre ordinaire est, d'après l’usage actuel de l’Église latine, l’évêque seul : un prêtre peut cn être ministre extraordinaire s’il en a reçu le pouvoir, soit par le droit, soit par induit par­ ticulier du Saint-Siège, can. 782. Voir Confirmation. t. ni, col. 1098 sq. 3. Eucharistie. — C’est un sacrement d’un type par­ ticulier, puisqu’il y a distinction entre le moment où il est réalisé (conficitur) ct celui où il est administré. C’est pourquoi on pourrait distinguer deux ministres: celui qui fait l’eucharistie ct celui qui la donne, d’une part le ministre du sacritlcc de la messe ct de la consécra­ tion. d’autre part le ministre de la communion qui est, à vrai dire, l’administration du sacrement. Dans le langage ordinaire, le premier seul est appelé propre­ ment ministre de l’eucharistie. — Le pouvoir de consacrer n’appartient qu’aux prêtres, à l’exclusion de tout autre, cnn. 802. Mais une fois la consécration accomplie, si régulièrement il n’appartient qu’au prêtre de distribuer la sainte communion comme minis­ tre ordinaire, can. 851, J 1. ct au diacre comme minis­ tre extraordinaire, ibid., } 2, la communion donnée, dans des circonstances exceptionnelles, par un clerc Inférieur ou même par un laïc serait valide, licite ct fructueuse. Voir Communion, t. m. col. 186 sq. 4. Pénitence. — Aux seuls apôtres Jésus a dit :« les péchés seront remis â ceux à qui vous les remettrez ». Joa.» XX, 22-23; ct des apôtres, cc pouvoir a passé aux prêtres, à l’exclusion de tout autre ministre, can. 871. De plus, comme l’absolution est une sentence ct que le confesseur y fait office de Juge, il doit posséder, outre le pouvoir d’ordre, la juridiction sur le pénitent qu’il absout, can. 872. Voir Absolution, 1.1. col.198 sq. 5. Extrême-onction. — L’épltre de saint Jacques mentionne les prêtres comme seuls ministres de cc sacrement; eux seuls peuvent l’administrer validcment. can. 038. Voir Extrême-onction, t. v, col. 2017 sq. 6. Ordre. — Le ministre de l’ordination est l’évêque seul; les ordres mineurs peuvent être conférés extraor­ dinairement par certains prêtres en ayant reçu le pouvoir, can. 951. 1779 MINISTRE DES SACREMENTS, CONDITIONS A REMPLIR 7. Mariage. — C est encore un sacrement tout spé­ cial. puisqu’il n’est autre chose que Je contrat dc mariage ries é, pour les chrétiens, a la dignité de sacre­ ment l es ministres du sacrement sont donc les minis­ tres du contrat, c'est-à-dire les contractants. Voir art. Mariagi, t. IX, col. 2205 sq., 2255 sq. 3· Le minisire doit être différent du sujet. — Au l rem en t dit. on ne peut sc conférer â soi-même un sacrement. C’est ce que déclarait Innocent III, dans une lettre du 28 juin 1206. Λ Berlold. évêque de Metz, qui l'avait questionné a propos d’un cas assez curieux : un juif, en danger de mort ct n'ayant près dc lui per­ sonne pour lui donner le baptême, s’était plongé dans l'eau en disant : · Je me baptise, au nom du Père ct du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. » I.c pape déclare invalide un pareil baptême, car, dit-il, « il faut que celui qui baptise soit distinct de celui qui est baptisé : cela ressort évidemment des paroles du Sei­ gneur disant â scs apôtres : Allez, baptisez toutes les nations. Le juif dont il s’agit doit donc être à nouveau baptisé, mais par un autre, pour bien montrer que autre est celui qui baptise, autre celui qui est baptisé. » Epist., eux. P L.. t. ccxv, col. 986, Denz-B., n. 113, Cette réponse ne concerne directement que le bap­ tême; mais elle s’applique a fortiori aux autres sacre­ ments qui sont moins nécessaires. Pour eux. comme pour le baptême, la forme requise pour la validité oppose nettement ministre ct sujet : ego te absolvo, etc. Il faut excepter naturellement la distribution de la communion : en cas d'absolue urgence, un laie pourrait sc communier lui-même, ct c’est la règle pour le prêtre qui célèbre la messe. Cf. Conc. Trident., sess. xin. can. 10, I)enz-B., n. 892. H. Conditions que doit remplir le ministre DANS L’ADMINISTRATION D'UN SACREMENT. ---- Eli plus des conditions que nous venons d'énumérer ct qui concernent sa personne même, il en est d’autres (pie le ministre doit réaliser en administrant le sacrement, faute desquelles le sacrement serait ou invalide ou Illicite Plusieurs ont déjà été énumérées et il n’y a pas lieu dc les exposer aver plus de développements. Il faut, avant tout, que le ministre donne le sacre­ ment tel qu’il a été institué par Jésus-Christ, sans en altérer la matière ou la forme. Il n’est pas le maître du sacrement, niais seulement son ministre. Une alté­ ration qui atteindrait l'essence du sacrement rendrait celui-ci inexistant. Une altération accidentelle volon­ taire serait une taule plus ou moins grave, selon son importance. Il faut, de plus, qu’il accomplisse Intégralement ct correctement les rites, cérémonies et prières dont l’Eglisc a voulu entourer le sacrement. Ministre de l’ftgllse, il doit être Adèle â observer ses prescriptions et se garder dc toute précipitation ou négligence qui les lui ferait omettre, comme de tout arbitraire qui les lui ferait modifier. D’ou une certaine attention est requise. Voir Attention, t i, col. 2219. C'est surtout V intention de taire ce que fait T Église qu’il doit avoir sous peine dc ne pas donner un sacre­ ment valide Voir Inti ntion, t. vu, col. 2271 sq. C'est, d’après les conciles, une condition absolue de validité, rt même la seule, avec l’emploi de la matière cl de la forme 11 suffit de rappeler les expressions du concile de Florence : Omnia sacramenta tribus perficiuntur videlicet rebus tanquam materia, verbis tamquam forma e( pen ona mmidri eonfieirn/is sacramentum cum inten­ tione faciendi quod facit Ecclesia; quorum si aliquid deest, non perficitur sacramentum, beer, pro Armenls, Denz -B . n. 695 Le concile de Trente a également condamné comme hérétique quiconque soutiendrait : in ministris, dum sacramentum conficiunt ct conferunt, non requiri intentionem saltem faciendi quod facit 1780 Ecclesia. Sess. vn, Dc sacr. in genere, can. 11, Denz.-B. n. 854. Deux questions seulement restent â traiter. Faut-il que le ministre ait la foi? faut-il qu’il soit en état dc grâce? 1· La foi. — La question dc la foi chez le ministre des sacrements fut soulevée (lès le début du m* siècle. Avec saint Cypricn. elle revêtit une gravité exception­ nelle cl faillit séparer de l’Églisc dc Rome les Eglises d’Afrique et certaines Églises d’Orient, qui ne vou­ laient reconnaître aucune valeur au baptême reçu dans l’hérésie. Ce furent ensuite les donatistes qui, à leur tour, niaient l'efficacité du baptême reçu dans l’Églisc catholique. Ce furent, postérieurement â ces grands courants, d’infinies variations de discipline, indice d'incertitudes doctrinales, qui faisaient réitérer les sacrements des hérétiques ou de ceux que l’on voulait bien leur assimiler L’histoire de ces doutes, de ccs discussions et de ces pratiques, quelquefois incohé­ rentes. a été retracée â propos du baptême, voir Baptême des hérétiques, t. π. col. 219 sq., et â propos de la confirmation, voir Confirmation chez les péri,s. t. ni, col. 1019 sq. L'étude plus détaillée et plus complète en a été faite, après dom Chardon, Histoire des sacrements, dans Theolog. cursus complet. dc Migne, t. xx. col. 118 sq., 183 sq. et 882 sq., par Saltet qui. à propos des réordinations, étudie très doctement toutes les réitérations des sacrements don­ nés par des ministres hérétiques ou indignes. Les réordinations, étude, sur le sacrement de l'ordre, Paris, 1907. Il ne semble pas utile de recommencer ce travail, mais plutôt de mettre en lumière les affirma­ tions de la vraie doctrine auxquelles ces divers faits ont donné occasion. En face de saint Cypricn et des conciles de Carthage qui soutenaient la nécessité de rebaptiser les héréti­ ques. le pape saint Étienne dresse la doctrine et la pratique dc l’Églisc romaine. De ses déclarations il n’est resté que des fragments très courts, conservés dans les écrits de Cypricn ou de b’innilien de Césaréc qui les réfutaient : on peut cependant reconstituer suffisamment la pensée du pape. 11 veut avant tout qu'on s'en tienne a la tradition ct qu’on ne rebaptise pas les hérétiques (pii se convertissent, mais seule­ ment qu’on leur impose les mains pour la pénitence. S, Cypricn, Epist. lxxiv, l,ed. Martel, p. 799 Denz.B., n. 16. Cette décision, le pape la fonde sur la valeur du baptême en lui-même, indépendamment de la valeur personnelle de celui qui le confère : < Il ne faut pas considérer celui qui baptise; le baptisé peut obtenir la grâce par l’invocation de la Trinité, des noms du Père et du Elis et du Saint-Esprit. ■ Eirmilian. epist. ad Cypr. contra epistolam Stephani Cypr. epist., Lxxv, 9, Martel, p. 815. La grâce du Christ et sa sainteté sont capables de conquérir les âmes, même en dehors de l’Eglisc, ibid., 12. p. 818, et quelque soit celui qui est baptisé, où qu’il le soit, pourvu qu’il le soit au nom du Christ, il reçoit de suite la grâce du Christ ». Ibid., 18, p. 822. Cf. Epist., lxxiv, 5, p. 803. Le concile d’Arles, en 311, revient sur la mémo question, soit â propos des rebaptisant s d’Afrique, soit peut-être à propos des donatistes, et semble la trancher définitivement parson canon 8 ainsi conçu : De Afris, quod propria lege sua utuntur ut rebaptizent, placuit ut, si aliquis dc hœresi venerit, interrogent cum symbo­ lum, ct si perviderint cum in Patre et Pilio et Spiritu Sancto esse baplizatum, manus ei tantum imponatur ut accipiat Spiritum Sanctum. Quod st interrogatus non responderit hanc Trinitatem, baptizetur. Mansi, Concil., 1.1. coi. 172; 1 lefelc-I.eclercq, Histoire des conciles, 1.1 p. 285. I Les donatistes refusèrent, pendant longtemps.de 1781 MINISTRE DES SACREMENTS, CONDITIONS Λ REMPLIR reconnaître le baptême donné par les catholiques Celle attitude motiva une nouvelle affirmation dc la doctrine de la part de saint Optât de Milève ct dc saint Augustin. Saint Optai, après avoir rappelé l’or­ dre donné par le Christ à ses apôtres dc baptiser au nom du Père ct du Fils et du Saint-Esprit, ajoute : In quo baptizarentur gentes, a Salvatore mandatum est; per quem baptizarentur, nulla exceptione discretum est. Non dixit apostolis : Vos tacite, alii non laciant. Quis­ quis in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti baptizaverit, opus apostolorum implevit. l)c schismate dona· Ustarum. I. V, 7, P. L., t xi. coi. 1058. Ayant ainsi affirmé sans restriction la validité dc tout baptême conféré dans la forme voulue, l’évêque de Milève manque du courage et de la logique nécessaires pour aller Jusqu’au bout des conclusions de son principe; peut-être était-il influencé par le souvenir de saint Cypricn, par les incertitudes et les distinctions où se complaisaient les églises d’Orient. Lui aussi distingue: parmi ceux qui sont hors de l’Églisc, il y a les schisma­ tiques qui ont gardé la foi complète, cl il y a les héré­ tiques qui, « ayant abandonné le symbole », n’ont plus sur la Trinité qu’une foi défaillante ct incomplète; des premiers, et en particulier des donatistes, le baptême est valide; mais les seconds n’ont que des baptêmes faux; car il n’est pas possible ♦ qu’un souillé puisse laver, un impur purifier, un tendeur d’embûches redres­ ser. un perdu délivrer, un coupable pardonner, un condamné absoudre. · ibid., 1. I, 12. col. 907. Il semble que celte phrase ait été assez usitée chez les donatistes : peut-être même est-elle textuellement empruntée à l’un de leurs prédlcanls, car saint Augus­ tin emploie des formules analogues pour résumer l’idée donatiste qu’il va réfuter : Numquid divinæ legis cen­ sura patietur ut vivificare quemquam mortuus possit, curare vulnerotus, illuminare accus, vestire nudus et mundare pollutus? Contra epist. Parmen ian i, 1. II. 32, P. I. . t. xi.in, coi. 73. Saint Augustin traite la ques­ tion avec une logique vigoureuse ct une admirable profondeur. Pour lui, tout baptême, ou plutôt tout sacrement, sans exception, est valide, pourvu qu’il soit donné avec la forme voulue par le Christ. Et il en donne les raisons. La première est que les prêtres, même indignes, même tombés dans l’hérésie, gardent le caractère sacerdotal et les pouvoirs qui lui sont attachés. Ceux qui sc séparent de l’Églisc, disaient les donatistes, ne perdent pas leur baptême, mais ils n’ont plus le pouvoir de baptiser. C’est faux, répond l’évêque d’Hippono; le pouvoir donné par l'ordination est inamisslble. Non eis ipsa ordinationis sacramenta detrahuntur, sed manent super eos. . Sicut habent in baptismo quod per ros dari possit, sic in ordinatione jus dandi, utrumque quidem ad perniciem suam. Cont. epist. Parmen., I. II. 28. P. L., t. χι,ιιι, coi. 67. Cf. Contra Cresconium, 1. II, 12-14, ibid., col. 171, La seconde raison, c’est que le ministre du sacrement n’agit pas en son propre nom ct par sa vertu personnelle, mais nu nom du Christ; c’est le Christ qui, ayant attaché aux sacrements la grâce divine, continue à la donner par le ministère de ceux qui les confèrent; c’est lui qui agit en eux et par eux. Quel que soit donc le ministre, qu’il soit Pierre ou Judas, c’est toujours le Christ qui baptise, le Christ qui sanctifie, l’indi­ gnité du ministre humain n’arrête pas la grâce de Dieu. Celte idée très profonde, nous la retrouverons quand nous exposerons le rôle du ministre des sacre­ ments ; les textes du saint Docteur y seront plus â leur place. En Orient, l'incertitude persistait cependant, spé­ cialement à l’égard des hérétiques qui n’avaient pas la foi intacte à la Trinité. Le concile dc Nicée, par exemple, distingue entre les diverses hérésies; il accepte le baptême et l’ordination des cathares et ordonne de 1782 les recevoir dans l’Église, moyennant certaines condi­ tions, can 8, Mansi, t. n, col. 671; I Icfclc-Lcclercq, t. I, p. 576; au contraire il ordonne dc rebaptiser les paulfnnlstcs, can. 19, Mansi, col/675; Hcfele-Leclcrcq, p. 615, c’est-à-dire probablement les membres des sectes nntitrinitalres, Saltet, op. rit., p. 38. La même sévérité était réclamée vis-à-vis des ariens, qui ne croyaient pas à la divinité du Fils, par saint Alhanase. Orat. //· contra arianos, 52, P. G., t. xxvr, col. 237. Saint Basile rejette le baptême des encratltcs, · puis­ qu’ils regardent Dieu comme auteur du mal ■, ct des inontanistes qui, au dire du saint Docteur, < bap­ tisaient au nom du Père ct du Fils et de Montan ou de Priscille ». Epist. ci.xxxvm, Ad Amphilochium, can 1, el cxcix, can. -17. P. G., l. xxxn, col. 667 sq. et 731. De même un concile de Laodicéef?). entre 343 et 381, refuse toute valeur au baptême donné par les montani.sles à cause dc leurs erreurs sur la Trinité, can. 8, Mansi, l. n, col. 565; cL ici, t. vin, col. 2612 Alors même que l’on acceptait le baptême de certains hérétiques, on rejetait parfois leur confirmation ou leur ordination. Ce même concile dc Laodicée reconnaît le baptême des novatiens, des photinlcns ct des quartodéclmans, mais ordonne de leur réitérer la confirmation et l'ordination,can. 7. A Constantinople, au v* siècle, on réitérait a peu près généralement ccs deux sacrements à ceux qui les avaient reçus dans l’hérésie. Saltet, op. cil., p. 19. Pendant que l’Orient était ainsi dans la confusion des pratiques et des doctrines, Home maintenait avec fermeté la vraie direction. I-c pape Sirice écrit en 385 à Himérius. évêque dc Tarragone : < Tu m’as signalé que beaucoup de gens baptisés par les impies ariens sc hâtent de venir à la fol catholique ct que quel­ ques-uns de nos frères veulent les baptiser à nouveau. Cela n’est pas permis : ΓApôtre le défend et les canons Tint crdisenl... Envers eux, nous agissons comme envers les novatiens ct les autres hérétiques : nous les agré­ geons à l’assemblée des catholiques par la seule invo­ cation du Saint-Esprit, au moyen dc l’imposition des mains dc l’évêque. C’est la pratique dc tout l’Orient cl de l’Occident. Il ne convient pas que tu t’écartes en quelque chose de celte manière de faire, si lu ne veux être sépare de notre communion par une sentence synodale. » Epist., i, 2, P. L., t. xin, col. 1133. C’est la même ligne dc conduite que trace le pape saint Innocent I·*. Pour tous les hérétiques, baptisés dans l’hérésie et qui viennent â se convertir, la loi (nostrae lex est Ecclesiae) est qu’on les reçoive par l’im­ position des mains, sans qu’on puisse les promouvoir à la cléricaturr. Epist., xvn.8. P. L., t. xx. col, 531. Le pape répète la même direction à l’évêque d’An­ tioche. en l’appliquant spécialement aux convertis de l'arianisme : il reconnaît leur baptême puisqu’on le leur a conféré au nom du Père et du Fils ct du SaintEsprit; mais il ne croit pas qu’ils nient reçu le SaintEsprit que donne la confirmation, ni « sa plénitude » dans l’ordination; on devra donc les confirmer cl on ne reconnaîtra pas les ordres qu’ils auraient reçus. Epist., xx, L ibid., col. 550. H sait cependant que le concile de Nicée a distingué deux catégories chez les hérétiques, qu’il a accepté le baptême des uns ct rejeté celui des autres; 11 explique cette distinction par le fait que certains hérétiques baptisent correctement nu nom du Père ct du Fils ct du Saint-Esprit, ce que ne font pas les autres : Paulianista· in nomine Patris ct Filii et Spiritus Sancti minime baptizant, et nova­ tioni iisdem nominibus tremendis vcncrandisgue bapti­ zant. Epist., xvn, 10, ibid., col. 533. La même solution pratique esl donné par saint Leon le Grand; il dit. par exemple : « S’il est certain que quelqu’un a été baptisé par des hérétiques, on ne doit I en aucun cas lui réitérer le sacrement de la régénéra- 1783 MINISTRE DES SACREMENTS, CONDITIONS Λ REMPLIR lion, on lui donnera seulement cc qui lui a manqué pour que, par l’imposition des mains de l’évêque, il reçoive !.i force du Saint-Esprit. » Epist., clxvî, 2, p. A . L ijv, c 1 119L Qu’était en réalité cette imposition des mains que Ton faisait sur les nouveaux convertis? Au début, ce ne devait être qu'une cérémonie de réconciliation avec l’Églisc; le pape saint Étienne parle d’une imposition des mains in pxnitentiam. S. Cypricn, Epist., lxxiv, 1, A L·, t. in, col. 1128. Dans les textes postérieurs, on attribue à celte cérémonie la vertu de donner le Saint-Esprit. Peut-être est-ce le sacrement de confir­ mation : il semble bien qu'il en soit ainsi, par exemple pour saint Innocent ct saint Léon. Dans diverses sectes hérétiques, en effet, ct en particulier chez les nova tic ns. le rite de la con Urination était mutilé; les novat lens en avaient supprimé la consignatio avec le chrême, Saltet, p. 36-37; d’autres sans doute avaient omis quelque autre partie. C’est ce qui expliquerait la variété des rites de réconciliation que l’on employait, au témoignage de saint Grégoire le Grand, selon les catégories d’hérétiques : aux uns, à ceux, qui n’avaient pas été baptisés au nom des trois personnes, on don­ nait le baptême; les autres · sont ramenés au sein de l’Églisc ou par l’onction du chrême, ou par l’imposition de la main ou par le seule profession de foi ». Epist., 1. XI, lxvii, P. A., t. lxxvii, col. 1205 sq. Ce n’au­ rait donc pas été, du moins dans plusieurs cas. une réitération de la confirmation, puisque ce sacrement n’avait pas été donné. Voir dom Chardon, Histoire des sacrements, p. 184 et sq. Que cela n'ait pas eu lieu assez fréquemment, il serait, par contre, bien téméraire de l'affirmer. Une difficulté plus sérieuse s’élève à propos des faits bien connus de réordinations. M. Sallet étudie dans tous les détails l’annulation des ordinations faites par les papes Constantin, Formose ou Léon V ΠI, p. 101 sq., p. 152 sq., 168 sq., celle des ordinations entai liées de Γ · hérésie simoniaque » par saint Léon IX p. 181 sq. Ce ne sont pas seulement des mesures disci­ plinaires, des sanctions destinées à empêcher d’exer­ cer l’ordre reçu ou même à réduire à l’état laïque; on prétend bien que cet ordre lui-même n’existe pas, que l’ordination est invalide parce que donnée par un indigne, qu’il y a lieu de la réitérer comme si elle n’avait jamais vu lieu. Jean VIII fait réordonner l’évê­ que de Vcrccil ordonné par un évêque déposé, Saltet p. 149 sq.; les clercs ordonnés par Formose sont consi­ dérés comme laïcs et déposés a moins qu’ils ne veuillent sc faire réordonner, ibid., p. 151 sq.; Jean XII dépose les clercs ordonnés par Léon \ III et leur fait écrire et signer cette déclaration : · Mon père n’avait rien, il m m’a rien donné, » Sallet, op. ctt., p.170. Évidemment des décisions de cc genre ne passaient pas sans proh stations. La science théologique subis* sait une éclipse presque totale, pas assez pourtant pour que l’on acceptât sans rien dire de pareilles mons­ truosités Les ordinations de Formose, par exemple, cassée· d’abord par le concile cadavérique de 897, furent déclarées valides par Théodore II, 897, ct par Jean IX. 898, avant d’être à nouveau cassées par Sergius III. Et cette dernière décision provoqua plu­ sieurs traites où la doctrine est rappelée, où l’analogie entre le baptême et l’ordination est mise en lumière, où la réitération de ccs sacrements est condamnée comme un acte hérétique. Saltet, op. ctt., p 156 sq. Ce sont des faits cependant, des faits exceptionnels tan» doute, mais qui se reproduisent à divines repri­ ses. et cela à Home même. Ils sembleraient de nature à jeter un doute sur la continuité cl la fermeté de la doctrine traditionnelle, soit au sujet du caractère indébile que l’ordination produit ct qui empêche de la nnouvrlrr. soit au sujet du rôle attribué au ministre 1784 ■ ct des conditions de moralité ou d’orthodoxie qu'il i doit remplir. Il est certainement difficile d'expliquer ccs faits autrement que ne le font dom Chardon, col. 893, et Saltet, p. 392, c’est-à-dire par des < défor­ mations doctrinales temporaires », dans lesquelles il entre de l’ignorance ou, si l’on veut, de l'oubli, mais surtout beaucoup de passion, de rancune contre les personnes ou de zèle contre des abus trop criants. M. Saltet ajoute, ces réflexions très justes : « Lu doc­ trine relative aux conditions de validité du sacrement de l’ordre présente (à cette époque) l'exemple d’une régression doctrinale, la plus caractéristique peut-être de la longue histoire de la théologie. La raison en est que cette doctrine intéresse non seulement la spécu­ lation, mais plus encore la pratique quotidienne, la vie de l’Églisc cl meme, à certaines époques de l’his­ toire, la politique. Dans ccs conditions, elle devait subir, plus que toute autre, le contre-coup des grandes crises de l’histoire ecclésiastique. Op. cit., p. 392. Pour ce qui est des hésitations relatives à lu valeur du sacri lice de la messe offert par le ministre indigne, voir art. Mf.sse, col. 1003, 1040, 1047, 1067. Quand ces crises furent passées et que s’ouvrit la période des sereines spéculations théologiques, la doc­ trine retrouva son éclat ct sa netteté. Après certaines hésitations des canonistes de Bologne, au sujet des ordinations reçues dans l’hérésie, Saltet, op. cil., p. 298 sq., les théologiens retrouvent le terrain solide. Saint Thomas affirme que la foi du ministre n’a aucune influence sur la validité du sacrement, pour la raison, déjà développée par saint Augustin, que le ministre agit, non en son nom, mais au nom et par la vertu du Christ. Minister in sacramentis ins tramenta liter operatur, non agit in virtute propria, sed in virtute Christi. Sum. theol., Ill·, q. ι.χιν, a. 9 II n’y aurait d’exception que dans le cas où le défaut de foi aurait pour effet le défaut d’intention, si le ministre, ne croyant pas a l’efficacité du rite sacramentel, l’accom­ plit par moquerie et sans vouloir faire ce que fail l’Églisc. Ibid., ad lura. Telle était évidemment la pensée qui dirigeait les Pères du concile de Florence lorsque, énumérant les éléments essentiels de tout sacrement, ils n’en trou­ vaient que trois : la matière, la forme et le ministre ayant l’intention de faire ce que fait l’Églisc, — ou encore quand, à propos du baptême. Ils rappelaient que le ministre n’en est que la cause instrumentale ct que le baptême est réalisé par l’acte du ministre, avec une formule qui l’exprime en Invoquant la sainte Trinité. Deer. pro Armenis, Dcnzingcr-Banwart, n. G95 sq. Le concile de Trente fut plus formel à propos du baptême; il définit que la foi du ministre n'est pas nécessaire à sa validité : Si quis dixerit baptismum qui etiam datur ab hivrcticis in nomine Patris ct Filii et Spiritus Sancti, cum intentione laciendi quart lacii Ecclesia, non esse verum baptismum, anathema sit. Scss. vn, De baptismo, can. L II est intéressant de noter que, dans les projets de canons qui furent pré­ sentés à la congrégation générale qui préparait immé­ diatement la session solennelle, le mot hérétique était expliqué ainsi : dato eliam quart hœretlcus de baptismo, de sancta Trinitate, ant de intentione Ecclesia· aliter sentiat quam oportet. Thelncr, Acta genuina cone. Tri­ dent., 1.1, p. 157; Cone. Tridentinum, Fribourg-cn-B., 1911, t. v. p. 985. C’était une évidente allusion aux incertitudes qui avalent existé autrefois. L’Incise fut supprimée sur le désir de certains des Pères, sans que la raison de ce désir soit mentionnée. Pour les autres sacrements, il n’est donc pas de loi que leur validité ne dépend pas de l’orthodoxie de celui qui les confère. Quelques théologiens, sc fondant sur les faits que nous avons cités, ont pensé que la 1785 MINISTRE DES SACREMENTS, CONDITIONS Λ REMPLIR 1786 pensée des Pères, mirent en pleine lumière le principe confirmation ou l'ordination données par des minis­ duquel découle la vraie solution, â savoir la place tres hérétiques ne sont pas valides; dom Chardon rn exacte du ministre dans le sacrement, son rôle dans cite plusieurs, col. 189 ct 893. leur opinion n'est pas la collation de la grâce. Le Christ en est l'auteur prin­ hérétique, mais elle est, â bon droit, complètement cipal, les hommes qui donnent le sacrement ne sont abandonnée que les fondés de pouvoir, les collaborateurs, les instru­ 2· L'état de grâce. — Il faut étudier la question au ments du Christ. Dès lors qu’ils ont, par leur ordina­ point de vue de lu validité du sacrement, à celui de tion ou autrement, le pouvoir d’administrer quelque sa licéité, et aussi des grâces accidentelles qui viennent sacrement, quel que soit leur mérite ou leur démérite des prières de l’Églisc. personnel, leur pouvoir demeure ct les sacrements 1. Un ministre en état de péché mortel peut-il valide· conférés par eux sont valides. C'est ce qu'affirme, nient conférer un sacrement ? — Les partisans de la pour ne citer que lui, saint Thomas ; Minister Ecclesiæ rebaptisai ion des hérétiques Invoquaient volontiers un non agit in sacramentis quasi ex propria virtute, sed ex principe qui leur semblait être imposé par le bon sens : virtute alterius, scilicet Christi, et ideo in co non requi­ on ne peut donner cc qu'on n’a pas; les hérétiques, n’ayant pas la grâce, ne peuvent la donner; ct pareille­ ritur gratia personalis, sed solum auctoritas ordinis per quam quasi Christi vicarius constituitur. Quæst. disp, de ment 1rs indignes. Les Pères répondirent en rappelant le rôle secon­ veritate, q. xxix.a. 5, ad 3am. Évidemment,si le minis­ daire et instrumental du ministre humain ; il n’est tre est digne, il représente mieux le Christ très saint qui agit par lui;mais, fôt-il Indigne, l'action du Christ dans le sacrement, que l’ouvrier de Dieu; or la valeur n’en est pas arrêtée ni amoindrie : Christus operatur morale de l’ouvrier importe peu â l’cilicacité de son in sacramentis ct per bonos, tamquam per membra action; seuls sont â considérer les pouvoirs dont il viventia, et per malos tamquam per instrumenta caren­ dispose et l’action de Dieu qui accompagne le rite tia vita. Sum. theol., 11I*, q. lxiv, a. 5. ad 2um. Par con­ posé par lui. séquent la malice, l’indignité morale du prêtre ou d’un Il est inutile de multiplier les textes : la plupart de ceux que nous avons cités à propos de la foi du minis­ ministre quelconque ne peut empêcher les fidèles de recevoir par lui la grâce que le Christ a mise dans le tre pourraient être répétés ici, puisqu’ils affirment sacrement : Non igitur malitia ministrorum impedit, la validité de tout sacrement conféré dans la forme voulue par le ministre qui en a reçu le pouvoir. — quin fideles salutem per sacramenta consequantur. Saint Ambroise recommande à celui qui veut rece­ Cont. gent., 1. IV, c. 77. Bien plus, entre deux sacre­ ments identiques que donneraient deux ministres, l ’un voir le baptême de ne pas tant regarder la dignité saint, l'autre pécheur, il n’y a pus de différence essen­ personnelle du prêtre que sa fonction : Non merita personarum consideres, sed o/ficia sacerdotum. De tielle : c’est la même grâce qui coule par le sacrement, fruit non du mérite de l’homme, mais de la passion mysteriis, c. v, 27, P. L., t. xvi, coi. 397. Car, dit-il ailleurs, les sacrements sont l’œuvre de Dieu; nous, - du Christ. In forma sacramentorum non plus facit verbum a justo quam a peccatore prolatum, quia non ministres humains, nous n’y apportons que notre operatur ibi mentum hominis, sed passio Christi et collaboration ; Non mundavit Damastis, non mundavit virtus Dei. Opusc.,xxin (xxn) De forma absolutionis, Petrus, non mundavit Ambrosius, non mundavit Gre­ gorius; nostra enim servitia, sed tua sunt sacramenta. c. 3, dans l’édition Vivès des Œuvres de saint Tho­ Neque enim humanæ opis est divina conferre, sed tuum. mas, Paris, 1875, t. xxvn, p. 121. Il n’y a donc pas lieu de s'étonner que l’Église ait Domine, munus est. De Spiritu Sancto, 1. I, prolog., 18, consacré officiellement cette doctrine. Aux vaudois, ibid., col. 708. — Saint Augustin a trop bien mis en Innocent 111 impose une profession de foi où on les lumière le rôle du Christ qui continue â sancti tier les oblige de reconnaître que les sacrements sont valables, âmes par les sacrements, pour pouvoir hésiter. Après • même s'ils sont administrés par un prêtre pécheur », avoir lumineusement commenté le mot des disciples Epist., I. Xl, cxc\i, P. L., I. ccxv, col. 1511, Denzinde Jean-Baptiste : Eccc hic baptizat, Joa.. m, 26, alors que Jésus ne baptisait pas lui-même, mais laissait ce ger-Banin\art, n. 124; Jean XXII condamna l’erreur ministère à scs disciples, Joa., iv, 2, il conclut : Main­ contraire chez, les fraticellcs, Denz.-B., n. 488; le tenant encore, c'est le Christ qui baptise parses minis­ concile de Constance réprouva la proposition suivante tres. Si quos baptizavit ebriosus, quos baptizavit homi­ de Wielcf : Si episcopus vel sacerdos existât in peccato cida, quos baptizavit adulter, si baptismus Christi erat, mortali, non ordinat, non consecrat, non conficit, non Christus baptizavit. In Joannem, tract, v. 12, P. L., baptizat, prop. L Denz.-B., n. 581 ; il Imposa aux disci­ t. xxxv, coi. 1121. — Saint Gregoire de Nazlanzc ples de Wielcf ou de Jean 1 lus qui voulaient sc conver­ développe la même pensée que saint Ambroise : « Ne tir la reconnaissance de la vérité opposée, tnterrog. dis pas : je veux un évêque pour me baptiser..., ou si 22, Denz.-B., n, 672. Enfin le concile de Trente définit cette vérité dans sa session vu, sur les sacrements en c'est un prêtre, je le veux célibataire, dans tout l’éclat d’une continence admirée et d’une vie angéli­ général, can. 12 : quis dixerit ministrum in peccato que... Pour te purifier, i) suffit que le prêtre soit mortali exsistentem, modo omnia essentialia, qua· ad approuvé ct non condamné... Suppose deux anneaux, sacramentum conficiendum aut con/ercndum pertinent, l’un d’or, l'autre de plomb, ayant tous deux la même servaverit, non conficere aut conferre sacramentum, Image de l’empereur ct l’imprimant sur la circ. Entre anathema sit. Denz.-B., n. 855. les deux Images, y aura-t-il une différence? aucune... 2. Licéité, —- Un ministre qui, officiellement et selon Toute la différence est dans la matière, non dans le rile solennel, conférerait un sacrement sans avoir l'image. Ainsi tu dois regarder comme également l'état de grâce, commettrait un péché mortel. capables de baptiser tous ceux qui remplissent ce Ainsi le requiert le respect dû au sacrement ct à ministère. Alors même que l’un serait plus vertueux Dieu dont le ministre tient la place. Omnia sacramenta, que l’autre, le baptême n la même vertu. » Orat., xl. dit saint Augustin, cum obsint indigne tractantibus, 26, P.G . l. xwvi, col. 395. prosunt tumen per eos digne sumentibus. Cont. epist. Cette vérité ne fut jamais mise en doute dans Parmen., I. IL 22. P. L., t. xlhi, col. 65. C'cst 1 affir­ l’Églisc, â moins que l’on ne prenne pour des doutes mation de ΓÉglise dans un de ses livres officiels : le théoriques les faits de réordination; or. ceux-ci furent Rituel romain donne aux prêtres cet avertissement : avant tout des solutions de circonstance dans les­ Etsi sacramenta a b impuris coinquinari non possunt, quelles la politique ou la passion curent autant de neque a pravis ministris eorum effectus impediri, part que la doctrine. Les scolastiques, reprenant la impure tamen et indigne ea ministrantes in ivtcrmc 17S7 MINISTRE DES SACREMENTS, ROLE mortis reatum incurrunt. De sacram, administr., L La faute est mortelle d’après tous les moralistes. Saint Thomas fonde cette gravité sur deux motifs : pertinet ad irreverentiam Dei et contaminationem sacra· mentorum. Sum. thcol., Ill·, q. lxiv, a. G. Oc ces deux fondements, Je premier surtout parait important au Docteur angélique : c’est pourquoi il ne considère pas comme péché mortel l’acte du laïc ou même du prêtre qui, en cas de nécessité, donnerait le baptême d’une manière privée : n’étant pas officiellement représen­ tant de Dieu, il manque de respect au sacrement, mais non plus directement â Dieu : non exhiberet se minis­ trum Ecclesia·, sed subveniret necessitatem patienti. Ibid. ad 3un Saint Alphonse de Liguori, qui préfère l’opi­ nion plus sévère, admet cependant que celle-ci soit probable et puisse être suivie en pratique. Thcol. mor., I. V L n. 32. Quoi qu’il en soit, le prêtre étant, par office, ministre de la plupart des sacrements, le Rituel, apres avoir rappelé l'excellence el la sainteté de scs fonctions, lui recommande de travailler sans relâche â sa sanctification et de mener une vie < intègre, chaste ct pieuse », pour être toujours à même d’administrer les sacrements avec toute la dignité morale et le res­ pect qu’exige son rôle : meminisse in primis debet se sancta tractare, atque omni /ere temporis momento ad tam sanctir administrationls ο/Jlclum paratum esse oportere. Loc. cit., 3 et I. On trouvera chez tous les moralistes les détails pratiques qui se rapportent à cette nécessité de l’état de grâce pour administrer les sacrements, par exem­ ple, Nûldln, t. tiî, n. 32 sq.; PrOmmcr, t. ni, n. 56 sq. 3. Grâces secondaires. — Le sacrement reste le même dans son essence et dans ses fruits, quel que soit le ministre qui le confère; la grâce que le fidèle y reçoit demeure identique, parce qu’elle est un don de Dieu, mm un résultat de h| valeur morale de l’homme. Effectus sacramenti non datur melior per meliorem ministrum. Sum. theol., Ill®, q. lxiv. a. 2, ad2Qm. Cependant la dévotion personnelle ou la sainteté du ministre ne sont pas absolument sans efficacité. Au sacrement, toujours identique & lui-même, l’Égllse a ajouté, en effet. des prières et des cérémonies qui, récitées avec plus de piété, accomplies avec plus de dévotion, par un prêtre plus saint, obtiennent des grâces accidentelles plus abondantes. Aliquid annexum impetrari potest suscipienti sacramentum per devotio­ nem ministri; nec tamen minister illud operatur, sed impetrat operandum a Deo. Ibid., a. 1, ad 2am. C’est | pour cela qu’une messe célébrée par un saint, une absolution donnée par lui peuvent être plus efficaces. La messe ou l’absolution demeurent les memes; leur effet ex opère operate ne change pas; mais les prières qui les accompagnent, parce qu'elles sont d’un saint, ont, ex opere operantis, une vertu spéciale pour attirer les grâces de Dieu. Cf. Sum. theot., 111“. q, lxxxii. a. G. IIL Rôle du ministre. — Au fond de ces discus­ sions el de ccs incertitudes sur les conditions d’ortho­ doxie cl de moralité que doit remplir le ministre des sacrements, la vraie question qui sc posait, sans que l'on en eût toujours conscience était celle-ci : Quel est, dans le sacrement, le rôle du ministre? Dans l’œuvre de sanctification qui s’opère par le rite sacramentel, dans la production de la grâce que Dieu y a attachée, quelle part exacte lui revient? Tant que cette question ne fut pas pleinement élucidée, partout où elle reçut des réponses erronées, le doute ou l’erreur se tradui­ saient dons la pratique par des exigences excessives, par le refus de reconnaître les sacrements conférés par des hérétiques ou par des indignes. — Or, sur ce point. deux grands courants se sont affrontés. 1· L'erreur. — Selon les uns, le ministre donne vrai­ ment la grâce; s’il nr l’a pas. Il ne peut la donner Le I 1788 sacrement devient ainsi l’œuvre personnelle de celui qui le confère; le ministre l’accomplit en son propre nom; la grâce sacramentelle est dépendante de la grâce personnelle du prêtre, inexistante si le prêtre est luimême dans le péché ou l’hérésie, plus ou moins abon­ dante selon le degré de sainteté que possède le prêtre. Ainsi raisonnaient certains des évêques d’Afrique qui soutenaient saint Cypricn dans l’affaire de la rebap­ tizat ion; au concile de Cathage, tenu par saint Cypricn en 256, plusieurs des évêques expriment leur avis par cette simple formule : « Ne possédant pas la grâce, les hérétiques ne peuvent la donner. » P. L., t.iiî.col. 1070. Cette conception simpliste fut adoptée quelque temps par les douai isles, à en juger par les réfutations de saint Optat, De schismate donat., 1. V, •I, P. L., t. xi, col. 1052 sq., cl de saint Augustin, Contra litt. Pctiliani, L 11. c. xxxv, n. 82, P. L., t. xun, col. 288; cf. In Joan., tract, v, 13, et vî, 8, P. L., t. xxxv, col. 1121, 1129. Elle reparut dans les erreurs cathares sous leurs diverses formes, dans les mouve­ ments révolutionnaires qui, sous prétexte de protes­ ter contre la corruption de I’Église, niaient tout pou­ voir sacramentel au pape, aux évêques ou aux prêtres prévaricateurs, dans les hérésies de Wlclgf et de Jean Hus; cf. prop. I de Wiclef condamnée au concile de Constance : Si episcopus vel sacerdos existât in peccato mortali, non ordinat, non consecrat, non conficit, non baptizat. Den/ -B . n. 581. Saint Cypricn était trop éclairé pour se contenter d’une théorie aussi peu théologique. Sans doute il lui arrive de l’exprimer dans sa nudité; il dit par exemple : Quis potest dare quod ipse non habeat? aut quomodo potest spiritalia agere qui ipse amiserit Spiritum sanctum? Episl., lxx, 2, Martel, p. 769. Mais il comprend bien que, pour la rendre acceptable, il faut la rattacher à une base dogmatique plus large ct plus solide: cette base, il la trouve dans le dogme de l’unité de I’Église. On sait que saint Cypricn fut un des premiers ct des plus vaillants champions de ce dogme; son traité De unitate Ecclesia·, s’il n’est pas sans défauts, affirme avec une parfaite netteté la nécessité d’appar­ tenir à la véritable Église, à la seule Église, si on veut arriver au salut. Il a formulé celte nécessité dans une expression aussi précise que celle à laquelle nous sommes habitués : Habere non potest Deum patrem, qui Ecclesiam non habet matrem, c. vi, I farte), p. 211 Pas de salut, pas de grâce en dehors de I’Église. Mais, faute d’avoir su distinguer dans l’Égllse le corps et Vâmc, il aboutit à cette conclusion erronée (pie, les sacre­ ments étant uniquement biens d’Églisc, le minis­ tre n’y pouvant agir qu’au nom de I’Église, quiconque sc trouve hors de I’Église est complètement exclu du domaine des sacrements, incapable de les donner, incapable de les recevoir. Autrement, dit-il, ce serait briser l’unité de I’Église hors de laquelle il n’y a pas de baptême, Episl., lxx, 1, Martel, p. 767 ct 771 ; ce serait nier le privilège accordé par Dieu Λ son Église, privilège exclusif ct qui n’appartient pas à l’hérésie, de posséder et de donner à ses enfants la pureté, la vie, la sainteté : Si autem in lavacro, id est in baptismo, est generatio, quomodo generare filios Deo hæresis per Christum potest, quæ Christi sponsa non est? Si ergo hive est dilecta, et sponsa quæ sola a Christo sanctificatur ct lavacro ejus sola pur­ gatur, manifestum est her res ini, qua· Christi sponsa non sit, nec purgari, nec sanctificari lavacro ejus posse, filios Deo generare non posse. Episl , lxxiv, 6, Ilartel, p. 801. Des raisonnements analogues furent également invoqués par plusieurs évêques du concile de 256. Primus de Misglrpa s’exprime ainsi : Non (est) baptisma nisi in Ecclesia unum et verum; quia et Deus unus et fides una et Ecclesia una est in qua stat unum baptisma et sanctitas; et un autre : 1789 MINISTRE DES SACREMENTS, ROLE Mea sententia hue est ut hicrctici ad Ecclesiam venientes baptizentur, eo quod nullum foris apud peccatores remissionem peccatorum consequantur. P, L., I. in, coi. 1055 ct 1050. 2· La vérité. — A cette conception qui exagérait le rôle du ministre pour exiger de lui des conditions excessives, Home, ou plutôt I’Église, a constam­ ment opposé une doctrine plus large et finalement l'a fait prévaloir. Les sacrements sont, par eux-mêmes, ex opere operato, diront les théologiens, efficaces de la grâce; Dieu leur a tellement attaché une vertu sancti­ ficatrice que, dès qu’ils sont correctement accomplis et reçus en dispositions convenables, ils produisent leur effet. Quelle que soit donc la valeur ou l’indignité du ministre, serait-il hérétique, schismatique, excommu­ nié, pécheur public, pourvu qu’il accomplisse le rite sacramentel tel qu’il n été déterminé par le Christ ou par I’Église,avec l’intention de faire ce que (ait l’Égllse, le sacrement existe et il produit la grâce si rien dans le sujet ne le rend incapable de la recevoir. Le rôle du ministre se borne donc à accomplir le rite prescrit avec l’intention voulue; il est simplement celui qui pose le rite producteur de la grâce, ct qui par son acte déclen­ che l’action sancti Beatrice de Dieu. Cette doctrine se trouve déjà implicitement dans la réponse du pape saint Étienne aux arguments des rebaptizanls : dans le baptême, dit-il, il ne faut pas considérer la valeur du ministre, mais la puissance de l’invocation de la Trinité, S. Cyprien, Episl., lxxv, 9 (lettre de Firmilien de Césarée), Ilartel, p. 815 ; le nom du Christ, dit-il encore, est de toute efficacité pour sanctifier dans le baptême, à tel point que, quel que soit le baptisé ou l’endroit où on le baptise, si on le baptise au nom du Christ, il reçoit aussitôt la grâce du Christ, Ibid., 8, col. 11G9. C’était déjà affirmer l’cfficacité objective du baptême, indépendamment de la foi du ministre; c’était réduire le rôle du ministre â accomplir le rite essentiel. La pleine lumière n’était cependant pas faite, ct, tout en acceptant le principe, plusieurs n’osaient l’in­ terpréter avec la parfaite largeur qu’il comportait. Nous avons vu (pie saint Alhanase, (pii expliquait par l’invocation de la Trinité l'efficacité du rite baptismal, concluait qu’il fallait croire â la Trinité pour baptiser, Oral. //“ cont. arian,, 12. P. G., t. xxvi, col. 237; et que saint Basile, (pii croit de même (pie la vertu du baptême tient à la puissance des trois personnes et particulièrement du Saint-Esprit présent dans l’eau baptismale,refuse aux marcionites le droit de baptiser, parce qu’ils considèrent Dieu comme auteur du mal. et aussi aux montanistes qui tiennent le Saint-Esprit pour une créature, Epist., ct.xxxvm, can. 1, et cxcix, can. 17. P. G’., t. xxxn, col. 667 sq., 731. Il fallut que l’hérésie donatistc réveillât la question et la fil résoudre par le clair génie de saint Augustin. Déjà saint Optat pose nettement le principe. Il y a, dil-Π, trois facteurs (pii interviennent dans le baptême : la Trinité, la foi du croyant, le ministre. La Trinité demeure toujours In même, ct aussi la foi de celui (pii croit à la Trinité. Seule la personne du ministre est variable. Le sacrement n’est pas pour autant sujet à variation, car le ministre n’est pas le maître du sacrement, il n'en est (pie l’ouvrier: Dieu seul est le maître à qui le ministre ne fait (pie prêter son concours. Operarii mulari possunt, sacramenta mutari non possunt. Cum ergo videatis omnes qui bapti­ zant operarios esse, non dominos, ct sacramenta esse sancta, non per homines, quid est quoti robis tantum vindicatis?... Concedite Deo pnestare quit sua sunt. Xon enim potest ut munus ab homine dari quod divinum est... Dei est mundare, non hominis. De schism, donat., 1. V. I. P !... t XI. COL 1002-1··53. Mais personne n’a dépassé la clarté ct la vigueur avec 1790 lesquelles saint Augustin reprend et applique ce prin­ cipe. S'il défend contre les donatlstcs la validité du baptême catholique, il accepte aussi bien le baptême donné par les hérétiques, quels qu’ils soient, parce que, dans le baptême, ce n'est pas le ministre apparent qui agit, c'est Jésus lui-même, ct l'action du Christ garde son efficacité malgré l’indignité de ceux qui la déclen­ chent en accomplissant le rite sacramentel. C’est sur­ tout dans ses traités sur saint .Jean qu'il donne à sa pensée sa plus parfaite expression : postérieurs à la polémique donatistc, ils revêtent de ce fait une séré­ nité plus grande ct une importance plus considérable. Dictum est de Domino... quia baptizabat piares quam Joannes; deinde adjunctum est : Quamvis ipse nnn baptizaret, sed discipuli ejus. Ipse rt non ipse; ipse potestate, illi ministerio; servitutem ad baptizandum illi admovebant, potestas baptizandi in Christo perma­ nebat. Ergo baptizabant discipuli ejus,et ibi adhuc erat Judas inter discipulos ejus. Quos ergo baptizavit Judas, non sunt iterum baptizah..., quas baptizavit Judas, Christus baptizavit. Sic ergo quos baptizant ebriosus, quos baptizavit homicida, quos baptizavit adulter, si baptismus Christi erat, Christus baptizavit, Son timeo adulterum, non ebriosum, non homicidam; quia colum­ bam attendo, per quam mihi dicitur : Hic est qui bapti­ zat. Tract, in Joan., v, 18, L., t. xxxv, coi. 1121. Quamvis multi ministri baptizatun essent, sive justi, sine injusti, non (tribuitur) sanctitas baptismi nisi illi super quem descendit columba, de quo dictum est : Hic est qui baptizat in Spiritu Sancto. Petrus baptizat, hic est qui baptizat, Paulus baptizat, hic est qui bapti­ zat; Judas baptizat, hic est qui baptizat. Ibid., vr, Ί, col. 1 128. Sans doute, les sacrements sont biens d’Églisc; c’est elle qui par eux continue l’œuvre de sanctification commencée par le Christ. Mais il n’en résulte pas que hors de I’Église ils n'aient aucune valeur. On doit dire bien plutôt que l’acte du ministre, même hérétique ou pécheur, qui confère un sacrement, devient vraiment un acte de I’Église, un acte du Christ. Secura Ecclesia spem non ponit m homine..., sed spem suam ponit in Christo... de quo dictum est : Ipse est qui baptizat. Proinde homo quilibet minister baptismi ejus, qualemcumque sarcinam portet, non iste, sed super quem colum­ ba descendit, ipse est qui baptizat. Epist., i xxxv, 5, Γ !... t. wxiiJ, coi. 311. Ainsi se trouvait résolue la difficulté qu’avait dressée devant saint Cyprien sa théorie trop étroite de I’Église. Celle de saint Augustin est autrement large, car au fond de sa doctrine sacrament aire, il y a toute la théorie de l’âme de I’Église, théorie qu'il n’a pas for­ mulée, mais qui évidemment est dans sa pensée. L’Église seule héritière des pouvoirs donnes par le Christ et des moyens de sanctification apportés par lui au monde, c’est l’Égllse catholique. Mais, par delà I’Église visible, il y a une foule d’âmes auxquelles s’étendent 1rs bienfaits du Christ et l’action sanctifi­ catrice de I’Église. La vole du salut cl de la grâce n’est pas tellement enserrée de murs et de fourrés impénétrables que les âmes soient condamnées sans rémission si elles ne sont pas de I’Église: aux âmes de bonne volonté à qui il ne manque que la lumière, le salut est possible. Bien plus elles ont même à leur disposition les canaux de la grâce (pie le Christ a donnes à son Église el qui sont les sacrements; l’erreur involontaire où elles se trouvent, l’égarement ou l’indignité des ministres n’empêchent pas In divine efficacité de ccs sacrements, ct ainsi, éloignées de l’Égllse extérieurement, elles ne sont pas totale­ ment soustraites à son action de salut. Doctrine la plus large, elle est aussi la plus sage. Faire dépendre l’efficacité des sacrements de la voleur de celui qui les confère, ce serait jeter les âmes dans 1791 MINISTRE DES SACREMENTS, OBLIGATIONS des incertitudes inextricables : car pourrait-on savoir si le ministre du sacre ment est vraiment digne, ct donc capable de le conférer? Et Λ supposer même qu’il fût digne, que de problèmes sc poseraient! Le sacrement varierait de valeur suivant In plus ou moins liante valeur du ministre; en réalité, chaque homme ayant sa valeur propre, il y aurait autant de sacrements que de ministres differents. Avec la doctrine qui affirme l’efficacité objective des sacrements, toute incertitude disparaît. Il n’est pas besoin, ainsi que le remarquaient saint Ambroise et saint Grégoire de Nazinnzc dont les textes ont été cités plus haut, de rechercher les minis­ tres les plus distingués, les plus saints ou les plus élevés en dignité; pourvu qu’ils aient les pouvoirs requis ct accomplissent correctement ce qu'il doivent accomplir, le sacrement existe, toujours identique à lui-même. Saint Augustin souligne expressément la sagesse pratique de cette doctrine : Si pro diversitate meritorum baptisma sanctum est, quia diversa sunt merita, diversa erunt baptismata... Sunt alii aliis sanc­ tiores, sunt alii aliis meliores. Quare ergo, si unus ab illo, verbi gratia justo, sancto, baptizetur, alius ab alio inferioris meriti apud Deum, inferioris gradus, inferioris continentia·, inferioris vitat, unum tamen et par et uquatr est quod acceperunt, nisi quia hic est qui baptizat? In Joan., tr. vi, 8, P. L., t. xxxv, col. 1 128. Cette doctrine sur le rôle du ministre des sacrements n’a pas été officiellement et en termes exprès consacrée par l’Église. Mais elle est affirmée par tous les théolo­ giens à la suite de saint Thomas; elle est supposée par toutes les décisions concrètes qui affirment la validité objective du sacrement, quelles (pie soient les dispo­ sitions morales de celui qui le confère; elle est la consé­ quence de la doctrine de l’efficacité des sacrements ex opere operato; elle est, en somme, une partie inté­ grante de la théologie sacrament aire, et l'on ne peut la nier sans ébranler toute celte théologie elle-même. IV. Obligation de donner ou de refuser les sacrements. — Il semble superflu de reproduire tous les détails pratiques dans lesquels descendent les mora­ listes. Il suffira, après avoir rappelé les lois formelles de l’Église, d’énoncer les règles générales qui doivent dicter au ministre des sacrements sa conduite. 1· Obligation d’administrer les sacrements. - 1. /.ois de l’Église. — Parmi les devoirs du curé, h· Code dr droit canonique place celui « d’administrer les sacre­ ments aux fidèles chaque fois qu’ils les demandent légitimement », can. 167, $ 1. Ce devoir s’impose avec plus d’urgence quand il s’agit de malades, surtout de malades en danger de mort : les cures devront employer tous leurs soins à les réconforter par les sacrements, can 168. Car les laïcs ont le droit de rece­ voir du clergé les bleus spirituels ct surtout les secours nécessaires au salut, can. 682. 2. Enseignement des moralistes. — Ccs dispositions légales ont besoin d’être Interprétées et complétées par l’enseignement des moralistes. Ils distinguent parmi les ministres des sacrements, ceux qui sont pasteurs et ceux qui ne le sont pas; parmi les sacre­ ments eux-mêmes, ceux qui sont nécessaires cl ceux qui ne le sont pas. Les pasteurs, c'est-à-dire tous ceux qui ont charge d’âmes, contractent, par leur fonction même, une obligation de justice vis-à-vis de leurs ouailles. Ils ne •ont placés à leur tête que pour leur donner ce dont elle» ont besoin pour leur vie spirituelle, et en parti­ culier les sacrements. Leur responsabilité est donc gravement engagée : non seulement ils ne doivent rien faire pour écarter 1rs fidèles îles sacrements, mais il y j un minimum de zèle absolument obligatoire pour leur en faciliter l’accès. Certaines sévérités qui décou­ ragent, certain» refus injustifiés, certaines noncha­ lances à rendre à l’appel des âmes, tout cela nuit 1792 à l’intérêt spirituel des fidèles, tout cela est directe­ ment contraire au devoir d’état du pasteur : et parce qu’il s’agit d’intérêts graves et d’une obligation de justice, il est aisé d’arriver à une faute mortelle. Il faut remarquer cependant que le pasteur n’est pas tenu d’administrer par lui-même les sacrements; Il peut sc faire aider ou remplacer par un vicaire ou un autre prêtre. Ce qui importe, c’est que les fidèles puis­ sent aisément recourir au ministère dont ils ont besoin. Le devoir du pasteur est d’autant plus impératif qu’il s’agit de sacrements plus nécessaires au salut. Ce n’est plus seulement son temps, ses efforts, scs fatigues qu’il doit donner sans compter ; s’il lui faut sacrifier sa vie pour sauver une âme, il le fera sans hésiter, sc souvenant de la parole du Maître : < Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis », Joa., x, 11 ; il est condamné à l’héroïsme, sous peine de man­ quer gravement à son devoir. Ces sacrements néces­ saires sont avant tout le baptême et la pénitence. I înc décision de la Cong. du Concile, en date des 12 ct 26 octobre 1576, faisait un devoir au curê d’adminis­ trer ccs sacrements à scs paroissiens atteints par la peste, dût-il y contracter lui-même la maladie. Benoit XIV, Dr sgnodo diacesana, I. XIII, c. xix. La plupart des théologiens en disent autant de l’extrêmeonction et du viatique. Benoît XIV, par une décision du Saint-Office du 11 juillet 1751, demandait avec ins­ tance au vicaire apostolique d’Algérie, de procurer à scs administrés la sainte communion et l'extrême-onc­ tion, malgré la peste qui régnait dans le pays. Évidem­ ment ce texte ne formule pas une obligation précise; ct l’on peut discuter sur le caractère de nécessité que revê­ tent ccs deux sacrements pour les malades en Ranger de mort. Mais un pasteur éclairé sur le prix dosâmes, conscient de sa propre responsabilité et craignant de scandaliser, comprendra l’avis que lui donne Lehmkuhl : « Une crainte excessive ct une trop grande pru­ dence du curé ou d’autres prêtres est vraiment à blâmer; car les fidèles seront peu édifies, ils seront plutôt scandalisés de voir le prêtre craindre à un tel point. Que le prêtre ait confiance en Dieu; en prenant quelques précautions dictées par une sage prudence, il écartera suffisamment le danger. Saint Charles Borromée a donné un parfait exemple d'héroïsme dans la charité, quand pendant la peste de Milan, il allait voir les pestiférés dans les hôpitaux, non seule­ ment pour leur donner les sacrements nécessaires, mais pour leur administrer la confirmation. ■ Thcolog. moral., t. n, n. 51. Quant aux prêtres qui ne sont pas pasteurs, ils n’ont aucune obligations de justice vis-à-vis des fidèles, mais seulement une obligation de charité. SI cette obligation est grave, si elle doit imposer des sacrifices et* aller même jusqu’à mépriser la mort, les théologiens le déterminent d’après les règles qui éta­ blissent l’ordre à suivre dans la charité. 2· Obligation de refuser les sacrements, — 1. I.ois de ΓÉglise. — Le Code défend d’administrer les sacre­ ments « aux hérétiques ou aux schismatiques, meme s’ils sont dans l’erreur de bonne fol..., à moins qu’ils n’aient auparavant rétracté leur erreur et n’aient été réconciliés avec l’Église , can. 731. § 2. Pour ce qui regarde la communion, il distingue entre les fidèles qui sont publiquement indignes et ceux qui le sont en secret; aux premiers, on refusera la communion à moins qu’en ne les sache corrigés ct repentants, cl qu’ils n’aient réparé le scandale; aux autres, on la refusera également s’ils la demandent en secret, on l’accordera s’ils la demandent en public ct qu’on ne puisse les passer sans scandale, can. 855. Le Rituel romain est plus explicite que le Code, mais en somme les dispositions sont les mêmes, tit. iv, c. 1, De sanc· I ttssimo eucharistier sacramento, — Le ministre qui 1793 ministri: des sacrements oserait administrer un sacrement · Λ ceux ü qui le droit divin ou Je droit ecclésiastique défend de les recevoir » encourrait une suspense,/erenda· sententia cl d'autres peines au jugement de levtquc, can. 2.361. 2. Enseignement des moralities. ils distinguent ceux qui sont absolument Incapables de recevoir le sacrement et ceux qui en sont indignes. Donner un sacrement à quelqu'un qui est inca­ pable de le recevoir valldemcnt, serait un sacrilège qu'aucun motif ne peut excuser. Donner un sacrement à quelqu'un qui, sans être Incapable, est indigne de le recevoir, est également défendu : c’est une question de respect du sacrement dont le ministre est Je dispensateur et le gardien au nom du Christ; et c’est aussi une question de charité, puisqu'un donnant un sacrement à un Indigne, il coopérerait à un sacrilège. Cependant certaines com­ plications 1res graves peuvent sc présenter, qui excuse­ ront ou même exigeront une exception à la règle, par exemple la crainte de violer le secret sacramentel, ou de scandaliser gravement les fidèles et de les écarter des sacrements, ou de nuire gravement à la réputa­ tion de celui dont on révélerait publiquement un péché secret. Les moralistes résument en trois règles pratiques la conduite à tenir : 1. On refusera toujours les sacrements & celui qui en est publiquement indi­ gne. —· 2. On les refusera au pécheur secret qui les demande secrètement. — 3. On ne les refusera pas au pécheur secret qui les demande publiquement. Ces règles se comprennent facilement ; les détails d’appli­ cation en sont donnés par tous les moralistes. Pour la partie dogmatique ct morale de cet article, on consultera les divers traités de théologie sncnuncntalrc, en particulier : saint Thomas, Summa lheolog., ΙΠ·, q. lxiv; Suarez, De sacramentis, éd. Vlvès, l*arls, 1860, t. xx, p. 238 sq.; De Lugo, Tractatus de sacramentis in genere, éd. Vivès, Paris, 1869, t. m, p. 369 sq.; Drouin, De sacramen­ ti» in genere, dans Thcologtœ cursus completus de Mlgne, t. xx, col. 1360 sq. ; Billot, De Eccleslee sacramentis, th. xvi-xvm, Borne, 1896, p.157 sq.; Lépicler, Tract,de sacra­ mentis in communi, Paris, (1921), p. 217 sq.; C. Pcscli, Trajectiones dogmatica', Friboiirg-en-B., 1914, t. vj, p. 102 sq.; Saint Alphonse de Llguori, Theolog. moralis, 1. VI, tract, i, De sacramentis in genere, éd. Gaudé, Borne, 1909, t. m, p. 13 sq.; Noldln, De sacramentis, Inspruck, 1920, p. 17 sq.; Prüinmcr, Manuale theologia- moralis, Fribourgcn-B., 1915, t. m, p. 43 sq., etc. Pour la partie historique, en plus des historiens de l’Église, comme Duchesne, dom Leclercq, voir dom Char­ don, Histoire des sacrements, dans le Theol. cursus compl. de Mlgne, t. xx; Pourrai, Im théologie sacramen taire, Paris, 1907, p. 106 sq.; Saltet, Les réordlnalions, Paris. 1907. L. Gom fkoy. Μ I NUCI US FÉLIX, apologiste chrétien (n* ou m· siècle). — L Le livre composé par lui. IL Caractères généraux. III. Auteur ct date. L Le i.ivhe. — 1· Lactanee ct saint Jérôme font mention, l’un ct l’autre, d’un auteur chrétien qu’ils appellent Minucius Félix ct ù qui ils attribuent un livre ayant pour litre : Octavius. Lactanee, Divin. instil, 1, xi, 55, édit. Brandt, Corpus de Vienne, t. xix, p. 16, écrit : Minucius Felix in eo libro qui Octavus in­ scribitur; et V.1,21 sq , p. 102, il le cite, avec Tertulllen et Cyprien, comme l’un des apologistes chrétiens. Saint Jérôme, Vir. ill., 58. P. L., t. xxnt, col. 669, ajoute : Minucius Félix, Itonur insignis causidicus, scripsit dialogum christiani ct ethnici disputantis qui Octavius inscribitur; cf. Epist., i.xx, 5 ; x.x, 10; xt.ni, 13; In Is., I. VIII, praf., t. xxn, col. G68, 595, 502, t. xxiv, coi. 289. On ne trouve pas d’autre men­ tion de Minudus dans l'ancienne littérature chrétienne, sauf un mot de saint Bûcher de Lyon (f 150) : Epistula parrrnctlca ad Valerianum, P. L., t. L, col. 719 A. De l'auteur Lactanee ni Jérôme ne savent rien d'autre que le titre de son livre et sa qualité d’avocat, qu’ils ont — minucius Félix 1794 trouvée dans l’ouvrage même. A l’époque de Jérôme, il circulait aussi un ouvrage attribué au même Minu­ cius : De /ato vcl contra mathematicos. L’auteur du De viris fait observer néanmoins que la différence de style qui sc remarque entre les deux ouvrages rend cette attribution bien improbable. Le De lato a dis­ paru sans laisser de traces; quant a V Octavius, il s’est conservé dans un unique ms., le Parisinus lat, 16G1, le cod. Druxelt, 10 847 n'étant qu'une copie faite au xvi· siècle sur le précédent. 2· Publié pour la première fois en 1513, V Octavius ne fut pas d’abord Identifié. Le premier éditeur, Faus­ tus Sabæus de Brescia, conservateur à la Bibliothèque vaticane, trompé par le ms. qu’il publiait, le donna comme le VIII· livre du traité d’Amobc : Disputa­ tiones adversus gentes. Le copiste, en effet, ayant terminé le 1. VII d'Amobe avait transcrit aussitôt après : Incipit liber VJ II feliciter, au lieu de Incipit liber < Octavius ». Mais, dès 1560, le jurisconsulte français, François Baudoin, découvrait l’erreur, ct V Octavius était restitué A son véritable auteur; la démonstration de Baudoin emporta immédiatement la conviction; le prétendu L VIII d’Amobe différait profondément des élucubrations du rhéteur africain; il correspondait de manière exacte au signalement court, mais précis, qu’avaient donné de l’Ocfooius Lactanee ct Jérôme. Cette position n’a plus jamais été modifiée, bien que des centaines de chercheurs se soient appliqués à l’élude de ce petit livre. 3· Tel qu’il se présente, il comporte après une courte introduction destinée à en expliquer le titre, le récit d’une joute oratoire entre deux personnages, l’un païen, Cécilius Natalis, l'autre chrétien, Octavius, tenue à Ostie, sous la présidence de Minucius Félix, chrétien lui-même. Après avoir entendu l’un ct l’autre plaidoyer, l’arbitre attribue la victoire à Octavius; Cécilius d’ailleurs sc déclare lui-même vainqueur... mais des préjugés qui l’empêchaient d’aller vers le christianisme. Il est prêt à étudier sérieusement cette religion nouvelle dont il avait dit tant de mal. Et les trois amis se séparent · heureux et joyeux, Cécilius d’avoir cru, Octavius d’avoir vaincu, Minucius de la foi de l’un ct de la victoire de l’autre ». xl, 4. Comme on le voit, il s’agit, moins d’un dialogue platonicien ou cicéronien, que de deux discours successifs dont le second répond point par point au premier. Le tout est d’ailleurs d’une facture littéraire parfaite, tant au point de vue du style que de la composition. Il est peu d écrits de l'ancienne littérature chrétienne qui, sous ce rapport, puissent rivaliser avec celui-ci. Les idées mêmes, sans être bien profondes, valent la peine d’être relevées. L’argumentation vigoureuse que mène Cécilius contre le christianisme, v-xiu, s’inspire du scepticisme religieux ct philosophique en honneur dans les milieux romains sous l’Empire. Ce que le païen reproche aux chrétiens, c’cst la précision, disons la raideur, de leurs enseignements sur Dieu, la création, la Providence, les lins dernières, ct spécia­ lement la résurrection corporelle et les rétributions de l’autre vie. Sur ces divers points il faut,estime-t-il, savoir ignorer. Et pour ce qui est du culte, le mieux est de s on tenir Λ la religion traditionnelle qui a fait la grandeur de Home. Le christianisme, au contraire, ne saurait que nuire Λ l’Empire. Recrutée dans les bas-fonds de la société, sc livrant à des désordres sans nom, propagatrice de multiples erreurs, la nouvelle secte est justement méprisée. Et Cécilius termine sur l’idée par laquelle il avait commencé : Toutes choses sont Incertaines. Je mieux est de s’en tenir aux vieilles coutumes, de crainte de faire naître une superstition de vieille femme ou de détruire toute religion. » xm, 3. Point par point, Octavius répond A ce réquisitoire. 1795 l· l· L I MINUCIUS FÉLIX xvr-xxxvm, Après avoir exprimé en quelques mots le droit de Γ intelligence à rechercher la vérité, le pou­ voir qu’elle a d’y atteindre, il démontre l'existence et l'unité de Dieu,la providence avec laquelle il gouverne l’univers, xvu-xix. Son argumentation, un peu super­ ficielle» fait surtout état de l'harmonie du monde, de l’adaptation qu'on y remarque de moyens Λ des fins, cl qui exclut le jeu du hasard. Un développement plus spécial est consacré â l’unité divine, xvm» 5xix. C’est vers ce Dieu unique et provident que doi­ vent s'orienter les hommes, car les superstitions, même traditionnelles, ne peuvent satisfaire leur ins­ tinct religieux. Suit une critique du paganisme, ins­ pirée de l’évhémérisme, el une démonstration de la vanité de l'idolâtrie. xx-xxiv. C'est bien à tort qu’on attribuerait à de si misérables pratiques la puissance de l’Einpirc romain ; les quelques réalisations d’oracles en provenance des sanctuaires païens ne prouvent que l’habileté des démons; « ce sont eux qui inspirent les devins, font palpiter les libres des entrailles... font rendre des oracles, où un peu de vérité est enveloppé d'une plus grande quantité de mensonges ». χχνπ, 1. C’est d’eux encore que provient, en définitive, la persécution contre les chrétiens. Et Octavius de dis­ cuter les uns après les autres tous les ragots qui traînaient dans les milieux populaires, et jusque dans les cercles les plus élevés de la société romaine, xxvnxxxi. Le culte des chrétiens est pur; sublime est leur doctrine. Et ceci donne à l’avocat du christianisme l’occasion de revenir sur renseignement de la nouvelle religion relatif à Dieu cl ù l’eschatologie. I.a destruc­ tion finale du monde n'est-elle pas enseignée par les philosophes antiques? Et quant à la résurrection des corps, n’en découvre-t-on pas le germe dans les doc­ trines de Pythagorc ct de Platon sur l’immortalité de l'âme ct la métempsycose, de même que l’on retrouve dans les poètes classiques l’idée «les rétributions futures, xxxiv-xxxv. Enfin la comparaison de l’idéal du chrétien avec celui du païen est tout â l’avantage du premier. Paisibles, humbles, confiants dans la générosité de notre Dieu, nous sommes animés de l'espoir d’une félicité future, dont sa majesté présente est un gage certain. > xxxvm, I. Et l’orateur de con­ clure : Nous qui portons la sagesse, non pas sur notre visage, mais dans notre cœur, qui ne disons pas de grandes choses mais qui les faisons, nous nous glori­ fions d’avoir trouvé cc que les philosophes ont cherché avec les plus grands efforts sans pouvoir le rencontrer. » xxxvm, 6. IL Caiuctêhes oénéraux. — On le voit, l’ensem­ ble de l’argumentation demeure sur le terrain propre­ ment philosophique, mais il faut toute l’ignorance de certains philologues en matière religieuse pour faire de Minucius, soit un hérétique en rupture de catholi­ cisme, soit un déiste en marge du christianisme. Il va de soi, ct l’auteur l’indique lui-même, que la démonstration n'est pas une apologie complète du christianisme; Octavius veut seulement amener son ami à la porte du sanctuaire : « Pour ce qui est du fond de la question dit Céciiius, je reconnais la Pro­ vidence, je me rends quant h l'existence de Dieu ct je tombe d’accord de la pureté de votre religion, qui est déwnnaix l.i mienne Pourtant il reste quelques points, qui sans doute ne font pas obstacle â la vérité, mais dont l’éclaircissement est nécessaire pour une com­ plète Instruction. > xl, 2. Ainsi sc trouve affirmée, avec une netteté qu'on ne voit nulle part ailleurs dans les anciens, la distinction des proram buta fidei et de l’enseignement révélé lui-mème. ('.c dernier n'est pas louché id, on sait que les catéchumènes y étaient seulement Initiés dans les semaines qui pré­ cédaient le baptême. Mais de la préparation philosophique ù la vérité. 179G I l'esprit chrétien est loin d’être absent. Sans doute l'Écrilurc n'est Jamais rapportée expressément, pour­ tant nombreux sont les passages de VOctavtus qui ont leur parallèle dans le texte sacré; A dire vrai, la longue liste établie par Waltzing, p. 213-211 de .sa grande édition, ne contient pas que des rapprochements indis­ cutables, il reste pourtant que, sur quelques points très précis de doctrine, VOclainus utilise les idées cl parfois même les mots de l’Écrilurc. E’est le cas, en particulier, pour l'omniprésence de Dieu, Oct., xxxii, 9; le culte en esprit et en vérité, xxxn, 1; l’inutilité des sacrifices matériels» xxxn, 2-3, xxxvm, 1; la providence divine s'étendant aux oiseaux des champs, xxxvï, 5; le caractère moral de l’épreuve cl de la souffrance, xxxvï, 9 et d’autres. Comme le dit très justement J. P. Waltzing, · si Minucius ne cite jamais expressément un texte de la Bible» cc n'était pas faute de la connaître : il voulait, c’est un éloge qu’il s'adresse à lui-même, xxxix, combattre les païens avec leurs propres armes*. Op.cit., p. 216. En fait, c’est aux philo­ sophes de l'antiquité profane, spécialement à Cicéron ct à Sénèque qu'il emprunte ses preuves en faveur des vérités de la religion naturelle, comme c’est aux poètes, aux érudits, aux archéologues qu’il demande des arguments contre les croyances ct les pratiques païennes. III. Αυτί un et date. — Sur l’auteur de cc char­ mant opuscule, il est Impossible de rien dire, car nous n’avons sur lui que les maigres renseignements que nous fournit l’œuvre elle-même. Les plus anciens témoins étaient logés ù la même enseigne. Quand nous aurons dit que Minucius était avocat au barreau de Rome, (pie, païen de naissance, il s’était converti assez tard, nous aurons dit à peu près tout ce que nous savons. La date même de son œuvre n’est pas très facile à préciser. On ne peut remonter plus haut que le dis­ cours de Fronton contre les chrétiens, car il est fait à ce pamphlet une claire allusion, Oclav., ix, 6; xxxi.2. Comme Fronton est mort vers 170, on a Ici un termi· nus a quo suffisamment ferme. Par ailleurs le traité quod idola dii non sint attribué (mais avec quelque hésitation) à saint Cyprien (t 258) fournirait un ter­ minus ad quem, car il a pillé littéralement V Octavius. Cette marge de trois quarts de siècle, 11 est assez dif­ ficile de la resserrer. On a essayé de le faire en précisant les rapports qui existent entre Minucius Félix et Tertullicn. Ces rap­ ports sont incontestables, ct il existe un réel parallé­ lisme entre de nombreux développements de VOctiwius ct des passages de VApologcticus,de VAd nationes, du De anima et du De corona de Tertullicn. En voir l’énumération dans Waltzing, op. cil., p. 211-215 ct dans P. Monceaux. Hist. Utt. de V Afrique, t. i, p. IG8; voici les plus évidents de ces rapprochements : Apol., vn - Octav., xxvm, 6; Apol., ix Oclav., xxx. 3-6, xxxi, 2; Apol., xvn Oclav., xvm, 11; Apol., xxnxxiv = Octav., xxvr-xxvii; Apol., xi.vm Octav., xxxiv, 11. xxxv, 3; Ad nat., n, 2 =· Octau., xm, I, xix, 8; De cor., x Octav., xxxvm, 3, etc. II ne s'agit pas seulement d’idées analogues et d’arguments sem­ blables, mais d’une parenté des mots, des tournures, du raisonnement général, qui ne peut être fortuite. Cette parenté est d'ailleurs reconnue par tous les cri­ tiques. Où l’on diffère c’est dans l’explication que l’on en donne; les trois hypothèses possibles, utilisation par Tertullicn et Minucius d’une source commune, anté­ riorité de Tertullicn, antériorité de Minucius, ont été soutenues par de» critiques de valeur cl avec des argu­ ments spécieux. Aucune n’a réussi à s’imposer defintivenirnt. La première (Ilartel, Wilhelm. Agnud), a semblé trop .chématlque, et n’a rencontré que peu MINI CIUS FÉLIX 1797 d'adhérents; elle se heurte a cette difficulté majeure qu'l) ne s'est conservé aucune trace de la fameuse source commune. Pour dirimer la question de l'anté­ riorité chapitre* xxi-xxin ct qui n’a pas été com­ plètement supprimée juir et dernier (cf. Musée belge. 1906, t. x, p, 83-100); celte lumineuse correction est utilisée dan* la petite édition Waltzing, publice dan» la coBcclHm i.nbncr, 1912. H. Thasaux. — Outre les préface* des divers éditeur*, il faut signaler au xvn* siècle la dissertation de dom N, Le Nourry, publiée au t. il de son Apparatus, reproduite dans P. L·., I. m. col. 371-652; nu XMir une Epistola dr Ihinhl van Hoven publiée dans l’édit. IJndncr, et revendiquant In priorité dr Minucius sur Tertullicn. Quant aux travaux plus récents, voici ceux dont non* avons signalé le* auteurs. 1· Source commune. — W. Hartrl, Patristichr Sludien, dans Silzungsber. tier Wiener Acad., 1890, t. cxxî. p. 18-20; Γ. Wilhelm, P· Mtnueli Fthm octaDio et Tertulliani Apo· lugrlico, inaug.» Brrslau. 1887;R. Agahd, M. T. I , dans /ctlxrh. fur Χ.Γ. Wisxenscha/t. 1924, t. \xm. p. 110-122. 3· Anttriorilr tie Tertullien. -— G. Boissier. /.‘Ocfai iu.t. dans Journal drx Samnis, 188.1. p. 436-453. et La pn di paganisme, t. i. 1891. p. 307; L. Masscbicau. I.'Apdagr· lique dr Tertullicn ct TOctavius dt .M. Félix, dans Revue d·· l'hist acs religions, 1887, t. xv, p. 316-346; P. Monceaux. llisbdrr Utt. de l Afrique chrn tienne, 1.1. 1901, p. 163-54KS; A. Harnack. Altchrlst. I.iltcralur, Die Chronologie, t. il, 1905, p. 324-330; B. Helnze, Terlullians Apolagelieum. dans llrrichtc ubtr dic l rrhandlungrn der k, sachstxchcn tir· srllsch, tier B ιαλγημ /ι.. 1910. 1. ι vu, fa*c. 10, p. 281-488. Ê. Am \\N. MINUTOLO Loul·, frcie prêcheur sicilien, ne ct mort à Messine (16181-1675). (Confesseur et direc­ teur fameux, il a publié une : Prévis notitia rorum quir pertinent ad justitiam commutalloam et ad probtlitates opinionum, X enise, 1665, avec Additiones, ibid., 1667. Quetif-Ecluird. Xcripto~r\ ordinis pra’diratorum, l. ιι. ρ. 56! ; Hurter. X n. 8 'dit . t IV, vol. 295. M -XL Goi ι . - L'élude du miracle rdèvi de la théologie, en tant que le miracle démontre lu cré­ dibilité de la révélation chrétienne. Gf. 3· proposition souscrite par Bautain ; concile du X atican. sv*s. m. MIRACLE. f 799 :MI RACLE, NOTION c. ni, De Fide, ct Can. 3. Dcnz.-Bannw., n. 1621. 1790, 1813 Ce canon nous Intéresse immédiatement, car il trace au théologien la marche à suivre dans l'exposé de la doctrine catholique du miracle : SI quh dixerit miracula SI quelqu'un dit que lr< nulla fieri pmsr, proin deque miracles nr sauraient nucuonino us notre expérience ordinaire; ct, pour sc détacher dans celle trame comme des faits divins, il est nécessaire qu'iU sc substituent à d’autres faits qui luralcnt dû naturellement sc produire, el qu’ils 1800 manifestent ainsi I intervention de lu toute-puissance de Dieu qui seule est supérieure Λ toutes les forces de la nature. Vacant, Etudes lMoto gigues sur tes ('.uns· (Mutions du concile du Vatican, Paris, 1895, I. it, p. 12. 3. Les miracles (entendus ici par le concile comme signes de la vérité de la révélation) sont un moyen dont Dieu sc sert pour manifester la révélation : Parle contraste qu’il y n entre cc fait divin cl les faits naturels dans la trame desquels le miracle s’intercale, (le miracle) appelle notre attention, il devient aux mains de Dieu un signe pour nous manifester ce qu'il lui plaît, c'est-à-dire ce qu'il veut nous révéler, que cc soit une chose d'intérêt particulier, comme la sain­ teté d’un personnage ou une révélai Ion privée, ou que cc soit une chose d'inlérét général, comme In révélation chrétienne. · /«/., p. -13. - I. I fie dernière condition du miracle, qui se rattache Λ son caractère de signe reconnaissable pour tous, c’est qu'il soit sen­ sible sous quelque rapport. Externa argumenta, dit le concile. Cette condition est absolument requise pour que le miracle soit une preuve extérieure, cer­ taine et appropriée à l'intelligence de tous. Deux remarques s’imposent. 1. Le concile n’a en vue ici que les miracles destines par Dieu ù prouver la crédibilité de la révélation; c’est pourquoi il ne s’oc­ cupe pas des faits divins, requérant la toute-puissance de Dieu, comme l’incarnation et la transsubstantia­ tion. mais qui ne sont pas des moyens sensibles em­ ployés pour manifester la vérité révélée.— 2. Le concile distingue ici miracle et prophétie, marquant par la qu’il réserve le terme miracle pour désigner exclusi­ vement les faits divins ct préternaturels qui appar­ tiennent à l’ordre physique ou matériel. 2· Données de l'écriture sainte. En parlant des miracles accomplis en faveur de la révélation, le concile du Vatican relève les miracles de Moïse, des prophètes, mais surtout de Notre-Sclgneur JésusChrist cl des apôtres. Id., ibid., I)enz.-Bannw., η. 1790. Il nous suffira de considérer ici les termes dont I Écriture s’est servie pour désigner les miracles accomplis par le Christ ct les apôtres. Nous pourrons en tirer quelques éléments destinés à fixer la notion du miracle. Que Jésus ait accompli un très grand nombre de miracles, ('Évangile l’ai leste sans qu'aucun doute demeure possible. Voir Jésus-Chkist, t. vu. col. 1189. Les noms dont se servent les écrivains sacrés pour désigner ces miracles marquent bien leur caractère exceptionnel, surnaturel. Ce sont des prodiges, τίρατζ : encore que ce nom soit commun aux miracles «le Jésus et aux prodiges des faux prophètes. Mat th., XXIV, 21; Marc., xiiî, 22; cependant, pour désigner spécialement les miracles du Sauveur, le mol est accompagné d’autres qualificatifs qui excluent l’idée d'un pur prodige, uniquement destiné à éblouir les foules : Malth., ct Marc , toc. cit,; cf. Joa., iv, 18. ('.e sont des faits merveilleux, θαυμάσια, Malth.. xxi, 15; des faits étranges, παράδοξα, Lue., v, 2G. Les miracles reçoivent aussi le nom «le δυνάμεις, forces, parce qu’ils manifestent une puissance supérieure à la puis­ sance des hommes; Malth.. xi, 20, 21,23; xiiî, 51, 58; xiv, 2; Marc., vj, 2, 5,14; ix, 39 (Vulg., 38); Luc., x. 13; xîx, 37. Cc sont aussi «les signes, σημεία, ù cause «le leur relation avec la vocal ion messianique de Jésus, qui se trouve être par eux contresignée. C’est surtout en saint Jean qu’on trouve celle expres­ sion. n. II, 18, 23; iiî, 2; iv, 18. 51; vt, 2. 1 I, 26, 30; vu, 31 ; tx, 16; x, il; xi, 47; xn, 18. 37; xx, 30, bien qu’on la rencontre déjà assez frétpicmment chez les Synoptiques : Malth., xn, 38. 39; xvi, 1, 4; xxiv, 24; Marc., vm, 11. 12; xm, 22; xvi, 17, 20; Luc., xi, 16, 29, 30. xxni. 8. Saint Jean emploie aussi une autre expression, «pii lui est propre, έργα, h-s œuvres. I HO I Μ I II \CI.E, I>KΙ’Ί NITION TB A D1TIONNELLE Joa.t v, 20, 36; vu, 3. 21, tx. 3, I; x, 25, 32, 37. 38; \i. 12. w. 2 1. ( t« \|»rvs la Pentecôte, les apôtres, eux aussi, opèrent prodiges et miracles, τέρατα παί σημεία. Act., n. 13; v. 12; vi, 8; vin, 6; xiv, 3, surtout des guérisons de malades et de possédés, v, 15; χιν, 7-9; xxvtn, 8, 9 on oppose les σημεία καί δυνάμεις μεγά/ας des apôtres aux μαγίαις de Simon, vm, 13. cf. 11. dons lesquelles cependant le peuple avait cru reconnaître la grande puissance de Dieu Les miracles, δυνά­ μεις, de Paul sont également rapportes directement à Dieu, xix. 11. On a déjà vu. cf. Ji.si s-Ciibisi. col 1191 sq.. que les miracles accomplis par le Sauveur riaient en con­ nexion implicite ou explicite avec la personne, ren­ seignement et la mission du Christ. Les miracles accomplis par les apôtres sont présentés comme accomplis en vue «l’attester la vérité «le la prédication chrétienne. Marc., xvi, 20; Act., χιν, 3; cf. xix, IL .D’ailleurs, chaque fois que les Actes signalent les miracles cl prodiges accomplis par les apôtres, ils affirment que ces prodiges allermissaienl les fidèles et facilitaient la prédication de l'Evangile. Act., n, 13; v, 11. 13-14; vi, 7; vin, 6-12. 13. Les livres inspirés rapportent a la puissance divine clic-même les miracles accomplis par le Christ et les apôtres. Le terme δύναμις est. a cet égard, caracté­ ristique. En ce qui concerne les apôtres, c’est Dieu ou le Christ qui agit par eux. Marc., xvi, 20; Act., m. 6; ix, 34; xiv, 3; xix, 11. Quant aux miracles du Christ, nous avons fait observer ailleurs qu’il y a deux séries parallèles de textes, ceux où il apparaît que Jésus opère des miracles de sa propre autorité; ceux ou Jésus agit * par l’Esprit · ou par le doigt de Dieu ». En ce qui concerne les guérisons do possédés, Jésus marque expressément qu’il agit, non par la vertu de Belzvlnib. mais par l’Esprit (de Dieu). Malth., xn. 25-28. Les deux points de vue s’harmonisent dans le dogme de l’union hypostatique : en Jésus, la divi­ nité agit comme cause principale; l’humanité comme cause instrumentale. Voir Ji svs-CinusT, col. 1195. En bref, les données «le l’Ecriture sc résument en trois points ; le miracle est un fait extraordinaire dépassant l’ordre habituel «les phénomènes naturels; il est en connexion avec un enseignement religieux dont II atteste la vérité; il est l’œuvre de la toute-puissance divine, agissant soit immédiatement, soit niediatcnient. 3· Données de la Tradition. L Avant saint Au­ gustin, Les écrivains ecclésiastiques «les quatre premiers siècles, principalement les Pères apologistes, se contentent le plus souvent «le rappeler que les miracles opérés par le Christ prouvent sa divinité. Quadratus, dans Eusèbe, //. E., I. IV, c. m. P. G., l. xx. col. 308; Mcliton, ITagm . vu. f*. G.. t. s, col. 1221 ; S. Éphrcm, Hymni dispersi, xv, 1, é«i. Lamy, t. ix. p. 730; S. Epiphane (à propos du miracle des noces «le Cnnn), llar., i.i, n. 30, P. G., I xi.i, col. 941. Parfois quelques précisions éclairent la notion «lu miracle. Origènc considère les miracles du Christ comme un critère extérieur «le In révélation, el, par le but religieux auquel Ils tendent (salut des Ames, réforme des mœurs, culte divin), les différencie des prestiges magiques, ('ont. Celsum. I, i.xvni; 11, iv; III, χχνπ, P. G., I. xi. col. 788. 892, 953. Anmbc se contente «le déclarer «pie les magiciens ne pourraient faire la millième partie «le cc qu’a fuit le Christ. Adv. nationes, I, χι.ιιι, P. L v. col. 779. Saint Grégoire «le Nysse déclare «pie res miracles portent la marque de la puissance divine. Oral, cat . n. 11-12, P. G., L xi-v, col. LL Saint Justin démontre l’origine divine «les miracles de l’Evangile par les prophéties qu’ils accomplissent. 1802 Apot.,1, 30, P. G., t. vi, col. 376. Tcrlullien rapproche pareillement les miracles des prophéties, op|>osant par là aux Juifs un argument nd hominem. Ado. Juduos.c ix, P. Λ., I. n, col. 616 Dans scs contro­ verses contre les païens, Tcrlullien recourt au témoi­ gnage «les miracles, cl prouve que les miracles de l'Evangile sont discernables des faux miracles.cn rai­ son de leur conformité aver 1rs miracles de l'Ancien Testament, car Dieu n préludé par les prophéties aux œuvres merveilleuses de son Christ. Ado. Mar· cionem. III. in; IV. xxxix, P. t. il, col. 321. 455. 2. Saint Augustin. — Saint Augustin parait bien être le premier qui ail donné une définition expresse du miracle. Mais la notion qu’il sc fait du miracle dépasse sa définition. Le terme miracle est tout d’abord employé par Augustin dans un sens très large, et il s'applique tant aux miracles proprement dits, qu’aux prodiges réels ou apparents opérés par les anges, les démons, les magiciens ou attribues aux fausses divinités du paganisme; bien plus «m peut appeler miracles les phénomènes, naturels ou non, présentant quelque aspect merveilleux. Cc sont les miracula quotidiana du cours naturel des événements,ct auxquels conviennent également quantité d’autres expressions, synonymes de miracle, ct qu’emploie couramment Augustin : signa, prodigia, virtutes signorum, monstra, magnalia, mirabilia, ostenta, mira, portenta. Sur tous ces points, voir Van Hove, La doctrine du miracle chez saint Thomas, Paris, 1927. p. 27-28. Néanmoins, Augustin fait une place spéciale au miracle proprement dit. Sa définition : miraculum voco quidquid arduum est aut insolitum supra spem vel facultatem mirantis appa­ ret, De utilitate credendi, xvi, 34, P. L., t. xui, Cf. Van Hove, op. cil., p. 31-35. On trouve aussi trace d’une mentalité semblable chez Raban Maur. Robert Pullcyn, Bandinus. Roland Bandinclli. Et cependant, même chez ces auteurs, il s’en trouve plus d’un qui sait mettre en même temps une opposition entre le fait naturel cl le miracle propre­ ment dit, le premier étant directement l’œuvre des forces créées, le second ayant pour cause unique et immédiate l’opération divine. Mais cette discrimina­ tion sera l’œuvre du xu· siècle. I. Première élaboration chez les scolastiques des XIP et XI IP siècles. — Saint Anselme, le premier, distingue un triple ordre de choses, d’après l’ordre des causes agissantes : nature, volonté de la créature, volonté de Dieu. Quand Dieu est seul à agir, son acti­ vité constitue le cursus mirabilis. Liber de conceptu virginali, c. xi, P. L., t. clvih, col. 115-116. Désor­ mais, on caractérisera de plus en plus le miracle par son origine Immédiatement divine. Au xn· siècle, on n’a encore sur ce point que des indications occasionnelles et peu explicites, qu’on trouve néanmoins déjà chez Alger de Liège, Abélard, l’auteur des Serdenllir divinitatis, Alain de Lille, Pierre de Pnltkrs et meme chez Robert Pullcyn et Roland l andinclll. D’autre part', l’augustinisme sc n-trousc chez saint Bernard, qui note que les faits naturels diffèrent des miracles en ce que l’habitude les avilit, In vigilia Xutivilatis Domini, sermo iv, n 3, P. L., t clxxxiii, col. 101, cl à un degré moindre 1804 chez Rupert de Dent/. Pierre le Vénérable, Adam du Pcrseigne. Van Hove, op. cil., p. 39. Césaire d’Hcistcrbach, donne encore du miracle une définition augustinienne : Miraculum dicimus, quicquid /it contra solitum cursum natunr, unde miramur. Dialogus miraculorum, x, I, edit. Strange, Bruxelles, 1851, t. η, p. 217. D’après S. Thomas, De potentia, q. vi, a. 2. sed contra 2, Richard de Snint-Victor au­ rait ainsi déllni le miracle : Opus Occatoris mani/estativum divimr virtutis. Aux Magistri », Alberi le Grand rapporte une définition analogue : Opus divimr patentin' ostensivum. In //un Sent., (list. X\ III. a. 3. Guillaume d’Auxerre, sans définir le miracle, le carac­ térise nettement. Les miracles sont supra naturam. en opposition aux faits naturels, qui sont secundum naturam, et la raison de celte opposition se trouve dans les causes efficientes des uns cl des autres. Les faits naturels viennent de Dieu, sans doute, mais par le moyen des causes naturelles secondes. Summa aurea, I. 1, c. xn; I. IV, c. n,iv. Guillaume d’Auvergne définit les miracles : Virtutis Dei admirandas opera­ tiones insolitas cursuique nalunr contrarias. De fide, C.ui. Alexandre de Haies développe longuement cette notion. Il explique la définition de saint Augustin dans le sens de la transcendance du miracle et de la causalité immédiatement divine. Arduum dicitur supra potestatem natunr, ou encore : Miracula ab alio prin­ cipio fiunt quam sit natura, scilicet u superiori, id est, prima natura. Sum. tlicol,, II·, q. lxii, memb. 1. 3. Insolitum (non dicitur) tantum quia raro evenit.... sed quia contra consuetum cursum natunr, etsi frequenter, eveniat. Id., ibid., les monstres sont eux aussi contra naturam, mais parce qu’ils sont produits par la nature, ils ne sont pas des miracles. La signification large de miraculum, dans le sens do merveilleux naturel ou préternaturel, existe chez Alexandre, d’après la ter­ minologie même de saint Augustin. Ibid., memb. 1; cf. q. i.xxxv, memb. 3, et S. \ugustin. Liber de div. quirst., q. î.xxix, η. I, P. L., t. XL, col. 92. La signi­ fication du mot mirabile est encore plus vague, cl désigne à la fois le vrai miracle, le simple merveil­ leux angélique ou diabolique, les mystères de l’ordre surnaturel et la conduite divine des choses naturelles. Van I love, op. cit., p. 13. Saint Bonaventure, à propos de la formation d’ïvve, exige deux conditions pour qu’il y ait miracle : le fait miraculeux doit être causé à la fois immédiate­ ment par Dieu et contre la nature; la nature peut lu produire, mais d’une autre manière. Les phénomènes que la nature ne peut d’aucune manière produire sont supra naturam; ce sont les mirabilia, véritables mira­ cles néanmoins, au suns où nous l’entendons aujour­ d’hui. In //“m Sent., dist. XVI H, n. 1, q. n, ad ut 6um. D’ailleurs la terminologie de saint Bonaven­ ture n’est pas constante. On peut en dire autant de la terminologie d’Albert le Grand. Soit dans la Summa de creaturis, part. I. tr. I, q. i. a. 8, soit dans le Commentaire sur les Sen­ tences, L II, dist. XVHI, a. 3, soil duns hi Summa theolofjiir, part. II. tract, s ni. q. xxxi, memb. 2, a. I. Albert reprend la définition augustinienne. Dans lu Cnmmenlaire, chaque terme en est expliqué. Arduum exprime que la cause efficiente du fait miraculeux est supérieure à toutes les causes naturelles et volon­ taires. loc. rff.jüd 1u’“, le miracle est donc une rand le dit explicitement - le rapport du IS 5 MIRACLE, DÉFINITION THÉOLOGIQUE miracle à nos facultés cognitives et operatives, I. Il, dint. Will, a. 3, ad 4um, 5um, 6u,n. L'expression pnrter spent est déterminée ultérieurement; le miracle est parler spent natunr. mais non pnrter spent gratter, c’est-à-dire qu’on ne peut attendre le miracle de la seule opération des natures créées telle que l’ordre naturel nous la fait connaître, mais que la révélation peut nous apprendre à l’avance des Interventions d’un autre ordre... En appliquant sa définition, Albert conclut que la créât ion (y compris la dispositio et Vornatus), l'incarnation, la conception virginale, la résurrection finale, sont de véritables miracles. Van Hove, op. cit., p. 10. Dans la Summa theologiir, part. II. tract, vm, q. xxx. memb. 1, a. 1, Albert le Grand énumère quatre conditions du miracle : qu’il soit l’œuvre de la seule volonté de Dieu; qu il ne puisse être produit par les puissances naturelles; que la production du miracle soit, contrairement au mode de production naturelle, subite et instantanée; qu’enfin il soit accompli dans un but de justice publique, en vue d’edi lier les croyants. Cf. sur ce dernier point S. Augustin, Liber de div. quarst., q. lxxix. η. I. Z\ Λ., t. XL, col. 92. Le terme mirabile est plus général, et s’applique à des faits merveilleux qui tie sont pas à proprement parler miraculeux : la création, le gou­ vernement divin, la justification, l’incarnation, la résurrection finale, etc. On voit, par ces exemples, combien la terminologie et instable. Cf. part. H, tract, vm, q. xxxt, memb. 2, a. 3. 5. L*enseignement de saint Thomas. — Saint Tho­ mas accepte et explique la définition augustinienne. qu’il ne cite jamais textuellement, In l\'Klu Sent.. dist. XVII, q. i, a. 5, sol. 1; dist. XVHI, q. i, a. 3, obj. 2-1 ; De potentia, q. vi, a. 2. et obj. 1 ; a. 9, obj. 11 : Sum. theol., Iu, q. cv, a. 7, obj. et ad 2um. Dans ses explications, le Docteur angélique accentue le carac­ tère transcendant du miracle. Dans ces divers textes, on remarque... que le mot natunr, qui chez Albert le Grand ne servait qu’à préciser pnrter spem dans l’explication de l’expression, sc trouve maintenant introduit dans la définition clic-même, pour déter­ miner soit supra facultatem, soit parler (supra) spent. La définition n’en exprime (pie d’autant mieux le rapport du miracle aux facultés cognitives ou opé­ ratives de celui qui en est le témoin. Aussi le ternie (ud)mirantis a-t-il une certaine tendance à dispa­ raît n·. ('.’est ce (pii arrive à l’endroit cité des Sentences où saint Thomas n’énumère (pie trois éléments de la delinit ion, et à celui de la Somme, où les expressions supra facultatem et supra spem sont toutes deux déter­ minées par natunr. · Si l’on voulait synthétiser la pensée de saint Thomas, on pourrait, avec M. Van I love, op. cit., hi ramener à trois notions essentielles : 1” « Au point de vue du cours des événements, le miracle est un fait exceptionnel, en dehors du cours commun et normal des choses. · (.‘est l’explication de Vmsolitum de saint Augustin. 2·« Au poiiit de vue du sujet du miracle : le miracle comporte que les puis­ sances naturelles du sujet où il se produit n’en pos­ sède (pie la puissance obédicnl telle *; c’est l’explica­ tion du supra ou pnrter spent (ou facultatem) natunr. 3* < Au point de vue de sa cause efficiente, le miracle dépasse toutes les forces créées et ne peut être pro­ duit que par Dieu. » ('.’est l’explication de Varduum. Vouloir négliger l’un de ces éléments, c’est s’exposer a ne donner de la notion thomiste du miracle qu'un aperçu incomplet. On peut adresser ce reproche à E. Le Boy, qui n’a défini le miracle, d’après saint Thomas, que par le caractère exceptionnel. Afinales de philosophie chrétienne, décembre 1906. p. 228. Par là nous aboutissons à une definition du miracle, propre à saint Thomas. Sum. theol.. I*, q. cv, a. 7 Miraculum dicitur quasi admiratione plenum (aspect 1806 subjectif, august inicn, expliqué et complété par ce qui suit) : quod scilicet habet causam simpliciter el omnibus occultam. Ihrc autem est Deus. Unde illa qmr a Deo fiunt prater causas nobis notas, miracula dicuntur. Et pour bien préciser que le miracle relève de Dieu seul comme de sa cause efficiente, saint Thomas explique qu’il doit consister en un fait accom­ pli pnrter ordinem totius natunr creata·. Id., q. ex, a. L En vertu de ces précisions, sauf de rares excep­ tions (ni l’on retrouve la terminologie antérieure, cf. De potentia, q. vi, a 2. le mirum est nettement dis­ tingué du miraculum. lit la notion même du miracle devient ferme en raison de la rigueur du principe énoncé par saint Thomas. Le préternaturel angélique ou diabolique est nettement éliminé : quod habet causam simpliciter rt omnibus occultam;... quod sit pnrter ordinem totius natunr creator. Voir cependant quelques emplois du mot miraculum pour les prodiges préternaturels : Dr malo, q. xvi, a. 9, ad 110®; In Joa., c. x, lect. 1 ; Comp. theol., I, c. cxxxvn. Ixrs faits transcendants, mais conformes au cours naturel ou a la tendance des choses ne font plus miracles : tels, la création du monde, la création des âmes, la justi­ fication du pécheur. Enfin, rien n’empêche que soient catalogués parmi les miracles des faits vraiment accomplis par Dieu.pnrter causas nobis notas, tels que la résurrection générale. In l \ ‘m Sent., dist. XVHI, q. i, n. 3. ad 3uxn; dist. XL 111, q. i. a. 1, sol. 3: De potentia, q. vi, a. 2, ad 4um; la transsubstantiation. Sum. theol., IIP, q. χχιχ, ad 2em; la conception vir­ ginale, ht., q. xxxm, a. I; In l!Znm Sent., dist. III, q. n, a. 2; Quodlib , vî, a. 18; In epist. ad Heb., c. xi, lect. 3; Comp. (lient. I, c. ccxxvt; l’incarnation. Sum. theol., HP, q. xxxi, a. 1, ad 2,,m; In Ul*m Sent., dist. HI, q. il, a. 2; In ZV’W® Sent, dist. XL q. i. a. 3; De potentia, q. vi, a. 2, ad 3um et ad 9°®; a. 9. obj 9 l· Spéculations théologiques postérieures. —- Les formules de saint Thomas ont fait loi dans la théolo­ gie catholique, qui se contente de préciser quelques points part iculiers. 1. Classification des miracles. - Saint Thomas a donné deux classifications principales du miracle. Vue première classification, communément admise, distingue les miracles en miracles supra, contra, pnrter naturam. De potentia, q. vt, a. 2. td 3u,n. Cf. In ΖΖ·ηι Sent. dist. XVHI, q. vm, a. 3; In epist. ZZatn ad Cor., c. xn. lect. I: In epist. ad Heb., c. n. led. 1 : —Supra : des faits ne pouvant d’aucune façon vire produits par la nature, soit absolument (glorification des corps. Incarnation), soit relativement au sujet (résurrection d’un mort). Contra : des faits s’oppo­ sant à une disposition que garde la nature (cf. A. de Poulpiquet. Le miracle rt ses suppléances, p. 171). contrairement à l’cflet produit par Dieu (Jeunes gens dans la fournaise, enfantement virginal). Pnrter : des faits que peut produire la nature, mais que Dieu réalise d’une façon (pie la nature ne peut imiter (guérison instantanée, changement de l’eau en vin, multiplica­ tion des pains.) l ue deuxième classification est Introduite à propos de la question si un miracle est plus grand qu’un autre. Sum. theol., I ‘, q. cv, a. 8. et distingue les miracles par rapport à la puissance de la nature créée, (pie dépasse l’elTel miraculeux; elle considère la substance du fait miraculeux, son sujet et la manière dont il est produit. C’est un miracle quoad substantiam facti, quand la nature créée ne peut le produire en aucune façon. C’est un miracle quoad sub/ectum in quo fit, quand il ne peut être produit par la nature dans le sujet même où il est réalisé : c’est le cas de la résur­ rection d’un mort, de la vue rendue à un aveugle. Î807 MIRACLE. DÉFINITION T UEO LOG IQ U E C’est un miracle quoad modum quo fit, si cc miracle est un fait que peut produire la nature même dons le sujet où il est réalisé, mais non pas d? la façon dont Dieu le produit : guérison subite d’un malade. Les éclaircissements apportés par les théologiens Intérieurs à saint Thomas concernent deux points: a) Les deux classifications sont-elles réductibles l une éi l'autre?—On le pense ordinairement. ('.L GarrigouLagrange, De revelatione, t. if, p. 17. En réalité les exemples que nous avons donnés montrent qu’il n’en est pas tout à fait ainsi ; la première classification est plus complète, les miracles contra naturam n’ayant pas d'équivalent dans la deuxième. Il vaut donc mieux affirmer que les deux classifications se réduisent à p u près l une à l’autre, mais «pie la coïncidence n’est pas universelle. Cf. card. Lépicler, Del mi racola, Home, 1901, p. 98; G. SIchirello. Nomenclatura tomis(ica nella teoria del miracolo, Bovigo, 1909, p. 12i I. D'ailleurs la chose est de peu d’importance. En se reportant aux endroits Indiqués, on constatera que saint Thomas lui-même ne s’est pas servi d’une ter­ minologie bien fixe : on n’a ici que des divisions cou­ ramment acceptées dans l’Ecole, comme nids-mé­ moire. Cf. Alexandre d· Halès, Sum. thed.. part. II. q. xlîi, memh 2; \lbcrt le Granit. In //“» Sent., dlst Will, a. 7; Sum. thcoL, part. 1, tract, xix, q. i.xxvm, memh. 2: part. II. tract, vm, q. xxxi, memb. 2. a. 2; q. xxxn. memh. 2, ad q. iv. b) Faut-il admettre que la classification de la Somme théofogique comporte un progrès et des corrections sur celle du De potentia? — Dans sa Logique surnaturelle objective, p. 137-138, note. .1. Didiot le Mlggère en raison d · la division contra naturam, (fui aurait paru peu exacte à mie réflexion plus mûre. Il est toutefois peu probable qu'il en soit ainsi, car on trouve indif­ féremment des allusions ou d?s emprunts aux deux classifications d ms des œuvres de diderent es époques. De veritate, q. xn, a. Il, âd 3ütn, ct Sum. contra (inlet, I. Ill, c. et. qui sc réfèrent à la Somme théo­ logique sont antérieures au De potentia. Il serait néanmoins hasardeux d'exclure tout changement dans la façon d · s’exprimer de saint Thomas, comme semble le supposer le P. Eolghera, Le miracle d'après S. Tho­ mas d'Aquin, d ms la Revue thomiste, 1901, p. 321. Il faut reconnaître que le contra naturam a clé employé par saint Thomas en divers sens. Cf. GarrigouLagrangc, op. cil, p. 17. Saint Thomas lui-même aver­ tit que le contra naturam ne pouvait être entendu au sens de contra rationes seminales. Dieu ne faisant jamais qu’une cause naturelle active produise un effet essentiel opposé à celui qu'elle doit naturellement prod lire; que, par exemple, le feu puisse jamais refroidir. In /am Sent., dist. XL H, q. n. a. 2, ad lum. D’où il est possible qu’il ait été amené finalement à abandonner, en partie du moins, une expression prê­ tant a confusion. De fait, on ne rencontre pas dans la Somme l'expression de miracle contre la nature. 2. L’expression qui prête à confusion a été étudiée, approfondie, expliquée par la théologie postérieure. Les adversaires du surnaturel se sont emparés de la formule contra naturam, pour représenter le miracle comme une d ‘rogation aux lois de In nature, et mon­ trer ensuite l’absurdité d’une telle notion. Dieu peutil faire d's miracles? se demand* J -.1. Kousscau. C’esl-à-dirv peut-il déroger aux lois qu’il a établies? Celte question sérieusement traitée serait impie, si elle n’était absurd'. Lettres écrites de la Montagne. in· lettre — Jules Simon, voyant lui aussi dans les miracles · une volonté capricieuse ». des mouvements désordonné*, d's dérogations perpétuelles a la loi, déclarait dm* ces conditions le miracle Impossible. La religion naturelle. 8· éd , Paris, 1883, II· partie, t. iv. p. 281. - G. Séailles présente les miracles 1808 I comme de petits accrocs faits arbitrairement dans la I trame des phénomènes . comme « des coups d’Etat minuscules en un point de l’espace ct du temps », comme < un procédé puéril, enfant in. indigne d’une liante intelligence à laquelle il ne saurait convenir de troubler le règne des lois qu'elle a établies », comme « une déchirure d ins la trame des phénomènes. » Les affirmations de la conscience moderne, 4· éd., Paris, 1909, p. 32-31. - Plus récemment. M. E. Le Boy déclare que, s’il faut entendre par miracle une déro­ gation aux lois de la nature, le miracle apparaît... comme une sorte d * création ex nihilo survenant en plein milieu de la série phénoménale ». cl qu’ainsi on fait du miracle · une sorte de monstre Impensable . Essais sur la notion du miracle, i, dans Annales de philosophie chrétienne, oct. 190b. t. cijii, p. 7-8; cf. Le problème du miracle, dans le bulletin de la Société française de. philosophie, mars 1912, p. 98-99. • Pour T. IL Huxley, le concept de suspension de l’ordre ou de dérogation à l'ordre de la nature serait contradictoire, parce que tout ce que nous connais­ sons de cet ordre dérive d · notre observation du cours des événements dont le soi-disant miracle fait partie. — Beaucoup d.· savants contemporains, considérant les lois do la nature, non comme des vérités expéri­ mentalement découvertes, mais comme des principes plus ou moins hypothétiquement décrétés, sortes de définitions préalables, n’hésitent pas à affirmer que, dans ces conditions, l’expression dérogation, excep­ tion aux lois n'a plus la moindre signification. Devant ces assertions, nombre do théologiens catho­ liques rappellent fort sagement qu’il importe « de ne pas introduire dans la notion du miracle une idée qui semblerait impliquer le désordre, comme ces formules mises en vogue par. l'apologétique du xvin" siècle : « violation des lois de la nature »;,« fait contraire aux lois naturelles ». Définitions imprudentes et qui com­ promettraient le miracle au regard d’une saine raison, sous prétexte d’en accentuer le caractère divin. · J. Bivièrc, art. Miracle, dans le Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, t. iv, col. 1915. Gf. Sor­ tais, La Providence et le. miracle devant la science mo­ derne, Paris. 1905. p. 77; de Bonnlot. Le miracle el scs contrefaçons, 5· éd., Paris, 1895, p. 23; .1’. Didiot, Logique surnaturelle objective, p. 125. Et pourtant, nombre de théologiens et d’apologistes catholiques considèrent encore le miracle comme une dérogation aux lois de la nature, cl le considèrent comme un fait produit par Dieu contrairement à lu nature. Billuarl définit le miracle: Effectus omnipotentia· dloina* contra leges communes ct supra omnes vires totius natura·. Tract. De fide, a. 2, J 1. D’après les Wirceburgenses, Dieu peut ordinem causarum secundarum immutare, suspendere, interrumpere et effertus ab eodem independentes producere. De religione, Paris, 1852. p. 165. \u mot Miracle, Bergicr écrit dans son Dictionnaire (pic le miracle est un événement contraire aux lois d? la nature el (pii ne peut être l’eflet d’une cause natu­ relle. · Le Cursus theologia: d? Migne, t. xi, col. 1937. approuve la définition suivante qu’il attribue â des théologiens et philosophes sensés : Effectus sensibilis, consueto natunr corporea· ordini derogans. Au lieu de voir d lus le miracle un effet qui dépasse l'ordre de toute la nature créée, il le considère comme un effet (pii dépasse les forces d · la nature corporelle Dans son récent livre. Introduction à l'élude du merveilleux el du miracle, le P. de Tompiédcc laisse passer el parfois même emploie les expressions d · dérogation ù la loi », I d’ exception à un ordre régulier ». Il déclare louteIfois, appendice III, n’entendre par là que l'interven­ tion extraordinaire d? la liberté divine dans le monde sensible , cl reconnaît que l’expression dérogation peut être critiquée comme prêtant à confusion. 1809 MIH ACLE, l»ÉI ΊΝ1ΤΙΟΝ T IIÉO 1.0(11 QI E 1810 mas semblent favoriser la réponse qui affirme la pos­ Toutefois, il faut bien admettre un sens acceptable des formules ; dérogation à la lol. violation de In loi. sibilité d’une finalité religieuse naturelle. Tels les Chez saint Thomas, l’expression contra naturam est textes ou il est dit que le miracle doit servir u l’ins­ certainement employée; elle ne signifie nullement truction d:s hommes. Il Ml*, q. xcvn, a. 2, ad 3um; une violence imposée a la nature; car la nature des à la confirmation des prophéties. IJMI·, q. v, a. 2; choses est essentiellement dépendante de leurs causes; q, Gi.xxi, a. 1 ; CLXXJV, a. 3, ad 3“m ct a. I ; ou a celle or, Dieu est la cause de tout cire; donc Dieu peut agir de hi doctrine du thaumaturge, II·-11·, q. clxxviii, a. 2; 111 , q, xxvn, a. 5. ad 3uTr’; q. xxxviu, a. 2, ad en lui selon sa libre volonté; il ne lui fera aucune vio lencc. Dieu ne change pas la nature des cires : le 2nm;q. xui.u. Lad 2αηι; q. xun; q. lv. a. 6, ad lOCi, miracle n’est pas contra ratione» seminale» rerum. quoiqu'il soit vraisemblable ici qu’il s’agisse de l’ordre Dieu ne pose, par rapport à lui, aucune dérogation surnaturel. Il faut en dire autant des textes ou, selon aux lois cpii régissent l’activité des cires. Seulement, saint Thomas, le miracle est présenté comme un moyen en vertu de l’intervention de Dieu, résultent dans la par lequel les hommes parviennent a la connaissance nature des effets qui sont proportionnés à l’interven­ de Dieu ou de la vérité en général. HMl*‘,q. clxxviii, tion divine el sont préternaturels comme elle. La a. 1, ad lum; ('.ont. fientes, I. Ill, c. xcix; comme un nature constituée reste cc qu’elle est; elle n’agit pas, moyen de manifester la puissance divine. IMP’, si on la considère en elle-même, autrement que sa loi q. u, a. I; q. exi, a. I; ou comme le moyen de pro­ ne l’y porte; mais l'intervention de Dieu superpose curer l’utilité des hommes, P-Il·’, q. clxxviii, a. L ad 2UTW; IIP, q. xuv, n. L ad 3uln ct ad lut\ Ce qui à la nature quelque chose (pii, dépassant les forces de toute nature créée, est proprement préternaturel semble rendre cette interprétation vraisemblable.c’est (pic saint 'Thomas, à propos d?s guérisons miracu­ ou divin. Le miracle qualifié contra naturam est leuses corporelles, déclare expressément que la gué­ donc simplement celui (pii rencontre dans la nature une disposition contraire à l’effet qu’il pose. Considéré rison du corps est ordonné à celle de l'âme. HP, du côté du sujet dans lequel il sc réalise, cc miracle q. xuv, a. 3, ad 3UIX>. Le seul texte qui soit vraiment parait contra naturam; considéré du côté de l'agent ea faveur de T hypothèse d une finalité d'ordre natu­ (pii le pose, il est, comme tout miracle, un simple rel serait tiré du De potentia, q. vi, a. 5. ad 5ur‘: ici, le prater naturam. · lin réalité le miracle comporte seu­ I miracle est présenté comme attestant la virginité lement la suspension de l’application d’une loi nalu-. d’une vestale, c’est-à-dire une vertu purement natu­ relie à un cas particulier par Γintervention de la cause relle. Cf. Garrigou-Lagrangc, La grâce de fri /ut et le miracle, dans la Revue thomiste, 1918, p. 310. il semble (pii est supérieure à toute la nature. Van Hove, op. toutefois a de bons auteurs (pie ce texte ne serait pas cit., p. 89. Mais, peut-on ajouter avec le même auteur, · comme l'exercice de l’activité est le terme suffisant pour déclarer la possibilité du miracle dans l’ordre purement naturel. Cf Van Hove. op. rit., normal d’une puissance opérative, on peut dire (pie p. 132. El pourtant cette possibilité est admise assez son empêchement constitue une violation de la loi. Cf. Garrigou-Lagrangc, De revelatione, t. n, p. 13; communément. \. dr Poulpiquct, L’objet intégral de. OI liger. Theologia fundamentalis, Fribourg-en-B., l'apologétique. p. 62; Le miracle et ses suppléances, p. 23G cl 302-306; .L D. Eolghera, art. cit., p. 337. 1897, 1.1, p. 179-180. K. Garrigou-Lagrangc, Le surnaturel essentiel et le 3. La finalité du miracle. - Par définition, le miracle suppose une intervention spéciale de Dieu, modi liant surnaturel modal selon les thomistes, dans la Revue thomiste, 1913, p. 326; La surnaturalité dan» la /oi, dans un cas particulier le cours normal des choses; on ne peut donc le concevoir, de potentia ordinata Dei, id., 1911. p. 29: La grâce de la /oi et le miracle, id., qu’en raison d’un motif proportionné à cette inter­ 1918, p. 305. note 1 ct p. 310; De revelatione, t i, p. 212-213; H. L. Janssens. De ri demonstrativa mira­ vention spéciale. Loin donc de considérer le miracle comme ayant sa lin en lui-même, ou comme une cor­ culorum. dans Ephemerides theologica' lovanirnscs. 1921, p. 26; A. \lercicr. Le surnaturel, dans Revue rection apportée par Diou à son œuvre première, la théologie catholique enseigne expressément que le thomiste. 1902, p. 532; A. Van Wcddingen, De mira­ miracle est ordonné à une fin particulière supérieure, culo, deque ejus in Christiana demonstratione usu et ratore, Louvain. 1869. p. 21" 212. principalement sinon exclusivement une lin religieuse. Quoi qu’il en soit de la controverse, deux points Ainsi saint Thomas nous le présente comme opéré en témoignage de la foi. Sum. theol., 1*, q. cxn, a. 2; sont à retenir sur lesquels s’accordent tous les théo­ logiens. Dans ror.drv présent, la finalité religieuse du IMP’, q. cxi.-a. -I,ad3u,u; I IM I*. q. n, a. Lad 1UD1, a. 9, ad 3l,m; q. glxxviii. a. L ad 5um; III*, q. vu, miracle s'affirme incontestablement, cl celle finalité a. 7; q. xxix, a. 1. ad 2u,n; q, xxxi, a. L ad 2um; est en fait d’ordre surnaturel, dès qu il s'agit des q. xun, a. 1 ; q. xuv. a. 1 ; q lui, ii. I et 2. el toc. parut. ; miracles accomplis en faveur de la religion révélée. en témoignage de la divinité du Christ, IIP, q, XL, Ce nonobstant, le miracle n’est pas intrinsèquement une réalité surnaturelle, t'.’cst le surnaturel quoad a. I, ad lum; q. xun, xuv, un, a. 1 ; q. i.v, a. 6; en nodum seu effective des thomistes : car c’est unique­ témoignage de la sainteté du thaumaturge, 11·*-H", q. clxxviii, a. 2; III*, q. lxiii. a. 1; en vue du salut ment en raison de sa finalité nécessaire que le miracle de l'humanité ct de l’utilité de l’Eglisc. I ‘ H·' , q exi, ne trouverait pas place dans un ordre purement naturel. a. 5; IIP*, q. xuv, a. 1. ad 3u,“el lum; a. 3. ad lum, L Le miracle est-il nécessairement un fait sensible? a. -I. Et d’autre part, s. <·//.. p. I2<». Celte finalité religieuse du miracle est, dans l'ordre Quarterly. 1910. p. 177, 181; L. de Grandmtiison. Les signes divins ct le miracle, dans Recherches de présent, une finalité surnaturelle, puisque lu religion (pie le miracle confirme csl.cn fait, surnaturelle. Les science religieuse. 1911, p. 115. el Diet, apologétique, théologiens sc demandent si le miracle est essentielle­ art. Jésus-Christ, t. il. col. 1112; A. de Poulpiquet, L'objet intégral de l a;>ologrtique, p. 92 ; Le miracle ment ordonné à une finalité surnaturelle, de telle sorte (pic, dans un ordre hypothétique purement naturel, il st ses suppléances, p. 153 cl 160; J. Didiot. Logique n'eût pu trouver place. Certains textes de saint Tho­ eurnaturelle objective, p. 126; Y. l’rins, Znm Bcgri/le MIRACLE, POSSIBILITE « I· !· Jrs Hunders, «tins Philosophisches Jahrbuch, Eulda, ! diate de Dieu dans l’ordre du monde, ne constituent 1897, p. 120; Van Wcddlngen. op. cit., p. 121, 1 10. Le pas des miracles. Depuis saint Thomas, la controfait sensible sc retrouve dans la définition que, don­ I verse n’existe plus. Comme on l’a dit, le Docteur nent du miracle la plupart des auteurs de manuels angélique élimine du catalogue des miracles ces faits lheofogiques, Mazzclla, Pescli, Tanqucrcy, Hervé, transcendants conformes au cours habituel ou à la Hermann, Van N'oort, etc On comprend sans diffi­ tendance des choses; voir col. 1806, La raison dernière culté celte position doctrinale; exposant le texte dog­ cn est que l’intervention immédiate de Dieu, dans les matique du concile du \ atican, voir col. 1800, n'avons- faits transcend ints qu’on vient d’énumérer, est pos­ nous pas expliqué nous-mêmes que la sensibilité du tulée par une loi d’ordre naturel ou surnaturel, établie fait miraculeux était < une condition absolument par Dieu comme constituant l'ordre de la nature requise pour que le miracle soit une preuve exté­ créée. Par consequent, postulés par l’ordre établi de rieure, certaine ct appropriée à. l'intelligence de Dieu et connu comme tel pour nous, ces faits ne sau­ raient constituer · le fait produit par Dieu en dehors tous? » Les théologiens anciens ne sc plaçaient pas sur le de l'ordre habituel de toute la nature créée ·, lequel nu rnr terrain pour définir le miracle. Saint Thomas, seul peut être appelé miracle. Cf. Sahnaticenses, Cur­ par exemple, ne considère pas le caractère sensible sus theologias, tract, xv, disp. IV, dub. iv, n. 51-55. 6. Conclusion. Définition du miracle, - - En tenant comme un élément nécessaire : il ne fait jamais men­ tion de ce caractère. D’ailleurs, des faits qui ne sont compte d’s données cl des remarques qui précèdent, π< n moins que sensibles sont dits par lui miraculeux : on peut définir le miracle : « un fait, produit par une la transsubstantiation, l'incarnation (qu'il appelle mi­ intervention spéciale de Dieu dans le monde, pour nt* alum miraculorum. In ///4m Sent., di.st. Ill, q. n, une fin religieuse, en dehors de l’ordre habituel où se a. 2; In /V4®. disl. XI. q. i, a. 3. sol. 3; De potentia, manifeste l’activité de toute la nature créée. q vi. a. 2, ad 9D®, obj. 9, etc.), la conception et l'en­ C’est, disons-nous d’abord, un fait, ct non une doc­ fantement virginal du Christ; la création de l’âme trine; cl, par la. nous distinguons le miracle d’ordre humaine ct la justification dans les cas où elles seraient physique, le seul dont nous nous occupions présente­ produites hors des règles ordinaires. In ISent., ment, du miracle d’ordre intellectuel ou moral. C’est (list, XVI11, q. t. a. 3, ad 2um. un fait produit par une intervention immédiate de Dieu, C’est «pic saint Thomas reconnaît deux espèces de Dieu agissant ici comme cause unique ou tout au miracles : 1rs uns, caches, auxquels seule lu foi peut moins comme cause principale : ce qui laisse la pos­ atteindre, les autres, manifestes, qui peuvent faire sibilité. dans la production du miracle, de l’interven­ partie d’une construction apologétique : Miraculorum tion d’une cause instrumentale subordonnée à l’acti­ Dei qiitrdam sunt de quibus est /ides, sicut miraculum vité divine. C'est un fait produit dans le monde, c’estrirginet partus e( resurrectionis Domini, ct etiam sacra­ à-dire dans telles circonstances de lieu cl de temps menti altaris,.,; q turdam vero miracula sunt ad fidet qui mettent le miracle en rapport avec l’homme, en comprobationem, ct ista debent esse manifesta. Sum. raison précisément de la fin religieuse à laquelle le theol.9 IIP, «i xxix, a. l,ad 2um. En d'autres termes, miracle est ordonné, (’/est un fait produit cn dehors conclut M. Van Hove. op. cil., p. 25. les miracles peu­ de Contre habituel où se m mifeste l'activité de la nature: vent être des faits sensibles et peuvent ne pas l’être. cn dehors, non pas contre cet ordre, et non pas en Mitre chose est qu'un fait soit cn lui-même un miracle, dehors de l'ordre de la Providence, car le miracle autre chose qu’il soit pour nous discernable soit comme dépend de la puissance divine qui, même lorsqu’elle fait, soit comme fait surnaturel. Qu’un fait puisse ou agit d’une manière extraordinaire, est toujours réglée non être perçu par les sens, sa nature intime n’en est par la sagesse infinie; cf. Su/n. theol., I *, q. xxv, a. 5, pas changée. Cf. I.. Bremond, La vraie notion du mi­ ad lum. Nous disons de plus : de toute, la nature créée, racle, dans la Hernie des sciences ecclesiastiques, Lille. non seulement cn dehors de l'ordre d’une activité ΓΗΠ, p. 289; Van der I lecreii, Mirakcl of Providenlieel naturelle particulière. Il s’agit d’activité, et non Ifit, dans Dns Geloo/, Anvers. 1922, p. I16; J. V. Bain- d’être, car si l'effet miraculeux dépasse quant à sa wl. Nature et surnaturel, 3r édit.. Paris, 1905, p. 297; cause efficiente toutes les forces créées, il ne dépasse IL Garrigou-Lagrange, op, cit, t. n, p. 13-11. Les pas nécessairement en son être les natures créées. Seul, auteurs contemporains traitent du miracle dans la l’ordre de la grâce, réalisé par le miracle, dépasse théologie fondamentale, comme preuve de la crédibi­ l’ordre de la nature créée; la résurrection d’un mort, lité de la révélation : à ce titre, tout comme le con­ par exemple, restituant d’une manière surnaturelle cile du Vatican, Ils ne peuvent qu’exiger le caractère la vie au corps, ne lui restitue cependant qu’une vie nnsiblv dans le miracle, signe de la vérité. naturelle. 11 serait d ailleurs exagéré de requérir le caractère Ainsi, par cette notion du miracle, nous le dis­ sensible «l ins le miracle du seul fait que le miracle tinguons : 1· des fails naturels même extraordi­ excite l'étonnement. C’est la thèse de A. de Poulpi- naires, événements fortuits relativement aux causes quel, Le miracle et scs suppléances, p. 153: de V. brins, secondes, mais non par rapport à la Providence qui art. cil., p. 389; de G. Mattiussl, Conoscibilità del mi- gouverne toutes choses; 2* d» prestiges diaboliques, racola, dans La Scuola callotira, Milan. 1908, p. 436. (pii ne sont que d s simulacres de miracles; 3· des L étonnement, d’après saint Thomas, ne fait pas faits ou effets divins ordinaires de l’ordre naturel ou nécessairement suite a une perception sensible : il surnaturel, tels que la conservation des choses en leur suppose une exception à une loi connue ou connais- être, le gouvernement divin, la création quotidienne *abk. nuis la connaissance de cette loi peut avoir des âmes, la justification de l'impie, l’augmentation de la grâce et des vertus dans l’âme; I*» des faits ou h u aussi bien par la foi que pur l'expérience. 5 toute intervention immédiate de Dieu dans l'ordre effets ordinaires dits providentiels, par lesquels se du monde est-elle un miracle? — C'est là une dernière manifeste la Providence, par exemple, quand Dieu précision apportée par les théologiens à la doctrine exauce nos prières. IL PossinîiJTÉ. — Au nom de la définition validu miracle Nous avons vu, en effet, d’anciens théo­ logiens hésiter sur cc point ct sc demander si la créa­ cane, les théologiens enseignent que la possibilité du tion, U création des âmes cn particulier, la justifica­ I miracle est une vérité au moins proche de la foi. t. LA nr, LA POSSIBILITÉ nu mihaclk. — tion du pécheur, et,'en général, toutes les œuvres I 1« Au nom des sciences positives. Cette négation a son ippartenant à l'économie de la vie surnaturelle de l’âme, «ruvm qui supposent une Intervention iinmé- I fondement d ms le naturalisme scientifique. · Le natu- 1813 MIR KCLE, POSSIBILITÉ ralisine scientifique consiste précisément dans la négation directe du miracle en tant que /ait surnaturel. Pour lui, le monde (pie nous habitons est un système clos, où rien ne pénètre du dehors. Les événements qui s’y passent, si étranges soient-ils, doivent tous trouver leur explication dans les forces ou les éléments qui le constituent, dans les inlluenccs (pii s’y exercent de façon régulière. » .1. de Tonqnédec, art. Miracle, dans Diction, apologétique, t. m, col. 520. Seul, le naturel est scientifique : « Par cela seul qu'on admet le sur­ naturel, on est cn dehors de la science. » Kenan, Vie de Jésus, 3· éd., préface, p. vi. El encore : · Tout est dans la nature, l’inconnu comme le connu, cl le sur­ naturel n’existe pas... C’est inconnu qu’il faut dire. * C. Flammarion, L'inconnu cl les problèmes psychiques, Paris, 1901, p. 28-29. (/est la thèse des adversaires des miracles de Lourdes. Aigner, Lourdes Int Lichte dcutschcr medicinischer Wissenschaft. Munich, 1910; J. M. Charcot, La foi qui guérit, dans Archives de neuro­ logie, Paris, 1893, p. 72-87; A. Chid.·, La notion du miracle, dans Revue philosophique, sept. 1912, p. 229238; P. Janet, Les médications psychologiques, t. t. Paris, 1919, p. 32-12; 1*. Régnault, Λα genèse des miracles, Paris, 1910; Les miracles de Lourdes, dans les Documents du progrès, févr. 1909, p. 179-188; P. SaintYves, Le discernement du miracle, Paris, 1909; La simulation du merveilleux, Paris, 1912, p. 255-357. Cette attitude, qui se raidit en une lin de non rece­ voir, est aussi antiscientifique que possible. La science n le devoir d’examiner impartialement même les phé­ nomènes cs de la mécanique sont eux-mêmes des hypothèses plausi­ bles, suggérées par les faits, mais (pii ne sont pas expérimentalement démontrées ni prouvées a priori. Cf. Bout roux, La contingence des lois de la nature, Paris, 1895, p. 74; H. Poincaré, La science et l'hypo­ thèse, p. 113-119. C'est donc, cn réalité, notre esprit qui met la liaison nécessaire entre les phénomènes observés et formule la fixité des lois naturelles. Parallèlement à ce principe qui peut être correcte­ ment entendu, d’autres philosophes ont construit toute une théorie subjectivlste des lois de la nature. D’après la thèse bergsonnlcnne de Γ «évolution créa­ trice », dont on trouvera l’exposé et la réfutation chez J. de Tompiédec, La notion de vérité dans la « Philo­ sophie nouvelle , Pans, 1908; Dieu dans Γ · Évolution créatrice », id., 1912, · l'expérience des sens ct de la conscience ne nous olîrc, dans son fond authentique, rien de discontinu. Il n’y a pas d’ objets » distincts les uns des autres, ni d'étals de conscience séparés. Il n’y a que des phénomènes se fondant continuellement l’un dans l’autre. Ce sont les nécessités pratiques qui introduisent les divisions. Nous avons besoin, pour agir cl pour penser clairement, d’isolcr les éléments ct de les envisager l’un après l’autre. .Mais séparer les fils, c’est détruire la trame. Il n’y a pas de < natures fixes ·; il n’y a pas de nécessité persévérante et irré­ ductible : tout est en devenir. < Choses et état, dit Bergson, Évolution créatrice, p. 270, ne sont que des vues prises par notre esprit sur le devenir. Il n’y a pas de choses, il n’y a que des actions. · J. de Tonquédec, Introduction à l'élude du merveilleux et du miracle, p. 93-91. Bergsonnien fervent, E. Le Roy s’empare de cette philosophie pour l’appliquer au miracle. Le miracle n’est pas un fait exceptionnel, il ne peut avoir de cause diflércnte des causes de la nature; il ne sc dis­ tingue pas des autres faits. Il n’y a point de fait par­ ticulier : · Au point de vue des apparences immé­ diates, tout moreelage disparaît, comme toute classi­ fication; cl l’on n’est plus en présence que d’une continuité mouvante indistincte. Le miracle s’éva­ nouit alors au même litre que n’importe quel phéno­ mène particulier, dans le chatoiement universel, dans le flux ininterrompu des images. » Essai sur la notion du miracle, i, Ann. de philos, chrét., I. cuit, p. 22. η. I. Le miracle est une crise d’atïrnncbisscmcnt de l’esprit par rapport à la matière. Sous l'influence de la foi religieuse. l’elTort libérateur de l’esprit s’inten! si fie d’une façon exceptionnelle, le monde physique, en quelqu’un de ses détails, se métamorphose ù l'improviste. « l ue foi quelconque, même illusoire est déjà capable d’cÎTets merveilleux. Combien plus une foi vraie, c’est-à-dire une fol adaptée à la nature de l’esprit. conforme à sa destinée morale, à scs besoins, à ses virtualités, à ses puissances latentes! Combien plus encore une foi divine, qui tend à le faire toujours plus être, au delà de tout cc qu'il est déjà devenu et de tout ce qu’il peut même présentement concevoir!» (ip. cil., m, ibid., p. 249. Ainsi, un miracle, c'est l’acte d’un esprit (pii retrouve plus complètement tpie d'habitude, qui reconquiert momentanément une part de scs richesses et de ses ressources profondes. » Ibid., 217; cf. p. 212. Le miracle ainsi compris est surnaturel cn cc sens qu'on doit l’attribuer à Dieu comme à sa cause ultime, la fol étant l'action du divin dans l’àme. On apporte à l’appui de cette thèse les textes requérant la fol pour le miracle notamment, Malth., xvn, 29; Marc., vt, 5. Sur le sens de ccs textes, voir art. .Jésus-Giiiust, l. Vî, col. 1191. 1815 MIRACLE, POSSIBILITÉ : LE DÉTERMINISME Pour M. Blondel, les lois de la nature sont des constructions arbitraires, cl n’ont pas de valeur rcpréscntalivc. La conception du miracle, comme excep­ tion réelle a des lois réelles, est donc inadmissible. Fidèle à la doctrine de l’immanence, fauteur de L'action dépouille, dans l'apologétique, l’argument du miracle de sa valeur spéculative, mais entend lui restituer une valeur pragmatique. Peu importe dans le miracle le merveilleux sensible; ce qui importe, c’est le sens symbolique. El comme l'idée de lois generales cl fixes dans la nature, et l’idée de nature elle-même n’est qu’une idole; comme chaque phéno­ mène est un cas singulier et une solution unique, il n’y a sans doute, si on va au fond des choses, rien de i plus dans le miracle que dans le moindre des faits ordinaires. Mais aussi il n'y a rien de moins dans le plus ordinaire des faits que dans le miracle. » Lettre sur l'apologétique, dans Annales de philosophie chrétienne, Janv. 18%, p. 315; cf. L'action, p. 396. De telle sorte que le miracle, fait naturel sans doute qu'on ne saurait considerer à part des autres sans morceler artifi­ ciellement le réel, est miracle en ce sens (pie, « brus­ querie exceptionnelle », il provoque la réflexion à des conclusions plus générales... Les miracles ne sont donc miraculeux qu’au regard de ceux qui sont déjà prêts à reconnaître l’action divine dans les événe­ ments et dans les actes les plus habituels. Id., ibid., Cf. I. de Tonquédec, Introduction..., p. 91-103. fr) Critique - .1. d·? Tonquédec n’a pas de peine à montrer que sous ces apparences d’une philosophie subtile et relevée, nous sommes ici en face d’un véri­ table naturalisme. On nie la possibilité du miracle. Intervention préternaturelle de Dieu dans l’ordre des phénomènes, cn raison de la continuité ou (h Vinterdépendance des phénomènes entre eux. Evite conti­ nuité est-elle prouvée en tout ct pour tout? Tel est le point précis de la controverse. L’expérience est là pour contredire un principe si absolu. Le monde se transforme incessamment, et pourtant quelque chose subsiste cn lui. cn dépit des modi lient ions partielles. < Même parmi les phénomènes relies par des in­ fluences réelles et profondes, de combien peut-on dire avec certitude que leur liaison est indissoluble? De combien de conditions ou de causes peut-on allirmer qu'elles sont absolument nécessaires, et que rien ne saurait tenir leur place? Certes, on ne l’allirmcra pas de toutes... Mors, encore nue fois, quelles sont les conditions absolument indispensables à l’existence d'un phénomène? M. Le Roy finira par nous le dire crûment, ct tout le déploiement métaphysique auquel nous avons assisté va soudain sc rétrécir à son issue. O qui est nécessaire, ce sont les < causes normales, les conditions génératrices ordinaires ». Op. cit., t, p. *21. « Voilà où devaient aboutir tant de subtiles considé­ rations : a cette exclusion unique, à cette conclusion empruntée au plus vulgaire naturalisme. Qui ne voit qu’elle constitue ici une grosse pétition de principe? Introduction, p. 119. Mais, au point de vue de la contingence des lois de la nature, la position de ccs auteurs est également insoutenable. Sans doute, il faut admetire une part considérable de convention ou d’hypothèse dans les lois scientifiques. Ce qu’on appelle les lois de la nature sont plutôt · les lois de la nature en ses rapports avec notre sensation ct notre intelligence ». E. Meyerson, be Vexplication dans les sciences, Paris, 19'21. t. i, p 17. Mais ccs rapports eux-mêmes ne sont pas pure­ ment artificiels; ils supposent du réel. SI la science ne nous apprend pas toute la vérité, elle nous apprend au moins quelque chose, et au fur et à mesure qu’elle progresse, scs lois et ses théories reflètent de plus cn plus parfaitement la réalité objective. Cf. Van Hove, op. aL, p. 176; J. de Tonquédec, Introduction, p. 108; 181G P. Duhem, La théorie physique, Paris, 1911, p. 3236; P. Iloenen, De ualore theoriarum physicarum, dans Ada primi congressus thomistici intrrnuUonulis, Rome, 1925, p 61 74; L Noël, /.* déterminisme, Bruxelles, 1906, p. 108. E. Le Roy a été obligé de faire lui-même des concessions sur cc point. Science d philosophie, dans Hernie de métaphysique cl de morale, Paris, 1899, p. 525-536 ; Le problème du miracle, dans bulletin de la Société française de philosophie, mars 1'·12. p. Γ23, 161. etc. En bref, ■ il faut sc garder de confondre les lois scientifiques et les lois objectives, principes réels qui déterminent ontologiquement le cours régulier des événements. La contingence des lois scientifiques n’entraîne aucunement celle des lois objectives. Peu importe au fond l'opinion qu’on sc fait de la valeur des premières cl de la part de l’esprit dans leur éla­ boration; aucune théorie de logique scientifique n’en­ tamera jamais l’assertion, d’ordre purement méta­ physique, aux termes de laquelle les phénomènes résultent normalement de natures spécifiques et sc conforment à celles-ci comme à autant de lois. Or. pour que le miracle soit concevable et possible, il suffit que l’on admette l’existence de ces lois objec­ tives. » Van Hove, op. cit., p. 178. Jusqu’ici, conclurons-nous avec J. de Tonquédec, la porte reste ouverte à l’admission d’une inter­ vention extranaturelle, à supposer qu’on en puisse découvrir des signes positifs ». Introduction, p. 119. 2. Le déterminisme. — Le véritable adversaire de la possibilité du miracle est le déterminisme : la majorité dei savants incroyants sc refuse à admettre le miracle, parce que. selon eux. l’univers obéit à des lois rigoureuses et nécessaires, ne soutirant pas la moindre exception : ainsi, la science est l'ennemie Irréductible du miracle. Souvent cette foi au déterminisme n’est pas, chez les savants, la conclusion d’un raisonnement ou d’une étude; elle cstr sinon un préjugé, du moins un parti pris admis sans discussion ni examen. Dogme scien­ tifique, le déterminisme a pour corollaire nécessaire l’impossibilité radicale du miracle : · Par ses prin­ cipes comme par ses conclusions, la science élimine le miracle. · G. Séailles, Les affirmations de la conscience moderne, p éd., Paris, 1909, p. 3’2. Alllrmalion a priori, ct, de soi, contraire à l’esprit scientifique, qui doit se délier de tout apriorisme. Aussi, nombre de philo­ sophes cl de savants ont tenté de justi lier leur atti­ tude · sclentitique ■ à l’égard de la possibilité du miracle, cherchant au déterminisme invoqué une raison d'ordre philosophique ou expérimental. a) Déterminisme déduit fondé sur une raison philo­ sophique. — ('.e déterminisme revêt deux formes : l’une strictement philosophique, celle (pie lui a donnée Spinoza; l’autre, plus directement ordonnée aux mé­ thodes scientifiques, celle qu’on trouve chez Claude Bernard. a. Première forme. — Pour Spinoza, l'intelligence et la volonté divines étant identiques, les décrets de Dieu s’identifient aux lois universelles de la nature, cl résultent nécessairement de la perfection de l'litre suprême Le cours de la nature est donc éternel, fixe, immuable, comme le décret divin dont il résulte. C’est là aussi la conclusion de toute doctrine qui, pre­ nant à la lettre l’axiome hégélien de l’identité du rationnel cl du réel, enseigne qu’en chaque parcelle d’existence sc découvre une réalisation et une consé­ quence Infaillible des premiers axiomes Intellectuels. Cf. .L deTonquédec, op.cit., p. 37, Là pareillement doi­ vent aboutir, cn vertu de leur système philosophique « général, les panthéistes, soit matérialistes soit idcaI listes; pour eux, le monde n’est pas distinct de l'ab’ solu, ct, partant, absolues cl immuables sont les lois 1817 MIRACLE, POSSIBILITÉ : LE DÉTERMINISME de la nature. Et, en général, cet espèce de détermi­ nisme doit être logiquement celui des philosophes qui transposent dans le plan de la nature l'immutabilité de la volonté et des décrets divins. Une telle forme de déterminisme relève d’une théorie générale, dont la réfutation dépasse de beau­ coup la question de la possibilité du miracle. C’est à la théodicée qu’il appartient de discuter ccs sortes d'assertions, et elle peut le faire sans viser directement le problème du miracle qui n’y rentre que comme une conclusion. Voir Déterminisme, t. iv, col. 612; ct sur Spinoza, Du i , t. iv, col. 1251 sq. à. Deuxième /orme. z) Exposé. Sur le terrain proprement scient i lique, une forme voisine du déter­ minisme s'affirme, dont le principe est cependant différent. C’est le déterminisme que certains savants Invoquent comme étant l’âme de toute science, le postulat nécessaire à toute méthode scientifique. I-a science existe; elle s’impose; or, elle ne peut exister qu’à la condition de présupposer le déterminisme absolu des phénomènes qu’elle étudie. De cette conception, on peut retrouver les antécé­ dents chez Kant, antithèse de la 3* antinomie, dans Critique de la raison pure. tr. fr. A. Trentesaygucs et B. Pacaud. Paris, 1905, p. 101 sq. Mais elle a été expo­ sée et défendue surtout par Claude Bernard. Sans doute, il n’est pas certain que ce savant ait voulu par là nier la possibilité du miracle. Dans le com­ mentaire dont il a accompagné le texte du grand phy­ siologiste, le P. Serlillanges interprète, sur ce point, cn bonne part les assertions de Cl. Bernard. Cf. Intro­ duction à t'élude de ta médecine expérimentale. notes 170, 171, 175, 250. etc. Toutefois, ce déterminisme sert à d’autres auteurs de point de départ à la néga­ tion du miracle; c’est, en effet, un déterminisme absolu : · Le déterminisme absolu des phénomènes dont nous avons conscience, dit Cl.Bernard, a priori est le seul critérium ou le seul principe qui nous dirige ct nous soutienne. » Op. r/7., p. 87; cf. p. 58. 61. « Il est à la base de tout progrès et de toute critique scientifique ». Id., p. 109. Ainsi, pour M. E. Goblol, ce déterminisme implique que l’ordre de la nature est constant et universel, que · les lois ne souffrent pas d’exception », qu’ il n’y a pas de faits ni de détails de faits qui ne soient réglés par des lois ». Et il faut donc conclure : Toute induction repose sur la confiance que nous avons dans le déterminisme. Il n’y a donc dans la nature ni contingence, ni caprice, ni miracle, ni libre arbitre; chacune de ces hypothèses ruine cn nous la faculté de raisonner sur les choses. > Traité de logique. Paris. 1920, p. 313-314 sq. Cf, la flnaltti en biologie, dans Hevue philosophique, oct. 1903, p. <370-371. On le voit, l’absolu de la science est à la base du raisonnement; si la science existe, si elle réussit, elle impose les conditions de sa possibilité cl de son existence; et, parmi ccs conditions, la plus importante est d'admettre un parfait déterminisme. La méthode scienti tique rend le miracle inconce­ vable : « Le miracle, déclare A. Sabatier, n’a plus aucune base dans la philosophie moderne. La mé­ thode inaugurée par Galilée, Bacon. Descartes, a donné à notre pensée un tour qui nécessairement l’exclut. » Esquisse d'une philosophie de la religion, Paris, s. d.. p. 80. Cf. P. Larroque, Examen critique des doctrines de la religion chrétienne. 3· éd., Paris, 1X61. t. i. j). 205; J. Simon, La religion naturelle. I’ - ·β) Critique. - Certains auteurs catholiques pen­ sent pouvoir défendre ici la possibilité du miracle, cn affirmant que l'uniformité des lois est un postulat indémontrable; qu’on ne saurait appuyer sur une base aussi peu ferme tout l’édifice de la science; que le principe déterministe lui-même n’est pas l’unique 1818 motif du succès de la science et qu’enfm il n’engendre pas toujours le succès. Mais ce sont là les petits aspects de la réponse. D’autres rcponscs*plus directes sont pos­ sibles et nécessaires. Tout d'abord, le miracle est suffisamment excep­ tionnel pour être, au point de vue de l'investigation scientifique, pratiquement négligeable. Il repose, cn effet, sur l’intervention libre de Dieu dans le monde, intervention toujours justifiée par des motifs d’ordre religieux et toujours guidée par la sagesse infinie. El celte sagesse infinie, gardienne de l’ordre du monde, fixe les conditions des exceptions à cet ordre. A cause de sa rareté même, le miracle ne pourra troubler le savant : la science, si parfaite soit-elle, n'est toujours qu’une vue partielle sur les choses; cl les miracles se perdent dans l’immense multitude des faits qui nécessairement éclmppent aux calculs, aux investi­ gations scientifiques. Enfin, toute difficulté semble enlevée au savant du fait que le miracle sc présente ordinairement dans des conditions telles, que son ori­ gine supranaturelie apparaît facilement. La croyance au miracle n’a jamais empêché un savant de faire œuvre de savant. D’ailleurs, nous pouvons raisonner ici comme nous le faisions tout a l'heure a propos du contingent isme des lois scientifiques. Ici, il ne s’agit plus de contingenlismc, mais de déterminisme. ■ Le déterminisme, dirons-nous avec M. Van Hove. op. cit.. p. 216. constitue véritablement un guide indis­ pensable pour l’expérimentateur, une condition sine qua non du travail cl de la certitude scientifiques, mais il n’est pas pour cela même une loi de la réalité. En vertu de sa définition, le travail de la science consiste à exprimer le réel aussi parfaitement que possible dans un langage déterministe; mais le déter­ minisme scienti tique, tel que nous le considérons pour l’instant, n’est qu’une pure forme, un cadre dans lequel le savant essaye de faire entrer tout ce (pii lui est donné dans scs observations ct ses expé­ riences. Pur principe de recherche, le déterminisme n’a pas le droit de prétendre refléter la réalité objec­ tive elle-même, et le savant qui s’en arme en entrant dans son laboratoire, n’est pas pour autant autorisé à affirmer que tous les faits se rattachent à leurs antécédents par un lien nécessaire... Si le détermi­ nisme est principalement un principe de recherche scientifique, rien ne permet d’affirmer au nom de la science l'universalité du règne d’un déterminisme ontologique. Il peut arriver, et il arrive de fait, que l’on ne réussisse pas à trouver la loi d'un phénomène: rien n’empêche que col échec soit tout simplement dû à ce que le phénomène en question n'obéit pas à une loi. La métaphysique thomiste admet précisément que le déterminisme n’est pas universel cl qu’il y a (les êtres doués de liberté : la science n’est pas fuite pour y contredire. L’existence d’un domaine sous­ trait au déterminisme, et où par conséquent l’inves­ tigation scientifique ne pourra jamais être couronnée de succès, est d’autant moins inquiétante que la théorie du miracle prétend délimiter son étendue avec une approximation largement suffisante. > Op. cit.. p. 216-217. Cf. J. de Tonquédec. op. cil., p. 71 sq.; I·. M. Perler, Trois objections contre te miracle, dans Hcvue pratique d'apologétique, 15 juin 1920, p. 269271; Déterminisme, t. iv, col. 615. M Déterminisme induit, fondé sur l'expérience. — I). Hume a formulé d’une façon assez complète l’ar­ gument opposé au miracle, au nom du déterminisme, résultat de (’induction scientifique, Voici comment on peut résumer cet argument : Les lois de la nature sont établies par une expérience constante cl uni­ forme; or. par définition, le miracle serait une vio­ lation de ces lois; donc, il est impossible. Quel que soit le témoignage en faveur du miracle, il est néccs- 1§19 MIRACLE, POSSIBILITÉ : LE DÉTERMINISME salrtment insuffisant pour faire admettre une viola­ tion impossible des lois. An Inquiry concerning the human understanding. dans Philosophical works,t, iv, Bouam Edimbourg. 1854, p. 130*131· c. Erposé. — Supposé que nos sens ne nous ait pas induits en erreur, ct que nous soyons vraiment en face d’un phénomène extraordinaire, il est bien certain que cc fait nouveau suppose, non une viola­ tion des lois de la nature, mais · l’introduction d’une nouvelle cause, qui, si elle était présente, y serait, on n’en peut douter, adéquate ». St. Mill, Système de logigue déductive ct inductive, Ir. Poisse, 3· éd., Paris, 1889, t. n, p. 165. < L'uniformité du cours de la nature constaté par l’expérience, montre que l’univers est gouverné par des lois générales ct non par des inter­ ventions spéciales; il y a donc d’avance, contre tout miracle, une improbabilité qui ne peut être contre­ balancée que par une probabilité extrêmement forte, résultant des circonstances spéciales du cas en ques­ tion. Id., p. 166-167. Les faits nouveaux et extraor­ dinaires doivent donc être considérés comme obéis­ sant a des lois : · par les progrès de la science, il a été démontré que tous les phénomènes sont réductibles â une loi Essais sur ta religion, tr. E. Gazelles, Paris, 1875, p. 209. Donc, découverte d’un fait nouveau ct inattendu, découverte d’une loi auparavant incon­ nue, D’ailleurs, l’expérience nous montre que Dieu, pour autant qu’il existe, n’agit dans le monde que par les causes secondes, c’est-à-dire par les lois géné­ rales. Cc que nous savons du gouvernement divin montre donc l’impossibilité du miracle. Id., p. 218221. Cf. Hume, op. cil., p. 1 18. Cc n’est d’ailleurs pas sur une déduction qu’est fondée la régularité dans l’ordre de la succession des événcinvts érigée en prin­ cipe absolu; c'est uniquement sur l’induction, ou généralisation de l’expérience, induction qui consiste * A inférer de quelques cas particuliers où un phéno­ mène est observé, qu’il sc rencontrera dans tous les cas... qui ressemblent aux premiers en ce qu’ils offrent d’essentiel ». Système de logique, 1.1, p. 316. Cc principe du déterminisme induit a servi â de nombreux auteurs pour éliminer le miracle. L’idée fondamentale se retrouve la même chez tous : une longue série d’expériences a démontré (pie l’univers est soumis â des lois uniformes, constantes, immua­ bles; ct le caractère de ccs lois est tel qu’il n’y a pas, qu’il n’y aura jamais place pour une intervention arbitraire d’une cause surnaturelle. Voir, entre autres : L. BQchner, Force et Matière, tr. fr., 5· éd., Leipzig, 1876, p. 101-101; J. W. Draper, Les conflits de la Science et de la Ileltglon, tr. fr., Paris, 1875, p. 161-183; T. IL Huxley, Collected essays, I. îv, p. 4748, t. m, p 152-154, t. ix. p. 121; I Le Dantec. L'athéisme, Paris, 1906, p. 11-17; E. Littré, Γη frag­ ment de médecine rétrospective, dans, La philosophie positive, Paris, t. v, p. 105; .1. M. Merklin, The survival value o[ miracle, dans The american Journal o/ theo­ logy, Chicago, 1917. p. 210-259; E. Ménégoz, Publi­ cations diverses sur le fidéisme, 2· éd.. Paris, 1909, t i, p 153 155; 198: E Zeller, Die Tûbinger hislorische Schale, dans Hislorische Zeitschrift, Munich, t. îv (I860, n), p. 101 (références indiquées par Van Hove, op. a/.. p. 187). L'argument du déterminisme induit sc corrobore d’une observation scientifique qui, nonobstant les hésitations de quelques auteurs, cf. J. de Bonniot. Le miracle et ses contrefaçons, p. 60-61; G. Sortais. La Providence et le miracle devant la science moderne, Paris, 1905, p. 59, parait incontestable : la conserva­ tion de l’énergie : · rien ne sc perd, rien ne se crée ». Puisque l’énergie totale de notre système mondial est une constante, que tous les phénomènes ne sont que la résultante des transformations subies par un ensemble 1820 constant d’énergies cosmiques, comment pourraît-on envisager comme possible l’intervention d’une cause supérieure et libre? Enfin, sous une forme plus simple, l’argument du déterminisme induit de l’observation expérimentale se retrouve sous la plume de quelques auteurs, notam­ ment de Renan. Dans l’introduction au livre Les Apôtres, Henan parle d'impossibilité du miracle, p. xuin Mais ailleurs, il précise ainsi sa pensée ; < Nous ne disons pas : < Le miracle est impossible» ; nous disons : Il n’y a pas eu jusqu’ici de miracle constate. » Vie de Jésus, Introduction, p. xcvi. On saisit le détour. Pour Stuart Mill, l’expérience révèle Puniformité constante des lois de la nature; donc, le miracle qui serait une violation de cette uniformité n’est pas possible. Pour Henan, l’expérience n’a jamais révélé de miracle; donc le miracle est « inad­ missible ». Id., p. v. Quand on connaît les dures exi­ gences formulées par Henan pour la constatation du miracle, inadmissible équivaut ici A Impossible. Cf. Vie de Jésus, Introduction, p. xcvi-xcvn. Au fond, c’est le même argument. En affirmant qu’on n’a jamais constaté l’exception miraculeuse, on entend bien dire que les lois naturelles, telles que les a fait connaître le procédé de l’induction, sont nécessaires et immuables jusqu’à ne pas admettre la moindre dérogation; si certains faits, dit Renan, Cahiers de jeunesse, Paris, 1906, p. 38, ne sc rangent pas encore sous ces lois, celte « inexpHcabilité · n’est que subjective ct un simple elTct de notre Ignorance. Van Hove, op. cit., p. 201. < fl b. Critique, — La critique portera sur les trois aspects de l’argument : le déterminisme des lois de la nature; la conservation de l’énergie; l’absence d’ob­ servation touchant le miracle. Premier aspect. · .L de Tonquédcc montre briève­ ment que la valeur de l'argument tiré du détermi­ nisme est bien infirmée quand on considère la nature Intime de l’induction. Op. cit., p. 60. « L’induction, dit-il, ne fournit jamais qu’une certitude de fait. C’est ainsi, dit-elle, que les choses se passent d’ordi­ naire; telle est la règle; telles sont les coutumes de la nature. Elle ne dit point qu’il en doive être nécessai­ rement ainsi; elle ne s’occupe point des questions de possibilités ou d’impossibilités. Toutes ses anticipa­ tions de l’avenir sont affectées d’un double sous-en­ tendu. 11 en sera toujours ainsi, dit-elle, si aucun élé­ ment nouveau ne se glisse dans le circuit des influences enregistrées, dans la complication des antécédents connus... · C’est dire (pie l’induction, à elle seule, sans l’intervention d’un principe supérieur de philosophie, ne saurait formuler une loi générale cl nécessaire. Cf. Van Bent hem, Essai sur l'induction, son domaine, son fondement, Zwolle, 1923, p. 137. · Le caractère de nécessité ne revient aux conclusions de l’induction que dans ’a mesure où celle-ci, en vertu de quelque principe philosophique, conduit à affirmer l’existence d’une nature, c’est-à-dire d'un agent déterminé à agir dr telle ou telle manière. » Mais, - puisque la science inductive ne conduit pas par elle-même à l’alllnnation du caractère de nécessité d’une loi naturelle, ce n’est pas au nom des lois scientifiques que l’on peut pré­ tendre établir l’impossibilité ou l’inadmissibilité du miracle. La science comme telle observe cl enregistre, elle ne porte pas de jugements de valeur. » Van I love, op. cit., p. 193. Le principe métaphysique qu’on fait intervenir pour donner aux lois scientifiques leur caractère de néces­ sité n’est pas lui-même un obstacle au miracle. Car le déterminisme qui résulte de son application aux résul­ tats de l’induction sera toujours un déterminisme hypothétique. La loi devra s’énoncer ainsi : » Dans telles circonstances données, un même antécédent 1821 MIRACLE. POSSIBILITÉ : LE DÉTERMINISME entraîne le même conséquent. ► Ci. II. Poincaré, La valeur (le la science, p. 12, 258; La science et l'hijpothèse, p. 169. Mais ce caractère de nécessité hypothé­ tique «les lois scientitiques permet d’envisager la possibilité du miracle, nonobstant cette nécessité. Car le miracle est dû précisément à l'intervention de la cause surnaturelle, circonstance nouvelle qui change totalement les conditions de l’activité des êtres. Voir plus loin. Observons toutefois, conformément â la doctrine exprimée par saint Thomas, «pie le miracle ne faisant pas qu’une nature créée ne soit pas ce qu’elle est (non est contra rationes seminales), il y a nécessité absolue a cc qu’un être possède les propriétés qui constituent sa nature propre; le feu a la puissance de brûler ct de réchauffer. Mais c'est le résultat de ces propriétés actives mises en branle qui peut être sus­ pendu ou modifié par l’intervention particulière de Dieu. C'est donc dans celle application effective de l’activité drs natures créées que se rencontre la néces­ sité hypothétique des lois scientifiques. La possibilité du miracle est encore plus facilement concevable si l’on considère que l’agent dont dépend le miracle, Dieu, est l’être souverainement libre et indépendant, maître de son action dans toutes les natures créées. Ainsi, le miracle respecte le déterminisme des lois natu­ relles », comme l’écrit A. de Poulpiquet, Le miracle cl ses suppléances, p. 171. On a constaté, disent 1rs déterministes, que Dieu n’intervient pas dans le monde en dehors du gouvernement général. Le fait resterait à démontrer. Mais fût-il démontré, il ne s’en suivrait pas encore que Dieu ne pourrait inter­ venir, et donc que le miracle soit Impossible. Deuxième aspect, — Deux réponses ont été propo­ sées pour résoudre l’objection tirée de la loi de la conservation de l’énergie. Certains défenseurs du miracle ont dit que l’action miraculeuse n'implique pas la création de nouveaux cléments et de nouvelles énergies, mais seulement l’impression d’une nouvelle direction à l'énergie cos­ mique existante. Le principe de la conservation de l’énergie comporte uniquement la constance de la quantité des énergies matérielles, et n'exclut aucune­ ment l’existence de principes qui déterminent la tonne «le ces énergies matérielles ou en modifient la qualité. » Van Hove, p. 200, rapportant la réponse de .1. de Bonniot, op. cil., p. 59-62; Van de Woeslync. Cursus philosophicus, t. n. Malines, 1925. p. 207. A. Zacchi, Il miracolo, Milan, 1923, p. 292. Il y a, sans doute, une part de vérité dans cette réponse : car. même en dehors de l’hypothèse du miracle, il faut envisager le problème général de la liberté et de la conservation de l’énergie. Néanmoins, Il faut bien avouer (pic tous les miracles ne peuvent trouver une explication plausible, si l’on maintient dans son inté­ gralité le principe de la conservat ion de la ma 1ère et de l’énergie. A-t-on songé aux miracles de la multi­ plication des pains et des poissons? Kl les mêmes difficultés apparaissent lorsqu’il s’agit d'expliquer des reconstitutions de tissus, telles qu’on en observe dans certains miracles de Lourdes. Cf. K. Le Bec, Prennes médicales du miracle, Paris, 1917, p. 1331 IG; Critique cl contrôle médical des guérisons surna· lurettes, Paris. 1920. p. | 1-15; (l.e supplice de la croix), Les forces naturelles inconnues ct le miracle, Paris, 1927, p. 31 32. Aussi, avec M. Van Hove, esti­ mons-nous «pie celle première réponse n’est pas adé­ quate. l’ne deuxième réponse, plus satisfaisante· consiste à dire que la loi de la conservation de l’énergie n’a dr valeur cl de certitude (pie pour un système matériel fermé détermine Cf. P. M. Pérlcr. art. cité, p. 273-27 I; Van de Worstyn, op. cit., p. 207; A. Zacchi. op. cit., p. 293-291. Or, le monde (pic nous voyons ne constitue 1822 pas un système fermé, car en dehors de lui il y a des ( sprits -la raison naturelle doit au moins en admettre la possibilité — ct il y a Dieu : l’action de Dieu et drs (sprits dans le inonde tout en étant mystérieuse, n'en est pas moins réelle. Il est du reste possible d’entendre l’adage rien ne sc perd, rien ne se crée », en ce sens qu’aucune apparition ct aucune destruction d’un être ou d’une énergie matérielle ne sc produisent dans le cadre des activités des créatures, ce qui est en con­ formité absolue avec la métaphysique thomiste. La loi en question vise les transformations de l'énergie existante; elle n’a rien à voir avec la question d^ l’ori­ gine de celle-ci. En d’autres mots, de quel droit prêle-t-on « au postulat de la conservation de l’éner­ gie les allures d’une loi rigoureusement vérifiée par­ tout et radicalement exclusive de toute espèce de contingence »? .L de Tonquédec., op cit., p. 7(1. D’autres estiment que la loi de la conservation de l’énergie n’est qu'approximative ct « approchée *. Pour le développement de ces idées, voir Van Hove, op. cil . p. 2oo sq. Troisième aspect. - On n’a jamais constaté un miracle; donc, le miracle est inadmissible. Singulier raisonnement! Tout d’abord, réservons la question de la constatation du miracle ». On en parlera plus loin. Admettons provisoirement qu’il n’y a jamais eu de miracle scientifiquement constate. l'eut-on en inférer que le miracle est inadmissible? J. de Ton­ quédcc remarque avec raison que c’est un soplüsmc de proclamer, parce qu’on n’a pas rencontré le miracle dans le laboratoire, qu’on ne peut le rencontrer dans le sanctuaire, Op. cit., p. 70. «On ne rencontra pas le miracle dans le laboratoire; cela prouve tout simple­ ment que le miracle, phénomène exceptionnel, n’ap­ partient pas au domaine scientifique. Mais c'est un sophisme grossier que de conclura à l’impossibilité ou A l’inconcevabililé de phénomènes rares, du fait que dans un domaine bien limité on n’en a jamais constaté. Cc qui est vrai a fortiore quand ces phénomènes raras, comme c’est le cas pour le miracle, appartiennent précisément à un autre domaine. Si une experience prolongée n’a pas découvert des exceptions — disons plutôt : des précisions insoupçonnées —- à une loi qu'elle croit avoir définitivement établie, il n’en résulte pas qu’elle n’en découvrira pas à l’avenir, et encore moins qu’elles sont inexistantes ou impossibles. Et si l’on nie le miracle uniquement parce qu’on n'en a jamais constaté, il faut au même titra nier que l’on puisse découvrir de nouveaux faits d’ordre natural. Que de fois pourtant n’a-t-on pas dû admettra l’exis­ tence de faits qui paraissaient à première vue en opposition radicale avec les conclusions prélenduement les mieux établies de la science. · Van Hove, op. cit., p. 206. Cf. L. Lescœur. La science et les faits surnaturels contemporains. Les vrais et les faux miracles. 2· édit., I’.hk. s. <1 c) Instance de Stuart Mill. Pour renforcer l’ar­ gument tiré de l’induction, Stuart Mil! prétend que l’intervention divine est improbable, vu le genre de preuves qu’on en pourrait donner. En effet, d’une part, sa possibilité et son exercice ne se fondent que sur une inférence spéculative », c’est-à-dire un rai­ sonnement métaphysique; d’autre part, l’enchaînement régulier des phénomènes selon les lois de la nature est objet d’expérience constante : « Si nous avions le témoignage direct de nos sens pour un fail surnalurvl. on pourrait le constater ct le rendre aussi certain que tout fail natural. Mais ce témoignage nous fait toujours défaut. Le caractère surnaturel du fait est toujours... matière d’infcrence ou de spécula­ tion. Essai sur la religion. Le théisme, t· partie, tr. Gazelles, p. 219. De plus, l’inférence qui conclut nu miracle n’est aucunement solide : elle sc heurte à 1823 MIRACLE. POSSIBILITÉ : LA CRITIQUE HISTORIQUE des probabilités de sens inverse. A l’hypothèse surna­ turelle, on |>cut opposer l'hypothèse aussi probable d’une cause naturelle inconnue. El en tin, pour s’ar­ rêter a l’hypothèse de la cause surnaturelle, il faudrait savoir si le miracle concordo avec 1rs exigences des attributs divins. Or. il semble bien que les attributs divins, loin de ^’accommoder de l’hypothèse du mirade, l’excluent plutôt Sur ce dernier point, voir plus loin. col. 1831. On lira dans J. de Tonquédcc la discussion complète de cette instance de Stuart Mill. Introduction.., p. 151-166. Il suffira de noter ici la substance de la réponse catholique. En premier lieu on fait remarquer qu’il n’existe pas entre tu découverte d’une cause naturelle ct phéno­ ménale, œuvre attribuée par Stuart-.Mill à l’expérience, et 1* · inférence spéculative » qui conclut à Dieu, l'oppositfou qu'a voulu voir le philosophe anglais. Vouloir constater expérimentalement l’intervention surnatu­ relle est une naïveté : pour conclure à Dieu, il faut nécessairement l’inférence spéculative, c'est-à-dire qu’il faut raisonner, faire de la métaphysique. Mais il en est de même, ct Γ « inférence spéculative » est nécessaire pour découvrir la cause (entendons ce mot dans sa vraie signitlcation philosophique) des phéno­ mènes expérimentalement connus. Dès lors, c’est un sophisme dc prétendre, au nom des certitudes (pic l’expérience peut donner louchant les causes naturelles des phénomènes, ruiner la pro­ babilité dc l'intervention, en certains cas excep­ tionnels, d’une cause surnaturelle, parce que nous ne pouvons atteindre cette cause (pie par voie de rai­ sonnement. N’csl-ce pas aussi par le raisonnement que nous rattachons les phénomènes naturels à leurs causes naturelles? Et si le raisonnement nous amène à conclure pour certains faits d’ailleurs expérimen­ talement connus, qu’aucune cause naturelle ne peut en rendre compte, pourquoi, au rom dc la même < infé­ rence spéculative ·. n’aurioiis-nous pas le droit de chercher, dans une cause supérieure, une explication suffisante? Du leste il est faux (pie cette inférence spéculative ne puisse nous (tonner une certitude lou­ chant l’intervention divine par le miracle, sous pré­ texte qu’une cause naturelle latente est toujours el de préférence probable. « C’est mie question d’espèces concrètes, fait observer fort justement J. de Ton­ quédcc, de savoir si la cause surnaturelle n'est pus, dans certaines circonstances, la seule vraisemblable, et si, eu égard aux caractères particuliers du phéno­ mène. a ses entours et antécédents, l’action d’une cause naturelle inconnue ne peut pas être, pour ce cas. exclue avec certitude Op. cit.. p. 162. Enfin, l'objection tirée des attributs divins sera examinée plus loin, voir col. 1831. 3. Corollaire : tes définitions naturalistes du miracle. • Persuadés (pie la nécessité des lois de la nature interdit de concevoir un fait qui en serait une réelle violation, nombre de philosophes croyants ont (enté néanmoins d’accommoder la notion du miracle aux exigences dc leur philosophie. De là certaines notions peu orthodoxes qui sont un corollaire du naturalisme ct nient en réalité la possibilité du miracle. Pour Spinoza, le miracle ne saurait être conçu objectivement; ce terme n’a dc signi Beat ion que rela­ tivement aux opinions humaines, et ne signifie rien autre chose qu’un lait dont nous ne pouvons expliquer ta cause naturelle par l'exemple d’un autre /ait connu. Chose étrange! Spinoza tente de trouver dans l’Êcriturc sainte un appui ù su définition. Tractatus theologico-poUticus, c. vi, De miraculis. Malcbranche, Insis­ tant sur l'immutabilité de l’ordre dans le monde, se trouve embarrassé pour expliquer le miracle. Il en 1824 admet le principe; mais il lente de l’expliquer, la plupart du temps, par notre ignorance des lois géné­ rales qui les commandent. < Par miracles, dit-ii. /7/1tends les effets qui dépendent des lois générales qui ne nous sont point naturellement connues. Entretiens sur la métaphysique, e. xti, n. 13, vn note. Toutefois» cer­ tains miracles exceptionnels s'expliqueraient par une volonté particulière de Dieu. De la nature ct de la grâce, scrm. i, a. 19. Sur l'explication donnée par Malcbranche des miracles, voir Malijihaxciii., I. ix, col. 1796. Leibniz, par son optimisme el la nécessité morale (pi’il introduit dans le gouvernement du monde, diminue le caractère surnaturel du miracle. Le miracle n’est tel (pic par rapport · aux maximes subalternes b des choses; mais il rentre dans l’ordre général de l’univers, et ainsi le miracle ne diffère du naturel «qu’en apparence el par rapport à nous». Cf. Lliiimz. I. ix. col. 183. Semblable tentative .de naturalisme sc retrouve chez I loutteville, voir t. vn, col. 196, dans La vérité de la religion chrétienne prouvée par les /ails... Paris, 1722. Tout le système des lois naturelles a été disposé par Dieu de manière à produire habituellement cer­ tains effets l’innin (A. Lolsy). Ârs preuves rt l'économie de la révélation. dans Brune du Clergé français, 15 murs 1900, p. 128; cf. p. 127. On a insisté sur cet argument (pii n’est point, il faut en convenir, sans quelque apparence dc vérité. Ou l a exploité en le grossissant notablement pour donner plus de poids à la difficulté Cf. Arnold, God and the Bible, p. 72-7 I ; cf l.a crise religieuse (trad, de Llleraturc and Dogma), Paris, 1876, p. 121, 125; L. Büchner, op. cit., p. 102; L. Coulurat, dans le Bulletin de la Société française de philosophie, mars 1912, p. 1G6; \ France. I · lardin d'Epicure. Paris, 1895. p 209 212; NV. PL 11 l.ocky, I fiston/ of the rise and influence of the spirit of rationalism in Europe, Londres, 1913, l. i, p. 115-117; 180 189; E. Ménégoz, Publications diverses sur le fidéisme,,., 1.1. p. 182, 192; \. Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion, p. 75-85; J. Tyndall, Fragments of science, Londres, 1879, t. n, p. 1; J. W endland. Wundergtaube und Wunderbe· griff in der Théologie der Gegenivart, dans Zeitschrift fur wiwnscha/ttlche Théologie, mars 1911, p. 193; A. D. White, .1 histon/ of the warfare of science with theology in Christendom. New-York, Londres, 1910, I. ir, p. 1-66, etc. Cf. Van 1 love, op. cit., p, 207, note 1. 182G 2. Critique. On assure que · dans son enfance· l’humanité voyait partout une action surnaturelle, Dieu partout. De 1Λ. les religions, les croyances fabu­ leuses, 1rs génies, les apparitions, le merveilleux en un mot. Henan, Cahiers de jeunesse, I" cahier, n. 19. Et l’on affirme (pie cet étal théologique · a disparu peu a peu. Il faut bien reconnaître que 1rs anciens étaient plus crédules que nous, et ont attribué quantité dc phénomènes naturels à des causes transcendant es, parce (pic ces phénomcirs n’étalent pas encore expli­ qués scientifiquement. Il faut reconnaître également que la critique historique a délogé bon nombre dc faits, réputés miraculeux, et qui n’étaient que légen­ daires. L’Église elle-même, par la sévérité avec laquelle elle procède à l’examen des miracles dans les procès de canonisation, montre bien qu’il faut s’entourer dc toutes les garanties possibles pour éviter l’illusion ou l’erreur. Mais celte part faite à la vérité, il faut tenir énergiquement que l’argument proposé, au nom dc l’histoire, n’est pas suffisant pour créer une présomp­ tion contre la possibilité du miracle. Il s’en faut, en effet, que l’homme n’ait pas eu autrefois l’idée d’un cours normal des choses et qu’il ait fait intervenir le merveilleux dans l’explication dc chaque événe­ ment. · La question n’est pas, dit fort justement J. dc Tonquédec, de savoir si les anciens expliquaient ou non le cours normal des choses par l’action immédiate dc la divinité (ce qui est une vue métaphysique fort différente dc la croyance au merveilleux), mais s'ils faisaient, oui ou non, du miracle un événement excep­ tionnel. Or. ici, I’afflnnativc s’impose. Il est faux que les anciens aient vu en Protée le type normal de l’être; qu’ils aient pensé que l’arbitraire inconsistant ct le caprice volage fussent la loi des choses. Si vrai­ ment ils ont cru apercevoir, immédiatement derrière le rideau des phénomènes, une ou plusieurs volontés divines, peu nous importe ici; car, en tous cas. Ils étaient obligés d’admettre, après le plus fugitif regard sur le monde, cl ils admettaient à coup sûr, cu à peu le mer­ veilleux, primitivement installé partout, est donc une pure fiction. » De plus, si la critique historique nous a débarrassés de faits légendaires, elle n’a pas super­ posé, à une explication miraculeuse de faits reels, une explication scient Bique. Les faits légendaires n' >nt jamais existé, au moins sous la forme merveilleuse (pie leur prête la légende. S’ils avaient été réels, ils seraient aussi Inexplicables pour nous que pour 1rs anciens. Celte remarque diminue singulièrement le nombre des réalités jadis prétendues miraculeuse.* el déchues par la suite de ce rang. - Enfin, dernière observation, même en supposant que les explications scientifiques qui ont été superposées aux croyances miraculeuses aient etc toujours, en tout, partout, apportées avec exactitude, on ne pourrait encore en tirer aucun préjuge contre les faits qui resteraient â expliquer. A moins de nier a prion l’existence du miracle, il sera impossible d’affirmer (pie le progrès des sciences, qui nous permet aujourd'hui de consi­ derer comme naturels des faits jadis réputés mer­ veilleux. nous autorise ïi rejeter tous les miracles, ct justifie la conclusion (pic tous les phénomènes sans exception sont soumis au déterminisme des lois milurvlle.s Dc celte circonstance qu'un grand nombre de cas ont été résolus, on ne fera jamais sortir, je ne dis pas la certitude, mais une probabilité positive que les autres le seront aussi el de la même façon. · J. de l'ompiédec, op. cil., p. 82. n. /’Λ/.7 IA PQ31TUH bK LA P03SIBIUTI bl V/haclk, — 1· fji démonstration thomiste, type de la 1827 Mill \CLE, POSSIBILITÉ démonstration catholique, - La démonstration de la possibilité du miracle, dans sa partie proprement spéculative et théologique, n’a pour ainsi dire pas fait de progrès depuis saint Thomas, qui lui a donné sa forme parfaite. Cf. Centra Gentes, I. Il, c. xxinxxx; I. ΠΓ, c. xcvm-xcix; De potentia, q. vi; Sum. /heol., I4, q. cv, a. 6. Dans ce dernier endroit, le Docteur angélique donne un résumé de toutes les démonstrations prises soit des attributs divins, soit du fait que les lois naturelles ne sont pas absolument nécessaires. Si noos eoOMldérons l’ordre des choses cuvent atteindre. Trad. Pégues, Commentaire littéral, t. v, p. 322. L’argumentation de saint Thomas revient h ce syllogisme : La cause libre suprême, dont dépend l'application des lois hypothétiquement nécessaires, cl qui n’est pas lle-im’me soumise à ccs lois, peut agir en dehors d’elles. Or, Dieu est la cause libre toutepuissante, dont dépend l’application des lois hypo­ thétiquement nécessaires, qui constituent l’ordre de l’activité dc toute la nature créée, ct la liberté divine n’est point enchaînée à cct ordre. Donc Dieu peut faire quelque chose en dehors de l'ordre de l’activité naturelle de toutes les créatures; c'est-à-dire il peut faire des miracles. Garrlgou-Lagrange, Dc revelatione, t. n, p. 19. Nous résumons ici l'argumentation du théologien dominicain. 1, l.a cause libre suprême, dont dépend l'application des lois hypothétiquement nécessaires, ct qui n'est pas elle même soumise à rrs lois, peut agir en dehors et audessus de ces lois. — Proposition dont la vérité éclate soit a priori, soit a posteriori. Λ priori, par l’analyse des concepts qui sont ici en présence. La cause libre dont dépend l'application des lois hypothétiquement nécessaires n’est pas obligée d'appliquer ccs lois. Elle peut les appliquer; clic peut s’abstenir de les appli­ quer : d’où, A leur endroit, libtrlé d'exercice parfaite. Elle peut également agir en un sens différent de ccs lois, puisqu’elle ne leur est point soumise. D’où, liberté de spécification. Sur la liberté d'exercice ou de contra­ diction, et la liberté de spécification, voir Liberti’. t. ix, col. 6G1. Ainsi. - le cours et l’ordre des choses proviennent totalement de Dieu, non par nécessité de nature, mais par un décret de sa volonté; Dieu ne leur est soumis en aucune façon et sa puissance n’est pas mesurée par eux. 11 n'y a aucune nécessité à ce que les choses soient (liberté d'exercice), et à ce qu’elles soient ce qu’elles sont (liberté de spécifica­ tion). S’il l'avait voulu, Dieu aurait pu instituer un autre ordre; c’est au même titre qu’il peut changer l'ordre actuellement existant : dans sa première ori­ gine et dans sa conservation, le monde dépend égale­ ment du bon plaisir divin. · Van I love. op. cil., p. 118. sc référant a Sum. theot., 1% q. xxv, a. 5; q. cv, a. 6; 111% q. xxvm, η. 1, ad tum; in I \ Sent., 1. Ill, dbt. XVI. q. t. a. 3; I. IV, dist. XLVIH. q n. a. 1. ad 2e®; Contra Cent., I. II, c. xxn; L III, c. xcvmxax ; De potentia, q. i, a. 3, ad 8um ; q. vi, a. 1. ad 12um ; De veritate, q. xxvn, a. 3; Comp. Iheol., I, c. cxxxvu; Responsio ad maq. Joannem dc Vercellis, a. 1. Unsl, d'après saint Thomas et la théologie catholique, les nécessités qui gouxernent l'ensemble des choses créée* et finies ne peuvent être transposées dans le PH EU VE MÉTAPHYSIQUE 1828 plan de l'infini. Ce qui est nécessaire quand on consi­ dère les rapports des causes secondes entre elles, ne l’est plus quand on considère le rapport entre l’ordre créé et le créateur. De ces vérités, le P. Garrigou Lagrange donne quelques illustrations a posteriori, tirées d’exemples choisis par saint Thomas lui-même. L’homme projette librement une pierre dans le sens de la hauteur. Il agit ici en dehors de la loi hypothétiquement nécessaire de la pesanteur et dc l’attraction vers la terre. L’artiste qui fait vibrer les cordes de son instrument obtient un effet supérieur ù ce que l’instrument par lui-même pourrait donner. Cf. S. Thomas, Sum. theot., I·, q. cv, a. 6, ad lu,n; Comp, theot., I, c. αν. 2. L'ordre de. l'activité de toute la nature créée esl constituée par des lois hypothétiquement, non absolument nécessaires. — L’hypothcllqucmcnt necessaire, τό έξ ύποΟέσεως άναγκαιον, comme dit Aristote, Physique. L II, c. IX. est ainsi expliqué par saint Thomas : Ia nécessité so «lit de multiples façons. On apix-llv nécessité, en effet, ce (pii ne peut pas ne pas être. (El c’cst) d'abord, en raison d’un principe intrinsèque : soit qu’il s'agisse dc principe matériel, auquel sens non* disons que tout composé d’éléments contraires doit nécessairement %c corrompre : soit qu'il s'agisse du principe formel, comme si nous disions qu’il est nécessaire pour le triangle d'avoir trois angles égaux A deux angles droits. Cette nécessité est naturelle et absolue. D’une autre manière, il convient à un être de ne pouvoir pas ne pas être, en raison d’un princi|»e extrinsèque, qui sera ou la Un ou l’agent. Ia Un, comme si quelqu’un ne peut pa* obtenir ou réaliser une chose sans telle autre chose, soit qu'il ne le puisse pas absolu­ ment, soit qu’il ne le puisse pas aussi bien; cl c'est ni nil, par exemple, que ia nourriture est dite nécessaire A la vie, ou le cheval nécessaire pour le voyage. Cette nécessite est la nécessité de la fin, qu’on appelle aussi parfois l’utilité. Il pourri convenir aussi à une chose de ne pouvoir jms ne pas être, en raison dc l'agent ; comme si. par exemple, quelqu'un est contraint par un autre, en telle sorte qu'il ne puisse pas agir autrement. Celte nécessité est la néces­ sité de coaction. Sum. theot.. I q. Lxxxn, a. I, tr. Pègucs, op. cil., t. iv, p. 556. Ce qui est absolument nécessaire l’est donc tou­ jours, indépendamment dc toute hypothèse, et ne peut pas ne pas cire. Il se fonde immédiatement dans l’es­ sence de l'être. Le feu ne peut pas ne pas avoir la puis­ sance de brûler ou de réchauffer, parce que celle puissance lui esl une propriété intrinsèque. Ce qui est hypothétiquement nécessaire ne peut pas ne pas être, sivses causes extrinsèques, efficiente ou finale, conservent leur Influencé normale. Ainsi, pour repren­ dre l'exemple du feu. la brûlure sc produira nécessai­ rement, si aucune cause cause première ou cause seconde, cause nécessaire ou cause libre, peu importe - ne vient empêcher l’exercice dc la puissance de brûler : Si ignis sit calidus, necessarium est ipsum habere virtutem cale/aclendi, tamen non ncccsse est ipsum calefacere; en quod ab cxlrinseco impediri potest. Cont. Gent., L 11, c. xxx. Or, l’ordre de la nature est constitué par les lois, lesquelles expriment le mode d'activité des êtres créés, c’est-à-dire le rapport, hypothétiquement necessaire, de l’effet à la cause. La formule du déterminisme des lois de la nature doit donc être ainsi exprimée : les lois de la nature laissées à elles-mêmes, c'est-à-dire abstraction faite dc l’intervention d’autres causes» sont constantes cl invariables. Voir, sur ce point. Van Hove, op. cil., p. 67-80 : L’ordre cl les lots de la nature; la nécessité ct la contingence dans la nature. 3. Dieu est lu cause libre toute puissante, dont dépen I l'application des lois l.ypothétiqurmcnt nécessaires, et qui n'est pas elle même enchaînée à ces lois.-- En premier lieu. Dieu est la cause libre, toute-puissante, des êtres. Nous n’insisterons pas sur la causalité divine : il s’agit ici surtout de rappeler que Dieu, 1829 MIK \CLE, POSSIBILITÉ cause des êtres, est une cause libre et toute-puissante. «. Saint Thomas a prouvé la liberie de Faction divine ad extra contre les panthéistes el 1rs averrofstes. Crttc action est, en elïel, un acle de la volonté libre de Dieu : C*csl une nécessite d'nlllmirr que la volonté (fr Dieu In cause des choses et que Dieu agit par sa volonté non pur unr nécessité de «a nature, comme certains l'ont prétendu. On jh-ii· le montrer de truis façons : Tout d'abord, en considérant l’ordre des caiiM*s agentes Il est certain rn effet que l'intelligence » I la nature agissent l’une et l’autre en vue d’une fin. ainsi «pie le prouve Aris­ tote dan* la Physique; mai·. Il est nécessaire qn’ft l'éln agissant par nature, ht fin qu'il poursuit et les moy< ns de l'atteindre soient prédéterminé* pur quelque intelligence supérieure, comme à la flèche le but cl l’élan sont marques par le sagittaire. Il y n donc nécessité qu’un agent intellec­ tuel cl volontaire précédé l’agent qui agit par nature. Et comme le tout premier rang dans l’ordre des agents est Dieu, il est necessaire qu'il agisse pur intelligence cl par volonté. On peut le prouver encore par la considération dc ce qu'est l'agent naturel. A un tel agent il ap|>arlirnt de pro­ duire un clf< t déterminé, toujours le menu : car la nature, a moins d’eniprehenirnt, opère toujours dc la meme ma­ nière. La raison rn est que l’agent naturel agit selon qu’il est fr/, dc sorte <|iic, tant qu’il demeure tel. il ne fait rien En Dieu, il n’y a donc pas. A l’occasion du miracle un changement de dessein mais sa volonté immuable d’un seul coup veut et l’ordre de la nature cl les exceptions miraculeuses. Ccs exceptions ne font pas outrage A sa sagesse, comme a voulu le prétendre Voltaire, loc cit., cl après lui G Scalllcs, déclarant que ces · petits accrocs faits arbitrairement dans la trame des phénomènes, ccs coups d’Etat minuscules en un point de l'espace cl du temps, alors que par mitions 1rs mondes lancés dans l'immensité silencieuse obéissent à la souveraineté de la loi. sont des jeux dignes tout nu plus d’un génie de conte de fées. · Les affirmations de la conscience moderne, p. 33. Nous avons vu. en effet, qu’il ne 1833 MIRACLE. POSSIBILITE suffit pns qu'un <·ίΤ<·1 soit possible pour que Dieu h· réalise même miraculeusement; Il faut qu'il soit pos­ sible d’une puissance ordonnée. Le miracle n’est pas une correction apportée aux imperfections de l’ordre établi; ce n’est pas une action dépourvue de motifs, accomplie simplement pour le plaisir d'exercer une puissance oiseuse. Le miracle est une opération divine ordonnée à une tin supérieure, el en particulier A une tin religieuse. Il est destine A traduire une intention particulière de Dieu, à manifester aux hommes une vérité d’un ordre supérieur. Bien loin de constituer une dilliculté contre la sagesse divine, il en est bien plutôt une éclatante manifestation. Happeluns-nous que la possibilité du miracle s’entend d’une possibilité non seulement physique, mais encore morale. (le qu’on a dit de la linalité du miracle suffit à le démontrer. L La bonté divine. Mais arrivés à ce point, nous trouvons une instance nouvelle de Stuart Mill. Si Dieu, dit-il. peut nous aider par le miracle. pourquoi remploie-t-il si rarement? Et pourquoi, st Dieu est souverainement bon, a-t-il choisi un ordre du monde si imparfait, qu’il lui faille venir ainsi au secours de ses créatures à coup de miracles? Ne pouvait-il pas. par le choix d’un ordre naturel différent de celui-ci. éliminer beaucoup de mal? · A cette question, qui, on le voit, est d’une portée générale et Z/i Joannem. v. n. lect. 3. On peut dire qu’en général les Pères cl les théologiens ont admis la possibilité du miracle chez 1rs hérétiques; il s’agit bien entendu du miracle qui ne servirait pas â accréditer leurs erreurs. Ainsi Tertul lien, Ado. Marcionem. I III. n. 18. P. L., t. n, col. 316; S. Cypricn, De imitate Ecclesiiv, n. 15, P. L., t. IV. col. 511 ; Origène. ('.ont. Celsum, I. III. η. 3. P. G., t. xi. col. 924; S. Augustin. In Joannis enang,, tr. xm, n. 17. P. L·.. t. xxxv. col. 1501; Lib. de quivst. t.XXXttt, q. i.xxix, P. J... I. XL, col. 90 etc., ct, parmi les théologiens. Suarez, Prolegomenon HI De yratia, c. iv, n. 9; Estius. in //um Sent., dist. VH, $ 20. Voir Van Wcddlngcn, De miraculo, p. 183 sq. ()n lira de L. de Grandmaison, Le Sadhu Sundar Singh et le problème de la sainteté hors de Γfcglise catholique. dans Kecherches de sctenci religieuse, 1922, p. 1 sq. I. Les creatures matérielles. Les faits nous obligent à envisager une coopération des créatures matérielles elles-mêmes aux miracles. Nous n'insisterons pas sur la salive dont se servit Jésus Christ pour guérir un muet. Marc., vm, 23. et un aveugle. Joa.,ix, 6, ni sur Ponction d’huile par laquelle les apôtres, au nom du Christ, guérissaient les malades. Rappelons seulement que souvent les miracles se sont accomplis au contact des vêtements ou des ossements ayant appartenu â un personnage mort en odeur de sainteté. Cf. IV Iteg., xm. 21. Le contact de l’eau de Lourdes a suffi par­ fois a provoquer des guérisons inespérées. Comparer Joa.. lue cit , et IV Reg . \ , 1-1 L 2” L'explication théologique du /ait. Nous n’avons pas à considérer ici la collaboration des créatures aux miracles quand il s’agit de leurs prières ou de leurs désirs. L’intercession des anges, de la Vierge et des saints est un exercice de leur pouvoir normal, natu­ rel; et. en sollicitant de la puissance divine I accom­ plissement d’un miracle, ils n’exercent aucun pouvoir instrumental par rapport au miracle lui-même. lai question sc restreint donc aux actes de coopérât ion proprement dits, lorsque les anges, l'humanité du Christ, la Vierge, les saints et peut vire quelque pé­ cheur accomplissent avec Dieu, et par une puissance instrumentale reçue de Dieu, une œuvre miraculeuse. On a exposé, a propos des miracles de Jésus Christ, les différente* explications proposées en théologie pour Faction instrumentale de l'humanité du Christ ; causalité morale, causalité physique, causalité inlvn tjonncllç Voir Ji si s-l.iiiusr. col, 1318 1321. Nous n'avons rien à ajouter ici a ce qui n été dit alors On vomira bien remarquer que nous avons main tenu, avec l'unanimité des théologiens thomistes, la causalité instrumentale physique de l'humanité du Christ aujourd’hui glorifiée dans le ciel. Ce qui a été dit de l’humanité du Christ encore vivant sur terre vaut, toute proportion gardée, de la personne des thaumaturges, accomplissant ici-bas. au nom île Dieu, des œuvres miraculeuses. A leur sujet aussi, les théologiens font valoir les explications précitées. En faveur de la causalité physique, on insiste sur les gestes sensibles, qu’à l’exemple du Sau­ veur, les thaumaturges accomplissent. Élle s’étend par trois fois sur le petit corps du fils de la veuve, avant de 1838 le ressusciter. III Bcg., χνπ. 18-22. Des gestes senslblcx analogues, plus accentués encore, sont accom­ plis par Elisée a l’égard du Ids défunt de la Sunamile. IV Heg.. n . 32-30. Pierre prend par la main droite le boiteux des Actes, in. 6-7. C’est par un contact phy­ sique que Paul ressuscite Eutychus a Troas, Art., xx, 9-13. Voir d’autres cas empruntés a l'histoire ecclésias­ tique dans Hugon. Λα cauuihté instrumentale en théo­ logie, p. 180 sq. Sans doute» il faut reconnaître la valeur de cause morale aux prières, aux mérites drs thaumaturges. Mais il semble difficile de ne voir dans leurs gestes sensibles qu'un simple occasionalismc. Tout l’intérêt de la controverse théologique porte sur la causalité a reconnaître, au ciel, à la Vierge et aux saints, par l’intercession desquels nous obtenons des miracles. Beaucoup de théologiens, même tho­ mistes. ne veulent soir dans les élus qu’un pouvoir moral de prière, de médiation. C’est la thèse soutenue par J. BlttremÎeux, dans De mediatione universali H. Mart.e virginis quoad gratias, Bruges. 1926, p. 276 sq . cl reprise par Van I love. op. cit., p. 1 18 sq. Le P. I len*. O. P., semble restreindre la causalité physique a l’hu­ manité sainte de Jésus-Christ et aux sacrements. Heoue des sciences philosophiques et théologiques. 1927, p. 528. Mais, meme pour qualifier l’action de la Vierge ct des saints au ciel, quelques théologien* maintiennent la causalité physique. Citons Hugon. O. P., La causalité instrumentale, p. 194 sq.; cf. Marte pleine de grâce. Paris. 1927. p. 175; Lépicier.Trarfafus de beatissima virgine Marta, I· édit., p. 524-528, etc. Quant aux créatures purement corporelles, on peut a leur égard soulever les mêmes controverses qui se font jour entre théologiens sur la causalité des sacre­ ments, avec celte différence toutefois que le théolo­ gien est obligé de conserver aux sacrements une véri­ table causalité par rapport â la grâce, tandis qu’on peut ne placer dans les créatures purement corpo­ relles employées pour accomplir les miracles qu’un simple occasionalismc La doctrine catholique n’est pas engagée en ces controverses. ( f. Hugon, La cau­ salité instrumentale, p. 181 sq. HL Constatation nv mihacij . - Axant tout rappelons que, selon l’Eglise, la possibilité de cons­ tater le fait miraculeux comme tel est une vérité dr foi. \ oir les documents ci-dessus, col. 1799. Celte cons­ tatation suppose : l· la constatation de la maté­ rialité du fail réel; 2· la constatation du caractère sur­ naturel de ce fait ct son discernement d’avec les faits préternaturels angéliques ou diaboliques On dira ensuite la certitude qui s’attache à la constatation du fait miraculeux, ct l’obligation qui découle pour notre intelligence d admettre la réalité des miracles. /. » H.vsr.i r.tr/o.v nr la uatk tu alite nv vait. Il s’agit du miracle, fait sensible ct par conséquent accessible à ceux qui en ont etc témoins Deux hypo­ thèses sont ù faire ici : il s’agit d'un témoignage sur un fait actuel; il s'agit d’un témoignage historique sur un fait /Hissé. 1· Constatation d'un fait actuel. -· Il semblerait que I celle constatation fût très facile : un fait sensible est perçu, vt. pourvu que les témoins soient dignes de fol, doit être accepté. Il suffirait donc de se mettre vn garde contre les préjugés dont peuvent être vic­ times les témoins : préjugés négatifs : le scepticisme qui empêche de regarder, la crainte d’etre induit en erreur par des apparences, d’avoir mal interprété le phénomène constaté, d’être le sujet d’une hallucina­ tion, ou. a l’inverse, préjugés positifs : la crédulité, l'amour du merveilleux, l’euthousiasme excessif, tous sentiments qui sont une prédisposition à l’hal­ lucination véritable. Cf. J. de Tonquédec. op. cit., p. 252; DT E. Le Bec, Preuves médicales du miracle, Paris» 1*J17. p. 71. 1839 MIRACLE. CONSTATATION OU FAIT 1840 En réalité, la question n’csl pas aussi simple, tant I abstraction faite des conditions concrètes dans les· a cause des objections que soulèvent les adversaires 1 quelles se présente le miracle, celui-ci a priori parait du miracle qu’a cause des difficultés inhérentes à impossible, cependant, dans telles circonstances don· l'observation même de certains faits. - nées, pour lel cas examiné, l’improbabilité du miracle L Les objections. — n) D'après les critiques libé­ n’apparaît plus; et même, le miracle apparaît bcatiraux, la constatation de la simple matérialité du fait I coup plus probable que l’erreur. Cf. J. de Tonquédec, présumé miraculeux n'est pas possible. Pour eux, cn I op. cit., p. 277. En d’autres termes, dit col auteur, effet, le miracle n’est qu’une forme religieuse subjec­ I · nous ne devrons conclure au miracle que si, toutes tive imposée aux phénomènes, une manifestation circonstances pesées, l’erreur devient, non seulement intérieure de Dieu A l’âme à propos des événements. moins probable que le miracle, mais tout à fait im­ Objectivement, il n'y a rien de plus dans Je miracle probable ·. Ibid. Et il est bien entendu (pie la pro­ que dans le moindre des faits ordinaires; il n'y a babilité du miracle tient compte non seulement de la rien de moins dans le plus ordinaire des faits que dans valeur des témoignages, mais encore de la probabilité le miracle. Voir col. 1811. du fait lui-même. La thèse générale de la possibilité Il faudrait reprendre ici tout le système par sa du miracle ne doit pas, en effet, nous faire perdre de base : une métaphysique erronée est nu principe de vue la possibilité intrinsèque, la vraisemblance, lu ces négations. Cette métaphysique, d’ailleurs, est en probabilité objective des événements. \ oir l’appli­ contradiction telle avec les données de l’expérience, cation de ces règles dans .L de Tonquédec, op. cil., que son caractère foncièrement agnostique ct sub­ p. 283 sq. : « jugements de probabilité jugements de jectif la condamne près des esprits non prévenus : possibilité. Le premier caractère du miracle est d’être une réalité 2. Les difficultés inhérentes à l'observation. - Il faut, extra-subjective, de s’extérioriser non pas seulement avant tout, déterminer sur quoi doit porter notre par la libre volonté de l’agent, mais par lui-même, observation. I) serait facile de proclamer l’impossi­ par sa matière. » A. de Poulpiquct, Le miracle et ses bilité de toute observation en arguant que le miracle suppléances, Paris. 1911, p. 199. Le miracle est un étant un phénomène surnaturel, l’expérience du sur­ /ail; appartenant au monde sensible, il est sensible naturel comme tel est impossible. Il ne s’agit encore, cn hil-mèmc, dans sa matière et souvent dans la dans la constatation du fait réel, (pie de l'observation personne qui l’opère, dans les circonstances (pii l’en­ de la matérialité du fait, sans aucun jugement sur tourent, dans les moyens d’action (pii fréquemment sa cause et sou caractère surnaturel. accompagnent sa réalisation. L’aspect purement inté­ Il y a d’abord des faits tellement évidents (pic le rieur et subjectif que lui fait revêtir la thèse libérale simple bon sens suffit pour en faire une constata­ est donc cn contradiction avec la nature des choses. tion suffisante, même indépendamment des méthodes b) Plus sérieuse est l’objection formulée au nom du rigoureuses du laboratoire. Singulièrement exagérée déterminisme scientifique. Elle revêt plusieurs formes. est la prétention de Kenan, de vouloir qu’une résur­ On dit que, la fixité des lois naturelles ne permettant rection de mort ne puisse être constatée (pie par une pas d’envisager l'hypothèse d’exceptions, le miracle commission de savants, et dans des condit ions extra­ doit cire rejeté quels que soient les témoignages qui ordinaires de garanties scientifiques. I ie de Jésus, l’appuient Cf. Langlois et Seignobos. Introduction aux Introduction, p. xcvi-xcvn. Un mort, (pii, comme études historiques. Paris, 1898, p. 176-179. Mais cette Lazare, jam fcctcl, est bien mort et saint Augustin fin de non-recevoir radicale ne lient pas compte que ne demande, pour constater la résurrection de ce la fixité des lois de la nature permet cependant d’en­ mort, (pie des yeux pour voir. Serin., xcviii, 1, P. L.. visager la possibilité d’exceptions dues à l’interven­ t. xxxvm, col. 591. Toutefois, il faut convenir (pic tion d’une cause supérieure. Que le témoignage même en ces cas d’ordinaire évidence, il peut se pré­ apporté cn faveur du miracle soit contrôlé très sérieu­ senter parfois des raisons de douter. Il n’est pas tou· sement, c’est sagesse; mais (pie lout témoignage ' jours facile de s’assurer du fait de la mort ; il y a des soit déclare irrecevable a priori, on ne le saurait cas où le médecin lui-même ne peut discerner la mort admettre. apparente de la mort réellê. Benoit XIV a noté cctlb Une deuxième forme de l’objection proclame l’im­ difficulté qu’il a soigneusement traitée. possibilité de constater un miracle, en raison non de C’est dans le cas des guérisons miraculeuses (pie son impossibilité, mais de son improbabilité. I ne s’impose une très grande circonspection dans la cons­ erreur dans le témoignage humain est toujours plus tatation du fait même simplement matériel. Il est probable qu’une exception surnaturelle aux lois de la inutile ici de développer les questions qui sc peuvent nature· Il est plus probable d’admettre l’erreur de poser tant sur le fait matériel de la maladie que sur mille témoins que la réalité d’un miracle. D’où, impos­ celui de la guérison. Si des simulations habiles ou sibilité de constater le miracle. Hume, Essays and des dissimulations inconscientes, dues à des états treatises on several subjects... sect, x, O/ miracles, nerveux pathologiques, sont possibles, il ne convient Œuvres, éd d’Édimbourg, 1809, t. ü. p. 121. 122. pas cependant de vouloir expliquer ainsi toutes les L'objection ne tient pas comple des circonstances guérisons : sur ce point l’ouvrage de P. Sainlyves, concrètes dans lesquelles le miracle est produit et La simulation du merveilleux, Paris, 1912. est certai­ constaté. Il s’agit d’un fail exceptionnel. qu’on exa­ nement tendancieux ct erroné. mine « en tenant compte des circonstances (pii le 3. En résumé on ne nie pas les cas difficiles. Lorspart leu (arisen t ct des témoignages qui l’appuient. qu’il s’agit du contrôle des témoignages, il faut une Si, dans l'espèce, les témoignage sont indiscutables prudence ct une exigence extrêmes, rl cela d’autant ct si les circonstances montrent la possibilité ou du plus que le fait est plus extraordinaire ct, par consé­ moins la non-répugnance d’une intervention divine », quent, indépendamment de l’hypothèse du miracle, on ne voit pas pourquoi, pour ce cas spécial, l’erreur cn sol moins probable. L'enquête scientifique sur le serait plus probable que la réalité du miracle : ('.’est fait matériel du miracle ne sera nécessaire que pour une chose invraisemblable, un vrai prodige mural, I les faits dont il est particulièrement difficile de cons­ que des témoins, sains de sens et d’esprit, compétents, tater la réalité, spécialement pour les faits de guéri­ sine rrs. et bl ·η cn mesure d’observer, sc trompent. sons. Un examen rigoureux, portant sur les détails Cela est inrxp cable · aucune raison ne se présente d’un phénomène merveilleux et satisfaisant aux pour crinirer et rendre inadmissible une pareille . exigences raisonnables, ne sera jamais sans une Inpothèsc C’est l’absurde réalisé. » D’autre part, si. I grande utilité. Sur le second point, on I couvera dans le 1841 MIRACLE, CONSTATATION DU CARACTÈRE SURNATUREL Dr M. Le Bec, Critique et contrôle médical des guérisons surnaturelles, Paris, 1920. les principales règles techni­ ques dont il faut tenir compte pour établir le fait de la maladie, le fail delà guérison et, postérieurement, le caractère exlranalurel de celle-ci. Quant au pre­ mier point, le P. de Tonquédec a formulé de judi­ cieuses réflexions, bien capables de satisfaire les < sprits les plus exigeants, .sur la critique des témoignages. Op. cit., p. 359-119. il étudie successivement l'influence (pie pourrait avoir la croyance religieuse sur l'erreur ou lu fraude, l'incompétence des non-professionnels et les cas possibles d'hallucinations collectives. 2· Constatation d'un /ait passé. En ce qui con­ cerne les événements passés dont la constatation ne peut être faite que grâce au témoignage historique, des considérations analogues a celles qui viennent d’etre émises, devront être retenues. Etant donné que l’événement est passé, il ne faudrait pas uniquement tenir compte des attestations dont il est muni. La certitude d’un fait historique dépend pour nous cn partie de la qualité des attestations qui le soutiennent, mais peut-être plus encore de l’idée que nous nous faisons de sa possibilité intrinsèque... Les faits his­ toriques portent... deux coetlicients d’admissibilité, de signes positifs ou négatifs, qui peuvent s'addition­ ner ou s’entre-détruire : l’un représente la valeur du témoignage, l’autre la vraisemblance du fait. J. de Tonquédec, op. cit., p. 281. Cette considération générale fournil un argument a priori qui consiste « dans un raisonnement fondé sur la nature du fait considéré en lui-même, en dehors des témoignages et d’autres indices particuliers, par lesquels nous pouvons arriver à le connaître ct a en démontrer la vérité ou la fausseté. En d'autres termes, plus précis ct plus distincts, nous dirons qu'il fournit une preuve pour ou contre la vérité du fait, en éta­ blissant qu’il est ou qu'il n’est pas conforme aux lois générales qui régissent le monde... Le désaccord avec une loi ne va pas toujours jusqu’à rendre le fuit abso­ lument impossible : souvent il n’arrivc qu'à mettre l’esprit plus ou moins en défiance. Il n’en sera tenu aucun compte, bien entendu, lorsque la vérité du fait sera appuyée par ailleurs sur des témoignages d’une autorité irrécusable. Mais, si les témoignages n'ont pas cette valeur qui impose la conviction à l’es­ prit. le fait deviendra d’autant plus improbable qu’il sera plus ditllcile de le concilier avec les lois générales dûment établies. D’un autre côté aussi, l’accord com­ plet et frappant d’un fait avec toutes les lois physiques et morales, cc qu'on peut appeler sa vraisemblance, sa probabilité intrinsèque et positive, forme quelquefois un véritable argument en sa faveur, et cet argument pourra suppléer, dans une certaine mesure, au poids d’ailleurs fort léger des textes apportés comme preuves de sa réalité. De Smedt, Règles de la critique histo­ rique. Paris, 18X3. p 273. 27X. En bref, le poids des preuves doit être proportionné à l'étrangeté des faits. Appliquées au miracle, ces considérations générales engendrent des jugements pratiques sur la probabilité ou la possibilité des faits extraordinaires. On ne peut songer à rappeler ici les règles générales et pratiques de la critique, principalement historique, dont l'em­ ploi s’impose en la matière présente. Voir Chitique, I. m, col. 2330. En ce qui concerne la critique relative aux documents où sont consignés des faits miraculeux, on pourra se référer à .1. de Tonquédec, op. cit., p. 261 sq. : règles générales de la critique historique, p. 261-292; règles particulières aux diverses espèces de critique : critique textuelle, p. 291-295; critique littéraire externe ou critique de provenance, p. 296300; critique littéraire interne ou critique d’inter­ prétation, p. 301-310; critique historique propre­ 1842 ment dite ou critique du témoignage, p. 313 sq.. éta­ blissant û quelles conditions les faits sont susceptibles d'être observés et les personnes susceptibles d’être crues. JJ. (Ο.ΧϋΤΛΤΛΊ/OA bf < AHâCÏÊRE SI MATCRKL· — L'observation du Lût matériel nous présente une succession de deux phénomènes, le second, extraor­ dinaire, ne trouvant pas son explication naturelle dans son antécédent. La constatation du caractère surnaturel du miracle consistera a montrer que le fait miraculeux n’a pas sa cause naturelle dans les phéno­ mènes antécédents, mais qu’il procède d’une inter­ vention divine. On sait l'objection cent fols ressassée des forces inconnues de la nature : comment déchirer l’inter­ vention divine nécessaire en tel fait, alors que nous sommes dans l'ignorance des forces naturelles, ct que cc. que nous appelons miracle peut avoir dans la nature des causes que nous ne connaissons pas encore. Il ne suilit pas de répondre que I agent du miracle sc manifeste comme une « cause libre, intelligente, conservatrice des lois de la nature, mais non point si étroitement qu’elle n'ait encore le droit de mani­ fester. par un mode d’agir extraordinaire, la maîtrise absolue, l’action continue qu'elle exerce en tous temps sur le crée ct qui nous fait l’adorer comme Dieu créa­ teur ». Ilugueny. Critique et catholique, 1” édit , t. i. Apologétique, p. 291. En cflet, la liberté de l’agent du miracle n’est pas un indice irrécusable de la enusadté divine. La prière que le thaumaturge peut adresser à Dieu n’est pas non plus nécessairement signe du vrai miracle : elle peut être simulée par des imposteurs; clic peut ne pas être suivit du miracle demandé. D’ailleurs ces sortes d’indication ne touchent pas le fond même du problème métaphysique ici en jeu. Saint Thomas nous indique la voie a suivre : il faut prouver que Dieu seul peut accomplir le fait réputé miraculeux : quod solus Deus [acere potest. Stun IheoL, Ill·, q. χυιι. a. 1. La vraie réponse doit donc atteindre la profondeur du problème : nous ne connaissons pas positivement toutes les lois de la nature, mais d’une part, nous savons avec certitude cc que la rature ne peut pas faire, ct d'autre part, nous connaissons avec la même certitude des effets qui ne peuvent avoir que Dieu pour cause. Ce sont là deux points de repère. absolu­ ment sûrs, enlic lesquels pourront sc situer des cas douteux, mais q u déjà fourniront de précieux élé­ ments de constatât!» n. On sait, par exemple, que la combinaison de l’hycrogène et de l’oxygène ne don­ nera jamais du chlore; que de la semence de blé il ne germera jamais des roses, etc. On sait qu’une parole humaine ne sera jamais suffisante pour calmer les tempêtes ou ressusciter les morts. CL De Tonquédec, op. cit.. p. 230-231. Sur ces données indiscutables sc fondent : t· La réponse du sens commun. - Indépendam­ ment des circonstances dans lesquelles ils sc produi­ sent. certains diets doivent être rapportés à Dieu, parce que Dieu seul les peut produire. Seul l’auteur de la vie peut rendre la vie à un cadavre; seul l’au­ teur de la matière peut multiplier instantanément la substance matérielle ou la convertir en un instant en une autre substance. Ces vérités sont perçues dans les premiers principes de l'être par le sens commun, cn tant que le sens commun saisit l'être dans sa dépendance intime de la première cause. Cf. GarrigouLagrangc, Le sens commun cl la philosophie de l'étrc, p. 91-91; Bllluart, De fide, diss. 11. a. 2. ad 3um. 2· La réponse de la philosophie, expliquant, déve­ loppant la réponse du sens commun, en l'appliquant aux différentes catégories de miracles. 1. Certains faits exlrt ordinaires ne peuvent avoir qu- 1H3 MIRACLE, CONSTATATION DU CARACTERE SL RNATUREL 1844 Dieu pour auteur. - Ortains effets atteignant dans si nombreux dans l'Evangile et au cours des siècles les créatures la raison d'être en tant que telle, ne sau­ de l’histoire de l’Eglisc. Certains·de ces effets appa­ raient avoir d’autre cause que la cause suprême et raissent bien, de prime abord, dépasser les forces des universelle. Ainsi, la production de l’être par voie agents visibles; car hi liberté avec laquelle agit l'atlde creation (S. Thomas, I·, q. xlv, a. 5); la produc­ teur du prodige montre bien qu'il ne saurait être tion ou l’îniinutation de la matière première (P, q. cv. question d’une force de la mit lire matérielle, par hypo­ a. I). les changements affectant la substance maté­ thèse toujours déterminée ad unum. Mais, cela rielle d’une manière immediate, c’est-à-dire en l'ab­ reconnu, il n’est pus encore certain que le fait pro­ sence de toute action exercée d’abord sur les accidents vienne de Dieu; car il peut avoir pour auteur un (cl. supra, et q. ex. a. 2); à plus forte raison la pro- esprit angélique ou démurilaque. (L'est donc par l’en­ duction d'une nouvelle substance en l’absence de toute semble des circonstances qui conditionnent le miracle disposition à la nouvelle forme. I.a création de l’âme que l’on pourra discerner son origine réelle, et le étant I o uvre exclusive de Dieu, tout changement classer comme surnaturel divin, ou comme préterna­ affectant la substance de l’âme requiert la causalité turel diabolique. El, lorsqu’il s’agira d’une origine divine; don< nulle âme ne peut être réunie â son corps surnaturelle et. en dernière analyse, divine, il sera qur par une intervention propre de Dieu. Dieu .seul encore très fréquemment difficile d’établir si Dieu peut mouvoir ab intrinseco l’intelligence vers le vrai, est intervenu lui-même immédiatement, ou si un la volonté vers le bien, donc les grâces appartenant à ange n’a pas pu. avec la permission de Dieu, réaliser la prophétie, à la révélation des secrets du cœur, à la le prodige. t on version soudaine du pécheur, ne peuvent avoir Notre méthode de constatation est indiquée par (pie Dieu pour auteur. Or, des faits dont le caractère saint Thomas, In II·1111 Sent., dist. Vif, q. m, a. I, surnaturel et divin sont indiscutables se rencontrent ad 2,im. dans 1rs differentes categories de miracles. Ainsi, Les prodigo accomplis par 1rs boils, déclare le saint parmi les miracles quoad substantiam tacti, la trans­ Doctcur.se distinguent des prodiges accomplis par 1rs mau­ substantiation, quoique phénomène invisible, est très vais, au moins de trois façons : premièrement· par l'cfticertainement un miracle, parce (pie l’intervention cacltr de tu vertu aptranlc, car souvent h-s bons esprits divine seule peut réaliser cette conversion sans exem­ reçoivent de Dieu un surcroît de puissance pour accomplir ple dans les conversions naturelles de toute la sub­ des mlniclcs, dé|NV»sant en réalité leur puissance natu­ stance du pain en toute la substance du corps de relle; ainsi, un ange pourra, par la vertu divine, ressusciter mort, ce (pic ne pourra jamais le demon, lequel tout au Jésus-Christ, les accidents du pain demeurant sans un plus peut donner A un corps, et pour un temps très bref, changement. (X S. Thomas, Sum. theol., 111·, q. lxxv, l'apparence de la vie. Deuxièincmenl, par ΓυΙίΙίΙί des nua. I. ad 3um: la compénétration de deux substances racles : les miracles accomplis par les bons ne pruvciit corporelles dans le même lieu : par exemple, quand, (pt‘apt>ortcr du bien à ceux qui en bénéficient ; telles, les après sa resurrection, le Christ pénètre dans le cénacle, guérisons de malades. Les prodiges des mausais sont enta­ januis clausis (Jon., xx, 26): cf. Suppl., q. i.xxxm, che* de nocivité ou de vanité : |»ar exemple, il s’agit de a. 3: la transfiguration glorieuse du corps des élus voler en l’air ou de fnipi>er d'impuissance les membres humains, t ne troisième différence enfin est manpiéc par après la résurrection, parce (pie cette glorification la fin a laquelle sont ontonnês ces prodiges: les prodiges des du corps dérive, contrairement aux exigences du bons visent A l'édification de la foi et des bonnes mœur>; corps, de la gloire de l’âme, gloire intrinsèquement les prodiges des méchants ne cherchent au contraire qu'ù surnaturelle. III·, q. xi.v, a. 2. Parmi les miracles nuire à la foi cl aux mœurs. Et, par surcroît, les bons quoad subjectum in quo limit, signalons comme possé­ o|MTenl les ιηίηυΐν* en Invoquant avec piété et respect le dant un caractère évidemment surnaturel et divin nom de Dieu; les mauvais emploient des procédés fana­ la resurrection d un mort, la matière cadavérique ne tiques... Benoit XIV déclare, en prenant exemple des « mi­ présentant pas les dispositions naturelles nécessaires a l'information par l’âme; cf. Suppl., q. lxxv, a. 3; racles » du cimetière Saitil-Médard, que les faux lie putentia, q. vi, a. 7, ad lutn et ad 1 lu,n; la restitu­ miracles doivent être discriminés des vrais, e/pcacia, tion de la vue a un aveugle, entendons a celui (pii est utilitate, modo, fine, persona ct occasione. De brait fi· certainement aveugle. Or. la cécité congénitale dont il calione servorum Dei. I. IV. c. vu, n. 11-22. n) Nous avons parlé des circonstances physiques : est question dans l’évangile, Jua., x, 32, doit être cataloguée parmi les cécités certaines. Parmi les mi­ l'examen de ces circonstances est nécessaire dans la racles quoad modum quo punt, le changement subit de constatation du caractère surnaturel des guérisons l’eau en vin décèle évidemment une Intervention extraordinaires. Benoit XIX, op. cit., c. vin. exige divine, car elle se fait instantanément sans aucune que 1* la maladie soit grave et, sinon inguérissable, du moins difficilement guérissable; 2· qu'elle ne soit modification préalable des accidents. Cf. In l\ Sent., I. H, dist. XVIII, q. t. a. 3, ad l‘im; I. IV. pas arrivée ù son déclin; 3e qu'on n’ait pas employé de médicaments ou bien que les médicaments aient été dist. XVII. q. i. a. 5. sol. |. Il faut en dire autant de la multiplication des pains, qui suppose ou une inefficaces; Ie que la guérison soit subite; 5· qu’elle création de matière nouvelle ou un changement soit parfaite; 6· qu'aucune amélioration notable, qu’aucune crise n’ait précédé; ct en lin 7· que la gué­ Instantané d’autre matière en la matière du pain CL IIP. q. xi.iv, il i. ad 4U,M. comparé avec I ·. rison soit définitive. Benoit XIV examine ensuite dans q. \< n, a. 3. ad tuni; In Mattluvi euangelium, c. xiv, le détail un certain nombre d’espèces ct de cas de guérisons. (Les grandes lignes, dictées par la prudence n. 2 Miim donc, sans enquête scientifique, avec le simple théologique en matière de constatation du miracle, raisonnement du bon sens, un certain nombre des sont demeurées la règle suivie par toutes les com­ missions médicales ou ecclésiastiques chargées de la miracles ont pu être constaté, non seulement quant A la matérialité du fait, mais encore ((liant à leur constatation des miracles de guérison. X Lourdes, origine divine. Cette constatation toutefois requiert - notamment, les sages directives du grand canoniste elle le secours d une grâce divine? Problème spécial demeurent à la base de toutes les observations, et les différents ouvrages écrits sur le discernement du mi­ qui sera examiné plus loin, soir col. 1X53. 2 Pour d’autres jails extraordinaires, leur caractère racle de guérison, s’y réfèrent en substance et en surnaturel et divin se déduit de l'ensemble des circons­ sont le développement· tances physiques et morales qui les conditionnent. - il Cf. <’· Bcrtrin, Histoire critique / catholique, I. ill, col. 30-02; G. BoKvirie. Ixi grande* guérison» th l.ourde.x, Puri*, 1900; Dr laixnmd. Im suggcation el lea guéHson* de Lourdes, Pari*. 1908; Dr Gulnlcr, /x surnaturel dan* Ica guérison» de Lourdes, dim* Études, t. cxxi (1909): I λ !.<· Bee, Preuves médicales tin miracle. Blades cliniques, Bourges-Paris, 1917; Critique rt contrôle des guérisons surnaturelles, Paris, 1920; l^a forces naturelles inconnues et les guérisons miraculeuses, Pari*, 1927; Λ. Marchand· Les fait* de lourdes et le Bureau des constatation* médicales, Paris, 1923; Lr< faits de iMUrdcs, Irrute guérisons enregistrees au Bureau médical, 1921-1922, Paris, 1921; Les faits de Lourdes, Nouvelle série de guérison* enregistrées au Bureau médical, 192J-1925, Pari*. 1920; P. Teilhard , a. 3; memb. I, a. 1 ; q. t.xxxv, memb. 3. Albert le Grand appelle le miracle argumentum fidei. In //unx Sent., dist. IX, a. I; il confirme la foi. (list. XVIII. a.2, ad obj. I; cf.ad q. n. ad 2tt,n. Mais, dans la Summa theologia, rapportant une scène et adaptant un texte de ΓItinerarium Clementis, il déchire que le prophète doit, par le moyen d’un miracle que Dieu seul peut opérer, prouver qu’il est réellement un prophète divinement inspire, cl qu’il est en droit d’exiger la foi de ceux auxquels il prêche. Part. IL tr. vin, q. xxxn. a. 1. Pierre de Tarentalse lui-même, qui fut en rapport immédiat avec saint Thomas est assez imprécis dans ses formules : le miracle est accompli ad icdificationem fidei et morum. In //un* Sent., dist. VII. q. in, a. 2. 2. Doctrine de saint Thomas. — Pour saint Thomas, la crédibilité des mystères est de caractère nettement rationnel. Voir CnÉiunn.nÉ. t. ni, col. 2271-2276; cf. H. Liegeard. La crédibilité de la rénélalion d'après saint Thomas, dans Recherches de science religieuse, 191 I. p. 4 1-19. Sans entrer ici dans les controverses théologiques relatives à la possibilité d’une foi sim­ plement naturelle, il parait certain que, pour saint Thomas, le miracle, signe incontestable ct évident de la révélation, peut parfois forcer ù croire (foi des démons qui se fonde sur l’évidence des signes, Sum. theol.. H*-II®, q. v, u. 2, et ad luni); mais, relativement a la véritable foi surnaturelle, l'évldcnco des signes de crédibilité laisse entière la liberté de Pacte de fol. La grâce est ici absolument nécessaire. Id., q. vi, a. 1 ; cf. In Ephes., c. n. leel. 3. Dans le cas de la véritable fol surnaturelle, en effet, la volonté ne meut pas l’intelligence en raison de l’évidence extrinsèque de l'objet présenté â sa croyance; elle la meut, en raison de sa propre tendance vers le bien. Cf. ll“-il·', q, v. a. 1 et 2. Quel est. pour saint Thomas, le rôle du miracle λ l’égard de cette foi surnaturelle? II faut poser, en principe, que la certitude, au moins morale, du fait de la révélation est nécessaire à la foi. Cf. (iarrigouLagrange, op. cit., t. i, p. 521. Mais la démonstration scientifique de la crédibilité demeure, en regard de celte certitude, accessoire. La foi qui s’affirme, sans requérir de miracles, est, en soi une foi plus louable (pic celle qui ne sc décide qu’û la suite des prodiges accomplis pour la confirmer. Snni theol.. Ill·,q. xi.m, a. 3; a. 5 et ad 3un‘; De potentia, q. vi.a. 9. ad !8um; In Joanncm, c. iv, lect. 5. Cf. In Roeth, de Trinitate, q. u, a. 1. ad 2uni. Cependant, si les raisons naturelles augmentent la promptitude de la foi, elles peuvent en accroître le mérite. In Roeth, de Trinitate, toc. cit.; In ///u,n Sent., dist XXIV. q. î. a. 3, sol 3. C’est celui R()B \ XTE lui, parce que mi mission et sa doctrine étaient sufli naturellement connaissable. Ainsi I Eglise est visible sammcnt attestées par l'autorité (auctoritate) des Écritures. In Joanncm, c. î. Icct 3. HHsunGENm. In Joannem, c. xx. Icct. vi ; Sum. La foi n’a pas besoin de l’évidence des motifs de theol., 114-1P . q i, a L crédibilité : d’autres raisons de croire, sans faire A l’encontre de cette doctrine commune, quelques l'évidence, sufllsenl à déterminer une adhesion ferme. auteurs, affirmant que la lumière de grâce est absoulBien plus, dans les cas exceptionnels, sous forme ment nécessaire meme pour la perception des signes d'illumination intérieure, la grâce peut meme suppléer de crédibilité, n'acceptent pas que le miracle, comme a tout motif naturel de crédibilité. Voir Sum. theol., signe divifï. puisse être objet de connaissance natu­ Is, q. i, a. 1; q. il, a. 2, ad luro; II*-II®, q. n, a. I; relle. Les signet de crédibilité * sont des signes surna­ ('.ont. Gentes, L I, c. iv; I 111, c. xxxix; De veritate, turels ou. comme dit saint Thomas, des effets surna­ turels; ils requièrent donc, pour être connus sous q. xiv, a. 9 cl 10: In liodh. de Trinitate, q. m, n. 1. et surtout De irritate, q. xiv, a. 11, ad luni; rapprocher leur raison formelle d'être surnaturel, une faculté In ///um Sent., dist. XXV, q. il. n. l.sol. 1, ad lum correspondante, accordée . de même ordre, c'est-àct 2,,m. Tous ces points de la doctrine de saint Thomas dire une faculté surnaturelle: si l’on prend le plus ont été développés par le P. de Poulpiquet, Le miracle éclatant de ces signes, le miracle,on dira que ta lumière de la grâce est nécessaire pour connaître te miracle ». cl ses suppléances, Paris, 1913, p. 1-113. De ces données, on peut conclure que l'argument J. Iluby. .Miracle et lumière de grâce, dans Herherrhrs tiré du miracle pour prouver l’origine divine d'une de science religieuse^ 1918. p. 51-55; cf, P. Bmissclot, Les yeux de la foi, ibid.. 1910. p. 173; Démarqués sur doctrine, n’est pas une démonstration directe a priori, descendant de la cause â l’elTet, telle que la démons­ Γhistoire de la notion de loi naturelle, p. 33. (’.cite thèse, du moins en ce qui concerne la connaistration de l’immortalité de l’âme déduite de sa spiritualité. Elle n'est pas non plus une démonstration I sauce naturelle du miracle, ne semble pas d’accord directe a posteriori, en remontant de l’elTet à la cause, avec la doctrine de Γ Écriture et de ('Église. Elle telle que la démonstration de l’existence de Dieu, supposerait que les Pharisiens, du fait qu’ils résis­ cause première. C’est une démonstration indirecte taient à la lumière intérieure de la grâce, étaient tirée de la certitude même du signe, démonstration qui incapables de discerner l’origine divine des miracles conclut â la vérité de la doctrine, en raison des absur­ les plus éclatants. Mais alors, comment Jésus-Christ dités ou «les impossiblités qui découleraient de l’hy­ a-t-il pu dire : · Si je n'avais pas fait au milieu d eux pothèse contraire. Cette démonstration indirecte ne des œuvres que nul autre n’a faites, ils seraient sam péché: mais maintenant ils ont vu, et ils me haïssent nous fournit pas, comme la démonstration directe. In claire vue de la vérité connue en elle-même, mais elle moi ct mon Père. · Joa.,? xv, 21 Les princes des exclut toute crainte d’erreur en raison des absurdités prêtres qui délibérèrent de faire mourir laicire ■ pour qu’on ne parlât plus de sa résurrection, doutaientque comporterait cette erreur. Cf. Zigliara. Summa philos., t. t, p. 156. Voir, dans saint Thomas, l’argu­ 1 ils de l’origine divine de celle-ci? Les pharisiens ment indirect ex signa. Sum. theol.. Ill·*, q. lv, a. 5: doutaient-ils que la guérison de l’avcugle-né fût un argument très certain, Id., ibid., q. χι.ιπ, a. 1 ; cf. miracle d’origine divine, Joa., ix’la même quest ion peut se poser au sujet des membres du sanhédrin Il·-II®, ®; dist. XXIV, q. i, a. 2, sol. 2, ad des miracles qui manilestement pour eux-mènns dist. XXV, q. n, a. 1, sol. 2. ad lum. venaient de Dieu? Cf. Garrigou-Lagrange. La grâce Je 3. Question subsidiaire : la connaissance certaine du la /οι et le miracle, dans Hevue thomiste, 1918. p. 299-300. miracle requiert-elle la grâce de la foi? - La doctrine du D’autre part, si la lumière de grâce est absolument rôle du miracle dans la crédibilité des mystères révélés a été acceptée, telle qu’on vient de l’exposer d’après nécessaire pour discerner le miracle avec certitude, on saint Thomas, par l’ensemble des théologiens catho­ ne comprend plus les textes conciliaires cumDct omni­ liques, soit par ceux qui enseignent que la grâce de potentiam LUCI LI xi ι n commonstrent, dirime revelatio­ nis signa cehtissima et omnium ιχn.t.UGi χπ i. la foi n’est pas absolument nécessaire pour adhérer au motif formel de cette vertu théologale (Scot, accommodata. Et encore : .S/ quis di rent miracula ci hto Durand, les nominalistes, Molina, Kipalda, deConinck. cooNOSci nunquam posse, nec its divinam religionis christiamv loriginem kite l’noBMU, a. s. Denzingerde Lugo, Billot. Lahousse. Mendise. Palmieri, SchifBannw., n. 1790. 1813. Si aucune intelligence, même llni, etc.), soit par les thomistes qui aflirment que · la celle du démon, ne peut, par ses seules forces naturelles révélation divine, en tant qu’elle est essentiellement discerner certainement les miracles, pourquoi ceux-ci surnaturelle (quoad substantiam) ou procède de Dieu auteur de la grâce et constitue le motif formel de la fol sont-ils dits · signes très certains appropriés a Tintdli· infuse, ne peut être connue que par cette foi qu’elle genre de tous ? Le serment antimodcrnisle dit même : spécifie ». Garrigou-Lagrange. / a grâce de la foi d le maxime accommodata. Et que peut-être une preuve miracle, dans Hernie thomiste, 1918. p. 305. Tous véritable (rite probari) de l’origine divine de la religion admettent que le miracle, même en tant qu’il est par chrétienne, dont la force probante serait inaccessible sa cause surnaturel quoad modum, peuI être connu na­ à rinlelligcnce naturelle des plus grands philosophes turellement. comme on connaît naturellement la el théologiens, et même à l’intelligence naturelle des anges? » Garrigou-Lagrange, id., ibid., p. 300. A ces véracité de Dieu auteur de la nature : De ce point arguments d’autorité, on peut ajouter les annotationes de vue intérieur et extérieur, ajoute le P. Garrigouau schéma prosynodal du concile du Vatican. Gf. La grange, toc. cit., note 1, le fait de la révélation est Vacant, Éludes,,,, Documents, l. i. p. 593. considéré, non pas comme un mystère essentiellement La thèse du P. Iluby, concernant la connaissance surnaturel, mais comme une intervention miraculeuse de Dieu dans l’esprit du prophète, elle-même confir­ du miracle comme tel, peut se résumer en deux mée par un miracle sensible... La fin du miracle, qui points : connaissance naturelle de la matérialité du fait du miracle; connaissance surnaturelle du caractère est l’évidente crédibilité des vérités révélées, est donc 1855 MIRACLE, VALEUR PROBANTE transcendant et divin du miracle. Art. cil., p. 69. 71. lui première connaissance ne sauvegarde pas. â coup sûr, la verite des affirmations v:i tiennes. Il va sans dire que les thomistes ne refusent pas d'admettre que parfois la doctrine et le miracle sc confirment mutuellement. en vertu de l'axiome causa ad invicem *unt causa in diverso genere. Dans la doc­ trine révélée et dans le miracle, il y a. en elïel. des signes accessibles à la seule raison ct qui se conAr­ ment : si la doctrine est évidemment immorale, Impie, le miracle fait pour la confirmer est faux : si au con­ traire la doctrine est évidemment digne de Dieu, de nuturc ù donner la paix aux hommes, elle est un nou­ veau signe, ct nous aide ù voir que tel prodige, qui dépasse manifestement les forces de la nature sensible et de la nature humaine, ne vient pas du démon ·. GarrigOU-Lagrangc, art. rit., p. 302, note. Enfin. sans être nécessaire, la grâce peut aider ά la connaissance du miracle comme tel. Xoirc-Scigneur, parlant des derniers temps, ne fait-il pas mention des prodiges accomplis par les faux prophètes, et capablc* de séduire les élus mêmes? Malth.. xxiv, 21. 3· Démonstration de ta valeur probante du miracle. Voir sur ce point Benoît XIV. De sernorum Dei beati­ ficationc et beatorum canonizat tone, I. IV, p. i. c. ιν. I Fondement. - On a dit plus haut que le miracle est une preuve indirecte de la vérité d’une doctrine. C’est donc dans ce sens qu’il faut chercher le fonde­ ment de s.i valeur démonstrative. Dans l’hypothèse où le miracle ne posséderait pas de valeur démonstrative de la vérité, on devrait conclure que Dieu pourrait, en l’accomplissant, attester la vérité d’une erreur. Absurdité manifeste, qui prouve que le miracle possède une véritable valeur démonstrative de la vérité. En elïel, le miracle ne peut être accompli que par la toute-puissance divine, dirigée par la providence. Or, la providence s’étend non seulement à la substance du miracle, mais encore aux conditions dans lesquelles le thaumaturge l’accomplit, notamment à In con­ nexion que le thaumaturge place entre le miracle ct la vérité d’une doctrine par lui annoncée. Si donc, celle doctrine n'était pas la vérité, telle (pic Dieu veut qu’elle soit annoncée aux hommes, il s’en suivrait que Dieu voudrait ou lout au moins permettrait, par cc miracle, une attestation fournie par sa provi­ dence ct sa toute-puissance, en faveur d’une erreur ou d’une parole purement humaine, présentées fausse­ ment comme parole divine. Les théologiens acceptent unanimement ce raison­ nement, voir Sahnanticciises. De fide. disp. Il, dub. ni, n. 61. Quelques auteurs, notamment les SahnanticcnscN. acceptent cependant qu’il ne répugne pas absolument qu’un faux prophète puisse abuser d’un vrai miracle, le présentant comme s’il était accompli en faveur de la fausse doctrine, qu’il prêche. Mais, d’après ces mêmes auteurs. Dieu ferait en sorte que de l’ensemble des circonstances on puisse déduire que ce miracle n'a pas été. en réalité, accompli par Dieu pour corroborer renseignement du faux prophète. Ce fondement est supposé par le concile du Vatican, (pii fait intervenir la raison de la toute-puissance divine comme gage de la certitude du signe : miracu­ lum, turn Del omnipotentiam luculenter commonstret, diouuc revelationi» signum est certissimum. 2. Condition Mais ce fondement serait sans valeur si n'était pas réalisée la condition sine qua non qu’il Implique. Il /aut qar le miracle soil en connexion, explicite ou implicite, avec une doctrine répétée qu’il rient confirmer. Le miracle accompli sans connexion a une doctrine serait une intervention extraordi­ naire de Dieu, mais non point un signe de la vérité. Le miracle peut posséder, à l’égard d’une doctrine, une connexion explicite ou implicite. Explicite, quand 185G le thaumaturge affirme lui-même que le miracle s’accomplit pour prouver la vérité de son enseigne­ ment. Implicite, et cependant manifeste, quand il appert des circonstances du miracle que celui-ci vient en témoignage de la véracité du thaumaturge ou de la vérité de son enseignement. Cf. de l’oulpiquel. L'objet intégral de l’apologétique. part. I. c. n, p. 63-69. Comme exemple de connexion explicite, l’Ecrilure nous fournil : Ex., iv. 1-19, et surtout Malth., ix, 5-6; ci. Marc., n, 9-11; Luc., v, 23-21; Jon., xi,-11-13. Le P. de Poulplquet cite, dans l’histoire de 1 Eglise, le miracle de saint Bernard à Sarlal, celui de saint Dominique à Earjcaux, nombre de miracles accomplis par saint Pierre de Vérone, etc.. Le miracle et ses suppléances, p. 221 sq. La plupart des miracles accomplis par Jésus-Christ n’ont qu’une connexion implicite, mais combien manifeste, avec la vérité de sa doctrine. < En multipliant ses prodiges, Jésus prouvait qu’il était l’envoyé de Dieu ct que. par conséquent, son enseignement, quelque trans­ cendant el mystérieux qu'il fût parfois, pouvait être regardé comme venant aussi d’en haut. D’ordinairc, sans doute, il n’y a pas de relation immédiate. Intrin­ sèque entre ses miracles et sa prédication; mais cela n’était nullement nécessaire : les mêmes titres recommandaient la personne et la doctrine. * billion. Les miracles de N.-S. Jésus-Christ, t. i, p. 2. Cf. de Poulplquet, Le miracle ct ses suppléances, p. 225 sq. On ne saurait d’ailleurs concevoir, dans celle con­ nexion implicite, qu’un rapport avec la foi ou la sainteté catholiques, comme telles, c’est-ù-dirc prises dans leur intégralité. De telle sorte qu’il n'y aura jamais à craindre qu'un miracle, même accompli exceptionnellement dans le schisme nu l’hérésie, puisse être interprété en faveur des seules vérités communes à la confession séparée et à l’Eglise catholique, ct, à plus forte raison, en faveur de l’hérésie ou du schisme. De Poulplquet, op. cil., p. 336 sq. Pour l’applica­ tion de l’argument du miracle Λ la démonstration catholique, on consultera les traités d’Apologétique. Voir ici Apologétique, I. i. col. 1521-1525 (simple indication générale). 3. Solution d’une difficulté. — La difficulté qui se rencontre souvent dans le discernement du miracle, et notamment la sévérité de l’Eglise dans ses juge­ ments canoniques (vile seule se réservant de procla­ mer le miracle) n’inArment-elles pas la déclaration du concile du Vatican au sujet de la valeur probante du miracle? Comment peut-on encore dire des miracles qu'ils sont des signes omnium intelllgentiœ accom­ modata ? « Il faut d'abord remarquer (pie l’Eglise ne sc réserve que le jugement définitif et authentique concer­ nant le caractère miraculeux d’un événement, mais elle ne défend à personne d’admettre, comme vrais miracles, d’autres phénomènes que ceux qui sont reconnus comme tels par un decret de l’autorité reli­ gieuse. Elle prétend également réglementer la publi­ cation des récits de faits miraculeux, en exigeant l'approbation préalable par l’autorité ecclésiastique (can. 1399, n. 5), mais celle mesure de prudence, prise en vue du bien commun des fidèles et pour pré­ venir des abus qui ne sont que trop faciles ct très fréquents en la matière, ne préjuge pas de la valeur des opinions personnelles. Il appartient d’ailleurs ù l’Eglise, dépositaire de la divine révélation, de Axer elle même les éléments de son apologétique, et de déterminer la nature des faits extraordinaires qui se passent dans ses sanctuaires J ou qui sont réputés se produire ή l'intercession de Isrs saints. Et il est d’autant plus sage de sc conformer à son jugement, que les tribunaux ecclésiastiques peuvent s’entourer et s’entourent en fait de garanties 1857 MIRACLE, VALEUR PROBANTE plus solides. Le discernement du miracle est du reste chose parfois fort délicate, ou les profanes Indivi­ duels, fussent-ils même des hommes de science; risquent facilement de sc tromper. • Lorsque donc P. Sainlyvcs écrit que par une • sorte d’inconséquence, l’Eglise demande aux fidèles • «d’être les juges des miracles anciens assez mal attestés, cl leur refuse aujourd’hui de sc prononcer • sur ces matières, lorsqu'il s’agit de quelque merveille contemporaine », l’exagération saute aux yeux. Èn vérité l’Eglise demande aux fidèles d'être les juges «le miracles anciens qu*ellc a juges dle-méme suffisam­ ment attestés, et elle ne leur refuse de se prononcer sur les merveilles contemporaines que pour autant que leur tugcincnl prétendrait être définitif et se substituer au sien. » Van Hove, op. cil., p. 335-336. D’ailleurs, il ne faut pas exagérer les difficultés du discernement du miracle. Vous les miracles n’exigent pas une enquête approfondie et scientifique. Les difficultés surgissent et les enquêtes sont nécessaires, là où l’évidence du miracle n’est pas complète. Voir col 1817 sq. Il suffit, pour vérifier le bien fondé de l’assertion conciliaire, qu'un certain nombre de mira­ cles de l’Evangile, les plus éclatants, apparaissent aux regards des hommes non prévenus, comme des signes évidents du sceau divin appose A la prédication de la doctrine chrétienne. Ces miracles, résurrection de morts, résurrection personnelle de Jésus-Christ (pour ne prendre que les exemple les plus obvies), sont vraiment des signes omnium intelligente accom­ modata. Conclusion. L’Église déclare que la preuve du miracle est appropriée à l’intelligence des hommes de tous les temps, et même de l'époque actuelle. Cette dernière assertion concerne évidemment, d’une part, la force probante du miracle considérée dans la logique qui s’impose aux esprits de tous les âges, la vérité ne pouvant jamais perdre ses droits: mais, d’autre part, elle vise très certainement les raisons concrètes qu’on a souvent invoquées pour proclamer non pas certes l’inutilité, mais l’inefficacité relative de l’argument du miracle sur les esprits contemporains. On a fait valoir que l’argument du miracle n’a sa force entière que pour ceux qui en sont les témoins immédiats, et (tue, pour les autres, l’éloigncmcnt dans le temps ou dans l’espace fait que l’impression produite s’allaiblit. On dit également que le miracle, s'adressant ù la seule intelligence et par la force de ht seule logique, ne saurait in concreto agir suffi­ samment sur l’Ame entière pour y déterminer l’adhé­ sion de la foi. On assure encore que les progrès de la critique ont soulevé tant de difficultés sur le caractère historique des événements miraculeux qui corro­ borent la prédication première du christianisme, que la lAehe de l’apologétique par le miracle devient de plus en plus difficile. En lin, on s’attache A rappeler que les esprits contemporains ont tant de prévention contre le surnaturel. que ce qui «levait être une raison de croire devient souvent pour eux une difficulté à croire A prendre ces raisons objectivement, il faut recon­ naître la part considérable de vérité qu’elles renfer­ ment. Mais par rapport à la valeur probante du miracle il faut convenir qu’elles nous incitent simplement A avouer, comme on l’a dit fort exactement, que la preuve par le miracle reste soumise, dans son rendement elleclif. aux lois générales de la psychologie humaine et aux lois spéciales de la psychologie reli­ gieuse L Hivlère. art. Miracle, dans le Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, t. iv, col. 1023. .Puisque nos contemporains ont fréquemment de particulières préventions contre le surnaturel et, partant, contre le miracle, l'enseignement catho­ 1858 lique louchant la possibilité du miracle devra être présenté de façon A détruire ces préventions. Les exigences critiques qu’ont formulées, dans ces der­ niers temps, les apologistes catholiques eux-mêmes, par rapport au discernement du miracle, devront donner satisfaction aux plus difficiles. L’Introduction à l'étude du merveilleux ct du miracle, du P. de Tonquédec, est, sous cc rapport, un modèle du genre qu’on peut présenter à nos contemporains. Mais ce qu’il faut surtout, c’est encadrer l’argument du miracle dans une apologétique générale, qui perfectionnera, tout en 'lui demeurant fidèle, l’apologétique tradi­ tionnelle cl. s'adressant A l’Amc tout entière, disposera cette Ame À recevoir finalement la forte impression que le miracle, sceau divin de la vérité, ne peut manquer de produire sur elle, si, par ailleurs, elle est déjà disposée à accepter le divin. On consultera h-s traités de théologie fondamentale. Xmi\ signalons particulièrement, comme ayant étudié plus complètement la question du miracle, crux du P. GarrigouIjigrange, Dr revelatione (édition en deux «mi un vol.), ct «le Ottiger (1" volume de la Ί hcologia fiindntucntalis). En plus : L L. Brémond, Im vraie notion du miracle, dan* Ht vue des sciences ecclésiastiques, t. i.xxxi, p. 193-209; 289-306; E. Costc, (hi’cst-cr que le miracle? Pari*, 1900; L. «le Grnndmalson, f-cs signes divins et le miracle, dans Recherches de science religieuse, 1914. p. 105-122; Jésus-Christ, dans Dictionnaire apologétique de la Foi catholique. t. lî. col. 1288-1538; B. de Sadly, Im notion et le HRc du miracle; .1. I). Eolghcra. /a· miracle d'apres S. Thomas (ΓAquin, dans Revue thomiste, 1904, p. 318-338; J· Gondal. Le miracle, Paris, 1905; A. L. I.épicier, Dr/ miracah. Borne. 1901; E. Le Boy, Essai sur la notion du miracle, dans Annales de philosophie chrétienne, t. cuit, p. 5-33; 166-191; 225-259; Le problème du miracle, dans Bulletin de la société française de philosophie, mars 1912. p. 85-168; A. Mercier. Ix miracle, phénomène surnaturel, dans Renne thomiste, 1907, p. 456-467; Pcrier, Le miracle est-il une violation des lois de la nature dans Revue pratique d'apologétique, t. xxx, p. 18-29. 75-88; J. Pcrnoud, .1 propos du miracle, dans Revue du Clergé français, t. xLvni, p. 343-517; P Vallet. Les trois formes du surnaturel : /x miracle, lu révélation cl la grâce, Paris. 1900; Van Weddin ’rn. De miraculo, Louvain. 1869; J. Wrhrlé. Vote sur la nature, la finalité et la frequence du miracle, dans Ln nouvelle journée, 1922. p. 327-362; A. Zacchi, Il miracolo. Milan. 1923. IL .1. «le ronquédec» Introduction «i Γ/tude du mcri*cilleux el du miracle, Paris, 1916; G. Sortais, Di Providence ct le miracle. Pari*. 1905; l·'. Boutroux. De la contingentr des lois de la nature. Paris. 1895; E. Bruneteou, De quelques théories éliminatnces du miracle, dam Revue pratique d'apohtgétiqiie, 1914, t. Win. p. 499-509 ct 561-583; J. «le Bonniot, Miracles et sananLs. L'objection scientifique contre le miracle. Pari*. 1882; A. de la Barre, 1 e miracle ct les groupements hiérarchiques des forces, dan* Etudes, t. ι χιν, p. 600-618; l'aih surnaturels ct forces naturelles. Pari*, 1900; P. «le Munnynck. O. P.» La conservation de l'énergie et la liberté morale. Pari·. 1900; Déterminisme, dans Dictionnaire apologétique de ta foi catholique, t. i. col. 928-941 ; P. «le Vrégille. La Valeur des théories phtisiques, dan* L'fudes, t. cvir. p. 319-373; V. Van Hove, Im doctrine du miracle chez saint Thomas, et son accord avec les prtnci/>es de la recherche scientifique; E. Le Boy, La science pOS/tlne ct 1rs philosophies de la liberté, dan* Bulklin du Congres international de philosophie, t. î (Philosophie générale ct inrtaphy*i«pic), p. 313-341, Paris, 1900; De la valeur objec­ tive des lois physiques, dans Rullctin de la société française de philosophie, 1901, P- 5-32; L. Lcscœur, La science el les fails surnaturels contemporains. I^s vrais cl les faux miracles, Paris, *. d. (la ln édition dans Annales de philosophie chré­ tienne. t. cxxxt-cxxxiv); L. Noël. Le déterminisme, dans Mémoires de l'Académie royale de Belgique. Classe des Ixttrvs et des Sciences morales et politiques et Classe des Beaux-Arts, 11· série, t. n, Bruxelles, 1906; IL Poincaré, La science et rhgfwlhése. Pari*. 1920; La tmleur de la science, l*ari*, 1920; Science et méthode, Ihiris, 1920; J. Wilhois, La méthode des sciences physiques, dim* Revue de métaphysique et de morale, 1899, p. 579-615; 1900, p. 291-322; Sur un argument tiré du déterminisme physique en faveur de la liberté humaine. IS59 MIRACLE — MIRANDA BARTHÉLEMY DE LA) ISGO gnant son diocèse, il reçut, nu passage, le dernier soupir de Charles-Quint, ct il abordait avec entrain sa tâche d’évêque, lorsque.au cours d'une tournée pasto­ rale. il fut arrêté par les gens de ΓInquisition. Ferdi­ nand de Valdez, archevêque de Séville et grand Inquisiteur, s’assurait de sa personne avec le consen­ tement du pape et du roi. Quels peuvent bien être les véritables motifs de cette incarcération extraor­ dinaire de Barthélemy* de Carranza, primat d'Espagne et l’un des personnages les plus universellement respectés de l’Eglise de son temps? Certains ont mis en avant les soupçons qu’on eut ù la mort de CharlesQuint sur le catholicisme du vieil empereur: le blâme en aurait rejailli sur Carranza qui lui avait apporté le concours de son ministère. L’inculpé lui-même, dans des boutades, semble a voir insinué l’explication donnée par divers auteurs dominicains: les immenses revenus de son diocèse faisaient des jaloux et des cupides. Toujours es*-il que le motif allègue était le prétendu luthéranisme d’un catéchisme, ou plutôt d'un vaste commentaire du catéchisme catholique en langue espagnole que Carranza venait de publier. A l’instiga­ tion de Melchior Cano, on avait relevé dans cet Ouvrage trop de prédilection pour la lecture directe de la sainte Écriture ct des livres de théologie par les simples fidèles, ainsi que trop de confiance dans le rôle sanctifiant des exercices spirituels de la vie intérieure On redoutait alors beaucoup cn Espagne les excès des alumbrados, mystiques illuminés. Et surtout, comme 1. MIRANDA (Barthélemy do la) ou Barthé­ le remarque finement le P. Colunga, au moment ou lémy de Carranza, dominicain espagnol (1503-1576). l’hérésie de Luther opérait ses ravages cn Europe, Ainsi appelé du nom du lieu de sa naissance, la Γ Inquisition espagnole était dans l’idée que tout Miranda cn Navarre, ou du nom d’un domaine ouvrage de théologie, en langue vulgaire, risquait de susciter mille perturbations dans la foi du peuple. nobiliaire de scs parents, Carranza, Barthélémy étudia d’abord A Alcala, puis entra dans l’ordre En de telles circonstances, il pouvait cn effet paraître des frères prêcheurs, au couvent de Bcnalac. à l’âge dangereux de laisser des esprits non préparés s’assi­ de dix-sept ans. Ses succès scolaires le désignèrent à miler en espagnol l’immense synthèse théologique de scs supérieurs pour enseigner comme maître ès arts, l’archevêque de Séville L’un des disci pics dominicains puis cumme professeur de théologie au college alors de Carranza, Dominique de Boxas, venait d’être très florissant de Valladolid. En 1539, lorsque Car­ arrêté comme luthérien. Il fut brûlé vif dans un ranza assista au chapitre général des dominicains célèbre autodafé à Valladolid et cela fut compro­ qui se tenait à Borne, il était déjà célèbre. Cc fut lui mettant pour son maître. L’Inquisition réunit divers qui présida les exercices solennels de scolastique, témoignages montrant que. tout en restant catho­ d’une manière si brillante qu’il fut nommé sur le lique. Carranza parlait assez librement de la foi vive, champ qualificateur du Saint-Olllce cl maître en du peu d’importance des œuvres humaines, du théologie II retourna ensuite à Valladolid où il entra silence de Ja Bible sur l’existence du purgatoire, de cn émulation et même en concurrence avec un autre l'intercession des saints. Il réussit pourtant a récuser théologien fameux, Melchior Cano. Carranza refusa scs juges; et des amis réussirent à transférer l’instruc­ l’cvêché de Cusco au Pérou, mais accepta de repré­ tion du procès à Home même. Mais ni l'amitié du pape senter l’empereur Charles-Quint au concile de Trente dominicain saint Pic V, ni une déclaration solennelle m 1515. Là. il entreprit et soutint, â côté de Domi­ de l’orthodoxie de Carranza formulée par le concile nique Soto cl contre un autre dominicain Ambroise de Trente, ni la publicati«»n aux frais du Saint-Siège Catharln, une défense vigoureuse de la résidence des du catéchisme incriminé, ne réussirent à faire mettre évêques dans leurs diocèses. Selon lui, cette résidence cn liberté le prisonnier. Il ne fut élargi qu’après une est de droit non seulement ecclésiastique mais divin. détention de près de dix-sept ans. Dix ans durant «>n Quelques années plus tard, nous trouvons Carranza lui avait interdit de se confesser. Carranza sortait de provincial des dominicains d’Espagne, après avoir cette tragique aventure pratiquement absous, mais il refusé l'évêché des Iles Canaries. Lorsque le concile avait soixante-treize ans et ne devait survivre que de Trente reprit ses sessions sous Jules Hi. Carranza dix-sept jours. Il mourut donc à Borne, le 2 mai 1576. y reparut, à la fois comme théologien de l’empereur parmi les manifestation d’une opinion publique chau­ cl comme procureur de I archevêque de Tolède, dement sympathi«|ue et en grande réputation de primat d’Espagne. Examinateur des livres suspects I sainteté. Carranza a publié : Summa omnium conciliorum, «l’hcrcsic, il accompagna ensuite Philippe II cn Angle­ terre ct le seconda dans sa tentative pour rétablir ouvrage maintes fois édité et la première fois à Venise, 1516. ln-8·; Controvrrsiiu IV: I. Quanta sit auctoritas l’obédience romaine de cc royaume déjà gagné à l’anglicanisme. Carranza prit pour centre de son action traditionum in Ecclesia; II. Quanta Sacnc Scriptural; ΙΠ. Quanta romani ponti ficts et sancta· Sedis apostoliav; de contre-réforme l'université d’Oxford. Il montra une très grande fermeté, ct il réussit, parait-il, à . IV. Demum quanta sit conciliorum, Venise, 1516, Ιη-8· opérer un assez grand nombre de conversions indivi­ (Bcmarqucr que le De Locis theologicis de Melchior duelles sincères. En 1557, il passa dans les Pays-Bas Cano est de 1563); Controversia de necessaria resi­ espagnols où 11 poursuivait la même œuvre de propa­ dentia personali episcoporum et aliorum inferiorum pas· gande catholique, lorsque Philippe II le nomma I (orum Tridenti explicata, Venise, 1517; Concio habita Archevêque de Tolède ct primât d'Espagne. En rejoi- I ad synodum Tridentinam prima dominica quadra· d*ti5 Ihdlctin tin Congrès international de philosophie (Logique ct histoire de· *cicncc')r p. 633-686, Puri*, 1901. III. Van Hove, op. cil., cl J. de Tonquêdrc, op. rit.; Benoit .\ IV, Opus de servorum Dei beatiftcatione et beatorum l anonizatione, Venise. 1776,1. IV; A. liras. Comment constater le miracle, dans Annates de philosophie chrétienne, t. cj.ii, p. 250-267; J. de Bonniot, /j· miracle et ses contrefaçons, J* rdiL. Paris 1888; L. de Grandiimison. op. cit.; A. de Poulpiquct. L'objet intégral de l'apologétique, Pari.s 1912; (». Mattiu*M, Conoscibftdadel iniracolo, dans Scuola cattotica de Milan, ri < IV. vol. \iv, p. 277-284 ;435-450; 608-619 ct 704-717; P. Saintyves, Le discernement du mirai le, ou le miracle et les quatre critiques, Paris, 1909; La simulation du merveilleux, Paris, 1912; »1. l«conardlni, De scient!flea miraculorum certitudine, dans Divus Thoma.ytdv Plaisance), 1904, p. 64-71. Voir également les écrits signalés,/t propos des miracles dr Lourdes et de leur constatation, col. 1811. IV. Van Hovc, op. cit.; de Grandmaison, op. cit.; A, de Poidpiqurl, Lr miracle et ses suppléances, Parii, 1913; IL L. lansscns. Dr vi demonstrativa miraculorum, dans Ephemerides theologica' Lovanicnscs, 1924, p. 15-35; X. Le Bachelet. Apologétique, Apolngie, «laris Dictionnaire apologétique de la Eoi catholique, t. !, col. 189-251; L. Mai­ sonneuve, art. ApoloüI nyri, t. 1, col. 1511-1533; Van Weddingrn, op. cil. X'ur»;. S. Thomas a traité ex professa la question du miracle principalement dans : Somme thêologique : I ·. q. cv, n. 6-8; q. <-X, a. 4 ; I“-II ‘’. q. CX11I, η. 10; I IMI»,q. cia xvni ; HP, q. xi.iii-xijv (miracles «le Jésus-Christ), Somme contre les (lentils: I. Ill, c. xcmii-cx. Les commentateurs doivent être consultés à l’un ou l'autre de ccs endroits. Dr putentia, q. m; Cornpend. theol., t. i, c. cxxxvi. A. Michel. MIK A ND Λ (BARTHÉLEMY DE LA) - 1861 gtsiniumini 1.716, Anvers; Instruccion para oir missa, Anvers, 1555; Commentario* sobre et catechismo christiano, Anvers, 1558, in-folio 865 pages, I parties : 1· de articulis /Idei; 2· de decem pncceplis; 3· de septem sacramentis ; 4· de oratione, jejuntoet eleemosyna. (’/est ce catéchisme qui fut Λ tort suspecté de luthéranisme. Les III· et IV’ parties de cet ouvrage ont été traduites cn français en 1692 ct 1691 par Binet, recteur de l’Université de Paris. Divers autres écrits de Car­ ranza sont demeurés manuscrits. Llorcntc, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne, 1818. t. ill, p. 183-315; laïugwltz, Bartholoniiius Carranza, Erzbischo/ von Toledo, Kempten, 1870; Emilio Colungn, Inldlrcliuilislas y misticos en la Teologia esponola cn cl slglo XV/, dans Im Cirncia lomista. 1911, t. ix. p. 209-221, 377-391; t. x, p. 223-212; t. xi. 1915, p. 227-253; Touron, Histoire des hommes illustres de l'ordre de S. Dominique, I. iv, 1747, p. 421-438; Mortier. Histoire des maîtres généraux de l'ordre des Frères prêcheurs, 1911, t. v, p. 383-387, 443445, 463, 579-581 ; QuéUf-Echard, Scriptores ordinis pnrdicatorum, I. π, p. 236-243,et en particulier p. 241 ct 242; SchAfcr, Bcttragc zur Ceschichle des spanisrhen Proiestanlismus undder Inquisition im XVI. Jahrhiindcrt, («ütcndoh, 1902; Bodocanachl, La Héforme cn Italie, 1921, t. il, p. 581-583. M.-M. Gorce. 2. MIRANDA (Louie de) des Frères mineurs de l’observance, naquit à Valladolid dans la seconde moitié du xvr siècle, ct entra chez les observant ins de Salamanque. où il professera longtemps les sciences sacrées. Déiinitcur de la province, puis procureur général, il vint finalement habiter Home. Il a dû mourir vers 1620. - - Il reste peu de choses de son activité proprement théologique : un traité De sacra Scripturas sensibus, publié à Salamanque cn 1625, in-4·, ct un traité espagnol De la conception purissima de nuestra sennora ta virgen Maria, Salamanque, 1621 (celui qui est donné par Waddlng-Sbarnlea comme publié en latin en 1626 n’est peut être pas dilièrent du premier). L’œuvre assez considérable de Louis de Miranda est surtout relative aux divers aspects de la vie religieuse, surtout franciscaine. D’abord, cn espagnol, des explications de la règle des Frères mineurs, des Clarisses, du tiers ordre; des confé­ rences, des avis spirituels; d’ordre plus canonique les ouvrages suivants : Liber ordinis judiciarii et de modo procedendi in causis criminalibus (am in /oro ecclesiastico (piam sicculari agitandis,Salamanque, 1601, 1623; Manuale pradatorum regularium in guo religionum omnium origines, progressus ac dilatationes recensentur, optimaque methodus exprimitur ad im­ buendos noviHos, instruendosque virtutibus professos pernecessaria, Home, 1612. 2 vol. in·I*; Salamanque, 1625; on trouve aussi une édition de Cologne, 1761, publié par Paulin Bcrli de Lacques (des ermites de Saint-Augustin) ct ù la suite de laquelle se lit un autre ouvrage de Miranda : De sacris mon iatibus tractatus, in (pio universa ad moniales attinentia includuntur; de cc dernier ouvrage, paru n Salamanque, en 161». il existe aussi une traduction italienne. Plaisance, 1616. — Intéressante au point de vue historique est V Informacion acerca la question y controversia tocante a la mudanza del gobierno, que han tenido los frai les menores de la regular obscrvancia de S, Francisco communmente Uamados dcscalzos, Salamanque, 1601. On a public à Salamanque cn 1629, une Exposition de la Es/era de Juan dr Sacrobosco (il s’agit du traité de la sphère céleste de Jean de Holywood) aumentenda, cou lo que \obre cita dixeron Fr. Juntino, Elias Veneto, Christobal Clano g olros; il peut s’agir de leçons profes­ sées, jadis, par Louis de Miranda, quand II enseignait les mathématiques et l’astronomie. Nicolas Antonio, Bibliotheca hispana noua. 2· édit., t. n, p. 51-52; L Wadding, Scriptores Ο. Λ/., Home, 1806, ρ. 166; DÎCT. DE TH&OL. CATII. MIRE 1862 S baraka. Supplementum, p. 500; Jean dr Saint-Antoine, Bibliotheca universa franelscana, t. n, p. 301; Hurler. Nomenclator, 3* édit., t. m. col. 581. É. Amans. MIRE (Aubert Le), dit Mihivs, célèbre érudit belge (1573-1610). — Né A Bruxelles, le 2 décem­ bre 1573, d'une famille de riches commerçants. Aubert Le Mire, commença ses premières études â Douai, cl 1rs continua A Louvain, où il connut Juste Lipse; il obtint en 159G le grade de bachelier en théo­ logie; sur l’heure il ne poussa pas davantage ses études et ne prendra le bonnet de docteur qu’en 1611, à Douai. Entre temps il avait été nommé chanoine du chapitre d'Anvers, ct, après que son oncle Jean Le Mire rut été nommé évêque de cette ville, il fut associé par lui ù l’administration diocésaine, en même temps qu’il faisait les fonctions d’écolâtre cl de proviseur de l’Église Sainte-Walburgc. Il fut chargé par les archi­ ducs de diverses missions diplomatiques, cn 1609 à la Haye, continuées, cn 1609-1610, à Paris, auprès de Henri IV (la relation de son voyage cn France cl quelques lettres adressées de Pans ont été publiées par Léon de Burburc dans le Messager des sciences historiques de Belgique, 1819, p. 318-335, 433-153). Rentré en Belgique, il résida quelque temps encore à Anvers, mais cn 1615 fut nommé chapelain de la cour de Bruxelles, ce qui ne l’empêcha pas d'ailleuis d’être premier doyen du chapitre d’Anvers cn 1621. et vicaire général du diocèse cn 1635. Il mourut a \nsers le 19 octobre 1610· L’œuvre imprimée de Le Mire est très considrr.ible; clic n’intéresse d’ailleurs qu’indircctcmcnt la théologie, étant surtout d’ordre historique. — Il faut néan­ moins la citer comme un guide très précieux pour l’élude des ordres religieux. Voici dans l’ordre chrono­ logique les ouvrages qui intéressent celte branche de l’histoire ecclésiasticpic : 1” Origines coenobiorum brnrdicHonorum in Belgio, Anvers, 1606; 2· Ordinis B. Ma­ rin: annuntiatarum virginum origo, accessit ordinis carmelitani, virginum teresanaruni, origo, Anvers, 1608; 3· Origines cartusianorum monasteriorum per orbem universum, Cologne, 1609; I· Origines equestrium sire militarium ordinum libri duo, Anvers. 1609; 5· Ordinis carmetilani a b Elia propheta primum inchoati, at Alberto patriarcha Jerosolqmitano vitic regula tempe­ rati, a Ii. Tcresia, virgine hispana. ad prinuevam disciplinam revocati, origo atque incrementa, Anvers, 1610; 6· Histoire de Porigine ct institution de divers ordres et congrégations religieuses qui gardent la règle ou pro/ession de S. Augustin, Anvers 1612 (repris en latin sous le titre : Canonicorum regularium ordinis S. Augustini origines ac progressus, Cologne, 1611); 7· Ordinis prirmonstratcnsis chroniam, Cologne, 1613; 8· Chronicon cistcrcicnsis ordinis, Cologne, 1611; 9° Origines bcnedictinir sive illustrium ccenobiorum O. S. Ji. exordia ac progressus, Cologne, 1611; 10· De collegiis canonicorum... liber singularis, Cologne, 1615; 11« Originum monasticarum libri IV, in quibus ordinum omnium religiosorum initia ac progressus breviter describuntur, Cologne, 1620; aux quatre livres s'ajoute un Auctariumsiveliber V; \2°l)r IViodesinensi, Lateranensi, Aroasccnsi cl congregationibus aliis cano­ nicorum regularium ordinis S. Augustini, Bruxelles. 1622 ; 13· Codex regularum et constitutionum clericorum, in fol., Anvers. 1622; 1 1« De congregationibus cleri­ corum in communi viventium, ut theatinorum, societatis Jcsu, barnabitarum, somascha:, oratorii, doctrinal· Christiana: et altorum liber singularis, Cologne 1622; 15« Elenchus regularium monasticorum ct constitutio­ num asceticarum, Anvers, 1637. Plusieurs n enseignement. En 1850, cibus, imperatoribus, regibus, ducibus ac comitibus il fut envoyé ù Constantinople, porteur «les lettres du m favorem Ecclesiarum, priosertim belgicariim, edita gouvernement et du synode sollicitant la reconnaiscontinentur; de même nature : 34· Diplomatum bel- I sance «le l’autocéphaUc hellénique par le patriarcal gtcorum libri duo. Bruxelles. 1627, ou beaucoup dc I du Phanar. Mansi-Petit, C.onril , t. xi. col. 169 C; diplômes relatifs aux affaires séculières, s'ajoutent I Chrys«>stomc Papadopoulos, 'ιστορία τής Εκκλησίας aux textes proprement ecclésiastiques; 33· Dona­ I τής *Ελλά8ος, t. ι. Athènes. 1920, p. 356. Lc synodicos tionum belgicarum libri duo in quibus Ecclesiarum et’ I tornos «m décret d’autocéphalic fut promulgué solennel- 1805 MIS \ E L MISSIONS 1866 tions apostoliques dont l’objet est de conquérir au Christ un pays de plus. Sont missions par excellence relies où l'on s'en prend â un peuple infidèle. Par extension aussi, celles ou il s'agit non dc conquérir, mais de reconquérir un peuple enlevé à l’Eglisc par le schisme ou l’hérésie. Dr In vient que, naguère, a côté dc la Chine ct du Japon, sur les rôles de la Propagande, figuraient des pays comme l’Ecosse et l’Angleterre, et que la Norvège, la Suède, Γ Islande, y figurent encore. Pourquoi ce mol mission? Notre Seigneur luimême répond : Comme mon père m'a envoyé, je vous envoie. La mission est un envoi, les missionnaires, comme les apôtres, sont des envoyés. Un pays de mission, au sens rigoureux du mot, est un pays où les ouvriers ont été envoyés d'ailleurs. Sans doute, tout ouvrier du Christ, même s’il ne sc déplace pas. est envoyé par lui. Mais à cet envoi Üguré. peut s’ajouter l’envoi réel et physique. Ainsi, toute région ou le clergé vient d'ailleurs, que sa popu­ lation soit infidèle, héréliqub et même catholique, peut passer pour pays ch mission. Dc là 1rs catégories suivantes : missions ad Infideles, Indo-Chinc, Congo...; mission ad tuereticos vcl schismaticos, Abyssinie, Nor­ vège, Islande.,.; missions ad fideles, mais à des fidèles abandonnés cl sans pasteur, comme au Brésil ou dans Γ Australie à son début. Par suite des que le pays fournit son clergé, à plus forte raison son épiscopal, en rigueur de terme, il a cessé d’etre pay's dr mission; \’Église est consti­ tuée. Seulement, vu le nombre des in fidèles à conver­ tir. le titre dc mission lui restera, cl a bon droit, dans le langage courant. La mission, c’est donc l’Églisc vn formation. L'ensemble des missions, l'histoire des missions, c’est, selon l’heureuse formule dc M. G. Goynu, V Église en marche. .Mais on voit déjà qu’entre les diverses catégories de missions et d'Églises naissantes, il y a des nuances nombreuses. Dans un pays comme la Syrie où les Eglises chrétiennes sont vieilles comme le christia­ nisme. on peut parler de mission apud infideles, car le milieu est musulman. El pourtant ce n’est pas sur les musulmans qu’on travaille, malgré tout le désir qu’on en a ct tous les espoirs qu’on nourrit, mais sur les hétérodoxes qu'on cherche à ramener à l’unité, cl sur les catholiques qui ont besoin d’être cultivés. A cote dc celle notion générale â la fols claire et tint tante, il y a Ce qu’on peut appeler la notion cano­ nique. Quels sont les territoires qui. canoniquement, Piuiarrtos Const nntinldês, Κατάλογος ίστοριχός τ»·»ΐν peuvent passer |>our missions? l.e Codex juris ne πρώτων Έπισχοπων xai των έριξήζ \ρχ<ιτπσχόζων χζ. donne aucune definition. H se contente de dire Μητροπολιτών Μ /■·.<.»·.·, dan* la ι«·\ url·. · » t. n. Athénée (can. 1350. $ H que dans hs pays qui ne sont pas 1878-1879. p. 90-91; Chrysostonie Papadopoulos.’Ιστορία diocèses, le soin dis mission* auprès des non-catho:ή; Έχχλησιας τής ’Ελλάδος. t.i: Ιδρνοις χα< όογ νωσ:ς llques appartient uniquement au Siège apostolique, τής αύτοζ<φα/ου Εκκλησίας τή: Έλλαδοτ. Vthènc*. 1920. cl que la Propagande en est spécialement chargée ρ. 34. 306-307. 326-330. 336. 338. 351. 367. 370. 386. 394(can. 252). Mai*, pour claire qu’elle fût, la déllnltion 395, 415, 428.433. 435; du même, ’ Ιστορία τής ’ Ριζαρίηυ ίχχ’/ησιαστιχής σγολήζ. Athéné*. 1919. ρ. 64-67. 72. 86; qui se contenterait d’utiliser ces deux passages du Constantin Kontngono*. Notice n«cr<»l<»giqu<· cl biogra­ Code, ne conviendrait ni uni. ni soli. Il y a de véri­ phique, dans la revue Ε-αγγι’/ιχος Κήουξ, I. vi. Klhênvs, tables missions, hors de* territoires de la Propagande, 1862. p. 307-314; Constantin Olconoinos. I i σω’όμι··α et la Propagande a gardé sortes d’organes témoins φι>ολογι«ά συγγράμματα, t i. Athênc*. 1871. p. 58 ; Ta de situations abolies certain* territoires qui ne sont σωζόμινα ιχχλησιαστιχχ σνγγραμματ». t. i. Athènes, 1864. aucunement missions. Pourquoi Gibraltar, et l’abbaye p. 364. 525. 569. 663. de Saint Maurice d \gaune en Suisse, relèvent-ils dc S. Salavu.li:. la Propagande? Par ailleurs il y a des missions au MISSIONS. — Notions phi mm in uni s vrai sen* du mot dans les diocèses relevant dc la (m’rs/-cr qu'une mission? Congrégation pour l’Églisc orientale ou de la Consisto­ Le mot mission. qui parait très clair au premiri riale. en Mésopotamie par exemple, en Abyssinie - on abord quand on volt les choses en gros, ne l’est plus encore aux Élals-t'nls dans les réserves de Peauxautant quand on en vient au détail. Bouge*. lesquelles appartiennent ù des diocèses ordi­ Tout d’abord, pour l’historien, les missions, dans leur ensemble, c’est tout le travail de l’Eglisc pour naire*. cl ressort issent ù la Consistoriale. En pratique, les cadre* de la Propagande sufllsenl. dilater scs frontières el répondre au programme du Maître : Docete ornnr\ gentes; omnes, toutes, sans â condition de les compléter. El par exemple, quand exception Donc sont missions toutes ccs expédi­ on parlera de l’Inde anglaise, on aura soin dc ne pas lenient le 29 juin 1850. Mansl- Petit, op. cil . col. 119168. Le 26 Juillet. Mlsiiel Aposlolidès était nommé premier secrétaire du saint synode, en remplacement du démissionniiIre Théoclèlos Pharmakldès qui avait fait opposition nu synodicos tornos. En 1851, Misael fut chargé de porter ù Pélrograd communication du décret patriarcal. La loi du 9 Juillet 1852 ayant réorga­ nisé les évêchés de Grèce, Misael fut sacré, le 6 sep­ tembre, archevêque de Patras et d’Élrla. A la mort dc Néophytos Métaxas, il fut. par décret royal 'du l*r janvier 1862, transféré a la métropole d’Athènes. A peine installé sur son nouveau siège, il mourut le 21 juillet 1862. Il a laissé en manuscrit un cours de théologie dog­ matique, une Horn Unique, une Introduction biblique. divers autres traités rédigés au cours dc scs longues années (renseignement, des recueils dc discours, etc. On a de lui trois ouvrages imprimes : 1. ’Ιερά Ιστορία Athènes. 1837. 2. Τήςκατά Χριστόν ηθικής πραγμα­ τεία φιλοπουηΟείσα χάριν των έαυτου όμιλητώυ καί πάντων δέ των φιλο/ριστών, Athènes, 1847. Ce volume, ainsi que l’indique le titre, est un manuel de morale a l’usage des élèves dc la Faculté de théologie, Comme tel, le recueil présente un certain intérêt. La manière claire et précise dont est fait l’exposé, laisse deviner l’heureux complément de formation qu’avait valu à l’auteur la fréquentation des universités de Vienne ct de Munich. On y trouve de bonnes notions sur des points qu’il est assez rare de rencontrer dans les livres grecs similaires : par exemple, sur la conscience ct les diverses sortes de conscience, p. 53 58; sur les vertus et les vices, p. 59 sq.; sur le péché et les diverses espèces dc péché, p. 79 sq.; sur les péchés capitaux, qu’il appelle θανάσιμα αμαρτήματα, p. 108-161; sur la prière el les diverses espèces ou formes de prière, la prière mentale ct la prière vocale, la distraction dans la prière, etc., p. 239-265. A noter aussi d’utiles paragraphes sur le devoir de défendre la patrie, p. 358-359, les causes de guerre, les péchés du soldat à l’égard des désarmés, cl des civils à l’égard des sol­ dats. p. 359-361; sur le gouvernement, les gouver­ nants cl les gouvernés, p 150-158. 3. Έγχειρίδιον τής κατά Χριστόν ηθικής χάριν της σπουδαζούσης νεολαίας, Athènes. 1819. Cet ouvrage, comme le suggère déjà le titre (manuel de morale chrétienne à l’usage dc la Jeunesse étudiante), el comme le déclare formellement l’avant-propos (p 0’), n’csl qu’un abrégé scolaire du précédent. 1S67 MISSIONS, DIRECTION CENTRALE oublier qu’il y a lâ des diocèses relevant du Patronat portugais, ct d’autres qui sont de rite oriental, les­ quels. vu le nombre des Infidèles, doivent encore passer pour pays de mission, et qui ne figurent point sur les listes de la Propagande. Par ailleurs, aux Philippines, où les évêchés relèvent de la Consisto­ riale et où la Propagande ne revendique qu’une pré­ fecture, il faudra se souvenir que. dans le diocèse de Zamboanga ct autres, il y a de véritables missions, non seulement d’infidèles, mais de sauvages, I ne nuance est encore à noter. Le mot mission a dans certains cas un sens technique. Théoriquement. 1rs Eglises, dans leur développement passent par les phases suivantes. Elles commencent par être simples missions, ter ritoires tailles en pleine terre vierge ou séparés d’une Eglise préexistante, confiés a un groupe spécial de travailleurs sous un supérieur plus ou moins Indépen­ dant (mission des trinilaircs ou des prémonlrés â Madagascar). Puis elles deviennent prélecture sous un chef qui ordinairement n’est pas évêque, puis vicariat, quand ce chef reçoit Ponction épiscopale : circons­ criptions autonomes, mais qui sont appelées â devenir quelque chose de mieux, des diocèses. Mais il s’en faut que toutes les Églises passent par ces trois* phases. Le mot mission, terme général pour une vaste catégorie d’Égliscs en formation, s’appliquera donc d’une façon spéciale â celles dont la formation ne fait que commencer, ou qui est retardée. Dans cet article on étudiera successivement; Ie la haute direction des missions;?· le personnel employé aux missions (col. 1878); 3· la répartition géogra­ phique des missions (col. 1921); 1° les œuvres annexes (( oi. 1932). I. LA HAUTE DIRECTION DES MISSIONS. — N. B. — Pour toute cette partie, nous dépendons étroitement du P. B. Arens (.Manuel des missions catholiques) que bien souvent nous ne faisons qu'abré­ ger. Cuique suum. L La direction centrale. IL Le gouvernement direct des missions (col. 1871). I. La direction centrale. — Elle est formée par trois grands organes romains, la Propagande, la Con­ grégation pour l’Église orientale, enfin, pour certains cas exceptionnels, la Consistoriale. 7. LA PRoPAQAXDE. — La direction centrale des missions est avant tout entre les mains du pape. Le pape, qui est le magistère suprême dans l’Église. de qui tout relève, qui a tous les pouvoirs el les com­ munique ù qui il lui plaît, el dans la mesure (pii convient, est le vrai chef des missions el des pays de missions. C’est lui qui en distribue les territoires ù tel ou tel institut, qui délègue scs pouvoirs à telle congrégation romaine, qui tranche par lui-même ou par les congrégations les cas de doctrine, de morale ou de discipline qui peuvent sc présenter. Son organe est la Congrégation de la Propagande. 1· Histoire. — Pendant de longs siècles, alors que 1rs initiatives des mouvements missionnaires venaient de tel évêque, de tel saint, de tel ordre religieux, sous la direction souvent lointaine cl la surveillance de Borne, ct que ces mouvements n’étaient ni aussi étendus m aussi complexes qu’ils le sont devenus en ces derniers siècles, les missions dépendaient a Borne des organes ordinaires du Saint-Siège, en particulier, pour les décisions capitales, de ces réunions extraor­ dinaires des cardinaux ct du souverain pontife, que l’on appelle consistoires. Mais, à mesure que les mis­ sions m* développèrent, qu’elles sc répandirent dans des pays de plus en plus éloignes ct de plus en plus différent i, ct qu’elles furent cou nées à un plus grand nombre d’ordrc.s ou de congrégations religieuses, le 18(i8 i besoin d’un organisme central de qui tout relevât, se lit de plus en plus sentir. Déjù vers la lin du xm· siècle, Je bienheureux Baymond Lullc. O. S. E., avait remar­ qué celle nécessité et conçu le plan d’une sorte de Propagande // JL Raimondo Lullo e i primo ideali di Propaganda, (Ossenudore romano, n· 81, 12 avril 1923). Cependant on dut attendre encore longtemps pour un premier essai de réalisation et plus long­ temps encore pour la création définitive (1622). Le 2 août 1568. saint François de Borgla, alors général de la Compagnie de Jésus, annonçait au P. Natal, secrétaire de la même Compagnie, que le souverain pontife, alors saint Pie V. venait de nom­ mer deux commissions de cardinaux, l’une pour ramener les hérétiques a Livrai foi. el l’autre pour la conversion des infidèles. L’initiative pourrait bien être venuede Borgia, lui-même grand fondateur de missions. Après Pie V, Grégoire XIII, son successeur, convo­ qua, pour s’occuper des rites orientaux et de la réu­ nion des Églises schismatiques, une troisième congré­ gation composée des cardinaux Carafla, Medicis ct el Santorio, qui devait tenir séance chaque semaine et se réunir tous les quinze jours chez le pape, afin de délibérer avec lui sur ces questions. Sixte V. à qui l’évêque de Tournai. Mgr. Doulenville (G. (joyau. L'Eglise en marche, 1928. p. 55. 89) avait cependant présenté un curieux mémoire pour la création de séminaires destinés â préparer des ouvriers pour les missions étrangères, ce pape, qui créa quinze grandes congrégations chargées de gérer toutes les affaires ecclésiastiques, n’inslittia rien pour les missions. Scs trois successeur». Urbain VII. Grégoire XIV et Inno­ cent IX. n’eurent pas le temps, vu la brièveté de leur pontificat, de rien faire en ce sens. Après eux. reprenant l’œuvre de Pie V. Clé­ ment VIII institua une congrégation de cardinaux pour l’examen des questions générales relatives aux missions; et il semble que cette congrégation s’en occupa activement sous l’influence du cardinal San­ torio. Mais Paul V. qui occupa la chaire de saint Pierre de 1605 ù 1621, ne paraît pas avoir fait appel ù celte congrégation, ni en avoir créé une autre dans le même but. L’idée cependant n’était pas abandon­ née, cl des efforts soutenus étaient tentés de divers côtés pour en amener la réalisation, tout spéciale­ ment par le carme déchaussé. Thomas de Jésus, par le P. Dominique de Jésus-Marie, prieur général du même ordre, qui aurait recueilli pour ladite Congré­ gation des missions un capital de 100 000 francs, cl par lecapucin Girolamo de Narni. prédicateur apos­ tolique sous les pontificats de Paul V cl de (iré­ goire XV. et intime ami de cc dernier, quand il était encore le cardinal Ludovisi. Élu pape en 1621 sous le nom de Grégoire XV, Ludovisi, dès le 6 janvier 1622, nomma une com­ mission composée de 13 cardinaux el (le 2 prélats pour étudier la création projetée. Elle se réunit pour la première fois chez le cardinal Saull le 1 1 janvier; et le 22. par la constitution Inscrutabili dinimv, le souverain pontife proclama l’érection canonique de la Sancta Congregatio de propaganda fide dont, le 1 t dé­ cembre de la même année, par son motu proprio Cum inter multipliers, il régla les attributions ct les pou­ voirs. La Propagande était fondée. Diverses commissions lui furent adjointes dans la suite des temps et cer­ taines modifications lui ont été apportées, principa­ lement dans ces dernières années. Le 6 janvier 1862. par sa bulle Romani pontifices, Pic IX établit la I Congreqatio dr propaganda fide pro negotiis Ritus J Orientalis, à qui il donna une organisation autonome, i sous les ordres du préfet de la Propagande. Plus tard, ! par sa bulle Sapienti consilia, du 29 juin 191 I, pour 1S69 * I II M ISSI O NS, 1)1 KELT io N Io remaniement de In curie. Pie X lui enleva l'Angle­ terre. ΓIrlande, I’Écosm·, In Hollande, le Luxem­ bourg. les États-Unis, le Canada cl Terre-Neuve, ainsi qu’un grand nombre de collège* el séminaires; et il décida en outre que. dans le* territoires qui hii restaient ct où auparavant elle possédait à peu prés tous les pouvoirs, le Salnt-Olllcc, la Congrégation de* Biles, celles du Cérémonial, des Affaires ecclesiastiques extraordinaires, celle des Sacrements pour les causes matrimoniales, celle des Bellgieux pour les associa­ tions où l’on émet des vaux ct pour tous les mission­ naires en tant (pie religieux, ainsi (pie les tribunaux de la Pénilcnccrie, de la Ilote, de la Signature, rece­ vraient leur part d’attributions. Enfin, Je l*r mal 1917. par son motu proprio Dei Providentis, Benoit XV enleva à la Propagande, la Congrégation pour le* rites orientaux qu’il éleva au rang de congrégation cardi­ nalice. complètement indépendante, sous le nom de Congregatio pro Ecclesia orientali Acta apostoliac Sedis, 1917, l. ix. p. 525 531. Voilà donc plus de trois siècles que la Propagande gouverne, peut-on dire, toutes les missions étrangères; choisissant le personnel, nommant les vicaires et pré­ fets apostoliques; surveillant et approuvant les synodes et les conciles; créant cl administrant les divers organismes, institutions, collèges el sémi­ naires cpii l’aident dan* son œuvre; gouvernant les sociétés de missionnaires qui ne prononcent pas de vieux, ayant juridiction sur les religieux eux-mêmes en tant (pic missionnaires; réglant les affaires ecclé­ siastiques, à l’exception, depuis 1908. de celles qui concernent la foi, les questions matrimoniales et les questions de rite, dans les territoires (pii lui sont soumis. En fait son histoire sc confond avec l’histoire des missions. 2· Le domaine de la Propagande. Les territoires. 1. Europe : Norvège, Suède, Danemark. Islande, Finlande. en entier. Allemagne du Nord. Schleswig-Holstein. Abbaye de Saint-Maurice (Suisse). Gibraltar. Albanie. Yougoslavie, Bulgarie. Grèce, Iles de la mer Égée. Turquie d'Europe, en entier. 9 archevêchés. 13 évêchés. 7 vicariats. 3 préfec­ tures, 2 abbayes nullius. 2. Asie occidentale : \sie Mineure, Palestine el Syrie, Mésopotamie, Per­ se. Arabie : 1 patriarcal. 3 archidiocèscs, 3 vicariats 3. Asie du Sud et Extrême Orient : Toutes les Indes anglaises, sauf les Église* du Palroado, cl celles du rite malabar : 7 archidiocèscs. 21 diocèses. 2 préfectures. Ceylan. Indo-Chine. .lapon. Corée cl les fies dépendant du Japon : 2 archidiocèscs. 9 diocèses» 21 vicariats. 8 préfectures. 1 mission. Chine, sauf Macao : 61 vicariats. 8 préfectures. Sibérie : 1 diocèse. 1 vicarial» L Afrique : Tout entière, sauf le* I évêché* français du Nord, le territoire des patronats espagnol* el portugais, ct le* rites orientaux : 3 diocèses, 67 vicariats, 39 pré­ fectures. 5. Océanie lout entière, y compris l'Australie cl la Nouvelle-Zélande : 10 archidiocèscs. 17 diocèses. 18 vicariats. 3 préfecture*. I abbaye nullius,\ mission. 6. Indonésie, toute entière : I vicariats. 5 préfec­ tures. 7. Philippines : 1 préfecture apostolique et 1 mis­ sion. 8. Amérique du Nord : 1 vicariat aux États-Unis, 6 dans l’Amérique septentrionale anglaise et 1 pré­ fecture. CE NT KA LE 1870 9. Amérique centrale : Honduras, Mexique, Costa­ rica, Antilles, Nicaragua, Guatemala : K vicariats. 1 archldiocèse et 1 diocèse, juxtaposes aux autres I .uh*< *. 10. Amérique méridionale : Toutes les Guyane*, ct dr plus, 1 vicariat dans l'Argentine, 2 en Bolivie, 3 préfectures au Brésil. 3 vicariats et 1 préfecture au Chill, 4 ct 5 en Colombie; t el 1 à ΓÉquateur; 2 et 2 au Pérou, 1 vicariat au Venezuela. Au total en 1928, dépendaient de la Propagande, 1 patriarcal, 32 archevêchés, 65 évêchés, 219 vica­ riats, 81 préfectures, t abbayes nullius et 7 missions. 3· Iss Institutions dépendant de la Propagande — Mettons â part V Imprimerie polyglotte fondée en 1626. mais qui, depuis 1910, est annexée a Γ Imprimerie vaticane. Elle a publié de nombreux ouvrages dans le* langue* le* plus diverses. Signalons le Jus ponti· flcium de propaganda fide, 8 vol. in-4·, ct les Collec­ tanea de prop, fide, 2 Ιη-4·. la: Musee Borgia, créé par le cardinal Étienne Borgia, préfet de la Propa­ gande. de 1802 à 1804, après avoir été son secrétaire, est un musée ethnographique, historique, etc., riche en cartes (carte de Diego Bibrera. avec la ligne de démarcation d’Alexandre VI). 1. Collèges ct séminaires. - Avant tout le Collegium l'rbanum. Cc collège de la Propagande primitivement doté par le cardinal Barberini. frère d’Urbain VIH (1627). fut incorpore par ce pape â la Propagande en 1611. Son objet était de préparer des prêtres pour les pays soumis à la juridiction de la Congrégation, spécialement pour ceux qui n’avaient pas de sémi­ naire* propres Les élèves sont de toutes les races. De là sont sortis, au xvn· siècle, les évêques brahmes qui ont été. aux Indes, le premier essai — pas très heu­ reux d’épiscopal indigène. En 1925. il avait formé 3 252 sujet*. Des élèves d’autres collèges suivent les cours. En 1921-1925. il y avait 540 auditeur* pour 122 seulement appartenant au collège. A l’imitai ion de cc collège ont été fondés, à Home d’abord : le collège Saint-luiurcnt de Brindisi, des capu­ cins; le collège Saint-Antoine de Padoue. des fran­ ciscains; - le collège séraphique Saint-François d’Assise, des franciscains conventuels; le collège Sainl-Chrysogonc, des trinilaircs; le collège Saint-Alexis de Falconicri. sous la direction des serviles; le collège international des missionnaires du (heur-Immaculé de Marie: le séminaire des missions des Saints-ApùlrvsPierre-el-Paul. El en dehors de Borne : le collège international de la Consolata pour les missions étrangères, â Turin: -le collège Saint-François d’Assise, des capucins à Milan; le collège des missions Brignoles-Sale. à Gênes; le séminaire suisse pour les missions étrangères (Bclhlccm). à Immcnsee; le séminaire de* missions â Burgos en Espagne; le séminaire portugais de Thomar pour les mis­ sions étrangères;· - le séminaire de* missions de Maynoolh-Gahvay, en Irlande; le séminaire des missions d’Almonlc. au Canada; - le séminaire des missions de Montréal. Canada: le séminaire Saint-Joseph, à Baltimore; ÉtatsUnis). pour les missions nègres; le séminaire des missions de Maryknoll, aux États-Unis. En pays de mission : 187i MISSIONS, DIRECTION CENTRALE le séminaire Léon XIII pour les Grecs de rite latin, a Athènes; — le séminaire pontifical pour les Indes anglaises, à Kandy, Cry Inn; — le séminaire principal pour les missions de la société des missions de Paris, a Poulo-Pinang, pres­ qu'île de Malacca; le séminaire général de Puthcinpally, Indes anglaises; le collège pontifical, a Scutari, en Albanie. 2. Sociétés ft congrégations sans va ux de religion. Six. qui ont leur centre hors des pays de mission, dépendent complètement de la Propagande; la société des missions étrangères île Milan; la pieuse société Saint-François-Xavicr des missions étrangères de Parme; celle des missions africaines de Lyon; celle des missions d’Afrique des Pères Blancs; celle des missions étrangères de Paris; celle de Saint-.Joseph des missions étrangères de Mill Hill. Angleterre. 3. Sociétés avec vaux de religion. · - Dépendent de la Propagande : celle des missionnaires de Seheul (Belgique), depuis 1921; — les ills du Sacré-Cœur de Jésus pour les missions de l’Afrique centrale, unis aux missionnaires fils du Sacré-Cœur de Jésus, depuis 1923. — la société des missions de Mariannhill. depuis 1921. L Les congrégations religieuses proprement dites dépendent de la Propagande seulement, en ce qui regarde l’œuvre des missions, et les missionnaires comme missionnaires. Pour le reste, et la société el les individus dépendent de leurs supérieurs propres. 5. Au domaine de la Propagande, il faut ajouter un certain nombre d'associations en laveur des mis­ sions : Propagation de la Eol. œuvre de SaintPierre. apôtre, Sainte-Enfance. société de SaintPie rre-Claver, etc. 4· 1 organisation. - A la tête de la Propagande se trouve un cardinal qui en est le préfet général et qui la gouverne avec les pouvoirs les plus étendus, sauf cependant en ce qui concerne les affaires les plus importantes comme l'érection de vicariats, de pré­ fectures. de diocèses, la nomination d’évêques. l’ap­ probation des synodes provinciaux, où il ne peut décider que conjointement avec les cardinaux mem­ bres de la Congrégation. Actuellement la Congrégation de la Propagande se compose «le 22 cardinaux. Le cardinal préfet en est. depuis 1918. le cardinal Guillaume Marin Van Hos­ tum. hollandais, rédemptorlste. Il est le 27* depuis la fondation. Parmi ses prédécesseurs les plus nota­ bles. signalons le cardinal Maur Capella ri qui, devenu pape sous le nom de Grégoire XVI. donna à l’œuvre des missions l’élan qui dure encore. Mais nul peutêtre plus que le cardinal Van Hossum n'a donné à cet élan un caractère méthodique cl suivi. Il est aidé d’un secrétaire et d’un sous-secrétaire. Ensuite viennent 21 consulleurs, évêques, prêtres, religieux, les plus au courant des affaires des missions. Le cardinal préfet leur demande leur avis qu’ils pré­ parent ct donnent séparément. Les nu nutanti ou rédacteurs sont charges de libeller les lettres et rcscrits. d’étudier juridiquement le» questions de moindre importance cl de rédiger le» ponenrr. nu rapports pour les congrégations géné­ rales. 1*0 prélat en lin. a la charge des archives de la Propagande, qui sont d’un prix inestimable au point de vue historique. Toutes les communications sont adressées au car 1872 dinal préfet qui eu confère, tous les mutins, avec le secrétaire et examine avec lui les affaires en cours. Chaque semaine, le préfet, le secrétaire et quelque» fonctionnaires se réunissent en conventus pour déci­ der quelles affaires seront transmises aux assemblées plénières ou au Saint Père en personne. Les assem­ blées plénières ou comitia generalia, ent lieu tous les mois. Y assistent les cardinaux et le secrétaire. Pour les questions importantes, un des cardinaux, le ponens, en fait mi exposé détaillé ct donne son avis. Les cardinaux émettent alors leur vote par rang d’an­ cienneté. Les autres affaires sont tranchées par les cardinaux après le rapport du secrétaire. Les premiers et troisièmes jeudis du mois, le car­ dinal préfet fait son rapport au pape, ct les autres cardinaux le quatrième lundi. Le secrétaire est reçu en audience pontificale pour la ratification des réso­ lutions et décisions prises. Les supérieurs des mis­ sions et les missionnaires peuvent adresser toutes leurs communications et requêtes. franches de taxes cl de frais, à la Propagande qui fera parvenir, le cas échéant, leurs pétitions aux Congrégations respec­ tives. 5· Les biens. - Le pape Grégoire XV. outre d’autres dons généreux, avait garanti à la Propagande la taxe de l’anneau, c’est-à-dire 500 écus, ramenés à GOO ecus d’argent par Pie VII, don que devait payer chaque cardinal nouvellement créé. Le P. Dominique de Jésus, carme, et le bienheu­ reux Jean Léonard!, fondateur de la congrégation «le la Mère de Dieu, avaient auparavant réuni un capital important en rapport avec les buts de la Pro­ pagande. Γη prêtre espagnol. Vives, lui donna son palais, le palais actuel où elle est encore établie, lui lin beaucoup de papes et d’évêques lui firent de riches donations. Malheureusement la Dévolution française et les évé­ nements du XIX* siècle ruinèrent le patrimoine de la Propagande qui n’a conservé que des ressources très limitées. Jusqu’en 1908. les biens de la Propagande étaient administrés par un cardinal, le préfet-éco­ nome. Aujourd’hui ils le sont par le cardinal préfet, assisté du secrétaire, d’un prosecrétaire el de 19 em­ ployés, presque Ions laïcs. //. SACHA COSUHKUAT/O PHO HCCf.KSfA OH/ES­ TA hl. — Γ Histoire, compétence. — L’Égllse eut toujours une sollicitude particulière pour 1rs Eglises et les rites orientaux, ct bien entendu h» Propagande, depuis sa création, adopta celte tradition ct y con­ forma sa manière d’agir. Pie IX. par sa bulle Homani ponti/Ices, du G janvier 1.862, jugea â propos de créer une congrégation spéciale, la Congregatio pro negotiis ritus orientalis avec une administration auto­ nome ct un nombreux personnel, sous la haute direc­ tion cependant du préfet de la Propagande. En 1917, cette Congrégation comptait outre le cardinal préfet, 16 cardinaux, 1 secrétaire. 29 consulleurs. Cependant certains Orientaux supportaient avec peine le rattachement de celle Congrégation ù la Pro­ pagande. ce qui semblait les mettre dans une situa­ tion inferieure. Pour couper court à tout soupçon el bien montrer le cas qu’il faisait de l’Orient. Be­ rn It XV, par un motu proprio du 1” mai 1917. décida qu’à partir du 30 novembre 1917 la Congregatio pro negotiis ritus orientalis cesserait d’exister, ct serait immédiatement remplacée par la Sacra congregatio pro Ecclesia orientali, égale aux autres congrégations romaines. Elle aurait pour préfet le souverain pontife «•t un cardinal comme secrétaire, avec des consultrurs. des rédacteurs, des scribes et autres employés pris, suit dans le rite latin, soit dans les rites orientaux. En 1928,1a Congrégation comprenait 16 cardinaux dont un secrétaire, le cardinal Sincero, un nsses 1873 Μ I SS ΙΟ NS, hl R ECT I ON sciir, Mgr Isiffe Papadopoulos. 29 consulteurs. I>es ’ affaires y soul traitées à peu près comme h la Propagande. Chaque deuxième jeudi du mois, le pape reçoit le cardinal secretaire, et chaque quatrième mercredi l’assesseur. La ('ungrrgatio pro /jcc/rs/u orientait jouit par rapport à l’Orient de tous les pouvoirs des autres Congrégations peur les pays de rite latin, fi l'excep­ tion «les pouvoirs de la Congrégation du Snint-Offkc A elle ressortissent toutes les affaires concernant les personnes el la discipline des Églises orientales, meme les affaires mixtes, c’est-il-dirc celles qui, soit par les choses, soit par les personnes en question, concer­ neraient des membres de I’Église latine, et toutes les affaires concernant les rites. Elle règle les questions litigieuses par voie disciplinaire.cl désigne le tribunal compétent, s’il faut recourir â l'autorité judiciaire. (Cod., can. 257J 2- Collège* cl Institut*. I(elevent de la Congré­ gation pour I’Église orientale «l’abord V Institut des études orientales que Benoit XV avait fondé par bref du 15 octobre 1917 el confié à l’ordre de saint Benoit. On y enseignait la théologie cl. spécialement les ques­ tions controversées chez les Orientaux, la patrolcgie et la patristique orientale. l’histoire des dogmes, le droit canon et les liturgies des diverses Eglises orien­ tales, l’histoire ecclésiastique et profane, l'ethnologie, la geographic el l'archéologie de l Orient, enfin les institutions politiques des diverses nations orientales. Les cours étaient de deux uns. et y étaient admis les Latins, les Orientaux unialcs et orthodoxes. L'Institut était établi â lu Piazza Scossacavalli, près de Saint-Pierre, très loin des divers autres etablisse­ ments d’enseignement. Par une lettre du 11 sep­ tembre 1922. Pie XI le rattacha ù V Institut biblique pontifical et en confia la direction aux jésuites. Enfin par un motu proprio du 30 septembre 1928, le même pape a rattaché et l’institut biblique, et l’institut des études orientales, à VI ninersité grégorienne. Pré­ cédemment l'encyclique Rerum orientalium, du 8 sep­ tembre. avait eu pour objet de donner une impulsion nouvelle aux études orientales De la Congrégation pour l’Égllse orientale relèvent également divers établissements qui dépen­ daient autrefois de la Propagande, à savoir : les Col­ lèges grec, ruthène, arménien. et mironile... Sont aussi de son ressort immédiat : le Collège érythréen à Borne, le Séminaire grec albanais établi il l’abbaye de GrottaferratP el le Séminaire grec melchite de SainteAnne ù Jérusalem. 3· Territoires. · I lessor lissent à la Congrégation pour I’Église orientale : 6 patriarcats, 30archidioceses, 55 diocèses, li vicariats apostoliques ct 5 missions avec un chiffre global de 7 829 000 catholiques (.outre 16 310 000 schismatiques. Ccs rites sont les suivants : 1. Bile arménien, avec un patriarcat, I archidiocèscs el 15 diocèses en Turquie, Xrménle, Perse. Égypte, I tussle, Pologne cl États-Unis; langue litur­ gique, l’arménien. 2. Bile copte-égyptien : un patriarcat et deux dio­ cèses: langue liturgique, le copte. 3. Bite copte-abyssin : deux vicariats apostoliques en Élbiopic el en Érythree. L Bile grec ou byzantin; sc subdivise en : o) Grec ou byzantin pur, en Turquie, Italie. Corse, Hongrie, Tchéco slovaquie, Malle, Algérie. Tunisie, États-Unis; n’a pas de hiérarchie propre, sauf un dio­ cèse en Hongrie, un autre en Italie, un vicariat apos­ tolique à Constantinople; ailleurs est sous la juridic­ tion des évêques latins; langue liturgique, le grec. />) Melchite : langue liturgique, l’arabe ct le grec. 11 possède un patriarcal, 5 archldiocèscs cl 7 diocèses: en Turquie, Syrie, Palestine, Egypte ct États-Unis. CENTRA LE 1874 c) Roumain : langue liturgique, le roumain; un archldiocêsc, 3 diocèses; en Hongrie, Boumnnic ct États I nis. d) Ituthène nu Slave langue liturgique, vieux-slave; un archldiocêsc, 9 diocèses el un vicariat apostolique; en Russie, Pologne, Hongrie, États-Unis et Canada. e) bulgare : langue liturgique, vieux slave; 2 vica­ riats apostoliques. 5. Bite syriaque; se divise en : a) Syriaque pur. avec un patriarcat, 7 archidiocèscv, I diocèses et une mission; en Syrie, Mésopo­ tamie ct Égypte; langue liturgique, le syriaque. b) Chaldéen, avec un patriarcat. 4 archldiocêsc s, X diocèses, 1 missions; en Mésopotamie, Kurdistan, Perse, Égypte; langue liturgique, le chaldéen 6. Bite maronite: un patriarcat, 7 archidiocèses et 2 diocèses; langue liturgique, syriaque ct arabe 7. Bite sqrorralabar, aux Indes anglaises, avec un archldiocêsc et 3 diocèses; langue liturgique, le syriaque. La population des divers rites orientaux est difficile à évaluer d’une façon exacte, comme on en |>cut juger par le tableau qui suit. Le P. Arcns, Manuel, p. 20-21, donne les chiffres d’avant-guerre, 1914 ; le P. Janiu, L*Église orient., 2· édit., p. 615 sq., ceux de 1926, mais approximatifs; Mgr Grammatica, Allas, p. 79, a donné les siens en 1927. Arruw 113 4001 Arménien ............ 20 250 Copte égyptien ...' IX non Copte abyssin .... Γ-2 155 Grec pur .............. Melchite................ 173 i ta Boumain .............. 1 1X6 738 1 Buthènc-Slaw ... 1 X59 612 4 X 94 X Bulgare ................. Svricn nur .......... 25 150 Chaldéen ............... . 53 915 1S6 213 Syro-Mainbar........ Maronite ......... .. I 331 300 ; J«uln 115 25 20 219 125 350 993 6 15 60 117 375 (jraRUn»U«-< 30 000 235 50 ooo 000 000 147 000 800 85 000 000 1 060 1 500 000 1481 5 201 ooo 000 45 000 000 000 52 ooo 188 000 250 000 Total......... 7 399 551 7 941 671 7 263 000 (1)1 lu s 5 0O0 Yougoslaves, de l‘évêché de KrijcvLsL /// MissjuysrjKn .v/MA tni jAtossrsTor.i.it>.— Ce sont les missions établies dans les diocèses ordinaires et qui. par conséquent, ne relèvent ni de la Propagande, ni de la Congrégation pour l’Égllse d’Oricnl. L'.Hes appartiennent le plus souvent ù des diocèses, ou bien antérieurs à la constitution de la Propagande (dio­ ( cèses du Patronat portugais et diocèses de l’ancien empire espagnol des Indes), ou à des diocèses créés depuis et qui sc trouvent englober des missions, ou encore soustraits à la Propagande par la bulle Sapienti du 29 juin 1911 Exemples: 1· missions du Kouang long qui relèvent de Macao, missions indiennes dans le diocèse de Quito, etc.; 2· mission de Mindanao, aux Philippines, dans le diocèse ., 1666; custodle de T.-S.; Italiens. Tripoli ; 1630, V. A., 1911; Italiens. ( \i«n.iïqiic \ 1927. Italiens. Maroc : missions chez les colons et les musulmans : Tanger. 1220. V A.. 1908; Espagnols. Itabat, 1220, V. A., 1923; Français. d) Afrique équatoriale : IS 82 Congo belge : Lulua Kulangn, M P., 1921; P. A., 1922; Belges. Mozambique : M P., 1898; portugais e) Chine : Tslnaniou (Chnn-long), M. P„ 1633; V. V. 1839; Allemands. Chcfou (Chan-tnng), M P,;\ . A.. 1891; Français Sianfou (Chen-si), M. P.; V. A., 1878; Italiens, Yenanfou (Chen-sl), M. P.: V. A.. 1911; Espagnols. Luanfou (Chan-si), M. P.; \ A.t 1890; Hollandais. Talynanfou (Chan-si), M. P.; V, A., 1698; Italiens et Allemands. Changsha (Hou-nan), M. P.: V. A.. 1865; italiens. Hungrhowfou (Chen-si), M. P., 1920; M., une partie du vicariat; Tyroliens. khan g (Ifou-pé), M. P ; V A., 1870; Belges. Laohokow (Hou-pé), M. P.; V. A., 1870; Italiens. Wouchang (Ηου-pé), M. P., Pi23 (détaché de Hankou); P. A., 1923; Américains. Hankow (Hou-pé), M P.; V, A . 1870; Italiens. Shochchow (Chan-si), 1926. P. A.; Bavarois. /) Asie (suite) : Japon : Sapporo, M. P., 1907; P. A., 1915; Allemands.— Kagoshima. M P., 1921. M.; Canadiens Sakaline, M. P., 1921. M.; Allemands. Sibérie : Harbin. 1921. séminaire polonais. Inde anglaise : mission de Bellan·, du diocèse de Halderubad, 1925; Anglais. q) Était-Unis : Michigan cl Wisconsin, M. P., 1878; mission indienne, M.; Américains. Arizona méridionale et Californie, M. P.. 1898, mission indienne; M.; Allemands et Américains. Nouveau Mexique cl Arizona du Nord. idem. h) Amérique du Sud : Pérou : l‘cavali. M P.. 1631: P A.. 1900; Péru­ viens. Équateur : Zamora. M. P., 1921 : V. A.. 1893; Équatoriens. Chili : \mucaniv, San Jos<· delà Manquin.i, M. en 1818; P. A.. 1901; bavarois Tarapaca. M. P. M.; Belges - Araucanlc (Castro); Chiliens. Bolivie : Gran Chaco. M. P., 1519: V. A.. 1919: Halicux. Aut i icluvus. Hrni. M P. ΓΗ4'. \ \ . 1917’ Espagnols cl Italiens.- Tarai a, M.: Tyroliens. Argentine : Formosa-Chaco, Μ., 1612: Italiens Brésil : Sant arem (État de Para), a aussi des M. P., 1906; prélalure nu!hu\. 1903; Mlemands. 11. Frères dr Saint-Jean-de-Dieu (O. S. J. D.). l'ondés en 153S par saint Jean de Dieu. En 1927 2022 religieux profès ct 11 pmx. \ux missions, en Palestine. M O.. 1878: environ 12 religieux alle­ mands et italiens. 12. Jésuites (S. J.). Fondés en 1510 par saint Ignace de Loyola En 192S, 9 517 pères. 6 591 scolastiqucs. t 528 frères, en tout 20 636. Aux mission* en 1928. 1 191 pères. 101 scolastiques. 187 frères, total. 2 382. a) Europe : Albanie. M. O.. 1811, M.; Italiens. Bosnie. M O.. 1822, M.; Yougoslaves. Grèce, Iles de la mer Égée, M. O., 1805; Italiens. è) Proche Orient : Syrie. M. O.. 1831, M.; Français. Xrménle (dispersée). M. o., 1881, M.; Français* Égypte, M o. 1879; M ; Français. c) A frique : Afrique du Sud : Khodesia, Salisbury. M. P., 1879; P. A.. 1915; Anglais. Broken-Hill M. P., 1911. M : polonais Congo belge, Kwango, M. P., 1873; P. \., 1898. V.aA.. 1927: Belges. MISSIONS, INSTITI TS MISSIONNAIRES 1883 Madagascar : Tananarive, Μ. P., 18·Ι5; V. A.. 1848; Français. — Finnaranlsoa, Μ. P., 1871; V. A., 1913; Français. La Réunion, 1815; M. P.; Français. Maurice. 1861; Μ. P.; Français d) Inde anglaise et Ceylan : Calcutta. Μ. P., 1834: A., 1886; Belges. Ranchi. M. P.; D., 1927; Belges. Patna, M. P.; !>., 1919; Américains. Trlchinopdy, M. P., 1837; I)., 1886; Français. Mangalore, M. P.. 1879; collège et séminaire; Italiens. CaHcul, M. P., 1879; D., 1923; Italiens. Bombay, M. P., 1856; A., 1886; Espagnols, Suisses, Luxembourgeois. Poona. M. P., 1856; 1)., 1886; Espagnols et Alle­ mands. Goa. M. P., 1890; M.; Portugais. Madras, collège universitaire, 1926; Français. Galle, M. P.. 1895; J)., 1893; belges cl Italiens. Trincomali, M. P.. 1895: D., 1893; Français. Kandv, séminaire pontifical: Belges. r) Archipels d* Extrême Orient : Indes néerlandaises. Batavia, M. P., 1859; V. A., 1812; Holland.iis. Philippines, Zamboanga, D., 192G; M. P., a Mindanao, 1859; Américains ct Espagnols. Japon, université catholique de Tokio, 1908; Allemands. - Hiroshma, M. P., V. A., 1922; Alle­ mands. Carolines, Mariannes. Iles Marshall : Μ. I·.. V. A., 192L; Espagnols. f) Hhlne : Kiang-nan, M. P. En 1812, mission du Kiangna i. divisée cn 1921 en Nankin et Ou-hou (Kiang-sou cl Ngunhocl): Nankin, V. A., 1860; Français, Cana­ diens.—Ou-hou, V A., 1821, comprend trois missions, Hoai-se (Italiens), Ngan-king ct Ou-hou (Espagnols). Sicn-shicn (Tchc-li), M. P., 1856; V. A.. 185G; Français. Hongrois et Autrichiens. Tien-Tsin, école de hautes éludes 1923; Français. Shiu-hing (Koang-tong), M. P., 1913; M ; Por­ tugais. Hong kong, collège, 1927; Irlandais, g) Amérique : Canada : missions indiennes, M. P., 1842; M.; Canadiens. États-Unis : Dakota, Μ.. 1881; Américains ct Allemands. -- Alaska, M. P., 1886; V. A., 1917; Américains. Français cl Italiens. - Montagnes Ro­ cheuses, M. P., 1810; idem. Honduras britannique : Belize, M. P., 1852; V. A., 1893; Américains. .Mexique : Tarahumara, M. P., 1900; Mexicains. Jamaïque. M. P., 1837; V. A., 1836; Américains. Guyane anglaise, M. P., 1855; V. A., 1837 ; Anglais. 13. IWmonlrês (Pr.). Fondés cn 1120 par saint Norbert : 1119 religieux, dont 860 prêtres, 50 environ aux missions. Indes anglaises : Madras. M. P., 1924; M.; Hol­ landais de l’abbaye de Berne. Congo belge : Oucllé occidental, M. P., 1898; V. A., 1924; Belges de l’abbaye de Tongcrloo. Madagascar : Tananarive (un district), M. P.. 1921 M Français. États-Unis : M. P.. 1902; M. parmi les Indiens du diocèse de Grccn-Bay ; Hollandais de l’abbaye de Benie. IL Serviles (O.S.B.V.M.). Fondés cn 1240. En 1927 environ 1 000 religieux, en 115 consents et aux missions cn 1923 environ 10 pères ct 6 frères. 1884 Afrique du Sud : Swaziland, M, 1911; P. Λ. 1923; Autrichiens. Brésil : Saint-Peregrin Laziosi. jadis Acre cl I unis, M. P., 1920; prélalure, 1919: Italiens. 15. Sylvestrins· bénédictins (U.S.B.). Fondés en 1231 par saint Sylvestre Gozzoïlni. En 1910, envi­ ron 95 religieux; aux missions en 1923, 46 pères ct 3 frères à Ceylan : Kandy, M. P., 1855; !>., 1886; Italiens ct indigènes. 16. Théatins (Th.). Fondés en 1521 par saint Gaétan de Thiènc. réorganisés par Pie X. En 1918, 110 religieux et 2 provinces. Aux missions indiennes des États-Unis en 1923, un père. 17. Trappistes (O.C.R.). Cisterciens réformés en I6GI par l’abbé «le Rance. En 1925, 2 080 religieux et 57 monastères. Dans les missions, Bosnie non com­ prise, 190 cn 1923, répari is dans les pays suivants : Syrie, 1882, prieuré; Français. Palestine, 1883, prieuré; Français. Bosnie, abbaye; diverses nationalités. Congo belge, 1874, Nouvelle-Anvers, Belges. Japon, N.-D. du Phare au diocècc d’Ilakodalé, 189G; N.-D. de la Sainte-Famille, dloc. de Nagasaki. 1926, Chine. N.-D. de Consolation, près de Pékin. N. -D. de Lleww, au Tché-li méridional. Indo-Chinc. N.-D. de l’Annam. du V. A. de Hué. Beaucoup d’indigènes dans les trappes d’Extrême Orient. 18. Trinitairrs (O.SS.Tr.) Fûnçlés en 1198 par saint Jean de Matha et saint Félix de Valois. En 1910, 140 religieux dans 26 couvents 6 pères ct 3 frères aux missions cn 1923. Passés en 1921 de l’Afrique orientale italienne (Bénadir) à Madagascar (Tananarive). 2· Congrégations anciennes non exclusivement mis­ sionnaires. —- 1. Eudistes. ou prêtres missionnaires de Jésus ct de Marie (Eud. ou C..I.M.), Fondés cn 1613 par saint Jean Eudes. En 1926, environ 600 membres, dont 13 aux missions du Canada. — (iolfc du Saint-Laurent, M. P., 1903; V. A.. 1905; Français cl Canadiens. 2. Lazaristes (C.M.), fondés en 1625 par saint Vincent de Paul. En 1927, 1 107 religieux dont 2 260 prêtres. Aux missions en 1923, 581 dont 465 prêtres. a) Europe et Prorhr Orient : Balkans. M. O., 1783; Français, Allemands, Autri­ chiens. Iles de Grèce, M. ()., Français. Asie Mineure, M. O., 1784 ; Français. Syrie, M. () . 1784; Français. Palestine, M. O., 1890; Allemands cl Frarçais. Égypte, M. o., 1844; Français. Λ) Asie et Extrême Orient : Inde anglaise, M. P., mission de Cutlah nu diocèse de Vizagapatam, 1922; Espagnols. Perse, Ispahan. M. O., 1840; A„ 1910; Français. Java, Socrubaja, M. P , 1925; 1*. A., 1928; I lollnndais. c) Chine ; Pékin, M. P..V. A., 1856; Français. Pao-ting-fou (Tche-li), M. P.; V. A., 1910; Français. Tien-tsin. M. P.: V. A., 1912; Français. Lihslcn, M. P., P. A., 1921; V. A., 192G (Mgr Soucn); C.hinois. Yum-ping-fou, M. P.; V. A., 1899; Hollandais. Chcng-ting-fou, M. P.; V. A., 1858; Français. Hang-chou (Tchékinng), M. P.; V. A., 1910. Ning-po, M. P.; V. A., 1845; Français. Tal-Chow-fou, M. P.;V. A.; Chinois. Kanchow (Kiang-si), M.P.; V. Λ., 1920; Français ' ct Américains. 1SS5 MISSIONS, INSTITUTS M ISSI ON ΝΑ I B ES 1886 Nanchiuig, M. P.: V. A., 1879; Français. Iles Salomon septentrionales, M. P., 1898: P. A., Yû-kinng, M. P.; V. A.. 1885; Français. 1917; Français. Kian-fou, M. P : V. A , 1870; Italiens ct Français. Nouvelle-Zélande, M P., 1838; mission chez les d) Afrique : Maoris, diverses nationalités. Abyssinie, M. <)., 1839; V. A.. 1838; Français. Un commencement de missions I 1888 13. Passionistes (C. P.). Fondés en 1725 par suint b) Indes néerlandaises oecidenüilcs : Surinam. M. p., Paul de la Croix. En 1921, 2 639 religieux Aux mis­ 1806; V. A., 1812. Holland.ii' ions, en 1928, 69 pères ct 15 frères. 21. /tésurrectionisles ou Pères de la Insurrection a) Palestine, M O . 1903; M.: Italiens. I (Rts.). Fondés vu 1836 par Pierre Semncnko ct Jérôme b) Bulgarie : Nicopolis AL O.» 1781; D., 1789; Kajsiewicz· En 1923, 211 rel., dont 13 aux mission. Hollandais. 1 Turquie et Bulgarie, AL <>.. 1863; diverses mition.ic) Chine ; Chang-teh (H< u-mm), 1922; P. A: I blés. Américains. 22. Salls tens de dont Bosco, ou Pieuse société dr d) Pérou ; Saint-G ihriel. AL I1., 1921; P. A., 1921; I Sai ni-François de Sales (Sal.). Fondés eu 1859 pur Espagnols. I le A c >. Jean Bosco. En 1927, 6 882 religieux; en 1929. Il Pieptissiens ou Conge, des SS.-CC, de Jésus et 330 prêtres et 386 frères dans les missions suivantes : de Marie (Pic. ou C.SS.-CC.). Fondés en 1805 par I a) Chine ; I Icung-Shaii, M. P., 1906; AL, au diocèse Pierre-.îos ·ρ!ι C< udrin. l'n 1927, 800 religieux. Aux de Macao. - Shin-cliow (Koang-tong), At. P., 1910; missions en 192 l. 88. ( V. A., 1920; diverses nationalités : β) îles Hawaï, AL P.t 1827; V. A„ 1818; Hollanb) Japon : mission de Miyazaki, Ile de Kin-shu, 1928. dais rt Belges. c) Siam : mission de Rajburi, 1928. b) Iles Marquises, M. P.. 1831; V. A., 1818; Fraiid) Indes anglaises: Méllaponre. M. P., 1906; diver­ çais. ses nationalités. - Assam, M. P.» 1922; P. A., 1889; c) Archipel de Tahiti, AI. P., 1831; 1833; Italiens. Krlshnagar et Madras, 1928. diverses nationalités. r) Asie Mineure, AL O., 1903; Italiens. d) Iles de Cook et de Alanihiki. AL P., P. A., 1923; /) Palestine, AL O., 1891; diverses nationalités. idem. 7) Mozambique, M. P., 1907; diverses nationalités. e) États-Unis, au diocèse de Fall-River: M. P., h) Union de l’Afrique du Sud : Cap de Bonnemissions pour les nègres; Français. Espérance, M. P., 1896; diverses nationalités. f) Chine : Pakhoï (Koang-tong) Μ. P.. 1923; i) Congo belge : Haut-Luapula, P. A. 1911 AL M.; Français. P.. 1911; Belges. g) Indes néerlandaises. AL P., Banka-Biliton. 1923; /) Patagonie septentrionale, M. P., 1875; diverses Hollandais. nationalités. 15. Pieuse Société de Saint-Joseph (SS. Jos.). Fondée A·) Chili : Magellan, 1883; Α.Λ., 1916; idem. en 1873 par Léonard Murialdo, 277 religieux en 1923; h Brésil : trois prélat ures nullius : Registre 17 aux missions. de Araguana, 189 1; Rio-Xegro, 1911 ; Porto Velho. o) Équateur : Na|>.>, Ai. P., 1922; V. A., 1867; 1925; diverses nationalités. Italiens. ni) Équateur : Mendez et Gualaquiza, M. P., 1895; b) Llbsc. \L O.; AL; Italiens. V. A., 1893. 16. Prêtres de Sainte-Croix ou de N.-l), de Sainten) Australie : Kimberley, 1922; V. A., 1887. Croix (C.S.C., Stc-Cr.). Fondés en 1839 par le P. Ba­ o) Turquie : Constantinople, M. ().; 1903. AL; sile Moreau. El 1923, 161 religieux; 132 élèves apos­ Italiens. toliques. Eu mission en 1923, 31. 23. SaliHitorienx ou Société du /)ii>in-Sauveur(S,\).$·) Indes Anglaises : Dacca, M.P.. 1853; I).. 1886; Fondés en 1881 par Jean-Baptiste Jordan; en 1923, div. nationalités. - Chittagong, I)., 1928. 311 religieux; aux missions, 7 pères en 1923. 17. Prêtres du Sacre-Cir.ur de Jésus de Betharam. a) Chine : Shao-wu (Fou-kicn), M. P., 1922; Alle­ Fondés en 1832-1811 par le bx Michel Garicolts. mands. Eu 1922, 17 m lisons; aux missions 15 pères. b) États-Unis : M. P., 1897. parmi les Indiens de a) Palestine, M. O., 1877; Français· l’Orégon ; Allemands. ô) Chine : Yunnan, M. P., 1922; M.; François. I· Ordres rt congrégations fondés exclusirenient pour 18. Prêtres du S.-( de Jésus de Saint-Quentin les missions étrangères, (S.C.I.) Fondés en 1877 par Léon Deho i. En 1928, 1. Bénédictins de Sainte-Odile pour les mssions 993 religieux; en mission 159. étrangères (O.S. B.). Fondés en 1881 par le P. André ., 1850. /) Martinique, D.. 1850· u) Guyane française, P. A., 1613. Les Pères du Saint-Esprit y sont depuis 1851. 3. Fils du S.-C. de Jésus des missions de Γ Afrique Centrale (F.S.C.). Fondés en 1885, ou plutôt sortis du Séminaire des missions fondé â Vérone par Mgr Daniel Combonl. En 1923 séparés en deux Congréga­ tions indépendantes : Branche italienne : Cong. Filiorum SS. C. Jesu pro missionibus Africa* Centralis, dont la maison mère est â Vérone. 1 10 religieux : a) Soudan : Khartoum. XL P.. 1873: V. A., 1816 et 1913; Italiens. - Bar-el-Ghaza!, M. P . 1873; V. \ . 1917; idem. Nil Equatorial, M. P.. 1873. Λ) Égypte : MP., 1867, Italiens. Branche allemande-autrichicnne : Cong. Mis· sionariorum SS. C. Jesu : Lydenburg (Afrique du Sud). P. A., 1923. I. Missionnaires de Mariannhill (R.M.XL). Fon­ dés comme trappistes en 1880 par le R P. François Planner, approuvés comme missionnaires de l’Afrique australe en 1911. En 1923, 311 religieux et 2 écoles apostoliques avec 200 élèves, 68 pères et 17S frères aux missions, en tout 316. Mariannhill, M. P., 1882; V, A., 1921. — Cap de Bonne-Espérance oriental; M. P., 1908. - Rho­ desia, XL P.. 1901 ; Xllcmands et Autrichiens. 5. Missionnaires du Cœur-Immaculé de Marie de Scheul-le:-liruxeltcs (C.I.M.) Fondés en 1860 par Théophile Verblst. En 1921, 712 religieux dont 181 dans les missions suivantes : n) Chine : Suei-Yuen (Mongolie), M. P., 1865; V. A., 1922; Belges el Hollandais. —· Shvanlzc (Mongolie), M. P., 1865; V. A., 1922; idim. • Urga (Mongolie); M. P., 1865; XL. 1922; idem. - Nlng-hin (Mongolie) M. P.. 1874; \. \ . 1922; idem. - Tatung (Chan-si); M. P., 1922; P. A., 1922; idem» b) Philippines: lie de Luzon, mission chez les Igorrotes. XI P , 1907; dem. c) Congo belge : Léopoldville, XL P., 1888, V. A., 1919, Belges. — Nouvelle-Anvers; 1889, V. A., I 890 1919; idem. - Kassal supérieur, 1889; V. A . 1917; ,dem. 6. Prêtres dr N.-D de Slon. Fondés en 1812 par Marie-Théodore Ratisbonnc 19 «religieux en 1923, dont 12 aux missions : Palestine, XL O., 1856. Orphe­ linat Saint-Pierre, a Jérusalem; Français. 7. Missionnaires dt Sln/I, Société du Verbe-Divin (S.V,I>.) Fondés en 1875 par Arnold Janssen. En 1926. 2 787 religieux dont 792 pères. En 1923, 211 aux mis­ sions; 18 écoles apostoliques avec 1 616 élèves. a) Japon : Niigata. M. P.. 1997; P. A.. 1912; Alle­ mands. — Nagoya, M. P., 1922; P. A., 1922; id^m. b) Chine : Ycnchowfou (Chan-tong), M. P., 1882; V. A., 1882; idim. - l.angchowfou (Kan-sou), M. P., 1922; V. A., 1922; o/rm. - Tsing-tao (Chan-tong), X . A., 1925; V. A., 1928; Allemands. - Slnyangchou (Ho-nan), P. A.. 1928; Allemands et Américains. c) Philippines, M. P., 1909; M.; Allemands. d) Indes orientales néerlandaises ; Petites îles de la Sonde, M. P- 1912; V. A., 1922; Hollandais. r) Nouvelle Guinée : N G orientale. M. P. 189«> V. A.. P?22; Allemands \ G centrale, M l’.ls· P. A 1913 : Allemands /) États-Unis, XL P.» 1906: M. parmi les nègns; Allemands. g) Brésil, M. P., 1906; M. parmi les Indiens; idim Λ) Paraguas. XI P.. 1910; ;d . i Kumbakonam, M. P., 1776; I)., 1899. Coimbatore, M. P., 1876; v. A., 1886. /) Tibet et Sikkim, M. P., 1929. 13. Société des missions étrangères de Parme. Fon­ dée en 1895 par Mgr Guy-Marie Cônforti, évêque de Parme. En 1923, 75 membres aux missions, eu 1921, 19 prêtres. En Chine : Chengchow (Ilu-nan), M. P., 1906; V. A.. 1911 . Italiens. I L Soc. des missions · Heine des Apôtres ». l’ondée en 1923 par l’œuvre cnthr.lique en faveur des mis­ sions des Indes, lui 1923, 3 prêtres cl 4 clercs. Indes anglaises, sans territoire; Autrichiens cl Alle­ mands. 15. Société Saint-Joseph de liaitimore pour les mis­ sions des nègres (St-Joseph’s Society). Fonder en 1892, branche indépendante de Mill-llill. En 1923, 77 prê­ tres et 31 séminaristes, plus 31 élèves en formation. Aux missions 77 prêtres; M. parmi les nègres dans 15 diocèses des Élats-t nis; diverses nationalités. 16. Société de Saint-Joseph des missions étrangères de MHLHilt (Sl-Joscph’s Society for Foreign Missions Mill-Hill). Fondée en 1866 par le cardinal Herbert Vaughan. En 1923. 331 prêtres, 111 séminaristes, 21 frères, 291 apostoliques; aux missions 230. Dix erses nationalités. ♦ Autres prêtres séculiers européens L Chine : Macao, M. P.; !>., 1575; Portugais. 2. Afrique du Sud : a) Cap de Boime-Espér.mccoccidental. M P.; V, A., 1837; Irlandais et autres. b) Cap de Bonne-Espérance oriental, M. P.; V. Λ., 1847; idem. 3. Mozambique, M. P.; prélattirr; Portugais. L Conge portugais : Angola. M. P.; 1)., 1596 Portu­ gais, 5. États-Unis : missions parmi les nègres et les Indiens, diverses nationalités. //. //; γΑ’Λλόλλκι. jr.v//./. : chez les nègres Philippines de In Floride. 31. Petites sœurs des pauvres : Chine, Indes, Aus­ 5. Sœurs de Saint-Joseph de Bourg: chez les nègres tralie, Nouvelle-Calédonie. et les Indiens des États-Unis. 35. Filles de la Croix (Chavanod, Haute-Savoie) : i>. Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Jran-de-Mau- I Ί richlnopoly, Nagpore. riennr : Inde anglaise. 3G. Sœurs de X,-D. de Sion (Paris) : Turquie, Bul­ 7. Sœurs de Saint Joseph d'Annecy: Inde anglaise garie, Égypte. Palestine. 8. Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes : Coimbatore. i 37. Sœurs de X.-D. de lu Compassion (Marseille) ; et Ms son· (Inde). 22 religieuses à Corfou en 1923. 9. Sœurs de Saint-Joseph de Lyon : Grèce, Cilicie. | 38. Sœurs de l'instruction charitable du SaintSyrie, le Caire, Haute-Égypte, M ad tiré ! Enfant Jésus de Chauffailles (Saône-et-Loire) : Japon. 10. Sœurs de Saint Maur (Paris) : États malais. 1 39. Tiers ordre régulier de Marie (Sainte-Foy-lcsJapon. Lyon, Rhône) : se voue exclusivement aux missions 11 Sœurs de la charité rt de l’instruction chrétienne des Pères maristes : Nouvelle-Calédonie, Nouvellesde Xevers : Osaka, Hébrides, Fidji, Samoa, îles Salomon, Nord et Sud, 12 Dominicaines de la Présentation de ta SainteWalis et Futuna; total 1 18 religieuses européennes cl Vierge (Tours) : Mésopotamie, mission indienne en 111 indigènes. Colombie. 10. Sœurs de X.-D. irs Scpl-Douleurs (Tarbes) : 13. Sœurs de Saint Paul de Chartres : Guyane Égypte. française, Chine. Cochinchine. Tonkin. Corée, Laos, 4L Sœurs franciscaines de Calais : Constanti­ Siam, Philippines (léproserie de Cullon). Dans les nople, Aden, Somalie. 700 religieuses, la moitié est indigène. 42. Sœurs de Sainte-Catherine de Sienne (ÉtrépaII. Sœurs de la doctrine chrétienne de Nancy : gnÿ, Eure) : chez les nègres de la Trinidad. Xigérir. 13. Auxiliutrices des dmes du Purgatoire (Paris) : 15. Filles de la Sagesse (Saint-Laurcnl-sur-Sèvrc) : Vie. ap. de Nankin cl de Slensien. Haïti, Shiré (Afrique du Sud). Colombie, Llano SaintIL Sœurs du tiers ordre de Saint-François de M irthi (Colombie). ΓImmaculée-Conception (Marconay, par Lons-le-Saul10. Sœurs de l'instruction chrétienne, dite ae la nler) : n Mardin en Mésopotamie. Procidence de Partira* (Vosges) : Mandchourie, 15. Religieuses de Marie-Réparatrice . Ile Maurice, Cambodge. Ouganda. Madagascar (Finnarantsoa), Syrie, Pales­ 17. Sœurs de ta Providence de Marie (Bourgtine et Égypte. Saint-Andéol) : chez les Indiens du diocèse de Princc46. Religieuses de X.-D. des missions (Lyon). Sc \IIm.tI vouent exclusivement aux missions : Dacca, Assam, 18. Sœurs des SS. CC. de Jésus et de Marie ou missions indiennes de l'Amérique septentrionale Picpussiennrs : rn Océanie, dnns les missions des Pères anglaise. Nouvelle-Zélande. de Plcpus. 17. Religieuses de Γ Immaculée Conception de X.-D. 19. Dames du Sacré-Cœur : Égypte, Japon. de Lourdes : C.onstanlinople. Clmnghaï; écoles aux États-Unis pour les négresses 18. Sœun de la Vierge-Fidèle., ou de X.-D. de la rt les Indiennes. Délirrande (Gnmoblc) : Égypte. 20. Sœurs de Saint-Joseph de Cluny : Afrique du 19. Sœiirt int\sionnntres de X.-D d'Afrique, ou Nord et \friquc occidentale. Madagascar, Seychelles. Sœttn blanches (Alger), Algérie, Tunisie, Sahara, I ."95 MISSIONS. REIJGIEl SES MISSIONNAIRES Soudan, Knbylle, Zanzibar, Ouganda. Nyanza, Klvou, Oumndl, Ounytmycmbe, Tangaidka, Bangwclo, Nyassa, Haut-Gongo. 51). 0 Males dr Saint-François dr Salts (Perouse): Meuve Orange, Grand Namaquahmd. 51. Franciscaines dr Sainte-Marie des-Anges (Angers) : ù Ajmer, aux hides. 52. Catéchistes missionnaires dr Marie-Immaculée dr la Société des Filles dr Sai nt-François dr Sales (Parisi: Nagporc, Kumbukonarn. Mysore (Indes). 53. Filles de X.-D. du Sacré-Cœur (Thuin, Belgi­ que) : Nouvelle-Guinée anglaise, Nouvelle-Angle­ terre. Iles Gilbert. 51. Sœurs de N.-D. des Apôtres pour lex missions u/ricaines (Vénissieux, Rhône): exclusivement pour les missions rattachées ύ la Société des missions afri­ caines de Lyon : Delta du Nil, Dahomey, Bénin, Côte-d'Or, Côte-d’IvoIre, Nigeria, Togo» 55. Franciscaines missionnaires de Marie: Palestine, Syrie, Turquie, Maroc, Algérie. Tunisie. Congo, Natal. Zoulouland, Mozambique, Madagascar, Hindoustan, Ccylan. Chine, Thibet, Mongolie, Mandchourie, Japon, Philippines. Plus de I 300 religieuses. 50. Sours missionnaires du Saint-Esprit (Jouyaux-Arches, Moselle): Cameroun. 57. Petites servantes du Sacré-Cœur, missionnaires catéchistes des noirs (Menton): dans les missions des Missions africaines de Lyon. 58. Société des missionnaires auxiliaires de SaintNorbert, au service des missions des pré mon très (Marseille). Belgique 1. Sœurs Augustines (Mous) : Congo belgeiOubanghi ). 2. Saurs de la Charité (Namur) : Congo belge dans le Kwango. 3. Sœurs du Sacré-Cœur de Mûrir (Bcrlaer-lesl.iersc, Prov. d’Anvers); au Congo belge (Oucllé). L Sœurs de la Charité dr Jésus et de Marie (Garni) : Lahore, Galle. 5. Saurs de N.-D, de Namur .-Congo belge (Kwango) Bhodésic. État libre d’Orange, Japon. G. Saurs de Sainte Marie dr Namur : Congo belge (Kwango). 7 Sœurs pénitentines franciscaines d'lièrenthais : au Congo belge (Oubanghi). 8. Filles dr la Croix (Liège) : aux Indes (Bombay, Calcutta, Poona, Damaô): Congo belge (Katanga). t). Chanoinesses missionnaires de Saint-Augustin (Louvain) : Trichlnopoly, Madras, Cochin. Quilon. Philippines, Conge belge (Matadi, Leopoldville, Nou­ velle-Anvers); Natchez (États-l ids). 10. Dominicaines missionnaires du Rosairt (Ohain, Brabant) : Congo belge (I laiit-Ouellê). IL Bénédictines missionnaires iLophvin-lez-Bru ges) ; Congo belge (Katanga). 12. Sœurs dr Marie dr-Pesches (Cou vin) : pour le < · ngo belge (Mated!), 13. Dominicaines de Sainte-Catherine de Sienne (Bruges) : pour le Congo belge (Oucllé). IL Dames de Marie: pour les missions de Chine (llomin, Kaifeng). I loi I Pénitcntes-Récollctlcs (Dongen) : Sumatra. 2. Sieurs de Marie rt Joseph (Bois-le-Duc) : Vie ap. de Jehol «Chine). 3. Pénitentes (Récotlcttes d*Ellen) : Bornéo. I. Saurs dr la Compagnie de Jésus, Marie, Joseph (Bois-le-Duc) : Madras, Célèbes, plus aux Indes deux noviciats de sœurs indigènes avec 38 sœurs. 5. Sœurs franciscaines de Roosendual : Curaçao, Surinam. 1898 6. Saurs hospitalières du tiers ordre de Saint-Fran­ çois (Breda) : Curaçao. 7. Sœurs dr charité de X.-D. de ta Miséricorde (Tilbourg) : Sumatra cl Surinam. 8. Franciscaines de (a pénitence et de ta charité chrétienne (I leijthuizen. près Roermond) : Indes orientales hollandaises et missions indiennes du Dakota. 9. Sœurs de chanté de Schijndel : Curaçao. 10. Sœurs dr chanté dr Saint Charles-Borramée (Maastricht) : Java. IL Sœurs dominicaines (Voorschoten) : Curaçno. 12. Sirun franciscaines de Veghel : Bornéo. 13. Sœurs franciscaines de Deerlen : Vie. ap. de Luanon (Chine). 1 L Franciscaines missionnaires hollandaises de Saint-Antoine (Astcn. Brabant N.) : en 1923 n'avaient pas encore de mission. 15. I rxulines de Bergen : Vie. ap. du Haut-Nil B». Franciscaines d'Oudenbosch Surinam. 17. l'runciscaines de Bennebroek Padang (Sumotr n. 18. Franciscaines de Breda : Padang. 19. Pauvres sœurs de ΓEnfant-Jésus d*Amsterdam : Bank.i ct BUiten· Allemagne 1. Institut ars Dames anglaises de la T -S.· Vierge (Munich-Nymphenbourg) : Allahabad, Patna (Inde) et Roumanie. 2. Sœurs de charité de Saint-Chartes-Bommée (Trebnitz) : Palestine, Syrie et Egypte. 3. Pauvres sœurs de l'instruction chrétienne dr N.-D. (Munich); nègres du Canada ct de Porto-Rico. L Pauvres franciscaines de l'adoration perpétuelle (Olpc en Westpbnlic) : Indiens et nègres des Étatsl nis. 5. Franciscaines de Saint Georges martyr (Thuinef Hanovre) : Japon (Hokkaidc). G. Sœurs du tiers ordre de Saint-François (SaintJoseph’s couvent, Milwaukee, États-Unis; en Alle­ magne. Marici.heim. Erlenbad. Achcrn. Bade) : nègres cl Indiens des États-Unis. 7. Sauzs missionnaires du Précieux-Sang (Ncucnbeken. près Paderboni) : Natal, Griqunland, Rhodésic, Zanzibar, Congo belge, Nouvelle-Anvers). 8.Saurs missionnaires bénédictines (Tutzing, I laute-Buvicrc) : Bulgarie. Philippines. Afrique orien­ tale, Afrique du Sud. Afrique du Sud-Ouest. 9.Strurs du Divm-Sauveur. ou Sa tvatorleunes anciennement dnns l’Assam, aujourd’hui en Chine (Eou-Tcheou). B». Congrégation des Servante* du Saint-Esprit (Steyl. Hollande) : Chnn-tong méridional, Japon, petites Iles de la Sonde, Nouvelle-Guinée orientale. Paraguay. Philippines, parmi les nègres des ÉtatsUnis (missions des Pères de Steyl). 11. Sœur^ pallotlines : <‘ap de Bonne-Espérance central, nègnset Indiens du Honduras britannique. 12. Sœurs missionnaires du Sacré-Cœur (Hiltrup, près Munster, Wcstphalic) : Nouvelle-Angleterre 13. Sœurs dominicaines (King William's Town. Afrique australe anglaise) trois branches : Bulawayo. (RhOdésle). —Oakfoi il ( Natal) NeWCÛ*U< (Natal). 1 L Clarisses missionnaires de ΓImmaculée-Concep­ tion (Santarcm-Para au Brésil, cl Munster en Westphulic) : Prvlaturc de Santarvm. missions indiennes dans la préhiturv de Santnrcm. Suissi 1. Congrr'galton de la Divine-Providence (Baldegg, canton de Lucerne): Dar-cs-Salam. 2 Saurs enseignantes de la Sainte-Croix (Menzin- 1899 MISSIONS, RELIGIEUSES MISSIONNAIRES gen, canton de Zug): Wriquc du Sud, QniJoii (hide). Araucanlc (Chili). 3. Institut des Sœurs de la Charité de lu Croix (Ingelbohl» c. de Schwyx): Patna, Bctlinh (Indes anglaises), Bulgarie, Bosnie. Boumanic. I. Sœurs de Saint-Joseph, dominicaines du tiers ordre (llanz, c. des (irisons) : Footchow (Chine). 5. Franciscaines missionnaires de Mane auxitiatrice (Cartagena. Colombie) : mission Indienne de Colombie, et nègres du Brésil. Autriche 1. Filles de la Div nr-Charité (Vienne) : Bosnie. 2. Religieuses servantes de Marie (Shilling, Slyrie) : Swaziland (Afrique du Sud). 3. Société des Sœurs missionnaires de la Reinc-dcsApôtres (Vienne): missions de l’Inde. Yougoslavie Filles de la Charité chrétienne (Zagreb) : Turquie. Bulgarie, Serbie, Albanie. Pologne 1. Religieuses consacrées à l'œuvre de Γ Union des Églises : Missionnaires bénédictines. 1917 (Kowel, Volhynie). Sœurs Joséphisles. 1882 (Lwow). Missionnaires de la Sainte-Famille, 1906 (Varsovie). Sirurs de la Providence (Bubno). Sirurs apostoline s du Cœur eucharistique de Jésus. Sœurs maristes, 1851 (Lwow). Missionnaires du bx André llobola (Olyka), etc. 2. Missions chez les infidèles : Ursulines du Cœur de Jésus, Sicradz. Sœurs servantes de N,-D. (Starawics), mission en Bhodésie du Nord. Italie 1. Sœurs de la Charité de Vérone, dites Sœurs canossiennes : Inde, Chine, Allahabad, Cochin, Dainaô, Goa (Inde), 2. Saurs de Cottoien go (Turin) : Palestine, Renia (Afrique occidentale). 3. Congrégation des Sirurs le charité de la uén, Bartholoniée Capitanio de Cancre (Milan) : Birmanie orientale. Mangalore. I. Filles de Sainte-Anne (Florence) : Aden, Érythréc. Calcutta. 5. Adoratrices du Précieux-Sang (Home) : Bosnie, 6. Institut des Pauvres Filles des S S.-Stigmates (Florence) : Albanie. 7. Pieuses Dames réparatrices, dites de Nazareth (Milan) : Birmanie orientale. 8. Institut des Sirurs du tiers ordre de Saint-Fran­ çois, missionnaires du Sacré-Cœur (Gemona, (’dine) : Turquie d'Europe. 9. Franciscaines missionnaires d'Égypte (Home) : Palestine, Égypte, Tripoli, Chine. 10. Filles de Marie auxiludricr (Nizza, Mon ferrato) : Patagonie, Mattogrosso. Équateur. Colombie, Magel­ lan, Indes, Chine, Palestine (missions des PP. Salésiens). 11. Sœurs franciscaines de ΓImmaculée-Conception (Home) : nègres du diocèse de Savannah, (‘.optes d'Égypte. 12. Pieuses mères du pays des nègres, missionnaires de t Afrique centrale (Vérone) : Égypte. Soudan. Ou­ ganda, Éry titrée. 13. Sœurs réparatrices servîtes de Marie (Adria, Hovlgo): Prélature Alto Acre et Purus (Brésil). 11 Clarisse* franciscaines du T.-S.-Sacrement (Bertinoro. prov. de Forll) : Agra (Inde). Brésil. 1900 15. Sœurs missionnaires zélatrices du Sacré-Cœur (Home) : Anatolie. 16. Institut des Sirurs missionnaires de la Consolata de Turin : Renia, KalTn (Afrique orientale). 17. Oblates bénédictines : Kandy (Ccylan). 18. Sœurs de Sainl'-Thérès? . Syrie. 19. Sœurs de Charité d9 Jurée : Palestine. Espagne L Sirurs de I hnmcruléc-Coiiception (Barcelone) : à Fernando-Po. 2. Franciscaines de l'Jmmarulée-Conecption (Bar­ celone) : Maroc. 3. Dominicaines : indecliinc. F )nnose, Philippines. I. Franciscaines de N,-J). du Htm-Conseil, Maroc. A nolet EURE 1. Sirurs du Saint-Enfant-Jésus- (St-Lconard’son-Sca) : Malacca. 2. Soeurs de Nazareth (Londres) : Cap de BonneEspérance occ. ct or., Kimberley, Natal et 'l’ransvaal. 3. Strurs franciscaines (Mill-llill, Londres) : mis­ sions pègres des ÉtaLs-l nis; Haut-Nil. L Sœurs de la Petite-Compagnie de Marie (Londres) vic.ap.dii Cap de Bonne-Espérance criental. 5. Sœurs de Saint-Joseph (Manchester) : Bornéo britannique. 6. Sœurs derninieaines (Capetown): vic. ap. du Cap de Bonne-Espérance occidental. Bilan de 1. Institut Notre Ih.me, ou Congr. des Sœurs de Lorctte, ou Institut des Dam anglaises H. Μ. V, (Dublin) : Transvaal, Allahabad, Calcutta, Assam. Simla (Inde), Zanzibar. Man rice. 2. Sœurs de la Présentation (Cork) : Madras. 3. Sœurs de Churité(Dublin): Kimberley, Transvaal. •I. Sœurs dominicaines (Port-I£lisabcth, prov. du Cap, Afrique du Sud) : vie. ap. du (Lap de BonneEspérancc oriental. 5. Sœurs missionnaires tir Saint-Colomban (Cahircon) : fondées en 1922, pour les missions de Chine. 6. Sœurs de Saint-Jean-de-Dieu, dans les missions du Bentde Bay (Australie septentrionale). Canada Plusieurs congrégations, qu’énumère le P. Arens, travaillent sur place, chez les nègres et les Indiens. Nous indiquons seulement celles qui envolent leurs sujets aux dehors, ou dans les sîcarhits do NordOuest. 1. Hospitalières de la miséricorde tir Jésus, Augus­ tine* (Hôpital général de Québec) : Durban (Natal). 2. Sirurs grises (Montréal) : Indiens et nègres du Canada. 3. Strurs de Sainte-Anne (Lncbine); Indiens des diocèses de Montréal, Victoria, Vancouver ct les vie. ap. de l’Alaska et du > ukon. L Sœurs missionnaires tic ΓImmaciiléc-Conception (Montréal); Canton (Chine), cl missions chinoises de Montréal, de Vancouver et des Philippines. 5. Sœurs de N.-D. des Anges (Sherbrooke): en 1923, Kwciyang, en Chine. États-Unis De nombreuses petites congrégations travaillent aux Élats-l nis parmi les nègres et les Indiens. 11 est inutile de les signaler Ici. Le P. Arens en énumère plus de 30. Ne retenons que celles qui envoient leurs sujets hors de ΓΙ’ηιοη. 1. Sœurs de l.orette, au pied tie la Croix (l.orcto, I Nerinckx, Kentucky) : Han-Yang. (Hou-pé, Chine). 190! MISSIONS, CLERGÉ INDIGÈNE 2. Strurs de lu Providence (St-Mary of the Woods, Indiana) : Kalfcngfou (Ho-mm, Chine), 3. Saurs tertiaire* franciscaines (Syracuse, N.-Y.): Iles IhiwaL I. Strurs missionnaire* dominicaine s (Mary knoll) : Chine, .Japonais des dioceses de Los Angeles et Sentie. 5. Saurs de Sainl-Franrois (Allegany) : Jamaïque. G. Strurs de la Croix (Indiana) : Dacca (Indes). IL Le peksoxnel isnmtxK. I ne missicii ne sera solidement établie, ne de dendra une Église véri­ tablement fondée, se suffisant ù elle-même sans le secours des pays étrangers, que si elle trouve sur place les éléments de vie ct de progrès dont elle a besoin, c’est-à-dire des ressources financières pour sa vie matérielle, et surtout des hommes pour scs diver­ ses œuvres, avant tout si elle possède un clergé indi­ gène. Aussi les papes, ct très spécialement Benoit X\ et Pie XI, la Propagande, les synodes de mission ont-ils énergiquement poussé Λ la formation de ce clergé. De grands progrès ont été réalisés dans ces derniers temps. Des évêques indigènes ont été créés récemment aux Indes, en Chine, au Japon. D’autres le seront sous peu en Indochine, el sans doute aussi plus tard en Afrique, en Océanie, prémices d’Églises indigènes (pii devront le plus rapidement possible sc sullire à elles-mêmes. A un autre point de vue, les missionnaires euro­ péens, quand même leur nombre augmenterait rapi­ dement, ne pourraient sullire aux besoins chaque jour croissants de l'apostolat et des Églises qu’il ne suffit pas de fonder, mais qu’il faut administrer et cultiver. On peut voir dans les encycliques les autres raisons mises en avant par les souverains pontifes : la langue (Volr art Mêciiitaiusïes). 4. Serviteurs de TInimacutée-Coneeption. l-’ondés par Pierre CharischaÎaranti, avant la lin du m.v siècle. Église N.-D. de Lourdes, Fcri-Kcul, Constantinople; avant la guerre 21 religieux; s’occupe des chré­ tiens géorgiens en llussie, â Constantinople el en Albanie. 5. Congre g dion de Saint· fcphrcm. Fondée en 1888 par une réforme de la Congrégation syrienne de SaintÊphrem, par Ignare G. Srelhot. patriarche des syriens catholiques, pour la formation d’un clergé Indigène ct la conversion des syriens Jacobites (résidence généra hcc, Mardin, Mésopotamie); environ 20 pères. 6. Société des missionnaires de Saint Paul de TÉglise metchile unie, pour la prédication el les mis­ sions populaires, fondée en 1903 par Mgr Moa'ggad; Harissa» près Jounié, Liban: en 1923, 9 religieux; missions : Ha u ran, Égypte, Jourdain oriental. 7. Aux Indes anglaises, Tien ordre régulier des carmes déchaussés, Malabar. Fondé en 1831, par le P. Thomas Paiakalct Ici*. Thomas Po ru kara (Mannnnam, Travancore), ministère paroissial; en 1927, 158 profès dans les diocèses de Cochin, Mangalore, Trichur, Ernakulam, Ghanganaeherry et Kollayam. Bite syro-malabar. 8. Dans le diocèse de Vérapoiy, le Tiers ordre du Mont-Carmel, une vingtaine de religieux, est du | rite latin. Les souverains pontifes invitent les Églises d’Asie el d'ailleurs ù fonder des sociétés religieuses strictement ι indigènes. Dans cet esprit a été essayée une adapta- | lion de ta règle cistercienne à la vie annamite dans la Trappe de N.-D. d'Annam (1918), au vicariat d'Hué. En Chine, au vicariat de Siuen-hoa, près de Pékin, vient de sc fonder une congrégation de prêtres chinois, • la*s disciples de Noire-Seigneur », en vue de la pro­ pagation de la foi parmi les Chinois. 11. LS8 AUXILIAIRES tSPtaSXKS. 1· Congrégations indigènes de /rère». - Les services que rendent les frères étrangers ne peuvent-ils être rendus aussi par des indigènes? L’idée de fonder des congrégations surplace, analogues ù celles de nos frères enseignants de France, de Belgique ct d’ailleurs, ne pouvait que venir spontanément a la pensée des mis­ sionnaires. Il y avait la encore le moyen de favoriser les désirs tic vocation qui germaient dans l’âme des jeunes gens. A la vérité, Ils pouvaient trouver sou­ vent de quoi se satisfaire soit dans les congrégations européennes de frères, soit dans les instituts de prêtres comme frères servants. Mais on a essayé autre chose, des congrégations strictement indigènes. Les essais n’ont pas été fructueux. I.es congrégations ainsi ébau­ chées ne sont pas parvenues a se maintenir. Sans doute, il leur manqua d’avoir des supérieurs capables de gouverner. Celles qui subsistent n’ont qu'un nombre restreint de sujets. 1. Inde .· | 1850. Frères de N.-D. des Srpl-Duuirurs. à Trichinopoly. Éteinte faute de sujets. 1861. Frères de Saint-Joseph. Jafna, 53 sujets en r*2 ; 1889. Frères de Saint François d'Assise. Bellary (Madras). 1800. Frères /runciscains, Colombo, 10 en 1923. 1893. Frères de l ‘ Immaculée-Conception, a Mysore. 1900. Frères du Sacré Coeur, ù Palamcottnh, Maduré; l!)Oi ? . Frères du Sacré-Cceur à Coimbatore, 3 frères en 1917. 2. Chine : 1891. Frères de Saint-Paul, Gheiig-ting-fou, au Tchcll. Enseignement, 31 en 1923. 1911. Frères du Sacré-Cœur, Suugshutzuitzc, Mon­ golie; 15 au vicariat de Jchol. En 1857. dans l’ancien vicarial de Kiaiignan. Mgr Languillat avait essayé* de fonder la Congrégation ue Saint-Joseph qui fut dissoute en 1878; quelquesuns de ses membres entrèrent dans hi Congrégation des frères catéchistes de la Mère de Dieu, fondée par Mgr Garnier. Ces essais n'ont pas eu de lendemain. 3. Afrique : Missions des PP. du Saint-Esprit, Landana, Loan go, Gabon, Frères de Saint·Pirrre-Clavcr. de 25 a 30. Missions des PP. Blancs, Haut-Congo, l’ne congré­ gation a été essayée en 1913 par Mgr 1 luys. L’annuaire du Conge de M. Corman, p. 16, n'indique que 1 frères. En 1915, à Madagascar. Tananarive, 1rs T'rères de Saint-François-Xavier, furent fondes par le P. Deloin, 12 en 1928. A P'ianuranlsoa. Mgr (iivclel a fondé les l’rères de Saint Joseph, 10 en 1923. L Océanie Aux Iles Fidji, les Petits frères de Marie, 20 en 1923 Au V. A. dr Papouasie, les Frères oblats,3 en 1223. 2* Congrégations dr sœurs indigènes. - Quelle (pi’en soit la cause, autrement nombreuses sont les religieuses indigènes. Elles aussi se partagent en deux catégories. Les unes entrent dans les congrégations européennes; le nombre en est assez élevé, mais dilli cilc a évaluer, les statistiques ne séparant pas toujours les sœurs indigènes des sœurs européennes. Nous rele­ vons cependant par exemple dans la statistique du vicariat de Nankin, des chillies comme ceux-ci : 21 carmélites (1 I indigènes); 150 auxiliatriccs du Pur­ gatoire (71 indigènes): 73 sœurs de Saint-Vincent de Paul (12 indigènes): 21 petites sœurs des pauvres ( I indigènes). Au Madurc : 39 lilies de la Croix (21 indigènes), 35 chanoincsscs missionnaires ( 11 indi­ gènes); et·... D’autres forment des congrégations indépendantes. Le nombre des membres de ces der­ nières, non compris les Vierges qu'en rencontre dans plusieurs missions, étaient â la lin de la guerre d’envi­ ron 9 500, dont 9 200 en pays païen. Depuis 1918 il y a eu un développement considérable de ces congré­ gations qui, en 1923, comptaient 11 158 sœurs indi­ gènes dans les missions païennes, dont 9 222 en Asie. 966 en Afrique, 691 dans les deux Amériques. 273 dans l’Océanie et aux Philippines. Il y en avait en particulier 3 513 en Indo-Chlne, 2 736 dans l'Inde anglais?, 2 281 en Chine. Le nombre des congrégations était également en 1923, de 110, dont 35 pour l’Inde el Ccylan, 6 pour l’Indo-Chine, 21 pour la Chine» 3 pour le Japon. 21 pour l’Afrique, I pour l’Océanie, 3 pour les Etats-t’nis, I pour les Balkans et la Grèce, 13 en Orient (’.es congrégations sont presque toutes diocésaines < u localisées dans un district (même en (ndo-Chine où il n’y a que 6 congrégations pour 3 513 religieuses), ct par suite les congrégations sont très nombreuses. Quoique les religieuses portent le même nom ct suivent la même règle, chaque maison f< nnc un tout distinct Peut-être les supérieures n’ont-clks pas les qualités requises pour gouverner d’aussi vastes groupements. Pour la même mise n, semble-t-il, certaines congré­ gation s indigènes ont à leur tète des supérieures euro­ 54 en 1923. 70 en 1928 péennes. 7 . Frères du Tiers ordre de Saint-Fiançais. Quoi qu’il en soit, ces sœurs Indigènes sont des aides Allahabid, Agra, Lahore. très utiles pour les missions, menant â peu près la 7 . Dieudonné». Trlchinopoly, 12 en 1928. vie simple des femmes indigènes, à la dilïvrence près 7 . Frères de Sainte-Thérèse, Vcrapolv, 3 frères I du niveau moral où les élève leur formation en 1917 1905 MISSIONS, SÜÎUHS INDIGENES Voici maintenant, d'après le P. Arcns, le tableau des principales congrégations Indigènes que l’on compte en ce moment. 1. Ralkans cl Grèce. - Sieur* eucharistine*, ίοη- I decs en 1887-1888 par le P Joseph Ailoattl, G. M.; avant la guerre environ 30 religieuses parmi les Bulgares catholiques de Macédoine. Servante* 'le Γ En/ant-Jésus, Sarajevo, fondées en 1801 par Mgr Stadler, arch, de Sarajevo; environ 150 religieuses en 1918, en Bosnie. Saurs géorgiennes de rhnmaciiléeConception, Gnnstantlnoplc, fondées en 1861 par P. (airischiaranti; avant la guerre environ 15 religieuses parmi les géorgiennes catholiques G /) Madras. · Saur* de Sainte-Anne (Royaplirarn); fondées en 1863 par Mgr John b’cnnclly, vie. ap. de Madras; 155 sujets en 1926, aux diocèses de Madras, Hyderabad et Mysore. Sieurs de Sainl·François d’Assise (Phirangipuram. Guntar District), fondées en 1882 parle P Théodore Dickmann, dr Mil1-Hifl;5l religieuses en 1926 Saurs de Saint François Noeier (Bcllary ), fondées en 1896, ?.(> religieuses rn 1926. Saur* du tiers ordre de Saint-François (Vepcry, Madras»; fondées en 1881. 21 religieuses en 1926. Saurs de T Immaculée Conception, Boyapctta (Ma­ dras), en 1925, 6 religieuses. g) Pondichéry. Carmélites, deux couvent* dans Parch, de Pondichéry : celui de Pondichéry, fonde en 1718 par le P. Cœurdoux, S. J.; 19 professes en 1926; celui de Karikal, fonde en 1886 par le P. Beorvier des M 1. d( P.or. 16 religieuses en 1926. Saurs de Saint-Louis de Gonzague (Pondichéry); fondées dans ia 2· moitié du xvm* siècle, pour élever les enfants de bonne caste, probablement pur le P. Ansaldo, S. J.; en 1926, 53 religieuses. Saur\ du Trés-Saint-(.aur de Marie (Pondichéry), fondées en 18-11, par le P. Dupuis des Μ. E. de Paris; en 1926, 250 religieuses dans les diocèses de Pondi­ chéry. Kumbakonam. Quilon et Madras. h) Mysore. - Saurs de Sainte-Anne, sous la direc­ tion des sœurs du Bon-Pasteur de Bangalore ( Mysore); en 1926» 87 irhgivuscs. Madeleine*; également sous la direction des sœurs du Bon-Pasteur; en 1926, 42 religieuses. t) l'.oirnbatore. -Saurs de la Présentation (Coimba­ tore); fondées en 1860 par le P. J. Ravel des M. E. de Paris; en 1926, 54 sœurs. /) Trichinopoly. - Saurs de N.-D. de* Sepl-Douleurs (Trichinopoly); fondées en 1854, par le P. Pietro Mecalti, S. .L; 183 sœurs en 1928. Ont essaimé en Birmanie. Saur* dr Sainte-Anne (Trichinopoly); fondées en 1865. congrégation de veuves, comprenant 3 catégo­ ries ; les Meurs proprement dites, 104 en 1923 ; les personnes qui n’ont pas reçu d’instruction ct n’ont pas apporté de dot ; elles sortent deux par deux pour visi­ ter les enfants mourants qu elles baptisent, et soigner les malades; eu lin les servantes qui font les travaux ordinaires. 105 religieuses en 1928. Saury indienne* de Marie Immaculée, autrefois h s Réates ( Panjampatti); fondées en 1898. par le P. Larmey. S. .L; 62 en 1928. Ne font que des vœux privés, mais vivent en communauté; appartiennent à la caste des vanniars. Saur* auxiliaires du diocèse de Trichinopoly, sous la direction des chunolnesses de Saint-Augustin; en 1923. I religieuses A) Mangalore - Saur* tertiaires du Carmel apostolique (Mangalore), fondées par Mgr MarieÉphrem Garrclon, corme, vic. ap. de Mangalore. 1870. Travaillent dans les diocèses de Mangalore. Bombay, (’.allcut. Trincomali ; 134 religieuses en 1925. Elles ont â Mangalore un collège-université de premier rang pour les Jeunes indiennes (SainteAgnès). Carmélites du second ordre (réforme de sainte Thérèse) à Mangalorv-Kankanady ; fondées en 1870 par Mgr Marlc-Êphrem Garrclon. 21 religieuses, presque toutes indigènes en 1926. Irsuhnes (Mangalore); fondées en 1887 par le P. Stein. S. J.; 21 religieuses catéchistes en 1923; vivent dans leurs familles. Z) Quilon. - Sa ur* tertiaires de X.·/). du Carmel, appelé aussi Carmel apostolique, comprennent 5 éta­ blissements ; dans le diocèse de Quilon (Trivandrum), ; de Vernpoly, de Changanncherry, d’Eruakulam 1907 MISSIONS, SŒUHS INDIGENES (Coonrniao), . Joséphi ne s de Pékin; fondées en 1872 par Mgr LouisGabriel Ihdaplace, C. M., 70 religieuses en 1923, dans 1908 i le V. A. dc Pékin. De là se répandirent comme cou grégations diocésaines : à Pao-ting-fou (Tcheli central), ! 39 en 1923; Tientsin, 16 en 1923; à Yong-plng-fou (Tcheli oriental), où .Mgr Ernest François Gcurls leur donna le nom de Filles de Γimmaculée-Conception; 32 en 1923 Association de la Présentation, au \ . A. dc Slcnlisfcn (Tcheli S. E.), fondée cn 1908 par Mgr .Maqnet, S. J., à l'imitation de celle de GhanghuT. b) Seconde région. - a. Chen-si. - Sœurs de la doc­ trine chrétienne, au V. A. du 1 lantchong (Ghcn-sl méri­ dional); en 1921. 30. Congrégation du Précieux-Sang; \ . A. de J lan­ tchong, 10 sfi nrs rn 1921. Tertiaires franciscaines du Sacré-Cœur ; V. A. dc Si-ngan; fondées en 1922, par Mgr Massi. 16 religieuses cn 1921. b. Chanlony. - oblutes de la Sainte-Fumille, a Yen-tchcou-fou; fondées en 1910; en 1925. Il reli­ gieuses. Lue liliale à Sin-yang (Honan S. E.). r. Chansi. - Vierges dc la doctrine chrétienne, au Y. A. de Tai-yuen-fou ; fondéesen 1921 ; une vingtaine de sœurs en 1925. c) Troisième région. - a. Kiang-suu. - Préscntandines (Ghanghaï, Zi-ka-wel), fondées en 1855, par le P. Louis Sica. S. J.; en 1928. 260 religieuses. Filiales aux V.A. de Ou-hou, et de Hal-mcn. b. liou-nan. Au \ . A. de Tchang-te; en 1922, 1 I religieuses; au V. Λ. dc Tchang-tcha, Tertiaires franciscaines, 17 cn 192 L c. Kiang-si. Filles de Sainte-A nue (Kan-tchéou); fondées en 1897, par le P. Canduglia, G.M. et .Mgr Goqsel, G.M. En 1923, 30 religieuses à Kan-tchéou (Kanchow) et 14 dans le V. A. de Ki-ngan. Vierges de X.-i). du Bon-Conseil (Nan-lchang); fondées en 1907 par Mgr Paul-Louis Ferrant, G. M., 22 en 1923. : 28 en 1021. Ajoutons ù ces congrégations les Vierges chinoise*. créées au xvnr siècle dans le Se-tchoan, par le vén. Jean Marlin Moye, M. E., aujourd'hui répandues dans un grand nombre dc missions Servantes de Noire-Seigneur, rn Papouaisic; fondées depuis plusieurs années; 17 sujets en 1923· l'ne nouvelle congrégation indigène est cn forma­ tion par les soins des Filles do Ν.·Ι>. du Sacré-Cœur en Nouvelle-Guinée hollandaise. 3· Les catéchistes. — Les missionnaires seront tou jours trop peu nombreux vu l’immensité dc la lâche Trop peu nombreux aussi leurs auxiliaires, vomis d'Europe et d’Amérique, vu la multiplicité des œuvres, annexes de l'apostolat direct, éducation et charité (Arens, p. 213-215). Tous sont des étrangers. Il leur est difficile d’entrer en contact Intime avec les populations, d’adapter leur manière de faire â la mentalité indigène» dc gagner la confiance. Pour ces raisons, ct une foule d’autres faciles ù deviner, ils ont besoin d’aides qui soient du pays. Les prêtres indigènes eux-mêmes n’en ont pas moins besoin pour alléger leur tâche. Ni ces prêtres, m les sœurs indigènes ne peuvent suffire à toutes les besognes. Dc plus, ils n’existent pas dans les premières années d’une mission. II faut donc â nos missionnaires d’autres auxiliaires, eux aussi nés dans le pays, qui le connaissent cl l'aiment, qui en sachent les usages cl les mœurs, qui n’inspirent aucune méfiance aux habitants ct ne suscitent aucune préven­ tion, qui parlent leur langue, vivent leur vie, aient leur mentalité. Ccs auxiliaires que Ton rencontre partout, dont tous les missionnaires vantent les services, â qui ils rapportent une grande partie de leurs succès, ccs auxiliaires indispensables, dont on ne saurait assez dire le mérite et le dévouement, ce sont les catéchistes. Aussi Rome pousse-t-elle à cn former le plus grand nombre possible, suivie en cela par les synodes de mission. On a pu définir l étal présent des missions catholiques : ■ une poignée dc missionnaires, appuyée par une légion dc catéchistes. · I*. Conrad de Bodman. Die katholischen .Miss ionen, 1907-1908, p. 175. Le catéchiste prépare la voie au missionnaire, avant son arrivée dans un poste. Il maintient ce poste, en l’absence du Père, préside aux réunions, fait la prière, enseigne le catéchisme, instruit les enfants cl commence la préparation des catéchu­ mènes. Il prévoit les réparations cl surveille les cons­ tructions, quand le missionnaire n'est pas la. Il doit s’occuper de la maison du Père, des églises cl des biens dc la mission, des offrandes qu’on peut faire. Il voit les malades et au besoin les prépare à la mort: il baptise les enfants en cas de danger. Il fait aussi la classe cl veille ά ce que les enfants sc tiennent bien. Il doit enfin servir le Père, raccompagner dans scs visites, lui amener ceux qui désirent devenir catho­ liques. lui préparer de nouvelles recrues. Il doit être Λ la fois, chef des chrétiens, maître d’école et servi­ teur des missionnaires. Il doit donc être choisi avec la plus grande attention et formé avec le plus grand soin, dc réputation Inatta­ quable, d’un zèle à la fois sage ct ardent, d'un tact, d’une discrétion, d’un savoir-faire peu ordinaire. Ce peut être une femme, et les Vierges chinoises sont dc parfaites catéchistes. Ce peut être un homme, marié d’ordinaire cl bon chef dc famille. Ils doivent être cl sont d’ordinaire le modèle des chrétiens, ct c’est parmi eux souvent, dans leur famille et dans leur parenté, que sc recruteront les congrégations dc sœurs et les prêtres indigènes. Le nombre des catéchistes est considérable. Dans le tableau suivant, emprunté au P. Arens, nous avons réuni pour les années 1913, 1918 ct 1923 le nombre des catéchistes cl des instil ut curs, qui sou­ vent sc confondent pour chacun dc nos groupes dc missions. MISSIONS. MÉDECINS MISSIONNAIRES 191 ! Nombre de* catéchistes rt de* instituteurs. Missions I 1913 j 1918 Japon < t Corée.................... 1 Chine cl dépendances....... . .. Indochine.............................. Indrt ct Ceykm................... Afrique du Nord....... ......... Afrique crnlr.de................... Afrique du Sud cl Iles....... Australie............................... ' Philippines ... .. ................ Océanie.................................. 1 Indes orientales................... Amérique............................... 626 521 7 0U0 12 999 2 100 1 2 677 1 0(H) t 911 716 1 658 4 692 8 866 1 703 2 082 ·>* 17 o• ' 951 i 1 758 ? 200 ? 200 O• O• 1923 2 136 17 331 6 502 9 587 1 663 16 923 1 725 ? 315 6 173 977 1 009 Total........................... C21 993 35 752 70 611 Les chiiTrrs ne sont qu'approximatifs, parce qu’il est quasi impossible de distinguer souvent les caté­ chistes proprement dits du maître d’école, que toutes les missions n’ont pas la même façon d’entendre en quoi consiste précisément le role de catéchiste. Mais ce table,m montre deux choses: d'abord l'importance que la mission attache à cette categorie d'auxiliaires, ct aussi l’accroissement marqué de leur nombre en 1U ans II n'a certainement fait «pie grandir depuis que le I’. \rviis dressait scs listes. III. I.l s MÎUKCINS MISSIONS Al U HS, 1 >C tout temps el en tous pays, sauf peut-être dans les con­ trées relevant d’une puissance européenne, ou encore IA où la pratique dc la médecine scienti lique est mi 111sanimrnl développée, les missionnaires, hommes ou femmes, ont dû donner des conseils d’hygiène ct par­ fois de médecine, établir des dispensaires pour les consultations ou les soins medicaux, voire des hôpi­ taux ct des léproseries. Ils soignent les malades. Parmi les missionnaires, il y en a parfois qui ont fait des eludes préparatoires assez développées. Il faut cependant le reconnaître, les missionnaires protestants de Norvège, d’Angleterre, des Élals-l nis, d’ailleurs encore, avaient dans le champ médical, aussi bien que dans l’enseignement supérieur, une véritable avance sur les missions catholiques, Ils créaient un peu partout de grands et beaux hôpitaux, bien outillés, en mémo temps que des universités; envoyaient des docteurs cl des infirmiers, hommes cl femmes, parfaitement formés,en même temps que des professeurs pour leurs écoles supérieures. Il y avait IA pour nos missions catholiques une infériorité notable ct par suite un véritable danger. Aussi nos missions, depuis déjù longtemps s’ellorçaient-elles, malgré le manque de ressources qui si souvent les paralysa, de réparer le temps perdu el d'examiner ce que l’on pourrail faire. Il y avait eu cù el la dans le passé, il pourrait y avoir encore occasionnellement un missionnaire prêtre qui fût en même temps médecin; mais ce ne pouvait être qu’une exception, remarquable parfois, mais rare. On ne voit pas en clkl. comme un usage courant, un prêtre étudiant, et à plus forte raison pratiquant οίΠricllcmcnt lu médecine. Que des missionnaires donc possèdent des notions d’hygiène même assez étendues, a An es éludes primaires ou classiques pendant lesquelles, suivant le canon 1361 du Codex Juris canonici on enseignera d’abord la religion, selon que le comportera l’âge des élèves, puis la langue latine ct la langue maternelle, ensuite, les autres bran­ ches d’études ct connaissances que demande toute formation générale, et la situation des étudiants ecclé­ siastiques dans les pays où ils devront exercer leur ministère. Léon XIII disait dans son décret Auctis admodum du 1 novembre 1892 : qu’ils suivent le • cours régulier des études ·. Et Pic X, le 7 sep­ tembre 1909 : * qu’ils s’adonnent aux études pri­ maires et secondaires telles qu’elles se font dans les divers pays, de telle sorte que leur cycle d'études soit autant que possible le même que celui des étudiants laïques · Donc les enfants des séminaires cl maisons semblables suivront les programmes ordinaires et d'habitude passeront les examens qu’on passe ailleurs. Home l’exige, cl les congrégations romaines refusèrent les adoucissements que leur demandèrent divers supé­ rieurs d’ordres. La loi est générale ct vaut pour les candidats aux missions. 2 Les études phllosopldques ct théologiques sont 1916 réglées par le canon 1365 dont voici le texte:· H. Que les élèves consacrent au moins deux ans à l’étude de la philosophie ct des sciences annexes, f 2 Que le cours de théologie dure au moins I uns, et qu’il comprenne, outre In théologie dogmatique ct morale, l’étude de LEcriture sainte, de l'hlstoirr ecclésiastique, du droit canon. de la liturgie, de l'éloquence sacrée et du chant ecclésiastique. ί 3. Qu'il y ait également des cour» de théologie pasto­ rale avec des exercices pratiques de catéchisme aux enfants et aux autres, de confession, de visites aux malades, d’assistance aux moribonds. » Ces prescrip­ tions sont également universelles. Mais, en cc qui concerne les missionnaires, le pape Benoit XV, dans sa lettre Maximum illud, insiste d’une manière spéciale.-· Pour le missionnaire, dit-il, avant qu’il n’aborde l'npostckit, qu’on le prépare avec soin en dépit de cc qu’on pourrait dire, à savoir (pie la connaissance de tant de choses n’est pas néces­ saire pour annoncer l’Evangile à des nations si éloi­ gnées de la civilisation· Car bien qu’il ne puisse pas y avoir de discussion |>our savoir ce qui est le plus utile pour le salut des funes, de la vertu ou de la science, cependant, si quelqu'un n’est pas muni d’une forte doctrine, il en sentira le déficit pour le fruit de son saint ministère. Souvent, en elfet, il manquera de livres, de professeurs ou de docteurs qu’îl puisse consulter, quoique cependant, il doive répondre aux questions qu’on lui fera ou aux objections parfois difficiles qu’on lui opposera, particulièrement s’il sc trouve parmi une population où les études scienti­ fiques soient en honneur; et. dans ce cas. Il ne convien­ drait certes pas que les messagers de la vérité fussent inférieurs aux ministres de l'erreur. · Il est bon de sc souvenir que le missionnaire aujourd'hui peut ren­ contrer partout des ministres protestants, sortis des universités d'Europe ou d’Amérique. Tel est également l’enseignement de Pie XI dans sa lettre Unigenitus Dci. 3° Quant A la formation professionnelle, le pape Benoit XV l'indique également dans la lettre Maxi­ mum illud, quand il insiste sur l’élude des langues des pays de mission. Ici, contrairement à ce qui a lieu pour les éludes précédentes, il n’y a pas de direction générale, mais chaque congrégation ou séminaire agit suivant les besoins des temps ct des lieux. L’élude de l’anglais ct du français est recommandée partout, car A peu près partout ces langues sont parlées. Les missionnaires de Slcyl traitent d’une manière spéciale de la géographie et de l'histoire des missions pendant les années classiques: les années suivantes, ils ont des cours de langues, d’ethnologlr, ou des cours d'inflrmlcrs. Les pères du Saint-Esprit renseignent sur l’hygiène tropicale. Les pallottins font des cours d'ethnographie adaptée aux missions. Les bénédictins de S iinte-Odile en ont sur les missions, le droit colonial, l’hygiène, In comptabilité. Les pères blancs ajoutent aux six années de philosophie et de théologie, une septième année de préparation immé­ diate pendant laquelle de vieux missionnaires leur enseignent la catéchèse et la pastorale des missions, le droit colonial. Les Jésuites parfois envoient entre leur philosophie ct leur théologie les jeunes gens qu’ils destinent aux missions, faire sur place un stage de deux «ni quatre ans dans une des stations de la mis­ sion; IA 111 enseignent les enfants, apprennent les langues, s’initient A l'apostolat direct. Cette triple formation, pour les congrégations ou séminaires d’Europe, se donne dans des maisons spéciales ou collèges, dépendant de la Propagande ou «le la Congrégation pour l’Eglisc orientale, fondés au cours des derniers siècles A Home ct ailleurs, et 1917 MISSIONS. SÉMINAIRES INDIGÈNES en Orient même. Nous les avons énumères plus haut. . ///, t.Es pjifiTHKS ism uf: \ es. 1· Le.< séminaires. Γη mot d'histoire Les jeunes indigènes, qui dési­ rent entrer dims nos congrégations ou nos séminaires, sont élevés et formés dans les noviciats, juvénats et scolasticats. selon toutes les nonnt s de leur institut. Les anciens missionnaires, et spécialement les jé­ suites de Chine ont essayé un peu tous les système s : commencer sur place la formation des novices, puis les envoyer en Europe, les y envoyer dès le début, ne pas les y envoyer du tout. Aujourd'hui en général, quand les ordres religieux sont solide­ ment établis en pays de mission, la majorité des novices indigènes est instruite sans sortir du pays. Mais il y a des exceptions nécessaires. Quant aux séminaires séculiers, les jésuites avaient les leurs au .lapon ; mais ils n'ont pu cn avoir en Chine, ni au Madurc. La question de la formation des clercs a toujours été chez eux discutée, les Pères portugais de Macao n'acceptant que l’idée de séminaires scion la norme du concile de Trente, ceux de Pékin rêvant un tout autre système : celui de prendre des lettrés âgés et sûrs . auxquels ou conférerait le sacerdoce avec la faculté d'user d’une liturgie chinoise. Le projet ne fut jamais exécuté. Par contre, des concessions très larges d’Alexandre VII permirent (1659) d’ordon­ ner des clercs ne sachant que lire le latin, juste ce qu’il faut pour prononcer correctement les formules litur­ giques et sacramentelles. C’est moyennant ces induits que l’on put avoir dans la Chine ct l’Indochine, au xvni· siècle, un cer­ tain nombre de prêtres indigènes, plus riches de vertus que de science, mais capables de maintenir la foi cn dépit des persécutions. Quant à ce qu’on appelle des séminaires, ce qu’on peut décorer de ce nom, se réduisait, dans ces missions -elles-mêmes, à de très petits groupements, de vie précaire et toujours me­ nacés. Alors on songea à avoir des séminaires au kin ct même en Europe. A quoi l’on voyait des avantages : c’était soustraire les candidats à l’Inllucncc fâcheuse de leur milieu païen ct leur donner plus facilement une mentalité chrétienne. Déjà les missions du Proche Orient et même de l’Inde, avaient envoyé îles sujets, dès le xvn· siècle au Collège de la Propagande. En 1729, Don Mathieu Kipa, ancien missionnaire de Chine, fonda à Naples le collège chine is de la SainteFamille. Une congrégation de prêtres en assurait la direction. Le collège dura plus d’un siècle: plusieurs papes lui témoignèrent une faveur spéciale, ct il fournit un certain nombre de missionnaires. Il n’arriva cependant jamais à une véritable prospérité. Il végéta ct finit par se transformer en une école pratique pour l’étude des langues orientales. Au xix· siècle, alors que les missions d’Afrique sus­ citaient un vif intérêt, divers essais furent tentés pour créer des écoles en faveur des enfants africains. Tous échouèrent. En 1850, le Collegio dei Mon ou Institut des jeunes nègres delta Pulma, créé à Naples par Don Giovanni Olivieri et le franciscain Louis de Casorla; en I860, l’école des nègres de 1). Nicolas Mazza à Vérone; cn 1866, le Collège Saint-ftarnabé, ouvert à Marseille pour les jeunes Gallas par le futur cardinal Massaja; en 1867, l’école du Caire créée par Danlelo Ccmboni fondateur du séminaire de Vérone; cn 1880, celle de Malte, œuvre du cardinal Lavigerie... Toutes ces créations échouèrent. La conclusit n qui s’impose, c'est que c’est sur place, cn plein pays de mission que doit se faire, sauf excep­ tion, l’éducation des futurs prêtres indigènes. En fait les prêtres chine is, annamites, philippins, indiens qui ont été ordonnés aux xvn·, xvni·, xix· siècles, ont presque tous été formés dans leur propre patrie et 1918 parfois dans quelles conditions! G’est le système aujourd’hui suivi partout. 2· séminaire» généraux. — Il v a trois sortes de séminaires cn pays de mission : ceux, petits ct grands, des diocèses et vicariats particuliers, les séminaires régionaux qui répondent aux besoins d’Eghses volsim s (ainsi celui (ζ- Tananarive pour tout Mada­ gascar), ct 1rs séminaires généraux où les élèves viennent d’un grand nombre d’Eglkes. Dr ces der­ niers, trois sont à signaler. Celui de Poulo-Pinang (péninsule Malaise), remonte à 166-1. D’abord établi à Juthia, dans le Siam, où il resta plus d’un siècle, il fut par suite des incursions des Birmans, transporté d’abord â Chantaboun, puis à Malien en Cochinchinc, puis à Virampatnam près de Pondichéry. Fermé cn 1805, par suite de la ruine du séminaire de Paris, il fut trois ans plus tard réou­ vert dans l’Ilc de Pinang, près du détroit de Malacca. Il a formé des centaines de prêtres surtout chinois ct annamites, parmi lesquels plus de cent martyrs. En 1918, il comptait 78 séminaristes et 118 en 1927. venus de toutes les Eglises confiées aux prêtres du séminaire de Paris. Le séminaire de Kandy, à Oyian, fut fondé par Léon XIII, pour les diocèses de l’Inde anglaise qui n’avaient pas de séminaire propre ct pour les sémina­ ristes d’élite de l’Inde entière. Il fut confie aux jésuites belges. Le nombre des élèves monta jusqu’à 120. Il se maintint à 70 pendant la guerre, puis remonta; il est » aujourd’hui d’une centaine Sur environ 259 prêtres donnés» I Eglise de ΓInde, il y a » évêques. Le séminaire de Putbempolly, nu Malabar, est sous la direction des pères cannes. Sa première fondation remonte à 1761.-En 1886, il fut transféré de Vérnpoly â Puthempally, par le vicaire apostolique Bernardino Buccinelli, O.C.D. Deux ans après, la Propagande l’érigea en séminaire central pour les rites latin cl syriaque ct le prit sous sa juridiction. En 1926, il comptait 156 etudiants venus d Eniakubm, t'.hanganachcrry, Trlchur. Koltayam. et aussi de Cochin ct de Méliapour. En 1813. fut fondé à Ghazir par les jésuites «le Syrie, un séminaire ouvert à tous les rites orientaux Il s'agissait de relever le clergé indigène. En 1875, il fut transporté à Beyrouth, ou il constitue la Faculté de philosophie et de théologie. De 1911 à 1911 il avait eu 71 grands séminaristes it 151 petits. Fermé en 1911 à cause de la guerre, il rouvrit cn 1919 avec 25 élèves. En 1926 il avait en tout 85 internes : arméniens, maronites, mclchitcs, syriens. latins, etc . et moines externes. Depuis sa fondation jusqu’en 1921, le séminaire Saint-1 rançois-\a\ivr avait donne aux diverses Eglises de l'Orlcnt trois patriarches, 25 évêques ct environ 300 prêtres. 3· Situation actuelle - Il va sans dire que ccs sémi­ naire** généraux ne peuvent sufllrv à tout. Aussi grands et petits séminaires sc multiplient. On en peut juger par cette progression : 1906. 1913, 1918. 1923. 129 séminaires, 132. 187. 279; I 720 élèves. I 906, 6 136. 9 599. Les deux séminaires sont souvent juxtaposes sous le même toit. Quand ils sont plus importants ils ont chacun leurs immeubles. Parement, comme* à Bom­ bay, les aspirants nu sacerdoce ne sont pas groupe à part : ils suivent les cours du collège de le mission et vivent avec les autres élèves; le plus souvent quand ils n’ont pas de professeurs à eux. Il n’y a que h s classes de ccmmunes. Pour tout le reste, ils sont â part. Le tableau suivant, col. 1919, donnera le nombre et l'état des séminaires dans les missions païennes, en 1918 et 1923 (Arms, p. 253). 1919 MISSIONS, SEMINAIRES INDIGENES 1920 I /x< Üudt*. · - Les souverains pontifes ayant posé droit de conférer les grades, y compris celui de doccomine principe que les prêtres indigènes doivent ' leur. Le premier docteur a été reçu en 1917. A Putliemêtre, autant que possible, aussi bien formés que les paliy, les élèves viennent munis de leur diplôme Européens, capables par conséquent d’arriver à anglais de matriculation, et déjà habitués au latin. Les cours durent six ans et demi, et embrassent toutes toutes les charges, y compris l’épiscopat, le temps des les sciences ecclésiastiques ct autres : deux ans de Petits séminaires : philosophie, et deux de théologie. Les cours sont tous en latin. En dehors de là, les élèves parlent anglais, 1 -------------el malabar par exception. En Birmanie, les enfants 1923 1918 passent cinq ans à l’internat de Mulmein où on éprouve leur vocation. Ceux qui en sont jugés dignes 1 Établis fhblit- Élèves 1 vont ensuite à Piming où ils continuent l’élude du Élèves srmeih MflkSb latin pendant un an, et font quatre ans de philosophie et de théologie. Ils retournent alors en Birmanie faire chez un missionnaire un stage d’un an pendant lequel I 197 , Japon el Curée .... 6? 7 ils portent l’habit ecclésiastique, aident le prêtre pour 2 389 18 .......... i Chine.......... 1 872 73 la prédication cl le catéchisme, rt apprennent l’anglais 2 207. Indochine .......... 15 1 113 19 qui est indlspensabfb aujourd'hui â tout ecclésias­ 21 I Indes orientales nétique. Ils reçoivent pendant l'année la tonsure et les 2·· ; crlandftlscs.......... ordres mineurs et retournent passer une année à 1 122 I Indes cl Ceylan .... 11 531 26 ■J Piming où ils suivront des cours île pastorale et se Philippines ............ J prépareront à leur ordination. t Afrique septentrion. 11 Dans I*Indochine, chaque province annamite pos­ Afrique centrale ... ! 8 1 027 28 sède une école ecclésiastique, où des jeunes gens d’un 9 31 Afrique méridionale.1 bon naturel et bien doués sont reçus de 10 à 13 ans, •1S 1 1 Iles africaines........ 153 7 cl apprennent In lecture des caractères chinois, les 0 O • Amérique septentr. è ♦ 4 éléments du latin, le plain-chant et le sendee de la *) Amérique centrale.. 7 t messe. Après 6 ou 7 ans, le père choisit les meilleurs 9 ? Amérique méridion.; • 1 81 qu’il envoie au petit séminaire où. également pendant Australie............... 1 ? (> ou 7 ans, ils continuent leurs études latines d’après 1 Océanie.................... 1 70? 3 72 le programme ct les règlements des séminaires de France adaptés aux coutumes locales. On les envole 1 27oj 7 303 II 182 i 1 90 ensuite chez un missionnaire, comme catéchistes ou auxiliaires^ pour s’initier à leur futur ministère, puis, Grands séminaires : s’ils donnent satisfaction, au grand séminaire suivre un programme d’études analogue au programme de 1918 1923 nos séminaires d’Europe, el ils seront ordonnés à l’.igr (h 28 ou 30 ans. A Poulo-Pinang avant les décrets de Pie X, les ÉuMit- Élèves Établi*- Élùvei cours duraient sept années, dont quatre pour l’étude «eatbh seme sis du latin, de In littérature et de l’éloquence sacrée, ct trois pour la philosophie cl la théologie, en plus des notions les plus importantes de mathématiques, géo­ JaponctCorée ... 5 205? 6 110 graphie, sciences naturelles, physique, pendant les Chine ................... 11 576 39 631 quatre dernières années. Aujourd’hui six années sont Indochine 13 609 522 13 consacrées â la philosophie et à la théologie. Indes orientales néLe système d’interrompre les études pour un stage —. crlan daises........ dans la vie active prévaut dans quantité de missions. Indes ct Cevhin .. 625 16 17 G07 . Mais le moment de celle interruption varie avec les Philippines . . . pays. Tantôt le séminariste va faire ce stage comme 2 Afrique septentrion. 30 7 85 surveillant ou professeur dans un collège, tantôt Afrique centrale. .. 9 93 9 133 comme catéchiste auprès d’un missionnaire. Le but M· Afrique méridionale 7 de cette institution est de mieux faire connaître les Iles africaines .... 1 11 21 1 ressources de chacun, et de réprouver avant la dé ·> O* 9 Amérique septentr. 38 marche définitive. C’est la pratique du Japon, de la 9• 1 — 9 Amérique centrale. Chine, de l’Indo-Chine, de Madagascar el de plusieurs ·> 2 Amérique méridion 26 ? missions d’Afrique. Australie .............. 7 En Chine, les missionnaires font faire aux enfants 18 il Océanie ............... 3 2 0 les mieux doués el offrant de sérieuses marques de vocation, de bonnes éludes primaires; puis ils les 1 91 1 2 157 97 2 206 envoient au petit séminaire, où ils apprennent le chi­ nois, la littérature indigène, les anciens auteurs clas­ éludes sommaires qui donnaient seulement 00 000 kmq. et compte 115 millions d’habitants. L’Eglise orthodoxe, nu ser­ orthodoxes ct 90 000 catholiques localises au nord vice de l’État, n’existe plus olhcirllcinent. Mais du pays. On y compte deux archevêchés. Archevêchéde Scutari, fondé en 1867, ct comprenant l’Église catholique qu’elle entras ait n’en est pas plus 34 820 catholiques, avec trois évêchés suffragan ts : libre. Tout édifice de culte doit être loué à l’État. Sarda (Sapp a) qui date de 1062 et compte 11 925 ca­ Tout enseignement religieux est interdit jusqu’à tholiques: Alessio, de 1385, avec 8 357 catholiques; l'âge de 18 ans... Quelques prêtres vivent encore en Russie. Les évêchés de Mohilew, Knmenictz, Minsk, Putati, de 1602, avec 15 400 catholiques. Archevêché de Durazxo, qui date du v· siècle ct est 'liraspol. ont été conservés, mais leurs titulaires sont ou morts ou en exil. Le jour où la liberté sera rendue, rattaché directement au Saint-Siège. En tin. une abbaye nullius, Saint-Alexandre l’ancien empire russe, avec scs annexes d’Asie, for­ mera un des plus vastes pays de missions (pii soit d'Onoschi ou des Mirdltes. En 1920. a clé nommé en Albanie un délégué apos­ au monde. Pour le moment, il n'y t» rien. La Sibérie (12 000 000 kmq.). Sur 20 000 000 d’ha­ tolique. En Albanie travaillent les franciscains et les jésuites. bitants, il peut y avoir 800 000 indigènes, bilan, finnois, samoyèdes, toungouz.es, kalmouks, etc., tous Os derniers dirigent le séminaire pontifical de Scutari. 3· La /tournante groupe sur 293 000 kmq., la infidèles ou peu s’en faut. Le reste est composé de presque totalité des Roumains, soit 17 millions dont russes, avec des colonies polonaises, formées le plus 2 930 ooo catholiques de rite latin ou de rite souvent de déportés (150 000). Missii n très difficile slave, 11690 000 orthodoxes, 1 180 000 protestants, à cause de l'éparpillement des fidèles et rendue plus 83<> iiîiO Juifs et environ il 000 musulmans. malaisée encore par le mauvais vouloir des autorités On y compte 6 archevêchés mi évêchés du rite soviétiques. L’administration tsaristc, d’ailleurs, latin, t archevêchés ou évêchés du rite slnvc-roumain n’était guère plus libérale. En 1920, fut fondé un ct depuis 1922. le vicariat apostolique de Targui- vicariat apostolique, dont le titulaire vit à Karbin cl Sirct en Bukovine pour le rite ruthène. ne peut pénétrer sur le territoire. De 1923 date le !><· ccs divers sièges, deux seulement relèvent de la diocèse de Vladivcslock. Les franciscains polonais Propagande, tous les deux confiés nu clergé séculier : ont dans cette ville un séminaire. Dans le reste de l’Asie russe, Caucase, Géorgie, l'archevêché de //nearest, en Valachic et Dobruitdja. fondé en 1883 et qui compte 75 000 catholiques ct Arménie, Turkestan, peuplés de musulmans et de celui de Jassy, en Moldavie, fondé en 1884 et com­ chrétiens schismatiques, l’Église n’a pas encore pu prenant 100 000 catholiques; fonder de missions. 4· La /Intgarie a une étendue de 103 186 kmq., IL Missions d'Asie. - Nous passerons en revue : avec I 909 000 hab. en majorité bulgares, c'est-à-dire le Proche Orient, l’Inde, l’Indochine, les États malais de race finnoise, mélangés d’éléments slaves, et de avec les Indes néerlandaises, la Chine et le Japon. religion orthodoxe. Il n’y a que 40 000 catholiques. /. fiK PKOCHK DRIEST, L'ASIE MVSL’LSÎASE. - Par Γη seul diocèse, celui de Nicopolis, con lié aux passio- le Proche Orient nous entendons l’Asie mineure. l’Ar­ nistes, fondé en 1721, rattaché directement au Saint- ménie, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine. l’Ara­ Siège, et comprenant 11 828 catholiques. Le vicariat bie, la Perse, etc. Il y faudrait ajouter l’Égypte; cl, apostolique de Sofia eu Philippopoli remonte ù 1736. comme, dans ces régions, c’est surtout parmi les chrétiens séparés de l’unité que les missionnaires ont dépend des capucins et compte 21 000 catholiques. 5· ht Grèce, agrandie de la Macédoine, de à travailler. l'Abyssinie même devrait être mise I'Epire du nord ct de la Thrace occidentale, mesure dans la même catégorie. Ce qui caractérise ccs régions, ou presque toutes, 140 000 kmq. cl compte 5 millions d'habitants, avec une petite minorité catholique, répartie en deux c’est que, sur un fond plus ou inclus épais de popu­ lation musulmane, se juxtaposent et s’enchcvcirent archevêchés, administrés par le clergé séculier. Celui i. étanches, tyranniques, résultant non des lois, mais de la coutume, 'lout au bas les untouchable, les gens sans caste dont le contact est une souillure, puis les castes basses, les castes moyennes, les hautes castes, et tout au sommet les bralimcs, véritables divinités sociales. ( toe Babel politique: des provinces dépendent direc­ tement de l’Angleterre; d’autres sont des protecto­ rats par ailleurs très nuancés; d’autres enfin sont des États A peu près Indépendants. Les conditions faites à l'apostolat sont dillicilcs. A une population comme celle-là, si elle était chré­ tienne, il faudrait 320 000 prêtres. Population très inégalement répartie, d’où des différences énormes entre missions. Quilon a 2 000 000 d'habitants, et Allahabad 22 000 0001 Le christianisme a contre lui la tradition immémoriale, acceptée et accentuée par le nationalisme qui va s’exaspérant. On a tout dit sur le système des castes, et les conditions qu’il fait au converti, le rejetant loin de la société indienne. Puis (’hindouisme semble satisfaire à tous les besoins d’une âme religieuse : il offre des livres sacrés, une direction ascétique, une mystique, une philosophie, un culte, un sacerdoce, des pratiques extérieures, une vie intérieure de dévotion, de renoncement, etc. On ne peut pas discuter avec (’hindouiste qui n’a aucu­ nement la notion de l’absolu, cl accepte toutes les contradictions. Le point par lequel il est abordable, c’est la notion qu’il a de la sainteté. Le christianisme se présentera donc, moins comme une organisation, une Église, un ensemble lie de dogmes, que tout d'abord comme une source de vie intérieure. Le reste viendra ensuite. Tel brahine a été converti par hi vie de saint Louis de Gonzague. L’histoire du christianisme dans l’Inde se réduit aux points suivants: ! Dans les premiers siècles, fon­ dation des chrétientés dites de Saint-Thomas au sudouest de l’Inde, dans le Travancorc : origine des églises actuelles syro-malabarcs; 2· Au Moyen Age. quelques visites de missionnaires franciscains ct domi­ nicains. mais qui n’ont laissé aucune trace; 3° L’arri­ vée des Portugais au début du xvt· siècle et la fonda­ tion des premières Églises du Patroado; I· L’opostc lal de saint François-Xavier, point de départ des mis­ sions de la Compagnie de Jésus; 5· Au commencement du XMi· siècle, la tentative du P. Robert de Ncblli pour entamer la société hindoue en l’attaquant par In tète, par les br.dîmes; 6· Au commencement du xvm·Siècle, l’affaire des rites malabars (voir l’article consacré a celte question dans le Dictionnaire)·, " Avec la disparition des jésuites vers 1760,1c déclin ; 8- Au xix· siècle la reprise des missions, la multipli­ cation «les Églises, et la rivalité protestante. Pour autant qu’on puisse fixer les statistiques tou­ jours un peu mouvantes, on peut dire qu’il y avait en 1905 dans l’Inde 2 351000 catholique, 2 915 000 eu 1920,3 000 000 en 1922. pour la plus grande partie, m issés au-dessous d’une ligne allant de Goa à Madras. Des notices consacrées a ccs missions dans les Mis aonr· cathoticr de 1922. il appert que partout, c’est «lanx les castes basses, chez les gens hors caste, chez le* uon-hindoutstes, dans les tribus animistes, que se font les conversions les plus nombreuses. Elle» sont rares dans les diocèses portugais où Ton reste sur les 1928 positions acquises A la question posée par la Propa­ gande : « Quels espoirs de progrès? beaucoup de mis sions ne répondent rien. Mais un bon nombre de pré­ lats déclarent que la caste est un obstacle redoutable, qu’on ne se recrute bien que par en bas. On note aussi que les difficultés grandissent, et parmi ces difficul­ tés la crise de nationalisme aigu (pie traverse l’Inde n’est pas la moins inquiétante. L’Eglise catholique comprend 11 provinces ou arche­ vêchés avec 11 diocèses, vicariats ou préfectures apos­ toliques qu’on peut partager cn trois régions ; celle du Nord, celle du Dékan et celle du Ceylan. !· Héyion dit Xord, — I. A relit diocèse de Sinda. — Simla, la célèbre station estivale des Indes, située dans le Pendjab, est depuis 1910 confiée aux capu­ cins anglais cl belges. Elle ne compte que 2 500 catho­ liques sur une population de 5 millions d’habitants De Simla, dépendent le diocèse de Lahore cl In préfecture apostolique de Kafiristari ct Kashmir. Lahore est également confié aux capucins anglais cl belges. Fondé en 1886, il compte 32 000 catholiques sur une population de 15 891825. Mais la mission est plus ancienne, elle date de l’apostolat du Bx Rodol­ phe de Aquaviva, S. J., auprès du Grand Mog<>l, \kb.ir (1580). La préfecture de Kashmir dans le nord-ouest de l’Inde, a été confiée depuis 1887 aux missiannaircs anglais de Mlll-llill : 5 000 catholiques sur 15 millions. 2. Archidiocèse d’Agra. — Il a pour sulTragants les évêchés d’Allai abad et d’.l/mrr, cou liés respecti­ vement aux capucins italiens et aux Français. Ils comprennent : Agra, 10 000 catholiques sur 20 mil­ lions d’habitants; Allahabad,9 000 surplus de 27 mil lions ct Ajmcr G 580 sur 13 millions. Ajmcr date de 1913, Agra de 1886 ct Allahabad de 1885. Dans le diocèse d’Agra se trouve Dolby (300 000 hab.), capi­ tale de l’empire ct siège du gouvernement anglais. Dans celui d’Allahabad est le grand pèlerinage hindou de Bénarès. sur le Gange. 3. Province ecclésiastique de. Calcutta, - Elle corn prend, outre l’archidioccsc, les évêchés de Ranchi. Patna Dacca, Krishnagar ct la prefecture de l’Assam. L’archidioccsc de Calcutta, ancienne capitale de l’Inde anglaise (28 395 000 hab.), confié aux jésuites belges, monte au Nord, flans l’Ilimalaya jusqu’à Darjeeling, cl descend de là jusqu’à la mer. Naguère il comptait jusqu’à 24.3 000 chrétiens, grâce aux con­ versions en masse opérées depuis 10 ans chez les ani­ mistes de (‘Jiota-Nagporc. Le diocèse vient d’être divisé (1927), et l’archevêque ne garde plus que 35 000 catho­ liques. Tout le reste appartient au diocèse de Ranchi, un des mieux organisés qui soient aux Indes. Ce sont les jésuites américains qu’on trouve au diocèse de Patna : 5 600 catholiques sur 25 000 000. Dans celui de Krishnagar, les pères des missions de Milan cn ont 16 000 sur 17 100 000. 1a*s pères de Sainte-Croix à Dacca, 17 O00 sur 20 000 000. Pas mal de conversions chez les abori­ gènes. Ccs deux derniers diocèses viennent encore d’ètre divisés. De Krisnngar a été tiré celui de Dinaipitr, ct de Dacca celui de Chittagong, La préfecture d'Assam, confiée après la guerre aux salésicns italiens, pour remplacer les salvatoricns allemands, a 9 000 catholiques sur 8 000 000. I. Birmanie, - La Birmanie faisant partie de l’em­ pire des Indes, nous hi laissons h cette place, bien que géographiquement elle se rattache plutôt à l’IndoChiné. C’est un pays surtout bouddhiste. ll comprend trois vicariats cl une préfecture. Birmanie septentrionale, capitale Mandalay 11 968 catholique» sur 6 000 000. Birmanie méridionute, capitale Rangoon, 63 162 catholiques sur I 1929 MISSIONS D’ASIE, INDE 6 000 000. Ihrmanie orientale. ou V. A. de Toungoo, dont a été séparée la préfecture de Kengloung ; les deux réunis ont 23 700 catholiques sur 5 000 000. Les deux premiers Ucjirluts appartiennent au sémi­ naire de Pans, et les deux autres missions A celui de \|i!.m. 2* Hégion du Dékan. - Six archevêchés : (ioa. Bombay, Verapoly, Ernakuhim, Pondichéry, Madras. L Goa. - I/archevêque a le titre de patriarche des Indes. Il avail, avant 1027· comme sulTragants, Damai». Cochin, San-Thomé de Mchapour, ct, en Chine, Macao. Damao vient d’etre supprimé par suite de l’accord conclu en 1928 entre Borne et Lisbonne. Il passe, sauf quelques parcelles de territoires portugais à l’archidiocese de Bombay. Avant cette séparation, les diocèses goanais comptaient G09 800 ca­ tholiques : 330 750 A (ica. 82 200 à Damao, 112 500 à («ochhl et 8 I 050 â Meliapoui Diocèses ou tout le clergé, sauf les évêques, est Indien, mais où l’augmentation de population sc fait par les naissances plus (pie par les conversions. 2. 13oui bay. - Le groupement des diocèses en pro­ vinces ayant été fait par congrégations missionnaires, autant que possible, jésuites, carmes, capucins, etc., Bombay a groupé d’abord les diocèses cou lies à la Compagnie, sauf Calcutta, Aujourd’hui relèvent de lui, Poona, Mangalore, Calicut. Trichinopoly cl Tuticorin. Bombay a longtemps partagé scs paroisses avec l’évêque goanais de Daman, du fait de la · double juridiction établie aux Indes, les prélats goanais continuant à avoir droit sur les Églises anciennes des diocèses propagandistes en leur laissant les Eglises récentes. Il en résultait un mélange de fidèles ct de clergés, qui paralysait la normale administration des diocèses. Cette anomalie p disparu. Le dlccèsc de Damao a été supprimé, d’où il suit que Bombay, qui n’avait que 37 000 catholiques en a maintenant 131 500. Son territoire s’étend, déchiqueté et irré­ gulier jusqu’au Beloutchistan. Il compte 13 millions d'habitants et est aux mains des jésuites espagnols qui ont remplacé les Allemands. Mais les Allemands reviennent au diocèse de Poonu. situé entre Bombay cl (ion. 23 600 catholiques sur 11 000 000. Le diocèse de Mangalore fait suite vers le Sud à celui de (ion, cl se continue par Calicut. Mangalore a été longtemps administré par les jésuites italiens : d avait, sur I 250 000 h., 107 000 catholiques, et un clergé indigène nombreux. C’est pourquoi, en 1923, les jésuites se sont retirés pour fonder le diocèse de Calicut où presque tout était ù faire. 78 100 catholi­ ques sur 2 287 000 hab.: Mangalore a un évêque indien. Même division, et pour la même raison, entre Trir-hinopoly et Ttdicorin. Tutlcorin, qui garde un évêque jésuite Indigène n’a qu’un cierge indien. La mission du Maduré est connue par ses grands collèges uni­ versitaires de Trichinopoly ct de Palamcottah qui ont plusieurs milliers d’élèves. et par les conversions de jeunes brahmes qui s’y sont opérées. Dans les deux diocèses, 278 000 catholiques sur 6 700 00(1 habitants. 3. Province de Verapoly. Toute entière cou liée aux carmes, elle occupe le sud du Malabar et le TraVancon*. Verapoly ct son sulîragant Quilon ont res­ pectivement 118 000 et 193 000 catholiques de rite latin, sur 2 250 000 ct 2 100 000 habitants. L Province d'Ernakulam. - Sur le territoire des deux diocèses précédents, habitent les syro-malabars. Longtemps soumis A la juridiction des évêques latins de Verapoly cl de Cochin, ils ont été par Léon .NUI mis A part, d'abord cn deux vicariats ayant un prélat latin, Trichurct Kollayam ( 1887). En 1896,1c même Léon NI il leur donna des prélats de leur race, pour 1930 les trois vicariats de Trichur, Ernakulam et Chartganachery. Ple X en 1911 restaura le vicariat de Kottayam en faveur de la caste des sudistes, l’évê­ que n’aynnt sur scs sujets qu’une juridiction person­ nelle, sans territoire séparé. Enfin, cn 1925. Pie XI éleva les trois vicariats a In dignité de diocèse, avec Ernakulam pour métropole. Le nombre dos syromalabars catholiques est de 154 110 pour Ernakulam, 176 555 pour Changanachery. 31 891, pour Kottayam, et 123 802 pour Trichur. En tout 539 618. en face d’environ 320 000 nestoriens, jacobitcs ou protestants. Le clergé diocésain est séculier, mais aidé par les tertiaires carmes de même rite. 5. Pondichéry. — La province de Pondichéry est, elle aussi, une terre de vieilles missions fondées par les jésuites dès le xvir siècle. Elle est toute entière aujourd'hui aux mains des prêtres des missions étran­ gères de Paris. Pondichéry a 139 823 catholiques sur 7 millions d’Amcs: Kumbakonam. 102 952 sur 3 100 000; Mysore (capitale Bangalore), 63 058 sur 7 millions, d faim· batore. 18 238 sur 3 millions. En tout dans la province 351 131. La création d’un diocèse indigène est Imminente. 6. Madras. — La province de Madras englobe les diocèses de Haidcrabad. Nagpur ct Vi/ngapatam. L’évangélisation y est encore très faible : 130 000 catholiques dans un pays qui comprend le tiers de l’Inde. Madras, la troisième ville de l’Inde. Le diocèse est confié aux pères de Mill-Hill : 58 000 catholiques sur 9 0(10 00(1 d’habitants. Les jésuites y ont un collège universitaire récemment fondé. Il faut uoter que le diocèse de San-Thamé de Mchapour v son centre dans un faubourg de Madras, ct s’étend au Sud jusqu’à Pondichéry avec une annexe plus bas, le Tanjore, pris sur le Maduré. Les missions étrangères de Milan sont dans la grande ville a-vHiNB. · LMiido-Chinc comprend I parties : la Birmanie rattachée à l'empire des Indes, cl dont nous venons de parler, les Étals malais que nous étudierons avec les Indes néerlandaises. Enfin le Siam rl I*Indo-Ghine française. 1· / r Siam. Le Siam, 350000 kmq.. 8 à 9000000 d'habitants, est une terre bouddhique. Les monas­ tères sont innombrables. Le bouddhisme fait tout pour se rajeunir et calquer l’Églisc catholique. ί 931 MISSIONS D’ASIE, INDO-CHINE l.o premiers missionnaires, des Portugais, parurent au xvi* siècle ct n’eurent pas de succès. Au xvn·. Mgr Pallu et Mgr de la Mothe-Lambcrt y fondèrent la mission française, firent nouer au Siam des rela­ tio is officielles avec la France. On connaît l’ambassade de 1684, la réception magnifique que lui lit Louis XIV a Versailles, ct le sermon prononce par Fénelon à cette occasion, en la fête de l'Epiphanie. L’expédition pacifique envoyée en retour par In France se termina malheureusement par une lutte où les missionnaires furent victimes. Au xvm· siècle, lors d’une invasion birmane, les Siamois chrétiens, qui s'étaient montres bons patriotes furent â peu près extermines, ct leur évêque, Mgr Brigot, fut enmcnc en captivité. De 12 000 chrétiens qu’elle avait, la mission en gardait un millier. Il y eut des heures de persécution dans la suite (1861). Aujourd’hui tout est calme, mais les progrès sont extrêmement lents. Le vicarial compte seulement une trentaine de mille catholiques, encore sont-ils en bonne partie des Chinois ou des Anna­ mites. En 1920 un Carmel a été fondé à Bangkok. Les salesiens viennent de recevoir au Siam un ter­ ritoire (1928). 2· L’Indo-Chine française, - L’Indo-Chine fran­ çaise compte 803 000 kmq., la France et l’Italie réunies, ct dans les 20 millions d'habitants. Les quatre cinquièmes sont Annamites (Annam, Tonkin, Cochinchine). Mais il y a de plus les Kiners ou Cambodgiens qui eurent jadis une belle civilisation (les ruines d’Angkor), les Shans (Annam du Sud), les Thaïs (Laos), les Moïs ou K has, aborigènes. La religion est un mélange de bouddhisme indien et de culte des ancêtres, importation chinoise, le boud­ dhisme surtout au Cambodge, le culte des ancêtres surtout au Tonkin. Les premiers missionnaires furent au xvi· siècle des dominicains portugais. Mais l’apostolat efficace ne commença qu’avec le jésuite Alexandre de Khodes. C’est par milliers et milliers que sc faisaient les cou» versions. Expulsé en 1630, il vint en Europe deman­ der des secours et provoquer la création d’un clergé indigène, donc avoir des évêques. Les évêques que le Portugal ne donna pas furent fournis par la France, Mgr Pallu pour le Tonkin, Mgr de la Mothe-Lambcrt pour la Cochinchinc, 1659. L'histoire de la mission est celle de scs épreuves sanglantes alternant avec des périodes de paix, de scs innombrables martyrs, de la création de son clergé annamite, des interventions armées de la France pour défendre ses droits et exiger l’exécution des traités, nuis intervention régulièrement suivie d’une recru­ descence dans la persécution. Les plus violentes de ces tempêtes furent celles de Minh-mangen I833.de Thleu-trl, en 1813. de Tu-Duc en 1867, 1869. 1873, 1885. De 1833 à 1886 on évalue à 90 000 le nombre des chrétiens massacrés. La complète du Tonkin amena, comme représailles, la mort do ‘20 missionnaires. 30 prêtres annamites ct 50 000 chrétiens. Lu paix conclue, le calme revint ct l’Eglise anna­ mite et tonkinoise reprit sa marche en avant. Aujourd’hui, sauf les vicariats des dominicains espa· g lois, toutes les Eglises sont sous la direction des prêtres des missions étrangères de Paris. 1 Le Cambodge. — 2 700 000 hab. Les cambodgiens, descendants des anciens Kmers sont de religion bouddhique, agriculteurs ou pêcheurs, durs à la fati­ gue, mais paisibles, avec une certaine tlerté. Leur capi­ tale. Pn Penh, est le siège du vicarial apost· tique détaché en 1850 de celui de la Cochlnchinc occi­ dentale: 70 000 catholiques, avec 39 missionnaires européens et 65 prêtres indigènes. 2. Lu Cochinchine, la plus ancienne des possessions 1932 françaises, a 57 000 kmq. et 3 500 000 hab. dont 2 600 000 Annamites, le reste Cambodgiens, Chinois, Shans el Malais. Le vicaire apostolique réside â lu capitale, Saigon, Cholon tout à côté, est une grosse ville chinoise de commerçants actifs 81 200 catholi­ ques, 35 missionnaires européens, 90 prêtres indigènes. 3. L'empire d'Annam, - 180 000 kmq, et •1900 000 hab. dont 90 % Annamites. Les autres, les < sauvages », sont les aborigènes, parmi lesquels la tribu bien connue des < Moïs », Leur religion est un mélange de bouddhisme, de culte des ancêtres ct de confucianisme. De petite taille, robustes, actifs, intelligents, vaniteux, agriculteurs et cultivateurs de riz, ils sont aussi très aptes aux travaux indus­ triels. Deux vicariats apostoliques, celui de Qui-Nhon, avec 52 missionnaires français, 85 prêtres indigènes et 67 300 catholiques, et celui de Hué avec 69 700 catholiques, 35 missionnaires français ct 85 prêtres indigènes. I. Le Laos, — Les laotiens, 3 500 000, se ratta­ chent a ht race des Thaïs, du I laut-Tonkin ct du Siam, mais fortement métissés par des croisements avec les races voisines. Ils sont apathiques, peu reli­ gieux. et cependant très superstitieux, de mœurs très faciles, pratiquant les mariages éphémères. Le vica­ rial apostolique a son siège à Nong-Scng, 11 n’y a que 16 250 catholiques. La mission compte 30 mission­ naires européens ct 3 prêtres indigènes. 5. Le Tonkin sc partage en deux régions bien dis­ tinctes : le Has-Tonkin, très fertile, el qui évolue rapidement avec scs 300 habitants au kmq., tous annamites, ses rivières, scs mines de charbon ct ses multiples usines, et le Haut-Tonkin. monlueux, habité par 500000 » sauvages» de race thaï, chinoise ou thibélaine. Au point de vue religieux, le Tonkin c< mprend les vicariats de Vinh, Phal-Dicm, Ihing-iioa ct Hanoï, confiés aux Missions étrangères de Paris; de BuiChU, itaïphong et Bac-Ninh, sous la direction des dominicains espagnols, ct la préfecture apostolique de Langson, évangélisée par les dominicains de la province de France. Vinh compte 137 51 I catholiques avec 29 mission­ naires français, 155 prêtres indigènes; Phai-Dtem, 125 000 catholiques, 36 missionnaires français, 113 prêtres indigènes; Hung-Hoa. 35 000 catholiques, 22 missionnaires européens, 33 prêtres indigènes; Hanoi, 151000 catholiques, 36 missionnaires européens. 136 prêtres indigènes; Bul-Chu, 300 000 catholiques, 27 dominicains. 160 prêtres indigènes; Haiphong, 83 113 catholiques, 19 dominicains, 58 prêtres indi­ gènes; Hac-Xinh, 12 500 catholiques, tl dominicains. 36 prêtres indigènes. Langson en tin, 1 280 catholiques, 12 dominicains, t prêtres indigènes. Au total, au Tonkin. 877 432 catholiques, 195 mis sionnaircs européens, 695 prêtres indigènes, 1 146 religieuses ct plus de 1 200 catéchistes. Et dans toute l’Indo-Chine, Tonkin compris, 1 615 000 catholiques en 13 vicariats ou préfectures apostoliques. 389 missionnaires européens. 901 prê­ tres indigènes. 1 928 catéchistes et 3 182 religieuses dont 185 européennes et 2 997 indigènes. La religion s est peu à peu dégagée de la turc de religion étranI gère, ct elle est en train de devenir une véritable reli­ gion nationale. On peut concevoir les plus belles espéI rances pour la foi L’Indo-Chine est bien une de nos missions les plus florissantes, après avoir été une des I plus persécutées. I IV, LES ETATS VALAIS, LES Z,V/»A’N Λ Λ ERL J XDAtSES, I / / s pm /.//»/·/ van, - i· Lr diocèse de Malacca comprend la péninsule malaise, ou » Etablissements des détroits», I avec i’tle et la ville de Singapour. 12», dans l’îlc de 1933 MISSIONS D’ASIE, CHINE Poulo-Pinang. 1rs pères des Missions étrangères ont leur séminaire central pour leurs missions d'ExtrêmeOrient. Sur une population de 3 500 000 liai)., on comptait 55 000 catholiques en 1926(11000 en 1923). ct 12 799 enfants dans 1rs écoles, (’.es catholiques sont en grande majorité des Chinois. C'est dans la pres­ qu'île de Malacca, que le I*. Shebesta. V. D., a décou­ vert ct étudié des peuplades primitives très curieuses par leur monothéisme, leur monogamie un peu miti­ gée et leur sentiment de la culpabilité. (Cf. Prune d'hist. des Missions, !♦» déc. 1925.) 2· Les Indes néerlandaises dont les plus grandes sont Sumatra, Java. Bornéo, Célèbes, ct les plus célè­ bres dans l'histoire des missions du xvi· siècle, les Mohiques, évangélisées par saint François-Xavier, se rattachent à l’Asie méridionale par leur sol. leur cli­ mat. leur végétation et leurs habitants. Elles mesu­ rent dans leur ensemble près de 2 millions de kmq., 58 fois l’étendue de la Hollande, à qui elles appartien­ nent presque en totalité. Jusqu'au commencement du xix· siècle, la Hollande en interdit l'entrée aux missionnaires catholiques, et les anciennes missions, sauf dans les Iles gardées par les Portugais, Florès et Timor, disparurent complète­ ment. Les prêtres romains revinrent en 1808. En 1812 fut érigé le vicariat de Batavia, ct. en 1871. il fut confié aux jésuites hollandais. Pendant longtemps, ils ne purent s’occuper que des colons européens et des catholiques vivant dans les terres cédées par le Por­ tugal. Partout ailleurs le gouvernement se montrait opposé à l’évangélisation des Javanais musulmans, el. pour ce qui est des inlidèles, il posait le principe du premier occupant. Le catholique ne pouvait aller où était le protestant et réciproquement. Peu à peu cependant la rigueur de ces principes s’atténua, ct aujourd’hui les jésuites ont pu convertir plusieurs milliers de Javanais, des musulmans et recueillir parmi eux des vocations sacerdotales et religieuses. Par ailleurs le vicarial démesuré de Batavia a été méthodiquement loti entre d’autres missionnaires, tous hollandais en 1903. Les missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun ajou­ tèrent à leur mission de Nouvelle-Guinée anglaise, la partie hollandaise de l'Ilc et les Iles voisines. Le vicarial reçu avec un millier de fidèles en a aujour­ d’hui (1926) 21 02 > 1905. Bornéo Sud est donné aux capucins. 1912. Les capucins reçoivent également Sumatra, qu’ils partagent ensuite avec les prêtres du SacréCœur de Saint-Quentin, el les pères de Plcpus. De là aujourd’hui trois préfectures : Padang, Benkoelen. Banka Billiton. 1912. Les pères du Verbe-Divin prennent à leur charge les Petites-Iles de la Sonde, y compris Florès (191 I). Le vicarial, fondé avec 55 000 chrétiens, en a maintenant plus de 90 000. 1919. Célèbes : Il 000 catholiques. L’Ilc passe aux missionnaires d'Issoudun. Enfin, .lava. L’Ilc restait aux jésuites : 35 millions d’habitants. En 1923, l'extrémité orientale fut par­ tagée entre les cannes (P. A. de Malang) el les lazaristes (P. A. de Socrabaza). Au centre de Plie, séparant deux districts restés aux Jésuites, cl qui comptent encore 6 500 000 habitants, un autre dis­ trict encore vierge a été donné aux missionnaires d'Issoudun, et un autre encore aux pères crolsicrs. Dans l’ensemble, les Indes néerlandaises ont aujour­ d’hui 180 000 catholiques partagés entre 5 vicariats, I préfectures el 4 missions. 3· Les Philippines. — Les Philippines, évangélisées au XVI· siècle par les dominicains, les franciscains, les augustins, les jésuites, ont actuellement dans les 9 millions de catholiques. C’est une Église régulière­ 1934 ment constituée, mais où il reste des terres de mission Les pèrc\ de Schcul évangélisent les Igorrotes de Luzon, encore sauvages ct païens De même les pères du Verbe-Divin. A Mindanao, le* missionnaires d’Ivsoudun sont chargés d’un district de vieux chrétiens. Mais les sauvages, les inlidèles el les musulmans ou Moros de Mindanao, 115 000 âmes, sont travaillés par les jésuites espagnols ct américains. Le diocèse de Zamboanga qui leur est confie compte 315 000 catholiques, en partie gagnés sur la barbarie par des méthodes qui ressemblent à celle des réductions du Paraguay. r. Ι.Α cm XK. - 11 millions de kmq., plus que l’Europe entière; 100 ou 110 millions d’habitants, le cinquième de la population entière du globe : la Chine est le bloc d'infidélité le plus formidable qui existe. A la Chine proprement dite, composée des 18 vieilles provinces, grande chacune comme un grand royaume d’Europe, il faut ajouter les · marches » : la Mandchourie (910 000 kmq. et 20 000 000 d'habi­ tants). la Mongolie â peu près déserte, hantée par les nomades, le Thibet encore farouchement fermé aux étrangers et que le christianisme n’a pas encore tou­ ché. si ce n’est très légèrement sur les bords. Le fond de la population, « les fils de Han », a subi au Nord le mélange des peuples apparentés aux Huns, les Mandchous, et les Monge 1s. Au sud. les Chinois se sont trouvés en contact avec des races diverses : les négroïdes, pygmées analogues à ceux de l’Afrique, les Lolos. qui semblent d’origine aryenne, etc. De là des dilTérences assez, marquées, tant au physique qu'au moral, entre Chinois du Nord ct Chinois du Sud. Cela, sans parler des dilTérences de langue : a côté du chinois classique le « mandarin », il y a le cnntonais. le fokicnois. etc., qui en diffère autant que le français de l’italien et du portugais. Pour ce qui est du caractère, « le Chinois est fon­ cièrement traditionaliste. 11 a des qualités de race qu'on ne saurait méconnaître : finesse, ferme bon sens, ingéniosité, patience, sobriété, endurance, puis­ sance d’adaptation, honnêteté dans les transactions commerciales, amour de la famille, politesse raffinée ct inlassable. Les défauts sont connus : la Chine s’est figée dans la tradition du passé cl s’est isolée le plus possible du mouvement mondial. Les 10 000 carac­ tères de son écriture, si incommodes, rendent l’élude difficile. L'élite même a toujours préféré les lettres à la science positive. Au point de vue moral. In cruauté se dissimule parfois sous la douceur, et l'amour de la famille n’empêche point, en plus d’une région, de se débarrasser des enfants, surtout des filles, en cas de gêne ou de famine ». \u point de vue religieux « on distingue d’ordinaire trois religions en Chine : le confucianisme, le taoïsme cl le bouddhisme. Il serait plus exact de dire que le Chinois n’admet qu'une seule religion, basée sur la croyance aux bons et aux mauvais esprits animant tous les êtres de l’univers. Celte religion comprend : 1· le culte des ancêtres, véritable cérémonial religieux et social de la masse de la nation; 2· le confucianisme, code moral plutôt que religieux; 3- le taoïsme ct h bouddhisme, ces deux derniers suppléant ce qui man­ que au confucianisme, quant au rituel et aux pra­ tiques extérieures, sans toutefois réclamer de leurs adhérants aucun acte doctrinal de fol religieuse ·. Mgr Boucher. Petit atlas, p. 91-92. L’Évangile fut montré d’abord à la Chine par des orientaux, des Historiens venus de Syrie (stèle de Sl-ngan-fou, découvert au Chcn-sl en 1625). H ÿ avait encore des nestoriens à Pékin au xin· siècle. A ce moment, dominait en Chine une dynastie mongole, donc étrangère C'est avec elle qu’au xiij· siècle l'Europe chrétienne entra en contact par le moyen 1935 MISSIONS D’ASIE, CHINE d’ambassadeurs du pape ct du roi de France (Jean de Pion de Carpini et Guillaume de Rubruck. O. S. F.). En 1291, un autre franciscain Jean de Monlc-Corvino arrivait â Khanbaiig (Pékin) ct y fondait une mission. En 1307, il en était l’archevêque avec deux sulïrag.rnts. La mission disparut avec la dynastie mongole à l’avènement de Mings (1368). Il non resta rien. La tentative fut reprise au xn· siècle. FrançoisXavier mourut en fare des côtes de Chine où il vou­ lait entrer (1552). Après trente ans d'efforts pour forcer une porte que la xénophobie traditionnelle des purs Chinois tenait fermée, en tin, en 1581, le jésuite Michel Ruggieri, ct en 1583, .Mathieu Ricci son confrère, obtinrent de sc fixer ù Chao-k’ing, près de Canton cl. en 1601, Ricci était à Pékin. Il Inaugu­ rait la mission moderne du Céleste Empire. Pendant une centaine d'années elle sc développa, avec la faveur, intermittente ii est vrai, des empereurs, qui utilisaient In science mathématique, astronomique, physique des missionnaires. On eut 1’illusion de croire â certaines heures que la Chine entière allait devenir chrétienne. Les jésuites espéraient lui donner tout à la fois un clergé, une hiérarchie, une liturgie indi­ gènes. .Mais certaines tolérances pour des rites qu’ils se croy.de H fondés à considérer comme purement civils, ne furent pas admises par d’autres sociétés religieuses, entrées sur leurs pas dans (’empire. D’où la querelle des rites. Voir Cm vois (ri/rs). Cc fut le point de départ de la décadence. Suivirent les persécutions, les martyres, la suppression des jésuites, la raréfaction des vocations. Et l’Eglise de Chine, qui avait en 17(10 dans les 300 000 fidèles, n’en avait plus guère que 180 000 cent ans après. l’ne phase nouvelle commence avec le régime des traités imposés Λ l’empire par les puissances étran­ gères. Ce fut d’abord celui de 1811, conclu par .M. de Lagrciié qui permettait ù tous, en Chine d’étudier ct de pratiquer la religion du Seigneur du Ciel . l’ne ccrtid ie liberté de circulation dans l’empire était concédée. En 1858, le traité de Tien-tsln confirmait I la liberté religieuse, assurait aux missionnaires la sécurité â l’intérieur, moyennant un passeport. En 1860-1865, c’est l'autorisation d’acheter des terrains au nom de la communauté chrétienne, etc. Moyen­ nant ces libertés, qui n’empêchèrent ni les procès, ni les persecutions locales, le christianisme 01 des progrès notables. En 1900, il v avait 710 000 chré­ tiens, l 750 000 en 1915, 2 139 220 en 1927. I Les gains sont très inégaux d’après les provinces : 11 000 baptisés seulement au Koang-si, mais 176 000 au Su-lchucn, 188 000 au Chan-toung, 220 000 au Kiang-sou, 650 000 au Tche-ll. Voici, pour donner une idée d’ensemble du travail missionnaire en Chine à l’heure qu’il est. 73 vicariats ou préfectures (12 en 1900), 67 évêques, 3 198 prêtres do it 1 271 Indigènes, 739 grands séminaristes et 2 121 petits. En 1926-1927, il a été administré 380 386 baptêmes, dont 56 795 d'adultes non à l'article de la mort, Γη demi-mlllon de catéchumènes attendaient leur tour. 331 orphelinats ont recueilli 19 502 garçons et filles. La Sainte-Enfance en a reçu et fait élever 60 575. 51 732 malades ont passé par les hôpitaux, etc. Les écoles de tout grade ont eu 282 602 élèves, 31 353 de moins que l’année précédente. L’enseignement supérieur n’est pas ce qu’il devrait être. Alors que les protestants multiplient les hautes écoles, les catho­ liques n’ont encore que l'université l’Aurore de Changhaf, l’école supérieure de Tlen-tsin, et l’univer­ sité de Pékin dirigées, les deux premières par les jésuites français, et l’autre par les bénédictins d’Amérique Respectivement 150, 126 cl 160 élèves. Presque toutes les nations catholiques ont part ù l’apostolat chinois. Λ eux seuls, les mlssk n mûres 193« français administrent près d’un million et demi de Chinois catholiques. Dix-scpl sociétés religieuses sc I partagent les vicariats : jésuites, franciscains, domî nicains, lazaristes, séminaires de Paris, de Milan, de Parme, de Rome, pères de Schcut, pères du VerbeDivin, bénédictins de Sainte-Odile, capucins, salésiens, sans parler de ceux (pii n’ont pas encore de territoires autonomes. Pour conclure, cinq vicariats, strictement indigènes, sous des évêques chinois, ont clé créés en 1926. l’n peu auparavant, en 1921, s’était tenu à Chang-hnl, dans l'église Saint-Ignace, le premier concile plénier de Chine sous la présidence du délégué apostolique. Mais qu*esl-cc encore que tout cela, au prix de 100 000 000 d'âmes païennes qui restent? C’est û peine si le bloc infidèle a été égratigné. El les difficultés sont loin de s’être atténuées La traditionnelle xénophobie des Chinois, qui s'était en 1899 traduite par l’insurrection des Boxeurs, laquelle fit tant de victimes parmi les chrétiens, s’es·, trans­ formée en un nationalisme exaspéré, qui veut suppri­ mer tous les traités, faire litière des droits acquh et des dettes contractées, chasser les étrangers, etc. Si, dans la révision des traités, ces idées prévalent, ce sera la lin de la propriété chrétienne en Chine. Mais de plus, l'influence russe a introduit les principes communistes, avec leurs négations religieuses. Les vieux cultes confucianiste ct bouddhiste ne seront plus cultes d’Etat : mais ils seront, ils sont déjè dans les écoles, remplacés par un culte soi-disant civil du Lénine chinois, Sun-wen, lequel risque de prendre des allures superstitieuses. L’avenir de l’Eglise de Chine est loin d’être rassurant. De s< n côté le SaintSiège fait cc qu'il peut (lettre de Pie Xî aux vicaires apostoliques de Chine, 15 juin 1925: consécration des évêques chinois; message au peuple. c hi lois, 3 août 1928) pour désolidariser l'apostolat des tendantes nationalistes et impérialistes des puissances. Il est impossible d’entrer dans le détail des 73 Eglises de Chine, et de montrer l'originalité de chacun de leurs groupes. Disons seulement en général leur point de départ hisloricpie. Longtemps le seul évêché de Macao (1575) engloba la Chine entière. En 1690 furent créés les dioceses de Pékin ct de Nankin. Le titulaire de ce dernier sièg·’ fut le seul prêtre chinois qui existât alors, la domi­ nicain Grégoire Lo. En 1696, pour alléger la lâche des trois évêques, furent pris sur Macao, le vicariat du Koei-lchéeu, du Su-lchucn, du Yun-nan; sur Nankin, ceux du Fo-kien, du Hou-koming, du Kiang-sl, du Tche-klang; sur Pékin, celui du (Lhensi-Chansi. Tous théoriquement de\aient avec le temps devenir diocèses. Le programme, vu les malheurs u Hokkaido au Nord, Hondo ou Nippon, la plus importante au («entre, Shikoku, ct Kius-hu au Sud. Autour sc groupent près de 500 petites lies habitées. La surface est de 382 000 kinq ct la popula­ tion qui se multiplie d’une manière extraordinaire, de 00 000 000. Les habitants sont remarquablement intelligents, travailleurs, persévérants et sûrement une des races les mieux douées du monde Ils sont à la fois traditionalistes, fidèles aux vieilles coutumes de leurs ancêtres ct amis du progrès intellectuel ct matériel. Sur cc dernier peint ils ne le cèdent à per­ sonne. Les Ainos de Ycso semblent être les abori­ gènes, de mœurs primitives, chasseurs ou pêcheurs. Les Japonais ou Nippons sont venus vraisemblable­ ment de Sibérie, on ne sait à quelle époque, ct s’appa­ rentent aux Finnois, aux Mongols, aux Huns, etc. La religion nationale est le shintoîsme, le che­ min des dieux ·, religion sans dogme ni morale, qui revient au culte de la nature, des kamis protecteurs du clan, des ancêtres, des grands hommes divinisés. Le shinto, longtemps un peu éclipsé par h· boud­ dhisme, a repris son importance depuis la revolution qui a transformé le Japon. Il devient religion natio­ nale cl nationaliste, encore que les politiques affectent de dire qu’il n’est pas religion du tout, mais simple ensemble de cérémonies civiles. La vérité est qu’il est pétri de superstition. Par son identification avec le sentiment national, il constitue pour le christia­ nisme un obstacle considérable, analogue à celui du confucianisme en ( hine, et de l’iiindouismc dans l’Inde. Quant au bouddhisme, importation coréenne cl chinoise, il est aujourd'hui la religion pcpulaire, mais qui fait tout pour se moderniser et devenir scien­ tifique. C'est h· 15 août 1319 (pie saint François-Xavier aborda au Japon avec deux de ses frères ct 3 néo­ phytes japonais. Il ne semble pas que le christia­ nisme ait été prêché auparavant dans l’archipel. Du moins il n’en est pas trace. Le saint s’établit à Kago­ shima au sud de Plie Kiu-shu : au bout d'un an. il avait ccnverli une centaine de personnes. Quand deux ans après il partit pour rentrer aux Indes, puis péné­ trer en Chine (1551), il laissait I ou 5 groupes de 1 500 à 2 000 chrétiens. Ses successeurs en un demi-siècle, baptisèrent, dit-on, 2 millions de personnes, et PÉgUsc du Japon, à son apogée, semble n’avoir pas compté loin d’un million de fidèles. Mais, sous l’impulsion des bonzes bouddhistes qui poussaient les shoguns, sorte de maires du palais, une persécution furieuse éclata qui dura cinquante ans. Le Japon fut fermé aux étrangers et l’on put croire son Eglise entière­ ment détruite. C’était méconnaître Phérolsme des chrétiens japo­ nais qui surent, nombreux, mourir pour leur fol. et leur constance qui la conserva vivante. Quand, en 1853, les Etnts-1 nis eurent forcé les portes du Japon cl noué avec lui des relations amicales; quand, en 1858. la France obtint pour ses missionnaires le droit d’occu­ per le vicariat apostolique de Nagasaki, que Grégoire goire XVI avait vainement essayé d’organiser quel «pies années auparavant, on découvrit plus de 10 0Û0 chrétiens restés en secret fidèles pendant 250 ans, sans prêtre, sans culte, sans sacrements Eux aussi connurent de nouvelles persécutions. Mais enfin la liberté s’établit définitivement en 1874, ct Mgr Petit­ jean pouvait alors accuser 15 000 chrétiens, répartis en 8 paroisses et 61 chrétientés. Le catholicisme ne progresse que lentement au Japon. Il a contre lui, dans le peuple, les calomnies répandues deux siècles durant, les tracasseries des petits magistrats, l’espionnage des familles, etc. La liberté du culte existe dans la loi, mais est contrecarrée par les mœurs. Dans la société instruite, les obstacles 193 S viennent du shintofsme officiel qui impose scs rites, cl aussi des idées rationalistes qui prévalent dans les universités : car toutes les philosophies du vieux monde européen, sont enseignées au Japon. Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il n’y ait pas encore 100 000 catholiques (les protestants ont un |k*u plus progressé). Le Japon actuellement est constitué en province ecclésiastique avec Tokio pour métropole. Donc un archevêché. I évêchés dont un tout Indi­ gène (Nagasaki, sous Mgr Hayasaka); un vicariat apostolique confié aux jésuites allemands, 5 préfec­ tures, et quelques missions pas encore autonomes. Travaillent dans ces églises, h s prêtres des Mis­ sions étrangères de Paris, les jésuites (université catholique de Tokio. fondée en 1908), les pères du Verbe-Divin, les dominicains, les franciscains, les salésiens, les marianistes (collèges) et aussi les dames de Saint-Maur ct du Sacré-Cœur, cl les sœurs de SaintPaul de Chartres. 2· Les annexes. — 1. La Corte (220 000 kmq, lu moitié de la France, 19 500 000 habitants). A la religion animiste des premiers temps vint sc joindre ure imitation du culte officiel chinois, offrande aux esprits, aux ancêtres, à Confucius, puis, au iv· siècle, le bouddhisme. Le bouddhisme ayant décliné depuis le xv· siècle par suite d’un changement de dynastie, il a été relevé par les Japonais, qui v ont ajouté le shintoïsme. Et le résultat de ce mélange, accentué pur l’indifférence officielle des écoles, c’est une sorte d’agnosticisme. Il est à craindre que les beaux jours du catholicisme ne soient passés en Corée. Il y était entré à la lin du xvm· siècle. Des lettrés avant lu les livres chinois du P Biccl allèrent se faire instruire à Pékin. Ils en revinrent convaincus, prê­ chèrent leur foi nouvelle ct groupèrent près tic lu (Mm néophytes sans prêtres ni sacrements. D'effrayantes persecutions tentèrent à plusieurs reprises d’arrêter ce mouvement et d étouffer la nouvelle Eglise dans le sang. Les chrétiens coréens, dont 75 ont été béa­ tifiés avec leur évêque, Mgr Imbert.cn 1925, furent héroïques. La persecution continua jusqu’en 1866. La paix se rétablit enfin. L’Eglise de (’.orée compte en cc moment 110 000 chrétiens, en 3 vicariats et une préfecture; deux confiés aux Missions étrangères de Paris (Taïku ct Séoul), un aux bénédictins de Sainte-Odile (Wonsan), une aux pères de Mars knoll (Pengyang ou Hpyeng-an). 2. L'tle Formose fut évangélisée par les domini­ cains dès l’année 1626 ct ensuite abandonnée. Les missionnaires ne revinrent qu’en 1869, ct la prefec­ ture actuelle date de 1913. Il n’y a encore que 5 501 chrétiens sur 3 967 869 habitants. 3. Les (les Mariannes, Carolines et Marshall, mises par le traite de Versailles sous mandai japonais, ont dans l’ensemble 11700 catholiques, contre 1150O protestants ct 22 700 infidèles. Le vicarial fonde en 1911 et confié alors aux capucins allemands, a passé en 1920 aux jésuites espagnols (les Marshall, en 1921. appartenaient aux missionnaires allemands du SacréCœur). A ces missions il faudrait ajouter celles qui s or­ ganisent nu Brésil (Etat de Saà Paulo) en faveur des emigres japonais, missions très encouragées par le gouvernement de Tokio, <|ui y voit son avantage. 111. I i s missions i»’ \i juoüi . Dès le m· siècle de notre ère, l’Afrique romaine, du Nil au détroit de Gibraltar était semée d'Egliscs chrétiennes. Il v avait plus de 800 évêchés autour des sièges d’Alexan­ drie ct de Carthage. L’Eglise africaine fut riche en saints, martyrs, évêques, docteurs ct moines. Sur­ vint l’invasion vandale, puis la conquête byzantine qui ralentit la ruine déjà commencée. Celte ruine fut consommée par l’invasion musulmane, cl au xni· siècle 1939 MISSIONS D’AFRIQUE des anciennes Églises de Numidie, de Mauritanie, de Cyrénaïque, il ne restait rien. Seuls les Q>ptcs monoplivsitcs d’Égypte cl surtout d’Abyssinie avalent résiste. Pendant tout le Moyen Age l’Afrique resta fermée â l'apostolat. Cependant dès le xiv siècle des dominicains remon­ taient le Nil jusqu’en Abyssinie. Des moines français établissaient des comptoirs sur les côtes de Guinée. Au xv*. les Portugais paraissent dans la Gambie ct au Sierru-Lconc, et «les prêtres avec eux. En 1536 le pipe sacrait évêque un noir du Congo, qui malheu­ reusement mourut avant de rentrer dans sa patrie. Dès le temps de saint Ignace les jésuites fondaient une mission au Congo. En 1590 était créé le diocèse d'Angola, qui parait avoir prospéré. Mais le déclin religieux du Portugal amena le déclin de ces Églises noires, tant à l’ouest qu’à l’est du continent. Au xix· siècle tout était à recommencer. Par contre, dès le xvn* le calvinisme s’était installé au Cap avec les Hollandais (les Doers du Transvaal). Les dates suivantes marquent les premières étapes du nouvel apostolat africain : en 1839, arrivée des lazaristes en Éthiopie: en 1812, des oblats de Marie au Natal; cn 1813, des pères du Saint-Esprit dai s l’Afrique occidentale, en 1815 des jésuites aux portes de Madagascar; en 1816 dus capucins chez les Gallas, en 1863 des pères du Saint-Esprit en Afrique orien­ tale; cn 1868. des pères des Missions de Lyon sur les côtes de Guinée; en 1872, des pères de Vérone au Soudan. Vers ce temps-là, commencent les grandes explorations de Livingstone, de Stanley, de Brazza, etc. Les missionnaires suivent. En 1879, les jésuites sont dans la Hhodésie actuelle, et les pères blancs sur les grands lacs. A partir de 1887, la création des colonies allemandes provoque l’envoi d’autres mission­ naires. En 1888. commence l’évangélisation métho­ dique du Congo belge. Depuis ce moment les Églises se sont multipliées en Afrique. Actuellement il y a dans le continent 13 évêchés latins, 3 de rite oriental, 65 vicariats. 10 préfectures, 1 prélature nullius. /. A'.tr^/qCA Λ/r/..srj/jA du son/).- - Au Nord, et Jusque vers le 15· degré, l’Afrique est à peu près exclusivement livrée à l'Islam. I.es conversions y sont très rares. La population chrétienne est toute européenne ou (cn Egypte) de rite oriental. Quand arrivera-t-on à entraîner la masse musulmane? Il v faudra des siècles encore peut-être. Pour le moment, tout ce qu’on peut faire, c’est, pour ainsi dire, l’amol­ lir par le contact des vertus cl de l’éducation catholi­ que. Heureux encore si ce travail de longue patience n’était pas compromis sans cesse par l’indifférence religieuse des Européens! l'L'tigijpte. -Sur 12 500 000 habitants, 11 250 000 sont matiométans. GO 000 Israelites, 15 000 protes­ tants. surtout anglais. 800 000 schismatiques orien­ taux du rite copte, restes des antiques Églises de saint Athanasc ct de saint Cyrille : 25 000 sont rentrés dans l'unité. Il y a pour les latins des vicariats : celui iVÜgypte rt celui du Canal de Suez, confiés aux franciscains, ct celui du Delta, aux pères des Missions de Lyon. Les coptes ont un patriarcat (Alexandrie) et deux évêchés, llrrmopolts Magna ou Minia, et Thèbes, Les arméniens ont également un évêque. Les franciscains ct les jésuites travaillent aussi chez les coptes de l.i Haute-Égypte Les jésuites ont de plus leur collège du Caire. De nombreuses congrégations surtout fran­ çaises. lazaristes, frères des Écoles chrétiennes, filles de la Charité, dames du Bon-Pasteur, dames de Slon. etc . contribuent, comme on l’a dit, â < assainir l’atmosphère *. Tout musulman qu’il est, le gouver­ nement est très favcrable à l'influence catholique. 19ί0 2* An Tripolitaine ou Libye, colonie italienne depuis 1912, comprend, avec la Cyrénaïque, 900 000 kmq. et 778 000 habitants, dont 19 000 catholiques, ct à peu près autant de schismatiques : le reste musulman. La préfecture apostolique y est confiée aux franciscains; 3* En Tunisie et en Algérie, la hiérarchie catho­ lique normale est constituée, mais, vu la population musulmane, on peut encore les tenir pour pays de missions. En Tunisie, l’archevêché de Carthage, fondé avant la lin du n· siècle, puis disparu, fut rétabli sur la demande de .Mgr Lavigerie. La haute figure du cardi­ nal domine toutes les œuvres apostoliques de cette région. En Algérie, sur 5 800 000 habitants, t 970 000 sont musulmans, 80 000 juifs. 750 000 européens, catholi­ ques pour la plupart. L'apostolat chez les infidèles y a été, dès le début de l’occupation française, contre­ carré par le gouvernement, qui affectait de redouter les explosions de fanatisme. I.es pères blancs cepen­ dant ont pu constituer une mission surtout scolaire, chez les Kabyles: mais les Kabyles sont à peine musul­ mans. A l’Algérie se rattache la préfecture apostolique de Gardaïa, créée par les pères blancs en 1901. cl qui compte 3 117 catholiques sur une population de 403 112 habitants. De Gardflfa dépend Tamanrasset, célèbre par le séjour et la mort du Père de Foucault, le marabout * chrétien qui gagnait les musulmans pur l’héroïsme de ses vertus. 4· Le Maroc, 15 000 kmq., 5 100 000 habitants, , pas beaucoup plus de 7 000 catholiques, et euro­ péens. Depuis le temps du saint François d‘Assise, les franciscains ont sur le Maroc une sorte de monopole apostolique. Le vicariat apostolique du Maroc cl dr Tanger, constitué en 1908 est aux pères espagnols, H celui de Rabat (1921) aux pères français. If. DU MAHOC AU CONGO. L'aPHIQUE OCCIDENTALE, Au-dessous de celte large bande côtière se continue le monde musulman, mais plus ou moins mêlé d’élé­ ments fétichistes. Et c’est encore un problème angois­ sant que celui de la conquête de l’Afrique noire par ΓIslam. Tout ce que l’Islam gagne est perdu pour des siècles par le christianisme. Dans ces régions, c’est parmi les fétichistes exclusivement que se font les conversions : 1· Le Sahara occidental, nu Mauritanie, entre le Maroc et la Sénégambie, immense pays désert, où vivent 261 170 habitants seulement, dont 189 000 Maures, mélange de Berbères et d’Arabes; le reste, Sénégalais (Oulof et Toucouluurs). Les Maures sont nomades, divisés en tribus guerrières, de sectes musul­ manes fanatiques, monogames : chez eux la femme jouit d’une grande autorité. La Mauritanie dépend du V. Λ. du Sénégambie, 2· l.r Sénégal. - Il servit, peut-être dès lu xiv·*siè­ cle, d’escale aux marins normands sc rendant au Bré­ sil. S’il est encore français, c'est grAce aux pères du Saint-Esprit, qui sont là depuis 1813. Les noirs y appartiennent aux groupes suivants : les Petihls, pasteurs sédentaires; les Toucouleurs résultant du croisement des l’eulhs et de leurs voisins, tribus guer­ rières : les Oulofs. les Mandingues, commerçants émé­ rites, tous musulmans. Ont résisté à l'Islam, les Sérères, noirs pacifiori- I gènes, les groupes mandé, mélange de Nigritiens et de Bantous (Bambaras, Malinkés. Soninkcs. etc.). (L’est I chez ces derniers que se font les e< nversions. Deux vicariats : Bamako à 1* Ouest, Ouagadougou a l’Est et les deux préfectures de Navronqo et de Bobo· Dioulasso. Les pères blancs ont là 8 350 fidèles. Déjà un petit séminaire a été ouvert à Katl. Les mission- | noires sont à l’espoir. •1“ La côte occidentale, du Sénégal au Niger, -Du Sénégal aux bouche^ du Niger, la côte sc morcelle en multiples colonies, où musulmans ct païens se mêlent en proportions très inégales. Guinée portugaise, 5 Ô00 catholiques, relève du (Lap Vert. Guinée française, V. A. 1920 : pères du Saint-Esprit. Sierra Leone, V. A. 1858 : pères du Saint-Esprit; Colonie anglaise où abondent toutes les variétés de protestants. De même dans la république noire de I iberiu (P A. 1903) fondée par les États-l nis pour les nègres émancipés d'Amérique. Nous entrons ici dans le domaine des pères des Missions africaines de Lyon. Il comprend, outre la Liberia, la Côte-d'l voire (V. A. 1911) colonie française, avec à l’intérieur hi P. A. de Koroko (1911), la Côte de TOr, colonie anglaise, com­ prenant 2 vicariats : Côte de l’Or, (1901) et BassrVolta (1923); le Togo, naguère colonie allemande, aujourd’hui partage entre la Erance et l’Angleterre, naguère cultivé par les pères du Verbe-Divin. (V. A. 1911): le Dahomey (V. A. 1901), colonie fran­ çaise, le Lagos dans la Cote de Bénin, colonie anglaise (V A. 1861); en lin la colonie anglaise de la Nigeria, un des pays de l’Afrique du Nord où le protestantisme est le plus florissant. La Nigeria occidentale (V. A. 1919) et Voricntate (P. A 1911) complètent le domaine des missionnaires de Lyon. \vcc la Nigeria méri­ dionale recommence celui des pères du Saint-Esprit. Dans toute celle région côtière, les IG millions de noirs, purs nègres pour la plupart, sont cn majorité fétichistes, généralement agriculteurs paisibles. Plu­ sieurs cependant sont d’humeur belliqueuse (les \chnntls par exemple) et ont été pour les européens des adversaires redoutables. L’élément musulman est nombreux, mais non prédominant. Cependant tous les centres du littoral ont leurs mosquées. Il y avait 890 musulmans nu Lagos.cn 1863, il y cn a 20000 aujourd’hui. En général la population résiste à la propagande, elle reste fétichiste. Seule la Nigeria du Sud a été plus sérieusement islamisée 5· Cameroun et Guinée, 'l’oute la région com­ prise entre le Niger, le Tchad. l’Oubanghi, le Congo cl l'Océan est, sauf quelques enclaves, confiée aux Pères du Saint-Esprit. Le mahométisme domine dans le Nord, ct, à mesure qu’on descend vers le Sud, l’animisme prévaut. Dr même. Nlgrltlens nu Nord. Bantous au centre ct nu Sud. On entre à l’Ouest par le Cameroun dans le domaine linguistique des Ban- 1942 tous. lequel sc termine, dans Je Sud-africain, au fleuve Orange. I.a se pratiquait cn grand, comme au Congo belge, le commerce des esclaves, spécialité atroce des Arabes musulmans. Naguère colonie cl mission allemande, le Cameroun n dû passer des pères pallottins, congrégation ilaloallcmnndc, aux missionnaires du pays voisin. C’est la plus forte Eglise de l’Afrique équatoriale, aujourd’hui partagée entre les pères du Saint-Esprit ct les pères du Sacré-Cœur pour la partie française, ct pour la partie anglaise, les pères de Mill-Hill. Beçue avec déjà 28 ou 30 000 fidèles, elle en a maintenant 131 000. Descendant encore la côte, nous trouvons, mêlés à d’autres colt nies les débris des anciennes possessions espagnoles ct portugaises, l'fie meurtrière de Fer­ nando l*o (Espagne), la Guinée espagnole. Hic et diocèse de Saint-Thomas (Portugal), puis la Guinée française (V. A. 1920), le Loango (V. A. 1886), français également, où les pères du Saint-Esprit cultivent des chrétientés qui remontent aux capucins du xvn· siècle. Le Landana (P. A. 1865) sc rattache, par-dessus l'embouchure du (Longo, aux missions portugaises. ZZZ. Z./..S Tunis COSGiK - · 1· Le Congo français. Le Loango nous introduit au Congo français, vaste région qui, par l’Oubanghi. appartient au bassin du Longo, et par le Chari à celui du lac Tchad. Il faut rappeler ici le souvenir de Mgr Augouard, V « évêque des anthropophages ». l’n vicariat (1890) celui de VOubanghi ou de Brazzanilte ct une préfecture (1909), celle de VOubanghi-Chari. Dans l’ensemble, la prpulation est fétichiste, mais au nord l’Islam descend peu ù peu. Il ne manque pas dr tribus encore absolument grossières. Beaucoup sont décimées par la maladie du sommeil, comme aussi celles du Congo belge. Dans ce milieu, peu rassurant souvent, l’évangélisation a commencé seulement vers 1880, et a gagné dans les 23 000 fidèles. Les mission­ naires sont les pères du Saint-Esprit. 2° Le Congo belge, · - La vaste colonie belge du centre africain est, au point de vue apostolique, caractérisée par la méthode qui a présidé à la prise de possession par l’Evangile de cc pays barbare Dès avant la création de l’État indépendant, les pères blancs occupaient le vicariat du Haut-Congo, une de leurs premières fondations (1880). En 1888 le SaintSiège créa pour le nouvel état le vicariat du Congo belge ct le confia aux pères de Scheut. Le lotissement commença quatre ans après par le Kwango, donné aux jésuites. Puis la Belgique catholique fit appel à toutes ses forces religieuses, 'foutes les congréga­ tions de prêtres, de frères, de sieurs furent amenées à collaborer à l'œuvre commune. Jamais pareil ensemble n’avalt été réalisé. Vcici la liste des missions par ordre de date de fondation : 1880. Haut-Congo, pères blancs, V. A.. 1880. 1888, I.éopoldidlle, pères de Scheut, V. A., 1882; 1892, Kirango, jésuites, V. A., 1927; 1898. Guetta occidental, auj. Buta, prémontrés. V A., 1921; 1901, Haut-Kassal, pères de Scheut. V. A., 1917; 1901. .Stantrij Faits, prêtres du Sacré-Cœur (Saint-Quentin), \ A ,1908; 1910» Katanga, bénedn lins. P V. 1910; 1911, Ouella oriental, auj. Niangara, dominicains, \ X . 1924; 1911, Oubanghi belge, capucins. P. A . 1911; 1911, Matadi, rédemptoristes. P. A., 1911; 1911, ΚαηΙαψι septentrional, pères du Saint-Esprit, P. A., 1911 ; 1912, Kouanda, pères blancs, V. A., 1912; 1919, Nouvelle· Anvers, pères de Scheut, V. A., 1919; 1920, Ouella occid.-sept., auj. Hondo, pères croisiers, P. A. 1926; 1922, Ouroundi, pères blancs, V. A. 1922; 1922, Lac Albert, pères blancs. P. A.» 1922; 1922. Lutta et Katanga centrât, franciscains. P. A., 1922; 1921, Thsuapa, auj. Cogu ilhats-in He. miss, du SacréCœur d’Issoudun, P. A., 1921; 1925, Luaputa supé­ 19'·3 MISSIONS D’À FBIQU E rieur, sa lest cm. P. V. 1925; 1926. Basangusa, miss, dc Mill-Hill, P. A.» 1926. Le Congo belge, (2 500 000 kmq.. 11 000 000 d’ha­ bitants) est peuple de tribus bantoucs, auxquelles se mêlent quelques négrilns, tribus très variées dc mœurs cl de langues, généralement agricoles, mais décimées elles aussi par la maladie du sommeil. Le personnel missionnaire est d’environ 100 prêtres, sans compter les frères et les religieuses. Il y a dans les 100 000 baptisés et 2 ou 300 000 catéchumènes. Des séminaires indigènes ont été fondés, et promet­ tent pour un temps peu éloigné de bonnes recrues au sacerdoce. Mais la rivalité protestante est ardente: 25 sociétés, de toutes nations, emploient plus de 600 missionnaires etrangers, aidés d’un personnel de I 500 auxiliaires. Ils ont plus de 2 500 écoles! 3· Congo portugais ou Angola. · La grande colonie portugaise avait au xvn· et au xvni· siècle de fortes Églises fondées par les jésuites et les capucins. Le philosophisme cl la révolution ont tout détruit. Il est impossible dc savoir au juste en quoi consiste le diocèse de Santa-Cruz de Hcino de Angola, autrement dit Samt-Paul-de-Loanda. fondé en 1596. IA Annuaire pontifiai! enregistre encore 1 million de catholiques sur 2 millions d habitants (1928, p. 190); le P Arens désespérant sans doute d’arriver à rien de précis, se contente dc mettre un point d’interrogation. Les missions, confiées aux pères du Saint-Esprit. sont la préfecture de Landana, au nord des bouches du Congo, la mission de Lounda, la préfecture de Cubango (Angola on I luute-Clmbébaslc) et la mission de f.ounène. Environ 180 000 catholiques. Le Portugal, (pii sembla longtemps sc désintéresser de scs missions, recommence ù les protéger, un peu pour résister à la propagande anglo-protestante. /I. L'AFRHiVK AUSTRALE. — L’Afrique australe comprend, avec l’t’nion du Sud africain, un certain nombre de colonies cl de protectorats anglais. L’élé­ ment européen est boér, c’est-à-dire hollandais, ct anglais. Jusqu’au fleuve Orange et au Limpopo, se prolonge le pays bantou (Cafrcs. Zoulnus, Basoutos, Bcchuanas). El dessous l’on trouve, mêles aux Bantous. les restes des peuples autochtones, Hottentots et Bushmen. Le protestantisme a Ici une grande avance. Les Bocrs. dès le xvn* siècle, ont appt rlé le calvinisme mais ne semblent pas l’avoir beaucoup propagé chez les indige tes. Le sont les Anglais qui ont fourni aux noirs leurs premiers missionnaires. Cependant, dès le xvr siècle, les jésuites el les dominicains avaient porte la foi sur le Zambèze (Monomolapa). Ccs mis­ sions ont eu le sort de celles dc l’Angola. La région est restée ou est redevenue païenne. On |M»rlr à 9 millions le nombre des noirs, contre I million et demi de blancs, et plusieurs centaines de mille asiatiques, l’ne véritable invasion musulmane arrive par Zanzibar et le Mozambique. Est-il vrai, qu’au Cap il y a jusqu’à 24 mosquées ? l’ne des difllcultés de l’apostolat, surtout dans l’tnion sud-africaine, c’est le préjugé de race. Toute une législation, soi-disant pour défendre la race · supé­ rieure ». tend à parquer les gens de couleur, quelque Intelligents et assimilés qu’ils soient, dans leur caste, dans les métiers inférieurs, et à contrecarrer leur élévation sociale el économique. Le catholicisme n'a pu entrer au Cap qu’en 1837, et jusqu’en 1872 une loi du Transvaal condamnait a mort tout prêtre catholique qui oserait pénétrer sur le sol de la République. L’Églisc d’Angleterre ne compte pas moins de 13 évêchés, cl un clergé de 60 > pasteurs. L’Église catholique tâche dc regagner le terrain perdu en multipliant les circonscriptions ecclésiastiques, ct en envoyant des missionnaires 1944 plus nombreux, spécialement des .Allemands restés sans travail depuis la guerre. . Continuant à longer la côte occidentale, nous trouvons les anciennes possessions allemandes, Haue· Cirnbdbasie et Grand Xamaqtialand, confiés aux oblats de Marie et de Saint-brançois de Sales. Puis dans la colonie du Cap. les oblats de Saint-François de Sales ont le vicariat du /'leave Orange; le clergé séculier est nu vicariat du Cap occidental. les Pallol tins au Cap central (P.); Garicp (P.), aux prêtres du Sacré-Cœur de .Saint-Quentin (allemands). Au Cap oriental, avec le clergé séculier travaillent des jésuites et des missionnaires de Muriannhill. Au .Nord, l’ancien vicariat de Natal, aux pères oblats de Marie, a été successivement allégé du V. Λ de Muriannhill. un de plus florissants dc l’Afrique aus­ trale, du Swaziland (P.), donné aux servitos, du Zou· louland (V. -/:.sj j/WU/L · Déjà, dans les missions précédentes, l'élément musulman se mêle à la population. Dans ce qu’il reste à signaler, i) domine, ct c’est assez dire que nous revenons aux régions stériles, Soudan égyptien, Darfour. Kordofan, etc. Sur la cote, les missionnaires de Turin ont un V.,A. a Mogadiscio (Bénadir); les capucins au Somaliland anglais, cl à Djibouti. Dans l’ancienne Nubie, le Soudan égyptien, les missionnaires de Vérone ont le V. A. de Khartoum. Dans toutes ces Églises le nombre de chrétiens est infime. Mais au milieu de cette mer d infidélité, se dresse l’ile chrétienne, hérétique hélas' dc l’ancienne Ethiopic. Ethiopie centrale est aux lazaristes, V Erythrée, colonie italienne, aux capucins. A coté, la mission des Gallas qu'administrent les capucins français, s’adresse a une race intelligente cl Here, hostile à 1* Islam, et qui pourrait bien avoir été chrétienne autrefois. Il semble qu’on parviendra à y constituer un sérieux clergé indi­ gène. Ce sont les (iallas encore qu’on trouve dans la préfecture de Ka/Ja. aux missionnaires de Turin. Le nombre des catholiques est petit encore dans ces Eglises, environ 10 000, cl 32 000 sont groupés dans l’Érytiiréc. En résumé, depuis 70 ans. l’occupation de l’Afrique par l’Évangile s’est poursuivie avec méthode. Mais le tnivail préliminaire est loin d’être achevé. De tous les côtés, de larges espaces subsistent où l’on ne peut signaler ni une éc< le ni une église, (’.’est tout le cœur de l’Afrique musulmane. Mais c’csl le Mozam­ bique aussi, une partie dc l’Angola, les alentours du lac Tchad, etc. 17//. MAD.lf.ASCAK. h*AHUQl K / V.S( I.AlllP. — Il UC faut pas omettre ici les lies Seychelles, diocèse pres­ que entièrement catholicri, fièvres, phtisie pul­ monaire y font des rasages. zr. LA JuL) XMIH. — Une douzaine d’archipels, a l’Est, constituent la Polynésie, dont la race, remar­ quable par son type, se rattache aux .Malais et parait être venue du sud de l’Asie. Les Polynésiens sont intelligents, courageux, doux, artistiques, sympa­ thiques. mais mous ct pervertis plutôt qu’améliores par le contact des Européens. La Polynésie est divisée en six vicariats ct une préfecture Les missionnaires sont des maristes ct des pères de Picpus. 1· Vicariat de ΓOcéanie centrale (1812), qui comprend les Iles Tonga, protectorat anglais, ct les lies Wallis ct Futuna, protectorat français. Les maristes y comp­ tent 10 000 catholiques sur 29 609 habitants ct contre 19 000 protestants. A Tonga, les missionnaires curent à soutenir une lutte très vive avec le roi protestant, mais enfin Ils ont pu conquérir la liberté religieuse, il y a une vingtaine d’années. C’est dans l’Ile de Futuna, à Poï. que tomba le bx Chanel. le premier martyr de l’Océanie. Son sang fut une semence fé­ conde; aujourd’hui l’Ile entière est chrétienne, et a déjà fourni 13 prêtres indigènes. L'archipel des Iles Wallis est un petit paradis catholique. 2* Vicariat des Iles Fidji, possession britannique. Il fut séparé du précédent en 1863, cl est également confié aux maristes. 13 226 catholiques contre 89 000 protestants sur une population de 157 266 habitants, dispersés dans un grand nombre de petites Iles. 3· Vicariat des îles Samoa ou des Navigateurs. Situé sur la route d’Australie à San-Francisco, cet archipel fut l’objet de longues disputes entre les grandes puissances. Maloafa. un des chefs indigènes, catholique, lutta courageusement pour l’indépen­ dance de son pays. Il fut vaincu. /Aujourd’hui l’archipel est partagé entre les États-Unis, l’Angle­ terre et la Nouvelle-Zélande qui a succédé à l’Alle­ magne. Évangélisé depuis 1815 par les maristes. vicariat depuis 1850, il compte 9 061 catholiques; à peu près tout le reste de la population, 10 700 habi­ tants, est protestant. t· Préfecture des Iles Cook et Manihikt (sous pro­ tectorat anglais), créée en 1922 et confiée aux pères de Picpus. ne compte que 525 catholiques ct 9 500 pro­ testants sur une population de 13 875 habitants. 5· Vicariat drs lies Tahiti créé dès 1833, également aux pères de Picpus. comprend les Iles de Tahiti, les Iles Gambier, les Iles Touamotou, les lies Sous-leVent et l’Ile de Pâques. 11 compte 8 780 catholiques ct 17 600 protestants sur 30 000 habitants répartis dans une centaine d’Ilcs. 1951 MISSIONS, ŒUVRES f/Hc de Tahiti fut le lhAHrr de luttes acharnées entre l’Angleterre ct In France. C’est là qu’eut lieu la ameuse affaire Pritchard Mats enfin elle resta sous le protectorat français. Les ZZr.t Gambier furent également évangélisées par les piepusdens des 1831. En quelques mois toute la population était catholique, complètement retournée. Ces audacieux voleurs, traîtres, sournois, anthropo* pliages, étaient devenus cn 10 ans le peuple le plus parfait du monde . au rapport de Dumont d’Urville. Des protestants de Tahiti y causèrent «les troubles prolongés qui ne Unirent qu’en 1881 par l’annexion A la Prance. Malheureusement, là comme cn d’autres terres, l’alcoolisme et la phtisie ont fait leur œuvre : la population d’environ 2 000 en 1831 est tombée à ♦îOO aujourd’hui· Aux //es Touamolou. une longue chaîne sous marine dangereuse, dont les sommets émergent par endroits, les Mormons ont quelques disciples, mais la plus grande partie des habitants est catholique. A l’inverse, ceux des ZZrs SdUS-le-Venl sont protestants cn majorité. La très lointaine, très mystérieuse Z/r de Pâques, découverte le jour de Pâques 1772 par le hollandais Koggcwein, ne compte que 300 habi­ tants. Elle appartient au Chili. Elle est connue dans le monde ethnographique pour scs statues colossales en pierre ornées dc sculptures anciennes, ct ses tablettes d’écriture hiéroglyphique que parvint à interpréter le vicaire apostolique Mgr Janssen. 6· Vicarial apostolique des îles Marquises, - l.es plrpusslcns y arrivèrent en 1838, cl le vicariat fut érigé 10 ans après II y eut longtemps à lutter contre la sauvagerie et le cannibalism*. Puis ce fut, les euro­ péens étant survenus, contre l’alcoolisme ct même l'usage de l’opium, sans parler de l’immoralité quasi traditionnelle. Aussi l'archipel se dépeuple rapide­ ment. La tuberculose pulmonaire est en train d’en faire un cimetière. Bien qu’à Nouka-Hiva. où il y avait 17 000 habitants en 1801, il en restait 8 000 trente ans après, I 000 vers 1900. Aujourd’hui, dans toutes Içs Iles, restent 2 300 habitants dont 1 900 catholiques. 7Φ Vicarial apostolique des Z/rs Sandwich ou Hawaï. - Cet archipel, numtueux et volcanique, possession des Etats-Unis, est tout à fait à part, au nord de l’équateur, sur la roule de San-Franclsco au Japon. 320 000 habitants dont 100 000 indigènes polynésiens; le reste est formé d’émigrés de toute race : Chinois. Philippins, Malais. Japonais, Européens, Américains. Les pères de Picpus y ont fait leur première tentative, il y a cent ans (1827), cl curent à subir de la pari des protestants une longue persécution. Ils persistèrent : le vicariat fut érigé cn 1818. En 1865, lu liberté reli­ gieuse fut proclamée : le catholicisme comptait alors quelques milliers de catholiques. Le P. Arens en cnregistmit 70 000 en 1923, cl Mgr Boucher 95 900 pour 1926. N‘oublia u pas Pile de Molokai, où mourait le 15 avril 1889. l’héroïque P. Damien, après avoir été 26 ans l’apôtre des lépreux, auquel, Il faut le «lire à la gloire de Dieu, n’ont pas manqué les émules à tra­ vers le monde des missions. Total général. — Quel est. cn résumé, l’état des missions catholiques? Laissant de côté l’Europe, le Père Arms donnait pour 1923 les chiffres suivants : Asie 6 689 829 baptisés Afrique 2 66G 212 Amérique 2 650 778 Océanie / Malaisie 919 358 Philippines] Total 12 956 177 <> sont, malgré certaine précision apparente, chiffre \ N NEX ES 1952 approximatifs. D’un côté, il faudrait en déduire l’élé­ ment européen mêlé aux néophytes indigènes, un peu plus d’un million. Par contre il faudrait ajouter les catéchumènes, un million cl demi: puis grossir tout ce qui était acquis en 1923 des gains obtenus depuis. Ces gains en Chine approchent dc ! 90900. D’après les calculs du P. I louper! (Catholic Directory, Madras, 1928), de 1921 à 1926. l’Inde, y compris Ceylan cl la Birmanie, aurait passé de 2 970 103 à 3 211 711: soit en 5 ans 271 611 fidèles «le plus. La difficulté de ces comparaisons tient à l’état souvent très imparfait et disparate des statistiques, Mais l’impression d’ensemble subsiste. Le progrès est lent, mais il est continu. Sous avons vu dans une première partie l’organisation centrale et locale des missions,* dans la seconde les missionnaires eux-mêmes et leurs auxiliaires. Enfin nous avons passé cn revue le résultat dc leurs travaux. Mais ccs missionnaires ont besoin qu’on leur envoie des colla­ borateurs, qu’on leur procure des ressources matériel­ les; enfin qu’on fasse connaître au public, l’œuvre accomplie par eux. De multiples sociétés travaillent à ce triple résultat. J. Le recrutement des mission­ naires. 11. Le budget des missions (col. 1953). HL La propagande en faveur des missions (col. 1961). IV. LES ŒUVRES ANNEXES I. Lu llï.CHUn Ml X I OIS MISSIONS MK ILS. SlUlS doute, c’est l’esprit de Dieu qui recrute les apôtres, mais il utilise les movens humains. Pour ce qui est des prêtres indigènes, le recrutement est Pieuvre des missionnaires eux-mêmes. et résulte de ce long travail de patience qui choisit les enfants dès les écoles élémentaires, et. par les écoles prépa­ ratoires, le petit, le grand séminaire, les mène au terme, non sans qu’il y ait souvent un déchet consi­ dérable. Combien faut-il essaver d’enfants avant d’arriver à un prêtre? (’.e recrutement se fait lentement, et est très inégal selon les pays. En Asie, le nombre de prêtres indigènes n’est pas loin d’égaler relui des étrangers : en 1923, Ils étaient 3 833 contre 3 968 D’où résulte la possi­ bilité de commencer à établir des diocèses strictement indigènes. Dans les instituts étrangers, qui ne travaillent pas que cher, les infidèles, le recrutement missionnaire dépend de la façon dont la congrégation s’enrichit de membres nouveaux. Les supérieurs doivent pouvoir faire un choix judicieux, n’envoyer au loin que des sujets véritablement faits pour cela, et. en général des volontaires. Les anciens ordres, dans leurs règles ct constitutions, ne parlent pas dc l’envoi aux mis­ sions. Ce ministère, absolument normal, n’était cepen­ dant pas explicitement prévu. Avec les ordres men­ diants, des nouveautés se font jour. Chez les frères prêcheurs, les candidats aux missions lointaines se groupent cn une sorte de c«.agrégation à part, les pereqrinatdes propter Christum. La règle de saint François (c. xn) déclare : « Tout frère qui, inspiré dc Dieu, voudrait s’en aller chez les Sarrasins ou autres infidèles, en demandera licence au ministre provin­ cial. Si les Inférieurs font bien dc s’offrir, pourtant les supérieurs ne peuvent rien imposer. \ver les jésuites, un droit nouveau s’établit. Non seulement les proies ajoutent aux trois vœux substan­ tiels celui «l’obéir nu souverain pontife circa mis· siones. Mais les constitutions ajoutent que fi voti obrdirntiir, tous ceux qui «ml fait ce vœu, profès, scolastiques, coadjuteurs, doivent accepter d’être envoyés aux missions, si le père général le juge oppor­ tun. t.ettc même disposition est. croyons-nous, accep­ tée par les dominicains depuis une trentaine d’années. Quant aux congrégations exclusivement missions 1953 MISSIONS, R ESSO U R CES noires, U va de sol que le fait d‘\ être accepté comoortr de la part des sujets et des supérieurs, le devoir et le droit réciproques dc l’envoi aux missions. Les sujets, il faut se les attirer. Les souverains pontifes exhortent les évêques à se montrer généreux en la matière (Encyd. dc Benoit X\ . Maximum illud., Acta apost. Sedis, 1919, J). 152-153). De leur côté, les congrégations s’ingénient pour avoir des écoles ou l’on éprouve dc jeunes enfants ayant quelques signes de vocation. En 1923, d’après les statistiques du P. Arens, les capucins avaient Jusqu'à 65 de ces maisons avec 2 911 élèves Venaient ensuite les aalésielis (37 ct I 820), les pères du Saint-Esprit (20 ct 1285). les oblats dc Marie (18 ct 1225). Les écoles ont cette caractéristique qu’elles prépa­ rent les enfants â la société qui les entretient. Mais les écoles apostoliques de la Compagnie dc Jésus, fondées en 1865, par le P. dc Foresla, sont très différentes. Elles préparent les enfants pour toutes les congréga­ tions qu’ils choisiront librement, et qui consentiront à les accueillir. Il n’y a aucun monopole en faveur dc la Compagnie de Jésus. Ils iront chez les franciscains, les pères blancs, au séminaire des Missions étrangères de Paris, etc., selon que l’esprit de Dieu les poussera. La première école fut celle d’Avignon, puis vint le tour d’Amiens (1868). de Poitiers (1865). de Turn­ hout en Belgique (1871), de Bordeaux (1872), dc Üôlc (1877. réunie à Avignon en 1881). de Boulogne (1879, réunie â Amiens en 1880), de Monaco, de Mongrel! en Irlande. D’autres ont été fondées cn Portugal. Espagne, Autriche, à Naples, au Brésil, cn Colombie, au Maduré, à l’Equateur. Plusieurs parmi celles de France ont dû émigrer à l’étranger. A l’heure qu’il est. la France cn compte quatre sur onze. Celle d'Amiens a été transférée à blorenncs cn Belgique; celle d’Avignon en Italie, puis à Concise (Thonon); celle de Bordeaux à Victoria (Espagne); celle de Poitiers n’a pas bougé. Apres cinquante ans. les 5 premières écoles, à elles seules, avaient fourni plus dc 1 800 prêtres ou aspi­ rants à la prêtrise, répartis en 30 instituts, dissé­ minés sur tous les points du globe, ct remplissant dans les missions les charges les plus importantes, y compris celles de vicaires apostoliques. Au Maduré. sur 193 missionnaires. 161 sortent de ces écoles IL Le iiudget des missions. - Aux missions, il faut des ressources cn argent. La préparation des apôtres, leurs voyages, leur entretien, leur soula­ gement dans la maladie ou la vieillesse, puis la construction ct le soin des églises, des écoles, des presbytères, des hôpitaux, l’entretien des auxiliaires religieux, religieuses et laïques, instituteurs, domes­ tiques. etc,, etc., tout cela exige un budget fixe. Or. ce que les missions peuvent avpir en fait de fonda­ tions. de rentes, est peu dc chose. Autrefois, certains gouvernements (Portugal. Espagne, France) faisaient une partie des frais... Maintenant c’est sur le public catholique qu’il faut compter, donc sur la charité privée. De là des œuvres multiples, parmi lesquelles il faut mettre au premier rang les quatre grandes œuvres pontificales, spécialement adoptées par le Saint-Siège, ct dont le caractère essentiel est la catholicité. /. Λ/Γ5 M. l’abbé Corman, qui pose ce problème (Hulletin de Γ Union du clergé, Bruxelles, janvier 1928, p. 31). répond en faisant observer : 1· que sur le marché mondial, le franc or a beaucoup perdu de sa puis­ sance d’achat. Aux États-Unis, ou suffisait un dollar, il faut 1.60 dollar. Incontestablement des millions de nos francs-or d’aujourd’hui vont se perdre dans le gouffre ouvert par la dépréciation générale de la monnaie or elle-même; 2" il faut tenir compte de la multiplication des missions à soutenir, 70 en Chine au lieu de 18. 10 au Japon au lieu de 6, sans parler des missions en formation, qui, elles aussi, émargent au bugdcl; 3· donnons un exemple concret. Les 13 missions de Γ Indo-Chlne et du Siam recevaient. ! en 1912. Ι6Ο 119 francs-or; en 1926 elles n’en rcçolI vent plus que 102 348 A l’ordinaire (1 569 160 lires) I cl 17 135 il l’extraordinaire (185 000 lires) ou 4 19 783 au total, soit une différence en moins de 10 666. Cette différence serait minime n’était le déchet autrement important dû ù la chute du franc-cr lui-même. Sans doute ces missions anciennes, s’appuyant sur les vieux chrétiens, ont des ressources que les missions récentes n ont pas encore, mais elles sont, d’autre part, arrivées à un tournant décisif de leur histoire, ct, loin de pouvoir se passer de l’aide du dehors, elles auraient besoin de ressources plus abondantes, de même origine, pour activer la formation d’une élite A la hauteur, ct hâter l’éclosion d'Églises indigènes. D’où il résulte que h s missions de 1912 n’ont pas encore retrouvé leur soutien d'avanl-guerrv ; il n’y a donc pas lieu de sc laisser méduser par les chiffres de valeur si différente. · Ce (pii fait ressortir singulièrement celte pauvreté de nos missions catholiques, c’est l'abondance dans laquelle vivent les missionnaires protestants, la richesse de leurs installations et de leurs œuvrvs. Voici, pour 1923, d'après le World missionary atlas, publié ù Ncw-Vork, en 1925. le relevé des missions pro testantes ; 46 230 500 lires Océanie ...................................... Asie ......................................... 26 781 100 — 1 1 806 300 Afrique......................................... Europe ...................................... 365 018 300 · Amérique.................................... 1 015 962 000 Total 1 495 801 200 lins (963 MISSIONS, PROPAGANDE EN LEUR l'AVEl H Beaucoup disent : les protestants sont plus riches que les catholiques. Cela peut être vrai, surtout depuis la dernière guerre qui a singulièrement enrichi les nations anglaises ct nord-américaines. Mais il y a des catholiques en nombre respectable aux États-Unis, et il y a de la fortune également chez les catho­ liques. Cc ne peut donc être là qu’une raison partielle, insuffisante pour expliquer une telle différence. Les catholiques, ajoute-t-on, en particulier les catholiques de France, doivent soutenir de leur argent leur clergé, les œuvres religieuses, leurs œuvres d'en­ seignement et de bienfaisance, tandis que l'Égllsc établie en Angleterre, par exemple, est très riche­ ment dotée ct peut se montrer généreuse au lieu de recourir à la générosité de ses membres. Oui, mais ceux que l’on appelle les · dissenters », méthodistes, weslcyens, baptistes, etc., doivent pour­ voir aux mêmes besoins religieux de culte, d'ensei­ gnement ct de bienfaisance, ct ils sont aussi géné­ reux pour leurs missions que les anglicans. Que l'on ne dise pas non plus que c’est l’Élat qui paie ces missions étrangères si utiles pour consolider ct étendre son influence» L’Étal peut bien fournir quelques subventions, non pas aux missions - aux­ quelles il ne donne rien en tant que missions — mais à des écoles, à des asiles, à des hôpitaux, à des dispensaires. Seulement, en général, il donne aux œuvres catholiques aussi bien qu’aux œuvres pro­ testantes. La raison de cette différence est surtout en ce fait que, dans le monde protestant, tout le monde s’inté­ resse aux missions, tout le monde leur donne, et les banques et sociétés diverses, cl les entreprises indus­ trielles el commerciales, cl les riches cl les pauvres, ceux qui pratiquent leur religion ct ceux qui ne la pratiquent pas. tandis que dans les nations catholi­ ques, en France, en particulier, ce ne sont que les catholiques pratiquants ct fervents, ct parmi eux,sur­ tout les petites gens, les adhérents à la Propagation ., paru en 1909 à Steyl, ct V Atlas hierarchicus du même (1913) ne sont qu’in· I Λ 1967 MISSIONS, PROPAGANDE EN LEIHI I ' \ V E (T |{ complètement remplace par le Testo e atlante di grogra/ia ecclesiastica c missionaria de Algr Gramma­ tica. Bergame, 1927. I.c Petit atlas des missions de Mgr Boucher (Paris, 1928) répond au besoin du publie ordinaire de s’orienter parmi le dédale des églises. La seule histoire générale des missions qui soit scientifique est celle du professeur Schmldlin. Kutholische Missionsgcschichte, Steyl. 1921. Il s’en publie une traductkn italienne. Auparavant nous n'avions que la grosse histoire du banni Henrion. 1815; le Dictionnaire des missions catholiques, par Lacroix et E. de DJunkowsky, Aligne, 1863-1861, le volume de Louvet, Les missions catholiques au A’/.V· siècle, Lyon, 1891, et dans Piolet, les Missions catholiques françaises au X/.V siècle, 6 Vol.. 1902, l'introduction par E. Lamy. Voir un résumé à l’article Propagation de l'Evangile, dans le Diet, apologétique du P. d’Alès. On a multiplié les publications de documents. Citons entre autres. V Archivum franciscanum, ct VArchivio Ibero-Americano, édités par l’ordre fran­ ciscain; les Monumenta historica Societatis Jesu (Monumenta Xancriana, 2 vol.); les Iterum aethiopicarum scriptores occidentales inediti a siccato .V/Γ ad XIX, par le P. C. Beccari. 11 vol., Home, 1903-191 I; les Opere sloriche del p. Matteo Picei, par le P. Tacchi Venturi. 2 vol.. Macerata, 1911-1913. La Hiblioteca biobibliografica delta Terra sunlu e dclT Oriente /ran­ citea no du P. Girolamo Golubovich. Ο. I·’. AL. résume l'histoire franciscaine dans le Levant. I vol., 19061921, Quaracchi. B. G. Thwaites a réédité en 73 volumes, Cleveland, 1896-1901, les Jesuit relations, and allied documents (Delations de la Nouvelle-France, etc,, etc.) A.Babbath. S. J., Documents inédits pour servir à Thistoire du christianisme en Orient. ParisBeyrouth. 1905-1921; Otto Maas, Cartas de China. Documentas ineditos sobre lus missiones franciscanas del siglo A i //, Séville, 1917 (2 séries), etc., etc. Les dlscrs ordres et sociétés de missionnaires écri­ vent l’histoire générale de leurs œuvres en pays infi­ dèles. I Le P. Marcellino de Clvczza. de 1857 à 1895, avait I édité la Storia universale délie missioni /rancescani de 1212 à 1800 (Koine, Prato cl Florence). Œuvre insufllsamment critique, que permettra de corriger le livre du P. Léonard Lemmens. O. E. M.. (ieschichtr der Franziskanerm^slonen, Munster, 1928. Le I1. Clemente (le Tcrzorlo a donné en 1913 le premier volume d’une histoire de grande envergure, les Missioni dei minori cappucini dont les 5 premiers tomes ne parlent encore que de l’Europe ct de la Tur­ quie (1913 1919). AL A. Launay. M. IL, a publié l'Histoire générale de la Société des missions étrangères, 3 vol., Paris, 1891. i avec un volume supplémentaire de documents, et en 1901, le Mémorial de la Soc. des M, E., en 2 volumes. Des anciennes missions de in Compagnie de Jésus, on trouvera une histoire sommaire, dans le livre du P. .1. Brucker, La Compagnie de Jésus, esquisse de son institut et de son histoire, Paris, 1919, ct celle des missions modernes, dans A. Brou, Les jésuites mis­ sionnaires au XIX· siècle, Bruxelles. 1908. Quant aux histoires des missions particulières, Il faut renoncer à en donner même une énumération sommaire. III. PltèblCATlOX*. ΛΛ J/J/.V/..S Il P. H MI8MOXX. Cette littérature de plus en plus riche n’est cepen­ dant pas â la portée de tous. Or ce sont tous les chré­ tiens qui sont appelés â prendre part au mouvement missionnaire. Reste donc la parole et tout ce qui parle aux yeux. Ici nous avons l’exemple de la Hollande. Dans aucun pays, l’idée missionnaire n’a pris racine comine dans ce pays où l’on ne compte 1968 pourtant que 2 509909 catholiques, et qui fournil plus de missionnaires et plus d’aumônes aux missions que bien d’autres contrées, où les catholiques sont deux et trois fols plus nombreux. .Mais aussi dan» aucun autre pays, les prédications sur les mission», les journées de missions, les expositions particulières de missions ne sont aussi multipliées. Le catholique hollandais vit dans une atmosphère de missions. I n autre fait n’est pas moins significatif. Il y a 3 ou I ans, l’Italie ne donnait que 1 590 000 lires à In Propagation de la foi; or elle en a donné 5 009 000 en 1927, venant la seconde sur la liste après les État*· Unis et avant la France qui n’a donné (pie I 660 000 lires. C’est (pie Mgr Drago, directeur général de la Propagation de la foi, envoie toute l’année cinq ou six missionnaires prêcher et faire connaître les mis­ sions. Aussi partout s’organisent et se multiplient les semaines de missions, les journées de missions, les expositions de missions sous l’initiative, eu des con­ grégations elles-mêmes, ou de VUnlo clcri, ou de la Propagation de la foi. Le Siint-Pèrc a officiellement consacré ces initiatives, en institutuant pour toute l’Église, le Dimanche dr la Propagation de la foi, huit jours avant la fêle du Chrlst-rol, journée consa­ crée par des prédications, des prières, des quêtes en faveur des missions. Quant aux expositions, rappelons seulement celle du Vatican, en 1925. dont le succès dépassa les espé­ rances du souverain pontife (pii en avait pris l’ini­ tiative. Elle a marqué un tournant dans l’histoire des missions. Et. pour que les fruits pratiques de celle grande manifestation ne soient pas perdus, le musée missionnaire du Latran a comme extrait de l’expo­ sition tout son contenu scientifique en ethnographie et missiologic. L'organisateur principal a été le P. Schmidt, S. V. 1)., le fondateur de V Anthropos. Par ailleurs celle exposition est imitée partout. Tandis que les semaines des missions attirent aux sermons, aux conférences, aux films des mission­ naires le public fidèle, il se presse devant les stands de l’exposition pleins de tableaux Instructifs, de carles, de statistiques et d’objets pittoresques don­ nant une idée des peuples évangélisés. Plus impor­ tante sera l'exposition nationale de Barcelone annon­ cée pour 1929. Les missions trouvent aussi leurs places dans les expositions universelles cl coloniales. Celles là les font connaître à un public que n’attirerait pas l'étiquette religieuse des autres cl (fui cependant est capable de s’y intéresser, industriels, commerçants, hommes d’af­ faires. Γη premier essai a été fait en 1999 a l’exposi­ tion universelle de Paris, sur la demande expresse du cardinal Richard; plusieurs assurent que ce fut aussi sur le désir de Léon XIII. Un comité lança une sous­ cription qui fournit les fonds nécessaires, et un pavil­ lon fut consacré aux missions dans le jardin du Trncadéro. L'Idée n’a été reprise que bien des années après,à Nice en 1926,à la Bochelle en 1927, dans des expositions coloniales. Elle sera reprise encore en 1931 à l'exposition coloniale Internationale de Paris Ces grandes manifestations collectives sont indis­ pensables pour créer et entretenir le mouvement d’ensemble en faveur des missions. Les initiatives privées ou celles des sociétés particulières n’y sulliraient pas. Et c’est précisément une des raisons d'être de cette l 'nio cleri, qui met nu service des mis­ sions cette grande force Modale qu'est le clergé calho· I llque. n. iM.XHBiaxEMEXr v/.ss/o.v \aihi -Tout cela n’est pas sulDsant encore Tous ccs faits, toute cette activité du présent et du passé peut et doit devenir I matière de science, cl cette science cil· -même peut et 1969 MISSIONS, PROPAGANDE EN LEUR FAVEUR dolr réagir, pour l’éclairer, sur le travail des ouvriers. De la ci* qu'on appelle aujourd'hui la missiologie. I· Le mouvement est parti d'Allemagne· Le prince Louis de Lowenstein, nu congrès des catholique» tenu à Breslau en 1909. sur les missions, étudia le moyen de créer un Institut de recherches scient!tiques dans ce domaine jusque-là laissé aux initiatives privées Il fut créé à Berlin le 1 moi 1922, Dîm internationale Institut /tir missiomavLwnschaltllchr Forschungen. Deux sections le composent : l’une décide des tra­ vaux à entreprendre, l’autre détermine l’emploi des cotisations. Alors fut fondée la /.ritschri/t /dr Missionswissenscha/t, dont le programme comportait l’his­ toire, la statistique, la géographie, la théorie des mis­ sions. En même temps furent inaugurées des publi­ cations préparées avec soin, parmi lesquelles il suffit île signaler la Jiibllotheea missionum du P. IL Streit Enfin des cours de missiologie furent ouverts par le professeur Schmldlin, à Cologne, puis â Munster. D’autres cours et conférences se font encore en d'autres villes. 2« Vers le même temps se fondaient les Semaines d'ethnologie. L'ethnologie et la linguistique étant à l’ordre du jour, ayant leur importance marquée dans l'apologétique chrétienne, et par ailleurs les mis­ sionnaires étant mieux placés que quiconque pour pousser loin ces études, dont ils sont les premiers à proliter, le P. W. Schmidt, S. V D., en 1906, avait fondé la revue Anthropos, qui prit tout de suite l’allure d’une publication scientifique de premier ordre. Une bibliothèque la compléta. qui compta assez vite une douzaine d’ouvrages. SS. Pie XI donna au P. Schmidt le moyen d’organiser des missions scienti liques chez les primitifs de la Terre de l 'eu, du centre africain, de la péninsule malaise. Cela ne suffisait pas, ct, dès 1912. en collaboration avec le regretté P. Bouvier. S. J., le même savant organisait les Semaines d'ethnologie, Louvain, 1912 cl 1913, Tilburg en Hollande, 1922, Molding près de Vienne, chez les pères de Steil, 1923; Milan, 1926. Le but est, par un rapprochement entre les ethnologues et les mission­ naires, d'initier ces derniers aux questions d'ethno­ logie et de religion comparées, pour pouvoir faire euxmêmes des observations sur les usages, les cultes, les croyances des peuples qu'ils évangélisent 3° /.rs semaines de missiologie de Louvain. — Elles mit été inaugurées en septembre 1923 pour les mis­ sionnaires, les sœurs ct les aspirants aux missions. Depuis, elles se sont renouvelées tous les ans sous la direction d’un conseil dont le président est le H. P. l’Irix, des pères blancs, et le secrétaire, le P. H. Charles, S. .1. L’objet est de mettre en commun, sur un sujet donné, les expériences des missionnaires, en s'attachant de près aux enseignements et aux direc­ tions venus de Home. Les sujets traités jusqu’ici ont été, pour ne parler que de ceux qui ont fourni la matière de compte rendus imprimés, les Aspirations indigènes rt les missions (1925), Autour du problème de l'adaptation (1926). Les elites tn pays de mission (1927), L'dmc des peuples à évangéliser (1928). La semaine de 1928 réunit 5(H) participants appartenant à 27 nationalités. A Louvain encore, s’est constituée une firme d’édi­ tion très active pour les missions Elle a public déjà des ouvrages de valeur, dont la traduction française du manuel du P. \rens. De là sortent aussi les petites brochures intitulées Xaveriana en français ct en fla­ mand, d’allure populaire et vivante, ct les Dossiers d'action missionnaire, mensuels, qui finiront par cons­ tituer un traité complet de missiologie. Enfin deux chaires de missiologie ont été fondées a I I Université, dont les premiers titulaires ont été .M. (1. Goyau et le P. Charles, S. J. 1970 1« En France, il faut signaler les conférences faites a l’institut catholique de Paris sou» la direction de V Union missionnaire du clergé. Elles ont commencé en 1923 1921, ct forment déjà 5 volumes. Olui dr 1926-1927 est consacré à L'Islam et les missions. Celui de 1927-1928 A l’action civilisatrice des mis­ sions. En 1928, 1rs retraites intellectuelles de Juillv, orga­ nisées par M. Maurice Vauxsard.ont été consacrées à des entretiens sur les missions et les questions mis­ sionnaires. La Société des amis des missions, fondée en 1923, a pour objet de · faire connaître nos missions au grand public qui les ignore, pour les défendre, les recommander à l’occasion, leur créer une atmosphère favorable, cl développer les études sur leur histoire ct leurs méthodes. Pour cela elle voudrait organiser une bibliothèque publique de missiologie. Elle com­ munique à la presse les études que réclament les ques­ tions du jour. Elle fait donner des conférences, publie la Hernie d’histoire des missions; elle a com­ mencé la publication de livres historiques sur ce sujet, documents inédits, mémoires, etc.; cela sous la direction de M. G. Goyau. Elle a fondé à l'institut catholique une chaire d'ethnologie et d’histoire des missions, cette dernière confiée à M. Goyau. Enfin elle s'est occupée de célébrer certaines fêtes, le cen­ tenaire du cardinal Lavigeric, la réception des évê­ ques chinois, en 1927 et de Mgr Hayazaka l’année suivante. 5· Il v aurait d’autres manifestations de l'esprit missionnaire partout grandissant à signaler, spécia­ lement les Congrès internationaux. Le premier s'est tenu en septembre-octobre 1927 à Poznan (Poscn). en Pologne : il comprenait I sections, celles des prêtres, des étudiants, des professeurs, «les congré­ ganistes. Il a ouvert des perspectives nouvelles au recrutement missionnaire, et travaillé à une orga­ nisation toujours plus méthodique des œuvres mis­ sionnaire». En septembre 1928 s'est tenu un autre congrès semblable à Würzbourg. Conclusion» — Nous avons, dans ce qui précède, essayé de donner une idée des missions catholiques, telles qu’elles fonctionnent et sc développent ? l’heure actuelle Nous sommes loin d'avoir tout dit Mais ce qui ressort de cet ensemble, c'est que. de plus en plus, l'apostolat de l’Église sur »cs frontières va s’organi­ sant. Si la création de la Propagande, en 1622, a été sur ce point une de ccs dates qui marquent un tournant, les pontificats de Benoit XV ct de Pic XI n'auront pas pour l'histoire une importance moindre. En celte matière, comme en tout, S. S. Pic XI agit en homme qui sait clairement ce qu'il veut, qui le veut énergi­ quement cl prend le» moyens pour arriver au but. Il a sa politique missionnaire très arrêtée : pousser avec suite le lotissement des terres à ouvrir devant ΓÉvan­ gile. appeler le ban cl l'arrière-ban des ouvriers dis­ ponibles. multiplier les vicariats pour rendre l'occu­ pation plus ctTcctivc, cl venir ù la création non pas seulement du clergé, mal» de l'épiscopat indigène, afin (pie les mission» fassent un pas de plus vers leur évo­ lution normale, la création d'Égliscs autonomes trou­ vant en elles-mêmes leurs ressources essentielles, par ailleurs, dégager de plus en plu» les missions do toute espèce de nationalisme étranger, accentuer le supra­ nationalisme de l’apostolat (Lt tires aux èorgues de Chine, 15 juin 1928, réduction, pour ne pas dire abo­ lition, du Patronat portugais, etc.). L'instrument de la pensée pontificale, la Propa­ gande, est fortement dirigé, sûr de lui-même, de scs méthodes, de scs fins, de sa marche. La Propagande tend à concentrer tous scs moyens pour leur donner MISSIONS 1971 avec plus d'unité, un rendement plus marqué (réor­ ganisation de la Propagation de la /ai). Dès lors les missions ont un budget, qui est loin de suffire encore aux besoins, mais qui augmente, une armée de mis­ sionnaires qui grossit d’année en année (en 1923, 1 623 prêtres de plus qu'en 1918); un clergé indi­ gène en formation île tous les côtés et déjà assez found çà et là pour aboutir à la création d'évêchés chinois, indiens, japonais, en attendant les autres; enfin une population totale de chrétiens de missions, toujours cn progrès. Le P. Arens donne les chiffres suivants : 1918 1923 En Asie........................... En Afrique..................... En Amérique................. En Océanie..................... 6 097 881 1 873 636 1 890 000 873 991 6 687 823 2 666 212 2 650 678 959 328 10 615 508 12 961 011 Soit, cn 5 ans, une augmentation de 2 318 589, plus de 450 000 par année, et sans doute, la proportion est restée la même depuis. Mais ne nous faisons pas de ce progrès une idée exagérée. Cc qui est réalisée n’est rien au prix de ce qui reste à faire. A côté des pays officiellement évan­ gélisés, où l’Église est connue, sinon acceptée, com­ bien où elle est pratiquement ignorée. Au nord-est de l'Europe les. pays Scandinaves. A l’est, les deux blocs énormes du inonde russe cl du monde musul­ Situation géographique Nom offielel de la mission Érection 1972 man, rebelles à tous les efforts de l’Evangile. Plus loin toujours deux autres blocs d’infidélité plus rvdûu tables encore, où se trouvent les mission*» les plus anciennes, celles où l'on a le plus travaillé, où cc semble, on a obtenu les plus beaux succès, le bloc hin­ dou et le bloc chinois, mais où les communautés catho liques apparaissent plus noyées que partout ailleuh dans les masses profondes du paganisme. Aux Indes 3 000 006 de catholiques contre 320 000 000 d’infi­ dèles; 2 100 000 en Chine contre 150 000 000; 2ΟΟΌΟ0 dans l'empire japonais, tout compris, contre 80 000 000; 100 000dans l’Insuiinde contre 50 000 000; 1 600 000 dans l'Indo-Chine contre 25 000 000. Puis des territoires inabordables, le Thibet, l’Afganistan, le Turkestan; toute la masse musulmane d’Afrique sur laquelle le christianisme n’a aucune prise. Assurément, au point de vue matériel, la tâche des missionnaires est facilitée par la rapidité des com­ munications et des correspondances, par un certain confortable qui pénètre un peu partout, mais les difficultés me raies restent les mêmes quand elles ne s’accentuent pas. A celles (pii depuis les origines sont venues des scandales donnés par les colons européens, à celles que multiplie la propagande protestante tous les jours plus forte, admirablement organisée cl armée d’un budget formidable, s’ajoute de tous les côtés, l'instinct nationalisle, souvent aveugle, par­ fois exaspéré par l’impérialisme étranger. L’Église n'est pas au bout des luttes qu’elle doit soutenir sur ses frontières. Mais Confidite., ego oici mundum. Missionnaires Population totale ( Jithnliques Clergé 2 731 620 5 800 510 3 260 000 97 800 3 169 OOO 2 328 017 1 526 830 3 200 3 125 22 662 ·>4 2 000 108 1 19 17 613 ? ? ·> ·> 155 1 100 000 555 201 282 996 1 000 o j0 201 ooo 215 557 131 921 20 000 360 72 130 15 280 000 3 500 2, EEUROPE· 1. Pays nij Nom» : Norvège. N. et Spitzbcrg Suède. Su de· Danemark. Danemark. Islande. Islande. I Finlande. Finlande. Allem. sept. Allemagne. Schleswig-I lolsl. I ’ V.A. V.A. \ \ P.A. V.A. \ \ P.A. 1892. 1783. 1892. 1923. 1920. w II s. 1868. Séculiers, 1868 Prémontrés, 1819. Comp. de Marie. 1923. Prêt, du S.-Cœur, 1920. Séculiers — 1 ' 1 2. YoruosL A vie : Bosnie. Herzégovine Serbie. Monténégro Vrhbosna (Sara­ jevo). A.D. 1881. D. 1881. Banjaluka. Mostar. D. 1881. Scopljé (l’skub). D. 1921. Anllvarl (Stari A.D. 1031. Bit). 1 Séculiers. Franciscains. Séculiers. 1 * Au total la Yougoslavie comptait,en 1927, 1 735 151 catholiques du rite latin et 11 597 du rite byzantin. N. B. - 1. Ne sont enregistrées ici que les missions relevant de la Propagande. Les Églises dépen­ dant des Congrégations consistoriale et orientale sont omises, par exemple, en Houmanie’les diocèses latins et ceux du rite roumain. 2. A côté des séculiers cl des religieux spécialement chargés d une mission, d'autres religieux travail­ lent, qui ne sont pas mentionnés ici ; jésuites en Bosnie, assoinptlonnislcs en Bulgarie, lazaristes àl Salonlque, etc . etc. 3. Les données statistiques sont en général empruntées a l’atlas de Mgr Grammatica et se réfèrent par conséquent à l’année 1926 ou 1927. L A D. ■ Archidiocèsc. D. Diocèse. V.A Vicariat apostolique. P.A. Préfecture apostolique. AA \bbaye Nulliuv M Mission. 5 Ixsdates sont souvent approximatives, ('.elles qui suiven t l'indication A.D..D., V.A., etc., désignent I. point de départ de la situation présente de la mission ou de l’Églisc,·abstraction faite des étals antérieurs. Celles qui suivent a mention des missionnaire, indiquent leur entrée dans le pays. 1976 MISSIONS 1973 1 Situation géographique Nom oil le Ici de ta mission Missionnaire* Érection Catho- ] (.lcrgr 1 liqUC* Population totale 1 r" II 1 I i 1 EUROPE (Suite) 3. Albanie Scutari (Scodra). /Messio (Lissus). Pulati. Sarda (Sappa). Durazzo. Oroschi. 1886. I) 1385. I) 877? I). 1376. Séculiers. 80 000 9 • Franciscains, 1888 ? 23 500 200 000 9 Total 28 116 837 13 927 11 925 12 839 15 927 58 11 13 28 18 86 901 116 •L Boum ami: : Valachie ct Do· 6 000 000 Séculiers. Bu k a rosi. A.D. 1883. broudja. 5 300 000 D. 1881. Jassv. Moldavie. 4 * 500 000 catholiques orientaux; 1 000 000 catholiques latins. Roumanie 70 ooo 100 000 36 50 5. Buloaiui D. 1789. Nicopoli. Solia et Philippo­ V.A. 1759. poli. Passion nistes, 1781. 1 500 000 15 000 Capucins, 1811. 2 ooo 000 21 0(H) Séculiers I 500 000 20 000 ? I 2 200 000 11 000 260 000 5 000 000 000 000 000 1 070 8 000 200 180 15 9 650 200 2 618 13 6. TunQUiK d’EviioM Thrace. 7. Gbèce Grèce. Mer Ionienne. Mer Égée. (Constantinople. |V.A. 1863. et ► Anciiii’i i. : Athènes. A.D. 1875. Séculiers. Corfou. Zante et —» A.D. 1310. Céphalnnic. Naxos. Tinos el • Mikonos. D 1522. I). 1350?. Syra et Milos. ■ ■■ Sanlorin. D. 1201. —w D. xm· s. Chios. Possessions bri­ tanniques. Candie ((’.rete). Pos. italiennes. Rhodes et 1 ><»décanèse. D 1871. P.A. 1897. Capucins, 1615. Franciscains, 1719. 36 28 20 121 99 860 13 1 650 1 ? PROCHE-ORIENT Les Églises suivantes, dans le Proche-Orient, dépendent de la Propagande, mais le chi lire des enthn liques est celui des catholiques de tous rites (Grammatica, etc.). Syrie. Palestine. Irak. Asie Mineure. Smyrne. AIcp. .Jérusalem. Bagdad. Perse. Arabie. Ispahan. Aden. Anatolie. V.A. \νιι· s. Séculiers et autres. ■■ M A.D. 1818. Ordres divers. V.A. 1762. Pair. 1817. Dominicains, 1750. A.D. 1712. Carmes, 1721. Lazaristes, 1810. \.D. 1910. Capucins, 1850. V.A. 1888. ra Custodio de Terre-Sainte remonte à 1233 1 1 500 000 —O 2 791 000 773 387 2 850 000 ■— 9 500 000 200 000 16 000? Λ 311 000 33 803 18 000? ■■ * 5 292 1 500 ? ? 9 4 9 MISSIONS 1.975 Situation géographique Nom oillcirl de la mission Erection 1976 Population totale .Missionnaires l’ri'trc» ( uitholique* étranger» Indigûic» I INDE ANGLAISE 1 1. REGION DU NORD. A. Province de Simla : Punjab. Simla. A.D. 1910. Capucins, 1711. Lahore. D. 1886. 1711 . Punjab. Kaf. et Kash- Kaliristan et hmir. Kashmir. P.A. •1887. .Mill-Hill, 1887. B, Province Prov. unies. Rajputana. Rajputana. d’Agra 5 090 650 16 711 000 14 39 2·102 33 012 5 000? J 12 000 000 14? : Agra. Ajmcr. Allahabad. .’A.D. 1886. Capucins, 1744. D. 1913. Capucins. 1714. D. 1886. Capucins, 1711. C. Province de Calcutta : Bengale,Bihar « Orissa. Calcutta. A.D. 1886. Jésuites, 1831 Chota - Nag pore. ÎRanchi. D. 1927. Jésuites, 1869. Bengale. Dacca. I). 1886, P. Sic-Croix. 1853. Bengale. Chittagong. D. 1928. Bengale. Krishnagar. D. 1886. Scm. Mil. 1854. Bihar. Nord. Patna. D. 1919. Jésuites, 1919. Assam. Assam. P.A. 1889. Salés., 1922. 20 063 000 12 666 000 23 439 000 10 902 7 169 9 252 1 l 3 3 156 38 28 1 22 18 G 35 760 17 985 500 8 27 32 25 f 203 100 500 000 000 000 259 000 013 000 1 12 000 10 600 7 000 17 800 6 100 8 380 G 000 000 6 000 000 2 000 000 11 968 63 112 2 1 568 21 40 30 11 32 12 088 1 10 10 570 550 1 251 670 2 323 500 1 912 000 1 000 000 128 OOO1 25 100 11 1 160 9 160 216 020 81 000 II 21 24 10 127 1 19 19 112 2 332 112 1 000 000 330 000 326 690 91 330 1 18 213 10? 1 1? 99 70 2 000 000 88 53 1 12 67 1 180 000 1 17 700 120 100 35 ooo 175 600 11 8 16 25 8 / D. Birmanie : (Mandaley). (Rangoon). (Toungoo). B. septentr. B. mérid. B. orientale. V.A. 1870. Séin. Paris, 1856 ■■■ VA 1870. V.A. 1868. Séin.Milan,1866 2. RÉGION DU DEKAN A. Province de Bombay Prcsld. deBom­ ba v. Bomba v. Poona. Côte BKi lu bare Mangalore. Calicut. Maduré, Trichlnopoly. Maduré. Tutlcorin. AJ). 1). I). 1). I). D. 1886. 1886. 1886. 1923. 188G. 1926. Jésuites, 1856. Sécul. indig. Jésuites, 1879. Jésuites, 1837. Sécul. Indig. B. Province de Goa : (’.ôte Ouest. Goa. AJ). 1533. Séculiers indig. I). 188. Dnmnô, suppr. Cote malabarc Mellapour. I). 1558. Madras et Ma­ duré. 1). 1606. Cochin. • • —· €. Province d’Ernakulam : Emakulam. AJ). Malabar Trichur. D. Knttayam. 1). Changanachery 1). 1923. Séculiers indig. 1923. Syro-Malabnrs. 1923. 1926. 56 30 186 101 57 336 1 Chlflrcs de 1927, d’après les relations des missionnaires. Les noms entre parenthèses indiquent la résidence de l’évèque nu du préfet apostolique. 37 200. avant la suppression du diocèse de Danuiô. Ajouter une centaine de prêtres goanals (Indiens), provenant du même diocèse. 1978 1977 Situation géographique Nom olllclel de la mission érection Population loin le Mlxsionnair<*% (jithollqiies Prêtre» indi­ élrnngène» Ker» INDE ANGLAISE (Suite) I). Phosince di ViΊιλροιλ Malabar. 1 250 000 J 11 I 790 1 665 000 I 200 000 20 9 000 ooo 12 000 000 61 OOO 10 100 10 23 15 000 000 1 000 0(H) 22 000 2 170 21 ·· □ io 5oo ooo Il 310 21 5 65.5 000 2 950 000 3 100 000 1 12 710 18 230 103 000 66 31 36 33 26 22 6 951 600 63 OOO 43 25 1 748 tOO 163 280 951 603 1 143 000 202 720 275 111 54.495 35 OOO 15 100 10 502 11 60 17 23 21 68 35 1662. 1833. 1662. 1665. 6 000 000 3 500 000 3 500 000 3 675 000 31080 55 500 17 318 67 565 29 33 31 36 35 6 I 3 1 71 1· IM V.A. 1811. 1662. V.A. 1659. V.A. 1850. V.A. 1846. 1666. V.A. 1901. V.A. 1678. V.A. 1895. V.A. 1818. Dom. espagn. 1676. V.A. 1848. V.A. 1883. 2 650 000 2 500 000 750 000 2 000 000 2 000 000 2 200 000 1500 000 2 295 000 1300 000 1 750 000 87 709 69 387 71 134 139 600 126 910 161 173 12 172 310 000 85 723 13 265 33 52 29 29 35 36 23 27 19 12 91 82 96 163 125 , 137 31 166 65 <7 1 ■■ IH !■ ■■ |· 1· IH !■ IH IH P.A. 1913. 1 )om. français. 191 L 250 000 Total................................................ 31870 000 2 705 10 3 J ______ _ - ------Ί 1127 1311901 __ _____ | 1561 ]■ 1 SB IH I Verapoly. iQuilon. I). 1886. (larmes. 1650. 1886. Cannes, 1620. Province de M vdhas A.D, 1886. Mill-Hili, 1875. Pr. de Madras. Madras. l>. 1 886. Sém. Mil., 1856. Haiderabad. 1 laiderabad. 1). 1886. Miss. S.-Fr. Sa­ Inde centrale. Nagpur. les. 1815. 1 .azarist.. 1922. M. Orissa. D. 1886. Miss. S.-F. Sal. I laîdcrnbad. Vi/agapatum. 1815, F. Province de 18 20 Pondichéry : Présid. de Ma­ A.D. 1886. Sémin. Paris. 1776. Pondichéry. dras. «■M» D. 1886. Coimbatore. * «· D. 1899. Kumbaconam. Mysore (Banga­ Mvsore. I>. 1886. lore). Malacca appartient à la province de Pondichéry. OP G. Province DE CoEOMBO Ceylau. ■. I ■1 M, « — ■ Colombo. Jafnn. Kandy. » > die. l’rincomalie. AJ). 1886. Oblats de Marie 1883. 1). 1886. Obi. Mar., 1817. 1). 1886. Svlvestr., 1855. D. 1893. Jésuites, 1893. 1). 1893. Jésuites. 1893. I Population totale de l’Inde. 1921 : 319 075 131. Catholiques, 1926 : 3 135 302. Prêtres : 3 381, dont 1168 étrangers, 2 207 indigènes. INDO-CHINE1 Siam. Bangkok. Malaisie. Malacca. Laos. Nong-Seug. Cambodge. Pnom-penh. Cochinchlne occidentale. Saigon. - orientale. Qui-nhon. - sept. Hué. Tonkin mérld Vinh. - maritime Phat-diem. -occident. Ha-noï. - supér. Hung-hoa, central. Bui-chu. - oriental. Ilnï-phong, - septentr. Bac-ninh. U.ang-son et 1 Goabang. 1 V.A. 1662. Sémin. Paris. D. 1888. V.A. 1889. V.A. 1850. - 1 Poür les missions dominicaines, les chi lires sont de 1926 : pour les autres de 1927-192?. MISSIONS 1979 Erection ! f.Xoni oHIciel > Place [de la mission 1 géographique 1980 1 Population to la lu Missionnaires Prêtres Catho­ liques étran­ ger» indi­ gènes. 1 INDES NÉEKLANDAISES Sumatra. Java. P.A. Pndang. Bcnkoelen. P.A. Banka et Billi­ P.A. ton. V A. Batavia. PA. Malang. Sorrabaya. M. Petites lies de1 la Sonde. I Célèbes. Célèbes. B. mérid. I Bornéo. Sarawak. I Nouv, Guinée hollandaise. 1911. j Capucins, 1912. 1923. 1 Pr. du S.-Cœur 1923. 4 291 800 1 500 000 6 180 800 17 7 1923. 1842. 1927. 1923. Piepussiens, 1923. t IOOOOO .Jésuites, 1852. Carmes, 1923. 2 1 050 000 Lazaristes, 1923. i :Miss. S.-Cœur. 1927.' 600 13 674 I 800 ? 6 77 ? 14 ? 1923. 1919. 1918. 1855. ' ? ( ) rbe-Divin, 1912. ss S.-Cœur, 1920. ;>ucins. 1905. Il-Hill, 1881. 500 000 3 000 000 1 626 000 900 000 100 800 15 390 6 000 8 500 46 13 V.A. 1020. J s. S.-Cœur, 1903. 625 000 2 052 26 10 802 800 201 796 257 m. V.A. V.A. V.A. P.A. Total 2 i 3 260 Place géographique I I Nom olllcicl de la mission Érection Population totale Missionnaires Catho­ liques Clergé I 1_ 1 1 PHI LIPPINES Ile de Palawan. V.A. 1910. Zamboanga. I>. 1910. Mindanao. M. I Luzon, Nord. Surigao. Miss.deslgoroltes M. M. Abra. August. Kécollcts, 1606. Jésuites, 1859. Miss, de S.-Cœur, 1908. P. de Scheut, 1907. Verbe-Divin, 1907. 15 40 32 11 ·>• Il *v a aux ’hllipphies neuf >►ièges épiscop aux. avec Manille pour métropole ( évêché en 1581, 1 archevêché en 1 595). Ne dépende nt de la Proj m garnie que la préfecture de Palawan, avec les n lissions des pères de Sch cul dans les dioec scs de Nucva Segovia et de Tugucgan mana, au nori de Luzon Sur 10 ou 11 n Billions d’habitants . il reste encore |irè.s d’un million de sau vages infidèles ct de must ilmans. Place géographique Nom olllcicl de la mission ItÉuiON : Pékin. Tcheli, N. Chentlngfou. — O. Centr Paotlngfou. Tientsin. > ung ping fou. I Lihsicn. Süanhwafou. S.-E. Sienhsien. Mandchourie S Moukden. Kirin. Wonsan Jchol. Mongolie. Ningsfa. Cent. Siwantse. Suivuan. Wc'ihweifu. Honan. N. Érection 70 000 752 000 ?• 400 000 ? Population totale Missionnaires Catho­ liques 46 315 101 99 000 025 669 000 ? Prêt rcs étran­ gers indi­ gènes 34 19 13 11 17 110 54 44 21 9 17 17 38 Phemi Lhe V.A. V.A. V.A. VA. V.A. P.A. V.A V.A. V.A. V.A. V.A. V.A. V.A. V.A. V.A. V.A. 1856. 1856. 1910. 1912. 1899. 1924. 1926. 1856. 1898. 1838. 1920. 1883. 1922. 1922. 1922 18-13. Lazarist., 1782-1834' 289 993 85 755 78 342 31000 000 Jésuites, 1856. Sém. Paris, 1841. ( 1811 Bénéd. S.-Odile,1920 P. de Scheut. 1865. 1871 J 1865. \ 1865. Svm. Milan, 1881 22 000 000 2 600 000 V. in/ra. ‘ 20 230 27 141 27 611 133 906 31 798 21 217 12 300 42 686 20 500 49 130 29 879 32 426 42 20 15 50 31 40 39 21 ooM 1 26 7 7 I I 8 I MISSIONS 1981 1 Place Nom officiel de In mission géographique direction 1982 Population totale Missionnaire* Catho­ lique* Pré Ire* étrnn- I Indi­ gène* i CHINE (Suite). Seconde bîkhon : Cliefoo. Tsinanfu. Tslngtau. Yengchowfu. Chansi, Ccntr. Fcnyang. l.uanfu. — S. Ccntr Shohchow. Taiyuanfu. Tatungiu. Hanchungfu. Chcnsi, S. Ccntr. Sianfu. Ycnanfu. Lanchowfu. KansoU, O Tslnchow. E Changing, I TnolMÎ.MK V.A. V.A P.A V.A. 1891. 1839. 1925. 1885. 1926. 1 S90. 1920. 1698 P‘22. 1887 1879. 1911. 1922. 1922. Franciscains, 1633. Franciscains, 1633, Verbe-Divin. 1882. 30 800 OCX) Franc, (indigènes). Franciscains, 1633. 1! 110 (»00 Scheut. 1922. Sém. de Rome. 1885J Franciscains, 1633. Verbe-Divin, 1922 Capucins, 1922. - 9 500 000 5 927 000 19 220 57 221 27 070 85 106 11 192 37 199 789 689 370 16 783 12 100 I 380 10 161 5 503 27 10 19 53 18 35 6 28 18 12 36 29 12 18 16 22 22 3 33 HÊGION Ilounan, S. — N. [Changsha. jChangleh. Shcnchow. Yungchow Chengchow. Honan, O Kaifengfu. Nanyang. Nankin. Kiang-sou I Lumen. Ou-hou ’. Nganhoci. Tchc-Kiang,0 Hangchow. Ningpo. Taichow. I lankow. 1 loupe. 1 lanyang. S.-O. Ichang. N.-O. Laohokow. Puchi. Wuchang. E Kanchow. Kiang-si, S Klanfu. Nnnchang. Yukiang. I V.A. 1856. Franciscains. 1633.\ V A 1879. \ugustins. 1880. / Passlonistes, 1922. κ P.A. 1925. Franciscains. V.A. 1911. Sém. Parme. 1906 J V.A. 1916. Sém. Milan, 1870. V.A.1882. V.A. 1856. Jésuites. 1812. I V.A. 1926. Séculiers indigènes. . V A 1921. Jésuites. 1821 I V.A. 1910. Lazaristes, 1782. / \ A. 1815. — — V.A. 1926. Lazaristes (Indig.). ’ V A. 1870. Franciscains. 1G33. \ V.A. 1927. M. Irland 1923. V.A. 1870 Franciscains, 1633. — 1616. V.A. 1870 P.A. 1923 Séculiers indigènes. Franciscains, 1633. V.A.1920. La/aristes. 1782. V.A. 1879. V.A. 1879. V.A. 1885. 21 807 17 961 28 113 000 2 235 8 061 16 866 11 530 30 831 000 / 25 661 \ 188 853 33 776 000 I 32 571 88 795 19 832 000 29 933 22 013’300 I 383 30 100 18 571 33 881 7 167 000 10 000 1 817 1 313 16 228 20 822 21 166 000 32 007 33 765 20 31 29 9 28 30 21 99 1 G5 12 23 1 39 38 15 13 10 17 16 11 1 1 12 69 2itant% d'après le fiulMin commercial d'ExIrémr-Oricnt; 148 907 000 d’iiprès le liultetin des Douanes maritimes. Total : 2 139 220 catholiques. 67 évfc|ues. z I860 prêtres étrangers 3 198. 1271 prêtres chinois. EMPIRE JAPONAIS 1. Japon : Ile Hondo. * —· w-—a ■ lie Ycso. lie Shikoku, lie Kmshti. ■ M -— ^1— Toklo. A.I>. Osaka. !>. Hiroshima et l’nlv.dcTokio. V.A. Niigata. P \. Nagoya. P.A. 1 lakodate(SenD. daï). Sapporo. P.A. Shikoku. P.A. D Nagasaki. Fukuoka. I>. Kagoshima. P.A. Mivasaki M. ·» 6 1891. Sém. Paris, 1811. · 1891. 15 000 000 10 060 000 10 961 5 377 28 19 1923. Jésuites, 1923-13. 1912. Verbe-Divin. 1907. 1922. 5 100 000 3 813 517 5 519 000 1 270 611 311 11 13 7 1891. 1915. 1904 1891. 1927. 1921. 1926. 1 2 3 7 1 700 000 500 000 171 000 050 000 oooooo 210 mm * 2 972 1 813 592 52 625 8 000 3 730 94 18 18 8 26 10 ·>• ? 61 156 517 88 325 158 16 Sém. Paris, 1811. Franciscains. 1907. Dominicains. 1901. Séculier* indigènes. Sém. Paris, 1811. Franciscains, 1921. Salésiens, 1926. Total .................. 1 1 30 201 2. Autres Corée. 1· ■■■ B·— pays u'Empihe Séoul. Talkou. Ouen-san. 1 lpyeng-an. : V.A. V.A. V.A. P.A. 1831. Sém. Paris, 1836. 1911. 1920. Ben. S.-Odile, 1920. 1926. Maryknoll, 1922. 9 371 000 7 685 000 3 000 000 2 000 000 Total.................. 22 056 000 302 299 275 000 26 18 13 19 39 96 876 76 62 56 31 1 5 5· 138 Formose. ι Océanie. - Formose. Carolines. Mariannes. Marshal. P.A. 1913. Dominicains, 1869 v.A. ion. .Jésuites, 1920· 967 869 9 320 5 501 11 727 12 18 1986 MISSIONS 1985 Situation politique Nom ntlkhd dr la mission Population totale Missionnaire» ÎM. VA. P.A. \ \ \ \ \ \ V.A. V.A. P.A. V.A. P.A. 1920. 1858. 1903. 1911. 1911. 1901 1921 1914. 1860. 1891. 1918. 1920. 1911 V.A. V.A. P.A. P.A. 1921. Pères Blancs, 1894. — ■ '■-* 1921. «MM» 1925. 1928. 31 23 15 13 22 6 21 11 *>·> e» «■ 28 28 36 26 5 2. Soudan : France Bamako. Ouagadougou. Na\rongo. Bobo-Dioulasso. · 2 700 000 3 850 000 620 000 7 1 3 2 692 19 4 304 18 768 9 1 158 13 1 1 MISSIONS 1987 Situation politique Nom ofllclcl 4 CONGO]BELGE Mat ad i. Kenngo. Léopoldvlllc. Coqnilhatsville. Basankusu. Oubanghi belge. Buta. Bon do. Ni angara. Lac-Albert. Stanlcy-Falls. Nouv.-Anvers. Rouanda. Ouroundi. Haut Kassai. Katanga N. Lulua ct K. central. Katanga. I laut-Luapula. 1 laut-Congo. P.A. V.A. V.A. P.A. P.A. P.A. V. V P.A. V.A. P.A. V.A. V.A. V. A. V.A. V.A. P A. P.A. P.A. P.A. V.A. 1911. 1927. 1919. 1921. 1926. 1911. 192L 1920. 1921. 1922. 1908. 1919. 1922. 1922. 1917. 1911. 1022. 1910. 1915. 1886. Rédemptoristes, 1899. Jésuites, 1893. Pères de Scheut, 1888. Miss. S.-Cœur. 1921. .Mlll-Hill, 1904. Capucins, 1910. Prémontrés, 1898. Croisière, 1920. Dominicains, 1913. Pères Blancs, 1880. Prêtres du S.-Cœur, 1897. Pères de Scheut, 1888. Pères Blancs, 1896. 1896. Pères de Scheut, 1888. P. du Saint-Esprit. 1907. Franciscains, 1911. Bénédictins, 1909. Salésiens, 1911. Pères Blancs, 1880. 200 ooo 1 112 819 650 000 0e 350 000 261 131 500 000 250 000 670 000 120 000 711 182 600 000 2 500 000 3 000 000 1 000 000 215 000 150 000 *)• 80 000 1 010 ooo 25 000 50 015 61 226 7 000 12 129 10 131 12 000 4 000 9 605 12 613 26 335 10 512 3 1 828 30 881 106 919 8 263 1 617 5 256 1 511 36 193 38 60 11 14 19 19 10 21 18 31 47 37 8 30 75 16 18 20 12 13 CONGO PORTUGAIS i.andana. S.-Paul de Loanda. Coubango. Lunda. Counène. P.A. 1810. P. du Saint-Esprit. D. 1596. Séculiers. P.A. 1879. P. du Saint-Esprit, M. — M. — AFR1QU1 1. Sud-Ouest afiucatn : I Windoek. |Gr. Namaqualand 2. Union du Sud africain Colonie du Cap. I Fleuve Orange. Cap occidental. iCap central. ICap oriental. iGaricp. Kimberley. État d’Orange. I Kronstad. Transvaal. Johannesburg. I Lyden burg. IPÏclcrsburg. Natal Natal (Durban). iMariannhilL lEshowc. 1873. 10 000 12 576 5 0• 94 ·>4 1879. 2 000 000 118 552 26 1873. 21 000 000 16 000 8 100 000 16 000 15 1882. » ·) AUSTRALI |V.A. 1026.1 Oblats t 3. Ouganda (Protectorat) : Angleterre. V.A. 189t. Pères Blancs. 1829. V.A. 1891. Mill Hill, 1895. P.A. 1923. S.-C. Vérone. 1873. Ouganda. Haut-Nil. NU équatorial. AFRIQUE Dl 1 300 000 238 583 90 36 1 318 000 61 713 t 450 000 15 800 17 NORD EST 1 Soudan anglais : Angleterre. I Khartoum. lBahr-el-Ghazal. iV \. 1913. S.-C. Vérone, 1853. — 1853. |\ \ 1917 5 700 000 i 1 601 ooo; 2 8001 161 3 H3| 22| 2. Abyssinie : Indép. \byssinic. Galhis. KalTn. Erythrée. V. \. V. \. P. V V. \. 1838. 1846. 1913 1911 Lazaristes, 1839. Capucins, 1816. Consolata, 1913. Capucins, 1895. 5 500 000 2 100 5 8 681 oo 9 4 008 827 1 500 000 3 168 11 400 000 31 700 25 61 3. Somalie : Britannique. Rattachée Al’Arabic(Aden) Hal. (Mogadiscio. Franç. | Djibouti. DIET. DE TIIEOL. CATIIOL. V.A. 1901. Consolata, 1921. P A, 191 1. Capucins, 1896. 900 000 150 000 1 700 512 13 5 MISSIONS 1991 Nom ofllclcl «h* la mission Situation Politique.* Missionnaire* Erection 1992 Population totale (Catho­ liques Prê Irn étr. ind. ■ ERIQUE INSULAIRE Madagascar Autres Iles : Diego Suarez. Majunga. Tananarive. Antsirabe. Fianarantsoa. Fort-Dauphin. Comores, Mayotte et Nossi-Bé. Maurice. Kcunion. Seychelles. V.A. 1896. P. du Saint-Esprit, 1879. V.A. 1923. P. du Saint-Esprit, 1879. V.A. 1815. Jésuites, 1818. Prémontrés, 1921. Trini t aires, 1921. V.A. 1918. P. de la Salctte, 1899. V.A. 1913. Jésuites, 1871. V.A. 1896. Lazaristes, 1896. P.A. 1848. I). 1847. D. 1850. D.A.1892. 330 000 22 161 15 1 « 350 000 21 561 20 950 000 140 120 50 9 235 000 86 876 17 750 000 152 734 45 883 000 22 000 41 1 Compris dans les chiffres P. du Saint-Esprit, 1850. de Diego Suarez. P. du Saint-Esprit, 1811. 385 000 117 491 46 P. du Saint-Esprit, 1812. 185 780 177 520 40 7 i Capucins. 1852 25 500 22 698 16 17 Total pour toute l’Afrique, environ I 202 000 catholiques, plus de 3 000 prêtres, dont à peu près 220 indi­ gènes, sans compter le clergé copte d’Égypte. AMÉRIQUE DU NORD — Missions chez les Indiens ct les nègres. - Les statistiques sont très incomplètes,beaucoup de missions dépendant, non de la Propagande, mais des diocèses. Elles ne distinguent pas assez entre blancs et gens de couleur, Indiens ou nègres. Canaoa : St-Pierre ct Miquelon. Golfe du St-Laurent. Ontario supér. Keewatin. Baie d’Hudson. Grouard. Mackenzie. Yukon et Prlnce-Hup. P.A. 1765. V.A 1905. V.A.1920. V.A.1910. P.A. 1925. V.A. 1862. V.A.1916. V.A.1916. P. du Saint-Esprit, 1911. Eudlstcs, 1903. Séculiers, Jésuites, 1842. Oblats de M., 1845. ·· · — . 1845. 1856. 1862. 12 500 20 000 12 409 29 000 24 000 9 000 54 188 4 030 10 200 1 1 800 6 750 112 11 000 61 069 10 200 6 17 21 21 8 22 26 12 Total : 118 161 catholiques; 136 prêtres. États-Unis : -- Missions nègres dans une trentaine de diocèses. Prêtres séculiers, pères de St-Joseph de Baltimore, du St-Esprit, des M. africaines de Lyon, du Verbe-Divin, de Picpus, lazaristes, etc., etc. Missions indiennes dans 23 diocèses. On n’indique ici que les principales. Alaska. Montagnes Hoche uses. Dakota N. — S. • · Visconsln ct Michigan. Nouveau-Mexique. Californie. Arizona. V.A.1917. M. M. M. M. M M. M. |M. Jésuites, 1886). 1823. 1881. Bénédictins, 1876. Prêtres du S.-C., 1923. Franciscains, 1878. 1898. — 1878. 1898. 55 000 15 424 11 690 ? 9 600 21 8 173 19 6 300 13 9• ? 18019 43 Autres missionnaires : Théatins, prémontrés, P. de Scheut. salvatoriens, prêtres séculiers, etc. En tout 221 d’après le P. Arvns (1923). pour une population catholique d'environ 71 039 Indiens catholiques. 1994 MISSIONS 1993 Situation politique Nom officiel de In mission Érection Millionnaire* Prêtres 1 Population Catho­ ! totale lique* étr. ind.l 11 1 AMÉRIQUE DU CENTRE la Propagande les Églises suivantes : ? • V.A. 1871. Scm. de Borne, 1895. ? Basse-Californie. 70 000 53 000 11 VA. 1916. Lazaristes, 1910. S.-Pierre de Sulan. •15 500 28 130 26 V.A. 1893. Jésuites, 1852. Belize. 47 100 17 500 11 V.A. 1913. Capucins. Blue fields. 24 000 18 V.A. 1921. Lazaristes. ? Limona. 860 000 45 000 19 V.A. 1836. Jésuites* 1837. Jamaïque. 550 000 195 000 30 A.D. 1850. Dominicains. Trinidad. 121 750 toooo 19 1). 1850. Kédcmptoristes. Bosca u. 66 000 59 359 36 Curaçao. V.A. 1812. Dominicains, 1869 230 000 228 779 23 1). 1850. P. du Saint-Esprit. Guadeloupe. 214 139 |24 1 030 6 Martinique. D. 1850. Ajouter au Mexique, la mission des Indiens Tarahumara, uu diocèse de Chihuahua, confiée aux jésuites 07 500 baptisés, sur 69 100 indigènes Total ; 908 798 catholiques; 199 prêtres. Dépendent de Mexique. 1 londuras indép. 1 tond, anglais. Nicaragua. Cos tn-B ica. I Antilles : 1 AMÉRIQUE DU SUD 1. Colomun. : Nord. • «— Centre. Sud. ■M « Archipel «les C.a rallies. 110 380 30 000 30 000 ? ? 20 516 32 000 20 516 16 000 30 000 37 772 T V.A. 1905. lapucins, 1888. P.A. 1921. Sémin. Burgos, 1923. P.A. 1913. Larmes, 1919. V.A.l >25 Fils du Cœur de Marie. P.A. 1929. Jésuites, P.A. 1908. Fils du Cœur de Marie. P.A. 1915 Lazaristes, 1916. V.A. 1893. Augustins, 1893. V.A. 1908. Comp, do Marie, 1903. P A. 1921. Lazaristes. P.A. 1901. Capucins* 1888. M. 1912. Franciscains. Goujlra. Sinu. l’raba. Darien. Magdalena. Choco. A rauca. (/asana re. San Martin. Ticrradcnlro. Caqueta. Putumayc. 10 000 S Andres y Providentia P.A. 1912. Mill-llill, 1916. 2. Venf.zueia • 1 Caroni. 65 000 j V. \. 1922. . Capucins. 73 239 12 30 000 3 28 000 8 *• 4• • 20 200 9 28 000 10 20 200 9 *>4 ? 30 000 3 21 291 15 ·>9 *4 * 4 1 375 4 II 167' 16 1 3. Guyane : G. anglaise. G. hollandaise. G. française. L Équateur •• Canelos y Mucus. Mendez y Gualaqulza. Napo, Zamora. S. Michel de Sucumbios 151 864 25 000 21 109 000 22 900 33 ? 13 767 13 V.A. 1837. Jésuites, 1855. V.A. 1842. Hêdcmploristcs. 1862. P. \. 1613. P. du Saint Espr., 1925. \ V V.A. V. \. V.A. P.A 1893. 1893. 1867. 1893. 1921. Dominicains, 1628. Salésiens, 1895. Joséphitcs, 1922. Franciscains, 1921. Séculiers. I ' 200 000 *> ? 2 000 7 ? 1 830 12 185 175 9 4 12 7 3 9 4 5. Bolivie : 6. PéRou : Nord. Outre. Sud. 7. Chili : Nord. (‘entre. Sud. Chaco. El Béni. Pilcomayo. V.A. 1919. Franciscains, 1519. • V. \. 1917. P.A. 1925. Obtats de Marie. 22 100 17 022 16 60 500 55 000 12 50 000 760 3 S. 1 éon des Amazones. S, Gabriel doll Addolorata. t‘cavali. 1 rnbamba. V \. 1921. Augustins, 1900. 50 000 45 000 P.A. 1921. Passionisles. 1921. \ \ 1925 Franciscains, 1631. V.A. 1913 Dominicains* 1902. 66 000 60 000 11 90 000 57 000 17 t ? ? l'arapaea. Antofogasta. A rauca nie. Magellan. V.A. V.A. P.A, \ \ 1903. Séculiers. ■O 1895. 1901. Capucins, 1818 1916. Salésiens, 1883. 9 115 000 110 000 4 205 000 192 00O 15 170 000 161 945 33 31 552 ? 40 2 ? ? 2 ·>a» , ? 1 T MISSIONS 1995 Nom oRlcirl de la mission Situation politique Érection 1 199ι> Popuhitim i totale Missionnaires Catho­ liques _____________________________________________________ II—----------------- 1 Pr• 105 000 75 000 115 000 6 000 ? AUS'lCR AL IE — OCÉANIE A. N. M. P.A. V.A. M. 1867. Bénédictins, 1846. 1908. 1906. Miss. Sacré-Cœur, 1906. 1887. Salésiens, 1922. 1901. Pallottins 1901. | Si Voir Indes VA. 1922. P.A. 1913. V.A. 1889. V.A. 1889. V.A. 1897. V.A. 1912. V.A. 1901. V.A. 1817. 1 Marislcs, 1838. Mill-Hill, 1896. néerlandaises. Verbe-Divin, 1896. — ■ Miss. Sacré-Cœur, 1885. . , 1882 Marislcs, 1898. — 1898. — 1886, — 1844. Ile Guam. V.A. 1911.1 Capucins, 1886. Ile Gilbert. 1 V.A. 1897.1 Miss. Sacré-Cœur, 1888. Carolines, etc., voir Emj dre Japonais •• 6 000 ? 3 773 5 000 ? 2 600 21 ? 3 320 3 1000 G ? ? *>• 8 0001 2 1001 21; ( 9 811 17 300 100 100 000 3 973 9 251 000 10 514 26 185 000 35 595 38 60 000 9 506 16 100 000 6 441 15 70 000 3 500 20 51 000 2 1 045 40 16 878 30 000 49 320 16 543 8 12 650 21 14 727 18 lie Fidji. V.A. 1887. Maristes, 1811. 169 667 13 830 26 1 V.A. 1842. Océanie centrale. — 1837. 29 609 10 000 13 9 Iles Samoa. V.A. 1850. — 1815. 50 000 9 109 15 0M P. A. 1923. Plcpusslens. Cook cl Manibiki. 13 875 525 5 Iles Tahiti. VA. 1833. — 1834. 30 00O 8 780 8 V.A. 1848. Iles Marquises. — 1834. 2 300 8 1 902 V.A. 1848. — 1848. Iles Hawaï. 320 000 103 100 16 2 Total : 308 571 catholiques, 123 prêtres dont 11 indigènes. N.-B. — L'Australie, la Tasmanie ct la Nouvelle-Zélande figurent encore sur les rôles de lu Propagande. Mais ccs 21 diocèses ne sont plus terres de mission. Nous ne retenons ici epic les Églises consacrées ù l’évangélisation des races indigènes. ' 1997 MISSIONS MITIGATION DES PEINES DE LA VIE FUTURE Nous nr pouvons donner que de très sonunidrc» indi­ cation* bibliographiques : Le Manuel du I*. Anns, sur chacun de» point» touchés, fournit l’essentiel, mais qui serait A compléter par les travaux paru» depuis 1923. · Sur les question» générales, il y aurait ù consulter le premier volume de In Rlbliolhcca missionum du P, H. Streit, Ο. Μ. L (Munster, 1916). Les tomes n et m consacré» h In seule Amérique, contiennent 2 900 numéro» cl s’arrêtent A 1909. Le premier volume de l’Asie vient se rencontrerait · pour la première fois » chez U. Benigni, Miscellanea, jan­ vier 1901, p. 100. En réalité, on le trouve, plusieurs années auparavant, chez A.-M. Weiss, Theol. peaktische Quartalschrilt, 1900, t. un, p. 9-10. Chez nous, il était déjà prononcé, à propos de l’américanisme, par Ch. Maignen, Nouveau catholicisme et nouveau clergé, Paris, 1901 (p. 77 dans l’édition de 1902) et, trois ans plus tôt, par l’Ann’ du clergé, 13 oct. 1898, t. xx, p. 915. Mais ces manifestations semblent être restées épisodiques. Il faut attendre la crise qui ouvre le xx· siècle pour voir l’usage des termes moder­ nisme ct · modernistes » devenir peu à peu général. Adoptée par les évêques du nord de ΓItalie, dans une pastorale collective de Noel 1905, cette termino­ logie ne reçut la consécration oiliciellc de l’autorité pontificale que dans l’encyclique Pascendi. Les groupes vises commencèrent, d’un commun accord, par renier cette appellation; mais, au bout de peu de temps, ils finirent par s’en faire un drapeau. C’est ainsi que prenait définitivement son nom. devant l’histoire, le mouvement doctrinal dont on a marqué les principaux traits. II. Phîpaihuox nu moih knismi . — Adversaires cl partisans ont essayé d’élargir à Tenvi Taire du modernisme dans le temps aussi bien que dans l’es­ pace. C’est ainsi que. parmi les précurseurs du moder­ nisme. on voit citer plus d’une fois les noms de Lamennais, fie Bautain ou de Hosminl, toujours ceux d'Herman Schell cl de Newman. A l'encontre de ces généralisations, l’histoire Impartiale doit laisser au modernisme sa physionomie distincte, qui le localise dans un périmètre plus circonscrit. 1· Causes du modernisme. Un bouleversement profond, imputable au développement des méthodes critiques, s’est produit, à notre époque, dans le statut fondamental de la foi chrétienne, dont la crise moder­ niste devait être le fruit lointain. 2014 1. Avènement de la critique. - Malgré bien des divergences, une foncière unité a longtemps rallié les esprits sur les prémisses philosophiques et historiques de christianisme. Or cette commune base a été gra­ vement mise cn cause au cours du xix· siècle. D'une part, la philosophie de Kant ébranlait cn beaucoup d’intelligences l’antique confiance cn la valeur de la raison, de ses principes cl de scs résultats. Plus que tout autre, parce que d’ordre plus trans­ cendant, notre connaissance religieuse devait subir la répercussion de scs coups. En même temps, l'his­ toire minait l’autorité des Livres saints cl menaçait la continuité de la tradition ecclésiastique. Au lieu de vérités objectives cl fermes, il ne paraissait plus y avoir de place que pour les fragiles productions du subjectivisme individuel, ct l’histoire sainte semblait sc résoudre dans le processus d’une évolution tout humaine. Non contente de détruire, la critique sc risquait en même temps à des reconstructions. A Tinlellcclualisme démodé la philosophie substituait comme cri­ tère les intuitions du sentiment, les leçons de l'expé­ rience, les besoins de la vie. L’histoire, de son côté, exaltait la toute-puissance des facteurs anonymes et s'efforçait de soumettre tous les phénomènes à une loi , s’était développé en un anti-ultramontanisme agres­ sif. Il trouvait un perpétuel aliment dans les préten­ tions du corps universitaire, d’où sortaient, avec IL Schell en 1897 et 1898, Alb. Ehrhard en 1901, des manifestes retentissants en vue de réclamer une meilleure adaptation de l’Église aux besoins du jour. Ces tendances prirent corps dans le mouvement dénommé He/ormkatholizismus catholicisme réfor­ miste », auquel, depuis 1900. deux périodiques ser­ vaient d’organes : la Kenaissancc du DT .Joseph Müller et le Zwanzigste Jahrhundert « Le vingtième siècle» qui cul seul quelque importance. Le dogme restait d'ailleurs en dehors de ses perspectives; mais 1rs critiques y abondaient contre le romanisme cl le jésuitisme, contre les abus de la scolastique ou la procédure de l’index. Sans rien avoir de commun avec le modernisme, celte fronde put de loin en donner l’illusion et parfois lui préparer effectivement le terrain. Quant aux autres pays catholiques, ou bien ils bénéficiaient, comme la Belgique, d’un heureux équi­ libre, ou bien ils se tenaient trop en dehors des cou­ rants intellectuels pour qu’une crise eût la moindre chance de s’y développer. 3. Agents de liaison et de propagande. - Entre ces divers foyers nationaux, non seulement les livres vt la presse quotidienne ou autre rendaient la communica­ tion inevitable, mais certains personnages allaient assurer la liaison. Cher les catholiques, c’était le baron Frédéric von I higel (1852-1925). Voir de lui Selected letters, Londres, 1927. Fils d’un gentilhomme autrichien et d’une mère écossaise, il habitait Londres et faisait ù Home de fréquents séjours. Très épris de science ecclésiastique, l’exégèse et la philosophie religieuse lui étaient également familières. A la connaissance de la littérature catholique des divers pays européens il ajoutait celle des personnes. En Angleterre, il fut l’initiateur intellectuel ct resta le confident de G. Tyr­ rell; en France, il voyait fréquemment M. Blondel, 2019 MODERNISME, APPARITION HISTORIQUE entretenait une correspondance régulière avec A. Loisy ct Mgr Mignot; en Italie, il était l'intime de G. Scmeria. Sa vaste culture ct l’ardeur de sa foi, l’une et l’autre servies par sa situation de grand seigneur, lui permettaient d’être pour tous, suivant les individus ou les occasions, le maître qui stimule, l’ami qui encou­ rage, le Mécène qui protège, plus rarement le Mentor qui conseille ct retient. Au développement de l’apos­ tolat scientifique ct de l'école restreinte où il le croyait exclusivement représenté, il devait consacrer toute sa vie. Γη semblable rôle a tenté le zèle du pasteur Paul Sabatier (1858-1928). Formé lui-même à la théologie la plus liij.nde parson homonyme Aug. Sabatier, il fut tourné par scs études franciscaines vers les choses catholiques, cl en garda le goût de travailler à la reforme de l’Égllsc. Son libéralisme personnel le poussait à rechercher les relations ecclésiastiques ct lui permit souvent d’en trouver. Mais son action devait surtout s’exercer au dehors par la parole ct la presse, en vue d’intéresser l’opinion protestante ou laïque de France, d’Angleterre ct d'Italie aux per­ sonnes ct aux œuvres qu’il jugeait propres à régéné­ rer l’Égllsc catholique. Ce genre de ministère l’a fait surnommer plaisamment le · pape du modernisme ». Après un quart de siècle, le recul de l’histoire com­ mence à mettre en suffisante lumière l’existence ct la convergence de ces divers facteurs. Sans qu'on pût alors s’en apercevoir, ils préparaient en sourdine l’ex­ plosion d’un mal dont seul le fait de cette lente incubation explique la subite gravité. HI. Apparition historique du modernisme. C'est en France d’abord, comme tout le faisait prévoir, que la crise sc produisit. Quelques épisodes précurseurs en dénoncèrent la proximité. Les premiers débats sur la question biblique, tranchés par l’encyclique Providenlissimus (1893), laissaient derrière eux une sourde agitation. Puis cc fut la controverse américaniste qui troubla les dernières années du xix· siècle. Voir A. 1 loulin, L'amé­ ricanisme, Paris. 1901. Elle ne portait que sur des questions d'ordre pratique ct la lettre de Léon XIII au cardinal Gibbons (22 janvier 1899), voir América­ nisme, 1.1. col. 1013-1019, eut pour résultat de rame­ ner aussitôt la paix. Mais des entraînements et des passions polémiques s’y manifestèrent, dans les deux camps opposés, qui présageaient des troubles autre­ ment graves quand le dogme serait en jeu. La controverse apologétique, provoquée par I.'Ar­ tiori de Maurice Blondel. Paris, 1893, et sa Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique, dans Annales de phit. chr., janvierjuillet 1896, touchait davantage à la doctrine et com­ mençait à poser, non sans beaucoup de confusions, le problème de l’immanence. Voir Apologétique, 1.1, col. 1577-1578. Par sa nature cl par les discussions qu’il souleva, le sujet n'allait plus cesser d’être brûlant. En même temps, la critique naissante se heurtait à de graves difficultés. Tandis que la Revue d'histoire rt de littérature religieuses s’intitulait · purement critique· ct faisait profession de n’étudier que des faits en laissant aux théologiens le soin de les conci­ lier avec la doctrine, ailleurs on acceptait l’enseigne­ ment ecclesiastique comme une donnée ferme, ct P. BatilTol. A propos de Richard Simon, dqns Bulletin de lift ecd , 1900, p. 257-268, diagnostiquait, sousjacente à celte critique sans frein, les premières formes d une philosophie religieuse incompatible avec les dogmes de 1 Église. Néanmoins le jésuite J. Fontaine dénonçait pêle-mêle les uns ct les autres dans un volume au titre provocant : Les infiltrations protes­ tantes et le clergé français, Paris, 1901, qui avait 2020 I bientôt pour suite Les infiltrations kantiennes et protetI tantes, Paris, 1902. Contre ces attaques injustes ct passionnées, le P. Lagrange, P. BatilTol ct son collaboratcur le jésuite E. Portalié de réagir avec énergie, en revendiquant à la fois, contre les extrémistes de droite aussi bien que de gauche, les droits de la critique cl la suprême juridiction de l'Égllsc. Voir Bulletin de litt. ecel., 1901, p. 91-93; Revue du clergé français, 1901, t. xxvi, p. 526-527, ct t. xxvn, p. 189193, 305-307. L’nc via media se dessinait de la sorte, qui permet­ tait de concilier les exigences respectives de la science ct de la foi, mais (pic le tumulte des controverses rendait difficile à tracer non moins qu’à tenir. Cc qui préparait bien des confusions supplémentaires pour le moment où éclaterait le grand débat. 1· Modernisme philosophique. — Pour autant qu’on puisse introduire des classifications dans un mouve­ ment aussi complexe, il y a lieu de distinguer un mo­ dernisme d’ordre principalement philosophique.Cc fut la première en date de ses manifestations ct celle qui, sous diverses formes, devait persister le plus long­ temps. 1. Symbolisme religieux. — Il ne s’agit guère id que d’un cas individuel, mais déjà significatif d’une tendance : celui de Marcel Hébert (1851-1916). Voir A. Iloutin, Un prêtre symboliste, Paris, 1925. Comme directeur de l’école Fénelon, l’auteur occu­ pait une position honorable et très en vue dans le clergé de Paris. Spéculatif par tempérament ct par goût, il n’avait pas tardé à prendre une place assez importante aux Annales de philosophie chrétienne. Mais la critique kantienne avait miné peu à peu dans son esprit les fondements rationnels de la foi, en particulier la notion du Dieu personnel qui fut pour lui la pierre d’achoppement. Pour ne pas renoncer, malgré tout, au bénéfice des trésors de vie spirituelle que renferme l'Égllsc, il en était venu à interpreter ses dogmes ct tout autant les postulats de la religion naturelle, comme autant de symboles sous lesquels sc cacheraient les vérités morales dont a besoin l’hu­ manité. A peine d’ailleurs laissa-t-il transpirer ses convic­ tions intimes au cours d’un dialogue entre Platon et Darwin, qu'il donnait aux Annales dans les premiers mois de 1893. Γη second de tendance plus accusée : Quand viendra le parfait... parut anonyme dans la même revue, en mai 1900. Mais l’un et l’autre pas­ sèrent à peu près inaperçus. Dans l'intervalle, M. Hébert avait écrit un exposé plus clair et plus complet de son système, sous la forme d’une conversation avec un vieux capucin qui devenait le confident et le patron du symbolisme le plus décidé. La brochure était intitulée : Souvenirs d'Assise cl circulait sous le manteau, sans nom d’au­ teur, depuis 1899. l’nc indiscrétion la fit tomber entre les mains de l’autorité diocésaine en juin 1901 ct M. Hébert, ayant refusé toute rétractation, fut aussi­ tôt relevé de son poste, Γηο étude sure« la dernière idole », savoir la personnalité divine, publiée en juil­ let 1902 dans la Revue de métaphysique et de morale, acheva sa rupture avec l’Église. Au total. M. Hébert ne fut jamais qu’un isolé sans influence notable : son cas n’a pas d’autre intérêt que celui d’un témoignage sur la crise qui était en voie de s'accomplir dans certains milieux cultivés. 2. Le dogmatisme moral ». En revanche, une I véritable école philosophique s’était formée, qui se réclamait de M. Blondel ct, sous le nom de « dogma­ tisme moral », appliquait les principes de L'Action, I non plus seulement à la méthode apologétique, mais à l’ensemble du problème religieux. I Sa tendance générale était de substituer à l’intcllec- 2022 MODERNISME, APPARITION 2021 lualisinc une doctrine qui incorporerait les aspira· lions du cœur et les activités de la vie. C’est pourquoi on y réclamait une méthode d'immanence, qui, s'ap­ puyant sur la psychologie concrete des Anus, ferait jaillir la vérité des besoins du sujet et, quand il s'agit du surnaturel, au lieu de l'imposer du dehors, en cher­ cherait les racines dans les tendances mêmes de la nature. Moyennant quoi les formules inopérantes de la raison dialectique feraient place à une philosophie plus vivante, qui se donnait comme nécessaire ct promettait d'être tout à la fois suffisante et parfaite­ ment efficace pour rétablir sur cette base nouvelle les vérités fondamentales de la religion et les dogmes du christianisme. De cc système, qui ne fut d’ailleurs jamais métho­ diquement élaboré, deux ouvrages de L. Labcrlhonnlèrc constituent l'esquisse : Essais de philosophie religieuse, Paris, 1903; Le réalisme chrétien et l'idéa­ lisme grec, Paris 1901. Tandis que le premier reste purement spéculatif, le second en applique les prin­ cipes à la révélation biblique cl aux origines chré­ tiennes. A la différence de l'esprit grec, épris d’idées pures et tout nourri d’abstractions, le christianisme se caractériserait comme un réalisme *. une doc­ trine concrète ». Cc qui entraînerait, au lieu de con­ cepts immuables, la nécessité d’un devenir, pour garder A la donnée primitive, au prix de perpétuelles interprétations, le contact avec la vie. Toutes posi­ tions qui intéressaient l’origine et la nature meme de l.i foi. L’année suivante, la mort de ('.h. Denis faisait passer A L. Lu berl honni ère la direction des Annales de phi­ losophie chrétienne, qui s’inféodaient ainsi à l’école cl devenaient la tribune du haut de laquelle seraient jugées au jour le jour toutes les productions philo­ sophiques ou théologiques d’actualité, en vue d’y dénoncer l’impuissance de rintclleclunllsmo cl de montrer, par contraste, la valeur de l’immanence pour la solution des divers problèmes posés. Par oppo­ sition au cuite trop exclusif de saint Thomas, on y faisait volontiers valoir, avec l’esprit de saint Augus­ tin. l’œuvre de Pascal et de Newman. Sans y acquérir beaucoup de consistance doctrinale, ni toujours la précision nécessaire, l’école du dogmatisme moral dut, A ces essais didactiques ou polémiques dispersés, de constituer une force dans l’opinion catholique et un foyer d'influence des plus actifs en matière de spécu­ lation. 3. Application du pragmatisme au dogme chrétien. — Sur ce fond permanent de controverses philosophiques, un incident allait faire surgir un problème spécial, mais de première importance : celui du dogme. Dans son numéro du 16 avril 1905, l. i.xm, p. 495526, la Quinzaine publiait sous le litre : Qu'est-ce qu'un dogme? un article dû à la plume d’un disciple de Bergson, le mathématicien ct philosophe laïque Édouard Le Boy. Croyant constater une aversion irréductible de la pensée moderne à l’égard de la fol catholique, Il en attribuait la cause aux démonstra­ tions classiques de celle-ci el. tout particulièrement, â la notion cxtriiréciste du dogme qui les commande. C'est donc cc concept fondamental qu’il s’agissait tie re viser. Pris, ainsi qu’on l’a fait jusqu’à présent, comme l’expression d’un énoncé intellectuel, le dogme serait • impensable . soit parce qu’il prétend s’imposer au nom de l’autorité pure, soit parce qu’il est conçu en fonction de systèmes périmés, ou qu'il renferme des anthropomorphismes qui le rendent inassimilable ù l’esprit. Au lieu donc de met Ire l’essence du dogme dans sa signi lient ion spéculative el de considérer son aspect moral comme une conséquence, il faudrait renverser le rapport Du point de vue théorique, le dogme PICT DE TIIÉOL. CATII. n’aurait qu’une portée négative el prohibitive, conte­ nant juste le minimum d'affirmation nécessaire pour justifier la conduite. Son véritable sens serait d’ordre pratique, son but de diriger l’action ct non d’éclairer l’esprit. Trois exemples étaient choisis pour illustrer le système, savoir la personnalité de Dieu, la divinité du Christ, sa présence réelle dans l’eucharistie. Au regard de l'intelligence, 1rs uns et les autres de ces • dogmes · présenteraient d'irréductibles antinomies. H faudrait donc entendre qu'ils signifient qu’on doit se comporter envers Dieu comme envers une personne humaine, se tenir devant Jésus comme devant un contemporain, avoir envers l'eucharistie la même attitude qu'en vers Jésus vivant. Let article dessinait ni plus ni moins le programme d’une réinterprétation pragmatiste de tout le chris­ tianisme, où la valeur intellectuelle de la révélation serait tout entière subordonnée, sinon sacrifiée, à son côté moral. 2· Modernisme biblique : A. Loisy. - Plus encore que de la plülosophic, Je christianisme est tributaire de la Bible cl, en particulier, du Nouveau Testament, où plongent les racines de ses dogmes ct de scs insti­ tutions. Cette base allait cire gravement ébranlée par deux publications successives d’A. Loisy. L « L'Evangile et Γ Eglise ». — Privé de sa chaire a ΓInstitut catholique de Paris depuis l’encyclique Promdenlissimus (novembre 1893). l’auteur avait mis à prolit les loisirs de sa retraite pour porter, de plus en plus, scs réflexions de l’exégèse technique sur les problèmes généraux que pose Γ Écriture, sur le sens de la vérité divine qui s’y exprime cl la valeur de l'Égllsc qui la conserve. De ces méditations solitaires, après quelques articles signés A. l-'irmin » sur les notions pour la mariologie. citée ou prévenue, le soin de faire face à l’assaut. Travaux peu accessibles au grand public, bien que 1. Réfutation théologique du modernisme doctrinal. vulgarisés l’un et l’autre en brochure, mais qui avaient Depuis «pic les actes de Pic X avalent révélé au monde catholique l'existence et la gravité du système moder­ ému la hiérarchie ct dont l’origine ne laissait pas d’intriguer les professionnels. niste, l'obligation sc faisait sentir de justifier cette La question en était là lorsque deux articles succès» haute intervention en faisant connaître les diverses sifs, parus dans le Bulletin de littérature ecclésiastique formes ct en dénonçant la malice de l’erreur nouvelle. en mars et avril 1908, vinrent tout à coup soulever un En vue de cette apologétique, facile désormais autant coin du masque. Appuyé sur la critique des sources, la que nécessaire, sans toujours .se souvenir qu’ils ressemblance du style cl des idées directrices. L. Saltet n’avaient auparavant rien su voir du danger, les y établissait, non seulement l’identité des deux pseu­ ouvriers bénévoles affluèrent de toutes parts. donymes, mais leur commune dépendance par rapport Puisque la grande presse témoignait au modernisme aux ouvrages d’un prêtre qui occupait une situation et aux modernistes un intérêt momentané, il fallut importante dans la science catholique, apres avoir été recourir également à scs services, soit pour satisfaire dès la première heure le collaborateur d'A. Loisy pour la légitime curiosité des catholiques, soit pour contrel’histoire des dogmes : J. Tunnel. battre les attaques de leurs adversaires. Γη peu plus Ce réquisitoire lit sensation. Le plagiat d’« Herzogtard, on pensa aux articles de fond : toutes les revues théologiques se piquèrent d’avoir le leur. Chez les I Dupin », était indéniable: mais comment la réputation protestants, la même feuille eut parfois assez de libé- 1 de l’auteur plagié n’en aurait-elle pas élé atteinte’.’ En dehors de la Revue du clergé français, qui assuma la rulismc, comme, en Angleterre, le Hibbert Journal, défense de son collaborateur, la presse catholique de pour faire entendre à ses lecteurs le pour ct le contre tous les pays fut d’accord pour estimer que la respon­ sur la question. En même temps, des conférences ou sabilité de J. Turmcl était en jeu. Tout en refusant de des brochures populaires tendaient à initier les simples s’expliquer sur le fond ct protestant de son loyalisme chrétiens à ces problèmes imprévus. L’Italie surtout catholique, celui-ci reconnaissait, dans sa déclaration eut en quelques mois une littérature anti-moderniste à l’archevêque de Bennes, en date du 13 mai, que le des plus abondantes, que vinrent encore enrichir les faussaire avait fait des emprunts, soit ù scs livres, soit traductions des meilleurs ouvrages étrangers. à scs manuscrits. Voir le dossier de la controverse dans Avec bien des œuvres de pure polémique ou de L. Saltet, La question Herzog-Dupin, Toulouse et médiocre vulgarisation, cette controverse improvisée Paris, 1908 tlt naître quelques éludes doctrinales. En France, II n’y eut pas à l'alîaire d’autres suites. Mais les quatre théologiens de la Compagnie de Jésus : A. Du­ I principaux ouvrages de J. Tunnel furent mis à rand. L. de Grandnudson, St. liarent, M. Chossal, l’index, tandis que la gravité des faits allégués ct des s'unirent pour commenter, dans les colonnes de Γ Univers, le decret Lamentabili, dont M. Lopin expli­ I aveux obtenus ne pouvait pas ne pas laisser le sentiquait en particulier, dans La Croix, les propositions I ment pénible, que certains masques recelaient de trouchristologiques. Deux commentaires plus étendus I blantcs compromissions. 2041 MODERNISME, 1Ί N DE E \ CRISE 3. Exploitation polémique du modernisme. Par t malheur, ce tableau (le la défense catholique allait avoir son ombre dans tout un déchaînement de polé­ miques, où hi refutation «les erreurs modernistes ne servait plus que de prétexte à l'explosion des préjugés individuels ou des intérêts de parti. C’est ainsi que le modernisme condamne par l’Egliu* devint un genre dont se multiplièrent â l’envi les espèces. Il y eut le modernisme ascétique avec la Cioiltà cattoiica et d’autres, le modernisme social ct sociologique avec J. Eontulne, le modernisme litté­ raire avec le Suisse G. Dccurtins, le modernisme politique avec les adversaires du ralliement français ou du Centre allemand. Au modernisme proprement dit vint s’ajouter le semi-modernisme ct aux moder­ nistes les modernisants ». El comme à ces diverses formes de l’erreur moderne il fallait opposer un pro­ gramme positif, on inventa l’intégrisme. Toutes caté­ gories «pii, avec les idées, permettaient de censurer à plaisir les personnes et les groupes. Pour mener plus eflicacemenl celte guerre au moder­ nisme ainsi entendu, une presse de combat fut insti­ tuée, qu’inspirait ct ravitaillait l’ollicieuse Cornspondenza Romana du prélat C. Benigni. Innombrables en Italie, ces feuilles antiinodernistes ne manquaient pas en Allemgane et en Autriche. Les plus puissantes étaient chez nous la Critique du libéralisme et la Foi catholique, «pie dirigeaient respectivement les deux anciens jésuites Em. Barbier cl B. Gaudcau, la Vigie qui servait de tribune au prêtre P. Boulin, sous le nom de Roger Duguel ». Aux uns ct autres V Action Fran­ çaise prêtait un concours qui n’avait rien de désinté­ ressé. Une association secrète, dénommée Sodalitium pianum et déguisée crypt ographiquemcnl en Ut Sapinière ». unissait entre eux les · intégristes des divers pays. De celle polémique funeste ce ne sont pas seule­ ment les exagérations doctrinales, mais les dénoncia­ tions personnelles qui firent le plus souvent les frais, e plus clair résultat de ces odieuses ct déplorables l. campagnes fut d’alïoler l’opinioii.cl parfois meme la hiérarchie par le spectre de périls imaginaires, de porter les esprits aux extrêmes, de jeter, en définitive, la suspicion sur les plus loyaux serviteurs de l’Eglisc, cl par là de rendre plus ditlicile la lâche déjà dure de ceux «pii s’appliquaient à combattre utilement le modernisme sur son véritable terrain. VI. l-’i.x du MoDi.HMSMi . En dépit prophéties optimistes de P. Sabatier ou les cris d’alarme jetés a tort cl à travers par les • intégristes ne pouvaient dissimuler. *2. Témoignages du dedans rt du dehors. - Aussi bien les yeux clairvoyants ne manquaient-ils pas de s'ou­ vrir â la réalité. Dès le début de 1908, G. Prczzolini. Cai'è il moder­ nisme, p. 36-38, marquait durement aux modernistes italiens «pic leur rôle était terminé. Un an et demi après, A. Loisy croyait pouvoir parler de tous comme de « morts ». Revue critique. ’21 octobre 1909, t. lxvîii. p. 267. \ ers la même époque, après avoir redressé les chiffres fantastiques de Sal. Reinacli, qui évaluait a 13 000 le nombre des modernistes dans le clergé fran­ çais, l’auteur ajoutait : Je me garderai de préjuger ce que deviendra le modenusme; ce que je crois voir pour le moment est qu’il est en pleine déroute et ne me semble même pas ditlicile a anéantir. Reçue historique, novembre 1909, t. gu, p. 307-308. Quelques mois plus tard, un jeune publiciste protestant.G. Riou, obtenait un vif succès de presse en dressant dans la Revue (ancienne Revue des revues). 15 juillet 1910, t. Lxxxvm, p. 115-137, le bilan du modernisme ». qui sc soldait par un constat de faillite. Celte impression mélancolique ne laissait pas de s’imposer, dès ce moment, au plus acharné des moder­ nistes militants: G. Tyrrell. · Je crains, écrivait-il à un confident romain, le 21 août 1908, que nous ne soyons obligés de reconnaître que l’intérêt suscite par la nouveauté de l'insurrection moderniste s’est all dbli, et que le public commence par s’en fatiguer quelque peu... Quand je regarde autour de moi.... je suis amené â penser que celle vague de résistance moderniste est au bout de ses forces et a donné tout ce qu’elle pouvait donner pour le moment... Il nous faut attendre le jour où, grâce à un travail silencieux et secret, nous aurons gagné une bien plus grande proportion de l’armée de Γ Eglise a la cause de la liberté. » Let Ire citée par E. Buonaluli. l.e modernisme catholique, p. 1 18-1 19, et. en partie seulement, dans G. TqrrelTs letters, p. 117-ILS. Tout dès lors s’accordait à dénoncer la défaite du modernisme, et ce n’est pas sans raison que Pie \ pouvait faire frapper, ù l’occasion de la fêle des saints apôtres Pierre et Paul (29 juin 1908), une médaille qui le représentait écrasant celle erreur, figurée par une hydre symbolique, â la face de l’univers. 2· Xouvelle intervention dt l'Êgltse. Cependant un acte nouveau parut s’imposer : ce fut le serment I anti-moderniste, ordonné par la motu proprio Sacro- 2043 MODEB»ISME, FIN DE LA CUISE rum antistitum ·, A la date du 1" septembre 1910. I. Objet. — Un bref expose de la situation religieuse faisait connaître les motifs propres à justifier un sur­ croît de précautions. Le pape y déplorait la persistance du modernisme dans l’Eglisc et son organisation «en une ligue clandestine ·, dont les adeptes s'efforçaient d’infuser... dans les veines de la société chrétienne le venin de leurs opinions «en publiant des livres et des journaux sans nom d'auteur ou sous des noms men­ songers ». Propagande due à des prêtres, · qui abusent de leur ministère pour tendre aux imprudents un hameçon revêtu d’une pâture empoisonnée », et qui sévissait en particulier dans cette partie du champ divin dont il y avait fieu d’attendre les fruits les plus abondants », c’est-à-dire, sans nul doute, auprès des Jeunes clercs. Pour remédier à celte recrudescence du mal, le pape rappelait d’abord aux évêques les dispositions édic­ tées par l’encyclique Pascendi. A (pmi il ajoutait en premier lieu quelques règles nouvelles sur la disci­ pline des séminaires. On y devait développer la science, mais selon l’esprit de l’Églisc. C'est pourquoi tous les journaux ct revues en seraient éliminés Afin de parer au péril du modernisme, les professeurs seraient tenus de soumettre d'avance à leurs Ordi­ naires le texte de leur cours, ou les thèses qu’ils sc proposaient de soutenir ct leur enseignement serait ri go arc use men t con t rôl é. Mais ces menues ordonnances n'étaient qu’un pré­ lude :lc mo/n proprio se terminait par la création d’un serment spécial contre le modernisme. Une première partie imposait d’accepter la démonstration · rationnelle de l’existence de Dieu, la valeur probante des motifs de crédibilité, l’institution de l’Églisc par le Christ au cours de sa carrière terrestre, l’immuta­ bilité des dogmes, le caractère Intellectuel de la foi. Les principes émis au concile du Vatican y étaient repris ct appliqués aux erreurs du jour. Dans la deuxième partie, le serment se référait spécialement aux actes de Pie X contre le modernisme. A l’encontre de ceux qui voudraient mettre le dogme en opposition avec l'histoire et dédoubler, en conséquence, le catholique instruit en deux personnages : le croyant et le critique, il intimait l’obligation d’interpréter Γ Ecriture ainsi que les Pères, a la lumière des enseigne­ ments de l'Église et de respecter le caractère divin de la tradition. Ce serment devait être prêté ct signé une première fois par tous les prêtres ayant charge d’Ames. Dans la suite, il serait imposé de même à tous les clercs avant de recevoir les ordres sacrés, à tous les profes­ seurs au début de leur enseignement, à tous les curés, dignitaires ecclesiastiques ou supérieurs religieux au moment de leur entrée en fonctions. 2. Résultats. — Un peu partout cc motu proprio servit islcr, Der Mtulerntsmus, Eiiixiedeln ct t’ologne, 1912; J. Bc*snicr. Philosophie und Théologie des Motiernismus, Fribourg( II B . 1912. 2· Études historiques. Toute* le* revues de l'époque, surtout après la promulgation des document* pontificaux, ont publié de* chroniques du mouvement moderniste, mai* généralement trop rapide* pour être de valeur durable. Le* travaux plus récent*, qui prétendent au titre d'histoire, *ont cux-inêinc* forcément influencés par le* conviction* personnelles de leurs auteur*. L Chez 1rs non-catholiques.- -K. Iloll,Der Mcnlernismus, Tubingue. 1908; .1. Kubel, Geschiehtr des katholischen Modernismus, Tubingue, 1909; A, Boutin, Histoire du 3047 MODEHMSM E-.MŒHLEH nr-tmusmc oi/Aof/gnr, Pari*. 1913, nnih déjà connu et recensé m 1912. 2. Chet les modernistes. J. Schnltzer, tier katholischc XMernlsnius.dan* Zeitschrift fur Pulitik, 1912, t. v, p. 1-218 (le petit volume d< même titre publié par l’auteur, BcrilnSebâneberg, 1912. n’est qu’un bref résumé du précédent, suivi d’une anthologie «le textes modernistes nu censés tels); XI. I». Tetre, Modernism. /b failure and his fruits. Londres, 1918; Em. Buonaliitl. tx modernisme catholique, trnd. René Xfonnol. Pans, 1927. Plaidoyers diversement tendancieux .•t dont même les ren*, d’« idée supérieure susceptible de contenir et de pénétrer l’histoire ·; pourtant il ne pouvait sc résigner â ne trouver aucune liaison nécessaire avec l’époque précédente », il ne pouvait renoncer â admettre un développement permanent ·. Mais « si une nécessité Intérieure me conduisait à présupposer la nécessité d’une liaison plus profonde dans l’ensemble de l’histoire. Je devais savoir quel était le point d’attache des apparitions historiques postérieures; si J’aimais mieux ne rien savoir de l’en­ semble dc l’histoire, que de ne pas croire â un déve­ loppement interne permanent, il me fallait connaître le point dc départ du développement, le germe solide ct durable. » Goyau. p. 19. Texte capital pour com­ prendre dans quel esprit Mœhler aborde l’étude des Pères des trois premiers siècles : a priori, en vertu de sa formation romantique, cf. Vermeil, op. rit., p. 2-11, Mœhler croit ù un développement interne permanent du christianisme à travers les siècles; à toute époque, depuis que le Christ fonda l’Eglise, le christianisme et l’Eglise furent toujours identiques, parce qu’il était, el est. et sera toujours le même ·. Goyau. p. 20. Ainsi, en Mœhler. le théologien mys tique va guider l’historien. L’ouvrage sc divise en deux parties, comprenant chacune quatre chapitres; première partie, untie de l’esprit dc l’Eglisc : l'unité mystique, l'unité intelligente, la pluralité sans unité, l’unité dans la pluralité; deuxième partie, unité du corps de l’Églisc : l’unité dans l’évêque, l’unité dans le métropolitain, l'unité de tout l’épiscopat, l’unité dans le primat. Qu'on ne peut aller au Christ que par l’Églisc. qu'on ne peut connaître le ('hrist que par l’Églisc, telle est la thèse fondamentale · du livre. Goyau. p. 16. < Miehler, qui semblait faire l’apologie de l’Églisc au nom même dc Tl’sprit, survenait à propos pour rattacher â la vie collective dc la vaste 2051 MŒIILEK, Œl \ K ES société ecclésiastique une certaine élite indécise qui volontiers, pour trouver Dieu, sc serait groupée dans quelques pieuses coteries d’ éveillés ».. Le livre de V Unité convoquait nu sein mémo de I’Eglise, cl là seulement, les aspirations des âmes mystiques. Goyau, p. 28-29. Ce livre « ne fut pas seulement un travail scientifique. ce fut un acte moral ». Gains, cité par Goyau, p. 25. « Avec un laborieux effort de recherches, avec une tension émue qui est par ellcrneme une prière, Mœhler veut acquérir le senti­ ment, ct de ce qu’est I’Eglise, ct de l’identité de sa conscience de croyant avec la conscience collective de la primitive Eglise; ct je ne sache aucun livre dans lequel l’élude de textes, érudite et critique, offre au même degré la profondeur d’une méditation. » Goyau, p. 25-26. Aussi « le traité de Γ Unité lit vérita­ blement vivre des âmes : en atteignant en certains lecteurs l’homme intérieur, il retentissait jusque dans ccs sphères de Hêtre qui sont inaccessibles à l’oubli. » Goyau, p. 27. Plus d’un demi-siècle après son apparition, Doellinger se rappelait le · véritable charme » qu’il avait exercé sur la jeunesse; cf. Goyau, P 26. 2. Symbolik oder Darstellung der dogmatischen Gegcnsûtze der Katho liken und Protestant™, nach ihren ôffentlichen Bekcnntnisschriften, Mayence. 1832. La traduction de Lâchât, sous le litre : La symbolique, ou Exposition des contrariétés dogmatiques entre les catholiques et les protestants, d'après leurs confessions de foi publiques, 2* édition, Paris, 1852, rend d’ordinaire, et souvent développe cl paraphrase pour mieux l’expli­ quer, l’ensemble de la pensée de Mœhler... De toute évidence, il y a souvent plus de lumière, pour un lecteur français, dans la traduction Lâchât, que dans le texte plus dense ct plus abstrait de Mœhler; et nous n'avons aucun motif, en lin, de refuser créance à M Lâchât lorsqu’il nous affirme que cette traduction, telle quelle, « a été faite sous les yeux · de Mœhler ». Goyau, p. 5-6. 3. Ncue Untcrsuchungen der Lchrgegcnsâtze ziuischen dm Katholiken und Protestant™. Et ne Vertheidigung ineiner Symbolik geyen die Krilik des lierrn Prof. Dr. Baur in Tùbinqen, Mayence, 1834. La traduction de Lâchât, sous le litre : Défense de la Symbolique, ou Nouvelles recherches sur les contrariétés dogmatiques... 2· édition, Paris, 1835, exagère le tendance ordi­ naire du traducteur â s’écarter du texte; ce n’est qu’une analyse raccourcie ct simplifiée. » Goyau. p. 6. < La premiere idée de ce livre (i.a Symbolique), déclare Mœhler, nous a été suggérée, nous devons le «lire, par les adversaires de notre foi. Depuis longtemps déjà, 1rs protestants donnent, dans presque toutes les universités d’Allcinagpc, des cours publics sur les contrariétés doctrinales qui divisent l’Europe chré­ tienne. Nous avons toujours approuvé, pour noire part, ce genre d’enseignement, ct nous conçûmes le dessein de le transporter dans le domaine catholique. » !.a Symbolique, trad. Lâchât, t. 1, p. xxxv-xxxvi. Dès 1827, en effet. Mœhler commença son cours de sym­ bolique à la faculté de Tubingue; cf. Vermeil, p. 223. Le livre de Mœhler devait « combler une lacune très sensible dans la littérature catholique », p. xu. Non pas que les < productions théologtques contre les travaux des hétérodoxes », p. xl, fissent défaut en Allemagne à cette époque, « mais aucune, du moins que nous sachions, n’a exposé les nouveautés du xm siècle dans leur connexité réciproque, avec une logique rigoureuse, scientifiquement, philosophi­ quement. P. xu; cf. p. !.n. Mœhler adresse d’ailleurs le même reproche aux auteurs protestants, si l’on en excepte Marheinccke (cf. Vermeil, p. 218); Winer, par exemple « n’a pas su saisir et montrer le lien orga­ nique qui unit les différentes affirmations dogmatiques 2052 de chaque système confessionnel. 11 ne dégage pas • l’idée » centrale du catholicisme cl celle du protes­ tantisme pour les opposer ensuite l’une â l’autre comme deux irréductibles virants. » Vermeil, p. 223. Le but que Mœhler sc propose en publiant la Symbo lique, c’est de ramener la tolérance entre les confes­ sions chrétiennes », p. xlii; · si l’on ne peut dès et moment réunir les esprits dans l’unité de la fol, ne pourrait-on pas réconcilier les cœurs dans le sein de la charité? » P. xliii. -- · Après avoir confronté ln symboles des grandes communions chrétiennes, nous passerons en revue les sectes qui se sont formen dans le sein même de la Déforme. » P. xlv. I.'ouxnigc se divisera donc en deux parties très inégales : Livre I, contrariétés dogmatiques entre les catholiques, k> luthériens ct les réformés: Livre II, contrariété dogmatiques entre les catholiques et les petites sectes protestantes. —- Mais une dernière question se posait ; dans quel ordre fallait-il exposer les doctrines antago­ nistes? Mœhler sait que la doctrine fondamentale de la justification, tel fut le terrain sur lequel s’engagea le conflit du xvi· siècle. De ce point central, l’attaqije se dirigea comme d’elle-même vers la périphérie... Sans doute notre exposition provoquerait bien plus vivement, dès le début, l’intérêt du lecteur, si nous le placions tout d’abord an point culminant du combat pour lui faire voir d’un seul coup d’œil tout le terrain qu’il occupe; mais... nous ne suivrons... pas la route tracée par les réformateurs : nu lieu de nous placer tout d’abord au centre du christianisme, nous partirons d’une de scs extrémités, prenant l'homme ;i sa naissance pour le considérer dans toutes les phases de sa vie jusqu’au delà du tombeau. » P. 2-3. Les contrariétés sur I’Eglise ne viendront qu’en dernier lieu. Sur cette question du plan de la Symbolique, ct. Vermeil, p. 180, p. 235-236. La page suivante du sagace analyste de la pensée mœhlérienne qu’est M. Vermeil, résume admirable­ ment la thèse fondamentale de la Symbolique : le protestantisme a momentanément compromis le caractère éminemment organique de la vie religieuse, l’union intime du Divin et de 1’1 lumain, du surnaturel ct du naturel que réalise si bien le catholicisme... L’évolution du monde moderne a pratiqué une cou­ pure mortelle en la religiosité européenne. La Renais­ sance a développé l'entendement, la Déforme le mysti­ cisme individuel. Ces deux processus parallèles ont conduit à leur limite absolue ces deux modes de réalité spirituelle que I’Eglise. au Moyen Age, avait su main­ tenir en collaboration féconde. Ils ont engendré le socinianisme et le vieux protestantisme. Le soci­ nianisme... nie la divinité de Christ ; le vieux protes­ tantisme néglige son humanité. Le premier exalte In raison; le second la méprise. Mais ccs deux hérésies fondamentales, prolongements des hérésies anciennes, présentent des caractères communs qui constituent précisément l’essence de toute hérésie. Elles veulent revenir directement au christianisme soi-disant origi­ nel, et elles le cherchent dans I*Ecriture séparée de la tradition et de I’Eglise. . Elles suivent enfin des évolu­ tions semblables. Le vieux protestantisme s’est arrêté en plein développement, laissant aux sectes le soin de parachever le morcellement de la vie religieuse. Le socinianisme a également abandonné au protestan­ tisme moderne le soin d'élu borer une critique inté­ grale du supranaturallsme. Ici est le schème de la Symbolique. » P. 231 Le catholicisme enveloppe dans une sorte d unité supérieure les deux théories inverses entre lesquelles le protestantisme s’est parI tagé;... il crée l’harmonie des contraires... Si l’on nous donnait licence, pour résumer la pensée de Mœhler. d’emprunter quelques bribes de cette phraséologie hégélienne dont il ne dédaignait plis toujours l’emploi. Μ (E IILEK, ŒUV KES 2053 volontiers (lirions-nous qu'ou-dcsiue de la thèse piétlstc ct de Vanlithèsc rationaliste. le catholicisme apparaît à Mœhler comme la synthèse. · Goyau» p. 52. Cf. Symbolique, p. xi.vn-xi.vni. « Parmi les théologiens évangéliques (pd entrèrent en lice contre l’auteur de la Symbolique, il convient de nommer en première ligne Baur, L’opposition du catholicisme ct du protestantisme..., 1833; Nilzsch, l’nc réponse protestante à la Symbolique du docteur Mahler, suivie de cinq thèses protestantes» 1835; Mareinekc, Compte rendu dans les Annales de Jicrhn, tiré ensuite en brochure spéciale, 1834. » Strœhlin, op. cil., p. 260. Voir dans Goyau, p. H», les griefs adres­ sés â Mutiler par Nitzsch. « L'ouvrage de Nilzsch était, à proprement parler, une discussion critique; l’ouvrage de Baur fut un essai de construction de la doctrine protestante, et l'auteur se flattait de montrer... que le protestantisme n’avait rien de commun avec l’image qu’en donnait Mœhler... Sous le titre : Nouvelles recherches..., Mœhler, publia un gros volume pour se justifier. Il ne lui fut pas difficile de faire la preuve que le protestantisme de Baur n’était pas celui de Luther; de sorte qu’en appendice à la Symbolique et pour défendre la Symbolique, Mœhler traçait une sorte de post-scriptum à l'ilistoirc des Variations. · Goyau, p. 47-48. Cf. Vermeil, p. 286-288. 291-292. Le succès de la Symbolique fut considérable : six éditions en dix ans, des traductions en France, en Angleterre el en Italie; cf. Keithmayer. op. cil., p. 167; et, ce qui vaut mieux encore, des conversions de pro­ testants, au catholicisme : < l’historien Hurter, le jésuite 1 lammerstcin, le philologue Bickel), ont noté tous les trois, l’influence de Mœhler sur leur adhésion à I’Eglise romaine. » Goyau, p. 19. Cf. p. 49-50, l’influence de la Symbolique sur le duc Victor de Bro­ glie. On trouvera dans une note abondante de Lâchât, 1. p. xxix-xxxni, les appréciations louangeuses des contemporains de la Symbolique, catholiques ou pro­ testants, notamment celle d’Augusli. conseiller du consistoire de Coblentz, membre des académies de Berlin et de Munich. Strauss félicitait Mœhler d’être bien plus loyal que les historiens ecclésiastiques pro­ testants et d’avoir très bien conçu cl déflni le protes­ tantisme: cf. Goyau, p. 15. Dœllingcr, dans les années 1862 ct 1861. à propos de scs leçons sur la Symbolique. prononçait ce jugement sur l’œuvre de Mœhler : • Bossuet. Mareinekc cl Winer furent les principaux devanciers de Mœhler: ce sont eux qui déterminèrent le plus célèbre théologien catholique de ce temps. M odder (c'est nous qui soulignons), ù introduire pour la pre­ miere fois celte question parmi les catholiques. Sa Symbolique est le fruit de scs leçons. C’est le meilleur livre en ce genre, ct en un certain sens, il est toujours unique. C'est seulement depuis qu’il a paru que la symbolique a été élevée â la dignité de science, cl que nous possédons un livre classique sur cette matière. > Cité par Bélct, p. xxx de la Notice biographique, en tête du t. i, de la traduction de 1’Histoire de I’Église de Mœhler. MM. (Joyau ct Vennell se sont pas d’un autre avis : On ne peut pénétrer l’intimité du protes­ tantisme, si l’on n’a pas lu Mœhler : lors même qu’on accorde quelque crédit aux critiques portées par Xit/sch contre la méthode suivie par l’auteur, la con­ naissance de la Symbolique demeure indispensable .. La Symbolique est un livre qui xil ct vivra, grâce à la rigueur documentaire avec laquelle clic étudié la genèse des opinions dogmatiques dans l'évangélisme du xvi· siècle, grâce à la force dialectique avec laquelle elle nous fait apparaître celle genèse historique comme une genèse logique, grâce A l’ampleur ct ù la sûreté avec laquelle Mœhler subordonne tous les fragments successifs de l’évolution dogmatique â une idée cen­ trale cl à une nécessité primordiale, forces détermi­ nier DE ÎIILO1. CATIIOI.. 2054 nantes de cette évolution. Goyau, p. 18-49: cf. p. 15’ Pour Vermeil, voir p. 219, 239-260 ct 278. 4. Signalons deux articles de Mœhler dans la Theolo· gischc Quartalschrifl nu sujet de Bautain : le compte rendu critique du livre de Bautain, De l'enseignement de la philosophie en Prance au X/Λ* P. 166. Mœhler a bien vu aussi que l’Iilstoire d’Athanase devint un point intéressant dans l'histoire primatiale et (que) scs résultats s’étendirent, sous ce rapport, bien loin dans l’avenir. > Cf. Goyau, p. 3-1-35. L Anselme, archevêque de Canterbury. Contribution à la connaissance de la vie religieuse ct morale, publique et ecclesiastique, et scientifique aux ΧΓ et AH· siècles, même revue, 1827, p. 137-497 et p. 585-661. 1828, p. 62-130. Cf. Bélet. p. xvm-xxvi. Cette étude four­ nit à Mœhler l’occasion de prendre contact avec la scolastique; il retrouve, pour l’apprécier, sa thèse maîtresse -, la conciliation dis contraires : la scolasti­ que a. surtout au moment de sa pleine floraison, équi­ libre la invsUquc el la spéculation. Cf. Vermeil, p. 130132. 5. Sur le rapport qui existe, d’après le Coran, entre Jésus-Christ ct Mahomet, ΓÉvangile et l'islam..., meme revue, 1830, p. 3-81 \ l'occasion du réveil de la question d’Orient. Cf. Vermeil, p. 123. 6. P'ssai sur l'origine du gnosticisme, Tubingur, 1831. Pour le jubilé de Planck. Cf. Vermeil, p. 172171. Cette élude · sert de prologue à la critique du vieux protestantisme · entreprise dans la Symbolique; Mœhler oppose son interprétation du gnosticisme a celles de tous les théologiens qui ont tenté de l’expli­ quer; ils ont cru que le gnosticisme était un phéno­ mène d’ordre purement intellectuel et théorique; en réalité la gnose est sortie d’une erreur pratique qui n cherché, ensuite, une jusi i lient ion de sa conception pessimiste du monde dans les systèmes les plus divers. Le gnosticisme est une hérésie fondamentale· toujours prête à sortir du christianisme lui-même, dès que les fidèles exagèrent la corruption de la nature humaine; il a duré Jusqu’au xi\* siècle ct revit dans le vieuxprotestantisme. 7. Considérations sur l'ttal de I’Église au Al· et au commencement du AI/· siècle, par rapport à la prétendue récessité d'une Hc/orme qui porte atteinte aux /ondements memes de I’Église. même revue, 1831. p. 589-633. Cf. Vermeil, p. 225-229. Mœhler essaie de 65 2055 MŒHLER, DOCTRINE 2056 15. Le cours de droit canon fait par Mœhleri démontrer que la Réforme aurait pu être évitée. • issue* toutes deux d’une Église travaillée par un Tubhigue (1823-1825) a été publié en 1853 par un de besoin de transformation intégrale, la Réforme reli­ scs élèves. Cf. Vermeil, p. 191. gieuse et In Renaissance scientifique n’auraient jamais 3e Œuvres diverses. - I. I ’anni les nombreux articles dû sc séparer de leurs origines. Le schisme est une écrits par Mœhler dans la Theologizehe Quarto!· réalité historique, mais il ne se jusiiIle pas théorique schri/t, et dont on trouvera l’énumération dans Ver­ meil, p. 180-181 el p. 186-187, nous ne citerons plus ment. Telle est In conclusion de Mœhler· Son étude n'est autre chose qu’une illustration de cette idée, chère que le compte rendu de l’ouvrage de J. A. Theiner, aux théologiens de Tubingnc, qu’une réforme de la Varia doctorum catholicorum opiniones de jure sta­ piété ct de la théologie catholique a été et sera de tuendi impedimenta matrimonii dirimentia... 1825, tout temps possible sans mouvement schismatique. » p. 162-186; cf. Vennell, p. 137; Mœhler adopte la distinction du contrat ct du sacrement; ct2.l’article, I* 227-223. 8. Le cours sur les Jésuites (1.831), publié par Bur­ Cn mol sur l'affaire du collège philosophique de Lou­ kard Leu, professeur â Lucerne, en LS 10. « Cette vain, 1826, p. 77-110; cf. Vermeil, p. 388; qu’il publication Ht grand bruit cl c'est pour la justifier faut rapprocher des Courtes considérations sur que Friedrich et Knopller ont publié ce qu’ils connais­ Γhistoire des relations entre les Universités ct l’État, saient de Mœhler sur les jésuites. Il y a accord parfait Tubingue, 1829; cf. Vcnneil, p. 135-136.—3. Examen entre leurs publications et celle de Leu. » Vermeil, du Mémoire pour l’aboi it ion du célibat imposé au p. 49L Pour le résumé des idées de Mœhler sur les clergé catholique », paru dans le Kalholik cn 1830. Jésuite*, voir p. :.<■ 3Mi. Gf. Vermeil, p. 389-392. — 4. Sur les luttes actuelles 9. Fragments de l'histoire de l’abolition de l'esclavage de l’Églisc. catholique, 1838. il s’agit de l’alfairc de par le christianisme dans les quinze premiers siècles, Cologne. Cf. Vermeil, p. 138-139. dans Throt. Quarta Ischr., 1831, p. 61-136. 565-613, 5. Parmi les travaux de Mœhler sc rapportant à 10. Histoire du monachisme au temps de son origine Γ Écriture sainte, notons un article de 18 pages : Jérôme cl A ugustin aux prises au sujet de (iaL, II, //.— et de son premier développement, 1836-1837. Cf. I Jélet. p. u-Lxii.— Si l’on cn rapproche l’article de 1826: Enfin, 6. le Commentaire sur l'Épitre aux Homains, Quelques pensées sur la diminution du nombre des publié par Rcithmaycr en 1815, d’après les manuscrits prêtres a notre époque ct sur quelques points qui s'y de Mœhler. mais qui n'est pas plus utilisable, pour rattachent, rev ue cil1826, p. Il 1-151, on pourra sc ren­ connaître la pensée mœhlérienne, que la Patrologie. dre compte des Idées de Mœhler sur le monachisme. Cf. Cf. Vermeil, p. 195. Vennell, p. 378-383. La cause profonde du mona­ 7. Les lettres de Mœhler, dont qûelque.s-uncsont chisme, c'est la nostalgie essentielle. Inhérente au une grande importance, ont été publiées par Wonicrchristianisme, le besoin qu’il a de vie religieuse par­ Gains et Friedrich. L'abbé Bélet cn publie une • adressée à une personne de haut rang, qui hésitait faite cn un monde corrompu par le péché. Il a joué un grand rôle dans l’Églisc. Mais sa décadence est indé­ sur le choix d’une religion · P. lxx-lxxmh. III. Doctrini · - « On ne .saurait mieux définir niable â l'heure actuelle. La Révolution française a l'originalité spéciale de Jean-Adam Mœhler, qu’en rendu à l’Églisc le plus grand service cn détruisant disant qu’il fut le théologien le plus autodidacte des les ordres religieux. C'est au clergé «lit « séculier » à temps modernes. (L'est avec une méthode d’inventeur, recueillir l’héritage du monachisme disparu. avec des qualités d’inventeur, que Mœhler recherche 11. Les cours de Mœhler sur l’histoire de l’Églisc ct retrouve le théologie traditionnelle; il n’a rien ont été publiés par Gains, O. S. B., Kirchengeschichle d’un novateur, mais il repense, il revit le christianisme von J, Λ. Mahler, 3 vol., Rnllsbonnc, 1867-1868 de tous les siècles. > Goyau, p. 11-12. A merveille! (trad, par l'abbé P. Bélet, Paris, 1868-1869), d’après Mais faudrait-il alors nous étonner si nous constations des notes d’élèves et d’après une copie d’élève ». que Mœhler ne rejoint pas vraiment les théologiens La publication de Guins est donc sujette ù caution. classiques? Ce n’est pas tout : Mœhler revendique M. Friedrich, qui l’a comparée avec ce qui reste des meme la liberté de ne tenir aucun compte des théolo­ manuscrits de Mœhler. en a fait la critique sur les giens et de se contenter « du dogme universel qui a été points les plus importants. Ou ne peut utiliser Gams qu’en tenant compte des corrections de M. Frie­ enseigné par Jésus-Christ, transmis par les Apôlrcs ct défini par l’Églisc; car. de même que ce dogme drich. Vermeil, p. 491. existait avant eux, de même il reste indépendant 12. Rclthinayer a publié, d'après les manuscrits de de leur interprétation. » Symbolique, 1.1, p. i.xii-lxiv. Mœhler, Lu Patrologie ou Histoire littéraire des (rois Enfin, puisque cc qui a été permis aux anciens théolo­ premiers siècles de l’Église chrétienne (c’est le litre giens ne saurait être interdit aux nouveaux, Mœhler de In traduction française de Cohen, Paris, 1813, revendique aussi la liberté d'interpréter à sa manière 2 vol.). · La publication est dilUcilcment utilisable, parce que Rclthinayer, au lieu de publier les manu­ le dogme universel. « Les protestants reprochent à la théologie catholique contemporaine (Vidéaliser le scrits de Mœhler tels qu'ils étaient, a cru devoir les dogme, les décrets tridenlins cn particulier... Mais compléter, ct qu’il est impossible de faire le départ serions-nous obligés, s’écrie Mœhler, de prendre â la entre cc qui est de Mœhler ct ce qui appartient à lettre la Bible entière et tous les décrets conciliaires? Rcithmaycr. » Vermeil, p. 195. Les protestants seraient-ils seuls à détenir le droit 13. Si nous passons au droit canonique, nous devons d'interprétation dogmatique?... Est-ce idéaliser un signaler d'abord deux comptes rendus de l'ouvrage dogme que d’en exposer le sens véritable et profond?... de F. Walter, Lehrbuch. des Kirchenreehts, l’un de Le théologien catholique sait que les formules, une 1823 %ur la première édition, revue cit., 1823, p 263fois périmées, demeurent sans action sur les ûmes. 299;l’autre de 1829 sur la quatrième édition, ibid., En adaptant la terminologie dogmatique aux exi­ 1829, p. 565-572. De I un a l’autre, on peut sc rendre compte du progrès de la pensée de Mœhler sur la cons­ gences du présent, il ne change, pas le dogme, mais le ranime et lui rend toute sa vertu. Vermeil, p. 178. titution de l’Églisc. Cf. Goyau» p. 31, 35: Vermeil. Attendons-nous donc à trouver chez Mœhler une P 112. 119. interprétation nouvelle du dogme catholique, une I L Fragmente aus und ûber Pseudo·!sidor, revuecit., « théologie · originale, cn rapport avec sa tournure 1829. p. 177-520, cl de nouveau. Ans und Uber Ptcudo-hldor. ibid., 1832, p. 3-52. Cf. Vermeil, d’esprit plutôt mystique que spéculative et avec sa formation schlelcmiachérienne. p 108-109, 2057 M (E ULEB, DOCTRINE Lu profondeur de l'âme a plus «l'iitHnilé avec le christianisme et y atteint, par conséquent, plus faci­ lement que la spéculation*, écrit Mœhler, l)c l'unité, p. ltl.cn une curieuse page où il oppose les spéculatifs aux mystiques. Paul â Jean, Clément de Borne à Ignace d’Antioche. Justin â Irénéc. Il semble â Mœhler que l’Églisc soit plus favorable aux mystiques qu'aux spéculatifs; tbid., p. 136. Il n’y n donc pas a rougir de paraître mystique : < la mysticité catholique a reconnu et proclame tout ce quo la méditation la plus profonde a pu imaginer au sujet de notre union et de notre existence en Dieu, cette mysticité est meme ht base de ΓÉglise catholique (c’est nous qui souli­ gnons). Ainsi, l’on ne voit pas comment, parmi les catholiques mêmes, on puisse croire qu’on a dit une méchanceté, quand on a dit de quelqu’un qu’il est un mystique. · Ibid,, p. 237. Tout théologien doit meme se doubler d'un mystique : ■ le théologien mystique se réjouit de l'accord harmonieux ct sublime que le christianisme montre dans sa totalité, dans sa vie intérieure; il vit dans la contemplation, dans une jouissance immédiate cl spirituelle, et la croit Inter­ rompue, affaiblie cl profanée, lorsqu il doit en donner une analyse. Le théologien spéculatif, au contraire, sc propose (elle analyse; mais il doit avoir entendu lui-même celte harmonie, l'avoir sentie, autrement il parle d’une chose qu’il ne connaît pas et ne sait pas ce qu’il dil ». Ibid., p. 127. Mœhler sera ce théologien mystique, qui s’enchantera des harmonies du christianisme, qui. lorsqu'il se fera spéculatif, sera beaucoup moins préoccupé de < prouver les dogmes que d’en montrer la haute convenance, la nécessité, d’en présenter de beaux aperçus plutôt qu'une analyse précise, exacte, rigoureuse. 1· La foi chrétienne et Γexpérience religieuse. — D’après la doctrine de l’Églisc primitive, la vraie foi. la vraie connaissance de la religion, ne saurait exister sans le Saint-Esprit, ct l’on ne saurait le rece­ voir sans être attaché à l’Églisc. Mais,si nous exami­ nons attentivement de quelle manière on se représen­ tait celle doctrine, nous obtiendrons cc résultat : Chaque individu doit, par une impression immédiate, recueillir en lut la sainte vie répandue dans l'Église; il doit, par une contemplation immédiate, transformer l’expérience de l’Églisc en sa propre expérience; il doit faire naître cn lui de pieux sentiments et une sainte conduite, et du fond de ion âme sanctifiée, il doit déve­ lopper la connaissance de la religion. (Tout cela esl souligne dans le texte.) Dr l'unité, p. 8. Tout chrétien doit donc être un mystique. Nous voici d’emblée en plein schleicrmachérismc : la foi commence par le sentiment, par l’expérience religieuse. « La grande pensée qui sert de fondement à tout ce que nous venons de dire et qui en esl la moelle (c’est) que le christianisme n’est pas une simple idée, mais une chose qui s’empare de tout l’homme, qui s’enracine dans sa vie. cl qui n’est compréhensible qu’en lui. · Ibid., p. IL Celte chose mystérieuse, c’est l’amour. Personne n’a mieux pénétré celte matière que saint Ignace, ...â savoir que l’amour que nous devons puiser dans le sein de l’Églisc cl qui unit tous les fidèles, nous apprend seul cc (pic c’est (pie Jésus-Christ, cc que c’est (pie le christianisme. On peut résumer cn ccs mots tout cc que renferment ses let 1res : Jésus-Ghrist est l'amour ; c'est en aimant que vous le trouverez. · Ibid., p. 9 K». L’amour engendre la foi : l'amour est la source de la vérité; la foi du chrétien est formée par les rayons de son saint amour qui s’élèvent de son Ame, qui sont saisis par son esprit, qui se réfractent cl qui sc transforment en idées. » Ibid., p. 18. Qui ne volt la parenté de cette genèse de la foi avec celle que l’ency­ clique Pascendi retrouve chez les modernistes? · La 2058 foi intérieure ct spirituelle du chrétien, ouvrage de Γ Esprit divin qui anime les fidèles, doit, aussitôt qu’elle se manifeste, chercher une expression... La fol intérieure est la racine de la fol extérieure; celle-là, lorsqu’elle est bien entendue, est accordée avant la foi extérieure, avant la doctrine. » Ibid., p. 19. —Toute la théologie spéculative n’est et ne peut être que l’ex­ plication de l’expérience religieuse : < Comme, d’après l’idée de l’Églisc catholique, la vie chrétienne précède la spéculation, celle-ci puise dans le riche trésor d’une expérience intérieure, dans la plénitude inépuisable d’une sainte vie. » Ibid., p. 134. Le vrai < gnoslique ■ n’a pas besoin de sortir de lui-même, pour parvenir à une connaissance supérieure : L’objet, la foi exté­ rieure, devient donc, par la grâce du Saint-Esprit, une vie particulière dans l’homme, qui renferme en elle-même une certitude immediate... Le fidèle fait ensuite de celte vérité chrétienne l’objet de ses médi­ tations. ct la connaissance (gnosis) est le résultat’de celle contemplation de lui-même... lai foi n'est pas considérée ici comme un objet placé hors de nous, qui n'est cn nous que par nos conceptions, mais comme une chose qui nous esl étroitement unie, qui a ses racines en nous, qui vil en nous, et qui propage ses forces vitales. La connaissance (gnosis) esl donc une reconstruction de la foi de l'Église, un développement scienti lique de ce que renferme l’âme du fidèle. » Ibid., p. 121. Nous voici bien dans l’imma­ nence. 2· La doctrine chrétienne. — Comme la foi intérieure, dont elle n’est qu'une traduction intellectuelle, la doctrine, ou foi extérieure, est l’œuvre du Saint-Esprit. La doctrine ne peut et ne doit point être considérée comme l’ouvrage des hommes, mais comme le don du Saint-Esprit. » Ibid., p. 28. 11 s’ensuit qu’il ne peut y avoir qu’une vraie doctrine, celle de l’Églisc, et que cette vraie doctrine ne peut varier : Comme chacun en particulier ne reçoit le principe de vie ct la fol intérieure que de la communauté. ... ainsi la véritable expression de la foi intérieure, la vraie doctrine ne peut être déterminée ct conservée non plus que par la communauté. Ibid., p. 26. La même cause pro­ duit le même effet : tous les fidèles ( ù travers l’espace cl â travers le temps) ont une même connaissance, une même foi. parce que la même force divine la cons­ titue. » P. 37. Que l’on remarque l’originalité de celte dernière pensée : pour Mœhler la doctrine, pas plus (pie la foi qui l'engendre, n’est une chose morte, figée dans une formule ne varietur; c’est l’effort perpé­ tuel au sein de l’Église pour traduire intellectuelle­ ment la vie de la foi. La doctrine, comme la foi, est une création permanente de Γ Esprit-Saint dans l’Églisc. Mais, parce que c’est le même Esprit qui tou­ jours travaille les âmes, c’est la même foi, c’est la même connaissance qui toujours en résulte. · Le même Saint Esprit (pii. du vivant de ccs saints hommes (les Pères antérieurs), animait l’Église, l’animant toujours, se manifeste de la même manière en lui (le catholique des âges postérieurs) qu’il s'était manifesté en eux, il croit pour celte raison ce que les chrétiens ont tou­ jours cru avant lui : sa foi n'est pas une foi d’autorité...; sa concordance avec la toi de tous tes temps est une suite nécessaire du caractère particulier du christianisme. * Ibid., p. 36-37. 3° Lu tradition rl ΓÉcriture. - S’il est une notion importante dans la théologie mœhlérienne, c’est bien celle de tradition; cf. Vermeil, p. 139 1 15. Essayons de préciser l’idée qu'il s’en fait. < Cette force vitale ct spirituelle (pii, dans l’Églisc, sc propage ct se transmet, est la tradition, qui en esl le côté intérieur, mystique et se dérobant à tous les regards. · De l’unité, p. 7. Somme toute, la tradition, c'est le christianisme même, c'est la vie chrétienne : le christianisme ne 2959 M ŒII LE R. DOCTRINE consiste pas dans dos expressions, dans des formes et des locutions; c’est ync vie intérieure, une suinte force: ct toutes les doctrines ct tous les dogmes n’ont de valeur que pour autant qu’ils expriment la sub­ stance que l'on suppose ainsi exister. » Ibid.. p. 38. On ne peut « justifier les sentiments de ceux qui représentent la tradition comme quelque chose d'indé­ pendant de la vie sancti fiée de l’Église, comme quelque chose d’appris et de propagé par renseignement, comme quelque chose d’extérieur qui ne découle pas d'une âme inspirée,ct qui est conservé néanmoins en quelque sorte ct comme par enchantement par le Saint-Esprit. » Ibid,, p. 213. En définitive, et pour parler clairement, la tradition ne serait pas autre chose que la foi intérieure, non encore formulée en doctrine, que le Saint-Esprit entretient et renouvelle constamment dans l’Église; c’est un «sens intime ·, une • conscience », Symbolique, t. r, p. 36-39, qui permet à l’Église de discerner intuitivement et infailliblement la vérité chrétienne, ou mieux qui renferme celle vérité, de telle sorte que l’Église n’a qu'à descendre en elle-même pour connaître le vrai christianisme; • c'est la Parole de Dieu vivant éternellement dans le corps des fidèles; c’est le sens chrétien existant dans l’Église et transmis par l’Église, sens qu'on ne peut séparer des vérités qu’il renferme, puisqu'il est formé de ces vérités et par ccs vérités. » Ibid., p. 39. Cf. Défense de la Syrnb.. p. 416-418. — M. Vermeil nous avertit que cette conception mœhlérienne de la tradition n’est autre que celle de Schleiermacher (p 139), cl de Ncandcr (p. 152, note 5), son disciple. Il ajoute que celte conception de la tradition est objet de fol et d’idéologie, plutôt que de science solide. Elle repose sur une vision purement mystique de l'organisme chrétien. » P. 151. Nous savons que Mœhlcr ne sc serait pas offensé du propos. L’Écriture sainte est l’expression corpori fiée du Saint-Esprit (il serait plus juste de lire : du saint esprit ou de l'esprit chrétien) au commencement du christianisme par le moyen des Apôtres qui étaient doués d’une grâce particulière. Sous ce rapport, l’Écriture sainte est le premier membre de la tradition écrite. · De l'unité, p. 16. ('.ette considération est grosse de conséquences : si ΓÉcriture n’est qu'une première expression de la tradition et si la tradition ne peut pas varier, il s’en suit « que toute doctrine rejetée par l’Église n'est pas contenue dans l’Écriture, ct que tous les dogmes qu’elle proclame y sont renfer­ més. * Symb., I.u, p. 68. < L'Église et l’Écriture ensei­ gnent les mêmes vérités. De là il suit par une conséquence rigoureuse, nécessaire, que l’exégèse la plus fidèle et la plus parfaite par conséquent, c’est précisément celle-là même «pii reproduit les dogmes et la monde de l’Église. Ainsi donc, en imposant à scs membres l’obligation de retrouver dans ΓÉcri­ ture scs divins enseignements, la société catholique proclame la première règle de l’exégèse scienti ti­ que. » Ibid . p 79· Une curieuse addition » au livre De Vunité, p. 257-265, nous révèle à quels procédés l’exégète catholique s’est vu parfois obligé de recourir, pour rester fidèle à cette règle fondamentale de l'interpré­ tation orthodoxe de l’Écriture sainte. Un mystique comme Mœhlcr admettait facilement que le vrai sens » fie l’Écriture n’en soit pas nécessairement le sens littéral. 11 est une autre conséquence de l'identification de l’Écriture ct de la tradition, c'est que l’Église ne peut plus s'appuyer sur l’Écriture comme sur une chose distincte d’elle-même, pour prouver à qui les nierait, aux protestants par exemple, ou scs dogmes en parti­ culier ou son autorité en général. M adder l’a fort bien vu · · L'Église ne Jette pas scs propres fondements 20 0 dans l’Écriture sainte... SI elle invoquait les pages divines en sa faveur, au fond elle s’appuierait ellemême sur elle-même. Elle ne cherche pas non plus ses titres et ses lettres de créance dans la tradition (pour la même raison). Défense, p. 117. D'ailleurs dans un système qui fait de la mysticité la base même de l’Eglise, des preuves extérieures n’ont plus leur raison d’etre : · la tradition ne peut ct ne doit, a proprement parler, fournir aucune preuve de quelque doctrine chrétienne que ce soit; comme Jésus-Christ ct les Apôtres ne prouvèrent pas leur doctrine, ainsi h tradition ne doit rien prouver elle-même : elle pré suppose la vérité que chacun doit connaître. · J)e Vanité. p. 34. ·— Mais alors si vous ne prouvez l’Église ni par l’Écriture ni par la tradition, comment la prouvez-vous? La réponse est facile : nous ne prouvons pas l’Église, nous l’admet tons nécessaire­ ment. » Défense, p. 11.8. L’homme ne peut pas tout prouver : «en tout ordre de conceptions scientifiques, il part d’un premier principe clair, évident, certain,... qu’on est forcé d’admettre sans preuve sous peine de saper l'édifice par la base... Dans la science de la religion chrétienne, ce premier principe... c’est l’Église une, sainte, permanente, indéfectible, universelle... Niez ce fait, rejetiez la société des fidèles, mécon­ naissez l’autorité du corps enseignant.... tout le christianisme s’écroule à l’instant. · Ibid., p. 119. Voilà ou Mœhlcr est conduit par la logique de son système. 1° Hapports du naturel et du surnaturel. — SI nous quittons le domaine de la théologie générale pour entrer dans la théologie spéciale, le gros problème que soulève une lecture attentive de la Symbolique est celui de la distinction ou de la confusion chez Mœhlcr de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel. Observons (pie nous puisons la connaissance do Dieu à deux sources differentes : dans la révélation naturelle et dans la révélation surnaturelle, en d'autres termes dans la révélation de Dieu en nous et dans h révélation du Sauveur hors de nous. Or. non seulement la révélation intérieure enfante la vérité dans nos cœurs, mais elle est encore, pour ainsi dire, l’organe qui saisit la révélation extérieure... Ainsi deux révélations d’une seule et même vérité. Syrnb.. t. n, p. 90. Mœhlcr emploie IndifTéremmenl ct comme parfaitement syno­ nymes les expressions de vérités surnaturelles », vérités religieuses , doctrine évangélique »;cf. p. 91. En un mot, le contenu de la conscience religieuse cl le contenu de. la doctrine évangélique se recouvrent exactement. Nous pouvions nous y attendre dans une théologie immanentisle comme celle de Mœhlcr. Mais pourquoi qualifier de surnaturelles les vérités religieuses, pourquoi en attribuer la présence dans la conscience à une révélation naturelle ·? - singu­ lière formule, reinarquons-le en passant. -C'est parer que l'homme est naturellement incapable de s’élever à la connaissance ct à I amour de Dieu : · l’homme s’agite vainement dans son impuissance, il ne peut franchir la distance immense qui sépare le fini de l’infini. Il faut donc que Dieu prenne l’homme au fond de son néant, pour l’élever jusqu'à lui par la foi cl par la charité. De meme qu’il sc révéla extérieure­ ment, par la parole, à l'intelligence du premier homme, de même il agit sur sa volonté intérieurement, par la grâce, afin que la parole le saisît profondément, éveillât toutes scs facultés spirituelles et le mit dans un rapport intime avec la vérité suprême et le souve­ rain bien. Ccs deux actes de la Divinité sont égale­ ment nécessaires dans tous les temps, avant comme apres la chute originelle; inséparables l’un de l’autre, Ils marchent sur la même ligne, ct forment dans leur étroite union le contre-pied complet du naturalisme. » Ibid., t î, p. 8. M. Vermeil, p. 16, voit ici à bon droit 2061 M (EHLER, DOCTRINE 2062 • une «les pages les pim importantes de la Symbolique. 1 cl nouveau qui lui répondit .. · De l'unité, p. 163-165. Lu révélation, dit Mœhlcr, est un fait éminemment I Ainsi, pour être divine, l’Église n’a pas besoin d’avoir universel ct n’a pas besoin de la chute pour sc com- I été instituée · par Jésus-Christ. · De l’idée d’une prendre..· Lu religion normale <»» naturelle est déjà I institution, il ne faut pas séparer celle du mécanisme; révélation divine. Ou plutôt il n’y a pas de religion or Γ Église est un organisme vivant. · J bid., p. 167. purement naturelle... I a nature humaine, pour s’ele- I Il en est de même de la hiérarchie dans l’Eglise. • Si l’évêque est institué par la communauté, l'inten­ ver à la connaissance vt à la vie religieuses, à la foi ct tion intérieure, le besoin extraordinaire qui la font A la sanctification, doit être constamment sollicitée ct aidée par le Divin. · Mœhlcr évite soigneusement agir en celle circonstance pour se procurer un point toute expression technique qui rappellerait la distinc­ cintrai de son amour, n’ont rien d’humain,... c'est l’ouvrage du Saint 'Esprit, et conséquemment les tion classique des deux ordres, l’ordre naturel ct l'ordre surnaturel. De nu me que, pour lui, vérités fonctions épiscopales le sont aussi. » Ibid., p. 178. Que nous sommes loin de la théologie de la · succes­ surnaturelles vt writes religieuses sc confondent, de même vie surnaturelle et vie religieuse, Mœhlcr tentait sion apostolique »! En réalité, pour Mœhlcr, les pou­ de supprimer ainsi, par simple prétérition, sept siècles voirs spirituels dans l’Église sont d'origine « charis­ de théologie et de faire revivre les conceptions de matique ». L’ordination, telle qu’elle sc présente à saint Anselme. Voir, ici, I i, col. 1346-1347. I l’extérieur, n’est autre chose si ce n’est la reconnais­ On devine des lors ce que seront, pour Mœhlcr, sance de toute l’Église que, dans un certain fidèle, la justice originelle, le péché origine) cl la justifi­ se trouve son esprit qui le rend capable de representer l’amour d'un certain nombre de fidèles ct de les cation. Notre premier pire était juste et saint, vn d’autres termes agréable à Dieu; car en lui. pour parler unir A toute l’Église; ainsi le Saint-Esprit ne sc avec I École, les sens obéissaient â la raison vt celle-ci communique pas tant dans l’ordination qu’il est reconnu avoir communiqué déjà auparavant un aux préceptes de la justice éternelle, si bien qu’il vivait dans une harmonie parfaite aver lui-même et avec certain don A l'ordinand. · Ibid.» p. 217. (Qu’on lise, dans l’addition xm, p. 283-295, les curieuses théories le ciel. · Symb., I. n. p. 4-6. Le péché originel, « c’est de Mœhlcr sur la participation de tous les chrétiens la perle de la justice surnaturelle avec la perversion du cœur ct la concupiscence de la chair. » Ibid., p. 51. à la vocation des ecclésiastiques ·, en particulier au Enfin la justification : est la création de l’homme pouvoir de remettre les péchés.) Ne cherchons pas non plus d’institution positive de nouveau. Pénétrant les facultés spirituelles, inhérente au fond des Ames, elle renouvelle et change intérieure­ la primauté par Jésus-Christ : « La primalie, comme ment... Par les trois vertus théologales, l’intelligence chaque propriété du christianisme, ne doit pas être est éclairée, le cœur réchauffé et la volonté redressée; considérée comme une idée morte, mais comme la par l’incorporation à 1’1 lomme Dieu, le chrétien de­ vie et comme provenant de la vie... A quoi Imn cette vient pur au dedans de lui-méme, droit dans ses œuvres proposition morte : vous devez avoir un centre d’unité, et saint devant celui qui sonde les cœurs cl les reins. · appliquée mime à Jésus-Christ, s’il n’est pas dans Ibid., p. 111-115. Pour parler la langue des théolo­ l’intérieur des fidèles des besoins qui y répondent?... giens, Mœhlcr admet bien une gratia sanans, mais ne Axant donc qu'une image personnifiée de l’unité des fidèles pût se manifester véritablement, cette unité fait aucune allusion à une gratta elevans. Préoccupé des critiques de Baur, qui reproche au dogme catho­ devait exister cl son développement ultérieur s’en lique de ne faire de la justice originelle qu’un pur suivait naturellement. » Ibid., p. 225-226. Ainsi, dans celle question des origines de l’Église « accident . de donner au christianisme total l’aspect d’un vaste opus stipcrrrogaUonis. cf. Vermeil, ct de la hiérarchie dans l’Église, · Mœhlcr et les théo­ p. 181. Mœhlcr aboutit · à une sorte de transfor­ logiens de l’école de Tublngue évitent toute affirmation misme sut generis, qui sc plaît à considérer la con­ purement abstraite ct dogmatique. Ils substituent science religieuse comme un organisme vivant vt A l’immanence à la transcendance, la causa proxima la faire évoluer sous l'action et avec le secours de (le Saint-Esprit, le besoin) à la a.usa remota (le Christ), la GrAcc divine. · Ibid., p. IG. l.a ressemblance avec la psychologie et la sociologie A la théologie pure. Ils Dieu, c'est-A-dire le surnaturel, n’est que le * déve­ veulent reconstruire la genèse immédiate et positive loppement · de Vintage de Dieu, c'est-à-dire de nos de la hiérarchie ecclésiastique. Ils assimilent les facultés spirituelles·, du naturel. Symb.,l i, p. 15. exigences du devenir social A cette volonté du Christ Enfin, pour réagir contre le luthéranisme, qui « établit dont parle l’ancienne théologie. · Vermeil, p. 372 une différence essentielle entre la religiosité ct la mo­ - Que si maintenant l’on désire connaître l’évolution ralité », Mœhlcr en arrivera presque à les confondre : des idées de Mœhlcr sur les rapports de l'épiscopat et si le culte de l’esprit tient de plus près A la religion, du primat dans l’Église, qu’on lise le résumé qu’a tandis (pic celui du cœur est plus moral, cette diffé­ donné M. Goyau, op. cit., p. 31-37, de · deux articles rence est enlevée dans l’amour, le centre de toutes très fouillés » d’Aloys Schmid, dans le llistorisches les vertus, l’unité vivante où se résument la reli­ Jahrbuch, t xvm. 1897, p. 322-356 et 572-599. giosité et l.i moralité ·. Ibid., p. 293» Conclusion. Jugement st n la doctiunk de 5® L’institution divine dr Γ Église et de sa hierarchic. Mo in i n. Mœhlcr se serait certainement fait • On donne une définition étroite de l’Église quand gloire d’être rangé parmi les théologiens mystiques on l’appelle un établissement ou une réunion, fondés plutôt (pie parmi les théologiens spéculatifs. C’est pour le maintien ct la propagation de la fol chrétienne; bien en effet une théologie mystique que In sienne, elle est plutôt un produit de cette foi, un effet de nous voulons dire une théologie intuitive, synthétique, l’amour vivant dans h s fideles par le Saint-Es prit... constructive, créatrice; sa pensée n’a rien de la pensée Le corps de l'homme est une manifestation de l’esprit discursive, analytique, critique, qui vérifie tous ses qui annonce en lui son existence et qui sc développe. pas, serre les textes d’aussi près (tue possible sans L’Étal est un phénomène nécessaire, une création vouloir jamais les déborder, éprouve scrupuleuse­ et une formation du κοινωνικόν qui nous a été donné ment la solidité des fondations de l'édifice théologique. par Dieu.. Partout où il sc trouve donc des forces Il ne serait pas impossible que certaines vues de Mœh­ d’une certaine espèce, elles se manifestent conformé­ ler, plus ou moins retouchées, s’incorporassent A la ment A leur caractère. L’Esprit divin sc communi­ théologie catholique, par exemple son idée de la tra­ quant ainsi A l’humanité et lui donnant une nouvelle dition (cf. supra), de l’Église · incarnation permanente force, il devait en résulter un phénomène extérieur ' du Fils de Dieu », Symb., t. n, p. 8, en lin de la messe. 2063 MŒHLER - MOGHILA 2061 tains le font voyager en Hollande; d'autres nous le montrent étudiant à l’université de Paris, d'aulns l'envoient plus loin encore. Ce voyage à l’étranger reste fort problématique. Sous l in fluence de l’hctman Khodklcwlcz, qui était devenu son protecteur en 1620, Pierre parait s’étre destiné d'abord à la carrière militaire. Il rêvait de reconquérir la principauté moldave, arrachée a sa famille. Pour lui être agréable, l’hctman tenta dons ce but un coup de main, qui ne réussit pas (1622). Pierre songea, dès lors, à l’état ecclésiastique. Le métropolite de Kiev, Job Boretskii, l’initia aux selon» ces sacrées, et ce (ut lui sans doute qui le décida a * faire moine dans la célèbre laure des Pecldchery eu des Grottes de Kiev, véritable centre de résistance des dissidents contre le mouvement unioniste (août 1627). Trois mois s’étaient à peine écoules depuis m prise d’habit, qu'il succédait à Zacharie Kopytcnskil dans la fonction d'archimandrite de la laure, l’n décret du roi de Pologne, Sigismund 111, le confir­ mait, dans cette charge importante, le 29 novem­ bre 1627. Cette élévation rapide lui lit bien des enne­ mis. Sans retard, le nouvel archimandrite travailla a réaliser le programme qui fut celui de toute sa vie : réorganiser l’Église orthodoxe » de Pologne, qui sc trouvait dans un état lamentable; relever le niveau On trouvera dans le livre de M. Vermeil, la bibliogra­ intellectuel et moral de son clergé: lutter par la plume phic du sujet, p. 477-197. Outre les ouvrages ou articles signalés nu cours de cette étude, mentionnons : G. Goyau, contre le mouvement unioniste commencé à Brest: 1^'Allemagne religieuse, Le catholicisme ( 1300-J813), t. n, opérer au besoin dans les rites et la discipline de p. 19-12, G* édition, 1923; L. Monnsticr, .1. Mtrhler, l’Église orientale des réformes jugées nécessaires pour Étude sur sa idc ct son temps (thèse), luiusanne, 1897; fermer la bouche à ses adversaires. A poursuivre ce Salnt-llrné Taillandier, Revue des Deux Mondes, 1« octo­ programme Moghila employa toutes les ressources de bre 1813; J. .t. Maehler, Ein Ixbcnsbild, von Prof. B illhasar son esprit el sa volonté tenace, qui brisait toute résis­ Wdmer, Mit llrie/en und kleinern Schri/len Maehler's, hg. v. tance et lui donnait parfois l’allure d’un despote. La Plus Bonifaclus Gains, O. S. B., Biithbonnc, 1866; J. Frie­ drich, J. .1. Maehler, der Symbulikcr, Ein Rrilrag zu seiriem situation canonique de la Pcchtcherskaïa Lavra l^btn und seiner Lchre aus sclnen eiyenen und underen c’était un monastère slavropcginquc, soustrait à la ungedrucklm Paplercn, Munich, 1891; Al. KnOpIler, juridiction du métropolite de Kiev et placé sous la J. .1. Mahler, Ein Gcdenkblatt zu dessen hundertstem dépendance immédiate, mais plus nominale que réelle, Geburlstai), Munich, 1896. Bullinger n publié un certain du patriarche de Constantinople — favorisait scs nombre des articles de Mœhlcrdcla Tubinger Quartalschrift desseins. cl du Kalhtdik, dans J. A. Maehlers' gcsammelte Schrlflen 11 commença par développer l’imprimerie déjà und {ufsatzr, 2 vol., Itathbonne, 1839-1810. installée dans la laure, ct lit faire plusieurs publica­ A. I’oxck. tio.is d’ordre liturgique et ascétique, dont nous dirons MOGHILA pierre, théologien gréco-russe de lu un mot plus loin. Il songea ensuite à fonder une école première moitié du xvn· siècle, métropolite de Kiev supérieure d’études littéraires et t héologiques, exe­ de 1633 à 1616. — I. Vie. II. Écrits ct doctrine. cutant en cela l’une des volontés du métropolite. III. La confession de foi dite de Pierre Moghila. Job Boretskii, son ami, qui venait de mourir en lui L Vie. - Même après les nombreuses recherches léguant sa bibliothèque, cl en le nommant son exé­ des savants russes el roumains, la vie de Pierre Moghila, surtout dans sa première partie, reste enve­ cuteur testamentaire (1631). L'école fut, en effet, ouverte, d’abord dans la Pcchtcherskaïa (1631), puis loppée de bien des obscurités. H est à peu près établi dans le monastère de Bratskn, conformément au qu’il naquit en Moldavie, le 21 décembre (vieux style) testament du défunt. ILIle fut le berceau de la célèbre 1596. Son père, Slméon Moghila (ou Mouilà, comme académie de Kiev, qui ne reçut ofllciellement ce titre disent les Roumains), descendant d’une noble famille roumaine qui fait sa première apparition dans l’his­ que plus tard, après l’annexion de Kiev à la Hussic (1701), et fournil à l’Église russe pendant plus d’un toire en 1198 et à laquelle on a donné dans la suite des siècle ses prélats les plus instruits el scs meilleurs ancêtres légendaires, fut d’abord hospodar de Valachic (1601-1607), puis de Moldavie (1607-1609). théologiens. Pierre était dès lors l’homme le plus en vue de la Après sa mort, survenue vraisemblablement en 1611. Ruthénic soumise à la Pologne. Scs relations person­ les Moghila, battus par Kanlémir Murza, durent nelles avec le tsar de Hussic, Michel Homanov, ct s’enfuir en Pologne, ou ils avaient «les parents riches Philarèlc Nikitich, patriarche de Moscou, augmen­ cl puissants (1612). Le jeune Pierre continua dans taient son prestige. A la mort Cité par Belot, p. xvt-xvn. · L’étude très détaillée du progrès cons­ tant de la pensée de Mœhlcr et de son achemine­ ment vers une orthodoxie toujours plus sûre · a été faite par Aloys Schmid, cf. supra. Pourtant M. Ver­ meil est d'avis qu* au fond, les idées maîtresses sont demeurées les mêmes. P. xîv. Il me parait bien avoir raison : cf. supra, Rapports du naturel et du surnaturel; Mœhlcr s’est fait du christianisme une conception inspirée des théories de Schlcicrinacher, qu’on ne voit pas qu’il ail abandonnée, qu'on ne conçoit même pas qu’il ait pu abandonner, tant elle s’accordait avec son tempérament mystique; el par là on peut avouer que Mœhler a été un précurseur inconscient du modernisme catholique. 2065 • orthodoxes >, auxquels H accorda non seulement le libre exercice de leur religion dans toute la Pologne, mais aussi toutes les églises de Kiev, y compris la métropole, ct cinq évêchés enlevés aux catholiques. Ct. dom Guépln, Saint J osaphal, l. u, I. VII. c. n, Poitiers, 187t. Celle victoire, les · orthodoxes la devaient â l'habile intervention de Pierre Moghila, qui avait su gagner Ladislas à leur cause. I ne des premières mesures du souverain en faveur de l'Égllsc dissidente fut de déposer les évêques dont la promo­ tion avait clé irrégulière. Isaïe Kopinskii, ennemi per­ sonnel de Pierre, fut compris dans la liste des prélats destitués. Il fut aussitôt remplacé par Pierre Moghila, qui réunit l'unanimité des suffrages du collège élec­ toral. Au dire de certains historiens russes, comme C. Goloubiev, le nouvel élu ne tut pas étranger ù l'intrigue (pii aboutit à la déposition de son rival. Sun élection fut confirmée par Ladislas, le 12 mars 1633. ct bientôt reconnue par le patriarche de Constanti­ nople, Cyrille Lucar, de qui dépendait encore à celte époque la métropole de Kiev. Pierre reçut l’ordination épiscopale non à Kiev, où Isaïe Kopinskii se trou­ vait encore, mais ù Léopol, des mains de l’évêque de cette ville, Jérémie Tissarovskii, alors exarque du patriarche œcuménique (28 avril 1633). Goloubiev, Le métropolite de Kiev, Pierre Moghila ct ses compa­ gnons (Carmes (en russe), t. i. Kiev, 1883, p. 515. Il prit possession de son siège, le 5 juillet, après avoir fait expulser de force son prédécesseur qui, tout le temps· qu'il vécut, c’est-à-dire Jusqu’en 1640, lui créa bien des embarras. Se souvenant que la Pechtcherskaïa Lavra était stavropégiaque, ct pouvait, de ce chef, échapper à son autorité, il sc garda bien de résigner son titre de grand archimandrite du monas­ tère, dont il put ainsi utiliser les ressources pour l’exécution de ses desseins. Son activité pour la réorganisation ct le développe­ ment de l’Égllsc ruthène dissidente fut, dès lors, débor­ dante. Elle s’étendit à tous les domaines : fondation de confréries, d’écoles cl d’hôpitaux, installation d’une imprimerie à Krzemienec; restauration ou reconstruction d’églises et de monastères; édition d’œuvres liturgiques, théologiques, catéchétiques ou polémiques par l’imprimerie de la Lavra de Kiev; développement de In culture et du goût de la prédi­ cation parmi les moines. Le métropolite mil tout en œuvre pour que les siens ne fussent pas trop Inférieurs au clergé latin et unialc c|iii les entourait. Kompant avec le vieux conservatisme hérité de Byzance, il ne recula pas devant les innovations qui lui parurent nécessaires pour lutter contre les adversaires de l’orthodoxie orientale, et il emprunta hardiment aux Latins les idées el les méthodes (pii lui parurent justes et utiles. L'école de Kiev fut m< delve sur les collèges des Jésuites de Pologne, cl l’on y enseigna la théologie avec les principes ct la méthode ct dans la langue de saint Thomas d’Aquin. On dit adieu aux vieilles querelles byzantines sur les rites cl les usages, et l’on ne conserva guère (pie deux divergences d’ordre dogmatique avec l’Église catholique : la primauté du pape ct la procession du Saint-Esprit. Moghila voulut aussi doter l’Église orientale d’un manuel d'instruction religieuse supérieure, analogue au caté­ chisme du concile de Trente. Cette idée lui vint à l’occasion du désarroi (pic jeta parmi les ortho­ doxes d’orient et de Pologne le calvinisme du patriarche de Constantinople, Cyrille Lucar, haute­ ment affiché dans une Confession de foi publiée pour la première fois en 1629. Cf. article Lucaii (Cyçîllc), t. IX, col. 1003 sq. Les Grecs de Constantinople avaient sans doute anathématisé le novateur au synode de 1638, présidé par le patriarche Cyrille de Bcrrhéc; mais cela ne pouvait suffire. Le métropolite IL CH ITS '2066 de Kiev vit clairement la nécessité, pour l’ortho­ doxie orientale, de sc formuler en un corps de doctrine systématique pour s’opposer aux nombreuses erreurs des réformés. 11 rédigea un catéchisme développé, qu’il fit d’abord examiner par un synode tenu dans l’église Sainte-Sophie de Kiev, en 1610, ct qu’il soumit ensuite à l’approbation du patriarche de Constanti­ nople, À la conférence théologique qui se tint a lossy. à l’automne de 1642, entre théologiens grecs et théolo­ giens kiéviens. De ers pourparlers sortit la Con/ession ortho tore Je la /ni de l’Eglise catholique apostolique orientale, autrement dite Confession de /οι de Pierre Moghila. Ce document, vu son importance et son histoire compliquée, mérite d’être examine dans un paragraphe spécial, cl n’est pas, en son intégrité, l’œuvre du métropolite de Kiev. Après les additions el corrections que lui lit subir le grec Mclccc Syrigos, Moghila n’y retrouva plus l’expression complète de sa pensée. Il l’oublia; et n’ayant pu réussir â donner à la foi de l’Église orientale tout entière une expres­ sion commune ct authentique, il limita désormais son zèle pastoral à l’instruction de l’Église ruthène. Pour elle il composa un catéchisme plus réduit, imprimé, en 1615, en polonais ct en ruthène. Pour clic il prépara l’édition du Trcbnik ou Grand Euchologe dont l’importance liturgique ct dogmatique est consi­ dérable. Cc dernier ouvrage sortait a peine des presses de la Pcchtcherskaïa Lavra, lorsque l’actif prélat fut arrêté par la mort, au moment, où il venait de termi­ ner sa cinquantième année (22 décembre 1616). L’Église dissidente de Pologne perdait en lui son chef incontesté, quoique peu aimé, à cause de son caractère cassant et autoritaire, l’Égllsc catholique un adversaire décidé, mais non fanatique, qui par la largeur de scs vues et le ton modéré de sa polémique laissait bien loin derrière lui la plupart des polémistes anticatholiques d’Oricnt cl d’Occidcnt. Son influence doctrinale et liturgique favorisa plus l’union que le schisme. Grâce à lui bien des éléments catholiques pénétrèrent dans l’Église russe proprement dite cl y atténuèrent l'influence byzantine et grecque. Par lui cl par scs disciples la pensée religieuse russe prit contact avec lOccidcnt catholique, presque â la veille 1 du jour où Pierre le Grand allait ouvrir la Bussie à la culture occidentale. Plus d une fois il fit concevoir à Borne l’espoir de son adhésion à l’union de Brest On conserve du pape Urbain VIII deux lettres rela­ tives à des négociations en vue d une entente sur les bases des décisions du concile de Florence. Lettres du 10 juillet 1636 cl du 3 novembre 1643, publiées par A. Thciner, Vetera monumenta Poloniit, Koine. 1860-1864, t.in, p. 112, 125. Cf. A. Malvy ct M. Villcr, La confession orthodoxe de Pierre Moghila, métropolite de Kiev, Paris, 1927. p. xv-xvii. Cet espoir fut déçu, bien (pie certains aient parlé d’une adhésion secrète du métropolite au catholicisme, à son lit de mort. Cf. Guepin. op. cit., t. n. p. 372 IL Éciurs i r iwctkixk. - Pierre Moghila fut plutôt un homme d’action qu’un homme d’études, un administrateur ct un pasteur plutôt qu’un théolo­ gien de profession. Les écrits qu'il a composés luimême, ceux qu’il a fait éditer à l’imprimerie de la Las ra de Kiev, et ceux qu'il a inspirés portent presque tous la marque pastorale. Chez lui, point de spécula­ tion philosophique ou théologiquc, point de dispute byzantine. Il ne vise qu’à enseigner nu peuple les éléments de la doctrine, à former des prêtres suffi­ samment instruits, à leur fournir des livres liturgi­ ques corrects avec des règles pratiques pour l’admi­ nistration des sacrements cl l'exercice du ministère paroissial. En cela même il est original, cl prend des initiatives qui surprennent chez un prélat dépendant. 2067 MOGHILA, nominalement, il est vrai, du patriarche byzantin. Nous ne nous arrêterons pas à énumérer les lis res liturgiques, hagiographiques, pnrénétiqucs, ascéti­ ques qui sortirent des presses de la Pcchlchcrkaïa L.ivr.i par scs ordres, avec ou sans sa collaboration immédiate. On en trouvera la liste détaillée, dressée par Émile Picot, dans le t. iv de la bibliographie hellénique du XVII· siècle, d’E. Legrand, p. 120-155. (’.c qui mérite d’attirer l’attention du théologien, ce sont les nouvelles rubriques introduites dans certains livres liturgiques comme le missel ct l'cuchologe ou Trebnik, les instructions qui se lisent dans le Trebnik sur les sacrements en général el chaque sacrement en particulier, sur 1rs ofllccs de réception des diverses catégories d’hérétiques, sur les commémorai sons des défunts, il s’y trouve un grand nombre d'afllrmalions doctrinales du plus haut intérêt, restées jusqu’ici a peu près inconnues des théologiens catholiques, et contredisant sur bien des points les thèses défendues par les polémistes grecs anciens et modernes. Ajou­ tons qu’au point de vue rituel ct, dans une certaine mesure, au point de vue dogmatique, l'cuchologe de Moghila a exercé une influence considérable sur l’Église russe, qui l’adopta, pour son usage en 1757, après lui avoir fait subir quelques légères retouches. Parmi les particularités d'ordre doctrinal que nous avons relevées dans cet ouvrage, nous signalerons les suivantes : 1· Pierre Moghila, dans l’introduction générale aux sacrements, insiste à la manière des théo­ logiens catholiques sur la nécessité de l'intention du ministre, une intention vraiment sérieuse et Intérieure, pour accomplir le rite sacramentel, — 2e Pour le bap­ tême, il admet non seulement comme salide.mais aussi comme licite la simple infusion, rite qui s’est toujours pratiqué dans la Petite-Bussie el l’Ukraine, de l’aveu même des théologiens russes qui condamnent cet usage comme illicite. Il reconnaît la validité du baptême administré par les catholiques et les protestants, que les Busses de Moscovie rebaptisaient d’apres les décrets du concile de Moscou de 1620. Il demanda même au patriarche œcuménique d’user de son influence pour détourner les Moscovites de la pratique de rebaptiser les luthériens, à l’occasion d’un projet de mariage entre le prince danois Voldemar cl Irène, tille aînée du tsar Michel Bomanov. Lettre du 16 septembre 161I,1 lurmuzaki, Documente privitoare la istoria Hornanitor, t. IV, part., 1 p.UUL — 3· 11 rejette la pratique | de la rcconformation des apostats, que Mélèce Syrigos a introduite dans la Con/exs/on orthodoxe, ct pour couper court â cet abus, il supprime dans son Trebnik le rite de réconciliation des apostats du patriarche saint Méthode, (pii l’a engendré. A plus forte raison rvpoussz-t-il la recon Urination des latins déjà confir­ més par leurs évêques, pratique chère aux Grecs et aux Busses dès le Moyen Age, avant que les unset les autres eussent eu recours à la rebaptisai ion. Depuis 1757, l’Église russe a suivi ces règles, en dépit de rallinnatlon contraire de certains théologiens russes, comme Macairc, relativement à la recon Urination îles apostats. — I* 11 enseigne très clairement à plusieurs reprises que la forme du sacrement de l’cuclwristic est constituée par les paroles du Seigneur : Ceci est mon corps; Ceci est mon sang, et non par l’épiclèse dite du Saint-Esprit, d’accord en cela avec les théolo glens de la Petite Hussle. Pour établir cette doctrine, il en appelle à l'autorité de saint Jean Chrysostome, ct cite le passage bien connu de la /'· Homélie sur la trahison de Judas, 6. P. G., l. xux, col. 38ü. Il avait déjà exprimé la même doctrine dans les quatre édi­ tions de son missel ou Leilourghiaron (1629, 1637, 1638. 1639), ct venait de la répéter dans le Petit catéchisme en langue polonaise ct ruthène, Kiev, 1645, dans les termes suivants : Quast. cxm . Quomodo ÉCKITS 20G8 consecratur hoc sacramentum in sacra li largiti? -Virtute horum verborum, quu' loculus est Christus : « Hoc est corpus meum · et Hic est sanguis meus, . I bi proferuntur a sacerdote, advenit Spiritus Sanctus invisibiliter, ad invocationem et intentionem sacerdotis, et substantiam panis et vini transmutat in substantiam corporis ct sanguinis Christi, remanentibus solum ipsis speciebas panis et vini. Traduction du P. Malvy, op, at,, p. cxxiv-cxxv. Nous verrons tout à l’heure que la Confession orthodoxe place non moins explici­ tement le moment de la consécration aux paroles de l’épiclèse. Notons aussi, à propos du même sacrement de l’eucharistie, que, contrairement à la pratique grecque, Pierre recommande au célébrant de consa­ crer les parcelles offertes en l'honneur des saints, des vivants cl des morts, cl disposées autour de lu grande hostie suivant les rubriques du rite byzantin.il faut qu’il ne reste rien de non consacré sur la patè­ ne. 5· Sur le sacrement de pénitence, il donne un enseignement tout à fait conforme à la doctrine catho­ lique, en particulier sur la satisfaction el la peine tem­ porelle due nu péché pardonné. Dans la Confession orthodoxe, l'existence de la peine temporelle est nhc catégoriquement, au moins pour ce qui regarde l'autre vie, et laissée dans l’ombre pour ce qui regarde la vie présente. Moghila n’a pas craint de changer'lcs for­ mules déprécalives d’absolution de l'cuchologe byzan­ tin, en une formule â la fois deprecative et indicative, reproduisant à peu près mot pour mot la forme actuelle du rituel latin. Les termes essentiels de cette forme sont, d'après le Petit catéchisme, q. ex.w: Ego potes­ tate mihi data a Christo Domino absolvo te in nomine Patris ct EHii ct Spiritus Sancti. Malvy-Viller, op. cil., p. c.xxvr. L’Église russe s’est appropriée la formule du Trebnik.— 6· Kelativemenl à l’extrême-onction, le métropolite de Kiev ignore aussi la pratique abu­ sive des Grecs de donner cc sacrement aux bien-por­ tants comme préparation â la communion. Pour lui, le sujet du sacrement est l’adulte baptisé atteint d’une maladie grave. L'Église russe est restée fidèle à celle tradition. —7· Pour la célébration des fian­ çailles et du mariage. Moghila introduit une rubrique nouvelle qui a été adoptée par les Busses cl qu’igno­ rent encore les tirées: Le prêtre qui bénit le mariage interroge chacun des époux pour leur faire donner explicitement el publiquement leur consentement, à peu près dans les ternies prescrits par le rituel latin. C’est que notre théologien, contrairement à la doc­ trine aujourd'hui commune parmi les Gréco-russes, place l’essence du sacrement dans le contrat luimême : la matière est constituée par l’homme ct la femme contractant librement el suivant les règles canoniques; la forme, ce sont les paroles par lesquelles les époux manifestent leur consentement intérieur devant le curé. Bien que cette doctrine sur la matière cl la forme du sacrement de mariage ait été insérée dans l’édition officielle du Corpus juris canonici de l’Église russe on Kormtchaia Kniga, faite par le patriarche Nlcon en 1653, ainsi que dans les editions postérieures du même ouvrage, les théologiens russes actuels volent communément le rite sacramentel dans la cérémonie du couronnement, séparant ainsi le sacrement proprement dit du contrat matrimonial. Gf. art. Mahiage dans l/Égum ghéco-iu sse, t ix, col. 2321 sq.— 8e Dans VInstruction sur les commèmoraisons des défunts, Trebnik, p. 835-819. Pierre enseigne l essentiel de la doctrine catholique du purgatoire, d’accord en cela avec l’ensemble des théo­ logiens de Kiev : il admet non seulement un état inter­ mediaire entre le ciel et l'enfer, ce que nie la ConfesI sion orthodoxe, mais aussi un troisième lieu. La Con­ fession orthodoxe, dans sa rédaction originale renfer; malt une doctrine identique. Gf. Malvv-Viilcr, op. cil., 2069 MOGHILA, LA CONFESSION DE FOI p. xlvi-xlvü. Ill, 162-163. Lc Petit catéchisme reste | Imprécis sur plusieurs questions relatives aux fins I dernière* et s’en tient aux points hors de discussion, Ibid., p. 1 15. I Le Petit catéchisme. publié en 1015 sous le litre : Petit recueil de lu doctrine sur les articles de lu /oi ortho­ doxe. catholique chrétienne comme Γ Église orientale apostolique T enseigne pour l'édification et l'instruction de la jeunesse chrétienne orthodoxe, suivant Ica indica­ tions et avec la bénédiction des chefs de l'Égllsc, Pcchtchcrskaîa Lovra de Kiev, 1615. est comme un résumé du grand catéchisme soumis à l'approbation des Grecs et devenu après corrections la Confession orthodoxe. Mais il ne s’accorde pas toujours avec celle-ci sur les questions de doctrine. Nous avons déjà signalé quel­ ques divergences. On en trouvera d'autres dans l’ctude de Malvy-Viller, La Con/ession orthodoxe, p. cxivcxxix. On remarque aussi quelques différence* de detail entre l’édition polonaise ct l’édition ruthène do ce petit catéchisme. (T. Goloubicv, op. cil., t. n, p. 173-180, en appendice. L'édition slavonne parue a Moscou en 1619 a également scs particularités, peu importantes d’ailleurs. Cette dernière édition fut plusieurs fois réimprimée sous le titre de Catéchisme ou Petit enseignement. C’est dans le Petit catéchisme que nous trouvons la pensée de Moghila sur la matière el la forme du sacrement de l’ordre, dont ne parle pas le Trebnik La matière, c’est l'imposition des mains de l’évèque sur la tète de l’ordinand; la forme est consti­ tuée par les paroles que prononce l’évêque dès le début de la cérémonie : La grâce divine, qui guérit ce qui est infirme, etc. Il faut reconnaître que .Moghila a été peu heureux dans la détermination de cette forme: La prière Divina gratta, etc., nest.au fond, que la déclaration canonique de l'élection de l’ordlnand. La vraie forme doit être cherchée dans les deux prières qui suivent. Cependant la plupart des théolo­ giens catholiques el la presque totalité des théologiens gréco-russes sont de l’avis de Moghila. A noter dans ce même catéchisme l’aillrmation très nette de l’assomption corporelle de la sainte Vierge, donnée dans l’explication du 11· article du Symbole : Spero resur­ rectionem mortuorum Cette résurrection, dit le métro­ polite de Kiev, il faut la croire de tous les saints, sui­ vant la doctrine de saint Chrysostome, excepté de la très sainte Vierge, qui a déjà été élevée au ciel avec son corps (q. cxxxvi). La doctrine sur la pro­ cession du Saint-Esprit est formulée en termes assez généraux pour supporter une interprétation catho­ lique : Spiritus Sanctus procedit ex ipsius Patris per­ sona sicut a fonte et principio divinitatis (q. lxxi). En 1612, le théologien uniate Gassicn Sakowicz ayant fait paraître un ouvrage intitulé : ΈττανόρΟωσις ou Aperçu des erreurs, hérésies et superstitions de Γ Église gréco-russe séparée, qui sc remarquent tant dans les dogmes de la foi que dans l'administration des sacre­ ments et dans les autres rtles ct cérémonies, Cracovic, 1612, Pierre Moghila crut devoir prendre la plume pour défendre son Église, ou plutôt, sur son ordre, les théologiens de Kiev composèrent la réponse qu’il prit à sa charge sous le pseudonyme d’Eusèbe Pémènc (Εύσεβής ποιμήν le pasteur orthodoxe). Elle por­ tait le litre suivant, qui est bien dans le goût de l’époque : Λίθος ou Pierre lancée par la fronde de la vérité de lu sainte Église orthodoxe russe par l'humble frère Eusèbe Pémène pour mettre en pièces la Perspectire ténébreuse et fausse publiée à Cracovic, l'an du Seigneur 1612 par Cassien Sakoivicz... Laure des Grottes. Kiev, 1611. L’ouvrage comprend une introduction et huit chapitres, Pémènc reconnaît qu’il y a des abus dans son Église ; que, si la situation de celle-ci est si lamen­ table, la faute en est surtout aux persécutions dont elle a été l’objet sous Slgismond III. Après ces aveux, 2070 Il défend énergiquement le rituel byzantin pour ce qui regarde l’administration des sacrements ct spécia­ lement le baptême ct la confirmation. Il parle egale­ ment de* divergences communément relevées par les polémistes entre les deux Églises. Le Λίθος fut réfute par le jésuite Théophile Boutka dans un ouvragé intitule : Pierre arrêtant la pierre tancée de Kiev, Lublin, 1690. Il est difficile de déterminer la part qu’eut Pierre Moghila dans sa rédaction. D'après les historiens russes, comme Macairc, Histoire de l’Église russe, t. IX, éd. de St-Pétersbourg, 1903, p. 602-604, ct Goloubicv, op. cit., t. n, p. 358-361, il fut surtout l’œuvre de son entourage Lc texte en a clé republié par Goloubicv dans les Archives de ta Passif méridio­ nale. t. ix, 1'· partie, Kiev, 1893. p. 1 18-113, avec une savante introduction, ibid., p. 1-117. On y retrouve la doctrine catholique sur la forme de l’eucharistie On a conservé de Pierre Mnghila quelques rares discours. E. Picot dans sa notice bibliographique en signale un sur La croix du Sauveur et de chacun de nous, prononcé à la Lavra, le dimanche de Γ Adora­ tion de la croix, le 4 mars 1632. ct publié la même année, in-l· dr 5G pages. E. Legrand. Ribliographie hellénique du X\ IP siècle, t. iv.p. 128-129. Le discours prononcé par Pierre au mariage de Marie, tille de Basile le Loup, prince de Moldavie, avec le prince Bad/iwill. à îàssy en septembre 1615, a été inséré dans le Trebnik, ibid,, p. 118-119. I n autre morceau très bref, intitule : Instruction à un higoumène, à un pape et à un diacre, a été public dans in revue russe Pribavlemia, ou Suppléments à l'édition des irai res des saints Pères, t. n. 18-11, p. 85-90. Moghila sc proposait de publier une traduction de la Bible en slovéno-russc ainsi qu'une version des Vies des saints de Mét.iphrastc. La mort ne lui laissa pas le temps de réaliser ces projets. III. La confession de foi diti de Ρικηηκ Mo niiiLA.— Il est curieux de constater que l’écrit qui a le plus contribué â la célébrité de Pierre Moghila comme théologien, ne renferme que partiellement l’expression de sa pensée ct qu’il la contredit même explicitement sur plusieurs points. Pierre l'a renie d'une manière au moins indirecte en le laissant Inédit ct en s’écartant de son enseignement dans scs ouvrages postérieurs. Aussi bien cc qu’on appelle parfois la Confession de foi de Pierre Moghila ne représente plus la rédaction primitive du métropolite de Kiev et de ses collaborateurs. Cc que certains auteurs ont nommé le Catéchisme des Pusses OU VExposition de la foi de T Église de la Pctite-Hussie, après les importantes modi­ fications ct corrections que lui lit subir le théologien grec, Mélècc Syrigos, est bien moins l’expression de la doctrine des Petits-Hussiens que celle de la théologie admise par certains Grecs dans la première moitié du xv!i* siècle. Comme par ailleurs cet écrit ainsi remanie fut approuvé officiellement en 1643 par les quatre patriarches orientaux, il a pris aux yeux d’un grand nombre l’aspect d’un livre symbolique de l’Église gréco-russe tout entière. Le Grand caté­ chisme de Pierre Moghila ou Catéchisme des Husses s’est transformé en la Confession orthodoxe de la fol de l’Église catholique apostolique orientale. Dans quelle mesure ce titre correspond-il à la réalité? Il est impor­ tant de le rechercher. Il nous faut dire aussi un mot de sa rédaction, de son histoire depuis trois siècles, de son contenu ct de scs particularités doctrinales, enfin, s’il est possible, indiquer quelques-unes de scs sources. 1 · Hédaction. - Nous avons raconté plus haut à quelle occasion Pierre Moghila conçut le dessein de rédiger sous forme d'enseignement catéchistique un exposé de la fol de l’Église gréco-russe. Ce dessein n’était pas nouveau en Pctitc-Kussie» 2071 MOGHILA, LA CONFESSION DE FOI 2072 par Jean Doubovitch en 1611, traduite cn polonais non seulement panni les Kuthènes unis à Borne, mais aussi parmi les dissidents. Antérieurement au caté­ et éditée à Varsovie en 1612 par Cassicn Sakowkz, rééditée dans la Rousskala Hiblioteca, t. iv, Pétenchisme de Moghila, ces derniers cn avaient publié bourg, 1878. On décida de soumettre l’ouvrage A d’autres; Laurent Zizanii Toustanovskii avait déjà composé son Grand catéchisme, qui avait été imprimé l'examen et à l’approbation du patriarche de Cons­ tantinople pour lui donner plus d'autorité et trancher à Moscou en 1627, après avoir subi les corrections des les points controversés. Après des démarches assez théologiens moscovites. Il était très développé cl longues, Kiéviens et Grecs convinrent de sc réunir conçu sur le même plan que celui de Moghila. Cf. à lossy cn septembre 1612 pour examiner l'œuvre dr Th. Illnskii, Le. grand catéchisme de Laurent Zizanii, Moghila. Ce ne fut point un concile, comme on l’a dans les Travaux de Γ Académie de Kiev, années 1898 souvent dit, mais une simple conférence théologique et 1899. En 1635, Sylvestre Kossov avait édité un entre trois délégués du clergé ruthène : Isaïe Kozlovs­ petit catéchisme qui eut de nombreuses éditions et kii, Ignace Oksenovilch cl Joseph Kononovitch, tl fut approuvé par le synode de Moghilev en 1637. Cf. G. Mirkovitch, Sur le moment de ta transsubstan­ deux délégués du patriarche de Constantinople ; Porphyre, ancien métropolite de Nicéc, ct Mélèci tiation des saints dons, Vilna, 1886, p. 16-17. Il faut Syrlgos, prédicateur de la Grande-église. Cc fut à ce croire que ces premiers essais ne satisfaisaient pas le dernier qu’échut la tâche de traduire le catéchisme en métropolite de Kiev. Il voulait faire quelque chose de grec vulgaire. Commencé le 15 septembre 1612, le mieux ct, dans le courant de l’année 1639, ou au travail était terminé le 27 octobre suivant, cl envoyé début de 1610, composa le grand catéchisme qui allait dès le 30 octobre au patriarche œcuménique, Parthédevenir si célèbre sous le nom de Confession orthodoxe. nios I·'. Durant cc temps, Kiéviens ct Grecs discutè­ L’ouvrage était terminé à l’été de 1610. Plusieurs rent plus d’une fois sur certaines questions de théolo­ écrivains russes ont contesté à Moghila la paternité gie, ct n’arrivèrent pas toujours à s’entendre. Les de cet écrit ct l’ont attribué à Isaïe Troflmovitch discussions ayant été secrètes, on n’est qu'imparfalKozlovskii, higoumène du monastère Saint-Nicolas tcmenl renseigné sur leur objet. Quelque chose cepen­ de Kiev. Ainsi .Macaire Bulgakov, Histoire de l'Église dant cn a transpiré dans un bref rapport de l’agent russe, t. IX, p. 589-591, Pélersbourg, 1882; Philarète diplomatique viennois, Jean André Scogardl, qui se Goumilevskii, Aperçu de la littérature ecclésiastique trouvait alors à lossy. Cc personnage nous apprend russe, t. i, Tchernigov, 1859, p. 271. Déjà en 1611, que le désaccord entre les théologiens de Kiev ct les l’archimandrite uniatc Jean Doubovitch affirmait la même chose. Cf. A. V. Gorskii, Pierre Moghila, métro­ délégués grecs éclata principalement sur deux points : la question du purgatoire, c’est-à-dire l’existence d’un polite de Kiev, dans les Suppléments à l'édition des troisième étal ct lieu distinct du paradis et de l’enfer, amures des saints Pères, t. iv, 1857, p. 6'2. On sera sans doute dans le vrai cn affirmant que, dans la rédac­ et la forme de l’eucharistie. L. Hurmuzaki, Documente priidloarela tstoria Românilor, t. iv, part. 1, Bucarest, tion de ce catéchisme, Moghila a eu des collaborateurs, 1882, p. 668; Malvy-Villcr, p. 162-163. Les Petitsparmi lesquels Isaïe Kozlovskii tient la première Bussions avaient une doctrine identique à celle des place, mais qu'il a tout revu lui-même, ct en a pris catholiques; les/trees, c’cst-à-dirc avant tout Syrlgos, toute la responsabilité, un peu comme un pape prend soutenaient les thèses des anciens polémistes byzan­ la responsabilité de ses encycliques, mémo lorsqu'il n’a pas été seul à les composer. tins. · Les amendements et corrections que Mélècc Syrlgos Il est absolument sûr que cc catéchisme, composé lit subir au catéchisme ruthène ne portèrent pas seu­ peut-être d’abord en polonais ou cn ruthène, fut éga­ lement sur les deux points indiqués par Scngardi, lement rédigé sans retard en latin, comme l’atteste mais sur plusieurs autres, que l’on peut deviner en l’auteur de la traduction cn grec vulgaire, Mélècc comparant la doctrine exprimée par la Confession Syrlgos, dans une note de son autographe, le rod. 360 orthodoxe avec celle que Pierre Moghila cl l'École dr de lu bibliothèque du Métochlon du Saint-Sépulcre, à Kiev continuèrent à enseigner après la conférence de Constantinople, note reproduite dans une des copies lassy. Une fois en possession du document : texte de cet autographe, le cod. Parisinus 1265. Ce dernier latin retouché ct version en grec vulgaire de Syrlgos, ms. porte en regard du grec de Syrlgos un texte latin qui, sans doute, n’est pas le texte primitif du métro­ le patriarche Parthénios ne larda pas à le soumettre polite de Kiev, puisqu’il traduit les additions et cor­ à l'approbation de son synode. Cette approbation fut donnée le 11 mars 1613, et porta uniquement sur rections du théologien grec, et manque de certaines le texte grec de Syrlgos : détail qu'il est important de données qui étalent sûrement contenues dans la rédac­ retenir Le patriarche de Constantinople ne fut pas tion originale, mais qui conserve pourtant, croyonsle seul à apposer sa signature nu bas du décret ; nous, la plus grande partie du texte primitif. C’est Les trois autres patriarches orientaux donnèrent éga­ aussi l avis des éditeurs de ce texte latin, les Pères lement la leur ainsi que neuf métropolites et plusieurs Malvy ct Viller, op. cit., p. i.xxxvm-xc. Ce latin, hauts dignitaires de In Grande-église. Voir ce décret littérairement assez médiocre, s’écarte cn de nombreux points de détail de la traduction cn grec vulgaire de Idans les éditions de ht Confession orthodoxe, par exem­ ple dans celle de Kimmel, Monumenta fidei Ecclesitc Syrlgos. Il garde une saveur de scolastique latine que n’a pas le texte grec, ct il y a intérêt pour le théolo­ orientalis, 1.1, lénu, 1850, p. 52-55. l ’n exemplaire du catéchisme ainsi approuve fut aussitôt envoyé h gien à comparer les deux rédactions» Pierre Moghila, comme cn fait foi une note Insérée Aussitôt qu'il eut terminé la composition de son dans le cod. Paris. 1265, Malvy-Villcr, p. u-i.il. œuvre, Pierre Moghila réunit à Sainte-Sophie de Kiev 2e Histoire de la Confession orthodoxe. — Chose un synode, où parurent les principaux ecclésiastiques curieuse, ni le patriarche de Constantinople ni et archimandrites l. I sq., à l’article Livres symboliques, signé de P. Ponomarev et de V. Kertnskii. Voir les citations ct 1rs références pour chaque auteur dans notre ouvrage : Theoloqia orientalium, t. i, p. 672-676. H faut reconnaître que la pratique constante des théologiens gréco-russes, depuis l’apparition de la Confession orthodoxe et sa solennelle approbation par les quatre patriarches orientaux, donne pleine raison aux tenants de cette seconde opinion. Les théologiens ne se sont jamais fait scrupule de contredire sur cer­ tains points cette soi-disant règle de foi. Nous avons tout d’abord l’exemple de M< ghila lui-même et des théologiens de la l>etile-Husxic. et aussi des Mosco­ vites. Moghila. nous l’avons vu. a pratiquement renié la Confession orthodoxe, dont il reste pourtant le principal auteur Sur cinq ou six points inqmrtants, il a enseigné, après 1613, c’est-à-dire après l'approba­ tion des patriarches orientaux, et après avoir reçu un exemplaire authentique, une doctrine opposée aux corrections de Mêléec Syrigos Ceux de son Erole ont fait de même, ct ont propage leurs opinions en («nmdc-Hussie. si bien que. vers la fin du xvn· siècle, il y eut à Moscou une longue controverse sur la forme de l'eucharistie. La doctrine de la Confession ortho· doxe sur cc point particulier n’y triompha que diffi­ cilement et après de longues discussions. Sur d'autres questions, la théologie kiévlcnnc maintint scs posi­ tions ct les a maintenues jusqu’à cc jour, par exem­ ple, sur la validité du baptême des hérétiques, sur la non-itération de la conlinnntion, même aux npestats, sur la rétribution immediate aussitôt après la mort. Qu'on examine, du reste, la manière dont les théolo­ giens grecs du xv n* siècle restent fidèles à la doctrine de la Confession orthodoxe En 16-13. les quatre patriarches orientaux déclarent solennellement que cc docu­ ment «est tout Λ fait conforme à la doctrine orthodoxe ct ne s’en écarte en rien : εύρομεν αύτό έπαχόλουΟον τοϊς Μγμα<π της του Χριστού ’Εκκλησίας καί όμόφωνον τοϊς ίεροϊς κχν4<η κατ ούδέν ένζντιούμινον αύτη. Kimmel, op. cil., t. ι. p 53. Or, sur plusieurs points, notamment sur l’existence d’une peine temporelle due au péché pardonné, sur le purgatoire, sur l’époque de la rétribution, la Confession orthodoxe représente, non le sentiment commun de la théologie grecque à cette époque, sentiment qui est conforme 2079 MOGHILA. LA CONFESSION DE FOI 2080 .i l.i doctrine catholique, mais l'opinion particulière clanisme; qu'il considérait comme non Inspiré* Ici dc Mvlècc Syrigos cl de quelques autres. Dosithéc luilivres dcutérocanonlqucs de l’Ancien Testament cités même, qui donne tant d’éloges â la Confession ortho­ i par la Confession orthodox comme Écriture sainte; doxe dans le prologue dc son synode dc Jérusalem qu’il admettait ia théorie protestante de la Justifi­ (1672). disant que toute l’Églisc orientale l’a complè­ cation par la foi seule, doctrine que combat si ouver­ tement reçue (ce qui est faux, surtout cn 1672) : tement la même Confession. έίέξατο oc αύττ4υ καί δέχεται άπαςαπλώς πάσα ή A une époque toute récente, on pourrait multiplier ανατολική ’Εκκλησία. Kimmel, ibid., p. 337, Dosi­ les exemples du peu dc cas (pie les théologiens grécothéc, dans la Confession de foi qu’il rédige â ce même russes font de l'autorité de In Confession orthodoxe, synode, contredit renseignement de Syrigos sur la mémo lorsqu’ils lui donnent dc grands éloges. On ne recon firmat fpn des apostats, qu’il ignore (art. xvi), peut vraiment pas dire qu'elle soit pour eux un recueil sur l’époque dc la rétribution essentielle (art. vm : d’articles de foi et de définitions dogmatiques, dont après la mort, les saints καθαρών έποπτεύουσι την il serait défendu dc s’écarter. Quelquefois cependant άγίαν Τριάδα), sur l'existence du purgatoire ct d’un ces théologiens paraissent accepter son enseignement châtiment temporel pour une certaine catégorie contre la pratique meme de leur Église : ce qui est de défunts (art. xvm). Ilesl vrai qu'en 1690 1e patriar­ d’une inconscience rare. Nous ne citerons qu’un cas : che de Jérusalem s’est rétracté sur ce dernier point; celui de la recon flrmation des apostats. La Confession maison n’y a point fait attention en Grècecten Russie, orthodoxe, nous l’avons vu. enseigne expressément ct l’on y lit toujours l'article xvm de la Confession cette reconflrmation. L'Église russe a olllciclleincnt dans la rédaction de 1672. renoncé à cette pratique, contraire au dogme du carac­ Voyez encore : En 1613, Parthenios patriarche tère inefîaçable, en 1757, lorsqu’elle a adopté l’eiicliodc Constantinople, déclare que la Confession ortho­ loge dc Pierre Moghila. Cela n’empêche pas des théo­ doxe ne s’écarte cn rien dc la doctrine dc l’Églisc orien­ logiens russes, comme Philarètc Goumilevskii ct tale. En 1651, dans une longue lettre de caractère Macaire Boulgakov, de faire écho, dans leurs manuels liturgique rédigée par Mélècc Syrigos, le patriarche de théologie, ù la doctrine de la Confession orthodoxe, œcuménique Paîslos Ier répète à peu près la même et de dire que la continuation se renouvelle aux apos­ chose au patriarche moscovite Nicon, qui, lui. partage tats, voire même (Philarètc) aux simples hérétiques. les cpinions des théologiens dc Kiev. Or, en 1668, Celui-là donc se tromperait grandement ct s’expose­ il sc trcux’e un autre patriarche œcuménique, du nom rait â de lourdes méprises qui considérerait tout cc de Méthodios III qui, dans des Réponses dogmatiques qui sc trouve dans la Confession orthodoxe comme adressées également aux Russes, contredit ouverte­ doctrine de foi intangible de l’Églisc gréco-russe prise ment, au moins sur un point, ia Confession orthodoxe. dans son ensemble. Comme doctrine de foi absolu­ Celle-ci enseigne clairement l'existence d’un jugement ment obligatoire, cette Église en est encore réduite particulier pour chaque individu, aussitôt après la aux définitions explicites des sept premiers conciles mort (1. p.,q. lxi). Méthodios 111 répond aux Russes œcuméniques. Tout le reste demeure plus ou moins qu'il n’en faut rien croire : il n'existe qu’un seul juge­ du domaine de l’opinion théologique. ment. le jugement dernier : .Vos oero unum et solum Sur la vie et les écrits de Pierre Moghila, le nuiltrr judicium agnoscimus coram Dei tribunali in dic resur­ malheureusement peu accessible, est celui de rectionis. Texte publié par Malvv-Viller, op. cit., ouvrage, C. Goloubicv. Le métropoli te dc Kiev, Pierre Moghila et ses p. 166. compagnons d'armes, 2 volumes parus, Kiev, 1883 ct 1898 Autre exemple non moins typique de contradiction, (cn Hisse); le t. i ayant été l’objet dc critiques de In part cette fois chez les Russes : En 1696, le patriarche de de N. I’. Petrov dans le Journal du Ministère de Γ Instrue· Moscou, Adrien, écrit une encyclique aux fidèles tfon publique, Goloubicv y répondit longuement dan* le» Truudg de Γ Académie de K tea, 188 1, I. 1, p. 116-18*1. Les orthodoxes pour leur recommander le livre divine­ nombreux écrits russes antérieurs nu travail de Goloubicv ment inspiré qui s’appelle la Confession orthodoxe. doivent être lus avec circonspection; il s’y rencontre, en dont on vient dc publier une traduction slnvonnc. effet, beaucoup de dates fausses. Signalons parmi ccs Loc. cit. En 1699, le meme patriarche Adrien, oubliant écrits celui de A. V. Gorskil, Pierre Moghila, métropolite que le livre divinement inspiré nie toute catégorie de Kiev, dans les Suppléments à l'édition des autres dei dc défunts intermédiaire entre les élus et les damnes, saints Pères, 1857, t. iv, p. 29-76; celui dc Bojovskii. Pierre fait réciter à l'ex-cathollque Palladius Rogovskil, Moghila, métropolite de Kiev, dans le Voskrcsnoc Tchtenle (Ixcture dominicale J, t. xxvn (1863), p. 11 17-1160; 1177passe au schisme, une profession dc foi, dans lacpiellc le converti déclare croire à l'existence de trois cate­ 1191 ; 1268-1278; 1298-1306; celui do C. P., Pierre Moghila, gories de défunts': les élus, les Infidèles et impéni­ métropolite de Kiev, dans les Tchtcniia dc la Société impériale tents et ceux (pii sont morts repentants, sans avoir d'histoire et d'archéologie de Γ l niversilé de Moscou, 1877, t, j, p. 1-139, oii l’on trouvera, p. 111-1 16, une compa­ eu le temps dc satisfaire pour leurs péchés. » Ci. raison intéressante entre In doctrine de la Confession Nikolskii, Palladius Rogovskil, dans la revue Praorthodoxe et celle du Petit catéchisme de Moghila publié ooslaonoe Obozrénic, 1863. t. x, p. 162-172. en 1613. 1 ne étude sur le Trrbnik dc Moghila n été insérée par Kryjanovskil, dans la revue intitulée : Direction pour Dans le Règlement ecclésiastique dc Pierre le Grand. les curés de campagne, I860, t. n, p. 183-206; 210-231 ; 272pars tt. Dr muniis communibus, § 2, Thdophnne 287; 290-316; 119-162. Autres études : M. Ternovskii : Procnpovltch mentionne la Confession orthodoxe pour Ix métropolite de Kiev, Pierre Moghila, dans In Kievskata dire que c'est un livre trop long et trop relevé pour Marina, 1882; Gennade Enacvnu, Pierre Moghila. dans In les gens illettrés. Certains voient dans cette mention Riscrica orthodord românà, t. vu (1883), p. 278-289; 131une marque de singulière estime; cf. Malvy-Villcr, 133; 618-622; 637-696; 731-772; I. vm (1881), p. 1-39; op. cit., p. Lxui : c'est bien plutôt dc la part du théo­ 89-121; 1 Picot, Pu rrr Mnvila, dans In 89-121 ; 183-221', 183-221 ; 282-320; E. Pic logien rcfonnatcur une manière habile de reléguer I Bibliographie hclUrdgur du A VU » < /.·, t. IV. p. 101-1 d’E. Legrand, lu biographie blogrni 1 «grand, qui pour la de Moghila n surtout dans l’obscurité un ouvrage gênant, qu’il s’apprête â contredire sur plus d’un point, notamment sur k· i utilisé le travail de Gennade I· une» nu ; â partir de In p. 120, culte des Images, dans son Pelil catéchisme, Prima cet auteur donne la Riblhigraphir dt s ouvrages publiés par Pierre Moghila ou gui lui sont dédiés d’après In descrip­ instructio pro pueris, qu’un ouknzc oukaze Impérial impérial du détaillée du Busse Karntalvv. on y trouve en parti­ ·· 31 mai 1722 rendit obligatoire pour toute la Russie. tion culier In liste des diverses éditions du Petit catéchisme ct Cf M. Jugle, op. ci(„ p. 590-591. On sait aussi que I de In Conlession orthodoxe. Sur la doctrine du PrUl caté­ Tliéophane rejetait la doctrine créait anisic de Pierre chisme comparée h l’enseignement de la Confession ortho­ Moghila sur l’origine dc l’Amc rt enseignait le trAdu- | doxe, voir l’intéressante étude de Malvy-X lit, r, / a Confts· m a«λ w- i . ■■ I λ tea Il II» . Lt 2081 MOGHILA MOL A M S GERHARD lion orthodoxe dt Pierre Moghila, métropolite dt K ten (16J3-I64Û). texte lalln Inédit, Pari», 1927, p. CXlv-cxXfX. Sur lu Ciui/rAjion orthodoxe, son hbtolrr. ·»<.·* source*, m·* particularité* doctrinales la bibliographie cU considérable. Lr meilleur ouvrage «ur In question e*t In publication récente des Pères A. Mnlvy et M. Vil 1er, que nom venons sur ce concile, jugeant que, si l’on voulait s’y attacher, ce serait travailler sans fruit et tant espé­ rance, et même sc faire tort de notre côté ct s'éloigner des mesures prise» dans la convocation ( la réunion dr I683i cl du fondement qu'on y a jeté. Il cs|>ére toujour* de vous une déclaration sur ce grand principe, qui le mette en état de sc joindre A vous dans cr grand ct pieux dessein de la réunion, avec cri te ouverture de cœur qui est nécessaire. Unie presse fort là-dvs*us, cl I) est le plus clonné du inonde de soir qu’on y (ait difficulté; ceux qui ont fait la proposi­ tion de sotre côté ct qui ont fait naître la négociation (Spinola?) ayant débuté par cette condescendance rl ayant très bien reconnu que sans cela il n’y aurait pas moyen d’entrer seulement en négociation. Le grand article qu’on accorde de notre côté est qu’on *< soumette aux conciles œcuméniques ct A l’unité hiérar­ chique; ct le grand article réciproque qu’on attend de votre côté est que vous ne prétendez pas que, pour venir A la réunion, nous devions reconnaître le concile de Trente pour œcuménique, ni ses procédure* pour légitimes. Sans cria M. Molanu* croit qu’il ne faut pas seulement songer A traiter, et que 1rs théologien* de ce pays n'auraient pas donné leur déclaration; cl qu'alnsl lui ne peut guère avan­ cer non plus, de peur dr s’écarter des principes de cette convocation, ou il a eu tant de part. Corr., n. 1070, l vj, j). 331-335. Nous axons tenu à donner ce texte au complet; nul n’explique mieux la raison pour laquelle les négo­ ciation* devaient fatalement échouer. L’écrit de Molanus envoyé par Leibniz s’est retrouvé dnns le* papiers de Bossuet; une partie seulement a etc éditée sous ce titre : Explicatio ulterior methodi rcunionis ecclesiastica: occasione eorum instituta qua: 111·° et li** I). Jacobo Benigno episcopo Meldensi moderate non minus quam erudite ad eadem annotare placuit; édit, citre, p. G38-6I5 (trad. fr. p. 616-655). L’étude détaillée de ce texte n’ajouterait rien à ce que Leibniz dit si bien dans sa lettre d’envoi. Les éditeurs du xvm· siè­ cle n’ont pas publié le* · trois articles de liquidation » mentionnés par Leibniz dan* la lettre ci-dessus; il» roulent sur les trois points suivants : !. De sacrificio missa ; la controverse sur ce point, dit Molanus. est purement verbale; 2. De ratione formali justificationis, sice in quo consistat justificatio hominis jteccutoris coram Deo; on sc demande, dit Molanus, comment on a pu, sans aucune nécessité, se battre sur une telle question ; 3. De absoluta certitudine conversionis, pnnitentia, absolutionis, fidei, justificationis, sanctifi­ cationis, denique salutis tclcrmc, el l’abbé de conclure : Nur ces divers points, ou bien il n’y a aucune contro­ verse avec l’Eglisc romaine, ou bien lu discussion est purement verbale et ne louche pas au fond. Bossuet qui dut avoir la réponse de Molanus peu nprès le 18 Juillet 1691, cf. Corr., n. 1078. t. xi. p. 355. suspendit alors la discussion. Toute correspondance cessa pendant quelques années entre Meaux et Hano­ vre. El Leibniz écrira le 2 janvier 1699 a Mme de Brinon : Il (Bossuet) quitta la partie tout d’un coup sans vouloir dire ni oui, ni non sur des questions où il s’était engagé de nous faire entendre son sentiment... Je vous laisse penser quel mauvais effet cela a fait. » Loucher de Carcil, t. n, p. 218. Leibniz veut évidem­ ment parler d’un argument dont il s’était imaginé et (pii revient plusieurs fois dans la correspondance : lu suspension par le concile de Bille, en faveur des calixtins de Bohème, des décrets de Constance relatifs IX. — 66 2087 MOLANUS GERHARD — MOL1N \ Λ Li communion sous les deux espèces. La plainte de Leibniz n’est pas justifiée; Bossuet avait dit tout l'essentiel sur ccltc question dans la réponse à Moîn nus. Les discussions épistolaires ne reprirent qu’en octobre 1698, Corr., n. 1790, t. x, p. 211, et dureront jusqu’en février 1702: mais, durant cette dernière phase, l’abbé de Lokkum disparaît complètement de la scène, cl Leibniz eut même l'impression, inexacte d’ailleurs, que Bossuet tenait Λ entrer en rapports avec un autre théologien. Voir Corr., n. 2079, t. xm, p. 89, ct la réponse de Bossuet, n. 2085, p. 97 sq. Leibniz en * réalité fit tous les frais de la seconde discussion, el la manière dont il la conduisit était bien incapable, a vouons· le, de rien faire aboutir. Il déclara bien, il est vrai, rester d’accord avec Molanus; cf. Corr., n. 2112. I. xm, p. 221. Mais l’on ne sent point, dans sa manière de conduire la discussion, le meme souci de la paix ecclésiastique qui sc remarque dans les développements de l’abbé de Lokkum. De la méthode d'erpos/tfon, on revient à la méthode de controverse. Molanus d’ailleurs se sentait de plus en plus tenu ù la prudence: on faisait courir en Allemagne le bruit de sa conversion au catholicisme: il dut répondre, en 1698, par une apologie : penales, seu refutatio calumniarum vel nugarum potius cufdsdam nugivenduli de adacta ad romanam Ecclesiam apostasia Gerardi Abbatis I.accensis. Il s’était egalement occupé de l’union entre luthériens ct réformés, sans beaucoup plus de succès d’ailleurs. Peut-être manquait-il ù l’abbé de Lokkum, pour réussir en des entreprises irénlqucs où il était sincère, une conception nette du dogme chrétien et des exigences de la foi. Sources. · Ιλ Correspondance de Bossuet, au mieux dans l'édit Ch. I rbain ct E. Levesque de la collection Les grands écrivains de la France, Il vol., Paris, 1909-1923; Correspondance de Leibniz, en attendant l'édit ion entreprise par ('Académie des Sciences de Berlin, utiliser soit Pou­ cher do Caret I, CEuores de Leibniz, 1.1 ct n, Paris, 1859-1860 (il y a une 2* édit., 1807 ; l rbain et Levesque se réfèrent tantôt Λ la V·, tantôt ft la 2*; nous renvoyons uniformé­ ment Λ la lr·), soit l'édition Onno Klopp, Die Werkc von Leibniz, P· série, L vn-rx, Hanovrc,1873sq.; il ya une édi­ tion française de ccs 3 volumes sous le titre Correspond, de Leibniz avec VHcctrice Sophie de Brunswick Lunebourg, 3 vol., Hanovre, s. d. Travaux. —Baussct, thst.de Bossuet, I. XIII (dans tou­ tes les éditions de Bossuet); .L Just von Eincm, Dus Lcben Molani, Magdebourg, 1731; Bulle, Le bens beschreib un g aller Professorum Thcol. zti Rinteln, Hanovre, 1752, l. n; Stricder, Grundlage zu einer hess. Gelehrten-und Schri/Utellergeschlchtr. Casse), 13 vol., 1780-1806, t.ix, p. 103; C. E. XVeldemann. Gesch. des Klosters Loccum, 1585; réédité en 1590 à Cologne, puis en 1625 à Lou­ vain, en 1626 à Anvers; excellent manuel de théologie pratique, résumant le cours que Molanus faisait aux 1 élèves du Collège du roi. Outre ccs travaux, il faut mentionner les prolégomènes (pie mit l’auteur à l’édi­ tion de saint Fulgcnco publiée ù Anvers en 1573, pat Jean Vlimmcrius; mais on doll insister aussi sur la part qu’il cul dans l’édition des œuvres de saint Augus­ tin publiée par les théologiens de Louvain, à Anvers. 1577. C’est Molanus qui est l’auteur de la préface mise entête du t. i, où il décrit lui-même le rôle qu’lia joué dans l’exécution de cet énorme travail. D’autres ouvrages de Molanus ont été publiés apres sa mort : 7· Medicorum ecclesiasticum diarium, in-8', Louvain. 1595, vies abrégées des saints incdectus — 8° Natales sanctorum Belgii, in-8·, Louvain, 1595; nouv. édit., Douai, 1616. - - 9· Militia sacra ductimd principaux Brabantirc, in-8 5, Anvers, 1592, tableau de* expéditions entreprises par les souverains de Brabant dans un but religieux. - 10· De canonicis libri HI, in-12. Cologne, 1587: Louvain. 1670. destinés à appren­ dre aux chanoines les droits, mais surtout les devoirs de leur état -11· Bibliotheca materiarum theologica, quæ, a quibus auctoribus cum antiquis, tum recentio ribus, sint pertractatu·, in- l·, Cologne, 1618, répertoire alphabétique de nombreux textes théologiques; la 1 première partie seule s’est conservée. Enfin en 1866 Mgr de Bam, rcctcur de l’université de Louvain, a publié une histoire volumineuse de Louvain, œuvre de Molanus, sous ce litre : Historia Lovaniensiam Hbri I XIV, Bruxelles, 2 vol. ln-4·. É. Amann, 2. MOLANUS Jean, théologien de Louvain (1533-1585). dont le nom flamand sc trouve orthogra­ phié de trois façons différentes : Vander Mœlcn, Ver­ meulen et Vander Mculen. Il naquit, en 1533, à Lille où sa famille faisait un séjour provisoire, mais fut élevé à Louvain dont il sc regarda toujours comme originaire. Étudiant à l'uni­ versité de cette ville, il fut promu docteur en théologie en 1570. ct chanoine de l’église Saint-Pierre: il pro­ fessa dès lors a la faculté de théologie, et fut élu recteur de l’université en 1578; en 1579 il devint pre­ mier président du Collège du roi, fondation destinée a former des sujets au ministère pastoral. Il mourut a Lousain le 18 septembre 1585. L’histoire doit signa­ ler le courage a\ec lequel il protesta,malgré son loya­ lisme. contre l'administration tyrannique du duc d'Albe. L’œuvre de Molanus est surtout d’un érudit : I· Vsuardi marfyrologtum, in-8·, Louvain, 1568, édl- 'I’out rcsacnticl sur In vfc cl l’œuvre de Molnnu* se trouve dons lu longue préface que Mgr de llnm a mbc a celte édition dr Vllisloirr de la uillc de Ijoiioain; fait i^artlr de la Colleclion <1m documents inédits publiée par ΓAcadémie royale de Belgique, t. x.xiv et xxv. Voir aussi la notice coivncrce ft Molanus dans In Biographie nationale de Belgi­ que, t. xv, 1899. I É. Amann. *1. MOLINA (Antoine de), chartreux espagnol, né ft Villanueva de los Infantes, au diocèse de Tolède, 2089 MOLINA ANTOINE — MOLINA LOUIS dans la Castille» ver* 1550. Il étudia A l’université de Salamanque et entra chez les auguslins de la même ville, où il lit profession le 17 mars 1575 Son attrait pour lu vie contemplaiivc le lit passer, en 1589. chez les chartreux de Mira florès» près de Burgos» où il termina suintement scs jours le 21 septembre 1617. Dom Antoine de Molina, par ses \erlus et scs ouvrages» appartient A ce groupe de personnages célèbres, qui honorent l’Espagne des xvp et .xsn· siècles. Il ligure dignement à cote de saint Thomas de Villeneuve, de sainte Thérèse, du vénérable Louis de Grenade et de tant d’autres suints el maîtres de la vie spirituelle. Sa retraite chez les chartreux de Burgos ne l'empêcha pas de faire un bien immense aux Ames de tous étals, cl surtout à scs confrères dans le sacerdoce el dans la vic rcligicusc. On le consultait de toutes parts et sur toutes les matières concernant le bon gouvernement de la vie tant particulière que civile. Le cardinal Zapata, archevêque de Burgos, aimait a faire de fré­ quentes retraites dans une cellule de Mira florès pour profiler des entretiens spirituels de dom A. de Mollna. Les administrateurs de la ville de Burgos n’entreprenaient rien de grave sans avoir pris son avis. Son influence s'exerçait partout, et Philippe III songea à le proposer au pape pour un évêché. On a publié le jugement qu’il porta sur les œuvres de sainte Thérèse, ci. \ icente de la Euenle, Documenta» rela­ tivos à S. T. y sus abras, l. vî, n. xlix. Théologien pro­ fond ct grand mystique lui-même, il put affirmer avec autorité que la vénérable réformatrice du Carmel avait composé scs écrits avec l’assistance du Saint-Esprit, que sa doctrine tenait du miracle, et (pic non seulement elle était sainte, pieuse et catholique, mais qu’clle avait aussi une ellicacc toute particulière pour lou­ cher les cœurs el les porter a la dévotion. Dom A. de Molina a écrit les ouvrages suivants : L Instruction de Sacerdotes, en que se tos da doctrina ininj importante para conoccr la alteza del sagrado oficio sacerdotal, y para exercitarte debidamente, sacada toda de tos Santos Padres y Doctores de la Iglesia.— 2. Exercicios espirituales de las exetientias, provectio y necessitad de la Oration mental, redutidos a doctrina, y meditationes, sacados dr tos Santos Padres y Doctores de la Iglesia. — 3. Exerciclos esptrituales para personas occupadas descosas de su salvation, imprimés â Burgos, en 1613, In-16, avec une Lettre sur l'état religieux adressée a sa sœur, el le Chemin de l'éternité ou exer­ cices et instructions pour sc préparer A la mort. Ccs trois opuscules ont été traduits en français, et puis en latin d’après cette version par dom Jean de Blittcrstvych, chartreux. Liège, 1629, in-fti. — L Un petit ouvrage sur l’oraison, dont l’approbation par le censeur ecclésiastique est du 20septembre 1607.- 5. Plusieurs lettres adressées nu confesseur de Philippe III, roi d'Espagne, pour obtenir l'exemption de toutes sortes d'impôts, en faveur des églises cl des monastères. Une copie de ces lettres se trouve encore aujourd’hui aux archives de la chartreuse de Mira florès. -G. I n traité sur les fins dernières, inédit.— 7. Des consultations concernant le gouvernement politique, mss — 8. Bio­ graphie de dom Michel Cohncncro. chartreux de Mlrallorès, traduite en latin el insérée par dom Le Vasseur dans ses Ephemerides Ord, Carius., Monlrvuil-surmer» 1801» t n. p. 186 87. Le plus célébré des ouvrages de dom A. de Molina est sans contredit son Instruction des prêtres, (pii dès sa première édition, fut accueillie avec applaudisse­ ment par tout le clergé d’Espagne el même d’Europe. \ côté de cel enthousiasme général il y eut des adver salres,dont l'opposition,loin de nuire A son succès,ne lit que l’augmenter. Le P. Hapin. dans ses Mémoires sur le Jansénisme, l. i, p. 29, raconte comment le fameux Antoine Arnaud, docteur de Sorbonne et chef 2090 du parti, conçut el exécuta le plan de son ouvrage, Dr la communion fréquente pour réfuter la doctrine exposée dans VInstruction des prêtres. [/Instruction des prêtres fut d’abord imprimée, en 1608, in-8·, dans l'endos de la chartreuse de Miraflorès, près de Burgos, et, dans le courant de la même année, on fut obligé d’en faire sept autres éditions. Ce succès inouï obligea les chartreux A renoncer a leur privilège,ct A permettre aux autres imprimeurs de réé­ diter l’ouvrage de leur confrère. Depuis, les réimpres­ sions sc multiplièrent presqu’a l'infini. I ne traduc­ tion latine par l’abbé Thomas Galletti reçut l’appro­ bation et ['imprimatur du pape Paul V, en 161I. Il y cul aussi des traductions italienne, anglaise, portu­ gaise, deux françaises : la première de Bené Gaultier, publiée en 1617 A Paris ct bien des fois réimprimée, l'autre de Nicolas Binet, Paris, 1676. souvent rééditée jusqu’.A la fin du xix· siècle. Le deuxieme ouvrage de dom Molina intitulé : Excrcicios espirituâtes de las excelendas... de la ora­ tion mental, etc.,cul un succès d'autant plus rrmar quable qu’il fut publié A une époque où les ouvrages sur l’oraison de saint Pierre d’Alcantara, de sainte Thérèse, des vénérables Louis de Grenade ct Louis du Pont, etc., jouissaient de la faveur très méritée des Ames intérieures, il fut imprimé après la mort de l’auteur. A Burgos, en 1615, in-l·. et très souvent réédité; il y cul aussi des traductions italienne, anglaise, française, celle dernière également par René Gaultier, Paris, 1621, puis années suivantes. Le Traite de la prière du carur par le K. P. Antoine dr Molina... traduit de l’espagnol par IL G. A. (René Gaultier, avocat), Paris, 1695. in-16. C’est un extrait du grand ouvrage ct la traduction diffère notablement du texte imprimé en 1637. M. Tarin y luaneda dans son ouvrage. La real Cartuja de Mira flores, Burgos, 1897. p. 186-197» a donné la meilleure notice biographique ct littéraire de Mollna» ct cite les prin­ cipaux auteurs qui ont fuit mention de lui. Cf. aussi \ubert le Mire; Morozzo, dans le Theatrum chronol. S. ord. cart., lurin 1681, n. ccxi. p. 110-11; le Dictionnaire de Richard ct Giraud. o(i l’on dit que \. de Mollna dans son Instruc­ tion des pre 1res avait émis des propositions de monde relâ­ chée; Valenti» San liruno r; la Orden de tes Cartujos, Valence. 1809· S. Ai tohi . 2. MOLINA Louis, jésuite espagnol du xvi« siècle (1536-1600). Issu d’une famille illustre, il naquit A Cuenca (Nouvelle-Castille)» en 1536. A l ûgc de 18 ans, le 10 août 1553, il entra dans la Compagnie de Jésus A Alcala où il avait étudié ct, après son noviciat, fait A Lisbonne, il fut envoyé au collège de Coïmbre, en Portugal» pour y étudier la philosophie et la théologie. Suivit-il. comme on l’a écrit, les leçons de Pierre Eonscea? Toujours est-il que, scs éludes achevées» il devint lui-même professeur A Coïmbre ct y enseigna la philosophie tandis que, dans une chaire voisine, Γ « Aristote portugais développait scs commentaires sur la logique et la métaphysique, il y resta quatre ans. après quoi il étudia la théologie A Evora ct A Cohnbrc, où il prit son doctorat. Il fut aussitôt chargé d’ensei­ gner cette science A Evora, où son succès fut éclatant cl ne se démentit pas pendant vingt ans. Enfin. Mollna quitta le Portugal pour rentrer dans son pays. Les dix dernières années de sa vie sc passèrent au collège de Cuenca, dans une retraite laborieuse qu’il consacra A la publication de scs cours. Il y aurait sans doute fini ses jours si. une chaire de théologie morale ayant été fondée A Madrid. Il n’y avait été appelé par le visiteur de la province de Tolède. A peine y étaitil depuis six mois qu’il mourut, le 1 1 octobre 1600, âgé de 65 ans. Molina, petit homme de chétive apparence et de 2091 MOLINA LOUIS ■- MOLINARI NIC()L\S vêtements très pauvres, était un esprit curieux, toujours cn éveil, que passionnait l'amour de la vérité et que ne rebutait aucun problème; au demeurant, quoique d’humeur un peu Apre dans sa vieillesse, religieux modeste ct soumis, qui faisait ses délices de 1 imitation de Jésus-Christ. Sa vie sc fût probablement écoulée jusqu'au bout dans le calme et son nom serait resté obscur, parmi tant d’autres de professeurs (pii furent jadis célèbres dans leur milieu, s’il n’avait fait qu'exposer devant scs élèves le fruit de ses subtiles méditations; mais la publication de scs idées allait soulever une des controverses les plus retentissantes et les plus durables de toute l’histoire de la théologie. Scs ouvrages sont au nombre de trois : 1· Concordia liberi arbitrii cum gratiæ donis, divina pn< scientia, providentia, prædrsti natione et reprobatione ad nonnul­ los prima- partis divi Thomæ articulos, imprimée à Lisbonne cn 1588 cl dédiée au cardinal archiduc Alberi d’Autriche, gouverneur du Portugal. L'année suivante Molina y ajouta un Appendix ad Concordiam liberi arbitrii... qui porte I’imprimaturdes25ct 30 août 1580. Ixü Concordia venait à peine d’être livrée au public; V Appendix de 44 pages fut joint sous une même reliure aux exemplaires qui restaient disponibles (c’est le cas de l’exemplaire de la Bibl. nat, de Paris, D. 3682). On ne le retrouve pas dans les éditions suc­ cessives de la Concordia. Il a été reproduit par Théo­ dore Eleutherius (Liévin Meyer) à la lin de scs Ilistoriæ controversiarum de auxiliis, Anvers, 1705, p. 789-805, et a passé de là dans la Concordia publiée par l’éditeur Lcthiclleux, Paris. 1876, p. 576-606. Une seconde édi­ tion de hi Concordia parut à Cuenca en 1592 et â Lyon cn 1593. (’ne troisième fut imprimée h Venise cn 159-1 ct cn 1602. Dans l'édition qu’il publia à Anvers en 1595, celle qui demeure la plus répandue, et qui a été reproduite à Anvers cn 1609 et 1715, à Leipzig cn 1722, à Paris cn 1876, Molina a fait quelques retouches ct d’importantes additions sur lesquelles nous revien­ drons plus loin, ainsi que sur le contenu de l’ouvrage. Cette édition est intitulée Liberi arbitrii cum gratiæ donis, divina præscicntia, providentia, prædest i natione et reprobatione, concordia, altera sui parte auctior. 2· Commentaria in primam divi Thomæ partem. 2 vol., publiés à Cuenca en 1592, avec une dédicace à Philippe II. dont on sait le zèle pour la diffusion de la Somme théologique. La 2· édition, celle de Lyon, 1593, est augmentée de dissertations tirées de la Concordia, ct se rapportant à cette partie de la Somme. L’ouvrage fut imprimé encore à Venise cn 1591 et cn 1602, cl à Lyon en 1622. Il contient, dans le premier volume, le commentaire des 26 premières questions, cl dans le second celui du reste de la l·1 Pars, ainsi qu’un traité De opere sex dierum de Molina. 3· De justitia cl jure, ouvrage considérable cn 6 vol. in-fol. Les deux premiers volumes cl la pre­ mière partie du troisième parurent à Cuenca cn 1593, 1597 ct 1600. Après la mort de Molina, les jésuites du collège de Madrid publièrent à Anvers la deuxieme partie du t. m, en 1609, puis successivement les trois volumes suivants. Déjà des éditions partielles avaient paru à Venise en 1601 ( t. n) ct 1602 (t. i cl disserta­ tions tirées du t. n), ct à Mayence en 1602 (t. i ct n) et 1603 (t. m, lr· partie). Le t. n fut réédité à Mayence en 161I. Des éditions complètes furent publiées à Cologne en 1613, à Venise cn 1614 (7 vol., In-fol.), à Anvers en 1615, à Lyon cn 1622, à Mayence cn 1659 (6 vol.), â Cologne cn 1733 et cn 1759 (5 vol.). Ces deux dernières éditions contiennent une biographie cl un portrait de Molina. — L'objet précis ct le plan général de l’ouvrage ressortiront clairement de la distribution des matières dans les 7 volumes de l’édition de Venise : i. De justitia In genere neenon de ultimis voluntatibus. n. Dr justitia eommulaliva circa bona externa et alias de contractibus. 2092 m. Dr majoritatibus et tribulis, iv. De delictis el quad delictis, v. De justitia ccmmutativa circa bona corporis, personarumque nobis conjunctarum, vj. De justitia dreu bona honoris et fanuc, itemque circa bona spiritualia. vu. De judicio et exeeutione justitia- per publicas poin­ tâtes.— Les éditeurs n’ont pas d’éloges assez grands pour les traités qu’ils présentent au publie : ils louent la concision et la science de l’auteur, il lui font gloire d’avoir relevé toutes les questions cl dlfllcullés rela­ tives à son sujet, cl de les avoir résolues avec un kl soin qu’il ne reste rien à désirer. Defalt, Mulina est un moraliste très estimé parmi les probabilistes. Cardenas le considère comme omni exceptione major, cl Gurv admire la solidité des raisons sur lesquelles il appuie ses décisions. 11 fut plus qu’un casuiste : un théoricien du droit, qui a su jeter des lumières sur la question des rapports de l’Églisc et de l'Élal el sur les questions économiques qui se posaient â l’état aigu de son temps déjà; el la multitude d’applications qu’il a faites de scs principes est telle, qu’à l’aide de ses seuls livre* on ferait un tableau vaste el précis des conditions sociales de son temps. A ces ouvrages. H faut ajouter des inédits : 1. Opusculum Patris Ludovici Molinæ pnrseniatum Inquisitori generali Lusitaniæ in defensionem sua Concordior, scilicet ne impediretur ejus publicatio, Home, Bibi. Victor-Emmanuel, ms. Gesuitici, 678-2807. 2. Censura Molinæ contra propositiones P. Dominici Panes, Rome. Bibi, angélique, R. 3, 12; cutal. H. Narducci. Home, 1893. I. i, p. 381, n. 901. — 3. Plusieurs lettres conservées aux bibliothèques ou archives dis universités de Grenade et de Salamanque ct aux archives centrales de la Compagnie de Jésus. Quatre sont adressées par Molina à son général Claude Aquaviva: .Madrid, 18 juin 1591 ; Cuenca, 17 décembre 1591, 16 janvier 1595 et 1" avril 1595. Une est écrite au pape Clément \ III. Cuenca, 20 septembre 1598. Le P. Raoul de Scorraille les a utilisées dans son François Suarez, t. i, Paris, 1912, p. 368, 369, 371, 372, 397, 410. De Backer, Ribl. des t rrivain^ dr la Compagnie de Jésut, t. π. Liège. 1851. p. 121-123; C. Smnniervogel. Ribliolbfqtn de hi Compagnie dr Jésus, t. v, 1894, col. 1167-1179; Hurler, A'omcnrlalor, 3* éd., t. m, col. 1 18-151; Morgott, art. Molina du Kirchenlrxicon, 2' éd.. t. vm, col. 1731-1737; Pdl» art. Molina und der Molinismus de hi Protest. Rcatencukhr padir, t. m, p. 256-237. Ces ailleurs signalent ct mettent à profit la bibliographie antérieure. 1res maigre du reste. On ne trouvera h glnner que sacrée, I. xvîi, p. 139; Barrai, Dictionnaire historique, littéraire et critique, ILcnÔvol. ln-8*. \ s ignon. 1758-1762, 1. m, p. 196-197; (.h. Bouche. Essais sur l'histoire de Pro­ ie·n ce, 2 vol. in-1·, Marseille, 1783, t. n. p.381-382; Diction­ naire historique des auteurs ecclesiastiques. 1 vol. in-12, Lyon. 1767, l. m, p. 197-198. J. Csnm.Ynt. MOL IN ISME -On appelle ainsi.au sens strict, la doctrine exposée par Molina dans sa Concortlta. nu sens large . un système théologique sur les rapports de la grâce el de la volonté libre dont Molina fut le principal théoricien. La position spéciale des molinistes relativement aux divers problèmes théologiques a été. ou sera discutée ailleurs, aux art. Concours DIVIN, CoNORt'ISMl , LlDKRTL, GRACK, PRILDESTI- Science moyenne, etc. On voudrait pré­ senter ici un exposé d’ensemble du molinisme ct, pour le mieux faire comprendre, rappeler les circons­ tances dans lesquelles il est né, les controverses qu’il a suscitées les modifications qu’il a subies. xation. 2095 MOLINISME, LA QUESTION W ANT MOLINA I. Lu question des rapports de hi grâce ct de hi liberté, au xvr siècle, avant Molina. II. Les théories exposées par Molina dans la Concordia (col. 2101). III. L'accueil fait A cet ouvrage et les modifications apportées dans l’édition d’Anvers (côl. 21 il). IV. Les congrégations Dr auxiliis (col. 2151). V. L’essence et les dix erses modalités du molinisme (col. 2166). VL La défense du molinisme du xvir siècle â nos Jours (col. 2172). I. LA QUESTION AVANT MOLINA. - Pour situer exactement l’œuvre de Molina, il faut au préalable montrer comment sc posait au xvi· siècle la question des rapports de In grâce ct de la liberté. L Les défi­ nitions du concile de Trente, IL La position théolo­ gique des jésuiteset les origines du molinisme (col. 2095) III. L’école dominicaine de Salamanque et les idées de Battez (col. 2097). IV. Le procès de Valladolid (col. 2098). V. L'affaire Lessius â Louvain (col. 2(199). VI. L'opposition à la parution du livre de Molina (col. 2100). L Les définitions du concile de Thente. — Dans son décret sur la Justification, le 13 janvier 1517, le concile avait déclaré que le point de départ de la justification, chez, les adultes, doit être cherché dans la grâce prévenante, c’est-à-dire dans la vocation par laquelle Dieu, sans aucun mérite de leur part, les excite cl les aide â se convertir; mais il avait ajouté que, si l’homme ne peut sans la grâce se mouvoir vers la justice, il ne reste cependant pas passif eu recevant cette inspiration, puisqu’il peut l’écarter et n’est dis­ posé à la justification qu’en l’acceptant et en coopérant avec elle. Sess. vi, c. v, Denzinger-Bannwart, n. 797. Le concile avait résumé cet enseignement dans les deux définitions suivantes : Anathème à quiconque dira que l’homme peut croire, espérer, aimer ou se repentir, comme il le faut pour recevoir la grâce de la justification, sans l'inspiration prévenante ct le secours du Saint-Esprit. Anathème à qui dira que la volonté libre de l’homme, mue ct excitée par Dieu ne coopère aucunement pour sc disposer et se préparer â recevoir la justification, en acceptant l’excitation et l’appel de Dieu, cl que l’homme ne peut pas. s’il le veut, les rejeter; mais que, comme un être Inanimé, il ne fait absolument rien ct reste tout a fait passif. Ibid,, η. 813-81 I. Ainsi, pour faire un acte salutaire, la grâce est nécessaire; mais la grâce n’anéantit pas la volonté, (pii reste parfaitement libre sous son action. Ccs définitions, entourées d’autres affirmations sur le mérite, le péché, la prédestination, renouvelaient les condamnations portées jadis contre le pélagia­ ' nisme ct le semi-pélagianisme, et rejetaient dans , l’ombre les erreurs protestantes. Elles posaient ainsi j des jalons sûrs pour la spéculation théo logique ulté­ rieure. De fait, les ouvrages sur la grâce sc multiplièrent 1 pendant la seconde moitié du xvi· siècle, et les discus­ i sions passionnées qu’ils provoquèrent témoignent d’une singulière fermentation d’idées autour de problèmes nouveaux. IL La position théologique des jésuites et les oHiGiNi.s du M0UN1SME. — A côté du vieil ordre dominicain, qui avait assisté impuissant à l’invasion protestante, ct dont certaines fractions même avale.nl passé â l'hérésie, une société s’était levée, ardente, combative, qui avait dressé une barrière contre l’hé­ résie et avait refoulé l’erreur avec succès. Sous l'im­ pulsion de leur fondateur (t 1556), les jésuites s’étalent adonnés à l’étude de la théologie cl avaient occupé, en face des vieux maîtres, des chaires Importantes. Sans doute, saint Ignace leur avait prescrit d'expliquer ■ la doctrine scolastique de saint Thomas », mais il avail 209G laissé aussi place à la théologie positive et ouvert h perspective de l’adoption d'un manuel « plus appruprié à nos temps > (Constitute c. xn). Le souci dt l’actualité, joint au sentiment du progrès possible cl désirable de la science théologique, devait leur faire aborder la question de la grâce et leur faire clicrchu, avec beaucoup de liberté d’esprit, la solution de diver* problèmes que saint Thomas ne s’était pas pou* expressément. Voir art. Ignaci de Loyola, Jésuites (’.es problèmes gravitaient tous autour de cc point central : Quelle est, dans la production de l’acte salu­ taire, la part de la grâce et celle de la volonté humaine? Comment la grâce de Dieu peut-elle agir infaillible­ ment, si la volonté libre peut ne pas consentir a u* sollicitations? La tradition dominicaine s’attachait à résoudre les difficultés soulevées par la question dr> rapports de la grâce ct de la liberté, en mettant en avant la toute-puissance de la volonté divine. Us jésuites, (pii avaient tant affaire avec ccs négateur* de la liberté (prêtaient les protestants, cherchaient avant tout, dans leurs essais d’explication, à sauve· garder la liberté humaine, scion la 17· règle d’ortho­ doxie que leur avait donnée leur fondateur : < N’Insis­ tons pas tellement sur l’efficacité de la grâce, que nous fassions naître dans les esprits le poison dt l’erreur qui nie la liberté. » L’idée directrice des théologiens de la Compagnie les rapprochait naturellement des théologiens apolo­ gistes de l’université de Louvain: les Driedojcs Sonnius. les Tapper, les Tilet. les Bythovc. Dès 1537, on avait public à Louvain De concordia liberi arbitrii et praedestinationis divimr, ct le Ik gratia et libero arbitrio de Jean Driedo. L’auteur y avait déclaré (pie < quiconque comprend bien la grâce divine et le libre arbitre ne les sépare pas dans l’œuvre bonne - ; que « le bon usage du libre arbitre, prévu par Dieu, peut être un motif de l’élection à la grâce de la justification »; que la prédestination est un décret par lequel Dieu décide «d’appeler et d’aider l’homme d’une manière qu’il sait apte à provoquer son obéis­ sance ». Il se referait du reste, sur ccs points, à saint Jean Chrysostome ct à saint Ambroise. Son élève, Buard Tapper, dans sa correspondance avec Pierre Solo, affirme de meme, avec saint Augustin, (Ad Simpticianum, L 2), qu'entre les enfants de Dieu et les autres, il y a celle différence que Dieu appcilt les premiers seuls, d’une manière qu’il sait, d’après leurs dispositions, devoir être suivie d’effet. Il ajoute que < souvent cette différence provient plutôt de la valeur ct des sentiments de ceux qui sont appelés, (pie de l’appel lui-mème ». Tilet précise que Dieu sait d’avance si l’homme coopérera oui ou non à la grâce, parce qu’ · il scrute les cœurs ». Bcglnald, De mente Tridcnlini, éd. d’An­ vers, 1706, p. vî, xn, civ. Cité par Schneemaim. Contro­ versiarum de divirur gratta* liberiguc. arbitrii concordia tnilia rl progressus, Frlbourg-cn-B., 1881, p. 176-177. On reconnaîtra là les traits principaux de la doctrine enseignée communément par les Jésuites quelques aimées plus tard, en Flandre avec Lessius. en Espagne avec Jean de Montemayor, en Portugal avec Moiina. en Allemagne avec Grégoire de Valentia, à Home même avec Suarez. '·· Tn autre apologiste, conseiller d’Etat attaché à François 1··, fournil à un professeur de Colmbrc, le jésuite P. Fonseca, l’occasion de parfaire la doctrine de la Compagnie en la dotant de son élément spéci­ fique : la science moyenne ». Dans son De pnrdestinatione, libero arbitrio et gratta contra Catoimim, publié a l’aris en 155V», Barthélemy Camerarius enseigne, en effet, que 1rs décrets étemels sur la dlstriI button de la grâce soûl précédés de la prescience de l’usage que les hommes en feront, s’ils la reçoivent; 2097 MOLINISME, LA QUESTION AVANT MOLINA mais il ne se fait pas, dans l'application, une idée très claire de cette prescience, qu'il confond souvent avec la science de vision. Fonseca, vers 1565, dé Unit le caractère propre de la science moyenne, anterieure aux decrets divins, la défend par des arguments empruntés aux Pères cl aux théologiens, et l’utilise pour expliquer la Providence et la prédestination. Schnceinann, p. 178-179. Ainsi sc trouvent rassemblés les éléments du système théo· logique dont Molina sera le principal metteur en œuvre et auquel restera attaché son nom. III. L’ÉCOLE DOMINICAINE DE SALAMANQUE ET les idées de Bankz. — Les dominicains avaient eu, à Salamanque, toute une lignée de matt res illustres. François de Victoria fondateur d’école, y avait en­ seigné vingt ans (f 1516). Scs successeurs, Melchior Cano (1516-1552), puis Dominique Solo (1552-1560), avaient été des thomistes fervents, sans cependant sc croire obligés de suivre leur maître pas a pas ct en tous points. Avec Pierre de Solomajor (1560-1563) et avec Barthélemy de Medina s'esquissa un mouve­ ment de retour vers un thomisme plus rigide, qui trouva sa formule définitive chez Dominique Bancz. La liberté, expliquait Victoria en 1539, consiste à pouvoir ne pas agir, quand on agit, et à pouvoir agir, quand on n'agit pas. La volonté a, vers sa lin, une inclination naturelle qui lui vient de Dieu; mais elle choisit elle-même librement les moyens. Elle est donc mue ab extrinseeo vers sa lin; mais elle est libre de vouloir ou non cette fin et de poser les actes qui y conduisent. Cela est vrai dans 1’ordre surnaturel comme dans l’ordre naturel. Si la volonté agit, Dieu coopère à son acte. La conversion est libre: «l'infusion de la grâce dépend donc de ma liberté; Dieu nous meut librement, puisque nous pouvons résister à cette motion divine ». Cf. textes inédits, cités par Schncemann, Controv., p. 117-123. L’homme, disait Melchior Cano, est cause de sa propre vie surnaturelle, il est l'auxiliaire de Dieu dans sa génération spirituelle, parce qu’il réalise en luimême les dispositions qui le préparent à recevoir la grâce sanctifiante. De locis theol., L XII, c. xm, éd. de Cologne, 1605, p. 686. Solo écrivait, dans son De natura et gratia, I. I, c. xv, composé pendant le concile de Trente, que la liberté consiste en ce que la volonté n’est pas déter­ minée; et se demandant pourquoi, en définitive, lorsque Dieu est également prêt à convertir deux hommes, il entraîne l’un (trahat) ct non l’autre, il répondait : « on n'en peut donner d’autre raison, sinon que l'un donne son consentement, ct l’autre pas ►. Cette phrase lui ayant valu le reproche d'avoir trop accordé à la liberté, il maintenait que, « si notre consentement n’est pas cause de la prédestination, il est néanmoins d’une certaine façon cause matérielle de la justification. ■ In /1 Sent,, sub fine, p. 962. Est-ce par vénération pour saint Thomas, que Pie V proclama docteur de l’Église en 1567? Est-ce par réaction contre l'orientation prise par la Compa­ gnie de Jésus? Toujours est-il que les maîtres domini­ cains de Salamanque craignent, après Soto, d’exagérer le pouvoir de la liberté. I .es œuvres naturelles, explique Medina, ne sont pas une préparation positive à la grâce ct un mérite ite congruo; elles ne sont qu'une disposi­ tion négative. Encore cette disposition n’cst-cllc pas nécessaire : il arrive que Dieu accorde son secours, alors qu’elle fait défaut. Di /*“>-//·’, q. αχ, a. 6. Battez, (pii vient ensuite, homme tout d une pièce, esprit rigoureux, tempérament ardent, ne craint pas de se retourner contre ses prédécesseurs, dont plusieurs ont été scs maîtres, et de les accuser d’· erreurs éton­ nantes, Inintelligibles, inextricables ·. Il en trouve la raison dans ce fait que les Victoria, les Cano, les Soto 2098 ont voulu concilier saint Thomas cl Scot -comme le font communément les modernes*. Comment, in f/*®//r, q. xm, a. 6. Pour lui, il veut faire retour à saint Thomas ct pourfendre quiconque trahit sa pensée. El voici, d’après son commentaire sur la Somm \ 1“ q. i-lxiv; J1MI*, q. i-xlv, paru a Salamanque en 1584, comment il la comprend. Il part de cc principe que, Dieu étant cause de tout l’être, rien n’arrive sans qu’il en soit lui-même cause. « Dieu, dit-il, détermine toutes choses et n’est déter­ miné par rien; nulle cause seconde ne peut agir, si clic n’est efficacement déterminée par lui; mais son concours actif ne peut être déterminé ab extrinseco. De cc que Dieu veut une chose, on peut conclure que nécessairement elle arrive, dans Je temps ct de la manière qu’il le seul. Cela est vrai, même de tout acte libre, même du péché considéré dans son être ct non dans sa malice. Le secours divin est cause efficace de la grâce cl de la conversion; le refus de secours effi­ cace est cause de la non conversion, parce qu’il s’ensuit nécessairement que l’homme ne se convertira pas. Dieu commit donc les futurs contingents dans leurs causes, en tant que celles-ci sont déterminées par la cause première : il connaît les péchés futurs dans leur cause, en tant que celle-ci n’est pas déterminée par la cause première à bien agir. > Comment cette doctrine laisse-t-elle place ù la liberté humaine? Bafiez répond par une distinction entre sens composé et sens divisé. De ce que, au sens composé, l’homme ne peut faire pénitence sans un secours spécial de Dieu, il ne s’ensuit pas que si, Dieu ayant décidé de ne pas lui donner cc secours, il ne fait pas-pénitence, cela ne lui sera pas imputé : pouvoir faire pénitence et faire pénitence sont deux dons distincts; le premier suffit pour créer l’obligation. La liberté a sa source dans un jugement; elle consiste dans le choix des moyens par rapport aux fins, objets de la volonté. Les desseins immuables de Dieu ne lient pas notre jugement ; ils ne détruisent donc pas la liberté de nos actes. Quant à la prédestination cl à la réprobation, cc sont des actes de h volonté divine, des décrets de Dieu décidant d’accorder à ceux-ci et de refuser à ceux-là les secours efficaces, pour manifester sa misé­ ricorde ou sa justice. Les diets de la réprobation : permission de la faute, abandon du pécheur, exclu­ sion du ciel, n’ont entre eux aucune relation de cause à effet; il ne faut pas leur chercher de raison dans l’homme; tous ensemble, ils sont des moyens en vue de la fin voulue par Dieu : la manifestation de sa justice. Telles étaient les idées de Battez, dont il importait de donner ici un résumé pour mieux faire comprendre, par contraste, celles de Molina. Prédétcnuination et science moyenne s'affronteront en des conflits doctri­ naux qu’envenimeront, trop souvent, le sentiment et la passion. IV Le rnocùs de Vaixadoud. — Depuis 1577, Bancz enseignait à Salamanque. Il \enait de succéder depuis un an à Barthélemy de Medina dans la chaire de Prime à la faculté de théologie de l univcrsité, quand eut lieu sa première intervention retentissante. Ce fut à l’occasion d’un exercice scolaire : une dispute publique, tenue le 20 janvier 1582, sons la présidence de son ami, le mercedairc François Zumcl. Le jésuite. Prudence de Montemayor, soutint que, si Je Christ avait reçu de son Père le précepte de mourir, il ne serait pas mort librement, ct que par suite il n'aundt pas mérité. Battez intervint avec vivacité; ct ce fut l’occasion de discuter longuement des questions de la prédestination rl de la justification; d'autant qu'un autre maître, l’augustin Louis de Léon, inter­ vint en faveur du jésuite. Trois séances curent lieu, dont la dernière sc tint le 27 janvier. Après quoi, 2099 MOLINISME. LA QUESTION A\ \NT MOLINA le 5 février, PafTxiîre fut portée devant le tribunal de l'inquisition d’Espagne, â Valladolid, par le hlérohymite Jean dc Santa-Cruz. Le procès dura deux ans. L'Inquisition refusa dc condamner les propositions qui lui avaient été soundm\s par Jean dc Santa-Cruz; mais, par sentence du 3 février 1581, elle défendit à Louis dc Léon dc les enseigner, en public ou en secret. On en trouvera le texte latin à l'art. Basez, col. 113. Elles disaient entre autres choses : < Le Christ a pu mériter, en mourant, a cause du motif qu’il a pu avoir. — Ce n’est pas parce que Dieu a voulu que je parle que je parle, c’est au contraire parce que je parle que Dieu a voulu que je parle. —Dieu n’est pas cause dc l’acte libre, mais seule­ ment de sa cause. — La Providence s’applique aux œuvres bonnes en général, non en particulier, elle ne détermine pas la volonté à bien agir, mais c’est plutôt l i cause particulière qui détermine l’acte de la Provi­ dence. I lire le contraire, est faux et luthérien. — Si Dieu donne un secours égal A deux hommes, l’un pourra se convertir, l’autre le rejeter. Dc fait, Pierre sc conver­ tira avec le seul secours suffisant de Dieu, sans aucun autre secours prévenant.—Dans la justification, l’impie détermine, par sa volonté, le secours suffisant dc Dieu a son emploi actuel; Dieu et la volonté dc l’impie se déterminent mutuellement et simultanément. » \, L’affaire Lessius a Louvain. — Depuis le concile de Trente, l’université de Louvain avait été troublée longtemps par les erreurs d’un de ses maîtres : Balus (voir ce mot). Apologiste, il avait à ce point subi l’influence de ceux qu’il combattait, qu’il avait jMMir ainsi dire anéanti le pouvoir de la liberté pour le bien. Les condamnations portées par Pie V,cn 1567. et Grégoire XIII. en 1579. (Dcnz.-Bamiw.. n. 1001 sq.) n’avaient pu fain* taire complètement le chancelier. Quand l’occasion s’offrit à lui dc prendre l’offensive contre ses adversaires, il ne manqua pas de la saisir et de la pousser très activement. Voir art. Bai us, col. 19-57. l’n jésuite. Lessius. venu de Douai en 1585 pour enseigner la théologie au scolasticat de Louvain, publiait l'année suivante, avec son collègue Hamel, des Theses thcotogiew. où il réfutait Ilaïus et énonçait, sur la grâce ct la prédestination, des idées qui ne pou­ vaient que sonner étrangement aux oreilles du chan­ celier cl de scs partisans. Aidé dc son neveu et de son disciple Janson, celui-ci en tira diverses propositions qui furent déférées à la Faculté de Louvain. Lessius répli­ qua par la présentation de 31 conclusions résumant plus fidèlement sa pensée, et se réclama dc la tradition des anciens lovanistes : Dricdo, lluard Tapper, Martin Bythovc, etc. La faculté n'en censura fias moins, le 9 septembre 1587. trente et une propositions, comme contraires â la doctrine de saint Thomas cl comme seml-pélagicnncs. L’université de Douai renouvela cette censure, en des termes à peu près Identiques. Lessius répondit par une Apologia contra censuras (publiée par 1,. dc Meyer, p. 755-785) ct c’est ainsi I que, pour la première fois, le Saint-Siège fut mêle directement aux controverses sur la grâce. SixteQuint nomma une commission de cardinaux, qu’il chargea d’examiner les propositions incriminées, avec les explications que Lessius y avait jointes. l’n mémoire écrit a celte occasion par Bellarmin. pour le cardinal Madrucci, publié par L. dc Meyer, p. 785-789, cl par le P. l.e Bachelet, dans Auctarium JieUarminianum. p. 91-100, expose le fond dc l’allai rc. «le façon assez objective ct assez, claire. « Les discussions de Louvain, dit-il, découlent toutes d'une controverse relative a la coopération dc Dieu avec le libre arbitre; de la, des controverses sur la Providence, les grâces suffisantes cl efficaces» la prédestination et la perse- 2100 vérance.» Voici, présentées par nous en tableau, pour plus de commodité, les oppositions qu’il signale: Iji Faculté. L<*ssiu> I· Coopération. — Dans Dans tous ccs actes, Pieu tous tes actes, naturels ou coopère avec la volonté li­ surnaturels, Dieu détermine bre; mais elle se détermine la volonté libre, avant (d’une elle-même, avec le concours priorité do nature) qu’elle se el la coopération de détermine elle-même; d'où Dieu; «l’oü 2e Providence. - - lui Pro­ lu» Providence n’a pré­ vidence a préordonné effi­ ordonné efficacement les ac­ cacement toutes choses, tes libres rt contingenti avant d’avoir prévu la dé­ qu'nprês avoir prévu la de­ termination des causes se­ termination des causes se­ condes; d’oû condes; d'où 3· frrdcci suffisantes. - — Le secours suffisant est Pas dc secours vraiment suf­ distinct du secours cllicacc; fisant qui ne soit efficace; et et tous les hommes reçoivent les hommes ne reçoivent pas un .secours suffisant pour le tous un secours suffisant salut ; d’on pour le salut ; d’oü Le secours efficace nt I· Grâces efficaces. — Le secours efficace est celui qui celui par lequel Dieu pré­ détermine activement la vo­ vient l'homme en prévoyant lonté; ct la grâce efficace ne que son appel sera suivi; il peut donc être rejeté, nuis peut être rejetée; d’oü ne l’est jamais; tandis que le secours suffisant le peut cl l’est souvent; d’od Ιλ prédestination est une 5“ Prédestination. — La prédestination cil une pre­ preordination de moyens par ordination dc moyens par lesquels les élus sont Infail­ lesquels les élus sont infailli­ liblement sauvés, mais qui blement sauves, indépen­ présuppose la prescience (h ' damment delà prescience «le futurs conditionnels; d’où ce que fernicn les hommes s’ils recevaient tcllesou telles grâces prévenantes; d’od Tous les justes reçoivent 6’ Persévérance. — Il n’y a pas d'autre don de persé­ un don de persévérance par vérance «pie celui par lequel lequel ils peuvent persévérer persévèrent en fait ceux qui s’ils le veulent ; seuls les élus reçoivent un don par lequel persévèrent. ils persévèrent en fuit. L'élection â la gloire de­ 7’ filectton. — L’élection à ht gloire est tout à fait pend «le In prescience des gratuite et ne dépend pas de mérites. la prescience des œuvres bonnes. Ce dernier point est secondaire, explique Bellanniii, ct sans connexion avec les précédents; d’ailleurs, Lessius n’en ramène pas moins l’élection à une pure grâce dc Dieu, el son opinion ne saurait sc confondre avec celle de Pighius cl dc Cntharin. En définitive, les partisans «le Bafus accusaient Lessius de pélagianisme; tandis que ceux dc Lessius accusaient Baîus de calvinisme. La commission cardi­ nalice déclara les propositions de Lessius très défen­ dables, et le pape envoya à Louvain le nonce Frangi­ pani, avec mission d’arranger l’alTaire. Cclui-cl arriva au mois de juin 1588. se lit remettre un exem­ plaire «le tout ce œuvres polémiques abondent pour ou contre Molina. Elles ne réussissent guère à le faire connaître. Les exposés d'ensemble de sa pensée restent rares. Plus rares encore, ceux qui sont écrits d’un point de vue purement objectif. Il no sera sans doute pas inutile, en un sujet qui a suscité tant de passions, de prendre ici, en dehors des apo­ logistes ou des détracteurs, le rôle d’un informateur Impartial. Lire un ouvrage comme Ia Concordia en dehors de tout parti pris, ct même en refoulant à mesure qu’elles sc présentent les objections qui surgis­ sent, peut être un travail dilllcile; c’est en tout cas un travail nécessaire. Longuement méditée, la pensée dc Molina forme un tout. Il serait peu sage de la morceler ct d’en prétendre bien saisir un aspect sans l’avoir étudiée dans son ensemble, \ussi l’auteur lui-même» à plusieurs reprises. Priv/., p. iv; q. xiv, a. 13. disput XXXVI, in fine, p. 208, prie-t-il le lecteur de ne pas précipiter son jugement, mais de le suspendre jusqu'à l'achèvement de sa lecture, pour pouvoir comparer les diverses parties du volume et en saisir la cohérence. Quand donc le souci de lu bonne méthode ne le commanderait pas. celui de la justice nous ferait un devoir de nous rendre â sa requête. Dessein dc Molina - Chargé par ses supérieurs dc commenter la F· partie «le la Somme théotogique de saint Thomas, il s’est attaché surtout ù expliquer, à la lumière de la fui, comment la liberté humaine s’accorde avec la prescience divine, la providence et la prédes­ tination. dont il devait traiter. C’est ainsi qu'il a élé amené indirectement à s’occuper de la grâce et dc l'œuvre entière de la justification. Son ambition, en celle dilllcile question, serait « d’envisager d’un point de vue unique cl de relier, en les rattachant ù DANS LA «CONCORDIA ». 2102 leur fondement. 1rs choses que Dieu même a unies en 1rs prévoyant, les réalisant ct les promouvant scion ses fins » (Prit/., p. ni), c'est-à-dire dc montrer l'ac­ cord qui existe entre le libre arbitre d’une part, la grâce, la prescience, la providence, la prédestination ct la réprobation d’autre part. Ce dessein lui-même est d’ailleurs dicté par une préoccupation apologétique, ainsi qu’il ressort de la préface au grand inquisiteur du Portugal, le cardinal Albert d'Autriche (p. n). Les Perditi quidam atque in/eticiter natihomines,contre lesquels on s'élève, sont évidem­ ment les protestants dont on expose les erreurs q. xiv, a. 13, disp. I, p. 9-10 : Luther, qui après avoir nié l’ef­ ficience de la liberté dans nos bons vouloirs, en vint a attribuera Dieu tous nos actes, y compris les péchés, et Calvin, qui prétend avoir avec lui saint Augustin. Division de Touvrage. - L’origine dc la Concordia en explique la division selon les articles dc la Somme (pii y sont commentés. Elle comprend quatre parties, de 1res inégale longueur, et traite successivement de la science de Dieu (q. xiv), dc la volonté, de Dieu (q. xix). dc la providence (q. xxii) cl dc la prédesti­ nation (q. xxm). Encore, dans ccs questions, Molina fait-il un choix, pour ne considérer que les articles se rapportant plus directement au grand problème qui l’intéresse. De la question xiv, il ne relient que les articles 8 ct 13; dc la question xix. Part. 6; de la question xxm, les cinq premiers articles; seule, la question xxn est étudiée en entier. ('.’est dans le cadre dc cette division par questions que nous étudierons In pensée de Molina sur la science divine, sur la volonté dc Dieu (col. 2120) sur la provi­ dence (cul. 2120) cl sur la prédestination (col. 2122) Nous aurons soin dc n lever nu passage les principales indications données par Molina lui-même sur la posi­ tion qu’il prend, ou croit prendre par rapport aux autres théologiens, et en particulier de saint Thomas, . Saint Paul, Act., xvn, n'insinuc-t-il pas que Dieu coopère immédiatement à tous nos actes, lorsqu’il dit in ipso movemur; etsi le concours divin est nécessaire pour la conservation des êtres, ne l’est-il pas a for­ tiori pour la production des effets? Dire que Dieu ne coopère pas immédiatement à la production el à la conservation des effets, entraînerait d’ailleurs une grave dérogation ù sa toute puissance, puisque Dieu ne pourrait plus supprimer les actions sans supprimer les substances. (Q. xiv, a. 13, disp. XXV, p. 1 17-152.) Bcstc la solution plus nuancée de saint Thomas (I*·, q. cv, a. 5). d’après laquelle Dieu coopère de deux façons avec les causes secondes : il leur donne ct leur conserve le pouvoir d’agir, comme le disait Durand; il les meut en outre, en appliquant pour ainsi dire leurs formes et leurs vertus à l'action, comme l'ouvrier utilise la hache pour couper. Dieu et la cause seconde sont deux agents coordonnes entre eux; donc, comme il arrive toujours en pareil cas. le second agit par la vertu du premier, en ce sens qu'il est mû par lui à agir. A celte doctrine. Molina voit une double difficulté : 1. il avoue ingénument ne comprendre guère cc que peut être, dans les causes secondes, le mouvement et l'application à l'action (pii seraient le fait de Dieu. L’exemple de la hache est trompeur, dit-il, car il y a des instruments qui ont le pouvoir Intégral d’agir ». comme la semence, ou qui sont ce pouvoir même, comme la chaleur du feu. Des instruments de ce genre n’ont nul besoin d'être mus cl appliqués par des causes principales; ils produisent leurs effets par eux-mêmes; 2. il estime que, d’après cette doctrine, Dieu ne concourt en réalité (pie de façon médiate aux actes et aux effets des causes secondes, puisque le terme de son action conservatrice ou motrice est dans ces causes mêmes. 2111 MOLINISME, LE CONCOURS DIVIN Molina soutient au contraire que Dieu concourt immédiatement, immediatione suppositi, avec les causes secondes pour produire leurs actions et leurs effets. ' De même, dit-il, que la cause seconde produit Immédiatement son opération et réalise par elle son effet; de même Dieu, parson concours général, influe immédiatement avec cette cause sur la même opéra­ tion cl produit par elle son effet. » C’est cc qu'on a appelé le concours simultané, par opposition à la prémotion. Que ni l’influx de Dieu, ni celui de la cause seconde ne soient superflus, on le comprend, si l’on considère que Dieu agit comme une cause universelle et indiffé­ rente, déterminée par le concours particulier qui résulte de la nature ou du libre choix de la cause seconde. Ainsi le soleil et telle semence engendrent telle plante. Sans leur double influx, l’effet ne serait pas produit.Os deux Influx par conséquent, n’existent pas en réalité l’un sans l’autre. Bien plus, il n’y a pas deux actions, mais une seule, par exemple la calé­ faction, qui est dite concours général de Dieu, en tant qu’elle émane de Dieu, et concours particulier de la cause seconde, en tant qu’elle émane du feu. Pour bien concevoir le concours général de Dieu, il faut le rattacher, comme à son principe immédiat, à la volonté divine éternelle. C’est d’elle que, sans entraîner aucun changement en Dieu, dérive toute l’action divine ad extra. Librement, Dieu a décidé que, sous son influence, des êtres divers seraient créés dans le temps ct doués de forces variées pour agir; mais voyant qu’ils ne pourraient absolument rien faire s’il n’influait avec eux sur leurs opérations et leurs effets, il a voulu suppléer à leur faiblesse, tout en respectant leur causalité propre. Il a donc décidé de toute éter­ nité que son concours général serait à la disposition des causes secondes et que, chaque fols qu'elles s'exer­ ceraient naturellement ou librement, il coopérerait avec elles comme si son concours était une loi natu­ relle. De tout cela 11 résulte que, par rapport à l’effet produit, la cause première et la cause seconde sont causes partielles ou causes intégrales, selon le point de vue auquel on se place. Si l’on entend par cause intégrale, celle qui comprend tout cc qui est nécessaire pour produire l’effet. Dieu et les causes secondes forment une seule cause intégrale, composée de deux causes partielles. Ce n’est pas à dire cependant (pie chacune ne produise (pi’ime partie de l’effet: tout l’effet est de chacune, comme d’une cause partielle (pii exige le concours simultané de l’autre. Ainsi, lorsque deux moteurs tirent un navire que chacun serait impuis­ sant à mouvoir seul, chacun est cause partielle du mouvement tout entier. Si l’on entend, au contraire, par cause intégrale, celle (pii est seule dans son degré, Dieu est cause intégrale, parce qu'il est seule cause universelle; ct les causes secondes peuvent être intégrales elles aussi chacune dans son degré. Autre conséquence de ces explications : la subor­ dination, même essentielle, des causes selon leur degré d'universalité, n’entralne pus nécessairement l'action de la supérieure sur l’inférieure : il suffit, pour qu'elles dépendent l’une de l’autre dans la production de l’effet, qu’elles Influent chacune immédiatement sur cc dernier. (Q. Xiv. a. 13, disp. XXVI. p. 152-158.) 2. Le concours dinin avec la volonté libre dans la production des actes naturels, — Que l’action de la cause seconde soit immanente, comme celle de l’intel­ ligence ou de la volonté, ou qu’elle soit transitive, comme celle du feu, le concours général de Dieu s'exerce de même : non in causam, mais cum causa. Un oublie trop souvent de le remarquer, le concours général pour la production des actes naturels est en cela bien différent du concours particulier pour la 2112 production des actes surnaturels, puisque celui-ci est une motion in ipsam causam, pour rendre la vtr 1 lonté capable de faire des œuvres salutaires. (Q. fiv, ■ a. 13, disp. XX IX, p 171-172.) Il faut donc rejeter, ù propos du concours général, l’exemple parfois proposé, du précepteur qui sabil h I main de l’élève ct écrit avec la collaboration de r. dernier. L'influx de Dieu n’est pas antérieur dam h ! temps à celui de la volonté, parce qu’il ne s’exerce ραι sur elle, mais avec elle immédiatement sur l'acte i produire; il n’a sur elle qu’une antériorité de nature, en ce sens (pie. de l’existence de l’acte volontaire, on peut conclure à l’existence du concours divin. (Q. xn, a. 13, disp. XXX, p. 175-178.) On s'explique, dès lors, pourquoi la volonté est seule cause du péché, quoique l’acte mauvais soit tout en­ tier de I >ieu et tout entier de la volonté libre. ta plu­ part des anciens théologiens croient résoudre la dif­ ficulté en disant que le péché, consistant formellement dans un défaut de conformité avec la loi, n'a qu’une cause déficiente, cten ajoutant (pie l’acte, en tant qu’il , vient de Dieu, est toujours bon, puisqu’il tient de lui sc n être, tandis que son défaut de conformité à la règle, c'est-à-dire sa malice, vient de la liberté. Mais 11 faut expliquer pourquoi il n'est pas opposé à la loi éternelle, et donc pas mauvais en sol»que Dieu concoure immé­ diatement avec la cause seconde à l’acte pcccamineux, alors qu’il serait mauvais en soi qu'il le prescrive ou y meuve. Les théologiens de Salamanque, Soto (De natura d gratia, 1. I. c. xvm) ct Cano (De locis theologicis, c. ιν, ad 8uln), tirent argument de ce que Dieu coopère ah manière d’une cause naturelle ct en quelque sorte nécessairement, pour conclure que les actes mauvais doivent lui être attribués quant à leur être naturel, non (piant à leur malice. Mais Dieu n’a-t-il pas établi librement la loi de sa coopération? La vérité est que le concours divin, ne s’exerçant pas sur la cause seconde ct étant par lui-même indifférent, ne détermine pas l'action de celle cause, mais est déterminé par elle ad spectem actionis. Si les actes libres sont tels ou tels, ct par conséquent bons ou mauvais, ils ne le doivent donc pas à Dieu, mais à la volonté libre. Nul ne rend responsable d’un crime l’artisan qui a fabriqué le glaive dont s’est servi le meurtrier. (Q, xiv, a. 13, disp. XXXII. p. 182-188.) Ainsi, nos actes mauvais sont en dehors de la fin pour laquelle Dieu nous a donné la liberté ct son con­ cours général. Il ne les veut, ni comme auteur de la nature, ni comme législateur, puisqu'il les défend ct cherche à en détourner; il voudrait qu’ils ne soient pas, si nous le voulions nous-mêmes, mais il les per­ met en vue d’un plus grand bien : l’exercice no nu al de notre volonté libre. Quant à nos œuvres bonnes, il les veut d’abord d’une volonté conditionnelle, si nous les voulons nous-mêmes librement: c’est ainsi qu’il \cut le salut de tous les hommes; mais prévoyant celles qui émaneront de notre volonté libre, il les approuve ct les veut d’une volonté absolue. En résumé, la bonté naturelle, qui appartient à tout acte comme tel, doit être rapportée à l'auteur de la nature et à la cause première; la moralité, être de raison, qui résulte d’un rapport de l’acte avec la loi divine, doit être rapportée à la volonté, comme à sa cause particulière ct libre. (Q. xiv, a. 13, disp. XXXIII, p. 188-197.) 3. Source de la contingence des choses. — Scot la cherche uniquement dans la liberté divine (In Dm Sent., dist. 11, q. il ; (list. VIII, q. v; dist. XXXIX; ct /n //um.dlst I.q.in) : Si l uction de Dieu était néces­ saire, dit-il, tout arriverait nécessairement et il n’y aurait pas d’effet contingent. · Cette théorie, incompatible avec l’existence et 2113 MOLINISME, LE CONCOURS DIVIN l’exercice de la liberté humaine, parait reposer sur une fausse conception du concours divin, qui le fait s’exercer sur la cause seconde. Puisque cc con­ cours agit avec la cause seconde, dit Molina, et qu’il suffit pour qu’un effet soit libre, qu'une partie de sa cause intégrale le soit, il faut admettre que, si le concours général de Dieu était nécessaire, il ne suppri­ merait pas pour cela la contingence des choses; pas plus que la grâce prévenante ou coopérant»·, si elle était donnée nécessairement nu lieu de l’être librement, ne supprimerait notre liberté. (Q.xiv, a. 13,disp. XXXV, p. 203-2060 2· Le cont ours particulier de Dieu avec la volonté libre pour la production des actes surnaturels, - · Outre le concours général. Dieu donne à l’homme des secours particuliers ou « quotidiens », qui tous peuvent être appelés des grâces, en cc sens qu'ils sont gratuits. Ce sont, par exemple, des prédications, des exhorta­ tions, des lectures, de pieuses inspirations de la part des anges, etc. Mais on réserve d’ordinaire le nom iVauxilia gratius à ceux qui donnent aux œuvres un caractère surnaturel, ct qui sc rapportent au salut en cc (pi’ils disposent à la grâce sanctifiante ct au mérite. C’est en ce sens qu’on les entend ici. (Q. xiv, a. 13, disp. XXXVI, p. 206-208.) 1. Nature de ce concours. — On l’a vu. quand Dieu touche ct excite l’âme par la grâce prévenante, celleci reste libre de consentir ou non et donc de faire ou de ne pas faire l’acte de foi, d’espérance ou de contri­ tion. 11 est évident, par conséquent, que la grâce pré­ venante ct la liberté sont deux parties d’une cause intégrale unique, et que ces actes salutaires dépendent de leur influx à chacune. Ils tiennent de la volonté libre leur substance, ct de la grâce leur caractère surnaturel et salutaire; ils peuvent être dits tout entiers de la volonté et tout entiers de la grâce préve­ nante ou de Dieu agissant par die, et pourtant ils ne sont de chacune que comme d’une partie de leur cause Intégrale. Il va de soi. par conséquent, qu’on ne saurait con­ fondre la grâce prévenante avec les actes auxquels elle porte la volonté. En lin, le libre arbitre et la grâce prévenante sont causes secondes des actes salutaires. Ils ne suffisent pas à leur production, car une cause seconde, même surnaturelle, ne peut agir que moyennant un concours simultané et immédiat de Dieu sur Tenet. L’acte salutaire émane donc tout entier, quoique diverse­ ment, de trois parties d’une cause intégrale unique : le concours général de Dieu, la volonté libre, la grâce prévenante. Celle-ci n'est d’ailleurs pas nécessaire absolument, en ce sens que Dieu aurait le pouvoir absolu, parce que cela n’implique pas contradiction, de compenser l’influx de la grâce prévenante par un influx immédiat ct simultané, analogue à celui du concours général mais beaucoup plus puissant, qui rendrait les actes tels qu’ils seraient si la grâce préve­ nante les précédait. (Q. xiv, a. 13, disp. XX\V II. p. 208-210.) Dominique de Solo (De natura ct gratia, I. I. c. xvi) ct André de Vcga (In concil. Trtd., 1. VI. c. vi-xi) exigent, outre la grâce prévenante, un autre secours particulier, par lequel Dieu concourt immédiatement avec la volonté libre pour la mouvoir à l’acte salutaire. Ils font même dépendre de l’intensité de celte grâce «coadjuvante», le degré de ferveur de l’acte, parce que « mouvoir et être mû sont corrélatifs ». Molina a bien des raisons de ne pas partager leur opinion : il ne voit pas la nécessité de cet autre secours particu­ lier; il proteste contre le nom qui lui est donné, puisque dans le langage des Pères el du concile de Trente (ses*, vi, c. v et can. i), la grâce prévenante devient coopérante par le fait que la volonté y con­ 2114 sent; il affirme que l'intensité de l’acte ne dépend pas exclusivement du secours de Dieu, mais de l'influx de la volonté libre, puisqu'il des secours égaux corres­ pondent des actes inégaux (Cône. Trid., sess. vi, can. 7.) Peut-être Soto cl Vcga ont-ils simplement pensé qu’il faut, pour les actes surnaturels, un concourd'une autre espèce que pour 1rs actes purement natu­ rels. Tel n’est pas l’avis de Molina : chaque fois qu’à côté d’une cause seconde naturelle il voit une cause seconde apte à produire un cfl< t surnaturel, il attribue à celle-ci le caractère surnaturel de l’acte, et ne croit pas que l’in flux immédiat de Dieu avec clic soit d’une autre espèce, que celui par lequel il concourt à l'action des causes naturelles pour produire des effets naturels Ainsi, la volonté libre, une fois douée des habitus surnaturels de fol, d'espérance, etc. peut, avec le seul concours général de Dieu, produire des actes surna­ turels de foi, d’cspérancc. etc. Ainsi encore, l'intelli­ gence. quand clic est pénétrée de la lumière de gloire, peut, avec le seul concours général de Dieu, produit* la vision béaliilquc. De même. In volonté libre aidée de la grâce prévenante peut, avec le seul concours général de Dieu, produire un effet surnaturel. (Q. xiv .... 13. disp. XXXIX, p 222-226.) De tout ceci ressortent clairement deux différence* entre le concours général pour les actes naturels et le secours de la grâce prévenante pour les actes surna­ turels : L Le concours général ne s’exerce pas sur le libre arbitre comme cause des actes naturels, mais avec le libre arbitre sur ces mêmes actes. - La grâce préve­ nante meut le libre arbitre ct le rend capable de pro­ duire avec elle des actes surnaturels. 2. Par suite, le concours général ne précède, ni dans le temps, ni par nature, l'action du libre arbitre : les deux influx qui dépendent l'un de l’autre sont simultanés, unis pour produire l’effet unique. — La grâce prévenante, au con­ traire, précède d’ordinaire, dans le temps ou par nature. l’influx de la volonté libre ct peut ne pas aboutir, lorsque la volonté se refuse à coopérer avec elle. Mais la grâce prévenante a raison de grâce coopé­ rante quand la volonté libre agit avec elle. A cc litre, son influx ne précède ni dans le temps, ni par nature celui de la volonté. Bien plus, ces deux Influx sont simultanés avec le concours général cl dépendent l’un de l’autre. Tous trois constituent In cause inté­ grale unique de l'acte surnaturel. Les mêmes conclusions valent pour les habitus surnaturels de foi. d’cspérancc, de charité ct pour les dons du Saint Esprit, qui ont raison de grâce préve­ nante ct coopérante par rapport aux actes qui en éma­ nent. (Q. XIV. a. 13, disp. XL. p 239-2IL > Reste à se demander comment naissent les mouve­ ments de In grâce prévenante ct si nos facultés: intel­ ligence el volonté, y concourent efficacement. Vcga juge plus probable que leur unique cause efficiente est Dieu et que nos facultés les reçoivent passive­ ment (In Concil. Tnd.,\. VI, c. vin). Solo pense au contraire que ces mouvements sont produits simulta­ nément avec Dieu par l’intelligence et la volonté (De natura et gratta, 1. I. c. xvi). Molina ne doute pas que cette dernière opinion ne soit la vraie. L'illumination surnaturelle de l'intelligence ne consiste pas, selon lui, dans l’infusion de nouvelles espèces », mais dans l’octroi d’un secours pour aider â comprendre autre­ ment des pensées proposées ou suggérées par ailleurs. IX· même, la motion surnaturelle de la volonté n’est pas une impulsion nouvelle, mais un secours pour donner valeur surnaturelle à des mouvements consécutifs ù la connaissance. Pensée el tendance étant des actions vitales.il faut bien qu’elles émanent en partie de l’in­ telligence cl de la volonté. Ainsi, par la grâce. Dieu ne remplace pas, mais 2ίΙ5 MOLINISME, LA perfectionne la nature pour que ses actes soient salu­ taires. De là ce corollaire très Important : pour dis­ cerner les mouvements de la grâce cl les expliquer, il faut tenir compte de l’ordre que suivraient la nature ou les facultés si elles produisaient seules, dans leur substance, les actes salutaires. 2. Son rôle dans la justification. — Voici donc com­ ment il faut décrire la série des grâces qui conduisent a la justification. La joi. · Tandis que l'homme, instruit par la prédication ou autrement des vérités révélées, y réflé­ I chit, Dieu l'aide â les mieux comprendre ou élève sa pensée aux limites de la connaissance surnaturelle, (’.et influx divin est un mouvement de grâce prévenante, une illumination; et la connaissance ainsi rendue sur­ naturelle est une grâce prévenante de foi ex parle intellectus. Quand l'homme considère combien les vérités ainsi connues sont dignes d’assentiment, un mouve­ ment naît naturellement dans sa volonté, qui l’invite en quelque sorte à commander à l'intelligence l’assen­ timent. Dieu insère, pour ainsi dire, son secours dans cc mouvement, pour le rendre à la fois plus pressant et surnaturel. Cet influx divin est encore un secours de grâce prévenante; et le mouvement ainsi devenu sur­ naturel est une grâce prévenante de foi ex parle voluntatis, (’.elle double grâce constitue la vocalion â la foi. Elle laisse à l’homme la liberté de croire ou de ne pas croire. S’il veut croire, sa volonté aidée du mouvement de la grâce prévenante commande rassentiment: ct en même temps son intelligence, mue par cc commandement cl aidée de l'illumination divine, produit l’acle surnaturel d’adhésion aux ve­ ri lés révélées. Enfin, l’homme bien disposé par ccs actes surna­ turels d* Intelligence ct de volonté reçoit Vhabitus fidei qui lui est infuse par Dieu seul, ct grâce auquel il peut ensuite produire lui-même des actes surnaturels de foi. Cet habitus comprend deux parties, dont l’une réside dans la volonté pour mouvoir l’intelligence, l’autre dans l’intelligence pour produire les actes commandés par la volonté. La dernière seule est appelée proprement habitus fidel supernaluralis. L’espérance.— Quand l'intelligence éclairée par la foi pense à l’excellence de la béatitude et à la bonté de Dieu, un mouvement spontané de la volonté la porte à aimer la béatitude, d’un amour de concupiscence, et à l'espérer de Dieu. Dieu s’ingère en quelque sorte dans ce mouvement, pour l’intensifier et le surnaturaliscr C’est la grâce prévenante, qui excite la volonté â espérer Si, a l’aide de cette grâce, elle pose libre­ ment le premier acte surnaturel d’espérance, elle re­ çoit de Dieu V habitus spei supernatandis qui lui per­ mettra de multiplier a son gré les actes semblables. La contrition. — Lorsque, pourvu delà foi cl de l'espérance, l’homme considère la perfection de Dieu ct ses bienfaits, il est naturellement porté â l’aimer. Dans cc mouvement aussi, Dieu insère un secours de grâce qui l’excite et le rend surnaturel; en tant qu’il vient de Dieu, ce mouvement s’appelle grâce préve­ nante de charité. Prévenue par elle, la volonté peut faire l’acte surnaturel de contrition qui est l’ultime disposition â la grâce sanctifiante. Si lu pensée du péché évoquait celle de la félicité perdue ou de la damnation méritée, elle engen­ drerait naturellement dans la volonté un mouvement de crainte de Dieu (pii, lui aussi, serait ordinairement excité et surnaturalisé par un Influx divin. La volonté pourrait alors, sous l’empire de cette crainte sur naturelle, faire un acte d’attrillon qui,, avec le sacrement de baptême ou de pénitence, suffirait pour obtenir la grâce de la Justification. (Q. xiv, a. 13, disp XLVI, p. 253-259.) La justification. Saint Thomas (!·-!!*, q, tun, a. 7, ad l«m ; a. g, ad 2«nn), Cajélan Medina, Sob, Cano pensent que l’ultime disposition de l'sidullt i la grâce sanctifiante est produite par la grâce même, au moment où elle est infusée. Molina avoue n’avoir jamais compris comment la grâce sanctifiante j*ut concourirà un acte libre, (pii est la dernière dhposilic requise pour celle grâce. C’est l’occasion pour lui 6 s’expliquer sur la nature de la justification,qui w définit : translatio ab statu lethalis culpir in Matum gloria' et adoptionis /iliorum Dei per Jesum Chrlitum Salvatorem nostrum. Le mot justificatio, rvinarqut Molina, peut signifier, soit racle par lequel Dieu justify l’âme ; l'infusion de la charité et de la grâce habituelle, soit la transformation qui cn résulte : l’expulsion du péché cl le passage à l’étal de justice. En ce sens, on dit que la grâce et la charité justifient ct que Dieu justifie par elles, comme par leur cause formelle, quoiqu’il soit lui-même cause efficiente de leur infu­ sion dans l’âme. Mais il importe de ne pas confondre la justification et les actes qui y disposent : celui qui coopère avec Dieu se dispose toujours à être jibtiflr, il ne sc justifie pas hii-même. (Q. xiv, a. 13, disp. XLVI, p. 259-273.) 3· La prescience dr Dieu. - Molina a montre qu’il y a de la contingence, tant dans les œuvres de la nature cpic dans celles de la grâce. 11 revient maintenant au texte de saint Thomas pour discuter la source de cette contingence; il pourra ensuite montrer comment Dieu connaît les futurs contingents et comment 1a prescience divine s’accorde, soit avec la liberté de notre volonté, soit avec la contingence des choses. 1. Racine de la contingence. - On l’a dit, contre Scot, la contingence ne provient pas de la seule liberté de Dieu (cf. supra, col. 2112). Quelle est donc sa source ’ La réponse ù cette question ne peut être simple, car il y a lieu de distinguer parmi les choses: 1° celles dont la production cl la conservation dépendent à cc point de Dieu qu'aucun agent naturel ne peut les détruire, par ex. les anges, le ciel, l’âme humaine, la matière première; 2» celles dont la conservation ne dépend pas de Dieu seul; 3e celles qui se rapportent à l'ordre de la nature; I· celles (pii se rapportent a l'ordre de la grâce. La racine de la contingence de toutes les créatures est dans Ja seule liberté divine; car, par rapport à Dieu, rien n’est nécessaire. — Mais le monde une fois établi, à supposer (pie Dieu ne fasse rien (pii sorte du concours commun cl de l’ordre naturel, la contin­ gence disparaîtrait de tous les effets des causes se­ condes, si l’on supprimait la liberté dans les créatures La racine éloignée de la contingence de ccs effets est donc la volonté «le Dieu, ur la question. 11 refuse d’abord absolument d’admettre que tous les événe­ ments aient élé voulus par Dieu, d’une volonté efficace ou absolue: que Dieu ait préparé el disposé les causes pour qu'ils sc produisent comme ils le font: les abus de la liberté, les péchés, nous l’avons vu. ne sont ni voulus, ni préparés par Dieu, mais seulement permis pour des fins supérieures. Il nie que la providence implique la réalisation des fins pour lesquelles elle a disposé les moyens : la volonté salviff. Dr satisfactione, fol. 242) ct par punition, il diminue scs secours ct permet «k Capreolus (/n IIP™, dlst XVlH,q.i,a/; /.a itfinnufiATio.w — La réprobation I réprobation exige comme condition sine qua non la a-t-elle une cause (tans te réprouvé ? — Délicate ques­ volonté divine «le permettre le péché ct d’endurcir tion à laquelle saint Pau)(Rom., ix) semble répondre le pécheur jusqu’à la mort; maison a vu qu’elle lu nettement par la négative : Dieu a aimé et prédes­ consiste pas dans ccs deux actes : clic est seulement tiné Jacob, il a haï et réprouvé ÉsaÛ avant meme la volonté d’exclure tel pécheur de la vie éternelle, qu’ils fussent nés, non d’après leurs œuvres, mais par comme indigne, «m de l’envoyer nu supplice étemel, son simple choix; il fait miséricorde à qui il veut ct si Dieu prévoit qu'il mourra dans le péché. 2. Si, comme le «lit saint Thomas, la réprobation endurcit qui il veut, comme le prouve l’exemple de Pharaon; de la même masse de perdition,il lire,comme incluait la volonté de permettre le péché «pii entraî­ le potier de l’argile, des vases d’honneur ou des vases nera la damnation, et d’endurcir le pécheur jusqu’J la lin «le sa vie. l’effet intégral delà réprobation n’au­ d’ignominie, pour faire connaître sa puissance ou sa miséricorde. rait pas de cause dans le réprouvé. Il aurait cependant Il semble donc que la réprobation dépende du seul en lui une condition, car si le réprouvé ne mourait bon vouloir divin, sans que la prévision des péchés pas dans le péché, il n’aurait pas clé nu préalable y soit pour rien. réprouvé par Dieu. 3. Puisque la volonté divine, soit de permettre le 1· Principes de solution, — Cela ne parait pas si simple à Molina. Qu’est-ce en effet que la réprobation? péché d’Adam et les autres fautes «les réprouvés, soit d'endurcir l'adulte jusqu'à la mort, dépend de h Si on la considère du point de vue humain, on peut y distinguer un triple acte de volonté divine : la prescience «pic Dieu tient de sa science moyenne, fi en résulte «pie cette permission, cet endurcissement cl volonté de permettre les péchés qui entraîneront la damnation; lu volonté d’endurcir le pécheur, c’est-à- tous les effets «te la réprobation divine n’ont d’nuln dire de ne pas lui accorder les secours à l’aide des­ certitude que celle «le cette prescience, et que h quels il sc relèverait; la volonté de l’exclure du ciel difficulté de concilier la liberté humaine avec la ct de l’envoyer en enfer à cause des péchés dans réprobation étemelle de Dieu, ne diffère pas «le celle «le concilier la liberté avec la prescience ou avec la lesquels il mourra. Or, ces trois actes qui produisent en quelque sorte, dans le temps, une permission, un prédestination. On comprend facilement, dès lors, étant donné la endurcissement ct finalement la damnation, ont ceci de commun que tous trois supposent la prévision des prescience, que le décret divin concernant l’ordre «le choses et «le secours «pii se dérouleraient jusqu’à la pêchés auxquels ils sc rapportent. fin des temps ail eu. par exemple par rapport à Judas La volonté de permettre les péchés suppose une prévision non simpliciter mais ex hypolhesi, une pré­ raison «le providence, en tant tpi’il fut une vôlonté vision que l’adulte les commettra dans l’hypothèse de créer Judas pour la béatitude et «le lui donner les où Dieu ne l’en empêchera pas par des secours plus moyens «l’y arriver; raison «le permission du péché, efficaces. Elle n’est d’ailleurs pas autre chose que la en tant qu’il fut une volonté de ne pas lui «tonner d’autres secours que ceux malgré lequcls il sc per­ volonté de ne pas les empêcher, alors que Dieu prévoit que, s’il ne le fait pas. l’homme les commettra drait; raison «I endurcissement, en tant qu'il fut une volonté «le le punir «le sa trahison par une suppres­ librement. La volonté «l’endurcir le pécheur suppose la prévi­ sion de secours qu’il aurait obtenus sans cela ct une sion que le pécheur commettra en réalité les péchés permission «tes tentations plus graves, à la suite des­ que Dieu permet, et «pie, dans l’hypothèse où Dieu quelles il ne se relèverait pas; raison «le réprobation lui donnera ensuite certains secours à l aide «les«picls enfin, en tant qu’il fut une* juste décision «h* l'exclure Il pourrait sc relever cl non certains autres dont II du royaume céleste et de le punir par des peines éter­ n’a pas besoin, il ne sc relèvera pas, par sa faute. nelles, à cause «les péchés dans lesquels Dieu prévoyait Elle n’est d’ailleurs pas autre chose «pic la volonté qu’il mourrait. (Q. xxm, a. 1 et 5, disp. IV, p. 561de ne pas lui donner d’autres secours, plus grands ou 573.) différents, â l’aide desquels Dieu prévoit qu’il sc relè­ V. Complémi xts donnés pah Molina dans verait. Il arrive que Dieu aille plus loin et aban­ l' Appendix ai> Concoudiam A peine la Concor­ donne comme on dit, le pécheur; il le fait quand, dia avait-elle paru, qu’elle fut iltaquve par des ndver· 2137 MOLINISME. COMPLÉMENTS APPORTÉS 2138 Milrcs dont Molina déchin ignorer le nom. Ou sc sou- I prévu par sa science naturelle cl médiate, cl il a décidé vient que Battez était à leur tête. Ils prétendirent en I dans son éternité de lui donner son concours général; tirer, pur voie de conséquent e. une dizaine de propo- I mais il laisse l’homme libre de ne pas le poser. Dans sillons tombant sous le coup de la défense d’enseigner I le second cas, Dieu coopère n l’acte comme cause universelle ct a décidé de le permettre pour des tins portée antérieurement par le tribunal de l’inquisition de Castille i \ oli < "i 2009 » I excellentes; mais il n'y a pas déterminé la volonté et n’a pas voulu qu’il soit posé: c’cst l’homme qui, abu­ Molina se défendit si bien, qu’nprès mûr examen, le sant de sa liberté ct du concours général de Dieu, sc sénat suprême déclara n'avoir pas de raison d’empêcher le livre de circuler. Comme ses réponses déve­ détermine au péché. Dans le troisième cas, Dieu a décrété éternellement d'appeler et d’aider l’homme loppaient cl renforçaient utilement certaines de scs afhnnations.ct que,d'autre part, il craignait la dillu- I par des grâces prévenantes cl coopérantes, tout er le laissant libre; mais del oute éternité il lui a plu que sion sans contre-partie des critiques dont il avait clé l’homme coopère a ses grâces, il a prévu celte coopéra­ l’objet, Molina jugea bon de publier sa défense. Celletion et il l’a eue en vue, ainsi que l'effet total, par sa ci constitue la première partie de V Appendix. La seconde est formée par de courtes répliques à 17 · re­ providence. Du reste, quand on dit que Dieu a connu nos actions marques · contenues, dit Molina. dans un autre futures parce que nous les ferlons librement, ce · parce papier » dont l’auteur n isolé de leur contexte divers que » lideo, quia) ne dénote pas une cause, mais une passages de la Concord ta. 1er partie. - Les accusations contre .Mulina pré­ condition sine qua non de la part de l’objet. Soutenir que Dieu connaît les futurs libres indépendamment de sentées à l'inquisition sc ramènent à trois objections notre coopération serait affirmer avec les hérétique* qui se rapportent à l’objet de la providence, à la qu’ils sont inévitables, à moins qu’on ne prétende source de la prescience cl â l'effet des secours divins. avec Cajétan que, de 1a prescience et de la providence, 1. Objet de la providence. · On a reproche à Molina d’avoir enseigné équivalcmment les propositions sui­ découle quelque chose de supérieur à l'évitable et a vantes : De us non omnes actus bonos morales providit l'inévitable. Donc, conclut Molina, je ne nie pas que Dieu soit cause de nos opérations, mais seulement qu'il in singulari, nec pnedefinivit, ut Jierent hic ct nunc; sed en soit cause totale. La providence détermine-t-elle soluin providit Deus illos determinandos a libero arbi­ la volonté humaine â agir? L’affirmer, s’il s'agit des trio creat une. - Aliqua bona Jiunt in tempore a nobis, actes mauvais, serait une hérésie. Pour les actes bons, qutr non sunt provisa a Deo. · Deus nnn providit, si · déterminer veut dire coopérer à leur déterminanec determinanil numerum omnium rerum singularium, lion par dis ers secours, la providence les détermine; v. g.. boum et formicarum. mais si « déterminer veut dire produire sans que la Il a insisté nu contraire, explique-t-il. sur I universa­ volonté se détermine elle-même librement, c’cst une lité de la providence, qui atteint en particulier tous les actes on les effets bons ou mauvais: mais il a dis­ erreur condamnée par le concile de Trente (sess. m, c. v el can. 4) » ; I Comment fut accueillie la Concordia. IL Modifications apportées par l’auteur dans l'édition d'Anvers (col. 2115). 1 CoMMKXT III SCC! I II.LÎI LA CONCOKDÎA. ---- 1· Attitudes diverses. - Mollna. lors de sa visite chez le grand Inquisiteur de Portugal, avait argué du OPPOSITIONS 2142 désir qu’avalent beaucoup de personnes de voir paraître son livre. Étant dont é l’état des questions et les dispositions des esprits, l'accueil qui serait fait ù la Concordia ne pouvait être que très divers. Outre que l’auteur touchait à une foule de questions cl avait sur plusieurs des opinions très p rsonnelles, l'accord n'était pas parfait ni dans l’école dominicaine, ni dans la Compagnie dc.lesusA oil à pourquoi, dès l'ori­ gine, Mollna rencontra des adversaires dans son ordre même; ainsi, â Salamanque, le fantasque Henriquez, (pii ne tarda pas d'ailleurs a sc faire dominicain ; et, à Tolède, Mariana, dont 1rs préoccupations métaphy­ siques avaient, il est vrai, passé nu second plan, depuis son départ du Collège de Clermont à Paris (1574). Il faut bien cependant que la Concordia n’ait pas été, dans l’ensemble, si mal accueillie qu’on l’a dit, puisque scs adversaires ne sc contentèrent pas d’ap­ plaudir â sa prétendue chute. 2· L opposition sourde de Hafiez. — L’échec de Banez ne l’avait pas découragé, I-a Concordia avait pu paraître., Il restait un moyen de la faire soustraire «le la circulation : l'index. Le professeur de Salaman­ que dut être d’autant moins décidé à abandonner la lutte, qu’il avait pu reconnaître facilement dans la Concordia, panni les passages qualifiés de < dangereux en matière de fol, pour ne rien dire de plus *, ct de « contraires aux définitions du concile de Trente », plu­ sieurs textes de scs commentaires sur saint Thomas. Lettre de Molina à Aquaviva. 17 decembre 1594 dans K. de Scorraillr. François Suarez, t. I, p. 371; Ce ne fut peut-être pas pure coincidence si, au moment où l'inquisition d’Espagne, répondant à une initiative de Sixte-Quint, entreprit de faire établir un catalogue des livres prohibés, elle confia ce travail aux universités d’Alcala et de Salamanque, ct si elle chargea l’université d’Alcala de l’examen des livres anciens, tandis que Salamanque aurait à s’occuper des nouveaux. On s’en aperçut bien, le jour où deux membres de la commission d’examen de Salamanque, Banez ct son ami Zumel, général des mercédaircs, voulurent faire figurer â l’index la Concordia de Molina. Ils étaient si excités que le bénédictin Curiel, membre lui aussi de la commission, crut devoir faire part au grand Inquisiteur de leur état d’esprit, qui rendait manifestement impossible un examen sérieux. 3· Les discussions publiques de Valladolid. — Sur ces entrefaites le conflit latent entre dominicains et jésuites éclata â Valladolid. La ville, capitale du royaume de Castille» était le siège des tribunaux de l’inquisition. Les dominicains y avaient le collège Saint-Grégoire, dont Banez avait été régent de 1573 â 1577. Les jésuites y tenaient le collège Saint-Am­ broise. dans lequel avait enseigne Suarez avant son départ pour Borne (1574-1580). Depuis le début de l’année scolaire 1582-1583, le recteur de Saint-Gré­ goire. le P. Diego X’ufto ne se faisait pas faute, en commentant la Il’-ll·’ de saint Thomas» de pour­ fendre à tout propos, comme erronées et scanda­ leuses. certaines propositions de Molina. Les jésuites décidèrent de venger l'honneur de la Compagnie, ct prirent occasion d’une promotion de maîtrise qui devait avoir Heu le I mars 1591 (le 5 selon d’autres), pour défendre leur théologien. Le P. Antoine de Pa­ dilla. S. .1.» présidait I* < acte solennel », auquel assis­ tait l’élite des théologiens de Valladolid. Sans mesure, le P. Nuno entra en lice, déclarant tout simplement hérétique cette proposition de Molina : Avec la meme grâce dispensée â plusieurs, l’un se convertit ct l’autre pas. l’un triomphe de la tentation et l'autre y succombe. » Le défenseur s’ef­ força au contraire de prouver que la proposition n’avait rien d'hérétique; ct le P. Padilla vint â son secours I par une distinction : Mollna, dit-il, a voulu parler 2143 MOLINISME, PB KM I EBES OPPOSITIONS des grâces prévenantes, non des grâces adjuvantes. · Erreur, répliqua Xufio ; Molina parle expressément dc la grâce adjuvante; il nie (railleurs toute distinc­ tion profonde entre grâce adjuvante cl grâce préve­ nante; pour lui, croire ou ne pas croire dépend unique­ ment dc la volonté libre naturelle. · Comme le domi­ nicain poursuivait scs avantages et que, sur un ton triomphal, il en appelait aux théologiens présents, le défenseur s’écria : Etes-vous donc depositaires des clefs de la sagesse? · Ce fut un beau tapage! L’apos­ trophe blessante souleva la désapprobation de l'as­ semblée ct valut â son auteur un rappel à l’ordre. 1,’nttaque interrompue fut reprise, avec plus de mesure, par les P.P, Alvarez et Valleso, O. P.,qui pré­ tendirent démontrer : l’un, l’accord de Molina avec Pélage, l’autre, son désaccord avec le concile dc Trente sur plus de trente points. La discussion sc poursuivit, écrit Serry non sans scandaliser les assistants ·. Hist. congé. de aux., I. I. c. xx, col. 107. Le soir étant tombé, Xuno promit de soutenir publiquement, au mois de mal, des thèses contre Molina, cl y invita dès lois les assistants. Bentrés chez eux, les frères prêcheurs décidèrent de pousser l’âflalrc plus loin et de la déférer â l’inqui­ sition de Valladolid; ce qui fut fait quelques jours plus lard par les soins du P. Valleso. Sur ces entrefaites, le prédicateur dominicain Alphonse de Avendano ne craignit pas de porter la discussion en chaire, le dimanche G mars,en commen­ tant le texte O mulier, magna est /ides tua,ct le len­ demain en revendiquant pour son ordre, dans son pané­ gyrique dc saint Thomas, la clef de la sagesse. « Ainsi, remarque Morgolt, Kirchcntcxicon, 2* éd.,t.,in, col. 903, une des questions théologiques les plus ardues était jetée sur la rue et cou liée à l’incompétence de la foule, comme jadis, dans les controverses ariennes, la géné­ ration étemelle du Christ. ■ Les jésuites se plaignirent un roi rt au nonce, el obtinrent le remplacement du prédicateur. Le mois de mai approchant, ils voulurent taire Interdire la réunion publique annoncée par Nufto. Les Inquisiteurs auxquels ils s’étaient adressés ne leur donnèrent qu’une demi-satisfaction : ils décrétèrent que les opinions de Molina ne pourraient plus être taxées d’hérésie jusqu’à ce que la cause portée devant ux eût été jugée;mais ils autorisèrent les frères prê­ cheurs à les discuter publiquement, comme ils se le proposaient. Sous la présidence de Xuno, la réunion se tint le 17 mai. au collège Saint-Georges. Le frère Ambroise de Santiago attaqua quatre propositions : 1. Avec un égal secours de la part de Dieu, l’un sc convertit, l’autre pas, selon sa volonté libre. —· 2. Parce (pie je coopérerai, Dieu le sait; proposition qu’il faut enten­ dre au sens propre et causal. · 3. Le secours pour les ouvres surnaturelles est de même espèce (pie celui qui est donné pour les œuvres naturelles. - I. Le bon usage dc la volonté libre est cause de la réalité qui est l'ellet intégral de la prédestination. Le P. de Padilla prit la defense de Molina. La dis­ cussion fut chaude et linit dans le tumulte. Domini­ cains ct jésuites en publièrent des comptes rendus contradictoires, ct le soir même les jésuites déféraient A l’inquisition le livre dc Molina, demandant sculclent que les censeurs ne fussent pas choisis parmi les dominicains. Mais en même temps Molina prenait l'offensive ct dénonçait à Γ Inquisition les commen­ taires de Partez ct celui de Zuincl sur la I . Lettre de Molina à Aqua viva, dans B. dc Scorruille, François Suarez, t. 1, p. 371 (19 déc. 1591). 4 Intervention de Home - - Cependant l’agitation gagnait toute l’Espagne. Déjà après les premières discussions ct les incartades du P. Avendanius, le vicaire général de Valladolid, Alphonse Mendoza,avait fait part de son inquiétude nu nonce et à l’archevêque dc Tolède, le cardinal Gaspard de Quiroga. Lettres dans Lievin de Meyer, p. 168-169. Le 20 mai 1591. le cardinal de Castro rt. le II juillet, l’évêque de Léon, Alphonse de Moscoso, envoyèrent à Clément VIII dn plaintes contre les dominicains (Serry, col. 110-11)). L’évêque de Léon suppliait le pape d'intervenir. Lettre dans L. de Meyer, p. 173. Ce (pie désiraient les jésuites espagnols. Suarez, l’ex­ plique dans une lettre du II juin à Erançois Tolet, S. L. récemment élevé au cardinalat : les dominicuim, dit-il, veulent imposer comme étant de saint Thomas la predetermination physique ct d’autres opinions mises en avant depuis quelques années par leurs maîtres et leurs cahiers de cours ·; < ce qu’on désire ici. c’est (pie, par ordre dc Sa Sainteté, ces doctrines soient examinées a Borne *. Le professeur de Sala­ manque ajoutait : * Leur animosité provient d’un certain sentiment dc rivalité qu’il arrive même à des religieux de concevoir. Dans B. dc Scorraille, op. cit., L i. p. 281-288. Déjà I’ Inquisition se sen lai! impuissante à récon­ cilier les deux ordres rivaux. Son président, le cardinal de Tolède, craignant (pie la controverse n’amenât un schisme, écrivit dc son coté au pape pour lui exposer toute l’affaire. Le nonce, le roi lui-même liront dn démarches semblables. C’est ainsi que Clément VIII fut amené à intervenir. Il manda donc à son nonce de Madrid : L De signi­ fier au cardinal dc Tolède de suspendre la procédure qu’il aurait pu ouvrir ct de laisser la décision au SaintSiège; 2. d'ordonner en son nom aux supérieurs des deux ordres de consigner par écrit les raisons ct fon­ dements dc leur opinion sur la grâce suffisante cl effi­ cace, et l’état de la question; 3. de lui envoyer le dos­ sier pour servir de base à son jugement. Dans la lettre par laquelle, le 15 août 1591, il fait connaître sa mis­ sion aux supérieurs des deux ordres (publiée dans L. de Meyer, p. 178-179). le nonce ajoute qu’il a reçu ’ordre,pour éviter le scandale, d’interdire sévèrement houle controverse sur les matières en litige, cl Im charge de faire exécuter cet ordre par leurs subor­ donnés, sous peine d’excommunication majeure. En même temps, l’inquisition d’Espagne, que, sur le désir manifesté par le roi, Clement VIII avait chargé d’agir avec le nonce, demanda à plusieurs universités, ainsi qu’à quelques évêques ou théologiens remar­ quables, leur jugement motivé sur les controverses entre dominicains cl jésuites concernant la grâce. 5· Réaction contre la défense dc discuter. — L’in­ tervention du pape était de nature à satisfaire les jésuites; elle ne provoqua rien moins (pie de l’indi­ gnation chez Bartcz et scs partisans. Ils crièrent au scandale! Était-il admissible qu'on imposât silence aussi bien aux tenants dc l’opinion traditionnelle qu’aux novateurs, aussi bien aux disciples dc saint Augustin et de saint Thomas qu’aux rénovateurs de l’erreur de Pélage? Emportes par leur zèle, plusieurs dominicains passèrent outre à l’ordre du pape el continuèrent à discuter en public, surtout dans la pro· vince d’Aragon, moins agitée jusque-là. Les jésuites portèrent plainte contre eux. D'autres prêcheurs cherchèrent à faire lever l’inI tvrdiction. l’n mémoire assez acerbe, présenté au ml par le P. de la X’uzn. le 22 août 1597, fut rejeté par j Philippe 11 (publié dans Scrrv. Append, v, p. 37 sq.). I n autre, adressé aux Inquisiteurs, subit le même sort. I Vn troisième enfin, rédige par Banc? ct adouci purses supérieurs, fut envoyé à Clément VIII en date du 28 octobre 1597 (publ. dans L. de Meyer, p. 805. 813). L’auteur n’y expose pas moins de six raisons I pour lesquelles il prie le pape dc mettre au plus tôt fin 2145 MOl.INHME. Μ Ο 1)1 ΓI C AT 10 NS IT PHfcCISIONS 21 4G aux débats, et, en attendant, d'cxpliqucf ou dc tern- I $ Lx his papt jusqu’à maxime cum quicumque (p. 168); memb. 11, $ Sit ergo nona depuis id quod Cajetanus pcrvr la lol du silence cl dc l'imposer également ù tous les théologiens, pour le bien commun. Bcllar- Jusqu'à quos autem praedestinavit (p. 521). Il ne sera pas sans Intérêt, pour préciser la pensée dc mln» chargé par le pape d'étudier ce mémoire, releva Molina, de souligner, dans ce qu’il a d’essentiel, le ce qu'il pouvait contenir d'injurieux contre Clément ou contre les Jésuites, ct conclut à la suspense de l’in­ contenu de ces textes nouveaux. 1· Lu liberté humaine, ~ 1. Sa nature. - On avait terdiction, non seulement pour ceux qui prétendaient posséder » mais encore pont les soi-disant · nova­ demandé a Molina pourquoi d avait dit que les actes des enfants ct des déments, peuvent souvent être teurs ». Texte dans L. .le Meyer, p, 805 813. libres, quoique non méritoires, ct si des actes de ce Le pape suivit cet avis. Par bref du 26 février 1598, adressé à son nonce de Madrid, il concéda aux domi­ genre peuvent exister aussi chez les adultes. -«La liberté, répond-il, n'entraîne pas nécessairement mérite nicains la faculté « de poursuivre librement, comme ou démérite, parce qu’un acte, pour être libre, exige auparavant, leur enseignement cl leurs discussions seulement une certaine connaissance du bien ct du sur les secours dc grâce et leur efficacité, conformé­ mal, tandis qu’il ne revêt un caractère moral que s’il y ment à la doctrine de saint Thomas ·, et aux jésuites, de a discernement ou délibération suffisante. Voilà pour­ même, la faculté dc parler et de discuter sur ce sujet quoi il y a liberté sans moralité, même parfois cher les « en enseignant cependant toujours une doctrine saine adultes » (p. 11-15). et catholique ». Texte dans L. de Meyer, p. 193. 2. Son pouvoir dans les tentations. - · Beaucoup de Les deux partis crièrent victoire! Mais les Inquisi­ lecteurs s'étalent étonnés de voir Molina refuser de se teurs espagnols ayant précisé que l'autorisation ne prononcer sur ht question de la possibilité, pour la valait pas pour les églises, et que dans les discussions volonté, dc ne pas succomber â toutes 1rs tentations •l’école il fallait s’abstenir dc qualifier », de « cen­ graves ct dc surmonter toutes les difficultés purement surer > ou dc · noter · l'opinion contraire, se virent reprocher vivement par Bauer, et scs partisans I naturelles, avec le seul concours généra) de Dieu. Je l'ai fait, répond Molina, par amour pour la paix : d’avoir traité également les deux ordres, alors que les Dieu sait qu’une autre attitude ne convenait alors, ni expressions différentes employées par le pape mar­ pour mol. ni pour .son service; chacun pouvait d’ail­ quaient évidemment une approbation de leur doc­ leurs, d’après mon exposé, Juger dc la vérité el de trine, et une condamnation discrète de celle des mon opinion »; puis il ajoute un argument nouveau, Jésuites. L. de Meyer, p. 19 1-195. que lui a suggéré un savant, pour prouver qu’à cha­ Sur ccs entrefaites, pendant que le nonce et le que instant la volonté reste libre dc ne pas consentir grand Inquisiteur rassemblaient des documents pour au mal (p. 112-113). les envoyer à Borne, parut à Anvers, l'édition revue 2· Le concours divin. —· 1. Mode d’action du concours et augmentée tic la Concordia, general de Dieu. - Après la P· édition de la Concor­ IL L’îdiiion d'Anveus (1595). · Indépendam­ dia. un auteur a voulu combiner la doctrine dc Molina ment des attaques violentes qui se poursuivaient avec celle d’après laquelle le concours général est publiquement contre son livre, des notes avaient été un influx dc Dieu sur la cause : il a soutenu que, pour adressées à Molina lui-même, dans un esprit souvent amical, pour soulever des difficultés ou poser des ques­ tout acte naturel qui n’est pas moralement mauvais, il y a un double concours général de Dieu : l’un sur tions. C’est ce qui porta l’auteur â publier une édition l’agent pour l’appliquer à l’action, l’autre sur l’action revue el augmentée » de son livre. Elle parut à \nvcrs, avec ΓImprimatur de Sylvestre Pardo, cha­ elle-même el l’cflet, quoique le premier de ces concours n’existe pas pour les actes moralement mauvais. noine de la cathédrale, en date du 15 avril 1595. On a beaucoup parlé, après Serry, des adoucisse­ Cette distinction, d’abord, ne saurait plaire à Mollna. Si. dit-il, nous pouvons sans promotion divine faire ments que Molina y aurait apporté â sa doctrine. Pour des actes mauvais, pourquoi pas les bons, puisqu’un permettre d’en juger, voici un relevé des changements, meme acte peut être bon ou mauvais selon les circon­ additionset modifications qu’on v remarque. Nous les stances? » Puis, cette multiplication dc concours immé­ reportons pour la pagination sur l’édition dc Paris. diats lui semble porter préjudice à la liberté. Enfin, i) 1876, qui reproduit exactement celle d’Anvers. voit toujours des difficultés irréfutables a l'admission Additions.— Q. xiv, a 13, disp. Il, du § Circa d’une action de Dieu sur l’agent. primum â la fin (p 11-15). — Q. xiv, a. 13, disp. NI N. Il avait déclaré dans sa i1· édition que le feu memb. 6, du § Porte mirabitur à la lin (p. 112-113); réchauffe l'eau en restant immobile en lui-même, rt toute la disp. NW II (p. 158-168); disp. NXW II. qu'il ne comprenait pas par quelle motion Dieu l'appli­ h f Quando audi* (p ’09); toute la disp \\\ \ III querait à agir. On lui a répondu que le feu produit la (p. 211-222); disp. ΧΙΛΉ, du § Verum objicies nu chaleur sans changer en lui-même, parce que l’influx § lits ita constitutis (p. 275-277); disp XL1\, le $ Scio dc Dieu est toujours en lui ct qu’il réchauffe sans Cornelium Jansenium (p. 290); disp. LH, du § lllud cesse. Mais alors, cet influx n’est.il pas général? et hoc loco au $ Objiciet fortasse (ρ 320-322); toute h peut-on encore «lire que Dieu applique le feu à chaque disp. LUI (p. 331-379), - Q. xix. a. 6. disp. I, du action en particulier comme le veut le contradicteur? 5 Ante quartam au § Quarto (p. 389-390); toute la Mollna avait ajouté : · Si l’action divine sur l’agent disp III (p 395-102). --y. xxn. a. 1, disp. II, est réelle, il faut admettre que Dieu produit dans le le $ Postremo dicendum (p. 107). Q. xxm, a. I ct 5, leu, chaque fois qu’il le meut, une qualité ; ce qui disp. I, memb. (>, le $ Juxta hanc doctrinam (ρ. 161), parait Improbable ». On lui a répondu que Dieu meut le $ Quando audis (p. 162-163), du £ Xunc ad Angus· les causes comme l’artiste meut son pinceau et l'appli­ tini au § /ù his palet (p. 165-168), la phrase finale; que à peindre; ct Γοη n ajouté que cet influx n’a pas tout le memb. 7 (p. 169-177); l'appendice du inemb, 8 nécessairement son terme dans la cause seconde, ou (ρ. *190-191, placé ù la lin du volume dans l’édll. d’Anvers, cet append. est Ici inséré ù sa place nor­ dans son opération, mais qu'il suffit qu’il l’ait dans male); tout le memb. 10 (p. 501 505) ; memb. 11, § SU l'eflel. Cependant, si l’influx de Dieu est dans le feu comme dans son sujet, ne faut-il pas dirt* qu'il est une ergo nona, une phrase cstque proinde.,, adnotavit motion spécifiquement distincte dc la caléfaction pro­ (p. 521, I. 3-5), cl un passage : ac sane de nulla,., in duite par le feu? eadem conventat (p. 521 in fin.); le memb. 12 tout entier (p. 528-539); toute la disp III (p. 557-561). Molina avait objecté que, si le feu avait besoin d’une Modifications, — Q xxm, a. I et 5. disp. I. memb. 6. I motion préalable pour chauffer, il serait mû aussi 2147 MOLINISME, MODIFICATIONS ET PRECISIONS souvent qu’il réchauffe d’objets. On lui a répondu que l'influx divin est une action unique, quoique vir­ tuellement multiple. Réponse illusoire, car elle n’expli­ que rien. De deux choses l’une : ou la prétendue motion du feu ct la caléfaction sont une même action, ou cc sont des actions différentes; dans le premier cas. comment peut-il se faire que la motion soit dans le feu et la caléfaction dans l’eau, et que la caléfac­ tion soit multipliée d’après les objets dans lesquels elle est reçue, tandis que la nuit ion ne l’est pas*? Dans le second cas, ccs actions diverses auront des termes divers et seront distinctes, non seulement par le nom­ bre, mais pur l’espèce. Molina avait soutenu que, si le concours général de Dieu avec les causes secondes était un influx sur elles pour les mouvoir, les appliquer & l’action, les renforcer, cet influx serait quelque chose de créé, une cause seconde qui aurait besoin, elle aussi, du concours général de Dieu pour agir; ct ainsi de suite, à l’infini. On a répondu que l’influx divin n’est pas plus une cause seconde que l’action par laquelle agit l’agent, et qu’il n’exige pas plus un autre concours de Dieu que le secours surnaturel efficace qui, selon Molina, meut notre volonté quand i) s’agit d’actes surnaturels. Erreur, réplique Molina : la grâce prévenante jointe à la volonté, est une cause seconde, et quoique surna­ turelle, elle a besoin du concours général de Dieu pour agir; mais comme cc concours est influx sur l’effet, il n’en exige plus d’autre ·. L’adversaire de Molina n’admet pas, enfin, que Dieu ct les causes secondes soient causes partielles; il appelle chacune cause totale, el il considère comme tel­ les aussi, l'intellect et l’espèce intelligible dans i’intellcction, l’intellect ct la lumière de gloire dans la vision béatitique. la grâce prévenante ct la volonté libre dans les actes de foi, etc. Mais n’y a-t-il pas lieu de distinguer deux sortes de causes qui concourent au même effet? Il y en a qui agissent sur l’effet par le meme Influx : ainsi, dans la caléfaction, le feu, sa forme substantielle, et la chaleur qui réside en lui: dans l’intellection, l’homme, l’âme ct l’intelligence; dans la peinture, l’artiste ct son pinceau; dans toutes les œuvres de l’artisan, l’homme cl son instrument, quand il n’y a pas dans celui-ci un pouvoir spécial d’agir, mais seulement une aptitude à servir. Il y en a qui agissent sur l’effet chacune par un influx qui lui est propre : ainsi Dieu el la cause seconde, l’intelli­ gence et l’espèce intelligible, l’intelligence et la lumière de gloire, la volonté libre ct la grâce prévenante: cha­ cune de ces causes esl totale dans son ordre, mais cha­ cune est partielle, si’ ’on considère la cause intégrale de l’effet. < Celle façon de parler déplaît à certains parce qu’elle détruit les arguments sur lesquels Ils s'appuient pour imaginer des prédéterminations (prudefinitione*) aux actes surnaturels ou naturels, qui suppriment la liberté, ct parce qu'elle met cn mer­ veilleuse lumière, dans beaucoup de questions très difficiles, hi vérité qu’ils rejettent (p. 158-168). 2 Mode d’action de ta grdee prévenante. · La grâce prévenante, avait dit Molina, est comme un instru­ ment surnaturel agissant avec, la volonté sur l’acte. Entendons-nous, poursuit-il, afin «t’écarter une fausse Interprétation : cc n’est pas un instrument qui aurait l>csoin d’une nouvelle motion de la part de Dieu pour coopérer avec la volonté ct produire un effet surna­ turel. â peu près comme les sacrements qui, selon une théorie très répandue, agissent à la façon des causes naturelles; ce n’est pas une substance, mais un acci­ dent; elle ne peut «tone être cause principale, elle ne peut agir ni qnod mais seulement nt quo; voilà pour­ quoi on l'appelle instrument, mais c’est un Instrument du genre de ceux qui sont la vertu même de leur cause principale, comme la puissance communiquée à la 21« semence est la vertu par laquelle l'animal engento / el la chaleur la vertu par laquelle le feu w commo’ nique » (p. 209). 3. Distinction intrinsèque des actes naturels et actes surnaturels concernant un meme objet. tR savant a écrit à Molina pour lui poser amicalement quelques questions. Il admet «pie des actes relatifs au . meme objet peuvent être naturels ou surnaturels,sehn qu’ils sont faits ou non avec le secours de la grto, ct il en conclut avec raison qu’il doit y avoir, data ces actes, quelque chose d’intrinsèque ct d’esuntîd J qui les distingue spécifiquement. Cc quelque chore ne peut être, l’influx surnaturel de Dieu, puisque tri I influx est in genere actionis, tandis que celte rés­ ilié intrinsèque est in genere qualitatis. La foi sur­ naturelle se distingue spécifiquement par la sanvr. certitudo illius conjuncta cum obscuritate, car l’union de la parfaite certitude avec l’obscurité ne saurait être naturelle, mais «pieu est-il de la chante Enfin, si Dieu pouvait créer un être à qui la vision de l’essence divine fût naturelle, ccl être ferait naturellement ce «pie les bienheureux font xumaturellcment. • Non, répond Molina; ce qui caractérise l’acte de foi surnaturelle ne saurait être la certitude, qui ni | d’ordre négatif el subjectif : c’est le fait qu’il est pote ■ avec le concours de Dieu qui l’élève à l’état sumatu- ; rel. Cela est vrai d’ailleurs de tout acte surnaturel. ! qu’il soit de foi, d’espérance, «le charité, etc. L’influx divin ne produit pas dans ccs actes quelque chose de réellement et formellement distinct. /·; AUXILIIS, CLÉM ENT VIII 5) Xrc solum sr h net ex parte objecti. *cd etiam ex I parle potentia:. 6) Fatemur hanc mulionem esse realeni, et antecedentem applicationem voluntatis. moven­ tem et inclinantem voluntatem ad aliquem actum determinatum. — 7) Posito auxilio pncvenienlis gratte efficacis, injullibiliter homo convertitur (Serry. col. 178-179). La question sc posait maintenant de savoir ce qu'il fallait entendre au juste par grâce cllicace cl pourquoi elle est infaillible. Les cardinaux décidèrent que les parlies donneraient sur elle une réponse écrite, el la séance fut levée. Cc ne furent plus, dès lors, de part el d’autre, que notes et mémoires, plaintes ct accusations. Les domi­ nicains prônaient la prédélerminalion physique, selon l’expression employée pour la première fois dans V Apologia, el voulaient faire dire aux jésuites que l’etllcacilé de la grâce est en partie causée par la volonté (Serry, col. 179*180). Les jésuites parlaient d' · inspirations vitales · ou de « motions congrues » cl fondaient l'cfllcacité de la grâce sur un décret divin consécutif à la prévision de ce que la volonté ferait avec son secours (Serry. col. 181), en sorte que auxilia gratte prirvenientis esse efficacia potissimum ex l)eo e! ex se; minus vero prircipue. ex respectu ad liberum arbitrium, quem gratia ut voluntati congrua comprehen­ dit (Serry. coi. 189). Madrucci compulsa avec patience tous ces documents. Les voir dans L. de Meyer, p. 21 1-210. cl dans Serry. col. 175-191, ct append., col. 63-86. 11 rédigea par écrit ses jugements qui sont dans l'ensemble favorables aux dominicains (des extraits en ont été publiés par Serry» append., col. 8794). Il allait remettre ses conclusions au pape, lorsqu’il mourut le 20 avril 1600. Son labeur n’avait abouti qu’à mettre davantage en évidence l’irréductibilité des points de vue adoptés par les deux ordres. 4· Troisième période : Retour à la commission d'exa­ men. Confirmation des censures contre Molina (27 avril 1600-20 mars 1602). Les conférences avaient été une diversion. Leur échec ne pouvait que ramener au point où on en était auparavant. Les jésuites, après bien des instances, linirent par obtenir, sur l’ordre du pape, que le texte de la censure de Coronel leur fût communiqué. Ils eurent beau jeu pour dis­ cuter l'interminable série des 89 propositions censu­ rées et pour prouver (pie. parmi elles, il y en avait qui n’étaient pas de Molina, ct d’autres qui étaient indubitablement vraies ou qui du moins étaient con­ formes à l’opinion commune des théologiens. Ex­ traits dans L. do Meyer, p 219-251. Clément Vlll exigea en conséquence une seconde révision de la censure, et â cette lin il adjoignit à la commission deux nouveaux censeurs : l’archevêque d’Armagh el OiTridus de Olfrldio. évêque de Molfeltu. Un nouveau texte fut rédigé, qui ramenait le nombre de propositions censurées à 19 puis à 12. L’archevêque d’Armagh ne le signa pas, car il ne voyait à reprendre que 30 propositions. Voir le texte de ces 12 cl de ces 30 projiosltions dans Le Bachelet. Auctarium Rcltarminianum. p. 173-177. La défense pourtant demeurait si active que. par ses libelles répandus partout ù de multiples exemplaires, elle amena peu â peu la com­ mission à réduire ses propositions â 20. Celte fols encore, la solution semblait imminente. Le pape, disalt-on, avait été convaincu par le rapport qu’on lui avait soumis. Molina. sur son Ht de mort, put entendre les rumeurs disant qu’il serait condamné comme hcrétique’et que son livre serait jeté au feu â Home. Les jésuites, on le conçoit, s’agitèrent : ils deman­ daient des juges; on ne les avait pas assez entendus, disaient-ils; Ils étaient victimes de malentendus ou de préjugés l n membre de la commission, le carme Jean-Antoine Bovin s. présenta au pape une longue défense de Molina, disant que. dans la Concordia, il 2158 n’y avait rien de contraire à la fol (L. de Meyer, p. 253). Achile Gagliardi s’interposa pour la paix; scs propositions furent écartées par les dominicains (texte dans Serry. col. 202-203); par lettre du 20 août 1600, il proposa au pape de porter un juge­ ment qui tint le milieu entre les thèses opposées : • il supprime la prédétcrminatlon pour mieux sauve­ garder le dogme de la liberté, cl il attribue a l’effi­ cacité divine plus que ne le font nos pères, selon la claire doctrine de saint Augustin el de saint Thomas · (texte dans Serry. col. 201-205». Mais les dominicains ne voulaient pas entendre parler de composition. Une autre tentative de conciliation, faite par François Arriva, O. M.t sc heurta à l’opposition de Thomas de Lcmos. Les dominicains insistaient pour qu’on s’en tint à la chose jugée. Mais Clément V111 ordonna une troisième révision de la censure, sous la forme d’un examen des vingt propositions retenues par la commission. Ces propo­ sitions devaient cire soumises aux dominicains et aux jésuites, qui formuleraient leur avis par écrit; puis elles seraient discutées en présence des censeurs et de deux théologiens de chaque ordre; enfin 1rs cen­ sures. avec les plaidoyers pour el contre, seraient envoyées au pape. La congrégation, augmentée de deux nouveaux membres, les franciscains Jean de Bada et Jérôme Planter, se réunit le 25 janvier 1601 avec les cardinaux Bemier el Bellarmin, et sc mit dès lors en devoir, selon sa mission, de· chercher avec soin sur quels points Molina est d’accord avec le pélagia­ nisme el le semi-pélagianisme ■. Les dominicains y étaient représentés par Alvarez ct Thomas de Lemos; les jésuites par Pierre Arrubal cl Christophe de los Cobos que remplaça dans la suite Grégoire de Valentia. Trente-sept séances sc tinrent entre cette date ct le 31 juillet de la même année. En vain, les jésuites demandèrent-ils d’autres censeurs; en vain récla­ mèrent-ils, avant le jugement de Molina, une defini­ tion précise des hérésies qu’on lui reprochait. Une à une. les 20 propositions furent examinées et cen­ surées de nouveau à la presque unanimité. Seuls, le général des ermites de saint Augustin. Jean-Baptiste Phnnbinus. le régent du collège des carmes. JeanAntoine Bovins, et parfois le procureur général des franciscains. Jean de Bada. prirent la défense de Molina. \ olr le détail des séances dans Serry» col. 212-255, cl dans L. de Meyer, p. 257-314. Le 6 août, les censeurs furent reçus par Clé­ ment VIII, (pii discuta plus de deux heures avec Bovins sur la science moyenne et parut bien décidé à la condamner (Serry, col. 255). Puis, en octobre et novembre, de nouvelles réunions se tinrent pour la rédaction des decrets Box inset Phnnbinus en avaient été écartés. On ajouta, à la fin de la censure, que plu­ sieurs autres propositions de Molina auraient pu être vivement censurées aussi, mais qu’on les avait omises, parce qu’elles ne concernaient pas exclusivement la grâce el la predestination; cl la signature définitive fut donnée le 29 novembre. Il s’agissait maintenant d’obtenir la décision du pape. Les consulteurs le pressaient d’agir; Philippe III réclamait une solution qui mil fin aux troubles dont l'Espagne était le théâtre. Mais tandis que Clément hésitait devant l’ampleur du dossier qu’on lui avait soumis, des plaintes lui parvenaient de la part des jésuites qui déclaraient n’avoir pas été entendus; des démarches étaient faites en leur faveur par le duc Guillaume de Bavière ct la duchesse Marie d’Autriche: des adresses émanant de diverses universités lui étaient soumises, qui condamnaient la prémotion physique ou prenaient la défense de Molina, deman­ dant tout au moins qu’on attendit, avant de prendre une décision, le jugement des théologiens du Nord, 2159 MOLINISME. CO N G B É G AT IO NS DE M\ ILIIS, auxquels leurs luttes contre l’hérésie donnaient une particulière compétence en ccs matières dilllclles. D'autre part, en dépit de tout, les doctrines de Molina étaient enseignées en Espagne; et des jésuites allaient déjà jusqu'à mettre en doute, dans une thèse aca­ demique d'Alcala, l'autorité de droit divin de · ce pape qu’on appelle (dément VIH · (L. de Meyer, p. 334; Serry col. 837). A lire les documents, on a l'impression que l’atti­ tude des jésuites déplaisait souverainement au pape; niais que celui-ci, conscient de l'extrême gravité de la décision qu'il allait prendre, ne jugeait pas Ja question assez mûre pour être tranchée. Bvlhirmin avait sug­ géré l'idée de réunir un concile général. I ne solution plus simple fut proposée par Grégoire de Valentin, le jésuite qui avait pris part aux congrégations anté­ rieures ; Qu’on reprenne ces réunions, mais en pré­ sence du pape, cl pour s'expliquer devant lui sur les quatre points qui résument tout le débat. Lire celle adresse au pape dans L. de Meyer, p. 322. (’dé­ ment VIII se rangea à cet avis et. le 3 février 1602, il lit connaître sa décision aux généraux des deux ordres. Ainsi s’ouvre la deuxième série des contro­ verses l)e auxiliis : celle des congrégations présidées par les papes. IL Deuxième séiiie : Les congbèoations pré­ sidées pah les papi s. Il y en eut 85, dont 68 sous Clément VIII ct 17 sous Paul V. L Sous Clément VJ 11 (1602-1605). /. Composi­ tion de rassemblée. Celle fois, la requête des Jésuites fut entendue : la commission d’examen fut renouvelée cl sensiblement augmentée. Elle com­ prenait à sa tête (dément VIII assisté des deux cardi­ naux Arrigoni cl Borghèse, le futur Paul V. Treize autres membres du Sacré-Collège vinrent peu à peu s’adjoindre à eux au cours des discussions. Les cen­ seurs étaient au nombre de quatorze, parmi lesquels cinq évêques. Les deux généraux, Jérôme Xavlères, O. P. et Claude Aquaviva étaient témoins. Les orateurs dominicains étaient, comme précédemment. Alvarez ct Thomas de Lcmos;aux défenseurs de Molina, (iré­ goire de Valentia cl Pierre Arrubal, furent adjoints remand Baslida cl Jean de Salas. Clément VIII se prépara aux séances par la prière et le jeûne. Il lit nu-pieds un pèlerinage aux sept églises de Borne pour implorer les lumières du SaintEsprit. Puis, le 20 mars, s’ouvrit la première congré­ gation. Il ne saurait être question d’entrer ici dans le détail des discussions; nous ne pouvons que ren­ voyer sur ce sujet à Serry cl ù L. de Meyer. Indiquons seulement la physionomie générale des réunions cl les points qui y furent successivement discutés. 2. Physionomie générale des réunions. --· Le pape présidait effectivement, cn posant des questions pré­ cises sur lesquelles il donnait la parole, d’abord à l’orateur jésuite, défenseur de Molina, puis au domi­ nicain son adversaire. Lui-même, d’ailleurs, inter­ venait parfois pour dire son sentiment, comme le Jour où finit tragiquement la mission de Valentia, terrassé par une vive apostrophe de Clément (récit de cette scène dans Serry. col. 303). Il faisait alors sortir les généraux des deux ordres avec leurs orateurs, ct le conseil proprement dit commençait. Quand celui-ci était fini, le pape fixait l’ordre du jour pour l’assem­ blée suivante. Bientôt cependant, les séances furent dédoublées, en raison sans doute de la prolixité des orateurs. 3. Objet des discussions. — Clément avait indiqué dès le 11 février deux questions qu'il désirait voir étudier : 1. Qui, de saint Augustin ou de Molina, accorde le plus de pouvoir au libre arbitre? 2. Liton dans les livres de saint Augustin, ou est-il dans sa pensée.que Dieu n établi avec le Christ cette loi infail­ CLEMENT XIII 2160 lible (pic, toutes les fois que l'homme font cc qu’il peut avec ses seules forces naturelles, il lui accordera lu grâce? Le 2(1 mars, il signala neuf propositions de Molina relatives à ces questions, pour qu’on les coin parût à la doctrine d'Augustin. Il ordonna ensuite, le 6 octobre, «le comparer quatorze autres proposi­ tions de Molina à la doctrine de Cassicii. A partir du 18 novembre, on examina : L si le concile de Trente, sess. xiv.c. iv, can. 5 s'oppose à ce que Molina «lit de l'attrition cl dr la contrition; 2. si les affirmations de Molina sur le pouvoir du libre arbitre ct sur la loi se rapportent à la justification et s’il résulte de cc pouvoir une préparation immédiate ct prochaine, ou éloignée, Λ la justification ct à la grâce: 3. si regarder le libre arbitre ct la grâce comme deux causes partielles d’un même acte cl dire «pie le libre arbitre considéré en lui-même, indépendamment de Ja grâce, n’a rien reçu de Dieu sinon la possibilité qu’il a reçue à l’origine, est conforme â la doctrine de saint Augustin, ou plutôt à celle de Pelage. Clément VIII éprouva ensuite le besoin d’appro­ fondir la pensée de Molina sur le lôle «le la volonté et celui de Dieu dans les actes de foi, d’espérance et de charité (21 Juillet 1603), de comparer cc qu’il dit de la vocation a la foi avec ce qu'en dit Augustin (30 novembre), de préciser la valeur des actes bons naturels antérieurs à la grâce prévenante (26 dé­ cembre), de résoudre la question de savoir si pro­ poser d’aimer Dieu comme souverainement aimable et comme rédempteur, est le proposer comme un objet naturel, surnaturel ou Indifférent, cl comme un objet de foi ( 11 m.ii 1601 ). C’est le 15 juillet 1601 seulement, que le pjqw parla de ki science moyenne, à laquelle les jésuites avalent souvent fait appel. « Est-ce la pensée de saint Augus­ tin. demanda-t-il, qu’avant le décret absolu de la volonté divine, il y n en Dieu une connaissance certaine et infaillible des contingents qui dépendent des causes libres, comme celle que Molina lui attribue par la science moyenne? ■ 11 devait être naturellement amené ensuite (3 novembre) ù demander si, avant le décret absolu de prédestination, il y en a un autre conditionnel, et ce qu’en pensent saint Augustin «t Molina. •L I.es positions prises Λ leur sujet, -a) Pour tout ce qui concerne te pouvoir naturel de la volonté libre, les jésuites s’attardèrent naturellement à défendre, autant que possible, l'accord de Mollna avec saint Augustin, dont le pape avait fait pour ainsi dire la pierre de touche «le l’orthodoxie. Ils se gardèrent ce­ pendant de vouloir faire leurs, en tous points, les Idées de Molina, (irégoire de Valentia déchira, dès ledébut, qu’il voulait défendre la doctrine de Molina · non comme la plus probable cn tout, mais seulement comme étrangère à toute erreur péhigicnne ou semi· pélagicnnne · (Serry, col. 331). Les dominicalns.au contraire, cherchèrent à prouver l’accord de Molina avec Pelage. - Les Jugements portés par rassemblée des censeurs après chaque question sc ressemblent tous : ils reviennent toujours à dire «pic In doctrine de Molina est opposée à celle d’Augustin et qu elle contient l’erreur des semi-pélaglcns. Toujours aussi, (piekjues membres refusent de se ranger à l’opinion commune : c’est l’évêque d’Acpillée, Basile Pignrtellus, le procureur diel/c assert/c constitutionis Pauli V nullam omnino esse fidem adhibendam. 6. Derniers remous. Paul V avait-il dit son dernier mot? Il avait laissé entrevoir une intervention ulté­ rieure. Llalt-il possible que J’cnwigm ment du moli­ nisme fût désormais libre? S’il en était ainsi, c’était donc pour h s jésuites un triomphe? La joie que manif< terent bruyamment 1rs membres de la société montrait assez leur sentiment A cet égard. Pour natu­ relle qu'elle fût, elle n’en parut pas moins â leurs adversaires une provocation. Les controvervs repri­ rent d’abord timidement, puis ouvertement. Dès 1M0 deux ouvrages parurent même, l’un a Home, l'autre a Anvers, dont les auteurs, Alvarez, O. P., be auxiliis gratae, cl Lcssiu», S. J., f)e gratia efficaci, attaquaient vivement Je système opposé u celui qu’ils adoptaient. Dr nouveau, 1rs dominicains ct la cour d Espagne se mirent a faire pression sur Paul V pour obtenir de lui une décision formelle. Peine perdue. Paul V sc contenta de renforcer les mesures prises par lui pour ramener la paix: le 1er décembre 1611, il publia la défense de faire impri­ mer quoi qur ce soit sur la question de la grâce, fût-ce sous la forme d’un commentaire de saint Thomas, sans l’autorisation de l’inquisition. ( rbain VIIL par décrets du 22 mai 1625 cl du D'août 1641, confirma celte prohibition en l’aggravant de menaces : priva­ tion du pouvoir d’enseigner ou de prêcher, excom­ munication, etc. Dcnzingcr, p. 340, note Innocent X la renouvela encore en 1654, pur son décret cité plus haut. Ces interventions réitérées, jointes aux efforts sin­ cères des généraux des deux ordres, amenèrent peu a peu l’apaisement des esprits. Mais le feu couvait encore sous la cendre quand les jansénistes vinrent rallumer l’incendie. V. L’ESSENCE ET LES LITÉS DU MOLINISME DIVERSES MODA­ - I ,c nion est celle des censeurs, la seconde celle de Mollna. Bellannin préfère la première, parce que c’est celle de saint Thomas et qu’il la trouve plus conforme à la philosophie; il ne condamne pas cependant la seconde, qui fut celle de To Ici ct de bien d'autres. 2. Si l’on admet que Dieu, coopérant avec le libre arbitre, le meut, une deuxième question surgit : le meut-il en le déteiminant à l'action, ou le laisse-t-il se déterminer lui-même*? C'est l’objet d’une seconde controverse,· la principale de celles qui divisent domi­ nicains et jésuites en Espagne ». Sur ce point, Bellarmin préfère la doctrine de Mollna qu’il juge plus sûre. X. Le Bachelet, Auctarium, opusc. V, p. 107109. Il s’accorde donc avec tous les molinislcs pour nier la prédétermina lion physique, mais s'écarte de plusieurs en ce qu’il admet une motion sur le libre arbitre. 3° La science moyenne. — Tous les théologiens admettent que Dieu connaît les futurs libres condi­ tionnels. Il les connaît, disent les thomistes, dr.ns les décrets prédéterminants de sa volonté. Non, disent les molinislcs; puisque l'existence de ccs futurs suppose l'intervention d’une volonté libre, il faut dire que Dieu en a une science spéciale, intermédiaire entre sa science libre cl sa science purement naturelle : la science moyenne. Mais les molinislcs ne s’accordent plus quand il s’agit d’expliquer cette science. 1. Explication par ta super-compréhension des causes — «Dieu, disait Molina, voit les futurs conditionnels dans les volontés créées : non seulement il connaît toutes les circonstances dans lesquelles celles-ci se trouveront et les motifs qui agiront sur clics, mais il les pénètre elles mêmes s! profondément qu’il voit clairement cc qu’elles feraient, en toute liberté, dans l’infinité des circonstances possibles.· (q. xxm,a. 5). C'est la théorie qu'on a appelée de la super-compre­ hension des causes. Elle n été admise par Bellarmin, De novis controversiis (dans Le Bachelet, Auctarium. ρ. 106-107): De gratia, rv, 15; et plusieurs molinlstts s’y rallient encore aujourd’hui, ainsi Kuhn, Allge· meinc Got testedire, § 55, et A. d’Alès, Providence et libre arbitre, Paris. 1927, qui voit dans Veminrntissimu comprehensio · une pièce constitutive cl indispensable dans les descriptions de la science moyenne de Mollna ·. P. 99 Entendue au sens passif, comme elle l’a été sou­ vent, celte explication soulève, semble-t-il, de graves 2169 MOLINISME, MODALITÉS difficultés. Avant Pacte, la volonté libre est indéter­ minée· Comment In connaissance de cette volonté pourrait-elle y faire voir ce qui ne s'y trouve pas? De deux choses l’une ou In connaissance <Γιιη effet con­ tingent dans sa cause est simplement conjecturale* ct «lors elle est déficiente, ou, si elle < st certaine, la li­ berté est menacée autant que par les décrets prédé­ terminants. Mais, comme le dit justement le P. d’Alcs, op, rit., p. 98-99, pour Molina, la science divine n'est pas tirée des choses; elle n'a d’autre source que l’essence divine elle-même. Quand il parle de Vinscrulabilis comprehensio eufusque h ben arbitrii crrlili, i) s’agit de cette puissance Idéalement créatrice, par laquelle l’intellect divin dessine en lui-même des mondes intel­ ligibles · et les pénétré jusqu’au fond par son regard; voilà pourquoi ses combinaisons sont infaillibles. C’est cc , faute dc pouvoir sc reporter aux actes des congrégations (Serry, pré­ face, p. iv-v). IL Les jansénistes contre le molinisme. —· Il s’agissait là d’un point d’histoire : mais déjà, sur le fond même de la controverse, le molinisme voyait surgir devant lui un nouvel adversaire, le jansénisme. Jnnsénlus (t 1638), avait vécu à Louvain dans moyenne. 2173 MOLINISME, CONTBOVEBSES Λ (J XVII* SIÈCLE I atmosphère anti-molinistc entretenue par Janson, disciple dc Bains; il s'était plongé avec son and Duverglcr de Ihiiiranne dans l'étude dc saint Augustin; Il avait approuvé diverses conclusions du synode dc Dordrecht contre Arminius, d'après lequel la prédes­ tination suit la prévision des mérites, la grâce suffisaute est accordée Λ tous, ct In grâce efficace n'est pas irrésistible. Art. Jansénisme, col. 319-322. Son Augustinus (Bill) devait se ressentir dc tout cela. Sans doute, l'évêque d’Yprcs s'en prend en général aux • scolastiques ·, aux «elabaudeurs de l'Ecole ·, comme H les appelle ailleurs, qui ont voulu, dit-il, concilier Aristote ct saint Paul, In philosophie humaine ct hi révélation; mais c'est aux « nouveaux théologiens » surtout qu’il cn veut : à Muiina, â Lcssius, à Bellarniin, à Suarez, ή Vasquez, qu'il attaque a chaque Instant. Il leur reproche dc s'êtrc écartés de la tra­ dition ct de prétendre, au surplus, reproduire la pensée de saint Augustin; de proclamer la volonté salviflque universelle; dc soutenir un impossible con­ gruisme, alors que toute pensée bonne est nécessai­ rement une grâce de Dieu qui imprègne la volonté ct la fait agir; dc minimiser le rôle dc la grâce, etc. II consacre enfin un appendice spécial dc son livre à un parallèle entre les erreurs des · Marseillais · ct la doctrine de ces · théologiens modernes > ; ct conclut (pi’il n'y a aucune différence essentielle entre le moli­ nisme cl le semi-pélagianlsmc, en particulier au sujet dc l’universalité de la grâce suffisante, dc l'identité intrinsèque dc la grâce suffisante et dc la grâce efficace, dc la prédestination post pnvvisa merita. Jansénius, il est vrai, n’admet pas la prémotion physique; mais il déclare que les thomistes ont mieux saisi la pensée de saint Augustin que les molinistcs cl iu·., col. 771. Le P. Gabriel Daniel, S. J., qui avait déjà pris à partie le dominicain dans ses Entretiens de Cléandrc ct d'Rudoxe sur les Leltres au provincial, Cologne, 1691, adressa alors au P. Alexan­ dre une série de dix lettres publiques, dont les dhq dernières concernaient la grâce. Sous la forme d’un parallèle entre la doctrine des Jésuites cl celle des domi­ nicains, il combattait la grâce efficace par elle-même, comme supprimant la liberté et favorisant le jansé nismc; les décrets prédéterminants, comme entraînant la nécessité et faisant de Dieu l’auteur du péché. Il défendait par contre la science moyenne, disant que saint Augustin l’avait approuvée. Lettres théologiques au R. /*. Alexandre, où se fait le parallèle de la doctrine des thomistes avec celle des jésuites sur la morale et la grâce, Rouen, 1697. l.e P. Alexandre répondit par six leltres, dont les trois dernières se rapportent â In grâce. Il s’elïorçail de démontrer (pie le molinisme s’accorde avec le scnilpélagianisme; que la doctrine thomiste est approuvée par l’Églisc, tandis que celle des jésuites est nouvelle, dangereuse ct condamnée par la faculté de Louvain; que Molina a été condamne par les congrégations De auxiliis. Lettres d'un théologien aux RR. P P. jésuites pour servir de réponse aux lettres adressées au P. Alexan­ dre. 1697. Les deux lutteurs furent mandés par le chancelier de Prance, qui, après les avoir entendus séparément, leur imposa silence au nom du roi. De ce fait, la dernière lettre du P. Daniel resta sans réponse. Mais l’année suivante, le jésuite lit réimprimer ù Lyon ses lettres et celles de son correspondant, avec une préface où il s’attribuait la victoire. Le P. Alexandre publia alors un Recueil de plusieurs pièces pour la déjensc de la morale ct de la grâce de Jésus-Christ, Del fl, 1698. Quelques années plus tard, â l’occasion d’un livre intitulé : La véritable tradition de l'Église sur la pré­ destination et la grâce, paru â Liège en 170*2, sous le pseudonyme de Louis Marais, un élève du P. Alexan­ dre, le P. Hyacinthe Serry, O. P., déclara tout net que les plus violentes expressions de Marais étaient empruntées aux ouvrages des jésuites. Ge fut. pour le P. Daniel, l'occasion de défendre de nouveau la Gompagnie ct de s’expliquer sur la manière dont II faut entendre les textes des Pères. Leltres au P. Clo­ che. général des dominicains, et au P. Serry, 1705 ct 1706; cl Traité théologique touchant Pefficacité de la grâce, où l'on examine ce qui est de foy sur ce sujet et ce qui n'en est pas; ce qui est de saint Augustin ct ce qui n'en est pas, Paris, 1705. IV. Les · ilisToiBi s nies Congrégations /)f j r.vz/.z/x ». - L’argument (pie l’on tirait depuis long­ temps, contre le molinisme, des mémoires inédits de Thomas de Lemos cl de Pena, doyen de la Hôte, avait perdu beaucoup de son efficacité, depuis le décret d'innocent X dont il n été parlé plus haut. COL 2171. Il fut repris soudain, avec une force nouvelle, par la publication de VHistoria congregationum de auxiliis auctore Augustino Le Blanc. S Th. Doctore, Louvain, 1699. L’auteur, le P. Hyacinthe Serry, O. P., avait lentement élaboré celte histoire â Rome, en s’ap­ puyant surtout sur les actes ou mémoires de Coronel, secrétaire de la Congrégation, de François Porta et de Thomas de Lemos; ct l’on apprit plus tard (pie Quesnel n'était pas resté étranger à cette publication. L. de Meyer, préf., p. m sq.; Schncemann. p. 310-315. L’ouvrage, dédié â saint Augustin, s'ouvrait par une gravure qui en résume l’esprit : Jésus disant â ses disciples : Sine me nihil potestis jacere Un bénédictin, 217/ MOLINISME, CONTROVERSES AU XVIII” SIÈCLE Théodore de Vinlxnes, compléta l'offensive par un autre in-folio : Acta omnia congregationum ac dixputalionum gun·, curam SS. (Arme nie VIH et Paulo V summis ponti ficibus, sunt celebratu in causa et contro­ versia illa magna de auxiliis di virui gratine, quas dis­ putationes ego E. Thomas de Lemos eadem gratia adjutus sustinui contra places ex societate, Louvain, 1707. La gravure de tête montre Paul V renvoyant les parties en disant Pax vobis, mais derrière lui on voit, toute préparée, la Huila Pauli quinti contra Moll· nam, sous laquelle sc lit la decision : reseratur ad tem­ pus. Les jésuites répondirent à la fois à celte double attaque, par un ouvrage publié à Anvers en 1705 : Historia' controversiarum de divirue gratin· auxiliis sub summis ponti ficibus Sixto V, Clemente VIII et Paulo V. libri sex, quibus demonstrantur ac refelluntur errores et impostura· innumera· qua· in Historia Con­ gregationum de auxiliis edita sub nomine Augustini le lilanc notatie sunt, et refutantur Acta omnia car un­ dent Congregationum, quit* sub nomine IT. Thomnr de Lemos prodierunt. Auctore Theodoro Eleutherio theo­ logo. Le point de vue de l’auteur ressort. Ici aussi, de la gravure initiale. On y voit rassemblé le concile de Trente, au-dessus duquel plane le Saint-Esprit, (pii exerce son influence pro gratia et libero arbitrio; des condamnations émanées de lui frappent, à droite cl à gauche, Pélagc et (‘.alvin : Si quis dixerit homi­ nem absque gratia posse justificari, anathema sit. — Si quis dixerit liberum arbitrium a Deo motum non posse dissentire, a. s. Dans une nouvelle édition de son Historia, donnée à Anvers en 1709, l.e Blanc, signant cette fois de son vrai nom Jacques-Hyacinthe Serry, docteur de Sor bonne cl premier théologien de l’Académie de Padoue, ajouta, outre des complements divers disséminés dans le texte, un Liber quintus, superiorum librorum apolo· gcticus, adversus Theodori Eleutherii eodem de argu­ mento pseudo-historiam. Le P. Eleutherius sortit lui aussi de son anonymat, dans scs Historia* controver­ siarum ab objectionibus IL P. Hyacinthi Serry vindi­ catu· libri 1res, Anvers, 1715, qu’il signa l.ivinus dc Mover. Les deux ouvrages furent réédités â Venise, en 1712. Pendant tout l'intervalle qui s’était écoulé depuis leur apparition, une foule de livres avait paru sur l’histoire des congrégations Dc auxiliis, presentee soit du point de vue dominicain, soit du point de vue jésuite, sans ajouter rien d’important â cc qu’axaient écrit Serry et dc Meyer. Seuls, les actes authentiques des Congrégations eussent pu jeter la pleine lumière sur une foule de points contestés; mais le SaintSiège s’opposait obstinément, comme il le fait encore, â leur publication. Dc celle abondante littérature, il y a lieu de signaler 1rs ouvrages dr Bilhiart, en parti­ culier son Thomisme triomphant, s. I. n. de Régnon, Paris, 1800; et Providence et libre arbitre selon saint Thomas d*Aquin, du P. Gayraud, 1892. L’avantage resta au moliniste, en ce sens que son adversaire, « après une nouvelle élude ct plus indépendante » de saint Thomas, abandonna la prédétermlnatlon phy­ sique pour n’admettre plus que la promotion. Voir art. Gayhaud. 3· L* interprétation de l'encyclique Jvtehni Patois. - - Léon XIII insistait de plus en plus sur le retour à saint Thomas. La Compagnie de Jésus, dans sa xxm· Congrégation générale, tenue en 1883, avait adhéré officiellement aux directions données par l’encycliquc .Eterni Patris, ct déclaré une fois de plus vanitnsis, écrite A Louvain le 17 octobre 1588, cl non mentionnée A l’article Li.ssivs. Cette Importante réponse, adressée nu nonce Frangipani, n été publiée par le P. Schncemnnn, Controversiarum de diviner gratta! liberique arbitrii concordia, p. 369-162. — Pour Bcllarmin, on sc rappellera que, depuis l'article publié sur lui, n paru, par les soins de son auteur, V Auctarium Hellarmtnianum, Pari», 1913, qui contient des documents do première valeur pour In connaissance du molinisme, et Hrllarmtn avant son cardinalat, Paris, 1911. 2· Exposé cl discussion. — Tous les traités de philosophie ou de théologie parlant de la science divine, du concours divin, de In grâce ou de In prédestination, exposent In réponse molinlstc A ces questions, pour In défendre ou la critiquer. On en trous en» une longue série en consultant les tallies de Hurter, Nomenclator litterarius. Nous en indi­ quons seulement quelques-uns, choisi» parmi les plu» récents. L Molinistes. — Card. l’ranzelin, De Deo uno secundum naturam. Home, 1870; (.hr. Patch, S. J., Pra-lrclioncs dogma­ liar, t. π. De Deo uno secundum naturam, de Deo Irino, secundum personas, ·!· vt 5· cd., Fribourg-cn-B., 1925; l. v. De gratia, P éd., 1916, in-8·; L. I.crcher, S. J., Insti­ tutiones theologia! dogmatica·, 2 vol., Inspruck, 1921; J. Muncunill, S. J., Tractatus de Deo uno el Irmo, ln-8·, Barcelone, 1918; Tractatus de gratia Christi, in-8e, Barce­ lone, 1927; J. Van der Meersch, De Deo uno et trino, 1π-8·, 2* édit., Bruges, 1928, avec une abondante bibliographie; J. Honthehn. S. .L, Thcodirca, sive theologia naturalis, Fribourg-cn-B., 1920; A. Sonda, Synopsis throiagin· dogma­ tica· specialis, t. i, l’rlbourg-cn-B., 1916. 2. Thomistes.— Fr. Dickamp, Katholische Dogmalik nach den Grundsalzcn des ht. Thomas, t. n, 2’ édit., Munster, 1921; A. Wagner. Doctrina de gratia sufficienti, in-8% Grnz. 1911; E. Hugon, O. P., Tractatus dogmatici, t. i, Dr Deo uno et trino, 5· éd., ln-1", Paris, 1927; t. n. De peccato originali et de gratia. 5· éd., in-Ie, Paris, 1927. Voir aussi les art. Molinismiis du K irehenlexicon et de In Hcalencyklopadie el la bibliogmphle qui les suit; ct Jos. Schwnnc, Hist, des dogmes, trad. A. Degert, t. vi, p. 5809, 293-308. IL Histoire. — 1· Origines. — Luis G. Alonso Getino, O. P., Vida y procesos del maestro Fr. Luis de Léon, Sala­ manque, 1907; V. D. Carro, O. P., De Pedro de Soto a Domingo Danet, dans b» Cicnria tomista, 1928; W. Hcntrlch, S. J., Gregor von Valenda und der Molinismus, Inspruck, 1898; Ger. Schncemnnn, S. J. Controversiarum de diviner gra· tbrtiberique arbitrii concordia initia et progressus, Fribourgcn-B . 1881. 2· Controverses De auxiliis. — 1. Sources. — Il existe des Actes manuscrits de ces congrégations dan» plusieurs bibliothèques de Home : h l’Angélique. Fonda antteo, t. 86G a 873, ceux de Grégoire Nunes Coronel, Augustin, l’un des deux secrétaires des congrégations; â la Cnsanatc, outre le» précédents, H. L 15 ct miIv.. ceux de Tho­ mas île Lemos, O. P. ms. 2447 ct 2446; A In Civilta catlolira, ceux du doyen de la Hoir, François Pc ha. qui »c trouvent aussi A la Bibliothèque Sainte-Geneviève A tari», ms. 260; au Vatican, blbl. Bnrbrrini, lut. 962 A 966, d’au­ tre» Actes des congrégations. 11 est dinicilc de savoir nu ju»le ce que valent ce» documents, Innocent X ayant déclaré qu’aux acte» attribués ή I emos, PrAa cl autres docteurs de res congrégalIon», nullam omnino fidem adhi­ bendam esse. Le P. Serry les a largement utilisés dans son Histoire citée cl-dcssous. Seuls, ceux de Lemos ont été publiés, Lniivain, 1702: Actu omnia congregationum ac disputationum qua- curam SS. Clemente Vili el Paulo V sunt celebrata·, tn causa cl controllers i is de auxiliis gratia divlna : encore ne suit-on s’ils sont bien de lui ct si l’im­ primé est conforme nu manuscrit. Beaucoup d'autres documents sc rapportant nux mêmes controverses : mémoires, plaidoyers, etc., existent h Paris; Bibliothèque Sainte-Geneviève, et surtout A Home: Biblio­ de sources, A couse du grand nombre de pièces qu’elles repro­ duisent. L’utilisa tien, c’est-à-dire la mise 6-502; Chr. Prsch. S. J., Prndecliones dogmatlcm, t. v, Fc gratia, 4· cd., Frlbourg-cn-B., 1916, p. 346-363; dans les historiens des dogmes ou de l’Fglise, ninsl Continuation de T Histoire ecclésiastique de Fleury, par le canne Mex. de S.-J< an. Augsbourg, 1772. p. i.t uv; Hanke, Die rornnehen Papste in den vltr letzlen luhrhundcrlen, Leipzig, 1871; Hcrgcnrôther, Handbuch der allg. Kirchengeschiehle, Fribourg. 1877; Jos. Schwanc, Histoire des dogmes, trad. A. Dcgcrt, t. vt, taris, 1901. p. 318-322; Miiurrrt, Histoire de ΓEglise, tan», t. v; duns des Articles docu­ ments font défaut. Un calme lourd planait, précur­ seur de l'orage. Molinos aura été étroitement sur­ veillé; tout à coup le 18 juillet 1685, il était mis en prison. Le principal représentant de Louis XIV à Rome était alors le cardinal César d'Eslrécs. Dans cet emprison­ nement et dans tout cc qui s’ensuivit, quel a clé son rôle? On ne sait pas bien;mais certains indices pour­ raient faire croire que ce rôle a été considérable. Cf. ci-dessus, article Innocent XI, col. 2010-2011. Mabillon, alors Λ Rome, écrivait dans son journal: Sur Molinos, les avis sont très partagés. Pourquoi a-t-il été arrêté? On ne croit pas que ce soit à cause de la doctrine de son ouvrage Imprimé, mais pour des lettres, ou du moins pour (les interprétations fâcheuses que scs adhérents ont faites de sa pensée. Il ne semble pas de si tôt sorti de prison. * (1685-1686) J. Mabillon ct M. Germain, Museum Italicum, 1.i, Paris, 1687, p. 72. Dans ces lignes, on sent percer une pointe d’ironie amère. Après deux siècles et demi, c’est encore le juge­ ment le plus plausible que l’on puisse porter sur Moli­ nos. Innocent X I prévoit qu'il ne pourra sauver Moli­ nos; il veut du moins épargner la prison â Petrucci; le 2 septembre 1686, il le crée cardinal. Les incarcérations se multiplient. Le procès traîne en longueur. En lin, au printemps de 1687, après bientôt deux ans de réclusion. Molinos se reconnaît coupable; il désavoue sa doctrine, regrette ses mau­ vaises mœurs ct renonce à présenter sa défense. De ses ouvrages, de ses lettres, de scs aveux et de ceux de ses disciples, on extrait 263 propositions; puis on les condense en 68. L’abjuration eut lieu dans l’église de la Minerve, le 3 septembre 1687. La foule était immense. Quand arriva Molinos, on se mit à crier : Al fuocol SI levent avait tourné, on aurait aussi bien dit : Ewtoa il Santo! La lecture de l’accusation el de la sentence dura deux heures; quatre dominicains sc relayèrent pour la mener à bonne lin. Molinos est condamné à la prison perpétuelle. Il se lève ct lit sa rétractation. Constamment, il demeura calme, · le visage gai », dit un récit contemporain. [G. Burnet |. Trois lettres touchant l'état présent d'Italie... Cologne 1688, p. 126, Son attitude ne trahit pas le moindre trouble. Tousles assistants furent frappés de cette contenance tran­ quille, et sans apparence d’apprêt. Dudon, p. 205-208. Le soir, entre 8 et 9 heures, on le mena à sa prison. Sur le parcours, des bandes vociféraient : Al flume; al tuoco. Pour la première fois. Molinos pâlit. Mais il se reprit bientôt, et dit à ses gardes : 11 faut les excuser; c’est pour eux un jour de fete. » Arrivé à la porte des· cellule, il aurait dit au moine qui l’accompagnait : ' Adieu, mon Père; nous nous reverrons au jour du jugement; alors, il paraîtra de quel côté est la Vérité, du mien ou du vôtre ·. [G. Burnet],Trois lettres... 1688, p. 128; reproduit avec nuances de traduction dans [Jean Carnnud de la Croze |. Recueil de diverses pUces concernant le quiétisme et les quiétistes, 1688, p. 329, récil protestant, favorable à Molinos. Le 19 novembre suivant, Innocent XI publia contre Molinos la bulle Caelestis Pastor; on y inséra les 68 pro­ positions déjà condamnées le 28 août. Texte de ccs propositions dans Denzingcr-Bannwarl, Enchiridion, n. 1221-1288. Molinos vécut encore plus de neuf ans. toujours en prison. Il y mourait le 28 décembre 1696. Tous s’accordent à dire que ces dernières années et cette mort furent pieuses et exemplaires. D’ailleurs, aucun écho ne nous révèle ce qui, pendant ccs neuf années, non plus que dans les deux années de prison préven­ tive. se passa dans celle âme ardente et tourmentée- 2189 MOLINOS Vingt ans durant, Koine avait adulé Molinos; de ccs années, nous n'avons de lui aucun chant de triomphe. Du jour de la grande humiliation, du jour de l’abjura­ tion, de scs onze années de prison, nous n’avonsaucun cri de détresse, nul sursaut d’indignation. Pourtant, Molinos était un prédicateur, aver le besoin de parler des heures entières; ct la Guide spirituelle trahit de violentes ardeurs souterraines. l’as un Instant, tes ardeurs ne se sont ouvert un cratère. Dans cet homme, tout est mystérieux et angoissant. On en vient pres­ que à se demander si l'explication dece silence effrayant ne serait pas à chercher dans ce passage de la Guide • Ces Ames heureuses cl élevées ne sc réjouissent que du mépris, de la solitude, de l'abandon et de l’oubli ou on les laisse. Elles vivent si détachées |de tout) qu’elles ont beau recevoir constamment de nombreu­ ses grâces surnaturelles, elles ne s'en émeuvent pas; elles ne s’y complaisent pas plus que si elles ne les avaient jamais reçues. Dans le fond de leur cœur, elles gardent toujours un vif sentiment de leur» bassesses el un grand mépris d’eUes-mimcs, toujours humble­ ment tournées vers l’abîme de leur indignité et de leur vileté. Elles gardent celte quiétude, sérénité et égalité d'âme dans les tourments les plus rigoureux ct les plus acerbes, aussi bien que dans la gloire et les faveurs extraordinaires. Aucune nouvelle heurt use ne leur apporte de joie, aucun malheur ne leur cause de tristesse. Les tribulations ne sauraient les troubler; Dieu peut leur envoyer des communications intérieures el continues, elles n’en tirent pas non plus vanité, constamment remplies qu’elles sont d’une crainte sainte et liliale, d’une paix, d’une constance ct d’une sérénité merveilleuse. » Guia, 1. ΙΠ, c. i, n. 7,8, Barcelone, Bibliotcca oricntalisla, s. a. (1900-1910?) p. 133. Dans l’adversité comme dans le bonheur Molinos semble avoir vécu sa Guide. II. Doctiune et conduite morale. — La doctrine de Molinos ressort de ses quelques ouvrages, notam­ ment de sa Guide spirituelle, ct elle en ressort avec une précision suffisante. Mais scs tendances morales ct surtout sa conduite privée ressortiraient bien davan­ tage de ses lettres, qui étaient fort nombreuses, de sa direction, des dépositions qui, sur sa direction el sur sa conduite, se liront au cours du procès. Ccscorrespon­ dances, d’autres papiers saisis lors de son emprisonne­ ment, les dépositions lors du procès, tout cela esl enfoui dans les archives du Sainl-Oflicc. El ces papiers sont inaccessibles. Voir, ci-dessus, article Innocent XI. col. 2010; P. Dudon, p. 84, 153. 191. Tant qu’il en sera ainsi,ct peut-être ensuite encore,le jugement sur la conduite privée de Molinos restera provisoire. Comme Molinos le dit dans des observations en tele de sa Guide, son but est d’y enseigner une manière facile d’atteindre à la contemplation, à une contem­ plation acquise (Procnüo : adDertenela !). Et celte contemplation sera accompagnée d’un abandon tout passif entre les mains de Dieu, ou ce que l’on croira être les mains de Dieu. Le traité n’a pas de plan logi­ que, mais, ce qui est plus efficace, il a la logique du sentiment. El le sentiment y revient constamment vers ccs deux tendances: tendance à la passivité absolue, tendance â la contemplation de quiétude. Want tout, les jésuites insistent sur la lutte contre soi même, sur le renoncement actif â ses tendances ter­ restres, corporelles et égoïstes. Avant tout, au con­ traire, Molinos insiste sur la contemplation de pure foi, et l’anéantissement de soi dans le bon plaisir divin ; comme d’un premier bond, il transporte ses disciples, par delà les étapes de la voie purgative ct illumina­ tive, dans les régions de l’union à Dieu. » Dudon, p. 98. Pour Molinos, le véritable étal du chrétien, c’est 2190 la contemplation. Cette contemplation sépare les chré­ tiens en deux catégories très tranchées : les chrétiens imparfaits, cl les contemplatifs. Les chrétiens impar­ faits auront une vie religieuse active. Les contempla­ tifs ne feront pas dr prières vocales; ils pourront omettre jusqu'aux prières commandées, comme le bré­ viaire. Ils vivront dans la quiétude : Dieu est cn eux ct il les mène. Ils le laissent faire, s'attachant à vivre dans un recueillement que rien ne trouble, avec un parfait abandon à la volonté divine, sans efforts pour faire un acte de vertu, former un désir ou une pensée, ni même pour repousser une tentation. Les contemplatifs s’abandonneront à l'action de Dieu : aussi, pour la communion, ils n'auront â faire ni préparation, ni actions de grâces. Ou, du moins, il leur suffira de « demeurer dans la résignation passive habi­ tuelle; cette résignation compense éminemment tous les actes de vertu qui pourraient sc faire ct se font dans la soie ordinaire. » Bulle Caelestis Pastor, 32· prop, condamnée. Molinos a écrit dans sa Guide ; • La meilleure préparation â la communion, c’est de communier souvent; une communion prépare à l’autre. Toutefois, je veux t'enseigner deux sortes de préparation... La préparation des âmes extérieures est de se confesser, de se séparer des créatures avant la communion, de se tenir cn silence, en considérant qui est celui qu’on va recevoir cl qui est celui qui le reçoit.., La seconde préparation convient aux âmes intérieures cl spirituelles; elle consiste a vivre dans une plus grande pureté, un plus grand renoncement à soi-même, un entier détachement, la mortification intérieure ct un recueillement continuel. Ceux qui marchent dans celte voie n’ont pas besoin d’une prépa­ ration actuelle; leur vie est une préparation continuelle ct parfaite. · Guta, L II. c. xm. n. 98-100, p. 119. Dans celte prétendue contemplation continuelle, dans cc repos ininterrompu, qui nous envahira? Dieu, ou les forces physiques, les forces de la subconscicnce? Sans doute, ceux qui, ne fût-ce qu’une fois, ont joui de l’union mystique, nous disent qu’ensuiteon ne sau­ rait confondre celte union avec d’autres envahisse­ ments. Mais ceux qui n’ont Jamais expérimenté cette union, comment sauront-ils si c’est Dieu ou les mille forces de la nature physique qu’ils sentent agir en eux ? Les vues de Molinos sur la contemplation parlaient d’une fausse conception de la nature humaine Cette erreur louchait a la théorie philosophique de l’onto­ logisme, très en honneur au xvn· siècle, mais aventu­ reuse cl rejetée par l’Églisc. El la passivité complète qui devait accompagner celle contemplation touchait â la théorie de la corruption totale de l’homme par la chute originelle, théorie luthérienne ct janséniste; plus encore peut-être que l’ontologisme, celle théorie était très répandue au xvn· siècle, cl, elle aussi, elle est mal vue par l’Églisc. Voilà l’origine lointaine du quiétisme, les deux grandes Influences qui l’ont produit ct qui, plus encore peut-être, ont causé son succès. L’origine prochaine du mouvement se trouve chez les Alumbrados ou Illuminés, qui, du milieu du xvi* siècle à la tin du xvn·. tinrent une si grande place cn Espagne. Où Molinos s’assimila-t-il leurs erreurs0 Sans doute â Valence, où il avait pu lire les œuvres de Jean Falconi (1596-1638); elles y furent éditées en 1602. Plus lard, â Home, il s’inspira beaucoup de Grégoire Lopez (1512-1596). Falconi el Lopez étaient de pieux person­ nages; toutefois. Ils tendaient â une contemplation qulétlste. Molinos eut aussi des précurseurs en France et en Italie, notamment dans l'Italie du Nord. En Piémont, en Lombardie, en Vénétie, des hommes, des femmes surtout dans de petits cénacles, prêchaient l'oraison 2191 MOLINOS — MONACO de quiétude, l’abandon des prières vocales, et du culte extérieur. En 1660 ct 1661,1'.1/ρ/ιαΜ dc Falconi fut traduit en italien. Ccs années-là, François Malaval, le laïque aveugle dc Marseille (1627-1719) commençait à avoir dc l'influence. En 1661, il avait publié sa Pratique /acile pour élever Pâme ii la contemplation ; à partir de 1669, l’ouvrage parut plusieurs fois en italien. En lin. à partir dc 1673, l’oratorivn Pierre Pétrucci (1636-1701) ill paraître plusieurs traités qufétistes : La Vergine assunta; Meditationi, etc.; partout, il y enseigne J'oraison dc pure foi, où l'intelligence agit au lieu du raisonnement, où sc produit l’ancan tissement des puissances dc l'âme. Molinos résuma tout cc mouvement et en devint le principal représentant. Mais scs erreurs étaient subtiles ct peu apparentes. Ainsi, il permettait de communier sans se confesser. Mais c'était assez l'usage de la primitive Église et, depuis Pic X, la confession est redevenue d’un usage moins fréquent. Dc même, nombre de mystiques ortho­ doxes ont parlé de la contemplation acquise en des termes ressemblant quelque peu aux siens. Voir, par exemple, G. Picard, S. J., La saisie immédiate de Dieu, dans la Peinte d'ascétique el de mystique, avril 1923, p. 161. L’un des principaux mérites dc saint Jean dc la Croix et dc sainte Thérèse aurait même été d’avoir mis en lumière · l’importance capitale de cet état d’orai­ son pour la conduite des âmes ». B. P. Thvodore-deSaint-Joscph, Essai sur l'oraison selon l'école, carmélilaine, Bruges, 1923, p. 7 I; voir aussi Peinte d'ascétique et de mystique, avril 1921. p. 185. Et l’idée de la corrup­ tion intégrale de l’homme est généralement au fond de la mystique du xvh· siècle. On s'explique donc mieux la faveur prodigieuse dont vingt ans durant Molinos a pu jouir, dans l’Églisc entière ct notam­ ment au siège même de la doctrine. Ainsi, la déviation venait de son époque autant et plus que dc lui-même. Ccs erreurs intellectuelles une fois rétractées, on admettrait donc diillcilement qu’elles eussent pu sufllrc ù entraîner les rigueurs dont Molinos ct scs partisans continuèrent d’être l’objet. Griefs contre les mœurs de Molinos ct des siens, plus encore, rela­ tion directe entre leur doctrine ct une conduite relâ­ chée, voilà donc quelle dut être la cause capitale dc ces rigueurs. Λ l’endroit dc Molinos, ccs griefs étaientils fondés? Nous l’avons vu : ici, la principale source d'informations, les documents du Saint-Office, nous fait défaut. Puis certains détails laissent perplexe. Lors dc son arrestation, son domestique proclame qu'il est digne des autels. Dudon, p. 1G9. Le cardinal d'Estrécs, le grand adversaire dc Molinos, dit même plus fortement encore : « Quand on le voulut mener dans le carrosse [pour le conduire en prison |, scs valets, après avoir chaussé scs souliers, se jetèrent à terre ct lui baisèrent les pieds. » E. Michaud, Louis XIV et Innocent XI, 1883, t. v, p. 157. Plus tard, il est vrai, une domestique déposera contre lui; il semble même que ce soit uniquement le témoignage dc ccltc femme qui pesa contre la conduite personnelle de l’accusé. Dudon, p. 193, 290. Mais, â Borne, pendant le procès,la surexcitation fut extrême; certaines dépositions semblent avoir été obtenues par la torture. Et de ccttc femme, l'acte d'accusation a conservé des dépositions qui nous semblent étranges, celle-ci, par exemple : Velle mulierem illam non raro mingentem aspicere. Dudon, p. 290. En Italie, peutêtre plus encore dans l’Italie d'alors, était-il donc si difllcilc dc sc procurer des spectacles dc cc genre? Entre ccttc femme ct le docteur, il ne semble pas y avoir eu dc relations intimes. Avec toutes les autres libertés que relate l'acte d'accusation, c'est là une réserve hautement Invraisemblable. Comment l’expli­ quer? · Le détail des accusations Invite à conjecturer 2192 i que Molinos était un sensuel plus ou moins anormal.» Dudon, p. 19L Dans le cas dc Molinos, tout aura donc été exceptionnel. Ccs obscurités ct invraisem­ blances, la faveur persistante du pieux ct austère Innocent XI laissent quelque peu songeur. Pourtant, les aveux ou accusations deed te complice Indiquent à tout le moins chez Molinos dc graves Imprudences. Puis, plusieurs témoins, des lettres, dei aveux dc Molinos ont mis en lumière sa théorie des violences diaboliques; d'après lui, le démon pouvait prendre sur nos membres un empire irrésistible; dh lors, il pouvait se produire dans notre corps des acta extérieurs de colère, dc haine, dc blasphème, d'irréli­ gion, d'impureté, sans que nous en fussions respon­ sables; notre âme n'y avait aucune part. Pour qui était parvenu à l’état passif, les actes en apparence impudiques n'étaient pas criminels;chez les parfaits, la partie inférieure ne pouvait contaminer la partie supérieure. Acte d'accusation du 3 septembre 1687; dans P. Dudon, p. 275, 277, 279, 280). Sans doute, cette théorie elle-même a une part de vérité. Depuis plusieurs siècles, tous les théologiens catholiques parient dc ces mouvements spontanés, où la volonté n'a pas dc part, et qui ne sont pas cou­ pables. Les anciens augustiniens les regardaient comme des péchés (ci-dessus, article Luther,col. 1211). Mais saint Thomas a posé le principe qu'à engager notre responsabilité il n'y avait que l'acte vraiment humain, c'est-à-dire l’acte auquel prennent part notre intelligence et notre volonté; depuis lors, l’école dite augustinicnnc est allée constamment en décroissant. Etait-ce là le sens dc Molinos? Le contraire parait prouvé; pour lui, la spontanéité inconsciente devait aller très loin, peut-être, jusqu'à l'acte sexuel. Du­ don, p. 275. Quand les violences diaboliques se pro­ duisaient, il n'y avait qu'à laisser Satan agir en nous; c'était la voie la plus facile ct la plus sùrc pour attein­ dre la désappropriation. Voilà cc qui ressort dc l’acte d'accusation lu dans l'église de la Minerve. Voilà du reste cc qui, a priori, en face dc la doctrine de .Molinos, paraîtrait déjà fort vraisemblable; ici-bas, l’homme n'est pas fait pour sc reposer béatement : Militia ut vita hominis super terram. S’il s'abandonne à un repos quiétistc, il sera sans force contre lui-même. Ainsi, grief dc tous peut-être le plus grave, les désor­ dres moraux dc Molinos et des siens étaient liés à la doctrine du maître : la doctrine quiétistc mène à un manque d'énergie contre soi-même, ct finalement à l'indifférence à l'endroit dc la morale. Le quiétisme était un chaînon dc ccttc longue suite dc mystiques voluptueux qui comprend les Albigeois, les Frères du Librc-Espril, les Illuminés d'Espagne, ct nombre d’autres groupements. J. Pnquicr, Qu"est-ce que le quiétisme? 1910; Paul Dudoo, S. J., Michel ΜοΙίηοκ, 1921, œuvre passionnée conta Molinos, beaucoup dc faits. · Cc travail permettra une étude dogmatique approfondie. · F. Cavallcrn, dans Ikrue d'ascétique et dc mystique, 1922, p. 113. | J. Paquier. MONACO (François Marie del) (1593-Ρ·51), naquit à Trapani (Sicile), entra en 1606 dans la congré­ gation des somasques, enseigna à Viccncc ct à Pndoue, ct occupa diverses charges dc son ordre, finalement celle de provincial dc France; c'cst ainsi qu’il vint à Paris en 1644, où la protection dc Mazarin, dont il devint le confesseur, lui assura des succès, comme prédicateur à la Cour et à la Ville. Le siège dc Reims étant devenu vacant le 8 avril 1651, il y fut nommé par Mazarin, mais mourut avant d'avoir pu l'occuper. Il a laissé outre plusieurs panégyriques : 1· In adores et spectatores comoediarum nostri temporis par&nesih in—1·, Padoue, 1621; 2® De paupertate evan gel ica, In­ tel., Borne 1611,3· De fidei unitate libri III ad Caro- 2193 MONACO — MON ARCH! A NISME Ium Britannlarum regem, in-fol., Paris, 1G17, demeuré inachevé; i· On n publié après sa mort des Disputa­ tiones ct commentaria in Aristotelis philosophiam, In­ fol., Paris, 1652. !.. Allntlui, De viris illustribus, n. 108; Mongitorc, Biblio­ theca Sicula, t. t, p. 225; Jôchcr-Holcrinund, GelehrlenI,fxikon, t. IV, col. 1570· 1571 ; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. m, col. 1003. É. Amann. MONALDI Basile, des ermites de Saint-Augus­ tin, originaire dc Sienne (xvi· siècle); prédicateur renommé il devint vicaire général, puis procureur général de l’Ordrc, ct enfin général; Il mourut en 1530. Il n publié Λ Sienne en 1528 un livre de piété, Philoso­ phia Christiana ct studium pirnitentis, seu in septem psalmos pœnitentiales; on lui attribue aussi un Tractalus de duodecim abusionibus sæculi. Jteller, (ielehrten-Lesikon, t. m, 1751, p. 608; cf. JteherHotcrniund, t. iv, col. 1972. É. Amann. 1. MON ALDUS J USTINOPOLITANUS, frère mineur (xm· siècle). Les problèmes relatifs à son identité ont été bien débrouillés par Sbaralca, Sup­ pléai., p. 547, qui a clairement établi que cc person­ nage était mort dès avant 1285 (alors que Trithème le fait mourir seulement en 1330) qui l’a distingué d'un autre mineur, Monaldus Monaldeschi (ci-dessous) avec lequel il a été parfois confondu. Notre Monaldus tire son surnom dc Justinopolls «= Capo d'Istria d’où il est peut-être originaire, ct où certainement il mourut ct fut enterré. Trithème le loue comme un théologien ct juriste très érudit, ct comme un prédicateur fort popu­ laire. Il avait publié, certainement avant 1274, date du II· concile dc Lyon, une Summa juris canonici, réper­ toire alphabétique des matières de morale ct dc droit canon, fort populaire au Moyen Age sous le nom de Summa Monaldina; à cause dc son contenu elle a été appelée aussi Summa casuum. Cet ouvrage a été impri­ mé à Lyon, une première fois s. d., puis en 1516, par les soins dc Celse Hugues Descousu. Les Commentarii in IV libros Sent., sont demeurés ms., ainsi que des sermons que Trithème avait aussi connus. Trlthcmius, De scriptoribus eccl.: Wadding. Scriptores Ο. Μ., ρ. 173; Sbornlca, Supplementum, ρ. 547; Γ. von Schulte, Die Gesch. der Quellen und Literatur des canon. Hechts, t. π. p. 414-118; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. n, col. 447. É. Amann. 2. MONALDUS MONALDESCHI, frère mineur (χιπ·-χιν· siècle), d’abord évêque dc Soano dc 1298Λ 1302, puis archevêque de Bénévent dc 1303 à 1331, écrivit une Quaestio de paupertate Christi et apos­ tolorum ejus, demeurée manuscrite. Cod Vatic., 3740. Shnmlen, Supplementum, ρ. 518. É. Amann. 3. MONALDUS DE MONALDIS, frère mineur né â Pérouse, procureur dc son ordre en curie, négocia en Avignon ù la cour dc Jean XXII diverses affaires épineuses; fut nommé évêque dc Mclfl en 1326, où il mourut en 1331. Sbaralca cite dc lui Conciones et theologica plura, sans autre référence. Sbaralca, Supplementum, p. 548. Ê. Amann. MONARCH I AN ISM E, hérésie qui, sous pré­ texte dc sauvegarder l’unité dc Dieu, niait la trinllé des personnes divines, en faisant du l'ils ct dc l’EspritSaint des modes du Père. I. Les origines du monarchlanlsmc. II. Les théories monarchicnncs à Home ù la fin du n· et au début du in·siècle (col. 2196). IIL Le sabellianisme en Pentapole ct la controverse des deux Denys (col. 2204). IV. Les destinées du monarchlanlsmc (col. 2207). 2190 L Le» origines du monarchia ni sms, — Le chris­ tianisme a toujours regardé le monothéisme comme le point de départ dc son enseignement. En cela, il se rattachait au judaïsme; en cela aussi, il s’opposait d'une manière absolue au paganisme. Jamais aucun chrétien digne dc cc nom n'a hésité à proclamer l’exis­ tence d'un Dieu unique; ct les adversaires dc la gnose, tout comme ceux du marclonismc, ont dû insister, autant que les apologistes qui faisaient le procès du polythéisme, sur cc dogme fondamental. D’autre part, les chrétiens regardaient Jésus-Christ comme Dieu. Ici non plus, ils ne pouvaient avoir aucune hésitation; ct, dès les premières années du n· siècle, un païen averti reconnaissait qu’ils chantaient des hymnes au Christ comme à un Dieu (Pline le Jeune, Episl., X. 97). N’y avait-ii entre ces deux croyances, également essentielles, également fondées sur les Écritures Inspirées ct sur toute la tradition, aucune contradiction? 11 ne semble pas que le problème ait été posé dc manière claire dès les origines de la pensée théologique : en tout cas on ne s’en préoccu­ pait guère; et l'auteur dc la seconde lettre dc Clément exprimait l'opinion commune en déclarant : · Il faut que nous pensions de Jésus-Christ comme dc Dieu, comme du Juge des vivants et des morts. » 11 Clem., i L A ceux que la question intéressait davantage, les apologistes apportaient, sinon une solution définitive, du moins les éléments de ccttc solution. En s’appuyant sur la doctrine du Verbe qu’avait jadis enseignée saint Jean dans son Évangile, Ils déclaraient que le Verbe ne provient pas d’une division dc la nature divine ; • Cc qui est divisé est retranché de cc dont il est divisé, enseignait par exemple Taticn; mais cc qui est dis­ tribué suppose une dispensation volontaire, ct ne produit aucun défaut dans ce dont il est tiré. Car dc même qu'une seule torche sert à allumer plusieurs feux,ct que la lumière dc la première torche n'est pas diminuée parce que d'autres torches y ont été alluniées, ainsi le Logos, en sortant dc la puissance du Père, ne priva pas dc Logos celui qui l’avait engen­ dré. Moi-même par exemple, je vous parle, et vous m’entendez; ct moi qui m’adresse à vous, je ne suis pas privé dc mon logos parce qu'il se transmet dc mol à vous; mais en émettant ma parole, je me propose d'organiser la matière confuse qui est en vous. » Orat., 5, P. G., t. vi, col. 816-817. Telle est également, avec des variantes de detail, la doctrine dc saint Jus­ tin. d’Athénagorc, dc saint Théophile d’Antioche. Cependant, dès l’époque où saint Justin rédigeait le Dialogue avec Tryphon, d’autres docteurs appor­ taient une autre réponse au problème. Ceux-ci préten­ daient « qu’on ne peut ni couper ni séparer ccttc Puissance du Père, pas plus qu’on ne peut couper et séparer la lumière du Soleil sur la terre, du soleil qui est dans le ciel : lorsqu’il se couche, la lumière dis­ paraît . De même le Père peut, lorsqu’il le veut, disaient Ils, projeter sa puissance, cl, lorsqu'il le veut, la ramener en lui-même ». Dial., cxxvm, 3, P. G., t. vi, col. 776 A. Nous ne savons rien dc précis sur ceux qui enseignaient une pareille théorie. Otto a supposé que c’étaient des Juifs alexandrins. Il est plus vrai­ semblable que c’étaient des chrétiens; mais II semble bien inutile, faute dc documents, de chercher où ils pouvaient vivre. Les opinions que professaient, vers le milieu du il· siècle, les adversaires anonymes de saint Justin, furent reprises une cinquantaine d’années plus tard; ou plus exactement nous les retrouvons alors formu­ lées par des maîtres soucieux avant tout de sauvegar­ der la monarchie divine. C’est à ceux-ci que convient d’une manière exclusive l’appellation de monar­ chlens : ccttc désignation ne doit pas être étendue en effet à des hérétiques qui, niant la divinité de 2195 MONA KCHIA NISME, Jésus-Christ, ne voyaient en lui qu’un homme ordi­ naire devenu par le simple effet d’une adoption le Fils de Dieu. Il est vrai que ces derniers en venaient Λ rejeter la Trinité puisque, d'après eux. le Père seul était Dieu par nature; mais, comme le fait remarquer juste­ ment J. Tixeront, Jm théologie anlénicéenne, 9· édit., p. 319, * on ne voit nulle part que Théodotc ct Arténion aient été amenés â nier la divinité du Christ par le désir de sauvegarder l'unité, la monarchie divine. Celte monarchie stricte résultait sans doute de leur système, mais elle n’en a pas été la raison d'êlre, et c'est pourquoi le nom de monarchianismc ne lui convient pas ». Dans cc qui suit, nous no nous occuperons donc pas de ceux qui partaient d'une erreur chrislologlquo pour conclure eu faveur de la monarchie divine, mais seulement de ceux en qui leurs contemporains ont vu des monarchicns, c'est-à-dire de ceux qui commen­ çaient par repousser le dogme trini taire, sous prétexte de sauvegarder l’unité de Dieu. C’est en Asie semble-t-il, que Je monarchianismc prit naissance, dans les derniers decennia du second siècle. Il est remarquable que saint Irénée, si bien renseigné pourtant sur les affaires asiatiques, ne le mentionne pas, ct sans doute on peut conclure de cc silence que son apparition est postérieure à la venue d'frénée en Occident, sinon même à la rédaction du Contra htereses. Le premier, à notre connaissance, qui ait expressément enseigné les doctrines monarchiennes est un certain Noët qui prêchait ù Smyrne entre 180 et 200. Sur ce personnage, nous sommes surtout renseignés par saint Hippolyte : nous possédons en effet de cet écrivain un long fragment, intitulé d’après le manuscrit du xm· siècle qui le renferme Homélie contre l’hérésie de Noét, et qui, en réalité, appartenait originairement à un ouvrage beaucoup plus considérable, peut-être au Syntagma, dont il formait la section finale. Quel­ ques données fournies par les Philosophoumena com­ plètent l'Antinoël. Au témoignage de saint Hippo­ lyte, il faut ajouter celui de saint Epiphane, qui a consacré à Noël toute l’hérésie lvh : Epiphane dépend exclusivement, pour son information, de saint Hippolyte, dont, parfois, il donne une transcription à peu près littérale; il n’en est pas moins précieux à consulter â cause des corrections, parfois heureuses, qu’il permet d'apporter au texte d’Hippolyle. Noèt prétendait donc ne reconnaître qu'un seul Dieu, le Père. Il ajoutait que c'était le Père qui était né. qui avait souffert, (fui était mort. Et ù ceux qui l’accusaient, il répondait fièrement : Tl ούν κακόν ττεποίηκα ότι ίνα θεόν δοξάζω* ένα θεόν έπίσταμαι καί ούκ άλλον πλήν αύτου γεννηΟίντα» πεπονΟότα, άποΟανόντα. > Epiphane. Hœrcs., lvii, I. 7. edit. Holl, t. u, p. 311. (Sur les raisons qui font ici préférer le texte d’Épiphanc à celui d'Hippolyte, Contra Noël., 1, /< G.. t. x. col. 803. voir B. Capello, Le cas du pape Zéphyrin, dans Ileoue bénédictine, octobre 1926, p. 321-327). Si le Christ est Dieu, concluait Noël, il est sûrement le Père : autrement il ne serait pas Dieu, et si le Christ a souffert. Dieu a souffert, car il est unique. Contra Noël., 2, P. G., t. x, col. 865. Cette théorie s’appuyait sur des arguments scripturaires, en particulier sur les textes suivants : Ex., m, 6; XX. 2; ls., xîjv, 6; lxv, 5 et 11; Baruch, in, 36 ; Joa., x, 30; XIV, 8; Bom., ιχ, 5. Les textes empruntés à l’évangile de saint Jean n’étaient donc pas absents de l'arsenal de Noël, mais ils ne devaient prouver (pie l’unité de Dieu; car l’hérésiarque rejetait la doctrine du Logos, ou. plus exactement, il déclarait que le pro­ logue du quatrième Evangile, comme bien d’autres passages de ce livre, devait être interprété au sens allégorique. Contra Noel., 15, P. G., t. x, col. 821-821. Ceux qui refusaient d'admettre la doctrine de Noël ORIGINES 2196 étaient accusés de dithéisme» Contra Noël., H ct H» P. G., t. x, col. 817 et 821 ; PhUosoph., IX, xi, édit. Wendland, p. 215-216. Sans doute, une telle doctrine sauvegardait la pleine et parfaite divinité du Christ, cc à quoi tenait essentiellement son prédicateur, Contra Noet., 1 et 9, col. 80 f, et 816-817. mais elle n'atteignait cc résultat qu’en sacrifiant la distinct ion personnelle du Père ct du Fils» et en faisant d’eux les aspects divers d'une même personne. L'enseignement de Noèt était trop évidemment contraire Λ la tradition chrétienne pour ne pas appeler des résistances. Il n'est pas impossible (pic Noèt ait lui-même occupé une haute situation dans l’Église, peut-être qu’il ait été évêque. (L H. Turner, The blessed presbyters udio condemned Nodus, dans Journal o/ theological studies, 1921-1922, I. xxm, p. 28-35. En tout cas, saint Hippolyte nous apprend que les bienheureux prcsbylres», émus par les prédications de Noël, le firent comparaître devant eux : s'agit-il d’une simple assemblée du presbytérium de Smyrne, ou, comme l'a supposé C. H. Turner, loc. cit., d'un véritable concile qui aurait réuni les évêques des cités voisines? on ne saurait le dire. Noèt cependant par­ vint à sc disculper, ct reprit le cours de son ensei­ gnement; il parvint ù grouper autour de lui quelques disciples; si bien que les pres bytrès sc réunirent de nouveau ct examinèrent avec une attention accrue les doctrines de Noët. Celui-ci essaya en vain de se disculper. A sa profession de foi, les prcsbylres oppo­ sèrent une formule qui exprimait la croyance catho­ lique : < Nous aussi nous honorons un seul Dieu, mais que nous savons justement honorer; ct nous tenons un seul Christ, mais comme nous savons un seul Christ, fils de Dieu, ayant souffert comme il a souffert, étant mort comme il est mort, étant ressuscité, étant monté au ciel, étant ù la droite du Père, venant juger les vivants et les morts. Ce que nous savons, nous disons l’avoir appris des Ecritures divines. » Épiphane, H ivres., lvh, 1, édit. Holl, p. 311. Et conséquemment ils chassèrent Noét de l’Église. La condamnation de Noët peut se placer aux envi­ rons de l'an 200 : lorsque, vers 210-215, saint Hippo­ lyte rédigea son Antinoct, les événements de Smyrne appartenaient au passé, mais ù un passé encore assez proche. Contra Noel., 1, P. G., t. x, col. 801 ; et, d'autre part, le monarchianismc, propagé à Home par les disciples de Noét, avait eu le temps, dans l'intervalle, d’agiter profondément les esprits. La décision des prcsbylres de Smyrne fut immédiatement connue à Rome, A. von Harnack. Die Briefsammlung des Apostels Paulus, Leipzig, 1926, p. 80. Il est même possible que les actes de l’assemblée aient été communiques au pape, el que ces actes aient servi ù saint Hippolyte pour composer sa réfutai ion de l’hérésiarque. Nous ne savons rien du sort de Noël après sa condamnation. Mais sa doctrine fut apportée à Rome par un de scs disciples. Épigone. I lippolyle, Philosophy IX, vu, édit. Wendland, p. 210. Suivant les vraisem­ blances, la venue d’Épigone en Occident est de peu postérieure aux événements de Smyrne : peut-être avait-il quitté celte ville lorsque la situation des nottiens y était devenue critique. ■ B. Capello, loc. cit., p. 327. H. Les tiiéohies moxaiiciiiennes a Home. — Lorsque Épigone arriva ù Rome, pour y enseigner les doctrines monarchiennncs qu’il avait reçues de Noël, il y trouva, semble-t-il, le terrain déjà prépare par la prédication d’un prédécesseur, venu lui aussi d’Asie, et qui s'appelait Praxéas. Praxéas est un des personnages les plus mystérieux de l'ancienne histoire du christianisme. Tertullicn, qui a consacré un traité entier à la réfutation de son erreur, est le seul auteur contemporain des faits à parler de 2197 ΜΟΝΆ KG II I \ NISME, A lui. Saint Hippolyte ne le mentionne pas; et le silence d'ilippolytc a paru si extraordinaire, (pic de nom­ breux historiens ont propose d'identifier Praxéas Λ l'un des prédicateurs monarchic ns, soit Épigone, soit Cleomene, cités dans les Philosophaitmena, ou même, par une assimilation vraiment extraordinaire au pape Victor. Cf. G. Esser, Wer ivar Praxéas? lionn, 1910. Il semble cependant (pie Praxéas est autre chose qu'un nom, et (pic si Hippolyte n'en dit rien, c'est parce qu’il était uniquement préoccupé des événements romains qui sc déroulaient sous scs yeux, lors de la composition des Philosophoumena, el qu'à ce moment Praxéas était déjà trop ancien pour mériter de rete­ nir son attention. La notice de Tertullicn, si incomplète soit-elle, fournil de précieuses indications : ... Nam iste pri­ mus ex Asia hoc genus perversitatis intulit romanir humo [homo] ct alias inquietus, insuper de jactatione martyrii inflatus ob solum rt simplex et breve carceris tedium; quando, risi corpus suum tradidisset exuren­ dum, nihil projecisset, dilectionem Dei non habens, cujus charismata quoque expugnavit, Nam idem tunc episcopum romanum, agnoscentem jam prophetias Mon­ tani, Prisca·, Maximillie et ex ea agnitione pacem Eccle­ siis Asia· el Phrygiic inferentem, falsa de ipsis pro­ phetis ct Ecclesiis eorum adseverando ct pracessorum ejus auctoritates defendendo coegit et litteras pacis revo­ care jam emissas et a proposito recipiendorum charis­ matum concessure. Ita duo negotia diaboli Praxeas Romtr procuravit : prophetiam expulit ct hares ini intulit, Paracletum jugavit et Patrem crucifixit. Advers. Prox., l.édit. Kroymann, p. 227-228. Tertullicn, on le voit, s'élève contre Praxéas non seulement à cause de scs théories monarchiennes, mais encore à cause de son opposition au montanisme. Il le rend responsable d’avoir empêché le pape de recon­ naître officiellement les prophéties des Phrygiens. Malheureusement il ne donne pas le nom du pape qui, après s'être montré favorable au montanisme, sc serait ainsi rétracté sous l'influence de Praxéas; cl les historiens ont longuement discuté le problème. Suivant les probabilités, il doit s'agir de Victor; cf. G. La Plana, The roman Church at the end oj the second century, dans The Harvard theological review, 1925, I. xvm, p. 215, n. 18; et e’est sous le pontificat de Motor (pic se place sans doute la prédication de Praxéas à Home. On peut ici faire appel, malgré son obscurité, nu témoignage du pscudo-Tcrtullicn qui met en rapport l'activité de Praxéas avec les décisions prises par le pape Victor en faveur de l’hérésie : Sed post hos (hivretiras) omnes ctium Praxéas quidam hnresim intro­ duxit quam Victorinas corroborare curavit. Finale apo­ cryphe du Dr pnvscript., 25, P. L., I. n, coi. 74. Sous le nom de Viclorinus, c’est en réalité N ictor qui est désigné, tout comme dans le Constitutum Silvestri, document apocryphe du vr siècle, que nous aurons l’occasion de retrouver. Mansi, ConciL, l. n. p. 621. Dans le texte du pscudo-Tcrtullicn, il faut évidemment distinguer le renseignement chronologique qu’il four­ nit de l’accusation d’hérésie qu'il porte contre Victor. Cette accusation est injustifiée. Les rares documents qui nous parlent de lui font connaître Victor comme un pontife très énergique, très résolu ù faire valoir tous scs droits, el très attentif à la défense de la foi. Nous savons en particulier qu’aux environs de 192, cl plutôt après celle date, Il excommunia solennelle­ ment Théodotc de Byzance ; cet hérétique, installé ù Home, y enseignait que Jésus n’était qu’un homme, né d’une vierge, qui avait vécu plus religieusement que scs semblables. A son baptême dans le Jourdain, le Christ était descendu en lui sous la figure d’une colombe, ct lui avait communiqué les puissances dont HOME AU IIIe SIÈCLE 2198 il avait besoin pour remplir sa mission. · J. Tixcront, La (h/otogie anttnicfrnne, 9· édit., p. 350. Cf. Hippo­ lyte, PhUosoph., VH, xxxv, édit. Wendland, p. 222. Il fut chassé de l'Égllsc par Victor, ct ses disciples organisèrent une communauté dissidente, qui, pen­ dant quelque temps eut à sa tête un confesseur du nom de Natalis. Anonyme dans Eusèbe, //. E., V, xxvm, P. G., I. xx,col. 512 sq. Il n'est même pas impos­ sible que la vigueur déployée contre Théodotc par le pape Victor explique le jugement du pscudo-Tcrtulllen, cl Philosoph., IX, vu, édit. Wcndland, p. 210211. On entrevoit, dans ce récit, une situation assez troublée. D’une part, Épigone et Cléomènc enseignent â Rome une doctrine semblable â celle do Noët. D’autre part, I lippolylc les combat avec acharnement, au risque de tomber dans l’erreur opposée â celle qu’il condamne ct d'exagérer la distinction des personnes divines. Entre les deux tendances, également dange­ reuses par les excès auxquels elles peuvent mener, l'autorité officielle s’efforce de tenir la balance égale ct de garder la tradition. D’ailleurs, elle redoute davan­ tage les conclusions extrêmes de la théologie du Verbe que les formules monarchlcnncs. < Il ne parait pas douteux, écrit dom Capcllc, que le règne de Zéphyrin fut marqué, sur la question trlnilaire, par un coup de barre dans un sens opposé aux apologistes. » Art. cit., p. 329. Ce qui est très remarquable, c'est qu’Hlppolytc, comme Terlulllcn, fait de la doctrine monarchlcnne celle des simples. Terlulllcn parlait avec dédain dei simplices quique, ne dixerim imprudentes et idiota, qua major semper pars credentium est. Adv. Prax., 3, ρ. 230, et saint Hippolyte fait du pape Zéphyrin un homme sans culture, Ιδιώτης καί αγράμματος. Philosoph., IX, vu, xî, p. 210 et 215. A ces Ignorants qui crient partout leur fol en un Dieu unique, s’opposent les savants, les philosophes, qui bâtissent des systèmes ct s’efforcent d’expliquer le mystère chrétien. Hippolyte et Tcrtullicn sont eux-mêmes les représentants les plus autorisés de celle tendance. Consciemment ou non, ils vont A changer l’Église en didascaléc; Ils y Introduisent les méthodes ct les rai­ sonnements en usage dans les écoles profanes; ils se soucient plus de la logique quo de la tradition; cl l’on comprend sans peine que leurs efforts pour tninsformer la doctrine chrétienne en un système philo­ sophique n’aient pas été bien vus des autorités qui 2201 MONARCH IA NiSME, Λ ROME, AU III® SIÈCLE devaient avant tout maintenir la tradition. Cf. J. Lcbrelon, Le désaccord de la /oi populaire cl de la théologie savante dans l'Agllse chrétienne du 111· siècle, dam Reoue d'histoire ecclésiastique, 1923, t. xix, p. 481-506. Au pape Zéphyrin, Hippolyte ne craint même pas d’attribuer une profession de fol qu'il trouve nette­ ment monarchlcnnc : · En public, il déclarait : Je connais un seul Dieu, le Christ Jésus, et hors de lui aucun autre qui soit nascible cl passible. D’autre fols Il disait : Ce n'est pas le Père qui est mort, mais le Fils, · Philosoph., IX, xi, 3, p. 216. Λ vrai dire, on peut porter un jugement moins sévère sur cette for­ mule. La fol de Zéphyrin s’exprime par deux thèses qu’Hippolyte sépare l’une de l’autre, mais qui sont également Indispensables l'une et l’autre. La seconde tout au moins est strictement orthodoxe cl traduit l’opinion commune : ce n'est pas le Père qui est mort, mais le Fils; el la premiere doit être lue à la lumière de l'autre : elle affirme surtout la divinité du Christ, en termes qui ne sont peut-être pas très heureux, mais qui sont vrais : en dehors du Christ, il n'y a pas d’autre Dieu qui soit nascible ct passible. Lors donc que Har­ nack volt dans la profession de Zéphyrin une formule d’un modalismc extrême et farouche, lorsqu’il déclare que cc décret Interdit de spéculer non seulement sur Je Pneuma ct le Logos, mais, bien plus, même sur le Fils; lorsqu'il affirme que cc fut un effort un peu naïf pour restreindre le problème de Dieu au Christ historique, Λ. von Harnack, dans les Sitzungsberiehte de l'Aca­ démie de Berlin, 1923, p. 51-57, il sc méprend sur la vraie portée des expressions attribuées A Zéphyrin. Ces expressions rejettent sans aucun doute les spéculations aventureuses des apologistes et de leurs successeurs : le pape devait médiocrement goûter les théories savan­ tes d'Hippolytc. Mais elles contiennent l’essentiel do la foi populaire : la divinité du Christ ct l'attribution au seul Christ de l'incarnation cl de la passion. D’ailleurs, il n’est pas même assuré que la formule attribuée A saint Zéphyrin lui appartienne véritable­ ment. Dom Capclle a mis en relief l'étrange parallé­ lisme qui existe entre cctle formule ct celle que Noël aurait tenté de justifier devant les presbytres de Smyrne, cl il conclut : · II paraît évident que Zéphy­ rin n'a pas prononcé la phrase qu’on lui prête. Non qu’Hippolyte ait menti. Le pape a dû formuler une déclarai Ion blâmant les excès de la théologie de Ι'οΙκονομΙα, peut-être a-t-il rejeté le terme έτερος θεός. Hippolyte, qui identifiait l’orthodoxie avec son système, en aura conclu que Zéphyrin avait parlé en modalislc, disciple de Noct. C'est probablement tout cc qu'il a voulu dire en mettant dans la bouche du pape la formule même de l’hérésiarque. Si Hippo­ lyte ne savait pas au juste quels termes avait employés Zéphyrin, le procédé n'est pas calomnieux. II est certes parfaitement discourtois, mais cc pamphlétaire n’y regardait pas de si près. » Λ ri. cit., p. 329. Vers la lin du pontificat de Zéphyrin, un nouveau personnage entre en scène dans le camp modallste, dont le nom tout au moins était destiné A une remar­ quable fortune, Il s'agit de Sabellius. Hippolyto l'in­ troduit dans le récit des Philosophoumena comme si tout le monde le connaissait bien de son temps, sans sc croire obligé de rappeler ses origines. Plusieurs écri­ vains du iv· siècle, entre autres saint Basile, en font un Africain, ou plus exactement un Libyen, cc qui est possible, car dès le milieu du ni· siècle sa doctrine était très répandue dans la Pentapole el donnait beaucoup de tracas à saint Dcnys d’Alexandrie Du moins est-il assuré qu’il n'était pas natif de Home et qu’il y vint un peu avant 217. Tout de suite, il y prit grande autorité, et donna nu modalismc un éclat nouveau. Nous sommes malheureusement mal renseignés sur sa doctrine authentique : nous savons assez bien cc que 2202 disaient scs disciples, ct les docteurs du iv siècle nous font connaître sous le nom de sabellianisme une théo­ rie assez compliquée, qui sc rapproche en bien des points de celle que prêcha Marcel d'Ancyrc. Comme Hippolyte, son contemporain, ne signale entre son enseignement cl celui de Cléomènc aucune divergence, il est prudent d’attribuer à scs continuateurs les déve­ loppements sur lesquels nous aurons A revenir, ct d'admettre que Sabellius lui-même sc contentait de prêcher A Home le modalismc sous sa forme la plus simple. Suivant Hippolyte, Sabclllus aurait été en quelque sorte l'Ame damnée de Calllstc. A plusieurs reprises, il aurait accepté les remontrances que lui adressait Hippolyte lui-même; mais il lui suffisait d'un tête A tête avec Calllstc pour le retourner et l’incliner à nouveau aux idées de Cléomènc. Philosoph., IX, xi, p. 215. Celle affirmation est fort peu vraisemblable. Elle doit être mise sur le compte des rancunes qu’Hip­ polyte gardait contre Calllstc. On croira plus sim­ plement que Sabclllus resta toujours cohérent avec lui-même, ct ne cessa jamais d'opposer une fin de non-recevoir aux théories complaisamment dévelop­ pées par Hippolyte. Aussi longtemps que dura le pontificat de Zéphyrin, aucune décision ne fut prise; l'école modalistc, qui reconnaissait maintenant Sabellius pour maître put continuer son enseignement. En face d'elle sc dressait l'école dont Hippolyte était le docteur éloquent et écouté. Les deux didasc.ilées, qui n’avaient aucun caractère officiel, s’opposaient l’un A l’autre, tandis que le pape sc contentait d'affirmer la doctrine tra­ ditionnelle, en proclamant A la fois l'unité de Dieu ct la divinité du Christ. Hippolyte aurait désiré davantage, cl sans doute multipliait-il les démarches pour obtenir l'excommunication de Sabellius, mais 11 n’obtint pas la satisfaction dont il était si avide. Les choses changèrent après la mort de Zéphyrin. Hippolyte espérait recevoir sa succession : n’élalt-il pas prêtre de l’Église romaine, ct le plus savant parmi tous scs docteurs? Cc fut pourtant Callistc, le confident et l’auxiliaire fidèle du pontife défunt, qui fut élu. Toutes les rancunes de l'ambition déçue s'exhalent encore dans le récit des Philosophoumena. «A la mort de Zéphyrin, raconte saint I Ilppolyle, Callistc crut tou­ cher au but de son ambition. Il excommunia Sabellius en reprenant sa doctrine, car il avait peur de mol, et sentait le besoin de donner le change aux Églises sur sa propre hétérodoxie· Par ce charlatanisme, le misé­ rable fit en son temps bien des conquêtes. Le cœur plein de venin, l’esprit plein d’idées fausses, n’osant plus dire vrai depuis qu’il nous avait traités publique­ ment de dlthélstes, d'ailleurs en butte aux reproches de Sabclllus. qui l’accusait constamment d’avoir trahi sa première foi. il inventa un nouveau système... et ne rougit pas de donner tantôt dans les erreurs de Sabellius, tantôt dans celles de Théodote. A force d’audace, le charlatan se fit une école, et enseigna contre l’Église. » Philosoph., IX. xn, p. 218. Naturellement ce nouveau récit doit, comme les précédents, être Interprété en tenant compte du caractère de son auteur. Hippolyte veut laisser enten­ dre que c'est lui qui représente la doctrine tradition­ nelle et qui est le chef de l’Église véritable, tandis que son rival n’exerce d'autorité que sur une école. Dans la réalité, les choses étaient exactement inverses. L'élection de Calllstc avait causé un tel dépit au docteur le plus en vue de l’Église, que celui-ci s’était séparé avec éclat do la communauté, el avait organisé une église schismatique, analogue A celles des théodotlens, des marclonilcs, des montanlstes et des autres hérétiques. Hippolyte fut-il alors l’objet d'une sen­ tence précise d'excommunication? Lui-même sc garde 2203 Λ10 Ν Λ RCIUA X ί S Μ E bien de le dire, ct Ja chose n’est pas sûre. Du reste, s'étant mis hors de l'Église, il était inutile qu'il en fût exclu solennellement. En tout cas, sa doctrine fut désapprouvée par Calliste qui la regarda connue l’ex­ pression du dithéisme. Cc mol lui-même pouvait être de l'invention d'Ilippolyte; mais l’idée qu’il exprime correspond assurément aux sentiments de Calliste : pour des croyants attachés aux formules anciennes, et plus précisément encore à la foi traditionnelle, la prédication d'Ilippolyte semblait de nature à favoriser le dithéisme. Toutefois Calliste ne se contenta pas de rejeter la théologie d'Ilippolyte; il condamna aussi Ja doctrine de Sabellius, ct ceci est très important. Les Philosophoamena prétendent que la crainte fut le principal motif de l'attitude du pontife : leur auteur sc vante assurément cn parlant ainsi. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son triomphe cn donnant la formule suivante des opinions professées par Calliste : Le Verbe est le Fils même; il est le Père même; au nom près, il n’y a qu’un même Esprit indivisible. Le Père n'est pas une chose ct le Fils une autre : ils sont une seule ct même chose, l’Esprit divin qui remplit tout, de haut cn bas. L’Esprit fait chair dans la Vierge n’est pas autre que le Père, mais une seule ct même chose. D'où cette parole de l’Écriture : Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père et le Père cn moi? L’élément visible, l’homme, voilà le Fils, ct l'Esprit qui réside dans le Fils, voilà le Père. Je ne parlerai pas de deux, le Père et le Fils, mais d’un seul. Car le Père qui s’est reposé dans le Fils, ayant assumé la chair, l’a divini­ sée cn sc l’unissant ct l'a faite une avec soi, cn sorte que les noms de Père ct de Fils s'appliquent à un seul et même Dieu. La personnalité de Dieu ne peut se dédoubler : conséquemment le Père a compati au Fils. » Philosophy IX, xn, p. 218-219; traduction d'A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, p. 11. On ne peut manquer d'être frappé, cn lisant la for­ mule attribuée à Calliste, des ressemblances qu’elle présente avec les déclarations que Tcrlullicn prête à Praxéas. C'est bien la même doctrine modaliste, ct l'on comprend que certains historiens, tels II. liagemann, Die rumischc Kirche, p. 23*1-257, aient identifié le mystérieux Praxéas à Calliste lui-même. Cette iden­ tification, reprise encore par Kroymann, Tertullian, Adversus Praxean, Tubingue, 1907, sc heurte à trop de difficultés pour pouvoir être soutenue. Aussi bien a-t-on le droit de sc demander si Calliste a vraiment soutenu les opinions dont saint Hippolyte le rend responsable. · 11 est bien remarquable, note ici J. Tixeront, La théologie anténicéenne, p.359, que Tertullien, qui n'aimait pas Calliste ct qui lui a reproché bien d'autres choses, ne l’en accuse pas. Le témoignage de l’auteur des Philosophoumena est isolé, et c’est celui d’un ennemi personnel, il n’est corroboré par aucun vestige, qui soit resté dans la doctrine romaine du temps, d'un enseignement modaliste quelconque. Dans ces conditions, on ne saurait l’accepter comme l'expression de la simple ct pure vérité. Jusqu'à nouvel ordre, et en se basant uniquement sur les faits, Calliste doit être considéré comme orthodoxe. · Cette conclusion est absolument certaine. Elle le resterait si l'on admettait l'authenticité de la formule rapportée par Hippolyte, car cette formule serait, parait-il, susceptible d'une interprétation correcte. A. Harnack y voyait naguère une formule de compro­ mis. · Les concessions faites à la christologie des hypos­ tases, écrivait-il, ct l’éloignement du vieux monarchlanisme proviennent en fait de celle circonstance que Calliste gardait un fonds de pensée théodotlenne. Au reste l’enseignement de Calliste est si obscur qu'on respire vraiment en passant de lui à la christo­ logie du Logos, ct que l’on comprend sans peine que EX Ο R1 E N Τ 2204 cette christologie simple ct cohérente ait remporté la victoire sur les phrases embarrassées de Calliste. Momentanément pourtant, c'est Calliste qui triompha à Home. Sa formule apporta du moins la paix â l'ombre de laquelle put se développer la doctrine du Logos. > Lehrbuch der DogmengeschlchU, 3· édit., t.1, p. 708-709. La réalité est tout autre. A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, p. 13-11, a pris la défense de la formule de Calliste. Quelques expressions, penset-il, ont besoin d'etre expliquées, qui devaient pa­ raître étranges à Hippolyte. Mais l’ensemble est clair ct marque nettement la position de l’Églisc romaine, à égale distance entre le modallsme et le dithéisme. A trente-cinq ou quarante ans d'intervalle la profession de foi de Calliste annonce ct prépare celle de Denys. Voir pourtant art. Hippolyti:, l. vi, col. 2507. Quoi qu’il en soit de cette exégèse, il est curieux de constater que le Constitutum Silvestri, Mansi, Coned., t. n, col. 621, que nous avons déjà cité, condamne Calliste gui se ita docuit Sabcllianum, ut arbitrio suo sumat unam personam esse Trinitatis, non enim coa> quante Patre et Filio ct Spiritu Sancio,., et qui in sua extollentia separabat Trinitatem. Il ne faut pas atta­ cher autrement d’importance à cc document Incontes­ tablement apocryphe, qui traduit de façon confuse le souvenir des troubles de la première moitié dum·siècle. A Calliste revient l'honneur d’avoir excommunié Sabellius qui était de son temps le véritable chef du modallsme romain, et d’avoir ainsi coupé court à l’extension de l’hérésie à Home, et, peut-on dire, dans tout l’Occidcnt. Avec la condamnation de Sabellius s’achève pour nous l’histoire du monarchianisme à Home. Il semble qu’a près avoir été agitée pendant une vingtaine d’années par les controverses trinitaires, l’Église romaine entre dans une période de calme. C’est en Orient, et spécialement dans la Pentapole, que nous avons maintenant à suivre les destinées de la doctrine sabellienne. HL Le sabellianisme en Pentapole it la con· Tiiovi nsi: des deux Denys. — Il est curieux que le modallsme, issu d’Asie Mineure, ne s’y soit pas pro­ pagé. ou du moins que nous ne sachions rien de sa propagation dans son pays d’origine. L’Orient d’ailleurs ne semble pas s’être inquiété beaucoup des doctrines modalisles pendant toute la première moitié du nr siècle. Origcne connaissait ces doctrines: < Il y a des gens, dit-il, qui regardent le Père ct le Fils comme n’étant pas numériquement distincts, mais comme étant un. ού μόνον ούσία αλλά καί ύποζαμένω, et comme multiples seulement κατά τίνος cmνοίας, ού καθ’ ύπόστασιν », In Joan., χ, 21; ιι. 2, G., t χιν, col. 376 ct 108-109. C’est à celle théorie qu’il oppose ses propres formules et qu’il enseigne que le Fils est dilfércnt du Père, κατ’ ούσίαν καί υποκείμε­ νον, et qu’il y a en Dieu δύο ύποστάσεις. ou encore δύο τη ύποστάσει πράγματα, De orat.,· 15, P. G., I. XJ, col. 465; Contra Cels,. VHI. 12, P. G., t. xi, col. 1533. Mais il ne nous dit pas où il a rencontré des hérétiques qui pensent ainsi: il est possible que cc soit à Home même où il a séjourné vers 212 cl écouté saint Hippo­ lyte, qu'il ait découvert les systèmes modalisles. Nous aimerions être mieux renseignés sur l’ensei­ gnement de Bérylle de Bostra cn Arable, qui, aux environs de 211, professait des opinions assez singu­ lières sur la Trinité. Eusèbe. qui est le seul à nous informer, dit simplement que Bérylle osait dire que notre Sauveur cl Seigneur ne préexistait pas avant ta venue parmi les hommes, selon la propre determina­ tion de l’ousie, κατ’ Ιδίαν ούσίας περιγραφήν, cl qu’il n’avait pas de divinité propre, mais seulement la divi­ nité du Père habitant en lui. Eusèbe, //. JB., VI, ΧΧΧΙΠ. 1. P. G., I xx. col. 593 A. Il est difficile, d’après ces quelques lignes, de discerner si Bérylle 2205 MONARCHIANISME EN ORIENT 2206 elle évite d’autre pari le reproche capital adressé à la était un modaliste, comme le pensent L. Duchesne ct théologie du Verbe, celui de subordinatianhme. puis­ J. Tixeront, ou un adoptianisle, ainsi que l’estiment 1·*. Loots et A. Harnack. En faveur de la seconde opi­ qu’elle ne reconnaît pas au Père une place privilégiée dans le développement de la Triade, cl que celui-ci nion on pourrait faire valoir un passage (ΓΟΗ gène où il est question de docteurs çu/ hominem dicunt domi­ est, comme les autres personnes, une manifestation temporaire de l’unique monade. num desum privcoynitum et prades ii natum, qui ante Mais un tel progrès est tout extérieur; et l’on s’aper­ adventum carnalem substantialiter rt proprie non existiterlt, sed quod homo natus Patris solam in se habuerit çoit sans peine de tout cc que présente de contraire â la tradition le sabellianisme que nous venons de deitatem. In Epist. ad Tit., fragm. 2. P. G., l. xiv, décrire. En réalité, il aboutit à la négation de In Tri­ coi. 1304 CD. H n’est pas invraisemblable que ce soit nité, telle que l’a toujours adoréc l'Église catholique. â Bérylle que songe Origcne en écrivant cc passage. En tout cas, l'évêque de Bostra ne dut pas recruter de Aussi n'est-on pas étonné d’apprendre que Denys d’Alexandrie qui, en vertu de son autorité métropo­ nombreux disciples, l’n concile fui assemblé contre litaine, exerçait son action jusqu’en Cyrénaïque, se soit lui, cl Origènc qui y avait été convié fut assez heureux ému aux premières nouvelles du succès rencontré par pour le ramener ù la vérité. la prédication hérétique. Tandis que Bérylle se convertissait, des docteurs de Il écrivit, pour la réfuter, plusieurs lettres, Eusèbe. mensonge prêchaient le modalisme dans la Pentapole //. \ II, xxvî, I, P. G., t. xx, col. 701, dont la plus cl y faisaient une propagande fructueuse. Nous ne connaissons les noms d’aucun de ces docteurs : l’héré­ importante, suivant taint Athanase, De tentent. sie était présentée sous l’autorité de Sabellius, ct il Dionys,, 10, P. G ., t. xxv. col. 493, était adressée aux évêques Ammonnius et Euphranor. Dans son désir n’est pas impossible qu'après avoir été condamne à d’abattre plus complètement la doetnne modaliste, Home, Sabellius soit en effet rentré dans son pays Denys, qui était un disciple d’Origène, dépassa, sem­ d’origine; mais il faut tout de suite ajouter que des ble-t-il, les bornes permises, ct plusieurs de ses expres­ développements considérables avaient modifié la sions choquèrent certains fidèles d’Alexandrie, Ceux-ci doctrine naguère enseignée ù Home. • négligeant d’interroger Denys pour apprendre de lui Les modalisles romains, en effet, et Sabellius parmi quel sens il donnait â telle de ses formules, se ren­ eux, ne s’étaient jamais préoccupés de formuler un système complet pour expliquer le mystère de la Tri­ dirent à Home et l’accusèrent auprès de son homo­ nyme. l’évêque de Home, Denys ». Athanase, De sen­ nité. Il leur suffisait d'affirmer l’unité de Dieu ct la tent. Dionys., 13, P. G., t. xxv. col. 500. Nous n’avons divinité du Christ, cn déclarant (pic Dieu avait souffert pas à insister ici sur les reproches faits à la théologie dans le Christ. La personne du Saint-Esprit restait en dehors de leurs perspectives; ou, lorsqu’ils par­ de Denys : on l’attaquait surtout pour avoir séparé ct divisé le Fils d’avec le Père : διαιρεί καί μακρύνει laient de l’Esprit, ils entendaient par la l’élément divin καί μερίζει τόν υιόν από τού πατρός. Alhanase. dans le Christ. Au contraire les sabeiliens s’efforcent â la fols de tenir un plus grand compte des données tra­ ibid.. 16, col. 501, et pour avoir évité de dire que le Christ était consubstantiel ù Dieu. Ibid., 18. col. 505. ditionnelles, en affirmant que le Fils ct non le Père a A ces attaques, le pape Denys répondit par deux souffert, et d’éclairer le dogme trinilaire en rendant lettres : la première était adressée personnellement a sa place nécessaire au Saint-Esprit. l’évêque d’Alexandrie et l’invitait à présenter des Ils aboutissent ainsi à la construction suivante qui nous est surtout connue par saint Epiphane, Hures., explications sur sa propre doctrine; la seconde était destinée à l'Église d'Alexandrie. et. sans condamner xn. P. G., t. xi.i, col. 1052-1061; édit. Holl, t. n, i. personne en particulier, elle marquait avec une admi­ p. 389-398 : Dieu, monade simple cl indivisible, est rable précision la position prise par Home ; saint une personne unique : on le nomme υίοπάτωρ. PèreAthanase nous a conservé l’essentiel de cc document, Fils; mais, en tant qu’il crée le monde, il prend le nom de Verbe. Le Verbe,c’est Dieu. Γυίοπάτωρ se ma­ qui occupe une place hors de pair dans l’histoire du dogme trinilaire : Je dois m’adresser, disait le pape, nifestant par la création. Celte manifestation dure à ceux qui divisent, qui séparent, qui suppriment le naturellement autant que le monde et fait que l’aspect dogme le plus vénérable de l’Église de Dieu, la monar­ Verbe est en Dieu permanent. Or, à cc monde ainsi créé chie. en trois puissances ou hypostases séparées et cn la monade se révèle, dans I’Ancicn Testament, comme trois divinités. Car j’ai appris que, parmi ceux qui. législateur : c’est le Père; dans le Nouveau Testament, chez vous, sont catéchistes cl maîtres de la doctrine comme rédempteur par l’incarnation : c’est le Fils; et divine, il cn est qui introduisent celle opinion, qui comme sanctificateur des âmes : c’est le Saint-Esprit. Mais ces trois étals successifs de la monade ne consti­ sont, pour ainsi dire, diamétralement opposés à la pensée de Sabellius. » Puis, après avoir précisé que tuent pas trois personnes distinctes; ils sont seulement la Trinité doit être ramenée ù l’unité, ramassée et réca­ trois aspects, trois virtualités, trois modalités, et pitulée, comme en un faite, en un (pii est le Dieu toutcomme trois noms du même cire, ώς είναι έν μία puissant de l'univers, il ajoutait : Ainsi donc, il ne ύποστάσει τρεις ύνομασίας, · J. Tixeront, op. cit., faut pas partager en trois divinités l’admirable et p. 483 184. divine unité, ni abaisser par l’idée de production, la Les modalités ainsi réalisées ou manifestées en Dieu dignité et la grandeur excellente du Seigneur; mais il sont essentiellement transitoires. Elles ne durent que faut croire en Dieu le Père tout-puissant, et au Christ dans le mesure où elles agissent. Le Père cesse d’être Jésus son Fils, et au Saint-Esprit, cl ù l’auteur du père aussitôt qu'apparaît le Fils; et celui-ci n’existe Verbe, au Dieu de l’univers. Car 11 dit : Mol et le Père plus quand se montre l’Esprit-Saint. 11 y a dans la nous sommes un; et : Je suis dans le Père ct le Père monade divine un double mouvement d'expansion est en mol. De la sorte sera sauvegardée et la Trinité et de retrait, πλατυσμός ct συστολή» dont l’ensemble divine, et la sainte prédication de la monarchie. » constitue la διάλεξις, et dont l’auteur du ιν· discours Athanase. De decret Niatnæ synodi, 26, P. G., t.xxv, contre les Ariens attribue justement l’origine aux col. 161-165. théories stoïciennes. Pseudo-Alhanase, Contra arian., On ne peut manquer d’être frappé par le ton de la IV. xm. P G . t. xx\i, col. 184 <- (85 A. lettre de Dcnys ; « Ici. comme dans les autres docu­ Celle doctrine subtile constitue un progrès par ments romains, ce (pi on trouve, c'est l’expression rapport au patripassianisme occidental, car elle rend authentique de la foi : point de spéculations théolo­ Inefficace l’objection soulevée par les souffrances du giques, point de subtilités dialectiques» peu d'érudiPère : ici la passion est vraiment subie par le Christ; 2207 MONARCHIANISME, DESTINÉES lion scripturaire, mais la déclaration catégorique de la foi professée par l’ÉglIse... Cc n’est pas l’érudit ni le théologien qui parle, c’est le pape. » J. Lebrc'on, désaccord de ta foi populaire et de la théologie sapante dans V Église chrétienne du 111· siècle, dans Beoue d'histoire ecclesiastique, l. xx, 1921, p. 9-10. Denys d’Alexandrie s'expliqua sans larder. Une première lettre, rapidement écrite, ébaucha sa défense. In second ouvrage plus développé, qui portait le titre <Γ ’Έλεγχο; καί απολογία, contenait une justifi­ cation en règle. L'évêque déclarait qu’il n’avait jamais voulu diviser ct séparer le l’ère d'avec le Fils et le Saint-Esprit; car c'est ainsi, écrivait-il, que nous étendons en Trinité l’indivisible unite, et que nous ramenons à l’unité la Trinité incapable de diminu­ tion : ούτω μέν ημείς εϊ; τε την τριάδα την μονάδα πλατύνομεν αδιαίρετον, καί τήν τριάδα πάλιν άμείωτον είς την μονάδα συνκεφαλαιούμεΟα. Athanase, De sentent. Diongs., 17, /*. (λ, I. xxv, col. 505 A. Le pape fut sans doute satisfait de ccs déclarations, car il ne semble plus avoir rien demandé a l'évêque d’Alexan­ drie, qui termina sa carrière entouré de la confiance ct du respect de tous ses collègues orientaux. IV. Les destinées du monarchianisme. — L'in­ tervention de saint Denys d’Alexandrie, contre les sabclllcns de la Pentapole, est le dernier événement notable qui se rapporte à l’histoire du monarchianisme. Après 2G0, nous n’entendons plus parler, ni en Orient, ni en Occident, d’une activité quelconque de groupes qui se seraient recommandés de Sabellius ou de Noël. Seul, saint Épiphane, qui rédigeait son traité Contre les hérésies après 370, prétend savoir qu’il y avait encore de son temps des sabellicns en Mésopotamie ct à Rome, Horres., lxii, 1, P. G., t. xu, col. 1052; mais cc renseignement n’est pas incontestable. Pendant les cinquante ou soixante années de leur activité, les modalisles avaient plutôt formé des écoles que des Églises dissidentes. Condamnés par Callisle puis par Dcnys, il ne leur était plus possible de sc sur­ vivre. Sans doute, durant tout le iv« siècle ct encore plus tard, les théologiens ct les polémistes auront de fré­ quentes occasions de rappeler le souvenir de Sabellius, et d'accuser leurs adversaires de renouveler l’erreur du vieil hérétique. Cette accusation sera surtout portée par les ariens contre les défenseurs de l’ortho­ doxie nicécnnc, ct d’abord contre saint Eustathe d'Antioche; avec plus d'insistance encore, elle sera renouvelée contre Marcel d Ancyre et ses partisans; et il faut bien avouer que le système de Marcel pré­ sente de nombreuses analogies avec celui de Sabellius, tel du moins que nous le font connaître les fragments de saint Denys d’Alexandrie, ct, plus lard, les œuvres de saint Athanase et des autres docteurs du iv siècle. S’il n’y a plus, ù proprement parler, de modalisles, qui se rattachent historiquement à Noët, à Épigone, à Sabellius, il subsiste encore des manières de s’expri­ mer. peut-être même des manières de penser qui rap­ pellent celles des premiers maîtres de l'hérésie. Celte permanence de formules modalisles, jusque dans des milieux où l’on ne s’attendrait pas à les trouver, nous amène à nous poser une question nouvelle ct à nous demander si peut-être l’erreur n’a pas laissé sa trace dans un certain nombre d’écrits orthodoxes. Suivant quelques théologiens protestants ou libé­ raux, le modalisme en effet ne serait pas autre chose que l’expression donnée à la croyance commune des simples fidèles. A. Harnack par exemple estime que, jusque vers la Im du second siècle, la conscience chré­ tienne se contenta de formules assez simples, qui affirmaient la divinité du Christ, sans se préoccuper autrement d’expliquer comment le Christ était Dieu, ni surtout quels étalent scs rapports avec le Père, ULTÉRIEURES 2208 dont les Évangiles, el spécialement la formule baptis­ male, enseignaient l’existence. On disait que le Christ était Dieu; on chantait des hymnes au Christ comme à Dieu; cl cela suffisait. Lorsqu’on essayait d’aller plus loin, comme Hermas, on risquait d'employer des termes obscurs ou des images plus ou moins cohé­ rentes, et bien peu nombreux étalent ceux qui te croyaient obligés de scruter ainsi le mystère de la fol. Les apologistes cependant, poussés par le désir d’exposer aux païens une doctrine entièrement cohé­ rente, avaient dù chercher autre chose : la théologie du Verbe leur avait fourni le moyen de concilier l’unité de Dieu et la divinité du Sauveur. Vers la lin du n* siècle, la lutte éclata entre les simples fidèles qui tenaient à la monarchie divine et les docteurs qui exposaient l'économie de la Ί rinilé. Elle devait te prolonger longtemps. « Celui qui l’a ouverte,écrit A. Harnack, et qui a commencé l’attaque, nous ne le savons pas. Ce n’est pas la lutte de la théologie contre la religion de l’enthousiasme, car les enthousiastes sont aussi les adversaires de la théologie du Logos; mais, c'est, dans les cercles de la philosophie, le com­ bat du platonisme contre le stoïcisme, la lutte pour l’hégémonie, ct finalement la victoire de Platon sur Zenon et Aristote; c’est l’histoire de la défaite du Christ historique par le Christ préexistant, du vivant par le pensé; dans la dogmatique enfin, c’est la tenta­ tive victorieuse pour imposer la foi chrétienne aux laïques par une formule théologique incompréhen­ sible pour eux, ct pour remplacer la personne par le mystère de la personne. » A. Harnack, Monarchia· nismus, dans Protest. Beale ncyclopQdie, 3· édit., t. xiiî, p. 306. A. Harnack va plus loin encore. Il croit découvrir la trace des doctrines ou tout au moins des tendances monarchiennes dans un grand nombre d’écrits chré­ tiens. 11 interprète en cc sens les titres des six premiers chapitres du II· livre des Testimonia de saint Cypricn: L Christum primogenitum esse cl ipsum esse sapientiam Dei per quem omnia facta sunt. II. Quod sapientia Dei Christus... VI. Quod Deus Christus; quelques passages du De montibus Sina cl Sion, faussement attribué à saint Cypricn, entre autres ccs lignes du c. iv, édit. Harlcl, p. 104 : Caro dominica a Deo Patre Jesus cotila est; Spiritus Sanctus, qui de cælo descendit, Christus, id est uncius Dei uiui a Deo voci tus esi, spiritus carni mixtus Jesus Christus; plusieurs vers du Carmen apolo­ geticum de Commodicn; et surtout de nombreuses expressions des Acta Archelai d'Hégémonius, qui dis­ tingue le fils de Marie du Christ de Dieu qui est des­ cendu sur lui : Est enim qui de Maria natus est filins, qui lotum hoc quod magnum est uoluil perferre certamen Jesus. Hic est Christus Dei qui descendit super eum qui de Maria est. 60, édit. Beeson, p. 87. Scion A. Har­ nack, de telles formules révéleraient la persistance du modalisme dans le peuple chrétien, bien longtemps après sa condamnation par l’Églisc; et jusqu’au v* siècle on pourrait trouver la preuve de survivances analogues. I) est important, remarque Harnack, que chez Optat, Ambroise, l’Ambrosiastvr ct Augustin, les marcionites sont dénoncés â coté de Sabellius dans la polémique. En Occident le monarchianisme devait toujours cire combattu : pouvait-on employer contre lui un argument plus venimeux que de le rapprocher du marcionisme? Comme sur un mot d’ordre» les sahelliens sont rattachés aux marcionites alors presque inconnus, mais haïs et méprises. » Marcion. 2· édit., p. 391·. Qu’il n’y ait pas lù autre chose qu’une thèse, c’est cc qu’il est facile de montrer. Seule l’autorité qui s'attache au savant professeur de Berlin peut obliger l’historien à examiner de près ses affirmations. Mais la thèse ne résiste pas à l’examen. Les traces que relève 2209 MONARCHIANISME — MONELIA ANTOINE Harnack des survivances monarchicnnes dans l’Occidciil de la lin du IV’ cl du v· siècle, sont si ténues qu’on ne saurait les retenir. Optat de Mllèvc, De schism. 1 donut., I, 9, comme saint Augustin, EpUt., cxvin, ad Dioscur., n, 12, ne parlent point de Sabellius sinon pour dire, que son nom est oublié cl que son erreur a disparu : est-il juste de faire appel à ces témoignages pour prétendre que le monarchianisme restait ù l'ordre du jour? 11 est vrai qu’un passage curieux des Confessions de saint Augustin témoigne de l’ignorance dans laquelle bien des fidèles û l.i fin du iv· siècle se trouvaient par rapport aux problèmes christologiqucs: Alypius, son ami, regardait l’apollinarbmc comme la foi orthodoxe, ct lui-même sc laissait tromper parles erreurs de l’hotin, Con/es., VII, xix. Il n’y a la que l’aveu d’une instruction insuffisante : on ne peut rien en conclure contre l’enseignement de rr.giisc. C’est dans le meme esprit qu’il faut apprécier les textes du De montibus Sina et Sion, de Commodicn, des Acta Archelai. Ces textes ne sont pas faciles h inter­ préter, ct de fort bons critiques les ont entendus dans 1 un sens orthodoxe. Alors même qu'ils révéleraient des tendances monarchicnnes, on ne devrait pas croire que le monarchianisme gardait droit de cité dans l’Eglise. Des expressions insuffisantes ont pu échapper à quel­ ques auteurs : il ne s’ensuit pas que la doctrine officielle s’est corrompue. Serons-nous d’ailleurs nous-mêmes accusés de monarchianisme toutes les fois que nous employons le nom de Dieu en parlant de Notrv-Scigneur? Puisque nous croyons, avec toute l’Eglise, à la divinité de Jésus, nous avons sans doute le droit de l’appeler Dieu, sans être obligés aussitôt d'ajouter qu’il est personnellement distinct du Père. On trouverait vraisemblablement des expressions monarchicnnes chez les meilleurs auteurs, si l’on ne tenait pas compte du contexte et aussi de la foi catholique qui reste la norme selon laquelle ils demandent à être jugés. On volt dès lors cc qu’il faut penser de la théorie de A. Harnack, ct pourquoi nous pouvons regarder le monarchianisme modalistc comme une hérésie propre ù la fin du n· siècle ct à la première moitié du m·. C’est ù celle époque seulement que l’erreur trouve son expression technique, s’organise en écoles, recrute des disciples nombreux. Si, plus tôt ct plus lard, les formules insuffisamment précises ne sont pas entière­ ment absentes des écrits orthodoxes, ct c’est le cas surtout pour des écrits populaires, tels que certains Actes apocryphes des Apôtres, ce peut être ù la fois par ignorance de la part de leurs auteurs, ou par diffi­ culté de la part du sujet lui-même. Le monarchia­ nisme n’a expressément rien à y voir. J. Dôllingcr, Hippolytus und Callistus, oder die rômtschc Kirchs in der mien Hùlfk des J. Jahrhundcrts, Ratlsbonne, 1853; H. Hngeinnun, Die rômische Kirchc und ihr Einfluss au/ Diziplin und Dogma in den ersten drel Jahrhunderten, Prihourg-cn-B., 1801; 1*. Coréen, Monarchianische Prologe zu den vier Evangelicn, Leipzig» 1896; A. Harnack, art. Monnrchianismus, dans Prof. Ikalencyclopdale, 3· édit., t. xm, 1903. p. 303-336; A. Harnack, Allchristliche Litcratur : Die Chronologie, t. n, Leipzig, 190 I, p. 201-256; Λ. d’Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris 1906; K. J. Nciinmnn, Hippolytus eon Hom in seiner Ski­ lling :u Slant und Welt, Leipzig, 1902; Anonyme, Der Monarchianlsmus and die romischc Kirche inx dritten Jahrhundert, dam Der Kalholik, t. xxxn, 1005, p, 1-15; 113128; 182-201 ; 266-282; J. Drüsekc. Xoetos unddie Xocliantr in der Hippolyto* Refutatio, dans Zeitschrift fur tvissenschaftliche Théologie, 1903, I. XLVÎ, p. 213-232; G. Esser, Wer tear Praxeas? Bonn, 1910; J. Lcbrcton, Le désaccord de la foi populaire el de la théologie savante dans ΓEglise chré­ tienne du 111· siècle, dans Hevue d'hlstol e ecclésiastique, t.xix, 1923. p. 481-506; t. xx. 1921. p. 5-37; A. Donini, Ippolito dl Roma, Home, 1925. G. Baud y. MONCADA Y 2210 BELLUQA (Loul.-Antoln# de) évêque de Murcie, puis cardinal de curie (16621713). — Né à Motril (Andalousie), le 30 nov. 1662, de la très illustre famille des Moncada, l'une des plus considérées d'Espagne, Il fit scs premières études de philosophie et de théologie d'abord à Grenade, puis à Séville, où il prit le bonnet de docteur en 1686; cha­ noine de Zamora en 1687, puis de Cordoue, en 1689, Il s’était fait remarquer par sa piété cl son zèle, el avait fondé dans cette dernière ville un oratoire de saint Philippe de Néri. Nommé par Philippe V, en 17Œ1, à l'évêché de Carthagêne-Murcie, il en prit possession en mars 1705, ct soutint ardemment la cause de Philippe V, non seulement par la plume, mais par l’action militaire; aussi fut-il nommé par le sou­ verain vice-roi de Valence ct capitaine général des troupes de Murcie en 1706. Après la paix H sc consacra avec beaucoup de dévouement au bien spirituel ct temporel de scs diocésains. Créé cardinal par Clé­ ment XI le 21 nov. 1719, il sc démit de son évêché en 172f,ct vint séjourner définitivement à Rome ou il mourut le 22 février 1743. Il laissait la réputation d'un homme savant, d'un zélé défenseur des droits de l’Eglise ct du Saint-Siège. On trouvera, dans Moréri et dans Richard ct Giraud, une liste très complète de ses travaux latins ou espa­ gnols tant imprimés que manuscrits. Retenons seule­ ment, comme Intéressant directement la théologie : Disertacion dogmatica por las deiechos de la santa Sede apostolica è immunidad ecclesiasticas; Memorial ά la sanlilad de Inocencion XIII, de felix recordation, para obtenir la bulla Apostoli ci ministerii sobre la disci­ plina ecclesiastica; Memorial sobre la declaration del misterio de la conception de Maria; Epistola dogma­ tica ad Armenos, Jacobitas, Coptos et alios schisma­ ticos; Approbatio et elucidatio tractatus De vita abscondita em. card. Cienfuegos (cf. id, t.n, col. 2512). Bien plus alléchants sont les titres des ouvrages laissés en ms. qui roulent sur la défense des droits du SaintSiège, l’infaillibilité personnelle du pape, l'authenti­ cité des décrétales pontificales antérieures à saint Sirice, le nombre des prédestinés, etc. Moréri. le grand Dictionnaire, édIL, de 1759. t. vn, p. 620 sq.; lUchnrd ct Girnud, lilbliothéque sacrée, t. xvn, p. 138-144; ccs deux répertoires utilisent le mime docu­ ment; Hurter, Xomenclator, 3· édit., t. iv, col. 1616. note. É. Amann. 1. MONELIA (Antoine de), frère mineur de l’observance, ainsi appelé de la petite ville de Moncglia (Ligurie), sa patrie, vivait au début du xvi· siècle. I.e cardinal Bona le cite comme un des grands écrivains spirituels;il a laissé en cfTclun volumineux traité, inti­ tulé : Sursum corda, qui sc donne comme un commen­ taire de la Théologie mystique du pscudo-Aréopagitc ; deux parties, 1.1. Directorium inflammandi mentem in abyssum divini luminis per sacrarum Scripturarum sensus reseratos ct ad unguem materix applicatos, in-4·, Bologne, 1522; t. n, Trophxum Isracliticum triregium myst cam vitiorum stragem significans, ln-1% Bologne, 15-9. Des sermones de mortuis sont demeurés inédits. J. Bona. Vhi compendii ad Deum, c. iv, dans Opéra, Anvers, 1691. p. 68, écrit de lui ; Anloniu* Monella O. M., vir magnus inter mysticos, sed fere incognitus; Jcan-dcSalnt-Aiitoine, Biblioth. uniu. francise., t. i, p. 119; Sbarnlca. Supplementum ad scriptores O. S. l·'., p. 81; Hurter, Xomenclator, 3· édit., t. n, col. 1359. 1 ‘ Av \xn. 2. MONELIA (Antolno de), frère mineur, xvi· siècle. — Monelianus est le surnom d’Antoine Paglietl ino, (Palielinus) natif lui aussi de Moneglia. D’abord procureur générai de l’ordre en cour de Rome, comme le dit Paul Brltius, Scraphica subalpirur 22 J 1 MONELIA ANTOINE — MONETA DE CRÉMONE provincia- monumenta, Turin, 1617, p. 281, il fut nommé par saint Pie V évêque de Brugnato (province ccclés. de Gênes) en 1570; c’est là qu’il mourut en 1578, d’après Gains, Series episcoporum. Il a laissé : Methodus et grammatica speculativa V. Docloris sub­ tilis, ίη-8·, Paris, IGO I. Jean-dr-Saint-Antolnc, Bibliotheca unie. francise,, I. i, p. 97; Sbarnha, Supplementum, p. 87. É. Amann. MONETA DE CRÉMONE, ou SIMOΝΕΤΑ selon certains chroniqueurs, frère prêcheur italien (xin· siècle). Moneta avait d’abord été maître ès arts à l’univer­ sité de Bologne, ct avait nequis une grande renommée. Il s’occupait fort peu de questions religieuses lors­ qu’un sermon de Béginald d’Orléans, dominicain qui établissait à Bologne l'ordre nouvellement créé des prêcheurs, opéra sa conversion. Tel est du moins le récit du pieux chroniqueur des Vitœ fratrum. C'était le Jour de la fête de saint Étienne, ct comme Béginald d’Orléans n’a été présent à Bologne le jour de cette fête qu'en 1218, ce serait peu après cette anncc-là que Moneta aurait pris l'habit de saint Dominique. Moneta remplit alors les fonctions d'inquisiteur dans le Mila­ nais et les contrées adjacentes. Il poursuivit albigeois ct vaudois avec une énergie dont témoigne l’anec­ dote, peut-être légendaire, selon laquelle il alla arrêter, crucifix en main et suivi d’une petite troupe, son ennemi le cathare Peraldi qui l’attendait en embus­ cade. Moneta aurait eu des relations d'amitié avec le fondateur de son ordre, et c'est dans sa cellule et même dans une tunique prêtée par lui que mourut saint Dominique de passage au couvent de Bologne en 1221. Moneta aurait ensuite séjourné au couvent de Crémone en 1228, puis au couvent de Manloue en 1233. On raconte qu'il devint aveugle à force de lire des manuscrits et de pleurer ses péchés de jeunesse. En tout cas il vivait encore assez tard vers le milieu du mu· siècle comme l’attestent certains passages de sa Somme contre les cathares une allusion à la naissance du Christ date cet ouvrage de 1211 (éd. Bicchini, p. 215); il fait remonter à » quatre-vingts et quelques années ■ la prédication de Pierre Valdo qui est de 1160. Ibid., p. 102. I n manuscrit de Palma de la fin du xirr siècle date l’ouvrage de 1211. En 1213, le maître en décrets, Jean de Dieu, qui dédie son traité De dispensationibus aux religieux mendiants de l’uni­ versité de Bologne, nomme dans cette dédicace Maître Moneta, O. P., docteur en théologie, demeu­ rant h Bologne ». Moneta est seul ainsi désigné nom­ mément. ce qui donne à supposer qu’à cette date tar­ dive il conservait son ancien prestige universitaire. Cf. J. F. von Schulte, Die Geschichtc der Qudlen und Literatur des canonischen Hechts, t. i, p. 66-97. Moneta aurait composé, sans doute au temps où il était encore maître ès arts, un Compendium logions propter minus eruditos ct, peut-être comme domini­ cain, une problématique Summa casuum conscientia·. Mais il est surtout connu par sa Somme contre les cathares, où il se nomme, ouvrage demeuré longtemps manuscrit en diverses bibliothèques d’Italie, au Vati­ can, h Bologne et à Naples, enfin édité avec préface, annotations ct biographie Intéressante, en 1713, par Thomas Augustin Bicchini, O. P., prieur du couvent de Crémone, théologien de la Casanate et plus tard maître du Sacré-Palais, sous ce titre : Venerabilis Patris Moneltv Cremonensis, O. P., S. P. Dominico •tqualis advenus catharos et Valdenses libri quinque, xlviiî-568 p., In-folio, Borne. L’écrit de Moneta répartit donc en cinq livres toute la matière de l’hérésie : 1· Dieu et le diable, le monde, les anges, l’homme, prophéties ct miracles; Je tout selon la doctrine du dualisme absolu; 2· mêmes 2212 questions selon un dualisme hérétique plus atténué; 3· le Christ ct l'Antéchrist, saint Jean-Baptiste, la sainte Vierge, le Saint-Esprit; 4· les sacrements, les fins dernières; 5- l’Églisc, su structure, sa morale. Moneta, avait été un inquisiteur habile et redouté qu’on avait surnommé < le marteau des hérétiques ». C’est dans l’exercice de ses fonctions qu'il prit son expérience et sa connaissance des hérésies dont il traite. Il explique aussi qu’il les a étudiées dans les ouvrages des docteurs hétérodoxes. Édit. Bicchini, p. 2, 42, 91. La valeur de son ouvrage est faite de celle de son esprit, exact et précis. Il a compris la nécessité de répondre par des arguments différents aux catha­ res les plus intransigeants dont le dualisme constitue un manichéisme absolu et à ceux dont le dualisme est mitigé. Ibid., p. 5. il ne tombe pourtant pas dans les inutilités de l'érudition de détail et a le mérite de réduire, des le début de son traité, les différentes sectes à deux grandes classes. Balnier Sacchoni, qui donne tant de menus renseignements sur les particu­ larités de chaque secte, finit par aboutir exactement ά celte même constatation. Cf. Martènc et Durand, Thesaurus novus anted., L. v, col. 1759-1776. A propos d'une question délicate comme celle de l’origine des cathares, nous voyons encore combien Moneta est à la fois prudent, judicieux cl bien informé. 11 ne raconte point ce qu'il ne sait pas, c'est-à-dire la pré­ histoire de la secte, cl sait se borner à donner, en une page très pleine, les diverses parentés nncicnnnes de la pensée cathare : pythagorisme, juiverie saducécnne, manichéisme, théories de Tatien, gnose Valen­ tinienne. Bicchini, p. 111. Or il se trouve que nous ne connaissons par ailleurs aucune source directe d'origine cathare de l’albigéismc, si ce n’est une ver­ sion du Nouveau Testament et un fragment de rituel La plupart des autres documents d'origine catholique laissent aussi beaucoup à désirer. L’écrit qu’on met sous le nom d’Alain de Lille est mal informé ct par exemple il distingue, contrairement aux autres témoi­ gnages, les parfaits cathares des consoles cathares. Ecbert de Schônaugen est trop emporté cl trop Mo­ lent pour être une source utilisable sans discernement. Les documents inquisitoriaux, même ceux, relative­ ment si complets, du milieu du xin· siècle, sont néccssairemenl partiels et ne peuvent qu’ignorer l’ensem­ ble de la philosophie religieuse des hérétiques. Ermcngaud est écourté ct Bonaccorsl plus encore. Evrard de Béthune, Luc de Tuy, la Somme des autorités publiée par Mgr Douais demeurent trop souvent vagues. Étienne de Bourbon est trop ami del’anccdotcet quel­ que peu fabuliste. Balnier Sacchoni vaut mieux, mais sa Somme, que corrobore celle de Moneta, est loin d'avoir l’ampleur de l’ouvrage monumental de ce dernier. Lorsque Moneta sc rencontre avec une autre source sérieuse il s’y montre conforme. Ainsi en est-il pour l'exposé de la cosmogonie cathare, p. 3, du dualisme, de Dieu et du diable, p. 13, de la doctrine cathare sur saint Jean-Baptiste, p. 225-230, sur la sainte Vierge, p. 230-235, sur le Christ, p. 232,210-248, 380-382. sur l’épiscopal ct ses diacres, p. 278, sur les cérémonies du Consolamentum, p. 278, sur les sacre­ ments, p. 286-309, sur la simplicité du culte ct la prohibition des images, p. 151-161. En outre, pour tout ce qu’il a de personnel, Moneta est très bien informé. Si deux théologiens cathares, Didier et Tclry, le premier dualiste mitigé, p. 218, 3*17-357, le second dualiste absolu, p. 71, 79, sont connus, c'est par l’intermédiaire du seul Moneta qui cite ces sources. A vrai dire, bien que le litre complet de son ouvrage fasse croire qu'il s’occupe des Vaudois autant que des Albigeois, Moneta néglige un peu l’hérésie de Pierre Valdo. Ce qu'il en dit cependant est exact, cl fi a su discerner les motifs pour lesquels les Pauvres de 2213 MONETA DE CREMONE Lyon ont quitté l’Églisc, d'abord simple schisme par scandale de faibles, puis hérésie, en somme différend bien moins sérieux que celui qui séparait de l’ortho. doxlc les cathares proprement dits, p. 401-111. .Mais pour ce qui concerne ccl albigélsme, Moneta donne les détails les plus circonstanciés. 11 s’est préoc­ cupé de savoir si les cathares avaient une métaphy­ sique de l'être assez poussée, pour tenter d’expliquer comment l’in finie perfection de l’être peut sc réaliser dans le cas de l’existence de deux principes divins opposés. Son enquête aboutit à un résultat négatif, p. 9. Son étudeBsur les thèses cathares au sujet de la Trinité nous apporte de précieux renseignements, p. 4, 6, 36 : les hérétiques admettaient l’existence des trois personnes, mais formulaient toutes sortes de théories à leur propos, en particulier sur ce qui concerne le Saint-Esprit, p. 3, 4, G. Moneta nous apprend que, pour les cathares, l’Églisc a perdu progressivement son caractère sacré â partir du pape saint Sylvestre, parce qu’elle a admis la recherche des biens temporels, p. 412. L’angélologlc cathare est exposée par Moneta, jusque dans scs raffinements, en particulier en ce qui concerne le rôle capital du démon, p. 3, 5, 185, 199, 218. Selon cet auteur, les cathares admettaient que l’homme possède outre l’âme ct le corps un troisième clément constitutif distinct : l'esprit qui peut quitter l’âme sensible ct est le siège de la vie spécifiquement intellectuelle ct morale. Seules quelques pièces de l’inquisition font des allusions, certaines mais voilées, ù cette croyance dont nous ignorerions tout sans Moneta, p. 4, 105. Cf. Brocckx, Le catharisme, p. 75, 76. Moneta indique aussi, en se fondant sur le témoi­ gnage de l'hérétique Didier, que les cathares avaient étudié le problème moral de la lutte entre la chair ct l’esprit. Ils l’expliquaient par le déterminisme qui régit le corps humain, p. 346, 348. D’une manière générale, Moneta a su dégager l'importance du déter­ minisme dans toute la théologie des dualistes absolus. 11 est d’ailleurs le seul â montrer le rôle important de cette doctrine philosophique dans l’élaboration du dogme albigeois, p. 5, 6, 63, 489-196. Selon les catha­ res, une cause agit par elle-même, ou toujours bien, ou toujours mal ct ne peut être simultanément cause possible et libre â la fois du bien ct du mal. Dès lors, il fallait un premier principe ct des principes secon­ daires pour le bien, un premier principe cl des prin­ cipes secondaires pour le mal. D’où il suit que, ni Dieu, ni les circonstances de la création, ni l’homme, ni les circonstances de son salut ne sont libres. Moneta insiste très justement, p. 44-57, sur ce dogme fondamental des cathares les plus absolus : selon eux toutes les âmes sc sauvent nécessairement et leurs épreuves, voire leurs transmigrations, ne sont que des épisodes, des purifications destinées à aboutir à un succès assuré. Par ccttc étude ct la réfutation très détaillée qui la suit, Moneta montre ainsi dans l’albigéismc, où l’on volt volontiers si grande la part du mal, un optimisme absolument prépondérant et même excessif. A propos de l'emploi fait par les hérétiques des textes scripturaires, le témoignage de Moneta est également d’une Importance capitale. Encore ne fautil pas faire dire â ccl auteur ce qu’il ne dit point, et E. Brocckx, op. cit., p. 39, exagère lorsqu’il dit quo pour les albigeois la liberté d'interprétation des Écri­ tures est une manière de dogme, en sc référant â un texte de Moneta, qui semble seulement arguer des illo­ gismes ct peut-être de la mauvaise foi de certains polé­ mistes de l'hérésie, p. 6. Par contre, tandis que la plupart des traités contre les cathares négligent de mentionner les autorités scripturaires sur lesquelles les hérétiques appuyaient leurs prétentions, Moneta est toujours extrêmement complet sur ce point. Il met ainsi en évidence le caractère malgré tout chréDICT. DE TIIÉOU CATHOU 2214 lien ct hérétique des albigeois, dont on a trop ten­ dance de nos jours à faire les adeptes d'une religion n'ayant plus rien de commun avec la religion du Christ. Par exemple, Moneta a le mérite de préciser très clairement sur quels textes de l'Écrilurc les cathares fondaient leur réprobation générale du mariage. Il s'agissait du conseil évangélique de chasteté donné par le Christ ct par saint Paul, p. 315-320. Moneta est d'autant plus à croire là-dessus que les nuances d’opinion qu’il relève chez les cathares â propos de cette réprobation du mariage, p. 336, sont conformes aux autres témoignages indépendants de lui. Il rapporte aussi tout un folklore biblique des albigeois dont nous ne connaissons par ailleurs que des fragments; sur le canon proprement dit de la bible cathare, il est aussi plus explicite qu'aucun autre, p. 3, 6, 218. Les catha­ res rejetaient en grande partie l’Anden Testament et avaient la plus grande vénération pour le Nouveau. Moneta habilement leur explique que le Nouveau Testament proclame la sainteté de l’Anden, la justice de Moïse, d’Abraham ct des autres patriarches : le Christ dédare lui-même qu'il n'est pas venu abroger la loi ancienne, mais la parfaire ct l'accomplir, p. 166. Moneta apprend à ce sujet que les albigeois soute­ naient que l'inspiration de l’Anden Testament est double, certains passages étant inspirés directement de Dieu et les autres directement du diable, p. 146, 158, 180. Pour expliquer l'existence de deux dieux, l’un bon ct miséricordieux, l'autre mauvais et impla­ cable, inspirateurs, par fragments, de l’Anden Testa­ ment, les cathares avaient même bâti toute une exé­ gèse. Tantôt Dieu dit : « Ole les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est un lieu saint. > Tantôt l’autre personnage divin dit au contraire : « Vous aurez des sandales aux pieds. » Moneta excelle à montrer l’enchaînement de la dog­ matique cathare. On sait communément qu’il exista des couvents chez ces hérétiques. Mais Moneta expli­ que l’importance de cette vio de communauté pour des gens scion qui l’homme, s’il ne doit pas se marier, du moins ne doit jamais vivre en isolé, p. 278. Au reste, Moneta déploie la même habileté à montrer les illo­ gismes de ccttc dogmatique albigeoise. Sans négliger de préciser 1’horrcur connue des albigeois pour tout homicide, ct d’apporter à ce sujet des exemples cir­ constanciés du pacifisme cathare en matière de guerre ct des doléances cathares, contre la conduite jugée guerrière de l’Églisc romaine, p. 436, 513, 523-537, il dénonce le faux raisonnement par lequel ccs héré­ tiques s’adjugeaient néanmoins le droit de mettre â mort les chrétiens orthodoxes soit par ruse, soit par violence, p. 157, 171. Voici là-dessus la thèse de l’un d’eux Guillaume Bellbaste : · Le Fils de Dieu a dit qu’il faut arracher l’ivraie; or les faux croyants sont l'ivraie; donc il faut les tuer. » Résumons, avec E. Brocckx, qui a su voir l’impor­ tance de Moneta comme source de la théologie cathare : < Comparez l’écrit de Moneta aux autres sommes, vous n'en trouverez pas qui puisse soutenir la comparaison avec avantage, tant pour le fond que pour la forme. Nous n’avons pas ici une brève description, une simple mention du dogme cathare accompagnée d’une réfuta­ tion sommaire, mais l’exposé méthodique de toutes les doctrines ct de leur importance dans le système..· L’ouvrage de Moneta de Crémone est le plus Impor­ tant de ceux que les catholiques ont dirigés contre la secte cathare... C’est un arsenal qui a fourni aux inquisiteurs les armes les plus précieuses ct les plus perfectionnées, dans la guerre contre les doctrines cathares. » Op. cil., p. 229, 231. Après avoir ainsi été précieux jadis aux polémistes, aux convertisseurs, aux inquisiteurs, il fournit maintenant aux historiens leur I meilleure ressource pour étudier l’hérésie albigeoise. X. — 70 2215 MONETA DE CRÉMONE — MONOPHYSISME 22 IG Moneta n'est pas seulement un compilateur de textes bibliques; il raisonne dans son livre avec cette maestria qui fit dc lui, dans sa jeunesse, la gloire de l'université de Bologne. Il excelle à reprendre un texte allégué par l’adversaire, ά le disséquer, à cn dégager une alternative dc deux contraires possibles où l’adversaire est bien obligé de choisir, dans l’un et l’autre cas. contre sa thèse. Moneta présente même quelque intérêt pour l’histoire de la philosophie chré­ tienne. Ainsi il développe, sur l’éternité du monde ct les conditions de sa création par Dieu, un véritable traité, p. 477-506, où il tient compte très philosophi­ quement dc l’opinion d'Aristote, où il pèse la valeur des arguments du philosophe grec, hasarde des conjec­ tures sur la portée que celui-ci pouvait donner dans son esprit à dc telles sortes de preuves ct montre comment, cn une telle matière, le théologien chrétien doit avoir le pas sur le philosophe païen. Il y a même dans le cinquième livre de la Somme de Moneta toute l’amorce d'une théologie dc l’Églisc suggérée par les négations vaudoiscs ct albigeoises, ct qu’il serait inté­ ressant d'étudier. Sur l’état des mœurs ecclésiastiques dc son temps, Moneta peut encore fournir quelques renseignements, p. 431, 436. Philippe n’a été chrétien. Nommé en 1741 professeur ù l’université de Pise, Monlglia y continua sur la jeu­ nesse d’action qu'il avait eue dans son couvent de Florence; des réunions privées où il conviait les meil­ leurs de ses élèves et où sc débattaient les questions du jour, sortirent divers travaux qui eurent leur valeur: Dissertazione contra i /a ta listi, 2 vol, ln-8·, Lacques, 1744, où sont examinées les théories de Locke, Leib­ niz, Collins, Hobbes et Spinoza; Dissertazione contra i materialist! c altri increduli, 2 vol. ln-8·, Pudouc,1750; Osservazioni critico-fllososofiche contra i materialbti divise in due traitait, ln-8·, Lucques, 1760; La mente urnana spirito immortale non materia pensante, 2 vol, in-8·, Padouc, 1766. Fabroni dit qu'il préparait aussi un grand travail sur les anciennes villes de Toscane, et qu'il avait beaucoup écrit sur la propagation du christianisme aux Indes et le décret du cardinal de Tournon, Monlglia mourut Λ Pise le 15 février 1767. A. Fnbronlus, V’H.x· Italorum doctrina excellentium qui sire, XVII el XVI11 paruerunt. Pise, 1785, t. xi, p. HI169; de celte notice dérivent celles de Michaud, Hoefer, et Hurter. Nomenclator, 3· édit., t. να, col. 64-66. É. Amann. MONISME, voir Matérialisme et Monisme, col. 315 sq. Broeckx, Zx- catharisme, 1916; Quêtif-Echard, Scriplore* Ordini* praedicatorum, t. r, p. 123; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. n, col. 267; Mortier, Histoire des maîtres géné­ raux de ΓOrdre des Frères prêcheurs, 1.1, p. 99, 132,159, 179, 201, 202; Préface do l’édition Rncchini; Willanucva, Viaje llterario, t. xxî, p. 206. M.-M. Gorce. MONIGLIA ou MONELIA Thomas-Vin­ cent, Frère prêcheur italien (1686-1767). — Né ù Flo­ rence le 18 août 1686, de l’illustre famille des Monella, il fit ses premières éludes ά Plsc, où professait son oncle, célèbre médecin; entré à seize ans dans l'ordre dc saint Dominique au couvent dc Saint-Marc à Florence, il donna dès l’abord les plus belles espérances qu’il faillit tromper. Ébloui par les suggestions dc l’ambassadeur britannique Newton, il s’enfuit subrep­ ticement cn Angleterre où il passa trois ans. S’il n'y trouva pas la situation brillante qu’on lui avait fait entrevoir, du moins y fut-il cn contact avec les idées nouvelles ct la philosophie régnante, cl cette connais­ sance lui sera précieuse plus tard. L'intervention du grand-duc d'Élrurie, Cosme III, lui facilita la rentrée en Italie cl la réconciliation avec l’ordre; il fut entendu que l'on oublierait complètement ses frasques dc jeu­ nesse. Monlglia était d'ailleurs un sujet brillant, ayant du goût pour les disciplines les plus diverses, sauf peut-être pour la scolastique; on ne tarda pas ù le donner comme adjoint à Minorclli, préfet de la bibliothèque casanatc à Rome. Ainsi fut-il amené aux travaux d’érudition; d’ordre dc scs supérieurs, il com­ posait d'abord une dissertai ion De origine sacrarum precum rosarii B. Μ. V., Rome. 1725, où il essayait dc défendre, contre les attaques des Bollandlstcs, la tradition dominicaine sur l’origine du rosaire. Peu après il était renvoyé ù son premier couvent dc Saint-Marc à Florence, pour y professer la théologie; Il y exerça une très heureuse influence, s'efforçant dc foire sortir l’enseignement théologique de la forme purement scolastique et verbale qu'il gardait cn Italie, Insistant sur le nécessité d’initier les Jeunes étudiants â l’histoire, ù la patrologle, à la philosophie naturelle et aux modernes découvertes. On peut avoir quelque Idée dc son enseignement par l’ouvrage sui­ vant : Dissertationes duæ de annis Jesu Christi et de religione utri usque Philippi August., in-4®, Rome, 1741; il fixe la date de la naissance du Christ à l’an 5 avant notre ère, son baptême à l’an 28 dc notre ère, sa mort à l’an 30; la seconde dissertation entend prouver que ni l’un ni l’autre des deux empereurs MONNIER Hilarion (1616-1707), né à Toulouse en 1646, prit l'habit de saint Benoît à Besançon; il enseigna la philosophie ct la théologie à l'abbaye de Sainl-Mihiel; puis il vint ù Paris en 1677 et il sella d'amité avec Mabillon, Nicole ct Duguet. Après la révo­ cation dc l'Édit dc Nantes, il fut envoyé ù Metz (1686) pour y prêcher. En 1706, il fut nommé prieur de Morey, ct il mourut le 17 mai 1707. Monnier publia : Éclaircissements des droits de h Congrégation de Saint-Vanne sur les monastères qu’elle possède cn Franche-Comté, in-4°, 1688. — Sept Lettre! contenant la réfumion du système de Nicole sur la grâce; elles furent publiées par Duguet ù qui elles sont adres­ sées, dans un recueil Intitulé : Réflexions sur le traité de la grâce générale, in-12, s. L, 1716. L’auteur déclare qu'il faut suivre saint Augustin, or Nicole s'éloigne dc cc docteur ct pour le fond ct pour les formules qu’il emploie. Il faut ajouter encore deux Lettres à Mabillon sur les études monastiques, publiées dans les Œuvres posthumes de Mabillon, t. i, p. 413, sq. Voir aussi ù la Bibliothèque nationale, ms.fr. 17 6S0. — Lettre à un docteur dc Sorbonne sur la vocation religieuse. La Bibliothèque nationale, nouvelles acquisitions fr. 1039, possède un manuscrit des Recherches sur l’abbaye dc Bcaumc-lcs-Mcssicttrs. Enfin A. Vacant parait avoir démontré que dom Monnier est l’au­ teur du fameux Problème ecclésiastique de 1698. Michaud, Biographie universelle, t. χχνιιι, p. 638; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xxxv, col. 1026; Quérard. La France littéraire, t. vi, p. 213; dom Calmct, Bibliothèque lorraine, In-foL, Nancs, 1751, col. 667-670; nbbé Monnier, Abrégé de la vie de dom Hilarion Monnier, In-12, DÔIe, 1786; Histoire de la Congrégation dc Saint-Vanne ; A. Vacant, Ren­ seignements inédits sur l'auteur du problème eccléiiastlqw, publiés en 169.8 contre M. dc Nonlllcs, archevêque de Paris. in-8®, Paris ct Lyon, 1890, p. 33-50, ou dans la Revue du sciences ecclésiastiques, 1890, t. ixn, p. 131-150. J. (Àiuu.viu: MONOPHYSISME. -I. Préliminaires. II. Le monophysisme sévérlen(col, 2219), III. Le monophy­ sisme sévérlen cl les Églises monophyslles (col. 2228). IV. Le théopaschitlsme (col, 2237). V. Les socles issues du monophysisme sévérlen et le monophysisme trinltaire (col. 2211). \ I. Le monophysisme orthodoxe (col. 2219). I. Préliminaires. —· Nous n’avons pns à définir ici le monophysisme. Gette définition a été donnée avec toutes les précisions désirables ù l’article Etm· CHIANISME LT Monopiiysisme de ce DictiontMtit, 2217 MONOPHYSISME l. v, col. 1595 sq,, où l’on îi établi (pic monophysisme ct eutychianisme n’ctaicnt pas, contrairement à une opinion assez courante, des termes synonymes, mais qu’il y avait entre eux In différence du genre cl de l'espèce. L'eutychianismc est une espèce du mono­ physisme, la forme la plus radicale, celle qui mérite vraiment le nom dc monophysisme cl que nous avons appelée le monophysisme r/r/. Nous n’avons pas à en parler ici. puisqu’il n été longuement décrit sous scs diverses formes à l'iirtlclc cité. A côté dc l'eutychianismc, il y a le monophysisme verbal, qui lient tout entier dans h s formules. Le monophysisme verbal est une manière particulière d’exprimer le dogme de l'incarnation, Il est basé sur la signification spéciale attribuée au mot φύσις. d’abord par Apollinaire, Théodore de Mopsueste cl Nistorius, puis par saint Cyrille d'Alexandrie pour les réfuter. Φύσις, d'après ces auteurs, ne signi lie pas simplement la nature individuelle prise comme telle, abstraction faite de son suppôt ou de sa subsistence — Il n’est pas encore question, à celte époque, quand il s’agit dc l’incarnation, dc la nature abstraite d uni­ verselle commune à plusieurs individus—; cc terme désigne la nature concrète ct subsistant cn elle-même d'une existence séparée ct indépendante. C'est dire que φύσις. dans ce sens, est un parfait synonyme (Γύπόστασις cl de ττρόσωττον : c’est une nature qui est cn meme temps une personne, une nature-personne. Quiconque fait sienne celte terminologie ne peut reconnaître, s'il veut être orthodoxe, qu’une seule φύσις dans le Verbe incarné, non seulement avant l'union de la divinité ct de l'humanité, mais aussi après leur union, puisque, aux termes du dogme, il n'y n dans le Christ qu'une seule personne, la personne du Verbe éternellement subsistante, qui a étendu à la nature humaine individuelle, concrete ct complète à laquelle il s'est uni. sa subsistence propre, ct la sup­ porte dans l'être. Cc point de vue une fois adopté amène d’autres formules. Le théologien monophysilc, l’œil toujours fixé sur la personne ou φύσις du Verbe, exprime tout en fonction dc la personne. I) ne nie pas l’existence réelle dc la nature humaine prise par le Verbe ; il ne lui enlève rien de ce qui la constitue ; il la maintient intègre ct sans mélange dans l’union: à plus forte raison ne veut-il porter aucune atteinte â l’immutabilité du Verbe. Mais il voit continuellement cette nature sous la dépendance du Verbe, qui l’a faite sienne, qui la meut à son gré, qui agit en elle et par elle d’une manière humaine, comme il agit d’une manière divine dans sa nature divine. Cette concep­ tion n'a cn soi rien d’hétérodoxe. Cette terminologie ainsi expliquée perd tout relent d’eutychianisme. Elle est d’une efficacité souveraine pour maintenir l’unité véritable du Christ et dissiper l’équivoque qui sc cachait sous unique prosfipon nestorien, cou­ vrant de son ombre deux personnes véritables : celle du Verbe et celle du fils de Marie. C’est pour cela que saint Cyrille, dans sa lutte contre Nestoriiis l’avait adoptée; c'est pour cela (pi’il avait fait sienne la fameuse formule, (lui est l’enseigne du monophy­ sisme verbal : Μία φύσις του Θεού Λόγου σεσαρκωμένη; formule dont l’origine sans doute était suspecte ct vraiment monophysitc, forgée qu’elle avait été par les apolllnnristi s, mais que l’évêque d'Alexandrie crut de bonne fol être de son prédécesseur, saint Athanasc, et dont il tira un merveilleux parti pour démasquer l’hérésie. Cette terminologie cependant présentait, à d’autres points de vue, de sérieux inconvénients. SI vile frap­ pait nu cœur le nestorianisme, elle pouvait abriter toutes les formes du monophysisme réel et héré­ tique. Elle rompait l’harmonie ct la continuité du langage théologique déjà reçu, non seulement cn Occi­ 2218 dent mais aussi cn Orient. Φύσις, dans la théologie trlnlüdre, avait pris un sens bien précis, distinct du sens des mots ύκόστασις cl πρόσωπο·/. Il était anor­ mal dc faire dire nature à φύσις dans la θεολογία, et dc lui faire dire personne ct hypostase dans Ι'οΙκονομία. Dc plus, û force dc considérer toujours en Jésus le Dieu, n'y avait-il pas danger de laisser cn lui l’homme dans l'ombre ? Ce regard exclusif sur Dieu le Verbe, tenant sous son emprise toute-puissante la nature humaine, pouvait, à la longue, amener à considérer cette nature comme un pur automate dépourvu dc spon­ tanéité, de liberté ct d’activité vraiment humaines. L'histoire a montré que cc danger n'était pas illusoire. C'est pour ccs raisons que le mode de parler mono­ physitc n'a pas eu, finalement, les préférences de ('Eglise. A Chalcédoinc, elle cn a canonisé un autre; elle a adopté un langage franchement dyophysite, tout en prenant les précautions nécessaires pour écarter l'erreur opposée. Au demeurant, elle n’a pas condamné le parler de saint Cyrille, dont les formules sont reve­ nues dans les canons du cinquième concile œcumé­ nique ; mais elle n’a pas usé dc celles-ci d'une manière exclusive, suivant en cela l’exemple du saint docteur lui-mtme. Il y a un monophysisme verbal ortho dose qui, employé modérément ct conjoint» ment avec la terminologie dyophysite, n été reconnu légitime ct aurait pu. a un moment donné, ramener au giron de l’Églisc catholique les adversaires du concile de Chalcédoinc. si l’esprit dc schisme avec son entête­ ment habituel n’eût déjà prévalu parmi eux et ne leur eût fermé les voies du retour. Dc cc refus de reconnaître comme légitime la ter­ minologie canonisée au concile de Chalcédoinc, cl dc cet attachement exclusi/ au parler monophysitc, est né le grand schisme monophysitc du v· siècle, schisme qui a persévéré à travers les siècles cl qui n’est pas encore éteint, puisque trois groupes < cclésiastiqurs orientaux importants : le groupe copte ct abyssin, le groupe syrien jacobilc ct le groupe arménien grégo­ rien, s’y tiennent encore. Nous parlor s dc schisme ct non d’hérésie, non que les premiers dissidents ct les sectes qui se réclament d’eux n’aient mérite ct ne méritent encore l’épithète d’hérétiques, mais parce que leur sécession fut duc avant tout nu refus d’obéir à la voix du pape ct du concile œcuménique, sur une question dc terminologie dogmatique, alors que, sur le point précis de l'union des deux natures dans l’uni­ que personne du Verbe, Ils conservaient —la plupart d’entre eux. du moins — une pensée orthodoxe, comme cn font fol leurs écrits ct la croyance des Églises monophysites Issues de leur rébellion. Dans ccs antichalcédonlens de la première heure nous avons des parti­ sans du monophysisme verbal, mais du monophysisme verbal exclusi/. Ce monophysisme verbal exclusif est devenu hétérodoxe parce qu'exclusi/. On lui a donné récemment le nom de monophysisme sevérien, à cause du théologien le plus illustre dc la secte. Sévère, pa­ triarche d’Antioche. C’est avant tout et principale­ ment de ce monophysisme verbal hétérodoxe ou mono· physisme sévtrien, que nous avons à parler dans cet article. Pour traiter la question dans toute son ampleur, il ne suffit pas d'examiner le monophysisme, tel qu’il se présente dans les écrits de Sévère d’Antioche et dans les théologiens qui l’ont précédé ou ont été scs contemporains: i) faut aussi cn suivre l’évolution dans les groupes ecclésiastiques Indépendants qui se sont constitués sous sa bannière, après des vicissitudes di­ verses : ii faut rechercher si les Églises monophysitvs sont restées fidèles à la doctrine des premiers chefs, ou si elles ont versé dans le monophysisme réel, dont Eutychès est le patron. Cette recherche ne portera que sur le point précis de la christologie, ct ne regnr- 2219 MONOPHYSISME SÉVÉRIEN dcra pas l'cnscmblc dc la doctrine des Églises monophysical sur les autres questions dogmatiques, dette dernière étude est faite dans cc Dictionnaire pour chaque groupe ecclésiastique particulier. Ont déjà paru les articles Akméniesne (Église), 1.i, col. 18881968; Ethiopie (Église d'), t. v, col. 922-969. L'Église syrienne Jacobite sera étudiée à Syrienne jacobite (Église). Il reste l'Église copte monophysite. Par une fortune étrange, cette étude n été renvoyée de Copte (Église) à Égypte (Église d*); d’ÉoYPTE à Jacobite (Église); enfin de Jacobite â Mono­ physite (Église copte). 11 nous faut en tin l’exécu­ ter sous ce dernier titre dans un article à part, qui suivra celui-ci et sera sur le modèle dc ceux (pii ont déjà été publiés sur les Églises séparées. Sur un point cependant nous nous écarterons dc nos devanciers : Nous ne toucherons que très sommairement à 17nstoire proprement dite dc l’Église copte, cc sujet regar­ dant le Dictionnaire d'histoire cl de géographie eccle­ siastiques, où a déjà paru une longue élude sur les divers groupes chrétiens d'Égypte, à l'article Alexan­ drie, t. n, col. 289-369; voir à partir de la col. 326, pour cc qui regarde l’histoire dc l’Églisc copte. Dans cet article, nous considérons donc le monophy­ sisme verbal sons cinq aspects différents : Le mono­ physisme sévérien; Le monophysisme sévérien ct les Églises monophysites; Le théopaschitisme; Les sectes Issues du monophysisme sévérien et le monophy­ sisme trinitaire; Le monophysisme orthodoxe. II. Le monophysisme sévérien. — Le monophy­ sisme sévérien, avons-nous dit, est le monophysisme verbal hétérodoxe. 11 est dit monophysisme verbal, parce qu’il rejette l’cutychianisme, c’est-à-dire le mélange dc la divinité ct de l’humanité, ou la disparition dc l’une ou dc l’autre dans le Christ après l’union, et qu’en disant une seule φύσις après l’union, il entend simplement affirmer l’unité dc sujet subsistant, de personne, dans le Christ sans nier la persistance de l’humanité en son intégrité Individuelle. Il est dit hétérodoxe ct hérétique, parce que scs partisans, 1. ont accusé dc nestorianisme le pape ct le concile œcumé­ nique dc Chalcédolnc; 2. parce qu’ils ont refusé dc Reconnaître comme légitime une terminologie christologique canonisée par l'Église, ct sc sont attachés exclusivement à la terminologie monophysite, devenue dangereuse ct équivoque après l’apparition dc l’eutychlanlsmc; 3. parce qu’ils ont employé certaines formules, expressions et comparaisons qui, prises dans toute leur rigueur et en dehors des explications qu’ils en donnaient, exprimaient l’hérésie ou la favorisaient. 1· Le monophysisme sévérien est un monophysisme verbal. — Le premier point : que les principaux chefs de la résistance au concile de Chalcédolnc, Dioscorc, Timothée Achirc, Pierre Monge, Pierre le Foulon, Philoxene dc Mnbboug, Sévère d’Antioche, .Jacques de Saroug, etc., n’ont pas enseigné l’cutychianisme, mais ont maintenu l’intégrité des deux natures du Christ après l’union, sans mélange ni confusion, a déjà été prouvé indirectement par voie d’autorité à l’ar­ ticle Eutycihanisme et monophysisme, où l’on peut lire les témoignages de Vigile dc Thapse, de Jean Maxcncc, du prêtre Timothée de Constantinople, de saint Jean Damascènc. Les paroles dc ce dernier sont particulièrement explicites. Il distingue nettement des eutychfanlstes ceux qu’il appelle les Égyptiens, dits également schismatiques ct monophysites, qui ont pris prétexte du concile de Chalcédolnc pour sc séparer de l’Églisc orthodoxe, ct sont orthodoxes sur tout le reste · ΑΙγύτττιοι, ol καί σχισματικοί καί μονοφυσϊται, οl προ φ άσεt του l·» Χαλχηίόνι συντάγματος εαυτούς άποσχίσαντες της όρθοίόςου ’Εκκλησίας... τά οέ άλλα πάντα ό?063οξο< ύπάρχοντες. De hares, lib., 83, P. G., t xav, col. 711. On ne saurait mieux caractériser 2220 l’attitude du groupe dc beaucoup le plus Important des antichalcédonlcns, dont Sévère a été le théolo­ gien principal. A côté de ces preuves d’autorité, qui ne sont pa» négligeables pour détruire le préjugé encore assez répandu identifiant cutychlanismc ct monophysisme, on peut établir une démonstration directe à l’aide dc multiples témoignages des grands théologiens mono­ physites, qui presque tous ont écrit contre Eutychès et ses disciples. Un petit nombre de textes empruntés à ces théologiens suffira à montrer que, sous une ter­ minologie périlleuse ct souvent équivoque, Ils gar­ daient une pensée orthodoxe sur l’union hypostatlque. 1. Dioscore. — Le théologien monophysite, le plus compromis avec l’cutychianisme, est certainement Dioscore, patriarche d’Alexandrie, qui, au Brigandage d’Éphèsc (119), avait reçu Eutychès à sa communion et devint le premier chef dc la réaction antichalcédonienne. Admettait-il cependant la doctrine désignée sous le nom d’eutychlanisme, négation dc la consubstan­ tialité du Christ avec nous, mélange ou confusion de l’humanité ct de la divinité après l’union? Le contraire est certain. En plein concile dc Chalcédolnc, pour sc justi lier d’introduire la confusion des natures par la formule μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρζωμένη, il s’écria : * Nous ne disons ni confusion, ni division, ni changement. Anathème à qui dit confusion, change­ ment et mélange! ούτε σύγχυσιν λέγομε5/, ούτε τομήν, ούτε τροπήν. ■ Mansi, Concit., t. vî, col. 676. Au sujet du même Dioscore, dans le même concile, Anatole fit la déclaration suivante sans soulever dc protestation : • Ce n’est pas à cause de la foi que Dioscorc n été déposé, mais parce qu’il a osé porter une sentence contre le pape Léon. » Ilardouln. Coll, concit., t. il, col. 119 A. Le patriarche déchu ne changea pas dc sentiment après Chalcédolnc. Du fond dc son exil, à Gangrcs, il écrivait à un certain Secundinus que le Christ est Dieu parfait et homme parfait. Il insistait surtout sur le point qu’avait nié Eutychès : la consubstantialité de Jésus avec nous, ct faisait de l’humanité du Sau­ veur cette description réaliste : « Saint Paul a dit: Il fallait qu'il fût en tout semblable à ses frères (Heb., n, 17) : Ces mots : en toute chose, n'excluent rien de notre nature : ils supposent les nerfs, les cheveux, les os, les artères, le ventre, le cœur, les reins, le foie, les poumons, ct pour le dire d’un mot, le corps animé du Sauveur, qui naquit de Marie, doué d’une âme intel­ ligente ct raisonnable, sans le concours dc l’homme, était constitué de tout ce que nous avons. «K. Ahrens et G. Kruger, Die sogennante Kirchengesehichle des Zacharias Rhetor, Leipzig. 1899, p. 7 Cf. J. Lebon, Le monophysisme sévérien, Louvain, 1909, p. 81-93, 203-201. SI Dioscore, disent les monophysites. recul Eutychès à sa communion au second concile d’Éphèsc, c’est parce que celui-ci présenta une profession de foi orthodoxe, ct qu’il dissimulait alors l’hérésie cachée dans son cœur. Voir à ce sujet un texte de Sévère cité par Lebon, op. cit., p. 191-192. 2. Timothée Aelure a la même théologie : · Nous croyons, dit-il, selon la tradition des Pères, que NotreSeigneur Jésus-Christ nous est consubstantiel par la chair... Il est devenu consubstantiel à Marie ct à nous par la chair, lui qui est consubstantiel au Père par la divinité. · Lebon, ibid., p. 201. La divinité du Verbe n’a subi aucune altération pnr le fait dc l’incar­ nation : Le Verbe est resté cc qu’il était... Il s’est incarné sans changement... il s’est fait homme en restant Dieu... l’incarnation s’est faite sans confu­ sion. · Ibid., p. 205. 21 I 3. L’orthodoxie christologique de Philoxènede Mabboug n’est pas moins évidente. D’après lui, le Verbe est devenu homme parfait quant à l’âme, au corps et à 2221 MONOPHYSISME SÉVÉRIEN l’esprit, pour renouveler tout l’homme... « Il s’est fait homme non pur changement ou conversion dc cc qu'il était en ce qu’il cet devenu, mais, comme renseigne Paul, en participant ii notre sang et à notre chair... Même dans son fieri (c’est-à-dire cri sc faisant homme), son é/re est resté sans changement... Le Verbe ne fut pas changé en la chair, quand il prit d’elle un corps, ct la chair ne fut pas convertie en la nature du Verbe, quand elle lui fui unie. Les natures n’ont pas été mélangées entre elles comme Peau et le vin, qui, par leur mélange, perdent leurs natures, ou comme les couleurs ct les médicaments qui, une fois mélangés entre eux. perdent chacun la détermination ct la qualité qu’ils possèdent par nature. » A. Vaschalde, Philoxeni Mabbugensis tractatus de Trinitate et Incar­ natione,dans le t. xxvii du Corpus scriptorum Christia­ norum orientalium de J.-13. Chabot, 1. Guidl, ParisBorne, 1907, p. 46, 33, 113. Voir d’autres textes du même réunis par Lebon, op. cit., p. 202,·206, 214. 4. Sévère d'Antioche. — Quant au prince des théo­ logiens monophysites, Sévère, innombrables sont les témoignages dc son orthodoxie christologique foncière tant dans scs écrits publiés que dans les inédits. Il enseigne très clairement que le Verbe n’a subi aucun changement dans l'incarnation ; qu’il est véritable­ ment devenu notre consubstantiel par l’humanité complète qu’il a prise dc la Vierge; que l’union s’est faite sans aucun mélange ni confusion, ni division. Cc seul texte d’une de scs professions dc foi suffira à nous convaincre que sa pensée était aux antipodes dc l'cutychianismc : « Celui qui était éternellement consubstan­ tiel à Celui qui l’engendre, c’est loi-même qui est descendu volontairement, ct est devenu consubstan­ tiel à sa mère. 11 est donc devenu homme, étant Dieu; il est devenu ce qu'il n’était pas, tout en restant sans changement cc qu’il était: car il n’a pas perdu sa divi­ nité dans son incarnation, et le corps n’a pas perdu la qualité tangible dc sa nature. Mais étant vrai Dieu, parfait en tout cc qui appartient à son être, il est des­ cendu et a pris un vrai corps du corps dc la Vierge, ct il n’a pas subi dc changement de ce qu’il était en devenant homme. » Texte cité et traduit du syriaque par Lebon, ibid., p. 206-207. 5. Les hénoticiens. — Nous arrêterons là cette énu­ mération cl ccs citations. On pourrait prouver dc la même manière l’orthodoxie de plusieurs autres mono­ physites dc marque, et en particulier dc ceux qui adhérèrent à VHénotiquc dc Zénon. Il est évident que ceux qui signèrent cette profession de foi n’étaient pas des cutychlcns. Plusieurs d’entre eux donnent si peu l’impression dc l’hérésie dans leurs écrits, qu’ils ont été honorés comme des saints par les catholiques, qui ignoraient leur véritable attitude à l’égard du concile dc Chalcédolnc : tels le Pseud o-Dcnys I'Areopagite ct Jacques dc Saroug. Ceux qui désirent une plus ample information, sur la christologie des théologiens monophysites de la première période, trouveront dans l’ouvrage de J. Lebon, déjà Indiqué,une ample mois­ son dc textes probants tirés pour la plupart dc manu­ scrits syriaques encore inédits. 2· Exégèse des formules du monophysisme sévérien.— L’orthodoxie chrislologiquc des principaux théolo­ giens monophysites de la première période (451-543) apparaît encore dans leur exégèse des termes, expres­ sions ct formules qui leur sont propres, ct qui, enten­ dus au sens ordinaire des mots, c’est-à-dire selon la terminologie chalcédonicnnc et dyophyslte. ne peu­ vent qu’exprimer l’cutychianisme ou i’apollinarlsme. Tout d’abord, comme nous l'avons déjà dit, ccs théologiens attribuent nu mol φύσις un sens iden­ tique aux termes ύπόστασις et πρόσωπον du langage chalcédonlen cl dyophyslte. Alors que, pour le concile dc Chalcédolnc cl les catholiques, le mot φύσις (en 2222 latin natura), désigne la nature, Individuelle sans doute ct complète en elle-même, mais abstraite de son suppôt ou personne, pour les monophysites 11 est un pariait synonyme de ύπόστασις, hypostase ou personne, ct meme dc πρόσωπον entendu au sens catholique (non au sens nesloricn). Il lignifie toujours, quand il s'agit de la théologie dc l’incarnation, la nature indi­ viduelle concrète ct subsistant en elle-même d’une existence indépendante, c’est-à-dire le sujet concret lui-même, la personne existant comme telle dans la réalité Quand iis veulent exprimer l’idée signifiée par la φύσις chalcédonicnnc ou la natura du tome de saint Léon, certains d’entre eux — pas tous — emploient le mot ουσία, essentia, ct ne font pas difficulté de reconnaître qu’après l'union Γούσία dc la divinité demeura distincte, sans mélange ni confusion, de I’ουσία dc l'humanité. Comme synonymes dc ούσία, ils emploient aussi les expressions cyrillicnncs : ποιότης φυσική, ύ λόγος του πώς είναι. C’est en particulier le cas dc Sévère dans sa controverse avec l’cutychien Ser­ gius le Grammairien. Le patriarche d’Antioche, qui dit avec tous les monophysites μία φύσις après l’union, ne consent pas à dire μία ούσία. Il confesse qu’après l'union, persévère entre l’humanité ct la divinité la différence en essence ou en qualité naturelle, διαφορά έν ούσία, h ποιότητι φυσική. Cf. Lebon, op.cit., p. 257, 433-441 Cette synonymie des termes φύσις, ύπόστασις, πρό­ σωπον dans la théologie monophysite de l’incarna­ tion est la clef dc tout leur formulaire christologiquc. On peut en établir l’existence par une série intermi­ nable dc citations. J. Lebon a fait cc travail dans son ouvrage, p. 242-280. Le lecteur peut s'y reporter. Qu'il nous suffise ici de donner un passage dc Sévère, qui déclare nettement que le mot φύσις n’a pas le même sens dans la théologie trinitaire ct dans la théo­ logie de l'incarnation. Quand il s’agit dc la Trinité, φύσις désigne la divinité ou la nature divine considérée comme abstraite ou séparée des trois personnes qui la possèdent : c'est alors l’équivalent de la φύσις du concile dc Chalcédolnc cl dc la natura des Latins. Au contraire, quand il s'agit du Christ, le mot φύσις garde toujours son sens concret : c’est l’individu subsistant, l’hypostasc, In personne même du Verbe revêtue dc la chair, c’est-à-dire de l’humanité. Sévère écrit donc : · Sans conteste possible Vhypostase ct l’ousû ou physis, quand il s’agit dc la théologie, ne sont pas la même chose; mais quand il s’agit dc l’éco­ nomie, clics sont identiques entre elles : Όμολογουμένως μέν ή ύπόστατις και ή ούσία ήτοι φύσις έπΐ τής θεολογίας ούκ £στι ταύτόν έπΐ μέντοι τής οίκονομίας ταύτόν άλλήλοις είσίν. P. G., t. lxxxvi, col. 1921. La synonymie des tenues φύσις, ύπόστασις, πρό­ σωπον, une fois reconnue, les formules chrlstologiques des monophysites sévériens sont d’une exé­ gèse facile. Passons en revue les principales : 1. La fameuse formule μία φύσις του Λόγου σεσαρκωμένη, traduite non par una natura Dei Verbi in­ carnata, mais 'una hypostasis vel persona Dei Verbi incarnata, ne présente plus aucune difficulté, mais est l'expression même de l’orthodoxie en langage mono­ physite. Dire : Deux hypostases du Verbe incarné ou incarnées serait une monstruosité théologique. C’est cette monstruosité que les polémistes nntlchalccdoniens ont prêtée non seulement aux nestoriens, mais aussi au concile de Chalcédolnc, cl au tome de Léon traduit en grec, le mot latin natura ayant été rendu par φύσις. Ccs polémistes s’entêtent dans leur point de vue exclusif, et ne condescendent pas. comme l’avait fait saint Cyrille, qui tenait avant tout à l'or­ thodoxie et non aux mots, à donner à φύσις un sens différent du leur, partout où ils le rencontrent, ils ont 2223 MONOPHYSISME S É V É RIE N littéralement la phobie du nestorianisme et traitent de nestoriens quiconque dit δύο φύσεις après l’union. 2. Les expressions : ίνωσις φυσική, ενωσ·ς κατά φύσιν, ίνωσις καθ’ύττόστασιν sont synonymes, en vertu même de la synonymie de φύσις el de ύπόστασις. Elles n’ont rien d’hétérodoxe et signifient simplement ce que nos théologiens entendent par Vunion hypostatique ou dans la personne : l’union de l’humanité ct de la divinité dans le Verbe se termine â l'unifé, ίνωσις ; mais c'est une unité d'hypostase ou de per­ sonne, non d’essence ou de nature au sens chalcédonien et catholique. Cette unité, c’est la φύσις, l’hypostasc du Verbe qui, sans éprouver de changement, s’est revêtue de l'humanité, μία φύσις τού Λόγου σεσαρκωμένη. Écoutons Sévère s'insurgeant contre saint Léon : « Trois fols, dans son tome, Léon a fait mention de l’union et nulle part il ne s’est servi de l’expression : < union physique de la divinité ct de l'humanité », ou de cette autre : union hypostatique, ou : « de deux choses une chose », ou : · de deux φύσεις une φύσις ou hypostase du Verbe Incarné , ou : le Fils, ou Dieu, ou le Verbe incarné ». ou : «un seul Christ venant de deux φύσεις, selon les expressions employées par saint Cyrille. » Deuxième réponse à Sergius le Grammai­ rien, c. 17. Cité par Lebon, op. cit., p. 288-289. 3. Les monophysites emploient aussi l’expression : ίνωσις κατά σύνθεσίν, ou cette autre : μία φύσις, μία ύπόστασις σύνθετος. ou simplement : σύνθεσις. Tra­ duire ces mots par : Union selon la composition, φύσις ou hypostase composée, composition, peut donner Heu à une méprise : on peut y découvrir l’idée de mélange ou de confusion des deux natures, alors que nos monophysites s’en servent justement pour écarter le mélange et la confusion. Ils veulent dire que de la divinité cl de l’humanité réunies ensemble et mises comme côte à côte sans mélange ni confusion, résulte une unification, ίνωσις, qui se fait dans la personne du Verbe, μία φύσις, subsistant dans les deux, μία φύσις σύνθετος. Ils déclarent dans le même sens que le Christ est composé, i Χριστός σύνθετός έστιν, sans cesser d'être un, είς, parce qu’il subsiste à la fois, comme sujet concret ct indépendant, dans la divinité el dans l'humanité. Ainsi l’expression : ίνωσις κατά σύνθεσίν revient à 1’ίνωσις κατά φύσιν εϊτουν καθ’ ύπόστασιν. I. Les monophysites disent : Le Christ, est, vient, résulte de deux φύσεις : *0 Χριστός έκ δύο φύσεων, mais ils refusent énergiquement de dire avec les catho­ liques : Le Christ est. existe en deux φύσεις après Γunion : '0 Χριστός b/ δύο φύσεσι, toujours à cause du sens spécial qu’ils attribuent ù φύσις. Comment peuvent-ils dire : έκ δύο φύσεων, attendu que la nature humaine ou l’humanité du Christ n’a jamais été une φύσις, c'est-à-dire un sujet indépendant, une per­ sonne? Ils y arrivent par une pure fiction de l'esprit, κατ’έπίνοιαν, bi θεωρία : Ils se transportent par l’esprit au moment où la rencontre, la σύνοδος de l’humanité et de la divinité va se faire, comme si, antérieurement à cette rencontre, l'humanité prise par le Verbe existait déjà d’une existence séparée et indé­ pendante, était une vraie φύσις. Ce moment d'exis­ tence séparée antérieur à l'union est une pure fiction de l'esprit du théologien : il n’a, en fait, jamais été donné pour l’humanité du Christ. Mais l’esprit peut le créer de tonte pièce pour se faire une représentation sensible de l’union : il volt alors le Verbe et l’homme allant comme à la rencontre l’un de l'autre : l’union, ou plutôt l’unification, ίνωσις (opposée à la συνάφεια ncstoricnne) se produit : La φύσις humaine a disparu : il ne reste plus que la φύσις éternelle du Verbe, mais qui est maintenant composée, en ce sens qu'elle subsiste dans la choir, c’est-à-dire dans l’humanité qui a été prise, qui est revêtue de la chair, σεσαρκωμένη. 2224 5. Par le même procédé, par la même fiction de l'esprit, le monophyslte, consent a dire : δύο φύσεις avant Γιιηιοη. Sévère a même poussé la concession Jus­ qu ‘à accepter : δύο φύσεις μετά την ενωσιν, mais eu corrigeant aussitôt la formule par l’addition ένΟιωρία. Voir dans l’humanité prise par le Verbe après l'union une φύσις n’est qu'une abstraction d’un nouveau genre, consistant à revêtir celte humanité d’une qua­ lité qu'elle n'a pas, c’est-à-dire de l'existence Indé­ pendante. On l’appellera donc φύσις seulement en théorie, c’est-à-dire par représentation fictive cl ima­ ginaire. De même que les chalcédoniens, parle procédé d'abstraction mentale, enlèvent à la divinité du Verbe son caractère réel ct concret de ύττόστασις pour la con­ sidérer en elle-même comme essence ou ούσία ut sic, lorsqu’ils disent : « Le Christ est une seule hypostase en deux natures ; » de même les monophysites, par le procédé d'addition mentale, ajoutent il l'humanité, après l'union, une subsistence idéale qui la fait subsis­ ter devant les yeux de leur esprit, έν θεωρία, comme une vraie φύσις : Voir deux natures, dit Sévère, n'est pennis que par l’imagination de l'esprit, qui prononce la différence [de l’humanité et de la divinité] comme en qualité naturelle : ιδού τό μέν δύο σκοπειν τη φαντα­ σία τού νού μόνον έφίεται, διακρίνοντος τήν διαφοράν την ώς έν ττοιότητι φυσική. · Contra Joanncm Gram­ maticum, Ρ. G., t. Lxxxvi, col. 908 A. J. Lebon a bien saisi ce procédé des théologiens monophysites, qui ne consentent jamais à donner au mot φύσις un sens différent de celui de leur école, même lorsqu’ils acceptent de dire : δύο φύσεις μετά τήν ίνωσιν : En contemplant la divinité et l'humanité, l’esprit peut faire abstraction de l'union qui les compose indis­ solublement en l'unité du sujet, nature, etc. 11 les sépare, les divise, les écarte, l'une de l'autre, les Ima­ gine comme existant ainsi à part et d’une façon indé­ pendante; il retrouve de la sorte deux natures, deux hypostases, deux personnes dans le Christ, s’il s'ar­ rête à ce premier stade d’une opération purement intellectuelle. La restriction bi θεωρία l’avertit suffi­ samment de limiter son affirmation dyophysite à l'ordre logique, dans lequel la dualité des natures (φύσεις) est contemplée. Mais voici qu’à l’intelligence ainsi occupée par la considération des éléments dis­ tincts qu’elle sépare dans le Christ, se présente la pensée de l'union (ίνωσις) véritable qui s’est opérée entre eux ct les a ramenés à l’unité d’existence indi­ viduelle L’esprit perçoit la vertu de l’union (ίνωσις); il remarque que le terme en est l’unité. Dès lors,ce qui lui apparaît, c’est l’unique nature de Dieu le Verbe Incarné: toute dualité cède devant l’union, ct l'idée même de deux natures, hypostases et personnes, pur fruit de l'imagination, s’évanouit. » Op. cit., p. 351. Il s’en faut (pic tous les défenseurs du concile de Chalcédoine et les historiens du dogme aient ainsi compris les formules monophysites. Partant d’un faux principe, c'est-à-dire identiliant la φύσις de la définition de Chalcédoine, la natura de saint Léon, avec la φύσις des théologiens monophysites, la plu­ part n'ont pu voir en ces derniers que de véritables eutychlcns. Pour d’autres, les formules : δύο φύσεις avant Γιιηιοη, une seule φύσις après ; le Christ est de deux φύσεις ou hypostases; δύο φύσεις après l’union h θεωρία, ont été de véritables énigmes qu’ils ont déchif­ frées de travers. A. Harnack va jusqu'à prêtera saint Cyrille d’Alexandrie, chez qui l'on rencontre déjà ces formules, la théorie platonicienne de la préexistence de l'humanité du Christ avant l’incarnation, I logmen· geschichlr, 3· édit., Fribourg, 1891. t. n, p. 333. Dorncr. Entivieklungsgeschichte der Lehrc von der Person Christi. 2* édit., t. n, Stutgart, 1853, p. 76 sq., et Loofs, Leontius von Hyzanz und die tfieichnamigen Schri/tsteller der griechischen Kirche, dans Texte und •>* «r‘>25 i «-XJ ΜΟΝΟΙ* Il ÏS1SME SÉ\ ÉK1I.N Untersuchungcn, t.m, Leipzig, 1887, p. 13, font ensei­ gner nu môme docteur, et par suite à ses disciples monophysites, une théorie d'après laquelle l'humanité prise par le Verbe n'aurait pas été une véritable ηα/ure individuelle en tout semblable â la nôtre, mais un complexus des propriété s essentielles de l'hu­ manité, dont le Verbe aurait revêtu son unique φύσις divine en les faisant participer à son existence. Ce qui est sûr, c’est quo saint Cyrille, dans sa polémique contre Neslorius cl dans les explications qu'il a don­ nées de scs écrits dirigés contre lui, emploie le langage monophyslte et la plupart de scs formules sans dévier de l'orthodoxie. C'est à son autorité que les antichnlccdoniens dont nous parlons en appellent sans cesse. Leur tort est seulement de ne pas imiter lu condescendance ct la largeur d'esprit dont il lit preuve, de ne pas consentir à donner au mot φύσις, la signification déterminée au concile de Chalcédoine en disant comme saint Cyrille en 133, dans le sym­ bole d’union : δύο φύσεις après l'union, sans restric­ tion. 3· Formules relatives aux propriétés et aux opéra­ tions. — Le point de vue exclusif auquel se pincent les théologiens monophysites les amène à unifier dans le Christ non seulement la φύσις ou hypostase, c'està-dire le sujet concret, mais aussi : 1. l'appartenance en propre de tout ce que possède le Christ en sa divi­ nité ct en son humanité, τδ ίδιον, ή ίδιότης; 2. l'opé­ ration considérée comme impulsion de l’agent vers le terme de l'action, ένέργεια ; 3. la volonté consi­ dérée non comme faculté ù l’état statique, ni comme terme de l'acte de vouloir, mais comme détermina­ tion de la personne à agir, θέλησες. Ils sont tous de ce fait ct sous ce point de vue monénergistes et monolhéliles. Ayant toujours el uniquement les yeux fixés sur la personne du Verbe ou princi­ pium quod, dont ils "sont préoccupés de maintenir l’unité contre les nestoriens, ils bannissent impi­ toyablement le nombre de tout ce qui peut se rappor­ ter à ce principium quod. Pour eux, le nombre ap­ pliqué au Verbe incarné après l’union, sous quelque rapport que ce soit, est nestorien et comme ils disent « diviseur >. Il divise le Christ en deux sujets, deux personnes, car, d’après eux, il ne s’applique propre­ ment qu’à des êtres séparés dans l’existence ct tota­ lement Indépendants· Ils ferment les yeux sur ce que nous appelons la nature considérée comme telle ou principium quo; ou. s’ils en parlent, c'est avec des précautions minutieuses pour écarter tout ce qui de près on de loin pourrait amener à penser que le Christ est double et non un. Leur manière de parler des propriétés, des opérations, des volontés de l’ilommeDlcu est commandée par ce point de vue, qui n’est pas faux, pris en lui-même, mais qui est incomplet el devient étrange et dangereux, violent et contraire au parler philosophique communément reçu, lors­ qu’il est systématiquement exclusif. Voici comment on peut résumer leur raisonnement ù propos de Γunique propriété, de Γunique opération ct de Γ unique volonté : L II n’y a qu’un possédant, un propriétaire; donc il n’y n qu’une propriété au sens propre du mot. Attribuer dans le Christ quelque chose en propre A autre chose qu’à la φύσις ou hypostase du Verbe, c’est diviser le Christ: c'est introduire le dualisme nestorien. 2. Il n’y n dans le Christ qu’un seul agent ou opé­ rant, qui agit tantôt par sa divinité ct tantôt par son humanité; donc 11 n’y a en hd qu’une seule ένέργεια. c'est-à-dire une seule initiative vers l’action, une seule opération prise par rapport au principium quod ut sic, cl non par rapport au principium quo. Dire que, dans le Verbe Incarné, il y a deux ένέργειαι, équivau­ 2226 drait à affirmer qu’il y a en lui deux sujets, deux personnes. 3. il n'y a dans le Christ qu’un seul voulant, unus volens; donc il n’y a en lui qu'une seule volonté, un seul choix A vouloir. Οελησις Dire qu’il y a en lui deux volontés serait multiplier les voulants ; donc tomber dans le nestorianisme. Cependant nos théologiens, ct spécialement Sévère, arrivent à s< maintenir péniblement ct avec des for­ mules contournées, des distinctions subtiles, hors de l’hérésie apolllnaristc ct eulychlcnne. S’ils nient la multiplicité des propriétés ou du propre ou, si l'on veut, du droit de propriété, ils reconnaissent qu’a près l’union l'humanité et la divinité demeurent sans confusion ni mélange ct qu’elles conservent physi­ quement ce que saint Léon appelle les propriétés de chaque nature : Agit utraque forma cum alterius com­ munione. quod propnum est. Verbo scilicet operante quod Verbi est, et carne exsequenti quod carnis est. Ce passage, contre lequel protestent tous les monophy­ sites, ne signifie, au fond, pas autre chose que ce qu'affirme Sévère, quand il maintient, contre l’eulychien Sergius le Grammairien, la permanence des propriétés de l’humanité ct de la divinité comme en qualité naturelle, Ιδιότης ώς έν ποιότητε φυσική, έν Ιδιότητι τη κατά φύσιν : ce qui veut dire que la divinité ct l’humanité sont la source de qualités dif­ férentes et physiquement distinctes entre elles sans aucun mélange: mais les unes et les autres appar­ tiennent en propre à l’unique sujet qui est la personne de Dieu le Verbe. De même, un est l’agent qui a l’ini­ tiative de l’action, cl une l’impulsion vers l’action, ένέργεια; mais les termes de l'action, τδ ένεργηθέν, peuvent être différents, suivant que le Verbe agit par sa divinité ou par son humanité, ou par les deux à la fols, comme dans la production des miracles. Toute acllsité du Christ est divine sous un rapport, c’est-à-dire en tant qu elle appartient à l’unique per­ sonne du Verbe, actiones sunt suppositorum ; mais cela n’empêche pas une véritable différenciation des acti­ vités, quand on les considère soit dans leur principe physique immédiat, principium quo, soit dans leurs termes, τα άποτελεσθέντα : « 1.’ένέργεια du Christ, dit Sévère, est sans contredit divine, comme étant celle du moteur supérieur, selon la doctrine des Pères. Mais scs effets sont différents : ils sont divins ct humains, suivant qu’on nous l’a enseigné : Ουτω καί ούχ έτέρως και περί της ένεργείας φαμέν* θεία μέν γάρ αυτή όμολογουμένως. ώς του κρείττονος εκκινήσχντος κατά τούς πατέρας* διάφορα δέ τά έκ ταύτης άποτελούμενα» Οειά τε καί ανθρώπινα, ώς έπαιδεύθημεν. » Mansi, Concil., t x. col. 1124. C’est en se pla­ çant au point de l’unité du sujet que Sévère, comme Pscudo-Denys, parle de Ι'ένέργεια Οεανδρική ou σύνθε­ τος du Christ, parce que le Verbe, une fois uni en unité «l’hypostasc avec l’humanité, est un sujet d’attribution theandrique et composé : il est désor­ mais non seulement Dieu mais aussi homme L’unité de volonté est expliquée de la même manière : ce n’est qu’une espèce particulière d’èvépγεια : La Οέλησις est dite unique, parce quelle part de l'unique sujet, Dieu cl homme tout ensemble: mais les opérations physiques cl les termes de cette Οέλησις, τά θελήματα, peuvent être différents : il v aura le θέλημα divin cl le θέλημα humain : < Le même, dit Sévère, refusait humainement la soufrance, cl disait : Père, s'il est passible, que ce calice s'éloigne de moi... et divinement, il disait : es prit est prompt, et volontairement il allait à In souffrance · Cité par Lebon, op. cit., p. 161. Les théologiens monophysites dont nous parlons gardent donc, en dépit de leurs formules scabreuses, hétérodoxes, de saveur \raiment culschiennc, une 9097 ** / .MONOPHYSISME, LES ÉGLISES MONOPHYSITES 2228 pensée orthodoxe sur le mystère de l’incaniatlon. ’ physltcs sévériens ne prennent guère la peine, dam leurs écrits, d'expliquer que la comparaison cloche, cl Entre eux ct les catholiques adhérant à la définition ils l'emploient avec une telle insistance qu’on a pu, de Chalcédoinc. existe un malentendu verbal qu’un peu de bonne volonté e t d’esprit de conciliation eût de cc chef, sc méprendre sur leur vraie pensée ct Ici pu facilement dissiper, mais que l’esprit de parti accuser d'eutychianismc avec une apparence de rai­ son. Cf. Lebon, op. cit., p, 221-223. ct la fureur polémique envenimèrent. Le point de De tout ce que nous venons de dire du mono­ départ de la querelle est une définition différente du physisme sévéricn, il ressort qu'après l’apparition de mot φύσις. Elle tourne à une véritable logomachie, dont plusieurs auteurs anciens se sont bien aperçus. i'eutychianismc, la terminologie rnonophyslte ne pou­ Quand nous disons que ces monophysites gardent une vait être acceptée par l’Églisc d'une manière exclusive. pensée orthodoxe, nous ne voulons pas nier qu’on Elle no pouvait même être acceptée cn aucune façon pour cc qui regarde les propriétés, les operations et ne trouve chez eux des expressions équivoques ou même franchement fausses, si on les prenait à la les volontés. Les formules de Chalcédoinc ct du lettre, sans tenir compte de ce qu’ils disent ailleurs. Tome de Léon s’imposaient pour repousser à la fois Pour découvrir leur orthodoxie foncière, il faut, les deux erreurs opposées du nestorianisme ct du avec beaucoup d'attention, de la bienveillance et de monophysisme réel. En s'entêtant à repousser ces l’indulgence. 11 faut parfois supposer charitable­ formules, les monophysites sévériens ont fait acte de ment qu’ils ne se sont pas grossièrement contredits schisme, ont été légitimement considérés comme ct interpréter d’une manière bénigne certaines locu­ hérétiques, ont favorisé I'eutychianismc sous set tions, expressions et comparaisons empruntées pour multiples formes et ont bientôt eux-mêmes donné la plupart aux Pères antérieurs ct présentant dans naissance a une foule de sectes, dont quelques-unes leur sens obvie une pensée hétérodoxe. J. Lebon, qui étaient franchement hétérodoxes. De ces sectes nous n déployé à montrer qu’ils n’étaient pas cutychlens dirons un mot tout à l'heure. Demandons-nous main­ une érudition remarquable et une dextérité rare, tenant si les théologiens dont nous venons de parler le reconnaît lui-même : ■ Λ la période des premières ont fait école, ct si leur monophysisme verbal s’est et des plus passionnées résistances au nestoria­ perpétué dans les groupes ecclésiastiques issus de leur nisme, qu’ils croyaient découvrir dans la définition schisme. de Chalcédoinc, nos docteurs, on le comprend sans IIL Le monophysisme sévéiuen et les Églises peine, étaient bien plus portés Λ mettre cn lumière monophysites. — Les groupes ecclésiastiques Issus de la rébellion contre le concile de Chalcédoinc : la parfaite unité du Christ qu’à s’étendre sur la conservation ct l’intégrité des deux éléments qui Église copte et abyssine dissidente, Église syrienne avaient concouru à l'union. Certaines locutions et Jacobite, Église arménienne grégorienne, sont géné­ comparaisons employées par eux, certains excès, ralement regardés comme attachés encore de nos peut-être, de langage provoqués par l’ardeur même jours à l’erreur d’Eutychês, au monophysisme réel. de la controverse, ont donné complètement le change Cette manière de voir répond-elle à la vérité? N'est-ce pas plutôt le monophysisme sévéricn, le monophy­ sur leur pensée, et c’est par suite de ccs incorrections de forme que le terme monophysisme est devenu, chez sisme verbal, qui s’est perpétué dans ccs Églises? l.a les théologiens ct chez les historiens, le nom réservé question vaut la peine d’être examinée de près. L’cutyà la doctrine de la nature mixte ou double, constituée chianismc est, cn lui-même, une erreur si bizarre, si par le mélange ct l’altération réciproques de la divinité irrationnelle qu'on a peine à croire a priori qu’il ait ct de l’humanité du Christ... Ainsi, on rencontre fré­ pu avoir d’autres adeptes que quelques rêveurs igno­ rants. Dans le fait, voici la conclusion à laquelle nos quemment sous leur plume les mots mêmes de mix(ion ct de mélange, de même que les verbes correspon­ recherches ont abouti : Les Églises monophysites ou dant Λ ces termes, pour caractériser l’union du Verbe jacobitcs ont toujours enseigné comme doctrine officielle le monophysisme verbal ou séoérianisme, bien que, de ct de la chair. Nous pourrions citer de nombreux passages dans lesquels il est dit que les éléments ont temps à autre, de véritables cuty chiens aient apparu été mélés ct mélangés, que la divinité a été méléc à dans leur sein sans réussir à imposer leur erreur. 1· Témoignages des érudits. — Nous ne sommes pas l'humanité, que le Verbe s'est mélé à la chair, etc. · Op. al.. p. 212, 218. le premier à parler de la sorte. Tous les auteurs qui, Parmi les comparaisons auxquelles ces théologiens dans les siècles passés ou de nos jours, ont étudié ont recours pour exprimer l’intimité de l’union hyposd’un peu près la symbolique et la dogmatique de ces tatlque ct l’unité du Christ, il en est une qui revient Églises, ont reconnu qu’elles n’enseignaient pas l’cutyconstamment sous leur plume et dont saint Cyrille chianismc, ct les ont trouvées orthodoxes, ou à peu d’Alexandrie avait déjà fait un fréquent usage : près, sur le mystère de l’incarnation. c’est celle qui esl tirée de l’union de l’Anie et du corps 1. Parmi les savants qui ont ru de ccs Églises une dans l’individu humain. Sagement expliquée el prise connaissance plus approfondie brille Eusèbe Renaudot. comme simple comparaison, c’est-à-dire comme ne Or voici quelques-unes de ses déclarations sur les représentant pas d’une manière cn tout adéquate la Coptes monophysites et les Syriens Jacobites : Dans sublime réalité qu’elle doit mettre en lumière, cette sa Dissertatio de Coptitarum Alexandrinorum liturgiis, comparaison est merveilleusement apte à réfuter le il écrit dualisme hypostatique ct à Inculquer le lien substan­ Possent quidem verba Ista liturgiæ [cop tic® sancti tiel qui Joint l'humanité à la personne du Verbe. Aussi II : Accepit carnem ex sancta Domina nostra Deipara tl la rencontre-t-on dans le symbole Quicumquc : Sicut Basil semper virgine Maria, et fecit eam unam cum divinitate sua anima rationalis cl caro unus est homo, ita Deus et non per mistionem, confusionem aut alterationem, χαι homo unus est Christus. Il ne faudrait pas cependant σιν αύττ,·/ μίαν συ·/ τη Οΐότητι αύτού μη έν μίςπ. ιιηδΐ ίν pousser la similitude à l’extrême, car on friserait le φυρμοι, μη^ΐ ίν ά/ζόιώσ··.. nd orthodoxam sentcntinm svnoirlasmc apollinariste; on serait acculé au théo- explicari : unde si quis In Jncobltnruin libris minus exer­ pmchltismc, el Dieu le Verbe verrait son immutabi­ citatus est. dc conjectura nostra dubitabit, adeo pervasit lité compromise. On aboutirait alors vraiment à l’une omnium prope theologorum animos sinistra de Jacebitis quasi eutychianam hirresim conservent, aut Eutychcn des formes les moins grossières de I'eutychianismc, fama, venerentur. At Istum condemnant, et anathema In eum c'est-à-dlrc à la théorie de la composition en tout natu­ pronuncinnt. ejusque breresim ut Apolllnarlstarum errori rel, que nous avons décrite à l’article Eutychîaproximam detestantur. Eapropter mistionem, confusio­ nisme et monophysisme, loc. cit., col. 160G. Les mono- I nem et altcrntlonem rejiciunt, Idquc non modo In multis. 2229 MONOPHYSISME, LES ÉGLISES MONOPHYSITES quæ In llbrls illonnn cxstnnt field confessionibus, icd In en qunm liturgiæ nnte communionem gnrcc, copticc rl ara­ ble© ju ben t pronuncinrl. lino. quod mngh mirandum vide­ tur. consubstantialem Patri fatentur eue Christum ittun· dum divinitatem, consubstantialem nabit secundum huma­ nitatem : quibus verbis cum Ixo Bomnnus Pontifex sum­ mam orthodoxo? de Incarnatione fidei concluserit, non Idcirco tamen orthodoxi sunt» cum In dunnim naturarum professione nestorianam hncredin contineri perperam exis­ timent, ct eo nomine Chalcedonenso concilium ©jusque definitiones rejiciant. Llturgiariun orientalium eo Uret io, Frnncfort-sur-lc-Mcin, 1847, t. i, p. xciv-xcv. Dans une note à la liturgie syriaque de Dioscore, Renaudot déclare catégoriquement : Monophysitœ commistionem naturarum, confusionem ct alterationem reficiunt : itaque cutychiani dici non possunt. Ibid,. t. ii. p. 296. il porte enfin un jugement d’ensemble sur la question dans une dissertation spéciale encore Inédite, intitulée : De Jacobitarum sententia circa duarum in Christo naturarum unionem, ct propose d’appeler les monophysites des Demi-Eutychicns, nom que leur avait déjà donné Bossuet dans son Discours sur l’histoire universelle, 1. I. c. xi. Voici le passage principal de cette dissertation, qui résume bien le credo commun des Églises monophysites : Duæ naluræ in unam coaluerunt, sed absque confusione, coniinlstione, divisione, aut altcrntlonc, aut Immutatione, quæ nunquam vel levissimo momento separata» post unio­ nem fuerunt. Christus tuli homo perfectus : Quœcumque ad naturam humanam essentialiter pertinent, assumpsit, excepto peccato; perfectusque Deus, natus a Patre ante sæcula omnia, natus in tempore secundum carnem ex Spiritu Sancto et Maria virgine, consubstantialis Patri secundum divinitatem, consubstantialis nobis secundum humanitatem. Unus Deus, unus Christus, una persona, suppositum unum, una substantia ex duabus, una natura ex duabus, una voluntas ex duabus, qui vere pro nobis in came passus est, adeo tamen ut divinitas passionibus obnoxia non fuerit. Manuscrits français dt ta Bibliothèque nationale de Paris : Nouvelles acquisitions, n· 7473 (t. χνπι du fonds Renaudot, manuscrit autographe cn latin, fol. 14-15). Nous retrouvons là, la quintessence du monophy­ sisme verbal. Cc qui parait échapper à Benaudot, c’est la synonymie parfaite chez les monophysites des termes φύσις, ύπόστασις, πρόσωπον. synonymie sans laquelle leur doctrine parait un rébus. 2. Richard Simon est encore plus explicite que Benau­ dot sur l’orthodoxie chrlstologique des monophy­ sites : · A l’égard de leur créance, dit-il, tous les mono· physilcs soit jacobitcs, soit Arméniens, ou Coptes et Abyssins, sont du sentiment de Dioscore touchant l’unité de nature ct de personne cn Jésus-Christ, cl pour cela on les traite d’hérétiques, quoiqu’en effet ils ne difïèrent des théologiens latins qu’en la manière de s’expliquer. Ce que les plus savants d'entre eux reconnaissent aujourd’hui, ainsi qu’il parait de la conférence que le P. Christophe Boderic, envoyé du pape cn Égypte, eut avec les Coptes touchant la réu­ nion des deux Églises; car ils avouèrent qu’ils ne s’expliquaient de cette façon que pour s’éloigner des Nestorlens, mais qu’en effet ils ne différaient point de l’Églisc romaine, qui établit deux natures en JésusChrist. Ils prétendent même expliquer mieux le mystère de rincarnation.cn disant qu’il n’y a qu’une nature, parce qu’il n’y a qu’un Jésus-Christ, Dieu ct homme, que ne font les Latins, qui parlent, disent-ils, de ccs deux natures comme si elles étalent séparées ct qu’elles ne fissent pas un véritable tout. C’est aussi en cc sens que Dioscore, qui a adouci quelques termes d’Eutychès, lesquels paraissaient trop rudes, disait qu’il reconnaissait que Jésus était composé « de deux natures », mais qu’il n’ctalt pas · deux natures »: cc qui semble orthodoxe : car ils ne veulent pas avouer qu’il y ait deux natures en Jésus-Christ, de peur d’éta­ 2230 blir deux Jésus-Christs. · Histoire critique des dogmes, des controverses, des coutumes et des cérémonies des chrétiens orientaux, Francfort, 1693. p. 120 sq. 3. Bien qu’il n’ait pas soupçonné le sens spécial du mot φύοις chez les monophysites, le savant Joseph Simon Assémani, dans sa Bibliotheca orientalis, est obligé d’avouer à plusieurs reprises qu'entre catho­ liques cl jacobitcs la différence sur la doctrine de l'incarnation est plus dans les mots que dans la chose. Il écrit à propos des ouvrages de Grégoire Barhebraus : Vides Jacobitas cum catholica Ecclesia fere de nomine pugnare, et omnia qua·. catholici de hy posta tiea unione docent et exedunt, eosdem docere et credere naturam duplicem appellantes quam nos duas naturas, ut vere, sunt, esse affirmamus; in quo circa ipsa phi­ losophia: principia hallueinantur, si bique manifeste contradicunt. Bibliotheca orientalis, t. n, p. 280. 4. Récemment, F. Nau, cn fréquentant les ouvrages des Syriens jacobitcs, est arrivé à la même conclusion : « Les jacobitcs n’ont jamais été eutychiens ct les catho­ liques n’ont jamais été nestoriens. Dioscore n’a reçu Eutychès au second concile d’Éphèse, disent les jaco­ bitcs, qu’nprès lui avoir fait anathématiscr ses erreurs, et les catholiques n’ont reçu Théodoret et Ibas à Chalcédoinc qu’après leur avoir fait analbématiser Nestorius... Les jacobitcs ne reconnaissent qu’une nature, mais elle est formée de deux, et ils ajoutent : sans confusion et sans mélange. Les catholiques recon­ naissent deux natures, mais ils ajoutent : sans divi­ sion, sans séparation... en une seule hypostase. · Dans quelle mesure les Jacobitcs sont-ils monophysites? dans la Reçue de l'Orient chrétien, t. x (1905), p. 131. Le même auteur propose, ibid., p. 134, d’appeler les monophysites non plus de cc nom, mais diplophysites, c’est-à-dire partisans do la nature double. 2· Examen des doctrines des Eglises monophysites — Pas n’est besoin, du reste, de recourir à l’argument d’autorité pour sc convaincre que les Églises mono­ physites, dans leur enseignement officiel, sont restées fidèles à la doctrine des grands théologiens monophy­ sites des v· ct vi· siècles, que nous avons exposée plus haut. Les preuves directes de ce fait abondent. 1. Tout d’abord, si nous prenons ces Églises à leur origine, au moment où elles s’organisent hiérarchique­ ment cn groupes dissidents, nous les voyons toutes se déclarer contre I’eutychianismc. L’Église arménienne, qui, antérieurement à 374, jouissait déjà de l’autono­ mie canonique. Ignora d’abord la querelle monophysite. Elle ne fut point représentée à Chalcédoinc ct. quand elle fut amenée à sc prononcer sur le grand débat qui agitait tout l’Orient. l’Églisc byzantine se trouvait en plein schisme acacicn ct avait déjà sous crit VHénotique. Au grand synode de Vagharchapalan (491). elle-même accepta cc formulaire de fol, où la doctrine eutychlenne est ouvertement condamnée. Sans doute, plusieurs synodes arméniens du νι· siè­ cle dirent anathème au concile de Chalcédoinc, mais cc ne fut point par amour pour Eutychès. Les Armé­ niens, trompés par les premiers théologiens mono­ physites grecs et syriens, virent dans la formule du concile l’expression du nestorianisme, et c’est pour celte raison qu’ils la rejetèrent. En 543, Jacques Baradée. disciple de Sévère ct ordonné par Théodose, le patriarche monophysite d’Alexandrie, réussit à pourvoir le siège d’Antioche d’un prélat dissident. Dès cc moment. l’Eglisc syrienne monophysite sc trouve constituée. Mais ce n’est pas à l’erreur d’Eutychès qu’elle adhère : c’est au mono­ physisme verbal de Sévère ct de Théodose, dont Jac­ ques Baradée est le disciple ct l’ami. En Égypte aussi, malgré la controverse entre Sévère ct Julien d’Halicnrnassc, et cn dépit des multiples sec­ tes qui naissent pour disparaître presque aussitôt. 2231 MONOPHYSISME, I. ES ÉGLISE S MONOPH YSITES 2232 c’est la même doctrine qui prévaut. Après la conquête . selon l'humanité, qu’il soit anathème (cnn. 7). · Balgy, Historia dodrinir catholica· inter Arnienos arabe (639-611), l'Églisc copte garde le credo dc Dlo$unionisque eorum cum Ecclesia romana in concilio cnre, dc Sévère ct de Théodosc. Florentino, Vienne. 1878, p. 218 219. D’autres canoni 2. La croyance de ces Églises n’apparaît pas moins condamnent le théopaschitisme. clairement : 1· dans le culte qu’ils rendent aux Pères Les mêmes déclarations abondent dans les actes de l’Églisc antérieurs au concile de Chalcédolne; des synodes arméniens. Au xn· siècle, le catholicos 2· dans les professions dc foi ct les décrets de leurs Nersès IV, dit le Gracieux, envoie successivement à conciles particuliers; 3* dans leurs livres liturgiques; l'empereur byzantin. Manuel Comnène, trois proies· 4· dans les écrits dc leurs principaux théologiens pos­ térieurs aux controverses des v· ct vp siècles. sions dc fol où l'équivoque créée par l’expression a} Toux les grands docteurs de l’Églisc antérieurs au μία φύσις, una natura, est entièrement dissipée. Le patriarche arménien s'y montre d’une orthodoxie concile dc Chalcédolne prennent rang dans le calen­ drier des Églises inonophysites. Les postnicéens y irréprochable sur le mystère dc l'incarnation, cl en figurent comme les anténlcéens. Celui à l’autorité vient Jusqu'à reconnaître comme également légitimes la terminologie monophysite et la terminologie de duquel ils en appellent Je plus souvent est évidemment saint Cyrille d'Alexandrie, que personne d’informé Chalcédolne et de saint Léon. Citons ce passage de la n’accusera d’eutychianismc. Les Arméniens font le troisième et dernière profession dc foi : plus grand cas de l’épltrc dogmatique que leur écri­ Ex isto examine palam factum est mutuum mendacium vit Proclus de Constantinople, où le dogme dc l’union absconditum, fuitque expulsum, ac manifestata est veritu; des deux natures est clairement exposé, Mansi, Con­ fuitque ilrmatum vos longe abesse a Nestori! divisione cilia, t. v, col. 121-438. Coptes et jacobites de Syrie nosque ab Eutychetis mlstionc; atque alter ad alterum célèbrent comme une lumière de leur Église Sévère per Dei gratiam prope facti sumus recta fidei professione... d'Antioche, qui a écrit plusieurs traités contre l’eutyQuapropter haud separamus, juxta Ncslorium, unum Chris­ tum in duas naturas atque in duas personas; neque juxta chianisme ct a combattu jusqu’à la fin le julianisme. Eutychen ejusque sectatores, in unam naturam adunamus à) Les professions de loi officielles dc ces Églises confusione et mutatione : verum dmr natura· dicenda* sunt expriment en terminologie monophysltc une chris­ nobis juxta magnum Gregorium Theologum, qui in epis­ tologie orthodoxe. Quelques citations suffiront à nous tola ad Claudium data adversus Apollinarem ejusquo fau­ en convaincre. tores inquit dun* natura·, causanupie addit : quia Ikm el a. Écoulons d’abord VÉqlise arménienne : homo, idque rectum est. Si fuisset enim solus Deus aut solus homo, tunc dicendum esset unam solam Imbuisse Le second symbole dc foi reçu par les Arméniens naturam sive Dei, sive hominis; at quum Deus esset ct s’exprime ainsi au sujet dc l’incarnation : · Alors qu’il homo per ineffabilem mixtionem, sine mutatione unitus, était Dieu parfait, il s’est fait homme parfait avec patet divinam hunmnnmque habuisse naturum, unitas l’àmc, l’esprit et la chair : une hypostase, une personne • tamen atque indivisibiles, nd instnranima» ct corporis;ntque el une nature unie. » L’expression : une nature unie etiam exemplo excellentior est veritas de dunrum natura­ est équivalente aux formules grecques : μία φύσις rum unione... Quo autem modo unam dicimus naturam, σεσαρκωμένη, μία φύσις σύνθετος. nemo credat alio sensu dici nisi ob indivisibilem unionem duarum naturarum : quod et didicimus ab orthodoxis Au concile syro arménien de Manazgherd tenu sous Ecclesia» doctor! bus, praesertim a sancto Cyrlllo Alexan­ le catholicos Jean Oznctsl (719-726), on lut une pro­ drino adversus Ncstorium... Quare cl nos, iisdem ductori­ fession de foi où sc rencontre le passage suivant : bus, In veritatis viam, qua» ad Deum perducit, recte ct « Nous confessons (pic le même Dieu le Verbe a opéré libere in duplicem ferimur verborum contemplationem, des miracles comme Dieu, et qu’il a éprouvé les infir­ dicentes unam naturam Verbi incarnati juxta sanctum mités humaines comme homme; le même, en effet, Cyrillum, ob ineffabilem unionem, el duas naturas juxta est Dieu parfait ct homme parfait. II a véritablement Theologum Gregorium quia immutabiles et inconsumptibiles comperiuntur duœ naturae, divina cl hunuinn; non souffert ct est mort dans un corps passible, lui qui ab uno latere usurpantes arma justiliæ, verum, juxta Apos­ comme Dieu ne pouvait souffrir. »Toumebize, Histoire tolum, a dextris et a sinistris. J. Cappcllettl, Sancti Nendis politique el religieuse de Γ Arménie, Paris, 1900, p. 391. Clajensis, Armcnorum catholici, opera, Venise, 1838, 1.1 ; Dans les anathématismes qui font suite à cette pro­ Libellus confessionis fidei Ecclesia' armetur, p. 232, 231· fession de foi, l’eutychlanisme et le théopaschitlsmc 237. sont clairement condamnés : · Si quelqu'un ne confesse Nersès, on le voit, dépasse les inonophysites antipas que le Christ a éprouvé dans son corps humain chalcédoniens : il abandonne leur exclusivisme, cl toutes les passions humaines, hormis le péché, mais affirme que la divinité a été sujette aux souf­ son monophysisme rejoint le monophysisme ortho­ doxe. dont nous parlerons tout à l’heure. frances ou que son corps (du Christ) a été exempt des b. Les patriarches syriens facobites, tout en ensei­ infirmités humaines, «ju'il soit anathème (anathème 8). gnant ht même doctrine que lui, se montrent moins — Si quelqu'un ne confesse pas que cette unique tolérants à l’égard des formules dyophysltcs dans nature φύσις) dc la divinité et de I humanité, leurs let 1res synodlqucs adressées aux Coptes et aux c’est-à-dire du Christ, qui a élé formé dc la divinité Arméniens en signe de communion. Ils y confessent el de l’humanité, n’a pas élé unie d’une manière inef­ communément une seule nature du Christ compost fable sans mélange, division ni confusion, qu’il soit de la divinité et de l’humanité, qui restent sans chan­ anathème (an. 4). > Tourneblzc, ibid., p. 392-393. gement, sans mélange ni confusion. En les comparant Même doctrine dans les canons du synode de Cbiraentre elles, on volt clairement que nature, la φύσις dc gavan, qui anathémalise expressément Eulychcs : Sévère, est synonyme pour eux d’hyposlnse el do - Si quelqu'un ose dire, suivant la folle d’Eutychès, que personne. Ils disent, en effet, que le Christ est de deux la chair du Verbe divin a été apportée du ciel, ou est natures ou de deux personnes : ce qui doit s’entendre d'une autre substance que la nôtre* ou bien s’il dans le sens expliqué plus haut. Cf. Assémani, Dis­ afllrme que la nature divine a été confondue avec la chair ou transformée en la chair, rendant ainsi vaine sertatio dc monophysitis. ρ. 1 1-15, et dans la Ihblionotre rédemption, qu’il soit anathème (can. G). — theca orientalis, t. n, p. 125, 137, 152, 198. c. Il faut dire la même chose des professions de fol Si quelqu’un ne confesse pas que le Verbe du Père fait des patriarches coptes, à leur avènement. On en trouve homme n’est pas Dieu parfait et homme parfait, compose dc deux natures dans un seul suppôt et une plusieurs dans VHistoria patriarcharum Alexandri­ seule personne, consubstantiel au Père selon la divi­ norum jacobitarum de Henaudol. Voici, par exemple, nité et notre consubstantiel en tout, hormis le péché. cc qu'on lit dans une lettre pastorale du patriarche 2233 MONOPHYSISME, LES ÉGLISES MONOPHYSITES Chcnoudi, consacré en décembre 859, sur la doctrine de l'incarnation : Credi mus quod In line temporis Drus misit Flllum mum Unigenitum in mundum, qui incarnatus est, similis nobls in omnibus /actus, ex Spiritu Sancto cl ex Maria %'irglnc, fl>lnt insepa­ rabiles cttain In ipso passionis tempore, quam in corpore suo suscepit. Historia patriarcharum Alexandrinorum, Paris, 1713, p. 303. I.c patriarche Menns (958-970) dit également dans sa profession de foi : Confiteor naturam unam ct personam unam, perfectum ex duabus per unionem absque alterutrius destructione, commis! tone ct corruptione, unius Verbi incarnatam... Credimus ct alllrmnmus quod unus est Christus, Filius Dei ex duabus naturis ct personis divinitatis ct humanitatis perfectis; quodque factus est natura una, persona una Verbi incarnati et Inhumanati. Neque omnino dicimus post uinonem naturas duas, personas duas, voluntates duas ct operationes diversas. · Hæc est enim Nestori! sectatorum­ que ejus sententia. » Kenaudot, ibid., p. 301. c) La doctrine du monophysisme verbal sc retrouve dans les livres liturgiques de ces Églises et spéciale­ ment dans le texte même de la messe. Nous avons déjà rapporté plus haut. col. 2228, un passage significatif dc la liturgie copte de suint Basile. En voici un autre tiré de l’oraison de la fraction de l’hostie dans la liturgie copte de saint Grégoire : Qui [Christus] incarnatus dc Spiritu Sancto ct ex glo­ riosissima, Immaculata, sancta Domina nostra Deipara ct semper Virgine Maria perfecte homo factus es, non per transmutationem humanitatem mutans, sed uniens tibi canifsccundmn hypostosiin modo inexplicabili ct Inlntclligiblli, sed absque mutatione ct confusione, animam haben­ tem rationalem ct Intellectu proditam. Ita ex ea processisti Deus homo factus, consubstantialis Patri secundum divi­ nitatem, et consubstantialis nobis secundum humanita­ tem; non duas personas aut duas formas habens neque In duabus naturis agnitus, sed unus Deus, unus Dominus, una hypostasis, una voluntas, una ςύσι. Dei Verbi incarnata cl adorata. Kenaudot, Uturgiarum orientalium collectio, 61. cit., t. i, p. 100. Dans la liturgie syriaque, de Dloscorc, on lit cette brève formule : Deus Unigenitum Deum misit ad salutem nostri gene­ ris; qui ex Spiritu Sancto et Virgine Incarnatus rt natus est nativitate carnali el non phantastica, exstitltquc perfecte Filius hominis, Deus Interea absque Immutatione pennanens, omnia ad salutem nostram disponens ct perficiens. Hennudot, op. cit., t. n, p. 287. l.a liturgie arménienne contient le passage sui­ vant : Tactus est homo vere et non specie, ct unione sine mix­ tione incarnatus est e sancta ac Deipara Vlrginr Maria; subiit omnes vit» human» condiciones pneler peccata. On trouvera d’autres témoignages exprimant la même doctrine dans les rituels de ces Églises, spécia­ lement dans le rituel de l’ordination. Voir, par exem­ ple, une profession de fol dans le pont I Heal des Syriens, Dcnzlngcr, Jlitus Orientalium, t. n, p. 103. d) La croyance des Églises monophysiles sur Tincarnation nous est enfin manifestée dans les écrits de 2234 leurs principaux tléologiens qui ont vécu après le vi· siècle. a. Voici le témoignage autorisé d'Eusèbe Renaudot sur les théologiens coptes Doctrina de Incarnationis mysterio,,. fusissime exponitur ab ipsorum theologis eodem omnino sensu, nempe secundum ne tunc unita­ tem, exclusa prorsus confusione, commistione et alte· ratione.,. Inter theologos de hoc argumento disputa­ runt Ebnassolus in Collectione pnisapionvM fidei, Jahia, filius Adici in Tkactati; de incarnations, Abu-[tuita Takrilensis, Senerus, episcopus A'chmonin, Vincenttus, episcopus Copti et anonijmi plure*. Lil orient, collectio, l. i, p. 258. L'évêque de Misra, Chcnoudi, qui vivait sur la fin du xf* siècle, déclarait en ccs termes sa fol contre les phantasiastes : Deus Verbum humanam naturam assumpsit ex II. Virgine similem nobis in omnibus, excepto peccato, eamque sibi conjunxit per intimam unionem, conserialis ulriusque naturx proprietatibus (qu’on remarque ce langage chalcédonlenl ; secus enim omnia pur fecit Jesus Christus, dum m terris conversaretur operareturque mysterium redemptionis no\lræ, imaginaria tantum ac phantastica fuissent. Kenaudot. Historia patriarcharum Alexandrinorum. p. 471-172 b. Les deux grands théologiens de V Église syrienne jacobtte au Moyen Age, Denys (Jacques) Bar Sallbi (f 1171) el Grégoire Barhébræus (t 1286), parlent comme Philoxene et Sévère d’Antioche, au début de la querelle rnonophysitc. Dans son Traité contre les nestoriens, Denys fait la déclaration suivante : · Le corps (ou l'humanité) et le Verbe sont dits une nature. non qu’ils aient la même essence, mais à cause dc la composition (σύνΟεσις) et de Γ union. » Cf. F. N au. Analyse du traité de Denys Bar Sahbi contre les neoto­ riens. dans la Krone de ΓOrient chrétien, t. xiv (1909), p. 306. Le même, dans son Explication de ta messe, interprète les mots du Symbole : El incarnatus est de Spiritu Sancto et de Maria dc la manière suivante : Dc Virgine incarnatus est, seu se univil carni Verbum Deux, et homo /actus est sine ulla mutatione aut phan­ tasia, et mortem in came pro salute nostra sustulit. Denys Bar Salibl, Expositio liturgie, éd. J. Labourt, Leipzig, 1903. p. 57. Quant à Gregoire Barhcbracus, λ Tubjcction : St Christus consubstantialis est Patri, idemque consubstan­ tialis Marifc, quomodo duas non habebit naturas, quibus utrique imrquali icqualis sil ? Il répond : Duplex est illa una noturi, non simplex. Secundum diverstLs igitur ejus significationes inicqualibus illis ipse irqualis est. Assemanl, Bibliotheca orientalis, t. n, p. 297. Gré­ goire Invente ici une nouvelle expression : L’unique nature du Verbe incarné est double. C’est une manière dc traduire la μ(α φύσις σύνθετος des premiers doc­ teurs monophysiles. c. Les théologiens arméniens se distinguent par la clarté avec laquelle ils mettent à nu la logomachie qui a divisé les monophysiles des catholiques. Xu début du vm* siècle, le catholicos Jean Olznelzi, dit le Philosophe, dans son Traité contre les Phantasiastcs, explique bien dans quel sens II faut entendre la fameuse formule : Γηα natura Verbi incarnati : Etsi dicamus unam naturam Verbi incarnati, non tamen tali stulta delirnque sententia dicimus quasi una ab altera ablata fuerit aut altera dissoluta humidarum naturarum more... Incomprehensibilis illa conjunctio, non autem natu­ rarum permutatio nos nd unum asserendam Verbi incar­ nati naturam perducit. Inum dicere naturam unamque per­ sonam Christi, si oporteat brevius loqui, non est secundum Identitatem naturo aut secundum consubstantialitatem (hoc enim utrumque fere simul tolleret et Deum hominem esse, et hominem Deum esso), sed. ut s vpius dixi, propter ineffabilem Verbi cum suo corpore unionem... Anne times 2235 MONOPHYSISME, LES ÉGLISES MONOP IIYSITES duas dicere naturas? Magis timendum est, si recte unam quo­ que Christi naturam non dixeris. Sin vero neque nc religiose utrumque nudis, nihil obstnt quominus, quum unam dicis, memineris illius quoquo ex duabus; et rursus non oblitus duarum, unam etiam confitearis? Quoniam sancti Patres quoque in orthodoxa tide fundati, per securam ct insuspectam prudentiam, vclutinrma inexpugnabilia, unum ct alterum secum gerebant, prout rerum opportunitas pos­ tulabat, hoc vel illud moventes vibrnntcsquc adversus inimicos veritatis. J.-B. Aucher, Domini Joannis Oznicnsls philosophi, Arnicnorum catholici, opera, Venise, 1831, p. 113, 117-110,V27· Chosrov le Grand (f vers 972) rejette expressé­ ment l'cutychianismc dans son Explication de la liturgie sacrée : Unitus est in came immixtum in modum. Neque enim mutavit nut destruxit divinam naturnm aut humanam, sed univit naturas, atque ita idem est Deus ct idem homo, ut Verbum divinum sit homo, ct qui c Virgine incarnatus est, Deus; atque idem ipse Deus sit ct homo. P. Wetcr, Chosroa: Magni, episcopi monophysitlci, explicatio precum missa·, Fribourg-cn-B., 1880, p. 28. Citons encore ce passage tout à fait suggestif de Nersès de Lampron, archevêque de Tarse (f 1198), dans son célèbre discours pour l’union des Églises, au synode de Torse, en 1196 : Greel, dum duas naturas Christo tribuunt, nihil aliud intendunt quam confiteri illum esse Deum ct hominem ct condemnare pessimam hærcsim Eutychctls. Agnoscunt unum Christum duas habentem naturas, quin Deus est ct homo; sed illum non dividunt, quippe qui unionem hypo­ staticam confitentur. Mentis oculo illum contemplantur carnem factum et in came habitantem, sed illum corporeo oculo non considerant, ut illum dividant. Huic confessioni tum sacre Scrip tunc tum nos ipsi, qui unum esse Christum Deum ct hominem confitemur, suffragamur. Ergo eidem Christo, cui nos divinitatem tribuimus, illi naturam divi­ nam attribuunt, id est, essentiam divinam. Et dum nos humanitatem pncdicamus, illi rursus vocem naturae usur­ pant, ut essentiam humanam significent, ct sub hoc res­ pectu confitentur, sicut ct nos, perfectam utriusque uni­ tionem. Unde, si absque ira ct odio rem examinaverimus nullam adversus cos contradictionis causam inveniemus; siquidem dicere Christum esso Deum et hominem idem est ac dicere Christum duas habere naturas... Illi, vanis ducti suspicionibus, contra nos disputant timentque nc, dum Redemptoris nostri unitatem confitemur, utriusque natu­ re proprietates confundamus, ct nos credere naturam huma­ nam, post unionem. In divinam naturam fuisse mutatam suspicantur. Sed, cum adjutorio Altlsslml, ab hac hæres I immunes sunt Armenia; Ecclesias Inde n principio ad nostra usque tempora. Et omnia scripta n nostris Patribus edita Christum esse Deum ct hominem aperte confitentur... Non dicimus : Verbi incarnati una natura ad confundendas essentiarum proprietates, ut credunt qui nos impugnant; sed ita loquimur, ut duarum naturarum in una persona ineffa­ bilem unionem demonstremus, divinitatis el humanitatis pro­ prietates distinguentes... Confitemur duas naturas, etiam post unionem inconfusas ac distinctas in Christo inveniri. Pasquale Aucher, Orazione sinodale di S. Nlcrses Lumpro­ nense, Venise, 1812, p. 85-87, 89-91, 93. La première partie de notre conclusion sur la croyance des Églises monophysites est donc suffisam­ ment établie : la doctrine officielle de ces Églises sur le mystère de l'incarnation n’est autre que le mono­ physisme verbal de Dioscorc, de Philoxene ct de Sévère d’Antioche. Quelques théologiens même, sur­ tout parmi les Arméniens, acceptent comme égale­ ment légitimes la terminologie monophysite et les formules dyophysites des catholiques, ct méritent de figurer parmi les partisans du monophysisme ortho­ doxe, dont nous dirons un mot tout à l’heure. Il nous reste maintenant à montrer que, favorisé par les formules équivoques du monophysisme verbal, un eutycblanhme plus ou moins atténué s’est par­ fois glissé parmi ces groupes dissidents, sans réussir toutefois a s’imposer. 2236 3· Infiltrations eutychiennes dans les Églises mono· physites. — 1. Sur la fin du vi· siècle, la secte des Niobites, dont 11 a été parlé ù l’article Eutyciiianismf. et monophysisme, col. 1606, qui rejetait toute différence des natures après l’union, fit qudoucs recrues parmi les Syriens lacobitcs. Ces sectaires furent condamnés au synode de Gouba par le patriarche d’Antioche, Pierre le Jeune, de Callinlque (578-591), 2. A plusieurs reprises, au cours des siècles, des par­ tisans d’Eutychès ct des sectes eutychiennes sont signales parmi les Arméniens. Dans son Traité contre les phantasiastes, Jean Otznctzi nous révèle les excès de langage monophysite auxquels se laissaient aller certains sectaires. Ils refusaient, par exemple, de dire que le Christ avait souffert selon la chair ou par la chair, de peur de poser deux natures dans le Verbe incarné. Ils ne voulaient pas confesser que le Verbose fût incarné de la Vierge, parce que ces mots : de la Vierge rappelaient notre nature. Ils soutenaient que le mot nature nc pouvait s'appliquer à aucune créa­ ture ct ne pouvait désigner que la divinité. Ils allaient jusqu’à employer des formules dans le genre de celleci : Quœ ex Patre exislens eral anima, eadem animata fuit ex sancta Virgine, et quæ ex Patre natura erat, eadem nata fuit ex utero Virginis. Joannis Ozniensii opera, ed. cit., p. Ill, 119, 121. Au xn· siècle, Ncrsèt le Gracieux reproche à certains prêtres d'attribuer la passion et la mort à la nature divine. Opéra, t. i, p. 27. Par manque de culture philosophique, certains auteurs arméniens paraissent n’avoir fait aucune distinction entre les termes concrets ct les tenues abstraits : ce qui est fort grave ct mène droit à l’eutychianismc au moins dans les mots. D’après Galano, Conciliatio Ecclesia: armenæ cum omana, rpars altéra, t. i, p. 82-83, quelques polémistes arméniens des xni· et xiv· siècles, Vartan de Pazpcrl ct Grégoire Dattev, tombaient dans les errements terminolo­ giques des Aklistètes. Ainsi Grégoire Dattev disait : Christus non dicitur creatura, neque creator cl crea­ tura, sed omnino creator ct non factus, etiam secundum carnem. Non dicitur temporalis, sed aeternus nc sempiter­ nus, etiam secundum carnem. Non dicitur purus homo propter formam humanam, sed omnino Deus in humana forma. Non dicitur parvus propter defectum aetatis, sed semper omnino magnus, etiam secundum carnem; simi­ liter ct de aliis omnibus attributis. Plus sérieuse et plus durable a été l’influence de la doctrine gain ni te ou julianismc dans l’Église armé­ nienne. Sans doute les accusations de julianismc por­ tées à l’adresse des Arméniens par certains théologiens coptes et syriens sont exagérées; mais il faut recon­ naître que, dès le début du vi· siècle, Julien d’Halicarnasse eut des disciples en Syrie ct en Arménie. Un véritable julianistc, l’évêque Aptlschoh, assista au synode de To vin en 552. 11 englobait dans le même anathème Eutychès ct Sévère d'Antioche. Au vn·siè­ cle, Jean de Maracouma ct son disciple Sergius se réclament ouvertement de l'évêque d’Halicarnasse, Au synode de Manazghcrd (726), où Syriens Jacobites ct Arméniens, sc rencontrent, l'entente parfaite ne peut sc faire entre les deux partis sur la question de l’incorruptibilité ct de rimmortnlllé du corps du Sauveur. Cf. Chronique de Michel le Syrien, éd. Cha­ bot, t. n, fasc. 3, p. 492-500. Un julianismc atténué se rencontre Jusque chez les meilleurs théologiens armé­ niens, comme Jean Otznctzi ct Nersès le Gracieux. Celui-ci enseigne, par exemple, que Notre-Sdgneur, durant sa vie mortelle, prenait les aliments d’une manière incorruptible ct n'éprouvait point les effets naturels de la digestion. 3. Au xi· siècle, on signale chez les Coptes un cutychien en la personne de l’anachorète Samuel, d’ori­ gine syrienne, qui enseignait que le corps du Christ 2237 MONOPHYSISME, LE THÉOPASCHITISME pris de la Vierge était devenu Încréé, par le fait de son union avec le Verbe, cl consubstantiel à lui selon U divinité, Benaudot. Historia pair. Alrxand.. p. 471. Il fournit ή l'évêque de Misrn, Chenoudl, l’occasion de prononcer un discours contre les cutychicns ct les phantasiastes. I. Dans l’Église abyssine, la grande controverse sur l’onction du Christ, qui éclata au xvn· siècle, a par­ tagé les théologiens en deux écoles rivales : l’école dite des Dibra-libanéslens, qui reste fidèle au mono­ physisme verbal, et l’école des Eustathiens, qui sc rapproche de l'eutychianlsme. Voir sur cette contro­ verse ce qui a été dit h l'article Éthiopie (Église d')> t v, col, 960-965* Ces écarts de quelques théologiens montrent le danger des formules monophysltcs. Elles n'infirment pas la conclusion d'ensemble a laquelle nous avons abouti .sur la doctrine officielle des Églises monophysilcs. IV. Le THÉoPAScuiTisME. — Gomme le mot l’in­ dique, le théopaschitisme est l’erreur de ceux qui enseignent que Dieu le Verbe a éprouvé la douleur el la mort dans sa divinité. Cette insanité se déduit logiquement de certaines tonnes de l'cutychianismc ou monophysisme réel : 1· de la théorie de l’absorption ou de la disparition de l’humanité dans la divinité; 2e de la théorie du chan­ gement ou du mélange de la divinité du Verbe en la chair; 3* du synoustasme ou théorie de la composition du Verbe ct dî l'humanité en un tout naturel. L'apolhnarisme, malgré scs dénégations, n'échappe pas à cette conséquence, ct l’arianisme nc l’évite que parce qu’il nie la divinité du Verbe. Historiquement, tous les monophysltcs sans dis­ tinction ont été accusés de théopaschitisme par les orthodoxes, parce que tous n'admettent qu’une nature après l’union. L’accusation devint générale, après que Pierre le Foulon eut ajouté au Trisagion les mots : Qui as été crucifié pour nous, ό σταυρωθείς δι’ήμας. Disons, à cc propos, cc qu’on entend par Trisagion dans les liturgies orientales. 11 ne s’agit point, comme on pourrait le croire et comme certains l'ont cru, du triple Sanctus qui vient dans toutes les liturgies d’Oricnt et d'Occident immédiatement après la pré­ face. Sans conteste possible, cette sorte de trisagion est rapportée aux trois personnes de la sainte Trinité, ct les monophysltcs n’y ont fait aucune nddltion.il s’agit d’une autre formule ainsi conçue: Sanctus Dcus, Sanctus forl!s Sanctus immortalis, qui sc chante dans les messes orientales soit avant, soit après l’Évangllc, mais toujours avant la préface, el que notre liturgie latine n conservée dans l’office du Vendredi saint ct dans les preces ferlâtes de prime. C’est à celte hymne que Pierre le Foulon ajouta les mots Indiqués. L’addi­ tion fut bientôt reçue par toutes les Églises monophysllcs. Comme les Byzantins orthodoxes avaient l’habi­ tude slt l'ilium fuisse quem Isaias super sedem vidit, cumque sera­ phim sanctificabant. Ita enim ait : Hac quippe locutus est Isaias dc eo, quando gloriam ejus vidit (Jo„ xn, -11). Sed ct sanctus Cyrillus, cum Isaite visionem explicat, evangelist» adharens, de Filio visionem interpretatur, quem seraphim sanctificabant, eo quod carnem esset suscepturus, etc. Ijibourt, op. cit., p. 45. Les théologiens arméniens ne sont pas moins expli­ cites. Eux aussi rapportent au seul Verbe incarné le Trisagion, ct ils fondent leur interprétation sur la vision d’Isaïe ct l’Êvangilc de saint Jean. Écoutons Jean Otnetzi : Ut mihi comprehendere licuit, omnes propheticorum oraculorum visiones Filii dispensationem prætigumbant ; est que unus dc Trinitate quem Isaias vidit sedentem super solium gloria·; circa quem stantes seraphim obscuram illam vocem modulabantur... Unde nos confidentius*rcspicientcs in illa, prolatum ab cis subobscurum sonitum resumendo veraciter decantamus, dicentes : Æteme Deus, in fine temporis fieri voluisti In similitudinem creaturarum : Fortis, infirmitatem nostram In te sustulisti; Immortalis natura, mortem cnicis tibi placuit pro nobis pati; propter hujusmodi clcmentissimam benignitatem miserere nobis, quoniam nutem ad Filium hnx Eccleslæ hngiologin refer­ tur, exinde quoque patet, quod cuncta nostra vespertina néatutinaque officia per hunc tanquam per suave olentis incensi fumum ad Dei placitum offerantur. Optra, p. 199203. Nerses le Gracieux, dans sa Profession dr foi adres­ sée aux grecs, écrit dc snn coté : Si Trisagium istud ergn Trinitatem nos caneremus, que­ madmodum vos, pessimus esset ingensque error dicere : qui crucifixus e*. At canimus erga Filii personam ei offe­ rentes grati animi sensus propter en quæ fecit nobis : Deus ct Fortis ct Immortatis, qui corpore crucifixus fuisti pro nobis, miserere nobis... Quapropter, si (piis erga Trini­ tatem cantabit, ut vos; aut erga Filium solum, ut nos, qui in Officio trisagium erga Filium cantamus, tamen in sacrificio sancto svniphicum illum hymnum erga 1res per­ sonas canimus (allusion au Sanctus proprement dit, qui suit in préface). Opera, t. i, p. 185-186. Le synode de Chiragavan (862) fait une claire allu­ sion nu Trisagion. quand il dit dans son neuvième canon : Si quis non confitetur Deum Verbum ac Dominum nos­ trum Jcsum Christum sanctum, fortem ct Immortalem pro nostra salute secundum carnem crucifixum ac misericor­ diam humano generi largientem, quique hostia simul ct sacerdos tollat peccata mundi, anathema sit. Bulgy, op. rtl.. p. 218. 2240 Nous nous abstenons d’apporter le témoignage des théologiens coptçs : Sévère, évéque d’Aichmou· nain, Abou-Srba, Ibnassal, Aboul-lhirakat, etc. Ils pensent tous comme leurs coreligionnaires de Syrie ct d’Arménie. Cf. Henaudot, Lit. orient, collectif p. 210-211; Historia patriarch. Alrxand., p. 135, Les Églises monophysites sont donc exemptes de l’erreur Lhéopascbitc, qu’on leur a si souvent repro­ chée. Elles donnent toutes à l’addition faite au Trita· glon une signification orthodoxe. En attribuant au Verbe incarné la passion ct la mort, elles ne font qu’user d'une manière de parler qui n toujours clé en usage dans l'Égllsc, ct qui n'est qu'une application particulière de cc que les théologiens appellent h communication des idiomes. 3* Attitude de ΓÉglise catholique par rapport à alte formule. — Les formules théopaschites incriminées: l’addition nu Trisagion et VF nus de Trinitate cruci­ fixus est de Philoxene, furent, du reste, reçues par les catholiques avec des correctifs qui écartaient toute équivoque. Calandion, patriarche catholique d'Antio­ che, compléta l'addition de Pierre le Foulon park* mots : Χριστέ Βασιλεύ. Christe rex, qui crucifinit est pro nobis, pour Lien montrer que l’hymne ne s’adres­ sait qu'à Jésus-Christ. Son successeur. Éphrem, approuva cette innovation. Quant à la formule de Philoxène, les moines scythes de Constantinople réussirent, non sans peine, il est vrai, à faire approu­ ver par l’empereur Justinien (15 mars 533) cl parle pape Jean II (531) une formule équivalente : Vnus de "Trinitate passus est carne, είς της άγΙας Τριάδος έττιΟε σαρκί. Sur la controverse soulevée par les moines scythes, voir Tixcront. Histoire des dogmes, t. ni, p. 130-133, et ici art. Hobmisdas, col. 171 ct Jean II. L’Église romaine a longtemps toléré l’addition au Trisagion chez les Orientaux unis. Cependant, en 1G77, elle ordonna aux Arméniens catholiques de h supprimer dans leurs livres liturgiques. La défense fut renouvelée en 1833. Cf. Jus pontificium de propa­ ganda fide, pars J, t. v, p. 86. Plus récemment, ks Coptes el les Syriens catholiques, dans leurs synodes particuliers, ont condamné l’addition sans aucune restriction. On lit dans les Actes du synode syrien de Charfé (1888) : Appendix, qunm Pctrus Cnnphtrus, udus ex cor}· phæis monophysitnrum... scrnphico hymno addidit, quam­ que Jncobitiæ ab ipso acceperunt... hæc, unquam, appen­ dix est impietas et blasphemla, cum in ea crucifixio tanttlssinur Trinitati tribuatur. Proptcrca illam condcmnamui ct anathematizamus, prohibemuique Illius additionem ad Trisagium quocumque sensu ct quocumqueprætcxtu,quem­ admodum condemnamus ct rejicimus interpolationem, quam Jacobitæ In suis libris liturgie!* introduxerunt in 'Trisagium. illud referendo ad Filium, cum Ecclesia Illud semper usurpet directum ad sanctissimam Trinitatem Acta sgnodi nationalis Syrorum in seminario Sriar/i habita. 1888, p. 22. Les Coptes catholiques, dans leur synode tcnu”au Caire, en 1898, répètent à peu près la mémo chose. Comme les Pères du synode dc Charfé, ils supposent que primitivement l’addition du Trisagion avait pour but dc propager le théopaschltisme physique,et ils le rejettent même avec le sens orthodoxe que les théolo­ giens monophysites lui attribuent expressément depuis longtemps. Synodus Alexandrina enptorum habita Cairi in Àzgypto anno J898, Home, 1899, p 22. Puisqu’il est établi que les Églises monophysites n'ont jamais attribué la souffrance ct la mort à la Trinité ou à la divinité comme telle, mais seulement à Dieu le Verbe fait homme, il va sans dire qu’on pourrait, dans le cas dc négociations unionistes pour ramener les dissidents à l’unité catholique, se montrer plus tolérant à l’égard d’une formule désormais suffi- 224 1 MONOPH YSISME, SECTES DÉRIVÉES uniment < xpliquéc. L'Église romaine elle-même, dans l'oflicc du Vendredi suint, rapporte le Trisagion ù Jésus crucifié, comme l’ont justement fait remarquer certains arméniens catholiques. Cf. J. Cappclletti, Ncrsetis Cla/ensis opera, t. i, p. 186 en note; Aria synodi patriarchalis armenorum Constant inopoli habita(1890), p. 261. V. Les secius issues ou mosoeiiysisme sévi'hies et le monophysisme thinitaike. - Avant de sc cristalliser en théologie relativement stable ct uni­ forme dans les Églises monophysile*», le monophy­ sisme sévéricn, plus encore (pic l’eutyclii&nlsme pro­ prement dit, se scinda en une série invraisemblable dc sectes pendant les deux premiers siècles qui sui­ virent le concile dc Chalcédolne. La terre classique de ces divisions fut l’Égypte, où le mouvement antichalcédonien avait d'abord pris naissance. A la buse dc ces divisions, on trouve, la plupart du temps, non une opposition nette dc doctrines, mais des querelles dc mots. Enfantée par une logomachie voulue cl soigneu­ sement entretenue, l.i secte fut punie par où clic avait péché. Elle se débattit pendant longtemps dans d’in­ terminables logomachies, qui plusieurs fois faillirent la faire disparaître. Notre intention n’est pas ici dc décrire longuement chacune de ces sectes. Plusieurs d’entre clics ont déjà fait l’objet d’articles spéciaux dans cc dictionnaire. La plupart, du reste, ne sont connues que par le peu qu'en écrivit, au début du vu· siècle, le prêtre Timo­ thée de Constantinople, dans son opuscule De recep· Hone hicrelicorum, t. i.xxxvi, col. 11-7 L Quelques-unes durent leur naissance â des conflits de juridiction et ressortissent non au Dictionnaire de Théologie, mais au Dictionnaire d'histoire ecclésiastique. D'autres curent une existence éphémère et disparurent bientôt sans laisser de traces. Le prêtre Timothée, comme tous les hérésiologucs, prend un manifeste plaisir à augmenter sa collection autant que possible, cl ά signaler les moindres fissures dans l'édifice antichalcédonien. Nous nous bornerons donc à établir la généalogie des principales sectes du point de vue doctrinal et à noter leurs divergences. Nous parlerons surtout dc ce qu’on peut appeler le monophysisme trinitaire, issu dc l’application dc la terminologie monophysile de l’incarnation au mystère de la Trinité. A prendre les mots dans le sens courant, quiconque veut rester dans l’orthodoxie doit être monophysile quand il s’agit du mystère de la Trinité, puisqu’il n’existe en Dieu qu’une seule φύσις, une seule nature divine. Nous allons voir comment un bon nombre de sévériens furent amenés à répudier ce monophysisme légitime ct ù devenir triphysites sur le mystère dc la Trinité, alors qu’ils restaient opiniâtrement monophysites sur le mystère de l'incarnation. !♦ Acéphales contre hénoticiens. La première divi­ sion sérieuse qui mit lu brouille parmi les partisans du monophysisme verbal fut causée par V Hénottquc de Zenon. Alors que les évêques, chefs de la secte, se rallièrent â celle formule de foi, une partie Importante dc leurs ouailles refusa de les suivre sur cc terrain de compromission. A ces fanatiques il fallait un anathème explicite contre le concile de Chnlcédoine, qui avait osé déposer saint Dloscore. On eut ainsi les hénoticiens cl les acéphales. Les acéphi les ne tardèrent pas à décliner. On en trouvait cependant encore quelquesuns sous l’empereur Maurice (582-602), ct le prêtre Timothée connaît trois sectes d’acéphales; les antbropomorphites, les ésaianites ct les barsanouphlcns : De receptione hicreticorum, loc. cit., col. 45 AB, 56-57. Cf. article Hïnotiqvi , t. vi, col. 2153-2178; article Acéphales du Dictionnaire d'histoire el de géographie ecclésiastique, 1.1, col. 282-288: Jean Maspéro. Histoire des patriarches d'Alexandrie depuis la mort de Tempe· 2242 reur Anastase jusqu'à la réconciliation des Églises jacobitcs (518-616), Paris, 1923. p. 191, 291. 2* Aphlartodocèles contre phlartolâtres.— Au début du règne dc l’empereur Justin, vers 518-520, éclata entre Sévère d'Antioche ct Julien d’IIalicamasse une querelle autrement grave, parce qu'elle avait une base doctrinale. Elle roulait sur la possibilité du corps dc Jésus-Christ avant la résurrection, el n'était point une pure logomachie. Nous n'avons pas à exposer ici la doctrine respective des deux adversaires. Voir les deux articles : Gaianites ct Gaiamtk (La contro­ verse) ET LA PASSIIHUTÉ DU CORPS DE JÉSUS-ClITUST, t. vi. col. 999-1023; l'article Juuen d'1 Iaijcarnasse, l. vm, c«>l. 1931 ; ct pour l’interprétation de la doctrine personnelle de Julien d'I lalicarnasse, l’ouvrage dc H. Dragnet, Julien d'Halicarnassc ct sa controverse avec Sévère d'Antioche sur l'incorruptibilité du corps de Jésus-Christ. Élude d'histoire littéraire ct doctrinale suivie des fragments dogmatiques de Julien, Louvain, 1924, cl M. .logic, Julien d'Halicarnasse et Sévère d'Antioche, dans les Échos d'Orient, l. xxiv (1925), p. 129-162, 257-285. Notons seulement que, sur la terminologie chrislologique, il n’y avait point entente parfaite entre Sévère et Julien. Alors que le premier ne refusait pas de dire δύο ουσία».. deux essences, après l'union, et comptait aussi les propriétés dc la divinité ct de l’huma­ nité comme en qualité naturelle, ώς έν ποιότητί φυσική, le second faisait du tenue ούσία un synonyme de φύσις et d’uzôavaaiç, et refusait de compter les pro­ priétés des deux natures après l'union. Ces parti­ cularités verbales jointes à la doctrine de l'impassi­ bilité et dc l’incorruptibilité du corps du Christ dès le premier instant de l’union, donnaient au julianisme l’allure d'un dcml-eutvchianismc. En poussant ù bout la tendance cutychienne du maître, certains de scs disciples aboutirent au par­ ler théologique le plus étrange, cl formèrent la secte des Aclistètes, άκτιστήται ou άκτιστίται : A force d’insister sur l'unité du Christ, et pour ne vouloir pas compter les propriétés des natures après l’union, ils en arrivaient à communiquer au corps du Sauveur ct à son humanité en général, les propriétés mêmes dc la divinité, cl ù dire, par exemple, que la chair du Christ était non seulement incorruptible mais incréée : d'où le nom à'Actistètes qu’on leur donna. Cf. le prêtre Timothée, op. cil., col. 44. 3· Agnoètcs et niobites. — La controverse entre sévériens et julianistes amena bientôt des divisions parmi les sévériens eux-mêmes. Sévère avait soutenu contre Julien que le corps du Sauveur avait été corruptible ct passible. Un de ses disciples, le diacre Alexandrin Thénustius, s’avisa d’attribuer aussi des imperfections à l'ême du Christ τ ce qui accentuait la distinction des deux natures cl de leurs propriétés respectives après l’union. Il reprit à son compte l’opinion de quelques anciens Pères qui, dans leur polémique avec les ariens, avaient attribué, ou paru attribuer une certaine Ignorance à JésusChrist comrm homme, notamment l’ignorance du jour du jugement. Cette question fut soulevée non pas, semble-t-il, sous le patriarche Timothée III (518-535) comme l’nfllrmc Libéralus, Breviarium causer nestorianorum et eutychianorum, 19, P. L.. I. lxviii, col. 1034. mais sous son successeur. Théodose (535-566) après la mort de Sévère (t 538), aux environs de 540, alors que Théodosc se trouvait à Constantinople. Cf. Léonce de Byzance, ou plutôt l’auteur du De sectis, aci. v. 3, P. G., I lxxxvi, col. 1232. Théodose repoussa l'opinion dc son diacre comme une hérésie : on ne pouvait attribuer l’ignorance au Verbe incarné, même dans son humanité. Thémislius sc sépara alors du patriarche, el devint le docteur d’une secte ù part. 2243 MONOPHYSISME, SECTES DÉRIVÉES qu'on appela la socle des Agnoètcs, Άγνοήται, tandis que le gros des sévériens prit alors le nom de Théo­ dosiens, Qcoooatxwi. Voir l’article Agnoètes, de ce Dictionnaire, L i. col. 586-596; à compléter par la monographie de Joseph Maritch, De. ugnoetarum doc· jrina, Zagreb, 1911. A l’extrême opposé des agnoèles cl dans le camp même des theodosiens, par réaction sans doute contre Thémislius, naquit, vers 570, la secte des niobites, dont le père fut le sophiste alexandrin, ÉtienneNlobé. Pour couper court a toute discussion sur l'ignorance de l'humanité du Christ, Étienne enseigna que Γένωσις de l'incarnation était tellement forte et étroite qu'il n’était plus permis de parler de différence des natures, ou de la divinité ct de l'humanité, après l'union : ούδέ την διαφοράν των φύσεων μετά την ένωσιν σωζεσΟαι ανέχονται είπεϊν, dit Timothée, op. cil., col. 63. Tout en se réclamant de Sévère, ces sectaires rejoignaient sur le terrain de la terminologie christologiquc les actislèles julianistes, et ne pouvaient plus guère s’exprimer que comme de véritables culychiens. 4· Le trithéisme de Jean Philopon. — Une source particulièrement féconde de divisions ct de sectes parmi les sévériens ou theodosiens fut ce qu'on a appelé le trithéisme, qui parut dans la seconde moitié du vi· siècle. Les origines du trithéisme sont fort obscures. 11 faut en attribuer la première paternité au Syrien Jean Asquçnûgès, originaire d’Apaméc, qui condensa son système dans un ouvrage sur la Trinité qu’il n'eut pas le temps de publier, sans doute parce qu'il mourut en exil vers 560. Ce système lient tout entier dans la courte profession de foi qu’il lit à Constantinople devant l'empereur Justinien, en 557, au témoignage de Barhcbræus, Gregorii Barhebrœi chronicon ecclesiasticum, éd. Abbeloos ct Lamy, t. i, Louvain, 1872, p. 225-227 : « Je reconnais, dit-il, dans le Christ une seule nature du Verbe incarné; mais dans la Trinité je compte autant de natures (φύσεις), et d'hypostases(ύπόστασεις)[et de déités, θεότητας! Jque de personnes (πρόσωπα) ». Celte formule, mis à part le mot θεότητας, qui ne doit pas être authentique, serait une énigme difficilement déchiffrable, si nous n'avions, pour la comprendre, quelques extraits des œuvres d’un disciple de Jean Asquçnagès, devenu bientôt plus célèbre que lui, au point de passer pour le véritable fondateur du trithéisme. Ce disciple est l’Alexandrin Jean Philopon, philosophe aristotéli­ cien de renom autant que monophysitc fervent qui, avant de se faire un nom dans l'histoire des hérésies, avait commenté la plupart des ouvrages du Slagyrite. Voir l’article Jean Philopon de ce Dictionnaire, t. vin, col. 832. C'est à lui que fut remis par l'intermé­ diaire d’un certain Athanase devenu patriarche d’Alexandrie en 566, le traité non publié de Jean Asquçnagès sur la Trinité. Cf. J. Maspéro, op. cit., p. 196-201. Philopon s'enthousiasma pour la trouvaille du philosophe syrien. Il sc l'assimila, l’élabora à sa manière et codifia, en un volume malheureusement perdu, ce qu’on a appelé du mot trompeur de trithéisme. Ce système nous est surtout connu par l'exposé qu’en ont fait ses adversaires, tels que le prêtre Timothée de Constantinople, op. cit., col. 44, 61, 64 ; l'auteur du De sectis, toc. cil., col. 1233 AB, Photius, Bibliotheca, cod. 21-24, 13, 50, 55, 56, 215, 240. Saint Jean Damascène nous a heureusement conservé un long extrait de l’ouvrage «le Philopon intitulé Διαιτητής, L'arbitre, De lurresibus, 83, P. G., t. xciv, col. 744-751. ct Michel le Syrien donne sous le nom de Τμήματα un résumé détaillé de la diatribe du même contre le concile de Chalcédoine, Κατά της τέταρτης συνόδου, Chronique, éd. Chabot, t. u, p. 92-121. Grèce a ces renseignements épars, ou peut reconstituer assez bien 2244 le système d’Asquçnagès et de Philopon. C'est une tentative habile pour établir l’uniformité entre la ter­ minologie trinilairc el la terminologie chrislologiquc des monophysltes sévériens, ct répondre ainsi A l’objcction que les catholiques faisaient continuellement à ces derniers ; · Vous êtes inconséquents avec vous-mêmes: vous donnez au mot φύσις un sens dillérent suivant qu'il s'agit du mystère do la Trinité ou du mystère de l'incarnation. Quand vous pariez de la Trinité, vous distinguez nettement entre φύσις ct ύπόστασις; vous dites avec nous : une φύσις el trois hypostases ou prosopa en Dieu. Au contraire, quand vous parlez du Christ, que vous reconnaissez être Dieu ct homme tout ensemble, vous ne voulez plus admettre de distinction entre φύσις et ύπόστασις ou πρόσωπον. Vous refusez de dire avec nous ct avec le concile de Chalcédoine : une seule hypostase du Verbe Incarné ct deux φύσεις ou natures, la φύσις divine ct la φύσις humaine. * Nous avons entendu, col. 2222, Sévère d'Antioche reconnaître expressément cetlc différence de signifi­ cation du terme φύσις dans les deux cas. Sans conteste possible, c'était là le point faible de tout l'échafau­ dage verbal des monophysilcs. Pour le faire dispa­ raître ct attaquer en même temps les chalcédonicns sur leur propre terrain, Asquçnagès et Philopon transportent hardiment la terminologie monophysite de la christologie dans la théologie trinitaire. Ils posent en principe qu'il n’y a pas de nature imperson­ nelle. Toute nature ou φύσις concrète ct réellement existante est nécessairement une hypostase ou une personne, qu’il s’agisse de Dieu ou des hommes. Pour démontrer ce principe, ils en appellent à la fois à la philosophie d'Aristote ct au dogme catholique. Ils peuvent se prévaloir même de l'autorité de saint Basile de Césaréc qui, ayant à formuler le dogme de la Trinité, a donné de la nature ct de la personne une notion superficielle ct vulgaire, à la portée de tous, suffisante pour le but qu’il se proposait : La nature φύσις, ούσία, est ce qui est commun dans les individus de même espèce (τδ κοινόν), qu’ils possè­ dent tous également, ct qui fait qu'on les désigne tous sous un même vocable. Cette ούσία, cette φύσις com­ mune, n’existe pas comme telle. Pour exister réelle­ ment, elle a besoin d'être complétée par des caractères propres, des notes individuantes, qui la déterminent et la circonscrivent. Une fols revêtue de ces notes caractéristiques, la φύσις commune devient hypo­ stase ct personne. C'est la φύσις concrète, la seule qui existe dans la réalité. La φύσις concrète est nécessai­ rement hypostase et personne. Celte notion basilicnnc de la nature el de la per­ sonne cadre assez bien avec la distinction aristoté­ licienne de la nature abstraite ct universelle, commune à plusieurs individus de la même espèce, qui n’existe pas comme telle dans la réalité, cl de la nature con­ crète cl individuelle, qui ajoute aux éléments com­ muns de la nature abstraite ct universelle les notes individuantes, jfôur former Vindinidu réellement exis­ tant. V hypostase ou personne. Gel te nature concrète, Aristote l'appelle indifféremment μερική ούσία (par opposition à la κοινή ούσία), φύσις, ύπόστασις, άτομον. Ce sont pour lui des termes synonymes. C'est sur ce point précis de terminologie, que saint Basile et avec lui l'Égliso catholique ne s'entendent plus avec le philosophe. Au iv* siècle, l’Église est arrivée, après de longs débats compliqués de logomachies, à unifier le parler théologique, quand II s'agit de la Trinité : il y a en Dieu une seule ούσία ou φύσις ct trois υπο­ στάσεις ou πρόσωπα . Par une abstraction de l’esprit et une sorte d’anthropomorphisme, la nature divine, prise comme telle, est considérée comme un élément commun Λ trois hypostases ou personnes, tout comme la nature humaine, prise comme telle, c’est-à-dire MONOPHYSISME, SECTES DÉRIVÉES 2215 d’une manière abstraite cl universelle, est considérée par les philosophes comme commune a tous les indi­ vidus humains, h toutes les personnes humaines. Mais c’cst là une manière de parler humaine, une abstrac­ tion de notre esprit. Dans la réalité, la nature divine, loin d’être universelle, ou même répétée trois fois en trois personnes est essentiellement concrète et unique ct personnelle, car elle s'idcnlifie réellement avec chacune des personnes divines ; Le Père, c’cst la nature divine avec un mode spécial d'exister, τρόπος ύπάρςεως ; le Fils, c’cst la même unique nature divine avec un autre mode spécial d’existence ; le Saint-Esprit, c’est la même nature divine avec un autre mode d’existence : les trois sont une même nature divine ; la nature divine est les trois : Dieu, c'est le Père ct le Fils ct le Saint-Esprit. Dans la réalité, on peut donc dire, ct l’on doit dire : la φύσις divine est non seulement hypostase, personne, mais elle est trois fois hypostase, personne; ou mieux : elle est (rois personnes. Le prin­ cipe posé par Philopon : que toute φύσις concrète ct réellement existante est nécessairement personnelle, hypostase se réalise donc surabondamment dans la Trinité, si l’on se place sur le terrain de la réalité, ct si l’on renonce au mode de parler abstrait, reçu depuis longtemps dans l’Église et conforme au langage commun. Le langage commun est celui-ci : Il y a en Dieu une seule natur et trois personnes réellement dis­ tinctes entre elles. Le langage de la réalité serait celuici : Dieu (ou la nature divine concrète et réellement existante comme telle) est trois personnes ou : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Asquçnagès, Philopon ct leurs disciples, par procédé polémique ct pour établir le postulat du monophysisme que toute φύσις est aussi ύπόστασις, ct que ccs termes sont équivalents, abandonnent le langage communément reçu, qui est le langage abstrait, ct adoptent le langage concret, celui de la réalité : Ils disent : Dieu est trois personnes. Le Père est la φύσις divine, ct il est hypostase. Le Fils est la φύσις divine, ct il est hypostase. Le Saint-Esprit est la φύσις divine, ct il est hypostase. Dans le Père, le Fllsct le Saint-Esprit, φύσις et ύπόστασις se confon­ dent donc ct ne sont pas réellement distinctes. Les novateurs vont plus loin : adoptant la terminologie aristotélicienne, d’après laquelle les mots : μερική ούσία, φύσις ct ύπόστασις sont synonymes, ils diront indifféremment : Dieu est τρεις μερικαί ούσίαι. ήτοι φύσεις, ήγουν ύποστάσεις. Mais en usant de cette terminologie, ils se garderont bien d’enseigner que Ι’ούσία ou φύσις divine est répétée trois fols dans chaque personne divine, comme la nature humaine abstraite ct universelle, la κοινή ούσία d’Aristote, est répétée autant de fois qu’il y a d’individus humains. Ils maintiennent énergiquement l’unicité de la φύσις divine ct ne supportent pas qu’on dise qu'il y a trois dieux ou trois divinités. Ils n'ignorent pas le procédé d’abstraction par lequel l’Église est arrivée à la for­ mule : une nature divine et trois personnes. Philopon écrit : « L’unique nature de la divinité qu’cst-cllc autre chose que la notion commune de la nature dis inc, considérée en ellemême ct séparée par une opération de l’esprit de la propriété de chaque hypostase ? Tl γάρ άν ε(η μία φύσις Οεότητος ή ό κοινός της θείας φύσεως λόγος, αύτδς καΟ’ίαυτόν θεωρούμενος, καί τη έπινοία τής εκάστης ύποστάσεως ίδιότητος κεχωρισμένος ; » S. lean Damascènc, loe. cit., col. 718 (extrait du Diittelh). Mais cette unique nature divine, séparée ainsi par la pensée de chaque personne, n'existe pas comme telle dans la réalité. Elle s’identifie en fait avec chaque personne divine. Elle est hypostase en chacune d'elle. Elle est trois fois hypostase tout en restant unique. Que ce soit bien là la véritable pen­ sée de Philopon, c’cst ce qui ressort du court résumé que donne de sa doctrine le prêtre Timothée de Cons­ PICT. DE TIILOL. CAT1I0L. tantinople : « Ils confessent, dit-il, que chacun de la Trinité, c'est-à-dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit est Dieu en vérité, ct essence ct nature; que la Trinité est trois hypostases ct trois personnes; ils disent encore que la Trinité est trois ousies ct φύσεις numé­ riquement distinctes, absolument semblables quant à la divinité. Ils confessent également que la sainte ct consubstantielle Trinité est une seule essence ou nature ou divinité ou un seul Dieu, non par le nombre (comme si cette divinité était multipliée en chaque personne), mais par l’immuable identité de la divinité. Mais ils évitent de dire trois dieux ou trois divinités; Όμολογούσι Θεόν είναι κατά αλήθειαν, καί ουσίαν, καί φύσιν έκαστον, τόν Πατέρα /Ιγω, καί τόν Υιόν, καί τά άγιον IIνεύμα, τρεις ύποστάσεις τήν αγίαν Τριάδα καί τρία πρόσωπα* έτι μήν καί τρεις τινας τω άριΟμφ ουσίας καί φύσεις (σας άπαραλλάκτως κατά τήν θεότητα λέγοντας. Μιαν δε ουσίαν ήγουν φύσιν, καί μία*/ θεότητα ήγουν Θεόν τήν άγίαν καί ύμοούσιον Τριάδα ομολογούσιν ούκ αριθμώ, αλλά τη άπαραλλάκτφ της Οεότητος ταύτότητι. Τρεις δέ θεούς ή θεότητας λέγειν παραι­ τούνται. » Timothée, op. cit., col. 61. Il est évident, d’après ce texte, que le trithéisme de Philopon ct de ses disciples était purement verbal. L'innovation consistait à faire remarquer qu’au point de vue concret, la φύσις divine était aussi hypostase ct personne, et à employer la terminologie aristotéli­ cienne pour désigner chaque personne divine; à dire que chacune d’elles considérée concrètement était une ούσία μερική, une φύσις. une ύπόστασις, un πρόσωπον. C’est en prenant les mots ούσία ct φύσις au sens abstrait, qui était le sens de ccs mots dans les formules reçues par l’Église, qu'on a pu accuser les philoponiens de trithéisme réel. Mais ils s’en défendaient éner­ giquement, ct ils sc tournaient vers les chalcédonicns avec un air de triomphe : * Vous voyez bien que, même dans la Trinité, si vous voulez vous placer sur le ter­ rain de la réalité ct abandonner ce qui est fiction de l’esprit, la φύσις divine est personnelle et trois fois personnelle ; que chaque personne divine est a In fois φύσις cl ύπόστασις, puisque dans la réalité chaque personne s’identille avec la nature divine. Le concile de Chalcédoine a donc tort en donnant un sens différent à φύσις et ù ύπόστασις, en affirmant dans le Christ une hypostase ct deux φύσεις. Au sens concret ct réel, il n’y a dans le Christ qu’une seule φύσις. qui est aussi ύπόστασις ou personne, à savoir l’unique φύσις ou ύπόστασις de Dieu le Xerbe, qui s’est incarné, μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρκωμένη. Si vous voulez poser dans le Christ deux φύσεις, vous devez nécessairement reconnaître aussi en lui deux hypostases, el vous êtes nestoriens. Ou bien, il ne vous reste qu’à dire que le Verbe s’est uni à la nature humaine universelle et abstraite, commune à chaque individu humain, à ce qu’Aristotc appelle la κοινή ούσία. Mais alors, la nature humaine du Christ n’est qu’une abstraction sans consistance,une φύσις άνυπόστατος, une vraie chimère de l’esprit philosophique. Ce n’est plus une nature individuelle, une ούσία μερική. Si vous lui ajoutez les caractères distinctifs, les notes Individuantes qui font l’individu et l’hvpostasc d’après saint Basile lui-même, vous avez alors une φύσις. qui est aussi hypostase, ct vous voilà de nou­ veau acculés au nestorianisme. II n’y a qu’un moyen de sortir de cette impasse : c’est de confesser avec nous une seule φύσις cl ύπόστασις du Verbe incarné. » On sait ce que répondirent les théologiens catho­ liques à Philopon ct à ceux de son école : sans contester qu’en Dieu chaque personne s’identille réellement avec la nature divine, ce qui est le dogme catholique, Ils firent remarquer le sophisme par rapport à la nature humaine du Christ. Ils approfondirent la notion de j personnalité el complétèrent la notion superficielle X. — 71 2247 MONOPHYSISME, SECTES DÉBINÉES qu’en avait donnée saint Basile cn parlant de la Tri­ nité. Si dans la Trinité, pour avoir une personne, il suffit d’ajouter â la nature divine (considérée d’une manière abstraite ct comme une chose commune â chaque personne) la propriété hypostatique qui carac­ térise chaque personne et la distingue des autres, il n’en va pas de même, quand il s’agit des personnes humaines. Si a l’idée universelle d’homme vous ajoutez les notes et caractères individuels qui concrétisent cette nature humaine commune, la distinguent de la nature concrète d'un autre individu humain, la placent vraiment dans le domaine du réel et la rendent apte à l'existence, vous avez une vraie φύσις, non univer­ selle ct commune, mais individuelle et particulière, une μερική ούσία ; ct cependant vous n’avez pas encore nécessairement une ύπόστασις, un πρόσωπον, une vraie personne. Ce qui constitue l'individu, la personne, c'est l’existence autonome, c’est l’existence cn soi-même ct â part soi, indépendamment d'un autre. C’est la notion de la personne donnée par Léonce de Byzance. Cette notion lui permet d'établir une distinc­ tion nette entre la nature prise comme telle et la personne ou hypostase, et lui fournit une réponse victorieuse contre l'objection de Philopon : Ή μέν γάρ φύσις τόν τού rivai λόγον έπιδέχεται· ή δέ ύπόστασις και τον τού καθ’ έαυτόν είναι. Contra Nestonum ct Eutychctcm, P G., t. lxxxvj, col. 1280. Entre la φύσις concrète et douée d’une existence auto­ nome qui la fait hypostase, ct la φύσις abstraite et universelle, qui comme telle n’existe pas, est sans consistance, άνυπόστατος. il y a place pour une φύσις qui n’est ni douée d’existence autonome — ct donc n’est pas hypostase —· ni privée des notes individuel­ les qui la concrétisent ct la distinguent des autres natures individuelles — ct donc l'empêchent d’etre une abstraction — c’est la φύσις existant dans une autre hypostase, soutenue par elle dans l’existence ct possédée par elle; une φύσις qui ne s’appartient pas mais appartient ù un autre qui l'a prise et faite sienne, une φύσις ένυπόστατος. C’est le cas de la nature humaine individuelle prise par le Verbe. Cf. Léonce de Byzance, ibid., t, ix, col. 1277-1280. L’intervention de Philopon dans la querelle mono· physite amena donc un progrès sensible dans la théo­ logie catholique de l'incarnation. La définition de la personne donnée par Léonce de Byzance enlevait toute force à l’objection du philosophe aristotélicien. Celuici, au fond, n'avait abouti qu'à cette conclusion para­ doxale ct tout à fait contraire aux déclarations des premiers théologiens monophysites : que la termino­ logie monophystte avec sa définition de la φύσιςύπόστασις s'adaptait mieux à la théologie trinitaire qu’à la christologie. L'objection philoponienne avait aussi montré l'insuffisance des définitions basiliennes de la nature et de la personne. Ccs dé finitions super­ ficielles pouvaient suffire à fonder la distinction entre la nature ct les hypostases dans |a Trinité : elles man­ quaient de précision ct devenaient dangereuses pour le dogme christologique. Une autre conséquence du philoponismc fut de jeter le désarroi dans le camp des monophysites et d’y mul­ tiplier les divisions ct les sectes. Asquçnagès ct Phi­ lopon curent des disciples fervents, parmi lesquels se signalèrent Conon, évêque de Tarse en Cilicie, ct Eugène, évêque de Sélcucle d’Isaurie Conon. cepen­ dant. ne tarda pas à se séparer de Philopon. Tout cn acceptant sa terminologie trinitaire. il refusa d’ad­ mettre ses doctrines hérétiques sur la résurrection des corps ct l’annihilation du monde actuel à la fin des temps. Sur ces doctrines spéciales du philosophe alexandrin, voir l’article .Jean Philopon, t. MH. col. 831-839. On eut dès lors la secte des philopontens (dits aussi athanasiens, du nom d’Athanasc. qui fut 2248 patriarche d’Alexandrie de 560 à 571) ct la secte dis cono ni(es. 5· Les sectes issues du Irtlhéisme. — Parmi les autre* sectes issues de la controverse philoponienne ou trithéiste, le prêtre Timothée signale les pétrîtes, ks damianites ou tétradites ct les condobauditcs. Il n'est pas facile, avec le peu qu’il nous dit de chacune d'elles, d'établir leur credo distinctif. Ce qui les différenciait, c'était encore, semble-t-il, une question de termino­ logie. Les pétrîtes ou pétriens tiraient leur nom du pa­ triarche monophysite d’Antioche, Pierre de Callinique (581-591), qui fit schisme avec Damien, patriar­ che d’Alexandrie (578-601). Pierre acceptait l'expose de la théologie trinitaire fait par Philopon, mais il refusait d’appliquer aux personnes de la Trinité les termes aristotéliciens de φύσις et de μερική ούσία, comme s'écartant d’une manière trop criante du lan­ gage communément reçu. 11 disait bien avec Philopon et avec tout le monde : Il y a cn Dieu trois hypo­ stases, τρεις ύποστάσεις; mais il refusait de dire avec le philosophe trois ousics ou φύσεις numériquement distinctes : παραιτούνται καί τύ λέγειν, dit Timo­ thée, τρεις τω αριθμώ ούσίας ήγουν φύσεις τίνος ίσα; άπαραλλάκτως, (oc. cit.9 col. 61 Β. Cette précaution ne l'empêchait pas d’être traite de trihéiste par Damien et les siens. Damien, lui, abandonnait complètement le pointée vue concret adopté par Philopon en parlant des per­ sonnes divines, ct revenait à la conception abstraite : il distinguait en Dieu la nature ou essence prise comme telle ct considérée séparément des personnes, et chaque personne prise comme telle, c’est-à-dire la propriété hypostatique constituant chacune des per­ sonnes. Dès lors, φύσις ou ούσία cn Dieu n’était plus synonyme d’ύπόστασις. Ε'ύπόστασις divine prise comme telle n'était pas Dieu par nature : elle était Dieu par participation à la φύσις divine. Damien voulait dire cc qu’enseignent nos théologiens scolas­ tiques : la personne divine prise comme personne est constituée par la propriété hypostatique, c’est-à-dire la relation opposée, le conceptus ad de Cajétan. Unie à la nature divine, avec laquelle elle s'identifie, du reste, dans la réalité, la propriété hypostatique devient la personne concrète, qui est Dieu. Dieu le Père, c’est la relation de paternité avec la nature divine. Dieu le Fils, c’est la filiation avec la même nature divine. Damien avait le tort de devancer son époque et de parler comme un scolastique du Moyen Age. On ne le comprit pas, ou l’on ne voulut pas le compren­ dre. On le traita tantôt de tétradite, parce qu’il sem­ blait poser quatre entités différentes cn Dieu; les trois personnes plus la nature divine commune aux trois’ tantôt de sabellicn. parce qu’il paraissait faire des personnes divines de pures formalités de l’unique nature divine. Voici, du reste, le court signalement des damianites fourni par Timothée : μή είναι Ji τούτων έκαστον καΟ’έαυτδν Θεόν φύσει, άλλ’ ίχειν κοινόν (-Ιεόν ήγουν θεότητα ένυπαρκτον, καί τούτης μετέχοντα άδιαιρέτως είναι Θεόν έκαστον, col. 60. Plus haut, col. 15, dans cc qui semble être la première édition de son opuscule, Timothée a attribué aux pétrîtes une définition de l'hypostasc qui ne cadre qu’avec le point de vue de Damien : την υπόσταση μόνα είναι ιδιώματα χωρίς ούσίας. C’est manifeste­ ment à lui qu’il faut la restituer. Restent les condobauditcs, ainsi appelés du quar­ tier de Constantinople où les premiers adeptes de la secte tenaient leurs réunions. 11 n’est pas facile de caractériser leur doctrine trinitaire. Timothée écrit sur leur compte une phrase qui n’est pas la clarté même : ol λέγοντες ένα Θεόν είναι τω αριθμώ χαΐ ούχί τη άπαραλλάζτω ΙσότητΓ τόν αύτόν Πατέρα ζι1. 2249 MONOPHYSISM E ΤΙύν καί Πνεύμα άγιον λέγοντες, cul. 57 B : ce qui i semble être l'expression même de l'orthodoxie contre le trithélsme réel prête à Philopon, h cause de sa terminologie étrange. Nous savons cn ciïet, par l’hhtoirv que les condobauditcs sc séparèrent de Théodose d'Alexandrie, après que celui-ci eut écrit un traité contre Asquçnagès, où il paraissait faire trop de concessions nu novateur. .1. Maspéro, op. cit., p. 208209. Ils paraissent donc avoir été une fraction des sévériens intransigeants qui repoussèrent toutes les innovations des tritheistes. Il ne faut point du reste se faire illusion sur l’impor­ tance des dernières sectes que nous venons de nommer. Elles disparurent bientôt sans laisser de traces. Le succès de Philopon lui-même fut éphémère. Sa ter­ minologie aristotélicienne n’arriva pas à s’imposer, ct scs opinions hétérodoxes sur la résurrection des corps et la ftn du inonde lui aliénèrent ses meilleurs amis. Le monophysisme sévérien primitif tinit par reprendre le dessus sur toute celte poussière de sectes, et devint la doctrine oiliciclle des groupes monophy­ sites constitués cn Églises indépendantes. VI. Le monophysisme orthodoxe. — Par mono­ physisme orthodoxe, nous entendons non une doctrine spéciale, qui se dilTércncierait du dyophysisme christologique défini au concile de Chalcédoinc, mais certaines formules du monophysisme verbal hétéro­ doxe (pii ont été acceptées, tant par les Pères cl les théologiens que par l’Église elle-même dans ses conciles. I) s’agit de certaines formules du monophy­ sisme sévérien, non de toutes. Jamais aucun théologien catholique n’a fait sienne toute la terminologie monophysitc (pie nous avons passée en revue dans le para­ graphe 11 de cet article. Ont été seulement acceptées comme légitimes et expliquées d’une manière ortho­ doxe les expressions monophysites. qui pouvaient se réclamer de l’autorité d’un Père de l’Eglise, et notam­ ment de saint Cyrille d’Alexandrie. C’est le cas de la plupart des formules, où entrent les mots φύσις ou ύπόστασις. Au contraire, les formules monophysites ayant Irait à la propriété, ιδιότης, à l’opération, ένέργεια, à la volonté, Οέλησις. ont toujours été repoussées par les catholiques. Les théologiens les plus préoccupés d’aplanir aux antichalcédoniens le retour à l'unité catholique et les plus favorables aux formules cyrilliennes n’ont jamais consenti à dire : une seule propriété, une seule opération, une seule volonté. C’est le cas, par exemple, de Léonce de Byzance, le grand théologien de la conciliation, qui entra plei­ nement dans les vues de l’empereur Justinien pour faire cesser le schisme des sévériens. et déploya toute la souplesse de son esprit ù montrer l’équivalence doc­ trinale des formules cyrilliennes cl de la définition de Chalcédoinc. Une autre particularité du monophysisme ortho­ doxe, c’est son éclectisme cn fait de formules christologiqucs. Loin de partager l’exclusivisme des sévé­ riens, il combine dans une sage mesure les formules monophysites et les formules dyophysilcs. II est chalcédonien ct n’est pas anticyrllHen : ou plutôt il imite à la fois et saint Cyrille, qui n’a pas refusé de dire : deux natures après l’union, ct le concile de Chalcédoinc qui n’a pas condamne les formules monophysites de saint Cyrille ct a reconnu son orthodoxie. C’est là son attitude caractéristique diamétralement opposée Λ celle des partisans du monophysisme verbal hétérodoxe, qui anathematisent le concile de Chalcédoinc comme nestorien ct ne choisissent pour patron que le Cyrille des analhématismes contre Neslorius, feignant d’ignorer le Cyrille qui a souscrit le symbole d’union de 433. Le monophysisme orthodoxe n eu son Age d’or sous Justinien, dont il a favorisé la politique religieuse, cl 2250 sa meilleure expression dans les anathématismes du cinquième concile œcuménique et les écrits de Léonce de Byzance. Nous n'avons à parler ici ni des premiers ni des seconds. Voir les articles Constantinople (Deuxième concile de), t. m, col. 1231-1259, ct Léonce de Byzance, t. tx, col. 400-426. Signalons seulement comme sc rapportant spécialement à notre sujet les anathématismes 7, 8, 9 ct 10 du cinquième concile cl les Capita triginta contra Seierum de Léonce. Le monophysisme orthodoxe sc retrouve encore, un siècle après Justinien, dans les canons du concile du Latran sous saint Martin I" (b49), où l’inspiration orientale est si manifeste. Voir cn particulier les canons 5, 6, 7 ct 8, qui expliquent les formules cyril­ liennes. Mais c’est aussi dans ces canons (canon Ο­ Ι 5) qu’est condamnée le plus explicitement la termi­ nologie monophysltc sur la propriété, l’opération ct la volonté. Voir l'article Martin I·*, t. x, col. 180-184. A partir de la querelle monothéiile, les formules monophysites, par le moyen desquelles on n’a pas réussi à rallier les dissidents, coptes, syriens ct armé­ niens, perdent leur raison d’èlrc. On ne les garde plus que comme un souvenir archéologique, et les théolo­ giens s’ingénient à les expliquer sans toujours être d’accord entre eux. En Orient, on y revient de temps à autre, chaque fois qu’il y a des tentatives d'union avec les groupes monophysites, spécialement avec les Arméniens. Les formules monophysites n'avaient guère qu’une valeur de combat contre le nestoria­ nisme. Prises en elles-mêmes, elles présentaient plus d'inconvénients que d’avantages pour la fol commune, et heurtaient le langage de celle philosophia perennis communément reçue, à laquelle l’Église, qui ne s’inféode à aucun système philosophique, aime a prendre scs termes pour formuler les dogmes divins. Nous ne connaissons pas d'ouvrage d’ensemble traitant à la foi* des multiples aspects du monophysisme examinés dans cet article, mais les études particulières et les mono­ graphies abondent,surtout sur les querelles christologiqurs des v« cl VT siècles. L’ouvrage capital sur le monophy­ sisme sévérien dans sa première periode est celui de J. Lebon, souvent cité dans notre étude : Le monophy· sisme séoérien. Étude historique, littéraire et lheologique sur la résistance monophysile au concile de Chalcédoinc jusqu'à la constitution de ΓÉglise jacobite, Louvain, 1909. L'auteur exagère pourtant le monophysisme de saint Cyrille, ct parait oublier que le saint docteur a quelquefois employé aussi le langage dyophysitc. On trous era en tête de cet ouvrage une bibliographie choisie, qu’il est inutile de trans­ crire ici. fixeront, Histoire des dogmes, t. ni, p. 117-129, donne un bon résumé des conclusions de J. Lebon. Voir aussi la bibliographie de l’article Evtyciiianisme de cc Dictionnaire : lùitychlanlsmc ct monophysisme ayant été considérés comme des ternies synonymes, sources ct mono­ graphies sont souvent les mêmes pour les deux sujets. Sur le dogme chri*tologiquc dans les Église* monophy­ sites après le νι· siècle, nous donnons au cours du para­ graphe les indications principales. Pour les Églises copte cl syrienne jacobite, les meilleur* renseignements sont fournies par Benaudot : Lilurgtarum orientalium collectio, dans le* préfaces ct les notes aux liturgies copie* et syrien­ ne*, ct aussi dan* la dissertation encore Inédite : De jacobitarum sententia circa duarum in Christo unionem, I. xvin du fonds itenaudot, â la Bibliothèque nationale de Puris. \ oir aussi du même Historia patriarcharum Alexandrinorum, Paris, 1713. qui donne quelques profession» de foi des |uitriarches coptes. J. S. A**cmani n des données sur la doc­ trine de* Syriens Jacobites dans les tomes i ct U de *a llibliotheca orientalis, ct spécialement dans sa Dissertatio de monophysitis, éditée Λ part. Pour le* Annénicn», aucun ouvrage ne renseigne mieux que le* écrits mêmes des prin­ cipaux théologien* annénicn» publiés par les mékltaristcs de Venise au cour» du xix· siècle. Pour les détails des éditions» voir l’article Aiimï ni» , bien documenté sur la littérature théologique des Arméniens. Sur l'histoire de* sectes monophxsitr* issues des sévé­ riens, on trouvera des renseignements ju*qu'ici |>cu con­ nus dans l'ouvrage de Jean Maspéro, llistoirr des fnitriur- 2251 MONOPHYSISME — MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE) ches d'Alexandrie depuis la mort de l'empereur Anastase jusqu'à la réconciliation des Eglises Jacobites (SHi-616), 2252 L'historien attentif n’a pas de peine à en décou· vrlr les causes profondes.On peut les ramener à quatre· Paris, 1923. L’auteur est malheureusement peu familia­ 1. Le sentiment national ct la haine du Grec étran­ risé avec In théologie catholique, ct ce qu’il dit des doctrines ger ; 2. L'omnipotence spirituelle du patriarche est parfois sujet Λ caution. notes ajoutées par A. For­ d'Alexandrie, ct ses ressources matérielles considé­ tescue corrigent heureusement certains passages. Sur le rables, qui en faisaient une puissance même dam trithéisme de Jean Philopon ct de Jean Asquçnagés, In l’ordre temporel; 3. L'ignorance du haut ct du bas meilleure étude est celle de J. M. SchAnfclder donnée en appendice Λ sa traduction de ΓHistoire ecclésiastique de clergé; 4. La prédominance de l’élément monastique, Jean d’Éphêsr. Die Kirchcngeschichte des Johannes non également Ignorant dans son ensemble, ne jurant Ephesus, Munich» 1802, p. 207-311. Celte étude est Λ com­ que par la fol de son patriarche, ct jouissant d'une pléter par les renseignements fournis par Michel le Syrien grande influence sur le peuple fidèle. dans sa Chronique, éd. Chabot, l. n, p. 92-121, qui résume Les Romains purent conquérir l'Égypte par h l’ouvrage de Jean Philopon contre le concile de Chalcéforce : ils n'arrivèrent point à assimiler les Égyptiens dolne. à leur civilisation ni à conquérir leur sympathie. M. Junte. En dehors d'Alexandrie, ville cosmopolite où les Grecs MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE). — exercent la primauté intellectuelle, l'Égypte reste I. Origine de l’Églisc copte inonophysitc et bref insoumise de cœur et déteste le conquérant étran­ aperçu de son histoire. II. Organisation ecclésiastique ger. Elfe est fière de son antique civilisation, sc ct étal présent (col. 2258). Iff. Littérature théolo­ considère comme la plus ancienne race du monde, gique (col. 2265). IV. Dogme et croyances (col. 2271). V. Discipline ct coutumes (coi. 2292). VI. Vie litur­ ct garde toujours un vif sentiment de sa nationalité. La langue grecque s’impose sans doute dans les gique. Rituel (col. 2298). milieux cultivés; mais la masse du peuple garde son I. Origins de l’Église copte monopkysite et dialecte traditionnel, quitte ù abandonner les vieux DREI APERÇU DE SON HISTOIRE. ---- On distingue de HOS hiéroglyphes vraiment peu commodes pour l’alpha­ jours l’Églisc copte inonophysitc ct l’Églisc copte bet hellène complété par quelques signes Indigènes. catholique. Mais ccttc distinction est récente. L’appel­ Si le christianisme, religion nouvelle, recruta, dès lation (V Église copte tout court a désigné, à partir de l'origine, beaucoup de fidèles dans le pays, le vieux la conquête de l’Égypte par les Arabes (639-611), polythéisme s'y maintint aussi pendant longtemps — l’Églisc monophysitc d’Égypte par opposition au il était encore vivant en certains endroits au début groupe catholique qui s’est maintenu dans le pays, du vi· siècle — et son grand appui était le sentiment après le concile de Chalcédoinc, spécialement à Alexan­ national. Ce sentiment n'était pas éteint dans le cœur drie, groupe auquel les monophysltcs, et à leur suite des Égyptiens devenus chrétiens. Tout alla assez bien les Arabes conquérants, ont donné le surnom Histoire peu puisé dans ce trésor. Sa dogma tique se borne des conciles de Sévère Ibn ul-Moqaf]a, édit, cl trad L. Leroy, dans la Palrologia orientalis, l. vi, p. 564. presque uniquement aux articles du symbole de Nicéc-Constantinople ct aux formules parfois mala­ Le même, dans sa Rélutation d'Eutychius, édit. droitement présentées et expliquées des premiers théo­ P. Chcbli, P. O., t. ni, p.181, dit dans le même sens « Ceux qui acceptèrent la foi de Chalcédoinc promul­ logiens monophysites. Comme nous l’avons déjà dit, les Égyptiens sont peu portés à la spéculation. Par guèrent que le Christ Noire-Seigneur est Dieu el contre, il n’est pas rare de les voir introduire dans homme cn deux natures distinctes, et pour expliquer leurs écrits des explications enfantines, où parait un l’union ils ajoutèrent : · en une seule personne », merveilleux invraisemblable; et ils excellent dans les faisant celle addition de bouche sans y croire. » La tradition de l’Églisc s’exprime pour les Copies: interprétations symboliques des usages disciplinaires Ie Dans le Symbole de Nicéc-Constantinople, qu’ils ct liturgiques, qui parfois ne manquent pas de saveur. Intcrrogcons-les sur les principaux articles de la foi. attribuent au second concile œcuménique, cl qu’ils 1· Les sources de la Révélation. — Comme les récitent à la messe. Plusieurs théologiens cn ont donné autres Églises monophysites, l’Églisc copte admet une une explication succincte, notamment Sévère d’Asch· double source de In Révélation, à savoir l’Écriture I mounaïn, Histoire des conciles, loc. cil., p. 523 sq., Abou’l Barakàt, La lampe des ténèbres, c. n, édit, inspirée de Dieu et la tradition. Le canon scripturaire de l’Églisc copte correspond ct trad. Villecourt-Tisserant, dans P. Ο., I. xx, au canon catholique, sauf pour le nombre des livres р. 696-711; Jean Ibn Sabà, La perle précieuse, des Machabées ; les coptes cn admettent trois nu lieu с. xxxiv, édit et trad. Perler, P. O.,t. χνι,ρ. 710 sq.— de deux. Tel est du moins le canon relaté par Abou'l 2· Dans les Trois premiers conciles œcuméniques. Au Barakàt au chapitre vi de la Lampe des ténèbres encore concile de Nlcéc, les collections canoniques coptoinédit. Il faut remarquer que cet auteur compte pour arabes attribuent, outre le symbole ct les 20 canons un livre spécial la fin du livre des Proverbes à partir authentiques, cinq autres séries de canons : a) une du chapitre xxx inclusivement (= Verba Congregan­ première série de 20 canons fort divergente des canons tis filii Vomentis, dans la Vulgate). Λ un endroit, il authentiques; b) 30 autres canons; c) les 84 canons intitule cc livre : Agilr, fils de Jaké; à un autre endroit : orientaux ( = les canons arabes de Nlcéc); d) une Le jugement des Juges (Sufat HaMafttm). Le dernier autre série de 73 canons; e) 33 canons sur les monas­ des canons apostoliques dans les collections coptes tères et les moines. Cf. W. Riedel, Die Kirchenrcchlsct copto-arabes, dont il existe plusieurs recensions qucllen des Patriarchats Alexandrien, Leipzig, 1900, différentes, donne une liste divergente pour le Nou­ p. 178-180; cf. p. 36-39. Du second concile œcuméveau Testament. A ce dernier. plusieurs de ccs recen­ n ique les mêmes collections ne comptent que 4 canons; sions ajoutent les deux epltrcs de Clément ct les huit mais ces 4 canons correspondent au contenu des 6, livres du même, c’est-à-dire les Constitutions apos­ ou même des 7 canons des collections grecques. Au toliques. Cf. I. Guidi, Il canone biblico délia Chiesa même concile sont attribués 23 an a thématismes coptu, dans la Rame biblique, l. x (1901), p. 161-171. dogmatiques fort intéressants, ceux-là même que C’est vraisemblablement sous l’influence des canons Théodore!, H. E., V, xi, attribue au synode romain de Carthage reçus par l’Églisc copte, et non, comme de 379. Riedel, ibid., 95-97, 180-183, 303-310, at le dit Guidi, sous une influence mclkite, que l’Églisc d'avis que ccs an a thématismes constituent le Τόμος copte a fini par s’en tenir au canon catholique exprimé du second concile, que les historiens considèrent géné­ dans la collection africaine ct a délaissé le catalogue ralement comme perdu. Du concile d’Éphèse les collec­ pseudo-apostolique. tions arabes ne connaissent qu’un canon, le 7· des D’ailleurs, on ne trouve point chez elle de critère collections grecques. — 3° Dans les Canons des six précis de canonicité pas plus que de théorie de l'ins­ conciles particuliers qui ont précédé le conciled’Éphèse piration. Aucun concile œcuménique n’a fixé d’une à savoir : 24 canons du synode d'Ancyre; 14 ou 15 manière définitive la liste des livres inspirés. canons du synode de Néocésarée, que la plupart des Les Coptes admettent l’infaillibilité du magistère de collections arabes attribuent à un synode de Car­ (’Église sc manifestant par la voix du concile œcu­ thage; 20 canons du synode de Gnngrcs; 25 canons ménique; mais ils cn arrêtent pratiquement l’exercice du synode d’Antioche (311); 59 canons du synode de au concile d’Éphèse, troisième œcuménique. Chose Laodicéc, qui dans certaines collections sont unis curieuse, Ils ne rangent point explicitement parmi les aux canons d’Antioche, cc qui leur donne un total œcuméniques le second concile d’Éphèse (449), dit Bri­ de 81 canons du synode d’Antioche; 21 canons du gandage d’Éphèse. que présida Dioscore. Ils rejettent le concile de Sardlquc. — - Ie Dans les canons des sept concile de Chalcédoinc et le tome de saint Léon comme synodes de Carthage au nombre de 123; cette collec­ entachés de nestorianisme. D’après leurs historiens tion copte est une recension du Codex canonum Eccle­ et leurs théologiens, a Chalcédoinc, Dioscore fut le sia africann* fort divergente de la collection latine el seul défenseur de l’orthodoxie. Cela revient à dire que de la collection grecque. — 5° Dans une série de docu­ le patriarche d’Alexandrie seul était infaillible. 11 est ments apocryphes mis sous le nom des Apôtres : a) curieux de constater que les théologiens coptes pos­ la Didascalie des Apôtres en 39 chapitres; h) les Cons­ térieurs ont reconnu l’orthodoxie des formules chal- titutions de Clément ou 30 canons ecclésiastiques des cédonicnncs, mais Ils ont supposé la mauvaise fol Apôtres, recueil dénommé Constitution apostolique 2273 MONOPHYSITE (EGLISE COPTE), CHOYANCES égyptienne par certains critiques; Kiedel, op. cil., p. 18-20; c) les a livres des Constitutions apostoliques, qui sont divisées cn deux parties : la première, dite Testament du Seigneur ou Didascalie, comprend le premier livre; la seconde renferme les sept autres livres, dont Henri Tattnm, Londres, 1818, et P. de Lagarde, Aegyptiaca, Gœltingue. 1883,p. 209 291,ont publié le texte copte. Chacun de ces sept livres a été publié sous une dénomination dlficrenlc par des savants : ce qui n’embrouille pas peu l'histoire de ccs apocryphes. CL Kiedel. op. cit., p. 155-157. Le hui­ tième livre de celte collection égyptienne est consti­ tué par les 85 canons apostoliques qui, en beaucoup de manuscrits grecs, font suite au huitième livre des Constitutions apostoliques; d) les Canons des apôtres, au nombre do 127, quo les canonistes coptes consi­ dèrent comme une élaboration des sept derniers livres des Constitutions apostoliques, Kiedel, p. 73, 71, 157. Ccs canons sont divisés dans les collections arabes en deux livres : Le premier, de 71 canons, est tiré des livres 2-7 des Clémentines; le second, 56 canons, n’est autre que le VIII· livre des Clémentines signalé ci-dessus : il contient,en scs 56 canons, les 85 canons des collections grecques; cf. Vanslcb, Histoire de l'Êglise d'Alexandrie, Paris, 1677, p. 211-251; édites par J. Péricr dans P. O., t. vm, p. 573-693. On trouve bien des variantes cl des recensions différentes de ccs canons apostoliques dans les divers manuscrits; e) la Lettre de Pierre à son disciple Clément, appelée aussi Les canons de Clément, pape de Home écrits par l'apôtre Pierre, chef des disciples, document qu'il ne faut confondre ni avec V Apocalypse de Pierre en 8 livres, écrite en arabe, ni avec une autre Lettre de Pierre à Clément, conservée cn arabe et cn éthiopien. Cet apocryphe est postérieur ù la conquête arabe. Cf. Bicdcl, p. 165-166, qui en donne une traduction allemande, p. 166-175. — 6e Dans les écrits des Pères orthodoxes antérieurs au concile de Chalcédoinc et ceux des premiers théologiens monophysites.— 7· Dans les constitutions des patriarches coptes. — 8e Dans les livres liturgiques. Comme les autres Églises monophysites, l’Églisc copte reçoit et vénère tous les noms de la patrislique orthodoxe antérieurs au concile de Chalcédoinc. Les œuvres de ccs Pères ont été traduites pour la plupart d’abord cn copte, ensuite cn arabe. Les apocryphes n’y manquent pas. C’est ainsi que le pape Jules I" n’y figure (pic pour les lettres apocryphes fabriquées par les apollinnristcs. Parmi les théologiens mono­ physites viennent au premier rang Dioscore, Timothée Aelure, Sévère d’Antioche, le pseudo-Dcnys, Théo­ dose d’Alexandrie. Plusieurs documents dogmatiques et canoniques sont empruntés aux Pères antéchalcédoniens ou mis sous leur nom. Citons: I· Les canons d'Hippolytc, au nombre de 38, dont Kiedel. op. cit , p. 200-230, donne une traduction allemande. 2· La Confession de foi de Hiérothée, traduction allemande, dans Kiedel, p. 185-186. 3· La Confession dr foi de Denys l'Aéropagitc, Kiedel, p. 66, 139. 113. 187. 4· Les canons de saint Alhanase. au nombre de 107. Ces canons ne peuvent Ions remonter à l'époque de saint Alhanase. Cf. Kiedel. p 230; Vanslcb. p. 286291. 5· Le symbole dit de saint Alhanase ou symbole Quicumque, qui parait dans la collection du prêtre Macalrc (fin du xiv· siècle). Cet auteur déclare em­ prunter la pièce au « livre des prêtres francs ». A propos du Saint-Esprit, il laisse subsister, dans sa traduction arabe, les mois: Qui a Paire Filioque pro­ cedit, cn faisant remarquer (pie les Latins ont celle leçon, tandis que le symbole de Nlcéc-Constantlnople n’a pas le Filioque. Cf. Renaudot, Historia patriar­ charum Alex., p. 97-98. 6· Les canons de saint llasilr, au nombre de 106. traduction allemande dans Kiedel, 2274 j>. 231-283. 7· Les canons de saint Grégoire de Xysse, simples extraits de scs œuvres réunis par un auteur inconnu; traduits par Kiedel, p. 283-281. 8· Les canons de saint Jean Chrysoslomc, soit 12 extraits de scs œuvres tirés cn grande partie des six Livres sur le sacerdoce; traduits par Kiedel, p. 281-287, 9· Les canons de Timothée P· d'Alexandrie, les mêmes vrai­ semblablement que ceux des collections grecques. 10· Canons attribués aux docteurs de l'Êglise, série de 62 canons donnée par Abou'l Barakât et le prêtre Ma caire. Les constitutions des patriarches coptes ct surtout les professions de foi exprimées dans leurs lettres enthronistiques, sont à consulter pour la connaissance des croyances et des usages de l’Églisc copte. Une autre source est constituée par les livres liturgiques, spécialement par le texte de la messe Nous aurons & y revenir plus loin. 2· Ecclésiologie. — Il ne faut point demander aux théologiens coptes de doctrine précise el développée sur l’Églisc. Leurs brefs commentaires de l’article du symbole : El in unam, sanctum, catholicam et apostolicam Ecclesiam, sont absolument insignifiants. Ils ne conçoivent pratiquement l’Églisc universelle que comme une agglomération d’Égliscs particulières, entretenant entre elles des relations de fraternité et professant la foi orthodoxe, c’est-à-dire le mono­ physisme. Pour les autres points de doctrine, ils se sont montrés fort tolérants à l'égard des syriens jacobitcs ou des arméniens, comme nous l’avons fait remarquer plus haut. On I rouse cependant dans leurs écrits, spécialement dans leurs collections canoniques, une vague ébauche d’une sorte de tétrarchie ecclésiastique, à laquelle se superpose la croyance traditionnelle à la pri­ mauté de saint Pierre ct de son successeur, l'évêque de Rome. Ils reconnaissent cn effet, conformément au 37· canon arabe de Nlcéc, quatre patriarcats pro­ prement dits ou œcuméniques : celui de Home, le premier de tous, celui d’Alexandrie, celui d’Éphèse (devenu ensuite celui de Constantinople) et celui d’Antioche. Jean Ibn Sabâ écrit, à cc propos, dans sa Perle précieuse : « Au patriarche [considéré comme degré de la hiérarchie] est accordé un trône, qui réunit sous sa juridiction le quart de la terre. 11 y a. cn clïet, quatre trônes correspondant au nombre des évangélistes. Comme il ne peut pas y avoir plus de quatre évangélistes, line peut pas y avoir davantage plus de quatre patriarches. » La perle précieuse, édit. J Péricr, loc. cit., p. 661. En théorie donc, chacun des quatre patriarches doit avoir sous sa juridiction le quart de la terre Cela suggère l’idée d'une par­ faite égalité entre eux. Cependant la primauté de saint Pierre' ct de son successeur, l’évêque de Rome, est expressément reconnue dans de nombreux textes. Cc qu’on ne reconnaît pas, c’est l'infaillibilité de l’évêque de Home : Léon est tombé dans le nestoria­ nisme. Pierre est constamment appelé chef des apôtres, et cela en vertu de l’institution divine. Dans une homélie attribuée ù saint Basile, qui se Ht le jour de la dédi­ cace de l'oratoire de la Vierge, à Césaréede Philippe, On lit le p.iss.ige suivant : · Nolre-Scigncur ordonna saint Pierre pour être chef des apôtres, lui imposant les mains ct le faisant άρχιερεύς sur le monde entier, sur tous les disciples ct tous les fidèles; et lorsque Notre-Seigneur imposa ses mains sur la tête de cet apôtre, on entendit dans l’air une voix qui dil par trois fois : MA;r< : H mérite d’être le chef de tout l’ordre de Melchlsédech. · Vanslcb, op. cit., p. 2 On lit aussi dans Abou’l Barakôt ; « Les apôtres donnè­ rent ù saint Pierre la bande qui était autour de la tête de Nolrv-Scigncur pendant qu’il reposait dans 9975 MM /U MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), CROYANCES le sépulcre, afin qu’elle fût pour lui comme une marque d’honneur ct de grâce, parce qu’il était leur chef et leur patron; ct cet apôtre avait coutume de s’en entourer la tête chaque fois qu'il ordonnait des évê­ ques ct des métropolitains. » Ibid, p. 3-1. Jean Ibn Sabâ dit que « l’Église est édifiée sur le roc de la /oi qui est Pierre, le chef de tous les apôtres », La perle précieuse. c. xxxiii, loc. cit., p. 701, tandis qu'Abou’l Barakôt, sans du reste avoir l’intention de nier la primauté de Pierre, entend le Tu es Petrus de la foi de Pierre. La lampe des ténèbres, c. n, édit. Villecolirt-Tisscrant, loc. cit., p. 709, 726. A propos de la primauté du pape, voici comment Sévère d’Aschmounaln interprète la condamnation de Dioscorc par saint Léon : « Après le concile d’Éphèse (449), plusieurs de ceux qui avaient été excommuniés par Dioscorc allèrent sc plaindre au pape Léon. Ils accusèrent Dioscorc d’avoir tenu un synode « sans te réserver une place, disaient-ils, sans te demander de venir, 'sans te consulter sur cc qu’il convenait de faire, ct d’avoir excommunié le patriarche de Constan­ tinople ct eux-mêmes, ct cela de sa seule autorité, tandis que c’est toi le Père suprême, patriarche de la grande ville de Rome, successeur de Boutros ( = Pierre) prince des Apôtres. Comment Dioscorc peut-il entre­ prendre de pareilles actions de ton vivant? » Ré/il­ lation d'Eulychius, édit. Chébli, P. O., t. m, p. 170. Cf. Histoire des conciles, édit. L. Leroy, P. O., t. vi, p. 514. Les coptes trouvent la primauté de l’évêque de Rome exprimée non seulement dans les écrits des Pères antcchalcédonlcns, mais aussi dans les Actes et décrets de plusieurs conciles qu'ils reçoivent : tels les canons de Sardique sur le droit d’appel, les Actes du concile d’Éphèse, les canons arabes de Nlcée. Dans le 8· de ces derniers canons, le patriarche de Rome est appelé le successeur de Pierre; dans le 37·, il est pro­ clamé le chef et le président des trois autres patri­ arches: Etsit princeps ac prœpositusipsis dominus Sedis dici Petri Romie, sicut præceperunl apostoli. I lardouln, Collectio concil., t. i, coi. 479, 481; dans le 14·, son pouvoir de juridiction sur les autres patriarches est clairement affirmé : Et quemadmodum patriarcha potes­ tatem habet super subditos suos, ita [quoque potestatem habet romanus Pontifex super universos patriarchas, quemadmodum habebat Petrus super universos chris­ tianitatis principes ct concilia ipsorum : quoniam Christi vicarius est super Redemptionem, Ecclesias el curatos populos ejus. Quicumque autem sanctioni huic contra­ dixerit, patres synodi anathemate illum percellunt, Hardouin, ibid., col. 485; dans le 71· sont condensés les canons de Sardique sur le droit d'appel au pontife romain. Ibid., col. 491. Mais ces belles déclarations deviennent pratique­ ment illusoires et inefficaces par la négation de l’infaillibilité doctrinale du successeur de Pierre. En accusant le pape saint Léon d’être tombé dans l’héré­ sie, Jen refusant de recevoir son tome sur le mystère de l’incarnation, tous les monophysltcs ont rompu avec le principe de l'unité ct versé dans l'autocéphallsme ethnique : A Chalccdoine, l'empereur dit, apres la lecture du tome de Léon : « Voilà la lettre et la croyance de Léon, qui est le premier Père parmi vous. » Dios­ corc répondit : · SI Léon se maintient dans la fol orthodoxe, Il demeure grand ct honoré; mais s’il en dévie, il tombe comme Satanacl. · Sévère d’Aschmounaïn, Réfutation d’Eulychius, P. O.. loc. cit,, p. 173. Ainsi, pratiquement, le patriarche d'Alexandrie est devenu pour les coptes l’autorité suprême, le vicaire de Jésus-Christ ct son apôtre; ct c’est bien ainsi qu'ils l'appellent. Cf. Vanslcb, op. cit., p. 7. Les théologiens coptes ne paraissent pas avoir jamais agité, comme le font de nos jours les gréco-russes, la question du concile œcuménique. De concile œcuménique, ils n’en 227G ont pus besoin. D’après eux, le rôle du patriarche est de conserver l'ordre établi, la tradition des Pères. Le progrès doctrinal s'arrête à Éphèse ct à Dioscorc. 3· La Trinité. — Il y a peu de chose à glaner chez les Coptes sur la théologie trinltalre. On nc retrouve même pas chez eux les développements des Pères alexandrins : Athanase,. Didyme, Cyrille. Ce qu’ils disent du mystère ne dépasse guère les affirmations dogmatiques du symbole de Nicéc-Constantinople. Notons pourtant un essai de spéculation Inséré, par Abou’l Barakôt, dans le chapitre Ier de sa Lampe des ténèbres, et probablement emprunté à Assail Abou’l Fadall Ibn al’AssAL Les trois personnes de la Tri­ nité y sont appelées « des attributs révélés », et l'on essuie de démontrer par deux arguments de raison qu’il y a trois personnes en Dieu, ct qu'il nc peut yen avoir ni plus, ni moins. Le premier argument est celui de l'intellect,de l’intelligent et de l'intelligible. « La notion d’intelli­ gence a trois degrés : dans son essence on l’appelle intellect, dans son exercice on l'appelle intelligent et, quand elle est au terme de son acte de comprendre, on l'appelle intelligible. Au premier degré, les chrétiens la nomment Père; au second, ils la nomment Fils parce que l'intelligent provient de l'intellect; et en tant qu'elle est intelligible, ils la nomment Esprit; et parce que ces propriétés sont le terme de la perfec­ tion, c'est d'elles que dérive réellement l’existence du monde... Il est évident que le mot intellect ne contient pas le sens d'intelligent ni le sens d’intelligible, ct que le sens de chaque mot : intellect, intelligent et Intelli­ gible. diffère l'un de l’autre. Quand donc le créateur pense son essence ct que son essence est pour lui pensée, trois attributs lui sont dévolus, ct chacun d'eux diffère l’un de l'autre. Et puisqu’il est une essence simple, qui n'est susceptible d’aucune adjonc­ tion, il est la cause des deux autres significations par lesquelles l'essence est décrite, puisque, quand on s'imagine sa disparition, disparaissent les deux signi­ fications qui existent par son existence. Il nc sc peut pas, d'après ce raisonnement, qu’il y ait pour lui une relation à autre chose que ces trois : pas de quatrième à leur adjoindre, et impossibilité qu’il y en ait moins de trois. Ainsi est exacte l'assimilation de l’intellect, de l'intelligent et de l'intelligible au Père, nu Fils et au Saint-Esprit, étant donné que le Père est intellect, cause du Fils ct de l'Esprit, et que le Fils est, par sa définition d’intelligent, existant pour l’intellect, consubstantiel à celui-ci sans lui être extérieur, ct que l'Esprit est, par sa définition d’intelligible, envoyé du Père, procédant de lui. > La lampe des ténèbres, loc. cil., p. »>38-640. Le second raisonnement csL basé sur les trois attri­ buts de vie, de puissance ct de science, ou bien d’asélté, de vie ct de sagesse : Dieu est décrit comme vivant, puissant ct savant; ou bien comme subsistant en lui-même, vivant et sage. Retrancher un de ces attributs serait diminuer Dieu; y ajouter serait super­ flu, tous les autres attributs dérivant de ceux-là. Or ces attributs ne peuvent être ni des accidents, ni des natures ou essences : ils sont donc des personnes. Ibid., p. 638, 645-646. Sur la procession du Snint-Esprlt, les théologiens coptes n'ont rien retenu de renseignement si explicite de saint Athanase et de saint Cyrille, affirmant que la troisième personne procède du Père par le Fils, provient des deux, est de la substance du Fils, est l'image du Fils comme le Fils est l'image du Père. Ils s'en tiennent à l'affirmation du symbole : Qui procède du Père, ou à cette autre : Qui procède de la substance du Père, Cf. Abou’l BarakAt, op. et loc. cit., p. 708, 722, 725; Sévèn d'Aschmounnln, Histoire des conciles, loc. cit., p. 579 ; > Le caractère propre du 2277 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), CROYANCES Saint-Esprit est la procession de la substance du Père », ibid., p. 582. Jean Ibn Sabâ emploie les formules suivantes : « La personne du Père existe par cllcinêine, parle par le Fils ct vit par le Saint-Esprit. Le Fils existe par le Père, parle par lui-même ct vit par le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit existe par le Père, parle par le Fils, vit par lui-même - - L’Esprit-Saint, vie du Père et du Fils, procède du Père — Qui procède ' du Père, c’est-à-dire : qui procède du Père pour aller au Fils sans quitter ni le Père ni le Fils. » La perle précieuse, loc, cil., p. 598, 716, 721. Il est bien difficile de tirer de ces formules quelque chose de clair pour déterminer la relation existant entre le Fils et le Saint-Esprit. Un écho de la doctrine traditionnelle sc rencontre pourtant dans le 19· canon d’Hippolytc, § 11, où la question suivante est posée au catéchumène avant le baptême : Crois-tu au Saint-Esprit Paraclet, qui émane, sort du Père et du Fils? Riedel, op. cit , p. 212. Au Moyen Age, plusieurs théologiens coptes ont blâmé chez les latins l’addition du Filioque au sym­ bole, et paru condamner la doctrine qu’elle exprime. Cc blâme sc trouve déjà chez Sévère d’Aschmounnln, à la tin du x· siècle. Cf. Henaudot, Coll, liturg., édit, de 1817, t. i, p. 198-199. P L’ange et l’homme. — Les théologiens coptes se donnent beaucoup de liberté sur le nombre des chœurs angéliques. Bien qu’ils acceptent communément la hiérarchie de l'Aréopagite, il leur arrive de réduire les chœurs à sept ou de les porter à quatre-vingt-dixneuf. C’est ainsi que Sévère d’Aschmounaïn, dans son Traité de l’incarnation, après avoir parlé des neuf chœurs, déclare plus loin que Dieu créa cent ordres angéliques dont Sabataniel était le chef. Sabataniel s’étant révolté, il fut précipité dans le tartare avec ceux qui l’imitèrent, ct on l’appela désonnais Sata­ nic!. H ne resta que 99 ordres angéliques représentés par les 99 brebis dociles de la parabole. Henaudot, op. cit.. t. i. p. 277-278. Les coptes, outre les trois archanges honorés des Latins, en connaissent un quatrième nommé Suriel, qui accompagna Adam ct Èvc à leur sortie du para­ dis. Ils célèbrent également les quatre animaux incor­ porels dont il est fait mention dans l’Apocalypse, et qu’ils identifient avec des anges d’un ordre supérieur. Ils invoquent les vingt-quatre vieillards de l’Apoca­ lypse. Leur cuchologe contient une prière qui leur est adressée et dans laquelle ils sont appelés des saints Incorporels, les prêtres de la vérité, sc tenant tout près de Dieu devant son trône pour le louer inces­ samment. Cf. Henaudot. op. cit., t. i, p. 277-279; L. Delaporte, Quelques textes coptes de la bibliothèque nationale sur les ΛΛ7Γ vieillards de l’Apocalypse, dans la Revue de TOrient chrétien, 1913, t. xvm, p. 411-116. Ibn Sabà explique ainsi la chute du prince des démons : « Le diable (Iblis), chef des milices célestes ct de tous les anges, voyant monter vers lui toutes les louanges afin qu'il les olfrit à son créateur, s’imagina qu’il était quelque chose et que ces louanges s’adres­ saient à sa propre personne. Dans cette croyance, il cessa de les présenter à son créateur ct s’attribua la divinité. Mais, sur-le-champ. Dieu le Très-Haut le précipita du siège de sa splendeur pour le jeter au plus profond des abîmes. · La perle précieuse, loc, cit,, p. 601-602. Le dogme du péché originel est affirmé clairement par les théologiens coptes. Sévère d’Aschmounaïn enseigne que notre père Adam causa par son péché sa propre perle ct celle de sa postérité, en sorte que ses descendants étaient esclaves du péché. Jésus-Christ est venu pour solder la dette d’Adam à la Justice divine. Histoire des conciles. P. Ο., I. vr, p. 512-541, 556. Le baptême est la résurrection de ceux qui •étaient morts, car nous étions tous morts à cause du DÎCT. DE THÉOL. CATHOL. 2278 péché de notre père Adam. Mais nous avons été vivifiés par le Christ; nous sommes sortis vivants du tombeau du péché ct nous avons vécu d’une vie nouvelle. Ibid., p, 586. D’après Ibn Sabâ, l'âme morte par le péché, héritage d'Adam, est affranchie par le baptême de la mort spirituelle ct vit par la grâce du Saint-Esprit, qui vivifia le Christ. La perle précieuse, c. xxx, P. Ο., I. xvi, p. 670. D'après le même, le baptême est nécessaire même aux petits enfants pour entrer dans le royaume des cicux. C'est pourquoi on n renoncé, en Égypte, à la pratique ancienne de n'administrer le baptême qu'une seule fois l'an, le vendredi de la sixième semaine du jeûne, de peur qu'une mort inopinée ne privât les enfants du royaume divin. Ibid., p. 672. D'ailleurs, d'après Ibn Sabâ, personne, pas même l'enfant d'un jour, n'est exempt de péché personnel, cl voici comment il le prouve : < Quand 11 naît, l’enfant pleure, n'étant pas satisfait de cc que Dieu a fait pour lui, affligé d’avoir perdu le séjour habituel où il résidait. Tel est, dit-il, le péché de l’enfant âgé d'un jour ou d'une heure sur la terre. » Ibid., c. xxxin, p. 698. 5· Le mystère de l’incarnation. — A l’article Mono­ physisme, col. 2232 sq., il a été dit que l’Église copte, comme les autres Églises monophysltcs, enseignait non le monophysisme cutychicn, mais le monophysisme sévérien. Nous n’avons pas à recommencer ici la démonstration de cc point. Faisons seulement remar­ quer que certains théologiens coptes emploient par­ fois des expressions sentant fort l’cutychianismc. Abou’l Barakât, par exemple, écrit ceci : < Nous, communauté des Jacobites, nous disons que la sub­ stance du Verbe s'est unie a la substance humaine prise de la vierge Marie ct qu’elles sont devenues toutes deux une substance («= ύτύστασις) unique, une volonté unique, une personne unique, qui est le Dieu adoré ct le Christ né. » Lampe des ténèbres, c. i, p. 660. Mais le même, en d'autres endroits du même ouvrage, écarte tout soupçon d’cutychlanisme en affirmant que le Verbe est resté sans changement dans l’union hypostatique. 11 ajoute : < Nous attribuons au Sei­ gneur-Christ la divinité de préférence à l’humanité, quoique l'attribution qui lui est faite de celle-ci soit véritable, l'humanité étant une de scs deux parties. · Ibid., p. 650. Il déclare que nestoriens, jacobites ct melkites sont d’accord pour rejeter le théopaschitisme, pour affirmer « que, dans le Christ né de Marie, cc qui naquit c’est seulement l’humanité, non la divinité qui lui était unie; que la personne du Fils ne fut pas passible du tout, ni affectée, ni changée en quoi que ce soit; que le Christ a été crucifié, enseveli, n souffert dans le crucifiement, est ressuscité ct est monté au ciel, mais que ce n’est pas le moins du monde la divi­ nité qui n souffert ct a été assujettie ù la mort · Ibid , p. 659-660. De même son monénergisme et son monothélisme sont purement verbaux, non réels : * Du moment, dit il. que les opérations divines et humaines du Christ sc correspondent tentes, ct que les deux opérations correspondantes se rencontrent en une fois et sont l'œuvre simultanée d’un même agent, il nc nous est pas pennis de le diviser, ni de lui appliquer le tenue · dualité ». Ibid., p. 669-670, Il reconnaît que la comparaison de l’union de l’âme et du corps dans l’homme pour expliquer l’union hypostatique n’est pas adéquate, mais une simple analogie, le mystère de l’union du Christ dépassant cl surpassant toute intelligence créée, étant un phé­ nomène unique dans l’histoire. Ibid., p. 647-648, 1 es théologiens coptes ne connaissent qu’un seul motif de l’incarnation : le salut des hommes. < Le Christ n’est venu que pour sauver les lu mines des mains de l’ennemi », dit Sévère d’Aschmounaïn. Histoire des conciles, loc. cit., p. 549. Ibn Sabà X. — 72 2279 M0N0PHYS1TE (EGLISE COPTE), SACREMENTS répète h même chose. La perle précieuse, loc, cil., p. 712-713. 6· Marioloqie. Culte gcs saints, des images et des reliques — Les coptes sont fort dévots envers la Mère de Dieu, ct leur calendrier ne porte pas moins de trente-deux fêtes en son honneur. Ils enseignent explicitement sa perpétuelle virginité, sa maternité divine, son rôle de médiatrice, son absolue sainteté excluant tout péché personnel. L’n des griefs formulés contre le réformateur Marc Ibn al-Kanbar par ses ennemis, grief sans doute dénué de fondement, était qu*il avait enseigné que tous les justes de l’Ancien ct du Nouveau Testament, Marie non exceptée, étaient pécheurs. Ct. G. Graf, Ein Hefornwersuch, etc., p. 130. Ils croient également â sa mort, à sa résurrection glorieuse ct à son assumption au ciel en corps et en âme. Mais sur ce point, les apocryphes coptes De transitu Maria — on en connaît six spéci­ mens, presque tous fragmentaires — ne sont pas complètement exempts d’erreur. L’un d’entre eux, l’homélie attribuée au patriarche Théodose, enseigne explicitement que le corps de Marie resta enseveli dans le tombeau pendant 206 jours et fut réduit en poussière. Cf Forbes Robinson, Coptic apocryphal Gospels, dans la collection Texts and studies, t. iv, n. 2. 1896, p. 11-127. L’Église copte paraît approuver ccttc légende en célébrant une fêle dc la djrmitlon ou mort dc la Vierge, le 21 du mois de Tobi (=16 jan­ vier du calendrier julien), distincte dc la fête de la résurrection ou assumption, placée au 16 Mésori (= 9 août du calendrier julien). Entre le 21 Tobi et le 16 Mésori, il y a bien les 206 jours de la légende. Celle-ci, sans nul doute est postérieure ù la contro­ verse sur la corruptibilité du corps de Jésus-Christ entre Sévère d’Antioche ct Julien d’Halicarnasse. Pour mieux affirmer la possibilité du corps du Sau­ veur et aussi dc celui de sa mère, les sévériens ou théodosiens séparèrent la mort dc Marie de sa résur­ rection et dc son assomplion par un intervalle assez long, pour que le phénomène dc la décomposition du corps ait eu le temps de sc produire. Cette erreur est au moins rachetée par l'affirmation explicite de la résurrection glorieuse de la Vierge, cl de son entrée triomphale nu ciel en corps ct en âme. En cela, les apocryphes coptes diffèrent sensiblement dc l’apo­ cryphe grec : Johannis liber de dormitione Maria ct de scs diverses recensions. Pour cc qui regarde le privilège de l’Immaculécconccption, nous n’avons rien trouvé d’explicite ni dans les livres liturgiques de l’Églisc copte, ni dans les écrits dc ses théologiens que nous avons pu consul­ ter, mais seulement des affirmations générales dc la toutc-pureté et sainteté de la Mère de Dieu. Sévère d’Aschmounaïn dit, par exemple : · Le Verbe s’incarna chez celle des descendants d’Adam qui avait la plus grande pureté corporelle, qui était la plus élevée en mérite el la plus noble par la race, A savoir la vierge Marie, qu’il choisit, élut et purifia des souillures de ce monde. Aucune pensée dc désobéissance ou qui tendit quelque peu au péché ne pénétra jamais dans son cœur. Ensuite, Il la sanctifia en faisant descendre Γ EspritSaint en elle, ct il forma d’elle son corps, auquel il s’unit et dans lequel il voila sa divinité. » Histoire des conciles, loc. cil., p. 517-518. Il est visible, d’après le contexte, que la purification dont parle Sévère ne doit pas sc rapporter A une souillure d’ordre moral el spirituel. Jean Ibn Sabâ affirme également que le Saint-Esprit descendit sur la Vierge et la purifia, sans nous dire ce qu’il entend par cette purification. La perle précieuse, loc. cil., p. 713. Dans un des Theotokia dc ΓHorologe copte, Marie est saluée «comme l’arche de propitiation recouverte d’or de toute part et laite d'un bois incorruptible, qui nous annonçait Dieu le 2280 Verbe. » Innombrables sont les passages des livres liturgiques où Marie est déchirée sans tache ct toute pure. Cf. A. Million, Les Théolokies ou oftlct de la sainte Vierge dans le rite copte, dans la Revue dc l'Oriuü chrétien, 1901, t. ix, p. 17-31; du même, ibid., 1905, l. x, p. 182-196 : Documents de source copte sur la sainte Vierge. Comme en témoigne le calendrier de leurs fêtes, Ici coptes ont le culte des anges, des saints cl des reliques des saints. Ils ont aussi le culte des Images. A l’exem­ ple des grecs et sans doute sous leur influence, depuis les persécutions iconoclastes, ils n’admettent dans leurs églises que les imuges peintes ct non les statues. Les images de la Vierge et des saints sont encensées par le prêtre, lorsqu’il sc rend à l’autel pour commen­ cer la messe. Le rituel du patriarche Gabriel contient un office particulier pour la bénédiction d’une image. 7· Les sacrements. — Les coptes possèdent les sept sacrements de l’Églisc catholique. On en trouve les rites dans leur euchologc. Inutile dc dire qu’ils n’ont jamais discuté sur le septénaire sacramentel; qu’on chercherait en vain chez leurs théologiens des déve­ loppements sur la constitution du signe sensible, le mode d’cfllcacité, les divers effets des sacrements, etc. Leur théologie, sur ccs divers points, est restée à l’état rudimentaire. Point d’affirmation claire non plus sur le caractère indélébile imprimé par les trois sacre­ ments de baptême, dc confirmation et d’ordre, mais un enseignement implicite s'exprimant par la pra­ tique de ne pas réitérer ccs sacrements à ceux qui sont considérés comme les ayant reçus validement. 1. Le baptême. — Les théologiens coptes distinguent clairement le baptême dc Jésus-Christ du baptême dc Jean au point de vue dc l’efficacité. « Le baptême dc Jean, dit Sévère d’Aschmounaïn, ne remettait pas les péchés dc la même manière que le baptême qui fut conféré après la Résurrection par la descente du Saint-Esprit... Il ne donnait pas le Saint-Esprit, pas plus que celui qu’administraient les apôtres avant la Pentecôte, mais il conviait les hommes â la foi au Seigneur Jésus-Christ. » Histoire des conciles, loc. cit., p. 581-585. Cf. Abou’l Barakât, op. ct loc. cil., p. 727. Le rite baptismal habituellement usité est l'immer­ sion totale, mais, en cas de nécessité ou dc maladie, les canonistes prévoient l’usage de la triple infusion. Cf. Renaudot, La perpétuité de la foi catholique touchant (es sacrements, 1. II,c.iv et x, édit. Aligne, t.ni,col.742776. Par contre, certains théologiens ont considéré comme nécessaire â la validité du sacrement la béné­ diction liturgique dc l'eau. Cf. IL Denzingcr. Rilus orientalium. Wurtzbourg, 1863, t. i p. 1-1. La forme est indicative, comme chez les Latins : Ego te baptizo Les mots Je te baptise sont répétés au nom de chaque personne de la Trinité. Le prêtre seul (ou l’évêque) est le ministre du baptême, d’après les théologiens coptes. On ne saurait cependant affirmer qu’ils considèrent comme inva­ lide le sacrement administré par un clerc inférieur, ou même un simple fidèle, en cas d’extrême nécessité. On peut déduire le contraire du cas raconté par Sévère d’Aschmounaïn dans la biographie de saint Denys d’Alexandrie ; une mère avait baptisé scs propres enfants avec de l’eau de mer, au cours d’une tempête mettant leur vie en péril : la validité dc cc baptême fut confirmé par un miracle devant saint Denys. Voir cc récit dans Renaudot, Jhstor, pat. ΛΙνχ.,ρ. 56-57; I Perpétuité de la fot, loc. cil., col. 748. I Bien que les mêmes théologiens enseignent la néces­ sité du baptême pour le salut â cause du péché origi­ nel, comme nous l’avons dit plus haut (cf. Renaudot, Perpétuité, I. Il, e. n, col. 728-729, 731), dans la praI tique, les coptes ont la coutume dc différer assez 2281 MO NOP II YS IT Ιί (ÉGLISE COPTE), SACREMENTS 2282 longtcmps le baptême ct de ne l'administrer qu'à I l’eau baptismale, puis du baptême des catéchumènes l’église. Au témoignage dc missionnaires catholiques, enfin dc lu célébration dc la messe, tous les nouveaux si un enfant en danger dc mort ne peut être porté a baptisés devant communier. Le patriarche Macairc, l’église, le prêtre sc contente dc faire sur lui les sur le conseil dc quelques-uns, retarda la consécra­ tion jusqu’au jeudi dc la Pâque ( le Jeudi saint)· onctions de l’exorcisme, de réciter quelques prières cl dc le bénir. Un dc leurs canons dit que, si l’enfant Cette pratique devint dé liniti vc â partir du patriarche Éphrem, d’origine syrienne (971-971). Tels sont les vient â mourir, les onctions de l’exorcisme (ou même l’une d’entre elles) lui tiennent lieu dc baptême. Cf. renseignements fournis pur la lettre de Macairc, évê­ P. du Bernai, Sur la religion des copides et sur leurs que de Memphis, secrétaire du patriarche Côme HI rites ecclésiastiques (lettre écrite vers 1711), dans (920-933). Le même affirme aussi, ce qu’a répété Ibn Lettres édifiantes et cuneuses concernant l'Asie, l'Afri­ Sabâ au xjv· siècle, que. primitivement (c’est-à-dire que ct Γ Amérique, édit. L. Aimé-Martin, t. i. Orléans. peut-être nu début dc la conquête arabe), le baptême 1875, p. 583, La pratique habituelle est que l’enfant ne s’administrait en Égypte qu'une fois l'an pour mâle soit baptisé le 40· jour après sa naissance, la les petits comme pour les grands, précisément le jour petite tille, le 80· jour seulement. Jadis, au témoi­ dc la consécration du chrême, c'cst-ù-dire le vendredi gnage Clbn Sabâ, La perle précieuse, c. xxx, p. 672, avant le dimanche des Hameaux. Il est difficile de le baptême ne s’administrait qu’une fois l’an, le dire si celle coutume de l'unique cérémonie baptis­ vendredi, sixième jour dc la sixième, semaine du male annuelle a Jamais existé ct si cc n’est pas une carême (qui n’est point le Vendredi saint, comme l’a légende. Quant à la matière prochaine ct à la forme dit Vanslcb, p. 83). On fixa ensuite le 40· et le 80· | jour de la naissance « dc peur que la mort ne privât de la confirmation, dans le rite copte, voici cc les enfants du royaume divin ». qu’il y a de plus clair. Comme dans le rite romain, Le baptême n’est pas réitéré, il existe cependant un il y a une imposition des mains (avec une prière rite de réconciliation des apostats qui ressemble spéciale), distincte dc la chrismation proprement fort au baptême : on fait sur le pénitent une triple dite. La chrismation sur diverses parties du corps : infusion d’eau baptismale bénite suivant le rituel, en front, narines, oreilles, etc.; précède, ct chaque onc­ disant : Ego le lavo in nomme Patris, etc.; puis on tion est accompagnée d’une formule particulière. récite les oraisons prescrites pour l’administration La formule pour Ponction du front est celle-ci : l ncho gratia' Spiritus Sancti. Amen Cf. Denzinger, du sacrement de pénitence. Cf. Vanslcb, op. cil., p. 189; Denzinger, op. cit., 1.i, p. 4G. Le patriarche de op. cit., t. i, p. 209, 221, 231 Constantinople, saint Méthode (t 847), enrichit l’eu- | Tout prêtre qui administre le baptême donne aussi chologe byzantin d’un rite analogue, ct c’est peut-être la confirmation, qui est son complément, D’après la aux Byzantins que les coptes l’ont emprunté. lettre de Macairc dc Memphis citée plus haut, lors dc la cérémonie primitive de la consécration du chrême Il est difficile dc préciser la doctrine des topics sur la validité du baptême conféré par les hérétiques, ct du baptême annuel qui la suivait, c’était le patri­ arche qui oignait du chrême tous les nouveaux baptisés, leurs sources canoniques renfermant sur ce point des indice non équivoque que l’évêque est le ministre affirmations contradictoires. Ils ont sûrement admis ordinaire de cc sacrement de perfection. la validité du baptême de certains hérétiques, celui 3. L'eucharistie. — La croyance des coptes à la des galanites, par exemple. Du reste le cas de rece­ présence réelle du corps ct du sang dc Jésus-Christ voir des prosélytes d’autres sectes chrétiennes s’est dans l’eucharistie ne fait pas de doute. Aux xvn·rarement présenté pour eux. Il y a eu cependant des xviii· siècles, les auteurs dc la Perpétuité de la foi de cas de rebaptisation. Gf. Hennudot, Hist. pat. Alex., P Église catholique sur l'eucharistie, cl spécialement p. 191-198. 2. La confirmation.·—Les coptes ont le rite sacra­ Eusèbe Kenaudot, en réunirent Ce passage est quelque peu amphibologique. Heureusement que le même théologien s’explique ailleurs plus clairement et dit < que le pain et le vin, quand on les consacre au nom de Notrc-Svigneur Jésus-Christ sont faits corps et sang; qu’ils sont corps et sang par une manière toute secrète que nos yeux, souillés par le péché, ne peuvent pas découvrir. » Voir les textes traduits par Rcnaudot, Perpétuité, I. II, c. v, col. 125-128. Plus compromettants sont certains passages des Homélies des dimanches et fours de fête, qui se lisent dans les offices. Dans l'homélie sur le début de l'évan­ gile de saint Luc sc trouvent ces mots : < Le Fils, Verbe de Dieu, s'unit au pain et au vin. les faisant son corps ct son sang, de la même manière qu'il avait pris l’humanité dans l'incarnation... Le prêtre prie pour demander la descente du Saint-Esprit sur le pain ct sur le vin afin qu'il les sancti Ile; et lorsqu'il les a sinctiflés, alors le Pits s'unit à eux. et ils sont faits son corps et son sang par son union avec eux. . Rcnaudot, ibid., col. 135-136. Dans l’homélie sur le commencement de l'épître de saint Jacques, l’union de Jésus-Christ avec le pain eucharistique est compa­ rée â l'union de l'âme ct du corps, union gui est scion la nature, parce que la divinité invisible est unie au pain visible, afin que celui qui croit que ce pain lui est uni obtienne la béatitude. Il faut avouer que l’au­ teur qui parle ainsi ne parait pas avoir la notion de conversion substantielle. Voir d’autres textes sem­ blables dans Rcnaudot, toc. cit., col. 128, 137. Aux théologiens coptes, comme aux autres Orientaux, il manque une théorie des accidents eucharistiques. De la l'imprécision, l’impropriété, l'incorrection de leur langage. Très explicites dans l'affirmation de la pré­ sence réelle, ils tâtonnent quand il s'agit de formuler le mode de cette présence. L'Église copte emploie le pain fermenté comme matière de l'eucharistie. O pain doit être fait de farine pure, cuit le jour même au four de l'église par le prêtre ou un autre homme, non par une femme. Ainsi le prescrit une ordonnance de Cyrille Ibn Laqlnq. Dans son Livre des sectes, Pierre de Mallg reproche aux Francs, comme nous l'avons vu, de sc servir d'hosties vieilles de plusieurs jours. Il les attaque aussi sur l'usage du pain azyme. O n'est que tardivement, et sans doute sous 2284 Pin fluence de la polémique grecque antlhtine, que les théologiens coptes paraissent s'être posé explicite­ ment la question du moment où s'opère la trans­ substantiation. Les trois liturgies dont lis sc senent ont toutes, et le récit de la Cène avec les paroles du I Seigneur ct une formule d'éplclèsc suivant ce récit. Les paroles de l'institution sont prononcées à liante voix et accompagnées de gestes ct de signes de croix. Le peuple répond Amen après chaque consécration. Il en est de même pour la prononciation des paroles de l’épiclèse. Dans les deux liturgies de saint Basile et de saint Grégoire, c'est non au Père, mais au Fils qu’est adressée la demande de l'envoi du SaintEsprit, pour qu’il transforme les dons au corps et au sang du Sauveur. De plus, on trouve dans ccs litur­ gies d'autres formules d'épiclèse demandant la con­ version des oblats avant le récit de la Cène. Ainsi dans la messe de saint Basile, un peu après le commcnccm-nt, on lit ces paroles : Domine, Jesu Christe,, ostende faciem tuam super hunc panem et super hunc calicem... Benedic cost, sanctifica eos f, et consecra emf : transfer eos, ita ut panis quidem hic fiat corpus sane· tum tuum, et hoc mistum in hoc calice, sanguis tum pretiosus, ut sint nobis omnibus præsidium, medicina, salus animarum. Rcnaudot, Lit. or., t. î, p. 3. Dans la liturgie de saint Cyrille, il y a aussi une épidèse après le Sanctus, avant les paroles du Seigneur. Cette multiplicité d’épiclèses favorise la doctrine catho­ lique sur la forme du sacrement, loin de la contredire. Si nous interrogeons les théologiens, nous en trou­ vons plusieurs qui attribuent la consécration des dons â l'opération du Saint-Esprit, mais sans déter­ miner de moment précis. C'est le cas de Sévère d’Aschmounaïn ct de Ibn Sabâ. Rcnaudot, Perpé­ tuité. loc. cit., col. 125-126, 131. D'autres sont nette­ ment favorables à l'opinion des Grecs plaçant le moment de la transsubstantiation aussitôt après les paroles de l'éplclèse qui suit le récit de la Cène. Ainsi le patriarche Gabriel dans son Rituel : « Lorsque le prêtre a prononcé ccs paroles : Qu'il fasse ce pain le saint corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le pain est fait le corps de Jésus-Christ qu'il a pris de la vierge Marie... Lorsqu'il prononce ces paroles : Et le sang précieux, le vin qui est devant lui est fait. le sang de Jésus-Christ, répandu sur le bois de la croix... Lors­ qu'il aura achevé l'invocation, H s'inclinera devant Dieu, étendant les mains; ce que le peuple fera pareil lement; il ne fera plus alors aucune bénédiction sur les dons sacrés. > Rcnaudot, op. cit., I. 11, c. îx, col. 154. La meme opinion parait avoir prévalu parmi les coptes modernes. Cependant, au xvn· siècle, le patri­ arche Matthieu IV (1660-1675) remit â l'ambassadeur de France près de la Porte une profession de foi dans laquelle il disait : « Jésus-Christ fait son corps par sa parole en disant par la bouche du prêtre : Ceci est mon corps. » Arnau Id, Perpétuité de la foi touchant l'eucharistie, édit. Mlgne, t. n, col. 1265. Il ne faut pas oublier non plus qu’on lit au peuple, le Jeudi saint, la première homélie de saint Jean Chrysostome sur la trahison de Judas, où ce docteur attribue expli­ citement la consécration aux paroles du Seigneur. La communion est donnée aux fidèles sous les deux espèces per modum intinctionis avec une petite cuillère, comme cela se pratique chez les Grecs. Les petits enfants reçoivent l’eucharistie aussitôt après la confirmation sous la seule espèce du vin. Un usage particulier de l'Égllse copte, qui s'est pcqiétué jusqu'à nos jours, est de ne point garder la sainte réserve même pour les malades. « SI quelqu’un tombe r.n danger de mort, on dit la messe pour lui à quelque heure que ce soit du jour ou de la nuit, ct on lui porte le viatique en la seule espèce du pain, I sur lequel ont été faites deux croix avec l’espèce du 2285 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE). SACREMENTS vin comme pour la communion des femmes. » Du Bcni.it, op. et toc. cit., p. 585. Vanslcb dit ή propos de cet usage : « Ils ne sauraient conserver le Saint-Sacre­ ment, quand même ils le voudraient, car leur corban (- pain d'autel) étant fort épais ct pour l’ordinaire très mal cuit, 11 sc moisirait et deviendrait dur comme une pierre, ct personne ne voudrait h manger. » Le patriarche Chrlstodule, ou Xi* siècle, fit valoir une raison analogue pour interdire aux moines de Saint· Macairc de conserver l'eucharistie. Benaudot, J/faL pat. Alex., p. 429-130. Au siècle suivant, Michel de Damiette, dans son Traité sur les usages particuliers de ΓÉglise copte, justifiait In coutume par des arguments scripturaires cl en appelait notamment à Ex., xn, 3-10; Num., îx, 12: Non remanebit quidquam ex eo («= de l'agneau pascal, ligure de l'eucharistie) usque mane. Si quid residuum fuerit, igne comburetis. Cf. G. Graf, op. cit., p. 80 sq. Abou'l Barakât, dans la Lampe des ténèbres, c. xxn', apporte les mêmes textes; cf. L. Viliccourt, Les observances liturgiques de ΓÉglise copte, dans Je Aîuséon, 1924, t. xxxvn, p. 208. Signa­ lons aussi l'usage d'avaler de l'eau après la commu­ nion par respect pour le Saint-Sacrement. C'est ce qu’ils appellent « l'eau de la couverture de la commu­ nion. · Autrefois, la coutume était aussi de « couvrir la communion » en mangeant des lupins. Graf, op. cil., p. 85. 4. La pénitence. — Les coptes ont le sacrement de pénitence, mais ils en usent fort peu, et cela dure depuis longtemps. Il y eut même chez eux. aux xn· et xm· siècles, une tentative sérieuse d'abolir la confession sacramentelle, et de la remplacer par la confession à Dieu seul, faite pendant l'encensement de l’église et des fidèles au début de la messe. C’est ce qu'ils appe­ lèrent « la confession sur l’encensoir * ou « sur In fumée de l'encens ». L'abus dut commencer à s’introduire dans le courant du xi· siècle, pendant les dures persé­ cutions que les chrétiens curent à souffrir de la part des infidèles. Devant l’impossibilité ou le danger d’imposer aux pécheurs les prescriptions des canons pénllcntiaux — on pouvait craindre que les pécheurs endurcis ne sc fissent musulmans ou ne tirassent quelque vengeance des confesseurs consciencieux en les calomniant auprès des infidèles — on prit l’habi­ tude de donner la communion aux fidèles sans exiger de confession secrète préalable, cl l’on pensa qu’un aveu général de culpabilité, fait par chaque assistant au moment de l'encensement du début de la messe ct suivi d'une formule d'absolution récitée ensuite par le célébrant, suffirait â remplacer le sacrement. Dans le rite copte, en elTet. après que le prêtre n préparé l’autel ct fait l'oblation du pain et du vin. il descend de l’autel ct récite sur lui-même ct sur les assistants une formule d'absolution, analogue à celles de notre Confiteor et appelée Prière de l'absolution adressée au Fils. Si un autre prêtre est présent, c’est lui qui dit la formule sur le célébrant ct les fidèles. Le célébrant met ensuite de l’encens dans l’encensoir, récite l’oraison dite de l'encens et encense l’autel, le clergé ct le peuple en faisant le tour de l’église ct en passant dans les rangs des fidèles. C’cst à ce moment que les assistants offrent leurs dons, chantant Kyrie eleison en arabe el en grec, ct ajoutant ensuite : Rece­ vez, Seigneur, cet encens qui vous est offert par votre prêtre pour nos péchés. Bevenu à l'autel, le célébrant, tourné vers l’Orient. récite celle nouvelle formule d’absolution, que Benaudot déclare n'avoir pas trou­ vée dans les plus anciens manuscrits du missel copte, mais qui existait déjà au xn· siècle : O Dieu, qui avez agréé la glorieuse confession du larron sur la croix, recevez la confession de votre peuple et pardonnez-leur tous leurs péchés à cause de votre saint nom, qui a été invoqué sur eux. 2286 Tel fut le succédané de la confession sacramentelle qui s'introduisit d'abord par la coutume et que plu­ sieurs patriarches du xn· siècle, entre autres Jean V (1146-1167) ct Marc 111 fils de Zour’ah (1167-1189) sanctionnèrent de leur autorité. Sous le patriarcat de ce dernier, un prêtre-moine courageux, appelé Marc, fils d'al-Kanbar, osa s'élever contre l'abus. Il enseigna, pai la parole ct par la plume, la nécessité de la confes­ sion faite a un prêtre pour obtenir la rémission des péchés graves, commis après le baptême et pour rece­ voir dignement l'eucharistie. La controverse piit de l'ampleur. Beaucoup parmi le clergé et les fidèles approuvèrent Marc, vers lequel bientôt de nombreux pénitents accoururent pour se confesser et recevoir l'absolution. Mais d'autres s'élevèrent violemment contre le novateur, qu'ils accusèrent de renier les coutumes nationales, de favoriser l'hérésie des melkites et de vouloir préparer l'union avec eux. On lui imputa toutes sortes d’erreurs bizarres, que sûrement il n'avait jamais soutenues. On le dénonça enfin au patriarche Marc III, qui d’abord l’envoya au monas­ tère de Saint-Antoine (1174), où il continua, malgré ses promesses, son activité réformatrice, pull, en 1188, au monastère de Al-Kousaïr, où il mourut (1208). Le principal adversaire du réformateur fut le métro­ polite de Damiette, Michel, dont nous avons déjà signalé les deux écrits polémiques composés à l'occa­ sion de cette controverse. Dans le Traité des usages de T Église copte, il défend In thèse suivante : 1· Une confession des péchés secrète, privée, faite à un autre, prêtre ou laïc, n'a jamais existé dans l'Èglise copte; 2· Celle sorte de confession n’est pas nécessaire; elle est même contraire a la volonté de Dieu. Les arguments qu’il fait valoir sont curieux : Ni le Christ, dit-il, ni saint Paul, ni aucun livre du Nouveau Tes­ tament. ni aucun écrit apostolique ne prescrivent une telle confession. Par contre, le Christ ct les Apôtres défendent de s’asseoir pour juger un homme à cause de ses péchés. L’office de juge ne peut convenir qu’à celui qui est impeccable; or tous les hommes sont pécheurs. La Bible ne recommande que la confession des péchés faite à Dieu seul, le repentir et le ferme propos de ne plus pécher. Jésus-Christ nous a donné l’exemple de cette confession faite à Dieu, quand 11 a dit : Confiteor tibi, Pater, Domine creli etterræ, Matth., xi. 25, cl il a défendu de donner à un autre qu’à lui le nom de maître, Matth . xxm, 10. Quand saint Jacques dit : Confitemini alterutrum peccata vestra, Jac., v, 16, il veut parier de l’obligation de deman­ der pardon au prochain quand on l'a offensé, de répa­ rer le dommage qu’on lui a causé. Le métropolite de Damiette s'avançait beaucoup, quand il prétendait que l'Èglise copte avait toujours ignoré la confession sacramentelle. Les témoignages ne manquent pas qui prouvent que cette Église, avant l’introduction de l’abus dont nous avons parié, était d’accord sur ce point avec les autres Églises, Cet abus même ne fut jamais général, ct il finit bientôt par disparaître. Si des théologiens, comme Abou'l Barakât, au début du xn · siècle, le couvrent encore de leur autorité, cf. Benaudot, Perpétuité, 1. Ill, c. vin, col. 848. déjà, au xm· siècle. As-Sàfi Abou 1 Fada II. dans son nomocanon terminé en 1236, recommande la confession, comme une médecine spirituelle. A la même époque, Jacques de Vitry constate que, parmi les Copies, les uns se confessent, les autres ne sc con­ fessent pas : Erant ibt (« a Saint-Jcan-d'Acrv) jacobitH (= Copies) cum archiepiscopo suo qui more Judaeorum parvulos circumcidebant, cl nulli pricier Domino peccata sua in confessione aperiebant. Alii vero ex ipsis non circumcidebantur et sacerdotibus peccata sua confitebantur. Lettre écrite en mars 1217. Cf. Bclnhold Bôhricht, Lettres de Jacques de Vitry, 22S7 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), SACREMENTS dans la Zeitschrift fûr Kirchengeschidile, 1891, t. xiv, p. 97-118; voir aussi V Historia orientalis de Jacques dc Vltry, edit, de Douai, 1597, p. 115, où il est parlé dc la confession sur l'encensoir. Le contemporain d'Abou’l Barakât, Jean Ibn Sabâ, est un défenseur résolu de la confession. Il en proclame la nécessité pour se préparer â la communion. Il déclare même que personne ne peut recevoir l'absolution de scs péchés s'il n'en accuse les circonstances au confesseur, appelé directeur ou maître de la pénitence. A celui-ci Il trace ses devoirs, parmi lesquels on est étonné de trouver celui de renseigner le patriarche sur les dispo­ sitions des ordinands : ce qui suppose la révélation du secret. Cf. le c. xevi dc la Perle précieuse, et aussi le c. lxvh. Disons en lin que le patriarche d'Antioche, Michel le Syrien, sollicité, par les parti­ sans dc Marc Ibn al-Kanbar et ceux de Michel dc Damiette, de dire son avis sur la querelle qui les divi­ sait, écrivit pour toute réponse son Traité de la préparation ά la communion, où il inculque fortement la nécessité du confesser ses péchés au père spirituel avant dc recevoir l'eucharistie. Sur cette contro­ verse copte au xn· siècle, voir Renaudot, Histor. pat., p. 550-553; Liturg. coll., I. î, p. 184-185 ct 160; Perpétuité, col. 847-853; Denzlngcr, Ritus Orienta· lium, t. î, p. 105-107, ct surtout G.Graf,£/n Reformversuch, etc., où l’on trouvera une traduction alle­ mande des deux opuscules de Michel dc Damiette. Voir aussi le récit dc cette controverse par Abou’l Salih l'Arménien, op. cit., édit. Evetts, p. 20-43. Il prend parti pour Michel de Damiette. L’essai dc réforme tenté par Marc Ibn al-Kanbar échoua sans doute, mais il ne fut pas inutile. L'inter­ vention dc Michel le Syrien donna courage ù scs parti­ sans. Si l’abandon dc la confession sacramentelle resta longtemps encore presque général, s'il pénétra jusqu’en Éthiopie, où l’on en vint ù pratiquer la confes­ sion sur l’encensoir jusque dans les maisons particu­ lières, peu à peu cependant une réaction sc produisit. On prit l'habitude de se confesser toutes les fols qu'on communiait. Les prêtres se confessaient aussi chaque fols qu’ils célébraient la messe. Cette ferveur a beau­ coup diminué de nos jours. Le sacrement dc pénitence est peu fréquenté. Cela vient sans doute pour une bonne part du manque dc confesseurs éclairés qui inspirent confiance aux fidèles. On ne peut dire aujour­ d’hui cc qu’on a pu affirmer autrefois : que la rigueur des pénitences sacramentelles éloigne de la pratique dc la confession. Les confesseurs coptes, en effet, ne tiennent plus guère compte des prescriptions sévères des anciens canons, sauf pour les cas exceptionnelle­ ment graves. Au témoignage du P. du Bernat, ils imposent habituellement comme pénitences quelques prières à ceux qui en savent, des prostrations, quelques jours dc jeûne, qui sont souvent ordonnés par ailleurs. Lettres édifiantes, loc. cit., p. 585. Ils sont fort indul­ gents pour absoudre récidivistes, habltudinaires ct occaslonnaires. Généralement cependant, surtout quand il s’agit dc péchés de haine, d'inimitié, de dommage causé au prochain, ils ne donnent l’abso­ lution qu’après l'accomplissement de la pénitence imposée; ou plutôt, ils n’admettent le pénitent à la communion qu’après l'absolution finale, qui lui est donnée, lorsqu'il revient trouver le confesseur après avoir fait sa pénitence. Dans le rituel copte, en effet, on trouve deux formules d'absolution : l’une pronon­ cée sur le pénitent après la confession des péchés : elle commence par les mots : Domine, Deus omnipo­ tens, qui sanas corpora nostra ; l’autre, qui est la même que l'Oralfo absolutionis ad Filium du début fie la messe, prononcée ù la réconciliation finale. C’est cette dernière formule que les coptes catholiques ont retenue comme forme sacramentelle. Cf. Denzlngcr, op. cit., 2288 t. î, p. 436*138. L'absolution est donc donnée deux fois : d’abord immédiatement après la confession, puis après l'accomplissement de la pénitence. Ajou­ tons que les deux formules absolutoires du rituel copte sont déprécatives. A en juger par ce que nous avons rapporté plus haut du théologien Ibn Sabâ, les confesseurs coptes ne paraissent pas avoir été toujours très scrupuleux pour garder le secret de la confession. Cependant, au début du xvm· siècle, les prêtres coptes déclaraient au P. du Bernat, qu'ils évitaient dc donner comme pénitence des jeûnes extraordinaires pour ne pas trahir ce secret. Lettres édifiantes, toc. cit., p, 586. 5. L'extrême-onction. — Les coptes appellent l'extrême-onction Kandil, c’est-à-dire la lampe, parce que l’huile qui sert de matière pour le .sacre­ ment est versée dans une lampe â sept branches, puis bénite suivant un rite long et compliqué. Ce rite de bénédiction ainsi que celui de l'administration du sacrement, tels qu’ils sont prescrits dans le rituel du patriarche Gabriel V, rappellent de si près l’olficc grec de VEucheLron, qu’on est invinciblement porlé a croire ù un emprunt de la part des coptes. Comme dans le rite byzantin, qui du reste s'est développé, assez tardivement, dans l'administration solennelle du sacrement, sept prêtres interviennent, récitent cha­ cun leur épitre, leur évangile, leur psaume, leur orai­ son. Chacun fait aussi au moins une onction sur le malade en prononçant une formule à peu près iden­ tique à la forme grecque. Conformément â certains anciens cuchologes byzantins, tous les assistants à la cérémonie sont oints, et les prêtres eux-mêmes se font une onction, les uns sur les autres. La cérémonie a lieu régulièrement à l’église, où le malade doit sc rendre. S'il ne le peut, un des sept prêtres va à sa maison pour l’oindre; ct il lui recommande de s’olndrc lui-même pendant sept jours. Denzlngcr, op. cit., t. π, p. 506. Cf. Rcnaudot, Perpétuité de la foi sur les sacrements, 1. V, c. n, col. 920-922. Comme les grecs, les coptes donnent le Kandil non seulement aux malades, mais aussi aux personnes bien portantes, comme une sorte dc supplément au sacrement de pénitence et une préparation immédiate à la communion. Dans cc cas, le confesseur est habi­ tuellement le seul ministre. Après avoir donné l’abso­ lution au pénitent, il commence la cérémonie par des encensements, prend une lampe, en bénit l’huile ct y allume une mèche; puis avec l’assistance d’un diacre, qui lit les leçons tirées de l'Écriture, il pour­ suit toute la longue cérémonie telle qu'elle est décrite dans le rituel. A la fin, il fait au pénitent une onction sur le front en récitant la formule prescrite; il oint dc la même manière tous les assistants. Cf. Du Ber­ nat, loc. cil., p. 587. Il y n lieu de se demander si les coptes font une différence entre l’onction faite aux malades et aux infirmes, ct celle que reçoivent les pénitents ct lc$ assistants bien portants. Ils ne paraissent pas s’Ôtrc posé la question. En fait, les oraisons dc la bénédic­ tion de l'huile visent avant tout les malades, bien qu’il y soit question aussi des maladies spirituelles. Il faut considérer comme un sacramental l’onction faite à un sujet bien portant, ou toute onction que sc ferait le malade lui-même avec l’huile de la lampe. 6. L'ordre. — Tout comme les grecs, les coptes n'ont que cinq ordres proprement dits : le lectorat, le sous-diaconat, le diaconat, le presbytère t ct l’cplscopat. Ils en ajoutent deux autres : l’archldiaconat ct l’higouménat. qui ne peuvent être considérés que comme des sa era men taux d'institution ecclésias­ tique. Aucune imposition des mains n’intervient dans l'ordination de l’archidiacre. Il y en a une, comme dans le rituel byzantin, pour l’ordination de l’hlgou- 2289 .MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE;, SACREMENTS mène. Il y a des oraisons spéciales pour l'ordination d’un métropolite ct du patriarche, mais, dc l'aveu des théologiens coptes eux-mêmes, le métropolitat et le patriarcat ne sont pas des ordres distincts dc l’épisco­ pat. Ils paruissent attacher plus d’importance ù l’hlgourncnal, en cc sens qu'au moins depuis le xn· siècle ils le confèrent toujours au simple prêtre qui est élu évêque ou patriarche. Le ponti Ileal copte renferme une oraison pour la promotion du chantre ou psalte; mais les coptes ne considèrent pas le cantorat comme tin ordre distinct. Il se confond pratiquement, comme chez les grecs, avec le lectorat. La tonsure est donnée au début de l’ordination du lectorat. Plusieurs théologiens coptes — tel Ibn Sabâ, La perle précieuse, loc. cil., c. XXIX, p. 661-G66 — ensei­ gnent que Notre-Seigneur a exercé les sept ordres énumérés plus haut, Cf. Vanslcb, op. cit., p. 5-6. On pourrait conclure de là qu'ils croient tous ces degrés d'institution divine. D’autres indices cependant suggerent qu'ils ne considèrent pas comme de vrais sacrements le lectorat, et le sous-diaconat. Tout d’abord, quand un simple moine est élu patriarche, ils ne lui confèrent que les ordres supérieurs à partir du diaconat. De plus, leur rituel marque expressé­ ment que les lecteurs ct les sous-diacres sont ordonnés sans imposition des mains. Pour ces deux ordres, la matière prochaine est l’attouchement des tempes par l’évêque, et la forme, la prière qui accompagne ce geste. On ne saurait voir, avec Rcnaudot, la forme des ordres majeurs chez les coptes dans la formule décla­ ratoire du début de la cérémonie: La grâce divine. qui guérit toujours cc qui est infirme, etc. Cette formule, en effet, qui n'est que la proclamation de l'élection, n’est accompagnée d’aucune imposition des mains, ct ce n’est pas l'évêque ordonnateur, mais l’archi­ diacre qui la prononce. La vraie matière des ordres majeurs est l’imposition des mains, la première mar­ quée dans la cérémonie pour le diaconat et le presbytéral; celle qui accompagne l'oraison dite de l'ordination pour l'épiscopat. Cf. Denzlngcr, op. cit., 1.1, p. 136. Quoi qu’on ail dit et écrit autrefois et de nos jours de l'institution primitive de l'évêque d'Alexandrie, il est sûr que les coptes reconnaissent à l’évêque seul le pouvoir dc conférer les ordres majeurs. Plus d’une fois, au cours dc l’histoire, ils ont déclaré invalides les ordinations d’évêques faites par de simples prê­ tres. Cf. Renaudot, Perpétuité, col. 961. Théologiens el canonistes déterminent les fonctions spéciales dc chaque degré de la hiérarchie. Nous n’avons pas ù nous y arrêter ici. 7. Le mariage. —- Le caractère sacramentel du mariage est reconnu par les coptes d’une manière tout à fait explicite, lis considèrent comme invalide ct nulle toute union qui n’a pas été bénie par l’Église suivant les prescriptions du rituel. Le canoniste Assafl Ibn al-’Assal écrit : « On ne peut célébrer le mariage, et il n'est valide que parla présence du prêtre, la prière qu’il prononce sur les contractants et l’obla­ tion de la sainte eucharistie, qui se fait pour eux en même temps qu’ils sont couronnés... Si ces conditions ne sont pas réalisées, cette union n’est pas considérée comme un mariage, car c'est l'oraison qui rend licite aux hommes l’usage des femmes, el aux femmes celui des hommes » l n autre canoniste, Farag-Allah alAlimini, fait appel au premier canon d’Épiphane de Constantinople pour soumettre à la pénitence impo­ sée aux fornlcateurs, ceux qui se sont mariés clandes­ tinement sans les cérémonies dc l’Égllsc. Abou’l Barakâl déclare que le mariage doit être annoncé et publié, et qu’il est nul s'il n’est pas célébré en pré­ sence du prêtre, qui prononce des prières sur les mariés et leur donne la communion. 2290 On peut sc demander si les coptes font consister le mariage comme sacrement dans le rite religieux, ou s’ils ne voient en celui-ci qu’une formalité d'insti­ tution ecclésiastique dont l’absence constitue un empêchement dirimant. Ils ne paraissent pas s’être posé celte question spéculative. Tout ce qu’on peut dire, c’est que. pour eux, l’absence de la bénédiction sacerdotale rend le mariage invalide, ct l'assimile a la fornication. La clandestinité, entendue dans le sens indiqué, est donc ροβΓ eux nu moins un empêche­ ment dirimant. Le rituel copte du mariage est assez compliqué et ressemble fort au rituel byzantin. Le consentement mutuel des contractants s’y exprime dc diverses manières, cl même en termes exprès. Cf. Denzlngcr, op. cit., t. π, p, 364-385. Du Bernat, toc. cit., p. 588. Dans les nombreux canons des collections coptes, il n'en manque pas qui proclament l’indissolubilité du mariage (ci. en particulier le canon 15 dc Timothée d’Alexandrie); mais, dans la pratique, les causes de divorce reconnues par l’Egllsc sont assez nombreuses. Les principales ont été énumérées a l'article M\riage, t. ix, col. 2333-2334. Du Bernat, loc. cit., dit que de son temps les divorces n'étaient pas fréquents. Pour les secondes ct les trclsièmes noces. les coptes ont la même discipline que les Byzantins : point de bénédiction solennelle; on contracte pourtant devant le prêtre, qui récite quelques prières. A ceux qui convolent en troisièmes noces, on impose une péni­ tence. Les quatrièmes noces sont absolument inter­ dites et considérées comme une fornication. 8· Doctrine sur les fins dernières. — Sur plusieurs points, la doctrine des fins dernières dans l’Église copte est restée dans l'état d'indétermination où elle se trouvait en Orient au v· siècle. Mis à part les dogmes du jugement dernier, dc In résurrection géné­ rale ct dc l’éternité du châtiment ct de la récompense qui suivra, mise à part aussi la pratique dc la prière pour les fidèles défunts au saint sacri lice dc la messe, on sc trouve en présence d'affirmations obscures ou contradictoires, mêlées parfois d'imaginations gro­ tesques ou puériles sur le sort des âmes, après la mort et avant le jugement dernier. La théorie des douanes d’outre-tombe ou télonies, qu’on trouve longuement développée dans un sermon attribué à saint Cyrille d'Alexandrie, P. G., t. lxxhi, col. 1073 sq., est très en faveur chez les Coptes. D’après celle théorie, l'âme ne parvient au tribunal du Christ que le quarantième jour après sa séparation d’avec le corps; dans l'intervalle, elle a â traverser diverses stations ou douanes aériennes, auxquelles sont préposés des démons, et â rendre compte des péchés commis contre telle ou telle \erlu. Certains disent que ces télonies sont au nombre de quarante L’affirmation que l’âme est jugée par Jésus-Christ, le quarantième jour après la mort, est expressément formulée dans la Lettre de Pierre ù Clément, dite aussi Canons de Clément, § 17, Riedel, Die Kirchenrechtsquellen des Palriurchats Alexa ndrien, Leipzig, 1900. p. 169. Ce jour-là. la sentence est prononcée, et l'âme reçoit peine ou récompense suivant son mérite. Le document ne dit pas si celte sentence est définitive pour toutes les âmes, mais il suppose implicitement que certaines âmes, au moins, peuvent bénéficier des prières de l’Église el des bonnes œuvres des vivants: car il prescrit une commcmoralson du défunt les 3·, 9·, 12·, 30· et 40· jours, el au jour anniversaire. Vanslcb. op. cit., p. 110-112, donne de ces diverses commémorai son s des explications qui paraissent être des croyances populaires, plutôt que des enseignements de théologiens. Ces explications, en effet, non seule­ ment se contredisent entre elles, mais contredisent aussi la pratique de prier continuellement pour les 2291 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), USAGES PARTICULIERS 2292 morts, C’est ainsi que la commémornison du jour Commentant l’article du Symbole : Qui judicaturus anniversaire serait faite · parce que c'est ce jour-là est vivos ct mortuos, Sévère d’Aschmounafn écrit: « Il que Notrc-Seigneur revêt l’âme d’une robe de gloire, y en n qui prétendent que certains hommes vivront ct que c'est le premier jour de sa pleine béatitude. » perpétuellement sans passer parla mort: tels sont Élit On devrait conclure de la que le purgatoire des Coptes et Ilénoch. Mais, s'ils vivent encore, ils devront néces­ ne dure pas plus d’un an. Mais on dit par ailleurs qu’on sairement mourir; ct quand viendra le juge, tout ce célèbre une cominémoraison du défunt le sixième qui sera vivant mourra de mort naturelle, puis tous mois pour renouveler sur l'âme la miséricorde de Dieu : revivront. Histoire des conciles, loc, cit., p. 578. Ihn si elle est déjà entrée nu jour du repos, alors le sacrifice Sabâ, dans la Perle précieuse, loc. cil., p. 720, parait, de la messe augmente sa béatitude; si clic est dans les au contraire, affirmer que ceux qui seront en vie au peines, elle les diminue. La Lettre de Pierre à Clément, moment du second avènement ne passeront pas par dans son 26· paragraphe, Riedel, ibid., p. 170, enseigne la mort. une doctrine plus sûre en recommandant de sc sou­ V. Discipline et coutumes paiiticuliêhes. — venir des morts en tout temps, à la célébration des 1· Sources du droit canonique copte. — Nous les sainb mystères, « car cela leur est utile ct les rappro­ avons énumérées plus haut, en parlant de la ti'^di che de Notrc-Seigneur Jésus-Christ. * Cf. aussi le tion patristique. Il ne nous reste plus qu’à complé­ 85· canon de saint Athanase. ter cette liste pour les sources postérieures au concile De fait, dans l’Eglisc copte, comme dans les autres de Chalcédoinc : 1. Les canons d'Épiphane de Cons· Églises orientales, on prie pour les morts durant les tantinople (520-535), dont le nombre, non le con­ offices liturgiques ct spécialement à la messe, où tenu, varie suivant les auteurs. Abou'l Barakât en leur souvenir vient deux fois. Au memento qui suit connaît 35, c'est-à-dire qu'il.divise la pièce en 35 la consécration dans la messe de saint Basile, le prêtre paragraphes. Biedel, p. 288-291, avec traduction prie pour eux en ces termes : Memento etiam. Domine, allemande. Les collections canoniques portent habi­ omnium qui dormierunt et quieverunt in sacerdotio ct tuellement ce titre : Canons que le patriarche de Cons­ omni ordine laicorum. Dignare, Domine, animas eorum tantinople, Épiphane, composa pour l'empereur ortho­ omnium quiete donare in sinu sanctorum Abraham, doxe Justinien. Certains manuscrits portent Athanase Isaac et Jacob; indue eas in locum viridem super aquas nu lieu d’Epiphane. 2. Les canons de Sévère d'Antioche refrigerii, in paradisum voluptatis, in locum unde (512-518) et de Cyriaque, patriarche jacobite d'Antioche fugiunt dolor cordis, tristitia et suspiria, in lumine (793-813). Du premier, le canoniste Farag Allûh sanctorum tuorum. d’Ihmin donne dans son Nomocanon les conseils Si l'on fait attention que l’Eglisc ne prie pas publi­ adressés aux prêtres; les canons du second sont signalés quement pour les Ames des apostats ct des pécheurs plus d’une fois par Michel de Damiette, mais on ne Impénitents, ni pour les saints qui sont auprès de les possède qu'en syriaque. Cf. Bubcns Duval, Litté­ Dieu, il ressort Implicitement que scs suffrages sont rature syriaque, Paris, 1907, p. 381. 3. Les canons en faveur de cette catégorie d’âmes que nous appe­ temporaires, ainsi appelés parce que ce ne sont pas des lons les âmes du purgatoire. Le mot purgatoire, les dispositions permanentes comme les autres ordon­ Coptes comme les autres Orientaux l'ignorent; mais nances ecclesiastiques, ct qu'ils regardent seulement ils n'ignorent pas la chose. H n’est donc pas exact certaines circonstances. Le prêtre Macairc en compte de dire, comme l'ont affirmé beaucoup d'auteurs, ct 32. Biedel, p. 295. 1. Les canons des empereurs, recueil Vansicb tout le premier, que ces chrétiens ne croient de lois portées par les empereurs byzantins ayant trait pas au purgatoire. Voici du reste ce qu’on lit dans le aux questions mixtes : héritages, droit matrimonial, catéchisme du kommos Philothée signalé plus haut, etc., que les chrétiens de langue arabe ont mis sous Tanvvtr al-moubtadiin fi ta'lim ad-dtn, édit, de 1912, le patronage du concile de Nicée. Ce sont des extraits p.67 : Question : < Les âmes des défunts reçoivent elles des nomocanons grecs, des digestes, des codes de quelque profit des prières et des bonnes œuvres qui Théodose et de Justinien, des novelles et des basiliques sont faites pour elles? — Réponse : Certainement; les disposés de façon à constituer un code complet du prières de l’Eglisc, l’oblation du saint sacrifice et les contentieux entre chrétiens. Les collections syriaques œuvres de miséricorde sont utiles aux Ames de ceux monophysltcs connaissent aussi ces canons. On les qui sont morts souillés de quelques defauts ct de a rapportés au concile de Nicée, parce qu'on y trouve fautes commises par fragilité, mais non aux âmes de quelques ordonnances de Constantin publiées à l’épo­ ceux qui ont vécu dans le vice ct l’endurcissement du que du concile de Nicée. Ils sont différemment divisés cœur, ct sont morts sans avoir demandé pardon ct fait suivant les collections et les manuscrits. La division pénitence. Ccttc vérité, toute l’Église du Christ, la plus courante comprend quatre livres : Ier livre : depuis les premiers siècles, l'a toujours crue, et l’Églisc Les 40 titres, traduction libre des 10 τίτλοι du d’Israël elle-même l'accepte dnns le livre des Macha Πρόχειρος νόμος de Basile le Macédonien (édit. bées, où l'on raconte que Judas Machabée offrit un C. E. Zachariae, Heidelberg. 1837); II· livre : 138 sacrifice pour les soldats défunts. » canons, traduction arabe du code syrien-byzantin du Les justes ct les pécheurs reçoivent-ils aussitôt v· siècle, publié et traduit pal Édouard Sachnu, après la mort la rétribution qu’ils méritent, ou bien Syrisch-rômtsches Rechlsbuch, t. i, p. 67-94; t. n, la pleine rémunération sc fera-t-elle seulement au p. 75-111. 160, 161, 177-180. III- livre, 26 canons, jugement dernier? Les Coptes, pas plus que les autres une source provinciale apparentée au susdit code Orientaux, n’ont sur ce point de doctrine ferme. Ce syrien-byzantin; IV· livre, 26 canons, identiques aux qui est sûr, c’est que les textes liturgiques sont tout sanctiones cl décréta alia sanctorum Patrum 318 ex a fait favorables à la rétribution Immédiate au moins quatuor regum ad Constantinum libris decerpta, publiés pour les justes. Ils proclament que les âmes saintes par Ilnrdouin, t.i.col. 505-522; mais la numérotation ont reçu l'héritage de la vie éternelle ct la couronne des extraits est différente. 5. Les préceptes de Γ Ancien céleste; que le Seigneur leur a donné les biens que i Testament divisés en 52 paragraphes, recueil des lois l’œil de l'homme n’a pas sais; qu'elles voient Jésus- de l’Anden Testament valables pour les chrétiens. Christ assis sur son trône, et habitent avec Dieu dans Cf. Biedel, p. 52-53. 130. On trouve des recueils grecs le royaume des deux. Voir Synodus alexandrina du même geme, mais pas aussi riches. Le fait que Copiorum habita Cairi anno 1898, Borne, 1899, l’Églisc copte n adopté, dans sa législation offlciclle, p. 46-47. Mais on trouve aussi des partisans du délai un si grand nombre de prescriptions mosaïques, expli· I que pourquoi les voyageurs ont de tout temps observé de la béatitude. 2293 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), USAGES PARTICULIERS tant d’usages judaïques parmi les chrétiens d’Égypte I et d’Abyssinie. Abou’l Barakàt divise ce recueil en deux parties, tandis que Ibn nl'Asial donne le nom de IV· livre des cations des empereurs à scs 35 dentiers paragraphes, et que le prêtre Macairc intitule le tout Décisions des apôtres. Rlcdcl, p. 298-299. 6. Les 31 ordonnances du patriarche ('Jinstodulc (1017-1077) données par Renaudot, Hist. pat. \lex., p. 421-124. 7· La 3/ canons du patriarche Cyrille 11 (1078-1092), approuvés par un synode de 52 évêques tenu nu Caire l'an 802 de l’ère des martyrs ( 1086). Cf. Renaudot, ibid., p. 157-458. 8. Le canari de Macairc II (11011127) sur les serviteurs de l’église. 0. Les constitutions du patriarche Gabriel Ibn Tarlk (1131-1115) compre­ nant :<0 un canon sur les serviteurs de l’église; b) les 10 canons sur les prêtres et les églises d’Alexandrie; c) 30 autres canons résumés par Renaudot, op. cit., p. 511-513 ct renouvelant des prescriptions déjà contenues dans le droit; d) un recueil canonique en 74 chapitres, auquel est joint un extrait des canons impériaux en 11 paragraphes; e) des prescriptions sur le droit d’héritage tirées de l’Anclen ct du Nouveau Testament. 10 Les 10 canons de Michel de Damiette. 11. Les ordonnances de Cyrille III IbnLaqlaq (12351213) comprenant: a) Une relation du débat qui eut lieu entre les notables et le patriarche à propos de la simonie (28 juin 1210); cf. Renaudot, ibid., p. 578579; b) 12 canons datés du 3 septembre 1238 conte­ nant un contrat entre Cyrille et ses évêques; r) 19 ordonnances en cinq chapitres sur le baptême, le mariage, les testaments, les héritages, le sacerdoce, datées du 17 septembre 1238 et confirmées par le patriarche Jean VII (1264-1293); cf. Renaudot, ibid., p. 585; d) un contrat passé entre Cyrille et 14 évêques dans la citadelle du Caire en présence du vizir Mou’in al-Din, le 29 août 1240; c) une ordonnance sur les fondations et les présents, du 27 mars 1240; /) une ordonnance ecclésiastique sur les fêtes de l’Églisc copte, du 19 avril 1240; g) un rapport sur les 10 ques­ tions de Christodule de Damiette; h) un livre conte­ nant un expose de la vraie foi, des commandements ct des défenses. De ces ordonnances de Cyrille III, G. Graf a publié une traduction allemande d’après le cod.Vatic. arab. 117, dans le lahrbuch /Qr Liturgicnudssenscha/t, t. iv, Munster-cn-W., Aschcndorll, 1921, in-4·, de 421 p. L’Église copte, on le voit, n’a rien à envier aux autres Églises pour ce qui regarde l’abondance des sources canoniques. Si beaucoup de celles-ci lui sont communes avec d’autres Églises orientales, i) y en a un bon nombre qui lui sont propres. Plusieurs sont encore mai connues ct inédites. Bien des traditions, usages et coutumes, qui ont étonné les missionnaires ct voyageurs anciens et modernes, trouvent leur ori­ gine ct leur explication dans les prescriptions cano­ niques. Inutile de faire remarquer que, dans cette énorme masse de documents, il y a beaucoup de répé­ titions. Parlant de la partie pseudo-apostolique, Vansieb, op. cit., p. 260, écrit avec raison : * Tous ces canons, si on en voulait ôter les redites ct les ranger en meilleur ordre, se réduiraient à un très petit nom­ bre. Les ordonnances qu'ils contiennent, excepté quelque petite badincrie qui y est mêlée, sont en elles-mêmes très bonnes, ct étaient très nécessaires pour le gouvernement de l’Église en ce temps-là.» 2· Coutumes particulières. — Impossible d’étudier le! en détail tous les usages ct coutumes spéciales de l’Églisc copte. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler quelques particularités en parlant des sacre­ ments, par exemple, l'habitude de retarder le bap­ tême Jusqu’au 40· jour pour les garçons, jusqu'au 80· pour les filles; la coutume de cuire chaque jour le pain d’autel, et de ne pas garder la sainte réserve 2294 même pour les malades; l'abus longtemps en vigueur de remplacer la confession sacramentelle par la < confession sur la fumée de l'encens »; la pratique de boire de l'eau après la communion par respect pour le Saint-Sacrement. Ajoutons ces autres singula­ rités : * 1, La pratique de la circoncision pour les deux sexes. — Au témoignage d'Hérodote, de Strabon, de Philon ct d’autres, les anciens Égyptiens avaient cet usage. Il ne semble pas avoir disparu, du moins complètement à l'époque chrétienne. Il dut sc maintenir comme une pratique indifférente, une mesure d’hygiène à laquelle les chrétiens ne donnèrent jamais aucun caractère religieux. C'est toujours de cette manière que les «optes l’ont considéré ct le considèrent encore. La circoncision n'est pas obligatoire, mais elle est à peu près générale. Elle n'est entourée d’aucun rite religieux. Il y a eu, au Moyen Age, discussion pour savoir non si elle était permise — on n'en a jamais douté — mais s’il convenait de la recevoir avant ou après le baptême. Les patriarches coptes finirent par établir comme une loi canonique que la circoncision n'était plus permise après le baptême. Cyrille H (1078-1092) fut le premier à porter cette défense, que renouvelèrent Macaire II (1102-1128) ct Gabriel Ibn Tarik (1131-1145). On s’y tient dans la pratique. Au xn· siècle, le réformateur Marc Ibn al-Kanbar atta­ qua la circoncision comme une coutume juive ct païenne, déclarant que ceux qui la pratiquent affichent la prétention de réformer l'œuvre du créateur. Michel de Damiette la défendit comme une coutume natio­ nale encore que non obligatoire. Jacques de Vitry constatait de son temps que les optes cpratlquaicnt généralement la circoncision : parvulos suos m utroque sexu more Saracenorum magna ex parte circumcidentes. Historia orientalis, op. cit., p. 111. Quant à Vansleb, op. cit., p. 79, il donne les détails suivants : « Ils cir­ concisent encore leurs filles en retranchant une cer­ taine superfluité nommée en arabe ar-rour, laquelle je n'explique pas en français pour ne pas offenser la modestie; ct ils estiment que cette superfluité'est un vice de nature, et qu'elle nuit à la conception et â l’en­ fantement. Mais et l'une ct l'autre de ces cérémonies se fait par une femme turque, dans un bain public ou dans une maison particulière, sans y observer aucune cérémonie religieuse. > 2. Particularités se rapportant au baptême. — En dehors du délai considérable dont nous avons déjà parlé (délai qu'on n’abrège qu'en cas d’extrême néces­ sité) ct de la pratique de ne jamais baptiser hors de l'église, les Coptes ont encore l'habitude de ne pas administrer le baptême pendant le carême ni dans le temps de Pâques. L’enfant ne doit pas être allaité avant la fin de la messe qui suit le baptême, à cause de la communion qu’il reçoit. L’eau baptismale doit être toujours fraîchement tirée ct bénite au moment de la cérémonie. Voilà pourquoi, parmi les innovations reprochées aux Francs par Pierre de Malîg, sc trouvait celle de faire servir la même eau à plusieurs baptêmes. Le rôle de parrain.ct de mar­ raine est tout à fait pris au sérieux, cl le théologien Abou Sabû a écrit là-dessus un beau chapitre dans sa Perle précieuse, c. xxxi, édit, cit., p. 672-676. Quand l’enfant a atteint l'âge de quatorze ans, les parrains ont coutume de l’amener devant le sanctuaire ou Hvlkel, de lui rappeler les promesses faites en son nom ct. en le livrant désormais à lui-même, de l’exhorter à vivre en bon chrétien. Ils lui donnent ensuite leur bénédiction. Le nom n'est pas imposé à l'enfant au moment du baptême, mais le septième jour après sa naissance. La sage-femme est considérée comme impure pendant vingt jours, si c’est un garçon qui est né; pendant quarante jours, s'il s'agit d’une fille. 2295 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE. USAGE.S PARTICULIERS Dans l'intervalle, clic ne peut être admise à la commu­ nion. Cf. Vansleb, op. cit., p. 81-83. 207. 3. relatifs à l'eucharistie. - - Pendant long­ temps l’Églisc copte se glorifia de pratiquer la commu­ nion frequente. Quiconque assistait à la messe commu­ niait. Michel de Damiette, au xil· siècle, comptait cette pratique parmi celles qui distinguaient les Copiés des autres Églises orthodoxes ou hérétiques. D’après Pierre de Malfg, les melkites leur reprochaient de manquer par là de respect au Saint-Sacrement, et ils n’avaient pas tout à fait tort, puisqu’il cette époque, 1 l’abandon de la confession sacramentelle était devenu général. De là l’essai de réforme de Marc Ibn alKanbar appuyé par Michel le Syrien. L’évêque de Damiette pouvait alléguer cn faveur de sa thèse plusieurs anciens canons : 8· ct 9· des apôtres, 2· d’An­ tioche (311), 28· d’Ilippolyte, 97· de saint Basile; mais il oubliait la préparation nécessaire. De nos jours, cela a bien changé. Aux messes ordinaires, il n’y a guère à s’approcher des saints mystères que des enfants. Butler, The ancient Coptic Churches of Egypt, t. n, p. 291, Oxford, 1881. Cc n’est qu’en carême, et à quelques grandes fêtes que les communiants sont plus nombreux. Celui qui communie doit être à jeun depuis la veille, éviter pendant la journée tout contact avec les infi­ dèles, Juifs ou musulmans, ne pas cracher par terre, ne pas fumer, ne faire aucune prostration ou mêlante ce jour-là pour marquer que le jour de la communion est un jour de triomphe et d'allégresse, ct non d’humi­ liation ct de tristesse. Le corban ou pain d’autel est divisé en douze petits carrés, plus un carré plus grand au milieu. Chacun d’eux est marqué d’une croix. Les douze croix et carrés représentent les douze apôtres; la croix ct le carré du milieu représentent Notre-Seigneur. C’est Vlzbodlcon ( = τδ δεσποτικόν). Sur les bords du corban sont gravées ordinairement en lettres coptes ces paroles : άγιος άγιος άγιος Κύριος. •L Sur les clercs. — Les prêtres ne peuvent se marier après l’ordination ni convoler en secondes noces : deux choses que l’on permet aux simples diacres. Ceux-ci sont parfois ordonnes fort jeunes : abus que les melkites, d’après Pierre de Mallg, reprochaient aux coptes. L’excuse de ces derniers se trouve sans doute dans le fait qu’ils ne célèbrent jamais la messe sans diacre : d’où la nécessité de pourvoir avant tout aux besoins du culte. D’après le droit, il ne doit pas y avoir régulièrement plus de sept diacres pour une même église. Une prescription de l’ancien droit ecclésiastique, à laquelle les coptes sont restés plus fidèles que les autres Églises, est la défense de transférer les évêques d’un siège à un autre. Bares ont clé les exceptions à cette règle, ('cia vient sans doute de cc que, dans l’Églisc copte, il n’y a pas eu de métropolitain propre­ ment dit. les évêques étant tous égaux entre eux au point de vue de la juridiction et la préséance étant déterminée par la date de l’ordination. Seuls les évêques du Nord, c’est-à-dire de la Basse-Égypte, ont eu le pas sur les évêques du Sud d’après un accord intervenu le 28 juin 1210, entre le patriarche Cyrille Ibn l>aqlaq ct dix évêques. Le texte de cet accord a été publié récemment par G. Graf, Die Rangordnung der BÎtchûje Acyyptens nach eineni protokollarischen Bericht des Palriarchen Kyrillos Ibn Laklak, dans VOricns Christianus, III· série, l. π (1927). p. 299-337. La préséance du Nord sur le Sud est basée, d’après ccs documents, sur les raisons suivantes : a) la tradition manifestée par le fait que c’est toujours un évêque du Nord qui a ordonné le patriarche, ct que dans les actes synodaux les évêques de la Basse-Égypte signent avant ceux Notre- 2296 Seigneur, lors de su venue cn Égypte séjourna d’abord dans le Nord, ct se rendit ensuite dans le Sud; c) C’est à Alexandrie que saint Marc a prêché d’abord l’Évangile; d) C’est dans le Nord que se trouve k désert de Scélé et le monastère de Saint-Mucalrc, oü le myron est consacré et où le patriarche est proclamé avant son intronisation au Caire. Cette dernière raison n’aurait plus de valeur de nos jours. 5. Sur le mariage. — Nous n’avons pas à signaler ici les divers empêchements de mariage reconnus par le droit de l’Église copte. Vansleb, op. cit., p. 100-105, cn donne un court résumé. Un point distinctif de cette législation est qu’elle permet le mariage entre cousins germains. Le droit canon nestoricn fait de même. Pour justifier cette pratique, les canonistes coptes disent qu’elle n'est interdite ni par les canons des apôtres, ni par ceux de Nicéc, ni par la plupart des canons impériaux. Ils apportent l’exemple de saint Demetrius, le 12· patriarche, qui était marié avec sa cousine germaine, avec laquelle, du reste, Il vécut comme un frère. Ajoutons qu’autrefois le calice de soupçon était chez eux un usage reconnu par l’Églisc. Vansleb, op. cit., décrit la curieuse cérémonie. 6. Les jeûnes.- Les canonistes coptes distinguent deux sortes de jeûnes : a) les jeûnes communs à tous les chrétiens (c'est-à-dire qui devraient être communs, d’après eux. à tous les chrétiens); b) les jeûnes parti­ culiers à l'Église copte. Les jeûnes communs à tous les chrétiens sont au nombre de trois : le carême, le jeûne de la semaine du crucifiement (= la Semaine sainte), le jeûne du mercredi ct du vendredi de chaque semaine. Primi­ tivement le carême commençait le lendemain de l’Épiphanie ct durait quarante jours de suite. Le jeûne de la Semaine sainte sc trouvait alors séparé du carême proprement dit. On a ensuite uni les doux jeûnes de manière à ce que le carême finisse au dimanche des Hameaux. Comme le jeûne est rompu le samedi ct le dimanche de chaque semaine, le carême commence le lundi de la huitième semaine avant le dimanche des Hameaux. Durant cc temps, on ne doit manger aucune viande d’animal à sang, ne boire ni vin ni liqueur, vivre dans la continence. Baptêmes, obsèques à l'intérieur de l'église, ordina­ tions, banquets sont interdits. On jeûne jusqu’à none, d’après Abou’l Barakàt; tant que le soleil monte, d’après Ibn Sabû, op. cit., p. 680. Le jeûne de la Semaine sainte commence le dimanche des Hameaux ct se termine avec la messe de Pâques. Il est le plus rigoureux de tous soit pour la qualité des aliments (pain et sel seulement, d’après le 22· canon d’HIppolyle), soit pour l'heure de l'unique repas (»= quand les étoiles paraissent). Le jeûne du mercredi ct du vendredi, analogue à celui du carême, dure toute l'année, excepté de Pâques à la Pentecôte ct aux fêtes de Noël ct de l’Épiphanie, quand elles tombent en ces deux jours. Les jeûnes particuliers à l’Églisc copte sont : a) Le jeûne d'Jléraclius, qui dure une semaine, celle qui précède le carême. Son institui ion se rattache, d’après les Coptes, à la campagne d’I iéraclius contre le Perses et au serment qu’il avait fait aux Juifs de Jérusalem de ne pas les faire massacrer. Les habitants de Jéru­ salem lui demandèrent de violer ce serment en lui disant : Pour le serment, nous et les chrétiens de tous les climats nous Jeûnerons pour toi une semaine chaque année jusqu’à la fin des temps. · Abou’l Barakàl, La lampe des ténèbres, c. xvni.cité par Villccourt, Les observances liturgiques ct la discipline du jeûne i dans l'Église copte, dans le Muséon, 1925, l. xxxvm, p. 262. Depuis le xtv· siècle au moins, ce jeûne I a été incorporé au grand carême, dont il constitue la 2297 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), LITURGIE première semaine, il n'en reste donc pratiquement rien de plus que le nom. b) Le jeûne des deux veilles de Noël el de l’Epiphanie, qui dure Jusqu'au coucher du soleil, r) Le jeûne des apôtres, qui se termine ή la fête des apôtres Pierre et Paul. Il vient après la Pente­ côte ct dure plus ou moins longtemps suivant la date de la fête de Pâques, ou, comme disent les canonistes coptes, suivant la longueur de l'intervalle entre Noël cl le carême. Les jours de cc jeûne, cn effet, addition­ nés a ceux de l'intervalle cn question, doivent faire 81 jours. Cc jeûne dure jusqu'à noue. Le poisson est permis, d) Le jeûne de Ninive, qui dure trois jours, institué pour imiter les Ninivitcs. Il commence le lundi de la deuxième semaine avant le jeûne d'IIéraclius cl se prolonge jusqu’à noue, e) Le jeûne de I’Assomption de. la sainte Vierge, qui dure la quinzaine avant celte fête. Le poisson est permis, f) Enfin le jeûne de Noèt, pendant la quarantaine qui précède cette fêle, Institué par Chrislodule, GG· patriarche, pour imiter la sainte Vierge qui, disent les copies, < jeûna à partir du septième mois el demi de sa grossesse jusqu'à son enfantement, à cause de la crainte qu’elle avait de saint Joseph ». Vansleb, p 77. On voit par cette énumération cc que ces jeûnes ont de vraiment par­ ticulier à l’Eglisc copte ct ce qui lui est commun avec d'autres Églises. Ces rudes abstinences sont encore, parait-il, assez observées par le peuple. 7. Manière de faire le signe de la croix. — Les coptes font le signe la de croix avec un seul doigt cn commen­ tant de gauche à droite. Ils justifient leur pratique par plusieurs raisons : a) Dieu ordonna de faire l’asper­ sion du sang des victimes avec un seul doigt: b) Notre-Seigneur dit dans l’Evangile: Si in digito Dei ejicio dirmonia, il ne dit pas : les doigts ; c) l’unique doigt indique et l'unité d'essence de la Trinité ct la φύσις unique résultant de l’union hypostatique; d) saint Marc enseigna cet usage à ses disciples. Si on commence de gauche à droite, c’est pour marquer que par le baptême nous sommes passés du groupe de gauche au groupe de droite. Ainsi parle Abou’l Barakàl dans la Lampe des ténèbres, c. xxiv. 8. Quelques autres usages.— Dans son Traité des usa­ ges particuliers aux coptes, Michel de Damiette prend la défense, comme d’une sorte de patrimoine national, des coutumes suivantes, qui durent encore : a) Porter les cheveux courts, contrairement aux melkites ct aux Arméniens; b) Se tenir debout à l'église appuyé sur une sorte de bâton en forme de T: on ne sc met à genoux que le jour de la Pentecôte: c) Quitter scs chaussures en entrant à l’église. Les canonistes coptes attachent une grande importance â ccs trois pratiques cl trouvent toute sorte de raisons ingénieuses pour les légitimer. La principale de toutes est que saint Marc l’a ordonné ainsi. « Nous faisons usage des bâtons, dit Abou’l Barakàl, el pour imiter les patri­ arches bénis qui s’en servaient, et à cause de la parole de Noire-Seigneur (à lui la gloire) : Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Et Dieu avait ordonné aux enfants d'Israël d'avoir leurs bâtons à la main nu moment de manger la Pâque. Par ailleurs, c’est un Instrument de repos au cours des chants et des longues psalmodies, surtout pour le vieillard affaibli el celui qui est faible et fati­ gué, ct celui qui ne peut sc dresser. Mais ce n'est pas là une prescription de rigueur. Il est certain que celui qui fait effort pour se dresser pendant les prières a une plus grande récompense et plus de piété. » La lampe des ténèbres, c. xxiv. A l’appui de la pratique du dé­ chaussement dans les églises, le même auteur entre en des considérations invraisemblables. Non seulement il invoque l’ordre de Dieu à Moïse, au mont Iloreb : Ote tes chaussures, car le lieu oû tu te tiens est saint, ct la recommandation de Noire-Seigneur à scs disci­ 2298 ples de ne pas prendre de souliers, mais il ajoute qu'au Cénacle, Notre-Seigneur ct scs apôtres étaient déchaussés; que les chaussures étant faites pour préserver les pieds des ordures du chemin, elles ne sont pas nécessaires a l'église qui, par sa consécration, est exempte de toute impureté : « Il y a, au conlmire, avantage a les ôter pour que notre épiderme profite de la pureté de la poussière de l'église. » Si les théo­ logiens coptes ne réussissent guère dans les spécula­ tions philosophiques et théologiques, ils excellent en l'art de trouver les raisons de convenance ct le symbo­ lisme des moindres pratiques disciplinaires et litur­ giques. VL Vie liturgique et rituel. —Tout cn faisant des emprunts à la liturgie de l’Eglisc melkitc, sa voisine d'Alexandrie, la liturgie de l’Églisc copte est généralement restée conforme aux rites anciens, et elle garde de cc fait sa physionomie particulière. Nous allons parler brièvement des livres liturgiques, de la prière commune et de l’office divin, de la messe, de l'ère ct du calendrier, des fêtes et du rituel. 1· Les livres liturgiques. — D'après Abou’l Barakàt, les livres liturgiques de l’Églisc copte sont les suivants : 1 Le livre de la Pâque égyptienne (Kitab il Pasea), attribué au patriarche Gabriel Ibn Tarik (1131-1145), qui contient l’office de la Semaine sainte. 2. L'Anti­ phonoire ou Defnari, également attribué à Gabriel Ibn Tarik, qui comprend les louanges des fêtes ct les hymnes des saints et des martyrs. 3. Le Synaxaire ou Martyrologe, attribué a Pierre El-Gamll, évêque de Mallg (xn-xni· siècle) et revu au xv» siècle par Michel, évêque de Mallg : c'est un abrégé des vies des saints et des histoires des martyrs, disposé selon l'ordre des fêles du calendrier pour la lecture quotidienne. L Le Pontifical, appelé par Abou’l Barakât, Les livres des offices sacerdotaux, qui contient toute la série des consécrations, tout le rituel sacrament aire ct l’olfice des funérailles. Il correspond donc a la fois au pon­ tifical et au rituel des Latins. 5. L’Euchologe(Hulaki), qui est le livre des messes ou Missel; G. La Psalmo­ die, qui embrasse les odes, les théotokies et la doxologie. Les théotokies sont, comme leur nom l'indique, un recueil d’hymnes en l’honneur de la sainte Vierge. Ces hymnes sont encadrées dans d’autres prières, de telle manière qu'elles constituent un véritable office de la sainte Vierge, office septénaire, variant quant à la partie principale, qui est la théolokie, pour chaque jour de la semaine. La théotokic elle-même est divisée en quatre parties : la psallle, l’hymne proprement dite, la conclusion, la glose. < L’hymne proprement dite consiste en une série de comparaisons, tirées parfois de la nature, mais le plus souvent de l’Ancien Testament. On y rappelle les symboles, les emblèmes, les prophéties ayant quelque rapport avec la sainte Vierge. On y exalte ses grandeurs incomparables, scs privilèges el spécialement ceux de sa virginité imma­ culée el de sa maternité divine. On y énumère ses titres glorieux ct les bienfaits sans nombre qu’elle ne cesse de répandre sur les hommes. · A. Mallon, Les théotokies ou office de la sainte Vierge dans le. rite copie, dans la Revue de V Orient chrétien, 1904, t. IX. p. 17-31. La théotokic est en général assez longue. Celle du dimanche ne compte pas moins de 157 strophes de I vers. Cet office marial fut d’abord «composé pour le mois de Khiak ou de décembre, le mois de Marie des Coptes, comme préparation à la fête de Noël. L'office des théotokies est de nos jours fort négligé. On ne le récite plus guère que chaque samedi du mois de Khiak. mais alors dans son entier, c’est-à-dire avec ses sept parlies, un volume de plus de 100 pages. Il y faut toute la nuit. En certains endroits, on ne le chante qu’une fols l’an, à la nuit de Noël, comme préparation à la messe solennelle. 2299 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE), LITURGIE Ce qu’on appelle la doxologic comprend les hymnes en l'honneur des saints. Les odes sont quatre cantiques de l'Ancien Testament ; (cantique de Moïse, Ex., xv; Ps.» cxxxv; cantique des trois enfants; psaumes cxLvm. exux, cl), qui sc greffent, ù certains jours de la semaine, sur l’office des théotokies. 7. L’Egbiyah ou Egbieh, le bréviaire copte, qui renferme les psaumes cantiques ct autres prières des sept heures de l'office divin. L'Egbiyah des moines est plus long que celui dis prêtres séculiers. 8. Le Lcctionnaire ou Kalaméros (= Κατα μέρος, arabe Ko/marus), qui contient les leçons tirées de l'Apôtre (— les épîtres de saint Paul), du Catholicon les sept épîtres catholiques), de la Praxis (= les Actes des Apôtres), des Psaumes et de l’Évangilc, pour tous les offices ct les messes de l'année. Au temps d’Abou'l Barakât, l'ordre des leçons n'était pas le même dans les Églises du Nord el dans celles du Sud. La disposition en usage dans les Églises du Nord est attribué à Gabriel Ibn Tarik. Abou'l Barakât signale encore comme livres litur­ giques : 1. L*Horologe ou Egbiyah pour les nuits des dimanches. 2. Le livre du Ka/ûs, index des chants usités dans la Haute-Égypte pour la procession du dimanche des Hameaux. 3. Le Hure du Lychnicon pour la lecture faite au soir de chaque jour dans le monastère de Sandamant. 4. Le livre du Maglas pour l'office de cc nom, le jour de l’Épiphanie. Cf. Villecourt, Les observances liturgiques ct la discipline du jeûne dans l’Église copte d’après La lampl DES T&XÈHHE3 d’Abou’l Barakât Ibn Kabdr, dans le AfUiébn, 1923, t. xxxvi, p. 260-261. Pour les éditions de ccs différents livres, voir la bibliographie. 2· La prière commune et les Heures, — Les coptes distinguent deux sortes de prières : les prières d'obli­ gation pour tous les chrétiens el les prières propres aux prêtres ct aux moines. Les premières sont au nombre de trois : a) la prière du coucher du soleil pour remercier Dieu des bienfaits accordés dans In jour­ née et lui demander sa grâce pour passer saintement la nuit; b) la prière de l'aurore; c) la prière après trois heures du jour en souvenir de la passion du Sauveur ct de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Les prières propres aux prêtres et aux moines ne sont pas autre chose que les sept heures de l’office divin. L’ofllcc des coptes ne compte que sept parties ou heures. Il ignore l’heure de Prime, la dernière venue des heures du canon grec, bien que certains auteurs quail lient du nom de Prime la prière de l’aurore (® ΓίρΟρος des grecs, les Laudes des latins), appelée en arabe ’Gadda ou Baker. Le symbolisme de cette prière du matin est ainsi exprimée par Abou'l Barakât : < A cc moment, Adam ct Éve sc vêtirent de tuniques de peaux, rejetèrent les feuilles de figuier et se levèrent à la recherche du travail et du moyen de vivre. A ce moment, Notre-Seigneur apparut aux femmes ct leur annonça sa résurrection... A cette même heure, les Justes entrent dans le royaume du ciel. » Villecourt. art. cil., Muséon, 1924, t. xxxvn, p. 211-212. Lu seconde prière est celle de la troisième heure, qui rappelle la création d'Adam et son entrée nu paradis, el la comparution de Notre-Seigneur devant Pilate. î.n troisième prière est à la sixième heure. A cette heure-lâ Adam étendit la main sur le fruit défendu, et Notre-Seigneur étendit la main sur la croix. La quatrième pi 1ère est a la neuvième heure, qui rappelle la condamnation d’Adam et sa honte, le tremblement de terre ct la résurrection des morts qui se produisirent lors du crucifiement du Sauveur. La cinquième prière se dit lorsque le soleil s'abaisse pour son coucher (= Vêpres). moment où Adam fut chassé du Paradis, ct où Jésus inclinant In tête 2300 • rendit l'esprit de son humanité ct ouvrit la porte du paradis· , ct où le voile du temple sc déchira pour Indiquer la scission de in gloire des Juifs, l’abandon de leur temple par le Saint-Esprit el l’abolition de leur testament. La sixième prière est la prière du sommeil (« Com­ plies), au commencement de la nuit. Elle rappelle la mort d'Adam cl d*Èvc ct l'ensevelissement de Jésus. La septième prière est celle du milieu de la nuit («= nos Matines), · où se calment l'inquiétude du monde et la dissipation des mouvements de l'action ». C'est à ce moment qu’Adam cl Éve arrivèrent dans la terre de la tristesse ct de l'affliction, que Jésus naquit, qu'il termina son jeûne, qu’il fut baptisé, qu’il fit sa prière nu Cénacle ct nous donna son corps et son sang, qu'il ressuscita. G'cst aussi à cc moment qu’il viendra pour juger les vivants ct les morts, selon la parole de l'Evangile : Voici que l’époux viendra au milieu de la nuit. Villecourt, ibid., p. 211214. Cette prière du milieu de la nuit est composée de trois services ( = nocturnes) mêlés de psaumes, de strophes et de prières diverses. Le premier service n'a que quatre psaumes : ps. ex, m, xc et cxvnt. Chacun des autres services en a douze, ainsi que chacune des autres heures. Pour VOrdo des sept prières, voir Abou'l Barakât, Lampe des ténèbrci, c. xvi, traduit par Villecourt, loc. cil., p. 209-243. Les coptes ont, comme les Byzantins, une musique liturgique comprenant huit tons. Elle est, paralt-ll, assez monotone, mais a le mérite d’être bien rythmée ct bien cadencée. Le premier et le cinquième ton, dit Abou'l Barakât, excitent Λ la joie; leur tempéra­ ment est chaud ct humide. On les emploie pour les jours de fête, par exemple pour les grandes fête» joyeuses du Seigneur : Noël, Pâques, l’Ascension. Le deuxième et le sixième ton abaissent et humilient; leur tempérament est froid et humide; c'cst pour­ quoi on les emploie pendant la Semaine sainte. Le troisième ct le septième ton sont tous les deux attris­ tants; leur tempérament est chaud et sec. Ce sont les tons des obsèques, des diptyques ct des commémoraisons. Le quatrième ct le huitième ton encoura­ gent le pusillanime ct élèvent le cœur. Ils chantent les combats des martyrs et leurs épreuves de tout genre. Villecourt, ibid.t t. xxxvi, p. 262-281. Les noms des hulls tons sont les suivants : Adam, Balos, Sangiari, Kihak, Jdribi, du grand Carême, pour les morts, Anastasimon. Dans lès e, xvi-xix de son ency­ clopédie, Abou'l Bnrakât en signale quelques autres. Celui qui prie doit sc tenir debout, avoir le milieu du corps ceint de la ceinture, tourner le visage vers l’Orient ct non de côté et d'autre, faire le signe de la croix de haut en bas ct de gauche â droite pour expulser les démons. Les coptes ont gardé l’habitude des anciennes veilles liturgiques (παραμονχΐ), hi nuit qui précède les grandes fêles. Autrefois on passait aussi la nuit du samedi au dimanche. 3· La messe, — Depuis longtemps les coptes ne connaissent que trois messes : la messe de saint Basile pour les jours ordinaires; la messe de saint Mure, revue par saint Cyrille, qu’on dit pendant le carême et le mois de Kihak (décembre Avent); la messe de saint Grégoire pour les jours de fêle. Autre­ fois plusieurs autres messes ou annphores furent en usage, nu moins en certaines parties de l’Égypte. Vansleb en nomme douze, chiffre qu’il a lu chez les auteurs coptes. On a trouvé des extraits de diverses annphores en dialecte snhidique : annphores de saint Matthieu, de saint Jacques, de saint Jean de Bosra. CL Brightmann, Liturgies eastern and western, t. i, p LXVIII-LXTX, Oxford, 1896. Les trois messes, actuellement en usage ne diffèrent 3301 MONOPHYSITE ÉGLISE COPTE., LITURGIE qu’à partir de la messe des fidèles ou anaphore. U prothèse et la messe dite des catéchumènes consti­ tuent un ordo communis pour les trois. L’anaphorc de suint Cyrille est la plus ancienne; elle reproduit en beaucoup d’endroits mot û mot la liturgie grecque de saint Marc. Les deux anaphore» de saint Grégoire et de saint Basile existent aussi en grec, mal» avec des variante». Nous avons signalé quelques particu­ larités des messes coptes en parlant de l'eucharistie et de l’épiclèsc. Voir plus haut, col, 2283 sq. La tradition de l'ÉgUsc copte, dit Abou’l Barakât, est que la messe ne puisse avoir lieu qu’a lu suite d’une prière. Le mieux est que cc soit la prière de l’heure qui la précède, suivant le temps de l’année ecclésiastique. On y joint la prière dite « de la levée de l’encens ». Les encensements sont fréquents dans le rite copte. On attache une grande importance ù la qualité de l’encens, dont on distingue quatre sortes : 1. Le sandarus ou sandaraque (-=· l’encens javanais ou de Sumatra), dont l’odeur est pénétrante ct qui ne laisse pas de résidu. 11 passe pour n’avoir jamais été offert aux idoles; 2. le lubân, que les Mages offrirent à Notre-Seigneur; 3. l'encens fait avec le bois d'aloès indien, qui passe pour avoir la propriété de chasser les esprits impurs ct de brouiller les desseins des sorciers; 4. le mata, dont nous ignorons la qualité. 4· L'ire ct le calendrier. — Les coptes ont adopté l’ère des martyrs ou de Dioclétien, qu’ils font partir du premier jour du moi» de Tout (=» 29 août de notre calendrier) de l'année 281. L’historien grec Malalas dit que « l’ère de Dioclétien », tiansforméc ensuite par les chrétiens en « ère des Martyrs », fut inaugurée en souvenir de la clémence que Dioclétien témoigna aux Alexandrins après la prise de leur ville, qu’il avait dù assiéger. Serait-ce la raison pour laquelle les coptes l’ont adoptée? Ce qui est curieux, c’est que l’historien Jean de Nikiou et les synaxaircs coptes font de Dioclétien un Égyptien. L’année égyptienne est divisée en douze mois de 30 jours, chacun, auxquels ou ajoute, à la lin, 5 jours complémentaires (ήμέραι έτταγόμεναι) formant le petit mois. Ge petit mois est de six Jours aux années bissextiles. On sait que cc système fut adopté par les révolutionnaires français en 1792 pour rétablisse­ ment du calendrier républicain. Les noms des mois sont les suivants : Tout (29 août-27 septembre); Paopi (28 seplembrc-27 octobre); Halour (28 octo­ bre-26 novembre); Kihiak ou Koiahk (27 novembre26 décembre); Toubi (27 décembre-25 janvier); Méchir (2G janviei-21 février): Phamenot (25 février26 mars) ; Phnrmouti (27 mars-25 avril) ; Pachon (26 avril-25 mal); Pnoni (26 mal-21 juin); Eplphl (25 juin-21 juillet) ; Mesori (25 juillct-23 août); Epagornenv ou petit mois (21 août-28 août). L’Église copte suit encore le calendrier julien cl, pour la fixation de la fête de Pâques, le canon de Nicée. 5· Les têtes. — Comme les autres rites, le rite copte connaît des fêtes fixes et des fêtes mobiles comman­ dées par la date de Pâques; des fêtes majeures et des fêtes mineures; des fêtes du Seigneur, des fêles de la Vierge ct des fêtes des martyrs ct des saints. Il y a quatorze fêles du Seigneur, dont sept majeu­ res : L’Annonciation (29 Phamenot ou Barmahnt ■■ 25 mars), Noël (29 Kihiak - 25 décembre), l'Épi­ phanie, c'est-à-dire la fête du baptême de NotreSeigneur (11 Toubi 6 janvier), la fête de l’olivier ou dimanche des Hameaux. Pâques, l’Ascension, la Pentecôte; ct sept fêtes mineures : la Circoncision (6 Toubi 1·' Janvier), la fêle du premier miracle, ou noces de Cana (13 Toubi 8 janvier), l’entrée au temple ou Présentation (8 Méchir 2 février), 2302 Je grand Jeudi ou Jeudi saint, le premier dimanche après Pâques ou dimanche de Thomas, la fête de l’entrée du Seigneur en Égypte (26 Pachon 19 mal), la Transfiguration (13 Mesori 6 août). Abou'i Barakât compte autrement les fêles du Seigneur : Dans le premier groupe il met la Transfi­ guration, ct place I Annonciation dans Je second groupe. Il ne parle pas de la fête du premier miracle et la remplace par Je Vendredi saint. Il connaît en outre deux fêtes de la Croix, la première, le 17 de Tout (« 14 sept.), · pour sa deuxième mani­ festation après qu'elle avait été cachée ct pour la consécration de son église »; In seconde, le 19 de Phamenot ou Barmahat ( =■ le 8 mars), l'invention de la sainte Croix par sainte Hélène. Sauf pour cette dernière fête, on voit que les dates des fêtes qui sont communes aux deux calendriers copte et romain se correspondent, malgré l'apparente divergence du quantième du mois. Cf. Villecourt, loc, cil., 1925, t. xxxvm, p. 172-181. Les divergences que présente le tableau établi par Niilcs, Kalcndurium manuate utnusque Eccles., t.li,p.693 sq., viennent de cc qu’il base sa concordance sur le calendrier grégorien, \anslcb attribue au calendrier copte 32 fêtes de la sainte Vierge, mais il en compte au moins deux ( « l’Annon­ ciation el l'Entrée en Égypte) qui figurent déjà parmi les fêtes du Seigneur· Comme nous l’avons déjà fait remarquer, l’Église copte fête séparément la Dormition de Marie (le 21 Toubi ·» 16 janvier) et son Assomption glorieuse (le 16 Mésori =» 9 août). Parmi ccs fêtes mariales, trois sont majeures ct de précepte : la Nativité (10 Tout » 8 septembre), la Présentation au temple (3 Kihiak = 29 novembre) et l'Assomption. Abou’l Barakât place la conception de Marie au 13 Kihiak, soit notre 9 décembre. H y a une mémoire de la sainte Vierge le 21 de chaque mois. Panni les fêtes des saints, l’une des plus solennelles, ayant des cérémonies particulières, est la fêle des saints apôtres Pierre cl Paul, le 5 Eplphi ( = 29 juin). Cc jour-lù, il y a la cérémonie du lavement des pieds, comme le Jeudi saint, ct la bénédiction des raisins cl du vin. 6· Le rituel. — Le rituel copte renferme peu d’élé­ ments dont on ne trouve l’équivalent dans les autres cuchologcs. Signalons les principales consécrations cl bénédictions : consécration d’une église, d’un autel, d’un baptistère, d’une patène avec son linge, d’un calice avec son linge, de la cuillère du calice; béné­ diction de la toile noire dont on couvre l’autel; orai­ son pour l’exposition d’une image dans l’église; orai­ son pour la déposition ou la translation des corps des martyrs; rite de la coction et de la consécration du chrême contenu dans le Livre du chrême, dont nous avons déjà parlé. Il y a un rituel spécial des obsèques pour un patriarche, un diacre, une femme morte en couche. Le cercueil d'une femme morte en couche reste Λ la porte de l'église, parce qu’elle est considérée comme Impure. Il existe un odlcc des morts qui sc récite dans les cimetières à la commémoralson du * 40· jour, du sixième mois ct de l'anniversaire. Les églises coptes sont habituellement de forme rectangulaire et divisées en quatre compartiments : 1. le Iteikel ou sanctuaire, qui renferme l'autel, une table de pierre isolée el sans gradins; il est séparé du reste de l’édiücc par une cloison en bois, au milieu de laquelle s’ouvre une porte fermée par un large voile marqué d’une croix; 2. la partie réservée au clergé, dans laquelle pénètrent aussi les notables de la nation; 3. le compartiment des hommes; L le compartiment des femmes séparé de celui des hommes par une grille en bols. De cc que nous avons dit de la législation canonique 2303 MONOPHYSITE (ÉGLISE COPTE) el de hi vie liturgique dc l’Églisc copte, il ressort que, si celle-ci a gardé dans une large mesure le cachet dc l’antiquité, elle a fait cependant plus d’un emprunt aux Églises voisines. L’influence de l’Églisc byzan­ tine se trahit sur un grand nombre de points soit cn matière disciplinaire, soit en matière liturgique. Le théologien est des lors averti qu’il ne faut point trop insister sur la théorie du non-emprunt entre les Églises séparées par des barrières dogmatiques. Qui, par exemple, voudrait conclure que la fête dc l’Assomp­ tion existait en Orient axant 151 du fait que les coptes ont cette fêle dans leur calendrier, se tromperait étrangement. Des raisonnements pareils ont encore cours dans les manuels de théologie. Bini loc.n.M’HH . — L Histoire de l’église copte. — AixlallaUfl (Abd-oul-laitlf), Abdallatfphl hislorur Aegypti compendium arabict cl latine : partim verltl, partim a Pocockio versum edendum curavit notisque illustranti J. White, Oxford, 1800; Abudacnus Joseph (Abou-Dakn-Iousouf), Historia Jacobilarum seu coptarum (édit, de l'auteur), Oxford, 1075; même ouvrage, édit. de Sigcbert Havcrcamp, Historia jacobitarum seu copiorum in Aegypto, Lybia, Nubta, Aethiopia tota ct Cypri insuhr parte habi­ tantium, opera Abudacni seu Barbati nati .Memphis Aegypti metropoli, cum annotationibus ./. .\icolai, Ixyde, 1710; Abou-Snlih el-Armcnl, The churches and monasteries of Egypt and some neighbouring countries, attributed Io AbuSalih the Armenian, Oxford, 1895, édit. Evetts ct Butler (Anecdota Oxonicnsla : Semitic series, p. vu); E. Améllneau, Conics cl romans de l'Égypte chrétienne, 2 vol., Paris, 1888; du même, La géographie de l'Égypte a l'époque chrétienne, Paris, 1893; du même, Jtésumé de l'histoire de l’Egypte depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (Annales du musée Guimet, t. vn), Paris, 1891; du même, Les moines égyptiens : Vie de Schcnoudi, ibid., t. i, Paris, 1889; du même. Histoire du patriarche copte. Isaac, élude critique, texte cl traduction (publication dc l'Écolcdes lettres d'Alger), Paris, 1890; du même, Le christianisme chez les anciens coptes (Bévue de l'histoire des religions, 1886, p. 308 sq.; 1887, p. 52 sq.); du même. Un document copte du XI II· siècle : Martyre dc Jean de Phanidjoit, dans le Journal asiatique, Paris. 1887; du même, Un évêque de Ke/t au VIP *iécle, dans Mémoires de l’institut égyptien, n, p. 261 sq., Pari*. 1887; E. L. Butcher, The story of the Church of Egypt, 2 vol., Londres, 1897. ouvrage d’ensemble, Impor­ tant; Butler. The arab conquest of Egypt and the last | thirty years of the roman dominion, Oxford, 1902; Pierre Ibn Habib, appelé aussi Abou Cliakir, Chronicon orientale, édit, arabe-lutine dc Chclkho dans Io Corpus scriptorum Christianorum orientalium de Chabot-Hyvernat : Scriptores arable!, serie III, t. n (1903); .lean d’Épht'se, Vies des bienheureux orientaux, texte dans Land, Anecdota syriaca, t. n, p. 2-288, traduction dc Douwcn ct Land, Johannis episcopi Ephtsini Syri monophysita· commentant de beatis orientalibus, Amsterdam, 1889; du même, Histoire ecclé­ siastique, trad. Schôntcldcr. Munich. 1862; Jean dc Nlklou, Chronique de Jean, évêque de Nikiou, édit, ct trad. Zotcnberg. dans Notices et extraits des manuscrits de la HiblioIhéquc nationale, t. XXIV. p. 125-605, Pari*. 1883; Sévère évêque d’Ascbmounam, Histoire du patriarches dc Γ Église copte d'Alexandrie, édit. ct traduction anglaise de Evetts, dans la Palrologia oritntalis dc Grallin-Nau, t. 1, v et x, jusqu'il 819 ; texte arabe édité par Scybold dan* le Corpus script, christ, or. : Scriptores ara b ici, *crle HI, l. ix; Eutychlus (Sa’id Ibn Bntriql, Annales, édit. Selden. Lon­ dres, 1642: P.G., t. CXi; édit, du texte arabe par Chclkbo, dans Corpus script, chr. or.: Scriplores arabict, serie III, t. n (1903); El-Makln Georgius ben Humid, Historia saraeenica, édit· E, Erpen, Leyde, 1625 Mansi, op. cit., t. x, col. 996 C. Quand VEcthèse parut, le pape Honorius était mort ou allait mourir (12 octobre 638). D’après un passage d’une lettre de saint Maxime, auquel on n'a prêté que peu d’attention, P. G., t. xci, col. 143 B, il sc serait employé, dans ses derniers jours, à défendre l'orthodoxie, qu'il avait compromise par ses lettres imprudentes. Scs succsseurs : Séverin (638-640), Jean IV (640-6*12), Théodore I·' (642-649) condam­ nèrent tous le symbole monothélitc, si bien que l'em­ pereur Constant H, inspiré par Paul, patriarche de Constantinople, crut que le bon moyen d'apaiser les controverses et dc ramener la paix religieuse, était de retirer VEcthèse et de faire pour la formule monothélitc cc qu’on avait fait pour la formule monénergiste : l'interdire, mais en même temps proscrire l'expression deux volontés. Le décret impérial, déterminant la nou­ velle orthodoxie impériale ct l’imposant à tous les suiets dc l’empire. fut promulgué en 648, ct porte le nom dc Type, τύπος περί πίστεως, Mansi, ibid., col. 1029-1032. Il repousse à la fois la formule moné­ nergiste et monothélitc, et la formule dyéncrgiste et dyothélite. défend d’employer l’une ct l'autre pour éviter les querelles et les disputes, et recommande dc s'en tenir au langage communément reçu avant la controverse sur l'unique énergie ct l'unique vouloir. C’était une nouvelle capitulation dc l’hérésie. Cc n’était plus le monothélisme, mais cc n'était pas non plus le dyothélisme : solution bâtarde dont l'Église ne pouvait se contenter; car du moment que la ques­ tion des activités ct des volontés de l’Homme-Dieu avait été posée avec si grand fracas, il fallait la résou­ dre. 11 faiblit' opter entre la formule monénergiste ct monothélitc, ct la formule dyéncrgiste ct dyothéliste, ct choisir celle qui était la plus apte à exprimer lu vérité dogmatique, lu plus claire, la plus conforme à la tradition patrisllque et à la philosophie du sens commun, la moins susceptible d’être tournée dans un sens hérétique. 2· Signification des formules monolhélites. — Nous parlons dc formules, et c'est bien dc cela qu’il s’agit avant tout dans la querelle monothélitc. Les partisans du monènergisme ct du monothélisme veu­ lent rester orthodoxes. Ils acceptent la définition du concile de Chalcédolnc ct le tome dc saint Léon à Flavicn. On a beau lire ct étudier attentivement cc qui nous est parvenu de leurs écrits, ainsi que VEcthèse cl le Type, on est en peine d’y découvrir une pensée véritablement hérétique. Ce qui est hérétique, cc sont les formules qu’ils emploient prises en elles-mêmes : c’est le silence sur les activités physiques cl les volon­ tés physiques des deux natures. 1. Les formulesmonénergistes. — Le monothélitc ne nie pas l’existence en Jésus-Christ d'une activité d’opé­ rations vraiment humaines, activité, opérations réelle­ ment distinctes de l’activité et des opérations de la divinité; mais cette activité humaine, il ne veut pas l’appeler du nom Ternus dogmaticus ad Marinum, P. G., I. χα, col. 81 1). Il fait sien le mot de saint Grégoire de Nysse : « Gomme Dieu, lorsqu’il le voulait, le Verbe donnait ù s< n gré occasion à la nature d'exercer son activité : έξουσιασηκώς ώς t-’εδς έδίδου τη φύσει καιρόν, όταν έβούλετο, τά έαυτής ένεργήσαι. » Ibid., col. 77 B. Ailleurs il écrit : « Étant véritablement Dieu ct homme tout à la fois, comme Dieu il était le moteur de sa propre humanité, ct comme homme il était le manifcstatcur de sa propre divinité : άμφω κατ’αλήθειαν ών, ώς μέν θεές τής ίδιας ήν κινητικός άνθρωπότητος, ώς άνθρωπος δε τής οίκείά'ς ίκφαντίκδς θεότητας. » Ambiguorum liber, Ρ. G., t. xci, col. 1056 Λ. Saint Jean Damascene enseigne, lui aussi, la même doctrine avec tout la clarté désirable : « L’esprit humain du Christ, dit-il, manifeste sa propre hégémonie, lorsqu’il en reçoit la permission du supérieur. Mais il est dominé ct il suit le supérieur, ct il opère ce que veut la volonté divine. Par un mouvement libre, l'àmc du Seigneur voulait librement ce que sa volonté divine vou­ lait qu’elle voulût. » De fide orthodoxa, I. Ill, 6, 14, 18, P. G., t. xciv, col. 1005 D; 1036-1037; 1076 C. Cf. De duabus voluntatibus, 26-27, 39-43, P. G., t. xcv, col. 157-160, 177-184. 3. L'hétérodoxie des monothélltes. — Bref, la faute, l'erreur des monothélltes, chalcédoniens ct dyophysites convaincus, a été de vouloir greffer sur la terminologie catholique, canonisée au con­ cile de Chalcédoine, la terminologie du monophy­ sisme sevérien pour ce qui regarde non les natures elles-mêmes, mais les activités ct les volontés. Nous avons vu, en parlant du monophysisme sévérien (cf. col. 2226),comment les partisans de ce système disaient non seulement une seule φύσις dans le Christ, mais aussi une seule ενέργεια, un seul θέλημα. Cette unique activité, cet unique vouloir, ils les considéraient non du point (Je vue des natures, mais du point de vue de la personne; non du point de vue physique, c'cst-àdirc naturel, mais du point de vue hypostatique, par rapport à l’unique agent, qui est la personne du Verbe. C’est ce point de vue que les monothélltes, préoccu­ pés de trouver une formule conciliatrice pour rame­ ner les monophysites sévériens à l'orthodoxie, ont malencontreusement adopté. Ils voyaient bien que cette position n'étnlt pas tenable; que cette termino logic s’accordait mal avec la doctrine dyophysite qu’ils admettaient, avec le tome de Léon, qu'ils rece­ vaient. De là leurs capitulations successives, dès que les théologiens orthodoxes dévoilaient les inconsé­ quences ct les contradictions de leur système. Quel­ ques-uns, cependant tel Macaire d’Antioche, à force de ne considérer en Jésus Christ que la personne divine, le principium quod des opérations divines et humaines, s’entêtèrent à garder leurs formules, à fermer les yeux sur les principes physiques immédiats des opérations divines ct humaines, sans du reste les nier positive­ ment, en les admettant Implicitement, et quelquefois explicitement, mais en refusant de leur donner le nom ά’ένίργεια et de θέλημα. Telle fut l’erreur, telle fut l’attitude des monothélitcs dyophysites, des partisans de l’hérésie spé­ ciale, distincte des autres précédemment parues, qui troubla l’empire byzantin pendant presque tout le vn· siècle, et qui n reçu le nom de monothélisme. La définir comme une hérésie qui niait en Jésus-Christ l’existence d’une volonté humaine considérée comme 2314 faculté, serait certainement inexact. Ce serait se trom­ per aussi que de croire que les monothélltes aient ensei­ gné que la volonté humaine du Sauveur n'a jamais produit son acte, n'est Jamais entrée en exercice. On ne peut affirmer avec certitude qu’ils aient refusé la liberté à l'humanité de Jésus-Christ. Mais Ils ont pro­ fessé une seule’'énergie hypostatique, une act lutté théan­ drique du Christ, un seul vouloir hypostatique. hégé­ monique divin du Christ, ct ils ont refusé de dire : deux activités physiques, deux volontés, deux vouloirs physiques du Christ. Nous parlons des morothélites proprement dits, de ceux qui ont été fermes à garder les formules du système monénergiste et monothélltc ; car pour ce qui est du monothélisme officiel, il a, comme nous l'avons vu, varié scs formules suivant les phases de la controverse. Il a commencé par dire : Une seule activité hypostatique ou théandrique du Christ. Il a dit ensuite : Ni une ni deux opérations, mais un seul vouloir hypostatique. Il disait, avant d’etre frappé par le sixième concile œcuménique : Ni une ni deux énergies, ni une ni deux volontés. 11 ressort de ce que nous venons de dire que les monothélltes proprement dits n'ont rien inventé, sauf peut-être l’épithète d'hypostatique ajoutée aux mots ενέργεια ct θέλημα. Tout en anathématisant Dioscorc, Sévère ct leurs partisans, ils ont pris leur termi­ nologie pour ce qui regarde les activités et les vouloirs de J'Homme-DIcu. A la différence des sévériens, qui ont professé non seulement le monéncrglsme ct le monothélisme. mais aussi le monoldiotisme, c’est-àdlrc l'unité des propriétés, ils confessaient les proprié­ tés physiques des deux natures et ne refusaient pas de les compter. Leur originalité a consisté à être en partie dyophysites et en partie monophysites sévé­ riens. Le monothélisme est donc un dcml-dyophysisme ct un demi-monophysisme. 3e Autres formes du monothélisme. — Avant le monothélisme proprement dit, monothélisme plus verbal que réel, avalent apparu dans I’Église plu­ sieurs autres formes de monéncrglsme ct de mono­ thélisme. L’arianisme, l’apollinansmo ct l’cutychianhme enseignent, chacun à su manière, le morenergisme ct le monothélisme réels, mais avec des différences marquées. Le Logos Incarné d’Arius, qui n’est ni Dieu véritable ni homme complet, n'a vraiment qu’une activité physique ct qu’une volonté physique, puisqu’il ne s’est uni qu’à un corps inanimé, qu il meut comme un automate. Le Logos incan é d Apollinaire est sans doute Dieu; mais il n’a pris, lui aussi, de l’homme que le corps, ou tout nu plus, la sensibilité animale. 1) manque d’àme humaine douée d'intelligente ct devolonté libre. Il est évident qu’il est aussi monénergiste, ct surtout monothélite. Quant au monstre* eutychlen, résultat du mélange réel de l’humanité et de la divinité, il ne peut avoir également qu’une seule activité et qu’un seul vouloir; activité, vouloir qu’on pourrait appeler théandriques, en attribuant à ce mot son sens strictement étymologique. Il y n des raisons de croire que, dans la réalité, le mystérieux Denys, auteur de l'expression énergie théandrique, n donné à celle-ci un sens différent, sens orthodoxe dans le fond, bien que l'expression soit malheureuse et favorise la théorie culychlcnne du mélange des deux natures. Monophysites sévériens ct théologiens catholiques l’ont interprétée chacun de leur côté en lui enlevant toute signification cutychicnnc. Les sévériens en ont fait l’équivalent de l'expression ενέργεια σύνθετος, c'est-à-dire activité de Vhypostase composée du Verbe, et l’on sait que pour ces hérétiques l’épithète de σύνθετος n'est pas syno­ nyme de mixte ou de mélangée au sens eutychlen. Cf. article Monophysismk, col. 2223, ct Lebon, Le mono- 2315 MONOTHÉLISME, ÉVOLUTION HlSToRloi E 2316 physisme sévérlen, Louvain, 1909, p. 451-453. Les αυτών την Οέλησιν, ένέργειαν καί δεσποτείαν ύρώμεν catholiques lui ont donne le sens de double, ou bien άςίας ίσότητι δεικνυμένας* Ô γάρ Θεός Λόγος, ά/χl'ont {appliquée à l'activité miraculeuse du Verbe λαοών 6ν προώρισεν άνθρωπον, τω της εξουσίας λόγςα Incarné opérant les miracles par sa toute-puissance,en πρός αύτόν ου διεκρίΟη διά τήν προγνωσΟιϊσχν αύτφ διάΟεσίν. Mansi, ibid., cul. 1120 A. sc servant de son humanité comme cause instrumen­ tale; ou encore, l’ont entendue en cc sens que chaque Dire cpi’en Jésus-Christ il y a unité morale de volonté et d'activité, en ce sens que la volonté divine cl lu nature du Christ produit son opération propre avec la participation de l’autre, en vertu du lien qui les unit volonté humaine n'ont jamais été opposées entre elles; dans l’unique personne du Verbe, sujet d’attribution que l’activité de l’humanité s'est toujours exercée en de toute opération divine ct humaine : agit ulrague parfaite harmonie avec les desseins et l’action de la natura cum alterius communione, avait dit saint Léon. divinité, est parfaitement orthodoxe. Mais affirmer simplement, sans aucune explication, sans aucune CL S. Sophrone, Sgnodique, Mansi, t. xi, col. 188 DE; épithète précisant l’unité dont on veut parler, qu'il S. Maxime, P. G., t. xci, col. 315-318; 1056-1066, etc.; y a en Jésus-Christ une seule volonté, un seul vouloir, Concile du La Iran en 619, canon 15; S. Jean Damasune seule activité, est une formule qui est condamna­ cène, De fide orthodoxa, L III, c. xix, P. G., t. xav, ble, qui ne peut être acceptée, parce qu'en sol elle est col. 1077-1081. fausse, qu'elle prêteâ l'équivoque,qu'elle peut couvrir On aboutit également au monénergisme, et au tous les monothéismes hérétiques. Voilà pourquoi les monénergisme réel, dans les deux autres théories nestoriens ont été aussi englobés dans la condamna­ cntychlennes de l’absorption de l'humanité dans la tion des monothélites. Cf. ici, t. x, col. 189, l'JÛ. divinité, ct de l’absorption de la divinité en l’humanité II. Les étapes historiques de l'hérésie monopuisque l'une des deux natures disparait en fait ct théijte. — Nous n’avons pas à entrer Ici dans les qu’il n'en reste qu’une. détails de l’histoire du monothélisme, qui est assez On peut imaginer un monothélisme plus subtil. compliquée ct fort obscure pour ce qui regarde l'ori­ Sans refuser à l’humanité de Jésus-Christ l'intégrité gine de l'hérésie· L'essentiel a été dit dans le pré­ physique avec toutes les facultés qu'elle possède natu­ sent dictionnaire, aux articles suivants : Constanti­ rellement, donc avec la faculté que nous appelons nople (Troisième concile de), t. ni, col. 1259-1266; volonté, on peut lui enlever tout exercice de cette Honorius, t. vu, col. 93-132; Martin I·*, t. x, faculté, toute activité propre en général, ct la consi­ col. 182-191; Maxime de Chrysopolis (Saint), t. x, dérer comme un médium inerte dans lequel s’exerce col. 448-160. Notre intention est seulement de mar­ ct par lequel passe l'activité divine, â peu près comme quer d'une manière nette les étapes historiques par le corps reçoit de l'âme sa vie ct son mouvement. Ce lesquelles a passé le développement de l'erreur, étapes genre de monothélisme, ce monénergisme réel a-t-il que beaucoup d'historiens paraissent n'avoir pas eu des partisans? Nous n’en connaissons pas; mais remarquées, bien que ce point soit fort important certains auteurs ont cru découvrir cette erreur chez pour la pleine intelligence des documents doctrinaux. plusieurs monothélites. Apollinaire a conçu de cette 1· Le monénergisme. — Notons tout d'abord la pre­ manière l'activité du Verbe Incarné, mais il niait en mière étape. Elle va des origines (avant 619) à la sen­ Jésus-Christ l'âme humaine, l'intelligence et la volonté tence synodale de Sergius prononcée après le pacte raisonnables. Son système est en dehors de l'hypothèse d'union conclu à Alexandrie par le patriarche Cyrus envisagée Ici. Cf. 'fixeront, op. cil,, t. m, p. 175-176. avec les théodosiens, le .3 juin 633. Cette décision syno­ Chose curieuse, Nestorius ct ses disciples, partisans dale, dont nous n'avons plus le texte original, mais du dualisme hypostatique, ont afllrmé en Jésus-Christ dont nous trouvons la substance dans la lettre de l’unité d'activité et de volonté, ct ont été classés, au vn· siècle, par les théologiens catholiques et les conci­ Sergius au pape Honorius, est venue après la protes­ tation du moine Sophrone contre la formule de l’uni­ les parmi les monothélites. Au concile romain du que activité ou énergie,employée dans le décret d'union Lntran en 649, on cita des textes de Théodore de avec les monophysltcs alexandrins. Sophrone est allé Mopsucste, de Nestorius, de Théodule le Ncstorien, où à Constantinople; il a eu une entrevue avec Sergius, il est question d'une seule volonté, μία Οέλησις, où ils ont discuté entre eux la question de l’unique d'une seule activité, μία ενέργεια. Cf. Actes du concile activité. Le résultat a été qu’on renoncerait à la du Lalran, Mansi, t. x, col. 906 C, 1058 B, 1110 D, formule μία ένέργεια, mais qu'on s'abstiendrait aussi 1118 E, 1120, 1121. (Voir aussi S. Maxime, Dispute de dire expressément deux activités ou énergies, δύο avec Pyrrhus, ibid., col. 729 CD, 745 D : εν θέλημα ό ενέργειαι, pour éviter des controverses dangereuses Νεστόριας πρεσβεύει έπΐ τών πλαττομένων αύτφ δύο ct inutiles. On exprimerait la doctrine dans les termes προσώπων — Νεστόριος, δύο πρόσωπα λέγων μίαν communément reçus ct précédemment sanctionnés par δογματίζει ένέργειαν.) Π va sans dire que le monol'autorité des Pères ct des conciles. On dirait — cc sont théllsmc ct le monénergisme nestoriens n'étalent’pas de même nature que le monothélisme ct le moné­ les paroles mêmes de Sergius dans sa lettre à Hono­ nergisme des sévériens. Encore plus diiTéralt-ll du rius — : « Le Fils unique engendré, qui est en vérité monothélisme cutychicn ou du monothélisme apolDieu ct homme tout ensemble, est le même qui optre les actions divines ct hum lines, ct d’un seul ct du llnnristc.Ce nc pouvait être, d’après les principes de Théodore de Mopsucste, qu’un monénergisme et un même, le Verbe de Dieu incarné, procède insépara­ monothélisme d'ordre moral, non d’ordre physique blement ct indivisiblement toute activité divine ct cl substantiel. Le Verbe ct l'homme né de la Vierge humaine, car c'est ce que nous enseignait expressé­ n’avaient qu'une seule volonté au sens où l’on dit que ment le théophore Léon par ces mots : < Chaque deux amis arrivent par l'affection ct l'amitié à n'avoir forme opère, avec la participation de Poutre, cc qui lui qu’un cœur ct qu'une Ame, à vouloir toujours la même est propre : τόν αύτόν ένεργβΐν τά Οεϊα καί ανθρώπινα' chose. Ils n'avalent qu’une seule activité en cc sens καί έξ ένός καί τού αϊτού σεσχρ χωμένου Θεού Λόγου que le Verbe communiquait au (Ils de Marie sa touteπάσαν προΐέναι άμερίστως καί άδιαιρέτως Οείαν τε pulssancc pour opérer les miracles ct considérait καί άνθρωπίνζν ενέργειαν· τούτο γάρ ημάς ό Οεοφόρος comme sienne l’activité de l'homme, auquel il était έκδιδάσκει Λέων.., » Mansi, t. xi. col. 536-537. Le uni par un amour de complaisance tout spécial. C'est patriarche constxintinopolitaln ajoute aussitôt ces bien le sens de cc passage de Nestorius cité au concile mots, remarqués seulement de quelques rares histo­ du Latran : Άσυγχύτους φυλάττομεν τας φύσεις, ού riens : · Là-dessus nous avons reçu de Sa très bénigne κατ'ούσίαν, κατά γνώμην δέ συνημμένα;· διό καί μίαν Puissance ( - de l'empereur) une ordonnance d’un 231/ Μ η λ < )Τ i I É L IS Μ 11, É \ Ο L U T10 N HISTOKIQL E 2318 contenu digne de Su Sérénité conduite par Dieu » ! hérésie politique. C'est l'avis sérieusement motivé il ressort de là que la sentence synodale, qu’on peut du P. Grume), Échos d'Orienl, ibid.t p. 271. Le monénergisme, gros du monothélisme, était né. convenablement dater do la lin de 033 ou du début de Il fallait le propager; il fallait le faire accepter tant 634, n été suivie d’un décret impérial d’ordre doctrinal, la promulguant ct lu sanctionnant de son autorité. des catholiques que des monophysltcs. Ceux-ci ne Ce décret impérial, antérieur de quatre ans à VEcthèse, pouvaient répugner au monénergisme proprement dit, puisqu'ils l'enseignaient déjà; mais il fallait leur a dos la première période de l’hérésie, période qu’on doit nommer non du monothéUsme niais du monéner- persuader d’agréer en même temps les deux φύσεις gisme, erreur plus compréhensive que le simple mono- du concile de Chalcédolnc, ou tout au moins de gar­ der sur elles un silence diplomatique. C'était le point thélisim, qui s’y trouve contenu implicit* ment. De ce décret impérial d'Héraellus, aussi important que délicat de la combinaison. L'empereur Héradius fut 17ù7/ié$e, on n’a guère parlé jusqu’ici. 11 est Ignoré sans retard mis au courant de la solution trouvée par mime des savants éditeurs du Corpus der gricchischen 1rs théologiens, et l'on volt cc guerrier, pendant ses Urkunden der Mitlclaiters und der neucrcn 'Zcit qui, campagnes contre les Perses, s'occuper de contro­ par contre, en ont inventé un autre d'inexistant. Le verses théologiques avec les prélats des Églises munoP. V. Grumcl vient récemment de le tirer de l'oubli physites, ct essayer de les rallier â l'orthodoxie impé­ ct aussi de mettre en lumière la sentence de la σύνοδος riale sur la base de la formule monéncrglste : confé­ ένδημουσα qui l’a précédé. Cf. V. Grumcl, Recherches rences avec Paul le Borgne, chef des acéphales de sur l’histoire du monothélisme, dans les Échos Chypre, en 622, à Théodosiopolis (Arménie); en 626, d'Orienl, 1928, t. xxvn, p. 10-15; 1929, t. xxvm, entrevue avec Cyrus, alors évêque de Phasis; vers 630, tractations avec Athanase Camélarios, patriar­ p. 19-24. Ainsi, avant meme que le pape Honorius eût été che monophysite d’Antioche. mêlé à l'affaire, il y avait une vingtaine d'années Parmi les prélats catholiques qui avaient été gagnés qu’on agitait en Orient le problème, non du mono- au monénergisme, se trouvait l'évêque de Phasis, théllsmc proprement dit, mais du monénergisme. Cela Cyrus. En 630 ou 631, on le fit passer au siège d’Alexan­ sc traitait par correspondance entre Sergius ct cer­ drie. Sans retard, il se mit en relations avec le clergé tains prélats de l'impire, catholiques ou monophy­ théodosicn de la ville ct réussit à le gagner à l'union, sltcs. On recherchait des textes des Pères favorables grâce à la formule de l'unique énergie, employée con­ à l'unique ένέργεια, ct quand on n'en trouvait pas, jointement avec l'autre formule monophyistc : Μία on en fabriquait: tel le fameux recueil adressé par le φύσις του Θεού Λόγου σεσαρκωμένη (3 juin 633). De patriarche Ménas au pape Vigile et la réponse de nombreux fidèles suivirent le clergé. Ce succès fut celui-ci. On est en pleine guerre contre les Perses, ct aussitôt annoncé triomphalement à Sergius par une déjà les Arabes de Mahomet commencent à s’agiter. lettre, qui est le principal document théologique du On s’est aperçu, lors de l’invasion persane, de la monénergisme proprement dit. Mansi, t. xi, col 561profonde désaffection des monophysltcs syriens ct 568. Cctle théorie de l’unique énergie, que l’empereur égyptiens à l'égard de l’empire. Il faut à tout prix Héradius avait déjà officiellement sanctionnée par les ramener cl faire quelques concessions sur la termi­ un double décret (décret contre Paul l'Acéphalc vers nologie dyophysite pour essayer de les attirer. Tel 624-625 ; lettre à Athanase Camelarios, patriarche est le plan que le patriarche Sergius a soufflé à Héra- monophysite d’Antioche, vers 630) arrivait ainsi ù son clius, vaillant soldat qui nc demande pas mieux qu'on apogée. A partir de ce moment, devant les protesta­ l’aide à sauver l’empire sans détriment pour l'ortho­ tions du moine Sophrone, on allait l’abandonner, au doxie. Où trouver le terrain d’entente? Les monophy­ moins en apparence, pour adopter bientôt la formule sltcs disent : Une noture du Verbe incarné. Depuis les monothélité, έν θέλημα. 2· Période de transition. — Mais avant le décret amithcmatismcs du cinquième concile œcuménique, on le dit avec eux en toute sûreté, tout en disant aussi impérial qui la promulgua, avant VEcthèse, il y eut avec le concile de Chalccdoinc : une seule hypostase une période de transition d'environ quatre ans (634et dcjix natures. Les monophysltcs, toujours ennemis 638). Le monénergisme ayant été éventé par saint du nombre, quand il s'agit du mystère de l’incarna­ Sophrone, Sergius crut opportun de reculer. Mais il ne recula qu'à demi. Par sa sentence synodale de 634, tion, unifient également l’activité ct le vouloir ou volonté du Verbe incarné. Ils disent : μία ένέργεια, comme nous l'avons vu, il proscrivait la formule une έν θέλημα ou μία Οέλησις. Pourquoi nc pas les suivre seule énergie, mais il rejetait aussi la formule deux sur ce terrain? Mais le tenue ά'ένίργεια est plus énergies, et cela pour éviter les discussions inutiles ct vague, moins compromettant, moins capable d’éveiller dangereuses, pour ne pas entraver par des expressions les soupçons des chalcédonlcns intégristes que celui inopportunes le retour des dissidents. Ne suffisait-il de θέλημα. Il est plus compréhensif aussi : il entraîne pas d'exposer la doctrine orthodoxe en termes équi­ nécessairement l’autre en bonne logique. Commen­ valents? C’est, en effet, ce que fit Sergius par sa déci­ çons donc par dire avec les sévériens : une seule sion synodale de 634, dont nous trouvons la substance énergie, cl essayons d’expliquer la formule d’une à la fin de sa lettre au pape Honorius. 1) n’y a rien à manière orthodoxe. Lequel îles deux, de Sergius de reprendre nu point de vue de l'orthodoxie dans cctle Constat linoplc ou de Théodore de Pliaran (un chal- profession de fol : · Le Fils unique de Dieu, qui est en cédonhn, non un monophysite, comme plusieurs l’ont vérité Dieu el homme tout ensemble, est le même qui affirmé : cf. V. Grumcl, Les premiers temps du mono- opère les actions divines et humnines;du seul et même X’crbe de Dieu incarné procède inséparablement et thélisme dans les Échos d'Orimt, 1928. t. xxvn, p. 259-265) a le premier raisonné ainsi? Il est difficile indivisible ment toute opération divine ct humaine de le dire. Sergius n eu sans doute l’initiative de (πάσαν προϊέναι άμερίστως καί άδιαιρέτως Οείαν τε la recherche du terrain d’entente. Théodore de Pha­ καί άνΟρωπίνην ένέργειαν), car c'est cc que nous ron, un théologien subtil, l'a sans doute trouvé. C’est enseignait expressément le théophore Léon en disant : lui, semble-t-il, qui le premier, a fait la trouvaille de Chaque /orme opère, avec la participation de Loutre, ce l'expression : énergie hypostatique, qui correspond bien, qui lui est propre. » Mansi, t. xi, col. 537 A. Aussi en effet, au concept des sévériens, ct a l’avantage de fut-elle acceptée par saint Sophrone, louée par saint nc pas nier les activités physiques des natures prises Maxime dans une lettre à Pyrrhus, P. G., t. xa, comme telles. Sa correspondance avec Sergius doit col. 589-597, approuvée par le pape Honorius dans sans doute sc placer tout nu début de l'histoire de celte scs deux lettres à Sergius. 11 est important de remur- 2319 MONOTHÉLISME, ÉVOLUTION HISTORIQUE qucr que, pendant la période de transition dont nous parlons, la question du monothélisinc proprement dit ne sc pose pas encore. Sans doute, dans sa lettre à Honorius, Sergius parle incidemment des volontés, θελήματα, mais c’est pour dire que de l’expression deux activités ou*énergies, des esprits malintentionnés pourraient conclure qu’il y'avait eu en Jésus-Christ deux Οέλημχτα contraires. Dans sa réponse. Hono­ rius prend la peine de réfuter — et trop longuement — cette assertion, qu’il y aurait eu en Jésus-Christ deux volontés contraires, ct il déclare qu’en l’huma­ nité de Jésus la concupiscence charnelle, la loi des membres, la volonté peccamineuse opposée à la volonté de Dieu, ont été absentes : il n’y a eu en elle qu'une volonté jamais opposée ù la volonté divine. Mais ce développement même est une incidente dans la lettre du pape, dont le but est d'approuver la solution pré­ conisée par Sergius à propos de la formule une ou deux énergies. Cc but apparaît encore plus clairement dans la seconde lettre d’Honorius où il n'est aucune­ ment question de volonté, ct par laquelle il approuve de nouveau la'JdécJslon pratique du synode de Cons­ tantinople: < Qu'on s’abstienne de formules nouvelles capables de soulever des discussions oiseuses : qu’on ne/lisc ni une ni deux éncrgics.rnais qu'on confesse cn l’unique Jésus-Christ les deux natures véritablc-i ment unies, opérantes ct agissantes, chacune avec la participation’de l'autre, la nature Jlivine opérant les actions divines, la nature humaine les actions de la chair, ct’cela sans séparation ni confusion.» Mansi,ibid., col. 580 D. Cette solution, le pape, convaincu par les raisons que Sergius avait fait valoir, l’a recom­ mandée tant à Sophroae de Jérusalem qu'à Cyrus d’Alexandrie. Ibid., col. 381. C’est une solution pra­ tique, qui regarde uniquement U terminologie théo­ logique ct ne touche cn rien le fond de la doctrine. On a pu, quelque cinquante ans après, juger très sévère­ ment cette décision, à cause des événements qui ont suivi. Mais on est porté à être plus indulgent, quand on la replace dans son cadre historique. Honorius a Ignoré les vingt ans de monéncrglsme qu’on a impo­ sés plus ou moins ouvertement à l’Églisc byzantine. Quand on a jugé opportun de l’avertir et de le consul­ ter. on lui a exposé le situation sous un jour tout favo­ rable à la solution adoptée à Constantinople. On ne savait que trop cn Occident combien les Byzantins étalent portés à soulever des questions subtiles ct oiseuses, à sc disputer pour des mots ct des formules. Quoi d'étonnant qu'Honorius ait approuvé une sugges­ tion de nature à empêcher de nouvelles logomachies? De lù son mot d’ordre donné aux prélats orientaux à propos de l'unique énergie. On peut dire que sa consi­ gne a été observée mêrns par saint Sophrone. On a beau p ireourir la longue Synodique de ce dernier. Non seulement 11 n'y est question ni de monothélisinc ni de dyothélisme — on ne discutait pas encore sur les volontés — m iis]on n'y trouve pas en termes exprès ; deux activités ou énergies, δύο ένέργειαι. Sophrone dit sans doute : έκατέρχ ή ένέργεια. Mais Sergius disait lui aussi : πχσχ θεία τε καί ά>θρωττίτη ένέργτ.α. Sophronc «lit : Deux formes agissant en commun : δύο τχ; κοινά; έ/ζργοισχ; μαρφχ; δογμχτ'.ζοχε>, Minsi, lor, cil., col. 181 A. Mill c’est la form île mliiu de saint Léon.répété? tant par Sergius que par Hono­ rius. C.dul-ci a mBms écrit dans sa seconde lettre à Ssrgius : έκατέρχς τχς φύσεις i; τφ ένΐ Χριστφ τη fr/ύτητι ήνωμένχς μετά της Οχτέρου κοινωνίας ένεργούσχς κχί παακτικίς όμολογείν όφείλομεν. Ibid., col. 530D. Sophrone parle encore plusieurs fols des activités, des énergies, des opérations, au pluriel; cela, o i ne le lui av dt p is expressément défendu. M iis Il ne «lit nulle part positivement : deux énergies. Il a été fl lèle a la consigne ad litteram. La question de 2320 terminologie mise à part, la période de transition dont nous parlons (631-638) a donc été une période d'orthodoxie sous le patronage du pape. 3· Le monothélisme proprement dit. — Avec la promulgation de VEcthèse (638), commence lu phase monothélitc proprement dite, qui dure jusqu’au Type de Constant II (618). L’Ecthèse maintient la solu­ tion adoptée pendant la période de transition â propos des deux énergies. M ds elle Impose une for­ mule nouvelle : une seule volonté dans le Christ, tv θέλημα. Bien de plus illogique, nu point de vue doctrinal, que cc décret, puisque le vouloir, la volonté, l'activité volontaire est une espèce d'énergie. Il contredit formellement la solution pratique précé­ demment adoptée et recommandée par le pape, de ne pas innover en matière de terminologie pour ne pas soulever de nouvelles controverses. SI Honorius a eu connaissance de VEcthèse, il a dû la repousser; ct c’est bien ce qu’insinue le passage d’une lettre de saint Maxime que nous avons signalé plus haut, col. 2308. C'est pendant cette période qu’entre cn lice le théo­ logien des deux volontés et des deux activités naturelles de l'Homme-Dieu, saint Maxime de Chrysopolis Se fondant sur la philosophic du sens commun autant que sur les textes des Pères ct des conciles, Maxime établit avec une clarté qui ne laisse rien à désirer, que l’énergie, l’activité comme telle est avant tout chose physique, naturelle, découlant de la nature ct non de la personne. Et il cn appelle au mystère de la Trinité, où nous voyons trois personnes distinctes entre elles n’ayant qu'une seule activité. Il fait un raisonnement semblable pour la volonté, l'énergie appétitive, volitive. Mais,comme il n’ignore pas le point de vue de ses adversaires monothélltcs, qui parlent d’énergie, de vouloir hypostatique, lui, sans nier le rôle de l’unique opérant qu’est cn Jésus-Christ la personne du Verbe, ne se contente pas d'aiïlmier : deux activités, deux volontés. Pour bien marquer le point de vue auquel il se place, il ajoute toujours aux mots ένέργειαι, θελήματα, l’épithète : physique, naturels : δύο ενέρ­ γειαν φυσικαί, δύο θελήματα. 11 rejette la formule monénergistc ct monothélitc, parce qu’elle est de nature à amener â la négation de ccttc activité physique qui est nécessairement l’apanage de toute nature. Toute nature est principe d’opération, ct non seulement principe d’opération à l'état statique, in statu primo, m iis principe d’opération passant cflectivernent à l'acte, produisant son opération normale. Voilà cc qu'il veut affirmer en Jésus-Christ. Sous l’impulsion ct le contrôle du sujet unique, qui est la personne divine, chacune des deux natures produit son opération physique, chacune des deux volontés physiques entre cn exercice et produit son acte nor­ ia d. La formule monothélitc peut sans doute être expliquée dans un sens orthodoxe. Mais clic pèche par un double endroit : 1. Elle change la significa­ tion naturelle ct communément reçue des mots ένέργεια, θέλημα: 2. Elle fait le silence sur les activités physiques ct les volontés physiques des deux natures. Du silence â la négation le passage est vite franchi, ct l’Églis·, qui juge de la foi des individus par les formules do.it ils se servent pour l’exprimer, ne pou­ vait que condamner ΓEclipse, malgré toutes les expli­ cations dont on entourait la formule θέλημα· •i· Le retour au statu quo. — Après les condamna­ tions répétées dont le décret d’i léraclius fut l'objet, tant de la part des papes que des théologiens ct des conciles locaux, l'empereur Constant II la retira (G 18) ct la remplaça par so i Type. Le Type Inaugure la quatrième phase de la controverse. C’est, peut-on dire, une nouvelle période île transition, analogue Λ celle de 63 1-638. On veut imposer le silence non seule- 2321 MONOTHÉLISME, CONDAMNATION nient sur les énergies, mais aussi sur les volontés. On voudrait revenir nu statu quo pur ct simple d'avant 615. U politique théologique d'Hérnelhie n'a plus de raison d’être. Après les Perses, les Arabes sont venus, qui ont enlevé à l'empire les monophysites de Syrie, de Palestine ct d'Égypte. On a vu ceux-ci accueillir les infidèles presque avec enthousiasme. Aussi Constant 11 voudrait pouvoir éteindre par un simple décret tout et bruit théologlquc ct ccs logomachies. Mais il est trop tard. La situation n'est pas la même qu'en 63 t. On a trop discuté sur les énergies et les volontés pour que n'intervienne pas une solution claire cl définitive donnée par le magistère de l’Églisc. Cette solution ne peut être que dans le sens de la définition du concile de Chalcédoinc. S’il y a deux natures cn Jésus-Christ, il y a sûrement aussi deux forces agissantes, deux activités, deux volontés, deux vouloirs. La période de transition Inaugurée par le Type ne peut que sc ter­ miner par la définition du dyénergisme ct du dyothéllsme. C'est cn vain que l'aventurier Phlllppiquc essaiera, cn 711, de ressusciter l'hérésie ct de l'imposer de nouveau à l'empire byzantin. Il ne durera pas assez pour réussir ct sera précipité du trône, le 3 juin 713. Pour trouver des monothélites authentiques, c’està-dire des dyophysites enseignant cn Jésus-Christ une seule volonté, il faudra désormais aller dans les montagnes du Liban, où l’hérésie se maintiendra pendant plusieurs siècles avec un eficctif variable, qu’il est difficile de déterminer. Cf. Mahonite (Église), t. x, col. 8 sq., ct Pargolrc, L'Église byzan­ tine de 627 à 847, Paris, 1905, p. 167-170. III. Le monothélisme condamné ραπ l'Éolise. — Deux grands conciles, le concile romain du Latran tenu cn 649 par le pape saint Martin I«r, ct le troi­ sième concile de Constantinople, sixième œcumé­ nique (680-681) ont condamné le monénergisme ct le monothélisme avec une précision d'expression qui ne laisse rien à désirer. Nous n'avons pas à faire ici l'exé­ gèse détaillée des définitions de ccs conciles. Voir les articles : Constantinople (Troisième concile de) ct Martin 1°. Il nous suffira d'ajouter quelques remarques capables d'éclairer la portée des mots employés dans ccs définitions et leur relation avec la doctrine des hérétiques. Les deux conciles définissent les mêmes vérités, mais les expressions du sixième concile sont plus précises ct plus claires que celles du concile du Latran. On condamne d’abord l’unité de propriété ou mono­ idiotisme des monophysites. Le concile du Latran (canon 9) affirme la conservation, sans altération aucune, des propriétés, Ιδιότητας, de la divinité ct de l’humanité. Le sixième concile parle de la singu­ larité propre, ιδιότης, de chaque nature, σωζομένης της Ιδιότητας έκατέρας φύσεως. Les monothélites n’avalent pas nié les propriétés ou I Ιδιότης de chaque nature. Ils n'avaient pas accepté sur ce point la terminologie des monophysites sévériens. Mais les conciles ont été bien inspirés de commencer par affir­ mer cette différence des propriétés, cette Ιδιότης de chaque nature, car le terme propriété est un terme plus général, plus compréhensif que celui d'Ενέργεια, activité ou opération. La propriété contient Γένέργεια, comme celle-ci, à son tour, contient le vouloir ou volonté, θέλημα. Le concile romain confesse d’une manière générale la dualité des activités ou opérations ct des vouloirs ou volontés unies harmonieusement entre elles, συμ­ φυώς ηνωμένας, dans l'unité du sujet, le Christ, auteur de notre salut, qui est dit ένεργητιχός et Οελητικός par scs deux natures. Les Pères de 680-681 sont plus précis. Ils enseignent l'existence en Jésus-Christ de deux activités ou opérations naturelles, de deux vouloirs ou volontés naturelles, cn mettant l'accent sur 2322 l'épithète naturelle, φηΜίζ. Nous avons là un écho de la théologie de saint Maxime, ct de scs controverses avec les monothélites. Sur Γένέργεια et le θέλημα hypostatiques dont parlaient les hérétiques, le concile sc tait, mais i) insiste sur la dualité des activités et des vouloirs naturels, c'est-à-dire découlant des natu­ res, ct il réfute la raison mise cn avant par les monothelites pour faire le silence sur les deux volontés naturelles, 1. cn affirmant énergiquement, par l'emploi des quatre adverbes : άδιαιρέτως, άτρέπτως, άμερίστως, άσυγ/ύτως, l’unité du sujet, du principium quod ; 2. cn déclarant que le vouloir de l'humanité ne s'est jamais opposé au vouloir divin, mais l'a tou­ jours suivi, lui a toujours été soumis, άλλ'έπόμενον τό ανθρώπινον αυτού θέλημα καί μή άντιπίπτον ή άντιπαλαίον μάλλον μέν ούν καί ύποτασσόμενον τω Οε(ω αύτού καί πανσβενεΐ Οελήματι. En s’obstinant à ne pas vouloir parler de la volonté ou vouloir naturel de l'humanité, les monothélites étaient justement soupçonnés de nier, sinon l'existence de la faculté naturelle de volonté humaine, du moins son activité de fait, l'existence d'actes de volonté véri­ tablement humains. Cet exercice de fait de la volonté humaine, le concile l’affirme clairement : < il fallait, dit-il, que la volonté de la chair fût mue (= entra cn exercice), mais qu’elle fût soumise au vouloir divin, suivant le très sage Alhanase : βει γαρ το σαρκάς θέλημα κινηΟηναι, ύποταγηυαι δέ τω Οελήματι τω ΟεΙκφ.χΟο vouloir naturel de la chair («de l’huma­ nité), ajoute le concile, est dit et est véritablement le propre vouloir de Dieu le Verbe, tout comme la chair du même est dite ct est la chair de Dieu le Verbe, ούτω καί τά φυσικόν της σαρκάς αυτού θέλημα ίδιον του Θεού Λόγου λέγεται καί ίστίν. » On sent chez les Pères la préoccupation d’insister sur l’unité du sujet afin d'écarter tout soupçon de nestorianisme, les monothélites étant devenus sur cc point, par le fait de la position qu’ils avaient prise, aussi susceptibles que les monophysites les plus tatillons. Disons enfin que les deux conciles ont condamné, par leur enseignement ct les formules qu’ils ont employées, tout monothélisme ct monénergisme quel qu’il soit, depuis le monothélisme apollinarisle ct cutychlcn jusqu’au monothélisme nesloricn. Pour couper court aux subtilités des hérétiques, l’Églisc a adopté ct canonisé une manière de parler des activités opérations ct volontés de l’IIommc-Dieu. Ces acti­ vités, ces volontés sont doubles cl doivent sc prendre ct se compter par rapport aux deux natures, non par rapport à l’unique sujet ou personne. En agissant ainsi, l'Eglise a conformé son langage à la fois aux sources de la Révélation ct à la philosophie commune. Si l'on veut parler d'unité morale d’activité et de volonté en Jésus-Christ, il faut ajouter l'épithète morale devant le substantif. Affirmer simplement : une acti­ vité, une volonté ne peut être toléré. L’histoire de la controverse monothélitc montre une fois de plus l’importance des formules dogmatiques dans l’expres­ sion de la vérité révélée. Si l’Églisc n'était pas inter­ venue par son magistère officiel pour déterminer le sens de certains termes, ct imposer silence aux logo­ machies, la théologie serait devenue une vraie tour de Babel. 11 est fort difficile de donner une bibliographie sur le monothélisme, tellement la matière est abondante. Pour se faire une idée du monothélisme comme doctrine, pas de meilleur moyen que la lecture directe des sources, qu’on trouvera réunies presque en entier dims les collections conci­ liaires contenant les netes des conciles nntimonolhèlitcs, jmr exemple, dans la collection de Mansi, t. x et xi. Il faut y ajouter les œuvres polémiques do saint Maxime, Une comparaison avec le monénergisme ct le monothélisme des monophysites sévériens est d'une grande utilité pour saisir la vraie pensée des coryphées du monothélisinc. Sur cc 2323 MONOTIIÉLISME — MONSABRÉ point, on consultera avec fruit le chapitre quo J. Lebon n consacre Λ l’exposé du nwnoidiotisnic, du nionênergumc ct du monothéisme des sé sérions dans son ouvrage, L« mono· pfipsissne s/n* rtf n, Louvain, 1909, p. 413-477. Voiries Inter­ prétations pas toujour* concordantes de la doctrine monothélitc parle* divers historiens du dogme depuis Petnu, De incarnatione, L VIII ct IN, et Thomaisln» De incarnatione, L V, jusqu'aux plus récents, comme Schwanc, Histoire des dogmes, trad. Degert, t. n, Tixeront, Histoire des dogmes, t. ni, Paris, 1912, p. 160-192. J. Marit ch a entrepris une étude approfondie de la doctrine monothélite ct a publié sur ce sujet, depuis 1917, plusieurs articles dans la Bogoslooska Smotra, organe de la Faculté de théologie catholique de l’unlvcraité de Zagreb. Voir en particulier sa monographie intitulée : Celebris Cgrilli Alexandrini formula christologica de una aclloltatcChrlstt,in interpretatione Maximi Confessoris et recentioruni theologorum, Zagreb, 1926, ct son étude sur le monénergisme ct le monothélhme du P.scudo-Denys,dans la Rogoslovska Smotra, 1919, p. 27-37, 81-89. Pour l’histoire du monothéisme» nous renvoyons nux bibliographies données nux articles Constantinople (Troi­ sième concile de), Honorius, Martin l, les saints (35·;, saint Thomas d’Aquin (36·), Jeanne d'Arc (37·), le Temple (38·), première messe, cloche, orgue, chaire (39·-13·), la croix (44·). les 0ΠΜ ments rés < ί · · première messe, première com­ munion (46·-47·), panégyriques dc saint Dominique, bienheureuse Dianne, Jeanne d'Arc, dc Pontbriand, P. Félix, P. Chocame, victimes du Bazar de la Cha­ rité, naufragés de la Bourgogne, congrégations (48·-56·), questions scolaires (57·-60·), éducation chrétienne (61 •-64·), première communion (65·), mariage (66·), noces d'or (67·), charité envers le prochain (68·-76·). saint Vincent dc Paul(77·), le Κο$αΐΓ€(78·-80·),NotreDame des z\rts (81·), vêtures ct professions (82·). 5· Lorsqu'il fut retiré au Havre, le P. Monsabré publia ce qu'il appelait scs Petits carêmes qui furent réunis en 2 volumes en 1902: 1.1·· : Carême dc 1898; sur les évangiles de la liturgie, Carême dc 1899, sur les sentiments de l'àme de Jésus pendant sa passion; Carême de 1906, sur la parole dc Dieu, vie de l'âme chrétienne; t. n : Carême dc 1901, sur l'amour de Dieu; Carême de 1902, sur l’amour du prochain. 6· Le P. Monsabré a publié en 1901, sur l'éloquence sacrée un volume intitulé : La prédication Aoant-Pendant-Après. Cet ouvrage lui avait été demandé offi­ ciellement par le chapitre général des dominicains réuni à Avila en 1895, pour conseiller les jeunes reli­ gieux ct être utile du même coup à tous les ecclésias­ tiques. 11 est curieux de comparer cc traité du meil­ leur orateur chrétien dc la fin du xix· siècle avec l'ouvrage analogue du meilleur orateur chrétien de la fin du xvm·, l’abbé, plus tard cardinal Maury.On mesu­ rera par là la différence des temps et des cultures théo­ logiques. L’Essai de Maury sur l'éloquence de la chaire est, selon le jugement pertinent de Sainte-Beuve. « l'un des meilleurs livres que nous ayons dans le genre didactique ». Mais ce livre qui excelle par la com­ position, la critique littéraire, les conseils suggérés, a un point très faible : Il manque totalement dc théologie. L’Écriture sainte, les Pères de LÉgllsc, quelques classiques païens : Quintilicn ct Cicéron, quelques Français : Pascal, Bossuet constituent avec quelques livres dc pieté : saint François de Sales, Grenade, tout l’arsenal savant dc l’orateur sacré selon Maury. Le livre du P. Monsabré n’a pas le bril­ lant dc celui dc Maury. Il est fait de conseils tout fraternels, à la fois sérieux et simples. Il est pieux Et surtout il Insiste beaucoup sur l’information doctri­ nale lointaine ct immédiate du prédicateur ct du sermon. Sans négliger le moins du monde toutes les autres qualités de l’orateur qu’il passe longuement en revue, depuis la diction Jusqu’à la prière, le P. Monsabré insiste avant tout sur la science sacrée. La prédication n'est pour lui qu’un monnayage de la science sacrée. Sa Bible est déjà une théologie biblique, el son sens avive des réalités dc l’Églisc lui fait recommander non seulement les Pères, mais la longue succession des théologiens médiévaux et modernes. 7· Les deux volumes intitulés La prière parurent aux environs de la mort du P. Monsabré. Le t. ι·, « Philosophie el théologie de la prière est à la fols un bon traité théologique cl un guide des consciences. Le t. n, « La prière divine ou le Pater · est un com­ mentaire approfondi plein’de verve et aussi de piété. Cct ouvrage du P. Monsnbré sur la Prière, le dernier en date, est aussi un dc ses meilleurs. A partir de 1878 le P. Monsabré avait publié en opuscules : Petites méditations pour la récitation du saint Rosaire, sept séries dc méditations solides ct concises à propos de chacun des mystères. Les séries sont Intitulées : Jésus dans le Rosaire, Marie dans le Rosaire, Fruits du Rosaire, Intentions du Rosaire, le Rosaire ct l'Eucharistie, actes d’amour. 2335 MO λ S\BRI 2336 8· Gouttes de verite. Paris, s. d., te! est le titre 1892 et 1893 il fit paraître deux études sur l’idéologie d’un petit dictionnaire philosophique et religieux que I scolastique. Un certain nombre de ses articles ont le P Mon sabré a composé, adoptant une mode du clé réunis dans les ouvrages suivants : 1. liumini, xvm· siècle. Il n'a pas voulu sc perdre dans des spé­ S, Tommaso e la logica, Appunli pubblicatl net perio­ culations abstruses. Le livre dont l’idée était excel­ dico bolognese La Scirnza italtana, anno J8S8 e JM, lente, en demeure un peu fruste, comme un fichier de Bologne, 1890, in-8% X-486 pages (cf. La Citillù Houx communs. Mais, parmi ces pensées, il en est de cattolica, XIV· série, t. vn, 1890, p. 341): 2. Tomlsttsavoureuses. Elles renferment le jugement, peu favo­ e Neotomisti, Lettcrc filoso fiche, Home, 1891, in-8·, rable, du conférencier de Notre-Dame sur le siècle vni-180 pages. Une dernière Lettre, complément des où il a vécu. Le P. Monsabré a encore écrit : ,Or et précédentes, fut insérée dans La Scuola cattolica; alliage dans la vie dévote, où il est exposé que l’or est 3. Scolastica cd Estelieu. Discorso letto il i nue. JM, la dévotion raisonnable ct l’alliage impur, l'égofsmc. Parme, 1891, in-16, GO pages; *1. Il sistema delta ventà Les portraits psychologiques de la vraie dévote ct de scon/cssato dalla verità, Lettcrc, etc. Milan, 1892, in-8·, la fausse dévote sont très réussis. 78 pages; 5. La vita contemplativa c la sua missione aposloltca per un religioso ccrtosino. Traduslone dal L L’œuvre écrite du P. Monsabré forme, chez l’éditeur /ranccse, Mont rcuil-sur-Mer, 1898, in-lG, 142 pages; Lelhielleur, 43 à 47 volumes selon les édition*. I nc table générale des Œuvres complètes du P. Monsabré u été dressée G. Un eminente scolastico troppo dimentlcato, Nell'cccapar P. Mazoycr ct Dccouls, en 644 pages. sione d’una ristampa délie Opère di Dionisio Cerlosing Pour orienter le» premières recherches à travers l’œuvre rifiessioni, etc,, Montreuil-sur-Mer, 1898, in-8·, 81 pages du P. Monsabré, voici une première indication générale avec portrait. Cette étude a été louée et résumée dan» alphabétique des matière* qu’il a traitées : amour de Dieu la Civillà cattolica, XVII· série, t. iv, 1898, p. 77· et du prochain, Petits carêmes, 1901. 1902; le ciel cl l'enfer. 84, et dans La Scuola cattolica c la Sdénsa italiana, Carêmes de 1888, 1889, Retraites pascales de 1880, 1881, de Milan, janvier, 1899, p. 30-36; 7. Doctor Angelicus 1888, 1889; les devoirs. Retraite pascale de 1875; Dieu ct la Providence, Carême*, de 1873, 1874.1875, 1876; rLglise, ct Doctor Ecstaticus seu manuale thoniislarum; c’est Carême* de 1881,1882, 1886, Retraites pascales de 1882. un compte rendu de l’abrégé de la Somme de saint Avent de 1869, Discours et panégyriques, t. iv; les Thomas fait par Denys le Chartreux ct public sous le cruvres. Retraite pascale de 1886, Discour* ct panégy ri­ titre de Summa fidei orthodoxa:. Ce travail a paru dans ques; évangiles de VAüenl, A vent de 1890; évangiles du le Divus Thomas de Plaisance, 1899, t. vi, p. 542-549| Carême, Petits carêmes de 1898, 1900; fol cl raison. L’abbé Montagnani collaborait aux Lettres pasto­ Introduction nu dogme catholique et Carême de 1890; Jésus, Carême* de 1877, 1878, 1879. 1880. Retraites pas­ rales de son évêque, même après avoir quitté la vie cales de 1890, Petit carême de 1899; malheurs des temps, | active. C’est lui qui composa les deux Lettres sun antes: Retraite pascale de 1872, Gouttes de vérité; miracles, H libero Pcnsicro e. il Socialis mo di /route aile doltrine Introduction au dogme catholique; misère humaine, e alTazionc delta Chiesa, Appunli c ricordi ad istruziont Retraite pascale de 1872; miséricorde divine, Retraite del popolo cristiano per Mous. Al/onso Maria Vespipascale de 1879; panégyriques. Discours et Panégyriques; gnani, vescovo di Cesena, Gallon, 1898, in-8·, 43 p.; prière, lui Prière, Retraite pascale de 1870; prophéties. Per te prossime ricorrcnzc centenarie dei duc Sommi Introduction nu dogme catholique; rosaire. Discours cl Pontefici Cesenati, Pio VJ... c Pio VJ J. J ettera pasto­ Panégyrique*, tome vi. Méditations sur le Rosaire; sacre­ ments, Carêmes de 1883, 1884, 1885. 1880, 1887, Retraites rale, etc., Cesena, 1899, in-8·, 103 pages avec portraits. pascale* de 1884. 1885. 1887; société chrétienne. Carême Lorsqu’on 1889 le célèbre philosophe Ausonio de 1879, Discours cl panégyriques, tome v; kntalion, Franchi (abbé Christophe Bonavino) fit paraître son Retraite pascale dr 1877; vie déwte. Retraite pascale de ouvrage intitulé : Ultima critica, où · il réfute tous 1883. Or ct alliage dans la vie dévote. les paralogismes qui l’avaient conduit au rationalisme, IL 11 n’existr malheureusement pas de biographie détail­ ct expose les arguments qui le ramenèrent d’abord ù lée du P. Monsabré. M portée de son œuvre a été appréciée la philosophie de saint Thomas cl ensuite à la foi parle P. Janvier. Nouvelles religieuses, 15 décembre 1927. chrétienne », l’abbé Montagnani lui écrivit une lettre 1·’ct 15 janvier, le,ct 15 mars, 1·' avril 1928. Le P. Ollivier avait consacré h la physionomie morale du P. Monsade félicitation. Ému de la bonté du vicaire général de bré un intéressant article de l’Année dominicaine, 1907, Cesena, Ausonio Franchi lui répondit pour le remer­ p. 239-301. Ccttc même publication venait de donner, p.150cier et lui annoncer qu’il allait faire insérer, dons 156, le panégyrique prononcé aux obsèques du P. Monsabré VUsscrvatore cattolico de Milan, une réponse anonyme par Mgr Fuzct, archevêque de Rouen. Sur le P. Monsabré. aux remarques qui lui avaient été communiquées; prédicateur h Notre-Dame, on trouve quelques renseigne­ cette réponse fut ajoutée ù la 2· édition de V Ultima ments Isolés dans : A. Baudrillarl. Mgr (THulst, t n, critica, Ir· partie, p. 572-576. Après la mort d’Ausop. 208-212 ; A. Boutin, Le P. Hyacinthe réformateur catholique, p. 232. Ix talent oratoire du P. Monsabré a été nio Franchi, dom Bonert Montagnani communiqua jugé par Jules Ixmuiltre, Contemporains, t. π, p. 115-141 ; à la direction de la Civillà cattolica les lettres qu’il Abbé Moser. La chaire de Notre-Dame, dans le Correspon­ avait reçues du célèbre converti. Ces lettres sc trou­ dant, 1887, t. 117, p. 61-89; G. Longhaye, Dix-neuvième vent dans le t. v de la XVI· série (1896), p. 431-439. siècle, t.iv.p. 140-447, Les trente volumes d’album, conte­ Documents particuliers. nant les coupures de l’Argus de la Presse relatives nu P. Mon­ S. Autobe. sabré, ont été conservés ainsi que divers écrits inédits. M.-M. Gonci MONTAGNUOLI Jenn-Domlnlquc, frère prê­ MONTAGNANI Pierre, théologien Italien cheur, né aux environs de Sienne, llorissalt au (1843-1902). — Né à Tredozlo en Toscane, le début du xvn· siècle. On a de lui : 1· Dc/cnsionts 28 août 1813, il exerça «l’abord le ministère parois­ theologica ac thomlsticae a recentioribus theologis uni­ sial et fut ensuite professeur et recteur de séminaire, versam theologia: D. Thomœ Summam complectentes, in chanoine et vicaire général de Ccscnn. Le 29 juin 1894, quibus mira ac eleganti methodo rationes contra auream il lit sa profession religieuse à la chartreuse de Vcdana, doctrinam doctoris angelici usque modo ab eisdem près de Belluno, sous le nom de Dom Habert. 11 mourut modernis theologis adducta facile ac doctissime dissol­ au couvent des chartreux de Trisultl, dans la province vuntur, In-foL. Naples, 1610; 2* Defensiones philoso­ de Home, le 8 juin 1902. phica:, etc., In-fol., Venise, 1609: 3· De calore et Dom Pierre Montagnani est l’auteur de beaucoup /ructu rnissæ. d’article* pldlosophlques ct thcologlques publiés dans Quétlf-Echnrd, Scriptores O. P., t. n, p. 337; Rlchnrd et les revue* : La Scuola cattolica, de Milan, J.a Scienza Giraud, Bibliothèque sacrée·, Hurter, Nomenclator, 3' édit., italiana, de Bologne, La Voce dei buon senso, La Svcglia t. in. col. 367. dette Jtomagne. ct La Favilla, de Païenne, où en É. Amann. 2337 1. MONTAIGNE (Claudo-Loul· de), prêtre de Salnl-Sulpicc (1689-1767), naquît ù Grenoble sur la paroisse Saint-Hugues, le 17 avril 1689, d’une famille très honorable. Un de scs frères était conseiller en la chambre des comptes du Dauphiné, ct l’autre cheva­ lier de Saint-Louis. Tonsuré de bonne heure cl prieur de Saint-Thomas de la Flèche, et de Gouls ù Durtnl en Anjou, il vint au séminaire Saint-Sulpl ce, le 26 février 1712, pour y faire scs études théologiques. Λ la licence de 1722 il fut classé le 12· sur 99 concurrents. C’est alors qu’il fut agrégé ù la Compagnie de Salnl-Sulpicc; il resta au séminaire ct prit le bonnet de docteur le 11 octobre 1727. Quand M. de La Fosse mourut en 17-15, il devint directeur des éludes au séminaire. Dans son enseignement ou dans la réponse aux difficultés qui lui étaient présentées, il commençait toujours par exposer l’état de la question : il s’étendait volontiers dans cette exposition ct peut-être parfois un peu trop longuement: mais ensuite la question était rapide­ ment et clairement résolue. Tout son temps était partagé entre l’étude ct la prière, ou plutôt il ne séparait jamais l’un de l’autre ces deux exercices. Comme l’écrit un de ses élèves, l’abbé Baston. dans scs Mémoires (t. r, p. 176), il était du petit nombre de théologiens, persuadés avec saint Bernard ct saint Thomas, qu’on apprend plus en la présence de Dieu ct au pied des autels que dans les livres. < Il a vécu et est mort, dit-il encore, comme vivent ct meurent les saints. Quand il expira le 30 avril 1767, sa chambre fut tout embaumée d’une suave odeur, ainsi que l’attesta M. Bourachot, supé­ rieur général de Saint-Sulpicc, comme pour marquer par un signe extérieur que ce saint prêtre avait tou­ jours été par ses exemples bonus odor Christi. 11 laissa également la réputation d’un excellent théolo­ gien. C’est à cause de celte réputation qu’en 1750 il fut adjoint aux quatre évêques réunis par ordre du roi, sous la présidence du cardinal de Bohan, pour examiner V Instruction pastorale de M. de Hastignac, archevêque de Tours, sur la Justice chrétienne. Qu connaît Honoré Tournely, célèbre théologien du commencement du xvm· siècle, qui enseigna long­ temps λ Douai et en Sorbonne et publia (1725-1730) scs cours en 16 volumes in-8·. Pour l’usage du sémi­ naire et pour aider les aspirants ù la licence en théolo­ gie, on sc préoccupa à Saint-Sulpicc d’en publier des résumés pratiques, suffisamment étendus, cl d’autre part complétés,sur plusieurs points,tout en continuant, avec l’autorisation du maître, ùsccouvrir de son nom. Le Journal des Savants (mai 1731, p. 39) n’a pas su reconnaître le véritable, auteur, ct attribue tous ces ouvrages au vrai Tournely. M. de La Fosse avait publié un premier volume, le traité De Deo, dont M. de Mon­ taigne donna une seconde édition. Puis celui-ci se mit à préparer ct à publieriez autres volumes de ce résumé : Pralccllones theologiae de septeni Eccles ite sacramentis ad usum seminariorum et examinis ad gradus theo­ logicos prirvii contractiv, opus Em. S. /i. E. cardinali de Fleury regni administro dicatum ab Honorato Tournehj, sacrie Facultatis Parisiensis doctore, Paris 1729, 2 ln-12, (5· édition en 1742). Avec un titre semblable il publia successivement les traites : De mysterio sanctissinuc Trinitatis et de Angelis, in 12. 1732 (édit, nouv. en 17-11, en 1730) ; De opere sex dierum, in-12, 1732; De gratia Christi Salvatoris, 2 in-12. Le l"en 1735 renferme en 803 pages des dissertations historiques sur les hérésies qui se sont élevées dans l’Églisc lou­ chant la grâce : dissertations qui ne sont point dans Tournely. En 1738, il s’en lit une nouvelle édition â laquelle on joignit la partie dogmatique. Mais les onze dissertations historiques de la première édition sont ramenées Λ huit, et toutes sont abrégées, sauf la première traitant du pélagianisme. En 1718 parut 233& une nouvelle édition où les huit dissertations histo­ riques de l’édition de 1738 sont augmentées d’une neuvième sur le quesnellhme; nouvelle édition en 1755. La partie historique de ce traité de la grâce a été reproduite dans Migne, Theologia cursus completus, t. x. Ce sont les onze dissertations de l’édition de 1735, cl pour la douzième on reproduit la neuvième de l’édition de 1748. Migne a également inséré le Traité de Tauvre des six /ours au tome vn (col. 1201-1338) de son cours complet. Dans l’édition publiée à Cologne en 1737 des œuvres duvrai Tournely, on a reproduit le traité de Montaigne sur les six jours. Dans la France littéraire, Parti 1834, in-8·, J.-M. Quérard attribue à Montaigne (qu'il appelle Montagne, écri­ vant comme on prononçait le nom) l’ouvrage suivant : Compendiosæ institutiones excerpta ex contractis Pra­ ted ion ibus Honorati Tournely ad usum seminarorum, Paris, 1731, 2 in-8·. Mais il fait erreur. Cet ouvrage est de Urbain Robinet, docteur de Sorbonne, vicaire général de Paris. A l’article sur Robinet, Quérard le reconnaît. Dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes Barbier est du même sentiment. Voir L. Bertrand, Bibliothèque sulpldtnne, t. i, p. 338348; A. Gaillard, Etudes sur Vhtstotre de la doctrine de la grâce depuis S, Augustin, In-S”, Paris. 1897, p. 304-305. E. Levesque. 2. MONTAIGNE (Michel Eyquem de), mora­ liste français, né le 28 février 1533, mort le 13 sep­ tembre 1592, au château de Montaigne dans le Péri­ gord. I. Vie. IL Les Essais. ΙΠ. Influence. L Vie. — Descendant des Eyquem, commer­ çants bordelais enrichis ct même, depuis 1477, sei­ gneurs de Montaigne, son père qui avait combattu er Italie parmi les gentilshommes, ct avait pris dans ce pays la passion des lettres ct des arts, lui avait donné, dès l’enfance, la culture la plus raffinée. Cf. T. Malvczln, Michel de Montaigne, son origine et sa /amille, in-8·, Bordeaux, 1875. Scs classes faites à Bordeaux, au Collège de Guyenne, et des études de droit à Tou­ louse, son père, auparavant conseiller à la cour des aides de Périgueux ayant été nomme en 1554 maire de Bordeaux, Montaigne lui succéda à Périgueux. En 1557 il venait avec le même titre au parlement de Bordeaux et s’y liait d’une intime amitié avec La Boétie (t 1563), son aîné de deux ans et son col­ lègue. Cf. P. Bonnefon, Montaigne ct scs amis, 2 in16, Paris, 1898. Son père mourait en 1568; Montaigne qui venait de traduire, â sa demande, la Theologia naturalis de Raymond Sebon, publiait ccttc traduc­ tion en 1569, sous ce titre : La Théologie naturelle de Haymond Sebon, docteur excellent entre les modernes, en laquelle, par Tordre de Nature, est démontrée la vérité de la /oi chrétienne et catholique; traduite nouvellement du latin en français, in-8·, Paris. En 1570. Montaigne re­ nonçait à scs fonctions, cf. A. GrOn, Montaigne magis­ trat, in-8·, Paris, 1854: puis, jusqu’en 1580, il menait en son château une vie de labeur Intellectuel. Cf. Galyès Lapeyre, Le château de Montaigne, Montaigne intime... In-8·, 1904. Cette même année 1580, il publiait les deux premiers livres de ses Essais, puis il entre­ prenait à travers la France, l’Allemagne, la Suisse ct l’Italie, un voyage dont il lit une relation retrouvée cl publiée seulement en 1774 par Meusnier de Querlon : Journal de voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et Γ Allemagne en 15SO ct 1S8I, in-4· cl in-12, Paris. Une nouvelle édition de ce Jour­ nal n été donnée par M. L. Lautrvy, in-8·, Paris. 1906; 2· edit.. 1909. Montaigne séjourna quatre mois cl demi ù Rome, où il vil Grégoire XIII cl reçut une bulle de bourgeoisie romaine et où la censure se montra très facile ù l’égard des Essais. Cf. SainteBeuve, Nouveaux lundis, t. n, Montaigne en voyage. Mais le 31 juillet 1581, Bordeaux l’avait élu comme U nuire pour deux ans; Montaigne regagna la France à cette nouvelle. Réélu pour deux années encore le 31 juillet 1583, il connut de vilains jours cn raison des conflits religieux du temps ct de la peste qui ravagea Bordeaux de juin à décembre 1585. Absent de Bordeaux â ce moment, il évita d’aller transmettre scs pouvoirs à son successeur. Cf. A. Grûn, La vie pu­ blique de Michel de Montaigne, in-8·, Paris, 1855. Il erra pendant six mois avec les siens. En lin, rentré dans son château, il reprit son travail, et en 1588 il donnait une nouvelle édition des Essais considéra­ blement augmentée. Il lit alors un assez long séjour à Paris; il y rencontra Mlle de Gournay, son admira­ trice. qu’il appellera bientôt sa fille d’adoption, ct à qui il confiera le soin de donner l’édition définitive des Essais, Cf. Bonnefon, op. cit. A son retour, il assista à Blois, le 15 octobre 1588, â l’ouverture de ccs États généraux où deux mois après le duc de Guise était assassiné. Il ne devait plus ensuite sortir de son château. Catholique, mais fidèle au roi ct d’ailleurs très attaché à Henri de Na­ varre, il reconnut cc prince, aussitôt après l’as­ sassinat de Henri ΙΠ, mais, par amour du repos ct aussi à cause de sa santé, il refusa tout service auprès de lui. Il mourut pieusement tandis qu'un prêtre disait la messe cn sa chambre. II. Les essais. — Il y a plusieurs textes des Essais : 1° texte de 1580 : Essays de messirc Michel, seigneur de Montaigne, chevalier de l’ordre du roi ct gentilhomme ordinaire de sa chambre, in-8·, Bordeaux; 91 essais formant deux livres. Cc texte a été réim­ primé dans l’édition Dezeimeris ct Barckhauscn, 2 in-8·, Bordeaux, 1870; 2· texte de 1588 : Essays de Michel, seigneur de Montaigne, cinquième édition, augmentée d'un troisième livre (13 essais) ct de six cents additions aux deux premiers, in-4·, Paris; réim­ primé dans l’édition Motheau ct Jouaust, 7 in-16 ou 4 in-8·, Paris, 1872-1880; 3· texte de 1595, texte de Mlle de Gournay ct de P. de Brach, in-folio, réimprime dans l’édition Motheau ct Jouaust ct dans l’édition Courbet ct Royer, 5 in-8·, 1872-1879. C’est le texte de 1588, avec plus de 250 additions, réparties sur les trois livres, surtout dans le troisième, mais n’ajoutant rien d’essentiel; 4° texte de 1802 : cn 1802, Naigeon donna une nouvelle édition des Essais, 4 in-12, Paris; c’est le texte’de 1588 avec des notes de la main de Montaigne, mais différentes des notes de l’édition Gournay. Le manuscrit de cc texte est à la bibliothè­ que municipale de Bordeaux. Cf. Strowski, Essais. Reproduction cn pholotypie de l’exemplaire avec notes manuscrites marginales appartenant à la ville de Bor­ deaux, 3 in-4·, Paris, 1912. 1· L’évolution des Essais. — Les Essais ne cons­ tituent pas cn effet un livre, conçu d’un bloc ct méthodiquement composé. C’est un recueil de faits, d’apophtegmes ct de sentences, d’expériences per­ sonnelles aussi, destiné à résoudre les ^questions morales qui sc posent devant l’homme. Ce genre, mis à la mode par Érasme, ct qui convenait si bien aux érudits et humanistes du temps, permettait de déve­ lopper à volonté ct de se reprendre facilement. Λ ce point de vue les Essais de 1588 sont les plus impor­ tants; par certains aspects ils diffèrent profondément des Essais de 1580, ct les éditions postérieures ne seront guère que des compléments. Cf. P. Villey, Les sources ct l’évolution des Essais de Montaigne, 2 in-8·, Paris, 1908; V. Giraud, Les époques de la pensée de Montaigne, dans Revue des Deux Mondes, 1·» février 1909, p. 023-659. 2· La morale des Essais. — Les Essais sont donc des leçons de morale, non sous la forme abstraite et ingrate de la scolastique, mais sous la forme concrète de l’histoire ct des expériences humaines racontées ou condensées en maximes. Cc ne sont pas davantage des leçons de morale chrétienne. Montaigne a trop 1« tendances ct les aspirations d’une époque que pas­ sionne l’antiquité el pour laquelle un évêque, Amyot, traduit les Vies ct les Œuvres morales de Plutarque. S’il utilise parfois des historiens proches de lui, cl. Villey, I.es livres d'histoire moderne utilisés par .Vontaigne, in-8·, Paris, 1908, les faits passés qu’il raconte, il ne les emprunte pas Λ l’histoire sainte ou à la vie des saints, mais â l'antiquité païenne; les sen­ tences qu'il invoque il ne les demande que rarement aux livres sapientiaux ou ù l’Évangilc, ct. Villey, Lti sources, p. 78-79; la plupart du temps, c’est aux sages antiques. Il lit les Latins dans leur langue, les Grecs dans des traductions. Cf. Zangroniz, Montaigne, Amyot ct Saliat, Paris, 1900. « Son lut véritable dans ce large mouvement (de Ja Renaissance), dit M. Villey, ibid., p. 6, a été d’acclimater la morale païenne cn France. » Scs Essais ont donc été une véritable vulgarisation de la morale antique. Il n’a pas toutefois servilement réveillé une morale particulière. A proprement parler il ne fut ni stoïcien ni épicurien. Certains chapitres des Essais, les pre­ miers composés, sont un cours de stoïcisme, mais d’un stoïcisme modéré, nullement exclusif, ni purement livresque. A ce moment, Montaigne s’essaie encore. Sur le stoïcisme de Montaigne, cf. la controverse entre M. Strowski qui dans son Montaigne philosophe, 1906, croit au stoïcisme de Montaigne, ct le D'Armaingaud qui le nie ct affirme que Montaigne a toujours été épicurien, Revue politique cl parlementaire, septem­ bre 1907; réponse de M. Strowski, puis réponses du Dr Arma in gaud dans le Censeur politique ct littéraire, octobre 1907, février 1908. Voir aussi Zanta, La renaissance du stoïcisme au XVI· siècle, in-8·, Paris, 1914. Mais une évolution s'est faite dans la pensée de Montaigne; cette pensée s'est affranchie; Montaigne a pris conscience dosa personnalité; ct, â la lumière de l'antiquité ct de sa propre expérience, il expose sa manière à lui de concevoir la vie. Cette manière est d’un épicurien qui entend suivre la nature au sens où les épicuriens l’ont toujours entendue, c’est-à-dire, rechercher le plaisir et fuir la douleur. Pas d’ascé­ tisme : c’est contre la nature; pas d’impassibilité stoïcienne : ce n’est qu’une attitude d’orgueil. Mais c’est un épicurien intelligent ct bien élevé, celui que le xvn· siècle va appeler « l'honnête homme »; il sait non seulement que certains excès sc paient, mais que les plaisirs sont de qualités bien différentes, que si le sentiment de l’obligation ne doit pas nécessairement dominer la vie, la conscience satisfaite offre néanmoins des joies précieuses, enfin que, s’il est contraire au bonheur individuel de sc dépenser pour autrui, du moins certains beaux sentiments ont leur prix. La morale est ainsi l’art de vivre heureux, basé sur la connaissance de soi-même ct la culture du moi, tel qu’il est par nature. 3· L’apologie de Raymond Sebon. — La partie la plus importante des Essais est l’Apologie de Raymond Sebon, 1. II, c. xn, d’où csL venue ù Montaigne la répu­ tation de sceptique ct de pyrrhonicn. Cf. Entretien de Pascal avec M. de Sacy. Sebon, un Espagnol, professeur de médecine, de philosoplüe ct de théologie à Toulouse, où il mourut cn 1432, avait écrit, on l’a vu, une Theologia naturalis, qui avait paru ù Deventer en 1487 et avait été plu­ sieurs fois rééditée en latin, jusqu'au jour où Montaigne la traduisit en français, 15G9. Comme l’indique le titre I donné par Montaigne à sa traduction, Sebon, après Raymond Lullc et Nicolas de Cusc, prétendait démon­ trer rationnellement,avec les arguments de son temps, les vérités de la fol sans exception, tout comme si elles étalent de l’ordre naturel. Cf. Compayré, De Rai- MONT Λ IGNE 2341 mundo Srbundo et de Theologiw naturalis libro, in-8·, Paris, 1872. Le livre avait déjà été traduit. Mais la traduction de Montaigne, exacte et vivante, attira au livre ce double reproche ct de traiter les vérités révé­ lées comme de l’ordre naturel ct d’exposer des argu­ ments · faibles ct ineptes n signifier cc qu'il veut ». Cf. J. Coppin, Montaigne traducteur de Haymond St bon, dans Mémoires et travaux des Faculté* catholiques de Lille, fasc. 31, Lille, 1925. Montaigne, en réponse à la première objection, établit simplement une courte théorie des rapports de la raison et de la foi. C’est la foy seule qui embrasse vivement cl certainement les hauts mystères de noslre religion; mais il n’est occu- | pu lion plus digne d’un chrestlcn que de viser par i toutes scs éludes ct pcnsenienls <à embellir, estandre cl amplifier la vérité de sa créance. » Nous devons rendre à Dieu non seulement le culte de l’esprit, mais le culte du corps; il faut., de mesme... accompaigncr nostre foy de toute la raison qui est en nous. * 11 est bien vrai (pie, si la divine science n’entre chez nous par une infusion extraordinaire, elle n’y est pas en sa dignité ni en sa splendeur »; toutefois, plusieurs faits sont · un signe très évident que nous ne recevons notre religion qu’à notre façon el par nous·mêmes, cl non autrement que comme les autres religions se rcçoyvcnl. » La seconde objection lui est occasion d’un long réquisitoire contre l’homme cl contre sa confiance en sa raison. Les arguments de Sebon ne prouvent pas grand’chose, objecte-t-on; mais cn quelle matière la raison humaine peut-elle mieux? Toutes les sciences n’ont pas de meilleurs fondements el pourtant nous leur faisons confiance. La raison humaine peut-elle aboutir à autre chose qu’au relatif ct à l’incertain? Le dernier mol de toute philosophie n’est-ll pas: Que sais-je? » Clilomaquc ct Carnéade ne vont pas assez loin; seuls, · Pyrrhon ct autres sceptiques ·, qui se gardent « de toute inclination ny approbation d’une part ou d’autre, tant soit-elle légère », ont l’altitude voulue. L'homme, en effet, se croit le centre du monde cl le seul être doué d’intelligence, « comme si les astres, qui ont le gouvernement de notre vie n’étaient pas des cires animés », cl comme si les animaux n’agis­ saient pas aussi raisonnablement que nous-mêmes. Comment peut-il croire en la science alors que celle science n’csl arrivée à rien établir? el en sa raison? Celle raison a-t-elle toujours donné et donne-t-elle partout les mêmes solutions aux mêmes questions? Chacune de scs affirmations ne soulève-t-elle pas de multiples contradictions? L’homme ne peut même déterminer le souverain bien et la loi morale univer­ selle : < Il n’y a pas de lois naturelles empreintes en l’humain génie par la condition de leur propre essence, car il n’y en a pas une seule que toutes les nations acceptent. » En tout, il voit le même relativisme : où que nous étendions nos regards hors de l’horizon fami­ lier, nous rencontrons des idées contraires aux noires; notre esprit n’apporte pas en naissant des notions nécessaires; il est plutôt une table rase qui reçoit les empreintes du dehors; l’homme est ainsi un être divers; enfin il ne peut atteindre la substance des choses, mais seulement des phénomènes qui passent, ct même ici il peut être victime de l’imperfection de ses sens. p Le relativisme de Montaigne. On l’a fait remar­ quer cependant : si Montaigne exalte le pyrrhonisme : < il n’est rien en l'humaine invention où il y ail tant de vérisimililude el d’apparence ». cf. Pascal, Entre­ tien avec M. de Saci; s'il montre avec une complai­ sance marquée (pic les choses ont divers visages, ct qu’il n’est pas une soi-disant certitude humaine qui ne soulève de multiples objections et qui n’ait provoqué des contradictions, du moins, surtout après des cha­ OÎCT. DI THÉOL. CATKOL. 2342 pitres comme V Institution des enfants, L H, cxxvî, I serait plus juste de parler à propos de Montaigne < <· relativisme ct d’esprit critique très avisé », que de pyrrhonisme ou même simplement de scepticisme fondamental. Cf. Villey, Les sources et Γ/volution des Essais, 1. IL L IL c. n. Le relativisme chez Montaigne. Sur ΓInstitution des enfants, voir, ibid., section n. La pédagogie de l’honnéte homme; ct G. Michaut, Montaigne et l'institution des en/ants, petit in-1 ·, Paris, 1924. Comme tous les humanistes de son temps, sous l’influence padouane, Montaigne avait cessé d’accepter les solutions d’autorité cl de tradition de la scolastique; mais devant la masse d'opinions et de faits contradictoires que révélaient tout d’un coup l'antiquité païenne vulgarisée et les mondes nouveaux découverts, surtout après la lecture des Ihjpotyposes pyrrhoniennes de Sextus Empiricus, il avait jugé impossible â Ja raison de donner aux problèmes méta­ physiques une solution certaine et, n’acceptant que le fait, il fut un positiviste avant l’heure. On l’a souvent rapproché de Bacon. 5·La religion dr Montaigne. - Comme les Padouans Montaigne nie donc que la raison puisse connaître Dieu, prouver la création, la Providence et l’immorta­ lité de l’àme. L’Apologie de Haymond Sebon nous a conduits loin de la Theologia natural s! Mais ces vérité*, que la raison raisonnante ne saurait établir, la foinou^ les donne el la faiblesse de la raison nous fait mieux sentir le prix de la révélation et de la croyance. C’est là le fidéisme de Montaigne. Mais ici se pose la question : Montaigne est-il sin­ cère? en d’autres termes quelle fut la religion de Mon­ taigne? Dès 1774. dom Devienne publiait une Disser­ tation sur la religion de Montaigne, in-8·, où il fait de Montaigne un docteur dévot. En 1802, Naigco i consacrait les 63 pages d’introduction qu’il mcttiit à son édition des Essais à prouver que Montalg» o était un déiste, dont les formules religieuses étalé» t d’hypocrites précautions, soit un vrai précurseur des philosophes. En 1819, l’abbé L··· (Labouderic) reprtnail la thèse de dom Devienne dans son Christia­ nisme de Montaigne ou pensées de ce grand homme sur la religion, in-8·, Paris. Sainte-Beuve, Port-Royal, l n. p. 428, parlant de ce dernier livre écrit : Le simple coup d it'll eût dû avertir ct je ne vois pas cc qu’on gagnerait, à toute force, à faire conclure qu’il peut bien avoir paru très bon catholique, sauf a n’avoir guère été chrétien. » Ne dites pas que Montaigne a etc chrétien, si vous ne voulez pas faire rire les libnspenscurs et pleurer les croyants », écrit Guillaume Guizot, Études et fragments, 1899. En revanche, M. Strowski, Montaigne, 1906, p. 207, voit dû nsi’Apologie « l'expression complète d’une âme vraiment reli­ gieuse ct sincère. · Mais cette même année 1906, le docteur Armaingaud. dans un article de la Revue politique ct parlementaire, intitulé La Boétie, Mon­ taigne ct le Contr’un, a soutenu que Montaigne prit pari aux luttes religieuses de son époque du côté pn testant, et qu'après avoir transformé le Contr'un de La Boétie en un pamphlet politique d’une extrême vio­ lence. il l’aurait livré ainsi aux protestants pour qu ils s’en lissent une arme. Celte théorie fut le point de départ d’une controverse entre son auteur el Villey, Revue d'histoire littéraire, octobre 1906, Bonnefon. Revue poli tique ct parlementaire, janvier 1907, Strowski. Hevue philomathique de Bordeaux, février 1907, ct Dézcimeris, Mémoires de ΓAcadémie des sciences et des lettres de Bordeaux, 1907. Cf. Dr Armaingaud. Mon­ taigne pamphlétaire. L’énigme du Contr’un. in-12.1910; P. Bonnefon. La Boétie. Discours sur la servitude volontaire. Introduction ct notes, in-18, Paris, 1922. 11 faut le reconnaître : Montaigne a séparé la morale de la religion; il est vraiment le maître de cc Pkrrc N. — 71 2343 Μ Ο NΤ Λ IG N E Charron dont Li Sagesse expose le système d'une morale purement rationnelle. Cf. Sabrié, De Γhuma­ nisme au rationalisme, Pierre Charron, in-8·, Paris, 1913. Puis cette morale, fondée sur la connaissance du moi, toute relative, simple art de vivre heureux, est opposée non seulement à l’ascétisme de Port-Royal. — et Port-Royal la jugera sévèrement, cf. SainteBeuve, loc. eit., p. 398-106 mais encore à l’esprit chrétien. Montaigne a egalement séparé la raison de la foi. Ni la raison ne doit tenir compte des données de la foi : elle est indépendante; ni la foi n’a à s’inquiéter de In raison, soit pour lui demander un appui : la raison est trop vacillante; soit pour la craindre : le pyrrho­ nisme et le scepticisme ont désarmé la raison : c’est en ce sens que La Mothc le Vaycr parlera plus tard de la sceptique chrétienne; la foi repose tout entière sur l’autorité. C’est là une attitude que l’Église a toujours condamnée sous le nom de fidéisme et de traditiona­ lisme. Ici d’ailleurs, visiblement, le fidéisme tend plu­ tôt Λ affranchir la raison qu’à assurer le triomphe de la foi, el l’on peut I ircr des Essais des conclusions nette­ ment contraires au christianisme. Montaigne n’a donc pas la mentalité chrétienne. < La religion chez lui reste sans action aucune; toute la vitalité a passé du côté du rationalisme païen. En lin de compte le principe catholique... se trouve joué dans la combinaison · Villey, op. cil., t. n, p. 331. On se trompe cependant en faisant de Montaigne un philosophe anticipé ct un ennemi secret du catholi­ cisme. Nulle part on ne surprend dans scs Essais une hostilité à l’égard de l’Église; il accomplit régulière­ ment les pratiques religieuses imposées; il affirme meme sa croyance, et 11 n’y a pas en lui deux attitudes qu’un homme ne saurait concilier de bonne fol. Au xvi· siècle, meme séparée de la foi, la raison n’a pas en général à l'égard de la foi l’attitude hostile qu’elle aura au xvnr. Comme d’ailleurs il se délie de la rai­ son, il ne peut trouver en scs affirmations de motifs suffisants d’abandonner l’Église. Au reste, il ne lui en demande pas; entre lui cl Sebon il y a un abîme. Au milieu des conflits religieux et des troubles du temps, des esprits modérés tranchèrent le débat pour le bien social, en soutenant la religion tra­ ditionnelle, ct Montaigne fut de ceux-là. Enfin pour lui-même il trouvait dans la foi une solution aux problèmes que la raison lui paraissait ne pouvoir résoudre. Son anti-intellectualisme a fait parler de son pragmatisme Cf. Lange, Le pragmatisme de Mon­ taigne dons Revue du mois. H» avril 1915. C’est pourquoi, avec une Ame nu fond peu religieuse et une mentalité rationaliste, il vécut ct mourut catholi­ que sincère. 111. Influence. On ne saurait comparer l’influence de Montaigne à celle de Voltaire par exemple : toute une époque ne relève pas de lui. Mais il exerça une influence profonde sur certains esprits cl sur certains courants Pierre Charron, dans son livre de la Sagesse, ne fait guère que le répéter méthodiquement. Montaigne sera le maître des libertins du xvn· siècle; ils verront dans son honnête homme, l’idéal à réaliser. En conséquence il a souvent inspiré Pascal qui lui emprunte scs argu­ ments contre la raison. Enfin < les demarches initiales de la philosophie de Descartes rappellent invincible­ ment Montaigne ·. Villey, Λα place de Montaigne dons ie mouvement philosophique, dans Hevue phi­ losophique, mai-juin 1926. Cf. Gilson, Discours sur la méthode, Paris, 1926. Et · quand tout le courant philo­ sophique eut été gagné au libertinage, la pensée de Montaigne, parfois respectée, souvent déformée mais toujours active, eut un renouveau de vie tout à fait inattendu. Montesquieu ct Rousseau sont imprégnés Μ Ο N Τ Λ I. Ε ΜΗ E Η Τ 2344 de ses idées». Villey, Sources ct évolution, t. tt, p. Ih’J. R. Laumônlcr, Montaigne précurseur du X VJ II· stick, dans Hevue d'histoire littéraire, 1896, Il eut aussi une influence marquée sur la pensée anglaise, en particulier sur Racon. Dès 1603, John Eîorio traduisait les Essais en anglais. Cf. A. H. Opham, The French influence in english littérature, from the accession of Elizabeth to the Reslaurulion, in-32, New-York, 1908, c. vi ct Appendice; P. Villey, Λ’influence de Montaigne sur Charles Blount d lut les déistes anglais, Hevue du .X17· siècle, 1918; Mon­ taigne ct François Bacon, 1913; Λ*influence de Mon­ taigne sur les idées pédagogiques de Locke et de Rouiseau, in-12, Paris, 1911; et l·’. Dieckow, John Florio's englische Ueberselzung der Essais Mon­ taigne's und lord Huron's, Hen Jonson's and Robert Burton's Verhdltniss zu Montaigne, Strasbourg, 1903; Georges Coffin Taylor : Shakespeare's debt to Mon­ taigne, Cambridge. 1928. On a rapproché Montaigne de Gœthe, ■ Montaigne est une espèce de Gœthe superficiel », a dit Guillaume Guizot, Etudes et fragments, p. 95. Gœthe en revanche aurait subi l’influence de Montaigne. Cf. Bouillier, Montaigne et Goethe, Hevue de littérature comparée, octobre-décembre 1925, ct P. Champion, Introduction aux Essais, Paris, 191(1. Les Essais, détails donnés par Montaigne sur lui-même. Introductions ou notices et notes des diverses éditions des Essais; Dr J .-F, Payen, Documents inédits ou peu connut sur Montaigne, in-8°, 1817; Documents inédits... in-8·, 1850; id., in-8°, 1855; Recherches sur Montaigne, in-8°, 1856; de* lettres inédites de Montaigne publiées par Feuillet de Conches, in-8°, 1863, ct à la .suite des Essais dans l’édition Le Clerc, 5 in-8·, 1826-1828; vicomte A. de Gourgues, Réflexions sur la vie et le caractère de Montaigne, ln-8% Bor­ deaux, 1856; luuuandé, La vie gaillarde cl sage de Mon­ taigne, Paris, 1927; et les ouvrages cités de Mnlvcdn, B on nef on, GrUn, Gnly et Lnpcyrc. Strowskl, Montaigne, in-8·, Paris, 1906; Pascal cl ion temps, l. i. De Montaigne a Pascal, ln-8®, Paris, 1907; Saint François de Sales, tn-8®, Paris, 1899, Introductions; P.Villr;., Les sources et révolution des Essais, 2 in-8®, Paris, 1918, et autres travaux indiqués; Champion, Introduction aux Essais de Montaigne, Paris, 1900; Ed. Dowden, Michel de Montaigne, in-8·, Philadelphie, 1905; Stapler, Montaigne, collection des Grands écrivains français, 1895; luinus'C, Montaigne, dans la collection des Classiques populaires, s. d.; W. Weigand. Montaigne, in-8®, Munich, 1916; Mbs Grace Norton. Studies in Montaigne, in-12. New-York, 1901; E. de Rey-Pailhade. Montaigne, philosophe moraliste. In-16,Toulouse, 1912; A. Canac, La philosophie théorique de Montaigne, Paris, 1907; Ruhl, Du sentiment artistique dans la morale de Montaigne, Paris, 190 I ; Gogucl, Λ.νκιί surfa morale de Montaigne, Genève. 1871; Thimine, Hcr Skeptizismus Montalgnc*.\, Gcrté : Révolutions de Pologne, n. 58, 12 décembre 1830, toc. cil., t. i. p. (03-406, ct (Euvrcs, t. îv. p. 123; le Moniteur de Toulouse ayant attaque cet article oh 11 avait dit : · L’insurrection de la Pologne est sainte ,11 public, Ir 25 décembre, Avenir, n.H.tbid., t. n, p. 19-21, une réponse véhémente : Sur notre article de la Pologne: le même article ayant été attaqué ]uir le Globe, qui lui opposait un mande­ ment o(i l’archevêque de Gncscn condamnait l’insurrec­ tion. l’Aœnlr, n. 71, 26 ct 27 décembre, publia, mais non sou* la signature dr Montalembert, une Réponse au (llobe sur nos sentiments touchant la Pologne, loc. cil., p. 31-35. 2" Montalembcrt consacra ensuite Λ l’Irlande d’O’Lonmdl une suite dc trois articles, intitulés Du catholicisme en Irlande, lettre Au Rédacteur de Γ Avenir, n. 77, 81, 93. des P», 5 et 17 janvier 1831, Ibid., p. 72-81, 135-1 16. 243251; (Euvrcs. t. iv, p. 127, et publié à part : Association lyonnaise /tour la défense de ta liberté religieuse, Ixtlrr sur le catholicisme en Irlande. 33 p. in-8*, Lyon, 1831 (juillet). Le 13 juin 1831, il fera dans l’Aornir, n. 240, loc. cil., t. v, p. 1-1, un appel en laveur dc l’Irlande occidentale, ravagée par h» famine. Souscription pour Γ Irlande, non signé mais qui est de lui. Cf. Œuvres, t.iv, p. 161. 3 · Dans l'intervalle, le 11 Janvier, A propos de l'ordonnance portée, le jour de Noel précédent, par le ministre de l’intérieur Mérillon d'abattre la croix érigée ct de fermer le cimetière ouvert par les missionnaires du Mont-Vnlérien, il publia : Lex tombeaux du Calvaire, n. 83, Ibid, t. il, p. 201-204; (Euvrcs, t. îv, p. 168. 4· Λ propos du sac de Saint-Germain-l'Auxerr«ls ct des profanations qui suivirent le 21 février, dans un article La croix, n. 128, ibid., I. ni. p. 103-108, il proteste contre ces attentati fulls contre Dieu nu nom dc la liberté. Œuvre», t. iv, p. 172; puis, comme dans un article Aux 2348 catholiques du 18 février, n. 125. ibid., p. 76-82, tametnmi s’est montre dur et blessant à l’égard des légitimistes It 6 mars, par son article A ceux qui aiment cc qui pit. n. 10. ibid., p. 192-199; (Euvrcs, ibid., p. 179. il essaie d'adoucir b parole très dure du maître. 5° Il s’interrompt damns luttes politiques pour donner ensuite les deux article connus ; Littérature, Xotrr-Dame dc Paris par Victor liu/, n. 177 ct 194; 11 et 28 avril, Ibid.» t. ni, p. 165-473, rt t. iv. p. 100-105, Œuvres, t. vî. p 10 f. Le roman iivnlt jam le 13 février. 0® Le 16 avril, nouvel article en faveur de la Pologne. Se terminant, après une adresse A In Pologne, par une supplication h la sainte Vierge, il cat intitulé : I n< prière, n. 182. ibid., t. ni, p. 188-494; (Euvrcs, ibid, 187. 7° Du catholicisme rn Suède, n. 216, 20 mai, Ibid., t. n, p. 292-304; (Euvrcs, ibid., p. 192.8· Saint-Germaln-ΓAunr· rois, n. 69, 12 juillet, ibid., t. v, p. 284-289; A propos d'un, proposition dc loi qui entraînait la démolition de celle égii> pour l’ouverture d’une rue. 9· La foi, n. 290, 31 noûl, ibbi., p. 442-449, article dont le titre dit le sujet; Œuvres, ibid, p. 202.9® Littérature, Du catholicisme dans la littérature alk» mande, Novalis, n. 328, 9 septembre, ibid., t. vi, p. 189-203; (Euvrcs, t. vi. p. 387. 10° Pour finir, Le douze septembre, 11.331. ibid., p. 206-210, (Euvrcs, t.iv,211. Le26 juillet 1X31 l’Af/ence générale avait appelé les catholiques A signer un» pétition en faveur d’une intervention aux côtés de la Poilgne, n. 283, ibid., t. v, p. 387-300; mais la prudence avait paralysé le gouvernement. I c 12 septembre, anniversaire de la victoire que sous les murs dc Vienne,· cent quarante» huit ans auparavant », par la Pologne, » Dieu et hi liberte avaient remportée sur In barbarie cl le despotisme ·. h Pologne soulevée pour Dieu ct la liberté expirait abandon­ née par l'Europe que son antique victoire avait sauvée. Dans le Correspondant, il avait donné les articles suivants: 16 ct 23 novembre 1830. Du mouvement et de la rêiistanct rn Angleterre, (Euvrcs, t. iv, p. 86; 1 1 décembre, Dr l’Info^· rance du parti qui se proclame vainqueur. Œuvres, Ibid., p. 102; 21 décembre. Du procès des ministres, ibid., p. 109; 28 décembre, Dc l'impartialité ministérielle cl de Γinlrrwrlion des écoliers dans le gouvernement représentatif, ibid., p. 114. III. Années de repos (1834-1836).—-En août 1833, Montalembert, las dc la vie publique et de scs dlfll· cullés, avait gagne l’Allemagne. Il s’arrêta â Munich, il y revit ceux qu’il avait rencontrés avec Lamennais en 1831, Schelling, Bander, E. Gôrres et se lia avec Dollinger. Sa pensée était d’écrire un grand ouvrage sur les Pèlerinages d'un catholique au dix-neuoième siècle. Mais, venu à Marbourg un 19 novembre, il conçut le dessein d’écrire la vie dc sainte Elisabeth, ct pour la beauté poétique de cette vie, et parce quccctlc sainte appartenait â ce Moyen Age chrétien que Victor 1 lu go lui a appris â voir et â aimer et sur lequel il vient encore d’écrire. Gf. Du vandalisme dans Part. Lettre à M. Victor Hugo, Revue des Deux Mondes, 1er mars 1833 ct (Eunres. t. vi, p.7. 1/Histoire dc sainte Élisabeth d( Hongrie, duchesse de Thuringe, in-8®, Paris. 1836. aura douze éditions du vivant de l’auteur. La 9*. 2 in-8®, l. vu ct vin des (Eunres, 1861, sera suivie d'une Notice sur saint Anselme. En 1841, il donnera un Abrégé de Thistoire de sainte Élisabeth dc Hongrie, I in-18, Paris. Le 16 août 1836, après un séjour en Italie auprès d’Albert ct d’Alcxandrinc de la P'erronnays, il épou­ sera une descendante de sainte Elisabeth, la fille du comte Félix de Mérode. Il retournera ensuite en Italie, ct, à Home, il aura trois audiences dc Gré­ goire XVI. IV. La vie politique. Montalembert, chef mis LIBÉRAUX CATHOLIQUES FRANÇAIS (1837-1870). 1· Les premières années de. ta nie parlementaire (18371842).— Le 14 mai 1835, Montalembcrt. qui venait d’atteindre ses vingt-cinq ans, put prendre place à la Chambre des pairs. Il y parla pour la première fois — si on ne tient pas compte du discours â propos de l’école libre - dans la discussion des lois dc sep­ tembre. Mais c’est seulement en 1837, après son I mariage ct son retour à Paris, qu’il entre vraiment * dans la vie parlementaire. 2349 MONTALEMBERT Il n'abandonne pas scs éludes, ni ses travaux. En 1*35, il promet des leçons sur l’histoire littéraire ct mh laie des siècles chrétiens ή V Université tulholique que fonde Gerbe t. Mais c’est sur l'art chrétien surtout influence de Vietor I lu go ct dc Rio - qu'il écrit. CL 1· De la peinture chrétienne en Italie à Γ occasion du livre de M. Rio, juillet 1837, Université catholique, l. îv, p. 123; Œuvres, t. vi, p. 78. suivi d’un Tableau chrono­ logique des écoles catholiques de peinture en Italie, 2* A la publication par livraisons : Monuments de l’histoire île sainte Élisabeth d'après Taddeo Gaddi, Andrea Orgagna, publiés par Achille Rablct, Paris, 1838-1810, il donne comme Introduction un article qu’il vient dc publier dans la Revue de Deux Mondes, du 1·' décem­ bre 1837 : De l’état actuel de l’art religieux en France, Œutres, t. vi, p. 163; la seconde livraison offre de lui une Notice sur le bienheureux Père Angélique Frisole, Œuvres, ibid,, p. 328. 3· De l'attitude actuelle du vandalisme en France, Revue des Deux Mondes, 25 nov. 1838, (Euvrcs, ibid., p. 210. où il s’en prend A tous ceux, ecclésiastiques ou laïques, « la bande noire » qui n’entretiennent pas ou massacrent les monuments d’art religieux, 4* H prononcera sur le même sujet, dans ces années et les suivantes, plu­ sieurs discours à la Chambre des pairs. Il réunit ces discours avec plusieurs des brochures précitées et d’autres encore dans un volume : Du vandalisme et du catholicisme dans l'art (Fragments), in-8·, Paris, 1839; 2· édit., 1856. On les retrouve aussi dans Œuvres, t. vî, Mélanges d’art rt de littérature. A la Chambre des pairs, Montalembert entend être catholique avant tout ». Il est resté fidèle à la devise : Dieu et liberté ». C’est pour défendre la solution de la liberté qu’il avait pris la parole dans la discussion des lois de septembre 1835; ce sont les principes du libéralisme qu’il défend à propos de l’Espagne divisée, de la Pologne opprimée et de la Belgique lésée, 18381839. C’est pour défendre les droits de l’Églisc qu’il dénonce, en des articles vibrants, les attentats de la Prusse protestante dans l’affaire de Cologne, 1838. Cf.Œuvres, t. îv. Il ne craint pas de s’affirmer opposé au fameux principe soutenu par les légitimistes, par la plupart des évêques ct surtout par l’archevêque de Paris, de Quélcn ; Il ne peut y avoir d’orthodoxie religieuse sans orthodoxie politique. Le roi. JésusChrist, l’Église catholique: Dieu est en ces trois ter­ mes. » Il entend bien séparer l’Église du trône et lui assurer de ce côté comme des autres une entière liberté d’action. Cf. Drs rapports de l'Église catholique et du gouvernement de Juillet, dans France contemporaine. 15 mai 1838; Œuvres, t. iv, p. 272. article que Montalembcrt résume ainsi en terminant : < H faut natio­ naliser le clergé et catholiciser la nation. · En consé­ quence il use dc son influence auprès du gouverne­ ment pour obtenir un épiscopat favorable Λ ses vues, sans peut-être toujours réussir comme il eût désiré : par exemple dans la nomination de Mgr Afire au dège dc Paris; d’autre part, pour atteindre l’opinion, il s’efforce de faire revivre V Univers qui se meurt. 2· Montalembcrt à la conquête de la liberté d'enseigne­ ment et à la tête d'un grand parti libéral et catholique (1812-1850). 1. La liberté dc l'enseignement en 1SI2. Depuis l’affaire de la Meilicrayc, autour dc laquelle l'Avenir avait mené grand bruit, cf. loc. cil., t. vi et vn, l’opinion publique s’étant d’ailleurs adoucie, le gouvernement dc Juillet se montrait tolérant sur le droit d’association. Mais sur la pressante question dc renseignement, si les catholiques avaient obtenu la loi du 21 juin 1833 qui concernait l’enseignement pri­ maire, ils avaient repoussé comme insuffisants tous les projets — - le dernier était le projet Villemain de 1811 —concernant l’enseignement secondaire. 2. La question portée par Montalembert sur le terrain 2350 du droit commun (1813). Or, tandis qu'un certain nombre dc prêtres continuaient à réclamer la liberté entière de renseignement, au nom du droit impres­ criptible de l’Églisc par ou ils nuisaient à leur cause Montalembert. dc Madère où le retient la santé dc sa femme, réclame cette même liberté uniquement au nom dc la Charte cl du droit commun. Il reprend la position de V Avenir dans la même question. Cf. sa brochure Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement, 80 p. in-8’, Paris, 1843: 2· édit., in-32, 181 i ; Œuvres, l. îv. p. 207. Veuillot qui est entré à Γ Univers en 1838, le Correspondant qui vient de renaître, l’appuient ct, en sc prononçant pour Jul, Mgr Parisis le couvre du côté de l’épiscopat que scandalisent le terrain choisi et le caractère laïque du nouveau chef. Λ propos du second projet Villemain, avril-mai 1811, Montalembert prononça devant la Chambre de* jwiir» qua­ tre fameux discour* : P une réponse a Dupin qui devant la Chambre des députés n appelé lev foudres du gouverne­ ment sur les évêques : Chambre des pairs : Discours de \t... sur la guestion de la liberté de l'Église dans la discussion du protêt de loi sur les fonds secrets, 61 p. in-8®, Paris, 1844: Œuvres, t. t. p. 361; 2’ Chambre des pain : Second discours de M... sur la guestion de la liberté d'enseignement, 32 p. In-8*, Paris, 1844; Œuvres, Ibid., p. Ill; 3" troisième dis­ cours... sur la liberté désordres religieux. Séance de la Cham­ bre des pain du Λ mai DU, sur Ir projet refusant aux con­ grégations le droit d’enseigner, 32 p. in-8·, Paris, 1844; Œuvres, ibid., 171; ces trois discours réunis furent publiés en une seule brochure in-18. en juillet 1814; 1· Chambre des pairs. Séance du 21 mai 1944. Dernier discours de M... dans la discussion de la toi sur l'enseignement (litre relatif aux petits séminaires); la loi leur imposait, non le droit com­ mun, mais un régime privélégié, ce qui était un piège tendu aux catholiques, 32 p., in-8*, Part*, 1814; Œuvres, ibid.. p. 537. Pour achever dc gagner l’opinion, il rééditait, novembre 1811, en une seule brochure sa Défense de l'école libre ct son écrit. Du devoir des catholiques, in-18; en même temps que, pour émouvoir les évêques. Il publiait une brochure sur saint .Anselme, défenseur des droits dc l’Églisc : Saint Anselme. Fragment de l'introduction à l'histoire dc saint Bernard (rn projet), in-18. Paris. 1841. rééditée plus tard à la suite dc V Histoire de sainte Elisa­ beth. 3. Montalembert groupe les catholiques militants en un grand parti libéral (1844-1848). — Malgré le silence, voire l’opposition de la plus grande partie de l’épiscopat, l’hostilité dc légitimistes intransigeants et même de quelques personnages romains qui condam­ nent tout haut la coda di Lamennais, tandis que Montalembcrt ne cesse de dénoncer à la tribune les atteintes aux droits dc l’Église. cf. Œuvres. t. n. p. 1, et que se déroulent dans le pays l’affaire du Manuel dc Dupin et. jusqu’à Rome, l’affaire des jésuites, Montalembcrt arrive à son but : les catholiques se groupent en un grand parti politique sur le terrain du droit commun, qui revendique conséquemment pour l’Église comme pour tous, pour tous comme pour l’Église, la liberté d’enseignement ct toutes les libertés légitimes, t n Comité directeur pour la défense de la liberté religieuse qui a pour devise : Dieu et mon droit, pour organe VUnivers, pour appui le Correspondant, est fondé à Paris; des comités diocésains qui ont pour organes des journaux départementaux ou régionaux lui répondent en province. Le résultat est qu’aux élections dc 1816, les catho­ liques, éclairés par des circulaires envoyées au nom du Comité directeur par Montalembert. Œuvres, t. n. p. 200 et 115, par sa brochure, Du devoir des catholi­ ques dans les élections, in-12, Paris, 1816. envoient à la Chambre des députés 110 partisans de la liberté d’enseignement. De précieuses adhésions viennent en même temps au parti, comme celle de Dupanloup, alors vicaire général de Paris et supérieur du petit séminaire dc Saint-Nicofas-du-Chardonnct, qui sc rallie avec quel­ que éclat. 1846; les fameux Cas de conscience de Mgr Parisis. 1847, justifient son programme et enfin l’avènement de Pie IX semble lui assurer l’appui de Home. Un quatrième projet sur la liberté de renseigne­ ment déposé en avril 1 «47 est mal reçu par les catho­ liques; le rapport favorable qu’en fait le député Lin­ di ères devant la Chambre est meurtri de critiques pur Montalemberl. Œuvres, t. iv, p. 137. La révolution de février empêcha le projet d'être discuté. Absorbé par cette question de la liberté de l’ensei­ gnement, Montalcmbert ne sc désintéressa pas cepen­ dant de la politique extérieure; la plupart du temps, il y retrouvait l'occasion de défendre I’Église et la liberté. I 4. Montalemberl et la révolution de 1818. - Lacordairc toujours confiant en la démocratie applaudit à la révolution et fonda VÈre nouvelle, où devaient sc conci­ lier I’Église cl la démocratie. Il fut déçu, et le lende­ main du 15 mai, il donnait sa démission de député ct bientôt après quittait VÈre nouvelle. Monarchiste ct aristocrate, très attaché â l’ordre social, très déliant à l’égard de la démocratie, Montalemberl déplora la révolution. S'inclinant devant la victoire des partis avancés, il s’inquiète de limiter les conséquences de cette victoire. Au programme de liberté du parti catho­ lique, il ajoute le maintien de l’ordre. Cf. Univers, 25 février, Lettre sur le nouveau gouvernement, ibid., 28 février et Université catholique, t. xxiv, p. 193: ct il met son parti en garde contre la confusion entre christianisme et démocratie ou encore république. Cf. Quelques conseils aux catholiques. Ami de la religion des 19 cl 21 octobre 1848, Université catholique, l. xxv, i p. 462-474; 16 p. in-8*, Paris. 1848; Œuvres, t. iv, p. 489. Dès mars, le Comité directeur s’occupa des élec­ tions; Montalemberl rédigea des instructions en son nom : Circulaires des 8 el 15 mars. Œuvres, t. ni, p. 3, et accepta même que fût posée sa candidature dans le Doubs. Sa profession de foi, extrêmement nette, demandait l’ordre ct, pour l’Égllse comme pour toutes les Institutions sociales, la liberté. Cf. Œuvres, ibid., p. 11. Le 22 juin, à la veille même «les fameuses Jour­ nées, il combattra une proposition à tendances socia­ listes du ministre des finances. Université catholique, t. xxv, p. 60 sq.; Œuvres, ibid., p. 6. Il ne perd pas de vue la liberté d’enseignement. 11 ne peut cependant la faire proclamer dans la Constitu­ tion sans des conditions qui pèseront plus lard sur le projet l’alloux. Cf. Assemblée nationale. Session de ISIS. Discours de M...sur la liberté d*enseignement dans la discussion de l'article 8 du projet de constitution. Séances des 18 et 19 septembre, in-8· cl in-18, Paris, 1818 ; Œuvres, ibid., p. 53. C’est encore la liberté d’enseignement qui, lors de l’élection à la présidence, lui fait préférer à Cavaignac qui n’ose s’engager, Louis Napoléon favorable, el c’est pour celui-ci que voteront les catholiques. 5. Le vote de la loi Patloux (1850). Pour la même raison, avec le concours de Dupanloup. il amène l’alloux, un catholique, mais qui se délie du Princeprésident, â devenir son ministre de l’instruction publique et des cultes. Enfin, après avoir soutenu le gouvernement et ΓAssemblée législative, où le dépar­ tement du Doubs l’avait renvoyé, dans toutes leurs mesures pour le maintien de l’ordre, surtout après la journée du 13 Juin, apres avoir défendu, ù propos de la lettre à Edgard Ney, les droits souverains de. Pie IX. ibid., p. 250. comme déjà, une année aupa­ ravant. il avait applaudi à la décision de Cavaignac de secourir le pape menacé par la révolution, Œuvres, ibid., p. 102, il voit enfin aboutir vingt années d’efforts, l-a liberté de l’enseignement est volée. 6. Scission du parti catholique (1850). — Mais h p.j Ealhrnx est une loi de transaction; elle accorde non || la liberté absolue, mais une liberté qui suffit à l’Égliir | I et qui ne blesse ni le droit commun ni même i’l nlvtr- I sité. A ce titre elle ne satisfait pas les catholique* I intransigeants qui se placent au seul point de vue de droits absolus de I’Église, sans tenir compte des cir­ constances. A leur tête est Mgr Parisis, en attendant Louis Vcuiilot, deux auxiliaires de la veille pour Montalemberl. lis appellent les foudres de l’Églhc sur ceux qui ont fait voter la loi el qui l’approuvent, les libéraux catholiques, en particulier sur Dupan­ loup ct sur Montalemberl qui le 17 janvier avait eisijt ! de convaincre tous les adversaires de la loi. Cf. Ditcours de M... dans la discussion générale du projet d< loi sur renseignement, 17 Janvier 1850. in-8·, cl in-18. 1 Paris. 1850 ; Œuvres, ibid., p. 340. Pie IX put bien i imposer aux intransigeants d’accepter la loi; l’unité I catholique ne se reforma point, loin de là. D’autres i questions accentueront même la scission. Cf. LiaiI HAi.isMi.. col. 578 sq. ] 3· Dernière période (1850-1870). — Dès lors. Mon­ talemberl, toujours fidèle â la devise Dieu ct liberte, se retrouve, un peu comme à scs débuts, obligé de . lutter non seulement contre les ennemis de I’Eglise ct de la liberté, mais contre des catholiques. 1. Ses rapports avec le pouvoir. — Pour l’ordre social que menacent toujours les socialistes. Monta1 lembert continue d’abord à soutenir le Prince-prési­ dent. Cf. Assemblée nationale. Discours de M... pronon­ cés dans les séances des 22 et 23 mai 1852, Œuvres, ibid., p. 426. Pour la même raison cl parce qu’il espère obtenir du Prince des concessions pour l’Égllse et pour la liberté de l’enseignement, Il ne se tourne pas contre lui apres le coup d’Étal. Mais, en Janvier 1852, devant l’absolutisme qui s’organise, la confiscation des biens de la famille d’Orléans el la déception de ses espérances. Montalemberl. s’il accepte d’entrer au Corps législatif, comme députe de Besançon, parle toujours en opposant qui regrette le régime représen­ tatif. Cf. Corps législatif. Session de 1852. Discours de M... dans la discussion générale du budget. Séante du 22 juin 1852, 16 p. in-8°, 1852. Il parle avec la même Indépendance à ΓAcadémie française, où il a etc du le 9 Janvier, au fauteuil de Droz. Discours prononcé à l'Académie française par M..., le 5 février 1852, Œuvrer ibid., p. 550. Mais c’est surtout dans la fameuse bro­ chure, Des intérêts catholiques au XIX· siècle, in-8·. Paris. 1852 (octobre): 2* édit, en novembre; 3· édit., revue ct augmentée, in-12. décembre: Gùivres, t. p. 3, que Montalemberl manifeste sa pensée : « Que les catholiques, dit-il. sans faire d’opposition systé­ matique, gardent une attitude réservée el indépen­ dante. Tous les progrès de I’Église depuis un dcmlsièclc. elle les doit à la liberté ct au gouvernement parlementaire. Plût au ciel «pie ce régime fût celui de tous les pays! » C’est ù la fois pour visiter les représen­ tants de la monarchie parlementaire en France, les princes d’Orléans, el pour voir en action le régime parlementaire sur sa terre d’élection, qu’en 1855 lise rend en Angleterre. De ce voyage naîtront les articles De l'avenir politique de l'Angleterre dans le (.’orres/wndant des 25 nov. el 25 déc 1855, puis in-18, Paris, 1856; 2· édit., in-12, 1856; 3· édit., augmentée d’un article paru dans le Correspondant du 25 avril 1856 ; La paix et la pairie à vie en Angleterre, articles où il agitait des questions politiques, sociales cl reli­ gieuses. Il renouvellera ce voyage en 1858, et donnera alors au Correspondant du 25 octobre 1858, un article plus connu encore cl qui lui valut un procès devant la I justice française et une condamnation à trois mois de prison pour attaques contre le régime impérial : Un I débat sur l Inde au Parlement anglais, publié à part, 2353 ΜΟΝΤΑLEMBERT 117 ρ. in-8·, Paris 1858. réimprimé 6 Bruxelles, gr. in-8·, 1859. La conséquence de cette attitude fut que Montalembcrt ne fui réélu au Corps législatif ni en 1857, ni en 18(>3. 2. Scs luttes avec /es catholiques intransigeants. Celle attitude acheva de le séparer, lui ct ses fidèles, des catholiques Intransigeants, presque tous rallies à l’Empirc, en particulier de Louis Vcuillot. Pour répon­ dre à l’t’nivers, Montalembcrt s'efforça de rendre cha­ leur et vie au Correspondant, 1855, On trouvera à l'article Ijdéhaliswe, col. 581 sq., l’histoire de ccs conflits ou sc voient aux côtés de Montalemberl, Mgr Dupanloup et les conjurés » de la Bochc-cnBréhj 3. Ses rapports avec Home. Lond'un voyage qu'il lit â Home dans les derniers mois de 1850, le défen­ seur de la liberté de I’Église avait été reçu avec les plus grands honneurs par le pape ct par les cardinaux. lm municipalité lui avait même donné le titre de citoyen romain. Montalemberl ne cessa pas de défen­ dre le Saint-Siège contre les attaques, d’où qu'elles vinssent : attaques de Walewski et de lord Clarendon: ne disposant plus de la tribune, il leur répond dans le Correspondant par le fameux article, Pte IX et lord Palmerston, toc. cit., 25 juin 1856; (Euvres. t. v, p. 115; en 1859. toujours dans le Correspondant, à propos du mouvement révolutionnaire qui suivit dans les Léga­ tions la campagne franco-sarde, il donne Particle Pie’ IX et ta France en 1819 et en 18S9, 25 octobre. Œuvres, Had., p. 605. Cet article, pour des paroles bien connues, valut à son auteur de nouvelles pour­ suites Judiciaires. Il ne permit pas davantage à Cavour de le lier à sa cause. Donc le 12 octobre I860, une Lettre à M. le comte de Cavour, president du conseil des ministres à Turin, parue dans le Correspondant du 25, protes­ tait contre l'approbation cherchée par Cavour à sa politique dans la brochure, Des intérêts catholiques au XIX· siècle. Datée du 15 avril 1861, une Deuxième lettre à M. le comte de Cavour, 80 p. in-8·, Paris, 1866 ct (Euvres, t. ix. p. 3, où elle est suivie de plu­ sieurs lettres au Journal des Débats, protestera comme l'emploi fait par Cavour ct dans son sens de la formule qui allait devenir fameuse : IJ Église libre dans Γ Étal libre, avancée par lui-même dans sa première Lettre. Cf. Ch. Benoist, I.a formule de Cavour : UÉglise libre dans t'État libre, Hevue des Deux·Mondes, 15 juil­ let 1905, p. 313-372, et, sur le sens donné par Mon­ talemberl A cette même formule, la Note explicative qu’il lit paraître au Correspondant. 1863, t. in, p. I1G, au lendemain des Discours de Matines. Ces brochures lui avalent valu à plusieurs reprises des approbations émues de la part du souverain pontife; Pic IX accepta que les Moines d Occident lui fussent dédiés. Tout changea avec les Discours de Matines des 20 et 21 août 1863, qui parurent sous ce titre : L'Église libre dans l'Êtat libre dans le Corres­ pondant des 25 août et 25 septembre de la même année ct A part, 189 p. ln-8% Paris, 1863. On a vu à l’article Luiéhai.ismi:, col. 558 sq., comment ccs Discours, où Montalembcrt ne s’était pas assez délié de scs adversaires ct de l'éloquence, lui valurent de Home un blâme discret, mais tout aussi doulou­ reux pour lui. Puis ce sera Γ Encyclique Quanta cura, le Syllabus où ses adversaires verront la condamna­ tion de scs doctrines, avec une joie que combattent les explications de Dupanloup cl de Ketteler. Cf. LinélUUSME. col. 592 sq. Le concile est annoncé. I n moment Montalembcrt espère que scs idées y triompheront. Mais il est malade cl peu à peu il écoule les intransigeants, d’après lesquels le concile fermera au libéralisme toutes les Issues par où H s'est échappé du Syllabus. L'infailli­ bilité l'cllrale ; < il voit la papauté devenue omnipo­ 2354 tente, absolue, condamnant les libertés modernes au moment même où elles renaissent en France » (l’Empirc s'acheminait alors vers le régime parlementaire) « ct s'exposant ainsi A perdre, comme au xvr siècle, la moitié de ce qui lui reste d’influence». Lecanurl,op.cit., I. m. p. 168. De IA, des écrits plutôt regrettables, dont plusieurs ne seront pas publiés alors, H est vrai : Questions à soumettre au futur concile, inédit: cf. Lecanuct. loc. cit., p. 135 sq. : la brochure Espagne et liberté, «pic le Correspondant refusa d'insérer et qu’une indis­ crétion livra a la Hernie suisse, en 1870; la lettre Aux catholiques de Coblentz, juillet 1869; la Lettre a M. Lalle­ mand. parue le 7 mars I860 dans la Gazette de France, ou une lettre de Mgr Sibour lui dicte un mol 1res dur pour le pape; sans parler de sa correspondance privée. Il ne vil ni la chute de l’Empirc ni latin duconcile, puisqu'il mourut le 13 mars 1870, dans la paix de la conscience — car 11 avait toujours agi ct parlé selon des convictions qu’il croyait orthodoxes — et dans la soumission A I’Église : il l’avait bien marquée celle soumission dans les lettres qu’il écris ait au P. Hya­ cinthe après sa défection ou A ce sujet, cf. Lccanuet, loc. cil., p. t !9sq.,et 11 avait fait sienne la devise des catholiques polonais : Nous aimons la liberté plus ipie toute chose au monde, ct la religion catholique plus que la liberté. » (Euvres. l. i. p. 393. Cf. Un hom­ mage à Montalembcrt par le cardinal Mercier, Corres­ pondant, 25 février 1912. L Derniers écrits sur la Pologne, Γ Irlande. — Dans un long voyage qu’il fit en Europe pour se documen­ ter avant de commencer ses .Moines d'Ocddent, Mon­ talembcrt vint jusqu’à la frontière de la Pologne russe; de ce qu’il vil. de ce qu’il apprit, il composa l’émou­ vant article : Une nation en deuil. La Pologne en 1861, Correspondant, 25 août 1861: Gtuvres. t. îx, p. 97. Deux ans plus lard, la Pologne s’étant soulevée. Mon­ talemberl fait appel à la pitié de la Bussie ct à l’in­ tervention diplomatique, à tout le moins, de la l·’rance : IJ insurrection polonaise. Correspondant du 25 février 1863; (Euvres, ibid., p. 173. La Pologne n’eut pour l’appuyer que la parole de Pic IX. Dans un article Le pape et la Pologne, Correspondant du 25 mai 1861 .(Euvres. t. ix, p. 207, Montalembcrt pro­ clamera « qu’il n’y a de grand en Europe que deux opprimés, le pape cl le peuple polonais ». Enfin il applaudira à La victoire du Xord aux ÉtatsUnis, Correspondant du 25 mai 1865; (Euvres. ibid.. p. 297, ct au Disestablishment de l’Égllse anglicane en Irlande. L'Irlande et l'Autriche. Correspondant du 25 mai 1868. 5. Les moines d'Ocddent el la publication des (Euvres \ers 1S35. après ï'Ht'doirc de sainte Élisa­ beth, Montalembcrt eut l’idée d’écrire l histoire de saint Bernard, a lin de contribuer à relever les ordres religieux. Mais il voulut le situer, pour ainsi dire, dans sa lignée et remonter jusqu’à saint Benoît. Cette intro­ duction à la vie de saint Bernard, terminée en 1817, comprit d’abord deux volumes. Sur le conseil de Du­ panloup ct de Folssct, il refondit ce travail. Telle fut l'origine de son grand ouvrage : Les moines d'Occtdenl depuis saint Benoit jusqu'à saint Bernard. Les t. i cl n, 2 in-8·, Paris, parurent en 1860; ils avalent pour sujet l’origine du monachisme, saint Benoit.son œuvre cl les premiers développements de son œuvre qui finit par rencontrer celle de saint Colomban. Les I t. ni, lv, v, 3 in-8·, qui sont intitulés tous trois Conver­ sion de ΓAngleterre par les moines, parurent, le pre­ mier en 1865 et les deux autres en 1867. Celte même année H publia A part. Saint Colomba, apôtre de la Calédonie. Extrait du tome 111 des moines d'Ocddent, In-8·, Paris. En 1860. H commencent la publication deses (Euvres, 9 in-8·. terminée en 1868; les Moines d'Occident n’y 2355 MONTALE MBERT — MONTANISME seront pas compris. Les t.i, n, m. Discours, 1831-1852 (le* discours de Malines n’y sont pas), iv et v, Oùiures polémiques rl diverses, paraîtront en 1860; les t. vi, Mélanges d'art ri dr littérature, vu ct vm, Histoire dr ainte Élisabeth, cn 1861 : le t. ix. ιπ· des Œuvres pote niques rt diverses, 1868, comprendra la plupart des tcril.s parus â partir de 1861, entre autres les Notices biographiques ; Le P. Lacordaire, p. 391-573, Le comte Ilcugnot, p. 575-592; LamoricHrc, p. 609-616. déjà pa­ rues au Correspondant. i Montalembcrt rt la question sociale. - Telle qu ’elle s· pose aujourd’hui, elle est née de son temps. L’.Dtnir la lui a signalée et fait comprendre, ct l’expérience < e son siècle plus encore. Si elle n’est pas au premier pian de scs préoccupations, s’il n’a pas foi dans la démocratie, si même il fait de lourds sacri flees pour mieux combattre le socialisme, il ne la négligera pas. Aristocrate et chrétien, il se sali d’ailleurs un devoir Mïcial. Avant Lamartine, il réclame l’émancipation des esclaves. Discours sur Pcmancipation. Ί avril 1815. Il réclame la liberté absolue pour la charité privée, l iais il admet cl réclame même en certains cas - la question du travail des enfants dans les manufactures, par exemple — l’intervention de l’Étal en faveur des classes laborieuses. Il soutint M. de Melun dans toutes scs propositions de loi. Cf. Abbé (ailippe. Les tendances ; octales des catholiques libéraux. Paris, 1911; (ioyau, Montalembcrt précurseur du catholicisme social, dans Revue Montalembcrt, 25 décembre 1910. On trouvera une Dlbltographie de Montalembcrt, par le IL P. Lrcanurt, dans la Hernie Montalembcrt, 25 décembre 1910. Tout cc numéro est d’ailleurs consacré à Montnlcmhcrl, à l’occasion de son centenaire, lai correspondance prisée de Montalembcrt n été cn partie publiée depuis sa mort soit dans des volumes séparés : lettres à un ami de collège (Cornudct), in-12, Paris, 1873; Xoiwelte edition augmentée des réponses de Léon Cornudct, ln-8®, Paris, 188 I; Correspondance avec CoHindft.in-8’, Paris, 1905;Correspon­ dance de Montalembcrt et de l'abbé Tcxlcr, publiée par IL Tcxlcr, in-16, Paris; H. Oheix, l rn hommage à la mémoire de Montalembcrt ante quelques-unes de ses letters inédites, in-16, 1870. soit dans des /(cimes. Lettres de Monlalembert , édit. Oehler, Corp, hæresell., t. i, p. 211, le pape Soter (166-171) aurait déjà rédigé un ouvrage contre les Cataphrygiens, c’est-à-dire contre les montanistes. Meme si Soter n’a pas écrit ce livre, il n’a pu ignorer les événements dont hi Phrygie était précisément le théâtre sous son pontificat. Les relations étaient trop fréquentes entre Home el l'Asie pour qu’une telle ignorance fût possible. Nous n’avons cependant que des renseignements très vagues sur les premières réactions de l’Église romaine à l’égard du monta­ nisme, et ces renseignements, dus à V Adversus Praxean de Terlulllcn. un ouvrage rédigé après que son auteur eut rompu avec l’Église catholique, doi­ vent être interprétés avec la plus grande circonspec­ tion. Voir ce texte à l’art. Monauciiiaxisme. col. 2197. La première question qui se pose est celle du mo­ ment où l'asiate Praxéas est arrivé à Home. Lorsque Tcrtullicn écrivait son livre, après 213, Praxéas était encore un hérétique tout récent, un contemporain; mais il avait eu le temps, après avoir enseigné à Home, de venir à Carthage, jeter sa mauvaise semence. Il pouvait y avoir quinze à vingt ans qu’il avait opéré à Home. Le pape qu’il y avait converti à scs idées était, nu dire de Tcrtullicn, disposé à reconnaître la nouvelle prophétie, contrairement à l’exemple de ses prédécesseurs. Pour expliquer ce pluriel, il faut nu moins deux pontifes qui aient eu le temps de prendre position à l’égard du montanisme. Comme Montan a commencé à prêcher sous Soter, celui-ci est chrono­ logiquement le premier de ceux a qui nous puissions penser. Éleuthère, son successeur, est le second. Cc sera donc sous l’épiscopat de Victor que Praxéas est arrivé à Home, et ce sera Victor qu’il a retourné de si belle manière. Cf. G. Essor, H’rr war Praxéas? Bonn, 1910, p. 21; G. La Pinna, The roman Church at the end o/ the second century, dans The Harvard theological revieiv, 1925, I. xvm, p. 215, n. 18. Les arguments mis en avant par P. de Labriolle, La crise montaniste, Paris, 1913, p. 273-275, pour préférer Je nom de Zéphyrin à celui de Victor n’ont rien de décisif. Que faut-il penser maintenant de l'attitude que Tcrtullicn prête aux pontifes romains dans l’afTalre du montanisme? S’il faut l’on croire. Soler et Éleuthère auraient officiellement blâmé le montanisme, ct Praxéas aurait pu faire valoir nu pape Victor l’atti­ tude de ses prédécesseurs. Cela n'a rien que de vrai­ 2362 semblable. Nous nc savons rien de Soter; mais la mission remplie par saint Irénéc auprès de saint Éleu­ lhère avait pour but d’amener le pape a une décision ferme. Ce que désirait Irénéc, cc que devait aussi souhaiter Éleuthère, c’était la paix des Églises : comment la paix était-elle possible aussi longtemps que les communautés étalent troublées par les extases des nouveaux prophètes? Nous pouvons donc être assurés que, dès le début» Home a pris parti contre le montanisme. Mais alors, il faut expliquer la volte-face que Tcr­ tullicn attribue à Victor, sous l’influence de Praxéas. A l’inverse de ses prédécesseurs, Victor aurait été disposé à reconnaître les montanistes ct a leur envoyer des lettres de paix. On admet généralement que ces lettres étaient destinées aux Églises d'Asie ct de Phry­ gie, ct quelques historiens ajoutent qu’elles devaient assurer à Victor de précieuses alliances, dans la lutte qu’il avait entreprise contre les évêques d’Asie au sujet de la date de Pâques. Cc dernier argument n’a pas grande valeur; il est même plus probable que Vic­ tor n’avait en vue que les montanistes romains, ct que c'est à eux seulement qu’il destinait ses lettres de communion. En Asie, les hérétiques étaient déjà trop compromis; â Home au contraire, leurs extases, leurs attitudes extraordinaires étaient plus rares, el cc qui les distinguait de l'ensemble des fidèles était surtout une morale plus austère; il était donc facile de s’y tromper. Mais Praxéas, qui arrivait d’Asie, nc pou­ vait pas être dupe; sous leurs apparences vertueuses, il eut tôt fait de démasquer les montanistes romains, ct tôt fait aussi de persuader Victor de la nécessité d’une condamnation. Cf. G. La Piana. loc. ci/.,ρ. 248, n. 51. Malgré cette condamnation, un groupe montaniste continua à subsister â Home après la mort de Victor. Durant les premières années du ni· siècle, il avait pour chefs Eschine et Proclus : Eusèbe signale à deux reprises ce dernier comme le président de la secte en ta phrygien ne, H. E., IL xxv, 6, cl le champion de l’hérésie cataphrxgienne, //. E. VI. xx. 3. Cc Proclus jouissait de son temps même d'une grande autorité, à en juger par la vénération avec laquelle Tcrtullicn parle de lui, Advers. Valent., 5, édit. Kroymann, p. 182 : Proculus noster, virginis senectae et Christianae eloquent ier dignitas. Nous nc savons d’ailleurs rien d’autre sur son compte, sinon qu’il fut pris à partie, sous le pontificat de saint Zéphyrin, par un prêtre romain du nom de CaTus, qui en lit le personnage d'un dialogue après avoir eu peut-être avec lui une dis­ cussion orale, Eusèbe, //. E., IIL xxi, 4; VI» xx, 3. CaTus était, semble-t-il» un esprit extrêmement auda­ cieux : il niait l’authenticité du quatrième Evangile, et celle de l’Apocalypse, dont il attribuait la composi­ tion à Cerinthe, Denys Bar Salibi, Comm. in Apocal., trad. I. Sedlacek. Homc-Paris-Leipzlg. 1910. p. 1; en faisant ainsi, il voulait sans doute retirer aux monlanistes le bénéfice des arguments qu’ils empruntaient à ces ouvrages: l’Évangile leur apportant avec la promesse du Paraclct une garantie en faveur de leurs prophètes, ct l’Apocalypse leur annonçant la venue de la Jérusalem céleste. Caius fut réfuté par Hippolyte, dans des Capita, dont Denys Bar Salibi a transcrit quelques fragments : il est le premier écrivain qui nous apprenne l’usage des écritsjohanniquesparles monta­ nistes; il est aussi le seul représentant connu des hété­ rodoxes que saint Éplphane appelle du nom d’uloges. Cf. A. Bludau, Die ersten Cegner der Johanncs-Schrif· ten, dans les Hiblische Studien, l. xx», fasc. 1-2, Eribourg-cn-B.. 1925, p. 40-73. 220-230» et l’article A 1.0G ES. Après Proclus, nous n’entendons plus parler du montanisme à Home. Il est vraisemblable que la 2363 MONTANISME 2364 secte, qui n’y avait jamais été considérable, ne tarda I est-il possible de découvrir dans l’âme du fougueux pas â disparaître. Elle ne devait d’ailleurs exercer I Africain des orientations, plus ou moins conscientes d'influence en Occident qu'à Carthage, el grâce â la vers le montanisme. Mais il ne semble pas lui avoir positivement emprunté les éléments de ses doctrines conquête qu'elle y fit dans la personne dc Tertullicn. HL Tl BTULL1EN BT LE MONTANISME. ---- L'évohlmorales, même des plus austères. tion religieuse dc Tertullicn pose une série de pro­ Vers 213 seulement, Tertullicn rompt de manière blèmes qu’il n’est pas facile de résoudre. Le seul que ouverte avec le catholicisme. A ce moment aussi, il nous avons â examiner ici est celui de scs relations se décide pour le montanisme. Les importants tableaux avec le montanisme : comment Tertullicn connut-il dressés avec tant de soin par P. de Labriolle, hi crise la nouvelle prophétie? dans quelle mesure, l’ayant montaniste, p. 323, 358, 399-100, 360-361, sont carac­ connue, s’y attacha-t-il? ct faut-il voir en lui, l’inter­ téristiques à cet égard. Il commence à parler de h prète autorisé des doctrines cataphrygicnnes? nouvelle prophétie dans VAdversus Marcionem, ni, Il est du moins fort vraisemblable qu’il y avait dès 24; iv, 22, dont nous ne possédons plus que la la fin du second siècle, ou les premières années du troisième édition écrite après la rupture. C’est aussi ni· siècle, quelques montanistes â Carthage. Nous en après son apostasie qu’il invoque l’autorité des pro­ avons trouvé â Borne, où ils sc groupaient autour de phètes montanistes : Montan. Priscilla et Maximilia, IToclus. Leur présence à Carthage peut être tenue Dc jejun., 1 ; Montan, Prisca el Maximilia. Adv. Prax., pour certaine, bien que nous ne sachions rien dc leur I; Montan, Dr jejun., 12; Prisca, De exhort, casti!, enseignement ni de leur organisation. Les premiers 10; Dc resur. earn., 11 ; qu’il oppose triomphalement ouvrages de Tertullicn — les plus anciens remontent < nos * usages. < notre · foi, « nos · stations, «notre» a l’année 197 ne mentionnent pas les montanistes, garant etc., ù < « vos Églises, «votre » évêque d’L’tisoit que l’écrivain ne les ait pas connus, soit qu’il ne que, etc..., cf. Adv. Marc., i, 29; in, 24; iv, 22; be les ait pas jugés dangereux pour la grande Église. fuga, 2; De anim., 9; De. jejun.. 10, 12, 13, 1 1, 17; Leur symbole d’ailleurs était le même que celui des De monog.. 1, 4, 7, 12. 15; Dc pudicil., 1. 3, I. 9, 10. catholiques, Dr virgin, veland.. 1; Advers. Prax., 2; 19. Jusque-là, il pouvait bien s'écarter peu à peu de leur vie morale, bien que plus austère que celle de la pratique ecctésiastique, tomber dans des outrances beaucoup dc fidèles, n'était pas si extraordinaire de langage qui devaient lui attirer des reproches de la qu’elle attirât nécessairement l’attention: et comme part des autorités, aussi bien qu’une invincible sans doute les montanistes de Carthage étaient beau­ défiance de la part des fidèles. Bien dc tout cela ne lui coup plus calmes que ceux dc Phrygie, comme leurs venait par le canal de la nouvelle prophétie. Il sc visions ou leurs oracles ne s’accompagnaient pas dc contentait dc suivre les pentes naturelles de son esprit phénomènes inquiétants ou étranges, il était facile de exalté, de son caractère indomptable, pour prêcher, passer â côté d'eux sans les connaître. Il n’est même sans se détourner ù droite ni à gauche, ce qu’il pas assuré qu’ils aient encore formé un groupe Indé­ regardait comme la vérité. pendant comme le faisaient sûrement les marclonites Aussi semblc-t-Π plus exact de parler d'une ren­ ou les Valentiniens : ils gardaient du catholicisme contre de Tertullicn avec le montanisme que d’une tout le contenu positif; ils prétendaient seulement y conversion proprement dite. Tertullicn était trop ajouter ce qu’ils devaient à leurs révélations person­ orgueilleux pour accepter une contrainte; cc qui dut nelles. le séduire dans le montanisme, c'était précisément la C’est aux environs de 206-208 que l’on fait géné­ place laissée aux initiatives individuelles, soi-disant ralement remonter les débuts de l’évolution dc Terpoussées par les révélations du Paradct. N’était-ce tullien vers le montanisme. En réalité, les ouvrages pas une bonne fortune, pour un esprit aussi libre que écrits à partir de cc moment marquent des tendances le sien, de trouver une doctrine, qui, tout en profes­ ascétiques dc plus en plus définies, ct un mécontente­ sant le respect le plus entier pour la règle de foi en ment croissant ù l'égard dc certaines tolérances accep­ usage dans la grande Église, prônait les droits dc la tées par l’Église; mais on ne saurait alllrmer qu’ils révélation privée ct donnait la première place aux expriment des idées d’inspiration exclusivement monprophètes? A côté des spirituels ainsi favorisés, quelle tanlste. Par tempérament, Tertullicn est lui-même pauvreté n’était pas celle des psychiques? Bien de un exalté; il va d’instinct à l’extrême limite dc scs plus curieux en cc sens que le respect avec lequel il théories; et ses exagérations sont déjà sensibles dans cite les oracles montanistes : « Il y a aujourd'hui scs premiers ouvrages. Le Dr spectaculis par exemple parmi nous, écrit-il dans le De anima, 9, une sœur qui remonte aux environs dc l'an 200 : qu’on n’aille pas a reçu en partage le charisme des révélations. Elle les croire qu’il fait des concessions ù l’esprit du siècle; il subit dans l’église au cours des solennités dominicales, interdit aux chrétiens tous les spectacles quels qu’ils en extase, sous l’influence de l'Esprit. Elle converse soient, sans faire aucune distinction. La seule com­ avec les anges, parfois même avec le Seigneur; clic pensation qu’il réserve ù ceux qui se conformeront â volt, clic entend les vérités mystérieuses; elle lit ses prescriptions, c’est le spectacle de la lin du monde, dans le cœur de quelques-uns, ct elle procure des In venue du Seigneur avec ses anges, le jugement des remèdes à ceux qui en ont besoin. Soit qu’on lise les bons et des méchants, la Jérusalem nouvelle, Dr sped., Écritures ou qu'on chante les psaumes, ou qu'on adresse 30, édit. BeilTcrschcid-Wissowa, p. 28. Il n'em­ des allocutions, ou qu’on offre des prières, chaque prunte d’ailleurs pas au montanisme cet espoir d’une exercice fournit matière â ses visions. Il nous était Jérusalem céleste qui recevra les élus. Il a pu le trou­ arrivé de tenir. Je ne sais quel discours sur l'âme, pen­ ver dans l'Apocalypse, dans saint Justin, dans saint dant que cette sœur était sous l'influence dc l’Esprit. Irénée; une telle attente était fort répandue aux envi­ Une fois la solennité terminée, quand le peuple eut rons de 200; il était naturel que Tertullicn la parta­ été congédié, fidèle ù son habitude dc nous annoncer geât avec un bon nombre de ses contemporains. Le ce qu’elle a vu — car on a grand soin dc classer ses même ouvrage attire l’attention sur l'imminence de révélations pour les mieux authentiquer — elle nous la fin du inonde. De sped., 29, p. 28; ct Tertullicn dit : · Entre autres spectacles, une âme s’est montrée â est Intimement persuadé que la grande catastrophe mol corporellement. Elle paraissait être esprit, mais non ne tardera plus, Apolog., xxr. 6; De patient., 1; De dépourvue dc consistance et de forme; bien au con­ eultu femin., n, 9 : en cela encore, il sc conforme â une traire. telle qu'elle était, clic semblait susceptible d’être espérance fort répandue de son temps, ct que parta­ saisie, tendre, lumineuse, couleur d’azur et de forme geront plus ou moins tous les siècles chrétiens. Au plus I toute pareille â celle du corps humain. Telle fut sa 2365 MONTAMSM E 2366 cette trempe ne s’arrêtent jamais en chemin. Il faut vision. Dieu en fut témoin, cl aussi l’apôtre, garant qu’ils aillent toujours plus loin. Saint Augustin si compétent des charismes qui devaient survenir dans affirme que le grand orateur, suivi dans sa nouvelle l'Égllsc. N'y croirez-vous point, même si l’événement sécession par un petit groupe dc fidèles, dont les des­ lui-même vous persuade sur toute la ligne? » Trad, cendants existaient encore dc son temps, sc sépara du p. de Labriolle, La crise montaniste, p. 320. Ce pas­ montanisme ct organisa une communauté de tcrtulsage, qui n’est pas isolé dans l’œuvre de Tertullicn, llanlstcs, parmi lesquels il mourut, De hures.. 86. est tout à fait caractéristique. On y voit Tertullicn Il fallait insister sur l’évolution psychologique de prêchant dans l’assemblée, sans aucun doute un con­ Tertullicn, parce que celui-ci est le seul Occidental dc venticulo où n’était admis aucun des psychiques; et marque qui soit venu au montanisme, ct que scs aussi une femme, favorisée de visions : par une heu­ ouvrages nous font connaître quelques-unes au moin. reuse coïncidence, ccs visions ont pour objet le thème des pratiques de la communauté montanlstc de Car­ même du discours; elles ne semblent accompagnées thage au début du in· siècle. Celte communauté « avait d’aucun phénomène morbide, comme l’étaient les ses usages pénilentiels spéciaux, De pudicit., î, 20extases des montanistes phrygiens; elles sont au 21 ; elle s’était mise en relations avec les autres con­ contraire fort raisonnables, s’enchaînent selon un vent icules épars ù travers le monde romain, pour ordre logique; elles fournissent surtout â l’orateur un faire coïncider certaines pratiques communes en ma­ argument dc premier ordre, tout à fait irréfutable. tière de jeûnes. Tous ccs rites particuliers exigeaient Ce qu’il y a de sûr, c’est que le montanisme est bien que scs adhérents prissent contact les uns avec les le refuge où s’abrite Tertullicn après avoir rompu avec l’Église. M. Faggiotto a essayé récemment dc le nier, autres dans des locaux séparés, affermissent par col­ loques directs leur plein accord et sc sentissent les La diaspora catafrigia. Tertulliano c la nuova procoudes. Au point où étaient montées les antipathies feiia, p. 129, en prétendant que le prêtre de Carthage réciproques entre gens qui se traitaient de psychi­ avait par hasard, en suivant la propre direction dc sa pensée, rencontré quelques-unes des thèses monta­ ques d’un côté, d’hérétiques de l’autre, les assemblées nistes, mais que seuls des témoignages postérieurs, en commun n’cussent-elles pas dégénéré en bagarres, tout au moins en peu édifiantes récriminations? · surtout ceux dc saint Jérôme et de saint Augustin, P. de Labriolle. La crise montamste, p. I61-4G2. l’avalent présenté comme un adepte de la nouvelle Du point dc vue de l’histoire générale, ce qu’il y a prophétie. Cette théorie aventureuse sc heurte a trop de faits certains pour pouvoir être acceptée. Nous dc plus intéressant, c’est dc noter combien, après qua­ rante ans, ct en passant d'Orient en Occident, le avons dit que Tertullicn s’étalt en effet rencontré avec montanisme s’est profondément transformé. Aux ori­ le montanisme, ou, si l’on veut, qu’il s'était reconnu gines, dans la plaine de Pépuzc, c’est un mouvement en ses théories : il était forcé, cette constatation enthousiaste, un revival, que l’on a justement rappro­ faite, d’aller jusqu’au bout ct d’adhérer pleinement à la ché de faits bien connus dans l'histoire moderne ou doctrine enseignée par les successeurs des prophètes contemporaine, une attente anxieuse dc la lin du phrygiens; dc fait, ses derniers ouvrages nous le monde, des prophètes, des révélations, des extases, montrent engagé Λ fond. Il n’est plus catholique, mais des cris, des larmes, des paroles inintelligibles; ct prêtre de la communauté montanisme dc Carthage, pour guider la foule en délire un homme et deux ct disciple résolu du Paraclct. femmes sans autre autorité que celle de leurs visions. Comme tel, il s'explique sur l’extase, dans un ou­ Bientôt les premiers voyants disparaissent. Leurs dis­ vrage en sept livres que nous avons perdu, mais qui ciples, suivant peut-être déjà leur exemple, sont obli­ devait être des plus suggestifs, d’après cc que nous gés dc s’organiser, de sc discipliner, de créer une savons par ailleurs dc scs idées sur la question. Sans doute y essayait-il un compromis entre les manifes­ caisse commune alimentée par les aumônes des fidèles. Les évêques catholiques, d’abord surpris par tations délirantes de Montan et dc scs compagnes, ct la la rapidité du mouvement, sc ressaissisent ct opposent theorie catholique de la prophétie. Il devait y rcfutvr une énergique résistance au torrent, dont la fougue .Miltiade qui interdisait au prophète dc parler en dévastatrice diminue. Et nous voici vers 200 en Occi­ extase, et Apollonius, contre lequel le septième livre dent : le montanisme est devenu une secte, analogue était expressément dirigé; mais en même temps il à bien d’autres Sa doctrine est à peu de choses condamnait, tout au moins dans la vie quotidienne, près celle de l’Église : il garde les Écritures. Ancien les transports, les fureurs, et tous ces phénomènes et Nouveau Testament. Advers. Marcion.. passim: Dc morbides qui avaient naguère exalté les foules de monog.. -I. 8; il garde le symbole de fol, De virgin, Phrygie. veland., 1; Adv. Prax.. 2; Il reste fidèle à la théorie Comme disciple du Paraclct encore, Tertullicn con­ dc l'apostolicilé des Églises garantie par la succes­ damne les secondes noces dans le De monogamia, avec sion épiscopale, Advers. Murcion.. i, 21; ni, 1; iv, 3; une étonnante vivacité de langage; dans le Dc jejunio, Dc anima, -13; il conserve même la plupart des il expose la discipline montanlstc à l’égard des jeûnes, pratiques ordinaires de la piété chrétienne. De corona, plus nombreux ct surtout plus sévères que ceux des 3. Dc monog., 10. S’il s'écarte du catholicisme, c’est Catholiques; dans le Dc pudicitia enfin, il rappelle la par certaines pratiques dans l’exercice des jeûnes; doctrine montanlstc de la pénitence, doctrine impi­ par une sévérité plus grande dans la vie morale, toyable qu’il garantit par l’autorité d’un oracle du en particulier par l’interdiction des secondes noces; Paraclct : Sed habet, inquis, potestatem Ecclesia delicia c’est surtout par la réception des oracles de Montan donandi : Hoc ego magis et agnosco et dispono, qui et de tous les inspirés qui l’ont suivi. Mais ces ipsum Paracletum in prophetis nonis habeo dicentem : inspirés eux-mêmes se font rares ct s’assagissent. Potest Ecclesia donare delictum, sed non faciam ne et alii Tertullicn n’a pas le charisme prophétique; il se delinquant. De pudic., xxi, 7; et qu’il Interprète un contente deciter avec respect une sieur qui le possède. peu plus loin en faisant passer le pouvoir dc remettre Le temps de la grande effervescence est passé. Le les péchés de l’Égllsc catholique à la communauté montanisme a déjà cessé d’être un danger pour montanlstc : El ideo Ecclesia quidem delicta donabit : l’Église; il ne peut plus que décroître. sed Ecclesia Spiritus per spiritalem hominem, non IV. Les survivances du montanisme. — Le Ecclesia numerus episcoporum. De pudic., xxi, 17. groupe montanlstc dc Carthage n’avait pas dû être Après être venu au montanisme ù cause de la fort nombreux, même au temps où Tertullicn en était vigueur de scs principes moraux, Tertullicn, selon la la gloire: le Dc pudicitia, î, 10. n’aurait pas vanté la tradition, devait finir par le dépasser. Les hommes dc 2367 MONT Λ N ISM E Joie de connaître la Vérité avec une élite, si la foule avait été attirée par la nouvelle prophétie. Tertullfen lui-méme contribua â affaiblir encore ce groupe en le scindant : tandis que les uns res­ taient fidèles à la doctrine de Montan, il entraîna les autres en des conventiculcs à lui. A l’époque de saint Augustin, De hseresibus., 86, il y avait encore à Car­ tilage quelques tert unionistes qui possédaient une basilique : le grand évêque eut la joie de les ramener a l’Église catholique. Entre temps, c’est le silence : Saint Cyprien ne cite pas les montanistes; saint Optât de Milève, De schism, donatist., i, 9, les nomme parmi les hérésies disparues. Seule une inscription découverte en 1875 à Mascula en Numldlc, fournit un curieux témoignage des survivances montanistes. Elle est ainsi conçue : Flabius amis domesticus in nomine Patris et Filii (et) domini Muntani. Ce Muntanus qui remplace si singulièrement le Saint-Esprit ne sau­ rait être que Montan, dont nous savons d'ailleurs qu’il se présentait ou était présenté parses disciples comme le Paraclet. Il semble qu'à Home le montanisme oit fait preuve de plus de vitalité qu’en Afrique. Mais nous ne savons rien de son histoire jusqu’à la lin du iv· siècle, époque pour laquelle saint Jérôme met en garde sainte Mar­ celle contre les procédés des cataphryglens qui font de la propagande en faveur de leur secte, Epist., xu, ct l’auteur du Priedestinatus raconte comment un prêtre tert unioniste arriva à Home du temps de Maxime, ct parvint à s’emparer du tombeau des saints Processus et Martinianus autour duquel il réunissait ses lldèles, Prirdestin., lxxxvi; P. L., t. un, col. 616. En Espagne, ni en Gaule le montanisme ne semble avoir pénétré. Il reçut en Occident son arrêt de mort par la loi du 22 février 167 due à l’empereur Hono­ rius, Cod. Theodos., XVI, v, 10. Cette loi prononce contre les montanistes In confiscation des biens, l’inaptitude à faire aucun contrat, l’annulation des testaments, l’incapacité de recevoir des dons ou legs, la confiscation même des propriétés où ont été tenues des réunions hérétiques. De telles prescriptions équi­ valaient à la mort civile. H est du moins probable qu’elle ne frappèrent pas de nombreuses victimes. Sur les destinées du montanisme en Orient, nous sommes fort mal renseignés : quelques lignes de Firmilien deCésaréecn Cappadoce, un nom dans les actes de saint Pionius de Smyrne, martyr de la persécution de Dècc, voilà tout ce que nous savons de son histoire pendant le m· siècle. « Ceux-là même qu’on appelle cataphryglens. écrit Firmilien, ct qui essayent d’uti­ liser frauduleusement de nouvelles prophéties, ne peu­ vent posséder ni le Père ni îe Fils, parce qu'ils n’ont pas non plus le Saint-Esprit. Si nous leur demandons quel Christ ils prêchent, ils répondent que c'est celui qui a envoyé l’Esprit qui a parlé par Montan ct Prisca. Comme nous constatons (pie ce n’est pas l’Esprit de vérité, mais l’esprit de mensonge qui habitait en eux, nous connaissons par là que ceux (pii défendent leur fausse prophetic contre la foi du Clirist ne peuvent posséder le Christ. Telles sont les vues d'ensemble que nous avons arrêtées il y a déjà longtemps à Iconium, ville de Phngic où nous nous étions réunis... » Dans S. Cyprien, Epist., i.xxv. 7 ; trad. P. de Labriolle, op. cit., p. 481. Le concile d’Iconium, dont 11 est ici question, a pu sc tenir vers 230 et régler la question générale du baptême des héré­ tiques : on a d’ailleurs des raisons de croire qu’il s’est occupe spécialement des montanistes dont le nombre pouvait encore être grand en Lycaonie, en Phrygie et dans toute la région. La même lettre de Firmilien raconte assez longuement l'histoire d’une prophétesse. qui, peu de temps après la mort d’A­ lexandre Sévère 235, entraîna des multitudes vers .lé 2368 usaient en sc donnant comme inspirée par l’EspritSaint, Epist., lxxv, 10. La plupart des critiques rat­ tachent cet incident à l'histoire du montanisme. P. de Labriolle, op. cit., p. 187. estime au contraire qu’il est sans aucun rapport avec l'hérésie phrygienne. el il peut avoir tout ù fait raison. Nous n’avons pas beaucoup plus de renseignements sur la vie du montanisme oriental au cours du iv· siècle. Les écrivains de ce temps parlent assez sou­ vent, il est vrai, des phrygiens, mais il est difficile de savoir s’ils les connaissent d’expérience ou s’ils sc bornent à citer le nom d’une secte dont ils ont vague­ ment entendu parler. Dans quelques cas pourtant, on est fixé sur la valeur du témoignage. SI Dydinie insiste longuement sur le montanisme,De Trinit., III, xu.s’il a peut-être consacré à sa réfutation la Διάλεςις publiée en 1905 par G. P’icker, c’est sans doute parce qu’il y voyait une secte dangereuse pour l’orthodoxie, ct encore pleine de vie à son époque. De même saint Jérôme parle des montanistes d'après son expérience person nolle : il les a rencontrés ù Home, Epist., xu, et peut-être en Galatie, In (ialat. comment., Il, 2. Saint Épiphane est lui aussi un témoin oculaire, bien que ses affirmations aient ici, comme souvent ailleurs, besoin d’un sérieux contrôle : il signale l’existence des sectaires en Cappadoce, en Galatic, en Phrygie, et surtout en Cilicie ct à Constantinople, livres., xlviiî, 14: il rattache à l’hérésie phrygienne les Tascodrugites, les Quintillions, les Pépuzlcns, les Artotyrites. les Priscillicns et les Quartodéclmans : ccs généalogies semblent d’ailleurs créées pour les besoins de la cause, ct l’on ne doit pas y attacher grande importance. En cette lin du iv· siècle, la secte était devenue une Église organisée, qui n’avait à peu près rien gardé des enthousiasmes primitifs, et qui. sur bien des points, se rapprochait du novatianisme. Elle avait sa lüérarchic, ses jeûnes, scs usages liturgiques; et les catho­ liques la tenaient en général pour une hérésie dont le baptême n’était pas valide. Sur la hiérarchie montaniste. nous sommes rensei­ gnés surtout par saint Jérôme, qui écrit à sainte Mar­ celle, Epist., xu, 3 : Apud nos apostolorum locum epis­ copi tenent; apud cos episcopus lectius est. Habent enim primos de Pepuza Phnjgitc patriarchas, secundos quot appellant κοινωνούς, atque ita in tertium picnc ultimum gradum episcopi devolvuntur. La même hiérarchie exis­ tait encore à l’époque de Justinien, Cod. Justin., I. v. 20. édit. Krüger, p. 58 : Ιάικώς δέ έπΐ τοϊς άνοσίοις Μοντανισταΐς Οεσπίζομεν ώστε μηδένα συγχωρεΐ□Oat των καλουμένων αυτών πατριάρχων και κοινωνών ή επισκόπων ή πρεσβυτέρων ή διακόνων ή ά)άων κλη­ ρικών... Cette loi est datée du 10 des calendes de décembre 530. ( ne inscription, récemment découverte près de Philadelphie de Lydie, nous fait connaître le nom d’un de ccs χοινωνοί montanistes en 51 1-515 : il s’agit d’un certain Prayllios, qui est (|ualifié de αγίας et porte le titre de κο’.νωνός κατά τόπον. IL Gregoire. Du nouveau sur la hiérarchie de la secte montaniste, d'après une inscription grecque trouvée près de Phila­ delphie en Lydie, dans les Comptes rendus dr l'Acad. des Inscr. et ltel.~Let., l,f mai 1925. Nous ignorons d’ailleurs la fonction propre des cuvions dont parlent ces textes. La hiérarchie montaniste. nu témoignage de saint Epiphane, Ilivres., xux, 2. comprenait des femmes, parmi les évêques et les prêtres : P. de Labrlollc, il est vrai, op. cil,, p. 510-511 révoque en doute l’autorité de ce témoignage, mais il semble pouvoir être retenu, étant donnée la place que les femmes avaient traditionnellement occupée dans la secte depuis les jours de Montan et de sc^ prophétcsscs. I Les jeûnes montanistes sont encore connus grâce ù 1 saint Jérôme, qui, Epist. xi.i, 3, attribue aux sectaires 2369 MONTA NISM E MONTΛ ZET 2370 Elle l’est même d'autant plus que l’hérésie phry­ l'observance do trois carêmes dans l’année, dont un gienne avait, depuis des siècles, perdu sa raison d’être. après la Pentecôte; cf. In Matth. comm., i, 9, 15. SozoEn fait, elle avait été un feu de paille, l'éclosion sou­ mène. Vil. x vin, 12-1 I. ne parle que du carême daine d’un prophétisme faux et exalté dans un coin pascal qui durait seulement deux semaine*, par où il Lut entendre peut-être les xéropbagles signalées jadis de la Phrygie vers 172. Après un éphémère succès, elle avait été rapidement et victorieusement combattue par Tertullicn, De jelun., 15. Plus tard, Marouta de Malphcrkat signalera quatre carêmes montanistes de par l’Église qui, pour mieux lutter, avait peut-être quarante jours chacun; ce qui semble dépasser les I rassemblé ù son occasion quelques-uns de ses plus anciens conciles. C'est en vain qu'en Occident Ter­ bornes de la vraisemblance. Pour la célébration de la fête de Pâques, les monta­ tullicn lui avait rendu un peu de gloire. Dès la fin nistes restaient fidèles ù l’observance quartodécldu n· siècle elle avait changé de forme ct perdu sa nune, Sozomène. //. E ., VII. xvm. 12-14. mais ils véritable physionomie. Il était impossible qu'elle la retrouvât jamais. Sa survivance jusqu'au vin· siècle avalent une manière à eux de calculer l’échéance de constitue un phénomène intéressant, mais sans portée la fête. Le texte de l'historien, assez obscur, ne nous permet d’ailleurs pas de savoir exactement comment pour l'histoire générale de l’Église. Ils s’y prenaient. G. N. Bonwetscb. Geschichte des Monlanismus, Erlangen, Parmi les autres particularités liturgiques des mon­ 1831 ; W. Brlok, Gcschichtr des Montanismus, seine Enttanistes vers la lin du ιν· siècle, on peut citer les solen­ s'chungsuriachcn, 7Ael und Wesen, sowie Î)arstellung und nelles initiations célébrées à Pépuze. Épiphane, Kritik drr udchtigsten daruber aufgcslelltrn Ansichlen, einr religionsphilosophische Studie, lx*ip/ig, 1883; A. Hilgrnfcld, Hures,, xlviiî, 14 ; Eilastrius, Hæres,, xlîx ; le baptême Die Kelzergeschichte des ï’rchrislcntums, l^ipzig, 1884; des morts, Filaslrius, Hæres., xlîx, ct certaines mani­ W. M. Itamsay, The ciliés and bishoprics o/ Phrygia, Oxford, festations prophétiques, que décrit ainsi saint Épi­ 1897; If. Welncl, Die Wirkungen des Ge isles and der Geisler phane, Hares,, xlîx : · Souvent, dans leur assemblée, im nachanostolischen 7citalter bis au/ Irenaus, Fribourgon voit entrer sept vierges portant des torches ct cn-B., 1899; L. Zsclmrnack, Der Diensl drr Frau tn den vêtues de blanc, qui viennent prophétiser devant le mien Jahrhundctten der christlichen Kirchc, Gœttingue» peuple. Elles manifestent une sorte d'enthousiasme 1902; A. d’Alès, /-a théologie de Trrtullien, Pari*, 1905; A. 1 faroack. Die Mission und Ausbrritung des Chrhtentums qui dupe les assistants et provoque leurs larmes. Elles in den ersten drei Ja hrhanderten, l«cipzig, I· édit., 1921; versent des pleurs comme plongées dans les lamenta­ P. Batiffol. L*Eglise naissante et le catholicisme. Pari*, 1909; tions de la pénitence, et par leur attitude elles dé­ P. de I Jibriolic, La crise montaniste. Pari*, 1913; Les sources plorent la vie des hommes. > Si cette description est de l'histoire du montanisme, I*ari\ ct Fribourg-cn-Suiisc* exacte, nous trouvons là les derniers vestiges du pro­ 1913; A. Fuggiotlo, L'ertsin dei Frigi, Borne, 1923; La phétisme qui avait caractérisé le montanisme à scs diaspora calafrigia, Tertulliano e ta nuooa profezia, Home, débuts. 1923. Ccs pratiques un peu désuètes suffisaient-elles pour G. Baudy. qu’on dût regarder les montanistes comme étrangers MONTANO Lèandre Xvn· siècle. — Né ù Murcie, d’où son nom de Leander de Murcia, il fut à la règle de foi, ct soumis à la nécessité d'être baptisés quand Us rentraient dans l’Église? Nos renseignements ministre de la province de Castille, qualificateur de la Sainte-Inquisition ct prédicateur du roi. Fort versé sur ce point sont contradictoires. Tandis que Tertulllen montaniste proclamait sa fidélité à la règle de fol dans les questions de théologie morale ct de droit canonique, il a laissé une œuvre littéraire assez catholique, saint Jérôme, Epist., xu, 3. écrit : · Nous considérable sur cette matière. On retiendra surtout différons d’eux d’abord sur la règle de foi... ils s’atta­ les Disquisitiones morales in S. Thomx, 2 vol. chent au dogme de Sabellius et Us resserrent la Trinité in-foL, Madrid, 1653 et 1660; des Quxstiones selector dans les limites d’une seule personne. · Saint Basile. regulares, Madrid. 1615; des Quaestiones selector morales, Epist., clxxxviu, prétend qu’ils baptisent au nom Madrid, 1616, et un certain nombre de mémoires du Père ct du Fils et de Montan ou de Priscillc; et apologétiques composés pour défendre diverses posi­ Saint Épiphane, par contre déclare. Hæres., xlviiî, tions prises par lui ou l’ordre en général et les Anrahs Lquc sur le Père, le Fils ct le Saint-Esprit, ils pensent de Bovérius en particulier. Il est aussi l’auteur d’un comme la sainte Église catholique. Il y a là un point Commentaire sur Esther, Madrid, 1647. sur lequel il est difficile de faire la lumière. Au plus semit-on porté à croire que Montan lui-même gardait Jean de Su tnt-Antoine, Hibliolhcca urüv. francise., t. u. la loi orthodoxe â la Trinité, et que scs disciples ten­ p. 279 sq. ; N.Antonio, liiblinthcca hispana nova, 2’ edit.. dirent de plus en plus vers le sabellianisme ou des doc­ I. π, p. 13; Wadding, Scriptores Ο. Μ., p. 161; Sbaralea. trines approchantes. Supplementum, p. <85-486; Hurter, \omcnclatnr, 3· édit., Dès 398, les lois poursuivirent de leurs rigueurs t. ni, col. 1195. É. Amann. les montanistes d'Orlent qui pouvaient encore sub­ sister Elles ne les anéantirent pas cependant. SozoMONTAZET (Antoine Malvln do), prélat français (1713-1788), naquit au château de Qulssac. mène, qui écrit après 110, prétend que de son lemp.» près d’Agen, le 17 août 1713; il fut vicaire général les montanistes sont encore une multitude. //. E., Ill, de Filz-.lames ù Solssons. puis aumônier du roi. xxxn, 6; Procope. Hist, arcana, xi, 14, 21, raconte qu’en Phrygie des montanistes s’enfermèrent dans Nommé ù l'évêché d’Autun en 1748, il assista aux Assemblées du clergé de 1750 et de 1755, et, en leurs propres églises, y mirent le feu ct s’y brûlèrent avec elles. Jean d’Éphèse, également sous le règne de 1750. il prononça le discours d’ouverture contre l’in­ Justinien, aurait découvert les ossements de Montan, crédulité qu’il attribue au progrès de la corruption ct A l'amour de l’indépendance; dans cette assem­ de Maximilia ct de Priscilla et les aurait brûlés ainsi blée el dans celle de 1755, il défendit les immunités que leurs temples. La dernière mention que l’on trouve de montanistes bien réels remonte au règne de du clergé el s’éleva contre les empiétements du Par­ Léon III l’Isaurlcn : d'après Théophane, celui-ci lement. Monlazel fut nommé archevêque de Lyon ayant voulu (en 722) contraindre les montanistes au à la mort de l encin, le 2 mars 1758, ct on a dit qu’il baptême, les sectaires s'enfermèrent dans les maisons acheta ce siège par la complaisance qu’il avait mise où ils célébraient leurs faux mystères, cl ils s’y brû­ ù casser une ordonnance de l’archevêque de Paris. lèrent. Sans doute ù celle date, les montanistes 8 avril 1757, contre les Hospitalières de Saint-Marcel: n’élaicnt-lls plus qu’une poignée. Leur survivance si il lit du diocèse de Lyon la place forte du jansénisme. longue n’en est pas moins remarquable. Entouré des opposants A la bulle ( nigenitus, il lit 2371 MONTAZET venir auprès dc lui les plus hardis d’entre eux, en par­ ticulier l'oratorien Valla, et il fit souvent appel à la plume de l’avocat Mcy. Il modifia tous les livres de piété et d’instruction religieuse : catéchisme (1767), bréviaire (1776), manuel de philosophie et dc théologie (1780 ct 1783), rituel (1787). Son gouvernement épis­ copal. surtout durant les dernières années, fut fort troublé par les excès dc quelques fanatiques à Lyon el les excentricités des frères Bonjour à Farcins. En 1757, il avait remplacé le chevalier de Bouffiers à ('Académie française. Il mourut à Paris le 2 mai 1788. Les écrits composés par Montazet ou signés par lui sont très nombreux, ct sont presque tous inspirés par des idées jansénistes. On peut citer son 3lande· ment sur la pénitence, 11 février 1757, dont les Nou­ velles ecclésiastiques font un éloge enthousiaste (8 mai 1757, p. 77-78). Lettre de l'archevêque de Lyon, primat de France, à l'archevêque de Paris, in-1% Lyon. 1760, dans laquelle Montazet veut prouver que son ordonnance en faveur des Hospitalières du fau­ bourg Saint-Marcel à Paris est absolument irré­ préhensible, que scs procédés «à l’égard dc l'archcvêqUc dc Paris ont été aussi honnêtes ct aussi respectueux que sa conduite a été régulière; 1· l’archevêque de Lyon a pu juger ccttc affaire, parce que l’Églisc de Lyon a une juridiction primatiale sur celle dc Paris, ct que l'Églisc d’Autun a droit d’exercer ccttc juridic­ tion durant la vacance du siège de Lyon; d’autre part, les religieuses Hospitalières avaient droit dc recourir à la primatic; 2“ l’archevêque de Lyon a dû juger, parce qu’il en a été requis; 3e enfin il a bien jugé suivant les règles (Nouvelles ecclésiastiques du 16 jan­ vier 1761, p. 10-11). En 1763, il publia un mandement contre !cs thèses du P. Berruyer (Nouvelles ecclé­ siastiques du 2 mai 1763, p. 73-76). En 1767, Montazel publia un Catéchisme du diocèse de Lyon, qui fut attaqué par la Critique du catéchisme en forme de dialogues ; entretiens sur le nouveau catéchisme de Lyon entre un vicaire général, un curé et un oratorien.' Dans les trois entretiens, le curé s’applique à montrer que le catéchisme reproduit les propositions de Ques­ ncl. Cette Critique a été attribuée à un jésuite nommé Arnaud. Pour répondre à ccttc attaque, Montazet publia un Mandement et instruction pastorale portant condamnation d'un libelle intitulé : Critique du caté­ chisme i.n FORME de dialogues, imprimée sans nom d'auteur, ni d'imprimeur et sans aucune désignation du lieu de Γimpression, in-12, Lyon, 1772 (Nouvelles ecclésiastiques du 3 octobre 1673, p. 157-160 ct du 18 décembre 1776, p. 203-204). Cc mandement, daté du 6 novembre 1772, Insiste sur quelques questions particulièrement visées par la Critique : obligation de rapporter ù Dieu toutes nos actions, des vertus chrétiennes, nécessité d’un commencement d’amour dc Dieu dans le sacrement dc pénitence, dc la grâce elllcace. du sacrifice de la messe, de la fête dc l’Imma­ culée conception sur laquelle l’Églisc n’a rien défini; enfin Montazet proteste contre les opinions nouvelles qu’on voudrait Introduire, contre les jugements témé­ raires, les déclamations el les calomnies dirigées contre lui. Cc mandement, dans lequel Montazet pré­ tend n’être que l’apologiste de saint Augustin, fut rédigé par le P. Lambert, dominicain (Ami de la reli­ gion, l. xxn, p. 167) cl par Gourlin (ibid., t. xxiv, p. 382). 11 provoqua une réponse intitulée : Les vrais sentiments du clergé du diocèse de Lyon, adressés en /orme de lettres au rédacteur de Mgr l'archevêque, pour servir de réplique à son mandement donné le fi novem­ bre 1772. Un Mandement contenant des instructions sur la pénitence et des dispenses de carême, ln-4· ct in-12, Lyon, 1768, parut le 15 janvier 1768 et forme une protestation contre la facilité ù accorder l’absolu­ tion : · 1· la conversion du cœur, sans laquelle il n’y a point de vraie pénitence, demande plus dc temps el d’efforts qu’on n’en emploie à reconcilier lespéchcun; 2· lu conversion du cœur, quand elle est réelle, produit nécessairement des effets dont la prétendue pénitence des pécheurs n’est pas suivie. L’excessive facilité avec laquelle ils s’imaginent rentrer en grâce avec Dieu rend leur pénitence légitimement suspecte, et le peu dc fruit qu’elle produit achève d’en prouver la (au* seté. » La pénitence doit être un baptême laborieux Il acheva l’exposé de ses principes dans deux mande ments pour le Jubilé (Nouvelles eccléilastlgurt du 19 septembre 1770, p. 151-152 et du 18 décembre 1776, p. 202-203). Ordonnance portant règlement pour le chapitre de l'église primatiale de Lyon sur réquMIolrt du promoteur, In-P, Lyon, 1773, el in-12, 1771. Cette ordonnance, datée du 30 novembre 1773, parle dc h résidence des chanoines, de leur assistance aux office* ct, en général, de leurs devoirs. Le chapitre de Lyon qui se prétendait exempt de l’Ordinaire, fit appel comme d’abus en 1774; le Mémoire pour les dogent, chanoines ct chapitre, comtes de Lyon, in-1·, Lyon, 1771, attaque la conduite de Montazet, tandis que le Mémoire pour le syndic du chapitre donne * le tableau el preuves des révolutions qu’ont éprouvé (sic) dans l'église primatiale, ou par le fait du chapitre ou dc son agrément, le culte extérieur, les rits, les usages, les cérémonies et les livres liturgiques. · En 1770, Montazet publia un nouveau Bréviaire que le chapitre accepta le 13 novembre 1776; cependant un écrit intitulé : Motifs de ne point admettre la nouvelle liturgie attaqua le bréviaire de Montazet; cct écrit, il est vrai, fut condamné au feu le 7 février 1777, après réquisi­ toire de Séguicr (Nouvelles ecclésiastiques du 27 mars 1777, p. 49-62). L’ouvrage le plus célèbre de Montazet fut son Instruction pastorale sur les sources de Γincré­ dulité et les fondements de la religion, ln-12. Lyon ct Paris, 1776; les sources de l’incrédulité sont la pas­ sion et l’ignorance; les fondements de la religion sont l’insuffisance dc la raison ct la nécessité d’une révéla­ tion. Les incrédules rejettent la religion â cause dc ses mystères, mais les mystères prouvent la grandeur dc Dieu que nous ne pouvons comprendre et, d’ailleurs, la soumission que Dieu exige de nous, en nous propo­ sant les mystères est non seulement juste, mais encore salutaire, parce qu’elle abaisse notre orgueil; enfin il faut remarquer la doctrine admirable de Jésus-Christ ct In beauté de la morale chrétienne (Nouvelles ecclé­ siastiques du 16 octobre 1776, p. 165-168). Ce mande­ ment célèbre fut rédigé par le P. Lambert domini­ cain. Dans son discours ù la rentrée du Parlement, le 12 novembre 1777. Montazet laissa paraître le gallicanisme qu’il avait déjà exposé dans scs mande­ ments de carême de 1768 el 1769, dans lesquels II protestait contre les maximes ultramontaines et rap­ pelait les quatre articles de 1682. En 1780. Montazet donna aux élèves de son sémi­ naire un nouveau manuel de théologie, rédigé par Joseph Valla, sous le litre : Institutiones theologica ad usum scholarum accommodata', 6 vol. in-12. 1780, dont le P. Valla fit lui-même un résumé en 2 vol. C’est la fameuse Théologie de Lyon ». Elle fut rééditée à Lyon en 1781 et en 1787. puis à Vencc en 1787. el elle se répandit en Allemagne, en Espagne, en Por­ tugal et en Italie; elle fut introduite en Toscane par Ricci en 1788 el condamnée par l’index le 17 décem­ bre 1792; en 1793, le grand-duc de Toscane, Ferdi­ nand, la fit retirer de ses États, à la demande du nonce, Louis RufTo, et de l’évêque dc Flésole, Mancln. Une critique dc cette théologie parut en 1785, sous le litre : Observations sur la théologie de Lyon, en quatre lettres dans lesquelles l'auteur anonyme (abbé Pc y) signale des réticences et des Insinuations qui rendent cette théologie très suspecte dc Jansénisme. 2373 MONTAZET Les .\’oi/t'r//r< ecclésiastiques (les H cl 18 décembre 1786, p. 197-202, critiquèrent l'ouvrage dc Pcy qui, en 1787, lit une seconde édition de son écrit pour répondre au Nouvelliste; de son côte, \ alla publia une Défense dc sa théologie, in-12, 1788 (.Voi/t’ef/rs ecclésiastiques du 6 mars 1785, p. 37-10. et du 3 sep­ tembre 1788, p. 111-113) ct une polémique s'éleva plus tard à ce sujet entre l'abbé Bigy et l'abbé dc Feller (Nouvelles ecclésiastiques des 26 février, 5 ct 12 mars 1791, p. 31-11). Le même P. Valla, avait aussi édité un cours de philosophie sous le titre : Institu­ tiones philosophica*, auctoritate 1)1). archicpiscopi Lug­ dunensis ad usum scholarum sine dlocesis edita, 5 vol. in-12, 1783, cl celle philosophie était recommandée par un mandement de Montazet (Nouvelles ecclésias­ tiques du 28 mai 1781, p. 87-88). I n anonyme qui, d’après Tabaraud (Ami de la religion, t. xxiv, p. 382) serait l'abbé Joseph Courbon, a composé les Plagiats de l'écrivain de Mgr l'archevêque de Lyon, ct montré que les deux tiers du mandement contre la Critique du catéchisme sont déjà imprimes dans ΓEthica moris, ct surtout que ΓInstruction pastorale sur les sources de l'incrédulité n'est que l’analyse du Traité des prin­ cipes de la foi chrétienne de Duguct, 3 vol. in-12, 1736, cl de VExplication dc la Passion du même auteur; dc (ait, les emprunts sont si visibles ct si nombreux qu’il est impossible dc les nier. Montazet donna le 30 mal 1787 un mandement pour la publication du Nouveau Rituel dans son diocèse (Nouvellesecclésiastiques du 2 octobre 1787, p. 157-1 GO). Mlchnud, Biographie universelle, t. xxix, p. 46-47; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xxxvi, col. 126127; Quérard, La France littéraire, t. v, p. 182 (art. Malvin de Montazet); Teller, Biographie universelle, édit. Pércnnès, l. vm, p. 458-160; Chaudnn ct Dclandine· Dictionnaire univers·!, historique, critique cl bibliographique, 5· édit., 1810, t. xn, p. 115-116; Doses sort*. Les siècles littéraires, Ί voL In-12, Paris, 1800-1803, t. iv, p. 416; Ami de la reli­ gion, du 18 déc. 1810, t. xm, p. 161-172,et du 2 août 1820; t. xxiv, p. 381-384; Brcghol Du Luc cl Péricaud, Biogra­ phie lyonnaise: catalogue des Lyonnais dignes dc mémoire, in-8·. Pari*, 1839, p. 196; Fisquct, La France pontificale : Métropole de Lyon ct de Vienne. ln-8·, Paris, *. d., p. 507-529; Encyclopédie des sciences religieuses dc Lichtenberger (prot. ), t. ix, p. 357-358; Note* historiques sur le séminaire SaintIrénée, in-8·, Lyon, 1882, p. 215-338; Encyclopedic théologlque dc Mignc. t. xu, col. 664-673; Bévue du Lyonnais, n* série, t. xix; Léon Scellé, Les derniers jansénistes depuis la ruine de Port-Boyal jusqu'à nos jours, 1710-18 70, 3 vol., in-8", Paris, 1891, 1.1. p. 95-96, et Lu, p. 1-5, 19-50; Gazier, Histoire du mouvement janséniste depuis ses origines jusqu'à nos jours, Paris, 1922, L n, p. 7 1-76; en lin, on peut consul­ ter divers manuscrits, en particulier, ù In bibliothèque dc l’Arscnal, ms. 2064, fol. 497-530, cl ms. 6033, fol. 180-194 ct ii In bibliothèque dc Lyon, le ms. 1187 qui contient des manuscrits et des Imprimés sc rapportant aux plagiats ct aux querelles provoquées par le bréviaire cl In théologie, le Recueil n. 23113 ct les ms. 106 et 107 du fonds Costos, relatifs Λ la nouvelle liturgie et aux troubles causés dans l'Églisc de Lyon. J. Cahheyhe. MONTCH AL (Charles dc) ( 1589-1651) naquit à Annonay en 1589, d’une famille noble, mais ruinée ct pauvre; après avoir été élève au Collège d'Autun à Paris, Il en devint le principal et il s’adonna à l’étude de l’histoire ecclésiastique ct dc l’antiquité chré­ tienne. Il fut le précepteur du cardinal dc La Valette, auquel il succéda, en 1628, sur le siège de Toulouse Il approuva le livre de La fréquente communion d’Ar­ nould· avril 1644, ct 2 mars 1616; sans être formelle­ ment janséniste, il favorisa les débuts de celle hérésie ct il protégea quelque temps le fameux Labadie qui, après avoir traversé le jansénisme, aboutit au protes­ tantisme. Montchal prit une part active à plusieurs assemblées du clergé et il présida l’assemblée dc 1645. Il mourut à Carcassonne le 22 août 1651. PICT. DE rilfOL. CATBOL. MONTCHAL 2374 Les ouvrages imprimés de Montchal sont peu nom­ breux, mais il a laissé beaucoup dc manuscrits, en par­ ticulier, des lettres que l’on trouve aujourd'hui en divers dépôts, ct que M. Alphonse Auguste a entrepris dc recueillir el dc publier; quelques lettres ont élé citées par le P. Ixqulen, en tête du l. rr de son édition de Saint Jrun Damascene. Montchal n’a guère publié lul-mcinc (pie sa Remontrance faite a la Reine, de la part de TAssemblée du clergé, touchant l'affaire de Mes­ si re. René de Bleui, évêque de Léon, ln-4·, s. L, s. d. Son ouvrage le plus important n'a paru que long­ temps après sa mort; ce sont les Mémoires contenant des particularités de la vie et du ministère du cardinal de Richelieu, 2 vol. In-12, Rotterdam. 1718. Ces Mémoires vont dc 1624 a 1641, ct sont peu sympa­ thiques au cardinal de Richelieu, qu’ils accusent d’avoir voulu établir un patriarcat en sa faveur; nn y trouve des détails très curieux sur l'assemblée dc Mantes (1641), dont Montchal fut exclu, pour s'être opposé aux volontés de Richelieu, ct sur les aflaircs du clergé que Je cardinal regardait parfois comme de simples affaires d’État. (Les Mémoires contiennent le Journal de Γ Assemblée du clergé tenue ά Mantes en 1641; les copies manuscrites dc ces Mémoires se trou­ vent aujourd’hui en dc très nombreux dépôts: à Paris Bibliothèque nationale, ms. fr. /4 634 et 23 249. et nouv. acq., 2535; Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 191 ct 192; à la Mazarine, ms. 2533-2540; à l’Arscnal, ms. 5286; â la Chambre des députés, ms. 66-67 ct 1359; et aussi en province : bibliothèque dc Castelnaudary, ms. 3, de Lisieux, ms. 3, de Cambrai, ms. 1112, d’Aix, ms. 100, de Sens, ms. 233. Léopold Delisle (Inventaire général ct méthodique des manuscrits fran­ çais de la Bibliothèque nationale, t. i, p. cxxvm) écrit que les manuscrits de Montchal dont le catalogue a été publié par Montfaucon (Bibliotheca bibliothecarum, t. n, p. 896) furent achetés par Nicolas bouquet. Échus· après la disgrâce du surintendant, à CharlesMaurice Le Tellier, ils sc trouvèrent compris presque tous dans la donation que celui-ci fit dc scs manu­ scrits à la bibliothèque du roi en 1700. Ajoutons que le ms. 507 dc la bibliothèque municipale dc Caen con­ tient un catalogue des manuscrits dc Montchal, plus complet que celui dc Montfaucon. Enfin Montchal avait composé une Dissertation pour prouver que les puissances séculières ne peuvent imposer aucunes tailles, taxes, subsides et autres droits sur les biens de l'Église sans son consentement. Cette Dissertation, ainsi que dc longs extraits des Mémoires dc Montchal, a clé publiée dans L'Europe savante de novembre 1718. Mlchnud, Biographie universelle, t. xxix, p.56-57; I foefer. Nouvelle biographie générale^ t. \xxm, col. 148-119; Morrri, Ij· grand dictionnaire historique, édit, de 1759, L vn, p. 706707; Feller, Biographie universelle, édit. Pércnnès, 1842. t. vm. p. 161-462; Barrai* Dictionnaire historique, littéraire et critique, t t.cnGxol. In-8*, Avignon, 1738-1762, t, ni. p. 515516; Dc*r*Mirt*, l^s siècles littéraires, 7 vol. in-8”, Paris· 1800-1803, t.iv, p. 116; Chaudon cl Dclandine. Dictionnaire unityrscl, historique, critique rt bibliographique, 5' édit., 1810, l. xn, p. 117. Gallia Christiana, t. xm. col. 60-64; Biographie toulousaine, 2 vol. in-Sr, l*nri$. 1823. L L p. 7273; abbé Cayrc, Histoire des Mques cl archet^qurs dc Tou­ louse depuis la fondation du siège jusqu'à nos jours, in-8*, Toulouse· 1873, p. 361-373; Lêon-G. Pélissier. I^cs amis d'Holstcnins : 1 Charles de Montchal. archevêque dc Toulouse, in-8·, Rome, 1886; L. Bertrand. La vie de Mesure Henri dc Béthune, archei*éque dc Bordeaux (161)4-1630), Paris ct Bor­ deaux. 1902. t. i. p. 220-230. cl 233-236; Alph. Auguste. Lettres inédites deux ar­ ticles ont été publiés Λ part» in-S·. Paris, 1922. J. (’.ΛΗΙΙΙ-ΥΙΙΚ. 2375 MONTE (PIERRE DAL) — MONTEMPUYS MONTE (pierre dal), célèbre canoniste Italien, 2376 Rocaberti. Bibliotheca maxima pontificia, t. xvni, p. 101-137. Panni les tractatus de dal Monte, il hui compter aussi une réplique à la dissertation de Nicolas Tudcschi, archevêque de Païenne, contenu dam le ms. 5/3 (ancien 116) fol. 198-233 de la Bibliothèque Barberinl : Pétri de Monte responsio ad exhurtutionan seu (noectivam X. archicpiscop, Panormitani ad hitrti concilii Basileensis. Il faut compter enfin le Contre impugnantes Sedis apostolicir auctoritatem, dédié à Nicolas V, ct contenu dans le ms. lut. 4415 de laBibllo· thèque valicane ; le prologue cl l’épilogue dans le ht. 2694 (fol. 297-299), qui est un recueil d'œuvres dt notre auteur. D’après Noël Valois.il faudrait probable­ ment lui attribuer aussi un mémoire, rédigé cn Angle­ terre en 1137-1438, et dénonçant les agissements du concile de Bâle; il est contenu dans le Vatic, ht. 4136, fol. 217-222. Cf. N. Valois. Le pape ct le concile, l. i. p. 298, η. 1 ; t. n. p. 130, n. 4. 11 y a aussi des dbcours de dal Monte ct des pièces relatives à sn missions dans VOHob. lut. 350, fol. 351,389, et dam VOttob. lat. 675, fol. 1, 44, 62. 80. On a publié à Rome en 1523, sous le titre : Miraculum eucharistia per Epiphaniam, a Petro de Monte ep, Brixiensi lalinis literis traditum, une tra­ duction latine d'une pièce grecque attribuée à un Epiphane (sans doute Épiphane dit le Moine); celle traduction, dédiée au cardinal Nicolas Albcrgati, té­ moigne que dal Monte avait du grec une assez sérieuse connaissance. Elle est reproduite dans Théophile Raynaud, Opera omnia, t. vi, p. 382, et aussi, mais sam la dédicace à Albcrgati, dans P. G., t. exx, col.273 sq. - Le ms. Val, lat. 2694, déjà cité, contient, outre les textes sus mentionnés, une partie de la correspon­ dance de dal Monte, et plusieurs autres discours: en particulier le discours prononcé à Bourges cn 1414, Oratio ad clerum Ecclesia: gallicanæ pro Eugenio IV, fol. 269-281. ct aussi un discours adressé aux ambas­ sadeurs de France ct d’Angleterre cn faveur de la paix : Coram Gallorum Anglorumquc [legatis at principibus exhortatoria ad pacem oratio, fol. 262-263. Quelques-unes de ces lettres avaient déjà été éditées au xvni· siècle par le card. Quirini, qui projetait le rassemblement ct la publication des œuvres de dal Monte. A. Zanelli vient d’en publier un certain nom­ bre cn appendice à son étude sur notre auteur. évêque de Brescia (t 1157). — Né à Venise au début du xv siècle, Pierre fit en sa ville natale de solides études qui lui donnèrent une remarquable connais­ sance de la langue latine ct même de la grecque: il compléta sa formation philosophique à Paris, où il fut élève du Collège de Navarre. Maître ès arts, il retourne A Padouc pour y apprendre le droit, et est reçu docteur in utroque en 1433. On le trouve au con­ cile «le Bâle Λ la lin de cette même année, sans qu'on puisse dire exactement cn quelle qualité, peut-être comme adjoint à l’ambassade de Venise. 11 se fait déjà remarquer par sa vigueur à défendre les droits du Saint-Siège. L’assemblée le charge, cn juin 1 131, d’aller réclamer aux Romains révoltés contre le pape la mise cn liberté du cardinal Condolmarlo, neveu du pontife. Ccd le met cn relation avec Eugène IV qui le nomme protonotalrc, ct l’envoie en Angleterre avec le titre de nonce ct de collecteur des revenus aposto­ liques. Dans sa mission d’Angleterre, dal Monte eut assez d'habileté pour détacher ce pays du concile de Bâle devenu schismatique. La correspondance du nonce, partiellement conservée, montre toute la diplomatie dont dut faire usage le représentant d'Eugène IV. Rentré cn curic sur ses demandes ins­ tantes cn 1 111, I) est nommé au printemps de 14 12 évêque de Brescia. Mais, sans avoir le loisir de prendre possession de son siège, il est aussitôt envoyé cn France comme légal a latere auprès du roi Charles VII. 11 s'agit de faire retirer au souverain la Pragmatique san­ ction de Bourges et de conclure avec lui, si possible, un concordat qui ménage les droits du Saint-Siège. Sur le détail de ccs négociations, voir N. Valois, Histoire de la Pragmatique sanction de Bourges, Paris, 1906, p. cxxx-cL, ct les documents y relatifs. Les efforts de dal Monte n’aboutirent pas; il rentre cn Italie cn 1115 et prend enfin possession de son évêché de Brescia. Mais il n'y séjournera pas longtemps : cn mai 1451, il est nommé gouverneur (légat) de Pérouse où les difficultés ne lui manquèrent pas; rappelé cn curie cn juin 1454, Il est nommé référendaire aposto­ lique ct meurt â Rome le 12 janvier 1457. Pierre dal Monte, s’il fut homme d’action, fut aussi homme de doctrine. Une partie seulement de son œuvre est publiée : elle est surtout d’ordre canonique. Le plus volumineux de scs traités est un Repertorium ΪΛ meilleure notice littéraire reste celle d'Agostini, utriUSque furis, qui fut un des premiers recueils Scrittori VtnÎztaïii, t. i, Venise, 1752, p. 316-372; In com­ de droit imprimés : Rome, 1476, 2 vol. In-fol; Nurem­ pléter, surtout pour les renseignements biographiques, par berg, 1476, 3 vol. in-fol.; Padouc 1480, 2 vol. in-fol. A g. Zanelli, Pietro det Monte, dans Arehtuio storico lombarde, Cf. 1 lain, Rrpcrt. bibliographe n. 11 587-11 589. Rédigé série IV, t. vu. p. 317-378; t. vm, p. 46-115. Cf. aussi Noël Valois, Histoire de ta Pragmatique sanction de Dolirgei, par ordre alphabétique, le Répertoire est une œuvre de Paris, 1906. et La crise religieuse du XV· siècle, /.e pape grand mérite et qui fait une large place aux décisions et le concile, 2 vol., Paris, 1909, voir les tables nlplinliétl· des anciens canonistes; Il a dû être rédigé après la ques; L. von Pastor, Gesch. der Papste, 2* éxlit., t. î, 1891, mort d'Eugène IV (1447). — C’est aussi â la littérature p. 333-335. — Schulte, Die Gesch. der Quellen und Lite· canonique que sc rattache des Tractatus de potestate ratur des canonisehen Rechts, t. n. 1877. p. 317. fourmille papa: et concilii, auxquels sc réfère dal Monte luid'inexactitudes, dont quriqiiex-unr' rrpnxiultes par Hur­ même dans le Répertoire au mot Papa, cl il parle de scs ter. Xnmciiclatnr, 3’ édit., t. il, col. 954. tractatus au pluriel (in tractatibus meis). Il faut cer­ É. Asians’. tainement y comprendre d'abord un traité De potes­ MONTEMPUYS (Joan-Qnbriel Potltdo)(1711tate romani ponticis et generalis concilii, Inspiré â coup 1763) naquit à Paris en 1674, devint recteur de l’uni­ sûr par les démêlés entre la curic romaine ct le concile versité ct chanoine de l’Eglise de Paris; toujours il fut de Bâle. Hain, toc. cil.,n. 11 591, en signale une édi­ fort opposé à la bulle Unigenitus et il favorisa le parti tion s. L a. typ., mais antérieure â 1500; les biblio­ des appelants, ce qui lui valut les félicitations de graphies cn signalent des éditions à Rouie, cn 1492 et l’évèquc de Sciiez, Soanen. 11 avait des relations avec cn 1537. à Lyon. 1512; celle-ci. Intitulée De monarchia, Qucsncl qui lui écrivit une lettre le 6 février 1718, est publiée avec notes par Nicolas Chahnot, profes­ voir Correspondance de Pasquier Qucsncl, 2 vol. in-8·, seur â Poitiers; celle de Rome 1537 a pour titre : Paris. 1900. t. n, p. 395-397. En décembre 1726. il fut Petri de Monte Veneti, episcopi Brixiensis monarchia, le héros d’une aventure dont on trouve le récit dans in qua generalium conciliorum materia de potestate et les chansons du temps: surprisà la Comédie Française, pnrstantia romani pontificis et imperatoris discutitur, habillé cn femme. Il fut, pour cc fait, exilé par lettre ex proprio originali Felini Sandei descripta cum ejusdem de cachet du 26 déc. 1726. Ed. Burin a raconté cette Felini adnotatiunculis quibusdam. Elle est reproduite aventure, Reçut des études historiques, av. juin 1927, dans les Tractatus furis, t. xm a, fol. 144-153, et dans p.. 119-1 10). Voir Archiocs dt ta Bastille à la blbllo· I I I I s I | 2377 MONTEM PHYS thèque do Γ Arien ni, η·· 10817 cl 10982. Montempuys mourut le 23 novembre 1763, ayant fait sa soumis­ sion ύ l'Église. Scs principaux écrits sont dirigés contre la bulle Unigenitus. Cc sont : Oratio habita in comitiis gene· rolibus universitatis, in-t·, s. !.. 1716. -- Mémoire présenté à S. A. Mgr. te duc d'Orléans, pour la défense de Γ Université, contre un Mémoire de quelques prêtais de France, 7 juin 1717. 1/évêque de Sciiez le félicita vivement de ce Mémoire (Lettres de Mess ire Soanen, évéque de Seriez, 6 vol. in-12. Cologne, 1750, t. i, p. 160-162, et aussi lettre du 19 mars 1717, t. I, p. 128-130). Observations sur l'instruction de. Mgr l’archevêque de Reims du 11 janvier 1717, in-12, 1717. - Déclaration ct conclusions de Γ Université de Paris sur la proposition d’appel de ta Constitution I’nioexitus, in-4·, 1717. Discours des 22 juin el 16 décem­ bre 1717,dont V Histoire du livre des Réflexions morales sur le Xouveau Testament et sur ta Constitution Uni­ genitus, t. vi, p. 118-165, fait un très grand éloge. — Enfin, après sa mésaventure. Montempuys publia des Observations sur la nouvelle édition des Mémoires de M. de Sully, principalement pour cc qui concerne les jésuites dans lesquels on rectifie plusieurs faits qui les concernent, sous le règne d’Henri / V, altérés dans cette nouvelle édition, in-12, La Haye. 1717. réimprimés en une nouvelle édition, considérablement augmentée, in-12. Amsterdam. 1762. sous le titre, Supplément aux Mémoires de Sully. Quérnrd, La France littéraire, l. vr, p. 237; HébrallGuyot-l-aportc, La France littéraire, 2 vol., in-12, Paris, 1769-1781, L il, p. 80-81; Journal et mémoires de Mathieu Marais, publié par M. de l.escurc, I vol. in-8’. Paris, 1864, t. ni, p. 465-466; Histoire du livre des Réflexions morales sur le Nouveau Testament, 6 vol. in-12, Amsterdam. 1723. t. vt, p. 148-165. .L Caiuu.yhe. MONTESQUIEU (Charlos-Louis-Joscph do Secondât, baron de In Brèdoet de), littérateur, histo­ rien et philosophe français, ne au château de LaBrède. près de Bordeaux, le 18 janvier 1689. mort le 1" février 1755,à Paris. I. Vicet œuvres. II. Idées. III. Influence. I. Vie et œuviu.s. — De noblesse de robe, Charles de Secondât, après avoir fait ses études à Juilly chez les oraloriens cl son droit à Bordeaux, devint en 171 I conseiller au parlement de cette ville. En 1716. un oncle, l’aîné de la famille, lui léguait avec sa charge de président à mortier son titre de baron de Montesquieu. Très lier de son sang cl de son rang, mais peu attaché â son métier, Montesquieu s’occupa bientôt de litté­ rature. En 1716, il lisait ù la jeune Académie de Bor­ deaux. fondée en 1712 ct où il venait d’entrer, plu­ sieurs dissertations, Sur la poli tique des Romains dans la religion ct Sur le système des idées, etc. Puis il s’adonnait aux sciences physiques que Newton avait mises â la mode et, dès 1719, précurseur de Button, il méditait une Histoire physique de la terre ancienne ct moderne, et, en 172l.il rédigeait des Observations sur Thistoirc naturelle. Mais gêné dans son travail scienti­ fique par une dure myopie ct par l’éloignement de la capitale, il s’adonnait exclusivement aux études morales ct politiques. 1· Les Lettres persanes. - En 1721. il faisait impri­ mer, soi-disant, â Cologne chez Pierre Marteau . dans la réalité en Hollande, ses Lettres persanes (150), 2 In-12, sans nom d’auteur. La même année, il publiait dans les mêmes conditions, une · seconde édition revue, corrigée, diminuée et augmentée par l’auteur·, soit 137 lettres de l'édition précédente et 3 nouvelles; non, comme l’a cru M. X’Ian, Montesquieu, sa réception à ΓAcadémie française et la deuxième édition des Lettres persanes, Paris, 1869, pour se faire pardonner les har­ diesses de la première: Il la destinait, simble-t-il. aux MONT ESQUIEU 2378 protestants français réfugiés dans les Provinces-Vnles. Cf. Laboulaye, (Eûmes complètes de Montesquieu, l.i, préface, p. 39, ct H. Barckhauscn, Montesquieu, ses idées et ses enivres, Paris, 1907. Deuxième partie, I, préface aux Lettres persanes. En 1751. nouvelle édi­ tion donnée par l’auteur; c’est la première, suivie d'un Supplément, comprenant les 3 nouvelles de la seconde et 8 autres, avec Quelques réflexions qui sont une apo­ logie du livre et peut-être une réponse au livre de l’abbé J.-B. Gaultier, Les Lettres persanes convaincues d’impiété, in-12. 1751. Enfin, en 1913. M. Barckhauscn en a donné une édition, revue et annotée d'après les manuscrits du chéilcau de La Brède avec un avantpropos el un index, 2 in-12. Elle donne 160 lettres, la 77· (sur le suicide) est supprimée. Deux Persans, d’âge et de caractère différents, Rica ct Visbcck, visitent l'Europe et renseignent sur les choses d'Europe des amis qui les renseignent à leur tour sur les choses de chez eux : tel est le sujet du livre. Cc sujet n'avait rien d’original ct le livre est sans valeur documentaire sur les choses de Perse. I/imagination de l'auteur travaille simplement sur les données du Voyage en Turquie, en Perse et aux Indes de Tavernier, 1676-1679, cl surtout sur le Voyage en Perse du protestant Chardin. 1686, qui venait d’être réédité, 1711. I-e livre de Montesquieu est un roman libertin très précis, par où. arrivant cn pleine Bégcnce, il eut un succès sans précédent, et ù la fois, une satire de la société européenne, particuliè­ rement sévère pour la France: Il offre des portraits qui font penser â Î4i Bruyère; il critique durement les femmes et ceux qui arrivent par elles, la cour et les grands; il est une satire souvent injuste du gouverne­ ment de Louis XIV, cn quoi encore il est bien de son temps, et de l’Église, par quoi il est une prépara­ tion au mouvement philosophique du xvni· siècle. Cf. XV. Marcus. Die Darstellung der franzosischen Zuslande in Montesquieu’s Lettres persanes, verghehen mit der Wirklichkcit, Breslau, 1902. Certaines lettres ct, à tout le moins, certains passages, concernant surtout l'économie politique annoncent cependant VEsprit des lois. L'auteur qui avait tu son nom fut vite connu cl, dès 1722, dans un séjour qu’il fil â Paris, tous les salons littéraires, salons de Mme de Lambert, de Mme de Tencin. de Mme du Dettand, de Mme de Prie, de Mlle de Clermont, s’ouvrirent devant lui. C’est pour Mlle de CIcrmont, dit-on. que Montesquieu composera le Temple de Gnide, l’Apocalypse de la galanterie . selon Mme du Dcffand, « une erreur de goût et une méprise de talent ·, selon Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. vu. p. 15. Il le publiera d’abord dans la Bibliothèque française, 1721. p. 82. puis à part, ù Paris, en 1725. Sacré homme de lettres, Montesquieu refit le geste de son compatriote. Montaigne; en 1726, il vendit sa magistrature pour ne plus s’occuper que des lettres, el dès lors son histoire n’est plus que l’histoire de sa \i< littéraire. Le 5 janvier 1728. il était élu ά ΓAcadémie. Cela n’avait pas etc sans peine. Ses Lettres persanes avaient été un scandale politique cl. le 11 décembre 1727, I-’leurv mettait un veto formel à son élection. Pour­ quoi Fleury a-t-il cédé? Voltaire. Siècle de Louis XI \ , liste des écrivains français, Montesquieu, imagine que l’auteur. fil faire en peu de jours une nouvelle édition de son livre dans laquelle on retrancha ou on adoucit Fleury, qui ne lisait guère · et que travail­ laient « quelques personnes de crédit », n’y aurait plus regardé de si près. M. Vian a ajouté que la seconde édition » de 1721 serait celte édition assagie. Mais tout résiste ù ccs hypothèses. 2· Les Considérations sur tes causes de ta grandeur 2379 MONTESQUIEU , et Durckheim, Quid Secun­ datus politico scienliie contulerit? Paris, 1892. Évidemment Montesquieu est de son temps. H a 238! MONT ESQUIEU accumulé beaucoup de fails, mais sam assez de cri lique et dans un cercle restreint. Puis, s'il est exagéré de dire epic dans V Esprit des lois, il appliqua la méthode cartésienne et, travaillant sur des idées, s’imagina enfermer la réalité, cf. Lanson, Hevue de métaphysique d de monde. 1896, p. 510’516, il faut reconnaître qu'il n’employa pas toujours la méthode positive <1 comparative voulue. Cf, Dedieu, Montesquieu, p. 99, Hnfin le livre n’a pas une composition classique. Mon­ tesquieu fut plus d’une fois écrasé sous la masse des faits qu’il classe cn plus de 500 chapitres ct cn 31 livres. Sainte-Beuve signale un certain cmbair s d’ordonnance ·, loc. cit., p. 60. Mais scs admirateurs le défendent dc désordre. Cf. Barckhauscn, Le désordre de l*Esprit des lois, op. cit., p. 25 I sq. Après avoir défini les lois en général ou les < rap­ ports nécessaires (pii dérivent dr ia nature même des choses», I. I, c. i, les lois de la nature « qui dérivent uniquement de la nature de notre être ·, c. n, et les lois positives, lois civiles et politiques, qui ne doivci t être que les cas particuliers où s’applique la raison humaine cn tant qu’elle gouverne tous les peuples dc la terre, c. m, il étudie les législations qui assurent dans les divers pays l’organisai ion et la défense dc l’ordre social ct aussi la liberté dc l’individu, 1. ll-XIIL (’.es législations s’expliquent par la forme du gouverne­ ment, par le climat, 1. XIV-XV II. par la nature du terrain, L XVIII, ct aussi par l’esprit général (pic créent toutes ces causes, 1. XIX. Ici commençe une seconde partie moins bien agen­ cée. Montesquieu, dans le texte primitif, la faisait précéder d’une invocation aux Muses qu'il supprima sur la demande de Vernet. Dans cette partie, il étudie les faits sociaux, le commerce. I. XX et XXI, la mon­ naie, I. XXII, la population ct sa source, la famille. I. XXIII, la religion, principe de morale, 1. XXIV cl XXV, et les rapports des lois avec ces faits. Cf. Barckhauscn, loc. cit., p. 261-265. Le succès de ce livre de sociologie fut grand non seulement auprès des intellectuels, mais auprès des petits-maîtres et dans les salons féminins qui y retrou­ vaient ici ct là les détails risqués des Lettres persanes cl « de l’esprit sur les lois ■, comme dira Mme du DefTand. Il cul, cn 18 mois, 22 éditions cl fut bientôt traduit dans toutes les langues. La première traduction fut anglaise : The spirit of laivs translated by M. Nu­ gent, Londres, 1752. Sur les modifications (pie Montesquieu apporta dans la suite à sa première rédaction, cf. Barckhauscn, L'Esprit des lois et les archives de La Erède. in-8", 19(11. I· Autres œuvres. A sa mort Montesquieu laissait des œuvres qui ont été publiées depuis : Essai sur te goût, 1766: Lettres familières à des amis d'Italie, pu­ bliées par l'abbé de Guasco, l lorencc, 1767: Arsace ct Isménide. histoire orientale, éditée par J.*B. de Secondai, Londres. 1783; Œuvres posthumes. Londres. 1783; Deux opuscules, publiés par le baron de Montes­ quieu, 1891; Mélanges inédits, publiés par le même. 1892; Voyages, publics par le baron \lbcrl de Mon­ tesquieu, 2 vol. 1891-1896; Pensées ct fragments iné­ dits.... publiés par le baron Gaston de Montesquieu, 2 vol. 1899-1900. La Correspondance publiée dans lis Œuvres, même dans l’édition Laboulaye, I. vu. est Incomplète. On cn a entrepris la publication totale. Cf. Correspondance publiée par l'runçois Gebelin, 2 in-8·, 1910. Les Œuvres complètes de Montesquieu ont été publiées pour la première fois par Richer, désigné pour cela par la famille de l’auteur, et sous cc titre : Œuvres de M. de Montesquieu, nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, publiée par E. Hic lier, 3 ln-1·, Amsterdam. 1758; Londres 1767, Amster­ 2382 dam, 1777. Plusieurs éditions ont été publiées depuis. La meilleure est celle de Laboulaye : Œuvres complètes... avec les variantes des premières éditions, un choiz des meilleurs commentaires et des notes nouvelles, Ί in-8·, Paris. 1875-1879. Cf, L. Dangeau (Vian), Bi­ bliographie des œuvres de Montesquieu. Dès 1777 paraissait cn I volumes à Londres une traduction anglaise des Œuvres complètes. IL InéES. — Quand on parle des idée* dc Mon­ tesquieu, il s’agit surtout des idées de VEsprit des lois. L’auteur est alors cn pleine maturité, le sujet l’oblige à penser toujours. Evidemment il est demeuré lui-même, tel que l’ont fait la culture humaine ct antique si profonde qu'il a reçue, l’esprit de son temps, le temps de la Régence, rationalisme ct sensualisme, puis ct bien plus que la formation pro­ fessionnelle du Juriste, foi en la science, c’cst-àdlrc, confiance dans les seuls faits ct persuasion que tout a scs causes naturelles ct saisissablcs. Mais l’on constate en certains points une évolution, des lettres persanes Λ VEsprit des lois, parfois provoquée par certaines lectures ct jusqu'à la fin il reviendra sur les idées. Cf. Barckhauscn, Montesquieu, VEsprit des lois et les archives de La Brèdr. Bordeaux, 1901. 1 ♦ Idées politiques.— Montesquieu distingue, incom­ plètement d’ailleurs, trois formes de gouvernement : la république, la monarchie ct le despotisme, et dans chacune, la nature et le principe. La république met le pouvoir aux mains du peuple, c’est alors la démocratie, ou d une partie du peuple, c’est l’aristocratie. Le principe ou le ressort dc ce gou­ vernement — cl Montesquieu n’en parle que d’après Athènes ct Rome c’est la vertu. Dans les démocra­ ties, la vertu est l’amour dc la patrie jusqu’au renon­ cement â sol-même et aussi dc l’égalité et dc la fruga­ lité. 1. 111, c. v; L IV, c. v; L V. c. ni. Ici une condition dc bonheur est la médiocrité générale chins les talents et dans les fortunes. L V. c. ni. Le législateur doit y veiller aux mœurs publiques. Où meurt le renonce­ ment. meurt la vertu républicaine ct naît l’anarchie, d’où le despotisme, L VIII. c. n cl in. Dans les aris­ tocraties, la vertu est surtout de l’esprit dc modéra­ tion qui y remplace l’esprit d’égalité et tout doit y être organisé de façon à diminuer l’inégalité », L II. c. in; I. V, c. vm; L VIII, c. v. La monarchie est l’empire d’un seul, mais selon des lois fondamentales ct avec « des pouvoirs intermé­ diaires subordonnés ct dépendants · ct avant tout la noblesse : « Point dc monarchie, point de noblesse ». mais aussi. « point dc noblesse, point de monarchie... on a un despote »: puis le clergé cl enfin un corps dc magistrats chargés de garder les lois cl de les rappe­ ler au prince. I. 11. c. iv. autrement dit, un parlement d’Ancien Régime. Le ressort ici est l’honneur ou « le préjugé de chaque personne ct dc chaque condi­ tion ■, ou encore l’amour des prééminences et des distinctions. Philosophiquement parlant, c’est un honneur faux ·. mais il « peut inspirer les plus belles actions et conduire les gouvernements comme la vertu même ·. L IV. c. u; L III. c. vin. Le despotisme, (pie Montesquieu conçoit unique­ ment sous la forme vulgaire prêtée au despotisme oriental, est le pouvoir d’un seul» sans limites, sans règles, sans autre force que lui-même. Naturellement, il ne peut vivre ct agir que par la crainte. Où vont les préférences dc Montesquieu? Il hait le despotisme; cf. Lettres persanes, lettre i.xxxt; il craint de voir la monarchie française sombrer dans l’arbitraire; il aime la liberté. I n temps, il avait beaucoup admiré le gouvernement républicain, mais il le voyait â travers les livres concernant les répu­ bliques antiques et, après ses voyages à travers l’Italie et en Hollande, il écrira : « La démocratie et l'aristo- 23S3 MONTESQUIEU 2384 1° Les idées religieuses. - Montesquieu avait donne cratic ne sont pas des États libres par leur nature », d’abord la note irréligieuse de la Bégence. Dans lo I. XI. c. iv Son idéal, c’est le gouvernement anglais dont il donne une idée plus claire peut-être que con­ Lettresi persanes, ï\ est nettement anticatholique· « Il y a un autre magicien plus fort que le roi. le pape. Il fait forme à la réalité. S’inspirant donc de Puffendorf, croire que trois ne sont qu'un, que le pain que l'on mets surtout de Locke et de Bolingbrokc qui tous deux font la théorie de la constitution anglaise, il mange n’est pas du pain et mille autres choses de celle pose en principe que la première condition de la espèce. » Lettre xxiv. « Le pape est une vieille idole liberté politique est la séparation des pouvoirs; il juge qu’on encense par habitude. » Lot. χχιχ. · Les évêques excellent aussi que le pouvoir législatif appartienne ont sous son autorité des fonctions différentes. Quand â deux Chambres, la Chambre des représentants du ils sont assemblés, ils font comme lui des articles de peuple et une Chambre Haute, héréditaire, formée fol; quand ils sont en particulier, ils n’ont guère d’autre de gens ■ distingués par la naissance, la richesse ou fonction que de dispenser d’accomplir la loi... La reli­ les honneurs », 1. XI. c. vi. gion chrétienne est chargée d’une Infinité de pratique» C’est là l’idéal ou, si l’on veut, le gouvernement ct comme on a jugé qu’il est moins facile de remplir sn libéral dans sa forme absolue. Mais ce gouvernement devoirs que d’avoir des évêques qui en dispensent, on peut exister sans réaliser cette forme. 11 faut que le a pris ce dernier parti pour l’utilité publique. · Ibid. pouvoir arrête le pouvoir », ibid.; mais il sullit pour Comme le fera tout son siècle 11 déclare vaines les cela (ct ici Montesquieu pense à la France) que soient questions de doctrine, il accuse la religion des pires maintenus ou restaurés d’une part, car le nivellement crimes. « Il n’y a jamais eu de royaume où il y ail social est signe de régime démocratique et despotique, eu tant de guerres civiles que dans celui du Christ »: les corps intermédiaires cl avec eux les libertés pro­ ΓInquisition, let. χι.νι. 11 se moque des moines, des vinciales et communales; d'autre part, « des corps missionnaires, let. xux, des casuistcs, let. i.vn, du annonçant les lois lorsqu'elles sont faites, ct les rap­ célibat, Ici. cxvm; il nie la possibilité de constater pelant lorsqu’on les oublie, » L II. c. iv. Cf. Lettres per­ le miracle, let. ex un, et il réduit toute la religion à sanes. lettre xi.iii. Voir J. TchernoiT, Montesquieu et la morale sociale : « L’observation des lois, l’amour Jean Jacques Rousseau, in *8·, Paris, 1900; Faguet, pour les hommes, la piété envers les parents, sont La politique comparée de Montesquieu, Rousseau ct Vol­ toujours les premiers actes de religion. · Let. χιλί. taire, in-12, Paris. 1902; J. Dcdlcu, Montesquieu et la Dieu même pourrait ne pas exister, cela ne nous dis­ tradition politique anglaise en France; les sources penserait pas de Injustice. « Libres que nous serions anglaises de l'Esprit des lois, in-8e, Paris, 1909; du joug de la religion, nous ne devrions pas l’être de M. Séc, Les idées politiques en France au ΛΙ7//· siècle. celui de l’équité. » Et voyant confusément une sorte in-8·, Paris. 1920; L'évolution de la pensée politique d’antinomie entre l’idée de progrès ct le catholicisme, en France au Ai///· siècle, in-8·, Paris, 1925; Gott­ il ailirme : « Dans l’étal présent où est l’Europe, il fried Kock, Montesquieu's Vcr/assung's Theone, n’est pas possible que la religion catholique y sub­ Halle. 1883; H. Jansen, Montesquieu's Theorie von siste cinq cents ans. · Let. cxvm. der Drcitcilung der Geivalten im Staate au/ ihre Quelle Autre est le ton de V Esprit des lois : · Montesquieu zurûckgelûhrl, Gotha. 1888; W. Schulze, Die Lehrc (si l’on excepte les Lettres persanes), dira SainteMontesquieu's von den staatlichen Funktionen, in-8·, Beuve, loc. cil., p. 52, a toujours eu pour le christia­ léna. 1902. nisme de belles paroles, et, en avançant, il en a de 2° l.a liberté civile. Les droits de I'homm·. — La plus en plus accepté ct comme épousé les bienfaits en tout ce qui est de la civilisation et de l’humanité. » liberte politique est une condition de la liberté com­ Sans doute, i) ne faut pas attribuer ù une conviction plète de l'homme. La liberté à laquelle l’homme a droit « consiste à pouvoir faire ce que l’on doit vou­ I profonde de belles professions de foi répandues dnns loir, cl à ne pouvoir être contraint de faire ce que l’on V Esprit des lois : la crainte de la censure devait les ne doit pas vouloir. · L’homme a ainsi ses droits : avoir inspirées; ce n’est pas non plus à la valeur de vérité du christianisme, mais ù sa force morale dans liberté individuelle, tranquillité, sécurité, liberté de penser, de parler, d’écrire. Ces droits seront assures les sociétés, que Montesquieu rend hommage et toutes par une organisation judiciaire où le pouvoir de les affirmations sont loin, on le verra, d’avoir échappé condamner sera exercé · par des personnes tirées du à la critique orthodoxe, mais, en précisant la phrase de corps du peuple dans certains temps de l’année », Sainte-Beuve, l’on a pu dire : · De 1722 à 17-18, l’atti­ I. Xl.c. vi ; et aussi par une refonte des lois pénales tude religieuse de Montesquieu a subi de notables modifications. Agressive, elle est devenue respec­ qu’il faut rendre plus conturmes à la raison ct moins crue les. Cf. ibid et E. Levy-Malsano, Montesquieu e tueuse; ironique, elle s’achemine vers la bienveillance et la sympathie, avec un plus grand esprit d’impar­ Macehiavelli. in-8·, Florence, 1912. 3' Les idées morales. Sans nier une morale indivi­ tialité. · Dcdlcu, Montesquieu, p. 306. duelle qu’impose un idéal religieux ou métaphysique, I. 1, c. i, Montesquieu ne parle de la morale que comme d’une obligation sociale ct il l’impose, non pas comme Bossuet, au nom de la religion ou des propres paroles de ΓÉcriture », mais au nom de la nature des choses cl du bien public. Cf. Bnmetlère, Éludes critiques, l. v. p. 107. Mais comme les choses varient avec les gou­ vernements, la vie morale des peuples diffère égale­ ment et la vertu finalement est < l’harmonie qui s’établit entre la vie individuelle et le principe du gouvernement ·. Ainsi l'éducation jouera un rôle im­ portant cl variera avec les systèmes de gouverne­ ment, I. IV, Des lois de l'éducation. De cette morale l’on peut dire ce que Sainte-Beuve a écrit de la politique de Montesquieu : · Son défaut radical est qu’elle volt « la moyenne de l’humanité, considérée dans / M. de Montesquieu ; à Berlin, où le secrétaire de ΓAca­ démie, Formond. Ills de réfugiés, publie une Analyse dr l Esprit des lots si flatteuse que Montesquieu lui en écrit, 1757, en Italie, où Beccaria s’inspire de lui. MONTE\UCON 2.388 I Cependant.cn 1 761, paraîtra.a Amsterdam,une nou­ velle édition de L'Esprit des lois avec des remarqua politiques ct philosophiques, 2 in-12, anonyme ct qui serait l’œuvre d’Élle Luzac. protestant cl républi­ cain, qui discute les idées de Montesquieu sans tou­ jours les bien comprendre. Si Montesquieu ne represent a pas le xvm· siècle à la façon de Voltnirc, il contribua néanmoins à en former l’esprit ct à l’orienter dans le sens de la liberté, du rationalisme el de hi tolerance. Sa pensée influa, dit-on. sur la constitution américaine, mais plus encore sa théorie du gouvernement anglais parut, de son ori­ gine à nos jours, à certains esprits lixer les condi­ tions du gouvernement idéal, autrement dit du gou­ vernement parlementaire. La Dévolution, rebelle à ceux qui cherchaient ù la faire entrer dans cette vole, reçut cependant de Montesquieu quelque chose de son vocabulaire; ainsi vertu : force d’une République, ct aussi une idée convenue des républiques antiques. Enfin el surtout. Montesquieu habitua les esprits j étudier les questions du point de vue sociologique. L’écrivain qui. dans la suite, le rappela davantage fut Tocqueville. Avec les ouvrages essentiels de L. Vino, Histoire de Mon· tesquicu, mi vie ct scs œuvres, Paris 1879; Barckluiusen.Afontesquicu, sa vir ct ses œuvres, in-12, Paris, 1907; J.Dedleu, Montesquieu et la tradition politique anglaise en France, Paris, 1909, et Montesquieu, in-8·, Paris, 1913, voir : Mnupertuis. Éloge de Montesquieu, 1755; d’Alembert. Liage du président de Montesquieu, nu t. v de {'Encyclopédie; Villemain. Éloge de Montesquieu, 1816, et Notice sur Monta· quicu dans ses œuvres, 1817; Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. vu; les Introductions aux diverses éditions dn Œuvres complètes ou de· ouvrages séparé·· en particu­ lier dans l'édition laibouhiyc; A. Sorel, Montesquieu dans la collection des Grands écrivains français, in-12, Paris 1887; Zévort, Montesquieu, Paris, 1887; 1·'. ilénlon, Mon­ tesquieu, in-12, Paris, 1900; Strowskl. Montesquieu, textes choisis ct commentés, in-16, Paris, 1912. Voltaire, L’a. b. c. ou dialogue entre -t, H ct C. Entrefers sur Hobbes, Grotius el Montesquieu, et article Esprit des lois, dans le Dictionnaire philosophique; Frédéric Sclopls, Recher­ ches historiques et critiques sur l’Esprit des lois, in-8·, Turin, 1857; B. von Auerbach, Montesquieu et son influence sur le mouvement intellectuel du XVlll· siècle, 1876; N. Dunning. A history of political theories from Luther to Montesquieu, 1905, et les ouvrages signalés nu cours de l'article. BcrsOt, Éludes sur le XV/ IL siècle, 1835; Burnt, Histoire des idées morales et politiques en Trance au XVIII· siècle, 1865; Jnnot, Histoire de la science politique. 1858; Auguste Comte, Cours de philosophie positive, t. v et vj ; llohert Hint, La philosophie de l’histoire en France, traduction francise, Paris, 1878; Lhcrminler, Influence de la philosophie du XVIIF siècle sur la législation, 1883, el en général les his­ toriens de In littérature et de la phi osophic nu xvm· siècle. C. Constantin. MONTFAUCON (Bernard do) bénédictin fran­ çais (1655-1741). Bernard de Monlfaucon, fils du seigneur de Koquctaiilade ct de Conillac, au diocèse d'Aleth, naquit le 13 janvier 1655 dans le château de Soulage, au diocèse de Narbonne. Élevé dans sa famille, il prit du goût pour l’histoire en Usant Plutarque. D’une mémoire prodigieuse, il retenait les noms, les dates ct les faits historiques de façon à en bien parler. Épris de la gloire des armes, il fut mis, en 1672, aux cadets de Perpignan, et, après la mort de son père, il servit deux ans comme volontaire dans l’armée de Turenne. Malade, il rentra près de sa mère qui ne tarda pas à mourir. Faisant réflexion sur ccs tristes événements, il résolut de sc consacrer ù Dieu, entra au monastère de la Daurade à Toulouse, y lit profession le 13 mai 1676. Après huit ans passé a I abbaye île la Cirasse, diocèse de Carcassonne, où il réunit des matériaux pour coinI poser une théologie historique, il fut placé par dom I Claude Martin dans l’abbaye de Sainte-Croix de Bor- 2389 ΜΟΝΊ EAUCON — MONTGAILLABD dcaux. v demeura un an, cl, m 1087, il fui mandé à Paris pour travailler aux nouvelles éditions de saint Athanase et saint Jean Chrysostomc. On le plaça d’abord aux Blancs-Manteaux, Pendant le cours de l’édition des œuvres de saint Athanase, à laquelle il tra­ vailla avec dom Antoine Pouget et dom Jacques Lopin, Monlfaucon apprit l’hébreu, le chaldéen, le syriaque cl le samaritain, puis le copte ct un peu d’arabe. De 1698à 1701, il obtint de faire le voyage d’Italie el de Borne pour étudier dans les bibliothèques les manuscrits des œuvres de saint Jean Chrysostome. Bien accueilli à Koine par le pape Innocent XII, il fut en butte à la jalousie du sous-bibliothécaire du Vati­ can qui lui lendit des pièges, mais en vain,pour mettre son érudition à l’épreuve cl diminui r la boum- opi­ nion qu'on en avait. Nommé procureur général de sa congrégation auprès de la cour de Home, il ne larda pas à constater que lis allalrcs (c’était l’époque ou l’édition bénédictine de saint Augustin était vio­ lemment attaquée) seraient un obstacle à scs travaux littéraires. Il supplia les supérieurs de le rappeler a Paris. Ainsi, malgré toutes les instances que l’on ht pour le retenir, il quitta Home en mars 1701. Jusqu’à sa mort, Monlfaucon sc livra à l’étude ct donna un grand nombre d’ouvrages utiles. En 1719, il fut nommé membre de l'Acadcmie des Inscriptions cl Belles-Lettres. L’habitude d’une vie réglée et fru­ gale lui permit de travailler pendant plus de cinquante ans sans avoir été malade. Il projetait de nouveaux travaux, quand il mourut presque subitement le 21 décembre 1711; il fut inhume près de Mabillon dont 11 avait soutenu la réputation avec honneur. M. de Boze,secrétaire de ΓAcadémie des Inscriptions, lit son éloge en séance publique le 3 avril 1742. Fabri­ cius, dans sa Bibliotheca grinça, t. xm, p. 849, a écrit sur Monlfaucon les lignes suivantes : Nemo vivit hodie qui majoribus vel praxlarioribus muneribus auxerit rem litterariam, et qui grmeas prwsertim et ecclesiasticas litteras omnemque antiquitatem pul­ chrius ornaverit quam nobilis genere, sed virtute, doc­ trina ct meritis illustrior D. Bernardus de Monlfaucon, Galliae gentis et irtatis sua· decus. II. Œuvres. — On trouvera dans dom Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maux, p. 591 cl suiv., l’énumération des ouvrages de Montfaucon. Nous en détachons ceux où il est question de théologie ou de patristique : 1· S. P. N. Athanasii, archiep. Alexandrini opera omnia qua exstant... opera et studio monachorum O.S. Benedicti, 3 in fol., Paris, 1698. L'œuvre avait été entreprise par les PP. Lopin, Pouget ct Montfaucon : le premier étant mort après avoir travaillé à la première partie du l. 1·', le second ayant quitté Paris, Mont faucon sc trouva seul chargé de ce grand ouvrage. On peut dire qu’il est le principal auteur de celte édition, l une des plus recommandables parmi celles des bénédictins. La préface est pleine de dis­ cussions savantes ; Monlfaucon y expose ce qui regarde la doctrine de saint Athanase qu’il appelle le père de la théologie moderne ; il parle de sa fermeté à com­ battre les hérétiques, il expose Indiscipline de l’époque pour la célébration du saint sacrifice, le baptême que beaucoup recevaient seulement à l’approche de la mort, etc. Celte préface est suivie d’une vie de saint Athanase que Monlfaucon a composée à l’aide des écrits du saint docteur, dette édition a été reproduite dans P. G., t. xxv-xxvm.—2° Étant à Home. Montfaucon vengea l’honneur de ses confrères, les éditeurs de saint Augustin.contre le prétendu abbé allemand, par ses Vindicte editionis sancti Augustini a Bcncdictinis adornatu' adversus Epistolam abbatis Germani, auctore. I). B. de Rivière (pseudonyme de Monlfaucon comme on le sut bientôt), in-12. Home, 1699; le 2390 succès de cet écrit fut considérable à Home ct dans toute l'Italie : l'archevêque de Naples félicita l’au­ teur par une lettre rendue publique. L’écrit fut réim­ primé en France. - 3· Collectio nova Patrum et '.crip­ tarum gra corum... notis et pro jaliombu* illustravit D.B. de Mont/aucon, 2 in-fol., Paris, 1706. La préface traitant île la doctrine d’Eusèbc de Césaréc, démontre qu'il fut véritablement arien quoi qu’en aient dit quelques catholiques. Otant à Jésus-Christ sa divi­ nité, il n'est pas surprenant que cet auteur mécon­ naisse la toute-puissance de sa grâce (Euscben'&dmet qu'une grâce versatile abandonnée au caprice du libre arbitre). ---- Ie Le livre de Philon de la Vie contempla­ tive, traduit sur l’original grec avec des observations où l'on fait voir que les thérapeutes dont H parle étaient chrétiens, in-12. Pans, 1709. —- 5· Réponse de dom de Monlfaucon aux objections que lui a faites M. (Bouhler) contre la Dissertation des thérapeutesφ in-12, Paris, 1712. Une deuxieme édition de cette réponse porte le litre : Lettres pour el contre sur la fameuse question si les solitaires appelés thérapeutes étaient chrétiens, in-12. Paris, 1712. Monlfaucon, sui­ vant le sentiment d’Eusèbc, de saint Jérôme, aban­ donné d’ailleurs aujourd’hui, met dans un grar.d jour toutes les marques de christianisme que l’on trouve dans les thérapeutes. —6° 5. P. N. Jcannis Chrysostomi, archiep. Constantmop. opéra cmnia qusr exstant, vel qua' ejus nomine circumferuntur cd mss. ccdd. cas­ tigata, aucta, prrrjationibus, monilis, nidis, variis lec­ tionibus illustrata, 13 in-fol., Paris. 1718-1738. Au t. xjii se trouve une vie de saint Jean Chrysostome composée par Montfauron. A la suite de celle vie *e trouvent cinq dissertations curieuses sur la doctrine du saint, sur la discipline et la liturgie de son temps, sur les hérétiques ct les hérésies qu’il a combattus, sur plusieurs choses singulières que l’on rencontre dans scs ouvrages ct sur les usages de son siècle. Dom 'Inssin, Histoire littéraire de la Congrégation de Samt-Maur, in-4·, Bruxcllcs-l^nris. 1770, p. 583-617; F. Le Cerf de ht \ iévillc. Bibliothèque historique ct critique des auteurs de la Congrégation de Saint-Maur, in-12. I-a Haye, 1726, p. 363-392; C. de lui nui, Bibliothèque des écrivains de la Congrégation de Samt-Maur, in-8 , Munich-Pans. 1882» n. 461-476; M. Valéry, Correspondance inédite de Mabillon el de ytontjaucon avec l'Italie, 3 in-8*» Paris, 1816, t. m, p. 43. 112, 137, 153. 170. 206, 217, 221 ; Fabricius, Biblio­ theca grorca, t. xm» p. 819; F. de Broglie, Mabillon ct la Société de Saint-(icrmain-dcs-Prts d la fin du XVIP siècle.. 2 ln-8*, Paris, 1891, t. n, p. 216-219; A. Danlicr, Rapports sur la correspondance inédite des bénédictins de Sainl-Mat.r. in-8% Paris, 1857 ; l’.Bcrlièrc, Bulletin d'histoire bénédictine. Supplement à In Revue brnédictine9 n. 32, 478-681, 93 k 1175-1176, 1191, 1756-1757, 2152. 2525, 2962; ΙΓ. Omont^ La paléographie grecque et le P. Hurdomn, in-83, Paris». s. d.; Revue Mabillon. t. n. p. 21. 31. 281 ; t. v, p. 37. 152; t. x-xi, p. 139. J. Baudot. MONTGAILLARD (Pierro-Jcan-Françoi· de Porcin de), prélat français (1633-1713), naquit a Toulouse» le 29 mars 1633. du baron de Mont gaillard qui, pour avoir rendu la place de Blême en Milanais» fut décapité sous Louis XII L mais qui fut réhabilite plus lard ; il lit des eludes ecclésiastiques el devint docteur de Sorbonne, abbé de saint Marcel el enfin évêque de Saint-Pons en avril 1664. Dans l’atlaire du Bormulatrc, il se déclara en faveur des quatre évêques réfractaires (1667) et il signa la lettre écrite par dix* neuf évêques au pape et au roi; après avoir bataillé contre l’évêque de Toulon, au sujet du rituel d’Alclh» cl contre Fénelon» au sujet de l’infaillibilité de l’Église dans le jugement des faits dogmatiques, il fil, croit-on» une soumission sincère à Borne, par une lettre du 28 février 1713, adressée au pape Clément XL 11 mou* rut quelques jours après, dans son diocèse,e le 15 mars 1713. 2391 MONTGAILLA BD L’évêque de Saint-Pons fut toujours cher aux jan­ sénistes et,à maintes reprises, Quesncl fait son éloge dans sa correspondance; d'ailleurs, scs écrits sont évi­ demment favorables aux nouvelles opinions. Il faut citer : Instruction contre le schisme des prétendus réfar­ més, avec une lettre, pastorale adressée aux protestants de son diocèse, in-8·, Toulouse, 1681. Les réco Ilots dénoncèrent à Rome 28 propositions extraites des écrits de Montgaillard ct, en particulier, de celle Instruction (Affaires Étrangères, Corr. avec Home, l. CCCX.XXVHI, fol. 80 et 138, t. ccclxxx, fol. 61 et t. ccci.xxxî, fol. 173; Bibliothèque nationale, Recueil LK1 589).— Instruction sur le sacrifice de la messe, sur la réalité du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'eucharistie, in-8·, Toulouse, 1686, et Instruction sur le sacrifice de la messe pour les Nouveaux convertis dr son diocèse, in-12, Paris, 1687. Dans ses lettres, Bossuet parle plusieurs fois de cet écrit (Correspon­ dance de Bossuet, édit. Urbain et Levesque, 2 juin 1684, t. ni, p. 4-6; 23 févr. 1697, t. vm, p. 150-152; 9 mars 1697, t. vm, p. 185; 3 sept. 1697, t. vm, p. 351-355 ct 6 nov. 1700, t. xn. p. 360-361). Traité du droit ct du devoir des évêques de régler les offices divins dans leurs diocèses suivant la tradition de tous tes siècles, depuis Jésus-Christ jusqu’à présent, in-8·, s. L, 1686; cet ouvrage fut mis à l’index, le 27 avril 1701, donec corrigatur. On trouve dc nombreux documents rela­ tifs â Mont gaillard dans le Recueil de cc gui s'est passé entre MM. les évêques de Saint-Pons ct dc Tou­ lon, au sujet du rituel d'Aleth, in-12, s. 1. $. (L, et Suite du Recueil; Montgaillard avait approuvé cc rituel qui avait clé condamné par Home ct par l’évèquc de Toulon. La Bibliothèque nationale (LK* 580-612) donne de nombreuses pièces dont la plupart sont rela­ tives à celte polémique avec l’évêque dc Toulon, et les autres se rapportent aux discussions avec les récollets dc Saint-Pons. — Mandement touchant l'accep­ tation de la bulle de Notre Saint-Père le pape Clément X J sur le cas signé par quarante docteurs, avec la justifi­ cation des 23 évêques qui, voulant procurer la paix ù l’Églisc en 1667, se servirent dc l’expression du silence respectueux pour marquer la soumission qui est due aux dérisions dc l’Église sur les faits non révé­ lés, avec les moyens dc rétablir à présent cette paix, 31 octobre 1706; par ce Mandement, Montgaillard semble accepter la décision de Home, mais, d’un autre coté, il parait approuver le silence respectueux que cette bulle de Clément XI condamnait. Un écrit anonyme justifia la conduite de l’évêque de SaintPons. snus le titre : Preuves de la sincérité dc l'accep­ tation de la bulle Vineam Domini Sabaoth, faite par M. l'évêque de Saint-Pons dans son Mandement, par les moti/s de l'amour de la paix et de l'éloignement du schisme, adressées à Mgr l'archevêque de Narbonne, député dans l'assemblée du clergé, s. I. s. d. Cependant un Bref du 18 janvier 1710 condamna le mandement dc Montgaillard sur le silence respectueux, ainsi que l écrit suivant : Lettres (au nombre de trois) adressées a Fénelon contre Γinfaillibilité de l'figlise dans le juge­ ment des fiiits dogmatiques, ct pour justifier les dix-neuf évêques qui, en 1607, écrivirent au pape ct au roi. Féne­ lon répliqua par deux Lettres, ct l’écrit dc Montgail­ lard fut condamné par le bref du 10 janvier 1710, comme · contenant des doctrines ct propositions fausses, pernicieuses, scandaleuses, séditieuses, témé­ raires, schismatiques, sentant l'hérésie cl tendant évidemment â éluder la constitution récemment publiée pour l'extirpation dc l’hérésie janséniste ». Sur cette polémique de Montgaillard avec Fénelon, on peut consulter l’Histoire de Fénelon, par le cardinal dc Bausset, livre V, i 5. et Histoire littéraire de Fénelon, en tête de scs Œuvres complètes, édit, de Saint-Sulpicc, 1851. t. L p. 6O-G1, 61-65, la Correspondance de Bos­ MONTGEBON 2392 suet, édit. Urbain el Levesque, l. ix, Appendice, p. 433-4 10, ct, dans un sens tout à fait favorable au jansénisme, La France ct Home de 1700 à 1716, in-8·, Paris, 1892, p. 197-201, d’Albert Le Roy. Mlchmid, Biographie universelle, t. χχιχ,ρ. 121; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xxxvi, col. 265-266; Morérl, / e grand dictionnaire historique, édit, de 1759, t. vu, p. 727728, ct Supplément, t. n, p. 162-163; Richard ct Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvn, p. 198-200; Feller, Biographie universelle, édit. Pércnnès, 1842, l. vm, p. 179-180; Cbaudon et Dchindinc, Dictionnaire universel, historique, criligut rt bibliographique, 5* édit., 1810, t. xn, p. 154; Barrai, Dictionnaire historique, littéraire et critique, 11. en 6 vol. In-8* Avignon, 1758-1762, t. m, p. 528-529; Nécrologc des plus célèbres défenseur* et confesseur* de la vérité au X VI il· siècle, P· partie, 1760, p. 27-28; Descsrarts, Les siècles littéraires, 7 vol. in-8·, Paris, 1800-1803, t. iv, p. 423; Gallia Christiana, t. vî, col. 253-251; Picot, Mémoires pour servir d l'histoire ecclésiastique /tendant le XVIIP siècle, 3· édit., 7 vol. in-8®, Paris, 1853-1857. 1.1, p. 412-413; Fncgclopèdie théologique dc Mignc, t, xu, col. 673-671; Jean, Les évêques tl archevêques de France depuis 1632 jusqu'en ISO J, fn-8·, Paris, 1891, p. 275-276; L Sahuc, Un ami de Porl-Hogal: Pierre-Jean François de Herein dc Montgaillard, évêque dr Saint-Pons, 1633-1713, in-8°, Paris, 1909. J. Cahheyiœ. MONTGERON (Louis-Basilo-Carré d·), (1686-1754) naquit à Paris, d’un maître des requêtes, en 1686; il se convertit une première fois, en 1707, mais cette conversion dura peu. En 1711, il acheta une charge dc conseiller au Parlement dc Paris. Il était alors, d'après les aveux qu’il fil plus lard, plongé dans l’incrédulité et dans l’immoralité, ct sa fortune lui permettait dc satisfaire tous ses vices. Ayant entendu parler des miracles opérés sur le tombeau du diacre PÂris, il se rendit au cimetière Saint-Médard, le 7 septembre 1731; il fut aussitôt rempli d’enthou­ siasme par les convulsions dont il fut témoin, cl il devint l’apôtre du diacre, confesseur, puis martyr du jansénisme. Exilé en 1732, comme tous les parle­ mentaires. à cause de leur opposition à la Cour, Montgeron fut envoyé en Auvergne où son ardeur dc pro­ sélyte s’enfiamma; alors il prit la décision de recueillir les miracles du · saint diacre » avec toutes leurs preu­ ves. Revenu â Paris, il accueillit dans sa maison les convulsionnaires cl il exécuta son projet d’exposer les miracles opérés par les convulsions. Le 29 juil­ let 1737, il sc rendit à Versailles et présenta au roi, puis au duc d’Orléans, un exemplaire dc son écrit où il racontait sa propre conversion. La nuit suivante, il fut arrêté cl mis à la Bastille, puis exilé successivement â VHIeneuve-lès Avignon, â Viviers, et enfin â Valence,où il continua à écrire cl à publier des relations ct où il mourut le 12 mai 1754. L‘ouvrage qui fil la réputation de Monlgcron a pour titre : La vérité des miracles opéré* par Γinterces­ sion dr M. Paris, démontrer contre Μ. Γarchevêque de Sens, in-4·, ou 3 vol. in 12, Paris, 1737. Cet écrit fut présenté au roi Louis X\ avec une magnifique reliure, le 29 juillet 1737; il est precede d’une longue épilre au roi; il donne des détails sur huit miracles, cl se termine par une étude des conséquences qui résultent de ces miracles, en réponse aux objections, avec les preuves justificatives qui servent de fondement a chaque démonstration. Deux autres volumes in-4· furent ajoutés plus tard en 1741 ct en 1747; ils ont pour titre : Continuation des démonstrations des miracles opérés par l'intercession dc M. de Paris et antres appelants; Observations sur Tcruvrc des convul­ sions et sur l'état des convulsionnaires, t. iî. in-1·, 1711. Dans ce volume, où Montgcron parle dc deux miracles arrivés nu tombeau de M. Housse, on trouve des remarques curieuses sur les mouvements convulsifs ct sur les secours mal à propos appelés meurtriers (Nouvelles ecclésiastiques du 21 Janv. 1712. p. 9-12). 2393 (xl écrit suscita dc très vives oppositions dont les Xouvtlles ecclésiastiques se font l’écho (ibid., du l,rjuil. 17-12, p. 102-101), et dans un déluge » dc lettres, (ibid, du 30 sept. 1712, p. 153 156, du 21 oct. 1742. p. 167-168, des 21 févr., 11 juin et 6 nov. 1743, p. 25-28, 85, 165-166), tandis que d’autres prennent h défense de l’ouvrage de Montgeron, dans Lettre sur le second tome de M. de Montgeron, censuré dans Its t Nouvelles ecclésiastiques » du 21 janvier 17 42, et. dans i’Ans au lecteur, l’n troisième volume parut en 1717, dans le même goût (Ibid., du 11 sept. 1719, p. 145-117, et du 12 juin 1750, p. 96). Les récits dc Montgeron furent contestés même parles jansénistes, car la question des convulsions jeta la division parmi eux.Tandis que deux Lettres à un magistrat sur la démar­ che de M.de Montgeron justifient sa conduite. Γ///Μlion laite au public par la fausse description que M. de Montgeron a faite de Létal présent des convulsionnaires, in-4·, s. 1., 1719, l'attaque vivement; dc même, dom La taste critique le livre dc Montgeron dans scs Lettres théologiqucs aux écrivains défenseurs des convulsions et autres prétendus miracles du temps. Au contraire, des disciples enthousiastes regardent les écrits de Montgeron comme inspirés de Dieu; c’est le jugement qu’on trouve dans les Suffrages en faveur des deux derniers tomes de M. de Montgeron. ct, par contre, les Nouvelles ecclésiastiques signalent avec éloge les Pré­ servatifs contre les faux principes et les maximes dan­ gereuses établies par M. de Montgeron pour justifier les secours violents, avec un Avertissement au sujet de récrit des Suffrages en faveur des deux derniers tomes de M. de Montgeron (N. E., du 4 déc. 1750, p. 195196) voir â la Bibliothèque nationale, Ld4 2145-2150, 2298. 2299, 2139, et bibl. de l’Arsenal. ms. 11304. 11306. 11479, 11625, 11606. Les Nouvelles ecclésiastiques (24 juil. 1759, p. 121) approuvent le premier volume de M. de Montgeron ct blâment les deux suivants, d’accord, en cela, avec le Dictionnaire historique, littéraire ct critique de Ladvocal. bibliothécaire de Sorbonne, l’ne nouvelle édi­ tion. revue et considérablement augmentée par l'au­ teur, fut publiée en 1717. 3 vol. iiv I*. Cologne; plus lard, parut un abrégé des trois volumes dc Montgcron. 3 vol. in-12, Lyon, 1799. Michaud, Hiagraphie universelle, t. xxix, p. 129-130; Π oc ! c r. Xo n oclle biographie générale, t. xxxvi, col. 272; Chaudon cl Dclnndine, Dichonruilrr universel, historique, critique et bibliographique, 5* édit., ISIO, L xit, p. 115-116; l’ellcr, Riographic universelle, édit. Pervnnè*. 1842. t. vm. p. 181-482; Barrai. Didionnairc historique, littéraire cl criIhpie, I L en 6 vol. in-8®, ΧνΙκιιοη. 1738-1762, l. m. p. 329* 332; ljulvocat. Dictionnaire historique rt bibliographique portatif, 3 vol. in-8 , Paris, 1777, L n, p. 343-34 I; Nécrologe des plus célèbres défenseurs cl confesseurs dc la vérité au XVIIP siècle, IP partie. 1760, p. 327-328; HébniïlGujot-I.aporie, l a Prance littéraire, 2 vol. in-12. Paris. 1769-1781, l. il, p. SI; DcSCssarls, Les siècles littéraires, Ί vol. ln-8°, Paris, 1800-1803. L vî. p. 123; Picol, Mémoires pour servir ά Γhistoire ecclésiastique i#ndtint le \ \ 11 p sit elr, 7 vol, In-8",3* édit., Paris, 1833-1857, t. m. p. 1-6; \oui>ellc\ ecdtsiasliqiics /7 I7A70.VSΡΛ/ΛCIPALES Ζ/Λ’ /..< THÉOLOGIE MORALE. — De l'objet de la théologie morale, tel qu’il vient d’être expose, on peut déduire scs divisions principales substantielle­ ment empruntées à saint Thomas dans la la-Ilœ et dans la ll“-IIe,ct communément acceptées, au moins dans leurs lignes principales, depuis le xvu siècle. 1 Morale fondamentale, traitant de la tin dernière des actes humains et des principes selon lesquels ces actes doivent cire dirigés vers celte lin, de telle manière que l’on n’ait qu’à appliquer ces règles en morale spéciale, pour porter un juste jugement sur la nature de l’obligation ou sur la moralité de l’acte. D’où les subdivisions suivantes qui correspondent à celles de saint Thomas dans la 1MI·. 1. La lin dernière surnaturelle obligatoire pour tous les hommes et comprenant indirectement toutes les obligations déjà imposées par la fin dernière naturelle. 2. Les lois. La loi éternelle règle suprême de la moralité de tous nos actes el source première de toutes les obligations morales. La loi divine naturelle mani­ festant à la raison humaine toutes les obligations qui, selon l’ordre divin, résultent de notre nature telle qu’elle a été établie par Dieu. La loi divine positive ou surnaturelle manifestant ά l’homme les obliga­ tions positives imposées à l'homme pour tendre à la fin surnaturelle, lui loi ecclésiastique déterminant, pour le bien des fldèles et en vertu de l’autorité divine confiée à l’Eglise, le meilleur emploi des moyens établis par Dieu pour tendre à la fin surnaturelle. Enfin la loi civile, dans la mesure où elle est Justement considérée comme imposant des obligations de con­ science. 3. La conscience qui, selon la règle divine suffisam­ ment manifestée, porte un juste jugement sur l’obli­ gation pratiquement imposée par la loi divine ct par les lois qui en dérivent légitimement, ou sc prononce sur la licéité morale d'un acte à accomplir ou déjà accompli. I. Les actes humains étudiés au point de vue de leur moralité et des conditions nécessaires pour cette moralité. Actes bons, conformes à la double règle de la moralité : la loi éternelle et la conscience justement formée. Actes mauvais, opposés à cette double règle, par la violation grave qui est le péché mortel, ou contenant quelque dérèglement relatif aux moyens employés,sans que soit rompue la relation nécessaire avec la lin dernière. Aux actes mauvais ou péchés sc rattache la question des vices étudiés d’une manière générale. 2* Morale spéciale, traitant en particulier des moyens établis par Dieu, par lesquels l’homme doit se diriger vers sa lin dernière surnaturelle : vertus surna­ turelles et sacrements, auxquels on doit joindre les obligations particulières aux divers états de vie, selon l’ordre établi, en scs grandes lignes, par saint Thomas dans la ID-II®. 1. Ixs vertus théologales de foi, d’cspérancc et de chanté : Objet et motif de chacune de ccs vertus : propriétés principales, obligations qu'elles imposent, ct vices qui y sont opposés. 2. Les vertus morales surnaturelles : prudence, jus­ tice, force cl tempérance : nature de chacune de ces t 2404 vertus, avec ses diverses parties, les vertus annexe», les obligations imposées par elles cl les vices qui leur sont opposés. Parmi les vertus annexes à la vertu de Justice, U première ct la principale est la vertu de religion son objet, son motif, ses actes principaux intéricun et extérieurs; les vices opposés. Puis les autres vertus annexes à la justice, étudiée» par saint Thomas : II·-H· q. cï-cxxii. 3, Li s divers états de vie et les obligations particu­ lières à ces divers étals, suivant saint Thonuv, q. ci.xxxin-CLXxxix. On y joint communément lu obligations spéciales imposées aux ecclésiastique». La partie De laids, souvent placée ici ct traitant de» obligations spéciales à diverses professions séculières, appartient plutôt au traité de la justice. L La partie morale de chacun des sacrements de la nouvelle Loi. Enseignements moraux et prescriptions concernant la matière, la forme, le ministre, le sujet el l’usage de chaque sacrement. /F. COHCLUSIOSS COSCERXAXT LES RELATIONS Dt LA THÉOLOGIE MORALE avec les autres parties de la théologie, ainsi qu’avec la philosophie morale el les sciences pratiques (pii en dépendent. 1· Relations arec la théologie dogmatique. - - L Sui­ vant cc qui a été dit de l’objet particulier de la théolo­ gie morale, la distinction entre elle ct la dogmatique est manifeste. Tandis que la dogmatique limite son champ d’étude aux vérités divinement révélées, conte nant un enseignement de foi considéré principalement sous l’aspect spéculatif, la théologie morale s’occupe des vérités révélées contenant des préceptes ou des règles pratiques qui doivent diriger l’homme vers la tin surnaturelle. Voir Dogmatique, l. iv, col. 13’23. Toutefois l’on doit observer que ces vérités révélées dont s’occupent la théologie morale sont, non moins que les vérités dogmatiques, l’objet de la fol, comme la nécessité de la confession sacramentelle pour le salut, ou la nécessite du baptême, ou la nécessité de l’acte de foi pour le salut. Mais, en théologie morale,on considère ces vérités surtout sous leur aspect pratique, pour autant qu’elles expriment une obligation, un précepte, une règle de conduite, (’/est en cc sens que l'on doit comprendre l’assertion, souvent répétée, que la dogmatique traite des vérités à croire, tandis que la théologie morale traite des règles pratiques de nos actes. 2. Parce (pie la théologie morale est seulement une partie distincte de la théologie, ct que la théologie reste une science une, à cause de l’unité de son objet formel ct de l’unité de son principe surnaturel de connaissance, il faut (pic la théologie morale garde vis-à-vis de la dogmatique une dépendance constante. Comme le fait observer saint Thomas, il n’y a qu’une science théologique, à la fois spéculative cl pratique : comme science spéculative, elle traite des choses divines; comme science pratique, elle s’occupe des actes humains, en tant qu’ils doivent être ordonnés à la lin dernière. Sum. theol., D, q. 1, a. L II est donc nécessaire que la théologie morale (pii est celte partie pratique de la théologie, s'appuie constamment sur l’enseignement spéculatif de la dogmatique, pour y puiser la direction dont elle a besoin. D’ailleurs, l’histoire de la théologie morale atteste (pie, sans cette dépendance constante de la dogmati­ que, elle court le risque d’être très appauvrie au point de vue doctrinal, d’avoir peu d’cihcacité réelle pour combattre les erreurs opposées à la doctrine catholi­ que, ct de donner a la casuistique une place prépon­ dérante, aux dépens de la véritable science théolo­ gique. Th. Bouquillon, Moral theology at the end o/ the ninetenth century, Washington, 1899, p. 258. 2" Pelotions de ta théologie morale avec la science du MOKALE. BAPPOKTS WEC LES droit canonique. - 1. C'est un principe certain qu'il appartient exclusi veinent à lu théologie morale de porter un Jugement sur l'obligation de conscience résultant, au for interne ou au for pénitent ici, des lois ecclésiastiques quelles qu’elles .soient; et que, du droit canonique, relève seulement cc qui concerne le for extérieur ou le gouvernement extérieur SITI\ E Part. 11i. Init. vn. VoirDÉCALoari , t.iv, col. lG7sq.; Dimanche, col. 1309 sq. Toutefois les préceptes moraux du Décalogue res­ tent comme préceptes dc la loi naturelle; et les pré­ ceptes judiciaires peuvent encore, sous la Loi nou­ velle, être cités comme preuve auxiliaire, dans la mesure où ccs préceptes anciens peuvent être considé­ rés comme contenant une sorte d'application ou de détermination de la loi naturelle. 2. L’enseignement moral qui se rencontre fréquem­ ment dans les Proverbes, la Sagesse, l liccléslaste, l'EcclésIastiquc et dans les Psaumes cl aussi dans les Prophètes, étant le plus souvent une explication OU une application dc la loi naturelle, a. comme tel, une valeur constante. Mais on doit toujours soigneuse­ ment distinguer la simple exhortation morale du précepte proprement dit. 3. L’enseignement moral que l’on peut déduire des exemples ou des faits rapportés dans les livres histo­ riques. doit être rigoureusement restreint aux faits véritablement loués ct approuvés, et au sens précis qui. d’après le contexte ct d’après la pensée de l'écrivain sacré, doit être donné ù celte approbation. On doit noter, en ce sens, ces paroles dc saint Thomas : Qui­ dam vero commendantur in Scriptura non propter per­ lectam virtutem, sed propter quamdam virtutis indolem scilicet quia apparebat in eis aliquis laudabilis affectus ex quo movebantur ad quicdum indebita facienda; et hoc modo Judith laudatur, non quia mentita est lloloferni. sed propter affectum quem habuit ad salutem populi pro quo periculis se exposuit. Sum. theol.. II‘-IP’. q. cx. a. 3, ad 3um. Voir Judith, dans le Dictionnaire dc la Bible, t. b, col. 1823 sq. 3· Preuves empruntées h ta tradition patristique. L En théologie morale, comme en dogmatique, voir t. iv, col. 1521, il convient d’exposer ccs preuves pour autant que cela est nécessaire ù la défense dc la vérité attaquée par les adversaires; que celte vérité soit dc morale naturelle, comme le droit de propriété individuelle, l’interdiction dc l’usure, ou la licéité dc la restriction mentale moyennant certaines conditions; ou que cette vérité soit dc morale surna­ turelle, comme la nécessité de l’acte de foi surnatu­ relle pour le salut, la nécessité du baptême ou celle de la confession sacramentelle. 2. Comme en dogmatique, on doit citer la doctrine des Pères ou des théologiens avec la forme exacte qu'ils lui ont eux-mêmes donnée : solution d’un cas particulier de conscience sans affirmation d’un prin­ cipe général, ou affirmation d’un principe parfois même éloigné, sans Indication îles conclusions ou applications qui en ont été déduites dans la suite, ou affirmation du principe immédiat avec les conclusions qui peuvent en être déduites légitimement. a) Comme exemple d’affirmation seulement vir­ tuelle manifestement contenue dans des affirmations plus générales, on peut citer l’enseignement des Pères relativement à l’absolue nécessité dc l'acte de fol surnaturelle pour le salut des adultes, pour autant que celte nécessité est contenue dans les deux faits sui­ vants : . b) Λ l’aide d’analogies fournies par la raison et appuyées par la dogmatique, la nature intime des vertus surnaturelles a été plus complètement expli­ quée. En comparant l’ordre surnaturel, où la grâce sancti­ fiante est le véritable principe de vie, avec l’ordre naturel où l'homme possède, outre son principe de vie, des facultés ou puissances qui sont scs principes immé­ diats d’opération, cl en s’appuyant sur cc principe de saint Thomas, quia non est conveniens quod Deus minus provideat his quos diligit ad supernatari le bonum haben­ dum quam creaturis quas diligit ad bonum naturale habendum, Sum. theol.. I‘-I1‘V, q. cx, a. 2. on n pu conclure que Dieu, dans sa sagesse, a également donné à l’homme, dans Tordre surnaturel, des facultés ou puissances. Ccs puissances, nécessairement distinctes de nos facultés dans Tordre naturel â cause de la trans­ cendance dc Tordre surnaturel, ne peuvent être que les vertus infuses, qui rendent l’homme capable d’agir dans Tordre surnaturel, en même temps qu’elles lui donnent une inclination au moins initiale, â agir ainsi. I‘-11·'·, q. cx. a. 3 sq. c) Par la Comparaison de chacune de ccs vertus avec la lin dernière surnaturelle, le rôle particulier de chacune d’elles, après la réception de la grâce sancti­ fiante, a élé mieux précisé. Par la foi surnaturelle l’homme est rendu capable d’adhérer à l’cnscigncmcnl divin qui lui fait Connaître le bonheur surnaturel auquel Dieu le destine, ct ce qu’il doit faire pour y parvenir. S. Thomas, Sum. theol., 11 ·-!!«*, q. n. a. 3. Par l’espérance surnaturelle, la volonté de l’âme régénérée est rendue capable de s’appuyer constamment sur la toute-puissance divine pour obtenir, avec le secours dc la grâce divine, le ' bonheur surnaturel et ce qui doit y conduire. S. Tho­ mas. Sum. theol., IP-11% q. xvit, a. 1, 2. 5; QQ. disp., de spe, a. t, I. De même, la charité surnaturelle, dans l’âme sanctifiée, rend la volonté capable dc s’unir, d’un amour d’amitié constante, avec Dieu connu par la foi comme le bien infini. S. I humas, .Sum. theol.. ΙΙ·-Π% q. xxm, a. 1, 3, G; QQ. disp., de caritate, η. 1. 2, 5. Par les vertus mondes surnaturelles de prudence, de justice, dc force ct dc tempérance, Pâme régénérée a la faculté d’accomplir, selon les lumières surnatu­ relles toutes les actions commandées ou conseillées I 24 ί 4 i par ces vertus. Donc actions véritablement surnatu­ relles intrinsèquement ou quoad substantiam, purer (pic leur objet formel cl leur motif formel sont euxmêmes essentiellement surnaturels et inaccessibles à la raison ct â la foi naturelle. S. Thomas, Sum. theol.. I ·-!!% q. i.xhj, a. 3 sq.; QQ. disp, de virtutibus in communi, a. 10, ad 7-9UB>. d) Enfin ks notions ainsi obtenues ont été complé­ tée s par une étude synthétique dc tout cc qui concerne ccs vertus considérée·» d’une manière generale : objet ct motif, sujet, genèse, augmentation, cessation ou perte, préceptes el devoirs pratiques, que Ton étudie non seulement à la lumière des enseignements positifs fournis par T Ecriture sainte ct la tradition, mais encore avec l’aide des déductions théologiques formées selon les procédés indiqués. (Test ainsi que s’est constitué le traité théologique des vertus en générât; cl en appliquant a chaque vertu en particulier les mêmes procédés, on a constitué égale­ ment les traités particulier» concernant chacune d’elles. 2. Connaissance plus parfaite des préceptes surna­ turels ainsi obtenue. - · a) En comparant entre eux et avec la fin dernière surnaturelle, les divers préceptes établis par Dieu pour diriger l'homme vers la fin surna­ turelle, on en a tout d’abord déduit leur double carac­ tère commun. Ce sont des lois positives dépendant de la libre volonté dc Dieu, du moins dans leur principe (pii est l’appel gratuit â la fin dernière surnaturelle; cl ccs lois exigent des actes en eux-mêmes surnaturels, ou l'emploi dc moyens positifs Institués par Dieu en vue dc la fin surnaturelle. Ces préceptes sc distinguent donc des préceptes naturels, fondes sur les relations de nécessaire dépendance entre l’homme cl son Créa­ teur, et pouvant toujours être accomplis moyennant un acte en lui-même n a tu ni. D’ailleurs, comme nous l avons déjà observé, puis­ que la grâce ne détruit point la nature, mais la suppose cl la perfectionne, les préceptes surnaturels, loin de détruire les préceptes naturels, les supposent cl s'ajou­ tent à eux S. Thomas, Sum. theol., 1MI·, q. xax, n. 2. ad lUI”. b) De celle même comparaison des préceptes sur­ naturels avec la fin surnaturelle, on a encore déduit la distinction communément admise entre ce qui est établi par Dieu comme nécessaire pour le salut, soit quasi ex natura rci, soit ex mera institutione Dei positi­ va. ct cc qui est seulement commandé par Dieu pour le bien spirituel des fidèles. a. En regard de la fin surnaturelle, telle quelle doit être atteinte par l'homme dans Tordre providentiel actuel, les actes surnaturels dc foi.d’espérance cl de charité doivent être dits, pour les adultes, nécessaires pour le salut quasi ex natura rei. Car. étant admis que l’homme doit tendre à sa fin d’une manière conforme à sa nature, c’est-à-dire avec intelligence et liberté. S. Thomas. Sum. theol.. IMl% q. i, a. 2, il est mani­ feste que. pour sc diriger vers celle fin surnaturelle, il doit la connaître. Cc qu’il ne peut faire que par la révélation divine à laquelle il adhère par la foi sur­ naturelle. II*-11®, q. π, a. 3. Il doit aussi s’unir à celte fin par TalTcclion de la volonté, cc qu’il ne peut accom­ plir que par la charité surnalurvllc, supposant ellemême l’espérance surnalurvllc. IMl®, q. i.xu, a. 1, 3 sq . Il* 11% q. xu\. a. 1 sq. Les actes surnaturels de foi, d’espérance cl de cha­ rité sont donc absolument nécessaires aux adultes pour obtenir le salut, dès lors que Ton suppose l’appel dc Dieu â la fin surnaturelle cl la maniéré dont il a voulu réaliser cct ap]>cl dans l’ordre providentiel actuel, par la libre volonté dc l’homme aidée de sa gr.Vt . I ne telle nécessité appelée, pour celte raison, quasi ex natura rci. ne peut jamais être suppléée par un sim- 2415 MORALE, MÉTHODE SCOLAST1QI E pie désir contenant implicitement ccs actes surnatu­ rels. Car, avant la production de ces actes surnaturels, il n’y a dans l'âme aucune disposition surnaturelle dans laquelle ils puissent être contenus en germe. Jean de Saint-Thomas, Cursus theologicus, De fide, disp. IV, a. I, n. 2, Paris, 1883, t. vu» p, 92; Gond, Chjpeus theologhr thonùstica·, De virtutibus theologicis, Paris, 1876, t. v, p. 262 sq.; Salmanliccnses, Cursus theologicus, tr. xvn, De fide, disp. VI, n. 69, Paris, 1879, l. xi, p. 321 sq.; Billuart. Summa S. Thomæ, De fide, diss. III. a. 1. b. En regard de la lin surnaturelle, la nécessité de recevoir les sacrements de baptême ct de pénitence, el celle d’adhérer à la véritable Église de Jésus-Christ, sont appelées nécessités ex mera institutione Dei posi­ tiva, parce que ces moyens n’ont pas avec la fin sur­ naturelle une connexion intrinsèque nécessaire, mais seulement une connexion extrinsèque provenant de la volonté positive de Dieu. Dieu ne pouvant ainsi com­ mander des choses dont l’accomplissement est impos­ sible dans une circonstance donnée, on doit conclure que, dans 1a mesure où ces moyens sont invincible­ ment ignorés, ou que leur accomplissement actuel est physiquement impossible, un simple désir, qui doit être considéré comme suffisamment contenu dans la charité surnaturelle guidée par la foi surnaturelle, peut suffire pour le salut. Voir S. Thomas, Sum. theol., IIP, q. lxviii, n. 2; Ciiaiiité, l. n, col. 2238 sq., ct notre dissertation Extra Ecclesiam nulla salus, 1895, p. 222 sq., 237 sq , 373 sq. En ces occurrences, c’est la doctrine communément admise pour le baptême chez les adultes, pour le sacrement de pénitence néces­ saire à ceux qui ont commis le péché, cl pour la néces­ sité d’appartenir à la véritable Église de Jésus-Christ. c. Quant aux préceptes divins ayant pour objet cc qui est simplement commandé par Dieu pour le bien spirituel des fidèles, sans être aucunement nécessaire pour le salut, leur comparaison avec la fin surnatu­ relle, ct avec les préceptes ayant pour objet une chose nécessaire au salut, a conduit les théologiens à celle double conclusion communément admise : a) Puisque l’objet du commandement n’a aucune connexion nécessaire avec la fin surnaturelle, son accomplisse­ ment in note n’est nullement nécessaire quand l'accom­ plissement eficclif est rendu impossible. Suarez, De fide, disp. XII, sect. I, prolog. 5, - β) Puisque l’objet du commandement n’a aucune connexion nécessaire avec la fin surnaturelle, il n'y a pas que la seule impos­ sibilité physique qui excuse de son accomplissement eficclif. Une impossibilité morale, dont la nature doit être appréciée selon l’importance du précepte, doit, quand elle est réelle, excuser de l'accomplissement du précepte, à moins d’intervention, dans le cas concret, de 'quelque précepte d’une importance supérieure ct s’imposant rigoureusement. Ainsi l’accomplissement du précepte positif de pratiquer extérieurement la foi catholique est susceptible d’une suspension temporaire dans le cas d’une grave impossibilité morale: pourvu que, dans la circonstance, il n’y ail point de nécessité positive de confesser sa foi, qu’il n'y ait point danger prochain d’apostasie et qu’il n’y ait point de scandale grave qui ne puisse être conjuré par d'autres moyens. Voir S. Thomas, Sum. theol., Il4-ll*. q m, a. 2. c) Enfin la comparaison entre les divers préceptes surnaturels ct naturels aide à déterminer pratique­ ment lequel doit avoir la préséance, quand plusieurs sont cn presence, et dans quelle mesure cette pré­ séance doit être assurée. Ainsi, selon l’appréciation commune des théologiens, quand il y a impossibilité de garder autrement un secret naturel ou confié, ou de défendre un intérêt suffisamment grave, le pré­ cepte de ne point coopérer à la déception du prochain 2416 doit céder; de telle sorte que l’on peut, cn ce cas, employer des expressions amphibologiques, ü l'occa­ sion desquelles le prochain pourra s’induire lui-même en erreur. Voir S. Thomas, Sum. theol., Il*-Il*, q. a. 3, ad lum. De même, le précepte de ne point exposer un sacrement au péril de nullité ou de réception Indi­ gne doit, moyennant certaines conditions, céder devant le devoir de charité d’empêcher un scandale grave, ou d’éviter un dommage spirituel grave pour quelque individu. Inversement, cn face d’un mal commun, comme un scandale grave, que l’on doit nécessairement empêcher ou écarter, des choses qui, sans cela, seraient cn elles-mêmes permises, du moins avec quelque raison, doivent être absolument interditvs. 2° Grande utilité de la méthode scolastique pour répon­ dre aux objections contre les vérités morales révélées, ct pour montrer, par des arguments de convenance, Tharmonie de la vérité révélée avec les connaissances d'évidence rationnelle. - 1. Comme en dogmatique, la méthode scolastique est très utile en morale pour réfuter les objections rationnelles opposées aux véri­ tés révélées; non (pie la raison puisse, par elle-même, donner une démonstration elleclivc de ccs vérités dont elle ne peut avoir l’évidence intrinsèque, mais en ce sens qu’elle peut toujours montrer (pic les objec­ tions présentées n’ont point de valeur démonstra­ tive. S. Thomas, Sum. theol., I ‘, q. i, a. 8; Cont. gent., I, 7; In Boetium de Trinitate, q. n,a. I,ad 5urn; a. 2, ad iu”‘: a. 3. 2. La méthode scolastique est aussi très utile pour donner, en faveur des vérités révélées, des argu­ ments de convenance empruntés aux connaissances d’évidence rationnelle, et servant à faciliter aux fidèles la connaissance des vérités surnaturelles. S Thomas, In Boeti uni de Trinitate, q. u, a 3; a. 1, ad 5u!n. Ainsi, dans la Somme théoloyique, saint Thomas justifie, par diverses preuves, la convenance parfaite de tout ce qui est ordonné par la loi nouvelle, l*-ll*r q. cvm, a. 1 sq.; l'excellence des conseils évangéliques, q. cvm, a. I: la nécessité de l’acte de foi surnaturelle pour le salut. II*-II®, q. n, a. 3 sq.;le précepte de confesser extérieurement sa foi, q. m, a. 2; la conve­ nance du précepte de la charité surnaturelle envers Dieu et envers le prochain, q. xuv;le précepte de lu prière considéré d’une manière générale ou dans ses diverses circonstances, q. ι.χχχιπ, a. 2 sq, ; l'excellence du vœu considérée d’une manière générale, q. i.xxxvni; la nécessité des vœux religieux pour l’état religieux, q. clxxxvî, a. I sq.; la nécessité du baptême pour le salut, soit d’une manière générale, 111*, q. LXVm, a. 1 sq.,soil particulièrement pour les enfants,q.i.xvm, a. 9 sq.; le précepte eucharistique, q. i.xxiii, a. 3; q. lxxx, a. 11 sq.: le précepte de la confession sacra­ mentelle, In I Vum Sent., (list. XVII, q. m, a. 1. 3° Quant aux vérités morales naturelles. — 1. C’tsl un fait constant que seule la méthode scolastique peut établir solidement ces vérités, soit en écartant, d’une manière efficace. les fausses méthodes, soit en fournissant des arguments solides pour une démons­ tration effective. a) Quatre méthodes principales doivent être id écartées. — a. La méthode kantienne selon laquelle toute obligation morale (si l’on peut vraiment, dans cc système, employer cette expression), serait pro­ duite par le commandement de chaque volonté indi­ viduelle dictant celte règle: «Agis de telle façon que la maxime qui dirige ta conduite puisse devenir une loi universelle. > On comprend que, dans ce système, les déductions de la raison pratique, étant des fur mules purement abstraites, sont incapables d’établir une obligation morale, puisque de telles formules on ne peut déduire aucune affirmation portant sur une 2417 MORALE. MÉTHODE SCOLASTIQUE 2418 rection de la raison, s’exerçant sous le contrôle de réalité concrète. Il est d'ailleurs manifeste que les la règle divine, existe cn réalité seulement dans la trois postulats donnés par Kant comme des présuppo méthode scolastique. Dans le» autres méthodes, ou dtlons Inséparables de la loi morale, la liberté humaine» l’immortalité de l’âme ct l’existence de l)i< u, ne peu­ ce n’est pas la raison qui donne la direction, ou elle la donne d’une manière indépendante de Dieu et en vent se déduire de l’impératif catégorique que l’on méconnaissant scs droits. voudrait établir comme fondement de la morale nou­ 2. Réponse a quelques objections, 1r* objection. velle. La méthode scolastique, en ce qui concerne la démons­ b. Non moins insullisantcs sont les méthodes qui tration des vérités morales naturelles, conduit à la font dériver l’obligation morale d’une disposition connaissance d’une loi morale purement extrinsèque, affective de la volonté individuelle, comme le soute­ qui est cn désaccord avec la nature de l’homme, puis­ naient Bold et Jacobi, ou d'une croyance dictée par qu'il appartient a l'homme de se diriger lui-même par le besoin de trouver un objet aux aspirations de notre sa raison. nature, ou un fondement â l’ordre social, comme Réponse. — a) La loi morale qui régit les actions Je disaient Balfour cl Brunet 1ère. Ccs méthodes, quelle de l’homme doit lui être, de quelque manière, extrin­ que soit la forme particulière qu’elles revêtent, contien­ sèque, puisque l’homme créé par Dieu, el dépendant nent celte grave erreur, que la raison humaine est, par elle-même et laissée à elle seule, incapable d’ob­ essentiellement de lui, a en lui sa fin dernière à laquelle toutes scs actions doivent être dirigées. tenir des connaissances certaines relativement aux vé­ b) Mais la loi morale régissant l'homme conformé­ rités morales. ment à sa fin dernière» devient comme intrinsèque a r. On doit réprouver aussi la méthode positiviste de la nouvelle école sociologique faisant consister, l’homme, en tant qu'elle lui est manifestée par sa avec Durckheim. toute la science morale dans la des­ raison, qui lui montre sa dépendance vis-à-vis de cription des phénomènes sociaux, considérés comme Dieu, avec les obligations qui en découlent. C’est ce effectivement soumis à des lois nécessaires. Ce qui que saint Thomas laisse bien entendre, quand il suppose par là même le déterminisme social, nette­ définit la loi naturelle une participation de la loi ment avoué d’ailleurs, bien que parfois l’expression éternelle dans la créature raisonnable, par une impres­ en soit adoucie. Méthode évidemment erronée, sion de la lumière divine dans la raison de l’homme. puisqu’elle suppose l'exclusion de la liberté humaine, Sum. theol., 1MI®, q. xa, a. 2; q. xix. a. 4; ou quand el que, s’arrêtant à la description des phénomènes il indique la double règle de moralité de nos actes: sociaux, elle ne peut faire connaître la nature de l’obli­ la loi étemelle,règle première,el la raison humaine, règle secondaire dépendant essentiellement de la gation morale, ni conduire à la science morale. Voir .Mgr Dcploige, /.e conflit de la morale ct de la sociologie, règle première. lA-li®, q. xix, a. 3, 4, 9; q. c» a. 1. 2· objection. - La méthode scolastique, cn cc qui 2eédit., Paris. 1912, notamment, p. 364-392 ; M. Nlvard, S. J., Ethica, Paris. 1928, p. 203 sq. concerne la démonstration des vérités morales natu­ relles, ne peut conduire à une connaissance objective our prouver l’exis­ tence de la loi morale, conduit à une connaissance pable de découvrir soit Pcxistencc de la loi naturelle, objective, parce qu'il est fondé sur le fait certain de soit les autres vérités religieuses naturelles, bien que la dépendance necessaire de l’homme vis à-vis de ces auteurs aient admis qu’après la révélation déjà Dieu, ou sur cette relation réelle de dépendance connue, la raison peut comprendre la démonstration nécessaire» scion l’argumentation de saint Thomas. rationnelle de ces vérités. b) Seule, la méthode scolastique écarte efficacement IM-H®. q. \i\. a. L 9. b) D’ailleurs, il n'est point vrai que. dans la méthode les fausses méthodes cn appuyant ses raisonnements scolastique, cn emploie uniquement le raisonnement sur des concepts objectifs représentant des réalités déductif. Souvent aussi l’on emploie l’observation, existantes; seule aussi, la méthode scolastique assure l’induction cl l’expérience, comme on peut le consta­ à la raison le rôle (pii lui convient. ter chez saint Thomas lui-même. fl. Seule,la méthode scolastique, par le fait qu’elle Dans sa démonstration, le fait que Dieu rsl notre est analytico-synthéllquc, appuie scs raisonnements lin dernière esl prouve non seulement par le raison­ sur des concepts objectifs représentant des réalités nement synthétique. Sum. theol.. IJ, q. xijv, a. I. mais existantes. Ces concepts sont le concept de Dieu, créa­ encore par le fait d’observation ct d’expérience, que teur cl souverain maître, ct le concept de I homme, rien cn dehors de Dieu ne peut donner aux facultés créature raisonnable, obligé comme tel de tendre à humaines une pleine satisfaction, ('.ont. Gent., I. IIL Dieu comme lin dernière cl d’y tendre, selon sa nature, c. xxvi sq. De même, saint Thomas voulant prouver c’est-à-dire avec connaissance de cette lin. el avec une l’existence de la loi naturelle apporte cette donnée détermination libre qui le rend responsable de ses actes. d’observation el d’expérience commune, qu’il y a. Dans les autres méthodes, on s’appuie sur des dans tous les hommes, des inclinations naturelles ad concepts ou des sentiments purement subjectifs sur debitum actum cl finem, dont il cite trois exemples : lesquels on ne peut rien établir de réel, ou l’on veut l’inclination à la conservation de l’être propre, celle s’appuyer sur l’autorité divine que l’on a privée de de pratiquer la vie conjugale ct familiale, cl celle de tout fondement, en rejetant la valeur de la raison vivre conformément à la nature rationnelle, en con­ humaine, seule base effective de celte autorité. naissant la vérité sur Dieu et cn pratiquant convena­ b. Seule,la méthode scolastique assure à la raison blement la vie sociale. Sum. theol., l*-llæ. q. xav, a.2. le rôle qui lui convient. Car. selon le raisonnement de Λ ces données d’observation ct d’expérience commune suint Thomas, il appartient à l’homme de sc conduire sont ajoutées des données historiques. L’histoire de lui-même à sa fin par sa raison cl de s’y conduire d’une tous les peuples montre que la même connaissance manière dépendante de Dieu, son souverain maître. de certains devoirs naturels sc retrouve substantielle­ Sum. theol., Ia-II®, q. i, a. 2. ment chez tous les peuples, bien que, chez quelques C’est donc la raison qui doit assigner à l'homme le individus ct pour certaines conclusions, elle ail parfois terme vers lequel il doit tendre, ct les moyens à em­ ployer pour l’atteindre effectivement. Mais cette di­ subi quelque fléchissement· 2419 MORALE, LES DIX ERSES MÉTHODES De même aussi In légitimité du droit de propriété individuelle est appuyée sur re fait d’observation et d’expérience commune, qu’il y a. dans la société, plus «l’activité au travail, plus d’ordre et de tranquillité, là où chacun possède en propre, Sum. theol., 1I ‘-I1‘', q Lx\i,a.2; l*-II®.q. <;v,a.2,et ad 3l,ni. La légitimité du droit de propriété individuelle repose aussi .sur cet argument de raison, que l’on doit préférer, pour la société civile, le régime de propriété qui lui est le plus avantageux. II4-II®, q lxvi, a. 2. De meme encore lin dissolubili té du mariage repose, cn partie, sur ccs données d’observation cl d’expérience, «pie l’union permanente «le l’homme ct de la femme est, commu­ nément ct de soi, nécessaire pour la lente el complète éducation de l’enfant. Cont. Gent.,}. Ill, c. exxu; voir Mgr Deploigr, Le conflit de lu morale cl de la sociologie, 2 édit.,Paris, p. 358 sq., 361 ; M. Nivard, op. cil., introduction, p. xvni sq. Ht. MP.TUODK PRATIQUE. - Avec la méthode posi­ tive cl la méthode scolastique, la théologie morale doit, pour répondre a son but qui est de diriger les actes humains vers la lin dernière surnaturelle, employer aussi une méthode d’application pratique dont saint Thomas démontre ainsi la nécessité : Scd quia ope· rationes cl actus circa singularia sunt, ideo omnis ope­ ration scientia in particulari perficitur. Enseignement répété aussi dans le prologue de la Ι14-Ι1Λ : sermones enim morales universales minus sunt utiles co quod actiones in particularibus sunt. 1·En ce qui concerne la casuistique, l’usage de celte méthode d’application pratique a déjà été décrit, avec les conditions que l’on doit y observer. On se rappel­ lera notamment que les décisions ou solutions prati­ ques ainsi obtenues, doivent toujours être appuyées sur des déductions théologiques suffisamment indi­ quées. Voir Casuistique, t. n. col. 1860 sq. Notons aussi, que même cn celte matière, saint Thomas nous donne d’excellents exemples de ques­ tions pratiques, traitées avec toutes les qualités qui conviennent a la bonne casuistique : distinctions nettement posées, principes toujours rappelés cl conclusions formulées dans la juste mesure autorisée par les distinctions posées ct les principes rappelés. Nous signalerons particulièrement, dans la vertu de fol, plusieurs questions pratiques concernant les infidèles, Il4-ll®,q. x. a. 7 sq., les hérétiques cl les apostats, q. xi sq., cl le blasphème, q. xm; dans la question de la charité, cc qui concerne l’ordre de la charité, q. x.xvi, l’aumône, q. xxxn, hi correction fra­ ternelle, q. xxxm, la guerre, q. xl, lu sédition, q. xli, a. 2. le scandale, q. xliii; ct relativement à la justice, q. txil, lxiv sq. 2· En théologie pastorale, l’application de celle méthode comprend, outre la casuistique proprement dite appliquée au ministère sacerdotal, des conseils, recommandations ou directions concernant tout cc qui est utile.pour assurer un fructueux accomplisse­ ment des principales fonctions «lu ministère sacerdo­ tal ct pastoral. Ici encore, il est évident (pie pour conserver â la théologie pastorale le titre effect if de science théolo­ gique, on doit veiller â ce que les directions ou recom­ mandations pratiques, soient suilisamment appuyées sur les enseignements ou les préceptes de l’Eglisc ct sur la doctrine théologique, dont les principes sont particulièrement rappelés par saint Thomas, Sum theol., IP-ll®, q. clxxxiv, a. 6, 8; Cont. Grid., I. IV, C. LXXIV. 3· En théologie ascétique et mystique, l’applica­ tion de relie méthode comprend, «l’une manière géné­ rale, l’emploi des moyens nécessaires ou utiles pour la bonne direction effective de la conscience dans la pratique de ta perfection chrétienne. Voir \scj tiqvi . 2420 Dr cette application, d’excellents exemples nom sont donnés par saint Thomas; pour la pratique de la dévotion, II4-II”, q. ι.χχχιιι, pour la pratique de l’obéissance cn cc qu’elle a «le plus parfait, q. αν, a. I, q. clxxxvi, a. 5; pour la pratique de la tempérance ct de la mortificat Ion corporelle, q. cxli, a. 6; q. clxxxvi, a. 2. ad 3um; pour la pratique de l'humilité, q. clxi; pour l'application à l'élude, q. cxlvi; pour la vie contemplative, q. ci.xxx. IV. PART RESPECTIVE bE CES TROIS MtTRODU ES THÉOLOGIE MORALE. Outre ce qui a été dit de la méthode scolastique à l’art. Doumatiqui , t. iv, col. 1510, el «pii convient egalement à la théologie morale, nous proposons les remarques suivantes. 1· Dans renseignement tMologiquc proprement dit. I. Dans renseignement classique Intégral compre­ nant toutes les matières du programme ct ayant pour but immédiat la formation du prédicateur, de l’apo­ logiste et du confesseur, on doit constamment unir les trois méthodes, en tenant compte des exigences particulières «les diverses questions traitées, cl cn donnant toujours à la méthode scolastique dans la morale générale, ct même dans la morale spéciale, une part «pii. sans être nécessairement prépondérante, soit toujours importante. a) On tiendra compte «les exigences particulières «les diverses questions traitées. Dans la morale géné­ rale, traitant de l'obligation de tendre â la lin der­ nière surnaturelle et des principes généraux concernant les lois, la conscience, les actes humains, les péchés cl les vertus, une plus grande part devra être attribuéeù la méthode scolastique, pour combattre, avec plus d’efficacité, les erreurs attaquant les principes fonda­ mentaux el pour établir la doctrine morale sur des bases solides. Dans les matières où les decisions «le l’Eglise sont plus abondantes, comme en cc qui concerne les sacre­ ments, une plus forte documentation positive est nécessaire, tandis que, dans la partie pratique du traité de la pénitence, on insistera sur les règles el conseils pratiques «pii doivent diriger le confesseur dans l’accomplissement de scs divers devoirs, de manière à n’avoir qu’à signaler, dans le reste de la théologie, cc «pii concerne l’application immédiate de ccs mêmes devoirs. b) La part assignée à la méthode scolastique, sans être nécessairement prépondérante, sera toujours im­ portante. non seulement dans la morale générale, mais aussi dans la morale spéciale. C’est surtout par cette méthode «pie l’on fournira au confesseur les prin­ cipes doctrinaux qui doivent le diriger dans la solu­ tion des cas de conscience, et que l’on assurera au prédicateur et à l’apologiste la doctrine solide qui leur est si nécessaire. La raison cn est péremptoire. La casuistique pure ne fournit «pie des exemples; cl les cas similaires ne peuvent être convenablement réso­ lus «pie si p«m a bien compris les principes d’OÙ émane la solution pratique. De même, les autorités positives, ainsi que le montre l’expérience, ne peuvent être d’un usage bien profitable sans les connaissances théolo­ giques qui éclairent leur véritable sens, facilitent leur justification et aident les déductions que l’on «toit ‘en lirer. N'est ce pas aussi, pour autant «pie la théologie morale le comporte, la conclusion «pie l’on doit retirer de renseignement «le Léon XIII. demandant. dans I vncsclique .Lierai Pains, § Jloi autem novitatis stu­ dium, «tue la théologie, sans distinction entre dogma­ tique et morale, soit traitée selon la grave méthode des scolastiques, en Joignant le travail de la raison aux lumières de h» révélation, «le manière à ce que la défense de la foi soil invincible? L est «l oillcurs la pensée qui sc dégage «lu canon 2421 MOBALE. LES DIVEBSES MÉTHODES IM J2. du Code canonique demandant, sans distinc­ tion entre dogmatique ct morale, que l’élude de la théologie, aussi bien que celle de k» philosophie, soit traitée ad Angelici doctor is rationem, doctrinam et principia. 2. Dans l’enseignement supérieur ayant pour but une formation spéciale, ct supposant déjà l'enseigne­ ment classique intégral, on pourra insister plus par­ ticuliérement sur l'emploi de la méthode positive ou sur celui de la méthode scolastique, selon le but parti­ culier qu’on se propose, en observant, dans chaque méthode, les conditions indiquées a l’art. Dogmati­ que, l. iv, col. 1533 sq., 1538 sq. 3. Dons des ouvrages spéciaux écrits en vue de la pratique immédiate du ministère, comme la Praxis fon/esaurii de sî inl Alphonse de Llguori, et supposant d’ailleurs la connaissance scienti lique de la théologie monde déjà suilisamment possédée, il y a une très grande utilité à ce que l’on s’occupe, d'une manière à peu près exclusive, du point de vue immédiatement pratique casuistique, pastoral ou autre. Il est seule­ ment demandé que les principes sur lesquels les appli­ cations pratiques reposent soient toujours au moins brièvement indiqués, pour que le caractère scienti­ fique de la théologie morale soit substantiellement maintenu. Il est d’ailleurs bien évident que ces ouvrages spéciaux, cn poursuivant leur but particu­ lier, n’ont aucune prétention de se substituer à la théologie morale. 2· En dehors de renseignement t biologique propre­ ment dit, — 1. Dans des ouvrages (pie l'on pourrait appeler de propagande scientifique, ayant spéciale­ ment pour but d’aider, cn ccs matières, le prédicateur, le confesseur, le catéchiste, l’apologiste ou le profes­ seur d’instruction religieuse, ou d’instruire les fidèles plus cultivés, ceux surtout qui peuvent, par leur talent et par leur position, exercer autour d’eux quelque apostolat, il va de soi que la méthode rigide d’exposition scolastique serait déplacée. On y devra adopter une forme plus libre ct plus attrayante, tout en gardant un enseignement solide ct toujours pro­ portionné aux Intelligences auxquelles on s’adresse. Nous avons dit, cn parlant de la dogmatique, t. iv, col. 1510, combien de tels travaux méritent d’être encou­ ragés ct recommandés pour la diffusion de renseigne­ ment scolastique en dehors des cercles théologiques 2. Dans la prédication adressée aux fidèles, où il est particulièrement nécessaire aujourd’hui de donner, scion le degré de culture de l’auditoire, une solide instruction morale qui puisse prémunir contre les graves et multiples erreurs contemporaines ct contre les nombreuses objections si répandues aujourd’hui dans tous les milieux, on comprend que renseignement donné par le prédicateur, le conférencier ou le caté­ chiste, ne peut avoir l’allure technique de renseigne­ ment théologique classique. Tout en se servant des preuves de la théologie positive, des raisonnements de la scolastique et des données d’observation et d’expé­ rience, on devra selon la nature de l'auditoire, em­ ployer les ressources de l’art chrétien pour rendre la vérité plus accessible ct plus attrayante. r. γολ’γ/.γχαμλ contre deux systèmes supprimant presque entièrement, cn théologie morale, l'emploi de la méthode scolastique el même de la méthode positive. 1· Conclusion contre un système de pritirition, omet­ tant, soit en morale fondamentale, soit en morale spéciale, presque toutes les questions doctrinales pour s’occuper presque exclusivement de la casuistique, comme l’ont fait pratiquement beaucoup d’auteurs depuis la seconde moitié du xvn· siècle. Jusque vers le milieu du χι\·. I. En ce qui concerne l’enseignement classique do 24 22 la théologie, ce système doit être rejeté puisqu’il ne tient pas compte de celte doctrine, cependant bien certaine, que l’emploi de la méthode scolastique et de la méthode positive est nécessaire pour assurer à la théologie morale son caractère scientifique,et pour assurer son efficacité pratique relativement au minis­ tère sacerdotal qu’elle doit diriger. 2. Et même pour le but immédiatement pratique que l’on parait uniquement sc proposer, qui est de prépa­ rer au ministère de la confession, cc système, malgré quelque utilité partielle, ne peut pleinement suffire Ce qui importe le plus pour la solution des cas ce conscience soumis au jugement du confesseur, c’est la connaissance raisonnée des principes qui doivent diriger ce jugement; connaissance raisonnée que Ton ne peut avoir, d’une manière effective, sans un sérieux emploi de la méthode scolastique. D’ailleurs, comme nous le constaterons bientôt, l’expérience montre que. pendant la période où la théo­ logie morale a été ainsi diminuée, c’est-à-dire depuis la seconde moitié du xvn· siècle jusqu'à la seconde moitié du xix·, elle a été privée d’une très grande partie de l’influence qu’elle aurait dû avoir, soit pour la lutte constante contre l’erreur sous ses diverses formes, soit pour l’instruction des fidèles el la direc­ tion morale de la vie publique des sociétés. 2· Conclusion contre un système de répartition de la plupart des questions doctrinales de morale spéculative, entre la philosophie ct la dogmatique ou même l’ascétique et la mystique. 1. Relativement aux vérités doctrinales ainsi attri­ buées exclusivement à la philosophie morale, sans qu’on les reprenne en théologie pour y ajouter l'ensei­ gnement révélé, l’enseignement positif de l’Églisc ct de la tradition catholique, ct les conclusions déduites de ccs divers enseignements, la conséquence est évi­ dente. Tout cct enseignement positif, ainsi que les conclusions que l’on doit en déduire, seront pratique­ ment omis, puisuu’ils ne peuvent avoir en philosophie qu’un signalement rapide, cl qu’on ne leur assigne aucune autre place. Or c’est un très grave inconvé­ nient de ne pas avoir, sur toutes ces matières, une connaissance exacte et raisonnée des enseignements de l’Églisc ainsi que de renseignement théologique. Cet inconvénient est plus grave encore pour toutes les matières appartenant à la morale sociale, el qu’on placerait uniquement dans cette catégorie des vérités philosophiques. En ces matières surtout, il importe grandement d’avoir une connaissance exacte de ren­ seignement de l’Église qui doit être, pour tous les catholiques, le principal appui contre toutes les erreurs actuelles. Pour ces question* de morale sociale, il y aurait encore un autre désavantage à les placer uniquement en philosophie : à cause de leur nature souvent délicate et complexe, elles supposent déjà quelque maturité de jugement, et elles seraient exclusivement étudiées au moment où celte maturité serait habituellement moindre. 2. Quant aux vérités doctrinales attribuées à la dogmatique ou à l’ascétique et à la mystique, il y aurait cette conséquence fâcheuse que. par le fait qu’elles seraient séparées de leur cadre normal el traitées ailleurs, leur nature vraie serait moins bien saisie. En même temps les conclusions ou applica­ tions que l’on doit en déduire en casuistique, seraient bien affaiblies par le fait qu'elles ne seraient point suilisamment rattachées aux principes dont elles pro­ cèdent. 3. On comprend d'ailleurs que le rôle casuistique presque exclusif qui reviendrait ainsi à la théologie morale, diminuerait beaucoup son importance, cl la placerait à un rang bien inférieur à celui qu’elle doit 2423 MORALE, APPORT DU occuper normalement. C’est sans doute selon une conception de cc genre que la théologie morale est. d'ailleurs très Injustement, placée par quelques auteurs au dernier rang des sciences ecclésiastiques, comme n’étant qu’une méthode d’application dc certains principes à des conditions variables de temps et de milieu. L Quant aux raisons parfois invoquées en favem dc cc système de répartition, elles n’ont point la valeur qu’on leur attribue. a) Il n’y a point d’inconvénient à ce que, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, les mêmes matiè­ res soient successivment étudiées au point de vue philosophique et au point de. vue théologique, la pre­ mière élude devant servir de préparation à la seconde, et pouvant d’ailleurs n’être pas très étendue si elle sc maintient dans son propre domaine. D’autre part, l’étude théologique pour laquelle on aura le soin de rappeler, au moins sommairement, l’enseignement philosophique, aura l’avantage de compléter celui-ci cl d’en donner une meilleure intelligence, en même temps qu’on y ajoute la doctrine théologique. è) Au reproche dc trop grande extension des pro­ grammes, on peut répondre que, pour certaines matiè­ res. comme les matières juridiques ct économiques, tout cc qui est demandé à renseignement dc la théolo­ gie morale, ce sont des conclusions doctrinales, sans doute suffisamment exposées ct solidement appuyées, mais dc telle sorte que les développements techniques soient laissés aux sciences sociales. Dc même, pour les vérités doctrinales qui doivent diriger l’ascétique ct la mystique, comme la nature dc la perfection chrétienne, la nature dc l’union avec Dieu résultant dc la charité à ses divers degrés, l’étude des dons du Saint-Esprit, celle des conseils évangé­ liques, ct plusieurs questions ou explications doctri­ nales concernant les diverses vertus en particulier, tout ce qui est demandé dc la théologie morale, c'est un enseignement doctrinal sous forme de conclusions théologiques. Les détails, considérations pratiques, ou faits, selon la nature des questions, sont, en prin­ cipe, laissés à l’ascétique ct û la mystique. D’ailleurs, d'une manière générale, i) est aisé de comprendre que des élèves bien préparés par le cours de philosophie scolastique comprenant aussi la philo­ sophie morale, et par le cours de théologie morale fon­ damentale, seront capables d’étudier plus facilement, cn morale spéciale, et dans une période de temps rela­ tivement moindre, le programme intégral. 5. Toutefois on peut approuver et recommander certains arrangements pratiques, en vertu desquels le même professeur, dc dogme ou dc morale, peut comprendre, dans son enseignement, surtout dans la matière des sacrements, toutes les questions dogma­ tiques ou mondes, appartenant au même traité théolo­ gique. On obtient ainsi le grand avantage, si impor­ tant pour la science théologique, dc l’unité de l’ensei­ gnement. Mais l’on doit sc rappeler que les matières ainsi attribuées continuent à appartenir & la partie dc la théologie, dont elles relèvent immédiatement cl qu’elles doivent être traitées chacune avec la méthode qui lui convient Π1. Aperçu synthétique sur l’apport du Nou­ veau Testament A LA THÉOLOGIE MORALE. - Bien que cet enseignement néo- testamen taire soit exposé dans divers articles particuliers traitant surtout des vertus et des sacrements, il est utile d’en donner Ici un aperçu synthétique, pour mettre plus d’unité dans les concepts exprimés ailleurs d’une manière fragmen­ taire et aussi pour montrer, du moins dans ses lignes principales, cc qui concerne le point de vue social. Pour comprendre la nature de cet enseignement, il N O U V E Λ U T EST A Μ E NT 2424 est nécessaire dc se rappeler ce que l’on a dit en expli­ quant la définition de la théologie monde. Les vêrltn révélées que l’on y étudie y sont considérées seule­ ment sous leur rapport pratique, autant qu’elles don­ nent des directions, consistant en préceptes ou cn conseils, indiquant ce qui doit être fait ou ce qu'il convient de faire pour s’orienter effectivement Ven la lin surnaturelle. Ce sont donc ces directions pra­ tiques, données sous la forme de préceptes ou de conseils, (pic l’on doit rechercher dans le Nouveau Testament. C’est dc ces vérités pratiques ouc l’on s’est ultérieurement servi pour constituer la théologie morale comme partie distincte dc la théologie, en employant la méthode positive et la méthode scolas­ tique, telles qu’elles ont été précédemment décrites. /. bERS/ÊHE SURSATURELLE AFFIRMÉE FAR LE sovvea U testam est. - La fin dernière surnatu relie, assignée ù l’homme dans l’ordre actuel.ressort avec évidence de la double sentence définitive de Noire-Seigneur au jugement général, Matth., xxv. SI, H : sentence appelant au bonheur étemel tous ceux qui auront observé les commandements dt Notre-Seigncur; sentence condamnant aux supplices éternels les méchants qui auront transgressé ces mêmes commandements. Voir Ein derNIÈhe, t. v, col. 2 198 sq Celle lin dernière apparaît nettement comme obli­ gatoire pour tous les adultes, seuls en cause dam h promulgation de celte double sentence : jwur eux, dans les conditions normales, il n’y a point d'alter­ native entre la possession éternelle de la vision béatiilquc et les supplices éternels dc l’enfer. En même temps, le texte cité montre que cliacun doit tendre â cette lin dernière par le libre accomplis­ sement des devoirs qui lui sont imposés. Selon h teneur de la double sentence du Juge suprême, sont seuls punis ceux qui ont transgressé dc façon cou­ pable leurs obligations; cl sont récompensés ccux-h seuls qui ont librement et méritoircmcnt accompli leurs devoirs. 11 est non moins évident que les fidèles sont tenus de tendre vers leur fin surnaturelle, non seulement dans leur vie privée, mais aussi dans leur vie publique et sociale. La sentence rendue par le souverain .luge porte sur toutes les actions.de quel­ que nature qu’elles soient, donc aussi sur celles qui se rapportent â la vie publique et sociale. //. FREcERTES bE LA Lol S ATI-RELLE AFFIRMb rass LE soi VEAU testam EST. - - Le Nouveau Tes­ tament confirme, par son autorité, les préceptes de h loi naturelle, connaissables par la raison. 11 y ajoute le plus souvent des précisions nouvelles, ct aussi des motifs nouveaux empruntés à renseignement de b foi. Ie Tous ccs préceptes, correspondant aux précepte* du décaloguc, à l’exception du troisième qui est à la fois naturel et positif, voir t. iv, col. 167 sq.,sont maintenus dans leur intégrité : Ne pensez point, dit Notre-Seigneur, que je sols venu abroger la l i ct les prophètes. Je ne suis pas venu abroger, malt accomplir. » Matth., v, 17. D’ailleurs, dans d’autres circonstances, Noire-Seigneur a aussi rappelé k< préceptes de la loi naturelle. Matth., xix, 17 *q. Luc., xvm. 20. 2· En même temps, ces obligations naturelles sont dégagées par Notre-Seigneur des fausses interpré­ tations données par les Juifs sur beaucoup dc points, notamment pour le. meurtre, l’adultère, le divorce, le serment, le talion, l’amour des ennemis. Matth., v, 21-18; S. Thomas. Sum. tleol.9 I*-ll·, q. cvni, a. 3, ad lu,n; J. M. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 101 sq. 3· Des précisions nouvelles, appuyées principale­ ment sur les enseignements dc la fol, sont souvent m MORALE. \PPORT DU NOUVEAU TESTAMENT 2426 tate, xctenles quod et vos Dominum habetis in cado. ajoutées par les apôtres, dans leurs épltrcs Inspirées, Col , tv. 1. par exemple pour les devoirs des époux cl pour les ///. PzeZcA’rrA'x λ(ίι.\ j turels affiiiu?.* bARb le obligations mutuelles des parents cl des enfants: RoVVEaU TBRTAMERT. Ccs préceptes ont pour obligations dont nous parlerons bientôt â propos dc renseignement surnaturel sur le mariage. objet principal les vertus et les sacrements, comme I· On doit cn particulier noter les applications le fait observer saint Thomas, Sum. theot., I·-!!·, suivantes concernant plus spécialement la vie publi­ q. xvn. n. 2. En indiquant ces préceptes, suivant ren­ que ct sociale, ct principalement appuyées sur rensei­ seignement néo-testamentaire, on doit tenir compte gnement de la foi. non seulement dc ce qui est exprimé formellement 1. La soumission aux pouvoirs établis. Elle esl comme tel, mais aussi de ce qui a toujours été consi­ mentionnée par Notre-Seigneur : Jteddile ergo quit déré comme contenu dans cet enseignement, selon surit Cirsaris Civsari ct quœ surit De/ Deo. Matth., l'interprétation constante dc la tradition catholique xxii,21. Saint Paul l’explique davantage : < Que toute et l’interprétation dr l’Églisc, âme soit soumise aux puissances supérieures, car il 1· La joi consistant dans l'assentiment a la doctrine n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu, et enseignée par Notre-Seigneur ct confiée par lui â celles qui sont onl été ordonnées par Dieu. Celui donc l’autorité infaillible dc son Église est proclamée néces­ qui résiste A la puissance résiste à l'ordre dc Dieu; saire pour le salut : < Allez dans tout l’univers et ct ceux qui résistent acquiérent eux-mêmes leur con­ prêchez i'Évangilc à toute créature. Celui qui croira damnation... Soyez donc soumis par nécessité, non et sera baptisé sera sauvé; celui au contraire qui ne seulement À cause de la colère, mais aussi à cause de croira point, sera condamné. » Marc.» xm, 16. O qui In conscience. » Hom., xm, 1-5. est exigé pour le salut, c’est l'assentiment donné a la L’enseignement de saint Pierre n'est pas moins doctrine de Notre-Seigneur, telle qu'elle est enseignée explicite : < Soyez donc soumis, à cause de Dieu, a par les apôtres, dc même que le refus d’adhérer à toute créature humaine, soit au roi comme au chef celte doctrine mérite la condamnation éternelle. suprême, suit aux gouverneurs comme envoyés par Saint Paul enseigne aussi que la foi est nécessaire lui pour le chAtiment des malfaiteurs et la gloire des pour le salut. Hebr.» xi, 6. Et cette foi, selon la doc­ bons. Car c’est la volonté de Dieu que, pratiquant le trine dc l'apôtre, est vraiment l’assentiment donné â bien, vous fassiez taire l’ignorance des hommes insen­ l’enseignement révélé, à cause dc l’autorité même dc sés, comme étant libres et comme des serviteurs dc Dieu; témoin l’explication qui! donne dc la foi, Dieu, non pour faire de la liberté le voile de la malice. · Hebr., xi, 6; témoin tous les exemples proposés dans I Pel., n, 13-16. cc meme chapitre, xi, 7, 8. 11. 21 sq., 26 sq., 32 sq.; Selon ces enseignements, le pouvoir venant de Dieu, témoin l’exemple d'Abraham, Hom., iv, 3, dont la soumission lui est duc en conscience. Mais le pou­ la foi est citée comme étant le modèle dc celle de voir a droit A cette obéissance seulement quand il ne tous les justes du Nouveau Testament, Hom., iv, s’exerce point contrairement à la loi de Dieu 23 tq< ; \, 1. Selon la parole de Notre-Seigneur, Matth., xxn, 21, A cette nécessité dc la fol sc rattache aussi t obli­ on est tenu de rendre A César ce qui est A César, seu­ gation dc sc soumettre à l'autorité des apôtres ct dc lement dans la mesure où Ton peut aussi rendre A leurs successeurs, ou A l’autorité dc l’Églisc exclusive­ Dieu ce qui lui est dû. Et, suivant saint Paul et saint ment chargée de garder cl d’interpréter la doctrine Pierre, le devoir de la soumission envers le pouvoir, qui lui a été confiée par Notre-Seigneur Voir Égijsi . provenant de ce (pie son autorité vient de Dieu, t. IV, col. 2155. Toutefois le texte cité dc saint Marc, suppose que cc pouvoir ne va point contre l’ordre xm, 16. parle seulement dc l'adhésion à l’autorité de divin, d’où procède la légitimité de son commande­ l’Églisc suffisamment connue. Dc même que, dans ment. C’est d’ailleurs cc que les apôtres nous appren­ la première partie du verset, c’est Passent huent nent par leur exemple : Obedirc oportet Deo magis volontaire donne à la doctrine dc Notre-Seigneur (pii quam hominibus. Aci., v, 29. Voir sur cc point doit assurer le salut, ainsi dans la deuxième partie, l’enseignement de Léon XIII appuyé sur renseigne­ formant antithèse avec la première, c’est le refus ment néo-testamentaire, dans l’encyclique Diutur­ coupable de cet assentiment qui est puni par la con­ num du 29 juin 1881, § Unu ilia honpnibus causa, et damnation éternelle. Dr le refus est coupable seule­ ment quand l’autorité de l’Églisc est sufllsammcnl dans l’encyclique Sapientia· Christiana du 10 janvier 1890, § Ceterum vere si judicare volurn us. connue. Les obligations ainsi imposées parla fol s’appliquent 2. Le commandement dc la loi naturelle, rappelé non seulement aux individus dans leur vie privée, mais cl confirmé par Notre-Seigneur, Son /artum /acies, Mallii., xix, 18; Luc., xvm. 20, réprouve toute injus­ aussi aux sociétés dans leur vie publique. La foi doit diriger toute la vie des disciples de Notretice violant les droits du prochain dans la possession Seigneur. C’est cn la pratiquant ainsi qu'ils doivent dc scs biens. Dc meme saint Paul range les /ures être le sel de la terre cl la lumière du monde, cn fai­ et rapaces parmi ceux qui, à cause de crimes sant luire leur lumière devant les hommes, de sorte graves, sont indignes de posséder le royaume dc Dieu. que leurs bonnes œuvres soient manifestes ct fassent I (.'T . \ i. HL glorifier leur Père céleste. Matth., v, 13 sq. De même J. L’Injustice commise en frustrant les ouvriers du aussi la foi de tous doit être confessée devant les salaire qui leur est dû, est équivalemmcnt affirmée dans ce texte : Eccc merees operariorum qui messue­ hommes, conséquemment dans toute la vie publique ct social·. Matth , x. 32. runt regiones vestras, quir fraudata est a vobis, clamat, El comme, d’après les textes néo-testamentaire* d clamor eorum in aures Domini Sabaoth introivit, précédemment cités, voir Egijsi . t. iv, col. 2175 sq., Jac.,V, L comme l’indique celle phrase de l’encyclique il appartient A l’Églisc seule d’enseigner tout ce qui thrum novarum : Fraudare vero quemquam mercede concerne la direction de la vie chrétienne, publique debita grande piaculum est, quod iras e cudo ultrices ou privée, il y a donc obligation pour tous, en vertu clamore devocat. dc ces mêmes textes, dc sc soumettre en tout cela à A noter aussi dans 1‘epllrc aux Colossicus cet ensei­ l’autorité de l’Églisc. D’où celle conclusion que, dans gnement dc saint Paul appliqué aux maîtres vis-àla doctrine néo-testamentaire, sont manifestement vis dc leurs esclaves, ct ayant encore beaucoup plus dc force quand il s’agit du contrat ordinaire dc tra­ contenus les devoirs dc la puissance séculière envers l’Églisc, tels qu’ils onl été exposés à l’art. Égijsi., vail ; Domini, quod /ustum esl et a quum servis pros­ Ί'ιΊΊ morale, APPORT DU nouveau testament t. iv, col. 2210 sq \ oir aussi l'encyclique Immortale Dei de Leon XIH du 1·'novembre 1885, § Tam ingenti hominum. 2· Le précepte de la charité surnaturelle envers Dieu est affirmé par Notrc-Seigneur, comme étant le pre­ mier et le plus important de tous les commandements : • Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. · Mat th., xx», 37; Dent., vr, ·>. De tout votre cœur, selon l’explication de saint Thomas, Sum. theoL, Ι1·-ΙΙΛ, q. xi.iv, a. I. parce que nous devons aimer Dieu comme notre fin dernière à laquelle tout doit être rapporté, nu moins en cc sens qu'habituellement la volonté n’accepte rien qui soit opposé à l’amour dû à Dieu. De toute notre âme et de toutes nos forces, parce que nous devons aimer Dieu avec toutes mis facultés, ct que toute notre activité doit être dirigée par cet amour, a. 5. On doit aussi observer avec saint Thomas, q. xliv, a. 6, que ce commandement, tel qu’il est donné par Notrc-Seigneur, ne peut être observé parfaitement que par l’accomplissement final de ce qui est demandé, c’est-à-dire par la plénitude de l’amour entièrement dirigé vers Dieu; ce qui sc réalisera seulement par la pleine et définitive possession de Dieu que donne la vision béatifique. En cette vie,le précepte est accom­ pli d’une manière d’autant plus parfaite que l’on se rapproche davantage de cette perfection finale, q. xliv, a. 6. Enfin ce précepte est appelé par Notrc-Seigneur le premier et le plus grand de tous les commande­ ments, parce qu’il les comprend tous et que l’union avec Dieu, qui s’accomplit par la charité, est la lin vers laquelle doit être dirigé tout ce qui appartient à la vie spirituelle, q. xuv, a. I. A noter aussi celte parole de Noire-Seigneur, que la marque à laquelle on reconnaîtra que la charité envers Dieu est effective, c’est que l’on observe ses commandements. Joa., xiv. 21, 23. Chez saint Paul, l’enseignement sur la charité envers Dieu ne comprend guère que quelques expres­ sions générales, 1 Thess., i, 3; 1 Cor., xm. 13. Mais avec quelle force cette charité est contenue dans ce que dit suint Paul de la charité envers le prochain, I Cor., xm. Car seul l'amour effectif envers Dieu peut, selon l’en­ seignement évangélique, assurer à la charité envers le prochain les excellentes qualités que l’apôtre réclame I pour elle. C’est encore en ce sens, partiellement du j moins, que saint Paul affirme, Gai., v, 11, que celuilà accomplit toute la loi qui observe le précepte de la charité envers le prochain. Dans les epitres de saint Jean, le précepte de la charité envers Dieu est également contenu dans tout cc que l’apôtre dit de l’obligation d’aimer nos frères. Car. selon son enseignement, sans cet amour envers nos frères, notre amour envers Dieu manquerait de vérité. I Joa., ni 16-20. 3· l.e commandement de la charité envers le prochain est affirmé par Notrc-Seigneur comme conséquence du précepte d’aimer Dieu : « l.e second commande­ ment est semblable au premier : vous aimerez votre prochain comme vous-même. » Matth., xxit, 39. l.e mot prochain indique le motif pour lequel nous devons aimer tous nos frères. Ils nous sont très proches, dans leur nature qui est à l'image de Dieu, ct par leur aptitude à la gloire céleste à laquelle ils sont appelés par Dieu. S. Thomas, Sum. theol., U*-11“’, q. xuv, a. 7. En disant que nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes, Notrc-Seigneur indique en meme temps la manière dont nous devons l’aimer, c’cst-àdire d’une manière semblable à celle dont nous nous aimons nous-mêmes. D’une manière semblable aussi. 2428 quanta la fin que l’on so proposed! aimant le prochain pour Dieu, comme on s'aime soi-même pour Dieu. D’une manière semblable encore,quant à la règle de la charité, de telle sorte que l’on ne condescende nu prochain en rien de mal, mais seulement en ci qui est bien comme on doit satisfaire sa propre volonté seulement en cc qui est bien. D'une manière semblable enfin, quant au motif de la charité, en sorte que l’on n’aime pas le prochain pour sa propre utilité ou pour sa satisfaction, mais parce qu'on veut le bien du pro­ chain, comme, pour soi-même, on veut son propre bien. S. Thomas, IP-IP’, q. xliv. a. 7. Noire-Seigneur appelle le précepte de la charité un précepte nouveau, Joa., xm, 31, non en cc sens qu’il est donné pour la première fols, puisqu’il avait déjà été donné précédemment sous une forme à jhu près identique : < Vous aimerez votre ami comme vous-même. » Le vil., xix, 18; Matth., v, 13. Le mot amicus, comme l’observe saint Thomas, loc. cil., a le même sens que proximus ou /rater dans les textes néo-testamentaires. Il indique la proche parenté sur­ naturelle. Noire-Seigneur appelle ce précepte un précepte nouveau, parce qu’il le dégage des fausses Interpréta­ tions des Juifs, cl parce qu'il montre son propre amour envers nous comme le modèle que nous devons suivre: • Je vous donne ce commandement nouveau, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Joa., xm, 31. En ce meme sens le divin Maître l’appelle son précepte. Joa., xv, 12. Très explicite est aussi l’enseignement de saint Paul. l.e précepte de la charité est connu des fidèles; il n’est point nécessaire de le rappeler. I Thess., iv, 9. L’accomplissement du précepte de la charité envers le prochain est l’accomplissement de toute la loi. Gai., v. 14. Car la charité envers le prochain suppose la charité envers Dieu et elle assure l’accomplissement de tous les préceptes concernant le prochain. Les chrétiens doivent s’aimer les uns les autres d’un amour de fraternité,ct sc prévenir les uns les autres par des témoignages d’honneur. Boni., xn, 9. La nécessite de la charité provenant du principe surnaturel de la grâce, est telle que, sans elle, rien ne peut servir, I Cor., xm. 1-1 ; même la distribution de tous les biens, même le martyre. Puis saint Paul donne une admi­ rable description des qualités que doit avoir la charité fraternelle, xm, 4-8. Saint Jacques rappelle aussi le précepte de la cha­ rité fraternelle, n. 8: et il en déduit l’obligation de secourir le prochain qui est dans le besoin, n, 15, 16. La recommandation de saint Pierre est formelle. I I’d., i, 22; II Pel., i, 7. Selon l’apôtre saint Jean. « c’est le commandement de Dieu que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous en a donné le précepte ». I Joa., m, 23; iv, 21 ; m, 11. - Nous avons connu In charité de Dieu en ceci qu’il a livré sa vie pour nous; et nous aussi nous devons livrer notre vie pour nos frères. » m, 16. · Quiconque hait son frère est homicide, cl vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui. » ni. 15. · Si quelqu’un dit qu’il aime Dieu et hait son frère, il est menteur. Car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas.» iv, 20. Au précepte de la charité fraternelle, sc rattachent celui de l’amour envers les ennemis, Matth., v. II, Luc.,vu,27 sq.,el le devoir de l’aumône. Voir Aumône, i t. i, col. 2563 sq., ainsi que le devoir de la correction fraternelle. Voir t. m, col. 1908. I Comme complément de la doctrine néo-testamen­ taire sur I aumône, il est utile de noter que NotreI Seigneur par son exemple, selon la remarque de saint I Paul, H (.or., vm, 9, et par son enseignement, Matth., 3429 MO H ALI·: 1)1 v, 3, exhorte scs disciples qui auraient à soulîrir de h pauvreté â la considérer comme un bien, au point de vue de la foi; et à en tirer profil pour la récom­ pense éternelle. C’est aussi la doctrine de saint Jac­ ques, .lac., v, 7 sq.; voir encore sur cc point l'enseigne­ ment de Léon XIII, d’après la doctrine scripturaire, dans l’encyclique Rerum novarum, § Bonis autem crtiime qui carrant. Mais en même temps est flétrie la conduite des mauvais riches. Luc., vï, 21; xvi, 10iq.; Jac., v, I li; 1 joa., m. 17. Au point de vue social, trois enseignements sont manifestement contenus dans la doctrine néo-testa­ mentaire sur la charité fraternelle : a) La réprobation de la doctrine païenne de I es­ clavage évidemment opposée à tout renseignement de l’Évangilc cl directement condamnée par saint Paul, voir Esclavage, t. v, col. 461 sq., et l'encyclique in plurimis de Léon XI11 du 5 mai 1888, In co dejectionis profundo. b) L'enseignement exprimé dans l’EncyclIquc Re­ rum novarum, Ronis autem fortunæ, Quos tamen, qu’entre riches ct pauvres, possédants cl non possé­ dants, doit régner une union d’amitié cl de véritable amour fraternel ; Quos (amen, si chrislianis praeceptis paruerint, parum est amicitia, amor etiam fraternus inter se conjugabit. Après en avoir rappelé les raisons d’après l’enseignement scripturaire, Léon XIII ajoute as graves paroles : Talis est forma officiorum ac j urium quam Christiana philosophia profitetur. Nonne quie­ turum perbrevi tempore certamen omne videatur, ubi illa in civili convictu valeret? c) Est également contenu, dans la doctrine néo­ testamentaire sur la charité fraternelle cet ensei­ gnement déjà cité de Benoit XV dans l’encyclique du 23 mal 1920, Paêem Dei munus : que la même loi évangélique de charité qui doit diriger les individus doit diriger aussi les sociétés dans leurs relations réciproques, puisque le précepte évangélique s’étend sans restriction à tout notre prochain ct à toutes nos relations avec lui. I· Itelalivcmenl à la vertu de religion, le devoir de la prière résulte de cet enseignement de Notrc-Selgneur : « Demandez cl vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Qui­ conque demande reçoit : quiconque cherche trouve. Matth., vu, 7 sq. Le devoir de la prière résulte aussi de la parole de Notre-Seigneur demandant de persé­ vérer sans relâche dans la pratique de la prière : Oportet semper orare rt nunquam deficere. Luc., xvm, 1. La nécessité de celte persévérance suppose évidem­ ment le devoir de la prière. Parmi les qualités de la prière, hi confiance est surtout mentionnée et avec elle les autres dispositions surnaturelles. Matth., xxi, 22; Marc., xi. 24. Dans renseignement de saint Paul, la prière, avec les dispositions qu’elle exige, est souvent recommandée. IThcss.,v, 17; CoL.iv, 2; l ('«or., χιν, 1 i sq. ; Boni., vm, 26 sq , voir aussi Jac., i, 5 sq.; 1 Joa.jn, 22; v. 1 I. 5· Quant aux sacrements de baptême, de pénitence cl d'eucharistie, une triple obligation est afllrméc par Noire-Seigneur. I. L’obligation de recevoir le sacrement de baptême pour obtenir le salut ; A’fsi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. Joa., m. 5. Voir Baptême, t. n. col. 173,et Charité, t. h, col. 2238 sq. Toutefois, selon l’interprétation i constante de la tradition catholique, celte nécessité du baptême pour le salut est telle qu’en cas d'igno­ rance Invincible de ce sacrement ou d’impossibilité de le recevoir, un vrai désir de cc sacrement, accompagné des dispositions nécessaires, suffit aux adultes pour obtenir le salut, selon renseignement du concile dr | Trente, sess 2430 2. L'obligation de soumettre les péchés au juge­ ment des apôtres et de leurs successeurs, pour en obtenir le pardon, selon Joa., xx, 23, contient en vérité, selon l'interprétation constante de la tradition catholique, sanctionnée par le concile de Trente, sess. XIV, c. v, le précepte divin de la confession in­ stituée par Notrc-Seigneur comme nécessaire pour obtenir le pardon de'tous 1rs péchés commis après le baptême. 3. Notrc-Seigneur affirme aussi l’obligation pour les adultes de recevoir son corps et son sang dans la sainte eucharistie, d'après .Joa., vï. 54, voir Com­ munion eucharistique, doctrine générale, t. m, col. 481 sq. Cette nécessité, selon l'interprétation constante de la tradition catholique afllrméc par le concile de Trente, sess. xxi. c. iv, doit être entendue seulement d'une nécessité de précepte n’obhgcanl point les enfants avant l'usage de la raison. Quant aux adultes, ils y sont obligés de telle manière que la com­ munion sous la seule espece du pain peut suffire, selon l’interprétation constante de la tradition, affirmée par le concile de Trente, sess. xxi, c. 1 sq. L Bêlai ivc ment au mariage, le précepte de garder son unité ct son indissolubilité est affirmé par NotrcSeigneur, Matth., xix, 6 sq. L’obligation de cette unité et de ccttc indissolubilité résulte de ce que Notrc-Scigncur rétablit l’obligation primitivement imposée par Dieu, Matth., xix, I sq.; et de cc qu'il abroge entièrement le libellus repudii, permis ou toléré par la loi mosaïque, xix, 7 sq. Voir Adultère (Γ) CT LE LIEN DU MARIAGE DAPRÈS L’ÉcRITVRE sainte, t.i, col. 469 sq.; et Divorce, l.iv,col. 1460sq. Voir aussi la doctrine de saint Paul. I Cor.,viî, 10 sq. La doctrine évangélique sur le mariage est complétée par renseignement de saint Paul sur les devoirs mu­ tuels des époux, voir Époux (Devoirs des), t. v, i col. 385 sq.; Épiiésjkns (Épttre aux), col. 186 sq., et Mariage, t. îx. col. 2057, et par l’exposé des devoirs mutuels des enfants et des parents. Eph., vi. 1 sq. Dans tout ccl enseignement néo-test amen tain· sur la famille est manifestement contenue celte conclusion indiquée par Léon XIII dans l’encyclique Herum novarum, § Velle igitur : que l’autorité paternelle ne peut être éteinte ni absorbée par l'État, parce qu'elle prend sa source là où la vie humaine prend la sienne. Dr même aussi cette autre conclusion mentionnée ' par Léon XIII dans l*encycfiqué Nobillsxinw Calla· rum gens du 8 février 1881, § Ac primo quidem, qu’au­ cune cause ne peut dispenser les parents de l’obliga­ tion qui leur incombe, d'après la loi divine, de procurer la bonne éducation de leurs enfants. Au point de vue social, on comprend la grande importance de toute cette doctrine affirmée par le Nouveau Testament, ou manifestement contenue dans son enseignement. PERFKCTtoS .xtHiKAC testament. — La ΖΓ. Ζ»Λ’ ZM>,VA’£S FAR théologie mo­ rale. comme l’indique sa définition, traite de la direction des actes humains vers la fin dernière surnaturelle, non seulement en vertu des prescrip­ tions positives provenant Immédiatement ou mediat ement de la règle divine, mais aussi au nom de l’autorité divine, ou de l’autorité ecclésiastique, indi­ quant ou recommandant ce qui est plus excellent, ou plus agréable à Dieu, ou qui convient mieux pour parvenir plus efficacement à celte même fin. Il est donc utile, pour avoir une idée complète de l’apport du Nouveau Testament à la théologie morale, de considérer quel est sur cc point renseignement du Nouveau Testament. Bedisons d'ailleurs qu’ici encore il s’agit seulement de synthétiser l’enseignement néo-testamentaire, disséminé dans beaucoup d’ar­ ticles particuliers; cl que celle synthèse aura plus LK 2431 MORALE, APPORT DU N O U \ E Λ U T E S T Λ Μ E N T (inutilité si vile contient quelques indications concer­ nant le point de vue .social. 1* D’une manière générale tous les fidèles sont exhortés à pratiquer la perfection chrétienne. 1. Cette pensée est fortement inculquée par NotreSeigneur dans ic discours sur la montagne. Matth., v, 3 sq. En proposant à tous, comme terme suprême de leurs efforts, la possession parfaite des béatitudes, supposant la pratique excellente des vertus les plus élevées, Notre-Seigneur trace, en quelque sorte, le code de la perfection chrétienne, comme l'indique saint Augustin : Si quis pie sobrieque consideraverit, puto quod inveniet in eo (sermone) quantum ad mores optimos pertirfet. perlectum vitir christiamv modum. De sermone Domini in monte, I. I, c. i, Λ., t. xxxiv, coi. 1230. Saint Thomas dll de même : Sermo quem Dominus in monte proposuit totam informationem christiann vitrr continet, in quo perlecte interiores motus hominis ordinantur. Sum. theol., 1·-ΙΙ®, q. cvm, a. 3: voir J. M. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923. p 77. Cette pensée, d’ailleurs, ressort évidemment des c. vi ct vu, où Notre-Seigneur indique les dispositions principales qu'il requiert dans ceux qui veulent pra­ tiquer cette vie parfaite; dispositions qui comportent beaucoup plus (pie l’accomplissement de ce qui est strictement commandé : N’est-ce point cc qu’il déclare en recommandant instamment à tous : la pureté d’intention en toutes choses, particulière­ ment dans la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne, Matth., \i, 1-19; le détachement de toutes les choses de la terre, vi, 19-31; le soin d’éviter de juger le prochain, vu, 1-6; la demande du secours divin par une prière instante et confiante, vu, 7-11; la pratique de beaucoup d’effort el d’abnégation, vu, 13 sq. ? Saint Paul donne aussi, d’une manière saisissante, une exhortation à la perfection à ses fidèles de Philippes. Phil., m, 12-15. Pour les entraîner à l’effort constant vers la perfection, il sc propose lui-même comme modèle. Il se compare aux célèbres lutteurs des jeux olympiques; oubliant, comme eux, le chemin déjà parcouru, comme eux, étendant les mains vers cc qui est devant lui, comme eux, marchant sans cesse vers le terme, vers la récompense céleste. Parmi les parfaits, qui que l’on soit, c’est la pensée que l’on doit avoir. SI les Philippiens pensent autrement, Dieu leur fera connaître la pensée qu’ils doivent avoir. Que, dans leur amour pour la perfection, tous soient donc les imitateurs de l’apôtrel 2. L’exhortation à la perfection est présentée par Notre-Seigneur sous une autre forme, quand il presse tous scs disciples de le suivre fidèlement en se renon­ çant eux-mêmes et en portant leur croix. Matth., xvi,21 ; Luc., ix. 23; xiv,27;cf. J.-M. Lagrange. Évan­ gile selon saint Matthieu, p. 332. Cette même idée est souvent exprimée par saint Paul, Insistant sur celte notion, que la vie chrétienne est une imitation de celle de Jésus-Christ, et que, pour la réaliser en nous, il est nécessaire de mort!(1er toutes les Inclinations ou aspirations s’opposant à ce règne de Jésus-Christ c n nos âmcs.et aussi de combat Ire contre les aspirations du monde opposé a Jésus-Christ. Bom., vi, 3 sq.; vin, 5 sq.; xn, 1 sq.; 1 Cor., ix, 25 sq.; 11 Cor., iv. 10; Gai., v, 21 sq.; vî, 11 sq.; Tit., n, 12 sq. 3. L’exhortation à la perfection ressort aussi avec évidence de la manière dont Notre-Seigneur exprime, pour tous les fidèles, le commandement de la charité envers Dieu: Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota anima tua et in tota mente tua Matth.. xxn, 37. Le fait que le commandement ainsi exprimé ne peut être pleinement réalisé que par la pos­ session de la vision intuitive dans l’autre vie, comme 2432 l’indique saint Thomas. Sum. Iheol., ΙΙΛ-Η», q. xlm, a. 6, suppose l’effort constant pour sc rapprocher, le plus possible, de cette perfection finale. L Outre ces exhortations générales à la perfection chrétienne, Notre-Seigneur donne fréquemment unr exhortation particulière à la pratique de quelque vertu à son degré le plus parfait. C’est ainsi qu’il recommande à tous les fidèles d’être parfaits dar.i h pratique de la charité fraternelle ; Estote ergo per/edi sicut et Pater vester eu testis perlectus est. Malth., v, IH. 2° D'une manière très spéciale. Notre-Seigneur exhorte ceux qui veulent sincèrement être parfaits, à le suivre de plus près en pratiquant les conseils de pauvreté volontaire, de chasteté parfaite el d’obéis­ sance parfaite, Malth., xix, 21; voir J.-M. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, Paris, 1923, p. 376 ; Conseils évangéliques, t. ni, col. 1177 sq.; Chas­ teté, t. n, col. 2321 sq. Cet enseignement de NotreSeigneur est reproduit par saint Paul, du moins pour le conseil de chasteté parfaite, 1 Cor., vu, 25 sq., voir Chasteté, t. n, col. 2322. 3e Au point de vue social, notons surtout cette instante et fréquente recommandation, que la pra tique de la perfection chrétienne doit contribuer au bien de tout le corps mystique de Jésus-Christ par le bon exemple, par une aide effective à l’apostolat, par la prière cl par la pratique du sacrifice. Sur la doctrine du corps mystique de Jésus-Christ, voir Église, t. iv, col. 2150 sq.; Jésus-Christ, t. vm. coL 1319 sq. 1. L’exhortation au bon exemple en vue du bien spirituel qui doit en résulter, est donr.ee à tous les disciples de Notre-Seigneur. Ils doivent être le sel de la terre, Matth., v, 13. en contribuant par le rayonne­ ment de leur foi et de leurs vertus à préserver la société chrétienne el à la rendre plus agréable à Dieu, comme le sel empêche la corruption des aliments et leur donne en même temps plus de saveur. Les dis­ ciples de la doctrine nouvelle doivent aussi être la lumière du monde, Matth., v, 11, 16, en faisant res­ plendir, devant les hommes, l’exemple de leurs bonnes œuvres, afin que le Père qui est dans les deux soit ainsi glorifié. Même enseignement dans cc grave avertissement de Notre-Seigneur. que tous ceux qui le confesseront publiquement, devant les hommes, par kurs œuvres, par leurs exemples ou de quelque autre manière, seront glorifiés par lui devant son Père, ils recevront avec le témoignage de leur fidèle service, la récompense méritée. Au contraire ceux qui renieront Notre-Sei­ gneur devant les hommes, il refusera lui aussi de les reconnaître devant son Père. Ils seront ainsi exclus de la récompense céleste. Malth., x, 32 sq. En dehors de ce qui est l’objet d'un strict précepte, on trouve encore ici une exhortation à pratiquer habituelle­ ment le bon exemple d’une vie pleinement conforme à la fol chrétienne. C’est aussi l'enseigni ment de l’apôtre saint Paul. L’appellation /Ilii lucis donnée aux fidèles de Thcssalonlquc, d'Éphèse cl de Philippes, 1 Thcss., v, 5; Eph., v, 8; PhlL, n, 15, rappelle le conseil donné par Notre-Seigneur à tous scs disciples, Matth., v, 14, 16, d’être, par l’exemple de leurs bonnes œuvres, la lumière du mor.de. La même pensée sc retrouve dans le passage où saint Paul demande aux nouveaux convertis de Thcssalonique d'être des modèles pour tous les croyants en Macédoine et en Achaïe. 1 Thcss., î. 7. De même aussi,dans plusieurs textes où l’apôtre Insiste sur la préoccupation habituelle que l’on doit avoir de ne point se recherche r soi-même, mais de donner l’édification au prochain. Bom., xv, 1 sq.; I Cor., x, 32 sq., el d’être un exemple ad cos qui /oris sunt. Col., iv, 5. Mats c’est surtout dans l'épître aux 2433 MORALE, APPORT DU NOUVEAU TESTAMENT Éph&lens, iv, 15 sq.. que suint Paul marque le soin I Avec lequel tous doivent progresser dans la pratique de la vérité enseignée par Notre-Seigneur, de manière I ù donner l’accroissement à son corps mystique. Voir aussi renseignement de l’apôtre saint Pierre. I Pet., π. 9. 12. 2. Il est recommandé a tous de donner une aide fflcfliife à l'aposl. 157 sq.; voir R. de la Scrvlèrc, La théologie de Bellarmin, Paris, 1908, p. 215 sq.; Suarez, De legibus, I. Ill, e. n sq.; Ik/ensio fidei catholica*, I. Ill, c. i sq. Une applica­ tion particulière est faite aux droits des princes ou souverains païens dans les régions nouvellement découvertes. Ces princes sont souverains légitimes ct ili ne peuvent être dépossédés uniquement parce qu’ils wnl Infidèles, mais seulement pour de justes raisons, ûijctan, In Ι1Λΐη-1Ι*\ q. j.xvr, a. 8; Victoria, Rclect. Ill de potestate civili; Rclect, Val, de Indis noviter inventis, 19. op.cit., p. 132 sq., 211; Dominique Solo, cp. cit., p. 444 sq., In / Vu,n Sent,, dist. V, a. 10, Venise, 1584, t. i, p. 301 sq.; Battez., In II*™-!!**, q. x, a. 10, rond. 5, Douai, 1615, p. 266. 2. Le dro t de propriété india duelle est commu­ nément admis, selon la doctrine de saint Thomas, comme naturel à l'homme, ct attribué au droit positif seulement pour sa détermination particulière ct con­ crète. A celte dpetrine l’on ajoute quelques explica­ tions ou précisions. a) On montre, suivant la doctrine de saint Thomas, que dans le cas d’extrême nécessite autorisant, autant qu’il est besoin, l’occupation ou l’usage de la chose d’autrui, il n'y a pas cessation du droit de propriété, mais seulement obligation de charité, de la part du propriétaire, à consentir ù cet usage. Dominique Soto. op. cit., 1. V, q. ni, a. 4, p. 111 sq.; Battez, In //®m//*. q i XVI, ;·. 7, p 213. b) Le droit de propriété individuelle est explique de telle manière qu’il n’est point perdu par le fait que l’on nc possède point la charité, ou que l’on est héré­ tique ou palen. Tout cela ne peut détruire un droit basé sur la nature. Cajétan. In 7/'un-//æ, t|. lxvi, a.2; Victoria. Rclect. Ill de potestate civili, 9. op, cit., ρ. 132 sq.; Dominique Soto. op. cit., I. IV. q. n, a. 1. p 292 sq.; Battez, In q. ι xm. præamh. q. m, concl. 3, Douai, 1615, p. 58. G’cst dans ce sens que les théologiens insistent habi­ tuellement sur la notion juridique du droit de pro­ priété, Dominique Soto, op. cil., 1. IV. q. n, a. I. p. 293 sq.; I.cssius, De justitia et jure, 1. I, c. ni, dub. n, 7· édit., Anvers. 1632, p. 22. 11 est d’ailleurs bien évi­ dent qu’en défendant ainsi le droit juridique de pro­ priété, on nc veut aucunement nier les obligations morales qui incombent aux propriétaires légitimes, selon le droit naturel et le droit chrétien. 3. Relativement au juste prix dans 1p contrat d'achat ct de vente.cn même temps que l’on maintient le principe affirmé par saint Thomas, on admet, con­ formément ù l’état social de cette époque, que le prix légal est généralement le plus Juste, et que le prix usuel est habituellement juste. Dominique Soto, op. cit J. VI, q. II. a 3. p. 567 sq : Battez. In ll*™lla\ q. lxxvii, n. 1. p. 268 sq. ; I.cssius, op. cit., L 1 L c xxi, dub. n, p. 275 sq.; Sylvius, In Il*m~llK, q. i.xxvn, a. 1. q. 2, Anvers. 1697, I m. p. 511 L Quant au commerce, on admet, comme saint Tho­ mas, que le commerce est permis en soi, pourvu que Injustice y soit observée, et qu’on y ait une fin bonne, comme celle d’un gain honnête pour sol el pour sa famille; ou celle de rendre, en même temps, service 2450 à la société; ou d’exercer la charité. Dominique Solo, op. cit., L V I. q n,a. 2, p. 561 sq., Banez, In IJ*n-JI*, q. i.xxvn. n. 1. p. 279 sq.; Molina, De justitia et jure, disp. CCCXXX1X, Coloni» Allobrogum, 1733. t. n, j>. 210 sq,; Ixtsius. cp. cit.,]. Il, c. xxi. dub. f. p. 274; Lavmann, Theologia moralis, I. HI. sect, v, tr. iv, c. xvu, n. 38, Paris, 1629, p. 203 sq.; Sylvius, In ll*m-l/m, q. i.xxvn,a. 4, p. .523 sq.; Lugo, De fmtitia et jure, disp. XXVI, scit m, η 22. Lyon, 1642, l. η, P λ"7 sq. 5. La question du sala re dû aux serviteurs est traitée, par beaucoup de théologiens, d’une manière seulement incidente à propos de la légitimité de lo compensation occulte, dars le cas où Je salaire est réputé insuffisant par les serviteurs eux-mêmes. Une telle compensation peut être permise seulement dans le cas où il est très certain que le salaire est inferieur au juste prix, ou dai s le cas où le maître a contraint, par la violence et par la fraude, à servir à ce prix. Dominique Soto, op, cit., L V, q. m. a. 3, p. 135 sq.; Molina, op. cit., disp. DVI. t. n, p. 654 sq.: Lessius, op.cit.,]. II, c. xxiv, dub iv, p. 326 sq.; Lugo, op. cit., disp. XVL sect. îv, n 79 sq Selon la pensée de ccs théologiens, bien que géné­ ralement ils ne le disent point d’une manière formelle, le juste prix dans la question du salaire doit être apprécié selon les principes de justice qui gouvernent le contrat d’achat il de vente. G’cst ainsi qu’ils enten­ dent celle assertion que l’on doit, dans la détermina­ tion du salaire, suivre le prix usuel, habituellement considéré selon les conditions sociales du temps, comme offrant toutes les garanties de justice. I.cssius, loc. cit.; Lugo, op. cit., disp. XXIX, sect, in, η. 63, I. η. p. 110. De même, quand ccs théologiens disent que, pour un serviteur, un salaire qui n’est pas suflisant ad victum ct vestitum decentem, ou qui est insuffisant pour sa propre subsistance ct celle de sa famille, n'est pas toujours injuste, ils l’expliquent en ce sens : que le service rendu peut ne pas mériter un salaire plus consi­ dérable. ou que beaucoup sc contentent d’un tel salaire parce qu’ils peuvent, par d’autres occupations, suppléer ù ce qui leur manque. Lugo. loc. cit., n. 62. P 110. /R PEtUOPL, ΠΕΡΙΊ8 la devaiEue moitié dv ΛΠΙ* SIECLE jrSQt'E Γ EUS LE ΧΠ LILV DE SI Λ’ SIÈCLE. période principalement caractérisée, chez beaucoup d’auteurs, par un affaiblissement notable de la spécu­ lation doctrinale cl de la théologie positive et par la prédominance de la méthode casuistique. 1° Synthèse théologique — Chez beaucoup d’auteurs, préoccupés surtout de questions de théologie pratique, la synthèse de saint Thomas est abandonnée ct rempla­ cée par beaucoup de traités distincts, dont la con­ nexion est peu manpiée, cl desquels ont disparu presque toutes les questions spéculatives, comme celles de la lin dernière, de la loi éternelle cl de lu loi naturelle en morale fondamentale ct, en morale spéciale, la plupart des questions concernant les vertus surnatu­ relles considérées en général ou en particulier. Cependant la synthèse de saint Thomas subsiste encore chez quelques théologiens traitant ù la fois du dogme ct de la morale comme Gonct, Grandi, les théo­ logiens de Salamanque au xvu· siècle, Gotti cl Bilhiart au xvm·; voir Doomatiqvk. t. iv. col 1569 sq. 2· Méthode. Chez beaucoup d’auteurs, l’abandon de la synthèse de saint Thomas est accompagné de l’abandon de la méthode scolastique ct même de la théologie positive. Aussi, trop souvent, les questions traitées selon la méthode casuistique forment presque exclusivement lu trame d’ouvrages, où cependant l’on parait vouloir traiter toute la théologie morale. Parfois, dans des ouvrages de polémique ayant 2 ί51 MORALE, HISTOIRE SOMMAIRE, \ <· PERIODE pour but «le défendre les vérités mondes attaquées par les protestants, les jansénistes ou les quié­ tistes. ou de donner une synthèse de renseignement positif, on rencontre un bon emploi de la méthode positive, el même de la méthode scolastique. Les ouvrages de Thomassin, de Benoît XIV, de Zaccaria, du cardinal Gcrdil. et quelques écrits sur la morale des Pères de l’Églisc, se font remarquer par une excellente documentation positive ou his­ torique. 3· Centra verses, — Assez fréquemment l’on défend, contre les protestants, les jansénistes ct les quié­ tistes. les vérités mondes attaquées par eux. Mais, le plus souvent, c’est entre théologiens catholiques que la polémique sévit, parfois avec des outrances regret­ tables. Ccs controverses portent sur les systèmes tutioristes ou laxistes, plusieurs fois condamnés par le Saint-Siège, Denzinger, Enchiridion, η. 1101 sq., 1151 sq., 1691 sq.; le « péché philosophique ·; la nature de l’allrilion admise comme suffisante avec la réception du sacrement de pénitence. Enchiridion, 1116; le caractère plus ou moins idolâtrique de divers rites tolérés cn pays de mission, etc., etc. I· L’enseignement social, pendant cette période, â part quelques théologiens qui cn monde comme en dogme, restent fidèles à la synthèse de saint Thomas, est peu explicite, surtout dans les ouvrages de théo­ logie monde où domine la tendance casuistique, vrai­ semblablement ù cause du point de vue plutôt indi­ vidualiste auquel sc place d'ordinaire la casuistique. RLitivcmcnt aux matières juridico-sociales, l’on ne rencontre guère, chez les nombreux auteurs surtout adonnés ù la casuistique, que des ques­ tions particulières comme celles-ci: les princes sécu­ liers sont-ils tenus de choisir les plus dignes pour les charges séculières? un souverain peut-il vendre les charges séculières? ou quelques cas de conscience concernant le droit de faire la guerre ou la manière de la faire. Relativement au droit de propriété individuelle, l’on ne rencontre le plus souvent qu’une indication rapide des modes légitimes d’acquisition de ce droit ou quelque question particulière concernant les cas où il est permis de s’approprier des biens appartenant aux Infidèles turcs. Quant au juste prix dans le contrat d’achat et de vente, l'on se borne habituellement à des questions particulières, comme les divers monopoles ou les cir­ constances diverses qui peuvent autoriser à acheter a un prix Inférieur, ou à vendre à un prix inférieur. D’ailleurs toutes ccs réponses contiennent, assez fidèlement, la doctrine précédemment exposée d’une manière plus ample, par les théologiens dont l’auto­ rité est souvent citée. La question du salaire des serviteurs est traitée à peu près uniquement au point de vue particulier de la légitimité de la compensation occulte dans le cas d’évidente injustice du salaire; ou de la question particulière de ce qui, dans le cas d’une maladie de quelques mois, est dû au serviteur habituellement payé à l’année. Toutefois on doit tenir pour certain que la doctrine spéculative précédemment exposée par les théolo­ giens sur toutes ccs questions continue à être admise. C'est d’elle que s’inspirent habituellement les brèves indications doctrinales parfois données; ou au moins c’est elle que supposent les réponses d’ordinaire faites aux questions casuistiques. F· PÉRIODE. EPOQUE COXTKSt PO R Al SE. — Depuis le milieu du xix· siècle, s’est ouverte une nouvelle période, sur laquelle on ne peut encore donner une appréciation complète, mais qui déjà présente des indices d'ur nouveau profond et durable 2452 Ces indices sont principalement les suivants : 1. Le renouveau de la philosophie scolastique, par­ ticulièrement appuyée sur l’enseignement de saint Thomas, et qui aura pour conséquence, on peut l'es­ pérer d’après beaucoup de signes déjà manifestes chez un assez grand nombre d’auteurs, un retour réel â la synthèse, ù la méthode et ù la doctrine de saint Thomas, sans négliger les perfectionnements dési­ rables, ni les applications nouvelles demandées par des circonstances differentes. Le mouvement de retour ù la doctrine de saint Thomas est particulièrement marqué en ce qui con­ cerne les matières juridico-sociales, où il est puis­ samment aidé par les encycliques de Léon XI H, dont les arguments rationnels sont le plus souvent emprun­ tés ù saint Thomas. 2. Le second indice esl le renouveau de la méthode positive dans l’étude des Pères et des anciens théolo­ giens, que l’on peut constater dans beaucoup de tra­ vaux récents signalés, selon l’occasion, dans les arti­ cles du Dictionnaire. Cette étude, bien conduite, fournira des éléments solides pour une bonne histoire des doctrines morales, où l’on pourra puiser toutes les réponses aux objec­ tions de la critique rationaliste, en même temps que l’on y trouvera aussi une aide pour des développe­ ments théologiques nouveaux, ù condition que cette étude soit toujours faite d’une manière objective, en appliquant aux vérités morales cc qui a été dit de l'étude des vérités dogmatiques, à propos de l'histoire des dogmes, voir t. iv, col. 1G18 sq. 3. Un autre indice est la tendance, assez marquée chez beaucoup d’auteurs, ù rendre ù la philosophie morale ct ù la théologie morale la haute autorité directrice (pii leur convient dans toutes les matières juridico-sociales ct économico-sociales. [.’impulsion avait été donnée, cn cc qui concerne les matières juridico-sociales par Ple IX réprouvant, dans le Sijllabus, divers principes erronés de gouverne­ ment politique, dont plusieurs sont opposés non seu­ lement aux droits de l’Églisc. mais encore à tout droit moral. Voir particulièrement les propositions 39-55 ct 56-64. Le mouvement fut continué par Léon XIII, qui réprouva de nouveau ces mêmes erreurs cl. en même temps, affirma très explicitement dans plusieurs ency­ cliques, notamment Immortale Dei cl Sapientia chris· liante, les principes chrétiens qui doivent normale­ ment diriger la vie publique des sociétés. Léon XIII donna aussi une forte impulsion â l’étude des doctrines économico-sociales, cn affirmant, d'une manière très explicite, particulièrement dans l'encyclique Rerum novarum, les principes chrétiens qui doivent, cn ces matières, diriger toute la vie sociale. Cette impulsion fut continuée par Pic X, soit par le Mu proprio du 18 décembre 1903, renouvelant les enseignements sociaux de Léon XIII, soit par tous les documents concernant l'action catholique, orga­ nisée sous la conduite de l’Églisc ct ayant pour but de faire pénétrer les principes chrétiens dans toutes les sociétés humaines. Sous cette haute impulsion donnée par Pie IX cl par Léon XIII, continuée par Pic X. par Benoît XV dans l’encyclique Ad beatissimi du l,r novembre 1914, § Xon hic videtur, cl par Pic XI, dans l'encyclique i Cbi arcano du 23 décembre 1922, ces matières juri­ dico-sociales ct économico-sociales ont commencé à reprendre leur place dans les programmes d’enseigne­ ment ct dans les manuels de philosophie morale et de théologie morale. On peut espérer que cet enseignement sera d’une grande utilité pour une sage direction de l’action catho1 lique, cn même temps qu’il est, pour la société civile, 2453 Mok ali; réponse A *U meilleure sauvegarde contre toutes les menaces des faux systèmes que l’on veut appliquer au gouver­ nement des sociétés actuelles. Quant aux travaux déjà accomplis pendant cette période on trouvera des indications aux articles spé­ ciaux, ainsi qu’aux articles mentionnant les publi­ cations catholiques des divers pays de l'Europe ou des divers ordres religieux. V. Réponse λ qukequrs objections - Le concept de la théologie morale, tel qu'il ressort tant de l’exposé théorique que de l’esquisse historique qui précèdent, se précisera encore par la réponse à quelques objec­ tions qui sont couramment faites. Elles sont tirées des abus contre lesquels h· théologie morale ne s’est pas suffisamment défendue; dirigées contre le caractère de science théologique qui lui est attri­ bué, ct contre le rôle qui lui est assigné de diriger les consciences au point de vue doctrinal, soit dans le domaine des questions sociales, soit quand i) s'agit de tendre à la perfection chrétienne. P· objection. — On reproche à la théologie morale plusieurs abus contre lesquels elle ne s'est pas suffi­ samment défendue au cours de son histoire : des con traverses trop nombreuses et conduites d’une manière excessive, sans grande utilité pour la science théolo­ gique, particulièrement dans la question du proba­ bilisme; l’abus de la casuistique souvent Imitée d’une manière peu scienti tique ct presque exclusive; bien sou­ vent aussi l’omission presque complète de plusieurs questions qui sont cependant de son ressort, notam­ ment des questions appartenant à la morale sociale, ou des questions concernant la perfection chrétienne. Réponse. — 1. Des abus meme réels ct dûment constatés, mais provenant de fautes individuelles, ne peuvent, par eux-mêmes, comme on l’a souvent fait observer.constituer une preuve valable. Autrement l’on devrait condamner les institutions les plus dignes de respect, même la sainte Église d’où les fautes des hommes ne sont point absentes, même les sacrements qui ne sont point à l’abri des profanations humaines. 2. En fait, quelle part de vérité y a-t-il dans les reproches indiqués? En ce qui concerne la contro­ verse sur le probabilisme, voir cet article, voir aussi les remarques déjà faites au sujet des abus reprochés à la casuistique, t. n, col. 1861 sq.. particulièrement pour le reproche de négligence fréquente et presque complète des questions de morale sociale. Quant au reproche de négligence des questions doc­ trinales concernant la perfection chrétienne, le fait n’est guère discutable chez la plupart des théologiens casuistiques. Mais cela provient, le plus souvent, de leur but très spécial, qui est uniquement de détermi­ ner l'existence ou l’inexistence d’une stricte obliga­ tion de conscience en face des divers préceptes qui s’imposent à la conscience humaine, en laissant à d’autres théologiens le soin d’indiquer el de recom­ mander cc o’irg-cn-B., l923;Didiot4 trouvé digne de censure, nihil in eis censura dignum Monde surnaturelle fundamentair, Paris 1896; Λ. de la repertum fuit. Le sens est celui qu'indiquait déjà Barre, Im mur dr d'apres saint Thomas ct les théologiens Benoît XIV pour tous les documents similaires, De ser­ scolastiques. Paris, 1911. vorum Dei beati fleatione ct beatorum canonizationc, Parmi le* introduction* à lu rhéologie morale» voir 1. II, c. xxv, 10; c. XXIX, 9, Prato, 1839, t.n, p. 260, notamment Bouquillon, Theohgia moralis fundamentali*, 3* édit., Bruges, 1903; d'Annilmlc, Summula IheologÎA 282, c’est-à-dire qu'au moment où ils furent composés, moralis, P édit., Borne, 1896; Muller, Theohgia moralis, les écrits du saint docteur ne contenaient rien (pii fût en opposition avec la doctrine alors définie ou ensei­ 6e édit.. Vienne 1891 ; A. Vcnn de Londres en 1510, · Bencher » ù Lincoln’s Inn, en 1511, il fut remarqué par Henri VIH (monté sur le trône en 1509), qui peu ù peu l'attacha â son service, malgré son peu d'empressement ù se rapprocher de la cour. Les années suivantes, il fut chargé de diverses fonctions publiques. Envoyé en ambassade dnns les Pays-Bas espagnols en 1515, pour le compte des marchands de Londres, il mit à? profit les loisirs d’un séjour ù Anvers pour commencer son Utopie. Les premières œuvres littéraires de More remontent à scs années d’Oxford et de Lincoln’s Inn, ct sont de petits poèmes anglais ou latins parfois satiriques, parfois aussi d’inspiration pieuse; puis en 1503 une complainte en vers sur la mort de la reine Élisabeth, .4 ru/ul lamentation. En 1510, Il traduisait en anglais one vie latine, écrite en Italie, de Pic de la Mirandole, T/w life o/ John Picus Erie o/ Myrandula, où étalent louées la piété, la vertu, les austérités et la soumission Àl’Églisc du grand humaniste, ct ù laquelle il ajouta un assez long poème d'édification. La vie de Richard III, The history o/ king Diehard the thirdc, qui suit en ordre dédale,remonteâ 1513 (Bridged,p.79); nous en possé­ dons un texte anglais cl un texte latin ; cc dernier a été parfois attribué au cardinal Morton (Diet, o/ nat. blogr., l. xxxvm, p. 445) thèse infirmée par des recherches plus récentes (Dclcourt, p. 15). Cependant l’amitié de More ct d’Érasme portail scs fruits : en 1505, ils se partagèrent la traduction en Inlin de pluileurs des Dialogues de Lucien. En 1508, Érasme écrivit dans la maison de son ami son Enccmium Moriæ. En 1515. More prit la défense d’Érasme, dont le Nouveau Testament avait été attaqué par un théologien de Louvain, Martin Dorplus, dans une lettre publique Λ ce dernier. Il y proclamait, par rapport aux discus- | 2474 sions de l'Écolc, la supériorité de l'élude de l’Écrilurc et des Pères, tant pour l'apologétique chrétienne que pour la prédication morale. Thomæ Mort dtsserlatio Epistolica de aliquot sui tempons theologastrorum ineptiis...,1516. Réimprimée dans les Lettres d'Érasme, édition de Londres, 1642, appendice consacré aux lettres de More, p. 14, et dans les Œuvres d’Érasme, éd. Le Clerc, Leyde 1703, t. ni, col. 1892-1916. Dans une autre lettre adressée à un moine, et écrite en 1520 (Bibl. de Lambeth, ms. n· 676, p. 7-9, publiée dans Jortin, Erasmus, Londres, 1808, l. m, p. 365-393, et Nichols, Bibl. Top. Brd., iv, n· xvn, 1780), More prenait à nouveau fait cl cause pour son ami. En 1516, avait paru V Utopie, dont il est inutile de souligner ici le retentissement, attesté par de nombreuses édi­ tions ct traductions. En 1518 enfin, la période d’acti­ vité littéraire désintéressée se clôt avec une collection d’épigrammes latines, écrites en collaboration avec Érasme et William Lilly. Thomas More s’élevait cependant aux plus hautes fonctions publiques. · Maître des Requêtes » (chargé de l’examen des pétitions au roi) en 1518, puis secrétaire de Henri VIII, il était aussi admis au.Con­ seil Privé. En avril 1518, il prenait à Oxford la défense des éludes grecques contre le parti anti-humaniste dit des · Troyens ». En 1520, au camp du Drap d’or, il fil la connaissance de Guillaume Budéc. Puis il fut fait en 1521 chevalier et vice-trésorier; en 1523, speaker de la Chambre des Communes; en 1525, chancelier du duché de Lancaster. Après avoir pris part à trois nou­ velles ambassades en France cl dans les Flandres (1521-27-29), il était enfin élevé le 25 octobre 1529,ù la dignité, de chancelier du royaume, sans l’avoir ni désiré ni sollicité. Les événements religieux qui se déroulaient alors en Europe continentale, avaient orienté son activité littéraire dans une nouvelle direction. En 1523, Henri VIH répondait au De captivitate Babylonica de Luther par son Assertio septem sacramentorum, parI fois attribuée à Jean Fisher, dont More établit seulcI ment l’index. Mais Luther ayant répliqué par un grossier libelle, Contra Bcnricum regem Angitr, More fut sollicité de prendre la suite de la controverse, et écrivit sous le pseudonyme de Gullclmus Bosscus sa Desponsio ad convida Martini Lutheri (1523). Il y reproche surtout à Luther d'opposer son jugement privé ù celui de l’Églisc tout entière. En 1526, il attaqua le luthérien allemand Jean Bugenhngen dans son Epistola contra Pcmeranum, publiée seulement en 1568 ù Louvain. Puis vient la série des grands ouvra­ ges de controverse contre les hérétiques anglais. Le Dialogue sur les hérésies, A Dialogue... Wherin be treatyd diuers maters, dont nous résumons plus bas l’essentiel, fut composé en 1528, mais ne fut publié qu'en juin 1529. Entre temps avait paru un violent libelle, dû à un certain Simon Fish, ct intitulé «La supplication des mendiants >, The supplication o/ beggars. L auteur y demandait que les biens d’Église, et notamment les fondations pieuses de tout ordre, fussent confisquées ct consacrées à des œuvres d’assis­ tance. More répondit par «La supplication des âmes», The supplicacion o/ seules, publiée en 1529, dans laquelle il justifie l’existence de toutes les fondations destinées ô obtenir des prières pour les âmes du Pur­ gatoire; ce qui l’amène â dimontrer, par la révéla­ tion comme par la raison, l’existence du Purgatoire. Cependant la situation religieuse de l'Angleterre se modifiait rapidement, par suite des projets de divorce de Henri VIII. Le roi désirait vivement s’assurer l'appui de More, mais,ayant sollicité son opinion dès septembre 1527, il n’obtînt de lui qu’une réponse défa­ vorable. More sc retrancha ensuite dans un silence plein de dignité, refusant de sc mêler au débat de 2475 MOB e LE ΒΙΕ Nil EU B El X THOM \S quelque manière que cc fût. Le 11 février 1531, le Parlement accordait au roi le titre de chef supreme de l’Église d’Angleterre, « dans la mesure où la loi du Christ le permettait ». More oiTrit aussitôt sa démis­ sion de duncelicr qui ne fut pas encore acceptée. L’année suivante, Henri VIII obtenait du Parlement qu'il ôtât au clergé le droit de tenir des assemblées ou de faire des · constitutions · sans licence royale, ct qu'il interdit le paiement à Home des annates. La rup­ ture avec la papauté paraissant désormais inévitable, More abandonna définitivement ses fonctions de chan­ celier, le 16 mai 1532. Il consacra dès lors toute son activité À poursuivre la controverse avec les hérétiques anglais, Tyndale, Joyc, Barnes et Frith. Le premier ayant attaque le Dialogue en 1530, il lui répondit par sa » Confutation », The confutation of Tyndales answers (!'· part., 1532, II· part., 1533), où il décrit les procédés de combat ct les publications des protestants anglais, et défend contre son adversaire les jours de fête, les jeûnes, les cérémonies; le libre arbitre; l’usage de la croix ct des images des saints; les œuvres de charité; la messe sacrifice expiatoire; les prières pour les âmes des défunts; la confession et la pénitence; le célibat ecclé­ siastique. En 1533 paraissait sa lettre à John Frith, A letter.,. impugnynge the erronyouse wrytyng of John Fryth; la même année il répondait par son · Apo­ logie », The apology o/ Syr Thomas More Knight, à un homme de loi, Christophe Saint-Germain, qui avait écrit un · Traité sur la séparation entre le spirituel ct le temporel », où s’exprimait l’anticléricalisme qui gagnait alors du terrain. More cherche surtout ici à défendre le clergé contre les reproches qui lui sont adressés pour la manière dont il traite les hérétiques, ct revient sur les mômes questions que ci-dessus. Saint-Germain répondit à More dans son dialogue intitulé ’Salem et Byzance · (1533), ct More à son tour répliqua, moins d’un mois après, par The Dcbcllacijon o/ Salem and Bizance, le sujet de la discussion restant toujours le même. Son dernier ouvrage de controverse est consacré à la question de l’eucharistie, en réponse à · la Cène du Seigneur», The souper of the Lorde, traité anonyme daté du 5 avril 1533, que More attribuait à Tyndale, mais qui était en réalité de George Joyc. Avant Noël 1533, la première partie de cc traité avait paru : The answere to... the souper of the Torde; elle était consacrée à l’exposition du νι· cha­ pitre de l’évangile de saint Jean. Mais les épreuves qui, bientôt, allaient s’abattre sur More l’empêchèrent de mener son ouvrage à bonne fin. En effet, dès le début de 153*1, il était faussement accusé de complicité avec la · Sainte Hile de Kent », qui avait prophétisé contre le nouveau mariage du roi. Poursuivi pour haute trahison devant la Chambre des Lords. Il ne pouvait sc faire entendre que devant une commission dont les membres étaient de dociles instruments du roi. Ceux-ci ne purent obtenir de lui ni approbation du’dlvorcc, ni répudiation de l’autorité pontificale. Cependant la popularité de More était si grande, et son innocence si éclatante, que le roi dut abandonner les poursuites. Le 30 mars 1531, le Parle­ ment faisait des seuls enfants d’Anne Boleyn les héri­ tiers éventuels du trône. Le 13 avril. Mçrc fut sommé de jurer fidélité à la succession ainsi établie, en prê­ tant un serment dont le texte, Illégalement rédige, Impliquait l’approbation du divorce ct le rejet de l’autorité pontificale. Sur son refus, il fut enfermé le 17 avril, a la Tour de Londres, où il profita de plus d’une année d’emprisonnement pour réaliser, dans la mortifie ation cl la prière, son ancien rêve de vie mo­ nastique. Π avait dès 1522 commencé un traité ascé­ tique en anglais surles paroles: Memorare novissima, Imité qui resta incomplet. Il employa cette fois ses 2 '.70 loisirs forcés a composer son Dialogue pour le récon­ fort dans les tribulations », Dyaloguc o/ Curn/orte agaynste tribulacyon, où sa description des dangers ct des souffrances auxquelles l’invasion turque expose la Hongrie, si elle se refuse à l’apostasie, sc rapporte en réalité à l’Angleterre menacée par la tyrannie royale. Il écrivit également en prison des prières, des méditations, un traité sur la passion, partie en anglais et partie en latin, et un fragment intitulé : Quod mors pro fide non sit fugienda. En novembre 1534, le Parlement accordait au roi, sans restrictions celle fois, le titre de chef suprême de l’Église d’Angleterre, et rendait coupables de haute trahison tous ceux qui auraient « malicieusement désiré » le priver de ce titre. More s’était abstenu depuis 1527 de prononcer la moindre parole qui pût ressembler à une provocation; bien que désirant le martyre, il ne voulait point hâter imprudemment sa propre mort; ct il était allé jusqu’aux plus extrêmes limites pour concilier sa foi avec son loyalisme. Cepen­ dant son emprisonnement même était une protesta­ tion silencieuse. Il fut appelé devant le Conseil privé le 30 avril 1535. ct sommé d’exprimer son opinion sur la suprématie royale. Il répondit qu’il ne s’occu­ pait plus des choses de cc monde, et sc bornait à méditer sur la passion du Christ et sur sa propre mort. Interrogé de nouveau le 3 juin, puis le 14, Il refusa toute réponse aux questions précises qui lui étaient posées. Le ltr juillet, il fut jugé par un tribunal spécia­ lement composé ù cet effet, et condamné à mort pour haute trahison. Se sentant alors dégagé de tout scru­ pule, Il prit la parole pour condamner avec force la suprématie d’un souverain temporel sur l’Église. Le 6 juillet. More fut mené à l’échafaud, gardant jusqu’au dernier moment son calme ct sa bonne humeur habituelle; après avoir récité le psaume Miserere, Il plaça lui-même sa tête sur le billot. La tête tranchée fut exposée au bout d’une pique sur le pont de Lon­ dres; on Ignore cc que devinrent scs restes. Nous ne pouvons ici qu’indiquer d’un mot les qua­ lités morales ct intellectuelles de More, le solide bon sens ct le pittoresque · humour » qui sc révèlent dans scs écrits, sa simplicité ct sa modestie, sa bonhomie parfois malicieuse qui recouvrait un fonds de vertus héroïques, la finesse ct le charme qui le faisaient aimer de tous. Son exécution provoqua une vive indignation à travers toute la chrétienté. Une lettre envoyée de Londres à Paris ct relatant le procès ct le supplice de More fit rapidement le tour de l'Europe; elle fut d’abord traduite en français, puis en allemand (deux versions au moins), en espagnol ct ensuite en latin, sous le titre de Expositio fidelis de morte D. Thornse Mori, Paris, 1535. Dans ccttc dernière version, le récit est accompagné de commentaires assez surprenants, où la balance est tenue à peu près égale entre Henri VIII ct son cx-chancclicr. On a voulu voir dans ccttc ambiguïté la marqtfc propre du caractère d’Éras­ me, à qui l’on a pour ccttc raison souvent attribué V Expositio, mais, semble-t-il, à tort (cf. Van Ortroy, Vie du bienheureux martyr Jean Fisher, Bruxelles, 1893, p. 35). Dans un poème dont l’attribution n’est pas douteuse. Incomparabilis... D. Erasmi... carmen heroicum, Haguenau, 1536, Érasme condamne nu contraire, en des termes indignés, la conduite de Henri VIII envers More, sa politique religieuse ct son rejet de l’autorité papale. En 1886, Thomas More a été déclaré bienheureux par un décret de la Congréga­ tion des Bites. Son procès de canonisation est actuel­ lement en cours d’instruction (1927). H. La pensée reijgieuse de More et l*» Utopie». — L'activité littéraire de More se répartit entre deux périodes dont nous avons marqué plus haut la limite et qui se distinguent par une orientation différente. « RR An MORE (LE BIENHEUREUX THOMAS) On a souvent voulu aller plus loin, ct surtout les | historiens protestants ont cru voir entre ces deux périodes une opposition de tendances. Burnet, écri- I vert eu 1679, History oj (he Reformation, éd. Pocock, IS65, t. m, p. 95-99, fait de More, comme de Colet, un véritable réformateur avant la lettre: au xix· siècle, Seebohm, Oxford reformera, p. 287-91, le représente | plutôt comme un esprit éclairé ct libéral, apôtre de la tolérance, capable de faire place à la science à côté de la religion. Pour l’un comme pour l’autre, c’est vers b fin de sa vie seulement que More serait devenu étroi­ tement orthodoxe et intolérant, aussi bien dans scs écrits que dans scs rapports avec les hérétiques. On cite ù l’appui de cette thèse quelques petites œuvres où More raille le clergé, V Éloge de la folie d’Érasme qu’il approuvait sans réserves, enfin ct surtout son Utopie. Dans V Éloge de la folie, Érasme tourne en dérision les théologiens scolastiques, les sermons faus­ sement pathétiques des frères prêcheurs, les « méri­ tes » acquis par le jeûne et les austérités. Quelques pages assez sévères sont consacrées aux papes qui oublient les préceptes de l'Écriturc, cl l’auteur oppose, avec force aux abus d’une religion purement mécani­ que la simplicité évangélique, la fol vive ct la vraie charité. D’autre part, V Utopie contient un long passage consacre à la religion, qu’il importe de résumer com­ plètement, afin que Ton sache aussi bien ce que l'on y trouve que cc que l’on n’y trouve pas. — Dans la con­ trée imaginaire que nous décrit Thomas More, les habi­ tants sont partagés entre diverses croyances, ct ne sont d’accord que sur l’existence de la divinité. Cha­ cun est libre de croire comme il l’entend, ct ne doit chercher à propager ses convictions que par la per­ suasion. Quelques dogmes cependant sont imposés à lous : la providence, l’immortalité de l’Ame, ct les récompenses ou les peines éternelles, qui sont néces­ saires au maintien de l’ordre public. Celui qui refuse d'accepter ccs dogmes n’est pas puni « car il n’est au pouvoir d’aucun homme de croire comme il lui plaît » ct de la contrainte naît l’hypocrisie, qui est un vice détestable; mais il n’est pas considéré comme citoyen et il lui est interdit de discuter publiquement les questions religieuses. Les utopiens croient aux mira­ cles, qui peuvent être parfois obtenus par la prière en commun. Il existe parmi eux une classe d'hommes qui, pour vivre plus près de Dieu, renoncent A l’élude cl aux autres plaisirs légitimes, et s'imposent des mortifications; mais ces hommes, loin de rester oisifs, accomplissent pour la communauté les travaux les plus rudes ct les plus méprisés. Les prêtres sont peu nombreux ct très vertueux. Ils sont élus par le peuple, ct ont surtout pour mission de veiller sur les mœurs, d’admonester ou nu besoin d’excommunier les gens de mauvaise vie (dont le châtiment est laisse au pouvoir civil) et de faire l’éducation de la jeunesse. Le mariage leur est permis. Il existe aussi des femmesprêtres, mais elles doivent être Agées, ou choisies parmi les veuves. La personne du prêtre est sacrée : Dieu seul a le droit du le punir. Dans les églises, où tout favorise l’émotion religieuse (l’obscurité. Ten­ ons les cierges, la musique), aucune parole n’est pro­ noncer, qui ne puisse s'accorder avec toutes les opi­ nions. On n’y volt aucune image de Dieu, que chacun doit pouvoir se représenter Λ sa guise (il existe en diet des adorateurs du soleil ct de la lune). De ux jours par mois sont consacrés nu culte. Avant le service d'actions de grâces, les fidèles se demandent mutuel­ lement pardon de leurs offenses. Les ornements sacer­ dotaux ont une signification symbolique, qui est enseignée nu peuple par les prêtres. Les assistants se joignent aux chants et aux prières. Chacun remercie Dicti, conditionnellement, de l’avoir mené A la connais- I 2478 sancc du vrai : s’il sc fait illusion sur cc fait, que Dieu le guide vers une nouvelle foi; s’il possède réellement la vérité, que Dieu l’étende A tous, A moins toutefois qu’il ne se plaise dans la diversité. Un grand nombre d'utopiens sc sont convertis au christianisme dès qu'ils l’ont connu; il ne leur manque que les sacre­ ments, faute de prêtres ordonnés par un évêque; aussi ont-ils pris la résolution d'ordonner eux-mêmes un prêtre choisi parmi eux. A cela sc bornent les preuves dont on prétend pou­ voir étayer la thèse que nous avons mentionnée cidessus. Il est vrai que More ct Érasme ont fait porter sur les vices du clergé et les ridicules des théologiens une satire que, selon la tradition médiévale, ris éten­ dent d'ailleurs A tous les ordres de la société; il n’y a rien de commun cependant entre ccttc satire, beau­ coup plus modérée de ton que ne le donneraient A croire certains commentateurs, ct la critique des insti­ tutions ct des dogmes qui est l'essence du protestan­ tisme L'Utopie serait plus troublante, si l’on voulait ! y voir une profession de foi, un modèle que More I proposerait dans tous scs détails à notre imitation. Mais il faut bien se garder de la prendre en bloc. More n’éprouvait pas A ce moment le besoin qu'il ressentit plus tard, de délimiter exactement sa pensée, ct peutêtre aurait-il eu peine à se la définir exactement A lui-même. 11 laisse aller à l’aventure ct son esprit ct sa plume; son attitude d'esprit passe successivement par toute une série de nuances, intermédiaires entre la conviction profonde d'une part, la rêverie ou même la simple plaisanterie de l’autre. La critique acerbe des cours ct des grands, des ambitions et des guerres, de la cupidité des propriétaires fonciers, critique à peine recouverte par le voile de la fiction, est évidem­ ment sincère. Mais d'autres passages semblent bien surprenants, auprès de cc que nous savons de scs goûts ct de scs tendances. Il proscrit de son Utopie les légistes; il loue les utopiens de préférer au courage militaire des intrigues assez viles, et de faire massacrer A leur place de pauvres mercenaires barbares dont il vaut mieux, disent-ils, débarrasser le monde; enfin il imagine une classe d'esclaves, qui sc trouvent IA fort commodément pour permettre à la société utopienne de poursuivre son aristocratique existence. I/Utopie n’est pas une Salentc: elle annoncerait plutôt, par ses intentions satiriques, le pays des | Houyhnhnms de Swift, compte tenu de la profonde différence de tempérament entre les deux écrivains. Si l’on voulait trouver dans l’ouvrage de More l’expres­ sion arrêtée de ses convictions profondes, certains détails feraient de lui, non pas même un protestant, mais A peine un déiste, un relativiste pragmatique, dépourvu de toute croyance A une vérité absolue. Or tout ce que Ton sait de sa vie cl de sa piété A cc I moment, nous montre en lui un chrétien ferventjet sincère. En réalité, ce que More nous décrit, c'est la religion naturelle, avec scs vertus naturelles, par opposition A la religion révélée : conception familière aux théologiens du Moyen Age. Enfin nous obser­ verons qu'il a écrit son ouvrage en latin: il n’en laissa paraître de son vivant aucune traduction anglaise. 11 le destinait seulement à un public cultivé, capable de faire le départ entre les véritables intentions de l’auteur el ce qui n'était qu’un jeu de l’esprit. Joutes ccs réserves faites, si Ton passe A un exa­ men attentif du texte, on n’y trouvera pas grandchose qui puisse faire de More un protestant au sens des xvr el xvn· siècles, moins encore un libéral au sens du xvm· cl du xix·. Bien des traits de la reli­ gion ulopicnnc auraient été stigmatisés par les réfor­ mateurs comme pure idolâtrie, et sc rattachent de près A l'idéal religieux du Moyen Age : tels l'existence (les ordres monastiques, l’inviolabilité du clergé, la 24 79 MOKE (LE BIENHEUREUX THOMAS richesse du cérémonial. La tolérance même, telle que nous l’entendons aujourd’hui, n’existe pas dans V Utopie; on y accepte bien la liberté dc pensée, niais non la liberté dc la parole ou dc la discussion; et les • hérétiques » y sont traités en parias. En réalité, la société utopicnnc, avec son communisme, sa vie toute soumise à une règle, respectueuse du pouvoir civil, et au-dessus dc lui d’une autorité spirituelle suprême, fait penser surtout à ccs grandes sociétés monas­ tiques du Moyen Age, que l’Angleterre allait voir dis­ paraître : elle n’a rien dc commun avec l'individua­ lisme religieux, politique, social ct économique du protestantisme. Que d'ailleurs More ait saisi l’occa­ sion de donner une leçon à scs coreligionnaires, en comparant défavorablement leur piété ct leurs mœurs avec celles des utopiens, il ne faut pas s’en étonner, car il était de ceux qui désiraient, avec Érasme ct Colet, une réforme intérieure de l’Église, réforme morale, réforme des cœurs, où l’humanisme appliqué à l’étude des textes sacrés aurait Joué un grand rôle, et facilité le retour à la pureté évangélique. III. Mohr controversiste catholique. — Reste qu’il fallut les progrès du luthéranisme pour décider More à exprimer, de manière non équivoque, ses convictions profondes. Les écrits polémiques énumérés plus haut ont un caractère purement défensif. More y réfute une à une les affirmations des protestants, par des argu­ ments de bon sens, souvent illustrés d'une anecdote, plutôt que par des raisonnements abstraits. D’ailleurs la controverse porte en général sur la pratique dc la religion et non sur les problèmes théologiques. More ne conteste pas l’existence des abus, mais estime qu'on peut les faire cesser par une stricte application des règles existantes : il n'esquisse aucun plan dc réforme. La position qu'il prend est essentiellement conservatrice. Nous résumerons ici, d’après le Dia­ logue, le principal de son argumentation. Les hérétiques anglais s’attaquent tout d'abord au culte des saints, aux images, puis aux pèlerinages, aux dévotions localisées, que le clergé encourage, selon eux, par esprit dc lucre. More conteste cc dernier point, ct sc refuse à croire qu'un chrétien, en cela plus sot qu’un chien, puisse confondre une image et la personne qu'elle représente. Dieu est partout, dira-t-on. En ce cas, l’argument vaut contre tout lieu consacré au culte. Certes le vrai temple est dans l’âme ; mais, si les églises étaient abolies, combien resterait-il dc temples dans les Ames? Dieu aime être adoré ct voir ses saints honorés en certains lieux particuliers : des miracles le prouvent. Nous voici à la question du surnaturel. Les mira­ cles, disent les hérétiques, sont contraires à la raison ct à la nature. Mais une chose n’est pas nécessaire­ ment fausse, parce qu’elle nous paratt contraire à la raison ct à la nature. Et, d'ailleurs, les miracles ne sont pas contre la nature; ils sont au-dessus dc la nature; el la raison nous enseigne la toute-puissance de Dieu. Si nous lirons argument contre les miracles de l’insuffisance des témoignages, que ne sommesnous aussi sceptiques sur le compte de tel événe­ ment beaucoup moins bien attesté, notre propre baptême par exemple? Les supercheries ne prouvent rien contre les vrais miracles. Et nous trouvons ceuxci dans l’Écriturc, dans les pèlerinages anciens aussi, sans qu’on puisse dire qu’ils sc sont arrêtés à telle ou telle date. N'en connaissons-nous pas autour de nous? L'Église aussi nous en garantit la vérité; et l’Église ne peut errer. Oppose-t-on à Vautorité de Γ Église celle de l'Écrlturc? Mais le Christ n’a pas laissé qu’un livre derrière lui, livre Incomplet d’ailleurs cl corrompu par les copistes. C’est lui-même qui reste avec nous en son 2480 Église, gardienne dc la substance de son enseigne­ ment. Le Saint-Esprit nous a enseigné bien des · véri­ tés non écrites ·. telles que la virginité perpétuelle dc Marie. Trouvons-nous dans l’Êvangilc que tout homme ou femme puisse baptiser? que le Jour du repos doive être le dimanche et non le samedi? que l’on doive mélanger l’eau avec Je vin dans l’eucha­ ristie? Ne croire que dans les limites dc l’Écrltnre, c’est là l’origine de toutes les hérésies dc Luther. Admettons même que les Livres saints contiennent tout cc qui est de foi : il s’agit encore dc les compren­ dre, ct c’est à son Église que le Christ en a donné le pouvoir. L'Égllsc, elle aussi, est la parole dc Dieu. Elle est, comme telle, infaillible. Elle seule peut choisir et déterminer ce qui constitue l’Écriturc. On accuse l’Église, ct spécialement en Angleterre, dc refuser la Bible aux fidèles, parce que, dit-on, die s'y sent condamnée. More conteste tout d’abord le fai» en cc qui concerne les traductions autorisées. Mais il réprouve sans réserve le Nouveau Testament en anglais de Tyndale, où les erreurs fourmillent, et où les mots à sens théologique précis sont rendus inexactement (où, par exemple, congrégation, amour, faveur, repentir, sont substitués à Église, charité, grâce, pénitence). More accorde qu’il serait opportun de faire faire une nouvelle traduction par les évêques du royaume. Le fâcheux état moral d’une partie du clergé lui parait tenir au trop grand nombre d'ordinations On tourne sans peine la règle, imposée à tout candidat aux ordres, d'avoir un bénéfice à sa disposition, ct beaucoup dc prêtres en sont ainsi réduits à occuper comme chapelains particuliers une position servile el méprisée. Le vrai remède serait d'appliquer la règle avec rigueur, au lieu que Luther ct Tyndale veulent supprimer toute règle. Au sujet du célibat ecclésiastique, More réfute les objections tirées de I Tim., ni, 2. Il fut nécessaire d'abord dc prendre comme prêtres des hommes mariés, mais aussi chastes que possible; donc, unius uxoris viros. Mais ceci était une restriction, non une prescription. Les Grecs eux-mêmes Interdisent tout mariage après l’ordination. Enfin More s'exprime sur le châtiment des hérétiques d'une manière qui ne laisse aucun doute quant à scs sentiments profonds : Les hérétiques doivent être brûlés : cc n’est certes pas â l’Église dc l’exiger, mais elle n’a pas le droit d’empêcher le corps social dc se défendre lui-même. D'ailleurs les hérétiques sont bien loin de pratiquer eux-mêmes la tolérance ct la dou­ ceur. Nous devons d'abord avoir pitié des ignorants qu’ils pourraient égarer, cl pour les protéger, arrêter le mal dans la racine. Nous n’avons rien dit encore d'une question capi­ tale. qui mérite d'être examinée â part, bien qu’elle figure à peine dans les œuvres dc More : où celui-ci fait-il résider l'autorité et l’infaillibilité qu’il attribue à l’Église? comment envisagc-t-ll la suprématie pon­ tificale? On a dit parfois (cf. Bridgctt, p. 300) qu’il ne considérait pas celle-ci comme un élément essentiel de l’Église catholique. On s'appuie pour cela sur le fait que dans sa réponse à Tyndale, English works, p. 605, il ne fait pas mention du pape dans sa défi­ nition de l’Église. Mais il déclare lui-même qu’il a simplement voulu « éviter dc mêler ct d’embrouiller deux questions différentes ». Son sentiment véritable s'exprime dans sa lettre Λ Cromwell du 6 mars 1534 (repro lultc par Bridgett, p. 343-45, d’après le ms. ori­ ginal). Avant la controverse avec Luther, nous dit-il, il n’avait pas étudié sérieusement la question; il croyait alors la primauté pontificale d'institution uni­ quement ecclésiastique (peut-être subissait-il en cela l’influence de Tunstall); mais II en vint â la considérer 2681 MORE (LE BIENHEUREUX THOMAS) — MOREAU comme étant d'institution divine, après avoir iu l’ouvrage de J lend VI11 contre Luther,ct s’être assuré de l'unanimité des Pères et des conciles. More avait sans doute été convaincu par son und Fisher «Admet­ tons même, ajoute-t-il, que la papauté soit une insti­ tution purement humaine, elle aurait cependant été établie par la chrétienté tout entière comme néces­ saire uu maintien dc l’unitc île l’Église, ct confirmée par une tradition au moins millénaire; ct ainsi il ne serait loisible à aucun chrétien de s'en séparer.» Quant aux conciles généraux, More sc défend d'avoir placé le pape au-dessus d'eux; il admet leur · autorité indubitable » pour la « déclaration des vérités », car ils sont inspirés par le Saint-Esprit. More, ainsi que beaucoup de scs contemporains, voulait aller aussi loin qu’il était possible pour concilier avec l'orthodoxie les opinions cl les actions du roi, qui venait d’en appe­ ler du pape ù un concile général. Mais il ne semble pas qu'il ail voulu étendre la supériorité des conciles au delà des cas extrêmes, où, à cette époque, même un défenseur convaincu de l'autorité papale pouvait accorder qu’elle s’exerçait; sa mort, sans cela, per­ drait toute signification. Nous ne pouvons fournir ici une bibliographie complète; mais on trouvera ci-dessous toutes les indications néces­ saires pour amorcer de nouvelles recherches. I. Œuvres de More. — Elles sont heureusement, ù très |xu de choses près, réunies et accessibles dans deux collec­ tions : celle des œuvres anglaises. The works of Sir Thomas More, Londres 1557, ct celle des œuvres latines (meilleures éditions : Thonuv Mori... omnia... latina opera..., Louvain 1565, 1560, ct surtout Francfort, 1689). Tous les ouvrages que nous avons mentionnés figurent, sauf indication spé­ ciale, dans l’un ou l’autre de ces deux recueils. Consulter également les lettres d’Érasmo, (dans Epis· lotarum D. Erasmi... libri XXXI, Londres 1612, ou dans Desiderii Erasml... Opera omnia, Lcydc, 1703, t. ni, ou mieux dans VOpus epistolarum Des. Erasmi du prof. Allen, en cours de publication); et les letters and papers, Henry VI//, pour les années correspondantes h la vie dc More. On lira commodément V Utopia dans la traduction an­ glaise de 1551, publiée par Edward Arbcr dans les English reprints, n· xiv, Londres, 1869. L’édition qui fait actuelle­ ment autorité est la suivante : The Utopia of Sir Thomas More, with Doper's life of More and some of his letters, 2682 dc source* connues par ailleurs (Bopcr, œuvres dr More, lettres d’Érasme, etc.) auxquelles s'ajoutent quelque* élé­ ment* originaux. Mai* l’intérêt principal en est ailleurs. Harps field représente une conception historique de son héros qui dhpnrnltra peu après lui pour ne reparaître, assez timidement, que de nns jours. Il est encore assez prés de More, pour comprendre el approuver son idéal d'humanisme chrétien, qui ne lui parait nullement incompatible avec son orthodoxie, et pour voir d’un bon œil son amitié avec Éras­ me. que jugeront sévèrement nu contraire les historiens catholique* dr* génération» suivante*. L’ouvrage de Harpsficld n été publié presque en entier, d'après le ms. de Umboth, dan* Manhu, la revue mensuelle dc la chapelle de l’Adonition réparatrice Λ Chelsea (1910 sq). Iæ P. dom Koger Huddleston prépare actuellement, d'après le même ms., une nouvelle édition destinée a Γ Orchard book series. Enfin une édition critique, établie d’après les huit mss.exis­ tants, ct dur au Dr Hitchcock (avec préface du prof. B. W. Cliamber») devait paraître au début dc 1928, dans les publication* de V Early english text Society. 3. I-c Très Thomtr de Thomas Stapleton, Douai, 1588, contient les vies de saint Thomas apôtre, de saint Thomas Becket ct de Tnoma* More. L'auteur connaissait plusieurs parents ou ami* Intimes de More. Document dc grande valeur. Nombreuses réimpressions ; traduction française. I. The life of Sir Thomas More composée par son arrièrepetit-fds Crcsacrc More (et non Thomas More, comme le porte l'édition de 1726), lrt édition 1627, réimpressions 1726, 1823. Amusante, contient peu d’éléments originaux* III. Biographies modernes. — Il faut citer The life of Sir Thomas More par Sir James Mackintosh, Londres, 1844, et l'essai de Lord Campbell, dan* les Liocs of the chancellors (1846-47 ct 1856-57) oü More est considéré surtout comme homme de loi. Nous avons dit plus haut quelles réserves appelait l'étude de Sccbohm dans les Oxford reformers. L’historien anglican Gairdncr, dans sa Lollardy (voir ci-dessus) a des aperçus originaux ct une riche documentation. Le long article du Dictionary of national Biography, pnr Sydney Ixr (t. xxxvm» p. 429449) est très exact ct complet quant aux faits, et fournit partout des références détaillées; mais son jugement sévère sur la conduite de More envers le* hérétique* est peu con­ forme ù la vérité historique. Signalons encore une · vie» anglicane, celle du Rev. W. H. Hutton (Sir Thomas More, Londres. 1895). Iji meilleure biographie est celle du P. T. E. Bridgett. Life and writings of Sir Thomas Afore, Londres1892 (2’édit.), excellent instrument dc travail, qui sera le point de départ nécessaire de toute étude nouvelle. On devra aussi se repor­ ter à l’étude du professeur B. W. Cliambcrs, The Saga and the myth of Sir Thomas Mort (publication* dc The British Academy, Oxford, 1927). L’auteur y met en lumière de façon saisissante la continuité morale cl religieuse dc la vie cl dc l’œuvre dc Thomas More, et fait principalement ressortir tout cc qui, dans Γ Utopie, s’apparente aux aspi­ rations religieuse* du Moyen Age. Signalons en France l’essai dc Nisard, dans scs Eludes sur la Denaissance, Paris, 1855, qui contient quelques lour­ des erreurs de jugement. 1-e petit livre dc Hmri Bremond, Le bienheureux Thomas More, Paris, 1904, est une analyse psychologique très pénétrante, oü sont utilisés les travaux des devancier*. L’Ksjai sur la (αηςυ< de 3ir Thomas More par Joseph Dclcourt, Paris 1914, fait autorité seulement en tant qu'ètudc dc philologie;en appendice plusieurs lettre* inédites de More. Voir aussi Ê. Dernicngbcin, Thomas Morus et les utopistes de la Denaissance, 1927. La meilleure bibliographie ct In plu* complète jusqu’en 1910, est imprimée en appendice dc l'édition dc VUtopie par Sampson ct Guthkelch, mentionnée plus haut. Signa­ lons encore celle de H. Bremond (sommaire mais utile), celle dc T. E. Bridget!· assez complète pour les œuvre* dc More (appendice de Life and writings) et le* biographies (préface); les bibliographies détaillées dc Joseph Gillow, edited by George Sampson with an introduction and bibliography by Λ. Guthkelch· Londres, 1910. On pourra *e faire une bonne idée d’ensemble de l’œuvre dc More d'après deux excellentes collections de pages choisies, celle du Bev. T. E. Bridgett, Wisdom and wit of blessed Thomas More, 1892, et mieux encore celle de P. S. ct 1L M. Allen, Sir Thomas More, Selections from his english works, Londres, 1921 (Extraits des œuvres ct des biographies, lettres, notes, glossaire). On trouvera un résumé très détaillé ct des extraits du Dialogue dans James Gainlner, IAllardy and the Deformation in England, Londres. 1908, t.i, p. 543578, mais on sc reportem surtout à l'édition complète publiée par W. E. Campbell· The dialogue concerning Tyn­ dale, Londres, 1927, avec une introduction historique par A. W. Berd. Une édition de V Apologie est actuellement en préparation pour ΓEarly english text Society. IL BiograI’HH s anqennis. — Quatre ouvrages dus Λ des auteurs catholiques : 1. The life, arraignment and death of.., Syr Thomas More par son gendre 1 toper, vie écrite on 1555, publiée seule­ ment ù Paris en 1626, réimprimée par Hearne en 1716 cl d’après un meilleur ms. par le Rev. John Lewis en 1729, puis en 1731 et 1765 (Dublin); meilleure édition par le Res*. S. W. Singer, 1817. Le texte qui fait actuellement Biographical and bibliographical dictionary of english autorité est celui de George Sampson (voir plus haut son Catholics, el du Dictionary of national Biography. Pour édition dc ΓUtopia). Une édition critique établie d’après ΓUtopie, Indications concises ct utiles dims Arbcr. Pour les tous les mss. connus par le Dr.l (itchcock (voir § ci-dessous) œuvres anglaises, J. Dclcourt fournit uno bibliographic est actuellement en projet. Document original dc premier minutieusement complète, la meilleure jusqu’à cc jour. ordre. P. Jan elle. 2. Une Vie duc Λ Nicholas Ilarpsflcld, non publiée pen­ dant deux siècles ct demi, ct dont nous possédons huit MOREAU Charles,’religieux augustin (t 1671), mss. dilTércnts. Cette vie, composée sous le règne dc Mario Tudor, devait être, comme les English works, un ouvrage t fut un des grands défenseurs dc saint Augustin et dc l’an gu s Unis me au xvn· siècle. 11 a public Tcrlttllian» de propagande catholique. C’est une synthèse fort bien faite 2483 MOREAU — MOREl. (ROBERT) omniloquium, 3 vol. in-fol., Paris, 1058; en appen­ dice du t.1·», sc trouvent les Vindicte pacifica:, dans lesquelles il fait un grand éloge de saint Augustin et répond aux objections qui lui sont faites. C’est d'ail­ leurs par les théories de saint Augustin qu’il corrige les erreurs de Tcrtullien Le cardinal Noris (voir cc mot) cite souvent le P. .Moreau dans sa Défense dc saint Augustin. Dupin. Table des auteurs ecclésiastiques du XV11· siè" de, col. 2208; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t.iv, col. 159’ J. Carreyre. 1. MOREL Claudo (f 1679), né à Vitry-JcFrançois, licencié en 1621, docteur de Sorbonne, prédicateur du roi en 1640, chanoine dc Paris et théo­ logal en 1662, ct enfin doyen dc la faculté de théolo­ gie. 11 mourut le 30 avril 1679. La plupart des écrits de Morel ont pour objet les controverses jansénistes, ct il collabora probablement à la rédaction des cinq propositions qui furent dénoncées ù Rome. G. Her­ man!, dans ses Mémoires, le prend souvent à partie, L i, p. 158, 476-477, t. m, p. 561-566, l. vî, p. 588-596, 617-618... Parmi scs écrits, il faut citer : Les véritables sentiments dc saint Augustin et de T Église louchant la grâce, in-12; cet ouvrage fut critiqué par Arnauld dans l’écrit intitulé : Apologie pour les saints Pères dc l'Église, défenseurs de le grâce de Jésus-Christ, 1. Ill, c. xm sq. (Œuvres, t. xvm). — Défense de la confession de la foi, citée dans le livre gui a pour titre : Les véri­ tables sentiments de saint Augustin et dc ΓÉglise tou­ chant la grâce, contre les erreurs d’un abbé et d’un doc­ teur anonyme, in-4·, Paris, 1650. — Les jansénistes convaincus d’erreur et de mensonge, en cc qu’ils ont soutenu, depuis la bulle d’innocent X, que les cinq propositions condamnées ne sont point dans Jansénius, in-8·, Paris, 1657. Cet écrit (ut dc nouveau réfuté par Arnauld dans un travail qui forme la seconde partie des Éclaircissements du fait ct du sens dc Jansénius, composé par Girard, sous le nom de Denys Raymond (Œuvres d’Arnauld, t. xxi, préface historique et cri­ tique, p. xvm-xix), ct par Nicole, dans sa sixième Disquisition publiée sous le nom dc Paul Irénée, le 26 novembre 1657 (ibid., p. xx). — La conduite dc saint Augustin contre les pélaglens, in-12, Paris, 1658. Arnauld répondit dc nouveau à cet écrit (Œuvres, t. xi.n, p. 419-512). — Enfin L’oracle de la vérité ou l’Église dc Dieu contre toutes tes hérésies, in-12, Paris, 1666. Les jansénistes, quoi qu’ils en aient dit, ct malgré leur prétendu mépris pour Morel, lui répliquèrent par­ fois, par des pamphlets ct des libelles si violents, que le parlement intervint, par exemple le 5 mal 1659 : arrêt du Conseil d’État par lequel Sa Majesté ordonne qu’il sera informé contre les auteurs, imprimeurs et libraires d’une lettre latine Ad Claudium Morel ct plusieurs feuilles en vers latins ct français (voir Biblio­ thèque nationale, ms. fr. 19 702). D’autre part, la Lettre d’un ecclésiastique à M Morel sur le su ici dc ses (rois derniers sermons, s. L, s. d., est vraiment un peu vive. — Morel publia aussi quelques écrits dans les­ quels la polémique n’a presqu’aucunc place : Hayons de la divinité dans ses créatures, ou liaisons dc la créance d’un Dieu créateur du ciel ct de la terre, tirées de la seule contemplation de tout cc qu’il y a de beau, dc rare et de curieux en la nature, in-8·, Paris, 1654; Démonstration de la vérité de la religion chrétienne, in-8·, Paris, 1661. Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xxxvi, col. 523524; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvn, p. 211; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. tv, col. 68; Férct, La faculté de théologie de Parla et ses docteurs les plus célèbres, époque 24 8 i marque typographique, un 0 entouré dc deux ser­ pents entrelacés avec un amour assis sur la barre du 0 ct il est resté célèbre par la correction de scs ouvra­ ges. D’abord favorable Λ la Réforme, il abandonna bientôt les doctrines nouvelles, par intérêt, dit-on, dans la crainte de perdre son titre d’imprimeur du roi. Il mourut à Paris le 19 février 1564. Morel n imprimé un grand nombre d'ouvrages reli­ gieux, ct il a édité : Noirs sur saint Ignace, in-8", 1558. — Notes sur saint Denys ΓAréopagite, in-fbl., 1562. — Sententte Patrum de venerandis imaginibus, ίη-8·, 1562, en grec, latin ct français, et une tra­ duction française du Traité des images de saint Jean Damascène, in-8'’, 1652. Michaud, Biographie universelle, t. xxix, p. 272-273; Hœfcr, Nouvelle biographie générale, t. xxxvi, col. 515517; Morérl, Le grand dictionnaire historique, édit. 1759, t. vu, p. 774; Baillet. Jugements des savants, in-4·, 1722, t. i, p. 368; Mnittalrc, Historia typographorum aliquot parisiensium vitas et libros complectens, 2 vol., in-8·, Lon­ dres, 1717, t. i, p. 33-46, et t. n, p. -12-50; dc Fontcnal, Dictionnaire des artistes, 2 vol. in-12, 1776, t. n, p. 176; Le Breton, Biographie normande, 3 vol. in-8®, Paris, 1867, t. ni, p. 103-104; Ourscl, Nouvelle biographie normande, 2 vol. in-8®, Paris, 1886, l. n, p. 281 ; ΙΓ. Sauvage, Notice sur G. Morel, dans Annuaire de la Manche, 1851. J. Carreyre. 3. MOREL Robert (1653-1731) naquit ù La Chaise-Dieu en Auvergne, en 1653; il entra chez les bénédictins dc Saint-Maur chez qui il fit scs vœux le 11 mai 1671. Il était bibliothécaire dc Saint-Germaindes-Prés en 1680, puis il fut supérieur de plusieurs maisons. En 1699, à cause dc sa surdité, il sc relira à Saint-Denys où il s’occupa d’ouvrages ascétiques, dans lesquels paraissent dc nombreuses traces de jansénis­ me. Il mourut le 19 août 1731. Presque tous les écrits de dom Robert Morel se rapportent à la mystique ct ù l’ascétique. On peut citer : Entretiens spirituels en forme de prières sur les évangiles des dimanches ct les mystères dc toute l’année, avec l’ordinaire de la messe, 2 vol. in-12, Paris, 1714, 1715, 1728. — Entretiens spirituels en forme de prières sur la passion de Jésus-Christ, distribués pour tous les jours de carême, in-12, Paris, 1714. — Effusion de cœur ou entretiens spirituels et affectifs d une âme avec Dieu, sur chaque verset des psaumes et des cantiques de l’Église, 4 vol. in-12, Paris, 1716 (Journal des savants du 20 avril 1716, p. 247-249). — Méditations sur la règle de saint Benoît pour tous les jours de l’année, in-8®, Paris, 1717, dédié à l’abbesse dc Chelles, fllîc du Régent. — Entretiens spirituels pour servir de pré­ paration à la mort, in-12, Paris, 1721, 1727, 1730, dédié aussi â l’abbesse dc Chelles. — Entretiens spiri­ tuels pour la fêle de l'octave du Saint Sacrement, in-12, Paris, 1722. — Imitation de Noire-Seigneur JésusChrist, nouvelle traduction avec une prière affective, ou effusion dc caur à la fin de chaque chapitre, in-12, Paris, 1723; elle a été plusieurs fois rééditée, ct le P. Colonia, dans sa Bibliothèque des ouvrages jansé­ nistes, t. n, p. 259-261, cite plusieurs propositions empreintes dc jansénisme. — Retraite de dix jours sur les principaux devoirs de la vie religieuse, avec une parapl rase sur la prose du Saint-Esprit : Veni Sancte Spiritus, in-12, Paris, 1723. 1727, 1750. — Médi­ tations chrétiennes sur les évangiles de toute l’année. (I des principales fêles des saints avec leurs octaves, 2 vol. in-12, Paris, 1726.—Du bonheur d'un simple religieux qui aime son état el ses devoirs, in-12, Paris, 1727. — De l’espérance chrétienne et dc la confiance en la misé­ moderne, 1906, t. IV, p. 387-394. ricorde de Dieu, In-12, Paris, 1728, 1743. — Effusion J. Carreyre. de caur sur le Cantique des Cantiques, in-12, Paris, 2. MOREL Guillaume (1505-1561), né à Tilleul, 1730. Le P. Mord avait commencé un semblable dans le comté de Mortain, en Normandie, fut un des travail sur le Livre de Job, mais il ne composa que grands imprimeurs du xvi· siècle; il adopta, comme les onze premiers chapitres. La plupart dc ces écrits 2/185 MOREL (KOBER Γ) 248G 1720 ct 1721; ccs Remarques portent sur les lettres A-L inclusivement; le reste n’a pas été imprimé; clics ont servi â toutes les éditions dc Morérl, postérieures a 1724 (voir L, Bertrand, Vie, écrits et correspondance de Laurent Josse Leclerc, in-8·, Paris, 1878, p. 52-69, 117-120 ct 275). La 16· édition, en 6 vol. in-fol.» Paris, 1725, comprend les additions de Leclerc. La 17· en 6 vol. In-foL, 1731, fut publiée â Bâle; la 18·, t> vol. in-fol., Paris, 1732, comprend de nombreuses additions dc l'abbé Goujct, qui a ajouté 2 vol. in-fol. dc suppléments dans les rééditions dc 1735 et^de 1749. La 19· édition a 8 vol. in-fol., ct fut publiée à Amster­ dam en 1740. Enfin la 20· édition, en 10 vol. in-fol , Paris, 1759, donnée par Drouet, contient, refondues, Bouillon. 1777, t. n. p. 302-306; Leccrf de la Viévflle, Bibliothèque historique el critique des auteurs dr la Congré­ toutes les remarques antérieures it particulièrement gation de Saint-Maur, in-12. La Haye, 1726, p. 394-395; ! celles dc Leclerc ct de Goujct; clic est incontestable­ Nécrologc des plus célébrés défenseurs ct confesseurs de la ment la meilleure. L'abbc Masbaret n laissé des remar­ vérité du XVII1* siècle, I·· partie, in-12, s. 1., 1760, p. 434; ques sur le Dictionnaire de Morérl, G vol. In-49, en Nouvelles ecclésiastiques du 20 novembre 1741, p. 188; Encyclopédie des sciences religieuses (prot.), t. IX, p. 409- manuscrit; Barbier en a public des passages dans son Examen critique des dictionnaires historiques. l.e Dic­ 410; Dictionnaire historique des auteurs ecclésiastiques, tionnaire dc Morérl a été traduit en allemand, en 4 vol. In-12, Lyon, 1767, t. m, p. 201-205. anglais, en espagnol, 10 vol. in-fol., 1753 ct en ita­ J. Carreyre. MORÉRI Louie (16I3-1G80), né à Barge- lien, 4 vol. in-fol., Borne, 1729. Moréri avait recueilli les matériaux d’un Diction­ mont, au diocèse dc Fréjus, le 25 mars 1643, fil scs éludes théologiques à Lyon où il fut ordonné prêtre naire historique ct critique des provençaux illustres, ct il et s'adonna â la controverse. En 1673, il devint secré­ avait commencé une Histoire des concites. taire dc l'évêque d’Apt, Gaillard de Longjumeau, à Michaud, Biographie universelle, U XXIX. p.296; Hocfcr, qui il dédia la première édition de son Dictionnaire; Nouvelle biographie générale, t. xxxvi, col. 351-553; Fcllcrpuis il s’attacha à M. de Pomponne, secrétaire d’État, Wchs, Biographie universelle, t. VI, p. 114 ; Morérl, Le grand en 1678; il le suivit dans sa disgrâce et mourut à dictionnaire historique, édit. 1759. t. vu. p. 778-77?. Paris, âgé seulement dc 37 ans, le 10 juillet 1680. Nicéron, Mémoires pour servir à Γhistoire des hommes illus­ .Morérl a traduit dc l’espagnol le Traité de la per­ tres, t. xxvn, p. 308-316; Quérard, La France littéraire, I. vî fection chrétienne dc Rodriguez, 3 vol. fn-8% Lyon. p. 313 ; luuivocat. Dictionnaire portatif, t. n, p. 296-297 Dictionnaire historique, littéraire et critique, t. iv 1667, ct les Delations nouvelles du Levant, ou Traité Barrai, p. 548-549; Dcsessarti, Les siècles littéraires, t. iv, p. -113 dc la religion, du gouvernement et des coutumes des Pérlcaud, Morérl d Lyon, in-8*, Lyon. 1837; Histoire des Perses, des Arméniens ct des Goures, du P. Gabriel dc hommes illustres de la J*rvocnce, in-4*’, Marseille, 1786, t. m, Chinon, in-12, Lyon, 1671, avec une longue préface. p. 546-517; Kirchenlrxicvn, t. vm. col. 1912-1913. J. Carreyre. Mais l’œuvre capitale de Moréri, l’œuvre à laquelle MORESCHIN Augustin, des ermite> de Saintson nom est resté attaché, bien qu’elle ait été profon­ dément modifiée au xvn· et surtout au xvm· siècle, Augustin (t 1560). — Né â Montcalcino (Toscane) est Le grand dictionnaire historique ou Mélanges d'où son nom de Montcalcinus (et même Montclclneôsis), cc moine était célèbre dans Γ Italie du xvi· siè­ curieux de Γhistoire sacrée ct profane, un vol. In-fol., Lyon, 1674. Cette première édition renfermait dc nom­ cle par son éloquence, ct par scs connaissances aussi breuses lacunes ct quelques erreurs. C’est pour la bien en théologie ct en philosophie qu’en mathéma­ compléter ct la rectifier que Bayle, reconnaissant tiques ct en droit. 11 fut envoyé comme procureur dc d’ailleurs les grands mérites de Morérl, entreprit la l'ordre au concile dc Trente, où Massarclll, dans son publication de son Dictionnaire. Moréri prépara lul- journal, signale sa présence parmi les théologiens mènic une seconde édition, dont il ne fit imprimer que mineurs lors des travaux dc 1547: il était à Naples en 1549 où il eut pour élève Onuphrc Panvlnlo. Les histo­ le premier volume en 1680; le second volume parut après sa mort en 1681, â Paris; elle est dédiée au roi. , riens dc l’ordre lui attribuent, sans grande précision, dc Après la mort de Moréri, les éditions dc son ouvrage multiples opuscules dc controverse antiproteslnntc : sc sont multipliées; elles sont au nombre dc 20. Voici, De purgatorio. De cultu cl invccationc sanctorum ct en peu dc mots, les caractéristiques de chacune/!’elles. eorum reliquiis venerandis, Dc orationibus, eleemosynis La 3· édition n 2 vol. in-fol., Paris, 1683; les 4· et ct sacrificiis pro defunctis, Dc patientia, De itineribus 5· ont paru à Lyon, 2 vol. in-fol., 1687 et 1688; ad nlernitatcm, De septem sacramentis, Dc prtvstantia la 6· en 4 vol. in-fol., Amsterdam, a été publiée par romani pontificis ct Sedis ejus, Dc Ecclesia catholica ct Jean Le Clerc, ministre protestant en 1691; la 7· en ejus auctoritate, Dc ecclesiasticis traditionibus. De scrip­ 4 vol. in-fol., Amsterdam, 1691, et la 8· en 4 vol. turis canonicis. Expositio symboli apostolorum. in-fol., Amsterdam, 1698, ne font guère que reproduire !.. Torclll. Scroll a gos liniant V111. Bologne» 1686. p. -121 ; la 6· édition; la 9·. en 4 voL In-fol., Paris, 1699» a été Olllngcr, Bibliotheca augusliniana, p. 612; JÔchcr. éditée par Vaultlcr; la 10·, 4 vol. In-fol., Amsterdam, Gelchrten Lcxikvn, t. n, 1751, p. 607. 1702. a été donnée par Le Clerc; la 11·. I vol. in-fol., É. Amann. Paris, 1701, a été publiée par Vaultlcr, avec dc très 1. MORIN jean, prêtre de I’Oratolrc (15911659), est ne à Blois en 1591 de parents calvinistes. nombreuses additions ct des remarques critiques; In 12·, 1 vol. in-fol , Paris, 1707. par Vaultlcr. avec Après avoir commence ses etudes À La Rochelle, il dc nouvelles additions; la 13·, 5 vol. In-fol.. Paris, se rendit en Hollande où il étudia â Lcyde la philoso­ 1712, contient les remarques de Dupin, avec de nom­ phie, les mathématiques el le droit d’abord, puis la breux suppléments, en 1714 ct 1716. La 14·, 6 vol. théologie ct les langues orientales. Les violentes que­ in-fol., Amsterdam, 1717, reproduit la précédente avec relles des gomaristes et des arminiens dont il fut le un supplément dc Bernard. La 15· édition, en 6 vol. témoin dans ce pays, lui Inspirèrent bien des doutes in-fol., Paris, 1718, a provoqué les Remarques sur sur la vérité d’une Église si divisée en elle-même; dc différents articles du Dictionnaire de Moréri que Lau­ retour en France, il fut converti nu catholicisme par le rent Josse Leclerc publia en 3 vol. in-8·, Paris, 1719, : cardinal du Perron, ancien protestant lui-même Après sont tirés des réflexions dc F Écriture sainte ct de traités dc piété, composés par les Pères; mais on y trouve souvent l’écho des controverses Jansénistes, ct certaines propositions ne font guère que rééditer les doctrines du P. Quesncl. Michaud, Biographie universelle, t. XXIX, p. 275; Hocfcr» Nouvelle biographie générale, t. XXXVI, col. 524; Quérard, La France littéraire, t. vi, p. 300; Idler. Biographie univerlelle, édit. Péreiuiès, 1842, t. ix, p. 12; Morérl, Le grand dictionnaire historique, édit. 1759, t. vu, p. 775; Richard ct Giraud. Bibliothèque sacrée, t. xvn, p. 21 1-215; Tasiin. Histoire dc la Congrégation de Saint-Maur, ln-4·, Bruxelles et Paris. 1770, p. 500-505; dom François, Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de saint Benoit, 4 vol. In-4·, 2487 MORIN (JEAN) être resté quelque temps auprès de Zamet, évêque de Langrrs, il entra à lOratoire cn 1618, où il fut d'abord envoyé à Angers comme supérieur du collège. Il fut un des douze prêtres de lOratoire qui, cn 1625, sui­ virent la reine Henriette cn Angleterre. Quand il cn revint, cc fut pour demeurer à la maison de la rue Saint-Honoré où il passa à peu près tout le reste de sa vie. uniquement occupé à In composition de scs nom­ breux cl savants ouvrages; 11 y mourut le 28 février 1659 â l'âge de 68 ans. 11 publia cn 162G son premier ouvrage De patriar­ charum cl primatum origine, in-4·, dédié Λ Urbain VIH, dans lequel il y a beaucoup de choses intéressantes, mais qui est diffus et manque un peu de critique. En 1630, il donna Histoire de la délivrance de l'Église par Constantin et de la grandeur ct souveraineté temporetic donner û l'Église romaine par les rois de France, in-fol., dans lequel il essaie d’atténuer les principes ultramon­ tains du précédent, cc qui déplut à Home; le cardinal François Barberini fit même relever par J.-B. Suarez les passages incriminés, l’auteur promit de les suppri­ mer dans une deuxième édition qui ne put être faite. On ne peut que citer ici scs très importants ouvrages sur l’Ecnture sainte : Nouvelle édition de la Bible des Septante, 1628; Exercitationes ecclesiastica! in utrum­ que Samaritanorum Pentateuchum de illorum religione cl moribus, in-4·, Paris, 1631; Exercitationes biblica· de hebrai gnvciquc textus sinceritate, germana LXX interpretum translatione dignoscenda, illi usque conci­ liatione, in 1*, Paris, 1633; Diatribe cleuctica de since­ ritate hebrai gracique textus dignoscenda, ct animad­ versione in censuram Exercitationum ad Pentateuchum Samaritanum, ln-8% Paris, 1639. L'auteur s’était aequis tant d’estime auprès du clergé de France, que les prélats assemblés prenaient d'ordinaire ses avis sur les affaires les plus importantes; sa réputation se répandait jusqu’à Home où le pape l’appela pour tra­ vailler à l’union de l’Églisc grecque avec l’Églisc romaine. Il y fil preuve de connaissances très étendues sur l’ordination dans les Églises orientales ; les membres de la commission étaient disposés à la regarder comme nulle parce qu’ils n’y trouvaient pas les cérémonies regardées par eux comme nécessaires, spécialement lu porrcction des instruments; mais le P. Morin leur prouva que l’imposition des mains est la seule forme nécessaire, que tout le reste est d’usage moderne; son sentiment fut accepté de tous et particulièrement du cardinal Barberini et du savant Léon Allatius. A peine neuf mois après, Richelieu l’obligea à revenir cn France soit, disent les uns sans aucune preuve, parce qu’il voulait s’aider de son érudition pour se faire nommer patriarche; soit plutôt, qu'il fût mécon­ tent de la manière peu flatteuse dont le P. Morin parlait de lui à Borne : ce qui est très probable, car le minis­ tre ne lui donna aucun emploi cl dit, au contraire, que l'oratorlen n’était bon qu’à vivre avec des livres. Celui-ci reprit donc ses études; scs recherches sur les ordinations orientales lui fournirent la matière d’un de scs meilleurs livres qui parut en 1655 : Cornmen lartus de sacris Eeclrsiic ordinationibus secundum antiquos et rcccntiores Latinos, Griecos, Syros ct llabylonias in 1res partes distinctus, in-fol.; 2· édition, Amster­ dam, 1695. Quatre ans auparavant, il avait donné son ouvrage le plus important de théologie positive, auquel il avait travaillé trente ans ct qui seul suffirait pour lui donner une très belle place parmi les érudits du xvn· siècle : Commentarius historicus de disciplina inadministratione taeramenli pænilentloe tredeeim prtmis saculis in Ecclesia occidentali et hucusque in Orien­ tal! observata, in-fol., Paris, 1651; 2" édit.. Anvers, 1682; 3· éd.. Bruxelles, 1685. 11 y traite : 1· Des diffé­ rents noms que Grec* ct Latins donnèrent à la péni­ tence, et montre que Γοη n toujours exigé des pénitents 2488 les preuves d’une véritable conversion; 2e Différentes manières de pratiquer la confession ; 3· Différence entre les péchés commis avant ou apres le baptême; 4e Dis­ cipline extérieure de la pénitence observée jusqu'à Novation; 5· Distinction faite dans les quatre premiers siècles entre péchés capitaux, mortels, véniels. Pour répondre à la diflicullé (pii résulte de la différence de discipline selon les siècles, il dit dans la préface ; • L’Eglise a pu varier el elle n varié en eflel sur la discipline... sans qu’on puisse l'accuser en aucun temps de s’être trompée, ni d'avoir mal fait; que c’est une grande folie de disputer non seulement contre tout ce que l’Églisc croit, mais aussi contre cc qu’elle pra­ tique généralement; car la foi de l’Églisc n’est pas seulement la règle de notre foi, mais aussi scs actions sont la règle des nôtres et sa coutume doit être la règle de la nôtre. · Ces paroles méritaient d'être citées à cause de leur importance. Il avait joint à son livre une dissertation sur l’expiation des catéchumènes, que les censeurs interdirent de publier; on trouve à la place quelques extraits d’un manuscrit très ancien écrit cn onciales, de la fin du vu· ou du commence­ ment du vm· siècle, qui semble avoir été copié pour l'abbaye de Saint-Denis, cl faisait sans doute partie de l’ancien Sacramcntairc du pape Gélase. On dit que l’ouvrage déplut également aux partisans de PortRoyal qu’il attaquait dans la préface, et aux membres de la Compagnie de Jésus dont il blâmait les doctrines en matière de pénitence. Il laissait cn mourant plusieurs ouvrages inédits qui furent publiés en 1703 par un prêtre de sa congréga­ tion : Joannis Mon ni opera posthuma : i. De cate­ chumenorum expiatione; n. De sacramento confirma· lionis; m. De contritione ct attritione. Ιη-4·, Paris, 1703. En 1682, Richard Simon avait fait imprimer sous cc litre Antiquitates Ecclesia· orientalis cum notis et vita Johannis Morini, in-12, Londres, 1682, sa correspondance avec des savants sur plusieurs ques­ tions d’antiquité ecclésiastique. On a encore de lui Sept lettres latines à Léon Allatius sur les basiliques des Grecs, publiées par le P. Desmolets de FOratoirc dans les Mémoires de littérature et d'histoire, l. i, part. 2 ; un mémoire de plus de 200 pages devenu fort rare, imprimé cn 1653,sous le litre de Déclaration.,,, non pour critiquer la congrégation de lOratoire comme le dit Richard Simon, mais certaines prétentions du P. Bourgoing; deux lettres au cardinal Barberini contre le P. Michel Rabardeau, jésuite. Plusieurs traités sont restés Inédits : De sacramento matrimonii, un des plus remarquables, dit-on, dont Richard Simon attribue la perle aux scrupules de quelques membres de lOratoire qui l'auraient fait disparaître ; De basilicis Christianorum; De Pas· chute; De vetustissimis Christianorum paschalibus riti­ bus. Il était cn commerce de lettres avec les plus grands hommes de son siècle cn France, en Italie, cn Angle­ terre, cn Allemagne, en Flandre, en Hollande, cn Suisse ct cn Orient, non seulement catholiques, mais protestants et juifs. La seule énumération de scs ouvrages montre que sa science était universelle; son humilité cl sa simplicité étaient aussi grandes que sa science; il priait autant qu’il étudiait, cl ses ennemis eux-mêmes étaient les premiers à reconnaître la modération qu'il conservait dans les controverses les plus ardentes. A.d’Alès L'Edit de Calllstc, études ur les origines delà pénitence chrétienne, p. 5 sq.; Italtrrcl, Mémoires domes­ tiques pour servir d Γ histoire dr P Oratoire, t. u, p. 135-469; Bernie r. Histoire de Plots; E.du Pin, Hlbllothèque des auteurs reel, du XVII· siècle, II· part., p. 250; Ingold, Essai de blbllooraphle aralorirnne, p. 112-116 ; Nicéron. Mémoires pour rhtstolrede* hommes Illustres. t ix ; \dolphe Prrnuid 2489 MORIN JEAN) — MORT, U N I V E RSA EITÉ /'Oratoire dr France au XV il* cl au SIX' stirle, Pari*, 1S«5 p. 272; Richard Simon, Sctographla vtlir Johann U \hrtni Ulesensts, en tête des .tnîfr/uffato Eccl. orientalis, «tilt non seulement du P· Morin, mal» de la congrégation dtlOratoire que l’auteur avait quittée; Il parle e ncore du p. Morin dan* V Histoire critique du Vieux Testament, p,4G4. A. MOUEN. 2 MORIN Joan-Bnpll.to, (1583-1656), né a VilIrfranche-cn-Braiijolnis, h 23 février 1583, lit ses éludes â Alx ct à Avignon, s'occupa d’astrologie et de médecine; il fut accueilli favorablement par h s cardinaux Richelieu cl Mazarin, il mourut ù Paris le 6 novembre 165G. La plupart des écrits de Morin sc rapportent â l’astronomie et à l’astrologie : il soutint, contre Copernic et contre Gassendi, l’immobilité de la terre. Cependant i) n écrit un ouvrage intitulé Quidsit Deus? dans lequel d prétend réfuter les diverses formes de l’athéisme, cn employant une méthode géo­ métrique, ct II le réé lita sous le titre : De ocra cogni­ tione Dei ex solo naturm lumine per theoremata adver sus ethnicos et atheos, mathematico more denuntiata, in-12, Paris, 1G55. Il a aussi publié une He/iitatio com­ pendiosa erronei ac detestandi libri de Prrradamtlis, in-12, Paris, 1057. Moréri, Le grand dictionnaire historique, édit, de 1759, t. vn, p. 786-788; Barrai, Dictionnaire historique, littéraire et critique, t. iv, p. 552; Dcsessnrls, Les siècles littéraires, t. n , p. 115; Nlcéron, Mémoires pour servir d rhlsioire des hommes Illustres, t. m, p. 88-105; Préface de VAstrologia gallica, lui Haye, 1G61, publiée après la mort de Morin. J. Carbbyre. 1. MORT. - L Définition. 11. Cause. 111. Effets. IV. Moment. I. Définition. — 1· Sens analogiques. — La mort s’opposant à la vie, le terme « mort » revêt des signi­ fications différentes cn raison des « vies * différentes auxquelles on l'oppose. Ainsi : 1. la grâce sanctifiante étant la vie surnaturelle de l’âme, la privation de cette grâce est appelée mort. Eph.,n,5.—2. La perle de la vie glorieuse du paradis, c'est-à-dire lu damnation étemelle esl appelée la seconde mort. Apec., xx, 6, 11 ;cf. Sap.,i, 12 —3. Par opposition à la vie de péché, la vie sainte est appelée mort en ou avec Jésus-Christ. Boni., vi, 2 sq. 2- Sens propre —-La mort, prise cn son sens propre, est ta séparation de l'dme immortelte d'avec le corps. Cf. Eccl., xn, 7; I Reg., xv, 32. Aussi la sainte Écri­ ture la désigne-t-elle sous des noms qui affirment cette séparation : dissolutio, Phil., ι, 23; II Tim., iv, fi; depositio tabernaculi, H Pvt., i. 14; terrestris domus dissolutio, exspoliatio; peregrinatio a corpore. II Cor., v. I, L 8. La liturgie a conservé plus d’une de ces expressions dans l'office et la messe des défunts. II. Cause. — Par rapport à sa cause, la mort peut être envisagée soit philosophiquement, comme consé­ quence naturelle de l'union de l’âinc Immortelle au corps corruptible; soit historiquement comme suite pénale du péché originel. Dans les deux cas, elle s'affirme comme une loi universelle de l'humanité· 1· La mort, conséquence naturelle de l union de l'unir au corps. - La nature humaine est composée d une Aine Immortelle, substantiellement unie à un corps mortel. Donc, par là-même que le corps est mortel, l’union substantielle de l'âme et du corps doit un jour se rompre, et chacun des deux cléments suivra alors sa destinée propre. A cc point de vue, l’homme est naturellement mortel : · Esl dit naturel cc qui a sa cause dans les principes de In nature. Or, les principes essentiels de la nature sont la forme et la matière. La forme dr l’homme est l’âme raisonnable, de soi immor­ telle * t. en conséquence, la mort n'est pas naturelle à l'homme, si l’on ne considère que sa forme substantielk M ds la matière de l'homme est le corps, lequel, composé d'éléments contraires, est, par là même, de 2490 toute nécessité, lujcl a corruption. C’est a cet égard que la mort est naturelle à l'homme. » S. Thomas, Sum. theol., IIs-11*, q. clxiv, a. 2. C’est donc à juste titre que l’Eglisc a condamné la prop. 78 de BaTus : • L'immortalité du premier homme n'était pas un bienfait de la grâce, mais une condition naturelle. » Voir BaIus, l. if, col. 72. 2· La mort, suite pinale du péché originel. - Histo­ riquement considérée, la nature humaine doit être envisagée telle qu elle fut constituée par le Créateur. Or, Dieu n'a pas fait la mort, Sap., i, 13; il a créé l'homme pour un état d'incorruptibilité, id., n, 23. S’emparant de cette, donnée de la révélation, ct fai­ sant écho â la doctrine de saint Paul, l'Eglise anatbématlsc < quiconque affirme qu'Adam a été créé mortel, en sorte que, pécheur ou non, il serait mort et qu'amsi sa mort n’a pas été le salaire du péché, mais une nécessité denature. «Concile de Carthnge{ditautrefois deMilève); IPconc d'Orange, can. 2; conc. de Trente, sess. v. can, 1-2; Denringer-Bannss., n. 101, 175, 788-789. Ainsi, il est de foi divine ct catholique que Dieu a créé l’homme immortel. Voir Adam, t. i, col. 374; Justice origini lle, t vin, col. 2 025. Mais cette Immortalité était conditionnelle : Adam pou­ vait ne pas mourir, s’il restait fidèle à Dieu. CL S. Augustin, De Genesi ad lilt., L VI, c. xxv, P. L., t. xxxiv, col. 354. En fait, l’homme ayant péché, l'immortalité condi­ tionnelle lui fut enlevée avec les autres dons préter­ naturels. Dieu prononça expressément la sentence de mort sur l'homme prévaricateur. Gen., in, 19; cC n, 17; ni. 3. Donc, sous cet aspect, la mort, toute natu­ relle qu’elle soit a la nature humaine philosophique­ ment considérée, devient une véritable peine, un châtiment, une · solde · du péché, par lequel elle est entrée dans le monde. Rom , v, 12; cf. vi, 23. Ainsi l'homme doit mourir, Hcb., ix. 27; la mort arrache l'homme à cc qu’il possède ici-bas, Eccli., xu, 1, comble le désir de celui qui veut être réuni au Christ. Phil., i. 23. Si longue que soit la vie de l’homme, l’heure de la mort sonnera; elle a sonné pour les patriarches dont la longévité était extraordinaire, Gcn., v, 4 sq.; elle sonne pour tous les hommes, nu plus tard après les tribulations de la vieillesse, Ps., lxxxix. 10; Eccli., XVHI, 8; elle se présente à l’heure qu’on ignore, Mallh., XXIV, 18 sq.; Apoc., ni. 3; cf. xvi. 15; I Thess., v, 2; H Pet., ni, 10; ct il est insensé de compter sur la vie, si brève, ct qui fut pareille â l’ombre. Job, xiv, 1, 2, pour sc livrer sans crainte aux plaisirs d'Icibas. Luc., xn, 19-20. 3- Universalité de la mort. — In omnc> homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverant. Rom., v. 12. L'universalité du péché entraîne l'universalité de la mort. Bien que la lol de hi mort soit universelle, il existe des raisons de sc demander si cette loi ne comporte pas quelques exceptions. L La question sc pose pour Henoch ct Elle, que l'Êcriture représente comme ayant été transportés vivants de cette vie en l'autre· Gcn., v, 21; l\ Reg.· n, 11 ; lùcli., xliv. 16; xi mu, 13; Hcb., xi. 5. Plusieurs Pères pensent C’est là évidem­ ment le souhait de quelqu’un qui désire arriver à la vie glorieuse, sans passer par la mort, souhait qu'il faut rapprocher de l’idée exprimée dans le texte cidessus, ct qui s'affirme plus encore dans le suivant. Ainsi ont interprété la pensée de saint Paul presque tous les exégètes catholiques Cf. S. Augustin, Epist., cxl, n. 16, P. L., t. xxxin, col. 511. Comment un tel désir aurait-il pu être formulé s’il axait été totalement irréalisable? Sur les difficultés de l’interprétation de ce texte, voir Comely, in iepist. ad Cor., p. 137 sq. Saint Paul témoigne du désir qu’aurait le juste d’arriver au ciel sons passer par la mort : désir bien compréhensible nu point de vue de la nature déchue, qui éprouve pour la mort un sentiment d’horreur, mais qu’en d’autres endroits saint Paul corrige, mon­ trent le juste, aide par la grâce, dans le désir de la mort, pour être réuni au Christ. îî Cor., v, 8; Boni., vu, 2t sq.; ct surtout Phil., i, 23. 4. Le passage le plus célèbre est I Thess., c iv, 15-17 : · Nous vous le déclarons, d’après In parole du Seigneur, que nous qui vivons ct qui sommes réser­ vés pour l’avènement du Seigneur, nous ne prévien­ 2492 drons pas ceux qui se sont endormis. Car... ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous qui vivons, qui sommes laissés, nous serons emportes avec eux dans les nues, au-devant du Christ, dans les airs, ct ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. > Ici encore, comme dans 1 Cor., xv, 51, le sens obvie parait être que les justes que la fin du monde trouvera encore en vie, passeront de ce monde en l'autre sans être soumis à la mort. Cf. S. Augus­ tin, Episl., cxciu, n. 9, P. L., t. xxxm. col, 872-873; S. Jérôme, Epist., i.ix, n. 3, P. J.., t. xxiî, col. 587. Les memes observations et interprétations que pour I Cor., xv, 51, doivent être ici formulées. On inter­ prétera également de mime la formule judicaturus vivos et mortuos, Il Tim.,iv, 1, formule qu’on retrouve dans les symboles ct les textes liturgiques. En résumé, la loi de la mort est universelle; tous y sont sujets; en tous se retrouve la nécessité de s’y soumettre. Toutefois, il est possible que Dieu accorde à certains d'en être de fait exemptés. Mais, dans I’Eglise latine, on s'est plutôt rallié à l'idée que tous les hommes, même les justes, mourront avant de res­ susciter. Cf. S. Augustin, De civitate Dei, loc. cit.; Detract., 1. IL c. xxxm, P. L., t. xxxn, col. 644; Gennade, De reel, dogm., c. vu, P. L., t. lvhi, col. 983. Parmi les théologiens, voir S. Thomas, Suppl., q. Lxxvm, a. 1 : lxxiv, a. 8; Suarez, De mysteriis vita Christi, disp. IV. sect. n. Saint Thomas expose le? raisons de convenance de l’opinion qu’il défend comme plus sûre et plus commune : conformité à l'ordre de la Justice divine, à cause de l’universalité du péché; conformité aux assertions de l'Écriture : la résur­ rection, à laquelle tous participeront, ne suppose-telle pas la mort? conformité enfin à l’ordre de la nature, la mort étant naturelle au composé humain. Suppl., q. Lxxvm, a. 1. Les théologiens font aussi valoir que, si le Christ ct la vierge Marie sont morts sans avoir connu le péché, à plus forte raison devront mourir tous les hommes qui précisément ont contracté la dette de la mort à cause du péché dont aucun n’est exempt. III. Effets. — 1° Sur le corps. — Le corps, séparé de Pâme, doit être livré à la corruption ct devenir la proie des vers du tombeau, en attendant la résurrec­ tion finale. Cf. Jnc.» n, 26, et surtout I Cor., xv, 37 sq 2e Sur Pâme. — L'âme immortelle est placée par la mort dans Vétat de terme, qui exclut désormais toute possibilité de changement de mérite ou de démérite Sur ce point, on peut considérer le dogme ct l’expli­ cation théologique. 1. Le dogme. — < Que la voir (préparatoire à la vie future) ne sc continue pas au delà du terme de la vie présente, que de l'issue de notre pérégrination terrestre dépende notre état d’immobilité dans la félicité ou In damnation; qu’en fin on doive considérer comme une hérésie l’orlgénlsme si malencontreuse­ ment ressuscité de nos jours par quelques écrivains...; c’est là une vérité que l’Égllse a toujours professée explicitement et expressément; (t, si l’on ne peut en apporter de définition solennelle, cependant les Pères l’ont explicit ment prêchée ou bien ouvertement sup­ posée comme un dogme de la fol catholique. » Billot, De novissimis, Borne, 1921, q. i, $ 2, p. 33. Cette vérité s’appuie principalement sur : a) Matth., xxv. Le Jugement dernier est décrit comme devant avoir pour unique objet les actes de la vie présente,el pour terme la double sentence d’éter­ nelle récompense ou d’éterocl châtiment. Il y aura donc réellement un état Immobile, soit de peine, soit de félicité, dépendant intégralement de la fin de notre vie présente. b) La parabole de Lazare cl du mauvais riche. Luc., I xvi. Lazare et le mauvais riche reçurent la récompense 2493 Μ O KT, EFFETS due aux actions de leur vie terrestre cl sont dans un mt qui ne comporte plus de changement; cf. v., 26. U mauvais riche supplie Abraham d’envoyer quelqu’un à scs frères pour les exhorter à une pénitence yit tel M peut ph» lairec) Les graves avertissements du Christ : briser tout attachement et toute habitude scandaleuse, Matth., xvm, 8-9; Marc., îx, 12-47; sc renoncer à soi-même et i rendre sa croix, Luc., xiv, 27 ; veiller cL prier dans la continuelle attente du dernier jour, Matth., xxiv, 42-11, afin de ne pas être surpris dans la débauche, l'ébriété et les soucis de ce siècle ct de ne pas encourir pour son âme un éternel dommage, Luc., xxi, 31. Tout cela, en effet, suppose clairement que l'instant de la mort est décisif, ct qu’il devient ensuite impossible à l'homme de mériter ou de démériter, de Lire pénitence de scs fautes ou, à l’inverse, de per­ dre la grâce de Dieu. d) Il Cor., v, 10 : · Nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dù à ses bonnes œuvres ou à scs mauvaises actions, pendant qu’il était revêtu de son corps. · Notre état futur dérive de ce jugement. Mais ce jugement aura pour objet unique les actions de la vie présente, les actions que nous aurons accomplies quand notre âme était unie au corps, ut referat unus­ quisque propria corporis. Cette pensée fondamentale éclaire d’autres assertions de saint Paul : < Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut ». id. vî, 2. Et encore . « Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien », Gai , vî, 10. Et encore : · Exhortez-vous chaque jour les uns les autres pendant le temps qui s’appelle aujourd'hui, de peur que quelqu’un de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. · Hcb., ni, 13. Le terme « aujour­ d’hui », emprunté au ps. xav, désigne ici la durée de la vie terrestre de l’homme. En sorte que le sens est clair : « Exhortez-vous... tant que Dieu vous accorde le · jour » de la présente vie, ct avant que ne tombe sur vous la nuitAdc la mort, dans laquelle il devient impossible de travailler pour le ciel, etc. » c) Joa., v, 25-29. On distingue ici deux temps où la voix du Fils de Dieu sc fera entendre. Le premier temps est le temps de la vie présente : « L’heure vient, ctclle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu. » 25. Il s’agit ici des morts spirituels par le péché. La voix du Fils de Dieu sc fait entendre à eux, afin qu’ils ressuscitent spirituellement, « ct ceux qui l’auront entendue, vivront», id.: la voix dirige son appel vers beaucoup de morts, mais tous ne l’cnten­ dent pas, c’est-à-dire n’y répondent pas. L’autre temps est celui de la consommation des siècles. De ce temps il est écrit: « L’heure vient (mais ce n'est pas celle qui est déjà venue) où tous ceux qui sont dans les sépulcres cntcndrontla voix du Fils de Dieu » t. 28. 11 s'agit Ici de ceux qui sont morts à la vie du corps. Mais la voix du Fils ne sc fera plus entendre pour exciter leur libre arbitre vers le bien, ct il n’y a plus place pour In distinction précédemment établie entre ceux qui répondent et ceux qui ne répondent pas à l’appel du Fils de Dieu. Il s’agira uniquement d’appe­ ler au jugement les hommes ressuscités. · Et ceux qui auront fait le bien (pendant le temps de leur vie mor­ telle) sortiront des tombeaux pour la résurrection de la vie, mnlx ceux qui auront mal fait, pour la résur­ rection du jugement (qui confirmera leur damna­ tion) » f, 29 CL Billot, loc. cit. p. 33-12. L'Ancien Testament foundt plusieurs textes où se trouve exprimée la même vérité. Chr. Pcsch, Prtrlec[tones, t. îx, n. 572, cite Eccl , ix, 10 ; Eccll., iv, 33; Xlv. 13; xvn, 26; xvm, 22. coll, xi, 22 sq. C'est d'ordinaire en commentant Joa., îx, 4, venit nor quando nemo potest operari, que les Pères procla­ 2494 ment la foi catholique. L’auteur de la II* Clementis, νπι, 2; Origène, In ps. x.r.rr/, homlL in, P. G.. L. xn, col. 1316; In Eemt.9 homil. in, n. 4; td.9 col. 129; S. Cypricn, De lapsis, c. xxix, Hart cl, t. ni, p. 258; S. Hilaire, Inps.XU, n.23, P.L., t.ix,col. 323; S. Jean Chrysostorne, In Joannem, homil. lvi, P G., t. ux, col. 309: S. Cyrille d’Alexandrie, In Joannem. 1. VI, P. G., t. Lxxni, col. 959; S. Augustin, Enchiridion, C. ex, P. L., t. xl, col. 283; In Joannem, tract, xliv, n. 5-6, P. L., t. xxxv, col. 1715-1716; S. Grégoire le Grand, In Evang., homil. xm, P. L., I. lxxvi, col. 1127. L’Église n'a pas formulé sur ce point de définition solennelle. Léon X a condamné la proposition suivante de Luther (prop. 38) :Animæ in purgatorio non sunl securæ de earum salute, saltem omnes : nec probatum est ullis aut rationibus aut Scripturis, ipsas esse extra statum merendi vel augenda? caritatis, DenzingerBannwart, n. 778; et le concile du Vatican sc propo­ sait de promulguer cette définition dogmatique : Post mortem qua·, est viæ nostne terminus, illico omnes mmi/estari nos oportet ante tribunal Christi, ut referai unusquisque propria corporis prout gessit, sive bonum, sive malum (II Cor., v, 10); neque ullus post hanc mortalem vitam relinquitur locus pamilerüiæ ad justifi­ cationem. Mansi-Petit, Concit., t. un, col. 175. 2. Explication théologique. — Les théologiens ensei­ gnent unanlncmcnt cette doctrine. Cf. Suarez, De gratia, 1. XII, c. xv; De angelis, I. VI, c. iv, n. 9 sq.; Blpalda, De ente supernatural!, disp. LXXVII, sect, i sq. Tous professent même que la raison dernière du terme imposé par la mort à l’état de voie, est la volonté souveraine de Dieu, qui, absolument parlant, aurait pu faire qu'après la mort l’homme pût encore mériter, ou qu’avant la mort fût déjà fixé un terme au mérite ou démérite possible. Mais, à ne consulter que l’ordre de la sagesse divine, l’instant de la mort parait très convenablement choisi pour fixer le terme de la voie, tant au point de vue du sujet, qui, à ce moment là, se trouvant privé du corps, cesse d’être principe total d'activité, qu’au point de vue de la sanction morale nécessaire dès l'entrée en l’autre vie. Lorsqu’il s’agit de donner la raison prochaine de l’état de terme, dans lequel le changement moral, le mérite ct le démérite sont devenus impossibles, les théologiens ne sont plus d’accoid. Les thomistes font procéder la fixité des volontés humaines dans le bien ou dans le mal après la mort des lois psychologiques qui régleront, indépendamment même de l’état de béatitude surnaturelle ou de damnation, la connais­ sance ct l’amour des âmes séparées. A l’instant de la mort sera fait par l'âme le choix de sa fin dernière, ou plutôt l’âme sera fixée dans le choix qu’elle se sera librement déterminé avant la [mort : à l’instant de la mort. « notre âme change de mode de connais­ sance. Le corps n'étant plus là pour lui fournir les images et les émotions sensibles qui pendant cette vie éveillent, précisent, rectifient ou pervertissent nos idées ct nos inclinations volontaires, elle reçoit direc­ tement. du même influx divin qui la soutient dans l’être, l'ensemble des Idées qu'appelle l’état actuel de son intelligence, état Individuellement déterminé par le résultat dernier de toute l'expérience de sa vie terrestre ct consacré par son acte suprême d’accep­ ta lion ou de refus de l’autorité du Père céleste ». Ilugucny, O. P , Critique et catholique, l. m, p. 337. Cf. S. Thomas. Cont. Gentes. 1. IV, c. xcv; De veritate. q. xxiv, a. 1 ; le commentaire de Sylvestre de Fcrrare sur la Somme contre les Gentils, loc. cit.: Bcllarmln, De gratia, 1. V, c. xiv. Billot a développé cette preuve dans De personati et originali peccato. Borne, 1924, th. vu, § 2, ct dans I.a Providence de Dieu et le nombre infini d'hommes en dehors de la voie normale du salut, 2495 MORT, MOMENT ÏX, Catégorie des adultes, pour lesquels il n'est plus de milieu entre le ciel et l'enfer, dans Études, 1923, t. clxxm, p, 385-108. Beaucoup dc théologiens, en dehors dc l’école dc saint Thomas, n'estiment pas philosophiquement évi­ dente ou même simplement probable la raison psycho­ logique apportée par les thomistes. Les uns confessent leur ignorance à cc sujet. Cf. B. Romeyer, art. Ame, dans le Dictionnaire pratique des connaissances reli­ gieuses, 1.1, col. 204. D’autres, tout au moins pour les damnés cl pour les élus, recourent à des raisons extrin­ sèques : fixation dc l'âme dans le vrai et le bien sur­ naturels par la vision intuitive; obstination des dam­ nés dans le mal par la soustraction de toute grâce, ct par le désespoir dans lequel la connaissance île leurs fautes les plonge. Suarez, De angelis, J. 111, c. x; I. VIH, c. x, n. 18; c. xi, n. 5 sq. VolrChr. Pesch, op, cit,, n. 571-575; 669-670. Ccs raisons extrinsèques cl d’ordre surnaturel sont d’ailleurs acceptées par les thomistes â la suite dc saint Thomas; voir par exemple, pour les damnés, De veritate, q. xxiv, a. 10; Dc malo, q. xm, a. 5. IV. Moment. — Le moment dc la mort appelle une discussion théologique â cause dc laK distinction éta­ blie par certains auteurs, entre le moment dc la mort apparente ou relative et le moment de la mort réelle. Ccttc distinction présente une importance capitale pour l'administration des derniers sacrements. En droit, tous les théologiens sont d’accord. S’il y a un doute qu’on sc trouve en face d’un être humain encore vivant, on peut lui administrer sous condition les sacrements. Mais, en fait, sc pose la question : la mort simplement apparente peut-elle sc produire? Se pro­ duit-elle en réalité? Sc produit-clic dans tous les cas? 1· Observations de la science medicale — 1. La mort d’après les médecins, peut être simplement apparente : « La suppression absolue dc l’une des trois fonctions essentielles â la vie commune (fonctions du cerveau, du cœur, des poumons, simultanément nécessaires pour assurer la vie de l'organisme entier) entraîne promptement l’arrêt des autres ct la mort dc l’ensem­ ble. Celle suppression radicale est parfois remplacée par un simple annlbllsscmcnt dc l’une de ces fonctions, qui en rend à nos yeux la persistance inappréciable. En pareil cas, les autres activités vitales peuvent continuer à sc dérouler ct à témoigner par lù du main­ tien de la vie; mais dans certains autres, elles se dépri­ ment ù leur tour sous l'cCTct neutralisant dc la défection précédente cl répandent un silence trompeur sur l’économie tout entière. C’est la mort apparente. Em Berlin, art Mort (Physiologie) dans le Diction­ naire encyclopédique des sciences[médicales de Dcchambre, t. ix, p. 557. Dans le cas de la mort simplement apparente, le cœur n’a pas cessé complètement dc battre; mais ses battements sont devenus pour ainsi dire Imperceptibles. Ccttc mort apparente sc produit dans certains cas : syncope, asphyxie, léthargie, etc. La rigidité cadavérique peut même parfois être simulée. 2. D’autres fols, la mort apparente* devient même relative. C’est lorsque le cœur a cessé complètement dc battre : mais les centres nerveux sont encore doués dc vie : le cas peut sc produire quand la mort est vio­ lente ou subite : · On peut supposer qu’il est possible dc ranimer un sujet tant que les centres nerveux ne sont pas morts Dans cc cas, le rétablissement dc la circulation provoquera le retour des fonctions orga­ niques. Les seuls cas favorables ou susceptibles d’être traités dc la sorte seront évidemment les cas dc morts violentes, morts déterminées par une syncope cardia­ que en particulier, morts sans altération matérielle incompatible avec la vie. Celte hypothèse n’est pas ure simp’c vue dc l’esprit. Brown-Séquard l’a déjù 2496 envisagée et il u réalisé expérimentalement dc vraies résurrections ( Journal de la physiologie dc l'homme et des animaux, 1858, p. 666 : Recherches sur la possibilité de ramener momentanément à la vie des individus mou­ rant de maladie). 11 opérait sur des animaux mourant de maladies ct porteurs de lésions fatalement mor­ telles. Souvent, dans ces expériences, la respiration était arrêtée depuis un nombre variable dc minutes (17' dans un cas), les dernières convulsions de l’agonie avaient eu lieu, la pupille était dilatée ou se dilatait. Malgré ces circonstances extrêmement défavorables, il a pu ranimer ces animaux agonisants. Les uns sont revenus complètement à eux pour plusieurs heures; les autres ont recouvré la respiration el la faculté réflexe; chez d'autres, il n’y eut qu’une augmentation dc la vitalité du cœur. L’auteur introduisait dans la cam­ tide dc ccs animaux une canule en T, el par lù leur transfusait du sang frais d’un animai sain, simulta­ nément vers l'encéphale, ct vers le cœur ». D’Halluin, La vie du caur isolé, Lille, 1903. On est arrivé par le massage du caur à réaliser ces · résurrections » chez des êtres humains, et les résultats ont été tels que M. d’Halluin n’hésite pas à écrire : · Nous pouvons conclure, que la mort ne survient pas au moment où le cœur s'arrête. Il existe une période plus ou moins prolongée durant laquelle le retour â la vie peut être provoqué par le massage du cœur, méthode exception­ nellement réalisable et complexe. · Op. cit., p. 66. Une méthode plus récente a donné, clic aussi, des résultats tangibles. Par le système dc l'injection intracardiaque d'adrénaline, le Dr Petit-Dutaillis a obtenu des réani­ mations temporaires, meme après 20 ou 30 minutes d’attente après la syncope, des réanimations défini­ tives, quand l'injection a été pratiquée moins dc 6 minutes après l'arrêt du cœur. Notes cliniques sur · les injections intracardiaques d'adrénaline », dans Archives des maladies du caur, des vaisseaux ct du sang, publiées sous la direction du Dr IL Vnsquez, Paris, 1925, p. xv» sq. Cf. Daris médical, 5 juillet 1924. 3. Faut-il étendre à tous les cas dc mort sans excep­ tion l'explication dc la mort relative? La question est beaucoup plus complexe à résoudre. Tous les médecins admettent que la mort dc l’organisme entier ne supprime pas Immédiatement toutes les vies particulières des organismes inférieurs. On est arrivé, en effet, à faire revivre des organes, même séparés dc l’organisme entier, et qui, pendant un temps notable, avaient conservé toutes les apparences dc la mort. D’Halluin, Le problème de la mort. Extrait dc la Revue de philosophie, t. xxm, p. 23. Les expé­ riences, renouvelées fréquemment ct souvent avec succès, fournissent, dlt-on, une base suffisante d’ar­ gumentation. S’il est possible d’entretenir ou même de rappeler la vie en des organes soit encore unis ù l’or­ ganisme entier déjù mort, soit même séparés dc cet organisme, c'est que la vie ne s'est pas complètement retirée; c'est que le principe vital agit encore; c’est que la mort relative ne marche elle-même que pro­ gressivement vers la mort absolue : · La mort dc l'ensemble n’est pas une véritable mort, et la nature de cette redoutable transformation se présente ù nous sous un Jour tout nouveau : l'extinction réelle de l’existence s'opère dans les éléments anatomiques, dans les assises cellulaires qui ont été aussi les seuls témoins dc sa genèse. A son tour, la mort dc ccs orga­ nismes simples apparaît comme le résultat dc l'aban­ don où ils tombent après la rupture dc leur associa­ tion, comme l’cfTct mécaniquement nécessaire des provocations externes que le défaut d'accord les empê­ che désormais d’utiliser pour In manifestation des phénomènes vitaux.... . E. Berlin, art. cité, p. 567. On peut donc parler des · étapes dc In mort ». I) après le Df d Halluin, la mort, que nous avons 2497 MORT, MOMENT appelée apparente, sc produit rarement; mais la mûri relative «/ le sort dc tous : · Nous pouvons, écrit cct auteur, définir la mort apparente un état accidtniel où les manifestations vitales sont réduites, au point dc donner durant un temps prolongé l'illusion plus ou moins complète dc la mort réelle. Le retour â h vie peut sc produire spontanément ou être provoqué par la mise en auvre de moyens simples, tels la venti­ lation pulmonaire, les injections médicamenteuses, la provocation des réflexes divers. La persistance dc l'activité cardiaque (difficile â diagnostiquer dans cer­ tains cas par les procédés courants) est la caractéris­ tique deed état décrit sous le nom dc mort apparente. • Nous avons dit un état accidentel, car tous les êtres vivants ne passent pas fatalement par ccttc étape dc h mort apparente. On peut, il est vrai, l’observer lors dc la période agonique, quand le dernier soupir pré­ cède l’arrêt du cœur, mais sa durée est alors dc quel­ ques minutes, ct il n’y a pas lieu d’en tenir compte. Habituellement, la mort apparente, véritable état syncopal, sc produit à la suite d’un choc nerveux traumatique ou psychique» ou dans des circonstances accidentelles : asphyxie, intoxication, hémorrhagie, ou enfin au cours dc maladies variées. • Dans la mort relative, on observe une suspen­ sion des manifestations vitales, complète, totale ct prolongée. Le cœur peut être mis à nu : son immobi­ lité est absolue. Dans ccs conditions, tout retour spontané à la vie est impossible, La constatation cer­ taine de l’arrêt du cœur permet dc délivrer le permis d’inhumer ct cette mesure peut être prise sans inhu inanité; cependant le sujet qui pratiquement peut être traité comme mort ne l'est pas en réalité, puisque l'expé­ rimentation et la clinique démontrent la possibilité, dans certaines circonstances favorables, dc rappeler à la vie un sujet dont le coeur a subi un arrêt prolongé qui semblait devoir être définitif. • La mort absolue, c’est la mort proprement dite, c'est l’impossibilité dc la vie caractérisée par la des­ truction autolytique ct bactériolytlquc des cellules, entraînant des lésions incompatibles avec la vie quand elles sont généralisées. Il semble que ccs lésions sc pro­ duisent normalement nu moment dc l’arrêt du cœur, mais elles n’envahissent pas brusquement toutes les cellules; c’est la raison d'être dc ccttc période plus ou moins longue, mais toujours appréciable, que nous avons appelée la mort relative. Il ne peut donc y avoir dc délimitation fixe entre la mort relative et la mort absolue. Il existe dc nombreux signes dc la mort relative; il n’y a qu’un signe dc la mort absolue : c’est la putréfaction, manifestation évidente dc In destruction dc l’édifice organique. » D’Halluin, Le problème de la mort, p. 50-51, 68-69; cf. Lettre àl’Ami du clergé, 1906, p. 18«. 2· Application de ccs observations aux différents gen­ res de mort. — Em. Berlin traitant dc la mort de l’orgnnlsmc entier, marque que la mort peut être naturelle, violente ou causée par la maladie. 1. La mort naturelle est extrêmement rare chez les hommes. C’est la mort qui provient, aux dernières limites dc la vieillesse, de l'usure dc tous les organes élémentaires'dont se compose le tout humain. L’en­ semble meurt parce que meurent en lui toutes les parties dont il est formé. En ens dc mort naturelle, pas de mort relative, pas de mort apparente possible. 2. La mort violente est In conséquence d’une pertubalion des fondions communes, perlubation produite brusquement par un agent extérieur ct assez intense pour anéantir d’un seul coup, soit l’être entier,soit une des conditions physiologiques essentielles de la vie dans l’organisme complet : mort provoquée par hi foudre (action directe sur le système nerveux); mort par pendaison ou décollation; mort par un coup 2498 d'arme à feu (désorganisation dc la pulpe cérébrale); par perforation du cœur (coup dc couteau), ou par ouverture des gros vaisseaux (perte totale des provi­ sions sanguines ct suppression dc la circulation); mort causée par la chute d’un lieu élevé (commotion universelle, obstacle respiratoire); enfin, mort par asphyxies diverses. Dans ces cas de morts violentes, les seuls à l'occasion desquels aient été tentées des expériences concluantes, on doit admettre Je fait d'une mort relative, même après la cessation des battements du cœur. Et celte persistance latente dc la vie existe, semble-t-il, dans la plupart sinon dans la totalité des cas dc mort violente. 3. La mort par maladie est la suite d'une succession dc ravages dans l'organisme, aboutissant à la suppres­ sion d'une des fonctions essentielles de la vie. Plus et plus longtemps la maladie opère de ravages dans l'organisme entier, ct moins il y a de chance dc mort relative, les vies locales étant supprimées presque aussitôt que la vie générale. Plus le déclenchement dc la perturbation est brusque et plus la perturba­ tion est profonde, ct plus aussi la mort comportem dc progression avant d’être absolue. En sorte que les morts subites (qui sont cependant des morts prove­ nant dc maladie, car elles supposent toutes un défaut grave dans l'organisme) doivent être, sous le rapport qui nous occupe, considérées à peu près comme les morts accidentelles. 3· Critiques et conclusions de la théologie.—1. La théo­ logie n'acccptc pas uniformément ct sans discussion ccs conclusions. Elle rappelle que l'âme est l’unique principe vital du composé humain, principe non immé­ diat des opérations vitales, mais agissant par l’inter­ médiaire des facultés. Voir Forme du corps humain, t. vi, col.363; cf. S.Thomas,De anima, a. 12, ad 10um. Dc plus, d'après saint Thomas, si, dans l’homme, l'âme est à la fois principe dc vie intellectuelle, dc vie animale, dc vie végétative, ccs trois fonctions vitales comportent en l’âme même non une distinction réelle, mais une distinction virtuelle entre leurs principes premiers. Rien ne s'oppose donc, dans la conception thomiste du principe vital, qu’à l’âme, principe dc vie, simple ct complet, mais virtuellement complexe, succèdent au moment dc la mort, des principes par­ tiels et imparfaits dc vie inférieure, principes transi­ toires ct destinés à disparaître progressivement jus­ qu’à la dissociation complète du composé en ses élé­ ments premiers. Cf. S. Thomas, Jn hb. Zom De gene­ ratione ct corruptione, lect. 8. Cc rappel dc la doctrine thomiste (les anciens théologiens n'admettaient-ils pas d’ailleurs, dans la formation dc l’embryon humain, la succession réelle des trois âmes, végétative, sensi­ tive, intellective?) énerve singulièrement l’argument qu’en faveur dc la mort relative, on pense tirer du fait de la persistance d'une certaine vie dans les orga­ nes séparés. On fera difficilement admettre à un phi­ losophe catholique que ccttc vie persistante est encore duc â la présence dc l’âme spirituelle, puisque les orga­ nes sont séparés du tout substantiel dont l’âme est la forme. II faudrait — chose impossible — démontrer que ces manifestations vitales appartiennent à une vie formellement humaine. Nous admettrions donc plus volontiers que les organes séparés ont acqulsj après la séparation dc l’âme ct du corps, un principe partiel de vie, imparfait et destiné à disparaître pro­ gressivement. 2. La persistance d’une certaine vie dans quelques parties, tissus ou organes du corps apparemment mort, mais parties non séparées, n’apporte pas non plus un argument apodlctlquc en faveur dc la présence latente de l'âme spirituelle en cc corps sans vie géné­ rale. A la rigueur, en ciTcl, on pourrait ici expliquer de la même façon que précédemment les phénomènes 2499 MORT — MORT (PEINE DE) de vie partielle observés. Toutefois, on ne saurait se montrer aussi catégorique. Peut-être, en effet, n'est-il pas Imprudent d’affirmer que l’âme, principe vital de l'organisme complet, est encore, par sa présence latente, du moins pendant une courte durée immé­ diatement consécutive au dernier soupir, le principe prem er des manifestations de vie inférieure et par­ tielle qu'on peut encore observer en ^certains tissus ou organes. En tout cas, cette explication est plausible en soi : elle est possible, elle est peut-être probable. 3. Quant aux cas où une réviviscence soit temporaire, soit surtout définitive pourrait se produire à l’aide de massages du cœur ou d’injections intracardia­ ques d’adrénaline, la théologie catholique doit recon­ naître qu'on ne saurait les expliquer, sinon par la persistance de l'âme spirituelle dans le corps soumis à une mort simplement relative. Or, ccs révivis­ cences semblent toujours possibles après une mort subite ou accidentelle, il s'agit ici, rappelons-lc, non de réviviscences tardives, qui sc traduisent par de simples mouvements automatiques, cf. Rourc, Éludes, 25 novembre 1904, p. 589, nuis de réviviscences pré­ coces où la véritable vie humaine sc manifeste. D’H illuin, Le problème de la mort, p. 67. 4. En conséquence, il parait raisonnable de tirer cette conclusion : si, dans les cas de mort causée par une maladie, il y a, pendant une durée à la vérité fort restreinte, une probabilité extrêmement réduite, mais enfin, une probabilité quand même, de mort relative, dans le cas de mort subite et accidentelle, la mort relative ct progressive existe presque à coup sûr. Aussi les théologiens récents ont-ils formulé, rela­ tivement à l'administration des sacrements en cas de mort apparente ou relative, des règles prudentes qu'il n’est pas permis de négliger. Dans son livre : La mort réelle el la mort apparente et leurs rapports avec l'admi­ nistration des sacrements, trad, de J.-B. Genlcssc, Paris, 1906, le P. Ferreres, S. J., a proposé la règle pratique suivante : · Le prêtre pourra toujours ou presque toujours et même devra administrer les sacre­ ments à celui qui nc les a pas reçus, bien qu’il le trouve mort en apparence, pourvu qu’il nc soit pas entré dans la période de putréfaction. En effet, s’il s’agit de mort subite, tous conviennent aujourd'hui quo la période de la vie latente peut durer des heures ct même des jours entiers: s’il s’agit de longue mala­ die, étant donné qu'elle laisse du temps et que l’on volt arriver de loin la mort, le malade ordinairement aura déjà reçu les sacrements, quand il était certaine­ ment vivant; ct, si dans quelque cas cela n'a pas eu lieu, le prêtre, arrivé peu de minutes après que le moribond aura rendu le dernier soupir, pourra en conséquence lui conférer les sacrements... Quand même le prêtre arriverait une ou deux heures après, il pour­ rait aussi, généralement parlant, les conférer. » Op. cit., Π.Ί38, 139. Genlcot-Salsmans accorde une demi-heure après le dernier soupir, en cas de mort de maladie, plus long­ temps, en cas de mort subite ou accidentelle. Institu­ tiones theologiae morulis, Bruxelles, 1922, t. n, n. 422. Bucccronl arrive aux mêmes conclusions. Insti­ tutiones theologi* moralis, part. II, vol. ni, η. 754 1er; 6· cd. Rome, 1915. Vcrmecrsch opine dans le même sens que Ferreres, Theologia moralis, Paris-BrugesRome, 1923. I. th, n. 661. | Tous ccs auteurs recommandent de n'administrer sous conditions les sacrements à ceux qui peut-être ne sont morts qu'en apparence, qu'à la condition expresse d’instruire les fidèles ct de leur exposer cornbien leur conduite serait blâmable s'ils attendaient, après le dernier soupir de leurs mourants pour appeler k prêtre. Cf. Ferreres-Gcnicssc, p. 139, 446. \ titre d'indication, signalons que le rituel de 2500 Cambrai, approuvé par la S. C. des Rites, ajoute au texte du rituel romain, titre v, c. f, n. 21, celte recom­ mandation : Hic animadvertere oportet mortem veram cum specie mortis non necessario congruere, ac proinde extremam unctionem quibusdam esse ministrandam qui spiritum jam emisisse videntur. Cf. Arni du clergé, 28 février 1927. A. Michel. 2. MORT (peine DE).—· Après un rapide aperçu historique du débat, qu'a soulevé la peine de mort, nous montrerons la légitimité de son application (col. 2502), ct nous examinerons brièvement les prin­ cipales objections émises contre elle (col. 2506). I. Historique, — l»wII n'y a guère de législation, qui n'ait admis la peine de mort. La Bible nous la montre en usage au temps des patriarches. Elle nous rapporte de même les décrets de Moïse au sujet de son application. A travers scs récits nous la voyons en vigueur chez les peuples asiatiques aussi bien que chez les Egyptiens. Les lois de Dracon sont restées célèbres chez les Grecs, et tout le monde connaît les sévérités de la législation romaine. Sans doute l'énormité de la peine capitale attire les réflexions de certains Pères de l’Église, tels que saint Augustin, ct leur fait invoquer le recours à l’auto­ rité divine, qui seule peut en légitimer le principe. Cependant nul d'entre eux nc conteste que ce droit n’ait été concédé en certains cas, soit par une loi géné­ rale soit par un ordre particulier, à l’autorité sociale, dont le pouvoir vient de Dieu. Au xn· siècle les Vaudols attaquent cc droit. Ils enseignent que la puissance séculière commet un péché grave en prononçant une condamnation à mort. Innocent III leur répond ct réprouve leur doctrine en leur faisant signer, en 1208, une formule d’abjuration et de profession de foi, où il est dit entre autres, « nous affirmons, touchant la puissance séculière, qu'elle peut sans péché mortel exercer le jugement du sang, pourvu qu’elle procède, en portant la sentence, non par haine mais par jugement, non sans précaution mais avec sagesse. » (Denz.-Bannw., n. 425.) Sur ccs réserves, par crainte sans doute de voir maints seigneurs s'arroger des droits ^abusifs, insistent les théologiens du Moyen Age. « Seul a le pouvoir de vie ct de mort celui qui a la charge de la commu­ nauté», dit saint Thomas, Sum. Iheol., IIa-II®,q.LXiv, a. 3. Mais il n’y a pas homicide, ct par conséquent il n’y a pas de faute contre le commandement divin Non occides, lorsque la justice humaine prononce suivant les formes^une peine capitale. « En ce cas l’au­ torité humaine, dans les choses qui sont soumises à sa juridiction, est le vicaire de Dieu. » Ibid., IMI·, q. c, a. 8, ad 3um. 2· Il faut attendre le xvm· siècle pour voir naître cc qu’on appellera plus tard la campagne abolition­ niste contre la peine de mort. Elle fut ouverte par un jurisconsulte italien César Beccaria (1738-1791). Séduit par le philosophisme français, Il entreprit d'en appliquer les idées à la légis­ lation dans son Traité des délits et des peines publié en italien (1763-1761). Il veut qu’on restreigne l'application de la peine de mort au crime de sédition, ou encore aux cas où la mort du coupable est le seul moyen d’éviter d'autres crimes. C’est qu’il entend réduire le droit de punir à Vutilité générale ct conclut que, d’ordinaire, la peine de mort est Inutile à la société comme à l’individu. Nous exposerons plusieurs de scs arguments dans la série des objections. Nous les rctrouvons*d*alllcurs dans les Œuvres de Jérémie Bentham (1718-1832), le célèbre jurisconsulte ct économiste anglais? 'qui donna l’arithmétique des plaisirs. Ne voyant lui aussi comme fin de toute morale que l'utilité’ainsi que l’amélioration du bien-être des indl 2501 MORT (PEINE DE) ddas.il déclara â son tour l'inutilité de la peine de raort*D’autre part plusieurs avec Spcdalieri (17411795) ajoutent que, selon la doctrine du Contrat Social, I jutonlé n’a que les droits que lui transmettent les citoyens. Or ceux-ci n'ont de droit ni sur leur propre «le ni sur celle des autres. En France, Charles Lucas (1803-1889), criminaliste rt Inspecteur des prisons, soutient la meme thèse dans son livre : Du système pénal m général et de la peine de wrt en particulier (1827). Il estime en effet que la wclété, pas plus que l’individu, n'a de droit sur la vie τως γράψαντα ιιαταιόσχοΧον ’Ιταλόν ύπδ Άντ Μοσχάτου, Athènes, 1859. In-8% νι-125 pages. V. Grvmel. MOSCHUS, nom sous lequel est d’ordinaire déJgné Jean Eucratas, l’auteur du Pré spirituel (fin du vi·, début du vu* siècle). — J. Vie. II. Œuvres. I. Vie. Pour écrire la vie de Moschus, on dispose avant tout des quelques données fournies par son œuvre; subsidiairement des indications apportées par une courte biographie anonyme. Celle-ci, que l’on trouvera dans P. L., t. txxiv, col. 119-122. ct qui n'est plus qu'en latin, semble bien avoir existé cn grec et avoir précédé l’exemplaire du Pre spirituel que décrit Photius. Cf. Biblioth., n. 199, P. G., t. an. col. 665-668. S. Vailhé, cn combinant ces deux caté­ gories de renseignements, cn arrive à reconstruire comme suit le curriculum vttie de notre auteur. Echos d'Oricnt, l.v (1901-1902), p. 107-116. Jean, surnommé Eucratas (c’est-à-dire le tempérant, plusieurs textes latins en ont fait Eviratus!), dit aussi ό του .Μόσχου (le fils de Moschus), a dû naître à Damas vers le milieu du vr siècle. De bonne heure H embrassa la vie monas­ tique au couvent de Saint-Théodosc au sud de Jéru­ salem. Puis il sc retira, non loin de là, à la laure de Pharan. dans le désert de Juda, où il demeura dix ans. entre 568 ct 578. Désireux de voir par lui-même les divers monastères des pays voisins, il entreprit un grand voyage en Egypte au début du règne de l’empe­ Soi bces. ► Georges Pachymère, De Andronico Palcroreur Tibère (578-582); il remonta jusqu’à la grande Iago. I. I ct 11 passim, P. 6’., t. exuv. Georges de Oasis, puis se rendit à la laure des /Viliotcs, au mont Chypre, Correspondance, lettres 178 ct 1 19. éd. Έ/.κληSinaï, où il séjourna encore une dizaine d’années. Du βιχοτιχος Φάρος, t. v, 1910, p. 344-3*16; Georges le MéloSinai il revint à Jérusalem; il s’y trouvait au moment chile, ’Ιστορία δογματική, I. Ill, éd. Mai, Nooti PnIrani de l’intronisation du patriarche Amos, vers 591. Dans bibliotheca, t. x a. les années qui suivent, il visite nombre de couvents Travaux. — L. Allntius, De Georgiis ct eorum scriptis palestiniens. Vers 604. les menaces de l’invasion perse diatriba, éd. Fabricius, Bibliotheca gritea, t. x, p. 677679 ; De Ecclesia· occidentalis atque orientalis perpetua le déterminent à quitter la Palestine. Suivant les consensione, coi. 778-779 ; Contra Crcythonem, p. 191 ; côtes de Syrie, il arrive à Antioche, passe cn Cilicie S. J. Bou lyras, Αιζικον Ιστορίας και γιωγρα^ίας, t. ιν, ct finalement s’embarque pour Alexandrie, (/est son ρ. 740; Λ. Déinétrncopoulos, Ό&Οόοοοξς «Εϊλάς, ρ. 60deuxième séjour cn Égypte; il y connut les patriar­ 63; K. Kninibnchcr, Gescldelite der byzanlinhehrn Liteches lùiloge (t 608), Théodore Scribon (t 609) cl ratur, ρ. 99; Μ. Jugie, Ί hcotogia dogmatica Christianarum saint Jean l’aumônier (612-617). au service desquels orientalium, t. ι, p. 426-127. ’fous ccs auteurs, tout en il sc mil. Les événements de l'année 611, l’invasion affirmant que Moschabar a beaucoup écrit, ne signalent perse en Syrie, la destruction de Jérusalem ct de qu'un seul écrit de lui : la Réfutation en 33 chapitres dr Paction et des idées du patriarche catholique, Jean beaucoup de sanctuaires palestiniens, la menace contre Beccos. Nous avons dressé notre liste d'après les l’Égypte, le décidèrent a émigrer de nouveau, il sc ouvrages suivants : G. Charitakls, Kα:άλογος των rendit à Home,en visitant sur son chemin les Iles de la γρονο/^γτ,υένων κωδίκων τής πατριαρχικής βιυλιοΟηκης Méditerranée, comme Chypre, Samos, etc. C’est à harfpov dans ΓΊ’π τηο·.: έτιρείας βυζαντινών σπουδών, Home qu’il mit la dernière main au grand ouvrage 1. ιν. 1927, ρ. 131-137 ; Ο. Ρ. Franchi de Cavalier!, Cbd/ny gncci ChUtani et Borgiani, p» 106-107; G. Mer­ dont il avait rassemblé les matériaux au cours de ses pérégrinations. Le compagnon de ses voyages, Socati, Scrilti d*Isidoro il cardinale ruleno e codici a lui appartenu!! du· si conservatio nclla bibliotcca apos lotira phrone le Sophiste, recueillit ainsi dans la Ville élcrVaticana, dans les Studi r testi, t. xi.vj, 1926, p. 96. nellcel son livre el ses dernières instructions; Moschus Pour une étude plus complète sur Moschabar, son demandait qui s'effraient trop facilement de la dévotion, ct ces âmes inquiètes qui ne voient de dévo­ tion cpie dans cet · étage supérieur, où l’on ne monte que par une longue croix et par une mort continuelle; où il ne monte (pie des contemplatifs et des extati­ ques. > Cité par Chérot, p. 210-211. En somme, le livre du P. Le Moyne est comme une réplique de l’Introduction à la vie dévote; comme celle-ci, il sc propose de démontrer que « la dévotion n’est pas inac­ cessible, comme on le veut faire à croire. Elle a de hautes régions pour les Ames qui ont des ailes; elle en a de basses pour celles-là mêmes qui ont peine à mar­ cher. Et par conséquent, elle n’est pas seulement pour ces dépouilles ct pour ces libres qui sont dégagés du monde. Elle est encore pour ces embarrassés qui traî­ nent une famille et une fortune, qui ont des préten­ tions cl des affaires, qui sont chargés de tous les devoirs et de toutes les nécessités de la vie commune. » Cité par Chérot. p. 210, note 2. · Il serait facile, ajoute le P. Chérot, de poursuivre le parallèle (entre VIntro­ duction et La dévotion) dans les détails. Les pensées qui ont été le plus critiquées dans La dévotion aisée sont précisément celles où l’auteur se rapproche le plus de son illustre devancier. » Il s'agit particulièrement de l'habillement et de la parure, du logis cl des meubles, cl des divertissements. Le P. Le Moyne ne sc doutait guère probablement du tapage (pii allait sc faire autour de son livre. Dès le 28 octobre 1052, le fameux Toussaint des Mares, prêtre de i Oratoire, « Port-Royaliste du dehors * et des plus ardents, dans une lettre de 12 pages in-P, somma le P. de Lingen de retirer l'approbation qu’H avait donnée au livre de son confrère, ouvrage qui « au jugement de tous les sages, n’est pas seulement la folie d’un poète extravagant tel qu’est le P. Le Moync, mais un ouvrage de ténèbres, et (pii ne peut avoir élé suggéré (pie par un ange de perdition..., qui ne parle qu'en païen et à la manière des plus libertins de tous les païens. » Cf. Chérot, p. 213. La menace de polé­ mique, dont l’oratoricn accompagnait sa sommation, n'émut pas le jésuite. — Ce fut Le Maistre de Sacy qui se chargea de l’exécution : La dévotion aisée fui MOZARABE (MESSE) 2518 tournée en ridicule dans Les Enluminures du fameux almanach des PP. Jésuites, intitule La déroute, et la confusion des jansénistes ou triomphe de Molina jésuite sur S. Augustin, s. L, 1654. Voir dans Chérot. p. 215217, quelques échantillons des · vers prosaïques de la huitième enluminure, tout entière consacrée au livre du P. Le Moyne. — « Lorsque le gros rire des Enluminures sc fut calmé, une voix s’éleva tout à coup de Port-Royal, mâle et vibrante, qui parlait un fran­ çais d’une saveur inconnue, passionnée comme l'élo­ quence, légère ct ailée comme l'ironie. Les années 1656 ct 1657 virent paraître les Petites lettres. La hui­ tième Enluminure était devenue les neuvième ct onzième provinciales. · Chérot, p. 221. — La dévotion aisée fait encore les frais de la satire burlesque de Barbier d'Aiicour, Onguent pour la brûlure, ou le secret pour empécfïér les jésuites de brûler les livres, 1661, in-4·; réédition à Cologne, 1682, in-12. Voir dans Chérot, p. 225-227, quelques morceaux choisis de ce pamphlet. L'abbé Maynard, dans son édition des Provinciales, t. i, p. 395-101, a cru devoir innocenter In victime de Pascal. Loyalement, le P. Chérot sc montre plus sévère pour son confrère du xvn· siècle : « En recon­ naissant la justesse des observations de M. l’abbc Maynard, disons cependant que le livre du P. Le Moyne a, suivant nous, deux torts : l’un son litre, l’autre le point de vue trop exclusif de ses théories. » p. 229. « Le religieux à qui la pratique habituelle de ses règles avait fait de la vertu une seconde nature, trouvait l’exercice du bien aisé, ct il jugeait des autres d’après lui... Mais il parla trop de la victoire ( et des joies qu elle procure) ct pas assez de la lutte, ct il oublia que dans cette lutte, rien moins qu’aisée, tout chrétien a besoin de la grâce. » P. 229-231. Ayant loyalement reconnu les torts de son héros, l’historien du P. Le Moync peut protester avec d'autant plus de droit contre l’assimilation tentée par Pascal entre dévotion aisée et morale relâchée; si le P. Le Moyne démontre qu’il est plus aisé de vivre chrétiennement que de suivre les errements du monde, il ne s'ensuit pas qu’il élargisse outre mesure le sentier étroit du 1)1 en. Les Peintures morales du P. Le Moyne furent aussi l’objet des attaques de Pascal dans la neuvième et la onzième Provinciales; cf. Chérot, p. 104-109; comme elles n’intéressent que peu ou pas la théologie, nous n’en dirons rien. Le livre du P. Chérot s’impose évidemment pour une connaissance complète du P. Le Moync. Somniervogel %’enest servi pour l’article Magne (Pierre I*) de la nouvellle édition de la Bibliothèque de lu Compagnie de Jésus, t. v, col. 1356-137 L 11 renvoie aussi à un article dr E. de l'orest, Pierre Ixmnyne. Sa nie et son (rupee, dims la Hevucde I rance, 1876, t. xvm, p. 102-131. Pour la querelle dr !m dévotion aisée, cf. Mémoires du P. René Rapin, publiés par Léon Aubincnu. Paris, 1863, in-8·, t. n. p. 191 sq.; et pour lu réponse aux attaques dr Pascal contre 1rs Peintures morales, le Manifeste apologétique rt La dévotion aisée, l’ouvrage de l’abbé Maynard, Les Provinciales de Pascal rt leur réfuta­ tion, Paris, 1831, 2 in-8”. Voir aussi l’édit, de Pascal des Grands écrivains dr Trance, par L. Brunschvicg, P. Houtrou % cl F. Gazier, t. xi. A. Fox’ck. MOZARABE (MESSE), I. La liturgie mozarabe IL Les sources cl les documents (col. 2520). III. La messe mozarabe (col. 2523). IV. Remarques générales (col. 2539). I. La utuhgie μοζαπαιιε. — Avant de décrire la messe mozarabe, ce qui est proprement l'objet do cet article, nous avons à donner sur l’histoire et les origines de celte liturgie, quelques notions qui nous aideront A mieux comprendre la portée des rites. 1· Le nom. — Le nom de mozarabe (Muzarabes^ 2519 MOZARABE (MESSE), DOCUMENTS mostarabes) qu’il vienne de musta'rab ou de mixtoarabic, signifie « mêlé aux Arabes » ct désigne en tout cas In population chrétienne qui, après l’invasion de l'Espagne en 712, fut soumise au joug des Arabes. Appliqué a la liturgie d’Espagne, il est mal choisi puisque la liturgie qu’il désigne est antérieure â la conquête, puisque cette liturgie fut aussi pendant un temps celle des chrétiens qui n’étaient pas soumis aux Arabes, et qu’en fin elle n’a rien en elle-même qui soit particulièrement mozarabe; au contraire, on peut dire que les mozarabes n’ont rien inventé en liturgie et se sont contentés d’emprunter à la vieille liturgie hispa­ nique ou à d’autres liturgies. Toutefois, comme ce nom n prévalu et qu’il est employé par la plupart des au­ teurs, nous pensons qu’il est préférable de le garder. Les noms de rit wisigothique, rit de Tolède ou rit Isldoricn ou rit hispanique ou gothique ou espagnol, par lesquels on a proposé de le remplacer, ne sont pas non plus d’une parfaite justesse. En tout cas, cc terme désigne une liturgie qui a été celle de l’Espagne aussi haut qu’on remonte dans son histoire, qui s’est maintenue dans celte contrée jusqu’au xn· siècle et qui, même après sa suppression, a été encore suivie dans quelques rares Églises, pour être de nouveau officiellement restaurée nu xvi* siècle dans les églises de Tolède où elle sc pratique encore de nos jours. Pour l'historique voir Mozarabe (Litur­ gie) dans Diction, d'arch. chrét. el de liturgie. Quoi qu’il en soit du nom, la liturgie mozarabe nous est assez bien connue. On peut même dire que, si l’on excepte la liturgie romaine, c’est celle sur laquelle nous possédons le plus grand nombre de renseignements ct de documents, comme on peut s’en rendre compte par le paragraphe où nous énumérons les sources. 2· Les origines. — Mais quelles sont les origines de celte liturgie? Les auteurs ne sont pas d’accord sur cc point. Nous laisserons de côté comme indémontrable, pour ne pas dire plus, l'opinion de ceux qui la foui remonter à saint Paul qui serait venu en Espagne, ou à saint Jacques, considéré, on le sait, par quelquesuns comme l'apôtre de l'Espagne, ct de ceux qui lui donnent pour auteur saint Pierre ou les missionnaires envoyés par lui. Les autres opinions peuvent se rame­ ner aux trois catégories suivantes : 1. Celle qui attribue la composition de ccttc liturgie à Leandre, Isidore, Julien ct aux évêques de Tolède du vi· cl du vu· siècle; 2. Celle qui cherche ses origines en Orient, (pie cette influence sc soit exercée directement, ou indi­ rectement par les Gaules, qui elles-mêmes auraient reçu leur liturgie de ccs pays; 3. Celle enfin des auteurs, â la tête desquels il faut nommer Probst, afflnnnnt que l’origine de celle liturgie est sûrement antérieure au vî· siècle, mais qu’IJ faut la chercher à Home. Dom Férotin résume ainsi son opinion : la liturgie wisigothique (c’est le nom qu’il préfère) n’est pas dans son ensemble d’origine orientale. C’est une liturgie d’Occidcnl dont le cadre général ct de nombreux rites ont été importes d’Italie, vraisemblablement de Home, par les premiers prédicateurs de l'Évangile en Espa­ gne. Le reste, le choix des lectures, les formules de prières· les mélodies, sont l’œuvre des évêques, des docteurs, des lettrés, des mélodcs de la péninsule. Des emprunts furent faits aussi aux liturgies d’Afrique ct des Gaules. Liber ordinum, p. xn. Nous ne discuterons pas celle question, comme étant en dehors de notre cadre. Nous nous contenterons de constater ici les faits qui nous paraissent incontes­ tables. On trouve au vi· et au vu· siècle en Espagne une liturgie qui s'apparente étroitement à la liturgie gallicane cl qui, comme elle, a certainement subi des influences orientales. Comme elle aussi, elle présente 2520 beaucoup de traits qui lui sont communs avec la litur­ gie romaine, mais avec une liturgie romaine primitive. Ces constatations favorisent l’hypothèse des litur­ gistcs de plus en plus nombreux, croyons-nous, qui pensent qu’antéricurement au v· siècle,ou même à la fin du iv· où les liturgies latines commencent â se différencier, il existe une liturgie unique, qui com­ porte de nombreuses variétés selon les pays, mais qui, en somme, présente les mêmes caractères généraux en Espagne, en Gaule, â Home ct dans les diverses Églises d’Oricnl. Les conciles du vî· et du vu· siècle, les évêques d’Espagne, en particulier ceux que nous avons nom­ més, s’ils ne peuvent être considérés comme les auteurs de ccttc liturgie, composèrent certainement des orai­ sons, des antiennes, des « illations * ou autres pièces soit pour l’ofïlce, soit pour la messe, édictèrent des règle­ ments cl des rubriques, la corrigèrent ct la réformè­ rent. Les papes de Home Intervinrent parfois directe­ ment pour introduire certains changements, jusqu'au jour lointain où ils la supprimeront, pour la laisser encore une fois renaître. IL Sources et documents. — La liturgie moza­ rabe est celle qu’après la liturgie romaine nous connaissons le mieux, grâce aux manuscrits qui nous l'ont conservée et dont les plus importants ont été publics. Nous ne dresserons pas le catalogue complet de ccs manuscrits, on en trouvera l'énumération dans Férotin ct dans les travaux que nous citons â la biblio­ graphie. Nous ne citerons ici que les manuscrits qui ont été édités. Ils se trouvent â Tolède, à Léon ct dans quelques autres centres. Le monastère de Silos dans la province de Burgos en possédait un riche dépôt, malheureuse­ ment dispersé en 1878 et dont quelques-uns sont au British Museum, d’autres â la Bibliothèque nationale de Paris. Dom Férotin nous raconte, dans l’inlroduction du Liber ordinum et surtout dans celle du Liber sacramentorum mozara biens, scs longues ct souvent Inutiles recherches pour retrouver quelques-uns de ces manuscrits soit en Espagne, soit en Portugal. La liturgie mozarabe ayant été supplantée en Espagne au xi· siècle par la liturgie romaine, les manuscrits mozarabes n’ont pas été recopiés depuis ccttc époque. 1· Le Liber sacramentorum et le Missel. — 1. Le Missale mixtum ou mistum, ainsi appelé soit parce qu’il contient quelques pièces ajoutées au missel mozarabe primitif, soit parce qu’il contient en même temps que le sacramentairc proprement dit, l’antiphonalrc, le fac­ tionnaire et le Liber offerentium, en d’autres termes, parce qu’il est un missel plénier, a été publié en 1500, parordre du cardinal Niménès. L’éditeur Alfonso Ortiz, pour son travail, s’est servi de divers mss. de Tolède qu’il a combinés pour en faire un missel plénier, où il a malheureusement inséré aussi quelques documents d’âge postérieur. Les éditions ou rééditions du Missel de Niménès n’ont malheureusement pas remédié à cc grave défaut. La principale est celle d’un jésuite écossais, Lesley ou Leslie, qui est reproduite dans P. L., I, i.xxxv; elle est enrichie d’une introduction et de notes très précieuses de l’autcurqui a été seconde par un érudit de mérite, Manuel Acevedo (cf. Znccaria, Uiblioth'ca ritualis, l. i, p. 63)· 2. Lorenzana, Missa gotliiea scu mozarabica et offi­ cium itidem gothicum diligenter ac dilucide explanata, ad usum pcn elebris mozara bum sacelli Toleti, a muni­ ficentissimo cardinali Xemrnio erecti, ct in obsequium Ulmi, perinde ae i>cner t) decani ct capituli sanctas Ecclesia· Tolefanœ Hispaniarum d ludiarum primatis, Angelopoli (Puebla de Los An oles, hi Mexique)^ typis seminarii, 1770. in fol de 1»8 p Publication in­ complète qui comprend un< préface, une préparation à a messe, une explication, b f iber offerentium (sorte 2521 MOZARABE (MESSE), DOCUMENTS de petit missel abrégé, cf dans /*. L., t. lxxxv, col. 530), les petites heures et le commun des saints. Il en a paru une editio novissima, Tolède, 1875, sous ce titre : Missa gothicic et ofjlcil muzarablcl dilucida expositio a 1)1). Franc. Aut. Lorenzana archiep. Mexi- I eu no et a DI). Franc, l 'a brian y Fuero episc. Angelo politano, ad uuim sacelli Muzarabum. Autre édition sous cc titre : Missale gothicum, etc., Borne, 1801, In-fol., de xvi-1500 col. Gams, Kirchcngeschichle von Spanien, t. 1, p. 102, croit à tort que cette édition périt toute entière lors de l'invasion de Home par les troupes françaises. Mais dom Férotin signale un exemplaire mis en vente en 1892 par Ebrard de Lyon (cat al. de sept., n. 3158). Un autre est au British Mu­ scum ; cf. dom Férotin, Liber ordinum, p. xm sq.; Liber sacramentorum mozarabicus, p. xn, xiv, xxvi,ctc. 3. Le Liber sacramentorum mozarabicus publié par dom Férotin dans les Monumenta Ecclesia liturgica de dom Cabrol et dom Leclercq, t. vi, Paris, 1912, in-fol., x ci-1095 p. ct 9 planches, est, comme Γindique le titre, le sacra ment aire mozarabe; il ne contient pas les lectures, comme le Missale mixtum, mais à peu près exclusivement les parties récitées par le prêtre. C’est le manuscrit 35, 3, de la bibliothèque capitu­ laire de Tolède. 11 peut remonter au ix· siècle. Pour la description, cf. l'introduction de dom Férotin, p. xxv, et surtout p. G90. Cf. aussi Liber ordinum. p. xiv. Ce qui fait la haute valeur de cette publication, c’est que nous avons là le premier sacrainentairc mozarabe authentique, écrit pour une Église de Tolède, d’une rédaction très soignée cl sans les additions ou corrections qui ne nous permettent pas toujours de nous fier au texte du Missale mixtum. 11 est à remar­ quer aussi que Ortiz, dans son édition du Missale mixtum, ne s’est pas servi de cc ms. qui lui aurait permis de corriger plusieurs erreurs de son texte ou de combler certaines lacunes (cf. par exemple, les n. 128, 315, 318, 319, 351, 358, 1171, etc. de l’édition Férotin). Non content de nous donner cc texte pré­ cieux, dom Férotin l’a comparé avec d'autres mss. et parfois heureusement complété. Voir l’indication de ces mss., p. 1. L L’A ntiphonairc formait primitivement un livre à pari qui contenait les morceaux de la messe chantée par le chœur ou par le peuple. 11 y avait aussi un Antiphonaire pour l’office, avec les antiennes, répons ct versets. Dom Férotin nous confie n'avoir jusqu’ici •découvert dans ses recherches qu’un seul exemplaire de l’antiphonaire mozarabe de la messe, qu’il espé­ rait. dit-il. publier quelque jour, Liber sacramentorum mozarabicus, p. xm; espoir qui, hélasî ne s'est pas réalisé. Le Missale mixtum, comme nous l’avons dit, contient aussi ces pièces. 5. Le Cornes qui s'appelait en Espagne le Liber eomicits ou Liber comitis, cl plus souvent, tout sim­ plement Comicus, est le recueil des lectures liturgi­ ques de l’Ancien et du Nouveau Testament. La messe mozarabe a d’ordinaire trois lectures, la première de l’ancien (qui est quelquefois cependant celle de l'Apo­ calypse), la seconde empruntée aux épîtres ou aux Actes des apôtres, la troisième à l’évangile. Dom Féro­ tin signale quatre mss. encore existant du corn's moza­ rabe. Dom Germain Morin l’a édité d’après le seul manuscrit de Silos aujourd’hui à Paris, qui n’csl pas malheureusement le plus complet, el a ignoré ceux de Tolède, de Léon, et celui de Madrid. Liber comicus, sive lectionarius missic, quo Toletana Ecclesia ante annos mille ct ducentos utebatur, Marcdsoa. 1893. Cf. les remarques de dom Férotin, Liber ordinum, p. xm-χιν. Le Missale mixtum contient aussi ces lectures. G. Le Liber ordinum contient aussi des messes; voir plus loin Kitucl cl Pontifical. 2522 2· L' llrMaire. - Il y a. comme nous l’avons dit, un Antiphonaire pour l’office comme pour la messe. Dom Férotin, après ses recherches en Espagne, en France ct à Londres, nous dit qu’il ne pense pas qu'il existe un seul manuscrit mozarabe de cet ordre. On le trouvait parfois avec l’antiphonalrc de la messe ou mélangé avec d’autres parties du bréviaire. Liber ordinum, p. xv. Le Psautier el les cantiques sont d'ordinaire réunis dans le même manuscrit. Le psaume est parfois pré­ cédé d’une antienne cl suivi d’une oraison. C'est un vestige de l’ancienne psalmodie qui comportait une oraison après chaque psaume. L'n grand nombre de psautiers h Home, en France, en Angleterre, en Alle­ magne et dans d’autres pays sont conformes à ce type. La plupart de ccs oraisons des psautiers mozarabes ont été recueillies dans le bréviaire mozarabe. Torninasi a publié un recueil factice contenant le psautier, les cantiques avec les oraisons qu’il a tirés du bré­ viaire mozarabe. Psalterium cum canticis versibus prisco more distinctum argum mt is el orationibus vetus­ tis, novaque. litterali explanatione brevissima diluci­ dat um studio et cura J. M Thomasii, Home, 1697. Ce travail a été réédité à Einsiedeln en 1727; à Vienne en 1735; dans l’édition de Bianchini, Thomasii opera, t. i. 1711, seul paru; enfin dans celle de Vezzosi, Thomasii opéra, t. m, 1748. Mais ce ne sont là que des réimpressions de la première édition deTommasi qui lui-méme n’avait fait que reproduire les oraisons telles qu’il les trouvait dans le bréviaire de 1502. Lorenzana, dans son édition du bréviaire mozarabe, a pris le psautier, les hymnes cl les cantiques dans un ancien manuscrit de sa bibliothèque capitulaire de Tolède (30, 1), aujourd’hui à la Bibliothèque natio­ nale de Madrid. Cf dom Férotin, Liber ordinum, p. xv. Nous parlerons tout a l’heure de cette édition. Le British Museum possède un précieux ms. wisi­ gothique qui contient le psautier ct les cantiques (ms. addit. 30.851). Il a été édité sous ce titre, The mxarabic Psalter, par J. P. Gilson, Londres 1905, dans la H. Hradshaio Society. Dom Férotin connaît plusieurs autres exemplaires dans les bibliothèques d’Espagne. Liber ordinum, p. xv. l/Hymnairc mozarabe fait quelquefois partie du psautier; les mss. en sont assez rares. Le P. Clément Blume a donné une bonne édition des hymnes de la liturgie mozarabe dans son Hymnodia golhica, Die mozarabischen H gmue n des alt-spamschcn Ritus, Leipzig. 1897. Le Liber orationum ou Libellus orationum est un recueil d’oraisons, différentes des oraisons du psautier, mais dont un bon nombre aussi ont pris place dans le bréviaire mozarabe de 1502. Bianchini en a donné une bonne édition dans le premier ct seul volume de se» Thomasii opéra, cité précédemment. Il s’est servi d’un ms. de Vérone qu’il date du vu· siècle, mais qui est certainement postérieur. Le British Muscum (addit. 30.852) possède un beau manuscrit du Libellus orationum, probablement du ιχ· siècle, dont le texte est Inférieur à celui du manuscrit de Vérone, l ue édi­ tion en était préparée par le Hév. W. C. Bishop, qui est mort sans avoir rempli sa promesse. Le Hreviairc mozarabe dont nous avons déjà parlé a été publié en 1502 par les soins du cardin.il Niménès sous ce titre : Hreviarium secundum regulam Ucati Isidort, Toleti, 1502, per Magistrum Petrum H age πιbac h alemanum. Le I*. Lesley en préparait une édition annotée, malheureusement Interrompue par sa mort. Cf. Arevalo. Isidoriana, dans P. L., I. i.xxxi. col. 251. En 1775, Lorenzana publia le hreviarium (iothicum, reproduit dans P. L., t. i.xxxvt. 3· Le Hituel ct le Ponti /icat mozarabes. — On semblait avoir perdu tout souvenir en Espagne du rituel el du 2523 MOZARABE (MESSE), L’AVANT-MESSE Pontifical mozarabes; Ils formaient deux livres diffé­ rents auxquels il est fait allusion dans les documents de l’Espagne uisigolhiquc. Dom Férotin a pris la peine de relever ccs allusions. Cf. Liber ordinum, p. xvj. c Liber ordinum édité par dom Férotin est en I. même temps un rituel el un pontifical. Son édition est faite d’après le ms. de Slos, complété par un ms. de Madrid. Il faut lire dans l'introduction de dom Férotin l’histoire dc cc manuscrit de Silos dont les péripé­ ties sont des plus curieuses. Nous nous contenterons de noter ici que ce manuscrit si précieux ne serait, d’après l’hypothèse de l'éditeur, rien dc moins que l’un des quatre volumes (Liber ordinum. Liber mis­ sarum. Liber orationum. Liber antiphonarum) en­ voyés en 106 i au pape Alexandre II pour être exa­ minés par lui. Quand les évêques d’Espagne, ù cette date, virent l’existence de leur liturgie nationale menacée par les légats du pape, ils choisirent les meilleurs ct les plus purs exemplaires de leur liturgie pour les soumettre a l’examen de Home. Celle-ci approuva et loua la liturgie mozarabe comme étant parfaitement ortho­ doxe. Et pour cette fois elle échappa au danger de la suppression. Mais cc ne fut pas pour longtemps. Cet épisode a été raconte souvent, voir notamment dom (iuéranger, institutions liturgiques, 1.1, p. 268 sq. Mais dom Férotin apporte quelques détails inédits. Liber ordinum, p. xix. Quoi qu’il en soit dc l'hypothèse dc notre savant confrère, il n’en reste pas moins que le ms. de Silos est l’un des plus précieux manuscrits du Moyen Age, aussi remarquable par le soin dc la rédaction que par la beauté du parchemin cl par l'élégance de l'écriture. Dom Férotin qui a eu le rare mérite dc le découvrir dans la boutique d’un apothicaire de Silos, en a donné, dans les Monumenta Eccles ire liturgica, une excellente édition à laquelle II a consacré de longues années de travail ct qu’il a enrichie dc notes, dc tables, de glossaires cl d’index du plus haut intérêt. In-fol. dc xi.vi-800p., Paris, 1901; c’est le v· vol. des Monu menla. C’cxt d’après ccs différents ouvrages que nous donnons l’exposé qui suit la messe mozarabe. HI La mi sse. — 1· //< vanl-mcsse. Préparation, — Le M.ssalc mixtum contient une préparation à la messe qui est donnée après la messe dc Pâques, /*. /.., t. lxxxv, col. 522-529. Elle comprend un certain nombre de rites ct d’orai­ sons, lavement des mains, quatre Ave Maria, des prières pour l’amict, l’aube, la ceinture, le manipule, l’élole, la chasuble, une apologia, le psaume Judica me avec l’antienne Introibo ad altare Dei, la confession des péchés, l'absolution, l’oraison Au/cr a nobis, le signe dc croix sur l’autel cl le baiser de l'autel, qui était autrefois le baiser dc la croix présente sur l’autel, la prière pour étendre le corporal sur l'autel et pour préparer le calice. Quelques-uns dc ces rites ct de ces pneres sont anciens, comme on peut le voir par la comparaison avec les rites gallicans; d’autres sont d’introduction récente. La préparation du calice ct du corporal était autrefois· à l’offertoire (cf. P. loc. cit., col. 339, ct les notes de Lesley sur ces passages). Introït. — La messe débute par Vofjlcium appelé chez les gallicans antiphona ad praelegendum, dans l'unibro'icn, ingressa, a Borne, introitus, ou antiphona ad introitum. Il se compose d’une antienne, d’un verset dc psaume et d’une doxologic : il est tiré soit des Livres saints, soit des actes du saint dont on célèbre la fête. Voici comme exemple celui du premier dimanche dc I 'avent : Ecce super montes pedes evangelizantis pacem, alleluia. El annunciantis bona, alleluia : celebra Juda IcstMtates tuas, alleluia. El redde Dnmino vota tua alleluia, t Dominus dabit verbum evangclizantibus in virtute multa P. Et redde. (Horia et honor Patri ct Filio, 2524 et Spiritui sancto in secuta secutorum. A men, P. Et redde. Dicat Presbyter. Per omnia semper secula secuto­ rum. Amen. P. L., loc. cil., coi. 109. Cf. Tommnsi. Disquisitio de antiphona ad introitum missa·, ct Ia note dc Lesley, P. L., coi. 23 L On constatera dès ce moment la doxologic différente delàdoxologic romaine, el le semper du Per omnia, qui est aussi un Irait mozarabe. Gloria in excelsis et collecte. — Le Gloria m cxceids est encadré au commencement el A la lin du Per omnia semper secula secutorum. Le Gloria in excelsis était chanté chez les mozarabes le dimanche et les jours de fête, comme le dit le IV· concile de Tolède, can. 12; Ethcrius ct Beatus le constatent aussi, Adv. Elip., 1. I; cf. aussi la note de Lesley, P. L., loc. cit., col. 531. Plus tard, chez les mozarabes, on omit celle hymne les dimanches dc Pavent ct du carême. Elle se chantait aussi chez les gallicans, comme on le voit par le missel de Bobbio et elle était suivie de deux oraisons. Dans la liturgie mozarabe, après le Per omnia de la fin, le diacre criait Oremus et le prêtre disait une oraison. Plus tard, l’acclamation du diacre fut supprimée, mais non pas l’oraison du prêtre qui variait pour les dimanches de Pavent, de l’Epiphanie, du carême, de Pâques, de la Pentecôte ct pour les fêtes des saints. On trouvera le texte dc ces diverses orai­ sons dans le Missale mixtum. P.L.,1. i.xxxv, col. 531 sq. Le texte du Gloria donné ici est conforme au texte courant, mais il a existé d’autres formes. Sur ce point, voir la discussion entre Lebrun et Lesley, P. L., loi. cit., col. 33. La collecte appelée ici oratio est souvent adressée directement au Christ, comme dans les liturgies galli­ canes. Elle est souvent aussi une paraphrase du Gloria in excelsis. Elle n’a, d’ordinaire, ni la sobriété, ni la précision, ni le rythme de la collecte romaine. Elle n’est souvent qu’une sorte d'effusion pieuse. En voici un exemple pris au hasard; c’est Pornison dc la fêle de saint Étienne : Laudamus te. Domine, cum angelis : lierudicimus te cum virtutibus sanctis. Glorificamus cum potestatibus supernis. El qui te opificem nostrum nos subsistere non hesimus recte honore tui nominis per officium creature creatricem tuam potentiam non nega­ mus : pro qua re nas facito bone voluntati tue placere servitium. Est vel in celts cum angelis el vel in terris cum hominibus pacifice gloriari in tua glorificatione assensum, k. Arnen, P. L., loc. cit., coi. 190. Le prêtre disait alors : Per misericordiam tuam, Deus noster qui es benedicius, ct vivis et omnia regis in secula secutorum, w. Arnen. Dominus sit semper vobiscum. ir. Et cum spiritu tuo. Lectures. - Aux jours dc jeûne, chez les Espagnols» Vofjlcium est retranché et la messe commence par les lectures comme autrefois à Home. Saint Augustin nous dit aussi qii’cn Afrique la messe commence le dimanche par la lecture de l’Écriturc sainte. Nous avons une leçon de I’Ancien Testament, une do saint Paul, la troisième est l’évangile. La première s'appelait la Prophétie, la seconde Vf· pitre ou V Apôtre, la troisième VEvangile. Cet ordre n'est cependant pas invariable. La prophétie est supprimée le dimanche; en carême ct les Jours de jeûne, on n quatre leçons, deux dc I’Ancien Testament cl deux du Nouveau; do Pâques à la Pentecôte la première leçon est tirée do l’Apocalypse, celle dc PAnclen Testament est suppri­ mée. Les gallicans, à peu de chose près, suivaient le même usage pour les lectures \ Home, au contraire, nous avons vu qu’en général les leçons se réduisaient ù deux comme aujourd'hui. La prophétie était lue par le lecteur, comme le constate saint Isidore. Epist. ad Ludifredum Cordubenscm. Cf m cet usage la note de Lesley, P 1 !< première oraison, le prêtre 'Munit l< peuple et h lecteur, d’un 2525 MOZA Η Λ BE (MESSE), L’A VA NT-M ESSE lieu élevé, annonçait le Litre du livre, Lectio libri Exodi et le peuple répondait Deo gratias, faisait le signe dc la croix et écoutait la lecture du texte. Après la lecture, il répondait Amen. S. Isidore, Ofjlc,, 1. I, c. x, ct 1. Il, c. xi. Le prêtre ajoutait, connue après l’oraison : Dominus sit semper vobiscum. κ. El cum spiritu tuo» Psallendo. — Apres la prophélie on chante le cantique des trois enfants avec le premier verset du psaume ConfileminL C’était aussi la coutume dans la liturgie gallicane. Le lecliunnairc de Luxeuil dit, Daniel cum benedictione, ct l’auteur des Lettres de Saint-Germain donne la même indication. Le IV· concile de Tolède, can. 1 1.rappelle la même prescription. Après le Bene­ dictus es, le prêtre entonnait le psaume Confitemini que le chœur ct le peuple continuaient. Voir le texte au Missale mixtum, P. L., loc. cit., col. 297, ct la note. Le texte du Benedictus es qui se chantait en répons présente dc nombreuses variantes suivant les mss. Le psallendo qui vient ensuite est un répons que le pre­ centor chantait du haut d’une chaire. Saint Isidore l’appelle responsoria, cten Gaule on l’appelait psalmus responsorius. S. Isidore, Offlc., I. I. c. vm: Grégoire dc Tours, Dist. Erane., 1. VIII, c. m. On l’a confondu quelquefois avec le graduel romain, mais il en diffère par certains caractères. Cf. Lesley, P. loc. cit., col 257 Trait. — Les anciens livres mozarabes contiennent un trait, Tractus, qui était chanté de l’ambon, par le psahnistc et ne comportait, comme le trait romain, ni reprise, ni interruption, cl sur une mélodie très simple. Il diitérait du trait romain en ce que le trait grégorien suit le graduel el lient la place de Vallcluia, au lieu que le trait mozarabe tient la place du psallendo, Lesley, col. 306. Cf. Tommasi, Responso­ ria!ia et antiphonaria romaine Ecclesia·, Borne, 1686, p. 32 sq. Prières diaconales. Le Missale mixtum, après le Psàïlerido, contient une rubrique d’après laquelle le prêtre doit préparer le calice, y metire le vin cl l’eau, et poser l’hostie dans la patène et la mettre sur le calice, et ensuite dire les Preces : Indulgentiam postulamus. Mais cette rubrique est récente cl, d’après saint Isidore (Epist. ad J.udifr. Cordub.), c’était au diacre à prépa­ rer le calice el à dire les preces. Cf. Lesley, loc. cit., col. 297. Dans sa note Lesley confond ccs preces dia­ conales avec la prière des fidèles qui est toute diffé­ rente. ('.es prières diaconales sont d’un grand intérêt pour l’histoire liturgique; elles sont une relique du passé, conservées encore dans les liturgies orientales, mais dont la liturgie romaine n’a gardé que de rares vestiges. Les voici selon le texte du Missale mixtum : Indulgentiam postulamus. Christe exaudi. Placare et miserere. t. Jesu unigenite Dei patris Illius : qui es immense boni­ tatis dominus. P. Placare. v. Cuncti tr gemitibus exorantes poscimus : cunctlquc simul «leprecantes quesumus. P. Placare. t.Tun jam clementia mala nostra superet : tuo jam sereno vultu in nos respice. P. Placare. t. Remove propitius tuam Iracundiam : da peccatis finem : dii laboris requiem. P. Placare. t. Tranquillitatem temporum : rerum abundantiam : pacis quietem : ct salutis copiam. P. Placare. V. Illius Pontificis porrige presidium : atque universo supplicanti populo. P. Placare. i. Remissionem omnium peccatorum quesumus ; indulge, clemens, mala que commisimus. P. Placare. Le prêtre dit alors A voix basse une oraison. Voici le texte de celle qui suit la litanie diaronale : Exaudi orationem nostram, domine : gcmltusque nostros auribus percipe : nos enfin iniquitates nostras agnoscimus : et delicta nostra coram te pandimus, (ibi Deus jH'ceavimus : tibique conlitcntcs veniam exposcimus. Et quia recessimus a mandatis luis : et legi lue minime paruimus. Convertere, Domine, super servos tuos quos redemisti sanguine tuo. 2526 Indulge quesumus nobis : et peccati* nostris veniam tribue; tueque pietatis misericordiam in nobis largire dignare. K. Amen. Per misericordiam tuam Deu* noster qui c* benedictu» ct vivis ct omnia regi* In secula scculorum. K. Arnen. Cette oraison dans les liturgies gallicanes s’appelle Ros/ precem. Épttre. — \prcs le chant du psallendo, et les prières diaconales, le prêtre ordonnait le silence: Silentium facite, cl le lecteur lisait l’épltre que l’on appelait couramment comme en Gaule, en Italie, en Afrique et dans d’autres pays V Apôtre. 11 annonçait d’abord le titre, par exemple : Sequentia epistole Pauli ad Corinthios, et le peuple répondait Deo gratias et sc signait. Déjà au tempsdc saint Isidore,ce n’était plus le lecteur qui lisait l’épltre mais le diacre. La lecture Unie, le peuple répondait Amen, et le diacre descen­ dant de l’ambon. rapportait le livre à la sacristie. Cf. la note de Lesley, P. i.., col. 268. Le texte ne sc lisait pas toujours dans son Intégrité ct les livres mozarabes contiennent des exemples dc lectures où les textes sont combinés ou ccntonisés. ainsi /.., loc. cit., col. 622 ct 278. Évangile. - - L’évangile, comme l’épltre, fut lu d’abord en Espagne par le lecteur. Puis la fonction fut réservée au diacre: ad diaconum pertinere prxdicare evan gelium et apostolum. S. Isidore, Ep. ad Ludifr. Il en était dc même en Gaule, Grégoire de Tours. Hist. Franc., I. VIII. c. iv. Le diacre disait d’abord la prière Munda cor meum corpusque et labia mca, etc., puis il allait recevoir la bénédiction de l’évêque : Corroboret Dominus sensum tuum, etc. Revenu â l’autel le diacre disait : Lawriibi, cl peuple cl elergé répondaient : Laits tibi. Domine Jesu Christe, Rex «terme g tofi te; il montait alors avec le livre a l’ambon. précédé dc ceux qui portaient les cierges ct peut-être l’encens, el annonçait la lecture. Lectio sancti euangelii secundum Lucam. A quoi le peuple répondait Gloria tibi. Domine, en se signant. A la lin de la lecture le peuple répondait Amen. Cette lecture était écoutée debout L’évêque baisait le livre des évangiles qu’on lui présentait en disant : Are. verbum divinum, reformatio virtutum et restitutio sanitatum, P. L., L i xx\s. coi. 269. Les livres mozarabes ne sc font pas scrupule pour l’évangile comme pour la prophétie et l’épHre. d’omet­ tre des versets ou d’arranger le texte. Le prêtre dit après l’évangile : Dominus sit semper vobiscum. r. Et cum spiritu tuo. Dans les messes privées, le prêtre avant l’évangile récite une prière : Conforta me. Rex sanctorum, rtc., el le Dominus sit in corde men. etc., et le diacre le Munda cor meum. Cf. loc. cit., col. 528. Mais ces prières sont d’ùgc postérieur el probablement empruntées à la liturgie romaine. Lauda. Le Lauda qui suit l’évangile se compose de 1 Alleluia et d’un verset, tiré généralement d’un psaume. Cette place lui est assignée par le IV· concile dc Tolède (cf. aussi S. Isidore, tlfllc., I. I, c. Mil). Le Deo gratias qui Je suit maintenant au Missale mix­ tum, ne parait pas primitif. /* L.. toc. cit., col. 536, Le Lauda est chanté par le chantre. La coutume dc chanter un xerset après l’évangile se rencontre dans d’autres liturgies. Ici avait lieu autrefois, au moins à certains jours, notamment en carême, une prière pour les pénitents, el leur renvoi ainsi que le renvoi des catéchumènes. Cf. /*. L.. loc. cit,, col. 307, 308. L’avanl-messc se ter­ minait ici. On voit que dans ses traits principaux elle présente le même dessin à peu près, que l’avanlmesse gallicane cl même que l’avanl-messe romaine. Mais elle a conservé plus de souvenirs de la liturgie primitive. 2527 MOZARABE (MESSE), LA PREPARATION 2 Im messe des fidèles. — 1. La preparation immé­ diate, — L'offertoire comprend nu Missale mixtum les oraisons suivantes qui accompagnent les divers actes du prêtre, offrande de l’hostie ct du calice, prépa­ ration du calice ct dc la. patène sur l’autel, etc., Acceptabitis sit; Offerimus tibi; Hanc oblationem... et omnium offerentium: In spiritu humilitatis; Adjurate me, fratres, (loc. cit., col. 112). Offertoire. — Lc sacrificium qui suit ccs prières répond à l'offertoire. Saint Isidore emploie les deux mots comme synonymes. Dans la lettre ad Ludifr. citée plusieurs fois, il dit sacrificium; dans le Dc ofllc., I. I, c. xiv. il dit offertoria. Les gallicans ont ici aussi un chant, sonus. Ceux qui ne devaient pas assister au sacrifice ayant été renvoyés, les diacres enlevaient le pallium qui avait jusqu’ici couvert l’autel, et y étendaient le cor­ poral. Quis fidelium, dit saint Optai, nesciat in pera­ gendis mysteriis ipsa ligna altaris linteamine operiri. Coni. Parmen., I.VL Ce linge, appelé quelquefois aussi palla corporalis, et fait de pur lin, recouvrait l’autel tout entier. C'est un usage général qui sc trouve attesté pour l'Égypte, pour les Gaules, pour l'Afrique ct pour Borne aussi bien que pour l’Espagne. Isid. dc Péluse, Ep., cxxiii, ad Dorotheum comitem; Gré­ goire de Tours, Hist., 1. VII, c. xxn; Optat de Milcve, Contra Parmen., I. VI ;Ordo romanus, dans Mabillon. il, n. 9. Cf. P. L., t. lxxxv. col. 339. Pendant que le chœur chantait le sacrificium, l’évêque, les prêtres ct les diacres recevaient les obla­ tions du peuple, le pain ct le vin. Les hommes offraient d’abord par ordre dc dignité, puis les femmes, puis les prêtres, les diacres, les clercs, ct l’évêque lui-même offrait le dernier. Dc grandes précautions étaient prises pour que ccs pains ne fussent pas touchés dc la main; l’évêque et les prêtres les recevaient sur Γofferto· rium,ou oblatorium, vase d’argent, d’or ou de cuivre; ù Home Voblatorium était remplacé par un linge porté par les acolythcs. Le peuple lui-même ne devait pas toucher les offrandes avec les mains, mais les offrir dans un linge. Ces pains dc pur froment, à l’origine, pouvaient être des pains levés. L’usage des pains azymes s’établit en Espagne comme ailleurs. Cf. La note dc Lesley, loc. cit., col. 339. Quant au vin. il était présenté dans des burettes ou autres récipients. Les diacres le versaient dans un grand calice destiné à cet usage. Les diacres préle­ vaient rur les offrandes du pain ct du vin cc qui était nécessaire pour la communion cl gardaient le reste. Les pains destinés a la communion étaient mis sur une patène cl la patène sur l’autel; le vin était mis dans le calice cl mélangé d’eau. Il y avait parfois selon les nécessités plusieurs calices et plusieurs patènes sur l’autel. La patène n’était pas donnée au sous-diacre comme dans le rit romain. Les diacres couvraient les oblats d’un pallium qui d’ordinaire était de sole cl parfois brodé d'or: il est appelé coopertorium, palla ou palla corporalis. Il y avait une oraison ad extenden­ dum corporalia. Les autres oraisons que l’on trouve dans les livres mozarabes pour ces divers actes sont d’âge postérieur. En Espagne comme en Gaule, comme ù Home, ccs divers actes à l’époque, primitive ne sont pas accompagnés d’oraisons. P. L., loc. cit., col. 310 ct la note de Lesley, ibid. L'oblation terminée, l’évêque retournait à son trône cl se lavait les mains, (’.’est aussi ici une coutume antique, attestée par les Constitutions apostoliques, I. VIII, c. xi, ct par Cyrille dc Jérusalem, Catech. myst., v. En Espagne, c’est le diacre qui servait l’évê­ que dans cet office, tandis que le sous-diacre offrait l’eau aux prêtres ct aux diacres pour le même usage. L'évêque resenait alors â l’autel, donnait le signal pour arrêter le chant du sacrificium ct disait adjuvate 2528 me, fratres, puis récitait V Accedam ad te, qui appar­ tient â la classe des apologias sacerdotis, P.L., loc. cit., col. 113, ct l’art. Apologies du Diction. d'archéol.Sw les différences entre ccs rites et les modifications qu’ils ont subies dans la liturgie mozarabe au Moyen Age, voir la note de Lesley, col. 535. Missa. - Lc prêtre avec le Dominus sit semper vobiscum ordinaire dit une oraison appelée Missa. C'est la première des sept’oraisons d'Isidore. Dr offlc.,]. I,c.xiv. Etherius cl Beatus la décrivent en ccs termes : Prima oratio admonitionis erga populum est, ut omnes exciten­ tur ad orandum Deum, Adv. Elipand.. I. I. C’est bien une oraison de début, le début dc la messe des fidèles, une oraison pour les préparer au sacrifice; clic varie suivant les fêles el les époques liturgiques, ct s’adresse tantôt aux fidèles, dilectissimi fratres, tantôt à Dieu le Père ou au Christ, P. L., col. 113; cf. 316 ct .539. C’est tantôt une série d'exclamations pieuses, tantôt encore un chant lyrique en l'honneur du mystère ou du martyr dont l’Eglise célèbre la fête. Lc Misssel dc Bobbio donne une oraison semblable, mais souvent sans litre; une fois elle est appelée Missa, comme Ici, une autre fois collectio ct deux fois Pnefatio. Dans les autres sacramcntaircs gallicans, elle est appelée prœfatio ou pne/atio missa, Lc litre d'oratio lui est aussi donné dans le Missale mixtum, P L., col. Après l’oraison le peuple dit Amen, ct le prêtre ajoute ccs mots : Per misericordiam tuam. Deus noster qui es benedictus ct vivis ct omnia regis in secula secu­ torum. Amen. Puis en élevant les mains : Oremus, ct le chœur répond : Agyos, Agyos, agyos. Domine Deus, Pcx eterne.tibi laudes et gratias. Postea dicat presbyter : Ecclesiam sanctam catholicam in orationibus in mente habeamus... omnes lapsos captivos, infirmos, atque peregrinos in mente habeamus : ut eos Dominus, ctc. Celle oraison est simplement appelée dans le Liber mozarabicus : alia qratio, ou même alia. Cf. p. xxn El le chœur répond : Presla eterne omnipotens Deus. Lc prêtre continue : Purifica Domine Deus Pater omnipotens... ; il fait mention des prêtres qui offrent, du pape, des prêtres et des autres clercs. Suit la commemoraison des apôtres, des martyrs avec énumération des noms. Lc chœur Intervient dans toutes ccs prières par quelques acclamations. P. L., loc. cit., col. 113; cf. Liber ordinum, col. 231, 235 ct 18G, 191 ct t.ussi Liber mozarabicus, p. xx. Lc Ltber offerentium qui est appelé chez les mozarabes le petit missel, contient ccttc prière sous une forme bien meilleure ct les notes de Lesley doivent corriger celle qu'il donne col. 113. Lc Liber offerentium a été Inséré dans le Missale. mix­ tum, P. /.., col. 530-569. La Prière des Fidèles est à la col. 539 sq. Ccs diverses prières, depuis le premier Per misericordiam tuam... Oremus, semblent pouvoir sc ramener à la seconde oraison dc la messe que saint Isidore définit : secunda \oratio | invocationis ad Drum est, ut clementes suscipiat preces fidelium, oblationemque eorum. On y reconnaît en effet les traits principaux dc la prière des fidèles ou prière lltanique, que l’on retrouve à l’origine dans toutes les liturgies. Les liturgies grecques ct orientales l’ont conservée; elle a disparu ô peu près dans la liturgie romaine, sauf dans les oraisons solennelles du Vendredi saint qui nous représentent la prière des fidèles sous une dc scs formes les plus antiques el les plus parfaites. Dans le missel mozarabe clic est loin dc sc présenter avec la même netteté; elle y a subi proba­ blement de nombreuses retouches. Voir art Litanies du Diction, d'arcMol. Les expressions mêmes Eccle­ siam sanctam catholicam in orationibus in mente habeamus, rappellent celle dc >aint Fructueux en 259 : //i mente m< habere uec^sr r^t sanctam Eccle­ siam catholicam ab Oriente usque ad Occidentem 2539 MOZARABE (MESSE), LE SACRIFICE 2530 toute synaxe. A la messe il dut être de bonne heure fixé à cette place, il était naturel aussi qu’il précédât la communion. Peut-être dans certaines églises avait-il lieu deux fois; dans cc cas on dut bientôt supprimer l’un des deux rites comme inutile. Quoi qu’il en soit dc la pratique primitive, sur laquelle nous ne sommes pas suffisamment renseignés, de bonne heure, à partir du v· siècle vraisemblablement, nous voyons s’accuser ccttc singularité dans le rit romain, ù la différence des liturgies orientales et des autres liturgies latines, au sujet dc la place du baiser dc paix. J’ai relevé ailleurs ce fait bien significatif, c’est que dans la Traditio apostotica dc saint Hippolyte qm représente la liturgie romaine au commencement du ni· siècle, le baiser de paix est lù aussi, selon I mage général, rattaché a la prière des fidèles : Et postea (il est ques­ tion des néophytes qui viennent de recevoir le bap­ tême) jam simul cum omni populo orent, non primum orantes cum fidelibus, nisi omnia hxc fuerint consecuti. Et cum oraverint, de ore pacem offerant. Et tunc iam offeratur oblatio a diaconibus. Didascalix apostolorum fragmenta Veronensia latina, éd. Ed. Hauler, Leipzig, 1900, p. Ill, 112. La suppression dc la prière des fidèles dans la messe romaine, au moment où s’établis­ sait le canon romain tel que nous le connaissons, a dû entraîner cc changement pour la place du baiser dc paix, comme il en a entraîné bien d’autres. Ici, comme dans plusieurs autres circonstances, la messe mozarabe nous représente des usages antérieurs Nomina vestra legat patriarchis atque prophetis ù ceux dc la messe romaine, L* oratio ad pacem ct le Quos hodie in tcmptodiptychuscditcbiir. !.. X,carni.\ιη baiser dc paix sc rattachent À un ensemble que saint Isidore désigne sous cc terme post hxc, la prière Per Voir aussi 1'oraison post nomma à la fête dc saint Léger, n. 68, p. 283. On retrouve le même usage dans misericordiam, V Ecclesiam sanctam, le Purifica, Do­ plusieurs liturgies grecques el orientales. Saint Cyrille mine, ou prière d’oblation, la mémoire des saints dc Jérusalem disait déjù : Recordamur patriarcharum patriarches, apôtres, martyrs, etc., la lecture des prophetarum... ut Drus eorum precibus et intercessione diptyques des vivants ct des morts avec l’oraison orationem nostram suscipiat. Catech. myst., v; Lesley post nomina. Alors, ct très logiquement, prenait place renvoie en note à ccs différentes liturgies, col. 483. la prière pour la paix ct le baiser dc paix. P. L., L’oraison post nomina présente des caractères ana­ loc. cit, col. 115. Il va dc soi que le titre d'oratio ad logues dans les liturgies gallicanes. C’était le diacre patrem est une erreur typographique, pour ad pacem qui lisait les diptyques et le prêtre disait,ensuite comme l’a déjù noté Lesley. En ceci I usage espagnol l’oraison. P. L., col. 375. était conforme ù celui des Églises gallicanes où une Dom Férotln à propos dc la prière post nomina oratio ad pacem suit 1’oratio post nomina et précède relève avec raison ccttc secrète du missel romain : Villatio ou contestatio. Dans toutes ccs liturgies'Je Drus cui soli cognitus est numerus electorum in super­ texte de Voratio ad pacem varie selon les fêles; il y est na felicitate locandus... et omnium fidelium nomina question soit dc la paix, soit des oblations. Les litur­ beata* praedestinationis libre adscripta retineat, qui est gies grecques el orientales ont aussi celte oraison une véritable oratio post nomma. C’est par erreur qu’il ad pacem suivie du baiser dc paix. Voir ccs rapproche­ l’appelle une secrète quadragésimalc; elle appartient ments dans la note de Lesley. P. J.., col. 505. Nous voyons d’après le Liber ordinum que le diacrc aux messes des morts, et son origine gallicane aussi bien (pic celle de la collecte ct de la post communion intervenait aussi pour le baiser dc paix par les mots : Inter vos pacem tradite. Lc concile de Compostcllc de qui l’accompagnent ne fait pas de doute. Dom l’éro1056, c. 1. fait allusion au même usage. Liber ordinum, tin, Liber mozarabicus, p, χχι. Signalons encore la très longue oratio post nomina. col. 191: cf. Liber mozarabicus, p. xxî. Pendant cc une vraie homélie, rédigée vers la fin du vu» siècle par temps le chœur chantait Pacem relinquo vobis ou une au­ saint Julien de Tolède, ct qui fut imposée ù tous les tre antienne dc même genre. Le même livre nous donne prêtres par un concile dc Tolède dc l’époque, pour une formule d’ad pacem où l’oraison est précédée d’une mettre lin à un abus intolérable. Certains prêttes ne invocation, comme c’est souvent le cas dans celte s’avisaient-ils pas dans l’oraison post nomina dc liturgie cl dans la liturgie gallicane. Lib. ordin., col. 236. 2. Lc sacrifice. — Après toute celle préparation demander la mort dc leurs ennemis? Lc texte de l’oraison de saint Julien est une longue ct véhémente commence la prière d’anaphorc ou la prière eucharis­ protestation contre ccscriminelles manœuvres. Voir le tique proprement dite. Illatio.—Dans la liturgie mozarabe elle porte le nom 5· canon du XV11· concile dc Tolède en 69 L L’oraison est dans le Liber ordinum, col. 331-334. Cf. aussi d'inlatio ou illatio, el saint Isidore la définit en ccs termes : Quinta infertur illatio in sanctificatione obla­ Liber mozarabicus, p. χχι. 'oratio ad pacem est définie dans saint Isidore: tionis in quam etiam Dfi laudem, terrestrium creatura, Quarta post hive infertur pro osculo pacis. Le baiser dc virtutum coelestium universitas provocatur, el Osanna In paix, renvoyé au moment de la communion dans Ecclesiis cantatur. Elle est précédée d’un dialogue qui la liturgie romaine, précède en Espagne, comme en diffère de celui de la messe romaine. Le prêtre incliné Gaule et en Orient, la consécration ct même Vitiatio. et les mains jointes dit : Introibo ad altare Dei ; Le On peut dire qu’il sc rattache ù la prière des fidèles chœur : Ad Drum qui hrtifleat juventutem meam. Lc dont il était la conclusion naturelle. Lc baiser dc paix prêtre en posant les mains sur le calice : A ures ad Domi­ primitivement devait être fréquent ct faire partie dc num. Lc chœur : Habemus ad Dominum. Le prêtre : diffusum. Dans Huinart, Acta martyrum sincera, p. 222. La lecture des noms semble considérée dans les manuscrits comme un rite à part,sous le titre Nomina offerentium. La liste des noms des vivants était suivie de celle des morts. D’ordinaire le diacre ou le prêtre lui-même faisait la lecture; parfois elle incombait Λ l'un des cantores. Transfer hec nomina in pagina cell, que levilarum rt cantorum tuorum officio recitata sunt, in Libro vivorum digito tuo, lit-on au Liber mozarabicus, éd. Férotln, col. 546, cl introduction, p. χχι. Voir art. Diptyques du Diction, d'arctool. L’oraison qui suit est appelée Post nomina. L’orai­ son précédente comportait en effet la lecture du nom de ceux qui offraient ct celui des morts : item pro spi­ ritibus pausantium. P. I.., toc. cit.. col. 11 L Elle est la troisième dans l'ordre suivi par saint Isidore ct il la définit ainsi : Tertia autem effunditur pro offeren­ tibus sive pro defunctis fidelibus, ut per id sacrificium veniam consequantur. Le texte varie comme celui des précédentes scion les fêtes. On remarquera qu’ici la mémoire des morts n’est pas séparée de la mémoire des vivants, comme dans la messe romaine. De plus les diptyques en Espagne ne contenaient pas seulement les noms des apôtres ct des martyrs, mais encore celui des saints de l’Ancien Testament, patriarches ct prophètes. Ibid., col. 483 et la note. C’était aussi la coutume des Églises gallicanes et Vcnance Fortunat a pu dire : 2531 MOZARABE ..MESSE), LE SACRIFICE Sursum corda. Le choeur : Levemus ad Dominum, l.e prêtre incliné cl les mains jointes : Deo ac Domino nos­ tro Jesu Christo lilio Dei qui est in cetis dignas laudes dignasque grattas referamus ; ici le prêtre élève les mains vers le ciel. Le chœur : Dignum et justum est, P. L., loc. cit., col. 115. L'illatio mozarabe, comme la préface romaine ou la contestatio gallicane, aboutit toujours au sanctus ct ]c sanctus en Espagne comme en Gaule, â la différence de Home, est suivi d’une orai­ son dont le titre est toujours Post sanctus. Pour saint Isidore Vitiatio ou cinquième oraison, comprend le Sanctus cl le Post sanctus, et aussi la consécration. La sixième oraison est celle du Post pridie ou confir­ matio jacramenti. Cette division paraît assez juste, car elle marque bien l’étroite union dc toutes ccs parties de Villalio à la fin de la consécration. Elle rend mieux compte aussi du litre immolatio qui est celui dc la préface dans les liturgies gallicanes et qui est un bon synonyme de consecratio. Quant au mot dc illatio, il est caractéristique des livres mozarabes. On a voulu v voir une erreur dc copiste pour immolatio, qui est le titre gallican de la préface, nous l’avons dit, et qui s’explique tout natu­ rellement. Mais il est curieux, si c’est une erreur de copiste, qu’elle soit aussi universelle, car on rencontre le mot dans tous les livres mozarabes; le préface y est partout appelée illatio, ct jamais encore, je crois, on n’y a trouve celui d’immolatio, si ce n’est une fois dans le Liber ordinum. Cette différence ne laisse pas d'être curieuse ct mériterait peut-être une élude. Illatio ou inlatio comme oblatio dont il est synonyme, est a peu près la traduction du mot anaphore, àvà φέρω, offrir. Dans la langue post classique le mol inlatio (dc inferre) désigne l’action de porter, comme invectio; Il s’applique notamment aux morts (Ulpien); il signi Ile aussi le paiement d’un tribut. En langage philosophique Villatio est une conclusion tirée des prémisses, ex duobus sumptis ratione sibimet nexis conficitur illatio (Capella). En Espagne, le mot est employé par les conciles dans le sens dc don, de présent, de tribut : 111· concile de Braga, can. 2.; el Vil· concile de Tolède. Voir art. Illatio du Diction, d'archéol. (’.’est donc bien au contraire le terme dc immolatio des liturgies gallicanes qui serait une cor­ ruption ou, si l’on veut, une interprétation paléogra­ phique du mol illatio. C’est l’opinion de dom Gagin, Les noms latins de la préface eucharistique, dans Ras•egna Gregoriana, 1906, p. 32*2-358; c’est celle vers laquelle inclinait déjà Lesley ( cf. P. L., L lxxxv, col. 507). Mais cc n’est Jusqu’Ici qu’une hypothèse appuyée sur la similitude des deux noms. Kesterail a expliquer pourquoi l'un est exclusivement employé dans les manuscrits mozarabes, l’autre à peu près exclusivement dans les gallicans. Sur ce point ces derniers sont moins exclusifs que les mozarabes. Dans le Missale golhicum ct dans le Missale gall ca­ num, immolatio alterne avec contestatio et prasfatio tnfrw; il ne se trouve pas dans le Missale Fran­ corum: il est une seule fois dans le missel dc Bobbio cl, semble-t-il, par hasard (cf. Paléographie musicale, ! v, p. 100, 101, cl 168). Le terme est absent,aussi bien du reste que contestatio, dans les lettres du PseudoGermain, ct peut-être est-ce un nouvel argument en faveur de la date récente de ces prétendues loti res. Cf. Germain (Leltres de saint) dans Diction, d'archéol. Les glossaires, le Thhaurus de Ducange, Eorccllinl, l'rcund, le Thésaurus lingua· latinæ de Leipzig (au mol contestatio), ne donnent *ur tout cela que des renseignements insuffisants. Nous ne dirons rien du dialogue <{iil précède 1’ Illa­ tio. Il contient les éléments que Ton peut dire essen­ tiels ct que l’on rencontre dans toutes les liturgies, Sur* uni corda. Gratias agamus, etc., et qui servaient de 2532 début à toutes les préfaces : \ ere dignum et fiishun est, etc. A la sobriété du dialogue de la préface romaine, la liturgie espagnole ajoute, comme toujours, des ornements et des complications qui ne font guère qu’alourdir le texte. Il faut dire la même chose de Villalio elle-même. Les livres mozarabes nous offrent la collection la plus riche ct la plus variée d’illationes; il n'est guère de messe qui n'ait son illatio; quelques-unes compren­ nent plusieurs colonnes de texte, ct si elles ont été chantées, elles ont pu durer jusqu'à une demi-heure. Nous essaierons tout à l’heure d’en découvrir les auteurs. Disons dès maintenant qu’elles forment un recueil dogmatique d’un prix incalculable pour l’étude dc l’histoire théologique de l’Espagne au Moyen Age, recueil qui, il faut le dire, a été encore assez peu étudié. Il y a là des pages qui font honneur à la science, à la profondeur, et à la culture des théologiens espagnols du v· au ix· siècle. Nous avons traité ailleurs la ques­ tion de l’orthodoxie de celte liturgie (voir Litvhgie, col. 811 sq.) ct nous y reviendrons tout à l’heure. Il y a sans doute dc-ci, de-la quelques opinions singulières, mais dans l’ensemble quelle richesse de doctrine, quelle ferveur dc foi ct de piété! On y trouve de vraies thèses dc théologie, el de longs panégyriques pour la fête des saints, notamment des saints d’Espagne, comme saint Vincent ou sainte Eulalic. Nous ne cite­ rons que Villalio sur la Samaritaine, celles sur l'aveuglc-né, sur le jeûne, sur la Trinité, sur la descente aux enfers, sur les patriarches, etc. Les premières sont dans le Liber sacramentorum, édité par dom Eérolln, auxp. 167. 178, 181, 221, '290; Villalio sur les patriar­ ches dans P. L., I. lxxxv, col. 271 cl 286. Voir aussi, col. 281, Γillatio sur la Trinité, Naturellement on y retrouve les défauts que nous avons déjà signalés dans toutes les pièces de celle liturgie, ct qui sont celles dc la littérature latine d’Espagne, surtout du νι· au x· .siècle, la prolixité, le verbiage, l’abus des concetti et des Jeux de mots, déjà tous ccs défauts que l’on décorera du nom de gongorisme. Le Sanctus. L'illatio aboutit toujours par une transition au Sanctus. Le Sanctus dc la messe mozarabe n’est pas invariable comme dans la liturgie romaine ct la plupart des autres liturgies. Dans leur amour de la variété, les auteurs de cette liturgie y introduisaient parfois des changements. Voici la forme ordinaire : Sanctus, Minctus, sanctus Dominus Deus Sabaoth : pleni sunt cell ct terra gloria majestatis tue : osnnna ftllO David : (Hanna in excelsis. Benedictus qui venit in nomine Domini : Osanna In excelsis; P. L., loc. cit., coi. 116. Le jour de PAquc nous avons celte forme : Agyos, Agyos, Agyos. Kyrie. Otheos. Sanctus, Sanctus, Sanctus : Dominus Deus Mibaoth. Pleni, etc.. Osanna in excelsis. Agyos, Agyos, Agyos. Te Domine laudat omnis virtus cclonun : et exercitus angelorum. Tibi hymnum depromunt melliflua carmina sanctorum. Tibi psallunt choree virginum : rl crttis confessorum. Tibi genua curvant celestin. Terrestria. Et Inferna, luiudant te Begem omnium secutorum, Osanna in excelsis. Ibid., col. 181, 485. Le chant du Sanctus est assigné nu chœur dans les livres mozarabes. Autrefois <·η Espagne comme en Gaule, le Sanctus étnlt chanté par le peuple. Aussi avons-nous dans un Post Sanctus ccs paroles : Psal­ litur (hymnus iste) ab angelis, rt hic solemniter decantatur a populis. Post sanctus du v* dimanche de carême, P. L., coi 376. Grégoire de Tours dit de son côté: f bi expedita contrstaliont omnis populus sanctus in Domini laudem prm lamaoit. Dr rnir S. Martini. I. 11, c. xiv. Même coutume mlrefoh dans les liturgies orientales, comme on h voit par les Constitutions apostoliques, cl par le texte d» tini (j)rvso. I stomecld< saint Gré| nite dc Να-·<, cités par Lesley 2533 MOZA HABE (MESSE) co). 349. Les textes <|iic nous avons cité* prouvent qu'il était chanté en Espagne moitié en latin, moitié en grec. Même coutume en Gaule. Sanctus ct consécration. ■ Le titre Post sanctus dési­ gne toujours, en Espagne comme en Gaule, une orai­ son qui est une paraphrase du Sanctus ct qui com­ mence d’ordinaire par les mots nrre sanctus. Elle est une transition entre le Sanctus el la consécration; un la trouve aussi dans les liturgies grecques et orien­ tales, mais sans titre. En Espagne elle varie tous les jours. En voici un exemple : Verr Minctus : vere benedictu» Dominus noster Jesus Christus Eilliis tuu*. Quern Jacobus relicto Zela-diro paler ita secutus est : ut rum obnixe diligendo fierrt electus in vita : mundus in conscientia : probabilis in doctrina. Pos­ tremo ita scientiam commendans ex opere (peut-être ita scientia commendatus ct opere) : ut pro eo truncato interie­ rit capite. Quem pro sc vel pro omnlbu» noverat animam posuisse Christum Dominum. Cui est honor ct gloria in secula secutorum. Arnen. P. /.., coi. 519 (c'est on le desine, pour la fête dr saint Jacques, lr grand patron). Le Vere sanctus ne se terminait pas autrefois par une doxologic, mais il aboutissait directement au qui pridie, par une formule brève dans le genre de celle-ci : Vere sanctus, vere benedictus dominus Noster Jesus Christus qui pridie, avec les paroles dc l'institution. Cc qui pridie était la formule romaine, c’était aussi celle des Eglises gallicanes ct de toutes les Églises latines. L’antique liturgie d'Espagne suivait la même tradition. Par un changement qui s’est opéré à une date qu'on ne saurait fixer dans la liturgie mozarabe cl qui est l'un des plus audacieux dont la liturgie ail gardé la trace, on a bouleversé cette formule sacrée par Γintroduction de la prière adesto Jesu bone el en remplaçant le qui pridie, qui est une des caractéristi­ ques les plus frappantes de la liturgie romaine ct des autres liturgies latines, par l’in qua nocte qui est la version suivie par toutes les liturgies grecques ct orien­ tales. Chose peut-être plus extraordinaire encore, les réformateurs ne cherchèrent même pas à effacer les traces dc ce changemen, tel continuèrent â appeler l’oraison qui suit le récit de l’institution oratio post pridie 11 faut donner ici le texte de Vadesto : Adesto, udesto Jesu hour Pontifex in medio nostri : sicut fuisti in medio discipulorum tuorum : Mincti4-ficu hanc oblationem : 4- ut Minctihcntn 4- suinninus per tnanus Mincti angeli lui sancte domine ac redemi or ctcrne(lci une lacum* dans le Missale mixtum}. Dominus noster Jésus Christus In qua nocte tradebatur accepit panem : ct gratias agens, bene t dixit ac frvi.it : «h ditquc discipulis suis dicens : Accipite ct manducate. Hoc : est : corpus : meum : quini : pro : vobis : tradetur. Ilie clepatur corpus. Quotiescumque manducaveritis : hoc facite In meam f- commemorationem. Similiter rt calicem postquam cciuivit dicens. Hic4 est : calix : novi : testamenti : In : men : sanguine : qui : pro : vobis : rt : pro: multis : effundetur : In : remissionem : peccatorum. Hic elevatur calix coopertus eum /diota ( palla) Quotiescumque biberitis hoc facile in meam f commemo­ rationem. Et cum perventum fuerit ubi dicit: In meam commemorationem. Dicat prrsb. alta voce omnibus diebus prêter f« stivis : pari modo ubi dicit in claritatem de cells. I t qualibet vice respondeat chon*s : Arnen. Quotiescumque manducaveritis panem hunc ct calicem istum bilicrilis : mortem Domini imnunciabit is donec veniet. In clnritatrm-fdc cell·. IL Chorus. Anum. P. L., loc. cit., col. 110-117; cf. aussi col. 550 un autre texte. Dans les éditions postérieures du Missale mixtum, on a ajouté en note que la forme dc consécration ici donnée n'est qu’un souvenir du passé, mais qu’on doit aujourd'hui garder la forme romaine. Ibid., col. 116 cl 550, 551, note a. Dom Férotln donne, d’après le Liber mozarabirus cl d’après le Liber ordinum, deux nouveaux textes des paroles de l’institution qui présentent, aussi bien l’un avec l’autre qu’avec le .Missale nvxtum,dcs variantes DICT. ηκ TIIÉ0U CATIIOL. 2531 considérables. On comprend que Home n’ait pas approuvé la version donnée par l'édition du Missale mixtum dc 1500,et lui ait substitué la formule romaine. Cette édition rarissime de Tolède conservée au Bri­ ll*)» Muscum, contient, collée sur le vélin, cette note : L'ornia ista consecrationis ponitur, ne antiquitas igno­ retur; sed hodie serretur Ecclesia traditio, et on donne la formule romaine. La note est reproduite dans P. col. 116 ct 550. Sur tout cela,cf. dom Férotln, Liber mozarabieus, p. χχν. Dans deux manuscrits cités par lui, les paroles de l’institution sont précédées du litre Missa secreta-, el il donne un autre exemple où le Post sanctus est appelé post missam secretam, qui indiquent bien qu'a celte époque cette partie du canon est dite à voix basse. Ibid. On voit par la teneur même dc cette prière qu'elle interrompt la suite du nere sanctus, ct répète la for­ mule Dominas nosier Jesus Christus. Le caractère d'interpolation saule aux yeux ; elle a été soulignée par la plupart des lîturglstes moderne*, depuis Lebrun, Binius, Lesley, dom Férotln, dom Cagln, etc. Au Moyen Age elle ne parait pas avoir soulevé dc protes­ tations; je ne crois pas du moins qu'on en ait trouvé trace jusqu’ici dans les auteurs. Sans chercher d’autre explication à cc fait, il faut simplement constater qu’à une certaine date, postérieure â saint Isidore certainement, el probablement antérieure au x< siè­ cle, ct probablement aussi à Tolède, un évêque a jugé à propos d’emprunter a la liturgie dc Constantinople, à laquelle l’Espagne avait déjà fuit tant d'emprunts, la forme même de la consécration, pour la substituer a la forme ancienne qui était celle fie Home el dc toutes les églises latines. P. L., loc. cit., col. 519. La formule meme Hoc est corp us meum est empruntée à I Cor., xi. 2 i ; le quod pro oobis (radetur est la traduc­ tion de la Vulgate. La formule romaine Hoc est i.xim corpus meum est conforme à celle de la liturgie de saint Marc, et il semble aussi qu elle ait été celle des Églises gallicanes, nu moins d’après les lettres du Pseudo-Ger­ main. La formule dc consécration du vin est emprun­ tée à I Cor., xi, 21. ct a Luc., xxn, 20, el Matlh., xxvî, 28. Les paroles Hic est calix notu Testamenti in mro sanguine sont celles d’une ancienne version latine différente de la Vulgate; clics sont citées sous la même forme par Sedulius Scotu* et par Grégoire II. Voir la citation, P. L , loc. rit., col. 551. La formule ro­ maine Hic est enim calix sanguinis met, etc., étail aussi celle des Églises gallicanes. Les lilurgixles espagnols de ce temps n’ont pas craint dc para­ phraser â leur façon les paroles de l’institut Ion. Sur lout ceci, voir la note de Lesley, col. 551 sq. Les rubriques du récil dc Γinstitution constatent une double élévation. La coutume de l’élévation est universelle, mais elle ne sc pratiquait pas partout dc même façon. Celle qui est mcnlionnéc Ici est con­ forme â l’usage qui s’était établi en France au xi· siè­ cle, cl s’est répandue dc là avec certaines variantes a Home ct dans les autres Églises. La rubrique mozarabe indique que le calice reste couvert, à l’élévation, de la filiola, c’est-à-dire de hi pâlie ou voile qu’on appe­ lait quelquefois oflerlorium, parce qu’on v avait reçu à l'oblation les offrandes des fidèles. C'était aussi autrefois la coutume romaine quand l’élévation avait lieu ù la fin du canon après le Per ipsum (cf. le 1*· Ordo romanus de Mabillon, n. 16. ct l’Ordo publié par 1 lillorph t’ne autre rubrique qui prescrit de dire à haute voix les mots in meam commemorationem ct in claritatem de celis, laisserait croire que les paroles mêmes de l'ins­ titution étalent dites à voix basse. Mais Lesley pense avec raison, scmblc-t-l), que celte rubrique est récente cl que les Espagnols comme les Francs auront dit à haute voix ccs paroles. Quant à ccs mots in claritatem X. - - 80 2535 {MOZARABE (MESSE), LE SACRIFICE de relis, c’est aussi une singularité du rit mozarabe. Au Jeudi saint on lisait l’épitrc de I Cor., xi, 20-31. Or après les mots : mortem Domini annundabilis donee veniat, on ajoutait cette variante in claritatem de relis que Γοη n prise aussi dans la liturgie, et qui du reste n’existe ni dans la Vulgate, ni dans le grec, ni dans aucune version, que nous sachions, P. /.., col. 409 pour le texte de l’épitrc. Pour la rubrique, col. 552. Oratio post pridie. — L’oraison Pos/ pridie (pii suit la consécration correspond à celle qui est appelée dans les livres gallicans Post secreta ou Post mysterium, ct dont saint Isidore nous parle en ccs termes : Ex hinc sexta oratio succedit, confirmatio sacramenti, ut obla­ tio quic Domino offertur, per Spiritum Sanctum sanctificata. Christi corporis ct sanguinis confirmetur. De ofllc., I. I, c. .xv; cf. Etherius ct Beatus qui soulignent les termes Confirmatio sacramenti. Notons que le mis­ sel de Bobbio n’a pas l'oraison Post secreta, et qu’elle manque quelquefois dans le Missale gallicanum ct dans le Missale gothicum. Au contraire, elle ne man­ que jamais dans le Missale mixtum, ct comme elle varie tous les jours ct qu’elle est parfois très longue, nous les avons Ici,comme dans 1*illatio,une de ces prières dans lesquelles l'abondance des Pères espagnols s’est donnée librement carrière. La place même et la fonction de celte oraison, confirmatio sacramenti, sont encore plus propices que celles de Γillatio, aux développements dogmatiques. 11 y faut avoir recours pour étudier la doctrine de l’Égllse espagnole sur l'eucharistie, notam­ ment sur la transsubstantiation ct sur les questions connexes. En réalité celte oraison répond â l’épiclèse des liturgies orientales cl, comme nous l’avons fait remarquer ailleurs, les expressions employées Ici doivent être interprétées souvent cum grano salis. Nous ne pouvons que signaler ici quelques-uns de ccs cas, col. 117, 250, noie f, 510, noie a. Cf. aussi Litur­ gis, col. 811 cl Épiclèse. L’épiclèse est parfois dans le Post sanctus, mais plus rarement (quelques exemples dans le Liber mozarabicus de dom Férotln; dans ce même sacramentaire le PoM pridie est appelée Post missam secretam, à la vigile de Pâques, ce qui est digne de remarque). D'une façon générale,au contraire,le Post pridie con­ tient souvent la preuve que la consécration ou la transsubstantiation est accomplie par les paroles de l’institution. L’élévation témoigne dans le même sens, mais il est ditllcilv de fixer la date de ce rite chez les mozarabes. Citons comme particulièrement explicite ce Post pridie : liée pia, lire salutaris hostia, Dcus Paler, qua tibi reconciliatus est mundus. Hoc est corpus illud, quod pependit in cruce. Hic etiam sanguis, qui sacro profluxit ex latere, etc. Liber mozarablcus, coi. 31.3. L’oraison Te prèstante <[ui du reste n’a pas de titre particulier, semble plutôt la finale du Post pridie, qu’une oraison particulière. Elle ressemble comme on va le voir, à notre Per quem hœc omnia bona erras. En voici le texte : 2536 donnés aux lidèles dans l’eucharistie. C’est du moins l’interprétation que donne à ccs paroles Lesley qui ne veut pas admettre l'explication de Benoit XIV ct d’autres liturgistes, qui prétendent que VHitc omnia désigne les fruits nouveaux qui étaient bénits à ce moment. C’est une vieille quércllc entre liturgistes et qui ne paraît pas encore résolue. Benoit XIV, De missas sacrificio, 1. Il, c. xvm. Lesley admet que dans certains sacramentaires ces paroles peuvent en effet se rapporter à une bénédiction de ce genre; mais 11 n’y voit qu’un cas particulier. Selon lui les paroles sont trop précises, les gestes trop solennels, pour qu’on puisse les appliquer ù autre chose qu'aux éléments consacrés dans l’eucharistie, col. 553, note c. I.’élévation à ce moment est aussi un usage général. C’était avant le xi· siècle l’élévation principale. On remarquera aussi que dans le missel romain, l'oraison est adressée au Père et qu’elle se termine par une magnifique doxologie qui a disparu dans la messe mozarabe. Le Credo. — Les Espagnols furent les premiers en Occident à introduire à la messe la récitation du symbole de Nicée-Conslantinoplc. L’usage existait déjà en Orient, ct en 568 Justin 11 en faisait une loi. Le III· concile de Tolède, en 597, édictait ut prius quam dominica dicatur oratio, voce claca a popu­ lo (symbolum constantinopolitanum ] decantetur, quo fides vera, etc. Nouvel exemple de l’emprcsscmcnl que mettaient les prélats espagnols à suivre les usages de Constantinople. D’Espagne la coutume sc répandit dans les Gaules; Home y fut longtemps réfractaire cl ne céda qu'au xi· siècle. En réalité la vraie place du symbole est au baptême, et il n’est pas un élément essentiel à la messe. Les Églises gallicanes le chantè­ rent après l’évangile, à la lin de la messe des catéchu­ mènes; c’est aussi la place qu’on lui donna à Rome. Les Espagnols, comme les grecs et les orientaux, en le mettant à la fin du canon avant le Pater, dérangeaient un peu l'équilibre général de cette partie de la messe, et diminuaient d’autant l'importance du Pater. Celle histoire de l'insertion du Credo & la messe est assez connue, nous n’y insisterons pas; ci· Mgr Batif­ fol, Leçons sur la messe, p. 11. Voir aussi la noie de Lesley qui, comme toujours, est fort instructive, ct celle de dom Férotln. Pour les variantes assez curieuses du texte espagnol, le Credimus, l Omousion, l’ex Pâtre cl Filio procedentem, etc., cf. Lesley, P. L., loc. c/7., col. 555 sq., cl Liber mozarabieus, col. 37. Le Liber mozarabicus, contient une formule d’intro­ duction pour le Credo : Omnes qui Christi sanguinis effusione, etc., qui ne sc rencontre dans aucun livre imprimé, ct même, au témoignage de dom Férotln, dans aucun manuscrit. Liber mozarab., ibid. Fraction. La fraction est assez compliquée dans le rite mozarabe. Le prêtre divise l’hostie par le milieu, il place une moitié dans la patène, l’autre est divisée, en cinq autres parties placées aussi sur la patène; il divise la première partie en quatre. Les neuf parlies Te p restante snilcte Domine : quia lu hire oninhi nobis ainsi obtenues sont arrangées en forme de croix et Indignh servit tuis : valde bona creas : sancti 4- liens, vivificat 4- bene f- dicis ac profitas nobis : ut sit (sint) chaque fragment reçoit son nom : Corporatio (ou incar­ benedicta a te Deo nostro in secula secutorum, ir. Arnen. nation), nativitas, circumcisio, apparitio (ou éplphanlc) Le prêtre prend alors l’hostie consacrée sur la passio, mors, resurrectio, ct ά part gloria, regnum. patène, la pose sur le calice découvert el dit ou La figure est donnée deux fois dans P, L., loc. cit., chante : Dominus sit semper vobiscum. IL El cum spi­ col. 118 et 557. Saint Hlldephonsc fait allusion au ritu tuo. Fidem quam corde credimus ore autem dica­ nom de ccs fragments, De cognitione baptismi, c. xix. mus, cl il élève l'hostie consacrée pour la montrer au cf. Liber mot., p. xxm. Inutile de dire que tous ccs peuple. Dans certains lieux on dit à la place une rites ne sont pas anciens, pas plus que n’est ancienne antienne ad confractionem panis. P. L., loc. ci/., col. 117, la coutume de faire ici le Memento des vivants, car cf. 554. pour l’explication de celte oraison. Ici, comme on a eu déjà au commencement de la messe des lidèles un Memento des vivants et des morts. Puis le symbole dans le missel ambrosicn, VJhcc omnia semble se rap­ fini, on dit le Pater. La fraction du pain, rite si impor­ porter aux éléments consacrés, le pain ct le vin, créés par Dieu, sanctiliés par la prière, vivifiés par la consé­ tant à l’origine qu’il a donné son nom à la messe, est devenue ici, comme dans les liturgies celtiques, très cration, bénis par le Saint Esprit (épiclèse) et enfin 2537 MOZARABE (MESSE), LA COMMUNION compliquée, jusqu’A tomber parfois duns la supersti­ tion; ce rite est accompagné d’ordinaire d’un chant ronfradio, que l’on retrouve dans la plupart des litur­ gies; il est appelé parfois chez les mozarabes Laudes ad confractionem, cf. Liber ordinum, col. 239, ct Liber mozarabicus, p. xxm. Cf. notre article Fraction dans Diction, d'archéol., ct P. L., col. 118 cl 557. Le Pater est récité à la messe mozarabe comme dans la plupart des liturgies, cl il est précédé d'un prélude qui varie selon les jours; c’est A peu près toujours une paraphrase analogue au prélude romain, mais d’ordinaire plus étendu et plus compliqué. Le Pater se termine par un embolisme dont nous parlerons tout à l’heure. P. /.., col. 118, cf. 559-561. Chose assez singulière le prélude débute par le mot Oremus chanté par le prêtre. Mais celte rubrique est d'Age postérieur, comme celle qui prescrit Voremus avant V Agios. Dans I’Église d’Espagne, ù l’époque ancienne, ce n’était pas au prêtre â dire Oremus, mais au diacre, A qui étaient aussi réservées les autres interventions : Flectamus genua. Erigite vos, Levate aures ad Dominum, SilenHum Jacite. Saint Isidore dit des diacres ; Hi voces lonilruorum, ipsi enim, clara voce, in modum pnreonis, admoneat cunctos sive in ora nd/). sive in flectendo genua, sive in psallendo, sive in lectionibus audiendo, etc. De ofllc. eccl., I. Il, c. vim Etherius y fait aussi allusion. Adv. Elipand., I. 1. Même usage signalé par le Pseudo-Germain; cf. col. 1079. La présence du Pater à la messe dans la plupart des liturgies, au moins A partir du iv* siècle, est un fait bien connu. Cependant en Espagne certains prêtres ne le disaient que le dimanche. Aussi le IV· concile de Tolède, can. 10, le proclamc-t-il obligatoire chaque jour. La manière de le réciter n’était pas la même par­ tout. En Espagne, le prêtre commence Pater noster gui es in cadis et le peuple répond : Amen; ainsi A toutes les demandes. Au Panem nostrum quotidianum da nobis hodie, il répond Quia tu es Deus, ct A la lin sed libéra nos a malo. Amen. Le Pater est la septième ct dernière des oraisons de la messe selon saint Isi­ dore. De ofllc., I. I, c. xv. P. L., loc. cil., col. 559 sq. L’embolisme n’est pas variable, comme chez les gallicans; c’est une paraphrase delà dernière demande en forme d’oraison litanique. Liberali a nudo : confirmati semper m bono : tibi servire mereamur Dconc Domino nostro. Pone Domine finem, (le prêtre se frappe lu poitrine) peccatis nostris : da gau­ dium tribulatis : probe redemptionem captivis : sanitatem infirmis : rcqulemque defunctis. Concedo pacem et securi­ tatem in omnibus diebus nostris ; frange audaciam Inimi­ corum nostrorum : et exaudi Deus ondfonc* servorum tuorum omnium fidelium chrisfianorum in hac dic et In omni tempore. Per Dominum, etc.. P. L., coi. 119. Lc Liberati est chanté connue le Pater; même usage dans le rit lyonnais et même dans la liturgie romaine au Vendredi saint. Après l’embolisme, le prêtre prend sur sa patène le fragment d’hostie qui correspond A regnum (voir plus haut la fraction), il le tient sur le calice, el l’y laisse choir en disant ; Sancta sanctis et conjunctio corporis Domini nostri J esu Christi : sit sumentibus ct potantibus nobis ad veniam : el fidelibus defunctis prestetur ad requiem. De PAqucs A la Pentecôte, il dit A la place, ct A haute voix trois fois les mots Vieil : Ico de tribu Juda radix David, A quoi l’on répond ; gui sedes super Cheru· bim radix David, Alleluia. P. L., loc. cil., col. 119. Le Sancta sanctis est une ancienne formule orien­ tale, A laquelle fait déjà allusion saint (’.vrille de Jéru­ salem et qui est conservée dans la plupart des litur­ gies orientales. Elle perd ici un peu de sa force parce qu’elle est dite A voix basse, et qu’elle fait partie d’une oraison de commixtion. Lesley suppose avec raison qu’autrefois le Sancta sanctis se disait A haute voix 2538 en Espagne cl en Gaule» comme chez les orientaux', cl qu'il était suivi comme en Gaule du Trecanum, chant en l’honneur de la Trinité, Chez les orientaux aussi le Sancta sanctis est une doxologie. P. L., loc. cil., col. 561, note a. Remarquer que dom Marlène a relevé dans deux manuscrits d’Angers une formule Sanctum cum tandis, et Sancta cum sanctis et commix­ tio, etc.. De ant. Eccl. rit., 1. I, c. iv, art. 9. Quant A In formule de Commixtion, Il faut naturelle­ ment ajouter el sanguinis, A corporis, comme le suggère le potantibus nobis; clic correspond à celle du canon romain : Hxc commixtio et consecratio corporis et san­ guinis, etc., ct à celle du canon arnbrosicn qui est presque semblable. Le rite de commixtio lui-même est ancien et commun A la plupart des liturgies, mais Ici comme pour la fraction, il existe une grande variété d’usages. Nous nous contentons de renvoyer A notre article Messe où nous avons signalé ccs différents usages. On pourra lire aussi la note où Lesley rapporte ces rites cl les compare, loc. cit., col. 561, noie b. Cf. aussi Liber ordinum, p. 239-241, ct Liber mozar., p. xxm. Héndtidion. Le rile de la bénédiction, en Espa­ gne comme en Gaule, est après le Pater. Le diacre avertit le peuple : Humiliate vos benedictioni. Dominus sit semper vobiscum. κ. Et cum spiritu tuo. Lc prêlrc bénit alors par une formule variable cl qui est entre­ coupée d Amen comme le Pater. En voici un exemple : liluslrct vos unigenitus fUius Dci luminc adventu* sut : <1 ui vos redimere non dedignatus est precio sanguinis proprii. fp. Amen. Accingat vos virtutibus pacis : cl ditet muneribus eoplo^fs. f . A men. Ipsumque Dominum semper habeatis protectorem : quem omnipotens pater suscitabit de tribu Juda victorem. ir. Arnen. Per misericordiam ipsius Dei nostri : qui est l»enedlctus rl vivit ct omnia rrgit in secula seculorum. Amen. P. L., coi. 1!9. Il y a quelques différences pour la forme extérieure de cette bénédiction entre les Églises des Gaules ct celles d’Espagne, mais le fait d’une bénédiction A ce moment leur est propre, ct le rite chez les unes ct les autres présente des analogies frappantes. L’Église d’Afrique avait aussi la coutume des bénédictions épis­ copales, comme on peut le voir par la lettre du concile de Carthage A Innocent Ier contre Pélagc et Célestinus. el par la lettre ct.xxix de saint Augustin A Jean de Jérusalem. Mais ni la liturgie romaine, ni les litur­ gies grecques ct orientales ne suivent cet usage. On trouve à la vérité des formules de bénédictions épisco­ pales dans les recueils romains, mais ce sont des addi­ tions gallicanes. Le \ (· concile de Tolède rappelle la pratique d’Espagne par ccs mots : Ut post orat io­ rum dominicam d conjunctionem panis d calicis, bene­ dictio in populum sequatur, et tum demum sacra­ mentum corporis d sanguinis Domini sumatur. Canon 18, P. 1... coi. 592. note b. Communion. — La communion dans la liturgie mozarabe comprend un ensemble de rites el de for­ mules qu’il faut d’abord décrire ; salut au peuple par le Dominus sit semper vobiscum ; chant du Gustate ct videte el autres versets, doxologie : Gloria et honor Patri. Pendant le chant du Gustate, le prêtre prend la particule d’hostie qui répond au mol gloria, la tient sur le calice en récitant Panem celestcm, puis il dit ; Memento pro mortuis et récite les oraisons suivantse : Domine Deus mrus : da mihi corpu> ct sanguinrin Pilil lui Domini nostri Jesu Chrhti Un Minière : ut per lllud rcmfvxioncm omnium |M*ccatonim rncrrar nccificrc : ct tno snnclo spiritu repleri Deus noster : qui vivb. cto. Ave in evum Mincti*Mmn caro Christi in perpetuum summa dulcedo : panem cclc-dcm accipiam, etc. Il fait le signe de la croix avec l’hostie, consomme la particule qu’il avait en main, couvre le calice el consomme les autres fragments de l’hostie en suivant 2539 MOZARABE I MESSE), REMARQUES GÉNÉRALES l'ordre Indique; il pote la patène sur le calice ct dit : Ave in rvum crlesti* potus : qui niiîii ante omnia et super omnia dulci* ci. Corput ct Minguh Domini nostri Jesu Christ i custodiat corpus et animam meam in vitam cternain. Arnen. Il prend le précieux sang et dit l’oraison : Domine Deus meus Pater ct I-’ilius et Spiritus sanctus: fac me te semper querere ct diligere : ct a te |»cr hanc sanc­ tam communionem quam sumpsi numquam recedere : quin tu es Deuset prêter te non est alius in secula secu­ torum. Arnen. cl. chœur chante Refecti corpore cl sanguine, etc. Le prêtre va au coin de l’autel et récite une oraison qui débute comme le chant précédent : Refecti Christi corpore ct sanguine, etc. C’est la prière d'action de grâces qui se termine par la doxologie : Per miseri­ cordiam tuam, etc. P. col. 120, cf. aussi col. 551, 561,561, 566, et Liber ordinum, col. 211. 212; Liber mozarableus, p. xxm. Le diacre Intervenait â la communion, par l’avis : Locis vestris accedit/. Chacun devait prendre sa place selon un ordre strictement établi, haut clergé, bas clergé, hommes, femmes; il donnait â chaque fidèle une part du sang, car la communion avait lieu sous les deux espèces. L’antienne Gustate est appelé ad acce­ dentes. Le Liber mozarabicus et le Liber ordinum contien­ nent parfois après les prières de communion une oratio completuria,o\\ simplement completuna qui rap­ pelle la postcommunion romaine. On en trouvera plusieurs exemples, Liber ordinum, col. 272, 273; Liber moz., col. 343, ct p. xxm et xxxv, et à V Index | au mot comptrturia. La fin de la messe est ainsi annoncée? Le prêtre salue le peuple par le Dominus sit., etc. Le diacre annonce : Solemnla completa sunt in nomine Domini nostri Jesu Christi, votum nostrum sit acceptum cum pace. R. Deo gratias. />. /.., toe. cit., col. 120. Au Liber mozarabicus | le diacre dit Missa acta est (p. xxxv). IV. Bi.mahques gênéhai.i.s. 1· Analogies entre la liturgie morazabe et la liturgie gallicane. — La première remarque portera sur les analogies entre la liturgie mozarabe ct la liturgie gallicane. Nous les avons notées au passage dans cet article. Elles sont de telle nature qu’elles ne s’expliquent pas par quelques emprunts et échanges entre les deux liturgies, ce qui ne devrait pas nous étonner, l’Espagne chrétienne ayant été du v· au vin· siècle en rapports fréquents avec la Gaule, surtout par la Septlmanie. Il faut aller plus loin cl dire que. d’un côté ct de l’autre des Pyrénées, c’cst au fond la même liturgie avec quelques variantes qui portent sur des points secondaires. Le style lui-même vt les amplifications présentent des caractères iden­ tiques. Ces ressemblances ont frappé depuis longtemps les liturgistcs; ils sont d’accord sur le fond de la question ct la discussion ne porte que sur un point, est-ce la liturgie gallicane qui procède de la liturgie mozarabe ou celle-ci de la première? Les avis sont partagés. Nous n’entrerons pas dans cette discussion qui ne nous intéresse qu'indirect ement ct qui du reste n'a pas encore été suffisamment étudiée. 2· Analogies entre la liturgie mozarabe ct la liturgie romaine. — Elles sont moins frappantes au premier aspect. Ce que nous remarquons avant tout dans la liturgie romaine, c’est sa simplicité, l'austérité de scs formes, la concision ct la force de son style; au con­ traire, nous avons noté, dans l’étude qui précède, l'em­ phase, la prolixité, la complication, la surabondance des formules ct des rites de la liturgie mozarabe. Il est évident que les deux liturgies ont vécu à part l'une de l’autre, se sont développées chacune selon son esprit, et l'histoire civile et politique de l’Espagne wisl- 2540 gothlque confirme cette Impression. Ces différences entre Home ct Tolède iront-elles jusqu’à nous obliger de conclure que les deux liturgies ont une origine diffé­ rente ct n’appartiennent pas au même groupe? Certains l’ont cru,qui attribuent à la liturgie mozarabe ct à la liturgie gallicane une origine orientale, laquelle les classerait toutes deux dans une famille étrangère à la liturgie romaine. Cette conclusion ne nous parait pas s'imposer ct l'opinion tend de plus en plus à s'établir parmi les liturgistcs, que les différences entre ccs diverses liturgies latines ne sont pas aussi fonda­ mentales qu’on le dit, cl qu’au contraire il existe entre elles des caractères qui les rapprochent. Il y a d’abord ce fait essentiel qui différencie les liturgies latines des liturgies orientales. Le système même de leur composition est différent. En Orient, les oraisons de la messe sont invariables; c'est tou­ jours la même messe dite tous les jours de l’année, saut de rares exceptions; les lectures seules varient. En Occident, au contraire, nous avons des liturgies à embolisme; le calendrier influence la composition des messes; les parties les plus essentielles : collecte, pré­ faces. quelques prières même du canon, postcommu­ nion. toutes ccs formules varient selon les époques liturgiques et les fêtes, aussi bien que les lectures. 11 y a là un système que l’on reconnaît au premier coup d’œil dans les liturgies latines et qui est étranger à l’Orient. Le fait de la similitude des paroles de la consécration est une autre analogie de grande importancc.qui s’expli­ querait difficilement si ces liturgies étaient d’origine différente. Les liturgies latines ont adopté la formule qui pridie, tandis que les liturgies orientales l’ont rem­ placée par celle de Vin qua node tradebatur. Sur ce point nous l’avons dit. malgré les changements sur­ venus dans la suite, la liturgie mozarabe ne fait pas exception. On trouverait bien d'autres analogies dans le voca­ bulaire, dans le calendrier, les époques liturgiques, notamment la forme du carême, le cursus de l'office, etc. Chacun de ces points devrait être traité en détail, si c’était ici le lieu. Mais encore une fois la question n’est pour nous que secondaire. Contentons-nous de dire que les derniers travaux des liturgistcs tendent plutôt à reconnaître entre les liturgies latines des liens de parenté plus étroits. Les différences de style s'expli­ quent par le fait que les compositions mozarabes sont plus récentes que les romaines, lesquelles remontent d’ordinaire au νι· et même au v siècle. Au contraire en Espagne, si quelques formules remontent à cette époque, les longues illationes, les Pos/ pridie ct autres compositions sont du vr, vu*, même du vin· tiède, dans un pays qui ne gardait pas les traditions classiques de Home, mais où régnait le goût des ampli­ fications de rhétorique avec tous ses abus. 3· La liturgie latine primitive. Mais si l’on dégage la liturgie mozarabe, aussi bien que la liturgie romaine, des additions ou superfétations des vin· et ιχ· siècles; si l’on essaie de remonter au vr et nu v* siècle, on entrevoit une époque où les liturgies latines étaient beaucoup moins éloignées les unes des autres, ct où elles présentaient malgré leur diversité un même visage, qualem decet esse sororum. La physionomie de cette liturgie latine antérieure nu vn* siècle, reste sans doute encore assez obscure, mais on peut distinguer cependant quelques traits généraux : 1. L’nvant-mossc se compose de trois lectures ct de chants ou psalmodie qui d’ordinaire suivent chacune des lectures ct d'une oraison. Ccs chants ou psalmodie comprennent des versets de psaumes sous la forme de répons ou d’antienne. L'AItehiia et le Gloria in excelsis Deo ou un autre cantique vn font aussi partie; 2501 MOZARABE (.MESSE), RE M A R Q U ES G ft N É R Λ L ES ainsi qu'une prière spéciale, les litanies dlaconales avec les Kyrie eleison ; 2. L’avanl-iiicsse se termine par le renvoi «les caté­ chumènes et des pénitents; 3. La messe proprement dite commence par une prière des fidèles dont il reste peu de traces; L L'offertoire présente des caractères analogues dans ccs diverses liturgies; 5. La préface précédée d’un dialogue ct aboutissant au Sanctus est livrée dans ccs Eglises à la liberté de l'improvisation, comme les autres oraisons; 6. Le Sanctux est suivi du licnrdictus qui oenit, tandis qu'en Orient le Sanctus se contente delà formule du prophète Isaïe, ct n'admet pas de complément; 7. Le Vere sanctus qui existe chez les mozarabes cl les gallicans, est absent â Home; 8. Le Qui pridie sc rattache au Sanctus ou au Vert sanctus par une courte formule, dont le livre De myste­ riis semble nous donner la forme la plus ancienne; 9. L’anamnèse suit la consécration dans la plupart des rites; 10. Le Post pridie cl l’épiclèse, qui tiennent une grande place dans les liturgies gallicane ct mozarabe, ont décidément disparu dans la liturgie romaine. Mais en a-t-il toujours été ainsi? L’anaphore de la Para­ doxis <ΙΊ lippolyte, composée, à Home au m* siècle, a une epidèse, si discrète qu’on voudra, mais qui est bien une invocation au Saint-Esprit. Certains textes anciens semblent faire allusion à une épiclèsc romaine. Cf. iïpiclèsc dans Diction, d'arcMol. Mais, tandis que l'Eglise romaine avait une tendance à abréger et même à supprimer. l’Eglise d’Espagne au contraire amplifiait, développait, multipliait formules cl rites; 11. Même constatation pour la fraction. Tandis que Home simplifiait le rite el supprimait l’antienne ad confringendum, en Espagne on compliquait singu­ lièrement le rite; 12. On pourrait marquer les mêmes difïercnccs et les mêmes analogies dans les rites de la communion ct du renvoi. Cela montre évidemment que l’une et l’autre Eglise avait ses tendances qui semblaient les éloigner l’une de l’autre dans l'accomplissement des fonctions litur­ giques, mais qui ne laissent pas de trahir une origine commune, et des analogies plus nombreuses à la période primitive. La comparaison du calendrier, des divisions de l'année liturgique, du cursus de l'otllcc, amènerait, pensons-nous, au même résultat. I Origine de lu liturgie mozarabe. Les analogies qui existent entre les liturgies gallicane et mozarabe d’une part.ct les liturgies orientales d’autre part, ont porté, nous l’avons dit, certains liturgistcs à chercher l’origine des liturgies mozarabe et gallicane en Orient. Comment sc serait faite cette transmission, il n’est pas facile de le dire. Sans doute saint Polhin et saint Irénée viennent d'Orlcnt. Il est impossible de dire quelle était ù celle époque la liturgie d’Ephèsc ou (l’Antioche; on n’a sur les liturgies jusqu’à In lin du second siècle que des renseignements très insufllsanls. lout ce qu’on peut «lire, c’est qu'il y avait à celle époque une pturgie aux caractères très variés, la plus grande liberté régnant sur les questions litur­ giques aussi bien (pie sur les questions disciplinaires. Mais, au milieu de toutes ces variétés, on distingue une liturgie unique dont les caractères essentiels sont les mêmes. Quant aux emprunts de la liturgie mozarabe à la liturgie de Byzance, ils sont nombreux; nous les avons relevés dans celte élude; on peut même assigner à peu près la date de certains de ces emprunts. Il ne faut pas oublier (pie Home de son côté a adopté quel­ ques-uns de ccs rites byzantins. Mais quelque nom- 2542 breuxque soient ccs emprunts, ils ne favorisent pas la thèse qui cherche en Orient l’origine de la liturgie mozarabe. On sait que de leur côté 1rs papes ont toujours pro­ clamé que la fol avait clé portée en Espagne et en Gaule par des missionnaires venus de Home. On admet sans trop de difficulté que l’Afrique cl l'Espa­ gne ont reçu de Borne le christianisme. Si le fait est accorde, il sera difficile de nier que Borne n’ait pas donné a ccs Eglises sa liturgie en même temps que sa foi. 5· Caractère spécial de la liturgie mozarabe. — Quelque conclusion que l’on lire des réflexions qui précèdent au sujet dr l’origine de la liturgie mozarabe — ct la question, on l’a vu. n’est pas encore suffisam­ ment éclaircie - on peut dire que la liturgie mozarabe est, dans une large mesure, une liturgie autochtone, comme celle des Gaules, sa sœur. Un bon nombre de scs formules ont été écrites par des prélats espagnols; certains rites sont aussi de sa création. Tolède fut pendant des siècles un centre pour la liturgie que l’on peut appeler vraiment une liturgie nationale. G· La question de l'orthodoxie de la liturgie mozarabe a clé abordée souvent depuis Bona, Lebrun, Lesley, jusqu’à Gams, dom Eérotin, Ed. Bishop, Mgr. Mercati. (Voir aussi Adoptianisme, col. 103 sq, qu’il faut com­ pléter par l’article Eupand, col. 2333 >q.,et Litvroii , col. 811 sq.) Ceux qui la défendent ont beau jeu a citer les approbations de Jean X, cl surtout d’Alexan­ dre 11 au concile de Mantoue en 1064. ct plus tard celle qu’obtint le cannai Ximénès. Mais ceci ne dirime pa la question, car les livres de cette liturgie furent corri gés après les luttes qui suivirent la querelle adoptianlste. Les textes cités par Elipand favorisent certaine­ ment cette erreur. On répond que l’évêque de Tolède a falsi lié les textes de la liturgie dans le sens de son erreur. Ce qui est curieux, c’est que scs adversaires ne l’aient pas sommé de présenter ses livres pour fournir ses preuves. D’après Ed. Bishop, Mgr Mercati el dom de Bniync dont les articles sont cités dans notre bibliographie, Elipand a purement ct simplement cite les textes qu’il avait en mains, on s’est trop pressé de l’accuser de falsilication. U faut dire simplement que sur ce point la liturgie mozarabe ne s’exprimait pas en termes suffisamment précis ct corrects. Ce n’est pas du reste la seule liturgie dont certains textes soient sujets à caution; on en relève dans la liturgie gallicane ct dans les liturgies orientales. Celle opinion des critiques que nous venons de citer mérite certaine­ ment considération. Pour nous la question d’ortho­ doxie de la liturgie mozarabe, et même celle de Vadopliant sme serait à reprendre el a étudier à fond. F. A revalu, Sancti hidori operti ottuua, P. L., t. t.x.xxt· « xxxn. notamment. t. i, /tidoriann; Bianchmi, 77K>mlogle. Le 16 décembre 1691, il était reçu docteur in utroque pire, mais il avait pourtant en même temps que le droit étudié les sciences sacrées; le 18 décembre, en effet, il était ordonné diacre, le 24 septembre de l’année suivante. 1695, il recevait la prêtrise Mais déjà à ce moment il avait quitté Modènc. Le I*. Benedetto Bncchini. bibliothécaire du duc de Modvn«·. avait, en effet. remarqué scs particulières dispositions pour les recherches érudites, et l avait encouragé à suivre cettc«oie. En 1695, le jeune Mura· ton, ύ peine Agé de vingt-trois ans, entrait comme docteur a la célèbre bibliothèque nmbrosienne de Milan. Dr* les années suivantes, il se faisait connaître par la publication d’un certain nombre d'inédits. Mal­ 2548 gré les séductions que présentait pour lui le séjour â proximité de la bibliothèque mnbro.siennc, il axait gardé néanmoins la nostalgie de son pays natal. Dès le début de 1760, il négociait avec le duc de Modène pour rentrer en cette ville en qualité de bibliothécaire ct d’archiviste de l’État; l’affaire était réglée en août, au moins pour ce qui concernait la bibliothèque, el Muralori venait s’installer à Modène; enfin en 1702 on lui confiait en même temps le soin des archives. De modestes charges ecclésiastiques vinrent s’ajou­ ter peu à peu à ces occupations. Nommé en 1711 prieur el recteur de Saint-Agnès, à Ferrure, il administrait ce bénéfice par un vicaire; mais quand il eut obtenu, en 1716, la prévôté de Santa-Maria delta Pomposa, ù Modène, il s’installa dans la maison prévôtalc ct remplit avec ponctualité cl zèle les obligations de son ministère. Pieux, charitable cl très régulier, ce prêtre avait une très haute conscience tant de ses devoirs professionnels que des obligations intellectuelles, que lui créaient el sa situation et les admirables dons de son Intelligence. Travailleur infatigable malgré une santé souvent débile, il ne connut guère le repos. Sa vie n’est plus que l'histoire de ses ouvrages, de scs rela­ tions scientifiques, des quelques voyages qu’il est obligé de faire pour ses travaux. 11 mourut pieuse­ ment le 23 janvier 1751 dans la maison prévôt ale de Santa-Maria. II. (Ευvues. L’œuvre littéraire de Munitori esl énorme; à côté de lui pâlissent presque les grands éru­ dits de la France du xvu* siècle, les Mabillon, les Montfaucon, les Baluze. Il semble qu’avec lui l’Italie veuille se réveiller d’un long sommeil qui a commencé avec la fin de la Henaissance, cl reprendre la maîtrise intellectuelle qu'un instant elle a exercée au début des temps modernes. D’une fécondité prodigieuse, il est en même temps d’une universalité étonnante. Bien chez lui du spécia­ liste jalousement confiné dans sa profession, rien du bibliothécaire exclusivement éditeur iVAnccdota. Muralori a su dire son mot dans les questions d’ordre littéraire, aussi bien qu’en philosophie, en droit, en théologie, en histoire, même en science ct en médecine; il est intervenu dans une foule des problèmes de son époque, y compris les problèmes économiques. Ge savant modeste, cloîtré en sa bibliothèque de Modène, d’où il n’est guère sorti, a été consulte par presque tout ce que l’Europe de son temps a compté d’illus­ trations, y compris le pape Benoit XIV qui t’honorait de son amitié. Son Epistolario récemment édité com­ prend plus de 6000 pièces d’une Inouïe diversité. Il ne saurait être question ici d’énumérer toutes les productions de Muralori (pour les catalogues de scs œuvres voir la bibliographie). Nous laisserons celles qui sc rapportent exclusivement â la littérature pro­ fane; nous ne ferons qu’indiquer les productions strictement historiques, parce qu’elles touchent plus ou moins â l'histoire ecclésiastique; nous accorderons un peu plus d’attention a celles qui se rapportent à l’ancienne littérature chrétienne, à la philosophie; enfin nous insisterons sur quelques publications stric­ tement théologiques, d’autant que la mention qui en a été faite â divers endroits de ce dictionnaire risquerait d’induire en erreur sur le vrai caractère de ccs œuvres. Ie (Euvres historiques. (’.’est a elles que Muralori doit la grande réputation dont il jouit aujourd’hui encore, dans le monde de l'érudition. L Éditeur de textes, Muralori a mis au jour avec l’aide de divers collaborateurs une quantité énorme de documents, encore enfouis dans les bibliothèques de son temps Herum Italicarum scriptores ab anno icric Christiana: /00 ad tôoo, quorum potissima pars nunc primuni in lueem prodit ex \.mbrosianu!, Esten- 2549 Μ( ΗΛΊΌΚΙ altarumque insignium bibliothecarum codicibus, t. .1. Muratorius collegit, ordinavit cl prtefatlonibus auxit, 25 vol. in-fol.. parus à Milan de 1723 à 1751. Γηο description sommaire du contenu de chaque volume se trouve nu l. xxv, appendice, p. 1 sq., ainsi que diverses tables qui rendent relativement facile le maniement de cette volumineuse collection. Le I. m est particulièrement important pour l’histoire ecclésiastique, puisqu'il renferme les vies des papes, depuis les origines (Liber pontificalis) jusqu'à Sixte IV. Depuis 1900, V htituto storico Italiano a eut repris de rééditer et de compléter, en un format plus maniable et en tenant compte des exigences de la critique moderne, cette gigantesque compilation, sous er titre : Raccolla degli xtorici italiani dal cinquecento al millecinquecenlo, ordinata da L. A. Mara­ tori, nuova edizione riveduta, ampliata r correlta, sous hi direction de J. Carduccl, V. Florin!, I’. Fedcle. Cette publication, bien avancée a l’heure présente, n été doublée à partir de KH 3 par un Archivto Muratoriano, Studi c ricerche in servigio della nuova edizione dei Rehvm itaucaiu m sciupToiu s, sous la direction de v. Florin!. Les Antiquitates italien: Medii .Evi, 6 volumes In­ fol., Milan. 1738-1713, nc font pas double emploi avec la collection précédente. Comme le sous-titre l’indique, ce sont des Dissertationes de moribus, ritibus, religione, regimine, magistralibus, legibus, studiis litte· rarum, artibus, lingua, mi Ii lia, etc. italici populi, depuis la chute de l'empire romain jusqu’en 1500, mais ces dissertations sont appuyées sur une quantité de diplômes ct de chartes, pour le plupart inédits. C’est dans la dissert· χίί. Dr literarum statu, neglectu ct cultura in Italia post Barbaros in cam Invectos, qu’est publié pour la première fois, I. ni, col. 851-856, le célè­ bre texte relatif au canon du Nouveau Testament qui a gardé le nom de Fragmentum Muratorlanum; l’éditeur le donne sous ce titre : Fragmentum acephalum Caii, ut videtur. Romani presbyteri, qui circiter annum Christi 19G floruit dr canone sacrarum scrip­ turarum. Le Xovus thesaurus veterum inscriptionum in pnvci puis earundem collectionibus pnvlcrmissarum, I vol. in-fol., Milan, 1739-1713, n’est pas, de l’avis des éru­ dits, l’œuvre la meilleure de Muralori; les inexacti­ tudes et les confusions n’y manquent pas. 2 Les Annali d'Italia dal principio delTEra crisliana /ino al anno 1749, en 12 vol. in-l4, parus à Milan do 1711 à 1719 (réédités à Home ct à Naples, en 2 I in-8*, 1753. etc.), mettent en œuvre, sous la forme annallstique, chère aux érudits italiens de l’âge précé­ dent, les documents, rassemblés dans les collections précédentes. 3. D’un genre tout différent est l'histoire des mis­ sions du Paraguay, entreprise pour la défense des jésuites : Il cristiancsimo felice nellr missioni de i Padri délia Compagnia di Gesfl net Paraguai, 2 vol. Ill I . Venise, 1743 et 1719. 2* Ancienne littérature chrétienne. C’est par des publications relatives à celle discipline que Mura­ lori s’est d'abord fail connaître. 1. En 1697, il fait paraître à Milan le l. i des Anecdota qmv ex Ambrosïann- bibliotheca: codicibus nunc primum eruit, notis ac disquisitionibus auget L. A, Muratorius. (’.c vol. petit in-l·contient d’abord quatre poèmes inédits de saint Paulin de Noie, ct vingt-deux dissertations sur divers points de lavic.de la famille, des relations de Paulin. On notera la diss. XVI, De trmplorum apud veteres christianos ornatu ac de diurno m eis cereorum usu; la diss WH, Dr veterum Chris­ tianorum sepulcris, et la diss. XVIII, De votis volivisqur Christianorum oblationibus m sanctorum venera­ tionem /actis. Poèmes cl dissertations sont reproduits λ/λ 2550 dans P. L., t xi-i. col. 509, 551, 571. 691 ; ct 779-836. Le traité un peu plus long, Dr antiquo jure métropolite Mediolanensis in episcopum Ticinensem qui termine le volume n’a pas été reproduit d ms P. L. Trois autres volumes d'Anecdota parurent sous le même litre, l’un à Milan, 1698, les deux autres a Padoue, 1713. Le t. n, de contenu très mêlé, contient entre autre.! la Fides Bachiaril ( P. L., t. xx, col. 1019-1036), un fragment manichéen avec dissertation sur ces hérétiques; une disquisitio de reliquiis, une exposition du symbole Qitlcumque attribuée à Fortunat avec une dissertation sur l’auteur du symbole, enfin une disquisitio de quatuor temporum jejuniis eonimjue origine et usu. Le l. m donne un texte complet du De oratione de Tcrtullicn. un traité anonyme du corn put (P. L ., t. c.xxix, col 1273-1372): cinq lettres et deux sermons d’IÎildrbcrl du Mans; le Liter de corpore et sanguine Christi de Gézon (P. L , t. cxxxvn. col. 369-106), el des pièces plus modernes. Le l. iv enfin donne des sermons de Maxime de Turin, des morceaux de l’Antlphonaire de Banqor; l’opuscule de Manegold de Luttcnbach contre Wolfchn. 2. Publiés a Padoue, en 1709, les Anecdola grarca quæ ex mss. codici bu* nunc primum eruit. I.at io donat, notis ct disquisitionibus auget L. A. Muratorius fournissent une importante contribution à l’œuvre de saint Grégoire de Nazianze, 228 épigrammes (disper­ sées actuellement dans P,G., I. xxxvm); 15 lettres de Firmus de Césarée (P. G„ t. i.xxvn, col. 1 181-1511); la lettre, fabriquée par les apollin.instes, du pape Jules Pr à Denys d’Alexandrie, avec les preuves de son inauthenticité, et plusieurs dissertations impor­ tantes : De synisaclis et agapetis ( = Virgines subintroductæ), dédiée â Mont faucon: D: agapis sublatis (il s’agit des banquets donnés aux anniversaires des martyrs); Dr antiquis Christianorum sepulcris. 3. A l’ancienne philologie chrétienne on peut ratta­ cher l’opuscule Molivi di credere tuitavia ascoso e non iscopcrto in Pavia, Tanno IG95 il sacro corpo di S. Agostino, in-l·, Trente (Luc pies). 1730, sur les reliques de saint Augustin qu’on avait prétendu avoir été decouvertes à Pavie; mais surtout la Liturgia romana vttus, 2 vol. in-fol., Venise^ 1748, édition des trois anciens saenunentaires. léonien, gêlasiea, grégo­ rien. Les dissertations et les annotations sur le gélasicn de cet ouvrage ont clé partiellement reproduites dans P. L., I. lxxiv, col. 817-1211; les notes du lé >n!cn l. i \, col. 21-156. 3e (Euvres philosophiques. - Elles sont plus nom breuses qu’on nc l’attendrait d’un érudit, m us leur valeur est secondaire. L’auteur a publié lui-meme : La filosofia morale espostta c proposita ai giovanni, Vérone, 1735, Naples. 1737, etc.; on \ rattachera les Rudimenti di fllosofia morale per il principe ereditario di Modena, qui n’ont été publiées qu’en 1872, dans Scritti inediti di L. A Muralori pubbiicati a celebrare il seconda centenario dalla nascita di lui, Bologne, p. 177-260. -Della /orza della fantasia umma, in-8’, Venise, 1715; Delie forze dell intrndim nto ummo, o sia it Pirronismo confutato, trattalo oppouto at libro del prcleso Monsignor Huel, ln-8% Venise, 1715, etc. A quoi Γοη peut rattacher deux ouvrages, dont le premier au moins eut un grand retentissement : Dei difetti della g i uris prudenza, in-fol., Venise. 1712; in î . Naples, 1742; m s. Venise* 1743; Della pub· btica felicità, oggeito de i buoni principi, in-8*, Lac­ ques (Venise), 1719. I· (Euvres théologiqurs. — L Mentionnons rapide­ ment quelques ouvrages sc rapportant plutôt à la pastorale : Vita de P, Paolo Segncri funiore ed esercizii spirituali secundo it melodo del nvdesim) Padre, 2 vol. ln-8% Modène, 1720, et autres éditions. Nous aurons l'occasion de dire qu'une phrase des Excr- 2551 MURATORI vices causa par la suite une assez vive alerte; Della carita cristiana in quanto essa è amore, del prossi mo, in-4·, Modêne, 1723; plusieurs éditions à Venise; traduction française. Paris, 1745, très caractéristique des Idées de l’auteur sur la « bienfaisance ». 2. A la théologie dogmatique sc rattache d’abord la publication de deux ouvrages relatifs aux questions de la grâce, l’un de Celso Cerri, abbé des chanoines réguliers du Sauveur, qui voulait garder l’incognito, l’autre du sorbonniste François Diroys (+ 1690); Munitori les ht paraître sous cc titre : Elucidatio augustinianæ de divina gratta doctrina:, Cologne, 1705, a\tc des Prolegomena in etucidationem l.cscii Gron­ dermi ( — Cerri) de divina gratia ; il s'y montre augustinicn, mais hostile au jansénisme. — l.e De paraduo regnique cadcstis gloria non exspectata corporum resurrectione, in-4·, Vérone, 1738, est, comme le soustitre l’indique, une réfutation du livre posthume de Thomas Bumet (1635-1715) intitulé De statu mor­ tuorum ct resurgentium, publié en 1722. Esprit très libéré des attaches confessionnelles, Bumet avait fait la critique des doctrines théologiques courantes sur les fins dernières, en leur opposant l’incertitude des anciens Pères sur beaucoup de points qui nous parais­ sent fixés, ct l’imprécision de renseignement de l’Églisc orthodoxe. Muratori s’efforce de lui répondre en discu­ tant les objections scripturaires, patristiques, histo­ riques alléguées par l’Anglais, peut-être, avec une légère tendance Λ ramener les opinions aberrantes des Pères aux alignements de la théologie moderne. Il ajoute en appendice le traité de saint Cyprlcn De mortalitate. De même inspiration, bien qu’il ait été l’objet d’in­ vraisemblables querelles, est le traité De ingeniorum moderatione in religionis negotio, paru d’abord sous le pseudonyme très transparent (ct déjà employé pour des œuvres littéraires) de l.amindus Pritanius, in-l·, Paris, 1714; Cologne, 1715; in-8·, Francfort, 1716; nombreuses éditions subséquentes (nous avons utilisé celle de Venise, 1741). Cet ouvrage que Ton pourrait appeler le · manuel de la critique théologique»,comme l’indique d’ailleurs son sous-titre : ubi quæ jura, quic /rena jutura sint homini christiano in inquirenda et tradenda veritate ostenditur, mériterait plus qu’une simple mention. Rédigé pour répondre au théologien réformé Jean Le Clerc, plus ou moins touché d’armi­ nianisme et même de socinianisme, il a le mérite d’éle­ ver cl d’élargir le débat. C’est en délinitive une répli­ que de la Défense de la Tradition et des saints Pères, dirigée par Bossuet contre Richard Simon, mais avec cette différence que les attaques de l’oratoricn fran­ çais étaient moins dangereuses que celles du calvi­ niste, ct que surtout le défenseur de la tradition catho­ lique connaissait d’une autre manière que l'évêque de Meaux les pièces du procès. En 1703, Le Clerc avait fait paraître avec l’indica­ tion d’Anvers (en réalité à Amsterdam) un Appendix augu'tiniana, complectens S. Prosperi de ingratis carmen, cum Joannis Phercponi (c’était lui-même) cl aliorum notis, dissertationibus, censuris et animad­ versionibus, in omnia .S’. Augustini opera. Saint Augustin y était fort malmené; scs doctrines sur la prédestination, la grâce, son enseignement sur le mensonge, etc., Impitoyablement critiqués. Toutes ces questions augustinienne* sont traitées abondamment par Muratori dans le I. 111; mais les deux premiers livres débordent de beaucoup cc point de vue polé­ mique. C’est l’exposé des devoirs ct des droits du catholique (ou même simplement du croyant) devant les problèmes que ne cessent de poser les décou­ vertes historiques ct philologiques. Sans doute, «lit l'auteur, il faut rejeter le libre examen tel que l’enten­ dent les protestants; le croyant n’a pas le droit de 2552 mettre en doute les bases mêmes de sa fol, mais dans l’étude des arguments qui sont apportés pour la démonstration des vérités chrétiennes, il a le droit de sc montrer exigeant et de ne les accepter qu’à bon escient. Les jugements officiels de l’Église eux-mêmes, quand ils ne regardent que la discipline, n’enchalncnt pas sa liberté ; tout ce qui s’enseigne couramment dans les écoles, tout cc qu’on lit dans les livres litur­ giques, en matière d’histoire, de traditions, de vies de saints, peut ct doit être critiqué, c’est-à-dire examiné avec justice cl impartialité. Pour cc qui est des ques­ tions d'ordre strictement scientifique, le théologien n’y touchera qu’avec une extrême réserve, évitant de Her avec la foi des qucstiQps (.Muratori songe au système de Copernic et à l’affaire Galilée) qui en sont indépendantes. Qui* non videat periculosissimum esse atque a religionis Eccles inique institutione alienum esse velle id (la stabilité de la terre) nunc pertinere ad fidem, quod cras pertinere non possit? Eides atque sta­ bilitas credendarum in Ecclesia Christi absit ut ab humanis experimentis pendeat, 1. 1, c. xxn, p. 107. Et des théories philosophiques elles-mêmes, il ne faut pas s’empresser de déclarer qu’elles ont avec la foi une connexion nécessaire. Est-on bien sûr que les théories de Descartes sur la nature des corps sont contraires aux dogmes de la foi? L’Église a-t-elle jamais cano­ nisé la doctrine aristotélicienne? Le premier devoir du théologien est donc de circonscire très exactement le champ des vérités révélées et des enseignements dogmatiques. Et la théologie scolastique, la spécula­ tion dialectique ne saurait suffire à celte tâche : l’éru­ dition y est indispensable : Dogmatica heie opus est imprimis, ct non mediocri controversiarum quas cum hœreticis habemus peritia; ita enim sinceris hominibus melius innotescit qui sint jines tum verte doctrimc, tum disciplina: melioris. A cela contribuera la connais­ sance des conciles, des décrétales, de Ia patrislique; et donc les érudits ont droit de se faire entendre en un certain nombre de questions théologiques. A coup sûr, bien des idées exprimées ici par Muratori ne sont pas nouvelles; mais l’accumulation de ces vues intéressantes, de ces remarques parfois si lines, de ces très légitimes revendications fait de cet ouvrage un livre extrêmement remarquable, ct auquel il semble difficile de rien comparer à l’époque. Il a d’ailleurs, sur le moment, excité quelques colères. Incapables de rien découvrir dans l’argumentation générale qui pût Justifier la critique, les adversaire se sont rabattus sur un obiter dictum, autour duquel ils ont mené grand bruit. Leurs attaques amenèrent Muratori ù préciser encore et à accentuer sa position. A deux reprises le De ingeniorum moderatione avail touché, tout à fait en passant, à la doctrine de l'imma­ culée conception de Marie. Au 1. Il, c. xvn, il deman­ dait : l’Église pourrait-elle proclamer cette doctrine comme un dogme? et, très correctement, Il répondait : Tale jus ipsi esse absque hnisi talione affirmandum est, si aut per legitimam argumentationem ea Virginis prorogation e divinis Scripturis, aut ex probatissima ct constanti et antiqua Traditione Patrum comprobari potest, mais il rejetait d’avance toute l'argumentation que l’on pourrait tirer des révélations privées, des apocryphes ou même de la simple considération de convenance, ex congruitate. Un peu plus loin, nu I. II, c. vï, au milieu de divers conseils de prudence donnés aux théologiens et aux censeurs ecclésiastiques · en particulier, il avait un mot assez dur sur la pratique de dévotion qui commençait pour lors à se répandre en Italie cl que l’on dénommait le vieil sanguinaire. An laudandum votum sanguinis profundendi pro tuenda immaculata conceptione Virginis? Non répondait-il, car cette doctrine n’est encore (faute d’une définition de l’Églisc) qu’une opinion humaine, et on n’a pas le 2553 MU KΑΤΟK I droit d'exposer pour cclu h· bien qu’est notre vie. Cela était dit en une petite colonne, p. 137, mais cela ve­ nait après un avertissement aux censeurs ecclésias­ tiques d’avoir l’œil ouvert sur la superstition cl scs excès. C’est de ces quelques lignes que devait sortir toute la polémique que l’on a appelée duoœn sanguinaire, ct qui commença d’ailleurs une quinzaine d’années après l’apparition de l’ouvrage. En 1729, le jésuite Fr. Burgi faisait paraître sous le pseudonyme de Can­ didus Parthenotimus une défense du vœu : Votum pro tuenda Deiparir conceptione ab oppugnationibus recenHoris Lami nd i Prilanii vindicatum. Cette publication amena parmi les jésuites de Sicile une grande excita­ tion; on renouvela solennellement le vœu sanguin dre, on prêcha dans les chaires contre les * hérétiques · qui niaient l'immaculée conception. Informé, Mura­ tori composa une réponse qui était prête dés 1732, mais qui, pour diverses raisons, ne put paraître qu’en 1710, à Venise (en réalité Milan) : De superstitione vitanda, sive censura voti sanguinarii in immaculata: conceptionis Dr ipane emissi, a Lamlndo Prilanio antea oppugnati atque a Candido Parthenotimo incas­ sum vindicati, et il le signait Antonius Lampridius (anagramme transparent de Lamindus Pritanius). Il y maintenait, avec preuves à l'appui, l’idée exprimée dans le De moderatione. L’émotion fut grande dans les milieux dévots; les écrits se multiplièrent contre le malencontreux érudit ; on y prétendait démontrer que, malgré scs dires, Muratori attaquait la pieuse croyance (chose défendue par l’autorité pontificale). Ceci était pure calomnie, car l’auteur avait pris de ce côté toutes scs sûretés. On verra dans la Vie de Muratori par son neveu, p. 118 sq., la liste imposante des auteurs qui entrèrent en lice et des livres, bien oubliés, qu’ils publièrent. Irréductible, Muratori ne sc lassait pas de répliquer. En 1713, il faisait paraître à Milan (réelle­ ment Venise) : Eerdinahdi Valdesii epistotx seu appen­ dix ad librum Antonii Lampridii De superstitione vitanda, ubi votum sanguinarium recte oppugnatum, male propugnatum ostenditur. ii y reviendra encore en quelques mots dans un ouvrage en italien publié ù Venise en 1717. toujours sous le pseudonyme de Lamindus Pritanius : Delta regolala divozione de Cristiani (autres édit., 1718, 1752, etc., trad, allemande) où d’ailleurs le débat était singulièrement élargi. Outre qu’il y faisait le procès de la dévotion toute en extérieur chère aux Italiens, des pratiques parfois superstitieuses où se complaît trop facilement le populaire, des recettes mécaniques et infaillibles enseignées par trop de prédicateurs, il avait à cœur d’y répondre à une accusation qui. dans les années 1710, s’était élevée contre lui ù Salzbourg. En celle ville, on avait découvert à ce moment-lâ et son De ingeniorum moderatione, cl sut lout quelques conseils de spiritualité donné* par lui dans les Escrcixii spiri­ tuali publiés en 1720. 1 {appelant la doctrine de l’Ecri­ ture sur Punique médiateur, Jésus-Christ, Muratori y avait enseigné (pic seule, en rigueur de terme, la dévo­ tion au Christ est nécessaire pour le salut, que l'invo­ cation des saints, et même de la Vierge, pour louable et utile qu’elle soit, ne peut être dite nécessaire. Tom­ bant dans le milieu dévot de Salzbourg, où l’on se piquait d’avoir plus qu’aillcurs la piété envers Marie, ces nfllnniitions liront scandale. IX'.s violences de lan­ gage sc donnèrent libre cours dans les chaires de la ville, malgré l’intervention de l’archevêque. Un échange de lettres plutôt discourtoises eut lieu entre Muratori et le syndic de l’université. Elles sont publiées en appendice ù la Vila, p. 300-310. De tout cela le vieil érudit se souvint en écrivant La rcgolata divozione. 2554 Il mourut trop tôt pour connaître la réplique que crut devoir y faire un des adversaires de Muratori, dans la question du vœu sanguinaire, le P. Ben. Piazza, S, .L, Christianorum m sanctos sanetorumpie reginam, corumque festa, imagines et reliquias commu­ nia et propensa devotio a pr nepostera Lamindi Prilanii reformatione... vindicata. Païenne, 1751; l’auteur cherchait a faire passer l’honnête Larnindu» pour un hérétique et un janséniste. De même le P. Salvator Maurici, S. J., lançait à Luc ques, en 1753 : La divozion de* Cristiani difesa dalla critica di Lamindo Prilanio. Cette offensive déclencha de nouvelle* réponses des amis du défunt : Lamindi Prilanii redivivi epistola parxnctica ad P. Hen. Piazza, S. J., censorem minus lEQiium libelli Della reoolata ηινοζιονκ, Venise, 1755, et deux ans plus tard, en 1757 : Avoertimmli leologici, s (orici e morali a spiegazione del trallato della reg. divos., e d'altre propoiizioni sparse in allri libri dello stesso autore. Le célèbre dominicain Concina entra en ligne pour la défense de Muratori dans son De revelata religione, part. I, 1. V, c. îx, § 8. Entre temps la Congrégation de l’index avait élé saisie par Benoit XIV de l'examen du livre. De rcgo­ lata divozione; elle rendait le 18 décembre 1753 un jugement extrêmement favorable à l’auteur : .Vullam tilt poise vel levissimam censoriam notam inuri. Nam quant am ad doctrinam qua: in eo continetur, rensuerc earn esse undeguajue piam orthodoxam pie. Illa oero quibus auctor adversatur... constat esse vel certat minifeslasque sacrarum rerum depravationes, vel insipientes ad superstitionem exteroquin nimium proni popelli opiniones, quas catholica Ecclesia nunquam probavit. Cité par l’archevêque de Vienne, Migazzi dans une lettre pastorale du23 septembre 1759 (dins Archiviο Muraloriano, Modènc, 1872, p. 119-150). 3. Sur un certain nombre de questions moralei ou disciplinaires, Muratori a été appelé à dire son mot. Il prit parti pour Alexandre Mantegazzi qui avait public ù Paris, en 1736, une dissertation, De jejunio cum esu carnium conjungendo, où était soutenu l’idée, assez neuve alors, que l’essence du jeûne ne consistait pas dans l’abstinence, m iis d ms l’unique repas quoti­ dien, et qu’il pouvait donc y avoir jeûne, même avec usage d’aliments gras. Muratori soutint le même point de vue dans un Votum imprimé à Parme en 1737. Bien plus importante fut son intervention dans la question des fêtes à supprimer. U n’y avait pas que le savetier de La Fontaine à trouver qu’il y avait trop de fôtes de précepte. Saisi de nombreuses deman­ des, Benoit XIV avait, en 1712, interrogé les évêques d’Italie sur cc qu’il était utile de faire; il voulut avoir aussi le sentiment de Muratori qui, le I Jan­ vier 1713, opina pour la réduction, arguant spéciale­ ment des besoins des classes laborieuses. Son attitude ct le soutien qu’il donna à l’archevêque de l’crmo qui, dès septembre 1716, avait procédé à la réduction, faillit le brouiller avec le cardinal Querini. Celui-ci, opposé à celte innovation, avait bataillé par écrit contre l’archevêque de Eermo. Il fut très fâché de voir qu'au c. xxi de la Kcgolata divozione, parue sur les entrefaites, Muratori prenait ouvertement parti contre lui. il attaqua donc assez vivement l’auteur qui répon­ dit par une Di/csa di quanto ha scritto Lamindo Pritanio in favore detla duninuziouc délie troppc teste, parue à Lucques, en 1718, avec l’autorisation expresse de Benoit XIV, dans la Raccolta di scritture concernenti la diminuzione délie feste di precctto. De plus en plus irrité, Querini riposta le 11 août 1718 par une lettre publique aux évêques d'Italie, où il invoquait en faveur du statu quo une prescription deux fuis cente­ naire. .Muratori tint bon; en octobre de la même année, il rédigeait une Riposta alla nuooa scrittura del card, Querini, précédée d’une Supplica ai vescovi d'Kalia » * Μ 2555 Ml RATOΗI a nome dr’ Poreri di essa Italia. Cette pièce ne vit pas le Jour. Benoît XIV ayant, le 14 nov. 1718. imposé silence aux deux partis; elle n’a été éditée qu'en 1872 dans Scritti inediti, p. 276-32’2. fl faut signaler aussi l’intervention de Muratori dans une question de discipline pénltcnticllc qui agita fort le Portugal vers 1715. Certains confesseurs s’étant permis d’exiger de leurs pénitents la divulgation du nom de leurs complices, le patriarche de Lisbonne et le grand inquisiteur s’étaient vivement opposés à ccs pratiques, les déclarant illicites. Le grand inquisi­ teur était allé plus loin, et avait ordonné aux péni­ tents objets de ccs indiscrétions de dénoncer les confes­ seurs coupables. Mais l’ensemble de l’épiscopat portu­ gais s’alarma de cette sévérité jugée excessive. La chose fut âprement discutée. Sollicité de donner son avis, Muratori s’expliqua dans l'opuscule Lusitana: Ecclesiæ religio in administrando panitentiic sacramento, Modène, 1717; il y rejetait l’idée des interro­ gations indiscrètes, mais sans vouloir pousser la sé­ vérité contre les confesseurs jusqu’au point où était allé le grand inquisiteur. Il défendait en défini­ tive la prescription que venait de donner le pape Benoit XIV dans la bulle Vbi primum du 2 juin 17 46, et qui n’imposait pas aux pénitents, objets des solli­ citations indiscrètes des confesseurs, le devoir de dénoncer les coupables. Mentionnons encore à cette place, faute d’une meilleure, V Apologia Eptstolæ a SS. /). A’. lienedicto XJ\ ad episcopum Augustanum scripta, sine de meris in religionem incurrentibus, in-8·, Lucqucs, 1749 C’est une réponse aux attaques qu’un jeune théologien protestant, Christian Ernest de Windhclm, avait publiées contre l’ouvrage classique de Benoit NIV, De canoni:ahone sanctorum, à propos d’une lettre de cc pape adressée à l’évêque d’Augsbourg relativement à un procès de canonisation. Mura­ turi y défend l’attitude de l’Église catholique dans la question du culte des saints, ct montre que certains abus populaires qui peuvent s’y rencontrer ne sont pas le fait de l’Église. On voit par tous les litres que nous avons énu­ mérés si Muratori a pris une large part aux questions agitées de «on temps. Il va sans dire que l’attitude de juste milieu qu’il s’efforça toujours de garder ne fut pas du goût de tout le monde. A plusieurs reprises il cul vent que des dénoix iations avaient été adressées û Home contre lui. En Ecptcmbre 17I8.II lui revint que, dans une lettre à l'inquisiteur général d'Espagne, Benoit XIV avait déclaré que, n’eût été la considéra­ tion duc à son fgc cl à ses travaux, plusieurs de scs ouvrages auraient n érilé la censure. Vivement alarmé, le vieillard adressa au pape, qui l’avait toujours honoré de son amitié, une lettre pleine de filiale déférence, où il demandait qu’on voulût bien lui indiquer les choses dignes de censure (cn ses ouvrages) afin qu’il pût les retirer el obtenir son pardon par son obéis­ sance ct son humiliation. Lettre du 17 septem­ bre 1748, Epistolario, η. 5612, t. xi, p. 5201. Dès le 25 septembre, Benoît XIV répondait à son vieil ami. s’efforçant de calmer scs alarmes· et ramenant l’inci­ dent à ses justes limites. D’abord la lettre â l’inquisi­ teur aurait dû rester secrète; de plus, elle n’avait pas la portée que lui attribuaient les méchantes langues. Voulant donner à l’inquisiteur d’Espagne des règles de prudence dans la censure des ouvrages, le pape lui avait fait remarquer qu’il convenait de faire montre a l’égard des bons serviteur de l’Églisc de quelque longanimité. Dans l’œuvre considérable de tel grand «avant, d’un Muratori, d’un Noris, par exemple, il pouvait sc trouver quelque détail qu’on désirerait plus exact. Était-ce une raison de censurer pour cela des hommes à qui la religion était grandement redevable? Ml’R NE R 2556 El, continuait Benoit XIV, dans sa réponse au vieux savant, ce qui, dans son œuvre, avait pu déplaire, c’étaient quelques affirmations sur la juridiction tem­ porelle du pape dans ses Etats; dans les écrits d’un autre, il aurait pu les faire censurer; niais il était per­ suadé qu’on ne devait point chagriner un homme de sa valeur « parce que l’on différait avec lui de senti­ ment cn matière qui n’étalent ni de dogme, ni de discipline ». Lettre citée dans VArchivio Muratoriano, I». 1 17. II n’était pas inutile de rapporter un peu longuement cet incident; cette lettre de Benoit XIV est la plus belle justification qui ait été écrite de cet admirable érudit. Oui, vraiment, il en est peu qui aient aussi bien mérité de l’Églisc ct de la religion. Tout l’essentiel sur la vie et l'œuvre de Munitori sc trouve dans hi Vita del propostu Lodonico Antonin Muratori, par son neveu Jean-François Soll-Murntori, ln-1”, Venise, 1756; déjà utilisée parle Moréri, edit, de 1759, t. vu.p. 861 sq.,ct les autres répertoires et histoires du xvnr et du xix· siècle, t n catalogue critique et analytique de ses œuvres se trouve à la suite d’une édition latine d’une lettre de Muratori par P. Obhidcn. /.. .4. Muratori i epistola panvnelica ud superiores religiosorum... pro emendatione studiorum monas­ ticorum, Augsboiirg, 1765. Le deuxième centenaire de sa naissance en 1872 a valu plusieurs publications importantes. D'abord un* Archiido Muratoriano (différent du recueil mentionné col. 25491, public par Pierre Munitori. Modène, 1872, description ana­ lytique et raisonnée de l’énorme masse de papiers laissée par le grand érudit et conservée dans sa famille. L’auteur de ce catalogue étudie systématiquement dans une série de dissertations les divers aspects de l’œuvre du grand savant. Parurent aussi à Bologne la même année : Scrilti inediti di L. .4. Muratori, en tête desquels se trouve reproduit VArchivio susmentionné. Tout ceci a préparé l’édition de nombreuses pièces de la correspondance, puis de la corres­ pondance complète : Epistolario dr !.. .1. Muratori edito e curato de Matteo Cainpori, 12 vol., in- P, Modène, 1901-1911 ; on trouvera cn tête de chaque volume une Cronobiografia Muratortàna relevant, pour chacune des périodes recou­ vertes par le volume, tous 1rs incidents de [quelque signi­ fication. Signalons encore «lu même M. (’uiiupori, la Corrrspondenza fra L. .4. Muratori e G. G. Leibniz, Modène, 1892. I. Amwx. MURNER Thomas, frère mineur conventuel (1476-1537).- L Biographie. IL Œuvres (col. 2559). III. Attitude vis-à-vis du protestantisme (col. 2565). L Biographie. Né très probablement, le 21 dé­ cembre 1 176, à Obernai, près de Strasbourg, Thomas Murner eut une vie très mouvementée et très agitée. De très bonne heure il vint habiter Strasbourg aver ses parents, qui s’y fixèrent, en 1 181. Souffrant d’une paralysie douloureuse, (pic l’on attribuait aux maléliccs d’une sorcière, Thomas fut destiné, «lès son jeune âge, à l’étal ecclésiastique. Guéri de celle péni­ ble maladie, il entra, en 1 190, à peine Agé de 15 ans. dans l'ordre des frères mineurs conventuels, au cou­ vent de Strasbourg el, à 19 ans. il était déjà prêtre. Dès celte époque commence pour cc jeune religieux une véritable vie de nomade. Entre 1 195-I500.il par­ courut la France, l’Allemagne et la Pologne,ct étudia successivement à Fribourg, où il s’adonna aux éludes de droit, à Paris, où il devint maître ès arts ct s'adonna de préférence à la théologie, el à Cracovlc, où il étudia la philosophie, la philologie cl les mathéma­ tiques. Dans celte dernière université, il obtint h· grade de bachelier en théologie et s’attacha très étroi­ tement, pendant l’hiver 1 199 1500, au philosophe cl mathématicien célèbre, Jean de Glogau. Il séjourna, en 1500-1501, à Soleurc cn Suisse, où il prit connais­ sance des diverses maisons de conventuels, établis dans cc pays. En 1502, on le retrouve à Strasbourg, où il fut bientôt aux prises avec Jacques W imptu ling. Ce der­ nier, voulant ériger dans la cnpit de de l’Alsace, un 2557 ΜUKNΕΚ gymnasium indépendant de celui des conventuels, chercha ù s'assurer les sympathies du Conseil par la publication du fameux ouvrage Germania, Il s'effor­ çait dans ce travail de réfuter la thèse du Dauphin, Louis XI de France,qui, en jetant, cn 1111, les Écorcheurs contre les Suisses, avait prétendu que les fron­ tières de la Gaule devaient s’étendre jusqu’au Bhin, et il voulait prouver que ni Strasbourg, ni aucune autre ville du Haut-Bhin n’avaient jamais été sous la domination française. Les franciscains, craignant que la création d’un nouveau gymnasium ne fût la perte du leur, chargèrent Murner de réfuter la thèse défendue par Wimpheling. Il le fil dans sa Germania nova. mais cela lui coûta cher. Il devint l'objet d'attaques acharnées de la part des amis de Wimpheling, princi­ palement de la part de Pierre Gûnther ct du jeune Thomas Wolf, qui le représentèrent comme un adver­ saire des sciences et l’accusèrent du crime de haute trahison. Le conseil de Strasbourg, ému de ces graves accusations contre Murner, condamna ct supprima l’ouvrage du jeune franciscain, qui est devenu extrê­ mement rare. La bibliothèque nationale de Stras­ bourg en possède un exemplaire IOO.63J);vn 1877, K. Schmidt le publia a Genève avec la Germania de Wimpheling,d’après un exemplaire conservé à Zurich. Murner s'efforça encore de se défendre contre les graves accusations portées contre lui dans Honestorum poem ίtum condigna laudatio. Il proposa même à ses adver­ saires de réfuter leurs thèses dans un débat public. Ils s’y refusèrent et continuèrent à rendre le jeune Murner ridicule ct odieux aux yeux du peuple. Les franciscains, au contraire, estimaient la science Mc leur jeune confrère, qui fut chargé de prendre la parole dans quatre chapitres provinciaux successifs, dans celui de Solcure (1502), d’Esslingcn (1503), de Strasbourg (1501), et dans celui d'Ucbcrlingen. en 1505. Il assista probablement au chapitre général de Borne, ù la Pentecôte 1506. La même année, l'empe­ reur Maximilien Ier lui accorda ofhclellcment le titre de poète, non seulement ù cause des services qu’il avait rendus à la poésie ecclésiastique el â cause de sa remarquable éloquence, mais aussi parce qu’il avait introduit el appliqué les anciennes poésies, même les poésies païennes, à la théologie. Il se trouvait proba­ blement encore, en 1506, â Cracovie où il enseignait U logique d’après une nouvelle méthode, à savoir un jeu de cartes ct il publiait, à ce sujet, cn 1507, son Chartiludium logicic. Il doit avoir appris celte méthode à Paris, où Lefèvre d’Étaplcs l'appliquait ù l’arithmé­ tique. On trouve Murner, en 1508, à Fribourg, où il était venu avec un jeune noble pour y poursuivre scs élu­ des. Il y entretint des relations très étroites avec l’hu­ maniste Jacques Locher, qui expliquait Horace el Lucain, et défendait la formation classique contre les idées el les opinions de l’Églisc. Murner se brouilla à cause de cela avec le juriste in Huent Ulrich Zasius. Locher dut quitter Fribourg et le franciscain fut sévè­ rement réprimandé. Murner n'en continua pas moins à soutenir que l’élude de la littérature ancienne se con­ ciliait avec une vie pieuse cl disciplinée, et que la for­ mation classique était nécessaire à tous ceux, fussentils religieux, qui devaient entrer cn contact avec le monde. Avant 1509, il acquit le grade de docteur à l’université de Fribourg. Comme il l’avait fait aupa­ ravant pour Ja logique, il se servit ici encore d’un jeu pour apprendre la prosodie. Il paraît toutefois que, celle fois, ce ne fut pas le jeu des cartes qu’il employa. Le résultat de son enseignement a été publié dans Ludus sludentum Priburgensium qui parut, en 1511, Λ Francfort. Envoyé ensuite par scs supérieurs à Berne, cn 1509, il y composa : Von den fier ketzeren Predigecordens der 2558 observa nz zu Hern in Sch:vegtzerland ver brandi· (31 mai 1509). C'est son premier travail cn allemand, (’.’est le rapport détaillé d’un procès qui, vers celle époque, cul lieu contre quelques dominicains, qui, pour confirmer la doctrine traditionnelle de leur ordre contraire Λ l’immaculée conception, av dent apporté quelques faux miracles. Il faut placer également a celte époque la composition de plusieurs écrits dans lesquels il raillait les fous. Il fut nommé gar­ dien à Spire cn 1510. rt prêcha Pavent, en 1511. à Francfort. Élu gardien de Strasbourg, cn 1513, par le chapitre provincial réuni à Nordlingen, Il fut déposé dès l'année suivante. Il se rendit ensuite cn Italie ct enseigna quelque temps a Venise. Obligé par sa santé de retourner dans son pays, Il vint sc fixer à Trêves, où 11 avait l’intention d’enseigner le droit, encore par le jeu de cartes, comme l’atlcdc l’ouvrage, paru cn 1518, Chartiludium institute summarie. Cependant Murner n’y a jamais professé. A peine avait-il annoncé, cn novembre 1515, les leçons qu’il voulait donner sur le droit que les chanoines de Cologne cl de Trêves, à cause de son attachement à Bcuchlin. l’atta­ quèrent. portèrent toutes sortes d’accusations contre lui ct l’obligèrent comme apostat de la foi cl adver­ saire des sciences * â quitter la ville. En 1518. il reparaît à Bûle, où il sc perfectionna dans le droit et où. en 1519, il devint docteur cn droit canonique ct civil, malgré l’opposition acharnée de Ulrich Zasius. La même année, il traduisit en alle­ mand les Institutiones Justiniani, dont une nouvelle édition parut en 1521 avec le titre : Der keijserhchen stalrechten im in gang und wares fundament. \ son retour Λ Strasbourg, cn 1520, il prit une part active aux luttes religieuses qui, vers celle époque, déchi­ rèrent l’Églisc catholique. Il sc déclara bientôt l’adversaire ouvert et acharné de Luther ct du protes­ tantisme. Dans sa traduction du De captivitate babyIon ica Cedes ne, intitulée Habylonische Ge/engnuss der Kirche, il fait une critique serrée du système luthérien el des doctrines protestantes. Il n’écrivit pas moins de 32 traités contre Luther, dont quelques-uns seule­ ment ont été publiés. Il ne composa pas seulement des ouvrages dogmatiques contre les protestants, il s’efforça -aussi de les rendre ridicules el odieux au peuple par des satires véhémentes, dont la principale est Von dem grossen lutherischen Narren une in doctor Murner bcschuwren liât, publiée en 1522. Le Conseil de Strasbourg défendit et supprima cet écrit ct interdit ù Murner de rien publier détonnais. Murner traduisit en allemand, en 1522. 1'Assertio septem sacramentorum de Henri VHI, avec le titre : Hekenning der siben sukramenten wider MarUnum Lu· lherum gemacht von dem Kônig zu Engelland. Le r ne signifie ici tout simplement un fonctionnaire. Cf. IL Lcsêtrc, art. Eunuque, dans le Dictionnaire dr la Bible, t. n, col. 2045-2056. La civilisation byzai.tine a connu de nouveau les eunuques, qui, à certaim s époques, jouent un rôle considérable au Palais sacré. Dans les temps modernes, l’intérêt social a revêtu un caractère artistique et pour ainsi dire religieux. Il s’agit (les enfants auxquels on fait subir la castra­ tion en vue dc leur garder la voix blanche. Assez nom­ breux malh urvuscinent ont t’té les théologiens qui ont enseigné la licéité d’une telle pratique. Saint Alphonse de Llguori se fait le rapporteur, su s les critiquer, des arguments invoqués en faveur de la licéité : r Cvs eunuques sont utiles nu bien commun, puisqu'ils chantent dans les églises, d’une manière plus suave, les louanges divines. D’ailleurs, la conser­ vation dc la voix leur apporte un bienfait considérable, celui dc les élever à une condition sociale meilleure, et de leur procurer pour toute leur vie un moyen d’exis­ tence convenable el rémunérateur. Ccs motifs présen­ tent un bien réel qui contrebalance licitement le détri­ ment (tue souffre leur corps. Et Ils sont d’autant plus recevables que l’usage d une telle pratique s’est im­ 2572 planté et que l’Église le tolère.» Theol. mor., I. III, tract. iv. c. i, n. 371. Enfin, nu point dc vue de l’hygiène sociale, certains médecins demandent aujourd’hui, qu'à l'instar dc certains États d'Amérique du Nord, on introduise la pratique de la vasectomie. Sans entrer ici dans les détails anatomiques de l'opération, il suffira de dire que la vasectomie complète ou double comporte la section des deux canaux déférents par lesquels le liquide prolifique, chez l’homme, est conduit au canal de l’urètre avant d’être projeté an dehors dans l’acte conjugal. L’acte conjugal reste encore possible après une telle opération, mais le liquide qui sort alors du membre viril n’est plus prolifique. Primitivement, cette castration d’un genre spécial avait été instituée, dans quelques États de l’Amérique du Nord (Connec­ ticut. Californie, I tah) à litre dc pénalité, pour punir les nègres coupables de viol; mais, dans la suite, on en a fait surtout, sous certaines garanties d'ordre médical, un moyen préventif pour empêcher la pro­ pagation des dégénérescences, des tares héréditaires, des instincts criminels, el contribuer ainsi à la conser­ vation cl à l'assainissement de la santé ptibllque. La question de la vasectomie est aussi à l'ordre du jour dans certains États d’Europe. Cf. Gemelli, De hcritate vasectomiœ dans la Scuola caltolica de Milan, nov. 1911, p. 399-100. Le problème dc la moralité d’une telle pratique est complexe : il intéresse non seulement le moraliste proprement dit, mais encore le canoniste, au point de vuede la licéité et dc la vali­ dité des mariages contractés par des hommes ainsi mutilés. 4· Aspect spirituel. — Ce dernier aspect ne saurait être négligé, car l’histoire dc l'Égllsc nous apprend (pie certains hérétiques prétendaient jadis (pie la castration était un moyen nécessaire au salut. Rappro­ chant Malth., vm, 8,9, de Malth., xix, 12, ils interpré­ taient les paroles du Sauveur dans un sens littéral cl matériel. Voir Eunuques, t. v, col. 1517. IL Solutions. — Ie Solutions générales. — 1. Du principe général posé par saint Thomas, il faut déduire la regie suivante : Aucune mutilation importante, aucune opération dangereuse n’est permise si elle n’a pour but soit de conserver la vie du patient, soit dc le délivrer d’une grave ct insupportable Infirmité ou de persistantes cl intolérables douleurs. Attendu toutefois (pi'il est défendu dc donner la mort, des opé­ rations el mutilations gravement dangereuses pour la vie du patient ne seraient pas légitimes, si elles n’ofïraicnt absolument aucune chance de succès. Le chirurgien devra donc s’abstenir de toute interven­ tion qui ne serait qu'un moyen détourné d’accélérer la mort d’un individu. Il se gardera d’aller, dans aucune opération, au delà du but (pii la justifie. La mutilation d'un membre ne s’imposera (pie lorsque toute autre opération ou médication seront reconnues inefficaces. En cas de doute sur la nécessité d’une opération ou d'une mutilation, le chirurgien aura égard uniquement au plus grand bien du patient. C'est en vertu du même principe que les moralistes auto­ risent quelqu’un (pii serait enchaîné par le bras, à se faire détacher, même uu besoin par une amputation violente, pour échapper à un incendie menaçant. Mais il ne serait pas permis à un mendiant de se muti­ ler gravement pour exciter davantage la pitié des Ames généreuses. La mutilation n’est pas en cc cas le seul moyen efllcacc d’éviter la mort. En tout cas, aucune opération grave, aucune muti­ lation importante ne devra être tentée par surprise, sans le consentement de 1*intéressé ou dc ceux dont II dépend, toutes les fois qu’il est possible de le deman­ der. Le rôle du chirurgien sc borne ici a conseiller, à encourager, à représenter sans exagération les cotisé- 2573 MUTILATION qucnccs d’un refus. Mais si on lui oppose ce refus, il n’a pas h passer outre. Les moralistes, en efTet, sc posent la question de savoir si, pour conserver la vie ou la santé, un malade est obligé, en conscience, d’aceepter une opération ou une mutilation Jugée néces­ saire par le chirurgien. S'il s’agit d’une opération ou d une mutilation moindre, les moralistes considèrent la réponse affirmative comme certaine. S’il s’agit d'une mutilation f/raw, d'une opération chirurgicale consi­ dérable ou dangereuse, personne, disent-ils, n’est tenu en conscience de s’y prêter, même si sa vie ne peut être sauvée autrement, La raison en est que nous sommes tenus de conserver notre vie ct notre santé par des moyens ordinaires et non par des moyens extraordinaires, car l'obligation de tendre à la fin (conservation dc la vie cl dc la santé) ne comporte, en soi, que l’emploi des moyens ordinaires ct normaux qui conduisent à cette fin : ne pas employer ccs moyens ordinaires et normaux équivaudrait ù se suicider. .Mais ne pas employer les moyens extraordinaires, c’est simplement permettre la mort; cc qui, en certains cas, est permis. Cf. Noldin-Schmitl, Dc praerptis Dei et Ecclesia, Inspruck, 1921, n. 325. Dc plus, les mora­ listes font observer que, même dans les conditions actuelles de la chirurgie, où les amputations et les opérations les plus graves sc font, grâce aux anesthé­ siants, presque sans douleur et souvent sans danger, i) n’y a pas encore, pour le malade, une obligation stricte de s’y soumettre, s'il y répugne considérable­ ment pour des raisons dc convenances ou dc senti­ ments personnels. Une telle répugnance, en cilcl. en­ gendre une difilculté nouvelle ct extraordinaire, dont il convient dc tenir compte. C'est le cas dc la jeune tille vierge qui répugne absolument au contact dc la main du chirurgien. Telle est l’opinion encore profes­ sée par Lehmkuh), Theologia moralis, t. i, n. 730; de Gcnicot-Salsmans, Institutiones theologia moralis, t. ι, η. 364; de Noldin-Schmitt, op, at., η. 325, tous s’appuyant sur saint Alphonse, Theologia moralis, I. Ill, I. iv, c. 1, η. 372, où l'on trouve d’autres références. Cf. édit. Gaudé, t. i, p. G28. Ce cas parait bien chimérique ù notre époque, puisque grâce aux progrès dc la chirurgie, In vierge ignorera le contact appréhendé; ct saint Alphonse déjà semble ne l’admet­ tre qu'à regret, puisqu’il entrevoit aussitôt, pour la jeune malade, la possibilité de tourner la difilculté en se confiant aux soins d’une femme. Les auteurs contemporains disent plus simplement : · Il serait beaucoup mieux de déposer celte crainte vainc ct exagérée cl dc consentir à l’opération. » Génlcot-Salsmnns, loc. cit. Un seul motif parait vraiment dc nature à provoquer licitement l’hésitation el le refus du patient, c’est l’incertitude où fort souvent il sc trou­ vera, touchant la restitution dc la santé après une mutilation ou une opération grave. Toutefois, aucun motif valable de refus n’existe plus relativement à l’opération ou à la mutilation qui doit conserver une existence nécessaire à une famille ou à un pays, quand le succès dc l’intervention chirurgicale est morale­ ment certain. Noldln-Schmltt, loc. cit. Est-il besoin d’ajouter qu’au cas où l’intervention peut entraîner une issue fatale, le chirurgien a l’obli­ gation grave d’en avertir ou d’en faire avertir le potient? 2. 11 est bien difficiledc Justifier la mutilation comme pénalité. L'Inquisition elle mime la réprouvait, Cf. J. Guiraud, L'inguisition médit vale, Porls, 1928, p. 108. Sans doute, saint Thomas déclare (pic < dc même que certains crimes appellent la sentence capitale, ainsi certaines fautes moindres peuvent être punies parla mutilation d’un membre. · IIMI®, q. i.xv, a 1. La légitimité dc la peine de mort sc conçoit lorsque la mort est Tunique moyen dont dispose l’autorité suprême pour empêcher les criminels de nuire au bien commun Cf. S. Thomas, Π·-H·, q.^.xrv, a. 2. Voir Mort (Peine de). Mais, pour détourner les pécheurs de fautes moindres, il n’est pas prouvé que la mutila­ tion soit le seul rnoven cflïcace. Saint Thomas ne for­ mule son raisonnement qu’en vue dc justifier la loi du talion, inscrite au Deutéronome. Mais il aurait pu faire observer que les mutilations prévues au Deuté­ ronome ne s’attaquent à aucun organe essentiel Λ la génération — la mutilation dc ceux-ci étant positi­ vement exclue — ct laissent même au mutilé la possi­ bilité physique de pourvoir à subsistance. Dc plus, il n’y a aucune parité à établir entre la peine dc mort ct la peine du talion. La première supprime radicale­ ment le mal dans la société; la seconde, par son Inhu­ manité même, est bien capable d’exciter, chez le coupable à qui elle laisse la vie ct les moyens dc nuire, des haines nouvelles ct de nouveaux désirs dc ven­ geance. Enfin, même s’il fallait concéder le principe d'une peine légitime infligée aux coupables parla muti­ lation, selon le texte invoque par saint Thomas dans l’argument Sed contra. Ex., xxx, 24, il conviendrait encore dc reconnaître qu'en fait · cette pénalité n’était pas toujours équitable, malgré scs apparences dc justice. Celui qui avait agi par malice délibérée méri­ tait une peine plus grave que celle qu’il avait infligée. Parfois aussi sa culpabilité était atténuée par diverses circonstances, ct il ne méritait pas une peine égale au mal qu’il avait causé. C’est ce qui fait que la peine du talion disparut peu à peu, à mesure que les législa­ tions sc perfectionnèrent ». IL Lesêtre, art. cité, col. 1975. Son unique raison d’exister avait été préci­ sément l’absence d'une forte autorité publique répri­ mant le crime dans les sociétés primitives : il avait fallu contenir la vengeance privée dans les bornes de la réciprocité ct dc l’égalité des dommages. Dans nos sociétés contemporaines, le talion ne se justifierait d’aucune façon : il y aura toujours d’autres moyens de punir le coupable ct dc l’empêcher, même efficacement, dc nuire à nouveau. 3. Si la société nous parait, dans les circonstances normales, dénuée dc l’autorité nécessaire pour appli­ quer à certains coupables des peines de mutilation, à plus forte raison est-elle destituée dc tout pouvoir pour chercher, dans la mutilation des organes dc la géné­ ration, un moyen de progrès social ou même de simple préservation contre les dégénérescences possibles. Voir, sur cc point spécial, les applications particu­ lières, col. 2575. A plus forte raison encore, les mutilations ct opé­ rations graves ne sauraient être autorisées par la société en vue dc favoriser par des expériences les progrès scienti tique : « Singulière science, en vérité, qui donnerait au médecin le droit de porter la maladie ou la mort là où il devrait conserver la vie ct ramener la santé; étrange humanité qui sacrifierait ou mutile­ rait les uns au profit (?) des autres; en réalité, essais criminels, dignes du nom de barbarie quand ils sont pratiqués sur des enfants, sur des malades d’hôpital, ou par surprise, par exemple, pendant le sommeil ancsthétlquc, en un mol, sur des sujets sans défense... On a cherché à excuser ccs actes lorsqu'ils sont pra­ tiques sur des sujets irrémédiablement condamnés, mais â quel titre s’arroge-t-on le droit de leur infliger de nouvelles souffrances ct d’abréger leurs derniers instants?... Cependant, si le sujet consentait à ccs expériences, ne deviendraient-elles pas légitimes? Oui, si l’on admet qu’un tel consentement est permis; mais le commandement dc la loi naturelle : Tu ne tueras pas, s’adresse en premier Heu à nous-mêmes. En d'autres termes, l’homme n'a pas un pouvoir discrétionnaire sur sa vie ni sur sa santé; il ne peut ni sc permettre ni autoriser aucun acte dc nature à 2575 MUTILATION compromettre sérieusement ces biens, à moins de raisons très graves cl immédlatcments urgentes, tout autres, par conséquent, que le motif de hâter les pro­ grès de la science, si désirables qu’ils soient. Ainsi, tout en excusant la bonne foi de ceux qui se prêteraient a de tels essais, il faudrait blâmer sévèrement le médecin qui aurait sollicité ou mis â profil un consen­ tement non valable, puisqu'il était illicite. » MoureauLavrand, Le médecin chrétien, Paris, s. d. (1901), p. 88-90. Un seul cas pourrait être licite : c’est quand le patient choisi pour l’opération grave ou la mutila­ tion entreprise dans un but scientifique est un condam­ né â mort, â qui, moyennant l’expérience à laquelle i) sc livre, on promet la vie sauve. Maîtresse de sa vie en vertu d’une juste condamnation à mort, la société pourrait proposer ce marché au criminel, el il est per­ mis à celui-ci d’y consentir, puisqu’il y trouverait des chances de vie au lieu de la mort inévitable qui lui I est réservée. L Le bien spirituel n’est jamais normalement une raison autorisant la mutilation quelle qu’elle soit, el spécialement la mutilation des organes de la généra­ tion. L'homme n’a pas la liberté de disposer de son corps, qui appartient à Dieu et la mutilation grave, k on La vu. n’est licite que lorsqu’elle est nécessaire à la santé de l’individu tout entier. Or, comme le remarque expressément saint Thomas, ·οη peut toujours subve- ! nir au bien spirituel d’une autre manière que par la mutilation ·. Sum. theoL, IIMl®, q. i.xv, a. 1. ad 3um. D’une façon extraordinaire et pour ainsi dire anor­ male, on peut admettre que les mutilations, opérées sur elles-mêmes par certaines saintes, désireuses d’échapper par là à des convoitises charnelles d'autrui, I peuvent être excusées par la bonne foi de leurs | auteurs, ou expliquées par une inspiration surnatu­ relle. Schmitt-Noldln, n. 328. Quant aux mutilations ' légères, telles qu’on les rencontre chez certaines peu­ plades de l’Afrique ou de l’Océanie (mutilation de la peau, par les tatouages; des oreilles, du nez, des lèvres pour y attacher des · bijoux »; des phalanges des doigts en signe de deuil), on peut les excuser en raison de leur peu d’importance. Les exigences de la mode ne fontelles pas excuser, avec plus de facilité encore, la perforation des oreilles chez nos femmes civilisées? | Toutefois, une mutilation, en soi légère, deviendrait une faute grave ct serait gravement illicite, si elle devait empêcher celui qui se la procure, de remplir un devoir grave, par exemple, celui du service mili­ taire. Les dangers spirituels graves qu'on peut ren­ contrer dans le service militaire ne sont pas une excuse sufllsantc : on peut y remédier autrement. Génicot Salsmans, n. 363. La justice militaire s’est toujours montrée sévère à l’endroit de ce délit. | Si le bien spirituel n’est pas une raison sufllsantc pour autoriser la mutilation des organes de la géné­ ration, â plus forte raison faudra-t-il l’aflirmcr des simples avantages temporels qu’on a énumérés plus haut pour justifier la castration des enfants destinés au chant d’église. Noldin-Schmitt, n. 328, 3. Voir plus loin. 2· Solution/» particulières. — Dans ccs solutions particulières nous examinerons plus spécialement les mutilations des organes de la génération chez les hommes et chez les femmes. t. Lc cas de la castration a déjà été examiné, au point de vue canonique, à l’article Eunuque, t. v, col. 1515. 11 nous reste Ici à préciser les différents aspects de la moralité de cet acte. Conformément aux principes généraux rappelés plus haut, la castration, c’est-à-dire l’ablation totale des deux testicules, n'est licite qu’au cas où elle s’impose pour conserver la vie de l’ind; ividu elle est donc permise toutes les fois que le testicule ou ses 2576 annexes sont le siège d’une alïection organique, dont 1 les progrès inévitables menacent l’existence même (sarcocèle). On a pu autrefois multiplier à tort les cas où cette nécessité thérapeutique existe ct employer cette mutilation, par exemple, comme le seul moyen efficace de combattre la lèpre, de guérir les her­ nies étranglées. Erreurs de fail cl qui n'entachaient pas alors la moralité d’un acte qu’on croyait indis­ pensable à la sauvegarde de la vie humaine; el, consé­ quence canonique, île telles mutilations n'entraJnaicnl, ni avant, ni après le sacerdoce, l’irrégularité, Voir l’art cite, col. 151 1-1515. En dehors de ce cas unique, la castration volontaire est illicite. L’Égllse, comme la Synagogue, a toujours considéré l’institution sociale des eunuques comme contraire à la loi divine. Les Pères ont déploré, réprouvé, attaqué cette plaie sociale. Cf. EUNUQUES, col. 1519. La réfutation (pie saint Épiphanc fait de la doctrine des · valésiens» montre bien que, même en vue de favoriser la pratique de la chasteté ct d’éloi­ gner les soupçons d’inconduite (cas d’Origène et de Léonce d’Antioche), la pratique de la castration ne saurait être admise. El nous touchons ici l’aspect moral de la question, aspect sur lequel il convient <1 * insister. La raison primordiale pour laquelle la castration est illicite est que Dieu ne nous a pas donné la pro­ priété de notre corps; nous n’en avons que la jouis­ sance. Comme administrateurs de ce bien, reçu de la munificence divine, nous avons le devoir de conserver à notre corps son intégrité, sauf le cas où le sacrifice d’une partie est nécessaire à la conservation du tout. Or, dans le cas de la castration accomplie en vue d’un bien spirituel (comme l’entendaient les valésiens, Origènc et Léonce d’Antioche), la nécessité de la conservation de l'individu n’existe plus. Qu’on n’in­ siste pas en disant que le salut éternel est préférable à la conservation de l’existence, et qu’il lui faut sacri­ fier le principe même des tentations charnelles qui sont une source de péchés graves et un danger per­ manent de damnation : < La mutilation d’un membre n’est licite, en faveur du salut de tout le corps, que lorsqu’il est impossible de procurer autrement ce salut. Mais on peut toujours trouver d’autres moyens de pourvoir au salut de l’âme, parce que le péché est du domaine de la volonté. Donc, en aucun cas, il n’est permis de mutiler un membre pour éviter de pécher. » S. Thomas, IIMl®, q. lxv, a. 1, ad 3um. De plus, lorsque la castration est opérée sur des hommes déjà adultes, elle ne supprime point les tentations charnelles. Les Pères en avaient déjà fait l’observation. On a cité le texte du pseudo-Basile sur ce sujet. Voir Eunuques, l. v, col. 1519. Et saint .Jean Chrysostorne, cité par saint Thomas, loc. cil.t déclare que par ce moyen * la concupiscence loin de s’apaiser, devient plus exigeante ». In Mattiacum, xix, 12, /’, G., t. i.xiii, col. 599-GOO. Cette constatation avait été faite par les anciens, cf. EcclL, xx, 2, qui dénonçaient les mœurs dépravées des eunuques ct des matrones romaines se servant d'eunuques pour éviter les embarras de la maternité. .Juvénal, Satires, vi, éd. Lemaire, t. I, p. 361-365; Martial, Epigr., I VI, lxvii, cd. Lemaire, t. n, p. 170; cf. Le Don tu, Les anomalies du testicule, Paris, 1869, p. 97-98; A. Eschbach, Dis· putationes physiologies, disp. IL part. Il, c. m, a. 2, η. 1 ; Analecta reel., t. xix, p. 381 ; Zncchia, Qusstiones mcdico-legales, Lyon, 1701, L II, lit. ni, q. îx, n. 13, p. 200, ct Sixte Quint, Constitution Cum frequenter, 22 juin 1587, dans le Unitaire, éd. de Turin, L vm, p. 870. Quand la castration est opérée sur des enfants non encore parvenus à l’âge adulte, il est vrai qu'elle I supprime tout désir vénérien. Zacchia, op. ciL, n. 21, 2577 MUTILATION p, 201. Mais les elicis d’une Idle mutilation sur l’orga­ nisme entier sont déplorables. D’ordinaire « le teint est pAlc, les cheveux souvent blonds, les membres grêles et sans forces... L’absence d’énergie physique cl morale les plonge dans une apathie continuelle. La décadence de l’intelligence sc reflète dans l'hébétude du regard ». Le Dcntu, op. ci’L, p. 98. Les eunuques castrés avant la puberté ont subi une déchéance Intel­ lectuelle qui ne saurait échapper à l’observateur, lin général, ils manquent de vivacité, de gaîté, d’activité. Ils ont de la tendance à la tristesse ct a la paresse. Ils sont sans énergie, indolents, abouliques, serviles, couards, aigris, cruels, privés de sentiments affectifs, égoïstes. · Zambaco, Les eunuques d'aujourd'hui et crux dr jadis, Paris, 1911, p. 11 L Cf. Bouillet, Diet, drs sciences, au mol Eunuque. Nous avons déjà fait oberver plus haut que les avantages matériels que peuvent espérer de la conservation de leur voix les enfants castrés, ne sauraient légitimer leur mutilation. S’il y a eu jadis divergence de vue entre théologiens —· diver­ gence qu’à vrai dire on ne s’explique guère — sur ce point précis, voir S. Alphonse, loc. supra cit., aujour­ d’hui il ne saurait plus y avoir doute. S’appuyant sur saint Thomas, loc. cit., sur De Lugo, De justitia et jure, disp. X, n. 23; sur Benoît XIV, De synodo, L XI, c. vu, n. 3, tons les moralistes contemporains proclament l’illicéité absolue de la castration des enfants, même eux y consentant, dans le but de conserver leur voix. Bucceroni, Institutiones theologia:moralis. Home. 1908, t. i, η. 71 1. (icnicot-Salsmans, Institutiones theologiir moralis, Bruxelles, 1927, t. i, n. 363; Noldin-Schmidl, De prœceptis Dei ct Ecclesia, Inspruck, 1921, n. 328; Palmieri-Ballenni, Opus morale, Prato, 1901, t. n, n. 871; Lehmknhl, Theologia moralis, Fribourg-cn-B.. 1911, t. i, n. 731; Gury-Ferreres, Compendium theologiæ moralis, Barcelone, 1913, t. t, n. 391, etc. Il ne saurait non plus cire question d’infliger la castration â titre de pénalité aux criminels coupables de viols ou d’adultères. Même en acceptant, comme saint Thomas le fait timidement pour l’Ancien Testa­ ment, la loi du talion, on ne pourra jamais reconnaître à l'Étnt le droit d'infliger une mutilation qui supprime radicalement, dans l’homme, les sources de la vie. Pratiquée sur des criminels nécessairement adultes, la castration ne ferait qu’exciter leur désir coupable el les précipiter vers de nouveaux attentas. Le but pour­ suivi serait manqué et une violation du droit naturel commise. Les savants, désireux d'étendre par ce moyen leur champ opératoire par l’expérience des castrations masculines, sont donc en marge de la morale la plus élémentaire. Cf. Dr Surbled. Célibat et mariage, Paris, 1909, p. 211. t ne dernière considération permet de juger de Pimmoralité de la castration. C'est que cette mutilation rend l’homme Incapable de contracter mariage : elle lui fait endosser l’empêchement dirimant d’impuis­ sance absolue. Sur l’empêchement d’impuissance, voir Impuissance, t. vu, col. 1431-11 IL On lira sur ce point spécial : Sixte-Quint, Constitution (him frequenter, qui interdit les mariages d’eunuques, dissout ceux qui ont pu être contractés, el déclare les mariages de cette espèce, nulla, irrita ct invalida ; Eschbach, op. cit., disp. Il, part. 11, a. 2, n. 2; Gaspard, De matri­ monio, n. 528, 1·; Wcrnz-Vidal, Jus decretalium, t. iv, n. 312; Cappello, De matrimonio, n. 348, etc. La cas­ tration, comme châtiment, serait donc, à un double litre, immorale : elle serait un empiétement Injustifié sur le domaine que Dieu possède A l'égard du corps humain; elle placerait celui qui l’aurait subie dans l’impossibilité de sc marier tout en lui laissant les désirs de la concupiscence. Aux termes de l’art. 316 du code pénal français, toute personne coupable du crime de castration subira 2578 la peine des travaux forcés à perpétuité. Si la mort en est résultée avant l’expiration des quarante jours qui auront suivi le crime, le coupable subira la peine de mort. Aux termes de l’art. 325, le crime de castra­ tion est excusable, s’il a été immédiatement provoque par un outrage violent à la pudeur. Il aurait justifica­ tion dans l’hypothèse d’un viol ou d’une tentative de viol, parce que l’agent pourrait alors être considéré comme en état de légitime défense. 2. Loin de constituer un progrès dans le sens de la moralité, la vasectomie double semble au contraire, un raffinement dans l'immoralité. L’homme qui a subi la vasectomie n’est pas, A proprement parler, un eunuque. Il conserve les testicules, qui élaborent toujours le liquide proli tique. Mais parce que les canaux déférents sont sectionnés, la possibilité de l’éjacula­ tion n’existe plus, ct la stérilité complète est assurée. Toutefois, la communication du membre viril avec la prostate cl les glandes de Cowper subsistant, il y a encore possibilité d’émettre ce liquide qui. d’après les physiologistes, caractérise la simple distillation, dis­ tincte de la pollution. Cf. P. Poirier ct A. Charpy, Traité d'anatomie humaine, Paris, 1907, vol. v, p. 341 sq.; Vigouroux, Traité complet de médecine pratique, Paris (s. d.), I. iv, p. 5 sq. De plus l’homme reste capable d’érection ct donc de rapprochement sexuel. Enfin certains physiologistes ajoutent que l’opération de la vasectomie n’a pas nécessairement un cfict défi­ nitif cl que, parfois même après plusieurs années, il est encore possible, sans mettre en péril la vie du patient, de rétablir la communication des canaux déférents. Cf. Cappello, De vasectomia, dans la Scuola cattolica, 1912, p. 216 sq.; Gemelli, De liceitate vasec­ tomie:, id., nov. 1911; Donovan, De liceitate uasectomiæ, dans American eccl. Review, avril 1910; The morality oj the operation oj vasectomia, id., mai 1911, Philokanon, The question oj vasectomy, id., nov. 1911. D’autres cependant nient celle possibilité, du moins, d’une façon normale ct fréquente. Cf. J.-B. Fcrreres, De vasectomia duplici, Madrid, 1913, n. 218 sq., avec les références qu'on y trouve. La question de la vasectomie pose un problème double, à la fois moral cl canonique, l’illicéité de l’opération, l'empêchement d’impuissance qui en résulte. Tout d’abord, les auteurs sont unanimes à affirmer que. tout comme la castration, la vasectomie double serait licite chaque fois qu’elle serait nécessaire pour sauver la vie de Γindividu sur lequel on la pratique. Ce n’est que l’application du principe général formulé par saint Thomas. Mais celte opération est-elle jamais nécessaire pour sauver la vie d’un malade? En dehors de ce cas, elle est toujours illicite. Cap­ pello, De matrimonio, n. 376, énumère trois chefs d’illicéité : l. personne ne peut renoncer â un droit qui, de par la nature, est ordonné principalement au bien du genre humain: 2. la société elle-même ne peut priver les citoyens des droits qu’ils tiennent de lu nature, et en particulier du droit de disposer de leur propre corps en vue de la génération : sous ce rapport, en cfïct, l’homme ne dépend de personne; 3. la vasec­ tomie rend l’homme inhabile au mariage, et par con­ séquent le contraint moralement au célibat, alors que cependant celle opération, loin de diminuer les tenta­ tions centre la chasteté, en augmente plutôt la vio­ lence : il y a donc pour les hommes Opérés de la vasec­ tomie un très grave péril de péché. Ainsi, contre Donovan, op. cil., et Gelnelli, De liceitate vasectomia:, dans Scuola catlolica, nov. 1911, opinent Ferreres, op. cit ; Ojclti, Synopsis rerum moralium..., v· Vasec­ tomia. η. 1040; Eschbach, De chirurgica operatione vasectomia: disquisitio.., dans Analecta ecclesiastica, sept.-oct., 1911, et Dr vasectomia, breves anunadver- 2579 MUTILATION 2580 stones (ίη disputationem B. P. A. Gemelli) dans Scuola la vasectomie double. Mais la question de rilhcélté dc cattoHca, fév. 1912; Antonelli, Medicina pastoralis, la vasectomie teste entière, comme Fcrrcrcs le remar­ Rome, 1909. n, n. 236; Rfghy, Dr liceitatc vasectomiæ que lui-même, n. 151. ad prolis defectiva! generationem impediendam patra3. A la castration chez l’homme répond, chez la lx, dans American reel. Review, juillet, 1910; Schmitt, femme, l’opération de Porro ou l'ablation dc l’iilérus Vascctomia illicita. id., juin 1911; cf. Zeitschrift file et dc scs annexes, les deux ovaires. Cette opération, ka/holische Théologie, î ct iv, 1911; Cappello, De au point dc vue moral, s’apprécie d'après les mêmes vascctomia, dans Scuola caltolica, février 1912. etc. principes que la castration. Ainsi elle ne doit sc faire Sur la question de l'impuissance causée par h que si elle est nécessité par une maladie de l’utérus, vasectomie, il y a, entre les auteurs, des nuances ou parla crainte fondée dc complications graves con­ d’affirmation assez accentuées. Ferreros insiste beau­ sécutives à une opérations intéressant cct organe, en coup sur la parité à établir entre la castration et la un mot, par l’urgence dc sacri lier l'organe pour sauver vasectomie double, op. cit., n. 21 sq., ct ne semble pas le tout. Il n’est pas nécessaire d’ailleurs que ccs compli­ accorder grand crédit à l’opinion qui déclare répara­ cations soient immédiates, pourvu qu’elles soient bles les effets de la vasectomie, n. 63 sq. Pour lui, certaines. Mais elle ne doit jamais être pratiquée pour « l’homme qui a subi la vasectomie double est de le seul motif d'éviter à une femme le retour dc gros­ droit naturel impuissant, ct il ne peut en conséquence sesses dangereuses, attendu que la raison d’urgence ni licitement ni validement contracter mariage », n. 21. qui vient d’être signalée fait ici défaut. Le médecin A l'encontre, Vcrmccrsch nie cette impuissance. Pour a toute liberté de supprimer l'utérus quand il le faut cet auteur, il n’y n pas parité entre la castration ct la pour le succès de l'opération césarienne, voir ce mot, vasectomie. Les castrats sont privés de toute sécré­ t. n, col. 2187, ou dc toute autre opération qu’il serait tion interne...; ceux qui ont subi la vasectomie conser­ amené à tenter. L'ablation du seul utérus, appelée vent cette sécrétion ct peuvent accomplir l’acte char­ hystérotomie, soit vaginale, soit abdominale, doltêtre nel, avec éjaculation d'un liquide séminal véritable jugée d’après les mêmes principes. Lchmkuhl, Theo­ quoique aspennatique. Dc plus les organes de la logia moratis, t. t, n. 856; (Îenicot-Salsrnans, t. u, génération demeurent chez eux parfaitement intègres, n. 181; Noldin-Schmitl, n. 328; Gury-Ferrercs, t. n, de telle sorte qu’aucun défaut extérieur, apparent ct n. 1009; Cappello, n. 353. reconnaissable ne s’affirme. Cc qui suffit pour rendre L’n cas extrêmement intéressant au point de vue de canoniquement l’impuissance incertaine. Dc castitate la licéité est celui dc l’ablation dc l'utérus en cours dc et vitiis oppositis, η. 83. Cappello nous semble avoir gestation, soit parce que l'utérus lui-même est déjà donné sur cc point la note juste : « L'homme, dit-il, si gravement atteint que sa conservation met en péril selon la doctrine commune des canonistes, doit être la vie dc la mère, soit parce que l’ablation d’une considéré comme impuissant, parce qu’il ne peut plus tumeur cancéreuse ou gangréneuse voisine ne peut sc émettre dc sperme véritable. Pour que l’homme soit faire que simultanément avec l’ablation dc l’utérus. • puissant », il faut qu’il puisse émettre de la semence Le cas doit être résolu d’après les principes qui régis­ humaine dans le vagin dc la femme... Mais tout en sent l'avortement indirect, voir Avortement, t. i, admettant que la vasectomie crée une véritable col. 2649. Il est permis dc pratiquer, sur la mère, toutes impuissance, cet empêchement ne serait dirimant qu’à les médications, opérations, mutilations qui eussent la double condition d’être antécédent au mariage ct été pratiquées sur la femme, dans le but dc sauver sa perpétuel. Or, les sciences physiologiques ct médicales vie. C’est per accidens que le fétus est ici atteint et, n’affirment pas la perpétuité. Γη certain nombre pour ainsi dire, prxtcr intentionem agentis. Dans le d'auteurs, en effet, affirment qu’on peut rétablir après cas présent, l’opération est donc licite : « Nous avons l'opération dc la vasectomie la communication entre ici un acte bon, donner une médication ou pratiquer les testicules ct les canaux déférents, qu’on le peut, une opération, qui est ordonné par soi à sauver la sans péril de mort pour le patient, ct d’une façon vie dc la mère. De cct acte, dans le cas présent, résul­ rapide ct facile. D’autres opinent différemment. Aussi tent Immédiatement deux effets; l’un, bon (sauver la la question dc droit dépend ici dc la question de fait : vie dc la mère), l’autre, mauvais (permettre la mort l’impuissance est-elle perpétuelle ou temporaire; la du fétus); ct il y a une raison suffisamment grave dc réintégration des communications est-elle facile ct permettre cc dernier effet, le but poursuivi par l’agent, réalisable, oui ou non? L’homme qui a été constaté à savoir sauver la mère, étant moralement bon. Nous une fois Impuissant, devra prouver que cette impuis­ retombons donc dans la doctrine générale qui déclare sance a disparu. Et cette preuve est (quoi qu’en dise licite de poser une cause bonne ou indifférente, de laquelle Fcrrcrcs, qui la déclare impossible, parce qu’immo- suivent immédiatement deux effets, Tun bon, l'autre ralc, cf. n. 232), en soi facile; car... la réir tegration mauvais, s'il existe une cause grave proportionnée, et si sera constatée par le témoignage des médecins. En la fin poursuivie par l'agent est honnête... Dans le cas conséquence pratiquement il faut tenir a) que le présent, le péril couru par la mère est certain et ce mariage contracté après l’opération de la vasectomie n'est pas la grossesse qui l'occasionne : Il n’y n pas doit être considéré comme valide; b) qu’on ne saurait moyen d’éviter la mort du fétus, car l'ablation dc empêcher ce mariage, puisque l’impuissance perpé­ l’utérus est nécessaire. Il y n donc cause proportionnée. tuelle n'est pas certaine, personne ne pouvant être Dc plus l’ablation dc l'utérus ne vise pas directement privé dc son droit certain de contracter mariage, à le fétus : le chirurgien n’a pas d’autre intention que de moins que son Impuissance ne soit certainement cons­ sauver la mère, et l’opération eût été pratiquée, même tatée; c) que les époux peuvent accomplir licitement si le fétus n’avait pas existé. 11 ne s’agit donc pas d'un l’acte du mariage, que la vasectomie ait précédé ou acte tendant directement à la destruction du fétus, non leur mariage. Si l’homme qui est devenu eunuque ct qui, par conséquent, tomberait sous la réprobation après avoir validement contracté mariage peut lici­ formulée par le Saint-Office, décret du 19 août 1888. « tement, au dire de plusieurs auteurs, demander ct Fcrrcrcs, op. cil., n. 282-287. Cf. Gury-Fcrrcrcs, t. t, rendre le devoir conjugal, Il n’y a aucune raison solide p. 309; Gcnlcot-Salsm.ms. t. r, n. 377 br<; Antonelli, d’interdire l’usage du mariage dans le cas de la Medicina pastoralis, t. n, n. 110. On peut assimiler cc vasectomie. » Op. cit., n. 377-379, cas au cas classiquement décrit par les théologiens, Ces remarques infirment singulièrement les conclu­ de l’homme qui fuit un danger mortel ct, dans sa sions que tire Fcrrcrcs dc l’assimilation parfaite, qu’il fuite, doit nécessairement écraser un infant endormi établit entre les eunuques ct les hommes qui ont subi sur son chemin. Cf. Mayr, Theologia scholastica. 2581 MUTILATION Ingolstadt, 1732, p. 56; Struggl, Theologia untuersa, Vienne, 1711. t. i, p. 411: Casajoana, Disquisition# scholai ticc-dogmallcæ, Barcelone, 1888-1895, t. iv p. 306, et, plus récemment, Noldin-Schmltt, De pea­ cepile, n. 338, 2. A. 4. Ce qui a été dit de la vasectomie doit s’appliquer à l’opération correspondante chez In femme, Γοορ/ιοrectomic. Celte operation consiste dans In division dc l'ovlductc (trompe dc Fnllopc), de telle façon que l’ovule ne puisse plus passer des ovaires Λ l’utérus ct le sperme viril pénétrer dans les ovaires. Celle opéra­ tion constitue chez la femme une mutilation grave ct empêche absolument la fécondation. Il faut donc juger de .sa licéité comme on a apprécie celle dc la vasectomie. A. Michel. MUYART DE VOUGLANS Pierro Françola (1713-1791). né en 1713 â Noirans, prés dc SaintClaude. d’une famille de robe, fut avocat au parlement de Paris ct devint conseiller au Grand Conseil. Il mourut A Paris le 14 mars 1791. Il a publié : Motifs de inn loi en Jésus-Christ, ou Points fondamentaux de ta religion chrétienne, discutés suivant les principes de Tordre judiciaire, in-12, Paris, 177G. Cct écrit, assez curieux, valut à son auteur les félicitations du pape Pic VI : Preuves de l'authenticité de nos Évangiles contre les assertions de certains critiques modernes, in-12, Paris ct Liège, 1785; Muyart s’occupa surtout dc matières ciminellcs, et scs écrits, sur cc sujet, ont gardé encore une certaine notoriété : Institutes au droit criminel, ou Principes généraux sur ccs matières avec un Traité particulier des crimes, in- Ie, Paris, 1757. Une suite dc cct ouvrage est intitulée : Instruction crimi­ nelle suivant les lois ct ordonnances du royaume, in-4·, Paris, 1762; Réfutation des principes hasardés dans le Traité des délits et des peines, in-8·, Paris. 1767, ct in-12. Utrecht, 1768. C’est la réfutation du Traité dc Beccaria. Muyart s’applique à justifier la Juris­ prudence nouvelle usitée en Europe, cl affirme que la peine dc mort est un frein nécessaire à la violence des passions; il veut qu’on tienne compte de la qualité des coupables, car l’éducation établit, entre les hom­ mes, des différences profondes; Les lois criminelles de France dans leur ordre naturel, in-fol., Paris, 1783; Mémoire sur les peines infamantes, in-8·, Paris, 1781; Lettre sur le système de Tauteur de TEsprit des lois, touchant la modération des peines, in-12. Paris, 1785. Michaud, biographie universelle, t. x.xix, p. 663-664; Fcllcr-Wclss, biographie universelle, t. vî. p. 159;Qucrnrd, La France littéraire, t. vi. p. 371; Dcscssart*, Les siècles littéraires, t. îv, p. «168; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. v, col. 303. J. Cakheyhe. MUZALON Théodore. — I. Vu — Homme d’État ct écrivain byzantin, surnommé ό Βοΐλας (cf. Georges le Métochitc, Hist, dogmat., 1. Ill, c. v ct xi, édit. Mal, Nova Patrum bibliotheca, t. x a, p. 321 et 325) mort en 1295. Les Muzalon*, nouveaux venus dans l’empire byzantin sous Théodore Lascaris (1251-1258), étaient, A la mort dc cc prince, les pre­ miers personnages dc l’État. La noblesse indigène, jalouse d’une faveur, qu’elle ressentait comme une injure, lit massacrer par des mercenaires les ministres abhorrés. Ce meurtre politique ouvrit l’accès du trône aux ambitions du grand connétable Michel Paléologuc, resté étranger au crime. Le nouveau basileus eut à cœur de rétablir la fortune dc la famille déchue. Théo­ dore fut distingué par lui cl destiné aux plus hautes charges. Georges de Chypre, alors professeur de grand renom, reçut la mission d’instruire le nouveau favori qui gravit rapidement la hiérarchie des dignités. En 1282, il accédait A la charge suprême, celle dc grand logothète, laissée vacante par la mort dc Georges - MUZALON 2582 Acropolitc. Andronic II devait y ajouter 1« titres enviés dc protosébastc et de protovestiaire; il maria même l’un dc ses fils, Constantin, à la fille dc son minis­ tre, Irène. En matière dc politique religieuse, Théodore resta toute sa vie un schismatique convaincu; Michel Paléo­ loguc, dont la politique dc rapprochement avec Borne est bien connue, dut user dc contrainte corporelle pour amener à ses vues son protégé récalcitrant; cf. G. Pachymèrc, De Mtehaele Palæol., I. VI, c. xxvn, P. G., L cxun, col. 957-959. La conversion du minis­ tre parui complète, ct on le vit pousser le zèle jusqu’à sc faire théologien et défendre par écrit l’orthodoxie des Latins. Mais ce n’était là qu’une feinte intéressée, car, Michel VIII décédé, Muzalon circonvint l’esprit du faible Andronic II (1282-1328). La rupture avec Home, la déchéance en bloc dc l’épiscopat catholique sc firent à son instigation. Cf. G. Pachymèrc, De Andronico Palæol., 1. I, c. n, P. G., t. exuv, col. 19 Π. Georges le Métochitc, Histor. dogmatic., I. III. c. v, édiL Mal, p. 322. Grâce à lui, son ancien maître, Georges dc Chypre, fut élevé au siège œcuménique ct, quand le nouvel élu eut en matière doctrinale émis des doctrines aventureuses, le ministre n’hésita pas à servir la cause ct les idées du patriarche hérétique; tandis que par des mesures de police il poursuivait les adversaires du prélat, il s’en fit par la plume l’apolo­ giste le plus enthousiaste. Mais contre l’entêtement des moines la force et la logique furent impuissantes. Le ministre dut sc désolidariser d’avec son maître, abjurer scs idées ct implorer publiquement son par­ don. A cc prix, il obtint une attestation d’orthodoxie. Sa fin fut triste; atteint d’une maladie mystérieuse où toux ct lui-même virent un effet de la colère divine, il mourut en confessant que le malaise dont souffrait l’Églisc byzantine était son œuvre Au dernier moment, Théodore, comme beaucoup dc dignitaires byzantins, avait endosse l’habit monacal. Il fut enterre à Nicéc dans le monastère de Tornikios sur lequel sa femme exerçait le droit dc patronat. Cf. Pachymèrc, De Andronico Palæol., L II, c. xxxiv, P. G., L exuv, col. 212, 213, ct Georges le Métochite, Histor. dogmalic., I. Ill, c. xvm, édiL citée, p. 329, 330. Sur la date exacte dc sa mort, voir Échos d'Orient, 1927, t. xxvm» p. 318, 319. II. Œuvres. — Muzalon prit une part active aux conférences contradictoires, au cours desquelles fut débattu entre catholiques et orthodoxes le sens du fameux texte de saint Jean Damascene : ττροβολεύς διά Λόγου έκφαντορικου Πνεύματος. Cf. De fide orthodoxa, I. I, c.xn, P. G., I. xciv, col. 818. Son action, à laquelle il fit servir toutes les forces dc l’État, fut prépondérante. L’historien Grégoras note que. sans son Intervention ct celle de Grégoire de Chypre, le triomphe dc l'orthodoxie eût été impossible. Cf. Xicéph. Grégoras, Hist. by:anl., I. VI, c. n, P. G., t. cxlviii, col. 317 B. Ses adversaire» ont loyalement rendu hommage ù sa culture littéraire et à son talent d’orateur. Cf. Georges le Métochitc. De processione Sptnlus Sancti, lib. V (inédit). Voir aussi le propos de Jean Beccos rapporté par Pachymèrc, De Andron. Palæol., I. I, c. xxxv, /’. G., t. exuv, col. 106 B. Toutefois Muzalon semble avoir beaucoup plus parlé qu’il n’a écrit. Nous trou­ vons dans les sources mention des ouvrages suivants : 1· Un traité dogmatique, compose vers 1280, sur l’ordre dc Michel Paléologuc, et dans lequel Fauteur défend la parfaite orthodoxie des Latins. En 1283, Muzalon brûla solennellement cct écrit, protestant néanmoins que ce n’était pas qu’il contint aucune mauvaise doctrine, mais parce qu’ayant été publié dans un temps d’orage, il n'avait servi qu’à entretenir le trouble dont l'Eglise était nuitée. Cf. G. Pachymèrc, 2583 MUZA LON Dr Andron. Palxol., I. I, c. vm, P. G., t. cxliv, col. 32 A — 2· Une Refutation de Nicéphore Blcmtnyde (λογική άντ(ρρησις). Le célèbre rhéteur est ’’auteur de deux lettres dogmatiques, qui eurent sur le patriarche Jean Beccos une in fluence décisive. C’est dans les écrits de Blcminyde que le prélat catho­ lique trouva la preuve de l’origine patristique et de Equivalence des formules trinitaires, tr. Πατρδς καί Tloû ct έκ Πατρδς δι* Υιού. Blemmyde. mort récem­ ment (1273),en imposait toujours à tous par sa science cl sa vertu. Les catholiques sc réclamant de ses écrits, Muzalon crut devoir les réfuter. Jean Beccos répliqua cl Ht une longue apologie de la pensée de son maître. I.’ouvrage du patriarche, aujourd'hui perdu, nous a été longuement décrit par Georges le Métochllc dans son Hist, dogmatic., I. 111, c. v et vr, p. 321, 322. Le traité de Muzalon ne semble pas non plus conservé, à moins qu’il ne se trouve dans le Bucarest. (Bibliolh. nation.) 560, fol. 338-370. L’attitude de Muzalon semble plaider de façon décisive, outre les considérations philologiques les plus impression­ nantes, en faveur du catholicisme de Blcmmvde; il ressort en effet de celte polémique que la mentalité de l’écrivain, aujourd’hui très discutée, passait aux yeux de ses contemporains, adversaires ou disciples, pour conforme à la doctrine romaine. C’est une grave constatation qui n’a pas encore été versée au débat. Voir l’état de la question, dans les Échos d’Orient, t. xvu, 191 1-15, p. 153-155; cf. aussi M. Jugie, Theologia dogmatica Christianorum orientalium, 1.1, 1927, p. 119430. — 3· I n autre traité polémique intitulé : ’Αντιρ­ ρητικός <λόγος> κατά των τού Βέκκου βλασφημιών. Cet ouvrage, qui faisait l’admiration du patriarche Grégoire de Chypre (voir la lettre 145 dans Εκκλη­ σιαστικός Φάρος, t. tv, 1909, ρ. 101), est conservé en entier dans le Chis. gr. 12, fol. 38 v·-16. La plus grande partie a été publiée à Jassy, en 1699, par Düsilhéc Not aras dans le Τόμος ’Αγάπης, p. 105-113, sous le nom de Grégoire de Chypre. La Patrologie grecque de Mlgne, t. ex lu, col. 290, a reproduit le fragment avec la même fausse attribution. Voir Échos d'Orient, t. xxxii, 1928, p. 4 17 et 118. — 1· Un éloge du patriar­ che Alhanase 1·» (1289-1294 cl 1304-1309). L’élection de ce pontife avait été très contestée. Afin de faire taire les mauvaises langues, le basileus Andronic H assembla le peuple, ct ordonna à ceux qui pensaient du bien d’Athanase d’exprimer leur avis. Ce qui fut dit parut ù Muzalon si merveilleux qu’il le mit par écrit sous forme d’éloge. Cf. Pachymère, De Andronico Palirol., 1. H, c. xiv, P. G., t. cxi.iv, col. 161 A. Mais plus tard, instruit des supercheries dont sa bonne foi avait été victime, le grand logothete brûla son pané­ gyrique (cf. Pachymère. toc. cit., 1. IL c. xxiv, col. 196 A). — 5· L’attribution à notre auteur d’une passion du néomartyr Nicétas reste problématique. On est cependant en droit de conclure d’une légende de V Ambrosiarum E. 64. fol. 219 v·, que le grand logothèle toucha, comme beaucoup d’autres dignitaires de la cour byzantine, à l’hagiographie. Cf. IL Delehaye, Le martyre dr saint Nicétas le Jeune, dans les Mélanges offerts à M. Gustave Schlumberger, l. i, p. 207. Théodore écrivit-il le panégyrique de son saint homonyme? Mgr Eustratiadès, l'éditeur de la corres­ pondance de Grégoire de Chypre, semble l'admettre; cf. 'Εκκλησιαστικός Φάρος, t. i. 1909. p. 82. Cette opinion n’est pas fondée; la lettre 36 (ibid., p. 133) sur laquelle elle s’appuie est, en effet, adressée, non à Théodore Muzalon, mais a Georges Acropolite. son prédécesseur à la tète des affaires. — 6· En dernier lieu, il faut signaler la Correspondance de Muzalon. Celle-ci. <(ui dut être considérable, ne nous est pas parvenue en recueil séparé; on n’en retrouve plus que de rares témoins disséminés dans les collections épisto- HUZZA BELLI 258 \ laires de son époque. Grégoire de Chypre ne nous a trans mis que trois lettres de son élève (cf. Έκκλ. Φάρος, t.ni, 1909, p. 281 ( 181·). p. 283 ( 116·) l. iv. 1909, p. 11 1 ( - 156·), mais celIcs-Ci durent être beaucoup plus nombreuses, puisque nous possédons quaranteneuf lettres adressées au ministre par le patriarche. Cet homme d’Élat fut aussi en rapports suivis avec tout ce que Byzance comptait de lettrés, avec Nicéphore Chumnos qui lui adresse cinq lettres, Maxime Planude qui s’entretient longuement avec lui. Cf. Trou, Maximi monachi Planudis epistolic, p. 81-85, etc. SouncES. — G. Pachymère, De Andronico Pahcologo, 1. I ct II, P. G., t. cxliv, col. 15-212 passim; G. le Mélochitc, I rxoptx δογματικά, I. Ill, édit. Maï, Λ’οιχι Patrum bibliotheca, t. x ) Les autres sont cachées â la raison, non quant h leur existence, car elles sont objet de connaissance expérimentale, mais quant â leur nature Intime que notre raison n’a encore pu atteindre. Exemples ; dans Tordre physique, cc qu’est l'énergie physique, l’essence de la matière, l’attraction universelle, l'électricité, etc.; dans Tordre biologique, l’assimilation nutritive, la désassimilation, la repro­ duction, la croissance, etc.; dans l’ordre psycholo­ gique, la sensation, etc. Toutes ccs vérités naturelles ne sont, au sens qu’on vient d’exposer, mystères qu’au regard de la raison humaine; il est vraisemblable que l’intelligence angélique A. Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, t. n. n. 717. D’autres textes sont également apportés. Le concile fait allusion à Mat th., xj, 25-27. « Je vous rends grâce, mon Père, dit le Sauveur, de ce que vous avez caché ccs choses-là aux sages el aux prudents et de ce que vous les avez révélées aux petits »; et le divin Maître montre qu'il s'agit de mystères connus seulement des personnes divines et de ceux â qui clics veulent bien les manifester, cn ajoutant : * 11 cn est ainsi, mon Père, parce que tel a été votre bon plaisir. Mon Père m’a tout livré et personne ne connaît le Fils. sinon le Père, comme personne ne connaît le Père, sinon le Fils el celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » Dans sa lettre Gravissimas inter contre les erreurs de Frohschammer, Pie IX avait invoqué l'autorité de I Cor., u, 7-10, mais passé sous silence celle de Matth., xi, 25-27. Par contre, il fait appel â d’autres paroles de l’Écriture : · Les Lettres divines, écrit le pontife, prouvent que ces dogmes les plus secrets ont été mani­ festés par Dieu seul, lorsqu'il a voulu faire connaître le mystère qui était caché depuis les siècles ct les géné­ rations (Col., i, 26), ct de telle manière qu'après avoir autrefois parle en plusieurs façons à nos pères dans les prophètes, il nous a parlé à la fin en son Fils par qui il a /ait aussi les siècles (Hcb., t, 1-2)... Personne n'a jamais vu Dieu, Le Fils unique qui est dans te sein du Père l'a lul-méme raconté (Joa., i, 18). 2. Tradition. —· La tradition catholique a toujours considéré les vérités de la foi comme dépassant l'inlelligcnce humaine. L’expression · mystère · (μυστή­ ριον, sairamrntum) sc trouve sous la plume des anciens Pères pour désigner les vérités obscures par ellesmêmes qui sont l’objet de notre croyance : Irénée parle du · mystère » de la Trinité, Cont. hier., II. xxvui, 6, P. G., t. vu, col. 808. Pour Eusèbe de Ccsarée cette vérité est inexprimable, inconcevable pour nous, άρρήτως 3έ καί άνεπιλογίστως. Demons!, evang., IV. xiî, P. G., t. xxiî, col. 257; devant elle, seul le silence nous sied, dit S. Éphrcm. Adversus scrutatores (al. sorj. scrm. n. éd. Assémanl, t. m. p. 191. Saint Hilaire dit expressément que ce dogme est extra significantiam sermonis, extra sensus intentionem, extra intclligcnliæ conceptionem. De Trinitate, II, 5, /'. L., t. x. coi. 54. Saint Gregoire de Nuzianzc l'appelle explicitement un mystère, Oral., x.xxi, 8, P, G., t. xxxvi, col. 141. Dans le Discours catéchétique, n. 3, saint Grégoire de Nyssc insiste à plusieurs reprises sur < la profondeur du mystère », P. G., t. xi.m, col. 17. Nous ne pou­ vons le comprendre ·, déclare Didyme d’Alexandrie, De Trinitate, 11. iv, P. G., t. xxxix, col. 181 Divinum admirandumque mysterium, dit saint Ambroise, De fide ad Gratianum, IV, vin, 91 ; cf. I, x, />. L., t. xvi, col. 631, 511-543. On trouve aussi l'équivalent latin de mysterium, ·> sacramentum ·, avec la même signifi­ cation de vérité inaccessible à la raison. Voir, dans J. de Ghcllinck, Pour l'histoire du mot * Sacramentum ·, Louvain, 1924; pour Tertullicn, p. 130-134; pour S. Cypricn, p. 170-171; pour Arnobe, p. 231; pour Lnctance, p. 215-251. L'étude sur Commodlen de Gaza fournira de nombreux exemples de la significa­ tion du mot mysterium ou sacramentum, désignant des vérités cachées â notre raison, de même la traduction latine des livres d’Irénée contre les hérésies, p. 277 sq. Les hérétiques des premiers siècles qui ont tenté • d’humaniser » les données de la révélation, n’ont Jamais cependant poussé leur < rationalisme » jusqu'à nier les secrets impénétrables renfermés dans les vérités révélées. Aussi les Pères de l’Églisc sc sont-ils conten­ tés de commenter brièvement les textes de l’Écriture relatifs au caractère mystérieux de la révélation, soit dans leurs homélies, soit dans leurs œuvres de contro­ verse. Voir, cn particulier, S. Jean Chrysostome, In 1 Cor., homil. vu, P. G., t. lxi, col. 53: De incompre­ hensibili, homil. i, n. 3, 6, P. G., t. xlvui, col. 701712; S. Augustin, De fide rerum quæ non videntur, i, 1, P. I.., t. xi., col. 171 ; S. Léon le Grand, De nativitate Domini, semi, ix (xxix), P. L., t. liv, col. 226; S. Cyrille d’Alexandrie, In Joa., i, 9, P. G., t. i.xxm, col. 124; Contra Nestorium, L III (init.), P. G., t. lxxvi, col. 111 ; S. Jean Damascène, De. fide orthod., i, 2, P. G., t. xciv, col. 791; In I Cor., c. n, t. xcv, col. 582-590; S. Jérôme, In Gal., in, 2, P. L., t. xxvi, col. 348. C’est à la plupart de ccs auteurs, cités en note avec les réferences suslndlquées, que sc réfère Pie IX lorsqu'il écrit, dans la lettre Gravissimas inter : Hisce aliisque fere innumeris divinis eloquiis inhicrentes SS. Patres in Ecclesiic doctrina tradenda conti­ nenter distinguere curarunt rerum divinarum notionem, quæ naturalis intelligcntiic vi omnibus est communis, ab illarum rerum notitia, quæ per Spiritum Sanctum fide suscipitur, et constanter docuerunt, per hanc ea nobis in Christo revelari mysteria, quæ non solani humanum philosophiam, verum aliam angelicam natu­ ralem intelligentiam transcendunt, quæque etiamsi divina revelatione innotuerint et ipsa fide fuerint sus­ cepta, tamen sacro adhuc ipsius fidei velo tecta ct obscura caligine obvoluta permanent, quamdiu in hac mortali vita peregrinamur a Domino. Dvnz.-Bannw., n. 1G73. Mais la tradition s'alllrme encore, dès le Moyen Age, dans certains actes du magistère de l’Églisc relallvement aux premières tentatives de rationalisa­ tion > des mystères. En 1228, Grégoire IX avait dû rappeler aux théo­ logiens de l’université de Paris, qu’il ne faut point rabaisser la foi au niveau de la raison; qu’elle renferme des vérités qui doivent être crues par l’intelligence, et que celle-ci serait coupable d'audace ct d’improbité 1 si elle tentait de pénétrer là ou l'intelligence naturelle ne peut atteindre. Dcnzinger-Bannw., n. I 12. Au siècle suivant, Haymond Lulle a été accusé d’avoir eu de la foi une conception rationaliste, accusation : à coup sûr au moins exagérée. Voir Li lle, l. ix. col. I 1122-1126. On a même prétendu que le pape Gré­ goire XI, cn 1376, aurait réprouvé entre autres proI positions condamnables les suivantes qui sc rappor­ tent a notre sujet. 2593 Prop. 00. — Oinnrs nr!icull fldrl ct Ecclesia? »ncnimenta nc pot esta* payin’ pol­ iunt probnri, ct probantur per ratione* ncr<’*Mirla«, de­ monstrativa», evidentes. Prop. 07. — Fide* est ne· CC«*arlu honiinibu* rUBtlclf, ln*clh, ministra llbu* ct non luibvntlbii* intellectum ele­ vatum, qui nesciunt cognos­ cere p. Vacant, op. cil., n. 77G. En d’autres termes, la théologie distingue entre eux ct classe les mystères; elle en établit avec préci­ sion les tarai ivres surnaturels; elle en déduit avec certitude d'autres vérité* inaccessibles à la raison, Jusque* cl y compris les conclusions théologie]nos. Sans doute, dans la science divine, l’enchaînement de* mystères a pour point de départ le mystère des mystères, la Trinité divine; et, dans la vision intuitive, tous les mystères bous apparaîtront comme essen­ tiellement dépendants de cc mystère suprême. Tout, cn effet, procède de Dieu pour retourner â Dieu. Le Père sc manifeste d'abord dans la création et dans l'élévation à l’ordre surnaturel qui fait de nous scs enfants adoptif*; ensuite le luis se manifeste dans l'incarnation, la rédemption, l’Églisc, les sacrements ct surtout l’eucharistie; enfin se manifeste Γ EspritSaint dans la sanctification progressive des âmes, sc poursuivant Jusqu'à la vie d’union à Dieu dans la vision bienheureuse. Cf. Gnrrigou-Lagrnnge, De reoetalione. Puris, 191X, l. ι, p. 133. Mal», cn considérant h * choses par rapport à nous, les m\stères nous appar.ii sent surtout cn connexion avec notre fin dernière, il ce point de vue fournit les analogies les plu. nombreuses, le* plus frappantes cl les plu» Juste* avec l'ordre naturel, pour expliquer le sens de* myitèrc*. luutc la révélation a pour but de nous faire atteindre la fin surnaturelle à laquelle Dieu a bien voulu nou* appeler... Dieu .. a révélé 2597 M Y S T E I < E, I N T E L LIG E N C E 1rs mystère», parc e qu’ils ont Ions pour objet «oit la fin surnaturelle cn elle-mémo, soit le* moyen* dediné» A y conduire toute l’hiummilé. loit h·* moyen* des!Iné* A y conduire chaque enfant d’Adam ... soit le» obstfic 1rs au salut.. l’nr élude faite de cc point de vue h d’nillcur* l’avantage de garder aux cnsclgncrnmts de la révélation leur caractère salutaire: si la science sacrée se développait dan* une autre direction, elle ne serait bientôt phi* In science du salut ct rie la sanctification. · De plus, · c’est dan* les rap­ port* qui 1rs rattachent à la lin dernière de l’homme que les mystère» révélés nous offrent avec l’ordre naturel les analogie* les plus nombreuses les plus Justes, les plus simples ct les plu* faciles a saisir... C’est grâce aux harmonies établies par Dieu même (avec l’ordre vers la lin naturelle), que, sans pénétrer avec notre raison dans le secret des mystères, nous nous cn faisons néanmoins, par analogie, des concep­ tions fort nettement dessinées. Avec 1rs réserves de droit, nous appliquons légitimement à la Hn surna­ turelle ce qu’une saine philosophie enseigne de la fin dernière; a hi grâce sanctifiante ct aux vertus surna­ turelles, ce qu elle établit de notre vie, de noi facultés ct de nos vertus naturelles; à la grâce actuelle, cc qu'elle démontre du concours divin; nous comparons la manière dont les divers sacrements produisent ct entretiennent la grâce, cn notre ftrnc, a la manière dont nos corps reçoivent le Jour, sc fortifient cl se nourrissent. La lumière divine de la révélation qui éclaire notre chemin, est rapprochée de la lumière du soleil ct de celle de la raison. L’Eglise est une société véritable qui a son but, «es lois, son organisation, sc* chefs, son indépendance, comme les sociétés civiles. Le péché est la mort de notre âme. Adam cl JésusChrist ont été devant Dieu les représentants de l’huma­ nité : celle-ci a été livrée a l’esclavage du démon par la faute du premier; elle a recouvré sa liberté et scs droits par la rédemption stère». Celte intelli­ gence suppose, cn cllcl, que nous les atteignons dans le* rapports qu’il» présentent entre eux el surtout avec notre fin dernière. Or, une telle intelligence ne peut exister que sous l'influence de la lumière de la foi. Deo danle, dit le concile, faisant écho aux décla­ rations du 11· concile d’Orangc, canon 7, rapportée* au c. ni : < Bien (pic l’assentiment de la foi ne soit point du tout un mouvement aveugle de l’esprit, personne ne peut adhérer à l'enseignement de l'ftoangilr comme il h faut. pour arriver au salut, uwn une illu­ mination ct une inspiration de l'Etpril-Saint.tpii donne â tout la suavité d< I adhesion et de la croyante a la vérité. L’est pourquoi la foi en clicmême caI un don de Dieu .. » Dcnz.-Banns*., n 1791; cf. 180. Voir, relativement â celle vérité, le commentaire de saint Thomas, sur I Cor., η. 11, cl Sum theol., Il·-11*, q. vi, a. 3. Le* analogies proposée* par les théolo­ giens eux-mêmes ne sauraient Cire un moyen de péné­ tration de* mystère* qu’autafit qu’elles sont éclairées par la bd; car elle* n'ont de valeur certaine qu’en tant qu’elles sont des explication* des analogie* révélée*. La raison seule ne peut découvrir les ana­ DICT. r>>. riiÉoi.. catiiol. 2598 logie* favorisant l'intelligence du mystère comme tel, puisque laissée a scs seules lumière*, la raison ne saurait atteindre Dieu que comme auteur de I ordre naturel, 3 Même aprh la révéla!ion que Dieu a faite de* mystères, leur intelligence demeure obscure rt imparfaite. 1. Doctrine* visées par celte affirmation. — Notre affirmation «appose que la révélation des mystère* a été faite; elle vise donc le* scnd-nilionnlt*tcs qui soutiennent que, *i la révélation est nécessaire pour nou* manifester les mystères, nous pouvons néan­ moins, par les lumière* de la seule raison, acquérir une intelligence «cientitique de ces mystère* une foi* qu'il* ont été manifestés par la révélation C’est la thèse de Ero h sc hammer, condamnée par la lettre Gravissimas inter. Denz.-Bannw., n. 1660. Elle vise aussi le* ailleurs qui, tenant a bon droit la trinlté de* personnes comme nécessaire en Dieu, refusaient de ranger le dogme de la Trinité parmi les mystères, erreur condamnée chez les gunthérien* par Pic IX, bref Eximiam tuam, 15 Juin 1857, Denz.-Bannw., n. 1665, et chez Rosmlnl, par Léon XIII, prop. 25, Denz.-Bannw., n. 1915 Le Syllaba* condamne la proposition suivante qui englobe toutes les doctrines réprouvée» : Prop. 0. — Oninhi indtscriminstlm dogmata reli­ gioni* Christiano; «unt objec­ tum naturali* scimitar seu philosophise ; et humana ra­ tio historke tantum ricultu, potest, rx sui* natunilibu* viribus rt principiis, ad ve­ ram de omnibus «diam recon­ ditioribus dogivmlibus scien­ tiam |»rrvrnirr, modo hire dogma In tnnqunm objectum prop odia fuerunt. Tou* les dogmes de la reli­ gion chrétienne sans distinc­ tion sont l’objet de la science nalurrUr ou philosophie; rt avec une culture purement historique, la raison humaine peut,d'après scs principe* et ses force* naturel!***, parve­ nir à une vraie connaissance de tous le* dogmes, même le* plus cachés, pourvu que ccs dogmes aient été propo­ ses A la raison comme objet. I)« nz.-Bannw., n. 1709, En reprenant ce* condamnation* dan* le second paragraphe du c. vi de noire constitution, le concile du Vatican entend englober dan* lu même réprobation toute* le* forme* d'erreur* qui introduisent le ratio­ nalisme dans l'intelligence des mystères nprès leur révélation, soit qu’il s'agisse sans aucune distinction de toute sorte de mystères, soit qu’on distingue entre mystère* ayant leur fondement dans la libre volonté de Dieu ou dan* la nécessité de la nature divine Cf. noie 12 *ur le schéma pro»ynodal de la constitution De doctrina catholica, dans Vacant, op. cil, l. i, p, 589. 2. Dot'lrtne de ΓEglise. La note 13 sur le même schéma, soir Vacant· t. I, p. .590, rappelle opportuné­ ment qu’il existe une double science des mystères, fidrs qu.trrn* intellectum : l’une prétendait arriver â cn démontrer I’cxhtcnre el â cn comprendre l’rssencc Intrinsèque par les principe* perçus à la seule lumière de la rni*on, ct elle les considérait ainsi comme des vérités (pii sont, non pas au-dessus, mais â la portée de la raison. C’est celle science purement phi­ losophique qui est condamnée... Il est une autre science de* mystère*, <|ul part des principe* révélé* ct cru* par la fol cl s’appuie *ur ce. principe*. Celle intelligence e*t bien loin d’être condamnée; car elle constitue uac porlion de la théologie sacrée. » La science purement philosophique de» mystères, condamnée par la leltre Gratissimas inUr, par le second paragraphe du c. iv de la constitution De fldr catholica, et par le canon I (jui y correspond, implique donc une impossibilité absolue de ramener le* mys­ tères à de* principes do certitude naturelle. L’inldligencc qu’on cn aura ne sera Jamais semblable à notre intelligence de* vérités naturelles, quo nous compre­ nons en le* ramenant a des données d’expérience où à de* principes évidents pour la raison. Lu démonslra- 2599 MYSTÈRE · - MYSTIQUE lion qu’on en pourra faire ne ressemblera en rien à la démonstration scientifique procédant soit par induc­ tion soit par déduction : cc sera une démonstration invoquant l’argument d’autorité qu’implique toujours la foi. L’intelligence des mystères sera donc, si l’on peut s’exprimer ainsi, · une intelligence de superficie. Elle expliquera leur liaison entre eux ct avec les données de la raison, mais sans aller jusqu’à établir leur vérité en vertu des principes fournis par notre expérience ou par notre intelligence, cl par conséquent sans les démontrer par des principes naturels. Les spéculations de la théologie relativement aux mys­ tères forment donc comme un édifice, qui est construit, non sur le sol de la raison, mais sur le vaisseau de la foi. de telle sorte qu’il n’a d’autre fondement ou plutôt d’autre appui que l’océan de la vérité divine. Pour employer une nuire comparaison que notre cons­ titution nous suggère, les mystères restent toujours ici-bas couverts comme d’un nuage et comme d’un voile, que la raison ne peut percer ct qui l’empêchent de démontrer les affirmations de la foi. « Vacant, op. c<7., t. n, n. 791. Celte impossibilité de comprendre ct de démontrer par des principes naturels la vérité intrinsèque des mystères, meme après leur révélation, repose, d’après le concile, sur la nature même des mystères, voir cidessus, col. 2587, ct sur le témoignage de saint Paul dans la II Cor., v,7 : Per fidem enim ambulamus ct non perspectem. Ici-bas,c’est une connaissance qui ne peut s’appuyer que sur la foi; au ciel, cc sera la vision, non par les lumières propres de notre intelligence, mais par une lumière toute surnaturelle qui, détruisant la foi, y substituera enfin la claire intuition de l’es­ sence divine. Ouvrages ù consulter. — Tous les traités de théologie fondamentale, traité de la révélation. Voir spécialement Garrigou-Lagrnngc, De revelatione prr Ecclesiam catholicam proposita, Paris, 1918, t. i, c. v; Ottlgvr, Theologia fundamentalis, t. i, Kribourg-cn-B., 1897. p. 09-80 ; A. Vacant, Etudes thêologiqucs sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895. t. n. art. 120-127. A. Michel. MYSTIQUE (Théologie). — L Psychologie ou phénoménologie de la mystique. IL Philosophie de la mystique (col. 2647). III. Théologie de la mystique (col. 2660). L Psychologie ou phénoménologie de la mys­ tique.— Z. QU'RNTRSDOS^-NOCS ICI PAR MYSTIQUE? — Sans nous attarder sur l’étymologie et sur les sens multiples, anciens ou modernes, du mol mystique, cf. Sophronc, Le mot * mystique », Revue pratique d'apo­ logétique, l. xxvui, p. 517-556, L. de Grandmaison, Éludes, 5 mai 1913, p. 309-310, ct J. de Guibcrl, Revue d'ascétique et de mystique, janvier 1926, p. 3-16, essayons de délimiter exactement le domaine que nous entreprenons d’explorer. Nous ne nous dissi­ mulons pas qu’un travail de cc genre suppose une notion préconçue du mystique; mais nous ne pou­ vons pus procéder autrement. Nous pouvons redire de la mystique ce que l’on a dit de l’hystérie, ce que l’on pourrait dire de ia religion : « Si l’on pose en principe que l’on doit définir l’hystérie d’après les symptômes habituellement groupés chez les hystéri­ ques. il faut alors savoir qui est hystérique... Mais comment, d’autre part, savoir qui est hystérique, sans avoir orienté sa recherche... d’après un type acquis ct abstrait d’hystérie auquel on compare l’échantillon concret qu’on observe? Comme on le voit, ce cercle vicieux ne pourra être brisé que par la définition conventionnelle d’un point de départ. » Did. apologétique, t n, col. 53L — Qu’entendonsnous dune par fait mystique, phénomène mystique, • théologie · mystique? 2000 Qui dit théologie dit connaissance de Dieu. Théo­ logie mystique signifie donc connaissance de Dieu obtenue par un procédé mystique. Mais en quoi consiste cc procédé? Il sc définit plutôt négativement que positivement L:i connaissance mystique s’oppose Λ la connaissance rationnelle, discursive, par raison­ nement. quel que soit d’ailleurs le moyen, différent du raisonnement, par lequel on estime atteindre Dieu. · On appelle souvent mystique un ordre de pensées inaccessible ù l’intelligence commune, un aperçu qui échappe à la raison claire, qui ne relève point des procédés discursifs de l’esprit, ni d’aucune démonstration, mais de la foi (dans l’acception laïque du mot), de l’intuition, de l’instinct, d’une sorte de divination. · Sophronc, loe. cit., p. 555. Nombreux sont les procédés non rationnels qui permettraient de connaître Dieu : la fol, le sentiment, l’intuition, l’expérience; mais ils peuvent, semble-t-il, se ranger en deux classes : ceux qui supposent ct ceux qui ne supposent pas quelque * expérience * de Dieu. C’est aux premiers qûh nous réserverons le qualificatif de mystiques. Ne rentrent donc pas dnns ’c domaine du mystique proprement dit : la fol « dans l'acception laïque du mot ·, c’est-à-dire la croyance volontaire et sans preuve à l’existence de Dieu, ni la vie religieuse dans la « nudité de la foi », si haute qu’elle soit, si intimes que puissent devenir les relations du croyant avec l’invisible dont il admet l’omniprésence, ni l’intuition, entendue au sens où la prend Bertrand Bussell, Le mysticisme ct la logique, de I intuition d’une vérité et non d’une réalité, de la Béalité. En définitive, nous considérerons comme mystique tout fait psychologique dans lequel l’homme pense attein­ dre directement cl Immédiatement Dieu, en un mol < expérimenter » Dieu, que ce soit par un effort per­ sonnel d’intelligence ou d’amour, qui nous élèverait jusciu'à lui, nous permettrait de le · trouver », de l’étreindre de quelque manière, ou. au contraire, une ce soit par une condescendance de Dieu, qui s’abaisse vers nous, nous · touche ·, nous fait sentir sa présence ou son action, nous inonde de consolations ou de lumières. Nous aboutissons ainsi à distinguer deux sortes de mysticismes, qu’on pourrait appeler le mysticisme actif et le mysticisme passif. Il n’y aurait aucun incon­ vénient à réserver le nom de mystiques proprement dits ou propriissimo modo, aux faits mystiques de la seconde catégorie. Nous laissons donc en dehors de la mystique dont nous allons nous occupe! cc que l’on peut appeler • la vie mystique » ordinaire, si bien décrite par le P. Léonce de Grandmaison, loc. cit., p. 311-319, qui consiste dans une assimilation, une » réalisation · des vérités de la foi par des · exercices mystiques »; cc n’est pas à son propos que se pose » le problème de l’expérience mystique ». Nous négligerons aussi délibérément « l’élément mystique · qui constituerait, selon les vues du baron de 1 hï jel, la source même de la religion. Cf. Léonce de GrandmaUon, Recherches de science religieuse, I. i, p. 180 208. Qu il y ail ou non continuité entre cet élé­ ment mystique, présent en tout homme «à l’état latent et virtuel », celte « aptitude innée de réeolleclion, d'intuition, d'émotion, due à la présence de Γ Esprit de Dieu, cl réduite en acte par son activité, » p. 190, el les états mystiques supérieurs, toujours est-il qu’il existe au moins, entre cet « élément · ct ces % états », • la différence qui existe entre un acte complet, un état fort, un plein midi, el un acte inchoatif, un état faible, une aurore »P 189 Enfin il Importe de distinguer, bien que ce ne soit pas toujours commodi. l’expérience proprement mystique de l’expérience religieuse en général La -Gni MYSTIQUE, DESCRIPTION DES vie religieuse, Juive el chrétienne, décrite par XXX duns Qu'est ce que la mystique? (Cahiers dr la nouvelle fournée, 3, Paris, 1925) produit en ceux qui s’y livrent de toute leur Aine des émotions parfois très Intenses; elle se traduit par des · élans d'amour cl de confiance », comme en présentent certains psaumes, p. 90-91 ; I Ame religieuse entretient avec Dieu un commerce d amitié, d'amour, qui lu) procure des émotions eni­ vrantes; · c’est sous la forme d’un chant nuptial que l’âme juive ( xhalc son désir de Dieu et l'ivresse de sa possession. lao n’est pas seulement le Père: Il est l'époux sacré, le Bien-Aimé» celui qui prend le cœur ct l’inonde de sa délicieuse présence... Quelle religion osa jamais Instituer entre l’homme ct Dieu une telle intimité?... Celte nouvelle ivresse n’est plus 11 défail­ lance devant 1* Infini, mais le ravissement dans l’amour et voilà résumée d’un mot la mystique judéo-chré­ tienne. » P. 91. La preuve qu'il y a ici une équivoque» c'est quo l’auteur fait de ccttc mystique · l'essence de la religion », p. 100, et qu’il distingue dans la vie religieuse ou mystique des degrés, entre lesquels il n’y a pas vraiment de continuité : « dnns tout cela rien encore n’est changé au cours normal de la pensée et de la vie organique; mais l’c.sprU ct le corps entre­ ront en des étals nouveaux, si l'ardeur s’accroît. · P. 101. Ce sont ces étals nouveaux, mystiques au sens strict du mot, qui forment l’objet de notre élude. L’expérience religieuse ne devient mystique que si elle est ressentie comme venant de Dieu. Cf. Kevue d'ascétique et de mystique, octobre 1922. p. 115-443. a propos des ouvrages de dom Loulsrnrt, O. S. B. A plus forte raison n’entre pas dans le cadre de cette étude ce que l’on nomme le mysticisme spécu­ latif ·. c’est-à-dire des theosophies dans le genre de celles d’Eckart ou de Bœhme, bien que la connaissance en puisse être nécessaire pour comprendre les textes où certains mystiques ont raconté leurs expériences ou proposé leurs méthodes pour parvenir à l’union divine. Le mysticisme spéculatif émane d* » intuitions» de vérités sur les choses, mais non de l'expérience, de l’intuition de la Béalité. Cf. IL Delacroix, Essai sur te mysticisme spéculatif en Allemagne au quatorzième siècle, Paris, 1900; V. Delbos, Le mysticisme allemand, dans Qu'csl-ce que la mystique? (Cahiers de la nouvelle journée, 3). Sainte Thérèse parait avoir de la · théologie mys­ tique » une idée qui se rapproche de celle que nous venons d’exposer. · Pendant que je me tenais en esprit auprès de Jésus-Christ de la manière Indiquée plus haut, ou bien au milieu d’une lecture, J’étais saisie soudain d’un vif sentiment de la présence de Dieu. Je ne pouvais alors aucunement douter qu’il ne fût en mol ou que Je ne fusse moi-même tout abîmée en lui. Ce n’est pas là une vision; c’est ce qu’on appelle, je crois, théologie mystique. · Vie écrite par elle-même, c x. On trouvera dans l.a métaphysique des saints de M. IL Bremond, l. i, p. 275-278, un intéressant parallèle du P. Paul de Lagny entre la théologie mystique » el la · vie mystique », celle-ci n étant pas autre chose γ·/ά- cat, is veram persequitur ανθρώπων, μηδέ ρητόν τόν bis exprimi ab hominibus, νων, τήν άληΟη φιλοσοφίαν philosophiam. I ioc sibi θεόν, άλλ’ή μόνη τη παρ’ sed sola ea (jute ab ipso μέτεισιν. Τούτο άρα βούλε­ vult etiam Pythagoræ αύτού δυνάμει γνωστόν* ή proficiscitur posse potes­ ται καί τώ Πυθαγόρα ή quinque annorum silen­ μέν γάρ ζήτησις άειδής καί tate cognosci; inquisitio της πενταετίας σιωπή, ήν tium, quod pnccipit disci­ αόρατος, ή χάρις δέ της enim obscura et cæca, gra­ τοΐς γνωρίμοις παρεγγυά, pulis, ut scilicet, aversi a γνώσεως παρ’ αύτού διά tia autem cognitionis est ώς δή άποστρ αφέντες των rebus sensibilibus, nuda ab ipso per bilium. τού Ποΰ. Ibid. αισθητών, φιλώ τώ νώ το mente Deum contempla­ L’homme peut tendre à la connaissance de Dieu rentur. par la vue des beautés créées, ou par le désir, jnais t. lx, col. 101-10-1. il n’y parvient que si le maître lui ouvre les yeux : Λ qui demanderait si cette méthode dc contempla­ tion permet d'atteindre Dieu, Clément répondrait ό νους τά πνευματικά διο- mens perspicit spiritalia, ρα. διοιχΟέντων των της apertis ejus oculis a maqu’elle est infaillible : πρός gistro. επειδή γυμνήν της ύλικής quoniam gnosticam ani­ διανοίας όμμάτων τού . διδασκάλου. Ibid., mam, cum nuda fuerit col. 112. τικήν ψυχήν, άνευ της a pelle materiali, absque Notons ici que Clément, â la suite de Philon, σωματικής φλυαρίας καί nugis corporis ct omnibus caractérise la connaissance religieuse ou mystique των παθών πάντων, όσα vitiis, quæ atterunt vante περιποιούσιν αΐ κεναί καί ct falsa? opiniones, car­ du chrétien comme une entrée dans la Ténèbre divi­ ψευδείς ύπολήψεις. άπο- nalibus exutam cupidita­ ne, selon cc qui est dit dc Moïse : Ingressus est autem Moyses in caliginem ubi erat Deus. Ex., xx, 21. δυσαμένην τάς σαρκικάς tibus, luci consecrari ncC’est au c. xn du même livre des Stromales. On sait έπιθυμίας, τώ φωτί καΟιε- cessc est. la fortune qu’obtiendra cette expression par l’influence ρωΟήναι ανάγκη. ibid., des écrits aréopagiliques. col. 101. Le second texte auquel renvoie M. Pourrat. Strom., Clément compare ensuite hi connaissance religieuse 1. II. c. xi, esquisse une théorie dc la connaissance du chrétien à la contemplation dc la mystique expérimentale de Dieu : païenne : Ipse autem, cum procul ούκ άπεικοτως άρα καί non abs re ergo, in mys­ Ό δέ αύτος, μακράν ών, sit, incedit quam proxime, έτ^υτάτω βέόηκε, θαύμα των μυστηρίων teriis quoque quæ fiunt άρρητον. Θεός έγγίζων miraculum certe inelTabilc. ”Ελλησιν άρχει μεν τά apud Grwcos, primum lo­ Deus appropinquans ego, καθάρσια, καΟάπερ καί cum tenent lustrationes, έγώ, φησι Κύριος’ πόρρω μέν κατ’ ούσίαν ... inquit Dominus. Procul sicut etiam apud barba­ έγγυτάτω δέ δυνάμει ... quidem essentia... pro­ μετά ταύτα δ’ έστί τά ros lavacrum. Post hæc xime autem est potes­ μικρά μυστήρια ... τά δέ autem sunt parva mys­ Καί δή πάρεστιν αεί τη τε tate... Atqui et vidente,et εποπτική, τη τε εύεργημεγάλα. περί των συμπάν- teria... In magnis nutem bene faciente, ct docente των, ού μανΟάνειν έτι dc universis non restat τική, τη τε παιδευτική potestate semper nobis άπτομένη ημών δυνάμει ύπολείπεται, έποπτεύειν δέ amplius discere, sed con­ δύναμις τού Θεού. Ibid., adest ct plane tangit nos καί περινοεΐν την τε φύσιν templari cl mente com­ Dei potestas. col. 936. καί τά πράγματα. Ibid.t prehendere ct naturam ct Si nous ne voyons pas Dieu, ne sentons-nous pas col. 10«. res ipsas. son action? Mais Clément revient immédiatement à Négligeant les petits mystères, Clément retrouve la théologie négative : I analogue des purifications païennes dans la confession chrétienne, cl l’analogue de la contemplation des *O0w ό Μωϋσης, ού-ποττ Unde Moyses, cum per­ grands mystères dans Γ - analyse » ou théologie ανθρώπινη σοφία γνωσ- suasum haberet Deum ΟησεσΟαι τόν θεόν πεπεισ­ nunquam humana cogni­ négative : μένος, ’Εμφάνισήν μοι σε- tum iri sapientia. Ostende λίυοιμεν δ’ αν τόν μεν accipiemus autem expian­ (e mihi, inquit; et in cali­ καθαρτικόν τρόπον ομολο­ di quidem modum con­ γνόφον, ou ήν ή φωνή τού ginem, ubi erat Dei vox, γία, τον δέ έποπτικον ανα­ fessione, contemplandi θεού, είσελϋεΐν βιάζεται, ingredi contendit, hoc est λύσει. Ibid. autem resolutione. τουτέστιν, εις τάς άδυτους ad arcanas el informes dc Cctte « analyse ·, Il la décrit el cn marque le terme : και άειδεΐς περί τού όντος eo quod est notiones, cl τοίν-τυ, άφελόντες πάντα si ergo, ablatis omnibus έννοιας. Ibid., col. 936όσα πρόσεσ-ι τοΐς σώμασι, quæ adsunt corporibus 937. καί τοΐς Xrfouévoïc άσω- et iis qu;v dicuntur incor­ Ainsi, ce n’est pas au Pmido-Dcnys qu’il faut faire μάτοις, άπορρίψωμεν εαυ­ porea. nos Ipsos proje­ honneur de In théorie de la connaissance mystique; τούς εις τό μέγεθος τού cerimus in Christi magni­ il faut remonter plus haut, jusqu’il Clément d’\lexandric. jusqu 'a Philon, ct sans doute jusqu â Platon. Cf. Χριστού. κάκεΐΟε*/ είς τό tudinem, ct inde in ejus 2605 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. AUGUSTIN Louis, Doctrines religieuses des philosophes grecs, ρ. 111-116; ct Baitz von l-’rentz, Hernie d'ascétique el dc mystique, 1925, p. 74-80, compte rendu du livre de Joseph Bernhart, Die philosophische Mystik des Mittetalters von ihren antiken DrsprQngrn bis zur Henaissance. Mills avons-nous bien allairc Ici avec la connais­ sance mystique proprement dite, c’est-à-dire avec la connaissance expérimentale des choses divines? Il ne le semble pas. Clément parait n'envisager que la foi chrétienne : elle est considérée comme une sorte d’œil spirituel, créé en nous par le baptême, qui nous permet dc · voir » Dieu; elle est assimilée à la contem­ plation des disciples de Pythagore καΟαρω ou ψιλω τω νω; Clément esl persuadé que les choses se passent ainsi en ce monde intérieur qui échappe â la cons­ cience; mais comment le sait-il? ■ Métaphysique nu expérience? » B Arnou, Le désir de Dieu dans la philosophie dc Plotin, p. 259-271, la question se pose pour Clément comme pour Plotin ct peut se résoudre de la meme manière : c'est une tradition philosophico-thcologiquc plutôt que l’expérience qui permet à Clément d'affirmer que tout chrétien · atteint ■ Dieu par la foi, ct le fidèle qui admet cette doctrine, encore qu’il puisse vivre avec l'invisible comme avec le visible (Hebr., xi, 27), n’en devient pas pour cela un mystique. Pour paradoxale que la chose puisse paraître, on pourrait dire que Clément et Origène, cf. Hevue d'ascétique et dr mystique, 1922, p. 298, I Motin ct Denys, cl tous ceux qui, après eux, s’efforcèrent d’atteindre Dieu par la pure intelligence ou par delà l’intelligence, ct Dieu sait s’ils sont nombreux, ne furent pas par cela meme des mystiques, ne furent pas nécessairement favorisés dc Γ « expérience · mystique. 2e Saint Augustin. — «Au sujet de la vision intui­ tive de P essence divine sur terre, dom Butler fait observer que saint Grégoire et saint Bernard la rejettent expressément. Saint Augustin l’a certaine­ ment admise pour Moïse et saint Paul, peut-être encore pour d’autres; peut-être aussi a-t-il cru qu’il en avait été favorisé lui-même. · La vie spirituelle, sept 1923, p. (3051, à propos de l’ouvrage dc dom Butler, Western Mysticism. The teaching of SS. Augustine, Gregory and Dcrnard on contemplation and the contem­ plative life. Notre intention n’est pas d’exposer toute la doctrine de saint Augustin sur la contemplation; voir à cc sujet le livre du P. I·’. Cayré, A. La con­ templation augustinienne, Paris, 1927; nous voudrions seulement citer quelques textes concernant la connais­ sance mystique, telle que nous l’entendons ici. Il en est un qui sc présente spontanément à la pensée : c’est celui des Confessions, ix, 10, /*. /.., t. xxxn, col. 773-775, où saint \ugustln raconte le ravissement «huit sa mère et lui furent favorises à Oslic; cf. Pourrai, t. i, p. 312-341, Monique et Augus­ tin s'entretiennent du ciel; ils s’élèvent cl s’élancent par bonds successifs des créatures corporelles aux spirituelles : el nous arrivâmes à nos âmes, el nous les dépassâmes (transcendimus) pour atteindre cette région d’inépuisable abondance où vous repaissez éternelle­ ment Israël de l'aliment de la vérité, où la vie est la Sagesse même... El tandis que nous parlions et que nous désirions vivement atteindre (inhiamus) cette souveraine Sagesse, nous la touchâmes un peu dc tout un battement dc notre cœur, attigimus eam modice toto ictu cordis. Puls, ayant poussé un soupir, nous I laissâmes au ciel ccs prémices de notre esprit, et nous revînmes aux accents de notre bouche, â la parole qui commence el qui finit. » Monique cl Augustin s’en­ tretiennent ensuite de 1’ « expérience mystique ■ qu’ils viennent d'éprouver; ils l’analysent el. si l'on peut dire, cn font la théorie, en décrivent la méthode : • Nous disions donc : Celui qui ferait taire en lui les 2606 tumultes de la chair; qui fermerait les yeux au spec­ tacle dc la terre, des eaux, dc l’air et du firmament; cpii ferait taire sa propre âme sans lui permettre dc s’arrêter à elle ni dc penser à clic; qui sc dépouille­ rait des rêveries el des souvenirs de l'imagination; qui oublierait tout langage, toute parole ct tout ce qui esl changeant; celui donc qui n’entendrait plus ccs créa­ tures après qu’elles l’auraient invité à prêter l’nreillc â leur créateur ct à qui Dieu seul parlerait lui-même, non plus par les créatures, mais directement par luimême, si bien qu'il entendit la parole divine... expri­ mée par celui-là même que nous aimons dans les créatures, et qui parlerait, sans employer l’organe d’aucune créature, d’une manière toute spirituelle comme le contact tout spirituel qui s’est produit à l’instant entre notre pensée ravie au ciel et l’étemelle Sagesse subsistant immuablement sur toutes choses, sicut nunc extendimus nos et rapida cogitatione atti­ gimus adernam Sapientiam super omnia manentem; si donc cette extase sc continuait... et si cette contempla­ tion seule absorbait ct abîmait dans les joies intimes celui qui en jouirait, dc telle sorte que la vie éter­ nelle ressemblât à cc court ravissement après lequel nous avons tant soupiré, quale fuit hoc momentum intclligentiæ cui suspiravimus, ne scrait-cc pas l'accom­ plissement dc cette parole évangélique: < Entrez dans la joie de votre Seigneur? (Traduction, un peu para­ phrasée, de Pourrai.) L’inspiration ploliniennc est ici très visible : il s’agit d’un effort de purification de l’esprit dc toutes les données sensibles pour qu’il puisse s’élever dans la région des intelligibles purs; c’est une ascension de l’esprit au-dessus, transcendimus, ct même en dehors. extendimus nos, de l’âme, si l’on peut ainsi parler, qui aboutit à une rapide intuition dc la Sagesse, momentum inlelligentiic. Plusieurs mortels y sont parvenus, saint Augustin le croit sur leur propre témoi­ gnage : Dixerunt hæc quantum dicenda esse judica­ verunt, magnæ quoniam el incomparabiles aninue, quas etiam vidisse ac videre ista credimus. De quantitate anima:, c. xxxni, n. 76, P. L., t. xxxn, coi. 1076. Quelles sont ccs âmes incomparables? saint Augustin ne le précise pas; un texte d’Apulée, qu’il cite au I. IX du Dc civitate Dei, c. xvi, P. L., t. xu, col. 270, attribue ù Platon cette pensée que : sapientibus viris, cum sc vigore animi, quantum licuit, a corpore removerint, intellectum hujus Dei, et id quoque inter­ dum velut in altissimis tenebris rapidissimo corus­ camine lumen candidum intermicare; cc que saint Augustin commente cn ccs termes : si ergo supra omnia vere summus Deus intelligibih el ineffabili quadam praesentia, etsi interdum, etsi rapidissimo coruscamine lumen candidum intermicans, adest tamen sapientium mentibus, cum se, quantum licuit, a corpore removerint... Le livre XII du De Genesi ad litteram, où saint Augustin parle longuement dc la · vision intellec­ tuelle », qui n'est pas autre chose que la connaissance mystique telle (pic nous l’entendons ici, nous aide à interpréter les textes précédents : porro autan, si quemadmodum raptus est a sensibus corporis, ut esset in istis similitudinibus corporum, quæ spiritu videntur, ita et ab ipsis rapiatur, ut in illam quasi regionem intellectualium vel intelligibiliuni subvehatur, ubi sine ulla corporis similitudine perspicua veritas cernitur... Una ibi et tota virtus est amare quod videas, et summa felicitas habere quod amas ... Ibi videtur claritas Domini non per visionem significantem, sive corporalem..., sire spiritualem..., sed per speciem, non per icnigmata, quantum tam capere mens humana potest, secundum assumentis Dei gratiam, ut os ad os loquatur ei quem dignum tili Deus colloquio fecerit, non os corporis, sed mentis. C. xxvi, n. 51, P. L., t. xxxiv, coi. 176. Puls- 2607 MYSTIQUE, DESCRIPTION, qu’il s’agit d’une Intuition intellectuelle, il va dc soi pour saint .Augustin qu’elle ne peut s’accomplir, si l’Amc n’est pas totalement dégagée ct en quelque sorte séparée du corps : in ilia specie qua Deus est. longe inefjabiliter secretius et pressent ius loquitur locu­ tione ineffabili, ubi eum nemo videns vivet (variante : vivens videt) vita ista, qua mortaliter vivitur in istis sensibus corporis : sed nisi ab hac vita quisque quo­ dammodo moriatur, sive omnino exiens de corpore, sive ita aversus el alienatus a carnalibus sensibus, ut merito nesciat, sicut Apostolus ait. utrum in corpore an extra corpus sit. cum in illam rapitur et subvehitur visionem. C. xxvn, n. 55, coi. 477-478. On ne voit pas quelle différence pourrait distinguer cette « vision intuitive » du ravissement de celle de l’autre vie, sinon une différence dans la durée, quand on lit cette conclu sion dc saint Augustin : tertium vero (il s'agit du troisième ciel de II Cor., xn, 2-4), quod mente conspi­ citur ita secreta et remota, et omnino abrepta e sensibus carnis atque mundata, ut ea quæ in illo cælo sunt, et ipsam Dei tubstanliam, Verbumque Deum per quod facta sunt omnia, in charitatc Spiritus sancti inef]abiliter valet videre el audire C. xxxiv» n. 67, coi. 483. Dans l’intuition mystique, saint Augustin admettrait-il des degrés, des variétés? On pourrait le penser d’après cc qu’il rapporte lui-même à Nébridlus de ses propres intuitions : cum Deo in auxilium deprecato, el in Ipsum, et in ea quæ verissime vera sunt attolli cœpero, (anta nonnunquam rerum manentium præstunplione compleor, ut mirer Interdum illa mihi opus esse ratiocinatione, ul hæc. esse credam, quæ tanta insunt præsentia, quanta sibi quisque sit præsens. Epist. iv, P. L·, t. xxxni, coi. 66. Que sont ces res manentes? des vérités ou des substances? Saint Augustin n’ose pas trancher la question très difficile dc savoir utrum sit aliquid quod tantum intclligatur nec intelligal, s’il y a des Intelligibles qui ne soient pas des intelligentes. De Gen. ad lift., 1. XII, c. x, n. 21, P i... t. xxxiv, col. 461. Concluons : saint Augustin fait bien appel à l’expé­ rience, à son expérience personnelle ct ù celle dc quel­ ques Ames d’élite, du nombre desquelles H n’exclut pas des païens, comme Platon ct Plotin; quand l’homme sc dégage complètement dc la vie des sens, son intelligence, en dc courts instants, reçoit un rayon dc pure lumière, ct voit les réalités supra-sen­ sibles : summus Deus intelligibili ct Ineffabili quadam præsenlia, etsi interdum, etsi rapidissimo coruscamine lumen candidum intermicans, adest tamen sapientium mentibus, cum se, quantum licuit, a corpore removerint. Il nous est évidemment Impossible de faire le départ exact de l'expérience pure ct dc l’interprétation métaphysique dans de semblables « relations. » Sur l’interprétation de l’intuitionnisme augusllnicn nu .Moyen Age, voir B. Carton, L'expérience mystique de Γillumination intérieure chez Roger Bacon, p. 177-187. 3· Denys le Mystique. — Le premier traité qui porte dans l’histoire le nom dc · théologie mystique » est un tout petit écrit d’une dizaine dc pages, qui contiennent même beaucoup dc blanc dans la traduc­ tion dc Mgr Darboy. Œuvres de saint Denys l'Aréopagîte traduites du grec. Paris, 1845, p. 46G-477. C’est de lui pourtant que procède presque toute la mystique chrétienne, orthodoxe ou hétérodoxe. Il convient donc de l’examiner dc près. Quelle Idée Denys sc falt-il dc la théologie mystique? L’Invocation à la Trinité, par où débute le traité, lui demande dc nous conduire επί τήν των μυστικών λογιών ύπεράγνωστον, καί ύπερφαη, καί άκροτάτην κορυφήν. ίνθα τα απλά, ad mysticorum oraculorum plusquam I n demon strabile, ct plusquam lucens, ct summum fasti- PSE U DO-DE N YS καί απόλυτα,bcal άτρεπτα της θεολογίας μυστήρια, κατά τον ύπέρφωτον έγκεκάλυπται της κρυφιομύστου σιγής γνόφον, έν τω σκοτεινοτάτφ τό ύπερφανέστατον ύπερλάμποντα, καί tv τω πάμπχν άναφεΐ καί άοράτω των ύπερκάλων αγλαϊών ύπερπληρούντα τούς άνομμάτους νόας. Ρ. G.. t. m, col. 997. 2608 glum, ubi simplicia,Tct absoluta, ct immutabilia theologiæ mysteria ape­ riuntur In caligine plus­ quam lucente .silentii ar­ cana docentis, quæ In obscuritate tenebricosis­ sima plusquam clarissime superlueet, ct In omnimo­ da intangibllitatc atque invisibilitate præpulchris splendoribus mentes ocu­ lis captas supcradlmplct. La théologie mystique apparaît donc comme une connaissance mystérieuse des choses divines : nos facultés dc connaissance sont plongées dans la nuit la plus complète, ct pourtant nous sommes remplis des plus vives lumières. Et tout dc suite. Denys Indique à son cher Timothée le moyen dc parvenir à ccs contemplations mystiques, περί τα μυστικά θεάματα : τάς αισθήσεις άπόλειπε, sensus relinque, ct intel­ καί τάς νοεράς ένεργείας, lectuales operationes, ct καί πάντα αισθητά καί sensibilia ct intclligibilia νοητά, καί πάντα ούκ όντα omnia, et ca quæ sunt et καί βντα, καί πρδς τήν quæ non sunt universa, ίνωσιν, ώς εφικτόν, άγνώ- ut ad unionem ejus qui στως άνατάΟητι του ύπέρ supra essentiam ct scien­ πάσαν ούσίαν καί γνώσιν· tiam est, quantum fas est, τη γάρ έαυτού καί πάντων indcmonstrabllitcr assur­ άσχέτω καί άπολύτω κα· gas; siquidem per liberam Οαρώς έκστάσει πρός τόν ct absolutam ct puram tui ύπερούσιον του θείου σκό­ Ipsius a rebus omnibus τους ακτίνα, πάντα αφελών avocationem ad supernaκαί έκ πάντων απολυθείς, turalcm Illum caliginis άναχΟήση. Ibid., col. 997. divinæ radium, detractis omnibus ct a cunctis expe­ 1000. ditus, eveheris. Le moyen de parvenir ù cc « rayon surcsscnticl dc Ia divine ténèbre » est donc le dénuement total dc toutes choses ct dc soi-même, Γ · extase », ct l’union à Dieu dans l'Inconnolssancc. En définitive, la théolo­ gie mystique sera une connaissance dc Dieu par négation ct par union, c'est-à-dire par amour. Le traité Des noms divins va nous servir à préciser cc que Dcnys entend par la connaissance par union. Elle s'oppose autant à la connaissance Intellectuelle que ccllc-ci à la connaissance sensible : ώς όταν ημών ή ψυχή ταΐς adeo ut, cum anima nostra νοεραις έ'/εργείαις έπί τά intclligcndl facultatibus νοητά κινείται, περιτταΐ fcriur in ca quæ intellectu μετά των αισθητών αί percipiuntur, tum frustra αισθήσεις’ ώσπερ καί αί sensus una cum sensibili­ νοεραί δυνάμεις, όταν ή bus adhibeantur; sicut ψυχή θεοειδής γινομένη, etiam vires Intclligcndl, δι* ίνώσεως αγνώστου ταΐς quando anima jam dciforτού απροσίτου φωτός άκτϊ- mls effecta, per ignotam σιν έπιβάλλη, ταΐς ^ομμά- unionem, lucis inacccssæ τοις έπιόολαΐς. De div. radiis, exoculatis quasi nom., c. iv, 11, col. 708. jactibus, se ingerit. L’intelligence n’intervient donc pas dans cette connaissance δέον είδέναι τόν καθ’ ήμάς νούν έχειν την μέν δύναμιν είς τδ νοεΐν, δι’ ής τά νοητά βλέπει, τήν δέ ένωσιν ύπεραίρουσαν τήν τού νού φύσιν, δι* ής συνάπτεται πρδς τά έπέκεινα εαυτού. Id., vu, 1, col 865. cum scire debeamus men­ tem quidem nostram pol 1ère vl Intclligcndl, qua res Intcllrclilcs contuea­ tur; tamen istam unio­ nem, qua rebus sc supe­ rioribus conjungitur, na­ turam ipsius longe supe­ rare. 2609 MYSTIQUE, DESCRIPTION, PSEUDO-DENYS Un peu plus loin, Denys décrit encore plutôt qu'il n’explique cette connaissance par union : Est item divinissima Καί έστιν αυθις ή Οειοτάτη του θεού γνώσις, ή Del notitia, quæ per nes­ ίν αγνωσίας γινωσκομένη, cientium accipitur, secun­ κατά τήν ύπέρ νουν ένωσιν, dum illam quæ super intel­ όταν ό νους, των ίντων lectum est unionem, quan­ πάντων άπόστας, έπειτα do mens a rebus omnibus καί Εαυτόν άφείς» ένωθή recedens, ac demum semeταΐς ύπερφαέσιν άκτΐσιν, t ipsam deserens, desuper έκεΐθεν καί έκεΐ τω άνεξε- fulgentibus radiis unitur, ρευνήτφ βάθει της σοφίας quibus in illo inscrutabili καταλαμπόμενος. vu, 3, sapientiæ profondo collus­ tratur. col. 872. Mais, puisque connaissance il y a, il faut bien, qu’outre les sens ct l’intelligence, nous ayons quelque autre faculté de connaissance qui reçoive le rayon de la divine ténèbre; Denys nous parle, en effet, d'yeux spirituels que la lumière vient purifier ct ouvrir : καί τούς νοερούς αυτών oculos mentales a caligine όφΟαλμούς άνακαθαίρειντης ex ignorantia circumfusa περικείμενης άυτοΐς έκ repurgat et liberat, el τής άγνοίας άχλύος, καί excitat, atque aperit mul­ άνακινεΐν, καί άναπτύσσειν ta gravitate tenebrarum τω πο7λώ βάρει του σκό­ compressos ct clausos. τους συμμεμυκότας. ιν, 5, col. 700. Denys prélude ainsi à la théorie des «sens spirituels ·; cf. B. Carton, op. cil., p. 242 ct sq. La lumière divine possède un pouvoir unificateur : elle fait l'unité dans l’esprit, ct entre tous les esprits qu'elle atteint, ct entre tous les esprits qui la reçoivent ct Dieu qui la déverse sur eux : Καί γάρ ώσπερ ή άγνοια Etenim sicut ignorantia διαιρετική των πεπλανη- errantes dirimit, sic adven­ μένων έστιν, ούτως ή του tus luminis congregat ct νοητού φωτός παρουσία copulat illuminatos, perσυναγωγής και ενωτική ficitquc cos, ct ad id quod των φωτιζομένων έστί, καί vere est convertit, a multis τελειωτική, καί ετι έπι- opinationibus eos revo­ στρεπτική πρός .τό όντως cans, ac varios aspectus, 3ν, άπό των πολλών δοξασ- vel, ut magis proprie di­ μάτων έπιστρέφουσα, καί cam, varia phantasmata, τάς ποικίλας όψεις, ή κυ- in unam veram ct puram ριώτερον είπεΐν,φαντασίας, ae simplicem cognitionem είς μίαν άληθη, καί καΟα- contrahit, el uno lumine ράν, καί μονοειδή συν ά­ uni fico implet. γουσα γνώσιν, καί ένός καί ενωτικού φωτός έμπιπλώσα ιν, 6, col. 701. L’ « exercice mystique · consiste dans une concen­ tration et une unification dc l’Amc; c’est cc que Denys appelle son mouvement circulaire ; ψυχής δέ κίνησίς έστι, Animi autem motus orbi­ κυκλική μέν ή είς έαυτήν cularis est ejus ab extra­ εϊσοδος άπό των έξω, καί neis in semetipsum introi­ των νοερών αύτής δυνά­ tus, spiritunliumque ipsius μεων ή ένοειδής συνέλιξις, facultatum unimoda in­ ώσπερ έν τινι κύκλω τό flexio, quæ quasi in cir­ απλανές αύτή δωρουμένη, culo fixum ct ab omni καί άπό των πολλών των errore liberum motum el έξωθεν αυτήν έπιστρέφου­ tribuit, et a multis rebus σα, καί συν άγουσα πρώτον extraneis ipsum conver­ είς έαυτήν. είτα ώς ένοειδή tit, ac colligit primum ad γενομένην, ένούσα ταΐς sc, deinde, quasi jam ένιαίως ήνωμέναις δυνάμε- uniusmodi eflcctum, con­ σι, καί ούτως έπί τό καλόν junctis unomodo virtuti­ καί άγαθόν χειραγωγούσα, bus conjungit, atque ita τό ύπέρ πάντα τά βντα, demum ad pulchrum ac καί εν καί ταύτόν, καί bonum manuducit, quod 2610 άναρχου καί άτελεύτητον. supra omnia quæ sunt, et unum ct idem, et sine ιν, 9, col 705. principio ct sine fine est. Mais, si Dieu est lumière et exerce déjà en cette qualité une action unificatrice, il est aussi amour et l'on sait que l'amour est essentiellement unitif : Καί ίστι τούτο (il s’agit d’£po>c ) δυνάμχως Ενοποιού καί συνδετικής, καί διαφερόντως συυκρατικής. ευ τω καλώ καί άγαθώ διά τό καλόν καί αγαθόν προΟφεστώσης, καί εκ τού καλού καί άγαΟού διά τό καλόν καί άγαθόν έκδιδομένης, καί συνεχούσης μέν τά όμοταγη κατά τήν κοινωνικήν αλληλουχίαν, κινούσης δέ τά πρώτα πρός τήν των ύφειμενων πρό­ νοιαν, καί ένιδρυούσης τά καταδεέστερα τη Επιστρο­ φή τοΐς ύπερτέροις. ιν, 12, col. 709. Est que hoc virtutis cuj usdam unificæ ac collective cxcellenterquc contempe­ rantis, quæ in pulchro et bono per pulchrum ct bonum preexist!t, et ex pulchro et bono propter pulchrum et bonum ema­ nat, continet que quidem æqualla per mutuam con­ nexionem, superiora vero ad Inferiorum movet pro­ videntiam, Inferiora porro per conversionem quam­ dam superioribus Inserit. Cf. Reoue d’ascitique ef de mystique, juillet 1925, p. 278-289 : Amour et extase d’après Denys d'Ariopa· gîte, par G. Hom. Unitif, Γέρως divin est encore essentiellement « extatique » et donc souverainement apte ù réaliser cette indispensable condition de la théologie mystique, l'extase, c’est-à-dire le don de soi, l’abandon : *Έστι δέ καί εκστατικός δ Est praeterea divinus amor Οεΐσς έρως, ούκ έών εαυτών cxstatlcus, qui non sinit είναι τούς έραστάς, άλλά esse suos eos qui sunt των ερωμένων, ιν, 13, amatores, sed corum quos amant col. 712. Denys ne craint pas d’appliquer à Dieu lui-même cc caractère essentiel dc l’amour. Enfin, ct c’est cc qui explique encore son pouvoir unitif. l’amour décrit un cercle étemel; c'est cc que chantait en scs · hymnes d’amour » le bienheureux {Hiérothée : είπωμεν ότι μία τίς έστιν dicamus unam esse sim­ απλή δύναμις ή αύτοκινη- plicem virtutem per sc τική πρός ένωτικήν τινα moventem ad unltivam κράσιν εκ τάγαθού μέχρι quamdam mistionem ex τού των οντων εσχάτου, bono usque ad extremum καί άπέ ;κείνου πάλιν εξής eorum quæ exsistunt,et ab δια πάντων είς τάγαθόν έξ illo rursus consequenter έαυτής, καί δι’ έαυτής, καί per omnia ad bonum ex έφ* έαυτής έαυτήν άνα- scipsa, per seipsam et in κυκλούσα, καί είς έαυτήν scipsa seipsam revolven­ άεί ταύτώς άνελιττομένη. tem, et ad seipsam semper eodem modo revertentem. ιν, 17, col. 713. Revenons maintenant à notre petit traité. Relevons au passage une ligne où s’amorce la théorie dc Nicolas dc Cusc sur « la coïncidence des contradictoires · en Dieu : καί μή οίεσθαι τάς άποφά­ nec existimare (oportet) σε ις άντικεκει μένος είναι negat iones affirmationibus ταΐς καταφάσεσιν, άλλά esse contrarias, sed ipsam πολύ πρότερον αύτήν ύπέρ (Il s'agit de la cause pre­ τάς στερήσεις είναι τήν mière) multo priorem et ύπέρ πάσαν καί άφαίρεσιν superiorem privationibus καί Οέσιν. De myst. theol., esse supra omnem et abla­ tionem ct positionem. c. ι, § 2. col. 1000. Voici de nouveau une description du dénuement que doit réaliser l’Amc pour entrer dans la ténèbre où habite Dieu : 2611 MYSTIQUE, DESCRIPTION, PSEU DO-DEN YS καί αληθώς έκφαινομένην vere ostenditur solis iis (la cause première) τοΐς καί qui cuncta quæ Impura, τά turfy τΑντ* καί τα quæquc pura sunt, perκαΟαρά διαδαίνουσι, καί transeunt, omnemqtie omπάσαν πασών άγιων άκρο- niuin sanctorum fasligioτητων άνάόασιν ύπερβαί- rum ascensum transcenνουσι, καί πάντα θεία dunt, et omnia divina φώτα, καί ήχους, καί λό- lumina et sonos et sermoγους ούρανίους άπολιμπά· nes cœlestes relinquunt, νουσι, καί είς τόν γνόφον ct in caliginem absorbenείσδυομένοις, ού όντως tur, ubi vere est, sicut ait έστίν, ώς τά λόγιά φησιν, Scriptura, qui est ultra ό πάντων έπέκεινα. ι, 3, omnia. col. 1000. En d'autres termes, pour connaître Dieu, il faut renoncer à toute connaissance intellectuelle de Dieu, même révélée : καί τότε καί αύτών άπο- ac tunc ab iis ipsis quæ λύεται των δρωμένων καί videntur ct ab iis quæ των ορώντων, καί εις τον vident absolutus et expeννόφον της άγνωσίας είσ- dit us, in ca iginem vere δύνει τον όντως μυστικόν, mysticam incognoscibili· καθ’ όν άπομυεΐ πάσας τάς tatis ingreditur, in qua γνωστικές αντιλήψεις καί omnes scienti fleas appreέν τω πάμπαν άναφεΐ καί liensiones excludit, cl in άοράτω γίγνεται, πας ων omnimode intactili el inviτου πάντων έπέκεινα, καί sibilihærct, totus exsistens ούδενός ούτε εαυτού ούτε ipsius qui est ultra omnia, έτέρου, τω παντελώς δέ neque ullius, neque suus, άγνώστω της πάσης γνώ- neque alterius, cum co σεως άνενεργησία κατά τό autem qui est penitus inκρεΐττον ένούμενος, καί τώ cognoscibilis, per vacatioμηδέν γινώσκειν, ύπέρ νούν nem omnis cognitionis γινωσκων. Ibid., col. 1001. secundum meliorem par­ tem copulatus, et no ipso QUOD NIHIL COGNOSCIT, SUPRA .MENTEM COONOSCENS. En définitive, voici que toute la connaissance mys­ tique sc raè ne pour Denys à la théologie négative ct à la contemplation obscure ct silencieuse. Nous voici en plein paradoxe : on connaît cl l'on voit par le fait même que l'on ne connaît plus ct qu'on ne voit plus : Κατά τούτον ήμεΐς γενέ- Nos in hac supraquam σθαι τον ύπέρφωτον εύχό- lucente caligine versari μεΟα γνόφον, καί δι* αβλε­ exoptamus, el per visionis negatio­ ψίας και άγνωσίας Ιδεΐν cognitionisque καί γνώναι τό ύπέρ θέαν nem, videre ct cognoscere καί γνώσιν, αύτώ τω μή id quod supra visionem Ιδεΐν μηδέ γνώναι* τούτο cognitionemquc exsistit γάρ έστι τό όντως Ιδεΐν καί hoc ipso quod non videmus neque cognoscimus : hoc γνώναι. c. ιι, col. 1025. enim est vere videre ct cognoscere. Tout le reste du petit traité ne concerne plus que la théologie négative. La Lettre à Calas, le thérapeute, laquelle vient à la suite, insiste sur le paradoxe de la connaissance par inconnaissancc. el sur le caractère inconscient de celte connaissance doublement mysté­ rieuse : άπόφησον ύπεραληθώς ότι Plusquam vere enuntia λανθάνει τούς έχοντας όν quod possidentes verum φώς καί όντως γνώσιν ή lumen ct veram cognitio­ καΟά θεόν αγνωσία* καί τό nem latet ignoratio illa ύπκρκείμενον αυτού σκότος qu:v est secundum Deum; καί καλύπτεται παντί φωτί ct tenebra ejus superemi­ καί άποκρύπτεται πάσαν nentes omni quoque lu­ γνώσιν. Καί εΐ τις ίδών mini occuluntur, omnem θεόν, (Γ/νηκεν ό εΐβεν, ούκ abscondunt cognitionem. τύτύν έώρακεν, αλλά τι Et si quis, viso Deo, co­ τών αύτού των όντων καί gnovit id quod vidit, γινωσκομένων’ αύτός δέ ύπέρ νούν καί ύπέρ ούσίαν ύπεριδρυμένος, αύτώ τω καΟόλου μή γινώσκεσΟαι, μηδέ είναι, καί έστιν ύπουσίως καί ύπέρ νούν γινώσκεται. Καί ή κατά τό κρείττον παντελής άγνωσία γνώσίς έστι τού ύπέρ πάντα τά γινωσκόμενα. P. G., t. m, coi. 1065 2612 nequaquam ipsum vidit, sed aliquid e rebus ejus qu;u exsistunt et cognoscuntur; ipse autem supra mentem ct substantiam constanter manens, per hanc ipsam cognitionis ct essentia* negationem ct supra substantiam oxsis· tit ct supra mentem cognoscitur. El illa perfec­ tissima in bonam partem ignoratio, notitia est eju qui est supra omnia quæ in cognitionem cadunt. Il nous apparaît ainsi bien nettement que Dcnys, ct par suite tous ceux qui restent fidèles ù sa concep­ tion de la théologie mystique, ne nous parlent pas d'une véritable connaissance expérimentale de Dieu : leur connaissance mystique, inconsciente pour le sujet lui-même qui en est favorisé, que peut-elle être? nous n'avons pas A le rechercher, mais le psychologue ne peut que s'en désintéresser, puisqu’elle se présente elle-même comme < métapsychologique ». Signalons, en terminant, l'appréciation sévère que donne de notre Dcnys le Mystique le Dr IL E. Müller, dans son Dionysios. Proklos. Ploltnos. Cf. Hevue d'ascétique et de mystique, 1922, p. 201-206. -I· En dépendance du Pseudo-Denys. — 1. Parmi les écrits mystiques qui s’inspirent de Dcnys jusque dans leur titre meme, mentionnons Lc nuage de Γincon­ naissance, petit livre composé au xiv· siècle par un auteur resté inconnu, et qui fut commenté en 1629 par dom Augustin Baker, cf. J.a vic spir., juillet-1925, p. (233]; ct La docte ignorance de Nicolas de Cuse, qui suscita au xv· siècle une controverse dont toutes | les péripéties ont été racontées par M. Vanstecnbcrghc dans sa thèse de doctorat, Autour de la docte ignorance, Munster, 1920; nous ne pouvons malheureusement nous y attarder ici ct devons renvoyer le lecteur aux publications de M. Vanstecnbcrghc sur Nicolas de Cuse, et particulièrement à son édition de La vision de Dieu, dans le Museum lessianum, 1925. Cf. Hev. d'ascel. et de myst., 1925, p. 78. résumé du jugement porté par J. Bernhart sur « la mystique philosophique » de Nicolas de Cuse. 2. La mystique de Hadewijch, cf. J. van Mierlo jun., Kco. d'ascét. ct de myst., 1921, p. 269-289, cl 380-101, rend un tout autre son que celle de « la docte ignorance », ct pourtant nous croyons pouvoir la rapprocher aussi de la mystique dionysicnne, non plus, il est vrai, de la théorie paradoxale du De mystica theologia, mais de la curieuse théorie du « cycle mys­ tique » de l’Amour, contenue au c. iv, § 11-17, du De divinis nominibus, si bien mise en lumière par G. Horn, Pev. d'ascét. et de myst., 1925, p. 278-289, ct 378-389. Je songe tout particulièrement h celte lettre qu’une glose marginale appelle Sermo de XII horis, où le P. Van Mierlo voit un petit traité, un essai de systématisation de la montée de l’Amc dans l’Amour ». Loc. cil , p. 388. « Dans une courte introduction, l’Amour est présenté comme un mouvement circu­ laire : se possédant pleinement en Dieu, il sc commu­ nique à l’Amc, où II est dans une nature étrangère. Les douze heures viennent l’on faire sortir, pour le rame­ ner dans sa nature propre et le précipiter dans l'ablme de la /nrte nature d'où est Amour et dunt il se nourrit. El alors l’Amour se possède pleinement et jouit de sa nature sous tut, au-dessus de Im et foui autour de lui. · Ibid. Nous ne pouvon pas songer évidemment à donner, Ici, même un court résumé de la mystique I d’Hadowijch. qu'il sr.ait pourtant intéressant de con­ 2613 MYSTIQUE, DESCRI PTION, KICHA R D DE SAINT-VICTOR 2614 naître, puisqu'on y découvrirait · les bases de la mys­ visitat, sape interna suavitate satiat, spiritasque sui tique néerlandaise, de la mystique germanique même ». dulcedine inebriat... Sic tamen pnesentiam suam exhibet Loc. cil.. p. 277. ut /aciem suam minime ostendat. Dulcorem suum Il nous faut signaler pourtant sous la plume d'Hade- infundit, sed decorem suum non ostendit, In/undit sua· wijch la description d'un état mystique qui peut vitalem, sed nos ostendit claritatem. Suavitas ejus sen­ paraître singulier : c’est une sorte de possession de titur, sed species non cernitur... Nondum apparet in l’âme par l'Amour, par l’amour universel, par l'amour lumine. Et quamvis appareat in igne, magis tamen in absolu. ♦ La dixième heure sans nom : est que l’Amour igne accendente quam illuminante. Accendit namque n’est justiciable de personne, mais tout est justiciable affectione, sed nondum illuminat intcltectum... In hoc de lui... Il a dompté la divinité dans sa nature. Il crie itaque statu anima dilectum suum sentire potest, sed. dans le cœur de ceux qui aiment d’une voix haute sans sicut dictum est, videre non potest. Et si videt, quidem trêve ni relâche : Aimez l'Amour!.. Celte parole est la videt quasi in nocte, videt ve lut sub nube, videt deniqu? chaîne dans laquelle il garrotte scs prisonniers, c'est per speculum in unigmate, nondum autem /acie ad l’cpéc dont il blesse ceux qu’il touche, c’est la verge /aciem. Col. 12\8. Les * visites · de Dieu ont cc carac­ avec laquelle il châtie ses enfants; cette parole c’est tère particulier d’être subites, d’arriver à l’improla maîtrise par laquelle il enseigne scs disciples. » vistc; sans doute l'âme s’y est préparée, elle les Loc. ci/., p. 389; voir p. 278-279, les différents sens que désire, les appelle, les attend, mais elle ne saurait dire donne Hndcwljch à cc mot Amour, ct « qu'il est par­ ni si, ni quand elles se produiront : in hac exspectatione fois difficile de distinguer ». · La onzième heure sans incipit anima hue illucque frequenter circumspicere, et nom : l'Amour possède puissamment celui qu’il cum summa diligentia attendere qua parte occurrat aime... L'Amour rend sa mémoire si simple qu’elle qui exspectatur i1 veniat... aim ecce subito ab austro ne peut plus songer ni aux saints ni aux hommes, ni veniens. Adnotationes mysticæ in psalmos, P. L., au ciel ni à la terre, ni aux anges ni à elle-même, ni à t. exesi, coi. 274. Cf. Benjamin ma/or, 1. IV, c. i, Dieu, mais seulement à l'Amour, qui l’a possédée dans coi. 147. une présence toujours nouvelle. » Enfin, si le nom Mais si déjà le premier degré des états mystiques auquel Hadcwijch attribue tant de pouvoir dans la comporte le sentiment de la présence et de l’action de douzième heure est le mot même d’Amour, elle y Dieu, combien plus les degrés supérieurs : sponsi traduirait encore un autre aspect du même état : igitur inventio præsentiæ ipsius est experientia et reve­ « Dût personne n’aimer l’Amour, son nom lui donne­ latio. Explicatio in Cantica Cantic.,c.v, col. 420. Sur rait sufllsamment d’amabilité dans la splendide nature ce sentiment de la présence de Dieu, voir encore de lui-même. Son nom, c'est son être en lui; son nom. ibidem, c. î, col. 411; De gradibus charitatis, c. n, ce sont scs œuvres en dehors de lui; son nom, c’est col. 1198-1199; el Benjamin minor, c. xi. col. 8. sa couronne au-dessus de lui; son nom, c'est son fond La second degré des états mystiques est la contem­ au-dessous de lui. · Loc. et/., p. 390. plation : quando ergo mens cum magno studio ardenCc poème n’évoque-t-il pas la parole de Dante : tique desiderio ad divinæ contemplationis gratiam pro­ « Quand je voyais paraître Béatrice, ct qu'elle me ficit, /am quasi ad secundum amoris gradum proficit, saluait, je n'avais plus d’ennemi; je sentais au con­ quando meretur per revelationem inspicere quod oculus traire une ardeur charitable qui me portait à par­ non vidit, nec auris au livit, nec... De quatuor gradibus, donner à tous ceux dont j’avais reçu des offenses, ct coi. 1219. Richard a longuement disserté sur la si, par occasion, on m’eût demandé quoi que cc soit, contemplation; il lui a consacré deux traités : De ma seule réponse eût été : Amour. » E. Baumann, pr.Tparatione animi ad contemplationem liber dictus L'anneau d'or des grands mystiques, p. 58. El voilà Benjamin minor, P. L., t. exevi, col. 1-62, cl De gratia peut-être de quoi illustrer la théorie de Bccéjac; cf. contemplationis libri quinque, appelé Benjamin major, Maréchal, op. cit., p. 168. col. 63-202. N’en voulant point fai A? Ici une étude 5e Itichard de Saint-Victor. -- Bossuet, préparant exhaustive, nous n'en relèverons que les traits les plus son second traité sur les états d’oraison, écrivait à saillants. son neveu, le 7 décembre 1698 : · Saint Augustin ira Qu’est-ce d’abord que la contemplation mystique? partout à la tête, et saint Thomas sera le prender à sa Possumus illam quæ in hac vita haberi potest, Dei suite. Je n'oublierai pas les autres saints, sans mépriser cognitionem, tribus gradibus distinguere, ct secundum les mystiques que je mettrai à leur rang, qui sera triplicem graduum differentiam per 1res edos dividere. bien bas, non par mes paroles, mais par lui-même, Aliter siquidem Deus videtur per fidem, aliter cognos­ comme il convient à des auteurs sans exactitude. » citur per rationem, atque atiter cernitur per contempla­ Cité par M. Levesque, p. xxxiv de VIntroduction de tionem... Ad primum itaque ct secundum contempla­ son édition de ce traité. tionis citlun., homines sane ascendere possunt, sed ad Bichnrd serait-il donc un de ccs auteurs sans illud quod est si pra rationem, nisi per mentis excessum exactitude »? Hélas! oui. Sa terminologie est flottante, supra scipsos rapti nunquam pertingunt. Benj. min., cf. Kulesza, La doctrine mystique de Bichard de Saint- c. lxxiv, coi. 53. Ccs trois degrés de la connaissance Victor, p. 15; son style « alambiqué », Pourrai, p. 192; de Dieu paraissent correspondre aux six degrés de la cl nous aurons l’occasion de constater qu'il n’est pas contemplation du Benj. maf., c. m, col. 66-67, ct c. vî, toujours d'accord avec lui-même. Mais on peut trou­ col. 70-72. qui marchent deux par deux, ct qui s’appel­ ver chez lui, bien que noyées dans la surabondance de lent successivement cogitatio, meditatio ct contem­ son verbe diffus, des notations précieuses d’expérien­ platio ; lesquelles procèdent de trois facultés diffé­ rentes, l’imagination, la raison, l'intelligence : simpli­ ces mystiques proprement dites. Lisons son petit traité De quatuor gradibus vio- cem intelligentium dico qua est sine officio rationis, tenta charitatls, P. L., t. exevi, col. 1207-1224, où puram vero quæ est sine occursione imaginationis, l’on n voulu découvrir une première ébauche el la col. 71; lesquelles enfin nous permettent d’atteindre source même des quatre dernières « demeures » du trois objets de connaissance différents, les corps, les Château Intérieur de sainte Thérèse; cf. Kulesza, esprits, Dieu, cc qui au moins de Dieu ne peut être connu par la raison. p. 104-106. Le premier degré des états mystiques sc caracté­ En quoi consiste donc celte contemplation qui nous riserait par cc que l'on est convenu d’appeler mainte­ permet d’atteindre les choses divines inaccessibles nant · le sentiment de présence » de Dieu : sub hoc à la raison? Pour le dire d’un mot, c’est une intuition statu animam esurientem et sitientem sape Dominus intellectuelle, qui nous assimile aux purs esprits : 2615 MYSTIQUE, DESCRIPTION, RICHARD DE SAINT-VICTOR pendant de courts instants, notre intelligence, dégagée ct mime, à h lettre, séparée du sensible, ct d’autre part envahie par la lumière divine, exerce son acte de pur esprit et perçoit les intellectibilia (que Richard oppose aux intelligibtlia, objet de la raison. Benjamin major, 1. I. c. vn, col. 72). L’extase, c’est-à-dire la sépa­ ration momentanée de l'âme cl de l'esprit, en est donc In condition nécessaire : in hac itaque divisione (animm et spiritus, llebr., iv, 12) anima et quod animale est in imo remanet; spiritus autem et quod spirituale est ad summa evolat. De exterminatione mali, tract, in. c. xvm, col. 111-1. Nous retrouvons saint Augustin. Ainsi la contemplation ou connaissance mystique nous assimile aux anges : absque dubio et sine omni contradictione non est levé vel facile humanum animum angelicam formam induere, ct in supermundanum quemdam ct vere plusquam humanum habitum transire, spiritales pennas accipere, et se ad summa levare. Benf. maf., 1. IV, c. vr, coi. LIO. Mais, objeclera-t-on, nous est-il possible d'arriver à semblable intuition? Par nos propres moyens, non évidemment : in illis quidem primis quatuor contempla­ tionum generibus ex propria industria cum divino tamen adjutorio quotidie crescimus, ct ex uno ad aliud proficimus. Sed in ultimis istis duobus totum pendet ex gratia, ct omnino longinqua sunt, et valde remota ab omni humana industria, nisi in quantum unusquisque calitus accipit, et angelicœ sibi similitudinis habitum divinitus superducit, ibid., 1. I. c. xn, coi. 78. Mais si la grâce intendent, comment cette intuition intellec­ tuelle ne serait-elle pas possible? Notre âme n’cst-elle pas spirituelle? Une opération purement spirituelle doit donc moins nous étonner d’elle que des opérations d’ordre sensible. Cf. Adnotationes mqsticœ in psalmos, col. 338-339 : miraris quod spiritualis creatura in spiritualibus se suspendere potest, et non potius miraris quod spiritus a non spiritualibus separari non potest? Richard ne distingue pas la contemplation mysti­ que de la révélation prophétique : ista (les choses divines qui dépassent la raison) autem modo miraculis, modo auctoritatibus persuadentur, modo revelationibus discuntur. Infidelibus etenim sicpe persuasa sunt multi­ tudine miraculorum, fidelibus autem quotidie persua­ dentur auctoritatibus Scripturarum, propheticis vc.ro viris swpe ostensa sunt multiplici varietate divinarum revelationum. Benj. maj., 1. IV, c. in, coi. 137. Pour désigner l’action divine qui nous élève à la contempla­ tion, il emploie indifféremment les termes de révéla­ tion, d’inspiration, de grâce: ci. le très beau texte du c. x de ce même livre, col. 145. On peut même se demander s’il distingue la contem­ plation de la vision intuitive du ciel. Sans doute par endroits il les oppose formellement : Sciendum tamen est quoti aliter videtur (Deus) per fidem, aliter autem per contemplationem, aliter vero cernitur per speciem... Huic tamen cado (le premier civi auquel nous introduit la foi) supereminet aliud cielum, dignitas scilicet spiri­ tualium virorum, cui tamen superfertur tertium, subli­ mitas videlicet angelorum. Adnot, myst. in psalmos, coi. 270-271. Mais précisément n'cst-ll pas constant, selon Richard, que la contemplation nous hausse jusqu’au troisième ciel ct nous égale aux anges? Sans doute encore il met parfois un correctif devant l’expres­ sion /acie ad faciem pour atténuer l'assimilation de la contemplation terrestre à la vision béati tique : sed tllc quasi de tabernaculo m advenientis Domini occunum egreditur (allusion à Abraham, Gen., xvm, 2), egressus autem quasi facie ad faciem intuetur, qui per menLs excessum extra seipsum ductus, summæ saptentiæ lumen sine aliquo involucro, figuraramve adumbratione, denique non per speculum et in anigmate, sed in simplici, ut sic dicam, veritate contemplatur. Benj. maj., I IV, c. xi. coi. 147. Cf. Adnot, in psalmos, coi. 311- 2616 312. Mais que manque-t-il donc à celte description do l’intuition du contemplatif pour l’égaler à la vision béatiflquc? Aussi comprend-on qu’en maint autre passage, Richard la qualifie de vision face à face : per contem­ plativos debemus illos intelligere, quibus datum est facie ad /aciem videre, qui gloriam Domini revelata facie contemplando veritatem sine involucro vident in sua simplicitate sine speculo et absque icnigmate. Ibid., col. 337. Cf. Explic. in eant., c. v, coi. 420. La contem­ plation est une « théophanie ·. Adnot., col. 311. Ce qui la distingue pourtant de la vision béati lique, c'est sa durée, celle de l’éclair: quis, qurcso, digne dicere, quis explicare sufficiat quid perfectionis in excessus sut glorificatione spiritus acquirat, quamvis peregrina­ tionis suie (la sortie de l’esprit hors du corps) protelationem usque in diem tertium non extendat (allusion a la séparation de l’âme et du corps du Christ), etiamsi silentii moram usque ad dimidiam horam non producat (allusion au silence de l’Apocalypse, vm, 1), licet eat ct redeat in similitudinem fulguris coruscan­ tis? De externi, mali, tract, m, c. xvm, coi. 1115-1116. Cf. Benj. maj., L IV, c. xn, coi. 148 : theophaniam raptim perceptam. Nous retrouvons donc toujours saint Augustin. Faut-il nous étonner que de telles visions ne lais­ sent pas en nous des souvenirs très précis? Cum ab illo sublimitatis statu ad nosmrtipsos redimus, ilia qua prius supra nosmetipsos vidimus, in ea veritate vel claritate qua prius perspeximus ad nostram memoriam revocare omnino non possumus. El quamvis inde aliquid in memoria teneamus..., nec modum quidem videndi, nec qualitatem visionis comprehendere, vel recordari sufficimus. Ibid., 1. IV, c. xxm, coi. 167. Les visions mystiques sont ineffables. A maintes reprises, Richard affirme que la contem­ plation mystique n’est possible que dans l’extase : Bcnj. min., c. lxxjh-lxxiv, col. 52-53: r. i.xxxn, col. 58 : ad tonitruum itaque divi me vocis auditor cadit (allusion a la prostration des apôtres sur le Thabor), quia ad id quod divinitus inspiratur, humanus sensus succumbit, et nisi ratiocinationis angustias deserat, ad capiendum divina: inspirationis arcanum intclhgcntiic sinum non dilatat. Ibi itaque auditor cadit, ubi humana ratio deficit. Ibi Rachel (symbole de la raison) moritur, ut Benjamin (symbole de la contemplation) oriatur. Idem itaque, nisi fallor, per mortem Rachel, et casum discipulorum figuratur, nisi quod in tribus dis­ cipulis, sensus videlicet, memoriæ et rationis defectus ostenditur. Cf. Benj. maf., 1. IV, c. xxn, coi. 165 : uno eodemque tempore humana Intelligent ia ct ad divina illuminatur, ct ad humana obnubilatur. L’extase est infime la caractéristique des deux derniers degrés de la contemplation, c’est-à-dire de la contemplation mys­ tique proprement dite. Ibid., col. 164 ct 166. Et pourtant, au livre suivant, Richard nous présente trois degrés, trois modes de contemplation, dont mi seul comporte l’extase : tribus autem modis, ut mihi videtur, contemplationis qualitas variatur. Modo enim agitur mentis dilatatione, modo mentis sublevatione, aliquando autem mentis alienatione... Primus surgit ex industria humana, tertius ex sala gratia divina, medius autem ex ulriusque permistionc, humanœ videlicet indus­ tria’ ct gratia dluina. C. n, coi. 169-170. Mais qu’on y regarde de près, on constatera le caractère artificiel de cette classification; car ce qui est présenté comme le premier mode ou degré de contemplation, ce n’est pas une contemplation, mais l’élude spéculative de la contemplation : in primo gradu quasi arcam nostro labore fabricamus, quando contemplandi artem nostro studio ct industria comparamus. Coi. 170 (allusion à la construction de l’arche d'alliance par Bescled, auquel Richard se compare lui même, lui qui sc déclare simple 2617 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. JEAN DE théoricien de la contemplation, c. t, col. 169). Et par l'objet qu'il assigne au second degré de la contcrnpln(ion (c. iv, col. 17.3), qui n’est rien de moins que l'en­ semble des révélations prophétiques, on ne volt pas bien comment clics seraient le résultat d’une collaboration de l’effort humain cl de la grâce divine. Il reste pour­ tant — mais ne serait-ce pas une contradiction Intro­ duite dans son système? — qu'il n reconnu unecontem- , plation vraiment divine qui sc produirait sans extase. Et de même il signale une contemplation non exta­ tique, mais aussi non divine, celle-là, non mystique, celle que Γοη n nommée la contemplation active ou acquise; I. IV, c. xxn, col. 161. 166. Enfin, il semble bien qu’il faille encore rapporter à la contemplation active celle qui s’obtient par une sorte d’extase volontaire, par ce que l’on nommera plus tard la nuit active des sens ct de l’esprit : eorum autem qui in suis contemplationibus supra semetipsos ducuntur ct usque ad mentis excessum rapiuntur, ahi hoc exspectant et accipiunt usque adhuc ex sola vocante gratia, alii vero ut hoc possunt sibi comparant (cum gratia tamen cooperatione) ex magna animi industria. Et illi quidem hoc donum quasi fortuitum habent, isti vero jam uelut ex virtute possident. Ibid., c. xxm, coi. 166. N’y a-t-ll pas d’ailleurs une nouvelle contra­ diction entre ce que Richard affirme Ici d’une extase en grande partie naturelle et ce qu’il dit ailleurs (I. V, c. xv-xvi, col. 187-189) de l’origine purement divine de toute extase, surtout du troisième degré de l’extase? Car l’extase comporte trois degrés : ascendit autem (mens) aliquando supra sensum corporalem, aliquando etiam supra imaginationem, aliquando vero supra rationem, Ibid., c. xix, coi. 192. Richard lui reconnaît trois causes : nam modo præ magnitudine devotionis, modo prie magnitudine admira ionis, modo vero præ magnitudine exsultationis fit, ut semetipsam mens omnino non capiat, et supra semetipsam elevata in abalienationem transeat. C. v, col. 174. Il les décrit longuement, et indique ù l’âme qui en a été favorisée mais à qui elle a été retirée, le moyen de retrouver l’extase : psallendo itaque atque laudando iter Domino paratur, per quod ad nos venire, et miris quibusdam mysteriorum suorum revelationibus revelare dignetur. C. xvm, coi. 190. Il n'est pas aussi facile de caractériser le troisième degré des états mystiques selon Richard de SaintVictor que les deux premiers : in primo itaque gradu dilecta frequenter visitatur: in secundo ducitur; in tertio dilecto copulatur; in quarto fecundatur, coi. 1216; in primo intrat meditatione, (n secundo ascendit contem­ platione, in tertio retroducitur in jubilatione, in quarto egreditur ex compassione, coi. 1217. On a donné depuis au troisième degré le nom d’union transformante ou d’état théopathlque. Cf. col. 1221 : nonne et illi ex circumfusa divinitatis fiamma et velut ex inspecta gloria incandescunt, et divinas luci configurati jam quasi in aliam gloriam transeunt, qui revelata facie gloriam Domini spéculantes, in eamdem imaginem transfor­ mantur a claritate in claritatem lanquam a Domini Spiritu?... In hoc statu qui adhicret Domino unus spiritus est. In hoc statu, ut dictum est, anima in illum quem diligit lota liquescit. La conséquence de cette « union », c’est que l’âme ainsi transformée n'a plus de volonté propre : sic qui ad hunc tertium amoris gra­ dum profecerunt, nil jam propria voluntate agunt, nihil omnino suo arbitrio relinquunt, sed divinae disposi­ tioni omnia committunt. Coi. 1222. Enfin le quatrième degré de Richard s’identifierait assez bien avec ce que l'on a appelé Γ < état apostoli­ que », où le mystique sc dépense tout entier pour la gloire de Dieu. Il y a certes beaucoup â glaner pour la psychologie de la mystique dans l'œuvre de Richard. S’il faut en LA CHOIX 2618 croire son aveu rapporté plus haut, il n’aurait pas cependant expérimenté lui-même tous les états qu’il décrit. Il y a beaucoup de « littérature » dans ses traités. Somme toute, H ne nous livre rien, sur la connaissance expérimentale de Dieu, que nous n’ayons déjà rencontré en saint Augustin. 6· Suint Jean de la Croix (sera cité d’après la tra­ duction Hoornaert; AL -■= La montée du Carmel, répartie en deux volumes; X. ct F. => La Nuit obscure ct La vive flamme d'amour, réunies en un volume; C. => Cantique spirituel ) — On doit peut-être à saint Jean de la Croix la distinction, devenue classi­ que, des phénomènes dits mystiques, tels que visions surnaturelles, révélations, etc., et de la contemplation ou connaissance mystique proprement dite. Ce qui les différencie essentiellement, c’est que celle-ci nous achemine à l'union transformante, tandis que les autres, s'ils peuvent en être des préparations providentielles, cf. AL, 1. II. c. xv,t. i,p. 126 sq., n’en sont aucunement le « moyen proportionné ». Et la raison en est bien simple, saint Jean la répète a satiété : ces phénomènes surnaturels ne peuvent nous communiquer de Dieu que des connaissances dis­ tinctes, or aucune connaissance distincte ne peut être un moyen d’atteindre Dieu; < toutes ces formes, par le. fait qu’elles sont perçues, sont enserrées en des modes ct manières d’être limités, tandis que la sagesse i divine à laquelle tend l’union n’en a d’aucune espèce... Comme l’essence de Dieu ne connaît ni forme, ni image, ct n’est sahissablc par aucune connaissance distincte, l’âme, pour s’introduire en Dieu, ne peut s'enfermer dans aucune forme ou intelligence particu­ lière.» AL,I. I I,c. xiv, t. i.p. 121. Et dès lors, sans même entreprendre ce qu’on pourrait appeler une critique des phénomènes surnaturels — critique dont il entre­ vit la nécessité, cf. N., I. II, c. xvi, p. 107 — saint Jean demande que l’on n’en tienne aucun compte, à peine de ne parvenir jamais au but désiré. Pourtant si la critique des phénomènes mystiques n’est pas donnée ex professo dans la Montée, elle y est parfois esquissée d'un trait rapide. Ainsi toutes les « connaissances et perceptions surnaturelles qui vien­ nent à l'entendement par la seule voie des sens exter­ nes, » « par cela même que ccs communications sont surtout extérieures cl physiques, la préemption est toujours que leur origine n’est pas divine, » mais plutôt diabolique. A/., 1. IL c. x. t. i, p. 91-92. « Lc sens de l’imngination ct de la fantaisie constitue le domaine préféré du démon. » A/., L H, C. xiv, t. t, p. 120; défiance par conséquent à l’endroit de toutes les visions imaginaires. Les visions même spirituelles des « substances corporelles » peuvent être aussi produites en nous par le démon. A/., 1 II, c xxn, t. î, p. 178; il en faut dire autant des révélations qui concernent les créatures, AL, 1. Il, c. xxtv. t. i, p. 189; ou des révé­ lations · qui découvrent des secrets ct mystères », A/., 1. IL c. xxv, t. i. J). 192; sans compter que · les personnes dont l’esprit est purifié, ont une grande facilité, l’une plus que l'autre, â pénétrer naturelle­ ment le cœur de l’esprit intérieur, à saisir les inclina­ tions et talents d’autrui, cl cela par les moindres indices extérieurs, parfois à peine perceptibles, comme sont les propos, gestes, mouvements ct autres manières d’être. · A/., 1 11, c. xxtv, 1.1, p. 188. Les paroles inté­ rieures « successives » peuvent aussi provenir de l’ima­ gination, M., 1. IL c. XXVII, t. 1, p. 196-197; ou du démon, ibid., p. 200-201. Le démon encore peut être l’auteur des paroles · formelles », c’est-à-dire de celles que nous discernons formellement provenir d’une tierce personne. A/., 1. Il, c. xxvni, t. t, p. 202-203. Seuls, parmi tous les phénomènes surnaturels, les visions spirituelles de substances immatérielles, les • notions intellectuelles » concernant Dieu, les paroles 2619 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. JEAN DE LA intérieures «substantielles », c’est-à-dire qui « opèrent substantiellement dans l’àmc ce qu’elles énoncent, » ct les « sentiments spirituels qui agissent sur l'enten­ dement, » ne reconnaissent qu’une origine divine, .U., I. II, c. x.xn, xxiv, xxix, xxx, 1.1, p. 174-177, 182, 185, 205-206, 208-209. Mais précisément tous ccs phénomènes certaine­ ment divins sc distinguent-ils dc la contemplation mystique? Il ne le semble pas. Regardons-y dc près. Les · visions dc substances immatérielles, telles que l'Être divin, les anges ct les âmes, ne sont pas propres à la vie d'ici-bas, ct ne peuvent favoriser un mortel... si ce n'est par exception. » .W., 1. II, c. xxn, 1.i, p. 175176. « Ces manifestations de la substance divine, dont furent favorisés saint Paul, Moïse ct Éiie... toujours fugitives, sont extrêmement rares, au point qu’on les constate à peine dans l’histoire... D'après la loi ordi­ naire, ccs visions dc substances spirituelles ne peuvent être reçues en ccttc vie de façon claire ct nette par l’entendement ; leur perception est d’une autre nature, elle sc fait sentir dans la substance de l'âme par une connaissance d'amour, par des louches ct rapproche­ ments très suaves, ct cela les fait entrer dans la caté­ gorie des sentiments spirituels. » Ibid., p. 177. Saint Jean dc la Croix déclare formellement qu’il s’agit là dc la < connaissance mystique obscure ct confuse ». Dc cc texte on peut conclure encore que les « senti­ ments spirituels » ressortissent aussi à la connaisance mystique : ils en sont la source; cf. M., 1. II, c. xxx, t. i, p. 208-209. Enfin les « vérités pures données à l’entendement» par «révélation », quand elles sc rapportent à Dieu, ne sont pas autre chose que la connaissance mystique : « ccs notions divines, au sujet dc Dieu, ignorent les particularités... Ces hautes notions d’amour ne sont du reste accessibles qu’à l’âme en état d’union avec Dieu; elles sont cette union même, car elles proviennent précisément de certaine louche de l’âme dans la divinité. Ainsi c’est Dieu même qui est senti ct goûté. » .M., L II, c. xxiv, t. i, p. 183. D’autre part, l’auteur déclare que cette • connaissance des vérités pures » cette · façon dc comprendre ct de voir par Γ intelligence des vérités concernant Dieu ct les créatures, ct cela au-dessus dc cc qui est, a été et sera... est en connexion avec l’esprit dc prophétie. » Ibid., p. 182. Pour analyser et définir exactement la contempla­ tion mystique selon saint Jean de la Croix, nous envisagerons successivement scs conditions, la ma­ nière dont elle sc produit, ct cc qu’elle nous apporte. 1 Les conditions de la contemplation mystique. — a) La nudité des sens et dr l'esprit. — C’est la condition sine qua non. Notre théoricien dc la connaissance mystique, fidèle disciple de l’Arcopagite, l’afllrmc en cent endroits avec une vigueur ct une rigueur absolue. « L'âme doit sc vider, complètement ct volontairement, dc tout cc qu’elle peut s'assimiler, que cela vienne d’en haut ou d’en bas... C'est là son action à elle... 11 faut qu’elle reste dans l’obscurité comme un aveugle..., sans chercher un appui en aucune des choses qu'elle com­ prend, goûte, sent ou imagine... Pour s’unir à Dieu dès cette vie, selon la grâce et l'amour parfait, il faut l'obscurité complète vis-à-vis de tout cc qui peut entrer par l’œil, ou être perçu par l’oreille, ou enfanté par l'imagination, ou compris par le cœur qui figure ici l'âme. » Λ/.. 1. lî, c. ni, t. i, p. 64-65 Au chapitre de la « purification dc la mémoire », saint Jean fait pourtant une restriction, mais elle est plus apparente que réelle : « je veux bien qu'on retienne ce qui sc rapporte uniquement à Dieu, cc «jui peut favoriser sa connaissance confuse, universelle, pure, simple. » Λ/., I. III. c. π. t. n. p. 13. Nous avons déjà Indiqué la raison qui motive, qui exige pareille destruction dc CHOIX 2620 toute connaissance distincte, pareil «anéantissement », c'est la disproportion qui existe entre notre entende­ ment ct l’immensité divine; aucune conception finie ne peut renfermer l'infini. Supprimez au contraire tout ce qui détermine, donc limite, votre connais­ sance, dc manière à ce qu’elle deviennent connais­ sance pure, connaissance absolue, la disproportion n’existe plus. « Délaisser ccs divers modes dc savoir cl passer au non-savoir, voilà ce qu'il faut pratiquer... C’est passer au terme cl laisser le moyen, c'est entrer en ce qui n’est point moyen cl qui est Dieu. En effet, en y arrivant, l'âme n'a plus ni mode, ni façons d’agir, cl ne saurait s’y attacher... Après avoir eu le courage de franchir sa limite naturelle, à l'intérieur el à l’exté· rieur, elle entre dans le surnaturel illimité, qui n'a aucun mode, en possédant en substance tous les modes. » Μ., I. IL c. iv, t. i, p. 66. Saint Jean dc la Croix emprunte à diverses philoso­ phies l’explication dc cette capacité de saisir l’infini, que nous confère le dénuement parfait de toute connais­ sance distincte. Tantôt il parlera d’« intelligence pure qui est libre du temps », Μ., 1. IL c. xn, t. i, p. 112; ou « du pur esprit qui ignore l'enchaînement discur­ sif », A., 1. I, c. ix, p. 33: tantôt, suivant les traces dc Taulcr, il fera appel â < l’intellect possible ou passif qui sc passe de formes, qui reçoit passivement la connaissance substantielle ct nue, sans que l'âme y fasse concourir quelque chose dc son activité. » C.. str. xxxix, p. 236. Cf. Baruzi,Naûi/ Jean dc la Croix et le problème de l'expérience mystique, p. 474, 550; I lugueny. La doctrine mystique de Tauler, dans Hernie des sciences phil. ct theol., 1921, p. 199. L'efficacité du parfait dénuement de l'esprit parait infaillible : plus l’âme sc vide, plus Dieu la remplit : • Aussitôt que l’àmc pandent à se purifier soigneuse­ ment des formes ct images saislssablcs, elle baignera dans cette pure ct simple lumière, ct en s’y transfor­ mant atteindra l’état dc perfection. En effet cette lumière n'est jamais absente de Came; cc qui fait obstacle à son infusion, cc sont les formes, les voiles des créatures, qui enveloppent ct embarrassent l’âme Enlevez ccs formes, déchirez entièrement ccs voiles, faites en sorte (pic l’âme soit établie dans la pure nudité ct pauvreté de l’esprit, aussitôt celle-ci, devenue pure et simple, sc transformera dans la simple ct pure Sagesse divine, qui est le Fils de Dieu. Car alors le nature) étant exclu dc l’âme déjà pleine d’amour, le Divin est infusé sur-le-champ naturellement cl sumaturcllcmcnt, pour qu’il n'y ait pas dc vide dans la nature. » M., 1. II, c. xm, 1.1, p. 116-117. Cf. c. iv, » p. 68-71. «Cette action divine s'accomplit aussi sûre­ ment que celle du soleil qui envoie scs rayons sur un espace ouvert, quand rien n’y fait obstacle. Et de même que le soleil, dès l’aurore, est prêt à entrer dans votre chambre, si vous voulez bien lui ouvrir les volets, ainsi Dieu... entrera dans l'àmc vide ct la remplira dc biens divins. » F., 3· str., vers 3. p. 218. Cf. Baruzi, op. cit., p. 467, 401. b) La /oi. — Pourtant la nudité de l’esprit n’est encore que la condition négative de la contempla­ tion mystique; c’est la foi qui en est le véritable « moyen ». Non pas la foi qui meuble notre entende­ ment dc connaissances distinctes; non pas a fortiori la théologie, qui applique · la force de l’intelligence à cc qui est révélé sumaturcllcmcnt ·, M , 1. Il, c. xxvn, l. i, p. 199; mais la foi pure, obscure, abyssale, par laquelle, à travers les vérités révélées, nous attei­ gnons, nous possédons Dieu lui-même» qui est la substance de la foi. ·■ Celte foi seule est le moyen pro­ chain ct proportionné qui peut unir l’âme à Dieu... C’est bien cc que saint Paul exprime... quand il dit : que celui qui veut s’unir à Dieu commence par croire. Cela veut dire : qu’il aille par le chemin de la 2621 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. JEAN DE LA CROIX Fol vers Lui, cc qui suppose l'entendement aveugle dans l'obscurité dc la seule Foi, car sous scs ténèbres l'entendement s’unit ù Dieu ct sous elles Dieu se trouve caché. · Λ/., L IL c. vin, t. i, p. 87; cf. c. m, p, 65. Qu’on veuille bien se reporter nu Cantique spiri­ tuel, str. xn : O fontaine cristalline, ct déjà str. i, p. 26-27, pour comprendre comment, pour saint Jean dc la Croix, c’est Dieu même qui est · la substance ct l’objet dc la Foi ». Cf. Baruzi, op. cit,, p. 457-459. c) La contemplation active. — Nous n’hésitons pas â donner ce nom â une troisième disposition ou condi­ tion qui amènera la contemplation mystique : l’aban­ don de la méditation discursive. « Qu'ils apprennent (ceux qui désirent parvenir à l’état mystique) à sc tenir attentivement ct consciemment en Dieu par amour dans cette quiétude.. SI elles agissent (les puissances), que ce ne soit pas avec force ct discursivement, mais en suavité d’amour. » Λ/., 1. IL c. xi, t. i, p. 102; cf. p. loi. 2. La manière dont se produit la contemplation mystique. — a) avec ou sans conscience? - La doctrine de saint Jean dc la Croix sur cc sujet parait peu nette. Essayons dc la préciser. Au premier abord, il semblerait que toute contem­ plation mystique devrait être inconsciente par défi­ nition : « l’on nomme la contemplation par laquelle l’entendement est éclairé dc lumière divine, Théologie mystique, c'est-à-dire sagesse secrète dc Dieu, puis­ qu’elle est cachée à l'entendement même qui la reçoit. » M., L II, c. vu, 1.1, p. 85; ci. X., 1. II, c. xvn, p. 112. Et de fait, saint Jean affirme qu'en^trois circonstances au inoins il _cn cs£_ainsi. D’abord a ses debuts; cf. ΛΖ.,ΊΐηL c/xi^t??, p7T05, ct N., i. II, c. v, p. 63. Fuis « quand ccttc connaissance est en soi particu­ lièrement claire, pure, simple ct parfaite; quand ccttc connaissance pénètre dans une âme toute pure, étran­ gère aux connaissances et notions particulières,... l’âme se trouvant vide de tout cc qui jadis donnait prise aux facultés..., elle n’éprouve pas son action, sa sensibilité d’autrefois ayant disparu. · .W., 1.11, c. xn, t. i p. 109. Enfin, au moins selon l’interprétation que saint Jean donne du phénomène, « quand la connais­ sance (c’est-à-dire la contemplation mystique) s’applique ct sc communique à l’entendement seul. » Ibid., p. 113. Ce qui n’arrive que rarement, dit-il. Il faut retenir précieusement la description de cc < grand oubli », où l’âme peut tomber ct rester · pendant des heures », ct que notre théologien considère comme un état mystique. · Elle ignore d'où cela lui est venu, ce qui s'est passé en elle, el pendant combien de temps;... en revenant à soi, l’âme sc figure que cela n’a duré qu’un moment, un rien dc temps... parce qu’effe a été unie en intelligence pure qui est libre du temps. C’est dc celle oraison brève qu’il a été dit qu’elle pénètre les deux, parce qu’elle ne sc fait pas dans le temps. Elle pénètre les deux parce (pic ccttc âme se trouve unie à l'intelli­ gence céleste. » Ibid., p. 111-112. Mais comment peut-on affirmer que Γ « intelligence pure » est alors < unie à l’intelligence céleste », puisque l’on n’a conscience dc rien? C’est par les effets pro­ duits dans l’âme « à son insu »|pcj2ÎS5Qcclte contem­ plation, effets dont elle se reml coinpte quajid ccttc connaissance I’abandodticT *(l ê m dnie que cette connaissance l’aIiSfiffonrie*quand elle sc rend compte dc ses effets ». Mais semblable « oubli » est assez rare. • Si la communication atteint aussi la volonté—cc qui a lieu très régulièrement — l'âme s’en rend toujours plus ou moins compte, si elle le veut, parce qu’elle est occupée ct active au sujet de celte connaissance (toujours synonyme dc contemplation). Cela sc mani­ feste en elle par une saveur d'amour sans qu'elle dis­ tingue en particulier ce qu'elle aime. C’est pourquoi on qualifie ccttc connaissance dc générale ct amoureuse; 2622 elle existe dans l’entendement à l'état confus, ct aussi dans la volonté sous forme d'amour savoureux qui est, lui aussi, confus, sans objet précis. » Ibid., p. 113. Qu’on remarque, en passant, cct étal singul er que saint Jean dc la Croix, comme Hadewijch (cf. col. 2612), considère comme un état mystique ! b) impressions ressenties par l'âme qu'envahit la contemplation mystique. — Si la contemplation ellemême échappe par définition aux prises dc la con­ science, elle sc révèle à tout le moins par cc que l’âme éprouve lorsqu'elle sc produit. El tout d’abord la soudaineté dc son apparition attire l’attention : c’est subitement, · au moment où une âme y pense le moins que la lumière ou que le feu nous touchent. Cf. Λ/., L II, c. xxiv, t. i. p. 1 Μ­ Ι 85; C., str. xv, p. 102; str. xxv, p. 156. — Puis • cct état se manifeste expérimentalement par une sensation dc repos pacifique ct dc recueillement ou absorption intérieure · F., 3* str., vers 3, p. 212. — La contemplation s’accompagne d’impressions pé­ nibles. C’est une impression de mort : · le divin l'en­ vahit..., il la triture, dissout la substance spirituelle ct l’absorbe en une profonde et absolue obscurité, au point que l'âme se sent fondre, sc voit anéantie dans une cruelle mort dc l’esprit, à la vue directe dc scs misères. Elle a {’impression d’être engloutie vivante par une bête... » A’., 1. II, c. vi, p. 66; cf. C., str., vu, p. 54-55. C’est une impression de solitude : -d’après son impression, elle sc voit alors transportée dans une profonde et vaste solitude à laquelle aucune créature ne peut avoir accès, el qui paraît un immense désert sans limites possibles. » N., L II, c. xvn, p. 114. · L’âme y souffre, par l’absence dc tout appui, dc toute perception, l'impression dc vide angoissant d’un pendu ou dc quelqu’un qu’on détient dans un air irrespirable. » A , L IL, c. vi, p. 68. — Mais aux impressions pénibles, d’autres succèdent : c’est une impression dc nouveauté : l’âme · est dans la cas dc quelqu’un qui découvre une chose toute nouvelle, sans équivalent connu de lui. · A., 1. Il, c. xvn, p. 113. Enfin l’àmc éprouve une impression dc plénitude et même une I sensation de gloire. « Celte voix, représentée par les fleuves retentissants » dont parle l'âme, n’est autre chose en elle que la plénitude des biens reçus qui la saturent... Cc qui en émane, c’est la grandeur, la force, les délices, la gloire. Immense et intérieure à l’àmc, elle lui donne force et puissance. » C., str. xiv, p. 91. Sur la < sensation de gloire suave el forte », cf. F., lr· str., vers 1, p. 118; 3· str., vers 2, p. 199-200. r) .tore ou sans extase? — Il semble qu’on peut distinguer deux sortes d’extases dans l’œuvre de saint Jean de la Croix : l’une qui est décrite au ch. i du » livre 1 H de la Montée, l. n, p. 5-6. ct qui s’appellerait plutôt « oubli de la mémoire ct suspension dc l'ima­ gination », p. 6; l’autre, dont il est question dans la strophe xm du Cantique, serait l’extase proprement dite, consécutive à la contemplation, plutôt que condi­ tion nécessaire delà contemplation comme la première. Certains effets dc l'une el dc l'autre sont cependant identiques, en particulier l’insensibilité, l’anesthésie, pour parler le langage médical; cf. M., t. n, p. 6; C., p. 85. Pour prouver « qu’en se trouvant unie à Dieu, l’âme demeure comme sans forme ni figure, l'ima­ gination perdue et la mémoire souverainement imbibée du souverain bien en un profond oubli, sans se souve­ nir de rien », saint Jean en appelle à · l’expérience quotidienne ». El il nous décrit alors ce qu’il appelle lui-même « un singulier phénomène », qui ne paraît autre que la « perte dc connaissance » des médecins. 11 a soin dc « noter que ces suspensions ne se produi­ sent plus de cette manière chez les parfaits; l'union parfaite leur étant donnée, ils n’ont plus à passer par 2623 » i MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. JEAN DE LA CROIX l’initiation. · .U., t. n, p. 6. Cc qui laisse entendre que normalement la contemplation ne s’instaure dans une vie que par cette sorte d’extase. Les parfaits eux-mêmes seraient gratifiés d’une autre sorte d’oubli :· plus la mémoire s’unit à Dieu, plus les connaissances distinctes diminuent, ct elles finissent par s'éteindre quand la perfection atteint l'état qui est la vie d’union. » Ibid. De là les « nom­ breuses distractions » des contemplatifs dont « la mémoire est absorbée en Dieu ». Mais, · une fois que l’union est devenue habituelle,... les oublis ne sc pro­ duisent plus de cette manière, en matière de conduite morale el naturelle ». P. 7. En deux pages d’une saveur quictistc assez marquée, saint Jean de la Croix montre que les âmes parfaites n’ont pas à sc préoccuper dc retenir ou de se rappeler quoi que ce soit qui leur a été dit ou demandé; l'Esprit de Dieu « leur fait connaître cc qu’elles doivent savoir, leur laisse Ignorer cc qu’il convient qu’elles ignorent, leur rappelle ce dont elles ont à sc souvenir avec ou sans formes. » P. 7. L’autre sorte d’extase est rangée parmi les phéno­ mènes qui sont des « répercussions sur le sens » dc la contemplation à scs débuts. « Comme la partie sensi­ tive de l’âme est faible, impropre aux fortes émotions dc l'esprit, il en résulte que ces avancés... éprouvent en clic dc nombreuses faiblesses, des dommages, des dérangements d’estomac, ct par là des fatigues d’esprit. Alors se produisent les ravissements, les extases, les secousses du corps qui disloquent les os, cc qui sc produit toujours quand les communications ne sont pas purement spirituelles. Lorsque l’esprit seul les reçoit, comme c’est le cas chez les parfaits qui ont passé par la purification dc la seconde Nuit, il n’est plus question dc ravissements ni de tourments phy­ siques. » λ’., I. Il, c. i, p. 56. Saint Jean dc la Croix n’a pas jugé opportun < dc spécifier les caractères des diverses espèces de ravisse­ ments, d’extases, d’élévations et dc vols de l’esprit qu’on observe chez les contemplatifs »; il se contente dc renvoyer pour « ccs états spirituels » aux « pages admirables » qu’y a consacrées sainte Thérèse. C., str. xm, p. 85. Mais il a noté avec insistance les « souffrances corporelles » que produisent ccs » visites d'extase », souffrances qui « dépassent sans compa­ raison toutes les souffrances imaginables », et · la terreur qui vient à l'âme en se voyant traitée surnaturellcmcnt. » Ibid., p. 82-84. Cf. Baruzi, op. cit., p. 640-648, 657-G60. d) Durée, fréquence dc la contemplation. — Il semble bien que, pour saint Jean de la Croix, comme pour saint Augustin ct Richard de Saint-Victor, la contem­ plation sc produise d’une manière fulgurante. La touche divine · n’est ni continue ni rude, parce (pic la vie physique n’y résisterait pas; elle ne fait qu’cflfcurcr l’âme. » C., sir. vu, p. 54. Cela est vrai surtout dc cc que l’on a appelé le sommet de la contemplation : • parmi les plu* hautes faveurs qu'une âme obtient ici-bas de Dieu, sous forme d*impression passagère, il y a surtout celle-ci : avoir une connaissance et un senti­ ment dc Dieu si supérieurs, que l’une ct l’autre pré­ sentent comme évidente Γimpossibilité d’entendre et de sentir le tout divin. » Ibid., p. 56; cf. str. xiv, p. 96. Ailleurs saint Jean parle des » jeux de l’amour » divin, qui « sc font par flammes dc touches délicates qui atteignent par moments I âme, en jaillissant du feu de l'amour qui n’est jamais au repos. » F., lr· str. vers 2, p. 151. 3. Effets produits par la contemplation, ou éléments de la contemplation. — Ils sont au nombre de trois que saint Jean dc la Croix rapporte aux trois puissances dc l'âme, intelligence, volonté, mémoire, et qu’il range en des ordres divers : « suavité spirituelle, 2624 amour très pur, lumières intellectuelles d'une gronde délicatesse. · N., I. J, c. xui, p. *18-19. i Voici l’ordre inverse, avec le rapport aux puissan­ ces : ■ Vous nie donnez une intelligence divine selon toute l'habileté ct la capacité de mon entendement: vous me communiquez Vamour selon la plus grande force de ma volonté; vous me donnez des délices dans la substance dc l'âme par le torrent de votre jouis­ sance, par votre contact divin et votre union substan­ tielle, selon la plus grande pureté dc ma propre substance, selon la capacité et l'amplitude de ma mémoire. » /·’., 1Γ· str., vers 4,p. 156. Dans le Cantique une simple énumération reproduit d’abord l'ordre dc la Nuit, mais l'explication plus détaillée qui la suit reprend celui dc la Flamme, en dédoublant l'effet que ce dernier texte rapportait à la fois A la substance dc l’âme ct â la mémoire. Dc cette manière nous obte­ nons quatre effets ou quatre éléments de la contem­ plation, dont le premier est · la communication qui pénètre la substance dc délices ». C., str. xxvi, р. 163-165. Nous allons voir qu’il n'est autre que le sentiment de la présence dc Dieu dans l’âme. En cc qui concerne la causalité réciproque des lumières ct de l'amour, la pensée de saint Jean de la Croix ne paraît pas constante; cf. Μ., 1. Il, c. xxx, t. i, p. 208. Finalement, i) admet qu’ils ne sont pas solidaires, ni proportionnés : · la volonté peut parfai­ tement aimer sans que l'entendement comprenne; de même l'entendement peut comprendre sans que la volonté aime. * N., 1. II, c. xn, p. 95. · Il est donc possible de comprendre peu de chose ct d’aimer beau­ coup, comme il est possible aussi d’avoir dc vastes connaissances ct d’aimer peu. » C., str. xxvj, p. 16*1. a) Le sentiment de présence. — A tous scs degrés, la contemplation apporte â l'âme » un certain senti­ ment, une conjecture sur la présence dc Dieu ». N., 1. II, r. xi, p. 89. • Au milieu dc ccs peines obscures d’amour, l'âme sent une présence amie, une force intérieure qui l'accompagne ct l'anime. » J bid., p. 92. Il arrive sou­ vent que certaines personnes ne savent rien dire dc cc qu’elles ont éprouvé : « elles ne peuvent parler alors que dc la paix, la satisfaction ou le contentement dc leur âme, ou dire qu’c//cs ont éprouvé le contact divin, ct qu’à leur avis cela leur fait du bien. » N., 1. II, с. xvn, p. 114. La Vire flamme décrit abondamment cette · expérience » de Dieu : l'âme · sent la vie dc Dieu », « 1'esprit ct le sens goûtent profondément Dieu », 1’· str., vers 2, p. 150; lire surtout le commen­ taire du vers 3 dc la 2· str., O douce main! O touche délicate! p. 179-182. « Donc, ô touche délicate, Verbe Fils dc Dieu, par la délicatesse de votre être divin vous pénétrez subtilement dans la substance dc mon âme, vous la touchez tout entière très délicatement et l’absorbez en vous selon des modes divins. » P. 180. « Il s’agit d’une touche dc substance, c'està-dire de la substance de Dieu dans la substance dc l’âme, cc qui a été expérimenté sur terre par beaucoup dc saints. » P. 182. ■ La délicatesse dc la jouissance ressentie » est absolument ineffable. « La félicité qui déborde de l'âme sc communique parfois au corps; toute la substance sensitive y participe ainsi que tous les membres, les os, les moelles, non légèrement, ainsi que cela a lieu d’habitude, mais avec un vif sentiment dc jouissance ct de gloire, Jusque dans les articulations extrêmes des pieds ct des mains. » Ibid. Celte expérience de Dieu est qualifiée de vision : • celle présence affective a été alors si puissante, que l’âme a senti la présence mystérieuse d'un être immense d’où émanaient, par grâce insigne, dc vagues rayons dc la beauté divine. Or l'effet de cette vision sur l’âme a été si profonde qu’elle ne cesse d’être tourmentée par cc souvenir, et qu'elle défaille par désir dc voir à 2625 ÿ ’ MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. JEAN DE LA CROIX 2626 découvert ce qu'elle a deviné caché SOUS cette pré­ habentes el omnia possidentes. Une telle béatitude, sence. » C., str. xi, p. 69. Enfin, suint Jean de la Croix était due à une telle pauvreté d’esprit. » A’., 1. II, connaît d’autres sentiments de la présence de Dieu c. vin, p. 79. moins vifs, soit chez les parfaits, soit même « en d’au­ Ainsi, cc n’est pas seulement Dieu en son infinité tres Ames qui n’ont pas atteint celte union », ci. que la · très haute lumière divine » dc la · théologie F., 4· str., vers 2, p. 219-250. mystique » fait percevoir et sentir A l’Ame dénudée;_ellc b) La connaissance ou sagesse mystique, C’est · une < en arrive à posséder un sentiment ct une connais­ très haute el très savoureuse connaissance de Dieu sance dc Dieu A la fois généraux et savoureux, et de ses perfections; elle éclaire l’entendement par s’étendant à toutes les choses divines et humaines ». suite du contact de ccs perfections avec la substance lbid.,c. ix, p. 82. Elle acquiert ., c. vt, p. 256-257. En public cependant, le chagrin ct l’inquiétude qu’éprouvent ccs âmes « en sc demandant ce que pourront penser ceux qui les ont vues en cet état, les tirent en quelque sorte de leur transport. » C. 4,p.2l6. Mais, dans les septièmes Demeures, « l’âme n’a plus de ravissements, ou, si elle en a, ce qui est très rare, ce ne sont plus de ccs enlèvements ct de ccs vols d’ûspiII. comme ceux dont j’ai parlé. En outre cela ne lui arrive presque jamais en public, chose qui lui était fort ordinaire. · VII· D., c. nt, p. 337. < Elle perd cette grande faiblesse qui lui était si pénible, ct dont rien n’avait pu la délivrer. » P. 338. 8. Le · vol de l'esprit ·. — < Parfois, l'âme sc sent emportée par un mouvement si soudain, ct l'esprit semble enlevé avec une telle vélocité, qu’on éprouve, dans les commencements surtout, un véritable effroi... Croyez-vous donc qu’une personne en pleine possession d’ellc-même n’éprouve qu’un léger trouble lorsqu’elle sent ainsi enlever son âme — ct quelquefois son corps, comme nous le lisons de quelques personnes — sans savoir où elle va. ni qui l'enlève, ni ce que cela veut dire? » VI· D.,c. v, p. 248-249. Impossible de résister. «Durant quelques instants, elle est incapable de dire si son âme habite ou n’habite pas son corps. Elle sc croit trans­ portée tout entière dans une autre région, fort différente de celle où nous vivons; elle y voit une lumière nouvelle ct bien d’autres choses, si dissemblables de celles d’icl-bas, qu’elle n’eût jamais réussi à sc les figurer... Parfois, elle sc trouve instruite en un instant de tant de choses à la fois...» P. 252. Ici sainte Thérèse indique quelques-unes des choses que l’on voit alors, soit par · vision imaginaire », soit par · vision intellec­ tuelle » : ce sont des saints, ou « une multitude d’anges qui accompagnent leur Seigneur », * beaucoup d’autres (choses) qu’il ne convient pas de rapporter ». L’influence de saint Paul paraît visible dans celte description. Celle de saint Augustin sc montre dans l’interprétation, dans l'explication que risque la sainte : « l’âme... ne pourrait-elle, sans quitter le lieu qu’elle occupe... s’élever au-dessus d’ellc-même par quelque partie supérieure de son être? » P. 253. Thérèse imagine donc que « l’esprit », le νους, qu’elle distingue de l’âme, mais sans l’en séparer, comme le rayon sc distingue du soleil, s’élève littéralement jusqu’au ciel, le Seigneur, lui scmble-t-11, voulant « montrer à celte âme quelque chose du pays qu’elle doit habiter un jour ». P. 251. · Ce qu’elle a vu (làhaut) demeure tellement gravé dans sa mémoire, qu’à mon sens, il lui sera impossible d’en perdre le souvenir jusqu'au Jour où elle en aura la possession pour Jamais. » P. 255. Les effets de ce vol de l’esprit sont si admirables qu’il n’y a fias à redouter une supercherie du démon. P. 254. 9. Les transports, VI· D., C.vi, p. 262-264. — C’est 2634 ce que sainte Thérèse appelle ailleurs le < sommeil des puissances », cf. Vie, c. XM, p. 155-158. « NotreSeigneur accorde quelquefois à l’âme certaines jubi­ lations ct une sorte d’oraison étrange, dont je ne m’explique pas la nature. A mon sens, c’cst une union très étroite des puissances avec Dieu... Mais de quoi fouissent-elles, ct comment en Jouissent-elles? C'est ce qu'elles Ignorent.., L’âme éprouve une joie si excessive, qu’elle voudrait n’êlre pas seule à la ressen­ tir, mais la publier partout... » P. 262. « Cela dure parfois une journée entière... Cette Jubilation plonge l’âme dans un tel oubli d’elle-mème ct de toutes choses, qu’elle est incapable de penser ni de parler, si ce n’est pour donner à Dieu des louanges. » P. 264. Enfin elle est contagieuse : « il suffît que l’une ( des ' sœurs j commence (à faire éclater sa jubilation inté1 rieure) pour que les autres la suivent. » Ibid. Évidem­ ment cela « ne peut nullement venir du démon ». P. 263. 10. Le sentiment de présence. — · C’est ce qu’on appelle vision intellectuelle, je ne sais pourquoi. Alors qu’on ne songe nullement a recevoir semblable grâce,... on sent auprès de soi Jésus-Christ NotreSeigneur, sans pourtant te voir ni des yeux du corps ni des yeux de l’âme. » VI· D., c. mu, p. 279. · Elle sentait qu’il sc tenait à son côté droit, non par une de ce· marques sensibles qui nous font connaître qu’une personne est près de vous, mais d’une autre manière bien plus délicate ct qu’on ne peut expliquer. Néan­ moins, la certitude est la même, ou plutôt, de beauI coup supérieure. · P. 280. « Quelquefois la présence est d’un saint, et l’on en retire également un grand fruitt Vous me direz : Mais si l’on ne voit rien, comment saiton que c'est Jésus-Christ, ou sa glorieuse mère, ou un saint? C’est ce que l’âme est incapable d’expliquer; elle ne sait pas comment elle le sait, ct cependant elle en a une certitude absolue. » P. 282. · Ces sortes de visions, au lieu de passer promptement comme les visions imaginaires, durent longtemps ct parfois plus d’un an. » P, 279. Les effets produits par cette pré­ sence permanente « ne permettent pas de l’attribuer à la mélancolie », p. 280, ni au démon; surtout quand des « paroles » viennent rassurer l’âme inquiète. 11. Vision imaginaire de Noire-Seigneur. — * NotreSclgncur veut-il favoriser tout particulièrement une âme, il lui découvre clairement sa sainte Humanité sous la forme qu'il juge à propos... Quoique la vision ait la rapidité de l'éclair, cette glorieuse Image demeure tellement empreinte dans l’imagination, qu’à mon avis elle ne pourra s’en effacer... Cette image ne fait nulle­ ment l’effet d’un tableau. A celui qui la volt, elle paraît ! véritablement vivante. Quelquefois, elle parle ù l’âme et lui découvre même de grands secrets. · VP D., c. îx, p. 288. L’image apparaît dans une « lumière »; le vêtement de Notre-Seigneur « ressemble à de la ba­ tiste », p. 289; son visage est « doux » ct · beau », p. 294. L’apparition survient à l’improviste, « boule­ versant les puissances ct les sens, les remplissant de frayeur et de trouble, pour les faire jouir aussitôt après d’une paix délicieuse ». P. 291. Les illusions ici sont possibles : si l’apparition dure longtemps, « je ne crois pas que ce soit une vision; c’cst plutôt une représen­ tation produite par un grand effort d’imagination, ct la figure sera comme morte, en comparaison de celle dont je parle », p. 290-291; quant au démon, · il pourra bien offrir certaines représentations, mais ce ne sera jamais avec cette vérité, cette majesté, ces admirables effets ». P. 292. « On doit sc tenir sur la réserve, attendre que le temps permette de fuger de ces apparitions par leurs fruits. » Ibid. Mais, « quand bien même ccs visions ne seraient pas de Dieu, pourvu que vous ayez de l’humilité ct une bonne conscience, elles ne vous nuiront pas. Sa Majesté sait tirer le bien 2635 MYSTIQUE. DESCRIPTION. S11 TIIÉRE>I 2636 du mal, et, par où le démon voulait vous perdre, vous dans la partie ta plus intime d'elle-même qu elle sent celle divine compagnie, et comme dans un abîme très gagnerez. » P. 293. 12 Vision intellectuelle ou connaissance Infuse de profond, qu'elle ne saurait définir, faute de science. · vérités. — « Lorsqu’il plaît au Seigneur, il arrive que P. 318. Cc sentiment de présence est à rapprocher de celui l'âme, étant en oraison ct entièrement à elle, entre soudain dans une suspension des puissances, durant que nous avons rencontré au chapitre vm des Sixièmes laquelle Dieu lui découvre de grands secrets, qu’elle Demeures (v. supra, n. 10) cl que sainte Thérèse quali­ fiait aussi de vision intellectuelle. Il lui ressemble croit voir en Dieu même. » VI· D.» c. x, p. 300. Sainte Thérèse déclare avoir connu de cette manière I pour la continuité; sainte Thérèse espère même qu'il « comment toutes choses sc voient en Dieu, et comment ne lui sera jamais enlevé : < elle n une grande confiance il les renferme toutes en lui-même », ibid., et aussi que Dieu, lui ayant accordé une telle grâce, ne per­ comment « lui seul est la Vérité qui ne peut mentir». , mettra pas qu’elle la perde. » P. 319. Ce sentiment n'a P. 302. «A mon sens, le démon et l'imagination trou- ( pas cependant toujours la même intensité, · mais, vent ici peu d'entrée et l'âme reste remplie croire « continuée en grâce · ct incapable de retomber VP D., c. xi, p. 308. « Tandis que Pâme sc consume dans le péché? Sainte Thérèse ne le pense pas; voir ainsi au-dedans d’ellc-mêmc (par le désir d’être réunie I c. IL p. 322, 328: c. iv, p. 342. 15. Le mariage spirituel. — < La première /ois que à Dieu), voiçi qu'à l’occasion d'une pensée rapide qui lui traverse l'esprit, d’une parole qu'elle entend ct , cette grâce est accordée. Notrc-Seigneur, dans une vision qui lui rappelle que la mort tarde encore à venir, elle I imaginaire, veut bien se montrer à elle en sa très sainte reçoit par ailleurs — d’où? comment? elle l’ignore — | Humanité... Il lui dit qu'il était temps qu'elle fit un coup terrible, ou, si l’on veut, elle sc sent comme i de se$ intérêts à lui ses intérêts propres, ct qu il pren­ transpercée par une flèche de feu... En un instant, scs drait soin de cc qui la concernait... » VII· D., c.n, puissances sc trouvent si étroitement liées, qu’elles p. 322. Cf Relation XXV, p. 536 : Notrc-Seigneur lui sont incapables de tout, sauf de cc qui peut accroître denne sa main droite; ct, Relation XXVIII, p. 538, leur martyre... L’entendement conserve toute sa viva­ Notrc-Seigneur lui met au doigt un bel anneau. Alors « le Seigneur apparaît dans le centre de l'âme cité pour comprendre avec combien de raison l'âme s’allligc d'être séparée de Dieu; ct le Seigneur y ajoute ; sans vision imaginaire, mais par une vision intellec­ encore, par une connaissance de lui-même très péné­ tuelle, plus délicate encore que celles dont j’ai parlé... trante. qui porte la douleur de l'âme à une intensité Ce que Dieu communique alors à l’âme, en un moment, est un si grand secret, une faveur si sublime, et inonde telle, qu'on en vient à jeter de grands cris. » P. 305-306. ’’âme de si excessives délices, que je ne sais à quoi < Quelque bref que soit cc martyre (il dure peu . les comparer. Je dirai seulement qu’en cet instant le trois ou quatre heures tout au plus, cc me semble, p. 309), il laisse le corps comme disloqué : le pouls est Seigneur daigne lui manifester la béatitude du ciel, par aussi faible que si on allait rendre l’âme... La chaleur un mode dont la sublimité dépasse celle de toutes les naturelle fait défaut, ct l’âme s'embrase de telle sorte, visions ct de tous les goûts spirituels. Tout cc qu’on qu’un peu plus elle verrait scs désirs accomplis. » en peut dire, c'est que l'dme, ou plutôt l’esprit de P. 306-307. « Une fois cette personne ne l’endura l'âme, devient, scion qu’on peut en juger, une même qu’un quart d’heure seulement, et elle en demeura chose avec Dieu. » P. 324. < Cette vérité est rendue plus claire, avec le temps, brisée. Il est vrai que ccttc peine fondit sur elle avec tant de violence qu'efle en perdit entièrement le senti­ par les ciTets; caron reconnaît d'une manière évidente, ment. » P. 309. « Bien ne peut la délivrer du martyre par certaines aspirations secrètes, que c'est Dieu qui qu’elle endure, jusqu’à ce que le Seigneur lui-même y donne vie à notre âme. » P. 325. « L'âme perçoit les mette un terme. D’ordinaire, il le fait au moyen d'une [ divines opérations dont je parle. Une eau ne peut grande extase ou de quelque vision, par laquelle le jaillir à flots sans avoir sa source quelque part : ainsi vrai Consolateur console ct fortifle l'âme, afin qu'elle l’âme comprend clairement qu’il y a en elle quelqu’un sc résigne à vivre aussi longtemps qu'il le voudra. » qui lance les flèches qui la transpercent, ct qui donne P. 310. Cc martyre · laisse dans l’âme des effets admi- , vie à sa nouvede vie; qu’il y a un soleil d’où procède cette brillante lumière qui, de son intérieur, va illu­ râbles. » Ibid. 11. Vision de la Trinité. — · Une fois qu’elle est miner scs puissances. » P. 326. Cc texte, dont on peut introduite dans ccttc ( septième) Demeure, les trois rapprocher celui de la Vie, c. xxviî, p. 283 · · aur effets Personnes de la très sainte Trinité, dans une vision que Dieu produit dans l’âme, on comprend qu’il est intellectuelle, sc découvrent à elle par une certaine là », peut être invoqué par ceux qui ne voient dans représentation de la vérité ct au milieu d'un embrase- le < sentiment de présence » qu’une. Inference, par ment qui, semblable à une nuée resplendissante, vient laquelle des elïets ressentis on remonte à une cause droit à son esprit. Les trois divines Personnes se capable de les expliquer; cf. Expêiuhncr ueligieusk, montrent distinctes, ct, par une notion admirable qui t. v, col. 1812-1813. La sainte décrit, au c. ni, la «nou­ lui est communiquée, l’âme connaît d’une certitude velle vie », que mène désormais l’âme favorisée du absolue que toutes trois ne sont qu’une même sub­ • mariage spirituel »; cf. Delacroix, op. cit., p. 67-72; stance... Alors les Personnes divines sc communiquent Etchcgoycn, L'Amour divin, V· partie, l.a synthèse de toutes trois à Pâme, elles lut parlent. » Vil· D., c. i, l*Amour divin dans les états d'oraison, particulière­ p 317-318. Sainte Thérèse a beau afllrmcr « que cc ment Conclusion : ta critique de la synthèse de l'Amour n’est pas Ici une vision imaginaire », nous ne l’cn divin, p. 350 sq. L’importance de sainte Thérèse pour la solution croyons pas; cc qui pourtant n’est pas « imaginaire », c’est la « notion » qui lui fait connaître l’unité de sub­ du problème de la mystique est mise en lumière par stance des trois Personnes. Mais ce qui fait l’originalité le P. de Gulbcrt, Revue d'ascétique ct de mystique, de ccttc vision, cc n'est pas tant la vue du mystère, avril 1921, p. 185 : « Il faut, en cfTet, si l’on veut la vue des trois Personnes, que la perception de leur comprendre les discussions actuelles, en revenir à elle, présence permanente dans l’âme aimante : « elle volt ct cc n'est point par hasard que ccs discussions ont clairement., qu’elles résident dans son intérieur. C’est . commencé, dans leur forme présente, précisément à 2637 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. FRANÇOIS DE SALES l’époque, où les écrits de la Doclora d'Avlla se sont répandus parmi les théologiens catholiques. Ces écrit*, en effet, tranchent sur ceux des mystiques plus anciens, el même de saint Jean de la Croix qui sc rattache plutôt A eux, comme le remarquait très Juste­ ment dom Nager : personne avant elle n’avalt aussi bien fait toucher du doigt, par la netteté de scs des­ criptions, la différence entre les consolations goûtées par les débutants dans leurs méditations, cl les dou­ ceurs de l’oraison « surnaturelle ». Cc sont précisément ces descriptions qui, en rendant impossible la confu­ sion entre les deux, ont posé le problème dans toute son acuité . Suinte Thérèse reste au centre du débat ct le domine : d’une façon plus ou moins consciente ct plus ou moins claire, cc qu'on cherche c'est ceci : y a-t-il entre ces oraisons surnaturelles décrites par la sainte, ct les oraisons plus ou moins discursives ou simplifiées de la vie spirituelle courante, une simple différence de degré, ou une vraie différence d’espèce? » 8· Saint François de Sales. — C’est aux livres VI et Vil du Traité de l'amour de Dieu que saint François de Sales disserte de la « théologie mystique ». Il l'identifie avec l’oraison : » l’oraison ct la théologie mystique ne sont qu’une mesme chose »; ct la définit « une conversation par laquelle l’amc s’entretient amoureusement avec Dieu de sa trcs-aimablc bonté pour s'unir ct joindre A icelle ». L. VI, c. i. C’est une conversation cl non un monologue : « que si l’oraison est un colloque, un devis, ou une conversation de l’amc avec Dieu, par icelle donc nous parlons A Dieu, ct Dieu réciproquement parle à nous; nous aspirons à luy ct respirons en luy, cl mutuellement il inspire en nous et respire sur nous. » Ibid. » Or clic s’appelle mystique, parce que la conversation y est toute sccrettc, cî ne sc dit rien en Icelle entre Dieu ct l’amc que de cœur à cœur par une communication incom­ municable à tout autre qu'à ceux qui la font. Le lan­ gage des amans est si particulier que nul ne l’entend qu’eux-mesmes... Où l’amour règne, on n'a pas besoin du bruit des paroles extérieures, nj de l’usage des sons pour s’entretenir ct s’cntr'ouyr l’un A l’autre. » ibid. · En la théologie mystique, c'est le principal exercice de parler à Dieu ct d'ouyer parler Dieu au fond du caur : ct parce que cc devis se fait par de très-secret les aspirations cl inspirations, nous l’appe­ lons colloque de silence; les yeux parlent aux yeux, el le cœur nu cœur, et nul n’entend ce qui sc dit que les amans sacrez qui parlent. · Ibid. La méditation est le < premier degré de l’oraison ou théologie mystique », c. n. Les chapitres suivants sont consacrés à la contemplation, et ù ses différences avec In méditation : « Nous méditons pour recueillir l’amour de Dieu, mais 1’nyant recueilli nous contem­ plons Dieu et sommes attentifs à sa bonté pour la suavité que l’amour nous y fait trouver Le désir d’obtenir l’amour divin nous fait méditer, mais l’amour obtenu nous fait contempler; car l’amour nous fait trouver une suavité si agréable en la chose aimée, que nous ne pouvons assouvir nos esprits de la voir cl considérer. » C. m. Le but de la contemplation est la jouissance de Dieu : · l’amour ayant excité en nous l’attention contemplative, celle attention fail nalstre réciproquement un plus grand el fervent amour, lequel en lin est couronné de perfections lors­ qu’il Joust de ce qu’il aime. » Ibid C’est celte Jouis­ sance de Dieu qui constitue 1’ < expérience · mystique : » cette Jouyssance produit un amour bien plus vif cl animé que ne fait la simple cognoissance du discours : car V expérience d’un bien nous le rend in Uniment plus aimable que toutes les sciences qu’on en pourrait avoir. Nous commençons d’aimer par la cognoissance que la foy nous donne de In bonté de Dieu, laquelle par après nous savourons et gansions par l'amour... 2638 Ccluy-ià (le théologien Ocham) le cogr.eut mieux par science, cel!c-cy (sainte Catherine de Genne) par expérience. » C. iv. C'est cc qu’on appelle « trouver Dieu » : « La contemplation a tousjours cette excel­ lence, qu'elle sc fait avec plaisir, d’autant qu’elle presuppose que l'on a trouve Dieu et son saine! amour, qu’on en jouyt, ct qu’on s'y delecte en disant : J'ay trouvé celuy que mon amc chérit; Je l'ay trouve cl ne le quitteray point. » C. vî. « On a trouvé Dieu ct son sainct amour, on en jouyt ct on s’y delecte »; < nous savourons ct goustons (Dieu) par l'amour »; et ainsi nous le connaissons • par expérience » : qu’j a-t-il là de mystique? Cela est essentiellement mystique pour saint François de Sales, parce que cela est un don de Dieu: il le montre dans les deux premiers chapitres du livre VIL II s'agit d’un amour passif, d'une < passion d’amour », pour employer le langage de saint Jean de la Croix. • Soit doneques que l'union de nostre amc avec Dieu se fasse imperceptiblement, soit qu’elle sc fasse peretptitlement, Dieu en est toujours l’auteur, ct nul ne peut s’unir à luy. s'il ne va à luy ; nul ne peut aller ù luy, s’il n’est tiré par luy. » L. Vil, c. tu. · L’amc, amorcée des délices de ses faveurs,... recognoisl bien que son union ct liaison à celle souveraine douceur depend toute de l’operation divine, sans laquelle elle ne pourroit seulement pas faire le moindre essay du monde peur s'unir à icelle. » L. VH, c. t. Les compa­ raisons employées ici par saint François de Sales ne laissent aucun doute sur cc point. Et de mémo le progrès de notre amour ct de notre union, s’il résulte parfois de notre coopération, ne sc réalise jamais sans celle de Dieu : « Quand, suivant scs attraits impercep­ tibles, nous commençons A nous unir à luy (active­ ment), il fait quelquefois le progrez de nostre union, secourant nostre imbécillité, et se serrant sensible­ ment iuj'-mcsmc à nous, si que nous le sentons qu’il entre et pénétre nostre cœur par une suavité incom­ parable. Et quelquefois aussi, comme il nous a attirez insensiblement à l’union, H continue insensiblement à nous aider cl secourir. Et rous ne sçavons comme une si grande union sc fait, mais nous sçavons que nos forces ne sont pas assez grandes pour la faire, si que nous jugeons bien par là que quelque sccrcttc puis­ sance fait son insensible action en nous. » C n. On remarquera, au passage, que saint François de Sales regarde le « sentiment de la presence de Dieu » comme une inférence. Ce point mis en lumière et l’origine divine du · sainct amour» nettement affirmée, saint f’rançois de Sales ne verra plus guère dans beaucoup de phénomènes mystiques que des conséquences · naturelles ». psy­ chologiques ou physiologiques, de cet amour envahis• sant, si bien qu’il ne s’étonnera pas de leur trouver des analogues profanes. 1. · Du recueillement amoureux de Came en la content plalion », I VI, c. vu. — Il s’agit bien du recueillement qualifié par · la hier heureuse mere Therese de Jésus », de « surnaturel ». qui · ne gist pas en nostre volonté, ains nous advient quand 11 pluist à Dieu de nous faire celte grace. » Or il s’explique naturellement, même sous sa forme la plus profonde, par cette loi psycholo­ gique : < rien n’est si naturel nu bien que d’unir ct attirer A soy les choses qui le peuvent sentir, comme font no*· âmes, lesquelles tirent tousjours ct sc rendent A leur thresor, c’cst-A-dire à ce qu’elles aiment. · C’est ce qui advient quand · Nostrc-Sclgncur respond imperceptiblement au fond du cœur une certaine douce suavité qui tesmoigne sa presence; lors les puissances, voire mesme les sens extérieurs de l’amc, par un secret consentement, se retournent du cos lé de celle intime partie où est le très-aimable ct Irescher espoux. · « En somme tout cc iccueillcment se /ait 2639 MYSTIQUE, DESCRIPTION, S. FRANÇOIS DE SALES par l’amour. Qui sentant la presence du bicn-aime par les attraits qu’il respond au milieu du cœur, ramasse cl rapporte toulc l’ame vers Iceluy... par un délicieux reply de toutes les facilitez du costé du bienaimé, qui les attire à soy par la force de sa suavité. » Pour comprendre bon nombre de phénomènes mysti­ ques, il n’est que d’étudier la psychologie de l’amour. * Otez l’amour, dira Bossuet, il n’y a plus de passions; ct posez l’amour, vous les faites naître toutes. » De la connaissance de Dieu et de soi-même, c. i. On cn pourrait dire autant, selon saint François de Sales, des rapports entre l’amour ct les phénomènes mys­ tiques. Cf. I I. Tessier, Le sentiment de l'amour d'après saint François de Sales, particulièrement, I. III, c. iv : Les effets de ΓAmour. 2. La quiétude, I. VI, c. vni-xi. — «C’est cet aimable repos de l’ame que la bienheureuse vierge Thercse de Jésus appelle oraison de quietude; non gucres diffe­ rente de cc qu’elle-mcsmc nomme sommeil des puis­ sances, si toutefois je l’entends bien. » C vm. « Toute l’ame ct toutes les puissances d’icelle demeu­ rent comme endormies, sans faire aucun mouvement ny action quelconque, sinon la seule volonté, laquelle mesme ne fait aucune autre chose, sinon recevoir l'aise ct la satisfaction que la présence du bien-aimé luy donne. El cc qui est encore plus admirable, c'est que la volonté n’apperçoit point cet aise cl contentement | qu’elle reçoit, jouyssanl insensiblement d’iccluy. » ibid. Analogue profane : « les amans humains sc contentent par fois d'estre auprès ou à la veuc de la personne qu’ils aiment, sans parler à elle, ct sans discourir à part eux, ny d’elle, ny de ses perfections; rassasiez, cc semble, et satisfaicts de savourer celte bien-aiméc présence, non par aucune considération qu’ils fassent sur icelle, mais par un certain accoiscment cl repos que leur esprit prend cn elle. » Ibid. Saint François de Sales explique naturellement cc repos des puissances : · elle (l’ame) n’a plus besoin . de s’amuser à discourir par Venlendement; car elle voit d’une si douce vcuè son espoux present que les discours luy seraient inutiles ct superflus. Que si mesme elle ne le voit pas par l’entendement, elle ne s’en soucie point, sc contentant de le sentir près d’elle par l'aise ct satisfaction que la volonté cn reçoit... L’ame non plus n’a aucun besoin, cn cc repos, de la mémoire; car clic a présent son bien aimé. Elle n’a pas aussi besoin de Vtmagination : car qu’cst-il besoin de sc representer cn image... ccluy de la presence duquel on jouyt? » C. ix. « O Dieu éternel 1 quand par I vostre douce presence vous jettez les odorans parfums dedans nos cœurs,..· alors toutes les puissances de nos âmes entrent en un agreable repos, avec un accoisement si parfuict qu’il n’y a plus aucun sentiment que ccluy de la volonté, laquelle, comme l’odorat spirituel, demeure doucement engagée à sentir, sans s’en appcrccvoir, le bien incomparable d’avoir son Dieu present » Ibid. < Petit à petit toutes les facilitez | sont attirées par le plaisir que la volonté reçoit, ct duquel elle leur donne certains ressenthnens, comme des parfums qui les excitent à venir auprès d’elle pour participer au bien dont elle jouyt. · C. x. Cependant ce repos des puissances comporte divers degrés, c. xi. 3. · De Vescoiûement ou liquéfaction de l’ame en Dieu », 1. VI, c. xn. — · L’escoulcmcnt d’une aine cn son Dieu n’est autre chose qu’une veritable extase, par laquelle l’ame est toute hors des bornes de son maintien naturel, toute mesléc, absorbée ct engloutie cn son Dieu. · L’amour profane connaît aussi pareille extase : « Une extresme complaisance de l’amant cn la chose aimée produit une certaine Impuissance spiri­ tuelle qui fait que l’ame ne se sent plus aucun pouvoir de demeurer cn soy-mesme. C’est pourquoy,... elle se laisse aller cl escouler cn ce qu’elle aime. » 2640 •I. De la blessure d’amour, c. xin-xiv. — On ne résume pas les fines analyses psychologiques où saint François de Sales « explique · comment « le sainct amour blesse les cœurs ». L’amour profane lui fournit encore un terme de comparaison : « on a veu tel jeune homme... », c. xm. 5. < De la langueur amoureuse du coeur blessé de d lection », c. xv. — « C’est chose assez cogncuc que l’amour humain a la force non-seulement de blesser le cœur, mais de rendre malade le corps jusqu’à la mort, d’autant que comme la passion et temperament du corps a beaucoup de pouvoir d’incliner l’ame ct la lirer après soy, aussi les affections de l’ame ont une grande force pour remuer les humeurs et changer les qualitcz du corps. Mais outre cela, l’amour, quand il est vehement, porte si impétueusement l’ame cn la chose aimée, ct l’occupe si fortement, qu’elle manque à toutes scs autres operations, tant sensitives qu’intellectuelles. » Et saint François de Sales cite un texte de Platon à l’appui de ccs ravages de l’amour · véhément · dans l’âme ct jusque dans le corps. « Certes, je sçay bien, Theotlme, que Platon parlait ainsi de l’amour abject, vil ct chétif des mondains; mais neanlmoinsccs proprictez ne laissent pas de se trouver cn l’amour celeste el divin. · < Certes, Theolime, quand les blessures et playes de l’amour sont frequentes cl fortes, elles nous mettent cn langueur et nous donnent la bien aimable maladie d’amour. Qui pourrait jamais descrirc les langucurs'amoureuscs de sainte Catherine de Sienne ou de Gcnnes, ou de sainte Angèle de Foligny, ou de sainte Christine, ou de la bienheureuse mere Thercse, ou de saint Bernard, ou de saint François! » — Et voilà qu’à propos de ce dernier, notre psychologue s’essaye à montrer jusqu'à quel point les stigmates mêmes pourraient s'expliquer naturellement par l’influence de l’imagination. ■ L'amour est admirable pour aiguiser l'imagination, a fin qu’elle pénétre jusqu’à l’cxtcricur. L’amour fit donc passer les tourments intérieurs de ce grand amant saint François jusqu’à l’cxtcricur, ct blessa le corps du mesme dard de douleur duquel il avait blessé le cœur. » Cf. Tessier, op. cit , p. 215-219. L’amour « véhément » explique aussi la rupture des quatrième et cinquième côtes du « bien­ heureux Philippe Ncrius », cl les défaillances et pâmoi­ sons du « bienheureux Stanislaüs Kosca ». G. « Du souverain degré d'union par la suspension et ravissement. » L. VII, c. in-vni. — « La bienheureuse mere Thercse dil excellemment que l’union estant parvenue Jusqu'à cette perfection que de nous tenir pris ct attachez avec Nostrc-Seigncur, elle n'est point differente du ravissement, suspension ou pendement d’esprit; mais qu’on l’appelle seulement union, ou suspension, ou pendement, quand elle est courte; ct quanti elle est longue, on l'appelle extase ou ravisse­ ment, d’autant qu’en effect l’ame attachée à son Dieu si fermement cl si serrée qu’elle n’en puisse pas aise ment estre desprisc, elle n’est plus cn soy-mesme, mais cn Dieu. · C. m. Saint l’rançols de Sales conçoit donc l’cxtasc ou ravissement comme un phénomène psychologique, sans mentionner scs effets physiologiques. Il signale cependant, mais à propos d'une fausse extase, celle d’ « un certain prcslrc du temps de sainct Augustin », « que son extase passait si avant, qu’il ne senloit mesme pas quand on luy appliquait le feu, sinon après qu’il estoil revenu à soy : et neantmoins, si quelqu'un parlait un peu fort ct à voix claire, il I entendait comme de loin, ct n’avolt aucune respi­ ration. » G. vi. Diverses « extases naturelles » l’aident à concevoir la ravissement produit par le « sainct amour » : « voyez, je vous prie, cet homme pris ct serré par 2 G 41 MVSTIQI E. DIVERSITÉ DES PHÉNOMÈNES 2642 platonisme eut au Moyen Age : à des litres divers attention Λ la suavité d'une harmonieuse musique, ou bien ù la niaiserie d’un Jeu de cartes... », c. m; ct par des voies diverses, philosophes ou mystiques cn furent tributaires, de Jean Scot Érigène à Tnulcr ct •ct c'en est de mesme en la trèvinfame extase ou abo­ Ruusbrucc, cn passant par... Eckart, brillants théori­ minable ravissement qui arrive a l’ame...; on dit ciens qui n’étaient point d’ailleurs étrangers aux expé­ qu’elle est cn l’rxZaw sensuelle... comme dit l'un des plus grands philosophes, l'homme estant cn cet acci­ riences transcendantes, ct par toute une pléiade de dévotes personnes des deux sexes, adonnées à la pra­ dent semble estre tombé en épilepsie, tant l’esprit demeure absorbé ct comme perdu », c. 1 ; « les phi­ tique de la contemplation, mais ne dédaignant point de disserter ù leurs heures sur la perte de l’Ame dans losophes mesmes ont rccogncu certaines especes d’rx/astt naturelles, faictcs par la véhémente applica­ l’UnlU » M.irii bal, op. cit., p. 22-229. tion de l’esprit à la consideration des choses plus « Non seulement les philosophes ont défini ct décrit la mystique d’après leur propre système, mais les relevées. · G. vr. — Il peut donc y avoir de fausses mystiques eux-mêmes construisent sur des présup­ extases : « on a veu cn nostre age plusieurs personnes posés métaphysiques ct psychologiques déterminés, qui croyolcnt cllcs-mcsmes, et chacun avec elles, qu’elles fussent fort souvent ravies divinement cn la description de leurs événements intérieurs. On voit extase ct enfin toutefois on dcscouvroil que cc n’csdès lors combien la connaissance de ces philosophoutoient q u* ill usions ct amusement diaboliques », c. vi; mena est importante pour la véritable intelligence de au .si saint François propose < deux marques de la la mystique, v Revue d'ascétique et de mystique, 1925, bonne ct sainctc extase »; l’une de ccs deux marques p. 78, è propos du livre de Joseph Bcmhart, Die es· cc qu’il appelle · l'extase de l'œuvre cl de la vie »; philosophische Mystik des Mittelalters. A lire aussi le chapitre Mysticisme dans \'Expérience religieuse de c'est « une vie surhumaine, spirituelle, devote, ct extatique, c'est-à-dire, une vie qui est cn toute façon W. James, ct divers chapitres delà Psychologie du hors et au-dessus de nostre condition naturelle. » mysticisme religieux, de J .-H. Lcuba. Le nom de sou fi Ibid. — « Bienheureux sont ceux qui vivent une vie serait < réservé dans la terminologie islamique aux sur-humaine, extatique, relevée au-dessus d'eux- représentants de l'esprit ascétique qui ont subi dans m es mes, quoy qu'ils ne soyent point ravis au-dessus leurs conceptions religieuses une influence déterminée, «Peux-mesmes cn l’oraison. Plusieurs saincts sont l’influence néoplatonicienne », Revue des sciences phil. au ciel, qui jamais ne jurent en extase ou ravissement de ct théol., 1921, p. 438, quoique des influences hindoues contemplation. Car combien de martyrs ct de grands s’y fassent aussi sentir, p. 439; » la possibilité de saincls ct salnctcs voyons-nous cn l’histoire n'avoir l’in fluence du sûffsmc islamique sur la mystique chré­ jamais eu en l'oraison autre privilège que celuy de la tienne a été admise nouvellement par Carra de Vaux », devotion et ferveur? » C. vu, Saint François de Sales, ibid., p. 438 note. comme sainte Thérèse, admet donc que les grâces On a noté aussi que la philosophie plotinicnnc s'in­ filtra jusqu’aux Indes, pour y atteindre les commenta­ mystiques ne sont point nécessaires pour parvenir à la sainteté. teurs médiévaux du Vêdànta. Sur la mystique de 7. « Du supresme effect de l'amour affectif, qui est Plotin, lire l’étude de J. Souühé, Revue d'ascétique la mort des amans », c. ix-xiv. — « L’amour est fort ct de mystique, 1922, p. 179-195, à propos des thèses comme la mort. La mort separe l’ame du mourant de René Arnou; sur Proclus, l’une des sources de d’avec son corps..., l’amour sacré separe l’ame de Tauler, voir Revue des sciences phil. et théol., 1921, l’amant d’avec son corps...; ct il n’y a point d’autre p. 196, 210-212; sur le « silence mystique » dans les différence, sinon cn cc que la mort fait tousjours par philosophes grecs, l’article de J. Souilhé, Revue d'ascé­ effect cc que l'amour ne fait ordinairement que par tique cl de mystique, 1923, p. 128-140. Enfin, si l’on veut se faire une idée sommaire de la mystique musul­ l’affection (désir). Or, je dis ordinairement, Theotlme, mane, que l’on sc reporte au Bulletin de science des parce que quelquefois l’amour sacré est bien si violent, religions de la Revue des sciences phil. et théologiques, que mesme par effect il cause la séparation du corps ct de l’ame, faisant mourir les amans d’une mort notamment 1921, p. 437-4 13 (à propos des ouvrages de Goldzlehcr ct de Frick sur Al-Ghazâlî), 1922, p. 482trcs-hcurcuso qui vaut mieux que cent vies. » C. ix. Et 188 (à propos des Études sur la mystique islamique saint François distingue trois manières dont l’amour de Nicholson), ct 1923, p. 375-384 (à propos des thèses fait mourir les amans : la mort « cn amour », la mort de M. Mass i gnon sur La passion d'Al-Hosayn-ibn• par l’amour cl pour l’amour » ct la mort « d’amour ». Mansour, al-Hallaj, martyr mystique de l'Islam). Sur l’espèce de réduction des phénomènes mystiques Mais à qui voudrait même n’étudier que les mys­ aux conséquences « naturelles », psychologiques ct i tiques catholiques orthodoxes, une enquête chez les même physiologiques, de l'amour divin, opérée par théoriciens de la mystique ne suffirait pas encore; il saint François de Sales, voir dom Mackey, Introduc· resterait â scruter les biographies des mystiques; on lion au Traité de T Amour de Dieu, p. xux, (Euvres de trouvera les éléments de cette étude descriptive dans saint François de Sales, édition d'Annecy, t. iv; des ouvrages comme ceux de Gorres, de Ribet, de ct ! L Bremond· Histoire littéraire du sentiment religieux Poulain ct de Bremond. La méthode â suivre dans cn France..., t. it, p. 578, note. cette vaste enquête est formulée par le R. P. Pinard, zr. coxclumox. nivxnsir/t dans VÉtude comparée des religions, l. îi, c. xm; il est MïSTIQü/ïS. — Dans l'enquête qui précède, nous n’avons pas eu la prétention d’épuiser l’étude psycho­ bien évident que, pour procéder d’une manière scien­ tifique. il faut partir de l’examen minutieux de chaque logique des phénomènes mystiques. Pour ce faire, phénomène mystique rapporté par le sujet qui l’a il ne suffirait pas de s’adresser à quelques mystiques éprouvé (fiches documentaires); de là on s’élèvera à catholiques orthodoxes; il faudrait envisager tous les la monographie; on notera l’apparition successive des mystiques, à quelque religion qu'ils appartiennent; on divers phénomènes dans le cours d’une vie, en tenant trouvera quelques Indications sur les mystiques non compte de toutes les circonstances qui ont accompagné chrétiennes (néoplatonicienne, hindoue, musulmane, la production de ccs phénomènes; voir par exemple profane, etc...) dans Maréchal, Études sur la psychologie la série des étals mystiques de sainte Thérèse de 1562 des mystiques, 1.i, p. 223-227: (le t. n doit comprendre à 1572, dans R. Iloornacrt, Revue des sciences phil. une étude sur Le problème de la grâce mystique cn Islam, d’après les travaux récents de M. Louis Mûssl- cl théol., 1924, p. 22-23; de Madeleine Semer dans F. Klein; de Mlle Vé dans Th. Flournoy, Une mys­ gnon, et deux études sur La mystique comparée, cl sur le Yogisme). « On sait quel écho prolongé le néo­ tique moderne, cité par J.-IL Lcuba, Psychologie du 2643 MYSTIQUE, DIVERSITÉ DES PHÉNOMÈNES mysticisme religieux, p. 334-318. La statistique enfin permettrait dc répondre â certaines questions concer­ nant l'apparition des phénomènes mystiques suivant le sexe, l'âge* la profession, les réglons, les époques. Nous ne pouvons pas ici entrer dans toutes ccs questions; mais il nous semble que de notre enquête psychologique, si sommaire soit-elle, une conclusion sc dégage : c'est qu’il existe divers phénomènes mys­ tiques ct qu'en psychologie du moins, il n’y a pas d* « état mystique », dont i) s'agirait de déterminer les caractéristiques essentielles, ni même, Λ propre­ ment parler, de « phénomène essentiel », ct de · phéno­ mènes acid en tels »; le psychologue constate divers phénomènes mystiques, il ne connaît pas d'état mys­ tique « cn sol ». Énumérons-lcs sommairement. 1· L'intuition de Dieu ou des choses divines. — C'est le premier phénomène mystique (pic nous ayons ren­ contré. Il faut lire âcc sujet l’article du IL P. Maréchal L'intuition de Dieu dans la mystique chrétienne, dans les Recherches de science religieuse, 191 I, p. 145-162. La conviction que certains mystiques sont favo­ risés d'une véritable intuition dc Dieu est « formelle­ ment exprimée dans le courant mystique qui traverse le Moyen Age, à partir des Victorios jusqu'aux mys­ tiques germano-néerlandais, cn passant par la méta­ physique ct la théologie thomistes;... ( elle sc retrouve) dans l’expression naïve des contemplatifs étrangers aux subtilités des théologiens...», p. 158. Le IL P. Reypcns s’est efforcé dc montrer que l'intuition de Dieu constituait bien · le sommet dc la contempla­ tion mystique » chez le bienheureux Jean dc Ruusbrocc ct chez scs continuateurs, Revue d'ascétique ct de mystique, 1922, p. 249-272; 1923, p. 256-271 ; 1924, p. 33-59; il nous promet une suite à ccs articles : « cn étudiant à leur tour les influences subies par Ruusbrocc lui-même, nous constaterons dc plus en plus clairement l'cxistcncc, chez les grands contemplatifs, d’une véritable tradition, d'après laquelle une intui­ tion transitoire dc l'essence divine est possible icibas, ct est cn fait accordée à quelques âmes d’élite ». Ibid., 1924, p. 59. C'était aussi h conclusion dc Bernhart : « Le degré de l'union avec Dieu, accessible ici-bas, est, chez saint Augustin et les penseur* qui subissent son Influence, si élevé qu’ils admettent un véritable videre Deum quolqu'aucun comprehendete, tandis que suint Thomas, sauf pour le cas du raptus, le réserve pour l'au-delà. » Ri vite d'ascétique et dc mystique, 1925, p. 76. Walter Hilton semble aussi I admettre une certaine intuition dc Dieu dans la contemplation supérieure; cf. Revue d'ascétique et de mystique, 1924, p. 180. Notons cependant que Denys le Chartreux, «quand Il ne sc dérobe pas aux explications, n'interprète Jamais dans le sens dc l'intuition mystique dc l’essence divine (le sommet dc la contemplation mystique dc Ruusbroec) Dans les plus hautes élévations dc Ruusbrocc, i) ne voit que la contemplation dionyslcnnc... » Ibid., p. 48. Quant à cette contemplation dionyslenne, saint Bonaventure n’y voit guère que cc que nous appelons l’oraison affective, qui ne rentre pas dans la mystique proprement dite : llæc enim est, in qua mirabit ter in flammatur afled io, sicut eis patet qui aliquoliens consueverunt ad anagogicos elevari excessus. Hunc modum cognoscendi arbitror cuilibet viro justo in via ista esse qmerendum; quod si Deus aliquid ultra faciet, hoc privilegium est speciale, non legis communis. In IIum Seni., dist. XXII, a. 2, q. in, ad 6um Elle ferait partie « dc ccs états mystiques élémentaires, accessibles à toute bonne volonté moyenne », dont parle le P. de Grandmaison, Études, 5 mal 1913, p. 313-319 2· La connaissance dite expérimentale ou quasiexpérimentale de Dieu ou des choses divines. — C’est 2» 44 le phénomène mystique par excellence scion le fameux texte dc l’Aréopagitc : ού μόνον μαΟών, άλλά καί παθών τά θεία, De div. nom., c. n, J 3, P. G., t. m, col. G18. (Aristote caractérisait déjà par le παΟείν opposé au μαΟεΐν la connaissance acquise par les Initiés; mais, à l’encontre du Pscudo-Dcnya, il n’y voyait pas précisé­ ment une supériorité : τούς τελουμίνους ού μαΟεΐν τι δεΐν, άλλά παΟεΐν καί διατεΟηναι, cité par Bnruzl, Saint Jean dc la Croix, p. 236). Saint Bonaventure estime lui aussi quod respectu objecti incrcati nobilior est modus apprehendendi pci modum tactus et amplexus quam per modum visus et intuitus; cité par le P. Éphrem Longpré, La théologie mystique de saint Bonaventure, p. 13, tire à part d’une étude parue dans V Archivum /ranciscanum historicum, t. xiv, 1921, fasc. I-n. • Touche ct étreinte » ou dc Dieu par l'homme ou plutôt de l’homme par Dieu, « contact » dc Dieu, « union » ù Dieu dans un sens tout spécial, sentiment dc la présence dc Dieu en soi, autour de soi, sentiment, voire même sensation de Dieu... telles sont quelquesunes des expressions par lesquelles les mystiques tra­ duisent une expérience ineiTable, une communication secrète, mystérieuse, de leur être avec L icu. Cette « expérience » dc Dieu est longuement décrite par Je P. Poulain, Des grâces d'oraison, 2· partie,c. v ct vî ; elle est finement analysée ct résumée par le P. de Grandmaison, Études, 5 mai 1913, p. 323-330, et, d'après lui, par Bremond, Hist, littér du sentiment religieux cn France, t. n, p. 585-589. C'est elle aussi que Farges nomme « le phénomène essentiel dc la vie mystique : l'oraison infuse de contemplation », dont il étudie la nature ct l'objet principal, Les phénomènes mystiques, t. i, p. 58-104. Si l’on cn croit dont Butler, cctlc « contemplation », qui « consiste en une certaine vision ct jouissance dc la présence dc Dieu, en une union directe avec Lui », serait l'élément mystique dc la vie spirituelle cn Occident de saint Augustin ù saint Bernard; cf. Revue d'ascétique cl dc mystique, 1923, p. 382-385. Pour saint Bernard, cn particulier, la contemplation proprement mystique consiste · cn un contact expérimental avec Dieu. C'est Dieu luimême, c'est le Verbe qui sc rend présent â l'Ame : Pâme, passive sous la main de Dieu ct élevée audessus d'clle-mêmc, aperçoit, ou plutôt entrevoit, soupçonne quelque chose dc l’être dc Dieu, sans inter­ médiaire, dans une expérience directe : Verbum adest. Tout sc passe néanmoins dans l'obscurité. Ce n'est pas un cernere, mnis un sentire. » Vie spirituelle janv. 1925, p. [93], compte rendu dc l’étude du Dr R. Linhardt, Die Mystik des hl. Bernhard von Clairvaux. 3· Le « sentiment de présence », tel que le décrit sainte Thérèse, Château, VI· D., c. vm, voir col. 263 I. Il ne faut pas le confondre avec l’expérience précé­ dente, ni avec cc que nous nommons communément le sentiment dc In présence dc Dieu, qui n'est pas â vrai dire un sentiment, mais un souvenir permanent, une attention spontanée qui nous maintient · en la présence dc Dieu ». Il faut prendre garde ù l’imprécision du langage des mystiques; · sentir » ne signifie souvent chez eux que comprendre, croire, ê»rc convaincu; voir, par exemple, le texte dc sainte Catherine dc Sienne cité par le P. Garrigou-Lagrangc, Perfection chrétienne et contemplation, 1.1, p. 200. — Le sentiment dc présence dont il s’agit maintenant sc caractérise par une loca­ lisation précise de l’objet dont on sent la présence. Cf. W James, L'expérience religieuse, c. m; Lcubn, Psychologie du mysticisme religieux, c. xi ; Maréchal, Éludes sur la psychologie des mystiques, 1.1, p. 67-179, A propos du sentiment dc présence chez les profanes cl chez les mystiques. 4· Les connaissances distinctes. — Les mystiques 2643 MYSTIQUE. DIVERSITÉ DES PHÉNOMÈNES nous déclarent ù i'envi que Dieu éclaire leur intelli­ gence de si vives lumières sur les vérités de la foi, même sur les plus profonds mystères, cn particulier sur le mystère de la Sainte Trinité, qu’il semblerait que pour eux la foi a fait place Λ la vue. Tune agnotccmus quam vera nobis credenda imper αία *1ni, quamque optime ac saluberrime apud matrem Ecclesiam nutriti luerimus. Saint Augustin, Dc quantitate anima, c.xxxiv, P. L,, t. xxxn, coi. 1077. Sur celle «connais­ sance mystique», qu’il distingue dc 1* « expérience mystique », cf. Bremond, op. cit,, p. 592-595; Jorct, La contemplation mystique, c. v, Λ l'école du maître I Intérieur, 5· Les paroles Intérieures, — « On distingue avec raison l'oraison mystique (c’est-à-dire Γ « expérience mystique ») des faits merveilleux tels que les visions ou les paroles intérieures. Je dois dire cependant que, des mystiques que j'ai rencontrés, la plupart avaient été favorises soit de visions, soit de paroles intérieures, soit des unes et des autres. Je crois pouvoir dire aussi que l'affinité est plus intime entre l’oraison mystique ct les paroles intérieures qu’entre la même oraison et les visions. Ainsi, d’abord. Je ne pense pas avoir rencontré un seul cas dc parole intérieure qui n’ait été le prodrome ou l’accompagnement d'une oraison mystique... Un autre fait qui m'incline à voir une affinité particulière entre les paroles intérieures cl l’oraison mystique, c'est que les états mystiques supérieurs ressemblent parfois singulièrement Λ dc véritables paroles... A entendre certaines confidences, on se demande si les états mystiques supérieurs ne seraient pas une sorte dc parole intérieure diffuse ct continue. » P. S., Revue d’ascétique ct dc mystique, 1921, p. 402. Une variété des paroles intérieures, dont sainte Thérèse ne les distingue pas, constitue les révélations ou prophéties. G· Les visions intérieures. — Nous avons fait remar­ quer, ù propos d une vision dc la Sainte Trinité que sainte Thérèse qualifie d’intellectuelle, qu’il semble bien cpi’il s’agisse d’une vision « imaginaire ». Ne parlons donc plus dc visions intellectuelles, ou donnons leur un autre nom. Cf. Forges, op. cit., t. n, p. 26-34. Nous ne sommes pas obligés dc maintenir toujours la terminologie des mystiques. 7· La « passion » dc l’amour divin. — C’est un des phénomènes mystiques les plus constants, si bien que beaucoup de théoriciens de Irt mystique y veulent reconnaître « l'élément caractéristique » dc l’état mystique, en particulier le P. dc la Taille, cf. Revue des sciences phil. et théol., 1922, p. 713. Il se rencontre particulièrement, mais non exclusivement, chez les femmes, ci. supra, Iladcwljcb. sainte Thérèse; et l’en sait qu’il a fait naître le problème dc l’érotisme des mystiques, cf. M. dc Montmorand, Psychologie des mystiques, c. iti, Érotisme cl mysticisme; G. Etchcgoycn, L'amour divin, p. 307-315; Maréchal. Revue d'ascétique ct de mystique, 1926, p. 82-85. 8· Les goûts, délices, jouissances, consolations, quand ils apparaissent nettement comme « surnaturels ». On pourrait, Λ la rigueur, les considérer comme une des multiples formes de I’ · expérience mystique ». Saint Thomas estime que ccs · goûts spirituels » constituent une certaine expérience dc la présence de ! Dieu cn nous. Summa theot., q. exil, a. 5: cf. Gardeil, La structure dc l’âme et l'expérience mystique, t. II. p. 187-190. 9· L’union transformante. Γidentification dc l'homme avec Dieu, Γ « état (héopathtque. » — Quoi qu’on cn pense, il faut bleu reconnaître que les mystiques, même orthodoxes, ont professe que le sommet de l’état mystique consiste dans une certaine identification dc l’homme avec Dieu. Nous avons entendu sainte Thérèse nous dire 2646 • que l’âme, ou plutôt l'esprit dc l’âme, devient, selon qu’on cn peut juger, une même chose avec Dieu ». Château, VIP D.,c. n, p.324. Elle n’est que l’écho d’une longue tradition. Pour ne rien dire d’Eckhart, voir cn Denzinger-Bannwart les n. 510-513, 520-522, cf. G. Théry, Contribution à l'histoire du procis d'Eckhart, dans la Vie spirituelle, janv. ct mars 1921, mai 1925, janv. 1926 (ù suivre); qu’on lise Ruusbrocc : « Quand nous avons une vie contemplative... moyennant l'information transformante de Dieu, nous nous sentons engloutis dans un abîme sans fond dc notre béatitude éternelle, où nous ne pouvons trouver de distinction entre Dieu et nous. Car c’est là notre percep­ tion suprême, que nous ne pouvons posséder qu’en écoulement d’amour », cité par Revue d'ascétique ct de mystique, 1922, p. 264. « Tous les hommes qui sont élevés au-dessus dc leur être créé dans une vie contem­ plative, sont un avec cette Clarté [le Verbe) et ils sont cette Clarté même. Et ils se voient ct se sentent ct se trouvent eux-mêmes... être, selon leur essence non créée, ce même fond simple [l’essence divine] d’où la Clarté sans mesure luit selon le mode divin, ctoù elle reste éternellement sans mode selon la simplicité dc l’essence. » Ibid., p. 258. La métaphysique intervient évidemment dans la traduction de l’expérience ct dans son interprétation; il reste cependant que Buusbrocc sc réfère â l’expé­ rience : il parle d'une « perception suprême », d’un sentiment de notre identification avec Dieu. Cf XX’affelaert, L’union de l’àme aimante avec Dieu». d’après ta doctrine du bienh. Ruusbrouck. Voici XV. Hilton : « à cc moment, du moins, son âme devient une seule chose avec Dieu, elle est transformée à l’image dc la Trinité », cité Revue d’ascét. et de myst., 1924, p. 180. Enfin Hadcwijch, nourrie dc néo-platonisme, cf. ibid., р. 288, distingue trois degrés dans la vie d’amour : • le premier, c’est de servir i’Amour dans la pratique des vertus; le second.c’est dc sentir I’Amour au-dessus du tumulte des actes ct des vertus, dans une concen­ tration amoureuse dc l’âme; le troisième, c’est d'être Amour, ce qui dépasse tout », p. 287. Voir d-desstis col. 2612. 10· Les épreuves mystiques ou les · purifications passives ». — Elles constituent cc qu’on peut appeler l’état mystique négatif. Elles donnent « le sentiment dc l’absence dc Dieu ». Theodore de Saint-Joseph, Essai sur l’oraison selon l'école carmélitainc, p. 97. Les théoriciens qui caractérisent · l’état mystique » par le sentiment dc la présence de Dieu ct qui veulent cependant maintenir les · Nuits * dc saint Jean dc la Croix parmi les états mystiques, font observer que cc saint « nous dit lui-même que les Ames, dans la Nuit dc l’esprit, sentent Dieu en elles-mêmes (Nuit, L II, с. xvn). El. de fait, le vide que creuse dans l’âme cet étal d’aridité ct d’obscurité, est. si l’on peut dire, un vide attirant... Dieu est là ct, sans se faire voir, il étreint l’âme ct se l’unit plus étroitement que dans nombre dc faveurs plus claires. » Rev, d’ascét. et de myst., 1923, p. 168. — Pour que ccs · épreuves » puissent être retenues comme états mystiques, « ayant Dieu pour auteur », il faudra évidemment qu’elles ne puissent pas être attribuées à la mélancolie, â un abaissement du tonus vil al. Cf. XV. James, L'expé riencr religieuse, c. \,Les dûtes douloureuses; G. Truc, La grâce, c. ni, Les étals mystiques négatifs; M. de Montmorand. op. cil., p. 32-47. 11· Les phénomènes mystiques corporels : extase ou ravissement, lévitation, stigmates, etc... Nous enten­ dons ici par extase non un étal mystique déterminé, ni n fortiori l’étal mystique par excellence, mais cer­ tains phénomènes corporels qui affectent parfois les personnes favorisées de grâces mvstlqucs. Cf. l’arges, op. cil., I. n, p. 162-178. 2647 MYSTIQUE, EXPLICATION DES PHÉNOMÈNES 2648 chologiques normales ct de la grâce ordinaire », il reconnaît qu’il « n’csl pas interdii, même à des catho­ liques, de ramener les étals mystiques supérieurs à un simple accroissement quantitatif de la puissance psychologique normale et de la grâce surnaturelle ordinaire ». Ibid., p. 253. < Pourtant, si la théologie ne sc montre point ici très exigeante, il faut avouer que l'opinion commune. de scs maîtres les plus écoulés est plutôt défavorable à l’hypothèse d'un état mys­ tique purement psychologique quoad se, ou, si l'on veut, dans la nature de son contenu. » P. 176. Qualitativement ou quantitativement il n’importe; dans l’un ct l’autre cas, on reconnaîtrait encore aux phénomènes mystiques un caractère surnaturel, empi­ riquement constatable. Le P. de Munnynck, cité par Maréchal, p. 175, note, en convient : mullis in casibus hæc contemplatio sanctorum, etsi, saltem parlim, natu­ ralis quoad suum esse, supernaluralis tamen videtur pronuntianda q.u0ad modum, quo ad illam perveniunt. Ne va-t-on pas pius loin? Ne laisse-t-on pas entendre qu’en bien des cas, que dans la plupart des cas, aucun élément psychologique ou empirique ne permet­ trait de déceler l’origine divine des phénomènes mys­ tiques « surnaturels »? Surnaturels, ils le seraient encore, mais au sens théologique du mot, cn tant qu’il s’oppose à préternaturel, non plus au sens vulgaire du mot, oil il est synonyme de miraculeux. Telle paraît être la tendance de la nouvelle école catholique en matière de théologie mystique, cf. Garrigou-Lagrange, Perfection chrétienne et contem­ plation, passim : « la question discutée dans le présent ouvrage peut sc réduire à ceci : La vie mystique appartient-elle à la catégorie de la grâce sanctifiante des vertus cl des dons ou à celle relativement infé­ rieure du miracle et de la prophétie ?» P. 60. Celte position demeurerait le dernier refuge inex­ pugnable où pourrait s'enfermer le théologien, si le psychologue parvenait à démontrer qu'il n’csl rien dans les phénomènes mystiques considérés jusque-là comme « surnaturels » qui ne puisse s’expliquer natu­ rellement : « La psychologie expérimentale a-t-elle réussi à montrer l’exacte conformité des lois psycho­ logiques dans l’ordre religieux el dans l'ordre profane? Bien des critiques estiment le contraire. Admettons PRINCIPE* ET DE MÉTHODE CONCERNANT LE CARAC­ cependant qu’elle l’ait fait. Une double hypothèse TÈRE · SURNATUREL » DES PUÉ SOME NES MYSTIQUES. — 1· Spécificité des faits mystiques surnaturels. — Sur resterait possible : l’activité humaine s'exerce seule, cette question : existe-t-il, doit-il nécessairement exis­ ou la force (supérieure ou surnaturelle) qui lui est unie (habituellement ou par à-coups) respecte son ter, dans la phénoménologie même des faits mystiques surnaturels, des éléments qui les différencieraient des jeu normal. En ce dernier cas, l’action de cet agent supérieur serait empiriquement indiscernable. Puisque faits mystiques naturels? il semble qu’on remarque cette seconde hypothèse s’accorde aussi bien avec les quelque flottement dans la pensée des théoriciens faits, la porte demeure ouverte à une explication catholiques de la mystique. transcendante. · Pinard, op. cil., p. 130. En sommesLa question a été soulevée déjà cl résolue, par l'affirmative à l'article Expérience hemgieuse, t. v, nous réduits là? il ne le parait pas encore. col. 1859-60, par le P. Pinard; cf. du même auteur, 2· Liberté relative laissée au psychologue catholique L'élude comparée des religions, t. i, p. *121-125. Le dans l'examen critique des phénomènes mystiques P. Maréchal est nettement du même avis, au moins surnaturels. — Les auteurs catholiques reconnaissent cn cc qui concerne < l’intuition de Dieu dans la mys­ au psychologue la plus grande liberté dans l’