1 Imprimatur : Lutctiæ Parisiorum, die 23* februarii 1932. V. Dupin, V. g. 47 RTCTTONNAIRE DE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTHI.NES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DH A. VACANT E. MANGENOT PROPERSRUR A l/lNKTHVT CATHOLIQUE DK PAR» mOFEBFKUR AU KÊMINAIRK DK NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DR É. AMANN niOPESSKün Λ Ι.Λ FACULTÉ I>K THÉOLOGIE CATHOLIQUE M L'LNIVT.n.'IT» DE IHTUSBOLTia AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME ONZIEME DEUXIÈME PARTIE ORDÉRIC VITAL — PAUL (Saint) PA K I S-VI LIBRAIRIE LETOUZEY 8 7, B OU LE VA BD ET Ras PA IL, 87 1932 TOUS DIIOJTS lléSHnVÉS ANE LISTE DES COLLABORATEURS Anastase de Saint-Paul (B. P.), carme chaussé, conservateur des archives de l'ordre, a Home. Autore (B. P. dom), chartreux (f février 1920). Bacchus (B. P.), de l'Oratoire de Birmingham. Bardy, à Dijon. Bonnard (Mgr), recteur de Saint-Nicolns-des-Lorrains ft Borne. Boyer (B. P.), de la Compagnie de Jésus, professeur Λ l'Univerxlté grégorienne. Borne. Callaey (B. P.), des frères mineurs capucins, Λ la maison général ice, Borne. Carreyre, professeur au séminaire Sainl-Sulpicc, Paris. Chaîne, professeur aux Facultés catholiques, Lyon. Cichowski, professeur nu séminaire de Pelplin (Pologne). Ci metier, professeur aux Facultés catholiques, Lyon. Clamer, professeur nu grand séminaire de Nancy, h Bosscrvillc. Colon, professeur ft la Faculté de théologie catholique de 1’Universi lé de Strasbourg. Constantin, aumônier du lycée Henri-Poincaré, Nancy. Cristiani, professeur aux Facultés catholiques, Lyon. Deman (B. P.), des frères prêcheurs, professeur nu scolasllcat du Saulchoir, ft Kain (Belgique). Dm (Mgr), professeur ft la Faculté de théologie catholique de 1'Univcrsité de Strasbourg. Djsdii.r (B. P.), des august 1ns de l’Assomption, a CadiKcul, Constantinople. Duna (B. P.), de lu Compagnie de Jésus, professeur nu icolasticat d’Enghien (Belgique). Fonck, professeur nu grand séminaire de Strasbourg. Fnrrz, archiviste de l’évêché, Strasbourg. Gorce (B. P.), de* frères prêcheur», professeur aux Facultés catholique*, Toulouse. Grumel (B. P.), des augustius de l’Assomption, ft CadiKeui, Constantinople. Janin (B. P.), des augustins de l'Assomption, ft CadiKeul, Constantinople. Jugie (B. P.), des augustius de l’Assomption, professeur au séminaire du laitnin, Home. DU TOME ONZIÈME Karst, professeur ft la Faculté des lettres de ΓUniversité de Strasbourg. Laurent (B. P.), des augusti ru de l'Assomption, a CadiKeuï, Constantinople. Ledit (B. P.), de lu Compagnie de Jésus, professeur ft l’I’nivcrsité grégorienne. Borne. Levesque, professeur au séminaire Samt-Sulpicc, Paris. Marchai., professeur au grand séminaire de Nancy, ft Bosscrvdie. Martin (Mgr), doyen de lu Faculté de théologie catholique de i'Université de Strasbourg. Masson (B. P.), des frères prêcheurs, ft Fribourg, Suisse. Michel, aumônier du pensionnat Nolre-Dame-de-Sion, Strasbourg. Molien, aumônier du Bon-Pasteur, Amiens. *· Moelat, professeur à la Faculté de théologie catholique de ΓUniversité de Strasbourg. Noble (B. P.), des frères prêcheurs, a Paris. Kivii.RE, professeur a la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Buch (S. G. Mgr), évêque de Strasbourg. Sciialk, directeur du séminaire de philosophie, Strasbourg. Sùjouhnî (II. P. dont), de l’ordre de Saint-Benoît, ft Paris. STftPHANou (B. P.), des augustius de l'Assomption, Λ Cadi-Keui, Constantinople. Teeiaert (B. 1*.), des frères mineurs capucins, ft Assise (Italie). Tuamiry, professeur aux Facultés catholiques de Lille. Tisseravr (Mgr), pro-préfet de la Bibliothèque va tienne. Borne. Tristram (II. P.), de l’Oratoire de Birmingham. Vancourt (H. P.), des Pères blancs, professeur nu sémi­ naire Sainte-Anne, Jérusalem. Vansteenberghe, professeur a la Faculté de théologie catholique de I’Université de Strasbourg. VlONAUX, ft Paris. Ziadé, prêtre maronite, ft Beyrouth, Syrie. DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE — --- * ■ ■ (Suite) après 1111). — Ce personnage, dont le nom d’Ordéric fut change en celui de Vital nu moment de son entrée au couvent, nous a donné lui-même sur sa vie un certain nombre de renseignements très précis. Il est né prés de Shrews­ bury (Shropshire, Angleterre), le 16 février 1075; dès l’âge de dix ans il est envoyé par son père à l'abbaye de Salnl-Évroull, en Normandie (départ, de l’Orne) et devient moine. Sous-diacre en 1091, diacre en 1093, il n’est ordonné prêtre qu’en 1107, à Rouen. Bien que moine exemplaire et de la plus grande régularité, il n’a pas laissé de faire, par obéis­ sance, un certain nombre de voyages, dont un au moins le ramena en son pays natal. Sollicité par son abbé d’écrire l’histoire du monastère, fondé en 1050 sur les ruines d’un couvent mérovingien, il fut amené à étendre peu â peu son plan, et la chronique de Saint-Évroull se transforma ainsi en une Histoire ecclésiastique, qu’Ordéric terminait en 1111. Nous ne savons rien de lui après cette date. — Son Historia ecclesiastica en treize livres est une œuvre considé­ rable, qui commence à la naissance de Jésus-Christ cl se termine en 1111. La composition générale manque d’homogénéité, car c’est peu ù peu seule­ ment, cl au cours même de la rédaction, que l’auteur a pris conscience de ce qu’il voulait faire. Elle dépend étroitement, pour les époques anterieures, des histo­ riens anciens : Eusèbe et le l’seudo-l légésippc, le Liber pontificalis, Grégoire de l’ours, Bède, Paul Diacre, sans compter, pour l’antiquité la plus recu­ lée, les actes authentiques et apocryphes des apôtres. Pour les périodes plus rapprochées de lui, l’auteur a utilisé un nombre relativement considérable d'an­ nales, de < atalogucs épiscopaux et de chroniques dont L. Delisle a fait l’exact relevé. Pour les faits contem­ porains, Ordérlc s’est documenté avec soin; Saint· Évroult d’ailleurs, comme toutes les grandes abbayes, offrait à ce point de vue des facilités spéciales. Somme toute il a produit une œuvre qui n’est pas mépri­ sable, et qui fournit, pour l’histoire ecclésiastique en général, et pour celle de la Normandie et de l’Angle­ terre en particulier, une appréciable contribution. Mais, si elle est précieuse pour l’historien, elle ne présente pas, pour le théologien, l’intérêt majeur ORDÉR IC VITAL (1075- DICT. DF. Tlllloi·· CAT1IO!.. qu’offre le travail, presque contemporain, d’Othon de Ercising. Elle a d’ailleurs beaucoup moins attiré l’attention soit au Moyen Age, soit de nos jours. 1· Texte. — Édité pour In première fob par A. Duchesne dans les Historiae Normannarum scriptores, Paris. 16!9, р. 321-925; dom Bouquet et scs continuateurs Pont dis­ persé dans les t. ix. x, xi. xn du Recueil des historiens des Gaules et de la France; édit, critique par A. la? Prévost, dans la collection publiée par la Société de TUistoire de France, 5 vol. ln-8% Paris, 1838-1855; Migne a donné le tcxlc dans P. L., t. clxxxviii, 1855, d’après Duchesne, le Recueil et les quatre premiers volumes de I-c Prevost; les Monumenta Germanite historica, Script., t. xx. ne reproduisent que les fragments intéressant l’Allemagne. 2e Sources. — Les renseignements sur Ordérlc sont disperses dans l’ensemble de l’œuvre: mats il donne luinu'me son curriculum vibe Λ la lin de I’Historia, 1. XIII, с. xi.iv (n’est pas dans P. L.), voir édit. Ix* Prévost, t. v, p. 133; et Mon. Germ, hist.. Script., t. xx, p. 81-82. 3· Travaux. — E. du Pin. Xouv. biblioth. des auteurs ccclés., I. ix, 1697, p. 189; dom Ceil Iler, Hist. gén. des auteurs sacrés et ecclés., t. xxn, 1758, p. 237-215 (2· édit., I. xiv a, p. 369-373); Histoire littéraire de ta France, t. xu, 1763, p. 190-203; excellente notice sur Ordéric par L. De­ lisle, en tête du t. v de l'édit. Ix? Prévost: J. Tessier. De Urdcricn Vital i (thèse), Ihiris, 1872, étudie l’emploi qu’Ordéric a fait de ses sources. É. Amann. ORDINATIONS ANGLICANES. — Très vivement agitée avant la publication de la bulle Λ pasloti etc cttrtr, la question des ordinations angli­ canes a maintenant perdu de son acuité. Si les angli­ cans n’ont pas été convaincus par le document ponti­ fical, s’ils croient toujours avoir une véritable hiérar­ chie. possédant les mimes pouvoirs sacrés que les prêtres et les évêques de l’Egllsc romaine, les catho­ liques ne peuvent plus discuter la sentence rendue par le Saint-Siège et déclarée irréfoimablc par Léon XIII. Notre but sera donc de donner un aperçu historique de In controverse cl d’exposer les arguments sur les­ quels Rome s’csl appuyée pour céclarer nuis les ordres conférés par I Église anglicane.— L Les ori­ gines de la hiérarchie anglicane (col. 1155). IL La controverse sur la validité des on res (col. 1159). ill. Les arguments invoqués par la bulle A posto· liar curar (col. 11G8). T. — XI _ 37 1155 ORDINATIONS ANGLICANES. ORIGINES DELA HIÉRARCHIE 1156 — furent réconciliés ou déposés; ceux qui avaient été î. Le schisme et l’hérésie. II. Le sacre de Parker. ordonnés suivant l’Ordinal d’Edouard VI furent dépo­ sés. III. Le Stere de Barlow. La mort de Marie Tudor fut fatale à la restau­ /. LE SCHISME ET L'HÉHÉSIR DAX8 L'ÉGLISE ANration catholique; avec Elisabeth (1558-1605), le glicaee. — Nous n’avons pas à raconter ici dans schisme et l’hérésie s’installent définitivement; le ses détails la séparation de l’EgHsc d’Angleterre du centre catholique, ni l’introduction dans son sein des 28 avril 1559, l’Acte d’uniformité Impose à nouveau le Prayer Book et l’Ordinal d’Edouard VI; le lendcerreurs luthériennes d’abord, calvinistes ensuite, il m lin, 29 avril. l’Acte de suprématie abolit toute juri­ suffira de noter les faits qui peuvent jeter un peu de diction étrangère et donne à la reine le titre de « Régu­ lumière sur la question des ordinations anglicanes. latrice Suprême · de l’Eglisc. Le Serment de supré­ Blessé par le refus de Clément VU de proclamer la matie est imposé aux évêques; tous refusent de le nullité de son mariage avec Catherine d’Aragon, Henri VIII se sépare de Borne; il se fait proclamer prêter, sauf un seul, Kitchen, évêque de Llandaff, qui parvint à conserver son siège grâce à une réponse chef suprême de l’Eglise d’Angleterre, impose aux évêques et aux personnages considérables du royaume évasive; mais il s’abstint, dans la suite, d’exercer les la reconnaissance de sa suprématie religieuse, la fait fonctions épiscopales. Il fallait donc créer de toutes pièces une nouvelle ratifier par le Parlement (1531). Rien cependant n’est hiérarchie. Un ancien chapelain de la reine, Mathieu changé dans la doctrine; le protestantisme ne pénètre pas plus après qu’avant le schisme dans le royaume | Parker, choisi par Elisabeth, fut élu par le chapitre de celui a qui Léon X avait décerné le titre de « Dé­ archevêque de Cantorbery. le 1er août 1559. Le 17 décembre 1559, il était sacré dans la chapelle du fenseur de la foi ·; aucun changement n’est apporté nu culte cl aux croyances. Cf. Articles about the reli­ palais archiépiscopal de Lambeth, selon le rite de l’Ordinal de 1552, par Barlow, évêque destitué de gion deolsed by (he King*s Highness, 1536; Institution o/ a Christian min, 1537; Necessary doctrine and éru­ Bath, assisté de Hodgkins, suffragant de Bedford, consacré sous Henri VIH, avec l’ancien Pontifical, dition o/ ang Christian min, 1513. Avec Êlouarl VI (1517-1553), sous l’influence de Scory et de Coverdale, évêques déposés de Chiches­ ter et d’Excter, ordonnés le 30 août 1551, d’après le d’Ê louarl Scymiur, duc de Somerset, et de Cranmer. archevê jue de C uitorbéry, le protestantisme se super­ premier Ordinal d’Edouard VI. Du 21 décembre 1559 au 1er septembre 1560, Parker sacra lui-même treize pose au schisme. Le roi. Agé de neuf ans, ne peut que se laisser conduire par son conseil de régence, gagné évêques. La hiérarchie de l'Angleterre était ainsi aux idées des nouveaux réformateurs. Le culte se trans­ reconstituée. Tout entière, clic dépend du sacre de Parker, ordonné suivant le nouveau ri te. Nous étu­ forme rapidement : le 17 décembre 1517, le Parlement vote le bill sur le Sacrement, établissant la communion dierons plus loin la valeur de ce rite. Mais dès main­ tenant, il importe d’élucider deux faits qui ont été sous les deux espèces et supprimant dans la messe tout ce (pii suit la communion; l’Acte d’uniformité de rnis en doute : la réalité du sacre de Parker et le carac­ février 1519, impose l’usage d’un Prayer Hook, muti­ tère épiscopal de Barlow, le consécratcur. //. le sache DB iwhkeh, — La cérémonie de Lam­ lation du Missel de Sarum, où l’on volt déjà mises en pratique les Idées de Cranmer, ainsi que celles de beth eut lieu secrètement, à cinq heures du matin. Rldley, évêque de Londres, contre la messe sacrifice; I Elle resta longtemps ignorée du public catholique. cf. Cranmer, Lord's Supper, t. n, p. 346 sq.; Ridley, i Les anglicans eux-même; ne trouvaient rien à répon­ Œuvres, p. 321 et app. vi. En 1552, un second Prayer t dre aux adversaires qui les interrogeaient sur le sucre Book est publié, apportant de nouveaux change­ de Parker; cf. la discussion entre le controversistc ments, dont le but est d’clïacer de la liturgie toute i catholique H irdlng et l’évêque anglican de Salisbury, en 1565, dan> Estcourt, Th* question o/ anglican ordi­ trace de la messe. Dans l'intervalle de la publication de ces deux I nations discussed, 1873. p. 119 sq. Le récit de la céré­ « Livres de la prière commune », était établi un Ordi­ monie de Lambeth ne fut connu qu’assez lard; Fr. M ison en parle le premier dans sa Vindication o/ nal. par une commission composée de douze per sonnes, dont six prélats; approuvé par le Parlement th! anglican Church, 1. II. c. xv, publiée en 1611; en janvier 1550, avant sa publication, il entre en il y avait déjà fait allusion dans la première édition usage au printemps de la même année. Il est inséré de col ouvrage, en 1613. Les catholiques avaient rai­ son de trouver étrange ce silence gardé durant tout avec quelques changements dans le Prayer Book «le 1552; de légères modifications y seront faites un siècle le règne d’Elisabeth, sur un point que les anglicans avaient tant d’intérêt à éclaircir. lus tari. en 1662. Ce silence fit naître une légende, qu’on rencontre De la publication de cet Ordinal à l’avènement de la reine Marie, G juillet 1553, six évêques furent consa­ pour la première fols dans A. Champncy, De voca­ tione ministrorum, Douai, 1616. p. 497; à la cérémo­ crés suivant le nouveau rite : Jean Poynct, évêque de nie du sacre dans la chapelle de Lambeth est substi­ Rochester, 29 juin 1550; Jean Hooper, évêque de Gloucester. 8 mars 1551; Miles Coverdale, évêque tuée une comédie qui se serait jouée à Cheapsidc, dans d'Excter. 3d août 1551; Jean Scory, évêque de Ro- ( une auberge, ayant pour enseigne une tête de cheval Chester, 30 août 1551; Jean Taylor. évêque de Lin­ .(Nag’s Head). Scory aurait imposé une bible sur la coln. 26 juin 1552; Jean Harley, évêque d’IIcreford, tête de Parker, en disant : Accipe potestatem praedi­ 2G mai 1553. Il est impossibledc fixer,même approxi­ candi verbum Dei in sua puritate, Champncy cite sa mativement, le nombre des prêtres et des diacres source : Maître Thomas Bluett, « homme grave, érudit qui furent ordonnés suivant le nouveau rituel : il et prudent, qui disait avoir entendu ce récit de Maître Nealc, homme honorable cl versé dans les lettres, dut être assez considérable, puisque l’usage de l’ancien lequel, au temps où ceci se passait, faisait partie de la Pontifical était inter Hl ; cf. D. Gasquet, J. Moyses maison de Bonner, évêtpie de Londres... » (L’est une et O. Flemming, Ordines anglicani, 1896, p. 35 et légende calomnieuse, à peu près universellement app. vi. L’avènement de la reine Marie Tudor (1553- reconnue comme telle aujourd’hui. Lingard. le célèbre 1558) amena la réconciliation de l’Angleterre avec historien catholique anglais, la rejette. Histoire d9An­ Rome, l’abandon du Prayer Book et de 1 Ordinal gleterre, trad, sur la 3· éd., Paris. 1816, l. n, c. xiv. d'Edouard VI. le rétablissement intégral de l'an­ p. 111 et 606. De même, Estcourt, op. cil., p. 15 t. On cienne liturgie. Les évêques tombés dans l’hérésie I la trouve encore opposée sérieusement aux anglicans I. Li s OllIOINBS de i*a hiérarchie anglicane. 1157 OR DINATIONS ANGLICANES. ORIGINES DF. LA HIÉRARCHIE par le chanoine J. \Vil!ituiisv Letters on anglican orders, 1859. c. xvi, p. 189. Mgr. P. Gaspard, dans son Trac­ tatus canonicus de suer. ord., l. n, 1893. p. 279. not. 1, acceptait cette légende : · .Pavais, ù ce sujet, écrira-t-il plus tard, suivi, les yeux fermés, contre mon habitude, renseignement donné dans les écoles de Borne; j'avais admis 11 fable de Nag’s I lead. · De ta Dateur des ordi­ nations anglicanes, dans la Revue anglo-romaine, t. i, p. 181. Une élude sérieuse de celte question lui donna la conviction que c'était une fable. Elle est en effet en contradiction avec la cérémonie de Lambeth, qui doit être tenue pour certaine; cette dernière se trouve rapportée dans le registre des ordi­ nations. Dom Pi Ira a eu entre les mains Pacte de consécration de Mathieu Parker. « Cet acte porte, dit-il, toutes les traces d’un document apocryphe. » Cf. dom F. Cabrol, Histoire du card Pitra, Paris. 1893. p. 155, n. 1. Mais il ne voulut pas rendre publi­ que cette impression; il en confia, dans une note manuscrite, le secret aux archives de l’abbaye de Solcsmes. Archives des missions scientifiques, t. iv, p. 159. L’opinion de dom Pilra fut reproduite et com­ mentée par la Voce delta Verità; ci. Boudinhon. Delà validité des ordinations anglicanes, Paris, 1895, p. 1315, en note. 11 ne semble pas cependant que l’authen­ ticité de ce document puisse être sérieusement contes­ tée. Denny et Laccy l’ont suffisamment démontrée. De hiérarchie anglicana, 1895. app. 111. « Dans ce regis­ tre, le papier, l’écriture, tout indique qu'il n’y a pas eu interpolation, et l’archevêque anglican Abbot (1614) put en toute sécurité inviter des catholiques à vérifier ce registre avec lui. * F. Dalbus (Portai), Les ordinations anglicanes, Paris, 1894, p. 14. D’après ce registre (voir le texte dans Estcourt. op. cit., p. 105 sq.). il est certain que le sacre de M. Par­ ker eut lieu le 17 décembre 1559, dans la chapelle du palais de Lambeth, qu’il fut accompli avec le nouvel Ordinal, par Barlow, assisté des trois évêques indi­ qués plus haut, que les trois évêques assistants ont Imposé les mains à l’élu, en même temps que le consé­ crateur, en prononçant les paroles : · Beçols le SaintEsprit. » Mais le consécrateur Barlow avait-il luimême reçu la consécration épS.copalc? ///, LF, CARACTERE ÊPL3C0FAL DE bARLW. - - Mal­ gré la réalité de la cérémonie de Lambeth, le sacre de Parker est nul. si le consécrateur ne possédait pas le caractère épiscopal, et si l’imposition des mains, faite par les trois assistants, ne peut suppléer à ce défaut. Des trois assistants, l’un nu moins était vraiment évêque. E. llogdkins, suffragant de Bedford; à défaut de Barlow, il aurait donc pu assurer la validité du sacre de Parker, puisqu'il lui a Imposé les mains avec le consécrateur, en prononçant les paroles: · Beçois le Saint-Esprit ». si l’on admet que les évêques assis­ tants ne sont pas seulement témoins de l’ordination, mais remplissent réellement les fondions de cotiséCra tours. Cette opinion est soutenue par Mgr P. Gas­ pnrri : Episcopi assistentes sunt probabiliter comminlstri cum episcopo consecratore. Sane una simul cum eodem ipsi manus imponunt super caput electi, et una simul pronuntiant verba : Accipe Spiiutvm Sanctvm» quibus sol it, juxta receptam sententiam, episcopalis consecratio valet. Tract, can. de sacr. ordin., Paris. 1893, t. π, η. 1088; cf. Martène. Dr ant. eccl. rit., t. ιι, c. vin. a. 10, § 16; et plus loin : In hypothesi imposi­ tionis manuum episcopi cum solis Ulis verbis: Accipi: Spiiutvm Sanctum, absque prufalione, admittimus cum communi sententia ordinationem e*sc validam, quia licet illa sola verba in se inspecta sint indeter­ ! minata, et non satis exprimant collationem ordinis epis­ copalis, tamen satis determinantur non solum prafa- I tione, sed etiam ipsamel cicremonia sine probatione. I Op. cit., n. 1109. Ainsi, d’après cette opinion, l’inter­ 1158 vention du seul suffragant de Bedford aurait suffi, dans ce cas. a rendre valide l'ordination de Parker, ù supposer toutefois que la formule impérative Accipe Spiritum Sanctum, soit vraiment la forme de l’ordina­ tion épiscopale, et* que celte formule soit suffisam­ ment déterminée par la préface consécrntoirc et le reste de la cérémonie, questions qui seront examinées plus loin. 11 ne semble pas cependant que cette opinion puisse encore se défendre. Le canon 954 du Code de droit canonique porte, en effet : Episcopus consecrator debet alios duos episcopos adhibere, qui sibi in consecratione assistant... D'après ce canon, sanctionnant la doc­ trine de Benoit XIV, qui affirme la consécration épiscopale, si ab uno episcopo habeatur, reliquis duo­ bus nec accitis, nec pnrsenttbus, nec coopérant i bus9 ratam esse et validam, quantumvis illicitam. De sgn. diac., 1. XIII. c. xm, n. 4; on peut donc soutenir qu'il n'j a, dans la consécration des évêques, qu’un seul consécrateur et que les deux autres ne remplissent I qu'un office d’assistants. Le texte du Code est mieux en rapport avec la doctrine des théologiens modernes qui placent la forme de la consécration épiscopale, non pas dans la formule impérative. Accipe S. S., mais dans la préface, récitée par le seul consé­ crateur. C’est donc avant tout de la réalité du sacre de Barlow que dépend la validité de la consécration de Parker. Or celle-ci a etc niée ou mise en doute. Il ne reste en effet aucune trace du sacre de Barlow. Des deux registres qui auraient pu en contenir l’acte, l’un, celui I de Saint-Asaph. ne dit rien, l’autre, celui de SaintDavid, a été brûlé par son successeur Farrar. Les pièces se rapportant à son transfert de Saint-Asaph. où il avait été nommé le 16 janvier 1536, à SaintDavid. où il fut transféré le 2 avril 1536, à la remise du revenu de son évêché, 26 avril, à sa convocation à la Chambre des Lords. 27 avril, à la prise de posses­ sion de son évêché. lrr mai, n’y font aucune allusion. De plus Barlow professait l’opinion que la consécra­ tion épiscopale n’était d’aucune utilité. Il disrit, en effet, le 12 novembre 1536. à la cathédrale de SaintDavid : « Si Sa Grâce le roi, qui est Chef suprême de l’Eglisc d’Angleterre, choisissait ou désignait cl éli­ sait pour être évêque un séculier quelconque qui fût instruit, un tel élu, sans qu’on eût ù faire mention d’aucun ordre, serait aussi bon évêque que lui même (Barlow) ou le meilleur d’Angleterre. · Cf. Strype. Memorial, t. i. p. 181; Records, n. 69 et 77. Tous ces faits forment évidemment un puissant faisceau de présomptions, dont les catholiques anglais, à l’excep­ tion do Lingard. ont tiré avantage pour nier la vali­ dité des ordinations anglicanes, viciées dans l’origine même de la hiérarchie. Gf. Sidney Smith. M Dalbus on Anglican Orders, dans The Month, déc. 1894; du même. Ordinations anglicanes, dans le Did. apol. de la foi cath., t. m, col. 1212-1218. Moins affirmatif, le P. F. Tournebize considère que ce fait. « tout pro­ bable qu'il est. n’est pas suffisamment établi ». UÉglise p. cil., p. 29. L’ordre des discussions décider le pape à nommer une commission d’enquête, donné par dom Gasquet, op. cit., p. 45-63, et ce que pour l’étude des ordinations anglicanes. Au mois de mil. Léon XI H était encore indécis; il hésitait ù faire l’on sait de» la compétence historique et théologique de Mgr Gasparri. de Mgr Duchesne et du P. de Augus­ examiner officiellement la question; il était plutôt tinis suffisent pour montrer combien ces allégations disposé à apporter, par bienveillance, un changegement ù la pratique alors en usage. Mais le cardinal sont inexactes et injustes. Ces trois consulteurs incli­ Vaughan pressa le souverain pontife de ne « rien chan­ naient vers une réponse favorable aux ordres angli­ ger ù une pratique usitée dans l’Eglise depuis trois cans, et leurs mémoires furent rédigés dans H DINATIONS ANGLICANES, BULLE APOSTOLICÆ CURÆ I 166 reconnu propositam causam pim pridem ab apaslolira défense de la bulle de Léon XIII : The vindication of Sede plene fuisse et cognitaîn ct judicatam : ejus autem the bull A postediar cura·, reprenant l’examen des denuo institutu aciaque quœstione, emersisse illustrius motifs extrinsèques ct intrinsèques sur lesquels s'était quanto illa justitia? sapteniiieque pondere, lotam rem appuyé Léon XHI, pour porter sa sentence. absolvisset. La décision pontificale a mis fin à 1 espoir d’une Cependant, apres celte declaration des cardinaux, réunion en corps de la I lautc-Eglisc à l’Eglisc romaine. Léon XIII hésitait encore et se demandait si une nou­ Elle · a contristé un bon nombre d’anglicans parmi les meilleurs; mais beaucoup d’autres, ct parmi eux de velle intervention du Saint-Siège était utile. « Consi­ nombreux évêques, ont reconnu que Rome était fidèle dérant ensuite que ce point de discipline, quoique déjà défini canoniquement (idem caput disciplina', etsi jure à elle-même, et que la loyauté ne lui permettait pas d’agir autrement qu’elle l’a fait. · J. de la Servière, jam definitum) est remis en question pur quelques-uns, La controverse fur la validité des · ordinations angli­ quel que soit leur motif, cl qu’il en pourrait résulter canes », dans les Etudes, t. cxxxiî, p. 665. une cause de pernicieuses erreurs pour plusieurs qui Parmi les catholiques, les promoteurs de la contro­ penseraient trouver le sacrement de l’ordre cl scs verse se soumirent à la décision pontificale. La Revue fruits, là où ils ne sont aucunement, Il nous a paru bon anglo-romaine fit précéder la publication de la bulle dans le Seigneur de publier Notre sentence : de cette déclaration : « Léon XHI. après une enquête Itaque omnibus pontificum decessorum in hat ipsa causa decretis usquequaque assentien tes caque plenissime dont il nous dit lui-même la longueur ct l’impartialité, confirmantes ac veluti renovantes auctoritate nostra, ferme la controverse et nous indique les conclusions que tout catholique doit admettre ct défendre. La motu proprio, certa scientia, pronunciamus et declara­ Revue anglo-romaine, dont rattachement ct la sou­ mus, ordinationes ritu anglicano actas, irritas prorsus mission au Saint-Siège n’ont Jamais été suspects, fuisse et esse omninoque nullas. défendra pour cette question, comme pour les autres, L/encyclique se termine par une paternelle exhor­ la sentence ce l’Eglisc catholique ct romaine, mère tation à ceux qui souhaitent et recherchent avec une ct maîtresse de toutes les Eglises. » T. ni, p. 337. volonté sincère les bienfaits des ordres et delà hiérar­ Cependant des anglicans ct quelques catholiques fran­ chie, les invitant à revenir au bercail du Bon Pasçais avaient cru pouvoir émettre l’opinion que la leur; le souverain Pontife fait un pressant appel décision pontificale n’était pas définitive ct que, par surtout aux membres de la hiérarchie anglicane, qui le fait, elle pourrait un jour être modifiée. Dans une ont à cœur la gloire de Dieu et le salut des âmes. lettre, adressée le 5 novembre 1896 au cardinal 4° Accueil fait à lu bulle A postal ica· cura·. - Les Richard. Léon XIII affirme que son intention a été anglicans furent déçus. Ecrivant à l'abbé Portai, fin de juger absolument ct de trancher définitivement septembre 1896, Lord Halifax disait : « Toute la le point en litige : consilium fuit absolute judicare penisympathie que l’on avait pour Léon XIII a disparu tusque dirimere. Jdque sane perficimus eo argumentod’un coup. 11 nous dirait à ce moment les choses les plus aimables, qu’on ne lui répondrait pas. 11 faut I rum pondere caque formularum tum perspicuitate tum auctoritate, ut sententiam Nostram nemo prudens recbien le dire, nous avions, tout le monde en convient, teque animatus compellere in dubitationem posset, catho­ réussi d’une manière vraiment merveilleuse, à < récr un lici mitim omnes omnino deberent obsequio amplecti, désir d’union. Le rapprochement vers Home, même tanquum pcrptluo firmam, ratam, irrevocabilem. Cano­ après l’encyclique, était très grand, tout était bien niste contemporain. 1897, p. 380-381. La Revue préparé. Le pape avait le jeu, pour ainsi dire, dans anglo-romaine était directement blâmée dans cette ses mains... Une démarche du pape, l’année pro­ lettre : sunl namque in ejus scriptoribus qui ejusdem chaine. pouvait tout enlever, et. maintenant, c’est constitutionis virtutem non ut par est tuentur atque fini. · Op. cil., p. 369-370. illustrant, sed infirmant potius tergiversando et dis­ Le 19 février 1897, une réponse à la bulle Aposloceptando. Elle cessa aussitôt de paraître. lica· eu ne était envoyée à tous les évêques de l’Eglisc Le P. Sidney Smith, Ordinations anglicanes, dans catholique, nu nom des archevêques d’Angleterre : le Diet, apol. de la foi cathol., t. in, col. 1224, voit dans Responsio archiepiscoporum Anglia· ad litteras aposla décision de Léon XHI un jugement portant sur tolicas Leonis XIII de ordinibus anglicanis univirsts un fait dogmatique, cl par conséquent infaillible; Ecclesiæ catholica· episcopis inscripta. Cf. le texte c ans il appuie son affirmation sur une comparaison avec Lacey, A roman Diary, p. 351-391. Le but de la lettre la distinction du droit ct du fait admise par les jan­ est indiqué au § n : Opus ergo qumt nobis necessario sénistes, à propos des cinq propositions de Jansénius, incumbit « in spiritu lenitatis · ugredimur ; ct majoris et condamnée par la bulle Vinca Domini de Clé­ momenti ducimus ut doctrina nostra dr sacris ordinibus ment XL Mais, dans ce dernier cas, il s’agit d’une et ceteris ad eos perlinentibus ad /uturam rei memorium question doctrinale; ici, Léon XHI le dit nettement, palam fiat, quam ut victoriam ex alia Ecclesia Christi est en jeu un point de discipline : idem caput disci­ in controversia reportemus. Controversia· tamen forma his litteris dari ncccssc est. ne quis dicat nos argumen­ plina·. ctsi jure jam definitum. Dans le prononcé de la torum ex alia parte prolatorum aciem evitasse, Lncey, sentence, il dit : auctoritate nostra, motu proprio, op. cit , p. 357. Ils reprennent, pour les discuter, les scientia certa : la pleine connaissance de la cause, la trois preuves invoquées par Léon XIII. insistant certitude de la déficience de la forme et de l’intention, davantage sur le cas Gordon, dans l’appendice. La sont les motifs du jugement de condamnation qu’il a réponse envoyée à celle lettre par Léon XIII, le porté. Dans la lettre nu cardinal Richard, il s’appuie 20 juin 1897. cf. Lncey. op. cit., p. 395-397. montre le encore, pour déclarer la sentence irrcformablc, sur manque de fondement des plaintes de Lord Halifax le poids des arguments, sur la pleine obéissance qui et l’erreur des chefs de l’Eglisc anglicane, qui n’ont est due par les catholiques. · Cela suffit pour que la pas considéré quel devait être le devoir du chef de la sentence soit considérée comme irréfonnable : les chrétienté. Le pape· devait juger la question unique­ preuves sur lesquelles elle est fondée conserveront ment d’après les principes du dogme catholique. A’os toujours leur valeur Elle s’impose donc en elle-même quœstionrm de vestris ordinationibus haud aliter po­ et. de plus, en vertu de l’autorité qui Γη rendue : les tuisse aggredi dirimendam atque ex proscriptis catho­ décisions prises par le chef de l’Eglisc sont obliga­ lici dogmatis. Enfin, vers la fin de 1897, le cardinal toires même si elles ne sont pas infaillibles. Vaughan et les évêques catholiques d'Angleterre pu­ 5° Les Conversations de Matines. — < Les arche­ bliaient, en réplique aux archevêques anglicans, une vêques, évêques de In métropole et autres évêques de 1167 ORDINATIONS ANGLICANES. PRATIQUE DE L’ÉGLISE 1168 etTorts de conciliation entre catholiques et anglicans, la sainte Église catholique, en pleine communion avec l’Église d’Angleterre », présents à la conférence sans rouvrir cependant, comme le Rev. Robinson en de Lambeth, en 1920, an nombre de 252, adressèrent, exprimait le vœu, la discussion sur la validité do ces ordinations. Le point essentiel qui ressort de cet sous la signature de l’archevêque de Cantorbéry, un Appel à tous les membres de la chrétienté. Il y est fait échange de vues, c’est que désormais » il n’y aurait pas de difficulté de la part des évêques anglicans à allusion, de façon vague et générale, à la question des ordinations. Les auteurs de V Appel se déclarent per­ accepter tel élément d’ordination qui paraîtrait néces­ saire â l’Égllse romaine pour mettre hors de doute, suadés que les évêques et le clergé de leur communion sont prêts, en vue de l’union, si toutes choses par aux yeux de tous, la validité de leur ministère (minis­ ailleurs sont réglées relativement à la doctrine et si try) », Mémoire présenté par les catholiques présents à la conférence de Matines des 11 cl 12 octobre 1926. l'accord est conclu sur un régime de discipline, à accepter des autorités des autres Églises ce que celles- Compte rendu des Conversations de Malines de 1921192 î, dans Lord Halifax, op. cil., p. 299. Ce mémoire ci Jugeraient nécessaire pour que le ministère du clergé anglican fût reconnu par elles : IVr are persuaded était présenté par Mgr van Roey, archevêque de that, terms of union having been otherwise satisfactorily Malines, M. Portai, Mgr Batiffol et M. l'abbé Ilemnier. afusted, bishops and clergy of our Communion would III. Les arguments contre la validité des willingly accept from these authorities a form of com­ ORDINATIONS ANGLICANES. ---- Ils SOIlt RU nombre de mission or recognition which would commend our minis­ trois, énumérés dans la bulle Apobtolicœ curie : 1. La pratique de l’Église; 2. Le rite; 3. L’intention. try to their congregations as having its place in the /. La pratique de CEulîse.— Elle se forma pen­ one family life. An appeil to all Christian people, dant la courte restauration catholique, sous le règne 5 8. dans Lord Halifax, The Conversations at Ma· Unes, 1921-1925, Londres, 1930, p. 65-70. de Marie Tudor, et fut confirmée par les décisions de Cette attitude nouvelle de l’épiscopat anglican 1681 et de 1701. 1° Sous la reine Marie (1553-1558). — Le cardinal retint l’attention des catholiques et des anglicans présents aux Conversations qui curent lieu à M dines, Pole fut désigné par Jules 111 pour réconcilier l’Angle­ les années suivantes. Amorcée à la Première conversa­ terre avec le Saint-Siège; les pouvoirs nécessaires à tion, 6-8 décembre 1921. la question des ordinations cet effet lui furent concédés par diverses lettres fut reprise à la Deuxième conversation, 14-15 mars pontificales, du 5 avril 1553 au 8 mars 1551, cl confir­ 1923. Présidées par S. E. le cardinal Mercier, ces deux més par une bulle et un bref de Paul IV. assemblées comprenaient, du côté catholique, Mgr Van Avant l’arrivée du légat en Angleterre, la reine Roey, vicaire général, et M. Portai, prêtre de la Mission, Marie avait déjà, sans doute après entente avec celuiet, du côté anglican, Lord Halifax, le Tr. Rev. A. Ko­ ci, pris position relativement aux clercs ordonnés sous binson, doyen du chapitre de Wells et le Rev. Fr. Edouard VI. Le 4 mars 1551, clic écrivait aux évê­ W.-H. Frère, de la communauté de la Résurrection. ques : « Quant à ceux qui ont été promus à quel­ On établit d’abord la véritable portée de la phrase qu'un! re, d’après le nouveau mode d’ordination, de ΓAppel traitant des ordinations. Le Rev. A. Robin­ comme ils n’ont pas élé vraiment ordonnés (in very son, ά la suite du P. Frère, fit remarquer que ce à deed), l’évêque diocésain... pourra, s’il le juge bon. les quoi « on a pensé d'abord, ce n’est pas aux Églises admettre à l’exercice du ministère, en suppléant ce épiscopales, mais plutôt à d’autres, comme, par ; 1’. W. Puller, "The bull cations of the ordinations of the Church of England, 1677 ; IL Prideaux, The validity of the orders of the Church of Apos tot iciv curœ and the Ednmrdinc Ordinal, Londres, 1896; England, 1688; J. Constable, Clerophiles alcthcs, 1711; A. Benson, The Pope's bull on anglican Orders, Dublin, la· Couraycr, Dissertation sur la validité des ordinations 1806; F. Hampton, The papal bull on anglican orders, anglicanes, Bruxelles, 1721; du même, Défense de la Disser­ Londres, 1896; Comrqittee of the hist. Society, .4 treatise tation, 1725; du même, Supplément à la Dissertation, 1732; on the bull ApostoUçK cum·, Londres, 1896; \V. IL Frere, Le Qulen, Nullité des ordinations anglicanes, 2 vol.. Paris, What is the position of the roman catholic body in England ? 172’»; Elrlngton, The validity of the enylish ordinations Londres, 1896; The Marian reaction in its relation Io the established, 1818; Λ. W. ILuLlin, Apostolic succession in cnglish clergy, Londres 1896 ; F. N. Oxcnhnm, Some the Church of England; P. ICcnrlk, The validity of angli­ considerations suggested by the Letter of Leo Xlll on angli­ can orders examined, 1811; F. G. Lee, The validity of the can orders, Londres, 1896; H. H. Story, The pope and orders in the Church of England, Londres, 1870; Baynal, anglican orders, Édimbourg, 1896; IL B. Swele, On the bull Apostolicic cura·, Oimbridge, 1896; G. T. Stokes, The Ordinal of Edwird VI, 1870; T. G. Dailey, Defense of the holy orders in the Church of England, Londres, 1870; The pope on anglican orders, Dublin, 1896 ; IL E. Hall, du même, English orders and papal supremacy, 1871; Anglican orders and the papal bull, Londres, 1896; V. E. Estcourt, The question of anglican ordinations discussed, Staley, Are our clergy rightly ordained? Londres, 1896; 1873; A. H. Hutton. The anglican ministry, 1879. F. Toiirnebizc. Ordres anglicans et ministère des Églists II. Di. 1893 A 1896. — E. Denny, Anglican orders and réformées, dans les Études, t. LXix ; T. A. luiccy, The pope jurisdiction, 1893; Butler, Rome's tribute to anglican orders, and the anglicans : I. The sources of the bull, dans In Con­ Londres, 1893; Breen, Rome's tribute to anglican orders, temporary Review, décembre 1896; Catholicus, 'The pope dan* la Dublin Review, oct. 1893; F. Dalbus (Portal), and the anglicans: II. The policy of the bull, id., décembre, Les ordination* anglicanes, Paris, 1891, et duns la Science 1896; A. Barnes, The popes and the Ordinal, Londres, 1896; catholique, 1893-1891; A. Boudin lion, De l'ordre el des .Vo sacri Lice, no priest ; or why anglican orders were con­ ordinations, dan* 1c Bulletin de Tlnst, cat iot. de Paris, demned, Londres, 1897; l-'ercy, l^cs ordinations anglicanes, 1891; du même, Étude thêohsoiqur sur les ordinations angli­ dans In Revue du Monde catholique, 1897; Ed. Collins, The canes, Paris, 1891, et dans le Canoniste contemporain, juin internal evidence of the letter Apostolicic curie as Io its own et Juillet 1891; du même. De la validité des ordinations origine and value, Londres, 1897 ; M. Fuller, 7 he anglican anglicanes, Paris, 1S95, et dan* le Canoniste contemporain, Ordinal, Londres, 1897; Responsio archiepiscoporum An­ juillet-novembre 1895; du même. Ordinations schismatiques glia' ad litteras apostoUcas Leonis ραρικ XIII de ordinatio­ coptes et ordinations anglicanes. Pari*. 1895, et dans le nibus anqlicanis, Londres, 1897; S. M. Brandi, Lu conCanoniste contemporain, avril et mai, 1895; L. Duchesne, danna dette ordinazioni anglicane. Borne, 1897; du même, fxi ordinations anglicanes par Dalbus, dans le Bulletin Roma r Canterbury, Esamc delta risposta dcglt arciitcscovl critique, 15 juillet 1891; J. Wordsworth, De validitate or- . anglicani alla boita Apostolicw cura·, Home, 1897; F. dinum anglicanorum responsio ad Batavos, Salisbury, Toumcblze, La réponse des archevêques anglicans <1 la 189| ; B. Gunm, La cantmiferse sur les ordinations anglicanes, bulle fie Léon XIII sur les ordinations anglicanes, dans les din* la R»*uu<· bénédictine, t. xi el xn, 1891-1895; .1. Moyses, Études, t. lxxii; L. Hlvlngtnn, Tekel : or the anglican nombreux articles · mouvement i^ers ('union en Angleterre, id., t. LXVn; P. Gaspard, De la valeur Some comments on · the vindication of the bull », Calcutta, des orrJtnations angticônes, Ihiris, 1895, et dans la Revue I 1898; G. Spoltiswoode, 7 he holy orders of the Church of England, Londres, 1898; T. A. Lacey, The interpretation anglo-romaine, t. I ; A. F. Marshall, The moral aspects 1193 ORDINATIONS ANGLICANES — ORDRE ORDINATION o/ the englhdi Ordinal, Londres, 189«; A. BnIgiikofT. The question of anglican order*, in rcsfiect ta a · Vindication » of the papal decision, translate*! by W. J. Blrbeck, Londres, 1899; J. Moyses, Aspects o/ angllranhm : or some comments nn certain events in the nineties, Londns, 1900; S. E. B. Serio, /hr validity of anglican ordinations, Londres, 1907; <;. A. Briggs. Church unity; studies of its most important problems, Londres, 1910; T. A. fjicry, A roman Diary and others documents relating to the papal inquiry into English ordinations, AIDCCCXCV !, Londres, 1910; doin Gasquet, Leave* from my Diary, I89I-1S96, Ixmdrrs, 1911; Vise. Halifax, iso SIU ami anglican orders, Londres 1912; ; n, H. Il s'agit les ai envoyés dans le monde, » >\ 17-18. Et plus loin. donc bien d’un groupe choisi de disciples ct connu Jésus s'adressant directement aux apôtres, ne leur comme tel. dira-t-il pas : < Comme le Père m'a envoyé, moi, je 3. L’élection des apôtres (ut faite en vue de leur vous envoie, » xx, 21? L'œuvre des apôtres est donc conférer des pouvoirs spéciaux : non seulement pour bien la continuation de celle de Jésus-Christ, et cette accomplir des œuvres de miséricorde spirituelle œuvre se perpétuera par delà les apôtres eux-mêmes ; ct temporelle, Matth.· x. L 8; Marc., ni, 15; Lue., • Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour îx, 1, mais encore pour prêcher la vérité touchant tous ceux qui, par leur parole, croiront en moi; afin qu’ils le règne de Dieu à venir. Matth., x, 7; Luc., îx, 2, 6, soient tous une seule chose, comme vous, Père, êtes ct pour remplir un ministère de salut auprès des en moi et moi en vous; qu’ils soient de même une hommes. Matth., iv, 19; Marc., i, 17; Luc., v, 10. seule chose en nous et qu’alnsi le monde croie que c’est Sans doute, les soixante-douze disciples reçoivent vous qui m’avez envoyé. » ÿ. 20-21. D’ailleurs le de Jésus une mission analogue, Luc., x, 1 sq., mais cette mission, purement de prédication et de prépa­ dogme de la perpétuité de l’Église implique que la ration à la visite du Sauveur, est strictement tempo­ mission confiée aux apôtres n'aura de terme qu’à la raire, tandis que les perspectives du ministère apos­ fin du monde. Voir EOMSB· l. iv, col. 2117. On le tolique dépassent certainement l’avenir immédiat, voit, c’est toujours la mission du Christ qui doit être réalisée par les apôtres et par leurs successeurs jus­ la prédication dont les apôtres sont chargés étant qu’à la fin du monde. Et. pour arriver à conduire les renseignement même de la vérité inspirée par l’Esprithommes à la vie éternelle, Jésus déclare expressé­ Saint cl devant durer jusqu’à la fin du monde. Matth., ment à son Père avoir donné aux hommes « la gloire x, Il sq.; cf. Luc., xil, 11 sq.; Marc., xm, 9 sq. que vous m’avez donnée (c’est-à-dire la grâce sanc­ 4. En sue de ce ministère, Jésus établit entre lui et les apôtres une. très grande intimité. 11 en fait un tifiante, principe de la gloire future), afin qu’ils soient un, comme nous sommes un. » groupe lout à fait à part de compagnons fidèles et 2. Cette unité de Jésus avec ceux qui continueront d’aides habituels. Les apôtres l’accompagnent même dans scs retraites loin de la foule; cf. Matth., xiv. 13; sa mission sur terre, (sans parler de I unité qui s’étend à tout le corps mystique), comporte la substitution Marc., vi, 11; Luc., ix, 10; Joa., vi. 1. Il leur révèle totale des membres de la hiérarchie sacrée ù l’activité particulièrement ce qui doit lui arriver, notamment de leur chef désormais invisible et n'agissant plus que sa passion douloureuse. Marc., x,32; Luc., xvm, 31. par scs mandataires et ministres. Verbe de Dieu, Déjà Jésus leur laisse entrevoir leur rôle de juges du monde. Matth., xx, 28. Ils seront admis à l’inti­ Jésus-Christ transmettra, par les apôtres et par leurs successeurs, à toutes les générations à venir la vérité mité suprême de la Pâque célébrée avec le Sauveur. Matth., xxvi, 20; Marc., xiv, 17; Luc., xxn, I L et la parole qu’il a apportées en ce monde : « Je leur 5. Mais tout cela n'est encore qu'une préparation ai donné les paroles que vous m’avez données; il les éloignée. Les pouvoirs de guérison ou de prédication ont reçues. » Joa., xvn, 8. « Tout ce que j’ai entendu ne supposent pas encore nécessairement un carac­ de mon Père, je vous l’ai fait connaître. ■ ld., xv, 15. tère sacré en qui les exerce. L* institution d'une hié­ La vérité que les apôtres auront reçue du Christ rarchie parmi les apôtres eux-mêmes comporte une dans le secret, ils devront la prêcher publique­ ndlcation déjà plus nette ct plus précise. Cette hiérar­ ment. Matth., x, 27. El, puisque leur instruction n’est chie apostolique est marquée par la primauté de Pierre, pas suffisante pour leur donner la possibilité d’accom­ primauté promise, Matth., xvi, 18, ct conférée. Luc., plir cette mission. l’Esprit-Salnt interviendra : xxn, 31; Joa., xxi, 15. La hiérarchie, en effet, sup« Le Paraclet, l’Esprit-Saint que mon Père enverra |H)se déjà un pouvoir religieux qui s'exerce sous la en mon nom vous enseignera toute chose ct vous direction d'un chef suprême. rappellera tout ce que j'ai dit. · Joa., Xiv, 26. Pour 2° Préparation prochaine : substitution des apôtres bien marquer que c’est toujours la mission divine et de leurs successeurs éventuels ù la personne de Jésus s'originant au Père, qui par le Fils est transmise dans l'auvre de la sanctification des hommes. — 1. La aux apôtres, cf. Joa., xvn, 18. Jésus-Christ déclare prière sacerdotale du Christ est très expressive à cet expressément que le Paraclet qu’il enverra du Père égard. Jésus annonce aux apôtres que bientôt il est un esprit de vérité qui rendra témoignage de lui disparaîtra de la scène de ce monde. Joa., xvi, 16. et permettra aux apôtres de rendre, eux aussi, témoi­ Il leur parle alors plus ouvertement : « Je suis sorti gnage à Jésus. Joa., xv. 26. Bien plus, « quand cet de mon Père et je suis venu dans le monde; je quitte Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute de nouveau le monde, et je vais à mon Père. > id., vérité; car il ne parlera point de lui-même, mais tout r. 28. Puis, levant les yeux au ciel : « Mon Père, I ce qu'il aura entendu, il le dira, et ce qui dolt arriver, il elle est venue, l'heure : glorifiez votre Fi h, afin que I vous l’annoncera. Il me glorifiera, parce qu’il recevra \otrc I lls vous glorifie..., afin que, quant à tous ceux de ce qui est à moi et il vous l’annoncera. ■ Joa., que vous lui avez donnés, il leur donne la vie éter­ XV!» 13, It. nelle. » ld., xvn. 1-2. La vie éternelle communiquée 3. Ainsi donc, les apôtres seront substitués à Jésusaux hommes, voilà le but suprême de la mission du Christ dans son œuvre et l’Esprlt-Salnt leur fournira Sauveur, ct nous savons que cette vie éternelle, sa divine assistance afin qu’ils puissent effectivement «c'est qu’ils vous connaissent, vous, seul vrai Dieu ct remplir leur fonction. Cette fonction ne connaîtra celui que vous avez envoyé. Jésus-Christ. » ld., t. 3. I de limites, ni dans l’espace, puisqu'il s’agit d’ins­ Jésus confesse alors avoir glorifié son Père ct mani­ truire tous les peuples ct de prêcher dans l’univers festé le nom du Père aux hommes que le Père lui avait Γ Évangile à toutes créatures, Matth., xxvm, 19; donnés, f 1-5. Ces hommes ont gardé scs enseigne­ Marc., XVI. 15, ni dans le temps, puisque le Christ est avec scs apôtres · tous les jours, jusqu’à la con­ ments, t. 6; ils ont reconnu la vérité de la mission sommation des siècles ». Matth., xxvm, 20. Elle est clu Christ, f 7-8 Maintenant, le Christ, qui déjà n'est la fonction même de Jésus-Christ se perpétuant plus dans le monde, r. 11, prie pour eux qui sont 1201 ORDRE. INSTITUTION PAH LE CHRIST jusqu’à la hn du monde : Qui vous écoute, m'écoute; (fill vous méprise, me méprise; mais qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé. * Luc., x, 16; ci. M itth,, x, 10; Joa., xm, 20. « Ainsi, le Christ donne à son Eglise, représentée par les apôtres, une mission semblable à la sienne, une même autorité suprême, une fin identique qui est la gloire de Dieu par le salut des hommes. * J. Anger, La doctrine du corps mystique de Jésus-Christ, Paris, 1929, p. 217. 3· institution d'un pouvoir sacerdotal dans l'Église. — La mission de l'Église s’exerce grâce an triple pouvoir que Jésus-Christ lui a conféré, pouvoir d’ordre ou de sanctification des âmes, pouvoir de gouvernement, pouvoir d’enseignement. Voir Église, l iv, col. 2175 sq. Du pouvoir de gouvernement et du pouvoir d'enseignement, nous n’avons pas à nous occuper ici. Le pouvoir d’ordre ou de sanctification retient seul notre attention, parce qu’il suppose expressément, en ceux qui l’exercent au nom du Christ, une participation au sacerdoce du Sauveur. Sur le sacerdoce de Jésus-Christ, voir Ji sus-Chiust, t. vin, col. 1335. 1. A priori, on pourrait inférer que Jésus-Christ a institué un pouvoir sacerdotal en son Église. Si l’Église doit continuer sur terre la mission du Christ; si Jésus, dans l’œuvre de sanctification des Ames, s’est substitué à lui-même les apôtres et leurs successeurs, il est évident que ceux-ci ont dû recevoir en parti­ cipation le pouvoir sacerdotal dont le Christ fut orné, et qui est essentiel A l’activité surnaturelle du Ré­ dempteur des hommes. Bien plus, toute l’œuvre de l'incarnation el de la rédemption se rattache au sacerdoce du Christ comme à son centre actif et vivifiant. On lira, sur ce point, le pénétrant ouvrage du P. liéris, Le mystère du Christ, Paris, 1928. D’autres considérations appuient ce motif a priori. Le pouvoir de gouvernement et d’enseignement n’atteint par lui-même et dans son exercice normal que l'extérieur de l’homme. Sans doute, la Justi­ fication intérieure peut suivre la prédication de la vérité et l’obéissance aux lois, quand les dispositions de l’âme sont assez parfaites pour l’engendrer ex opere operantis. Mais 11 est plus convenable ct plus con­ forme A l’infirmité humaine que Dieu supplée ù l’in­ suffisance fréquente de ces dispositions par l’exercice d’un pouvoir sacré qui atteint l’intime de l’âme sous des conditions librement prescrites par lui. Sur ces considérations, voir saint Thomas, Sum. thcol., Ill\ q. i.xi, a. 1, 3; q. j.xiv, a. 1, 2. De plus, il n’est pas vraisemblable que Dieu se soit réservé ce pouvoir de sanctification pour l’exercer toujours personnelle­ ment et immédiatement comme il le fit nu jour de la Pentecôte : le miracle est chose exceptionnelle dans l’ordre providentiel. Du côté de l’homme, une sanctification immédiate par Dieu présenterait de graves inconvénients, supprimant dans l’ordre reli­ gieux les relations sociales ct favorisant ainsi l’égoïsme et l’orgueil. Du côté de l’Église, quel amoindrissement 1 Sans pouvoir de sanctifier les âmes, l’Église serait une institution presque superflue, et certainement indigne d’être appelée le corps mystique du Christ. Voir, sur ces divers points, M, d'Hcrbigny, Theolo­ gica de Ecclesia, t. i, η. I 13. Mais ces arguments de convenance ct a priori trouvent une confirmation dans le fait que JésusChrist a vraiment doté son Église d'un pouvoir de sanctification par rapport aux âmes. 2. L’institution de ce pouvoir est amorcée par la manière de faire du Christ. Jésus, en effet, a voulu que les hommes fussent sanctifiés par des rites exté­ rieurs. Ces rites extérieurs de. sanctification exis­ taient avant lui : cérémonies prévues par la Loi, consécration A Jahvé des hommes ct des choses, 1202 purifications, expiations, sacrifiées de tous genres Saint Thomas, Sum. theot., P-11*, q. en, a. 5, pense que dans l'Ancicnnc Loi il existait au moins quatre sacrements qui correspondaient nu baptême, A l’eucharistie, A la pénitence, A l’ordre (voir Sacre­ ments). Et même, avant la Loi, les rites extérieurs, sanctificateurs des âmes, ne faisaient point défaut; il y avait des sacrements propres a la loi de nature. Quoi qu’il soit. Dieu semble avoir spécialement ordonné A l'accomplissement des rites sanctifica­ teurs le sacerdoce antique, la hiérarchie lévitique, avec scs prêtres et scs pontifes : Dieu ne se charge-t-il pas de châtier ceux qui attaquent ccttc hiérarchie : Core, Dathan, Abiron, les rois impies; ceux qui en usurpent les fonctions : les mauvais prêtres cl les lévites coupables du temps d’Héli jusqu’aux prévari­ cateurs condamnés par Isaïe et par les prophètes ? ('.es rites sacrés, destinés par Dieu à la sanctifica­ tion des hommes, Jésus-Christ en consacre la valeur. Il distingue entre les rites institués par Dieu ct les rites d’origine purement humaine : ceux-ci seuls sont répréhensibles, parce que surajoutés par les scribes. Marc., vu, 3, 5, 8, 9, 13; cf. Matth . xv, 2-6. En outre, il condamne l'hypocrisie qui sc contente d’honorer Dieu extérieurement ct du bout des lèvres, cl non pas intérieurement, Matth., xxur, en entier. Les malédictions qu’ici Jésus prononce contre l'hypo­ crisie des scribes ct des pharisiens ne sauraient rejaillir, quoi qu’en pensent certains exégètes ct théologiens protestants, contre tous les rites extérieurs. La con­ clusion â attribuer au Christ serait bien plutôt cellc-ci : si les apôtres de Jésus-Christ enseignent des rites nouveaux cl les appliquent aux hommes, il faut admettre, étant donnée l’attitude du Christ, que ces rites procèdent vraiment do Dieu. L’Évangile, en effet, d’une part ne condamne que les rites d'origine purement humaine ct qu’on impose aux hommes à l’égal des rites institués par Dieu, ct. d’autre part, nous fait voir que Dieu manifeste son action sancti fient rice par le moyen de signes extérieurs : sancti­ fication de Jean-Baptiste, manifestation de l’Esprit sur Jésus baptisé au Jourdain, transformation spiri­ tuelle des apôtres au jour de la Pentecôte, conversion de Corneille et de scs compagnons, etc. Celle déduction est spécialement corroborée par l'altitude observée par Jésus, en ce qui le concerne personnellement, A l’égard des rites prescrits par la loi mosaïque ou admis par la piété populaire. Enfant, il est circoncis, présente au temple, où il vient plus tard célébrer la Pâque â l’âge indiqué par la Loi. Adulte, il est publiquement baptisé par Jean, il mange l’agneau pascal avec ses disciples; il ordonne d’observer les prescriptions que rappellent les scribes, Matth., xxui, 2; il recommande d’accomplir les pré­ ceptes plus graves de la Loi, qu’omettent les phari­ siens. sans délaisser les moins importants, id., xxitt, 23. El nous avons enfin un signe non équivoque du respect professé par Jésus pour les rites mosaïques, dans le fait qu’après sa mort, les apôtres ont encore retenu pour les judéo-chrétiens l’usage de ces rites, jusqu’à cc que Dieu lui-même ail manifesté la néces­ sité de les abroger, soit en les rendant impossible par la destruction du temple, soit en en montrant l’ina­ nité, en tant qu’ils s’opposent A la mission du Christ dans ce monde. Il est donc tout naturel que le Christ ait voulu qu’après lui la sanctification des âmes fût procurée par des rites extérieurs, qu’il proclame par là même utiles el nécessaires. Exemples: Le baptême : « SI quelqu’un ne renaît de l’eau ct de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. · Joa.. ni, 5. La condi lion est Ici explicitement posée: ού δύνχται. Et un juif instruit comme Nlcodèmo ne pouvait se faire 1203 ORDRE. INSTITUTION PAR LE CHRIST illusion sur le sens de ex aqua. Dans tout l’Orient exis­ tait la pratique des ablutions spirituelles pour l’expia­ tion des péchés, et cette pratique était courante chez les juifs. Voir Baptême, t. ti, col. 168. Jésus lui-même confère le baptême. Joa., ni 22. 26. Et il déclare l’efficacité du rite baptismal pour sanctifier l’Amc : Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné. » Marc., xvi, 16. L'eucharistie : · Si vous ne mangez la chair du luis de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aufez pas la vie en vous. » Joa.. vi. 53. Il s’agit ici d’un rite extérieur, que les Juifs interprétèrent meme dans le sens d’une manducation matérielle, puisqu’ils en furent scandalisés. On pourrait aussi trouver d'autres exemples relatifs â quelques autres sacrements. Ces remarques nous amènent à concevoir que JésusChrist ait dû instituer le sacerdoce de la Nouvelle Loi comme devant procéder d’un rite sacré, lequel, A l’instar du baptême et de l'eucharistie, aurait, dans l’Églisc, rang dc sacrement. ----- s 3. L'institution de ce pouvoir est réalisée (enjaij) par Jésus-Christ. — a) Les prophéties annoncenfTntiolilion du sacerdoce lévitique en faveur d'un nouveau sacerdoce. — Dans l’Ancicnnc Loi. les ordres des lévites et des prêtres sont distingués dc la foule du peuple; A eux seuls est réservé le sacrifice et la célé­ bration dti culte. Or. le Nouveau Testament abroge complètement le particularisme d’Israël cl. dans Israel, de la tribu de Lévi quant au choix des prêtres du vrai Dieu. Ce sacerdoce, en effet, fera place A un autre sacerdoce A venir, bien supérieur, dont les fonc­ tions sacrées seront totalement différentes. mais qui, par rapport A l’Églisc tout entière, seront dans le même rapport que le sacerdoce lévitique par rapport A la nation juive:cf. Is., txvi. 21. Et le sacrifice répon­ dant à cet autre sacerdoce sera l'oblation pure dont parle Malachie, i. H: ni. 3. D'ailleurs, en montrant la réalisation dc ce nouveau sacerdoce, voir plus loin, l'épltrc aux Hébreux, vu, 1 sq., a bien mis en relief l'existence et la supériorité du sacerdoce dc la Loi Nouvelle, selon l'ordre de Melchisédech, par rapport au sacerdoce lévitique, selon l’ordre d’Aaron. Melchisédech est représenté comme le type du sacer­ doce nouveau, non seulement A cause de la signi­ fication de son nom (roi de Justice), mais parce que, sans père, sans mère, sans aïeux, n’ayant ni commen­ cement ni tin dc vie, Il est semblable A Jésus-Christ, Ills de Dieu prêtre éternel. La supériorité du sacer­ doce dc Jésus-Christ est figurée en Melchisédech, qui offrit A Dieu le pain et le vin. symboles de l’eucha­ ristie. Gen., xiv, 18. b) La mission du Christ comportait ce nouveau sacer­ doce, ordonné au sacri pce de ta Nouvelle Loi. — Toute la vie du Christ, vouée à l’anéantissement, Phil., ii, 7. manifeste que le Christ n’eut d’autre but que dc se livrer lui-même pour nous < en oblation A Dieu, et en ho·lie dc suave odeur ». Eph., v. 2. (’.’est ainsi qj il se sanctifie (le terme grec αγιάζω indique toute la force de cette consécratidn sanctifiante), afin de sanctifier les autres en vérité. Joa., xvn, 19. Il est venu donner sa vie pour la rédemption de tous Mat th.. XX. 28; Marc., x, 15. Ce nouveau sacer­ doce, instauré par la vie même dc Jés is. est bien mis en relief par l’épltre aux Hébreux. Nous ne ferons que résumer ici une doctrine déjà exposée ailleurs. Voir HÊuiuarx (Épllre aux), t. vi, col. 2105 . JésusCîirîst. t vni, col. 1335. el Messe. I. x. col. 821. L e pitre rappelle que · tout grand prêtre, pris d’entre les hommes, est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte dc Dieu, afin d’offrir des oblations et des sacrifices pour les péchés. · Hcb., v, 1. Or. Jésus-fJirist a pris la race d'Ahrnham. pour ■ être semblable en tout A scs frères. afin dc devenir auprès 1204 dc Dieu un pontife miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple ». n. 16-17. Et ainsi, nous avons un pontife qui peut compatir à nos infirmités, ayant éprouvé comme nous toutes sortes de tentations, hormis le péché ·. iv, 15. · Établi pour les hommes en ce qui regarde Dieu, » il a dû être établi par Dieu lui-même, car nul ne doit s’arroger la dignité du sacerdoce; il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron ». Ainsi, ce n’est pas le Christ qui s’est glorifié lui-même pour devenir pontife, mais c’est celui qui a dit : · Vous êtes mon Fils; c’est moi qui aujourd'hui vous ai engendré ·; comme aussi dans un autre endroit, il dit : Vous êtes prêtre pour l’éter­ nité, selon l’ordre de Melchisédech. » v, d-6. Sur la supériorité de l’ordre de Melchisédech, voir ci-des­ sus. Jésus a rempli les fonctions de son sacerdoce, car, devant offrir des oblations et des sacrifices pour les péchés, v, I. i) n’avait pas besoin, comme les autres prêtres, d'offrir des victimes, d’abord pour ses propres péchés, ensuite, pour ceux du peuple, vu. 27. Mais il a offert son sacrifice, une fois pour toutes, en s’offrant lui-même, vu, 28. Et l’auteur inspire insiste sur cette pensée : lia paru une seule fois, A la consommation des temps, pour détruire le péché, en se faisant lui-même victime. » ix. 26. Ainsi, le Christ s’est offert une fois pour effacer les péchés d’un grand nombre. » ix. 28. C’est parce que Dieu rejetait les sacrifices dc l’Ancicnnc Loi, comme incapables de satisfaire A sa justice, que le Christ est venu, grandprêtre de la Loi Nouvelle, offrir le second sacrifice pour abolir le premier et, par IA, instituer un nouveau sacerdoce, comparable A celui de Melchisédech. et supérieur A l’ancien; cf. Heb., x. 5-10; vi, 20-vn, 20. Cette abolition dc l’ancien sacerdoce par le sacerdoce de Jésus-Christ est une des doctrines fondamentales de l'épilre aux Hébreux. Le concile dc Trente en a retenu expressément l’affirmation. Sess. xxm, cap. i. Denz.-Bannw., n. 957. En fait, la substitution d’un sacrifice A l’autre s’est opérée A la Cène et a la Croix, quand Jésus offrit son propre sacrifice. La Cène, en effet, telle qu’elle est rapportée par saint Paul. I Cor., xi. 23 sq. ; saint Matthieu, xxvi, 26 sq. ; saint Marc, xiv, 22 sq. ; saint Luc, xxiî, 15 sq., est un véritable sacrifice. Voir Messe, t. x. col. 8(M sq. Le sacrifice du Calvaire, lui aussi, est un sacrifice véritable; il est même le sacrifice qui fonde la Loi Nouvelle. Voir Rédemp­ tion. Mais, comme seul le sacrifice dc l'eucharistie doit être réitéré dans l’Églisc, en tant que sacrifice de l'Église même, unie A son chef, c’est A lui seul qu’est ordonné le sacerdoce dc ceux qui, jusqu’à la fin du monde, doivent continuer ici-bas l’œuvre du Christ; cf. M. dc la Taille, Mysterium pdei, clucld. xvi-xvn. I. Communication par Jésus-Christ aux Apôtres d'un pouvoir sacerdotal. a) Ce pouvoir concerne la réité­ ration du sacri Pce eucharistique.— Sacerdoce et sacri­ fice» dans l'économie providentielle, sont deux ins­ titutions qui s’appellent mutuellement. Si donc Jésus-Christ a Institué un nouveau sacrifice qui doll être réitéré jusqu'à la fin du monde, il faut qu'à ce sacrifice corresponde un sacerdoce qui se perpétue également. Or, A la Cène, les apôtres reçurent dc Jésus-Christ l'ordre dc réitérer le sacrifice du corps cl du sang du Sauveur jusqu’A la fin des temps. Voir Messe, col. 825. (’.et ordre est contenu dans les paroles : · Faîtes ceci en mémoire de moi », Luc., xxil, 19; I Cor., xi. 21-25. lia été démontré que le silence de saint Matthieu et dc saint Marc relative ment a cet ordre n'en infirme pas l'existence. Pareille­ ment, saint Luc ne s'est cru obligé dc relater qu’une fois, c’est-à-dire après la consécration du pain, l’ordre donné par Jésus-Christ. Λ elle seule cepen­ dant l’autorité de saint Paul suffirait A établir l’au 1205 ORDRE. INSTITUTION l’A B IJ. CHRIST thcnticlté du τούτο ποιείτε. Elle représente, en effet, une tradition antérieure à la rédaction défini­ tive des premiers évangiles. Voir Eucharistie, col. 1090-1091. Par ces paroles, .Jésus-Christ fait tout d'abord du sacrifice eucharistique qu’il vient d’établir, une ins­ titution permanente et obligatoire. La thèse protes­ tante. qu’après Luther, Dc captivitate babylonien, édit, de Weimar, t. vi. p. 563, ont soutenue Strauss, Kai­ ser, Stephani, -à savoir que ces mots: fuites ceci en mémoire de moi contenaient, non un ordre, mais une simple permission ou autorisation est incompa­ tible avec le sens obvie du texte. Le déterminatif quotiescumque bibetis (1 Cor., xi. 25), n’inllrme pas l'impératif : facite; il ne pose pas une condition, réalisable ou non au gré des apôtres; il Indique seule­ ment le moment où doit être reproduit le sacrifice du Christ. C’est quand il faudra manger le corps du Sau­ veur et boire son sang qu’il faudra également répé­ ter Je geste du Christ. Ainsi donc, sans donner expres­ sément à ποιεϊν le sens précis de sacrifier, on doit retenir neanmoins (pie, dans l’Églisc fondée par Jésus, le sacrifice visible de ta Cène devra être réitéré et qu’ainsi jusqu’à la lin des siècles, les fidèles pourront participer au corps donné, au sang répandu. Corrélativement. par ces paroles. Jésus donne aux apôtres le pouvoir de réitérer ce sacrifice. Sans communication de ce pouvoir, comment les apôtres pourraient-ils offrir de nouveau l'eucharistie ? El. puisque cette offrande de l’eucharistie doit se renou­ veler jusqu’à la fin du monde, il faut aussi que se perpétue jusqu'à la fin du monde le sacerdoce ordonné à ce sacrifice. Ainsi, « à l’institution d’un sacrifice visi­ ble et permanent correspondait l’institution d’un sa­ cerdoce visible et également permanent; et puisque Jésus allait remonter vers son Père, il établissait, pour tenir sa place sur la terre, des prêtres visibles. » Tixcront, L'ordre et les ordinations, p. 31. Cette interpré­ tation des paroles, Faites ceci en mémoire de moi, com­ mune dans la tradition catholique, a été olllciellcment consacrée par le concile de Trente, sess. xxn, c. i et can. 2, Denz.-Bannw., n. 03% Ô.4Ô b) Ce pouvoir concerne également la sanctification des unies par des rites sacrés. - Pierre, tout d’abord, Matth., xvi, 19, puis tous les apôtres collective­ ment, id., χνιιι. 18, ont entendu Jésus-Christ leur promettre le pouvoir de · lier et dc délier ». Sur la signification ample de cette promesse, voir Église, t. iv, col. 2200 sq. Remarquons toutefois que ce sens général se trouve précisé sur un point particulier qui comporte l’exercice d’un pouvoir vraiment sacerdo­ tal, la rémission des péchés au nom dc Dieu. Après sa résurrection. Jésus communique en fait ce redou­ table pouvoir : · Comme mon Père m’a envoyé, moi je vous envoie. Lorsqu'il eut dit ces mots, il souilla sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit. Les • péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. • et ils seront retenus à ceux à <|ui vous les retien­ drez. » Joa., xx. 21-23; cf. Luc., xxiv. 49. Les inter­ prètes catholiques font remarquer ici. contre l’exé­ gèse protestante, qu’il s’agit bien dans l'esprit de Jésus, dc communiquer aux apôtres un véritable pouvoir de remettre, d’effacer les péchés. Les apôtres ne pardonneront pas. comme un homme pardonne à son ennemi, sans effacer la faute morale commise à son égard; ils ne déclareront pas les péchés remis et pardonné*; ils remettront. Ils effaceront, ils pardon­ neront eux-mêmes; et, ce faisant, ils sont les juges de ce qu’ils feront. S’ils jugent bon de remettre, ils remettront, αν άφήτε ... άφέωνται; mais s’ils jugent bon dc retenir, ils retiendront. Il y a ici un véritable pouvoir sacerdotal, (pii constitue les apôtres et leurs successeurs jusqu'à la fin du monde, les représentants I I j I 1206 dc Dieu auprès des hommes pour leur appliquer les fruits de la rédemption. Cette interprétation est, elle aussi, sanctionnée par le concile dc Trente, sess. xiv, c. i, et can. 3, Denz.-Bannw., n. 891, 913; cf. sess. xxn!. c. i et can. 1, id., n. 957, 961. Un mode particulier dc rémission des péchés, c’est le baptême, rite sacré, confié lui aussi, au pou­ voir sacerdotal des apôtres. Déjà, dans saint Marc, le Christ leur avait dit : < Allez dans tout l’univers, et prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné. · xvi. 15-16. Après la résurrec­ tion, saint Matthieu nous rapporte les termes exprès par lesquels Jésus confie cette mission cl confirme ce pouvoir : · S’approchant, Jésus parla (aux Onze), disant : « Toute puissance m’a été donnée dans le « ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les « nations, les baptisant au nom du Père et du Eils et « du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis « avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. » Matth., xxvni, 19-20. Le mot « donc · qui suit *· allez » est ici sûrement authentique; il montre clairement (ce qui déjà résulte du contexte) que la mission des apôtres dérive de la puissance du Christ. Le pouvoir sacerdotal relatif au baptême et aux autres choses que Jésus confie à la garde de scs successeurs visibles est donc bien dérivé du pouvoir sacerdotal du Christ lui-même. Nous avons souligné l'allusion du Christ aux autres choses, marquant par là que la liste des rites sacrés par lesquels s’exercera le nouveau sacerdoce n’est pas close avec le baptême, l’eucharistie et la rémission des péchés. 5. La communication du pouvoir sacerdotal aux apôtres a-t-elle impliqué, de la part de Jésus-Christ, un rite sacré spécial? Rien, dans le texte inspiré, ne nous autorise à le penser. Les paroles par lesquelles le Sauveur donne à ses apôtres, à la dernière Cène, le pouvoir de renouveler le sacrifice eucharistique, et, après la résurrection, le pouvoir de remettre les péchés, ne constituent pas nécessairement un rite sacramentel. D’ailleurs, la question est dc minime importance. Les théologiens catholiques ont toujours considéré qu’en raison de sa puissance d’excellence par rapport aux sacrements, le Christ n’était pas lié par les rites sacramentels. 11 pouvait conférer lesi sacrements en la manière qu’il lui plaisait. Ad exee/J lenliam potestatis Christi pertinet quod ipse potuit eflccA tum sacramentorum sine exteriori sacramento conferee] S. Thomas, Sum. theol., IIP. q. lxiv, a. 3. Le Christ pouvait donc instituer l’ordre simple­ ment en le voulant et en exprimant sa volonté par rapport à ceux qu’il revêtait ainsi du caractère sacré. Il est donc parfaitement oiseux de supposer, comme Bellannin le fait. De sacramento ordinis, c. n. que le Christ a pu ordonner scs apôtres par le rite dc l’im­ position des mains. Si les Écritures n’en font pas mention, écrit le grand controversiste, cependant elles ne nous affirment pas le contraire, et JésusChrist a fait beaucoup de choses qui ne sont point écrites. Si donc nous voulons savoir ce qu'était primitive­ ment le rite sacré par lequel fut conféré l’ordre, c’est aux apôtres et à la primitive Église qu’il le faut demander. Ce rite a certainement été employé confor­ mément à la volonté de Jésus-Christ qui, avant de remonter au ciel, l’aura indiqué tout au moins d’une manière générale. P. Batiffol, L'Église naissante, c. n; Ch. Pesch, S. J., Priolecttones dogmaticae, t.i, Kribourg-en-Br.» 1.905, n.26I318; I. Ottlgcr, S. J., Theologia fundamentalis, Fribourgm-B.. I. n, 1901, thèses i et li; M. d’Hcrbigny, S. J,, 1207 ORDRE. HIERARCHIE APOSTOLIQUE Theologica de Ecclesia. t.i, n. 91 sq.; IL Dicckmann, S. J., De Ecclesia, tract. II. q. i-n; J. de Guibcrt, S. J., De Chrisll Ecclesia. Rome, 1028, n. 62-67; A. Médebiclle, Apostolat, dans le Supplément du Dictionnaire de ht Bible, t. î. col. 533 sq. il. ORIGINE ET développement de la hiérarchie. — On ne saurait admettre, tout d'abord, que la hié­ rarchie sacrée ait eu connue point de départ les charismes. En quelques mots, éliminons ce système historiquement insoutenable. Sans doute, les cha­ rismes furent extrêmement abondants dans l’Êglisc naissante. Mais saint Paul, tout en croyant à l’origine divine des charismes, ne tient pas ces manifestations de l’Esprit pour essentielles dans l’Êglisc. Bien plus, en face de ces manifestations, il affirme le droit de l’autorité, à qui il appartient de sauvegarder et la foi reçue et les commandements du Seigneur, et renseignement des apôtres et l’édification de l’Êglisc tout entière; cf. Gai., î. 8 et I Cor., xn, 1-xiv, II). La distinction historique du charisme et du minis­ tère est classique; ci. IL Bruders, Die Ver/assuny der Kircht bis sum 173, Mayence, 1904. p. 62-103. L’autorité, les apôtres la possèdent, la tenant de Jésus-Christ lui-même. Parmi eux, saint Pierre jouit d’une primauté de rang qui établit déjà dans le col­ lège apostolique une hiérarchie organisée. Cette hiérarchie va se développer au fur et à mesure que les apôtres se choisiront, selon les besoins, des aides et des successeurs. r. PREMIÈRES AFEtRMATIONS DO POUVOIR SACER­ DOTAL DANS LA HIÉRARCHIE APOSTOLIQUE, — Aussi­ tôt après l’ascension. Act. î, 9-11, sur l’initiative rie Pierre, les apôtres et les disciples procédèrent au remplacement de Judas. On sait comment le choix du nouvel apôtre fut laissé en dernier ressort au « Seigneur ». Id., î, 15-26. Ainsi donc, Matthias, tout comme les autres apôtres, reçut directement de Jésus le pouvoir sacré. Nul rite spécial n’intervient ici. (’’est toujours le pouvoir d’excellence de Jésus-Christ par rapport aux sacrements qui agit efficacement. Le mirai le de la Pentecôte marqua pour les Douze l’accomplissement de la promesse du Sauveur; cf. Joa., xiv. 26. Bien ne nous autorise à supposer que cette venue extraordinaire de l’Esprit marquait pour les apôtres et pour les disciples la communication d’un pouvoir sacerdotal. Même après avoir reçu l’Esprit, les simples disciples demeurent toujours bien distincts du groupe des apôtres. C’est à ceux-ci. et à eux seule­ ment, qu’appartient l’autorité qui règle la vie reli­ gieuse, prend les décisions opportunes et accomplit les rites sacrés prévus par le Christ. Les disciples, en effet, dont le nombre s’accroît au fur et à mesure des conversions opérées par la prédication apostolique, nous apparaissent, dans les Actes et les épltres, comme les membres d’une religion nouvelle, par laquelle ils se distinguent en plusieurs points essentiels des autres hommes, juifs et gentils, et vivent entre eux dans une étroite communion. Sans doute, les premiers chrétiens, Juifs convertis, furent exacts aux observances mosaïques et, aussi longtemps qu’existèrent le temple et leur nation, ils restèrent courbés sous ce joug. Même saint Paul, qui prêche l’abolition de la Loi dans les Églises en dehors de la Judée, Act., xv. 2; Gai., n, 11-15, soumit à la circoncision Timothée, né d'une mère Juive, Act., xvi. 3, fit vœu de nazi rat selon le rituel mosaïque et alla au temple oiTrIr les sacrifices requis à cet elfct. id.. xxî. 23-27, et cela, à la demande (les chefs de l’Êglisc de Jérusalem, pour prouver que « lui aussi, Paul, observait la lx>l ». Sur celte fidélité de l’Êglisc de Jérusalem au mosaïsme. voir S. I rénée, ConL hær., Ill, xn, 15. P. G., t. vu, col. 910, cl Eusèbc, /L E., II. XX11I, t. xx. col 196. 1208 Néanmoins, tout en continuant à prendre part à la vie nationale et religieuse d’Israël, les nouveaux convertis forment une société religieuse à part, bien distincte. La séparation d’avec les juifs s'affirme dès la première prédication de Pierre, Act., n, 40; leurs réunions se tenaient dans le portique de Salomon et personne n’osait se mêler à eux, id., v, 12-13. Les prêtres juifs et les sadducéens comprirent bien le sens de cette séparation, puisqu’elle est pour eux prétexte à persécuter les disciples du Christ, iv, 1. 21; v, 18, 40, qu'ils appellent dédaigneusement les « Nazaréens », xxiv, 5, secte que plus tard les juifs de Home déclarent être partout en butte à la contra­ diction, xxvin, 22. D’autre part, les païens savent distinguer les disciples du Christ du peuple juif dont cependant ils sont originaires; à Antioche, ils les appellent chrétiens, xi, 26; ci. 1 Pet., iv, 16. Bien que Paul n’emploie pas le mot de chrétiens pour dési­ gner la communauté religieuse primitive, on sent, aux expressions employées par lui pour désigner les adeptes de la nouvelle religion, que ceux-ci forment un groupe à part, le groupe de ceux (pii ont clé appe­ lés, Hom·, î, 6 sq.; vin, 28; 1 Cor., i, 2, 24; ou é/us, Rom., vin, 33; Col., ni, 12; Tit., I, 1. Il distingue entre ceux du dehors et ceux du dedans, I Cor., v, 12; cf. 1 Thcss., IV, 12; Col., iv, 5; I Tim., ni, 7, et il détourne les chrétiens de toute participation à la vie des infidèles, Il Cor., vi, 14-16. On pourrait, dans Paul, trouver cent autres expres­ sions qui marquent bien le caractère d’unité sociale de la religion nouvelle, dont les disciples du Christ sont membres. Ils sont Γ < Israël de Dieu », c’est-à-dire le véritable Israel, Gal., vi, 16; cf. Ad., xv. 14; xviu, 10; ils forment la vraie cité d’Israël. Eph.,m, 20. l’Êglisc qui est la maison de Dieu, I Tim., m, 15; cf. I Cor., m. 9; Gal., vi, 10; Eph., u, 19, ou la maison du Christ, Heb., ni, G. Cette unité sociale apparaît encore dans la méta­ phore du corps mystique dont le Christ est le chef, Eph., î, 22-23. Et, d’ailleurs, saint Paul proclame à plusieurs reprises l’unité de ce corps religieux : 1 Cor., vin, 4, 6; Rom,, m. 30; Eph., iv, 4 sq.; 1 Tim., n, 5; Rom., v, 12, 19 (tous morts en Adam, tous recon­ ciliés par l’obéissance du seul Jésus-Christ); II Cor., v, 14 (le Christ seul mort pour tous); Gal., in, 27; Col., m, 11. Cette unité apparaît dans les noms que les chrétiens se donnent entre eux : ils sont les disci­ ples, c'est-à-dire ceux qui suivent la même doctrine et ont la même foi, Act., ix. 36; x, 45; II Cor., vi, 15; les /rères, mot que l'on trouve fréquemment dans les Actes et les épltres de Paul; les saints; ils sont V Église, mot qui résume tous les liens d’unité. Cette unité sociale des disciples du Christ se fonde exté­ rieurement sur la doctrine apostolique prêchant à tous la même foi, Col., î, 23; cf. 1 Cor., xv, 11 ; et imposant à tous le même modèle de doctrine, Rom., vi, 17; cf. 1 Cor., xv, 1 sq.; Eph., iv, 5. Elle repose également sur l’union dans la charité, I Cor., xn, 31; Act., iv, 32; laquelle sc manifeste par la pratique de l’aumône, id., iv, 34, Gal., η, 10; I Cor., xvi, 1 ; 11 Cor., vin, 1 ; ix, 2. Cf. Il Cor., ix, 12 sq. Elle s’appuie enfin sur les mêmes éléments du culte, la fraction du pain, symbole parfait de la charité, I Cor., x, 16 sq.; le baptême en rémission des péchés, Art., n. 38; cf. ix. I 18; x, 47; ix, 5, lequel agrège le fidèle, quel qu'en soit le ministre, au seul Jésus-Christ, 1 Cor.,ï, 12 sq.; cf. Rom . vi, 3; Eph.. iv. 1 Mais ce corps, dont l’unité s’affirme si explicite­ ment. n’est pas une organisation démocratique. Une autorité s’exerce à son endroit, et c’est l’autorité des apôtres. Autorité suprême de Pierre tout d’abord, manlfesI tant la primauté dont Jésus-Christ l’a revêtu par 1209 ORDRE. HIÉRARCHIE APOSTOLIQUE, DIACRES rapport aux autres apôtres. Les Actes nous montrent ce pouvoir s’exerçant à Jerusalem, soit pour punir, Act., v, 1 sq., soit pour administrer, vi, 1 sq., ou encore en Samaric, vin, 20, et dans les villes de Lydda et de Joppé, ix, 31 sq. Pierre prend la parole au nom de tous, i, 15; n, 11; ni, 12 sq., cl décide souverai­ nement sur les questions portées au concile de Jéru­ salem, xv, 7 sq. On sait d'ailleurs que la prééminence que les textes semblent parfois donner à saint Paul en ce qui concerne l’apostolat des gentils n'infirme en rien la primauté de Pierre. Bien plus, l'incident «l’An­ tioche, où Paul · résista » A Pierre ne fait que confir­ mer celte primauté; cf. Xavier Boiron, Saint Paul, témoin de la primauté de saint Pierre, dans Recherches de science religieuse, 1913, p. 511 sq. Mais, au point de vue spécial qui nous occupe, il s’agit surtout d’affirmer sur le peuple chrétien des temps apostoliques l'autorité que possèdent les apôtres en vue de sanctifier les Ames. Or, ici, une première discrimination semble s’imposer. 11 y a, dans la pri­ mitive Église, un double apostolat. Faute de distin­ guer l’un de l’autre, on s'engage dans bien des diffi­ cultés. < 11 y a un apostolat ecclésiastique, celui des Douze, auquel nous ne pouvons renoncer..·; mais il y a pareillement un apostolat charismatique, dont l'existence ne semble guère contestable, et c'est pré­ cisément celui dont il est question dans les textes précités de saint Paul, I (’.or., xn, 28-30; Eph., iv, 11-12. Apôtres, prophètes, évangélistes, docteurs, ils étaient tous institués pour le service de la parole divine, en un temps où celle-ci devait cire toute-puis­ sante; ils constituaient des charismes supérieurs, que saint Paul recommande «le désirer ardemment, I Cor., xn, 31; mais ces charismes eux-mêmes formaient une sorte de hiérarchie, dans laquelle l’apostolat occupait le premier rang, à cause de sa plus grande perfection... Premiers dans la hiérarchie charisma­ tique, comme ils sont premiers dans la hiérarchie ecclésiastique, on a pu croire que les apôtres étaient les mêmes des deux côtés : en réalité, ils n'ont de commun que le nom et cette primauté: en eux-mêmes, ils sont totalement différents. Les Douze ont été choisis et envoyés par le Christ historique, pour être en lui et par lui le fondement de l’Êglisc; les autres apôtres n’apparaissant qu’au sein de l’Êglisc naissante, déjà formée dans les Douze, déjà gouvernée par oux, et avec une mission qui n'est ni du même genre ni du m^mc ordre que la leur. · J. Bouché, art. Apostolat, dans le Dictionnaire de Droit canonique, t. î, col. 680; cf. L. Fonck, Quœsttones paulinee, Borne, 1910, p. 66. Quand nous parlons ici de l'auto­ rité des apôtres vis-à-vis de l’Êglisc, il s’agit donc uniquement de l’autorité des Douze. Strictement, nous devons nous en tenir au pouvoir d'ordre possédé par les apôtres en vue de la sanctification des fidèles; mais, · quoique distincts, les trois pouvoirs aposto­ liques (juridiction, magistère, ordre) sont liés : des trois, le pouvoir de juridiction est le premier; les deux autres sont placés sous son obédience... Le pouvoir d'ordre rentre d’une certaine manière sous le. pouvoir de juridiction; comme le propre de la juri­ diction est de régir impérativement tous les actes de la vie chrétienne vers la fin surnaturelle, les actes du pouvoir d’ordre ne sauraient échapper à cette loi générale. Bien «pie. en sol, le pouvoir d'ordre puisse être exerce sans le pouvoir «le juridiction, et même, si l’on ose dire, contre lui. un tel usage n'en demeure pas moins profondément illicite cl irrégulier. La juri­ diction est donc la première dans l'office apostolique. » J. Bouché, 6/ . col. 68 f-685. Bien d'étonnant que les Actes des apôtres et les épltres mettent surtout en relief la juridiction apos­ tolique sur l’Êglisc naissante. On y retrouve Lexer- 1210 • I cicc de leur triple mission, mission d’enseignement, mission de gouvernement, mission de sanctification. Voir Ai ôtiii.s, t. î. col. 1651-1653. Le pouvoir d’ordre préside à la mission de sanctifier les fidèles. L'admi nistration du baptême, dont il est fait plusieurs fois mention dans les Actes, n, 41; vin, 12-13, 16, 38; IX, 18; x, 48; xi. 16; xvm, 8; xix, 5; xxn, 16; et dans les épltres, Horn., vi, 3; 1 Cor., î, 13-17; xi, 13; Gai., m, 27; Eph., v, 25; Col., îi, 12; Tit., ni, 8; 1 Pet., in, 21, bien qu’il n'indique pas nécessaire­ ment en celui qui en est le ministre un pouvoir d'ordre, suppose ordinairement ce pouvoir. Les apôtres ont parfois administré eux-mêmes le baptême. Le texte de I Cor., î, 14-15, nous fournit un témoignage expli­ cite «le saint Paul en cc qui le concerne; et il est à supposer que les trois mille convertis du premier sermon de saint Pierre furent baptisés par les soins des apôtres eux-mêmes. De plus, l'imposition des mains par laquelle les simples baptisés recevaient I le Saint-Esprit, c’est-à-dire, la confirmation, était un rite sacré réservé aux apôtres, Act., vin, 17-19. El cc pouvoir est dit « un don de Dieu », id., 20; cf. Act., π, 38; xix, 1-6; Hcb., vî, 1-2. De plus encore, la fraction du pain (eucharistique) est célébrée par les apôtres. On en trouve un témoignage probable dans Act , xx, 7 (et selon quelques-uns, xxvn, 35); un témoignage certain dans I Cor., x, 16. Nous ne parlons Ici que pour mémoire de l’imposition des mains par laquelle étaient constitués les chefs des nouvelles églises fondées par les apôtres. Voir plus loin. col. 1235. Ce sont lu les fonctions sacrées qui constituent le « ministère » exercé par les apôtres en vue de la sancti­ fication des âmes, c’est-à-dire le ministère afférent au pouvoir d ordre. Cc ministère, saint Paul le reven­ dique hautement pour lui-même. 11 sc dit le dispen­ sateur des mystères divins, I Cor., iv, 1; il parle aux anciens d’Éphèsc «lu ministère qu’il a reçu du Seigneur Jésus, Act., xx. 24; il en parlera plus tard aux Corinthiens, Il Cor., iv, 1; xi, 18, et à Timothée. I Tim., î, 12. Ce que saint Paul affirme de lui-même, il le faut également affirmer de tous les apôtres, car, bien que tenant directement son pouvoir de JésusChrist, saint Paul déclare qu’il est l’égal des Douze dans l’apostolat; cf. Gai., il. 7 sq.; I Cor., ix, 1-2; xv, 9-10. Toutefois l’existence du pouvoir sacré s'affirme plus explicitement et plus conformément au développement de l’Êglisc. dans l’institution de nouveaux ministres, destinés à aider les apôtres ou même à les remplacer dans les Églises par eux fondées. //. LES APOTRES O.VΓ Ιλ'ΠΓΙ’Ε DES Sf/XISTRES SACRÉS DA.\3 LES ÉGLISES PAR ECX EOSPÉIS. — II ne s’agit pas d’étudier l'origine des différents ordres, tels que nous les connaissons aujourd’hui, et de dis­ cuter les différentes hypothèses mises en avant par la critique indépendante pour infirmer les solutions proposées par les théologiens catholiques. Cet aspect du problème a été exposé aux différents articles cor­ respondant à chacun des ordres; voir, en particulier. Diacre, Évêque, t, iv, col 703 ; l. v, col. 1656 On veut simplement trouver ici, sous chacune des dénemlnntlons employées pour désigner les ministres sacrés de la primitive Église, l’indication d’un pou­ voir sacré, s’exerçant à l’endroit du corps mystique de l’Êglisc pour le sanctifier, ou à l’endroit du corps réel du Christ dans l’eucharistie, pour offrir à Dieu le sacrifice, ce qui implique, en ceux qui possèdent ce pouvoir sacré, une participation réelle au sacer­ doce de Jésus-Christ 1® Diacres. Une première institution a lieu pres­ que au lendemain de la Pentecôte, l’institution des « Sept », Act., vî. 1-7. Bien qu’élus à l’occasion du 1211 ORDRE. HIÉRARCHIE APOSTOLIQUE, PRÊTRES 1212 service des labiés, les Sept sont (les ministres sacrés dique; cf. 11. Dleckmann, De Ecclesia, ι. η. 121. Les écrits de l’âge apostolique confirment celte inter d’un rang inferieur. Celte assertion n’est pas infirmée par l'hypothèse prctalion. La Didachè, xv. I, 2, les nomme à la suite des éplscopcs et énumère les qualités requises pour insoutenable de Goguel, Le livre des Actes (t. m leur office de prophètes cl de docteurs. Clément, dans de l’/nbW. au .V. T.), p. 191-193. s’inspirant de / Cor., xi.n. I, rappelle que « les apôtres établirent Welihauscn cl de Loisy. Cet auteur veut que Act., vi, 1-7 soit une légende tardive, élaborée â l'âge apos­ leurs prémices comme évêques et diacres des futurs tolique, pour établir la supériorité des apôtres cl des croyants ». Chez saint Ignace, les diacres forment h· troisième rang de la hiérarchie sacrée, après les évêques évêques sur les ministres inférieurs : les prétendus diacres auraient été les égaux des apôlres qui scies ct les presbytres; cf. Eph., u, 1; Magn., n; vi, 1; xiii, 1; Trait., n, 3; m, 1; vu, 2; Phil.9 suscrlptlon; seraient adjoints en vue de les aider dans leur propre îv; vu, 1; x, 2; Smyrn., vm, 1; xii, 2; Polyc., vi, 1. ministère. Cette hypothèse, arbitrairement élaborée, Leur existence cl leur autorité reposent sur le fait de contredit les traditions anciennes les plus dignes de l’institution divine, Trait., ni, \;Smyrn., vm. 1 (voir foi, et se heurte à la continuité historique bien établie Diacres, col. 706-707); voir aussi, de saint Polycarpe, entre les diacres de Jérusalem et ceux de l’Églisc la lettre aux Phi lippiens, v, 2, 3. Le sens du mol posta pos tell que; cf. S. Irénéc. Cont. hær., III. χπ, διάκονος est désormais fixe; le diaconat signifie l’ordre 10; IV, XLV, 1, P. G., t. vn, col. 904, 1013. sacré immédiatement Inférieur aux presbytres. Aussi L’hypothèse qui assimile les « Sept » aux presbyla Vulgate réserve-tel le exclusivement le terme dia­ ircs-épiscopcs de la primitive Église de Jérusalem, il. Wendt, Die Apostolgcschichte, 9· édit., Gœttinguc, conus aux seuls passages où la signification d'ordre sacré est indiscutable, Phil., i, I ; I Tim.» ni, 8, 12. 1913, /n Act. V/, 1-6, est tout aussi irrecevable. Les 2° Prêtres. Les anciens, πρεσούτεροι, sont fré­ critiques catholiques enseignent aujourd’hui unani­ quemment nommés dans les écrits du temps aposto­ mement que les Sept sont 1rs premiers diacres. Cette lique. Les Actes parlent des anciens à qui les disciples conclusion est également admise par C. Gore ct C. H. Turner, The Church and the Ministry, 2· édit., Londres, envoyèrent des aumônes à Jérusalem par l’intermé­ diaire de Barnabe ct de Paul, xi, 30. Avec les apôtres, 1919. p. 236 el par J. A. Robinson, The Christian Ministry in the apostolic and subapostolic Age, p. 81- ces anciens sont chargés de trancher la question des rites judaïques, xv, 2, 4, 6, 23 (41); xvi. 4. Ils s’assem­ 82. Londres, 1921. blent chez Jacques, pour recevoir Paul ù Jérusalem Ministres sacrés ils le sont, les Sept, car leur pouvoir dépend de l’imposition des mains et des prières qui après son troisième voyage apostolique, xxi, 18. Dans tous ces textes, â la rigueur de sa signification I accompagnent. Act., vi, 6. Et les fonctions sacrées, inhérentes â leur ordre, paraissent être la prédication, littérale, le ici me πρεσβύτερος n’indique pas nécessai­ vi. 10; vu. 2-63; vm, 5, l’administration du baptême, rement que Γ < ancien » est revêtu d’un caractère et vin, 38. Ce qui a permis à toute la tradition de voir d’un pouvoir sacré. 11 pourrait simplement indiquer en ces Sept les premiers diacres de l’Églisc. Voir que l’ancien possède une réelle autorité de préséance Diaciie, t. îv, col. 708-709. et d'honneur, tout comme la γερουσία d’Israël avant D'ailleurs, sans méconnaître les acceptions plus et après ΓExode, m, 16; îv, 29, etc., ou encore au larges du mot διακονειν. ce terme, employé par saint temps des Machabées, 11 Mac., i, 10; xï> 27, tout Paul pour définir son ministère spirituel, marque bien comme les anciens du peuple, gardiens chez les Juifs dans ce ministère un pouvoir sacré. Saint Paul, en contemporains de Jésus, des anciennes traditions, effet. revendique pour lui-même le même apostolat assesseurs du grand sanhédrin à côté des princes des qui a été conféré par Jésus aux Douze, et il le tient de prêtres et des scribes; cf. Mallh., xvi, 21; xxi, 23: Jésus-Christ lui-même; cf. Gai., n. 7 sq.; 1 Cor., ix. xxvi, 17, 57; xxvn, 1, 3, 12, 20. 11; xxvm, 12; cl 1-2; xv, 9-10. Il agit comme possédant l’autorité parai) ; A< t. iv. 5. 8. nécessaire. Au point de vue de la sanctification des En réalité, les πρεοβύτεροι des premières commu­ âmes, il est le dispensateur des mystères divins, nautés chrétiennes avalent plus qu’une préséance due I Cor., iv. 1. Or, il parle aux anciens d’Éphèse, Act., â leur âge ou â leur autorité; ils participaient au pou­ XX, 21, du ministère (διακονία) qu’il avait reçu du I voir sacré des apôtres dans le gouvernement de l’Eglisc. Seigneur Jésus. Il en parlera également aux Corin- ' Même les seuls textes que nous avons cités jusqu’ici thiens, Il Cor., îv, 1; xi. 18. et à Timothée. I Tim., [ semblent le supposer. i. 12. Le ministère (διακονία) dont il parle. I Cor., 1. Actes : Eglise de Jérusalem. - Dans l’Églisc de xii, 5; Eph., iv, 12. est bien d’ordre spirituel ct 1 Jérusalem, en effet, les anciens apparaissent cons­ • pour l’édification du corps du Christ ·; cf. Il Cor., tamment aux côtés de Jacques pour la gouverner. m, 7-9; v, 18; Il Cor., vi, 3. | I Une première mention en est faite â Act., xi. 30 : Aussi Paul déclare-t-il qu’il a été fait le ministre ils recueillent les aumônes destinées aux chrétiens διάκονος de Jésus-Christ, en vertu du don de la grâce de Judée, tout comme les apôtres le faisaient avant de Dieu, qui lui n été donnée par l’opération de sa l’institution des Sept. Il est donc à présumer qu’ad­ vertu. Eph., m. 7; Col., i. 23, 25. C'est Dieu qui l’a joints a l’évêque de Jérusalem â peu près dans les rendu idoine à devenir < diacre » de la nouvelle alliance. t mêmes conditions que les < Sept · aux apôtres, ils II Cor., ni, 6. Mais il étend cette dénomination à ses exerçaient un certain pouvoir sacré. < Puisque les coopérateurs tant itinérants que sédentaires, 11 Cor., Sept furent institués par les Apôtres avec des prières iv, 4; voir, pour Timothée, I Thess., ni. 2; pour et l’imposition des mains, il n’est pas douteux que Tychique, Eph., vi, 21; Col.. îv, 7; pour Épaphras. les anciens aussi aient été élevés à la participation <’.ol.. i. 7. du pouvoir apostolique par des cérémonies pareilles. Quelques années plus lard, la signification de Vraisemblablement, lorsque les Apôtres commencè­ διακονία, διάκονος sc précisera sous la plume de saint rent à se disperser, que le nombre des fidèles s’accrut Paul ct ces termes seront exclusivement réservés à dans de grandes proportions et que la foi se répandit désigner des ministres sacrés, inferieurs aux épi- en dehors de Jérusalem, le besoin se fit sentir d’établir scopcs ct presbytres, mais leurs assistants dans le des chefs nouveaux, de préposer aux fidèles des hommes ayant reçu une large part de l’autorité et du gouvernement des Églises; cf. Phil., i, 1 ; I Tim. ni, pouvolr apostoliques, aptes par conséquent Λ faire la 8, 12 La I*· à Timothée laisse clairement entendre que les diacres appartiennent à la hiérarchie sacrée : liturgie et à gouverner la communauté ·, Michlels, I/origine de Tépiscopat, Louvain, 1900, p. 146. la probation exigée pour leur ministère, m. 10, l’in- 1213 ORDRE. HIÉRARCHIE \ f‘OST< > L I < HJ I. PRÊTRES Γ2Κ Celle Impression se fortifie quand on considère le nous montre également les anciens investis d’un rôle joué par les « anciens · au concile de Jérusalem. pouvoir gouvernemental et doctrinal dans J’Église. Act., xv. Les anciens occupent, dans l'Églisc, à la < Ceux qui gouvernent bien, ol καλώς προεστώτες tête des fidèles, et immédiatement après les apôlres, doivent être jugés dignes d’un double honneur, » une place éminente. Le texte des Actes ne les sépare v, 17. c'est-à-dire d’une rétribution plus abondante, pas des apôtres, voir xv, 2, 4, 6, et ils sont appelés, < surtout ceux qui s’appliquent a la parole et à ren­ avec les apôtres, à donner la solution du problème seignement. · Il ne semble pas qu’on doive distinguer proposé. H s’agissait, on le sait, de décider si la cir­ des anciens sans fonction ct des anciens directeurs, concision devait vire imposée aux convertis de la προεστώτες, ou chargés du ministère de la parole genlilité. La décision négative, prise après les dis­ comme l’insinue J. Bévillc, Les origines de l'éptscopat. cours de Pierre, de Paul, de Barnabe et de Jacques, Paris, 1891, p. 293 sq. Présider, travailler par la parole est prise au nom des apôlres et des anciens, et elle et par l’enseignement sont les fonctions normales est, comme telle, communiquée aux frères d’Antioche, du presbytéral. Seulement tous les anciens ne sont de Syrie cl de Cilicie. Act., xv, 22, 23. Et saint Luc pas également zélés. Les plus zélés ont droit a des dit expressément au c. χνι, I, que ce sont là les égards particuliers; mais tous doivent être respectés décisions prises par les apôtres ct par les anciens qui Il ne faut accueillir aucune dénonciation contre un étalent à Jérusalem : T à δόγματα τά κεκριμένα ύπδ ancien à moins qu’elle ne soit appuyée de deux ou των αποστόλων καί των πρεσβυτέρων των έν Ιερου­ trois témoins, v, 19. σαλήμ. De quoi il résulte que les anciens prenaient Tout aussitôt après. I, 22, saint Paul recommande une part active Λ l’administration de ('Église; ils à Timothée de ne conférer l’imposition des mains a appartenaient donc à la hiérarchie munie des pou­ personne d’une manière précipitée et de ne participer voirs sacrés. en rien aux fautes d’autrui. Il serait, en effet, respon­ 2. Êpllre de Jacques. — L’épîlre catholique de saint sable des péchés commis par ceux qu’il ordonnerait Jacques apporte, en faveur de celle doctrine, un à la légère. 11 ne semble guère douteux que saint Paul argument d’un grand poids. Celle épllrc est écrite ail eu ici en vue l’imposition des mains pour l’ordi­ aux douze tribus dans la dispersion. A la tête de ces nation au presbytéral. Cela ressort avec évidence communautés se trouvent aussi des anciens. Le célè­ du contexte : après avoir parlé de la vénération due bre passage relatif à l'extrême-onction en fait foi : aux anciens et de la conduite à tenir à l'égard de ceux • Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu’il appelle qui manquent à leur devoir, il passe naturellement a les anciens de l’Églisc et que ceux-ci prient sur lui, cette recommandation de ne les ordonner jamais l’oignant d’huile au nom du Seigneur. Et la prière qu’après mûr examen. L’Apôtre a un soin spécial de de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera, prévenir les fautes de ces anciens cl surtout l'effet ct, s’il a commis des péchés, rémission lui sera accor­ funeste du mauvais exemple qu’ils pourraient donner; dée. » v, 11-17. On a fait remarquer que ces anciens pourquoi? sinon parce qu'il s’agit des supérieurs ecclé­ de l’Églisc ne sauraient être ici de simples vieillards. siastiques. Les anciens sont donc les recteurs de la Si l’onction devait être donnée par des laïques, pour­ communauté, mais ils sont soumis â l’autorité de Paul quoi serait-elle exclusivement réservée aux plus an­ et de Timothée, son délégué, qui les établissent par ciens? De plus, l’expression : anciens de Γ Église marque l’imposition des mains », Michiels, op. ci/., p. 154. bien cpie ces anciens appartiennent ù la hiérarchie D’ailleurs, saint Paul rappelle à Timothée qu’il reçut l’imposition des mains du corps des anciens, μετά sacrée. Voir sur ce point. Extrême-onction, l v. col. 1898. Mais tout doute est enlevé du fait que’ έπιθέσεως των χειρών του πρεσβυτερίου. ιν. 14. Quand ces anciens de l’Églisc doivent conférer un rite sacré. donc Paul Imposa les mains à ce disciple, il y avait L’onction faite par les anciens présente, en effet, tous près de lui le corps des anciens, qui imposèrent les les caractères d’un rite sacramentel. Il n’est question mains, sinon comme consécraleurs, du moins comme que de l’action et de la prière des anciens; on ne prenant part à la fonction liturgique. Ce qu'évldeinparle pas de la foi ni des supplications des malades mcntjls n’auraient pu faire, si eux-mêmes n’avaient Ce rite sacré a donc quelque chose d’officiel; sa valeur pas reçu auparavant la même faveur. Il faut conclure est indépendante des dispositions du sujet. De plus, I que les anciens étaient «ordonnés » par un rile sacré, l’imposition des mains. il est accompli au nom du Seigneur, c'est-à-dire très probablement par l’ordre, en vertu de l'institution du Celle imposition des mains est le rite par lequel Paul Sauveur. El l’effet, santé du corps, sans doute, mais et Barnabe établissent pour les fidèles des anciens encore et surtout salut de l'ûme par la rémission des dans chaque Église, χειροτονήσαντες δέ αύτοΐς τρεσουpéchés et la collation de la grâce, indique ô propre­ τέρους κατ' εκκλησίαν. Act. χιν 22. El il est évident ment parler une action sacramentelle. Bref, nous trou­ , Act., xx, 28. Même en prenant ici le mot έπίσζοπος comme un nom commun, il n’en des directeurs spirituels ayant droit à l’obéissance est pas moins vrai que ces dignitaires ecclésiastiques des 11 tôles. Voir également il Clementis, xvii, 3, 5. Il est difficile d'indiquer plus clairement un pouvoir sont « établis par l’Esprlt Saint », c’cst-â-dlre qu’une sacré. Enfin un dernier passage indique encore l’instl- i consécration divine est A la source de leur επισκοπή. L’Esprit Saint leur a donné la mission de gouverner, tution prcskvtérale : « Bienheureux les anciens dont la course Ici-bas est achevée...; ils n’ont plus à crain­ de régir l’Églisc : la ligure ποιμαίνειν exprime fré­ quemment cette idée de gouvernement, d’autorité dre d’être expulses de la place qui leur avait été dans l’Églisc; cf. Joa,, xxr, 16; Eph., rv, 11. Et il assignée, χπύ τού Ιδρυμένου αύτοϊς τόπου. » xi.tv, 5. Nous omettons A dessein la controverse soulevée | ne s’agit pas d’une surveillance ou d’une adminis­ tration d’ordre temporel, comme le pourrait laisser par certains critiques, même catholiques, à savoir si tous les anciens étaient revêtus d’un caractère sacré, i supposer l’étymologie du mot έπισκοπή, mais il comportant des pouvoirs spirituels institués par s’agit d’un gouvernement d’ordre doctrinal et spiri­ tuel. Les t. 29 et 30, faisant allusion aux propaga­ Jésus * hrist ou si plusieurs d’entre eux appartenaient teurs possibles d’hérésie, ne laissent aucun doute ù cet simplement à un nrdo purement honorifique. Celle égard. question sera traitée ù l’art. Phêthe. Il nous suffit de 2 Épitre aux Phillppiens. L’adresse de l’épltrc constater que tout au moins un certain nombre aux Phillppiens «A tous les saints dans le ( hrist Jésus, d'anciens devenaient tels et étalent constitués chefs qui sont A Philippes, et aussi aux évêques et aux dans les Égl’xcs par l’imposition des mains, sorte de diacres ·, Phil , r, 1, semble une dérogation aux habi­ consécration donnée par les apôtres, leurs délégués ou tudes éplstolaires de l’époque, le salut étant envoyé leurs remplaçants, et que plusieurs de leurs fonctions 1217 ORDRE. HIÉRARCHIE \ l’OSTOLIQ U E, ÉVÈQIES d'Églisc a Église, sans mention des ministres qui les ’ dirigent. Non pas, certes, que les Églises autres que celle de Philippes fussent dépourvues d’évêques, de prêtres et de diacres - saint Clément n’altestc-l-il pas l’existence de surveillants et de diacres dans toutes les Églises apostoliques, xlij. t ? mais, quelle que soit la raison de l’exception faite ici par saint Paul, elle n’en atteste pas moins le rôle prépondérant exercé par les évêques et les diacres dans l’Églisc de Philippes. 3. Épttres pastorales. — Quant à leurs fonctions, on doit dire, en général, qu’ils sont pasteurs d'âmes, cf. Ad., xx, 28; Eph., iv, 11, sédentaires et attachés à un · troupeau · déterminé, se distinguant par là de tous ceux, apôtres, évangélistes, prophetes, doc­ teurs, ., Ml. v. I. L Église de Smyrne appelle Poiycarpe « un docteur apostolique ». διδάσκαλος άποστολικός. Mart. Polijc., xvi, 2. Mais ce < docteur · est un évêque, nu sens que nous attachons aujourd’hui ace mol,ibid.,;cf. S. Irénée Cont, hier., MI, ni, I. P. G., t. vu, col. 851. El, dans l’épilrc de Poiycarpe sont nommés successivement les prêtres, adresse et v. 3; vi. I; xi. 1; et les diacres, v. 2, 3. . I C'est qu’en effet. dès le début du n· siècle existe — et suint Ignace df Antioche en est le principal témoin dans ses épîtres — une hiérarchie comprenant trois degrés parfaitement distincts avec un nom approprié â chaque degré, l’évêque, désormais unique et chef , monarchique de son Église, voir Évêqüi s.col. 1668sq., les prêtres, souvent désignés par un nom collectif, πρεσβυτέριον, et les diacres, eux aussi nommés au pluriel, mais sans former groupe comme les précé­ dents. Voir Eph.. v, 1.3; νι. 1 ; Magn . m. vi; Trait., ir, m, vu. xm; Phtlad., ni. vu; Smyrn., vii-ix. En dehors d’eux, il n’y a pas d’Églisc. El ce qui est remarquable, au point de vue qui nous occupe, c’est que. pour Ignace, l’évêque, scs prêtres et les diacres (sont ) désignés dans la pensée de Jésus-Christ, έν γνώμη ’Ιησού Χριστού, lequel, selon sa volonté propre, τό Ιδιον θέλημα, les a établis el confirmés par l’EsprilSaint ·. Philad., adresse. 1226 \ côté de la division de la hiérarchie en trois degrés, il y a donc ici l’affirmation très nette de l'institution divine, par Jésus-Christ, de cette hié­ rarchie. Mais, de plus, la succession apostolique s’y trouve implicitement exigée pour que et les répons du peuple, ceux qu’on appelle « diacres » | les diacres. Pædag., HI, 11, P, G,, t. vin, col. 677; donnent à chaque assistant une pari du pain eu­ Strom., HI, 12, col. 1180, 1189; VI, 13, t. ix, col. 328; charistique cl du vin mélangé d’eau. Apo/., i, 65; VII, 1. col. 405; Ici il n’est question que des prêlres cf. 67. P. G,, l. vi. col. 128, 129. Le rôle de celui qui ( et des diacres. Voir Clément d'Alexandrie, t. m. préside est ici une donnée singulièrement impor­ col. 167. Origène parle de la hiérarchie, surtout des évêques tante : « Dans rassemblée décrite par Justin, il y a i le λαός, et il y a le προεστός των αδελφών, puis, et des prêlres, ù propos de la rémission des péchés, entre le peuple et son chef, les διάκονοι. Le προεστός . qui est dévolue à ceux qui président dans l’Église, est celui qui préside habituellement : cet office sup- ! et qui constitue le pouvoir des clefs revendiqué pose que celui qui l’exerce est digne de l’exercer; par les évêques. In Judices, homil. n, 5; In Matih., cf. Dial, cum Tryph., cxvn, 2, P. G., t. vi, col. 715. t. xiv, n. 14, P. G., t xn, col. 961 ; t. xm» col. 1012Le προεστός prononce la prière seul, et le peuple 1013. Et précisément, à propos des condamnations répond Amen. 11 fait l’homélie, commente la leçon, portées par l’Église contre les clercs pécheurs, Ori­ morigène les frères. On lui remet les offrandes à dis­ gène fait nettement allusion aux trois degrés de la tribuer aux pauvres. Appclons-le par son nom. C’est hiérarchie ; « 11 est humiliant, écrit-il. de se lever l’évêque. > P. Batiffol, L'eucharistie, la présence dans l’église du banc des prêtres, de se voir expulse réelle el la transsubstantiation, 5· édit., p. 19. du rang des diacres. » In Ezech., homil., x, 1, P. G., 3. Les Pères controoersistes. — Nous devons nous t. xiii, col. 710. D’autre part, dans son homélie arrêter tout particulièrement à saint Irénéc. sur le ps. xxxvn, 1, P, G., t. xn. col 1372, il parle Tout en invoquant, à la suite de Papias, le témoi­ en ces termes de l’autorité de la hiérarchie sur les gnage de certains « presbytres > qui pouvaient n’être simples fidèles : * Tous les évêques, les prêlres, les pas de véritables chefs ecclésiastiques, Irénéc con­ diacres, nous instruisent; pour nous instruire, Ils naît très certainement la succession hiérarchique de emploient des réprimandes et des paroles dures... » l’Église catholique. Les ministres sacrés sont dési­ Ailleurs, il parle du rôle du prêtre comme confesseur, gnés par lui indifféremment par les termes έπίσκοποι lequel doit être un médecin habile et expérimenté. el πρεσόύτεροι, la distinction du sens entre ces deux In ps. x.xxvff, homil., n. 6, P. G., t xn, col. 1386 termes n’étant pas encore nettement établie. Voir Il apparait bien dans la pensée d’Orlgène que l’évêque Îri.xée (Saint), t. vu, col. 2128. Mais la doctrine seul n’est pas le détenteur du pouvoir des clefs, même de saint Irénéc connaît la distinction du véri­ mais que les fidèles ont le choix entre plusieurs méde­ table épiscopat et du simple presbytérat : · Ce ne cins; cf. In Luc,, homil., xvn, P. G., t. xm. col. 1846. sont pas tous les prêtres qui sont dépositaires, au Sur tons ces points, voir Origène et \ d’Alès, L'édit de Callisle, Paris. 1911, c. ix. On retrouvera même titre, de la tradition apostolique, mais roux plus lard quelques traits de la théologie d’Orlgène qui. dans les Églises, sont les successeurs des apôtres, sur le rôle de l’évêque dans le traitement du péché ce sont les chefs; ce sont, ù Borne, les papes, dont Irénéc dresse la liste, Cont, hier., HL ni, 3, P. G., chez Méthode d’Olvmpe; cf. J. barges, Les idées morales t. vit, col. 849-851, et, dans les plus anciennes Églises, et religieuses de Méthode d'Otgmpc, Paris, 1929, p 136; 117-15M; 153-155. ceux dont il pourrait donner la liste, ce qu’il ne fait 5. Tertullien. — Vers la même époque, en Occi­ pas pour ne pas être trop long. n. 2, col. 818, sc bor­ nant, après avoir établi celle de Borne, à mentionner dent, Tertulllen est un témoin de la hiérarchie Λ trois degrés. Sans doute, sur l’organisation des coincelles de Smyrne cl d’Épbèsc, n. 4, col. 852-853. 1229 ORDRE. HIÉRARCHIE A TROIS DEGRÉS mtinaulés chrétiennes, Tertullicn n’enseigne rien ex professo. Nous trouvons cependant toute la doc­ trine relative à la hiérarchie, éparse dans ses œuvres. Il distingue très nettement les clercs et les laïques, De baplismo, n. 17, P. L., t. i, col. 1217. El ces derniers ne doivent pas s’ingérer dans les fonctions que Tertullicn appelle sacerdotales, sacerdotalia mu­ nera, De proscriptione, c. xi.i, P, t n. col. 56; sacerdotale officium, De oirg, velandis, c. ix, col. 902. Parmi les clercs, l'évêquc est au sommet de la hié­ rarchie, avec pleins pouvoirs pour enseigner, gou­ verner, administrer les sacrements. Les prêtres et les diacres ne viennent qu’après» l'évêquc. De baptismo, toc. al. Le ministère épiscopal représente excellem­ ment la tradition apostolique : les évêques, en effet, ont été institues pour diriger les chrétientés nais­ santes, tels Polycarpc à Smyrne institué par saint Jean,· Clément à Home, par saint Pierre. De pro­ script., c. XXXII, col I L Chef de l’ordre sacerdotal, — summus sacerdos — l’évêque est, comme tel, ministre ordinaire des sacrements, baptême et con­ firmation, De baptismo, toc. cil. ; pénitence, De pudi­ citia, c. xvm, P. L., t. il, col. 1017; eucharistie, Apolog., c. xxxix, P. L., t. i, col. 469; De corona, c. m, t. n, col. 79; et il use de son autorité pour prescrire à la communauté des jeûnes et d’autres pratiques, De jejunio, c. xm, P. L., I. il col. 972. L'ambition des évêques est source de schismes. De baptismo, n. 17, col. 1217. En dessous de l’évêque, se trouve le prêtre, pres­ byter, qui participe au même sacerdoce. A défaut de l’évêque, le prêtre préside l’assemblée des fidèles et distribue l’eucharistie. Apolog., loc. cit.; De corona, c. ni, t. n, col. 79. Le nom de summus sacer­ dos donné ù l’évêque prouve qu’on reconnaissait au prêtre une participation au même sacerdoce. Mais 11 faut reconnaître que Tertullicn n’avait pas encore les idées très nettes de la théologie postérieure sur les pouvoirs d'ordre et de juridiction et la dis­ tinction des deux pouvoirs; cf A. d’Alès, La théologie de Tertullicn, Paris, 1905, p. 218-219. Nous savons d’ailleurs que Tertullicn fut prêtre de l’Église de Carthage et plusieurs de ses écrits témoignent de son zèle sacerdotal. Le Dr anima, c. ix, t. n, col. 659, montre une Ame recourant à sa direction. Les diacres n’ont qu’un rôle beaucoup plus effacé. Néanmoins, ils appartiennent normalement au troi­ sième degré de la hiérarchie. De baplismo, n. 17. t. i. col. 1218; De prescript., c. xi.i, t. n, col. 56; De fuga in pers., c. xi. col. 113; De monogamia, c. xi, roi 913. Évêques, prêtres et diacres enseignent; les laïques • vocantur discentes ». De baptismo, η. 17, t. i. col. 1217. Ainsi donc, Tertullicn. encore catholique, vénère le sacerdoce chrétien. « S’il lui arrive de dire, après saint Pierre, I Pet., n, 9, et saint Jean, Apoc.. 1, 6; v, 10; xx, 6, que tout chrétien est prêtre, nos veri sacerdotes. De oratione, c. xxvm, t. i. col. 1191, il no méconnaît pas la distance qui sépare ce sacer­ doce métaphorique du sacerdoce proprement dit, et réserve également les droits de la hiérarchie ecclé­ siastique, De baplismo, loc. cil.; cf. Dr corona, c. Ill, t. n, col. 79. Mais, du jour où il prit en main la cause de la nouvelle prophétie, par la force des choses il se trouva le porte-parole et le porte-étendard de l’élément laïque, en vole d’insurrection contre les chefs de l’Église. Ceux-ci devinrent de faux pasteurs. Dr corona, c. L t. IL col. 77, lions dans la paix, cerfs au combat, toujours prêts ù fuir devant le loup. De fuga, c. xi, col 113. L’épiscopat ne fut plus que la tyrannie d’un homme, De fuga. c. xm, col 118. une odieuse contrefaçon de l’institution apostolique. Les revendications se précisent dans l'exhortation 1230 Λ la chasteté : « Est-ce que. même laïques, nous ne • sommes pas prêtres ? 11 est écrit, Apoc., i, 6 : il nous a faits royaume, prêtres de Dieu son Père Entre clercs cl laïques, la différence est constituée par l’investi­ ture de l’Église, qui honore les uns d’une préséance. Où il n’y a plus ni assemblée, ni préséance, vous sa­ crifiez, vous baptisez, vous êtes prêtre pour vousmême, de plein droit. Mais où sc trouvent réunis trois fidèles, fussent-ils laïques, la est l’Église.» De exhortatione castitatis, c. vu, t. h. col. 922. La même conception démocratique de l’Église se retrouve, plus développée, dans le traité de la monogamie. Au nom de l’ancienne l t. xn. p. 282*284· La nécessité d’un rite sacré ne se pose que pour la transmission des pouvoirs depuis 1rs apôtres. Toutefois, l'apostolat primitif présente deux cas spéciaux qui demandent quelque discussion. a) Le cas de saint Jacques, évêque de Jérusalem. — On sait (pic certains auteurs refusent d'identifier saint Jacques, premier évêque de Jérusalem, frère du Seigneur, Matth., xm, 56, Marc., vi, 3, avec l’apôtre Jacques le Mineur, fils d'/Mphéc, Matth., x, 3; Marc., m, 18; Luc., vi, 15; Act., i. 13. Sur les rai­ sons qu'on apporte contre l'identification, voir dictionnaire de la Bible, art. Jacques, t. in. col 1081, et J. Chaîne, L'épltre de saint Jacques, Paris, 1927, introduction, p. xxx sq. Si Jacques, évêque de Jérusalem, était en même temps l’un des Douze et l’un des « frères ■ de Jésus, son choix, par le collège apostolique, comme premier évêque de l’Éghse-Mère de Jérusalem, s'explique­ rait sans difficulté, et son pouvoir épiscopal aurait la même source que celui des autres apôtres, le choix de Noire-Seigneur Jésus-Christ. Par là s’explique­ rait aussi facilement la place éminente que le Nou­ veau Testament lui reconnaît, non seulement comme chef de la communauté hiérosolymilaine, Gal., i, 18, 19; Act., xn, 17; xv, mais encore comme colonne foutes les destinations du ritc qu'a connues l’Église primitive : guérison, confrmation, pénitence, ordination; cf. Behm, Die Handau/legung im Urchrlslentum, Leipzig. 1918. p. 51, n. 5. Mais deux interprétations seulement sont susceptibles de retenir l'a t tent ion des exégètes catholiques. — Tout d'abord celle qu’a développée ici-même, t. vu, col. 1306-1314, le P. Galticr. Il s'agirait d’une impo­ sition des mains relative ft la réconciliation des pécheurs. Nous ne ferons que résumer les raisons invoquées en faveur de celte interprétation : on fait remarquer que l’exégèse favorable au rite d’ordi­ nation ne date que de l'Ambrosiaslcr et de Théodore de Mopsuestc; qu’elle n’a jamais été universellement reçue dans l’exégèse protestante et anglicane; qu'elle a même été abandonnée par quelques auteurs catho­ liques; qu’elle n'a d’autre base que l’expression tech- I nique,χειροθεσία, dont l’apôtre s’est servi; qu’elle est sans fondement dans la plus ancienne tradition cl qu’en particulier elle a contre elle la tradition de l’Église africaine; qu'elle donne au ÿ. 22 un sens contraire à la grammaire, à la vraisemblance, et ft la logique (pour expliquer : ne participe en rien aux péchés des autres, en fonction des mots précédents : ιΓ impose légèrement les mains à personne); qu’elle | attribue en tin ft saint Paul, dans les versets précé­ dents, une procédure de réconciliation pour les pres­ bytres, qui est radicalement en opposition avec la pratique de l’Église ancienne. On observe, par contre, que l’interprétation relative à la réconciliation des pécheurs conserve le sens habituel des expressions courantes et déterminées, άμαρτάνοντας... ελεγχε et χοινώνει αμαρτί α ις, qu'elle s’accommode des habitudes lexicographiques de saint Paul et qu’elle semble imposée par le contexte immédiat de l’épitrc. Mais cotte argumentation est loin d’être couvain- | cante et la plupart des exégètes et théologiens catho­ liques estiment au contraire que I Tim., v, 22 men­ tionne bien l’imposition des mains qui est le rite de l'ordination. Au c. m, Paul avait décrit les qualités requises chez les candidats aux ordinations; au c. iv, il recommande ft Timothée sa sanctification person­ nelle et le conjure de ne pas négliger la grâce qui est en lui en vertu d’une révélation prophétique avec l’imposition des mains du presbyterium. Puis, au j c. v, il exhorte son disciple au zèle pour le maintien de la discipline. C’est Ift qu'après avoir rappelé quelle attitude II convient d’observer ft l’égard des veuves, il aborde la question des prêtres, i. 17. Tout le pro­ blème consiste à grouper les versets 17-25 d’après leur sens : | 17. Que les prêtre* qui gouvernent bien *olent regardés comme dignes d’un double honneur, surtout ceux qui s'appliquent ft In parole et ft renseignement. 18. Car Γ Écriture dit : · Vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule te grain ·, et : « l’ouvrier est «ligne de son sa­ laire », 19. Ne reçois point d’accusation contre un prêtre, si ce n'est devant deux ou trois témoins. 20. Heprcnds ceux qui pèchent, devant tout le inonde, afin que lesautres en conçoivent de la crainte. 21. Je te conjure devant Dieu, dosant le Christ-Jêuis, et les anges élus, d'observer ce* cimes s ris p*èju{J, ne faisait rien en incinant d’un autre côté. 22. N'lmpo%e légèrement les mains ft personne, et ne participe en rien aux péchés des autres. Sols tou­ jours chaste toi-même. 23. Ne continue pas a ne boire «pie de l’eau; mais use d’un peu do vin, Λ cause do ton estomac et de tes fréquentes Infirmités 21. Ixy* péché* «le quelques hommes sont inanité·tes, et les de vancent nu jugement; mais ceux de certains autres les suivent. 25. El pareillement les œuvres bonnes sont manifestes, et celles «pii ne le sont pas ne peuvent rester cachées. On est généralement d'accord pour considérer les conseils adressés à Timothée, t. 23, comme un verset 1242 déplace de son contexte, Le problème consiste donc ft grouper les t. 17-22, 21-25 d'après leur sens. Origène et saint Jean Chrysostome ont proposé de raj>porter les t. 19-21 au traitement des pécheurs; le* f. 17-18, 22, 24-25 ft la constitution des presbytres. Origène, tn Jesu Naoe, horni)., vu, 6, P. G., t. xu, col. 861; S. Jean Chrysostome, tn 1 Tim., honni, xv, 2, P. G., t. LXir, col. 582 Mais plusieurs auteurs modernes terminent au r. 19 la section des presbytres. pour aborder dès le f. 20 une section nouvelle et homogène sur le traitement des pécheurs, en rap­ portant l’imposition des mains cl le discernement a la réconciliation des pénitents. C'est la lecture adoptee par ceux ft l’opinion desquels se rallie le P. Galticr En faveur de l'opinion d’Origène et de Jean Chry­ sostome, on peut dire que l'ancienne exégèse afri­ caine n’a pas encore recueilli beaucoup d’adhésions; cf. M. Meinerlz. Die Pastoralbrie/e des heiligen Pau­ lus (Die heilige Sehri/t des Neuen Testaments, 2' éd.j, Bonn, 1921, p. 51. Nous estimons que ses partisans ont surévalué l'autorité des anciens écrivains ecclé­ siastiques «pii ont rapporté à la réconciliation des pénitents ce t. 22 de l’épitrc à Timothée. Sans doute, a première vue, leur nombre est imposant, mais en groupant les divers témoignages, on constate qu’ils n’appartiennent qu'a deux milieux très circonscrits cl étroitement apparentés, d’une part a l'ancienne Église d'Afrique et d’autre part aux milieux ecclé­ siastiques représentés par saint F’irmilicn de Césarée. En réalité, celle ancienne tradition exégéliquc semble remonter à Tcrtullivn. Le fougueux apologiste afri­ cain s’est servi du texte paulinicn pour reprendre les évêques lmp enclins, ft ses yeux, a réintégrer dans la communion ecclésiastique les pécheurs et les apos­ tats pénitents. De pudicitia, win, 9, P. L . t. ti, col. 1016. L’interprétation de Terlullicn se répandit dans l’Église d’Afrique; elle fut acceptée par saint Gvqirien, par les évêques du concile de 256 et par saint Eirmilicn de Césarée. l’ardent allié de l’évêque de Carthage dans scs démêlé* avec le Siège romain. Dans ces conditions, l'autorité de cette tradition est diminuée de beaucoup; elle n’exprime pas une opi­ nion reçue dans l’Église universelle, mais tout au plus une tradition locale, remontant ft un auteur privé... < Dès lors, il ne reste plus à considérer que les argu­ ments empruntés ft l’analyse littéraire du passage en question. San* doute, les versets 17-22 ne sont pas d’une cohésion parfaite. Déjà Origène et saint Jean Chrvsostome l’avaient entrevu et, pour cette raison, tout en entendant l’imposition des mains «les rites de l’ordination, ils avaient rapporté le f. 20 ft la récon­ ciliation des pénitents, admettant par conséquent une digression importante dans la succession logique des f. 10, 20 et 22. Mais il nous semble que même celte digression partielle n’est pas prouvée. L’Apôtre, après avoir déterminé la conduite à observer envers le* presbytres fidèles, puis envers les presbytres accu­ ses par un membre de l’Église, traite finalement et logiquement des ministres «pie la vigilance de Timo­ thée a reconnus coupables d’un délit. Envers ces derniers, la charge de Timothée était particulière­ ment délicate, et saint Paul, sachant bien qu’il vaut mieux prévenir le mal quo le combattre, donne pour l’avenir à ce disciple ce conseil éminemment prudent et salutaire : N'impose précipitamment les main* ft personne et ne communique pas aux péchés d’au• trul. Tout s'enchaîne et s’explique. » J. Coppens, op. cil., p. 129-130. L'auteur dont nous rapportons l'exégèse fait observer que l’expression · communi­ quer aux péchés d’autrui · n’a pas toujours, dans les trè* ancien* documents, le *ens restreint que lui re­ connaît le P. Galticr avec les tradition* s’originant ft 1243 ORDRE. RITE PRIMITIF, DOCUMENTS ANCIENS Tertullien. Les documents apostoliques et sub-aposloliqucs présentent des sens beaucoup plus larges; cf. 1 Cor., V, 6, 9-12, 13; Il Cor., νι, 1 1; H Joa., 11; Eph., v, 7, 11; Apoc., xvm, 4 (simple entretien de relations sociales avec le pécheur); S. Justin, Apol., n, 2; Hennas. Mandatum, ιν, 1-5 (cohabitation conju­ gale); Dtdachè, xiv, 2, (participation commune aux mêmes actes religieux). Au f. 22, le manque de liai­ son grammaticale n'exclut pas la connexion des pen­ sées cl il n’est pas inouï que les épltres paulinlcnnes, y compris les Pastorales, présentent ainsi des transi­ tions un peu brusquées. Enfin, il faut noter que la pratique de réconcilier les pénitents par l’imposition des mains n’est pas attestée pour l’âge apostolique. Aussi l'interprétation africaine fut-elle bientôt con­ tredite par l’Ambrosiaster en Occident et en Orient, par Théodore de .Mopsucste ct saint Jean Chrysostome. Ces auteurs interprètent le t. 22 du rite d’ordi­ nation; ils estiment donc trouver dans le texte apos­ tolique un renseignement précis sur ce rite. Voir aussi Tixeront. L'ordre et les ordinations, p. 108. c. 1 Tim., /r, 11; H Tim., i, G. - l ne confirma­ tion de ce sens se trouve, sans contestation possible, dans l’indication, par saint Paul lui-même, du rite d'ordination de son disciple Timothée. Deux textes : ■ Ne néglige point la grâce qui est en loi, qui l’a été donnée en vertu d’une prophétie avec l’imposi­ tion des mains du presbytérium : Μή άμέλει τού In σοΙ χαρίσματος, β έδόΟη σοι διά προφητείας μετά (πιΟεσεως των χειρ ών τού πρεσβυτερίου. · « Je t’engage â ranimer la grâce de Dieu, qui est en loi par l’im­ position de mes mains : Άναμιμνήσκω σε άναζωπυρεΐν τό χάρισμα τού θεού, ο έστιν έν σοΙ διά της έπιΟέσεως των χειρών μου. · I Tim., ιν, 14; 11 Tim., ι. 6. Ces textes se complètent et. dans leur brièveté, énumèrent les ministres, les circonstances, les grâces de l’ordination de Timothée. Le ministre principal fut Paul, comme l’indique la seconde épître, ce qui n’exclut pas la participation du presbytérium, c’est-àdire de rassemblée des prêtres (de Lystrcs, proba­ blement, dont Timothée était originaire, Act., xvi, | 1-3). Le texte ne parle pas de prière accompagnant le geste de l’imposition des mains; mais il est peu pro- [ bablc que cette imposition des mains ait été muette | ct n’ait pas été accompagnée de quelque prière : c’eût été tout le contraire de ce que nous savons par ailleurs, Ad., vi. 6. En tout cas, il ne faudrait pas entendre l’ordination διά προφητείας comme s’il s’agis­ sait ici de l’équivalent de la « forme. » du sacrement. L’expression διά προφητείας est obscure pour nous, et montre sans doute que Timothée, avant son ordina­ tion, avait été l’objet d’une désignation surnaturelle touchant son ministère. Saint Paul ne suppose-t-il pas lui-même que son disciple a été l’objet de pro­ phéties qui doivent l’inciter à combattre le-bon com­ bat : κατά τάς προαγούσας επί σε προφητείας, ϊνα στράτευση έν αύταις την καλήν στρατείαν. Quant à la grâce reçue par l’imposition des mains, c’est à coup sûr un · charisme » d’ordre surnaturel se rapportant aux fonctions sacrées que Timothée doit remplir. Saint Paul s’applique à décrire ce charisme. Il Tim., r, 7-12. C’est un don de l’Esprit. un don de force, de charité, de sens pratique ct de sobriété. « Ici, ce qui est conféré par l'imposition des mains n’est pas une simple mission, une simple fonction — ce que les Anglais appellent appointment — c’est une grâce, un pouvoir surnaturel, χάρισμα » Tixeront. op. cit. p. 107. I Tout semble indiquer d’ailleurs que ce pouvoir chez Timothee est le pouvoir épiscopal proprement dit. Ont admis celte conclusion, chez les anciens : S Epiphane. Hier., i.xxv, 4. P. G.. t xui. col 508; Théodore de Mopsucste, In I Tim., ni, L P· G., 124ύ t. Lxvi, col. 956 sq.; Théodord de Cyr, In I Tim, ni, I, P. G., t. i.xxxii, col. 803. Chez les modernes, c'est le sentiment du grand nombre, du moins chez les catholiques. Voir IL Bruders, Die Ver/assung der Kirche... bis zum Jahre /7.5 nach Christus dans Porsch. z. chrisll. Litteralur-und Dogmengcschichte, t. iv, fasc. 1-2, .Mayence, 1904 ; Michiels, op. cil. Parmi les protestants el critiques indépendants, liions Gore-Turner, op. cit.; Harnack, Mission und Ausbreitung des Christentums, 2· édit., Leipzig, 1915, ct Knopf, Das nachapostolische Zeitaltcr, Tubingue, 1905. 3. Conclusion. — Les Actes ct les Pastorales nous montrent le rite de l’ordination déjà universellement admis dans l'Église naissante. Tout d’abord employé dans ΓÉglise-mère de Jérusalem, ce rite se retrouve à Antioche, puis est repris par saint Paul dans la fondation de toutes les Eglises. Ainsi apparaît nette­ ment son caractère apostolique. Cette conclusion est singulièrement renforcée du fait que l’imposition des mains était un rite déjà employé dans la synagogue (voir Imposition des mains, col. 1302-1301) ct que, s'il est passé dans l’Église catholique, c’est (pie les apôtres, prédicateurs de la nouvelle rel.gion, ont fait, sous l’inspiration du Saint-Esprit, à l’occasion de ce rite, un emprunt chrétien aux traditions synagogales. Bien ne pouvait mieux marquer l’institu­ tion divine, le rite n’étant choisi que pour répondre à une indication de Noire-Seigneur et sous l’in fluence du Saint-Esprit. 3° Dans l'Église primitive. Les documents de l'époque apostolique et immédiatement subaposloiique n’apportent aucune précision aux données du Nouveau Testament. ('.es documents, en ciïct, sont des écrits de cir­ constance; leurs auteurs n’avaient ni occasion, ni intérêt à parler des rites de l’ordination. Nous retrou­ vons l’expression χειροτονεϊν, mais avec le sens d'élire, de choisir (qu'elle possède II (’.or., vin, 19, et Act., xiv, 22) dans la Didaché, xv, 1 : Χειροτονήσατε... έπισκόπους καί διακόνους. 11 s’agit ici, à coup sûr. de ministres sacrés, puisque leur office est d’offrir le sacrifice eucharistique, xiv, 3. Mais il est également certain que χειροτονεϊν signifie simplement élire, choisir, puisqu’il s’agit d'une invitation faite à tout le peuple chrétien de se choisir des ministres idoines. De même, chez Ignace. PHilad., x, 1 ; Smijrn., xi, 2; Polgc., vu, 2, car il s'agit du simple choix d’un diacre déjà en fonction, pour une mission déterminée. Cette indétermination permet au cardinal van Bossum d’écrire : explicata c primo sicculo testimonia post Apostolorum tempora non inveni. De essentia sacra­ menti ordinis, rribourg-en-B., 1914, p. 61 ; cf. E. Prat, La théologie de saint Paul, t. u, 10· édit., p. 366, note 1. Néanmoins il serait contraire aux règles d’une saine critique de conclure que rimpositlon des mains, rite sacramentel, n'existait pas nu n· siècle en vue de la transmission des pouvoirs de l’ordre. Nous avons, en effet, trouve plusieurs textes du Nouveau Testament (notamment Ad., vi, 1-6; probablement Act., xiv, 23; xx, 28; plus vraisemblablement I 'l'im., v. 23 et certainement I Tim.. ιν. 11 et H Tim., i, 6) où l’imposition des mains, dès la fin du î«r siècle, apparaît comme le rite universellement reçu de l’ordi­ nation. Nous savons par ailleurs qu'en fait les trois degrés delà hiérarchie ont été t ransmis par les apôtres, leurs remplaçants ou leurs successeurs immédiats, voir notamment Clément, / Cor., c. xi.ii, xlîv. Et. par l’exemple de Timothée, nous savons que ces successeurs n’avalent le pouvoir de transmettre le sacerdoce qu'en suite de I impost ion des mains reçues par eux-mêmes. Ces simples constatations nous permettent d'éll- 1245 ORDRE. RITE PRIMITIF, DOCUMENTS AxNCIENS miner les interprétations rationalistes du rite de rimpositlon des mains : celle de Hatch, réduisant la hiérarchie à des fonctions civiles ordinaires et n'ac­ cordant ù l'imposition des mains qu'un caractère très secondaire, Geseltschaftsocr/assung der chrisll. Kirchen im Altertum, Giessen, 1883, p. 133 sq.; celle de Sohm réduisant l’efficacité de l’imposition des mains Λ une simple confirmation d'un charisme préexistant. Kirchenrecht, t. i. Leipzig. 1892. p. 60-66. Il est certain, en effet, que les institutions fondamen­ tales faites par les apôtres ont continué dans l’Église. Si le rite de la transmission des pouvoirs sacrés n’est pas mentionné, ce n'est pas que l’écrivain l’ignore : il le suppose. 4° .4 partir du IIP siècle. — Les textes postérieurs sont une preuve manifeste de la vérité qui vient d’être énoncée. 1. Pnrnotandum. Ainsi que l’a fait remarquer Behm, Die Handauflegung. p. 70, l’usage de l’impo­ sition des mains au début du nr siècle comme rite d’or­ dination est si universellement répandu qu'on le présente comme ayant ses origines aux premières institutions de la hiérarchie. Voir, par exemple, dans les apocryphes. une ordination conférée par l'apôtre Mat­ thieu, Martyrium Matthai, 28, édit. Bonnet, dans Acta apost, apocr,, t. n o, 1898. p. 259; l’ordination de saint Pierre par Notrc-Scigneur, Actus Petri cum Simone, 10, édit. Lipsius, ibid., I. î, p. 58 (cf. L. Vounux, Les Actes de Pierre, p. 296); la constitu­ tion de douze prcsbylres et de quatre diacres par saint Pierre, llecognit. Clementina·, in, 66-67, P. G., t. !, col. 1311 ct Monumenta Ecclesia* liturgica, Paris, t. i b, n. 1617; l’installation de Clément et de Zachéc par le même apôtre, l’un, comme évêque de Borne, l’autre, comme évêque d’Antloche de Syrie. Epistula Clementis ad Jacobum, n. P. G., t. n. col. 35. et 3/en. lit., n. 4779.; Recognittones Clementina, nr, 66-67. Pa­ reillement. l'auteur des Constitutions apostoliques rap­ porte que les apôtres ont institué évêque, par l’im­ position des mains, dans les diverses Églises, leurs successeurs immédiats : · Des évêques qui ont été ordonnés par nous, χειροτονηΟέντων, nous vous indi­ quons que ce furent,., ù Alexandrie, Anianus, ordonné premier évêque κεχειροτύνητσι, par Marc l’évangé­ liste, et A vilius, le second par Luc aussi évangéliste. Quant ά l’Église de Borne, le premier évêque fut Lin,... et le second, par moi Pierre, ordonné après la mort de Lin, fut Clément, ύπ’ έμ<ύ Πέτρου, δεύ­ τερος κεχειροτύνηται. Vil, χι.νι, P. G., t. i, col. 1017. Quelle que soit la suspicion qui légitimement s’atta­ che A pareilles assertions, elles n’en constituent pas moins un témoignage irrécusable de la tradition exis­ tant au m· siècle. Celte tradition trouve un nouvel appui chez Clément d’Alexandrie, qui rappelle que le prêtre ou le diacre est non quasi ordinatus ab hominibus, ύπ’άνΟρώπων χειροτονούμενος. Strom., VI, xm, P. (l., t. ix, col. 327. 2. l es diners témoignages du ///· au r· siècle. — Dès le début du m· siècle, les témoignages abondent. Lors­ qu’il s'agit des évêques, des prêtres cl des diacres, l’idée de choisir, d’élire, de constituer implique celle d’imposer les mains : ces deux idées deviennent si intimement associées qu’il n’y a pas trace d’ordination où n’intervienne l’imposition des mains. Ainsi, l’im­ position des mains, χειροτονία ou χειροθεσία appa­ raît dans toutes les traditions historiques concernant les ordinations sacerdotales ou les consécrations épi­ scopales. Sur celle signification et sur la synonymie de χειροτονία et de χειροθεσία, voir les $ 5 et 6 duns le Pronmium du traité De sacramento ordinis de la théo­ logie de Wnrl zbourg, t. v, p. 296-298; ct dans Huilier, De sacris elect, tl ordinat., proleg.. Cursus thcol. dc Mignc, t. xxiv, p. 161-166. Ce n’est que plus lard 1246 (vers la fin du vnr siècle) que les écrivains ecclésias­ tiques feront une distinction entre χειροθεσία, béné­ diction ecclésiastique, et χειροτονία, ordination pro­ prement dite. Voir déjà Tamise, dans les Actes du II* concile dc Nlcée, sets, r, Hnrdouin. t. rv, col. 52 C. Simeon de Thcssalonique applique au sous-diacre la χειροθεσία, au diacre et au prêtre la χειροτονία, en distinguant nettement le sens de l’une et de l’autre. Dr sacris ordinationibus, 156, 159. P. G., t. clv, col. 361, 365. Les témoignages qui nous restent peuvent être répartis en trois classes : faits historiques d’ordina­ tions; discipline liturgique: enseignement patriotique. a) Faits historiques. — Ordination sacerdotale d’Orlgène par les évêques de Césaréc et de Jérusa­ lem qui lui imposèrent les mains pour le presbytérat, χε’ρας εις πρεσβυτέρων αύτω τεΟείκασι, Eusèbc, il. E., VI. viri, 1, P. G., t. xx, coi. 537. — Saint Corneille, dans sa lettre à Fabius d’Antioche, raconte comment Novation fut ordonné prêtre, κατά χάριν του έπισκόπου τού έπιΟέντος αύτω χειρας είς πρεσ­ βυτερίου κ/ήρον, et comment ensuite il contraignit trois évêques à lui conférer l’épiscopat « par une impo sition des mains sacrilège ct vaine, εικονική τινι καί ματ αία χειρεπιΟεσία επισκοπήν αύτώ δούναι. » Eusebe, il. E., VI. xlhî, 7, ibid., col. 620. Voir, sur Je même sujet une lettre dc saint Cyprien, à propos des « confesseurs qui ont consenti à une telle consé­ cration : ut paterentur ei manum quasi in episcopatum imponi. > Epist., xi.ix, l.édit. Hartel. p. 610. Dans une lettre au clergé ct au peuple d'Espagne, saint Cy­ prien décrit ainsi le rite de l’ordination employé pour Sabinus : Quod ct apud nos factum videmus in Sabini cotlegir nostri ordinatione, ut .. episcopatus ei deferretur et manus ei in locum Dasiiidis imponeretur. Epist., lxvh, 5. édit Hartcl. p. 739. Cf. consécra­ tion de saint Fabien, où les évêques étaient réunis χειροτονίας ένεκεν, Euscbe, //. E., VI, xxïx, P. G., t. xx. col. 588; consécration d’Anatole d’Alexandrie, à qui Théotecne imposa les mains pour l’épiscopat, χεΐρας είς επισκοπήν έπιτέΟεικε, Eusèbe, 11. E., VII, xxxn, 21. col. 729. L’auteur du Ce aleatoribus, c. in. parle en des tenues identiques dc sa propre consé­ cration : episcopium... per impositionem manus... excepimus. Opera Cypriani, édit. Hartel, t. ni. p. 94. Il n'est pas encore question, dans ces documents, de l’ordination au diaconat. Mais les textes liturgiques m us renseignent très suffisamment. Au n* siècle, saint Basile rappelle qu’Anthime a ordonné Faustus de sa propre autorité et de sa main propre, έχειροτόνηοε τόν Φαύστον ίδια αύΟεντία καί ίδία χειρί, Epist.. cxxxii (al. cccxili), P· G., t. xxxn, col. 511 ; cf. Epist., cxxi (al. cxcv), col. 540; il parle dc ceux qui imposèrent les mains à Gré­ goire de Nyssc, oî χειροτονήσαντεε, Epist., ccxxv (al. Ccclxxxv), col. 811; cf. lui, col. 391-397. Saint Grégoire de Nazianzc rapporte, faisant mention de la seule imposition des mains, sa propre ordination. Or., x, n. I, et celle de son père. Or., xvm, n. 33, 34, P. G., t. XXXV, col. 830, 1027. Dans le récit dc l’ordi­ nation de saint Grégoire le Thaumaturge, saint Grégoire de Nyssc montre que la consécration se fait pai la seule imposition des mains, Vila S. Gregorii Thaumat., P. G., t. xlvi, col. 909. Saint Optat rapporte que Cêcilicn fut sacré, manus imponente Felice Autuninitano. Dc sehimate donat., L I. n. 18, 19, P. t. xi, col. 918. Le sacre de saint Jean Chrysostomc, raconté par un auteur du x· siècle. Siméon Métaphrasle, fut marqué d’un miracle au moment même où Chrjsoslome inclinait la tête sous la main dc l'évêque, P. G., t. exiv, col. 1075. Voir, dans saint Augustin, l’ordination dv .Maximien, Ee gestis cum Emerito, n. 11, P. L., t. xlih, col. 705; de la même 1247 ORDRE. RITE PRIMITIF. TEXTES I.ITURGIOIJ ES ordination, saint Célcslin parle, laissant entendre que les paroles sacramentelles sont jointes ù l'impo­ sition ordonné I a Moysc de choisir dt» vieillards (pre^fiyfcroi) que tu ns 124!) ORDRE. HITE PRIMITIF. TEXTES LITURGIQUES rempli* de (on esprit, (de cet esprit) quo tu avals donné /i ton serviteur. Et nudntonant, Seigneur· fid·» que *c conserve m nous (on remarquera ce changement, on résèque prie pout I ou*) Min* déchet l'esprit de In grâce, el rcnds-nou* digues, pur hi fol, de le servir dim* In sim­ plicité du cœur, le louant par Ion enfant, le Christ-Jésus, par qui soli A loi gloire el vertu, nu Père et nu Piis avec le Sa i nt-Esprit de la Sainte Eglise, rl malntmant et dan* h’s siècles des siècles. Ainsi soit-il. · Dan·» les Canons d'Hippolyte, In prière pour l’ordi­ nal ion des prêt res ne présente aucune différence avec celle de l’ordination des évêques : Si autem ordinatur presbyter, omnia cum co similiter agantur at cum episcopo, nisi quod calhedrir non insideat. Etiam eadem oratio super ea oretur tota ut super episcopo, cum sola exceptione nominis episcopatus Episcopus m omnibus rebus nquiparetur presbytero, exceptu nomine cathedra· ct ordinatione, quia potestas ordinandi ipsi non tribuitur (30 32). Les Canons d'Hippolyte laisse­ raient donc supposer qu’aucune formule spéciale n’existait pour le presbytérat. Et cependant ils dis­ tinguent très nettement le simple presbytérat de l’épiscopat. L'Epitomc, les Constitutions, le Testament ont modifié la formule de la Tradition à partir du moment où l’évêque prie pour tous; la prière continue pour le seul ordlnand. décrivant le ministère sacerdotal; cf. Constitutions, V111, xvi, 1 -5; Test. Dom., t, 30. I n mot cependant s’est conservé dans les Constitutions, \ 111, XVI, 5, qui vise la pluralité des assistants : « Conserve en nous sans déchet l’esprit de ta grâce Epitome cl Constitutions n’indiquent pas d’ailleurs que les prêtres assistants imposent la main avec l’évêque : leur présence ct celle des diacres est simplement men­ tionnée. του πρεσβυτερίου προεστώτός σοι καί των διακόνων. Mais nu c. χχνιιι, 2. 3. les Constitutions indi­ quent formellement la différence entre l’épiscopat ct le presbytérat : Episcopus manus imponit, ordinat (χειροΟετεί, χειροτονεί)... Presbyter χειροΟετεΐ. ού χειροτονεί. Le prêtre, comme le diacre, et les antres clercs, est ordonné par l’imposition des mains de l’évêque; cf. Canons des apôtres, 1, Funk, op. cil., p. 56L c. Ordination du diacre. --- Après l’élection par le peuple, expressément signalée par la Tradition, l’évêque procède à l’ordination du diacre en lui Imposant seul les mains. Ions les documents sont d’accord à ce sujet ct attestent par lâ l’ancienneté et la persistance de la tradition qui prescrit cette cérémonie. Tradition, version latine, sahidique, éthio­ pienne, arabe, ut. 1-8; Canons d'Hippolyte, 33-12; Constitutioni s per ilippolylum, \ n, 1-2; vin, 1-3; Cons­ titutions apostoliques, \ 111, xvji, 1-2; xvm, 1-1; Test. Dom., t, 31-38. Cette circonstance est justifiée par le fait que l’ordinand, ne recevant pas le sacerdoce, n’entre pas dans le collège presby terni, conseil de l’évêque, mais devient simplement par le diaconat, le ministre de l’évêque : (/est pourquoi l’évêque seul crée le diacre. » ('.elle glose doctrinale, vraisemblable­ ment originale, s’attaque aux pretentions illégitimes de certains diacres qui, â partir du m* siècle, ont manifesté parfois une arrogance spéciale Λ l’endroit des fonctions sacerdotales. Voir les conclusions de Frère, op. cil., p. 286, n. 3, et de Brighlnmn, Ternis of communion and the ministration o/ the sacraments in early Times, dans les mêmes Essays, p. 396, et les conciles d’Arles I, can. 15; de Nicée. can. IS; d’ElvIrc, can. 77; édit. I.auchert, p. 28 12, 25. L’Impo­ sition des mains est accompagnée de la prière sui­ vante : • Dieu, qui tout créé et préordonné par ta parole, Père de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, que tu n* envoyé pour exécuter ta volonté (ministrare), ct nous manifester DÏCT. DR TJ!I>OU CATHOL. 1250 ton désir, répands Γ Esprit-Saint dr grace et de sollicitude et d'industrie sur ce tien serviteur, que lu a* choisi pour servir (ministrare) ton Eglise, et offrir dan* le saint de* saint* ce qui t’est offert par (relui <rider par ton Fil* Jé*u*-Christ Notrc-Seigneur, par qui Λ loi, avec lut, soit gloire, puissance et louange avec le Saint-Esprit, etc... · Les Canons d'Hippolyte, 38-12, se distinguent des autres documents en ce qu’ils rappellent Je ministère d'Étienne ct demandent pour le candidat les vertus morales requises à la perfection de son état. Ce sou­ venir d’Étienne se retrouve dans les Constitutions apostoliques, VlILxvin, L-l. Le Testament conserve les grandes lignes de In Tradition, mais glose le texte. d. Ordination du sous diucre.— Aucune mention d’or­ dination proprement dite pour les sous-diacres dans la Tradition; Il est question d’eux après les lecteurs cl les vierges, dans les traductions éthiopienne et arabe : · De même pour les sous-diacres : on n’impose pas la main sur le sous-diacre; on le désigne (seule­ ment) pour servir les diacres. > Les Canons d'Hippolytr, can. 49, semblent supposer que l’evêque présente à l’ordinand le livre des évangiles; ils disent, en effet, que le lecteur est institué par ce geste ct ajou­ tent : ύποδίακονες secundum hunc ordinem. C’était la vraisemblablement l’usage romain. L*Epitome, xi. et les Constitutions apostoliques, VIIL xxt, 1-f, prescri­ vent l impositlnn de la main r · Ordonnant un sousdiacre, dit VEpitome, tu lui imposeras la main et tu diras en priant • Seigneur Dieu, créateur du ciel rt de la terre ct de tout ce qui s’y trouve, qui, dan* la tente du témoignage, n* désigné les ganiien* qui veillrrnirnt *ur le» s~n*es sacrés. Jette maintenant le* yeux *ur ce tien serviteur, qui a été choisi comme *ous-dincrc, cl donne-lui le Saint-Esprit, afin qu'il touche dignement les vn*n liturgiques et qu'il accomplisse en tout tu volonté, par ton Christ, avec qui *<»it ù toi gloire, honneur rt vénération avec le SalntE*prit dans les siècles des siècle*. Ainsi soit-il. » L’imposition des mains est exclue par les Canons d’H ippotijtc, 18 19, par les Statuta Eccles ne antigua, Cnvallcm, Thésaurus, n. 1311; par S. Basile, Epist.. CCXVltj c. 51. /’. G . I XXXII. col 796. c. Ordination du lecteur. — La Tradition apostolique déclare que : · le lecteur est établi par la présentation que l’évêque lui fait du livre; car on ne lui impose pas la main. » Celte indication est reproduite dans les Canons d9Hippolyte, 18, et VEpitome, xtit; mais les Constitutions apistoliqucs, \ III. xxji, indiquent au contraire que l’évêque impose la main au lecteur, en prononçant la prière suivante. Dieu éternel, abondant en pitié et en miséricorde, qui ns manifesté par ce qui n été fuit l'orgimisation du monde ct qui gardes le nombre de te* élu*, jette inalntcmmt les yeux sur ce tien serviteur, choisi pour lire Λ ton peuple le* Sainte* Écriture*, et donne-lui le Saint-Esprit, ΓΕ*ρπΙ prophétique. Toi, qui as instruit ton serviteur Esdras pour lire tes lois à ton peuple, nous t’en supplions maintenant, instruis ton serviteur et donne-lui de rem­ plir sans reproche la fonction qui lui est confiée, ct d'être (par ΙΛ) déclaré digne du degré supérieur, par le Christ avec «jiii soit â toi la gloire ct la vénération, ct nu SaintEsprit dan* le* siècles de* siècles. /\În*i soit-il! · /. La question des · confesseurs ·. — On appelait confesseurs les chrétiens qui avalent, dans la persé­ cution, généreusement confessé leur fol, et avalent souffert pour elle, sans cependant mourir dans leur T. _ XI _ 40 1251 ORDRE. RITE PR 1MITIE, TEXTES LITURGIQUES supplice Ils étaient l’objet d’égards particuliers. Les fopx/ recouraient à eux en vue de leur réconciliation. Voir S. Cyprien, Epist., xv, n. 1.1; xvn, 1 ; xvm, 1 ; édit. Hartcl, p. 513, 521.523; Terlullien, De pudicitia, c. xxri, P. L., L n, col. 1026. Mais de plus, et c’est le point qui nous intéresse présentement, la « confes­ sion » était un titre pour être promu aux ordres ecclésiastiques. Cf. S. Cyprien, Epist., xxxix, 1, édit. Hartcl, p. 581; Tertullicn, Ado. oalentinianos, c. IV. />. L., t. m, col. 516. Pour avoir confessé géné­ reusement leur fol, Aurelius cL Cclerinus furent éle­ vés par saint Cyprien au rang de lecteur, Epist., xxxviir, xxxix, édit. Hartcl, p. 579-81, 581-85, l’évê­ que les jugeant trop jeunes pour le sacerdoce. Les textes de saint Cyprien invitent À penser que les confesseurs ainsi désignés seront régulièrement promus. La Tradition apostolique, au contraire, et plusieurs des documents qui en dérivent donnent une impression toute différente cl semblent indiquer que, dans le cas de confesseurs ayant subi de graves peines, une ordi­ nation au sens propre du mot n'est pas nécessaire pour qu’ils participent aux honneurs (peut-être même aux pouvoirs) du diaconat et du presbylérat, l’épisco­ pat étant d'ailleurs formellement exclu. Il est difficile, à la vérité, de se représenter l’état primitif du texte, et les divers témoins sont loin d’être d'accord. La leçon qui est fournie par le texte copte (et le texte arabe) parait la plus ancienne, elle coïn­ cide d’ailleurs sensiblement avec celle du Testament (qui est notablement plus récente). Confessori autem, si in Qil testimonium emittit vinculis fait propter nomen et confessionem in vinculis Domini, manus non impona­ et in tormentis propter no­ tur ad ministerium (Io dia· men Dei, minus ci propter conii J vel presbyteratum, hoc non imponatur ad dia­ namque dignitatem presby­ conatum neque item ad pres­ teratus confessione sua ha­ byteratum. Habet enim ho­ bet. Sin autem constituen­ norem cleri, cum per confes­ dus est episcopus, manus ei sionem a manu Dei protectus imponatur. Tradition, texte fuerit. SI in episcopum ordicopte. nttur, dignus est quoque Impositione manus. Test. Les Canons d'Hippolyte donnent une leçon analogue, s'il s’agit d'un confesseur : tali\ meretur gradum presbytcralem coram Dro, non secundum ordinationem qute fit ab episcopo. Immo confkssio IAT onniNATio tjvs. Quodsl vero episcopus fit, ordinetur. Can. 43-41. Le texte éthiopien de la Tradition laisse l’impression qu'il a été fortement retouché. Le voici tel que Du­ chesne le traduit d'après l’anglais de Horner ; Si confessor fuit in loco pœnœ in vinculis pro nomine Christi. non extendatur rnanus super cum ad ministerium [quia] id est opus diaconi. |sed ul| (lire plutôt ncc) ad presbyteratum quia habuit honorem presbyteratus co quod confessus est (I episcopus eum ordinabit extendens manum super cum. Visiblement ce texte est tronqué et en le rappro­ chant des trois précédents il conviendrait sans doute dc supprimer les mots entre ( ] et d'ajouter après confessus est : Si episcopus ordinandus est. Que le texte primitif sc soit rapproché davantage de la rédaction copte, ou de celle des Canons, c'cst ce que montrent deux faits: l.La règle que nos quatre témoins indiquent ensuite pour les confesseurs qui n’ont subi que dc légers inconvénients. Tous marquent que, par oppo­ sition aux précédents, ils doivent, si on les élève aux ordres, recevoir l'imposition «les mains. 2. Une remar­ que extrêmement curieuse des Canons dr Hippolyte, Indiquant que la règle vaut pour les esclaves : Si talis, cum servus alleujus ewet, propter Christum cruciatnv pertulit, talis simllitrr est presbyter gregi. Quanquam cohn formam presbyteratus non acceperit, tamen 1252 spiritum presbyteratus adeptus est ; episcopus igitur omit­ tat orationis partum quin nd Spiritum Sanctum perlinet. Il va sans dire qu’il serait prématuré d'établir une théorie quelconque .surdes textes dont la conservation est aussi mal garantie et dont l’origine reste suspecte. Si réellement il s’agit d’un abus qui ait existé, il faut supposer qu’il s’était localement introduit sous l'in­ fluence montaniste. Quoi qu’il en soit, le texte reçut bien vite des correc­ tions. On a vu celle de la version éthiopienne. Celle de V Epitome,xiv, cl celle des Constitutions apostoliques, XVIII, ΧΧΠΙ, est plus radicale. D’ailleurs, à leur épo­ que, l’èrc des confesseurs n’était plus. IS Epitome déclare (et les Constitutions s'expriment de manière sensiblement pareille) : « Le confesseur n'est pas or­ donné, car sa confession est affaire de volonté et de support; mais il est digne d’un grand honneur, parce qu’il a confessé devant les gentils et les rois le nom de Dieu. Que si l'on a besoin dc lui comme évêque ou comme diacre ou comme prêtre, qu'il soit ordonné. Mais si un confesseur non ordonné s'adjuge une dc ces digni­ tés sous prétexte qu’il a confessé (le Christ), qu’il soit déposé, car il n’est pas (ce qu’il prétend), puisqu’il a renié l’ordre établi par le Christ, et est pire qu’un infid g. Autres J. Coppcns, op. cit., p. 159. quasi matérielle et pour ainsi dire magique, ainsi que En ce qui concerne la communication des grâces le semble supposer Bhein, op. cil., p. 196. L’appa­ divines par l’ordination, la Tradition est formelle : ' rentement dc l'imposition des mains chrétienne avec pour l’évêque, elle demande « l’Esprit directeur >: l’imposition, rite d’ordination juif, n’est pas tel qu’il pour les prêtres * l’Esprit dc grâce et de conseil »; ' entraîne cette conclusion â laquelle deux faits s’op­ pour les diacres. « l’Esprit-Saint de grâce et de solli- 1 posent : la présence de l'épiclèsc du Saint-Esprit dans citudc et d’industrie ». Cf. 'Fixeront, L'ordre et les toutes les anciennes prières d’ordination et le grand ordinations, p. 180. nombre des ordinations considérées par l’Églisc Les docteurs dc l’Églisc romaine affirment avec ancienne comme invalides, cc qui exclut l'hypothèse force cette communication du Saint-Esprit et des d’une transmission purement matérielle de l’Esprit. pouvoirs apostoliques. S. 1 lippolyte, foc. cit., l’auteur Plus tard, les Pères grecs développèrent la doctrine du Dr aleatoribus, in. édit. Ilarte), t. ni, p. 91; I sur l’infusion du Saint-Esprit par le rite d’ordination. l’Ambroslaster. Quirst. \ . et N. Testamenti, q. xcin, Les expressions χάρις τού Πνεύματος δύναμις τού 2; In / Tim., iv. 1I. p. L , l. xxxv, col. 2287; l. xvn, ηγεμονικού σου Πνεύματος, reviennent sous la plume col. 175; plus tard. Lucifer de Cugliari, Dc sancto de Théodorct, op. cit.9 dans les Constitutions aposloAthanasto, r, 9, P. L., t. xm, col. 829. De même, les lupies, toc. cit.; chez saint Basile et saint Grégoire dc Pères orientaux. La réception du pouvoir sacramentel Nazianze, toc. cil. Panai les dons de l'Esprit, nous est inculquée dans Homil. Clementina·, m, 72. P (i., trouvons le « charisme de la vérité », S. Irénée, Conl. I. n, col. 157: Eplsl. Clementis ad Jacobum, n, col. 25; luvr., IV, XXVI. 2, P. G., I. vu, col. 1053; τό χάρισμα le don dc l'Esprit est enseigné par saint Grégoire dc τδ πνευματικόν, S. Basile, foc. cit.; ou simplement το Nazianze, Orat., xliii, 78. P. G., t. xxxvi, col. 600; i χάρισμα, S. Athanasc, loc. cit. ; plus expressément le par saint Basile, Epist., ci.xxxvm, 1. P. G., i pouvoir de lier et de délier, έςο’χιία τού δεσμεύειν xal L xxxii, col. 669-670; Théodorct, Beligiosa historia. 1 λύειν, Epist. Clementis ad Jacobum. n. Hippolyte et xut. XIX, P. G., t. LXXXH, co). 1401, 1401. 1128; | l’auteur du De aleatoribus signalent le don personnel In I Tim., v, 22; col. 821; Qmcst. în Numéros, interr. | de l’esprit, Philosophôumena, préface, Inc cit.; De alea­ 47, t lxxx, col. 397; les Coruftluftons apostoliques, toribus, ni. édit. Martel, I. ni. p. 91. Ces indications VIH, v, 7, édit. Funk, t. i, p. 476. Les divers cha­ sommaires seront plus tard reprises par l'Ainbrorismes ont été énumérés par saint Athanasc, Epist. sinster, qui mentionne la communication de lu grâce ad Draconium, 11, ni, iv, P. G., I. xxv, col. 524, I et des pouvoirs sacramentels. Ecclesiastica potestas — 525 528; Grégoire de Nysse, Z/i bapl. Christi, P. G., I Jus ecclesiasticum — Spiritus Sanctus... per traditionem t. xlvi, col 581 sq. Pour cc dernier Père, l’effet des infunditur ordinatis - - ...ut ex co traditioni ecclesias­ rites de l’ordination est dc séparer le prêtre du com- tica· Spiritus Sanctus infusus credatur. Quivsliones... 1257 ORDRE. DEVELOPPEMENT DI <|. x< ni, 2, /*. t. xxxv, col. 2287. Gratiam dari... per prophetiam et manuum impositionem... manus vero impositiones verba sunt mystica quibus ad hoc opus confirmatur electus accipiens auctoritatem, teste conscien­ tia sua, ut audeat vice Domini sacrificium Deo ofjcrre. hi 1 Tim„ iv, 1 1, P. L., t. xvn, coi. 47.5; cf Lucifer de Cagliari, loc. cit. Au inornent dc Ia controverse antiprotestante, les auteurs catholiques, notamment Bcllannin, s'empareront do ces autorités cl de quelques autres pour établir la thèse du sacerdoce, sacrement de la Nouvelle Loi. Cf. Bcllannin, De ordine, I. I, c. ni. //. /?/? i Εΐ.αΡΓΕΜΕΧΤ ht! tu TE PRIMITIF. Nous le suivrons d'abord dans les Églises orientales, puis dans l’Eglisc latine 1° Dans les Églises orientales. - Dans les Églises orientales, le développement dc la liturgie du sacre­ ment de l’ordre ne modifie pas essentiellement les rites essentiels que nous avons trouves dans les an­ ciens documents. Les Constitutions apostoliques nous représentent ce qu’était au iv siècle, dans l’Églisc orientale, surtout syrienne, la cérémonie de l'ordination. Vers Je début du vi· siècle, le Pseudo-Denys l’Aréopagitc donne une nouvelle description, fort sommaire, du rite d'ordination pour les trois ordres supérieurs. De eccle­ siastica hierarchia, c. v, n. 2, 3, P. G., t. ni. col. 509. Celte description, qui n’indique que les rites, sans donner le texte des prières, concorde sensiblement avec celle des Constitutions apostoliques. Dans chaque ordination, les ordinands se prosternent devant l’autel et reçoivent l'imposition de la main dc l’évcquc, pendant que celui-ci prononce les épiclèses qui les consacrent. A tous, le consécratcur imprime le signe de la croix, ή σταυροειδής σφραγίς. puis il les proclame promus à tel ou tel ordre, ή ανάρρησις, et enfin il leur donne le saint baiser, τελειωτικός άσπασμός qu’ils reçoivent aussi des ecclésiastiques présents. A l’évêque ordinand, on place sur la tête, pendant que l’évêque consécratcur impose la main, le livre des évangiles; le futur diacre, en se prosternant, ne fléchit qu’un seul genou, alors que l’ordinand-prêtre ou évêque fléchit les deux genoux: cf. Bouet de Journal, Enehir. patrist., n. 2'287. Il semble impossible, d’ailleurs, de tirer du Pscudo-Denys une doctrine ferme et précise. Voir J. Μ. Haussons, t.a /orme dans les ordinations de rite grec, dans Grcgorianum, 1925, p. 65 sq. Il vaut mieux sc reporter aux Scho lies de saint Maxime de Constantinople, et au Dc sacris ordinationibus de Syméon de Thcssalonlquc, P. G., t. clv. Hanssens, id., p. 69. 73. Sans vouloir descendre dans tous les détails des liturgies orientales, il sera sufllsant d’indiquer ici les rites principaux des Églises orientales; grecque, armé­ nienne. syriaque, copte. On en trouve une description assez confuse et Imparfaite par Rcnaudot, dans Perpé­ tuité dc la foi, édit. Aligne, t. ilî, Col. 913-966. 1. Église grecque. — En suivant le texte du plus ancien manuscrit de l’eucologc grec (rx® siècle, biblloth. Barberini), J. .Morin a publié les rites dc l'ordination de l’Églisc grecque, dans son Commenta­ rius de sacris Ecclesia ordinationibus, Paris, 1655, part. 11, p. 17 sq. a) Ordination (Xctporovia) de Pévéque. — Le consé­ cratcur lit une formule : Que tu divine qrdcc, etc., en tenant la main sur le haut de la tête. On dit trois fois Kyrie eleison. Il impose sur la tête et le cou du consacré le saint évangile. Il marque trois fois du signe dc la croix la tête de l'ordinand; lui impose de nou­ veau la main en récitant l’oraison, Seigneur Dieu et Maître. Suivent différentes invocations. Nouvelle im­ position des mains avec l'oraison, Seigneur Dieu. etc. Au nouveau consacré on impose le pallium et on lui donne le baiser. RITE 1258 b) Ordination (χειρ',τονία) du prêtre. - Les dons sacrés étant replacés sur l’autel, l’évêquc qui confère les ordres lit, après l'hymne angélique, la formule : Que la divine et céleste grdceÇW θεία χάρις). L’ordinand sc présente ensuite; l’évêquc trace sur lui trois fois le signe dc la croix et lui impose les mains avec la prière, Dieu, qui n’aoez ni commencement ni fin... (Ό θεός άναρχος). Suivent les invocations, puis nou­ velle imposition des mains, avec l’oraison, Dieu, qui êtes puissant...(’Ο θεό; ό μέγας). L'ordinand est revêtu . Kevêlti de l'aube p. 12» 176. L Du r au i/fP siècle. — Jusqu’au v* siècle, les et de Voracium, l'ordlnand se présentait à l’évêque avec le sac de lin destiné ù recevoir les pains consacrés rites d’ordination sont substantiellement les mêmes et il se prosternait devant le pontife (pii le bénissait dans les Églises d’Occident. Mais à partir du vr siècle, il faut tenir compte de deux tonnes liturgiques qui se avec cette formule : « Pur l'intercession de la bienheu­ reuse d glorieuse Marie, toujours vierge et du bienheu­ sont partage ces Églises : la liturgie romaine, régnant à reux apôtre Pierre, que le Seigneur le sauve, te garde d Home, dans l'Italie méridionale et en Afrique; la liturgie gallicane, dominant dans le nord de l’Italie, te protège. · Cf. Acolyte, t. i, col. 315. L’ordination du sous-diacre était presque semblable. La bénédic­ la Gaule, l’Espagne,la Bretagne cl,plus lard,l’Irlande. tion était précédée d’un serment fait par le candidat Dans ces deux liturgies, non seulement diffèrent la suite des cérémonies et les formules des prières de la sur l’évangile qu’il n’avait jamais commis 1 un des quatre péchés énormes contre la chasteté qui excluaient messe, mais encore, pour tout ce qui n’est pas essentiel, l'ordination : sodomie, violation des vierges, bestia­ les rites et les prières des ordinations. C’est la fusion de ces deux formes qui a donné les cérémonies compo­ lité, adultère, et l’évêque mettait entre les mains de l ordinand un calice vide. Ordo vin, 2. sites du Pontifical romain actuel. b. Diaconat. — Après le serment par les candidats a) Hile romain —Sources principale* : t* Sacramentaires, — léonien (déclin du vr siècle) — grégorien relativement aux péchés énormes ci-dessus énumérés et l’invitation faite préalablement aux fidèles de dire de la bibliothèque capitulaire de Vérone (ou mieux ce qui pourrait être contre leur admission au diaconat, sacramentairc du pape Hadrien, fin du vin* siècle). l’ordinatlbn se faisait le samedi des quatre temps. Voir Duchesne, Origines du culte chrétien. 5“ édit., p. 125-132; 113-152; M. Felloe, Sacramentarium tco- Après l’épltre, le pontife les appelait nommément et nianum, Cambridge, 1X96; la P. /.., t. i.v, donne l’édi­ les faisait avancer devant l’autel, puis se prosternait tion des Ballcrini, mais la meilleure édition est celle avec eux pendant le chant des litanies. Ensuite, de Fr. Bianchinl, Anastasias Ribiiothecarius, I. iv. l'évêque imposait la main sur la tête de chacun des ordinands cl prononçait deux prières; une prière Borne. 1731. La collection liturgique de Maria-Laach, ordinaire Deus conlator sacrarum magnifice dignitatum Liturgicgeschichtliche Quellen en annonce une nouvelle et une prière consécratolrc Adesto quœsumus, omni­ publication qui promet d’être définitive. Cf. dom potens Deus, honorum dator, ordinum distributor, etc., Pierre de Puniet. Pontifical romain. Paris, 1930, p. 20, conservée en forme de préface dans le pontifical et Did. d'archéologie, art. Léonien (Sacramenlaire), actuel. On y supplie Dieu de répandre sur les nou­ t. vin, col. *2550. Le sacraincntaire grégorien a été récemment édité par A. Wilson, The Gregorian sacra- veaux élus le Saint-Esprit et de faire qu’ils deviennent mentarg under Charles the Great, Londres, 1915, et par dignes d’accéder au degré supérieur, Ordo vin. Hans Lictzmann, Dus Sacramentarium Gregorianum, L’Ordo ix. B, ajoute un détail, la distribution aux Munster, 1921. La plus ancienne édition est de Jac­ ordinands des orarii prises par l’archidiacre sur l’autel ques Pamélius, Liturgica Ecclesia· lulinir, I. n, 1571. de Saint-Pierre où elles ont passé la nuit, et mises par La P /.., I. lxxvmi, donne l’édition de dom Hugues l’évêque lui-même au cou des candidats. Ménard (1642) et représente un texte mitigé; cf. Diet, c. Pres bytérat. — L’ensemble dn du rituel est absoluabsolu­ d'archéologie, art. Grégorien (Sacramenla(re), t. vi, ment le même (pie pour le diaconat. .Après les diverses col. 1776, et dom de Puniet, op. cil., p. 27. — 2’ Or­ cérémonies préparatoires, les candidats se présen­ dines romani (cf. Ordo de Saint-Amand, dont le ma­ taient, une fois les diacres ordonnés, devant le pontife, nuscrit est du vin· ou ix« siècle, et que Duchesne a ( revêtus de l'étole (orarius) cl de la planète. Suivait édité en appendice, op. cit., p. 195-497), donnés par l’invitation faite à l’assemblée de prier pour les Mabillon et édités dans la P. L., t. ι,χχνιπ, col. 999- ordinands : Oremus, dilectissimi. Deum Patrem omni­ 1008. Les sacramentaires contiennent surtout les potentem, puis, la prostration et la litanie. Ensuite, prières; les ordines indiquent les rites et la suite de l'évêque leur imposait la main sur la tête récitant la cérémonie. Sur les ordines, voir dom de Puniet, deux prières, une prière ordinaire Exaudi nos, Deus op. cit., p. 35 sq.; cf Kosters, Studien zu Mabillons salutaris noster... et le canon consécratolrc Vere di­ rumischen Ordines. Munster, 1905; toutefois la com­ gnum... Deus honoram omnium... pra-mia consequan­ pilation publiée par Melchior Heltorp, De divinis tur (toutes deux conservées dans le pontifical actuel). catholic# Ecclcsiic officiis, Paris, 1610, col. 21-178 (re­ Le sacramcntaire grégorien, édition Ménard, est produite, dans Ribliotheca veterum Patrum, Paris, seul à dire (tue les prêtres présents imposent aussi la main: on sait (pie la Tradition apostolique mentionnait 164 L t. x, et dans Ribliotheca maxima Patrum, Lyon, 1677, t. xiii) offre cette caractéristique, qu’au lieu de également celle coopération des prêtres. Après ces prières, les nouveaux prêtres recevaient, comme les sc bonier aux rubriques, elle contient les formules in diacres, l’accolade du pontife, des évêques et des extenso. Voir M. Andrieu, L’Ordo romanus antiquus et k liber de divinis officiis du Pseudo-Alcuin, dans Revue prêtres, présentaient leur offrande et recevaient la des sciences religieuses, 1925, d. 612-650. M. Andrieu communion à la messe qui se continuait. Pas de porrcctlon d’instrument. prépare l’édition de cet Ordo antiquus ; cf. dom De d. Épiscopat. Les cérémonies de l’ordination ù Puniet, op. cit., p. 39 sq. Il y a accord â peu près l’épiscopat sont surtout décrites par les ordine* vin complet entre ces divers documents. a Ordres mineurs et sous-diaconat. —- Au v siècle, cl ix et, en principe, sont supposées faites par le pape. les quatre ordres mineurs ont droit de cité. Mais Ce rituel ne différait guère, pour 1’ordre des cérémonies, de celui de l’ordination prcsbytérale. nous n’avons pas d’indication sur la manière dont. 1265 ORDRE. RITE DE L ÉGLISE LATINE Le futur évêque» au préalable élu par son clergé et son peuple» devait se rendre à Rome» y jurer qu’il était innocent des quatre péchés susnommés. La consécration devait avoir Heu le dimanche. Voir les cérémonies préliminaires dans Tixcront, p. 135. Après une invitation faite par le pontife consécrateur luimême» le pape, l’ordinand et le clergé se proster­ naient pendant le chant de la litanie. Apres quoi, le pape, imposant seul la main sur la tête de l'élu, prononçait comme pour les prêtres deux oraisons : l’une ordinaire Propitiare, Domine, supplicationibus nostris,,,, l’autre, canon consécratolrc Vere dignum... Deus honorum omnium. Les deux formules ont été conservées dans le pontifical actuel, la seconde coupée en deux par la cérémonie de Ponction sur la tête cL le chant du Vent Creator. Quelques phrases de la seconde manquent dans les sacramentaires léonien et gré­ gorien: cf. Duchesne, op. cil., p. 380, note. La céré­ monie s’achevait par l’accolade que le nouvel évêque recevait du pape, et qu’il rendait ù son tour au pape et aux évêques présents. On a remarqué que le pape imposait seul les mains. Quand un simple évêque était consécrateur, il devait être assisté de deux autres évêques. Ut unus episcopus episcopum non ordinet, excepta Ecclesia romana. Ainsi s’exprime le diacre Ferrand, Hreviatio canonum, c. vi, L., t. lxxxviii, col. 818. On se souvient que Novation avait été ordonné par trois évêques (voir plus haut, col. 1216) c. Ordination du pape. — (On se rappellera que, durant toute la période à laquelle se réfèrent les Ordines, le pape n’est jamais pris parmi les évêques. Il doit donc toujours recevoir la consécration épis­ copale.) L’ordination se faisait toujours à Saint-Pierre. Après la litanie, deux évêques, ceux d’Albano et de Porto, récitaient successivement sur l’ordinand une prière; puis, sur la tête de l’élu, un troisième évêque, celui d’Ostic, prononçait l’oraison consécratolrc Vere dignum ...Deus honorum omnium... On faisait une simple modification pour marquer la dignité de l’élu. Le nouveau pape continuait lui-même la messe par le chant du Gloria in excelsis. b) Dite gallican. — Sources principales : 1° Les Statuta Ecclesiie antigua, collection artésienne du début du vr siècle, peut-être œuvre de saint Césaire d’Arles. Le rite gallican y est sommairement décrit, mais il y est à l’état pur. On les trouve dans toutes les collections de conciles ; dans P. L·., t. lvi, col. 879 et surtout 887 sq. ; I lefele-Leclercq. Histoire des conciles, t. n a, p. 108 sq.; cf. Dcnz.-Bnnnw.» n. 150158; Caval lorn, Thesaurus. η. 1311. Voir la note bi­ bliographique dans dom de Puniet, op. crt., p. 61-66. — 2® Le sacramentalre dit gélasicn et le Missale !'rancorum, où l’on trouve, pour les trois ordres su­ périeurs, ù côté des rites gallicans, des prières ro­ maines et d’autre provenance. Sur le sacramentalre gélasicn, voir dom de Puniet, op. cit. p. 22, qui rap­ pelle l’origine romaine du rite gélasicn. ainsi que son antériorité relative au rite grégorien, p. 25, et Diet, d'archéologie, art. Gélasien (Sacramentairc), t. vi, col. 717. Le sacramentalre gélasicn a clé publié à nou­ veau par IL A. Wilson, 77ie gelation sacra men tarif, Oxford, 1891. La P. L., t. i.xxiv, reproduit, avec des fautes, l’édition de Mura tori Le Missale /'rancorum (mss. de la lin du vir ou du début du sur siècle) se trouve dans le t. lxxii, col. 317 sq., qui reproduit l’édition de Mnblllon; cL Duchesne, op. cit, p. 132-1-13. — 3° Le livre 11 du De officiis ecclesiasticis de saint Isidore, et le Liber ordinum mozarabique, qui repré­ sentent plus particulièrement l’Espagne. Le De 1 offlctis de saint Isidore dans P. L.. t. i.xxxm; le Liber ordinum, édité par D Férotln» Paris, 1901. Le rite gallican présente, par rapport au rite romain, 1266 une dilïérence capitale en ce qui concerne la collation des ordres mineurs Ici, la cérémonie, nettement fixée par un texte, a plus d’importance et se rapproche de celle usitée pour les ordres supérieurs. Elle est conser­ vée dans le pontifical actuel. Elle comprend pour cha­ que ordre essentiellement trois choses : 1® la tradition à l’ordinand des instruments de son ordre, accom­ pagnée d’une formule, parfois précédée d’une instruc­ tion; 2° une invitation à la prière adressée à l’assem­ blée; 3- une oraison. a. Ordination des portiers. — Le portier, instruit par l’archidiacre des devoirs de sa charge, est pré­ senté à l’évêque qui, prenant sur l’autel les clés de l’église, les lui remet en prononçant la formule : Sic aqe quasi redditurus Deo rationem pro his rebus quæ his clavibus recluduntur. Puis invitation à la prière Deum Patrem omnipotentem... et l’oraison Domine sancte. Paler omnipotens... toutes formules conser­ vées. avec des variantes insignifiantes, dans le poi> tifical actuel. b. Ordination des lecteurs. — Le futur lecteur devait avoir été élu. Après quelques formalités préliminaires, l’évêque remettait à l’ordinand le livre des leçons, en disant : Accipe et esto verbi Dei relator habiturus, si fideliter et utiliter impleveris officium, partem cum his qui verbum Dei ministraverunt. Puls, oraison Domine sancte pater omnipotens, toutes formules insérées dans le pontifical actuel. c. Ordination des exorcistes. — Elle consistait dans la remise à l’ordinand du livre des exorcismes, avec la formule : Accipe et commenda, et habeto potestatem imponendi manum super energ umenum sive bapticatum sive catechumenum. Puis, invitaloirc Deum Patrem omnipotentem supplices deprecemur... et loralson Domine sancte. Pater omnipotens., du pontifical actuel. d. Ordination des acolytes. — 11 n’y avait d’acolyte que dans les églises plus importantes. D’où le silence du sacramentalre gélasicn sur leur ordination. Le Missale Francorum ne contient que l’oraison finale. D’après les Statuta, le futur acolyte, instruit de son office par l’évêque, recevait de l’archidiacre un chan­ delier avec son cierge et, de plus, une burette vide. L’oraison finale était la deuxième de celles que porte le pontifical actuel. c. Ordination des sous-diacres. — Le sous-dl iconat n’est devenu ordre majeur qu’au xir· siècle. Aussi, dans le rite gallican, la cérémonie par laquelle on le conférait ressemble à celle des ordres mineurs. L’ordi­ nation commençait par une allocution dont le début et la fin ont été conservés dans le pontifical actuel comme forme de la porrectlon du calice : Vide cujus ministerium libi traditur.. Ideo te admoneo, ita tu te exhibe ut Deo placere possis. Entre ces deux parties, un long inonitoire, dans lequel l’évêque recommande à l’ordinand piété, vigilance, sobriété, chasteté et l’instruit de quelques-unes de scs fonctions. Ce monitoire se retrouve, coupé en deux, dans le inonitoire Adepturi de l’actuel pontifical. Puis venait la porrection, par l’évêque, du calice vide avec sa patène, et l’archidiacre présentait au candidat une burette d’eau avec sa cuvette et une serviette. Aucune formule n’accompagnait ces gestes. Suivaient l’invitation à la prière et l’oraison Oremus Dcum et Dominum nos­ trum... et Domine sancte, Pater omnipotens..., qu’on trouve encore dans le pontifical, après la tradition des instruments. /. Ordination des diacres. — L'évêque avait choisi les futurs diacres, et, avant de procéder Λ leur ordi­ nation, Il consulte le peuple sur leur dignité. L’assem­ blée ayant acquiescé, l’évêque l’mvite à lu prière, puis, la main étendue sur la tête de l’ordinand, pro­ nonce la formule consécratolrc. Invitation ù la prière et formule consécratolrc ont élé conservées dans le 1267 ORDRE. RITE DE L’ÉGLISE LATINE 1268 Bradshaw Society. En France : le pontifical de Poi­ tiers, Bibliothèque de l’Arscnnl, à Paris, ms. 227. auquel Martène a fait de larges emprunts ; cf. dom A. Wilmart, Notice sur le Pontifical de Poitiers dans Jahrtuch ffir Liturgieudssenschaft, Munster, 1925, p. 1882. En Italie, le pontifical conservé à la bibliothèque du chapitre de Milan; cf. D'Mngistrctti, Pontificale in usum Erclcsiir Mediolanensis, Milan, 1897. En Alle­ magne, le pontifical reninno-gernianique, Issu de VOrdo comanus antiquus; cf. Dr Metzger, Zrvei karo linghehe Pondfikalien vom Oberrhein, Fribourg-cn-B , 191 L II faut citer également, dès avant le xnr siècle, le pontifical des papes (dont VOrdo x de Mab’llon est une partie), compilation de différents Ordines séparés; cf. dom de Puniet, op. cit., p. 43 sq. Les raisons de cette évolution, les voici : les rap­ g. Ordination des prêtres. — L’ordination des ports fréquents des pays de rite gallican avec Borne prêtres ressemblait à celle des diacres, à laquelle elle □joutait l’onction des mains. Après avoir dans 1 allo­ incitèrent ces pays à inlr< duire, dans leurs mages, l'usage romain; l'élévation du sous-diaconat au rang cution Quoniam dilectissimi fratres, conservée au majeur (1198) fit qu'on introduisit dans le rite d’ordi­ pontifical avec des variantes insignifiantes, fait nation ce qui se rapprochait du rite propre au dia­ ratifier le choix de ses candidats par l'assemblée, conat; la formule d'instruction qui, d’apres les Statuta, l’évêque invite la foule à la prière, demandant, pour l’ordinand, le don divin, la bénédiction du pres­ était employée pour les portiers et les acolytes fut bytérat et In grâce d’être digne de 1 honneur qui lui étendue A tous les autres ordres; puisqu'on présentait est conféré. Puis venait la foi mule consécratoire, aux minorés les instruments de leurs fonctions, on les présenta également aux ordinands des ordres pendant laquelle l'évêque et tous les prêtres présents supérieurs; enfin, la porreclfon des instruments avec tenaient la main étendue sur la tête de l’ordinand. la formule adjointe permit aux théologiens de consi­ C’est la prière Deus sanctificationum omnium t uctor. dérer cet élément (où ils pouvaient plus facilement conservée au pontifical actuel, avant le Veni Crée for. trouver une application de la théorie hylémorphique) La prière consécratolre était suivie de l’onction des rnains, avec la formule : « Que ces mains soient con­ comme essentiel au rile d'ordination ; on en vint même à étendre ce concept A l’imposition des Insignes et des sacrées par cette onction et par notre bénédiction afin ornements. Enfin, on crut devoir détailler, par des que tout ce qu’elles auront béni soit béni, et que tout cérémonies spéciales, la collation des pouvoirs con­ ce qu'elles auront sanctifié soit sanctifie. » C'est A férés en bloc par la prière consécratoire. De IA, dans peu près la formule actuelle. l’ordination au presbytérat, par exemple, collation h. Ordination des évêques. — Après les préliminaires du pouvoir de dire la messe et d’absoudre des péchés. relatifs au choix et à la présentation du nouvel évêque, l’acclamation de la foule s’étant fait entendre, l’évêque Nous aurons l’occasion de revenir sur ces points censée râleur invitait les assistants à la prière : Deum au paragraphe suivant. Il est plus conforme ù notre plan d’envisager dès totius sanctificationis ac pietatis auctorem... (non maintenant le résultat de cette évolution, tel qu’il conservée dans le pontifical actuel). Puis venait la formule de consécration, pendant laquelle deux autres sc présente au début du xine siècle. On trouve de ce résultat un excellent spécimen dans le Mitrale, scu évêques posaient et tenaient ouvert sur la tête et le cou de l’ordinand le livre des évangiles et tous les de officiis ecclesiasticis summa de Sicard de Crémone évêques presents lui touchaient la tête de leurs mains. (t 1215). 1. II. c. ri-xv, P. L·., t. ccxin, col. 61-72. Sicard observe que la collation d’un ordre comprend Comme formule consécratoire, le sacramentaire gélaslen et le Missale Francorum ne donnent que la quatre actes succcsslls : les ordinands sont appelés, formule romaine Deus honorum omnium, avec le instruits de leurs devoirs, ordonnés cl finalement développement qui manque aux sacramentaires bénits : ■ tout est affaire de solennité, sauf l’ordina­ honien et grégorien (voir ci-dessus, col. 1265). Celle tion; et, parce qu’elle consiste en parole et en choses, formule suppose que plusieurs évêques étaient or­ nous devons les considérer (paroles et choses) comme donnés ensemble : ce qui indique A coup sûr, pour la la substance du sacrement », Col. 81. ('.es quatre moformule, une origine romaine. Mgr Duchesne pense i ment s çc remarquent surtout dans les ordres mineurs : « qti il ne s’est pas conservé de formule gallicane pour l'appel de l’archidiacre, le monito re, la porrcction cette partie de la cérémonie ». Après la formule con I des instruments et l’imposition des insignes la prière sécratoire, onction des mains, accompagnée de la ou bénédiction finale. a) Ordres mineurs. — Mêmes rites que dans le formule Ungantur manus istir..., qui a passé, avec le rite, dans le pontifical actuel. rite uallican Nous trouvons les fonuuhs de la porrcc­ 2. Fusion des deux usages, romain rt gallican. tion des instruments aux acolytes, formules qui JUtes latins du début du XHl* siècle. — La fusion des manquent dans le sacramentaire gélaslen el le Missale 1 rancorum : Accipe erroferariurn cum cereo, ut deux usages s’opéra d'abord en France, puis A Home, Accipe ou celle liturgie composite finit par s'implanter. scias te ad accendenda laminaria mancipari. Commencée avant le ixc siècle, l’évolution se poursui­ I urceolum ad suggerendum vinum id est eucharistiam vit jusqu’au xi!f et même au xi\* siècle. Mais, dès le sanguinis ( hristi. Ce sont encore les formules du xi·, l’essentiel est déjà accompli : < La liturgie ro­ pontifical actuel. Sicard ajoute qu’elles sont < la maine, depuis le xi* siècle au moins, n’est autre substance du sacrement ». b) Sous diaconat. — Sicard le compte au nombre chose quo la liturgie franque, telle que l’avaient com­ pilée les Alcuin, les 1 lellsachnr. les Amalaire. * Du­ des ordres sacrés. Néanmoins, malgré les préliminaircs qui ressemblent à ceux du diaconat el de la chesne, Origines, p. 109. On le constate en effet, en parcourant les premiers essais de pontificaux. Ci­ I prêtrise (interrogatoire de l’évêque, attestation de tons en Angleterre : le pontifical d’Egbirt. le I éné- . l’archidiacre, consultation du peuple, prières faites par dictorial de Kobert. et d'autres analogues. Voir les le peuple pour les ordinands), hi collation du sousdocuments publiés par la Surtees Society et la Henry* 1 diaconat n’accuse pas une différence bien notable ponti Heal actuel. L’invitatoirc Commune rotum communis prosequatur oratio.,, y suit le moniloirc Proreben ii: la formule homine sancte, spei, fidei gra­ tin'.., y forme la dernière prière de l'ordination. Les Statuts font obsoner (et celle rubrique sc retrouve déjà dans les plus vieux textes en rapport avec la Tradition apostolique) que l’évêque seul impose la main â l’ordinand, parce que celui-ci est ordonne, non ad sacerdotium, mnis ad ministerium. Aux x· el xi* siècles, les livres liturgiques anglosaxons, marquent, pour l’ordination des diacres, une onction des mains. Cet usage, qui commençait à s'introduire en France au rxe siècle, ne s'y maintint pas; cf. Nicolas I" EpisL·, lxm, 3, P. J.., t. xeix, col 1269 on DRE. RITE DE avec celle des ordres mineurs. L'évêque fait toucher ’ qu’indiqué : tradition de la crosse, de l'anneau, du Λ l’ordinand un «calice vide avec ta patène; l'archi livre des évangiles, chacune avec sa formule appro­ diacre, une aiguière pleine d’eau avec un bassin et priée. Pour Sicard, les onctions, la tradition de la un manuterge, pendant que l’évêque prononce la crosse et de l'anneau et les formules qui les accom­ formule Vide cujus ministerium tibi traditur. Puis, pagnent sont vraisemblablement la substance du remise du manipule, avec la formule Accipe manipu­ sacrement. lum tuam et imple ministerium tuum : potens est enim On volt combien ces rites sc rapprochent du ponti­ Deus ut augeat tibi gratiam. Et Sicard conclut que fical actuel. Les seules cérémonies non mentionnées ces instruments et paroles sont la substance du sa­ par Sicard sont les suivantes : 1® Soin diacres : la pros­ crement. Enfin, revêtant l’ordinand de la tunique, tration cl la récitation des litanies probablement; sûre­ le prélat prononce la formule Tunica jucunditatis ment l’imposition de l’amict et la porrection du livre et indumento ladltiir induat te Dominus. Mais cette des épltres; 2° Diacres : imposition de la main au cérémonie n'appartient pas à la substance de l'ordi­ milieu de la préface avec la formule : Accipe Spiritum nation. Pas d'amlct, pas de présentation du livre des sanctum ad robur; 3® Prêtres : seconde imposition épltres. des mains et formule qui l’accompagne, pour donner c) Diaconat. — Après les préliminaires déjà connus, le pouvoir de remettre les péchés et déploiement de l'ordination commence. L'évêque impose les mains la chasuble; 4° Évêques: bénédiction et imposition de aux ordinands. Mais, alors que la Tradition cl les la mitre cl des gants cl intronisation. Statuta demandent que l'évêque seul impose les mains Il est temps de voir comment ces derniers éléments se sont introduits. au diacre, Sicard, suivant en cela l’avis d’Amalairc, De officiis ecclesiasticis, II. 12, P. L., t. cv, col. 1087. 3. Dernière évolution : le pontifical actuel. — Le demande que tous ceux qui sont présents et le peuvent souci des rédacteurs successifs semble avoir été de ne imposent aussi les mains aux ordinands. Après l’im­ rien laisser perdre de ce qu'ils avaient trouvé dans les livres des rites romains et gallicans et de ce que position des mains, l'évêque passe l'étole sur l'épaule gauche du candidat, en disant : Accipe stolam candi­ leurs prédécesseurs leur avaient légué. On a passé ainsi des formes rudimentaires du premier début datam de manu Domini, etc. (formule du pontifical actuel): lui remet le livre des évangiles avec la for­ au rituel et au pontifical compliqués d'aujourd hui. mule qui se lit encore aujourd’hui. Sicard considère Le rôle décisif dans cette dernière adaptation du pontifical romain fut réservé à Guillaume Durand, • cette chose «et « ces paroles · comme la substance de évêque de Mende. Cf. Batiffol, Le Pontifical romain. ce sacrement. Il n'est pas question expressément de Le Pontifical de Guillaume Durand, évêque de Mende, dalmatlquc : « si elle est donnée, elle n’appartient dans Pul. d'anc. lilt, et d'archêol. chrétiennes, 1912, qu'à la solennité. » p. 290-2**5. La première édition du pontifical romain d) Prêtrise. — Préliminaires habituels. Puis, imposition des mains par l'évêque ordinant et les date de 1485, c'est le Pontificalis liber d'.Eneas Syl­ prêtres présents. Ensuite, imposition de l’étolc en la vius Piccolomini, plusieurs fois réimprimé et corrigé, croisant sur la poitrine, comme on fait encore aujour­ puis réédité sous un nouveau titre en 1511 : c’est le d'hui, avec la formule Accipe jugum Domini, etc. Pontifical de Jutes II. En 1520, nouvelle édition du (formule actuelle, que quelques-uns complétaient par dominicain Castellani, défilée au pape Léon X. On Stola innocentia' induat te Dominus, paroles que pro­ en signale plusieurs rééditions, faites avec des correc­ tions; en 1561, Pii papir IV auctoritate emendata; nonce aujourd’hui encore l’évêque en déployant la en 1579, aucta et emendata ad concilii Tridentini chasuble). L’ordinand était revêtu de la chasuble, avec la formule Accipe vestem sacerdotalem... (for­ sanctiones. Mais l’approbation officielle ne fut donnée mule actuelle). Après l’imposition de l'étole et de la qu’à la fin du xvi· siècle, à la suite des décisions chasuble venait la cérémonie gallicane de l’onction du concile de Trente. Clément VIII approuva le des mains, accompagnée de l’ancienne formule pontifical en 1597, prenant pour base le travail de (aujourd’hui encore en usage). Puis, présentation Castellani. I ne nouvelle révision aboutit en 1615 à la publication du Pontifical d*Urbain VIII, auquel, par l’évêque à l’ordinand des instruments servant à l’offrande du saint sacrifice, la patène avec l’hostie, sans apporter de modifications sérieuses. Benoit XIV le calice avec le vin. Accipe, disait l'évêque, potestafil quelques additions. C'est l’édition définitive, 1752. lem offerre sacrificium Deo, etc. (formule actuelle). Ces brèves indications suffisent à jalonner une Sicard considère (pic l'étole, la chasuble, l’huile, le roule qu’il n’appartient pas à cet article de décrire dans tous scs détails. Il nous suflira ici de faire con­ calice et la patène avec les paroles des diverses for­ mules appartiennent à la substance du sacrement; naître à quelles sources se rattachent les cérémonies cl formules actuelles, de signaler les modifications mais non les priecedentia, Or, dans ces procedcnlia se trouve l’imposition des mains! introduites dans le pontifical depuis le xiir siècle, r) Episcopat. L'évêque est consacré un dimanche. cl d’en indiquer la date approximative. a) En ce qui concerne les ordres mineurs, les moniLe samedi soir il a été convoqué et examiné, sur sa conduite et sa vie passée; le dimanche malin, il l’est lolrcs sont très anciens et remontent vraisemblable­ sur la vie qu’il se propose de mener à l’avenir et sur ment à une époque antérieure à la fusion des deux sa fol. Le sacre est fait par trois évêques : c'est une rites. Les formules qui accompagnent la porrection règle apostolique, parce que Jacques, le frère du Sei­ des instruments sont absentes des sacrament a ires gneur. a été consacré par Pierre, Jacques et Jean. gallicans. La formule pour la porrection du chandelier Deux des évêques tiennent sur les épaules de l’élu le sc trouve dans Panel* n Ordo romain, P. L., t. lxxvhi, livre des évangiles; le troisième récite la formule de col. 181. note 719. On s’est contente d’ailleurs d’y bénédiction. On ne signale pas explicitement l’impo­ transporter à l’impératif ou à l’indicatif les indi­ sition des mains; mais elle va de soi. Cette cérémonie cations des Statuta. Les deux formules, on l’a vu, est suivie de l’onction de la tète en forme de croix, sont dans Sicard. Les invitatoires à la prière el les avec la formule Ungatur et consecretur caput tuum oraisons qui les suivent sont aussi de rédaction gal­ (formule actuelle). Puis onction des mains toujours licane. L'invitaloiro Oremus, fratres carissimi, des en forme de croix, avec la formule Inungantur manus lecteurs, qui manque dans les s a crament aires galli­ i\tir,. (partie de la formule actuelle). Le pouce droit cans. se trouve dans l'ancien Ordo romain, loc. cit., recevait une onction speciale; et 11. Ménard, P. L., col. 179, note 701. La première et la troisième oraison t. Lxxviii, col. 50 f. Le reste des. cérémonies n’est pour les acolytes, Domine sancte... el Omniputens 1271 0 H DK E. RITE DE L’ÉGLISE LATINE 1272 sempiterne Deus, qui sont absentes du Missale Fran­ Provehendi n dû être rédigé do bonne heure, sans corum et du sàcrainentairc gélasicn, sc retrouvent, la qu'on puisse lui fixer une date déterminée. 2° la litanie est de rite romain: 3« des deux invitations à la première, dans un manuscrit de Corbie antérieur à prière qui suivent, la première, Commune votum, est 988, id., col. 182, note 723 (manuscrit, édité par J. Morin, Commentarius.... part. II, p. 298 sq.), la troi­ l’ancien Invltalolrc gallican: la seconde, Oremus, /mires carissimi, se compose de deux formules ro sième dans le manuscrit du sacramenlaire grégorien, édité par dom H. Ménard (ix· siècle). L’Invilatoire I maines. d'abord l’ancien invitatoire romain Oremus... qui précède les trois oraisons est modelé sur l'invita- dona conservet, puis une autre prière du même genre Preces nostras dementer exaudiat... et confirmet; et. toirc usité pour les exorcistes. Duchesne, op. cit., p. 389. note 3. (’.ette autre prière b) L'ordination des sous-diacres ne comportait sc trouve dans le sacramenlaire léonicn, P. I.., primitivement aucune solennité. Aux ν·-νπι* siècles, t. lv, coi. Ill, et dans le sacramenlaire gélasicn, on leur mettait simplement en mains un calice vide et /< L·., t. i.xxrv, col. 1071; la combinaison des deux on les bénissait. La cérémonie du pontifical actuel prières sc lit dans le Missale Francorum ; 3° la prière est dom* essentiellement de rite gallican. M. 'Fixeront consccrntoirc en forme de préface est l'ancienne for­ estime que « la partie centrale de l’ordination et la plus ancienne commence avec le monitoirc Adepturi, mule romaine. Fille est aujourd’hui coupée en deux par l’imposition de la main de l'évêque sur la tête filii carissimi, et s'achève avec l’oraison Domine de l’ordinand avec la formule Accipe Spiritum sanc­ sancte Pater omnipotens... benedicere dignare. Puis, viennent peut-être, par ordre d’ancienneté, l’allo­ tum ad robur. Geste et formule relativement récents, puisqu’on ne les trouve pas dans les anciens rituels cution du commencement Filii dilectissimi, cl le et chez les anciens auteurs. Martène pense que ce pas fait par les ordinands, conséquence l'un et l’autre rite est devenu universel au xivc siècle. J)c antiquis de l’obligation de la continence imposée aux sousdiacres. dès le temps de saint Léon (410-161); puis, Ecclesia· ritibus, L I, c. vin, a. 9, n. 2; cf. van Bassum sans doute, l’imposition des vêtements sacrés, mani­ op. cit., p. 152-153: Fourrât, ta théologie sacramenpule, tunique, mulet; puis enfin la prostration et la taire, p. 72; dom Chardon, Histoire des sacrements, dans ie Theologia· cursus completus, de Mignc, t. xx, récitation des litanies, conséquence de l'élévation du sous-diaconat au rang d’ordre sacré, assimilé p. 873, 871; 5° l’imposition de l’étolc est ancienne. au diaconat, peu avant l’an 1197. La partie cen­ L'On/o romain ix, 2 et 8, la mentionne; le manuscrit trale est toute gallicane. On en peut voir plus grégorien, édite par Ménard, également. La fonnulc qui l’accompagne se trouve dans l’ancien Ordo haut, le détail. Du monitoirc Adepturi nous ne trouvons cependant, dans le Missa le Francorum, que romain et dans Sicard. Elle répond à la fonnulc les passages Oblationes qiuc veniunt... debet vergi et employée pour l’imposition du manipule au sousEt ideo si usque nunc /uistis tardi... amodo casti, diacre, L’imposition de la dnhnatiquc parait plus qu’on lisait dans l’allocution précédant la porrcction récente : au début du χιιιΛ siècle, elle n’était pas des instruments : le reste représente un développe­ encore générale. L’Ort/o romain vm, 3. et ix, 8, indi­ que cependant que les diacres s'en revêtaient ou ment postérieur. La formule qui accompagne la porrcction du calice est faite de la première et de la en étaient revêtus par l’archidiacre. La fonnulc est dernière phrase de cette allocution. » Op. cit., p. 158. calquée sur celie de l’imposition de la tunique au L’avertissement Filii dilectissimi cl le « pas » des sous-diacre. La cérémonie de la porrcction du livre ordinands n’existent pas dans les documents anciens, des évangiles semble venir d'Angleterre et a dû Sicard y compris. Faut-il faire observer que le pas ne commencer à s’introduire au vu F siècle, car on la se fait pas. meme de nos jours, à Borne? C’est une trouve mentionnée, avec une formule différente, dans cérémonie essentiellement française. un ordo manuscrit de cette époque; cf. IL Ménard, Des vêtements sacrés, le plus anciennement im­ P. L., t. i.xxvm, col. 488, note 718. Cependant, Du­ posé à l’ordlnnnd est le manipule. L’ancien Ordo rand de Salnt-Pourçain (t 1331) assure que c’est lui romain et un Ordo manuscrit de Saint-Germain qui l’a introduite dans l’ordinaire de l’Église du Puy; (xn* siècle) mentionnent la ceremonie, mais avec des G· des deux oraisons finales, la première, Exaudi Do­ formules différentes de celle du pontifical; cf. P. t.., mine, est sans doute une formule romaine, donnée d’ail­ t. Lxxvin, col. 183, note 736. Sicard la mentionne leurs par plusieurs mss. du sacramenlaire grégorien, avec la même formule que le ms. de Solnt-Gcnnnin. notamment par celui édité par IL Ménard, loc. cit., Après le manipule, vient la tunique, dont Sicard col. 186, qui la place avant la formule consccrntoirc. signale l'imposition avec la même formule que celle La seconde. Domine sancte, Pater /idei, est la prière du pontifical. Quoiqu’il parle de l’amict. il ne signale consécratoire gallicane. pas encore son imposition. La cérémonie remonte d) L’ordination des prêtres, dans le pontifical donc au plus haut au xnr siècle. Hugues Ménard actuel, reproduit celle des diacres jusqu’à la céréassure n’avoir rencontré la cérémonie de la porrcction monte de l’onction des mains, à partir de laquelle des instruments dans aucun ancien auteur, ordo ou commence tout un autre ordre de cérémonies, la plu­ saenunentaire manuscrits ou imprimés. Sicard n’en part évidemment plus récentes. L’allocution à l’assem­ parle pat. La fonnulc qui accompagne cette porrcc­ blée, Quoniam /ratres carissimi, est l’ancienne allo­ tion est modelée sur celle qui accompagne la porrcc­ cution gallicane, avec une terminaison romaine. tion du livre des évangiles au diacre. La récitation Dans l’ordination proprement dite, il faut distin­ le la litanie des saints est un usage romain étendu guer deux parties; la première où l’élément romain au sons-diaconat après que celui-ci fut considéré domine, la seconde, explicitant les deux pouvoirs comme un ordre majeur; cette addition a donc dû (consacrer l’eucharistie et remettre les péchés) qui itre faite dans le courant du xnr siècle; Sicard sont principalement conférés dans l’ordination sacer­ dotale. parait l’ignorer. Première partie : 1° le monitoirc Consecrandi est c) L’ordination au diaconat avait, dans le rite ancien, antérieur au xu* siècle; on le trouve dans un romain, un rituel déterminé. Ce rituel s’est combiné, ancien manuscrit de Helms. H. Ménard, foc. cil.. dans le pontihcal. avec le rituel gallican. col. 189. note750;2° la prostration et la récitation des Le prélud- (présentation au peuple, interrogation de l’évêquc, etc.isc rattache plutôt nu rite gallican. I litanies sont des cérémonies romaines (voir ci-dessus) ; L’allocution du prélat au clergé est toute romaine. 1 3° l’imposition en silence de l’évêquc et des prêtres De la cérémonie de l’ordination ; 1° le monitoirc I présents : · Il ne faut pas voir, dans ce geste, une 1273 OK DK E. KITE DE cérémonie distincte de celle qui la suit, et dans laquelle qui suit, toutes deux anciennes cérémonies romaines; l'évêque cl les prêtres tiennent la main étendue sur les 3° l’imposition du livre des évangiles, sur la tète et ordinands. (L'en est plutôt une précision et un déve­ les épaules de l’élu est un rite d'origine gallicane, qui loppement (introduit peut-être à la suite de la décré­ sc pratiquait aussi dans l’Eglise grecque. Gallicane tale de Grégoire IX, voir Denz.-Bannw., η 415). Il aussi l'imposition des mains des deux évêques assis­ était Impossible, en effet, a l'évêque de toucher maté tants. La fonnulc Accipe Spiritum sanctum est richement à la fois la tête de plusieurs ordinands en récente et ne remonte pas au delà du xiv* siècle; cf. récitant la prière commune à tous La coopération Marlène, op. cit., toc. cil., n. 1 1 Sans doute ne trouvaitdes prêtres est, en tout cas, un rite gallican bien on pas la forme déprécatoirc de l'oraison qui suit qu'on la retrouve dans l'ancienne Tradition ecclésias­ assez impérative; 1° la prière Propitiare cl la préface tique. 'fixeront. op. rit., p. 165. L'invilatoirc Oremus, consécratoirc Vere dignum... honor omnium dignitatum jratres carissimi, et la prière qui suit. Exaudi nos, sont toutes deux romaines. Cette dernière est séparée quasumus, sont les anciennes formules du rite romain: en deux par le Veni Creator, et l’onction. Elle se 1° l'oraison consécratoirc en forme de préface, Vere continue ensuite, Doc. Domine, copiose, etc.; 5° l’onc­ dignum... honorum auctor cl distributor, est l'ancienne tion de la tête n’existait ni dans le rite romain, ni dans formule romaine; 5° l'imposition de l'étole cl celle de le plus ancien ritc gallican. Ain al aire la signale. De ecclesiasticis officiis, π, 1 1, P. L., t. cv, col. 1092, et la chasuble sc rencontrent dans plusieurs mss. du ixe el xr siècles; cf. P. /. , t. lxxviii, col. 223: van elle est marquée dans le manuscrit du sacramen taire Bossum, op. cit., n. 296-297; 6° La prière de béné­ grégorien, édité par IL Ménard. L'onction des mains diction qui suit, Deus sanctificationis omnium auctor, est l'ancienne cérémonie gallicane; la formule qui est simplement l'ancienne formule consécratoirc galli­ l’accompagne est aussi l’ancienne formule gallicane. cane. L'onction spéciale du pouce droit, usitée au plus Deuxieme partie : 1° l'onction des mains a amené le lard au xir siècle, a disparu, mais l’oraison qui l’accompagnait s’est conservée dans la prière Deus chant du Vcni Creator, invocation à celui qui est el Pater Domini Nostri Jesu Christi, qui te ad ponti­ Spiritalis unctio. L'onction est plus ancienne que le chant de l’hymne; on la trouve indiquée dans le ma­ ficatus, etc.; 6® la tradition de la crosse et de l’anneau nuscrit de Katold (xr siècle): le chant doit être reporté est cérémonie ancienne, (pii remonte au moins au VIIe siècle en Espagne; ci. S. Isidore, De ecclesiasticis peut-être au xni® siècle. La fonnulc du pontifical est à peu près la fonnulc ancienne. L’onction des officiis, II, v, 12, P. L„ t. i.xxxm, col. 783; IV* concile de Tolède, can. 28, Mansi, t. x, p. 627; la querelle des mains est suivie de la porrcction des instruments, Investitures montre que l’usage en était devenu génê calice contenant le vin et l’eau, patène supportant ral au xr siècle. Toutefois, les formules variaient; une hostie. Celle cérémonie a dû être introduite vers cf. I lallirr, op. cit., dans Mignc, Thcologiir cursus le xe siècle; cf. J. .Morin, Commentarium, part. 111, completus, t. xxiv, col. 1513. La fonnulc actuelle p. 132 sq.; van Bossum, op. rit., p. 135 sq., n. 323 sq.; remonte au moins aux· siècle; le manuscrit de Batold D. Chardon, op. cit.. dans Throl. cursus compl., t. xx, la contient en partie, P. L., t lxxviii, col. 198. Le p. 867-868. La fonnulc était la meme qu'aujourd'hui. La concélébration des nouveaux prêtres avec l'évêque même manuscrit donne la fonnulc de bénédiction de l'anneau; les formules de porrcction variaient beau­ ofliciant est un usage romain qui ne remonte pas au coup. La présentation du livre des évangiles est une delà du xiv* siècle el qui s'est répandu peu à peu dans cérémonie bien plus récente, quoiqu’elle remonte au les autres Églises, Chardon, loc. cit.. p. 869; 2° après xir siècle. la communion et la profession de foi des nouveaux Deuxième partie : 1® Concélébration de l'évêque prêtres, le pontifical indique une nouvelle imposition individuelle des mains, avec la foi mule : Accipe Spiri­ avec son consécrateur : voir ce qui a été dit de la tum sanctum; quorum remiseris peccata, etc. Cérémo­ concélébration des nouveaux prêtres; 2° l’usage de nie relativement récente, inconnue des anciens manus­ la mitre n’est pas antérieur au xr siècle, el Sicard qui en développe la signification mystique n’en men­ crits, qui a commencé au xnr ou xiv siècle et ne s'est tionne pas l'imposition au nouvel évêque, pas plus généralisée qu’au xvr; cf. D. Chardon, loc. cit.. p. 869qu’il ne mentionne l’imposition des gants; 3° l’intro­ 872; Marlène, De antiq. Eccl. ritibus, L I, c. vin, a. 9, nisation consiste à faire asseoir le nouvel évêque dans n. 12; van Bossum. p. 1 15 sq. On rencontre toutefois le fauteuil du consécrateur, à moins qu’il ne soit des traces isolées de la cérémonie au xi« siècle; 3° le consacré dans sa propre église. La cérémonie est alors déploiement de la chasuble est un complément de plus solennelle. l’imposition de cet ornement. Sicard en signale déjà Conclusion. - - Cet excursus dans la liturgie du la formule, comme ajoutée par quelques-uns à la sacrement île l'ordre était nécessaire à un double formule Accipe jugum Domini, de la remise de 1 etole, mais il ne marque pas la cérémonie elle-même. L'ordi­ titre Tout d’abord, elle nous llxc sur le fait de l’appa­ nation s'achève, sur un dernier monitoirc et une béné­ rition successise dans l’Église des ordres inférieurs diction : monitoirc récent, mais texte de la bénédiction I au diaconat, ceux-ci sc réduisant dans l’Église orien­ ancien. Il suit, dans le sacrament aire grégorien édité tale au sous-diaconat et au lectorat. Ensuite nous par Ménard, l'imposition de la chasuble, P. L., ! sommes obligés de constater que si. d’une part, l’impo­ t. lxxviii, col. 223; van Bossum, p. 125. | sition des mains s’est must animent et uniformément r) La consécration d'un évêque est calquée sur l’ordi­ conservée dans l’ordination des évêques, des prêtres et des diacres, elle s'est accompagnée, au cours des nation sacerdotale. Comme elle, elle comprend un prélude (demande de l’évêquc premier assistant, siècles, de cérémonies nouvelles qui s’atllrment comme lecture du mandat, formule du serment prêté par des rites sacramentels. De celte double constatation l'élu, examen de celui-ci, toutes cérémonies représen­ surgiront, entre théologiens, des controverses aujour­ tant d'anciens usages notablement amplifiés cl modi­ d’hui encore non résolues. On trouvera plus loin le fiés); une première partie qui va du premier munirésumé de ces discussions théologiques. loin· Episcopum oportet judicare jusqu a la reprise de Sur l'imposition des mains, rite d'ordination, voir la messe; une deuxième partie, qui, indépendamment J. Behm, Die Dandau/legung im Urchrislcnlum, ladpzig, de la concélébration, comprend l’imposition de la 1911 ; 1*. (initier,art. Imposition oi s m vins, t. vu,col. 1302, mitre et des gants cl l’intronisation du nouveau prêtai. spécialement col 1331-1331; 1108-1 125; l·’. (’nbrol, Im/to­ Première partie : 1° monitoirc Episcopum oportet, | ti (ion des mains, dans la Dictionnaire d'archéologie et de . L., t. xi., col. 391. Les sur la continence des clercs; défend aux clercs ordon­ sacrements que confère le ministre indigne ne sont nés par les hérétiques d’exercer leur ordre. Epist., pas scs sacrements, mais ceux de Dieu, ceux de w n. c ni. /’ /... L xx. col.530. l’Église, et son état moral ne fait pas que ce qu’il Saint Jerome, à plusieurs reprises, trace les règles confère ne soit pus le don de Dieu, le don de l’Église : de l’idéal sacerdotal. Voir, en particulier, Epis!., lit, Qui solo sacramento sacerdos est... quamvis ipse non à Népolicn, P. L,t t. xxir, col. 527-510; dont on peut sit venir, quod dat tamen verum est si non det suum rapprocher i.iv, à Euria, col. 550sq.; lxxix, à Salvina, sed Dei. Contra litteras Petiliani, II. 69, t. xi.ni, col. 721 sq.; cvn, à Lata, col. 867 sq.; cxx\. à Rusti­ coi. 281; Contra Cresconium, II. 12, coi. 173. cus, col. 1072 sq.; cxxvn, à Principia col. 1087-1095. Au sujet de l'efficacité du sacrement quant au fruit 2° L*enseignement traditionnel, depuis saint Augus­ salutaire, saint Augustin a surtout étudié le problème tin jusqu'à la fin de l’uge patristique.·— 1. //enseigne­ posé par la réception du baptême de la main des ment de saint Augustin relativement au sacrement de hérétiques. Voir Augustin, t. i, col. 2117. Les mêmes l’ordre rentre dans sa controverse générale avec les principes peuvent être appliques à l’ordre, ainsi que donatistes sur l’efficacité des sacrements. Voir Augus­ ce qui concerne l’intention requise dans le ministre. tin (.S'o/r/\ t i, col. 2116 sq. Saint Cyprien et les On sait que. sur ce dernier point, la doctrine de saint rebaptisants avaient requis dans le ministre du sacre­ Augustin est encore assez hésitante. Voir Intention, ment. pour la validité de ce sacrement, la foi : les t. vu. col. 2275, cl 'fixeront, Histoire des dogmes, t. n, donnlislcs exigeaient de plus la sainteté au moins exté­ p. 106-107. rieure. Saint Augustin s’applique à déterminer quelle On trouve chez Augustin de nombreux details sur part revient, dans la production et l’action du sacre­ les degrés de la hiérarchie, le mode de collation des ment, au ministre qui le donne, et. par voie de consé­ ordres, la discipline en vigueur au vr siècle pour l’ordi­ quence, au sujet qui reçoit et au rite sensible. I.’appli­ nation des clercs : tout est conforme à ce qui a élé cation des principes généraux formulés par Augustin exposé ci-dessus. l’amène, dans la controverse donatiste, à construire Relevons simplement (pie. pour saint Augustin, tout l’essentiel du traité de l’ordre, tel que les théo­ conformément à Apoc., xx, 6, tous les chrétiens sont logiens scolastiques le concevront. en quelque façon prêtres : omnes sacerdotes, quoniam membra sunt unias sacerdotis (Christi). Le nom de Il faut, tout d'abord (ce que n’avait pas fait Cyprien), distinguer entre validité du sacrement cl prêtres toutefois convient spécialement aux prêtres efficacité quant au fruit qu’on en relire : Non distin­ proprement dits et aux évêques : eux seuls peuvent guebatur sacramentum ab efleetu, vel usu sacramenti. offrir le sacrifice. De civitate Dei, xx. 10, P. L., t. XL, De baptismo, VI, i. 1, /». I. xlhi, coi. 197. Aliud col. 676. est non habere, aliud non utiliter habere. Id., IV, xvn, On a déjà noté, Augustin, t. i, col. 2117, que l’au­ 21, coi. 170; ei. I. i, 2; xn, 18, coi. 109, 119. La torité de saint Augustin a élé invoquée en des sens validité du sacrement ne dépend ni de la foi, ni de divers au sujet de la validité des ordinations con­ la sainteté du ministre. Augustin établit celle propo­ férées par des hérétiques; cf. C. Mirbt, Die Stellung sition d’abord par la coutume de l’Église de ne réi­ Augustins in der Publicistik, Leipzig, 1888. térer ni le baptême, ni l’ordre à ceux qui, ayant reçu Au point de vue moral, Augustin a tracé les devoirs ces deux sacrements, ont passé ensuite au schisme ou des évêques et des prêtres dans un certain nombre à l'hérésie, puis sont revenus à l’Église. Bien plus, le de ses lettres, Epist., xxi, xxn, xxix, cxlii, ccvm, prêtre ou l’évêque dissident baptise valideinent, con­ ccxxviii. cl cci.xvi, P. D., I. xxxnn. coi. 88. 90, fère valide ment les ordres. De baptismo, I, i, 2, col. 109. 111, 583, 950, 1013, 1089. Il faut aussi signaler le Une deuxième raison vient de la doctrine du caractère De calechizandis rudibus et le IVe livre du De doctrina sacerdotal ou baptismal. On ne réitère ni le baptême, christiana. ni l’ordination, parce que l’un cl l’autre sacrement 2. //influence de la doctrine augustmicnne. — Saint impriment en qui les reçoit quelque chose d’indélébile Augustin exprimait la doctrine catholique, en ensei­ qui persiste même dans le péché el dans l’hérésie : gnant la validité des sacrements administrés en Nulla ostenditur causa cur ille qui ipsum baptismum dehors de l’Église. Mais, a Rome meme. Innocent l,f, amittere non potest, jus dandi potest amittere. Virum- saint Léon. Pélage, tout en professant les principes que enim sacramentum est, et quadam consecratione de saint Augustin, emploieront un langage qui con­ utrumque homini datur : illud, cum baptizatur; istud tient une bonne partie des vieilles sévérités contre les cum ordinatur ; ideoque in catholica utrumque non sacrements des hérétiques et des schismatiques. Ces licet iterari. Contra epist. Parmeniani, II, n. 28, exagérations éloquentes fournirent, à bon nombre de coi. 70; cf. Epist., clxxiii, 3; clxxxv, 23, P. I.., théologiens des xi· et xir siècles, l’occasion de se t xxxm, coi. 754, 813. Ce texte est aussi explicite fourvoyer. que possible el, bien compris, aurait dû prévenir toute a) L’enseignement du pape innocent Pr, quoi qu’en controverse ultérieure sur les réordinations. Mais aient pu penser certains théologiens du Moyen Age, Augustin semblait identifier le pouvoir d’ordre et le est conforme à la doctrine august'mienne, soit qu’l! pouvoir de baptiser. Le n’est sans doute qu’une appa­ s’agisse du cas des clercs ordonnés par Bonosc, rence. Mais la façon de s’exprimer de l’évêque d’Hip- Epist., xvi; xvn, n 3, soit qu’il s’agisse des clercs ponr a fourni aux théologiens du xr et xir siècles ariens. Epist.. xxiv, P. l. xx, Col. 519, 530. 517. Sur l’un el l’nutie cas. voir L. Sallet, op. t-il., p. 68-73. mal 1ère à éplloguer. Du pouvoir de baptiser on se b) Saint Déon donne au sacerdoce le nom de · sacre­ refu'a a conclure à celui de consacrer l’eucharistie t liv. col 626, 618, et d’ordonner. Cf. Saltet, les réordinations, p. 68. ment . Epist., tx, 1 ; xn, 3. />. Ce caractère, ccinparnblc a i’cmpreinlc mise sur les j. mais sans en préciser le sens. Son enseignement sur l’ordre est plutôt disciplinaire, néanmoins quelques monnaie* Impériales, à la nota militaris du soldat.au signe dont on marque le* brebis du troupeau, est une . points méritent d’être retenus. La hiérarchie saccrcon^f'f ration qui ne s’elface pas, id., ibid. ; saint Augus- I dotale comprend trois grands ordres, l’épiscopat la 1281 ORDRE. I/AGE PATRÏSTÏQUE 1282 prêtrise, le diaconat, qui doivent être donnés successi­ dignité suprême; Grégoire se justifie, à l’exemple de vement. Epist., xn, 5, col. 652. Le sous-diaconat, saint Grégoire de Nazianze (voir ci-dessus. col. 1280), qu’il appelle · quatrième ordre » est signalé par l'obli­ de saint Jean Chrysostome (voir ibid ), en relevant gation du célibat qui, à plus forte raison, s’impose les grandeurs et les difficultés du ministère pastoral. aux ordres supérieurs. Epist., χιν, 4, col. 672. L’émi­ L’ouvrage comprend en fait trois parties; le chapitre nente dignité que Léon reconnaît dans le sacerdoce unique dont se compose la quatrième est plutôt une lui en fait exclure les esclaves, Epist., ιν, I, col. 611; simple conclusion, invitant le prêtre à rentrer en luiIl les écarte surtout de l'épiscopat : sacrum ministerium même pour se bien connaître. La première partie tutis consortii vilitate polluitur. Ce n'est là ni orgueil, expose les qualités que suppose l’entrée dans les ni mépris des humbles; il n'y faut voir qu’un hommage ordres et la hiérarchie : ad culmen quisque regiminis à la grandeur du ministère sacerdotal, celui-là même qualiter veniat. La deuxième indique la vie (vertus et que rend saint Léon lorsqu’il veut qu’on dépose les œuvres) que doivent mener les prêtres : ad hoc rite clercs coupables, sans les mettre au rang des péni­ perveniens qualiter vivat. La troisième, la plus étendue tents. Epist., ci.xvn, inquis. 2, col. 1203. et la plus importante, trace les règles de la prédication Dans la question dogmatique de la validité des ordi­ cl de la direction à donner aux fidèles : bene vivens nations faites en dehors de l’Église ou contre les canons, qualiter doceat. · La question de l'éloquence chrétienne saint Léon est fidèle à la doctrine augustinicnne. Voir avait été déjà trop bien traitée par saint Augustin la lettre aux évêques de Mauritanie en 4 16, Epist., xn, pour que Grégoire pût renouveler un tel sujet. D'ail­ 6, col. 653. Il reste également fidèle à l’idée d'un leurs, il s’y essaie à peine et s’attache à décrire les sacerdoce entendu au sens large pour tous les fidèles. caractères divers des fidèles pour apprendre au prêtre Serm., iv, I, col. 148; ci. Léon 1er, t. ix, col. 290-291. à s'y adapter avec soin... Les deux premières parties c) C'est encore la doctrine augustinicnne qui Inspire ont efficacement contribué à élever le clergé à la le pape Anastase 11. En vue de régler le schisme hauteur de l’idéal très haut, mais bien réalisable, qui d'Acacc, il rappelle les principes traditionnels de la lui était ici présenté avec tant de force et d’autorité ». F. Cayré, Précis de patrologie, t. n, p. 237. théologie catholique du sacrement de l'ordre : « La Le Pastoral de saint Grégoire eut un succès extraor­ vertu du sacrement n’est pas diminuée par l’indignité dinaire. Le patriarche d’Antioche, Anastase II, le du ministre... Le sacrement administre par un impie traduisit en grec; mais cette version n’est pas par­ ne nuit qu'à cet Impie; aux autres, il apporte toute la venue jusqu'à nous. Pltra, Juris eccl. Graecorum hist, perfection de sa vertu. » En conséquence, le pape et monum., t. n, Rome, 1868, p. 241. Une traduction reconnaît valides les ordinations faites par Acacc française du Pastoral de saint Grégoire, par l’abbé et accueille les clercs ordonnés dans le schisme. Thiel, Epist. roman, ponti/, genuimr..., p. 620, 622. Cette J. Boutet, a été éditée à Paris, 1929 (coll. Pax). Saint Grégoire cul aussi l'occasion d’affirmer la décision et cette doctrine ne faisaient d’ailleurs que doctrine augustinicnne de la non-itération de l’ordi­ reproduire des décisions antérieures de Félix III, nation. L’évêque de Ravenne voulait réordonner un Epist., xiv, et de Gélase, Epist., m Thiel, p. 268, 365. diacre ou un prêtre qui, avant son ordination, avait de l’ordre. Elle proclamait qu’aucune partie de la tiques cl les schismatiques, un trouble qui ne lit que liturgie de l’ordre ne pouvait être réitérée. Cette afllrs’accroître dans les siècles suivants » Tixcront, nation avait une valeur inestimable. I linemar énumère ibid. Et pourtant, au début du ix· siècle, saint Agoles diverses cérémonies auxquelles convient le nom bard, évêque de Lyon, dans son petit traité De pri- d’imposition des mains; il permet de les réitérer vileqio et jure sacerdotii, P. L., t. civ, col. 127-148, toutes, sauf celles de la confirmation et de l’ordre : tient expressément que les fautes ou crimes personnels cum vero pro confirmatione vel ordinatione impen­ du prêtre ne lui enlèvent pas le pouvoir de faire et ditur, non jam pro sola oratione, sed etiam pro sacramême, en certains cas, de conférer les sacrements. mento habenda est, quod sancti Patres iterari prohibât· Ce petit traité est â lire, car il jette une lumière pré- rant. Nam non minus peccatur, si cui manus pro deuse sur les difficultés d’avoir un bon clergé a cette confirmatione vel ordinatione iterum imponitur. Mon. époque : habemus sacerdotes quales possumus, écrit Germ, hist.. Libelli, t. n, p. 119; Saltet, op. cit., p. 136. mélancoliquement Agobard, coi. 140. llincmar était ici pius théologien qu’au concile de a) Chez Nicolas J" et llincmar. - L’afialre d’Ébo, Soissons! archevêque de Reims, déposé vu 835. puis rétabli b) Des actes de Nicolas Pf, Adrien 11 et Jean VIII, pendant un an (840-841). et enfin nommé par Louis dans l’affaire de Photlus et des clercs ordonnés par le Germanique évêque d'Hildesheim, mort en 851. lui, on ne saurait tirer aucun argument contre la doc­ amena le concile de Soissons (853) à se prononcer trine traditionnelle : ici non plus - la démonstration sur les ordinations faites par l’archevêque déposé. Le qu’en a faite L. Saltet est décisive - il ne fut pas rôle d’Hincmar, en l’occurrence, parait entaché de question de déclarer les ordinations milles, mais sim­ duplicité. En effet, faisant proclamer les ordinations plement sans effet au point de vue de la licéité et du nulles, il voulut obtenir du pape Nicolas H approba­ pouvoir (pic nous appellerions aujourd’hui de juri­ tion de cette décision, tout en sollicitant la clémence diction. La réordination de l'évêque de Vcrccil, du souverain pontife en faveur des clercs ainsi con­ Joseph, par Jean VI II, se présente sous un jour dilfédamnés. Cette attitude lui valut des lettres très dures rent : Jean VIII déclare la première ordination nulle du pape, dans lesquelles d était accusé d’intrigue cl par ce que conférée par un excommunié. Il ne met même de faux. Nicolas H posait nettement la ques­ pas en doute le principe général de l’indélébllité du tion; au sujet des clercs d’Ébo, il ne voulait pas enten­ caractère conféré par l’ordre; mais il se trompe en dre parler de grâce, mais de justice. Quelle qu’ait pu affirmant que l’excommunication empêche un évêque être l’indignité d’Ébo, les clercs qui, de bonne foi, de transmettre le pouvoir d’ordre. Ge point sera se sont fait ordonner par lui n’en ont reçu aucun pré­ tranché par la théologie postérieure; cf. Saltet, p. 138judice, en vertu de l’adage bien connu quod malt I 152. bona ministrando sibi tantummodo noceant, nec Eccle­ c) Les afiirmations théologiques traditionnelles dans sia sacramenta commaculent. Epist., cvn, P. L , Γαfiaire des ordinations du pape Formose : Auiilius t. CXIX, coi. 1100; cf. Sallet, op. cit., p. 133. Nicolas et Vulgarius. - - Voir Fokmose, l. vi, col. 597. La Invoquait l’autorité de Léon 1« et d’Anastase II question de la validité des ordinations de Formose (soir ci-dessus, col. 1280-1281) llincmar dut accepter fut pour Auxllius (voir t. i, col. 2622) l’occasion la thèse du pape et reconnaître la validité des ordina- i d'écrire quelques ouvrages de défense. En 908, Auxllius écrit le traité /n de/ensionem sacrae ordinationis (Ions d’Ébo. Mais Hincmar avait une doctrine thêologique per- I pap n Formosi ; puis, vers 911, un dossier patrlstique MXinelh- sur l'objet, cause du litige, et il Importe de I intitulé De ordinationibus papn' Formosi .-enfin, à peu 1285 ORDRE. I,A RÉFORME GRÉGORIENNE 1286 près a la même époque, le dialogue Infensor d defensor. ment doctrinal, mais une régression théologique de Auxilius oppose aux prétentions du pape Serge III longue durée et de grande portée... De cette régression, une doctrine théologiquement exacte. Il établit une relative A la doctrine sur les conditions de validité analogie complète entre le baptême et l'ordination : du pouvoir d’ordre, on chercherait en vain un équi­ c’est bien là une idée augustinienne. Aucun de ces valent dans quelque autre domaine de la théologie deux sacrements ne peut être réitéré. Il prouve celte catholique. · Saltct, op. cit., p. 162. doctrine par la lettre de saint Grégoire le Grand A Ce n’est pas à dire cependant qu’il n’y ait plus l’archevêque de Havennc;cf. col. 1281. La réitération aucun défenseur de la bonne doctrine. On peut citer de ces sacrements serait un acte hérétique. Les ordi­ Luitprand dans son Antapodosis, i, 30, qui affirme nations conférées en dehors de l’Église sont valides, nettement la validité des ordinations conférées hors comme le prouvent l'histoire de Libère qu'AuxIHus de l’Église : Henedidio siquidem quir ministris Christi qualifie, avec la notice légendaire du Liber pontificalis, impenditur, non per eum qui videtur sed qui non videtur, d* < hérétique », et les textes de saint Léon Ier et sacerdotem infunditur. Neque enim qui rigat est aliquid d’Anastasc H (voir ci-dessus, col. 1280 sq.); et les sed qui incrementum dat, Deus. P. L., t. cxxxvt, ordinations des évêques indignes ou Intrus sont vali­ col. 804. Mais ces affirmations deviendront de plus des, tout comme celles de Vigile, le prescripteur et le en plus rares au fur et à mesure que la papauté elleremplaçant du pape Sllvere. De ordinationibus, xxv, même souscrira a la thèse de la nullité des ordinations xxvn, xvi, xix, xx, P. L., t. cxxix, col. 1068, 1066, simonlaques et schismatiques. Ce que l’on pourra 1669; hi/cnsor, c. v-vi. col. 1682. recueillir, dans l’étrange théologie qui prétend appuyer Les livres d’AuxIHus nous permettent également de cette tradition nouvelle, ce sont des points de vue situer l’introduction des onctions dans le rite de l’or­ particuliers, des arguments nouveaux, dont la théolo­ dination sacerdotale. On peut la fixer à la seconde gie traditionnelle tirera, le moment venu, quelque moitié du ix· siècle. Mais un point doctrinal plus im­ précision heureuse ou quelque occasion de progrès. portant retint son attention. « Par une argumentation L Problème de la consécration épiscopale du diacre : ad hominem, ceux qui niaient la valeur des ordina­ Pothier de Vérone. — Il s’agissait de la validité des tions faites par Formose, reprochaient â ce pape de ordinations sacerdotales conférées par l’intrus Milon. s’être fait réordonner évêque à l’époque de son intro­ Conformément aux décisions du svnode romain de nisation à Rome; il aurait reçu alors une seconde 769 touchant les ordinations de l’intrus Constantin, imposition des mains. Auxilius répond en niant le fait. Rathier tenait pour nulles les ordinations faites par Mais, ajoute-t-il, la réitération de l’imposition des Milon. On lui objectait : des prêtres ordonnés ρ:ιτ mains de l’épiscopat aurait-elle eu lieu, ce serait un Milon ont été ensuite, par d’autres, consacrés évê­ fait sans conséquence; d’après saint Jérôme (Epis!., ques; c’est donc que le sacerdoce reçu des mains de cxi.vi, P. L., t. xxii, col. 1192), il y a identité entre Milon est réel et valide. A quoi Rathier répond : cet l’épiscopat et le .presbytérat. Dès lors, la consécra­ argument ne vaut rien, car la consécration épiscopale tion épiscopale n’a pas la signification qu’on pourrait conférée A un simple diacre lui donne, par le fait croire: elle complète seulement le presbytérat. D’une meme, le sacerdoce, P. L., t. cxxxvî, col. 477. C’est, manière analogue, la consécration pontificale de For­ sous une forme nouvelle, la question de l’identité moso a complété sa consécration épiscopale... Cette substantielle de l’épiscopat et du presbytérat. Les question, relative à la différence de l’épiscopat et de théologiens s’empareront de cette donnée pour y la prêtrise, devait occuper longtemps, dans la suite, apporter une solution. les théologiens. * Saltet, op. cit., p. 159-160; cf. De­ 2. La théologie de saint Pierre Damien. — Sous fensor, col. 1096. Auxilius admet d’autre part qu’une saint Leon IX. la thèse de la nullité des ordinations ordination imposée par violence est valide. Id., col. simonlaques a fait de grands progrès. En général, 1075-1076 les partisans de la réforme, soutiens de la papauté Les mêmes principes théologiques de la validité des et chrétiens exemplaires, estiment que ces ordina­ ordinations faites en dehors de l’Église sont repris, à tions sont invalides : dans ce jugement, en soi erroné, l’occasion de l’affaire Formose, par un professeur de ils sont poussés beaucoup plus par le dégoût que leur grammaire de l’Italie méridionale,EugenlusVulgarius, inspirent les clercs simonlaques que par le souci de la De causa et negotio Eormosi papa*. P. L , t. cxxix. vérité théologique. Les adversaires de la réforme et Ici encore, la condition du baptême et celle de l’or­ les simonlaques cqx-mêmes tiennent pour la validité dination sont identifiées, quant à la validité et à la et. sans grand souci de la vérité sans doute, en sont permanence dans l’Ame La réalité qui est l’effet de les défenseurs. Le pape Léon IX n’a pas de doctrine ces sacrements v est très nettement décrite. A ceux bien nette. En général, il considère comme valides qui prétendent que, par la déposition et par l’excom­ les ordinations gratuitement reçues de prélats simomunication, Formose a perdu le pouvoir d’ordre. Vul­ n laques el comme nulles celles reçues A prix d’argent. garius répond que l’ordination, pas plus que le bap­ Voir t. ix. col. 325. tême, ne peut être enlevée de l’Amc : elle en est insépa­ C’est dans ces conditions que saint Pierre Damien rable. A rrrs.se est ut concludas, sacerdotium ab accepto essuie de construire une théologie sur le pouvoir inseparabile sicut baptismum; aut si non, aliud esse d’ordre, théologie traditionnelle dans ses lignes prin­ donum baptismi, attudque sacerdotii, quod dictu impium cipales. et pourtant mélangée d’idées moins accepta­ est. Col· 1108. bles. Celte théologie est exposée dans le Liber gratis3° Obscurcissement de. renseignement traditionnel. simus, dans Mon Germ, hist.. Libelli..., t. t (et P. L., Les luttes politico-religieuses du ixr et du xr siècle, t cxi.v, col. 9·)). Damien établit certains principes, jointes à l’affaiblissement de la théologie, créent dans dont il fait ensuite l’application aux simonlaques. l’enseignement catholique une véritable méconnais­ Le pouvoir d’ordre, dit-il, est un pouvoir ministériel. sance de la théologie du sacrement de l’ordre. Il fau­ Dieu a fait les clercs non auctores baptismi, sed minis· dra trois siècles de luttes et de controverses pour tros. Ainsi en est-il des autres sacrements. Or, le revenir A la doctrine que nous venons de trouver ministre est un canal qui transmet la grâce. Les mau­ sous la plume ile Vulgarius, que l’ordre, comme le vais ministres ne sont donc pas un obstacle à cette baptême, reste Inséparable de l’Amc qui l’a reçu el transmission : Eons ille vivus non restringitur quo­ pour allinncr (pie le pouvoir d’ordre ne saurait jamais minus, usque in finem suculi, per nemus Ecclesiir être Hé par l’Eglise au point de devenir inefllcacc et profluat, ut non solus ille sacerdotalis ordo, sed d omnes inerte. Dans l’intervalle se place n ^développe­ in Christo renati salutis sua- poculum hauriant. Op. cit., 1287 ORDRE. LA RÉFORME GRÉGORIENNE 1288 p. 20 et 33. Il ajoute toutefois une restriction regret­ nolle va pouvoir recommencer ù émettre quelques table : pour être valide, l’ordination doit être conférée vérités trop longtemps obscurcies. 4. La théologie du sacrement de l'ordre sous le pon­ dans la foi orthodoxe à la Trinité, si recta fides adsit, tificat de Grégoire VII (1073-1085). - a) Les repré videlicet ut in Patrem et Filium et Spiritum sanctum rede credatur, indigni diam cujuslibet sacerdotis con­ sentants de la doctrine de. Pierre Damien au SacréCollège. — La théologie de Pierre Damien est conti­ secratio indifferenter impletur. Id., p. 51. Pierre Damien ne considerant pas les simoniaques nuée par Alto de Milan, cardinal-prêtre de Saintcomme hérétiques, il devait naturellement conclure Marc, dans un recueil dc morceaux patristiques et scripturaires, transcrits sans titre ct sans commen­ que leurs ordinations, quoique irrégulières, étaient valides. C’est en ce sens qu’il orienta sa décision lors taire, publié par A. Mal, Scriptorum veterum nova dc sa légation â Milan. On a dit comment cette déci­ collectio, t. vi, p. 60 sq., Home. 1832. On y trouve des sion ne fut pas ratifiée par Nicolas II et comment textes très explicites sur la valeur des sacrements Damien dut introduire dans sa doctrine une rectifi­ administrés en dehors de l’Église : la lettre du pape cation, déclarant que les clercs sinioniaqucs, après les Anastase II (voir ci-dessus, col. 1281); la lettre dc saint Léon ù Anatolius de Constantinople, P. L , t. i.iv, décisions de Nicolas II, doivent être tenus comme s’ils n’avaient pas reçu l’ordinal ion. Le < comme si » col. 1101. Ces textes devaient servir à expliquer les deux décisions d’innocent Pr, supra, col. 1280. semble bien maintenir le principe de la validité. Voir Damien, t. iv, col. 53. Anselme de Lacques (junior) a publié une Collec­ 3 La théologie du cardinal Humbert. — Humbert tion canonique encore inédite. Voir Dictionnaire (voir t. vu, col. 310) représente la tendance opposée d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. ni, col. 192. La doctrine suggérée par cette collection est celle à Pierre Damien, dont il n’a ni le calme, ni la sérénité, ni surtout les principes traditionnels, touchant l’indéde la validité des sacrements administrés en dehors lébilité du pouvoir d’ordre ct l'efficacité du rite d’ordi­ dc l’Église. D’aillcurs, répondant ù l’antipape Clé­ nation. Dans son ouvrage Adversus simoniacos, dans ment III (Guibcrt) qui reprochait aux grégoriens dc considérer comme nuis les sacrements administrés en Mon. Germ, hist., Libelli..., I. i (et P. L„ t. cxliii, col. 1005), et où il semble bien réfuter le Liber gratissi­ dehors dc l’Église. Anselme répond : Detestamur, non mus de Damien, Humbert fait sienne la doctrine dc sacramenta Ecclesia·, sed scismasticos et sacrilegos, saint Cyprion cl des canons des Apôtres, p. 111. Les quorum parricidalibus manibus sese sacramenta divina sacrements administrés par les hérétiques sont nuis; subtraxerunt... Sanctum quippe suum, quod foris habe­ tis. quod malo vestro accepistis, quia bono odore peristis, il faut les réitérer. Défigurant la pensée dc saint Léon dans sa lettre eux, Humbert déclare qu’adminis­ veneratur Ecclesia, sed vos persequitur, ut Sara ancil­ trant le baptême, les hérétiques possèdent formam lam. qujr tamen de semine Abra hir concepit ct peperit. tantum baptismi sine sanctificationis virtute, p. 105. Liber contra Wiberlum, dans Mon. Germ., Libelli, Celte forma baptismi n’est qu’une apparence, c’est l. î, p. 522. la simple ablution du corps; elle ne produit aucune b) Les continuateurs d'Humbert. — Sous Gré­ espèce d'effet intérieur. Aussi pouvait-on précédem­ goire VII, le cardinal Dcusdedit (voir t. iv, col. 617) composait la collection canonique qui devait former ment la réitérer. Aujourd'hui l'Église se contente, la charpente de son Libellus contra invasores et sgmoen ce qui concerne le baptême reçu d’un ministre hérétique, dc lui conférer après coup l'efficacité par le niacos. Bien que cet ouvrage ait paru postérieure­ rite de l’imposition des mains. Aucune dispense pa­ ment au pontificat de Grégoire VH, il représente reille ne pourrait être accordée pour valider une ordi­ des idées dont s’inspira plus d’une fois la curie romaine nation faite par les hérétiques : celle-ci est radicale- J sous ce pontife. Il accumule les textes les plus défament nulle. Pourquoi celte différence? C’est que le forables à la validité des sacrements administrés en simoniaque (qu’Humbert identifie avec l’hérétique, dehors de l’Église. Sans doute, le baptême donné dans p. 105 ct 1091 voit son pouvoir d’ordre immédiate- I ces conditions ne sc renouvelle pas, mais d’après ment Hé : il devient inerte ou statunculus, p. 125, 126. Dcusdedit, il ne confère pas le Saint-Esprit, qui ne Toutes les autorités patristiques qu’on peut apporter peut être donné que par l’imposition des mains lors en faveur de la doctrine opposée n’ont aucune valeur; de la réconciliation de ces baptisés. Notre cardinal il faut, en effet, les entendre en un sens impropre ct estime que l'eucharistie des schismatiques el des Vulgaire p. 121. simoniaques est nulle et ne contient pas le corps dc Par elle-même, cette théologie ne comporte rien Jésus-Christ. Pour l’administration du sacrement dc qui puisse directement marquer un progrès dans la l’ordre, une ordination simoniaque est nulle : il conception catholique du sacrement de l’ordre. On re­ dépend de l’Église d’accepter ou dc rejeter telle ou marquera cependant qu’elle transpose,en faveur d’une telle ordination. Si la réordination est interdite à thèse que l’avenir condamnera, bien des éléments que l’égard de ccs clercs, c'est pour une raison, non les gr inds théologiens du Moyen Age recueilleront pré­ dogmatique, mais canonique; cf. Saltet, op. cit., p. 216. cieusement pour en faire le thème de leurs enseigne­ La théologie de Dcusdedit fut mise en pratique ments : distinction entre le sacramentum tantum ct le par le légat Amat d’Oloron. principalement dans les nés et sacramentum; réviviscence des sacrements; sans décisions du concile dc Glronc. Prescrivant la réor­ compter la thèse traditionnelle dc l’efficacité ex opere dination des clercs simoniaques, le légat aura voulu operato. sans doute faire face ù une situation exceptionnelle, Le concile romain de 1059, sous Nicolas II (voir ne pouvant déposer la plus grande partie du clergé. Dcnr.-Dannw., n. 351). tout en se montrant d’une c) L*intéressante évolution de Remold de Constance. — ses élite peu commune à l’égard des clercs simonia­ Bern old de Constance, voir t. n, col. 791, était un ques. n’avait pas encore déclaré milles leurs ordina­ jeune clerc de Constance qu’intéressait vivement la tions: il ne constituait pas encore un triomphe pour question de la nullité ou dc la validité des ordinations les idées du cardinal Humbert. Le concile de Glronc simoniaques. De concert avec son maître Adalbert, apporta ce triomphe. On y déclarera officiellement la J il adressa une consultation à Bernhard un de scs nullité des ordinations sinioniaqucs, soit reçues pour maîtres, ù ce sujet. La question posée laisse visible­ de l’argent, soit même reçues gratuitement d’un prélat ment voir que Bernold penche pour la nullité des simoniaque. Mais nous sommes ici sous le pontificat ordinations. La réponse de Bernhard (dans Libelli t. n, p. 29. ct P. L., t. cxLViiî, col. 1113) admet que d’Hildebrand. où, malgré l’ôprcté dc la lutte, ou les simoniaques et les excommuniés dont le crime peut-être même à cause d’elle, la théologie tradition- 1289 ORDRE. LA RÉFORME GRÉGORIENNE et In condamnai ion ne sont pas connus peuvent administrer validement les sacrements. Dans le cas où leur situation vient à être connue, ils ne peuvent plus administrer validement les sacrements. La thèse est appuyée de plusieurs documents. Mais Bernhard a fort bien vu la difficulté de sa thèse : un mémo ministre administrerait les sacrements ou non. sui­ vant que sa situation serait connue ou non! Pareille assertion ne laisse rien subsister de la valeur objective des sacrements ct dc l'efficacité ex opere operato. (/est, répond Bernhard, le mystère de la fol, toc. cit., p. 40. Bernold ne se tint pas pour satisfait. Dans une lettre (Libelli, t. n, p. 47, et P L., I. cxlviii, col. 1 IGG), il montre combien il répugne que les mêmes espèces eucharistiques soient consacrées ou non, suivant qu'elles sont données Λ un chrétien averti de la situa­ tion irrégulière du ministre ou h un autre qui ne le serait pas. Quant aux ordinations, il y a des diver­ gences entre les témoins de la tradition : les uns les déclarent valides, les autres invalides. Comment accorder les décisions contraires? Ici, Bernold s’inspirera de la thèse esquissée par le cardinal Humbert à propos du baptême et la trans­ portera à l’ordre. Il évoque ainsi la théorie de la forma sacramenti : Harum igitur sententiarum repu­ gnantiam concordare nescimus, nisi hoc auctoritati Sedis apostolicir, cum consensu sancite matris Ecclesia, lici­ tum fore dicamus, ut, pro aligna temporis necessitate, ordinatos ab hnreticis, per invocationem sanctir Tri­ nitatis in ordine suo non reconsecrandos suscipiat; quos tamen aliquando, ad evidentiorem hxrcliciv ordi­ nationis proscriptionem, reconsecrari proripiat... Hinc igitur conjicitur ordinatos ab huretico non CONSECRA­ TIONEM ALIQUAM ACCEPISSE, SED SOLAM FORMAM absque virtute sanctificationis — qux utique forma, sive accepta virtute sanctificationis, ex consensu sanche Ecclesia*, a conversis retineatur sive per iterationem penitus proscribatur, ad pm sens non occurrit quid rationabiliter objici possit. Op. cit., p. 56. Bernold ne connaissait pas l’ouvrage d’Humbert. Π est remarquable qu’il interprète, comme le cardinal, la forma sacramenti dont ont parle saint Augustin et saint Léon. Cette forma n’est qu’une apparence, un rite extérieur. Cette interprétation n’est qu’un soupçon très lointain de la doctrine du caractère. Mais elle laisse admettre la possibilité des réordina­ tions. Ainsi. Bernold transformait une question de dogme en une affaire de discipline. Selon lui, il dépen­ dait dc l’Église d’admettre ou non une ordination faite en dehors d’elle. Il ajoutait que. dc fait, les simoniaques et les excommuniés dont la condamna­ tion n’est pas connue, peuvent validement administrer les sacrements per consensum Ecclesiiv. Ainsi expli­ quait-il les décisions d’Anastasc IL Enfin, Bernold émet une dernière opinion. Se préoccupant des minis­ tres qui, sans devenir hérétiques, sont pourtant, en raison dc quelque faute, remoti ab officio, c’est-ù-dire, comme nous dirions aujourd’hui, suspens ou déposés, il lui semble que la permanence du pouvoir d’ordre est garantie en eux par salut Augustin 11 désigne ces clercs comme quondam catholice ordinati ou ordonnés dans l’Église, par opposition ù ceux qui sont ordonnés par des hérétiques. < C’est lù, ajoute M. Sallet, op. cit., p. 211, une distinction qui, bien des années plus tard, allait avoir la plus grande for­ tune, au point de commander toute la théologie des sacrements. Entre les deux théories opposées, dont l’une déclarait milles et l’autre, valides, les ordinations conférées en dehors de l’Église, une opinion inter­ médiaire trouva d’illustres patrons. Ils déclarèrent valides les ordinations faites, en dehors dc l’Église. par les seuls évêques quondam catholice ordinati. » consecrationis, 1290 Sans nous arrêter longuement aux Apologetic# rationes (Libelli, t. ji, p. 99; P. L.,l. cxLViir, col. 1067) où Bernold, s'appuyant sur les autorités de saint Grégoire, dc Pélage, d’innocent l", de saint Léon que nous connaissons déjà, ct sur Prosper d'/Xqultafne, Sent, ex Augustino, xv, P. L., t. li, col. 130, entend démontrer que les sacrements administrés par les excommuniés sont nuis, il est plus Intéressant de constater que, peu dc temps après, Bernold en arrive à une théologie tout ù fait exacte. Celle-ci est contenue dans le traité He sacramentis excommunicalorum. Libelli, t. n, p. 89, ct P. L., t. cxlviii, col. 1061. Bernold a découvert ici In véritable doctrine dc saint Augustin. Il mentionne d'abord les autorités qui semblent déclarer nuis les sacrements administrés en dehors de l'Église : ce sont les quatre textes déjà rappelés. Puis, il indique les autorités qui se pronon­ cent pour la validité des sacrements administrés dans les mêmes conditions : la lettre d’Anastasc H ct un texte de saint Augustin. Epist., xcm, n. 46, P. L., t. xxxin, col. 343. Ce qui a ouvert les yeux dc Ber­ nold, c’est le texte tiré du L VI du De baptismo d'Augustin contre les donatistes. où le Docteur d'Hipponc distingue entre le sacramentum et Vefleclus sacramenti (voir col. 1279). D’après saint Augustin, c’est parce que saint Cyprien n’a pas vu cette distinc­ tion qu’il a eu une doctrine erronée. Ecrnold a fort bien compris l’évêque d’Hipponc et montre comment les textes qui paraissent divergents conduisent à la même théologie. Superiores sententiæ ad effectum sacramenti referantur, qui nusquam extra Ecclesiam esse posse veraciter asseritur, et inferiores ad verita­ tem sacramentorum referantur, qutr eadem integritate ct bonis et malis adesse creduntur ac si uno ore ipsi sancti Patres nobis communiter dicerent : Extra Eccle­ siam nec sunt, nec fiunt sacramenta effective, id est cum salute animer, ubi tamen eadem inutiliter, imperniciose et esse ct fieri non denegamus. Bernold est d’autant plus assuré de tenir la bonne voie qu’il cons­ tate que plusieurs papes, saint Leon. Innocent Ier, saint Grégoire, ont finalement accepté les sacrements de ministres sur le compte desquels il s’étalent expri­ més dc la manière la plus négative. U cite de plus une série de textes de saint Augustin fort bien choisis; il démasque la supercherie qui attribue â Pascal I*r une lettre dc Guy d’Arezzo; cf. Saltet, op. cit., p. 179 sq.; enfin, il écarte de propos très délibéré la prétendue autorité des synodes romains dc 769 et 961 dans lesquels les ordinations des papes Constantin et Léon VIII étalent déclarées nulles : précédents peu anciens, écrit Bernold, in quibus temporibus multa contra /as ct jus usurpata reperiuntur. II ne faut pas transformer les abus en règles. 11 ne faut pas d’ailleurs exagérer le mérite théolo­ gique de Bernold; c’est grâce ù la doctrine du Liber gratissimus de Pierre Damien ct à la collection cano­ nique d’Anselme de Lacques junior qu’il doit son évolution dans le sens de la vérité traditionnelle. • Bernold. écrit M. Saltet, doit passer uniquement pour un compilateur intelligent ct sans parti pris. » Op. cit., p. 217. 5. Les innovations (ht'ologiques sous l'rbain II. — La théologie qui a inspiré les décisions d’Urbain H n’a pas encore clé complètement mise à jour. Au xii* siècle, toute une école de canonistes de Bologne a attribué ù Urbain II la doctrine suivante; En fait de sacrements administrés en dehors de l’Église, c’està-dire dans le schisme ou dans l’hérésie, sont seuls réels ou valides ceux qui ont été conférés par un minis­ tre précédemment ordonné dans l’Église, c’est-ù-dire par les catholiques; sont nuis les sacrements des minis­ tres ordonnés par des évêques qui ont reçu leur consé­ cration en dehors de l’Église. C’est, en somme, la thèse 1291 ORDRE. LA RÉFORME GRÉGORIENNE 1292 fondamentale inaugurée par Bernold. Il y a, en réalité lettre â Lucius de Pavio; en pratique, il a considéré plus de nuances à observer dans la pensée d’Urbain 11. comme très différents les sacrements administrés en Tout au début de son pontificat (1088*1099), dehors de l’Eglise, suivant l’origine de la consécration I rbain H, en effet, fait une condition privilégiée aux du ministre. Comment expliquer cette inconséquence? sacrements conférés par des ministres précédemment Il semble bien que ce soit à cause de l’idée très défa­ vorable que les théologiens d’alors se faisaient de hi catholiques cl non simoniaques. Il admet que les sa* crvmcnts donnés par de tels ministres intra ou extra forma sacramenti : c’était une réalité purement exté­ Ecclesiam sont de même nature, tous valides el com­ rieure que, suivant Bernold, première manière, et le plets. Quant aux sacrements administrés en dehors cardinal Deusdcdit, l’Eglise peut accepter ou réitérer : de l’Église, par des ministres ordonnés extra Eccle­ c’était donc un prope nihil comme certaine entité siam, il les considère (l’eucharistie exceptée) comme scolastique. Pour Urbain H. c’était davantage: une réalité qui empêchait la réitération du sacrement. valides, mais incomplets C’est la théorie que M. Sallet appelle de Vordinatio catholica. Celte doctrine que nous Pareille réalité, même ainsi affermie, était cependant connaissons surtout par Bruno de Segni, Comment, trop réduite pour qu'Urbain II se résignât â ne voir qu’elle dans les sacrements administrés hors de l’Église in Johannem, P. L.. t. ci.xv, col. 5.33, est â la base par des ministres précédemment catholiques. Le seul d’une courte réponse faite par Urbain II à l'évêque Anselme de Milan : eorum qui in Ecclesia ordinati fait de sortir de l’Église ne lui paraissait pas avoir sunt, sed ab Ecclesia per scismata discesserunt, non une telle influence sur les sacrements conférés par un exsufflamus. Sur le sens de ce dernier mot, voir Saltet, seul et même ministre. » Saltet, op. cit.. p. 2.30. La doctrine de la forma sacramenti amène Urbain 11 op. cit.. p. 225-227. Postérieurement, Urbain II a été amené â Identifier â réconcilier les prêtres et évêques ordonnés par des la condition des sacrements administrés en dehors excommuniés par la réitération de tous les rites de de l’Église, que le ministre ait été ou non précédem­ l’ordination, sauf Vonction. Voir les références dans ment ordonné dans l’Église. Ainsi, désormais, pour Sallet, op. cil . p. 233. C’est équivalemment déclarer que l'onction est le rite essentiel de l’ordination des lui tous les sacrements administres en dehors de l’Église sont valides, mais incomplets. L’idée de l’or- évêques et des prêtres. Cette doctrine du rite essentiel dinafio catholica semble abandonnée, au moins partiel­ de la consécration, qui contraste si fort avec les ensei­ gnements de l’antiquité, sc retrouve plus lard dans lement. Urbain lui substitue la doctrine, qu’il croit un texte de Gratien et chez Maître Bandinus, P. L., trouver chez les Pères, de la forma el de la virtus l. exen. col. llffl Celte théorie fut conçue par ana­ sacramenti. Il lui semble que ce fondement patrisliquc est très bien exprimé dans la phrase suivante de logie avec le rite de la réconciliation des laïcs, lequel Léon le Grand : Hi qui baptismum ab h creticis acce­ dans l’Église latine, ne comportait aucune onction, perunt. cum baplizati antea non fuissent, sola Sancti niais la seule imposition des mains. Par contre, les Spiritus invocatione, per impositionem manuum, con­ ordinations des diacres, où n’intervenait aucune firmandi sunt, quia formam tantum baptismi sink onction, étaient purement cl simplement réitérées. Voir le cas classique du diacre Daibert, dans Yves de SANCTIFICATIONIS VIRTUTE sumpserunt. Epist., CLIX, 7. P. L , t. Liv. coi. 1139. Chartres, Panormla, III, lxxvï, P. L., t. clxi, Si forma signifie le caractère sacramental, la for­ col. 11 17 sq. Yves de Chartres acceptait lui-même la réordination. Toutefois Yves insiste à plusieurs repri­ mule est parfaite. Mais au xi· siècle, elle n’a pas été ses sur un texte d’Augustin qui place la valeur du comprise en ce sens : on n’a vu dans la forma que le rite matériel, extérieur. D’apres le cardinal Humbert, sacrement en dehors de la dignité du ministre. Op. cil., III, uxxix; Decretum. IL c. c; Epist., i.xiii, voir col. 1287, il dépendrait de l’Église d’admettre la forma du baptême donné par un hérétique ou de la P. t < i.xi. col. ms, 187 et 80; rejeter; ainsi, la notion de forma fut étendue bientôt i Telle était la doctrine de la forma sacramenti, dans â l’ordination conférée par les hérétiques. Nous avons I laquelle il ne semble pas qu’on doive chercher, avec vu que Bernold avait d’abord pensé qu'il dépendait le P. Hurter. Theologia- dogmatica: compendium. I. m, de l’Église d’acrcptcr ou de réitérer cette forma, p. 221, Innsbruck, 1900, l’équivalent de notre doctrine laquelle, en somme, est une réalité extérieure qui i actuelle de la reviviscence de la grâce. L’interprétan’engage pas Dieu ni l’Église à grand’chose. Urbain 11 ΐ tlon que nous avons donnée, après M. Saltet, semble s’inspire de ces principes pour proclamer que les ordi­ I tellement s’imposer, qu’elle est la seule qui puisse se nations el autres sacrements conférés par des minis­ concilier avec les décisions du concile de Plaisance tres criminels, mais appartenant a l’Eglise, doivent i (1091) relatives aux ordinations faites par des excom­ être tenus pour valables: que les ordinations et autres muniés. sacrements conférés par des hérétiques ou des schis­ 6. La théologie de Bruno de Segni. - Aux décisions matiques possèdent ta forme des sacrements, sans en d’Urbain H sc rattache la théologie de son confident, avoir l'efficacité, et que celle efficacité ne pourra l'évêque de Scgni. Théologie sacramentaire assez s’exercer que par le retour à l’Église dans l’imposition curieuse, et surtout confuse. Bruno admet que toute drs mains, Epist. ad Lucium. P. L.. t. cli, col. 5.31, ordination slmonlaque donne la forma sacramenti ; et Urbain prétend s’appuyer ici sur l’autorité de mais quand il s’agit d’expliquer comment un simoPelage, Grégoire le Grand, Cyprien. Augustin, nlaque peut conférer la grâce à un ordinand de bonne Jérôme. foi, il laisse de côté le pouvoir d'ordre du consécraCette doctrine de la forma sacramenti comporte de I leur el rattache l'effet de l’ordination à la foi de graves défauts. On peut se demander en quoi elle l’ordinand et à celle de l’Église. consiste? que valent les sacrements réduits à cette Une premiere interprétation de celle idée serait seule forme? quelle sera la manière de la compléter que Bruno reconnaît comme seules valides, les ordi­ pour rendre aux sacrements leur vtrtus? En ce qui nations faites aux ordinands de bonne fol; cf. (Ugalskl, concerne l’eucharistie, il semble bien que, réduite à la I Bruno, Bischof von Segni, Munster, 1898, p. 181. Cette forma sacramenti, l’eucharistie ne comporte plus la interprétation est inadmissible; elle supposerait que présence réelle; cf. Gerhoh, De scismaticis, dans Mon. ! Bruno n’admet pas chez les évêques simoniaques la Germ hist., Libelli, t. Ml, p. 127. 261. On comprend j forma sacramenti. Il vaut mieux dire que l’efficacité donc les hésitations d’Urbain II. · lia admis, en théo­ ’ ex fide suscipientis concerne, non la forma sacramenti, rie, que tout sacrement administré en dehors de l’Église qui est toujours donnée, mais la grâce. Cf. Saltet, manque de la virtus sacramenti, conformement à la 1 p. 253. 1293 OH DR E. THÉOLOGIE HI 7. Les théologiens du début du mi· siècle. - Les décisions du concile de Guastalla (1106); cf. Dcnz,Bannw., n. 358, avalent marqué un retour très net en faveur des doctrines augustlnlcnncs : elles procla­ maient équlvukmmcnt la validité des ordinations schismatiques et même simoniaques. Mais il s’en faut que la pensée théologique soit éclaircie A cette époque, en effet, Alger dt Liège, dont la dépendance doctrinale à l’égard d'Yves de Chartres est assez nettement accusée, est encore fort hésitant Dans son Liber de misericordia et justifia, il est d’ac­ cord substantiellement avec Pierre Damien, bien qu’il range les simoniaques parmi les hérétiques. Sans doute, leurs sacrements et leurs ordinations sont vali­ des, mais elles ont tout juste le minimum de valeur que la théologie ne permet pas de refuser aux sacre­ ments des ariens. /*. /.., I. ci.xxx, col. 936, 916. Alger, contrairement à Pierre Damien, reconnaît les sacre­ ments des ariens comme valides. Il ne rejette que les sacrements administrés par des sectes antitrinltaires. Hugues d'Amiens, abbé de Heading, dans une pre­ mière réponse à son parent .Mathieu, prieur de SaintMartin-des-Champs à Paris, puis cardinal-évêque (Γ Albano. avait déclaré que, sauf dispense de l’Église, les peines ecclésiastiques dont peuvent être frappés les prêtres ou les évêques, laissent subsister le sacre­ ment de l’ordre chez le coupable, mais suppriment en lui tout pouvoir sacramentel actif, sauf celui de baptiser. 11 distingue entre sacramentum cl officium, possession du sacrement et pouvoir de le transmettre. Textes dans Marlène el Durand, Thesaurus novus anecdotorum, t. v, Paris, 1717, col. 958, 981. Plus lard, obligé de défendre sa doctrine qu’il présente comme l’enseignement de l’Église, il n’admet même plus la réserve de la dispense de l’Église : pour lui, un prêtre ou un évêque, déposé ou excommunié, voit son pouvoir d’ordre supprimé par le fait même. Sous Innocent II, qui déploya tant de sévérité à l’égard des schismatiques partisans d’Anaclet IL Gerhoh, prêtre du diocèse d’Augsbourg. en vint à affirmer que les prêtres excommuniés par le SaintSiège ne pouvaient consacrer valldement. Celte doc­ trine est. pour lui, la conséquence d’une théorie géné­ rale. Il distingue les sacrements dont le sujet est une personne humaine, comme c’est le cas du baptême et de l’ordination, et ceux dont le sujet est un objet inanimé, comme le pain eucharistique et l'huile du chrême. EpisL ad innocentium papam, dans Mon. Gemi., Libelli..., t. ni, p. 221-227: cf. Liber de simoniacis, ibid., p. 267. Les sacrements de la première catégorie sont toujours réels, bien qu’il soit nécessaire de les compléter par le rite catholique de l’imposition des mains: ceux de la seconde catégorie sont nuis. Ce système se justi Ile par la théorie de I* intention. Dans certains cas, dit il, le baptême et l’ordination peuvent être reçus en dehors de l’Église, mais mente catholica, sans aucune faute d’hérésie ou de schisme, par exemple par suite d’ignorance ou de nécessité. Or, celte intentio ne peut jamais se trouver dons les sacrements dont le sujet est la matière inanimée. Argumentation bien défectueuse et qui revient fina­ lement A distinguer sacrement et sacrement. Au fond, la validité des ordinations reçues en dehors de l’Église ne fait pas de doute pour Gerhoh. Il y a donc progrès sur la théologie de l’époque précédente. Mais ce n’est pas encore la vérité parfaite. 1° Lent retour d la vérité catholique. — Cette vérité ne sc ferait jour qu'après un long siècle de discussions, dont le Décret de Gratien allait être le point de départ. 1. Le Décret de Gratien, donne en effet le signal d’un renouveau de la théologie sacramentaire; cf. Ghatii x, t. vi, col. 1717 sq. La valeur des ordinations conférées en dehors de l’Église est discutée dans l:i causa Ift et XIR SIÈCLE 129 ί les effets de l’excommunication dans la causa IXA. ’lout en acceptant In base patriotique de discussion d’Alger, Gratien l’élargit considérablement : il cite non seulement les Pères dont Alger invoque l’autorité, mais il Indique encore les décisions récentes, notamI ment celles d’Urbain IL Exposé forcément incohé­ rent, souvent contradictoire, cl duquel on a cru pouvoir proposer l’interprétation suivante : Γordina­ tion conférée par des évêques excommuniés, mais précédemment ordonnés dans l’Église serait valide; mais l’ordination faite par des évêques consacrés par des excommuniés serait nulle. Cette exégèse des décrets d’Urbain II (voir ci-dessus, coL 1291 ).a accré­ dité pour longtemps une doctrine erronée dans Γ École de Bologne. Gratien nie qu’il y ail parité entre les conditions de transmission du baptême et celles de l’ordre. Un ministre déposé peut conférer le baptême, tandis qu’il ne peut pas consacrer l'eucharistie ou conférer les ordres valldement. Nous retrouvons ici une théorie conforme A celle d’Hugues d’Amiens. On distinguera de plus en plus ^aeramentum cl officium, la possession du sacrement de l’ordre et le pouvoir de le transmettre. Ainsi, les évêques actuellement hors de 1 Église, mais précédemment consacrés par des catholiques, peu­ vent conférer l’ordre. Ceux qui ont été consacrés en dehors de i Église ne le peuvent pas. Cette solution, toute une école de théologiens el de canonistes de Bologne va la développer et l’appliquer avec suite. 2. L'enseignement de l'école de Hotogne. — a) Maître Roland (Alexandre lit\. Dans la Summa Decreti, édit. Thaner, Innsbruck. 1874, p. 15 (dont M. Saltet rétablit le texte integral cl authentique, p. 298-299), Boland Bandinelli. ayant â s’occuper de la valeur d’ordinations conférées par des évêques hérétiques, distingue trois éléments de la question : In qualité du consécraleur hérétique, qui a pu être consacré, axant de tomber dans l’hérésie, par un évêque catholique, ou bien qui a été consacré par un évêque hérétique, c’està-dire n’ayant pas le même pouvoir d’ordonner; le mode d’ordination, qui peut être selon la forme prescrite par l’Église ou en dehors d’elle; les dispo­ sitions de l’ordinand. qui peut recevoir de l’évêque hérétique l’ordination, soit de plein grc, soit contraint. Boland apporte trois solutions : 1e L’ordination est valide quand l'évêque consécraleur a été ordonné par des catholiques cl que la cérémonie s’est effectuée dans la forme prescrite : 2° elle est invalide, si le prélat consécraleur a été ordonné par des hérétiques ou si la forme prescrite n’a pas été observée ; 3° si l’ordinand sc soumet librement à l’ordination d’un évêque hérétique, mais ordonne par des catholiques, il pèche très gravement, mais, par miséricorde, on peut lui permettre d'exercer l’ordre reçu. L’évêque ordonné par des hérétiques est appelé ici non ordinatus, c’est-à-dire vraisemblablement non ordinatus a catho­ licis. La doctrine de Boland est en partie exacte.cn partie fausse. Il est exact que la forme prescrite par l’Église est nécessaire à la validité de l’ordination. Mais il est faux qu'une ordination soit nulle, si elle a été faite, suivant la forme prescrite, par un évêque hérétique, quel que soit l’évêque qui l’a consacré; les ordina­ tions faites par des évêques hérétiques, suivant la forme prescrite, sont Indéfiniment valides. La doc­ trine de Boland est exposée à plusieurs reprises ; à propos de la validité de la- consécration eucharis­ tique, dans les Sentences; cf. M. Gietl. Die Senlenzen Rolands, p. 217; à propos du pouvoir d’absoudre, dans la Summa Decreti, édit. cit.. p. 100. Le principe de cette doctrine est celui d’Hugues d’Amiens, la distinction entre sacramentum et officium : Notandum 1295 ORDRE. THÉOLOGIE DU XIIe SIÈCLE 129G est enim quod ad sacerdotalis dignitatis amrninistra- ou excommunié qu’une potestas aptitudinis, pou­ voir lié ou pratiquement nul. ionem, duo sunt necessaria : ordo et licentia ordinis exequendi. / icentia enirn absque ordine nlchtt confert;,.. L’enseignement de Bu fin est repris par Jean de Hem, ordinatio quoque prustita absque licentia exse­ Eaenza, Summa super Decretum (ms. Z\ //. 27 de la bibliothèque royale de Bamberg). quendi nictui quod ad hoc spectat, conferre videtur... d) Retour vers la vraie doctrine. — Les ouvrages de Die Summa.,., p. 38. Gandulph sont inédits; ce qu’on en sait est dû aux Ainsi s'explique qu’un prêtre dégradé, ou déposé in perpetuum, ne puisse pas consacrer validement travaux de M. Schulte, Die Geschichte der Quellen und /.iteratur des canonischen Hechts, von Gratian bis l’eucharistie, bien qu’il emploie la forme prescrite. La dégradation et la déposition enlèvent au ministre die Gegcntvarl, Stuttgart, 1875, t. i, p. 132, et du la licentia exsequendi. Le même motif explique les P. Déni Ile, Archiv /ilr /.iteratur und Kirchcngeschichte conditions de transmission de l’ordre. Cette doctrine, des Mitletalters, 1.1,1885, p. 621 sq. Les quatre manus­ loin de constituer un progrès, marque plutôt une crits des Sentences de Gandulph ont disparu dans régression. Devenu pape, Maître Boland lui donnera l'incendie de la bibliothèque nationale de Turin de 1901. Les Sentenliiv de Gandulph ne sont plus con­ un crédit imprévu, qui retardera l’avènement de la nues que par un extrait, l'tores sententiarum magistri vraie doctrine. b) Omnebene ou Ognibenc, dans un ouvrage ano­ Gandulphi, signalé par Deniile dans un ms. de Bam­ berg, Z/. zr. 29 de la bibliothèque royale, fol. 126 bnyme, mais qui doit lui être rapporté, V Abbreviate 112 b. M. Saltcl fixe l’enseignement de Gandulph à Decreti (ms. de la bibliothèque de Erancforl-surle-Mnin) et dans les Sentences qui portent son nom Bologne, vers 1170; ci. op. cit., p. 318-319. (ms. latin. 19 / '»! de la bibliothèque de Munich), A l’encontre de l’opinion que nous connaissons bien et qui veut que la transmission du pouvoir enseigne, contre Boland, la doctrine traditionnelle d’ordre, qui peut se faire par un hérétique ordonné de saint Augustin, laquelle est redevenue la doctrine officielle de l’Églisc. Voici un passage expressif du dans l’Églisc, ne puisse plus se faire par un hérétique ordonné hors de l’Églisc, Gandulph adopte une idée manuscrit de Francfort : De hiereticis et scismaticis et crée une expression très heureuses : ordo est ambu­ quicritur si possunt baptizare et ordines dare et corpus Domini conficere, p. 63. Sed tenendum est quod hiare· latorius. C’est en raison de l’ordre qu’il a reçu que tici cl schmatici baptizant et non est baptisma eorum le premier communique son pouvoir au second, le reiterandum, quia sacramento non est facienda injuria second au troisième, et ainsi de suite jusqu’à l’infini. et ordinant et consecrant corpus Domini, sed ad per­ Pour ce qui est du pouvoir d’ordonner, il n’y a aucune niciem suam, p. 65. Et l’auteur réfute les assertions différence entre l’hérétique du premier degré et celui d’autres théologiens ; on reconnaît facilement ses du second, entre l’évêque dépose et celui qui ne l’est allusions à Maître Boland. Dans les Sentences, même pas. L’ordre conféré suivant la forme prescrite est doctrine; cf. Glcll., op. cit., p. 217, n. 1. ambulatorius à l’infini. Cod. Bamberg, P. il. /, fol. 29 a. Gandulph invoquait, en faveur de sa thèse, des auto­ « Au milieu du xn* siècle, dit M. Sallet, p. 310, rités du Décret. La lettre d'Urbain II à Lucius de ces deux doctrines sollicitaient les esprits à Bologne; Pavle, dit-il, ne fait aucune distinction entre héré­ laquelle l’emportera ? Sans doute, Omnebene a la tradition pour lui. Mais il est un bien petit person­ tiques; le pape reconnaît que les sacrements admi­ nistrés par eux suivant la forme prescrite ont la forma nage à côté de Maître Boland devenu cardinal et pape. » sacramenti. On doit donc rejeter la distinction qui se c) La Summa Decreti de .1I alter Rufin. — Le nom trouve à la base du système de Boland, de Butin, de Jean de Faenza, et ce que ces auteurs disent des effets de Butin n’est peut-être pas le véritable nom de de la dégradation. Entre la déposition et la suspense, l’auteur. Quoi qu’il en soit, les Idées de Boland trouvent ici un développement cohérent. Sa thèse il n’y a qu’une différence de degré. Aussi, tous les est reprise, exposée avec une clarté parfaite. sacrements conférés par un ministre déposé ou Pour Butin, une ordination peut être dite irrita dégradé sont valides. < SI la théologie de Gandulph de deux manières : quoad sacramenti veritatem, quan­ n’a pas eu un succès immédiat, la raison en est d’abord tum ad ofilcii exacutionem.., Et quidem irrita quantum que les habitudes de l’école étaient trop fortes pour ad veritatem sacramenti ilia est qurr fit prater formam être changées d’un seul coup et, aussi, qu’il y avait Ecclesi r Del a non habentibus potestatem ; irrita quan­ quelques points faibles dans renseignement du pro­ tum ad ofilcii executioncm : ut ilia, quiv non fit a suo fesseur de Bologne. L’est ainsi que, par réaction, episcopo. H. Singer, Die Summa des Magisters Rufi­ Gandulph a exagéré, jusqu’à la fausser, l’idée vraie qu’il venait de conquérir. Il avait affirmé l’efficacité nas, dlst. LXX, p. 161. Quels sont les évêques non habentes potestatem ? Ce sont d’abord les évêques objective des sacrements, et, pour le baptême et hérétiques qui ont été ordonnés, non par des évêques l’ordre, il avait montré que ces sacrements produisent catholiques, mais par des évêques hérétiques. A ceux dans l’àmc, indépendamment des dispositions du qu’lis ont ordonnés. Ils n’ont pu communiquer non sujet, un effet qui, persistant dans l’Ame, empêche la solum executioncm ordinum vel virtutem sacramenti. réitération des rites. Mais, en poussant celle vérité ccd nec ipsum sacramentum. Une seconde catégorie à bout, Gandulph n’a pas fait les réserves nécessaires. Par exemple, il y a au moins une disposition qui est est constituée par certains évêques excommuniés. S’ils ont été consacrés dans l’excommunication, ils requise chez le ministre du baptême, c’est l'inten­ tion d’administrer le sacrement. Or, Gandulph, exa­ ne peuvent conférer les ordres, ni quoad veritatem gérant l’efficacité objective des sacrements, déclare sacramenti, ni quoad executionrm ordinis. Quant à que cette intention n’est pas nécessaire et que l’action ceux qui, apres avoir été évêques catholiques, ont matérielle du baptême suffit; cf. Fr. Schulte, Die été ensuite frappés de l’excommunication. Ils ne Glossc zum Dekrel Gratians, etc..., dans Denkschri/tcn peuvent, dans l’excommunication, conférer les ordres que quoad sacramenti veritatem, mais non quoad ofilcii der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, Philosoexecutioncm. Id., c. ix, q. î, p 298. Par ailleurs, Rufin phisch-historische Classe, t. xxi b. Vienne, 1872, p. 53, n. 17. Bien plus, il applique sa théorie au sujet <{ut nie que les hérétiques puissent consacrer validement. reçoit le sacrement : chez ce sujet, aucune intention id , p 211 Pour l’administration du sacrement de l’ordre, il admet donc pleinement que le pouvoir de recevoir te sacrement ne serait requise; car ce sujet peut très bien recevoir le baptême malgré lui, d'ordre soit lié ipso facto dans le cas d’hérésie ou ou dans un état complet d’inconscience, comme le d’excommunication. Il ne reste a 1 évêque hérétique 1297 ORDRE. LES PREMIERS SCOLASTIQUES sommeil, et être pourtant réellement baptisé, / S. Thomas, sol. 2 et ad 2um; Suppl., q. xi., a. 5; S. Bonaventure, la tonsure; il justifie cc procédé, parce qu’après avoir parlé du sacrement de l’ordre, il aborde qua dam quiu dist. XXIV, part. Il, a. 2, q. m; Richard, a. 5, q. n; sunt ordinibus annexa. La tonsure est en forme de Albert le Grand, a. 39. Le raisonnement est faible; les prémisses sont couronne, pour marquer la royauté dc ceux qui appar­ tiennent à la cléricaturc; saint Bonaventure leur contestables. Rien d’étonnant que l’opinion ail été dc plus en plus contredite. Scot, dans les Reportata, applique I Pet., il, 9, dist. XXIV, part. I, a. 1, q. 1; cf. Richard de Médiavilhi, q. i, a. 1 ; Pierre dc Taren- 1. IV, n. 9, déclare nettement que l’épiscopat est un ordre hiérarchique distinct, précisément en raison taisc, q. i. Saint Thomas accepte la même idée, sans des pouvoirs spéciaux qu’il confère : episcopatus est y ajouter le texte dc saint Pierre. Tous les auteurs marquent aussi dans la tonsure le symbole du renon­ specialis gradus et ordo in Ecclesia, cujus est ordines cement au monde. Les trois auteurs qu’on a cités omnes conferre et per consequens omnes in istis eminen­ expliquent longuement en quoi consiste celle renon­ tibus constituere. Durand de Saint-Pourçain, appuyé ciation aux choses terrestres. Voir également Albert sur l’autorité dc l’Aréopagitc, enseigne que l’épisco­ pat doit être considéré comme un ordre cl comme un le Grand, a. 15. Ce symbolisme est loin d’être exclu sacrement complétant le presbylérat. In ZVtIin Sent., par les origines historiques dc la tonsure; cf. Ph. dist. XXIV, q. vi, n. 1. On doit également citer les Gobillot, Sur la tonsure chrétienne et ses prétendues noms dc Pierre dc La Palu, q. vi, a. 3; dc Gabriel origines païennes, dans Revue d’hist. eccl., 1925, p. 399-451. Il s’agit d’une renonciation affective plu­ Biel, dc Jean Major cl, précédemment, de Guil­ tôt qu’effective, non quantum ad possessionem, sed laume d’Auxerre, Summa, L IV, tr. vin, et dc Guil­ laume dc Paris, De sacramento ordinis, c. xiii, etc. quantum ad a/Jectioncm. Saint Bonaventure, q. ni; On ne peut nier toutefois, qu’à l’époque que nous Richard, a. 1, q. in; Pierre de Tarcntaisc, q. in. étudions (xnp-xv·), l’immense majorité des auteurs Bien plus, saint Bonaventure, q. iv, et Pierre de Tarcntaisc, q. vi, exposent que l’évêque doit la subsis­ tenait pour la non-distinction de l’épiscopat et du simple sacerdoce quant à l’ordre et au caractère tance aux clercs indigents. sacramentel; cf. R. Capisucchi, O. P., Conlrov. theol. 10. I/épiscopal et la simple prêtrise. — Vient ensuite, select., Rome, 1670, conlrov. xxvm, de episcopatu, chez, saint Thomas, la question si importante et § 2. L’opinion de Scot cl de Durand a pris de plus en qui. dans la suite, sera si discutée, dc la différence entre le simple sacerdoce et l’épiscopat. L’art. 2 plus de force à partir de Bcllannin (voir plus loin). est ainsi présenté : Utrum supra sacerdotalem ordinem Toutefois la supériorité de l’épiscopat sur la simple debeat esse aliqua potestas episcopalis. Et très logique­ prêtrise est fondée sur le droit divin. Cette doctrine ment, l’article se divise en trois paragraphes : Au- affirmée sans ambages chez saint Thomas, saint Bona­ dessus dc l’ordre sacerdotal, doit-il exister une puis­ venture et la plupart des auteurs, est aussi celle dc Duns Scot, dist., XXIV, q. i, schol. 2, et de Durand sance épiscopale ? L’épiscopat est-il un ordre ? dc Saint-Pourçain, id., q. v, a. 9, nonobstant quelques Au-dessus des évêques, peut-il y avoir une puissance supérieure dans l’Églisc ? La même subdivision se expressions équivoques. c) La dernière question est relative au pape, dont retrouve dans le Supplément, q. xl, a. I, 5, 6. a) En cc qui concerne le pouvoir sacerdotal sur les auteurs justi lient la puissance, supérieure même à la puissance épiscopale : « Au-dessus du pouvoir le corps réel dc .Jésus-Christ, saint Thomas pose en principe que le simple prêtre n’a pas d’autre supé­ directif qui sc propose un bien particulier, il faut qu’il y ait un pouvoir universel qui se rapporte au rieur que Dieu. C’est en cc qui concerne le pouvoir sacerdotal sur le corps mystique du Christ, c’est-à- bien général. Puisque l’Églisc entière ne fait qu’un corps, il faut, pour conserver celle unité, qu’il y ait, dire sur les fidèles, qu’il est chargé de disposer à à recevoir l’eucharistie, que le simple prêtre doit avoir par rapport à l’Églisc entière, une puissance direc­ un supérieur humain : < car toute puissance qui ne tive placée au-dessus de la puissance épiscopale qui peut s’exercer sans certaines dispositions préalables, doit régir chaque Église particulière. Telle est la puis­ dépend de la puissance qui établit ces dispositions. sance du pape. ■ Sol. 3. Mais, quant au pouvoir d’ordre, l’évêque est égal au pape, ('elle dernière Or, le prêtre ne peut lier et délier qu’autant qu’il a préalablement la juridiction d’autorité par laquelle question est spécialement traitée par saint Thomas, loc. cit. lui sont soumis ceux qu'il absout, tandis qu’il peut Pareillement, dans l’a. 3, le même théologien consacrer toute matière déterminée par le Christ. » Sol. 1. Toutefois, même en dehors de la juridiction, expose les raisons dc convenance des vêlements cl l’évêque est supérieur au prêtre par la puissance de ornements propres à chaque ordre. 11. Le ministre de l'ordination. — (7csl la question l’ordre par rapport à quelques sacrements. Sol. 2. posée dès le début de la distinction XXV. Tous les et ad 2 ·. b) Les Scntcntialrcs, jusqu’à Scot et surtout Du­ commentateurs affirment unanimement, avec la tra­ dition catholique, que l’évêque est le seul ministre rand de Saint Pourçain. tiennent que l'épiscopat n’est pas, à proprement parler, un ordre. Ils s’appuient de l’ordination. Les prêtres qui imposent avec lui sur l'autorité d’Hugues de Saint-Victor, qui ne compte les mains sur les ordinands, l’archidiacre qui, au cours de la cérémonie, présente divers objets, ne que sept ordres, l’épiscopat étant une dignité dans l'ordre du sacerdoce. De sacramentis, \. II, part. Ill, confèrent aucun ordre. Ce sont des rites symboliques, c. vi. Quant à la raison théologique de cette doc­ mais de soi inefficaces quant à la transmission des pouvoirs. S. Thomas, (list. XXV, q. i, a. 1 : cf Suppl., trine, elle est exposée par saint Thomas en ces termes : • Un bon ordre ne dépend pas d’un autre ordre pré­ q. xxxvtii, a. 1; S. Bonaventure, dist. XXV, a. 1, cédent quant à la nécessité du sacrement; or, la I q. i; Richard, n. 1. q. i; Thomas de Strasbourg, puissance épiscopale dépend de la puissance sacer­ q. i, a. 1; 1 r. de Mayronis, q. ni; Pierre de Tarcndotale. puisqu’il faut d’abord être prêtre pour rece­ I taise, q. i. Tous ccs théologiens reconnaissent d’ailvoir validcment l’épiscopat. ■ El maintenant l’expli­ 1 leurs que le pape peut déléguer à un simple prêtre 1313 ORDRE. LES CHANDS SCOLASTIQUES le pouvoir de conférer les ordres mineurs, comme la confirmation. S. Thomas, toc. cit., ad 3un‘. Sur la validité des ordinations conférées par des Jvêqucs hérétiques, schismatiques, la doctrine est désormais fixée : s’ils ont vraiment reçu l'onction épiscopale, vere sacramenta conferunt, srd cum eis gratiam non dant, non propter inefjlaiciam sacramen­ torum, sed propter peccata recipientium ab eis sacra­ menta contra prohibitionem Ecclesia’. Le pouvoir d'ordre demeure indélébile chez les évêques qui l'ont reçu. S. Thomas, dist. XXV, q. i, a. 2; Suppl., q. xxxvm, a. 2; Richard, dist. XXV, q. n; Pierre de Tarcntaisc, q. ni. Duns Scot ne sc dissimule pas les raisons qu’on peut invoquer pour l’invalidité des ordinations dans une société hérétique, celle-ci notam ment, que l’Eglisc qui a donné aux évéques le pouvoir de l’ordre peut le reprendre. Cette conclusion serait fondée si Je pouvoir dc juridiction était seul conféré dans l'ordination. Mais la consécration épiscopale con­ fère également une haute potestas ordinis, que l’Eglisc ne donne pas en son nom personnel, mais au nom du Christ. Les évéques hérétiques, en vertu dc leur pouvoir d’ordre, peuvent donc consacrer validement, bien qu’ils ne le puissent faire licitement, car, en tant qu’apostats, ils perdent l’usage de leur autorité. Reportata, I. IV, dist. XXV, q. i, n. 16. C’est, en somme, sur cet argument théologique que Scot établit une distinction d’ordre et de sacrement entre la pré­ cise et l’épiscopat, voir ci-dessus, col. 1312. Même doctrine chez Durand dc Saint-Pourçain, dist. XXV, q. i, ad 2um. Ainsi sc trouve fixée définitivement dans l’Églisc la distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction; le pouvoir d'ordre demeurant attaché au caractère indélébile. La question spéciale des ordinations simoniaques est examinée à part, en raison des controverses qui ont agité le haut Moyen Age sur ce sujet. S. Thomas la traite, dist. XXV, q. ni, a. 1-3; S. Bonaventure, a. 1, q. ni; Richard, a. 2, q. i et n; Pierre dc Tarentaisc, q. iv-vi. Tout d’abord, définition dc la simo­ nie : studiosa voluntas emendi vel vendendi aliquid spirituale vel spirituali annexum ; les simoniaques ne sont pas, à proprement parler, des hérétiques, cum non habeant aliquam /alsam opinionem ; ils ne sont hérétiques que par analogie, en tant qu'ils estiment faussement que le don de l’Esprit-Saint peut être acheté. Enfin, les cas d'ordinations simo­ niaques doivent être ainsi résolus. L’ordre est vali­ dement reçu, mais en exercer le pouvoir est interdit; le simoniaque, dc quelque façon qu'il le soit, est suspens ipso facto. Toutefois il peut y avoir des simoniaques occultes. La raison pour laquelle, con­ trairement aux théories admises aux xi* et xir siècles, l'ordination simoniaque est valide, c’est que le simonlaque non intendit emere illud quod est per se spiri­ tuale ut characterem, sed operationem ministri, qua* est corporalis et causa sacramenti rei spiritualis. II ne faut d’ailleurs pas confondre avec la simonie les honoraires, les prébendes, les rétributions et fondations, la vente des vases sacrés, la cession des droits de patronage, le droit de percevoir la dhne, etc. S. Thomas, q ni, a. 2. Dans l’art 3, le Docteur angé­ lique examine les trois façons dont, selon t'rbain 11, peut sc produire la simonie, munere linguir, indebiti obsequii, pecuniir. 12. Le sujet de l'ordination. — I ne condition est requise dc necessitate sacramenti, c’est que le chrétien qui doit être ordonné, soit de sexe masculin. L’exis­ tence des diaconesses et des veuves dans la primitive Église n’inflrmc en rien ce principe, car ces femmes ne possédaient aucun pouvoir sacre S. Thomas, dist. XXV, q. i, a. L sol. 1 ; Suppl., q. xxxix, a. 1; S. Bonaventure, dist. XXV, a. 2, q. i; Scot, PICT. DE τηέοΐ.. CATHOL. . Y 1314 q. n; Richard, q. i; Thomas dc Strasbourg, q. t, a. 2; Fr. dc Mayronis, q. iv; Pierre de Tarcntaisc, q. vn. L'usage de la raison n’est pas absolument requis pour la validité. L’ordre n’est pas du nombre des sacrements qui requièrent pour leur validité, un acte positif d’acceptation. Ainsi, pour certaines raisons légitimes, on peut conférer licitement les ordres mineurs à des enfants encore privés de l'usage de la raison. Pour les ordres majeurs, l’honnêteté et le précepte de l’Églisc exigent l’usage de la raison. Saint Bonaventure précise qu’il est impossible d’im­ poser l'obligation dc la continence à qui ne sait pas à quoi il est engagé. Quant à l'épiscopat, les motifs qui exigent l’usage de la raison sont plus impérieux encore. Voir les mêmes auteurs, S. Thomas, dist. XXV, q. i, a. 1, sol. 2; cf. Suppl., a. 2; S. Bonaven­ ture, q. n: Richard, a. 1, q. n; Pierre dc Tarcntaisc, q, vin; Pierre dc la Palu, q. m, η. 1, concl. 3. Les autres empêchements sont aussi examinés : esclavage, homicide, naissance illégitime, mutilation, bigamie, mais toutes ces questions relevant d’autres articles, nous ne faisons que les indiquer. 13. L'origine de la juridiction épiscopale arant le concile dc Trente. — Bien que cc sujet relève de la question de la primauté du pape, il est nécessaire dc dire ici brièvement comment il fut envisagé par quel­ ques théologiens antérieurs au concile de Trente. Nous en choisirons deux, représentatifs des deux courants, qui sc heurteront dans la xxiiî· session. Le premier en date, Torquémada, part de cc prin­ cipe que le Christ a donné à son Église la constitu­ tion monarchique la plus parfaite, et dc là il tire des conséquences qui font découler du pape tout pouvoir ecclésiastique. D’après lui, les apôtres auraient reçu immédiatement du Christ le pouvoir d'ordre complet lors de l’institution de l’eucharistie. Mais le pouvoir dc juridiction au for interne et au for externe n’iurait été donné immédiatement par le Christ qu’à Pierre seul. Joa., xxi, 15 sq. Tous les autres passages de ΓÉcriture sur l’apostolat des Douze sont inter­ prétés en ce sens que le Christ aurait donné aux apô­ tres seulement le pouvoir d’enseigner dans le monde entier; mais ils auraient reçu dc saint Pierre Immé­ diatement leur juridiction épiscopale lors de leur dispersion, quoique cependant dc celte manière ils l’aient reçue indirectement du Christ. Summa de Ecclesia, c. exil Et ainsi, les successeurs des apôtre·*, les évêques, recevraient encore aujourd’hui leur juri­ diction du pape immédiatement. \ l’encontre de cette théorie, nous trouvons, au début du xv siècle un théologien de marque, Al­ phonse de Castro, qui enseigne l’origine immédiate­ ment divine de la juridiction des apôtres et. par voie de conséquence, des évêques leurs successeurs. Omnes sacri doctorcs dicunt episcopos successisse apostolis. Apostoli autem a Deo et non ab homine ullo fuerunt ordinati apostoli et episcopi. Si Christus apostolis dedit potestatem pra dicandi euangelium et potestatem ligandi et solvendi, et episcopi successerunt in locum apostolorum, consequens est, ut episcopi etiam habeant a Deo et non ab homine has omnes potestates. De justa hareticorum punitione, Lyon, 1556,1. I I.c. xxiv, p. 189. Est-il besoin de rappeler que Cajétan voulut prendre une position moyenne ? Les apôtres ont reçu tous leurs pouvoirs immédiatement du Christ. Mais ce fut là un mode exceptionnel. Après eux, le pouvoir épiscopal dut dériver des papes, successeurs de Pierre. Le potestate paper, c. u et ni. Aucun tnivnil d'ensemble, à notre connaissance, n’existe sur la théologie du sacrement de l’ordre au Moyen Age. Nous signalerons ici simplement une intéressante esquisse thèse dc synthomlstc : La doctrine de S. Thomas sur le T. — XI — 42 ORDRE. LE DÉCRET DE FLORENCE f 315 sacrement dr Tordre, par le P. .1. Pérlnclle, O. P.» dans Revue dn sciences phil. cl Ihéol., 1930, p. 236. V. Les ENSEIGNEMENTS DU CONCILE DE FLORENCE DANS LE DÉCHET PRO ARMTSIS ET LA CONTROVERSE THÉO LOGIQUE SUR L*ESSENCE DU SACHEMENT DE LOR- DRE, -- Ln théologie du sacrement de l’ordre, telle que l’avaient conçue les maîtres de In scolastique ct notamment saint Thomas, eut un couronnement assez inattendu au concile de Florence. Invité Λ se rendre au concile par Eugène IV dès 1431, le patriarche arménien Constantin V avait envoyé ή Florence, en 1438, quatre députés pour qu’ils y scellassent, en son nom. l’union telle qu'elle avait autrefois existé. Malheureusement, ils arrivèrent en Italie au moment où les Grecs allaient en partir. Ce ne fut que le 22 novembre 1139 que les Pères purent lire ct solennellement adopter en séance publique le décret spécial qui consacrait l’union des Arméniens avec Home Ce décret forme un ensemble complexe, dont les parties peuvent être distribuées en trois groupes : 1” Des formules de foi antérieures, symboles de Nicéc ct de saint Athanase, définition de Chalcédoine sur les deux natures, définition de Constan­ tinople sur les deux volontés; 2° des décisions d’ordre disciplinaires; 3° un exposé sacrament aire. Or. cet exposé reproduit dans ses grandes lignes, arrangé à l'usage des Arméniens, un opuscule de saint Thomas, le De fidei articulis et septem sacramentis. Sur le sacrement de l’ordre, comme sur les autres sacrements, c’est donc la doctrine de saint Thomas qui se trouve ainsi, en quelque façon, canonisée. On s’en rendra compte par la juxtaposition sui­ vante : Décret. Novæ Ix'gix septeni sunt sacramenta : videlicet baptlsmus, c on tinniit io, cucharistin, pernitentia, extremaunctio, ordo ct matrimo­ nium. .. Per ordinem vero Eccle­ sia gubernatur et multipli­ catur spiritualiter... Inter h.rc sacramenta tria sunt ; baptismus, confir­ matio rt ordo qu:r characte­ rem, icr rrnirn ad ministerio sua pcrlim nilum assignationem. Forma sacerdotii falis est : • Accipe potestatem oflerrndi sacrificium in Ecclesia pro s'ivii cl mortuis, in no­ mine I*atris rt Eilii ct Spi­ ritus sancti. » Et sic de alio­ rum ordinum formis, prout In Pontificali romano late continetur. Ordinartus minister hujus «aera nenti est rpiscopwi. Ef- b'orma autem hujus sa­ cramenti est talis : · Accipe potestatem ofTerrndi sacri­ ficium In Ecclesia pro vivis et mortuis; » et idem est di­ cendum in consimilibus ordi­ nibus. Minister hujus sacramenti est episcopus, qui confert 1316 fcclus augmentum gratia·, ut onlines; effectus nutem hu­ qui·* sit idoneus minister. jus sacramenti est augmen­ tum gratiae ad hoc quod nllquis sit idoneus minister Christi. (Denz.-Bannw., n. 095; (Opuscula. édit. P. Mini701.) donne!, t. ni. Paris, 1927. p. 13; 17-18.) On peut le constater : le texte de saint Thomas sert de base au concile qui. pour ainsi dire, le suit pas à pas. Toutefois, dans le texte du théologien, le concile supprime, ajoute, remanie. Ainsi, tout en utilisant l’opuscule de saint Thomas, il fait une œuvre propre, où son autorité est engagée. De telle sorte que l'exposé sacramcntaire du décret Pro Armenis ne saurait, de prime abord, être assimilé complète­ ment aux formules de foi précédemment rappelées. Ces formules de foi sont simplement reproduites de documents dogmatiques antérieurs; l'exposé sacramentaire est un document original qui, par luimême, n’a que l’autorité qu'a voulu lui conférer le concile. Cette remarque est à retenir; cf. Ami du clergé, 1925, p. 173. Le décret pose la question, si ardemment con­ troversée en théologie sacramentaire, de l’essence du sacrement de l’ordre. C’est pourquoi nous l’y rattachons. Tandis que l’histoire du sacrement de l’ordre montre que, dans les neuf premiers siècles, hi porrection des instruments fut totalement inconnue dans le rite de l’ordination (voir ci-dessus, col. 1235-1257), le Décret d'Eugène IV en fait le rite essentiel, sinon unique, de l’ordre. D’autre part, des actes pontificaux nous font connaître que Home accepte comme valides les ordinations orientales, faites sans la porreclion des instruments : Clément VIII, Instruction Pres­ byteri grteci, du 31 août 1595, exige qu’un évêque de rite grec soit présent à Home, pour conférer aux étudiants de sa nation l’ordination selon le rite grec. Magnum bullarium roman um, t. ni, p. 53a, § 7. Cette décision (ut confirmée par Urbain VIII, bref Universalis Ecclesia·, 23 nov. 1621, id.,l. iv, p. 172a sq. De plus, dans la bulle Etsi pastoralis, 26 mai 1712, pour les Italo-Grecs, Benoit XIV déclare expressé­ ment : Episcopi gneci in ordinibus conferendis ritum proprium grircum in Euchologio descriptum servent. Et, dans la constitution Demandatam culi tus, du 21 dec. 1713, il interdit qu’on fit le moindre chan­ gement aux rites des Grecs; cf. Henedicti XIV bulla­ rium, Malines, t. i, p. 312 sq; t. n, p. 148 sq.; Ma­ gnum bullarium, l. xvi, p. 99a sq.; Ι66ύ sq. Enfin, Léon XIII, dans la bulle Orientalium dignitas Eccle­ siarum, 30 nov. 1894, a confirmé celte constitution de Benoît XIV, Acta S. Sedis, t. xxvn, p. 257; Acta Leonis XIII, Bruges-Lille, t. v, p. 303. En consé­ quence, il semble qu’on doive aboutir à ces deux • énormités dogmatiques » : le sacrement de l’ordre est autre dans l’Église d'Orlent (pie dans l’Église d’Occident; dans l’Église d’Occident, le sacrement n’est pas reste identique à lui-même; cf. A. d’Alès, Did. apolog , art. Ordination, l. ni, col. 1151. Pour résoudre ces diflicultés, les théologiens en­ visagent d’abord l’autorité qu’il convient d’attri­ buer au décret dans sa partie sacramcntaire; ensuite l’application qu’il faut faire au sacrement de l’ordre de la doctrine proposée par le décret quant au rite essentiel de l’ordination. I*» Autorité du Décret quant à sa partie sacramcn­ taire. - Nous avons dit plus haut pourquoi l’auto­ rité du décret dans la partie sacramcntaire n’était pas nécessairement de même nature que celle qui concerne les formules dogmatiques de la première I partie. 1317 ORDRE. \UTOR1TE DU DÉCRET 1. Première opinion. (ne première opinion enseigne que le decret Pro Armenis, même dans so partie .sacramcntaire, est une véritable définition conciliaire, infaillible, émanant du magistère solen­ nel ct extraordinaire de l’Église, C’est l’opinion de Ruard Tapper, De sacramento ordinis, a. 17. $ de materia; de Vasquez, in Sum. S. Thoma·, 111% disp. CCXXXIX, n. 6; de Suarez, De sacramentis, disp. XXXVI, sect, n, n. Il, qui considèrent les déclarations d’Eugène IV comme une véritable défi­ nition. Ainsi l’entendent, soit expressément, soit équivalemment la plupart des auteurs du xvr siècle ct une bonne partie de ceux du xvir. Voir également, en ce sens, Billot, De sacramentis, t. n, thèse xxx. p. 294 sq. Pour trouver au décret une valeur doctri­ nale définitive, on s’appuie principalement sur sa teneur même; il est, dit-on, un véritable décret conciliaire, rédigé du consentement des Grecs avant leur départ, bien que promulgué postérieurement : sacro approbante concilio, rt ipsis etiam oratoribus consentientibus, data Armenis instructio quadam sub compendio orthodoxie fidei. Et. en fin du décret : Datum Florentia , in publica sessione synodali. solem niter in Ecclesia majori celebrata Pour le développe­ ment de cet argument ct l’exposé d’arguments sub­ sidiaires, voir Imposition ni s mains, t. vu, col. 1 1121 113. 2. Deuxième opinion. - Vers le milieu du xvir siè­ cle parurent les travaux de Morin, Marlène, ïi Mé­ nard, qui lirent connaître le rite de l’ordination grecque, laquelle ignore la porrcctlon des instru­ ments ou ne la considère que comme une cérémonie accessoire. On crut donc opportun d’expliquer dif­ féremment l’autorité du décret Pro Armenis. C’est alors que s’introduisit chez les théologiens une seconde opinion, peut-être aujourd’hui la plus répan­ due. selon laquelle le décret Pro Armenis est une simple instruction pratique, historique ou discipli­ naire. en sorte qu'au lieu de « définir - la matière sacrament aire, il aurait eu simplement pour objet soit d’instruire les Arméniens des rites latins, soit de les leur imposer; cf. d’Annlbale, Summula theo­ logia· moralis, t. m. η. 231; Gasparri, Le sacra ordi­ natione, t. π, η. 1007. L’Enchiridion de Denzinger formule cet avis, en note du n. 695 : Dr hac instruc­ tione pra mittendum est ram non esse de finitionem de ministro, materia et forma sacramentorum, ut multi putabant, srd instructionem tantum practicam, quir ta· nem ut (alisplenam habet auctoritatem. Il s’agit ici d’une pleine autorité, non doctrinale, mais disciplinaire. Cette interprétation a été reprise récemment par M. Quera, Et decreto de Eugenio /V para los Arme­ nios, i/ cl sacramento del Orden, dans les Estudios cclcsiasticos de 1925-1927, avec discussion des inter­ prétations divergentes. 3. Opinion du cardinal van Hossum. De nos jours le cardinal van Hossum a introduit dans la théolo­ gie du décret de Florence une interprétation assez nouvelle. Pour lui, le décret est doctrinal, uniquement et pleinement doctrinal. Mais il n’est pas définitif, infaillible, et par conséquent peut renfermer et ren­ ferme en effet une déclaration erronée. Le cardinal déchire tout d’abord, op. cil., n. 385. qu'Eugènc IV a voulu déclarer quelle était essentiel­ lement et exclusivement la matière du sacrement de l’ordre. C’est faire violence au texte que de dire qu’il ne parle que d’une matière accessoire ou qu’il passe sous silence une autre matière essentielle. Cette interpretation est suggérée, voire imposée, I par l’analyse attentive du texte (n. 100). L'ordre I est ici mis sur le même plan que les autres sacrements : Eugène IV parle donc de sa matière et de sa forme intégrales, comme il en parle des autres sacrements 1318 (n. 386). Il a pris la précaution de déclarer que trois éléments constituent le sacrement : la matière, la forme et le ministre avec son intention; si l'un de ces éléments fait défaut, le sacrement n’existe pas. SI donc il déclare Ici la matière ct la forme de l’ordre, il entend énoncer tout ce qui est nécessaire à la con­ fection du sacrement (n. 387). Ne dit-il pas, en effet : materia est illud per eu fus traditionrm conf ertur ordo, sicut presbyteratus traditur per calicis cum nino et paterne cum pane porrectionem (n. 388)7 Saint Thomas, d’ailleurs, a qui ces formules sont presque littéralement empruntées, n’a jamais envisagé d'autre matière que la porrcctlon des instruments (n. 390); les quelques modifications apportées au texte du Docteur angélique, montrent bien que le pape a pesé le sens de scs déclarations et que, s'il avait entendu n’indiquer qu’une partie de la forme et de la matière, il l’aurait tout au moins laissé entendre (n. 391). Le fait de renvoyer au pontifical romain n’infirme pas ce raisonnement, car le pape renvoie au pontifical pour la matière et la forme des autres ordres (n. 392). Quant à dire qu'Eugènc IV n’a pas parlé de l’imposition des mains parce qu'elle était connue des Arméniens et qu’il restreint ses décla­ rations à ce qu’ils ignoraient ou ne pratiquaient pas, c’est encore faire erreur : les Arméniens connaissaient fort bien la matière et la forme des autres sacrements; ils connaissaient ct pratiquaient la porrection des instruments depuis le milieu du xir siècle (n. 391, 395, 397, 101), voir ci-dessus, col. 1259. 11 répugne d’ailleurs que le pape ad passé sous silence la matière essentielle de l’ordination. dans un document tout exprès composé pour enseigner sur ce point la doc­ trine catholique (n. 396); aussi ne fera-t-on jamais admettre l’opinion de ceux qui prétendent que le pape Eugène IV ait \oulu parler ici simplement d’un rite accessoire ct secondaire (n. 399). Eugène IV a donc enseigné que l’unique matière constituant l’essence du rite de l’ordination était la porrcctlon des instruments, et l’unique forme, la formule Accipe potestatem. Mais, d’autre part, tout en affirmant que le décret comporte un enseignement doctrinal, van Hossum nie que cet enseignement soit définitif, ex cathedra. infaillible. Les formules sur lesquelles on appuie la these de l’infaillibilité ne sont pas, en réalité, des formules qui décèlent Vex cathedra. Tout au contraire, de pressants arguments démontrent qu’il ne saurait être question ici d'enseignement ex cathedra. En effet, quand il s’agit d’une doctrine définie ex cathedra. l’Église ne cesse de l’inculquer ct de la défendre: elle ne peut pactiser avec l’erreur. Si donc l’essence de l’ordination était dans la porrection des instru­ ments ct dans les formules qui l’accompagnent, l’Église n’aurait toléré aucune altération, aucune négation, aucune contradiction. Or. en réalité, les théologiens ont toujours eu, après le concile de Florence, la liberté d’opiner en des sens divers, allant même, pour certains d’entre eux, à enseigner que l’essence du sacrement de l’ordre résidait dans la seule imposition des mains avec la formule qui l’accompagne. C’est donc le cas d'appHqucr la remar­ que de Palmieri : .SV ea doctrina (supposée définie) viguit deinceps in Ecclesia, nec aliam repereris defi­ nitionem, affirmare poteris illum fuisse definitionem fidei. Si e contrario alia quoque doctrina oppositu perseveraverit, ipsa sciente cl permittente multo magis si probante ronuma Sede, affirmare tibi licebit, illam non fuisse definitionem fidei. De romano Pontifice, thèse xxxi (n. 107-409). De plus, comme on l’a déjà rappelé, après la prétendue « définition » de Florence. les papes n’ont pas cessé de confirmer et d’approuver la pratique orientale de l’ordination 1319 ORDRE. AUTORITE DU DECRET 1320 par la seule Imposition des mains (voir col. 000). sons existent. « Sa doctrine (nous citons) contredit Il faut, de plus, citer les actes de Léon X, bref Accr- évidemment la tradition des saints Pères, des Con­ pimus nuper, 18 mai 1521; de Clément VU, bref ciles, des Églises d’Occident et d’Orient. > (n. 429Provisionis, 26 mars 1526: de Paul V, bref Solet 430). Bien ne sert d'affirmer que l’Église d’Orient, circumspecta. 10 décembre 1615 (n. 110). Bien plus. en omettant la tradition des instruments, est dans Clément VIII a rendu un décret, contredisant celui l’erreur : ce serait condamner tous les papes qui d'Eugène IV sur la matière du sacrement d'extrême- ont approuvé les rites orientaux d’ordination (n. 132). onction. Il accepte, pour les Arméniens, que l’huile, Bien n’autorise Λ dire, comme Capreolus et Hurtado, matière du sacrement, soit bénite par un simple que les Églises orientales jouissent d’une dispense prêtre, instruct, super ritus Itato-Gracorum, 30 août spéciale de Dieu : qui peut le prouver ? (n. 433). 1595. Benoit XIV, tout en se défendant de porter C’est également une « ingénieuse trouvaille ». mais un jugement, incline vers l'opinion que la seule rien de plus, que d'assimiler, comme l’ont fait les matière essentielle de l’ordre est l’imposition Salmanticenses, Gravina et quelques autres, le geste des mains; cf. Denz.-Bannw., n. 701, note. Enfin, oriental du baisement de l’autel (voir col. 1258 sq.), Léon XIII a déclaré nullcs les ordinations anglicanes, ù la porrection des instruments (n. 137), ou de trouver en raison du seul vice de forme de l'imposition des (Arcudius, Sylv. Maurus) dans la porrection des mains, Apostolicir cura*, 30 septembre 1896; cf. Diet, instruments une sorte d’imposition des mains (n. 138). apol. de la loi rathol., t. in, col. 1220-1221 (n. 411). Beste la solution qui concède à l’Église le pouvoir Faut-il rappeler que le concile de Trente enseigne de déterminer spécifiquement la matière et la forme que le prêtre reçoit l'ordination par l’imposition des sacrements, lorsque le Christ ne les a institués des mains, sess. xiv, c. m; que les vérités essen­ dans leurs éléments que d’une façon générale et sans tielles concernant la prêtrise ct le diaconat sont détermination expresse. Voir plus loin. Van Bossum enseignées par l’Écrlture. sess. xxih, c. n, alors que rejette cette affirmation « erronée ». tout au moins l’Écriture se tait sur la tradition du calice et de la historiquement, puisqu’il est constant que l’Église patène ainsi que du livre des évangiles; qu’il démontre occidentale, pendant dix siècles, a conservé le rite que le sacrement de l’ordre est un signe efficace de de l’imposition des mains et n’a fait ensuite que la grâce par le texte de II Tim., i, 6, où il n’est lui donner plus de solennité en y ajoutant des céré­ question que de l’imposition des mains, sess. xxhî, monies accessoires. Quant à savoir si l’Église a le c. m ? Ces assertions ne seraient pas concevables ’ pouvoir qu’on lui prête, on examinera cette question si les déclarations d’Eugène IV étalent un document ailleurs. ex cathedra (n. 112). De plus, le décret lui-même Et précisément, reste encore à expliquer le chan­ distingue « définitions » ct » traditions, préceptes, gement qui sc serait produit dans l’Église occiden­ institutions, doctrines ce qui suppose que les défi­ tale : c· mment, pendant dix siècles, l’Eglise a uni­ nitions ne concernent que les symboles ct les défi­ quement employé l’imposition des mains, et seule­ nitions contenues dans la première partie du decret ment ensuite a adopté la porrection des instruments. (n. 113). Enfin, il ne semble pas que le décret, rédigé Bien ne sert d’aflirmer contre l’évidence, comme pour les Arméniens, ait une portée qui atteigne l’ont fait Dominique Soto, Grégoire de Valencia, l’Eglise universelle; bien plus, il ne fut jamais porté Estius, etc., que la porrection des instruments remonte officiellement À la connaissance de l’Église universelle. aux temps apostoliques, ou tout au moins qu’on en Le souvenir en était quelque peu oblitéré, quand Ruard trouvait alors l'équivalent; rien ne sert, avec Vasquez, Tapper s’avisa d’en tircr argument, en 1559 (n. 119). I iurtado, Nunez, Fagnano, etc., d’imaginer une dis­ Quand leur attention fut attirée sur ce document, pense du Christ, laquelle n'exista jamais; ou d’affir­ les théologiens, loin d'y voir une définition de foi, mer. comme Gamache ct Jean Cabassut, que si l'impo­ le commentèrent en différents sens et s’en écar­ sition des mains est le rite institué par le Christ, il tèrent (η 420). D’après le P. d’Alès, Diet. apol de \ faut néanmoins concéder ù l’Église le droit d’apposer, la loi calhol., art. Ordination, t. m. col. 1153, ces ù la validité du sacrement (comme elle l’a fait pour arguments se renforcent encore du fait qu’Eugène IV le mariage), des conditions sine quibus non, dont ne faisait que confirmer les decisions antérieures de serait la tradition des instruments. Le mariage, Benoit XII (voir t. n. col. 698). et que le concile I en effet, est un contrat en même temps qu’un sacre­ de Trente, s’occupant de définir contre les proies- ment, et le contrat est régi par des lois qui en règlent tards ce qui concernait le sacrement de l’ordre, ne la légitimité. Dans l’ordre, rien de semblable (n. 444crut pas devoir — scs Actes en font foi — prendre le 160). décret d’Eugène IV comme base de ses travaux. La conclusion s’impose : trop de raisons militent Aussi, van Bossum. sc rallie-t-il à la conclusion de contre la vérité de l’enseignement du décret : il faut saint Alphonse de Liguori; Eugène IV traitant du s’en écarter, //erreur s'est glissée dans l'enseignement sacrement de l’ordre n’a pas toujours voulu énoncer d'Eugène IV. parce que le décret a été rédigé pour des dogmes; sur plusieurs points il s’est conformé ainsi dire sans discussion préalable. Bien n’était au langage courant qui donne aux objets employés prévu : le pape a dû se contenter de ieprendre l’en­ dans la collation des sept ordres, ù raison de leur seignement courant des théologiens de l’époque. valeur expressive, le nom de matière du sacrement. ! 4. Quelques essais de conciliation. - D’autres théo­ Theologia moralis, 1. VI, η. 12, édit. Gaudé, t. nt, logiens s’efforcent d’éviter une conclusion aussi p. 12. radicale. Dans trois articles du Bulletin de littérature eecléL’éminent autour range le décret d'Eugène IV I parmi les documents émanant du magistère ordinaire I siastique, 1919, p. 81-95; 150-162; 195-215, le P. de de l’Église, qui ne sont pas nécessairement garantis Guibert, tout en suivant une marche différente, a par Γίηfaillibilité· A ces documents, il faut appliquer abouti à la même conclusion que le cardinal van la règle promulguée par Pic IX nu sujet des ensei­ Bossum, en ce qui concerne le caractère doctrinal gnements doctrinaux non infaillibles des congré­ et vraiment conciliaire du décret. Ce n’est pas un gations romaines : on leur doit une soumission non acte purement pontifical, émanant de la seule ini­ tiative du pape; c’est un acte promulgué en session seulement extérieure, mais intérieure. Toutefois, il n’est pas interdit de s’écarter d’un enseignement de solennelle du concile œcuménique de Florence sous ce genre, quand de graves raisons nous y invitent la présidence d’Eugène IV. Ce n’est pas un simple (n. 418 128). Or, dans le cas présent, ces graves rai­ exposé historique des rites de l’Église latine : les 1321 ORDRE. VUTORITÉ DU DÉCRET Arméniens les connaissaient déjà. Voir ci-dessus, col. 1259. Ce n’est pas davantage, sauf le passage sur la mal li re de l'eucharistie, où Je décret porte expressément le mot decernimus, h propos «le l’obli­ gation faite aux prêtres arméniens de mélanger eux aussi un peu d'eau nu vin du calice, un document disciplinaire, prescrivant simplement aux Armé­ niens ce qu’ils doivent faire... Le texte entier, les circonstances de son élaboration et les documents contemporains disent le contraire. Le concile a donc voulu expliquer la vraie doctrine catholique sur les sacrements; sans doute, cette doctrine a de nom­ breuses conséquences pratiques, mais l’exposé qui en est fait là constitue un document d’ordre essen­ tiellement doctrinal. L'expression « qui parait Je mieux caractériser la nature de ce document est donc celle de déclaration ou exposé doctrinal du concile de Florence sur les sacrements », p. 21 I. Γη seul point reste obscur : si le décret est un acte du magistère extraordinaire, comme semble le suggérer l’auteur, comment a-t-il pour objet une matière qui n’est pas de foi ? Cette difficulté a suggéré à un rédacteur de L'Ami du Clergé, les réflexions suivantes : « Ne serait-il pas tout à la fois plus sage et plus simple de revenir à une position cohérente, en restituant le document tout entier, dans sa forme et dans sa matière, au magistère ordinaire ? On obtiendrait ainsi une unité singulièrement engageante. Tout le décret, en ce qu’il a de doctrinal, présenterait ainsi, en effet, un mode de composition uniforme. Nulle part le concile ne définit : alors nous voyons l’erreur de la plena auctoritas. Nulle part le concile n’intervient avec l’autorité solennelle du magistère extraordinaire : sur les deux natures et sur les deux volontés du Christ, il apporte des conciles antérieurs, il ne fait rien de lui-même; sur les sacrements, il est bien obligé de rédiger une formule, puisque cette matière n’a pas encore été fixée; mais cette formule, à \rai dire, il ne la fait pas à proprement parler : c’est la formule même de renseignement courant, de l’en­ seignement reçu dans l’Église; et la preuve en est qu’il va la chercher dans l’opuscule de saint Thomas; de même qu’il consultait tout à l’heure Chalcédolne et Constantinople, Il consulte maintenant le prince de la théologie, en qui il est sûr de retrouver la voix fidèle de toute l’Église. Que suit-il de là ? Il suit de là. si cette déduction est exacte, qu’aucun des docu­ ments du decret pro Armcnis n’a de valeur par le concile; ce n’est pas le concile qui fait la valeur des documents; le concile les prend ailleurs et il les enre­ gistre; mais justement, il les enregistre; ct si cet enre­ gistrement n’ajoute rien à leur valeur propre, il la consacre pourtant d’une façon publique et officielle. Là est le véritable, là est l’immense Intérêt du décret pro Armcnis dans la matière sacramcntaire. Quand on a affaire à un enseignement défini, on s’y retrouve en général aisément; des signes à peu près certains permettent presque toujours de s’y retrouver; mais quand il s’agit de l’enseignement ordinaire de l’Église, (le cet enseignement qui circule sans être toujours fixé dans des formules officielles, on est souvent bleu plus embarrassé. A partir du concile de F!orence et grâce au concile de Florence, on ne doit plus connaître un tel embarras. Le concile a dit : tel est renseignement ordinaire de l’Église; nous n’avons plus à le chercher. C’est l’Église elle-même qui n déclaré que tel était renseignement de l’Église; en sorte que le document est assez bien appelé une déclaration officielle de la doctrine catholique sur les sacrements, exemple rare, sinon unique, dans toute l’histoire des conciles, et qui fait que le décret est î d’une essence bien plus Une que ne l’ont supposé 1322 jusqu’ici bien des théologiens. > (1925, p. 175-176.) 11 s'agirait donc d'un enseignement doctrinal : reste à en préciser la portée exacte. L’est ce qu'ont tenté, avec plus ou moins de discrétion et de bon­ heur, les théologiens postérieurs au concile de Flo­ I rence. 2J Application de renseignement du décret au rite de l'ordination. — Celte application présuppose l’exposé des doctrines théologiques concernant cc rite. Tout en signalant les travaux d’ensemble aujour­ d'hui périmés de Gravina, O. P„ Pro sacrosancto ordinis sacramento vindicte orthodoxa’. Naples, 1634; et de J. Pons, S. J., Dissertatio historico-dngmatica de materia et /arma saerte ordinationis, Bologne, 1775, nous suivrons, tout au moins dans ses lignes générales, pour cet exposé, le travail plus récent et tout à fait au point du cardinal van Bossum. 1. Exposé des dicers systèmes relatifs a Vessence du rite de l'ordination. — Premier système : le rite essentiel consiste uniquement dans la tradition des instruments : la matière, pour le sacerdoce, réside I dans la porrection du calice contenant le vin ct de la patène supportant l’hostie; la fonne, dans les paroles du pontifical qui l’accompagnent. Pour le diaconat, la matière est la tradition du livre des évangiles, et la forme les paroles qui l’accompagnent. Cette opinion a pris racine dans l'introduction de la tradition des instruments dans le pontifical. Cette tradition, mieux que l’imposition des mains, parait symboliser le pou soir et la grâce de l’ordre et réaliser la conception hylémorphique du sacrement. Bien d’étonnant qu’elle ail été accueillie par des théo­ logiens nombreux à partir du xni· siècle. Cette solution a été proposée dès le xm· siècle, ( par le franciscain Gilbert de Tournai (t 1270), Tractatus de officio episcopi, c. xxxin, et Bichard de Médiavilla (+ 1300), In Sent., (list. XXIV, a. 1, q. m; par Albert le Grand, id., ibid., a. 38, qui néanmoins reconnaît le rite de l’imposition des mains comme le rite de la primitive Église, Comment, in lib. de cedes, hierarch., c v. C’est incontestablement la solution de saint Thomas, à qui Eugène IV l’a empruntée. On notera cependant que saint Thomas n'ignore pas le role capital de l’imposition des mains. In /Vum Sent., toc. cit., q. n, a. 3; mais il n’assigne à l’imposition des mains qu’un rôle préparatoire et réserve à la tradition des instruments le rôle essen­ tiel. Parmi les auteurs plus connus du xtv« siècle, citons ; Fr. de Mayronis, O. M. (t 1327), In /Vura Sent., dist. XXV. q. n; Durand de Suint Pourçain, O. P. (t 1334), i Enfin, le principal argument des partisans de cette opinion est, d’une part, renseignement de l’histoire et de la tradition, qui montre que l’ordre a été de tout temps conféié par l’imposition des mains et. d’autre part. In déclaration d’Eugène IV dans le décret pro Armen is. L’argument tiré du concile de Florence vaut ce qu’il vaut. Quant à l'argument du rite traditionnel de l’imposition des mains, on doit s'étonner que des auteurs avertis comme Beltannin, Vasqucz cl Billuart aient cru pouvoir le retrouver dans la dernière imposition des mains avec la forme impérative : Accipe Spiritum sanctum, quorum... Cette cérémonie est relativement récente 1326 (voir ci-dessus, col. 1293). Et, de plus, nombre de théologiens font observer que, venant après la con­ célébration des nouveaux prêtres, elle implique que l’ordination est déjà faite, et qu'elle constitue sim­ plement une cérémonie purement déclaratoire du pouvoir déjà reçu: cf. Billot, De sacramentis, t. n, th. xxx. Si 1rs partisans de cette deuxième opinion avaient mieux connu les documents de l’antiquité, nul doute qu’ils ne l’eussent profondément modi­ fiée ; on en a quelque soupçon par ce qu’écrit Cajétan. I toc. cit. Troisième système. — Celte troisième opinion, comme la précédente, procède du souci d’accorder la doctrine du décret d'Eugène IV avec le sens attaché par l'Écriture et toute l’antiquité chrétienne au rite de l’imposition des mains. Seulement, au lieu de trouver l'imposition des mains dans le rite final de l’ordination, on s’arrête au commencement, où se rencontre une première imposition des mains, d'abord silencieuse, puis accompagnée de l’invoca­ tion au Saint-Esprit Quant à la tradition des ins­ truments, on J’accepte, comme dans l’opinion pré­ cédente. Cette opinion. Inconnue avant le xvnr siècle, a été défendue par l'auteur des Confèrences d'Angers, t. vu, oct. 1709; le canne Libère de Jésus (t 1719), Controvers., tract. VII. part. I. disp. I. conlrov. 2; Gazzaniga. Ο. I*. (t 1799). Pnrlect. theol.. diss. VIII de sacramento ordinis, c. 2. n. 27; par Segna, Theol. morat, compendium. I. IV, tract, n, a. 6, c. i; Togni, I dans son Manuel d’examen des clercs, part. I. c. vu; Dieringcr (t 1876), I.ehrbuch der kathol. Dogmatih (qui, de plus, affirme que l’onction et la tradition des vêlements appartiennent au rite essentiel). Mais ces autorités n’eussent pas suffi à donner du relief à ladite opinion si. de nos jours, elle n’avait pas été enseignée avec un certain succès par Billot, loc. cit.. el nombre de théologiens formés à son école, comme Tanquerey, van X’oorl. Hervé, etc. Voir aussi Noldin, Theol. moralis. De ordine, n. 456. Peu de remarques seraient à faire à cette opinion en dehors du point capital de la porrcction des ins­ truments. On conçoit assez difficilement toutefois que le rite de l’ordination puisse comporter double matière cl double forme. Si la première imposition des mains confère déjà le sacerdoce, à quoi sert la porrcction des instruments ? Ne serait-elle donc qu’une céré­ monie déclaratoire d'un pouvoir déjà reçu ? C’est même à cause de cette raison que les théologiens de l’opinion précédente reculaient à l’imposition des mains finale le rite de l’ordination. Et, en ce cas» comment en faire un rite essentiel de l’ordination. Et puis, comment maintenir l’unité de symbolisme sacra­ mentel dans cette dualité de forme et de matière ? En tin. comment expliquer le pouvoir de l’Église relativement à l’introduction d’un rite essentiel nou­ veau dans la confection du sacrement ? Il faut, sur ce dernier point, en revenir à la théorie, d’ailleurx con­ testée, que nous avons trouvée plus hint sous la plume du P. (initier. Et c'est bien là, en effet, l’explication de Billot, De sacramentis, t. i. th. n; xv, § 3; χχχυ; t. n, th. xxx. Quatrième système. — Celte quatrième opinion est la synthèse des deux précédentes. Elle voit dans le rite sacramentel un ensemble complexe, renfer­ mant trois éléments essentiels : la première impo­ sition des mains, avec l’invocation du Saint Esprit; la tradition des instruments, avec la formule : Accipe potestatem...; la dernière imposition des mains, avec la formule, Accipe Spiritum sanctum, quorum. Trop compliquée pour avoir Jamais eu de nom­ breux partisans, celle formule a recueilli cependant le su tirage de théologiens distingués : au xvn* siècle, 1327 ORDRE. INTERPRÉTATION DU DÉCRET 1328 rclig., 1919, p. 125. Au x· siècle, on ne trouve pas de Lugo, S. J. (f 1660), Disp, schol. de sacramentis encore trace de la tradition des instruments chez les in genere, disp. II, sect v, n. 90, 98; Martinon. S. J. liturgistes latins, Réglnon de Prüm. Alton de Vcr(* 1662), Disp, theol., disp. LXVÏ, sect. iv. n. 43; au xvin· siècle, Simonnet, S. J. (t 1733), Institut, ; ceil, Gerbcrt (Sylvestre II), pas plus que chez le theol., tract. XVII, disp. III. a. 2. §2; Gotti, O. P. , Grec Simeon Métaphrastc. Au xr siècle, c’est encore la seule imposition des mains qui constitue le ritc (f 1712), Theol. schol. dogm. de sacramento ordinis, q. vi. dub. ir,f 1 ; Amort, des ermites de Saint-Augus­ * de l'ordination aux yeux de Gérard de Cambrai, tin (t 1775), Theol. cclectica..., t. in. De sacramento de saint Pierre Damien, d’Alexandre 11. du bien­ ordinis, § 19; Theol. moratis, tract. XIV, De ordine, heureux Urbain II, du canoniste Burchard de Worms; § I, q. n. Au xix* siècle, le seul nom quelque peu cf. ci-dessus. Au xir siècle, si d’autres auteurs parlent marquant est celui d’Eggcr, Enchiridion theol. dogmat., déjà de la tradition des instruments. Honoré d'Autun, Richard, archevêque de Cantorbéry, Pierre le tract. XII. c. n, n. 1Ή6. Les raisons qui ont inspiré les défenseurs de cette Chantre, I lugues. archevêque de Rouen, ne font encore opinion sont celles-Ιά même qu'on invoque en faveur allusion qu'à l’imposition des mains. Comme cano­ du précédent système. L’argument traditionnel vaut niste, saint Yves de Chartres s’attache au rite de l’imposition des mains; et. comme prédicateur, il pour les deux impositions des mains; la tradition des instruments est requise en raison du décret explique le symbolisme de la porrcction des instru­ d'Eugène IV. Voir Gotti, toc. cit., § 3, n. 22. ments. Cinquième système. — Tous ces systèmes ne sem­ On a vu (col. 1293) combien récente est l’introduc­ blent pas tenir compte suffisamment des rites orien­ tion dans le pontifical de la seconde imposition des taux. Quelques théologiens ont voulu corriger ce mains, avec la formule : Accipe Spiritum Sanctum; défaut et ont présenté le système suivant : le rite quorum.., 11 ne peut donc être question dans cette essentiel de l’ordination existe soit dans l’imposi­ sixième opinion que de la première imposition, par tion des mains avec l’invocation au Saint-Esprit, laquelle, l’évêque, après avoir touché d’abord en soit dans la tradition des instruments. Ainsi donc, silence la tète de l’ordinand, tient la main droite que le sacrement soit administré avec l’un ou avec étendue au-dessus de lui, en récitant la formule : l’autre rite, il demeure validement administré. Le Oremus, fratres carissimi... Au xm* siècle, le car­ corollaire d’un tel système est que le Christ a institué dinal van Rossum pense trouver déjà cette opinion les deux rites, ou bien qu’il a laissé à l’Église le soin enseignée par saint Bonaventure, et Pierre de Tarentaise, dans leurs commentaires sur les Sentences, de déterminer spécifiquement le ritc de l’ordination. L’initiateur de ce système parait être le jésuite I. IV, (list· XXIV. Il semblerait plutôt que l’un et Fr. Amixo (t 1651), Cursus theol., t. vu. De sacra­ l’autre dussent être rattachés à la première opinion. mentis in genere, disp. Il, sect, iv; t. vin. disp. XXII, Saint Bonaventure rejette l’hypothèse d’une ordina­ sect. v. On cite également le théatln Diana (t 1663). tion faite par Ponction, mais il paraît assimilée Résolut, morales, part. Ill, tract, iv, resol. 187 ; complètement l’imposition des mains à la tradition part. VIII. tract, i, rcsol. 42; Esparza, S. J. (t 1689), des Instruments, Lac. cil., part. II. a. 1, q. iv, con­ Cursus theol., 1. X. De sacram, ordinis, q. civ, a. 7, clusio. Van Rossum cite également, de la même et, au xvuî· siècle, quelques autres auteurs moins époque : Guillaume d'Auxerre (t 1232), In ZVum connus encore. Sent., tract. VIII, a. 1; Guillaume d’Auvergne, Les observations à faire à ce système se réduisent évêque de Paris (+ 1219), De sacramento ordinis, à peu de chose : la principale remarque est que I c. π; Hugues de Strasbourg, O. P. (vers 1280), l’Église occidentale, tout en introduisant la por­ Hrcve totius theol verit. compendium, L VI, c. xxxvj. rcction des instruments dans le rite de l'ordina­ , Aux xivc et xv’ siècles, cette opinion subit une éclipse tion, n’a pas pour autant abandonné l'imposition presque complète sous l'influence des causes qui des mains, qui est le rite traditionnel. Il semble donc préparèrent le décret de Florence pour les Armé­ dinicile d’opiner que. dans l’Église occidentale, tout niens. Mais, au xvi· siècle, on commence à la retrou­ ressentie! du rite se trouve dans la porréction des ver dans les milieux les plus divers : Henri VIII la instruments. Ici encore, on a tort de raisonner uni­ propose, dans sa défense des sacrements contre quement a priori, en s’appuyant d’ailleurs sur le Luther (1521). Assertio septem sacrum, adv. Mart. décret d’Eugène IV. Quant à insinuer que le Christ Lutherum, de sacramento ordinis ; Fisher, évêque de a institué les deux rites, c’est là une afllnnatlon Rochester, la retient dans son livre, dont le titre gratuite, dont seule l’histoire pourrait donner une exact est : Assertionum regis Anglin de /ide catho· confirmation, Or, sur ce point, l’histoire est muette. J lieu adversus I.ulherl buhylonicam captivitatem defen­ Sixième système. — Cette dernière opinion s’inspire sio, c. xn, § 3-7. Panni les théologiens et controde l’antiquité chrétienne et de la liturgie; elle n’admet versistes catholiques qui l’ont défendue, citons, qu’un seul ritc essentiel de l’ordination sacerdotale : parmi les nombreux auteurs dont van Rossum a l'imposition des mains avec l’invocation du Saint- dressé la liste : Jean Eck (t 1513). Enchiridion loco­ Esprit. Cette solution ne peut, en vérité, être dite rum communium, c. vu; Pierre Solo. O. P. (t 1563), nouvelle. Nous avons vu combien est récente, dans la Tract, de institut, sacerdol. : de ordinc, led. iv et v; liturgie romaine, l’introduction du rite de la porrcction le card. Hoslus (f 1579), Confessio enth. fidei, t. i, des instruments. Celte introduction ne s’est pas faite c. lui; S. Pierre Canfslus. S. J. (t 1597) Opus catech. tout d’un coup, ni par mesure législative, mais petit à de sacram, ordinis, q. i. m, v; François Suarez, S. J. petit et par des initiatives privées. On Ignore même qui (autant qu’on peut le déduire de sa théorie générale en eut la première idée. On ne cite aucun acte conci­ des sacrements), De sacramentis, disp. H. sect, ni, liaire, aucun décret papal dans ce sens. Les évêques disp. XXXIII, sect, iv; Becanus, S .L (t 1621), De sacramentis, c. xxvi, q. iv; Pierre Coton. S. .L du Moyen Age, qui exerçaient sur les livres liturgiques de kur» Églises respectives un pouvoir très réel, (f 1626). Institutio catholica, 1. HI, de sacramento 1632). De concordia apprécièrent la beauté expressive de ce ritc et vou­ ordinis, c. i.vu; Arcudius Ecclesia orientalis rt occidentalis in septem sacram., lurent en faire bénéficier leurs fidèles. Ainsi gagna-t-il I. VI. c. vu (malgré des hésitations à cause du décret de proche en proche, jusqu’au jour où l'usage, devenu d’Eugène IV; cf. c. iv, vi, vu); Hugues Ménard, presque universel dans l’Église latine, produisit, O. S. B. (+ 1644). dans ses notes au sacramenlaire aux veux de certains observateurs, l’illusion d’une haute antiquité; cf. A. d'Alès, Recherches de science I grégorien, P. L., I. i.xxvui. col. 191; Pctau, S. .L 132!) ORDRE. INTERPRÉTATION DH DÉCRET (t 1652), De ecclesiastica hicrarchta, L II, c. vi. n. 13; J. Goar, O. P. (t 1653), dans scs notes ii l’ordination du diacre, dans l'édit ion de VRucholagton sive rituale Gracorum, Paris, 1617; Jean Morin, oratori en (t 1659). De sacris ordinationibus..., part. HI, cxcrc. 7. c. î, n, v; Contcnson, O. P. (f 1674), Theol. mentis et cordis, 1. JI, part. IV, diss. Ill, c. ï, spec.2; J.-B. Du­ hamel (f 1706), Theol. speculativa et practica, tract. de ordine, diss. 1, c. si ; Wilasse (t 1716), Tract, theol. de ordine, part. II, q, n, a. 2; L. Habert (t 1718), Theol. dogm. et moral., part. I, c. vu, q. v ; Huet (t 1721), Quirstiones Alnetanœ..., 1. H. c xx, J G; Noël Alexandre, O. P. (t 1721), Theol. dogm. et moral , I. II, tract, de ordine, c. i, a. 7; cf. a. 2, § 2; Jucnin. de l’Oratoirc (f 1727), Comment, hist, et dogm. de sacramentis, diss. IX, q. m, c. n; cf. q. iv, c. n, n. 3; Martine, O. S. B. (f 1739), De antiq. Ecclesiaritibus, I. I, c. vin, a. 9, n. IG, 17, 18; Drouin, O. P. (t 1712), De re sacramentaria.. , I. VHI, q .m; Con­ cilia, O. P. (t 1756), Theologico dissert. IJ, De sacra­ mento ordinis, c. m, n. 4 ; Thomas de Charmes (t 1765). Theol. universa, de sacram, ordinis, c. in, $ 2; Bcrit (t 1766), De theol. disciplinis, I. XXXVI, c. xn ; Pierre Collet (t 1770), institut, theol., tract, de ordine, c. v, § 3, q. n; Chardon, O. S. B. (f 1771), Histoire des sacrements..., de Tordre, 1. I. c. ix, dans le Cursus de Aligne, t. xx; S. Alphonse de Llguori (1787), Theol. moralis, 1. VI, n. 719. Pour ne pas allonger cette liste déjà trop considérable, nous dirons qu’au xix* siècle, cette opinion règne dans toutes les écoles; on la retrouve chez Bouvier, Gousset, G un’, Perrone, de Augustinis, Ballcrini, Franzclin, Clément Marc, d’Annibale, Susse, Palmieri, Gasparri, Vlvès, Lemh· kuhl, Aertnys, Bucceroni, Gcnlcot, Herrmann, Gihr, Wernz, Jus decretalium, n, n. 50. Christian Pesch, qui écrit fort exactement : Recentiores, vix non omnes hanc sententiam amplectuntur. Les arguments sur lesquels s’appuie cette opinion sont connus : c’est, avant tout et presque uniquement, l’argument historique et traditionnel, les textes scrip­ turaires, les assertions patriotiques, l’élude du déve­ loppement du rituel, que nous avons ici même exposé. On fait valoir notamment que, même en Occident, les conciles qui ont eu â parler de l’ordination, ont fait mention expresse de l’imposition des mains comme rite essentiel: conciles de Séville II (619), c. v; de Tolède IV (633), c. xxvm; de Metz (845). can. 14; de Cologne (1536), De munere episcopali, part. I, et c. i; de Mayence (1519), c. xxxv, et enfin de Trente, sess. xiv, c. m, De extrema unctione; cf. sess. xxin, c. ni, l'allusion à H Tim., i, 6. Voir van Bossum. op. cil., η. 212-219. Les objections qu’on peut faire à cette opinion se résument en deux points. — Premièrement, il semblerait qu'innocent III et Grégoire IX consi­ dèrent l’imposition des mains comme purement acci­ dentelle, puisque, en cas d’omission, ils demandent simplement, non qu’on réitère l'ordination, mais qu’on supplée, Λ une nouvelle ordination, à l’impo­ I sition des mains omise. Decrclauum, 1. I, tlt. xvi, c. ni et c. i. Voir le texte de Grégoire IX dans Cavnllcrn, Thésaurus, n. 131 I. Mais il faut répondre que l’expression : suppléer marque ici qu’il ne s’agit pas de réitérer le sacrement ; la pensée pontificale pour­ I rait même être facilement interprétée en faveur de l'opinion qu’on défend dans le sixième système, puis­ que Grégoire IX dit expressément : Quodsi omissum fuerit, non est aliquatenus iterandum, sed statuto tem­ pore ad hujusmodi ordinis conh ii i ndos caute sup­ plendum... (’.f. Pesch, op. cit., n. 627. — En second lieu, l’objection tirée du concile de Florence. On a vu plus haut comment la résout le cardinal van Bos­ sum. En général, les théologiens partisans de son 1330 opinion sont plus accommodants. Benoît XIV s’ex­ prime ainsi : Xecesse est igitur fateri Eugenlum locu­ tum de materia et forma integrante et accessoria, quam optavit ab Armenis superaddi manuum impo­ sitioni jam diu ab illis adhibiht, ut Ecclesia- latinx moribus se accommodarent ac rituum uniformitate fir­ mius eidem adhérèrent. De sqn., 1. VIII. c. x, n. 8; Denz.-Bannw., n. 701, note. Le P. Pesch trouve même dans le concile de Florence une confirmation de la thèse qu’il défend. Le fait que Grégoire X au concile de Lyon, qu’Eugène IV ù Florence et, plus tard. Clément VIH, aient admis des évêques orien­ taux, consacrés par la seule imposition des mains, montre bien que ces papes considéraient ce rite comme le ritc essentiel de l'ordinatinn. Il est donc impossible que le décret d’Eugène IV ait la signification et la portée doctrinale que certains théologiens (y compris le cardinal van Bossum) veulent lui donner. Eu­ gène IV n’a donc pas voulu définir que la porrcction des instruments était un ritc nécessaire à la validité du sacrement; c’eût été déclarer invalide ce qui jusqu’alors avait été considéré comme valide: c’eût été déclarer équivalcmment que l’Église peut modifier la substance meme des sacrements; c’eût été, à l'oc­ casion d’un décret rendu pour les seuls Arméniens, apporter une modification à la discipline de l’Église universelle, et aucune indication n’existe d’une telle volonté pontificale; enfin ce serait logiquement ad­ mettre que l’imposition des mains n’est plus un rite essentiel, puisque le pape n’en parle pas. Loc. cil., n. 628. Et Pesch conclut en rapportant les paroles, de Benoît XIV, citées plus haut. Nous avons vu le P. Galtier aller jusqu'au bout des conséquences que le P. Pesch se refuse à admettre. Tout cela prouve la grande confusion dans laquelle la théologie, surtout depuis le concile de Florence, sc trouve par rapport à l’essence du sacrement de l’ordre. 2. Essai de solution. — Aucune conclusion ferme ne saurait être donnée. Cependant, s’il était permis d’exprimer ici une opinion, nous nous rallierons volontiers ù la sixième opinion, qui a pour elle l’appui et la confirmation de l’histoire. 11 convient cepen­ dant d’y apporter certaines explications, rendues nécessaires par le decret d’Eugène IV dont nous entendons, nonobstant la haute autorité du car­ dinal van Bossum, maintenir, avec la valeur doctri­ nale, la valeur objective au point de vue de la vérité catholique. Ces explications, personne ne les a mieux formulées et avec plus de nuances que le P. d’Alès dans son étude sur le livre du cardinal van Bossum, I/essence du sacrement de Tordre, dans les Recherches de science religieuse, 1919, p. 132 sq. On a vu comment le cardinal Van Bossum menait jusqu'au bout d'une logique pleine de rigueur les conclusions qu’on devait, selon lui, tirer de la décla­ ration dogmatique qu’il trouve dans le décret d’Eu­ gène IV. Le P. d’Alès fait observer que de telles conclusions seraient exactes, « s'il était possible de parler de l’essence du sacrement comme d’une grandeur immuable et parfaitement définie, non seulement quant Λ l'intention du Christ, d’où elle procède, mais dans toutes les conditions concrètes de sa réalisation... Selon la tradition de l’Église, il faut maintenir que le Christ a déterminé, immédia­ tement et par lui-même, les éléments essentiels de chaque sacrement; à cette condition seulement, il peut en être dit, au sens strict, l’auteur. Une inten­ tion du Christ, complètement indistincte, abandon­ nant tout ù l’initiative de l’Église, quant au nombre et à l’espèce, ne répond pas à l’idée du sacrement chrétien. L'essence de chaque sacrement est définie par l’intention expresse du Christ. Mais, d’autre part, 1331 ORDRE. INTERPRÉTATION DU DÉCRET il ne faut pas perdre de vue que l’objet matériel de cette intention du Christ possède nécessairement une certaine amplitude. Cette amplitude ne peut-elle comprendre des rites aussi dissemblables matérielle­ ment que l’imposition des mains et la tradition des instruments ? A priori, nous n’en savons rien ; a posteriori, certaines analogies suggèrent que ce n’est pas impossible. « Le nom d’ « essence du sacrement · ne doit pas ici faire illusion; car dès qu’on descend sur le terrain des réalisations concrètes, on se trouve en présence d’une véritable multiplicité. Donnons un exemple. Il a plu au Christ d’instituer le sacrement de baptême sous forme d’ablution faite avec de l’eau naturelle, en invoquant la Trinité. Absolument parlant, il aurait pu établir que le seul baptême valide serait le baptême conféré dans l’eau du Jourdain, comme le baptême que lui-même reçut des mains de Jean. De fait, l’amplitude dc l’institution est plus grande : toute eau naturelle est propre au baptême : eau douce ou eau marine, eau dc fleuve ou eau de pluie, eau froide ou eau tiède. Cela, nous le savons, nous ne pouvons le savoir que par la pratique et rensei­ gnement de l’Église, qualifiée pour nous dire que ces diversités secondaires ne touchent pas â l’es­ sence du sacrement. On pourrait imaginer des raffi­ nements semblables pour l’essence de tous les sacre­ ments. sans en excepter l’eucharistie. L’institution requiert une certaine détermination de la matière ct de la forme; mais cette détermination a des bornes essentielles; elles ne descend pas nécessairement aux dernières distinctions imaginables, in ultima specie, άτόμω. Et c’est ici qu’intervient l’Eglise, inter­ prète autorisée de la pensée du Christ. .Je n’examine pas la question ultérieure de savoir si le ministère dc l’Eglise est Ici purement déclaratif, ou renferme l’exercice d’un pouvoir effectif dc détermination. L’essentiel est qu’il convoie jusqu’à nous la pensée authentique du Christ. La notion d’essence d’un sacrement, que ce soit l’ordre ou tout autre, comporte donc nécessairement une certaine relativité; il appartient à l’Eglise. gar- 1 dlenne des sacrements, d’en fixer officiellement les bornes, et ces bornes ne sont pas nécessairement partout et toujours les mêmes à travers la diversité des temps ct des lieux. Sera valide le sacrement déclaré tel par l’Église, à laquelle appartient l’appré­ ciation des conditions concrètes ct de leur confor­ mité a l’institution du Christ. Celte appréciation peut, dans une certaine mesure, varier selon les temps et les lieux... Le sacrement de l’ordre n’est pas le seul à propos duquel nous soyons amenés à la formuler. On a cite l’exemple du sacrement de mariage, et l’exemple peut ne pas paraître décisif, car. si l’appréciation de la validité du contrat matri­ monial relève du jugement dc l’Église. il reste vrai qu’il y a mariage là seulement où il y a contrat valide entre les époux Néanmoins, on pourrait représenter que les mêmes actes matériellement, les mêmes consentements échangés, auront ou non la valeur d’un sacrement selon qu’ils réaliseront ou non les conditions de validité posées par l’Église. Et donc, il appartient â l’Église dc déterminer, en dernière analyse, les conditions concrètes de l’exis­ tence du sacrement. On aurait pu citer l’exemple du sacrement d’extrême-onction, pour lequel se présente une diversité non dépourvue d’analogie avec celle du sacrement de l’ordre. Le décret aux Arméniens assigne, comme matière dc l’extrêmeonction l’huile bénite par l’évêque : or, les prêtres grecs l'administrent couramment avec une huile dépourvue de bénédiction épiscopale. Le décret aux Arméniens assigne encore, comme matière du sacre- 1332 ment de confirmation, le chrême bénit par l’évêque. L’onction, aujourd’hui tenue pour essentielle, l’a-l-clle toujours été ? C’est extrêmement douteux. Nous voyons, dans les Actes des Apôtres, saint Pierre et saint Jean confirmer les fidèles de Samarie par l'imposition des mains; nous retrouvons la confir­ mation à Éphèsc. Il n’est fait nulle mention d’une onction quelconque. Et cependant personne ne doute que le sacrement de confirmation ne fût dès lors dans l’Eglise ce qu’il est encore dc nos jours. Il faut donc nécessairement admettre quelque amplitude laissée â l’Église dans la détermination de ce qui constitue l’essence du sacrement. «Je neveux pas faire état d’une concession consen­ tie par saint Thomas â l’argumentation qui préten­ dait trouver dans les Actes des Apôtres la trace d’un baptême conféré au nom du Seigneur Jésus >, sans la formule trinitaire prescrite au dernier cha­ pitre de saint Matthieu. Cette argumentation par­ tait, sans doute, d’un faux supposé...; mais ce qu’il faut observer, c’est la réponse de saint Thomas. Devant cette difficulté pressante, il ne craint pas de faire appel ù l’hypothèse d’une dispense tempo­ raire accordée par le Seigneur, Sum. thcol., IIP, q. î.xvt, a. 6. ad lum, et en vertu de laquelle les apôtres auraient baptisé d’abord sans l’invocation de la Trinité. En recourant à cette hypothèse, le docteur angélique ne croit pas faire brèche au principe de l’unité du baptême chrétien. C’est pourtant une brèche considérable â l’essence du baptême, non seu­ lement selon la lettre du décret aux Arméniens, mais selon la définition du concile dc Trente. Saint Tho­ mas était donc disposé, pour faire face à l’objection, à reconnaître à l’essence du sacrement plus d’ampli­ tude que ne lui en accorde présentement l’Église. Ces considérations nous paraissent frayer la voie à une conception dc l’essence du sacrement un peu plus élastique que celle dont le cardinal van Kossum s’est fait l’avocat avec tant dc science et d’autorité. Le concile dc Trente, en affirmant le pouvoir de l’Église sur les sacrements, a pris soin dc déclarer que ce pouvoir n’en saurait toucher la substance. Sess. xm, c. n. Déclaration fondamentale, qu’il ne faut pas perdre de vue, mais dont l’interprétation exige beaucoup dc circonspection. La substance - ou l'essence - du sacrement n’est déterminée que par l’intention du Christ, el l’on vient de voir que sous ce mot · essence du sacrement », une équi­ voque peut sc glisser si, au lieu de s’en tenir à l’in­ tention du Christ, on descend sur le terrain des réa­ lisations concrètes... Théoriquement au moins, il ne répugne pas que certains rites, homologues par l’Église, constituent, relativement à certains temps et a certains lieux, l’essence du sacrement, tandis que d'autres rites, également homologués par l'Église, constitueront celle essence relativement à d’autres temps et à d'autres lieux, (’.cite conclusion n’est point particulière à une école: elle rallie la grande majorité des théologiens depuis le concile de Flo­ rence, ct parmi eux, plusieurs de ceux qui ont le plus contribué à promouvoir la doctrine de l’imposi­ tion des mains, rite unique dc l’ordination sacerdo­ tale (par exemple, Jean Morin. Commentarius..., part. III, cxcrc. 7, c. vt, n. 2). Elle nous parait ren1 fermer la seule justification possible de l’indulgence témoignée par l’Église aux doctrines, autrement irréconciliables, qui se font concurrence quant au sacrement dc l’ordre. Effectivement irréconciliables au point dc vue de la matière et de la forme enten­ dues au sens le plus matériel, ces doctrines pour­ raient se réconcilier dans l’unité supérieure de l’ins­ titution du Christ ». Cf. S. I tarent. La part de 1‘Cytise dans la determination du rite sacramentel, dans les 1333 ORDRE. LA REACTION PROTESTANTE fitudes, t. ι.χχιπ, p. 315-336, On se souviendra d’ailleurs dc la glose d’Innocent IV : De ritu apostoIleo invenitur in epistola ad Timotheum, quod manus imponebant ordinandis, et quod orationes fundebant super eos. Atiam autem formam non inven imus ab eis servatam. I 'nde credimus quod nisi essent formv postea inventa·, sufficeret ordinatori dicere : Sis sacerdos » vel alia nquipollenlia verba. Sed, subsequrntibus temporibus, formas quir servantur Ecclesia ordinavit. In cap, Prcsbi/ter. Apparatus super V libros Decretalium, Milan, 1505, fü 10 ν·. Sur l’essence du sacrement dc l’ordre, on consultera G ravina, O. P., Pro sacrosancto ordinis sacramento vindieüu orthodoxie. Naples, 1634; J. Pans, S. J., Dissertatio historico· dogmatica de materia rt forma sacrio ordinationis, Bologne, 1775; doni Chardon, Histoire des sacrements... De Tordre, dans Migne, Cursus theologicus, t. xx; Merlin, S. J., Traite historique et dogmatique sur les paroles un tes formes des sept sacrements de t*Eglise, dans Migne, id., t. xxi; Arcudius, De concordantia Ecclestiu occidentalis et orientalis in septem sacramentorum admintstratione, Paris, 1626; J. Morin, Com­ mentarius historiens et dogmaticus dr sacris ordinationibus, Paris, 1655; van Hoisuin, De esseiUia sacramenti ordinis disquisitio historicodhrologica, ITibourg-rn-B.. 1914; A. d'Alès, art. Ordination, dans le Diet, apol., I. Hl. col. 1143, el les articles cités nu cours du paragraphe, relatifs au décret d’Eugène IV et au pouvoir de l'Église dans la détermination du rite sacramentel (Ίtarant, de (Hilbert, (’■allier, Ami du cierge, Quéra), ainsi que l’article du P. Itannssens concernant La forme sacramentelle dans tes ordinations sacerdotales de rit grec, dans Gregorlanum. 1921 (2); 1925 (1). IV. La héac.tion photestanti ct i.’œivhe docTiUNALE l»U CONCILE DE ΤηΕΝ’ΓΕ. --- /. LA Kf. ACTIOS Plan estas te. — Les précurseurs lointains du pro­ testantisme, WicIcfT. Huss, professent des principes subversifs de l’autorité dans l’Église, et qui semblent parfois aller Jusqu'à la négation du sacerdoce chrétien. Cette négation sera, dans le protestantisme, une conséquence directe, quoique déjà assez éloignée, du principe fondamental sur lequel s’appuie toute la doctrine réformée : la justification par la foi. Sous son aspect négatif, comme sous son aspect positif (voir Justification·, t. vin, col. 2139-21 16), la justi­ fication protestante supprime nécessairement l’in­ termédiaire entre Dieu et l’homme. Puisqu'on effet, seule, la foi Justifie, les sacrements ne peuvent plus être le canal, la condition, la cause de la grâce sanc­ tifiante; ils ne sauraient être tout au plus que des signes attestant notre foi en la promesse que Dieu nous a pardonné nos péchés en vue de Jésus-Christ et nous a adoptés pour enfants. Ils ne sont même plus absolument nécessaires. Ils ne servent qu'à soutenir et à exciter notre foi; mais ils ne renferment aucune vertu Intrinsèque ni physique ni morale: ils ne pos­ sèdent par eux mêmes aucune elllcacité. Toute leur action sanctifiante est du dehors. Leurs formules exhortent, mais ne consacrent pas. La grâce peut être reçue sans qu’il soit nécessaire d'y recourir. Si Calvin en recommande parfois l’usage et en vante la dignité, c’est sous des paroles ambiguës qui voilent sa véritable pensée, celle qui découle dc sa doctrine sur la prédestination : la grâce n’est donnée qu’aux élus; elle ne peut donc en aucune façon être attachée à un signe sensible. Luther, qui. pour sa part, admettait une sorte de sanctification par le baptême, expliquait en même temps que cette sanc­ tification était donnée par la fol. Zwingle, plus radi­ cal, supprime tout rôle nu sacrement, qui ne sert | plus que de profession de fol, de signe dc ralliement. I d’union entre les hommes : recevant le sacrement, le fidèle donne plutôt à l’Église une preuve de sa foi qu’il n’en reçoit lui-même le sceau et la confirmation. Ainsi se trouve éliminé l'intermédiaire - le prêtre entre Dieu el l’hornme. La négation de l’Église 1334 visible ct hiérarchique, puis du pouvoir d’ordre ne sera que la conséquence de ces principes. 1° Les précurseurs. — C’est déjà une atteinte au fondement scripturaire du sacrement de l’ordre, que nous trouvons chez Abélard, dans In prop. 12 condamnée a Sens (1141) : Quod potestas ligandi atque solvendi apostolis tantum data sit, non successo­ ribus. Denz.-Bannw., η. 379 (voir Abélabd, t. î, col. 45). Mais le mouvement dc la Ké forme se trouve vraiment quelque peu en germe dans les théories de ceux qui, depuis la fin du xir siècle, sous le fallacieux prétexte dc réformer les abus de l’Église — vaudois, I apocalyptiques et spirituels — s'attaquaient en réalité à l’Église elle-même, a son autorité, â la hiérarchie, en somme, au pouvoir de juridiction ct d’ordre. 1. Marsile de Padout et Jeun de Jandun (voir ces deux mots, t. x, col. 153 et l vin, col. 764). — On a vu plus haut. col. 1311, que la question dc la différence entre l’épiscopat ct la simple prêtrise a toujours sussité, chez les théologiens catholiques, certaines dis­ cussions. Tant que ces discussions demeurent con­ finées dans les limites où la liberté d’opinion reste permise, l’Église n’a pas â s’y opposer : il lui suffit qu’on proclame l’origine divine de l’épiscopat, son pouvoir de juridiction supérieure ct son pouvoir quant à la transmission du sacerdoce ct du diaconat. Mais ces limites ne furent pas toujours respectées. Dans la lutte du parti impérial de Louis dc Bavière contre le pape Jean XXII. Marsile de Padoue et Jean de Jandun prennent le parti du prince (voir Mahsill df. Padoue. t. x. col. 155-160). Les empié­ tements de la papauté les obligent, disent-ils. à délimiter exactement les pouvoirs de l'Église, dont ils ne contestent pas d’ailleurs l’origine divine. Au­ cun pouvoir temporel n’appartient à l'Église, aucune juridiction au for extérieur. Seul donc demeure d’ins­ titution divine le pouvoir d’ordre. Dieu l’accorde aux hommes par l'intermédiaire de rites humains. L’inégalité qui existe entre les membres de la hiérarchie est une institution humaine : s’appuyant sur un texte fameux dc saint Jérôme, Marsile établit que les évêques et les prêtres étalent primitivement égaux; seules des raisons d’ordre social ont créé entre eux une distinction. Le pape lui-même rentre dans la règle générale. D’où la quatrième proposi­ tion condamnée par Jean XXII : « Que tous les prêtres, qu’il s’agisse du pape, d’un archevêque ou d’un simple prêtre, sont, en vertu dc l’institution du Christ, égaux en autorité et en juridiction. » Il faut peut-être même ajouter : égaux dans leur pouvoir d’ordre, car. « avec saint Jérôme. Marsile se plai­ sait à admettre, nu sens le plus littéral, l'identité primitive des évêques et des prêtres. D’où il con­ cluait à l’égalité du caractère sacerdotal entre ses divers détenteurs : Hunc siquidem sacerdotalem cha­ racterem... probabiliter mihi videtur quod omnes sacer­ dotes habent riimdem specie, nec ampliorem habet hunc Romanus episcopus aut altrr aliquis quam simplex dictus sacerdos quicumque. Defensor, n, 15; cf. t. x, < "I 170. 2. Jean Wide/ ct ses partisans. — C’est encore l’erreur régalienne qui est à la source de la révolte de Wlclef (voir ce mot), t'rbain \ (1365) ayant réclamé à Édouard III le tribut annuel de 1000 marcs qui n’était plus acquitté depuis trente-trois ans. le parlement déclara (1366) que Jean sans Terre n’avait pu contracter cette obligation sans le consentement des États, que le roi actuel d’Angleterre ne pouvait pas accéder à une demande qui blessait l’indépendance du pays A ce moment Wlclef faisait son ascension dans les bonnes grâces du souverain ct lorsque, en 1375, II eut ajouté à son professorat la riche paroisse de Lutterworth, il se servit, lui. l’homme dc mœurs très 1335 ORDRE. CHEZ LES LUTHÉRIENS 1336 austères, de scs deux chaires dc cure et dc professeur destination divine, celui qui en est revêtu n'appartient pour déclamer contre les ordres mendiants, le clergé pas à l’Êglisc et (pie, d’autre part, sans une révélation spéciale, on ne peut savoir qui est membre de l’Êglisc. et la hiérarchie et surtout contre le pape. On étudiera ailleurs les idées du novateur; il nous suffira de rappeler De ce chef, Hus s'attaque spécialement au pape, par où elles s'attaquent a la notion catholique de dont la dignité, selon lui, n’a qu’une origine tout humaine, et dont le pouvoir cesse lorsque ses mœurs l’ordre. Le système dc Wiclef est un grossier réalisme pan­ ne sont plus conformes à celles du Christ et de Pierre. théiste, qui s'origine au prédestinalianisme et au Pareillement, si un évêque ou un prélat tombe dans fatalisme. Il n’est pas facile dc déterminer si et jus­ le péché mortel, il n'est plus ni évêque, ni prélat. Voir Hefele-Lcclercq, avec les références aux auteurs, qu'à quel point il a subi l'influence de Bradwnrdin. Histoire des conciles, t. vu, p. 265 sq., cl le texte Mais le système prédestinatianistc dc Wiclef aboutit, en fin de compte, à rendre inutile toute interven­ des propositions hussites, dans Dcnz.-Bannw., n. 627tion temporelle dc salut par l’Êglisc: Dieu a tout 656. On remarquera cependant qu'en cc qui concerne déterminé d’avance et il n'y a de vrai membre de la négation du pouvoir d'ordre, Hus est beaucoup l’Êglisc que le prédestiné. C’est, par anticipation, plus circonspect que Wiclef ne l'avait été dans sa l'erreur fondamentale dc Calvin, Tous les autres, proposition L A la xr session générale du concile dc fussent-ils évêques et prêtres, ne sont que des membres Constance, Hus se défendit avec acharnement d'avoir apparents sans autorité, sans pouvoir. Dans le Tria- enseigné qu'un prêtre coupable de péché mortel ne logus, iv, 15, il professe qu’il n’y avait que deux peut baptiser, ni consacrer. Hefele-Lcclercq, p. 314. Et pourtant celle erreur lui avait été imputée. Voir, fonctions dans l’Êglisc primitive, la prêtrise et le diaconat. Tous les autres degrés de la hiérarchie, insinuant cette erreur, la prop. 8, Dcnz.-Bannw., le pape, les patriarches, les évêques, etc., n’ont été n. 634, et la préparant de plus loin, prop. 22 et 26. introduits que par orgueil, superbia cirsarea. Nous Pareille protestation devait être faite également, à la retrouvons ici une idée chère à Marsile de Padouc : xxi· session, par Jérôme de Prague. Id., p. 396. Cepen­ l’épiscopat est, dans l’Êglisc, d’origine purement dant, parmi les interrogations qu’en exécution de la humaine; mais, de phis, tout prêtre prascitus, c’estbulle Inter cunctas, 22 février 1418, on dut proposer aux sectateurs de Wiclef, Hus et Jérôme de Prague, à-dire connu d’avance par Dieu comme réprouvé, ne fait plus partie dc l’Eglisc et, par conséquent, ne se lit la question suivante : Utrum credat, quod malus saurait y exercer aucun pouvoir. Voici deux propo­ sacerdos cum debita materia et forma et cum intentione sitions relatives au sacrement de l’ordre, qui ont été faciendi quod facit Ecclesia, vere conficiat, vere absolvat, vere baptizet, vere conferat alia sacramenta? Denz,condamnées au concile de Constance : Prop. 4 : Γη évêque, un prêtre en état de péché Bannw., n. 672. 4. Les hussites au début du Λ I e siècle. — L'erreur mortel n*ordonne pas, ne consacre pas, ne confère pas les sacrements, ne baptise pas. — Prop. 28 ; La confirma­ ne fut pas abattue par la mort dc Jean Hus. A la tion des jeunes gens, l'ordination des clercs, la consécra­ fin du xv* siècle, sa doctrine était plus vivace que tion des églises n'ont été réservées au pape et aux jamais en Bohême. Le dominicain Henri Institoris évêques que par cupidité et vanité. - - Ci. aussi propr. 8 relevait à cette époque chez les picards en Bohême et 42. cl en Moravie un certain nombre d'erreurs, parmi On le voit, sans nier absolument l’institution lesquelles nous signalons celles qui visent directe­ ment le sacrement de l’ordre : ■ Puisque Jésusdivine du sacerdoce, Wiclef, comme Marsile de Padouc. niait le pouvoir épiscopal cl. grâce au concept Christ a dit : « Vous êtes tous frères », et · parmi vous, l'un n'est pas plus grand que l'autre », Matth., d'une Église formée des seuls prédestinés, arrivait à supprimer en fait le pouvoir d’ordre. Ou, s'il main­ xxiii, 8, 11, l’Êglisc romaine, qui tient différents tenait un sacerdoce, c’était un sacerdoce invisible, honneurs et dignités, tant dc l’ordre spirituel que connu de Dieu seul et par Dieu conféré. Cf. Thomas dc l’ordre temporel, n’est rien devant Dieu, nulla Netter (Waldensis), Doctrinale antiquitatum fidei... est apud Drum. > Cf. prop. 28 de Wiclef. — « Γη bon Paris, 1521, 1. II. c. xxxix. Cc n’était pas d’ailleurs laïque vaut mieux qu’un mauvais prêtre; par con­ une nouveauté: Jean NX 11 avait, cent cinquante ans séquent cc laïque peut consacrer, tandis qu’un prêtre plus tôt, condamné semblable erreur chez les fratien étal de péché mortel ne le peut pas. » Cf. prop. 4 cellcs. Dcnz.-Bannw., n. 486, 488. C’était, en somme, de Wiclef. — ■ Tout homme peut consacrer, pourvu une déviation outrée dc l’erreur qui, depuis quatre qu’il ait eu l’imposition des mains des anciens. » siècles, se retrouvait constamment à la base des — « Toute personne peut absoudre. » Et cependant, réordinations. ils admettaient encore que ■ par l’imposition des Sur les disciples de Wiclef, voir Lollards, t. ix, mains, les prêtres sont consacrés », corrigeant immé­ col. 913 sq. D’ailleurs, le lollardisme anglais, quelles diatement cette concession faite à la vraie doctrine, que soient scs affinités de doctrine avec le protestan­ 1 en affirmant qu’ < il vaut mieux se confesser à un tisme Opera, édit, de Weimar, t. i, p. 233. L'adversaire de Luther, Tclzel, vit bien le rité religieuse ne saurait être effectivement reconnue dans cette Église, puisque, d'une part, sans la pré­ venin dc cette assertion, à laquelle il opposa la thèse 1337 ORDRE. CHEZ LES LUTHÉRIENS suivante : * Les prêtres chrétiens ont un caractère opératoire effectif et le pouvoir des clefs, en vertu duquel ils peuvent remettre les péchés, non pas seule­ ment en constater et en déclarer la rémission, comme le faisait le prêtre de l'ancienne loi pour les lépreux; et cela en vertu de leur /onction et par l'effet du sacre­ ment » (prop. 21-22). Hefele-Lcclercq, Histoire des conciles, t. vin, p. 615; cf. V. Grünc, Tetzel und Luther Oder Lebensgcsehichte und Kcchtfertigung des Ablasspredtgers DT Joh. Tetzel, 1833, p. 71-81. Cette opposition de doctrine, sur un point parti­ culier, devait bientôt s’aggraver et s'étendre à toute la doctrine du sacrement dc l'ordre. Dans un sermon de 1519 sur le Nouveau Testament, c’est-à-dire sur la messe, édit, de Weimar, t. vi, p. 349-378, Luther lit un pas en avant, enseignant que la messe ou « cène du Seigneur » doit être ramenée à la physio­ nomie originelle de son institution par Jésus-Christ. Elle est proprement un Testament déférant aux chrétiens le plus noble des héritages : le pardon des péchés et la vie éternelle. Sa préparation prochaine doit être une foi ferme et sereine. Or, les principales paroles de la consécration, on les a cachées aux chrétiens en les prononçant à voix basse; on en a fait une œuvre pic par laquelle l'homme croit rendre un culte à Dieu et, abus plus grave encore, on l’a considérée comme un sacrifice; on en a fait la plus scandaleuse des superstitions, une opéra­ tion magique. On a vu à l’art. Messe, t. x, col. 10861089, l’évolution de plus en plus radicale de la pensée de Luther concernant la messe. Mais, ce qui est remarquable, c’est que, dès 1520 au plus tard, Luther proclame déjà, au sujet du sacrifice eucharistique. est décerné aux plus l’Évanglle, même avant d’avoir reçu l'imposition des Agés. L’évêquc est un simple surveillant {Wachter mains. II pourrait déjà enseigner et administrer les au/ der Worle), et ainsi, tout curé ou supérieur ecclé­ sacrements. L'imposition des mains, en effet, n'ajoute siastique doit être dit · surveillant », parce qu'il est aucun pouvoir: elle constitue une simple déclaration, un gardien qui veille à ce que. dans son peuple, une approbation de la vocation, ou mieux une cons­ l’Évanglle et la foi du Christ soient constamment tatation. Il est interdit d’aller demander l'imposi­ édifiés. Et. pour prouver qu’il n'y a pas de réelle tion des mains aux évêques catholiques, qui décla­ diftérence entre l'évêque et le simple prêtre, Luther rent désapprouver la doctrine des Églises réformées. fait appel à l'autorité de saint Jérôme. Ceux qu’on Être ordonné par eux, c’est se charger de liens appelle actuellement éptyues, Dieu ne les connaît pas. impies. El, tout en rejetant leur ordination, l’Église L'institution de l’autorité ecclésiastique devrait sc universelle ne périra pas; l’Église demeure avec nous. faire comme dans les temps primitifs. Tous les fidèles Là où résonne la voix de ('Évangile, là sc trouve étant de la même façon prêtres spirituels, l’assemblée le vrai ministère; là demeure le droit d’élection el devrait choisir dans son sein le plus savant, le plus d'approbation. L’Église doit être perpétuelle, certes; pieux, pour en faire son serviteur, son ministre, son mais elle ne dépend pas des titres épiscopaux. Là curateur, son gardien pour tout ce qui touche la pré­ où résonne la voix de l’Évanglle, là est la vraie dication de l'évangile et l'administration des sacre- , lise. ments. Mais l’institution présente des évêques dérive Cette cérémonie de l’ordination, telle qu’elle sc d’ordonnances purement humaines. fit aux ministres ordonnés à Wittenberg, Mélanchtlion On peut concéder au sacerdoce ainsi dérivé de nous en a conservé le rite dans la lettre n. (409. l’institution ecclésiastique, qu’il soit appelé lui- Cette cérémonie se composait de huit actes : 1° examen même ecclésiastique, sans lui attribuer toutefois le de probation des candidats, pour constater s'ils sont moindre fondement dans l’Écriture. Il est regret­ vraiment aptes à défendre la vraie doctrine contre table cependant qu'en vertu de l'autorité damnée les portes de l'enfer; 2° à genoux devant l’autel, du pape, le nom si suave de prêtre ait été enlevé celui qui fait l’ordination et ses ministres chantent a la communauté pour être attribué au petit nombre. Veni Creator, tandis que les ordinands sont rangés Pour justifier cet état de choses, Emser fait appel dans le chœur; 3° l’officiant monte à l'autel et se à la coutume. De fait, c'est une ancienne, très ancienne retournant vers les ordinands, récite sur eux I Tlm., coutume qui n fait transférer sans aucune raison au in, et Eph., i, 15 sq.; (° allocution pour leur deman­ Nouveau Testament ce qui ne convenait qu’à l'An- der s’ils veulent se consacrer au service divin; 5° im­ cien. Mais ce que la coutume a fait, la coutume peut position des mains, avec récitation du Pater et d’une aussi l’abroger, et le sacerdoce · ecclésiastique · autre prière; 6° allocution sur I Pet., v; 7° bénédiction ne saurait être considéré comme une institution avec le signe de la croix sur leur tète» accompagné divine : · L'institution divine ne dépend pas d’une d’une formule; 8° chant du Pater et communion. Dans les I.oci communes, Mélanchthon veut situer coutume branlante et ne peut être changée par les hommes. » Luther veut aussi concéder que la coutume l'opposition de la conception luthérienne et du humaine permette d’appeler « prêtres la masse ( dogme catholique. En parlant du nombre des sacre­ des · tondus » (tonsurés) et des « barbouillés · (oints). ments, il déclare accepter volontiers qu’on place Mais il faut s’opposer à la prétention des adversaires ' l’ordre parmi les sacrements, à condition toutefois qui veulent trouver, pour leur coutume, un appui de l’entendre comme un simple ministère de la prédans ('Évangile; cf. J. Kœstlln, op. c//.,’p. 376-378. I dication de ('Évangile et de l’administration des On ne s’étonnera pas des injures adressées par sacrements. En ce sens, c’est un sacrement fort Luther aux évêques : l'archevêque de Grenade y utile. Édit. citée, t. xxi, p. 170. Mais les catholiques fit de nombreuses allusions, avec citations à l'appui, ne l’entendent pas ainsi. Omettant de faire mention dans les discussions préliminaires â la session xxiir’ i du ministère évangélique, ils pensent que l’ordre est du concile de Trente; cf. Concilium Tridenlinum, avant tout le pouvoir de sacrifier pour les vivants éd Elises, t. ix, Fribourg-cn-B., 1921. p. 50-51. et pour les morts; ils ajoutent qu’aucune rémission On retrouvera les négations de Luther chez Tho­ des péchés ne saurait exister si. même en dehors du mas Illyricus, dans la Confession d'Anvers, c. xi, et sacrifice de Jésus-Christ, il n’existait pas dans l’Église plus tard, chez Chemnitz, Examen concilii Tridentini, un autre sacrifice. Francfort, 1578, part. Il, p. 1162 sq. Plus loin, /)e potestate ecclesiastica seu de clavibus, 2. Mélanchthon. — La doctrine luthérienne sc Mélanchthon déclare que dans l’Église, il faut dis­ retrouve chez Mélanchthon, avec les termes injurieux tinguer officia et potestates. En tant qu’ils remplissent en moins. leurs offices. les ministres ont droit à notre obéis­ Parmi les lettres où Mélanchtlion rejette le sacre­ sance, surtout lorsqu’ils enseignent la parole de ment de l’ordre, tel qu’il est conféré par, les évêques I Dieu. Et il fait ici appel à Luc., x, 16; xxm, 3; catholiques, il faut citer, dans l’édition de Halle, I Pet., π, 13, 18; ibid., p 502. Il revient ensuite sur 1836 (Corpus reformatorum), la lettre n. 1182, t. ni, les idées que nous connaissons déjà : vocation, élec­ p. 182; n. 4109, t. vu, p. 219. et surtout la lettre tion, ordination, exemples de la primitive Église; n. 2786, t. v, p. 210. D’après Mélanchthon, pour droit de la vraie Église laquelle existe là où sc être constitué ministre, il faut la vocation et l’élec­ fait la prédication de la parole de Dieu - de sc tion. C’était l’ancienne discipline de l’Église, ou l’on | choisir des ministres. Ibid., p. 503-505. ■ voit les évêques nommés par le peuple, discipline 3. Confession d'Augsbourg. - - La confession dont il reste encore un vestige dans les nominations d’Augsbourg n’a qu'un petit article, d’un laconisme épiscopales faites par les collèges ecclésiastiques. évidemment voulu, au sujet de Vordre ecclésiastique : Après cette vocation ou élection, avait autrefois lieu art. Il: « Personne ne doit publiquement enseigner la comprobatio, c’est-à-dire la consécration de l’élec­ dans Γ Église, ni administrer les sacrements, s'il n'est tion, faite par deux ou trois évêques voisins, qui appelé officiellement (rite vocatus). » On y retrouve néanmoins les traits essentiels de la pensée luthé­ venaient Imposer les mains à l’élu. * Nous avons, rienne, avec la forme de .Mélanchthon. Elle s’étend ajoute Mélanchthon. gardé cette coutume et je me complais en ce rite. Mais il considère que celui qui davantage sur le pouvoir épiscopal, art. 28. Le pou­ voir épiscopal est ici Identifié avec le pouvoir des est appelé ou élu par ceux en qui sc trouve le droit de vocation, est véritablement déjà ministre de I clefs, qui consiste, selon le précepte du Seigneur, 1341 ORDRE. CHEZ LES LUTHÉRIENS à remettre el à retenir les péchés et â administrer les sacrements. Mai· ce pouvoir, déclare la Confession, s’exerce seulement docendo seu pnrdicando verbum et porrigendo sacramenta,.. Par là. il faut séparer résolument le pouvoir ecclésiastique du pouvoir civil. Les évêques doivent, comme tels, demeurer sur le terrain religieux. D’après l’Évanglle, ils n’ont, de droit divin, que le pouvoir de remettre les péchés, de prêcher la vraie doctrine, d'éliminer les doctrines fausses, et. sans employer la force humaine, de reje­ ter les impies de la communauté ecclésiastique. Sur ces points, on leur doit, de droit divin, l’obéissance. Les évêques n’ont le droit d’instituer des cérémonies, des lois, des ordres divers de ministres, que dans la mesure où cela est permis par l’Évanglle. Et partant de ce principe, la Confession examine un certain nombre de cas concrets. L Défense de ta Confession. — Mélanchthon s’expli­ que plus complètement dans la Défense, a. 13, 1 I et 28. — A l'art. 13, il répèle ce que nous avons déjà lu dans les Loci communes, en y ajoutant quelques traits nouveaux. Nos adversaires, déclare-t-il, enten­ dent le sacerdoce, non du ministère de la parole et des sacrements, mais du pouvoir d’oITrir le sacrifice, comme s’il fallait, dans le Nouveau Testament, réta­ blir le sacerdoce lévitique chargé de sacrifier pour obtenir la rémission des péchés. Nous, au contraire, nous enseignons que le sacrifice du Christ mourant sur la croix a été suffisant pour la rémission des péchés du monde entier, et qu’il n’est plus besoin d’autre sacrifice pour la rémission des péchés. Les hommes sont justifiés uniquement par le sacrifice du Christ, si toutefois ils se croient rachetés parlai. Les prêtres sont donc prêtres, non pas pour sacrifier, mais pour prêcher la parole de Dieu et administrer les sacre­ ments. Ce sacerdoce ne ressemble pas au sacerdoce lévitique. En l’entendant uniquement du ministère de la parole, on peut l’appeler sacrement. Car ce minis­ tère de la parole procède du commandement divin, Horn., i. 16; Is., ι.ν. 11. En ce sens, on peut aussi appeler sacrement l’imposition des mains. L’art. Il envisage directement l’ordre ecclésiastique. On doit conserver l’ordonnance ecclésiastique et les différents degrés de l’ordre, bien que ce soient là des institutions purement humaines. Ce sont là des cou­ tumes vénérables, qu’il importe de conserver pour le bien public et la discipline ecclésiastique. Les évêques catholiques veulent contraindre les ministres ré­ formés à rejeter ce qu’ils croient être la vérité : de là ces antagonismes qui nous obligent à abandonner des coutumes que nous voudrions conserver. Notre volonté de sauvegarder la vérité sera notre excuse devant la postéririh . etc. Mélanchton n’attaque pas directement, ainsi que Luther, l’épiscopat comme tel; néanmoins sa doc­ trine aboutit logiquement à la destruction de toute autorité dans l’Église. Le sacerdoce », pour lui comme pour Luther, prend sa source, non dans le rite sacra­ mentel conféré par l’évêque, mais dans la délégation populaire. On trouve aussi chez lui l’affirmation d’une Église purement spirituelle, qui n’est pas, comme d’autres organisations, une société de biens externes et de rites, mais societas fidei rt Spiritus sancti in cordibus, quiv (amen habet externas notas, ut agnosci possit, videlicet puram euangelii doctrinam et administralionem sacramentorum consentaneam euangelio Christi, \rt. 7 el 8; cf. J. T Müller, Diespm botischen HOcher der evangelisch-luthcrischen Kirche, I Gütersloh, i p 203. 205, 152. C’est dans Part. 28, que Mélanchthon envisage | plus directement la puissance épiscopale, pour en parler cependant avec un certain ménagement. Nos adversaires, dit-il. insistent sur le pouvoir de gou- I 1342 vernement et de coercition que possèdent les évêques pour diriger leurs sujets vers la béatitude éternelle. El au pouvoir de gouvernement ressortit le pouvoir de juger, de définir, de discerner, de régler tout ce qui est utile ou nécessaire a l’obtention de cette fin. A cela il oppose que l’évêque n’a pas le droit de faire quelque chose (pii aille contre l’Évanglle et qui charge les consciences de péchés inconnus à l’Évanglle. (Le nonobstant. Mélanchthon accepte le double pouvoir d’ordre cl de juridiction. « L’évêquc, dit-il, a le pouvoir d’ordre, c’est-à-dire le ministère de la parole et des sacrements; il a le pouvoir de juridiction, c’est-à-dire l’autorité pour excommunier les crimi­ nels publics et les réconcilier ensuite s’ils sc conver­ tissent et demandent l’absolution. Mais il n’a pas un pouvoir tyrannique... On le voit, l’auteur, tout en maintenant le fond de l’erreur luthérienne parle avec une prudence consommée. Sa pensée est résumée à la fin de la défense : .Von enim cnnstituit regnum episcopi extra euangelium. ,\'cc de bent episcopi traditiones contra euangelium condere, aut traditiones suas contra euangelium interpretari. Op. cit.. p. 288-289. 5. Articles de Smalkaldc. — On sait que le pape Paul III, sur les instances de Charles-Quint, avait, en 1535, envoyé son nonce Vcrgerio pour traiter avec les réformés de la question du concile. Vcrgerio avait même eu une entrevue avec Luther. La négo­ ciation semblait avoir abouti el le concile fut convo­ qué à Mantouc à la date du 23 mai 1537 Pour arrêter leur ligne de conduite en celle conjoncture, les chefs du protestantisme sc réunirent en février a Smalkaldc. Luther y proposa une nouvelle confession, les vingtsept articles de Smalkaldc. Dans ces articles, il est question, à trois reprises, de l’ordre. — Part. Ill, a. 10, De initiatione, ordine et vocatione : si les évêques remplissaient leurs fonctions conformément aux enseignements de l’Évanglle, les ministres réformés pourraient aller leur demander l'imposition des mains. Mais, puisque les évêques ne veulent pas abandonner toutes les comédies, sin­ geries et pompes empruntées au paganisme, qu’ils ne veulent pas être de vrais évêques, mais entendent agir en politiciens, qui ni ne prêchent, ni ne baptisent, ni n’administrent la Cène, ni ne remplissent aucune fonction ecclésiastique. se contentant de persécuter et de condamner ceux qui se sentent appelés à remplir ces fonctions, force est bien à ceux-ci d’en revenir à la pratique de l’Église primitive, et notamment à la pratique de l’Église d’Alexandrie, telle que saint Jérôme la rapporte, où. sans évêques, sans prêtres ni ministres, la communauté se gouvernait elle-même. Aussi, nous ordonnons nous-mêmes ceux qui sont appelés au ministère. Millier, op. cil., p. 323. Tract, de potestate cl primatu papte. — Le pouvoir des clefs, promis cf conféré à Pierre (Malth., χνι. 1S sq.; .loa., xxi. 15), en réalité n’appartient pas à une personne déterminée, mais a toute l’Église. (L’est pourquoi appartient à l’Église le droit d’appe­ ler scs ministres. Super hanc petram iidificabo. sc rapporte au ministère et non à la personne de Pierre. Or. ce ministère dans le Nouveau Testament n’est pas. comme autrefois le ministère lévitique, attaché à «les lieux el à des personnes déterminées: mais il est disperse dans tout l’univers, et il est là où Dieu répand ses dons cl suscite ses apôtres, scs prophètes, ses pasteurs, scs docteurs. Ce ministère a de la valeur, non en raison de l’autorité d’une personne, mais en raison de la prédication de la parole de Dieu. Müller, op. cil., j). 333. De ces principes, les théologiens pro­ testants tirent les conclusions les plus subversives de l’autorité pontificale. (Les conclusions s'appliquent aussi au pouvoir et la juridiction des évêques, dont les théologiens pro- 1343 ORDRE. CHEZ LES RÉFORMÉS 1344 testants parlent à la fin du traité De potestate et pri­ introduire les vrais prestres et ministres de l’Églisc en leur estât, je ne répugne point qu’on la reçoive matu pap.r, op.cil., p. 310 sq., et dans le même sens que Mélanchthon. Rappelant le texte de la Confession pour sacrement. Car c'est une cérémonie prlnse dc l'Esc ri turc.,., et puis laquelle n'est point vaine, d’Augsbourg, voir col. 1340, ils déclarent que, du consentement dc tous, meme de leurs adversaires catho­ comme dit saint Paul, mais est un signe de la grâce liques (l’autorité de saint Jérôme est mise Ici en avant), spirituelle de Dieu (I Tim., iv, 1 t). » Les vrais prêtres le pouvoir et la juridiction attribués aux évêques sont < sont ordonnés par la bouche de Jésus-Christ pour dc droit divin, communs à tous ceux qui président I estre dispensateurs de ('Évangile et des Sacrements.» aux Églises, évêques ou prêtres. C'est l'autorité Matth., xxvin, 19; Marc., xvr, 15; Joa./xxi, 15. humaine qui, d'après l'enseignement même dc Jérôme, ■ Il leur est fait promesse de recevoir les grâces du a introduit dans l’Églisc les différences dc degrés Saint-Esprit non pas pour faire expiation des péchez, entre les évêques et les simples prêtres. Leur pouvoir mais pour gouverner deucinent l’Eglisc. ■ Act., i, 3. Op. cil., p. 1111. Dans le texte de 1511 sc trouve est le même. Une seule chose a établi entre eux une différence, Vordinalion, parce qu'on a réservé à ! intercalé Ici un long morceau qui fut plus tard inséré l'évêque l’ordination des ministres dans les diverses en différents endroits du c. vm de la rédaction dc 1513, ou des c. in, iv, v, du 1. IV de la rédaction de Églises. Mais, puisque de droit divin il n'y a pas de différence entre évêque et simple prêtre, il s’ensuit que 1559. Calvin y examine cc (pie doit être la prêtrise, telle de droit divin est toujours valable, l'ordination faite que l'a voulue Jésus-Christ : « Devant qu’il y eust par un pasteur dans son église. Quum jure divino non aucune forme d'Églisc dressée. (Jésus) donna man­ dement à ses aposlres de prescher l’évangile à toute sint diveni gradus episcopi et pastoris, manifestum est ordinationem a pastore in sua ecclesia factam jure créature et de baptiser en la rémission des péchés divino ratam esse. Les évêques devenant effective­ tous les croyants. Or, auparavant, i) leur avait demandé de distribuer à son exemple le sainct sacre­ ment des ennemis de l’Églisc, l’Églisc reprend son ment de son corps et son sang. Par tout il n’y a droit d’ordonner elle-même scs ministres. Partout, en effet, où est l'Pglise, là se trouve également le droit de aucune mention de sacrifier. Voilà une ordonnance saincle, inviolable et perpétuelle, donnée à tous ceux prêcher l'évangile : aussi cst-ll nécessaire que chaque église conserve son droit d’appeler, dc choisir et qui succèdent au lieu des Aposlres, par laquelle Hz d’ordonner scs ministres. Ce droit a été donné par reçoivent mandement de prescher ('Évangile et Dieu à l’Églisc et aucune puissance humaine ne peut d’administrer les sacrements. Ceux donc qui ne se le lui ôter. C’est le sens d'Eph., iv, 8. Où sc trouve la emploient pas à la prédication de Γ Évangile cl à vraie Église, là existe le droit dc choisir et d’ordonner l’administration des sacrements, sc vantent faulscincnt d’avoir un ministère commun avec les Apostrcs. » des ministres : c’est ainsi qu’en cas de nécessité un ld.. p. 1112. simple laïque devient prêtre et pasteur des autres. C’est par la vocation que les ministres sont destinés En cc sens doivent être entendus Matth., xvnt, 20, a celte prédication de l'Évangilc et administration cl 1 Pet. ir, 9. Suivent d’autres considérations sur la des sacrements. Mais par qui parviendra la vocation juridiction épiscopale, dont l’origine est toute humaine et qui ne peut s’exercer qu’en des cas déterminés. I lors à ceux que Dieu destine à son ministère? On ne peut tirer ici aucun enseignement certain de l’institution ces divers cas, il est loisible aux fidèles dc ne point des apôtres... · et il ne nous appert pas du tout quel obéir. 3e Les réformés. — 1. Calvin. — C'est au L IV de ordre y ont tenu les Aposlres mesmes en instituant les autres. » Faut-il admettre que seuls les évêques son Institution chrétienne que Calvin rejette, avec une ironie mordante, le dogme catholique sur le sacre­ aient le droit d’ordonner? Mais l’ordination qu’ils prétendent conférer est < pour sacrifier et immoler ment de l’ordre. • Le sacrement de l’ordre, écrit-il, est mis en leur Jésus-Christ, ce qui n’est pas consacrer à Dieu, mais rolle au quatrième lieu, mais il est si fertile qu’il en­ le destiner au diable... La vraye et seule ordination est dc appeler au gouvernement de ('Eglise celuy fante dc soy sept petits sacramentaux. »C. xix, n. 22. duquel la vie et la doctrine aura esté bien esprouvée, Œuvres, Édition de Brunswig, 1895, t. iv, p. 1102, L'attaque de Calvin est violente et veut être spirituelle. , et colloquer iceluy au diet office. » C’est dans cc sens On doit rejeter les sept ordres dont le nombre lui-même , qu’il faut interpréter les textes dc saint Paul relatifs est controuvé, ne reposant que sur le parallélisme i â l’ordination. Et ici. Calvin reprend les idées mêmes de Luther des sept dons du Saint-Esprit. L'antiquité chrétienne ' elle-même n’admet pas ce nombre de sept : les doc­ et dc Mélanchthon sur l’élection des évêques par le teurs sont en grande divergence d'opinion sur les | peuple : le peuple doit choisir ses représentants. — ordres eux-mêmes et sur leur nombre. Calvin ironise Quant aux cérémonies de l'ordination, il faut rejeter à propos de l’opinion du Maître des Sentences sur tout cc qui ne correspond pas à la chose, c'est-à-dire l'exercice des divers ordres par Jésus-Christ lui-même. au ministère, par exemple, les paroles : Recevez le Saint-Esprit, paroles que le Christ a pu dire, mais (Voir ci-dessus, col. 1301 sq.) Il tourne pareillement en dérision la tonsure et les significations mystiques qu’on n’est pas autorisé à répéter après lui; par qu’on lui attribue, n. 21-27. Π rejette avec indi­ ! exemple Ponction; cf. n. 29-31. Calvin toutefois gnation que les « ordres moindres » soient des sacre­ admet, comme Mélanchthon. les diacres, à condition ments, n. 27. Jésus-Christ seul est prêtre : « Tous ceux de les prendre tels que l’Église primitive les a institués, font injure à Christ, qui se disent prestres pour offrir n. 32. Quant aux sous-diacrcs, leur office n’a aucun sacrifice (Je réconciliation. C'est luy qui a esté ordonné sens et il ne faut même pas en parler, n. 33. Sur l’imposition des mains chez Calvin, on consul­ du Père et consacré avec jurement pour estre prostré tera également son commentaire sur I 'l’im., édit. selon l’ordre de Melchisédech... Nous sommes bien tous prestres en Lui, mais c’est seulement pour offrir I citée, t. Lit, p. 319. 2. Théodore de lièze. — Les idées de Calvin sc louanges et actions de grâces ù Dieu, et principalement dc nous offrir nous mesmes et en somme tout ce qui retrouvent chez son disciple et successeur Théodore est nostre. » Édit, citée, p. 1110. Leur prêtrise (des de Bèze. Ces idées ont été en quelque sorte codifiées par le synode dc Tarczal, en Hongrie, qui, en 1563, catholiques) est donc · un sacrilège damnable ». C'est une impudence dc l’orner du titre dc sacre­ émit une profession de foi conforme à l’enseignement de Théodore de Bèze. En voici la substance, en ce ment· « Quant à l’imposition des mains qui sc fait pour qui concerne le sacrement de l’ordre. 1345 OKI>K E. CHEZ LES B EIOR MES Dans )a primitive Église, apôtres, évangélistes, prophètes, pasteurs, docteurs, qu'on appelait parfois évêques, d’autres fois diacres, d’autres fois prêtres, appartenaient au ministère de l’Evangile. Les apôtres, les prophètes, les évangélistes n’exercèrent qu’un ministère passager, n. 13. — Les pasteurs sont dits posséder le pouvoir des clefs, parce que, par la prédi­ cation et l’administration des sacrements, ils nous ouvrent les portes du royaume des deux, n. 15. — Pasteurs et docteurs ne sont, dans la prédication, que les canaux dont Dieu sc sert pour accomplir son œuvre, η. K». — Les vrais prêtres (ministres) sont ceux qui sont appelés par Dieu et sont choisis offi­ ciellement (rite) par l’Églisc. Ceux qui sont notoire­ ment indignes ne pi uvent être considérés comme dc vrais ministres, n. 17. — Les n°· suivants, 18-24, traitent des ordres, tels que l’histoire de l’Églisc nous les fait connaître, depuis les ordres mineurs jusqu’au sacerdoce. Mais l’oillcc du prêtre est de prêcher l’Évangilc et d’administrer les sacrements; il n’est pas question dc sacrifice. Enfin, Je n. 25 traite de la confirmation des élus aux ministères ecclésiastiques. En vue dc cette consécration, il y avait autrefois l’imposition des mains, avec des prières, ces prières étant ajoutées, ne inane symbolum vide­ retur. Peu à peu, on ajouta des rites empruntés soit à la synagogue, soit aux cérémonies païennes, insigni profecto Satatur fraude. Ces cérémonies surajoutées doivent être rejetées. Voir E. F. Karl Muller, Die Bekenntnisschri/ten der reformlcrten Kirchc..., Leipzig, 1903, p. 433 sq. 'ions ces n°‘ sont empruntés à Bèze. Des déclarations de ce synode, il faut rapprocher la Confession des frères dc Bohème, 1609, qui contient, c. IX, des affirmations analogues. Elle reconnaît, n. 1, que les ministres de l’Églisc sont les principaux mem­ bres et les vicaires du Christ. Elle déclare, n. 2, que les ministres de l’Églisc doivent accéder légitimement aux offices publics. Cette accession légitime sc fait par la vocation dc l’ordination, conformément à l’exemple du Christ cl des apôtres. Cette ordination est faite avec la prière per manuum impositionem. Le pouvoir de prêcher l’évangile et d’administrer les sacrements doit être conféré de cette manière par les évêques et les prêtres. L'office du ministre, η. 4, est de prêcher la parole de Dieu et d’administrer les sacrements : il n’est pas question dc sacrifice. E. F. Karl Müller, op. cit., p. 474 sq. 3. /.ivingle. - Dans les thèses présentées par Zwin­ gle au colloque de Bâle (29 janvier 1523), les tendances radicales du réformateur suisse s’affirment à l’égard du sacerdoce dans la thèse xxvn principalement, laquelle soutient que · tous les chrétiens sont frères dans le Christ, et que parmi eux aucune paternité spirituelle ne doit exister sur terre. Par là sont suppri­ més les ordres, les sectes, les castes. » Noir aussi, xxxiv, xxxv, xxxvii : le prétendu pouvoir spirituel n’a aucun fondement dans l’enseignement du Christ. Le pouvoir temporel est fondé sur l’enseignement du Christ. Tous les chrétiens doivent être soumis au pouvoir temporel; cf. E. 1·'. Karl Muller, Die Bckenntnisschrlften der re/ormierten Kirchc, p. 4 sq. A quoi se réduit donc pour Zwingle l’imposition des mains? Il nous le dit dans son commentaire De ocra et falsa religione : Ordo sacer, quem perhibent animiv charac­ terem quemdam, relut ungue, infligere, humanum fig­ mentum esi. Quod autem de impositione manuum ex Actis et / 1 im., n , //, adducunt, frivolum est. Exterior ha cconsignatio fuit qua eos notabant in quos linguarum donum erat venturum, aut quos ad verbi ministerium erant emissuri. Quid hoc ad characteris figmentum facit? Functio est, non dignitas episcopatus, hoc est verbi ministerium. Qui ergo administrat verbum, epis­ copus est; qui minus, tam non est episcopus, quam non PICT. DE THÉOL. CAT1I0L. 1346 est consul vel magistratus qui non fungitur. Dans Opera, Zurich, 1832, t. m, p. 274. Donc, pas dc sacerdoce, pas d'épi scopat, pas de sacrement; une simple consi­ gnation par un rite tout extérieur et tout humain. D’ailleurs Zwingle nie le pouvoir des clefs, même en tant que prédication de la parole de Dieu. C’est simplement l’Évangilc qui ouvre aux hommes la porte du ciel, ld., p. 215. 4° Conclusion : accord fondamental des différentes confessions. — Bien qu'il y ait entre protestants dc differentes confessions des différences assez accusées au sujet de l’ordre, — au point qu’on a pu écrire « qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent ·, BealEncyklopadie ffir protest. Théologie., 2· édit., t. xi, 1883. p. 76 — il n’en est pas moins vrai qu’entre luthériens, calvinistes et zwinglicns, un accord fonda­ mental subsiste pour nier l'existence dc l’ordre comme sacrement, pour nier la collation d’un pouvoir spiri­ tuel dans le sacrement de l’ordre, la supériorité dc l’épiscopat sur le simple sacerdoce et le pouvoir «les évêques dc conférer par l’ordination un véritable pouvoir avec la grâce pour en exercer les fonctions. Tous sont unanimes a conserver l’imposition des mains comme une coutume humaine, légitimement intro­ duite, pour assurer dans l’Églisc le bon fonctionne­ ment de la prédication et dc l’administration des sacrements. Et, d'après eux. 1 imposition des mains redevient, ce qu’elle était dans la primitive Église, « une simple consécration ou mise à part pour le service de Dieu, un rite Initiateur précédé du jeûne (Act., χιπ, 3) et accompagné dc ferventes prières, pour appeler, sur ceux qui en étaient l’objet, des grâces précieuses du Saint-Esprit, la reconnaissance publique et le sceau dc la double vocation du chef de l’Eglisc et dc ses rachetés. » Gucrs, L*imposition de mains, Genève, 1864, p. 8. · Dans son Appel à la noblesse allemande, et dans sa Captivité de Babylone, Luther sc prononce d’abord avec force contre toute idée d'or­ dination, à cause des abus qu’avait entraînés cet acte prétendu sacramentel dans l’Églisc, mais il se con­ vainquit bientôt du danger que ces théories extrêmes faisaient courir à la Réforme, cl il s'efforça de réor­ ganiser le ministère d’après les principes dc l’Églisc primitive. Les États évangéliques répondirent dans la Confession d’Augsbourg à l'accusation qui leur était faite de désorganiser l’Église, et établirent la légitimité du ministère, art. 7, 8, 14; Apologie, a. 7; articles de Smalkalde, part. III, a. 10. L’Église réformée proclama les mêmes principes dans scs dix erses confessions. Confessio helvetica, I, a. 18; II, 16; Confessio gallicana, n. 19, 23; Confessio anglicana, a. 23, 36; Confessio belgica, a. 30, 32; Confessio tetrapolitana, a. 3. * RufTct, art. Consécration, dans VEncyclopcdie des sciences religieuses de Lichtenber­ ger, t. in, p. 370. Le fait que certaines Églises luthériennes aient gardé un épiscopat de façade (comme dans les pays Scan­ dinaves) n’atteint en rien la théorie fondamentale du protestantisme. Cet épiscopat n’a été maintenu que pour des raisons tout à fait étrangères à la doctrine et ne comporte que des prérogatives d’honneur, sans pouvoirs supérieurs. 5° La théologie catholique contre les novateurs. — La question de l’ordre n’occupe qu'une place fort restreinte dans les négations luthériennes et calvi­ nistes. Aussi ne doit on pas être étonné que les théo­ logiens catholiques, dans leurs polémiques anti­ protestantes, l’aient abordé rarement et subsidiaire­ ment, Les thèses qu’ils défendent concernent surtout la messe, la justification, l’autorité du pape, l’Églisc. On trouvera néanmoins les thèses catholiques de l’ordre rétablies dans de nombreux ouvrages polé­ miques. Voir surtout Jeai I ck, Enchiridion locorum T. — XI _ 43 13 \ 7 ORDRE. RIPOSTE CATHOLIQUE 1348 moment ordonnés pasteurs des Égllsçs cl prêtres, sont communium adtrrnus Lutherum, Landshut, 1525, justement tenus pour investis du sacerdoce divin et le dirige contre les Lieux communs de Mélnnchthon, et Repulsio articulorum Zudngtti, 1530; Emser, Wider sont certainement. das unchristenlichcn Ruch Martini Luthers; Fré 1. Dans un troisième chapitre, l’auteur réfute les Grau (t 1531). De clericis in Ecclesia ordinandis, arguments scripturaires par lesquels Luther préten­ dait ruiner le pouvoir du sacerdoce chrétien propre Vienne, 1518; Bcrthol First Inger (t 1543), Tcudsche ment dit, et ne montrer partout qu’un sacerdoce nu Theologey, traduite en latin, Theologia gcrmanica, sens large. Après avoir vengé contre les attaques de Augsbourg, 1531, et plus récemment publiée avec notes de Heilhmclcr, Munich. 1852; Joh. Mcnsing, Von den Luther les droits du sacerdoce, John Fischer en pra­ Testament Christi unseres H crm und Sellgmachers, tiqua les devoirs jusqu’à l’effusion du sang durant la persécution d’Henri VIII. Did. apolog., t. iv, 1520; Von dem Opfer Christi gn der Messe, 1526; Dr sacerdotio Eccleshr Christi catholic# oratio, Cologne, col. 1038. Les ouvrages d’allure plus scolastique ne manquent 1527; Examen scripturarum atque argumentorum qua* pas d’ailleurs à celle époque. Citons : Barthélemy adoersus sacerdotium Ecclesia* libello de abroganda Spina (t 1516), Quastio de ordine sacro, Venise, 1526; missa per M. Lutherum sunt adducta, 1527; Cochleus Dominique Solo, In I Vum Sent., (list. XXIV, Venise. (Jean Dobneck), De gratia sacramentorum et Articuli 1581; Fr. de Victoria, O. P. (t 1546), Summa sacra­ excerpti ex tibro Luthcri contra ecclesiasticos, Cologne, 1525; Tillmann Smcling (t 1557), De septem sacra­ mentorum Ecclesia·, desumpta a Thomas dc Chaves, O. P. (t 1565), Venise. 1579; Cajétan, soit dans l’opus­ mentis, Cologne, 1538; cl réédition dc ΓEnchiridion de Eek; Chlichtoue, De vita cl moribus sacerdotum, cule Depotestate papa·, soit dans la question (op. xxvi) Cologne, 1530; Antitulerus, Paris. 1523; De. sacra­ Dc collatione sacri ordinis; Buard Tapper (· 1559), Dc mento cacha rist nr, Paris, 1526; Propugnaculum Eccle­ sacramento ordinis, etc. 6° Le rite actuel de la consécration des ministres sia' adoersus Lutheranos, ibid.; Jean Dnrlls (t 1651) protestants. — Il est ici question, non de transcrire De ordinibus ct dignitatibus ecclesiasticis, Paris, 1618, contre Claude de Snumaisc; Henry VIII, Assertio intégralement le rite de la consécration d’un ministre, mais d’en donner une simple indication. Nous sul septem sacramentorum adoersus Mart, Lutherum; enfin, vous la Liturgie à l’usage des Eglises réformées publiée les deux Solo, morts contemporains du concile dc par le pasteur Eug. Bersler, Paris, 1888, p. 219 sq. Trente. Dc Pierre, plus directement engagé contre Après un préambule dans lequel, les salutations les erreurs protestantes, Vent. Christian# catholiaeque doctrina sotidu propugnatio, Anvers, 1559; Assertio d’usage une fols échangées, le ministre consacrant récite quelques passages de l’Ecriture. Ps. i.xxx. 2. 26; catholic# fidet circa articulos,., ducis Wirlrmburgcnsis, Ps. xcv, 6, 7; 1 Pet., n. 25, 9-10, un dialogue s’éta­ Anvers. 1557 ; Tractatus dr institutione sacerdotum, Dilblit entre le ministre et l’assemblée, le ministre invi­ lingin, 1560. tant l'assemblée à la confession de scs péchés. Puis, Il convient de faire mention plus expresse du bel de nouveau, lecture dc plusieurs sections des Saintes ouvrage de John Fischer évêque de Rochester, Sacri Écritures, Malth., xxvm, 19-20; Marc., xvi, 15; Luc , sacerdotii defensio contra Lutherum, Cologne, 1525, x, 16; Joa., xx, 21-22; Eph., iv, 4-7. 11-16; Act., tres récemment réédité par Hermann Klein Schmeink xx, 28; I Tim., ni. 1-7; I Pet., v, 2- f. Ensuite, réci­ Corpus catholicorum, t. ix, Munstcr-cn-W. En voici, d’après A. d'Alès, le résumé. Dans un premier cha­ tation du Symbole des Apôlres, après laquelle le mi­ nistre, pendant que l’assemblée est à genoux, invoque pitre, l'auteur fait appel à l'argument de prescription théologique, en opposant à Luther la tradition cons­ Dieu, le bénissant de l’œuvre rédemptrice a* compile par son Fils, du sacerdoce universel institue dans le tante des Pères touchant le pouvoir réservé au peuple chrétien, de la vocation par laquelle du mi­ sacerdoce Dans un deuxieme chapitre, il énonce ct motive solidement dix propositions, qui constituent lieu de son peuple, il appelle ceux choisis par lui pour la prédication fidèle de l'Evangile, pour la dis­ une démonstration en règle de la thèse catholique : pensation des saints mystères, pour le salut des âmes 1. Il est raisonnable que les choses intéressant le salut des âmes soient confiées à dc certains hommes, I immortelles et l’édification du corps de Jésus-Christ. Il implore le pardon divin, qui, ôtant des chrétiens chargés du soin dc toute la multitude. 2. Le Christ, l’imputation de leurs infidélités et dc leurs chutes, vivant sur terre, a établi des pasteurs pour avoir soin dc scs brebis et remplir près d’elles un rôle de pas- confirmera et rendra cflleaces les paroles et les actes qui vont être dites ct faits au nom de Dieu. Il appelle leurs. de chefs, de docteurs. 3. Il convient que les pasteurs appelés à remplir ce rôle près du peuple la bénédiction divine sur l’Églisc universelle, sur les chrétien reçoivent à cet effet le don d'une grâce plus autorités de l’Élat, sur les allligés, sur ceux qui souffrent et sont persécutés. Kécllation du Notre abondante. I. Non seulement cela convient, mais dc fait le Christ a départi aux pasteurs de son Eglise Père. Le ministre monte alors en chaire et prononce le une telle grâce ct un tel pouvoir, pour qu’ils pussent mieux s'acquitter de leurs fonctions. 5. Non seule­ discours de consécration; puis, il interroge le candidat ment, à l’origine de l’Eglisc, l’institution dc tels pas­ sur les dispositions apportées par lui en vue de son teurs fut nécessaire, mais elle doit durer toujours, futur ministère, lui fait promettre d’enseigner la jusqu’à ce que l’édifice de l’Églisc soit complet. 6. Nul vérité révélée, telle qu’elle est contenue dans les n’cxcrcc légitimement les fonctions pastorales, s’il saintes Écritures, dc conduire les âmes à celui qui est n’a été appelé par les chefs dc l’Églisc, régulièrement la voie, la vérité ct la vie, unique chef ct roi do ordonné ct envoyé. 7. Tous ceux qui sont ainsi légi­ l’Églisc; d’être le serviteur de scs frères, riches cl timement établis par les pasteurs dc l’Églisc pour les pauvres, petits et grands, ignorants et savants, fon lions pastorales, doivent être tenus pour égale­ coupables ct justes, se souvenant que le Maître, étant ment appelés par l’Esprit-Saint. 8. Les mêmes pas­ riche, s’est fait pauvre, étant le Bol de gloire, s'est teurs reçoivent du même Esprit dans leurs ordina­ fait l’homme dc douleur, etc. Enfin il lui fait attester qu’il entre dans la charge du ministère « de bon cœur tions te don dc la grâce, qui les rend plus capables de remplir saintement le devoir de leur ministère. et parce que Dieu l’y appelle *, non en vue d’un gain déshonnête, non par esprit de domination, mais uni ·.·. Néanmoins I Esprit Saint veut que cette grâce soit liée à l’apparition d’un signe sensible, dont l’accomplis­ quement pour être le modèle du troupeau, par ses paroles, sa fol, la pureté dc sa vie, par sa charité, sement exact nous sera un gage que la grâce est etc. Vient ensuite la formule consécratolrc, que le actuellement donnée. 10. Ceux qui ont été ainsi légiti- 1349 ORDRE. CONCILE DE TUENTE ministre récite en pinçant la nuiin sur In tête du can­ didat qui se met ft genoux : En conséquent <· de ce* déclarations cl de ce* proim **c*, et nous étant assuré·, nutari qu'il est en nous, que vous avez été dûment préparé pour cet h· charge (fri tout /r* ministre* se lèvent et placent lettre maint sur lu tète du can­ didal), nolis qui sommes assemblé· ici nu nom du Seigneur, agissant par son autorité et représentant son Église, nous von·, établissons et vous confirmons dan* le ministère de la parole nu sein de cette Egh*r, nous vous reconnais­ sons le droit d’y remplir régulière ruent toute* les fonc­ tion* de ce ministère, telles que la prédicat ion de l’Évanglle, l'administration des saints sacrements, l’instruction de In jeunesse, h» bénédiction des mariages et tous 1rs autres devoirs qui s'y rapportent. Nous demandons ft Dieu qu'il vous fasse In grâce de remplir celte charge comme devant lui en rendre compte, afin que quand le sou vendu Pasteur paraîtra, vous receviez la couronne incorruptible do gloire, par Jésus-Christ Nolrr-Seigneiir Amen. Une longue prière est alors récitée pendant que rassemblée est à genoux, pour attirer la bénédiction divine sur le nouveau ministre qui reçoit le baiser de paix des ministres qui l’ont consacré ct la cérémonie se termine par la bénédiction donnée par le ministre consacrant, comme à la lin des services du dimanche. D’autres liturgies protestantes sont plus sobres que celle du pasteur Bonder. La liturgie, rédigée en alle­ mand, pour les Églises dc la confession d’Augsbourg en Alsace. Strasbourg, 1856, ne comporte pour l’ordi­ nation qu’une prière, une allocution, une brève inter­ rogation dc candidat, et la formule consécratoire se réduit à ceci : | N..., En conséquence de la promesse solennelle, je le consacre et l’ordonne comme légitime ministre dc l’Églisc évangélique, et t'autorise ft exercer le saint ministère que le Christ, Noire-Seigneur, a lui-même institué, au nom de Dieu, Père, l ils cl Saint-Esprit. Amen. Suit une dernière prière que clôt le Pater. Aucune bibliographie d’ensemble sur l'ordre et l'ordina­ tion chez les protestants. Il faut ou recourir aux sources mômes, comme on l'a fait ici, ou se contenter des article* dc Dictionnaires ou Encyclopédies protestantes aux mots : Ordination, Consécration, et la moisson qu'on y pourra récolter est la plupart du temps fort maigre. //. Z, 7*7’17; A nOCTlUXALH nu CONCILE />A’ Γ/ίΛ'Α/7.’. C’est dans la xxnr session que le concile de Trente a défini la doctrine catholique relative au sacrement de l’ordre. Nous citerons constamment la dernière édition des Actes du concile, Concilium Tridentinum, édit, de la Gœircsgcsellschaft. Eri bourg· cn B., 1024. 1° Travaux préliminaires. I. Catalogue des erreurs protestantes. Dès le 18 septembre 1562, un certain nombre d’articles, extraits plus oit moins textuelle­ ment des œuvres des hérétiques, mais a coup sûr re­ produisant exactement le sens de leurs erreurs, furent soumis ii l’examen des théologiens. Ceux-ci devaient décider si ces articles étaient hérétiques, en ones, schismatiques et dignes de ht réprobation dit saint concile. Voici ces articles, au nombre de sept. Ari. I. Ordinem non c**c Niera nient uni, %ed ritum quemdam eligendi ct constituendi ministro* verbi el sacramentorum. Art. 2. — Ordinem non solum non r**e sacranien(uni, sed potin* iigmcntum luiinanum excogitatum n viris rerum ecclesiasticanun Imperiti·. Art. 3. — Ordinem non e**c unum sacramentum, L’ordre n’est pas un *ucrement; mais c'est un *implc rite (pii consiste a élire et à établir les mi­ nhtrv· de In parole et de* sacrements. L’ordre non seulement n’est pas un sacrement; mais il est bien plutôt une Uct Ion humaine, inventée par de* hommes Ignorant* des chose* ecclésiastique·. L'ordre n'est pas un micrement un; le* ordres infl­ uée infimo· et medio· ordi­ ni % valut gradus quosdam tendere In sacerdotii ordi­ nem. Art, -I. - Nullam esse ecclesiasticam hirrarchinm, sed omnes Christianos ex .*rqu<> e*- mencement de l’Églisc les diaconl scilicet acolythi, noms des ordres suivants : exorcistae, lectoris cl ostia­ sous-diacre, acolyte, exor­ rii in u*u fuisse cognoscun­ ciste, lecteur, portier, et les tur. quamvis non pari gra­ fonctions propres ù chacun du; nam subdiaconntus ad d’eux ont été en usage; mais majores ordines n Patri­ la diversité de ces degrés bus et sacris conciliis refer­ était déjà reconnue. Le tur, in quibus el de ahis sous-diaconat, en effet, est verbis et signis exterioribus perficitur, gratiam conferri, dubitare nemo debet, ordi­ nem esse vere et proprie unum ex septem sanclæ Ecclcslæ sacramentis. Inquit enim apostolus : Ad­ moneo te, ut resuscites gra­ tiam Dei, quic est in tr, per impositionem manuum mea­ rum. Non enim dedit nobis Deus spiritum timoris, sed virtutis, rt dilectionis et so­ brietatis (II Tim.. i fi, 7; cf I Tim., IV, Itt). n r*te plu* di %ic»nDce il n y n m Eecfeda cith>li«M xdio« pi* dans l’É‘ ct < évêques étaient syno­ Billot. De sacramentis, l. n, thèse xxix, 5 2; Hugon, nymes. La Tradition ne contient aucune note discor­ Tractatus dogmatici, t. v, p. 531 sq.; Galtlcr, art. dante; aucune controverse cher les scolastiques : Imposition dis mains, t. va, col. 1 118 sq. ; Hervé, Quantum ad sacerdotium, est extra controllersiam apud Manuale, t. iv, p. 456. catholicos cl plane de fide. Tanner, Dc ordine9 disp. I, b) Le diaconat est-il un sacrement ? — Lu réponse q. n, dub. n, n. 39. Le rite de l’ordimition, soit qu’il affirmative est donnée par tous les théologiens comme s’agisse de l’imposition des mains, soit qu’on envisage, nu moins théologiquement certaine, et par quelques- i lu tradition des instruments, est tout aussi expressif uns (Tanner, De ordine, disp. VII, c. n, dub. ir, n. 39; I au point de vue du pouvoir sacramentel conféré 1383 ORDRE. LA THÉOLOGIE MODERNE 1384 Il faut donc admettre que le sacerdoce, comme le pour prouver que le diaconat et le presbytérat sont diaconat, imprime dans l'âme un caractère distinc­ des sacrements, il faut également l’accepter en faveur tif et ineffaçable. Sur ce point qui rallie les suffrages de de la même thèse en ce qui concerne l’épiscopat. tous les théologiens, on lira Cahacti:he sacramen­ Du rile de I ordination découlé la même conclusion ’ tel, t. π, col. 1698 sq. L’un et l’autre ont aussi car il renferme tous les éléments d’un rite sacramcnune efficacité en vue d’assurer l'exercice des fonc­ I tel : imposition des mains, communication delà grâce tions sacrées. Voir plus haut la définition du concile et des pouvoirs. La raison théologique elle-même de Trente que les théologiens postérieurs ne font que demande que l’épiscopat qui confère le pouvoir de reprendre et commenter. Cotte conclusion immédiate confirmer et d’ordonner, confère en même temps de la doctrine générale du sacrement de l’ordre est con­ le caractère correspondant et. avec le caractère, la sidérée comme au moins théologiquement certaine. grâce. Autrement, il faudrait dire que le pouvoir 2. L’épiscopat est-il un ordre à part du simple sacer­ épiscopal est un pouvoir totalement extérieur, une doce ? — Pour ne pas s'égarer dans les multiples députation externe, révocable au gré du souverain spéculations émises par les théologiens â ce sujet, pontife. Voir, sur tous ces points. Ch. Pesch, op. cil., n. 615-618. 11 importe de rappeler leurs principes généraux. Il est de foi, disent-ils, que l’épiscopat est de droit divin dans La thèse adverse repose sur deux considérations l’Église; cf. conc. de Trente, sess. xxm, can. 6. Il est qu’il reste â examiner : également de foi que l’épiscopat, et quant au pouvoir On dit d’abord que l'épiscopat n’ajoute aucun pou­ d'ordre et quant au pouvoir de juridiction, est supé­ voir au presbytérat. en ce qui concerne l’objet propre rieur au simple presbytérat. Il ne saurait donc y avoir du sacerdoce, l'eucharistie; donc il n'ajoute aucun de controverse sur le point précis que l’épiscopat, caractère sacramentel nouveau; cf. Antoine, Theol. envisagé comme plénitude du sacerdoce, est et demeure moral, unit’., De sacram, ordinis, q. iv. L’argument un sacrement. La question controversée entre théolo­ est faible* car il faut bien reconnaître dans l’épiscopat, giens est de savoir si l’épiscopat est un sacrement tout au moins, une extension du caractère sacerdotal. adéquatement distinct du simple sacerdoce, et impri­ De plus, l’épiscopat confère le pouvoir de communi­ mant dans l’âme un nouveau caractère. Nous avons quer aux autres le droit d’offrir le sacri lice eucharis­ vu (col. 1311), que nombre d'anciens théologiens, tique, ce qui est bien quelque chose à l’égard de tout en admettant que l’ordination épiscopale étend l’eucharistie. Pourquoi ne pas affirmer un caractère spécial, tout comme on I’aflirme dans le diaconat par et accroît le caractère sacerdotal en conférant â l’évêque des pouvoirs que n’a pas le prêtre, nient rapport au presbytérat ? On dit aussi que l’épiscopat présuppose « de neces­ cependant que l’épiscopat soit un ordre distinct du sacerdoce. L’était l’opinion des grands scolastiques; , sitate sacramenti > le presbytérat; l’épiscopat ne après le concile de Trente, l’école thomiste, dans son saurait avoir de consistance propre. Incluant néces­ ensemble, y demeurera fidèle; cf. Aversa, De ordinis sairement le simple sacerdoce, on ne doit le considé­ et matrimonii sacramentis. Gênes, 1612, q. i, sect, vu; rer que comme une extension de ce sacerdoce. L’argu­ Gonct, Clypeus, de ordine, disp. IV, a. 2; Billuart, ment n’est pas sans réplique, car il faudrait avant dissert. IV, c. n; Billot, thèse xxi; Hugon, Tractatus, tout prouver la vérité de son point de départ, que t. iv, p. 720. certains faits contredisent. Voir plus loin. Mais, Mais les théologiens et canonistes modernes, sur­ même s'il était absolument certain que le futur tout après Bellarmln, ont pris une position nette­ évêque dût être au préalable revêtu du simple sacer­ ment opposée. Haliler déclare l’opinion de Bellarmln, I doce, la conséquence ne serait pas encore inattaquable. une doctrine certissima. De sacrament elect, et ord., On devrait simplement affirmer que le caractère de part. II, sect, n, c. i, a. 2, § 2, dans Migne, Cursus I l’épiscopat dépend essentiellement de celui du presby­ theol., t. xxiv, col. 711. Pierre Soto va Jusqu’à la térat. C’est tout ce qu'en bonne logique il est possible considérer comme de foi. De institut, sacerd., de ordine, de conclure. Il faut donc, dans cette controverse où sect, iv; Michel de Médina estime périlleuse l'opinion les adversaires raisonnent un peu abstraitement, se contraire, De sacr. horn, cont., 1. I. c. xv; Vasques, délier des affirmations trop absolues. Au fond, peutqu’elle doit être notée sévèrement, disp. CCXL, c. xi; être, n’existe-t-il ici qu'une querelle verbale : Nemo cf. Tanner, loc. cit., dub. n, n. 23. Perrone, tout en prohibeat disceptare num episcopatus sit ordo a pres­ reconnaissant les graves autorités qui patronnent byteratu distinctus, an character in episcopali const* l’opinion thomiste, et la liberté avec laquelle elle est I cratione impressus differat, vel potius sit ampliatio de fait enseignée, ne l’estime pas probable et rappelle qturdam characteris in collatione presbyttralis ordinis que plusieurs lui infligent une censure. De ordine, impressi, Benoit XIV, epist. In postremo, 20 oct. 1756, n. 78, note; cf. Hurter, t. ni, n. 698; Philipps, Kir5 17. chenrecht, 1, §36; Pirhing. De ordinatione, et ordinandis, Qu'on admette sept ou huit ordres, la chose au point 1. XI, n. 3; Perraris, Prompta bibliotheca, au mot de vue du dogme est sans importance. Pesch, op. cit., Episcopatus. n. 62<>, écrit fort sensément que c’est lâ pure question Tout en laissant à chacun une liberté ici fort légi­ de mots : en tous cas, ajoute-t-il, certe /alsum est, time. Il est permis de remarquer la solidité des argu­ quod quidam dicunt, esse communem et concordem ments apportés en faveur de l'opinion récente. Dans omnium sententiam in Ecclesia septem esse ordines, nec 1*Ecriture, l'ordination épiscopale, I Tlin., iv, 11; places nec pauciores, ce qui vise directement le prin­ H Tim., i, 6, présente tous les caractères d’un sacre­ cipe émis par Billot, op. cit., thèse xxxi, § 2. Le titre ment, en raison de l’imposition des mains, de la grâce, « de septem ordinibus du c. n, dans la sess. xxm du et des pouvoirs conférés. La Tradition patristique concile de Trente n'appartient pas, on le sait, au texte ne parle pas de l’ordination des évêques en d’autres conciliaire; cf. Tanner, disp. VII, q, n, dub. n. n. 37. Maldonat, que son époque rapproche du concile de termes que de celle des simples prêtres. Un texte Trente, est tout à fait partisan d’énumérer huit significatif de saint Augustin est celui où, parlant des évêques donatlstes. il parle de leur ordination I ordres et de compter l’épiscopat pour un ordre à comme d’un véritable sacrement. Serm. ad Cirsa- part. De ordine, q. iv, initio. Voir sur cette question, E. Eurtncr, Das Verhaltnis der liischo/stvcihe zurn heili· rtensis Eceles in plebem, n. 2, P. L., t. xlhi, col. 691. qen Sacramente des Ordo, Munich. 1861; A. Kurz, Les'text es patriotiques ont été rassemblés par BellarDer Episcopat der hochste nom Presbytcrate verschiedene min. De ordine, c. ill, v. De plus, si l’on doit faire état du canon 6 de la sess. xxm du concile de Trente ’ Ordo, Vienne, 1877; Schultz-Plassmann, Der Episcopat 1385 ORDRE. LA THEOLOGIE MODERNE oderdie Rischo/siveihe ein Sacrament, Paderborn, 1883; Zardelli, Die Hischo/swcihr. Einsiedrln, 1889. 3° Le minister dr l'ordre, — La question du ministre ordinaire du sacrement de l'ordre est résolue confor­ mément ù renseignement traditionnel, sanctionné par le concile de Trente, sess. xxiir, can. 7, cl par la discipline de tontes les Eglises orientales. Quod minis­ trum sacramenti ordinis esse solum episcopum, ut in tota Dei Ecclesia, ita rt apud Orientales pro irrefraga­ bili fundamento semper habitum est Dcnzingcr, Hit. orient., I. i, p. i ll. Voir sur cette question du mi­ nistre ordinaire, Vasquez, disp. CCXLI1I. c. I, cl Tanner, disp. VII, c. nr, dub. 2, lequel ajoute cette remarque opportune : « dans tout royaume, il appar­ tient au prince seul de distribuer les emplois publics; or, dans l’Eglise, les évêques sont comme les princes. · Au point de vue de la licéité, le ministre ordinaire de l’ordre est l’évêque propre (voir plus loin, col. 1 100). Mais sur celte doctrine générale je greffent des questions secondaires relatives au ministre extraor­ dinaire de l'ordre et au ministre de l’épiscopat. 1. Le ministre extraordinaire de l'ordre. — a) Ordres mineurs et sous-diaconat. — La question du ministre extraordinaire, en ce qui concerne les ordres mineurs et le sous-diaconat, est résolue conformément ù la doctrine des scolastiques avant le concile de Trente. Autrefois, un évêque pouvait donner au simple prêtre la délégation nécessaire à cet effet. Voir les témoignages dans Hallier, op. cit.. part. H. sect. v. c. i, a. 2, n. 9 sq. Mais ce pouvoir a été reliié aux évêques par Grégoire IX, Decretal., I. Ill, lit. XL, c. ix. Aussi les théologiens enseignent-ils communément (pie seul le pape peut donner à ce sujet une délégation : Vasquez, disp. CCXLIH. c. iv, n. 73; Hallier. loc. cil., a. 3, n. 9; Tanner, disp. VU. q. m. dub. 2; Wirccburgenses, Dr ordine, η. 1 15. Le concile de Trente est formel en ce qui concerne le pouvoir qu’ont les abbés de conférer à leurs sujets les ordres mineurs. Sess. xxm, c. x, de reformai. S’il y a eu quelques hésitations pour l'assimilation du sous-diaconat aux ordres mineurs, elles sont aujourd’hui dissipées; cf. Gasparri, De sacra ordinatione, t. π, n. 911 sq. b) Prêtrise. — On ne saurait s’arrêter à l'hypothèse émise par certains auteurs, très rares, d’une délé­ gation pontificale accordant à un simple prêtre le pouvoir de conférer la prêtrise. L’argument des ordinations faites par les chorévêques n’a aucune valeur, beaucoup de chorévêques ayant possédé véri­ tablement le caractère épiscopal; voir Évêques, t. v, col. 1693. On prête cette opinion à Auriol; il n’est pas certain que cet auteur l’ait tenue : il écrit simplement : .Minister sacramenti ordinis est episcopus, licet ex dispensatione possit esse sacerdos. In I Vum Sent., dlst. XXV, a. 1. Il ne dit pas, en effet, que le prêtre peut être par délégation ministre de tous les ordres. Vasquez s’appuie sur Auriol pour émettre l’hypothèse que nous avons soulignée, loc. cit., n. 39. Mais cet auteur se laisse guider par la considération d’un fait, dont nous allons parler. c) Diaconat. ■ C'est la doctrine commune de tous les théologiens, après comme avant le concile de Trente, que le simple prêtre, même par délégation pontifi­ cale, ne peut administrer le diaconat. Mais, en fait. Vasquez et quelques autres soutiennent que pareille délégation a été donnée jadis en quelques cas. Il s'agit, en l'espèce, très particulièrement de la bulle d'innocent VIII (1489) accordant aux abbés cister­ ciens le pouvoir de conférer h' sous-diaconat el même le diaconat ύ leurs sujets. Bien plus, récemment, dom hofl n publié, dans la Scuola catlohca de Milan (mars 1921), une bulle de Boniface IX (1 100)accordant à l’abbé de Sainl-Osithe, en Angleterre, et a ses successeurs le pouvoir d’ordonner leurs sujets sous- 1386 ] diacres, diacres el même prêtres. L’évêque de I-nndres ayant réclamé, voyant en ce privilège un attentat à sa juridiction, le pouvoir fut retiré en 1403. Les textes sont aux archives vnticanes. Reg. lat. fit, ίοζ 261, pour lu concession; Reg. lat. 10$, fol. 132, pour la révocation. Sur la bulle d’innocent VIII. on s'accorde généra­ lement il en admettre l'authenticité; mais il s'agit de savoir si la concession relative au diaconat s’y trouve. Le cardinal Gasparri déclare avoir inspecté le document aux archives vaticanes et n'avoir pas trouvé mention du diaconat. De sacra ordinatione, t. n, n. 798. Voir sur cette bulle cl sa portée Ch. Pesch, op. cil., n. 667-668; Tixcronl. D'ordre et les ordinations, p. 192 sq., qui, tout en inclinant vers l'authenticité de la bulle, fait opportunément remarquer à la suite de L. Pastor, Hist, des papes, tr. fr., I. v, p. 330, 340, qu’il existait à Borne, précisément en 1489, une ofllcine fabriquant de fausses bulles pontificales et retirant de ce commerce des profits scandaleux. · Même en admettant et l'authenticité de la bulle et la concession, la question dogmatique demeurerait en­ tière. ce serait · une discipline momentanément auto­ risée par l’Eglise et qui ne préjuge pas la question de droit, » J. Rivière, art. Ordre, dans le Dictionnaire pra­ tique des connaissances religieuses, t. v, col. 134. C'est d’ailleurs la solution donnée par tous les théologiens qui, depuis Vasquez» se sont occupés de cette bulle. Un de ceux qui ont le mieux discuté sur ce point la question de droit est Noël Alexandre, op. cil., De sacramento ordinis, p. 764. Quant à la bulle de Boniface IX. si elle était authen­ tique cl comportait la concession exorbitante qu’on pense y trouver, la solution serait la même; cf. Hugon, Renue thomiste, 1924, p. 490 sq. Mais la question serait de savoir s'il ne convient pas de donner un sens différent à la bulle. Dans les Estudios ecclesiasticos, avril 1925, le P. J. Puig de La Bellacasa pense qu’il s’agit, non pas du pouvoir physique qui serait donné à un simple prêtre de conférer le diaionat et le sacer­ doce, mais d une autorisation accordée à la commu­ nauté pour que les ordinations soient faites dans le monastère même, sans passer par la juridiction de l’évêque de Londres. On comprend alors plus faci­ lement le sens de la réclamation de ce dernier. La bula · Sucra religionis » dr Ronifacto IX. Cf. Hugon, Utrum possit summus pontifex delegare simplicem pres­ byterum ad conferendum diaconatum vel etiam pres­ byteratum, dans Divus Thomas, de Plaisance, janvier 1905. j». 100-10 I A propos des deux bulles, on trouvera un bon exposé de toute la question dans /Atnri du cierge, 1926,p. 468169; 1928. p. 370-373. 2. Le ministre de l'épiscopat.— On a vu.col. 1248,que dès la plus haute antiquité, trois évêques furent requis pour la collation de l’épiscopal. Les théologiens mo­ dernes, recevant celle discipline traditionnelle, sc demandent si la présence des trois évêques et leur participation au sacre sont nécessaires pour la validité du sacrement. Trois réponses ont clé faites. La première opinion est celle de J. Morin, De sacris ordinal., part. H. cxerc. iv. c. n; de Gonet, De ordine, disp. IV, n. 3; de Tournely, De ordine, q. vr, a. 1, § De ministro ordin. episcopalis, conci., qui déclarent la participation des trois évêques (Tournély dit : au moins de deux) tellement indispensable ΐμι’ΙΙ n est pas probable même qu’une dispense du pape y puisse suppléer. Les faits qu’on oppose â cette thèse absolue sont purement cl simplement révoqués en doute. — La deuxième opinion lient pour valide la consécration donnée par un seul évêque, lorsqu'elle se fait avec permission expresse du pape. Ainsi ( ajétan. Opusc. de potestate papa·. Bellarmin, De cun- 1387 ORDRE. LA THÉOLOGIE MODERNE 1388 devenir évêque. Et, en clTet, celui qui n’a pas pouvoir ciliis cl Eedesia, 1. IV, c. vin, Arriaga, Dr online, disp. sur le corps réel de Jésus-Christ, comment, aurait-il LVIl.ctc., Vasqucz, disp.CXXLHI, c. vr, n.63.— l ’nc troisième opinion, la seule à retenir, puisque Je (’.ode pouvoir (d’ordre) sur le corps mystique? C’est une l’a consacrée, can. 951, considère les deux évêques des raisons, on l’a vu. qui font admettre Λ beaucoup de scolastiques une distinction simplement inadéquate consécrateurs comme do simples assistants, un seul évêque pouvant assurer la validité du sacre, mais entre le presbytérat cl l’épiscopat (voir col. 1311). illicitement s’il n’a pas les deux assistants ou une . Aussi, parmi ceux qui admettent une distinction adéquate, quelques-uns poussent la logique jusqu’à dispensedu Saint-Siège.C’est la solution dc Benoit XIV, admettre la validité de l’épiscopal reçu sans sacer­ Dr synodo, I. XIII, c. xm, n. 1, 5. Les raisons sont surtout d’ordre historique : ce qui s’est fait du consen­ doce préalable. Ainsi Bosco ; Cum nos teneamus episcopatum esse ordinem proprie dictum, nullus debet tement des papes est très certainement valide; or, on cite plusieurs ras dc consécrations épiscopales faites mirari, si consequenter teneamus cum, qui sacerdos non sit, valide posse episcopum consecrari. Theologia par un seul évêque. Voir, en particulier, sur cc point, les cas cités Λ propos dc l’Irlande, dans l’art. Cel­ sacramentalis, Louvain-Anvers, 1665-1685, de sacra­ tiques (Liturgies) du Diet, d'archM. et de liturgie, mento ordinis, disp. X.scct. i, conci. 9, n.200. Mais les partisans dc la distinction adéquate n’acceptent pas t n. col. 3023-3021. Dc plus, la dispense accordée tous cette conclusion. Dieu a pu poser comme condi* par le Saint-Siège, pour la licéité de cette ordination, tion préalable ù l’épiscopal le caractère presbytero), n’ajoute rien au pouvoir d’ordre dc l’évêque consécratout comme il exige le caractère baptismal avant teur. Voir aussi Hallier, op. cit., part. II, seel, v, c. n, 5 2, 3; Sardagna, De ordine, a. 6, n. 428; Gasparri, l’ordination sacerdotale. Saint Alphonse de Liguori, t. n, n. 1087, etc. On sait d’ailleurs que, dans ('Eglise L VI. n. 738. Une question dc fait doit dominer la discussion. l’Églisc a-t-elle jamais considéré comme latine, la consécration d’un évêque est réservée en principe au souverain pontife : le prélat consécra­ valide la consécration épiscopale d’un simple diacre ? tcur agit par mandat du pape. Nicolas 1er a protesté contre une allégation de ce 1° Le sujet de l'ordre. — Les positions doctrinales genre faite par les partisans de Photius. P. L.,l. exix, traditionnelles sc retrouvent dans renseignement col. 1155 1). Voir aussi Ratrainne, P. L., t. cxxi, des théologiens post triden tins. Nous noterons ce­ col. 331, dans ses quatre livres Contra Gnrcorum pendant, dans Hallier, De sa cris elect, et ordin., part. L opposita romanam Ecclesiam infamantium, surtout sect, vm, c. n. une intéressante dissertation sur les L IV. c. vin ; et les protestations des évêques du pouvoirs des parents, à l’égard dc leurs enfants desti­ synode dc Worms, en 868; voir Hcfelc-Lcclcrcq, nés à la cléricature. Aligne, Cursus, t. xxiv, col. 580 sq. t. iv a, p. 460; cf. 1 lergcnrôther. Photius, Patriarch von Dc son côté Benoît XIV tranche la question dc la Constantinopet, t. i. Ratisbonnc, 1867, p. 682 sq. Les validité des ordinations conférées à des enfants encore quelques faits vraisemblables qu’apporte Marlène, privés de l'usage de la raison : Si contingeret ah episcopo De ant. eccl. rit., L L c. vm, a. 2, sont de peu d’impor­ non solum minores, sed etiam sacros ordines infanti tance, soit qu'ils n’aient aucune notoriété, soit qu’ils conferri, concordi theologorum ac canon istarum suf­ puissent s’expliquer par l’ignorance dc quelques-uns; fragio definitum est, validam sed illicitam censeri cf. J. Morin, op. cit., part. 111, cxcrclt. xi, c. n. O hanc ordinationem, non attenta contkaiua sen­ seraient des abus qui n’engagent pas l’autorité de tentia, qun raros habet asseclas et qutr supremis l’Églisc. tribunalibus el congregationibus Urbis numquam il ne semble pas cependant qu’on doive sc montrer arrisit. Bulle Eo quamvis, 4 mai 1715, § 20; cf. Espar­ aussi rigide. Benoit XIV dit expressément qu’on za, op. cil., L X, q. cvi. B ne saurait être question peut librement discuter an vetustioribus temporibus a Ici de progrès que dans les dispositions disciplinaires diaconatu factus sit transitus ad episcopatum, ordine conformément aux canons dc l’Églisc. L’obligation presbyterali non antea suscepto. Ivpist. In postremo, faite par le concile dc Trente aux candidats de la 20 ocl. 1756, § 17. Dès lors qu’on admet que l’épisco­ cléricature de ne recevoir la tonsure qu’après avoir pat est un ordre distinct adéquatement du simple été confirmés, voir ci-dessus, col. 1363, a soulevé presbytérat, on peut le concevoir comme renfermant entre théologiens la question dc savoir si cette obli­ éminemment en lui-même tous les pouvoirs du sacer­ gation était sub gravi ou non. On cite pour la solution doce. Les apôtres n’ont-ils pas été ordonnés évêques négative Suarez. Valencia, Coninck, Navarrus, sans passer par le presbytérat ? Voir Act., xm, 3. D. Solo, et quelques autres; pour l'afllrmative, Dans l’Églisc apostolique on ne connaissait même que Tolet, Bonadna, Hallier;cf. llalliqr, op. cit., part. II. les évêques-presbytres et les diacres : voir surtout sect, iv, c. III. Phil., i, 1, et Clément de Rome, Cor , xi.ii. Tant dc Mais la seule controverse intéressante parmi les papes, dans les premiers siècles principalement, théologiens modernes est celle qui regarde le sujet ont été élevés immédiatement du diaconat au souve­ capable de recevoir la consécration épiscopale. rain pontificat sans recevoir d’autre ordination que la Devant certains faits, vrais ou supposés, de l'histoire, consécration épiscopale ! On rappelle aussi l’ordina­ plusieurs théologiens se demandent si le sacerdoce tion de l’antipape Constantin Voir Liber pontificalis, simple est tellement nécessaire en celui (pii doit être n. 227, 257. 292. 427, 455, 579, 261-265. Telle est la sacré évêque, que son absence causerait la nullité de thèse dc Thomassln, op. cil., part. I, L I, c. i, n. 5; la consécration épiscopale. de Philipps, Kirchenrecht, i, §36; de Mabillon, Gomm. Il faut reconnaître que la réponse presque unanime præv. ad ordinem romanum, § 16. 18; de Marlène, Dc des théologiens modernes est alllrmalive : omnes sen­ antiquis Ecclesiæ ritibus, L I, c. vm, a. 3, n. 10; tiunt ordinationem episcopi esse invalidam nisi prir- de Chardon. Hist, des sacrements, et d'autres cités cessrrit sacerdotium. Grégoire dc Valencia, disp. IX, par Gasparri, op. cil., t. i, n. 23-21. Voir aussi D. Pariq. i, punct. 4; cf. Vasquez, disp. (XXL. c. v, n. 54; sot. Les ordinations per saltum, dans Revue de TOrient S. Alphonse de Llguori.l. VI, n. 793, et les auteurs chrétien, t. v. 1900, p. 335-369; Many, Prit led. de cités. — La raison théologique de cette solution est sacra ordinatione, Paris, 1905, p. 16-2 L Sans doute, ainsi présentée en substance par Hallier. De sacr. on peut répondre en recourant à l’hypothèse jadis formulée par Bcllannin, que. dans une seule ordina­ elect et ord., part. H. sect. i.c. i, n. 14 : la consécration tion. on pouvait communiquer à la fois le diaconat et épiscopale ne confère pas le pouvoir dc consacrer, qui est avant tout sacerdotal. Donc, à moins de sup­ la prêtrise, de ordine, c. v, et que les brèves indications du Liber pontificalis supposent plus qu’elles n'inposer déjà existant ce pouvoir, personne ne peut 138!» OB DRE LA THÉOLOGIE MODERNE dlqucnt l’ordination sacerdotale. Quoi qu’il en soit, la conclusion du cardinal Gasparri parait ici devoir s'imposer : Argumenta peremptoria pro una aliave sen­ tentia non sunt. Nos igitur putamus atteram senten­ tiam (celle qui admet In validité de la consécration du simple diacre) esse vere probabilem tum intrinsece, i tum extrinsecc, propter tot laniorumque doctorum aucto­ ritatem. Op. cit., n. 26. Pratiquement, il faudrait aujourd’hui réitérer la consécration, mais sous condi­ tion. Quant aux consécrations faites dans les premiers siècles, élevant un simple diacre A l’épiscopat, elles étalent certainement valides: l'intention de l’Églisc était dc conférer la plénitude du sacerdoce et les formules employées n’étaient pas limitatives dc l'intention comme le sont celles d'aujourd’hui. 5° L'origine de la juridiction épiscopale. —- Cette question n'appartient que fort indirectement au traité de l’ordre. Posée néanmoins dans la xxin· session du concile dc Trente, elle fait corps avec l’ensemble dc la doctrine que nous avons exposée jusqu’ici. Il con­ vient donc de s’y arrêter, tout au moins brièvement. Les discussions passionnées qui se produisirent au concile, lors de la discussion des textes dc la ses­ sion xxiii, ne pouvaient laisser indifférents les théolo­ giens postérieurs. La controverse, on le sait, voir col. 1351, n’était pas dirlmée et chacune des parties adverses pouvait garder son opinion. 11 s’agissait, on l’a vu, de savoir si la juridiction ordinaire est donnée aux évêques immédiatement par Dieu ou immédiate­ ment par le souverain pontife. L’argumentation dc Layncz, juste dans sa substance, avait néanmoins laissé plus d’un point dans l’obscurité. A la longue, les positions respectives des deux opinions ont été mieux précisées, cl le débat plus exactement délimité. Il serait totalement faux dc croire que la thèse < immédiatistc » n'a trouvé dc partisans que chez les gallicans, les jansénistes, les fébroniens : elle a eu des défenseurs d’une note catholique incontestable, tels que Vasquez, disp. CCXL, c. iv, n. 11; François de Vitoria, Bclect. II. De potestate Ecclesiiv,q. îl, les théo­ logiens dc Würzbourg, Dc legibus, n. 101 (Neubauer): Colct; Philipps. Kirchenrecht, ι, n. 186 sq.. etc. Mais ceux-ci ont précisé qu’ils n’entendaient nullement supprimer la dépendance des évêques à l’égard du souverain pontife. La controverse a clé bien exposée par Muncunill. Dc Christi Ecclesia, Barcelone, 191 I, p. 492. La juridiction épiscopale procède immédiatement dc Dieu en ce sens que, d’institution divine, H doit toujours exister dans l’Église des évêques, lesquels, sous l'autorité du pape, régissent, par un pouvoir ordinaire, le peuple fidèle qui leur est confié. Episcopi sunt apostolorum successores atque ex divina institu­ tione peculiaribus Ecclesiis prn*ficiuntur quas cum potes­ tate ordinaria regunt sub auctoritate romani pontificis. Code, can. 329, § L Sur ce point, tout le monde est d’accord. Mais la question sc pose de savoir si chaque évêque pris individuellement reçoit Immédiatement de Dieu sa juridiction. Sans contestation possible, aucun évêque ne peut recevoir, retenir, exercer une juridiction quelconque contre la volonté du souverain pontife. C’est-à-dire que personne ne peut être constitué évêque sans l'intervention du pape, soit que Je pape le désigne personnellement, soit que le choix s’effectue par un délégué du pape et selon les règles posées par In loi de l’Églisc ou les conventions fixées par le Saint-Siège. 11 serait en effet contraire à la constitution même dc l’Églisc que les pasteurs des Églises particulières I pussent être constitués sans l’assentiment dc celui qui, comme pasteur suprême, gouverne l’Églisc universelle. Aujourd'hui encore, dans les Églises 1390 orientales, les patriarches, autrefois, dans les Églises occidentales, les métropolitains confirmaient les nominations épiscopales, mais en vertu dc l'autorité et de la délégation du souverain pontife, dont ils tenaient eux-mêmes leur autorité. Voir Élection DBS évêques, t. IV, col. 2256 sq. Aujourd’hui, le pouvoir de centralisation est plus accentué : Cuilibet ad episcopatum promovendo»., necessaria est canonica provisio seu institutio qua episcopus vacantis dioecesis constituitur, quit que λπ uso romano pontifice datur. Canon 332, § 1. Étant donnée la nécessité dc cette institution cano­ nique, faite par le souverain pontife seul — nécessité qui n’est contestée par personne — la question se pose dc savoir si la juridiction est conférée à chaque évêque, immédiatement, par Dieu, a l’occasion dc cette institution canonique, ou si elle est communiquée directement par le pape dans cette institution cano­ nique. Les immédiatislcs dont nous avons cité tout à l’heure les principaux représentants estiment que la juridiction est conférée immédiatement par Dieu aux évêques, soit au moment dc leur sacre, soit de tout autre façon, dc telle manière que l’institution cano­ nique ne fait que limiter celle juridiction à une por­ tion déterminée du troupeau des fidèles, ou réaliser la condition sans laquelle le Christ n’accorderait pas la juridiction aux évêques. Voilà pourquoi, dans une formule brève, nous disions : juridiction accordée par Dieu à l'occasion de l’institution canonique. Les théologiens médiatistes, soit des le Moyen Age : (Albert le Grand, In Sent., dist. XIX. q. xi; S. Thomas, In I Vum Sent., dist. XX, q. i, a. 4. sol. 2; dist. XXIV, q. ni, a. 2, sol. 3, ad 1«®; in Hun Sent., dist. ull., q. n, a. 3, expositio textus; Cont. Gentes, 1. IV, c. lxxii; S. Bonaventure, BrevHo­ quiam, vi, 12; In /VUTn Sent., dist. XVIII, part. n. q. in,conci.; Durand de Saint-Pourçain, In I Sent., dist. XXIV, q. v, a. 5), soit avant le concile, (saint Antonin. Cajélan), soit après le concile (Bcllarmin, Suarez, Benoit XIV, cl la plupart des théologiens modernes et contemporains), enseignent que la juri­ diction épiscopale dérive du Christ comme de sa cause première et principale, mais esl conférée immé­ diatement par le souverain pontife, dans l’acte même qui institue les évêques pasteurs de leurs Églises. Aussi disions-nous que, selon celle opinion, la Juridiction est accordée, dans l’institution canonique. On peut ramener à cinq les arguments principaux en faveur de l’opinion médiatisle : P» Le pape possède une juridiction pleine et entière sur l’Eglisc univer­ selle cl sur chaque partie de l’Églisc : on ne volt pas le pourquoi d’une intervention spéciale de Dieu, alors que le pape peut très bien communiquer, dc la pléni­ tude de son pouvoir, la juridiction nécessaire pour le gouvernement d’une portion déterminée dc l’Églisc. 2° Le pape est le pasteur suprême, ordinaire et immé­ diat, de toute l’Églisc : i) semble donc nécessaire que toute autorité ecclésiastique inférieure descende dc son propre pouvoir. 3® Il y a corrélation entre juridic­ tion et sujets. Là où il n’y a pas encore de sujets, i) ne peut encore exister de juridiction. Or, les fidèles deviennent les sujets de l’évêque par lu désignation du souverain pontife. Donc, c’est par cette désigna­ tion même que les évêques acquièrent juridiction sur eux. Ie 11 ne saurait être question, comme quelquesuns l’onl imagine, d’une juridiction accordée par Dieu à l’évêque dans sa consécration. Le pouvoir dc juridiction est distinct du pouvoir d’ordre, et les évêques, même non consacrés, peuvent exercer leur juridiction dès lors qu'ils ont pris possession cano niquement de leur siège (can. 334). 5· linfin, la juri­ diction des évêques peut être modifiée, accrue, res- 1391 ORDRE. LA THEOLOGIE ORIENTALE 1392 treintc et même totalement supprimée par le souve­ célibat. Voir sur ce point Célibat ecclesiastique, (. n. col. 20iiX sq. rain pontife. Or. dit avec raison Bellarmin, il serait tout a fait étrange que la Providence qui dispose , On peut, avec notre auteur, diviser l’exposé en toutes choses avec suavité, n’eût pas voulu que la cinq paragraphes : 1« noms, définition, institution juridiction fût accordée aux évêques par le même du sacrement de l’ordre; 2° nombre cl distinction des moyen qui. une fois cette juridiction accordée, peut ordres; 3° matière et forme de chaque ordre; I® effets l'augmenter, la restreindre, et même la supprimer du sacrement de l’ordre cl principalement le caractère; totalement. · De romano pontifice, I. IV, c. xxix. 5· ministre du sacrement de l’ordre, ministre ortho­ Ajoutons que la thèse médiatiste reçoit un singulier doxe, schismatique, hérétique ou déposé. 1° Noms, définition et institution du sacrement de appoint d’autorité du fait de la declaration de Pie VI : hominem ose (romanum pontificem)...· a quo ipsi l'ordre. - -1. Noms. — Sur la synonymie el la différence episcopi auctoritatem suam recipiant, quem admodum des expressions χειροθεσία et χειροτονία employées ipse a Deo supremam suam potestatem accepit... pour désigner le rite de l'ordination, voir plus haut, Bref Super soliditate, 29 nov. 1780, Denz.-Bannw., il faut observer que χειροτονία signi liant l'imposi­ n. 1500. tion des mains en général, ne prend la signification Le principal argument des immédiatistes est que d’ordination que selon les exigences du contexte. En les apôtres, dont les évêques sont les successeurs, tant qu’ordre sacré, déjà possédé, l’ordre reçoit diffé­ ont reçu directement de Jésus-Christ leur juridic­ rents noms dont voici les plus usités : ιεροσύνη, tion. Mais cet argument a plus d’apparence que sacerdotium ; τδ μυστήριου τής Ιεροσύνης ou τδ τής de solidité. En efTct, la juridiction ordinaire que les ιεροσύνης αξίωμα; — ή τάξις, ordo. ou ή Ιερά τάξις apôtres possédaient sur les Églises fondées et adminis­ (synode de Chypre, sous Germain Pessimandrc, trées par eux (en quoi ils étaient Λ la lettre les prédé­ en 1260, et Jean Beccos, Confessio fidei, dans Monu­ cesseurs des évêques) ne doit pas être conçue Indé­ menta spectantia ad unionem Ecclesiarum griecœ el pendante de la juridiction de Pierre. Elle n’était lutimc de A. Theincr et E. Miklosich, Vienne, 1872, en eux qu’une dérivation de l’autorité souveraine p. 28); ή τάξις τής Ιεροσύνης (Gabriel Sévéros, dans du chef de l’Église. Sans doute, le Christ avait donné son Συνταγμάτιον περί των άγιων καί Ιερών μυσ­ aux apôtres cette juridiction ordinaire, mais il la leur τηρίων, Venise, 1691. ρ. 90); τδ μυστήριον των avait donnée dépendante et dérivée de l’autorité de Ιερατικών τελειώσεων (Joasaph d’Éphèse, vers le Pierre, tout comme si le pape nommait directement xiv· siècle, dans Desponsa canonica, resp. xlvii, édit. un curé dans un diocèse, la juridiction de ce curé A. J. Almazov, Odessa, 1903, p. 38); — τδ μυσ­ serait néanmoins dérivée el dépendante de l’autorité τήριον τής ιερατικής χειροτονίας (Confessio de Michel de son évêque propre, lequel tient lui-même son pou­ Paléologue, dans Monumenta... de A. Theincr et voir du pape; cf. Billot, De Ecclesia, thèse xxvi; et F. Miklosich, p. 18). Les ordres se nomment τάξεις J. Bouché, art. Apostolat, dans le Dictionnaire de ou τάγματα ou. plus souvent encore, οί βαθμοί (degrés) Droit canonique, t. 1, col. 69L Cette explication semble τής Ιεροσύνης ή τής χειροτονίας. Les clercs revêtus bien, d'ailleurs, remonter à saint Thomas, In I Vum des différents ordres constituent la hiérarchie sacrée, Sent., dist. XXIV, q. m, a. 2. sol. 3. την ιερατικήν Ιεραρχίαν ; cf. Jugie, op. cit., p. 391-397. Pratiquement, la divergence des thèses immédiaL’expression ιεροσύνη se lit dans la Confession de tistc et médiatiste est de peu d'importance : « On a Moghita, part. I, q. xci; dans 1rs Actes du synode beaucoup discuté, au concile de Trente, sur la ques­ de Jassi de Metrophane Critopoulos, c. xi, les diffé­ tion de savoir si la juridiction des évêques vient rents ordres étant appelés ici τάξεις, etc. Voir Kimmel, immédiatement de Dieu ou du souverain pontife. Monumenta fidei Eceles i ir orientalis, l. i, léna, 1850, Bien n’a été défini. Au concile du Vatican, la ques­ p. 188, 111. 156; L IL P- 138. Ill, 221. tion ne fut même pas proposée, principalement parce 2. Définition. — Les définitions proposées par les qu'en pratique, il est a peu près indifférent d'admettre auteurs sont assez variables. Voir différents spécimens l une ou l'autre opinion, Car les théologiens qui ensei­ dans Jugic, p. 397-398, Les unes englobent le rite et gnent que la juridiction épiscopale dérive immédiate­ les effets du sacrement; d’autres font une allusion ment de Dieu admettent aussi sans contestation que plus particulière au caractère. Certains auteurs, cette juridiction est conférée avec une vraie et pleine comme Androutsos, restreignent expressément leur dépendance du souverain pontife. » Billot, De Ecclesia. définition aux seuls ordres supérieurs. Dogmatique, q. xv, De episcopis, § 1. cf. Collectio Lucensis, t. vu, p. 389. D'autres restreignent davantage encore et p. 472. On voit donc avec quelle réserve il faut accueillir ne formulent qu’une définition convenant à l’épisco­ les réflexions tendancieuses de Schwane, Hist, des pat. Le P. Jugie rapporte une excellente définition, dogmes, tr. fr., t. v, p. 371-375, qui conclut assez légè­ celle du catéchisme de Philarète : Le sacerdoce est rement que le concile du Vatican s'csl prononcé contre un sacrement dans lequel l’Esprlt-Sainl, par l'imposi­ la thèse médiatiste. tion de la main de l’évêquc, rend le sujet légitimement VIIL La théologie ohientale moderne du élu, apte à conférer les sacrements et à paître le trou­ sachem est de l'ohdke. — Nous avons suivi jus­ peau du Christ. * qu’ici le développement de la théologie latine du 3. Institution de ce sacrement par le Christ. — il sacrement de l’ordre; il est nécessaire d’exposer, tout semble bien que les auteurs orthodoxes acceptent au moins en raccourci, la théologie orientale. Notre I institution du sacrement de L’ordre par Jésus-Christ lâche est singulièrement facilitée par la récente publi­ lui-même. Mais certaines théories paraissent difllcllccation du tome ni de la Theologia dogmatica Chris­ mcnl conciliables avec ce principe. Aucune difficulté tianorum orientalium du K. P. Jugie, Paris, 1929. chez ceux qui enseignent que le sacerdoce a été ins­ Nous en résumerons ici les conclusions, quant au titué à la Cène par les paroles ; I· ai les ceci en mé­ moire de moi; auxquelles ils ajoutent les paroles sacrement de l'ordre. Et tout d’abord, de l’exposé de la théologie des prononcées après la résurrection: Bccevez le Saintorientaux « orthodoxes ·, il faut éliminer les critiques I Esprit, » etc. (N. Bulgarls. xvir siècle, né en 1634, adressées parles meilleurs écrivains à l’Église romaine, Ιερά κατήχησις ήτοι έξήΤησις τής θείας καί ίεράς coupable d’avoir surajouté un ordre, la papauté, λειτουργίας, c. Ledit d'Hermopolls, 1881, p. 6). ou d'avoir sousajouté les ordres mineurs à la hiérarchie bien simplement la promesse générale du pouvoir de lier et de délier. Matth., xvm, i» (Confession de instituée par Jésus-Christ. Nous devons également Dosithee, x\ , Iximmcl. t. t, p. 449). ou bien encore passer sous silence les controverses relatives au 13! ·3 "HDHE. L\ THÉOLOGIE OHIENTALE 1394 les deux à lu 'fols (Mallzev. Dir Sakranienle der (dont, en effet, les Pères orientaux n’ont jamais fait iirthodox-kutholischen Kirchcdes Morgenlandes, Berlin. mention). Kimmel, op. cil.,1. n, p. 139. La confession 1898, introduction, p ccxxxi). Γη plus grand nombre orthodoxe de Pierre Moghila ne semble pas distin­ d’auteurs tiennent que ce sacrement fut conféré aux guer le simple sacerdoce de l'épiscopat, q. cix; mais apôtres après la résurrection, quami le Christ leur elle cite, comme ministres inférieurs aux prêtres, dit : · Comme le Père m'a envoyé, je vous envoie.., les lecteurs, les chantres, les lampadaires, le.s sousKecevez. le Saint-Esprit, » etc. Joa., xx, 21-23, diacres, q. cxi, Kimmel, t. i, p. 186, 188. Il n’est pas paroles auxquelles il convient d’ajouter, Matth., question du diaconat. Mais elle distingue le sacer­ xxvm, 19-20 : « Allez, enseignez... Voici que je suis doce spirituel, qui appartient à tous les fidèles; cf. I avec vous. » etc. (Gabriel Sévéros, Συνταγμάτων, Pet., n, 9, et le sacerdoce sacramentel, qui n'appar­ p. 91-95; Sylvestre Lebedinsky, Compendium theolo­ tient qu’aux ministres sacrés. Du * lampadaire , il n’est gia classicum, Moscou, 1805; Atbanase de Paros, question dans la liturgie grecque que comme fonction ’Επιτομή είτε συλλογή των θείων τής πίστεως δογμά­ el non comme ordre ; cf. Goar. Euehotogion, Paris, των, Leipzig, 1806, ρ. 375; Antoine Ampbitheat row. 1617, p 230, 240; L. < lugnet. Dictionnaire grec-fran­ Théologie dogmatique (en grec), Athènes, 1858, §311; çais des noms liturgiques en usage dans Γ Eglise grecque, K. .J. Dyobunlotis, T à μυστήρια τής Ανατολικής Paris, 1895, v° Ααμπαδάρως. A. von Maltzev énu­ mère les cinq ordres habituels et y ajoute le céroféορθοδόξου ’Εκκλησίας, Athènes, 1915, p. 152. n. 2; Mésoloras, Συμβολική, t. n. Athènes, 1901, 2* éd., raire, op. cit., p. ccxxxi sq. S. Lebedinsky admet l'énumération habituelle des cinq ordres; mais il p. 325).On sait que saint Thomas appuie ce sentiment : Apostoli receperunt potestatem ordinis unie ascensio­ ajoute, au-dessus, les patriarches, les métropolitains, nem, ubi dictum est eis : Accipitr Spiritum sanctum, les archevêques (c’est également ce que fait le Maître Joa., xx, 22. Suppi., q. xxxv, a. i, sett contra. Mali­ des Sentence;», voir col. 1303); au-dessous, les acolytes les chantres, les psalmistcs. op. cit., p. 521-522. L'au­ novsky croit découvrir un certain rite d’ordination teur n’indique pas la différence entre chantres et des apôtres dans le double signe tracé sur eux par psalmistcs. pas plus qu’il ne définit l’acolytat. La le Christ, lorsque, leur conférant le pouvoir de remettre plupart des auteurs récents sc contentent de parler des les péchés, il souilla sur eux et lorsque, remontant au ciel, il les bénit. Luc., xxiv. 50. (.’est progressive­ trois ordres appartenant au sacrement, l’épiscopat, ment que les apôtres auraient été menés a la posses­ la prêtrise, le diaconat. Ainsi Athanase de Paros. sion du sacerdoce souverain. Somme de la théologie op. cil., p. 375-376; Gumilewsky, Dogmatique (en russe), t. il p 208-269; Antoine Amphitheatros, op. dogmatique orthodoxe (en russe), l. n, Scrghief-Posrit., § 317. Malinovsky, op. cit., p 42<» 121. sad. 1908, p. -111-116. Beaucoup opinent que les 2. Distinction. — Les Grecs orthodoxes distinguent, apôtres ont reçu la plénitude du sacerdoce au jour de la Pentecôte. Ainsi, le synode de Chypre, sous Ger­ sinon en théorie, du moins en fait les ordres majeurs el les ordres mineurs. Les premiers sont conférés main, dont les termes sont repris par le patriarche Jérémie 11 dans sa Réponse / aux théologiens luthé­ ù l’intérieur du sanctuaire et pendant le sacrifice de la messe, par une χειροτονία proprement dite, précé­ riens de Tubinguc, c. vu. dans Gédéon de Chypre. Κριτής τής άληθείαε, t. i, Leipzig, 1758, p. 10; et sur­ dée de la formule d’élection : Divina gratia. Sur cette formule, voir col. 99 et HH». Les ordres mineurs, tout dans Nectaire Céphalas, Μελέται περί των θείων μυστηρίων, Athènes, 1911, p. 107-108 (voir le texte sous-diaconat et lectorat. sont conférés hors du sanctuaire el sans la célébration de la messe, avec dans Jugie, op. cit., p. 100). Γη seul auteur place une simple χειροθεσία sans la solennelle proclama­ l'ordination des apôtres au moment où le Christ les tion Divina gratta. Selon Simeon de Thessaloniquc, choisit pour prêcher l'Evangile et fonder l’Église : G. S. Geglc, ΌρΟέδοζος χριστιανική κατήχησις, Pa­ le sous-diacre doit être dit χειροθετεΐσΟαι et le lec­ teur σφραγίζεσΟαι, quoiqu’ils soient ordonnés tous tras. 1899, p. 81. deux par la χειροθεσία de l’évêquc. lai σφραγίς du 2° Nombre et distinction des ordres. — 1. Nombre. ·— lectorat est une tonsure en forme de croix faite sur la On a vu plus haut (col. 1232) que, tandis que l’Église tête de l’ordinand. Toutefois, tonsure et lectorat latine admet sept ou même huit degrés dans l’ordre, demeurent pour les Grecs eux-mêmes choses dis­ l’Eglise orientale n’en admet que cinq. On sait, en tinctes, quoique inséparables dans la cérémonie de effet, que le psalmistat (office de chantre) est conféré, l'ordination. chez les Grecs, simultanément avec le lectorat. Seul Les Gréco-Husscs tiennent à peu près unanime­ l'eu cologe d’Allalius. Codex Harbcrinus 390 (xnr siè­ ment que l'épiscopat est un ordre adéquatement dis­ cle) renferme un rite distinct pour le psalmistat et tinct du simple sacerdoce. Pierre Moghila.cn confon­ pour le lectorat; ci. Morin, op. cit., part. Il, p. 85-87. dant plus ou moins l’un et l’autre, a subi certainement Il faut également se souvenir que si, dans l’ancienne Église gréco-byzantine, on trouve des fonctions cor­ des influences latines. Moghila (Confession de), t. x, respondant plus ou moins aux ordres mineurs de col. 2677. Voir, sur la dualité d’ordre dans le preshyl’Église latine, ces fonctions n’ont jamais été considé­ térat et l'épiscopat, Lebedinsky, op. cit., p. 529; Dyo­ bunlotis. op. ctt., p. 159. n. 1. Pour les Orientaux, rées en Orient comme des ordres véritables. Nonobstant cette précision dogmatique incontes­ les ordres inférieurs, y compris le sous-diaconat, ne table des cinq ordres orientaux, il faut reconnaître sont pas des sacrements possédant une origine divine, que les théologiens russo-byzantins sont loin d’accep­ mais de simples sacramentaux d'origine cccléslastique; cf. N. Milasch. dans son Droit ecclésiastique ter unanimement ce chiffre de cinq. Les uns, ù l’instar des Latins, énumèrent sept ordres. (trad, grecque), Athènes, 19(»6. p. 331, 339; Dyobuniotls, op. cit., p. 157. Les trois degrés supérieurs sont Ainsi Gabriel Sévéros admet : 1° Les portiers et acolytes; 2° les exorcistes; 3° les lecteurs; P les sousseuls tenus pour sacrements. N. Bulgaris, op. cit., diacres; 5° les diacres; 6· les prêtres; 7° les évêques. p. 13; Macaire. Théologie dogmatique orthodoxe, t. n, Op. cit., p. 91. Le P. Jugie, op. cit., p. 101. note 3, Pélersbourg. 1883, p. 191-192; Mésoloras, op. cit., émet l’hypothèse que Sévéros fait cette énuméra­ p. 329. tion pour capter la faveur des Latins el éviter, lors Le sous-diacre, dans la discipline canonique byzan­ de l'impression de son livre A Venise, toute diffi­ tine. est tenu au célibat. comme le diacre el le prêtre : culté avec ΓImposition. De Sévéros semble dépendre il ne peut donc se marier qu'avant son ordination et Metrophane Crltopoulos. qui, dans sa profession de les secondes noces lui sont interdites. C’est l'antique lot, c. XL énumère les mêmes ordres, moins les acolytes discipline des canons des Apôtres, can. 2G, promut· 1395 OR I) B E. LA THÉOLOGIE ORIENTALE 1396 guée A nouveau par le concile in Trullo, can. 6 et 13. Sévéros, op. cil., p. 93. ct Pierre Moghlla. Confession Les fondions du sous-diacre grec ne ressemblent pas orthodoxe, part. I, q. r.ix, Kimmel, 1.1, p. |«6; q. CXIf d'ailleurs aux fonctions du sous-diacre latin; voir p. 189. parlent de la porrection des instruments comme Jugie, op. cil., p. 107. Le lecteur grec a des fonctions matière de l’ordination; mais, déclare le P. Jugie, assez chargées : il remplit une partie des fonctions c’est pour latiniser ». L’interprétation des PP. Malvy de 1 acolyte, une partie des fonctions du sous-diacre et Villcr de la pensée de Pierre Moghlla ne parait pas latin; voir Sirnéon de Thcssalonique, op. c/7., c. ci.x, exacte. La confession orthodoxe de Pierre Moghlla, col. 365-368. Paris, 1928, p. 66, n. 2 (texte grec). 3® Matière d forme du sacrement de l'ordre. 1. Λ/α2. La forme. — En ce qui concerne le sous-diaconat tière. — Peu de choses sont â ajouter à ce qui a clé cl le lectorat, il ne saurait y avoir de difficulté. Les dit plus haut ; voir col. 1257. Quelques remarques en co loges indiquent l’oraison, qui doit être récitée sur empruntées à J. Morin font ressortir opportunément l’ordinand pendant l’imposition de la main : ct telle les divergences de l’Église latine et des Eglises orien­ est la forme. tales. Mais pour les ordres supérieurs, la discussion que Dans l’Église latine, ne sauraient jouer le rôle de nous avons déjà rencontrée, voir ci-dessus, se retrouve matière du sacrement : pour l’épiscopat et la prê­ chez les théologiens orthodoxes. Ou plutôt, la plu­ trise, que l’imposition des mains, la porrection des part d’entre eux acceptent purement cl simplement instruments, l’onction; pour le diaconat, que l’im­ que la formule cflicacc soit la prière Divina gratia, position .des mains ct la porrection des instruments; suivant en cela le sentiment d’Arcadius, de Goar pour le sous-diaconat ct les ordres mineurs que la el des autres signales plus haut. Tels sont N. Bulgarls, porrection des instruments. Dans l’cucologe byzan­ op. cit., p. 18; Mésoloras, op. cit., p. 328; Dyobutin. seule l’imposition des mains, χειροτονία ou niolis, op. cit., p. 151; Koidakis, Κατήχησες, Athènes, χειροθεσία, peut jouer le rôle de matière du sacre- . 1906, p. 161, parmi les théologiens grecs modernes; ment, non seulement pour les trois degrés supérieurs, ct, parmi les russes, Lebedinsky, op. cit., p. 523; mais encore pour le sous-diaconat ct le lectorat. 11 Antoine Amphithealrow. op. cit., § 315; Ph. Gtimlv a bien, chez les Grecs, une certaine tradition des levsky, op. cit., p. 206-207; Macairc, op. cit., p. 494instruments, mais cette tradition ne sc fait qu’une 495. On retrouve la même opinion professée par le fois l'ordination déjà terminée, ct, exception faite synode rulhène de Zamosz, 1720, Synodus provincia­ pour l'imposition de l’évangéliaire sur le cou du candi- I lis Ruthenorum habita in civitate Zamosüc, 2· édit.. dat à l’épiscopat, qui est une cérémonie très ancienne Home, 1838, p. 100; par un autre synode ruthène commune aux Grecs ct aux Latins, elle n’est pas pri­ de Lwow, 1891; cf. Acta et decreta synodi Leopomitive. 11 faut encore ici remarquer que l’imposition liensts. Home, 1895. II semble bien que le fondement de l’évangéliaire au futur évêque ne se fait pas dans de celle opinion soit l’interprétation donnée par toutes les Églises orientales : l’Église d’Alexandrie, Slméon de Thcssalonique sur le sens de la prière Divina par exemple, l’omet. J. Morin, op. cil., part. 11, cxcrgratta, op. cit., c. CLXIX, col. 377 A B. C it \i. < . vn. p. 171. Un seul auteur contemporain, Malinovsky, sc raille Avec Morin, il faut noter une triple différence dans à la solution préconisée par le P. Haussons, op. cit., la tradition des instruments chez les Grecs et chez les p. 418. Le P. Jugie préconise la solution de J. Morin, Latins: 1® Chez les Latins, cette tradition a lieu au op. cit., p. 418. début du rite de l’ordination ; chez les Grecs, elle ne sc 4® Des effets du sacrement de Γordre ct principale­ fait qu’une fois l’ordination achevée. - 2® Chez les ment du caractère. - 1. La grâce. — La formules de l’or­ Latins, la tradition des instruments, tout au moins dination dans les différents rites orientaux sont assez pour le sous-diacre ct les ordinands inférieurs, est expressives pour qu’aucun théologien ne puisse révo­ le rite même de l’ordination; chez les Grecs, ce n’est quer leur efficacité quant à la grâce conférée par le qu'un symbole qui marque les prérogatives déjà sacrement. Mais un certain nombre de théologiens concédées dans l’ordination. 3® Chez les Latins, la orthodoxes contemporains ne parlent pas de grâce tradition est accompagnée de formules expressives, sanctifiante, mais plutôt de pouvoir spirituel conféré qui sont comme la forme du rite; chez les Orientaux, par le sacerdoce. Aussi atlirment-ils l’inamissibllilé de il n’y a aucune formule accompagnant la tradition cette grâce, tandis que par une inconséquence éton­ des instruments. //, ώσπερ καΐή kpori/q, Kimmel, 1.ι, ρ. 156). D'où il résulte, conclut notre auteur, que la doctrine du caractère de l’ordre n’appartient pas nu dogme, mais n été introduite par les théologiens scolastiques ct consa -rée par le concile de Trente A la suite de la promulgation de la loi russe réduisant ή l'état laïque certains clercs coupables, nombre de théologiens russes ont admis la thèse de la non-exis­ tence du caractère sacerdotal, par exemple, J. Gorlchakov, Droit ecclésiastique (en russe), Pélersbourg, 1909, p. 99-1 OU; lastrebov, Des sept sacrements (en russe), dans les Trudi/ de Γ Académie de Kiev, t. n, 1998, p. 198-199. Mais, par contre, d’autres auteurs ont maintenu la doctrine véritable : Sylvestre Milcvansky, dans son Cours de théologie orthodoxe (en russe), t. iv, 2· éd,. Kiev, 1897, p. 381; Von Maltzcv, Die Sakramentc, p. ccxxxui; V.-l. Ekzcmplarsky, dans sa dissertation sur la Doctrine biblique et patristique touchant l'essence du sacerdoce (en russe), Kiev, p. 245. Plus récemment encore, en 1917-1918, lors du concile général russe, des voix sc firent entendre en faveur du caractère sacerdotal inamissiblc. A. Khotovitsky, N.-G. Popov, etc. Voir Jugie, op. cil., p. 135. Quoi qu’il en soit de la doctrine du caractère, les Orientaux tiennent unanimement que l’ordre ne saurait être réitéré. On cite cependant quelques cas de réordination, celui (en 1559) de Job, premier patriarche de Moscou; celui (en 1619) de Philarète Nikitisch ct de scs successeurs. Mais ce sont là de purs abus. Jugie, p. 126. Ce qui est plus fréquent en Russie est la réduction d’un prêtre à l’état laïque, comme si aucune ordination ne lui avait été conférée. C’est ce que les théologiens russes, partisans de la non-existence du caractère indélébile, appellent nizucrgcnic, lichrnie, sniatie. Ainsi comprise, la réduc­ tion à l’état laïque ne différerait en rien de la doctrine protestante condamnée au concile de Trente, sess. xxiii, < an. I. 5° Du ministre du sacrement de Tordre. — Tous les théologiens orientaux professent que le seul évêque est ministre des trois ordres majeurs, épiscopat, prê­ trise, diaconat; cf. Confession de Dosithéc, décret x; Kimmel, t. i, p. 137. Par délégation de l'évêque, le simple prêtre peut conférer les ordres du sous-diaconat el du lectorat. ’roules les discussions entre théolo­ giens orthodoxes portent sur la validité des ordina­ tions conférées par un ministre simoniaque; déposé ou dégradé ; hérétique ou schismatique; né et ordonné dans une secte hérétique ou schismatique; catholique de rite latin ou de rite oriental; anglican. Elles rap­ pellent les discussions que l’Eglise latine a connues du ix· nu xir siècle. L Le ministre simoniaque. — L’ordination confé­ rée par un simoniaque est frappée de graves censures, mnu nulle part n’est dénoncée comme nulle. On ne trouve aucun auteur, ni Λ l’époque byzantine, ni dans l’époque moderne qui professe un tel sentiment. Peutêtre pourrait-on interpréter dans le sens île la nullité certaines expressions de saint Tamise, Epist. ad Hadrianum papam / adversus simoniacos, ou encore de T Epistola ad Joanncm higoumenum, P G., t. xcvm, col MIL 1156. Si non venditur Spiritus, non est procul dubio in ris gratia Spiritus Sancti, id est sacer­ dotii sanctitas. Ou encore, le simoniaque convaincu de son crime a sacerdotio decidit, -της Ιερωσύνης 1398 έκπίπτει. Μ iis nous avons trouvé chez les Latins des expressions analogues, qui n'impliquent pas la nullité de l’ordination reçue. Saint Théodore le Studile affirme la validité de· ordinations reçues de bonne fol d’un simoniaque; il ne statue pas sur la validité des ordinations reçues sciemment. Epist, r, 53, P. G., t. xcix, col. 1105. On peut concevoir quelque doute sur la pensée de Georges Scholarios, De sim miaca h rresl, dans Paris, gnec. /2<$, fol. 56 a. 2. Le ministre déposé et dégradé — On sait que la loi russe admettait une dégradation telle que l’évêque déposé était assimilé à un simple laïque, ne possédant plus aucun pouvoir d'ordre. Cette situation (inadmis­ sible au point de vue de la vérité du caractère indélé­ bile) a été envisagée, comme nous l’avons déjà cons­ taté, par Philarète Drozdov ct nombre de théologiens russes récents, auxquels il faut ajouter le Serbe Milasch,, op. cit., p. 385-387, 103, el quelques grecs, comme Andrutsos, Dogmatique, p. 391, n. 3 et Dyobunlotis, op. cit., p. 159, note, qui, tout en réprouvant la pratique russe, rejettent l’existence du caractère sacerdotal. Mais on pourrait concevoir que le pouvoir d’ordre, chez les évêques déposés et dégradés, soit tellement lié par l’autorité de l’Église, que les ordina­ tions faites par eux soient non seulement illicites, mais invalides. C'est la thèse que nous avons vu soute­ nir à l’époque des réordinations latines, voir col. 1287, •et par J. Morin lui-même. Peut-être est-ce en ce sens simplement que Milasch nie la validité des ordinations faites par les évêques déposés cl dégradés. C'est aussi vraisemblablement l’opinion de Koidatis, dans sa Catéchèse. Athènes, 1906, p. 165, des auteurs du Pédalion, édit. d'Athènes, 1908, p. 11-15, ct peut-être de saint Théodore le Sluditc, Epist., L 11, epist. ccxxv, P. G., t. xeix, col. 1652. En pratique, comme les sentences de déposition, même totale, sont souvent l'elTet d’une sentence, sinon injuste, du moins discutable, 1rs Orientaux ont l’habi­ tude de restituer en leurs pouvoirs ct grades les prêtres ct évêques déposés dont la sentence de déposition vient à être rapportée; ci. Jugie, op. cit., p, 133134. 3. I~e ministre hérétique ou schismatique. — La ques­ tion devant être reprise à l’art. R4ordinations, il sulllra ici de signaler la grande confusion doctrinale qui règne en Orient depuis le ιν· siècle jusqu’au ix· siècle au sujet de la validité des ordinations con­ férées par des hérétiques. Aujourd’hui encore, l’ac­ cord est loin de régner. Les uns professent l'indul­ gence et, par le système de Virconomia, admettent la validité de telles ordinations : ils se réfèrent aux canons 8 de Nicéc, 71 de Carthage, 95 du concile in Trullo. D’autres penchent pour la sévérité et refusent de reconnaître ces ordinations; ils se réfèrent aux canons des apôtres. 16, 37, 68 el aux canons 1 et 17 de saint Basile. Une théorie a été esquissée sur ce point au ix· siècle par Théodore le Studitc, après Timothée, prêtre de Constantinople. Il distingue trois classes d’hérétiques : les canons apostoliques el ceux de saint Basile ne visent que la première classe, les hérétiques propre­ ment dits, dont le baptême n’est pas conféré nu nom dn Père et du l’ils et du Saint-Esprit. Les hérétiques do la seconde ct de la troisième classe sont plutôt des schismatiques dont l’ordination serait valide. Epist., 1. I. epist XL, ad Saucrutium, P. G., t. xeix. col. 10531057. Photius admet la validité des ordinations faites par des hérétiques, dans son opuscule ΣυναγωγαΙ καί αποδείξεις; cf. I lergenrdther. Photius. Patriarch i»on Constantinopcl, Ratisbonne, t. n, 1867. p. 360. Sc rangent à cet avis, parmi les anciens canonistes byzantins. Démetrios Chomatènc, Responsum HI ad C. Cabasitam, dans I9lra, Analecta sacra, t. vu 1399 ORDRE. RÈGLES CANONIQUES cn|. 630; parmi les modernes gréco-russes, la plupart des théologiens russes depuis le xvm· siècle, tout au moins en rc qui concerne les ordinations nestoriennes, monophysites et catholiques. Voir Bernardakis, Κατήχηοις. 3' edit., Constantinople, p. 178-179; Andrutsos, dans sa Symbolique, p. 329, bien qu’il enseigne le contraire dans sa Dogmatique. La pensée de Macaire, op. cil., p. 197, est assez imprécise : elle semble pencher pour l’invalidité. Très nettement pour l'invalidité sc prononcent les anciens canonistes Zonaras. In can. 68 apostolorum, P. G., t. cxxxvn. col. 176; C. Balsamon, id., ibid., col. 176, et la plupart des auteurs grecs modernes, surtout depuis le décret de Cyrille V, patriarche de Constantinople (1755), imposant de rebaptiser les Latins et les Arméniens. Le serbe Milasch n’a pas sur ce point une doctrine bien précise : il fait dépendre la validité de l’ordina­ tion de différentes causes dont la constatation est assez difficile : foi du ministre, succession ininterrom­ pue jusqu’aux apôtres, gravité de l’erreur propagée par le ministre, etc. Op. cil., p. 387, 409-404. 4. l.c ministre catholique. — Jusqu’au décret de Cyrille V, l’ordination conférée par un évêque catho­ lique, soit de rite latin, soit de rite oriental, était tenue pour valide, tout au moins par les Byzantins. On les recevait dans l’orthodoxie par,une simple profession de foi à laquelle on joignait quelquefois une onction du saint chrême; cf. S. l’étridès, Sentence contre le clergé unioniste (1283), dans les Échos d’Orient, t. xiv, 1911, p. 133-136; Démétrios Chomàtène, toc. supra cit., toi. 625-630; J. Biycnnios, Opera, t. in, édit. E. Bulgans, p. 130. En 1657, Macaire, patriarche d’An­ tioche, interdisait la réordination des Latins; ci. Serge, évêque de λ ialk. Des règles ct devoirs à observer dans la réception des chrétiens hétérodoxes revenant à l'orthodoxie (en russe). \ ialk, 1894, p. 160-161. Depuis le decret de Cyrille V, la discipline grecque est assez variable. En I860, les évêques et prêtres melkites unis passant a l'orthodoxie ont été reçus par le I patriarche de ( onstantinople avec une simple chris­ mation et une profession de foi ; en 1816, Macaire, évêque-uni de Diurbckir. fut reçu en simple laïque et ! réordonné dans tous les degrés de la hiérarchie. Théotokas, Νομολογία..., Constantinople, 1897, p. 3713 i 3· 5. Le ministre anglican. — Sur la validité des ordi­ nations anglicanes, les avis sont partages chez les auteurs orthodoxes. Beaucoup considèrent ces ordi­ nations commes milles. Ainsi, Macaire; cf. Théotokas, op. cit., |u I98«von Maltzev, op. cil., p. cin-cx; Mali­ novsky, op. cil., p. 133. Le Serbe Milasch les rejette, op. cit., p. 103. A plus forte raison encore les rejettent tous ceux qui n’admettent pas la validité des ordina­ tions hérétiques, quelles qu’elles soient. Certains auteurs n’osent se prononcer, tant que l’Église angli­ cane n’aura pas promulgué officiellement sa foi dans le sacrement de l’ordre. Ainsi Sokolov, en plusieurs écrits, mais notamment dans sa Hiérarchie de l'Église anglicane épiscopale (en russe), Serghicv Possad, 1897; Andrutsos, dans un opuscule spécial. Τδ xupcç των αγγλικών χειροτονιών, Constantinople, 1903; Dyobunloti.s, op. cil., p. 164. η. 1 ; et le récent synode de l’Église roumaine, voir Échos d’Orient, t. xxiv, 1925. p 108-109. D’autres enfin reconnaissent ces ordina­ tions comme valides. Ce sont principalement : Ber­ nardakis, op. cil., p. 180; Mélétios IV Metaxakis, patriarche de Constantinople, dans sa lettre ency­ clique d’août 1922, adressée à toutes les Eglises autocéphalcs; Damien, patriarche de Jérusalem, avec son synode, le 12 mars 1923, dans une lettre adressée au primat d’Angleterre. Voir Bell, Documents on Christian unity, p. 97-98; Cyrille', métropolite de Chypre, dans sa lettre au patriarche œcuménique. 1400 2 mars 1923; cf. Bell, op. cil., p. 98-99; voir aussi Documentation catholique, l. xiv, 1925, col. 1021-1022. IX. Ll.S DISI’OSI 1 toxs < VNONIQL’ES les plus impohTANTES CONCERNANT LE SACREMENT DE 1/ORDRE ET Le code traite de l’ordre au 1. ΠΙ. De rebus, tit. vi, can. 918-1011. Il apporte, même au point de vue dogmatique, quelques utiles précisions à la théologie du sacrement de l’ordre, dans le droit latin. 1° Nature de l'ordre. — Sans entrer dans la défini­ tion pioprement théologique de l’ordre, le Code déclare que, par Γinstitution du Christ, l'ordre distingue les clercs des laïques en vue du gouvernement des fidèles et de Pexercice du culte divin (can. 918). Sans justifier l’énumération, le code rappelle la division des ordres en majeurs : presbytérat, diaconat, sous-diaconat, et mineurs : acolytat, exorcistat, lectorat ct ostiariat. 11 faut, en outre, compter la consé­ cration épiscopale ct la tonsure qui n’est qu’une céré­ monie préparatoire aux ordres (can. 949. 950). 2° Du ministre de l'ordination valide. — 1. Le mlnlstre ordinaire de l’ordination est l’évêque qui a reçu la consécration épiscopale (can. 951). Ce canon doit être complété, au point de vue de la discipline, par les dispositions du code relatives à la réception des ordres près d’un évêque notoirement excommunié ou suspens, ou apostat, hérétique ou schismatique. 11 y a suspense a divinis, réservée au Saint-Siège, pour ceux qui reçoivent nu mépris des canons les ordres d’un excommunié, etc..., après sentence décla­ ratoire ou condamnatoire, ou d’un apostat, hérétique ou schismatique notoire : s’ils ont clé de bonne foi, ils s’abstiendront d’exercer l’ordre ainsi reçu jusqu’à ce qu’ils y soient autorisés (can. 2372). · 2. Le ministre extraordinaire est celui qui, sans cire revêtu du caractère épiscopal, peut conférer certains (aliquos) ordres, en vertu du pouvoir que lui donne le droit général ou l’induit particulier qu’il a reçu du Saint-Siège (can. 951). D’après le droit commun présent, le pouvoir de conférer la tonsure et les ordres mineurs appartient : aux cardinaux, non revêtus du caractère épiscopal (mais prêtres comme il ressort du canon 232, 1°), pour les ordinands qui ont des lettres dimissoires de leur propre ordinaire (can. 239, 22°); aux abbés réguliers de gouvernement, prêtres ct régu­ lièrement bénits, pour leurs sujets qui ont fait au moins la profession simple (can. 964, 1°); aux vicaires el préfets apostoliques, aux abbés ct prélats nullius pour leurs propres sujets ou pour ceux qui présentent des dimissoires en règle, pourvu qu'ils fassent l’ordi­ nation sur leur propre territoire et pendant la durée* de leur emploi (can. 957, § 2). Toutes ces conditions sont exigées pour la validité. 3. Du ministre de l'ordination licite. — a) Clercs ordonnés par le ponti/e romain. - Ils ne peuvent, de droit commun, être élevés À un ordre supérieur, sans une autorisation du Saint-Siège (can. 952). b) Consécration des évêques. —- La consécration épiscopale est réservée au souverain pontife, de telle sorte qu’aucun autre évêque ne peut piocédcr à un sacre sans mandat pontifical certain (cnn. 953). 11 y I aurait suspense ipso [ado, réservée au Saint-Siège, pour l’évêque consécrateur, scs assistants, et celui qui est consacré, si le sacre se faisait sans le mandat requis (can. 2370). Dans la consécration épiscopale, l'évêque consécrateur doit être assisté de deux autres évêques, a moins que le Saint-Siège n’ait accordé une dispense (can. 954). r) Ordination des séculiers. — La règle est que l’on doit recevoir les ordres de son propre évêque ; si l’on s’adresse à un autre, il faut présenter des lettres i dimissoires do l’évêque propre. Le propre évêque . doit ordonner lui-même ses sujets, à moins d’un l’ordination. μ-: 10ΠΙ ORDRE. REGLES CANONIQUES empêchement légitime; il lui faudrait cependant un Induit apostolique pour ordonner licitement un sujet de rite oriental (il s’agit, évidemment, d'un évêque latin, can. 955, § L 2). Les vicaires el préfets aposto­ liques, les abbés el prélats nullius, revêtus du carac­ tère épiscopal, sont assimilés à l'évêque diocésain (can. 957, § 1). S’ils n’ont pas le caractère épiscopal, ils peuvent conférer certains ordres, dans certaines conditions. Voir ci-dessus. Qu'appellc-l’on le propre évêque ? C'est, lorsqu’il s’agit de l’ordination des séculiers, uniquement l’évêque du diocèse où l’ordinand a son domicile; si le lieu du domicile est aussi le lieu d’origine, aucune autre condition n’est requise; dans le cas contraire, l’ordinand doit afiirmer par serment qu’il a l'inten­ tion de demeurer perpétuellement dans le diocèse : cependant on ne demandera pas ce serment aux clercs qui ont déjà etc incorporés au diocèse par la réception de la tonsure, à ceux que leur propre évêque ordonne pour le service d’un autre diocèse cl aux religieux pro· fès qui sont soumis pour l'ordination au droit des séculiers (can. 956). » M. A. (lance, Le code de droit canonique, à qui nous empruntons ces indications, fait observer que le code « ne maintient pas les autres manières dont un évêque pouvait être le propre évêque d’un ordinand : 1° origine seule; 2° la possession d’un bénéfice; 3° la familiarité (service de l'évêque pen­ dant trois ans). Sur les lettres dimissoriales. voir Dimissoriales (Lettres), t. iv, col. 1318, en se réfé­ rant à un commentaire du code, pour les modifications survenues depuis la publication de l’article. d) Ordination des réguliers. — L’abbé régulier (profès d’un ordre à vœux solennels), en exercice (de regimine), même s’il n’est pas à la tête d’un territoire nullius, peut conférer à ses sujets la tonsure et les ordres mineurs à trois conditions : que le sujet ait fait au moins profession simple, que l’abbé soit prêtre et qu’il ait reçu la bénédiction abbatiale légitime­ ment. Toute ordination conférée à d’autres ou sans que ces conditions soient remplies serait nulle, à moins que l’abbé n’ait le caractère épiscopal. Les ordres majeurs doivent être reçus de l’évêque du diocèse où se trouve la maison religieuse à laquelle appartient l’ordinand; quelquefois par un autre évêque, dans des conditions que fixe le droit (can. 961. 965, 966), et auxquels les supérieurs doivent se soumettre sous peine de suspense ipso /acto à encourir pendant un mois (can. 967, cf. 2410)· 3° Du sujet de l'ordination. 1. Conditions générales de validité ct licéité. — Pour recevoir validement l’ordi­ nation, il faut être baptisé, du sexe masculin; pour la recevoir licitement, il faut être doué, au jugement de l’ordinaire, des qualités requises par les canons et n ôtre sous le coup d’aucune irrégularité ou empêche­ ment (can. 968, § 1). Celui qui recevrait les ordres sous le coup d’une censure, irrégularité ou autre empêchement, devrait être puni suivant les circons­ tances (can. 2371), en tout cas, il ne peut exercer les ordres reçus (can. 968. § 2). Γη séculier ne peut être ordonné que si son évêque le juge utile ou néces­ saire à son diocèse (can. 969. § 1). L’évêque peut ordonner un de ses sujets qu’il destine à un autre dio­ cèse (id., §2). 11 peut, même sans aucune procédure judiciaire, interdire à scs clercs l’accès des ordres; même faculté pour les supérieurs religieux. Par contre, le clerc ou le religieux peut faire appel de l'interdiction à Home ou au supérieur général, s’il s’agit d’une inter­ diction portée par un supérieur provincial (can. 970). Le (’.ode prévoit ensuite la liberté qu’il faut laisser aux futurs ordinands et la préparation sérieuse, au point de vue intellectuel ct moral, à laquelle doivent sc soumettre les candidats futurs aux ordres (can. 971. col. 2352; cnn. 972, § 1 ct 2; can. 970). 2. Conditions particulières dans le sujet lui-même. — Pour recevoir licitement les ordres, le sujet doit : I· avoir la vocation divine (can. 1353) et canonique (can. 968, $ 1), dont l’Ordinairc est juge (can. 969, J 1); 2° avoir Γintention de s’élever jusqu’à la prêtrise (can. 973); 3° être confirmé (can. 961, $ 1. 1·); 1° avoir une conduite en rapport avec l’ordre à recevoir (can. 974, $ 1, 2·) ; 5® avoir Vdge canonique : le sout-diaconat exige 21 ans; le diaconat, 22; la prêtrise. 21; ces années doivent être accomplies (can. 975); mais on les compte à partir du jour de la naissance (can. 34, § 3. n. 3). Celui qui. de mauvaise foi, reçoit les ordres avant l’âge canonique est sus­ pens ipso jacln de l’ordre reçu (can. 2371). il n'y a pas d’âge canonique directement requis pour la ton­ sure et les ordres mineur»; ces ordinations ne peuvent pas être reçues avant le commencement des études théologiques (can. 976, $ 1 ); G· avoir la science requise : la tonsure après le commencement des études théolo­ giques ; le sous-diaconat, vers la lin de la troisième année de théologie; le diaconat, au début de la qua­ trième; la prêtrise, pas avant le milieu de la quatrième (can. 976. 1 ct 2). Le cours de théologie ne saurait être fait en particulier (can. 976. § 3). mais dans les écoles spéciales et conformément au programme tracé au can. 1365. Recevoir successivement les ordres : les ordinations per saltum sont tout a fait interdites (can. 977); 7® observer les interstices. Voir ce mot, t. vu. col. 2313; 8® avoir un titre canonique. Nous ne pouvons ici qu'indiquer brièvement les espèces di­ verses de titres canoniques : bénéfice, ou, à défaut, patrimoine ou pension ou encore, comme titres supplé­ tifs, service du diocèse ou mission, pour les séculiers; pauvreté, mense commune, congrégation ou similaires pour les religieux. On sc reportera pour les détails ct modalités d’application, au code lui-même, can. 979982, el aux commentateurs. 3. Irrégularités et autres empêchements. — Voir l’art. Ihrégui^kiutés. t. vu, col. 2553-2566. Les empêche­ ments sont étudiés à la col. 2565. Les dispenses et demandes de dispenses, col. 2565-2566. 5° De la préparation à l'ordination. — Après que l’ordinand a fait sa demande à l’évêque ou à celui qui le remplace (can. 992). il doit présenter un cer­ tain nombre de certificats et lettres testimoniales, se soumettre à un examen, faire publier ses bans et enlin accomplir une retraite préparatoire. I. Certificats ct lettres testimoniales. - a) Séculiers et religieux assimilés (can. 961, I·). — Ils doivent apporter les certificats suivants : certificat de la dernière ordination ou. s’il s’agit de la première ton­ sure. certificats de baptême cl de confirmation (can. 993, 1°); attestation concernant les années d’études requises pour l’ordre qu’ils vont recevoir (can. 993, 2°); certificat de bonne vie el mœurs donné par le supérieur de séminaire ou h* prêtre dont ils dépendent (can. 993. 3·). Ils doivent apporter aussi des Ici 1res testimoniales données par les ordinaires des lieux où ils sont demeurés assez longtemps pour pouvoir y contracter un empêchement canonique (can. 993, 1°); s’ils sont religieux, des lettres testi­ moniales de leur supérieur majeur (can. 993. 5°). A partir de l’âge de la puberté (1 I ans), le temps pen­ dant lequel un ordinand est censé avoir pu contrac­ ter un empêchement canonique est. régulièrement, une durée de trois mois (moralement) continus, pour les soldats, et pour les autres, de six mois; mais l’évêque qui confère les ordres, s’il le juge prudent, peut exiger des lettres testimoniales même pour un séjour plus court, et pour le temps qui a précédé la puberté (can. 991, § 1 ). Si des difficultés (qu’énu­ mère le § 2) empêchent l’évêque d’obtenir des rensei­ gnements suffisants, il pourra au moins faire prêter 1403 ORDRE. RÈGLES CANONIQUES 1404 à l’ordinand un serment supplétif. Enfin, si après L’évêque doit être informé que la retraite a été avoir obtenu d’un diocèse les lettres testimoniales faite; dans ce but, un certi tient lui sera fourni par le et avant d’avoir reçu l’ordination, l’aspirant aux supérieur de la maison où l’ordinand a fait les exer­ ordres fait un nouveau séjour dans le même diocèse, cices ou, s’il s’agit d’un religieux, par leur propre il lui faut dc nouvelles lettres testimoniales de l’Ordi- supérieur majeur (can. 1001, § 4). nairc du lieu (can. 99-1. § 3). Ceux qui reçoivent les 6· Des rites et cérémonies de l'ordination. — Le rode ordres sans ces lettres testimoniales sont punis selon précise ici peu de choses : tout d’abord il est clair les circonstances (can. 2374); l’évêque qui a conféré que le pontifical doit être suivi scrupuleusement; les ordres à l’un de scs sujets, sans lettres testimoniales, il n’est permis pour aucun motif de supprimer ou encourt ipso jacto la suspense d’un an de la collation d’intervertir quelques-uns des rites de l’ordination (can. 1002). des ordres, résers éc au Saint-Siège. b) Religieux ordonnas avec lettres dimissoria les des Le ministre même dc l’ordination ou de la consé­ supérieurs. — C'est le supérieur qui doit donner les cration épiscopale doit célébrer la messe dc l’ordina­ tion ou dc la consécration (cari. 1003). attestations requises, savoir : que ce religieux a fait profession, qu'il fait partie d’une de ses maisons reli­ Si un ordinand, déjà promu ù quelques ordres dans gieuses. qu’il a fait les études exigées et remplit un rite oriental, obtient du Saint-Siège la permission toutes les autres conditions dc droit (can. 995, § 1). dc recevoir les ordres supérieurs dans le rite latin, Avec dc telles lettres dimissori aies, l'évêque peut il doit d’abord recevoir dans le rite latin les ordres ordonner licitement sans autres témoignages (can. 995, qu'il n’aurait pas reçus dans le rite oriental (can. 1004). 5 2). On sait que les rites orientaux n’ont pas tous les ordres 2. Examen. — Un examen préalable sérieux est mineurs. Tous ceux qui reçoivent un ordre sacré sont obligés exigé (can. 996, § 1). il doit porter, pour tous les ordi­ nands, sur l’ordre à recevoir (can. 996, § 1) et. pour dc communier à la messe même de l’ordination ceux qui doivent être promus aux ordres sacrés, sur (can. 1005). 7° Temps d lieu de l'ordination. — 1. Temps. — Li les autres traités dc la théologie (can. 996. § 2) que consécration épiscopale doit être donnée pendant la l’évêque détermine lui-même (can. 996, § 3). L'évêque messe un dimanche ou un jour de fête des apôtres. doit aussi préciser la méthode dc ces examens et die natalitio (can. 1006, § 1). Les ordres majeurs devant quels examinateurs on doit les passer (can. 996, doivent être conférés pendant la messe l’un des six § 3). En principe, c’est l’Ordinaire du lieu à qui revient samedis liturgiques : samedis des Quatre-Temps, de droit l’ordination qui doit faire passer cet examen samedi avant la Passion, samedi-saint (can. 1006, (can. 997. $ 1). S’il s’agit d’un sujet étranger, muni de 5 2). Toutefois, pour une raison grave, l’évêque peut lettres dimissorialcs régulières attestant que l’ordinand a subi l'examen requis et a été jugé digne dc conférer les ordres sacrés un dimanche ou un jour de fête de précepte (can. 1006, § 3), c’est-à-dire l’un des recevoir les ordres, l’évêque peut s’en remettre à cette attestation, ou. s’il le juge à propos, examiner le c an­ jours de fête imposés par le droit commun (can. 1247, 5 l)à l’Églisc universelle et aussi, seil)blc-t-H. aux jours didat et, en cas d’insulhsance, il ne doit pas l’ordonner de fête supprimée. Les ordres mineurs peuvent être (can 997,|2), 3. Publication des bans. — Les noms dc ceux qui conférés le matin, tous les dimanches et tous les jours dc fêle double (can. 1006. § 4). La première tonsure doivent recevoir un des ordres sacrés, ή l’exception peut être conférée tous les jours el à n’importe quelle des religieux à vœux perpétuels, doivent être publiés dans leur église paroissiale (can. 998. § 1). un jour dc heure (can. 1006, §4). Ces règles s’imposent à l’évêque latin qui ordonne fête dc précepte à la messe solennelle ou à un autre jour et à une autre heure où l’église est plus fréquentée un clerc dc rite oriental, et réciproquement, à l'évêque (can. 998, § 3). L'évêque peut, s'il le juge prudent, oriental qui ordonne un clerc de rite latin (can. 1006, § 5). Chaque fois qu’il faut réitérer l’ordination ou dispenser dc cette publication ou lui substituer l’aflisuppléer quelque rite soit absolument, soit sous condi­ chage public pendant quelques jours comprenant au moins un jour dc fête (can. 998, § 1). La publication tion, on peut le faire secrètement et en dehors du vaut pour six mois, à moins que l’évêque n’en juge temps canonique (can. 1007). autrement (cari. 998, $ 3). Tous les fidèles sont obligés 2. Lieu. — L’évêque qui confère les ordres doit le de révéler, avant l’ordination, à l’Ordinaire ou au faire sur *on propre territoire (can. 1008), cl dans son curé, les empêchements aux ordres qu’ils pourraient église cathédrale, tout au moins pour les ordinations connaître (can. 999). Enfin, le certifient de publica- ! générales de l’un des six samedis (can. 1009, § 1). En lion doit être transmis à la curie (can. 1000, § 1). Il I dehors dc la ville épiscopale, il faut choisir l’église la est toujours loisible à l’Ordinaire défaire des supplé­ plus digne. Dans l’église cathédrale, les chanoines ments d'enquête près de personnes dignes de foi, et doivent y assister; dans une autre église, le clergé dc des recherches même privées (can. 1000, § 1 et 2). cette église (tan. 1009, § 1). Les ordinations particu­ L Retraite. — Ceux qui doivent recevoir les ordres lières peuvent être faites dans d’autres églises que mineurs ou la tonsure doivent faire au moins trois la cathédrale, ou dans un oratoire de l’évêché, du jours de retraite; ceux qui se préparent aux ordres séminaire ou d’une maison religieuse (cnn. 1009, $ 2). majeurs, au moins six jours (can. 10001, § 1). Mais La tonsure et les ordres mineurs peuvent être conférés si l’ordinand reçoit plusieurs ordres majeurs dans une dans des oratoires privés (can. 1009, $ 3). 1 une période de six mois, l’Ordinaire peut abréger 3. Après l'ordination. — Après l’ordination, on ins­ la retraite préparatoire au diaconat, sans pouvoir la crira les noms de tous les ordinands et de celui qui a réduire à moins dc trois jours (can. 1001, § 1). Si conféré les ordres, ainsi que le lieu et la date de l’ordi­ l'ordination est différée au delà dc six mois, une nou­ nation, sur un livre spécial qui sera gardé avec soin velle retraite est nécessaire; si le délai ne dépasse dans la curie du Heu de l’ordination, avec tous les documents relatifs à ces ordinations (cnn. 1010, § 1). pas six mois, l’Ordinaire est juge s'il faut imposer ou On remettra à chaque ordonné un certificat authen­ non a l’ordinand une nouvelle retraite. tique de son ordination, el ceux qui auront été ordon­ Les religieux feront leur retraite dans leur propre nés par un autre évêque que le leur avec des cttres maison, ou dans une autre, selon le choix prudent du dimissoriales devront présenter ce certificat à leur supérieur. Les séculiers la feront au séminaire ou dans Ordinaire, pour que leur ordination soit inscrite sur une pieuse maison, religieuse ou non, désignée par i le livre spécial à conserver aux archives (can. 1010, l’évêque (can. 1001, § 2). 1405 < » R I) K E § 2). Enfin, l'ordination de chaque sous diacre devra être notifiée au curé de la paroisse où il a été baptisé, afin que celui-ci mentionne son ordination sur l'acte de baptême. Celte notification est faite par l’Ordinaire du lieu s’il s’agit de séculiers, par le supérieur majeur, s’il s'agit de religieux ordonnes avec ses lettres dimissoriales (can. 1011 ). A. Michel. OREGGI Augustin, né en 1.577 à Santa-Sofla, en Émilie, de parents d’humble condition, fut envoyé ù Rome vers l’âge de 17 ans pour y suivre les cours du Collège romain; Il y fut remarqué par Beliarrnin â la suite de deux incidents qui avalent fait sen­ sation parmi la gent écolière : Orcggi avait échappé miraculeusement aux cornes d’un taureau sauvage, et héroïquement aux poursuites d'une femme dc mauvaise vie. Ayant terminé brillamment ses études, et conquis le même jour ses doctorats en philosophie, en théologie cl en l’un el l’autre droit, Il fut nommé chanoine théologal de Faenza, s’attacha dès lors au service du cardinal MafTco Barberini, qui était légat de Bologne; il apprit à ce moment le grec au point de pouvoir traduire el commenter Aristote. En 1623. MafTco Barberini devient pape, sous le nom d’Ur­ bain VIII; il appelle son théologien avec lui à Rome, le fait consulteur du Saint-Office et des Rites et cha­ noine de Saint-Pierre; l’emploie â des affaires impor­ tantes el finalement, le 28 novembre 1633. le crée cardinal prêtre du litre dc Saint-Sixte. Les cardinaux, sortant du Consistoire, en apportèrent la nouvelle au cours d’une discussion théologique qu’Orcggi soutenait contre le P. César de Bosco, S. J. La discussion, sans émotion apparente, se poursuivit pendant plus d’une heure. Urbain VIII avait aussi nommé Orcggi archevêque de Bénévent. Quant on connaît l’emploi de son temps, on peut comprendre que ce grand homme (l’Églisc fut considéré comme l’un des pasteurs les plus zélés et ù la fois l’un des plus solides théologiens de son époque. Il prenait très peu dc sommeil. Dès le grand malin, il donnait deux heures au moins à des travaux théologiques; à table il lisait ou se faisait lire saint Thomas, Tolet, Baronius, ou les conciles, pres<|ue chaque jour il faisait le catéchisme ou une exhortation dc piété Λ scs serviteurs; sa maison était réglée comme un cloître. H se plaisait ù parcou­ rir son diocèse el â réunir de grandes troupes d'en­ fants, qu’il catéchisait lui-même avant dc leur admi­ nistrer le sacrement dc confirmation. Le savant était d’une piété oxqulse. 11 mourut ù Bénévent le 12 juil­ let 1635, et fut inhumé dans sa cathédrale. (Euvrcs : Explicatio Aristotelis dc rationalis aniniir immortalitate, Rome, in-4®, 1631, et in-16, 1632; De Deo uno el trino, Rome. 1630, De Deo uno. De individuo SS. Trinitatis mysterio, Rome. 1630; De sacrosancto incarnationis mysterio, Rome, 1633; De angelis et opere sex dierum, Rome, 1632; Dc ecclesiastica hiérar­ chie, dans le t. iv de la Ribliothcca pontificia de Roccaberti; Opera, Rome, 1637 et 1642. ORESΜE 1406 p. 611, note. En 1318, Nicole était étudiant en théologie; en 1356, déjà docteur en cette discipline, il devient grand-maître au collège dc Navarre dont Il avait d’abord été boursier; au cours des années suivantes il reçut divers bénéfices : le 23 novembre 1362 un canonical ù Rouen, le 10 février 1363 un autre à Paris, avec une demi-prébende. Le 18 mars 1364 (et non 1361 comme on l’a toujours écrit), il dévient doyen dc la cathédralcde Rouen; il dut alors résigner sa charge île grand-maltrc dc Navarre; cf. Launoi, Regii Xavarnv gymnasii Parisien, his­ toria. part. I. I. I, c. ix. Opera, t. iv a, p. 323· Mais ces titres successifs ne l’empêchent pas dc résider dc façon continue A Paris; divers documents des années 1361. 1371. 1372, 1375 le montrent comme professeur de théologie en exercice. Voir Chartul. I univers. Pans., t. ni. p. 115-123, 193, 204-205, 224223. A ces mêmes moments on le voit en grande faveur a la cour du roi Charles V. Si l’on ne peut dire proprement qu’il ail été le précepteur » de ce souve­ rain, il a été du moins son conseiller très écouté et, comme dit un historien du temps de Charles \ IL « l'instructeur » du roi en philosophie et en religion. C’est sur l’ordre de la cour de France qu’il se rend en Avignon â Noël 1363, pour détourner Urbain V du projet caressé par celui-ci de rentrer à Rome. Charles V récompensera Nicole Oresme dc scs bons ser­ vices en le faisant nommer, le 3 août (et non Je 16 no­ vembre) 1377, évêque de Lisieux. (L’est dans cette ville que le prélat passera ses dernières années; il y mourut le 11 juillet 1382. VoirEubel, Hicrarchia cathol. Medii Ævi, t. 1, p. 317. Nicole Oresme est un des plus brillants et des plus complets représentants de cette première renais­ sance qui, dans la deuxième moitié du xiv® siècle. I s'affirmait â l’université dc Paris et trouvait Λ la cour de Fiance de précieux encouragements. Avant d’être théologien. Oresme exerça à la faculté des arts une influence considérable et il ne fut pas étran­ ger au développement d’une curiosité scientifique qui se déploya dans les domaines les plus divers; passé ! à la théologie, le maître continua à s’intéresser à de multiples questions qui nous sembleraient aujourd’hui passablement étrangères aux sciences ecclésiastiques. 11 est malheureusement regrettable que l’œuvre de Nicole Oresme n’ait clé ni publiée, ni étudiée comme elle le mériterait. Les quelques coups de sonde donnés pur les chercheurs modernes permettent néanmoins de se faire une idée de In haute valeur scientifique du personnage. Mathématicien des phis distingués, Oresme occupe une place honorable dans l'histoire de cette discipline. Max. Curizc a donné de ses travaux, imprimés el inédits, une description exacte : Die mathemahschcn Schri/tcn des Nicole Oresme, Berlin. 1870. C. Cantor, dans son histoire des mathématiques, relève toute l’importance dc ses écrits : Vorlesungen liber die Geschichte der Mathcmatik, t. n, 1892. p. 116125. P. Duhrm surtout a montré le rôle de précur­ seur qu’a joué Oresme. Précurseur de Copernic, Oldoinus, Dt uilis pontificum, t. iv, p. 591; Egtfs, Purpura Oresme montre, dans son Traite du ciel et du monde, docta, t. m. 171 I. p. 353; Moronl, Dizlonario di eruditione qu'il est possible d’admettre le mouvement diurne slorico-rcitrsiastica, t. xux. P· 87; Hurter, Xomcnctalor, de la terre, et cela par des arguments dont la clarté t. m. 3* édit., col. 650. I*. Βοννλμο. el la précision dépassent de beaucoup ce que Coper­ ORESME Nicolo (t 1382) Bien qu’il alt ! nic a écrit sur le meme sujet; cf. Un précurseur fran­ joué à la cour de Charles \ dc France un rôle consi­ çais de Copernic, Nicole Oresme (1377), dans Revue dérable, ce personnage n'est pas bien connu. Il est générale des sciences. 1.5 nov. 1909; voir, du même, une Normand d’origine, sans que l’on puisse dire avec note dans Archivum /ranciscanum historicum, 1913, certitude s’il est né Λ Allemagne, petit village près i t vi, p. 23-25. Précurseur de Descartes, le maître dc Caen. La date dc sa naissance ne peut être fixée de Navarre invente la théorie des coordonnées rec­ qu’approxnnalivcmenl, autour de 132.5, Dcnlflc a tangulaires el pose ainsi les fondements de la géomé­ réussi Λ préciser quelques-uip des points de son curri­ trie analytique. avec une claire vue de ce qu’a d’im­ culum vitir, Chartul. universitatis Parisiensls, t. n, portant. au point de vue philosophique, ce passage 1407 ORESME de la quantité à la qualité. Celle importante acquisi­ tion est fournie par le traité Dc difjormitate qualitatum (appelé aussi De uniformitate cl difformitate inten­ tionum), contenu dans les mss. lot. 7371, 14 579, 14 500 de la Bibliothèque nationale de Paris. Ce même traité établit la loi des espaces » dans les mouve­ ments uniformément variés que retrouvera Galilée. Sur toutes ces questions, voir P. Duhem, Études sur Léonard de Vinci, l. in. 1913. p. 316-405. On remar­ quera d’ailleurs que c’est en français que Nicole Orcsme traite une partie dc ces questions; son Traité de la Sphère (de Γ Espère, comme il dit) et son commen­ taire sur le Traité du ciel ct du monde d'Aristote lui apparaissent à lui-même comme un véritable cours· de philosophie naturelle -, fort propre à élever l'intel­ ligence dc ses contemporains. Contenus l’un cl l’autre dans le ms. 1083 du fonds français de la Bibliothèque nationale. Le Traité du ciel fail allusion à un commen­ taire sur la Physique d’Aristote. qui esl malheureuse­ ment perdu. Aux écrits de pure mathématique cl de physique se rattachent les traités relatifs à l’astrologie judi­ ciaire, contre laquelle Orcsme prend vivement parti. D’après Ch. Jourdain, le premier en date de ces trai­ tés est celui qui a pour titre : Contra astronomos judi­ ciarios, contenu dans le Paris, lut. 11 380, fol. 100v·, col. 2-101 v°, col. 1. Inclp. : Multi principes ct ma­ gnates noxia curiositate solliciti vanis nituntur arti­ bus occulta perquirere ct investigatione jutura, ad cujus erroris impugnationem ordinavi tractatum qui sequitur. Pour atteindre davantage son but, Orcsme lit une adaptation française fort libre de son premier traite, c’est le Liber de divinacionibus, contenu dans 1rs mss. de la Bibl. nal., fonds français 19 951 et 1350. Voici Vincipit du premier de ces mss. : « Mon intention a l'aide dc Dieu est de montrer en ce livret par expé­ rience, par auttorité, par raison humaine que foie chose mauvaise et périlleuse temporelment est mettre son contente à vouloir savoir ou deviner les aventures ct les fortunes à venir ou les choses occultes par astrologie, par nigromancc, par geomance ou par quelconques telz ars, se on les doit appeler ars. » L’ensemble déborde de beaucoup la question de l’astrologie, ct il s’agit bien, comme le titre l'indique dc toutes sortes dc divinations. Orcsme les condamne toutes, soit au nom du bon sens ct dc la raison onques homme qui sccust la nature des choses, ou qui eut discretion en lui n’y adjousta foi », soit au nom dc la morale. C’est le cas pour la sorcellerie, à la réalité de laquelle l’auteur ne voudrait pas faire objection, ; mais qui se révèle souverainement dangereuse. — En 1370, Nicolas revient sur la question avec beau­ coup plus d’ampleur. Dans le ms. Paris, lut. 15 126 se lit une série de dissertations relatives à la divina­ tion, cl d’abord : Utrum res futurœ per astrologiam possint prtcsciri, fol. 1 r°-39 r°; cette dissertation se termine par les mots suivants : Et sic finitur questio contra divinatores facta anno 1370 quam non feci causa alicujus invidia nec causa apparentia sed ut se corrigant et advertant quos detinuit error de unis(?) quia sirpe in astrologis studui et codices eorum revolvi et cum actoribus conlati et ad experiendum musavl sed ultra quam posuerim veritatem non inveni, igitur vigilate. Aussitôt après commence, fol. 39 r°-80 r°, une nouvelle dissertation dont voici Vincipit : Ut aulem aliqualiter pacificentur animi hominum, quamvis sit extra propositum, aliquorum quit mirabilia viden­ tur causas proposui hic declarare. Orcsme entreprend de montrer que les faits les plus merveilleux s’ex­ pliquent naturellement, sans qu’il soit nécessaire dc recourir ni à l'influence des astres, ni à celle du démon, ni même à la volonté spéciale de Dieu; on trouve en cette dissertation toute la théorie dc la perception 1408 sensible cl de l'hallucination présentée avec beau­ coup de finesse. Au fol. 80 r°, après une brève réca­ pitulation de ce qui précède, les mêmes problèmes sont repris sous forme de questions qui vont jusqu’au fol. 93 v °. A partir du fol. 95 v° (les fol. 93 v°-9| sont restes en blanc), commence la solution des dits problèmes Jusqu'au fol. 156 v*». Suit une table «lu con­ tenu du ms. qui présente chacune des dissertations susdites comme un traité particulier; elle donne les titres suivants : 1. Qiurstlo determinata utrum res jutunv per astrologiam possint priesciri; 2. Rationes et causa· plurium mirabilium in natura; 3. Plura quodlibcta et diversm qumstiones; L Solutiones pnrdictorum problematum. En combattant l'astrologie, c’était l'assainisse­ ment de l’opinion publique à la cour de France que se proposait Orcsme. De même, c’est pour remédier à l’un des abus économiques les plus graves dc son époque qu'il compose son traité : De urigine, natura, jure et mutationibus monetarum, d’abord public en latin ct traduit plus tard en français par l’auteur lui-même sous le litre : Traie! ie de Γorigine, nature, droits et mutations des monnaies, Texte et traduction ont été publiés dès le xvr siècle; latin par Thomas Keet. Paris, s. d., reproduit dans les diverses éditions de la Bibliotheca vet. Patrum, Paris, l. i.x, p. 129; Cologne. I. xiv; Lyon. t. xxvi, p. 226; reproduit aussi en appendice au De rc monetaria de Marquard l’relier, Lyon, 1605; sur l’édition française, voir Brunet. Manuel du libraire, t. v, 5e édit., col. 923-921, et Copinger, Suppl, to I lain* s Repertorium, n. 1531. Jamais autant qu’au xiv· siècle la monnaie n avait été soumise, du fait des princes, à de brusques chan­ gements de valeur. Cela avait commencé sous Phi­ lippe le Bel. mais, sous Jean le Bon, les oscillations dc la monnaie étaient devenues d’une fréquence et d’une amplitude absolument déconcertantes. Dc 1351 à 1360, la livre tournois changea soixante et onze fois de valeur, les cours extrêmes étant représentes par les valeurs respectives de 13 fr. 59 ct de 3 fr. 22. L’administration royale cherchait en ces continuelles mutations des sources dc bénélice, sans s’apercevoir qu’elle ruinait par là toute l’économie du royaume. Des plaintes fréquentes s’étalent déjà fait entendre. Elles avaient été particulièrement vives lors des troubles qui suivirent la captivité dc Jean le Bon, alors que (Charles V était régent. L’est pour détour­ ner le nouveau roi des errements funestes suivis par tous scs prédécesseurs, que Nicole Orcsme composa ce remarquable traité, où, pour la première fois est étudié, en lui-même, le problème monétaire. Les économistes d’aujourd’hui ont été frappés de la netteté et de la force avec laquelle le futur évêque de Lisieux a précisé le rôle cl le caractère dc la mon­ naie. Après avoir fait la théorie générale de cet ins­ trument économique, Orcsme aborde résolument le point capital du débat : voir les c. xiv sq. de la tra­ duction française : « La mutation composée dc la monnaie. Comment le gain qui vient à un prince par la mutation de la monnaie esl injuste. — Com­ ment il est contre nature. El pire encore qu'usurc. Que telles mutations de monnaie ne sont à per­ mettre. — Les inconvénients touchant le prince lesquels s’ensuivent. Aucuns autres touchant toute la communauté. — Ou seulement une partie. — Si la communauté peut faire telles mutations dc monnaies » Et ccttc dernière question amène Nicole Orcsme à élargir encore le débat. La communauté, dit-il, à laquelle appartient la monnaie, peut-elle se dépouiller de son droit et l’abandonner totalement au prince? » Et Orcsme de repousser celte pensée avec indignation : « La communauté, qui naturclleI ment est franche et tend à la liberté, jamais sciein- 1409 O H ES Μ E ORGUEII 1410 ment ne se soumettrait â la servitude ou ne s’abaisse­ volumineux traité De Anllchristo e/ e/uji ministri* rait au jugement de la puissance tyrannique. De même .<07 {Eth. Nie., 111, 10, 11156, 29), dont le ou signale certains traits de l’orgueil, par où sc pré­ pare la définitive élaboration théologique de celle dérivé άζαζονεία est ailleurs traduit par jactantia donnée révélée. (11,7, 1108 α, 21 sq.; S. Thomas, 1. 11, lect. ix; IV, 13, 1. Saint Augustin a proposé de l’orgueil une défi­ 1127 u, 13 sq.; S. Thomas. L IV. lect. xv). Aristote oppose du reste ce vice ù la vertu de vérité et c’est nition désormais célèbre : Quid est autem superbia nisi peroersic celsitudinis appetitus ? Peroersa enim sous le nom de factantia qu’il sera en diet Introduit dans la môralc thomiste : II·-11®, q. cxn. Saint Tho- ; celsitudo est, deserto co cui debet animus inhiercre principio, sibi quodammodo fieri atque esse principium. mas a expressément avoué le défaut de la vertu Hoc fit cum sibi nimis placet. Sibi vero ita placet, d'humilité, d’où sc déduit la notion de l’orgueil, en lu morale d’Aristote cl l’on sait qu’il n’est guère cum ab illo bono immutabili deficit quod ci magis enclin a appauvrir le Philosophe : Philosophus in· I placere debuit quam ipse sibi. De civitate Dei, I. XIV, tendit agere de virtutibus secundum quod ordinantur c. xm, P. L., t. xli. coi. 120. Une telle définition signale ad vitam civilem in gua subjectio unius hominis ad en l’orgueil celle substitution que l’on fait de soi à alterum secundum tegis ordinem determinatur el ideo Dieu, qui est. enefiel. la nature singulière de l’orgueil. continetur sub justitia leguli. Humilitas autem, se­ Cf. ibid., L XIX. c. xn, col. G39 : Sic enim superbia cundum quod est specialis virtus, pnteipue respicit perverse imitatur Deum etc. L’orgueil est un péché subjectionem hominis ad Deum, propter quem etiam spécial, et tellement qu’il se rencontre jusque dans aliis humiliando se subjicit. 11*-ΠΛ, q. clxi, a. 1, des actions d’ailleurs vertueuses; tous nos péchés ne ad 5’ in. Ccs observations nous disposent à mieux procèdent pas de l’orgueil. Dr natura et gratia, xxix,33, entendre le trait selon lequel sc signalera singuliè­ t. xliv, col. 263. Que l’orgueil soit le commencement rement l’orgueil, tomme l’humilité n’est point spé­ de tout péché, ainsi «pie le veut Eccli. (cf. supra), il cialement vertu de la cité terrestre, ainsi l’orgueil faut l’entendre en ce sens que le diable, qui lente de troublera-t-il plus que le bon ordre des hommes entre renverser l’homme, a lui meme succombé a l’orgueil {ibid.); cc péché «le plus a été celui de nos premiers eux ou de l’homme avec soi. Le mot péchés seraient connexes cans l’orgueil. Il veut dite qu’en tout bien que l’homme cherche, ct quand même il le cherche sous la raison propre dc cc bien, le plaisir par exemple ou la richesse, il ne fait que traduire ainsi l'appétit d’une excellence ct perfection pour soi. Cette primauté dc l’orgueil rejoint exactement telle que saint Thomas a dévolu ailleurs a l’amour-propre (Ie-11·, q. i.xxvn, a. 4), par quoi il signifiait I équivalente de l’amour de soi avec 1 l’amour de quelque bien voulu pour soi. Sur cc point, voir M.-D. Roland-Gosselin, L'amour a-t-il tous (es droits? peut-il être un péché? Paris, 1929, c. xm. Avec cela, tout péché est propre â servir formellement les lins de l’orgueil; cl il n’est point d objet désordonné en quoi l’orgueil ne puisse poursuivre formellement une excellent e. En ce cas. le péché commis est prin­ cipalement l’orgueil ct secondairement celui que dé­ finit l’objet. Mais cette considération signale cc qui peut être, non cc qui est infailliblement. La primauté que Γοη vient de marquer est celle qui crée les péchés capitaux. Sont réputés capitaux, les péchés dont l’objet représente une fin notable­ ment séduisante, cl propre a susciter maints péchés ordonnes à la mieux atteindre. Or. l’orgueil est d’une telle nature qu’il n’est point de péché qui ne le puisse servir. 11 vérifie donc la condition requise du péché capital. Davantage, il la vérifie excellemment. Car le» péchés capitaux le sont dans un certain genre; l’orgueil représente une fin universelle. Certains péchés concourent a la fin de l’avarice ou de l’envie : tous les 1428 péchés sont propres â flatter l’orgueil. Et c’est pourquoi saint Thomas, à l’imitation de saint Grégoire (cf. supra), préfère retirer l’orgueil de la série des vices capitaux et le situer dans l’éminence que mérite son influence universelle. Il est le prince des péchés, ct les péchés capitaux ne sont que scs serviteurs* L’insertion de l’orgueil dans la série des péchés capitaux, telle que l’ont adoptée des anciens et des modernes, dissimule la primauté souveraine de ce péché. Dans le système de saint Grégoire cl dc saint Thomas, c’est la vaine gloire el non l’orgueil qui tient rang dc vice capital. Cf. IMI% q. lxxxiv, a. 4, ad 4L,n. 2. Les analyses faites plus haut nous permettent d’exploiter davantage le texte dc Eccli. ct d’entendre avec plus dc force la primauté de l’orgueil traite comme péché spécial. Gar n’avons-nous pas dit que l’aversion y est directe el non pas consécutive? Cette condition confère à l’orgueil la primauté qui revient ù tout cc qui est per se sur cc qui est per aliud. Il est plus parfait péché que les autres péchés. Mais, comme celle primauté est prise du côté de l’aversion, elle ne sc vérifie pas à l’endroit des péchés contraires aux vertus théologales, ou l’aversion va jusqu’à rece­ voir une valeur objective. Et. si l’on dit absolument que i’orgueil est le premier des péchés, celte pro­ position a le mémo sens el la mémo justesse que celle-là qui énonce l’orgueil comme le plus grave des péchés. ( elle primauté dans l’aversion concerne l’ordre dc nature. Elle peut se traduire en efficience: car il n’est aucun péché où ne puisse conduire le mépris dc Dieu, aucun précepte qu’il ne puisse faire transgres­ ser. L’orgueil délient alors une primauté sur les péchés qu’il cause, en ce sens qu’il accroît leur gra­ vité ex parte aversionis ; ct ccllc-ci se vérifie, selon cc que nous avons dit plus haut, à l’endroit même des péchés contraires aux vertus théologales. Saint Tho­ mas énonce curieusement et fortement celle primauté de l’orgueil, dans l’ordre de la génération, quand il dit qu’entre les péchés graves l’orgueil est le premier : Inter gravia peccata primum est superbia. Iltt-ll®, q. clxii. a. 7, ad 1111,1. Si graves qu’ils soient d’euxmêmes ou par leur cause malicieuse, les péchés que l’orgueil fait commettre reçoivent de ce chef, ex parle aversionis, une gravite· excellente, el que le seul or­ gueil peut leur communiquer. ( f. Cajclan, In //An //,l, q. ci.xii, a. 7. n. ni. Au texte commente· jusqu’ici· semble faire échec le verset voisin : Initium superbia hominis aposlatare a Deo, Eccli , x, II. où l’on fait d’un péché étran­ ger le commencement dc l’orgueil même. Saint Tho­ mas règle aisément ce petit conflit en interprétant cette apostasie comme l’aversion même loin de Dieu, requise au mouvement d’orgueil ct comprise en lui. Cf. supra. 3. On signale aussi, à la faveur de textes scriptu­ raires ct dc gloses, que l’orgueil se rencontre le premier dans l’éloignement dc Dieu, le dernier dans le retour â Dieu; Il n’y a point lieu de considérer ici l’orgueil comme péché spécial. En revanche, il est vrai que. tant que l’homme s’obstine dans l’orgueil, il est im­ propre à recevoir la grâce; cl l’humilité se situe au principe de la justification : \per modum removen­ tis prohibens | humilitas primum lacum tenet, inI quantum scilicet expellit superbiam cui Deus resistit ct prnbct hominem subditum et semper patulum ad suscipiendum influxum gratin inquantum evacuat in­ flationem superbia·. H*-II·1, q. ci.xi, a. 5, ad 2om. t. Outre les précédentes, l’orgueil possède celte primauté (l’avoir été le premier pèche de l’ange et du premier homme. La thèse en est défendue par saint Thomas, à la suite de saint Augustin, et confoi- 1429 O H GU E IL. El LETS mémcnt ù la pensée traditionnelle (cf supra). L’ana­ lyse est propre ù justifier celle position; cl voici comme saint Thomas y procède. L'ange ne peut pécher qu’en ce qui convient à une nature spirituelle. Derechef, en choses spirituelles, on ne pèche que pour adhérer au bien sans observer la règle du supérieur. Or. c’est pécher par orgueil que de ne point se soumettre au supérieur en cela où Γοη doit se soumettre. Le premier péché de l'ange n’a donc pu être que l’orgueil. D, q. Lxm, a 2. L’homme innocent était ainsi institué que la chair en lui ne pouvait répugner â l’esprit. Le pre­ mier désordre de l'appétit humain ne fut pas la convoitise d’un bien sensible. Il reste que son pre­ mier désordre fut de vouloir démesurément un bien spirituel. Or. l’homme ne l'aurait pas voulu déme­ surément s’il l’avait voulu selon la mesure déterminée par la règle divine. Son premier péché fut donc de vouloir un bien spirituel sans tenir compte de la règle divine. Et c’est là pécher par orgueil. D’où il est manifeste que le premier péché de l'homme fut l'orgueil. 11*11·, <| < i.xm. a. L On voit la parenté de ces deux raisonnements ct que l’orgueil est entendu dans l’un et dans l’autre selon la même signification. Le premier péché de l’ange comme de l’homme fut, dans l’appétit d’un bien spirituel, de ne point observer la règle fixée par Dieu. El cette conclusion se fonde sur ce que l’ange ct l’homme, quoique pour des raisons diverses, ne pouvaient vouloir que des biens spirituels; ct qu’il n’y a pas d’autre manière de commettre un péché, ou du moins le premier péché, à l'endroit d'un bien spirituel, qu’en le voulant démesurément. Saint Thomas tient donc ici pour orgueil une trans­ gression de la règle divine. Il ne peut s’agir manifes­ tement de cette transgression que l’on trouve en tout péché, lequel pour autant ne se change pas en orgueil. Puisque le premier péché fut orgueil, il faut entendre que le pécheur y méprisa la règle di­ vine. Saint Thomas l’énonce des premiers parents : Uterque sibi inniti voluit contempto diuinir reyultv ordinc. IP-ll·1’, q. clxiii, a. 2. Que l’ange el l’homme aient méprisé la règle di­ vine, il semblerait que cela signifiât un objet mauvais terminant l’acte de leur appétit. Or. nous savons que le premier péché de l’ange ne pouvait consister dans le choix d’un objet mauvais, un tel choix supposant l’erreur, cl l’erreur ne pouvant précéder le premier péché, I·, q. uni, a. 1, ad lu,n; nos premiers pa­ rents. ù leur tour, par le bénéfice dc la justice origi­ nelle, ne pouvaient se tromper qu’à la condition hommes nés d’Ad; m ne commercent pas infailliblement par l’orgueil leur carrière de pécheurs; car Ils sont destitués de l’ordre de la justice et peuvent entreprendre de pécher selon diverses manières. Les démons ne cessent pas de pécher par orgueil, car en tout ce qu’ils font ils demeurent asservis Λ la lin de ce péché. IMIæ. q. î \ xxix. 6· Les effets de l'orgueil. - Ils sont innombrables. Déjà nous avons signalé les affinités de l'orgueil avec la vaine gloire cl l’ambition, avec la jactame cl la présomption. Mais il n’est pas de péché que ne puisse causer l’orgueil, soil par son aversion, soit par sa conversion, nous l’avons dit aussi. Il sulllra de rcle- 1431 0 KG UE IL. EFFETS 1432 ver ici les plus notoires dommages de cc prince des du mépris divin, est lui-même efiicilcement combattu péchés. par la consideration des misères de l’homme : Quid L’orgueil dispose à l’injure : car ceux qui s’esti­ superbit terra et cinis? EccIL, x, 9, et de l’imperfec­ ment supérieurs méprisent et injurient les autres avec tion des biens mêmes qu’il possède : Omnis caro /crgrande facilité. L’orgueil dispose à la colère : car les num et omnis gloria ejus quasi /los agri. Quasi pannus orgueilleux jugent offensante toute contrariété im­ menstruata· universic justitia- nostra-. Is., xt, 6; posée à leur volonté. Ι1"-1Ι’\ q. lxxji, a. I, ad xiv, 6. Quant aux mouvements orgueilleux anté­ i. l’*m. rieurs à toute délibération rationnelle, on ne peut L’orgueil exclut la miséricorde : car il est prompt espérer en devenir aisément le maître, vu leur carac­ â croire les hommes mauvais et qu’ils méritent bien tère très naturel : est propre à les empêcher une forte les maux qui leur arrivent. IIMl®, q. xxx, a. 2, Vértu d’humilité. ad 3·“. I Une doctrine proprement théologique des remèdes L’orgueil favorise la pusillanimité : car sc croire de l’orgueil a été instituée sur le fondement de textes Incapable d’entreprises auxquelles on suffit en de saint Paul, très remarqués de toute la tradition effet peut procéder d’un attachement excessif à son chrétienne (ci. supra). Car l’Apôtre enseigne que propre jugement. Il peut être orgueilleux de refuser Dieu a châtié l’orgueil des gentils en les livrant aux une charge autant que de la briguer. Prov.. xxvi, 16 : péchés de la chair. Rom. i. 28 sq. Sur quoi le théolo­ Saplentior sibi piger uidetur septem viris loqucntibiis gien observe qu’il est sage de recourir au moindre sententias. I la-Π®, q. cxxxni, a. 1, ad 3ttm. mal pour ôter le plus grand, et que, l’orgueil étant L’orgueil est désobéissant. Il y a lieu de manpier le plus grand péché, Dieu agit sagement qui y remé­ ici la différence exacte de deux péchés, d’ailleurs die par des péchés charnels; d’autant que ces der­ semblables. L’acte de la désobéissance est le mépris niers comportent une honte manifeste, très propre à du précepte; or, il advient que saint Thomas définisse confondre l’orgueilleux enchanté de son excellence. dc meme l’acte de l’orgueil : ...quantum ad interiorem ΙΡ-ΙΓ·', q. clxii, a. 6. ad 3lim. Ailleurs l’Apôtre actum superbia qui est contemptus pnccepti. 1Ι·-ΙΙ·’, confesse ressentir l’aiguillon de la chair, par le des­ q. clxii, a. 2, ad l,,m. Le mépris du précepte peut sein de Dieu qui veut le garder d’orgueil à la suite de s'inspirer en effet soit du dégoût du précepte, soit du si hautes révélations. 11 Cor.J xn, 7 sq. Sur quoi, dégoût d’être soumis à Dieu. Le premier cas se véri­ saint Thomas loue la sollicitude du médecin des âmes fie lorsque, sollicité par l’objet défendu et n’étant et rappelle que Dieu, pour protéger ses élus contre plus retenu dc pécher (pic par la considération du l’orgueil, peut permettre qu’ils tombent même dans précepte, on se delivre dcce dernier lien par le mépris le péché mortel. In //“,n Cor., xn, lect. 3. du précepte; le second, lorsqu'on ne supporte pas 8° Conclusion. — Ainsi nous apparaît la doctrine d’être commandé. On pèche là par désobéissance, ici de l’orgueil élaborée par saint Thomas d’Aquin, et par orgueil. 11 vaut donc mieux dire que l’orgueil sc i dont l'intelligence nous a été rendue plus accessible traduit par des actes dc désobéissance, lesquels de­ en maints endroits par le secours de Cajétan. Celte meurent formellement orgueilleux; plutôt que d’at­ théologie se recommande et par sa fidélité constante tribuer à l’orgueil comme effet le pé-hé spécial de avec l’enseignement traditionnel chrétien et par la désobéissance, Cajétan, In ll*m-H*\ q. clxii, a. 2, sagacité et rigueur de l’analyse rationnelle. n. n. 1. Elle subsiste dans l’enseignement postérieur L'orgueil cause le basphème : car on n’ose injurier et contemporain, mais le plus souvent en des rac­ Dieu que pour s’être élevé orgueilleusement contre lui. courcis qui ne respectent pas l’exactitude ou du moins 1) ne s’agit ici toutefois que du blasphème délibéré : la délicatesse de l’analyse. La plupart des théologiens, car il arrive que l’on blasphème parmi une grande bien qu'ils recensent la classification de saint Gré­ agitation dc l’âme; cl, dans ce cas, la colère en est goire cl dc saint Thomas, en fin dc compte traitent la cause. IP-llM , q. c.i.xm, a. 7, ad lu,n. l’orgueil comme un péché capital. Ils récitent les Nous avons signale déjà l’affinité dc l’orgueil avec quatre espèces classiques, (piilte à les appeler des l'infidélité. On dédaigne de soumettre son intelli­ modes aussi bien que des espèces; et ils omettent gence à l’enseignement dc Dieu, en quoi l’on renon­ l’espèce signalée pur Cajétan. Ils partagent la gra­ cerait à une très précieuse excellence. On refuse pour vité de l’orgueil en mortelle et vénielle selon (pie la même raison de rien apprendre des hommes et l’orgueil est complet et incomplet, mais fondent quel­ l’on rougirait de se faire disciple. Par là. l’orgueil quefois cette gravité sur la nature même de l’un et empêche la connaissance speculative de la vérité. de l’autre orgueil, ex genere suo, plutôt (pie de recourir Mais il en gène aussi la connaissance affective : cl pour la gravité vénielle à l’imperfection de l’acte. saint Thomas n’a garde dc négliger les suggestions Certains observent (pie l’orgueil complet, qui est celui que lui olîrc à cc sujet saint Grégoire (cf. supra). des anges, est rare parmi les hommes : en quoi Les orgueilleux peuvent être hommes très intelli­ ils confondent peut-être le notie subdi i)eo avec le gents et pénétrer le secret des choses : mais en cc processe Deo. Voir : S. Alphonse de Llgori, Theologia cas, ils se réjouissent de leur propre valeur, voyant moralis, I. V, tract. De peccatis, c. ut, club. i; et les qu’ils ont un esprit capable de si rares pensées; cl, manuels de théologie morale, v. g. : Tanqucrey, tandis qu’ils sont abandonnés à ce plaisir, ils tiennent i Synopsis theologia- moralis. De peccatis et vitiis, art. u, leur cœur détourné de la vérité même et ne ressentent § 2; PrÜmmcr, Manuale theologia- moralis, pars ll, dc celle-ci aucune joie. Les humbles, au contraire, lr. v, c vm, a. 1. Quant à l’orgueil incomplet, les à qui il est donné de savoir, considèrent, non la théologiens ajoutent qu’il devient mortel dans le connaissance qu’ils ont. mais la vérité connue : cas où il comporterait mépris notable du prochain ou induirait à quelque péché mortel. et ils rendent grâces à Dieu; bien plus, comparant leur science avec la science dc Dieu, ils estiment ne Lcsslus apporte une contribution originale à la théologie de l’orgueil, parmi un exposé de saint Tho­ rien savoir et ne prennent leur joie que dans la louange mas où il emprunte beaucoup à Cajétan. Car il décrit de la vérité. Cajétan, In //*«-//«, q. clxii, a. 3. le développement de cc vice dans Pâme en huit degrés, n· v. dont le premier est l'amour désordonné de l’excellence 7” Les remèdes dc l'orgueil. — L’orgueil complet e*t facilement évité par la considération de l'excel­ propre, le dernier l'insoumission à Dieu : enrichisse­ le net· divine : nous l’avons dit plus haut. L’amour dé­ ment psychologique d’une théologie jusqu’alors plus sordonné de la propre excellence, fût-il encore innocent soucieuse de la parfaite nature des choses. Sur l’appré- 1433 ORGUEIL ORIENTALE (MESSE) dation morale de l’orgueil, Billuart rapporte (t. vin. diss. VH. a. I.§ 2). non sans les préciser cl ordonner, les opinions de Silvius (Comm, in Sum. theol., q. clxii. a. 5) cl de Navarrus (c. xin, n° 8; cf. Tolcl. De srptem peccatis, c. iv), jugeant mortel l’orgueil pleinement délibéré des deux premières espèces; dans les troisième cl quatrième, l’orgueil ne semble être mortel que pour les matières de grande importance, comme si un ignorant prétendait à l’excellence de guérir les malades ou de plaider les procès, au grand dam du prochain; ou dans le cas d’une singularité gravement méprisante du vulgaire. Une irrévérence grave à l’endroit de Dieu peut aussi sc rencontrer en ces deux dernières espèces. 2. Saint Jean de la Groix a décrit les imperfections des débutants de la vie spirituelle - - d’où se déduit la nécessité d'une purification — selon les sept pé­ chés capitaux. Le premier en est l'orgueil. La nuit obscure de l'âme, I. I, c. n. La substance dc l’exposé est empruntée ù une expérience attentive, sûre cl impitoyable des personnes dc dévotion; et l’on évo­ que devant ces pages les judicieuses et piquantes observations d’un Cassien ou d’un saint Grégoire signalées plus haut. On a alïalre ici avec de l’orgueil authentique, où l’homme recherche sa propre ex­ cellence en matière de dévotion et de vertus, par un travers (pie n’avaient pas manqué de dénoncer les anciens auteurs. Bossuet présente une théologie dc l’orgueil au cours de son Traité de la concupiscence. On y ren­ contre d’exactes définitions, et dans une langue admirable (v. g. : < L'orgueil dont nous parlons consiste dans une certaine fausse force, qui rend l’Amc indocile et Hère, ennemie dc toute contrainte; et qui, par un amour excessif de sa liberté, la fait aspirer à une espèce d’indépendance : cc qui est cause qu’elle trouve un certain plaisir particulier à désobéir, et (pie la défense l’irrite » c. xiv); on n’y doit point rechercher toutes les finesses des discernements techniques. Les parties de la doctrine qui prêtent le mieux à l’éloquence cl à l’invective sont aussi les plus développées; et Bossuet le fait avec une puis­ sance étonnante de pénétration psychologique, mais une inclination prépondérante pour la sévérité mo­ rale. Dès lors, et bien (pi’il ne dise rien que de juste, cet auteur propose une doctrine excessive, et qui n’exprime pas le sentiment authentique de la théo­ logie chrétienne. Pascal a pensé sur l’orgueil. B a dénoncé ce péché comme l’un des excès où verse infailliblement notre nature, sans Jésus Christ, Pensées, éd. Brunschwlg, 527; cf. 521; comme une source de nos misères, 197; comme un caractère inévitable de la sagesse humaine. 160; comme le contre-poids de toutes nos misères, dont il n’est pas une où l’orgueil ne trouve son ali­ ment, 153, 105-107 ; fragments théologiques, au ser­ vice du dessein majeur de l’Apologic. 3. Nos moralistes français n’ont pas manqué de décrire un vice aussi commun (pie l’orgueil. Le théo­ logien doit prendre garde de ne pas dédaigner ces contributions, dont la valeur tient quelquefois à des origines chrétiennes, le plus souvent à la finesse et ù la précision de l'observation humaine. La Bochefoucauld a consacré ù l’orgueil un grand nombre de maximes, et l’on peut agréer la vérité de ces pensées particulières, sans reconnaître la valeur universelle et systématique (pie semble leur donner la rédaction. La distinction de l’orgueil, de la vanité, de l’amourpropre n’est pas toujours sûre chez cet écrivain. En revanche, il abonde sur la nature et davantage sur les elïets de l’orgueil. Vauvenargues a corrigé en cette matière plusieurs maximes du Duc. La Bruyère n’a qu'un mol sur l’orgueil. Mais Joubert a traduit dans 1434 un vocabulaire délié plusieurs menues pensées rela­ tives à ces choses morales. Sur tes mots : E. Littré, Dictionnaire de la tangue française, aux mot* Excellent, Orgueil, Superbe; Forcrlllni, Eexlcon, Prato, aux mol» Superbta, Superbio, Superbus; Λ. Ilcrniant, Xavier ou les entretiens sur ta Grammaire française, c. Erato, p,iris. 192«, p. 143. PÈRES rr ACTFt ns ecclésiastique». — S. Augustin. Dr civitate Del, \. XIV, c xrn, t. xu. col. 129-122; Dr natura et gratia, c. 29, P. /.., t. xuv, col. 263; Enchiridion, c. xi.v, P. E., t. XL, roi. 251; ('jissicn, Dc ternobinrum insti­ tutis, I. ΧΠ. /*. E., t. XI.IX. col. 119 sq.; Collatio V, De oc to principalibus vitiis, ibid., col. 669 »q; S. Benoit, Regula, c. vn. P. E., I. XLVi, col. 372 sq; S. Grégoire le Grand, Moralia,} XXIII. c. VI. χνιι; I. XXXI. c. xi.v; I. XXXIV. c. xxir-xxm, /* E., t. LXXVi. passim ; S. Isidore, Etgmolo· gia', x, P. E., t. lxxxii.coI. 393; Sententia*, I. Π, c. xxxvnr, /*. E., t. Lxxxin, col. 639-610; S. Bernard. Dr gradibus humilitatis, P. E., t. r.i.xxxir. col. 940 *q.; lùidrncr. Elber de sancti Ansclmi similitudinibus, c. xxn sq.. P. E., t. eux, col. 612 sq. Théologien*.—S. Thomas d’Aquin. Qua-st. disp, de malo, q. vm; Sum. throl,, I*. q. Lxin. a. 1-3; Π·-ΙΙ«, q. clxhr. Lxm; et les autre* endroit* cités dans l’article; avec le commentaire de Cajrtnn: IxiMus, l>e justitia et jure, L IV, c. jv, dubit. vin-x; Navnrrus, c. xm. π. 8; Tnlet, De septem peccatis, c. iv; Silvius, Commentaria in Sum. throl., H*-IIr, q. r.i\ii; S. Alphonse de Ligori, Theologia moralis. L V, tract. Dr peccatis, c. 3, dub. 1, éd. Gnudé. t. n, p. 752-753; et les manuels de théologie morale. Divers. — S. Jean de la Croix. Ea nuit obscure de Tûme, I. I, c. n; Bossuet. Traité de la concupiscence ; Pascal, Pensées ; Ln Rochefoucauld. Maximes. coll, des Grands écrivains dc la France, t. I, max. 33-37, 173, 225, 228. 234. 239. 251. 267. 281, 2X5, 358, 150. 462, 463, 563, 568, 5X9, 601; Réflexions diverses, p. 315 (le* corrections dc \ auvcnargues sont citées dan* cette édition); I-a Bruyère, Iss caractères. Des biens de fortune, coll, des Grands ècriimius de la France, n· 57. t. I. p. 261; Jout>rrt. Pensées, titre v. 89-97, et les autre* ouvrages cités au cours de l’article. Th. Deman. ORIENTALE (MESSE). —Le but de cet arti­ cle est exclusivement de décrire la messe, telle qu’elle est célébrée aujourd’hui dans les difTérentes liturgies orientales. On laissera donc aux publications spé­ ciales relatives ù la liturgie les questions parfois fort difllcilcs qui sc rapportent ù l’origine et au déve­ loppement des diverses cérémonies et l’on n'insistera sur les rapprochements entre une liturgie cl les voi­ sines, (pie dans le cas où tes rapprochements sont tout à fait obvies. Pour cc (pii est dc l’état primitif des liturgies orientales, l’essentiel a été dit a l’art. Mi ssi (dans la liturgie), t. x.col. 1345-1365.— L Géné­ ralités. IL La messe dans le rit antiochicn (col. 14 10). HL La messe dans le rit byzantin (col. 1 165). IV. Lu messe dans le rit alexandrin (col. 1 176). V. Conclu­ sions (col. 1485). L (»! xéhalités. — 1° Différences avec les liturgies latines. Il ne nous appartient pas de soulever le problème si intéressant et si débattu de la correspon­ dance que pourraient avoir ces liturgies entre elles; mais les divergences peuvent se ramènera deux points principaux : la composition dc la liturgie, et les paroles de la consécration. L Le calendrier a guidé la composition des litur­ gies latines; c’est pourquoi on trouve le temporal et le saiictoral, avec des parties qui varient d’un jour à l’autre. Outre les lectures, ce sont les oraisons, les préfaces, les secrètes; ce sera l’omission du Gloria ou du Crrdo. Au contraire le canon est invariable, sauf quelques légères exceptions. Dans les liturgies orientales, la composition de la messe est indépendante de la fêle des saints ou du calendrier. Il est vrai que dans quelques rits on trouve une hymne propre ù la solennité, mais qui n’est pas obligatoire, et l’on peut se servir tous les jours 1435 ORIENTALE (MESSE). GÉNÉRALITÉS de l'hymne commune. — Aussi, dans les liturgies orientales, à l’exception des lectures, la messe des catéchumènes est invariable; par contre l’anaphore — partie correspondant au canon de la messe romaine — l’anaphore varie. Le célébrant peut choisir, ad libitum, une des anaphores du rit. Toujours dans le même cadre ct avec le même thème, les différentes parties de l’anaphore ont un développement plus ou moins I grand. Le nombre des anaphores varie d’un rit à l’autre. La liturgie arménienne n’en a qu’une, alors que les jacobites en possèdent plus de cent. , 2. Quoique toutes ces anaphores soient différentes, cependant le récit de la cène et les paroles de la consé­ cration sont toujours empruntés à saint Paul, I Cor-, xi, 23, in qua node tradebatur..., alors que les latins sc sont servis de la formule '.quipridie quam pateretur... A la fin de la consécration du pain, on ajoute, en Orient,·quod datur vobis in remissionem peccatorum d in vitam idernam. Amen. Voilà le second point de divergence entre les deux liturgies. O sont là deux points distinctifs; si l’on en tient compte, on peut sans trop de difficultés distinguer une liturgie orientale d’une occidentale. Si l’une des liturgies a perdu avec le temps la formule primitive en adoptant l’autre, cela ne change en rien sa nature : ainsi trouve-t-on dans quelques manuscrits de la liturgie mozarabe, la for­ mule orientale, comme on trouve le pridie... dans les liturgies maronite, chaldéenne ct syro-malabnrc; cf. art. Μοζαηαπε (Liturgie), t. x, col. 2510. 2° Nombre des liturgies orientales. — Ces caractères communs aux liturgies orientales ne s’appliquent pour­ tant pas à une liturgie unique. En effet, en Orient, on est en face de deux grandes familles liturgiques : la liturgie d'Antloche-Jérusalein et celle d'Alexandrie, toutes deux antérieures au iv· siècle. Chacune formera dans la suite plusieurs types de liturgies que nous appelons rit. (Cette trans­ cription du mot rit sera même maintenue au pluriel pour établir une distinction entre rite, mot réservé dans cet article pour désigner les cérémonies litur­ giques par exemple : les bénédictions, la messe, etc., et rit, type d’une famille liturgique : exemple : le rit arménien, persan..., etc.) Dans la liturgie d’Antioche on a actuellement trois rits syriaques : syriaque pur ou jacobite, maronite et nestorien ou persan. Cette même liturgie d’Antioche, avec une influence marquée de l’Église de Césarée de Cappadoce, donnera le rit byzantin pur. Quant au rit arménien il a subi la double influence de Césarée et d’Édcsse. La liturgie alexandrine, de son côté, n’a donné que deux rits : le rit copte ct le rit éthiopien ou abyssin. Chaque rit a subi, avec le temps, l’influence des rits voisins et quelquefois cette influence est réciproque. 3e La différence entre les rits orientaux. — Ce qui diversifie un rit d'un autre, ce n’est pas la langue dans laquelle il est célébré. Lu infime liturgie byzan­ tine est célébrée en grec, s la von, arabe, roumain... en français et même en chinois. Elle le fut à un moment, en syriaque. Cf. un manuscrit en cette langue, à la bibliothèque orientale de l’inlvcrsitc Saint-Joseph de Beyrouth (Liban). Le rit n’est pas devenu pour cela, slave, arabe ou syriaque. Ni la liturgie de suint Jacques n'est devenue byzantine pour être rédigée en grec. L’usage de sc servir de deux langues existe dans quelques rits. Les Grecs de Syrie ct d’Égypte sc servent simultanément dans la infime liturgie du grec et de I arabe; les maronites et les jacobites uniates, du syriaque et de l'arabe. Quant aux coptes, ils emploient le copte ct l’arabe. On peut conclure qu’en Orient la question de la langue, dans la liturgie, n’a pas une importance aussi grande qu’en Occident ct que les Orientaux sc sont toujours accommodes à la langue du peuple. 1436 La divergence réelle entre les liturgies eucharistiques consiste dans l’arrangement différent des actes, dons leur omission ou bien dans l’introduction de nouveaux actes. Quant au fond, c’est le développement spécial plus ou moins grand donné à telles ou telles prières, avec les mêmes parties essentielles à toute liturgie. •1° Origine des rits. — Pourquoi cette multiplicité de rits, en Orient, alors qu’au iv siècle on n’avait que deux familles liturgiques ; à Antioche et à Alexandrie? Si nous parlons de la liturgie d’Antioche et de celle d’Alexandrie, il ne faut pas croire, pour cela, que toutes les Églises liliales de l une ou de l’autre métro­ pole sc servaient d’un texte identique; à ce moment on n’avait pas les conceptions strictes de la liturgie, que nous avons, et l’on était plus ou moins libre de modi 11er les prières et les rites. Penser que les diverses communautés avaient un missel approuvé par le métropolitain et identique à celui de l’Église-mère, c’est prêter au ιν· siècle des conceptions toutes mo­ dernes. Celte époque touche à la période où la liturgie était encore improvisée. La divergence est nettement marquée entre An­ tioche et Alexandrie, parce quo ce sont deux métro­ poles indépendantes, ayant eu un passé liturgique à part, et — ne l’oublions pas — ayant eu deux écoles continuellement en lutte. Ce qui amènera dans chaque famille la distinction de plusieurs rits, ce seront principalement les schismes qui ont déchiré pendant trois siècles l’Orient. C’est donc le fait qu’une « nation » a rompu ses rapports avec la nation voisine ou sa métropole ecclésiastique, par particularisme national, à l’occasion d’une con­ damnation fulminée par un concile. La question de l'origine n’est pourtant pas claire pour tous les rits. 5° Classement des rits orientaux. 1. La liturgie d'Antioche. — a) Le rit persan. — L’anaphore de saint Jacques, qui est proprement celle d’Antioche, semble avoir été déjà en usage, dans le texte grec et peut-être syriaque, quand Nestorius fut condamné au Concile d’Éphèsc ( 131 ). L'Église de Perse, dans le demi-siècle qui suivit, se trouva séparée de la catholi­ cité; mais cela n’amena qu'assez lentement la dis­ tinction entre rit antiochien pur et rit persan ou nestorien; car c’est bien tard que l’on trouve l’anaphore des > Apôtres Addée et Maris » révisée par le catholicos Ko yahb III (650), cf. Janin : Les Églises orientales ct 1rs rites orientaux, p. 533-531. Ce rit existe encore en Perse ct Mésopotamie, c’est pourquoi on le désigne sous le nom de nestorien, persan, ou rit des Syriens orientaux. Le nom de chaldéen est réservé à la branche revenue à l’unité catho­ lique, depuis le xvr siècle (1553). Elle garde sa liturgie primitive. La liturgie persane a subi avec le temps l’influence byzantine. On rencontre une autre branche, sur la côte inalabare; cette fois, c'est une influence romanisantc qui s’est exercée sur ce rit. par les missionnaires latins; le synode de Diamper (1599) accentua encore la latini­ sation de ce rit, qui a revu le nom de Sgro-ma la bare. Ct. art. Ni.sTonn.NSE (Eglise). Pour les corrections faites au rit malabare, voir Le Brun, Explication de la messe, t. ni, p. 151 167· b) Le rit jacobite ou syriaque pur. - - En Syrie, la branche restée lldèle au Concile d’Éphèsc (131) était du rit syriaque pur ; elle célébrait sa liturgie en grec, à Antioche, et en syriaque peut-être a Édesse et dans les petites localités. L’hérésie monophysite divisa à son tour cette branche catholique en deux groupes ; les catholicpies, partisans du concile de Chalcédoinc ( 151) et de l’empereur, recevront le nom de - mclkitcs», quant aux monophysites, ils seront nommés, en Syrie jacobites, probablement du nom de Jacques Baradai (f 57K). Ce dernier groupe se servira dorénavant de la 'i 1137 . ORIENTALE MESSE). GÉNÉRALITÉS liturgie de saint Jacques, dans le texte syriaque, cl la conservera assez pure, jusqu’il nos jours; une branche est revenue à la vraie foi au xviii* siècle, tout en gar­ dant sa liturgie primitive. Ses fidèles sont appelés Indifféremment : Syriens catholiques, l’niâtes et même Syriens tout court; le rit est dit rit des Syriens occi­ dentaux, par opposition aux Syriens orientaux, les nesloriens. Ci. Janin, op. cit., c. xin, p. 189 sq.; ci. art. Monophysisme, t. x, col. 221»·-22'» 1. I c) Le rit maronite. — Un petit groupe des melkites de Syrie, cantonné dans les montagnes du Liban, où l’usage du syriaque était exclusif, conserva jusqu’à nos jours, sa foi ct sa liturgie d’Antioche. Ce sont les Maronites. Les croisades d’abord, plus lard l’action de leurs sujets qui allèrent étudier à Koine, celle des délé­ gués du Saint-Siège et «les religieux latins amenèrent une sérieuse romanisation de toute leur liturgie, chose très regrettable à cause de ce mélange incohé­ rent de rites romains cl syriaques; cf. art. Mahonite (L’y/ise), l. x. col. 1 sq.; Hernie des sciences religieuses, 1921, p. 129-439. d) Le rit byzantin. — Les Maronites — on le sait échappèrent au grand schisme d’Orient; ce ne fut pas le cas de l’autre groupe nwlkitc, qui, jusqu'au xn·siècle, avait gardé la liturgie de saint Jacques, même après sa séparation de Rome. Il a fallu, semble-t-il, l’avène­ ment d’un Byzantin au siège d'Anliochc,Théodore 111 Balsamon (entre 1185 el 1191), pour imposer la liturgie byzantine dans le patriarcat grec d’Antioche et de Jérusalem. Son opposition à toute liturgie qui n’était pas byzantine, est très marquée dans une lettre à son collègue d'Alexandrie. Marc II (1195). Λ G., t. cxxxvni, col. 951. Ct. Diet. d'archéol. et de liturgie, arl. Antioche, l. i. col. 212 ». La résidence des patriarches d’Antioche à Constan­ tinople, pendant deux siècles, depuis Jean V (1098), semble encore expliquer le mouvement de byzantinisatlon, dans leur patriarcat. Cf. Diet, d'archéol., t. vi, col. 1607. Chose curieuse, les prêtres grecs de Jérusalem et de Chypre ont gardé un vestige de leur ancien rit antlochlcn, en célébrant la messe, à la fêle de saint Jacques (23 ocL), avec l’anaphore attribuée à ce saint. Dès ce moment le rit byzantin remplaça la liturgie de saint Jacques. Une partie de ces grecs melkites revint à l’unité, tout en conservant la liturgie byzan­ tine, traduite, à un moment, en syriaque, pour les habitants de la campagne et célébrée actuellement, soit en arabe, soit en grec, soit dans les deux langues à la fois. En Egypte, ceux qui ne passèrent pas au monophy­ sisme gardèrent le rit alexandrin en langue grecque. L’influence de Byzance sc lit sentir néanmoins cl tous durent passer au schisme de Michel Ccrulalrc (t 1058). Au début du xm* siècle. ils reçurent le rit byzantin par leur patriarche Marc II, après un voyage de celui-ci à Byzance (1203-1201), cf. Diet, d'archéol., art. Alexan· drie, 1.1. col. 1187 sq.; Diet, d'histoire ct de géographie écriés,, t. n, col. 326. Théodore 111 Balsamon raconte que Marc 11 avait promit d’adopter le rit byzantin dans son Église d’Alexandrie. G’., t. cxxxvii, CO1 621. I Ceux qui sont revenus à la vraie foi sont sous la juridiction du patriarche grcc-cathollquc d’Antioche, qui a reçu aussi le titre de patriarche d'Alexandrie. Nous avons parlé du rit byzantin, en Syrie et en Égypte, comme provenant de Byzance. Mais corn- j ment ce rit s’élail-il formé dans la capitale, ct de quelle famille liturgique descendait-il? L opinion la plus courante rattache ce rit à la liturgied*Antioche. CL Ici art. Lituhoik, t. ix, col. 817; L Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 72 sq. Ce serait une importation faite par les nombreux évêques de Byzance, soit origi­ 1438 naires d'Antioche ou de Césarée de Cappadoce, soit formés à l’école d’Antioche : Eudoxc. Grégoire de Nazlanze, Nectaire, Jean Chrysostome, Ncslorius. En passant par Césarée, cette liturgie a évolué avant d’arriver à Byzance Elle recevra, dans la suite un développement tout particulier qui rappelle la pompe cl la magnificence des empereurs de Byzance. Ce rit sc propagera dans les Balkans cl les pays slaves. Pour dom Moreau, la liturgie byzantine est à l’origine de toutes les liturgies orientales. Dom Moreau. Les liturgies eucharistiques, p. 29. Cette opinion ne semble pas tenir compte des données liturgiques. e) Le rit arménien. ■— Quant a la liturgie arménienne, clic semble procéder de la liturgie de Césarée ct d’Édessc; cela sc comprend a cause de la proximité de ces villes, de l’Arménie. L. Duchesne, toc. cil., p.75, y voit un stade ancien de la liturgie byzantine. Le cachet byzantin est nettement accusé, peut-être plus encore de nos jours à cause des emprunts postérieurs. Elle est en usage chez les Grégoriens ou Arméniens monophysiles cl dans un groupe converti à l’Eglise catholique au xviu· siècle, cf. art. Arménie, L i, coi. 1892 sq . 195i sq. 2. La liturgie d'Alexandrie. — a) Le rit copte. — L’Église d'Alexandrie a sa liturgie propre, entièrement indépendante de celle d'Antioche. Toutefois à partir d’une certaine date, elle a subi l’influence byzantine. Lu liturgie la plus ancienne ct dont on sc sert encore est attribuée à saint Marc; elle a été révisée par saint Cyrille (t III). Lorsque l’Église d’Alexandrie passa, en grande partie, au schisme monophysite antichalcédonien, elle se servait du grec — du moins dans les villes — pour la célébration de sa liturgie. La faction hérétique pour garder son indépendance et marquer son nationalisme ct sa séparation, adopta la langue copte, qui semble avoir été déjà en usage dans la célébration de celle liturgie à la campagne. b) ni éthiopien ou abyssin. — Au ir siècle, l’Abyssinie se convertissait ct venait demander sa hiérarchie à l’Église «l’Alexandrie. C'est ainsi qu elle reçut la liturgie alexandrine, puis le schisme mono­ physile; mais la langue ghez fut substituée au copte. Après plusieurs tentatives «le conversion, une mi­ ni me partie de l’Église copte fut convertie et reçut sa hiérarchie à la fin du xix· siècle· Un groupe abs-ssin ou éthiopien catholique s'est egalement formé; il est encore sous la juridiction d’un délégué apostolique; cf. Janin, op.cit., c. xvn, p. 637 sq. (’.’est par ces deux groupes catholiques que l'ancien rit d’Alexandrie reprend sa place dans l’Église catho­ lique, ‘ 6° Les anciennes anaphores orientâtes. — H ne s’agit pas des très anciennes liturgies orientales, telles que la liturgie des Constitutions apostoliques cl celle de Sérapion, qui ne sont plus du tout en usage et dont on a parlé à l’article Messe. I. x, col. 1316-1365; mais simplement des quelques anaphores encore en usage quoique dans un texte remanié. De l’anaphore de saint Jacques, on possède deux rédactions : l’une syriaque, l’autre grecque. La pre­ mière est en usage dans les rits jacobite, maronite et syrlaipic unlatc. La rédaction grecque ne sert plus qu'aux Byzantins de Jérusalem et tuas, suscipiat Le prêtre baise l’autel et les mystères, ct donne la paix au diacre. Pour ce qui regarde l’origine du baiser de paix, cf. art. Baiser de paix, dans le Did. d'archM. Déjà | on le trouve cité dans saint Paul : Rom., xvt, 16; 1 Cor., xvt. 20. Saint Justin parle de ce baiser, comme d’un acte liturgique. H dit que l’on sc salue mutuellement par le baiser, avant la présentation au président de l’assemblée de la coupe de vin et d’eau. Apol., i, 65; P. G., t. vi, col. 128. Saint Cyrille de .Jérusalem assigne la même place pour le baiser de paix. Cal., xxut, P. G., t. xxxni, col. 1111. Les liturgies orientales avec les liturgies ambrosicnne. mozarabe ct gallicane, ont gardé le baiser de paix avant la consécration. La parole de Notrc-Seigneur semblait designer le moment du baiser de paix : Si ergo offers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia frater tuus habet aliquid advenam te, relinque ibi munus tuum ante altare, et vade prius reconciliari fratri tuo, et tunc veniens offeres oblationem tuum, glorificet sacerdotium tuum in regno munus tuum. Matth., v, 23-21. Sur le baiser de paix dans la messe romaine; cf. art. cælorum, gnitum habeat hoc sacrificium quod oilers proto, Mozahabe. t. x. col. 2529 sq. Le baiser de paix avant pro nobls cl pro loto mundo. Cf. Ltturgia..., p. 11. la communion est atteste par saint Augustin, Cont. Après roratio ad pacem, le diacre proclame : unus­ lilt. Petiliani, 11. xxm, 53, P. L., t. xun, col. 277; quisque det pacem alteri in amore Cliristi. Les fidèles Scrm.. ccxxvu. t. χχχνπι, col. 1101. Innocent I,f se donnent la paix les uns aux autres, en récitant la (401-417) ordonna de donner aussi la paix avant la prière catholique », ainsi nommée parce qu’elle est communion. Epist·, xxv, I. P. L., t. xx, col. 551. Il j faite, aux intentions generales de toute l’Église. semble qu’a un moment le baiser de paix était donné . Pro omnibus catholicis, episcopis, presbvh rh, dinconli : deux fois. Si le baiser de paix, avant la communion» pro vivis... pro defunctis... pro stantibus coram te ncciniatur Inue oblatio. · 1 s* Ion le rit romain, exprime bien la charité des commu­ 1449 OH IENTALE (MESSE). BIT ANT., CONSÉCRATION Le mol · catholicis » désigne non pas les fidèles catholiques mais 1rs patriarches nesloricns qui ont le litre de Catholicos. D'ailleurs dans la liturgie syromalabare, il est remplacé par pro Patriarchis. Les ncstoricns continuent à lire en ce moment 1rs diptyques. — Ce (pie faisaient autrefois 1rs Maronites à l’anaphore de saint Pierre; cf. Missate chaldaicum..., édition de Home, 1591, op. cit., p. 222-221. Le nom de ’ livre des vivants et des morts », que ces liturgies donnent aux diptyques explique le mol même. C’est une liste de saints, en commençant par Notre Sei­ gneur ct la sainte Vierge, que l’on invoque; une autre liste comprend les vivants et les morts, en commen­ çant par les membres de la hiérarchie. Il semble que le diacre faisait cette lecture pendant le baiser de paix, en effet le meilleur moyen d’obtenir pardon pour soi cl pour ses parents et amis, c’est de commencer par demander pardon ct par accorder le pardon aux autres. Le prêtre demande à Dieu d’agréer son sacrifice, et le diacre demande au peuple de prier « dans son cœur ». Après cela le prêtre met de l’encens ct bénit le peuple comme dans la liturgie jacobitc pour commen­ cer le dialogue ct la préface. Le prêtre : Sursum sint mentes vestra·. Le peuple: Ad te Deus Abraham, Isaac rt Israel, rex gloriose. /x· prêtre : Oblatio Deo, omnium Domino offertur. /x· peuple : Dignum et justum est. Le re: Pax nobisciim. Lilurgla apodolorum... Ourmiab, p. 13. Comme il a été dit plus haut la préface est inspirée de Daniel, vu, 10. Les fidèles disent le sanctus : Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Dens potens; plent sunt cadi et terra gloria ejus rt natura ejus substantia* rt honore splendoris ejus gloriosi. I losnnna in excelsis, i losanna lilio David, benedictus qui venit et venturus est in nomine Domini. Hosanna in excelsis. Cf. Liturgia..., p. I L] 1450 férentes anaphores, une formule unique, celle du rit romain; mais il poussa le zèle jusqu’à mutiler i’épiclèse. Tout cela fut fait â l’insu du souverain pontife ct du patriarche qui défendit l’usage de ce missel, pen­ dant deux ans. Cf. P. Dib, Étude sur la liturgie maro­ nite, p. 35-36. La formule maronite dit : accepit panem in sanctas manus et elevavit oculos suos ad te..., à Ia consécration du calice on ne trouve qu’un adjectif : in puras manus suas. Dans l’anaphore maronite de saint Cyrille, de l’édition de 1591, les paroles consécratoires sont à la fols en arabe ct en syriaque. Il était donc libre au prêtre de sc servir de l’une ou de l’autre langue. Ce sont les seules différences que l’on rencontre à ce propos, dans les éditions de Home, 1591. 1716. Le mot sanctificaoil après benedixit, qui était déjà dans quelques anaphores, a été ajouté à toutes les autres. Le peuple répond à chaque consécration par VAmen. Voici l’ancienne formule citée par Mgr Hahmani, Les liturgies orientales et occidentales, p. 320-322. De petites corrections sont introduites pour serrer de plus près le texte original. Nous faisons mémoire. Seigneur, de votre passion... Dans cette nuit oil vous avez été livré aux bourreaux. Seigneur, vous avez pris du pain, dans vos mains pures et saintes ct vous avez regardé le ciel, vers votre glorieux Père et vous (Γ) avez béni t, vous (Γ) avez signé t, vous (Γ) avez consacré, vous (Γ) axez rompu, vous (Γ) avez donné, (i vos disciples, apôtres bienheureux, ct vous leur avez dit : ccd est mon corps qui f est brisé pour la vie du monde, ct donné pour le pardon des fautes ct la rémission des pé­ chés de ceux qui le reçoivent. Prenez et mangez-cn; il «cm pour vous, pour la vie éternelle. Amen. De même sur le calice vous avez rendu grâces f, vous avez glorifié f ct vous avez dit f. Seigneur: ccd (est) le calice de mon sang de la nouvelle alliance qui se répand pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Prenez» buvcz-cn tous; il sera pour le pardon des fautes ct la rémission des péchés ct pour la vie éternelle. Le peuple : Amen. Cf. aussi à la Vaticane, ms. -9, fol. 5. On a bien remarqué, outre cette forme proprement orientale commençant par * Dans cette nuit , que la parole est adressée au Fils. Cela sera constaté à nou­ veau dans la liturgie alexandrine. Voici maintenant quelques-uns des récits de l’insti­ tution que I on trouve dans le rit des Syriens occiden­ taux uniates. Dans l’anaphore de saint Jacques et de saint Jean l'évangelistc : b) Le sacrifice. — a. Le Vere sanctus. Les liturgies orientales — la liturgie gallicane ct mozarabe les imitent en cela - ont cette particularité d’avoir un développement normal, quoique prolixe; le célébrant introduit le Sanctus que les fidèles chantent; cela lui inspire la suite, puisqu’il commence la prière dans laquelle sont insérées les paroles consécraloircs par le Vere sanctus et 11 développe les raisons pour lesquelles on doit glorifier Dieu; suivant les anaphores, il in- 1 ('uni enim suscepturus esset mortem voluntariam pro slstc plus ou moins, sur la création, et il en fait une nobis peccatoribus, ipse immunis n peccato, in ea nocte longue énumération. Cela l’amène à la chute de qua tradendus erat pro vita ct salute mundi, accepit panem l'homme, Λ la promesse d’un Sauveur, à l’annonce des m manus suas sanctas, immaculatas et incontaminatas et aspexit te. Deus Pater, egit gratias t, benedixit f, prophètes, Λ l’accomplissement de cette promesse dans sanctilicavit t, fregit et deilit discipulis suis dicens : le temps. Quelquefois le récit de la vie du Christ est accipite, manducate exeo : Hoc est corpus meum, ilhul plus développé, pour aboutir normalement au récit quod pro vobis ct pro multis frangitur ct datur, in remis­ de la cène. sionem |>eccatorum ct vitam wlcniarn. D’autres fois, comme dans « l’anaphore de l’Église Le peuple : Amen. romaine », du rit maronite, le prêtre sc contente de Similiter etiam ct calicem postquam cenaverunt miscens dire : vinovt aqua et agens gnitias fbenedixit f.ct sanctiflcavit f, Sanctus es Pater qui misisti l'ilium tuum dilectum Do­ minum nostrum Jc.su m Christum. ct dedit iisdem discipulis suis ct apostolis, dicens : Accipite, bibite ex eo, vos omnes. Hic est sanguis meus, illo Testa­ menti novi qui pro vobis ct pro multis cfTunditur et datur in remissionem peccatorum el in vitam ætemam. Le peuple : Amen. (’f. \li.sstde furta ritum Ecrit· site aposloliar Antiochechena Syrorum, rd. 1922, p. 69. ct 109: Henaudot. t. n, p. 31-32. Le nom du Christ suffit pour introduire le récit do la cène. Comme on le verra, ce développement dans la liturgie alexandrine, est coupé par une sorte d'épie lèse b. Les paroles de la consécration. · C’est Λ cause de Le début du récit diffère dans l’anaphore des douze la tendance latinisante qui s’est malheureusement dé­ apôtres : veloppée chez les Orientaux catholiques à partir du xvr siècle, que l’on rencontre dans le rit maronite, des Qui venit et propter nos totam oeconomiam perfecit; In ea nocte qua.·· In manus suas sanctas, et aspexit cadum, modifications regrettables. egit gratias... discipulis suis, apostolis... Cf. AZ/jio/e.·.· cd, Les manuscrits du missel édité à Home en 1591, ont été confiés en dernier lieu au P. Thomas Terra­ cit., p. 129. cing, O. P. Celui-ci non seulement substitua aux mul- ■ A la consécration du calice après benedixit, il est tiples formules consécratoires traditionnelles des dif­ P. Dlb, p. 59 sq. Voir, ibid., les mss. dont les uns con­ tiennent les formules consécratoires el les autres non, et ( f Assémani, ilibludh. orient , l. n. p. 199 sq0; l. ni a, p. 637 où est cité un ordo missir maronite, dans lequel les anaphores de saint Pierre el de saint Sixte 1455 ORIENTALE MESSE). RIT \NT., ÉPICLÈSE 1450 cuin sif et sccurilns Dei Patris o imiuni nostrum clamemus manquent de formules consécnitoircs complètes et de et dicamus 1er : Kyrie eleison. Itemiiidot, t. n, p. .32. même une de Thomas d’Héradée dans le missel L’épiclèse est d’ordinaire adressée au Père ou à Dieu. Jacobite. Actuellement tous les rits orientaux prescrivent au Dans le rit Jacobite et dans la dernière édition (1922, célébrant de dire à haute voix et même de chanter Scharfet, Liban) du missel des syriaques unlatcs, le les paroles de la consécration. - ('.et usage existait prêtre demande renvoi de l’Esprit-Salnt sur lui cl l’assistance et sur les dons pour transformer le pain chez les Francs et les Espagnols d’après Lesley. Cf. art. au corps vivifiant du Sauveur et le calice ou le mélange Mozarabe, t. x, col. 2531. En Orient après la consécration de chacun des élé­ du calice, au sang du Christ. En faisant l’invocation générale le prêtre est A genoux, et les fidèles disent ments, le peuple répond Amen. C’est l’acte de fol au trois fois Kyrie eleison, il se relève pour préciser Γin­ grand mystère qui vient de s’accomplir; cet acte est encore bien plus explicite dans le ni alexandrin, vocation sur chaque don et il y fait f rois signes de croix et le peuple répond : Amen. comme on le verra plus bas. La question de Vamen après la consécration et sa Le prêtre termine l’épiclèse par une oraison indi­ quant bien le but de la transformation; c’est-à-dire conciliation avec la doctrine de l’arcane a soulevé une pour le profit des communiants, pour la rémission des grande controverse, en Occident nu xvn* et au péchés, la purification des Ames et des cœurs et comme xvnr siècle. Le Brun a consacré toute une partie de son ouvrage à celte question, Cf. Op. cit., t. îv, dis­ gage de la résurrection. Comme dans l’anaphore byzantine de saint Basile, sert. XV, Diet. (TarchéoL, t. î, col. 1556-1560. On possède deux textes anciens au sujet de Vamen l’anaphore syriaque du même saint emploie un verbe après l‘< action de grâce », sans parler de toutes les qui, pris au sens strict, signi lie : montrer et non trans­ anciennes liturgies orientales qui le mentionnent expli­ former ou faire; mais des liturgisles le ramènent au sens de : transformer et faire. Cf. art. Epici.èsi:, t. v, citement : saint Justin, Apologie, L lxv, 3; lxvii, 5, P. G., t. vi, col. 427-131. Une lettre à Sixte 11 (f 258), col. 195; dom Moreau. Les anaphorcs, p. 59, note I. L’ancienne édition du missel des syriaques uniates attribuée à saint Denys d’Alexandrie (t vers 265), dit que les fidèles répondent Amen à la consécration. (Home, 1813), et les différentes édifions du missel P. L . t v. col. 97 sq. maronite -excepté pour l’anaphore de saint Jacques — changent la forme de l’épiclèse : le prêtre demande Il sc peut que l’usage de dire à haute voix les paroles la venue de l’Esprit-Saint pour que le corps et le sang de la consécration n’ait été généralisé que par la profilent aux communiants, et leur soient un gage de Novelle 137, c. vi, de Justinien. c. L'anamnèse.— Dans toutes les liturgies, on trouve I/Amen de l’épiclèse se trouve déjà mentionné dans le souvenir de la mort du Sauveur après les paroles de l’anaphore d’Hippolytc. Cf. Orsi : Dissertatio theologica la consécration : c’est cc que l’on appelle en liturgie de liturgica Spiritus invocatione. Milan, 1731, p. 9b sq. l’anamnèse. Sans doute cet usage existe pour obéir Quoiqu’on trouve, dans les liturgies orientales, des à l’ordre du Seigneur, Hoc /aci te in meam commemo­ rationem, que saint Paul relève explicitement : Quoties­ anaphorcs où toutes les prières sacriliclelles (paroles de cumque enim manducabitis panem hunc, et calicem la consécration, anamnèse et épiclèse) sont adressées au Fils, cependant d’une manière générale, et dans les bibetis, muriem Domini annuntiabitis donec veniat. 1 Cor., xi, 25. 2G. liturgies syriaques en particulier, le célébrant, en L’anamnèse dans les liturgies syriaques diffère pour I disant les paroles de consécration, s’adresse au Père : ad te, Dcus Pater. Cf. Kenaudot, op, cit., t. il, p. 31 chaque anaphore; tantôt le prêtre prononce les paroles de saint Paul, a la suite de la consécration, comme en et 20L L’anamnèse, par contre, est adressée au Fils et faisant partie et dans un style direct : meant mortem l’épiclèse, bien qu’üdrcsscc au Père, est en réalité une unnunciabitis, donec veniam; d’autrefois il les intro­ invocation au Saint Esprit. Il semble que les liturgies duit à nouveau : orientales s’adressent à chaque personne de la Irlnilé en particulier. Cela résulte de la théologie orientale Ipse ctinni præccptuin loti cœlui et congregationi qui envisage moins l’unité divine que la Trinité des fidelium per eosdem Apodolos sanctos dedit dicens... personnes. Par appropriation, le prêtre s’adresse au Brnaudot, op. cit, t. ii, p. 205. Saint Esprit, comme auteur du toutes grâces et de toute Ce n’est pas encore l’anamnèse, mais l’introduction sanctification. Mais il est un fait certain, c’est que les à celle-ci par un rappel de l’ordre du Seigneur. L’anam­ anciens ne sc sont jamais pose la question du moment nèse est adressée au Christ par le célébrant et par le de la transsubstantiation (comme Pont fait les Byzan­ peuple à la fols : on commémore le souvenir de la mort, tins); en disant I’cpicICse, ils ont encore moins voulu de lu résurrection, de l’ascension et du second avène­ réserver au Saint-Esprit seul la transsubstantiation. Il ment. Ce dernier souvenir est propre à l’Oricnl et était tout à fait normal, après avoir prie le Père elle semble avoir comme origine le donec veniat. En somme, I-ils. de prier le Saint I -sprit. c’est une récapitulation d’une partie du Credo» e. Les diptyques et lu prière catholique. Il a été dit La seconde partie de l’anamnèse est iinpélratoirc; plus haut que, dans l’anaphore nestorienne des apôtres on demande pardon et miséricorde, pour le péché. Addée et Maris, les diptyques et les litanies sont pro­ Enfin, comme la liturgie maronite parle souvent de la noncés avant la consécration, dans d’autres anaphorcs sainte Vierge, clic ne peut pas ne pas demander l’inter­ entre l’anamnèse et l’épiclèse. au contraire, dans les cession de celle-ci, en joignant son souvenir à celui de anaphores jacoblles et maronites, ils se placent après l’épiclèse. son Fils. d. LVpiclese. — La question de l’épiclèse a élé lon­ Les diptyques ou le livre des vis nuis et des morts · guement traitée û l’article ÊPfCbftSK euchaiustique, se composent de deux listes de noms. D’abord les vivants; ce sont les noms «les patriarches, évêques et t. v, col 194-300. Cf. à la col. 201 sq., l’épiclèse dans autres personnages importants avec kquels on est les liturgies orientales. en communion et pour qui. dès lors, on doit prier. Le diacre prépare l’assistance à l’épiclèse : Anciennement, on attachait une très grande impor­ Quant tembllh est h®c fiora. quum timendum tempus tance au fait d’être nommé clans les diptyques; c’était html, dilecti mei, quo Spiritu* vivu* el sanctus ox cxcchh le signe de communion, de même que la radiation sublimibus doll ad venit, descendit cl Hiabitur super cucluid’un nom dans les diptyques équivalait ù la sus­ n^tuni banc In sanctuario positam, camque wmct i fleat; pension de la communion ecclésiastique Les schismacum Umore et tremore estote, stantes ct orantes. Pnx nobis- HH 1457 ORIENTALE (MESSE). AN \P 110 RES NESTORI EN NES 1458 tées à saint Paul, I Cor,, xt, 23-25 : Dominus Jesus tiques y avaient supprimé le nom du pape; les unlntcs in qua nocte... in meam commemorationem. |’y ont introduit en signe d’union à Home. On trouve la rubrique suivante à la fin de celle Pour ce qui est des morts dont le souvenir est rap­ addition ou bien il (le prêtre) dit ce qui a été écrit dans pelé, In teneur même des textes ne fail pas entre eux tes autres liturgies. » Mais il ne faut pas oublier que les de distinction, suivant qu’il s'agit des saints reconnus comme tels, ou simplement de ceux qui reposent dans manuscrits unissent sans interruption au texte cité plus haut cc qui suit : la paix du Seigneur; mais déjà saint Cyrille de déni salem (t 387), distingue deux séries de noms : les Et propter omnia auxilia tun et gratin* tua* sr//uf(iir. Servi tui humile*, imbecille- et Infirmi qui congregati sumus in nomine tuo, uuneque stamus coram te, rt ncclpicnus cum jubilo formam qua· a te est, laudantes, gloriflc4intrs, ct exaltantes commcmonimus rt celebramus mysterium hoc magnum ct tremendum, sanctum, vivillciins, ct divinum passionis, mortis, scpultune et resurrec­ tionis Domini, ct Salvatoris nostri Jcsu Ghrisll. Ιύι \i\i\r Domini. Spiritus tuus sanctus ct rc. c/L, tement l’édition de Home de 1767. 11 rétablit toute t. u, p. 581-586. Iji traduction présente est empruntée à la liturgie de la messe, en usage dans l’Eglisc de Henaudot avec quelques légères modifications d’après le Perse, en prenant les trois anaphores; comme l’édi­ texte original. tion anglicane d'Ourmiah, il appelle l’anaphorc de Théodore dc Mopsueste, seconde messe et celle de Nés· On a remarqué que les paroles de l'institution ne sc torius, troisième. ’Ires peu de différences entre ces trouvent pas dans l’anaphorc des apôtres Addée et deux éditions catholique et anglicane, en dehors de Maris. Plusieurs théories ont etc émises à ce propos. la radiation des noms des hérétiques et de l’intro­ D’après Le Brun, op. cil., t. ni, p. 272. le célébrant duction de la hiérarchie catholique. Dans la troisième connaîtrait les paroles de l'institution par cœur. Le anaphorc, l’édition catholique ajoute à la prière du I*. Jugic croit qu’elles ont été supprimées sous l’in· vere sanctus : après cum advenisset tempus quo celte fluence de théories relatives à l’épiclèsc, cf. art. Messe, simple phrase : patietur et oflcrctur ad mortem in ca t. x, col. 1328. Dans Part ftpiri i si, t. v, col. 209, le noctc in qua, puis reprend le texte de l’édition d’OurP. Salaviilc semble d’un avis contraire. Cc dernier n’y miah. Aucune différence dans la seconde messe. Voir voit qu’une simple omission dc manuscrit sans aucune ces .textes plus bas. Pour la messe des apôtres ou influence de théories sur l’épiclèse. Les deux auteurs première messe, i) y a une grande différence entre les se fondent, pour prouver chacun son opinion, sur les trois éditions. 11 a été dit plus haut que cette ana­ homélies de Narsaï (1 507) publiées par dont Connolly, phorc se trouve dépourvue des paroles de la consécra­ The liturgical humilies o/ Narsai, Cambridge, 1909. · tion. I.a vieille édition de Home avail emprunté la Mgr Bahmani vient dc contester l'authenticité de ces formule romaine telle qu’elle se trouvait dans le mis­ homélies. Cf. Bahmani, op. cil., p. 318 sq. sel maronite de 1716 et l’avait placée quelque peu L’épiclèsc semble n’avoir rien à faire avec l’omis- h avant le Sancta sanctis (place tout à fait anormale); on a vu aussi que l’édition d’Ourmiah a emprunté slon dans celte anaphorc des paroles dc l'institution. On pourrait alléguer en faveur de l’importance accor­ sa formule textuellement à saint Paul cl l’a pincée sans aucune transition après le Vere sanctus. L’édi­ dée a 1 épiclè c le fail que son début : Venial Domine, tion catholique de 1901 choisit le même endroit mais est écrit en lettres capitales. Mais l’on ne doit pas oublier que les deux autres anaphores ont aussi le pour une formule spéciale. Donc après : cum illis potes­ début de leurs épiclèses écrit de la même manière, tatibus calestibus confitemur libi Domine, elle em­ prunte au Vere sanctus de la troisième messe des bribes bien qu elles possèdent les paroles de l'institution. De plus les épiclèses dc ces dernières anaphores deman­ de textes : Et benedicimus Dca \ crho... jusqu'à ut cos qui sub lege erant redimeret, puis reprend plus loin : dent très explicitement la transformation du pain et du vin au corps cl au sang du Christ, alors (pic l’épi­ et reliquit nobis commemorationem salutis... jusqu'à clèsc des apôtres demande simplement au Père d’en­ (radebatur, accipit panem. Ici elle garde une parile de la formule romaine jusqu’à hoc est .. qu’elle reprend voyer l'Esprit-Snlnt pour bénir et sanctifier cette oblation afin qu’elle soit pour la rémission des péchés. à la troisième messe encore. La consécration du calice Sanctifier veut dire en liturgie consacrer; mais toujours est franchement prise au missel maronite. est-il, que les autres tphlèses demandent à la fois Voici h· récit de la cène dans l’anaphorc de Théo­ et la sancti lient ion et la tranformation des m\stères. dore de Mopsueste : En sol on ne voit pas où placer le récit de l’institu­ Qui cum apostolis suis sjmctls» ea nocte qua traditus est. tion. puisque le Vcre sanctus sc termine normalement. fecit mysterium hoc magnum, sanctum el divinum ; sumen* M ils, d’un autre côté, les deux autres anaphores nespanem in manus suas sanctas, benedixit, fregit dcdltque torlenncs ont les paroles de la consécration et il semble discipuli* suis et dixit : lior est corpus meum quod pro vita mundi fningilur in remissionem peccatorum. Similiter Impossible que le rit ncslorien se serve pour la messe normale d’une anaphorc ne possédant pas l’essentiel. et super calicem : egit gratias, dedit eis et dixit ; Hic est sanguis metis Novi Testamenti er nbhitinnrm liane snnclnrn et sacrificium propiliatoriurn, quod DeoPatri oblatum, sancti fica Ium, completum ct perfectum est per illapsum Spiritus saurii vivi, pro patre n<»irn sacerdote pncclaro, qui Illud obtulit <*t consecravit, rt pro altari Del super quod illatum est, rt pro populU benedicti* qui accedunt rt accipiunt Illud In fide vera, rt hh pro quibus oblatum et consecratum est, iterum Impensius oramus... Ministri Ecclesia·, tremite, quia ignem vivum administra­ tis... Diaconi, rstotr cum tremore hoc trmpnrr sancto, quo descendit Spiritus sanctus, ad sancti liranda corpora eorum qui illud suscipiunt... (.!. Henaudot, np. c//·, t. n, p. 38-39, a. La Irarlinn, la consignation rt la commixtion. — Pendant (pie le prêtre chante un cantique, il fait les gestes correspondant aux paroles qu’il prononce. I.c rite de la fraction est 1res ancien puisque les Actes des apôtres désignent le rite eucharistique par In frac­ tion du pain Souvent les liturgies orientales possèdent une prière que le célébrant récite à cc moment et qui prend le nom de prière dc la fraction; c’cst le cas dc la liturgie syriaque. En divisant Phostlv en deux morceaux le prêtre syrien veut désigner ainsi la mort : la séparation de l’âme ct du corps; il lc> rejoint pour signifier la résur­ rection et l’état glorieux. H plonge une partie de l’hostie dans le précieux sang ct la consigne; avec cette partie imbibée il consigne celle qu’il lient de l’autre main. Six consignations sont requises. Enfin il divise une part feule et la jette dans le calice, c’est ainsi qu’il accomplit le rite dc la commixtion. Les maronites avaient la fraction à cc moment: le missel dc 1591 ct celui dc 1716 Pal lestent par cette rubrique : signat ct frangit; mais les explications placées nu début de l’édition dc 1716 disent que le prêtre ne fait pas, à cc moment, la fraction mais la simule, en lou­ chant l’hostie à différents endroits. Dans les misxels actuels le prêtre sc contente de faire dix-huit signes de croix avec l’hostie au-dessus du calice, cela désigne la consignation ct la commixtion, quant â la fraction. Il la signifie en touchant l’hostie à trois endroits avec chaque main; il a fait dc même à la consécration, en disant fregit. La vraie fraction est renvoyée après l’élévation : elle est confondue avec une seconde frac­ Il est évident que tout ce passage a etc compose tion qui préparait les hosties nécessaires à la commu­ en juxtaposant des textes de saint Paul (Bom., I Cor. nion des fidèles. C’est & ce moment là encore, qu’il cl llebr.) ainsi que de l’évangile de saint Jean. I fait actuellement la consignation el la commixtion Apres la consécration, sc place une prière catho­ avec une particule qu’il laisse tomber dans le prédeux lique : le prêtre demande que son sacrifice. offert pour sang. toute l’Eglisc catholique, soit agréé; il énumère à la Voici le cantique dc la fraction ct dc la commixtion : suite, des intentions plus particulières. l’atrr vcritnlh. coco Filius tuus, hostia libi placita : l’n des points culminants de la liturgie nestorlenne illum suscipe qui pro inc mortuus est, ct per cum esto pro­ est l’épiclèsc; elle commence par ces mots écrits en pitium Susclp« hoc Micrillciiin ex manibus meis, ut mihi lettres capitales : Venial Domine... Dans l’m aphore plncatu* sk, neque reputes mihi peccata, qua· commisi des apôtres Addée el Maris on ne demande pas In eorum majestate tua. Ecco snnguls effusu> super Golgotransformation mais simplement la bénédiction cl la thum ab Iniquis, qui Interpellat pro me : susdpe depreca­ tionem meam propter eum. Quanta sunt delicta men sanctification de l’oblation (d’ui.c manière générale) tanl.'i* sunt miserationes tine : mi pcrpeiidax clementiam pour qu’elle soit un gage de la résurrection el dc la vie éternelle. Cf. Lilurgta..., p. 20. Les deux autres ana­ I mini, pra ponderat etiam montibus quos appendi* In Aspice dcllctn.srd aspice simul Mtcrificlum ur pour les hommes, de ceux qui l’ont ofTcr.c et de ceux pour qui ils l’ont offerte cl gantez-nous sans reproche dans l’accomplissement de vos divins mys­ tères. Parce que a été sancti lié et glori Ile votre nom très honorable et magnifique. Père, Fils et Saint-Esprit, main­ tenant et toujours et dans les siècles des siècles Ainsi soit-il. Charon, op. cit., p. 11-12. Le diacre encense les oblnts, l’autel. l’église cl le célébrant, el chante le ps. l, Miserere. Puis tous deux viennent vers l’autel, le baisent, et le diacre invite le prêtre : // rsf temps de sacrifier au Seigneur... Souvenezvous de nui Seigneur saint. — Pour une élude plus détaillée de 1i prothèse. Cf. Echos d'Oricnt, année 19(10. t. ni, p. 65-78, (Dans le rit arménien, le prêtre récite d'abord le ps. cxxxi, Memento, Domine, David. Le diacre prie cl lotis ensemble disent douze lois : Seigneur ayez pitié de nous, puis le prêtre fait une prière generale au Christ, prêtre éternel selon l’ordre de Mclchlsédech, lui demandant de le purifier cl de le rendre digne de sacri lier, il se revêt ensuite, de ses ornements eu récitant de.* prières appropriées, alors que le chœur chante une hymne rappelant lotis les bienfaits de Dieu depuis la création jusqu’à la rédemption et à la sancti- j ILatiou. Le célébrant récite le ps. xxv, 6-12, Lavabo, en se I ivanl les doigts. Les m dns étendues il demande l'intercession de la Vierge immaculée el Mère de Dieu; se retournant ver·» le peuple le célébrant récite le confiteor qui ressemble fort â celui de la messe romaine; le plus âgé des prêtres assistants lui donne l'absolu­ tion générale; cl le célébrant la donne â son tour, à toute I assemblée. Les clercs demandent au prêtre de se souvenir d’eux, puis ils chantent le ps. xeix. Jubilate l)ro. Le diacre encense le prêtre qui monte doucement les degrés, les bras en croix el psalmodiant avec le diacre le ps. xui. Introibo..., Judica me Deus. A ce moment oa lire le rideau. Si Lolllciant est un évêque, il dit une 1res longue prière qui n’est qu’un développement théologique sur I Esprit-Saint. Celte prière est attribuée a saint Gré­ goire Nareghatzi (951-1003). Cf. Luposlelest. Liturgie de la messe arménienne, p. 8-11. Le célébrant va à l’autel de la prothèse, reçoit du diacre l’hostie (azyme) el la dépose sur la patène puis il met du vin en forme de croix. Les uniates ajoutent quelque* gouttes d’eau. Suit la prière de l’o­ blation qui est exactement celle des byzantins. Cf. plus haut. Le prêtre réelle le ps. xcil. Dominus regnavit, puis il bénit trois fois le calice, en disant chaque fois une sorte d’épidèse : Que le Saint-Esprit descende sur ces dons et que la puissance de Dieu les bmisse : 1468 A ce moment, l’on ouvre le rideau el l’on fait l’encensément des dons, de l’autel et de l’assemblée, comme dans la liturgie byzantine. Le chœur chante une hymne : Triomphe et glorifie-toi, ô Slon, Fille de lumière, sainte Mère catholique·avec tes fils; pare-toi et ornc-t«l, auguste épouse, splendide tabernacle do lumière semblable au ciel : parce que le Dieu oint, l’Etro do l'Elre se sacrifie sans cesse pour t<»i sans être consumé; et pour nous réconcilier avec le Père, pour notre expiation il distribue sa chair et son précieux sang. Par In vertu de ce sacrifice, donne le pardon ù celui qui a érigé ce temple. lui sainte-Église reconnaît et confesse la très pure vierge Marie, comme Mère . 17. L’emploi de l’azyme el du vin sans eau serait, dans le rit arménien schismatique ou grégorien, une affir­ mation du monophysisme. Les catholiques font comme les latins. Cf. art. Azymi . t i. col 2658,] 2° l.a messe des catérhuménes. — 1. La grande litanie diaconale. — \.c diacre fait une longue litanie d’inten­ tions recommandées pour ce sacrifice, et le peuple s’y unit .en répondant Kyrie eleison, après rhaq ne demande. Le diacre : Prions le Seigneur pour In paix du monde entier, pour la prospérité des saintes Eglises de Dieu et pour l’union de tous, pour l’évêque, le clergé... pour le peuple... le roi... l’année... la victoire... la cité... pour obtenir le* biens temporels... Prions le Seigneur, pour les navigateurs... les voyageur*... les malades, les gens qui soutirent... les prisonniers et pour leur salut Λ tous... fx? peuple : Kyrie eleison. Faisons mémoire de la toute sainte, immaculée, bénie par dessus tout et notre glorieuse reine, la Mère de Dieu et toujours vierge, Marie, cl de tous les saints. Heconunandons-nous, nous-mêmes les mis les autres, cl toute notre vie, nu Christ, notre Dieu. 1.c prêtre (terminant par t'éephontse) : Parce (ρΓΛ vous appartient toute gloire, honneur et adoration. Père, Llls et Saint-Esprit maintenant el toujours et dans tous les siècles des siècles. Le charur : Amen. Cf. Charon, op. cit., p. 16-17. 2. Les chants. — Le chœur chaule trois antiennes, les ps. en cl cxlv et les versets des sept béatitudes, el après chaque antienne, le diacre fait une petite litanie d’un thème ordinaire et qui se termine comme la grande. Après la seconde antienne h· chœur chante : Le Fils unique, le Verbe de Dieu, étant Immortel, rl ayant voulu s'incarner dans le sein «le la sainte Mère de Dieu, toujours vierge. Mario, pour notre salut, se ht homme sans cliangcr. Vous fuies crucifié, 6 Christ notre Dieu,écrasant In mort par votre mort, vous l'une «les per­ sonnes de la Sainte Trinité, glorifié avec le Père rt le SuintEsprit, Miuvrz-nous. Charon, <»/>. cil., p. 22. 3. La petite entrée. Le prêtre prend le livre des évangiles et le passe au diacre; précédés par les aco­ lytes et le clergé, ils sortent par la porte nord de Γiconostase; ht procession se déroule dans l’église jtis(|u‘à la porte sainte; le diacre invite le prêtre à prier et â bénir l’entrée, donne à baiser l'évangile au president du chœur ou au prêlre, puis il élève l'évangéliaire. en chantant : Avec sagesse, tenons-nous debout. Venons, adorons tr Christ... Le cortège entre alors au sanctuaire. L Le Trlsagion \ la demande du diacre de bénir le chant du Trlsagion. le prêtre prie Dieu do ,c IL à li suite «l’une apparition céleste, enlevé les mots : crucifié pour nous. Ia* grégoriens en 116. Théophnne, Chronic., L \IV, c. xlvi, P. (i, n’y voyaient pourtant pas une ufTlrmition hérétique, 1. cvm, col. 213 247, el S. Jean Damascene, Dr fuir puisqu’ils remplaçaient cette phase por une antre, orthodoxa, I. III, n. x, P. (i., l xevi, col. 1022; Hah­ suivant les fetes; c'est au Christ que le Tnsagion in mi. op. c/L, p. 151, 395 en note. CL Le Brun, t. n, est adressé : A Noël : qui nous apparûtes ·; le samedi P 353* saint : « enseveli pour nous >; pour l’Ascension : Les lectures. - Le diacre debout devant l’iconos­ monté avec gloire vers le Père ·. A la Pentecôte, il tase annonce : Soyons attentifs. Le lecteur, tourne vers est adressé au Sunt-Esprit : descendu sur les apô­ le peuple, lit l’épllre. Anciennement on lisait une tres ·. Donc, les arménien* rapportent les mots lecture de l’Aneien Testament, actuellement on Ht • crucifié pour nous ·, au Christ seul. Ncrsès IV d’ordinaire un passage de» Actes ou des épltres de (1166-1173) ne voyait dans le maintien de ces mots, s dut Paul, quelquefois des épltre.s catholiques. Cepen­ qu’une question de discipline et de respect pour la dant on trouve des lectures de l’Aneien Testament A piété des fidèles. Cf. E. Dulauricr, Histoire de ΓÉglise quelques dates rie l’année: Pâques... C’est A Pâques arménienne, p. 13; Le Brun, t. ni, p. 115. Cf. art. également que le» Byzantins lisent les livres saints Ahmiînie. I. i, col. 1951-1952. I n des fidèles est invité, après le chant du Trisjdans diverses langues; c’est bien IA un témoignage que l’Eglise est, de droil. catholique. Elle est au-dessus gion, a venir baiser les sa nts livres. C'est le délégué des nations el des langues ou plutôt pour toutes les de l ’assistance : le prêtre le bénit, puis fait une longue nat ions. prière, les bras en croix; quant au diacre, comme dam A la (in de l’épllre le célébrant dit au lecteur : la liturgie de Constantinople, il récite avec le peuple p tir à loi, puis il s’incline pour demander l’intelli­ les «liaconales ou prières litaniques Comme dans la liturgie byzantine, aussi, le prêtre prie aux mêmes gence des évangiles. Pendant ce temps le diacre intentions el termine si prière par une eephonèse. encense l’autel, le sanctuaire, le peuple et le prêtre, I n diacre lit l’épllre. Quelquefois on a Unis lec­ il se présente ensuite avec les évangiles devant le tures de l’Aneien el du Nouveau Testament, d outre* prêtre : Hénisscz, Seigneur, celui qui tut annoncer fuis une seule lecture des épltres ou de* Actes avant l'évangile du saint apôtre et évangéliste. Le diacre, l’Evangile. Le célébrant dit A plusieurs reprises : la précédé de deux acolytes va à l’ambon (ou chaire). Le prêtre : Tenons-nous debout avec tagt^sc. Écoulons paix a tous. A la petite entrée, ou procession autour «le l’autel, l’archidiacre porte solennellement les é\an le saint évangile. Paix A tous. gilcs jusque devant la porte. Alors un diacre avertit Le chaur : Et avec votre esprit. I en grec de sc tenir debout. Les avertissements ordi­ Le diacre: Lecture du saint évangile selon N... Le prêtre: Soyons attentifs. naires terminés, l’archidiacre chante l’évangile. Le Le chœur (avant el après léchant de l’évangile) : Gloire fait de chanter le Credo immédiatement après l’évan­ A vous Seigneur, gloire A vous. éloigne le rit arménien du byzantin pour le rap­ fx· prêtre (nu diacre qui revient de l’ambon) : Paix A toi gile, procher de la liturgie syriaque. C’est l’archidiacre qui qui as annoncé l’Évanglle. CL Charon, oj». cil., p. 31-33. chante le Credo, en elevant l évangéliairv au-dessus 6. Litanies. - Le diacre chante de nouvelles lita­ de sa tête. Voir le texte du Credo, a l’art. Ahmîsif, nies aux mêmes intentions énumérées plus haut Le t. i. col. 19IG. peuple répond A chaque demande par trois Kyrie elei­ Puis un anathème est lancé contre ceux qui nient son. Prions encore pour tous ceux qui offrent des fruits. l’éternité et la consubstantialité des trois personnes. M. Cyrille Charon, op. cit.. p. 31, dit Ace propos et Le Brun, t. ni, p. 156-159. D’après I.e Brun, ibid.t justement : Il y a ici un souvenir des oblations en p. 161 sq.. les arménien* auraient adopte le symbole nature faites dans les premiers siècles de l’Eglise par dans leur liturgie, peu d’années après 486. date de les fidèles, pendant le sacrifice eucharistique. son introduction, dan* la liturgie d’Antioche, par l’n fait très curieux et propre A la liturgie orientale Pierre le Foulon. se présente ici : le diacre occupe les fidèles, prie avec Le diacre récite une nou\elle litanie, pendant que eux, alors que le prêtre fait une prière analogue à voix le prêtre fait le* mêmes demande* A voix basse qu’il basse. qu’il termine par une doxologiv ou eephonèse. termine par l’ecphonèse habituelle. 7. Prière des catéchumènes et renvoi de ceux-ci. — Le prêtre : Que la paix soit avec vous tous. Le diacre invite les catéchumènes A· prier, demande I.< diacre : Qu’aucun de* catechumene* et de ceux «huit aux fidèles de prier pour eux, fait pour eux plusieurs la fol est Imp.irfaUe, qu’aucun des pénltriiU rt «te* impurs demandes avec la réponse du peuple : Kyrie eleison; ne s’approche de ce mystère «lis in. Dulauricr, op. cil., il les invite en tin A Incliner la tête pour recevoir la p. 137 bénédiction. I.e célébrant pendant tout ce temps fait Ici non* rencontrons, outre les catéchumène', la une prière pour eux el la termine par une eephonèse. catégorie des penitent* et de* ciiergumènc*.] Le diacre: Tous 1rs catéchumènes, sortez. !x»s entrehu* 3° Messe des fidèles. - I. Préliminaires. I.e célé­ mènes, sortez, Tous les cntéchuint nés, sortez. Pas un seul brant demande à Dieu de le rendre digne d’ofïrir le «1rs catechu mènes Ici. l.c\ fidèles: Encore et encore prions en paix, le Seigneur. sacri liée pour tout le peuple, a) Le chcroubicon. Ou trouve IA un vestige de la cérémonie elleclhe «lu renvoi «les catéchumènes. D’autres renvois exisNon* qui. mysliqurmcnt, représentons le* chérubin* t dent encore; successivement après les c itéchumèncs, cl chanton* A In vivifiante Trinité l’hymne tr«u* (m* suinte, diacre : Or.itc pro Evangclio. Chaque prêtre baise l’évangile : adoro Evangelium. La lecture se fait à l’ambon. Le célébrant encense encore à plusieurs reprises l’autel, l’évangile et le peuple. Comme pour les autres lectures, le prêtre fait une prière pendant la lecture arabe de l’évangile. La lecture terminée, le diacre présente l’évangile à baiser, d’abord au clergé, puis au peuple. 9. Prières des catéchumènes. — Le prêtre prie pour les m dados, les voyageurs, le roi, les défunts, ceux qui ont fait quelque offrande, pour les prisonniers et les esclaves. Pour la période des crues du Nil.il ajoutera : Me­ mento, Domine aquarum fluminis ct benedic illis, augens Illas juxta mensuram suam. Aux périodes respectives des semailles, de la mois­ son ct de la cueillette des fruits, il fait des prières à ces intentions ct termine pir une prière pour les caté­ chumènes. Memento. Domine, catechumenorum populi lui. mise­ rere eorutn, confirma cos in Ude tua. ct reliquias omnes cultus idolorum aufer nb eorum cordibus; legem tuam, timorem luum. pncccptn tua. veritates tuas ct mandata tua -ilntuc in cordibus eorum; da Illis firmam cognitio­ nem Verbi quo per catcchesln Instituti sunt; utque sta­ tuto tempore digni evadant, lavacro regenerationis, in remissionem peccatorum suorum, pnepara cos, habita­ culum Spiritui sancto tuo, per gratiam. llcnaudot, 1.1, p. 8-9. Le diacre invite le peuple à prier pour chacune de ces Intentions, ou bien il les groupe par trois et invite trois fois : flectamus genua, levate; et le peuple répond Kyrie eleison. Actuellement ces invitations ne sc font qu’en temps de carême, comme le vendredi saint dans la liturgie romaine. Ce n’est pas le seul point de contact entre ccs deux liturgies. Une étude pour relever les traits de ressemblance entre elles est à faire. Mgr Kahmani a donné un essai dans son livre, Les liturgies orientales et occidentales, p. 618-653. Le renvoi des catéchumènes n’existe plus, alors que l’on trouve une longue prière pour eux. Mais le renvoi de tous les non communiants semble avoir existé nor­ malement à cet endroit et par là même la messe des catéchumènes sc termine. 3· Messe des fidèles. — 1. Préliminaires. — Prière du voile. — Cette prière est faite par le célébrant lica : Amplectimini Invicem; qui non communicatis exito:Q tl conn mic ith. amplectimini invicem in pleni­ tudine cordis vestri. Qui communicaturus est custodiat m a malo. Renaudot, t. i, p. 186. Donc, dans le rit abyssin, le baiser de paix est nu début de la messe des fidèles puisque la prière des fidèles vient après. Les avertissements du diacre avant le baiser de paix montrent bien que, dans la liturgie orientale, le baiser est ordonné à la communion comme dans la liturgie romaine, bien qu’il soit placé avant la consé­ cration; en effet les assistants au sacrifice sont les communiants, et la communion est une partie du sacrifice; d’ailleurs les paroles du diacre sont claires ct le montrent assez. 2. L'anaphorr. - Le rit alexandrin avait une anaphore propre, attribuée ù saint Marc ct retouchée par salut Cyrille: à cause de ses relations avec le rit jaco­ bite, il lui en emprunta plusieurs autres, dont il ne conserve actuellement que deux : une attribuée a saint Basile ct qui est l’anaphore la plus usitée, l’autre à saint Grégoire. Quant au rit abyssin, il conserve douze anaphores : une de Notrc-Seigncur, l'une de la s finie Vierge, des Pères du concile de Nicée, etc. ; celle <|ui est la plus communément employée est inti­ tulée : » Anaphore des douze apôtres ». Le Brun, t. n. p. 5G1 sq. Ces anaphores. quoiqu’elles ne soient Intitulées ana­ phore, que depuis le dialogue de 11 préface, ont ccpcn dunt des prières propres pour la messe des fidèles : prière du voile, du baiser de paix. Prélace. — Le diacre invile l’assemblée, à s’appro­ cher, à sc bien tenir, à regarder 1 Orient (l’autel est toujours du côté de l’Orient). Puis commence le dia­ logue commun à la liturgie romaine cl orientale, l’nc variante sc trouve dans le texte arabe qui est très usitée chez les coptes; dans la liturgie de saint Basile, le célébrant demande: «Où sont vos esprits? · La liturgie de saint Grégoire demande: Où sont vos cœurs?» Après le dignum et justum est où le sacrifice universel est rappelé (Malachie, 1. Il) -le célébrant commence une litanie; c’est encore un point caracté­ ristique du rit alexandrin. Litanie. — Cette litanie est propre à l’anaphore de saint Cyrille, pour la place mais non pour le théine; ce sont les mêmes intentions que nous avons vues à la prière de l’encens et à celle des catéchumènes ct 1481 ORIENTALE MESSE). RIT ALEX., CONSÉCRATION des fidèles. D'abord le prêtre fait une courte prière n Dieu en désignant l’intention, le diacre exhorte les fidèles ù prier pour l’intention; alors le prêtre fuit ù haute voix la prière ct le peuple s’y Joint par Je Kyrie eleison. Lorsque h· célébrant arrive au memento des patriar­ ches et évêques, on fait la lecture des diptyques. Le prêtre encense, tandis qu'il récite ù voix basse certaines prières qu’il termine par une ccphonèse. Sanctus. — Le Sanctus est amené normalement: il est récité par le peuple sous deux formes différentes. Le célébrant sc lave les mains en récitant le ps. e, 9 ct 10, xxv, (>, comme dans le rit arménien. Paroles de la consécration. · - Ia* Vcre sanctus, en reprenant le thème du Sanctus amène une prière qui ressemble fort ά une épiclèsc. Imple hoc sacrificium tuum Domine, benedictione qua? n le e*il per illapsum super illam Spiritus tut Mincti f : (le peuple) Arnen : el benedictione benedic t (le peuple ) : Amen : ct puri tient ione purifica t (le peuple) : Amen, hæc dona tua veneranda proposita coram te, hunc panem ct hunc calicem, Bcnaudot. t. i, p. 45. L’anaphore de saint Grégoire est adressée tout entière au Fils, cette prière, aussi bien que les paroles de la consécration ct que la grande épiclèsc. Et le peuple, presque â chaque mot important, dit : Credimus ou Amen; pour mieux manifester sa foi, il répétera trois fois de suite : Amen. Voici les paroles de l’institution d’après l’anaphore de saint Cyrille. Celles de l’anaphore de saint Basile n’en diffèrent que par de légères variantes. ... lùi nocte qun tradidit sc ipsum, ut pateretur pro peccatis nostris, ante mortem, quam propria sua volun­ tate suscepit pro nobis omnibus. Populus : credimus. Sacerdos : Accepit panem in manus suns sanctns, imma­ culatas. puras, beatas et vivificantes et suspexit In exelum, ad te Deum, Patrem suum ct omnium Dominum, et gratins eglt. Populus: Amen. Sacerdos: Et benedixit ilium t» F.* Amen. .S’; El sanctillcavit ilium f. P: Amen. 5 .· Et frcgil Ilium et dédit ilium suis discipulis sanctis, ct apostolis purls dicens : Accipite, manducato ex eo, vox omnes. Hoc e>t corpus meuni quod pro vobis frangitur, ct pro multis tradetur in remissionem peccatorum; hoc facite in meam commemorationem. ■ P : Anien. S : Similiter et calicem post cenam, miscuit vino ct aqua et gratias egit . P : Arnen. S ; Et benedixit cum f. /’ .· Amcn. 5 : Et sanctillcavit cum t. P: \men. S : El gustavit, doditque eum suis pnvclnris, sanctis discipulis ct apostolis dicens : « Accipite, bibite ex eo vos omnes : Hic est sanguis meus novi Testamenti, qui pro vobis enunditur ct pro multis dabitur in remissionem peccatorum : Hoc facite in meam commemorationem. » P: Arnen.— Bcnaudot, I. i. p. 15-40. En remplaçant la troisième personne par In seconde, on mira les paroles de la consécration de l’anaphore de saint Grégoire. Le prêtre abyssin dit : ...Hic punis est corpus meum quod pro vobis frangitur in remissionem peccatorum. Amen. Le peuple répond : Amen (1er). Credlmu* cl certi sumus, laudamus le, Domine Deus nosier, hoc est vcre» cl Ita cre­ dimus. corpus tuum. * ... Hic est calix sanguinis mei. » Nouvelle profession de foi dos fidèles. Henamlot, t. I, p. 400. Pour la question du hic punis, cf. Le Brun, op. cil., i. n, p. 519 552. Déjà en prononçant /regit, le célébrant divise l'hostie en trois parties qu’il replace comme si l'hostie restait intacte. Cf. Le Brun, t. n, p. 192. 1482 Anamnèse. Le célébrant commence par donner l'ordre du Christ dans le style direct; ensuite le prêtre ct le peuple font chacun l’anamnèse. Épiclbic. — Dans la liturgie de saint Grégoire, la prière est adressée au Christ pour que lui-même opère le changement du pain et du vin; dans les autres anaphores on demande au Père d'envoyer l’Esprit Saint pour le même changement. Le peuple répond toujours par une profession de foi ct pari Amen. Dans le rit abyssin la demande de changement des especes est faite pour les deux à la fois. Mais, dans toutes les anaphores, le changement n'est demandé, qu’en vue de la sanctification des âmes, et de leur transforma­ tion. Litanies et diptyques. — Les deux anaphores de saint Basile ct de saint Grégoire ont leurs litanies et leurs diptyques à ce moment, puisqu'elles ne les ont pas au milieu de la préface; l’anaphore de saint Cyrille les a à la préface; par conséquent elle ne les répète plus après l’épiclèsc. Les Abyssins ne les ont, ni à la préface, ni a ce moment-ci. 3. Communion. — a) Consignation et fraction. — Le prêtre fait un signe de croix sur l’hostie avec son doigt qui touche l'hostie; il fait de même un signe de croix dans le précieux sang, ct avec son doigt tâché de sang il refait un autre signe sur l'hostie. I ne prière d’action de grâces accompagne ce rite. 11 fait précéder et accompagner le rite de la fraction d’une longue prière appelée prière de In fraction. Les fragments détachés sont disposés en forme de croix, comme dans la liturgie gallicane. è) Le Paler. — La prière de la fraction introduit le Pater que le peuple récite: le célébrant en fait l’embo­ lisme. La formule du Pater est celle de in liturgie romaine: il n’a pas la finale que l'on rencontre dans la liturgie d’Antioche. c) Adoration du Père céleste et nouvelle absolution. — ts diacre : Inclinato capita vestra Domino. Is peuple : Conun te Domine. La prière d’adoration que le célébrant adresse au Père est une préparation à In communion. Le diacre : Attendamus Deo cum timore. Le prêtre (continuant ù s’adresser au Père) :... Tu es qui dixisti Petro patri nostro, per os Filii lui unigeniti Domini Dei ct Salvatoris nostri Jcsu Christi : · Tu cs Petrus ct super hone Pclram ædlfkabo Ecclesiam meam, el porter inferi non pnrvalebunt adversus eam, et dabo tibi claves regni cadorum : quod ligaveris super terram, erit liga­ tum in cælis et quod solveris super terram erit solutum m cadis. · Sint eliamnum. Domine, paires ct fratres mei nbsoluti ex ore ineo, per Spiritum Sanctum tuum... O Domine, absolve nos et populus tuus absolutus sit. Bcnaudot, t. I, p. 21-22. Cette prière sc trouve aussi dans la liturgie grveque d'Alexandrie, attribuée à saint Basile. Bcnaudot. op. cil., p. 77. La liturgie éthiopienne n de même cette prière préparatoire â la communion, avec le texte de la primauté de Pierre comme fondement du pouvoir de remettre les péchés. Cf. Benaudot. l. i, p. 191-192. d) Memento des vivants et des morts. — Les intentions que le célébrant et le diacre avalent recommandées dans les dlITérvnles litanies sont reprises, encore une fois, c) Ëlêvation. Nouvelle consignation^ fractitn et commixtion. — L’élévation de l’hostie sc fait comme dans foules les liturgies orientales au Sancta sanctis qui n’était qu’une invitation ù la communion. Le peuple è l’avertissement du diacre de faire attention et d’adorer avec crainte, s’est incliné très profon­ dément, en disant Kyrie eleison : unus Paler sanc­ tus, unus Films sanctus... Le prêtre adore, puis plonge la grande hostie, despoticon, dans le précieux 1483 ORIENTALE (MESSE sing; il y fuit trois signes dc croix; il fait de même sur les autres hosties avec le despoticon imbibé de précieux sang. Il aurait consigné le précieux sang avec le corps du Christ et cc dernier avec le sang. Ayant terminé toutes les consignations requises, il remet le dcspoticon dans le calice, et achève la frac­ tion des hosties. /) Communion. - Le prêtre fait un acte de foi à la presence réelle. Credo, credo, credo cl confiteor, usque nd extremum vite spiritum, hoc esse corpus vivificum Ι-'iIii tui unigeniti Domini Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi : accipit illud ex omnium nostrum Domina, Deipara, diva et sancta Maria et unum illud fecit cum divinitate sua, sino confu­ sione, comrnistionc aut nltcnillonc. Kennudot, l. r, p. 23. En récitant cette profession de foi, il remet l’hostie qu’il avait en main dans la patène et en prend une autre. C’est, peut-être, pour exprimer que sa foi n’est pas relative à telle hostie en particulier mais bien à toutes les hosties consacrées. Le peuple récite le ps. cl, Laudate Dominum in sanctis ejus. Want de communier, le célébrant baise l’hostie. Suivant la hiérarchie, le clergé communiant reçoit le précieux sang directement du calice ou bien dans une cuillère. C’est le diacre qui donne la communion sous l’espèce du vin. La communion se donne aussi sous les deux espèces à la fois, dans une cuillère, ou bien par fragments d’hostie imbibés du précieux sang. La communion des tout petits enfants sc fait sous la seule espèce du vin; le prêtre plonge son doigt dans le calice, louche l’hostie et donne son doigt à sucer à l’enfant. Le reste des saintes espèces est distribué au clergé. g) Priire d'action de grâces. — Après les ablutions, le diacre invite l’assemblée à se tenir debout et à incliner la tête pour la prière d’action de grâces; le prêtre rend grâces â Dieu et Impose les mains à toute l’assemblée, en récitant une longue prière, dont le sujet est le même que celui des litanies. Le diacre pro­ clame ce que le prêtre vient de dire dans le renvoi : Gratta Del et Domini nostri Jesu Christi sit vobiscum... Ite in parr. On récite à la fin de la messe le ps. xi.vi, Omnes gentes plaudite manibus. La distribution dc pains bénits sc fait à ce moment comme dans la liturgie byzantine. V, Conclusion. — La liturgie romaine est sobre dans son expression et üîuis son développement ; la liturgie orientale, par contre, est très expansive, parce qu’elle est plus populaire et par conséquent plus pri­ mitive; témoin les litanies diaconales qui peuvent être appelées : les invocations orientales. C’est un thème ordinaire de toute liturgie orientale. Le diacre interprète de l’assemblée, fait la demande, précise l’intention, et l’assemblée répond : Kyrie eleison. Le célébrant parait être oublié, alors qu’il est uni aux fidèles, il intercède pour eux à voix basse et présente leurs requêtes Les prières litaniques reviennent à plusieurs reprises dans la messe et presque toujours sous la même forme. Quant aux demandes et aux intentions, elles sont répétées plusieurs fois dans la même litanie et, presque toujours, dans les mêmes termes. Dans toutes les liturgies orientales, on remarque la grande prodigalité d’épithètes, dc synonymes et d’adverbes, lisse pressent et s’entassent pour n'expri­ mer qu’une idée; c’est encore un signe d’antiquité; et c’est franchement populaire. En Orient, la piété est plus affective que raisonnée En quelques mots l’oraison romaine formule la demande et précise les motifs de celte demande, alors qu’en Orient les mêmes idées, ou presque, sont répétées â satiété. Par conséquent, le peuple oriental est conscient que 1484 le sacrifice est offert pour lui et qu’il est de son devoir d’y prendre part, (’/est pourquoi on l’entend répondre souvent, aux prières du prêtre et du diacre. Par les acclamations, les réponses et les doxologies, il rappelle les premiers chrétiens entourant leur évêque, à la fraction du pain. Pendant la consécration même, il confesse sa fol en la présence réelle. C’est donc qu’il prend une part très active à la liturgie. Cette activité même dégénère en bruit cl en désordre — Il n’y a aucun mal en cela, c’csl un signe de vie et d’intérêt. — Cela oblige le diacre à intervenir fréquemment, surtout avant cha­ que action un peu importante, pour réclamer le silence et l'attention. Il dit aux fidèles de se lever, de prier, d’incliner la tête, d’adorer, de se pardonner mutuelle­ ment, de se donner le baiser de paix. Il invite à la communion comme il renvoie les indignes et donne ses recommandations dc veiller sur les portes. L’allure populaire n’empêche pas la pompe et la solennité, ni les chants; qu’on se rappelle la petite et la grande entrée avec leur magnificence byzantine. Tout sc déroule et se développe normalement. Cependant les tendances rominisanles regrettables tronquant chez les uniates ces belles liturgies. On sc demande quelquefois cc que vient faire telle oraison romaine et telle formule de consécration. On a déformé ces liturgies, en voulant les abréger, â l’usage dc la messe quotidienne. Les correcteurs des livres des uniates étaient trop zélés. Ils voyaient poindre par­ tout l’hérésie, alors qu’il s’agissait d’expressions propres â la liturgie orientale. Ils ont exercé â satiété leur talent de correcteur, en remplaçant les belles expressions par d’autres moins heureuses. En modi­ fiant. résumant, substituant, ils ont créé un nouveau type de liturgie tout à fait amorphe. Mais ccs in­ fluences n’ont pas atteint tous les rils. Bien entendu, des diptyques dc tous les rits à l’usage des uniates, on a supprime les noms des hérétiques, en y substi­ tuant les noms des docteurs catholiques, du pape et de la hiérarchie unie à Borne. Une seconde note caractéristique des liturgies orientales est l’influence de la théologie orientale. Celle-ci est, en effet, trinitaire et christologique. Les luttes qui ont préoccupé si longtemps l’Orient a cc sujet ont déterminé ce courant d’idées cl une plus grande précision dc la pensée. Tout cela s’est fait sentir dans le domaine liturgique. Encore un indice en faveur dc l’antiquité de la liturgie orientale : c’est le besoin de concrétiser. On ne s’adresse pas à Dieu en général; mais à chacune des personnes dc la Trinité. Si l’on prie l’une, on ne manquera pas d’adresser une prière aux deux autres. Co qui expli· que l’existence dc l’épiclèsc. Et toujours apres avoir nommé Dieu, on nomme les personnes divines. La liturgie romaine s’adresse plus volontiers â Dieu. Elle considère plus runite de nature que la trinité dos personnes. Mais malgré ces divergences, on a pu remarquer, et surtout dans le tableau comparatif, que toutes les liturgies ont un même cadre : des lectures, le Credo, le baiser de paix, la consécration, le Pater, la frac­ tion et la communion. . Orientale ou occidentale, lu liturgie doit être véné­ rée et respectée, puisque partout sc rencontre l’unité liturgique, dans l'unité et l’identité du sacrifice. L Textes. — Ulurgia sanctorum Apostolorum Ad* el Maris (texte chnldécn, h Ptunge des nest oriens), Durminh, 1890; Mlssale chatdaicum ex decreto sanctir congre· gationls dr Propaganda Fide (texte chnldécn à 1'usngo des uniates) Rome 1767 ; Liber Uturgla· et lectionum juxta ritum chaldatcum· mata bar (texte chnldéen h l'usngc des uniates). Home. 1811; MhSalc juxta ritum licclcsiio Sgmruni Orientalium id est Chaldiuorum, Moxsoul, 1901. 1485 ORIENTALE (MESSE 1486 LES RITES ORIENTAUX Ln Mease Romaine Antiochian Alexandrin • Syriaque Byzantin (Cappadocien) —----------------- -------------- ---- - _______________________ Jncobite Maronite Persan Byzantin pur Arménien Capte- Éthiopien prothèse id. id. id. id. id. id. grande entrée Id. petite entrée Id. absolution ld. id. id. litanies bénédiction id. id. id. I>riêrc d.catécli. id. id. id. litanies id. Credo id. id. enccns-li*anies lectures id. grande entrée id. id. id. oral load pacem baiser de paix id. id. Orale fraires id. id. Lavabo offertoire id. diptyques ld. id. id. litanies Préface Préface id. id. Sanctus S and un Vere sanctus consécration Id. id. id. anamnèse épldèsc lilnn.,diptyques fraction consignation commixti» n id. id. id. (ancienne) (ancienne) pelite élévation id. id. id. lit an., dipt y que* id. id. Paler adoration bénédlc lion id. Id. id. éléx ntlon id. offert olre litanies prière de l'encens Paler hymne Trisagion Ixclurc* Credo lectu res litanies id. id. id. id. id. by nine renvoi des catéchumènes Cretio IMIHI ba 1 Consécration Annmnèsc Paler o s £ ■= - id. ; rnc< nsvm' \ offertoire / bénédiction i renvoi des 1 entéchnm*· fraction consignation fraction prières dialog, id. Id. Comm ixt Ion Communion bénédiction avec les espèces Act. m Moreau. Les anaphores des liturgies de saint Jean Chrgsoslame ct de saint Hasile (texte grec ct traduction française) Paris, 1927. F. E. Brightnuin, Liturgies Eastern and Western, t. i, Eastern liturgies. Oxford, 1896 (texte de la liturgie grecque; traduction anglaise des autres); E. Henaudot, Liturgiaurm orientalium collectio en 2 vol., 2· édition, Paris, 1817 (traduction latine de nombreuses anaphores); P. Le Brun, Explication de la messe, contenant les dissertations histo­ riques el dogmatiques sur les liturgies de toutes les Eglises du monde chrétien, t. n, îïl ct iv, Paris, 1778 (traduction latine ct française de plusieurs liturgies); J.-A. Assénumi, Codex liturgicus, t. v, vu (anaphores des Églises de Jéru­ salem, d'Antioche el d’Alexandrie, texte original,syriaque, grec, arabe ou copte avec une traduction lutine). Home, 1752Ί7.'»!, reproduit par procédé anastatlquc, Pans-Leipzig. 1902. IL A. Daniel, Codex liturgicus Ecclesiae universa·, in epitomen redactus, t. iv. Codex liturgicus Ecctcslrc orientalis, Leipzig, 1853 (texte de la liturgie greéque ct traduction atine des autres liturgies). Ces quatre derniers ouvrages donnent des dissertations sur les différentes liturgies. HL Travaux. — Mgr Hili nmi, Let liturgies orientales d occidentales, Beyrouth, 1929; H. Janin, LesÉglises orien­ tales rl les rites orientaux, Paris, 1929; H. Janin, Let Eglises séparées d*Orient, Paris; Duchesne, Origines du culte chré­ tien, 5'é lit., Paris, 1925; P, Dit», Étude sur la liturgie ma­ ronite, Pans. 1 )19 ; M. Andric i, irnmixtio el consetraliO. La consécration par contact dant les documents liturgiques du Moyen Age, Paris, 192i; dom Moreau. Ix\ liturgies eu­ charistiques, Paris, 1927; J.-M. Il insens. Institutiones liturgic.c de ritibus orientalibus, t. n, De missa rituum orienta­ lium, Home, 1930; Orsi, Dissertatio theologica de liturgira Spiritus invocatione. Milan. 1731; Prince Max. de Saxe, Pra tectiones de ritibus orient., 1.1 ct n, Fribourg, 1913. — Dictionnaire d’archéologie chrétienne cl de liturgie, art. A/itioche (liturgie); Alexandrie (liturgie) ; Anaphorc. Anamritsc; Eplclrsc; Bénédiction ; Communion. Erection: Lita­ nies; Grecque (liturgie): Saint Jacques (liturgie de); Addée cl Maris; Caucase. —— Dictionnaire d’hfatoin ct de géogra­ phie écriés (astiques. art. Antioche; Alexandrie; Arménie. Voir en outre dans ce dictionnaire : art. Alexandrie Antiochi', Arménie, Lîti jroie, Maronite (Eglise), Mozaraiii . Mess» , Monophysisme, Nestorihnne (Eglise), L ZtADÉ. ORIENTI US, poète chrétien du v* siècle. Le nom d’Orlcntlus se lit â la lin d'un long poème de 518 distiques. partage en deux livres ct que les édi­ teurs modernes ont baptise Communilorium. L’auteur a été Identifié, non sans discussion, avec saint Oricntius, évêque d’Auch, au début du v< siècle, le meme qui, en 139, fut chargé par le roi des XVisigOths, Théodoric Ier, de se mettre en relation avec les généraux romains Aétius ct Litorius. Cette Identification est aujourd’hui universellement acceptée. S’il n’est pas original, le titre de Commonitorium peut netnmoins être retenu; il exprime bien le contenu 1488 du poème, longue exhortation en vers, engageant les chrétiens À entrer résolument dans la voie qui mène au ciel. Après une brève indication de son sujet et une poétique invocation au Christ, l’auteur rappelle que, composé d’un corps et d’une âme, l’homme doit penser surtout â la vie de celle-ci; croire en Dieu, l’aimer, le servir, tel est son premier devoir: et l'amour du pro­ chain complète l’amour de Dieu. Si le corps tend a entraîner l’âme vers le mal, que le chrétien songe à la résurrection fiUure : elle apportera aux justes la récom­ pense, aux pécheurs le châtiment. Que celte pensée donne au fidèle la force de vaincre les passions : la luxure (longuement décrite), l’envie, l’avarice, la vainc gloire, le mensonge, la gourmandise et l’ivrognerie. La vie est courte, l’heure des rétributions viendra vite. En un développement qui ne manque pas de force, l'auteur décrit les supplices de l’enfer, les beautés cl les joies du ciel, le jugement dernier; il termine par une exhortation finale. Le poème est suivi dans le ms. de quelques pièces plus courtes et de mémo facture : L Sept hexamètres sur la nativité du Seigneur; 2. cinq distiques rappelant les diverses épithètes du Christ ; 3. quatre-vingt-quinze hexamètres sur la Trinité; L cinquante-et-un hexa­ mètres expliquant les épithètes du Christ énumérées antérieurement; 5. trente-trois hexamètres qui sont une louange du Christ. Ces trois dernières pièces for­ ment certainement un tout, et se relient d’ailleurs à la pièce n. 2. — A la suite de ces compositions, le ms. annonce vingt-quatre orationes d’Orientius; en fait il n’en donne que deux (en trimètres iambiques) dont la seconde est bien la dernière de toute la série, puis­ qu’elle conjure que l’on n’ajoute ni ne retranche rien aux cantiques qui précèdent. L’attribution de toutes ces pièces à Oricnlius n’a rien d’invraisemblable. Les philologues ne sont pas d’accord sur les mérites littéraires de toute celte poésie. Pour ne citer que les plus récents, P. de Labriolle est sévère, ne laissant guère à l’auteur que le mérite de ses vigoureuses convictions; G. Krüger, au conlrairc, est beaucoup plus louangeur : * La description de la fin des temps suffirait ù elle seule, écrit-il, pour assurer au Commo­ nitorium une place d’honneur parmi les productions de la poésie didactique chrétienne, et d’autres passages témoignent, eux aussi, (pi’avec Oricnlius nous avons affaire avec un véritable poète. · Les théologiens ne chercheront pas chez cet évêque frotté de littérature autre chose que l’expression d’idées liés courantes. Ils relèveront pourtant la précision avec laquelle il marque que les rétributions d’ouire-lombe commen­ cent avant le jugement général. Voir 1. 11, VS. 303 sq. Les auteurs ascétiques signaleront aussi la vigueur avec laquelle il rejette sur la femme, ses charmes dans gereux, sa traîtresse beauté, la responsabilité d’un très grand nombre de fautes. Le développement, L L vers 320 sq., est d’une misogynie qu’excusent seule­ ment les cruelles expériences faites par le poète. Et que dire de la doctrine que supposent les vers suivants, où il s’agit des élus? Quchque fuit votum niveam baptismata! vestem Nimcpuim femineis commacularo toris, II, 327. Cela suppose une singulière théorie de la valeur morale du mariage. t· Texte. — Publié Incomplôlement (L I seul) par le cSuile M. A. Drlrio, Anvers, 1000, d'après un ms. de l’abbaye d’Anchin, U n’a été donne nu compté!, d'après un ms. de Tour», qu'rn 1700, par Marlène, dnn% ta Vete­ rum scriptorum rl moaumrntorum lOlledio, pu|s dans le Thesaurus ηοιακ anrrdotorum. t. tv, Puris, 1717; édition reproduite par Gallandi, puh par P. L , t. ι.ιχ, col 9751006; édition critique de H. Elik duns le Corpus tie Vienne, t. xv», 1888 : Porta· chrlstiani minores, pars 1, p. S(J .* L. Bcllangcr, Le poéme d’Orientas, ÎMriw-I ou*|ou\e, 1003* 1 '.89 ORIENTIUS — ORIGÊNE 1 '.90 qu'il redevint possible de reprendre renseignement catéchétique, Origènc prit la pince du maître défail­ lant : il avait alors dix-sept ans d'après Eusèbc mais sa science était dès lors assez étendue pour inspi­ rer la plus grande confiance aux Jeunes gens désireux d’étudier la doctrine chrétienne, t ne recrudescence inattendue de la persécution vint un instant troubler les débuts de son enseignement : plusieurs des élèves d'Origène furent arrêtés et conduits au supplice; le jeune docteur lui-même faillit être pris, il dut à plu­ sieurs reprises changer de maison pour dépister toutes les poursuites. l’n jour, la foule faillit lui faire un mauvais parti et H n’échappa que j ar miracle. Puis la paix fut enfin rendue a l’Église, cl le didascaléc reprit le cours d’une existence paisible. Origine, toujours ardent,se mit alors a faire profession d ascé­ tisme. Au lendemain de la mort de son père, comme ORIGÈNE.— I. Vie d’Origènc. 11 (Euvrc d’Ori­ il se trouvait sans ressources, il avait été recueilli par une dame chrétienne, fort riche, mais dont 1 or­ gènc (col. 1191). III. L’Écriture, la tradition et la thodoxie n’était pas au-dessus de tout soupçon cl qui philosophie dans la méthode d’Origènc (col. 1505). subissait l’influence d'un docteur gnostique du nom IV. Les dogmes fondamentaux : Dieu; la Trinité; les relations des personnes divines (col. 1516). V. Cos­ de Paul : il ne tarda pas à quitter sa protectrice pour ne pas avoir à prier avec un hérétique. Puis il s’accou­ mologie (col. 1528), VL Anthropologie (col. 1533). tuma aux pratiques les plus austères de la j énitence VIL Le péché originel; l’incarnation; la rédemption chrétienne : abstinence, privation de vin, privation (col. 1538). VI IL Eschatologie (col. 15 15). IX. L’Église, les sacrements, la vie chrétienne (col. 1553). X. L’apo­ de sommeil, pauvreté volontaire poussée aux limites extrêmes. Dans un excès de zèle, il alla même jusqu'à logie du christianisme (col. 1560). se mutiler, afin d’appliquer à la lettre un conseil L Vie d’Oiugèxe. —· La biographie d’Origènc nous donné par le Sauveur dans l’Évangile. est fort bien connue, sinon dans les moindres détails, A ces mortifications corporelles, il ajouta un redou­ du moins dans les grandes lignes, grâce â Eusèbc de blement d’application au travail. Emporte par son Césarée qui, au L VI do son Histoire ecclésiastique, lui a consacré de très nombreux chapitres. Il y a. sans élan, il avait pour un temps renoncé aux études pro­ fanes ct vendu ses livres. 11 ne tarda pas â se rendre doute, des lacunes dans les informations rapportées compte qu’il ne pourrait pas exercer sur ses disciples par Eusèbc : celui-ci, grand admirateur du maître alexandrin, n’insiste pas sur les événements doulou­ une réelle influence, s’il ne connaissant pas en détail reux de sa carrière, en particulier sur les motifs pro­ les doctrines philosophiques des Grecs, et il s'attacha à les approfondir : « Je m’appliquais a renseignement, fonds de son exil. Mais il est bien renseigné : il ne écrit-il; la renommée de ma doctrine sc répondait, cl il s’inspire pas seulement des ouvrages d’Origènc, il venait à moi tantôt des hérétiques, tantôt des gens recueille des traditions et des souvenirs conservés à qui avaient appris les sciences helléniques ct surtout Gésaréc,où Origènc a passé les dernières années de sa la philosophie : cela m’engagea â étudier les opinions vie; il puise à pleines mains dons la riche bibliothèque des hérétiques cl cc que les philosophes font profession de Gvsarée, où sont conservés la plupart des manuscrits de dire sur la vérité. Je fis cela sur l’exemple de l’andu grand docteur. On peut avoir confiance en lui. lènc (pii, avant moi, avait rendu sendee à beaucoup Quelques renseignements supplémentaires sont dus â ct qui n’avait pas acquis une médiocre culture en ces saint Jérôme et a Photlus. Origènc est né en Égypte, ct probablement â I matières, je le lis aussi à l’exemple d Hérachis qui siège aujourd’hui dans le conseil de l’Église d’Alexan­ Alexandrie où il a grandi el reçu toute son éducation. drie et (pic j’avais trouvé chez le maître des sciences La date de sa naissance ne peut être Indiquée avec philosophiques, auprès duquel il avait été assidu pen­ certitude, et l’on peut hésiter entre les années 183-184 dons cinq ans, avant que J’eusse moi-même commen­ el 185-186. Sa famille était chrétienne, ou du moins le cé ù entendre scs leçons. » Eusèbc, //. E.. VI. xim devint lorsqu'il était encore un tout jeune enfant; 12-11. il n’y a cependant pas lieu d'insister sur le nom d’OriLe maître fréquenté par Origènc est nommé par gène, ou fils d’1 lorus, pour en tirer un argument en Porphyre dans un fragment cité par Eusèbc. //. E,. faveur des croyances païennes de scs parents. Ce qui VI. xix. 1-11 : c’est Ammonlus Saccas, dont Plotin est assuré, c’est qu’Origcne reçut de très bonne heure le baptême ct que son père Léonide lui donna une édu­ suivit également les leçons; il est important de rele­ ver ce fait qui explique en partie certaines ressem­ cation toute chrétienne, lui enseignant les Écritures ct blances de détail que l’on a signalées entre In doctrine répondant aux questions que l’enfant ne cessait de d’Origènc ct celle de Plotin. Le même passage de poser à leur sujet. En plus de ces leçons reçues en Porphyre nous renseigne sur les philosophes dont famille, il suivit également les cours de Clément. Origènc entreprit alors la lecture; ù l’exception de Aucun élève, a-t-on Justement rappelé, n’a fait plus Platon, il n’y a, dans celte liste, que des modernes : les d’honneur à son maître. platoniciens Numénius ct Cronius, les pythagoriciens En 21)2, la persécution éclata â Alexandrie : de Nicomaque cl Modératus; les stoïciens Cbærémon et nombreux chrétiens y trouvèrent la mort, et parmi eux Cornutus. La plupart de ces philosophes ne sont pour le père même d’Origènc, Léonide. Eusèbc rapporte nous que des noms el nous ne savons pus grand’chose avec complaisance l’ardeur généreuse que déploya alors le jeune homme : il ne se contenta pas d’exhor­ de leur doctrine. Les indications fournies par Origènc lui-même dans ses ouvrages nous permettent de com­ ter son père à la constance; il aurait voulu se dénoncer aux bourreaux el sa mère dut un jour cacher ses vête­ pléter la liste ct d’y ajouter tout nu moins les plus ments pour l’empêcher de sortir. grands des anciens, Aristote, Zenon, Chrysippe ct Naturellement, le dldascaléc avait été fermé au Cléanthe. cours de l’épreuve et Clément avait quitté Alexan­ Il semble bien qu’à partir du jour où il entra ainsi drie. Lorsque le calme fut suffisamment rétabli et I en contact plus immédiat avec la sagesse hellénique, donne le toile, la traduction française et le commentaire du Commonitorium et des deux Orationes. a l’excluilori des pièces Intercalées. Les bolhindistes donnent trois vies d’Oricntlus, Acta land., mal t. i, p. f»0. 2° Notices littéraires cl travaux, — D’abord le* recueil* généraux : C. Oudin, Comment. de scriptoribus eccl., I, i, 1722. p. 1268; Histoire littéraire de la France, t. n, 1735, p. 251; M. Manilius, Geach, der christlich-latein. Partit bis sur Mille des 8. Jahrhunderls. t. i, Munich, 1911, p. 192; O. Banleiilicwer, AllklrchllrJie Litcratur. i\\ 192I, p. fi 10 ; G. Kruger, dans M. Schanz, Gesch. der rom, Littcratur, t. iv />, 1920, $ 11 15; P. do l4tbrio!lc. Histoire de la litlérature lutine chrétienne. 1920, p. 597, 622. — Travaux spé­ ciaux ; !.. Bcllanger, op. cit , cl de plus Jlecherchcs sur saint Orcns.éidque d'Audi. Midi. 1903; ci. L. C. Purser, M. Bel· langera Oricnlius. dans Hermathena. 1906, f, xin, p. 36; L. Guémrd, Les derniers travaux sur saint Orens. Audi, 1901. É. Amans. 1491 OR IG ft N E. VIE Origène transforma l'organisation du didascalée. Sans préciser la date dc l’événement. Eusèbc nous apprend du moins que le maître répartit scs élèves en deux sec­ tions : la première comprenait les débutants et fut mise sous la conduite d'Hcraclas; on y apprenait les éléments des sciences profanes et sacrées. La seconde section resta sous l'autorité directe d Origène : elle recevait les étudiants plus avancés, avec lesquels le maître lisait cl commentait les écrits des philosophes, et plus encore les livres saints de l’Ancicn et du Nou­ veau Testament. Eusèbc, 77. VL xv, et xvm, 3-L Nous ne pouvons pas fixer aussi exactement que nous le voudrions les dates des grands événements de la vie d’Origènc au cours des années qu’il passa ainsi à Alexandrie. Nous savons seulement que le maître cul à plusieurs reprises l’occasion de voyager. Eusèbc signale un voyage à Home au temps où Zéphyrin était pape, /7. /?., VI, xiv, 10, voyage motivé par le désir de voir celle très ancienne Église, cl au cours duquel Origène eut l’occasion d’entendre prêcher Hippolyte; puis un voyage en Arabie où il fut appelé par le gou­ verneur qui avait hâte de connaître ses doctrines. H.E., VI. xix, 15. En 215, nouvelle absence, provoquée rcitc fois par des troubles qui avaient éclaté â Alexan­ drie. â l'occasion d’une visite de l’empereur Caracalla : Origène se retira en Palestine, où il comptait des émis dévoués. Théoctistc, évêque de Césarée, el Alexan­ dre, évêque d’/Elia. Ceux-ci, très tiers dc la présence du chef du didascalée. s’empressèrent d’en faire pro­ li ter les fidèles dc leurs Églises. Ils demandèrent a Origène dc prêcher, non seulement devant des caté­ chumènes. mais en présence des baptisés. Origène n’était encore qu’un laïque el les usages en vigueur à Alexandrie défendaient aux laïques d’élever la voix dans les églises. Lorsque l’évêque Démétrius apprit cette infraction à la règle, il invita son caté­ chiste ù venir reprendre sa place à la tête dc l’école : celui-ci sc hâta e prine., IV, χιν; Contra Cels., VU, 7, P. G., Apol., vi, P. G., I. xvn, col. 591-593. Cette dernière t. xi. col. 373. 1 129. Il est dès lors assuré qu'un ouvrage assertion doit êlre soigneusement relevée. H serait écrit en de telles conditions sera plein d’enseignements profondément injuste de représenter Origène comme bienfaisants, qu’aucun mot. qu’aucune lettre n’y sera un allégoriste dédaigneux de l’histoire; il regarde inutile, que tout y aura une signification profonde el que le seul devoir de l'interprète sera de découvrir comme essentiel, aussi souvent que possible, le sens littéral de l’Écriture, et il commence par l'expliquer cette signification. 2e Méthode d‘exégèse. - Comment faire pour expli­ soigneusement. Il tient seulement à remarquer que ce sens n’est pas le seul et que, parfois même, il ne quer les.livres de l’Ecriture inspirée? Nous louchons saurait être fourni de manière raisonnable. ici l’un des points fondamentaux de l’origénisme. Le sens psychique, qui se superpose au sens cor­ Origène commence par rappeler que l’existence du sens mystique de l'Ecriture est un dogme tradition­ porel. est assez difficile à définir; el à vrai dire, Ori­ nel dans l’Eglise : (Est illud in ecclesiastica prædica- gène n’a essayé que rarement d’expliquer comment Hone) quod per Spiritum Dei Scripturit: conscripta il fallait l’entendre. On croit entrevoir que ce sens a sint ct sensum habeant, non cum solum qui in mani/esto surtout pour objet la correction des mœurs cl l'édi­ fication, In Gen., hom. xvn, 1, P. G., t. xn, col. 253; est, sed ct alium quemdam latentem quam plurimos. Forma enim sunt hac qua descripta sunt sacramen­ qu’il s'applique aux relations de l’ûme individuelle torum quorumdam ct divinarum rerum imagines. De et particulière avec Dieu el la loi morale. Mais cela est assez vague. En fait, il arrive très souvent qu’Oriprine., 1, procem., 8, P. G., t. xi, coi. 119. D’une manière plus précise encore, Origène expli­ gène se contente d’opposer l'un à l’autre l’esprit ct la que qu’il y a dans l'Écriture un triple sens : Dans lettre; ct, après avoir marqué le sens littéral d’un les Proverbes de Salomon, il est dit à propos des pré­ texte, qu’il en étudie sans plus tarder le sens allégo­ rique. ceptes divins : Transcris-lcs trois fois dans ta volonté Celui-ci, à vrai dire, a toutes ses préférences. Ori­ ct ton intelligence, afin de répondre des paroles de gène n'est pas le créateur de l’exégèse allégorique : vérité à ceux qui l’interrogeront, il faut donc écrire depuis longtemps cette méthode avait trouvé des. trois fois en son âme les pensées des saintes Lettres. partisans dévoués, cl il n’est pas nécessaire d’insister Les simples s’édifieront de ce que nous pourrons sur les œuvres de Philon le Juif qui sont presque toutes appeler la chair , G„ I. xiv, col. 1038; cf. In Joan., xm, 16, /*. G., t. xiv, col 121. Nous pen­ sons secundum doctrinam ecclesiasticam. In Matth. comment, ser., 137, P. G., I. xm. col. 1787. Les vrais prophètes du Christ sont les docteurs qui ecclesias­ tice docent arrham. Id., 17, col. 1669. Origène parle ailleurs du κήρυγμα εκκλησιαστικόν. De prine., Ill, i, 1, P. G., t. xi, col. 219. Il dit au sujet d’articles de 1510 fol : Est ct illud de/tu itum in ecclesiastica praedicatione. Id. I, i, 5, col. 118. Cette prsrdicallo, ce κήρυγμα, est l’enseignement qui, par la succession des évêques, qui le maintiennent, remonte aux apôtres. » P. Batif­ fol, JJ Eglise, naissante, p, 371-372. La foi de l’Église est renfermée en abrégé dans le symbole baptismal. Origène ne nous a laissé nulle part le texte du symbole qu’il recevait ct que recevait de son temps l’Église d'Alexandrie; mais on ne sau­ rait douter qu'il s’appuie souvent sur un texte fixé. Citons seulement ce passage du commentaire sur saint Jean : < Crois avant tout qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui a tout créé et affermi, qui a tout appelé du néant à l’existence. H faut croire aussi que Jésus-Christ est Seigneur, cl à toute la vérité relative à sa divinité el à son humanité. Il faut croire encore au SaintEsprit, ct que, étant libres, nous sommes châtiés parce que nous avons péché, nous sommes récompensés pour ce que nous avons fait de bien Si quelqu’un semble croire en Jésus et ne croit pas qu’il n’y a qu’un seul Dieu de la Loi et de l’Évangile, dont 1rs deux,comme créés par Lui,racontent la gloire ct dont le firmament annonce l’œuvre de scs mains, comme étant son ouvrage, celui-là laisse de côté un très impor­ tant chapitre de la foi. De mime, si quelqu’un croit que celui qui a été crucifié sous Ponce-Pilate est un être saint ct Sauveur, mais qu’il n’a pas pris naissance de la vierge Marie et du Saint-Esprit, mais de Joseph cl de Marie, à celui-là aussi manquent des choses très nécessaires pour avoir la foi. » In Joan., xxxn, 9, édit. Prcuschen, p. 451. L’c même dans les Ct mmentariorum series sur saint Matthieu : * Certains ne manifestent aucun dissenti­ ment sur les points publics ct clairs : à savoir le Dieu unique qui a donné la Loi el ΓÉvangile; Jésus-Christ premier-né de toute créature, qui. à la fin des timps, selon les prédications des prophètes, est venu dtns le monde ct a pris la véritable nature de la chair humaine, étant né de la Vierge, qui a supporté lu mort de la croix, est ressuscité des morts el a déifié lu nature humaine qu’il avait prise: et aussi le SaintEsprit, le mime qui u clé dans les patriarches et les prophètes el qui a été ensuite donné aux apôtres, la résurrection des morts : ils croient tout cela ccmme ΓÉvangile l’enseigne avec certitude, ct tout cc qui est transmis dans les Églises. · In Matth. comment, ser., 33. P. G., I. xm, col. 1613-1611. De tels passages, et sans peine on pourrait en citer beaucoup d’autres du même genre dtns l’œuvre d’Origt ne, ne sauraient remplacer un texte fixé du symbole. Ils témoignent du moins que leur auteur est profondément attrché à la règle ecclésiastique. Avec la même ardeur, Origène condamne les héré­ tiques. ou. comme il aime à dire, les hétérodoxes. • Sous couleur de science, les hétérodoxes s'insurgent contre la sainte Église de Dieu, ils multiplient les livres où Ils promettent d’expliquer les préceptes évangéliques et apostoliques : si nous gardons le silence, si nous ne leur opposons pas les dogmes salu­ taires ct vrais, ils s’empareront des âmes qui ont faim de la nourriture qui sauve, el qui se jettent sur les viandes défendues, souillées vraiment et abomi­ nables Voilà pourquoi il me parait nécessaire que celui qui peut prendre la défense de l’enseignement ecclesiastique sans en rien altérer ct qui peut réfuter celui (pii sc réclame de la fausse science, résiste en face aux hérétiques el à leurs mensonges, leur oppose la sublimité de l’enseignement évangélique ct la plénitude harmonieuse des dogmes communs à l’Ancicn et au Nouveau Testament. · In Joan., n, P. G.. t. χιν, col. 196. Ceux qu’il combat avec le plus d’achar­ nement. sont ceux qui sont particulièrement dange­ reux pour la foi des simples dans le monde où il vil; 1511 ORIGÈNE. LA PHILOSOPHIE on n’cn finirait pas, si l’on voulait citer tous les pas­ sages où il attaque Valentin, Basilides et Marrion, car cc sont ccs trois hommes surtout et leurs doc­ trines néfastes qu’il s’attache â réfuter. 11 les connaît bien pour avoir lu leurs œuvres; il les connaît mieux encore pour avoir constaté les ravages qu’ils font dans les Ames, et il ne trouve pas dc termes trop sévères pour les condamner : Hieretici tedifteant lujmnar in omnt via, ut puta magister de officina Valen­ tini, magister de cretu Basilidls, magister de taberna­ culo Marcionis. In Ezech., horn, vin, 2, P. G., t. xm, col. 730; cf. De prine., II, ix, 6; x, 2, P. G., t. xi, col. 230, 234* Sans doute, ou voudrait plus dc précision dans l'ecclésîologie d’Origènc. Trop habituellement, le grand docteur sc contente de faire appel à la tradi­ tion, A la prédication ecclésiastique, sans préciser assez nettement quels en sont d’après lui les dépo­ sitaires· Il parle des évéques, des prêtres, des diacres : c’est plus souvent pour critiquer leurs mœurs, ou pour les inviter à la sainteté que pour indiquer leur rôle d’enseignement. 11 insiste par contre sur les didascales qui paraissent, à scs yeux, avoir reçu grace et mission pour prêcher la vérité et pour dénoncer l’héré­ sie : il témoigne A cc sujet d’une admirable candeur, car si les hérétiques aussi bien que les orthodoxes, se réclament dc la tradition apostolique, des ensei­ gnements des prophètes et du Seigneur, qui montrera où est la vérité? Le maître fait ici appel au jugement dc Dieu : Orate pro nobis ut sermones nostri non sint falsi. Licet quidam homines ignoratione judicii cos asserant falsos, Dominus non dicat, et recte nobiscum agetur. Si vero milia hominum cos dixerint veros, judicio porro Dei fuerint falsi, quid mihi proderit? Dicunt et Marcionitæ magistri sui veros esse ser­ mones; dicunt ct Valentini robustissimam seciam, qui fabularum ejus commenta suscipiunt, (juic utilitas quia plurim e Ecclesiis hrretica pravitate deceptu· in eorum conspiravere sententiam ? Hoc est, quod qute­ ritur, ut Dominus sermonum meorum testis adsis (at, ut ipse comprobet quic dicantur sanctarum testimonio scripturarum. In Ezcch., hom. n, 5, P. G., t. xm, col. 686. Des passages comme celui-là respirent un optimisme robuste. On n’est malheureusement pas assuré que l’expérience donne toujours raison aux principes posés par Origène, ct l’on préférerait que le maître alexandrin donnât une assise plus stable à la fol des croyants. 11 reste que si. en fait, Origène ne définit pas assez clairement le magistère ecclésiastique, sa vie entière apparaît comme un témoignage de sa fidélité à Γ Église. Cela est bien quelque chose. Γη homme qui n’a pas cessé dc combattre les hérétiques, qui a dé­ pensé le meilleur dc scs forces à prêcher ct à expliquer l'Écriturc sainte, qui, finalement, a souiTcrt de la persécution, peut employer des formules incomplètes et Insuffisantes, il n’cn est pas pour cela hérétique. • Cc qui fait l’hérétique, c’est l'obstination et l’or­ gueil. H est impossible de parcourir les ouvrages d’Origènc sans être frappé dc sa modestie, de sa ré­ serve et dc sa candeur. Personne n’a fait plus d’usage que lui des particules conditionnelles et des formules dubitatives... 11 est ct veut être jusqu’au bout en­ fant de l’Églisc, car c’csl le signe du vrai chrétien... > F. Prat, Origène. p. xxxviii. I· La philosophie. — SI attaché qu’il soit à la tra­ dition ecclésiastique, Origène ne se contente pas dc répéter scs enseignements. Il cherche à les appro­ fondir ct A les expliquer, ct il utilise pour cela toutes les ressources que la philosophie hellénique met a sa disposition. Dès sa jeunesse, il a étudié les doctrines philosophiques, plus tard il a suivi les leçons d’Ammouius Saccas, et l’on retrouve sans peine dans scs ou­ 1512 vrages la trace des influences qu’il a subies dc la sorte. Ces influences sont en pari le littéraires : notu sommes assurés, par exemple, qu'Origène avait lu l'Iliade et l’Odysséc, qu’il connaissait les poèmes d’Hésiode, les tragédies de Sophocle et d’Euripide, sans doute aussi quelques comédies d’Aristophane ct de Ménandre. Lorsqu’on lit le Contra Celsum, on ne peut guère s’empêcher d’admirer la multitude des citations d’écrivains profanes qui y figurent. I n bon nombre de ces citations proviennent sans doute des florilèges, qui, au ni· siècle ct depuis longtemps déjà, fournissaient aux érudits les renseignements les plus variés sur les diverses questions d’histoire, de géographie, de morale, dc sciences naturelles, etc. Mais il en est d’autres que le maître lui-même a ex­ traites de scs propres lectures et lorsqu’il signale parmi les auteurs qu’il a étudiés le llcpl Πλάτωνος d’Arlstandros, les Περί ’Ιουδαίων d’Hécatée ct d’Ilérennius Philon, les Χρονικά de Phlégon, on peut mesurer par là l’étendue dc son information. 11 est juste d’ajouter au reste que la plupart des citations ou des allusions empruntées aux poètes ou aux his­ toriens figurent dans le Contra Celsum : par sa des­ tination, ce livre exigeait qu’une place importante fût faite aux maîtres de la littérature hellénique et que l’auteur se montrât capable de rivaliser par sa science avec son adversaire païen. Dans ses autres ouvrages, l’érudition d’Origènc est plus discrète; on sent qu’il n’a pas dc temps à perdre avec les poètes ou les rhéteurs. Par contre, les philosophes le retiennent ct l'enchantent. Comme dc juste, scs préférences le portent vers Platon. Il serait long d’énumérer ici toutes les citations qu’il fait des dialogues platoniciens et plus long encore dc mar­ quer tout cc qu’il doit à la doctrine dc Platon : on a remarqué depuis longtemps, non sans exagération parfois, que son enseignement sur Dieu ct sur le monde était pour l’essentiel emprunte A Platon. En fait, nous le verrons, cet enseignement est surtout chré­ tien, mais les termes dans lesquels il s’exprime sont, en bien des cas, ceux qu’avaient déjà employés les Dialogues. Moins facilement discernable est l’influence d’Aris­ tote. On ne saurait pourtant nier qu’elle soit réelle, et c’est un des mérites de M. dc l’aye de l’avoir mise en relief. Il arrive très souvent que, dans la position des grands problèmes de l’anthropologie et dc la morale, Origène. même sans faire expressément appel à l’autorité d’Aristote, s’inspire du Stagirite ct qu’il adopte les solutions déjà indiquées dans le Dc anima ou dans la Morale à Nicomaque. Les stoïciens tiennent une grande place dans l’éla­ boration ct l’exposé de la doctrine origéniste. Le maître alexandrin a sûrement lu cl étudié les œuvres dc Chrysippe et dc Zénon; il doit avoir eu également entre les mains des écrits plus récents où il trouvait marquées les transformat ions apportées aux théories primitives. Et .surtout il a vécu dans un milieu tout pénétré d'influences stoïciennes : le vocabulaire philosophique du ni® siècle, est rempli d’expressions qui ont leur origine dans renseignement du Portique, ct qui, même après avoir passé dans l’usage courant, gardent quelque chose dc leur premier emploi. Ainsi, lorsque Origène confesse scs opinions sur l’origine ct le renouvellement dc choses, souvent aussi lorsqu'il traite des parties dc l’Amc et dc la vie morale, on entend en lui l’écho du stoïcisme. Les autres écoles ont moins fortement agi sur son 1 esprit. On n cru retrouver ici ou là. dans ses œuvres, des citations plus ou moins expresses d’Éplcurc, de Sextus Empiricus, des allusions aux thèses de CarI néade et dc Clltomaquc, et rien de tout cela n’est 1513 ORIGÈNE. LA PHILOSOPHIE 1510 les veut orthodoxes, ct il ne cesse jamais dc les con­ Invraisemblable, car sa curiosité était presque sans trôler par le Kérygmc ecclésiastique. Mais sa méthode bornes. Mais nous savons aussi qu'il faisait profession est celle dc la libre recherche. Il distingue fortement de mépriser Epicure, en qui il voyait un maître deux groupes dc vérités : celles qui sont imposées par d’impiété et d’immoralité, ct que le scepticisme dc la Nouvelle-Académie ne s’alliait pas avec son intelli­ la tradition, ct celles qui sont librement discutées parmi les fidèles. Fortement attaché aux premières, gence avide de certitude. il multiplie hardiment les hypothèses au sujet des Nulle part Origène ne fait mystère de ses éludes philosophiques. 11 va jusqu’à déclarer, ainsique l’avait ■ secondes. Et s’il critique les résultats obtenus par les philosophes, c’est parce qu’il est assuré dc possé­ fait Clément avant lui, que les philosophes ont appris der une philosophie meilleure : entendons ici cc terme par révélation quelques-unes au moins des belles choses qu’ils ont dites et qu’ils sont souvent d'accord dans son sens propre. Le christianisme, à ses yeux, est une sagesse, il constitue un système cohérent. avec la loi de Dieu. Contra Cels., V, 3; In Genes,, hom. Il est vrai que tous les fidèles ne l’envisagent pas ainsi. XIV, 3. Mais il ne partage pas, de très loin, l’enthou­ Beaucoup d’entre eux, les simples, sc contentent de siasme dc Clément pour la sagesse profane, et rien la foi, seuls les parfaits sont capables de monter n’est plus curieux que la divergence des attitudes adoptées ici par les deux chefs du didascalée d'Alexan­ jusqu’à la gnose. Mais, si les simples sont déjà assu­ drie. Autant Clément était disposé à faire confiance rés du salut, ils sont loin dc la perfection à laquelle à la philosophie, autant Origène insiste sur sa vanité | prétendent les gnostiques. Cette division des croyants en deux classes est capitale dans l'enseignement ct son insuffisance, lorsqu’on la compare à la foi : • Quand même, écrit-il, nous défendrions à nos ma­ d’Origènc. 11 faut tout dc suite essayer d’en déterminer lades d’appeler à leur aide la philosophie d’Epi­ la portée. 5° Les simplet et les parfaits, — Avant Origène, cure et les médecins épicuriens qui les ont séduits, Clément d’Alexandrie avait déjà formulé une théorie n’aurions nous pas bien raison de le faire? nous les délivrons ainsi de la maladie mortelle où les ont pré­ très nette sur la distinction entre la foi ct la gnose. Origène reprend la même distinction, et il l'appuie cipités les médecins de Celse, en leur dérobant la sur la dualité des significations qu’il découvre dans Providence et en faisant du plaisir le souverain Dieu. les Ecritures inspirées. Aux simples croyants, le sens Je veux meme que nous empêchions ceux que nous matériel suffit. Les parfaits devront aller plus loin attirons à nos doctrines dc recourir aux remèdes des autres philosophes : des péripaléliciens qui suppri­ et pénétrer jusque dans les mystères dc l’allégorie. A tout instant, au cours de scs homélies, nous voyons ment la Providence et nient les relations dc l’homme le prédicateur revenir sur celte idée ct nous constatons avec Dieu..., des stoïciens qui, pensant ct enseignant en même temps qu’elle n’est pas acceptée sans dif­ publiquement que Dieu est sujet à la corruption, ficulté par ses auditeurs : « Que veut, se demandentque son essence est corporelle, changeante et suscep­ tible dc toutes les formes, croient dc plus que tout i ils, ce chercheur dc rébus? A quoi bon rechercher partout des problèmes, afin d’éviter l’explication de périra excepté Dieu..., de ceux qui enseignent la folie de la métcmpsychose et dégradent une nature rai­ la lecture? Comment va-t-il nous montrer que, parmi nous, il y a des astres? · In Levit., hom. χνι. I. < On sonnable, jusqu'à la faire passer dans la brute ou me dit : N’allégorisez donc pas. n’expliquez pas au dans quelque substance Insensible... » Contra Cels., moyen dc figures. » In Levit,, hom. vi. 8. III, 75; (f. IV. 1 L L’orateur est souvent obligé de sc défendre contre Un argument décisif empêche d’ailleurs Origène do | des attaques qui semblent avoir été assez violentes : placer toute sa confiance dans la philosophie : c’est » Si je commence à examiner les paroles des anciens son impuissance à corriger les mœurs de ses adeptes. Les meilleurs d’entre les païens, dit-il, les plus sages, cl à y chercher un sens spirituel, si je m’efforce dc enseignent de belles doctrines; ils écrivent avec no­ soulever le voile de la Loi et de montrer que cc qui est écrit est allégorique, je creuse des puits; mais blesse ct élévation sur le souverain bien; après quoi, aussitôt les amis de la lettre lanceront la calomnie ils se rendent au Pirée pour adresser des prières à contre moi, Usine tendront des embûches; ils me susci­ Artémis comme à une divinité et pour assister aux fêtes (pie célèbre en son honneur une multitude igno­ teront des inimitiés et des persécutions sous pré­ texte que la vérité ne peut tenir que sur la terre. » rante. On les entend disserter admirablement sur l’âme In Genes., hom. xin.-l; cf. In Num., hom. xn, 2; In ct décrire la félicité qui l’attend si elle a vécu ici-bas Psalm. ΛΛ.ϊΓ/, hom. v, 1; In Luc., hom. xxin. dans la sagesse, puis oubliant bientôt les choses su­ Ces contradictions n’empêchent pas Origène d’insis­ blimes (lue Dieu leur a manifestées, ils tombent dans ter. Après avoir rappelé, dans le Contra Celsum, que des sentiments bascl grossiers et ils sacrifient un coq les simples, gagnés au christianisme, dépassent de à Esculapc. Contra Cels., VI. 3. A peine les défenseurs loin par leur pureté et leur courage les plus sages des de la sagesse antique peuvent-ils citer deux convertis. païens, il lient à prouver que le christianisme tient Phédon cl Polémon. que la philosophie ait retirés des en réserve pour les parfaits, des doctrines supérieures : mauvaises mœurs. Contra Cels., I. 61. Les autres, tous « Même d’après notre enseignement, dit-il, il vaut les autres, ont poursuivi leur existence Impure et beaucoup mieux adhérer aux dogmes avec raison et égoïste, sans se soucier d’autre chose que dc leurs sagesse que par la simple foi. Si le Verbe a voulu disputes d’écoles. Il ne faut pas oublier, sans doute, (pie de tels pas­ dans certains cas la simple foi. c’est pour ne pas laisser entièrement les hommes sans secours. On le voit par sages figurent dans un écrit apologétique et qu’Oriles paroles dc Paul, vrai discipledc Jésus : «parce que, gène doit ici répondre aux difficultés soulevées par dans la sagesse de Dieu, le monde n’a pas connu Celse. Mais jamais Clément n’aurait écrit de la sorte. Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver les Son disciple n'a plus la même confiance dans les philosophes; H les connaît trop pour les croire infail­ croyants par In folie de la prédication. > Il montre clai­ libles, cl surtout il est trop profondément attaché rement par là qu’il faudrait connaître Dieu dans la à la doctrine chrétienne pour essayer même de la sagesse dc Dieu; mais, puisque cela n’est pas arrivé. comparer aux enseignements profanes. il a plu à Dieu en seconde ligne de sauver les croyants On peut dire cependant qu’Orlgène, s’il critique en non pas simplement par la folie, mais par la folie, toute liberte les théories des philosophes, s’inspire en tant qu’elle est dans la prédication. El Paul le de leur esprit et que, s’il s’apparente à eux, c’est par comprend bien quand il dit : * Nous prêchons Jésussa méthode plutôt (pie par ses opinions. Celles-ci, il Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les 1515 ORIGÈNE. DIEU. L \ TRINITÉ 15 IG nation*, mais pour le* élus, Juif* et Hellène*, le Christ • la croix, â eux la sagesse de Dieu. Et quant â la foule, vertu de Dieu et sagesse de Dieu. » ('.outra Cels.9 au peuple des simple*, que lui donne-t-on? Incapable de contempler les mystère*, Il doit sc former labo­ L 13, P. G., t. xi, col. 680. Cette distinction pourrait être bien entendue : rieusement el Imparfaitement par la pratique de la n’esl-il pas vrai en efïet que tous les croyants ne sont vie. par l’accomplissement des préceptes; Jamais ses pas oblige* d’approfondir l’enseignement que leur com­ regards ne pénétreront l’arche sainte, mais ses munique l’Église? La plupart d’entre eux sc conten­ J épaules en sentiront le poids; à lui les rites, les sym­ tent de croire, d’une manière générale. Quelques-uns boles, la lettre de l’Écrit tire ; aux autres les *lgnlseulennnt étudient, et la théologie est une science I flcations mystique*, le* révélations de l'Esprlt. Le* réservée, du moins en fait, â une élite. Mais il semble vérités élémentaire* qu’on lui enseigne sont-elle* qu'Ongcnc ait voulu signifier autre chose, de moins du moins strictement el toujours des vérités? Ori­ gène le dit le plus souvent, et par 1Λ, il s’oppose aux simple et de plus contestable. En certains passages de scs commentaires cl de ses griosliques; mais on trouvera aussi chez lui telle page homélies, Origène représente les chrétiens vulgaires inquiétante où l’enseignement élémentaire apparaîtra comme pouvant tout au plus avancer un peu vers la comme un mensonge salutaire : Dieu trompe l’âme gnose ou meme ne rien rechercher en dehor* de la pour la former.» Recherches tic science religieuse, 1922, vie pratique et sc contenter de l’enseignement pré­ I t. xn, n. 291-295 paratoire cf de quelques œuvres pauvres. Selecta in Avouons pourtant ici no* hésitation*. Autant il Ezech., vi. 6, P, G., t xm, col. 785. Par contre les par­ est assuré qu’Origcne insiste sur la distinction entre faits sont admis a contempler des vérités supérieures; le* simples croyant* et le* parfaits, ceux-là n’étant si l’on ne peut prêcher aux charnels que Jésus-Christ menés que par la fol, ceux-ci se laissant conduire crucifie, à ceux qui sont épris de la sagesse divine par la gnose, autant il nous semble dillicile de pen­ on enseigne le Verbe qui est auprès du Père. Au ser qu'il fait de ces dernier les seuls privilégiés de la premier rang, ceux qui participent au Verbe qui était vérité. Le sens littéral de l'Écriture n’est pas faux ; «lans le principe; au second rang, ceux (pii ne savent il est incomplet. La folie de la croix n’est pas une rien que Jésus-Christ el Jésus-Christ crucifié, cstl- i erreur : elle n’est pas le tout du Verbe incarné. La mit ni que le Verbe incarné est le tout du Verbe et ne présence réelle du Christ dans l’eucharistie n’est pas une tromperie : elle est le sacrement de son action connaissant rien sinon le Christ selon la chair. In Joan., n. 3, 27-31. P. G., t. xiv, col. 113. D’une part, sjilrituclle. Origène croit trop au charisme de l’in­ telligence et au rôle des didascales : soit; mais i) sc 1rs Corinthiens, qui ne peuvent supporter que le lait des enfants; d'autre part, les Éphésicns. capables de garde de mépriser le* faible* et les petit*. Il exprime recevoir la nourriture des forts. In Ezech., horn, d'ailleurs *e* Idées en fonction des passages scriptu­ vu, 10, P. t. xm. COL 72G-727. raires qu’il doit interpréter, el dont il s'efforce de La foi des simples s'appuie sur les miracles, celle pénétrer tout le sens ; on doit expliquer par là bien des de* parfaits sur la contemplation de Dieu : Il est obscurités ou des confusions. Lorsque, par exemple, vraisemblable que les Juifs croyaient en Jésus quant il lit dans Jérémie la phrase ; < Tu m'as trompé. aux choses visibles, à cause des miracles, mais ils ne Jahvé, et J’ai été trompé . Jer., xx, 7, il est obligé de fournir une exégèse /<., \ 1.71: il n’en déclare pas moins que. conformément à sa bonté, Dieu condes­ cend au secours des hommes, non pas dans l'espace, mais par sa Providence. Contra ta/*., V, 12. De­ meurant immuable en son être, il vient en aide aux affaires humaines par sa Providence et son gouver­ nement. Contra Cels., IV. 5. Il est à peine besoin d'ajouter que. pour Origène, Dieu est absolument impassible : lors donc que I Écri­ ture lui attribue «les passions, particulièrement Li colère, elle emploie «les images «pu doivent être inter­ prétées. «I«* même lorsqu’elle parle de son repentir. In Jrrrm., hom. xvm, 6; De prine., II, ιχ. I. etc. Ajoutons en lin «pi'Origène déclare limitée la puis­ sance «le Dieu : Nous ne nous réfugions pas dans cette affirmation que tout est possible à Dieu, car nous savons fort bien qu’il ne faut pas entendre ce terme · tout > «les objets qui n'exlslcnt pas ou que l’on ne peut concevoir. Nous disons aussi «pie Dieu ne peut commettre «les actes mauvais. Autrement Dieu aurait le pouvoir «le cesser d’être Dieu. En effet, si Dieu accomplit un acte vil, il n’est pas Dieu. ► Contra Cels., V. 23; III, 70; De prine.. H, ix. I ; IV. iv. X. 2° La TrinltC - L’unité de Dieu n'exclut pas en lui latrinitédcs personnes; et Origène enseigne avec beaucoup «le précision : ημείς μίντοι γε τρεις υποστά­ σεις πειΟόμενοι τυγχάνειν. τό·/ Πατέρα ζαΐ τόν Τίόν καί τό άγιον Πνεύμα. In Joan., ιι. 6. P. G,, t. χιν, 1519 ORIGÈNE. DIEU, LA TRINITÉ col. 128. cf. In Joan., vi, 17, col. 257; In IsaL, hom. B, 1 : .Von tfi suffiat semel clamare sanctus neque bis; sed perfectum numerum Trinitatis assumunt, ut mul­ titudinem sanctitatis manifestent Dei, qurc est trime sanctitatis repetita communitas, sanctitas Patris, sanc­ titas unigeniti Filii et Spiritus Sancti. Cf. aussi De prine., I. in, 2; vi, 2; IV, iv, 1 etc : Si plusieurs des textes où il est question de la Trinité ne sont conservés que dans la traduction latine ct ont pu être retouchés ou même ajoutes par Bufln, il reste assez de passages certainement authentiques dans les­ quels Origène affirme sa foi Λ la Trinité pour que nous ne puissions en mettre en doute la réalité. Les trois personnes divines sont réellement dis­ tinctes l’une de l’autre. Origène avait connu le monarchianismc sous scs différentes formes : il ne cessa Jamais de le combattre. Il y a des gens, dlt-fl, qui regardent le Père et le Fils, comme n’étant pas distincts numériquement (αριθμώ), mais comme étant un. b, ού μόνον ούσία, αλλά καί ύποκειμένω, et comme dilïércnt seulement κατά τίνος έπινοίας, ού κατά ύπύσταστν. In Joan., x, 21, P. G., t. xiv, col. 376. « Ils crient sans cesse : Mon cœur a proféré une bonne parole, comme si le Fils de Dieu était une simple manifestation du Père consistant en syllabes, οίόμενο·. προφοράν πατρικήν οϊόνει bi συλλαδαις κειμένην. Si on les interrogeait exactement, on verrait qu’ils n’accordent pas au Fils d’hypostase, qu’ils n’éclairent en rien son essence; je ne dis pas qu’ils n’expliquent pas qu'il est tel ou tel, <[u*il a telle ou telle essence, mais ils n’expliquent pas son essence en quelque manière que ce soit. Il est facile, meme au premier venu, d’entendre ce qu’est le Verbe proféré; mais qu’ils nous disent donc si ce Vcrbe-ΙΛ vit par lui-même, qu'ils nous disent ou bien qu’il n’est pas séparé de son Père et n’est point Fils, n'ayant pas d'être propre, ou bien qu'il est séparé, qu’il a une essence ct qu’ainsl le Verbe est Dieu. » In Joan., i, 23, P. G., t. xiv, j col. 65. Ailleurs encore, Origène précise que έτερος καθ’ υποκείμενόν έστιν ό Πδς τού 1 Ιατρός, De oral., 15; que le Père et le 1 ils βντα δύο τη ύποστάσει πράγματα, êv δέ τη όμονοία και τη συμφωνία καί τη ταυτότητιτού ζουλήματος. Contra Cels., VI II, 12. 11 y a ici des expressions qui ne sou lirent aucune équivoque, el nous aurons tout à l’heure l’occasion de relever d autres formules encore, où Origène affirme nette­ ment la distinction réelle du Père et du Fils. Le Verbe, ainsi distinct du Père, n’est pas créé, mais engendré de toute éternité : < Au regard des hommes qui. avant la venue du Christ, n'étaient pas capables de recevoir le Fils de Dieu, le Verbe devient, ο Λόγος γίγνεται; mais, au regard de Dieu, il ne de­ vient pas, comme si, auparavant, il n’avait pas été auprès de Dieu. Mais, parce qu’il a toujours été avec le Père, le texte de l’apôtre porte : · ct le Verbe était auprès de Dieu ». Car il n’est pas devenu en Dieu, ού γάρ έγένετο πρός τον Θεόν : le mot ήν, était, marque qu'il existait dans le principe étant en Dieu, sans jamais être séparé du principe, sans jamais quitter le Père, ούτε της αρχής χωριζόμενος, ούτε του IΙατρός απολειπόμενος. Le Fils n’a point passé du non-être dans le principe à l’être dans le principe, du non-être en Dieu à l’être en Dieu, καί ούτε από τού μ ή είναι εν αρχή γινόμενος bi αρχή» ούτε από τού μ ή τυγχάνει* προς τόν Θεόν έπΐ τω πρδς τάν Θεό·/ είναι γινόμενος. Mais, avant tous les temps et tous les siècles, le Verbe était dans le principe, et k Verbe était Dieu. · In Joan., if, 1, P. G., t. xiv, col 106-109 Dr même, ailleurs. Origène dit encore : · Dieu n’a pat commence d'être père à la façon des hommes, auxquels la nature interdit de devenir pères, avant 1520 un certain temps. Car si Dieu est parfait, s'il a le pouvoir d’être père et s’il lui est bon d'être appelé le Père d'un tel Fils, quel motif aurait-il de différer ct de sc priver de ce bien? Pourquoi ne serait-il pas père aussitôt qu’il le peut? In Gen. fragm., dans Eusêhc, Contra Marcel., I, iv, 22; cf. Pamphile, Apol., 3. Comment s’accomplit cette éternelle génération? Origène déclare que le Fils n’est pas une partie de la substance du Père : celui-ci n’a pas détaché de lui son Fils en l’engendrant, car le Fils n’est pas une prolation. Il est une image, un relict de sa lumière, el comme la lumière ne cesse pas de resplendir. Dieu ne cesse pas de produire son Verbe, si bien qu’il n’y a jamais eu de temps où celui-ci n’existait pas : Non enim dicimus, sicut hieretict putant, partem aliquam substantial Dei in Filium versam aut ex nullis sub­ stantibus Filium procreatum a Patre, id est extra sub­ stantiam suam, ut fuerit aliquando quando non fuerit ; sed, abscisso omni sensu corporeo, ex invisibili et incor­ poreo Deo Verbum et Sapientiam genitam dicimus absque ulla corporali passione, vetui si voluntas pro­ cedat e mente... Sicut ergo nunquam lux sine splendore esse potuit ita nec Filius quidem sine Patre inlelligi potest, qui et figura expressa substantiie ejus el Ver­ bum el Sapientia dicitur. Quomodo ergo potest dici quia fuit aliquando quando non fuerit filius? Nihil enim aliud est nisi dicere quia fuit aliquando quando veritas non erat, quando sapientia non erat, quando vita non erat, cum in his omni bus perfecte Dei Patris substantia censeatur. De prine., IV, iv, i (28). Cf. De prine., I. n. 6, P. G., t. xi, coi. 135. Il est ù remar­ quer que le texte du L IV que nous venons de citer nous est parvenu en partie dans le grec original, grâce à saint Athamise, De decret. Nicivnœ synodi, 27, P. G., t. xxv, col. 465; nous sommes assurés de la sorte que Bufln n’a pas trahi la pensée de l’auteur. Faut-il alors déclarer que le Fils de Dieu, le Verbe, est consubstantiel au Père? Origène déclare que le Fils est inséparable du Père, quoique distinct de lui, qu'il est Fils par participation à son essence, non pur adoption el par grâce, ού κατά μετουσίαν, άλλά κατ’ ουσίαν έστί Θεός. Selecta in Psalm., hom. xin, 131. Le terme όμοούσιος lui-même ne ligure pas dans les œuvres grecques d’Origène. du moins dans les textes certainement authentiques. On le rencontre dans une scholie sur saint Matthieu, xxvm, 18, P. G., I. xvn col. 309, ct encore dans un fragment sur l’épltre aux Hébreux que cite l'apologie de Pamphile : Sic ct Sapientia a Deo procedens ex ipsa substantia Dei generatur. Sic nihilominus ct secundum similitu­ dinem corporalis aporrtura esse dicitur, aporrhcca gloriir omnipotentis pura ct sincera. Qmv utneque simili­ tudines manifestissime ostendunt communionem substaniiiv esse Filio cum Patre. Aporrhcca enim όμοούσιος videtur, id est unius substantia! cum illo corpore ex quo est vel aporrh(ra vel vapor. Apol. pro Orig., 5, P. G„ t. xvn. col. 580-581. M. Tixeront écrit ici : < Origène exclut absolument l’anoméisme. Si l'on remarque qu’il exclut également plus haut tout par­ tage de la substance du Père el toute προβολή, on en conclura qu'il admet le consubstantiel strict. · La théologie anténicéenne, 9· édit., p. 306. Le troisième terme de la Trinité divine est le SaintEsprit Origène affirme que les chrétiens ont clé les seuls à le connaître . · Tous ceux, dit-il, qui pensent, de quelque manière que ce soit, qu’il y a une Provi­ dence, confessent qu’il y a un Dieu éternel qui a tout créé cl ordonné et le reconnaissent pour le Père de l'univers. Nous ne sommes pas non plus les seuls ù déclarer... que Dieu a un Fils, car cette opinion a été celle de quelques grands esprits lorsqu’ils ont confessé que tout a été créé cl est gouverné par le Verbe de 1521 ORIGÈNE. DIEU, LA TRINITÉ Dieu. Mais quant à rétro du Saint-Esprit, nul n’a pu le soupçonner, excepté ceux qui étudient la Loi ct les Prophètes el ceux qui font profession de croire au Christ. » De prine., I, ni, L Le Saint-Esprit est éternel : * Quelques-uns je le sais, déclare Origène, comprenant mal la nouveauté de l’Esprit, en ont conclu que le Saint-Esprit était nouveau, comme s'il n'avalL pas existé auparavant et comme s'il n’avait pas été connu des anciens; et ils ne s’aperçoivent pas qu’ils commettent un grave blasphème. Car le Saint-Esprit est dans la Loi comme il est dans l’Evangile. Il est avec le Père et le F’ils, il est, il a été, il sera toujours avec le Père et le Fils. Il n’est donc pas nouveau, mais il renouvelle ceux qui viennent à la foi. · /n l. G., t. xiv, col. 821. > 11 ne faut pas chercher à résoudre toutes les contra­ dictions que pourraient nous offrir les textes d’Orl- I gène. Γη aussi bon juge que J. 'Fixeront a écrit naguère : « On n’appulcra pas sur eux (les passages difficiles) un jugement trop sévère pour l’orthodoxie trinitairc d’Origènc, si l’on remarque que plusieurs peuvent très bien s’expliquer, et sans beaucoup d’ef­ forts, d’une façon acceptable, (pie l’incorrection des autres vient plutôt des tenues employés qu’elle ne tient à la pensée dc l’auteur, qu’il est juste enfin, dans le doute, de le faire bénéficier dc ses déclarations fennes ct précises formulées ailleurs. * La théologie antinMcnnc, 9· édit., p. 309. Je ne prendrais peut-être pas à mon compte ces explications; mais j’insisterais plutôt sur la distinction que j’ai déjà rappelée entre Origène philosophe el Origène croyant. Le premier se laisse guider par la logique dc son système et. pour sauvegarder pleine­ ment le monothéisme, il subordonne le Verbe à Dieu Le Second insiste sur les attribut* divins du Sauveur ct se retrouve ainsi en communion avec lesI plus humbles de scs frères en même temps (pi'avec le% autorités légitimes dc l’Êglisc. C'est le premier quii écrit ces lignes . ύ μέν θεός καί Πατήρ συυέχωυ τάi πάντα φθάνει ck έκαστον των βντων» μεταδιδούς έκα­στο άπν τού Ιδιου τό είναι δπερ έστίν, έλαττόνως i 152S παρά τόν ΙΙατέρα ό Υίός φθόνων έπΐ μόνα τά λογικά (δεύτερος γάρ έστι τού 1 Ιατρός), ίτι 8c ήττόνως τό Πνεύμα τό άγιον έπΐ μόνους τούς αγίους διϊκνούμενον. ώστε κατά τούτο μείζων ή δύναμις τού I Ιατρός παρά τόν Υιόν καί τό Πνεύμα τό άγιον, πλείων δέ ή τού Υίού παρά τό Πνεύμα τό άγιον, καί πάλιν διαφέρουσα μάλ­ λον τού άγίου ΙΙνεύματος ή δύναμις παρά τά άλλα άγια. » Dc prine., I, in, 5. Impossible de méconnaître dans ce passage, où sc pressent les termes philosophi­ ques, les expressions techniques, une doctrine de la subordination. Au Père l’empire universel; au Ris les êtres raisonnables; à l’Esprit les saints. Origène admet sans doute que la puissance dc l’Esprit reste incomparablement supérieure ù celle des créatures saintes; il reste que, dans la sphère de la divinité, elle est inférieure â celle du Pèrect du Fils. Il est vrai, comme le remarque J. Denis, que · cette formule, en apparence si précise, n'est même pas exacte au point de vue du système d’Origènc. Si l'on fait réflexion qu’il n'y a en réalité que des natures ration­ nelles (car toutes les autres n'ont qu'une apparence d'être qui doit un jour s'évanouir)et que toutes les natures rationnelles sont destinées à la sainteté, tout cet échafaudage de paroles si induslricuscment cons­ truit sc détruit de lui-même et l’action du Père, du Fils et du Saint-Esprit relativement aux créatures, a Juste la même extension. · De la philosophie d'Orlgène, p. 121-122. V. Cosmologie. - - Dieu seul est l’être parfait. Seul il existe par lui même. Mais il ne reste pas seul, car il crée le monde. Sur le fait dc In création, Origène est extrêmement précis : « Si quelqu’un, écrivait-il dans son Commentaire sur la Genèse, comparant Dieu à des ouvriers humains, tombe dans celte erreur dc croire qu’il ne peut pas faire le monde sans avoir sous la main une matière incréce (άγέννητον), parce que le statuaire ne peut accomplir son œuvre sans l’airain, ni le charpentier sans le bois, ni l’archi­ tecte sans la pierre, il faut lui demander si Dieu peut exécuter cc qu'il lui plaît, dès qu’il le veut, sans effort el sans que sa volonté trouve d'obstacle. Car, par la même raison, que, en vertu de sa puissance ct de sa sagesse ineffables, il produit comme il le veut, pour l'ornement de l’univers, les qualités qui n’avaient aucun être auparavant - et c'est cc qu’admettent tous ceux qui croient à la Providence — sa volonté est capable d’amener à l’existence les êtres qu’il veut. Nous demanderons à ceux qui soutiennent qu'il n’en peut être ainsi,s'il n’est pas conséquent à leur opinion que Dieu ait eu vraiment une belle chance dc trouver une matière éternelle, sans la rencontre de la­ quelle il n’cùt pu faire aucun ouvrage ct serait resté privé des litres de créateur, de père, dc bienfaiteur, de bon, en un mot,de tous les titres qu'on a raison de lui attribuer. Comment donc aurait été exactement mesurée la quantité de celte matière pour suffire à la substance d’un tel monde? Il faudrait supposer je ne sais quelle Providence plus ancienne (pic Dieu, (pii lui aurait found la matière, pourvoyant à ce que l’art qu’il possédait ne demeurât pas inutile, faute de cette matière dont la rencontre lui a permis de faire la merveilleuse beauté de l’univers. D’où celle matière tenait-elle la capacité dc recevoir les qualités que. Dieu voudrait lui imprimer, s’il ne l’avait pas luLmêmc créée pour lul.cn telle ct telle quantité qu’il voulait l’avoir? Mais, admettant, par impossible, que la matière soit incréce, nous demandons a ceux qui j ont cette opinion : dans le cas où celte matière, sans avoir été mise sous la main de Dieu par je ne sais 1 quelle Providence, aurait été par elle-même capable de ces qualités, qu’cst-ce que la Providence, si elle 1 l’avait créée, aurait fuit de plus que le hasard ? Et ! si Dieu eût décide dc créer ct de façonner cette ma- 1529 0 R IG È N E. COS M 0 LOG I E 1530 Itère qui travail pas d’être par elle-même, qu’csl-cc dit l’Écriture, a tout fait avec ordre et avec mesure : que la sagesse el la divinité auraient fait de plus que qu’il s’agisse du nombre des êtres raisonnables ou ec qu'elles auraient fait d'une matière préexistante? (le l'étendue dc la matière corporelle, tout ce qui Si, par hasard, la Providence n’avait fait que cc qui est créé se renferme dans un nombre ct une mesure serait sans la Providence, pourquoi ne pas supprimer déterminés. Dc princip., IV, iv, 35. Origène, ici, sc Je démiurge ct l’artisan de l’univers? Il serait absurde montre pleinement grec : il lui répugne d’admettre sans doute dc dire que ce inonde, si artistement cons­ que Dieu soit infini : « Dans ce commencement, truit. est devenu tel par lui-même sans la main d'un écrit-il. (pic notre esprit se représente. Dieu a pro­ sage ouvrier. Il ne l’est pas moins de dire que la ma­ duit pur sa volonté autant de substances intellec­ tuelles qu’il fallait cl qu’il était suffisant. Car il ne tière, avec sa quantité réglée,avec scs qualités, avec sa souple obéissance à l’art du Verbe divin, existe faut pas, sous prétexte dc le glorifier, ôter à la puis­ sance divine sa limite. Nous devons affirmer au sans avoir été créée. » In Genes. comment., cité par contraire qu’elle est finie. Si en effet elle était infinie, Eusèbc, Pnvparatio evang., VU. 20, P. G., t. xn, col. 48-49. Cf. De print,, Il,n, 5. elle ne pourrait se penser. Car il est de la nature Cc texte est long, mais il convenait de le citer en dc l’infini de ne pouvoir être embrassé. Dieu a donc fait autant d’êtres qu’il pouvait en comprendre, en entier à cause dc son importance. Car la création du tenir sous sa main, en ramasser sous sa Providence. monde matériel n’y est pas seulement affirmée; elle Dc même, il n’a préparé qu'autant de matière qu’il est encore démontrée par des arguments de l’ordre rationnel. Aux partisans , comine quel­ le monde a commencé dans le temps, que faisait Dieu ques-uns lisent à tort, de même toi, si tu as l’esprit avant que le monde commençât ? C’est une impiété à la fols ct une absurdité de dire que la nature de d’adoption. Dieu l’enfante continuellement dans le Christ. » Z/i Jcrem., hom. ix, L Seulement celte éter­ Dieu reste oisive ct inerte ou de penser que sa bonté nelle génération du Verbe ne ressemble en rien à n’a pas toujours fait le bien,que sa toute-puissance une création; elle ne fait pas sortir le Verbe du néant; n’a pas toujours exercé le pouvoir. · Dc prine., Ill, v, 3. elle est l’acte necessaire par lequel Dieu s’affirme Cf. Dc princ., Ι,ιν, 3; S. Jérôme, In Epist. ad Ephes,. 1, lui-même comme raison; ct. dans l’image scripturaire Z*. Z.., I. xxvi, col. 518 ; Méthode, cité par Phode la splendeur, on reconnaît l’origine des expres­ lius, liiblinth., cod. 235. Dieu, dit encore Origène. ne saurait être appelé tout-puissant, à moins d’avoir sions que sanctionnera le concile de Niece : · Lumière des sujets sur lesquels il exerce sa puissance el. par de lumière. » A la doctrine de l’éternité de la création, qui est conséquent, pour qu’il manifeste son pouvoir suprême, ; il faut (pie toutes choses subsistent. Car. si l’on vou­ une théorie philosophique, semble s’opposer le récit de la Genèse, qui rapporte l’origine des choses. Ori­ lait prétendre, qu’il y ail eu, soit des espaces, soit des gène ne Pignore pas, mais il explique (pie les mots : siècles, où cc qui a été fait n’était pas encore fait, on « Au commencement · ne doivent pas être interpré­ montrerait évidemment par là que Dieu n’était pas tés dans un sens temporel, car il n’y avait pas encore tout-puissant dans ces espaces ou dans ces siècles, qu’il ne l’est devenu (pie plus lard, à partir du mo­ de temps avant (pie le monde fût. el ce n’est (pi’après le premier jour du récit mosaïque que l’on peut parler ment qu’il y a eu des êtres, sur lesquels s’est déployée du temps; le principe dont il est ici question ne sau­ sa puissance. Il y aurait donc eu du progrès en Dieu; rait donc être (pie le Verbe lui-même. /n Genes., il serait devenu meilleur, puisqu’on ne saurait douter hom. i, L qu’il vaille mieux être tout-puissant (pie de ne l’être D’ailleurs, ce monde-ci a eu un commencement cl pas. Or, n’esl-il pas absurde de supposer (pie Dieu i) aura une fin; mais il n’est pas le seul; il doit au ne soit arrivé (pie plus lard cl par voie de progrès, contraire être envisagé comme un des termes d’une à posséder ce qui convient à s.i nature? Que s’il n’y a Jamais eu dc moment où Dieu n’ait été tout-puis­ série illimitée. « Fidèles aux règles de la piété, écrit Origène. nous déclarons que Dieu n’a pas commencé sant. nous devons nécessairement admettre qu’il y a d’opérer lorsqu’il a fait ce monde visible, mais, de même toujours eu des êtres par lesquels cette puissance s’est qu’il y aura un autre monde après la destruction de manifestée, des sujets soumis à ce monarque suprême. » celui-ci, ainsi pensons-nous qu’il y en avait d’autres De princ., 1. n. 10. La création éternelle est cependant Unie, car Dieu, I avant le commencement du monde actuel.» Dc peine., 1531 ORIGÈNE. COSMOLOGIE 111. v, 3. Saint Jérôme semble ici résumer exacte­ ment la pensée du maître lorsqu'il écrit : In secundo autem libro mundos asserit innumerabiles, non juxta Epicurum uno tempore plurimos et sui similes, sed post alterius mundi finem alterius esse principium. Et ante hunc nostrum mundum alium fuisse mundum, rt post hunc alium rursum futurum, et post illum alium rursumque ceteros post ceteros ; et addubitat utrum futurus sit mundus alteri mundo ita ex omni parte consimilis, ut nullo inter se distare videantur, an ccr/e nunquam mundus alteri mundo ex toto indiscretus el similis sil futurus, Epist,, cxxiv, 5. ad Λ vit,, P. L·., t. .xxn. coi. 1063; cf. De prine.. II. m, 1. Qu’étaient donc les créatures de Dieu, j’entends les premières dc toutes, celles qui sont sorties de ses mains aux jours d'éternité? que pouvons-nous en savoir? C’étaient, semble-t-il, des créatures spiri­ tuelles. des νοές. car seuls des esprits peuvent être immédiatement produits pur Dieu. Encore Origène se demande-t-il si ccs esprits étaient incorporels au sens Je plus strict du mot, ou s’ils avaient un corps cl livré, subtil, délicat, el il semble bien admettre celte seconde hypothèse, car la Trinité seule peut être dite réellement incorporelle, Dc prine., I. vu. 1; II, n, 2; IV, vi, 27; In Joan., i, 27. Tous les esprits ont été crées égaux par Dieu, car il répugne à l’idée que nous devons avoir de sa jus­ tice dc penser que le Créateur a fait des créatures meilleures les unes que les autres. Toile n’était pas l’opinion desgnostiques. qui divisaient les esprits en pneumatiques, psychiques, cl hyliqucs cl dont Ori- I gène rapporte longuement les objections : « Voyez, disaient-ils. combien la naissance dc l’un est plus heureuse que celle de l’autre. Tel nail d'Abraham; tel naît d Isaac et de Kébecca; encore dans le sein maternel, celui-ci supplante son frère, avant même que dc naître, il est aimé de Dieu. L’un vient au monde parmi les Hébreux; il a la ressource d’être instruit dans la loi divine: l’autre voit le jour parmi les Grecs, hommes sages cl d’une condition non médiocre. Au contraire, voici un enfant qui naît parmi les Éthio­ piens, lesquels ont coutume de se nourrir de chair humaine, ou chez les Scythes, pour qui le parricide est comme une chose légale, soit enlin dans la Tauride, j où l’on immole les etrangers. Eh bien! d’où pro­ viennent ces dilTércnccs? quelle peut être la cause des conditions si variées que la naissance nous assi- I gne? Assurément on ne saurait prétendre que le libre j arbitre y ail quelque part. Car nul ne choisit son lieu dc naissance, ni scs compatriotes, ni sa condition. Que si l’on n'admet pas que les âmes sont dc diiTérenles natures, que les unes, naturellement mauvaises, sont ' destinées à rejoindre une race mauvaise, les autres, naturellement bonnes, à faire partie d’une bonne race, il ne reste plus qu’à livrer au hasard tout le cours des choses humaines. Dès lors, il ne peut plus être question, ni <1 un monde créé par Dictr cl gou­ verné par sa Providence, ni d’un jugement de Dieu sur les actions dc chacun. » Dc prine., II. ix. 5: cf. Contra CeU.9 V, 27, 31. Origène ne dissimule pas la gravité dc l’objection : mais sa réponse est que tous les esprits, créés à l’ori­ gine libres el égaux, sont lombes par leur faute. Dr prim il. " · Contra Cdsf III. 69. On ne saurait trop insister sur la place qu’accorde Origène au libre arbitre Nous y reviendrons en parlant de son anthro­ pologie. Mais la liberté n’est pas une faculté propre a l’homme, elle appartient aussi bien à toutes les créatures, a tous les esprits; elle fait partie de leur essence même : En créant dans le principe ce qu’il a voulu créer. c’est-à-dire les natures raisonnables. Dieu n’a pas eu d’autre motif dc créer, que lui-même. « est à-dire sa propre bonté. Puis donc que lui-même 1533 a etc le motif de cc qui devait être créé, lui en qui il n’y avait ni variété, ni changement, ni impuissance, il a créé égaux et semblables tous ceux qu'il a créés, car il n’y avait pour lui aucune raison de les faire variés el divers. Seulement, comme les créatures raisonnables elles-mêmes étaient douées de la fa­ culté du libre arbitre, la liberté a entraîné les unes au progrès par l’imitation de Dieu, les autres à la chute par la négligence. » De prine., II. ix, (>; cf. I, v, 3; vi. 3; vin. 3; II. i. 2; m, 1 ; 111. i. Parmi les créatures, les unes se sont donc attachées avec plus ou moins de force au bien suprême, et, après avoir occupé la même place ou un rang égal dans le monde céleste, ont peu à peu formé une hiérar­ chie selon le degré de leur bonne volonté, depuis les archanges, les trônes et les dominations, qui résident dans les deux des deux, jusqu'aux anges inférieurs qui régissent les astres et qui sont attachés à des corps visibles, moins purs par conséquent que ceux des puis­ sances supérieures. Les autres ont volontairement commis le mal; elles se sont écartées de Dieu; ce sont les démons cl les hommes, et c'est leur chute, leur καταβολή, qui est proprement la cause de l’état actuel de l’univers, celui-ci étant moins une création qu’une dégradation. De peine., L vin; H, ix. 6; 111, v. I: In Joan., xix, 22; In Maith. comment see., 71. De tous ces esprits, celui qui nous intéresse le plus est évidemment l’âme, puisque c’est l’âme (pii carac­ térise l’homme. Origène insiste longuement sur sa nature, bien qu'il semble parfois sc perdre en des explications plus ou moins cohérentes. Après avoir défini l’âme : une substance douée d’imagination el de mouvement,φανταστική καί ορμητική. il déclare que les animaux eux-mêmes ont une âme, puis il se demande si les anges eux aussi ont des âmes et il conclut : Bien que nous ne soyons autorisés par aucun texte des saintes Écritures à dire que les anges cl les autres esprits qui servent Dieu soient des âmes ou aient des âmes, cependant la plupart pensent que cc sont des êtres animés. ■ Dc peine.. Il, vin, L Ccs concessions faites à l’usage ou à la tradition, Origène semble ne plus envisager l’âme (pie chez l’homme, cl c’est bien elle en elTct (pii sert à définir proprement la nature humaine. Celle-ci est un esprit refroidi, ainsi (pie le montre l’étymologie, mais elle n'en a pas perdu pour autant la faculté de reconqué­ rir sa pureté primitive : των δέ λογικών τά άμαρτήσαντα καί διά τούτο έκπεσόντα της έν ή ήσαν καταστά­ σεως κατά την αναλογίαν των οικείων άμαρτημάτων τιμωρίας χάριν σώμασιν ένεβλήΟη. καί καΟαιρόμενα πάλιν άνάγονται bi et πρότερον ήσαν καταστάσει, παν­ τελώς τήν κακίαν άποτιΟέμενα καί τά σώματα* καί πάλιν έκ δευτέρου καί τρίτου καί πλεονάκις διαφόροις έμβάλλονται σώμασι προς τιμωρίαν. ζ είκος γάρ )· διαφόρους κόσμους συστηναί τε καί συνίστασϋαι, τούτο μέν παρελ­ θόντα ς, τούτο δέ μέλλοντας... παρά τήν απόπτωσιν , καί τήν ψύξιν την άπο τού ζην τω πνεύματι γέγονεν ή νύν >χγομένη ψυχή, ούσα καί δεκτική της επανόδου της έο’δπερ ήν έν αρχή* οπερ νομίζω λέγεσΟαι ύπό τού προφήτου έν τω· έπίστρεψον, ψυχή μου. είς τήν άνάπαυσίν σου· ώστε όλον τούτο είναι νούς. Dr peine., IL \iu. 3. Nous voudrions en savoir davantage. En particu­ lier le problème de l’origine de l’âme nous intéresse au plus haut point, et nous ne voyons pas comment Origène l’a au juste résolu. A première vue, on serait tenté de lui attribuer la théorie pythagoricienne de la métempsycose, et tel est. en cITetJe grief que saint Jérôme articule contre lui. en résumant à grands traits la tin du premier livre du Dc peincipiis : Ad extremum sermone latissimo disputavit angelum sive animam aut crrtr dirmonrm, quos unius asserit esse I naturiv sed diversarum voluntatum, pro magnitudine Oil IGE NΓ· negligrntiir cl stultitia: jumentum posse fieri, et pro dolore ptrnurum rt ignis ardore magis eligere ut bru­ tum animal sit rt in aquis habitet ac fluctibus rl corpus adsumcre hujus ori illius pecoris, ut nobis non solum quadrupedum, sed et piscium corpora sini timenda. Et ad extremum ne teneretur Pythagorici dogmatis reus, qui asserit μετςμψύχωσιν, post tam nefandam disputa· lionem qua lictoris animum vulneravit : Ilice, inquit, juxta nostram sententiam, non sint dogmata, sed quivstta tantum atque projecta, ne penitus intractata viderentur. Epist., cxxiv, I. t. xxn, coi 1003. La traduction de Rufin semble ici très abrégée car nous n’y trouvons rien qui corresponde a ce sermo latissimus dont parle saint Jérôme; mais il nous est difllcile d’avoir pleine confiance dans les résumés de saint Jérome. Celui-ci ne traduit pas textuellement; il se contente de dire ce qu’il croit trouver dans le texte d’Origènc, et il y trouve surtout une discussion, disputatio, l'examen d’une hypothèse, dont Origène conclut qu’il ne saurait en aflirmcr la valeur. Telle semble en elTct avoir été la position du docteur alexandrin. Son esprit aiguisé le portait naturellement à multiplier les hypothèses, à rappeler les essais qui avaient été faits avant lui, à proposer des thèmes de discussion : souvent, il terminait sans conclure et laissait à son lecteur de soin de décider. C’est ce qu’il faisait en ce passage du Dc principiis : nous trou­ vous dans ses œuvres asse?. de condamnations de la métempsycose pour être assurés qu'il n’a jamais dû en accepter l’idée. Contra Cels., V, 29; In Matth., xiii, 1. Il est vrai que ces condamnations restent purement négatives. Comme le fait remarquer .L Denis, · Si les esprits peuvent tomber, de ce corps de lumière et de gloire qu’ils avaient reçu avec la perfection originelle, dans cc corps dc péché et de mort, qui est celui des hommes, à cause de leurs fautes dans une vie antérieure, on ne voit pas pourquoi ils ne des­ cendraient pas plus bas. Car plus d’un homme sort de celte vie pire qu’il n’y était entré. Pourquoi donc ce qui est devenu le corps d’un homme, après avoir clé celui d’un ange ou de quelque être supérieur aux anges, ne pourrait-il pas devenir celui d’un animal ou d’une plante*? » J. Denis, De la philosophie d’Origlne, p. 195-19G. Il y a là une véritable difficulté, à laquelle n’est apportée aucune solution satisfaisante. A la création du monde et aux problèmes que pose la création ne se borne pas la cosmologie origénisle. Après avoir expliqué comment le monde est éternel, bien qu'il y ait eu, et qu’il doive y avoir, une Infi­ nité de mondes, Origène explique comment tous ccs mondes se succèdent les uns aux autres. Xous retrou­ verons plus loin ses idées sur le renouvellement des choses en etudiant son eschatologie. Restons pour l’instant dans le monde actuel, el essayons de pénétrer les opinions du maître relativement à l’homme. VI. Antiiiiopoi.ochi L’homme, nous venons dc le voir, est essentiellement un esprit déchu de son ancienne splendeur. Les âmes ne sont que des esprits refroidis. Sans doute Origène sc demande quelque part si l’âme naît ex traduce, ou si elle a une autre origine. In TU. comment., dans Apo/ , ix, P. (!., t. xvu, col 604; et il écrit encore : « Quant à l’âme, si elle est transmise pur le moyen de la semence, comme si sa substance était insérée dans lu semence corporelle elle-même, ou si elle a une autre origine et si son prin­ cipe est engendré ou inengendré. ou du moins si elle est introduite du dehors dans le corps, c’est ce que la prédication ecclesiastique ne définit pas nettement. · De prine., I. prooem.. 5. En fait, il ne s’arrête pas à discuter celte question. Et lorsqu'il dresse la liste des problèmes qui peu­ vent sc poser au sujet de l’âme, on voit bien que la 1534 psychologie expérimentale, ainsi que nous dirions aujourd’hui, n'a pour lui aucun intérêt. « On doit sc demander, écrit-il, quelle est la substance de l'âme. Est-elle corporelle ou incorporelle? est-elle simple ou composée dc deux, de trois parties ou davantage? Sa substance, comme quelques-uns le veulent, estelle renfermée dans la semence corporelle, et son com­ mencement est-il contemporain de celui du corps'* Ou bien, parfaite cl venant du dehors, se rcvél-cllr du corps lorsqu’il est préparé et déjà tout formé dans les entrailles dc la femme? Et, dans ce cas, entret-clle dans le corps au moment où elle vient d'être créée, cl ne l'a-t-cllc été que lorsque le corps parais­ sait déjà formé, dc sorte que la raison de sa création paraisse être la nécessité d’animer un corps? Ou bien, créée auparavant cl des longtemps, doit-on penser qu’elle descende pour quelque raison dans le corps, et s'il y a une raison qui l’y fait descendre, quelle est-elle? On cherche, de plus, si elle revêt le corps une seule fois cl si elle n’en a plus besoin dès qu elle l’a quitté, ou bien si, après l'avoir quitté, elle le reprend de nou­ veau, si ensuite elle le conserve toujours, ou si elle le quitte un jour derechef. El puisque, selon l’autorité des Écritures, il doit y avoir une fin du monde et que cet état corruptible doit se changer en un état incorrup­ tible. on ne peut mettre en question si l'âme peut reprendre un corps une seconde ou une troisième fois dans la condition de la vie présente. Car, si l’on admet­ tait celte supposition, il suivrait nécessairement que. grâce à ces migrations successives de l’âme, le monde ne connaîtrait pas de fin. De plus la connaissance dc l’âme demande que l’on s'enquière s’il y a quelques espèces d’êtres ou quelques esprits dc meme sub­ stance qu'elle et d’autres d’une substance différente, je veux dire s'il y a des esprits raisonnables comme elle cl des esprits privés de raison; si elle est de la même substance que les anges, puisqu’on croit que le ra­ tionnel ne diffère aucunement du rationnel, ou bien si elle n’est point telle substantiellement, mais doit le devenir par la grâce au cas qu’elle mérite, ou bien si il est absolument impossible qu’elle devienne sem­ blable aux anges, à moins que la qualité de >a nature ne le comporte. Car il parait que cc qu’elle a perdu peut lui être rendu, el non que ce que le Créateur ne lui avait pas donné dès le commencement puisse lui être conféré. L’âme doit encore, pour sc connaître elle-même, rechercher si cc qui fait sa vertu peut s’ajouter à elle et s’en retirer, si celle vertu est im­ muable el non accidentelle, ou bien si une fois ac­ quise elle ne peut plus sc perdre. In Canl. cantic.. n, édit. Baerhcns, p. 116-117; cf. In Joan., vi, 7. Ce texte devait être cité en entier pour faire bien comprendre de quelle manière Origène envisage les problèmes relatifs à l’âme. Son esprit, porté aux spé­ culations métaphysiques, ne s’intéresse guère aux questions que pose la vie quotidienne; il veut plutôt connaître l’origine et la destinée dc l’âme que l’exer­ cice de ses facultés. D’ailleurs, lorsqu’il n'envisage que l'homme, comme il le fait ici, il semble laisse tomber un certain nombre des solutions audacieuses, auxquelles il s’arrêtait volontiers au cours de scs recherches sur l’univers. Son horizon est plus restreint, si bien que certaines de ses interrogations nous éton­ nent . celle par exemple qu’il pose sur l’origine de l’âme. L'homme, suivant Origène, se compose d’un corps el d’une âme. De prine., I, i,6: Contra Ccls., VL63; VU. 24; VI IL 23. Sans doute, ên quelques passages, Origène dit bien que l’homme, est constitué d’un corps, d’une âme et d’un esprit. De prine., IV. n. I (11); in Alatth., xvu, 27; In Joan., xxxn, 2; In Levit., hom. n. 2. Mais celle seconde division, qui lui est 6n quelque sorte imposée par quelques passages de Γ Écriture, ne joue aucun rôle dans son enseigne- 1535 ORIGÈNE. ANTHROPOLOGIE 153G morales, ignorent Dieu. Leur entendement est sem­ ment, elle semble même contredire ce que nous avons blable à l’œil qui voit tout plutôt que le soleil, mais appris touchant la chute des esprits et leur refroi­ ne s’élève jamais à la contemplation de ses rayons. · dissement, car l’âme nous est alors apparue comme In Psalm, IP, 7. On pourrait sans peine multiplier un esprit déchu ct alourdi. les textes. Nous trouvons ici l’esquisse d’une théorie L âme est immatérielle, bien qu’elle ne puisse pas de la connaissance mystique qui se rattache à celle subsister indépendamment du corps. « S’il y a des (pic Clément d’Alexandrie avait déjà développée. gens qui pensent que l'intelligence ou que l’âme est Dc tous les problèmes psychologiques, le seul qui un corps, Je voudrais bien qu’ils me disent comment intéresse réellement Origènc, c’est celui de la liberté. clic pourrait recevoir en soi les raisons ct les preuves Il n’y a pas à s’en étonner : la liberté est une pièce de tant de choses grandes, difficiles ct subtiles. D’où maltresse dans son système. C’est parce que les esprits lui viendrait la force de la mémoire? d’où l’intuition sont doués du libre arbitre, qu’ils peuvent faire le bien des choses invisibles? Un corps est-il en état dc saisir et le mal et ainsi modifier l’état dans lequel ils ont été In Joan., i, 7, 43. Parmi les croyants, ne met-il pas Paradis, soit que chacun de nous en ait été banni au premier rang ceux qui participent au Verbe qui personnellement cl ait reçu sa condamnation d'une manière inénarrable el connue de Dieu seul. » In Rom., était dans le principe, qui était auprès de Dieu, au Verbe-Dieu; cl au second rang ceux qui ne savent v, 4. Il est difficile, semble-t-il, de voir plus clairement rien que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, esti­ qu’en des textes tels que ceux-ci, les complications mant que le Verbe fait chair est le tout du Verbe ct ne au milieu desquelles sc débat Origènc pour concilier î connaissant que le Christ selon la chair. · In Joan., iî, scs opinions philosophiques avec la croyance de 3, 27-3L De telles formules sont dures à la vérité, bien l’Église. L’Église ne s'intéresse qu'à la terre ct aux hommes ct rapporte à Adam l'origine du péché. Ori­ qu’elles puissent être entendues en un sens acceptable. gènc embrasse d'un seul coup d’œil tout l’univers ct Le Verbe est devenu par son incarnation le médiateur entre Dieu ct l’homme : personne ne connaît le Père, son histoire : comment un tel système s’accommoderasinon le Fils, ct celui à qui il a plu au Fils de le mani­ t-il ave» la règle de foi? fester. Il s'est incarné afin de nous diviniser; ct dès En toute hypothèse, il reste que toute l'humanité est soumise à la loi du péché. Origènc connaît cette lors les mystères de la croix eux-mêmes sont surtout loi par sa propre expérience, il a vu les fidèles eux- des moyens, grâce auxquels l'humanité rachetée peut mêmes, les chrétiens baptisés retomber fréquemment [ enfin connaître Dieu. Mais il faut ajouter qu’Origène dans les fautes auxquelles ils avaient promis de renon­ ne s'y arrête pas. Sans doute les récits historiques de cer; ses homélies, qui décrivent l’état moral des com­ l’Évangile lui-même sont à scs yeux le symbole des munautés du tu* siècle, nous laissent entrevoir, à côté vérités intelligibles. « Il ne faut pas penser que les de nobles exemples, bien des faiblesses, ct le clergé | choses historiques soient des figures des choses histo­ lui-même n’est pas exempt de reproche. La concu- i riques. les choses corporelles, des figures des choses plsccnce, les mauvais exemples, les démons, voilà corporelles; mais les choses corporelles sont les figures quelques-unes des influences (pii favorisent Je dévelop­ des choses spirituelles ct les choses historiques le sont pement du mal : peut-on ignorer que,si l'on ne résiste des choses intelligibles. » In Joan.,x, 18, 111, /’. G., t. xiv, col. 340. Sans doute encore, la foi aux miracles pas aux premiers attraits du plaisir défendu, on devient incapable de lutter contre des sollicitations demeure Insuffisante si elle ne prépare pas le chemin qui ont été fortifiées par l'habitude? (pie, si l’on sc à la foi, à l’invisible : « 11 est vraisemblable que les laisse aller à l’amour de l’argent, on est la proie de Juifs croyaient en Jésus quant aux choses visibles, J avarice? L’aveuglement de l’esprit succède à la à cause des miracles, mais ne croyaient pas aux choses passion; cl finalement la liberté n’est presque plus profondes qu’il disait.., ct on retrouverait les mêmes autre chose qu’un vain mol. Dr. prine.. Ill, v, 2. dispositions chez beaucoup île gens : ils admirent Meme les Justes ne sont pas à l’abri du péché. Jésus quand ils considèrent son histoire, mais ils ne Origènc se plaît â rappeler les fautes ou les imperfec­ croient plus quand on leur présente un discours (pii tions des saints de l’Ancienne Loi. < Pourquoi Abel est trop profond ct trop haut pour leur portée; ils le n’a-t il offert ses sacrifices que plus lard, après Cain, tiennent pour mensonge. · In Joan., xx, 30, 27 I 275, cl non immédiatement? Pourquoi Énos a-t-il attendu G., t. xiv. col. 61 I. pour invoquer le nom du Seigneur? Pourquoi d'Énoeh Et après cela, il parle de Jésus comme d’un maître est-il écrit qu’il n’a plu au Seigneur qu’après avoir . et d’un ami. Jésus, à scs yeux, est le maître compatis­ engendré Mathusalcm? De Nov, Γ Écrit ure, dit en sant, dont la tendresse l’amène à ne laisser de côté parlant dr la clnq-ccntiêmc année de son âge, qu’il aucun village; il n’est pas venu juger, mais enseigner. trouva grâce devant le Seigneur : s’il l’avait mérité Contra Ceb., 11,38; IV. 9. Il est le prince de toute plus lot, je pense (pie l’Êcriture divine ne l’aurait pus paix, le fondateur d’une paix établie sur l’amour. passé sous silence... D’ailleurs 11 a bu du vin. il s’est Contra Ctb., VIII, H. Il est impossible que scs dis­ emvré.il s’est mis à nu. A Abraham, il est dit-.Sors de ciples, s’ils restent fidèles à scs leçons, fassent In ton pays, cl cet ordre ne lui aurait pas élé donne s’il | moindre tentative de révolution. Contra Cds., 111,28. avait pu plaire à Dieu dans la maison de son père. » Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de sa ten­ dresse Contra Ceb., VII, 16; VIII, 66. Il serait facile fn Rom.. v, L II est nécessaire que les justes s’écartent en quelque point de la voie droite, qu’il est à peu près de multiplier ici les témoignages. Les homélies sur impossible à la nature humaine de suivre partout et l’évangile de saint Luc en particulier contiennent des I liages admirables sur le Sauveur, sur sa bonté, sa toujours. In Rom., n, 14. patience, sa douceur. Et lorsqu’on les lit. on sc rend 2· L'incarnation. — C'est avant tout, semble-t-il, pour racheter l’humanité que le Verbe de Dieu s’est I compte qu'Orlgènc laisse passer ici le meilleur de son âme. Incarné. Il est possible que l'incarnation reste en Qu’est donc au juste pour lui ce Jésus dont il parle dehors du système philosophique d’Origène; il faut I même dire qu'elle n’est pas exigée par la logique de ce | avec des accents si profondément émus? Il faut, pour 1541 ORIGÈNE. I.Λ RÉDEMPTION le savoir, revenir aux exposés I biologiques du Dr principiis,v;\r ce qui nous intéresse d'abord ici. c’est lu doctrine du théologien. Tout le chapitre vi du second livre est consacré A l’incarnat ion, cl c'est IA surtout que nous trouverons la synthèse de renseignement origénlstc. Comme tous 1rs autres esprits, l'ftmc du Christ a été créée dès le principe; mais seule, parmi tant d’autres, elle est restée absolument fidèle à Dieu. Comme le dit ici la traduction de saint Jérome, nulla alla anima, qiuc ml corpus descendit humanum, puram ct germanam similitudinem signi in se prioris expressit nisi illa, de qua Salvator loquitur : Nemo tollit animam meam a me, sed ego ponam a mripso. Epist., cxxrv, 6, P. L.. t. xxii, coi. 1064-1065. Pour nous sauver, le Verbe s’unit plus intimement à celte Ame, cl, par son intermédiaire, à un corps par­ fait et beau, puisque chaque Ame a le corps qu’elle a mérité et qui convient au rôle qu’elle doit remplir. Contra Cels., VI, 75-77. Jésus naît d'une vierge, sa naissance est réelle, comme le sont aussi scs Inqulé tudes,ses troubles,scs infirmités, scs souffrances. Les récits évangéliques doivent être pris au sens historique, et, même lorsque Origènc leur découvre une significa­ tion allégorique, il n’entend pas pour autant mettre en doute la réalité des faits qu’ils racontent. Le docétisme par contre demeure une hérésie qu'Orlgène condamne avec force, bien qu’on puisse trouver encore chez lui, comme naguère chez Clément, quelques formules susceptibles d’une interprétation docète. Contra Ois., VI. 77; IL 64-65. C’est surtout dans son apologie Contre Celse, qu’Orlgène sc trouve amené à prendre la défense de l’histoire du Sauveur : aux objections du philosophe païen contre la véracité des évangiles, il répond en homme qui connaît tous les détails de l’Êcriture el qui, pour avoir longuement vécu dans le pays de Jésus, est mieux que quiconque à même de comprendre la vie du Maître. Jésus-Christ est donc véritablement un homme; d’autre part, le Verbe qui est en lui ne perd rien de ce qu'il était dès le commencement : τη ούσ(α μένων λόγος. Contra Ois., IV. 15; cf. In Joan., xxvnr, 14, (il·.. I. xrv. col. 720. Par suite, il y a deux natures dans le Sauveur, car il est A la fois Dieu ct homme : Alia est in Christo deitatis ejus natura, quod est uni­ genitus filius Patris, et alia humana natura, quam in novissimis temporibus, pro dispensatione suscepit. I)c prine., I. n, 1. Cf. In Joan., xix. 2 : δτ·. ό σωτήρ ότέ μέν περί έαυτου ώς περί ανθρώπου διαλέγεται, ότέ δέ ως περί Οειοτέρας φύσεως καί ηνωμένης τη άγενήτω τού πατρύς φύσει. Contra Cels., 111. 28; Vil. 17 S’il v a dans le Christ deux natures.il n’y a pour­ tant qu’un seul être. Le Verbe de Dieu, après la dis­ pensation. est devenu un avec l’Ame et le corps De prine.. Il, vr, 6. O corps et l’âme ne sont pas seulement associés au Verbe, ils lui sont joints par une union ct par un mélange, ένώσει zal άναζράσει, qui les a rendus participants de la divinité cl les a transformés en Dieu, είς θεόν μχταβεβηζέναι. Contra Ots., HI, 4L Comme l'écrit .L Tixcront, La théologie anténieéenne, p. 315, ce sont des « expressions trop fortes évidemment, ct qui doi­ vent se corriger par ce qui est dit plus haut, mais qui montrent l’idée que l'auteur sc fait ct qu'il essaie de traduire de l'unité de Jésus-Christ. Il la traduit encore par la communication des Idiomes, dont il n'use pas seulement, mais dont il a été le premier à formuler la loi ct à montrer, dans l'union hypostatique, la raison d'être.»Les formules qu’il emploie ici sont à rappeler: Unde rt merito pro eo quod net tota esset (anima illa) in Filio Dei oel totum in se caperet Filium Dei, etiam ipsa cum ea quam assumpserat carne Dei Filius ct Dei virtus, Christus ct Dei sapientia appellatur ; et rursum Dei Filius, per quem omnia errata sunt, Jésus Christus ct Filius hominis nominatur. Nam et Filius Dei mortuus esse dicitur pro ea scilicet natura, qutr mortem utique recipere poterat ; rt Filius hominis appellatur, qui ventu­ rus in Dei Patris gloria aim sanctis angelis prodicatur. Et hac de causa per omnem Scripturam tam divina na­ tura humanis vocabulis appellatur, quam humana natura divimr nuncupationis insignibus decoratur. De prine., II. vi, 3, cf. IV, iv. 31. Inutile d'insister ici sur le détail de l'œuvre terrestre du Christ. Origènc, dans ses commentaires sur saint Matt hieu et saint Jean, dans scs homélies sur saint Luc. dans son apologie contre Cclse, 11 faudrait dire plus exactement dans tous ses ouvrages, trouve sans cesse l’occasion de parler du Sauveur. Il Je fait avec un ac­ cent profondément chrétien; cl ceux-là sc trompe­ raient qui croiraient voir dans l’œuvre d’Origènc un système philosophique, où le Christ fait figure d’acces­ soire. 3« La rédemption. Le \ orbe de Dieu, nous l’avons déjà dit, s’est incarné en vue du salut de l’humanité. Qu’est-ce donc que le salut? Origènc le conçoit d'abord comme une illumination. Il reprend sur ce point la doctrine de Clément, de Justin et de bien d’autres encore, il n’y a, pour l’huma­ nité, qu’un seul maître de vérité, le Verbe. C’est lui qui. déjà, a parlé aux hommes pieux qui ont précédé les patriarches; c’est lui qui s’est manifesté aux ancê­ tres de la rare élue. Abraham. Isaac ct Jacob, lui qui a dicté les lois de Moïse et les oracles sacrés des pro­ phètes. « Mais, imparfaites el obscures en partie parce qu’elles s’appropriaient à l’étal spirituel des hommes, et parce que, d’un autre côté, elles n’etaient que les figures des mystères futurs de la vie du Christ, comme de son Église, ces révélations partielles ne s’adressaient qu'à un seul peuple Le Verbe enfin, en se faisant homme, quand les temps furent venus, acheva ce qui était incomplet, éclaircit ce qui était obscur, ct appela à lui tous les hommes de bonne volonté, à quelque race, à quelque nation qu’ils appar­ tinssent. En outre cette dernière cl parfaite révélation se distingue des précédentes en ce qu'elle nous apprend à reconnaître Dieu comme un Père, tandis que. jus­ qu’alors, il avait été annoncé surtout comme un maître. In Joan., xix. 1. Elle fait succéder la loi d’amour à la loi de crainte. C’est dans ΓHomme-Dieu, dans le Verbe f ait chair, que se consomme toute l'éco­ nomie de l’éducation de l'iiumanilc ct meme de toutes les substances raisonnables. » J. Denis, Dr la philoso/ lue d’OrtaDic, p. 287. Mais le salut est autre chose qu’une illumination. 1543 ORIGÈNE. LA RÉDEMPTION H est. selon la formule employee par le Sauveur luimême. un rachat. Comment faut-il entendre cc rachat? Il semble qu’il y ait. dans les œuvres d’Origène, une double conception de la rédemption. En quelques passages, le maître d'Alexandrie a l’air de l’envisager comme un rachat au sens le plus strict du tenue. Par le péché, nous avons été livrés au démon, nous sommes devenus scs esclaves, sa propriété. Il s’agit donc de lui payer notre rançon. C’est pour cela que Jésus-Christ donne au démon sa propre vie, son âme. Ainsi, il nous paie, il nous achète, il nous gagne : A qui Jésus a-t-il d inné son âme en rançon pour un grand nombre? Pas à Dieu assurément. Ne serait-ce donc pas au malin? Car cchd-ci était maître dc nous, jusqu’à cc que, pour nous, la rançon lui fût livrée, ù savoir l’âme dc Jésus. » In Matth.. xvi, 8, P. G., t. xm. col. 1397. De même, Origènc écrit ailleurs : Audi quid dicit pro­ pheta : precatis vestris venumdati estis, cl pro iniquita­ tibus vestris dimisi matrem vestram/ Vides ergo quia Dei quidem creatura omnes sumus. unusquisque vero peccatis suis oenumdalur et pro iniquitatibus suis a pro­ prio creatore discedit. Dei igitur sumus. secundum quod ab eo creati sumus; effecti vero sumus servi diaboli, secun­ dum quod peccatis nostris venumdati sumus. Veniens autem Christus redemit nos, cum serviremus illi domino, cui nosmetipsos peccando vendidimus. Et ita videtur tanquam suos quidem recepisse, quos creaverat, tanquam alienos autem acquisisse, qui alienum sibi dominum peccando quivsivcrant. In Exod.. hom. vi, 9, P. G., t. xn, coi. 336. Cf. In Rom., m, 7; iv, 11, P. G., t. xiv, coi. 915 et 1000. Cette « rançon », généralement prise à la lettre, n’est sans doute qu’une métaphore pour dire le caractère onéreux de notre salut Voir J. Ri­ vière, Is dogme dc la Rédemption, études critiques ct documents, p. 182-206. Cependant la théorie ainsi Introduite par Origène dans la théologie patristique est loin d'etre heureuse. Elle sc trouve d’ailleurs corrigée ou complétée par une autre explication, celle dc la substitution ct du sacrifice propitiatoire. Jésus est le chef dc l’Église; il est la tête d’un corps dont nous sommes les membres : il a pris sur lui nos péchés, il les a portés cl, pour nous il a librement souffert. /n Levit., hom. r, 3. Prêtre véritable, il a offert à son Père un sacrifice véritable dc propitiation, dont il est lui-même la victime. Ipsc Dominus Jesus Christus non ideo agnus dicitur, quasi qui mutatus sit et conversus m speciem agni. Dicitur tamen agnus, quia voluntas ct bonitas ejus. qua Deum repropitiavit hominibus et peccatorum indulgentiam dedit, talis exstitit humano generi quasi agni hostia im­ maculata ct innocens, qua placari hominibus divina creduntur... Donec... sunt peccata, ncccsse est requiri hostias pro peccato. Nam pone, verbi gratia, non fuisse peccatum. Si non fuisset peccatum, non nccessc fuerat Filium Dei agnum fieri, nec opus fuerat cum in came positum jugulari, sed mansisset hoc quod m principio erat, Deus Verbum; verum quoniam introivit precatum in hunc mundum, peccati autem necessitas propitiatio· nem requiritet propitiatio non fit nisi per hostiam, neces­ sarium fuit provideri hostiam pro peccato. In Num., hom. xxiv. 1, P. G., t. xn, coi. 756-757. Cf. In Rom., 1H, 8, P. G . I xtv, coi. 1P sq. Le sacrifice offert par le Christ a une valeur univer­ selle. Il ne rachète pas seulement les hommes, mais les anges ct toutes les créatures raisonnables : ού μόνον υπέρ ανθρώπων £πέθανεν, άλλα καί υπέρ των λοιπών λογικών In Joan., î, 40. P G , t. xtv, col 93. Cf. in Matth., xm. 8, P. G., t. xm, col. 1116. Telle est la signification du sacrifice céleste dont il est question dans l'épîtrv aux I lébreux : Non solum pro terrestribus sed etiam pro caelestibus oblatus est hostia Jesus, et hoc quidem pro hominibus ipsam corporalem materiam sanguinis sui fudit, in cadestibus vero, ministrantibus, 1544 si qui illi inibi sunt, sacerdotibus, vitalem corporis sui virtutem velat spiritale quoddam sacrificium immolavit. In Levit., hom. i, 3; cf. In Luc., hom. .x. Ajoutons que la rédemption, accomplie parle Christ, ne saurait avoir «l’cflicmité que si les hommes se l'approprient en quelque sorte. Nul, nous Pavons vu, n’a plus insisté qu’Origène. sur le rôle de la liberté da is la vie morale. Jésus, par sa passion el par sa mort, nous a rachetés : il faut encore que chacun d'entre nous opère son salut en s’associant librement à h passion de Jésus. Toutefois, en cette œuvre, nous sommes aidés par la grâce divine. En quelques endroits de ses écrits, Origènc insiste sur le rôle dc la grâce en des termes qui feraient songer â saint Augustin, si nous étions assu­ rés qu’ils sont réellement dc lui. Il écrit par exemple dans une homélie sur les Nombres : //>sr Unigenitus, ipsc, inquam, Filius Dei adest, ipsc dt fendit, ipse custodit, ipsc nos ad se trahit... Sed nec sufficit eum esse nobiscuni, sed quodammodo vim nobis facit ut nos protrahat ad salutem. Sic ergo non solum invitamur a Deo sed ct trahi­ mur ct cogimur ad salutem. In Num., hom. xx, 3, P. G.. t xn, coi. 734. De tels passages sont rares. Le plus souvent, Origènc se contente d’affirmer la nécessité de la coopération de Dieu avec l’homme. < Le vrai bien dc la nature raisonnable, écrit-il, est une résultante dc la liberté de l'homme ct de la puissance divine venant en aide à l’homme vertueux. Et cc n’est pas seulement pour devenir bons, que nous avons besoin du libre arbitre ct du concours divin, qui, par rapport à nous, est indé­ pendant de la liberté; nous en avons aussi besoin pour persévérer dans la vertu, car le plus parfait tombera s'il s’enorgueillit du bien qui est en lui.s’il s’en attribue le mérite et néglige d'en rapporter la gloire â celui qui a dc beaucoup la plus grande part dans l’acquisition ct la conservation dc ce bien. » In Psalm., îv, P. G. t. xm, col. 1160. Et ailleurs : « 11 ne suffit pas dc vou­ loir pour atteindre le but, ni dc courir pour gagner la couronne promise au triomphateur; il y faut l’assis­ tance de Dieu... Pareillement notre salut, tout en néces­ sitant notre coopération, n’est pas néanmoins notre œuvre, car Dieu v joue le principal rôle. » De peine., III, î, 18, P. G., I. xi, col. 289. Origènc précise encore que la grâce est un don purement gratuit. In Joan., vi, 20. cl que la foi ellemême est une grâce : « De même que, si nous existons, cc n’est pas en récompense dc nos œuvres, mais par un pur effet de la grâce du Créateur; dc même, si nous obtenons un jour l’héritage des promesses de Dieu, c'est un don de la grâce divine et non la récompense dc quelque œuvre méritoire. Mais, dlra-l-on, l’homme doit offrir sa foi. et par lâ mériter la grâce dc Dieu. Non. car l’Apôtre nous enseigne que la fol est accordée par l’Esprit-Saint. et par conséqueait est une grâce clic-même. ■ In Rom., iv, 6; In Num., hom. xm, 3. En d’autres textes cependant, Origène semble ac­ corder â la liberté le pouvoir qu'il lui refuse dans les passages qui viennent d’être cités. (L’est à nous de commencer, dît-il, et Dieu nous tendra la main. In psalm. cXX. Notre bien et notre null sont entre nos mains : « Dieu a donné à l’homme toutes les inclina­ tions cl tous les mouvements avec le secours «lesquels il peut s’efforcer cl avancer dans la vertu. 11 lui a donné en outre la force dc la raison pour reconnaître cc qu’il doit faire et cc qu'il doit éviter. Voilà ce que Dieu a donné à tous sans exception. Si, après avoir reçu ces choses, on néglige de marcher dans la roule de la vertu, l’homme, à qui rien n'a manque «lu côté de Dieu sc trouve avoir manqué aux «Ions que Dieu lui a faits.» In Rom., m, 6; cf. Dr prim . Ill, n, 3; In Rom., vu. 16; In Num., hom. xi, I; In Matth., xvi, 5; In Matth. comment. ser„ 69. ESCHATOLOGIE En insistant sur cut sc prendre au sens large et désigner seulement une très longue durée. In Exod., hoiu. Vf, 13; et il panlt Incontestable qu'à ses yeux les souffrances mêmes de l’enfer sont desti­ nées a prendre tin. Il est vrai que quelques théologiens, comme F l'rnt. Origine, p. 100-101, essaient d’inter­ préter les textes les plus difficiles et de montrer que, tout au plus, la pensée d’Origène sur ce point capital a manqué de précision. Leurs arguments ne sont pas décisifs. Le docteur alexandrin parle sans doute comme tout le monde, du feu éternel, des tourments sans lin. du châtiment sans retour, mais il n’y a pas lieu d insister sur ccs expressions courantes. 1548 Il faut au contraire mettre en relief les raisons qui poussent Origène â enseigner le caractère temporaire des peines infligées aux damnés. A scs yeux, toute punition doit permettre l’amendement des coupables : «SI, pour recouvrer la santé In Hom., v, 10, P. G., t. xiv, col. 1053. C’est à toi, lecteur, de juger si cette catégorie de créa­ Le salut définitif ne sera achevé (pie lorsque la créa­ tures sera tot dement exilée de l’unité ct dc l’harmonie tion entière sera délivrée de l’esclavage. Jusque-là la finales, soit dans les siècles mesurés par le temps, soit créature raisonnable est soumise à la vanité contre dans les siècles coexistant à l’éternité. » De princ., 1, son gré pour obéir à celui qui l’y soumet. Elle gémit vi,3;cf. S. Jérôme, Contra Joann. HierosoL, 16. P. /,., et elle souffre sans cesse. In Rom., vu, I. Lorsque tous t. xxm, col. 368; Hulin, ApoL, i, 10, p. L., t. χχι, les péchés auront disparu du monde, alors seulement, col. 517 sq. Mais on voit bien vers quelle réponse il les justes brilleront dans tout leur éclat. In Matth., tend, ct que scs réticences n’ont d’autre cause que le x. 3; xvnr, 19. Ils verront Dieu, sans aucun intermé­ souci de l’orthodoxie ou la crainte de scandaliser les diaire, semble-t-il; car celui (pii l’a vu dan.» l’image du simples fidèles. Si le démon est inconvertissable. l’em­ Dieu invisible pourra voir directement le Père en luipire dc Dieu ne sera pas absolu ct tout ne sera pas même, qui est l’exemplaire de l’image. In Joan., xx, rétabli dans l’ordre primitif. 7; ΧΧΧΠ, 18. Car ce rétablissement, cette άποκατάστασις, doit Mais il ne suit pas de là, évidemment, que lors de la être le but ftml cl le terme dernier dc l’évolution uni­ restauration finale, quand Dieu sera tout en tous, les verselle. Lorsque tous les ennemis seront soumis au êtres créés perdront leur individualité et se confon­ Christ, que le dernier ennemi, la mort, sera anéanti ct dront dans la substance divine. Notons d’abord qu’ils que le Christ, Λ qui tout aura été soumis, remettra le garderont leurs corps. Si Dieu seul est véritablement royaume A son Père, cc sera la fin; ct cette lin nous incorporel, les esprits qui possèdent, dès la création, permet de nous représenter le commencement. En des corps éthérés ne les perdront jamais. Notons sur­ fctTct, la lin est toujours semblable nu commencement, tout qu’ils conserveront leur individualité. Sans doute ct comme la fin dc toutes choses est une, le commen­ saint Jérôme écrit dans la lettre à Avitus, sous pré­ cement doit avoir été un. Tous les êtres, malgré leur texte de résumer la pensée. d’Origènc : Et ne parum diversité, ont une même lin : ainsi d’un commence­ putaremus impietatem esse eorum quæ pramiiserat, in ment identique sont sorties les variétés et les diffé­ ejusdem voluminis fine conjungit omnes rationabiles rences actuelles qui. par la bonté de Dieu, dans la sou­ naturas, id est Patrem et Filium et Spiritum Sanctum, mission au Christ cl l’unité du Saint-Esprit, seront angelos, potestates, dominationes ceterasque virtutes, ramenées à un même dénouement semblable à l’ori­ ipsum quoque hominem secundum animie dignitatem gine. · De prine., I, vi, 2; cf. Contra Cri*., VIil. 72; in unius esse substanttie. Ephi., cxxiv, 1 I, P. I.., t. xxn, Joan., χιπ, 37. coi. 1071 ; cf. Dc prine., IV. rx, 36. Et un peu plus haul, En quoi consistera le bonheur final? Origène écarte, il résume ainsi la fin du second livre du Dr principiis : cela va sans dire, toutes les grossières conceptions du I Et post disputationem longissimam, qua omnem naturam millénarisme. Il n’a pas assez dc sarcasmes pour les corpoream in spiritualia corpora et Imuia dicit esse simples qui rêvent de jouissances chamelles jusque mutandam, cunctamque substantiam in unum corpus dans l’autre mande. De prine., II, xi, 2; /n Matth., mundissimum et omni splendore purius convertendam xvn, 33; In Cant., prolog.; Contra Cri*.. V. I 1; VIH. et talem, qualem nunc humana mens non potest cogitare, 49. Ix?s esprits, do plus en plus dégagés de la matière, ad extremum intulit : EI erit Deus omnia in omnibus, traverseront, I un après l’autre, tous les deux. Origène ut universa natura corporea redigatur in e un substan­ se plaît à im iginer ct à décrin! ces stations successives tiam, quic omnibus melior est, in divinam videlicet qua des âmes. Arrives aux deux, explique-t-il, les saints mulla est melior. Ibid., 10, col. 1069. Si saint Jérôme conn diront la nature des astres, s’ils sont (tes êtres prétend exprimor ici la pensée d’Origènc, il est permis animés, pourquoi telle étoile occupe telle position et dc croire qu’il se trompe. Origène a pu sans doute par­ est séparée de telle autre par une si grande distance... ler d’une parenté entre l’àme et Dieu; cf. Exhort., 17; Puis, ils arriveront aux choses qu'on ne voit pas, à et rien n’est plus traditionnel que celte idée d’une celles mêmes qui sont ineffables. El, quand nous aurons communauté de race, WffbKvx, qui fait des esprits fait dc tels progrès que nous ne serons’plus des chairs les images dc Dieu. Mais il faut s’entendre sur le sens et des corps, peut être même des Ames, mais des Intel­ dc celle expression. Elle ne va pas a faire dc Dieu ligences pures, qui, arrivant ù la perfection ct n’étant Punique substance du monde; ct Origène ne prétend plus offusqués par les nuages des passions, contem­ en auçunc manière que, lors de la consommation finale, pleront face A face les substances raisonnables ct Dieu seul rassemblera en son unique existence toutes intellectuelles, l'esprit jouira alors de la perfection. les existences créées. Tous les esprits subsisteront, De print . 11 \ i 7 * dans des corps éthérés. légers, splendides; mais, par Il est vrai que le libre arbitre subsistera alors encore le seul fait qu’ils ne seront pas entièrement incorporels, d.ms I.» nature raisonnable. · Mais nous affirmons que ils se distingueront dc Dieu. Comme l’écrit J. Denis, U Ile est l’efllcaclté de la croix et delà mort du Christ, De la philosophie d’Origène, p 386, « Les corps ne qu’elle suffit à la guérison et au salut non seulement s’évanouissent pas plus en Dieu que les Ames, en per­ du siècle présent et du siècle passé, non seulement pour dant les qualités grossières qu’ils ont revêtues depuis le genre humain, m ils encore pour les vertus cl les le péché pour reprendre peu â peu leurs qualités origi­ ordre» célestes. Selon la pensée de Paul, le Christ a nelles; corps spirituels, selon le mol de saint Paul, ils pacific par le sang de la croix, non seulement ce qui distingueront les esprits les uns des autres, sans mettre est sur la terre, mais encore cc qui est dans les deux. obstacle à leur union, ct ils les distingueront «te Dieu, 1553 (> BI GÈNE I/ÉGLISE 15 5 \ sans gêner la vision bienheureuse dont il illuminera la tonne extérieure d’une fédération. Mais il saitjque scs créatures sanctifices. ■ toutes les Églises dispersées dans le monde consti­ On a souvent reproché à Origène cette théorie de tuent un corps unique : elles sont le corps entier des l’universelle restauration; et il faut bien reconnaître synagogues de l’Église, In Matth., xm, 21; il sait qu’elle ne s'accorde pas avec les données les plus cer­ encore que l’Églisc est la maison unique hors de taines de la révélation. Il semble qu’Origène lui-même laquelle il ne faut jamais manger l’agneau pascal. s’en soit rendu compte, et qu’il ne la présente guère In Cenes., hom. xn, 3; qu’elle est l’arche de Noé qu’il que sous forme d'hypothèse, sans vouloir l’imposer à faut habiter pour être sauvé du déluge, In Gene*,, hom. ses lecteurs. Du moins l’hypothèse lui plaît. Grâce à n, 3-6; l’épouse du Cantique, In Cant., hom. t, 7. Il elle, s’achève harmonieusement un système qui déve­ ne dit pas expressément qu’elle est fondée sur Pierre, loppe l'histoire entière du monde. Dieu a fait des créa­ mais il ne dit pas davantage que les autres apôtres tures bonnes et libres. Par un mauvais usage dc leur ont reçu les mêmes privilèges que Pierre, In Matth.,χπ. liberté, les créatures, du moins un grand nombre 10; et il reconnaît a l’Églisc romaine une telle dignité d’entre elles, sont tombées dans le péché. Il a fallu qu’il va lui rendre visite au temps du pape Zéphyrin que le Verbe dc Dieu s’incarnât pour les sauver, et la et que, plus tard, obligé de défendre son orthodoxie, rédemption, tout ensemble illumination ct rachat, il écrit en tout premier lieu au pape Fabien Eusèbe, fait sentir dans l’univers entier ses effets bienfaisants. Il E . \ I. vm, L Longtemps, bien longtemps, se prolongeront les vicis­ Les Églises sont dirigées par le clergé, qui comporte situdes des esprits déchus, en route vers la pleine lu­ trois degrés, les diacres, les prêtres, l’évêque. De orat., mière. Un jour viendra pourtant où la mort sera 28. L’évêque est le chef de la communauté : à lui, vaincue, où Dieu sera tout en tous. Et cc sera la lin· appartient de la diriger, dc la conduire, de la surveiller. On conçoit qu’une pareille doctrine ait eu dc quoi Remettre ct retenir les péchés, In LeviL, hom. u, 4; enchanter un esprit tel que celui d’Origènc. L'Église v, I; xn, 6, réprimander les coupables ct au besoin devait en condamner certains éléments, et l’on peut les chasser de l’Églisc, In Jesu Nave, hom. vu, 6, sc croire qu’Origène n’aurait pas hésité à accepter scs ! faire le ministre dc la charité, In Rom., ix, 31, tels décisions s’il les avait connues. Pour nous la question sont quelques-uns des grands devoirs que remplit n’est pas là. 11 s’agit surtout de savoir cc qu’a enseigné l’évêque dans son Église. Le peuple a le droit d’être le grand docteur, et nous croyons ne pas avoir trahi présent à l’élection dc son évêque, car il doit sc con­ sa pensée dans le résumé que nous en avons fait. vaincre ce jour-là que l’on choisit le plus docte ct le IX. L’Église. Les sacrements. La vie chré­ plus saint. In Levit., hom. vi,3. Entre Vordo composé tienne. — Si l’on ne connaissait d’Origènc que ses dc l’évêque, des prêtres cl des diacres, cl le peuple, théories sur le inonde ct ses destinées, on croirait composé des fidèles ct des catéchumènes, Origène ne avoir affaire à un philosophe qui bâtit des systèmes. signale pas de clercs intermédiaires. In Jerem.. hom. xiv, L 11 parle de vierges ct d’abstinents. In Rom., i,2; Mais nous savons qu’Origène est chrétien, ct que sa vie entière a été un témoignage rendu à la vérité du il indique que les veuves ct les vierges sont au service dc l’Église, In Rom., vm, 10. christianisme. 1° L'Église. — Que pense donc dc l’Églisc à laquelle Il désire que les évêques soient saints, mais H sait que beaucoup ne remplissent pas, comme ils le de­ iPappartient, ct dont il se glorifie sans cesse d’être le vraient. leurs fonctions. «Origène est très dur, chaque membre, le grand docteur d’Alexandrie? Nulle part, nous ne trouvons chez lui un exposé complet sur ce fois qu’il est amené à sc prononcer sur le clergé dc son temps. Prédicateur pessimiste» il ne craint pas de point? Comme la plupart de scs contemporains ou de scs devanciers, Origène ne cherche pas à définir dénoncer les défauts du clergé dans l’assemblée même l’Église : il vit en elle et par elle; et cela lui suffit. des fidèles. Il les compare aux pharisiens qui aiment à être appelés rabbis et réclament les premiers sièges : Origène est profondément catholique. Il sait que des hommes avaricieux et hypocrites intriguent pour l’Églisc est en possession dc la foi droite. In Rom.,i,VL devenir diacres; devenus diacres, ils sc disputent les « Les hérétiques portent le nom de chrétiens; ils sc premiers sièges, ceux des prêtres; devenus prêtres, ils vantent dc donner un enseignement qu’ignorent ceux qui sont d’Église; ils sont en réalité des voleurs et des calculent pour être faits évêques. Qu’ils sont loin des mœurs dc l’Églisc primitive! In Matth. comment, ser.. adultères, des voleurs qui dérobent les vases du temple, dcsjidultères qui souillent de leurs erreurs les chastes 11. L’arrogance de leurs proches est intolérable, car dogmes dc l’Église. In Rom., n, 1t. » P. Batiffol, l’orgueil est grand d’avoir pour père ou pour aïeul quelqu’un qui a été honoré dans l’Église de la pré­ L'Eglise naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 371. La doctrine qu’il accepte pour véritable, a la dé­ séance du trône episcopal ou de Γhonneur du presbyléral, du diaconat. In Matth.» xv. 26. Dans le temple fense dc laquelle il consacre sa vie est celle qu'enseigne l’Église, suivant une tradition d’origine apostolique : de Jérusalem, qui est aussi l’Églisc, on trouve toujours Cam multi sint qui se putant sentire quæ Christi sunt des vendeurs, qui auraient besoin que Jésus les frappe cl nonnulli eorum diversa a prioribus sentiant, servetur à coups dc lanière cl culbute leurs tables. In Joan x, ecclesiastica prudicatio per successionis ordinem ab 16. Les pires vendeurs du temple sont les évêques et apostolis tradita et usque ad pnesens in Ecclesiis per­ les prêtres qui, aux Jours d’élection, donnent les Eglises manens. Illa sola credenda est veritas quit in nuito ab à ceux à qui ils ne devraient pas les donner. In Matth., ecclesiastica et upostolica discordat traditione. De princ., i xvi, 22. » P. Batiffol., op. cit., p. 366-367. Peut-être Origène exagère-t-il un peu. En tout cas, 1, i, 2. On a fait remarquer que cette formule rend un son irénéen, cl cela est tout à fait vrai. On retrouve, il insiste sur les faiblesses des hommes; mais il ne dit sous la plume dc l’évêquc dc Lyon, des expressions rien des évêques et des prêtres qui sont fidèles à leur analogues, ct les critiques qui, tout en accusant Irenée devoir, parce qu’il s’exprime en moraliste, désireux de d’ccclésiasticismc, voudraient nous laisser croire qu’O- corriger tous les abus. Peut-être faut-il ajouter qu’il rigène est un des précurseurs du protestantisme libéral, aime à mettre en relief, à côté des évêques, le rôle devraient relire des passages comme celui-ci. Souvent prépondérant des docteurs. Ceux-ci peuvent être les d’ailleurs se rencontrent dans l’œuvre d’Origènc des évêques eux-mêmes, mais ils sont aussi dc simples affirmations aussi caractéristiques sur l'importance de prêtres, voire des fidèles. Leur rôle propre est d’insIn tradition. Sans doute, le docteur alexandrin parle I trulro l’Église : ils doivent par conséquent démasquer plus volontiers des Églises que de l’Église : il est sen­ les hérétiques, combattre les erreurs, exposer aux sible à ce fait que, dc son temps, le christianisme prend fidèles la sublimité de renseignement évangélique et 1555 ORIGÈNE. LES SACREMENTS la plénitude harmonieuse des dogmes communs à l'Anden et au Nouveau Testament. In Joan., ir. 2' Le baptême. — On entre dans l’Église pur le bap­ tême qui remet tous les péchés, In Joan., tr. xxxvî, éd I niischcn. p. 511 ct.comme les petits enfants euxmêmes sont pécheurs, l’Église leur administre cc sa­ crement. selon qu’elle en a reçu la tradition des apô­ tres. In Hom., v, 9; In Luc., hom. xiv; In Lcvit., hom. vin, 3. Le martyre est un baptême de sang, qui peut suppléer au baptême d’eau, qui même lui est su­ périeur, Exhort., 30. 31. 50, si bien que celui qui a rendu au Seigneur le témoignage suprême est digne d’entrer immédiatement dans le royaume des deux. 3* La pénitence, — IJ peut arriver cependant que le baptisé retombe dans le poché. Lui reste-t-il, pour guérir, des remèdes efficaces, ou bien est-il condamné sans rémission? Origène sait que plusieurs moyens de salut sont a sa disposition : le martyre, l’aumône, le pardon des injures, le zèle pour la conversion des pécheurs, l’amour de Dieu ct enfin la pénitence. In LeviL, hom. ti, 4, P. G., t. xn, 417-119. Cc dernier mode de salut doit être étudié soigneusement. Les chefs des Églises ont reçu de Dieu le pouvoir de Hcr et de délier, de remettre et de retenir les péchés. In Jud., hom. n, 5, P. G., t. xn, col. 961; In Matth., xn. 14, P. G., t. xm, col. 1012-1013. Les pécheurs doivent donc s’adresser à eux pour obtenir le pardon de leurs fautes : qu’ils ne rougissent pas de confesser leurs péchés aux prêtres du Seigneur ct de chercher auprès d’eux la guérison. In Levit., hom. n, I. Ce n’est que lorsque les ministres ct les prêtres de l’Église connaissent les péchés du peuple qu'ils peuvent, à l'exemple du Maître, accorder au peuple la rémission des péchés In Lcvit., boni, v, 3, P. G., t. xn, col. 451. La confession se fait d’abord en secret, ct, semblet-il, ce n’est pas nécessairement l’évêque qui la reçoit; dans une homélie sur le psaume xxxvii, Origène s'exprime ainsi : Quoniam iniquitatem rneam pronuntio. Pronuntiationem Iniquitatis, id est confessionem pcccntl frequentius diximus. Vide ergo quid edocet nos Scriptum divina, quia oportet peccatum non eclair intrinsecus...Tantummodo circumspice diligentius cui debeas confiteri peccatum tuum. Proba prius medicum, cui debens cuusnm languoris exponere,quia sciat Infirmari cum Infirmante, flere cum flente, qui condo­ lendi ct compatiendi noverit disciplinam, ut ita demum, si quid Ille dixerit, qui se prius et eruditum medicum osten­ derit ct misericordem, sl quid consilii dederit, facias et tequaris, si Intellexerit ct providerit talem esse languorem cuum qui in conventu totius Ecclesia· exponi debent ct jurari ex quo fortassis et ceteri ad i ilea r i poterunt .ct tu ipse Minari, mulla hoc deliberatione, ct satis perito medici Ilius consilio procurandum est. In Pudm. XXXVil, hom. n, 6, P. G., t, xn. coi. 1380. 11 semble qu'il y ait ici l’indication d’un double aveu, l’un privé, que le pécheur fait à un prêtre de son choix, l’autre, public, qui est déterminé en vertu d’un accord entre le confesseur et son pénitent, et qui fait partie de l'administration de la pénitence. La pénitence elle-même est dure et laborieuse : Est adhuc et septima, licet dura et laboriosa per pœnltenttam remtatio peccatorum, cum lavat peccator in lacri­ mis stratum suum ct fiunt ei hicrirme uiæ panes dic ac noctr, rum non erubescit sacerdoti Domini Indicare pec­ catum rt quprrrro medicinam... Sl autem in amaritudine fic­ tus tui ftirris luctu, lacrimis rt lamentatione confectus, si carnem tuam niaccravrri» et Jejuniis ac mulla absti­ nentia aridam feceris et dixeris quia sicut frixorium confnxa «uni o*wi inru, tunc sacrificium limitant a sarta­ gine vd a craticula obtuleris. In Leull., hom. n, i. Mais elle est toujours efficace. Origène distingue deux sortes de fautes. Les fautes, même graves, peu­ vent être pardonnêcs, semble-t-il, autant de fois que l'on recourt au ministère sacerdotal. Les crimes énor­ mes, sans doute l’adultère, l'homicide ct l'idolâtrie, 1556 ne sont remis qu’une seule fois Les textes d’ailleurs ne sont pas toujours aussi clairs qu’on pourrait le désirer; nous lisons dans l'homélie xv, 2, sur le Léviliquc : Sed quoniam accidero sold ut ciinm qui bcnc ædlflcaverit cl domum slbl cadrsteni bene agendo et bouc vivendo ne necte credendo construxerit, incurrat nllcujus peccati debitum ct hanc n crudelissimo fern erutore venumdare cogatur ac labores suos transfundere in nilum, pietas et clementia legislatoris occurrit ut intra certum tempui redimi possit. Si tamen invenerit, inquit, manus tua pre­ tium quod restituas. Quale pretium? Pernitentia* sine du­ bio lacrimis congregatum ct manibus, id est labore boni operis inventum... Istas ergo domos. s| forte aliquis... lap­ sus acciderit, semper e«t recuperandi facultas, ut verbi gratia dicamus, si nos aliqua culpa mortalis invenerit, qua* non In crimine mortali non in bhisphcmia lidei.qua: nmro ecclesiastici ct apostollci dogmatis vincla est, sed vel in sermonis vel in morum vitio consistat, hoc est ven­ didisse domum, qua· in agro est; vel in vico cui murus non est. Iltec ergo venditio et hujusmodi culpa semper reparari potest, nec aliquando libi interdicitur de commissis hujus­ modi plenitudinem gerere. In gravioribus enim criminibus semel tantum pœnltcntiœ conceditur locus; hia vero com­ munia. quæ frequenter incurrimus, semper pœnitenttam recipiunt el sine Intermissione redimuntur. Est-cc absolument la même doctrine qui est ensei­ gnée, In Lcvit., hom. xi, 2, col. 531 : Quod ct si aliquis est, qui forte proven lus est in hujus­ cemodi peccatis.admonitus nunc verbo Dei ad auxilium confugiat pænitenthe, ut. sl semel admisit, secundo non faciat, aut, si et secundo Jam aut ellam tortio proventus est. ultra non addat. Est enim apud judicem justum pœnæ moderatio, non solum pro qualitate, verum etiam pro quan­ titate. On peut se demander si, en ce dernier texte, la péni­ tence ne semble pas accordée deux ou trois fois pour les fautes, qui, d’après le passage précédemment cité, ne pouvaient être remises qu’une seule fois. Dans la plupart des passages relatifs ά la pénitence, Origène paraît déclarer que tous les péchés sont sus­ ceptibles < c pardon : In Levit., hom. ix, 8; In Psalm. .r.v.vv/,hom. i. 5; hom. it, 1 ; InJerem., hom. xxi, 12; In Exod., hom. vi, 9, etc.; P. G., t xn, col. 520-521, 1328,1330; t. xm, col. 541 ; t. xn, col. 338, etc. Notons seulement Contra Cels., 111,71 : « (’eux qui condamnent énergiquement leurs propres fautes, qui se désolent ct gémissent en proie à une sorte de désespoir ct se convertissent réellement, Dieu les admet en considé­ ration de leur pénitence, lors même qu'ils sc conver­ tissent de la vie la plus criminelle. » N’y a-t-il pas cependant des péchés tellement graves qu’ils sont irrémissibles? Dans les commentaires sur saint Mathieu, on lit au sujet du reniement de saint Pierre que cette faute était pardonnable, parce qu’elle a été commise avant le chant du coq, c’est-à-dire avant l'aurore du Nouveau Testament. Mais de la part du chrétien, pour qui s’est levé le soleil de justice, le reniement serait sans excuse, parce qu’il sc produi­ rait en pleine lumière In Matth. comment, ser., 114, P. G., t. xm, col. 1763. Dans le commentaire sur saint Jean, on lit également qu'il y a une grande diffé­ rence entre les péchés commis avant l’effusion du Saint-Esprit ct les péchés commis depuis cette effu­ sion : aux premiers, Origène appliquerait volontiers la parole évangélique : Tout péché el lout blasphème sera remis aux fils des hommes, mais aux seconds il appliquerait la menace qui suit : quant au blasphème de l’Esprit, il ne lui sera pas remis, In Joan., xxvm, 15, P· G., t. χιν, col. 713. En de nombreux passages de ses œuvres, Origène parle de même de fautes incu­ rables : De oral., 28; In Joan., xix, 13, etc. Particulièrement controversé est un texte du De oral., 28, P. G., t. xi. col. 528-529 : « Celui qui est inspiré par Jésus, comme les apôtres, et qu'on peut 1557 O ill G fc N E. LES S Λ C HEM E N T S 1558 reconnaître à scs fruits, parce que, ayant reçu l’Esprit· être obtenu Indépendamment de cette expiation solen­ Saint ct étant devenu spirituel, il obéit à l'impulsion nelle. Il arrive cependant que certains prètres, en le l’Esprit. comme un Ills de Dieu, pour sc conduire certains cas, croient pouvoir passer outre à cette loi en tout selon la raison, celui-là remet cc que Dieu générale ct qu’ils remettent ces péchés plus graves, remet cl retient les péchés inguérissables ; comme les comme ils feraient les moindres... Toute rémission prophètes employaient* leur parole au service de Dieu gracieuse d'un péché « incurable », quel qu’en fût le pînir exprimer non leurs propres pensées, mais les motif, devait paraître (à Origène) une méconnaissance pensées suggérées par la volonté divine, de même il de la loi : plus probablement c’est la la vraie pensée s’emploie au service de Dieu, à qui seul il appartient qui lui a inspiré sa sortie contre les prêtres assez igno­ de remettre les péchés... Je ne saiscomment quelques· ■ rants ou assez osés pour remettre par leur prières uns s’arrogeant une puissance plus que sacerdotale, jusqu’au péché ad mortem. · P. Galtier, Les péchés incuencore qu’ils manquent peut-être de science sacerdo­ râbles d’Origéne, dans Gregorianum, t. x, 1929, p. 209. tale, se vantent de pouvoir remettre les péchés d’ido­ Avouons néanmoins que celte interprétation est fort lâtrie, d'adultère el de fornication, comme si la loin de s’imposer. On a voulu parfois éclairer la doc­ prière qu’ils prononcent sur les coupables suffisait à trine pénilcnliclle d’Origéne par cc que nous savons remettre même le péché mortel, (/est qu’ils ne lisent ou croyons savoir de l’édit de Calliste : rien ne nous pas ce qui est écrit : Il y a tel péché qui va jusqu’à la permet de tenter un rapprochement entre les événe­ ments de Borne ct l’enseignement du prêtre alexan­ mort, pour celui-là, je ne dis pas de prier. » On comprend sans peine que de pareilles formules drin, à plus forte raison d’identifier le pape à ces prêtres qui s’arrogent un pouvoir plus que sacerdotal appellent une explication, et que celle-ci est d’autant pour remettre les péchés mortels. L’édit de Calliste a plus difficile à donner que nulle part Origène n’a été un acte d’autorité, aussi précis dans sa forme que synthétisé sa doctrine en termes précis. C’est toujours en passant, à l’occas on d'un texte scripturaire qu’il limité dans scs cficts. Les plaintes d’Origéne visent un ensemble de faits ct sc justifient par une doctrine qui parle de la rémission des péchés et de la pénitence. n’csl pas tout à fait celle des péchés irrémissibles, Naturellement scs commentaires s’adaptent au texte mais qui est celle d'une pénitence austère el doulou­ qu'il doit interpréter. D’un autre côté, Origène est reuse, préalable à toute intervention du prêtre. plutôt un moraliste austère. Il rêve pour l’Église et -1° L'eucharistie. — La doctrine eucharistique d'Oripour ses membres d’une sainteté parfaite, tout au moins d’une vertu que troubleraient seules les négli­ gène mérite, elle aussi, de nous retenir, ici, comme ailleurs, il faut distinguer les passages dans lesquels gences quotidiennes ou les fautes de fragilité. Si grand l’exégète sc contente d’exposer la foi commune de lui parait le don du baptême, si parfaite la rémission l’Église, ct ceux où il allégorlse, à l’usage des parfaits. des péchés apportée par ce sacrement, que rien ne Les premiers sont de simples affirmations : on aime à saurait lui être comparé. Seul le pardon obtenu lors y retrouver les expressions de la croyance tradition­ du baptême est réellement une rémission gracieuse, nelle; les seconds sont des commentaires plus ou une άφεσις; le pardon qui succède à la pénitence labo­ moins subtils, qui ne détruisent pas d’ailleurs le sens rieuse, n’a ni la même valeur ni la même vertu ; c’est littéral des textes dont ils veulent apporter l'explica­ une complète, le résultat chèrement acheté d'une tion, mais qui se superposent à lui et semblent parfois victoire. Comment lui reconnaîtrait-on la même force l’é tou fier. joyeuse? Citons d’abord quelques-unes des formules à l’usage Dans le De oratione, le prêtre alexandrin trouve une occasion pour adresser des reproches à certains mem­ des simples croyants : Au chrétien qui monte *au Cénacle avec Jésus afin de fêler la Pâque, le Seigneur bres du clergé de son temps; et nous savons déjà qu’il « donne le calice de la nouvelle alliance; il donne aussi n'a aucune indulgence pour les prêtres pécheurs, ou le pain de la bénédiction; il donne son corps ct son simplement pour les prêtres négligents. Cèux qu’il sang. » In Jerem., hom. xix, 13, édil. Kloslennann. vise ici sont des orgueilleux ou des ignorants. Us se p. 169. A Celse, Origène expose la vertu de la prière glori lient de remettre les péchés d’idolâtrie, d’adultère chrétienne : < Mais nous (par opposition aux païens), ct de fornication, par le seul cllct de leur prière. Et rendant grâces au démiurge de l’univers, nous man­ cela scandalise Origène, qui dénonce impitoyablement geons les pains que nous lui offrons avec action de leur conduite comme un abus de pouvoir. Remarquons grâces el prières, pour tous ses dons; nous mangeons bien quelorsqu’Origènc parle des fautes inguérissables, ces pains devenus corps parla prière, quelque chose de τά ανίατα τών αμαρτημάτων, il ne veut pas dire que ces saint cl qui sanctifie ceux qui en usent avec un saint péchés échappent à jamais à la rémission ou au pardon. propos. » Contra Cels., VII 1,33. Ailleurs, Origène loue Ce sont des fautes graves, des fautes mortelles, sans les fidèles qui, ayant reçu dans leurs mains le corps aucun doute; mais nombreux sont les textes où, nous l’avons dit, de telles fautes apparaissent comme sou­ du Christ, multiplient les précautions et les marques de respect pour n’en laisser tomber à terre aucune mises à la pénitence. Cc que blâmerait ici Origène. ce parcelle» et il leur demande de montrer autant de serait la conduite de ceux qui remettent de telles fidélité à conserver la parole de Dieu que son corps. fautes par une seule prière. Telle est du moins l’in­ In Exod., hom. xm. 3, P. G., t. xm. col. 391. terprétation que propose A. d’Alés, L'édit de Calliste, Origène insiste encore sur la pureté intérieure que Paris, 1911. p. 285. doivent posséder tous ceux qui viennent recevoir le Que penser alors des péchés soi-disant irrémissibles? corps du Christ. En commentant le récit de la trahison \oici l’explication que propose le P. Galtier : · II y a de Judas, il donne à entendre que celui-ci ne cesse pas des péchés que l’on remet directement et d’emblée d’avoir des imitateurs : Tales sunt omnes in Ecclesia par la seule prière du prêtre; mais il en est d’autres qui, qui insidiantur fratribus suis, quibuscum ad eamdem à raison de leur nature propre, ne comportent point mensam corporis Christi et ad eumdem potum sanguinis normalement celle rémission gracieuse ct immédiate. Cc sont les péchés qu’Orlgènc, conformément au lan­ ejus frequenter simul fuerunt. In Matth. comment, ser., 32, P. G., t. xm, coi. 1732. Il rappelle à scs audijeurs gage de son temps, appelle incurables ou ad mortem. les enseignements de saint Paul sur ceux qui reçoivent Ceux-là, on doit les retenir; cc (pii ne veut point dire qu’on les tienne pour soustraits à une pénitence ca­ indignement le corps du Christ : pable d’en procurer ultérieurement le pardon; les Judicium Del parvipendi* ct commonentem te Eccîeretenir, c’est, au contrahe, les assujélir ù celte péni­ shim despicis. Communicare non times corp i Christi tence; mais ce qui signifie que le pardon ne saurait en accedens ad eucharistiam, quini mundus rt pures, quasi 1559 ORIGÈNE. APOLOGIE DI Aihil (n te ui indignum, rl in hls omnibus puUis quod cffugiu judicium Ort? Non recordaris illud quod scriptum est : · Quia proplrrra in vobh infirmi et ægri ct dormiunt multi? · Quart multi infirmi? Quoniam non scipsos dlju- ( dicant neque >rip*os examinant, nec Intellegunt quid est communicare ICcclol.T, vel quid r*t ncccdcrc ad tanta ct tam eximia sacrnmentn. /n Ptatm. ΧΧΛ rj /, hom. n, P. 6’., t. xni, coi. 1386. 1 Ces textes sont clairs ct n’ont pas besoin d’inter- i prêtai ion Ils traduisent la foi commune de l’Eglise, la pensée des simples cl Origène partage cette foi avec tous scs frères. Mais il ne s'en contente pas. Le corps du Christ, le sang du Christ, ce sont sans au­ cun doute lc> réalités contenues dans le sacrement de l’eucharistie; ils sont aussi les enseignements du Sauveur : Qui» ni bte populus qui in usu habrt sanguinem bibere?.. Bibere...dicimur sanguinem Christi, non solum sacramen­ torum ritu sed cum sermones ejus recipimus, in quibus vita consistit, sicut ct ipse «fixit : · Verbo qu.r locutus sum spiritus ct vitii est. » Est ergo ipse vulneratus, cujus nos sanguinem bibimus, id est doctrinæ ejus verba suscipimus. Sed et illi nihilominus vulnerati sunt, qui nobis verbum ejus predicarunt : ipsorum cnirn, id est apostolorum ejus, verbn cum legimus, ct vitam e.x cis consequimur, v ulnera torum sanguinem bibimus, /n Num., hom. xvn. 9, P. G.t I. xii, coi. 701. Origène commente ici le texte des Nombres, χχιιι, 24 Populus,., occisorum sanguinem bibet. II est naturel qu’il lui découvre une signification allé­ gorique Celui qui a été blessé et mis à mort pour notre salut, c’est d’abord le Christ. Mais ce sont aussi les apôtres ct les martyrs. On boit le sang du Christ dans l’eucharistie, on le boit encore en recevant son enseignement ct ce n’est plus que dans ce dernier sens qu’on boit le sang des apôtres. Nombreux sont les passages où les textes relatifs à l'eucharistie sont interprétés de la doctrine ct consi­ dérés comme une allégorie. Nous savons déjà que le sens allégorique ne détruit pas le sens littéral. Comme le dit justement Tixeronl : · Qu’Origène allegorise et présente le pain cl le vin comme des figures de la doc trine de Jésus-Christ, /η λΙαΙΙΙι. comment, ser., 85. P. G., I xlii, col. 1731-1735; que les mots corps el sang du Sauveur désignent pour lui par métaphore 1.» parole ct renseignement du Sauveur, in Lenit.. hom. vn, 5; In Num , hom. xxin, 6, P. G.. t. xn, col. 187 cl 752; qu’il ajoute que, en un sens, nous bu­ vons le sang du Christ quami nous recevons cet en­ seignement, de même que nous buvons, quand nous lisons leurs epltres, le sang des apôtres, De oral.. 27, toutes ces interpretations, fondées ou non ct qui sont de la gnose chrétienne, n’intéressent pas le dogme eucharistique lui même La IhMogie anténicéenne. p '2 1. ' Quelques passages cependant sont particulière­ ment difficiles à Interpréter. Ainsi celui où Origène commente la parole du Seigneur : Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme : · S’il s'agit du pain du Seigneur, explique l’exégète, l’effi­ cacité en est (perçue) par qui en use. à condition qu'il participe à ce pain avec un esprit pur, avec une conscience pure. Donc, ne pas manger, le fait meme de ne pas m ingcr de ce pain sanctifié pur la parole de Dieu et 1 invocation, ne nous prive d'aucun bien, cl manger ne nous fait abonder d’aucun bien; cl la cause de la privation est notre malice, nos péchés, et la cause de l’abondance est notre justice, nos bonnes actions... Que si tout ce qui entre par la bouche va dans le ventre et finit au fumier, l'aliment sanctifié par la parole de Dieu cl l’invocation en tant que matière va dans le ventre rl finil au fumier, mais en Uni que la prière csl survenue en lui. selon l’analogie de la fol. il devient efficace, il cause In perception de CHRISTIANISME 1560 l’esprit dont le regard voit ce qui est efficace. El non pas la matière du pain, mais la parole prononcée sur le pain est ce qui csl efficace à qui le mange d'une manière non indigne du Seigneur. In Matt h., xi, II, P. (λ. I. xiii, col. 948-952. Ici, il ne s’agit que de l’eucharistie ct Origène est visiblement embarrassé. Dans le pain consacré, il voit deux éléments, l’un matériel, qui selon la parole de Jésus, va dans le ventre ct finit nu fumier, nous parlerions ici des espèces sacramentelles, — mais le dogme Contra Ois., IL « Qu'on demande à la multitude des croyants que 30. Puis Jésus meurt, et les disciples s’en vont a tra­ la foi a purifiés de la fange des vices où ils sc roulaient précédemment, lequel des deux systèmes est préfé­ vers le monde, faibles, peu nombreux, sans armes, rable, ou de corriger scs mœurs en croyant sans exa­ sans ressources, voire sans instruction el sans sa­ men à la récompense qui attend la vertu ct au châ­ gesse humaine. Leur échec est certain el ils triom­ timent qui menace les coupables; ou bien de dédai­ phent, les foules accourent à eux pour entendre leur parole et pour recevoir le baptême. Contra Cels.. gner la foi simplo ct de différer l’amendement de scs I, 29-30. Les années passent el s'ajoutent les unes mœurs Jusqu'au temps où, à force de recherches, on aux autres. L’Église grandit toujours. « Il y a grande se sera enfin convaincu de la vérité. Sans doute tous insuffisance d’ouvriers pour la moisson, el néan­ ou presque tous ceux qui méprisent la foi simple moins les Églises, ([ul sont les aires de Dieu.se rem­ restent dans la vie corrompue cl sont bien Inférieurs aux simples qu’ils dédaignent. Ccd n’est pas une des plissent de gerbes innombrables. » Contra Ceis., I, 63. Tous les hommes viennent au Christ, enthousiasmés moindres preuves de la divinité d'une doctrine aussi par la sublimité de sa doctrine; des pauvres el des indispensable aux hommes que l’est celle de notre Sauveur, l’n simple médecin des corps qui guérit ignorants surtout, qui y découvrent une sagesse approprier à leurs conditions cl à leurs besoins, mais beaucoup de malades est déjà regardé par les peuples comme un don de la Providence, sans laquelle rien aussi des philosophes. Contra Cris., VL 1; VH, 60: d’heureux n’arrive aux hommes. SI celui qui soigne <’rs personnages opulents el élevés en dignité, des les corps des hommes ct améliore leur santé ne tra­ femmes distinguées par leur naissance et nourries vaille pas en vain, Λ combien plus forte raison celui dans les délices. Contra Cels., 111, 9. En vain, les qui soigne les Ames, qui les convertit, qui les rend persécutions sc sont elles déchaînées contre l’Église; meilleures, qui les soumet à Dieu, qui leur apprend à en vain, au moment même où Origène rédige son conformer leur conduite à la honte divine, à ne apologie, des calomniateurs acharnés s’en vont répé­ rien dire, ni faire, ni même penser qui ne soit selon tant que les grandes calamités qui pèsent sur l’em­ le bon plaisir de I lieu. Nous confesserons donc qu’nprès pire ne proviennent que de l’accroissement du nombre avoir éprouvé sur la plupart des hommes Put lifté des fidèles el de l’insouciance des magistrat s quiont de la foi. même toute simple el sans examen, nous négligé de les poursuivre comme par le passé. Contra la recommanderons à ceux qui ne peuvent tout quit­ ('ris.. HL 15. Si Dieu a permis que, de temps en ter pour sc livrer uniquement à l’examen de la temps, un certain nombre de fidèles donnent leur vie doctrine. · Contra Cels., I, 9. pour la religion chrétienne, afin que le souvenir de i. 1563 ORIGÈNE 1564 leur courage affermisse dans la foi et dans le mépris de Ia mori ceux qui survivaient, jarn iis il n’a laissé périr h nation entière. Contra Cels., Ill, 8; cl le passé est un sûr garant de l'avenir. L’Église a «les promesses de vie éternelle : elle ne cessera pas d’accroître son empire sur les Aines. Déjà Origène entrevoit le jour, où, selon l’annonce fait par le Christ, il n’y aura plus qu’un seul troupeau et un seul berger. · Que les Ro­ mains, s’écrie-t-il. embrassent la foi chrétienne : par leurs prières, Ils triompheront de leurs ennemis; ou plutôt ils n’auront plus d’ennemis à combattre, puis­ qu’ils seront sous la protection de celte même puis­ sance divine, qui, pour l’amour de cinquante justes, promettait de sauver cinq villes entières... Non seule­ ment il est possible, mais il arrivera un jour où tous les êlrcs raisonnables s’accorderont dans une seule et même loi. » Contra Ccls,9 VIII, 70-72. Sans doute, y a-t-il ici beaucoup d'optimisme, et l'on doit reconnaître (pic tous les arguments d’Ori­ gène n’ont pas une égale valeur. I) ms l’ensemble, l’apologie Contra Crise reste étrangement actuelle. Les objections de Oise étalent en quelque sorte la synthèse de ce que les païens cultivés trouvaient à reprocher au christianisme vers la lin du n· siècle. Il n’est pas bien assuré que l’on ait découvert depuis beaucoup de difllcultés nouvelles à faire valoir contre l’Église. De meme, l’ouvrage d’Origène est la somme des arguments chrétiens en faveur de l’Église; et cette somme, rédigée par un apologiste de génie, n’a pas été sensiblement accrue au cours des siècles. Il manque sans doute à Origène un peu de chaleur et d’éclat : son style est habituellement terne; scs dé­ veloppements restent souvent longs et traînants. Il y a néanmoins plus d’une page où cet Intellectuel,ce sa­ vant laisse entendre l’accent ému d’une foi profonde el nous louche par l'intensité du sentiment cl l’élé­ vation de la pensée. Iji plus récente édition de la Philocallr est celle de J. A. Robinson, dans les Cambridge patristic texts, Cambridge. 1893. Les premières éditions d’Origène· celles de J, Merlin, Paris, 1512 et de G. Gènébrard, Paris, 157I, ne contiennent que 1rs traductions latine*, même pour les ouvrages con­ servés en grec. Ln première edit ion d’ensemble qui renferme les texte* grecs est celle des mauristes Charles et CharlesVincent De la Rue, -1 vol., Paris, 1733-1759. C’est cette édition, avec quelques complément*, que reproduit la P. G., t. xi-xvn. Dans la collection de* Père* grecs de Berlin ont déjà paru les volumes suivants : l-H. Sur le martyre. Contre Celse. Sur la prière, par P. Koctschau, Leipzig, 1899; ni, Homélie* sur Jérémie, Commentaires sur le* lamentations, Samuel et les Roi*, par E. Klosternuinn, Leipzig. 1901; iv. Commentaire sur l’évangile de saint Jean, Leipzig, 1903, par E. Prcusclien; v. De* prin­ cipes, par P. Koetschau, Leipzig, 1913; vi-vn. Homélies sur riiexatcuquc, l^cipzig, 1920-1921, par XV. A. Baerhens; vm. Homélies sur Samuel, le Cantique des Cantiques, les prophètes, commentaire du (’antique, par XV. A. Baerhens, Leipzig, 1925; ix. Homélie* et fragments sur saint Luc, par M. Raucr, Leipzig, 1930. Pour le* restes de* Hexnples, on verra les éditions de B. de Montfaucon, Pari*, 1913 (reproduite dans P. G., t. xv-xvi) et de F. I-'ield, Origenu. Dexaplu qtm* supersunt, 2 vol., in-l“, Oxford, 1867-1875. Il faudrait aujourd’hui une édition nouvelle de cet ouvrage· Sur la valeur de* traduction* latine* d’Origène, voir G. Bardy, Recherches sur Γhistoire du texte cl des versions la­ tines du Dr prinefpiis d’Origène, Pari*. 1923; K. Millier, Kriltsrhe Hrilrügc zu den Auszugcn des Hieronymus ans des Origenes 11 pl dan* les Silzungsberichteder Akad. der Wlssenxch, zu Berlin, 1919, p. 616-658. Parmi le* notices littéraires, signalons seulement celles de E. Preuichen, dan* A. Harnack, Grschichtc drr altchris· tlichen l.ilrrutur, t. i, Die Ucberlicfrrung, Leipzig, 1893, et de A. Pucc.li, Histoire de la littérature grecque chrétiennet l. n, Paris, 1928. p. 357-139. 3· i/Êrrilurr et la tradition. A. Zollfg, Die Inspirations· lehre drs Origenes, l'nbourg-en B., 1902: E. Ihiutsch, Die Eoangrliinzilatc des Origenes, Leipzig, 1909; (L Bardy, I.a régie de [ai d’Origène, dan* Recherches de science reli­ gieuse, t. IX. 1920, p. 162-196; J. Lebreton, l.cs degrés de la Il ne saurait Cire ici question de donner une bibliogra­ connaissance religieuse d’après Origène, dans Recherches phie complète. On indiquera seulement, en suivant l’ordre de science religieuse, I. XII, 1922, p. 265-296; G. Bardy, l.cs de* paragraphe* de cet article, les ouvrages ou les travaux qui m· ublcnt essentiels. traditions juives dans Ta livre d’Origène, dans Revue biblique, I, Ouvrages d’ensemble el oie d’Origène. — P. Γ). Huet 1925, p. 217-252. Iu t.a Trinité.— F. I farrer. Die Trinilülslchrc des Kir(évêque d’Avrancho*), Orlgenis in S. Scripturas commen­ taria, t. i. Rouen, 1668, p. 1-278, Origeniana ; étude repro­ chrnlehrrrs Origenes, Ratisbonne, 1868. duite dan* /’. G., t. xvn.col. 633-1281; l’ouvrage de Huet, 5· Cosmologie et anthropologie. 11. Schult z, /lie Christo­ logie des Origene*. im /.tisanuncnhangr seiner Weltanschauung, divisé en trois livres, ln vie, renseignement, les écrits d’Origène, reste fondamental, malgré ses tendances apolo­ dans Jahrb. fur protesl. Theol., I. i, 1875, p. 193gétique*. Il n'est pa* seulement un monument de solide 247. 369-421; M. Ijing, Ueber die Lcibllchkelt der \ erniinfliDcsen bel Origenes, Leipzig. 1892; G. (àipitaine. De Oriérudition· il dénote un sens critique souvent fort per­ spicace; E. R. Redepenning, Origenes, Bine Darstellung genis riô/ro, Munich. 1898; Schiller. Dir Vontcllungen oon seines Lebrns and seiner Lrhre9 2 vol. in-8*, Bonn, 1811der Settle bei Plolln und Origenes, dan* /.eilschr fur Thetd. 1846: E. l’reppel. Origène, 2 vol. in-8·, Paris, 1868, 2* édit.. und Kirche,\. x. 1900. p. 167-188; A. Miurn-Stnnge. Cchus 1875, H. F. Westcott, Origenes, dans A dictionary o/ christ, und Origenes, Giessen, 1926. biography, t. iv. 1887, p. 196-212; Ch. Bigg, The Christian i 6· Péché originel. Incarnation, Rédemption. — C. Klein, ptalonists of Alexandria, Oxford, 1886, 2' édit., 1913; Die Trcihritslchre des Origenes, Strasbourg, 1894; G. Vi­ E. Prcusclien, Znr Lebcnsgcschichtc des Origenes, dans mini, Élude historique de la doclrint de la liberté humaine Tlvolog. Stud, und Krit., t. lxxviii, 1905, p. 359-391; chez Origène, Anger*. 1911; Knillel,/>r·* Origenes l.chre ikjh J. Déni*. Dr la philosophie d’Origène, Paris, 1881, cette drr Menschmerdung des Sohnes Gottes, dan* Theolog. Quarétude Irè* Importante ne saurait être négligée, on pourra, lalschrift,l. ijv, 1892, p. 97-138; J. Rivière, Le dogme de la rn certain* point*. ne pas accepter les interprétations de ri-demption. Essai d’étude historique. Pari*, 1905; du ini'me, l’auteur, nuit* il faudra toujour* en tenir compte; F. Prat, Le (luQrnr de la Rédemption, Études critiques cl documents, Origine, lr théologien rt l’exrgéte, Ihirit, 1907. recueil d’ex­ Louvain, 1931, p. 165-212; C. Verfaillle, Eu doctrine de trait* commente*, dont la tendance apologétique est quel­ lu fusilpratinn dans Origène, d’après son commentaire de quefois trop sensible; E. de Paye, Esquisse de la pensée répttre aux Romains, Strasbourg, 1926; A. Slomkowski, d’Origène, Paris, 1925; E. de Faye, Origène : sa i>(*, son L étal primitif de l’homme, dans la tradition de l’Église eruere, m pensée, 3 vol., Paris, 1923-1929, t. 1. Sa biograavant saint Augustin, Paris-Strasbourg. 1928, plnr et se* écrits; t. n. L’ambiance philosophique; t. tn, L··» 7· Eschatologie.— L. Atzberger, Geschichtr der christdoctrine. Ce trê* important ouvrage, longuement attendu, lichen Eschatologie inncrhalb drr vornicànischt n 7.eit, Fri­ bourg. 1896; G. Anricli» Klemms und Origenes als Regrünest. somme toute, décevant; voir sur lui l’appréciation dtrder l.ehrv wm l'egfcurr, Tubingue, 1902; J. B. Kraus, sévère, mais solidement motivée de A. d’Alêt, dans Re­ Die I.ehrr drs Origenes utor dir Aufcrslrhiing der Tuten, cherches de science religieuse, mai-juillet 1930. Ratlslionne, 1859. 2 Les fruvrtJL — lui lettre x.xxni de saint Jérôme, qui 8^ L’Église. - - P. Batiffol, L’Église naissante et le calhocontient U list» des ouvrages d’Origène n été étudiée et llcismc, l*.iris, 1909; Harnack, Drr kircheng· schichlliche P iblire par E. Kto«lcnnann, dans les Sitznngsberichle Ertrag der exeqrlischcn Arbeiten des Origenes, dans Terte drr kgt. prru*s Akad. der Wissensch. zu Berlin, 189/, p. 85oand Enters . t xui, fuse. 3 et L Leipzig, 1918-1919. 870,rlh figure également dans l’édition des lettres de ^dnt \nonymc. Die Lehre des Origenes ùbrr die Busse, dans Jérôme pur S. Hilberg. Corpus de Vienne, t. nv, p. 253-259. ■M 1565 OKIGENE Der Kathohk, (. i, 1865; St tiller, Die Stmdrm* rgebung bel Orlgriifi. dims Zeiltchr. fur hath. Theol., I. xxxi, 1907, p. 193-228; Id., Ocfjrntltelle und grhtinie Dusse bel Orlgenr*, ibid., t. xxxvn, 1913, p. 193, 201; IL Bosch mnnn, Dit Slindcnocrgebung bei Ornyrnrt, Bniiinsbrrg, 1912; A.d’Alês, D'édit de Calliste, Paris, 1911; I*. Qivnllem, Origène, Dr oratione 28, dims Bulletin de littérature ecclésiastique, 1923; P. Gal tier, péchés incurables d'Origrnc. dans Gregorianum, t. .x. 1929, p. 177-209. G. IL Sicilz, Die Abrndmahlxlehrc drr grlechhchm Kirche in Hirer geschlchllichen Entioicklung, dans Jahr bûcher Jiir dculschc Theot., t. ix-xm, 186 J-] 868; A. Struckinann, Die Gcgenivart Christi in drr ht. Eucharistie narh dm schri/tlichcn Qucllcn drr iHirnlziinlschen 7,clt, Vienne, 1905; P. B.it t ifTol, D'eucharistie, ta présence réelle et la transsubstan­ tiation. 7· éd., Paris, 1920. 9· D'apologiste, — B. Aubé, Histoire des persécutions de Γ Église : la polémique païenne a ta fin du second siècle, 2· édit., Paris, 1878; J. Patnk, The apology of Origen in repig Io Celsus, a chapter in the history o/ apologetics, Edim­ bourg, 1892; <». Bordes, D'apologétique d*Origène d'après le Contra Celsum, Cahors, 1900. G. Bardy. OR IQ ÉN ISM E. — Sons co litre nous étudierons les controverses dites origénistes. — I. Après un rapide aperçu des attaques formulées contre l’orthodoxie d’Origène durant le premier siècle qui suivit sa mort, nous étudierons : II. La controverse origénistc de la fin du iv siècle, qui aboutit à la condamnation du grand Alexandrin par le pape Anastase 1er et à la prohibition de scs livres par l’autorité impériale; III. Les controverses origénistes du vi* siècle qui sc terminèrent par la double condamnation d’Origène au concile de Menas en 543 el au V·concile général en 553. 1. Les attaques formulées au iv· siècle. 11 faut descendre jusqu’aux environs de l’an 300 pour connaître d’une manière positive ce que certains hommes (l’Église trouvaient de répréhensible dans renseignement d’Origène. Méthode d’Olympe (t 311) lui reproche d'avoir enseigné l’éternité de la création. De creatis, c. n, édit. Bonwctsch, p. 191; il combat sa doctrine de la préexistence des âmes, enfermées dans les corps comme dans une geôle ou un tombeau. De resurrectione. 1. I, c. xxix, xxxiî, xxxiii, p. 258.267 sq.; il s’élève contre son interprétation de Gcn., ni, 21, où Origène voit, dans les peaux d’animaux dont Dieu revêtit Adam et Êve après leur chute, une allégorie de la création du corps. Dieu n’ayant pu, comme un vulgaire corroycur, confectionner des vêtements de peaux d’ani­ maux. Dr resurrectione. L 1, c. iv, xxxn, p 221,270; il critique l’opinion d’Origène localisant le paradis terrestre au troisième ciel et non sur cette terre. De resurrectione, L 1, c i.v, p. 313; en tin il essaie de démontrer que la conception origénistc de la résur­ rection, qui nie l’identité matérielle des corps ressus­ cités et des corps mortels, n’est pas recevable. De resurrectione. I. I. c. xx sq., p. 212 sq. L'Influence de Méthode dans les controverses ori­ génistes a été considérable. Dans le Panarion, lorsqu’il traite des erreurs d’Origène, saint Épiphnne a inséré une grande partie du De resurrectione de Methode; Hier.. i xiv. t. n. édit. Holl, p. 121-199. reproduisant Dr resurrectione, p. 212-315. Épiphnne a aussi repro­ duit. en l’ampli fiant, le mot sur Dieu qui, n’étant pas corroycur, n'a pu confectionner des vêlements de peaux, et bien des antiorigénistes l'ont répété après lui. Sur Méthode, adversaire d’Origène, voir Mi; thodk d’Olympe, t. x, col. 1610; barges, Des idées morales et religieuses de Méthode d'OIympe, Paris, 1930, sur­ tout p. 89 sq. L’empereur Justinien nous apprend qu'un contem­ porain de Méthode. Pierre, évêque d’Alexandrie (f 312), dans un livre sur l’âme, aujourd'hui perdu, combattit la conception origénistc de la préexistence ORIGIN ISME I 566 des Arnes, dans laquelle il ne voyait qu’une spéculation philosophique, et qu’il traitait de μάθημα της 'Ελλη­ νικής φιλοσοφίας. Sur Pierre d’Alexandrie, adversaire d’Origène, voir Justinien, Epist, ad Menam, P, G. t. lxxxvkj, col. 961; Duchesne, Histoire ancienne de Γ Église, t. i, p. 493; Christ-Stalilin, Griechisrhe Litte· raturqeschichte, t. ir b, p. 1119. Méthode et Pierre d’Alexandrie jouissaient d’une grande autorité dans l’Église; néanmoins il semble bien qu’à leur époque les partisans d’Origène étaient très nombreux. A en croire Photius, Piérius aurait enseigné la préexistence des Ames, tout comme Origène, et aurait mérité d’être appelé «le nouvel Origène ». Bibliothèque, cod. exix» P. G., t. cm, col. 401. Les apologies pour Origène, dues à la plume d’hom­ mes de valeur, auraient été très nombreuses au début du iv· siècle. Photius,end. cxvin, P. G., t. cm, col. 396. Photius a encore lu celle que le martyr Pamphile a composée avec la collaboration d’Eusèbe de Césarée. Des six livres dont elle se composait, un seul nous a été conservé dans la traduction de Butin, P. G,, l. xvn, col. 543 sq. Nous y apprenons que les attaques des antiorigénistes de celte époque visaient surtout la doctrine trinilairc du Péri Archôn, col. 519. Pam­ phile nous donne ensuite les principaux griefs formulés alors contre le grand Alexandrin. On lui reprochait d’avoir enseigné que le Fils de Dieu est innatus et qu’il parvient à la subsistence, par prolalion et non par filiation. Nous avons là un exemple de la célèbre confusion entre άγέν/ητος et άγένητος, innatus et increatus. D’autres faisaient de lui un sectateur d’Artémas cl de Paul de Samosate, qui ne voit dans le Fils qu’un purus homo. D’autres voyaient en lui un adhé­ rent du docétisme, ne concevant les actions du Sau­ veur que comme des allégories. On lui reprochait aussi d’avoir enseigné l'existence de deux Christs el d’avoir volatilisé en allégories les faits rapportés par la Sainte Écriture. On critiquait sa conception de la résurrection des morts cl de la nature de l'âme; enfin, on lui reprochait d’avoir nié le châtiment des pécheurs et d’avoir enseigné la métempsycose, le passage de l’Amc de l’homme dans des corps d’ani­ maux, col. 578 sq. L’opuscule d’Eustalhc d’Antioche. Περί της έγγαστριμύθου, semble être, lui aussi, du commencement du iv* siècle. Nous y lisons une vive critique de l'inter­ prétation donnée par Origène de l’épisode de la pylhonisse d’Endor au ltr livre des Bois, xxx m. 12 sq. Pour Eustalhc, rintcrprèlalion réaliste de ce morceau telle qu’Origène la proposait, implique la réalité de la mnnlique et de la chiromancie du paganisme, llcpl τη: έγγαστριμύΟου, c. ni, vi, vu, G., t. xvm, col. 617 sq.; édition de Klostcrmanu, dans les petits textes de Lielzmann, p 19. 23.21. L’évêquc d'An­ tioche rappelle aussi la polémique de Methode contre la conception origénistc de la résurrection, c. xxir, p 51, P, G.. I. xvm, col. 657. Ln controverse arienne semble avoir fait quelque peu oublier la question des erreurs d’Origène. (Cepen­ dant, dans le De decretis Xic.m/r synodi, saint Athannse cite deux passage·» du Péri Archôn qui lui sem­ blent militer en faveur de la consubstantialité des personnes divines; dans la iv* lettre à Sérapion, tout en combattant l’interprétation proposée par Origène de Heb.. vi. LG, il n’he\ile pas à nommer Origène < le savant el laborieux Origène : πολυμαθής καί φιλό­ πονο; ». Au même passage du De decretis, Athanase fait une recommandation, trop oubliée par les antiorigénistes de tout temps, qu’il ne faut pas confondre, dans les écrits d’Origène, l’opinion qu’il elle pour la réfuter avec la tienne propre. C. xxvu, P. G., t. xxv, col. 465; Epistola /r ad Serapionem, n. 9, P. G., t. XXVI, col. 649. 1567 0R1GÉNIS.M E. CONTROXERSES DU ΐνθ SIH Ij; Dans la seconde moitié du n* siècle, Evugrc du Pont, dans ses Problèmes gnostiques, semble avoir suivi Origène pour la doctrine dc la préexistence des âmes et dc 1’apocatastase; et Didyme l'Avcuglc s'est efforcé, dans un commentaire du Peri Archôn. d’en démontrer l’orthodoxie trinitaire. Par contre, Apollinaire a écrit contre Origène. Bien toutefois ne s’est conservé de ces écrits. Sur Évagrc, voir Bardenhewer, Allkirrhliche Literatur. t. nr. p. 97; sur le common- | taire de Didyme, voir Socrates, 11 E.. IV, xxv, P. G., t. i.xsn. col. 528. Saint Basile ne se dissimulait pas que certaines for­ mules trinitaircs d’Origènc laissaient à désirer. Cela ne l’empêcha pas de donner dans la Philocalic. en collaboration avec son ami Grégoire de Nazianzc, un recueil de morceaux choisis d’Origènc ct dc le citer comme un témoin dc la divinité du Saint-Esprit. Liber dc Spiritu Sancto, c. i.xxm, P. G,, t. xxxn, col. 204. Le frère de saint Basile, Grégoire dc Nyssc, était un admirateur d’Origènc. Cette brève revue sullil à démontrer que les prota­ gonistes du dogme de Nicéc, sans être aveugles pour les défauts de la doctrine origénistc, avaient néan­ moins en haute estime l’auteur lui-même. Mais l’encre dc la Philocalic était à peine sèche que déjà s’annon­ çait la première grande controverse origénistc. II. La PREMIERE CONTROVERSE ORIGÉNISTE. 1· L'attaque de saint Épiphane dans le Panarion.— C’est dans les années 375 à 377 que saint Épiphane , écrivit le Panarion. son grand ouvrage contre les hérésies. La lxiv* hérésie est consacrée à la réfutation des erreurs d’Origènc. Elle débute par quelques détails historiques. Nous y lisons que. prêtre d’Alexandrie, Origène fut obligé dc quitter cette ville à cause dc son apostasie, pendant la persécution de Dèce. C. il Ne voulant rien laisser dans l’Écriture sans explication, il tomba dans des erreurs beaucoup plus graves que les anciennes héré­ sies, car c’est dans ses écrits qu’Arius, les anoméens et les hérétiques postérieurs ont pulsé leurs doctrines pernicieuses. C. iv. Après celte introduction, qui ne manque pas dc jeter un jour singulier sur la documen­ tation dc notre hérésiologuc, vient l'exposé des erreurs d’Origènc. C. tv, éd. 1 loll, p. 408-113. En voici le début : « 11 (Origène) dit, premièrement, que le Eils unique ne peut voir le Père, que l’Esprit ne peut voir le Eils, que les anges ne peuvent voir l’Esprit, que les hommes ne peuvent voir les anges; ceci est sa première erreur. 11 ne veut donc pas que le Eils soit de l’essence du Père ; loin dc là, il le conçoit comme tout à fait étranger au Père ct comme une créature; il prétend que le vocable de Fils lui est attri­ bué par grâce Mais il existe encore de lui d’autres erreurs plus importantes. » Loc, cit. La première asser­ tion, celle qui porte sur l’invisibilité du Père par rap­ port au Eils ct celle du Eils par rapporta l’Esprit, a été Insérée par Koclsrhau dans le texte du Pên Archôn. bien que Rufin en nie l'authenticité. Elle correspond h la doctrine exprimée par Origène, L L c. vin, édit, cit., p. 25, 26; le membre de phrase concernant les anges el le Saint-Esprit n’a pu être retrouvé ni dans le Péri Archôn, ni dans aucun autre ouvrage d’Origènc. La particule γάρ — il ne veut donc pas - qui suit l’incise : « ceci est sa première erreur », semble bien indiquer que l'idée exprimée ensuite, la négation dc rhomoousie ct de la filiation naturelle du l ils. est une conséquence tirée par Épiphane du texte qu il vient dc citer. Or. dans le chapitre cité du Péri Archôn. Origène distingue voir, qui est propre au corps, de connaître, qui est propre à l'esprit. videre de cognoscere. Ix Fils ne saurait voir le Père, parce que la nature divine n’est pas perceptible à l’œil du corps, et il cite Matth., xi. 27, pour faire remarquer que, dans l’Evan­ 1568 gile. Jésus ne dit pas : Nul ne voit. mais nul ne connaît le Père, si cc n’est le Fils ». et il conclut que cc qui est dit voir, pour les êtres corporels, doit être appelé connaître, pour le Père et le Eils. La conclusion que tirait Epiphane ne semble donc pas ici justifiée. Nous aurons à remarquer que semblables réserves s'impo­ sent à l’égard des citations faites par les nntiorlgénistes, notamment Théophile d’Alexandrie ct Justi­ nien. Passant à des erreurs · plus importantes », Épiphane fait grief à Origène d’avoir enseigné la préexistence des âmes qui. * étant de nature angélique, ont été enfermées dans des corps en punition des fautes qu’elles auraient commises, et envoyées ici bas pour y subir une épreuve ». Il estime qu’Origène est retombé dans la mythologie du paganisme en faisant étal, comme preuves dc sa doctrine, des étymologies de 8έμας, corps, dérivé de δεδέσΟαι, être enchaîné, cl de ψυχή, l'âme, dérivé de ψύχος, le froid. 1) juge fautive l’interprétation donnée par Origène des ps. exiv, 7, cl exvin, 67 (convertere anima mca in requiem tuant et Priusquam humiliarer, ego deliqui), en faveur dc sa doctrine de la préexistence dc l’âme ct de sa venue en un corps, en punition d’une faille. Épiphane reproche encore à Origène, sans donner de précision, d’avoir dit qu'Adam a perdu la similitude avec Dieu. Repre­ nant ensuite un grief déjà formulé par Méthode, il relève avec véhémence l’interprétation origénistc de Gcn., m, 21, et, à la lin de Vilar, lxiv, il revient sur cc point, citant avec colère la phrase attribuée à Ori­ gène : ■ Dieu était donc corroycur pour qu’il ail pu confectionner des vêtements dc peaux à Adam. » C. lxiii, édit. Holl, p. 500. Nous avons déjà remarqué que les deux tiers envi­ ron dc VHicr. lxiv ne sont qu’une longue citation du De resurrectione de Méthode d'Olympc. Combattant la conception origénistc de la résurrection. Épiphane résume en quelques mots tous ses reproches : < ... à certains endroits, il l’afllrmc (la résurrection), à d'au­ tres, il la nie totalement: parfois il ne l’admet que partielle. » C. iv. édit. Ifoll, p. 413. Enfin, Épiphane reproche à Origèhc d’avoir allégorisé le paradis, ainsi que les eaux du dessus du firmament et du dessous dc la terre, et. plus tard, le bon évêque dc Salamine sc demande comment le déluge aurait été possible, si une telle exégèse était fondéeI G. iv. ci. S. Jérôme, Epist.. Li, 5. P. L., t xxii, col. 523. Notons encore qu’Épiphanc opine qu’Origène ne reconnaît le Fils (pie comme une créature, parce qu’il le nomme γενητος Θεός, car. ajoute Épiphane, il n’y a pas synonymie entre γεννητός et γενητός. Holl, p. 415-416. Epiphane termine sa réfutation en ailirmant (pie la déviation d’Origènc vient dc son aveuglement par la culture (παιδεία) grecque. G. lxxii, p. 523. 2® Attitude de saint Jérôme. La première escarmou­ che en Palestine.— Tous ces griefs ont été repris par saint Jérôme dans son pamphlet contre Jean de Jéru­ salem; ceux qui concernent la préexistence des âmes, par Théophile d’Alexandrie. Toutefois, il ne semble pas que ces critiques d’Épiphane, si vives qu'elles aient été, aient trouvé beaucoup d’écho au moment oà elles furent formulées, vers les années 375-380. Ainsi, dans une lettre écrite à Paula, vers l’an 385, saint Jérôme, qui croyait qu’Origène avait subi une condamnation ecclésiastique dc son vivant, faisait neanmoins encore un éloge mngnttique du grand Alexandrin, cl affirmait cpi’il avait été frappé par suite de l’envie dc scs adversaires et < non à cause de nouveautés dogmatiques, non pour motifs d’hérésie, comme actuellement des chiens enrages font semblant de le penser. · Epist., xxxm, t, P. L., t. xxn, col. 447. L’édition de Hilberg seule donne le texte complet dc cette lettre. La notice consacrée à Origène dans le De I »I 1570 1.569 riris, écrit < η 308, respire l'enthousiasme : Jérôme y célèbre son génie immortel. Dc viris, c liv, P. L., L ΧΧΙΠ, col. 698 sq. Du reste il est reconnu que Jérôme, avant l’année 301, n’a jamais parlé d’Origènc d’une manière défavorable, bien que. sur plus d’un point, il se soit séparé de lui. Sur cette attitude dc saint Jérôme à l’égard d’Origènc, antérieurement à 391, voir Cavalière, Saint Jérôme, sa vie, ses ouvres. Paris, 1922, t. n, note Q. Nous verrons que Jérôme finit par sc ranger parmi · les chiens enragés qui voyaient en Origène l’hydre des hérésies. En 395, un certain Atarblus sc présenta à Kuhn, au mont des Oliviers à Jérusalem, et a Jérôme, en son monastère dc Bethléem, ct leur demanda dc renier les erreurs d’Origènc. Kuhn le renvoya en le menaçant de coups de bâtons; Jérôme lui donna satisfaction. S. Jérôme. .4 po/., 111, c. XXX1II, P. . t. xxin, col. 503. Cavalière essaie d'expliquer cette brusque volte-face de Jérôme par le souci qu’avait celui-ci de main­ tenir intact son renom d’orthodoxie, op. cil., t. n, p. 206. Mais n’avait-il pas.ee souci quand, dix ans après la publication du Panarion, il traitait dc chiens enragés ceux qui prétendaient qu’Origène avait été condamné tomme hérétique? Quoi qu’il en soit des motifs (pii le guidèrent en cette occasion, à partir dc ce moment, Jérôme devint un adversaire intraitable d’Origènc. L’intervention d’Atarbius n’eut pas dc suite, mais, peu après, en cette même année 395, Épiphane arriva a Jérusalem. Immédiatement, il mit en garde l’évèque Jean contre les sectateurs d’Origènc qui sc trouvaient dans son entourage, tout particulièrement contre Rufin et Palladius, et l’invita instamment à anathématiser les erreurs origénisles. Tout cc qu’il obtint dc l'évèque dc Jérusalem fut que celui-ci, dans un sermon prononcé dans sa cathédrale, résumât les principaux points dc sa foi. mais sans souiller mot d’Origènc ct dc ses doctrines. Quelque temps après. Jean, agacé des perpétuelles objurgations d’Épiphane. essaya de le mettre en mauvaise posture en prêchant contre les anthropomorphistes, les adversaires d’Origène passant à cette époque pour être infectés dc l’erreur anthropomorphiste. A la fin du sermon. Épi­ phane se leva pour dire : Tout ce qu’a dit mon frère par la dignité, mon fils par l’âge, est parole bonne cl fidèle, ma voix aussi le condamne, mais il est juste, en condamnant celle hérésie, de condamner également les dogmes pervers d’Origènc. » Sur ces faits, voir la lettre d Épiphane à Jean de Jérusalem dans S. Jérôme, Epist., i.i, 3, 6, 9 sq., et le Contra Johannem, 11, P. L.. t. xxn. roi. 519 sq.; I. xxiiî, col. 389 sq. Sur ces entrefaites, Épiphane, quittant brusque­ ment Jérusalem, se retira à son monastère de Besanl)uc près d’Éleulhéropolis. De là, par dc frequentes lettres, il continua à harceler l’évèque de Jérusalem en vue dc ramener à une condamnation d’Origènc. S. Jérôme, Epist., i t, η. I. I. xxn, col. 517 sq. Environ un an après ces événements, une déléga­ tion dc moines du monastère dc Jérôme à Bethléem alla trouver Épiphane à Bcsan-Duc, pour régler un dissentiment qui s’était élevé entre eux el le vieil évêque de Salamine. A celle occasion. Épiphane con­ féra le diaconat cl la prêtrise à Paullnlen. frère de Jérôme, qui conduisait la délégation, afin (pie le monastère dc Bethléem eût un prêtre à sa disposition, Jérôme sc refusant toujours à faire usage de scs pouvoirs d’ordre. Jean de Jérusalem, mécontent de celle façon d’agir, s’en plaignit vivement. Épiphane lut écris it une longue lettre Justificative; il \ reproduit les griefs formulés contre Origène dans le Panarion. augmentés d’un nouveau chef d'accusation, concer­ nant le salut final du démon; ct il invite derechef Jean a anathémaliser publiquement le docteur alexandrin. Dii Γ. |>I TlUiOL. CATIIOL. Cette lettre excita un grand émoi en Palestine el fui traduite en latin par saint Jérôme : c’est la lettre u, P. L·., t. xxn, col. 517 sq. Voyant que Jean ne lui répondait pas. Épiphane invita les moines dc Pales­ tine à rompre la communion avec leur évêque. Il écrivit aussi au pape Si rice cl aux évêques dc Pales­ tine pour dénoncer l’hétérodoxie de Jean. Contra Johannem, 11. P. L, t. xxm, col. 383. Jérôme ct ses moines donnèrent suite à cette invitation. Par représailles, l’évêque dc Jérusalem interdit à Jérôme et aux membres dc sa communauté l’entrée de l’église dc la Nativité dc Bethléem; mais Jérôme ne sc dépar­ tit en rien dc son altitude hoslilc à l’égard de Jean ct des doctrines origénisles. Contra Johannem, col. 411 B. Enfin, Jean de Jérusalem, irrité de l'attitude hostile dc Jérôme, eut recours aux grands moyens; il obtint dc l’empereur une sentence d’exil contre Jérôme cl ses partisans; mais la menace d’une invasion hunnique détourna l’attention des autorités impériales et la sentence d’exil ne fut pas exécutée. Lettre de S. Jé­ rome à Théophile d’Alexandrie, Epist., i.xxxîï, 10; i.xxvn, 8. P. L·.. t. xxn. col. 741. 696. Pour en finir, l’évêque de Jérusalem réclama l’intervention du pa­ triarche d’Alexandrie, Théophile, qui jouissait d'un grand crédit auprès des moines. En juin 396, Théophile envoya à Jérusalem comme conciliateur un dc ses prêtres nommé Isidore, qui jouissait d’un grand renom d’ascétisme. Sa mission échoua, mais il emporta à Alexandrie une lettre de Jean pour Théophile. Dans celte lettre, l’évèque dc Jérusalem exposait scs démê­ lés avec Épiphane cl Jérôme à son point de vue; il y avait aussi Inséré une profession dc foi correcte. Voir les fragments dc cette lettre dans le Contra Johannem, col. 391, ct la reconstitution de la profession dc foi de Jean dans t’.aspari, Ungcdruckte Quellen zur Geschichte des Tau/symbols, l. 1, Christiania, 1866, p. 166-172. Cette lettre dc Jean fut aussi envoyée à Rome et fil bonne impression sur le pape Si rice. Informé de ce fait par Pammachius, Jérôme atta­ qua l’évêque dc Jérusalem dans un pamphlet très violent, le Contra Johannem Hierosolymitanum, auquel nous nous sommes déjà référé. 11 y réédite les griefs antiorigenistes dc saint Epiphane ct s'efforce dc dé­ montrer l’hétérodoxie dc la profession dc foi de Jean. Voir surtout η. I. 25, 27. Toutefois, la réconcilia­ tion dc Jérôme cl de Jean arriva très vite après cit éclat. \u reçu dc la lettre de Jean de Jérusalem. Théophile écrivit à tous les moines de Palestine une longue exhortation à la concorde et à la soumission à l’évèque. Celte lettre est perdue, mais nous avons encore la réponse de Jérôme. Epist.. lxxxii, P. L., I. xxn, col. 736 sq. En 397, Jérôme se reconcilia avec son ancien ami Hulin, qui avait toujours été du parti de l’évèque; c’est vers la même époque qu’il dut faire également la paix avec l’évèque Jean. 11 ne semble pas qu’à cette occasion on ait fait mention d’Origènc; chaque parti a dû coucher sur ses positions, t’avallcra. t. i. p. 227. Cette paix ne devait pas être de longue durée. Bu­ tin, retourné en Italie, y publiait, en 398, une tra­ duction du Péri Archôn Dans la préface, il se don­ nait comme le continuateur dc l’ir crigenistischen Strelligkciten im scchsten Jahr· hundert und das lûn/tr atlgemeine Concit, Munstvren-W., 1898, p. 5 sq., Divkumj) a bien débrouillé k*s questions chronologiques concernant la vic de Sabas el la controverse ongcnisle du vj· siée.le. Nous sui­ vons ici la chronologie qu’il a proposée. L L’occasion du conflit. — En 511, un certain Nonnus et ses trois compagnons furent admis à la 1575 OBIGÉNLSME. LE CONCILE DE MENAS Nouvelle-Laurc, peuplée de moines dissidents de la Grande-Laure, fondée par saint Sahas, non loin de Jerusalem Mais, « sous le couvert de la foi chrétienne, ils adhéraient aux doctrines impies des Hellènes, des juifs et des manichéens, tout particulièrement aux mythes d’Origènc, d’Évagrc et de Didymc sur la préexistence des âmes. ■ Vifri Sabir. p. 271. Il ressort déco renseignement que c’était avant tout la doctrine dc la préexistence des âmes qui caractérisait l’origénlsmc dc cette époque. Chassés peu dc temps après, à cause dc leurs opinions origénistes,ils errèrent autour de Jérusalem en faisant dc la propagande pour leur doctrine. En 520, l’abbé dc la Nouvelle-Laure étant mort, son successeur. Mammas, permit à Nonnus et Λ scs compagnons de rentrer au couvent; toutefois, par crainte dc saint Sabas, qui de la Grande-Laure avait l’œil sur eux, Us mirent une sourdine à leur origénisme. Vila Sabæ, p. 274 sq. En 531, quand Sabas alla â Constantinople, un des compagnons dc Nonnus, Léonce de Byzance, réussit à sc faufiler dans sa suite. Sur l’identité île ce per­ sonnage, voir Léonce de Byzance, t. vi, col. 100 sq. Arrivé dans la capitale, il prit part aux discussions qui eurent lieu avec les monophysilcs; mais, sous le cou­ vert dc la défense dc l’orthodoxie chalcédonienne, il propageait ouvertement l’origénisme. Dès que Sabas s’en fut rendu compte, il se sépara de lui, ainsi que d’un certain nombre dc scs moines qui s’étalent mon­ trés partisans dc Théodore de Mopsueste. Vita Saba', p. 311. Après la mort de Sabas, 5 décembre 532, les origé­ nistes palestiniens, sc sentant les coudées plus franches, réussirent à gagner des adhérents même dans la Grande-Laure. Leurs chefs étaient Domiticn, higoumène dc l’ermitage de Martyrius, et Théodore Askidas, diacre à la Nouvelle-Laure, qui devait jouer un rôle important dans l'affaire des Trois-Chapitrcs. Tous deux assistèrent, en 536, à Constantinople, au concile qui déposa le patriarche Anthime : leurs signatures au bas des Actes de cc synode le démontrent. Λ cette occasion, ils montrèrent tant de zèle pour te concile de Chalcédoine, qu’au bout dc peu de temps, Domiticn devint évêque d’Ancyre, et Théodore évêque dc Césa­ rée dc Cappadoce. Diekamp, op. cil.t p^ 37. Les orl- ' génistes de Palestine,sc sentant épaulés par les déten­ teurs de deux sièges épiscopaux très importants, curent un regain d’audace. Gélasc, le second succes­ seur de Sabas à la Grande-Laure, essaya d’enrayer leur propagande en faisant lire à ses moines le livre qu’Antipater dc Bostra avait écrit contre Origène au siècle précédent. Ensuite, voyant qu’il n’arrivait pas à scs fins par la persuasion, il usa de rigueur en renvoyant dc la Grande-Laure quarante moines origénistes. Mal lui en prit, car,sous la conduite de Léonce de Byzance, les moines origénistes revinrent en force et ils auraient pris la Grande-Laure d’assaut, si un orage miraculeux ne les en avait empêchés. Vila Subir. p. 362. Quoi qu’il en soit dc ce miracle, il ressort du récit de Cyrille de Scythopolls qu’en 512 les couvents palestiniens étaient fortement travaillés par l’origénisme. Pour la fixation dc celte date, voir Diekamp, op. cit., p. 34. Liberatus raconte que Pélage, l apocrisiairc’du Saint-Siège à Constantinople, passant en Palestine pour assister au concile de Gaza, qui déposa le patriar­ che d'Alexandrie Paul, reçut de moines palestiniens des extraits des livres d’Origènc. que ces derniers voulaient faire condamner. Pélage aurait abonde dans h sens «les moines, espérant qu’une condamna­ tion d’Origènc ruinerait le crédit «le Théodore Askidas auprès de l’empereur, et il aurait obtenu de l’empereur Justinien la fameuse lettre a Menas, (pii rangeait le grand Alexandrin parmi les hérétiques les plus 15 7 6 pernicieux. Liberatus, [frcviaruun, c. xxm, P. t. lxviiî, col. 1016. Le récit de Cyrille de Scythopolls donne plus dc détails. Selon lui, le trésorier de Sainte-Sophie dc Constantinople, Eusèbc, dc passage à Jérusalem pour aller au concile de Gaza, aurait pesé sur l’abbé dc la Grande-Laure pour obtenir la réintégration des orlgénistes expulsés par celui-ci. L’abbé n’obtempéra pas à la suggestion d’Eusèbc, mais, pour lui donner une certaine satisfaction, il renvoya de la Grande-Laure les anti origénistes notoires. Ceux-ci allèrent se plain­ dre à Antioche, au patriarche et, pour montrer le bien-fondé de leur réclamation, déposèrent entre les mains dudit patriarche le livre antiorigéniste d’Antlpater de Bostra. « Ayant pris connaissance des blas­ phèmes d’Origènc par la lecture dc cc livre »,le patriar­ che d’Antioche n’hésita pas et anathématisa les dog­ mes d’Origènc en un concile réuni par scs soins. Pour sc venger, les origénistes palestiniens forcèrent l’évê­ que de Jérusalem à rayer des dyptjques dc son Église le nom de son collègue d’Antioche. Mais, sous main, l’évêque dc Jérusalem se fit remettre par l’abbé de la Grande-Laure un mémoire contre les agissements des origénistes; il l’envoya à l’empereur en y ajoutant une lettre dans laquelle il dénonçait lui-même les «nouveautés » origénistes. Ccs deux mémoires auraient décidé Justinien à agir. Vita Sabæ, p. 361 sq. Diekamp donne la préférence au récit dc Cyrille de Scythopolls, fixe la date du synode de Gaza au temps de Pâques 512, celle du synode d’Antioche à l’été dc la même année, l’envoi des mémoires antiorlgénistes à Constantinople à l’automne de la même année, enfin la lettre de Justinien à Menas, au mois dc jan­ vier 513. Op. cit.. p. 42 15. Quoi qu’il en soit dc celle question, les deux récits sont d’accord pour affirmer que la condamnation d’Origènc par Justinien a été provoquée par des mémoires envoyés dc Palestine à l’empereur. Nous verrons encore l’importance dc ce fait. 2. l.a lettre de Justinien au patriarche Menas. — Au reçu dc cette plainte des moines palestiniens, Justi­ nien écrivit au patriarche dc Constantinople, Ménas, la longue lettre dont le texte sc trouve dans Mansl, ( "nciL. t. ix. col; 488-533. L’empereur débute en disant qu’ayant toujours considéré la protection el la conservation dc la foi comme son principal devoir, il ne croit pas pouvoir rester inactif devant la propagande faite par cer­ taines personnes pour les enseignements d’Origènc, qu’on ne peut appeler chrétiens, parce qu’ils sont païens, manichéens et ariens. Cet homme, continuet-il, a osé blasphémer la Trinité en enseignant que le Père est plus grand que le Fils, que le Fils est plus grand que le. Saint-Esprit, que le Saint-Esprit est plus grand que les autres esprits. 11 prétend que le Fils ne peut voir le Père et qu’il est lui-même invisible au Saint-Esprit; (pie le Fils el le Saint-Esprit sont des créatures; que nous sommes par rapport au Fils ce que le Fils est par rapport au Père. Selon lui, la puissance divine est limitée et tous les genres et espè­ ces sont éternels comme Dieu. 11 prétend qu'un certain nombre d’êtres spirituels sont tombés dans le péché et. en punition de leur péché, ont été bannis dans des corps; selon la mesure de leurs fautes, ces êtres spiri­ tuels pourraient même, à son avis, être enfermés une seconde el une troisième fois dans un corps pour retour­ ner, après purification complète de leurs péchés, à leur état primitif de sainteté et d’incorporéité. Il affirme aussi l'existence successive dc plusieurs mondes, dont plusieurs ont déjà existé tandis que d’autres doivent encore parvenir à l’existence. Après cet exposé des erreurs d’Origènc, l’empereur s’indigne qu’un seul homme ait pu professer tant de I 1577 OBIGÉNISME. LE CON( ILE DE MÉN \S 1578 l’incarnation et ht génération du sein d’une vierge, qu*ü blasphèmes; il rappelle la condamnation d’Ongên· soit anathème. dans le passé cl lui reproche d'avoir inaéré dam m s 3. Si quelqu'un dit ou pense que le corp* de Nolre-Selécrits un certain nombre de vérités pour pouvoir plus gnrur Jé*u*-(.hri«t n été d’nbord formé dans le srtn dc la facilement induire les fîmes simples en erreur. Philon Mdntc Vierge, et que le Dieu /»90«, de’même que l'âme était son maître, Arius a été son disciple cl il est aussi préexistante, sc sont ensuite uni* Λ lui. qu’il »oit anathème, impie que les manichéens. I Quiconque dit ou prn*r que le /χ>9·»< de Dieu fait Justinien passe ensuite ù la réfutation des erreurs semblable Λ tous le* ordre* céleste*, et qu’il est chérubin d’Origènc. H allègue de nombreux textes scripturaires pour le* chérubins, et séraphin pour 1rs séraphin*, en un mot qu’il est devenu scinblablea tout*-*le* puissances supérieure*, el patristiques contre la doctrine de la préexistence. qu’il *oit anathème. Plus brève est la réfutation de la doctrine qui tient 5. Quiconque dit ou pense que, lor* de la résurrection, le soleil, la lune, les étoiles et les eaux au-dessus du fir­ les corps humains ressusciteront en forme de sphère et sans mament pour des Cl rcs animés ; celle de la sphéricité des ressemblance avec celui que nous avons, qu'il soit ana­ corps ressuscités est taxée de folie. Il n'est pas éton­ thème. 6. Quiconque dit que le ciel, le soleil, lu lune, les étoiles et nant, s'écrie Justinien, qu'Origène, qui a vomi tant dc blasphèmes, ait fini par apostasier. Dans sa bonté, les eaux qui sont au-dessus des deux, sont des êtres animes et raisonnable*, qu’il soit anathème. Dieu a permis cette apostasie, car, si Origène avait eu 7. Quiconque dit ou pense que le Christ Seigneur sera l’auréole des martyrs, il aurait séduit un plus grand dans le siècle a venir crucifié pour 1rs démon* ainsi qu’il l’a nombre d-Amcs. Enfin, l’empereur combat la négation été pour les hommes, qu'il *oit anathème. origénislc de l’éternité des peines dc l’enfer. Ensuite, . 8. Quiconque dit ou pense que la puissance de Dieu est vient l’exposé des mesures qui semblent nécessaires limitée et qu’il a créé tout ce qu’il pouvait, qu’il soit ana­ thème. pour enrayer le mal. 9. Quiconque «lit ou pense que la pcine’des demons et de* Justinien ordonne au patriarche Menas de rassem­ impie* ne sera pas éternelle, qu’elle airm une fin et qu’il sc bler tous les évêques présents a Constantinople, ainsi produira alors une apocatastase de^jdémons et des Impies que tous les higoumènes, pour les faire souscrire à qu'il soit anathème. l’anathème fulminé contre Origène. ses doctrines blas­ 10. Anathème à Origène, nomme aussi Adamantin», qui phématoires cl surtout contre les thèses origénistes a professé cc* erreur*, ainsi qu'ù tous^ses enseignements données en appendice à la lettre impériale. Le procès- infect* ci Impies; anathème à toute personne qui pense de même cl qui. en quelque temps «pie ce"*oit. aura l’audace verbal dc celte assemblée devra être envoyé ù tous les de prendre leur défense en tout ou en partie. autres évêques et higoumènes, afin qu’ils donnent, eux aussi, leur signature à l’anathème contre Origène Pour le texte grec dc ce dernier an a thématisme, il et les autres hérésiarques nommés avec lui. Pour l’ave­ faut sc reporter à Mansi, t. ix, col. 533; Dcnzinger nir, l’empereur prescrit que nul ne pourra recevoir la ne le donne pas. consécration épiscopale ou la bénédiction abbatiale, Dans son édition d’Origènc du Corpus dc Berlin. s'il n'a préalablement souscrit l’anathème contre Koctscbau fait le plus grand cas dc cette lettre impé­ Sabellius, Arius, Apollinaire, Nestorius. Eutychès, riale, non seulement pour la reconstitution de la pen­ Dloscore, Timothée /Elurc. Pierre Monge, Anthime de Trébizonde, Théodosc d’Alexandrie, Pierre le Fou­ sée d’Origènc, mais aussi pour la fixation du texte authentique du Péri Archôn. G. Bardy est beaucoup lon, Pierre d'Apamée, Sévère d’Antioche, et enfin plus réservé. En clïct, il est peu probable que Justi­ contre Origène et ses hérésies. Enfin, Justinien annonce que la présente lettre a été envoyée à l’évê­ nien ou son conseiller théologique ait jamais lu le Péri Archôn. A Constantinople, dans la première moi­ que de l’ancienne Home, à ceux d’Alexandrie, d’An­ tié du vr siècle, Origène était bien oublie. En outre, tioche el dc Jérusalem, afin qu’ils prennent les mesunous avons vu que le mémoire antiorigéniste qui pro­ sures nécessaires contre Origène et ses sectateurs. Pour démontrer que les griefs allégués contre Ori­ voqua la lettre A Menas n’arriva à Constantinople qu’ù lu fin dc l’année 542; or, l’cdit de Justinien fut gène ne sont pas sans fondement, dans scs œuvres, promulgué en janvier 543. Il est donc fort probable Justinien cite ensuite vingt-quatre passages du Péri que Justinien s’est formé son opinion sur Origène Archôn. Seul, celui qui vise la sphéricité des corps d’après le mémoire des moines palestiniens et que les ressuscités n'est basé sur aucun texte d’Origènc. Par textes «lu Ptfn Archôn qu’il cite sont ceux qui étaient contre, certaines citations expriment des doctrines contenus dans le susdit mémoire. Cela ne veut pas dont la première partie dc la lettre ne parle pas. Ainsi nous y lisons des textes qui affirment que le Fils I dire que les textes du Péri Archôn contenus dans la lettre impériale à Menas ne sont pas authentiques, n’est pas le « bien en lui même · (αύτοαγβΟόν), comme mais, comme le remarque judicieusement Bardy, « il le Père l’est ; qu'un homme est devenu (’.hrist A cause reste que (ccs textes) sont des fragments détachés dc dc ses mérites, mais comme il ne s’est jamais séparé leur contexte, choisis ù dessein pour noircir la mé­ du Fils unique, il convient qu’il ail en commun avec moire du célèbre docteur; qu’ils expriment sous une lui l’honneur el le nom; que le Christ souffrira de forme atlinnalne des hypothèses simplement propo­ nouveau dans les sphères célestes pour les esprits sée* par Origène. peut-être même attribuées par lui ù mauvais rt qu’il souffrira encore plusieurs fois dans d’ùutres philosophes; qu’ils ont pu être quelquefois les mondes futurs. tronqués ou que des interpolations s’y sont glissées. » Cette lettre se termine par dix analhcmatismcs contre Origène et sa doctrine. Nous en donnons la tra­ Dp. cit., p. 73. Libéral us nous apprend que les autres patriarches duction française d’après I Icicle Lee Ici cq. Histoire des Conciles, t. n. p. 1181 sq., renvoyant pour le texte « signèrent l'édlt de Justinien comme Menas l'avait fait Jîrcninriuîn.c. xxui, / rnrtuurabilr dei carmrtilani, t. i. .Milan, 1088-1690, 29 tnnrx. p. 331-355, n. 43; 25 juin, p 701; Antoine Mongitorc. Bibttothrcu gtcula slvc dr riplortl>U3 xirutu, Piilennc, t. n, 1707-171 1. p. 58-59; Ellsé MonUgnani. Dultarium carmettianiun, l. n, Rome, 1713-1768. p. 521-526; 510-541 ; 511-610; Cosine de Villiers, Ilihhofhrrn rarrnclifuna, t. 11. Orléans. 1752, roi. 400-403, n. 101-105; col. 937. n. 7; Marian Ventimiglia, ItUlnria 1590 chronotogira priorum generalium lalinorum Ord. H, V. Marii* dr Monte Carmelo» Naples 1773, p. 253-260, c. xt.ix ; Alexis Narbone. S. J.. BI bl iografta tirnla sUtematica, t. n. Païenne. 1850-1855, p. 303, 32 J; P. B. Gatm, Series epUcoparuni Ecclcslio eathnllau, Ratlsbonnc, 1873. p. 916; Rrguta Fratrum II. Del Genitricis ri vtrg. Marin de Manie Carmelo, Grstcl St-MichicU (Hollande), 1880. p. 414-117; Hurler, Nonirnda/or, t. tv, 3· éd., col. 348-349. P. Anastase de Saint-Paul. ORNEMENTS SACRÉS — Il convient d ap- peler ainsi cc dont l'évêque, le prêtre cl ses ministres sc revêtent pour la messe ct les offices : chasuble, daimatique du diacre cl tunique du sous-diacre, élolc, manipule, aube, cordon, nmicl, voile du calice el humé­ ral, chape; — cl cc qui entoure l'autel ct le ciboire ; anlipendium, conopéeet baldaquin, pavillon du ciboire, tentures autour de l'autel. Chacun dc ccs ornements (ait l'objet d’un article du Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie, nous y renvoyons pour l'élude dc l'origine cl des différentes formes des ornementa au cours des âges. L'histoire ne doil nous occuper ici que dans la mesure où elle a déterminé un symbolisme qui est souvent la cause des prescriptions de l’Église : nous dirons cc qu’elle ordonne, autant que possible cc qu'elle désire, cc qu’elle permet ou tolère seulement. Ceux qui ont besoin de renseignements, dc conseils sur le style, l’harmonie dc la composition, la perfec­ tion dc l’exécution, les trouveront dans les ouvrages cités. — l. Origine cl symbolisme. — II. Discipline actuelle. I. Ohxgîne irr symbolisme. — Les apôtres ct les premiers évêques ou prêtres célébraient la messe avec leurs vêtements habituels; prétendre que le manteau laissé par saint Paul à Troade était un ornement ser­ vant au culte, ou établir une relation entre les orne­ ments du grand-prêtre et ceux des ministres de la loi nouvelle est pure imagination. Peu à peu sans doute, ceux-ci ont mis, pour célébrer, une tunique plus blanche ct une pénulc plus belle que celle qu’ils portaient dans la rue. Au début du ni· siècle, TertuHien blâme. Clément d’Alexandrie conseille une tenue spéciale pour la prière; saint Jérôme s'appuie sur Γ Ancien Tes­ tament pour en recommander l’usage; mais, pendant longtemps, celui-là passait pour prétentieux qui ajou­ tait quelque ornement à son costume habituel. Le pape Gèles Un !«' (422-432) reproche aux évêques des Gaules dc chercher ù sc distinguer par là, dc porter une ceinture el un petit manteau; il traite cela dc superstition empruntée à un monde qui n’est pas d’Église : ■ Distinguons-nous, dit-il, par notre doc­ trine, non par notre costume. · lettre aux évêques de la Viennoise et de la Narbonaaise, Jallé, Regesta. n. 369. Il résulte clairement des paroles dc saint Augustin que la tunique de lin et le byrrhus de laine qu'il porte ù l’autel sont les mêmes que ceux avec lesquels lui cl scs prêtres, diacres ct sous-diacres, circu ent habi­ tuellement. Serin., ccci.vt, vers l'année 425. Pas encore dc changement notable sous saint Grégoire le Grand; Jean Diacre raconte en diet que le pape avait fait peindre, dans le monastère Installé dans la maison dc ses parents, le portrait de Gordianus son père et au ix*siècle, un nouveau symbolisme était devenue le costume de ville de la bonne société, est suggéré par le vêlement d’immortalité que por­ une sorte de manteau de cérémonie. Elle était formée tent les bienheureux'dans le ciel, Apoc , vn, 9, el le d’une grande pièce d'étoile ronde, avec un trou au prêtre dit en la prenant : · Rendez moi l’étole d’im­ milieu pour passer la tête et tombait par devant jus­ mortalité que j’ai perdue par le"péché d’Adam. Bien qu’aux genoux, en descendant sur les côtés, plus bas que je sois indigne d’approcher, de voire saciemenl, que les mains. Comme ce manteau donnait A celui qui faites-moi mériter la joie éternelle. » le portait l’aspect d’une petite maison, on l'appelait Le manipule ressemble A une élole plus courte, por­ quelquefois casula, c’est le nom que lui donne saint tée sur le bras; mais son origine est différente et asr< z Augustin. De civit. Dei, XX11, vm, 9. Saint Grégoire de I compliquée. 11 pouvait être â l’origine une serviette, mappa, mappula que l’on attachait au bras gauche Tours dit casubhr, à Rome, on sc servait du mol ptanela, du grec πλανάω, parce que, la chasuble, 1 pour s’éponger le front; ce linge devint serviette’ de ' cérémonie pour offrir ou recevoir quelque chose; il n’étant pas fixée, pouvait tourner autour du corps. fait ensuite partie du costume d'apparat; comme tel, A cause de celte ampleur, qu'elle garda plus ou il pouvait servir à donner un signal ou des ordres moins complète jusqu’au xvi· siècle, elle suggéra l’idée Néron Jeta un Jour sa serviette dans :e cirque pour de la perfection, de la chanté : « Reçois, dit 1 évêque a faire commencer es courses; le manipule figure à ce l'ordinand, le vêlement sacerdotal qui représente la titre dans »es diptyques consulaires (. est sans doute charité, car Dieu peut l’augmenter en toi et produire des oeuvres parfaites. · Autre symbolisme : comme elle I parla qu il s’est introduit dans Pi glhe; quand, d’après était vraiment pesante, el c faisait penser A un joug, j l’Ortfo romanu*·, I, 7, le sous-diacre régh nain· Can. 811, § L romaine assez large, au moins par devant, la forme Le concile de Trente voit dans * les vêlements ct française plus droite, la forme espagnole qui l’est autres choses semblables... de quoi faire valoir un sl davantage encore. Os formes constituent des < types grand sacrifice et de quoi élever le cœur des fidèles dv vêtement dont l’usage est approuvé dans l’Église «. à la contemplation des choses les plus hautes qui y sont Les chasubles amples ont existé de tout temps, même cachées. > Sess. xxn, c. v. Il dit anathème à ceux qui au xvii· et au xvnr siècles, d les centaines d’églises y verraient « des excitants à l'incrédulité plutôt que qui les ont reprises, il y a maintenant soixante ct des adjuvants de la pieté * Cnn 7. Les nilirlques du qu itre-vingts ans. n’ont fait cl ne font toujours que missel font au prêtre qui célébré la messe l’obligation continuer cet usage. Voir dom Boulin, op. cit., p. 109sq. | de porter la chasuble sur I aube semper utitur pia· La variété dans l'ornementation est plus .grande neta super albam. ♦ Ruhr, gen , xix. L’Église rend obligatoire (orationes dicend;r) les prières à réciter par encore, la noh plus Vusus in Ecclesia receptus n'est l’évêque et le prêtre en sc revêtant des ornements. Le I uniformité : en Italie, la croix n'cxlsle qu’en avant. •*n l’rance clic est par derrière; on n eu met pas en. Ritus servandus indique la manière de prcndiTQ Espagne; l'auteur de V Imitation. qui la voit par devant ' l’amlct, l’aube, le cordon, te manipule, l’étole, la et par derrière. avait sous tes yeux une chasuble ample ' chasuble, i, 2-5. On n’a le droit d’omcLIrc aucun d'eux. De defectibus, x, 1 Voir aussi pour les ccxêavec une croix dont les bras étaient relevés. 1601 O R 0S E monies particulières ù l’évêquc, Carem. rp/sc., L II. c. vm, 12-15, 19 22; v. xm. 7-11. Les théologiens enseignent qu’il y aurait faute mor­ telle ù célébrer sans aucun des ornements liturgiques; d’après saint Llguori ce serait matière grave de dire la messe sans chasuble, sans aube cl sans étole, 1. VI, n. 289. éd. Gaudé, t. m, p. 267, et en note un induit de la Propagande du 30 novembre 1828. La nécessité de dire la messe pour donner le viatique & un mourant ne serait pas une excuse suffisante. Ibid., n. 377. p. 368. Le cordon, l’amict, le manipule même ne sont pas aussi Impérieusement exigés. On prend la chape pour les processions, pour les bénédictions qui se font ù l’autel; de même à l’ofllce des laudes et des vêpres solennellement chantées. Le prêtre assistant s’en revêt pour la messe pontificale el celui qui fait l’absoute après la messe pour les défunts. Le diacre prend la dalmatiquc, le sous-diacre la tu­ nique à la messe solennelle (sauf les exceptions pré­ vues par les rubriques), aux processions, aux béné­ dictions quand ils assistent le prêtre. Rubr. gen. missalis, xix. La chape, pas plus que l’étole n’est un signe de juridiction, 3035 ad 2, 21 juillet 1855. Pour la messe, le prêtre croise l’étole sur sa poitrine; l’évêquc la laisse pendre de chaque côté pour marquer la plé­ nitude du sacerdoce qu’il a reçue. L’huméml est nécessaire pour les bénédictions avec le ciboire, comme avec l’ostensoir; on doit en couvrir le ciboire quand on porte solennellement la communion aux malades. L’étole doit être prise avec le surplis non seulement pour l’administration des sacrements, mais pour les Sacramentaux, bénédictions, recommandation de l’ûme, obsèques, exorcismes. Voir Decret. aulh., t. v, art. Slola, p. 469. Les Rubriae generales, xx, prévoient que l'autel doit être orné autant que possible, quoad fleri potest, d’un parement. pallio, de la couleur du jour; elles n’obligent donc pas absolument. On a pris, au moins en France, l’habitude de n’en mettre qu’aux messes des morts; il serait mieux de l’avoir habituellement et l’on revient A cet usage dans plusieurs églises. Le conopéc, le pavillon sont toujours obligatoires. Le rituel dit que le tabernacle où est renfermé le saintsacrement doit êlre « décemment couvert du conopée ». Cc sous allons constater une semblable impuissance dans la dernière œuvre de notre auteur, qui est aussi la plus considérable. 3° Historiarum adversus paganos libri septem (P. L., I. xxxi, coi. 663-1171; édit. C. Zangemcister, dans le Corpus de Vienne, t. v, p. 1-600). L Occasion et date. — Depuis que les vagues des invasions germaniques avaient commencé à déferler sur l’empire romain (Borne axait été prise et pillée par Alaric en 110), il ne manquait pas de gens, parmi les attardés du paganisme, pour rendre le christianisme responsable de la catastrophe où l’on sentait qu’allait s’abîmer la Res romana Abandonnés par les chefs et par la foule, les dieux de Home, qui en axaient autrefois assuré la grandeur, abandonnaient à leur tour l’ingrate république. L’évêque d’Hippone avait prêté 1 oreille à ces déclamations, et il avait commencé la rédaction du grand ouvrage qui allait l’occuper de longues années, la Cité de Dieu. 11 enten­ dait y répondre directement à ces clabaudcrics, x faire le procès de cette conception sophistiquée de l’histoire. Déjà dix livres en avaient paru; Augustin s’occupait à la composition du onzième. Mais, distrait par tant d’autres soins, il n’avait guère le temps de faire dans les historiens du passé les recherches qui lui permettraient d’éloller sa démonstration. 11 demanda au jeune Espagnol, maintenant revenu de l’Orienl. de se livrer à ce travail, de dépouiller les œuvres an­ ciennes pour y trouver la preuve péremptoire que le passé de la Képublique et même du monde n’axait pas été si heureux que le prétendaient, pour les besoins de leur thèse, les pessimistes de l’heure présente, qu’il fallait en rabattre quand l’on parlait, par opposition aux misères contemporaines, des temps glorieux de jadis. Voir Orose. Hist., 1. I, prol., col. 665-666. La date de composition de l’ouxrage d’Orose est ainsi facile à déterminer. Le L X de la Cité de Dieu a vu le jour axant 416. Orosc commence donc en 116, après son retour d’Orient; il donne la date où il ter­ mine. I. VII, c. xt.ni.li. 19, col. 1171 B. Explicui... ab initio mundi usque in pnrsentem diem, hoc est per annos quinque mille sexcentos decem ct octo (5618) (leçon de Zangemcister. p. 561. préférable à celle de P. L. : 1607 OROSE seplemdccim). Cette date dc 5618 correspond, d’après la computation d'Orose, à notre année 417; elk· se trouve confirmée par une donnée qui sc lit 1. VII, c. XU. n. 2, col. 1167 B; p. 553, suivant laquelle, au moment où l’auteur écrit, il y a deux ans que les Goths ont envahi l’Espagne; il ne peut s'agir que de l’inva­ sion qui eut lieu en 115. sous le roi Ataulf. Ainsi, c’est en moins de deux ans qu’Orosc a mené ή terme l’œuvre qu’Auguslin lui avait demandée. 2. Sources. Mode dc composition. — Deux ans, c’est bien peu si l’on songe à la masse considérable des docu­ ments qu’il aurait fallu dépouiller et ordonner. Mais les travaux modernes sur Orosc montrent combien la tâche lui a été facilitée. — On trouvera â la tin de l’édition de Zangemcister, p. 681 sq., la liste complète dc tous les auteurs dont s’est servi Orose, ct la liste aussi des auteurs qu’il cite, p. 681-682. On constatera d’abord que les deux listes ne coincident pas. C’est qu’il cite des noms qu’il n’a connus que de seconde main ct que, d’autre part, il ne cite pas des ouvrages qui lui ont fourni la plus grande partie de son texte. En particulier la Chronique d’Eusèbe, sous la forme d’adaptation latine que lui avait donnée saint Jérôme, n’est mentionnée nulle part, alors qu’elle a fourni, avec les cadres généraux de tout l’ouvrage, un bon nombre des faits rapportés dans les 4 premiers livres ct à peu près toute la matière du 1. VU; dc même Butin, qui n’est pas cité non plus, est-il le garant des autres faits rapportés en ce même livre VII. Reste la masse, imposante encore, des auteurs cités ct utilisés par Orosc : Salluslc, Suétone, Justin (l’abréviatcur de Troguc-Pompéc) et surtout Titc-Livc dont il semblerait, à première vue, que notre auteur a dû parcourir les 112 livres; travail énorme! Mais l’émer­ veillement cesse quand on y regarde dc plus près. Cc n’est pas dans le texte original qu’Orosc a lu TitcLivc, mais dans un Epilomé, qui ne s'est pas conservé, ct dont les Periochæ Hvicnnes, que nous avons, don­ nent assez bien l’idée. Cela ramène déjà à un assez petit nombre de pages l’œuvre énorme du grand historien; sans compter qu’Orosc dépend encore de deux autres abrégés: les Bellorum romanorum libri duo, de Florus, composés vraisemblablement sous Hadrien, et le Breviarium ab Urbe condita rédigé par Eutrope sous Valons. Si l’on se représente en tin que Justin, son principal garant pour l’histoire d’Orlent. n’est lui-même qu’un abrévialeur, ct d’assez médiocre étendue, que 'facite ne semble pas avoir été sérieuse­ ment utilisé, on volt en somme que le matériel dont Orose s’est servi ne représentait pas un nombre extrê­ mement considérable dc feuillets. Ces pages, H les a parcourues avec une préoccupation unique, celle de relever dans le passé tous les événe­ ments funestes et ceux-là seuls. Cc faisant, il croit réaliser le vœu d’Augustin : Prœceperas ergo ut ex omnibus qui ad pnesens possunt historiarum aut anna­ lium /astis, quacumque aut bellis gravia aut corrupta morbis aut fame tristia aut terrarum motibus terribilia aut inundationibus aquarum insolita aut eruptionibus ignium metuenda aut ictibus /ulminum plagisque gran­ dinum sivva vel etiam parricidiis /lagitiisquc misera per transacta retro sarcula repperissem, ordinato breviter voluminis textu explicarem. L. I, prol., coi. 666; p. 3. Ce musée tératologique constitué, il va le classer sui­ vant les méthodes des annalistes, reproduites d’ailleurs par la Chronique hiéronymlenne : telle année, tel fait, kl le cadre chronologique est tout trouvé, c’est celui d’Eusèbe, complété par Jérôme; Orosc s’y est très strictement tenu. On voit si son travail en était facilité. Une chose pourtant lui appartient en propre, ce sont les grandes divisions qu'il a introduites dans ce • Discours sur l’histoire universelle ». Elles correspon­ 1608 dent à chacun des livres : L I. de la création du monde à la fondation de Home; I. il. jusqu’à la conquête dc Home par les Gaulois el la bataille de Cunaxa; I. Ill, jusqu’au partage dc l’empire d’Alexandre; 1. IV, jus­ qu’à la destruction de Carthage par les Komains; 1. V, jusqu'à la tin de la guerre servile; 1. VI. jusqu’au principal d’Auguste cl à la naissance du Christ; le 1. VII, le plus long, est consacré aux événements de l’èrc chrétienne. Ces divisions, imposées jusqu'à un certain point par les conditions dc la librairie de l’épo­ que, ne laissent pas néanmoins dc correspondre à la réalité. Quelques-uns des événements choisis comme jalons sont en effet des dates importantes dans l’histoirc de la civilisation gréco-latine. Une autre idée enfin préside au groupement des faits, à savoir la succession des quatre grands em­ pires : assyrien, macédonien, carthaginois, romain. Il ne semble pas d'ailleurs qu’Orosc l'ait empruntée au fameux passage de Daniel, sur le songe dc Nabuchodonosor, Dan., n; du moins n’cst-il fait aucune allusion à ce texte. Notons enfin que, tout comme son maître Augustin, notre auteur attache la plus grande importance aux combinaisons de nombres; cf. 1. VH, c. π, n. 8, col. 1063; p. 135 : l’empire carthaginois a duré en gros sept cents ans; dc même l’empire macé­ donien ; en tenant compte de diverses circonstances, on peut aussi ramener à sept cents ans environ le temps écoulé depuis la fondation de Home jusqu’à l’avène­ ment du Christ; quant à l’empire babylonien il a duré quatorze cents ans, c’est-à-dire le double des empires qui l’ont suivi. Et un peu plus loin : Abraham est né quarante-trois ans après le début du règne de Ninus le premier des rois, comme Jésus-Christ qua­ rante-deux ans (plus une fraction qui a aussi un sens mystérieux) après le commencement du principal d’Auguste. Des considérations dc cc genre ont amené çà ct là des < coups dc pouce », ayant pour effet de manifester davantage ces coincidences chronologiques. 3. Esprit général de l’ouvrage. — Tout ce que l’on vient dc dire explique le caractère général de celte œuvre. S’il n’eût fait que grouper dans un cadre chro­ nologique plus ou moins arrangé les « monstruosités » dc l’histoire, Orosc n’aurait abouti qu'à faire un livre parfaitement faux el parfaitement ennuyeux. Mais les apostrophes nombreuses et souvent éloquentes par lesquelles il coupe son exposition, outre qu'elles appor­ tent un élément de variété, donnent à l’ouvrage son véritable caractère. Ce n’est pas un livre d’histoire; c’est une apologie du gouvernement du monde par la Providence, ct une apologie dirigée tout spécialement contre les tenants du paganisme. · Ah vraiment elles étalent belles les périodes que ceux-ci nous représen­ tent comme des âges d’or! Qu’ils en comparent donc les atrocités el les misères avec les quelques légers Inconvénients de l’heure présente! Qu'ils osent préfé­ rer à notre époque chrétienne ces époques si effroya­ bles où le paganisme dominait! · A tout instant des réflexions dc ce genre viennent rappeler nu lecteur qu’il a affaire avec une œuvre, non d’histoire mais de philosophie. Aussi bien Orosc est-il plein de celle idée que les desseins de la Providence apparaissent de manière fort transparente dans la trame des événements. Avec un robuste optimisme, il s’imagine presque avoir pé­ nétré dans les conseils de l’Élernel; du moins, il lit clairement, jusque dans les plus petits détails dc l’his­ toire dici-bas, l’intervention d’en-haut ct sa signifi­ cation. C'est le vice essentiel de sa méthode, ct par­ fois l'on sc demande s’il n'en a pas eu quelque obscure conscience. Voir, par exemple. 1 VII, c. xxvi, n. 2-3, col. 1129; p. 193; l’objection, sans doute, est mise dans la bouche des païens : Sustinuimus (e hactenus, arti/iciose quodammodo et callide fortuitas temporum 160!) O H OSE mutationes Christianorum ultionibus coaptantem ; et interdum quidem verisimilium specie permoli, utpoif. ΗΟΜΙΧΓΛ IONARI DIVINORUM SECRETORUM, timore palluimus. Mais celle objection. Il n’est pas dit qu’Orosc n’en ait pas senti la valeur. Et que dire de cette conception générale dc l'his­ toire suivant laquelle, antérieurement Asia venue du Christ, il n'y eut sur la terre que misères et cala­ mités. tandis que, depuis l'apparition du Sauveur, ou tout au moins depuis sa reconnaissance officielle par l’empire, tout serait pour le mieux dans le meil­ leur des mondes ? C’est pourtant cc qu’on lit, à maintes reprises, dans Orosc. Voir, par exemple, 1, V, c. xxn, col 975-977; p. 337-339. la comparaison entre les guerres civiles du temps dc la Bépubliquc romaine ct les troubles arrivés au temps de l'empire déjà chrétien. Et, encore, 1. VII, c. vi, col. 1073-1071; р. 117-118, les heureux débuts du règne dc Claude, coïncidant avec l'arrivée de saint Pierre à Borne : exordio regni ejus Petrus Romam venit... atque exin christiani Ronuc esse coeperunt. Sensit hoc collatum FIDEI SU.E BoMA BENEFICIUM. En effet, Continue l’auteur, la guerre civile qui aurait pu éclater cesse sans coup férir, la Bretagne est conquise comme par enchantement : que l’on compare cette conquête avec la vaine tentative dc Jules César! Et voici la conclusion : Sic demum Roma cognoscat per ejus latentem providentiam in augendis rebus antea sc par­ tem habuisse, cujus agnitione suscepta plenissima felicitate perfruilur, in quantum non tamen blasphemiarum offendiculis depravatur. Celte dernière phrase prévient une objection qui saute aux yeux; car enfin, depuis l’èrc chrétienne, les malheurs dc tout genre n’ont pas manqué à la Romania. Juste punition, reprend Orosc. pour les fautes dont les empereurs soit païens, soit chrétiens, se sont rendus coupables. Vraiment il a réponse à tout, même aux objections que soulèverait contre le schématisme dc son système la mort tragique d’un Gratien, d’un Valentinien II, ces princes si favorables à l’orthodoxie catholique. En fait, il n'ignore rien des ressorts secrets ct des secrets desseins de la Providence. Et c’est cctle im­ perturbable assurance qui rend exaspérante à la longue la lecture de son ouvrage. Ajoutez à Cela des rapprochements qui font sou­ rire : Voici le triomphe a Borne de Vespaslcn et de son fils Titus après la ruine de Jérusalem : pulchrum et ignotum antea cunctis mortalibus inter trecentos viginli triumphos, qui a conditione Urbis usque in id tempus acti erant, hoc spectaculum fuit, patrem et filium uno triumphali curru vectos gloriosissimam ab his, qui Patrem i t Eilium offenderant victoriam reportasse. L. V11. c. ix, n. 8, coi. 1085; p 161. Et cette interprétation d’un prodige arrivé à Borne : le jour où Auguste fut investi de la puissance tribunillcnnc (c’est-à-dire où l’empire fut fait) une fon­ taine d’huile aurait jailli spontanément et aurait coulé pendant toute la journée : Quo signo quid eviden­ tius quam in diebus (hrsaris toto orbe regnantis futura Christi nativitas declarata est : Christus enim lingua gentis c/us in qua natus est unctus interpretatur, etc., tout le développement vaudrait d'être cité. !.. \ I. с. xx, n. (>, col. 1053-1054; p. 120. El que d’autres l’on pourrait relever! Est-ce à dire que tout soit méprisable dans son œuvre ? Assurément non, ct parmi les vues géné­ rales qu’il prodigue, tout spécialement dans les pro­ logues dc chaque livre, il en est qui ne manquent pas de justesse Celle-ci d’abord, que l’œuvre des grands conquérants présente toujours un envers et un endroit. Même abstraction faite des pertes en hommes cl en argent que les guerres occasionnent aussi bien au vainqueur qu’au vaincu, il ne faut jamais perdre 1610 de vue que toute conquête suppose des peuples con­ quérant* ct des peuples conquis; l’appréciation portée sur les événements par les uns ct les autres présen­ tera donc dc notables divergences. Voir le prologue du 1. V, c. i, col. 917; p. 276. I) y a là une formule excellente : le bonheur dc l'un fait le malheur de l’autre, Eece quam feliciter Roma vincit, tam infeliciter quidquid extra Romam est vincitur. Et l'historien, dit Orosc, doit s’élever au-dessus dc la considération des intérêts d’une nation, pour longer aux intérêts du monde entier : qiur tempora non uni tantum ürbi attributa sed oniM universo constat esse communia, ibid. Il est vrai que, s'en tenant toujours au point dc vue schématique dc 1' < histoire-bataille ·, il ne voit pas toujours les résultats qu’eurent, pour le développement de la civilisation, des conquêtes qui. en leur début, furent extrêmement pénibles. De la gigantesque entreprise d'Alexandre, il ne voit guère duc le sang qu’elle a fait couler, il oublie cc qu’eurent qc grand et d’heureux la pénétration en des régions si diverses de la culture grecque ct l’unification de i’Oricnt qui en fut la conséquence. Ceci, il l'a mieux vu pour le monde romain, encore qu'il soit sévère pour les moyens qui ont fait triompher dans le monde la pax romana. Seulement, ct l'idée ne manque pas dc justesse, il insiste sur le fait que l'unité romaine n’a été vraiment réalisée que dans et par le chris­ tianisme. Voir un très beau développement 1. V. c. n. col. 921-922; p. 280-281 : Mihi autem prima qualiscumque motus perturbatione fugienti, quia de confu­ giendi statione securo, ubique patria, ubique (ex et religio mea est... quia ad Christianas el Romanos Ro­ manus et christianus accedo. Le jour ou les barbares participeront à la même foi catholique, ce jour-lâ sc réalisera la chrétienté. Celte chrétienté il ne la voit encore d’ailleurs que sous les espèces dc l'empire romain s'incorporant les éléments allogènes. C'est qu’au fond, ct quoi qu’il en ait. il reste encore profondément Bomain. Sans doute on ne trouve pas chez lui tout le loyalisme d’un Prudence ou d’un Augustin; il lui reste des rancœurs aux souvenirs dc la conquête romaine. Pourtant il y a tant dc grandeur en cette histoire, quelque chose dc si providentiel dans le développement de cette puissance, qu’Orose ne peut lui refuser le tribut de son admiration, il exalte Borne ne désespérant pas aux pires moments de la seconde guerre punique, in his omnibus desperando pugnarunt, pugnando vice­ runt, 1. IV, c. xvi, n. 21, coi. 896; p. 251; il signale les marques spéciales de la protection divine i son endroit, cf. 1. IV, c. xvn, n. 8-10, col. 898; p. 252-253; il célèbre les fortes vertus dos vieux Komains cf. 1. IV, c. xxn. η I, col. 912; p. 269« I. Influence. — Ces qualités comme ces défauts expliquent le succès considérable qu’eut l’œuvre apologétique d Orose. C'était la première histoire universelle issue d'une plume chrétienne. Avec des considérations générales qui n’étaient pas pour dé­ plaire a des croyants, on y trouvait sous un volume relativement mince tout l’essentiel des faits légués par les anciens. Cet abrégé d'abrégés va devenir le manuel du haut Moyen Age. Zangemcister a dressé la table, jusqu'au ix siècle, des écrivains qui ont pillé Orosc. édit, citée, p. 701-707. Déjà Prosper s’en sert pour sa Chronique, puis · l’anonyme de Valois . le comte Marcellin. Jordanis et Grégoire dc Tours; Isidore el Bède y puisent à pleines mains, aussi bien que Paul Diacre. Les inss. qui le transcrivent sont innombrables. Au ixe siècle, le roi Alfred en donne une traduction ou plutôt une adaptation anglo-saxonne. Au milieu du Xe, l’empereur byzantin Bomnnos II en envoie un exemplaire au calife de Cordoue, qui fait traduire l’œuvre en arabe. C'est dans Orose que 1611 OR0SE - ORSI nos premiers scolastiques apprennent l’histoire de i antiquité, et ΓHistoria advenus paganos est une des premières œuvres vulgarisées par l'imprimerie. Les progrès de la science historique ont bien ébranlé son crédit; il reste pourtant encore des littérateurs pour être sensibles aux qualités d’écrivain dont témoignent nombre de ses pages et des historiensphilosophes pour applaudir à plusieurs de ses idées. N. B. - - Une prétendue ouvre inédite d'Orose. — Zangemcistcr avait signalé, dès 1876. la présence dans les mss. du British Museum, Add., 24 992, d'une Epistola Orosii presbyteri ad Augustinum episcopum de lurresibus, Le texte en a été publié récemment par J. Sven nung, Studien zu Orosius, p. 188. C’est une énumération fort sommaire (a peine une page de texte) d’un certain nombre d'hérésies réparties en diverses catégories : celles dont l’Église ne reconnaît pas le baptême; celles dont les adhérents avant d’être rebaptises doivent être astreints à un stage de douze ans parmi les catéchumènes; celles dont les adhé­ rents sont réunis à l’Église catholique par la chrisma­ tion et l’imposition des mains; les priscillianistes forment une catégorie spéciale, ce sont les plus exé­ crables de tous les hérétiques. Le contenu aussi bien que le style, qui est d’un barbare, s’opposent à l’attri­ bution à Orose. mais on comprend que le Commoni­ torium de cet auteur ail attiré â soi celte mediocre pièce. I. Τκχτι. 1· Jx> Commonitorium » paring»· le sort des écrit* de S. Augustin; il n paru séparé dans Gallandi, tiibllotheca, t. ix. 1773, p. 174,d'où il passe dans P. L.,\. xxxi, col. 1211-1216 (il figure aussi t. XLli, col. 665); édit. Schcpss dans les Œuvres de Priscilllrii, Corpus de Vienne, t. xviif, 1889.- 2" Le Liber a/ndogeticus a été publié d’abord par J. Coster, avec l’épllre de S. Jérôme à Cléstphon, Louvain, 1558; puis par F. Fabricius, Cologne, 1571; A. Schott, dans la Hlbliutheca Patrum de Mayence, t. xv, 1615, remarque le premier l'intercalation du texte augustinicn De natura et gratta; édition de S. Hnverkamp, læydo. 1738, puis 1767; de Gallandi et de Migne aux tomes cités, édition critique de C. Zangemcistcr. Corpus de Vienne, t. v, 1882. 3* Le* Historié? ont paru il Augsbourg en 1471, par les soins de .1. SchQsslcr, il n’y en eut pas moins de 25 éditions jusqu’à la Πη du xvn· siècle. On cite surtout celle de S. I laverkamp, lx*yde, 1738, puis 1767, qui est passée dans Gal­ landi et Migne, aux tomes cités; édit, critique de C. Zang» meister, Corpus de Vienne, t. v, 1882, et Dibl, Teubneriana, Leipzig, 1889 (apporte quelques corrections). J. Sven­ nung, Syntaktischr, semastologische iind kritlsrhe Studien zu Orosius, I ppsahi, 1922, fournit des corrections précieuses et des compléments au texte de Zangemcistcr. — lu* traduction anglo-saxonne a été publiée par .1. Bosworth, Londres, 1839, et par IL Sweet, Londres, 1883, dans Early english text society, n. 79; sur d'autres éditions, voir l'étude dr IL Schilling mentionnée ci-dessous. IL Travaux· — 1· Notices littéraires dans les divers manuels, dont les plus récents sont : O. Bnrdcnhcwcr, Altkirchllehe Literatur, t. iv, 1922, p. 529-533;G. Krüger, dan* M. Schanz, Gesch. der rüinlschen l.itteratur, I. n b, 1920, $ 1191-1193; H. Pichon, Histoire de la littérature latine, Paris, 1903, p. 913-929 (appréciation très favorable); P. de luibriollc. Histoire de la littérature latine chrétienne, Paris, 1920, P. 579-586 (un peu plus sévère». 2 Etudes. — Th. de Môrner, De Orosil alla ejusque historiarum libris septem adversus paganos, Berlin, 1844; IL Sauvage, /Μ Οπ>Λίο, Paris. 1871 (thèse); J. A. Davids, De Omsin et 5. Augustino priscillianistarum adversariis, thoc de Nimêgue, lu* Haye. s. d. (193m. —Sur les sour­ ces d'Orose et particulièrement sur l’utilisation de Titc-lJvc, voir la préface de PédÎt. Zungcmcister, p. xxv, cl, du même auteur, Dir Perioclur des Livius, Cxirlsruhc, 1882; l’état de la question relative aux divers épitomés de Tïte-Uvr est sommairement indiqué dans Schanz, op. cil., t it u, I 221. — Sur la version anglo-saxonne : IL Schilling. Konig Aetjred s ungelsachiische Hearbeitung der Weltehronlk des Orosius, Halle. 1886 (dissert, inaugur.). É. Amasx. 1612 ORPHÉE LECHANCELIER (Canc.llnrlu.,, frère mineur de l'observance de la province de Bo­ logne. qui doit avoir vécu vers le début du xvi· siècle. Prédicateur célèbre, il a écrit aussi un ouvrage remarquable sur la mode cl sur les différentes ma­ nières dont les femmes se parent cl s’ornent. Ce travail est intitulé : Tractatus utilissimus dr ornatu mulierum, et dédié à Ia Sanctissimi? ac purissimic vir­ ginum Virgini. Ce traité parut à Bologne en 1528. Il faut remarquer qu'Orphéc le Chancelier est le même personnage que Wadding, Scriptores ordinis minorum, Home, 1906. p. 87, appelle â tort Francisais de Orpheis. L. Wadding, Scriptures ordinis minorum, 2* edit., Borne, 1906, p. 87; J. II. Sbnmlea, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Francisci,^itlit., I. ii, Home, 1921,ρ. 301 ; G.Fnntiizzi, .Votizir degit scrittori Boloynetl, t.m, Bologne, î 783, p. 73-7 I. A. Tei;taι.ητ. ORSI (URSIUS) Joseph-Augustin, théologien dominicain el cardina) (1692-1761). (Chaudon, puis Hurler. Nomenclator... 3· édit., t. iv, col. 1505, lui donnent aussi comme prénom François. Selon le P. FaltOt, contemporain d’Orsi, Catalogue manuscrit, 1.1, p. 195. on lui aurait ajouté ce dernier prénom en se trompant sur le sens de la lettre F. dont Orsi faisait précéder son nom el qui signi île frère.) J .-A. Orsi naquit à Florence le 9 mai 1692. Son père étant mort, il dut dès son enfance le remplacer comme chef de famille. Puis il lit ses études chez les Jésuites et devint, à Pise, étudiant en droit. Au mo­ ment d’entrer au barreau, il hésita à prendre l’habit rc'igieux chez les capucins. Il se décida à distribuer sa part d’héritage paternel à ses frères et sœurs et à devenir dominicain, dans la congrégation de SaintMarc, au couvent de Ficsolc, en 1709. Masetli, Monu­ menta et antiquitates..., t. n, p. 309. Il étudia d’abord les Pères de l’Église et surtout Phisloirc ecclésiastique au point de ne plus dormir que trois heures par nuit. Il enseigna la philosophie puis la théologie au couvent de Saint-Marc de Florence. Devenu prieur de cette mai­ son, il y reçut dans son ordre un futur érudit, depuis célèbre, M.-Tli. Mamachi. Hurler, Nomenclator..., 3r édit., t. iv, col. 1505. Orsi avait d’abord la réputa­ tion d’un humaniste. Masetli. Monumenta..., t. il, p. 310. Ses écrits le firent bientôt connaître comme théologien fort opposé à la morale des jésuites. Le jésuite Gharlcs-Anloine Cattaiico, mort en 1705. avait laissé des t.ezioni sacre qui furent réunies et publiées par son confrère Thomas Ce vu, eu trois volumes. Le premier volume contenait une leçon i.xvi sur les restrictions mentales et sur le droit de mentir. Orsi attaqua cette leçon dans son premier ouvrage : Dissertazionr dogmatica c morale contro l'usu male· riale del le parole in cui demostrasi colla traditione de1 Padri ed* altri antichi scritlori che le parole, ne* casi eziando di grave, o eslrcma nécessita, non perdono per Legge della Kepublica il valor del lor significato, opera del P. L. I·'. Guiseppe Agostino Orsi... dell’ ordine de pred... Dedicata alla santità di Nostro Signore P.P. Benedetto \IH dei medesimo ordine, in-l°, Home, 1727, xxn 1-236 p. Cattaneo avait sou­ tenu qu’une personne interrogée sur un important secret par une autre personne n’ayant pas le droit de l'interroger, avait toute possibilité de répondre non, la même où la vérité pure est oui. A l’appui de celte thèse le jésuite avait établi une distinction entre l’usage matériel el l’usage formel du langage. Orsi objectait que c’était un pur mensonge de dire sciem­ ment le faux pour le vrai, que c’était là une de ces restrictions mentales graves condamnées par le pape Innocent XL Le problème posé par Cattaneo el son adversaire 1613 ORSI Orsi était un cas spécial, encore que susceptible de graves généralisations, du problème si délicat du droit de mentir II ne s'agissait pas du droit de pro­ noncer ces euphémismes <μιί ne trompent personne et ne sont que des formules de politesse. Il ne s’agis­ sait pas non plus du mensonge pieux (fui fait dire au visiteur d’un malade découragé : - Vous êtes en bonne santé. » 11 ne s'agissait même pas du problème qu’agitèrent plus tard, vers 1797, Emmanuel Kant et Benjamin Constant, à savoir: si envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils pour­ suivent n’est pas réfugie dans votre maison le men­ songe serait un crime. E. Picavct, Avant-propos à la Critique de la liaison pratique d’E. Kant. Paris. 1888. p. 5. Kant, en niant l’existence d’nzi prétendu droit de mentir par humanité, se mettait en dehors des règles de la moralité telles qu’elles sont enseignées par les théologiens catholiques : de deux inconvé­ nients. le mensonge matériel et la trahison d’un ami, il faut éviter le péché, choisir le moindre. Le cas d’Orsi cl de Cattaneo était plus complexe, plus géné­ ralisé. C’était un peu trop au langage en général que le casuiste Jésuite faisait jouer un double rôle : maté­ riel cl formel, li établissait comme un « strabisme » permanent entre l’énonciation matérielle et la pen­ sée soigneusement enveloppée ou voilée par cet art. art sinon de déguiser la vérité, du moins de l’accou­ trer. l ue telle thèse offrait aux ennemis des jésuites un motif d’exagérations. Ne pouvait-on pas dire que. selon la casuistique jésuite, distinguant le langage matériel et le langage formel, chaque mot peut et doit toujours varier de sens selon les nécessités du moment ? A dire vrai, le P. Cattaneo n’avait étudié que les cas de conscience où. en présence de circons­ tances graves, le problème se pose de la moralité du mensonge matériel. Tout ce que l'on peut dire sans entrer dans le détail, c’est que sa thèse avait l’incon­ vénient de paraître ouvrir la porte à des pratiques laxistes. La querelle doctrinale qu’engageait Orsi contre les partisans de Cattaneo allait être particuliè­ rement vive puisque, en l’espace de trois ans, de 1727 à 1730. elle donna lieu au moins à dix-neuf brochures ou volumes. La leçon contestée du P. Cattaneo pou­ vait sembler d’autant plus téméraire que non seule­ ment, le 2 mars 1679, Innocent XI avait condamné le laxisme des restrictions mentales, mais que ΓAssem­ blée du clergé de France, en 1680, s’était montrée encore plus sévère. Voir Laxisme, I ix. col. 73-71. La réprobation de beaucoup de théologiens catho­ liques contre tout ce qui venait de la Compagnie de Jésus était encore accrue de toute la passion que soulevait chez les extrémistes jansénistes la récente constitution f'nlgenituf. Le premier volume Ci’Orsi qui ouvrait la querelle sur le droit île mentir se présentait avec peut-être plus de clarté que de profondeur Le liv rc ne manquait d’ailleurs pas de mérite. Orsi était un de ces théolo­ giens si Intéressants du xvne et du xvnr siècle, qui savaient Joindre nu maniement de la scolastique spéculative le déploiement d’une sérieuse érudition historique. Orsi. qui avait approfondi l’élude de l’his­ toire doctrinale avant de sc faire des convictions personnelles, sut donner dans ce premier livre une large part à l’exposé positif. Apris avoir analysé en un premier chapitre la thèse du jésuite, il donnait sur ce problème du mensonge les opinions de Platon, de Philon le Juif, de Clement d Alexandrie. d’Origène, de saint Jean Chrysostome. Dans un troisième cha­ pitre il examinait avec grands détails la pratique de l’Église antique pendant les persécutions, parce que, devant les accusations des païens, ht question des restrictions mentales se posait avec un intérêt tout spécial. Passant ensuite à ceux qu’il considérait 1614 comme des maîtres de solide morale, Orsi montrait la sévérité d’Aristote contre les menteurs rejoignant l’opinion de (iregoire, d’Isidore et de divers Pères. Mais la grande autorité invoquée par Orsi pour pro­ hiber tout mensonge était celle de saint Augustin, expliqué dans la plus grande partie de l'ouvrage, depuis le c. v jusqu’au c. x. Orsi essayait de solida­ riser, autant que faire se peut. la théorie de saint Tho­ mas avec celle de saint Augustin, il est exact que saint Thomas est assez strict en matière de mensonge, mais on croit deviner que le thomiste Orsi est peu soucieux de s’attarder à un maître qui écrit H^-Il^.q. xc, a. 3, ad P ni ; Licet tamen veritatem occultare prudenter sub aliqua dissimulatione. Pnraillcurs, il n’est p: s évident que saint Augustin ait été aussi strict en matière de mensonge que voulait le faire croire Orsi. Ce dernier avait cependant la partie belle en s'indignant d’une thèse maladroite. La riposte vint vite que méritaient les excès réels ou apparents du livre d’Orsi. Son auteur, le P. J. B. Diani, jésuite, s’abritait sous un anonymat prudent cl taisait le nom de la ville et de l'impri­ meur de sa brochure de 37 p. in-4e : Allegazione in dijesa del P. Carlo Ambroglio Cattaneo. A celte pre­ mière riposte, Orsi répliqua sans delà» par un second volume : La causa della verita sostenuta contro ίαηοnimu apotogista del Padre Carlo Ambroglio Cattaneo della compagnia di Gesù, Florence, 1729, in-4·, χνι86 p. Dans ce livre. Orsi s'efforce de résoudre les cas de conscience qui lui ont été proposés, sans recourir a l’artifice de l’équivoque absolument trompeuse ou de la restriction purement mentale. Dans un der­ nier chapitre il tente de s’accommoder les autorités qu’on lui oppose parmi les théologiens de sa propre famille : Raymond de Pennafort. Ledesma. Domi­ nique Soto et saint I homas lui-même. La polémique n’en resta pas là. Sous le couvert de l'anonymat, les jésuites Diani. Saccheri et Richelmi écrivirent chacun une brochure : L’apologista del P. Cattaneo contro ta Heplica del 1*. Orsi; L'tnnoctnza della rerità, o sia dissertazione teologica sopra la custcdia de* segreli senza oflesa della veracità ; Lctteru di un Cava­ lière air anonimo au tore della allegazione in di/esa del P, Carlo Ambrogio Cattaneo. Orsi reprit la plume pour une : Dimostrazione teologica, colla quale st prora, che ad efletto di conciliare diretti della veracità colle obhgazioni del segreto. ne si puà. ne si deve ricorrere ad alcuna di quelle l.eggi, che alcuni moderni leo to g i alla umana Hepublica attribuiscono, machedeesi stare aile regole da* SS. Padri, e spezialmcnte da' SS. Ago­ stino e Tommaso per un tai fine prescribe. Milan. 1729. Xii-126p. L’un des jésuites anonymes à qui s’adres­ sait celle réplique d’Orsi, le P. Saccheri, écrivit contre lui un ouvrage fort détaille : Con/ermazione teologica : colla quale si proou, de il vero prcgto della veracità è Pinnocenza delta medesima nella sicura cus­ todia de* segreli. Ove rispondesi all* opera del P. Lettorc Orsi Domenicano intilolata Dimostrazione teologica... Cet ouvrage de xxxix-206 p. était anonyme. A partir de ce moment la controverse prit un ton fort vif : Biposle à la lettre d un ami sur l'usage matériel de la parole.-—Contre-riposte à la riposte d’un ami... Lettre d’un moine au P. Orsi (lettre anonyme du Jésuite Kola). — Lettre de l’idiot au P. Orsi (anonyme de Corti). - L’inconnu à l’idiot (anonyme de Fr. Côme. auguslin déchaussé)... — Riposte de l’idiot à l’inconnu (Corti)... — Riposte à la pre­ mière digression de l’inconnu... — Butin... — I.e solitaire... — Riposte d’un étudiant à la lettre de l’idiot au P. Orsi... - L'idiot au solitaire... Voir De Hacker, Htbliothéque des écrivains de la Compagnie de Jésus, deuxième série, p. 109-110. Au cours de celle discussion, on objecta, paraît- 1615 ORSI H. à Orsi des textes précis de saint François de Sales. C'est pourtant A la solution d’Orsi que se ralliait le P. Daniele Concina dans la discussion d'un cas de secret sacramentel. Theologia Christiana dogniaticomoralis, t. iv. Borne. 1749, p. 10 sq. Concina admet qu’Orsi a prouve par le chapitre iv dc son second ouvrage : Causa veritatis... qu’en cc cas au moins le secret peut-être gardé autrement que par une néga­ tion formelle. Quoi qu'il en soit, A cette date du milieu du xvni· siècle, après la condamnation an­ térieure du laxisme, il est remarquable dc constater que les théologiens catholiques ne diffèrent entre eux que sur la possibilité d’existence de quelques cas restreints où l'on aurait le droit de mentir maté­ riellement pour éviter de véritables péchés. Or c’est l’époque où Voltaire, dépassant dc beaucoup la thèse du P. Cattonco, ose écrire : « Le mensonge n'est un vice que quand il fait du mal; c’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus ver­ tueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. » Traité de la métaphysique, c. IX. De la vertu et du vice. Pendant que sc poursuivait la qucrello sur le men­ songe, Orsi s’adonnait à d’autres travaux, d'une éru­ dition plus sereine, mais qui ont toujours un certain caractère de polémique. Tel est le cas dc sa Disser­ tatio apologetica pro sanctarum Perpetual, Felicitatis 1 et sociorum martyrum orthodox ia adversus Samuelem Basnaglum .. accedit Francisci Castulonensis Mar­ tyrium Antonianum,seu Beati Antonii dc Ripolis O, P., Florence, 1728, in I », xxxiv-189 p. et pour le supplé­ ment x 11-29 p. Orsi montre dans cet ouvrage que, scion la tradition la plus ancienne, les visions et pro­ phéties de sainte Perpétue ne sont pas entachées d’hérésie montanistc. Sur les lupsi des persécutions el les mœurs anciennes dc l’Églisc, Orsi écrit une Dissertatio historica qua ostenditur catholicam Eccle­ siam tribus prioribus sxculls, capitalium criminum reis pacem et absolutionem neutique denegasse. Et plures alite incidentes guicstiones ad eorumdem tem­ porum chronologiam ecclesiasticam pertinentes quibus­ dam digressionibus data opera examinantur, Milan, 1790, in-t°, xiv-311 p. Divers érudits sont attaqués dans cc livre et parmi eux Martènc et Petau. Infa­ tigable travailleur, Orsi publiait l’année d’après une Dissertatio theologica de invocatione Spiritus Sancti in liturgiis Gracorum et Orientalium, Milan, ln-4°, xn-200 p.; il s’agissait de savoir si la consécration eucharistique s’opère par invocation du Saint-Esprit ou par prononciation des paroles de l’Évangile. Après avoir donné le sentiment des anciens Pères, tenté de tirer une doctrine des liturgies orientales, rappelé ce qui s'était dit au concile dc Florence, Orsi justi Ile d’un point de vue spéculatif la théologie latine. Outre les Grecs schismatiques, scs adversaires sont, dans cc livre, Toulléc cl Richard Simon. La renommée d’Orsi devenant universelle, en 1732, le cardinal Neri Corsini, neveu de Clément XII, l’at­ tira à Borne où 11 se l’attacha d'abord à litre de théo­ logien. Orsi vécut désormais au couvent dc SaintcMarlc-sur·Minerve. En 1733, il publia un autre im­ portant ouvrage : De baptismo in nomine J esu Christi et de hcreticis gui baptismi jormam ohm adulterarunt dissertatio historica; accedit dissertatio historico-theotogicade chrismate conjirmatorio, Milan. In-4e. La Dis­ sertatio de chrismate conjirmatorio qui termine ce travail a été reproduite dans le Thesaurus theologicus de Zaccaria, t. x. édit. 1762. p. 387-167. Les princi­ paux adversaires visés dans cet écrit d’érudition polé­ mique sont Claude Du Vair et Basnagc. Cc qu’Orsi avait dit dans la première partie de ce livre sur le • baptême au nom du Christ seulement », fut attaqué 1616 par son confrère, H.-IL Drouin, docteur en Sorbonne, dans une dissertation De baptismo in solius Christi nomme nunquam consecrato, in-1°, Padoue, 1734. Orsi répliquait en faisant imprimer à Florence, l’an­ née d’après, les deux cents pages in-4° de ses Vindiciæ dissertationis de baptismo in nomine Jesu Christi a Sorbonici doctor is objectis, Dc Borne où il professa, à partir de 1732, à la bibliothèque Casanate dans une chaire établie pour l’explication dc la Somme de saint Thomas (Catalan!, De secretario Sacræ Congregationis Indicis, p. 139), Orsi eut à s'occuper dc ce qui s’écrivait sur le déve­ loppement historique des doctrines thomistes dans leur liaison ou leur opposition â des doctrines plus modernes. Dès 1731, il faisait paraître en celte ma­ tière un ouvrage particulièrement important, dirigé contre le jésuite champenois Philipoleau Du Chcsne. Ce personnage, qui ne devait mourir qu’en 1755, remplit des charges importantes comme celle de direc­ teur dc l'éducation des infants d’Espagne. De Baker, Bibliothèque.,., I. n, p. 119. Après avoir écrit sur la prédestination, en 1724, un volume fort désagréable aux ennemis des jésuites, il publia en 1731, en langue française : //histoire du baïanlsme ou de l'hérésie de Michel Bains avec des notes .., in-4° de plus de 500 p. Ce livre réunissait une grosse documentation. Il con­ stituait la première étude importante qui parut sur l’hérésie de Baïus. S’il était accepté de l’opinion publique. Il risquait dc faire loi pour une période fort délicate dc l’histoire des doctrines. Or, c’était un ou­ vrage tendancieux, qui s’appliquait a faire de Baïus l’héritier spirituel du dominicain espagnol Pierre . ' OB Y 1621 y fut seulement associé dans une mesure qu'il est difficile de préciser sans de nom elles études, l’en­ quête d’Echnrd étant trop laconique. Cependant, si Imbarl de la Tour a trop négligé, dans scs études sur les origines de la Réforme en France, culée conception, ils ont été publiés récemment par Police, Lwow. 1870. 2* é/ Hose Ci marriage,duns American journal of Semitic languages and literatures, 1006, p. 120 s<|.;B0hmer, Die Grundgedanken der Predlgt Hoseas, dans Zeitschri/t /ür urlssenschajtl. Théolo­ gie, t. xtv, 1902, p. 1-24; Ilntévy, Ixlivre d'Osée, dans Revue sémitique, t. x, 1902, p. 1-12; 97-133; 193-212; 289-30I ; Mül­ ler, Textkrit. Studien zum Ruche Hosea, dans Théoloq. Stu­ dien und Kritiken, 1901, p. 121; K. Budde, Der Schtuss des Hoseasbuchcs dans Toy/eslschrift, 1912, ;>. 205 sq. ; Baum­ gartner, Kennen Amos und Hosea cine Heilscschatologie ? 1913, F. Prfitorius, Rcmrrkungrn zum Ruche Hosea, Berlin, 1918; du rnéme. Near Rcmrrkungrn zu Hosea, Berlin, 1922; L. Drsnaycr», Ix prophëtr Osée, dans Rut I· tin de lillératiirt ecclésiastique, 1917, p. 97-118, 115-155; A. Heermann. Ehr und Kinder des Propheten Hoseas, dans Zeitschrift fur dir alUrsVimentUrhr \Vissenschnfl, 1922, p. 287-312; H. Schmidt, Die Ehe des Hosea, Ibid, 1921, p. 215-272; Is. Budde, Der AhschniU Hosea, ι-m, dans 7 hndogischr Studien und Kritikrn, 1925, p. 1-89; E. Sellin, Die geschichtllche Orit ntirrung der Prophetic des Hosea, «Inns Nene kirchliche Zeitschrift, 1925, p. 607-608; Undblom, Hosea lilerarlsch untcrsucht, Ab<», 1927. - \ noter enfin le* articles sur Osée parus dans 1rs différentes encyclopédies : de Knulrn, dans WctzrrWrltr. Ktrchmlexievn (1895); dr Davidson, «tans Hastings, 1652 .1 dictionary o/ the Riblc (1899»; dr Smith et Marti, dans Cheyne, Eru yklopa dia biblira (1899); de V«»lck, dans I laupl, Protest. Realencyklopardir (1900); de Fillion, dans Vigou­ reux, Dictionnaire de la Diblr (1907). A. Clam eh. OS I AN DER André) le principal 'réformateur» de Nuremberg. I. Vic. II. Ln querelle oshmdristr. L Vie. - André Osiandcr naquit le 19 décembre 1498, à Gunzenhausen (Brandebourg). On a donné parfois son nom comme une transfiguration grecque d’un nom allemand, à la mode des humanistes. Main Osiandcr aflinnc que son grand-père portait déjà le même nom. Il étudia à Leipzig et Altenbourg, passa de là à l’université d’Ingolstadt (avant 1517) el y étudia l’hébreu sous Boschcnstcin. H fut ordonné prêtre à Nuremberg, en 1520. et devint presque aussitôt professeur d’hébreu au couvent des augustins. La publication du texte de la Vulgate revue d’après l’hébreu ct accompagnée de notes marginales, en 1522, le lit déjà connaître. Il fut nommé prédicateur de Saint-Laurent. ('/était le moment où, à la voix de Luther, la bour­ geoisie des villes, encouragée par une partie du cler­ gé, passait en masse à la < Réforma ». Osiandcr exerça une influence décisive, cn cc sens, dans la cité. Dès 1522-1523, le nonce Chicregali, envoyé à la diète de Nuremberg, se plaint des prédicateurs de celte ville. Les chefs «lu mouvement étaient Georges Bess1er, prévôt de Saint-Scbald. Hector Bôhmer, prévôt de Saint-Laurent, Wolfgang Volprccht prieur des augustins et surtout André Osiandcr. Sous leur impulsion, les fidèles réclamaient la communion sous les deux espèces. Les prévôts en référèrent au Con­ seil de la cité. Gelul-ci s'adressa à 1’Onlinaire, Wclgand von Bedwitz, évêque de Bamberg, qui repoussa la demande (1523). Mais l’année suivante, en dépit de la Diète présidée par Ferdinand d’Autriche, frère de Clïarles-Quint, en dépit du légat du pape, Laurent Campeggio, les augustins donnèrent In communion sous les deux espèces le jour de Pôques, à plus de 3.0Π0 personnes, parmi lesquelles 30 à 40 seigneurs de la suite de Ferdinand. Osiandcr donna lui-même la communion sous les deux espèces à la reine Isa­ belle, sœur de l’empereur et femme de Christian de Danemark. Du haut de la chaire, il tonnait contre I’ « Antéchrist romain ·. Il passait dès lors pour l’hoinmc de toutes les audaces, instruit d’ailleurs cl intel­ ligent. mais pénétré de sa valeur, ct facilement mé­ prisant pour les autres. Tout en adoptant la doctrine de Luther, il ne se faisait pas faute de l’interpréter à sa manière. Esprit très hardi et très Indépendant, il se lit très vile une place h part dans le mouvement luthérien, sc lit craindre de tous cl détester d’un grand nombre, mémo dans son parti. Il fut, avec Lazare Spengler, le promoteur de toutes les innova­ tions doctrinales ct rituelles qui aboutirent à la créa­ tion d’une figlise luthérienne à Nuremberg, faisant front, à l’exemple de Luther, à la fols contre les ca­ tholiques et contre les extrémistes de gauche, ana­ baptistes, ou même zwinglicns. Comme Luther, il vou­ lut sceller son changement religieux en contractant mariage (novembre 1525). Osiander assista, en 1529. nu Colloque «le Marbourg, dont il a laissé une relation. Il y note cn parti­ culier que la discussion entre Luther et Oecolampade. sur les Pères ct leur sentiment sur la présence réelle, fut prodigieusement fastidieuse. Dans les discussions entre protestants, sur la licéité d’une résis­ tance À main armée aux ordres de l’empereur, il prit le parti opposé à celui de Luther (Congrès protestant de Nuremberg, 6 janvier 1530). 11 ôtait donc déjà partisan de In guerre ouverte contre les catholiques. 1653 On sait que Luther devait se ranger l’année suivante à son avis. Osiandcr assista à une partie de la Diète d’Augsbourg de 153 Toutes ces Idées, Osiander les avait exprimées dans un ouvrage intitulé : Ein gut Cnlerricht und getreuer HaIschia g aus heiliger gotllicher Schrift, 11 avait alors 26 ans. Aucune objection ne parait lui avoir élé faite du côté luthérien. On le redoutait, on le regardait comme un peu original. 11 revenait souvent dans la suite sur les mêmes opinions qu’on lui laissait pour compte. Mais les inimitiés qu’il s'était attirées a Kônigsberg déchaînèrent l’orage. Sa théorie favorite sc retrouve alors soit dans sa dispute inaugurale à rUniversité: De lege et euangelio, soit dans son ouvrage sur l’incarnation : An Filius Dei fuerit incarnandus, si peccatum non introivisset in mundum? Item de ima­ gine Dei (18 déc. 1550), soit dans son livre sur l’unique médiateur : Von dem einigen Wittier Jesu Christo (en allemand, 8 sept. 1551, en latin, 24 oct.). Dans son étal primitif, l'homme possédait cn lui la justice de Dieu : c’était la Justitia originalis, Adam avait été fait à l'image de Dieu, c’est-à-dire sur le modèle de Jésus-Christ, le Verbe incarné, tel qu’il existait de toute éternité dans les décrets de Dieu. Par la grâce, l’homme devient donc un autre JésusChrist. il est l image de Dieu, la gloire de Dieu, comme Jésus l’est cn vertu de l’union personnelle cn lui de la nature divine cl de la nature humaine. 11 s’ensuit que, même sl Adam n’avait pas péché, le Verbe sc serait incarné, puisque sans cette incar­ nation l’uni vers créé manquerait de chef, de l’image de Dieu, qui est le modèle suivant lequel toute créa­ ture humaine est faite. « Le Fils de Dieu a apporté ici-bas son éternelle justice dans sa Très-Sainte HumaI nité ct prouvé de la sorte que notre sang cl notre chair sont susceptibles de revêtir cette sainteté, el dès lors que nous sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes en droit d’être cn possession de cette justice. » La passion du Christ cn croix, qui fut la condition de la remission des pochés, n’eut d’autre but que de nous communiquer celte éternelle justice de Dieu, Nous ne pouvons êlre justes que par l’intervention du Christ, en ce sens que la divinité ne nous est communiquée que par l’intermédiaire de l’humanité du Christ, comme la vie ne vient aux membres que par la tête. Em. I fIrsch a montre récemment quOsian­ der avait puisé la substance de sa doctrine dans les œuvres de Beuchhn cl de Pic de la Minmdole et dans l'étude de la mystérieuse Kabbale, ou mystique juive. En connexion étroite avec cette doctrine, où la parole de Jésus tient une place sl particulière, on n prêté parfois à Osiander une théorie spéciale de l’eu­ charistie, appelée l’impanation. 11 semblerait que, suivant lui, de même (pie la parole de Dieu, reçue par la foi. nous apporte la présence réelle de la justice divine en tant qu’elle esl en Jésus pour nous être communiquée, ainsi les paroles de la consécration pro­ duiraient une sorte d’union hvpostatlque entre le 1655 OSIANDER OSUNA 1656 pain cl le vin cl 1c corps cl le sang de Jésus. C’est nobilitate civili cl de nobilitate Christiana libri V, l’opinion que Bossuet prêle ά Osiander, dans VHisloire Lisbonne. 1542; Florence, 1552. réimprimé aussi des variations (1. II, 3). Mais le langage d'Osiander avec le suivant : Dr gloria libri V, charmant dia­ n’a jamais été clair sur cc point. Ce qui est sûr. c’est logue cicéronicn, Florence, 1552. très souvent réim­ qu’Osiander attachait, dans son système, une telle primé; de même inspiration un Dr regis institutione importance ù la présence réelle eucharistique, qu'il et disciplina libri Vf 11, Cologne, 1571 et 1582; était enclin à regarder comme des zwinglicns dé- | Paris. 1583, cl un Dc vera sapientia libri V, dédié guisés ceux qui refusaient d'admettre sa théorie de ù Grégoire XIII. Lisbonne, 1578; Cologne, 1579 la présence réelle dc la justice divine dans les cœurs et 1582. Mais on retiendra surtout les ouvraegs sui­ des justifiés vants : une Epistola ad ElizabeUtatn Angiiti· regi­ nam, 1563 (ordinairement réimprimée avec l’ou­ 1· Sources. — Œuvres d’Osiander, énumérées dans .tor- vrage suivant), où l’auteur invitait la souveraine â larlum de Lrhncrdt, 1835; Brirfc Offender's, dans K. und revenir au catholicisme; il en parut une traduction W. Krafft· Brie/e und Dokumente, Elberfeld. 1876, H dans T»chackrrt, UngedrÜckte Brie/e zur altgcmcinen Reforma· française à Paris, en 1565, une aussi à Lyon, 1587 : lionsgeschichle, Gœttingue, 1891, et l'rkundenbuch zur Remonstrance à Mme Elisabeth, rogne d'Angleterre Reformalionsgcschtehte des Hcrzogtums Preussen, Leipzig, et d'Irlande, touchant les affaires du monde, le gou­ 1890. vernement politique des rogaumes et le restablissement 2’ Biographies.— Wilken, And. Osiander'.\ Leben, Lrhre u. dc l'ancienne catholique religion. Le jurisconsulte Schri/ten, Stralsund, 1811; Moller. .4. Osiandcr's Leben it. Walter Haddon, secrétaire de la reine, répliqua par autgru>.Schri/lcn, Elberfeld, 1870; Hase, Herzog Al. ν. Preussen it. sein Ho/prediger, 1879; Hirsch, exposé de la théo­ une longue lettre, apologie du schisme anglican, et logie d’Osiander, dans Zeitschrift fur Kirchrngeschichle, qui fut imprimée à Paris, en 1563, par les soins de l’ambassadeur d’Angleterre (on la trouvera dans I. xi.m (ncue l’olgr. vi), Die Théologie des /1. Osiander und ihre gcschiditllchm Voraussetzungcn, Gœttingue, 1919. Dan. Gerdes, Scrinium antiquarium, t. iv, GroninL. Ciustiam. guc et Brème, 1752, p. 492-522). Cette réplique occa­ OSORIO (Jérôme d*), prélat portugais (1506sionna une longue réponse d’Osorio : In Guallerum 1580). — Ne ù Lisbonne, en 1506. d’une très illustre Haddonum, magistrum libellorum supplicum apud famille, Jérome d’Osorio continua & Paris, puis à clarissimam principem Elisabetham, Anglin· reginam, Bologne, les études qu’il avait commencées à Sala­ dc Religione libri III, Lisbonne. 1657; Dillingcn, manque. 11 acquit dc la sorte des connaissances 1569 et 1576; Cologne. 1585; ces trois éditions repro­ variées et solides, qui firent dc lui un des premiers duisent en télé la Lettre à Élisabeth. Celte polé­ humanistes de son temps. En particulier, la facilité mique avait orienté l’évêque de Silvcs dans la avec laquelle il s’exprimait dans la langue latine lui voie de la controverse; en 1566, il rédigeait une étude, a valu le surnom de Cicéron portugais. Rentré en dédiée au cardinal Polus, sur les dogmes fondamen­ Portugal, il enseigna quelque temps à l’université taux de la Réforme; envoyée ù Jean Métcllus dc dc Coïmbre. où il expliqua Isaïe cl l'épitre aux (Pologne, elle ne fut publiée dans celte ville qu’en Romains. Ordonné prêtre, il reçut la cure dc Tavara, 1572 : De justitia libri decem ad Reginaldiim cardi­ mais fut bientôt nommé par le cardinal don Hcnnalem Polum, archiepiscopum Cantuariensem; le sousrique archidiacre d'Évora; enfin, en juin 1564, il titre en détaille le contenu : Hisce libris quirstio omnis devenait évêque dc Silvcs, dont il transportera, en de cselesti justitia, hoc est quit* de fide et actionibus, 1577, le siège â Faro. Personnage très en vue à la meritis et gratia, liberaque hominis voluntate el priecour dc Portugal, il s’efforça d’exercer une influence sensione præscriptio neque disceptata hactenus fuere modératrice sur le roi Sébastien, mais ne put le tractatur, ct /alsis evulsis opinionibus quo omnes d détourner dc la désastreuse expédition entreprise pie credant cl bene vivunt explicatur (sous-titre dc pur lui au Maroc, où il devait laisser sa vie, le l’édit, de Cologne, 1572). I août 1578. La succession étant échue au cardinal Il y a une vio de Jérôme d’Osorio, composée par son neveu, d’Evora, don Henrique, Osorio joua un role consi- i Jérôme, en tête des (havres complètes. — Notices littéraires ; E. du Pin. Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, dérablc auprès de celui-ci. Il n’a pas été étranger aux mesures par lesquelles le cardinal-roi écarta 2* édit., t. xvi, Amsterdam, 1710, p. 121-122; Nicéron, du tronc don Antonio, héritier de la couronne, ou- ■ Mémoires, t. xi, Pnris-Amstcrdnm, 1730, p. 202-212. t. xx, 1732, p. 30; N. Antonio, Bibliotheca hlspana nova, 2· édit., vrant ainsi les portes toutes grandes à l’ambition t. î, Madrid, 1783, p 593-595; Hurler,Nomenclator, 3· édit., du roi d’Espagne, Philippe IL La bonne renommée t. ni, col. 76-77; voir aussi J.-B. Mayer, Uebcr Leben und d’Osorio en reçut quelque atteinte et il dut se discul­ Schri/trn drs Bischofs Jeronimo Osorto, dans un programme per dans un écrit intitulé Defensio sui nominis. 11 du lycée «l’Aniberg (Bavière), 18-15. ne vil d’ailleurs que le début des troubles qui accom­ É. Amann. OSUNA ou OSSUN A (François de), frère mi­ pagnèrent la mort du cardinal-roi, 30 janvier 1580, et amenèrent la réunion du Portugal ù l’Espagne; i neur, orateur ct théologien espagnol, surnommé d CriOsorio mourut, en effet, le 20 août 1580. sologo Minor ita. — Il naquit â Osuna, dans la province Écrivain latin d’une rare élégance, Osorio a laissé de Séville, vers la fin du xs'siècle. Il appartint ù l’ordre une œuvre littéraire assez considérable, que son neveu, des frères mineurs ct, dans le chapitre général, célébré appelé Jérôme comme lui. a pris soin de réunir en à Nice en 1535, il fut élu commissaire, général des une édition d’ensemble, en I vol. in-fol., Borne, 1592; Indes et chargé de missions importantes. H mourut Gams signale une nouvelle édition à Lisbonne, 1818- vers 1510. Nous avons de lui plusieurs ouvrages en 1819. Dc cette œuvre une partie est consacrée â langue castillane : 1. Abecedario spiritual que trata de las circunstancias dc ta sagroda passion del hijo dr Dios. l’histoire; une autre fort considérable à l’exégèse (paraphrase de l'épitre aux Komains, de Job. des Cet abécédaire spirituel décrit, dans tous ses détails, Psaumes, des Proverbes, de la Sagesse, d’Isaïe, la passion du Christ Les quatre premières parties d’Oséc. dc Zacharie); l’édition complète renferme seules de cet ouvrage ont été publiées du vivant de aussi un certain nombre dc lettres. En dehors de l’auteur a Tolède, en 1527, ct â Séville, en 1528 cl en quoi, divers écrits intéressent plus spécialement le 1530. il en existe une quatrième edition, sans nom dc théologien, et d’abord des compositions philoso­ lieu, parue en 1530. Le même ouvrage complet a été phiques où l’humaniste chrétien émet sur la forma­ publiée!) sept volumes, à Séville,en 1551 I ne traduc­ tion morale des grands personnages toute une série tion française du troisième abécédaire est fournie jar de considérations qui ne sont pas à mépriser : De le P. Miehc.l-Ange, O. M. Cap,, dans Orient, I vu, 1923; 1657 OSUNA — O T (i U IB AL 1658 t. vin, 1024; t. ix, 1925; I x, 1926; t xi, 1927; t xir, Asco. dont L. Wadding, op. et!., p. 181 ct 220, fait 1928; t. XII (ii suivre), 1929. - 2. Grur/oio conbltc de deux personnages distincts. lat gracias del Scio. sacramenta del altar hecho a Mas L. Wadding, Scriptore* ordinis minorum, 2' édit., Rome las animas de los christtanos prtnclpalmente a las reli­ 1900, p. 181 et 220; J. H. Sbaralca, Supplementum ad giosos η clcrlgos y monjax y beatas y devotos de la sacra scriptores trium ordinum S. Francfort, 2* éd., t. n, Home, comunion y de la misse, Séville. 1530. C’est un traité 1921, p. 301; G. W. Pan/rr, Annales typographic/, I. vu, sur les grâces que le Suint Sacrement de l’autel procure Nuremberg, 1793-1802, p. 73, n. 70. aux chrétiens en général ct aux religieux en particulier. A. Teetaeht. J. Z uichlni a traduit cet ouvrage en italien sous le OT GUIRAL. en latin GERALDUS ODO titre : Il conuito dette gratte de! Santlsslmo Sacramento N IS, frère mineor I V · il. Écrits. dell'Altarc, Venise, 1599. — 3. Norte de los Estados, I. Vie. — Originaire dc Camboulit, près dc Figeac Burgos, 1511. 1550 et 1610. |. De las cinco llagas de (Lot), où il naquit vers la fin du xui· siècle, il fit nuestro SetXor Jesucristo, traduit en italien par S. I goprofession chez les franciscains dc Figeac.a une époque lino et publié ù Home, en 1616 — 5. De mystica theo­ Indéterminée. Les commencements de sa carrière sont logia, en castillan et en latin, sans nom d'auteur —· obscurs. Il est certain, cependant, qu’il prit le grade François d’Osuna a composé encore les ouvrages sui­ dc bachelier, peut-être avant 1315. puis de maître en vants en latin : 6. Sermones de beata Virgine, Toulouse, théologie, et cc dernier, sinon les deux, ù l'université 1533. - 7. Commentarius super Euangelium : Missut ! de Paris. Il lisait les Sentences a Paris, en 1326, ct il est, etc., Anvers, 1535. - 8. Expositionis super Missus doit avoir enseigné aussi au couvent des frères mineurs est liber aller, distinct de l’ouvrage précédent, quoi- de Toulouse. A la fin du commentaire sur les quatre qu'imprimé au meme endroit ct en la même année. livres des Sentences, contenu dans le coste dc combat où naire de Pologne, d'après .1. H. Sbnralea, Supplemen­ Jean XXII et Bertrand dc la Tour l'avaient placé tum, t. n, Home, 1921, p. 301, et non de la Saxe, en 1329. et il y a constamment ganté l’attitude qu’on comme le suppose L. Wadding. Scriptores ordinis mino­ avait attendu de lui. C’est sous sa présidence que fut tenu, A la Pentecôte 1331, le Chapitre général rum, Home, 1901.p. 181, il mirait été, toujours d’après de Perpignan, auquel Michel de Césène adressa L. Wadding, (bid., vicaire provincial de la province sa célèbre lettre Litteras plurium : apologie dc sa des frères mineurs de Hongrie. Élevé* vers 1510.au conduite, dénonciation des < hérésies · de Jean XXII siège archiépiscopal de Gniczno, il serait mort en 1531. cl violente attaque contre le nouveau ministre géné­ H a complété la quatrième partie du Rosarium dc Pclbnrt de Temcsvar. Gc supplément, composé par ral. Les statuts dc l’ordre, depuis saint BonavcnOswald, et intitulé : Supplementum in quartam partem I turc, y furent révisés et codifiés ; et l’opposition Rosarii Pelbarti Thcmcsiuarrnsis, a été publié d’abord · ne manqua pas dc s’écrier qu’il s’agissait dc « chan­ ger la règle ». Les constitutions de Perpignan ont à Hagucnnu.cn 1508, et ensuite à Venise, en 1586. A été publiées dans Archivum franciscanum historicum, la tin de cc complément, on Ht. : Opus ab Osvaldo a t. n. 1909, p. 276 sq. Guiral ne cessa pas dc se tenir, Lusco suppletum est, non confectum. Quant ù l’édition des quatre livres des Sentences de Pclbnrt de Temcsvar en ccs circonstances critiques, en communication avec le Supplément, qui, d’après Wadding, op. cit., · directe avec scs illustres patrons. Jean XXII cl Bertrand de la Tour. C’est encore en 1331 que frère p. 229, ct J. IL Sbaralca, op.cit.. p. 301. aurait été faite A Buda, en 1505. les continuateurs dc Sba- Guiral fut envoyé en Sicile pour punir, conformé­ ralea. ibid., n Iff nuent que les Quatuor libri Senten­ ment aux statuts, les frères de son ordre qui étaient, dans res parties, suspects d’hérésies. Mission très tiarum Pelbarti TemCsivarensis cum supplemento Osdelicate, car le roi Kobcrt de Naples et sa femme, ualdi a Lasco n’ont jamais été Imprimés ή Buda. Il la reine Sanche. étaient sous l’intluence des mineurs faut identifier enfin Oswald dc Lasco et ( svalde del 1659 0 T GUI K AL 1660 IL Ecrits. L In quatuor libros Sententiarum. du parti hostile à la politique inaugurée dans l’ordre Cet ouvrage se trouve dans le ms. lot 3068 de l.i en 1329, et même dos spirituels et des frai icelles Bibliothèque nationale de Paris. Ce manuscrit ne proprement dits; les royaumes de Naples et de Sicile étaient les forteresses de l'opposition au coup d'Étftt contient cependant pas le commentaire sur les dont Michel de Césènc avait été victime. Ce fut pour quatre livres des Sentences comme on le soutient le frère Guir.il une mission m dalsée. dans laquelle dans Γ Histoire littéraire de la France, t. xxxvi, 1927, p. 212, mais seulement le commentaire sur le IV· livre des lettres de recommandation du pape lui étaient des Sentences. il porte comme titre : Ordinatio très nécessaires. On trouve le frère Guiral au nombre des théolo­ fratris Geraldt Odonis, ord. min., mâgistri in theolo­ giens présents à la condamnation d’articles extraits gia super libram quartum Sententiarum quam fecit des écrits de Durand de Saint-Pourçain, O. P., pro­ Parisiis et commence : Ad evidentiam istius quarti noncée à Avignon, en septembre 1333. Vers la même quem pre manibus habemus exponendum, in primis époque (5 septembre), il était désigné par le pape. | videtur esse, querendum utrum ex principiis théologie avec Arnaud de Saint-Michel, O. P., pour négocier possit probari quod aliquod sacramentum a summa Trinitate luerit institutum. A la tin nous lisons : Ex­ la paix entre les rois d'Angleterre et d’Écosse. Au co irs du voyage qu’il entreprit dans le Nord Λ cette | plicit ordinatio fratris geraldi magistri super quartum occasion, il fut accusé par ses ennemis d’avoir, en quem fecit parish's, Après cot explicit vient une ques­ passmt par Paris, entrepris dans cette ville une pro­ tion isolée : l'trum in sacramento altaris sit accidens pagande indiscrète auprès des maîtres de 1’ Universi lé sine subjecto (fol. 90 v°-91 r°). Suit, enfin, la table pour essayer de les convertir aux vues personnelles de des distinctions et des articles et des questions dont Jean XX H sur la vision béatilique. Il lui fallut, pour la dernière énumérée est : l'Irum in sacramento altaris sit accidens sine subjecto. Le copiste fait remar­ ce motif, comparaître d’abord devant Philippe VI en quer que cette question doit être insérée dans le audience particulière, puis devant une assemblée traité de l'eucharistie : Hcc questio debet poni in solennelle de barons et de théologiens siégeant au bois de Vincennes, en décembre. Il dut s’y défendre, s’excu­ tractatu de eukaristia. Le ms. 65 de la bibliothèque nationale de Madrid contient des Reportationes de ser et sc rétracter. Cet incident coupa court à sa mission. Guiral fut au nombre des maîtres en théologie Guiral Ot sur les Sentences, lilies commencent : liée qui, pendant l’été de 1335, avaient été réunis par le est interpretatio. L’ouvrage y porte comme explicit : Reparationes (sic) secundum lecturam fratris Gerardi pape Benoît XII à Pont-de-Sorgues. pour débattre Odonis... legentis Sententias Parisios anno Domini une fois de plus la question de la vision béatilique. Cf. art. Benoit XII, t. n. col. 669. ! MCCCXXVL Les mss. ISO et 28.5 de la bibliothèA cette date, et malgré le remplacement de que municipale d’Assise contiennent le commentaire Jean XXII par Benoît XII, la situation de frère de Guiral sur le L III des Sentences. - 2. Lectio de Guiral n’avait pas changé : il était toujours couvert signis diei Judicii. Cette leçon professée chez les par le Saint-Siège, mais exposé, dans son ordre et mineurs de Toulouse est conservée dans le ms. lat. au dehors, à des agressions de la plus grande violence. I 8023, fol. 59 sq. de la Bibl. nationale de Paris. Elle Les mineurs de l’Italie du Sud étaient toujours au commence : Ad evidenciam. Λ V. signorum et cherche premier rang de scs adversaires : un ministre fran­ les signes du jugement dernier en Daniel el dans les cise lin de cette région, frère Blaise de Muro, l’accusa livres de Joachim. — 3. in varios libros sanctorum alors officiellement d’hérésie et de multiples crimes bibliorum. Le frère Guiral a composé une Expositio in epistolas Pauli ad Corinthios et ad Galatas, qui contre l’ordre. Le pape ne condamna cependant pas Guiral Ot. Les célèbres constitutions de Benoit XII débute : Carissimus frater noster Paulus et qui est pour l’ordre franciscain, qui furent publiées à Avicontenue dans le ms. 60 de la bibl. publique de Bor­ gnon, le 28 novembre 1336, ont été rédigées d’accord deaux et dans les mss. 46 et 71 de la bibl. munici­ avec frère Guiral. Ce fut d’ailleurs à Guiral qu’in­ pale d’Assise. L’un et l'autre de ces écrits doivent être comba la tâche de les promulguer, en face d’une des cours professés à Toulouse et antérieurs à 1329. La bibliothèque Antoniennc de Padoue conserve, dans opposition plus acharnée que jamais, au chapitre général de Cahors, â la Pentecôte de 1337. | les mss. XV, 327 el 334, deux exemplaires d’une Vers la même époque, Guiral Ot fut de nouveau postille in librum Sapicntir qui porte le nom de Guiral Ot et commence par ces mots : Ecce descripsi eam employé à des missions lointaines. A la requête de tripliciter. Les commentaires sur le Psautier et le Can­ Charles, roi de Hongrie, il s’était personnellement rendu auprès d’Étienne, ban de Bosnie. L’atten­ tique des Cantiques, mentionnés dans un catalogue de la bibliothèque du Collège de San Bartoloin à Sala­ tion du ban était éveillée au sujet des hérétiques de manque, nu xv· siècle, et conservés, de nos jours ses domaines; il était disposé à s’en débarrasser, dans la bibliothèque privée (Real biblioteca) du roi avec l’appui du Saint-Siège et du roi de Hongrie, d’Espagne, à PEscuriai, ne peuvent point être attri­ mais il craignait que ces hérétiques n’invoquassent bués a Guiral Ot mais à Eudes (Odon) de ChAteaul’appui des schismatiques voisins de la principauté roux. Cf. Histoire littéraire de ta France, t. xxxvi. de Bosnie. Le pape, dans une lettre du 28 février 1310. 1927, p. 215. - L De figuris lîiblioriim. Cet ouvrage annonça à frère Guiral qu’il lui faisait envoyer les est contenu dans le ms. lat. 590 de la Bibl. nationale lettres à l’adresse du roi de Hongrie cl du ban. Après avoir tenu ainsi plus de douze ans au ser- I de Paris, fol 1-72. I /explicit prouve que ccl exem­ plaire est postérieur A novembre 1312, car Guiral est vice du Saint-Siège, contre l'animadversion d’une grande partio de son ordre, Guiral Ot était nécessaire­ dit : minister quondam generalis Les - figures » étu­ diées dans ccl opuscule ont trait A l'incarnation et il ment usé. Ia? 27 novembre 1312, le nouveau pape. y en a environ une trentaine. Incipit : Ecce spiritus Clément VI, le nomma patriarche d’Antioche et 5. Commentarii in libros X Ethicorum. lui conféra l’église de Catane avec scs revenus sub­ grandis. stant Ids. 11 est à noter que son successeur comme Les exemplaires manuscrits de cet ouvrage qui com­ ministre général, frère Fortanler Vassal, était aussi mence Quid sit virtus scrutamur, ne sont pas rares. de la province franciscaine d’Aquitaine, lin 1315, On le trouve à la Bibl. n ilionale de Paris, lat. 16 127; Il prêcha le sermon du dimanche do la Passion dans à la bibl. Mazarine, n. 3496; à Boulogne-sur-Mer. U chapelle du pape Clément VI. Guiral Ot mourut n. Ill; à Assise, n. 285; à Vienne ( Xutrichc), n. 2383; de la peste à Calane, en 1349. et fui enterré dans la à la bibl. Laurcnticnnc de Florence, Plut. XIII, 3; à la bibl Antoniennc de Padoue. ms. XV///, 389; cathédrale de cette ville. 1661 OT GUIHAL n hii'inènie dun· son œuvre, on p. t. cxi.vi, col. 139-262). particulièrement remarquable. Il n’y a pas de raison • C’est le plus volumineux des ouvrages d’Otloh. de contester ό Otloh ces compositions. Traduisons cursus par la course. Semblables aux 2' De tribus quæstionibus (ibid., col. 59-136). coureurs dans le stade, les chrétiens, clercs, moines Ce traité en prose, d'allure plus théologique que le ou simples laïques, doivent s'efforcer de gagner la précédent, reproduit un dialogue tenu à Saint Emmepalme de la victoire. C'est au psautier d’abord, le mn. en 1051, entre railleur et un moine d’Augsbourg livre par excellence de la prière monastique, que qui était venu lui faire visite. Les trois questions sur l’auteur emprunte ses exemples et ses exhortations, lesquelles roule la discussion se rapportent : à la puis, très sommairement, à d’autres livres de l’Écrlfaçon dont se manifeste l’amour que Dieu a pour turc, enfin aux évangiles; le récit des expériences l’homme et qui est à la fois douceur et sévérité personnelles de l’auteur (c. xxi sq.), particulièrement (c. i-xvi), aux différentes sortes de jugements divins : des difficultés qu’il a éprouvées dans la poursuite de quir sint judicia justa, quic necessaria, qua· etiam la perfection, se termine par un long entretien de occulta (c. xvü-xxix), à la capacité qu'a l’homme son âme avec Dieu dont plusieurs passages ne man­ quent pas de beauté. de surmonter les difficultés qu’il rencontre à faire le bien (c. χχχ-χχχιιι). A quoi se relie, sans transition, 7° Liber de temptationibus (ibid., col. 29-58). — une série de développements sur les nombres 1 et X Dernier en date des ouvrages d’Otloh, cet opuscule leur rapport dans la Trinité, les images et ligures reprend d'une manière systématique, en les enca­ de ce mystère qui sc rencontrent dans le monde Sen­ drant tellement quellement dans un récit de sa vie, les confidences déjà faites par lui sur scs états d'âme. sible cl le monde intellectuel, puis des considérations plus bizarres encore sur les nombres 2, 3. 4. 5, et leur Ce n'est pas tout à fait le genre des Confessions de signification mystique, sur les nombres compris entre saint Augustin, et l’exposé ne sc tourne pas en prière. 5 et 10. Entré dans cette voie des ■ harmonies », Mais il y a des analyses psychologiques assez pous­ l’auteur ne sait plus s'arrêter el retrouve à peine, sées. Nous avons déjà dit que la seconde partie de rn son dernier chapitre, le 111 qui devait rattacher cet ouvrage, à l’instar des Rétractations de saint ces admirables élévations à son thème primitif Augustin, donnait une notice littéraire sur chacun (c. xxxiv-xlix). Le tout est complété par une série des livres publiés par Otloh. de proverbes, les uns en vers, les autres en prose, 8° Libellus proverbiorum (ibid., col. 299-338). Kccueil de proverbes dont nous avons déjà rencontré amorce d’un recueil qui sera complété plus tard (col. 131-134). un embryon. Ici les proverbes sont rangés dans 3° Liber visionum (ibid., col. 341-388). C’est l'ordre alphabétique de leurs premiers mots : en têto un recueil que l’auteur compare lui-même au I. IV ceux en prose, cl d’abord ceux qui sont empruntés des Dialogues du pape saint Grégoire. Il y a rassem­ plus ou moins à l'Écriture, puis quelques textes en vers. La préface est intéressante en ce qu’elle exprime blé un certain nombre d’apparitions surnaturelles qu’il a éprouvées lui-même, ou dont il a entendu le les idées d’Otloh sur la formation littéraire des jeunes récit, ou qu’il a trouvées en des livres antérieurs; moines, formation dont il a été longtemps chargé. beaucoup d'histoires de revenants, assez propres à Qu’aux textes profanes (il pense aux Proverbia nous éclairer sur les conceptions médiévales relatives Seneca·, aux fables d’Avianus, et au Disticha Catonis), a l’au-delà; la sincérité d’Otloh n’est pas contes­ on ne craigne pas de substituer des textes empruntés table, il faudrait plutôt incriminer la sûreté de son j à l'Écriture ou exprimant des pensées du même ordre. jugement. Quelques-unes des anecdotes sont d’une stu­ Nous avons ici la claire manifestation d’un étal péfiante invraisemblance, voir par exemple, c. xvm, d'esprit qui se manifeste ailleurs dans l’œuvre d’Otloh. col. 373, l’histoire du pendu ressuscité apres être 9° Travaux hagiographiques. — A plusieurs reprises resté accroché au glbct.de la semaine apres la Pen­ notre auteur a été prié de refaire des « vies de saints » tecôte jusqu’à la Saint-Jacques' que l’on trouvait incomplètes ou mal écrites. C’est <· Libellus manualis (ibid., col. 243-262). - Le ainsi qu'à l’ulda il a récrit la Vie de saint Boni/ace sous-titre indique bien l’objet : De admonitione cle­ composée par Willibald, en y Introduisant, soit dans ricorum et laicoriun. L'admonition est rendue fort le corps du texte, soit sous forme de ■ pièces justi­ nécessaire par l’état de décadence où est tombée ficatives >, une série de lettres que l’on avait rassem­ l’Église; il est grand temps de revenir aux règles blées dans celle abbaye. Texte dans P. I ., I. i.xxxix, que nous propose la fol. Après avoir exposé briève­ col. 633-661 et mieux dans W Lcwlson, Vitæ sancti ment le mystère de la sainte Trinité (avec reprise Bonifatii archiepiscopi Moguntini, I lanovre el Leipzig, de plusieurs explications déjà utilisées antérieure 1905. Du meme genre la Vita Wol/kangl, composée ment), l’auteur tourne à l'exhortation morale. Tout à Saint-l-jnmeran en contaminant une vie de cet cela sous forme assez populaire et sans grand souci évêque de Hatisbonnc (t 994) avec les souvenirs de la composition. fournis par \rnold, son abbé, texte dans P. I ., 5· Quomodo legendum sit in rebus visibilibus (publié t. cxi.vi, col. 391-122, d’après les Mon. Germ, hist., panni les Opera dubia dcBèdc, P. L., t. x ci il, col. 1103- Script., I. tv, p. 521-542; la Vita sancti Altonis, qui 1128). — Parlant d’un mot du psalmistc : Deus de sc trouvent dans .Mon. Germ, hist., Script., t. xv b, cado prospexit ut videat si est intelligens aut requirens p. 843-846; la Vila sancti Nicolai dont Wallenbach Deum, Ps., uî, 3. Otloh veut donner à scs auditeurs n'a édité que le début el la lin. dans Neues Archiv, (il s'agit en etTct d’un sermon) l’idée de regarder au­ t. x. 1885, p. 408 sq.; hi Vila sancti Magni, dont un tour d’eux: ils s’apercevront vite, s’ils ont le sens fragment est publié dans les Acta sanctorum, chrétien, que les plus infimes circonstances de la septembre t. n, p. 701. — C’est sans doute aussi vie les amènent à penser à Dieu, à leur âme, à leur à Otloh qu’il faut attribuer une Translatio sancti destinée, aux moyen*' de faire leur salut. Ainsi s’ac­ Dionysii, dont U n y a que quelques lignes dans 1669 P. t. exist, col. 387, et qui a été publiée par L. v. Heinemann, A’ri/es Arehiv, t. χν, 1890, p. 340358; cette composition est destinée a prouver, contre toute vérité el contre toute vraisemblance, que l'ali· bave de Saint-Emmeran possédait le corps de saint Deny s. L'absence de preuves se dissimule mal sous un verbiage pénible. H)u Attitude intellectuelle d’Otloh. Les ouvrages «pic nous avons recensés témoignent chez leur au­ tour «l’une culture littéraire cl philosophique assez poussée. Cela ne veut pas dire qu'il faille ranger Otloh dans la catégorie de roux qui, au milieu du xie siècle, tentèrent «le faire pénétrer dans l'ensei­ gnement ecclesiastique, soit des écoles cathédrales, soit des cloîtres, un peu de lu culture profane. SI Otloh considère les arts libéraux » (c'est à-dire les sept arts du Irivium cl «lu quadrivium) comme une invention humaine qui a ses avantages, s’il déclare même que les clercs dois eut en être quelque peu Instruits, il n’est pas disposé pour autant à leur ouvrir toute large la porte «les couvents. Repré­ sentant de la réforme monastique de Uersfeld, il Insiste avant tout sur le développement de la vie intérieure. Le psautier, tel est le livre par excellence du moine; complété par les évangiles et quelques écrits spirituels de la patrisllque, il sullit ù alimenter la vie morale aussi bien «pie la vie intellectuelle. La dialectique, ce troisième art du trivium, qui com­ mençait alors à se développer et à devenir philosophie, lui inspire une véritable défiance; scs préfaces, ses confidences personnelles sont pleines d’allusions mo­ roses aux tentatives nouvelles. Otloh semble bien se rendre compte que ces nouvelles tendances fini­ ront par triompher : il ne s’y résigne pas el fait un peu figure de conservateur attardé et chagrin. El cela ne l’empêche pas de raisonner el de dlalectlqucr a sa manière, de se forger à lui-même scs définitions et son vocabulaire, car il est un minimum de philo­ sophie indispensable à qui veut s’exprimer en matière religieuse. Mais Otloh nous intéresse surtout par la peinture qu’il fait «le ses étals d'ênic et de ses expé­ riences dans la vie spirituelle. L Ti si es —C'est B. Ρ«·ζ qui it le plus fait pour restituer l’œuvre d'Otloh, que Mnblllon n’avait fait «pie soupçonner. Celui-ci avait donné le Dr Icnlationibiiy dans les Vchra onaIctlu. t. iv, 1683, p. 402-450, mais sans en Identifier l'auteur: Pc? n publié (i peu près toute l'«i*uvrc d'Otloh dans / hcsounis ariccdoioruni nonissimus, t. rr b cl m b. C'est ù l’ez que Mlgno a emprunté son texte. Il Notices loiî.haixks i i tiiavai x. On peut négliger toutes les notices antérieures a cello de Fez, Dissertatio ιλ«ι•itHjùa.op cil., t. m a, p. \, reproduite dans /’. t. cxivi, col. 9-21. Le travail capital sur la biographie d’OII«»h est celui «le Dlimmlvr, l 'clnr den Mânch Olloh l’on Sf. Emme­ ran, dans Comptes rendus de Tacadimic de Berlin, philos.hlst, Klnssc, 1893, n. 18, p. 1071-1102; excellente notice dans Max Munit lus, (irsch. drr lalein. Lilcralur des M. /L, t. n, 1923, $ 10, p. 83-103; voir aussi Ilnuck, Kirthengesch. Dctlbchlands, 1. ni, 3'-P «Mit , Leipzig, 1906. p. 968-971; .1. A. Endres, l-orsctumum sur Gesch. der /ruhmillcltdlcrltrhr.il Philosophie, dans le* Rcitragc -ur Gesch, der Phflolophic des M. A., t. wn. fasc. 2-3, Miin%tcr-cn-\V., 1915, p. 61-87; J. «le Ghcllinck, le mauven rnl thMagtqUc du X/P siècle, Ihiris, 191 I. voir table nlphabé- E. Amann. OTROKOTSI FORIS François» Hongrois cons erti du protestantisme au catholicisme (t 1718). Né vers le milieu du xvn* siècle dans la région de Szecsény, «l’une famille protestante, il fit dans sa patrie ses premières études; en 1671 rt 167*2, il est à l lrechl où II s'applique ù la théologie cl à l’étude «les langues anciennes. Rentre en Hongrie, il exerce les fonctions de ministre protestant Λ Kassa (Kaschau); Impliqué avec d'autres ministres dans un _________ OTKOKOTSI FORIS 1670 procès criminel, il est condamné aux galères. L'inter­ vention «les États généraux de Hollande le fait libé­ rer, avec ses compagnons, en 1676; il retourne alors à Utrecht (1676-1678), mais on le retrouve en Hongrie h Kolozsvàr en 1682 et 1683. Il passe quelque temps à Oxford en 1691, puis ù Franckcr (Frise) en 16911693, cl de nouveau à Utrecht. Dès ce moment 11 est préoccupé des divisions doctrinales qui régnent entre protestants; s'efforçant d’y trouver un remède, il s'aperçoit «pic seule ('Église catholique possède un principe d’unité, et cette constatation l’amène finalement au catholicisme; il abjure a Tymau en 1694. 11 ne tarda pas a obtenir une chaire de droit civil à l’université de cette dernière ville, et fut chargé aussi de remettre en ordre les archives du chapitre d’Eszlergom (Gran); il mourut à Tyrnau en 1718. Il y a deux parts à faire dans sa production litté­ raire qui est assez considérable. Protestant, il publie u Kolozsvâr, en 1682. un livre de prières (en hongrois) cl, en 1683, un recueil de sermons (en hongrois); à Amsterdam en 1690 deux livres latins : A porulyρ­ ίκα tuba quinta : orturn, progressum rt interitum locus­ turum... pandens, et Srntentia medica ac pacifica­ toria de remissione peccatorum Veteria rt Novi Testa menti fidelium. Des 1691, scs idées s’orientent dans le sens de l’union des Églises cl c’est à quoi vise un écrit publié à Oxfonl en 1691 : Theologia pro­ phetica scu cbwis Prophetiarum et typorum sacr/r Scripturir, ex Ipsa Scriptura et SS. Patribus aliis· que eximiis docloribus ita adornata, ut ea recte utentes scopulos novitatum, paci et unitati S. Ecclcsiic adver­ santium. evitare, pedes in via veritatis figere, magnaqur de futuris S. Ecclesia' el mundi nationum rebus, arcana in dies inlclligerc el in vera quoque pietate proficere possint, ouvrage qu’il pourra rééditer à Tymau en 1705. — De même inspiration. Vlrenicum sen pacis consilium pro unione et concordia ad fratres protestantes, Franeker, 1692; les mêmes idées s’expriment, à l’occasion, dans les Origines Hun­ garian scu liber quo vera nationis Hungarian origo et antiquitas e veterum monumentis et linguis princi­ pals panduntur, Francker, 1693. — Devenu catho­ lique, Otrokolsi mettra au service de l'union des chré­ tiens la meme conviction, mais en montrant que seule l’Église romaine est capable de faire cette union. Il commence par se défendre des attaques dont sa conversion l'a fait l’objet : Ronx conscientia luculentum testimonium, suas actiones coram hominibus excusans, Kassa, 1691; puis développé son message pacifique : Lutum ad lugentes Sion nuntium quo. ex Is., ΛΛΛ. 26, ostenditur : instare tempus amplissimae lucis spiritualis in Ecclesia christiuna, necnon conver­ sionis Turearum et tot vulnerum scissionumque Ecclesia sanationis per christiunorum unionem futurir, Tyrnnu, 1696. La Réforme est incapable d’amener la paix et l’union : Examen reformationis Luther i et sociorum ejus... justum modeslum. pacificum ani­ ma que in salutem necessarium. Tyrnau, 1696; Rome est vraiment la cité suinte : Roma civitas Dei sancta, juxta dictum Psalmi xt.itu (Vulg. xlvh), Tyrnau. 1698, publié aussi en hongrois; la vraie religion, chré­ tienne. c’est celle que la Hongrie n reçue de Rome au Xe siècle : Antiqua Hungarorum religio temporibus S. Stephani, primi eorum regis christiani ab ipsis suscepta, pro meditanda et maturanda sancta Chris­ tianorum in fide unione, Tyrnau. 1706; et la dernière publication , sous le titre de Fasciculus tri­ t. vin, p. 152; Quérnrd, J.a France littéraire, (. m, p. 511partitus; 2. Manuale ordinis carmelitarum, Mayence, 512; Fcllcr-Wclss, Biographie universelle, édjt. de 1849. t. vi, p. 323; Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire dr» 1195; 3. Propugnaculum carmelitarum, Venise, 1570. hommes il lustres, t. i, p. 278-282. I. X, p. 18-53; Aouw/b· Ses autres œuvres sont restées inédites, entre autres: L In Boetium de consolatione libri v; 5. Dialogus HUiralres du 12 mars 1718; Hugo, Annales ordinis purmonstratensis, t. 1, col. 55; Mlchnult, Mélanges historiques et inter carmelitam el carthusianum: 6. fies sermons; philologiques, 2 vol. in-12, Paris, 1770, t. n, p. 34-35; 7. De puritate conceptionis B. V. Mariae lib. / ; et Lienhart, Spiritus litterarius Norbertinus a scabiosis Casi8. Contra Wigandum, pro abbate Trithemio, rar, miri Oudin! calumniis vindicatus, in-4·, Augsbourg, 1771, de même que d’autres cannes et plusieurs frères p. 1-7, 115-119; Boulliot, Biographie ardennaise, 2 vol. In-S°, Paris, 1830, t. n, p. 289-302; I laag, Iai France protestante, mineur·», il prit une part active dans la controverse t. vin, p. 58-59; Protest. Bealcncyktopiidie, t. χιν, p. 539; qui avait surgi à Francfort-sur-lc-Mc!n au sujet de Kirdientexiam, t. ix, col. 1194-1195. l’immaculée conception de la vierge Marie entre le J. Cahreyre. célèbre bénédictin Jean Trithème et le dominicain 2· OUDIN François (1673-1752), né le l*r no Wigand Wirth d’Oppenheim. vembre 1673 à Vlgnory (Haute-Marne), entra nu Jean Trithème, Catalogus Ulnarium virorum Germaniam noviciat des jésuites de Nancy, le 13 octobre 1691. exornantium, dans Opera historica, t. î. Francfort, 1601, Il enseigna d’abord les humanités, puis la théologie; p. 171; Pierre Lucius, Bibliotheca cannclilaria, Florence, ensuite, il sc fixa à Dijon, où il mourut, le 28 avril 1593, fol. 38r·; PoMCVin, Apparatus sacer, Venise, 1606, 1752, laissant un très grand nombre d’ouvrages, t. if, p. lit et 234; Augustin Blscareti, Palmites vlncie imprimés ou manuscrits, dont on trouvera le détail, Carmeli, rus. de 1638 conservé au collège Saint-Albert à Home, fol. 95v et 125V·; J.-B. de Lezana, Annales, Borne, dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus du P. Sonimervogel, t. vi, col. 17-30. — Le P. Oudin 1615-1656, t. iv, p. 1021 ; Daniel de la V. M., Spéculum car· melitanum. Anvers. 1680, t. i, p. 220a-273b; t. il, p. 899, débuta par des poésies diverses et des hymnes en n. 3092, p. 110 », n. 3929; Aubert la* Mire, Auctuariitni de l'honneur de quelques saints, en particulier de saint scriptoribus rcctcsiasUcb, Hambourg. 1718. p. 91 ; Foppens, François-Xavier, et llijmnl novi ad publicam ÆduenBibliotheca brlgica, Bruxelles, 1739, t. n. p. 708; Cosme de sis Ecclesia usum comparati, in-8°, s. L, 1720. Comme Villiers, Bibliotheca carmrlitana, Orléans, 1752, I. I, ouvrages de théologie, on peut citer : Synopsis theo col. 736-737, n. 83; t. Il, col. 65-66, n. 71, et col. 138logitr thesibus digesta pro actu publico in collegio et 113, η. 1 18; Benedict Zimmermann. Monumenta hfslorlca carmelitana, Lérins, 1907. p. 210. 268. 512. universitate Mussipontina, 9 nov. 1703. - Mémoire concernant les traités thèologiques du cardinal Oregius. P. Anastase de Saint-Paul. 1. OUDIN Casimir (1638-1717), érudit Français, où l’on examine si le P. Pélau en a extrait scs Dogmes, naquit à Mézières-sur-Meusc. le 11 février 1638. I dans les Mémoires de Trévoux de 1718, p. 109-153, II entra chez les prémontrés et lit ses vœux, le 11 no­ et dans le Journal des savants (édit, de Hollande), vembre 1658; après scs éludes de philosophie et mars 1719, p. 303-329. - - Mémoire instructi/ sur d’histoire, il s'adonna spécialement à l'histoire ecclé­ le bref de Notre Saint-Père le pape Benoit NUI, siastique. En 1681, il visitait les monastères de adressé aux religieux de Saint-Dominique, et qui com­ France et des Pays-Bas, pour recueillir des docu­ mence par ces mots : Demissas preces, in-1°, Dijon, ments sur l’histoire de l’ordre; en 1683, il se fixa à 1725, et dans les Mémoires de Trévoux, juin 1725, Paris. Scs relations étroites avec le pasteur Juricu p. 1021-1058. - Mémoire sur quelques propositions el quelques calvinistes le tirent soupçonner. Il se dictées par un professeur de philosophie, dans le col­ retira en Hollande, en 1692, et renonça â scs vœux lège de la Compagnie de Jésus à Auxerre, pour servir et a sa religion. Il fut bibliothécaire de l’université de réponse à l'ordonnance et instruction pastorale de Leyde et il remplit cette charge, jusqu’à sa mort, de M. Vévéque d'Auxerre, en date du /8 septembre en septembre 1717. /725, in-8·, Paris, 1726 et Besançon. 1727. — Epistola Les principaux écrits de Casimir Oudin sont : beati Pauli apostoli ad Romanos explicata, in-12, Paris, Supplementum de scriptoribus vel scriptis ecclesiasticis, 1713. - - Dans les Mémoires de Trévoux, le P. Oudin a Bellarm ino omissis, ad annum into, ln-8u, Paris, a fait des comptes rendus de divers écrits, en parti 1686. Guillaume-Ernest Tentzélius a publié, en 1688. rulicr du Dictionnaire de Richelct (Mémoires de 1731 des remarques sur cet écrit, nui est rempli d’inexucli- p. 1868-1891, 2096-2120); il avait aussi préparé tudes Après son apostasie, Oudin a publié les écrit· des notices pour la bibliothèque de la Compagnie 1673 O l) D I N Ο V 1 E Γ) O de Jésus, cl laissé 1928 articles sur les quatre pre­ avec les preuves réciproques de la vérité de la foi mières lettres de l'alphnbet cl d’autres biographies 1 catholique et de la divinité de Jésus-Christ par les vérités catholiques, et Avis aux catholiques, aux importantes. calvinistes et aux nouveaux convertis, sur les prédic­ Michaud, Biographie universelle, t. xxxi, p. 493· tions des ministres calvinistes, touchant te règne de 194; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. xxxvm, l'Antéchrist et le rétablissement de la religion prétendue col. 960-967; Moréri, Ix grand dictionnaire historique, réformée en France, 1759, t. vin, p. 152-154; Mlchnult, Mélanges historique < d philologiques, t. H, p. 1-357; I’. Zaccarla, Saggio critico della currente litteratura stranlera, 1757, t. ill, p. 116-142; L. Bertrand, Vie, écrits et correspondance de Laurenl-Jossc Ixclcrc, in-8·, Paris, 1878, p. 156-174; Kirchenlexlcon, t. ix, col. 1195-1196; dr Backer, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. î, p. 530-536; Sommcrvogcl, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. VI, col. 17-30; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. iv, col. 1433. J. Caiireyrr. Michaud, Biographie universelle, t. xxxr, p. 519; Moréri, Le grand dictionnaire historique, 1759, t. vm, p. 158; !·citer-Weiss, Biographie universelle, 1849, t. vi, p. 326; Nouvelles de la république des lettres d’octobre 1703. J. Carreyre. 1 .OVANDO (Françoisd’) Jrcremincurdcl’obser­ vance. Originaire d’Espagne, il fut ministre provin­ cial de la province Saint-Michel el, le 15 avril. 1577, il devint le premier évêque de Trujillo (Pérou). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages théologiques : 1. Breviloquium scholastics theologice, qu’il publia à Salamanque, en 1581 et, à Madrid, en 1587 ; — 2. Commentaria in IV ura librum Sententiarum, imprimé à Madrid, en 1587; — 3. Additiones in quartum Sententiarum librum, inédites mais citées par Franclscus Scgunlius, O. F. M Obs.. dans Expositio Ilegulx Fratrum Minorum, cap. 10, lext. 3, § 7;—1. Elucidatio philosophia: moralis el rationalis en trois tomes ; — 5. Expositio in regulam fratrum minorum. Ce s trois derniers traités n’ont jamais été édités. (1620-1691), savant poly­ graphs naquit à Chinon, le 16 juin 1620. 11 embrassa la carrière ecclésiastique el s’adonna à la musique; il (ut maître de chapelle à la cathédrale de Bordeaux, puis ù celle de Narbonne et enfin ù la Sainte-Chapelle de Paris. Il publia de nombreux travaux, relatifs à la musique el composa des vers latins; il fut chanoine de Tours où il mourut le 19 juillet 1691. Ouvrard a composé de nombreux écrits dont quelques-uns sont restés inédits; ces écrits prouvent sa grande curio­ sité cl sa science immense : Secret pour composer en musique pur un art nouveau, in-8®, Paris, 1660; Stu­ diosis sancturum scripturarum biblia sacra ad lec­ tiones in singulos dies per legem, prophetas et Evange­ Stanislas Mclchiorri de Cerreto, Annales minorum con­ lium distributa el <52.9 carminibus mnemonicis com- ■ tinuati, l. xxi, Ancône. IS 14, p. 123; I.. Wadding, Scriptom prehensa, in-12, Paris, 1668. On trouve, panni les ordinis minorum, 2· édit.. Borne, 1906, p. 88; J. H. Sbamlca, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Fran écrits d’Ouvrard. des ouvrages apologétiques : Motifs cisci, 2’ édition, t. i, Home, 1908. p. 292. de reunion à Γ Église catholique, présentés ύ ceux de A. Tecta eut. lu religion prétendue reformée de France, avec un 2. OVANCO (Jcnnd'), frire mineur de l’obser­ Avertissement sur la réponse d'un ministre (Claude) vance. Originaire d’Espagne et membre de la province ù l'office du Saint-Sacrement, in-12, Paris, 1668; Saint-Jacques des frères mineurs de l’observance, il Les motifs de la conversion du comte de Lorges-Montenseigna, pendant de longues années la théologie à gommery, dédiés au roi, in-12, Paris, 1670; Défense Salamanque. Il mourut en 1610. lia composé : 1. Ccinde l'ancienne tradition des Églises de France, sur la mentanum in tertium librum Sententiarum, imprimé a mission des premiers prédicateurs évangéliques dans Valence, en 1597 et en 1624. Celle dennère édition les Gaules, du temps des apôtres ru de leurs disciples porte pour litre: Subtilissimus... J. Duns Scotus eluimmédiats, de l'usage des écrits de Sulpicc-Sévèrc et de Grégoire de Tourset de l'abus qu'on en fait, en cette cidatus... circa tertium librum Sententiarum. Ejus lit­ tera articulata, elucubralione exornata... inclarissimmatn matière et en d'autres pareilles, in-8·, Paris, 1678. redacta methodum, a J. de Ovando : c’est donc un Dans cet écrit, adressé au clergé et au peuple de Tours, commentaire sur le texte du IIP livre des Sentences Ouvrard suit l’opinion de M. de Marea, touchant de Duns Scot. — 2. Pastorale ou Tratado pastoral saint Denys. — Il y a aussi des écrits liturgiques : ordenado par discursos, en el quai por varios symbo­ Calendarium novum perpetuum et irrevocabile, in-12, las y metaphoras de la sal y de la lu:, se tenta copiosaParis, 1682; Breviarium Turonense renovatum et in melius restitutum, 4 vol. in-8®, Paris, 1685. Un manus­ mentc de tas proprtedades de un buen pastor y prédirador, Salamanque, 1601. — 3. Discursus praedicabiles crit d’Ouvrard s’efforce de justifier ce bréviaire : Baisons de la disposition du bréviaire de Tours super mysteria fidei, cum brevissimis tractatibus super renouvelé en 1685, avec les avantages qu'on en peut ipsa mysteria, Brescia, 1603; Paris, 1606; Lyon. 1606. Ce n’est point un exposé cl un commentaire tirer. Dans le même temps, Ouvrard publiait L'art et du Symbole des apôtres, mais 61 sonnons pour six principales fîtes de l’année, parmi lesquelles il y la science des nombres, en français el en latin, ou a la Circoncision, l’Epiphanie et la Fête-Dieu. — l'arithmétique pratique et spéculative en vers latins, I. Tractatus de incarnatione ad concionatores divini avec une préface de l'excellence de l'arithmétique, in-4®, Paris, 1677; c’est un ouvrage curieux, où les règles verbi pertinens, Salamanque, s» a. - 5. In omnes de l'arithmétique et de l’algèbre, et les définitions dominicas post Pentecosten sermones, Lisbonne. 1609. Il faut noter que VExpositio in Symbolum apos­ mathématiques sont exposées en vers mnémoniques; tolorum et les Discursus privdicabiles de mysteriis un manuscrit complète ce travail : /-« définitions, fidei, dont L. Wadding, Scriptores ordinis mino­ divisions et axiomes de la géométrie en vers latins. — rum, Home, 1906, p. I 16, Lilt deux ouvrages dis­ Lettres sur l'architecture harmonique, ou application de la doctrine des proportions de la musique ά l'archi­ tincts. doivent être considérés comme un seul cl même traité. tecture, in I . J'.«ris. 1679. Parmi 1rs autres manuscrits d’Ouvrard. on peut L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, 2* édit., Koine, citer une Histoire de la musique ancienne et moderne, 1906, p. 146; J. H. Sbarnlca, Supplementum in scriptores que Fauteur affectionnait beaucoup et qui est restée trium ordinum S. Francise!, 2· édit., t. H. Itonie, 1921, inédite, bien qu’elle ail été composée longtemps p. 109. A. Tl. ETA ER T. avant sa mort. Mais il faut noter particulièrement les deux manuscrits suivants : Les disputes de la OVIEDO (François d’)· né â Madrid, en 1602, religion chrétienne réduites à ses premiers principes, entra en 1618 dans la Compagnie de Jésus; proiesOUVRARD Renô 1675 0\ I EDO OXFORD (MOUVEMENT I)' wur a Alcala ct a Madrid, il mourut dans cette der­ nière ville le 9 février 1651. 11 a laissé : 1· Γη cours complet de philosophie scolastique, Integer cursus philosophicus ad unum redactus, en 2 gros in-folio, Lyon, 1610. réédite en 1651 ct 1663; 2® des Tractatus theologici, scholastici et morales respondentes //λ*//« dim Ίhonur, in-fol., Lyon. 1616: 3U des Tracta­ tus, ,. de virtutibus fide. spe. et charilatc, ίη-fol., Lyon. 1651. C. Soounen ogel, HlblMhèqiie de la Compagnie de Jésus, t. M. 1895, col. 12.-13; Hurler, Nomenclator, 3· édit., t. m, col. 921 E. Amans. OXFORD (MOUVEMENT D’). On désigne sous cc nom les efforts faits, au second tiers du xixe siècle, par un groupe de clergymen appartenant, pour la plupart, à l'université d’Oxford, hommes de haute culture et profondément religieux, pour sauver l’Église établie du libéralisme destructeur des dogmes ct pour la défendre contre les entreprises du Parle­ ment, qui menaçait ses droits ct sa situation officielle d’fcglisc d'État. Pour atteindre cc but, ils cherchèrent à donner à leur Eglise un Credo plus ferme et à lui infuser une vie religieuse plus intense, par le retour aux doctrines des théologiens anglicans du xvn® siècle, les Caroline divines, ct aux pratiques de l'ÉglIso catholique des premiers siècles. Ce but sera atteint et dépassé : une partie dc la High Church réalisera cc programme (puseyisme cl ritualisme), tandis que plusieurs des fidèles du mouvement, constatant l’inconséquence de leur situation intermédiaire entre le protestantisme et Je catholicisme, se tourneront vers Rome et déclen­ cheront, au sein de l’anglicanisme, un élan de conver­ sions qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. I. La situation religieuse de l’Angleterre vers 1830. IL Causes et origine du Mouvement (col. 1677). 11L Les premiers Tracts (col. 1681). I\ L’apogée du Mouve­ ment (col. 1686)« V. La L'Église catholique.— Au nombre de ; 160 000 seulement, avec I vicaires apostoliques cl •100 prêtres, les catholiques anglais ne pouvaient, au début du XIX· siècle, exercer aucune influence : habi­ tués à être traités comme des parias, privés de tous les droits civils et politiques, ayant la mentalité des peuples vaincus, ils dissimulaient leur fol, célébraient un culte sans éclat dans de modestes chapelles; leurs prêtres n’avaient pas l'esprit d’apostolat : dépourvus dc formation intellectuelle sérieuse, ils ne pouvaient d’ailleurs s’imposer à l'attention de leurs adversaires. Au regard des anglicans, ils étaient tenus pour quan tité négligeable, à ce point que les libéraux jugeaient qu’il n’y avait aucun danger à leur octroyer la liberté: s’ils s'élevaient, cc serait nu profit de l’anglicanisme. En 1830, la liberté leur était rendue. Certaines pré­ ventions » ontre le clergé étaient tombées. Cc n’est pas à dire que leur doctrine fût mieux connue : elle repré­ sentait toujours, pour les anglicans, une religion for­ maliste cl superstitieuse. Cf. Newman, Occasional ser­ mons, The second spring, donné à Oscott, le 13 juillet 1852, dans Thurcau-Dangin. La renaissance catho­ lique en Angleterre au .V/.V liècle, Paris, 1899, t. i. p. 13-11. Cependant le catholicisme allait se relever. La vie édifiante des prêtres ct religieux français, réfugiés en Angleterre pendant la Révolution, avait dissipé bien des préjugés contre le clergé romain : tandis que I on s'attendait à voir des hommes sans conscience, inca­ pables d'honneur et dc devoir, pratiquant une religion pkint dc pratiques superstitieuses, sans mœurs, sans télé ct sans loyauté, trahissant le roi pour obéir au 1G7G pape, ou le pape pour obéir au roi. on cul le spectacle dc prêtres fidèles à leur foi, plus fidèles que ne l’avaient été les évêques anglais au xvr siècle, d’une pro fonde et sérieuse piété, d’une grande pureté de vie; on admira leur courage dans la souffrance, leur dignité ct leur fierté, leur fidélité à leur roi; on les estima ct l’on commença à les aimer. Cf. .1 (iuibert, Le réveil du catholicisme en Angleterre au ΛΖΛ* siècle, Paris, 1907, p. 28-35. Les catholiques anglais devaient bénéficier de cc revirement de l’opinion. Pendant qu'en Irlande O’Con­ nell entraînait ses compatriotes à la conquête dc la liberté religieuse,en Angleterre, les catholiques avalent, depuis 1803, un guide éclairé en la personne de l’évêque Milner, vicaire apostolique du Centre (Midland). Avec une vue exacte de la situation, une intelligence celai rée des intérêts catholiques, il prend une part active aux controverses suscitées par la discussion du bill d’émancipation, présenté par lord Graltam en 1808 : presque seul contre l’ensemble des catholiques anglais cl malgré la concession que Rome semblait disposée à faire, il s'oppose à l’octroi du droit de veto au gou­ vernement dans la nomination des évêques ct fait échouer le bill (1813) ; ce dernier ne devait finalement être adopté qu’en 1829, après la mort de Milner (1826). mais il accordait celte fois une liberté entière Cf. .L (iuibert, op. cit., p. «15-51 et ici l’art. Milner. 2° L*Église anglicane. La réforme du xvr siècle en Angleterre avait été l’œuvre de la Couronne ct du Parlement; pour y rallier les catholiques, on avait évité de donner aux 39 Articles de religion (1563) une allure trop nettement protestante. Au siècle suivant, des théologiens remarquables. Andrews, Laud cl,à leur suite, toute une école, connue sous le nom dc Caroline divines, s’étaient efforcés dc construire un système religieux qui maintînt le plus possible des idées cl des pratiques catholiques, prétendant ne rejeter que les superstitions cl les abus dc l’Églisc romaine. On leur doit la dernière édition du Hook o/ common prayer (1662). C’est le début du parti High Church. Les puritains, calvinistes dans l'ensemble, qui avaient un moment triomphé après la chute des Stuarts, désespérant, après la restauration de Char­ les II (1660-1685), de s’emparer de l’Église officielle, s’en séparèrent définitivenient : commencement des dissidents ou non-conformistes. 11 était resté cepen­ dant dans l’Église établie un groupe à tendances pro lestantes, opposé a toute I radii ion catholique, qui donna naissance au latitudinarisme cl parvint à pré­ dominer après la Révolution de 1688 et le remplace­ ment des KM) prêtres et des 8 évêques non-jurors par des ecclesiastiques de tendances contraires. Contre le latitudinarisme indifférent à la doctrine, n'accordant aucune importance aux ('.redo, se conten­ tant d’un culte froid et sans vie sacramentelle, s’opé­ rèrent au xvnr siècle deux réactions. Le méthodisme, sous l’impulsion de Wesley el de Whitefield, s’efforce de réveiller le sentiment religieux par le repentir du péché cl par l’amour du Christ. Il est une réaction contre les erreurs rationalistes du temps, une réaction aussi contre un clergé high and dry qui a abandonne l’idéal évangélique; il agit sur les humbles, sur ceux qui sont ignorés dc la riche Église établie. Avec son dogme de la justification par la foi seule et, chez cer­ tains, dc la prédestination absolue, avec son rejet dc la succession apostolique, de l’autorité des évêques,du privilège dc la prêtrise, il s'était séparé de l’anglicu nisme officiel. Cf art Méthodisme, l. x. L’évan­ gélisme, qui se développa surtout à Cambridge, de­ meura, lui, dans l’Eglise établie. Il sc manifesta, à la lin du xvnr siècle et au début du xix*, par le développe­ ment de la piété individuelle. I impulsion donnée aux œuvres philanthropiques cl une grande austérité, mais 1677 OXFORD (MOIVEMENT I)’). ORIGINES il s'enfonça lui aussi (Inus le protestantisme, ne rete­ nant aucune notion de l’Église, de l'épiscopat, du prêtre ministre des sacrements. Cf. Ί'bureau-Dangin, op. cit., t. I, p. 17-IX. Les questions de doctrine et d'interprétation s'ciTaçaicnl devant la fol Individuelle, la prédication prenait une place Importante aux dé­ pens des sacrements. Ainsi, au début du \ixr siècle, les courants les plus divers sc heurtaient dans l’Églisc officielle : métho­ disme, évangélisme, latitudinarisme et Haute-Église. Les divergences entre l'anglicanisme ct les dissidents tendaient à s'effacer. Et, pour compléter la confusion des idées, une nouvelle école commençait à sc déve­ lopper à Oxford, vers 1820, l'école libérale, première manifestation de la Broad Church. Elle est représentée par deux maîtres éminents : H. Whately ct Th. Ar­ nold. Le premier, fellow d’Oricl, plus tard archevêque de Dublin, voulant réagir contre ce que la religion avait de superficiel cl de routinier, amenait à discuter les croyances, a rejeter Γintervention de toute auto­ rité, revendiquait le droit de réviser les professions de foi, d'en écarter tout cc qui paraissait peu conforme à la raison, tout en restant dans l’Églisc établie. Pour­ suivant un idéal moral plus élevé, Th. Arnold, fellow d’Oricl cl plus lard, chef dc maison » à l’école de Rugby, en 1827. professait sur le dogme les mêmes idées dissolvantes que Wathely, ne conservant guère comme essentiels que les dogmes dc l’incarnai ion et de la Trinité, rêvant de réunir dans l’Églisc oflicielle, sans tenir compte des divergences doctrinales qui lui paraissaient secondaires, toutes les sectes protestan­ tes, sous la protection de l’Élat. Ces idées trouvèrent crédit dans les cercles d’Oxford et Newman sera pen dant plusieurs années le disciple de Wathely. C’est de la Ilautc-Égl se que devait sortir le mou­ vement tractation. Elle était alors une institution plus politique que religieuse Elle était une forme du lorysme. Scs clergymen, personnes bonnes et respec­ tables, s’inquiétaient peu des doctrines; trop preoe cupés dc leur situation matérielle, ils étaient peu po polaires. On les désignait sous le sobriquet de high and dnj ou de two boittes orthodox. Ils n’étalent pas a la hauteur de leur situation, n'ayant qu’une idée obs­ cure dc la fonction ct des devoirs du prêtre, craignant en plus d’être soupçonnés de ferveur : l’évêque Lavington jetait le mépris sur l'enthousiasme des métho­ distes ct des papistes. Cf. R. W. Church, The Oxford movement, Londres. 1892, p. 3-1. « L’Église d’Angle­ terre avait changé ’a religion pour la civilisation. · Church, Occasional papers, t. n. p. 172. II. Causi s et oiuoines du mouvembnt. 1° Cau­ ses. lille se trouvent dans la nécessité dc défendre ΓÉglise établie contre les dangers qui la menaçaient. Le mouvement d’Oxford fut d’abord une réaction contre la décadence de la piété dans l’Églisc officielle, en même temps que contre l’effritement doctrinal au­ quel la conduisait l’école libérale de Wathely cl d Ar­ nold. Les Ames éprises de piété ct dc vie religieuse in­ tense ne trou voient pas â sc satisfaire dans un culte froid, sans éclat, où l’eucharistie n’était plus admi­ nistrée «pie rarement, où les sermons ne louchaient qu'aux points de doctrine; elles se sentaient attirées par le méthodisme ou par le catholicisme. Oxford, qui sc faisait gloire d'être comme la citadelle de la HauteÉglise, supportait dillicllcment une théologie qui met­ tait en péril la doctrine des 39 Articles. En 1829. elle avait manifesté son opposition aux théologiens libé­ raux, en écartant IL Peel, leur candidat, comme représentant de l’université nu parlement. D’autres dangers étalent suspendus sui l’Église. .L Russell avait fait voler en 1828 le bill du Test, qui ouvrait l’entrée du parlement aux adversaires de l’Églisc d'Éhil, aux non-conformistes, et leur permet 1678 lait ainsi dc prendre part aux mesures ctaux réformes ecclésiastiques. En 1829, le bill d'émancipation, pro­ posé par R. Peel était volé, accordant la liberté civile ct religieuse aux catholiques La meme année, pour calmer l’Irlande, R. Peel proposait une nouvelle loi, le bill d'apaisement, malgré l’opposition des digni­ taires ecclésiastiques. La situation s’aggrave encore en 1830. La révolution dc juillet, en Prance, a sa réper­ cussion en Angleterre. Les wighs prennent le pouvoir. On réclame la réforme du Parlement, la réforme dc l’Églisc. Le premier ministre. Ch. Grey, disait aux prélats de la Chambre haute qu' · il était temps pour eux dc mettre dc l’ordre dans la maison ·; J. Hume déclarait à la Chambre basse que tout le pays con­ damnait l’Églisc d’Étal. que scs droits seraient suppri­ més par l’autorité qui les avait octroyés. Le peuple, aigri par l’opposition dc la noblesse et des évêques aux reformes, menaçait le primat dc Cantorbery jusque dans sa cathédrale, attaquait l'évêque de Lichfield après une prédication à Londres, détruisait le palais episcopal de Bristol... Dans tout le pays, on sc détour­ nait dc l’Églisc, que l’on croyait devoir bientôt dis­ paraître. Cf. T. Mozley, tieminiscences, t. r. p. 273. * Au­ cun pouvoir humain n’était capable dc la sauver dans son état actuel. » Stanley. Life of Arnold, t. i, p. 326. En lin la suppression dc dix évêchés irlandais par le Parlement, en 1833, est considérée comme un premier acte de persécution : c’est une atteinte aux droits de l’Églisc qui sera suivie dc beaucoup d’autres,si l’Église ne se défend pas énergiquement. Les écrivains contemporains signalent avccangoissc le grave danger couru par l’Églisc établie. W. Pal­ mer écrit : Nous étions entourés d’ennemis intérieurs cl extérieurs : nos prélats insultés et menacés par les ministres d’État; en Irlande, dix évêchés supprimés. On nous demande d'être reconnaissants de ce qu’une mesure plus radicale n’ait pas été prise. Que va-t-on faire maintenant?... Le même principe dc concessions ù la rumeur populaire. . sera-t-il appliqué avec plus d'ampleur dans le démembrement dc 1 Eglise? Nous sommes submergés d écrits sur la réforme de l’Église. Lord Hendley, beau-frère de sir R. Peel, le Dr Burton et d’autres personnages in fluents tracent la vole. Le I)r Arnold, de Rugby, ose proposer que toutes les sectes soient unies par un acte du Parlement ù l’Églbe d’Angleterre. Des rapports, apparemment bien fondés, affirment que certains prélats sont favo­ rables à des changements dans la liturgie. Des écrits, largement répandus, demandent l'abolition des Credo (nu moins dans le culte public) et surtout du symbole de saint Athanasc, la suppression dc toute mention de la Trinité, de la doctrine dc la régénération par le baptême. Nous ne savons où nous tourner pour trou­ ver quelque chose dc supportable... Le gouvernement met son pouvoir au service des agitateurs, qui cher­ chent ouvertement la ruine de l’Église... Et, le pin· de tout, aucun principe dans l’esprit public, auquel nous puissions en appeler; une complète ignorance de tout fondement rationnel d'attachement à l’Église;un oubli dc son caractère surnaturel d’institution non humaine, mais divine; l’érastianisme le plus absolu prévalant largement parmi foules les classes de poli­ ticiens. En voila assez pour faire appel aux cœurs les plus courageux... W. Palmer. Narrative of events connected with the publication o/ tracts for the times, 1813, p. 96-100, dans C.hurvh, The Oxford movement^ p. 100-101. La situation est décrite de fav>n identique par \ -P. Perceval, (•ollcctlon of papers connected with the theological movement, 1812. p. 25. 1L-J. Rose avait écrit, en février 1833. à Palmer : Il est certain qu’il faut faire quelque chose. L’important est que l’on fasse tout dc suite cc que l’on veut faire, car le danger est imminent, ct je craindrais peu. si je pensais que 1679 OXFORD (MOUVEMENT D’ . ORIGINES 1680 nous puissions demeurer dix ou quinze ans comme ceval ct R.-1L Fronde. Kcble ct Newman ne prirent nous sommes. » XV. Palmer, op. Cf’/., p. 101. pas part à la réunion, mais demeurèrent en relation On ne pouvait attendre. Beaucoup se rendaient avec ses membres par correspondance. compte que, pour protéger efficacement l'Église contre Homme instruit, théologien, d’un caractère reli­ ses adversaires, il ne suffisait pas dc réclamer le statu gieux très élevé, avec un tempérament d'homme quo. Cc qu'il fallait c’était une reforme profonde de d'Élat. 1I.-J. Rose devait donner au mouvement la l’Église elle-même, il fallait la rendre consciente de première impulsion. Dès 1825, il avait, dans des con­ son origine el dc sa mission, retrouver scs titres surna­ férences à Cambridge, attiré l’attention sur l’état de turels ct répudier cc qui l’avait depuis longtemps la pensée religieuse et dc la spéculation en Allemagne faussée ct détournée de son but spirituel. La nécessité el sur le mal que pouvaient faire en Angleterre les dc l’action sera affirmée dans le *:rmon dc Kcble; les méthodes rationalistes. En 1832, il avait fondé le moyens seront discutés à la réunion de Hadleigh. British magazine dans le but d’insinuer dans les es­ 2° Origine du mouvement. 1. Sermon de Kcble sur prits une idée de l’Église plus élevée que la notion Γapostasie nationale (t t juillet 1833). John Kcble populaire ct politique, une conception plus haute de la était fils d’un clergyman du comté dc Gloucester. Pro­ doctrine chrétienne que celle dc la théologie ordinaire. fondément attaché à l’anglicanisme, parfait highXV. Palmer, de XVorccster College, élevé à Dublin, puis churchman, plein d’aversion pour l’évangélisme, qu’il à Oxford, partageait les sentiments de Rose. Esprit voyait souvent influencé par le méthodisme et le cal­ exact ct scolastique, bien armé pour la discussion théo­ vinisme, il puise sa doctrine dans le Prayer book. On logique, il avait des idées nettes sur la nature cl la le dépeint comme doué d’un caractère doux et mo­ fonction de l’Église, ct percevait les graves dangers deste, capable toutefois dc force austère ct d’intransi­ provenant de l’ignorance générale el du caractère geance sur les principes. Il avait abandonné, en 1823. vague des doctrines. Pour y porter remède, il avail I université d'Oxford, après avoir été fellow d’Oriel public, en 1832, les Origines liturgicœ. Cf. Church, avec XVathcly el Arnold, pour être vicaire de son père. op. cit., p. 96-99. A.-P. Perceval, curé dc East 1 lorsley, Curé de Hursley (Hampshire), il mène une vie pieuse Palmer et Rose, (pii mourra prématurément en 1839, ct mortifiée, jeûnant tous les vendredis. Ses idées théo­ prendront place parmi les modérés du parti tractalogiques sont celles des non-jurors. Il ne cherche pas rien. D’une nature plus ardente, R.-II. Froudc, pu­ à les répandre par la prédication ou les controverses. pille de Kcble, qui le subjugua rapidement par sa II les fait connaître cependant par la publication d’un bonté ct sa pureté, puis fellow d’Oxford, en 1826, et petit livre d’hymnes ct de cantiques pour chaque tutor, dc 1827 à 1830, devait cxcrccrune influence con­ dimanche ct chaque fête de l’année. The Christian year. sidérable sur l’impulsion donnée au parti. Bien doué, Ccs poésies, pleines de sentiments personnels très vrais avec quelque chose d’attachant cl dc noble, très sin­ et très profonds, reflètent les doctrines dc l’auteur sur cère avec lui-même et s'imposant une forte discipline, l’Église, sur le sérieux des convictions, sur les mys­ allant droit à la vérité, ne reculant devant aucune dc tères de la fol, sur la sainteté du culte, sur la grâce des scs conséquences, il est aussitôt gagné par ceux qui sacrements et la communion des saints. Très répan- veulent se dépenser au service de l’Église. Scs sou­ venirs, Remains, publiés après sa mort (1836). éton­ ducs, clics créent un étal d’esprit favorable aux idées High Church. nent par l’audace dc la pensée et de l’expression sur les choses el les personnes que l'on pensait hors dc Kcble avait suivi avec inquiétude les changements survenus dans l’opinion. La suppression des évêchés toute critique, sur la Réforme cl les réformateurs. Il irlandais le détermine à agir. Le 11 juillet 1833, il est le premier anglican qui lenta de justifier Rome, et donne le sermon des Assises à l’université d’Oxford. qui en parla dans un langage amical. Gf. Church, op. C'est un cri d’alarme, mais jeté avec calme,dans lequel πϊ.,ρ. 31-50. Lorsque Kcble prononça son sermon sur vibrent en sourdine une plainte amère el une inquié­ l’apostasie nationale, Fronde rentrait d’un voyage tude. On avait reconnu jusqu’à ces derniers temps qu’il avait accompli pour sa santé, dans le midi dc dans l’Église d’Angleterre une partie dc l’Église du l’Europe, accompagné de Newman. Christ; on croyait que la nation, dans sa législation Le but de la réunion d’IIadieigh, qui sc tint du et sa pratique, était liée par la loi du Christ. Attaquer 25 au 29 juillet, était de jeter les bases d’une interven­ I Eglise, c’était désavouer ce principe, méconnaître la tion pratique pour la défense dc l’Eglise établie. On souveraineté de Dieu. Si dc tels décrets sont imposés songea d’abord à une sorte d’Association des amis de par l’opinion publique, le terme d’apostasie n’est pas l’Église, Association of the friends of the Church, sem­ trop fort pour les qualifier. Il est indispensable dc blable à V English Church union ou à la Church defense faire face à cet état de choses plein de dangers. Peut- association, qui sc formèrent plus tard. Elle aurait eu être quelques-uns seulement manifestent-ils leur sym­ pour but de combattre toute nouveauté, impliquant pathie pour la cause dc l’Église apostolique; peut-être rejet ou modification dc la doctrine, du culte, de la faudra-t-il attendre longtemps, mourir peut-être, discipline, de la pratique de 1 Église, cl de provoquer avant dc voir quelque apaisement dans le triomphe du une Intervention générale du clergé. Elle serait pour­ désordre ct de l’irréligion... Mais il est sûr que tût ou vue d’un comité-directeur, chargé de contrôler les tard la vérité triomphera ct que la victoire sera com­ publications. Cf. Palmer's suggestion fur a formation plète, universelle, éternelle. » Cité par Church, op. cit., of an association of the friends of the Church, dans p. 93-91. Le sermon fut public, sous le titre Apostasie Contemporary review, 1883. p. 650-651. XV. Palmer nationale, avec une préface, où l’auteur adjure les essaya sans succès de la réaliser à Oxford. Froudc clergymen de réfléchir aux devoirs que leur imposent d’ailleurs s’opposait à une association moins large quo les circonstances actuelles, l’intrusion dc l'État dans l’Eglise elle-même. Newman avait horreur des comi­ les affaires ecclésiastiques L’impression produite fut tés cl des meetings. Les mouvements puissants, profonde. Newman considère, à bon droit, le sermon écrivait-il à Froudc, ne viennent pas des commissions; de Kcble comme le début du mouvement. les grandes pensées ne voyagent pas par la poste ou 2. La réunion de Hadleigh (25-29 juillet 1833).— 11 sous bande. Buddenslcg, 7 raldarianismus, dans fallait tirer des conclusions pratiques du sermon de I Hcrzog-1 lauck, Realencyklopüdie fhr protestantische Kcble. C’est cc que l’on essaye de faire à Hadleigh. Théologie und Kirche, 3· éd., I. xx, p. 21. L’effort ne Jl.-J. Rose, de l’université do Cambridge, curé de fut cependant pas complètement stérile. En parcou­ 1 fadlelgh (Suffolk), réunit cher. lui plusieurs amis, ani­ rant le pays pour exposer au clergé la situation cri­ més des mêmes preoccupations, XX’. Palmer, A.-P. Per­ tique. Palmer réussit à secouer l’apathie des clergy- MOUVEMENJ D ). LES PREMIERS TRACTS mon et des fidèles. cc qui permit dc faire aboutir un second projet : deux adresses furent envoyées ù l’ar chcvêquc de Cuntorbéry, le Dr Howley; la premiere, couverte de 7 000 signatures de membres du clergé (plus dc la moitié), presentee en février 1834, ct la seconde, rédigée par Jos. Watson, signée de 230 00ο chefs de famille, remise en mai 183 L Cette agitation eut pour effet de relever le courage des clergymen el de leur montrer qu’ils étaient plus forts que leurs ennemis ne le croyaient Cf, Λ. Perceval, Collection o/ papers, p. 12. Plusieurs des amis de Hadleigh s’en seraient volon­ tiers arrêtés ù ce succès d’estime el se seraient tenus pour satisfaits d'avoir réveillé les sympathies du clergé ct des fidèles pour l’Église établie. Mais déjà d’autres avaient employé une méthode plus directe et plus efllcacc : ils s’étaient adressés au grand public par les Tracts /or the limes, publiés, non pas au nom d’une (oinmission, mais sous la responsabilité personnelle de leurs auteurs et sans visa dc comité. IIJ. Les premiers tracts (1833-1835). 1° Le chef du mouvement. — Il fallait dissiper l’ignorance, cause d’une grande partie du mal dont souffrait l’Église, il fallait Instruire, non seulement les fidèles, mais les clergymen eux-mêmes, sans excepter les évêques. C’est pourquoi on choisit la ville universi­ taire d’Oxford, pour être le centre de l’agitation, à l’encontre du désir de Palmer, qui aurait préféré Londres. Partant d’un milieu intellectuel réputé cl considéré comme le représentant officiel des Idées High Church, les publications feraient une plus forte impression que si elles sortaient dc l’agitation poli­ tique de Londres. L’Instigateur de ccs publications fut J.-1L Newman. Il avait subi, à l’âge de quinze ans. une première crise intérieure. Il en sortit, A la suite de lectures dans les théologiens dc l’école évangéliste, fortement imprégné des idées de ce parti, imbu de convictions antipapistes. \ Oxford, où il entre, en 1816, au collège de la Trinité, cl où il est reçu fellow d’Oriel en 1822, il se laisse gagner par Walhcly au libéralisme, qu’il jugera plus lard un rationalisme nntidog matique. Ce caractère même du libéralisme devait lui déplaire; scs études sur les Pères, ses relations avec Haxxkins, qui procla­ mait la nécessité de ht tradition, avec W. James, qui enseignait la doctrine de la succession apostolique, les conceptions .-aêmes de Walhely sur l’indépendance de l'Église, les conférences du Dr Lloyd (évêque d’Oxford en 18'27),/ityAc/mrc/imcin, qui s’efforçait d’insinuer dans l’esprit de ses auditeurs des vues plus catholiques, ses relations avec Ed. Pusey,le détachèrent du libéralisme. Nommé tutor â Oriel, en 1826, il prend au sérieux scs fonctions, exerçant une influence considérable sur les undergraduates; el lorsque, en 1828, il ajouta ù ses fonctions de lutor celles de curé de Sainte· Marie. H commença à réunir autour de lui plusieurs amis, deux dc scs pupilles, b'r. Kogers et IL Wilberforce, puis Gladstone, dirigeant leurs éludes et leur vie morale. K.-IL b’romlc, pour qui Newman eut d'abord de la méfiance. finit par le dégager de toute attache à l’évangélisme el par le gagner aux idées orthodoxes, en l’engageant A étudier les théologiens du xvn· siècle et à reprendre sérieusement la lecture des Pères; il lui inspira son dégoût du formalisme superficiel cl routi­ nier, son besoin d’une vie religieuse profonde, son amour des Ames. L’évolution était terminée en 1829. Newman n’hésite pas à reconnaître qu’il tenait de 1 Kcble cl de E ronde ce qu’il y avait de meilleur en lui. « Je me sens quelque chose comme la gêne d’un cou­ pable, quand on me loue dc mes découvertes,. Vous et Kcble êtes les philosophes, el moi le rhéloricicn. > \ Morley, Letters and correspondence of J -IL New­ man, during his life in the English Church, t. π, p. 17 I. 1682 Lorsque Kcble donna son sermon sur l’apostasie natio­ nale. Newman rentrait d’un voyage en Italie ct en Si­ cile, ù la fin duquel, au cours d’une grave maladie. Il avait eu la conscience très nette qu’il avait une œuvre A accomplir dans son Église. Elle allait commencer. H sera le chef ct l’Amc du mouvement tractarim; même lorsque Pusey entrera dans la lutte, en 1836. ct que l’opinion publique donnera le nom dc puseyisme au mouvement, Newman en restera le directeur spirituel et le véritable c hcf. 2° Les Tracts for the times. - Le 9 septembre 1833. d’accord avec broude ct Kcble, mais sans consulter ses autres amis. Pose, Palmer ct Perceval, il public le premier Tract d’une série qui en devait compter quatrevingt-dix, sous le litre : Tracts put forth to meet the exigencies of the times. Cc premier Tract était intitulé : Thoughts on the ministerial commission, respectfully addressed to the clergy. 11 était publié sans signature, ct il en devait être ainsi des autres : Il suffisait que l’on sût qu’ils venaient d’Oxford. Dc fait on le saura aussi tôt. ct ils seront bientôt désignés sous le nom d’Ox/ora Tracts. Cf. Lett, and cor., t. î, p. H0, 183; t. n, p. 8. Les premiers seront dc courts traités dc quelques pages, le η® 1 n’en a que trois, contenant des affirma­ tions très nettes sur la question posée, sans discussion, sans argumentation : on voulait faire pénétrer la doc­ trine. La difficulté, au début, était de pourvoir à leur diffusion : Newman cl scs amis s’en chargèrent, col­ portant eux-mêmes ccs publications dans les presby­ tère^. Ce premier appel au mouvement est adressé : · A mes frères dans le ministère sacré, les prêtres et les diacres de l’Église du Christ en Angleterre, ordonnes a ccs fonctions par le Saint-Esprit cl 1 imposition des mains. · L’auteur se Justifie dc garder l’anonymat : il ne veut pas sc donner trop d'importance, en parlant en son nom propre. Mais devant le silence dc tous, il ne peut sc taire. Laissera-t-on les évêques porter tout le poids de la lutte sans les aider? Sans entreprendre sur leurs droils de successeurs des apôtres, on peut leur servir d’écuyers. Newman montre le danger d’être abandonné par l’État, dc tomber sous la dépendance cl la servitude des fidèles, comme cela sc passe chez les dissidents. L’Église a des titres de créance, qu’il faut revendiquer. Ces litres ne se trouvent pas dans la popularité, le succès, les distinctions temporelles; ils ne sont pas des allirmations gratuites. « Le fonde­ ment réel de noire autorité repose sur notre origine apostolique. Noire-Seigneur a donné le Saint-Esprit aux apôtres: ceux-ci l’ont donné A leur tour, el le don sacré est arrive jusqu’à nos évêques. En sommes-nous suffisamment persuadés? > Cette doctrine dc la suc­ cession apostolique est affirmée par lr nie de (’ordina­ tion. C’esl l’idée essentielle du Tract : elle sera l’idée maîtresse de celle première partie du mouvement. Elle conduira Newman et les tract ariens A remonter ù l’Église apostolique. L’auteur du Tract touche A un autre point de doctrine qui sc développera également dans la suite et donnera avec le premier les traits caractéristiques du mouvement : · De même, nous devons considérer les sacrements comme nécessaires au salut, parce que Dieu en a fait les moyens pour obtenir la grâce. · D’autres Tracts suivent rapidement le premier : ils traitent toutes sortes dc questions : le bill irlandais, les altérations dans la liturgie cl le service des funé­ railles, la succession aposloli<|ue, la constitution dc l’Église du Christ, sa notion cl son essence, son auto­ rité, 1rs rapports de l’Église actuelle avec l’Église pri­ mitive, les objections historiques contre les privilèges, les dogmes el le culte de l’Église anglicane, la prière, la discipline ecclésiastique, les défauts des Eglises chrétiennes, le jeûne. la communion fréquente... Ils 1683 OXFORD (MOUVEMENT I) ). LES PREMIERS TRACTS donnent des extraits des théologiens anglais, des évêques Beveridge, W il on. Cosin, ct, sous le litre Records 0/ the Church, In traduction des premiers Pères de l’Eglisc, Ignace. Ireme, Justn ... Newman est l'auteur principal des Tracts; mais il I St aidé par Keble, J.-M. Bowden, puis plus tard par Pusey. Froude (n®63 publié après sa mort), Perceval. Palmer donnent leur collaboration, ainsi que de jeunes etudiants. Le but visé fut rapidement ct largement atteint : l’attention était attirée sur les questions sou levées, grâce à la qualité des auteurs, aux sujets trai­ tes, auxquels on n’était plus habitué. Les esprits «sont pousses en avant . Lett. and corr., t. 11. p. IS. On est amené à réfléchir : la doctrine de la succession apostolique, si riche en conséquences, étonne agréable­ ment certains évêques, leur rend confiance. (’.f. Church •φ. cil., p. 120 Autour de Newman se groupent les meilleurs hom­ mes dc son college. /elloios comme H. Wilberforce, 1 11. Mozlcy, Fr. Bogers, J.-F. Christie, anciens élèves comme IL Wilberforce, It.-F. Wilson, W. Fronde, H Williams, S.-F, Wood. J. Bliss, .1. Mozlcy, quelques étrangers, W’oodgalc, dc Saint-Jean, Is. Williams el Copeland, de Trinité. Mais la sympathie pour le mou­ vement n’était pas universelle. Ceux dont l’enseigne­ ment était zwinglicn ou calviniste el les théologiens liberaux s’y montraient nettement opposés, commen­ çaient à murmurer l’accusation dc romanisme, ou du moins de tendance au romanisme, bien que la doctrine des Tracts fût puisée dans le Prayer book et chez les théologiens anglicans. Même parmi les amis, certains n’étaient pas satisfaits : l’aimer était effrayé de leur ton ferme cl péremptoire, dc leur absence de preuves; il aurait voulu les interrompre. D’autres enfin, poussés a réfléchir, jugeaient bonnes les suggestions faites, les idées émises, mais, ne voulant pas ajouter a leur res­ ponsabilité. demeuraient indifférents. A la lin de 1831, quarante-six Tracts étaient publiés : ihfurent réunis en un volume,avec un avertissement qui f dt le point après celle première année d'action. Les auteurs affirment travailler au relèvement de la doctrine religieuse : Succession apostolique, Église ca­ tholique, étaient des principes d’action pour les théo­ logiens du xvn· siècle. On les a abandonnés pour des doctrines froides. Les ministres ont rejeté les vérités les plus consolantes pour les enfants du Christ; les sacrements, représentés autrefois comme les sources de la grâce, sont délaissés. La conséquence est que ceux à qui l’Eglisc restreint les dons de la grâce sont attirés par le méthodisme ou par l’Êglisc romaine. Il faut rendre a la branche anglaise de l’Êglisc du Christ s i pleine efficacité. dont elle a été privée par les théo­ ries particulières de Γépoque actuelle. C’est â cela qu’invitent les auteurs des Tracis. Cf. Church, op. cit., P 122-125. Est-ce à dire que les Iraclariens eussent alors un système dc doctrines bien défini? Newman avoue luimême qu’ < ils eussent été bien embarrassés de dire quel était leur but positif... S’il leur avait fallu déter­ miner l’application pratique de leurs publications, rien ne leur eût clé plus difficile. · Lectures on anglican difficulties, dans Thureau Dangln, op. cit , t. 1, p. 85. Cependant on peut dégager des premières publications trois idées maîtresses, opposées aux conceptions cou­ rantes : réaction contre les conceptions actuelles en s’appuyant sur les théologiens du xvir siècle cl le Prayer book, interprété dans un sens catholique, en défaisant ce qui n été fait pour portcstanllscr l’Êglisc. en revivifiant certaines doctrines; réaction contre les tendances des théologiens libéraux, en plaçant dans le dogme le fondement nécessaire de la religion cl en relevant les éludes thiologiques; réaction contre l’érasttanismr. en affirmant l’indépendance essentielle à 1084 I Église, société visible, gouvernée par les évêques suc­ cesseurs des apôtres. 'lirer des conséquences pratiques de ces principes était chose pleine de difficultés. Déjà en désaccord surin séparation de l’Êglisc et de l'Élal,les amis d’Oxford ne s’entendaient pas sur les dogmes essentiels pour l.i vie chrétienne : lorsque New mon affirme la présence réelle, il est blâmé par son ami. le Hev. iti< kards; s’il repro duit en tract un écrit de l’évêque Cosin contre la transsubstantiation, c’est de Fronde qu’il reçoit de* reproches. Il se justi tic en disant qu’il veut seulement soulever la question, préparer les esprits â un tract ultérieur ou Keble exposera sur l'eucharistie une doctrine High Church. Cf. Lett. and core., 1.1. p. I‘Ml; I. ii. p. 31-32. 3° Collaboration dc Puscy. Les Tracts continuè­ rent en 1835 : dans le premier .semestre, il en parut une vingtaine, composés pour la plupart encore par Newman. Ce dernier cependant commençait à se las ser; ses collaborateurs ne réussissaient pas tous égale­ ment. Désirant poursuivre d’autres études, il eut un instant l'idée d’interrompre leur publication : le 9 août 1835, il fait part de son intention à Fronde,qui l’en dissuade. Cf. Lett, and core., I. n, p. 121. C’est alors qu’une nouvelle adhésion au mouvement vient considérablement renforcer l’action des traclaricns. ( < 11.· d’Ed.-B. Puscy. Fellow d’Oriel en 1821. Pusey était aussitôt entré en relations étroites avec Newman cl Keble. Après deux années «l’éludes en Allemagne (1825-1827), il posa sa candidature comme regius professor d’hébreu au collège dc Christ Church à Oxford. Il dut à celle occasion sc défendre auprès dc l’évêque d’Oxford, le Dr Lloyd, du reproche de latitudinarisme que lui avait mérité l’ouvrage qu’il venait dc publier et où l’on sentait l’influence du rationalisme germanique : An historical inquiry into the probable causes o/ the national character lately predominant in the theology of Germany. 1828. En 1829, il soutint encore les libéraux. lors dc l’élection de B. Peel, (onire le groupe de Newman el de scs amis. Ces derniers cependant ne désespéraient pas le voir tourner au High Church. Cf. Lett, and core., t. i, p. 211. Fronde ne sc trompait pas en exprimant celle conviction â Newman. Dès le début, par suite de son amitié poui Newman et du travail qui sc faisait en lui, il fut favorable au mouvement : il aidait à la diffusion des Tracts, les défendait contre les détrac­ teurs; mais il se refusait à collaborer à leur rédaction. II en donna un cependant en 1833 sur le jeûne, mois il avait eu soin de le signer de ses initiales, pour ne pas être confondu avec les autres tractariens. La collaboration qu’il sc décida à apporter, à la lin dc 1835, fut précieuse pour le parti : « Pusey, écrit Newman dans VApolugic, nous a donné une position et un nom. Sans lui, nous n’nvions pas dc chances, sur­ tout en 1831, de résister sérieusement à l'attaque libé­ rale. Mais Pusey était professeur et chanoine de Christ Church, il exerçait une grande influence, grâce à son caractère profondément religieux, à la largesse de ses charités, â son enseignement. a ses al taches de famille, à ses relations avec les autorités de l’université... Il sera désormais la tête cl le centre des gens zélés qui, dans quelque partie du pays (pic ce soit, adopteront nos opinions. Bien plus, il donnera au mouvement une façade et le fera connaître dans le monde entier. · Church, op. cil., p. 133 131 Second chef du mouve­ ment, en pleine sympathie avec le premier, bien que différant de lui à certains points de vue, il sera aux yeux du monde le chef officiel du mouvement : le newmanlsme devient le pusoylsme. Son adhésion au Mouvement d’Oxford cul eut ore une autre Importance : elle modi ha la conception des Tracts. Pusey était habitue aux études théologiques 1683 approfondies; il ne trouvait pas sullisanl d'attirer l'attention sur les anciennes doctrines dc l’Êglisc, comme le faisaient les premières publications; il vou­ lait qu’on les exposât intégralement ct qu’on les défen­ dit contre les mauvaises interprétations. Cc change ment dans la forme ct le caractère des Tracts sc re­ marque dans ceux que Pusey publie a la fin de 1835, sous les n°67-69. (as trois publications d’environ cent pages cha< une. constituent le traité sur le baptême le plus fouillé peut-être qui ait été publiéen .Angleterre *. Church, op. cit.. p. 136. Pusey y rétablit la véritable portée de cc sacrement, où l’on ne voyait plus que le signe el non la réalité de l’action régénératrice de Dieu. Les Tracts suivants seront faits, pour la plupart, suivant ce modèle de dissertations théologiques éten­ dues el savantes. Newman est convaincu de la néces­ sité dc cc changement. Cf. Lett, and corr., t. n, p. 138. Mais cela demandait plus de soin dans leur prépara­ tion el dans le choix des sujets opportuns. C’cst pour­ quoi Pusey institua une société théologique, qui tien­ dra scs assises chez lui cl ou l’on discutera des éludes qui entreront dans les Tracts ou dans le llritish magazine. La première réunion eut lieu le 12 novembre 1835. 1° Autres moyens d action des tractaricns. La diffusion des Tracts n’absorbait pas toute l'activité deschefs du mouvement. D’autres publications étaient faites dans le même esprit ct pour le même but. ct Newman dans ses sermons de Sainte-Marie ajoutait Pin fluence de sa parole à celle dc ses écrits. A la réunion de lladleigh, on avait examiné un petit supplément nuChurch catechism: un Churchmans manual, composé par Perceval. Il fut revu par Bose. Palmer et Froude. Son but était dc compléter le caté­ chisme sur la nature de l’Êglisc. ses droits el ceux de ses ministres, dc donner un sommaire de la théorie anglicane et de sa situation vls-à-xls de Borne el des dissidents. Il fut approuvé par des évêques, des cler­ gymen et de hautes personnalités. Soumis à l'arche­ vêque pour approbation, correction ou suppression, celui ci répondit qu'il ne voyait pas de dlflkullé à sa publication, mais qu’il ne pouvait lui donner une sanction ofllclcllc Aucune publication théologique n’avait été entourée dc tant de soins. Cclû prouve, dit Perceval, (pie la fondation du mouvement auquel Hose était attaché, fut faite avec tout le soin el toute la ( irronspeclion que la raison pouvait exiger. > Church, op. cit., p. 126, On ne saurait dire si cet exposé de la théologie d’Ox­ ford a exercé une influence considérable. Il n’en est pas de même des sermons de quatre heures de SainteMarie, qui gagnèrent au Mouvement un nombre con­ sidérable d’ndhére.nts. La prédication constituait une partie Importante, pour ne pas dire la partie essentlellc, du culte anglican : le service quotidien, prescrit par le Prayer book, était tombé en désuétude. Froude aurait voulu rétablir la célébration, sinon quotidienne, du moins hebdomadaire, de l'eucharistie. En 1831. Newman hésitait encore à le faire. Voilà un an que je suis préoccupé de ( ommenccr la célébration hebdo­ madaire du Lord's Supper, cl je n’ai pas encore fait le premier pns. · Lrtt. and corr., I. n, p. 50. Et cependant il voulait réveiller le culte paroissial dc la sorte de léthargie où II était tombé, ranimer la piété, amener les fidèles à regarder en eux mêmes, à se juger, iiisulller dans la pensée religieuse un peu dc chaleur, substituer une vie religieuse profonde à une piété superficielle cl routinière, û une religion de convenam c. Ce fut le but des sermons qu’il donna le dimanche, à partir de 1828, à tpialre heures, dans son église Sainte-Marie. Il n’était pas orateur. - Il était aussi loin de I orateur (pie pou­ vait l’être un grand prédicateur. Churc h. Occasional papers, l ιι, p. 1 12 II ne mettait aucune action dans I GSG scs m niions. qu'il h* iit d’une voix tranquille sans inflexions. Et cependant le succès fut tel que Church a pu écrire : < Sans les sermons, le mouvement ne te fût jamais développé, ou, tout au moins, il n'eût pas été ce qu’il n été. » The Oxford movement, p. 129. Ceh tient aux sujets pratiques Imités ct à la profonde conviction dc l'orateur. Ils attirèrent surtout les jeunes étudiants de l’université. · Ils furent pour plu­ sieurs, d'après un témoin, l’une des principales in­ fluences qui ont gouverné leur vie. · Thurea u-Dan gin. op. cil., I i. p. 117 Sur l’influence produite par ces sermons, cf. J. Mozlcy, dans un article dc Christian remembrance, janvier 18If», p. 169; J. Schairy, John Keble. 1866. p. 12-17; F. Doyle, Hrminisernee* and opinions, 1866, p. 115. Pour étendre leur action. Neu­ man publia ces sermons, l’n premier volume parut en mars 1831; onze furent édités dans b suite, exerçant même une action plus profonde que les tracts. ♦ Ils ont changé toute la manière de sentir en matière reli­ gieuse. » Church, Occasional papers, t. ιι. p. 11l. IV. L’apogée du mouvement (1836-1839). Γ* Les publications. 2® La question romaine. 3« Bésultats» Ie Attitude des autorités. 1° Les publications. Durant cette période les Tracts proprement dits sennit moins nombreux : d’oc­ tobre 1835 à 1811, il n’en paraîtra plus que vingt; mais ils seront plus importants. En langage plus cor reel, ils étudient à fond les questions, abordent h principal sujet : 1 Église catholique apostolique, qui attirera davantage l'attention sur l’Êglisc de Hom* Avec l’approbation dc Pusey ct dc Keble, Newman l’expose dans le Tract 7/, du Pf janvier 1836; dans h Tract 75, il fait l’éloge du bréviaire romain, cc qui amène plusieurs dc ses disciples à le réciter; Je Tract 35, 1838, reproduit des conférences sur la saint* Écriture dans ses rapports avec le Credo catholique : l’auteur soumet à une dure critique la théorie protes­ tante du libre examen ct lui oppose la nécessité d’une Église divinement instituée pour Interpréter les véri tés religieuses, Pusey. dans les Caten/e Patrum, qui forment les Tracte 76, 75, SI, expose la continuité historique ct l’autorité dc l’ancienne Église, les doc ­ trines dc la succession apostolique, de la régénération par le baptême, dc l’eucharistie .. Dans le Tract SO. complète par le Tract s 7»sur la prudence dans l’exposé de la vérité religieuse, 1$. Williams montre combien Il est inopportun et préjudiciable d insister sur les vérités de la foi, sur la justification, devant des indif férenls et «les incroyants. il appuie sur Γimportance de la discipline ecclésiastique, d'une vie pieuse, pour I.» formation du caractère religieux Keble, parle Tract 5.**. sur l’interprétation mystique des Pères, considère et * derniers comme les plus sûrs Interprètes de Γ Ecriture L’étude des Pères commençait À prendre de l’im· portance dans les préoccupations des tractaricns : iK voulaient rattacher l’Êglisc actuelle, par 1 intermé­ diaire des théologiens du xvn» siècle, à 1 Eglise des premiers Ages. D’où l’intérêt de mieux connaître les écrivains autorisés de celle période. Déjà, sous le litre Itecords of the Church, on en avait donne des extraits dans les Tracts. C'était insiilllsant. Pusey, en 1836. lançait un prospectus annonçant une Library of l'a thers of the holy catholic Church anterior to the division of the East and West. Editée par Pusey, Keble cl Newman, dédiée ù l'archevêque de Cantorbéry. elle commence à pat alt re en 1838. De 1838 ù 185 1. 38 vo lûmes étaient traduits el publiés par Pusey, Newman. Keble, Marriott. Church, Morris... Après 1851. il en parut encore une dizaine. Dans la préface, Pusey avait désigné Γ Ancien el le Nouveau Testament comme les sources de la doctrine, les Pères dc l’Êglisc comme h canal par lequel elle arrive jusqu’à nous. En donnant ces traductions, les éditeurs entendaient bien demon· 1687 OXFORD (MOUVEMENT D’). APOGÉE trcr que leur Église s’appuyait sur l’Église primitive; que, si elle s’écartait de l’Église romaine, elle était d'accord avec l’Église catholique; que. si elle avait dévie sur certains points de la doctrine primitive, Home avait les mêmes reproches à sc faire. Cette même préoccupation sc retrouve dans les con­ ferences que Newman, pour compléter les sermons de Sainte-Marie, donna chaque année, pendant la sc- ' mainc, à partir de 1831. dans la chapelle Adam de Brome, ancienne chapelle Notre-Dame de Litllemore. Ces conférences furent publiées en volumes, sous les titres : Prophetical office of the Church, viewed relati­ vely to romanism and popular protestantism, 1837; Essay on the doctrine o/ justification, 1838; Antichrist, 1838; Canon oj Scripture, 1838. En même temps qu’étaient livrées au public ces conférences, Newman publiait sous le titre Remains, le journal intime ct la correspondance de son ami R.-H. Froudc, qui venait de mourir. En dévoilant l’état d’âme ct les pensées de son ami, il voulait donner à tous une leçon d’ascétisme cl susciter un enthou­ siasme nécessaire au mouvement. Cf. Lett, and core., t. n. p. 210. Froudc était en effet un ardent partisan des doctrines tractaricnnes : avec une logique irrésis­ tible, il déduisait les conséquences des principes posés par scs amis. Ses Remains nous le montrent loin de la Via media de Newman : il déteste les réformateurs du xvr siècle. Four lui la Réforme fut une rupture né­ faste. Son idéal chrétien sc trouve dans l’Eglise du Moyen Age, dans sa parfaite unité de doctrine; elle est la règle cl le modèle de toute autre Église; c'csl en elle que sc réalise le Quod semper, ubique ct ab omnibus. Confrontant avec cet idéal l’Église d’Angleterre, il trouve dans celle dernière un subjectivisme outré, trop de changements dans les doctrines cl les pra­ tiques. Il dit devenir chaque jour « un (ils moins fidèle de la Réforme. » 11 veut une restauration catho­ lique avec les formes de piété du Moyen Age, les fêtes, le célibat, la fuite du monde, le culte de la Vierge... En un mot, l’Eglise de la Réforme doit se dépouiller de son protestantisme. La publication lit scandale. Arnold y voit une extraordinaire impudence, lettre du 5 août 1838. Stanley. Life of Arnold. Le Dr Fausset t, un « renouveau de papisme », sermon du 20 mai 1838 devant l’université. Cf. Thurcau-Dangin, op, cit., t. i, p. 146-117. 2° La question romaine. L’accusation de papisme était inevitable, malgré les efforts faits par les tracl a riens pour demeurer dans une situation intermé­ diaire entre l’Église romaine cl le protestantisme. Arnold, « chef de maison » du collège de Rugby, com­ mença l'attaque dans un article de la revue d’Édimbourg, The Oxford malignant*. avril 1836. où il mani­ feste contre les traclariens une violente répulsion, les représentant comme des émissaires de Rome, les appe­ lant «obscurs fanatiques, idolâtres pires (pie les catho­ liques romains . Le Dr Dickinson, futur évêque, in­ vente -A pastoral epistle from H is Holiness the Pope to some members of the university of Oxford, faithfully translated from the original latin », et s'attire une verte réplique de Pusey : An corniest remonstrance to the author of the Pope's pastoral teller. A cette époque, Newman était encore très anti­ romain; il voyait toujours dans le pape l’Antéchrist ct son opposition à Rome s’était encore accentuée dans sa controverse avec l’abbé Jager. Cf. Jager, Le protes­ tantisme aux prises avec ta doctrine catholique, ou contro­ verse avec plusieurs anglicans, membres de l'univcrsitr d Oxford, 1836. La question se posait néanmoins qu’il fallait élucider: si l’Église d’Angleterre est. comme le crevaient les tractariens. une partie de l’Eglise catholique, quelle réponse pouvait-elle apporter aux acc usations cl aux revendications de l’Eglise romaine. 1 688 quelle était sa situation entre cette dernière ct le pro­ testantisme? On était parti avec la croyance commune que Rome était l’Antéchrist, que le système romain, doctrinal ct pratique, ne méritait pas l’examen. Or les questions hardies de I ronde avaient amené ses amis â comprendre que l’on devait être mieux instruit sur ce point; le sentiment de ce qui faisait défaut dans l’anglicanisme pressait d’être plus indulgent pour ce qui manquait dans l’Église de Rome. Moins disposé (pie Fronde à interpréter favorablement les reproches faits à Rome, Newman en était arrivé cependant à se convaincre que celle-ci enseignait aux nations la fol et l ’espérance, qu'ci le demeurait une part le du corps histo­ rique qui se rattachait aux apôtres. Cette idée n’était d'ailleurs pas nouvelle dans la théologie anglaise. Dans les Tracts 38 ct //, Newman avait déjà tracé un pre­ mier système de via media. L’Église anglicane, par renseignement des théologiens du xvip siècle et par la liturgie du Prayer book, tient le milieu entre les réformateurs du xvi® siècle el l’Eglise romaine. La règle de foi se trouve dans la doctrine des apôtres cl de l’ancienne Église, non dans les 39 Articles, qui ne sont qu’une protestation contre les erreurs grossières qui se sont glissées dans l’Église pendant le cours des siècles. L’Église anglicane actuelle s'est éloignée de la doctrine des apôtres manifestée dans la liturgie : elle doit y revenir. De même l’Eglise romaine s’en est écartée; la confession de Genève a subi elle aussi des influences étrangères. La situation de l’anglicanisme sera bonne, si l’on y revient aux croyances el aux pratiques des anciens théologiens, elle évitera les erreurs protestantes el la corruption romaine. Une connaissance plus approfondie du catholicisme romain fit saisir à Newman ce que sa construction de la via media avait de fragile. Il reprend la question clans le Tract 71, dans un article du Rritish magazine. Hume thoughts abroad, mars el avril 1836. ct dans Romanism and popular protestant ism. 11 n ’oppose plus une Église pure, l’anglicanisme, à une Église corrom­ pue, la romaine. Mais il considère que l’on est en pré­ sence de deux branches de l’Église divisée, chacune ayant sa réalité historique et son caractère, ses pré­ tentions, scs qualités et ses défauts, aucune ne réali­ sant l’idéal. On ne peut les opposer l’une à l’autre; mais, en Angleterre, Rome est une intruse, de même que l’anglicanisme serait un intrus à Rome. Les angli­ cans ne devaient pas condamner Borne en gros, mais admettre du système romain ce qui pouvait l’être, rejeter ce qui était extravagant, arrogant dans scs prétentions, bas el corrompu dans sa religion popu­ laire. Dans Romanism and popular protestantism, il louche au point capital de la question : l’infaillibilité de l’Église. Il ne pouvait y échapper, puisqu'il recon­ naissait dans l’Église le témoin de la vérité révélée, chargé de l'enseigner : comment conserver celte idée élevée de l’autorité enseignante de l’Église, sans ad­ mettre la théorie imposante et consistante de l’Église romaine? La doctrine de l'infaillibilité lui apparaît inadmissible : elle sc substitue à l’évidence historique de l’antiquité et au consentement des Pères; c'est une folie nnliphilosophique de ffxer en des définitions pré­ cises nos connaissant es fragmentaires. 11 lui suffit qu’il y ail dans l’Église historique une véritable autorité, qui varie dans ses degrés, digne de foi et suprême sur les points fondamentaux, claire et de poids, mais pas absolue, dans d’autres questions. Il pensait ainsi échapper au protestantisme et au catholicisme, con­ damnant à la fois les abus du jugement privé el la prétention à l’infaillibilité doctrinale, revendiquant le principe dogmatique et sacramentel, tout en répu­ diant la corruption romaine. Le même effort pour jus­ tifier celte via media est fait par Palmer, dans Treatise on the Church of Christ, 1838. 1689 OXFORD (MOUVEMENT ΙΓ) 3° Résultats. Cette période est l'apogée du mou­ vement d'Oxford : In sympathie grandit autour de ses chefs, dont les publications reçoivent partout bon accueil : en 1838, plus de soixante mille Tracts étaient vendus. Cf. Lett, and carr., t. n, p. 278, 279, 283; ils parviennent jusqu'aux Étnts-l’nis. Cf. Il.-S. Liddon, Life of /9/sq/, t. n. p. 121. Les clergymen se réunissent pour discuter ces idées nouvelles, lit ce n’est pas seule­ ment à Oxford que l'attention est attirée. Cambridge même, la rivale d'Oxford, s’intéresse au mouvement ; ses etudiants cherchent à entrer en relation avec les traclariens. Les adhérents actifs sc multiplient : aux amis de la première heure, Bowden, Fr. Kogers, Is. Williams, les deux Wilberforce, d’autres sc joignent, Fr. Oakley, fellow de B illlol, Ch. Marriott, collabora­ teur de la bibliothèque des Pères, ainsi que Church, qui devait écrire l’histoire du mouvement, F.-W. Fabcr, qui entre dans le parti en 1837 ct sc convertira un mois après Newman, J. Dalgnirns, futur oratorlen, A.· J. Christie, fellow dOriel, qui entrera dans la Compagnie de Jésus, S. Wood, oncle de lord Halifax, J.-K. Scott, converti en même temps que Manning, ce dernier influencé par le mouvement dès 1837. Tous n’appartenaient pas au High Church: plusieurs vinrent de l’évangélisme (Oakley, Faber, Church. Wood. Manning). L'école liberale fournit moins de recrues. On peut noter cependant Mark Patison, â partir de 1838; ct. parmi les disciples d’Arnold, les plus réfractaires au mouvement, A.-P. Stanley sc sent fortement attiré par Newman, mais finalement reste libéral. Cf. Bow. E. Pro them, Life and correspon­ dance of A.-P. Stanley, t. i, p. 131, 19G; par contre W.-G. Ward est pleinement conquis. D’une habileté dialectique extraordinaire, d’une grande puissance de discussion, allant naturellement aux extrêmes,semant partout l’agitation, Ward devait donner une tournure décisive au parti tractarien, en montrant l’inconsistance du système théologiqueangli­ can. D’abord disciple de Whately, puis d'Arnold, lié avec Stanley, il est opposé au mouvement tractarien à scs débuts. Eut rainé par ruse aux sermons de SainteMarie, puis aux conférences de la chapelle Adam de Brême, il est séduit par Newman ; scs objections contre la position traclariennc, soumises à Kogers, sont réfu­ tées par Newman. Sa conversion est achevée par les conférences dans lesquelles ce dernier démontre la nécessité d’une Eglise pour interpréter les Écritures. 1) acquiert la conviction que si la chrétienté primitive a été corrompue dans le papisme, elle ne se retrouve pas dans l'anglicanisme ». T. Mozlcy, Reminiscences, l. n, p. 5. Cf. W. Ward. H’.-G. Ward and the Oxford movement. Il n’avait pas pour l’Église d'Angleterre le même attachement que les chefs du mouvement. Mais, membre de l’Église anglicane, il l'acceptait avec loyauté, tout en la jugeant, la comparant avec l’idéal de l’Église qu’il commençait à se former. Devenu puissant â Oxford, le parti tractarien pou­ vait intervenir dans les affaires de l’université. Il le lit dans deux circonstances. La nomination, en 1836, par lord Melbourne du l)r Hampden, comme regius professor de théologie, suscite leur première interven­ tion. Esprit spéculatif, le l)r Hampden était un ortho­ doxe rigide, acceptant les doctrines et les Credo de son Église. Il avait publié un volume de sermons, qui contenait un exposé remarquable des arguments scrip­ turaires en faveur de la Trinité ct une défense du sym­ bole de saint Alhanase. M ils, en même temps, il reprenait la doctrine do l’autorité Int illllblc cl suffi­ sante de l’Êcriture ct rejetait le consentement de l’Église. 11 soutenait qu’il y avait des formules qui pouvaient être des interprétations de doctrines ou des déductions scripturaires, appartenant ù une époque ou â une école, qu’il fallait les donner comme telles cl APOGÉE 169ό ne pas le» considérer comme affirmations authentiques de la révélation. Il appliquait cette théorie aux 39 z\rticlcs, expression de la croyance collective. On l’accuse de latitudinarisme, on lui montre que s'en tenir à la lettre pure de l’Êcriture n'était pas suffisant, que rien n’y affirmait une Église organisée, catholique cl apos­ tolique. C’est ce que fait Newman, dans Elucidation* of IP Hampden*s theological statement. Hampden ré­ pond en affirmant sa croyance orthodoxe. Arnold prend sa défense dans la Revue d’Édlmbourg : The Oxford malignant* and I)r Hampden, avril 1836. La question est soumise â la · Convocation »; une première tentative échoue, grâce au veto des proctors; mais, le 5 mal 1836, le corps universitaire manifeste sa répro­ bation. Cf. Chur< h. op. cit., p. 159-176. C’est encore la nécessité de défendre la doctrine de l’Église anglicane qui explique la position que prend le parti tractarien, lors du projet d'érection à Oxford d’un monument aux martyrs de la Réforme, Cran mer, Kidlcy ct L.itimcr. Li souscription organisée â l’univcrslté devait embarrasser les traclariens. Les Réfor­ mateurs avaient donné àl’Êgliscanglicane sa doctrine; ils furent longtemps l’objet d’une grande vénération, Mais les études faites sous l’impulsion du mouvement avaient montré que, sur bien des points, ils étaient in­ défendables, qu’ils avaient été des théologiens infidèles cl pleins de contradictions, que les circonstances seules leur avaient (ail garder les points essentiels du catho­ licisme cl qu'ils étaient attirés plutôt vers les idées de Calvin cl de Zwingle. Ainsi pensaient les traclariens. Les amener à souscrire, c’était obtenir le désaveu de leurs idées. Newman cl scs amis sc tinrent à l’écart cl entraînèrent Pusey. La souscription aboutit néan­ moins, mais ses promoteurs avaient contraint les traclariens à m inifeslcr ouvertement leur déloyauté envers la Réforme. •1« Attitude des autorités. — Le mouvement tracta­ rien était un effort loyal pour servir l’Église anglicane. Ses chefs étalent des hommes instruits, de vie austère, estimés dans l’université; ils combattaient pour ce que l’université considérait comme ce qu’il y avait de plus cher cl de plus sacré : les privilèges cl le salut de l’Église.Cela aurait dû leur attirer la bienveillance des chefs de l’université el de l’épiscopal. Il n’en fut rien Les chefs de l'université auraient pu agir comme modérateurs; ils demeurèrent d’abord indifférents, sc laissant troubler seulement par le bruit de quelque tract nouveau. Il y avait chez eux. dit Church, ■ sereine Ignorance ·. Op. cil., p. 215. Ils sc moquaient, plaisan­ taient, raillaient, criaient au papisme. De l’indiffé­ rence. ils devaient bientôt passer à l’aversion, après la publication du Tract 90. n’ayant pas pris soin de se renseigner, d’entrer en relations avec les traclariens. de juger en connaissance de cause ct avec justice. Les évêques étalent loin de la scène, préoccupés d’autres questions. Trois ou qu dre seulement étaient théologiens, l'archevêque Howley, Phillpolts d’Exe­ ter. Kaye do Lincoln. M ir>h de Peterborough. Trois appartenaient à l’cvangélisme, Ryder de Lichfield, ct les deux Sumner de Winchester el de Chester. Le plus en vue était celui de Londres. Blomlield, mais il sc reconnaissait incompétent dans les questions soule­ vées par les Tracts. Cf. Church, op. cit., p. 249. L'attitude des traclariens vis-à-vis des évêques avait été très déférente. Newman aurait voulu les voir prendre lu tête du mouvement : la question intéressait l’Église et elle était traitée par des hommes irrespon­ sables. Les traclariens invitaient le clergé ù sc serrer autour des évêques; il est vrai qu’en même temps ils écrivaient ne pas souhaiter aux chefs de l’Église · une fin plus heureuse de leur vie que la spoliation de leurs biens et le martyre. > Church, op. cit., p. 250. Les évêques furent d'abord indifférents, puis perplexes sur f 691 OXFORD (MOI \EMENT I)*) LKTHUIT 90 1692 linncc des catholiques anglais avec O’Connell, dans la kur doctrine, quand les Tracis sc développèrent : on n’avnit jamais, d’une part, tant exalté la fonction des politique sans scrupule du clergé romain. En 1811. Newman avait encore la même conviction relative évêques, revendiqué pour eux une origine si haute cl ment A son Église : il considère ’’Église d’Oxiord si sacrée, tant insisté sur leur autorité; d’autre part, le parti évangéliste reprenait faveur auprès des hommes comme l’Eglise locale; la vie de l’Église anglicane est au pouvoir et des autorités ecclésiastiques, et les trac­ une note de sa vérité, elle est le canal divinement établi par lequel la grâce surnaturelle se répand dans l'âme tariens les combat latent. Les évêques ne pouvaient des fidèles. Cf. Letter to the bishop of Ox/ord, 29 mars soutenir les uns sans mécontenter les autres. Leur intervention sc fait d’abord timidement. L ève 1811, dans Church, op. cit., p. 276-280. Pusey. Kcblc, Marriott. Williams sont dans la même tranquillité. que Phillpolls suggère, dans un mandement de 1836, D’autres n’ont plus la même assurance. Ward, Oakley qu'on établisse la véritable notion de l’Église ct des *acremcnls. mais sans faire allusion aux Tracts. L‘é\ cFaber, Dalgairns, ne tarderont pas à voir l’incon­ que d’Oxiord, Bagot, ami de Newman, mélange les sistance d’un pareil système : la vérité de l’Église de louanges et les critiques â l'adresse du mouvement. Borne leur apparaîtra plus clairement, aux dépens de Les critiques furent sensibles A Newman, qui aussitôt celle d’Angleterre qui sc montre incapable de sup­ porter les réformes proposées. Ils sont séduits par tout propose à son évêque d'abandonner ces publications Celui-ci refuse, promettant d’apporter des adoucisse­ le système romain : son principe d’autorité, son idéal ments au blâme, lors de la publication de son mande­ de la sainteté, ses habitudes de piété. Pour eux. il n’y ment. La première attaque violente partit de Chester. a pas de milieu, le système anglican est à garder ou à L’évêque J.-B. Sumner dépeint le mouvement comme rejeter. l’œuvre de Satan; en 1838. dans un mandement, ii Pratique, le mouvement cherche ù développer une dénomc la « mine creusée sous les fondations de véritable vie chrétienne. Son idéal est exposé dès 1S33, dans les Esquisses de la vie chrétienne primitive, 1 Église protestante par des hommes qui habitent dans ses murailles ». la mauvaise fol de ceux qui siègent publiées par le British magazine el réunies en volume sous le litre Church o/ Bathers: on doit chercher chez dans la chaire des réformateurs el qui trahissent la les Pères non seulement la doctrine, mais des exemples Réforme ». L’évêque de Londres, Blomlleld, félicite son el des modèles de vie chrétienne, dette préoccupation collègue de Calcutta d’avoir critiqué les tract ariens el morale se retrouve dans leur façon d'étudier l'Evangile. lui-même leur reproche d’avoir « altéré la simplicité de l’Évangilcde Jésus-Christ.» .1 memoir o/ (L-J. Blom- I La théologie évangéliste s’élail plus occupée de field, t. H, p. 15. Cf. Church, op. cit., p. 2-13-265: l’ceuvre du Christ que de ses exemples; on regardait riiure.iu-Dangin, op. cit., t. i, p. 1 19-152. Les évêques les Épltrcs de· saint Paul comme le dernier mot de n’avaient pas compris le but du mouvement; ils sc l’Évangile, on cherchait des textes pour prouver lu laissaient arrêter par des détails souvent peu impor­ suffisance de ΓÉcriture, le droit à l’interprétation pri­ tants. Les tractariens avaient d’ailleurs commis des vée. la doctrine de la justification. Les tractariens recherchent le Christ dans l’Évangile, ses leçons de fautes, le mouvement avait été trop rapide pour être renoncement cl d'abnégation. D’où l'importance don­ tout à fait salutaire; les changements apparaissaient trop considérables de 1833 à 1810 dans l’enseignement, née A la vie intérieure et aux pratiques d’austérité, les idées, les pratiques du culte privé cl public, pour recommandées dans les sermons de Sainte-Marie. Dans celle dernière phase la question doctrinale des esprits non préparés. On avait aussi oublié, re­ marque Church, op. cit.. p. 251. la parole de saint prend le dessus; de très vives controverses sont dé­ Paul : Omnia mihi licent sed non omnia expediunt, clenchées par le Tract 90, qui sera en fait le dernier I Cor., m, 12. 11 aurait fallu distinguer les grandes de la série. 2° Le Tract 90. La question de la souscription aux vérités centrales (pii s’imposaient cl les points secon­ 39 Articles de l’Église anglicane avait déjà été soulevée daires qui pouvaient attendre. au début du mouvement Les tractariens avalent pris V La crise(1810-1843). — 1° Situation du parti en position contre les théologiens libéraux, qui en deman­ 1810. 2° Le Tract 90. 3° Condamnation du Tract 90. 1° Conséquences de la condamnation. daient la suppression el avaient, en 1835, contribué à faire rejeter le projet de ceux-ci. Cf. Church, op. cil., 1° Situation du parti en IS 10. Le parti tractaricn sc montre sous un double aspect : théologique el p. 116-158. C’est contre eux que la question sc posait mainte­ pratique. nant, dès lors qu’ils avaient habitué à accorder l'im­ Il est toujours et avant tout préoccupé de la notion l’Église. L’Église est-elle une réalité ou une concep­ portance qu’elles méritaient aux doctrines de l’Église anglicane. On sc demandait si ceux qui partageaient tion de l’esprit? Quels sont ses fondements? Comment les principes catholiques que les tractariens s’cllordiscerner la véritable Église de ses contrefaçons? çaienl de rétablir dans l’anglicanisme pouvaient loyale L’Église anglicane est-elle la véritable Église? Λ-t-elle ment souscrire aux 39 Articles. Newnmn voyait ΙΛ un besoin de réforme? Jusqu’Ici aucun tractaricn n’avait danger pour le parti : alhrmcr l’imompatibililé entre douté de la légitimité de sa position dans l’anglica la confession de foi de l’Église établie cl les idées du nistue, considéré d’abord comme la seule véritable mouvement, n’était-cc pas une invitation pour cer­ Église, puis comme une branche de la véritable Église. Un changement notable s’était produit dans l'alti­ tains à quitter cette Église pour celle de Borne? Pour conjurer Stanley, Life o/ Arnold, f. II. p. 215. L'université ne se contento pas de sa victoire sur Newman. Elle sen prend â scs amis. En juin 1811, Ward est destitue de sa chaire â Balliol; 1s. Williams est éc’irlcdc la chaire de poésie, abandonnée par Kcblc» à cause de ses relations axec Kcble cl avec Newman: Church dnlt se démettra de ses fonctions de tutor à II 1695 OXFORD (MOUVEMENT D’). LE TRACT ‘JO 1696 Oriel; les étudiants sont prévenus que leur attache­ évité une condamnation épiscopale; il espérait qu’en ment à la cause tractaricnne peut compromettre leur gardant le silence, il désarmerait scs adversaires. li se trompait. avenir : on leur Impose, contrairement aux statuts, la En moins d’un an, 1811 -1812, quarante-deux évêques soutenance de thèses qu’ils ne peuvent défendre sans renier leurs convictions. Cf. Church, op. at., p. 320- censurent le Tract 90 : ils répudient l’interprétation donnée aux Articles, comme entachée de romanisme, TJI. Ces vexations ne sont rien à côte de la mesure que déloyale envers l’Eglise, propre à susciter le schisme Cunlvrcsité va prendre contre Puscy. Puscy avait déjà ou l’apostasie. L’un d’eux le déclare 1’ « œuvre de Satan ». Les deux membres les plus Influents de l’épis­ été accusé de romanisme, en 1811, alors qu’il était allé en Irlande étudier la vie monastique, qu’il désirait copat anglais, l’archevêque de Cantorbéry cl l’évêquc de Londres, se laissent entrainer par le mouvement de rétablir dans l’Église anglicane; il avait cherché, cn 1812, à couvrir les ardents du parti, cn exposant à réprobation,do meme que l’évêque le plus High Church l’archevêque de Cantorbéry que les grands respon- ! Phlllpotts d’Exeter. Et, ce qui fut plus pénible a Newman, l’évêquc d’Oxford, au mépris des engage­ sables de leur attitude étaient les anglicans (pii les ments pris, ajouta sa condamnation aux autres cen­ repoussaient ct les jetaient dans les bras de l’Église romaine. 11 était suspect. On saisit la premiere occa­ sures. La proscription du Tract ne parut pas encore suffisante : les évêques de Londres et de Winchester sion de le frapper. Le 1 1 mai 1813, pour compléter son refusent & l’ordination des clercs suspects de nowmaouvrage sur le baptême, il donne, dans l’église de nisme. Cf. Lett, and Corr., I. n, p. 350-390. La réaction Christ Church, un sermon sur l’eucharistie. Il veut rendre plus fréquente l’administration de cc sacrement était complete : elle parut accentuée encore par l’af­ faire de l’évêque protestant de Jérusalem. qui n’est autorisée qu’une fois par mois à Christ Pour préparer les voies à une reconnaissance par Church; il ne cache pas sa foi en une présence réelle objective. Or, quelques jours après, le Dr Fausset t, l’Église d'Angleterre de la nouvelle Église d’État de professeur de théologie à Margaret, dénonçait le ser­ Prusse, le ministre Bunsen avait émis le projet de faire nommer un évêque protestant Λ Jérusalem, al­ mon au vice-chancelier comme contenant une doctrine ternativement par la Prusse et par l’Angleterre : sacre hérétique cl le vice-chancelier commençait aussitôt la par les évêques anglais, il aurait juridiction sur les procédure. Puscy envoie le texte de son sermon et protestants anglais et allemands de Palestine. L’ar­ demande à être entendu. Pas plus qu’on ne l'avait fait chevêque de Cantorbéry cl l’évêquc de Londres accep­ pour Newman,A propos du Tract 00,on ne lit droit à sa tèrent, ct le bill fut voté cn 1811 : c'était, contraire­ requête. Sans avoir élé entendu, sans qu’on lui eût ment au but poursuivi par les traclariens, rattacher fait connaître de façon précise l'accusation, ni d’où plus étroitement l’anglicanisme nu protestantisme, elle venait, sans qu’il eût pu savoir quels étaient les faire à l’hérésie une concession qui. écrivait Newman passages incriminés, ni en quoi ils étaient opposés aux Articles, Puscy était condamné le 27 mai, pour avoir à son évêque, « privait son Église du droit d’être con­ enseigné une doctrine contraire à celle de l’Église | sidérée comme une branche de l’Eglise universelle · d’Angleterre ct, le 2 juin, par l’autorité du vice-chan- I Thureau-Dangin, op. cit., I. i, p. 22 1. 1° Conséquences de ta condamnation du Tract 90. cclier, il était suspendu de la prédication dans l'uni­ versité, pendant deux ans. Une requête, signée d'hom- I 1. Sur le chef du mouvement : retraite de Neioman à Littlemore. — La condamnation duTract 90 avait mon­ mes appartenant à tous les partis, fut présentée au tré que l’Église d’Angleterre était incapable de sup­ vice-chancelier, pour connaître les fondements de la sentence : elle fut refusée. De Londres, une protesta­ porter les doctrines catholiques des traclariens. Ces derniers commençaient à êlre rejetés pur leur h.glisc : tion arriva contre cc déni de justice,signée entre autres iraient-ils à Home, plutôt que de retomber dans le par Gladstone et Coleridge. Le vice-chancelier sc protestantisme? Wiseman, qui venait, en 1810, d’être fâcha : il réprimanda hommes d’État ct laïques, non nommé coadjuteur de Mgr Walsh, vicaire apostolique seulement parce qu’ils prétendaient intervenir dans du centre, avait, depuis les débuts du mouvement, les ses propres fonctions, mais parce qu’ils se rendaient regards fixés sur lui, espérant, malgré la défiance des coupables du plus grand crime, du crime académique, catholiques anglais, qu’une ample moisson s’offrirait du crime de troubler la paix de l'université. Cf. Church, bientôt à l’Église romaine. Cf. J. Gulbert, op. cil., op. cit., p. 327-335. p. 173-201. Newman voit le danger. 11 veut l’écar­ La réprobation du Tract 90 ne vint pas seulement de l'université. Cc qui affecta le plus Newman, ce fut l’in­ ter, en affirmant de nouveau les litres de l’anglica­ tervention de l’évêque d’Oxford, intervention qui ,. nisme. Il se dit que, si la situation de son Église est devait mettre lin à la publication des Tracts. Tout en ! anormale, elle n’est pas illégitime. Cf. Lett, and core.. t. n, p. 316-319; que, parmi les adhérents du parti,un condamnant l’écrit,l’évêquc voulait ménager l’auteur, seul jusqu’ici lui a échappé, Slbthorpc, fellow de il demanda conseil â l’archevêque de Cantorbéry, qui recommanda de mettre tin à une controverse dange­ Magdalen, converti en 1811. Dans une série de quatre reuse. Des négociations s’engagèrent alors, par l’en­ sermons, décembre 1811, il démontre la légitimité de l’anglicanisme, à l’aide d’une théorie nouvelle, celle tremise de Puscy, entre l’évêquc d'Oxford cl Newman. de Samarie. Séparée de Juda, Samarie demeurait Je L’évêque aurait voulu le désaveu du Tract par son peuple élu; Dieu continuait à lui envoyer scs pro auteur et sa suppression. Newman répond que, si on lui impose un tel reniement, il résignera sa cure de phetes; les Samaritains n’étalent pas tenus d’aller a Jérusalem. L'Église d'Angleterre est séparée de Rome: Sainte-Marie. On arrive a établir un compromis : les mais, mieux que Samarie, elle a gardé les signes de membres du parti ne publieront plus de Tracts, mais le Tract 90 ne sera ni condamné ni supprimé. Même une l’alliance, les sacrements; la vie divine se manifeste cn nouvelle édition parut, avec des notes justificatives. elle par des grâces extraordinaires : on n’est donc pas Cf. Lett, and core., t. n, p. 337-338; Llddon, Ll/e o) obligé de la quitter pour Rome; on doit lui garder foi Puscy, t. n, p. 183 sq. Pour conclure cette affaire. et confiance. Newman écrivit à son évêque une lettre où il expli­ On sent que, par cette comparaison, il veut, non quait la doctrine du Tract, sans en rien retrancher, seulement arrêter les autres sur le chemin de Rome, mais cn Insistant sur ce qu’il disait contre Home. mais se convaincre lui-même. Déjà, cn 1839, le doute L’évêquc répondit cn félicitant ct en remerciant l’au­ avait pris possession de lui. Ses études sur les monoteur. Cf. Lett, and corr., t. il, p. 337-313. C’en était physllvs, qui l’avaient amené à reconnaître que lu fait des Tracts. Newman sc montra satisfait : il avait situation de ces derniers sis a vis de Rome était iden­ 1697 0X1 OKI) (MOUVEMENT D’). LA SCISSION tique Λ celle des anglicans, la lecture d’un article de Wiseman, 7 hr anglican claims,duns la Retnir dr Dublin, août 1839, qui lui fit faire le même rapprochement entre les donntlstes et les anglicans et qui lui donna l’obsession de cette parole de saint Augustin securus judicat orbis terrarum, tout cela l’avait troublé si fort ( qu'il émet, pour la première fois, devant des amis in­ times, Kogers et H. Wilberforce, l’idée d’une conver­ sion possible au catholicisme. Mais bientôt son trouble s’apaise : ses doutes ne sont-ils pas l'œuvre du démon? ; SI c'est l'appel de Dieu, il sc reproduira. On sent cc désir de sc rassurer pleinement dans le sermon sur les appels divins, The divine calls, octobre 1839. Voir sur son état d’âme à celte époque sa réponse Λ Manning, le consultant sur le moyen de retenir une personne dans l'anglicanisme, dans Thurcau-Dangin, op. cit., l. t, p. 184-186· Le calme de sa conscience ne pouvait être que de peu de durée. En préparant son livre sur les ariens, cn 1811, il aboutit à la même conclusion qu'à propos des monophysites : les ariens purs sont les protestants, les scml-ariens les anglicans, Borne est toujours la même, t L'Église d’Angleterre a tort, dit-il à son vicaire Is. Williams, le devoir est de sc joindre à elle. » Autobio­ graphy o/ Is. Williams, p. 110. « Je crains, éi rit-il à Dope, le 17 octobre 1811, d’être obligé de dire que le seul moyen de garder l’Église d'Angleterre est d'envi­ sager ouvertement la possibilité de la quitter el d’agir en conséquence. · Lett, and core., t. n, p 356. De telles préoccupations intérieures lui rendaient pénible l'exercice de scs fondions de curé de SainteMarie ct délicate la direction du mouvement. Il avait interrompu les Tracts pour plaire à son évêque; de luimême il abandonne la direction du British critic, il met lin aux conférences théologiques qui se tenaient chez Puscy, il laisse l’administration de sa paroisse à son vicaire, Is. Williams, et se retire à Littlemore, emmenant avec lui sa bibliothèque théologique et patristique. Des amis viennent le rejoindre dans sa retraite. N'étail-ce pas le moment de réaliser le projet de res­ tauration des ordres religieux, qu’il avait c. ressé en 1810? Cc serait donner une arme nouvelle à scs adver­ saires : il y renonce. Néanmoins, c’est une véritable vie monastique que l’on mène à Littlemore, â partir de 1812 : olïlce en commun, pendant quelque temps oillcc de nuit, méditation, confession, communion fré­ quente, jeûnes el abstinence, élude... Au dehors on ne s’y trompe pas. L’évêquc d’Oxford demande, en avril 1812, des explications sur col essai de restauration monastique. Newman ne peut que sc plaindre de la malice de scs adversaires qui ne cessent de le pour­ suivre de faux rapports, malgré le silence qu’il observe depuis le 7'ract bü. Ce silence, il ne le rompra que pour rétracter, dans un article du Conservative journal d’Oxford, février 1813, ses anciennes attaques contre Home : il rejette la responsabilité de ces dénigrements sur les théolo­ giens du xvn* siècle, qu’il a suivis aveuglement ct qui l’ont trompé. Il considère dès lors la communion catho­ lique comme la véritable Église des ;pôtres; mais il relient toujours ses disciples, pressés de s’unir û Home: c’est i our lui un devoir do loy* ulc envers l'anglica­ nisme, envers ceux qui lui ont confié leurs enfants; il considère également qu il est de leur intérêt de ne pas agir avec précipitation. C’est ainsi qu’il relient Faber, fortement impressionne par l’audience qu’il vient d’obtenir de Grégoire XVI, cl Ward, qui disait : • Newman est mon pape, sans sa permission je ne puis remuer. » W. W.rd, op. cil., p. 2 11. Les conversions commençaient cependant Newman avait reçu ù Littlemore, cn 1812, un jeune Écossais, Lockhard, arrivé â Oxford en 1839, gagné nu mouveD1CT DE THÉOL. CATII. 1698 ment par les Remains de Fronde, le tract de Puscy sur le baptême, les sermons de Sainte-Marie cl le Tract 90. 11 doute du pouvoir d'absoudre des prêtres anglicans; Newman ne peut lui répondre; mais il obtient de lui l'engagement d’écarter toute idée de changement pen­ dant trois ans. Au bout d’un an, après une retnite de trois jours, sous la direction d'un religieux rosminlen, le P. Gentil!, Lockhard abjure, août 1813. Pour déga­ ger sa responsabilité, Newman écrit à son évêque, lui exposant comment Ix>ckhnrd avait manqué a sa pa­ role. Malgré tout, sa position dans (’anglicanisme de­ vient intenable : il ne voit d’autre solution que la rési­ gnation de so cure, car il prévoit d'autres défections, dont on le rendra responsable. 11 s’en ouvre à Kcble, Lett. and corr., I. n, p. 422, à Puscy, à scs amis, à scs sœurs, qui combattent sa résolution. LrIL and corr., t. n, p. 418-421. C’est cn vain. 11 est décidé, depuis quelque temps déjà. La conversion de Lockhard n’est que I occasion. « Je ne suis pas, é< rit-il à J.-B. Mozlcy, un assez bon fils de l’Église j our pouvoir garder cn conscience le bénéfice que je liens d’elle. J’aime trop l’Église de Home. » Lett. and corr., t. n. p. 423. Le 18 septembre 1813, il signait à Londres sa démission; le 21, il donnait à Sainte-Marie son dernier sermon, sans aucune allusion à sa retraite; le 25, il faisait à Littlemore scs adieux à scs audilcurs anglicans, trai­ tant dans son sermon de la séparation des amis, ter­ minant par « une plainte déchirante à l'adresse de l’Église qu’il a tant aimée ct qui le rejette ·. ThurcauDangin, op. cil., t. t, p. 281. Newman rentrait dans la communion laïque. 2° Sur le parti : ta scission. — La · séparation des amis · sc faisait déjà dans le parti traclaricn. Parmi ses adhérents, ceux du début continuaient à suivre l’ancienne voie. Très attachés à l’Église d’Angleterre cl prévenus contre Home, ils voulaient ramener leur Église à l’idéal des théologiens du xvn* siècle et la fortifier ainsi contre Home. Kcble ct leurs premiers partisans sc montraient satisfaits de la position de l’Église anglicane : il y avait des anomalies dans toutes les Églises, mais pas plus dans la leur que dans les autres. On voyait dans Home un système définitive­ ment corrompu, avec quelques choses bonnes cl catho­ liques; on était antiromain autant qu’anliéraslicn. Les jeunes disciples. Ch. Seager, J.-B. Morris, Fr. Faber, Fr. Oakley, J.-D. Dalgiirns, W.-G. Ward, n’avaient plus les memes idées. Dès le début de leur adhésion, ils régi nièrent vers Home. La situation est renversée. Ce n’est plus l’Église rom line qui est mise en jugement, mais celle d'Angleterre que l’on pro­ clame déchue, dont la position est indéfendable. Il faut non plus l’élevcr comme une Église indépendante, mais In rapprocher de la catholklié parfaite de l’Église de Home. L’expression d’un de ces ardents, rapportée par Church, · combien je hais ces anglicans ·. op. cit., p. 212. est significative. Les Remains de l roude avaient contribué à discré­ diter les réformateurs du xvi* sièt le. W.-G. Ward etale son amour | our l’Église romaine, pour ses théologiens, pour les maîtres de sa dévotion mystique el ascétique. Pour lui. l’anglicanisme n'est pas à corriger : c’est un système à conserver ou à rejeter; il insiste sur la posi­ tion dégradée de 1 Eglise établie : elle ne peut qu’im­ plorer humblement, aux pieds de Home, son pardon et son relèvement. Les relations de Ward ct d’Oakley avec des convertis catholiques, Pugin et Philipps, avec Wiseman qui se préoccupe des moyens de réaliser l’union des deux Églises, la visite qu’ils font enthou­ siasmés au monastère cistercien de la Grâce-Dieu, près d’Oscott, exaltent leur romanisme, qu’ils exposent ouvertement dans le British critic. Cf. W. Ward, W.-(i. Ward and the Oxford movement, p. 190-201; l.ije and limes oj card. Wiseman, t. i, p. 371 sq. T. — XI — 54 1699 OXFORD (MOUVEMENT D). LE I) EN OU EM EN T 1700 Ottc attitude n'étftlt pas sans inquiéter les chefs du cessé de paraître. Ward publie un gros volume, en mouvement. Dans un article du British critic, avril juin 1811, intitule : Idea! of Christian Church consi­ 1839, sur l’état des partis religieux, Newman avait dered in comparison with existing practice; H voulait déjà constaté les exagérations de certains de scs dis- I exposer co qu’il croyait être sa position et la justifier clples» «gens trop jeunes pour être sages, trop géné­ aux yeux des lecteurs justes et intelligents. reux pour être prudents, trop chaleureux pour être Après avoir établi ce qu’l! concevait être l'idéal modérés ». Il ne voit pas ΙΛ un réel danger. On com­ d’une Eglise chrétienne, il afllrme que l’Église romaine mence à constater des appréhensions chez lui, ù ce seule le réalise et il démontre en détail que l’Église sujet, â partir de la lin de 1839, des craintes de voir anglicane, en dépit de ses nfllrm.it ions. ne satisfait pas cet état d'esprit aboutir Λ des conversions Indlvl- 1 pleinement aux conditions requises. La solution pro­ duelles. L'alarme est plus grande, quand on prend posée est claire : l’Église d’Angleterre doit se réformer connaissance de la lettre publiée dans V Univers de en prenant Komc pour modèle. On pourra procéder Paris, le 13 avril 18H, donnée comme provenant d’un graduellement, m iis on doit reconnaître son autorité Jeune oxfordman, mais que l’on sait écrite par Ward en divine et sc repentir de s'être séparé d’elle. Quant à sa position personnelle, elle est en confer collaboration avec D.ilg.ilms. Dans ce manifeste, ceuxci notent les perspectives d’union des deux Églises, leur mité avec les vues précédentes : il accepte et enseigne brûlant désir de sc réunir aux catholiques, leur sincère toute la doctrine romaine. « Nous trouvons, dit-il., amour du Siège apostolique, centre de la chrétienté. Ils tout le cycle de la doctrine rom due graduellement Invitent les catholiques à ne pas espérer de conversions accepté par nombre d’ecclésiastiques anglais... Trois Individuelles, mais à se réformer eux-mêmes pour faci­ années ont passé depuis que j'ai dit ouvertement qu’en liter la réunion et terminent en demandant des prières souscrivant aux Articles je ne renonçais pas à la doc­ à cette intention. Pusey réclame des explications Λ trine romaine; maintenant je garde mon poste de /ellotu, sous la mouvance de celte signature, et jon’al Ward : celui-ci répond par une nouvelle affirmation de son amour pour Home, par son désir de s’unir à elle, I reçu de censure ecclésiastique» sous aucune forme. · The ideal, p. 565-567. désir entravé seulement par sa confiance en Newman, La censure ne dev dt pas tarder. Dès la rentrée de qui est d'ailleurs d’accord avec lui. Cf. W. Ward, op. l’université, on s’occupe du livre : il fut facile d’en cil., c. vin. Interrogé par Pusey, Newman, qui goûte extraire plusieurs propositions alarmantes. En dé­ peu la logique outrancière de Ward, mais qui admire sa nature généreuse et qui sent qu’il est dans la vérité, i cembre 1811, les « chefs de maisons » annoncent leur intention de soumettre à la «Convocation» les trois me­ est embamssé j>our avouer à Pusey la conformité de sures suivantes : censure du livre; dégradation de leurs sentiments, bien qu’il ne soit pas disposé ù le suivre. Inquiets, des traclariens sc séparent de New­ l’auteur; addition aux statuts d'un article imposant ù ceux qui devaient souscrire les 39 Articles l’obllgn man : c’est le cas de son vicaire, Is. Williams, qui tion de déclarer qu’ils les entendaient au sens où il· quitte Oxford, de son confident le plus intime et le furent publiés et où ils furent imposés par l’université, plus aimé, Kogers, qui sc retire ά Londres et lui écrit, le 3 avril 1813, une lettre pleine de sentiments pro­ avec peine d'exclusion contre quiconque refuserait celle déclaration. De ces trois mesures, la prcmlèn fonds et délicats, mais marquant la rupture de leurs relations. Cf. Letters o/ lord Black/ord (Kogers), p. 1 ΙΟ­ seule paraissait raisonnable; la seconde était « mes­ quine el injuste », Church, op. cit., p. 377; la troisième Ι 11; Thureau-D ingin, op. cil., t. i, p. 262-263. VL Le déxoitbmbxt. — L’attitude hostile des · était surtout inopportune, comme imposant un nou­ veau lest : elle atteindrait non seulement les tractaévêques et de l’université, la position singulièrement avancée des ardents parmi les traclariens, vont dis- 1 riens, mais aussi tous ceux qui revendiquaient une loquer définitivement le parti : beaucoup, continuant l plus grande liberté d’interprétation. Elle fui retirée par le vice-chancelier, craignant que le rejet de celle leur évolution, iront à l’Église romaine, à la suite de mesure n'entraînât l’insuccès de la condamnation de Newman; les autres, à lu suite de Pusey, resteront Ward. On lui substitua une proposition de censure for fidèles à l’anglicanisme et poursuivront l’œuvre du melle des principes du Tract ÜO, que les chefs de mai­ début. Trois faits vont précipiter ce dénouement : l’accueil fait à la publication des Vies des saints an­ sons acceptèrent le I février; de la sorte, le maître glais, la condamnation de V Idéal d'une Église chré­ serait atteint en même temps que le disciple. Lu « Con­ tienne de Ward, l’étude de Newman sur le Développe­ vocation · se réunit le 13 février 1815. Ward se défendit ment de la doctrine chrétienne. avec vigueur el habileté. Les deux premières mesures, /· Les vies des saints de l'Égtisc d'Angleterre. — En la censure et 11 dégradation, furent votées. Quand on 1813, Newman avait pris la direction d'une grande en arriva â la condamnation du Tract 90, le senior collection, consacrée à la vie des saints anglais. En prodor, Guillemard, prononça la formule : Nobis pro· 1811, Ddgdrns faisait paraître celle de saint Étienne | curatoribus non placet. Newman était sauvé de la flé­ I larding. On l’accuse d’exalter l’Église romaine. Glad- i trissure publique de malhonnêteté, car tel était bien le stone, Pusey cl d'autres se font l’écho de ces plaintes. sens que l’on voulait donner ù 1a censure. Cf. l*’r. Bo­ Ils demandent que l’on commence par des vies moins I gers, Short appeal to members o/ Convocation on the romaines. · 11 n’y en a pas ·, répond Newman, el il proposed censure on n0 90, dans Church, op. cit., p. 383renonce à diriger la collection : les vies paraîtront 38L Oakley, attaché à la chapelle d'Old .Margaret désormais sous la responsabilité personnelle de leurs Street, ù Londres, voulut suivre son ami Ward dans auteurs. C'él dt une nouvelle expérience, qui permet­ sa disgrâce : il écrivit au vice-chancelier qu'il parta tait de conclure que · l’Église anglicane ne pouvait genii les opinions de celui qui venait d'être condamné, pas porter 11 vie de ses saints ». Memoirs n/ J,-R. Hopeà son évêque qu’ilcroyail à toute la doctrine romaine c->tt, t. », p. 2 I sq. ■ bien qu’il ne revendiquât pas le droit de l’enseigner». 2® L'Idéal d'une Eglise chrétienne de IV.- G. Ward. — Thureau-Dangin. op. cit , t. i, p. 305. Déféré à lu Les tendances romaines fortement accentuées de Cour des arches, il fut frappé de suspense perpétuelle. Ward Jetaient l’émoi parmi les modérés du parti. Pal­ I 3® Essai sur le développement de la doctrine chrétienne mer, fin 1813, publie dans le British critic, un article — Pendant qu’on essayait de l’atteindre Λ la « Convooù il oppose l'enseignement des derniers écrivains de I cation du 13 février 1815, Newman demeurait calme â la Revue à celui des premiers Tracts for (he times cl où Liltlcmore : une condamnation ne lui aurait pas déplu Il dénonce la tendance romanisante de Ward cl de scs 11 y aurait vu, écrit-il à Pusey, 11 circonstance exté­ amis. Ne pouvant répondre dans la Revue, qui avait rieure qu’il attendait et qui l’aurait aidé à prendre 1701 une decision. Liddon, I.ifr of Pttscy, I. it. p. 428. It voulait, avant de faire le pas décisif vers Borne, éclai­ rer encore un point qui dcmeunill obscur : les dogmes nouveaux, dans lesquels il voyait une corruption de l'nnclcnnc croyance, ne seraient ils pas un développe­ ment légitime de la doctrine catholique? Son attention sur ce sujet avait déjà été attirée par un sermon de Wiseman, en 1839. Cf. W Ward, lÂfc and times of card. Wiseman, I. I, p. 311-319; il le considère atten­ tivement, a partir de 1843; à la lin de. 1811, il se décide à écrire un essai, des conclusions duquel dépendra le parti qu'il prendra vis-à-vis de son Église. Mais point n'est besoin d’attendre la conclusion du travail : son parti est pris des 11 lin de 1811. Il en prévient ceux de ses amis qui n’ont pas encore pu sc faire â cette idée, Pusey en particulier. Cf. l.ctt. and corr., I. n, p. 157466. Ce dernier cherche en vain à le (aire revenir sur sa décision; il n’a plus qu’un espoir, c’est que les disciples ne suivront pas le maître Liddon, op. cit.. t. n, p. 433. On remarque d’ailleurs un changement dans la vie religieuse de Newman : il cesse de lire le service anglican delà communion, lùilln, le 3octobre 1845.il demande au prévôt d'Oricl de rayer son nom des livres de l’université; le 6 octobre, il terminait l'avertissement à VEssatj on the development of Christian doctrine. Il n'eut pas la patience d’attendre l’impression du vo­ lume : le 8 octobre, il accueillait à Littlemorc le P. Dominique, passionniste. qui le recevait le lende­ main dans l’Église catholique. VII. Conclusion. La conversion de Newman, dit Gladstone, < forme époque dans l’histoire de l’Église d'Angleterre», l.ifc of bishop Wilberforce, 1.1, p. 328. C’est un fall de la plus grande importance pour le catholicisme cl pour l’anglicanisme. Le clergé catholique anglais n’eut pas de part dans ce résultat. Comme l’ont bien fait remarquer le P. Morris el le cardinal Manning, Newman s’est con­ verti < sans avoir subi l'influence d’aucun catholique vivant, sans avoir mis le pied dans une Église catho­ lique, ni vu la figure d’un prêtre catholique». ThureauDangin, op. cit., t. i. p. 315. Si l’on excepte Wiseman et le P. Spencer, converti en 1830, les catholiques an­ glais n’eurent jamais confiance dans les heureux résul­ tats que pouvait avoir le mouvement d'Oxford : ils se défiaient des traclariens cl peut-être redoulaient-lls l'afllux au milieu d’eux d’hommes supérieurs, formés parla forte discipline intellectuelle d'Oxford. Ils triom­ phèrent lorsqu’ils apprirent que le nouveau converti Sibthorpc était retourné à l’anglicanisme. C’est. avec la grâce divine, l'aspect contradictoire de l’anglicanisme, qui a conduit a Borne nombre de tractariens. L’Église d’Angleterre sc prétendait catholique et voulait être* conforme au christianisme des premiers siècles. L’élude de la littérature palrislique montra qu’il n’en était rien, tandis que le système romain, (Innssa doctrine et sa pratique, ne présentait, des ori­ gines au xix· siècle, aucune solution de continuité. C’est l’argument principal, auquel s’ajoute l’impuis­ sance fondamentale de l’Église d’Angleterre, élroilemcnl lice au pouvoir temporel, à défendre cilicacemcnl sa position actuelle, à conserver la doctrine que lui avaient léguée les théologiens du xvn* siècle. La con­ clusion s’imposait. Avant Newman, W -G. Ward avait abjuré, en septembre 1815. Cf. W. Ward, up. cit., p. 357-366. Après lui vint Dalgairns, 29 septembre 1815. l’un des jeunes hôtes de Liltlcniorc, suivi par Anibr. Saint-John, le 2 octobre; le 9 octobre, Stanton cl Bowle sc font recevoir dans I Église entholique par le i’. Dominique, avec Newman; puis vinrent I·. W. lùiber, Oakley. Coilln, T. Meyrick. A. Chrislle, H. Simpson, et l’année suivante, J.-S. Norlhcolc. J.-B. Morris. G. Bydcr, D. Lewis. Plus de trois cents conversions de clergymen, de gradués de l'université. 1702 de laïques, sont la conséquence immédiate de celle de Newman. L'Église catholique d'Angleterre reprenait une nouvelle vigueur : c'était bien, comme le dit Lecky, « le plus grand événement dans cet ordre d’idées depuis les Stuarts ». W. Ward, Life and limes o/ card, Wiseman, t. r. p. 438. Dans l'anglicanisme, s'opère, â la suite du mouve­ ment d’Oxford, un nouveau classement des partis. Il sc produit un nouveau genre de libéralisme, sorti de renseignement d'Arnold et du collège de Bugby, plus hardi et plus indépendant que les anciennes formes, plus tranchant dans ses critiques, accordant de moins en moins d'importance à la tradition, n'ayant pas, comme les traclariens. le respect du passé. 11 sc déve­ loppera au grand étonnement des «chefs de maisons ». il renversera les autorités victorieuses des traclariens, el bouleversera de fond en comble les institutions universitaires. Cf. Church, op. cit., p. 390-393. Les chefs du parti tractarim. Pusey. Kcble, Mur riotl, demeurèrent fidèles à l’Église anglicane : leur altitude (ut un nouveau point de départ pour ceux qui croyaient â la vérité de l'anglicanisme. Influencés par le courant romain, ils reconnaissaient, tel Is. Williams, ce qu’il y avait de bien à Borne, ce qu’il y avait de mal dans l’anglicanisme, sans songer à se soumettre à Home. Nous pouvons nous taire, disaient ils, mais, tout en n'ayant aucun désir d'abandonner 1 Église d'Angleterre, nous ne pouvons rejeter la croyance que l’Église d'Occident, sous la direction de Borne, est une branche vraie, vivante, vénérable, de l’Église cher tienne. 11 y a des dangers dans une telle croyance, mais on peut y pourvoir... · Church, op. cit., p. 399 100. Pour y pourvoir, ils faisaient appel à la vitalité et à l’expérience, aussi bien qu'à l'histoire et aux caractéristiques essentielles de l’Église d'Angleterre, actuellement existante : comme toute autre, elle a des lumières et des ombres dans son enseignement cl dans sa vie. Pusey el Kcble s’cllorccront à le montrer, étendant leur action en dehors d’Oxford. à Londres cl dans tout le pays, ce que Newman n’avait pas songe à faire. Les idées du mouvement d’Oxford trouveront leur continuation el leur réalisation dans le puseyisme et le ritualisme. I. OüVKAORS EXPOSANT LS DOCTKIN! TBACTARIENNF lt i cnns ni coNniovEiisr. — lx* articles cl travaux de .1. IL Newman, Tracts [or the times bg members of the University o/ Oxford, rt vol., 1833-1842; Elucidations of Dr Hampden's theological statement, Oxford, 1836; Letter Ιο the Margaret professor of divinity on M. R.-H. FrOudc's statements on the Holy Eucharist, 1330; Lectures on the pro­ phetical office of the Church, viewed relatively to romanism ont! popular prutrdantism, 1837; Parochial icrmons, 6 vol. 1837-1842; .1 teller to the Rev. Fausselt on certain point* cf faith and practice, 1838; Lectures on justification, 1838; .1 Idler addressed to the Hen. K.-IV. Jclf, D.D., in explanation of n« 90 in the series culled · Tracts for the limes », IS 11; A letter to Richard Hag*d, bishop of Orford, on occasion of n· 90 tn the scries called · Tracis for the times ·. 1811; The Church of Fathers, 1812; Plain sermons, 1843; Lifts of the rnglish saints (S. Rrttelin, S. Ed i hoard, S.Cnndlcus), 18431844; .In r.'suy on the development of Christian doctrine, 1815; /.Oss and gain, 1818; Lectures uncertain difficulties felt by anglicans in submitting to the catholic Church, 1850; Certain difficulties felt by^anglicans in catholic teaching, considerent in twelve lectures addressed in 1S30 to the party of nltgious Movement of 1333; Aj^dogla pro vita suu, 1864; I'hc ida rnctliu of the anglican Church, 2 vol., 1877; dam Io Rritish miyazine, 1833-1836, The Church of Falhers, pri­ mitive Christianity, Convocation of Canterbury, Home thoughts abroad9 , dans Ic British critic, 1839-1842, Palmer's view of faith and unity. Anglo-american Church, The catholicity of the anglican Church, The protestant idea of Antichrist, Mil· man's view of Christianity, The reformation of the eleventh century. Private judgement ; dans Ic Conservative journal, 1313, Retractation of anticatholic statements ; dans Dublin Review, juin 1816, John Kcblc, fellow of Oriel. 1703 OX FO BD (MOUVEMENT D). O Y NC. T 1704 des idées libérales en Angleterre au A’/.Y» siècle, Paris, 1891; B.-W. Church, Thr Oxford movement. Twclwc years, 1833 to 18 45, Londres, 1891 ; du même. Occasional papers, 2 vol.; J. GrabinsKi, La n naissance catholique en Angleterre et le cardinal Newman d'après une élude du card. Capcctlalro, Lyon. 1893; W. Lockhnrdt, Card. Newman. Reminiscences of 50 years; Bn gey, La crise religieuse en Angleterre, Paris, 1896; du mê.nr. L'anqlo-catholicismc, Paris. 1897; du même, L'dme anglicane de Chapmm, Paris, 1899; du même. Le mouvement catholique en Angleterre au .V/.t· siècle, 3 vol.; Nye, Story of Oxford movement, L(»ndre>, 1899; ThurcauDangin, La renaissance catholique en Angleterre au Χ/.Χ· siècle, 3 vol.. Paris, 1899-1906; Lord Halifax, The agitation against the Oxford movement, Londres, 1899; Walsh, The secret history of the Oxford movement, Ltndrcs, 1897; du même. The history of the Romcward movement in the Church of England, 1833-1861, Londres, 1900; Wal­ worth. The Oxford movement in America; Allcavme, New­ man el les conversions anglaises an catholicisme, Bonen, 1900; E. Cany, Ixs années anglicanes du cardinal Newman, Genève, 1901; Pnrspflrtis, Some side-lights on the Oxford movement ; E. Dhnmct. La pensée catholique dans l'Angle­ terre contempdraine, Paris, PJ06; J. GUbcrl. l~e réveil du catholicisme en Angleterre au -V/.V· siècle, Paris, 1907; Buddensicg, Traktarianismus dans 1 lcrzog-1 lauck, Rcat-Encyklopadic fur protestantische Théologie und Kirche, 3* éd., t. xx. Leipzig, 1908; l'.-\V. Poller, The continuity of the Church of England before and after its reformation in the Λ’ΙΊΙΙι century. Londres, 1912; S. Tyszkiew icz, I hi épisode du mouvement d'Oxford, la mission de William Palmer, dans les Etudes, 1913, t. cxxxvt; A.-C. Headlam, H.-J. Rost and the Oxford movement, dans Church quarterly review, 1921, t. xciii; W.-L. Knox, The catholic movement in the Church of England, Londres, 2· éd.. 1930; S. Baring-Goi Id. Early reminiscences, 1834-1861, Londres, 1921; S.-L. 01 lard, The anglo-catholic revival, Londres 1925;C.-<2. Martindale, Catholics in Oxford, Londres, 1926. HL Biographies. - J.-H. Thom, The life of the no. J. Blanco White, J vol.. 1815; Stanley, / ife and corre>pondence of Th. Arnold, 2 vol.; St.-A. Brooke, Life and letters of Fr-W. Robertson, 2 vol., Londres, 18· 5; J. Schairy, John Kcble, 1866; Denisson, Notes o/ my life, 1805-1878, Londrc*; H.-J. Jennings, Card. Newman. The s.ury of his life, Lom’re.. 1882; Fr. Ma rice. Life of Fr.-D. Matrice chiefly told in his own litters, 2 vol.. 1881; B. Hutton, Card. Newman, Londres. 1887; B.-G. Wllbeifoice, Thr life of IL Gf.Nf.iiAt.iTi s sun i.f. mouvement d’Oxford. — Samuel Wilberforce,3 vol., 1888; J.-E. Bowden, The life and .1. Kcble. Ί he Christian year, thoughts in verse for thr Sundays letters of E.-W. Faber, Londres, 2· éd.. 1888; Hi Hon. Card. and holidays throughout the year, 2 vol., 1827; \V. Palmer, Manning, with a bibliography, Londrc*, 1892; du même. /1 narratur of events connected with the publication of the Card. Newman, Londres. 1892; W. Lock. J. Keldc, Londres. Tracts for the times, with reflections on existing tendencies to 1893; Memorials nf Serjeant Bcllash, 18·’3; H.-S. Liddon. romanism, 1813; t'hdcn, Dir Zustandc tn dcr anglik. Kirche, Life of Ed.-B. Puscy, I vol., Lontfrcs. 1893-1891; Prevost, Ixipzig, 18-13; E. Browne. History of the traclarian moreAutobiography of Is. Williams, Londres, 1893; J.-B. Gas­ nient, Dublin, 1856; du même, 7 he trials of tht faith, 2* cd., quet, Card. Manning, Londres, 1896; h .-Sh. Purvdl, Life Londres. 1860; J.-A. Froudc, 7 hr Nemesis of faith, Londres, of card. Manning, archbishop of Westminster, 2 vol., Londres, 1819; Τι Hoch, Movements of ictiginus thought in Britain, 1896; E.-A. Abbott. Angl ican career of card. Newman, 2 vol. Londrc*. 1869; Fr Oakley, Historical notes on the tracla­ Londrc-. 1897; L.-A. Tollemache. Benjamin Jouutl, 1895; rian movement, 1883-1843, Londres. 186·!; A.-P. Forbes, E. Abbot! cl L. Campbell. Life and letltrs of Ben a/nin An explanation of the thirty-nine articles, 2 vol.. Oxford, JoiiH'tt, 2 vol.. 1897-1899; M. Church, Lift and httersof dean 1868; Meyrick, Narrative of three years of undergraduate Church, 1895; A.-P. Horl. Life and letters of T.-J.-A. Hurt, life at Trinity Ctdltgc Oxford, 1844-1847, Londres, 1872; 2 vol.. 1896; W. Ward, The life and times o' card. Wiseman, Mudaunc, I gnat e Spencer et la renaissance du catholicisme 2 vol.. Londrc-. 1897; Lcallibury. Leaders of the Church. en Angit terre (1828-1872), 1873: du mime. Newman 889; du même. H’.-G Ward, bienheureuse mort survenue le 9 févr cr 1310 (ou 1311, and the catholic revival. Londres. 1893; A. I e Blare, Le nouveau style). C’était une Ame d’élile très avan­ cardinal Newman avec des notes sur le mouvementd'Gxfbrd it cée dans la perfection. Son Époux < ëleste l’enrichit ses partu ar·, par John Oldcastte, traduit det'anglais. Part*. j dc grâces extranr innlrcs cl la favor su dc visites 1889; Ch. Wordsworth, Annuls of my curly life, 1806-1816, spéciales cl de fréquentes visions. La parlic de scs Icrtrt 1891: Th. Mi rphy. The position of the catholic œuvres, qui reste encore, témoigne dc sa sainteté Church In England and Wales during the last Iuo centuries, Londres. 1802; A. Chrvillon. Sydney Smith rt la renaissance l et des grandes lumières qu’elle recevait sur les mys- Dickinson, /1 pajfora/ episth Jrorn H is Holiness Hie pope t„ some members of the university of Oxford faithfully trans· laled from the original latin ; lût B. Passey, An earnest remonstrance to the author of the Pope's pastoral letter, 1836; du même, Spiritual letters, éditées par Johnston ct Ncwbolt; Jager. I* protestantisme aux prises avec la doctrine catholique, ou controverse avec plusieurs ministres anglicans, membres del'université d'Oxford, Paris, 1836;IL Newman ct J. Kcble, Remains of the laïc IL-R. i'roude, 1838-!8311 ; Th. Turion, the roman catholic doctrine of the cucharist : the scriptural argument considered in reply to Dr Wiseman's argument front Scripture, 1837; du même, Observations on Dr Wise­ man's reply, 1839; G. Fausset I, Sermons : Revival of popery, 1838; I nlier, Tracts on the Church and the Prayer book, 2 série*, Londres. 1839-1810; W. Palmer, The apostolical juridiction and succession of the episcopacy in the British Churches indicated against the objections of the Dr Wiseman, duns Dublin Review, 1810; (hi même. Letters to Dr Wiseman on the errors of mmanism in respect to the worship of saints, satisfaction, purgatery, indulgences and the worship of images and relics, 1812; Wiseman, «1 letter addressed Io the Rev. J.-H. Newman upon some passages in his letters to the Dr Jclf, Londres. 1811; du meme. Remarks on a letter from the lieu. W. Palmer, Oxford, 1811; du même. High Church claims, or a series of papers on the Oxford controversy, 1811; du même, Λ letter on catholic unity addressed to the R.-H. the eart of Schrewsbury, 1812; du même, dans Dublin review. The High Church theory of dogmatical authority, 1837, Tracis for the times, 1838. Froude's remains, The anglican claims, 1839, Strictures on the High Church movement in Oxford, 1811 ; du même, Lettre sur l'unité catholique adressée en 1841 au comte de Schrewsbury dans la Bévue angloromaine, mai 1896; A.-P. Perceval. J collection of papers connected with the theological movement, of 1833, 1812; Memoirs of R. Peel, 2 vol., 1812; J. Kcble. Sermons aca­ demical and occasional, 1817; du même. Sermons occasional and parochial, 1868; Ailler. The Church of England cleared from the charge of schism, upon testimonies of councils and Lathers of the first six centuries, 1816; W.-G. Ward. The ideal of a Christian Church considered in comparison with exis­ ting practice, Oxford, 1811; J.-B. Mozlcy, The theory of development, a criticism of Dr Newman's essay, Londres, 1878; A. Moxley, Letters and correspondence of J.-H. Ncivman during his life in the English Church with a brief auto­ biography, 2 vol., Londres, 1881. 1706 1 705 0ZANAΜ tères de la foi. Jusqu à l:i grande Bévolution, elle fut honorée, à Polcleins, On ignore si ces ■ granz caiers » renfer­ maient des œuvres de Marguerite qui sont perdues. En tout cas, voici celles qui restent et, depuis 1877, ont été livrées à la publicité. Sauf les Méditations, clics sont toutes écrites en dialecte lyonnais : /. Pagina meditationum, récit des impressions ou de l’extase qu’elle eut le dimanche dc la Scpluagésime, en 1286, lorsque le chœur entonna l’introït de la messe. Son Ame éprouva presque toutes les Impressions ct sentiments qui caractérisent les trois degrés dc la vie intérieure. Marguerite les a expri­ més sous la forme affective cl a complété son exposé par des conseils pratiques sur l'oraison. — 2. Spe­ culum ou récit de trois visions men’cilleuscs concer­ nant l’adorable personne dc Jésus-Christ, dans sa vie mortelle, dans sa passion cl dans sa gloire, sc terminant par les merveilles dc Dieu cl des élus qu’elle eut le bonheur dc contempler. - - 3. La Via de seiti Eiatrix, virgina d'Ornaciu, religieuse chartreuse du Dauphiné, sa contemporaine décédée en 1309. Cette Vie est divisée en neuf chapitres. — /. Cinq lettres ou fragments dc lettres contenant le récit d’autres grâces extraordinaires cl des conseils spirituels. Le manus­ crit où ccs œuvres diverses furent recueillies dès le xiv· siècle comprend aussi trois paragraphes ou souvenirs d’un contemporain de Marguerite qui, dans le même dialecte, raconte : 1° une prophétie faite par la vénérable, 2° la reconnaissance miraculeuse qu’elle fit du crâne d’une religieuse chartreuse dc son monastère morte depuis longtemps. 3° l’appari­ tion de l’âme de Marguerite après sa mort au char­ treux dom Durand, vicaire du couvent des char­ treuses de la Salle ou Cour-Notre-Dame, autrement Salcltes, dans le Lyonnais. (> ms. provenant dc la Grande Chartreuse est aujourd’hui à la bibliothèque dc la ville de Grenoble, sous le n. 3755 /L Vers 1610, le général des chartreux fil traduire en français les Méditations, le Speculum et la Vie dc la bienheureuse Déatrix d'Ornacieu. Cc travail inédit est aussi ù la bibliothèque susdite sous le η. M86 II, I) renferme une notice sur Marguerite, les Méditations en français, le Speculum en latin cl en français, la Vie, texte original et trad, françiüsc, et plusieurs notices sur diverses maisons de l’ordre des chartreux. Cf. Ca/. gén. des mss. de la ville dc Grenoble, Paris, 1889, p. 118, n. 411. La Vie de la bienheureuse Matrix d'Ornacieu fut traduite en latin, au xvir siècle, par dom Léon Le Vasseur, (pii l’inléra dans les Ephemerides Ord. Cartus,, imprimées dc nos jours Λ Montrcuil-sur-Mer, t. iv, p. 119-432. Dom Charles Le Couteulx a reproduit celle traduc­ tion dans ses Annales Ord, Cartus., t. v. p. 5-23. Le texte original servit très utilement au postulatcur dc la vierge chartreuse, Béatrix d’Ornacieu, ct au H. P. Bellanger, auteur d'une histoire dc i.i .>·■ cl du culte «le celte 5 ainlc, ( h . noble, 1871. Enfin, en donnant, en 1886, une nouvelle édition dc ccl ouvrage, l’auteur y ajouta le texte original avec une traduction française. Œuvre* de Marguerite d'Ogngt, prieure de Poletelm pu· bllèe* (Tapré* le manuscrit dr la bibliothèque de Grenoble par E. Philipon... avec une introduction de M.-IE Guiguc, Lyon, 1877. in-12, xxxix-93 pagri.— V.Lc Clerc. Marguerite d' Duyn, prieure de la eharlreu.xe de PoMln, ta vie, ict écrits. dans Histoire littéraire de la France, t. xx, 18-12. p. 305-325, ct 791-792. Beaucoup d’hbtoriens m sont occupés de Mar­ guerite d’Oyngt ft divers points dc vue. I^s uns ont pré­ tendu qu’elle était de la Savoie, 1rs autres l’ont revendiqué* pour la France ct la province de Lyon. Quelques littera­ teurs ont fait dc* éludes philologiques sur scs OBUvm dc langue vulgaire,qui. selon M. Guigne ·constituent ft peu près l’unique monument du dialecte parlé dans la province du Lyonnais ft la lin du xm· siècle ·. Cf. Le Vasseur. Ephemeride* ord. carta*., Montreuilsur-Mcr, 1890, p. 167-169; dom Ix* Cout cul x. Annale* ord, cartus., cités ci-dessus; dom Victor Dorcau. Lef éphéméride* de l'ordre dc* chartreux, t. iv, p. 7-16. S. Aurons. OZANAM Antoine-Frédéric, historien et lilts râleur français, né à Milan le 23 avril 1813, mort à Marseille le 8 septembre 1853. Fils d’un ancien officier dc l’armée d’Italie ins­ tallé à Milan comme médecin, puis, en 1816, après que les traités de 1815 curent donné Milan â l'Autriche, revenu à Lyon d’où il était parti en 1793, Ozanam fut. à Lyon, élève du collège royal de 1822 à 1829. puis cicrc d'avoué. En octobre 18.31. son père, qui le destine au notariat, l’envoie suivre des cours dc droit à Paris, où il est bientôt le pensionnaire d’AndréMarie Ampère. En 1836 il est docteur en droit. Mais il a poursuivi en même temps ses éludes classiques. Il se sent une vocation littéraire. Dès 1828, il colla bore à une petite revue lyonnaise, l’Abeille; en mai 1831. quand les saint-simoniens, Bcynaud. Leroux, Laurent tentent de conquérir le peuple dc Lyon, il attaque leur doctrine dans le journal le Mparalcur. Il public peu apres cet article développe dans une brochure dont l’Arcntr du 24 août, fera un grand éloge : Wflexions sur la doctrine de Saint Simon, Lyon. 1831. dans CEupits complètes, 2* édit., in-8°. 1862 1865. t. vm (Mélanges). En 1835. il est licencié cs-lellrvs; le 7 janvier 1839, docteur cs-leltrcs. Sa thèse latine traitait De frequenti apud veteres poetas heroum ad infero* descensu, 12 p., in-8‘. Paris; sa thèse française intitulée : Essai sur la philo­ sophie de Dante, in-80. Paris, ct, dès la seconde édi­ tion. Dante et la philosophie catholique au xnr siècle, 1815 (Œuvres complètes, t. vi). montrait « le travail intérieur » d’où naquit la Divine Comédie, clic était appelée à un grand retentissement. Cf. Sainte-Beuve. Causeries du lundi, t. xi. La Divine Comédie de Dante, p. 173-171. Dc 1839 ù 1810. il est professeur dc droit commercial ù Lyon. Mais, reçu premier, en 18IO.au concours d’agrégation des facultés des lettres qu’a institué Cousin, il devient en 1811, l’année mémo où il se marie, suppléant, à la Sorbonne, de Faune! dans la chaire dc littérature étrangère, el au collège Sta­ nislas. dont Gratry n pris la direction, du professeur de rhétorique, Frédéric Ozanam professeur au collège Stanislas, par Édouard Dccq-Ozanam dans Correspon­ dant du 25 avril 1913, p. 219-227; il se fixe alors à Paris. En 1811, il sera professeur titulaire dc sa chaire de Sorbonne mais devra abandonner son professorat à Stanislas. En 1846. il sera chargé par Salvandy d’une mission de recherches ct d’études dans les bibliothèques publiques cl privées d’Italie. Le fruit principal de cette mission fut le recueil très austère de textes ct dc notices : Documents inédits HL 1707 ΟΖΛλ \ Μ pour servir à Γhistoire littéraire dr ΓItalie depuis le r///* siècle jusqu'au Mil9, avec des recherches sur te Moyen-Age italien, paru en 1850, cl qui ne ligure pas aux Œuvres complètes. En tête se trouve un mémoire : Des écoles cl de l'instruction publique en Italie aux temps barbares, publié Λ part en 1850 el qui ligure aux Œuvres complètes, t. h. De celte mis­ sion sortit aussi le livre des Poètes franciscains en Italie au X/lP siècle, avec un choix des - Petites fleurs ■ de saint François traduites de l'italien (celte traduction était l’œuvre de Mme Ozanam), In-8·, Paris, 1852 [Œuvres, t.v). Décollé époque datent egalement les deux ouvrages. Les Germains avant le christianisme, in-8®, Paris, 1847 (Œuvres, t. iv), grand prix Gobcrl, 1819, el La civilisation chrétienne, chez les Francs, in-8° Paris (Œuvres, t. v), grand prix Gobert, 1850, qui forment ensemble les Études germaniques. En 1848, i) applaudit nu triomphe du peuple. H croit ù la démocratie; avec Lacordaire il fonde VÈre nouvelle et il est garde-national malgré sa santé déjà chancelante. Il connaîtra les mêmes déceptions «pie Lacordaire. Il n’en sera pas moins hostile au coup d'Etat du 2 décembre. Mais sa santé de plus en plus . mauvaise l’obligeait à s’éloigner de Paris et, après un séjour en Italie, il mourait à Marseille en 1853. Outre les ouvrages signalés, il avait publié ou il laissait : 1. des articles de revue ou de journaux, des discours, etc., recueillis sous le nom de Mélanges (Œuvres, t. vu et vni); Du progrès par le christianisme. paru dans la Revue européenne, t. i, p. 1-25, loc. cit., I. vu; Deux chanceliers d'Angleterre, Hacon de Verulani et saint Thomas de Canlorbéry, Paris, 1866, loc. cit., t. vm; Du protestantisme dans ses rapports avec la liberté, paru dans V Univers, 4-12 décembre 1838, ibid.; Du divorce, in-8°, 1848, ibid.; Un pèlerinage au pays du Cid, 61 p., in-8®, ibid., etc. —2. Un mémoire sur les Sources poétiques de la Divine Comédie (Œuvres, t. v, â la suite des Poètes franciscains); et une traduc­ tion Inachevée de la Divine Comédie, trente charts sur trente-quatre de V Enfer, six sur trente-trois du Paradis et les trente-trois du Purgatoire, ibid.. I. ix. - 3. Des cours faits à la Sorbonne et qui parurent sous ce titre : La civilisation au r* siècle, introduction à une histoire de la civilisation aux temps barbares, suivie d'un Essai sur les écoles en Italie... (Œuvres, t let u), qui reçut le prix Bordin en 1856. - I. Une abondante correspondance dont la partie la plus Importante, sous le nom de Lettres, 1831-1853, a été publiée dans les Œuvres, l. x et xi : · 5. Drs lettres iné­ dites et des Discours sur la Société de Saint-Vincent de Paul, In-S-, Paris, 1870. Les Œuvres complètes furent publiées pour la première fols en 1855, 8 In-80, Paris, avec une Pré­ face de F.-J. Ampère. Des Œuvres choisies d'Ozanam, parurent en 1870, ln-18, Paris, et en 1877 ln-1’2, ibid H faut mentionner aussi le Livre des malades qui parut en 1857 et qui eut plusieurs éditions. Ozanam appartient à l’histoire religieuse. Il est de cette génération de jeunes hommes qui, à la suite de l'ébranlement donne par le Génie du christianisme, tentèrent de ramener à l’Église les esprits que lui avalent aliénés le phllosophlsmc et la Dévolution. C'est sous l’influence de son professeur de philoso­ phie au lycée de Lyon, l’abbé Noirot, qu'Ozanam sentit sa vocation d’apôtre el, puisqu'il se propo­ sait d’écrire, d'apologiste. Sur l’abbé Noirot et son influence, voir Heinrich, Notice sur l’abbé Noirot, Lyon, 1888. et sur sa philosophie. Tissandicr, Leçons de philosophie professées au lycée de Lyon par l'abbé Noirot, Lyon, 1852. En relations avec Ampère, Ballanche,’ dont la pensée le pénétrera profondé­ ment, Chateaubriand, et panni de plus jeunes, Montalemberl. Gerbct. Lacordaire. subissant également 1708 l’inllueme du Lamennais de Γ.Ιργ/ιπ. il servira le catholicisme libéra) cl social. Après diverses tentatives pour grouper les jeûna catholiques Intellectuels dans une même pensée et une même net ion, il fondera la Société de Saint Vinrent de Paul en 1833: il sera de ceux aussi qui, à force d’insistance, amèneront l'archevêque . 100-105. Migne (P. G., I. cxi.îii, col. 121. 122) reproduit l’édition princeps d’Allatlus, Diatriba de Georg iis, p. 373. Celte nièce nécrologique sc trouve I 1714 également ailleurs. Voir les références dc E. Miller. op. cit., p. 400, n. 3. Quant aux neuf poèmes autobio­ graphiques, le peu qu’en ait publié Villoison, Anec­ dote grrcca, t. n, p. 77 sq., cl que V Histoire romaine ait fait connaître (cf. P. G., t. cxi.in, col. 418, 419) en donne une fort mauvaise idée cl justifie la présomp­ tion d’Allatlus que nous ne gagnerions rien à les lire. Par contre, il nous est parvenu de Fauteur un portrait en couleur, peint dans la première moitié du xiv* siè­ cle sur le fol. 6 v° du Monaccnsis gr. 442. Pachymère naquit à Nicée en 1242 ct fut très lot destiné à la cléricature. Venu à Byzance après la rcprise dc la ville sur les Latins (1261), il y fil une triple carrière à l’université ecclésiastique, au patriarcat ct au Palais. On ne sait exactement quelle chaire il occupa à l’université restaurée par Michel VIH Paléologue. Sur cette institution voir Fr. Fuchs, Die hùheren Schulen von Konslantinopel im Mttlelalter. Leipzig-Berlin, 1926, p. 57, 58. Mais, ù en juger d’après les ouvrages purement profanes qui nous sont parve­ nus de lui, Pachymère dut y enseigner A peu près tout ce que comportait Ι’έγκύκλιος παιδεία, surtout la rhétorique, la philosophie ct les mathématiques. Au patriarcat, après avoir gravi les divers degrés de la hiérarchie (en 1285, ii n’était encore que simple tepoμνήμων, cf. Échos d'Orient, t. xxvi, 1927, p. 148), il panint â la haute charge dc πρωτέκδικος qui lui don­ nait le cinquième rang dans le conseil du patriarche ct le plaçait à la tête du collège des cxtixoc ou clercs chargés surtout dc l'inspection dans les églises ct les monastères cl jouissant du privilège envié d’intervenllon directe auprès dc l'empereur. Sur In fonction, consulter Ch. M. Dimilriou, Ot Έξωχατάχοιλοι άρχον­ τες της έν Κωνσταντινουπύλει μεγάλης του Χρίστου Εκκλησίας. Athènes. 1927. ρ. 21-23; la note de Han­ ton (Gf. byzantion, t. v, 1927-28, p. 83) est insuifisante et trop succincte. L i haute compétence dc noire au­ teur en matières juridiques lui valut de plus une place dans la magistrature impériale, celle de δικαιοφύλχς, à qui le soin était laisse de résoudre les cas de juris­ prudence les plus compliqués. Cf. E. Stein, Untersuchungen zur spâtbyzantinischen Verjassungs-und Wirtschaltsgeschichle, dans les Mitteilungen zur osmanischen Gcschichtc, l. n, 1923-1925, p. 4 I. Ainsi, mis par le jeu de scs occupations professionnelles en contact journa­ lier avec l’élite inlcFcctuelle dc la capitale, initié au gouvernement dc l’Église et aux secrets d'État, Pa­ chymère sc trouva, sa vie durant, dans une position exceptionnellement favorable pour suivre le cours des événements ct nous en exposer la trame. Dc là sans doute naquit sa vocation d’historien. Dans les âpres luttes religieuses qui, sous Michel \ Ill (1257-1282) el Andronic H (1282-1328), divisèrent la nation grecque en deux camps, le fonctionnaire, homme d’Église el de Cour, servit toutes les causes que l’on voulut, sans donner â aucune des gages qui eussent compromis sa tranquillité. Cet opportunisme, qui ne l’empêchait pas dc déplorer, ù buis clos, les hardiesses doctrinales du patriarche cathodque, Jean XI Beccos (1275-1282), comme les excès dc la politique impériale contre les orthodoxes, le mit â l'abri des mesures répressives qui, à lace pré­ pondérante, donnant ainsi un exemple que devaient imiter, sans exception, les derniers historiographes de l'empire grec d'Oricnt. Les critiques lui en ont fait un grief d’autant j>lus injustifié qu’il sacrifie Infiniment moins que scs successeurs cl devanciers à la jihraséologie savante et au goût dc la dispute théologique. Son style est d’une excessive concision et scs exposés ne donnent, vn la plupart des cas, que l’essentiel. Gibbon a dit justement : t Sans comparer Pachymèrc à Tacite ou â Thucydide, j'admire la clarté, l’é oqucncc cl la liberté avec lesquelles il raconte l’élévation des Paléologues. · Ce qui a fait tort ù l’auteur, c’est la qualité de son vocabulaire passablement chargé de mots rares, difficiles à entendre cl même de néologismes nés «l’une fantaisie de rhéteur. Le théologien trouvera dans ces volumineux mémoires l’exposé des querelles doctrinales qui agitèrent ct divisèrent l’Église byzan­ tine dc 1258 n 1308, en particulier louchant le dogme de la proc< sslon du Saint Esprit a Paire FUloque^ la primauté du pnpi cl le droit d’ajipcl au Saint-Siège. Tout fut dit à cello époque sur ces trois jiolnts entre Grecs et Latins. Nous renvoyons pour le détail aux tables sjiéckilcs «le notre future édition. Mais le |>rin lipal intérêt de celle vraie Histoire ecclésiastique esl dans les révils qui y sont faits des événements qui marquèrent, à Byzance et dans lu Méditerranée orien­ tale. les huit années (1271 1282) dc catholicisme, les seules qu’on y ait connues depuis le schisme de Céruhdre. Il est certes ù noter qu’en rapportant les mul­ tiples tractations «pii soumirent alors Byzance ù Rome Pachymèrc, orthodoxe décidé, fait parfois œuvre dû partisan et e montre Injuste ou inexact Mais ces dé- 1717 Ρ Λ Cl! Y.M È HE fault sont (implements rachetés par lu loyauté avec laquelle il rend hommage aux vraies intentions des papes, à la sincérité, à la science cl à la sainteté dévie, aujourd'hui contestées, du patriarche Jean XI Beccos, le vrai artisan dc l’union des deux Eglises ù celte épo­ que, à la nécessité en lin dc la réconciliation entre chré­ tiens pour barrer la roule à l’Islam menaçant. Ces jugements ont d’autant plus dc valeur qu’il* émanent d’un écrivain qui passa toute son existence dans Γορροs U ion anticatholique. L’auteur, arrivé aux événe­ ments de 1308, promit dc tenir ses récits à jours. P. G., t. cxi.tv, col. 713 A. Mais la mort, survenue bientôt, dut briser ce projet, l'œuvre annoncée n'ayant jamais paru. L Notons ici la part certaine, mais mai définie, que Pachymèrc prit ù la rédaction d’un ouvrage théologique qui résume le point dc vue orthodoxe sur les questions controversées entre Latins et tirées à la fin du xm· siècle, cf. P. G., t. ex lui, col. 833. Voir, à propos de cet important mémoire doctrinal, l'art. Job JasitÈs, t. vin, col. 1188. 5. Mentionnons enfin deux grands ouvrages de notre auteur, utiles â consulter sur des points de philosophie ou de théologie morale, a) La Paraphrasis unioersa in \ristotelem, en 238 chapitres dont 15 seulement ont été publiés. Cf. Ch.-Ém. Ituellr, foc. cil., p. 163, n. 6 ct p. 166-168.—è)LcsΠρογυμνάσματαοηΜελέται, exer­ cices oratoires, au nombre de 29, roulant sur des thè­ mes divers, v. g. sur la réflexion, source de la félicité, le pouvoir absolu de la richesse, et divers cas dc juris­ prudence. Voir la nomenclature des sujets dans P. G., L cxi.iii, col. 11 4-418. L'édition en a clé faite en deux fuis, par Chr. Walz, Rhetores grivci, t. i, 1832, p. 589596, el ET. Boissonade, G. Pachymeris declamationes XIII, Paris, 1848. 6. Œuvres perdues ou supposées a) Hccueil dc lettres. Signalé par C. Gesncr dans sa Bibliotheca, â la suite, sans doute, d’une méprise ou d’une erreur, car, malgré toutes les recherches, rien n’cn n encore révélé i existence. Dc toute la correspondance de Pachymèrc deux lettres ont clé retrouvées, l’une se lit en lête de la paraphrase du pseudo-1lenis, cf. P G., t. m, col. 108-116, l'autre, confondue à tort avec la précé­ dente par Kucllc, toc. cil., p. 163. η. I, est inédite dans le Paris, græc. 996, fol. 275-276 v”. Toutes deux sont adressées au même personnage, Athanasc 111 d’Alexan­ drie. — b) Une Vie de saint Jean Chrysostome attribuée à notre auteur par Oisaubon a clé restituée a l'évêque <1 Alexandrie Georges. Sur le personnage, voir Ch. Baur, Georgius Alexandrinus, dans la Ryzanlinische Zeitschrijl, l. xxvij, 1927, p. 1-7 Fabricius (P. G.,t. cit., col. 133, 431) observait toutefois qu’une erreur de cc genre dc la part de Γillustre bibliothécaire serait assez surprenante. Quoi qu’il en soit le texte n’en a pas clé retrouvé. — r) l’n traité dont l’objet est in­ connu el d’une obscurité telle qu’un lecteur aussi lettré que Georges dc Chypre en manifest ail son incompré­ hension totale,cf. ’Εκκλησιαστικός Φάρος» t. ill, 1909, p. 7, lettre ςθ’. On trouvera, ibid., p. 37. 38, une autre lettre au même. - - (c’est une des leçons de Luc., in. 22), l’auteur oppose en ces termes le Dieu cl l'homme : < Quis est iste c adestis ? Hic sine dubio qui eum quem gestabat in baptismate fecit audire quad ante illum nullus audierat : i Filius meus es tu ego hodie genui le. » Et qualiter dici­ tur hodie > si t in principio Verbum, ct Verbum apud 1721 PACIEN — PACIFIQUE DE CEREDANO 1722 Deum cl Drus crut Verbum · ? Quia non istud Verbum, prit ct sous la direction de saint Bernardin de Sienne, ftiod semper in Patre ct apud Patrem ct cum Patre il travailla à la restauration religieuse, morale el so­ luisse ct esse credendum est, sed homo quem in gra­ ciale de ΓItalie ct il prit une part importante â la tiam salutis Deus Verbum suscepeicat audivit. Hic prédication de la croisade c ontre les Turcs, dé< rétéc ct tuus hominis per dei i ilium Dei esse filius in Del promulguée par Sixte IV. Le chapitre général de l’ob­ /ilio phomehetuii; nec adoptio a natura sejungitur servance. tenu à Ferrure, le 13 mai 1181, le députa en [qu’il faudrait traduire le (üls) adopté n’est pas séparé Sardaigne en qualité de commissaire, a lin d’y visiter du (Ills) par nature), sed natura cum adoptione con- ct d'y régir les couvents franciscains. 11 mourut, dans fungitur, quoniam cum Verbum caro factum esi, non ' cette lie, avant le 11 juin 1482, comme cela résulte per adsumptam decrevit adsumpior fle Verbe qui assume du témoignage de L. Wadding, Annales minorum, (la nature humaine) n'n pas été diminué par cette na­ t. v», Lyon, 1518. p. 131. Philippe de Ferrure (Calhature assumée), sed in udsumente crevit adsumptio. logus generalis sanctorum, Venise, 1625) et Arthur de Édit, citée, p. 122. 1. 5-18; ci. p. 125, 1. 28 : filium Munster (Martijrologium franciscanum. 2· édit.» Paris, hominis in Jesu cl filium Dei teneamus in Christo, 1653), placent sa mort le 4 juin 1182. Selon son désir, et aussi p. 138,1. 23. Mais on aurait grand tort de voir on transporta le cadavre du P. Pacifique à Ccrano. où en ces expressions, qui seraient aujourd'hui blâmables, il fut inhumé dans l'église des franciscains. Sa tète mire chose que les tâtonnements d’une pensée qui se ! toutefois fut donnée à l’église paroissiale. 11 fut honoré cherche et qui ne trouve pas d’emblée la formule adé­ par le peuple comme un saint ct, en 1715, Benoit XIV quate. 11 reste que, tout en exprimant en des termes approuva son c ultc pour 1 ordre franciscain ct le dio­ parfois malheureux la distinction des deux natures, cèse de Novare. Sa fêle est célébrée le 8 juin, dans l’auteur ne laisse pas de croire à l’unité essentielle du l’ordre des capucins. Le P. Pacillque est l'auteur d’une Somme de confes­ personnage de Jésus. Par ailleurs, les formules qu’il emploie pour exprimer l’existence dans le Christ des sion, plus connue sous le titre de Summa pacifica, deux volontés el des deux operations sont bien frap- A tendances casuistiques, dans laquelle il expose la meilleure méthode pour entendre les confessions. Elle •pées. Commentant longuement la scène de l’agonie ct le mot du Sauveur : Pater, non sicut ego volo, sed sicut fut imprimée pour la première fois à Milan par Phi­ lippe de Lavagnia, en 1179, in-8°, 2^2 p., sous le litre lu vis, il écrit ces paroles qu’un théologien moderne ne désavouerait pas : Cum Patris et Filii una voluntas sil, de Opereta dicta Stimula ho vero Sumeta de pacifica ut una natura, unde hic diversitas voluntatum ? Credo, conscientia, c online l'allinncnt W.-A.Copinger, Supple­ unde illam ipse sensit emanare cum dicit : « Spiritus ment to Hain's repertorium bibliographicum, part. I, promptus, caro autem infirma. · Cujus caro ? nempe Berlin, 1926, η. 12 259, et G. Brunet, Manuel du li­ braire, Supplément, l. n, Paris, 1880. col. 126. el non hominis. — Quant à sa doctrine du péché originel elle Somma Pacifica o sia Trallato della scienza di confcssare, s’exprime en des tenues qui rappellent â s’y méprendre celle (pic donne le Sermo de baptismo, ct celui-ci, comme l’aflirme L. Ilain, Repertorium bibliographie d’autre part, insiste sur la caro pcccati assumée par cum, t. n, part. 2. Berlin, 1925, n. 12 259. et la plupart des historiens comme P. Jcilcr, Kirchentexikon, l. ix, le Christ; cf. P. I... t. xm. col. 1091 B. En ces divers traités, Pacicn nous apparaît donc col. 1232; M. Bihl. The catholic encyclopedia, l. xi, comme un théologien non méprisable et qui a droit ρ. 382, etc. Cette somme fut composée en 1473. Nous lisons, en cilcl, après le titre mentionné ci-dessus : i être nommé à côté des deux grandes lumières de l’Église latine de cette époque : Ambroise ct Augustin. composta nd anno del Signore Π73. Elle fut, dans la suite, réimprimée plusieurs fois: ù Brescia, 1497, in-4· : 1’rxTEs. lx·* lettres, le De bapthmo cl le He p.rni- ! (Main, op. cit., n. 15183, où elle est anonyme); s. d. n. L in-8,198p.(Copingcr, op. cil., n. 1575; elle porterait lentibus ont été publiés pour la première fois par E. du l illcl en 1538 ct reproduits par les diverses Hiblhdhèqucs comme titre ; Summa confessionis, intitulata Pacifica des Pères, finalement dans celle de Gallandi, t. vu, 1770, ! conscientia); â Venise, 1501, in-8J(J.-l L Sbaraka, Supet dans P. L , t. XIII, col. 1031-1091; lis ont été également ptemenlum ct castigatio ad scriptures trium ordinum publié* dan* l’édit de Salvien ct de Sulptcc Sévère de Galci S. Francisci, 2· édit., t. n, Rome, 1921, p. 302): à dnus, Home. 1504, dans t'èdlt. de Ch udten M mer! donnée Venise. 1506, ln-8®, ibid.; à Venise, I5U9, in-8', ibid.; par C. Barth, Zwickau, 1655.et dans In Collect, vult. concit, hist. d i card. d’Ag drre, t. f. p. 317-311. Toutes ces publi­ 1 à Venise, 1513, in-8·, ibid.; ù Venise, 1518, in-8c. édi­ tion corrigée par Lucas Olchinensis, ibid.; à Venise, cations ne font g «ère que reprnd lire celle de du Tillct. Récemment J. van der Vliet n donné dans Mnemosyne, 1535, in-S'\tbid. : |ù Venise), 1563, in-8·, ibid. La même ιιοιιν. sér., t. xxîii, 1893, p 185-198, une série de notes somme fut revue, corrigée et adaptée aux prescrip­ critique*, qui ont été utilisée* parson élève Pli -P. Pcyrol tions du concile de Trente par le P. François de J’rcpour une édit crlliq le, Zwolle, 1896 ; notes philologiques vise. religieux carme cl réimprimée â Venise, en 1579, de mène genre dans A. Gruber, Sludicn zu Pachmus von in-8rt, et en 158l.In-8°. On y lit, en clïet, après le titre : Barcelona, M inich, 1901; dans H. Kauer, Studien zu Pa.Xuoramente con somma studio, cl diligentia ndotta in claims, Vienne, 1902. Le De similitudine carnis pcccati signalé p.u G. Morin, 1 miglior lingua, ri/ormata, el illustrata, con le determi­ dans /trime bènédbllne, 1912, t. xxix, p. 1, a é é publié nationi del santissimo concilio di Trento, d'intomo alla par cel |-cl dan* Eludes, textes, découvertes, 1.1, M.ircdsotis, materia del matrimonio, con le figure de' parentadi, Pnrb, 1913, p. 81-1 10 c d'attre cose necessarie, e facili per istitutionc, el Travaux. - Outre le* travaux philologique* signalés commoditii de' confessuri. Dans ccttc double édition, ci-dessus, voir les notices littéraires des «Il verse* patrologies, on trouve une lettre du mémo P. François, datée de le* pins rérentes sont celle» de O. B.irdciihcwvt, Altkirchl., 16 mars 1574. Les rééditeurs du Supplementum de l.ileratur, t. ni, 1912, p. toi- 103. et de M. Schanz, Gesch. Sbar.ilen y voient un indice pour com lure ù l’existence der ram. /.iteratur, I. iv a, 1911, § 950. E. Amann. d’une édition de la Somme du P. Pacifique, revue par PACIFIQUE DE CEREDANO (Geicano).ou ! le P. François, publiée ù Venise, en 1571, cl mention­ DE NOVARE (Novaiulnsis) (Lo bienh.), frère I née par L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, mineur de l’observance, naquit, en 1120, â Ccrano, 2· édit., Rome, 1906, p. 181. Contrairement à ce qu’af­ dans le diocèse de Novare, en Lombardie, de la famille I firment plusieurs auteurs, comme M. Bihl (op. cil.), considérée de Bnrnati. Entré, en 1155. dans l’ordre et P. Jcilcr (op. cit.). Il faut admettre qùo la Summa des frères mineurs de l’observance, ù Novare, il fut pacifica n’a jam iis été Imprimée en latin; du moins destiné, après son ordination, â la prédication, dans aucune édition latine n’en est connue. Les éditions laquelle il s’acquit une grande renommée. Dans l’es- | de Venise, 1501 et 1503, qui sont considérées généra 1723 PACIFIQUE HE CEBEDANo lenient coniine des editions latines, sont imprimées en Italien et nullement en latin. L. Wadding. Annales οπ/inis Minorum, t. vu, Lyon, 1548,p. 20, 90 rt 131 ; du môme, Scriptores ordinis minorum, 2· édlL, Rnmr, 1906. p. LSI ; .L IL Sbtmdcii, Supplemen· lum rl cadigilin ad scriptores trium ordinum S, Francise!, '* édiL. Lir, Rome, 1921, p.302; IL Hurter, Nomenclator, 3· 6111., I. n, col. 1071; Ada sanctorum, juin t. i, Paris, 1867. p. 106-407 cl 789-790; (Anonyme), l’tta dei bealo Pacilien di Cerano, della otscroanza *ii S. Francesco, prollcltore di Cerano, Novare, 1878; Basile de Neironc, Sul Ivato Pacifico da Cerano nclla tua P fcslività centenaria, panegt· rien, Gênes, 1882; M. Cazzoln, // beato Pacifico Ramali cia sua Cerano note itorlche-statistichr, Novurc, 1882. Am. Τεετλκπτ. P A CO ME (Saint), fondateur de la vie cénobl- liquc (n*· siècle). — Si Ton est d’accord, entre critiques sur les grands traits de I.i vie de Paeôme, il n’en sub­ siste pas moins des divergences assez notables entre les divers exposes que l’on en a faits. Cela lient à In confiance plus ou moins grande que l’on accorde aux deux grandes categories entre lesquelles se répartis­ sent les documents relatifs à sa vie. SI, avec Bevillout, Amelineau, Griitzmacher et d’autres, on considère comme primitives les sources coptes ou arabes, on est amené à écrire une biographie de Paeôme assez diffé­ rente de celle que rédigent ceux qui font confiance sur­ tout aux sources grecques. H y a là toute une série de problèmes que nous n’avons pas à trancher ici, encore que les travaux récents montrent le caractère original des sources grecques. Qu’il nous sufllse de marquer les traits suivants : Paeôme, né d’une famille de paysans, près d’Eznch, en Haute-Égypte, vers l’an­ née 290, fut élevé dans le paganisme. Enlevé comme recrue, il cul l’occasion, dans la Basse-Égypte, de connaître les chrétiens, et d’expérimenter leur charité. Cette circonstance le convertit au christianisme. Li­ béré très vite du service militaire, il sc relire d’abord dans les ruines d’un petit temple de Sérapis, puis va faire l’apprentissage de la vie ascétique auprès d’un ermite autour de qui s’étaient groupés quelques dis­ ciples. Une vision céleste, diversement rapportée selon les sources, l’aurait amené à concevoir pour la vie religieuse et ascétique une formule différente de celle qui était alors en pratique. Quoi qu’il en soit, il reste qu’il entreprit à Tabcnnèsl, sur la rive droite du Nil. en face de Denderah, la création d’une communauté religieuse organisée. La date de cette fondation doit se placer vers 320; elle fut suivie de plusieurs autres, car, malgré des exagérations suspectes, les documents ne laissent pas de doute sur l’extraordinaire attirance qu’exerça ce premier essai de vie cénobitlque. Quand il meurt, vraisemblablement le 9 mai 316, Paeôme est le chef d’une véritable congrégation comprenant une douzaine de monastères d’hommes et trois de fcmnvs, dont le couvent de Pabau, un peu en aval de Tabcnnêsi, était la ni tison-mère. Chose intéressante le cénobitisme paeômien sc rencontre, dès les années 330-310, dans les milieux schismatiques méléliens. Voir différentes lettres relatives à des communautés de ce genre dans H. Idris Bell, Jews and Christians in Egypt, Londres, 1924. Le monachisme paeômien, avons-nous dit, apporte de la vie religieuse une formule nouvelle, laquelle fut appelée à une longue fortune, puisqu’elle préside encore à la plupart des manifestations modernes de celle vie. Le monachisme a commencé par être la vie érémlllque telle que l’avait réalisée un Paul de Thèbes ou un Antoine; bien vile autour des ermites, qui avalent rêvé de vivre dans la plus parfaite solitude se groupent des disciples. Mais, s’ils sont groupés, ces disciples ne vivent pas pour autant de la vie commune. Dispersés sur des espaces plus ou moins étendus, ils vaquent séparément à la prière el au travail, ne sc PACONII·; 172'· retrouvant guère que pour h· service dominical. Telle que la conçoit Paeôme, la vie religieuse, au contraire, se réalise essentiellement par la vie commune. Au lieu de vivre dispersés, les moines sont rassemblés en des enceintes closes,prient ensemble, travaillent ensemble, mangent ensemble. La formule du couvent, telle que nous la voyons encore s’appliquer, est désormais trouvée. Cette vie commune exige la constitui ion d’une véritable hiérarchie, laquelle est préposée non seul· ment à la formation religieuse et morale des moines, mais encore à l’administration temporelle de la coin munaulé. L’autorité des supérieurs devient quelque chose de très différent de ce qu’était la direction surtout morale que donnaient les premiers pères du désert . Les communautés telles que Paeôme est amené à les constituer ne peuvent vivre sans une règle précise, gardée par la coutume ou enregistrée par écrit. L’es prit tout pratique, dont le fondateur delà vie cénobitique a toujours fait preuve, permet de supposer qu’il a voulu, de bonne heure, mettre par écrit le coutumier de scs monastères. Mais l’étal actuel des recherches ne permet pas encore de dire ce qu’il y a de primitif el de proprement paeômien dans les textes copies, et grecs qui se présentent comme la Règle de saint Pa corne. En 401, saint Jérôme traduit en latin une Regula sancti Pachomii, sur un texte grec, lui-même traduction d’un texte copte : ut erant de Ægypliucit in Graeam linguam versa, nostro sermone dictari, P. L., t. XNiii, col. 65 B. Des fragments du texte copte, étroitement apparentés au texte hiéronymicn, sc sont retrouvés; il existe d’assez nombreux textes grecs dont les rapports avec le copte et le latin ne sont pas encore définitivement fixés. Mais tous ccs documents ne nous donnent pas, à coup sûr, l’état primitif de la règle. — Certains critiques ont cru trouver cet étal dans le texte qui figure au c. xxxn (xxxvm) de ['Histoire lausiaque. Texte dans l’édit. Butler, p. 8893; cf. P. G„ l. xxxiv, col. 1099-1100. Palladius, voir son art., y raconte que Paeôme reçut d’un ange une tablette de cuivre sur laquelle était écrite une règle dont le texte est donné. Pour sommaire qu’il appa­ raisse, ce texte a bien des chances de n’êtrc pas pri­ mitif et la règle angélique doit contenir un certain nombre de retouches que l’expérience aura montrées nécessaires. En tout état de cause, la règle paeômienne témoigne d’un réel souci de l’organisation en même temps que d’un ascétisme modéré et de bon aloi. Bien qu’elle s’adresse à une communauté, elle laisse suffisamment de place à l’initiative individuelle, surtout en matière d’ascétisme et de prière. D’après le récit de Palladius. Paeôme aurait fait à l’ange cette objection que les prières prescrites par la règle étaient peu nombreuses. A quoi il fut répondu : « J’ai précisé cela afin que les petits puissent s’acquitter sans peine de l’office. Quant aux parfaits, ils n’ont pas besoin de réglementation, car, à part eux. dans leurs cellules, ils consacrent à la contemplation leur vie entière. » En dehors de la règle, Jérôme a traduit également un certain nombre de monita et une douzaine de lettres de Paeôme; plusieurs de celles ci, adressées à des supérieurs de ses communautés, emploient des pro cédés cryptographiques que Jérôme s’est déclaré Inca­ pable «le résoudre. - Amélincau a publié, en 1895. un certain nombre de fragments en copte de sermons attribués à Paeôme : Je n’ai pour garant, écrit-il. qu'ils aient été prononcés par Paeôme que le litre qui suit cl précède chacun d’eux. lui garantir est peut-être un peu mince, mais rien non plus ne s’oppose a cette attribution, lout ceci est d’ailleurs fort court et sans importance majeure au point do vue propre­ ment tbéoiogique. L Vu s. - Signalons d’abord, bien cpfik soient postérieur* aux textes ci-dr<*om. les rcnielgncmcnU foumlii par 1725 PACO ME PA ES MANS 1726 et reçut une éducation littéraire correspondant â lit haute position de son père (naturel) et aux rares dis­ position* pour l'étude qu'il manifesta dés l’cnfance Sc* œuvres poétiques démontrent qu’il avait acquis une érudition vaste et profonde de l’histoire tant sacrée que profane, de la théologie, de la géographie, de In cosmographie et de la mythologie. Son style est gran­ diose et sa diction élégante. Sc* compatriotes lui ont décerné le titre glorieux d'Homère et de Dante espa­ gnol. A l’âge de trente ans, il sc fit religieux à la chartreuse de la* Cuevas, près de Séville, et aussitôt apres sa profession on lui accorda h dispense pour être vicaire (1500) de son monastère. En 1505, il étah prieur de la chartreuse de Aniago, au diocèse de Valla­ dolid (Espagne), et remplit *ucre*srvcm nt la mém« charge dans le* mlisons du Paular, de Cazalla et d< las Cuevas. 11 fut aussi visiteur des deux province*· carlusicnncs espagnole*. Sa mort survint le 1er juillet 1520.— Avant son entrée en religion, 11 avait publié de* poésies en langue vulgaire, et I ouvrage suivant qu< l’on a eu le tort de croire perdu : La* ciento ij cin! cuenta (copias) det labirinlo del duque de Cadix don Hudrigo Ponce de Leon de gloriosa memoria, Séville. 119.3, in-1% 17 feuillets à 2 colonnes. Antonio n’.i pa* connu ce poème, mais il est marqué dan* le Reperto­ rium de ILiin, n. 12 260, dans les Annales de Panzer, t. rr, n. -161 et dans le Supplémenl de Brunet, Paris. 1834, t. in, p. 1. Dans cet ouvrage, Jean de Padilfa célèbre la gloire de l’armée espagnole dans la conquête de Grenade. Religieux, il composa deux grand* poèmes qui ont immortalisé son nom : 1. Retablo de la vida de Christo, tenu ne le 21 décembre 1500. et publit en 15<»5. à Séville, par Jacques Krombergcr. La Biblio­ thèque nationale de Paris possède un exemplaire de la deuxième édition achevée d imprimer le 8 novembre 1529 â Alcala de Henarès, in-folio, 76 ffs à 2 col. avec I gravures sur bois. La troisième édition par Jean de Varela parut à Séville, en 1530, in-folio. L’nutcur. en quatre chants, raconte la vie de XoIre-Seigneur depuis l’annonce des prophéties jusqu'à la descente du Saint-Esprit. 2. l^s doce tnum/os de los doce Apostolos, terminé le 11 février 1518. et publié a Séville, par Jean de Vareh. en 1521 et 1529, infolio. Ce poème est plus grandiose que le précédent L’auleur a imité la Divine Comédie de Dante. Le* douze apôtres sont figurés par les douze signes du zodiaque. L’apôtre saint Paul conduit le poète au ciel, à travers la terre et jusqu'il la porte de l'enfer. Selon le goût de son temps, dom Jean de Padilla mélange le texte sacre avec le profane sans cesser d'être sublime. On a dit qu’il y a préludé ;ï la gloire de Herrera y Rioja. En 1811-1812, le chanoine de Oviedo, don Michel del Ricgo tlt imprimer Londres ce poème cl une partie du Retablo de la vida de Christo dan* PADILLA (François de), historien espagnol, né le L rr de son recueil Intitulé : Colecciônde obrus poe­ en 1527 à Antcquera (prov. de Malaga), professa la ticas espaAulas. théologie à Séville, devint chapelain du Balais royal I). Jo*é Amador de lo* Rio* duns son Historia critu·· à Tolède et finalement chanoine de Malaga; il mourut le 15 mal 1607. On lui doit : Tabuler septem Ecclcsiir d·' la literatura ripaMa, Madrid, I8t’»5. t. vu, c. XIX, p. 269 sacramentorum, Madrid, 1587; Conciliorum omnium 270. cl dans le* éludes publlrc* précédemment dan* L·· hlorcxla andalusa, Seville. 1811-1812, don* El Tteinpo, index, chronographia scu epitome, Madrid, 1587; une Madrid, 19 imril 1SII. cl dan* La revista htrrarta det Htslorta delà santa casa de Xuestra Seiïora de Loreto, ! \pai\(d, octobre 1815 Voir nn**i Vulcntl, Non liruno y la Madrid. 1588, mais surtout une volumineuse histoire onfrn de les carlujos. Valence, 1899. p. 116-118; Tarin, ecclésiastique de l'Espagne qu’il poussa jusqu'au Real cartu/a de Miraflorcs, B.irgo*. 1897. p. 165, note 1; \ntonlo, Riblinlh. hispan. nmhi, Madrid, 17S3, t. î, p. 751, viip siècle : Historia ecclesiastica de Espaiïa, hasta el anno 700 de Christo, 2 vol. in-fol., Malaga, 1605. et I. n, p. 332; Morozzo, Thtatrum chronol. S. carias, Palladius, Histoire latisiaqiie, c. xxxn, édit. Biller. p. 8797 (l.ticol, p. 210-22 >)t par Sozotnêne, //. /·?., in, 11, /< G., t. i.xvn, col. 1069*1070. — H y « de tré* nombreux * vic* de Paeôme, qu’on pent répartir eu deux catégorie* : Ι·//ιι»Ιη grecques. — Voir, sur leurs nippirt*, lesarl.de F. Ifnlkln, dans Ana/eefa bolhuidlana, 1929, t. xi.vu.fi.376388,1930, t. χι.νιιι,ρ. 257 sq. qui annulent partiellement le travail de W. Bou*»ct, Apophlegmata. Studien zur (inch, dn (iltrslcn Manrhlums. II. Zur Uebcrlie/erung der Vita. Pachomiit Tubing ic, 1923. L’auteur annonce l'apparition A brève échéuiicv de* Sancti Pachomii idba grauuu. qui formeront le n. 20 Subsidia hagiographie de* Bollnndiitcs. En attendant on trouvera une partie de ce* texte* dans les Acta sanrtoru/n, mai t. ni (édit, de 1680), p. 25·62·; et dans P. O.. t. IV, p. 125-503. 2· Le* ides orientales. — Aperçu «le ces vie* dan* Riblioih. hagiogr. orient., 191», n. 821-829. On trouvera les texte* copte* et arabes dan* deux grandes publication* d'Amélineau, Histoire de saint Pakhôme et de ses communautés (Annales du musée Gulmel, t. xvn, 1889). et Monuments pour servir a l'histoire de VÊgyple chrétienne (Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique /ran· çaise au Caire. t. iv, (asc. 2, 1895); le texte syriaque dans Bcdjan. Acta mart, et sanct., t. v, p. 122-176. M. Lefort n annonce la publication des Vital Pachomii et sociorum e/u\, dans la série copte du Corpus script, christ, orient. (Ct. Comptes rendus de VAcad. des Inscr. et Pelles-Lettres, 1919, p. 316.) IL Ouvrages. — Les sermons retrouvés par Amélincau sont dans les Monuments (ci-dessus), p. 612-619. — Iui Ibglr est h l’heure présente l’objet de travaux qui ne sont pas encore terminé*. Sur les textes copte cl grec, études «l’appro­ che de Th. læforl dans le Muséon, t. xxxiv, 1921, p. 61-70; t. xxxvn, 1921, p. 1-28; t. xl, 1927, p. 31-61. lui publica­ tion d’un vol. Pachomius et sociorum ejus opera qu.u su­ persunt omnia dans le Corp. scr. christ, orient., est annoncée. Utiliser provisoirement le texte grec qui ligure dans Acta sanct., foc. rit., p. 62·-63· (cf. P. G., col. 918-952), et un autre dans Pi Ira, Analecta sacra et classica, t. va, p. 112115. Texte latin de saint Jérôme, dan* P. L., t. xxm, col. 65-92 (h la suite, les epistolia, col. 91-106); édition récolte de B. Albers, S. Pachomii abbatis Tabcnnensis reguha monastics, Bonn, 1923. ill. Thwaux. — Parmi le* travaux anciens, Tillemont, Mémoires, t. vu, p. 167-235; 67 1-692. garde toute sa valeur. — Travaux récents : Amélincau. Étude sur S. Pachome el le cénobitisme primitif dans la Haute-Égypte, d’apré\ les monuments coptes (dans les introductions aux textes cidessus mentionnés); Griitzmacher, Pachomius und dos dites te Klosterleben, Fribourg-en-B. el Leipzig, 1S96; l3«‘-551 » ; Tanner. Bibliotheca britannlco-hibernlca. Londres, 1718, p. 5X1-582; Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitana. Orlénnt, 1752, L i. col. 605606. η. 112; t. n, col. 918. n. 21 ; Gants, .Series episcoporum Ecdrsuu catholica, Bathbonnc. 1X73, p. 223; Feret, Im Faculté de théologie de Paris rl ses docteurs Ici plus célébrés. Purls, 1891-1897, t. n, p. 587-589; EuIh·!, Ilicrarchia catho­ lica Medii Æol. Munster. 1898-1910, t. t, p. 351; Sidney lx*e. Dictionary o/ national biography, t. xv, p. 66 et 521. P. Anastase de Saint-Paul. PAIN BÉNIT. — Quelques auteurs cherchent l’origine du pain bénit dans l’ngape, dans les eulogies, morceau de pain ou de gâteau sec que les évêques s’en­ voyaient mutuellement en signe d’amitié. Il est beau­ coup plus probable, sinon certain, que l’usage de distribuer du pain bénit a la messe solennelle du dimanche vient de l'oITrandc faite à l’autel du pain qui devait être consacré. Λ l’origine, les fidèles appor­ taient eux-mêmes la matière du sacrifice : nous savons qu’à la messe de station, le pape, assisté des prêtres cl des évêques, recevait les pains, qui étaient tous déposés sur l’autel. Les diacres cl les sous-diacres veillaient a ce que ne fût consacrée (pie la quantité nécessaire : après l’oblation, considérée comme une bénédiction, le reste des offrandes était distribué aux assistants, aux absents, quelquefois à titre d’aumône. Quand les fidèles cessèrent de fournir eux-mêmes le pain ct pourvurent d’une autre manière aux frais du culte, une distribution de pain continua à se faire comme une compensation accordée à ceux qui n’avalent pas communié : on la voit s'établir, en même temps que dlsparolt chez le peuple la coutume de communier à la messe dominicale. Il en est sans doute arrivé de ces pains comme des cierges de la Chandeleur ou des branches portées au dimanche des Hameaux, ces objets ne furent pas bénits d’abord, la bénédiction ne s'ajouta que plus lard. Saint Léon IV (817-855) recommande de bénir le pain aux messes paroissiales ct de le distribuer à tous les assistants; le canon 9* d’un concile de Nantes, que les uns pensent avoir été tenu entre 655 ct 660, mais que Labbe pince en 897 seulement» est ainsi conçu : · Tous les dimanches et jours de fête, le prêtre doit donner les eulogies a ceux Pain bénit, je le prends. En mon cœur je t’attends; Si je meurs subitement. Sers moi de divin sacrement. Outre la vertu générale, produite par tous les moyens de grâce, chaque sacrement el même chaque sacramental a sa vertu particulière. Le fruit du pain bénit doit être une charité plus grande qui unit tous ceux qui le mangent, comme le pain eucharistique suppose que ceux qui le reçoivent sont unis en JésusChrist et, par lui, davantage entre eux : Unum corpus multi sumus, omnes qui de uno pane participamus. i Cor,, x, 17. Ce symbolisme de l’union entre les chré­ tiens est le premier qui s’est attache à la matière du sacrifice : · De mêm ·. est-il dit dans la Didaehè. ix. que ce pain rompu était dispersé sur les collines el qu’il est devenu, par le soin de ceux qui l’ont recueilli, un seul morceau, qu’ninsi soit rassemblée ton Eglise des extrémités de la terre... fais-la l’Eglise une, vivante, catholique. » — « De même, écrit saint Gaudens, que le pain sc compose de plusieurs grains réduits en farine, pétris avec de l’eau et cuits au feu, ainsi trouvons-nous dans ce pain la figure très rationnelle du corps de Jésus-Christ, sachant bien que l’unité de ce corps s'effectue par la réunion de la multitude des âmes du genre humain. · Fin du iv* siècle, Sermo II de Exodo. P. t. \x, col. 860. La bénédiction est faite habituellement par le prêtre, soit au commencement de la messe, soit au moment de l’offertoire; mais un simple lecteur peut bénir le pain en dehors de la messe; l’évêque en l’or­ donnant lui confère le pouvoir de benedicere panem ct omnes /ructus novos; le Code, can. 1117, § I, reconnaît co droil, extension sans doute de la bénédiction don­ née autrefois par le lect< ur aux fruits nouveaux, pen­ dant les leçons des quatre temps de septembre. Toute personne peut même bénir le pain à la maison par un signe de croix; Tcrtullicn parle déjà de cet usage, qui dure toujours, de tracer une croix sur le pain avant de l’entamer. Certains rituels particuliers renferment une béni diction de sel, de pain ct d’eau pour les animaux; il y avait autrefois le pain calendaire qu’on offrait dans certaines églises à la fêle de Noël appelée Calende ; le pain conjure fait de farine d’orge el bénil par un prêtre avec des imprécations spéciales et (pii serxait chez les Anglo-Saxons a la manifestation des juge menls de Dieu : l’accusé qui le mangeait n'éprouvait aucun mal, s’il était innocent; mais, s'il était cou- 1733 PAIN BÉNIT pablc, Η ne pouvait ravaler ou mourait, après l’avoir pris. On parle aussi du pain de saint Hubert, de saint Maclou, de sainte Adélaïde, de sainte Agathe, de saint Biaise, etc. Un peu, sinon beaucoup de supersti­ tion se mêlait à ces rites : celui qui gardait dans sa poche un peu de pain, bénit le jour de la Pentecôte, était assuré de gagner ses procès; celui qui en mêlait des miettes avec le grain donné aux poules avait beaucoup d’œufs; les morceaux déposés dans les gre­ niers et les granges chassaient les souris et les rats ou les faisaient mourir, etc. Dictionnaire d'archéologie rl de liturgie, art. Eulogie, t. v. col. 733; Eermrnltuii, ibid., col. 1371 ; Claude de Vert, Explication... des cérémonies de TÊgllsc, t. î, p. 123-121, t. iv, p. 236, 210, 290, 300; Le Brun, Explication... de* prièrei et des cérémonies de la messe, éd. 1716. p. 2Ό. A. Momen· PALACIO Ange, philosophe, théologien et cm PA LA ISEA U 1734 Ada capitatorum generalium ord. carmet., m», conserve aux archive* générale* du collège Saint-Albert .» Borne; Scriptores ord. carmet., codex II, p. 81-86 (m<. conserve au même endroit»; Augustin Bisoirrti, Palmites n(ntx Car­ meli, fol. 21 v* (ms. de 1638 conserve au même endroit); Eusé be Blasco. Decor Carmeti Aragonensis, Seragosse, 1726, p. 67-69. n. ! 12-1 11; Nicolas \ntonio, Bibliotheca Hispana nor·*/, t o, Madrid, 1783-1788, p. 115 a, au mot .Michael Jtipol dcAlienza ; (jbnir de Vil hcr*. Bibliotheca carmelitana, t. i, Orléans. 1752. col. 120, n. 161; Edunrt Toda y Gûell, Bibllogea fia e*i»angoln d’Ilaha dels angens de ta imprempta fins a Pang 1900. t. ni, Ostell, 1929, p. 250, qui dépend uniquement de Cosme de Villiers. P. Anastasr pb Saint-Paul. 1. PALACIOS (Michel do) fxvr siècle), né a Grenade, enseigna pendant onze ans la philosophie et la théologie à l’université de Salamanque, devint cha­ noine théologal de la cathédrale de Léon, puis de In collegiale de Ciudad-Itodrigo, où il mourut, à la fin du xvi· siècle. Théologien scolastique de mérite, il n laissé : In 1res libros Aristo(elix de anima commentam, una cum gu trstio ni bus in locos obscuros subtilissimis. In-fol., Salamanque, 1557; Disputationes theologiae in I V libros Sententiarum, son œuvre principale, 6 vol. in-fol., dont les trois premiers, Sal’manque, 1571. commentent, de loin, les trois premiers livres de Pierre Lombard; au I. IV Palacios n’a pas consacré moins de trois volumes : t. iv. 1577. sur le baptême, la confirmation, l’eucharistie: I. v. 1579. sur la péni­ tence, Text rime-onction, l’ordre ct le mariage; t. vi, sur les fins dernières; Praxis theologica de contrariibus et restitutionibus. Salamanque, 1585. — On lut doit aussi plusieurs commentaires scripturaires : sur Isaïe, en trois volumes in-fol., Salamanque, 1572; sur les petits prophètes. 1593, sur l’épitre aux Hébreux, 1599; sur l’évangile de saint Jean, 1580. gèle, canne chaussé espagnol des XVF-XVH· siècles. (Seul Denys Blasco emploie l'orthographe Palacios Michel-Ange). — Natif d’Aguero, village du diocèse de Panipelunc, Palacio revêtit l’habit de l’ordre des cannes chaussés À I iue.sca, mais il lit sa profession reli­ gieuse au couvent de Valence, où il étudia aussi la philosophie et la théologie jusqu'au doctorat, d’après le Decor Carmeli Aragonensis (d’après le Codex 11 scriptorum ord. carni., p. 86, au contraire, il aurait re­ vêtu l’habit ù Valence ct prononcé scs vœux à Sara­ gossc). A peine docteur, le général le fit conventuel du couvent de Saragossc; en 1603, il devint professeur de philosophie à l’université de Unesco,mais.l’année sui­ vante, le provincial d’Aragon remmena à Borne, afin d’y tenir des thèses publiques à l’occasion du chapitre général. Il y resta plusieurs années comme régent du • studium · de Sainic-Marie-Transpontinc. fut le théo­ logien du cardinal Malleo Barbcrini (qui devint plus N. Antonio, Bibliotheca Hi*i*ina novti. 2* édit·, Madrid. 1783. t. n, p. 1 13, reproduit dans le* deux éditions du lard pape sous le nom d'Urbain VI11) cl qualificateur Jucher; abrégé dan* Hurter, Somenclalor. 3e edit., t. ni, du Sainl-Oflkc. Le chapitre général de 1613 le nomma col. 113 ; détail des œuvres scripturaire* dans le Di· b«»nrégent du - studium » carmélitain de Pavic. De 1617 nairc de la Bible, t. iv. col. 1962. à 1620, il fut provincial de la province carmélitainc É. Amann. d’Aragon; ensuite il occupa la chaire d’Écrilure sainte 2. PALACIOS (Paul de) (xm* siècle), frere à l’université de I Iue.sca et, après peu d’années.celle de du précédent, fut surtout un commentateur de la théologie du cours de l’après-midi. 11 fut, en outre, plu- · sainte Écriture; passé en Portugal, il enseigna â sieurs fols prieur du couvent de Unesco ; définiteur Coîmbre, fut chanoine théologal d’Évora. aumônier provincial, en 1G34, il présida le chapitre provincial la reine Catherine, prédicateur du cardinal don d’Aragon et, en 1635, il fut visiteur général de l’Anda­ de Hcnrlquc (roi de 1578-1580). et mourut à Villaverdc, lousie el de la Catalogne. H mourut en son couvent de en 1582 11 reste de lui : Enarrationes in Evangelium Ihicsca, le 25 septembre 1615, ù l’âge de 70 ans. — sec. Atatth.Tiim. 2 vol. in-fol., Oumbre. 1561. Sala­ Palacio fut un homme d’une culture universelle, car manque. 1571. etc.: le t. i contient des explications de il excella en philosophie, théologie, exégèse, liturgie, l’Évangile choisies dans la patristlque; In Ecrie médecine cl musique. Il donna, sur l’ordre de son géné­ siasticum commentaria, in-fol.. \ illaverde, 1581; ral, l’édition de 1616 du cérémonial carmélitain. Il Cologne, 1593; — In XII prophetas minores, Villacomposa, en outre, quelques ouvrages de théologie : verde, 1581; Cologne. 1593. D’après Antonio, il 1. Sententia: theologica:. Borne. 1613, in-l·; 2. In | est aussi l’auteur d’une traduction portugaise de la .S’. Thoma· Summani theologicam commentaria, I vol., Summa Cajetana, dont la 3* édition paraissait à mss. et 3. lie abditissimo SS. Trinitatis mysterio. rus. Coîmbre en 1566. Le canne chaussé Denys Blasco se servit de ce> deux derniers ouvrages pour la composition de sa Theologia N. Antonio, Hibl. Hisp. n«»ea, 2* relit., t. il, p. 162; abbreviato pro S. Josephi in collegio Carmeli CicsarDictionnaire de la Bible, I. iv, col. 1962-P.HU. Augustano alumnis ex diversis provincia· Aragonite sa* É. Amann ptentissimis magistris. Saragossc. 1670. Denys Blasco PALAISEAU (Henri Harvlllo do) (.Wll1 siècle), publia trois traités de Palacio dans l’ouvrage intitulé frère mineur capucin de la province de Paris. — Ne Tractatus sex (sic, en réalité il y a douze traités) in à Palaiseau, bourg du département de Seine et-Oisv. /·■-//*’ D. Thonuc, Saragossc, 1683, in fol., notam­ des marquis de Palaiseau, il exerça, dans l’ordre, les ment : Tractatus X, De gratia auxiliante seu auxilio charges de gardien cl de définiteur. gratia· actualis, p. 2l5ιατος, ότι ούχΙ και έκ τού Ήού· καί πρός τά παρά Λατίνων έκ της θείας Γραφής είς συνηγορίαν αυτών δήθεν προτεινόμενα. Ces deux dissertations furent composées ù Constan­ tinople en 1355-1X56, alors que Palamas revenait de captivité et nu moment où le légat pontifical. Paul, évêque de Smyrne, négociait l’union des Églises avec Jeon V. Elles n’étalent certes pas de nature ù favori­ ser le succès des pourparlers. Nlcodème Métaxas les édita a Constantinople, en 1627, avec d'autres ou vr.ige* de polémique antllatinc, sous le litre : \ογοι αποδεικτικοί δύο. Cf. E. Legrand, Hibliugraphic hel­ lénique du .xr//· siècle, t. r, p. 231-237. Cette publica­ tion est restée inconnue en Occident, et l’on n'en trouve pas trace dans la Patrologic grecque de Mlgne 6. C’est vraisemblablement à la même époque que Palamas écrivit sa réfutation des ‘Επιγραφαί de Jean Beccos sous le titre : Είς τάς παρά τού Βέκκου ύπέρ Λατίνων επί ταϊ; συλλεγείσαις παρ’αύτού γραφιζαΐ; χρήσεσιν άντεπιγραφαί, δειζνύσαι δυσσεόώς έχούσας τάς τοιαύτας έπιγραφά; καί αντιθέτου; ούσας ταϊ; συνειλε·^μέναις των αγίων ρήσεσιν. (ks Άντεπιγραφαί j ont été éditées par Hergenrother, avec la réfutation qu’en a écrite Bessarion, dans le t. clxi de la P. G., col. 231 sq. 2° Polémique antibarluaniile. — La majeure partie des écrits de Palamas est dirigée contre les adversaires de sa théologie. Pour leur répondre, le théologien hésychaste recourt à tous les genres littéraires : traites antirrhétlqucs, .apologies personnelles, lettres, dialo­ gues, florilèges patrisliques. homélies, poésies, petits chapitres analogues aux centuries des auteurs ascéti­ ques byzantins. L En tête de celte série polémique, il faut placer par ordre d’importance, non par ordre de date, la Con/ession de foi, 'Ομολογία τής ορθοδόξου πίστεω;, présentée au concile constantlnopolitnin d’aoùl 1351. P. G., t. clî, col. 7G3-7G8 (d’après l’édition de Doslthée dans le Γόμος άγάπης), pour répondre aux atta­ ques des anlipalamitcs. Sur la lin, l’auteur résume brièvement sa doctrine sur l’essence de Dieu et scs opérations et sur la lumière thaborique. Des passages entiers de cette confession de foi se retrouvent dans Γ*Ομιλία περί πίστεω; publiée par (λ Simonidès dans son ouvrage : ’Ορθοδόξων 'Ελλήνων θεολογικαί γραφαί τέσσαρε;, Londres. 1858, p. 77-81. qui est la huitième des homélies de Grégoire par numéro d’ordre (cf. P. G., t. c.Lt, col. 93-101), et dont il n’y a pas lieu de suspecter l’authenticité, quoi qu’en pense Papa· ndkhaïl, op. cit., p. 160 en note. 2. Les neuf discours ύπέρ των ήστ/αξόντων divi­ sés en trois triades et dirigés contre Barlaam, dont nous avons déjà parlé plus haut, col. 17 I L On les trouve réunis en plusieurs mss., notamment dans le Caisl. I0Q, fol. 103 v”-225. Un extrait de la première triade a été édité par Nicodèmc l’Haghiorilc dans son ouvrage rarissime. Φιλοκαλία, Venise. 1782. que reproduit la P. G., t. cl. col. 1101-1118; cf. Porphyre Ouspenskii, op. cit., t. m, p. 688-691, qui donne aussi quelques courts extraits. 3. Dix discours contre Acindyne, contenus dans le ColsL 98, du xv· siècle. Monlfaucon. op. cil (cf. P. G., col. 807-828) décrit longuement les sept premiers en donnant le litre de chaque chapitre. Au livre IV, c. xx: et xxn, on trouve deux hymnes ù l’adresse de la lumière du Thabor, ' Γμνο; είς αύτό τό φώ;. P. G., col. 818-819. Le huitième est la Lettre à Athamisc, archevêque de Cyziquc, ΙΙρός Αθανάσιον έρωτήσαντα περί των * \κινδύνου ίΓΓ^/ραμμάτων. εί τοϊς τού Βαρ­ λαάμ εκείνου συμφωνεί περί τού Ηεού φωτός καί τής θείου χάριτος. P. G., ibid., col. 807 D. Il faut compter pour le neuvième le discours qui suit dans le manus­ crit sous le litre : \όγο; δεύτερος. Ποσα/ώ; ή θεία ενωσις καί διάζρισις, καί ότι μή κατά τά; ύποστάσεις μόνον, ά»ά καί κατά τάς κοινά; προόδου; καί ένεργείαε διάκρισιν έδιδάχθημε'/ επί Θεού. Le dixième est la Lettre au moine Damien, τώ τιμιωτάτω έν μοναχοί; Δαμιανώ τώ φιλοσόφω. Cf. la note du Cud. Coist. too, fol. 1. La plupart de ces discours, sinon tous, furent écrits par leur auteur durant scs quatre années d’in­ carcération (1313 13171 au témoignage même de Philothéc. Pan· gi/rique. toc. cit.t col. 611 B (’. Toute celte masse, remplis^ int les fol. 1-216 du Coist. 99, est encore inédite. 1745 PALAMAS. ŒUVRES POLÉMIQUES I. Cinq discours contre l'impiété et les fraudes de Nicéphore Grégoras, contenus dans le Coist. 180, fol. 232-289, également Inédits. Les qu.itre premiers sont signalés pur Philolhôc, toc. cil., col. 031-635. Ils (tirent composes â la demande du patriarche Cilliste en 1358-1359. Le titre du premier mérite d’être signalé: Τού μακαριωτάτου αρχιεπισκόπου Θεσσαλονίκη; Γρηγορίου ώ; άπό τίνος έτέρου συγγραφείς περί τη; τού Γρήγορά ψευδογραφίας ύμού καί δυσσεότίας. Cf. Ρ. G., t. cl, col. 836 C. 11 faut compter pour le cinquième I”Επιστολή πρός τόν έρωτήσαντα περί τής έγκει^ένης τω συνοδικώ τόμερ του (χεγάλου Βασιλείου ρήσεω; καί παρά τού Γρήγορα συκοφαντουμένης ώς μή γνησίας. P. G., ibid., coi. 837 B. 5. Vingt et un opuscules ou lettres d'apologétique per­ sonnelle remplissant le Choisi. 99, du xv· siècle, 182 fol , qu’énumère Mont faucon, op. cil., cf. /*. G , t. cl, col. 827-831 A : a ) ’ Απολογία διεξοδικωτέρα περί θείων ενεργειών καί τής κατ’ αύτάς μεΟέξεως. ό) Περί θείας και Οεοποιού μεΟέξεως, ή περί τής θείας καί υπερφυούς άπλότητος. c) Λόγο; τρίτος, ότι Βαρλαάμ καί ’ Χκίνδυνός είσιν οΐ δι/οτομούντες κακώς όντως και άΟέως είς δύο άνίσους θεότητας την μίαν. c. rit., col. 82'. 831. g) Lettre à Jean Gabras. h) Lettre à Daniel, métropolite d'Aenos. i) Deuxième lettre à Acindyne, envoyée de Thcssalonique avant la condamnation de Harlaam par le synode de 13 IL Celte lettre fut écrite dans les pre­ miers mois de 1311. En voulant se laver du reproche de dithéisme, que lui a lance Barlaam, Palamas ne fait Λΐολογίνη, écrite en 1316, nu moment où l’impératrice cherchait â se débarrasser du patriarche. Bolvin l’a publiée en note dans son édition de VHUtoire byzantine de Grégoras. cf. P. G., t. cxi.vin, col. 1011-1012, en note. Le même auteur donne quelques autres extraits dos pièces signa­ lées dans ce groupe aux col. 1031-1034, 1083. En dehors de cette dernière lettre et du dialogue Théophanès, toute cette longue série est inédite. Plu­ sieurs des morceaux qui la composent ont été écrits durant les quatre ans d’emprisonnement (1312-1317). D’autres, en particulier les deux dialogues cl plusieurs lettres, datent de la lin de sa vie. 6. ïambes contre Acindyne, au nombre de 618. contenus dans le Parisinus 1238, fol. 41vM8, du xv· siècle. Incipit : ’Ακίνδυνος μέν έξ. Palamas a voulu répondre sur le même mètre à son adversaire, qui a écrit contre lui un poèms polémique de 509 ïam­ bes. édités par AHatius à la lin du t. i de la Gnccia orthodoxa et reproduits dans la P. G., t. cl, col. 843862. 7. Florilège scripturaire et patnsligue divisé en 18 cha­ pitres, ayant trait â l’essence de Dieu et à son opéra­ tion, contenu dans plusieurs manuscrits, notamment dans le Paris. 970, fol. 278-355, et le Paris. 123S, fol. 1-11, tous deux du xv* siècle. Incipit : Οί θεολόγοι φασίν επί Θεού. 8. Κεφάλαια εκατόν τ^ντήζο'/τα φυσικά καί Οεολογικά, ηθικά τε καί πρακτικά καί καθαρτικά τής βαρλααμίτιδος λύμης. Capita centum quinquaginta physica et theologica, ethica el practica el purgantia a Ihirlaamitica lue, contenus dans le (?οΒΙ. too% fol. 290320. publiés d’abord par Nicodème l’Haghloritc dans la <1>ιλοκαλία τών ιερών νηπτικών. Venise. 17S2, et reproduits dans la P. G., t. cl, col. 1121-1226. Dans ce résume, qu’il a écrit vraisemblablement sur la fin de sa vie. Palamas n condensé toute sa doctrine phi­ losophique et théologique. 3° Apologétique à l'adresse des musulmans. — La conduite de Palamas durant sa captivité d’un an chez les Turcs ne pouvait qu’être l’objet d’investigations curieuses dans le camp de scs adversaires. Niccphore (iregoras s’est fait l'écho des bruits malveillants qui circulèrent sur son compte a ce sujet. A les en croire, Grégoire subit de la part des infidèles les pires trai­ tements et les plus honteuses ignominies. Conduit devant Hyrcan. il tint, par crainte de la mort, des propos indignes d’un chrétien. L’historien ajoute que, pour défendre la réputation de leur maître, ses dis­ ciples ont répandu des écrits envoyés par lui du lieu de sa captivité Hist, byzant., I. NXIX, 3-4. P. G., I. ( Xi IX. col. 197-201. 11 nous est parvenu, en effet, deux écrits de Palam.is .κλησίαν tfpa’ytv, et une autre lettre un peu plus courte, mais racontant les mêmes faits dans les mêmes termes, adressée au moine David 1747 PALAMAS (ErVKES \SCETJ()I ES Dithypalos, ’Επιστολή προς τόν Δαυίδ μοναχόν τον Δνσύπατσν τού Θεσσαλονίκης, οτε έάλω* La première a été publiée par K. J. D. dans le ΧέοςΈλληνομνημων, t. xvi, 1922. p. 7-21, d’après le Ccd. /37.9 de l’univer­ sité d’Athènes. Elle sc trouve dans plusieurs autres manuscrits du xv» siècle et. fait suggestif» Philothéc la insérée tout entière dans son Panégyrique de Pala­ mas. Dans P. G., t. cl. col. 626 B. elle est simplement Indiquer, sans que le texte oit été reproduit. M. Treu a édité la seconde, d'après le ccd. d’t’psnl. dans le Δίλτιον της Ιστορικής καί εθνικής ιστορίας, I. ιιι, 1.229-23-1. Palamas y fait le récit de sa captivité chez les Turcs, parle des mauvais traitements dent il n été ’’objet, insiste sut les mœurs dépravées des infi­ dèles, signalant en particulier leur άνδρομανία, ce qui semble confirmer ce que raconte Grégorns, loc. cil., col. 200, s'étend (omplaisrminent sur les consolai ions qu’il a prodiguées aux chrétiens captifs avec lui. déve­ loppe enfin assez longuement les cntiétions apolo géliques sur la religion chrétienne qu’il a eus avec les musulmans, et notamment avec le neveu d’Amulal La lecture de ces pièces produit sur le lecteur une impression plutôt fâcheuse. On les trouve peu dignes d’un pontife écrivant ù scs ouailles, et l’on y sent per­ cer l’intention d’apologie personnelle dénoncée par G régoras. Il est vraisemblable que le tout a été écrit après le retour d’Asie, et peut-être pas par Grégoire Pa lamas. Aux deux lettres précédentes il faut joindre un autre morceau trahissant la même préoccupation de réhabiliter le captif, en rapj ortant la discussion sur les mystères de la Trinité et de l’incarnation qu’il eut avec les Khiones, ο’. Χιόναι. Le titre est le suivant : Τοδ αύτού Γρηγορίου Θεσσαλονίκης πρός τούς άθεους Χιόνας διάλεξις συγγραφεισα παρά Ιατρού τού Ταρωνίτου παρόντος καί αύτηκόου γεγονότος La pièce sc trouve mélangée aux œuvres de Palamas dans plu­ sieurs manuscrits, notamment dans le Paris. 1239, fol. 295-297 v·. Elle e*t datée du mois de juillet 1355, et a été publiée dans la revue grecque, Σωτηρ. t. xv. 1892, p. 240-246. Qu’étaient les Χιόναι ? Il n’est pas facile de le dire. Ducunge, Glossarium médite et infirme gnrcilutis, Lyon. 1688, col. 1752. en fait le svnonyinc de Χιονάδης, qu’il traduit par legis doctor apud Pmas. En fait, d'après le récit du Taronite, il s'agirait d’anciens Juifs convertis à l’islamisme. Turcs et Khloncs n’écoutèrent que de fort mauvaise grâce Pal. inas cfsayant de résoudre leurs objections sur la Trinité et l'Incarnation, et à In fin un Khione le frappa à l’œil. //. u:i virils jjoi.a/.Hs t:i as jrqr/.s. |« Ho­ mélies. Grégoire Palamas fut un prédicateur remar­ quable. Scs homélies, au nombre de soixante-trois, tonnent un cy< le presque complet pour les dimanches cl les principales fêtes de l’année, et constituent son plus beau litre de gloire devant la postérité. La plu­ part furent prononcées devant les fidèles de Thessalonique, quelques autres û l'Athos. La première de toutes en date fut débitée à la laure Saint-Atluinasc, vraisemblablement le 21 novembre 1333. C’est la 54« de la série, seconde pour la fêle de I cnlrte de Marie au temple. Cf Philothéc, P. G , l. eu, col. 581C Celle qui vient la première dans les recueil* manuscrits fut prononcée le troisième jour de I «nivée de Pa’amas à Thessaloniquc. en 1350. Écrites en un style clair cl simple, sans prétention littéraire, • Iles sont riches de contenu dogmatique, moral el ascé­ tique, nourrie* de textes de I''Écriture. SI l’on excepte les deux homélies pour la fête de la Transfiguration, où l’auteur u cru bon de développer sa théorie sur la lumière tluiborlque incréév. elles sc déroulent en de­ hors de toute controverse Ixs cinq homélies mariales (deux pour rentrée de Marie nu temple, une pour cha­ 1748 cune des fêtes de la .Nativité, de l’Annonciation cl de ’ \ssomplion) < omptenl parmi les plus importantes el les plus originales, routes ces homélie* sont éditées. Quarante cl une parurent â Jérusalem, en 1857. par les soins du patriarche Cyrille sous le titre : Του iv άγίοις πατρός ημών Γρηγορίου αρχιεπισκόπου Θεσσα­ λονίκης τού ΙΙαλαμά όμιλίαι τεσσαράκοντα καί μία. Quatre ans après, Κ. Sophocles Oeconomos donnait les vingt-deux autres : Ίου έν άγίοις πατρός ημών, κτλ... τού ΙΙαλαμά όμιλίαι κύ’, Athènes. 1861. Ιλ$ dix homélies publiées par C. E. Matthaei : Gregarii Thessalonicensis A orationes ex quinque codicibus manu scriptis, Moscou. 1776 : l’homélie ΙΙερί πίστεως, pu­ bliée par C. Simonides, à Londres, en 1858; les deux qu’a cru découvrir le russe Arscnii et qui ont paru a Novgorod, en 1895, se retrouvent dans la collection des soixante-trois. Le Paris. /239, fol. l-248v·, du xv siècle, les contient toutes à la fik. La P. G., t. cm, col. 10-550, n’en donne que quarante-trois, soit es quarante el une de l’édition hicrosolymilnine cl la première el la quatrième des dix publiées par Mat­ thaei. Le véritable numéro d’ordre de ces deux der­ nières n’est pas 12 et 13. mais 16 et 49. Les dix de l’édition de Matthaei sont les homélies 6, IL 12. 11,15, 20, 26, 28, 16 et 49 de la série. L’homélte ΠερΙπίστεως est la huiliime. Les deux d’Arscnii sont la quarantehuilitme et la cinquantième. I ne traduction serbe de l’homélie sur l’Assomption, remontant au xiv · xv· siècle, a été publiée dans la revue russe Prtnx)slavnyi Sobicsiednik, 1905, t. n. p. 1-18. avec la traduc­ tion lusse en regard. 2° L’opuscule intitulé Δεκάλογος τής κατά Χριστόν νομοθεσίας, publié dans la Philoculie, p. 929 sq. cl inséré dans la P. G., I. cl. col. 1089-1102. est une brève explication du Décalogue éclairé par les lumières du Nouveau l’estament. 3° Ηρός την σεμνοτάτην έν μοναζούσαις Ξά/ην περί παθών καί αρετών καί περί των τικτομένων έζ της κατά νουν σχολής, petit traité il’ascétique. qui ne présente rien de bien original; publié par Nicodème, dans la Philocaiie, et reproduit par P. G., I. cl, C01. 1013-1088. 1° ΙΙερί προσευχής καί ζαΟαρότητος καρδίας κεφά­ λαια τρία. P. G., ibid., col. 1117-1122. également tirés de la Philocaiie et signalés dans le Paris, grtre. 1239, fol. 305 v°. Pahmuis y recommande le recueillement intérieur. 5° Λόγος έπιστολιμαΐος προς Ίωάννην καί Θεώδορον τούς φιλοσόφους, publié par C. Sophocles dans son édition des vingt deux homélies, p. 298-308. Le morceau est de même contenu que la lettre à la mo­ niale Ni né. dont il reproduit textuellement plusieurs passages. ///. ai i /;/:.*· i/AUtouitAriHuUKS /. / /.ιτυηακρ /:s. I·· i.cs auprès hagiographiques se réduisent â lu courte biographie d’un saint hésychaste du ixv siècle. Pierre l’Athonile. Αόγος είς τόν θαυμαστόν καί ·σάγγελον βίον τού όσιου καί Οεοφόρου πατρδς ημών Πέτρου τού έν τω άγίω βρει τώ AOco άσκήσαντος, où les données historiques n'abondent pas. C’est le premier écrit composé par Grégoire, au témoignage de l’hilothée. P. G., t. eu. col. 581 B; il doit dater de 1333-1331. Public d’abord parles bolhindistcs, Acta sanctorum, juin l. n, ad dlun 12. il est reproduit dans P. G.. I. ci . col, 095 10K' 2” Œuvres liturgiques. Nous rangeons sous cette rubrique les quatre courtes prières que donnent plu­ sieurs manuscrits >ous te nom de Palamas, cl que C Sophocles a jointes a son édition des homélies, p. 308-316. En voici les titres : L Εύ/ή προς του 0c6v, ήν προ τής π'ύλης τής πόλεως η - . ·< τήν ίμελλεν είσελΟείν. ftvoli rappelé d vin du ralut du monde· 1709 PAL XMAS. DOCTU I NE. ORIGINES le pasteur prie pour son troupeau el demande a Dieu de le délivrer des fat lions et des luttes fratricides, dont Thessalonique, fut si souvent le théâtre. 2. Έτέρα εύχή έπί {Ονους έπιδρομ^, prière 1res oniric qui implore hi miséricorde de Dieu sur le peuple fidèle. 3. Έτέρα έπί άνομβρίφ. Le litre en indique le sujet. ι. Έτέρα εύχή ήν μετά τήυ χειροτονίαν όφΟεΙς τοΐς 3ασώεΰσι συνήθως ηύςατο, prière récitée par Gré­ goire après son ordination épiscopale, au moment de se présenter, suivant l’usage reçu, devant le basileus pour lui baiser la main. Cf. Simeon de l liessalonique. De \acris ordinationibus, i. ccxxix-ccxxxi, P. G.,l ci.v, col. 132-133, qui dénonce relie marque de servilité du sacerdoce à l'égard du pouvoir civil comme un into­ lérable al us. /l’.tATI/tlS Pl.Rbl λΧ, bUVTl’A Si.sul ASOCHÏ Nous avons dit qu’à peu près tout l’héritage litté­ raire nous était parvenu. Quelques écrits cependant ne paraissent pas encore avoir été retrouvés dans les sources manuscrites, et sont peut-être perdus. Nous avons à signaler : 1° La lettre à Menas, ’Επιστολή πρός Μηνάν, rentrant dans la catégorie des ouvres polémiques, dont l’auteur de V Adversus Palumam cite un passage, P. G., t. cliv. col. S40 D; 2° une série de discours sur le sacerdoce. Λύγο·, περί της Ιερωσύνης, prononcés par Grégoire, quelques jours apres avoir pris possession de son siège (1350), devant son clergé réuni tomme pour une sorte de retraite spirituelle. Philothéc les signale dans son Panégyrique, loc. cit, col. 619-620, cl en résume brièvement le contenu. Panni les œuvres douteuses ou apocryphes nous avons trouvé les suivantes: 1. ΈκΟεσις της των Βαρ­ λαάμ καί * Ακινδύνου δυσσεβημάτων άλλοκότου πληθύος, donnée à la tin du Coisd fol. 21 l-212v% immédiate­ ment avant le panégyrique de Palamas par Philothéc. sans indication expresse d'origine nous paraît d’une authenticité douteuse. Elle est absente des principaux recueils manuscrits des o uvres de Grégoire. 2 Le curieux écrit intitulé: Προσωποποιΐα, χαρακτςρι μικτω, διαλογικώ καί μάλιστα δικανικωτέρω, τίνας άνεϊποι λόγους ή μέν ψυχή κατά σώματος δικαζόμενη μετ’ αύτούεν δικασταϊς, τύ δέ σώμα κατ’αύτης· καί των δικαστών άπόφασις, fut publié en 1535. à Paris, par G. Morel sous le nom de Grégoire Palamas, d’après lena/. Paris. H465. L’éditeur ne remarqua pas que, dans le manuscrit, le nom de Palamas avait été barre, et l’erreur, depuis lors, est entrée dans le domaine com­ mun. Ce n’est qu'en 1915 que A. Sonny, qui déjà, en 1891, avait élevé des doutes sui l'attribution à Pala­ mas (cf. Hyzantinische Zeitschrift, t. m. 1894. p. 662. note 2). a restitué le morceau à son véritable auteur, Michel Acominatos. dans un article paru dans le 17zanliiskoe Obozriénié, t. i, p. 103-109. Le meilleur manuscrit contenant le texte est le Laurenltanus /-/Λ. /.’. qui est du xiv« siècle. La /’ G., t. ci., col 959-988 et 1317-1372. donne séparément la traduction latine el le texte original. Albert Jahn, Gregarii Palanuc, archiepiscopi Thessalonicensis Prosopopeia» Halle. 1884,0 publié de cet opuscule une édition, avec notes critiques. 3. Le célèbre document palamite intitulé : 'Ο άγιορειτικ&ς τόμος. P. G . t ·ι, col 1225 1236, n’est pas de l.i main de Palamas, mais, fut. comme nous l'avons dit plus haut, rédigé, vers 1339-1310, par Philothéc Kokkinos C'est. du reste, un résumé lidèle de la doctrine du théologien hésychuslc sur la question de l’essence de Dieu et de son opération, sur la lumière Ihaboriqur et la grâce incréce. I. Dans plusieurs manuscrits des œuvres de Pala­ mas, vient sous son nom une Delation de sa dispute aire Nicéphore Grégoras en présence de l'empereur Jean V et le légat pontificat. Paul de Smyrne. en 1355. 1750 En réalité, celle pièce n'est pas de Pukmas mais du protostrator Phacrassès, comme l'indique le litre sui­ vant donné par plusieurs manuscrits, notamment par le hionysianus Athon, /9/, fol. 17 : Φακρασητούπρωτοστράτυρχ επίτομος κατά τό δυνατόν διήγησις. πα­ ρόντος καί σύτηκόζ^ γεγονότος τής έπί τσύ πα/ντίου ενώπιον τού ^/ασιίχως κυρού ’ Ιωάννου του I ίαλαιολόγου γενομένης δνα/ίςεας τού Θεσσα/ονίκης. κυρου Γρηγο­ ρίου. καί Γρήγορά τού φιλοσόφου Νικηφόρου. Άζινδυνι7νού γεγονότος. Ιίαρήν τηνικαύτα καί ό >χ*;άτος. IMiamissès est un ami de PaEmas, et sa relation, d’ailleurs incomplete, comme il ledit lui même, doit être lue avec précaution. Grégoras donne la contre­ partie dans les livres XXX et XXXI de l'Histoire byzantine, P. G., I. cxlix. col 233 339. Inutile de dire que lui non plus n’est pas exempt de partialité. 5. La διάλεξις προς τούς άΟέου: χιόνας. déjà sii nalée plus haut, appartient à Pnlamas dans la même mesure et de la même manière que la διήγησις de Phncraxsès. 6. Est totalement apocryphe un t.ommentaire de l’épllre aux Thessaloniciens attribué a Grégoire par le fameux faussaire Nicolas Comnène Papadopouli. qui cite l’ouvrage à plusieurs reprises dans scs /*nrnotiones mystagociac, Padoue. 1696. 7. Le Paris, gnre. 3105, du xvr siècle, met sous le nom de Grégoire Palamas un Dialogue entre un grec et un lutin sur la primauté du j ape et contre te concile de l lorence. II L OnioixE et exposé ni: us ooi.inixv of. Pala­ mas srn l’essence de Dur f.t son opîration. Bien qu’une faible partie seulement des tvrils thtologiques de Palamas soit éditer, il esl faille pourtant de se faire une idée claire et complète de la doctrine à laquelle il a donné son nom. Le palamisme, en effet, tient presque tout entier en ce simple énoncé : Il y a en Dieu deux choses réellement distinctes, quoique inséparables : l’essence et ce qui découle de l’essence: lu nature et les propriétés, qua­ lités, opérations, attributs subsistant dans cette nature et étant, comme elle, incréécs et étemelles. Cette doc­ trine est répétée dans tous les ouvrages polémiques de Palamas. On en trouve un excellent résume dans la dernière partie ν τριών τρόπων τής προ­ σευχής, était bien connu à l’Alhos, au début du xivr siècle. Le passage car.ictéristlque est le suivant : • Assis dans une cellule tranquille, à l’écart, dans un coin, fais cc que je le dis : l ’erir.e la porte cl élève ton esprit au-dessus dc tout objet vain et temporel; ensuite, appuyant ton menton sur la poitrine cl tour­ nant l’œil corporel avec tout l'esprit sur le milieu du ventre, autrement dit le nombril, comprime l’aspira­ tion d’air qui passe par le ne/, de façon a ne pas res­ pirer à l’nhc, et explore mentalement le dedans des 1753 PALAMAS. DOCTRINE, DÉVELOPPEMENT ι T’ Z J / O entrailles pour y trouver le lieu du cœur, où aiment à certain nombre de textes patristiques. Palamas s’ap­ fréquenter toutes les puissances île l'âme, Dans les puie sur ces témoignages pour déclarer celte lumière débuts tu trouveras une ténèbre et une épaisseur opi­ divine cl inaccessible, incrééc et éternelle, φώς Ocîov niâtres, niais en persévérant cl en pratiquant cette καί άπρόσιτον, ά/ρονον, άκτιστου καί άίδιου; cf. l’écrit occupation de jour et de nuit, tu trouveras, o mer­ du moine David Dishypatos, ’Ιστορία βραχέων veille! une félicité sans borne. Sitôt, en effet, que όπως την ^r/trrrrt i wA. w/ Βαρλαάμ καί ’ Ακίν­ l’esprit trouve le lieu du cœur, il aperçoit tout ù coup δυνο·? πονηρά αΐρεσις, publié sans nom d’auteur par ce qu’il n’avait jamais su: car il aperçoit Pair existant Porphyre Ouspcnskil, op. cit., t. nr, p. 822. — SI au centre du cœur, cl il se voit lui-même tout entier celte lumière avait ces caractères, répondit Barlaam, lumineux cl plein de discernement ; et dorénavant, c’était l’essence même dc Dieu, car rien n’est incréé des qu’une pensée pointe, avant qu’elle ne s’achève ct ct étemel en dehors dc l’essence divine. Vous ensei­ ne prenne une forme, il la pourchasse et l'anéantit gnez donc que I essence dc Dieu est participablc par par l’invocation dc Jésus-Christ, » ilausherr, /oe. cit., les créatures ct peut être vue par des yeux corporels : p. 161 165. Cf. P. G„ l. cl, col.899; I.cliv,col.840 AB. πο’.εϊτε λοιπόν την ουσίαν τού Θεού μεΟεκτην καί C’est, nous l’avons vu, la méthode du pseudo- όρατήν. Or cette doctrine, c’est le dogme impie des Syméon que pratiquaient les hésychastes avec les­ massallcns. David, ibid.— Non pas, répliqua Pala­ quels Barlaam entra en relation. Elle est décrite, avec mas. Celte lumière est sans doute divine cl incréée, des variantes de détail, ct recommandée tant par ct les saints Pères lui ont donné le nom dc divinité. Grégoire le Sinaite, Priicepta ad hrsychastas, col. 1329- Οεότης : mais ce n’est pas l’essence dc Dieu; c’cst 1332, que par Grégoire Palamas, Υπέρ των ίερώς l’opération, la grâce, la gloire, l’éclat provenant dc ήσυχαζόντων, P. G., t. cl, col. 1106-1107, 1110, !’essence divine el communiqué aux saints. Tous les 1112, 1111. Voilà où en était arrivée la mystique saints, en effet, hommes cl anges, voient la gloire byzantine bien avant le xiv· siècle! Par un procédé éternelle de Dieu, reçoivent la grâce et le don étemel: mécanique, les hésychastes prétendaient arriver à la (plant à l’essence de Dieu, personne, ni homme, ni vision de la lumière divine et de Dieu lui-même. Inter­ ange, ne l’a vue ni ne peut la voir, ούκ £στι δέ ουσία rogés par Barlaam sur la nature de la lumière en ques­ τού Θεού, άλλ’ ίνέργεια καί χάρις, καί δόξα καί λαμtion, ils répondirent que c’était la lumière des théo­ πρότης έκ της θείας ουσίας εις τούς αγίους πεμπομένη. phanies dont parle ΓEcriture, el spécialement l’éclat — Si vous dîtes cela, riposta Barlaam. vous ensei­ dont brilla Jésus-Christ sur le mont Thabor, au jour gnez deux dieux, le dieu supérieur, représente par l’essence invisible et imparticipable: ct le dieu infe­ de sa transfiguration : celte lumière jaillissait de Dieu lui-même et était éternelle comme lui. Le moine cala­ rieur, représenté pur l’opération cl la grâce que reçoivent les saints dc la part de Dieu. Vous êtes des brais répliqua que c’était là une grossière erreur : d’après lui, la lumière du Thabor avait été un phé- ' dithéftes : λοιπόν δύο θεούς λέγετε, ύπερκειμενον καί liomène d’ordre matériel et passager, produit miracu­ ύφειμένον. Ibid Dans sa réponse, le théologien hésychaste maintint leusement. nu moment même de la transfiguration, cl aussitôt après dissipé et retourné au néant. Loin sa première affirmation : L’essence dc Dieu est abso­ lument invisible et imparticipable à toute créature; «l’être incréé. éternel et d’ordre divin, col éclat n’avait cléqu’unc apparence sensible sans consistance, ίνδαλμα, mais son opération, sa grâce divinisante est participée par les anges ct par les hommes, tout en restant insé­ φάντασμα, inférieur en dignité à la nature angélique, parable et indivisible de I essence elle-même. C’est voire même à la pensée humaine. Celle-ci, en effet, pour cela qu’il n’y a pas deux dieux, ni deux divinités. est une lumière d’ordre spirituel, bien supérieure à Et il recourut à la comparaison du soleil cl dc ses toute lumière matérielle. Il ne fallait point voir dans la vision du Thabor une manifestation du royaume de rayons. Nous distinguons dans le soleil le disque ct Dieu promis aux saints, l’avant-goûl de la félicité les rayons parlant du disque. Le disque ne peut cire éternelle, car elle n avait point dépassé l’ordre sen­ atteint par nos yeux el aveugle le téméraire qui veut le regarder fixement; mais nous jouissons des rayons sible. cl les apôtres qui en avaient joui étaient encore qui parlent de lui ct en sont inséparables. Ainsi de fort imparfaits et non pleinement purifiés. l’essence dc Dieu cl de son opération. El de même que En entendant ccs déclarations, les ca loyers crièrent au blasphème. Les Pères de l’Église et les hymno- le disque et les rayons ne font pas deux soleils mais un seul, de même l’essence de Dieu et sa lumière, sa graphes de l’Église byzantine n’avaient-ils pas écrit grâce, son opération ne sont qu’un seul Dieu;cf. David des choses merveilleuses de la lumière du Thabor, l’appelant une lumière inaccessible, un resplendisse­ ibid., p. 822-823, qui développe longuement la com­ ment divin, la gloire même de la divinité? SI Bar­ paraison d’après les ouvrages de Palamas. 2° Développement dc la doctrine. — Telle fut lu laam disait vrai, c’était l’effondrement de tous leurs genèse du système qui, du nom de son auteur, s’ap­ rêves. Aussi prièrent-ils leur confrère déjà célèbre, (irégoirc Palamas, de fermer la bouche au blasphé­ pelle palamisme. Le point de départ fut la discussion mateur, cpii allait jusqu'à traiter d’hérétique qui­ sur la nature dc la lumière parue au Thabor. Pour éviter l’erreur massalicnnc, qui prétend que Dieu conque ne pensait pas comme lui. peut être vu des yeux du corps, le théologien hésy­ Cependant, le moine calabrais n’avalt encore rien publié contre les hésychastes, bien qu’il eût com­ chaste posa carrément en Dieu deux choses réelle­ mencé à écrire quelque chose, tant contre leur mé­ ment distinctes entre elles, quoique toujours insépa­ thode pratique d’arriver à la contemplation, que contre rables : l’essence el son opération, ou ses opérations, propriétés et attributs. La comparaison du soleil et leur doctrine sur l'illumination divine et la nature de ses rayons représente bien sa conception qu’il nous de la lumière de la Transfiguration. Nous avons dit plus haut qu’on lui déroba des feuilles de son manus- | faut maintenant exposer plus en détail. Nous parle­ cril, et que, pour réfuter ccs extraits, Palamas corn- ‘ rons : 1. de l’idée centrale du système; 2. des for­ mules audacieuses employées par Palamas pour l’ex­ posa sa première triade de discours en faveur des primer; 3. des multiples différences établies entre hésychastes, Υπέρ των Ιερώς ήσυχα ζόντων. où, sans doute, Barlaam n’est pas encore nomme, mais où il l’essence divine ct ses opérations ou attributs; L de la nature de la lumière thaborique ct de la grâce déi­ est réfuté. Si les deux premiers discours visent à fiante; 5. des fondements philosophiques ct theolo­ légitimer la méthode pratique d’oraison, le troisième gici ues du système; 6. des multiples erreurs renfermées entame déjà la question de la lumière du Thabor: dans le palamisme. cf P G.. I. cl, col. 835, 1101-1118. Hennissant un 1755 PALAMAS L’ESSENCE DIVINE ET SES OPEHATIONS !. /-/c> etntrale du système palamite. Nous venons de voir que. pour repousser l’accusation de dlthélsmc lancée contre lui par Berlaam, Palamas a eu recours â la comparaison du soleil et dc scs rayons. Pour lui, en effet. comme pour ses disciples authentiques, Dieu est semblable à un astre spirituel incréé et éternel, dans lequel il y n trois choses réellement distinctes cl différentes. quoique Inséparablement unies el réelle ment Indivises, à savoir : a) un noyau central abso­ lument invisible, inaccessible, imparlicipnble ct Indi­ visible, qui est l’essence divine considérée en ellemême; b) dans cc noyau central, trois points réelle­ ment distincts entre eux ct du centre même, qui sont les trois hypostases ou personnes divines: c) une mul­ titude de rayons réellement distincts entre eux, par­ lant ab irtrrnn du centre el des trois points comme dc leur source et de leur principe commun, pour atteindre chacun à sa manière el suivant sa nature propre, sans subir aucun changement, les créatures apparues dans le temps. Os rayons constituent l’opération, ένέργεια, ou plutôt les opérations, ένέργειαι, et les divers attributs de Dieu, au moins les attributs com­ munément appelés opératifs et relutifs; cf. Palamas. Κεφάλαια φυσικά καί Οεολογικά, 91, 92, Ρ. (λ, I. ci., col. 1185-1188. l’n de ces rayons est la lumière divine ou grâce déitlante, qui apparut aux apôtres sur le Thabor, ct dont la contemplation fait le bonheur des anges et des élus dans le ciel. Ibid., 93, col. 1188 B. Telle est l’idée fondamentale du système; tel est le Dieu de Palamas. Pour qui a présente â l’esprit cette conception, la lecture des écrits palamites n’offre plus d'obscurité. D’après cette théologie. Dieu n’est pas l'être Infiniment simple, l’Acte pur en qui tout s’iden­ tifie réellement cl qui condense éminemment en son unité les multiples perfections ct points dc vue que l’esprit créé est obligé dc distinguer en lui pour en avoir quelque connaissance. C’est un esprit aux mul­ tiples puissances, perfections, opérations, qualités.qui, sans doute, ne sont jamais en puissance cl brillent tou­ jours comme les rayons d’un soleil éternel, mais qui sont réellement distinctes entre elles et de l’esprit d’où clics émanent. C’est un fourmillement dc perfections autour d’un centre inaccessible. 2. Le* formules palamites. - Les formules employées par Palamas répondent bien à ce concept. En Dieu, il y a l'essence el ce qui est autour de l’essence; la nature el ce qui provient, émane de la nature. Il y n l’élément supérieur et l’élément infé­ rieur el subordonné; la Οεότης ύπερκειμένη, qui esl I’ούσία, cl la Οεότης ύφειμίνη, qui est Γένέργεια, ou plutôt les θεότητες ύφειμέναι, car les operations de Dieu, scs attributs sont multiples et variés, cl rien n’empêche d’employer le pluriel. Dans sa seconde Icllrc à Acindyne, Palamas dit, par exemple, que le don déifiant de l’Esprlt est une divinité inférieure, don dc la divinité supérieure : ή Οεοποιός δωρεά τού Πνεύματός έστι Οεότης ύφειμένη, δώρον ούσα της ύπερκειμένη; ·. Ccs multiples divinités ne font pourtant qu’un seul Dieu, parce qu’elles ne subsistent pas par elles-mêmes; elles ne sont ni des essences ni des hypo­ stases; mais c'Ics subsistent, elles sont enracinées dans l'unique essence ou divinité supérieure possédée par les trois personnes, filles sont ανούσιοι, ανυπόστατοι; ou mieux ένούσνκ, ένυπόστατοι. On ne peut pas dire, cependant, que ces θεότητες soient des accidents, au sens propre du inot, bien que quelques-uns leur donne cc nom. Ce sont des quaslaccidents. συμύεόηκός πως. Voici un passage carac­ téristique : · Dieu a quelque chose qui n’csl pas sub­ stance. έχει και 6 μη Ιστιν ουσία. Mais, de cc que cela n’est pas substance, il ne s'ensuit pas que cc soit un accident; car ce qui non seulement est stable mais encore exempt d’augmentation cl dc diminution ne 1756 saurait être catalogué parmi les accidents. Mais, du fait que ce n’est ni un accident ni une substance, cela I ne veuf point dire que ce soit un pur néant : c’csl véritablement quelque chose d’existant. Ce n’est pas un accident, puisque c’est quelque chose d’abso’u ment immuable. Ce n’est pas non plus une substance, puisque cela ne subsiste pns en soi. C’est, disent cer­ tains théologiens, quelque chose comme un accident, voulant seulement indiquer par là que cc n’est pas une substance : διό καί συμοεόηκός πώς έστι παρ’ Αν θεολόγων τούτο λέγεται, τούτο δεικνύντων μόνον, ότι ούκ εστιν ούσία ·. Cupitu phipica, theologica... 135, P. G.. I cl. col. 1216. Notre théologien ajoute: « SI Dieu agit par sa volonté, et non pas simplement par son être, autre chose donc est son vouloir et nulle chose son être. Si donc la volonté divine est, en Dieu, autre chose que hi nature, sans cependant être une substance, s’ensuit il qu’cîlc n’existe pas ? En aucune manière; mais elle existe en Dieu, qui n’a pas seule­ ment une essence, mais aussi une volonté, par laquelle il agit. Cette volonté, on peut l’appeler un quasiaccident parce que cc n’csl pas une substance: el on peut lui refuser le nom d’accident, parce qu’elle n’in­ troduit aucune composition, aucun changement. Dieu donc possède quelque chose qui est substance, cl quelque chose qui n’csl pas substance sans cependant mériter le nom d’accident, à savoir la volonté ct l’opé­ ration : έχει άρα ό Θεός καί δ ούσία, καί δ μή ούσία. καν εί μή συμοεόηκός καλοί το, τήν Οείαν δηλονότι βουλήν καί ένέργειαν. » Ibid., col. 1216 D. Palamas repousse l’adage dc la théodicée ortho­ doxe : Dieu est ce qu’il u. Pour lui, autre chose est le possesseur, autre chose ce qui est possédé; autre chose est l’essence, autre chose l’opération; autre chose l'in­ telligence, autre chose la volonté; autre chose la bonté, autre chose la justice, el ainsi de tous les attri­ buts. qui sc distinguent réellement en Dieu, et dc l’es­ sence ct entre eux, bien qu’ils soient toujours néces­ sairement unis à l’essence et dans l’essence, ct qu'ils ne soient séparables que par une opération dc notre esprit, κατ’έπίνοιαν. Il ne faut pas, en effet, confon­ dre distinction et séparation, διαφορά καί διαίρεσις. Il y a, en Dieu, des distinctions réelles, indépendantes de l’opération de notre esprit; il n’y a en lui aucune séparation réelle, mais tout < c qu’il est cl tout cc qu’il a reste inséparablement et éternellement uni. 3. Multiples différences entre l’essence divine et scs opérations ou attributs. Pour montrer que autre chose esl l’essence divine, autre chose ses opérations et attributs. Palamas s’est plu à donner dc longue*· énumérations des propriétés de l’une cl des autres. u) L’opuscule Adversus Pulamam publié par Arca­ dius sous le nom de Démétrius Cydonès, P. G.. t. ci.iv, col. 835-861 (il n’csl pas de cet auteur, mais vraisemblablement du moine Nlphon), relate jusqu’à vingt-quatre dilfércnccs ou modes de distinction, τρόποι διακρίσεως, établis par Grégoire Palamas et scs disciples entre l’essence divine el son opération. Manuel Calveas, De edentia et operatione, P. G.. I. ci u. col. 316-317. donne une liste de différences encore plus riche. Contentons nous de signaler les principales : 1° La divinité supérieure est essence ct hypostase: la divinité inférieure n’est ni essence, ni hypostase 2· 1.’essence de Dieu est le possesseur, τό έχον; l'opé­ ration, la chose possédée, τό έχόμενον. 3° L’essence, sc dit seulement au singulier; l’opération supporte cl le singulier et le pluriel. p> L’essence esl la cause, le principe, αιτία: les opérations sont les effets, αποτε­ λέσματα, ctTets provenant de Dieu, non par voie dc création, mais par vole de production, dc procession physique. 5· L'essence est invisible el Incompréhen­ sible; Ι’ένέργεια est visible même par l’an rorporc| 1757 PALAMAS. L’ESSENCE DIVINE ET SES OPÉRATIONS surélevé pur In puissance de Dieu, et elle esl connais* sable ct compréhensible, G® Lu première est absolu­ ment Immobile; la seconde est mobile et mouvement, την δ’ένέργειαν κινουμένην καί κίνησιν. 7° L’une est impari icipable, l’autre participabit· par les creatures. 8e L’essence ne présente en elle-même aucune diffé­ rence; les opérations dilièrent cl de l'essence et entre elles; c’est pourquoi la première est nu dessus dc tout nom, tandis que les secondes peuvent être désignées par un nom spécial. 9° L'essence est absolue, sans relation, inimitable; les opérations sont relatives et imitables. 10° L’essence est immortelle en elle-même; l'opération n’est immortelle qu’à cause de l'essence; par elle-même elle peut disparaître, si on la considère du coté de la créature, η ένέργεια διά μεν την Ουσίαν άΟχνατός, δι’αυτήν δέ νέκρωσις. 11° L’essence, en tant qu’hnpartivipablc. l’emporte infiniment sur l’opéralion, qui esl participable, καί τό μεν, ώς άμέΟεκτον, άπειράκις άπείρως ύπέρκειται· τό 3‘ώς μεΟεκτόν, άπειράκις άπείρως ύφεΐται. Cf. P. (i.t L ci.ii, col. 3Hi 1); t. cliv, col. 848 A. où l’on trouvera plusieurs cita­ tions des écrits de Palamas. b) Malgré ces multiples différences, l’essence et les opérations ont cependant quelques attributs el quel­ ques noms en commun. La première el les secondes font partie du Dieu unique, sont divines, et par le fait sont également incréées et éternelles. On peut les dési­ gner par le nom de Οεότης et meme par celui dc Θεός. Un point capital pour Palamas est que l’opération. Γένέργεια divine, peut recevoir le nom dc Οεότης; cl comme il esl possible dc distinguer un nombre infini d’opérations ct d’attributs, il est permis de parler de plusieurs θεότητες. Attaqué par ses adver­ saires sur celle terminologie, au concile de 1351. il parut, un instant, renoncer à l’emploi du pluriel; mais ce fut une concession de pure forme ct passa­ gère. Dans le décret final du concile, on maintint que, d’après les Pères, l’opération divine pouvait être ap­ pelée Οεότης; cf. P. G., t. eu, col. 725 D, 730-731; 742-745. I. La nature de la lumière tha borique ct dc la grâce dèiliante. — Si, dans l’ordre historique du développe­ ment du système, la question dc la lumière du Thabor vient en première ligne, comme nous l’avons montre plus haut, une fois ce système pleinement élaboré, elle ne fait ligure que de détail, de partie rentrant dans le tout. Mais celle partie est importante, car Palamas a greffé sur la lumière lhaborique toute la question du surnaturel, de la divinisation des créa­ tures par la grâce el la gloire. Qu’est, en effet, pour lui la lumière dont resplendit Jésus sur le Thabor ? C’est une ένέργεια divine de premier ordre; c’est le rejaillissement, la splendeur, la gloire, la forme, μορφή, la beauté, la lumière essen­ tielle de Dieu, la grâce déifiante, ή Οεοποιός χάρις, le royaume des vieux promis aux anges et aux hommes. Comme les autres ένέργειαι, celle-ci esl incréée el éternelle, (’.’est par elle que nous devenons partici­ pants de la nature divine, comme l’enseigne saint Pierre. Les apôtres, sur le Thabor. purent la contem­ pler de leurs yeux corporels par un ellct de la puis­ sance divine; car leurs forces purement naturelles, ni l'œil du corps, ni le regard dc l’esprit ne seraient capables de cette vision. Palamas reconnaît donc la nécessité d une surélévation des facultés naturelles pour contempler l’éclat jaillissant dc la divinité. Mais celte surélévation elle-même est une opération di­ vine incréée : ού μόνον τό φως άκτιστου, άλλα καί ή δύναμις καΟ’ήν όράται. (*.· t. ci., col. 818 A. 1221 A. D’après notre théologien, la grâce de la divi­ nisation ne pose rien dc créé dans l’âme déifiée. Tout part dc Dieu ct est éternel cl incréé. La lumière divine est â la fois cc qui esl vu cl cc par quoi elle est vue. 1758 Au demeurant, la lumière divine. In grâce déifiante se diversifie cl se diffuse dans 'es créatures sans subir de division en elle-même, άμερίστως μεριζομένη. Elle est participée dc diverses manières et â des degrés inégaux, suivant la capacité ct les dispositions de ceux qui la reçoivent. C’est pourquoi elle est ù la fols une ct multiple. Ccs opérations et puissances divini sa trices, αί του Πνεύματος δυνάμεις τε καί ένέργειαι. sont innombrables. Le prophète I safe en énumère sept, parce que. chez les Hébreux, le nombre sept est syno­ nyme dc beaucoup. C’est une grossière hérésie d· déclarer créés ccs dons dc l’Esprlt, car cc sont dc* processions, des manifestations cl des opérations ou énergies physique* du même Esprit, éternelles ct in­ créées comme lui : πρόοδοι γάρ τά τοιαύτα, καί έκφάνσεις καί ένέργειαι φυσικαί τού ένός Πνεύματός είσι. Capita theologica, 69-71. P. G., I. cl, col 11’’ 1172. Celte divinisation des créatures par des puissance* incréées permet de leur attribuer, par une sorte dc communication des idiomes, les propriétés mêmes de ces puissances cl de ces opérations de Γ Esprit. Ceux qui participent à la lumière divine soit dès Ici-bas. soit dans l’autre vie, — Il n’y a entre les deux visions qu’une question dc degré,— sont appelés dieux, étemels cl incréés. Palamas écrit : · Non seulement cette grâce est incréée. mais incréé est également son effet : ού μόνον δε ή τοιαύτη χάρις ακτ.στός έστι, άλλα καί τό άποτέ/εσμα της τού Θεού τοιαύτης ένεργείας άκτιστόν έστι... Paul était créé tant qu il ne vivait que de ia vie naturelle reçue par créai ion; mus du jour où il vécut de la vie divine ct éternelle du Verbe habitant en lui, il devint incréé par la grâce... Comment la grâce ne serait-elle pas Incrvéc. alors que ceux oui y participent sont tous incréés el dieux ? ojjjl γάρ άκτιστοι μέν ούτοι πάντες χάριτι, ώσπερ δή καί θεοί. · Lettre à Acindyne; cf. Adversus Patamam. P. IL, l. cliv, col. 860-861. A la question de la nature de la lumière lhaborique cl dc la grâce déifiante est intimement liée celle de la nature île la béatitude des saints dans le ciel. C’est un dogme de la théologie palamite que Dieu considere en lui-même, c’est-à-dire dans son essence cl sa na­ ture, est absolument Invisible et inaccessible à toute créature, ange ou homme. Le Deum nemo vidit unquam de ΓEcriture ne s'applique pas seulement dan* l’ordre naturel, mais aussi dans l’ordre surnaturel. La divinisation des créatures intelligentes par la grâce ne les rend nullement capables de voir Dieu face à face, tel qu’il est en lui-même. Palamas oublie h· I idebimus cum sicuti est de la première épitre de saint Jean. Ce que les anges fidèles el les saints con­ templent dans le ciel, cc qui les béatifie, ce n’csl pas la vision mémo de Dieu en trois personnes considéré dans sun être intime, c’est la vision de la gloire, de l’éclat, de la lumière qui jaillit, resplendit de l'essence divine et de chacune des trois personnes. Les apôtres, au Thabor, eurent donc un commencement dc vision béatiffquc. La lumière lhaborique» c’est le royaume meme de Dieu promis aux élus. Six jours avant la Transfiguration, Jésus-Christ n’avait-il pas prédit que quelques uns de ceux qui l’écoutaient alors ne goûte raient pas la mort avant dc voir le EH s de i’homn c venant dans son roxaume ? 5. Fondements philosophiques ct theologiques du sys­ tème. Le svstèmc de Palamas est incontestablement une nouveauté dans l’histoire de la théologie byzan line. On n’en trouve nulle part l’équivalent dans la période antérieure. Dc ce caractère dc nouveauté le théologien hésychaslc et scs disciples ont eu conscience ct ils n'ont pas fait dilliculté de le reconnaître. Ils se sont posés en révélateurs dc mystères cachés jusqu’à eux dans 1759 PALAMAS. L’ESSENCE DIVINE ET SES OPÉRATIONS 1700 les sources dc In foi. Écriture cl Tradition. C’est cc que pour cela les folles attaques de l’hérésie : καί γάρ déclare ouvertement l'auteur du τόμος άγιορειτικός, ούδ* ήν εύλογον τοις μήπω κ«0αρώς τήν των imoPhilothcc Kokkmos, au début du document : la στάσεων παραδεςαμένοις ίτι καί τήν των ενεργειών ré\é ation palainitc est assimilée â la révélation é\an­ ίπιφορτίζειν διάκρισιν. W. Gnss. Die Μι/dik des Ni­ gélique. Cc que les mystères révélés dans l'Évangilc, colaus Cabas Hut, 2' appendice, Greifswald, 1819, ne ct en particulier le dogme de la Trinité, ont été par donne pas cc passage, que nous tirons du Conon rapport â In loi mosaïque, les arcanes de l’hésychasme. Oxonicrisis 19, dévoilés par ceux qui les ont expérimentés, le sont , il faut reconnaître que l'audace de Palamas n’était par rapport â la loi évangélique. Sous la loi mosaïque, ( pas petite d oser présenter d’emblée une pareille quan­ les prophètes seuls eurent connaissance des mystères tité d’innovations dans une Église où le conserva­ réxé’és par le Verbe fait chair. Sous la loi évangélique, tisme doctrinal el rattachement aux antiques for­ les secrets dc la vie future sont manifestés â ceux qui, mules étaient pousses à l’extrême. Aussi serronsayant renoncé pleinement au monde, s’adonnent â la nous cette théologie soulever une longue tempête cl sic contemplative, à Γ ησυχία, · qui par une exacte n’arriver â s’imposer comme doctrine officielle que vigilance ct une prière sincère, s’élevant au-dessus par l’appui de la force brutale. Tout ce que Palamas d’eux-mêmes, passent en Dieu, cl par l’union mys­ pouvait recueillir dans la tradition antérieure comme tique cl Ineffable qu’ils contractent avec lui, sont fondement lointain et équivoque de son système, c’était : initiés aux choses (μιί surpassent tout entendement : 1° Le langage anthropomorphique habituellement reçu καί διά προσοχής άκριόοΰς καί προσευχής ειλικρινούς sur Dieu el ses perfections, langage nécessairement ύπέρ {αυτούς γενόμενοι καί γεγονότες έν Θεφ, διά Impropre et faux, si on le prend à la lettre, cl que le τής πρός αύτόν μυστικής ύπέρ νουν ένώσεως, τά ύπέρ philosophe et le théologien corrigent dans leur esprit νούν έμυήΟησαν. * P. G., t. ci., col. 1228C. Au par des sous-entendus sauvegardant la transcendance témoignage d’Acindync. Έκθεσ·.ς έπίτομος των του absolue de l’être divin; 2° des expressions également ΙΙαλαμα πονηρότατων αιρέσεων, dans le coil. Mona· anthropomorphiques, entremêlées de métaphores, de ccnsis 223, fol. 23ν·, Palamas avouait enseigner une synecdoques el d’autres figures habituelles aux ora­ théologie nouvel e inconnue des anciens Pères :■ Cc teurs et aux poètes, sur la lumière du Thabor; 3° la sont, disait-il, des mystères demeurés cachés jusqu’à doctrine de certains Pères grecs, spécialement des ad­ cc jour ct qui se trouvent indiqués seulement en versaires d’Eunomius et d’Aétius, sur l’incompréhcnénigme dans la sainte Écriture, tout comme cc qui sibilité dc Dieu; P le langage figuré des mystiques regardait le Christ avant son incarnation, μυστήρια byzantins sur la vision de la lumière divine el la divi­ γάρ είναι ταύτα μέχρι του παρόντος Απόκρυφα, br nisation de l’homme par la grâce. μόνοις αίνίγμασι κείμενα παρά τή θεία Γραφή, ώσπερ Ces éléments équivoques. le théologien hésychaste καί τα περί αύτού τού Χριστού πριν σαρκωΟήναι et ses disciples les ont. en effet, utilisés, 'lout d'abord, αύτόν. · D après le même Acindync. au métropolite il est visible que Palamas sc fait dc Dieu une concep­ dc Ténédos, qui leur disait qu’il fallait se contenter tion anthropomorphique. II le conçoit sur le modèle de du symbole de la foi, les palamitcs répondirent,— Pâme humaine avec scs diverses facultés el énergies. c’était en 1311 - : Le symbole suffit aux por­ Il admet en lui ce que nos théologiens appellent la chers mais non à des hommes spirituels : άκούσας composition niet:iphysi<|ue réunissant une substance παρ’αύτών χοιροοοσκοΐς ταύτην άρκεϊν την πίστιν, et des accidents émanant physiquement de celle sub­ ού πνευματιχοϊς άνδράσι. » Acindync. Λόγος προς τύν stance ct subsistant en elle, quoique lui étant insépa­ μακαριότατου πατριάρχην κύρ Ίωάννην καί τήν περί rablement unis el ne pouvant subsister hors d’elle. La αύτόν σύνοδον, rod. ci/., fol. 55. transcendance de l’être divin lui échappe. Il croit que Dc même, à la première session du concile de 1351, Dieu est une essence à la manière des créatures, alors la théologie nouvelle fut présentée connue un dévelop­ qu’il est au-dessus de toute essence. Du même coup il pement légitime de la définition du VI· concile, ήττς détruit l’absolue simplicité dc l’être divin, ct admet vn ουδέ προσθήκη άν καλοιτο δικαίως, ως άνάπτ^ςις lui une foule dc distinctions réel es mineures. Sans ούσα τής οικουμενικής έκτης συνόδου. P. G., I. eu, doute, nous l’avons entendu plus haut nous dire que col. 722 B. Et au concile dc 1368, le tome de cc les opérations, les attributs émanant dc l’essence di­ même concile de 1351 fut acclamé comme la colonne vine. ces θεότητες ύφειμέ'/αι dont il parle si souvent, dc l’orthodoxie, la règle infaillible des dogmes de n’étaient pas de vrais accidents; mais cela vient dc la foi, le développement ct le commentaire des saints ce qu’il sc fait de l’accident une conception particu­ Évangiles ct du symbole divin, καί των Ιερών εύαγ·γέ­ lière. Il concède, du reste, que ce sont des quasi-acclλιων καί τού θείου συμβόλου άνάπτυςιυ καί έςήγησιυ. dents cl cela suffit pour nous révéler la grosse erreur P. G., ibid.. col. 71 HL; cf. col. 702 D. philosophique de son système. Cette erreur originelle Un peu plus lard. Marc d’Éphèsc, dans ses Κεφά­ perce à chaque page dc ses écrits el spécialement par λαια συλλογιστικά περί ούσίας καί ένεργείας, décla­ les comparaisons auxquelles il a recours pour nous rait qu’il ne fallait pus s’étonner de ne pas rencontrer manifester sa pensée. C’est, par exemple, celle du chez les anciens la distinction claire cl nette entre soleil et dc scs rayons, que tous les palamitcs affec­ l’essence dc Dieu et son opération. Si. de nos jours, tionnent, et celle de l’esprit humain avec ses mullip’es disait-il, apres la confirmation solennelle de la vérité pensées ou facultés, qui revient si souvent. Dc meme, et la rcconn tissante universelle de la monarchie divine, nous dit Palamas, que l’âme, humaine ne perd pas sa les partisans de la science profane ont créé Λ l’Églisc simplicité par le fait qu’il y a en c.lc multiplicité dc tant d’embarras â ce sujet ct l’ont accusée de poly­ pensées ou de puissances; de même la simplicité théisme. que n’auraient pas fait autrefois ceux qui divine n’est pas détruite par la multiplicité des opé­ s’enorgueillissaient de leur vaine sagesse et ne cher­ rations cl perfections émanant dc son essence ct réelle­ chaient qu’une occasion de prendre en defaut nos ment distinctes dc celle-ci el entre elles. I n être n’est docteurs ? C’est pourquoi les théologiens ont insisté dit composé, σύνθετος, que lorsqu’il est formé de choses davantage sur la simplicité de Dieu que sur la distinc­ existant ou pouvant exister séparément dans la réalité, tion qui se trouve en lui. A ceux qui avaient peine à ; c csl-â-dire, pour parler le langage de nos théologiens, admettre la distinction des hypostases. Il ne fa lait dans le cas d’une distinction réelle majeure. Deux pas imposer la distinction des opérations. C’est avec choses font que Dieu reste simple malgré la multi­ une sage discrétion que les dogmes divins ont été plicité dc scs operations réellement distinctes : c’est que ces opérations sont inséparables de son essence, et éclaircit suivant les temps, la divine sagesse utilisant 1761 PALAMAS. L’ESSENCE DIVINE ET SES OPÉRATIONS qu'elles sont toujours en acte, éternelles el Immuables : Πώς δέ ή ενέργεια ένΟεωρουμέυη τω Θεω φεύγει τήν σύνΟεσιν· ’Επειδή μόνος άπαΟεστάτην c/ει τήνένεργειαν, ένεργών μόνον, άλλ* ού/l καί πάσ/ων ζατ*αυτήν, ουδέ γινόμενος, ουδέ άλλοιούμενος. - Capita theologica, 128, P. G., t. cl, col. 1212 A. En d’autres tennes, d’après Palamas, pour qu’il y ail composition vraie. Il faut qu’il y ait séparabilité réelle, el non pas simplement séparabilité mentale, κατ’έπίνοιαν, des éléments com­ posants. On a rapproché du platonisme, ou plutôt du néo­ platonisme, ht conception palamitc dc la divinité; cf. Nicéphore Grégoras, Il 1st. byzant,, I. XXXV, P. G., t. cxLix, col. 425-128. Il y a, en effet, quelque ressem­ blance lointaine entre les deux systèmes. Des deux côtés l’essence divine est considérée comme inacces­ sible, invisible et n’entrant pas par elle-même directe­ ment en contact avec les créatures. Mais, alors que les philosophes néo-platoniciens placent entre Dieu ct le monde des cires intermédiaires, idées abstraites, puis­ sances mal définies (par exemple les δυνάμεις de PhiIon). ou bien éons. Palamas fait tout entrer en Dieu et nous parle de la Οεότης ύπερκειμένη et des θεότητες ύφειμέναι. Go qu’on peut affirmer sans crainte de se tromper, c’est que le théologien hésychastc platonise sans le savoir. 11 ne faut point voir en lui un philo­ sophe. Bien au contraire, lui ct les siens ont en horreur la sagesse profane ct les syllogismes de Barlaam ct dc Grégoras. Pour sc défendre contre leurs adversaires qui les attaquent au nom des principes de la raison, ils sc posent en théologiens, el en appellent à l’auto­ rité de l’Ecriture ct des Pères. La question qu’ils ont soulevée doit se résoudre selon eux, non d’après les principes dc la philosophie, mais par ceux dc la théo­ logie, c’est-à-dire par voie d’autorité. Aussi voyonsnous Palamas, dès le début dc la querelle sur la nature de la lumière lhaborique, opposer à Barlaam une collection choisie de textes patristiques. Les cita­ tions des Pères reviennent continuellement dans les écrits palamitcs. et la controverse qu’ils ont suscitée a roulé presque tout entière sur l’exégèse de ces textes. Les antipalamitcs ont été obligés d’accepter la lutte sur ce terrain. C’est donc fausser la pers­ pective de celle controverse que de la présenter, à la suite dc quelques historiens, comme une lutte entre deux courants philosophiques : platonisme el aristo­ télisme; ou encore : réalisme el nominalisme. La polé­ mique a été essentiellement d’ordre religieux et théo­ logique. Elle a surtout fait appel à des arguments d’ordre positif, empruntés à I Ecriture sainte et aux Pères; cl, si la scolastique spéculative y a eu sa part, elle a été introduite par les citations patristiques. Deux courants théologiques sc sont affrontés : l’un aux allures novatrices, se présentant comme révéla­ teur de secrets encore inconnus, ou mal éclaircis, contenus dans le dépôt révélé; l’autre conservateur, s’en tenant au symbole de la foi cl aux définitions des anciens conciles cl rejetant toute discussion sur des problèmes dogmatiques nouveaux Le courant pro­ prement philosophique n’a guère été représenté que par Barlaam, qui fut lâché par tout le monde, dès (pie le débat prit un caractère public, et par le hiéromoine Prochoros Gydonès. un traducteur cl un dis­ ciple de saint I honnis d'Aquin, qui donna beaucoup de 111 à retordre au patriarche Phllothéc. Palamas avait-il donc si beau jeu sur le terrain de la théologie positive ? Non pas certes. Mais >1 pouvait y faire ligure dc combattant plus facilement que sur le terrain de la philosophie, où il était battu d'avance. Il pouvait d’abord, comme nous l’avons dit, se réfu­ gier derrière les anthropomorphismes du langage cou­ rant, que les Pères, comme tout le monde, ont em­ ployés. suris toujours y mettre expressément les cor­ nier. DE TIIÉOL, CATHOL. 1762 reel ifs qui s’imposent. Aussi, lui et les siens ont-ils pu composer des florilèges patristiques très nourris dc passages vagues cl sans portée, qu'ils ont tirés à eux par une exégèse sophistique et toute subject is c. Ces florilèges n’ont aucune valeur probante pour le sys­ tème qu’ils ont pour but d'étayer. On est étonné, en les parcourant, de la cécité exégétlque de ’cnrs auteurs cl de l'aplomb avec lequel ils mettent en ligne quan­ tité de textes qui n’ont rien a voir avec leurs théories. Sans doute, sur la lumière thaborique, certains Pères ont parlé d’une manière assez obscure. On trouve, par exemple, dans les homélies de saint Jean Damascene el de saint André dc Crète, dans les écrits de saint Maxime, chez d’autres encore des expressions qui. â première vue. paraissent favoriser en quelque façon la théologie nouvelle; mais ce n’est quunc apparence, ct les théologiens antipalamitcs n’ont pas eu beaucoup de peine à dissiper ces équivoques verbales. Ils ont pu, à leur tour, réunir bon nombre dc passages où l’absolue simplicité dc Dieu est expressément ensei­ gnée cl les distinctions palamitcs explicitement con­ damnées. Signalons, par exemple, un extrait dc saint Nicéphore, tiré du Premier Antirrhélique contre Cons­ tantin Copronymc, 11, P. G., I. c. col. 301-305, faus­ sement attribué par les deux partis à saint Théodore Graptos, qui revient perpétuellement dans les écrits polémiques dc l’époque cl a mis à la torture Palamas cl les siens; plusieurs passages dc saint Maxime, du pscudo-Dcnys cl d'autres, que Nicéphore Grégoras a réunis dans sa discussion avec Nil Cabasilas, Jlist, byzant.,\. XX1I-XX1V.P. G.,l.cxlvut.coI. 1328-1133. Palamas abuse spécialement de l’autorité des Pères, quand il cherche â établir la distinction réelle qu’il met entre l’essence divine cl son opération par les passages où les Pères prouvent contre les hérétiques la distinction réelle des personnes divines entre elles. Pour lui. en effet, les deux distinctions vont dc pair cl sont de même ordre, il raisonne dc la manière sui­ vante : si la simplicité de Dieu n’est pas détruite par la distinction réelle des personnes divines entre e les, elle n’est pas ruinée non plus par la distinction réelle entre l’essence divine ct ses opérations cl attributs. Ge raisonnement sous-entend une autre affirmation de notre théologien : c’est que non seulement les per­ sonnes diffèrent entre elles, mais chacune d’elles dif­ fère réellement de l’essence. 11 y a entre l'essence cl chaque personne la meme distinction et différence qu’entre l’essence ct l’opération; ci. le dialogue Theo­ phanes, P. C»., t. cl, col. 929 A. el Capita theologian 135. ibid., col. 1216 C : των ύποστάσεων έκαστη μήτε ούσία εστί μήτε συμόεβτκός; cf. aussi sa Gon/ession de /oi, P. G., I. en, col. 766 BC. D’après lui. de même qu’on dit : ά)λο ή ούσία και άλλο ή ενέργεια, on doit «lire aussi : άλλο ή ουσία καί άλλο ή ύπόστασις. C’est I faire la confusion de l’absolu et du re’alif. cl compro­ mettre encore davantage la simplicité dc l’être divin. Le théologien hésychastc vn également chercher chez les Pères les textes qui proclament l incompréhensibilité de Dieu pour en conclure que l’essence divine est absolument invisible, inaccessible, I m par­ ti cl p able aux créatures, même déifiées par la grâce. Il oppose de même es textes scripturaires «jui tantôt disent que personne n’a jamais vu Dieu, tantôt pro­ mettent sa vision face â face, tel qu’il est. 11 déduit de lù que Dieu est absolument invisible quant â l'es­ sence. mais qu’il est visible quant à son opération. La vision de Dieu face à face doit s'entendre dc la con­ templation de quelque chose qui sort de Dieu, non de l’essence dc Dieu clic-même. Par celle doctrine, il satis­ fait les aspirations des mystiques cl leur promet la vision de Dieu dès ici-bas, c’cst-â «lire de sa lumière el dc sa gloire, sans tomber dans le massa ianisme. De ces considerations il déduit la règle d’herméneutiquo T. — XI — 56 1 763 PALAMAS. ERREURS DU SYSTÈME 1764 pourrait nous mener fort loin. Qu'Il nous suffise de suivante, qu’il applique aussi bien aux textes de l’Ecri· noter les erreurs contenues explicitement duns l’énoncé ttire qu’à ceux de* Pères : Quand tu lis que Dieu est des thèses palamiles comparées à la doctrine catho­ incommunicable ct Inaccessible, rntends-’e de son essence. Quand tu lis, au contraire, qu’il se commu­ lique. nique aux créatures, qu’il est v u face à face, entends-le a) Comme nous l’avons déjà dit, l’erreur fonda de son opération. ·» Cf. Theophanes, loc, cit., σαν αύτω ;^ώσιν. Op. cit., 35. col. ti ll C. l~u meme docliinc «les deux processions parxoic de con­ naissance el par voie d amour est exposée el déve­ loppée à propos de l’âme humaine considérée comme l’image vivante de la Trinité. Tout comme Dieu, notre âme est intellectuelle, douée d’un verbe et d’un souille, νοερά, λο;ακή καί πνευματική; elle connaît cl elle aime. Elle est même la seule à avoir un νους, un λόγος ct un souffle viviliant, μόνη νουν έχουσα, καί λόγον καί πνεύμα ζωοποιόν ; souille vivifiant, parce qu’elle donne la vie au corps. Sous ce dernier rapport, elle exprime mieux l’image dix lue que l’ange. L’ange, sans doute, a le νους, le λόγος ct l’amour du νούς pour le verbe, έρως τού νού προς τόν λόγον; mais il n’a pas ’c souille, l’esprit vivifiant, ne possédant aucun corps pour lui donner lu vie. Dp. cit.. 37. 38. 39. col. 1145-11 18. Ces considéra­ tions sont \ raiment curieuses ct originales sous la plume d un théologien byzantin de la première moitié du xn* siècle. Palamas les a-t-il trouvées tout seul, ou ’es a-t il empruntées? Nous pensons que l’idée-mère lui est venue de saint Augustin par la traduction du De Tri­ nitate de Maxime Planude, peut-être de saint Thomas parla traduction du Contra gentes de Démétrius Cydonès, terminée la x cille de Noël 1351. Les Capita physica ct theologica, en ellet. où nous trouvons l’exposé de la théorie, paraissent bien être un des derniers écrits du théologien hésychastc, cl il n'est pas impossible que la traduction de Cy doués lui soit parvenue. Au demeurant, ί 767 PALAMAS. AUTRES DOCTRINES si l’idée centrale est un emprunt, les développements sur l’âme ct l’ange, images de la Trinité, paraissent bien lui appartenir. Admettant la spéculation augustinienne el thomiste sur les processions divines, Palamas aurait du, sem­ ble-t-il, aboutir à la procession du Saint-Esprit ah utroque. Niais la tradition dc l’Églisc byzantine lui barrait le droit chemin de la logique. Aussi, tant dans les Capita theologica que dans les écrits polémiques contre les Latins, maintient-il le dogme photien dc la procession du Saint-Esprit du Père seul. A cn croire Philothéc. Panégyrique, col. 627 CD, scs deux discours contre la doctrine catholique seraient si originaux cl si bien étoffés, qu’ils laisseraient bien loin derrière eux loutes les productions antérieures dc la polémique byzantine sur le même sujet, ct que celles-ci, cn com­ paraison, ne sont que jeux d’enfant et faillies commen­ cements. οΓον τούς πρό αύτού πρός Λατίνους όμού πάντας παιδιάν άποδείξαι καί πρόσχημα διαλέςεως. L’é.oge nous parait plus qu’hyperbolique. Bien, en effet, ou â peu près rien, dans ces pièces, et aussi dans les Άντεπιγραφαί, qui ne sc rencontre ou expressément, ouéquivalcmmenl.chczlcs polémistes antérieurs. Toute l’originalité du théologien hésychaste a consisté à faire Jouer, dans la question présente, sa fameuse distinction entre la personne du Saint-Esprit el son énergie ou grâce ou opération D’après lui. la personne du SaintEsprit n’est ni envoyée, ni donnée, mais seulement sa grâce ct son opération. C’est seulement à ce point de vue qu’on peut dire que le Saint-Esprit vient du Fils, έκ του Γιου : ούκ άρα έκ τού Που έστί το I I νεύμα, εί μ ή τήν χάριν είπης Πνεύμα καί τήν ένέργειαν. Deuxième discours, cd. cil., ρ. 71 ; ci. p. 12. Pourquoi cela? Parce que la mission, αποστολή, est commune aux trois per­ sonnes. Celte mission consiste dans la manifestation du Père, du Fils ct du Saint-Esprit : non dc leur essence, qui est absolument invisible ct indicible, mais dc leur grâce, vertu ct opération, qui est commune aux trois : κοινόν ίργον ή αποστολή, δηλονότι ή φανέρωσις I Ιατρός. Πού καί Πνεύματος· φανερούται δε ού κατ’ούσίαν..., •.... άλλα κατά την χάριν και την δύναμιν καί την ένέργααν, ήτις κοινή έστι.. Confession de foi, P. G., I. cm, col. 76«. Comme ses prédécesseurs, il est forl embarrassé pour expliquer la formule des Pères grecs : έκ τού 1 Ιατρός διά τού Πού εκπορεύεται τό Πνεύμα. A leur exemple, il cn donne les interprétations les plus fantaisistes. Ou bien il le traduit par : twee le Fils, σύν τω Πω, μετά τού Πού — il n’admet pas, comme d’autres, μετά τον Πόν, après le Fils — (cf. /* discours, p. 25. 11 ; 2- dis­ cours, p. 63: ού μετά τον Πόν κατά την ύπαρςιν. αλλά I μετά τού Πού; et ρ. 93 : ούκ εις την έκ, άλλ* εις την σύν πρόΟεσιν τήν διά νοήσομέν τε καί μεταληψόμεΟα) ; ou I bien il le rapporte â la procession temporelle ou mis­ sion. εκ τού I Ιατρός διά τού Πού τοϊς άγιαζο’χένοις έγγίνεται, ήνίκα άν δέοι (cf. !" discours, ρ. 26; dis­ cours, ρ. 91); ou bien il l'entend de la consubstantialité, τό άπαραλλακτόν, ένωσις κατ’ούσίαν καί όμοοουλίαν. Contre les de Veccos, Ρ. G., I. ci.xi, col.211-213 Quant aux textes patristiques qui portent a Patre Filioque procedit, provenit, profunditur, s’il s’agit des formules grecques : έκ τού Πού πρόεισι, προχείται, προέρχεται, il nie qu’elles soient équivalentes pour le sens a celle-ci : έκ τού Πού έκπορεύεται. Sixième άντεπιγραφή, toc. cit., col. 265 BC; s’il s’agit de la formule latine, il s’en tire à bon compte par le dilemme sui­ vant : Ou tu falsities le texte, ou tu l’interprètes mal ct tu expliques sans le secours de l’EspriL ce qui a été dit par I intermédiaire dc l’Espril;ou lu préfères une opinion particulière â la doctrine commune : ή παραχαράττεις αύτός, ή παφαλογίζηκαί παρεξηγη. μη μετά τού Πνεύματος έρμηνεύων τά είρημένα διά τού Πνεύματος· ού μην άλλ’ εί καί τούτο Οείημεν, δπερ ούκ ίστιν. ού 1768 προσδεκτέα μάλλον τά κοινή π αρα δεδομένα των ίδίω; «ψημένων έκάστω. * Premier discours, ρ. 11. Η admet pourtant que le Saint Esprit passe éternellement à travers le Fils, έκ τού 1 Ιατρός bj τω Πω διήκει άϊδίω;, ibid., ρ. 91, tout en repoussant l’idée que le Fils joue rait, dans le cas, le rôle de canal inerte ou d’instrument, διαοατικώς τε καί παροδικός, ή ώς δι’ οργάνου. Ibid., ρ. 95. Il n’arrive pas à comprendre comment les Latins peuvent dire (pie le Père ct le Fils sont un seul prin cipe du Saint-Esprit, tout ce qui est commun, dimx I la Trinité, l’étant aux trois personnes, ('.’est pourquoi, malgré leurs affirmations, ils posent en fait deux prin­ cipes du Saint-Esprit : ce qui est absolument inaccep table. Premier discours, p. 16-17, 39. Barlaam, cn corn battant les Latins, avait émis comme plausiblel’hypnt hèse d’un principe subalterne, subordonné;’! un premier principe et venant de lui, ή έκ της αρχής αρχή. Il n’y aurait, disait-il, aucun inconvénient â poser deux prin­ cipes du Saint-Esprit, â savoir le Père et le Fils, le Fils étant subordonné au Père ct venant de lui : μηδέν άτοπον είναι εϊ τις δύο μέν άρχάς λέγει, τον Πατέρα δηλονότι καί τον Πόν, μή μέντοι γε άντιδιηρημένας μηδ: αντιθέτους άλλήλαις, αλλά τήν έτέραν ύπό τήν έτέραν, ή έκ τής έτέρας. Palarnas repousse énergiquement cette conception, qu’il prèle à tort aux Latins dans sa Pre· mière lettre à Acindyne, dont P. Ouspenskii, L’Mhw, éd. Syrkou, t. m, Saint-Pétersbourg, 1892, p. 710-712 donne de longs extraits. Pour mieux ruiner le dogme catholique, il pose cn principe que l’ordre des personnes divines, tel qu’il est donné dans la formule baptismale, n’est point basé sur l’ordre éternel des processions divines, mais est pure ment accidentel ct rappelle simplement l’ordre chrono logique de la manifestation extérieure des personne^ divines, le Fils ayant été révélé aux hommes avant le Saint-Esprit. Dans FÉcriturc ct les écrits des Pères, le Fils n’occupe pas toujours le second rang : ούκ αναγ­ καίος ούδ’ άεί μετά τον Πόν παρά τής Οεοπ/εύστου τίθεται γραφής το Πνεύμα τά άγιον. Premier discours, ρ. 31, 35-37; cf. ’Λντεπιγραφαί, loc. cil., col. 257 I). Enfin, il cherche â justifier l’addition du mot μό'/ου faite par les théologiens phot ions â la formule du sym­ bole έκ μόνου τού I Ιατρός, au lieu de : έκ τού IΙατρό; έκπορεύεται, par la comparaison avec la génération éternelle du Fils : De même, dit-il, que dans la for­ mule : τόν Πόν έκ τού I Ιατρός γεννηΟέντα, il faut sousentendre μόνου (engendre du Père seul), de même έκ τού I Ιατρός έκπορεύεται τό 11νεύμα équivaut à έζ μόνου τού 1 Ιατρός, et l’on ne trahit pas la doctrine du symbole en disant : Le Samt-Espril procède du Père seul. Du reste, les Orientaux se sont bien gardés d’at­ tenter à la lettre du symbole en ajoutant μόνου à έζ τού Πατρος γε'ζ/ηΟέντα, tandis (pic les Latins n’ont pas craint d insérer le Filioque dans la formule dc foi com­ mune. Palamas développe longuement celte petite trouvaille. Premier discours, p. 6-12. 3° L'élal primitif, le péché originel cl ses suites. — Sur l’étal primitif dc l'homme au paradis terrestre, sur l’existence, la nature et les suites du péché originel notre théologien a une doctrine très ferme et, certains détails de système mis & part, tout à fait orthodoxe. A lu suite de plusieurs Pères grecs el théologiens an­ ciens, il distingue nettement dans Adam innocent la nature cl la surnature. La nature est appelée le το κατ’εικόνα; la surnature est le τό καθ’ άμοίωσιν. Le τό καΟ’όμοίωσιν est essentiellement constitué par le don de la grâce divine, que Dieu infusa au premier homme en même temps quel'dme. La grâce elle-même entraînait avec elle ce que nos théologiens appellent le préterna­ turel : immortalité, immunité dc la concupiscence,etc. : •o 0CÔ; τόν ·Λ8άμ, τύ·/ ήμέτιρόν κατ’ clxôvï καί ύμοίωσνι έαυτοϋ κτίσας. κακίαν ούδεμίαν 1769 PALAMAS. AUTRES DOCTRINES Lsüçzcv αύτφ. άλλα μετά τής ψν/ ής ένέπνευσεν αύτώ ζιι την του θείου I Ινεύματος χάριν συντηρούσαν αυτόν έν ζαινότητι καί περιέπσυσαν αύτφ τήν όμοίωσιν. //om., ι.ΐν, cd. Sophoclès, ρ. 185. Cf. Hun., L, Ρ. G„ t. ci.î, col. 509 D, où il est parlé de Ι’άθανασίαοΙ de Ι'άπάΟεία de nos premiers parents. Il va sans dire que la grâce ni identifiée avec la lumière divine, la δόξα de la divi­ nité, dont les apôtres curent la vision sur le Thabor. Le péché originel n'a pas seulement nui ù Adam el a Eve cn leur Infligeant la double mort de Pâme cl du corps, mais aussi à tous leurs descendants. Par ce péché, notre nature a été privée du καθ’ όμοίωσιν, c’est-àdire de la grâce, de l'illumination divine cl des dons qu'elle portait avec elle; mais elle a gardé intact le τδ κατ’είκόνα, qui est inamissiblc : τό καθ’όμοίωσιν είναι Οείανάποδαλύντες, τό κατ’ εικόνα ούκ άπωλέσαμεν, καί τούτέ/ει άμεταποίητον. Capita theologica, 39, /’. G’., t. cl’ col. 11 18 B; cf. 66-67, col. 1168 CD. Par le même péché, qui est appelé ή προγονική άρά zxl καταδίκη, ibid., 55, col. 1161 B, ct ή έν τω παραδείσω προγονική ημών αμαρτία, Horn., χχχι, Ρ. G, t. CM, col. 388 C, nous perdons la vie de l’âme avant celle du corps. Le non baptisé est soumis au démon, τον βεδαπτισμένον του άβαπτίστου καί τω δ’.αόόλω συντε­ ταγμένου διακρινούμεν. Hom., χχχ, ibid., col. 381 C. Par sa transgression. Adam, dépouillé de la grâce ct de la ressemblance divine, esl devenu vieux cl sujet à la corruption, incapable d’engendrer des tils semblables à Dieu, mais procréant seulement des rejetons vieux ct corrompus comme lui. μηδέ γεννάν δυνάμενος όμοιους τωΘεώ, άλλ’ όμοιους έαυτω παλαιούς καί διεφΟορότας* σύνεστι γάρ τοϊς έτοίμοις εις φθοράν ή παλαίωσις. Ζ/ο/ζι.. ι ιν, éd. Sophoclès. ρ. 186. L'universalité du péché originel, qui est transmis par la génération char­ nelle, esl clairement affirmée cn de nombreux endroits. ( f. Horn., XVT, /’. G . Inc. cit., col. 192 CD. 193 BC| Hom., lu, Sophoclès, p. V2\;Hom., i.ix, ibid., p. 230. Suite du péché originel, la concupiscence n’est pas pcccamincuso dans les baptisés. Elle esl laissée pour nous exercer â la vertu, pour nous éprouver, nous corriger, nous faire sentir la misère de ce monde : καν ετι πρός γυμνασίαν, πρός δοκιμήν, προς διόρϋωσιν, πρός ζατάληψιν τής ταλαιπωρίας τού αίώνος τούτου τω κάτω βρίΟοντι φορτίω τής φθειρόμενης σαρκός βαρύνωνται, άλλ’άοράτως ένδεδυμένοι Χριστόν είσιν. Horn., χνι, /*. G., col. 200-261 ; cf. col. 213 D. Après saint Jean Damasccnecl plusieurs anciens Pères, Palamas considère le mariage comme une suite du péché origine!. Hom., xlüi, Sophoclès. p. 22 : εις τό ήμέτερον γένος ή της έντολής παρακοή τον γάμον είσηνεγκε. Cf. Hom., nt, ibid.,]). 121; Hom., xvr, P, G„ I. ci i, col. 192 C. ■1° L'incarnation. — La nécessité de l’incarnation pour la réparation adéquate du péché esl enseignée par notre théologien en plusieurs endroits de scs écrits. Cf. Capita theologica, 53, /’. G., t. cl, col. 1160 C; Hom., i.!x, Sophoclès. p. 230; Hom., xvr, G., I. eu, col. 189 sq., où le caractère hypothétique de celle nécessité est bien expliqué· Quant à la question : « Si Adam n’avait pas péché, le \ erbe se serait-il incarné ? · Pahmnis répond assez clairement, â un endroit, par la négative : · () profondeur de lu sagesse ct de la miséricorde de Ilieu ! s’écric-l il, si notre nature n’était devenue sujette à In mort par le péché, nous n’aurions pas été enrichis en fait des prémices dc l’im­ mortalité. notre nature n'aurait pus été placée â la droite de la grandeur du Très I laut dans les cicux. audessus de toute puissance et de toute principauté, Capita theologica, 5 I, toc. cit., col. 1160 D; ce qui veut dire que. sans le péché du premier homme, nous n au­ rions pas eu le Christ. Ailleurs, il paraît insinuer le contraire, quand il déclare que c est par I Inlcrmé dialrc de la Mère de Dieu que les anges ont été élevés â la pari h ipatlon de la vie divine; ce qui suppose que 1770 la grâce des anges a clé méritée par Jésus-Christ ; Marie seule, dit-il, est la frontière du créé et de l’incréé, et personne ne peut parvenir jusqu'à Dieu si ce n’esl par clic ct par le médiateur, son Fils. Et aucun des dons divins ne peut arriver soit aux anges, soit aux hommes, si ce n’est par son intermédiaire : ούκούν αυτή μόνη μεθόριόν έστι κτιστής καί άκτιστου φύσεως, | και ούδείς άν έλθοι πρός Θεόν, εί μή δι’αυτής τε καί τού ές αύτης μεσίτου · καί ούδέν άν έκ των τού Θεού δωρημάτων, εί μή διά τούτης, γέ’/σιτο καί drffôo^ καί ά'Χΐρώποις. Hom., lu (1η præientaltonem Deipane, ιι), Sophoclès, ρ. 159; cf. Hom., xxxvn (In dormitionem), P. G., t. au, col. 172 A. Palamas dit encore que Marie est la cause de ce qui l'a précédé, αυτή καί των πρό αυτής αιτία, Ρ. G., ibid., col. 173 A; Sophoclès. toc. cit., p. 162. 1) est vrai que, sans se con­ tredire, on peut, comme l'a fait saint Thomas dans la dernière période dc sa vie, soutenir d’une pari que l'incarnation du Verbe a été décrétée â cause de la chute d’Adam, ct de l’autre, que Dieu a rattaché toute grâce octroyée aux anges el aux hommes aux mérites de Jésus. Telle parait avoir été la vraie posi­ tion de Palamas. A l'humanité du Christ, dès le premier instant dc la conception, notre théologien accorde l’éclat, la gloire divine qui resplendit sur le Thabor. Cela équivaut a dire que l'âme sainte du Sauveur, tout en avant une chair passible, a été plongée dans les splendeurs de la vision béatifique dès le premier instant de son exis­ tence. D'après lui. en eilct. la gloire du Thabor n'est autre chose que la grâce el la gloire, le royaume de Dieu, l’objet de la béatitude des saints; ce ne fut pas un phénomène sensible. Celle gloire de la divinité transparaissait â travers l'humanité du Verbe comme â travers un cristal, pour ceux qui avaient les yeux du cœur purifiés. A ce signe, la Vierge Mère reconnut ' son Eils; à cet éclat il fut reconnu par Siméon et Anne. Au Thabor, le corps du Sauveur fut comme la lampe portant la gloire de la divinité, gloire commune au Verbe ct à son humanité : την èva»a-f^v είδον. ούχ ήν άρτίως, άλλ’ήν έξ αύτη: της προσλήύεως D-αύε τό ήμέτερον φύραμα Οεωθέν τη ενώσει τού Αόγου τού Θεού... Καί κοινή μέν της τού Αόγου Οεότητος καί τής σαρκός επί τού όρους ή θεία λαμπρότης άρτίως άνεφάνη. Hom., XMV (In transfigurationem, ι), Ρ. G., t. cli. ί col. 133 BD; Hum., xxxv (tn transfigurationem, n), ibid., o»l. 148 A. 5° l.a mariotogie. — Philothéc parle à plusieurs reprises dans son panégyrique, de la grande dévotion qu'avait Grégoire pour la Mère dc Dieu. Nous n'avons pas de peine â le croire sur ce point après avoir lu les magni tiques homélies doctrinales que Palamas nous a laissée·, sur les vertus et les privilèges de la sainte Theotocos. Nous avons déjà expose, à l’article Immae.UI I I CONCI PT1ON DANS L'ÉGLISE GlU CQt'K. t. Vil, col. 913-915. sa doctrine sur la sainteté originelle de Marie. Il nous reste ù résumer brièvement son ensei­ gnement sur quelques autres questions de la théologie mariale. Inutile de parler dc la maternité divine, de la virginité perpétuelle, de la parfaite sainteté, tous dogmes reçus depuis les premiers siècles dans I Eglise gree<|ue. Palamas nous présente d’abord la Vierge comme le chef-d’œuvre du créateur : Voulant créer une image de la beauté absolue el manifester clairement aux anges et aux hommes la puissance de son art. Dieu ( a fait véritablement Marie toute bcl e. il a réuni en elle les beautés partielles qu’il a distril uées aux autres creatures el l'a constituée le commun ornement dc tous les êtres visibles et invisibles; ou plutôt il a fait d’ellr comme un mélange de toutes les perfections divines, angéliques et humaines, une beauté sublime embellissant les deux mondes, s’élevant dc terre f 77 J P \L Wl \S. AUTRES DOCTRINES jusqu'au ciel et dépassant même ce dernier. Hum. in dormitionem. P. G., t. cm, col. 168 ΛΒ. passage répété dans VHom., n. in présentai., Sophoclès, p. ! .ΙΟ­ Ι 10. Marie fait comme la frontière entre le créé el Pincréé, αύτη μόνη μεθόριόν έστι κτίστης καί άκτιστου φύσεως. In dormii,, loc, cit., col. 172 IJ. Dieu lui a départi sans mesure les dons divins, et a versé en elle la totalité des charismes de l’Esprit-Sainl. In présen­ tât., n. Sophoclis, p. 163. I ll; In dormit., col. 169 A. Elle a joui de l’usage de la raison des le sein mater­ nel, thèse insinuée, au xi· siècle, par Jacques le Moine, et qui a de plus en plus la faveur des théologiens catho­ liques (cf. Terrien. La Mère de Dieu, t. n, p. 10-33) : είχε την κριτικωτάτην γνώμην ή παρθένος καί προ γενέσεως. In present., π. Sophocles, p. 150. Confor­ mément a la tradition byzantine communément reçue, mais que venait pourtant de mettre en doute Nicé­ phore Grégoras, Palamas ne fait aucune difficulté d’ad­ mettre que Marie, dès l’âge de trois ans, ait été intro­ duite dans la partie du temple appelée le Saint dis Saints, et qu'elle soit restée là jusqu’à l’àge nubile, nourrie par les anges d une nourriture céleste. Quand Joachim et Anne l’amenèrent au grand prêtre, elle était déjà remplie des grâces divines cl avait le parfait usage de sa raison. Elle s'offrit d'elle-même au Sel- 1 gneur. s’élevant spontanément sur les ailes du divin amour, αύτοφυως έπτερωμένη πρός τον θειον έρωτα. In présentât., ι, Sophodès, p. 128. Ayant été préservée par l'inters eut ion du SaintEsprit du péché originel, elle a évidemment ignoré les mouvements désordonnés de la concupiscence. Plus pure, même quant au corps, que les esprits incorporels, elle est restée inaccessible à tout désir, à toute pensée charnelle. Vierge de corps et d’âme. elle a possédé la chasteté parfaite et a gardé à l’abri de toute souillure les facultés de son Aine comme les sens de son corps. In pnetenta!., î, loc. cil., p. 128-129; In présentât.. n, p. 167; In annuntiat., P. G., t. eu, col. 172 AB. Mère immaculée du Verbe incarné, comblée des grâces divines, la Vierge n’aurait pas dû mourir. Elle s’est soumise pourtant à cette humiliation, tant pour montrer qu'elle était bien hile d’Adam, ΐν’έκείνου Ουγάτηρ ούσα δειχθη, que pour imiter son divin Elis. Sa mort, du reste, n’a été que de quelques heures. Elle n’avait pas besoin, comme son Fils de séjourner quelque temps dans le tombeau; aussi s’en échappa- ( t elle sans retard pour gagner les demeures éternelles, où clic partage seule avec Jésus les privilèges de la résurrect ion glorieuse ; διά τούτο προς τον ύπερουράνιον εύθύς άνελήφθη χώρον από τού τάφου... έχει καί τούτο νυν ύπερ πάντας, το μετά θάνατον άπαθανατισθήναι. καί μόνη μετά σώματος κατ’ούρανον σύν τώ Τίώ και Θεώ διαιτασθαι In dormit., P.G., t. eu, col. 161C, 165168. Le nom de Marie signi lie souveraine, κυρία. Horn, in annuntiat., P. G., col. 172 A. Elle l’est vraiment, en effet, et reine des anges et des hommes; et non seule­ ment leur reine, mais leur médiatrice commune, par laquelle les premiers, comme les seconds, ont reçu la grâce et la gloire : Marie, dit notre théologien, est la cause de ce (pii l’a précédé; elle préside à ce qui est venu après elle; elle procure les biens éternels, αύτη των προ θύτης αίτια, καί των μετ’αυτής προστάτες, καί των αιωνίων πρόξενος. In dormit., col. 173 A; In pensent, il, p. 162. Elle est le principe, la source el la racine des biens ineffables. C’est par son intermé­ diaire que les phalanges célestes et incorporelles al tei­ gnent avec nous Dieu. nature inaccessible, cl parti­ cipent à sa béatitude. σύν ήμίν καί αύται δι’αύτης μόνης μετέχουσί τε καί ψαύουσι Ηεού. Personne ne peut aller à Dieu si ce n’est par elle cl par le médiateur, son Fils. De même qu'on ne peut jouir de la lumière d’une lampe en verre ou en toute nuire matière trans­ 1772 parente. si ce n’est pus celle lampe, de même tout mou­ vement ver- Dieu. Ionie impulsion vers le bien venant de lui est irréalisable sans l'intermédiaire de la Vierge, ce chandelier qui porte Dieu el répand les rayons de sa lumière. In dormit., col. 172; In présentai., n. p. 158-159. 6° La grâce. Nous avons déjà exposé plus haut la nature de la grâce d’après Palamas. Il la conçoit comme le rayonnement incréé de l’essence divine qui est communiqué, à des degrés divers, aux anges et aux hommes pour les deilier. De celle grâce il proclaim* l'absolue nécessité tant pour vaincre les passions, Hom.,xi in, Sophodès.p. 28. que pour acquérir n'importe quelle vertu. Si Dieu cesse son concours, tout ce qui vient de nous devient péché, car le Seigneur l’a dit : Sans moi, nous ne pou­ vez rien faire : παν είδος άρετης έν ήμιν ένβργούντος τού Θεού ήμίν προσγίνεταΓ τού Θεού δέ μή ένεργούντος έν ήμίν, αμαρτία παν τό παρ’ ημών γινόμενον. Horn., x.x.xni, P. G., col. 116-117. 7° L'Église. Palamas ne s’occupe point de l’Église dans ses écrits. Sa révolte contre le patriarche Galécas el les synodes qui Pont condamné montre qu’il ne croyait pas à l'infaillibilité de l’Eglise byzantine, lorsque celle-ci n’était pas de son avis. Dans sa Cnnf^ssion de foi, il reçoit les sept conciles œcuméniques cl tout autre concile réuni pour confirmer la piété cl la vie évangélique. Dans cette dernière catégorie il place les synodes qui ont condamné Barlaam cl Acindyne. L'Église romaine est pour lui la première el la plus grande des Églises; mais elle est faillible comme les autres Églises particulières. Nous avons cité plus haul, col. 1710, la lourde plaisanterie qu’il s’est permise à son égard. Quant à la primauté de saint Pierre sur les autres apôtres, il l’enseigne explicitement en plusieurs endroits et notamment dans son panrgijriipir dc\ saints apôtres Pierre et Paul (Hom., xxvmj, P. G., t. ci i, col. 353-361. Pierre est pour lui le coryphée des cory­ phées établi par le Christ lui-même, κορυφαίος των κορυφαίων ύπό τού κοινού Δεσπότου κατέστη, Hom., ν. ibid., col. 69 B; le fondement qui porte l’Église, ήν ώ: θεμέλιος ο I Ιέτρος βαστάζει. Hom., χχνιιι. col. 361 B. Il le compare à Adam, père et tête du genre humain, el l’appelle le chef suprême et le père de la race des fidèles, πατέρα τού γΓ/ους των όντως Οεοσεδών, τον άρχηγέτην τού των θεοσεβών γένους. Ibid., col. 356357. Apres sa résurrection, le ( Jirisl lui confia le gou­ vernement de son Église, qu’il lui avait promis aupa­ ravant, της τού Χριστού Εκκλησίας την προστασίαν κεκ).ήρωτα».. Ibid., col. 361 \. A un endroit, notre théologien parait égaler saint Paul à saint Pierre : Pierre et Paul, dit-il. sont les pères communs et les chefs de tous ceux qui sont appelés par le Christ : apôtres, martyrs, pontifes, etc. L'Église du Chris! est parlée par eux deux ; κοινοί πατέρες είσί των άπύ Χριστού καλουμέ-κον, αποστόλων, μαρτύρων... ’ Γπ’άμ φοτέρων ή τού Χριστού Εκκλησία βαστάζεται. Ibid., col. 361 B. 365 B. Cependant, il ne donne nulle part à Paul le titre de άρ/ηγέτης τού γένους των πιστών. Tout en proclamant ainsi, avec l’antique tradition, la primauté d’autorité de Pierre. Palamas n’a pas perçu la consécpiencv qui en découle logiquement. Il n’a pas vu que Pierre devait avoir un successeur de sa pri­ mauté jusqu'à la consommât Ion des siècles. 8° Les sacrements. Palamas a une belle homélie air l’eucharistie, la 56· de la série, éd. Sophodès, p. 200-212. Il y allirme 1res clairement la présence réelle, p. 205-208. el insiste sur la pureté de conscience requise pour la communion, pureté qu'il faut recou­ vrer par la confession de scs péchés au père spirituel, quand on a eu le malheur de In perdre, ά'/αγκαΐον έκαστον ύμών, άδελφοί, π'/ευματικύν ί/ειν πατέρα, καί προσιέναι τούτω μετά πίστε<·>ς, καί ταπεινούσθαι ένώ 1773 PALAMAS. A UT H ES DOCTK IN ES r.wi αυτού, και έξαγγέλλειν τά τής καρδίας πονηρά πάθη. Ibid., ρ. 201 11 parle des fruit* merveilleux de la communion bien fuite, p. 209. Celui qui communie indignement reçoit juins doute le don divin, mais ne le conserve pas avec lui : Jésus s'envole du cœur souillé, πάσχει μέν ούδεν τό θειον δώρον· απαθές γάρ αλλά τούτο μέν ημών άφανώς άφίσταται, ρ. 203. Par cct tv dernière expression nous voyons que Pahimas. à la suite de saint Jean Damascene et de beaucoup de théologiens bv/.antins, enseigne lu permanence de la présence eucharistique du Sauveur dans l’âme en état de grâce. Ces théologiens, en ellet. ignorent notre théologie des accidents eucharistiques, et l'œil de leur foi n’aperçoit dans le sacrement qu’une seule chose : le corps de Jésus Christ et Jésus-Christ lui· meme lout entier. 9° /.es fins dernières. Contrairement à beaucoup de théologiens byzantins, qui relardent jusqu au juge nient dernier les rétributions d’outre-tombe et repro client aux Latins d’enseigner la béatitude immédiate des âmes saintes aussitôt après la mort. Palamas affirme 1res explicitement en plusieurs endroits de ses homélies que les justes reçoivent leur récompense sans retard : Les esprits des justes, dit-il, possèdent main­ tenant dans les deux la gloire incilabit dont on peut avoir dès ici-bas comme un avant-goût : olov προοί μιον τής μελλούσης εκείνης απορρήτου δύξης, ήν καί νύν εχουσιν έν ούρανοΐς των δικαίων τά πνεύματα. Hom., XXV, /*. G., /or. rit., col. 325 B; cf. Hom.. xxxv. col. IIX B : έωράκασι καί νύν ol τώ ’Ιησού συναναοάντες. Inutile de rappeler que notre théologien sc trompe sur l’objet de la vision béatilique. V. Doctiune moiiale et ascétique. Dans scs homélies, son opuscule intitulé Δεκάλογος, et ses écrits spirituels. Palamas nous livre une doctrine morale cl ascétique d’une grande élévation, où le théologien ca­ tholique ne trouvera pas grand’chose â reprendre, si l’on excepte toutefois ce qui regarde la méthode d’oraison des hésvchasles. Nous avons dit plus haut en quoi consistait cette méthode. Plus peut-être par esprit de contention et de corporation que par conviction persi miellé bien arrêtée. Grégoire, dès le début de sa querelle avec Barlaam. a couvert de son approbation le procédé mécanique du moine Nicéphore et du pseudo-Svmcon pour arriver au recueillement intérieur el par là à la contemplation de la lumière divine. H a. du reste, une manière à lui de l’expliquer et d’en justi lier la légitimité et l’utilité. Il part du pi incipe que, pour arriver à la contemplation de la lumière divine, il faut mater l’homme animal, la concupiscence vicieuse qui nous porte au pêché. Il faut aussi combattre les diva­ gations de l’esprit, c’est à-dire de hi faculté spirituel’e et raisonnable de notre âme, du νους. Le νους consi­ déré en lui-même el dans son essence, a son siège non dans l’encéphale· comme le pensent quelques-uns. non dans le milieu du ventre, comme opinent certains autres, mais dans le cœur, dont il se sert comme d’un instrument, ημείς δέ ίν τη καρδία ώς έν όργάνω τό λογιστικόν ημών είναι έπιστάμεΟα. />r hexyclitixti*, Ρ. G., I. Cl., col. 1105 G. L’essence du νους réside là et n’en sort pas; mais il n’en va pas de meme de son opération, ενέργεια. Par elle, en ellet, il se répand, au dehors, sur les objets sensibles. Il s'agit de faire cesser cct éparpillement des pensées et de les ramasser au dedans, de ramener le νθύς opératif à son centre, à son siège naturel, c’est-à-dire do le faire rentrer, de l’enfermer dans le cœur pour qu’il ne divague p’us; en un mot il s’agit de se recueillir. Le recueillement, tous les Péris, depuis saint Macaire Jusqu’à saint Jean Climaquc, ’e recommandent instamment, (.est du recueillement qu’on seul parler quand on recom­ mande. surtout aux commençants, d’enfermer leur esprit au dedans de leur corps, c’est-à-dire dans le cœur Ceux (pii critiquent celte expression, sous pré­ texte que le νούς n’est pas séparé de l’àmcv ψυχή. igno­ rent (pie autre chose est l’essence du νους. autre chose son operation, άγνν/ύσι, ώς Ζοικεν, ότι r/jr^ μχν ή ουσία νοός, άλλο η έυίργεια, ibid., col. 1108 D. Aux commençants donc (pii veulent arriver au recueille­ ment il faut recommander de fixer le regard sur euxmêmes. pour faire rentrer leur esprit à l'intérieur par le moyen de la respiration, εις εαυτούς βλέπε?/ καί διά της αναπνοής είσω πέμπειν τόν οικείο·/ νουν. Ibid., col. 1109 C. L’esprit, en effet, s'évade facilement par la respiration. C'est pourquoi certains recommandent de la ralentir, phénomène qui se produit naturelle­ ment quand on est attentif C'est dur. nu début, mais le procédé est efficace, comme le savent ceux qui l’ont expérimenté. Pour augmenter son efficacité et pour empêcher les yeux d’errer ça et là, il sera très utile, en imprim ml à la têle un mouvement circulaire, de concentrer les regards sur la poitrine ou le nombril comme sur un appui solide. Le mouvement Circulaire du dehors facilitera l’enroule ment de l’esprit dans son Centre, qui est le m ur. Depuis la chute d'Adam. en ellet. l’homme intérieur est porte naturellement à se modeler sur les altitudes extérieures du corps. Et. st la force de la bête intelligente reside dans le nombril cl le ventre, où la loi du péché exerce son empire et trouve sa pâture, pourquoi ne pas opposer, sur ce point même, a la loi du péché la loi de l’esprit en s’armant de la prière ? N’est-ce pas le moyen d’empêcher l’esprit mauvais, chassé par le baptême, de revenir â son ancien domicile avec sept autres esprits pires que lui? I Ιώς ούκ ôv συντελέσεις τν μ:γα τώ σπεύδοντι συστρέφει·/ τύννούνείς εαυτόν, ώς μή κατ’ευθείαν, αλλά την κυκλικήν καί απλανή ζινεισϋαι κίνησιν τώ μή τον οφθαλμόν ώδε ζάκεΐσε περάγειν, ά).λ*οϊον έρείσματί τινι τούτην προσερείδειν τώ οικείο στηθεί, ή τώ όμφαλώ: Ibtd., α:αοτιχός «le Philothcc Kokklno», publié en tête de patriotique* de Itiga* de Phèrc* invitant le* chrétien* dc l'édition hléromlymitainr des homélies cl reproduit par la |»enin*ulr balkanique n *e révolter contre 1rs Turc*. Migne, P. (i. , t. cli. col. 551-656. De cette biographie C’cst cette publication clandestine qui motiva In perqui­ Athnnnsc de Paros lit paraître â Vienne, en 1781, une tra­ sition el la fermeture dc l’imprimerie, l’n certain Constan­ duction en grec moderne, accompagnée de Pollice dc saint tin X'czyroulè* réussit h sc procurer le tome premier du Ihdnmn* nu second dimanche du carême, d’un office manuscrit de Nicodèmc, qui Unit par arriver ù la biblio­ pxiniclètiquc Λ chanter ù la procession de scs reliques, thèque de la Grande Ijiurc, Λ l’Atho*. Les deux autre* d’une autre παριχ/ησι; à chanter en tout temps, et de volumes ont disparu. Ias prologue de celle édition, qui ne plusieurs mitres pièce*. Voir une description dc ce curieux présente pas grand Intérêt, a été publicdan* 1°Εχχληοιασrt rarissime ouvrage au titre interminable dans la Biblioτικη ’ \λη()<ια, t. ιν, 1883, p. 93-101. Aux indication* déjà graphie des acolouthies grecques dc Mgr L. Petit, Bruxelles, donnée* sur 1rs édition* de* écrit* de Palama* ajoutons 192«», t». 101-102, ct dans l’article de A. Pnpndopouloscrllc-ci : «pic le Δίζάλογος ct ΓΌμολογία τής πιστ«(·>; ont Kérnincut. Byzantinischc Zeitschrift, t. vm. 1899, p. 71-73. été insérés par Alhnnnse de Paru* dan* l’ouvnigc signalé Il n’y a pas grand’chose ù tirer de Ι’Έγχώμιον composé par plus haut. Vienne, 1781, p. 138 sq. le patriarche Nil, qu’on trouve dans les mêmes recueil* Les principaux recueil* manuscrit* de* ntrovcr*e cl du die llcsychaslcn des vierzehnlcn Juhrhundcrls, dans VOcstcrsystème même de Palamas est fort incomplet et mêlé reichlschc Viertcljahrcsschrift fur die kathalischc Théologie, d’inexactitude*. Sur le* origine* lointaine* du système cl t. xn. Vienne. 1873; Théodore Ouspcnskü, Olehcrkl po la méthcxle d’oraison hésychastc voir la bonne étude dc istorii tdzanlliskoi obrgzovannosti (Aperçu sur l'histoire de Irenée llaushcrr, La méthode d'oraison hésychastc, parue la civilisation byzantine), Saint-Pétersbourg. 1892. la dans Orfenlaîhi Christiana, t. ix, 1927. p. 161-210. Dans meilleure étude parue sur les origines dc la controverse, une récente note. Orientalia Christiana, t. xx, p. 179-182, publiée d’abord en articles sépare* dan* le Journal du le P. llausherr croit pouvoir identifier le moine Nicéphore ministère de l'instruction publique, t.ccLxxix (1892), p. 1-61 avec le pscudo-Syméon. Nicéphore nunrit vécu nu xi\* siè­ ct 318-127, et complétée dan* les note* ct appendice* de cle ct aurait été un de* maître* de Palamas- Nou* avons l’opuscule intitule : Synodik ne nédiéliou pravoslavlia, montré que c’était une erreur. Palama* distinguant bien Odessa, 1893; K. Th. Hadtchenko, Contribution a l'histoire Syméon de Nicéphore et le* rangeant tou* le* doux parmi du mouvement philosophique cl Ihéologlqne à Byzance et en le* saint* ancien*, P G., t. cl. col. 1116 (’.. Voir aussi Bulgarie au .XIV· siècle, Ixunberg, 1962; Thémhlocle. d’I. llausherr, Γ/ntrodiiction à la Vie de .Synudri Ir Nouveau (h. Stavrou, M npl τών ησυχαστικών τής ιο’ιχατο·»Théologien par Xirètas Slélhatos, t. xn «le* Orientalia chris· ταιτηρίβος χαΐ τής ύόασχχλιας αύτώι έριό:;. ladp/ig, tiana. Borne, 1928. Porphyre <)u*pcn*kli, Vosfok khris1965; Grégoire Papamlkhall, '<> άγιος Γρηγόμο; ΙΙαλαttanskii, Athon, éd. P. A Syrkon, t. in, Saint-Pétersbourg, [fiz, άρχιικίσχΛΚος Θεσσαλονίκης, Saint-Pétersbourg et 1892, outre les nombreux document* d’ordre doctrinal Xlvxiindric, 1911; malgré son titre, celte monographie ne cl historique* qu'il n réuni* sur In controverse pahimite, s'occupe pa* seulement de Pnlamns, mais de toute la con­ р. 683-861, résume assez bien en quelques propositions lo troverse hésycluislc; bien que tendancieuse, renfermant de système de Palamas, p. 233-2-38. Papamtkhaîl, op. cit., nombreuses inexactitude*, suprrticielle pour cc qui regarde с. ιν. p, 134-238, donne une analyse trop sommaire ct peu l’< xpo*c dc* doctrine* dc Ihdamn* et de *e* adversaires, suggestive des ouvnige* publié*. Otto analyse ne saurait cette étude est cependant celle ou l’on trouvera le plu* de dispenser le théologien de In lecture directe «les écrit* en renseignement* sur la personne et le* œuvre* du théologien question; clic Insiste surtout sur renseignement moral et hésychastc. L’auteur a utilisé les source* russe* et n réuni ascétique, et s’étend longuement sur la ΙΙροσ«·»ποπηιία· <|ul une bddiogmphlc abondante mal* chaotique sur l’hévyest un ouvrage apocryphe. cluisme alhonilc rl la controverse du xiv« siècle; L. Petit, Sur la doctrine marlale de Palama*, voir notre élude : Les archevêques dc Thcssalonigue, dans le* Échos d'Orient, i,rfyoin Palamas il ΓImmarulér Conception, dan* la llrvuc t v, 1902, p. 92-93, courte notice *ur l’épiscopat dc Gré­ augusUenne, t, xvn, 1919, p. 1 15-161. Non* rectifions dan* goire. le présent article ce qui a été dit, p 157-158. sur l’opinion Il Éditions dis Lciiits de Pai am\s. — Nous avons dr Palama* relativement au motif d« l’incarnation. Le indique, au } ιι «I· l’article. I< - ·dltfons 2;ca co.vc//.a;5 p/γ hUi kï u γο.ι/λ N) .XObM, patriarche (pii, peu de temps après le concile, a été La première question qu’il nous faut élucider, obligé de sévir contre Palamas, d s’appuie sur la fac­ tion des hésychaslcs cl sur tous les prélats mécon­ avant de poursuivre l'histoire dc la controverse amorcée dans l’article précédent, est la provenance tents. Il devient lui-même un fervent partisan de la el lu véritable portée d’un document, vur lequel Gré­ théologie nouvelle, qu'il fera bientôt triompher par la goire Palamas el scs partisans se sont appuyés pour force. Enfin, lorsqu’il est obligé de se retirer des résister ouvertement à l’autorité ecclésiastique, dès la affaires, il se mêle d’écrire l'histoire des événements lin de l’anmv 1311 ct jusqu'à la déposition du pa­ dont il a été le principal artisan, et le fait avec une triarche Jean (ùdecas (février 1317). Nous voulons partialité habilement dissimulée, qui a trompe bien parler du tome synodal de 1311. ό συνοδικός τόμος, qui des historiens. porte dans les manuscrits d’origine palainitc le litre Le parti anlipaLimitc trouve aussi son historien en la personne de Nicéphore Grégoras; mais cc n’est pas suivant : Συνοδικός τόμος γεγρχμμένος έπι ταΐς έςεà lui non plus qu'il font demander un récit impartial, λτγξάσαις κχΐ άποοχ>.λομέναις την τού Βζρλαάμ καί Κκινδύνου δυσσίόειαν μεγάλαις (Γ^νόδοις, εν αίς ούχ tellement il est atteint de la maladie dc l’égocentrisme ή ’ Εκκλησία μόνον. ά>Λά καί ή σύγκλητος καί οί καθο­ C’cst pourtant principalement sur scs dires, ainsi que sur ceux de (’. intacuzène, qu’on a bâti jusqu ici I his­ λικοί παρησαν των 'Ρωμαίων κριταί, προκαθημένου καί τού Οειοτάτου βασιλέως σως ού περιήν. » Cc litre toire de la controverse palnndtc. Cette histoire est complètement à refaire avec l’appoint des documents est curieux sous plus d’un rapport. 11 nous présente le Inédits, dont la masse énorme, conservée dans d excel­ document comme étant le résultat de plusieurs syno­ des, qui ont rejeté l’impiété de Barlaam cl d’Aclndyne lents manuscrits des xiv* et xv* siècles, constitue a elle seule une bibliothèque. Dc celle masse nous avons cl qui ont été réunis du vivant cl sous la présidence PALAMITE (CONTROVERSE! I. 1779 PALAΜ ITE COXTKOVEKSE). CONCILES HE 1341 d'Andrnnii HI J’alcologiic. En fait, en lisant la pièce, nn s'aperçoit qu’il n’y est question que du synode tenu dans l’église Sainte-Sophie, le 10 juin 1311. quatre jours avant la mort d’Andronic (15 juin), el que Barlaam seul est nommé Le titre est donc faux, mais pas complètement cependant Éclaircissons le mys­ tère. Et commençons d’abord par parler de ce fameux concile de juin 131L nu les accusations de Barlaam contre les hésychastes furent rejetées et son opinion sur l.i nature de la lumière thabÿriquc condamnée comme contraire à la doctrine des Pères. Nous avons dit qu’à son retour de l’ambassade .ουμένης θεολογίας σιωπή κρύπτεσΟαι δεϊν ένομίσΟη. Ce programme fut exécuté de point en point. Hétini a Sainte-Sophie le 10 juin 1311, unis la présidence de l’empereur en personne car Barlaam avait refusé de comparaitre devant le synode patriarcal en l’absence du souverain, ayant eu vent sans doute ersonncs divines entre tfolofjia c delta letteratura bizunlina del secato A/r, elles. Il s'étend longuement sur la fameuse comparai­ Home, 1930, p. 245. Voir l'article : Ριιιιλπίιεε Kok­ son entre le disque solaire et scs rayons, et la trouve i adequate pour exprimer la distinction entre Ι'ούσία et kinos. t· Après Philothéc, c’est bien Jean Cantacuzène qui Γένέργεια divines en tant qu’elle indique que les deux mérite la première pince panni les théologiens pain- sont inséparables et constituent deux réalités diffé­ miles. Sans doute, comme nous l’avons montre plus rentes : ou μόνον κατά τό άχώριστσν τής ουσίας καί haut, il sacrifie el réprouve plusieurs des formules ένεργείας συμβάλλεται τά τοιαύτα, άλλα καί κατά τό du maître; sans doute aussi, quand il discute avec un διάφορον των πραγμάτων. L.itin comme Paul, archevêque de Smyrne, puis pa­ Le métropolite de Niece ne sc contente pas d'en­ triarche de Constantinople, ii mitige autant qu'il peut voyer au patriarche Paul la courte réponse dont nous lr fond même de la doctrine, usant d'artifices el de venons de parler. Questionné peut-être de nouveau réticences. Mais il n'en maintient pas moins les thèses lui-même par le prélat, il lui adressa un assez long principales du tome de 1351. C'est après avoir abdiqué ouvrage en cinq livres sur le même sujet, qu’on trou­ d s’être fait moine qu’il a pris la plume pour défendre vera dans le Paris. 1249, fol. 26-112 v·. la doctrine qu’il avait fait triompher par la force, alors 6° Les deux Cabasilas, Nil et Nicolas, l'oncle et le qu’il était basileus. Son principal ouvrage en la ma­ neveu sc convertirent eux aussi au palamisme. C'est tière est une longue réfutation des ΙΙαλαμιτικαί παρα­ avec Nil, et non avec Nicolas, comme l’a écrit Boivin βάσεις de Jean Cyparissiotès. contenue dans le cod. dans ion édition de V Histoire byzantine de Grégoras, Laurentianus vin, 5. Le prologue seul, qui est un que ce dernier eut une longue discussion sur les thèses court aperçu historique de la < onlrovc rse, a été publié palamites rapportée aux livres XX11-XX1V, P. G., dans P. G., t. ci.iv, λά σι’>ν αύτη καί τά φυσικά αύτου Ιδιώματα. Ce titre fol. 9-70, et dans d’autres manuscrits. L’ouvrage a été seul nous indique que Nil est bien un disciple authen­ écrit à la suite d’une discussion avec le moine Argyros, qui a soutenu que la grâce cl les sept dons du Sainttique de Palamas. De son mveu Nicolas, qui s'est heureusement illus­ Esprit sont créés. Cantacuzène enseigne qu’ils sont tré par d’autres ouvrages, nous connaissons l'opuscule incréés et éternels, tout comme la lumière lhaborique. 3. l ue Apologie de lu doctrine palamite adressée à Paul, intitulé : Κατά τών τού Γρήγορά ληρημάτων, contenu dans l’excellent Paris. 1213, fol. 282-284 v·. patriarche latin de Constantinople, et comprenant 7° Signalons encore parmi les théologiens palamites quatre lettres dogmatiques écrites en réponse aux du xiv· siècle, Philothéc, métropolite de Séliori, qu’il questions du patriarche. Celle correspondance avec faut sc garder de confondre avec son contemporain, le prélat latin est fort intéressante, et nous aurons à Phi olhéc Kokkinos. Sous le titre : Διάλογος περί y revenir tout ù l’heure. Cantacuzène y atténue tant qu’il peut la distinction réelle posée par Grégoire θεολογίας δογματικής, cel auteur a composé un vrai drame sur la controverse palamilc, d’où la note comi­ Palamas entre l’essence de Dieu et son opération, au que. voire même un grain de persiflage, ne sont pas point qu’en certains passages, il parait n’admettre que absents. Prennent part à l’action une douzaine de per­ ce que nous appelons une distinction virtuelle. Mais en d’autres, il maintient la thèse palamite, dit, par sonnages, plus un chœur de sophistes, qui joue le rôle d'arbitre cl de conseiller, el pousse de temps en temps exemple, que Γούσία et Γένέργεια diffèrent entre elles des exclamations pittoresques comme on en trouve ζατά τό αίτιον καί τό αίτίατον. et que l’essence reste dans les chœurs de Sophocle. d’Euripide ou d’Aris­ inaccessible, invisible, impartie ipable, tandis que l’opération est particlpnble. Ce qu’il rejette catégori­ tophane : Ύπέρευγε. ιού, Ιού, φευ, φεύ. exclamations quement, c’est la formule chère ô Palamas : Οεότης qui viennent heureusement rompre l’exposé ardu des ύπερκειμένη, Οεότης ύφειμένη, et il fait remorquer thèses théologiques et égayer les spectateurs. Après une scène d’introduction entre Mcrcourios, Philothéc que celle expression ne se trouve pas dans le tome de et Sophianos, paraissent Barlaam et Grégoras, qui 1351 : ούτε bj τω τόμοι εύροι τις άν ύφειμένην θεότητα, nous donnent une répétition de la dispute racontée ούτε παρ’ήμών λέγεται. Voir la correspondance en question dans le Rarocc. 193, fol. 307-354. | dans le Florentlos de Grégoras. Vainqueur sur la 5° A côté de Cantacuzène il faut nommer Théo­ grammaire, l'astronomie et la géométrie, Grégoras est plume, métropolite de Nicée,qul prit pari ù la correspon­ battu par le Calabrais sur la dialectique et la philoso­ dance échangée entre l'ancien basileus cl le patriarche phie. Après cette scène, d’un comique achevé, com­ mencent les dialogues sur la théologie entre partisans Paul. Le rod. Pantatdm. Athonensis 179, fol. 108 sq.. nous a conservé, en effet, une réponse aux questions et adversaires de Palamas. Barlaani, Palamas, Acintic Paul, écrite par lui au nom de Cantacuzène : dyne. Grégoras, Cantacuzène, le patriarche (qui doit être Isidore, ou Callisto), Isaac Argyre, Atouémès, Επιστολή b/ έπιτόμω δηλούσα τίνα δόξαν έχει ή καΟ’ήDcxios, Philothéc exposent tour à tour leurs opinions. μάς ’Εκκλησία περί των παρά τού Παύλου προενηνεγμένων ζητήσεων συγγραφείσα παρά Θεοφάνους έπι- C’est, comme de juste. Palamas qui parle le plus sou­ vent Le chœur des sophistes ne lui ménage pas les σκόπου Νικαίας ώς έκ προσώπου τού βασιλέως. Comme le basileus, au nom de qui il parle, Théophanc mini­ applaudissements, mais on a l’impression qu’ils sont un peu ironiques. Ce qu’il y a de remarquable dans mise la distinction palamite. mais non pas au point de la rendre acceptable pour un catholique; car il nie cette curieuse composition, c’est l’exactitude avec laquelle y sont rapportées les opinions cl la physiono­ qu’en Dieu le possesseur el la chose possédée soient la même chose (καί έν Οείοις αδύνατόν έστι τό τε έχον mie intellectuelle el morale de chacun des personnages. Elle constitue, à ce point de vue, un excellent résumé καί τό έχόμενον ταύτόν τι πράγμα είναι καθό έχει καί 1799 PALAMITE (CONTROVERSE). ÉCRIVAINS PALAMITES de toute In controverse pnlamitc. Mais après l'avoir parcourue, on ne peut s'empêcher de penser que son auteur était quelque peu sceptique Λ l’endroit des thèses de Palamas. La pièce sc trouve dans le Palmiacus W. fol. 369 HL Au XV· siècle, la controverse n'est pas encore complètement éteinte. Il sc rencontre encore à By­ zance des b irlaamitcs ct des neindynistes, ct nous voyons plusieurs théologiens s'occuper de les réfuter. Stméon de Thessalonigue, dans son Dialogue contre les hérésies, parle en termes fort sévères des anlipalamilcs. Il est vrai qu’il leur prête des erreurs qu'ils n’ont jamais enseignées, par exemple celle-ci : μηδεμίαν δύναμιν προσείναι λέγοντες τώ Θεφ. Dialogus contra /urreses, c. xxx-xxxi, P. G., I. ci.v, col. I l 1-158. 9· C’est un vrai disciple dc Palamas que nous trou­ vons en Joseph Hryennios. Nous avons un dc ses ser­ mons prêché à la cour, où il cherche à prouver par le témoignage de dix-sept docteurs, parmi lesquels les saints apôtres .Jean, Pierre el Paul, que l’opération divine, la grâce cl la lumière du Thabor sont incréées et que les élus, au ciel, voient non l’essence divine, mais sa lumière. Il enseigne aussi explicitement que les hypostases divines diffèrent réellement dc l'essence divine ct sont autre chose qu’elles; De même, dit-il. qu’en alhnnant en Dieu une seule essence, qui est autre chose que les trois hypostases, et trois hypo­ stases, nous n’introduisons pas de composition en Dieu ct nous ne constituons pas dc quaternité; de même en pinçant en Dieu une opération, ενέργεια, qui est autre chose que l’essence ct les trois hypostases, nous ne le faisons pas composé : ούσίαν λέγοντες έν τφ Θεω μίαν, άλλο τι ούσαν παρά τάς κατ’αύτόν αγίας τρεις ύποστά­ σεις, ούτε σύνΟεσιν, ούτε τετράδα ποιούμεν. » Λόγος περί θείας ένεργείας, dans Ιωσήφ μοναχού τού Βρυεν- I νίου τάεύρηΟεντα, éd. Eugène Bulgaris, t. n, Leipzig, 1768, p. 112-110; voir en particulier p. 118-123. Ailleurs, il reproche â saint Thomas d’Aquin comme un blasphème d’enseigner qu’en Dieu l’essence s’iden­ tifie avec la puissance cl l’opération cl avec chaque personne prise ù part, cl qu’elle peut être vue par les saints : Διάλεξις πρώτη περί τής τού αγίου Πνεύματος έχπορεύσεως, Œuvres, t. ιι. ρ. Il L Voir aussi son Discours sur la Transfiguration, t. m, p. 25-36. 10· Un autre palamitc rigide est Marc d'fcphèse, qui a consacré le plus long de scs ouvrages à réfuter l’écrit de Manuel Cdécas : Περί ουσίας καί ένεργείας. Cf. ar­ ticle M AUC Euaéxicos, t. ix, col. 1981-1983, où cet ouvrage est décrit avec la doctrine qu’il expose. Il est encore inédit, sauf pour ce qui regarde la troisième partie : Κεφάλαια συλλογιστικά κατά τής αυτής αίρέσεως των ’ Λκινδυνιστών καί προς Λατίνους περί ουσίας καί ένεργείας, publiée par Séraphin de Pisidlc, dans l’édition d’Euslratios Argentis : Βιβλίου καλούμενου ’Ραντισμού στηλίτευσις. Leipzig, 1718, p. 221-227, I puis par \V. Gass, Die Mystik des Nikolaus Cabasilas, Greifswald, 1819, p. 217-233. Faisons remarquer que ccs éditions ne donnent pas tous les κεφάλαια, en particulier celui (pic nous avons cité à l’article Pala­ mas. col. 1760. 11· Versé comme il l’était dans la connaissance dc la scolastique latine ct en particulier dc la théologie thomiste, Georges Scholarios devait être assez embar­ rassé par la doctrine de son Eglise sur la distinction réelle entre l’essence de Dieu et son opération el sur la lumière thaborique incréée. Cet embarras est visible dans les deux dissertations qu’il nous a laissées sur le sujet, l'une à l'allure polémique : ΙΙρός κυρ Ίωάννην τύν Βασιλικόν έρωτήσαυτα περί τής τού μακαρίου Θεοδώρου τού Γραπτού Ρήσεως, άφ’ής οί ματαιόφρουες ΆκιυδυνισταΙ Οορυβούσιν. ίτι δε καί περί ώυ οί αυτοί περί τού ΙΙνευματος τού άγιου σοφίζονται; I autre, irénique, Intitulée : Περί τού πώς διακρίνουται αί Οειαι 1800 ένέργειαι προς τε άλλήλας καί τήν θείου ούσίαν, ής είσιν ένέργειαι, καί b/ ή είσιν. Cf. Œuvres complètes de Georges Scholarios, l. ni, Paris, 1930, p. 201-239. Dans la première, écrite en 1115, où notre théologien aborde l’exégèse d’un des principaux textes patristiqun apportés par les antlpalamiles contre la théologie de Palamas (passage qui appartient non ù Théodoit Graplos, comme le croyaient les Byzantins du xiv»et du xv· siècle, mais ù saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, cf. Antirrheticus / adversus Constanti· num Copronijmuin, 11. P. G., t. c, col. 301 C-305 A),la thèse palamile sur la lumière thaborique incréée ct la distinction réelle entre l’essence de Dieu ct son opéra­ tion esl fortement mitigée, quoique non complètement abandonnée. Le passage capital est celui-ci : · Comme est la nature, ainsi est l’opération de Dieu ; c’est-à-dire, puisque la nature esl in Unie, incréée et éternelle, l’opération l’est également, car en Dieu l’opération doit être sur le pied d’égalité avec la nature, contraire­ ment ù ce que l’on voit dans tous les autres êtres, en qui se rencontre une essence, puis une opération qui. bien que substantielle, rentre dans l’ordre des acci­ dents. Voici comment on peut expliquer la chose : L'essence de Dieu esl formellement Infinie, mais son opération n’est pas formellement in Unie, car plusieurs infinis sont impossibles. Mais, parce qu’elle a une seule existence avec l’essence, qui est infinie, l'opération est aussi infinie; de sorte que l'essence et l’opération, considérées comme telles, diffèrent entre clics comme l'infini et le non infini. L'infini, en elTct, ne vient pas & la bonté de Dieu du concept de l’opération, mais s'attache à elle à cause de l’essence; au contraire, l'infinité convient à l’essence de Dieu par elle-même cl à cause d’elle-même. Mais, par le fait que l’une ct l’autre ont le même mode d’existence, cc qu’exige la simplicité divine, les deux constituent un seul infini cl un seul Dieu, la distinction formelle ne pouvant ici introduire, ni une division, ni une composition des réalités, attendu que la nature divine est fondée sur un sujet unique et très simple : τω δέ τον αύτόν τής ύπάρςεως τρόπον έχειν, τής θείας τούτ* àva'f/.αζούσης άπλότητος, τε άπειρόν είσιν άμφω καί είς Θεός, τής ειδικής διακρίσεως ούτε διαίρεσιν έκεΐ πραγμάτων ούτε ιτύνΟεσιν δυναμένης έργάζεσΟαι, άτ έφ' ένδς ύποκειμένου καί άπλουστάτου τής θείας φύσεως Ιδρυμένης. » Op. cit., ρ. 225-226. Avouons que cc langage n’est pas la limpidité même, et Scliolarios n’csl plus là pour nous l’expliquer. Si nous l’entendons bien, le théologien byzantin rejoint ici, à peu dc distance près, la distinction formelle a parte rei de Duns Scot. Le mot même de distinction formelle s’y trouve ct doit venir dc Scot lui-même, que Scholarios n’ignorait pas. Cette interprétation est d'autant plus plausible que notre théologien prêtait aux acindynislcs, qu’il com­ bat ici. le pur nominalisme. D’après lui, entre l’essence dc Dieu ct son opération cl ses divers attributs, ils ne posaient qu’une pure distinction de raison, la distinctio rationis ratiocinantis de nos scolastiques : ή·ρόουν Sc άρα, ώς έοικε, τίς τε έστιν ώς αληθώς ή τής έπινοίας διάκρισις, ότι όρων έστίν bj τή ψυχή καί ύπ* αύτής πεποιημάκον ή πεπλασμενων. Ibid,, ρ. 212, § 5. Pour lui. Il alllrmc que,antérieurement ù toute opération de notre esprit, les divers attributs de Dieu sc distinguent formellement, είδικώς, de l’essence divine cl entre eux. Cette distinction formelle, il l’appelle aussi réelle, πραγματική; mais c’est une distinction réelle plus faible que celle qui distingue les personnes divines entre elles : τής δέ πραγματικής έκείνης αύΟις άδρανεστεραν, ή τά θεία διακρίνονται πρόσωπα. Ibid., ρ. 215, § 6. Parmi les palamites. Scholarios est seul ù s’exprimer ainsi. 11 a beau, dans l’opuscule dont nous parlons, s’en rapporter ù Palamas cl faire son éloge. Il est trop évident que nous sommes loin du ver- 1801 PALAMITE (CONTROVERSE). LES A NT I PA L A M IT ES 1802 binge anthropomorphique dc saint Thomas d'Aquin, dont il nous palamites ne s’arrêtèrent pas à ces divergences super­ a laissé un résumé en grec, écrit de sa main. Ce qui est ficielles, ct ils traitèrent de barlaamitvs tous ceux qui sûr, c'est que la doctrine exprimée dans cc second n’admirent pas une distinction réelle entre l’essence opuscule, d’où toute polémique est absente, se rap­ de Dieu et son opération, ainsi que l’existence d’une proche encore davantage de la solution catholique. lumière divine étemelle ct d’une grâce incréée. Tout d’abord, on n’y fait nulle mention de la lumière Avant dc parler des principaux défenseurs de l’or­ thaborique. Dc plus, l’auteur, avant de donner sa solu­ thodoxie et de la saine philosophie contre les innova­ tion. examine les diverses sortes dc distinctions réelles tions de Palamas, remarquons qu’il ne faut pas juger et mentales. Il peut ensuite se prononcer sur la ques­ dc leur véritable doctrine d’après les dires des théolo­ tion avec une plus grande précision. · Les divines per­ giens palamites. Si nous en croyions ceux-ci, Acindyne, fections ou opérations, dit-il, se distinguent entre elles Jean Calécas. Grégoras ct les autres auraient enseigné ct de l’essence où elks sont; mais celle distinction le pur nominalisme. Ils auraient dénié à Dieu l’activité n’est ni complètement réelle comme celles qui se ct l'opération et en auraient fait une nature inerte; ou trouvent dans les autres êtres, ni seulement mentale. bien ils auraient rabaissé au rang des choses créées La distinction pleinement réelle détruirait la simpli­ l’action de Dieu et tous scs attributs relatifs et opéra­ cité divine: hi distinction purement mentale rendrait tifs. Toutes ces Imputations sont à mettre sur le vaine el superline notre théologie. Cette distinction, compte de la poli inique déloyale, qui, pour mieux écra­ du point de vue de la réalité, est inférieure à la distinc­ ser l’adversaire, lui prête des insanités. Nous ne vou­ tion qui existe entre les personnes divines entre elles. lons pas dire par là que tous les antipalamitcs aient Fille est dite réelle en tant qu'elle s’oppose ù la distinc­ été irréprochables dans la manière de s’exprimer sur tion de pure raison. Le concept de chacune des perfec­ Dieu cl scs attributs; que tous aient eu l’esprit suffi­ tions esl distinct réellement du concept des autres. samment délié pour faire les distinctions nécessaires ct C’est en ce sens qu'elles se distinguent réellement et ri duiri â néant les objections parfois subtiles ct embar­ formellement, cl ne sont pas le pur produit de notre rassantes de Palamas el de scs disciples. La plupart des esprit : δι a κρίνον τα ·. δέ ούτε πάντα πραγματικός κατά Byzantins n’étalent pas initiés à la méthode scolas­ τήν των άλλων των εν τοις οΰσιν ούτω διακρινομένων tique de 1 Occident, el telle équivoque qu’un docteur ώ.άζ.ρισιν, ούτε κατ’επίνοιαν μόνην... Έκαστη των θείων en Sorbonne eût déchirée comme une toile d’araignée ενεργειών πράγμά εστιν εν τω Θεω κατά λεπτοτέραν par une distinction appropriée a pu laisser muet un τού πράγματος έννοιαν, ότι δήλον ότι τι τού πράγματός Nicéphore Grégoras. Mais les adversaires du pala­ έστι κάν τω πράγματι πρδς άντιδιαστολήν των δευ­ misme ont eu assez, de philosophie el dc théologie pour τέρων νοητών. Ορ. cit.9 ρ. 235-239. maintenir l’absolue simplicité de T Être divin ct refu­ Le vrai palamisme, on le voit, sc dissout sous l’ana­ ser à tout autre qu’à lui les épithètes d'incréé cl lyse de l'aristotélicien élève de saint Thomas qu’est d’éternel. Georges Scholarios. Nous avons un autre indice de sa Il y a du reste une diflérencc marquée entre l’atti­ pensée dernière. Dans son résumé des deux » Sommes > tude des antipalamitcs de In première heure ct celle de l'Ange de l’École, il note sans doute, dans la préface. qu'ont tenue les polémistes dc la seconde phase de la Πνεύματος. Ibid., fol. 18 v®. Xppuyé sur ce principe, il rejelle par voie de conséquence toutes les thèses de Palamas : point de lumière divine incrééc, à moins qu’on ne l’identifie avec l’essence divine; point de (Ions du Saint Esprit Incréés, puisqu’ils sont mul­ tiples; point dc grâce incrééc, puisque c’est un cllti produit dans la créature. Quant à l’objet de la béati­ tude, c'est bien Dieu lui-même, c’est-à-dire sa nature, son essence, (pii entre en communication avec la créa lure sanctifiée d’une manière incompréhensible el sans subir le moindre changement : τοίς Οεοφόροις πατράσιν έπόμενοι καί άναλλοιώτως καί ύπέρ «ϊσΟησιν καί νουν καί διάνοιαν δέχεσΟαι φρονούμε* τούς άγιους τήν αγίαν καί μακαρίαυ ούσίαν εις κοινωνίιν αγιασμού. /όή/., fol. 31 ν®-32. 2° Le patriarche Jean Calécas, qui n’était point théologien de profession, a approuvé et fait sienne lu doctrine d’Acindyne. L'ouvrage qu'il présenta à l’ira pératricc en guise d’apologie (voir plus haut, col. 1787) était un recueil d’écrits composés par Acindyne cl par des confesseurs el des professeurs nommés par lui Le tome du synode de février 1317 qui le déposa nntP a conservé quelques-uns des anatliématlsmes lancé* par lui contre les palamitcs ; «t Anathème â ceux qui osent dire que la gloire de la divinité du Christ est dilïérente de l’essence de Dieu. - Anathème à ceux qui osent dire que la grâce divine est incrééc cl ditlèrc cependant dc l’essence de Dieu. - Anathème à ceux qui disent que la divinité incrééc peut être saisie par des yeux corporels : Γοϊς άποτολμώσι καί λέγουσι τήν Οείαυ χάριυ άκτιστου μέν είναι, έτέραυ δε παρά τήν ούσίαν τού Θεού, ανάθεμα. > Cf. P. G., t. < ι ti. col. Γ2ΧΟ A. 3° Théodore Dexios appartient également à l’école d’Acindyne el, plus encore que lui, se montre ennemi dc toute spéculation curieuse sur tout ce que n’ont pas éclairci les anciens. Sur la nature dc la lumière thabo­ rique il ne veut rien savoir ni décider. Cette attitude agnostique est bien marquée dans le drame de Philo Ihée de Sélivri. Dexios y parait pour insister sur l’incompréhcnslbilité de l’essence divine et blâmer le* téméraires qui osent soulever à son sujet des problèmes insolubles. Le chœur des sophistes lui répond ironique ment, Palamas étant présent : Ύπέρευγε ό καλός καί παυάριστος Δεςιός. Cad, Patin, 366, fol. 393 v®. De Dexios. G. Mercati, op. cit., p. 226 sq., ct 270-271, vient dc découvrir un long traité contre (’.antaeuzène et son synode de 1351, dans le Vatic, till, part. 4, fol. 223 321, el trois courtes apologies à l'adresse des anlipalamites, dans le Vatic. 1823, fol. 258-280. Dans le premier ouvrage, ce théologien s’élève contre l’injuslice des décisions de 1351 et leur caractère novateur. Pourquoi, dit-il, agiter la question de la lumière thaborique. qu’aucun des anciens conciles n’a éclaircie ? Pour lui, la lumière qui a brillé sur le l’habor, c’est le Verbe in­ carné lui-même, l’un de la Trinité, qui s’est révélé aux apôtres non comme il sc manifestera au ciel aux élus, mais d’une manière imparfaite, que lui seul connaît, (’.e (pie les apôtres contemplèrent dc leurs yeux, ce ne fut point l’essence divine, mais l’humanité du Sauveur brillant comme le soleil : \άμψαυ φως επί τού βρους θαβώρ αύτόν τδν ένα Τριάδας, τδυ -τήν καθ’ημάς άνει ληφότα φύσιυ Λόγον τού Θεού καί 1 Ιατρός οϊδαμευ. Vatic. 1111. Cf aussi la première apologie dans le Vatic. 1823, fol. 258 v° ; ô γάρ ώπται τοίς αύτοπταΐς Χριστού σωματικοίςόμμασ» κτιστόν αληθώς καί αισθη­ τόν ήν· ήν δ’ άρα ουχ έτερον ή τό θειον πρόσλημμα μετα­ μορφωθώ καί ως ο ήλιος λάμύαυ. C’est justement 1805 I’\I.WIITE (CONTHOV EHSE). LES K NT I PA I. A M ITES celte opinion singulière sui hi lumière thaborique, opinion donl il ne voulut pas se départir, qui le mit aux prises avec scs amis antipalamitcs, entre autres avec Isaac Argyros, ct lui lit écrire scs trois courtes apologies. Pour sc Justifier, il disait qu’il ne fallait pas chercher à préciser plus que ne le font les Evan­ giles, cl en appelait à l’autorité de Nicéphore Gré goms et de Matthieu d’Éphèsc. I® Grégoras, en effet, suit, lui aussi, les traces d*A< in dyne, ct nous avons en lui un autre représentant du byzantinisme conservateur, ennemi dc toute nou­ veauté. Comme Acindyne, il enseigne l’identité réelle, en Dieu, de l’essence ct dc l’opération, ct montre bien que la simplicité divine est unique en son genre et qu’on n’cn peut trouver aucun exemple dans les créa­ tures, toute créature étant composée d’essence cl dc qualité : εκείνη μόνη τη θεία καί άπλουστάτη φύσει προσήκει, έτέρα δέ ούδεμια των κτιστών άπασών... πάσα κτίσις σύνθετός έστι ές ούσίας καί ποιότητος. Hist. Hijzant., I. XXXI (δ δεύτερος δογματικός), P. G., t. cxi.ix, col. 321 D, 32ί A. Cependant, quoi qu’en ail dit Dexios, Nicéphore a une doctrine bien arrêtée sur la lumière du Thabor. D’après lui. celle lumière ne pouvait être que créée, puisqu'elle fut per­ çue par des yeux mortels, el qu’il n’y a rien d’incréé en dehors de l’essence divine. Ce ne fut qu'une mani­ festation symbolique et énigmatique de la lumière incrééc, analogue a la lumière parue en d’autres then phanies. Sur le Thabor, les apôtres contemplèrent non la divinité incrééc, non Dieu, mais une réalité con­ naissable. c’est-à-dire quelque chose dc créé : ol απόσ­ τολοι τδ έν τω Θαβωρίφλάμψαν τότε Οεασάμενοι φως, ούτε θεότητα είδον άκ τι στον, ούτε Θεόν, άλλα τι των οντων και γινωσκομίνων. Op. cit., I. XXXIII, c. χιπ. P. G., toc. cit.. roi. 381-385. Il nie également qu'une pareille lumière puisse être l’objet dc la béati­ tude céleste. Ibid., col. 376-380. Au demeurant, bien des points demeurent obscurs dans la théologie du moine de Chora. On voit qu’il ne s’est pas frotté â la scolastique occidentale et qu’il est novice en l’art de faire les distinctions lumineuses qui dissipent les équi­ voques. 5° Ce (pii manque à Nicéphore Grégoras. Prochoros Cydoncs. le frère de Demetrius, le possède à un rare degré Dans son ouvrage Ιίερί ούσίας καί ένεργείας, en six livres (cf. Vatic, gnre. H35, et l’étude citée de G. Mercali), nous entendons un vrai disciple de saint Thomas d’Aquin, qui s’est bien assimilé sa doctrine, et fait la pleine lumière sur les questions agitées entre palamitcs et antipalamitcs par les distinctions appro­ priées. Avec raison. Il commence par faire remarquer que ceux qui, avant lui. à Byzance, ont traité la ques­ tion de l’essence de Dieu et de son opération, ont oublié de déterminer les divers sens du mol opération, ενέργεια. De là, leur marche incertaine dans la dis cussion, leur manque d'assurance dans le combat : διό καί άκριτός έστιν αύτοΐς ό άγων, καί σκιαμαχία τό ολον. He essentia et operatione, I. I. c. i, P. G., t. cli, col. 1192-1193. La critique est particulièrement justo pour Grégoras, qui professait tant de mépris pour les théologiens latins. Avec un sang-froid imperturbable cl d’une main très sûre. ITochoros promène le fer de la dialectique aristotélicienne et thomiste dans la plaie palamile. cl en crève toute la boursouflure de fausseté. Aussi Philothée était étourdi de tant d’audace et n’cn revenait pas. Le diable, disait-il, parle par la bouche de l’rochoros. Barlaam n’était rien auprès de lui! Les disciples do Palamas ne pouvaient le suivre dans scs déductions implacables. Le soleil el scs rayons s’éclip­ saient devant la transcendance infinie de l’Acle pur, et les θεότητες de Palamas fondaient devant lui comme neige au soleil. Voir des extraits intéressants de Prochoms, dans le tome synodal de 1368 signalé 1S0G plus haut. La lecture dc cc tome montre bien le désar­ roi dans lequel le hiéroinolne thomiste jetait ses con­ tradicteurs palainiles. Sur scs ouvrages, voir G. Mer­ cati, op. cit. 6e Le moine Isaac Argyros n’a point la science tho­ miste dc l’rochoros, mais c’csl un esprit très net cl très clair, un vrai théologien versé dans la connais­ sance des Pères grecs, cl ses réfutations du palamisme comptent parmi le» meilleures de celles qui nous sont parvenues. G. Mercati, op. cit.. p. 236 sq., apporte d'excellentes raisons de lui attribuer la longue réfuta­ tion anonyme d’un écrit de Jean Gantncuzènc conte­ nue dans le Vatic. 1096. fol. 65-117. incipit : Ώς άπόλοιτο, φησίν ό Οεολογικώτατος νους. Au début de cet ouvrage, Argyros, qui écrit vers 1370, nous apprend qu’il a composé précédemment une histoire de la con­ troverse palamile. Gel le histoire n’a pas encore été retrouvée. Argyros ne manifeste pas les réserves cl les timidités des premiers adversaires du palamisme Sur la nature dc la lumière du Thabor, il a une doctrine bien arrêtée. Cet éclat qui brilla sur la face du Sauveur, lors dc sa transfiguration, fut un phénomène transi­ toire produit, à ce moment, par voie de création autour de son humanité par la toute-puissance du Verbe, qui habitait en elle. Cet éclat, celte beauté physique. Adam l’avait reçue dc Dieu, au moment de sa création Il la perdit par le péché. Elle sera restituée aux corps des justes, â la résurrection générale. L'humanité sainte du Sauveur ne reçut point cet éclat dès l’instant dc sa conception dans le sein de Marie, car le Verbe a pris une chair passible comme la nôtre; mais elle en (ut revêtue. le jour dc la résurrection. Au Thabor, par miracle ct pour un instant, celte lumière enveloppa .Jésus tout d’abord pour signifier ct symboliser sa divinité; ensuite pour convaincre les apôtres qu’un jour les justes brilleraient du même éclat : περί την σάρκα, ήνίκα μεταμεμόρφωται ό σωτηρ, δημιουργικών παρά της ηνωμένης αυτή καΟ'ύπόστασιν του \όγου θεότητας γεγονός... ΊΙ λαμπρότης ήν καί τδ άρχέτυπον καί φυσικόν κάλλος, μεθ’ού παρά Θεού ό πρώτος δεδημιούργηται άνθρωπος Vatie, gnve. 1096. fol 71 γ°. Argyros répète le même enseignement, dans un autre opuscule que vient de découvrir G. Mercali, op. cit.. * dans le Vatic. 1102. fol. 35-15 v0. C’est, au fond, la thèse de Barlaam, cl c’est pour cela que Dexios y répugnait II y a cependant une différence, qu’Argyros ne manque pas de noter. Le Galabrais avait eu la témérité de dire que la lumière du Thabor était infe­ rieure à notre pensée: τούτο τδ φως ήττον είναι είπεν καί χείρον νοήσεως ημών. Or cela, dit Argyro.x, ne cadre pas avec les saintes Ecritures, d’après lesquelles cc que Dieu fait, surtout quand c’est par miracle, dépasse toute intelligence, même si ce miracle peut être vu par les yeux corporels. Gomment declarer infe­ rieur à notre esprit ce qui n’a été visible qu’à ceux qui en étaient dignes et pour lesquels Dieu l’a opéré ? i γάρ ό Θεός ποιεί, καί μάλιστα κατά λόγον θαυμα­ τουργίας, πάντα νούν ύπερδαίνειν ές αύτών έδιδάχθημεν, cl καί όρατά είσι σωματικοί; όφθαλμοις. Cod Vatic. 1096, fol. 88 r° ('.’est encore a réfuter les palamitcs que sont consacrés deux autres opuscules de notre moine, conserves l’un clans le Vatic. 1096, fol. 171 sq., sous le titre : Περί διακρίσεως μετοχής Θεού έν τέσσαρσι τρόποις; l’autre dans le Vatic. 1102. fol. 25-31, adresse au moinc-peinirv Gédéon : Ιίερί της έν μακαρία Τριάδι λχγομένης πατρότητας καί υίότητος. Cf. Mercali, op. cit Nous savons qu Argyros persévéra jusqu'à la lin dans son hostilité au palamisme : ce qui lui a valu d’être anathématisé nommément dans le Synodicon du di­ manche de (Orthodoxie, au moins dans certaines Églises. 7e Parmi les adversaires du palamisme, Jean Ctjparissiotés occupe certainement la première place tant 1807 PALAMITE (CONTROVERSE). ÉCHOS EN OCCIDENT par l'ampleur et la netteté de In réfutation que par 1 abondance ct la variété des arguments produits. La théologie positive et la théologie speculative s’unissent chez lui dans une harmonieuse proportion. De Palamas ct de scs disciples il réfute tout cl ne laisse rien passer. Nous avons de lui deux grands ouvrages : I. I/ Έκθεσις στοιχειώδης ρήσεων Οεολογικών, divisée en dix dé­ cades» vaste traité Dr Deo uno d trino dont François Torres (Turrlanus) lit paraître, en 1581, une traduc* lion latine reproduite dans P. G., t. ci.n, col. 737-992. Le palamisme n’y est pas directement vise, mais la vraie doctrine y est exposée, â l’aide principalement des textes patristiques, de manière â renverser par la base toutes les theses palamites. De la lumière du Thabor il est longuement question â la sixième déaide, /*. G., toc. cit., 839-861. Cyparissiotès est. sur cette question, du même avis qu'Isaac Argyros. Voici sa conclusion : In divinis luminibus symbolicis prweipua est apparitio luminis fada tn divinissima transfigura­ tione vultus Domini, quir decorem curports Christi post resurrectionem gloriosi facti tanquam in imagine repraesentabat, et symbolum erat divinitatis, qute in eo latebat, pulchritudinemque Adn· ante peccatum signi­ ficabat eamque jam naturam nostram in humanitate Christi recuperasse ; quo lumine justi post resurrectio­ nem resplendebunt. Ibid., col. 861. 2. Les ΠαλαμιτικαΙ παραβάσεις, énorme Imité polémique, divisé en cinq livres, où tout le palamisme est passé en revue et magistralement réfuté. Le livre 1, comprenant quatre dissertations ou λόγοι, expose le système palamite, en signale les multiples erreurs, en raconte la genèse, et montre comment l’Église palamite ne saurait être la véritable Église du Christ. De ce premier livre Combe fis a publié les discours I ct IV; cf. P. G., t. cm, col. 663-778. Le livre II réfute le tome synodal de 1351 cl compte huit discours. Le livre III, compre­ nant lui aussi huit discours, épuise la question de la lumière lhaborique. Le livre IV, en trois discours, traite des anathématismes du dimanche de l’Orthodoxie. Enfin, dans le livre V, divisé en cinq discours, Cyparissiotès réfute longuement Nil Cabasilas, qui arrivait à poser en Dieu quatre φύσεις, à savoir 1’ούσία κοινή, Γύπόστασις, Ι'ένίργεια. enfin αύτδς ό Θεός, ύ I Ιατήρ και ύ Υίβς καί τβ ί I νεύμα. (Le cinquième livre, le plus étendu de tous, fut composé avant les autres. II est tout entier spéculatif. Contrairement άΙ'ΈκΟεσις στοιχειώδης, qui est surtout positive, les Ηαλαμιτικαί παραβάσεις font la part du lion à la théologie spéculative. Tous les subterfuges, tous les sophismes, tous les arguments des théologiens palamites y sont clairement exposés ct magistrale mon l réfutés, inutile de dire que l'œuvre polémique de Cyparissiotès laisse bien loin derrière clic les dissertations de Grégorus. Ajoutons que Cyparissiotès a été unioniste, au moins dans la dernière période de sa vie, et a passé quelque temps à la cour pontificale sous Grégoire XI, qui lui faisait payer une pension (1376-1377). C'est ce qu’a démontré récemment Angelo Mercati, dans une note donnée à la liyzantinisrhe Zeitschrift(Mélanges Heisen­ berg), t. xxx, p. 196 591 : Giovanni Ctparissiota alla code dl Gregorio XI (novembre 1376-décembrc 1377). 8° Signalons enfin parmi les adversaires du pala­ misme le dominicain Manuel Caleras (fl 110), Grec converti nu catholicisme, qui nous a laisse une courte mais excellente réfutation du tome synodal de 1351, dans son opuscule Περί ουσίας και ένεργείας, P. G., I. cui, col. 283-128. Manuel recourt surtout aux argu­ ments |M)sitifs d'Écrilure ct de tradition, mais il con­ naît bien saint Thomas, cl cela lui donne une supério­ rité Incontestable sur les polémistes qui n’ont puisé qu'aux sources grecques. 1808 controverse palamite, c’est-à-dire entre les années 1311-1368, les pourparlers entre la cour impériale de Byzance ct les papes en vue d'une croisade contre les Turcs cl de l’union des Églises furent pour ainsi dire constants. Par ailleurs, les Latins ne manquaient pus en Orient, et il s’y trouvait aussi quelques Grecs con­ vertis au catholicisme. 11 était dès lors inévitable que le bruit de la querelle qui divisait l’Église byzantine en deux factions rivales ne parvint aux oreilles des Occidentaux rt qu'en particulier les légats du pape n’eussent un jour ou l’autre â s’en occuper. 1° Nous voyons, en effet, en 1355, le légal pontifical, Paul de Smyrnc, assister, en compagnie de Jean V Paléologue, à la conférence contradictoire entre Nicé­ phore (irégorascl Grégoire Palamas. Quelle impression rapporta Paul de celte joute théologique, nous pou­ vons le conclure d’une lettre qu'il écrivit plus lard, c’est-à-dire postérieurement â la mort d’Urbain V (t 1370), au pape cl aux cardinaux pour rendre compte des discussions qu'il avait eues .sur le palamisme avec l’ex-empcreur Jean Cantacuzène aux alentours de 1366-1367. Dans cette lettre, publiée par Arcudius en grec et en latin, dans son ouvrage: Opuscula auren theologica circa processionem Spiritus Sancti, Itonie, 1630, el reproduite dans P. G., t. ci.iv, col. 835-838, il nous raconte qu’ayant été envoyé par Urbain V auprès de Jean V Paléologue (1366), il avait essayé de se faire une opinion sur la doctrine palamite, et n’était pas arrivé à y voir clair ; Cum nosse verum hujus doctrina cupcrem, dit-il, Constantinopoli degens, quando ad imperatorem Pulœologum a commemorato summo pon­ tifice missus fut, quresivimus istud scire, non autem potuimus verbo vel re aliquid certi de huc opinione et impia doctrina comprehendere. Quapropter et coactus sum verbis asperis eos insectari d veluti quibusdam argumentis provocare. P. G., toc. cit., coi. 838. Si en 1366, il n’y avait encore rien compris, il est évident qu'en 1355, après la dispute des deux protagonistes, la lumière ne s'était nullement faite dans son esprit. Il crut pourtant, un moment, avoir saisi, à la suite de ses entretiens avec Cantacuzène, qui lui avait un mo­ ment concédé qu’entre l’essence de Dieu cl scs attri­ buts il n’y avait qu’une distinction id On dut VL I.l PALAMISME I.T ! OCCIDENT CATHOLIQUE. Pendant tout 1« temps que dura la phase aigue de la encore être mieux renseigné quand Dt inétrius Cvdo- (CO NT ROVE HSE). HIO liés vint à Borne en 1360, accompagnant .Jean V Paléo­ logue, ct quand, un peu plus tard, le grand adversaire du palamisme, Jean Cyparissiotès. parut à la cour pon­ tificale, C’était une nouvelle divergence, ct des plus graves, qui s’ajoutait à celles, déjà trop nombreuses, qui séparaient 1rs deux Eglises. 2e Lorsque s’ouvrit le concile de Florence, il y avait heu de craindre que rette question de l’essence de Dieu ct de son opération ne vint aggraver la difficulté de la réunion. Il n’en fut rien pourtant, parce que les Grecs eurent la prudence d’éviter la discussion sur ce sujet. Λ la xxv® session, les Latins leur remirent une liste de quatre questions, qui restaient encore â éclair­ cir, à savoir la primauté du pape, l’existence de trois catégories de défunts, l’usage du pain azyme cl fer­ menté, la distinction entre l’essence de Dieu el son opération : τέταρτον, ινα ζητηΟη περί θείας ούσίας καί ένεργείας έπί συνόδου; cf. *11 αγία καί οικουμενική έν Φλωρεντία σύνοδος (récit de Dorothée de .Mytilène), rd. du bénédictin Nickc-s, Home, 1861, p. 301. Ils répondirent qu’ils n’étaient pas autorisés par l’em­ pereur à discuter là-dessus, mais ils consentirent à faire connaître leur sentiment privé sur les trois pre­ miers points. Sur le quatrième, au contraire, ils refu serent de parler : τδ δέ περί της θείας ούσίας καί ένεργείας ούδόλως άπολογούμεΟα. Ibid. Les Latins, a ce qu’il semble, n’insistèrent pas sur un sujet qui aurait sans doute amené un débat interminable» Tou­ jours est-il qu’on n’en reparla plus et que le décret d’union fut bientôt signé. Indirectement, du reste, les Grecs avaient renoncé au palamisme en déclarant qu’lls croyaient que les âmes des saints dans le ciel contemplent l’essence de Dieu : καί το Οεωρειν τάς yj/άς την ουσίαν τού Θεού αληθώς προσιέμεΟα. Ibid. El ils signèrent le décret d’union, où il est dit : animas in cadum inox recipi et intueri clare ipsum licum trinum ct unum, Sicuri est. .Marc d’Éphèse, dans son troisième discours sur le purgatoire prononcé a Ferrure, avail nié ce point capital : Ni les anges bienheureux, ni les saints, d'apres lui, ne jouissaient de la vision de l’essence de Dieu; ce qu’il essaya de prou­ ver à grand renfort de textes patristiques. Interrogé sur l’objet de la béatitude, il répondit que les élus jouissent de la gloire de Dieu, δόξα, de l’éclat qui jaillit de son essence : ή έκ Θεού πεμπομίνη αίγλη. Quant à expliquer ce qu'était cet éclat, il y renonça, et s’en lira en renvoyant les Latins à la definition donnée par saint Jean Cllmaquc de l’illuminai ion divine : « C’est une opération ineffable, vue d'une manière invisible ct conçue d’une manière inconcevable : Έλλαμψίς έστιν ένέργεια άρρητος δρωμένη άοράτως καί νοουμένη άγνώστως. El il ajouta : «Vous avez entendu la défi­ nition : Ne cherchez pas davantage. » Cf. L. Petit. Documents relatifs au concile de l'torence. La question du purgatoire a Perrare, dans Pulrologia orientalis, l xv, p. 157-162. En s’exprimant de la sorte, .Marc, qui était, nous l’avons vu, un palamite rigide, soulevait toute la question du système de Pahunas cl de la lumière lhaborique. On comprend que. lorsqu’on revint a Florence, sur la doctrine des fins dernières, les Lalins aient voulu avoir quelque precision sur l’objet de la béatitude et sur la théorie palamite de l’csscnco divine cl de son opération, lis paraissent s’èlrc con­ tentés de la réponse sur l’objet de la béatitude, ré­ ponse qui repoussait catégoriquement la thèse de Marc soutenue à 1-crrare. II est vraisemblable que l’empe­ reur défendit à ses prélats d'entamer une discussion directe sur l’essence divine cl son opération. Los Grecs eux-mêmes durent sentir le danger qu’il y avait a cl.der 1rs formules el les theories do Palamas devant CCS terribles logiciens qu’étaient les théologiens latins, vt Georges Scholarius était là pour leur conseiller de remiser une théologie enfantine, dont l’exposé n’au rail pas tourné à l’honneur de la nation. Durant l’âpre controverse entre unionistes ct antiunionistes qui suivit le concile jusqu’à la prise de Constantinople. la question du palamisme, malgré la définition portée sur l'essence de la béatitude, ne fut point agitée. Ins­ tinctivement, les plus instruits panni les Grecs sér­ iaient qu’ils n’étaient point, avec les theses de Palninas, sur un terrain solide, ct bien rares furent, dans la suite, les polémistes qui osèrent reprocher aux Latins de ne pas les admettre. 1 son _________________________________ VIL Ll PALAMISME DANS L* ÉGLISE GRÉCO-RUSSE A PARTIR DU xvr SIÈCLE jusqu’à nos jours. - Nous avons vu plus haut que la doctrine palamite était devenue, à partir du concile de 1351, l’enseignement officiel de l’Eglise byzantine ct avait été imposée comme un dogme obligatoire à tous ses fidèles. Pour que ce dogme ne fût pas oublié, on en inséra l’expression solennelle dans le Synodiron du dimanche de l’Orthodoxie ct aussi dans la profession de foi des évêques, au jour de leur ordination. Si l'addition faite à ce dernier document a dispam, les anathématismes contre Barlaam, Acindyne ct leurs partisans, ainsi que les acclamations à Grégoire Palamas ct à scs disciples sont restés au Synodicon, cl on peut les lire encore dans les éditions grecques du livre liturgique appelé Trio dion, qui contient les ollices du temps du carême. Chaque année, depuis 1352, ces anathématismes ct ces acclamations ont été répétés dans l’Église grecque dissidente. De plus, la fêle de Grégoire Palamas, pla­ cée au second dimanche de carême, n’a pas cessé d’etre célébrée jusqu’à nos jours, non seulement dans les autocéphalies de langue grecque, mais aussi dans l’Église russe ct les autres Eglises de langues diverses détachées du tronc byzantin. Dans ces conditions, il semble qu’il soit oiseux de sc demander ce qu’est devenu le palamisme dans l’Église gréco-russe, incorporé à la dogmatique de celte Eglise d’une manière aussi explicite et aussi solennelle, il n’a pu, dira-t-on a priori, que garder le caractère de vérité immuable et intangible qui convient aux dogmes pro­ prement dits. En droit, il aurait dû en être ainsi; en fait, 11 en a été bien autrement. De nos jours, malgré la fete do Palamas cl en dépit de la lettre des anathéma­ tismes contenus dans le Triodlon, le dogme palamite dans l’ensemble de l’Église gréco-russe est un dogme a peu près mort. Non seulement il est oublie, mais il est contredit ouvertement dans renseignement théolo­ gique officiel. 1° C’est dès le xvr siècle que sc dessine un courant hostile aux thèses palamites SOUS l'influence de la théologie catholique, que les théologiens grecs de cette époque viennent étudier dans les universités occi­ dentales. Dans son ouvrage intitulé : ’Ορθόδοξο: διδασκαλία, publié à Mina en 1596, Milcce Pigus con­ tredit assez ouvertement le palamisme, quand il affirme : 1 que chaque personne divine est i essence divine tout entière avec sa propriété hypostaUquc res­ pective, έκαστη των υποστάσεων όλη μεν αυτή ουσία έστί μετά τού ιδιώματος ; 2. que l'opération en Dieu est la mémo chose que l’essence, bien qu’il y ait une différence, — il ne dit pas réelle, - - entre l'essence et l’opération hypostatiqiiè: εί καί ούσία ή ενέργεια, άλλ* ού πάντως... Διαφέρει τής ούσίας ή τής ούσίας ενέργεια, ού πάσα δέ ένέργεια άλλη υποστατική, ως τδ γεννάν, τδ έκπορεύειν. Op. cil., cd. de Jassy, 1769, p. 108-109. Parlant de l’objet de la béatitude, il paraît, au premier abord, s’exprimer comme Palamas, quand il dit que l’essence divine est imparticipable a toute créature, ή ούσία τού Θεού άμέΟεκτός έστιν ούσία πάση κτιστή, et que les bienheureux ne participent qu’aux attri­ buts divins, qu’il appelle les propriétés ou les grâces de Dieu, Θεού Ιδιότητες εϊτ’οδν χάριτες. Mais il s’ex­ plique bientôt plus clairement el affirme que cc> atlri- 1811 ι· \i, wiiTi: (< onthoverse). DESTINÉES I LTÉHIEURES buts* ces grâces, s’identifient, en dernière analyse· avec la nature, l’essence ct hi réalité dc Dieu, à cause do son extrême simplicité : θεού μέν ούσία ώς ένόντα ένΟεωρειται, είτ’ ούνεν οντα. καί ταύτό φύσει καίούσία θεού καί όντότητι διά τήν άκρ αιφνεστάτην απλότητα. Il· id . ρ. 221-225. 2· Au xvn* siècle, nombreux sont les théologiens grecs qui oublient le palamisme· Métrophane Critopoulos, dans sa Confession de foi, c. t (éd. Kimmel. Monumenta fidei Ecelesitv orientalis, t. n. fena, 1851. p. 38), affirme qu’en dehors des propriétés hypostnllques, tout cn Dieu est Indistinct : τά τής θεότητας, πλήν των ένδοτέρων, αδιόριστα έστιν... πάντα κοινά καί αδιόριστα. Non moins explicite sur le môme (joint est Nicolas /fulgaris, dans sa Κατηχησις ιερά (éd. princ., Venise* 1681), encore répandue de nos jours parmi les Grecs : Dieu, dit il. n’admet de distinction que par rapport aux seules personnes. Il est tout entier opéra­ tion et opération surpassant toute opération : ό Θεάς κατά μόνα τά πρόσωπα διαιρούμενος... είναι όλος ένέργεια καί ενέργεια πάσης ένεργείας έξηργμένη, ρ. 81 et 127 de l’édition de Venise. 1681. La Confession orthodoxe de Pierre Moghila, tel h· qu’elle est sortie des corrections dc Mélecc Syrigos, ne dit rien de clair sur les thèses palamites. Elle les contredit assez ouvertement cn enseignant que, tout comme la nature de Dieu, scs attributs sont incompré­ hensibles, ακατάληπτα, part. I. q. vm et xi. éd. Kim me!, op. cit., p. 62 ct 68. 1*3le parait s’en rapprocher la où il est dit : Après le jugement dernier, une lumière nous sera donnée par Dieu, avec laquelle nous verrons la lumière de Dieu, μέ τό όποιον Οέλομεν Ιδείν τό φως τού θεού. î ρ.* q. cxxvî* Kimmel, ρ. 202. Dosithée, qui était palamile. parait l’avoir oublié cn rédigeant sa Confession de foi. Il écrit, en ellel, que les saints dans le ciel contemplent clairement la sainte l'rinilé,ù la lumière in Unir de laquelle ils voient ce qui nous regarde : των έσόπτρων λυΟέντων* ζαθαρώς έποπτεύσυσι την άγίαν Τριάδα· τό άπειρον έκείνης φως τού­ των έν τω νω τίθησι τά ήμέτερα. Confessio Dnsithri, c vm, Kimmel, p. 135. 3” De nos jours, les théologiens grecs qui contre «lisent le palamisme ne manquent pas. Signalons : 1. Nectaire Képhatas, qui considère les attributs dis ms comme des concepts de notre esprit, par lesquels nous définissons l’unique idée, de nous inconnue, exprimant l’essence «le Dieu : διά των θείων λοιπόν ιδιωμάτων ορίζομε*/ διά πολλών έννοϊών τήν μίαν άγνωστον περί •ης ούσίαςτού θεού fwoior/. 'Ιεράκατηχησις, Athènes. 1899, ρ. 30-31. — 2. Chrestos Androutsos, qui déclare que les attributs divins ne sont que des expressions de l’essence divine, avec laquelle ils s’identifient dans la réalité. Ge ne sont point des distinctions dans l’essence même de Dieu Ge ne sont pas non plus des mots vides de sens, comme 1 enseignent les nomina listes, mais des représentations subjectives des rela­ tions réelles du Dieu infini avec le monde fini : Ή αληθής θεωρία των θείων ιδιοτήτων έγκειται έν τω μέσω της πραγματικής καί τής Ονοματικής θεωρίας, μήτε ώς άντικειιχενικάς διακρίσεις έν τή θεία ούσία. μήτε ώς ψιλά ονοματα έκδεχομένη τάς θείας Ιδιότητας, άλλ’ώς υποκειμενικός παραστάσεις των πραγματικών σχέσεων τού απείρου θεού πρός τον πεπερασμένου κόσμον. Δογματική τής ορθοδόξου ανατολικής ’ Εκκλη­ σίας. Athènes. 1907, ρ. 14; cf. ρ, 16-17. 3. La plu part des catéchismes grecs contemporains qui, sc taisant sur la question des attributs divins ou sur la nature de la grâce, enseignent explicitement que l’objet de la béatitude céleste est dc voir Dieu un cl trine, tel qu’il est cn lui-même. Celui de Damascene Christo poulos,’Ορθόδοξος κατηχησις, Athènes, 1881. p. 21, dit même que l'essence «le Dieu, que ni les anges, ni les hommes ne peuvent scruter par leurs forces natu­ 1812 relles. nous a été manifestée par la Kévélation, έφα νερώΟη δέ ήμιν διά τής άποκαλύψεως. Ρ Parmi les théologiens grecs qui, dans la period.· moderne, sont restes attachés au palamisme canonisé au xiv* siècle. Il faut signaler 1. Damascene de Thessatoniqiie, dit le Studitetf 1577). dans un discours sur la transfiguration contenu dans le recueil intitulé θησαυρός. éd. princ., Venise. 157·». nombreuses rééditions jusqu’à notre époque; cf.p 133 de l'édition de Venise, 1818, «d \llatius, Dc perpetua consensione, etc., p. 838. 2. Gabriel Scvéros (f 1616), dans son ouvrage: Περί των πέντε διαφορών, Constantinople, 1627 : περί τή: α' διαφοράς, ρ. 1-6. 9-1 ο : άλλο ή θεία ένέργεια καί i)jo rt θεία ούσία· ή ένέργεια μετέχεται καί γινώσκεται- ή δέ ούσία ούτε μετέχεται, ούτε γινώσκεται. 3. Georges Coresstos, â la fin de son ouvrage: Ilcpi τής έκπορεύσεως τού Πνεύματος αγίου, imprimé par Dosithée dans le 'Γόμος καταλ>Λγής, Jassy. 1692, ρ. 368-110. Ge polémiste admet toutes les thèses de Palamas sur la distinction réelle entre l'essence et 1rs attributs; entre les attributs respectifs; entre l'essence et chaque propriété hypostalique; sur la grâce ct les dons du Saint-Esprit incréés; sur la lumière thnborique incréée. objet de la béatitude. qu’il y a de curieux, c’est que Corcssios appelle distinction dc rai­ son. λόγου διαφορά, celle que les théologiens lathh nomment réelle mineure pour lui, il n’y a de distineI ion réelle, πραγματική διαφορά, que là où il ya.cn fait, ou bien là où il peut y avoir séparation réelle des réali tés distinguées dans la chose. En Dieu, il y a de nom breuses réalités distinctes de l’essence même, mais aucune n’est séparée, ni séparable de l’essence; c’est pourquoi 11 faut appeler distinction de raison celle qui existe entre ces réalités, et les scolastiques ont tort dc l’appeler réelle : Ί I διαφορά των διαφόρων οντων έν τω αύτω πράγματι λόγου διαφορά κέκληται, καί ού πράγ­ ματος, ώς νομίζουσιν οι σχολαστικοί. Dp. cil., ρ. 371. Cette multiplicité d’entités en Dieu ne détruit pas la simplicité de son être et n’introduit pas en lui de com­ position, car il n’y a composition, σύνθεσις, «pie là ou il y a réunion d’essences séparables, ou union de sub­ stance et d’accidents : διττή έστιν ή σύνθεσις, ή έξ ούσιών, ή έξ ούσίας καί συμοεόηκότος, τρίτη δέ ού δέδοται. Or, il n’y a en Dieu aucun accident, parce qu’il esl immuable Corcssios entend par accident le seul accident logique ou prédicablc. Pour lui, le propre ou accident physique el onlologiipie, n’est pas un acci­ dent, cl il y a en Dieu beaucoup d’accidents dc cette sorte, c’est-à-dire beaucoup de propriétés, ιδιώματα, ιδιότητες. L l.a plupart des théologiens du VI/tr siècle. Il est remarquable qu'au xvnr siècle, à l’époque même ou l’Églisc russe, comme nous le dirons tout à l’heure, se détache complètement du palamisme, cette doctrine obtient un regain dc vie dans l’Églisc grecque propre­ ment dite. Au début dc ce siècle, Sébastos Kijménitès compose un traité spécial, resté Inédit, sur l’essence divine cl son opération. Gf. Papadopoulos Kérameus, Ifiographic de Sébastos Kipnénitès dans le t. xm de la collection Hurmuzakl. Teste greçcsti privitoare la isbh rta românescà, Bucarest. 1909, p. λα'. En 1727, les pa­ triarches d’Oricnt, réunis en concile à Constantinople· rédigèrent une profession dc foi adressée à tous les fidèles, où nous trouvons deux articles palamites ; ι Article 9 : . Les fidèles doivent croire que la lumière divine manifestée sur le mont Thabor, à la transflgu ration du Christ, notre Sauveur el Dieu, n’était pas quelque chose de créé, mais n’était pas non plus l es sencc divine elle-même, car personne n’a jamais vu. ni décrit l’essence ct la nature de Dieu, ils doivent pro­ fesser que c’était une sorte d’éclat physique incrèe, une opération partant de l'essence divine, par laquelle 1813 fut manifesté non toute la gloire divine dc l’Hoinmc Dieu,mais ce que les dise iplesen pouvaient contempler sans perdre la vie Article 10 :· Il faut professer que la grâce commune du Père, du Elis et du Saint Esprit, la lumière du siècle à venir, dont resplendiront les justes el que manifesta le Christ sur la montagne, cn un mot, toute puissance cl opération de la divinité en trois hypostases, et tout ce qui, dc quelque manière que ce soit, diffère de la nature divine, est incréé. Rien, en effet, de ce qui existe naturellement en Dieu n'a eu dc commencement τό Οειότατον φως της l·/ τω Θαδωρίω δρει μεταμορφώσεως... ύμολογεϊν όφείλουσι μή κτίσμα είναι, άλλ’ ουδέ ούσιαν απλώς του Θεού..., άλλ’ άκτιστου καί φυσικήν ελλαμύιυ και έυέργειαν δι* αύτής προίούσαυ τής θείας ούσίας παν τό διαφέρου όπωσουυ της θείας φύσεως άκτιστου είναι όμο λογείν. άτε μηδενός όντας προσφάτου των τω θεώ προσόντων φυσικώς. Mansi-Petit. One//., t.xxxvii. col. 901. Par ailleurs, nous voyons les principaux théologiens de la seconde moitié du siècle soutenir la meme doc trine dans leurs manuels. C’est le cas de Vincent Danith dos el de son disciple, Eugène Bulgaris (Cf. le θεολογι κόυ de ce dernier, Venise, 1872, p. νβ'εΐ 92-122, 281). qui reprennent la doctrine de Georges Coressios. Bul garis se croit d’accord avec Duns Scot, qu’il n’a pas compris, et qui aurait repoussé Γείδικήν ετερότητα και έκ τής φύσεως του πράγματος, qu’il lui prête. Lui aussi, comme Coressios. n’écarte do Dieu que l’acci dent prédicable. non les propriétés physiques décou hint (le l’essence et distinctes d’elle. Les disciples de Bul garis, Théophile de Cam panic, Ταμεϊυν όρΟοδοξίας. éd. d’Alh. dc 1908, p. 207, et Athanasc de Paros, Έπι τομή των θείων δογμάτων, Leipzig, 1806, ρ. 59-05. 81 -99, répèlent les leçons du maître. 5. Dc nos jours, bien rares sont les théologiens grecs qui reprennent â leur compte la doctrine exprimée dans les anathémalismes du dimanche de l’Orlho doxie contre Barlaam et Acindvne. On cn rencontre pourtant quelques-uns. Faisons remarquer aussi que certains ouvrages anciens, où celte doctrine est conte­ nue, sont réédités cl répandus parmi les fidèles, tels le Θησαυρός de Damascènc le Sludilc ct le Ταμείου όρΟοδοξίας dc Théophile «le (Lampante. Des auteurs font un éloge sans réserve de Grégoire Palamas et de sa doctrine, loi Grégoire Papamikhail, professeur à l’université d’Athènes, dans la monographie qu’il a consacrée au théologien hésychasle. *0 άγιος Γρηγό ριος ΙΙαλαμάς, Alexandrie, 1911. Γη récent proies scur de théologie dc la même université athénienne, Zikos /). Phosis, a repris timidement dans le l. ι d’un manuel resté incomplet la thèse palamltc dc la distine lion réelle cn Dieu des hypostases et des attributs par rapport u l’essence : La simplicité de l’essence de Dieu, dit-il, n’est pas une simplicité abstraite; ce n’est pas la suppression de toute distinction en Dieu, comme s'il n'existait en lui aucune distinction réelle des hypostases et des propriétés; mais cette simplicité considérée néga­ tivement écarte seulement toute composition, toute division cl toute opposition cn lui; considérée positive ment, c’est une unité harmonieuse absolue dans la diversité ou la distinction réelle des hypostases et des propriétés: είνε τοιαύτη ταυτότης τήςούσίας τού Θεού πρός έαυτην, ή τις είνε απόλυτος αρμονική ενότης ευ έτερότητι, ή έν πραγματική διακρίσει υποστάσεων καί Ιδιωμάτων. Σύστημα δογματικής τής ορθοδόξου καθο­ λικής ’Εκκλησίας, I. L Athènes. 1903. ρ. 309; cf. ρ. 300, 302. Reconnaissons, du reste, que les exprès sions de ce théologien ne sont pas la clarté même et n'ont pas la limpidité de la comparaison du soleil cl «le scs rayons tant affectionnée par Palamas et scs premiers disciples. 5· Ce «pie nous venons de «lire regarde I Eglise 1810 grecque proprement dite. Si nous passons à l’Églkr russe, nous y verrons lr palamisme complètement aban­ donné depuis longtemps dans l’enseignement officiel Du palamisme cette Eglise ne conserve plus, dc nos jours, que la fête de Palamas, au second dimanche dc carême, ct c’est un étrange phénomène que Popposil ion qui existe cn! rc la doctrine des manuels de théolo­ gie cn usage dans les séminaires ct les académies russes cl les éloges hyperboliques donnés dans l’office de ce jour a Grégoire Palamas, docteur illustre et défenseur dc l’orthodoxie «. Nous avons vu plus haut. col. 1791. qu’au milieu du xiv« siècle, le métropolite de Kiev avait d'abord re­ poussé les tomes des conciles palamites qui lui avaient été adressés de Constantinople. Nous ignorons com­ bien dc temps dura cette opposition à l’orthodoxie officielle. A cette époque, cn effet, l'union de la métro­ pole russe avec le patriarcat œcuménique était assez lâche, cl le devint encore plus au siècle suivant. Il cst curieux dc constater que les triodions slaves manu scrits, dont le plus ancien est le n· 667 de la biblio thèque synodale de Moscou remontant a peine au xv siècle, ou ne contiennent pas les anathémalismes du dimanche de l’Orthodoxie relatifs aux hérésies by­ zantines postérieures, ou les donnent sous une forme très abrégée, signalant à peine les noms des hérésiar­ ques. Ils remplacent souvent la mention des hérétiques byzantins par celle de certains hérétiques russes. Pour trouver, au complet, les anathémalismes du Synodicon grec, y compris ceux qui sont lancés contre Bar­ laam ct Acindvne, il faut ouvrir les triodions imprimés, dont les premiers datent du xvir siècle. Le type grec, du reste, ne fut pas longtemps en usage. Dès le milieu du xvnr siècle, qn s’occupa ch mod Hier complètement l’office du dimanche de l’Orthodoxie. sans prévenir h s Cirées. Le concile de Moscou de 1719 confla a l'archevêque de Kroutilza, Gabriel, le soin de composer ce nouvel office. Sa révision, présentée en 1752 à l’approbation du Saint-Synode, ne fut pas agréée, parce qu elle était trop longue et conservait intacte la liste des hérésies nationales. On ne l’utilisa que deux fols, aux carêmes de 1753 et de 1755. I n nouveau concile de Moscou, tenu le 23 mars 1766, ordonna dc recueillir tous les offices, imprimés ou manuscrits, du dimanche de l’Orthodoxie, el chargea Gabriel de Tver de faire une nouvelle rédaction. Gellc-ci fut approuvée, avec quel­ ques moditlcalions. par le Saint-Synode en séance ph nlcre du 8 décembre 1766. Le 15 décembre de cette même année, elle était présentée a l’approbation de l’impératrice Catherine 11, qui ratifia le projet synodal par un oukaze du 19 février 1767, et le 27 mars suivant, le Saint-Synode ordonnait l'impression du nouvel office à raison de 1 10 exemplaires sous le litre de Pos liédwanié ce nédiéliou pravoslaoiia. Cf. Nicolas Grigo roviieh, Itcscnts de Catherine 11 à l’oberprocuror du Saint Synode Ivan Ivanovitch Mellissène, dans le Pousskii Archii\ t. vm. 1870, p. 751-757. Ce nouvel office était fort écourte. Aux nombreux cl longs anathémalismes du Synodicon grec on substituait douze anathématismes tout â fait nouveaux dc fond el de forme. Les noms des hérétiques étaient supprimés. Seuls les noms des rebelles Olreplev ct Mazepa parais­ saient au onzième analhématismc dirige contre ceux qui n’admettent pas que les souverains orthodoxes sont élevés au trône par une volonté spéciale de Dieu sur eux, el reçoivent piirl’Onction du chrême les dons du Saint Esprit pour l’accomplissement de leur grande mission. Ces noms mêmes furent supprimés dans l’édi lion de 1869 Dans les nouveaux anathémalismes, pas la moindre allusion n’est faite â Barlaam et à Acindyne pas plus qu’a la doctrine de Palamas. En faisant cette réforme. I Eglise russe se mettait 1815 PALAM I TE (CONT K O VE USE). DESTINÉES d’accord, pour ce qui regarde le palamisme, avec la doctrine de sc* théologiens, qui, depuis lu lin du wir siècle jusqu’il nos jours, ont régulièrement ensei­ gné tout le contraire des thèses do Palamus. Nous avons pu consulter deux des manuels de théologie uti­ lisés dans les séminaires russes dans la seconde moitié du xvni* siècle ct AU début (ill xix·. L'un ct l’autre se taisent sur les théories de Palamas et enseignent hi doc­ trine des théologiens catholiques sur l’essence de Dieu et scs attributs, la* premier, Théophylade Gorski 1, «n rit : Sciendum est omnia attributa hei tam inter sr quam earn essentia hei esse re ipsa idem, ita ut unum· quodque de alio, et unumquodque de essentia Dei, et vieissim essentia Dei de unoquoque eorum prudicari possit, veraque sint enuntiationes ista ; Sapientia hei esi ipse Deus; Sapientia Dei est Dei omnipotentia, e te.,. Eadem hei attributa non de essentia Dei tantum, sed et de singulis personis prudicari in recto possunt, ita ut verum sil dicere · Deus Pater est divina sapientia; Deus Filius est divina sapientia, etc Hinc consequitur per­ sonas divinas, quatenus inter se tantum, non autem ab essentia Dei distinguuntur, non distingui etiam ab attri­ butis divinis. Orthodoxm orientalis Eccleshv dogmata seu doctrina Christiana de credendis, éd. de Saint-Petersbourg, 1818, p. 77. I.e second, Sylvestre l.ebrdinskii, n'vil pas moins explicite : 4ttributa divina, dit-il, prout conceptibus nostris formantur, multiplicia sunt, et a se invicem dlffertAaa; sed prout sunt in Deo, ab co non differunt : i.nica enim essentia divina omnes illas perfectiones in se complectitur, sive est qualibet earum eminenter.... .\ihil est in Deo quod non sit Drus. Com­ pendium theologice classicum, 2· éd., Moscou, 1805, p. 112 et 805, Les manuels de théologie composés nu xix* siècle contredisent également le palamisme. Celui iVAn­ toine Amphileatruv, qui a été traduit en grec, déclare qu’l! n’y a en Dieu aucune distinction réelle des attii buts; c’est nous (pii, a cause de la faiblesse de notre esprit, distinguons en lui des propriétés variées; quant à lui. Il est parfaite unité et Identité, esprit très pur et absolument simple. · Ί biologie dogmatique, de Γ Eglise orthodoxe catholique orientale, traduction grecque de Valllanos. Aliènes p, 72. Ailleurs, le même auteur dit qu’au ciel les saints volent l’essence de 1 )ieu : όψόμχΟα T/p/ ΟεΙαν τού Χρίστου ουσίαν μετά του 1 Ια­ τρός καί τού αγίου I (νεύματος. Ibid., p. Il K. Macaire Hulgakov, dans son cours développé, parie des deux extrêmes qu’il faut éviter dans ki question de l’es sencr de Dieu comparée à scs attributs: d’un côté, le réalisme, posant une distinction réelle entre Pciscncc cl les attributs et entre 1rs attributs respec­ tif*; de l’autre, le nominalisme, qui ne volt (pic des synonymes dans 1rs mots par lesquels notre esprit exprime tes diverses perfections qu'il attribue â Dieu. Lu première opinion, ajoute t-ll, dans une note, fut soutenue ru Occident, nu xn· siècle, par Gilbert de l.i Porrée, évêque do Poitiers, et, en Orient, au .r/i * aiêcle. par quelques moines de P Athos On voit avec quel dédain le célèbre théologien russe parle de Pahimns, de 11 doctrine ct de scs disc iples. D'apres lui, la doctrine de l’Eglise orthodoxe, yiiiséc dans la révélation divine, est que l’essence de Dieu et scs attributs, ainsi que les dtribuls entre eux, ne se distinguent pas dans hi réa­ lité même; mais qu’entre ers notions 11 v a une dis­ tinction réelle dans notre esprit, et qu’il existe en Dieu un fondement a cette distinction. Pravoslavno -dogmatitcheskoe lloqoslovie, t I, I* éd., Pétrograd, 1883, p. 111 145. Pour ce qui regarde la nature de la grâce el l’objet de la b< itltudr, le même théologien ignore complètement l’opinion palamitc rl s’< xprime comme un catholique. Sylvestre Malevanskil, dans \ Essai de théologie dogmatique orthodoxe, 1.1, Kiev, 1892, p. ftsq . <*! d’accord ivre \|.n.drc, et déclare, p 55 rr«/i/d'OrfrAfo, t. MX, p. <81 >q„ r| consti­ profession do fol ou le palamisme est déclaré de foi tuant comme un appendice h l'ouvrage du même auteur obligatoire, l’Église russe opère une refonte radicale de indiqué Λ l'article précédent, Λ/xr u sur /Viia/nfrr dr In cioll’ollice du dimanche de l’Orlhodoxle d’où est exclue I Italian bgzanltne ; Thérni«toclè* Ch. Stavrou, XI îrcfl twv toute allusion aux dogmes palnmltes, ct Ms théolo­ ησυ/χστι/ώ/ ·ή: tô’ zxt r/Λίύ :, IxdpzJtf. 1005; Knirnbachor-lJirhard, Gngiens prennent, dans leurs manuels, la contre partie de ces dogmes. Mais l’Église russe elle-même ne reste pas I rhichtr drr bi/z/inttniithrn l.lbralur, 2* êd., Munich, 1807, p, 100-11 i ; G. Mc real i, NoU:i? di Procoro e Ikmclrla Cidorxf, A l’abri de la contradiction : elle continue de célébrer di Mitniiflr (^dmi, dt frodom AMIimMa, rd al tri appunh In fête de saint Grégoire Palamas ct do chanter les !*r la ftorla della lenlogla r della IrUtralura bizanltna del éloges dithyrambiques que lui décerne l’hilothéc Kok- >rco/o .XIV, Homr, 1030, oh l’on trouvera de nombreux ren­ kinos dans l'office du Jour. I seignement* nouveaux el quelque* texte* in»-dit» relatif s La contradiction, l’Église grecque contemporaine ] Λ la controverse palamitc; Alexii, évêque, ViianUbkif toerl’étale ouvertement, non seulement en laissant ensei­ kotaiye fmjdiki XfV olêka. (l^t muillquft rrrlétlaiUqutt bn gner par scs théologiens ct à ses clercs ce qu'elle ana- zantiru du XIV· ii^le), Kazan, 1006; V. P,<|i»nt un bon nombre tout encore inédite», ont étésigiinPadouc II exerça la charge de contulteur du Saint Ita* en leur lieu, et nou* croyons inutile d’en dresser «te nou­ Olllcc et, en H102, il fut élevé par Clement VIII nu veau la tinte. On trouvera dans l'ouvrage «ouvent cité de Porphvrc Ouxpenskll, Voilofc Khrlsllanskil. Athon. I. ni, siège épiscopal de Luccdonla, en Sicile, dans le royaume M. I’ Syrcnn. Saint Pelrrsboiirg, 1802,p, 6834U11,1e recueil de Naples; il y mourut le 26 octobre 1606 (t'ghclli, A peu pré* complet des document* édité*,en dehors de* //hI lurtcr, J.-H. Sbaralen, Supplementum. I n, p. 110) et /o/r< < de Nicéphore Grégora* et do Jean Canlaciizènr. Ceux mm 161 I comme le soutient L. Wadding. mil sont Imprimé* dan* la P. (·., I. < !.-( i il, ont dlô indiqué* Il est l'auteur des mis rages suivants : L Lectiones au cour* de Particle. Parmi les études, ti celle* qui ont été aurea in quattuor libros Magistri Sententiarum, in qui ►Ignah c* n l’article Pai.amas, il faut ajouter les suivante* : bus it Magistri littera accurate explicatur, et quirstiones J. finis, i r 'ipiodr tdsgchadr de /Jï /.dan* le* A’<7mt d'Orlrnl, t M. 1003, p 50 64», travail , cl en théologie, il enseigna la philosophie et la théologie à · n’ont fait bien souvent que reproduire les Pères grecs Turin, Pavie cl Padouc, occupa la chaire de métaphy­ cl latins. Or, parmi les lettres, fort intéressantes, qu’il sique a l’uni verdie de Ferrarc et fut élevé, en 1582, nous a laissées, nous en avons une écrite à celte période a la dignité de ministre provincial de Bologne. Il fut I de sa vie, que le « serviteur de Jésus-Christ Palea­ un des quatorze représentants de l’ordre des frères rius · adresse à Martin Luther, Philippe Mclanchlhon, mineurs, qui siégèrent dans la congrégation De auxi­ Martin Bucer, Calvin, el tous les Suisses et Allemands. liis, instituée par Clément VIII, le 20 mars 1602, pour • qui invoquent Jésus-Christ ». Il s’agit du concile de mettre tin â la controverse au sujet de la scientia Trente qui se prépare. Palearius écrit à < scs frères » : media. En 1603. il fut élevé au siège épiscopal de < Si vous avez d’un commun accord rejeté tant d’abus Bitonlo. où il mourut en 1619,à l’âge de quatre-vingt- de la Babylone romaine, si vous êtes unanimes â main­ quatre ans. tenir les commandements apostoliques el ù défendre U a composé les ouvrages suivants : I. Lectiones in l’Évangile, pourquoi vous diviser sur un ou deux /um Sententiarum, ms. in-1° conservé à la bibliothèque points, etc. (il fait allusion à la (piestion sac.ramcn· du couvent des Douze-Apôtres, ù Home, cl qui com­ taire)... Je vous recommande votre serviteur et disci­ mence par les mots : Quoniam absoluta consideratio ple Bernard Ochino. .-\idez-lc de toutes façons... » procedit respedivam; 2. Positiones ad mentem peri· Il n’y avait donc rien d’étonnanl que Palearius, tiorum utrorum in Xt capita distributa ad Bodul/um même absous une première fois, ne cessât pas d’etre Pium card Carpentem, ordinis protectorem, Crémone, suspect. II sc réfugie à Lucqucs en 1516 cl y occupe 1562, in-i®; 3. Commentaria in Catechismum romaune chaire de rhétorique, puis va enseigner le grec, cl ntun usque ad cap. 3 partis 11* deducia, et partim sup­ le latin à l’uiiiversilé de Milan, jusqu’à ce que, accusé pleta a Joannc Ferrctto Hc giens i ejusdem ordinis disci­ de nouveau d’hérésie, il tombe aux mains de l'inquisi­ pulo auctoris, ms.; I. Passio D. X. Jesu Christi car­ teur Angelo de Crémone. Les chefs d’accusation sont mine exametro cl saphico narrata, ms.; — 5. Oratio in précis el semblent fondés : il nie l’existence du purga­ funere regis Hispaniarum Mediolani m comitiis yen. toire; blâme les sépultures dans les églises; méprise Ordinis an 1562 habita, Milan, 1562, 6. Oratio gra­ les ordres religieux, assimile les moines à des prêtres tulatoria collegii theologorum in primo adventu Marci de Mars; cl attribue la justification et la rémission des Cornelii episcopi Patavini ad suam sedem dicta in aula péchés uniquement à la foi dans la miséricorde divine, episcopali die 29 mari i i an. 1595, Padouc, 1595; et dans les mérites de Jésus-Christ. En 1566, il était 7. Epistola ad Fr. Archangclum Puteum a Burgo, qui encore dans les prisons de l’inquisition de Milan; il est publiée en tête de V Apologia de ce dernier, Bolo­ fut transféré à Home en 1568 et incarcéré ù Tor di gne, 1581; - 8. Carmina qui ont été publiés dans la Nona, el finalement pendu au pont Saint-Ange le collection de Gérard Borgognl, Venise. 1599. 3 juillet 1570, et son corps brûlé sur place. (Euvres. - De immortalitate animarum (en vers .1,-11 Sbamlco, Supplementum, 2’ ôdlt., t i, 1908, p. 370hexamètres), Lyon, 1536 el 1552; Libellus de morte 371; l’ghclll. Huila sacra, t. vu. Episcopi BUuntint, n. 35; Christi, 1512: Epistolarum libri (res, Lyon, 1553; Actio Pullius t^onardu* Ibrrmi·*. Responsiones ad exixutiiluttonrs eontra icimitam nwdlntn, pari. I, sect. ni, n. lu. in pontifices romanos et eorum asseclas ad imperatorem Am. Tkktabïit. romantun, reqes et concilii presides conscripta..., Leip­ PALEARIUS Aoniu·. humaniste italien, né ù zig, 1606. (On lui attribue : Del beneficio di Gesù Scroli vers 1500. Son vrai nom était Antoine Paleari, Cristo crocefisso, Venise, 1513, où est soutenue la doc­ della Puglia, selon d’autres, ou dei Pagliaricci. Protégé trine luthérienne de la justitlcatlon par la foi sans les par Émile Ellonardi, son évêque, il passa à Borne une ouvres; mais cet ouvrage serait de Benoit de Manjeunesse studieuse, occupée de préférence aux lettres touc. Opera, Amsterdam. 1696, cl léna, 1728. classiques et a l'archéologie. En 1530, nous le trou­ Tirnbmchl, Storia drlla liltrratura Italimui (éd. 1833), vons a Pérouse, puis a Sienne, cl linalemcnt â Padouc, t. iv, p. 259; Nlcéron, .Mémoires pour servir a Phistoirc des où il eut Lampridius pour maître de grec, cl sc lia avec Immmn illustres, l. xvi ; Hallbnvcr, Vie, rn tète de l'édition Pierre Bernbo. H se fuit connaître ù celte époque des (Efinreado Palearius. Icon. 1728; Viri, par Eckcrmann, comme poète cl orateur, et. Justement, remporte un I psal. 1763, et par Gnrlitt, Hambourg. 1805; Ho Mnnih. 1821 PzXLEAHIUS — PALEOTT! 1822 t. Paleario, 1855; YoUOg, /7w D/· and timrof Aonio Palen· .uni Paient ti comme pro légat cl gouverneur de Vaino, 2 vol., 1860; J. Bonnet, Λ. Paleario, 1863; <». Sforza, · son, Paleotll, à la suite de la mort de sa mère, crut de­ t'n tpisodio poco nolo della ulhi til A. Paleario, dim* G torn, voir décliner celle charge: il refusa de même l'évêché dor» della tetteralura Italian", t. XIV; G, Morpurgo, tn tuna· de Majorque, que voulait lui céder Jean-Baptiste nishi marUre (Aonio Palearior, Im ri forma trorlca ttaliana Campcggio. Mais, en 1556, Pic IV, à l’affût de tous les net we. XI7, 1912. gens de talent et de vertu capables de l’aider dans son F. Bonna HD. œuvre de réforme, le fixa â Borne en le nommant au­ PALÉOLOQUE (Joan V), empereur byzantin diteur de Bote cl en mettant aussitôt à profit scs con­ (1311-1376 et 1379-1391 ) est a signaler ici surtout pour sa conversion nu catholicisme. Pressé par le dan­ seils pour les grandes affaires en cours. Il avait trenteger turc, il sollicita le secours d'Urbain V et, par lui. quatre ans. En 1561, Pic IV l’envole au concile de Trente, comme adjoint au cardinal Hercule Gonzague de l'Occidcnt chrétien. Apres maintes négociations cl ambassades pour l’union des Églises, il se rendit per­ et aux légats, ses collègues. Il y jouit de l’estime com­ sonnellement à Borne où. en présence . O. Ihdcckl, Un empereur suivit le pontificat éphémère d’Urbain VH, il no lui de liijzancc à Home, Varsovie. 1U30. manqua qu’une voix pour être élu souverain pontife. Il V. Gkvmel. était devenu, par option, cardinal-êvêque du siège PALÉONYDORE, voir OUDEWATER suburbieaire d’Albano, puis de celui de Sabine; mais (Jean d·)· il n’avait pas renoncé pour autant â sa chère Eglise de Bologne. Il y revint sur scs vieux jours, avec la per­ PALEOTTI Gabriel, cardinal cl premier arche mission de Clément VIII. non sans avoir obtenu, vêque de Bologne (1522-1597).- Il naquit d'une noble comme coadjuteur, son neveu. Alphonse Palcolti. Il famille bolonaise où renseignement du droit était de reparut pourtant une fois à Borne, sollicite par tradition. Son ancêtre paternel. Vincent, occupait Henri l\ lui-même pour intervenir très énergique­ déjà une chaire à l’université de Bologne en 1456. ('.e ment auprès du pape, en plein accord avec le cardinal fut un homme considérable, (pii eut une trentaine du Perron, en vue de vaincre la résistance de Clé d’enfants, tous mâles, sauf un. Onze d’entre eux sur ment VIII dans l’aUairv de l’absolution du roi. A la vécurent, qui devinrent soldats, gens d’Église de l’un suite de quoi il écrivait au Béarnais : « Celle réconci­ et l’autre clergé. C’est l’un d’eux, Alexandre, lui aussi liation. que nous attendions depuis si longtemps, a professeur de droit, qui fut le père du cardinal, le suscite rapplaudis.sement de tous el la joie universelle; I octobre 1522; celui-ci, dès l’adolescence, fut distingué aussi je ne puis qu’en féliciter Votre Majesté, plein de pur sa culture, l’intégrité de scs mœurs cl ses vertus. H confiance que celle démarche a été très agréable au lit ses éludes au collège Ancarano, où il eut pour cou Boi des rois, et que Votre Majesté, issue du sang de rois disciples et amis Alexandre cl Octave Farnèse et leur très saints, imitera leur pieté cl leur zèle singulier en cousin Guldantonlo Sforza; son maître d’humanités faveur de lu religion catholique. li mourut à Civi­ lut le célèbre Bomolo Amasco; il suivit les cours de tavecchia. le 22 août 1597. Son corps fut rapporte à droit de Mariano Socini cl d’Augustin Bcroo. A vingt Bologne et enseveli dans l’église métropolitaine, devant quatre ans. il prit A son lour le bonnet de docteur la chapelle du Crucifix. m utroque cl professa aussitôt le droit civil a l’uni ver (Euvres. — Deiudlus el vpunfSjnToL.Bologne, 1550, sité. avec un éclat tel qu’on l'appelait « le second réédité à Venise en 1572, et à Francfort en 1612; De Aidai ». C’est alors qu’il cul pour élève Hippolyte sacris et profanis imaginibus libri V, Bologne, 1582, \ldobrandini, qui devait devenir le pape Clément VU I Ingolstadt. 1591; De bono senectutis. Home, 1595 (écrit Entre temps. Alexandre Farnèse était devenu cardi­ sur les instances de sairil Philippe de Neri); Episcopale' nal cl légat d’Avignon. Il 111 lout pour obtenir son 1823 PALEOTTI Bononiensis civitatis, Bologne, ISSO; Archiépiscopale Bononiense, Rome, 1591; De sacri consistorii consulta­ tionibus, Rome, 1592, ct Venise, 1594; Del sacramento det matrimonio can la giunta di vad sermoni per la cete· bra:ione det medesimo, Venise, 1607. AI. Ledesma, De olla rt rebus gestis Gabrielis Polienti, S. R. E. card. primique Bononiensis archiepiscopi et princi­ pis. Bolagne, 1G47; Aug. Bruni, Vi7u,dnns Marlène, Impiis­ sime collectio. I. vi,col. 1386; Seb. Merkle. !\ ordinal Gabriel Palrout's I iterari seber Nachlnss, dans lldmische Quartal· sdiri/t, I. xi, 1897, p. 333-129 (article Important concernant surtout le rôle de Ihtlcol11 au concile de Trente et scs écrits relatifs à cc concile); Cordelia, Memoric storiche de* cardinali della tanta romana Chiesa, Rome, 1793, t. v, p. 102*109; Hurler, Nomenclator, 3· édit., t. m, col. 339. F, Bon να HD. PALLADINI Jacques, dit aussi de TERAMO ou d’ANCARANO. né cn 1319, étudia le droit à Padoue el devint archidiacre d’Aversa. Appelé ά Rome, il y fut nommé secrétaire de la Pénltcnceric ct des Brefs. Promu A l'évêché de Monopoli en 1391, aux archevêchés de Tarente cn 1100, de Florence cn 1-101, évêque et gouverneur de Spolèlc cn 1110, il avait élé chargé par Martin V d’une légation cn Pologne. 11 y mourut cn 1117. 11 fut un jurisconsulte célèbre el un professeur i de philosophie réputé, d’un génie subtil ct d’un style pittoresque. Œuvres — In U b. Sententiarum commentarius, Augs* bourg, 1172; Consolatio peccatorum, Augsbourg, 1172. Cet ouvrage bizarre eut beaucoup de vogue el fut réimprimé plusieurs fois au cours du xv· siècle. On cn connaît plusieurs traductions françaises et alle­ mandes. C’est le procès de Bélial, procureur de Lucifer cl du royaume infernal, contre Jésus-Christ, repré­ senté par Moïse, devant le tribunal de Salomon, au sujet des âmes justes des limbes rachetées par le Sau­ veur. Marchand. Dictionnaire historique, 1758. t. n, p. 17; Fa· bricius. Bibliotheca Medii .Eid, t. iv, 1735, p. 6-7 ct 48; Ttmboschl, Storia delta litteratura italiana, t. vi «, 1807, p. 267-263; Hurter, \umenclator, 3· édit., t. n, col. 733; Bru­ net, Manuel, t. îv, 186*1, n. 893, et t.v, η. 801-801; Eubcl, llicrarchia catholica Mettii /Eoi, t. T, 1898, p. 261,363» *186, 499. Bibliographie plus complète dans Ul. Chevalier, Bloblbliographtr, col. 3178. F. Bonnard. PALLADI US, évêqued'Hélénopolis(né vers 363, t avant 431). — L Vie. IL Œuvres. I. Vie. — C’est surtout aux ouvrages de Palladius que Ton peut emprunter des renseignements sur sa vie. Or, malgré des discussions recentes, l’authenticité des écrits en question est suffisamment établie et reconnue pour que Ton puisse faire fond sur eux. Nous ne croyons pas Indispensable, dès lors, de suivre ici la vole analy­ tique et nous exposerons, d'une manière synthétique, les résultats auxquels sont arrivés les critiques moder­ nes el spécialement dom Cuthbert Butler qui a fait de l’élude de Palladius sa spécialité. . Palladius est né en Galatie vers 363-361. A l’âge de vingt-deux ans il se sentit attiré vers kl vie monas­ tique, mais vers une vie monastique un peu spéciale, car il fut grand voyageur. On le trouve d’abord cn Palestine vers 386, peut-être à la laurc de Douca sur la route de Jérusalem a Jéricho, puis au mont des Oit vices, ou il passe trois ans (386-388). Il est h Alexan­ dre cn 388 cl sc relire dans le désert de Nitric, puis dans celui des Cellules, Il esl alors le disciple d’Évagre le Pontlque. Celui-ci étant mort vers 399, Palladius revient cn Palestine. En 400, il est consacré, par saint Jean Chrysostoine probablement, évêque d’Hélénopolis en Bithynie. Il est mêlé de très près, étant don­ né la proximité de la capitale, à la politique ecclésias­ tique de l’archevêque de Constantinople. C’est ainsi qu’il prend part :i un concile cn cette ville cn 100 et que, PALLA DIUS 1824 peu après, il intervient à Éphèsr comme représentant de cc synode. Lors de la lutte entre Théophile d'Alexan­ drie ct Jean Chrysostonic, il se range du côté de son archevêque. Le synode du Chêne, cn août 103, l'accuse d’ongénisme; cf. Pholius, Biblioth., cod. i.rx, P. G., L cm, col. 109. En 105, apres l’c.xil définitif de l’arche­ vêque Jean, il se rend à Rome, auprès (l’innocent 1er. avec un certain nombre de prélats demeurés fidèles a l’exilé. Chargé par le pape d'un important message pour l’Oricnt, il est arrêté h son retour ct. apres une rude captivité, exilé en Égypte; relégué d’abord ;i Syène (Assouan), il a dû jouir ensuite de quelque li­ berté, car on le voit à Antinoe cl chez les Tabcniiésiotes de saint Paeôme. Le séjour en Égypte a duré de 406 à 412; Palladius put ensuite revenir en Galalie. Vers 417, il est transféré â l'évêché d'Aspouna cn Galalie (cf. Socrates, //. VII, xxxvi, P. Ο.,Ι.ι.χνιι, col. 821), il était mort en 431, car c’est un autre évêque d’Aspouna qui siège nu concile d'Èphèse. Sur la chro­ nologie Ici adoptée voir Butler, t. n, p. 236-217, a coin· plétcr par quelques remarques du meme auteur dans Journal o/ theological studies, t. xxn, 1920-1921, p. 141 sq. II. (Evvres. — L’attribution à Palladius de deux ouvrages célèbres, le Dialogue sur la vie de Jean Chnsostome cl V Histoire lau.stagtte parait aujourd’hui in­ contestable. On a voulu y joindre un fragment, relatif aux brahmanes, qui s’est conservé dans le pseudo Callisthène. 1° Le Dialogue. — Texte dans P. G., I. xlvh, col. 1-82. — l n vieil évêque oriental ct un diacre ro­ main s’entretiennent des malheurs arrivés à l’arche vêque Jean de Constantinople. Sans être hostile à celui-ci, le diacre ne laisse pas de se montrer ému de certains griefs qui ont été soulevés contre lui. L’évê­ quc entreprend de lui faire concevoir une plus exacte appréciation des faits. Ainsi est-il amené â expliquer In manière dont s’est déroulé le fameux procès do 103, avec toutes scs tragiques conséquences, jusques, cl y compris, la mort de Jean sur la route de l’exil. Il en­ tame ensuite la discussion de quclcpics-unes des accu­ sations portées contre l'archevêque au synode du C.hêne. Le diacre se laisse aisément convaincre de l’in­ nocence de Jean : « L’inleiilion de l’Église romaine, dit-il, est de ne point entrer en communion avec les évêques orientaux et spécialement avec Théophile, tant que ne sc sera pas réuni un concile œcuménique qui porterait remède à tant do maux. * Col. 78. Et l’évêquc de terminer, cn assurant que la vengeance divine ne manquera pas d’atteindre tôt ou tard les coupables. Le dialogue est censé avoir lieu a Rome, avant que l’on n’y ait encore de renseignements précis sur la mort de l'archevêque exilé, et donc au début de 108. En réalité, il est une réponse à un pamphlet mis cn cir­ culation contre Jean Chrysostonic par Théophile d’Alexandrie ct dont Facundus d’Hcrmlanc nous n gardé quelques fragments. Pro defens. trium capital., L VI, c. v, P. L., t. i.xvii, coi. 677. Traduite en latin par Jérôme (le début s'est conservé dans la correspon­ dance de celui-ci, Epist., cxm, P. L., t. xxn, col. 932), celle œuvre haineuse colportait sur le compte de la victime de Théophile des accusations auxquelles il importait de couper court, aussi bien dans les milieux romains Jus<|ue-la favorables à l'archevêque de Cons­ tantinople, que dans les réglons de l'Orivnl. Le mieux était d'exposer en toute simplicité cc qui s’était passé; les faits parleraient d’eux-mêmcs cn faveur do l’inno­ cence condamnée. L’unique ms. qui subsiste attribue le Dialogue à Pal­ ladius. Mais, avant d'accepter cc témoignage, d’ailleurs tardif (le ms. esl du xr siècle), Il convient de remar­ quer que. dans tout l'ouvrage. Il n’est question de Pal- PALLAbi US 1825 1826 hulius que comme d’un tiers, «Ioni les falls ct gestes Le livre cul. dès le début, un très vif succès et spé­ sont rapportés avec beaucoup de détachement. D’ail­ cialement dans les milieux d'ou il sortait, c'est-à-dire leurs l’évêque du D/afopue est un vieux prélat, qui chez les moines eux mêmes. Or, cn même temps que vient à Rome pour la première fois. Or, en 408, Palla­ lui, circulait une composition analogue, V Historia dius n’avait guère (pie quarante-cinq ans; s’il avait été monachorum, rt y.zz* Αίγυπτου των μονάχων Ιστορία, a Borne ù ce moment (cc qui d’ailleurs est impossible) qui. cantonnée dans la description du monachisme c’eût été sa seconde visite (il y était déjà venu cn 105). égyptien, traitait d’un bon nombre de personnages lit puis cn 108. Palladius était exilé au fond de la dont parlait aussi VHistoire tausiaque. Inc contami­ Haute-Égypte. H est donc clair que l’évêquc du Dia­ nation des deux écrits était inévitable. Pendant qu’un certain nombre de copistes gardaient le texte pur de logue n'est pas Palladius. Cela ne veut pas dire que Palladius n’en soit pas l'un ct de l’autre, certains complétaient l'un par l’au­ tre les deux textes. C’est sous cette dernière forme l’auteur. Il est trop clair, quoi qu’en dise Tillemont, que, dans son exil de Syène, l’évêque d’I lélénopolis composite que 1’Histoire tausiaque a été connue en grec jusqu’à nos jours. Les recherches de dom Butler pouvait fort bien composer un dialogue fictif dont il mettait la scène à Rome et dont il prenait pour per­ d’un côté, d’E. Prvuschen de l’autre, ont enfin réussi sonnages un diacre et un évêque anonymes. Dans ce a dégager le texte primitif de chacune des deux com­ positions. En 1897, paraissait l'édition critique de contexte rien ne l’empêchait d’insérer les faits et gestes VHistoria monachorum, donnée par le professeur alle­ dont il avait élé l’acteur el le témoin. mand, en 1901, après de longs travaux d’approche, Or, cette attribution du Dialogue à Palladius est déjà faite au vir siècle par Timothée, évêque de Tri- l’édition critique de l’Histoire tausiaque, publiée par mithonle qui compose, vers G80, une vie de Jean C.hry- le bénédictin anglais. C’est â ce dernier texte qu’il faut sostoinc. Il écrit : Διαλέγεται περί Ίωάννου μετά Θεό­ désormais sc reporter; celui qui est donné dans P. G., δωρου διακόνου της μεγάλης ’ I *ώμης άνήρ τις τίμιος représentant une de ces contaminations dont nous avons parlé. ΙΙαλλάδιος τουνομα. Et Timothée de compléter son Si on laisse de côté un premier préambule et une signalement cn disant : Celui-ci, après avoir d’abord lettre à Lausos, pièces dont l’authenticité n’est pas habité le désert pendant un certain temps, fut honoré de l'épiscopat cn Bithynie. Il a composé aussi les vies bien assurée, l’ouvrage débute par une courte préface, (lltl. les vertus) de nombreux Pères ct, pour avoir où l’auteur, répondant au désir de son illustre ami. communiqué avec Jean, il fut emprisonné onze mois annonce son intention de rassembler cc qu’il a vu ou entendu, sur < les Pères, hommes et femmes, των dans un cachot obscur. Tir. n. 2. P. G., t. xlvii, col. lv. 11 s’agit évidemment ici de ['Histoire tausiaque πατέρων, άρρένων τζ καί Οηλείων, dans le desert d’Égypte, en Libye, en Thebaide, a Syène, au-dessous et d’un trait ire dc l’évèque d’ilélénopolis. La manière sévère (mais juste) dont il parle de saint Jé­ rome. voir c. xxxvi, n. 6, p. 108; c. xm, n. 2, p. 128, a contribué au même résultat. L’appréciation inexacte dc ce que furent, dans la réalité, les querelles origenisles du ivr siècle a induit en erreur, sur ce point, les critiques ecclésiastiques des xvr et xvn· siècles. Baro­ nins. llervct. Bosweydv. Voir leurs jugements dans P. L., t. i.xxîiî, col. 1065-1072 (extraits de Baronins), P. G., t. xxxiv. col. 993-99 I (I fervet); ibid.. col. 1261· 1278, ou P. !... ibid., col. 1217-1233 (Bosweydc, par­ ticulièrement n. Il, 21. 31, 127, 133, 175); ils sont caractéristiques d’un étal d’esprit qui n’a pas complè­ tement disparu. On est arrivé depuis à une compré­ hension plus exacte des choses, ct l’on est revenu au jugement que portait sur PalhidiusI'honnèlcTilleinont, Mémoires. t. xi. p. 530. Celui ci voit en lui un évêque dont la vie n’a rien (pie d'édiflant, dont les écrits ne portent qu’à la pieté, (pii parait avoir eu beaucoup dc simplicité cl d’humilité. * Lire dans le même sens le jugement de dom Buller, t. i, p. 173-178. 3e Le /ragment sur les peuples de Γ Inde et les brames. Au milieu du roman d’Alexandre, mis faussement sous le nom dc Callisthène, cl interrompant la suite du récit dc manière très visible, se lit une courte disser­ tation qui est également conservée à l’état séparé ct qui porte alors cc litre: Παλλχδίου rrcpl των της Ινδίας έΟνών καί των Βραχμάνων. Les recherches A ce sujet dc Fr. Pffstcr montrent qu’il ne faut attribuer à cette dissertation que les c. vu x. du LUI de pseudoCallisthène, édit. Müller, p. 102-106. I ne courte dédicace, adressée à quelque haul personnage, fail allusion à un traite antérieur (pie l’auteur a déjà dédié à celui-ci : Πρός τοϊς αίρημένοις ττροσεςη'^ησόμεΟά va καί τόν των Βρα/μάνων βίον. Sans doute, continue-t-il. Il n'est pas allé lui-même dans les Indes; le plus loin qu’il sc soit avancé, c’est jusqu’à la frontière entre l’Égypte ct l'Éthiopie, en compagnie dc Moïse, évêque d'Adoula; mais il a pu se procurer des renseignements sur les brahmanes par un avocat dc I hèbrs qui était allé Jusqu'en ces lointains parages, avant poussé même 1829 PALLADIUS — PALLAVICINI jusqu'à Taprobane (CcylanL Suivent un certain nombre de renseignements sur les productions du pays cl les habitants, puis une notice sur les brames qui n'est pas sans intérêt, car l’auteur institue visible* meut une comparaison entre ces gynmosophisles ·, connue les appellent d’autres textes anciens, et les moines chrétiens, lis connaissent cl honorent Dieu, te priant dc manière ininterrompue; leur nourriture est des plus frugales. Les deux sexes vivent séparés et ne sc rapprochent que durant les deux mois de juillet et d’août; d'ailleurs dès qu'une femme a mis au monde deux enfants tout commerce matrimonial cesse avec elle. Bref, la chasteté est chez eux en honneur. Sa des­ cription terminée, l’auteur ajoute qu'il joint à son ύπομνηματικόν un extrait d’Arricn. propre à complé­ ter, en somme, les renseignements qu’il vient de don­ ner. Col extrait, d’après Pfister, comprendrait les c. xi-xu, p. 106-111, et pourrait dériver d’Arricn luimême· Ce qui suit immédiatement, c. xm-xvi, p. 1111’20, est aussi d’une main chrétienne, mais ne fait pas corps avec l’ensemble précédent. Le dernier mol n'est pas dit sur l’auteur de la petite dissertation que nous venons d’analyser. La première impression serait que rien ne s'oppose à ce que l’on accepte la donnée des mss. Les critiques du xvn* siè­ cle. qui connaissaient cc texte parité vieilles éditions, se sont montrés pourtant fort réservés. Oudin nie l’au­ thenticité, Cave y fait de graves objections. Sans sc prononcer, les philologues modernes inclineraient peutêtre à considérer le problème avec plus d'attention, La question n’a pas, d’ailleurs, une importance capitale L Texte. — 1® Ia» Dialogue. Il a été publié pour la pre­ mière fois par E. Bigot, Paris, 1680; le texte a été amélioré par Mont faucon,./. Chrtjsoslomi opera, t. Xlii, Venise. 1741, p. 1-89, reproduit dans P.G., I. xt.vn, col.5-82; 61 critique de P. R. C.oleman-Norton, Cambridge, 1028. 2· L* Histoire lausiaque. — Sur l'histoire compliquée du texte ct des Alitions, le travail capital cM celui «le dom Cuthbert Butler, The lausiac history 0/ Palladius, 2 v<»L, Cambridge, 1X98. 1901 Texts anti studies de J. Armi­ tage Robinson, vol. vi, fuse. 1 et 2. Le texte est au fasc. 2. p. 1-169. lui position dc Butler, nu point dc suc du texte, a été contestée par R. Ilcit/.enstcin, Historia monachorum und Historia lanslaça, Gœt lingue, 1916, p. 2. n. 2, ce qui n amené Butler à renforcer sa position, dans Journal of theal, studies, t. xxn, p. 21-35. Le texte dc Butler est repro­ duit par A. Lucot, Palladius, Histoire lausiaque, Paris. 1912 levies et documents, publiés par llemmer el l.cjny, n. 15. — On trouvera dans Migne, /·. 6\, t. xxxiv,col.9911260, le texte grec ct la trad, latine dc G. Hervet (Paris, 1555), retouché par Fronton du Pue (Supplément à la Ribliot. Patrum, t. n, 1621), cl complété par 1rs additions de J.-R. «r. X1H. t. m, p. 97; t. iv. p 319; t. x, p. 105; r wn.t n. p. ι Mu, p ,r xvnr f. IX, p. 715, 761; L xn. p. 718, 764. Λ Λ. F. Βοννλβπ. PALU (Pierre de Ια), νο|Γ PIERRE. IS37 PALUDANUS PAMÈLE I *38 1. PALUDANUS Arnold (xvir siècle), frère mi­ versité de Louvain A cette époque, Paludanus écrivit neur dc l’observance, vulgairement Vau den Brœck. aussi des Vers, qui lui valurent une grande réputation. fut ministre provincial de son ordre en Flandre et pro­ En 1628, il publia une Chronologie de l’Écriture sainte, fesseur de théologie. On a de lui : Dr foro animir. id dc SaÛl a Cyrus. sous le litre : Sacra et theologica chrotsl de potestate, quam ha brut sacerdotes confessorii tam nologia et concordantia temporum regum Juda et Israël,a primo israehtici populi rege Saule usque ad pri­ regulares quam streu lares furta concilii Tridenti ni for­ mum Persarum regrm Cyrum, in-4®, Louvain, 1628.— mant leqtlime approbati, Liège. 1636. En 1612, il réédita, avec des corrections, un travail sur L Wadding, Scriptore* ordinis minorum. Borne, 1900, I». 32; Bibliothèque sacrer, 1. win, p. -160-161 ; Hurter, saint Augustin, qu’il avait déjà publié en 1617 : Sancti X. 16le chanoine J. de Pamèle à quitter Bruges, en octobre 17; du même. Bibliotheca Belgica, 2* édit·, lanivaln, 16-13, 1578: il se retira d’abord à Douai, puis a Saint-Omer, I». 547; Foppfcns, Biblioth. Belg., Bruxelles, 1739, t. n, où il devint chanoine de la cathédrale en 158(1, archi­ p. 70S; Leon Goomnns, art. Paludanus (Jean), duns Bio­ graphie nationale dr Belgique, Bruxelles, !9OI, t. xvi, col. diacre dc Flandre au début de 1581 cl vicaire général de l’évêque Jean Six (1581-1586). A la mort dc celui-ci, 519-520; Hurler. Xnmcnelalar, 3’ êdlt,. t. m. col. 790. 11 octobre 1586. Pamèle fut désigne par le n»i Phi­ E. Λμαχχ. lippe IL pour le remplacer; il n’avait pas encore reçu 4. PALUDANUS Michel (1593-1652) naquit a scs bulles quand il mourut, à Mous, en se rendant à (iand le 23 septembre 1593: il entra dans l’ordre de Bruxelles, le 19 septembre 1587. après une très courte Saint-Augustin et fut moine ù (iand. où il se consacra a renseignement. Docteur en 1622. il fut provincial de maladie. Pamélius est un des grands représentants dc l’érudi­ son ordre en 1631. ct il donna (1rs leçons â l’université de Louvain. Il mourut ù Louvain le 17 avril 1652. I tion patristique au xvt* siècle. Très fortuné — ce qui Les premiers écrits de Paludanus sc rapportent à lui permit d’ailleurs d’être extrêmement libéral il l’enseignement : hogoge sive Introductio dialectica, avait commencé de très bonne heure ù nissembler Anvers, 1621 ; c’est un traité dc logique ou dialec­ livres rares et manuscrits précieux; il put ainsi tra­ tique, qui eut de nombreuses éditions jusqu’à la fin vailler à dc nombreuses éditions de textes, soit déjà du xvir siècle; il était destiné aux etudiants dc l’uni­ publiés, soit encore Inconnus. En 1565, il donne, à 1839 ΡΑΜΙ* LE — PAMPHILE PE CESAKEE Anvers, le Micrologus, de ecclesiasticis observationibus opusculum, traité liturgique anonyme du xr siècle, ct qui a été attribué récemment à Remold de Cons­ tance; 2* édit. 1568; reproduit dans P. /-., t. cm, col. 973-1022; en 1566, à Anvers, le I. I. encore inédit, des Institutiones divinarum lectionum de Cass iodore; en 1568, à Anvers, une édition de saint Cyprien, où les traités sont disposés dans l’ordre chronologique el qui marque un progrès sur celles de Paul Manure et dc Guillaume Morel parues antérieurement, réimprimée en 1574 ct en 1589; en 1571, à Cologne, un recueil de textes liturgiques latins, se rapportant à la messe cl à Pollice divin, Liturgicon Ecclesiie latinir, 2 in-1°; c'cst au l. n qu’est édité pour la première fois le sacramcnlaire grégorien [sur la valeur de celte édition, voir dom (ùibrol, art. Grégorien (Sacramenta ire ) dans Diction, d'archéol. eide liturgie,t. vi b, col. 1785], réédi­ tions en 1609. 1610, 1675. Réfugié à Douai, puis â Saint-Omer, il n’en continue pas moins ses travaux, et peut donner enlin, après plusieurs années d’attente, â Paris, 1581 (la date dc 1579 souvent donnée esl inexacte),son édition de Terlullicn. réimprimée en 1598. Parallèlement il poussait la publication d’autres textes, qui n’ont pas vu le jour, d’Hincmar de Reims, d’Hugues de Henry, d’Honorius d’Aulun; surtout il travaillait a l’édition des œuvres complètes dc Raban Maur. qui était en chantier depuis fort longtemps. Celle-ci ne paraîtra que quarante ans après sa mort, dc 1626 ù 1627, â Cologne, par les soins de G. Col Vene­ rius (reproduite dans P, L., t. cvn-cxn); cct éditeur y a inséré à la suite de V Expositio in librum Judith dc l’archevêque de Mayence un Commentarium sur le même livre qui est de Pamèlc lui-même, voir P. I.., I. cix, col. 593-636, el, en tête des commentaires sur les épltres paullncs, une courte exposition de Pamèlc sur l’épitre à Philemon (mise en queue dans P. L., t exir, col. 833-818). En dehors dc ccs beaux travaux d’érudition. Pamèlc a rédige une importante consultalion juridico-théologique sur le statut religieux des provinces belges après les troubleset les schismes de la lin du xvr siècle ; De religionibus diversis non admit­ tendis tn uno aliquo unius regni, monarchic, provincial, ditionis, reipublicic aut civitatis loco, ad Ordines Relgii relatio, Anvers, 1589; l’ouvrage entrepris dès 1577 ne fut terminé qu’en 1585 cl ne parut qu’après la mort de l’auteur. Voir surtout l’art, de A. C. Dc Schrevcl, dan* la liiogra· phle nationale de Rclglque, t. xvi, 1901. p. 528-512, met­ tant nu point le* anciennes notices : V.ilèrc André. Hiblioth. Rdgica,'* édit., p. 121-125; Foppcns, Hibliolh. Hrtgica, 1.1, p. 532-533. Voir ntitsi Hurler. Xomenclalor, 2* édit., I. nr, col. 291-293. É. Amann. PAMPELUNE (Bernard do), frère mineur ca­ pucin dc la province de Navarre, dans laquelle il exerça la charge dc lecteur, de provincial et d’inquisi­ teur. H mourut a Pampclune en 1739 cl laissa les ouvrages suivants : I. Oculatissimum S. Inquisitionis tribunal, in quo aqilur de S. Inquisitionis praxi, de quali ficatorum rnuncre, deque reorum confessionibus ac sententiis; 2. Thesaurus parochorum; 3. Consultationes canonico-morales en 3 tomes. Bernard d»* Bologne, Hlbliolheca scriptorum ordini* mi­ norum S. Erane isci Cupuecinorum, Venise, 1717, p. 18-10, Am. ΤκκτΑΐύητ. PAMPHILE DE CÉSAR ÉE, mort martyr Ic 16 février 310. - Eusèbc dc Gésarée, son disciple et son ami. avait rédigé, en trois livres, une biographie de saint Pamphile qui ne nous a pas été conservée et dont nous ne connaissons l’existence que par des allusions. Eusèbc, De martyr Palæst., xi, 3; S. Jérôme, Advert. Rufin., i. 9. Du moins, dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbc parle-t-il assez souvent de Pamphile pour que j I I j 1840 nous puissions, d’après lui, reconstituer les traits csmiilicls de la vie du saint martyr. Pamphile était de noble famille; il avait reçu une formation très soignée â l’école de Beyrouth en Phéni­ cie et avait étudié ht théologie à Alexandrie soui la direction dc Pierius, Photius, Hiblioth., cod. cxviu, < xix. Après avoir, pendant un temps, exercé des fonc­ tions civiles, il se livra avec ardeur ù l'élude des Écri­ tures ct s’adonna à la vie ascétique. Installé ά Césarée dc Palestine, il y reçut la prêtrise sous l'épiscopat d’Agapius et y ouvrit une école de théologie. Ce fut alors qu’Eusèbc le connut. On a parfois supposé qu’il avait même été son esclave et lui devait l'atlranchissc ment ; cette hypothèse est peu vraisemblable. Du moins est-il assuré que Pamphile exerça sur Eusêhe une inlluencc profonde dont témoigne entre autres ce fait que l’historien lint à joindre au sien propre h nom de son maître. Pamphile consacra le meilleur de ses soins cl dc son activité à la conservation el à l’enrichissement dc la célèbre bibliothèque qu’Origène avait fondée à Césarcc. Vidé d’Eusèbe, il copia et corrigea les manuscrits des Hexaples, tout au moins de la cinquième colonne qui contenait le texte des Septante, ce dont témoigne saint Jérôme : Prouincim Palœstimr. codices legunt quot ab Ori gene elaboratos, Eusebius ct Pamphilus vulgave­ runt. PraJ. ad Parai. Quelques manuscrits des Septante conservent encore le souvenir du travail critique accompli par Pamphile : une note, citée par un ancien correcteur du Smaiticus, à la lin de H Esdr., dit : Άντωνϊνος άντέδα)χν, ! Ι’άμφιλος διόρθωσα. Une autre, à la lin d’Esthcr, est ainsi conçue : άντεολήΟη προ; παλαιότατον λίαν άντίγραφον δεδιορΟωμένον χειρί του άγιου μάρτυρος Παμφιλου·τ:ρύς 8έ τω τέλειτοϋ χύτου παλαιοτάτου βιβλίου..» ύπο^ημείωσις του αύτου μάρτυ­ ρας ύπέκειτο έχουσα ούτως· μετελήμφΟή καί διορΟώΟη πρός τά έξαπλά Ώριγενους ύπ’ αύτου διορθωμένα. La grande persécution trouva Pamphile occupé de ccs travaux. Entre novembre 307 et avril 308, Dc mar­ tyr. Pal., vu, Pamphile fut arrêté cl emprisonné. Pen­ dant plus de deux ans, il resta en prison, sans inter rompre pour autant ses recherches. Ge fut au cours de ccs années, qu’avec l’aide d’Iùisèbe il entreprit la composition du plus important de scs ouvrages, VApologic pour Origène, dont il eut le temps de voir achevés les cinq premiers livres, tandis (pie le sixième livre fut rédigé après sa mort par Eusèbc seul. Eusèbc, //. E., \Ί, xxxiit, I; Jérôme, De vir. ill., 75. Saint Jérôme. Aduers, Ruf., i. 8, prétend sans doute que l’Apologic tout entière esl l’ d’Origènc avaient été souvent all« tés I dt »: n « nii que la vie d’Ori­ gènc ct sis pé c ial (le 16') de scs Capita untirrhetica adversus Rcccum. argumenté sur le même sujet, mais dans un sens ditTé rent, cl s’attira d’ailleurs une longue réponse de son adversaire catholique; ci. fichus d'Orient, l. xxmii, 1929, p. 151. /) Εις τό ρητόν τού' \ποστόλου τό παρά τών Λατίνων προφερόμενον έκ τής έπιστολής τής πρός Ηεσσαλονικεΐς δευτέρας. In verbum Apostoli a Latinis ex epistola secunda ad Thessalon (censes productum. I wgèsede il Thess..il.8. Le Saint-Esprit y est nommé Esprit du I lls non dans le sens d une procession, mais dans l’ordre de la consubstantialité avec le Père; < I Rossi, ibid., p 169 et 171 g) Πότε ίσοδυναμει ή Διά τη Έκ έπί τή θεολογίας. Qimndo irquipolleat Δια particula' Έκ in re theologica. Inédit; cf. P. Risso. • bid . p. 169. Cel opuscule, comme d’ailleurs plusieurs <1< ce recueil, est spécialement dirigé contre I ex­ patriarche Jean XI Brccos (1275-12821 qui, plus 1844 qu’aucun autre, insista sur l'équivalence des deux prépositions Διά et Έκ. La collection de textes scrip­ turaires et patrisliques qui suit dans le manuscrit la démonstration théorique en est la preuve manifeste, puisqu’elle s’oppose â la compilation similaire du prélat catholique. Voir plus bas au paragraphe des compilations. 2. Traités sur lu primauté du pape. a) ’Ανασκευή τών >χ*/ομένων παρά Χατίνων ώς ο πάπας ê/ci τήν αρχήν πάσης Εκκλησίας, λαβών αύτήν κατά διαδοχήν άπό τού μακαρίου Πέτρου· καί ώς εςεστιν αύτω κατά πάσαν έςουσίαν καί δογματίζει*/ καί ποιείν όσα καί βούλοιτο. Confutatio eorum quit· a I.atinis dicuntur. quod scilicet papa principatum quern jure successionis a beutn Petro accepisset teneret totius Ecctesiir et quod eidem liceret ex omnipotentia net dogma edere vel quid­ quid aliud juxta placitum facere. Inédit. Pour les mss. el le contenu, voir P. Hisso. ibid., p. 175. 176. b} Προς τούς Λατίνους λέγοντας τον θειον ΙΙέτρον ποιμένα τών αποστόλων καί μείζονα καί πρώτον τώ άςιώματι· διό καί τόν πάπαν άςιούσι πρός πάσας τάς εκκλησίας τοιούτον είναι κατά τον απόστολον Πέτρον. Λ duersus Latinos dicentes divum Petrum pastorem fuisse apostolorum ct majorem rl primum omnium dignitate, idcoque et papam existimantes erga universas Ecclesias idem munus /uncturum ae apostolus Petrus. Inédit; cf. P. Hisso. loc. cit. c) Πρός Λατίνον διάλεξις. Dialogus contra Latinum. Inédit; cf. P. Hisso. loc cit. (a* Latin que Panarétos se vante d’avoir confondu le contraire eût étonné clail religieux dominicain en résidence à Péra (’es trois derniers opuscules n’offrent aucun argument que les catholiques n'eussent maintes fois réfuté. 3. Traité sur le /eu du purgatoire : Θωμά φιλοσόφου τού ’Λχίνου λόγος περί καθαρτηρίου πυρός καί πρός τούτον άντίΟεσις Μ ατΟαίου ζοιαίστωρος του I Ιαναρέτου. Thunne Aquinatis philosophi sermo de igne purgatorii, cum ejusdem Matihiet Panardi quivsloris re/utatione. Inédit. Pour les mss.. voir P. Hisso, loc. cit., p. 178. L'ouvrage comporte une longue réfutation d’un cha­ pitre, le neuvième, du Liber ad cantorem Antiochenum où saint Thomas (ralle du feu du Purgatoire. L Traité conIre les azymes : Κατά τών λατινικών άζ’/μων άνασκευαστιζός λόγος. Adversus Latinorum azymos sermo refutatorius. Ne sc trouve qu’en deux mss. ; .Marc. qr. CL n. ton. fol. 297-321, el Vindobon. theol. qr. 102, fol. 115-1 13. Édition P. Hisso dans Roma eTOricnte, t. x. 1915. p. 1 19 161, 238-251; l. xi, 1916. p. 28-35, 76-80, 151 160. 5. Traité des absurdités latines. Περί τών άλλων άτοπημάτ<ον τών κακοδόξων Λατίνων κδ’ οντων. De culeris numero viginti qua­ tuor absurditalibus cucodoxoriim Latinorum. Édition P. 1 9. e) Έκ τής έπιστολής τού αγίου Μαξίμου ήν προφέρουσιν οί Λατίνοι υπέρ της σχττάσεως τού ίδιου δόγματος. Εχ epistola sancti Maximi quam afferunt Latini ad pro­ prium dogma firmandum. Ce fragment est reproduit dans la P. G., I. xci, coi. 133-137. Cf. M. Jugie, Theologia dogmatica Christianorum orientalium, t. r, Paris, 1926, p. 158-161. - d) 'Ομολογία τού Βέκκου.On s’explique aisément pourquoi ce document ligure dans l’arsenal de l’auteur schismatique. Celte Profession de foi est, en elTet, la négation même du dogme catholique sur tous les points controversés; en la produisant. Panarétos entendait prouver que tous les ouvrages de Beccos, quelque puissante qu’en paraisse la force persuasive, avaient été retractes par leur auteur luirneme. Le petit problème historique dont parle P. Hisso (loc. cit., p. 165, 166) est inexistant, air, bien que le savant critique l’ail contesté, la formule d’abjuration, formellement hérétique, est d’une authenticité cer­ taine. Le propre disciple du patriarche déchu, Georges le Métochilc. nous explique comment son maître fut conduit à renier sa foi catholique (cf. llisiorise dog­ matica*, L Π, c. XXV. éd. Mai, Nova Patrum biblio­ theca, t. vin b. p. 191. 195); d’autre part, le texte du présent écrit se retrouve dans les trois recensions connues des actes du grand synode national de 1285. Texte dans Z\ G., t. cxi îi. col. 237 B-238 H Pour les mss consulter notre note des Echos d'orient, t. xxvi, 1927. p. 142. Il n’y a donc pas lieu d’y voir un faux de notre auteur. 2. Becueil dr pièces historico-dogmatiqucs : 11 ερί τής άγιας καί οικουμενικής συνόδου ήτνς αποχατέστησκ Φώτιον τύν άγιώτατον πατριάρχην εις τύν θρόνον Κων­ σταντινουπόλεως καί διέλυσε καί τά σκάνδαλα τών δύο ’Εκκλησιών, τής τε Παλαιός καί νέας ’Ρώμης. Pe sancta et u cumenica synodo qtnv Photium sanctissimum patriarcham in sedem Constantinopoldanam restituit et duarum Ecclesiarum, veteris scilicet et noiur Konur, scandala dissolvit, éd G. Beveridge. Συνοδικόν sire Pandcctic canonum SS. Apostolorum et conci Horum ab Ecclesia receptorum, L ii b, Oxford. 1672. p. 273-292. et \. J. Papadopoulos-Keramcus. Φωτίου... τό περί τού Τάφου τού κυρίου ημών Ιησού Χριστού υπόμνη­ μά τιον καί ά>Λα τινά πονημάτια τού αυτού, Pravi slavnif Ihdestmski/ sbornik, t. xt a. Saint Pctersbourg, 1892. ρ. 1 11-177. L’ensemble de documents recueil lis sous le titre précité concerne ce quo l’on peut appeler le cas de Pholius. Voir à ce sujet. V. Laurent, Le eus de Photius dans ^apologétique du patriarche Jean XI Beccos ( I270-12S3) au lendemain du 11· concile de Lyon, dans les Echos d'Oricnl. I. xxix. 1939, p. 396115. On y relève : a) De larges extraits d’un traité de Beccos (ΙΙερί τής εκκλησιαστικήςεΙρήνης. Inc. Πίναν μακάριον αληθώς; cf. Échos d'Orirnt, loc. cil., p. 398 sq.) dont Panarétos veut combattre la thèse historique. — b) Les actes de sept sessions du synode photien de 879-880, suivis d’une Πράςις πράξεων et de trois canons de même provenance. Toute celle partie est, contrairement à ce que dit P. Hisso, loe. cit., t. vin, 191 I, p. 162, 163, étrangère à l’ouvrage de Beccos dans son texte original, mais y a clé habilement glissée par 1847 PA ΧΑΗ ETC) S Jr compilateur orthodoxe; < L Echos d’Orirnt. lor. til, p. 106* A noter surtout que cet ouvrage de Panarétos est la source la plus ancienne ou apparaissent réunis les actes des deux dernières sessions (vr cl vir). Cette observation est capitale pour la solution d’un problème épineux cl toujours pendant : l'authenticité de ces documents dans leur rédaction actuelle. Quoique for­ tement porté à en douter, nous ne pouvons pour autant mettre ces faux présumés au compte du polé­ miste qui nous les a conserves. car la preuve est au moins absolument faite pour la vr session - ils lui sont bien anterieurs; cf. Échos d'Orient, ibid., p. 112. 113. - e) Trois lettres de Photius à trois évêques latins. Marin de Cere, Gaudéric dc Vélétrl et Zacharie d'AnagnL Ces lettres sont extraites de l’ouvrage cite de Beccos, seul auteur qui nous les ait transmises. On les trouve également éditées à part, entre autres dans 1>. Evclpidcs, Σπάρτιον εντριτον, Constantinople. 1871, p. 211-219, et \. J. Papadopoulos-Kérameus, Φωτιακά, Saint-Pétersbourg. 1897, p. 5-7. - d) La fameuse lettre de Jean Vill à Photius. Inc. Ούκ άγνοεΐν συμβαίνει ήμας- Non contingit nos errare. La meilleure édition que l’on en ait est celle do Papadopoulos-Kerameus (cf. Φωτίου... το περί τού Τάφου κ. τ. λ. ρ. 174-176) qui a utilisé le travail de son devancier; M. Jugic, Theologia dogmatica Christianorum orientalium, l. ι, 1926, p. 218, 219. reproduit le texte moins correct de Beveridge. Συνοδικόν, p. 306. 307. Toute la pièce est un faux dc belle allure. Consulter Part. .Jι a\ V111,1. vin, col. 610, 611 cl. pour d'amples détails, M. Jugic, op. cit., p. 251251. Il ne doit pas être antérieur au xiv« siècle. Peuton dès lors, avec M. Jugic, ibid., p. 25G, η. 1, soup­ çonner Panarétos d’en être l’auteur? Bien ne le permet ct le fait même (pie la lettre était connue de Nil Cabasdas (f 1363) semble plutôt un indice que l’un ct l’autre ont dû puiser à une source commune. HI. Doctkixe polémique. A en croire la suscription générale mise en trie de scs œuvres, Panarclos se serait proposé de réfuter toutes les erreurs des Latins écrites ou orales, (.rite tâche était naturellement au-dessus dc la capacité d’un fonctionnaire et le pro­ gramme conçu semble bien n’avoir jamais été rempli. On comprendrait à peine l’cngoûiuent porté par des tiers à des querelles périmées, si l’on ne savait que c’était là encore servir la grande cause officielle du palamisme (voir ce mot), dont le premier adversaire avait été un moine latin. Mais cc qui directement pro­ voqua ct soutint le zèle dc notre auteur fut,d’une part, la réaction causée dans les milieux orthodoxes par les initiatives unionistes de Jean V Paléologuc (consulter désormais le beau livre de O. Haleckl, Un empereur dc Ryzance à Home, Varsovie, 1930) et, de l’autre, l'appa­ rition à Constantinople des œuvres de saint Thomas traduites en grec. On ne saurait trop relever l’impor­ tance de cet événement qu’une prochaine publication de Mgr B. G. Mercati. Studia Cydonianu (dans les Studi c Testi) doit mettre en pleine lumière. Voir, en attendant, l’article déjà cité des Échos d'Orient, t xxvn, 1928. p. 385-102, et G. Cammclli, Dêmétrius Cydonh. Correspondance, 1930, p. xv cl sq. 11 fut dc mode a la cour, qui a Byzance a toujours fait ses délices des disputes théologiques, de prendre parti pour ou contre Thomas d’Aquin. Il est remarquable que Panarétos, à l’encontre de la presque totalité de scs émules, donne dans l’expose des arguments dc la thèse adverse une grande preuve d’objectivité. Aussi la \oguc de ses ouvrages dans le clan de Marc d’Ephèsc (· 1144) à l'époque du concile de Ilorencc s'explique par le fait que les Grecs hostiles à l’union y trouvè­ rent, une fois aux prises avec les Pères occidentaux, un exposé fidèle dc la doctrine professée par ceuxci ct. chose appréciable, les premiers elements <1 une réponse D'autre pari, le nombre de scs manuscrits 1848 conservés nous atteste qu’un ne cessa jamais de le lire. Cc serait naturellement exagérer l’importance doc trinalc de notre auteur, que de lui supposer un sys­ tème original. On trouve cependant, ici et là, dans ses œuvres publiées, l’exposé de certaines doctrines ou l’expression de certains griefs antilatins aujourd’hui courants, mais que le Moyen Age avant lui a ignorés L'apologétique orthodoxe dut, sous le choc des idées thomistes, faire une sérieuse mise au point de sa mé­ thode dc défense; il est naturel (pie. dans cet examen, elle ail poussé l’ofTcnsivo sur des points libres jusquelà, afin de disperser les forces de l’adversaire. Bien qu’il nous soit impossible de déterminer dès mainte­ nant la part prise par Panarétos dans ce travail d’éla­ boration, il ne sera pas inutile, pour l’histoire des rela­ tions gréco-latines, de relever ici les parties les plus saillantes de son enseignement. 1° Le cas de Photius cl le synode tic 870-830. — Con­ trairement à la thèse mise en circulation par Jean Beccos et défendue, au xiv* siècle, par Manuel Calécas et un empereur byzantin, vraisemblablement Jean Paléologuc (cf. Échos d'Orient. I. x.xix, 1930, 413,411). d’après laquelle Photius aurait fait en 879-880 acte d'cntfère soumission, anathématisant sa conduite el brûlant ses pamphlets antiromains, Panarétos écrit . Panarétos. ici encore, n’a donc fait (pie recueillir des données courantes favorables a sa thèse. Par contre, c’est bien dc lui (pie nous te­ nons copie d’une autre pièce justificative également invoquée à la même occasion, la lettre du pape Jean VIH à Photius. Le document dut lui paraître nouveau à lui-même, car la suscriplion dont il en a fait précéder le texte nous apprend (pi’il lui venait de i'Athos, mais sc lisait egalement vn quelque manu­ scrit de Constantinople. Est-ce là un trompe-l’œil destine à egarer le lecteur trop confiant ? Quoi qu'il en soit, il est peu d’armes que scs coreligionnaires aient, depuis lui, tant maniée contre les Latins. 2° Discipline sacramcntaire. Les polémistes grecs ont toujours manifesté une forte tendance à reprocher aux Latins toute pratique rituelle inconnue de leur Église. En rééditant les accusations de scs devanciers, Panarétos en a remis, par scs œuvres, vn circulation deux nouvelles destinées à faire fortune, haute d’in­ dice certain nous n'osons, en effet, dire qu’il les a luimême forgées. 1 C'est dans les œuvres de notre polémiste (pic sc lit la première attaque dirigée contre l’.'idministration du baptême par infusion; la validité du sacrement ainsi conféré est même catégoriquement niée : διà τούτο ουδέ [ίάττπσμα τού Κυρίου βαπτίζονται, αλλά λουτρον απλώς λούονται. Cf. Roma c l'Oriente, t. x, 1915, p. 65, et M. Jugic, Theolotjm dogmatica Christianorum orientalium, l. ni, 1930, p. 63. — 2. Au nombre des absurdité (ατοπήματα) mises au compte des Latins, l’auteur est le premier à compter l'usage de communier les laïcs sous une seule espèce. Cf. Kama e l'Oriente, l. ιχ, phô, p. 204-206· 18ι9 PA N KBETOS — P \MGA BO LA 1850 l. x. 1915, p 63, 61; M. .fugle, op. ri/., p. 177 cl 309. vcrsrlte, t. χχχιι, p. 62; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. χχχιχ, col. 126; Hurler. Nomenclator, 3* édit.« Celle pratique constituerait uno violation flagrante t. ni, col. 326. du grand précepte de la charité chrétienne, pulsqu’cn É. Amann. s en prévalant le clergé s’élève au-dessus des fidèles PANI ERI Ferdinand, de Pistoic, ne le 21 no­ dans l’intention de les tromper. 3, Enlln une troi­ vembre 1759, mort le 22 janvier 1822, professeur dc sième opinion extrême <|uit a l’encontre des deux théologie dogmatique au séminaire dc son diocèse, précédentes, connut peu ou prou de succès, nie que l’on puisse consacrer vnlidement avec du pain azyme; fut un partisan déclaré de son fameux évêque, Scipion cf. M. Jugic, op. cit., p. 251, 255. A vrai (lire, Pansi re­ Hicci, prit une part active au synode de Pistole ct aux tas n’csl pas le premier inventeur dc cette théorie: il prétendues réformes qui y furent édictées. Après la n’cn est pas moins resté cependant dans toute l’an­ bulk· Auctorem fidei, Punlcri fil sa soumission au Saintcienne littérature grecque le seul partisan décidé, ses Siège. oralement et par écrit. 11 a laissé un traité De usura. 1813, et un Catalogus sanctorum Pistoriensium, devanciers s'étant dédits. 1818. Avant de porter sur la personne et l u-livre de Pana rélos un jugement définitif, on devra publier ses écrits Hurler, Nomenclator, 3· édit., I. v, col. 1012. inédits et surtout démêler l’histoire obscure du dossier F. Bonnard. phollen que nous lui devons. Lu rigueur, jamais relâ­ PANIGAROLA François, frère mineur de chée, de ses accusations trahit assez une volonté l’observance, prédicateur cl controvershte célèbre opiniâtre de l’emporter coûte que coûte sur l'adver­ (1518-1591). - Ne a Milan, le 6 janvier 1518, d’une saire. Mais, si lu tentation d'inventer ou de détruire des famille riche ct dislinguée, il fut envoyé dès l’âge dc textes accablants travaille ordinairement les esprits treize ans a Pavie pour y étudier le droit. Entraîné par extrémistes, rien ne prouve péremptoirement que dc mauvais exemples, il y fréquenta de jeunes liber­ Panarétos, qui en avait d’ailleurs le tempérament, se tins cl passa son temps à courir les aventures. A la soit cru une vocation de faussaire. Son nom n’en reste suite de l’une d’elles, ayant eu le malheur dc blesser pas moins attaché à celui de Photius. A lui surtout mortellement en duel un jeune gentilhomme d’une revient l’honneur d’avoir, tout le premier, marqué la famille puissante, il fut obligé dc fuir et de chercher un réaction de la théologie orthodoxe contre renseigne­ I asile â Bologne, ou il continua scs études de droit ment de saint Thomas. Loin d'être corrigé, il s y livrait à tous les excès, lors qu’on lui apprit que son père, prêt a mourir, desirait Les rares sources dont nous disposions, connue lo ouvra­ le voir. Panigarola partit, mais ne put arriver â temps ges les plus récents (les seuls qui comptent i ont été énumé­ à Milan, pour revoir son père encore vivant. H conti­ rés au cours de l’article. Qui voudra consulter la littérature nua à Bologne sa vie dissipée, jusqu’à cc que, deux ancienne la trouvera citée el critiquée par P. IMsso dans ans après la mort de son père, touché par la grâce llomae TOricntc, t. vin. 1915, p. 92-105. Nous n’avons nouscl désespéré dc cc malheur, il demanda au ministre mènie fait que suivre le savant italien, en complétant ou vn général de tout l’ordre franciscain d’être admis dans redressant certaines de ses assertion». Notons enfin la ré­ l’ordre 11 revêtit la bure franciscaine a Florence, cente notice consacrée à Panarétos par M. Jugic, l'hcologia dogmatica Christianorum orientalium, t. i. 1926. p. 116-ILS. le 15 mars 1567. cl échangea son nom de Jérôme contre V Laurent, celui de François, qu’un dc scs oncles, appartenant au P A NCI RO LE Guy, célèbre jurisconsulte il.i même ordre, avait rendu illustre par son talent de lien, né à Keggio, mort à Padoue. après avoir long prédication. Panigarola. dont la vie devint au couvent temps professé le droit à l'université de celte ville aussi austère qu elle avait clé dissipée dans le monde, (1523-1599). — 11 doit figurer ici, au moins à titre de ne tarda pas â devenir un modèle. Après sa profession, commentateur de Terlullien. Très nu fuit, non seule il fut envoyé à Padoue pour étudier la philosophie et ment de la pratique et de l’histoire du droit, mais ensuite à Pise pour s’y adonner â la théologie. Vers encore des institutions de l’antiquité classique, il fut celte époque, il fut appelé à Borne, à l’âge dc vingtsollicité, lors du séjour qu’il fil à Turin comme pro­ trois ans, pour y prononcer le discours d’ouverture du fesseur entre 1570 et 1582, dc travailler à une édition chapitre général. présidé par saint Pie V. Émerveillé par et â un commentaire de Terlullien. A en juger par I les beaux talents oratoires du jeune religieux, le pape une préface qui a été publiée ultérieurement, ce travail l’envoya à Paris, pour y étudier les saints Pères cl les a dû être poussé assez loin, mais il n’a pas été publié conciles cl apprendre le grec et l'hébreu. Devenu après par Guy lui-même et, moins heureux que d’autres deux ans en Italie, il s’adonna â la prédication ct ouvrages sortis de sa plume féconde, il n’a pas trouvé évangélisa, pendant treize ans, les principales villes de d’éditeur posthume. Le ms. s’en était conservé ΓItalie, principalement Borne, ou il fut réclame et longtemps â Keggio, mais on ignore ce qu’est devenue retenu par le pape Grégoire XIII. La réputation qu’il celte volumineuse élucubration. Munitori, qui put s’acquit était si grande el si universelle qu'on l'appela s*cn procurer une copie partielle, n publié la courte le Demosthene chrétien, le Chrysostome italien, le préface générale et les notes nu traité De oratione, dans Léon populaire, le type des prédicateurs, l’honneur de ses Anecdota, l. ui, Padoue, 1713, p. 4-56. Des indica­ la société chrétienne, la lyre dc la chaire sacrée. A tions fournies par Guy sont peut-être passées dans les Naples, il recueillit dans un sermon assez d’argent pour savantes dissertations dc dont Le Nourry, s’il est vrai construire un hojiital pour les incurables. Au sujet des que les Mauristes ont eu en main le manuscrit dc prédications de Panigarola, des auteurs compétents Keggio. - On peut encore retenir de Guy le traité de écrivent qu'elles étaient vi\antes, énergiques, fécondes morale, Stimuli virtutum adolescentia· christianic dirait, el pleines d’érudition, spécialement biblique. Ils traduits de l’italien en latin cl publiés à Cologne ajoutent toutefois que les predications du Père P.inlen 159L L’œuvre littéraire de Guy Panciroïc est garohi sont Incomplètes ct inachevées, qu’elles sont considérable, mais n'inlércssc que de très loin la plutôt des instructions que des discours oratoires, que théologie. l’ordre des arguments est souvent confus, que le senti­ ment en est généralement exclu ct que l’ingénieux et Il \ n une biographie do l'auteur en tète du De clans l'artificiel y prédominent. Dans les sermons de Paullegum Interpretibus que soi» neveu Octave n édité en 1637. garola prédomine la méthode scolastique el érudite de C'est dc la que dérivent le* notices littéraire» : Nlceron, traiter les sujets sacrés, tandis que l’expression chaude Mémoire r, t. ix ; C.hniifTrplé, Dictionnaire, au mol Panciroïc; el émouvante el la partie sentimentale en sont, pour Tirnboschi, Storia litteraria d' Italia, t. vu b, p. 1125 »q.; du même, It iagraphia Modenese; Michaud. Htographic uni· ainsi dire, complètement exclues Cf. Zanolto. Storia 1831 PAN IG A KOLA drIhi predicazione IlfI secoli dr Un letteratura ttahana, Modène, 1899. En 1579, il assista comme custode général de la pro­ vince de Milan au chapitre général de l’ordre, célébré a Paris. Renonçant au générolat, il fut élu définit eur général et chargé par le nouveau général. François Gonzaga, de la visite de nombreuses provinces d’Italie. En 1583, il fut appelé par saint Charles Borroméc à combattre les hérésies luthériennes cl calvinistes dans la Rhétie. Il s’y distingua par ses controverses et ses polémiques cl réussit â sauvegarder la foi d’un grand nombre d’habitants, à en ramener une grande quantité à l’Église ct â arrêter le flot de la réforme calviniste. II assista saint Charles sur son lit de mort. Nommé, le 5 juillet 1586, par Sixte-Quint, évêque de Grisopolis ct suffragant de l'évêque de Ferrure, il passa, en 1587. sur la demande du duc de Savoie. Charles-Emmanuel, au siège épiscopal d’Astl. Peu après, comptant sur l’influence de la parole de Panigarola. Sixte-Quint le députa avec son légal, le cardinal Arrigo Gaetano, ά Paris, pour y soutenir la Ligue, qui refusait de recon­ naître Henri IV comme roi. Sa mission accomplie, il retourna, en 1590, à son évêché d’Asti, combattit le calvinisme, principalement en Savoie, el travailla ή endiguer l’hérésie, il mourut à Asti, le 31 mai 1591. à l’Agc de qu irante-six ans. Malgré les prédications, les controverses el les polémiques innombrables cl incessantes, malgré les nombreuses occupations qu’ent rainèrent les différentes charges qu’il exerça dans l’ordre el dans l’Église, le P. Panigarola trouva encore le temps de composer un grand nombre d’ouvrages non seulement homilétiques. mais aussi théologiques. philosophiques el his­ toriques, à savoir : Ie Ouvrages imprimes. 1. ilomiliir pro dominicis post Pentecosten usque ad Adventum, rt principalibus illius temporis solemnitatibus, Romir habitu* anno MDLXXX, Venise, 1601 cl 1617; 2. Oratio habita in dic Cinerum de sacrarum stationum veteri instituto a Sixto V revocato, Home, 1587: 3. Oratio de R. Maria virgine matre, Asii, 1591; 1. /L Petri apostolorum principis gesta... in rapsodiic, quam catenam appellant, speciem disposita, Asii. 1591; 5. Theses generales sin­ gulari modo ex universa sanctorum Patrum theologia desumpta·, Ingolstadt, 1591 : ce sont des thèses qu*ll défendit au chapitre général de Paris, en 1579; 6. Tabula* XXI V ex variis conciliis et apostolicis visita lionibus desumptu·, Pavic, 1591: 7. Concionum varia­ rum de quibusdam dominicis et /estis anni tomus I, Gênes, 1592: Gabriel de Valdes de Tolède traduisit ces sermons en espagnol ct les publia â Salamanque en 1620; 8. Rhetorica ecclesiastica, Cologne, 1605; 9. Con­ ciones too supra Christi passionem coram D. Caroto Rorroiniei recitatu·, Venise. 1585; Naples, 1586; Gênes, 1590; Venise, 1597; 10. Lettioni sopra dogmi, dette calviniche, Milan, 1582. Venise, 1581; Ferrare. 1585. Cet ouvrage, qui combat les erreurs calvinistes, fut traduit en français (Lyon. 1583), en anglais, en alle­ mand et en latin (Milan, 1591 ct 1601) ct fut attaqué par Giacomo Plcenino dans : Apologia per i riforma­ tori c per la religione ri/ormata contro le invettive di / Panigarola e P. Segneri, (Loire. 1706; IL Rreve parafrast sopra t Salmi penitenziali c una dichiarazione dei Salmi di David, Florence, 1585; Venise. 1586; Turin, 1586; Home. 1587: Venise, 1588 et 1602: 12. Para/rasi e annotazloni sopra ta lamentazione di Geremia pro­ tela, predicate nella basilica di San Lorenzo in Damaso in Rnma, Vérone, 1583; Venise. 1585; Vérone. I58G; 13. Esposizione letterale e mistica délia Cantica di Salo­ mone, avec Memoriale di meditazione spirituale ct tratlato memoriale della vita crisliana, Milan, 1621, par les soins du P. Bonagratla da Varcna.qui x ajouta la sir de Panigarola; 1 L Prediche quaresimali dette in San i 1852 PieIro di Roma Vanna / L 7, avec Sri prediche pei tabbâti e tre per i Ire giorni di Pasqua di Risurrezione, ajoutées par le P. Jean-Baptiste Cavoto, O. F \|, Home. 1596; Venise, 1600 cl 1617; 15. Prédictif quarcsimati dette in San Pietro di Roma, Vanno 1588, Venise. 1599 cl 1605; 16. Quuresima, Bergamo, 1605; 17. Predi che sopra i Vangcli bipartite, Rome. 1596, par les soins du P. Jean-Baptiste Cavoto. O. F'. M ; 18. Orazlonc in morte di San Carlo Rorromeo, Milan. 1581; 19. Oro zione nei funerali di San Carlo Rurromeo, Milan, 1585; Rome, 1585 el 1611; Florence, 1585; Venise, 1603; 20. Lezioni A'A'// sopra il catechismo ai parochi, dette in Firenze, Venise, 1592; 21. Sermoni al clero d'Adi, Venise, 1597; 22. Duo sinodi da lui tenutiin Asti cnlle letlerc pastorali, Asti, 1589; 23. Tre prediche faite a Purigi, nelCarrivo a Parigi, nelle miserie di Purlgï, nella liberatione di Purigi, illustrata da Prate Isidoro Rota, veneziano del medesimo Istituto, Asti. s. d ; Bologne, 1592; Viccncc, 1592; Turin, 1596 : ces ser­ mons, prononcés â Notre Dame de Paris, ont pour objet d’exciterles Parisiens 5 n'accepter pour roi qu’un prince catholique; 21. Dell’ assedio di Parigi, Rome, s. d.; 25. Modo di comparer una prcdica, Brescia, 1581. Venise, 1611, Rome, 1693; 26. // predieàtore ovvero parafrase, commento c discorsi intorno al libro dell’elocu­ tione di Demetrio Palerco, Venise, 1609 ct 1612; un abrégé du rnême ouvrage a été fourni par Antoine Gazo de Vérone, Vérone. 1639 et 1653; 27. Sucri cou cetti sopra vari testi di Sacra Scrittura, Milan, 1625. 28. Compendio manuale del Padre Xavarra, Milan. 1629; 29. Cingite libri dette sue lettere en un volume. Milan. 1629, par les soins de son neveu Alexandre Pani­ garola; 30. Specchio di guerru, Bergame, 1595:31. .Ser muni sopra lutte le parole dette dal A*astro Signore in croce, Milan. 1601; 32. 11 compendio degli Annuli ecclesiastici del Padre Cesare Raronio, Home, 1590; Venise, 1593. Au début de cet abrégé qui ne dépasse pas le Ier livre des Annales, sc lit une lettre de remer­ ciements écrite par Baronins au P. Panigarola: 33. Set guaresime faite in Roma, Rome, 1596. 2° Ouvrages manuscrits. - L Paraphrasis in libros Physicorum Aristotelis: 2. Commentaria in omnes Joannis Duns Scoti distinctiones : 3. Tractatus de sensi­ bus Scripturarum : L Chronblogia biblica;5. Apparatus in theses generales Parisicnses; 6. Censura in Consti­ tutiones Parisienses Molituri; 7. Censum* in Ribliotheca sanctorum Patrum collecta a Margarinode Rlgne; 8. Ars brevis speculativa : 9. Tractatus de rebus gallicis: 10. Acta in legatione gallica: 11. Expositio officii Sane tissimw Trinitatis: 12. {pologia contra Gcbennenses: 13. Annotazioni c dichlarazionl sopra diversi luoghi dei concilio di Trento .11. Cento undid luoghi delta Serit tura splegali in volgure ; 15. Prolegomeni a discors/ ecclesiastici; 16. Discorsi ecclesiastici ; 17. Selva de tuiti i libri sapienzali ridutti in varii corp i per dorerne for marc un’etica rd una cconomia cristiana; 18. Le frase raccolte dal Petrarca; 19. Dichiarazione letterale di Giobbe; 20. La teologia davidica, dont le premier livre seul fut achevé; 21. Libro primo in forma di predica, una cou quattro parti, sopra la vittorla navale che si ebbe a Lepanto: 22. Tratlato contro Vatheismo; 23. L’apolo gia di Ginevra ; 21. Trattato delta memoria locale: 25. La malattia di Carlo Emmanuale duca di Savoni avvcnuta a Vcrcelli ; 26. /f compendio di tulle le open spirituali del Padre Granata : 27. Grammatica italofrancese: 28. Trattato dei litoh de’ cardinali: 29. Trat­ tato della pesta : 30. Mott i traitait di diversi proposti : 31. Miscellanea di diverse rose; 32. Selva di diverse rose c diverse materi· : 33. \ lta di 1rancesco Paniga­ rola. composée par lui inènu ;3L Apologia del Padre Panigarola scritta in sua deft a Vanno MDLXX l \ , 1 “n ervée .« là bibl ·. ··? de Milan; 35. Car mina plura et varia, en lutin ct en italien, Il 1853 1H5', Jean-Marie de Hatisbonnc, Appendix ad Bibliolhecmn L’éloge funèbre du P. Panigarola fut prononcé par scriptarum capuccinorum. Home, 1852, p. 25; Egtdio da le P. Joannes ab Armis de Bologne, O. F. M., ct édité a Modica, Catalogo dcgli irritiori rappurcini della prootncla di Florence en 1595, tandis que la biographie de ce grand Palermo, Païenne, 1930. p 72 prédicateur et conlrovcrsiste fut publiée par le P. Bo Am. Tkrtaert. nagratla de Varcna, O. F. M., A Milan, en 1617. 2. PANORMITANUS illuminé, frère mineur I.. Wadding, Scriptores ordinis minorum. Home. 1006, capucin de la province de Païenne. Issu de la noble p. 88-90; .1.-11. Sbamlra. Supplementum el castigatio ad famille Di Marzo, docteur en droit civil et ecclésias­ scriptores trium ordinum S. Francise!, 2 édit., I. ι, 1908, tique, il fut d’abord chanoine rt vicaire général de p.291*291; IL Hurler, Nommetator, 3 édit·, I. in, col. 219, note I ; Encycligddir rath digue, t. xv, p. 281; Ugliclli, Italia l’archevêque de Palerme, avant de revêtir l’habit des Ktrra, 2* édit.» I. iv, p. 101-402; Boat t eric, Serie rronologico· capucins. Il fut élevé aux dignités les plus élevées de l'ordre : lecteur de théologie, déflnltcur et ministre pro­ starlea de* oesenvi della Chlesa d*Asti, Asti. 1807, p. 110-11 Tirabotchi,Storla della letteratura itatlana, L vn, pari. 3, vincial. secrétaire du général dr l’ordre, le P. Jérôme de Sarbo, et déflnltcur général en 16(’2. Il mourut a Rome, 1785, p. 121-129; Zanottn, Storia della predicazione nd secoli delta letteratura Itai tana, Modènr, 1899; St. Mcl- Païenne en 1620. Le P. Illuminé s’est illustré princi­ chlorri, Annales minora n Waddlngl continuati, t. xxin. palement par ses ouvrages d’histoire ecclésiastique an. 1591, n. 37-81, p. 137-16 I ; Marcel lino da Clvczzo, Storia I. Compendium annalium card. Baronii cum udnotu mloersule dclle missioni /rancescane, t. vn n, Prato, 1883, lionibus et glossis; 2. Annales ecclesiaslici, en douze p. 136-149; J.-Ch. Brunet, Manuel du libraire, 1. iv, Paris, volumes. 18(13,col.343; Idem, Supplément, Paris. 1880, t. if, col. I 12. Bernard de Bologne, Bibliotheca scriptorum O. M capncAm. Teetahht, ctnorum, Venise, 1747, p. 132-1X3; Mongitore* Biblioteeu PANISCOTI Jacques, frère mineur capucin Xleula, 1.1, fol. 313; Ivgidio da Modica» Catalog·)..., p. 95-·»«. de la province de Naples (t 1561). Originaire Am. Teetaeht. d’Amalli, près de Naples, il revêtit d’abord la bure 3. PANORMITANUS Jérôme, frère mineur franciscaine chez les frères mineurs de l’observance capucin de la province de Palermo. S’étant d’abord de la province d’Apulie dans l’Italie méridionale et passa ensuite, en 1536, à l’ordre des capucins. Prédi­ enrôlé chez les frères mineurs de l’observance, il passa cateur et théologien célèbre, il fui banni à Mcssagna. ensuite aux capucins. Il exerça les charges de lecteur près de Brindisi, par le vice-roi d’Otrante, pour lui en théologie, de déflnileur cl de ministre provincial, de déflnltcur et de commissaire général. Il mourut a avoir prêché des vérités trop dures. H v mourut en Païenne en 1579. Il écrivit : Lectiones throtogicir ad 1561. Il est l’auteur des ouvrages suivants : L 1 divini mentem Scoti, 2 ln-4·. Palerme. 1620. Z. Boverius. Annale* minorum capuccinorum, l. i, Lyon. precetti dell9Angelo a Moise divinamente dati, e per il 1632. an. 1579, n. 17, p. 816; Bernant de Bologne, BibUnVerbo Incarnato apertamentc dichiarati, e dalla Chiesa threa... (). M. Cap,, p. 121; Egldio da Modica, Catatono.. , cattolica confermati, Venise, 1513, 1318, 1556, 1570. p. 81 ; J.-1L Sbaralea, Supplementum el castigatio ad scrip­ 1575; Naples, 1597. 2. Opus in expositione psalmi tores trium ordinum S. Francisei.2' édit.» t. i. Rome. 1908. 14 : * Domine quis habitabit , toti christiarur rcipublicir maxime utile, per modum dialogi, interlocutoribus Ain. Tl ΕΓΛΙ.ΗΤ. Duvidc ct Salomone, hoc interrogante, respondente illo, 4. PANORMITANUS Louis (Baldi), (xvir s.i, Venise, 1535. Cet ouvrage comprend onze parties ; frère mineur capucin «le la province de Païenne, dans l) de triplici macula, scilicet peccati originalis (où il laquelle il fut professeur de philosophie et de théolo traite de bcalic Maria* conceptione), actualis mortalis gie, gardien, custode, déllnileur ct deux fois provin et venialis; 2)de triplici lege, scilicet divina, naturali rt clal. Il travailla beaucoup pour la cause de la beatifleahumana; 3) de judicio temerario; 1) de. detractione; lion et de la canonisation de Bernard de Corleone, dont 5)de lirsionc proximi; 6) dr opprobrio contra proximum ; il fut le procureur el le postulatcur. Il est l'auteur des 7) de abominatione ct vilificationr sui ipsius; 8) dr ouvrages suivants : 1. Commentaria varia in Sacram honore timentium Deum ; 9) de juramento ubservand). Scripturam, ms. in-1° conservé dans lu bibliothèque du 10) deusura; II) de muneribus contra innocentes. couvent des capucins de Caiccaino, dans la province 3. Opus de sancta· fidei articulis, dialogo editum, loh de Païenne; 2. Disputationes selecta: in quatuor libros Christiana· religioniperutileetnecessarium, Venise, 1535, Sententiarum ad mentem subtilissimi doctoris. in-1° de in-4°, 131 p. (pas 111 comme le dit Apollinaire de 510 p. conserve dans la même bibliothèque ; 3. .Mini Valence, op. cit., p. 114). I. De pricceplis Fcclesûr. culi det ven. sen>o di Dio Fr. Bernardo da Corleone (aim 5. Tractatus de mortificatione carnis, 6. De professo cappuccino, in-4°, Païenne, 1700; I Modo immaculata virginis Maria· conceptione. 7. Condones pratico dato dal palriarca S. Francesco per applicanti diversa·, Venise. 1535, 1575 cl 1578. al tempo delta solitudine agli esercid spirituali, in-8 . Païenne. 1711; 5. Vita dt P. Salvatore da Pantelleria Joseph-Marie d'Ancônc, \nimh\ minorum continuati. I. xix, Qu iracchi. 191 I, an. 1361, n. 9, p. 201-2 >7; Z. Bove- predicatorc cappuccino della provincia di Palermo, in-8 \ riiis, Annolrt minorum capurcinorum, I. I, Lyon, 1632, Païenne. 171 1.6. Vita dei senio di Dio Padre Hiagio da p. 581-586; !.. Wadding, Scriplores ordinis minorum, Horne, Caltanissetta missionario della Sicilia, cappuccino, in - Γ. 1906, p. 125; .1.-11. Sbaralca, Supplementum, 2* éd., t. ι, Païenne. 1701; 7. La infelicita dominante. Discursi 1908, p. 1 I el 17; Bernard de Bdlogno, Bibliotheca scripto· morali, in -1°, Païenne, 1712. Les deux capucins du noni rum ordinis minorum S. Franclsci capuccinorum, Venise, 1717, p. 129-136; Vpdllnnlre dr Valence, Bibliotheca fra· de Louis de Païenne, mentionnes par Bernard de Bo trum minoruni capuccinorum pmvinci.o X*ea/tolHann, Home, logne, op. cit., p. 172-173 el 175. ne constituent très probablement pas deux personnages distincts, mais 1886. p. 11 I. Am. Teetahht. doivent être considérés comme une seule ct même per­ 1. PANORMITANUS Hyacintho, frère mi­ sonne. neur capucin de la province de Païenne, dans laquelle Bernard de Bologne, Bibliotheca..., p. 172-173 et p. 173; Egidlo da Modica, Catalogo..., p. 102-101. il fut lecteur de philosophie el de théologie el déflnileur. Il mourut en 1816. H composa : Scuola dei Savii, Am. Tektai.ht ossia dottrina morale dei filoso/i pagani, posta nel suo 5. PANORMITANUS Marianus (xvirvero lume a confusione dei libertini e dei novatori, che XV1I1· s.), frère mineur capucin de la province de soppresse le loro niassime virtuose ne porlano in trionfo Païenne, enseigna la théologie dans l'ordre cl laissa les gli errori, Palermo, 181 L Cet ouvrage est dédié au ouvrages suivants de théologie morale : 1. La povertu prince héritier du royaume des Deux-Slcllcs. industriosa circa le indulgence, in-8°, Palermo, 1712. 1855 PA NOB Μ ΙΤΛΝ ITS — PANTHÉISME 1850 pas compte do la multiplicité des cires, de leurs Imper­ fections, de la personnalité humaine, qui pourtant sont des faits. Il existe un lien étroit entre la solution réaliste extrême du problème des universaux el le pan­ Bernard de Bologne· Hiblfotheca, p. 18! ; Egidio du Modi­ théisme : certains confondent directement l’être ab­ ca, Catalogo.,., p. 110. solu avec l’êtro indéterminé, produit delà plus haute Am. Τεετλεπτ. j abstraction; d’autres réalisent encore les degrés inter ΡΑΝΤΑ LÉON j diacre el charlophyhix dc la médiaires de l’arbre de Porphyre (Prochis, Scot ÉriGrande-Église de Constantinople, est railleur de plu­ gène). sieurs homélies : 1· Discours sur < les saintes lumières * Le panthéisme n’est pas le fait de penseurs qui exa­ ifete de l'Épiphanie), eu grec dans /’. G., t. xcvin, minent scrupuleusement le réel, pour ne pas dépasser col. 1211-1218; 2° et 3· deux discours sur la transii guration de Xotre-Seigncur, en grec dans P. G., ce qui est dûment établi; il témoigne d’une pensée in­ tuitive, imaginative, poétique ou mystique. Il ne faut I. Xcvin, col. 1248-1260; 4° Encomion dc l’archange Michel, publié cn latin seulement, P. G., t. xcvm, donc pas s'étonner qu'il se manifeste aux débuts de la réflexion philosophique; ces débuts sont souvent col. 1259-1266; 5° écrit dc miracles dc l’archange l’indice de croyances religieuses affaiblies. Dans la Michel, publie en latin seulement dans /'. G., I. cxl, mesure où la religion sc dégrade, divin et créé tendent col. 573-592. Dans ce dernier écrit, on trouve relaté à se confondre; dans le culte des forces de la nature on un miracle du temps de .Michel Ill (842-867), ce qui ne distinguera plus entre l'agent divin cl la force fournit pour l'existence dc Pantaléon un terme ante naturelle. Dans les polythéismes évolués ou atteints de quem non. I n autre terme est fourni par le Paris, syncrétisme, les distinctions entre les dieux s’éniouv grrtc. 1171, qui remonte au x* siècle. On trouve aussi sous le nom d’un Pantaléon. prêtre sent. Le totémisme, la métempsycose tendent 5 effacer du monastère των Βυζαντίων, un discours sur l’exalta­ les limites nettes entre les personnes humaines. Cer­ taines conceptions de l'inspiration prophétique, delà tion dc la sainte croix, contenu entre autres dans un possession, des rites de communion cfTacent la distinc­ manuscrit du ixr siècle, le Marcian. cl. //, 17 bis, tion entre l’homme cl l’esprit dont il est envahi. publié cn grec dans P. G., t. xr.vin, col. 1265-1269. On Le panthéisme peut aussi résulter d’une · ivresse du peut présumer, â la suite dc Combefls, que les deux divin ». Il naît parfois d’une réaction exagérée contre personnages n’en font qu'un. Sous le nom dc Pantaléon, diacre de Constanti­ le dualisme ou le déisme. Des mystiques musulmans nople, on trouve édite également dans les collections ont cru qu’ils allaient tomber dans le polythéisme, s il· accordaient la moindre substantiality à la créature. palristic]tics un discours contra Gnvcorum errores, ou 2° Classification. - On a voulu classer les systèmes contra Graces, P. G., I cxl. col. 187-574. Celte attri­ panthéistes; on distingue souvent panthéismes maté­ bution est très certainement fautive. L’ouvrage, cela y rialistes cl idéalistes; cependant celle division répond est contenu en toutes lettres, a été composé par les frères prêcheurs de (Constantinople en l’an 1252. 11 leur plutôt au problème de. la nature du monde. Le pan théisme tend â une identification; il comporte des de­ fait du reste le plus grand honneur. Rédigé avant celui dc saint Thomas sur le même sujet, il l’emporte dc grés, selon (pie cette identification est plus ou moins beaucoup sur lui, et le grand docteur semble l’avoir radicale. Les systèmes émanalisles sont une première approximation; il y a là entre Dieu el le monde l’union complètement ignoré. L’attribution à Pantaléon, diacre de Constantinople, vient dc ce que le premier qui existe entre un producteur et son produit néccs éditeur, Pierre Slcvarl, a ajouté à ce traité, comme saire. Puis le monde devient le corps de Dieu; Dieu en est comme la forme substantielle. Ou bien le monde faisant corps avec lui. une pièce qui lui est totalement étrangère, à savoir un récit, de caractère fabuleux, sur entre en union hyposlatique avec Dieu; il subsiste dans la personnalité divine. Puis il ne devient plus les événements qui se sont passés à Constantinople au temps de Michel Cérulaire. récit qui porte la signature qu’une modalité de la vie, dc la connaissance ou de In volonté divines, un acte immanent. Enfin le momie d’un Pantaléon (sans aucune qualification). Là-dessus, n’est plus qu’une illusion; celle illusion peut être pro­ on a attribue à ce Pantaléon le traité susdit, el on a duite par Dieu, ou même n’avoir aucune cause réelle. par surcroît identifié ce personnage avec l’auteur des 3° Idées essentielles. En fait, tout panthéisme dé­ homélies : identification, du reste, aussi fausse que l'attribution, puisque le témoignage des manuscrits tériore l’idée de Dieu. Deux erreurs guettent la pensée: nous prouve l’existence de l’auteur des homélies au xe — Ou bien on confond l’analogie avec l'identité; on cl même, étant supposé l’identité du Pantaléon dlacro additionne l’être divin ct l'être des créatures; on oublie que l’être participé n’ajoute rien à la Source dc l’être, cl du Pantaléon prêtre, au iv siècle. ct que la création n’appauvrit pas le Créateur. On attri­ bue alors à Dieu les perfections el les imperfections des Voir Γ. Chevalier, Répertoire, lilbltogrtiphle: nfouler créatures; on lui attribue même en une parfaite unite K rumbacher, Gcschichte der byzantinischen 1.iteratur, 2’ éd., ce qui s’exclut contradictolremcnl dans la créature 1897. p. 167. (coincidentia oppositorum). Pour être conscient. Dieu V. Ghvmkl. PANTHÉISME. Le panthéisme est la doc aura besoin de s’opposer un objet; il devient, il lutte, trine, d’après laquelle tout est Dieu, Dieu et le monde il souffre; il sc confond avec la vie de l'humanité cl cn ne font qu’un . Lalande, Vocabulaire de philosophie, subit tonies les vicissitudes. Ou bien on sacrifie l’a­ Paris, 1926, p. 551. L’introduction du terme esl due nalogie; alors il ne reste aucun moyen dc connaître a Toland. Le I Actionnaire de théologie catholique a Dieu à partir des choses; on lui enlève ses attributs les consacré de nombreuses pages à l’idée de Dieu. Le pré uns après les autres, pour le réduire finalement à l’être sent article doit exposer succinctement l’histoire des indéterminé, voire au side La Puissance pure a rem­ placé l’Actcpur. \insi ragnostlclsmcest souvent le (1erdoctrines panthéistes; elle sera précédée de quelques nl< r mot d< s sy sll mes panthéiste t. < il par lui que se remarques sur la structure de ces systèmes. trahit régulièrement l’influence du mahayana bond L Introduction. 1° Point de départ. — Au point dinslc en Orient, l'influence néoplatonicienne en Occi­ de départ de tout panthéisme il y a lu constatation de dent. l’ordre des choses; poussé par un besoin trop prononcé Tout panthéisme enchaîne Dieu; le monde émane d'unification, le panthéisme dépasse cette constatation dc lui nécessairement, éternellement; Il est le meilleur cl conclut a l’unité substantielle des choses. Il y a dans des mondes, l'uniqm possible; meme s’il retourne dans Je panthéisme une réalisation d’abstraction; Il ne tient 7. Il Iraflico innocente délit indulgence, ln-16, Païenne, 2113. 3. Lezionimorali sopra lagiurisdizione del sacra­ mento della penitenza per i cappuctini, ms. 1857 PANTHEISME. DANS L’INDE le sein de Dieu, il recommencera identiquement la mime évolution (stoïcisme, ismaïlilisme). L'incarna­ tion, tout l’ordre surnaturel sont alors nécessaires; dans de nombreux systèmes hindous ou chiites l’incar­ nation (sous forme docétiste) est un fait régulier ou meme permanent (imamat, lamaïsme). Toute distinc­ tion entre naturel el surnaturel disparaît. Le panthéisme fausse la vision du reel; là encore toutes les distinctions s’estompent. On comble les abîmes qui séparent 1 lieu ct l'esprit, l’esprit ct le corps. . Nous verrons le rôle de la lumière dans certains systè­ mes; il devient impossible do dire ou cesse l’esprit, où commence la matière. Les systèmes panthéistes sont déterministes; la li­ berté humaine se réduit à la spontanéité d’une cause intelligente. Il n’y a plus à distinguer entre ce que Dieu veut cl ce qu’il permet ; bien ct mal sont également di­ vins, également fondés dans la nature de Dieu; Dieu a besoin du mal. Parce qu’il est déterministe, le panthéisme fausse la morale. Qu’on n’objecte pas la haute moralité de cer­ taines doctrines. Les systèmes philosophiques n’obéis­ sent pas toujours à la logique; il y a d’heureuses incon­ séquences. Mais il n’y a qu’une morale qui soit con­ forme à une métaphysique nettement panthéiste:c’est le quiétisme, le farniente systématique des taoïstes. Le panthéisme ruine les conceptions politiques: tout étatisme sc justifie ; toute révolution devient nécessaire, dc droit divin. Ajoutons finalement que le panthéisme supprime la religion. Toutes les croyances sont équivalentes; elles sont des expressions symboliques d’une vérité inac­ cessible, ou des étapes nécessaires du développement humain. L’alliance entre panthéisme et libre-pensée est fréquente dans l’histoire dc l’humanité. Par ailleurs, rien dc plus instructif que l'histoire de la pensée hindoue : le besoin d’aimer Dieu fera tou­ jours éclater les métaphysiques panthéistes. L’amour d’amitié ne peut exister qu’entre personne et per­ sonne. «L’amour désire la personnalité. > Chesterton, Orthodoxie, trad. fr. Grollcau, Paris, 1923, p. 191. f° Histoire du panthéisme. — L’histoire du pan­ théisme que nous allons exposer fournira les preuves et les illustrai ions dc celte rapide esquisse doctrinale. Nous n’avons pas l’intention de nous limiter aux sys­ tèmes dont le caractère panthéislique est incontesté. On discute depuis longtemps sur l’interprétation de l’un ou l’autre penseur (pic nous citerons; il nous suf­ fira qu’on lui reconnaisse une tendance au panthéisme, ou entre les événements astronomiques cl météorologiques Masson-Ourse), Philosophie indienne, Paris. 1923, d'un côté, les événements de la cité de l’autre. Cette p. 211. Legrand Sankara (738-820) interprète les f pu- ( croyance est une des convictions les plus profondes de nlshads dans le sens du strict monisme. Brahman- l’âme chinoise; la réflexion naissante dut comprendre Atman seul est réel, intelligence bienheureuse, sans le monde comme une grande I nité vivante; on peut formes ni qualités. Il est atteint par réalisation intro­ dire que l'hylozoïsme est resté le fond de toute la pen­ spective, non par raisonnement. La croyance à un sée chinoise autochtone. monde d’âmes limitées cl d’objets matériels est une A l'époque classique de la philosophie chinoise, la erreur; celte erreur fondamentale consiste à prendre métaphysique est représentée par les taoïstes. Laoles objets de pensée pour des sujets existants, et le su­ tzeu, vers 570-190, enseigne un panthéisme réaliste, l’n jet qui pense pour un objet d’expérience. On ne peut Principe (fuo), unique et inconnaissable, produit toutes pas faire de Dieu, comme le voulait Badarayana, la choses par l’action de sa force; cette action traverse cause de l’illusion; car le rapport de cause à effet des phases alternantes de concentration (yin) el d’ex­ n’existe que dans le monde illusoire. Dans l’unique réa­ pansion (gang). Dans l’homme il faut distinguer entre lité, cause et effet sont absolument identiques. L'âme une partie naturelle, divine, el une partie artificielle sc sauve par la connaissance, en prenant conscience de et mauvaise, due à la civilisation. Le sage suit scs ins­ son éternelle identité avec Brahman. tincts naturels; il respecte l'évolution cosmique en évi­ Après Sankara, la philosophie du védanta devient tant d'intervenir par l’action (/ru irei); il tend à une prépondérante, au prix d’une identification de l’At- parfaite indifférence; il peut arriver à une union exla man suprême avec Vishnou ou Siva, les grands dieux tique avec le Principe qui lui confère des pouvoirs mys­ des sectes. Mais on rejette l'illusionnisme de Sankara; tiques. Le brillant prosateur Tchoang-tzcu, vers 339, tous les penseurs s’efforcent de concilier la personna­ a donné l’exposé le plus parfait de la doctrine taoïste. lité de Dieu et la réalité du monde avec la tradition Celte métaphysique ne se limite pas aux milieux panthéiste de leur école; seul Madhva s’est libéré par­ taoïstes; en Chine, les écoles philosophiques ne sont faitement du panthéisme. nettement tranchées que par leurs doctrines morales; Le fondateur de l’école de Sriringam, Yamuna, re­ elles s’empruntent volontiers leurs principes métaphy­ vendique déjà la réalité de l’âme humaine. Son disci­ siques. On retrouve la note taoïste chez le propre petitple Ramanuja (1050-1137) essaye de fonder un védanta fils de Confucius, Tzeu-seu, mort vers 440(7), cl dans les théiste. On a supposé chez, lui des influences neslo- commentaires du Livre des mutations ( Yi-king) issus riennes, peut-être à tort. Ames cl matière sont réelles de l’école confudisti». Les confuciistes de l'époque Han el constituent ensemble le corps de Dieu. Dieu possède (202 av. - 220 apr. J.-C.) sc sentirent de plus en plus toutes les qualités désirables; il passe alternativement attirés vers le taoïsme. Jusqu'à nos jours les « lettrés · par deux états, un premier où les âmes sont sans corps de l’école de Confucius sont restés fatalistes ou maté­ et la matière en état subtil, un second où la matière rialistes, avec une nuance panthéiste chez les auteurs existe à l’étal grossier, tandis que les âmes subissent la qui ont des besoins métaphysiques. transmigration. L’âme délivrée ne perd pas toute indi­ 2° L'introduction du bouddhisme mahagana n’a pas vidualité; elle reste distincte de Dieu, parce que les amené de changements essentiels. Meme là où le culte pouvoirs créateurs lui font defaut. Le salut peut être devint franchement théiste (sectes de la Terre pure), obtenu par abandon total à Dieu. Parmi les disciples le fond métaphysique resta panthéiste. Les intellec­ de Ramanuja, les fenya/oi ont pousse l’abandon à Dieu tuels ne durent pas voir de différence essentielle entre jusqu’au quiétisme. A l’influence de Ramanuja se rat­ le Vide des madhyamikas cl le Tao de la tradition na­ tachent quelques grands mystiques. tels que Ramationale. Il ne paraît pas que les nombreuses écoles chi­ nanda, Kabir, Nanak le fondateur des sikhs. noises ou japonaises aient grandement développé les La doctrine de Nhnburka. mort en 1162, est assez, idées empruntées à l'Inde. Nous décrirons cependant proche de celle de Ramanuja : pluralisme et monisme un panthéisme d’un type très spécial â cause de l’in­ sont pour lui egalement vrais. L’école de Vishnou-Svafluence qu’il a exercée sur la mentalité et l’art de min, vers 1250 (7). et Vallabha (1 179-1531) maintient l’Extrême-Orient. Il s’agit de l'école de la Vision la réalité des âmes et du monde corporel; cependant elle (dhyana, khan, zen) introduite vers 525 par le patriar­ retourne au panthéisme intégral; il y a en Dieu trois che et prince indien Bodhidharma. Le prince rejette attributs, existence, conscience cl joie; les âmes sont livres et éludes ou ne leur accorde qu'un rôle prépa­ Dieu, sans l’attribut joie; les corps sont Dieu, sans ratoire. On doll atteindre la fusion avec ('Absolu (la les attributs conscience cl joie L’école de Vallabha Bouddhéité») par une contemplation intuitive de son est tombée dans de répugnants excès sexuels. intérieur, une « endovislon > (P. Wleger). On y aperçoit Chez le grand poète mystiqueTulasl Dasa ( 1532-1623) dans un étal psychique - ou parapsychiquc — indes­ r£lre suprême est impersonnel cl sans qualités; il criptible le fond des choses, l'unique réalité (ù peine se manifeste dans un Dieu personnel qui seul peut être distincte du Grand Vide de Nagarjuna) Les êtres exté­ objet de culte. rieurs ne sont que vaines apparences. Ce panthéisme a On aurait tort de croire que le panthéisme est la inspiré de nombreux poètes et peintres; on en trouve seule philosophie de l’Inde; Il a prédominé, mais de une belle expression dans les poésies de Kienwcnn, grands mouvements de pensée lui ont échappé. A empereur de la dvnastlc Leang vers 550 : « Tout n'estl'époque actuelle, l’influente école de Ramakrishna il pas l'imagination de l’âme universelle? Ne fais-je (1831-1886) y retourne passionnément : toutes les reli­ pas partie du grand Voyant, du grand Dormeur qui gions sont vraies dans la mesure où elles conduisent dans la longue nuit songe le grand rêve cosmique? » ou encore : « Tout est irréel et inexistant, est néant l’homme à La fusion avec ('Absolu. répondant au vide » (trad, par Wleger. 1m Chine à III. La Ci un R. — 1° L'antiquité chinoise. — On discute depuis le xviî* siècle pour savoir si le Dieu su­ travers les âges, Hlcn-hlcn. 1920, p. 167-168). 3° L'époque Song. Le travail philosophique reprit prême de la Chine antique, le « Ciel >, était personnel 1861 PANTHÉISME. CHEZ LES GRÉCO-ROMAINS .1 l’époque Song; l’école confuciiste revenue au pou­ voir voulut assimiler les doctrines taoïstes et bouddhis­ tes dans la mesure ou elles étaient compatibles avec ses propres traditions. Dans ce mouvement de pensée le monisme prédomine d’abord; il fut inauguré par le taoïste Tchenn-toan, mort en 989; le devenir est attri­ bué par lui â l’activité d’une norme immanente à l’être primordial. Tchcou-tounni (1017-1073) retourne au principe de Lao-tzeu : une matière universelle infor­ mée par une formule évolutive. Il adapte en même temps la métaphysique taoïste â la morale des · let­ trés ». Son contemporain Chao-Young (1011-1077) penche vers le monisme idéaliste. Tchang-tsal (10201067) admet deux états de la matière, un étal imper­ ceptible et neutre, et un état perceptible et spécifié; l’esprit vital fait partie du premier état.L'influence de Tchou-hi a fait dévier l’école vers un dualisme de ma­ tière et force. Le dernier grand penseur de la Chine, Wang-yangming (1472-1528) est moniste. De la matière qui évo­ lue jaillit l’intelligence; l’homme trouve la vérité par son jugement Inné, instinctif et infaillible. Par son disciple Nakac Toju (1608-1018), Wang-yang-mlng a exercé une grande influence au Japon. IV. L’antiquiti classique. 1° Égypte et Chaldee On aurait tori de voir dans le panthéisme le fond de la religion égyptienne. Mais son éclosion fut favorisée par l’identification syncréliste des divinités. Ra, le dieu d’Heliopolis, absorba les dieux suprêmes des autres citcs;onl’identiflaaux éléments,aux parties du monde, a Osiris même, le dieu des morts. I.'identification des morts avec Osiris prévalut, au détriment d’opi­ nions plus favorables A une immortalité personnelle Le panthéisme pouvait donner un sens acceptable au culte des animaux, auquel se cramponna longtemps un nationalisme farouche. lin Mésopotamie, Mardouk assume parfois les noms des autres divinités; on a voulu voir dans ce fait une tendance au monisme, mémo au monothéisme. Mais • nous ne sommes pas bien sûrs du sens de ces spécu­ lations ». P. Condamin, dans Hubv, Christus. Paris. 1912. p. 511. 2° Grèce ancienne. Dans les conceptions homéri­ ques, il y a un élément favorable à l’éclosion du pan­ théisme : la puissance impersonnelle du Destin, μοίρα, qui domine dieux el hommes. Dans certaines cosmo­ gonies anciennes, les forces naturelles sont antérieures aux dieux qui les gouvernent. Les Ioniens sont hylozoïsles; leur pensée s’exprime avec la plus grande net­ teté chez lléraclile, vers 500; le Tout est une perpé­ tuelle cl périodique transformation du feu; le feu est unique, raisonnable el divin. L’homme participe à la raison universelle; il doit conformer son action â l'évo­ lution cosmique. Xénophane, le fondateur de l’école d’Elée, admet l’existence d’un seul Dieu qu’il ne distingue pus du monde. Parménide pousse à bout les exigences de l’idée d’être. L'être est éternel, immuable, unique, sphérique; on discute sur le sens de ce dernier attribut qui sera abandonné par Mélissos. Mouvement cl mul­ tiplicité ne sont que des apparences, objets d’une opi nion essentiellement trompeuse. Les derniers tenants de l’hylozoïsme ionien, Dio­ gene d’ApolIonic par exemple, attribuent explicite ment au principe matériel les propriétés de l’esprit. 3° Le stoïcisme. L'influence ionienne explique le panthéisme stoïcien; il est un développement de la mé­ taphysique d'I leraclitc. On a voulu attribuer ù des ori­ gines sémitiques la nuance religieuse de ce panthéisme, bien prononcée dès les chefs de l’école. La matière forme un monde Uni cl plein, de forme sphérique. Elle est pénétrée pal la Raison, force immanente cl unique, I Dieu supreme, de nature ignée, qui lient ensemble les A 1862 parties du monde. Dans les individus, la raison se manifeste comme formule évolutive (raison séminale). Dieu est destin et providence; tout est nécessaire, tout est raisonnable et obéit à une finalité intégrale. La matière rentre périodiquement dans le feu divin pour recommencer indéfiniment la même évolution. Le stoïcisme illustre bien certaines conséquences d'une métaphysique panthéiste. La vertu n’est pas autre chose qu’une union a l’évolution cosmique, et celle vertu est l’unique but de la vie humaine. La li­ berté est remplacée par la spontanéité interne. Astro­ logie et magie sont justifiées par la « sympathie uni­ verselle » qui lie le Tout. Certains points de détail exceptés, le stoïcisme n’a pas évolué. Si nous connaissions mieux les écrits des chefs d'école, nous serions probablement moins frap­ pes de l’intense religiosité du stoïcisme romain. 1° Ae néoplatonisme. -- La doctrine stoïcienne a passé, pour ainsi dire, intégralement dans la synthèse néoplatonicienne; mais d’autres influences ont contri­ bué à cette synthèse finale de la pensée grecque, et d’abord le platonisme et l’aristotélisme. Chez Platon, le Dieu suprême, l’idée du Bien, était impersonnel. Scs disciples pythagoriciens déduisaient mathématiquement le inonde des idées à partir de la Monade suprême. La matière, vidée de tout contenu propre, n’est plus qu’un relict du monde des idées. Une école où prédominent les tendances idéalistes est natu­ rellement exposée au panthéisme. L’école d’Aristote glissa vite vers le naturalisme. Straton de Lampsaquc identifie Dieu cl la nature. Pour Alexandre d’Aphrodisc l’intellect actif se con­ fond avec l’Actc pur, pour Aristoclès il sc confond avec le dieu immanent des stoïciens. Reste a examiner le problème des influences in­ diennes. Un historien aussi prudent que M. Bréhicr les admet déjà pour le scepticisme de Pyrrhon. A Alexan­ drie existait une colonie indienne, qu’Ammonios Saccas ou Plotin ont pu connaître: Plolin avait le désir d’éludier la sagesse des Orientaux. Grecs cl bouddhis­ tes ont vécu ensemble dans les pays bactriens pendant les siècles qui ont vu naître la spéculation mahayaniste. Or. c’est de celte pensée que l’on rapprocherait le plus facilement le plotinisme. Le néoplatonisme a joué le rùle de ferment dans la pensée européenne jus­ qu’à nos jours: il serait tentant de le rattacher à une inspiration bouddhiste. Mais les exigences de notre mé­ thode historique ne permettent pas et ne permettront peut-vire jamais une réponse affirmative. Dans la pensée de Plotin, l i n donne l’être à tout être. Toute chose parfaite produit nécessairement, par surabondance, une chose moins parfaite. Le suprême l’n n’est ni Intelligence, ni esprit; il est le Bien, mais aucun nuire prédicat ne peut lui être appliqué. De l’L’n émane l'intelligence; l'intelligence contient les idées; entre intelligence cl intelligible il n’y a qu’une distinc­ tion déraison. L'intelligence produit l’âme qui ordonne le monde sensible; la matière esl la limite de Γécoule­ ment divin, une négation qui seule rend possible la multiplicité des êtres et l’harmonie du monde. Le monde est le meilleur possible, unique et étemel. L'Ame individuelle peut s’attacher A la matière; mais elle peut également remonter par une purification progres­ sive les degrés de réalité. Elle participera alors succes­ sivement ù la vie active de l'Ame du monde, à la vie contemplative de rintelligcncc, a l'étal indescriptible du suprême l’n, atteint dans l’extase. Jamblique multiplie les termes de la hiérarchie suprascnsible Au delà de l’Un-Bien de Plotin, il pose un premier Un, inelïable, supérieur à toute opposition. Notre connaissance des hypostases supérieures est innée et intuitive. La synthèse néoplatonicienne s’a­ chève chez Pro dus qui explicitement considère tout 1863 PANTHÉISME. DANS L’ISLAM universel comme la cause de scs inférieurs. C’est sur­ tout par IToclus que le néoplatonisme a agi sur l'évo­ lution ultérieure de la pensée humaine. Le pseudoDenys l’a introduit dans la théologie ct la mystique chrétiennes. Par Étienne Par Sudafll, il a pénétré dans ce monde oriental dont le rôle devint décisif après la conquête arabe. V. L’Orient médiéval et moderne. — 1° L'Orient préislamique. — Il nous reste â reprendre l’histoire de ce monde oriental dans la mesure où l’étal des sources le permet. On aimerait être renseigné davantage sur l’origine de certaines idées, importantes dans l’his­ toire ultérieure du panthéisme. Le motif de l’homme idéal, microcosme, réalisation parfaite de la divinité sur terre, reviendra dans de nombreux systèmes. L’idée d’émanation, avec des séries de divinités issues les unes «les autres, rangées cn échelle descendante, était très répandue dans les premiers siècles de l’cre chré­ tienne; on peut la poursuivre depuis les gnostiques et néoplatoniciens jusqu’aux théologies vishnouites ct taoïstes. La comparaison entre la procession des choses ct la diffusion de la lumière était également destinée à un brillant avenir. Ces problèmes ont donné lieu dans ces dernières an­ nées à des hypothèses fort hasardeuses. En réalité, les documents qui devraient nous renseigner, écrits gnos­ tiques, hermétiques, manichéens, mandéens, yézides, cabbal is tiques, avestiques même, échappent a toute chronologie précise. Une grande partie de ces écrits appartient du reste à des couches inférieures de l’hu­ manité pensante, où l’imagination prime la raison, où le lecteur instruit a la perpétuelle tentation de mettre plus de philosophie que n’en ont mis les auteurs. On se rappellera le mépris bien justifié que Plotln témoigne aux gnostiques. Cc sont peut-être les spéculations des zervanites qui contiennent les idées philosophiques les plus intéres­ santes. A l’origine, il y eut le Temps (Zcmm); le Bien (Ormuzd) provient d’un acte de connaissance, le Mal (Ahriman) d’un doute ou d’une tentation dans le pre­ mier principe. Certains zervanites croient que le mal est nécessaire pour que le bien puisse manifester sa puissance. 2° La pensée musulmane. — Mahomet avait accen­ tué d’une manière tranchante la transcendance divine; mais la religion fondée par lui a donné naissance à une infinité de systèmes panthéistes. Ce fut le cas, dès que les pensées grecque ct hindoue, les mystiques chrétienne ct bouddhiste envahirent l’Islam. On a trop exclusi­ vement étudié cn Europe les penseurs musulmans de l’école dite aristotélicienne; on exagère générale­ ment leur importance dans l’ensemble du monde isla­ mique. Dans les anciennes écoles de Bassora cl de Bag­ dad, comme chez les moutazllitcs, l'influence hindoue était peut-être plus forte; des sectes bouddhistes (les sumanlja?) vivaient encore dans les contrées orienta­ les de l'empire arabe. C'est à l’influence Indienne qu’il faudrait peut-être attribuer l’idée de la discontinuité du temps. Les inoutazilitcs l'ont acceptée pour mieux sauvegarder l'absolue liberté de Dieu; elle a passé dans la théologie ortho­ doxe d’Achari et nous a valu dans la théologie chré­ tienne l’opinion de la creatio momentanea. Celte opi­ nion détruit presque la substanllallté propre des créa­ tures et favorise étrangement le panthéisme. Inutile de dire que le contact avec Γ Inde fut une des voies par lesquelles le panthéisme pénétra dans l’Islam. La tendance grecque fut inaugurée par des traduc­ tions de Plolin (Théologie dite d’Aristote) ct de Pro­ clus (Liber de causis). Elle est aristotélicienne d'aspect, néoplatonicienne d'inspiration. On peut en attribuer les lignes caractéristiques à Farabi » mort cn 950; il combine la théorie des sphères d’Aristote avec l'cma- 1864 natisme de l’Iolin. Le terme final du processus emana­ te cst tin intellect actif cosmique; de lui procèdent le* formes substantielles du monde sublunaire; de lui procède aussi notre connaissance des essences. Chez Averroès, l’intellect est unique ct ne contracte qu’unr union accidentelle avec les individus. I 3° La mystique musulmane. — On discutera long­ temps encore sur les sources du mysticisme dans l’L lam. Il ne faut pas nier des points de départ aulochto nés, même coraniques; malgré cela les influences cxt< Heures sont très probables. Des théories panthéiste), voire nihilistes, et qulétistes étaient fort répandues dès le ixc siècle. On veut par l’extase arriver à l’ab­ sorption en Dieu, à l’annihilation; on échange sa per­ sonnalité avec la personnalité divine; on finit par • parler à la première personne, au lieu ct place d’Al­ lah ». Lammens, L'Islam, Beyrouth, 1926. p. 136. On n’attache plus aucune importance aux ouvres, nu culte,aux différences confessionnelles; il veut d'étroites relations entre mystiques el libres penseurs. Dans l'absence d’un magistère doctrinal, de pareilles ten­ dances purent s'épanouir largement ; car le consensui ecclesia* (idjma) ne réagit que très lentement. Vers le Xi· siècle, il y cul cependant un redressement, même dans les milieux mystiques (Qucheiri). Le grand Gaz.ali, mort en 1111, établit la paix entre les ortho doxes et les mystiques; il fit pénétrer dans la mys­ tique musulmane un peu de clarté aristotélicienne cl de piété chrétienne. Malheureusement les mystiques spéculatifs posterieurs penchent de nouveau vers la gnose panthéiste. Pour Suhrawcrdi (1153-1191), la Lumière absolue est la source de toutes choses; elle ne peut pas exister sans luire dans les ténèbres. Substances cl formes de l’uni­ vers sont des degrés de diffusion de la Lumière. l.< monde est le meilleur possible; il est éternel. — Chez Arabi (1165-1210), Dieu est inconnaissable; il est l’iden­ tité des contraires. L'émanation des choses est égale a la diffusion de la lumière. Le monde phénoménal n’est que l’apparition sensible des réalités intelligibles. Dans l'homme parfait (en Mahomet, par exempt' ), Dicusc contemple et se révèle A soi-même. L’Ame mystique participe ù celte révélation selon le degré de sa pureté. — Ces tendances dominent l’évolution ultérieure de l’Islam;elles inspirent non seulement les grands poète* de la Perse médiévale, mais aussi de brillants pen­ seurs, presque inconnus en Europe : Gill, mort cn 1417; Sirazi, mort cn 1640; Sebzcwari, vers 1825). 4° Les sectes musulmanes. - Les sectes qui sc ratta­ chent à la Chi'a favorisent davantage le panthéisme. Tous les chiites admettent le droit divin de la descen­ dance du prophète à l’imamat; l’imam des chiites est une nouvelle variante de l’homme parfait; il est l’ap­ parition de Dieu sur terre, de substance lumineuse, infaillible ct impeccable. Les ismaïlitcs ont une doc­ trine secrète attribuée â Abd Allah ibn Mahnoun, mort cn 871. La divinité sc concrétise cn sept étapes de phi* en plus matérielles. liaison cl Ame du monde s’incar­ nent dans chaque période cosmique L’Ame est unique; elle n’entre pas dans le corps, mais elle l’illumine. L’homme arrivé A la perfection est résorbé dans l’ûme universelle. Toutes les religions positives n’ont qu’une valeur allégorique. Parmi les sectes modernes, les bablstcs el les béhûïstes ont des tendances nettement panthéistes. Pour le BAb, il n’y eut jamais autre chose que Dieu; le monde n’est ni l'effet d’une cause, ni une émanation, mais une apparition sensible de Dieu; Dieu apparaît manifeste­ ment dans les prophètes, hommes parfaits. Le béhalsme enseigne la même doctrine, mais plus dégagée du milieu chiite, prête à entreprendre la conquête du monde. On trouve chez certains inspirateurs de la Turquie 1865 ΛU kcnmliste un mélange des plus curieux entre le vieux panthéisme des sou lis et la sociologie de Durkheim, par exemple chez le poêle Zla-Gock Alp 5* Le monde jui/. Nous joignons à cet exposé ra­ pide des tendances panthéistes dans l’Islam quelques remarques sur des concept ions analogues dans le monde Juif, A l’école gréco musulmane correspond une riche philosophie juive d’inspiration grecque. Le néo-pla­ tonisme est repense d’une manière 1res personnelle parle poêle Salomon ibn Gcbirol (Avicebron). La cabbale rappelle les écoles musulmanes de l’illumination; on suppose que ses origines étaient assez proches de la gnose chrétienne; elle n’n trouvé son expression défi­ nitive qu'au xiuf siècle dans le livre du Zo/iar, écrit ou édité par Moyse de Leon. L'imaginai ion y domine absolument la réflexion philosophique. Jahvé est inef­ fable. inconnaissable, indéterminé. De lui rayonnent dix attributs, les zephiroth ; il est à peu près impossible de dire si ces zéphirolh sont distinctes ou non de la substance divine. C'est d’elles que procèdent les trois inondes des formes pures, des âmes et des choses sen­ sibles. Le succès de la cabbale était dû à son opposition contre le rationalisme de Maimonide. Elle a inspiré cer­ tains penseurs chrétiens de la Renaissance; elle conti­ nue à vivifier l’école des Hassidim, dont l’influence reste grande dans les juiveries orientales. VL Le Moyen Age occidental. — 1° Priscitlianisme. — Nous ne mentionnerons la part que des idées manichéennes ont eu dans le priscillianisme que pour rappeler le 5e anathémalisme du concile de Braga, 561 : S/ quis animas humanas vel angelos ex Dei credit substan­ tia exstitisse sicut manichirus et priscillianus dixerunt, anathema sit. Denzinger-Bannwart, n. 235. 2° Vue d'ensemble.— Le Moyen Agcoccidcntal a for­ tement subi l’attrait du néoplatonisme; il lui parvint par des intermédiaires dilTérents, par saint Augustin d’abord, à plus forte dose par le pscudo-Dcnys ct son commentateur saint Maxime le Confesseur, finalement parles penseurs musulmans el juifs. Certes, l’antiquité chrétienne n'avait pas méconnu la différence fonda­ mentale entre la synthèse chrétienne et la synthèse néoplatonicienne; cn s'inspirant de M. Bréhicr on pourrait la formuler ainsi : création, chute, rédemption, lin du monde sont dans la perspective chrétienne des faits historiques; procession el retour des choses cn Dieu sont dans la perspective néoplatonicienne des données ontologiques, en dehors du temps et de l’es­ pace. Les penseurs médiévaux les plus néoplatonisanls. Érigène, Eckart, Nicolas de Cuse, ne veulent pas abandonner les faits de l’histoire chrétienne; ils ne sont pas hétérodoxes d'intention. Mais il y a de fâ­ cheux dangers à exposer In théologie chrétienne, pour des penseurs que le néoplatonisme a habitues à ne voir dans le sensible qu'un symbole de réalités intelligibles. On pourrait dire que seule l’introduction de l'aristo­ télisme a définitivement écarté le danger de contami­ nations panthéistes. Saint Thomas veut bien que les choses soient le reflet des perfections divines, la réa­ lisation des idées de Dieu; mais il veut aussi que, mal­ gré leurconlenu intelligible, elles soient des choses réel­ les cl individuelles, subsistant cn elles-mêmes, ayant leurs propres opérations. En appliquant ce principe Λ la connaissance humaine, il fait de la connaissance intellectuelle, une fonction strictement humaine cl in­ dividuelle; il écarte ainsi le danger du panthéisme que pouvaient comporter les thèses de l'unicité de l'intel­ lect ou de l'intervention directe do Dieu dans notre connaissance. Avec le courant nominaliste le danger du pan­ théisme parait plus radicalement éliminé encore; il l'est réellement tant que le nominalisme reste, comme cn Angleterre, strictement empiriste; il ne l'est pas, si le nominalisme sc combine, comme souvent en Alle­ I860 magne. avec une monadologic, une divinisation des individus. — Plus tard, le déisme a outré l’indé­ pendance de l’opération des créatures de façon à compromettre ou Δ nier le gouvernement divin; il n'est pas étonnant que des penseurs do cette direc­ tion aient reproché au thomisme même des tendances panthéistes. 3° Jean Scot Érigène. — Jean Scot Érigène devine la synthèse néoplatonicienne h travers le pscudoDcnys qu’il traduit; il essaye de reproduire la pensée de Proclus cn tenues de la foi chrétienne. Éngène pro­ fesse comme Proclus le réalisme absolu; le développe­ ment de la réalité n’est pas autre chose que la division d’un genre en scs especes (M. Bréhicr). Toute affirma­ tion que nous portons sur Dieu est métaphorique. La création est une théophanie; le monde est éternel, la substance des êtres n'étant pas autre chose que l’idée que Dieu cn a; seule l’apparition des accidents sensi­ bles dans les créatures est temporelle. L’intelligence humaine saisit Intuitivement les theophanies que Dieu produit au fond de l'âme. Tontes choses retournent à leur point de départ; la rédemption par le Christ amènera finalement l’anéantissement du monde maté­ riel et la résorption de tout cn Dieu. 4° / e panthéisme populaire. — Au xn* siècle, Char­ tres est le centre d’un mouvement platonicien qui apparaît sous sa forme la plus prononcée chez Ber­ nard Sylvestre de Tours. Cc n’est peut-être pas du panthéisme; mais on croit que l’école de Chartres a inspiré le panthéisme populaire. Il y cul probablement aussi quelque influence musulmane non encore iden­ tifiée. Enfin nous connaissons par des témoignages d’adversaires deux théoriciens du panthéisme qui appartiennent à la fin du xifl siècle, David de Dînant el Amaury de Bcne. Pour David de Dînant toute dis­ tinction présuppose l’unité : corps, âmes et substances séparées sc ramènent à trois fondements, matière, esprit et Dieu, ct ces trois sont une seule ct même chose. Chez Amaury de Bène, mort en 1207, Dieu est le principe formel de toute chose; chaque homme est membre de Dieu. On atteint le salut en comprenant que Dieu est tout. Aux partisans d'Amaury on repro­ che des Idées antinomlstes; parce que Dieu est le créa­ teur de nos actes, il n’y a ni distinction entre bien et mal. ni mérite, m culpabilité; on ne doit rien refuser à la nature; l'acte n'a pas de valeur, l’intention seule importe. Une foule de témoignages hétéroclites démontrent que ces idées ont circulé dans les milieux populaires, en Rhénanie surtout, jusqu’à la fln du Moyen Age. En nous fondant sur les constatations faites à Bios (diocèse d’Augsbourg) par Albert le Grand, ct sur la condamnation des bégards. nous pouvons résumer la doctrine en question dans les propositions suivantes: l’ûme humaine, tirée de la substance divine, est éter­ nelle; elle peut devenir supérieure au Christ, égale à Dieu. Il n’y a ni résurrection, ni enfer, ni purgatoire. Bien n’est péché pour l’homme uni û Dieu; il jouit dès cette vie de la vision béatiflque II accordera libre­ ment au corps ce qu’il désire, n’est pas tenu à observer les préceptes de l’Église, n’a pas besoin de travailler, peut légitimement s’approprier les biens d’autrui. On comprend les interventions de l’Église qui nous ont valu les premières condamnations, un peu for­ tuites, du panthéisme, l.c IV· concile du Lalran ajoute à hi condamnation de Joachim de Flore la formule sommaire (pii vise Amaury de Bènc : L'eprobamus ettam et condemnamus dogma impii Almanci, cujus mentem sic pater mendacii excncavit. ut ejus doctrina non tam hivrctiea censenda sit quam insana. Denz.Bannw., n. 133. On trouvera dans Denzinger, η. 471178, la condamnation des erreurs des bégards cl bé­ guines de statu per/ectionis ; cette condamnation porte L 1867 PANTHÉISME. A LA BENAISSANCE 186« sur certaines conséquences des idées que nous venons de la créature et rejette l’idée d’émanation; mats,«i l’existence des créatures est contingente, leur essence d’exposer. 5e La mystique chrétienne. On a reproche â un coïncide avec l’idée qu’en a l’esprit divin. L’univcn grand nombre dc nos mystiques des tendances pan­ fait apparaître explicité, ce qui se trouve Implicite· théistes ou quiéthlcs. Oc tous il serait aisé d’extraire ment en Dieu. L’intellectualisme outré a inspiré a ΧΊdes expressions ou des phrases, qui. détachées du con- . colas dc (.use l’essai de construire spéculativement les texte, isolées de l’ensemble de la doctrine, paraîtraient mystères chrétiens; il se manifeste également dans le* en harmonie avec le mysticisme hétérodoxe. · Vernet. thèses optimistes qu’il soutient. La spiritualité nirdiévatr, Paris, 1929, p. 1H3. Ccpen VIL Renaissance i γ Spinozisme. 1« La KenaUdant, M. Vernet le remarque avec raison, l’ensemble de sauce. Au point de vue philosophique, la Renaisleurs œuvres ct de leurs tendances donne un démenti sauce est surtout une réaction du néoplatonisme contre net à ces interpretations. Les mystiques éprouvent Aristote. Celte réaction puise à des sources fort difïc profondément l’insuflisancc de tout langage humain renies, Platon el Plot in, hermétisme el cabbale. mys pour exprimer leur expérience; ils dépassent alors les tique allemande el averrotsme. voire panthéisme popu­ formules dont se servirait une théologie précise. Ils laire. Tous les motifs a allure panthéiste que nous ont besoin d’etre instruits par les faits pour soir les avons rencontrés depuis l’antiquité réapparaissent. conséquences que dc faux esprits pourraient tirer dc Dans l’interprétation d'Aristote même, la conception certaines prémisses. scolastique est battue en brèche par le monopsychlsme M. Vernet, dans le passage auquel nous faisons allu­ de l’école de Padouc et le naturalisme stoïcien de Pomsion, fait une exception pour maître Eckart ; ct II faut ponazzi. la faire, parce quo Jean XXII a condamné, en 1329. On croit que l’esprit divin sc manifeste dans toutes 17 propositions tirées de scs œuvres comme hérétiques. les religions; sacrements, écritures, culte n’ont qu’une 11 autres comme malsonnantes, téméraires ct sus­ valeur symbolique (Pic de la Mlrandolc, Heuchlin). pectes d’hérésie. Malgré cela, les discussions sur l’or­ On reparle des hypostases néoplatoniciennes, dcTâme thodoxie d’Eckart ont été très vives dans ces dernières du monde surtout (Césalpln, Patrizzl). De nouveau la années. Certains Allemands font des ctTorls désespérés lumière apparaît comme entité intermédiaire entre pour montrer que la condamnation d’un de leurs esprit el corps; la diffusion de la lumière coïncide avec grands penseurs était injustifiée. l’écoulement divin (Robert Greville). Maître Eckart procède du néoplatonisme; le néopla­ Nous trouvons l’expression la plus riche du pan tonisme nest qu’un élément â côté dc plusieurs autres théisme dc la Renaissance chez Giordano Bruno. Dieu dans la pensée d’Albert le Grand; il a été cultive par est la .Monade des monades; en lui les contraires coïn­ certains de ses disciples d’une manière dc plus en plus cident. Il s’exprime nécessairement dans un univers exclusive. L’aflinité entre le néoplatonisme et le carac­ infini ct éternel. L’univers qui existe est absolument tère allemand s'aflirme ainsi dès le xtn· siècle. pour res­ parfait, le seul qui fût possible; il renferme une Infi­ ter une note dominante dans l’histoire dc la pensée eu­ nité de mondes. Tout est vivant ; corps et âme ne sont ropéenne. Cela implique des sympathies avouées ou ma que deux aspect s de In même substance. Toute monade vouées pour le panthéisme; dans la suite nous aurons est Implicitement l’univers; elle tend à le devenir expli­ à parler le plus souvent dc penseurs allemands. Eckart citement en passant successivement par de nombreux manque indiscutablement de clarté; il u un fâcheux corps. L’âme, impérissable, est un mode de l’unique penchant au paradoxe. En cc qui concerne la connais­ substance divine. sance dc Dieu, l’usage qu’il fait dc la via negationis Le mysticisme protestant ultérieur n’est plus retenu est exagéré. Eckart insiste trop sur l’éternité dc l’acte par la surveillance d’un magistère infaillible. Selon créateur; l’existence des créatures n’est plus guère Valentin Weigel, Dieu ne se connaît lui-même qu’en qu’une apparence; la distinction entre le monde des nous ct par nous. Pour Jacques Bohmc, l’opposition Idées ct le monde des créatures n’est pas nette, la dis­ d’amour ct de haine dans le monde révèle une opposi­ tinction correspondante entre l'intellect humain el tion latente qui existe en Dieu lui-même. Robert Eludd l’idée que Dieu en possède ne l’est pas non plus. L’u­ en Angleterre, Pierre Loiret en l’rancc propagent des nion mystique parait parfois une véritable absorption idées apparentées. dc l’âme en Dieu. Quelques malheureuses formules 2° Spinoza. Le xvn* siècle vil naître le système montrent qu’Eckart n’a pas toujours évité des consé­ panthéiste idéal, celui qui gardera une signification ty­ quences antinoinlstcs ct quiétlstcs. On trouvera le pique dans l’histoire, de la pensée humaine. La grande texte des condamnations ici, t. iv, col. 2062 sq. Les synthèse de Spinoza résumait une longue tradition disciples d’Eckart ont défendu le souvenir de leur mal philosophique. Nous avons cité le néoplatonisme dc tre tout en tenant soigneusement compte des juge (’.usa cl de Bruno. Spinoza subit naturellement de for­ ments de Jean XXII. Malgré l’abus que Luther devait tes influences juives, à partir d’Avlcebron ct dclaCabfaire dc cet auteur, il n’y a aucune hétérodoxie a repro­ baie jusqu’au déterministe Chasdai Crescas (mort vers cher a Tauter. 111(1). Il subit l’influence de l.i mystique allemande, l ’nc parente d’idées étroites lie Eckart cl le cardinal Spinoza fréquentait des sectes protestantes qui la per­ Nicolas Krebs de Cues (Cuse). Le cardinal croyait ii pétuaient. ct il y a dc curieuses parentés d’idées entre l’orthodoxie de Scot Erigènc et d’Eckart el s’en inspi­ lui el le mystique Angelus Silesius (Jean Schefller, rait; il connaissait également les sources antiques du 1621-1677) qui avait connu les mêmes milieux avant néoplatonismes II y eut en plus chez lui des inlluenc.es sa conversion au catholicisme 11 y eut enfin l’influence nominalistes el humanistes, el une prédilection très cartésienne. Descartes n’avait pas su expliquer d’une avertie pour les mathématiques. Au-dessus de la con­ manière satisfaisante les relations entre corps el âme. naissance rationnelle, régie par le principe de contra Geulincx se vit obligé de faire intervenir Dieu pour diction, il place la connaissance intellectuelle, dominée assurer ces relations; puis il s’aperçut que l’action d’un par le principe de la coïncidence des contraires. C’cst corps sur un autre posait le meme problème, el il finit surtout a Dieu qu’il applique ce genre de connaissance; I par nier toute activité de la créature. Descartes avait il a une préférence marquée pour la théologie néga­ du reste favorisé la naissance de l’occasionnalisme par tive (docte ignorance) qu’il confond avec la mystique. son adhésion a la théorie dp la erratio momentanea» Dieu est toul cc qui peut être; il est l’union des con­ Malebranche. ajoute ιι l'orcasionnalisinc l’ontologisme ; tradictoires. de l’acte cl dc la puissance, de l’être ct du c t st par une participation aux idées de Dieu; les choses n’ont pas de réalité en dehors des idées divines; tout est déter­ miné. Le spinozisme est au fond de la poésie classique allemande : Herder l’a propagé, ct dc nombreux vers de Gothc le reflètent. On peut dire qu’avec le déisme ct l’athéisme le panthéisme forme un élément impor­ tant dans la pensée anllchrétienne du xvnr siècle. VIII. La spi’.cilatiox ai limande i t la pi xm k contemporaine. 1° Lu spéculation allemande. Il y cul en Allemagne, au début du xixr siècle, une école spéculative d'une grande richesse dc pensées qui re­ commence à intéresser nos philosophes contemporains. Son éclosion, après le criticisme de Kant, pose un pro­ blème Mais, en réalité. Kant était bien molnsanllmêlaphysicicn qu’on ne le dit; sa morale présupposait une métaphysique voisine de celle de Leibniz; sa critique pouvait donner lieu A des interprétations panthéistes ; Il n’est pas nécessaire d’attribuer A l’esprit individuel la synthèse qui s’opère avant notre jugement. Par ail­ leurs, Spinoza exerce maintenant sa pleine Influence; il est vénéré à l’égal d’un saint. Les classiques alle­ mands avaient prêché le culte dc la science cl de la beauté; dorénavant la philosophie ellemême sera créa­ tion poétique: pour le porte-parole de la nouvelle géné­ ration. Novalis, toute distinction entre philosophie et poésie est fausse et nuisible. On rejette le noumène 1870 de Kant, parce qu’il limite la liberté créatrice dc l'indi­ vidu. On construit Irréel eu partant du sujet; l’intui­ tion Intellectuelle devient la source de toute véritable connaissance. La pensée suivra la méthode dialec­ tique; toute affirmation implique une contradiction qui doit sc résoudre dans une affirmation plus compré­ hensive. Celle démarche dialectique exprime la mar­ che du réel qui évolue lui aussi, mais d’une évolution logique, non temporelle. Pour Flchtc, l’Esprit ou Moi pur est connu par in­ tuition intellectuelle. Chez Kant, l’esprit produisait la forme de la connaissance; maintenant la matière ellemême devient production de l’esprit. Pour sc poser, le mol » s’oppose un * non-moi · qui lelimitcet le déter­ mine. L’Esprit produit, parce qu’esscntiellcmcnl il n’est pas substance, maisacl Ion. Il produit pour pouvoir agir moralement; Dieu coïncide avec l’ordre moral, il est l'infini Devoir, a la réalisation duquel doivent tendre tous nos efforts. C’est par l’action morale que le moi individuel sc rapproche, en approximations infinies, du Mol pur. Schelling saisit l’Absolu par intuition intellectuelle comme Identité de Moi cl Non-mol, comme Raison infinie qui n'est m nature, r.i esprit, ni conscience, ni inconscience. On a eu raison de parler dc néospino­ zisme. Dans l’évolution de l’Absolu deux pôles s’oppo­ sent : la nature, pôle inconscient, tend vers la cons­ cience; l’esprit, pôle conscient, trouve son plus haut développement dans l'activité mi-inconscirntc dc Γατ­ ί isle. Schelling n’a pas su maintenir la position acquise ; sa pensée, mobile cl inachevée, ne cessa de subir dc nouvelles influences. Il fit des deux séries évolutives, idéale el réelle, des idées divines; puis les Idées devin­ rent des esprits, séparés de Dieu par une chute et re­ tournant a lui, selon l’antique conception de Plotin. Enfin il vit avec Bohme. dans la chute cl la redemp­ tion. un mystère de la propre vie divine, cl l’exprima dans le langage de la révélation chrétienne. Pour Hegel. l’Absolu est Esprit : U philosophie doit montrer comment in multiplicité des choses procède nécessairement de l'unité de I Esprit. Le contenu In­ telligible du inonde résulte d’un processus logique : être cl pensée coïncident, logique et métaphysique deviennent une seule science. La division de la science en logique, philosophie de la nature el philosophie dc l’esprit exprime adéquatement le processus évolutif dc l’Absolu. L’Absolu est d’abord Idee, puis Nature, avant de devenir Esprit; il ne devient personnel que dans les hommes : l’histoire «les hommes reflète pour nous la vie divine. La raison humaine est essentielle ment sociale : c'est donc dans l’Etat que l'histoire trouve son achèvement, dans les créations sociales «le Part, de la religion ct de la science. C’est à la divini­ sation de la culture humaine qu’aboutit finalement la spéculation allemande. Schlcicrmacher fait de la religion un sentiment de dépendance absolue à l’égard de Dieu; les dogmes de toutes les religions ne sont que d’inadéquates traduc lions de ce sentiment. Dès cet te vie, nous pouvons nous unir à l’Absolu. et celte union est la seule vraie immor lalité. Le panthéisme est la forme la plus élevée de la religion. Dieu n’est pas personnel; il ne peut pas exister sans le monde. 11 est l’absolue unité de l'idéal cl du réel, de la pensée cl de l’être. Il n'est ni identique au monde, ni distinct «le lui; son rapport au monde est analogue A celui qui existe entre un moi el la totalité de ses actes. Krause (1781-1832) n’a pas eu grand succès dans sa patrie, et nous l’omettrions volontiers; mais il a exercé quelque Influence sur la Belgique et l’Espagne, par ses disciples Tiberghicn el del Bio. Krause veut faire dans son panenthéisme la synthèse entre le personnalisme de Kant el le panthéisme de Schelling 1871 P A N T11ÉIS Μ E .CO N D A Μ N Λ T IONS D E L’ÉGLISE et ! Icgcl. lui nature et le règne des esprits sont unis en Dieu, comme corps ( t âme s’unissent dans le même moi. Il y a en Dieu connaissance, volonté et senti­ ment; il est transcendant, mais il veut vivre sa vie infinie dans ct par le monde. Schopenhauer ne veut pas qu’un désigne son sys­ tème du nom de panthéisme; évidemment, son Absolu n’a pas les qualités d’un Dieu; mais on pourrait dire cela de beaucoup, sinon de tous les systèmes pan­ théistes L'Absolu est volonté ou tendance; i! devient objet dans les idées, puis dans les représentations. La tendance fondamentale ne peut jamais être satisfaite; le monde est donc radicalement mauvais. La volonté de vivre doit finalement être brisée par l’ascétisme. Schopenhauer est le premier des penseurs modernes qui ait subi consciemment l in fluence hindoue. 2” La pensée allemande de la seconde moitié du Λ/.V siècle, — La pensée allemande de la seconde moi­ tié du siècle a une portée bien plus restreinte. La gau­ che hégélienne maintient pendant quelque temps le panthéisme pour sombrer llnnlement dans le matéria­ lisme (Strauss, Feuerbach). Le monisme de la lin du siècle combine, d’une façon assez superllcielle, le maté­ rialisme évolutionniste avec des idées empruntées à Spinoza (Ilâckcl). Le. théisme spéculatif cherche à se dégager des liens du panthéisme sans y réussir parfai­ tement (J. IL Fichte. Weisse, surtout Lotze). Fechner est resté panthéiste : Dieu est la totalité de l’être et de Faction. Tout est animé; tout se fond dans l'éter­ nelle conscience divine. Ou doit A Édouard von Hartmann une synthèse remarquable des idées de Hegel et de Schopenhauer : L’Absolu est inconscient, doué d’intelligence et de vo­ lonté. Le monde, produit de sa volonté, est le meilleur possible; mais, malgré cela, il est indigne d’exister. L'Absolu devient conscient dans l’homme; il soulTre ct doit être sauvé par la suppression du monde qu’amè­ nera nécessairement le progrès de la civilisation. 3® Le Λ7.Γ siècle en dehors de l'Allemagne. — En dehors de l’Allemagne, la pensée du xix· siècle est bien moins favorable au panthéisme ct, pour cc qu'elle en comporte, elle reste le plus souvent tributaire des sys­ tèmes allemands. Nous passerons rapidement sur celle dernière partie de l’histoire. En France, Victor Cousin subit momentanément l’influence de Schelling el de Hegel ct accepte des for­ mules panthéistes qu’il désavoue plus lard On peut dire presque la même chose de Vacherot. Les positi­ vistes rejettent le dilemme théisme-panthéisme parce que métaphysique; mais il y a de Comte à Durkheim une tendance à hypostasier l’humanité. On a vu dans le système de M. Bergson un panthéisme, une divini­ sation de l’élan vital; c’est ainsi qu’il a généralement été compris, surtout outre Khin. Il parait, selon une famouse lettre au I*. de Tonqucdec, que du moins les in­ tentions de l'auteur étaient tout autres; de sa pensée sc dégagerait « la réfutation du monisme ct du pan­ théisme en général ». Etudes, 20 février 1912; voir ici, t p. 327. Dans les pays de langue anglaise, l’empirisme a pré­ dominé; cependant, les poètes (Coleridge et Wordsworth, les essayistes Carlyle et Emerson ont travaillé à l’in­ troduction de l’idéalisme allemand. L’école de Green ct Bradley adopte les lignes essentielles de la philoso­ phie de Hegel. Hegel cul également une grande in­ fluence sur la pensée italienne; on trouve son action dans la ligne qui va de Vera cl Spavcnta à Croce et Gentile, el meme chez les ontologisles catholiques. Les pay s protestants du nord et les pays slaves s’ouvrirent largement â la spéculation allemande. A I époque du romantisme el vers la fin du siècle, le panthéisme a inspiré de nombreux poètes. Il ne faut p.n chercher chez eux de nouvelles formes systéma­ 1872 | tiques de la doctrine; mais on en trouvera une expres­ sion souvent merveilleuse, propre a atteindre un public étendu, habituellement inaccessible aux philo­ sophes professionnels. IX. Les condamnations di: l’Église. — p Aoanf le concile du Vatican. — Nous avons rappelé plus haut, col. 1866, certaines condamnations médiévales inté­ ressant le panthéisme. Ce n’est qu'au xix* siècle que le panthéisme fut formellement condamné par l’Eglise. La définition du concile du Vatican fut provoquée par la spéculation allemande; Mgr (iasser déclare quelle vise Schelling et Hegel. Mais, auparavant, certaines infiltrations provenant de cette spéculation s’étalent affirmées â l’intérieur de l’Église ct avaient donné lieu à plusieurs réactions de l’autorité supreme. Gûnthcr avait prétendu que la création était nécessaire; Pie IX déclare cette opinion contraire ù la doctrine catholique. Bref Eximiam tuam du 15 juin 1857, adressé au card, von Geissel, Dcnz.-Bannw., n. 1656. Un décret du SaintOffice condamna, le 18 septembre 1861, entre autres les propositions suivantes des ontologistes ; < L’Élre que nous comprenons en toutes choses cl sans lequel nous ne comprenons rien est l’être divin. Les universaux considérés du côté de l’objet ne se distinguent pas réel­ lement de Dieu. Prop. 2, 3, trad. Vacant; Dcnz.Bannw., n. 1660-1661. Voir l’article Ontologisme, col. 1048. Le Syllabus de 1861 consacre son premier paragra­ phe au panthéisme; le passage est tiré de l’allocution Maxima quidem du 9 juin 1862. Dcnz.-Bannw., n. 1701. Nullum supremum, sapient issimum, providcntisslrnumque Numen divinum exsistit, ab hac rerum universitate distinctum, ct Deus Idem est ac rerum natura ct idcirco immutationibus obnoxius, Dcusquo reapse m in homi­ ne et mundo, atque omnia Deus sunt ct ipsissimam Dei habent substantiam; ac una eademque res est Deus cum mundo et proinde spiritus cum materia, necessitas cum libertate, verum cum falso, bonum cum malo et justum cum injusto. Il n’y a pas de Divinité, suprême Sagesse el Provi­ dence, distincte éalilude, ni pour acquérir *a perfection, mais pour la ma- 1874 dam perfectionem suam per boni, qu.r creaturis imper­ titur, liberrimo consilio si­ mul iibinit io temporis ni ηιτηque de nihilo condidit erra­ turam. spiritualem ct corpo­ ralem. angelicam videlicet rl mundanam, ac deinde huma­ nam quasi communem ex spiritu ct corpore constitu­ tam ·. (Later. tv. can 2. 3.) nifestci par les biens qu’il ac­ corde aux créatures, ce seul Dieu véritable, par un des­ sein absolument libre, a fait de rien ensemble, nu com­ mencement du temps, la double créature spirituelle et corporelle. c’esl-a-dirc le» anges et le monde, ct ensuite la créature humaine, comme réunissant l’esprit ct le corps dans sa constitution. Sous le même titre les c.nions 3, I cl 5 (Dcnz.B innw., n. 1803-1805) portent ce qui suit : 3. Si quis dixerit, unum candemque c*sc Dei cl re­ rum omnium substantiam vel essentiam, anathema >it. I. Si quis dixerit, res imi­ tas tum corporeas Ium spiri­ tuales aut saltem spirituales e divina substantia emanas­ se. aul divinam essentiam sui manifestatione vel evolu­ tione fieri omnia. aut denique Deum esse ens universale seu indefinitum, quot! sese determinando con­ stituat rerum universitatem in genera, spectes ct indivi­ dua distinctam, anathema sit. 5. Si quis non confiteatur, mundum resque omnes, quae in eo continentur, ct spiri­ tuales el materiales secun­ dum totam suam substan­ tiam a Deo ex nihilo esse productus. nui Deum dixerit non vo­ luntate ab omni neccssilate libera, scit tam necessario creasse, quam necessario amat se ipsum, aut mundum ad Dei glo­ riam conditum esse negaseril, anathema sit. 3. Anathème Λ qui dirait que la substance ou l'essence u enfin «pie Dieu est Ire universel ct Indéfini, qui en se déterminant constitue l’ensemble des choses el leur distinction en genres, en es­ pèces cl en individus. 5. Anathème ù qui ne re­ connaîtrait pas que le mon­ de ct toutes les choses qui y sont contenues, les spirituel­ les ct 1rs matérielles, ont été produites de rien par Dieu dans la totalité de leur sub­ stance. ou dirait que Dieu a fait la création non par une vo­ lonté libre de toute nécessi­ té, mais aussi nécessairement qu’il s’aime lui-même, ou nierait que le monde a clé fait pour la gloire de Dieu. 3U Après le concile du Vatican. — Les propositions de Kosmini condamnées par le Saint-Office· le 14 dé­ cembre 1887, professent que l’être indéterminé est l’essence commune de Dieu et du monde. L’encyclique Pascendi de Pie X. 7 septembre 1907, note que les doctrines modernistes sur le symbolisme et l’immanence conduisent au panthéisme. 1· Pour la partir historique on trouvera les données ct bi­ bliographies actuellement accessibles dans les répertoires classiques (I eberueg, Geschlchte der Philosophie; C.luinteplc de la Saussayc, Hcltgionsgesehichtc), ct dans les encyclo­ pédies religieuses. Encyclopédie de ΓIslam (l(OUtsinn)9 En­ cyclopedia f'utlaica (Klutzkin et Èllbogcn)· Heligion in Geschichle und Gegrnmart (Gunkcl cl Zscluirnnck), avant tout dans VEncyclopedia o/ religion and ethics (Hastings)· Nous no noterons ici que quelques ouvrages, tré* utiles ou très récents : Pour ΓInde. — Ollramaïc, Histoire des idées théosophiques dans ΓInde, 2 vol.. Paris, 1906-1923; Dasgupta, /I history o/ Indian philosophy, Cambridge, 1922; Masson-Oursel, Es­ quisse d'une histoire de la philosophie indienne, Paris, 1923; Strauss, Jndischc Philosophie, Munich, 1925. Pour la Chine. — Wlcgcr, Histoire des croyances religteusei fl des opinions philosophiques en Chine, 2* édit., Illcnhleil, 1922; Zenker, Geschiehte dcr chinesischen Philosophic, □ voL.Hcichenbcrg, 1926-1927;Hackmnnn,Chinesischr Phi­ losophic, Munich. 1927; Forkr. Die Gedankrruvcll des chineslschen Kulturkreises. Munich cl Berlin, 1927; Maspéro, I.a Chine antique, Paris. 1927. Pour Γ Islam. - Horten, Philosophie aes Islam, Munich, 1921; ljunmens, L*Islam, croyances et institutions, Bey­ routh, 1926; Casanova, Mahomet rr Mahométisme, Ici, t. ix, col. 1572-1650. Pour l'Occldent. — Punjrr, Geschichte drr christtichen Hellglnnsphllosophie, 2 vol., Brunswig, 1880-1883; Schwarz. Drr Gottcsgedonke in der Geschichte drr Philosophie, 1913; A ligeme inc Geschichte der Philosophie, de la collection Kultur drr Grgrnnart, 2* édit., Leipzig et Berlin. 1913; Bréhier, Histoire de la philosophie allemande, Paris, 1921 ; Bcmhnrt, Die philosophischr Mystik des Millelaliers, Munich, 1922; Et (linger, Geschichte der Philosophie von der Itomanlik bis zur Gtfjentnart, Kempten, 1921; Bréhier, Histoire de la phi­ losophie. Paris, t. i. 1926-1928; t. n, 1929-1931. 2· Pour la partie théorique on consultent les articles Dieu, Moxismp. etc., de ce dictionnaire, les traités de philosophie ct de théologie, les articles sur le Panthéisme du Dictionnaire apologétique de A. d’Alés (par Ir P. Vnlcnnn), du KirchenIrxikon (par Dalilmann ct Gruber), de Hastings, Encyclo­ pedia (par Garvie, Tidily, Geden), du U'ôrterbueh drr philoιορ/ibchzn llcqrlflc de Eister, de la Hcal-Encyklopadie de Hauck (par Heinze)· On y trouvera des indications supplé­ mentaires sur la bibliographic plus ancienne du sujet. F.-A. Schaixk. P AN VI NIO Onuphre, célèbre historien et poly­ graphs ermite augustin (1530-1568). I. Vie.- - 11 naquit à Vérone, le 23 février 1530, nous dit-il lui-même dans une lettre autographe (Bib. vat., ms, bd. 6162, fol. 191), Ills d’Onuphre Panvinio ct de Marie Campagna, de bonne maison, mais de situation médiocre. 11 prit, â onze ans, l’habit des ermites de Saint-Augustin, changea alors son prénom de Jacques pour celui de frère Onuphre, fut remarqué de bonne heure par Jérôme Seripando, général de son ordre, qui devait devenir cardinal. Seripando fit faire à ce jeune religieux bien doué d excellentes eludes, a Padotie probablement, où il aurait eu pour maître le docte Bonamico. puis â Naples, sous des maîtres augus­ tius non moins distingués. A l’âge de vingt ans, frère Onuphre écrivait déjà une Chronologie de son ordre, parue en tête des Constitutions éditées par Seripando en 1551. Celui-ci avait appelé Panvlnio à Borne, où le nouveau général, Christophe de Padoue, en lit un maître des étudiants. Des lors, le jeune moine, attiré par une vocation irresistible vers l'archéologie ct l'histoire ancienne, se met à rechercher, avec une ardeur incroyable, tous les documents à sa portée. Des inscriptions qu’il Ininscrit, des ruines qu’il explore avec un llair ct une science étonnante pour son temps, des passages d’écrivains anciens qu’il relève dans des recueils imposants, il extrait la chronologie des diverses époques de Home, la série des consuls et des empereurs, tout un appara­ tus concernant la religion, les usages, le gouvernement, les dignités, les fonctions publiques, les magistratures municipales, les jeux sous la république et l'empire, sans parler des antiquités de Vérone, sa ville natale Beaucoup d’érudits, même de son temps, l’ont pillé, comme Gruter; mais il n’en reste pas moins qu’aux yeux de ses contemporains, il était déjà le < maître >, en fait d’archéologie romaine. Celui qui semble l’avoir le mieux apprécié est Marcel Ccrvin, qui, comme lui. mourut trop jeune, après avoir porté la tiare, si peu do temps, sous le nom de Marcel 11. C’est lui qui engagea Panvlnio dans la voie de l’archéologie chrétienne, ainsi que celui-ci en témoigne lui-même dans ses notes au De vitis pontificum de Platina, Cologne, 1568, p. 311 II était dès lors « aux yeux de ses contempo­ rains un vrai prodige de science. Homme d'une puis­ sance de travail incroyable, après avoir conçu cl com­ posé en grande partie le corps gigantesque des antiqui­ tés romaines. qu’il voulait rassembler en cent livres, le premier de tous il s'orienta vers les antiquités chré­ tiennes. Sa mort prématurée brisa en scs mains la trame du grand travail auquel le portait son vaste esprit: niais il en est resté l’immense amas de docu- 1873 panvinio mmts et d'études pour l'histoire ecclésiastique qui ouvrit la vole à Baronins. ct alluma la flamme sacrée, qui plus jamais ne s'éteignit, de la science de l'anti­ quité chrétienne. · J.-B. De Rossi, Rama solterranea. t. i. p '· Il eut le rare bonheur dc trouver un puissant Mé­ cène en la personne du Jeune Alexandre Farnèse, au­ quel il fut présenté par Marcel Cervin ct par Curzio Frangipani. 11 fut compté dès lors parmi les familiers appointés du cardinal, appointés médiocrement et irré­ gulièrement. si nous en croyons sa correspondance. Nous le trouvons au palais de In Chancellerie el à Caprarola, dans le cercle incomparable des lettrés cl des artistes qui formaient la maison el la cour d'Alexandre Famèsc. A Caprarola, ce furent Annibal Caro et Panvinio lui-même qui tracèrent In besogne pour les gran­ des fresques desZuccari. l’empesta, Daniel de Volterra. Panvinio composa les Inscriptions. Les distractions de Panvinio : en octobre 1555, il fasse un mois de vacances a Frascati en y mettant la dernière main ή une histoire des Savclli. Il fera le même travail pour les Frangipani, les Ce net. les Mattei, les Fabii et les Massirni. Il pensait à parcourir l'Allema­ gne pour y recueillir une nouvelle moisson «le docu­ ments, et se ht, dans ce but, recommander à l’empe­ reur Ferdinand W. Les événements politiques lirent qu’il ne dépassa pas Augsbourg. Le cardinal Farnese, qu’il retrouva à Parme, l’emmena avec lui, comme théologien, au conclave qui élut Pie IV. Celui-ci en voulait faire un évêque: mais Panvinio refusa énergi­ quement et se contenta de l’office de correcteur et ré­ viseur à la bibliothèque vaticanc : charge qu'il occupa jusque sous Pic V, qui supprima l’emploi. Le cardinal Truchsess. qui le traitait en ami, l’invi­ tait à reprendre la route d’Allemagne; Panvinio en fut empêche par la peste II sc dédommagea en entrepre­ nant un grand voyage littéraire à travers les monas­ tères bénédictins du sud de l’Italie. En 1563, nous le trouvons au Mont-Cassin et à (lava de’ Tirrcni. 11 correspond, en Allemagne, avec Lugger et Goltz, en Espagne avec Ant. Perez. \ug. de Saragossc et Pierre Chacon. Corne de Medicis le voulait a son service, mais Panvinio, comme Jules Clovio le miniaturiste, son col­ lègue, argua de ht fidélité qu'il devait au cardinal Farnese. Celui-ci, voulant visiter son évêché de Monreale. lui proposa dc l’accompagner en Sicile. Frire Onuphre y mourut à Païenne, Agé de trente-six ans, le 7 ou le x avril 1568, et y fut inhumé au couvent dc SaintAugustin. Ses amis lui érigèrent à Home, dans l’église de Saint-Augustin, un beau cénotaphe qui fait pen­ dant, A droite de la porte de la sacristie, à celui de son illustre confrère, le cardinal Noris. II. Œuvres. Les principales ouvres de Panvinio furent imprimées de son vivant ou après sa mort Mais il laissait une masse énorme dc manuscrits iné­ dits : ouvrages terminés ou seulement ébauchés, con tenus en deux caisses qui furent déposées chez le cardinal Savelll, puis chez le cardinal Rusticucci, et expertisées en 1592 par une commission nommée par Clément VIII. A la suite de quoi, la plus grande partie fut acquise par In bibliothèque el les archives «lu Vati­ can. Le reste fut vendu aux Barbcrini; quelques ma­ nuscrits passèrent à l’Ambroslennc de Milan; d’autres furent dispersés. Tiraboscbi raconte qu’Argelati avait eu le dessein de donner une édition des œuvres com­ plètes dc Panvinio. mais la mort l’en empêcha. Plus tard. Pie VI reprit le projet, mais la Révolution lui donna bientôt d'autres soucis. 1· Imprimis Magistratuum aliquot populi romani... laetorum libri sex; In quinque Pastorum libros commentarii, Venise. 1558. 1573, Heidelberg. 1588. Rome. 1560; De antiquis Romanorum nominibus, Venise. 1876 1558; Reipublicm rom aim commentariorum libri 1res, Venise, 1558, Paris. 1588, Francfort, 1597; Romano rum principum... libri quatuor. Bâle. 1558;Or/iofüs/nii triumphi, Rome, 1565, Anvers, 1596. Venise, 1581. Paris, 1601; Dc triumpho Romanorum, Helmstadt. 1671 (trad, liai., Venise. 1671); Dc comitiis imperato· riis, Bâle, 1558; .1 ntiquitaliim Veronensium libri odot Padoue, 1617, Vérone. 1821; De ludis circensibus libri duo. Anvers. 1596; De ludis sircularibiis, Heidelberg, 1588; Dc sibyllis ct carminibus Sibyllinis, Venise. 1558, 1567, Paris, 1599, 1607; Romani pontifices ct cardinales (dc Léon IX à Paul III), Venise, 1557; De vitis ponti­ ficum dr Platina, avec les notes de Panvinio, Cologne, 1568; Pontificum romanorum chronicon, souvent pu­ blié â la suite du precedent; Chronicon ecclesiasticum, Cologne, 1568, Louvain. 1573; Dc primatu Petri, Vé­ rone. 1589. Venise, 1591 (inséré par Roccaberti, dans la Ribliotheca maxima pontificia, I. xvii); Dc stationi­ bus urbis Romir. Cologne, 1568 ct 1571, Louvain. 1572; De baptismate paschali ac ritu consecrandi • Agnus Dei . Rome, 1560; De cardinalium origine (dans Mai. Splcileg. corn., t. ix. p. 169 et sq.); De ritu sepeliendi mortuos apud veteres Christianos ct eorumdem camele riis, Cologne, 1568, Louvain, 1572; Dc ecclesiis l’rbis (dans Mai, Spicilegium romanum, t. ix, p. Ill sq.); De pnrcipuis urbis Romic sanctioribusque basili­ cis, Rome, 1570, Cologne. 1581; De episcopalibus titulis ct diacon i is cardinalium, Venise, 1557, Paris, 1609; Gentis Sabella' monumenta, publié par Colant, dans Periodico di st udi c documenti di storia e diritto, xir année, 1891. 2° Principales alivres manuscrites — Dc comitiis ct potestate imperatoriis, bib. imp. de Vienne, ms. bib. val. ms. lat. 6108; Dc gente nobili Matthiria, bib. univers, de Padoue. cod. ‘26 i; Dc gente Fabia et Maxi ma. bib. val., ms. lal. 6168; Dc gente Fregepania, bib. vat., ms. lat. Rarberini. -13, 1 ; Epistola* Onuphrii Pan· vinii, bib. vat., ms. lal. 6112; Quinque sanctarum sedium patriarchalium pontifices, quorum apud veteres auctores memoria exlal, arch. vat. politic., XI, 36; Vit» pontificum, seu historia ecclesiastica, bib. pub. de Mu­ nich, 6 vol., η. 155-160, e! bib. val., mss. lat. 61026105; Registrum Gregorii papic Vil. bib. val., ms. lat. 5638; De varia romani pontificis creatione, bib, pubi, dc Munich, cod. 147 152, el Rome, bib. angelic. cod. 1112; Vetusti aliquot rituales, bib. vat., ms. bit, 4973; De baptismatis et confirmationis sacramento, bib. val , ms lat. 6786; Dc vice-canccllario. Milan, bib. ambros., //, 161; De annatis, arch. vat. politic., χιχ; Dc sacrosancta basilica, baptisterio el patriarchio l.ati ranensi, bib. vat., ms. lal. 61 It); Iconogra/ia dette cata­ comb? e dellc basilichc di Roma, bib. vat., ms. lat. 54075409; Dc rebus antiquis memorabilibus ct prœstantia basilica* S. Petri, apostolorum principis. Valicanm, libri septem. Panvinio a dressé lui-même un catalogue dc ses œu­ vres imprimées ct manuscrites, dans une lettre auto­ graphe a Jérôme Ruscclli en date du I novembre 1561 (bibl. val., ms. lal. 6Π2, fol. 390). Il y a d’autres cata­ logues contemporains dans les mss. lat. 7205 et 14 >1 de la Vaticane ct /. 129 de l'Ambrosienne. Pcrinl, Onofrlo Panvinio, Rome, 1899; MaiTci, Vcmnn Uliisinitii, Vérone, 1732; C.anl Xînï, Spicilegium romanum, t. ix, Rome, 1839; SlgonhB, Oprra omnia, Milan, 17321737, t. vi; Nlceron, Afémofrrs poor servir c pape et 1rs i églises orientales, (col. 1928). I. Les progrès de la cbntr ali satio n ecclesias­ tique. /. Λτ.ι T ACTÜRL. A notre époque, le pape entretient avec tous les chefs del'Église latine des rela­ tions régulièrement ct pour ainsi dire bureaucratiquement organisées; il exerce sur eux un contrôle méthodi­ que et permanent. Chaque prélat est dans la nécessité // eu:.— 1° Plus grande fréquent e dn rapports. — Cette situation so modi tic au v· siècle, et même dès la lin du iv·. Les chefs des diocèses occi­ dentaux prennent l'habitude dc consulter le pape sur des affaires de simple discipline, d’administration courante : sur les conditions d’admission dans le clergé, sur l’usage des peines canoniques, l’attitude â prendre Λ l'égard dc certains délinquants, la manière de sc comporter vis-a-vis des gens dont le mariage semble douteux ou irrégulier, etc. Déjà la lettre d’Himrrius de Tarragone. à laquelle répond Siricc en 385, appartient à cette nouvelle période; mais c’est surtout un peu plus lard, sous les pontificats suivants, que les consultations dc cc genre sc multiplient. Il suffit dc parcourir cc qui subsiste de la correspondance des papes du v· siècle pour voir la variété des interroga­ tions qu'on leur pose. Écrivant aux évêques d’Afrique réunis à Milève pour le concile de 116, Innocent 1« parle des innombrables questions qui lui arrivent de toutes les provinces : nous y répondons, dit-il, après les avoir soumises à un examen fidèle, bien que som­ maire. Λ !.. t. xx. col. 589. Même témoignage dans une lettre dc Cèles tin I,f aux évêques de 1'Illyricum. A L., t. L, col. 427. Une épitre de saint Léon le Grand, adressée aux évêques de la province de Vienne, atteste que l’épiscopat gaulois recourait au SaintSiège à chaque instant ct pour les motifs les plus di­ vers. P. L., t. riv, col. 630. L’archevêque de Vienne, saint A vit (t 523) confirme ces déclarations: les canons conciliaires des Burgondes, écrit-il à Senarius, pres­ crivent de recourir au pape chaque fois qu’un doute surgit touchant la discipline ecclésiastique. P. L., t. i ix. col. 253. L’Églisc latine doit â celte pratique l'une des sour- I ccs principales dc sa législation. En effet, dès le vi· siè- l de, Deny s le Petit fait, â l’aide de ccs décrétales, dc ccs réponses papales fixant le droit sur un point parti­ culier, une collection dc textes canoniques, d’autorité égale u celle des canons conciliaires qu’il vient dc réunir. Véhiculés dc recueil en recueil, augmentés, au cours des âges, de decisions nouvelles, ces fragments ont found au Corpus juris l’un de ses plus riches élé­ ments. La fréquence des rapports entre Home et les divers diocèses caractérise l’Eglisc dOccident. 11 ne faudrait pas croire, cependant, que les papes n’intervenaient pas dans les affaires des Églises orientales : mais leurs relations avec ccs dernières paraissent les mêmes au vi* siècle qu’au ni· : elles sc bornent aux questions essentielles. Du moins peut-on l’inférer, semble-t-il, d’une loi de Justinien, datée de 533. Dans cette cons­ titution, qu’il adresse a Épiphane, patriarche œcumé­ nique dc Constantinople, l’empereur interdit de pren­ dre aucune mesure concernant Vanité el l’é/af dc l'Égllsc, sans l’avoir préalablement soumise au juge­ ment de · la béatitude du très saint pape et patriarche de l’ancienne Home, puisqu'il est le chef dc tous les prêtres dc Dieu ». Code. L Ier, Ht. Dc summa Trini­ tate eide fide catholica,const. 7; dans l éd. Krueger, p. 8. 2· Ces rapports restent spontanés. — Même pour I occident: toutefois, peut-on parler, dès cette époque, dc centralisation ? Ce terme, dans son acception pré­ cise, implique l’idée d’une tendance à prendre en main In direction, A *e réserver les initiatives; il laisse sup­ 1880 poser une volonté d’in fluence cl de contrôle. Or, rien de tel n’apparaît encore dans la littérature papale du v· siècle. Sans doute, les pontifes romains sc plaisent à constater l'cmprcsscmcnt des évêques à les consul­ ter, ils le trouvent légitime el naturel, ils le louent, ils l'encouragent. < Quoique les pasteurs gouvernent cha­ cun leur troupeau avec une spéciale sollicitude, écrit saint Leon le Grand aux évêques de la province dc Vienne, cl quoiqu’ils sachent qu’ils rendront compte à Dieu des brebis qui leur sont confiées, cependant la cure nous en est commune avec eux tous, cl il n’est pas un d’entre eux dont l’administration ne soit une partie de notre propre labeur. » P. L., t. Liv, col. 630. Mais les recours restent spontanés; le Saint-Siège ne prend aucune mesure pour les rendre obligatoires; les évê­ ques s’adressent à Home parce qu’ils y trouvent un avantage. 3° Premiers éléments de centralisation : 1. Les appels â Home. — Cependant il y a lieu dc relever, dans l’atti­ tude de la papauté au v· siècle, deux particularités importantes qui influeront de façon considérable sur la centralisation ultérieure : d’abord les papes re­ vendiquent hardiment le droit absolu, pour eux, d’accueillir les appels judiciaires. On a essayé de ratta­ cher la primauté du tribunal apostolique à la constitu­ tion Ordinariorum, par laquelle l’empereur Graticn. répondant au concile romain de 378, décida que tous les évêques de l’empire dOccident qui ne voudraient pas accepter la sentence de leurs pairs réunis en con­ cile devraient se présenter au pape, ct au besoin y cire contraints par les préfets du prétoire. En effet, remarque-t-on ,1e concile dc Sardique (343-344) avait bien déjà proclamé le pouvoir du pontife romain sur les sen­ tences portées contre un membre de l’épiscopal, bal­ lant ainsi en brèche le principe admis par le concile d’Antioche in encœniis, de 341, que le jugement des évêques appartenait exclusivement à leurs collègues dc la province, assistés, s’il le fallait, par ceux dc la province voisine; mais il reconnaissait au pape une juridiction de cassation plutôt que d’appel; il ne le chargeait pas dc juger lui-même sur le fond, en se­ conde instance, mais seulement de désigner dc nou­ veaux juges, in partibus, s’il n’approuvait point la pre­ mière sentence : Graticn allait beaucoup plus loin. Sans doute; mais il faut tenir compte que les Pères de Sardique n’accordaient pas au pape une faculté nou­ velle; au contraire, ils restreignaient plutôt, dans un désir dc conciliation inspiré par les circonstances, les attributions du Saint-Siège ; avant Sardique, en effet, le pape Jules Itr affirmait très nettement, comme un usage établi, le droit d’en appeler au pape des juge­ ments rendus par un concile provincial. Aussi bien, pas plus la constitution de Graticn que les canons dc Sardique ne modi lièrent la pratique antérieure; qu'il s’agisse dc 34 1 ou de 379, les plaignants ct le pape sc comportèrent exactement après comme avant. Ces deux interventions, conciliaire ct impériale, ne sont donc pas la source dc la primauté judiciaire du SaintSiège. Cf., pour le concile de Sardique, I lefele-Lcclcrcq, Histoire des conciles, t. i, p. 764, et P. Batiffol. La paix constantinienne et le catholicisme, p. 443; pour la lettre dc Graticn, P. Batiffol, Le Siège apostolique, p. 45. En outre, ccs interventions n’avaient pour objet, l une comme l’autre, que les sentences frappant un évêque. Elles n’intéressaient à aucun titre les causes des membres inférieurs de la hiérarchie ecclésiastique ou des simples fidèles; pour celles-ci,les origines de l’ap­ pel à Home demeurent dans l’ombre la plus épaisse. Or, c’est bien le droit pour tout le monde de se présen­ ter devant eux qu’allinncnt les papes du v· siècle. Saint Léon revient â chaque instant sur ce point. Qu’on sc reporte à scs lettres aux évêques de l’Illyricum, dc la Gaule, dc l’Afrique: il y insiste sur la 1881 PAPE. PROGRÈS DE LA CENTRALISATION faculté, pour tout fidèle qui se croit lésé par le juge- · ment de ses supérieurs locaux, dc porter sa cause, en dernière instance, devant le tribunal suprême du pon­ tife romain. /*. L., t. liv, col. 616, 6.30, 655. Au point dc vue qui nous occupe, c’était affirmer, déjà, le principe dc l’ingérence d'office, sans sollicitation préalable de l’évêque, dans les allalres disciplinaires des Églises particulières. Et vraisemblablement celle revendica­ tion ne fui pas étrangère à l'intensification des recours à Borne. Comment croire, en effet, que les prélats sc soient désintéressés du démenti éventuel qu’un appel Judiciaire pouvait procurer à un dc leurs actes de gou­ vernement ? En s'assurant au préalable dc la pensée du Saint-Siège, ils se prémunissaient contre un tel danger. 2. L'usage des légations. — Mais au v« siècle appa­ raît encore autre chose; l'usage des légations. Les papes délèguent parfois leur autorité, à titre transi­ toire ou permanent, à des hommes de confiance qu’ils chargent de veiller, sur les lieux, à l’observation dc la discipline ecclésiastique. Laissons dc coté la question du vicariat de Thcssalonique, car ΓIllyricum dépen dait de la papauté, à cette époque, de façon spéciale. Mais l’envoi d’enquêteurs, munis de pouvoirs aposto­ liques, sc constate sous le pontltient dc saint Léon. Comme de nombreux voyageurs, écrit cc pape aux évêques de Mauritanie, lui ont parlé d’ordinations illi­ cites qui sc pratiqueraient dans leur région, la sollici­ tude que Dieu lui impose à l’égard de toute l’Églisc lui fait un devoir dc vérifier l’exactitude dc ccs dires. 11 envoie donc Ponllanus, son frère dans le Christ el évêque comme lui, pour qu’il informe au sujet dc ccs élections réputées irrégulières et lui fasse un rapport fidèle. P. t. liv, col. 615. Les successeurs de saint Léon suivirent son exemple. En 182, Simplicius investit de son autorité l’évêque de Séville, pour qu’il puisse imposer avec plus de force, dans sa province, l’obéissance aux décrets ecclésias­ tiques: congruum duximus vicaria Sedis nostræ te aucto­ ritate fulciri. P. L., t. lviii, coi. 35. Hormlsdns confle au même évêque des pouvoirs analogues pour la Bétlquc cl la Lusitanie, tout en sauvegardant, néan­ moins. la Juridiction des métropolitains. P. L., I. lxui, col. 420. Il établit l’archevêque de Tarragonc légal pour le reste de l’Espagne : vices vobisapostolicæ Sedis catenas delegamus ut sive ca quæ ad canones pertinent sive ea quæ a nobis sunt nuper mandata serventur. P. L., t. lxiii, coi. 122. Dans les premières années du vu· siè­ cle, saint Grégoire le Grand, soucieux d’extirper dc l’Églisc franque la simonie cl l’ingérence abusive des laïcs dans la provision des sièges épiscopaux, désigne un légat, certain Ciriacus, qu'il charge de promouvoir la réunion dc conciles provinciaux et d’amener les évêques à y lutter pour la sauvegarde dc la discipline; ct pour que cet envoyé jouisse d’un plus grand crédit, le pape négocie avec la reine Brunchaull dans le but d’amener celle-ci Λ solliciter elle-même hi légation. P. L., t. I.XXVH, col. 1038, 1209, 1261. Vers 680, Aga­ thon envoie en Angleterre le préchantre de la basi­ lique romaine de Saint-Pierre, pour qu’il enseigne aux moines les mélodies sacrées; mais il le charge en même temps de s’informer à fond dc l’état religieux de la Grande-Bretagne; ct le délégué, pour renseigner son maître avec plus dc compétence, réunit un concile. Bèdc le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, I. IV, c. xvni. P. L., I. xcv, col. 200. Quelque obscurité que présente la question du vicarial apos­ tolique d’Arles, il n’est pas douteux que certains titu­ laires dc cc siège n’aient joui, au moins à titre person­ nel, d’une délégation pontificale; cf. L. Duchesne, Pastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. 1", 2· éd., Paris, 1907, p. 86; A. Malnory, Saint Césaire, évéque d'Arles, Paris, 1891, c. ni ct vi, p. 38, 105. De même 1882 saint Berni dc Reims sur certaines provinces de la Bel­ gique et de la France. Saint Boniface, avant d’être placé sur le siège dc Mayence, exerça en France et en Allemagne les fonctions de légat, au nom dc Gré­ goire 11, de Grégoire 111 cl dc Zacharie. Cf. Thomassln, Ancienne et nouvelle discipline dc l'Église, par­ tie, I. 1", c. xxx ct XXX!. dans l’éd de Bar le-Duc. t. r, 1861, p. 161 el 167. Grâce à l’existence de ccs légats, primats, vicaires apostoliques, la chrétienté s'habitue à l’exercice du droit papal dc surveillance. Parfois lépiscopat volt ccs contrôleurs de mauvais œil, mais leur activité lui fait sentir qu’au-dessus de lui, cl à côté des conciles, existe une autorité suprême à laquelle il doit des comptes. Le v· siècle, et plus précisément le pontificat de saint Léon le Grand, avec les recours fréquents mais spontanés que nous venons dc voir, avec l’affirmation du droit pour tous les fidèles d’en appeler au tribunal apostolique, avec la pratique des légations, marque dans le progrès de la centralisation ecclésiastique comme le commencement d’un palier, sur lequel la papauté se maintiendra pendant longtemps. H ne faudrait pas croire, en diet, que la mainmise pontificale sur le gouvernement effectif de Γ Église uni­ verselle ail progressé dc façon régulière et continue. La marche en avant parait s’être faite plutôt par bonds. L'on peut même dire que la centralisation ecclésias tique n’est pas nécessairement corrélative au prestige de la papauté. Après la chute de l’empire dOcci­ dent (176), celle-ci apparaît dans une situation morale de tout premier plan: elle seule représente l'Europe en face dc Byzance; et, en Europe, clic seule Incarne la civilisation en face des barbares. Au vp-vn< siècle, se dessine le mouvement vers Rome des pèlerins, plus ou moins illustres, qui viennent en personne soumettre au vicaire dc Jésus-Christ leurs difficultés, recevoir ses conseils ou son absolution. Cf. G. Le Bras, La renaissance gélasienne, dans Rev. hist, de droit français ct étranger, juillet-septembre 1930, p. 506. Cependant, l’on ne remarque pas, à celle époque, d’innovation bien caractéristique au point de vue qui nous occupe. L’activité des papes hors dc Borne varia forcément d’intensité selon que des exigences immédiates rete­ naient plus ou moins leur attention sur le prochain voisinage: difficultés-avec les grands d’Italie, défense du patrimoine dc saint Pierre, lutte contre les enva­ hisseurs ct les brigands, factions à Borne même. En outre, quand Ils portaient leurs regards sur le reste de POccldent, à partir du vi· siècle, des nécessités impé­ rieuses s’imposaient à leur sollicitude: I Europe sc débattait dans l’anarchie: la civilisation romaine y disparaissait sans que fût encore organisé l’ordre nou­ veau appelé à la remplacer. La papauté eut à s'occuper tout d’abord dc promouvoir l’expansion dc la foi catholique parmi les conquérants barbares. Ensuite Il lui fallut déployer une activité de nature surtout politique, en vue d’asseoir sa propre puissance tempo­ relle. <1 imposer son Influence cl dc jouer le rôle de pacificateur cl d’arbitre. Cf. A. Fliche, La chrétienté médiévale, Paris, 1929; L. Duchesne, Les premiers temps de l'état pontifical, Paris, 3· éd., 1911. Ce n'est guère qu’au xi* siècle qu’elle pourra s’engager résolument dans la voie de la centralisation proprement dite. 3. Diffusion des collections canoniques: tes Hausses Décrétales. — En attendant, la diffusion dc plus en plus grande des textes canoniques, authentiques et apo­ cryphes, Iras aillera à faciliter, le moment venu, la pres­ sion pontificale. Répandues en Italie, dès le vi· siècle, grâce à la collection de Dcnys le Petit, el peu de temps après en Espagne, avec VJiispana, attribuée à tort ou à raison à Isidore de Séville, les décrétales, déjà intro­ duites en grand nombre dans les collections gauloises, 1883 PAPE. LA RÉFORME GRÉGORIENNE pénétrèrent oflfcicilemcnt dans i’empire franc avec Pext mplairc que le pape I ladrien remit a Charlemagne. Là, elles connurent bientôt, dans les ateliers des faus­ saires tourangeaux, le miracle R I E \ NE Les autres, de maniement plus facile, suivaient un plan méthodique, tel le Décret dr Burchard de Worms ou certaines compilations répandues en Italie; mais ils avaient l'inconvénient dc faire trop de place à des fragments d'autorité douteuse ou de tendances con­ testables. comme les canons des pénitentids irlandais, ou à des textes reflétant une discipline étrangère, purement locale ; en outre, les droits du Siège apostolique n'y paraissaient guère. Pour des raisons variées, toute cotte littérature laissait donc beaucoup â désirer. l’ne pléiade de travailleurs, stimulée par (iré­ goirc VII. sc mil a Pa uvre, guidée par cc principe fon­ damental que l'autorité du souverain pontife est la source même dc la loi ct qu’un texte n'a de valeur juri­ dique que s'il a reçu du pape une approbation au moins tacite. Ces chercheurs fouillèrent les bibliothèques de Romcct dc ritalic.cn cpiêtc dc documents canoniques. Ils compulsèrent les manuscrits contenant des décré­ tales, des canons conciliaires, des fragments patris­ tiques; ils prirent contact avec les recueils oubliés du droit romain, poursuivirent leurs investigations dans les écrits des historiens. De nombreuses compilations fragment aires sortirent de ccs recherches ct trouvèrent place dans des recueils nouveaux, dont quelques-uns nous sont parvenus : le Capitulare du cardinal Atton, la collection d’Anselme de Lucques, celle du cardinal Dcusdedit. Tous ccs ouvrages reflètent les mêmes préoccupations : rejeter dans l’oubli les textes apo­ cryphes, éliminer ceux qui représentent une discipline simplement locale, en opposition avec l'esprit romain, ct surtout mettre en évidence les témoignages authen­ tiques relatifs aux droits du Saint-Siège : Si les efforts vers le premier de ces trois objectifs ne furent pas tou­ jours heureux, cl si maint passage du faux Isidore trouva place dans les recueils grégoriens, au moins les deux autres buts furent-ils atteints : les collections nouvelles mirent en pleine lumière les prérogatives du Siège apostolique, et renforcèrent les assises juri­ diques dont le pouvoir du pape sur toutes les Églises avait besoin : toutes les collections grégoriennes com­ mencent par un titre De primatu. L'esprit qui les animait, cl la facilité qu’ils offraient, I grâce à leur méthode dc classement, de trouver les do­ cuments dont on avait besoin, valurent ù ccs recueils de droit canonique une fortune immédiate el considé­ rable. Cependant ils n’éliminèrent pas dc la circula­ tion, tant s’en faut, tous les textes qu’ils entendaient supprimer. Habitués ù citer ccs textes cl à les trans­ crire. les clercs les entremêlaient, dans leurs copies, avec le contenu des collections romaines. Bientôt il put sembler que dans la législation ecclésiastique la confu­ sion augmentât, au lieu de diminuer. Mais c’cst alors, précisément, que le remède apparut : el cela dès la lin du xi· siècle, Yves de Chartres et Bcrnald dc Cons­ tance introduisent dans le droit canonique des prin­ cipes plus nets dc critique ct d'interprétation : et, eux aussi, les idées grégoriennes les inspirent I n exemple : qu ind deux lois s'opposent, la loi générale, disent-ils, celle, par conséquent, qui émane du pouvoir suprême, l'emporte sur la décision d’une autorité locale. De la sorte, même d ins les recueils canoniques où figurent des documents défavorables â la centralisation, leur effet sc trouve neutralisé par l'examen critique, cl la volonté papale apparaît de plus en plus comme le fon­ dement du droit. Ces conceptions prévalurent vile. Au milieu du xti· siècle, Gratlen les lit présider à sa C’oncordia discordantium canonum. Depuis lors, elles n'ont cessé de régir le «irait canonique. P. Fournier, t n tour­ nant de l’histoire du droit, dans Nouvelle revue hiato· rique de droit français et étranger. I. xm. 1917. p. 129JKO; Les collections canoniques romaines de l'époque de Grégoire VH. dans Mémoires de l'institut national de 1888 France, Académie des Inscriptions cl Hettes-IMIrci t. XM, 1920, p. 271-395. On le voit, le pontificat d’IIildebrand marque ta le progrès de la centralisation une étape des plus Im­ portantes. Avec Grégoire V11, le pape a exercé un con­ trôle étroit, permanent, méthodique, efficace, sur toutes les Églises locales; et II a justifié théoriquement ce contrôle par des textes juridiques. Pratique el thtorie ne seront plus abandonnées. Ce n'est pas entre les mains d’un Alexandre III. d’un Lucius JII, d’un Inno­ cent III, d’un (irégoirc IX, d'un Innocent IV, que la centralisation s’affaiblira : ces grands papes du xirtl du xnrsiècle ne feront.au contraire,que la consolider. p. mm/tatiox bü pouvoir Dm orwxairm. — Sous leur pontificat, la restriction légale des pouvoirs de l’évêque apparut. Sans doute, déjà sous Gré­ goire VII l’exercice de ces pouvoirs avait subi des entraves; mais l’action des légats avait surtout pour objet de réprimer les abus; elle se faisait sentir pour imposer une ligne de conduite, empêcher telles me­ sures: spéculativement, les évêques gardaient tout h ur ancien pouvoir de juridiction; le pape ne faisait que leur prescrire d’en user dans un sens déterminé. Celte situation va changer. Ie La théorie ct ta pratique dc la dispense. — Tout d’abord, le pouvoir de l’évêque dc dispenser des lois ecclésiastiques est mis en question. Aucune théorie un peu cohérente en matière de dispense n’a vu le jour avant le x· siècle : les concessions s’accordaient rare­ ment. cl toujours elles devaient se fonder sur des rai­ sons d’utilité publique; mais les évêques disposaient à leur sujet d’une compétence indiscutée. Au contraire, au xi* siècle, une doctrine s’ébauche; le Saint Siège, pousse par les exigences de la réforme, travaille â étendre son droit dc dispenser et à restreindre celui des prélats inférieurs; les concessions deviennent plus fre­ quentes, et l'ancienne obligation d’invoquer un motif (l'ordre public s’atténue. Toutefois, les idées sont flottantes, la pratique manque d’uniformité : les papes dispensent, certains évêques aussi; d’autres sc plai­ gnent des interventions papales, qu’ils considèrent comme une usurpation dc leurs droits à eux, dont ils entendent ne pas user; d’autres, enfin, recourent au pape. Au xn* siècle, les décrétistes, tout en talonnant sur bien des points, reconnaissent au pape un droit universel de dispense sur toutes les lois simplement humaines, droit qu’ils rattachent au pouvoir souve­ rain. Quant aux papes de celle époque, ils revendi­ quent hautement la compétence exclusive sur leurs propres lois, ainsi que sur les dispositions conciliaires : cc que personne ne leur conteste plus guère; mais Ils proclament non moins haut leur puissance d’interve­ nir, au nom dc la plénitude de leur juridiction, même pour dispenser des lofs épiscopales, et cela malgré l’évêque. Et leur théorie prévalut, en attendant que saint Thomas d'Aquin formulât, le premier, du reste, les clairs principes auxquels tout le monde sc ralliera; peut dispenser d’une loi l’autorité d’où elle émane; un inférieur ne peut entreprendre sur les lois dc son supé­ rieur que d ins la mesure où celui-ci l’y a autorisé; le pape, dépositaire du pouvoir suprême, peut dispenser de toute loi. à condition qu'elle admette dérogation, à savoir qu'elle ne ressortisse point au droit divin, natu­ rel ou révélé. M. A. Slicgler, Dispensation. Dispensa· lionstvesen und Dispensalionsrecht ini Kirchenrccht geschichtlich dargcstcUt. Mayence, 1901; .1. Brys. Dc dispensatione, in /ure canonico, Bruges, 1925. A la lin du xm· siècle, celle doctrine n’est plus contestée; on voit son importance nu point de vue de la centralisa­ tion, puisque la fréquence des dispenses s’introduisit de pair avec In réserve au pape seul du droit dc les accorder, chaque fois qu’il ne s’agirait point de ι déroger à une simple loi diocésaine. 1889 PAPE. LA CENTRALISATION BÎ'NÉFlCIXLE 2° Heslriclions législatives. Le principe grégorien que le droit canonique repose tout entier sur la volonté du pontife suprême, principe qui tient une si grande place dans la théorie de la dispense et qui devait trou­ ver une éloquente illustration dans les rubriques des Décrétales de Grégoire IX (1231), où le pape seul fait ligure dc législateur, et où les décisions du concile œcuménique lul-mêinc sont attribuées ù son autorité, Innocentius 111 in concilio generati, cc principe, disons-nous, impliquait une autre conséquence, que les papes tirèrent dès le xn· siècle : ù savoir le droit, pour eux, de légiférer sur retendue même du pouvoir des évêques et de le restreindre si le bien public le deman­ dait. En 1139, le IIe concile du Latran. présidé par Innocent II, publie le fameux canon Si guis suadente diabolo, établissant la première réserve générale au Saint-Siège d'une excommunica lion latæsententiœ: Cor­ pus juris canonici, décret de Grallen, cans. XV II, q. iv, c. 29; dans l’éd. de Friedberg, col. 822. Un peu plus lard, Alexandre III relire aux évêques le droit de se prononcer sur le culte des saints : Corpus juris cano­ nici, collection des décrétales de Grégoire IX, 1. Ill, tit. χι.ν, De reliquiis et veneratione sanctorum, c. 1, ibid., col. 650; voir dans Baronius-'l beiner, Annales ecclesiastici, an. 1181, n. 7, éd. de Bar-Ic-Duc, t. xix, 1869, p. -198, le scandale qui aurait motivé cette inter­ vention. En 1215, le IVe concile du Latran, à l'instiga­ tion d’Innocent III, limite le pouvoir des évêques tou­ chant les indulgences : certains prélats, dit le c. G2, n’hésitent pas ù abuser dc rémissions indiscrètes ct superflues et ils énervent ainsi la satisfaction pénltenllellc; désormais, ils ne pourront accorder plus d'un an d'indulgences ù l'occasion d'une consécration d’église, et plus de 40 jours à l’occasion de l’anniversaire. Ibid., I. V, tit. xxxvin, De picnitcntiis, c. 14, col. 888. Une fois admis le principe de la limitation des pouvoirs épi­ scopaux, ct la pratique introduite, rien n'empêchera plus la papauté, quand elle le jugera opportun, dc mul­ tiplier ces interventions. 3° L*Inquisition. —A lu même époque, la création des inquisiteurs pontificaux transféra au Saint-Siège, dans le domaine des choses de la foi, une bonne part de l'autorité des évêques : en pratique, du moins, car, en droit, les deux juridictions pouvaient s’exercer parallèlement. A l’assemblée dc Vérone, où sc rencon­ trèrent Lucius III et Frédéric Barberousse, le pape promulgua solennellement, le I novembre 1181, sa fameuse bulle contre les palarius, cathares, pauvres de Lyon ct autres mécréants, dont les progrès mettaient en péril non seulement la religion chrétienne, mais la société elle-même. Il y instituait une procédure nou­ velle; jusque-lù, on n’avait poursuivi les hérétiques que sur dénonciation ; ù l'avenir. Ils seraient recherchés d’olUcc. I lefele-Lcden q. Histoire des conciles, t. v b, p. 1119. Les évêques furent d'abord chargés, tout seuls, dc les dépister. Mais quelques-uns se montrèrent indo­ lents, d’autres se heurtèrent ù de dures résistances de la part des hérétiques ou de leurs protecteurs. Les papes commencèrent par leur adjoindre des légats ; puis Grégoire IX confia la besogne de l'inquisition ù l’ordre nouveau de saint Dominique, auquel Inno­ cent IV associa les franciscains. Labbe ct Cossart, Sacrosancta concilia, l. xr, col. 335; Hullarium rnnuv num, éd. de Turin, l. m. p. 584. Investis d’amples pouvoirs pour enquêter et contraindre, ces religieux furent répartis un peu partout, el les territoires divisés en circonscriptions inquisitoriales. Voir art. Inqui­ sition, t. vu, col. 2019. L’évêque, il est vrai, gardait ses pouvoirs, Boni!. VIII. cap. Per hoc, De lucret., in VI·, ι et ccs délégués étrangers, venant pourchasser l'hérésie au nom du pape, lui rendaient Λ lui-même de précieux · services : plus indépendants que lui des influences locales, pouvant agir plus librement que lui, ils le sou- 1 I 1CT. DE THÉO!.. CATH. j 1890 logeaient d’une tâche lourde ct Ingrate ct lui épar­ gnaient des interventions parfois dangereuses; ils n'en étaient pas moins des agents pontificaux dont la juri­ diction, la plupart du temps, supplantait la sienne. r/. la clxjhaliuatiox nCsftnciALL ne .r/p*siLCLK. — Si le souverain pontife a sur l'Eglise univer­ selle la plénitude de la juridiction, cc que l’on ne mé­ connaissait plus guère depuis le triomphe des idées gré­ goriennes, il doit avoir aussi, comme conséquence nécessaire, le pouvoir dc disposer dc toutes les char­ ges ecclésiastiques el dc tous les biens afTectés à un usage religieux. Il a en outre, par voie dc consé­ quence, le droit de lever des tributs. Ccs conclusions furent tirées ù leur tour. En sc mettant à nommer euxmêmes aux bénéfices de la chrétienté. 1rs papes intro­ duisirent dans l’histoire dc la centralisation un élément nouveau, de considérable importance. Au bas Moyen Age, toutes les fonctions qui tou­ chaient au culte, à l’instruction, à la bienfaisance, étaient occupées par des clercs, ct ceux-ci vivaient d’un bénéfice. Dans les premiers siècles, les communautés chrétiennes s’étalent formées d’abord dans les villes, et les gens d’Église participaient à un fonds commun, administré par l'évêque. C’était l’évêque qui assurait à scs collaborateurs la nourriture, le vêtement et le gîte. Quand la vie cultuelle déborda la civitas, et que des clercs exercèrent leur ministère au milieu des cam­ pagnards, l’évêque abandonna parfois â ccs isolés, en précaire, de petites terres dont ils liraient leurs moyens de subsistance. Ils en percevaient les fruits, sans avoir sur elles dc droits bien établis. Mais quand s'organisèrent les paroisses rurales, aux iv· et v· siè­ cles, au curé devenu personnage autonome il fallut des ressources mieux assises. Elles lui vinrent soit d’un fragment des biens épiscopaux que l’évêque lui aban­ donna, soit, plus souvent, d’une dotation en biens fonds que lui constituèrent les fidèles. A côté des églises publiques, de pieux propriétaires ouvrirent des églises privées, des chapelles, cl ils assurèrent par des fon­ dations la subsistance des clercs qui devaient les des­ servir. Imbarl dc la Tour. Les paroisses rurales du iv· au xi· siècle, Paris, 1900; E. Lcsne, Histoire de la propriété ecclésiastique en Prance, 1.1, Lille-Paris, 1910. Ccs libéralités se multiplièrent dès le haut Moyen Age, cl pour des fins variées. Mais toutes avalent un but commun : procurer le nécessaire ù des gens d’Egllsc qui s'acquitteraient d’une fonction voulue par le fon­ dateur. Telle tut l’origine des bénéfices ecclésiastiques. Ils consistent essentiellement en une charge cléricale, dont le libre exercice est assuré par des biens-fonds. Au xme siècle, l’institution est généralisée depuis longtemps. A tout emploi correspond une fondation; tout fonctionnaire d’Egllsc est un bénéficier. Les bénéfices sc divisaient en deux catégories. Les uns, dits majeurs, étalent pourvus.au moins en droit, par élection : c’était le cas des abbayes cl des évêchés, lesquels, bien que trouvant place dans la hiérarchie des fiefs, étaient avant tout, et par essence, des béné­ fices; aussi le Ier concile du Latran, en 1123, avait-il restauré à leur égard le principe traditionnel de l’élec­ tion, si délaissé au x* el au xr siècle : can. 10, Mansi, Concit., t. xxf, col. 283. La collation des bénéfices mineurs appartenait généralement aux « ordinaires », évêques ou abbés, dont le choix était plus ou moins conditionné par les héritiers des fondateurs. Jusqu’au milieu du xnr siècle, les papes ne paraissent guère avoir conféré directement de bénéfices mineurs. Ils Interviennent dans les provisions, le plus souvent en faveur de clercs ordonnés sans litre suffisant, ct par conséquent dénués de ressources : mais ils se bornent ù recommander ces candidats ù la bienveillance du collateur ordinaire. Il est vrai que, si leurs sollicita­ tions n’aboutissent pas. il leur arrive de hausser le ton T. — X l — 60 1891 PAPE. LA CENTRALISATION BÉNÉEICIALE 1892 et de rappeler In plénitude de leur juridiction. Voir les à la nomination des fonctionnaires subalternes dr textes que cite Ifinschfus, System des katholischen l’Église, elle ne manquait pas, elle non plus, d'impurKirchenrechts, t. in, Berlin, p. 115-117. En 1265, I tance, puisqu’elle permettait au Saint-Siège de s’assu­ Clément IV formule la première réserve générale : rer un clientèle nombreuse. Déjà Adrien IV l'avait défense aux collaleurs ordinaires de pourvoir aux béné­ deviné, au milieu du xn· siècle, et il disait vouloir favo­ fices vacants in curia, c'est-â-dire dont le dernier riser les clercs qui le servaient avec fidélité. Id., ibid., titulaire es! décédé dans la ville où réside le pape : p. 13. Décrétale Ucel ecclesiarum, I. Ill, lit. iv, Depnebendis Mais il y avait autre chose encore. Les jeunes Étals et dignitatibus, in VI·, c. 2, dans l’éd. Friedberg, songeaient Λ leurs finances, et ils les constituaient en col. 1021. Ces cas, dans la pratique, ne devaient pas sc partie au préjudice du Saint-Siège. Leurs chefs confis­ vérifier bien souvent. Quant aux bénéfices majeurs, la quaient â leur profit les décimes, ces contributions pré­ législation donnait aux papes du xm· siècle divers levées sur le revenu ecclésiastique, grâce auxquelles les moyens de les pourvoir : en vertu de l’appel, si une papes du xm· siècle trouvaient moyen de faire face aux élection double ou contestée leur était soumise; de la besoins généraux de l'Église et Λ ceux de l’adminis­ dévolution, si un vice substantiel rendait milles les tration pontificale. Bien ne serait plus facile au pape, opérations électorales; de la procédure compromis­ s’il mettait la main sur les bénéfices, de grever les col­ soire ou d’élection à deux degrés, si les électeurs char­ lations de taxes appropriées. Ainsi la nécessité cl geaient le pape de choisir Λ leur place. G. Mollat, La l’exemple des princes séculiers conspiraient ά pousser collation des bénéfices ecclésiastiques sous les papes la papauté vers une centralisation bénéficlale, que d'Avignon, Paris, 1921, p. 153 et sq. Mais on peut dire compléterait une organisation du fisc apostolique. que. jusqu’au xiv· siècle, les provisions de bénéfices Imbart de la Tour. loc. cit., p. 835, 838. par le Saint-Siège constituèrent une exception, Le grand ouvrier de cette besogne fut Jean XXII, offrirent un moyen de sortir de situations particulières contemporain de Pierre Du Bois et de Nogarel; embrouillées, ou de p irer à des abus. Au xiv· siècle, au comme eux, légiste: comme eux, imbu de cet esprit contraire, l’exception s’érige en règle; entre les mains doctrinaire et subtil (pic ses rivaux mettaient au ser­ de la papauté, la nomination aux bénéfices devient un vice de la couronne. Pour un peu, s’il n’eût été cardinal Instrument de gouvernement,et cela à plusieurs litres. et appelé ù la tiare, Jacques d’Eusc eût pu être un con­ Nous n’avons pas eu â parler jusqu’ici de l’œuvra seiller redoutable de Philippe le Bel ou de Philippe V... politique de Grégoire VII et de scs successeurs; elle fut Dans le domaine spéculai if, il ne sera qu'un théolo­ grandiose et l’on peut la dire unique d ms l’histoire : â gien médiocre et suspect; tout trahit, au contraire, une Europe inorganique, privée de pensée directrice et l'entêtement, l’âpreté, l'esprit retors et net du basodéchirée par les égoïsmes particuliers, la papauté chlen ou de l’argentier de génie, qui feront de ce chef imposa l’ordre, l’unité; elle réalisa la « Chrétienté ». de l’Église un chef de bureaux, l’homme des règle­ Qu’on lise la fameuse lettre d’innocent III à l’empe­ ments el des taxes, l’ordonnateur savant de la machine qui va déverser sur le monde chrétien un nombre incal­ reur de Constantinople, Corpus furis canonici, I. L lit. xxxiü, e. 6, x. Dr maforitate rl obedientia, éd. culable de lettres et aspirer une large part de scs res­ Friedberg, I. h, col. 196, et l’on sc rendra compte sources. ■ Id., ibid., p. 836. Lui el ses successeurs mirent en jeu tous les moyens que leur fournissait la de la place que le vicaire de Jésus-Christ revendiquait sur terre. Qu’il revendiquait et qu’il occupait. J. Ri­ législation antérieure, et ils en créèrent d'autres. Ils vière, Le problème de Γ Eglise et de l'État au temps de multiplièrent les réserves, générales ou spéciales, les Philippe te Bel, Louvain-Paris, 1920, p. 36; cf. A. Lu­ mandats de providendo, les grâces expectatives, et ils chaire. Innocent III, Les royautés vassales du Saint- en vinrent à se substituer, à peu près partout, aux élec­ Siège, Paris, 1908. Ainsi en mesure d’imposer sa vo­ teurs cl aux collaleurs ordinaires. Mollat, op. cit.; cf lonté, le pape n’avait pas Λ sc préoccuper trap du re­ du même, Les papes d*Avignon, P.iris, I· éd., 1921. Du reste, il ne faudrait pas croire que les bonnes crutement des fonctionnaires d’Églisc, sinon pour en raisons canoniques fissent défaut, pour légitimer cette assurer la qualité morale. Or, cette situation ne dura pas très longtemps; l’Europe de Grégoire X et de manière d'agir : pour les bénéfices mineurs, la négli­ Boniface VIII n’est déjà plus celle d’Innocent i 11. Les gence des ordinaires et le favoritisme; pour les évêchés monarchies modernes s'y constituent, s’entourant et abbayes, d’interminables disputes entre électeurs d’olficlcrs ά la dévotion du prince, de légistes qui dis­ partisans de candidats opposés, négociations d’allure cutent, armés des textes du droit rom dn, les titres du slmoniaquc, pression laïque, défaut, chez l’élu, des Saint-Siège. Les papes ont la juste Impression que qualités d’âge, de naissance, de science ou de vertu l’unité politique de In chrétienté, dont ils ont été les requises par le droit. Id., ibid., p. 190. organisateurs et les bénéficiaires, s’elîritc. Ils sentent i Qu’est-il resté, finalement, de la centralisation béné­ chez les fonctionnaires royaux presque toujours de la ficlale ? Pour les bénéfices majeurs, nous le verrons un défiance, fréquemment de l'hostilité. Il leur faut cher­ peu plus loin, en examinant les relations actuelles du cher de nouveaux soutiens, compter sur d'autres auxi­ pape avec la hiérarchie. En ce qui concerne les béné­ liaires. Où les trouver, sinon dans le haut clergé? Et le fices mineurs : pratiquement, peu de chose. Les inter­ meilleur moyen d’être sûr de lui, n’cst-cc pas de le re­ ventions papales dans ce domaine étaient trop mal cruter sol-même ? Imbart de la Tour, La crise reli­ vues des collaleurs ordinaires, elles se heurtaient de gieuse au Λ F· siècle, duns le Correspondant, t. ccvt, leur part à trop d’opposition pour pouvoir sc mainte­ 10 mars 1911, p. 833. D’ailleurs, la nomination directe nir en l’absence d’un pouvoir central vraiment fort : aux évêchés mettait aux mains des papes le plus puis­ et la papauté s’alïaiblit, quand commença le Grand sant des leviers politiques. A cette époque où les Schisme. Les abus des divers papes rivaux devinrent susceptibilités nationales étaient particulièrement criants el plusieurs pays se rebellèrent contre leurs vives rt les querelles constantes,les princes ne se préoc­ prétentions, pour tomber souvent, il est vrai, sous le cupaient pas seulement d’avoir dans leur royaume un Joug non moins pesant du pouvoir séculier. épiscopat fidèle; Ils tenaient Λ s’assurer des influences A l’issue du concile de Constance, un arrangement dans les pays dont ils désiraient l’appui : l’on devine de valeur assez médiocre fut trouvé dans le principe de quelles concessions la papauté pouvait obtenir d’eux, l’alternative, qu’adoptèrent les concordats de MIS, moyennant promesse de h's satisfaire dans le choix de conclus par Marlin V avec les < Nations . J. Sznuro. tel ou tel prélat. G. Mollat, La collation des bénéfices Les origines du droit d'alternative bénéficiate, dans Bé­ vue des sciences religieuses, t. v, 1925. p. 1, 389, et redésiastiques sous les papes d’Avignon, p. 199. Quant 1893 PAPE. LE CONCILE DE TRENTE t. vi, 1926. |>. 1. La diminution considérable du nom­ bre des bénéfices dans les sociétés modernes, où tant de charges, autrefois d’Eglisc, so sont sécularisées; la réforme protestante, qui détacha de Rome des pays entiers; lu conclusion de pactes concordataires, qui firent passer prébendes et cures aux mains des souve­ rains laïcs : autant de causes qui réduisirent considé­ rablement la matière même où le droit de collation pontificale aurait pu encore s’exercer. /Xujourd'hul, en dehors d’Italie, la réserve n’existe plus (pic dans des cas fort rares : pour les dignités capitulaires, pour les bénéfices dont le précédent possesseur, au moment de la vacance, appartenait à la prélaturc romaine, même A titre purement honorifique; pour ceux dont la mort atteint le titulaire quand il sc trouve â Rome; pour ceux dont la collation s’avère nulle, comme entachée de simonie; pour ceux, enfin, sur lesquels le pape a « mis la main », ce qu’il peut faire de quatre façons : en déclarant nul le scrutin, s’il s’agit d’un bénéfice élec­ tif, ou en interdisant aux ayants droit de procéder au vole; en recevant la démission du bénéficier précédent ; en en élevant celui-ci, pour le promouvoir à une charge supérieure, le transférer autre part ou simplement le priver de son emploi; enfin en confiant le bénéfice en commcnde. Cade dr droil canonique, can.326, § 1, 1435, Mais à côté de la pratique, il y a le principe juridique, et le pape pourrait toujours, s’il le voulait, s’en préva­ loir; le can. 1431 ic formule en ces termes : Jus romano ponliflci est beneficia in universa Ecclesia conferendi torumque collationem siblmct reservandi ; de quoi il faut rapprocher le can. 1434 : bénéficia Sedi apostolirir reservata ab inferioribus invalide conferuntur. VH. LA ΙΊΙΛ TIQUE UES COXCQHbA TS.— Le XV* siècle ne fut guère favorable au progrès de la Centralisation romaine. La papauté sortait du Grand Schisme affai­ blie* discréditée par les abus des rivaux successifs Tout le monde demandait une réforme de l’Eglise. non seulement in membris, mais in capite. Dans l'atmo­ sphère enfiévrée par la fermentation d’idées libérales ou révolutionnaires, la théorie gallicane de la supériorité du concile sur le pape, toute défavorable qu’elle fût au Saint-Siège, représentait encore une tendance modé­ rée. Jamais l’Eglise catholique n’avait connu pareille crise constitutionnelle. Contre la poussée démocratique, dont les consé­ quences apparurent en pleine lumière dans la dernière période du concile de Bâle, la papauté chercha, et trouva, un appui dans les pouvoirs civils, tout d’abord favorables aux idées conciliaires. En effet, les rois n'étaient point sans comprendre l’inconvénient des assemblées délibérantes; eux-mêmes travaillaient À les affaiblir dans leurs Etats. Quel intérêt pourraient-ils avoir au réveil d'anciennes libertés ecclésiastiques ? N’étail-il pas plus simple de traiter nvee Rome? De gouvernement â gouvernement, l’on peut toujours négocier et s’entendre. Ces dispositions sen aient trop les Intérêts du SaintSiège pour qu’il n’y répondit pas. En I t IX. Nicolas \ conclut avec Frédéric III un accord réglant le statut ecclésiastique de l'empire germanique; les négocia­ tions qui devaient aboutir au concordat français de 1516 sont entamées dès I 112; l’ère des conventions commence. Mais qui no voit qu’elle marque, pour le Saint-Siège, un progrès considi rabie sur la situation immédiatement postérieure nu Grand Schisme0 Alors, on érigeait au-dessus de lui les libertés ecclésiastiques, réputées intangibles; maintenant, il en dispose, et s’il consent à des sacrifices, il est censé les faire de plein gré En un certain sens, la centralisation recule, car les épiscopats nationaux vont dépendre beaucoup moins étroitement de Rome qu’avant le schisme : ils s’ap­ puieront beaucoup plus sur les royautés respectives. Mais le principe n'y perd rien, puisque les rois n’agi­ 1894 ront. en somme, qu’en vertu d’une délégation consen­ tie par le pape. Imbart de la Tour, loc. rit., p. 813 et sq. rΠ/. LE CQXCtLE bF. TRESrE ET SES .«r/nw.—Or. la même Idée de réforme, qui avait menacé, au xv* siècle, la suprématie du gouvernement pontifical, va au con­ traire, au xvp, l’asseoir sur des bases nouvelles et faire entrer la centralisation dans sa phase définitive. On peut dire que la forme actuelle de la centralisation, c’est Luther, en bonne partie, qui donna prétexte de l'introduire. D’abord, c’est pour dépister et combattre scs idées que Paul III, le 21 juillet 1512, créa la plus ancienne des congrégations cardinalices permanentes, le premier rouage d’une machine nouvelle qui n’a fait, depuis, que sc compléter et se perfectionner : le SaintOffice, chargé de surveiller, sous les yeux du pape, la foi catholique dans l’univers entier cl de la préserver par des moyens constamment mis au point, tribunal sans appel, A compétence territoriale illimitée, pouv .ml attirer à lui toutes les causes touchant le dogme, ou désigner les juges qui en connaîtraient sur place. Constitution Licet ab initio, Hullarium romanum, • <1. de Turin, t. vi, p. 3 I I Mais surtout les dangers pressants que l’hérésie luthérienne faisait courir au catholicisme imposèrent bon gré mal gré, la tenue d’un concile dont personne ne pût sérieusement contester le caractère œcumé­ nique, le fameux concile si souvent réclamé en vain depuis l’assemblée de Constance. Or, si le concile de Trente ne manqua point de préciser In doctrine, il s’occupa de la reformation. Dans ses vingt-cinq scs sions, qui s’échelonnèrent de 1545 A 1563, il toucha a toutes les questions un peu importantes qui concer­ nent la discipline ecclésiastique : pouvoirs et obliga­ tions des évêques, des chapitres, des curés, tenue des synodes provinciaux et diocésains, nomination aux diverses charges, éducation et mœurs du clergé, ins­ truction des fidèles; sur le mariage chrétien, les condi­ tions requises pour recevoir les saints ordres, la célébration des messes, l’administration des biens d’Église, il confirma, rectifia ou compléta l'ancienne législation. Or, avant de se séparer, le I décembre 1563, les Pères de T rente sc préoccupèrent de l’avenir de leur œuvre. Convaincus que sa réception el son observa­ tion n'iraient point sans susciter de nombreuses diffi­ cultés pratiques, ils confièrent au pape, éventuelle­ ment, le soin de les aplanir : sess. xxv, De recipiendis et observandis decretis concilii. H ne s’agissait point là d’une délégation : l'assemblée avait reconnu d’avance que le pape n’en avait pas besoin, puisqu’elle avait proclamé, à diverses reprises, le pouvoir suprême du pape dans l’Eglise universelle, p. ex. sess. xiv. de pirnitenlia. c. vu; elle tint, du reste. Λ soumettre à l'approbation de Pie IV toutes les decisions qu’elle avait prises : sess. xxv. Dt fuir concilii rl confirmatione petenda a sanctissimo domino nostro. Ce fut plutôt un vœu (pie le concile formula ; il exprima sa confiance que le pontife suprême saurait résoudre toutes les diffi­ cultés, en usant des moyens qu’il jugerait les plus opportuns : confidit sancta synodus beatissimum roma­ num pontificem curaturum... quacumque ratione et visum fuerit... En outre, il laissa au pape la charge de mettre au point et de publier la liste — Vindex - des livres condamnés, dont la session xvm· avait prescrit rétablissement, de même que le catéchisme, le missel et le bréviaire dont l’Eglise se servirait à l’avenir : sess. xxv. De indice librorum rt catrchismo, breviaria et missali. Toute la nouvelle législation se trouvait donc ainsi placée, de façon spéciale, sous l’autorité el la sur­ veillance du souverain pontife.constitué gardien.inter­ prète et continuateur de l’œuvre conciliaire; et nous 1895 PAPE. KAPPOBTS AVEC L’EPISCOPAT LATIN 1896 saxons que celle œuvre n’avait laissé de côté presque elle fut un moyen de parer; elle s'explique enfin, ct surtout, par l’idée de la primauté romaine, idée primi­ aucun détail de la vie catholique. Non seulement Pie IV confirma les décisions du con- | tive cl traditionnelle, qui n'a jamais été sérieusement vile ct précisa la date où elles commenceraient d’être contestée, au sein du catholicisme, même par ceux qui exécutoires, mais il interdit, sous peine d’excommu- j cn combattirent les applications pratiques. Si les papes n Ica t ion. tout commentaire sur leur texte et prescrivit sont parvenus à réunir dans leurs mains tous les fils de s’adresser a Borne chaque fois qu’un éclaircisse­ qui font mouvoir l’Églisc, c'est qu’ils ont senti qu'on ment paraîtrait necessaire : bulle Henedidus Deus, du attendait leur intervention el qu’ils pouvaient comp­ 26 janvier 1561. De plus, considérant que « peu im­ ter sur l'appui moral de la chrétienté. porte de faire des lois s’il n’y a personne pour cn II. Le pape et l'épiscopat latin. - Dans une promouvoir l’observation , il créa une congrégation société hiérarchisée comme l’Église catholique, l’on permanente dc huit cardinaux, vlrtirgée d’imposer par peut dire que le pape exerce le gouvernement effectif tous les moyens l’obéissance aux dé< rets de réforma- dans la mesure où il dirige l'épiscopat. Or, les liens dc lion, et munie à cct effet de très larges pouvoirs de con­ dépendance qui unissent aujourd'hui les évêques au trainte, parmi lesquels l'excommunication latir sen- souverain pontife ne sauraient être plus étroits. tentiir. Motu proprio Alias nas ». du 2 août 1561. (On /. LE PAPE ET LE CHOIX DES Éi ÉQUES. — 1° Jx trouvera ces deux documents â la fin de chacune des principe actuel. — D’abord, c'est le pape qui nomme éditions du concile; la plus récente cl la plus complète les évêques : cn principe, du moins, car il y a des excep­ est celle qu’achève dc donner la Gœrrcsgesellschaft. tions; mais à ce principe correspond la pratique de Concilium Tridentinum : diariorum, actorum, epistula­ beaucoup la plus usuelle. Nous ne parlons pas de rum, tractatuum nova collectio, Frlbourg-cn-Brlsg., l'institution ou mission canonique, de Γ ■ investiture , I volumes consacrés aux Ada ont paru, dus à St. comme on disait autrefois, de celte remise des pou­ Ehses, t. iv, v, vm ct ix de la collection.) voirs de juridiction, qui ne peut être le fait que du su­ Avec la création de cet organisme, qui prenait place périeur ecclésiastique. Si, au Moyen Age, elle procéda à coté du Saint-Office ct auquel d’autres allaient du métropolitain, depuis longtemps c'est nu pape s’ajouter sans tarder, reléguant à l’arrière-plan les con­ qu’elle est réservée. Il s'agit ici du choix proprement sistoires, le Saint-Siège entrait dans une voie nouvelle, dit, de la désignation de la personne. Or, aux termes celle de la division du travail de gouvernement, des du can. 329, § 2, du Code de droit canonique, le pape relations méthodiques ct suivies entre les diocèses cl nomme librement les évêques, eos libere nominal des bureaux de curie affectés à une besogne détermi­ romanus pontifex; et le § 3 précise : si un chapitre, ou née; cn un mol, dans la voie de la centralisation admi­ toute autre personne morale, garde la faculté dc dési­ nistrative, Depuis lors, il n’a fait que perfectionner les gner le prélat, c’est en vertu d’une concession, Si eui méthodes, sans changer le principe. Les progrès de la collegio concessum sit jus eligendi episcopum... 11 n’y a civilisation moderne, rendant les roules plus sûres, donc aucune obscurité sur ce point : dc droit commun, les communications avec Borne plus commodes, les évêchés sont de libre collation; tout autre mode de l’échange des correspondances plus rapide, ont servi à provision, et notamment l’élection, ne peut résulter resserrer les liens déjà si étroits qui unissent, depuis que d’un simple privilège. le xvi· siècle, le pape à toutes les fractions de la grande 2° L'évolution du droit. - De telles déclarations, du famille catholique. Ajoutons que l’exaltation doctri­ moins en termes aussi absolus, sont chose nouvelle : le nale du pouvoir suprême au concile du Vatican, les Code est, en effet, le premier texte proprement légis­ événements politiques qui suivirent dc près cl va­ latif où elles apparaissent. Les dispositions du Corpus lurent ù la personne des papes un surcroît de respect juris, au I. Ier, lit. vr, des Décrétales de Grégoire IX, de la part du clergé ct des fidèles, bien plus, comme qui constituaient en celte matière, jusqu’en 1918, la un attachement ému, teinté de tendresse mystique ct base du droit écrit, supposaient une discipline toute d’admiration, contribuèrent encore ù faire du Vatican I différente, assez clairement indiquée dans la rubrique le point sur lequel tous les catholiques fixent leur elle-même : De electione et electi potestate. L’évêque regard. devait être élu. Saint Léon le Grand a explique les rai­ IL résultats. — Celte perspective cavalière, cl sons de l’ancienne pratique dans une de ses lettres, forcement schématique, du développement dc la cen­ adressée à l’évêque Anastase dc Thessaloniquc, P. L., tralisation ecclésiastique, montre que celle-ci fut cn t. Liv, col 671 : Cum ergo de summi sacerdotis electione grande partie commandée par les circonstances. Cha­ tractabitur, écrit-il, ille omnibus pnrponatur quem cirri cun des progrès de la mainmise pontificale sur le gou­ plcbisque consensus concorditer postulari!, ita ut si in vernement de l’Églisc universelle correspondit à des aliam forte personam partium se vota diviserint, meire­ besoins; ct il esl tout naturel qu’une fois acquis, la polila ni judicio is alteri pra feratur qui majoribus et stu­ papauté sc soit efforcée dc les maintenir, dans la mesure diis juvatur et meritis : tantum, ut nullus invitis et non du possible,et de les consolider. Elle ne les réalisa pas, petentibus ordinetur, ne civitas episcopum non optatum du reste, ni ne les conserva, sans luttes. Déjà certains aut contemnat aut oderit, d fiat minus religiosa quam évêques protestaient, au v· siècle, contre l’envoi des convenit cui non licuerit habere quem voluit. Sur la pra­ légats : Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de tique des élections, et les empiétements des pouvoirs Γ Eglise, p* partie, Ι.ΊΙ, ch. cxvn, dans l’éd. de Bar-le- séculiers, voir l’art. Élection di s évêques, t. iv, Duc, t. n. p. 449. L’épiscopat d’Afrique, à la même col. 2256 2276. époque,supportait fort mal les appels interjetés à Home Sans doute le collège électoral, ù partir du xm· siècle, par scs ressortissants: Batiffol, Le Siège apostolique, se réduisit nu chapitre cathédral; mais, quel que fût le p. 240. L’on sait à quelles résistances se heurtèrent, nombre des électeurs, l’élection demeurait la règle. Le au xr siècle, les mesures réformatrices de Grégoire V11 : concile de Trente ne la modifia pas, bien qu’il entendit A. Fllche, La réforme grégorienne, t. n, passim, et sauvegarder cn tout les droits du pape cl qu’il vil quelle opposition acharnée rencontrèrent, au xiv* slè- dans celui-ci le juge-né dc l’idonéité des candidats c’e, les Incursions avlgnonnaises dans le domaine béné­ Sess. xml de reform., c. n ; sess. xxiv, de reform., c. t. ficiai : G. Mollat, La collation des bénéfices eccl. sous les Il déchira même ouvertement que, sur ce point, il ne papes d'Avignon, p. 227 ct sq. Le succès de la centra­ changeait rien ; nihil in iis pro priesenti temporum ra­ tione innovando. Sess. xxiv, de reform., c. i. Simple­ lisation s’explique cn partie, sans doute, par le génie des papes qui la firent principalement avancer, mais ment. il affirma avec force la validité des nominations aussi par la nature et la gravité des dangers auxquels pontificales : Si çuh dixerit episcopos qui auctoritate 1897 PA l’E. LE CHOIX DES ÉVÊQUES romani pontificis assumuntur non esse legitimos cl veros episcopos, sed figmentum humanum, anathema sit. Scsi, χχΐιι, de sacram, ordinis, can. 8. Aussi n’y a-t-il pas Heu de s'étonner que le clergé français prétendit ne pas demander autre chose que le droit commun, l'obéis­ sance aux «saints canons », quand il réclamait,ce qu’il ne cessa de. faire au cours des xvi· ct xvir siècles, le retour aux élections. Voir, par exemple, l'art. 35 du adder ecclésiastique des États d'Orléans de 1560, dans \cl Recueil des actes, titres ct mémoires concernant les afiaires du clergé de France, 1716-1752, t. il, p. 212; lu requête présentée aux États de Blois de 1576, dans la Collection des procès-verbaux des Assemblées générales du clergé de France, 1767-1780, I. I, p. 90; à rassem­ blée de 1582, ibid., I. 1, p. 211 ; à celle dc 1585, ibid., t. î, p. 283, 289; aux États de Blois dc 1588, ibid., t. î, pièces justificatives, p. 132; â l’assemblée dc 1598, ibid., t. 1er, pièces just., p. 161; à celle de 1610, ibid., t. n, pièces just. p. 1, etc. Toutefois, si l'élection est demeurée, jusqu’à ces der­ nières années, le seul moyen de pourvoir aux évêchés qui fût inscrit dans les textes législatifs de l’Église latine — au moins dans les textes à portée générale, car les concordats, eux aussi, sont une source du droit — elle avait, depuis longtemps, et sauf de rares exceptions, disparu de la pratique. Nous avons signalé plushnut (col. 1890) la mainmise pontificale, au xiv* siè­ cle, sur la provision des bénéfices. On peut dire (pic les papes d’Avignon portèrent à l’ancienne institution le coup dc la mort. Sans doute, on essaya dc la restaurer, mais jamais plus clic ne sc généralisa : le régime élec­ toral, quand il revécut, fut quelque chose de local, ct, au demeurant, dc précaire et d'intermittent, constam­ ment battu en brèche par le pape ou le roi. En effet, même pendant la lin du schisme, et grâce aux sous­ tractions d’obédience >, les collèges électoraux ren­ trèrent, pour quelque temps, dans l’exercice de leur ancien droit; ils s’y heurtèrent, du reste, à l’un des principaux abus que la centralisation papale avait en partie supprimé, la pression laïque. Mais cette réaction meme n’eut pos une longue efficacité. Dans les concor­ dats de 1118, conclus entre Martin V et les Nations >, après le concile de Constance, le principe fut inscrit de la provision des sièges épiscopaux par voie d’élec­ tion, mais sous réserve des nombreuses exceptions pré­ vues par les extravagantes Exsecrabilis de Jean XXII cl Ad regimen de Benoit X 11. En pratique, dans la plu­ part des États, c’cst le pape qui nomma, d’accord avec le souverain. Noel Valois, Histoire dc la Pragmatique sanction de Bourges, Paris, 1906. c. î. Le régime anterieur. Le concile de Bâle essaya violemment dc re­ venir à l’ancienne discipline, mais scs décisions radi­ cales se heurtèrent à l’opposition romaine ct ne furent nulle part appliquées telles quelles. Thoniassin, An­ cienne et nouvelle discipline de LÉglise, 11e partie, I. I, c. xi.v, éd. dc Bnr-le-Duc, t. m, p. -191; 1. II. c. xxxiv-xxxviii, l. îv. p. 350*391. Même en France, où le clergé, le parlement de Paris cl l’université se mon­ traient si attachés aux élections, la Pragmatique sanc­ tion dc Bourges, qui les rétablit en I 138. fut plus sou­ vent violée qu’observée, N. Valois, op. cil., c. m, L'application de la Pragmatique, en attendant qu’en 1516 le concordat conclu entre Léon X ct François 1er reconnût au roi le pouvoir de nommer à tous les évê­ chés. Bulle Sacro approbante concilio, du 19 decembre, dans \. Mercali. Raccolta di concordati, Home. 1919, p. 236. 3° Les exceptions. Le code dc droit canonique n’a donc apporté à la pratique des nominations épiscopa­ les aucun changement; il a simplement consacré un étal de fait, éliminé une antinomie entre l’usage ct la législation écrite. Mais, si les évêchés sont aujourd’hui, aux tenues mêmes du droit commun, dc libre colla­ 1898 tion pontificale, le pape ne les pourvoit pas tous sui­ vant les mêmes procédés. S’il exerce le plus souvent ses prérogatives lui-même, rien ne l’empêche de les délé­ guer, soit â un chef d’Étal, soit u une personne morale, qui procédera par voie de scrutin. De telles déléga­ tions figurent dans plusieurs concordats; mais clics peuvent être, tout aussi bien, tacites, cl s’appliquer au cas d’une possession traditionnelle. Le Code dc droit canonique n'a pas détmit les droits particuliers, qu'ils se fondent sur des conventions ou sur d'autres litres légitimes, cl même les can. 3 ct I les sauvegardent po­ sitivement. 1. /.'élection. - En fait. I élection *c pratique encore pour la provision de dix huit sièges épiscopaux, tous situés cn Suisse ou dans les États protestants d’Alle­ magne. Pour un seul, cependant, celui dc Coirc, dans le canton des Grisons, elle est une survivance dc l’an­ cien droit commun; partout ailleurs, clic résulte de pactes concordataires, dont le moins récent date seule­ ment dc 1828. A Coirc, la tradition remonte a Charlemagne, sinon même plus haut. En effet, le diplôme impérial ou l’on cn voit ordinairement le point de départ, cf. Kirchenlexikon, t. m, 1881, col 317, nous semble constater l’existence du régime électoral, plutôt que l’établir : ...Jubemus ut tam ipse air venerabitis prarfatus Cons­ tantius (l'évêque dc Coirc) quam et successores sui qui ex nostro permisso et voluntate cum electione plebi* ibi­ dem recturi erunt... E. Mfihlbnchcr, .\fonum. german, hist., Diptom. karolin., t. i. p. 112 Les textes ponti­ ficaux modernes se bornent a constater la pratique et la tiennent pour légitime : par exemple, la bulle Impo­ sita humilitati, par laquelle Léon XII, le 16 décem­ bre 1821, détache de Constance le canton de Schusz et l’unit à Coirc. Barberi ct Kainaldi, Bullant romani continuatio, t. xvi. p. 228. Ce sont les chanoines qui composent aujourd'hui le corp·* électorat l ne vieille querelle a longtemps mis aux prises le clergé de Coirc et le gouvernement cantonal, qui revendiquait le droit de confirmer l’évêque. Il semble qu’elle soit mainte­ nant apaisée ct que le pouvoir séculier se désintéresse, pratiquement, de l'élection. Le chapitre choisit donc librement son candidat, mais toujours panni les prê­ tres indigènes. Danusvr. Die stautlichen Jioheilsrrchte des Kantons Graubünden gegenùber dem Bistum Chur, Zurich. 1897. (Compte rendu dans Archio / k. Kirchenrecht, t. lxxvii, 1897. p. 626; rectifié ibid., Llxxvih, 1898. p. 573.) Les deux autres évêchés suisses pourvus par elec­ tion sont ceux dc Bâle el de Saint-Gall. Les conven­ tions conclues par Home avec les cantons de Lucerne, Berne. So leu ne ct Zug. le 26 mars 1828 pour l’évêché dc Bâle. ct. le 7 novembre 1815, avec le canton dc SaintGall, pour l’érection d’un diocèse sur ce territoire, ainsi que les lettres pontificales dont la première de ces con­ ventions s’accompagne, nous font connaître comment on procède ù la vacance de ces deux sièges. A. Mer­ cati, Raccolta di concordati. p. 711. 711, 719, 720, 717. Les chanoines ont trois mois pour manifester leur choix, ù partir de la mort du précédent évêque; ils ne peuvent désigner qu’un prêtre du diocèse, justi­ fiant des qualités requises par le droit canonique el, cn outre, agréable au gouvernement. A ces trois évêchés suisses il fallait ajouter, naguère encore, celui de Sion. La pratique (pie l’on y suivant paraît, du reste, assez étrange : c’était la diète du Va­ lais, bien plutôt que le chapitre, qui élisait le prélat; cn effet, les chanoines se bornaient â présenter une liste de quatre candidats, parmi lesquels la diète en choisissait un au scrutin secret. Garris el Zorn, Staat und Kirche in der Schivci:, Zurich, 1878, t i, p. 607 cl sq ; cf. Kirchenlexikon, t. xi, 1899, col. 373. Cet usage résultait d’un compromis, et marquait l’abou- 18U9 l’APE, LE CHOIX DES ÉVÊQUES 1900 tixMinenl d’une lutte séculaire, .ni cours de laquelle parmi lesquels le chapitre, au scrutin secret, élit l’évê­ |c> patriotes vnlaisms avalent peu à peu dépouille que; avant de le nommer olllcicllcnicnt, le Saint-Siège leurs évêques des droits de souveraineté qu’ils préten- ! s’engage à consulter le gouvernement, pour savoir s’il datent tenir de la fameuse Caroline, acte apocryphe n’élève contre l’élu du chapitre aucune objection de d’une soi-disant donation faite par Charlemagne à l’é­ caractère politique. I ne note, a laquelle cet article vêque Thcodule. Garels et Zom, op. cit., t. n, p. 32. renvoie, qui ne fall point corps avec le texte concor­ Le pape ne pouvait manquer de protester contre une dataire, mais qui. selon toute vraisemblance, n’a point pratique si manifestement irrégulière : il cassait donc élé ajoutée sans le consentement du gouvernement l’élection, quitte à nommer, motu proprio, le meme prussien, est ainsi libellée : Apostoiica turc Sedes hujus· candidat. Le caractère anormal de cc procédé, et aussi modi elenchis non adeo tenetur ut nequeat, postquam eos quelques autres considérations d’ordre local, ont mature perpenderit, si necessarium aut conveniens duxe­ amené, en 1919, l’abandon du système électoral cl rit, alium etiam eligere qui sit extra elenchos. l’évêque actuel a été nomme directement par le pape. 2. La nominalion par les che/s d’État, ■· Le privi­ Le concordai signé entre le Saint-Siège ct la répu­ lège de nommer les évêques était un de ceux que les blique de Prusse, le 10 juin 1929, ct ratifié le 13 août, anciens concordats ne manquaient presque jamais a considérablement changé le mode de provision des d’accorder aux souverains catholiques, ct nous avons sièges électifs cn Allemagne Acta apostoiica· Sedis, n. dit que le Code n’a pas modi lié les situations concorda­ du 13 août 1929, l. xxi, p. 521. Avant cette date, la | taires. En fait, cependant, cc mode de pourvoir les siè­ situation était réglée par trois documents : a) La cons­ ges épiscopaux devient de plus en plus rare, el la pa­ titution De salute animarum, du 16 juillet 1821, qui, pauté semble vouloir profiter de toutes les occasions â la suite de négociations entre Borne et le roi de Prusse pour le faire totalement disparaître. Les derniers trai­ Frédéric-Guillaume III, réorganisa les huit archevê­ tés de paix ont bouleversé profondément la carte de chés ou évêchés de Cologne, Trêves, Munster, Pader­ l’Europe en matière de concordats. Après 1918, plu­ born, Breslau, Culm, Ermland el Gnescn-Po.sen. sieurs puissances héritières d’un empire démembré cru­ Pie Vil y décida, comme chose très agréable à l’Alle­ rent pouvoir revendiquer le bénéfice des convention» magne cl très souhaitée par le roi de Prusse », que cha­ jadis conclues par le Saint-Siège avec les pouvoirs cune de ces Églises serait pourvue par le suffrage de ses dépossédés. Théoriquement, si le Saint-Siège l'avait chapitres respectifs, et le bref Quod de fidelium, daté voulu, ces accords pouvaient garder leur valeur en du même jour cl adressé â tous les corps capitulaires vertu d’une tacite reconduction, puisque le nouvel intéressés, précisa la procédure de l’élection. A. Mer­ Étal se substituait A l’empire défaillant. Mais le Saintcati, Haccolta di concordati, p. 618, 665; b) La bulle Siège ne le voulut pas. Benoit XV exposa très clai­ Ad dominici gregis, du 11 avril 1827, suivie de près par rement le point de vue papal dans une allocution le bref He sacra, du 28 mai, par laquelle Léon XII consistoriale du 21 novembre 1921. Acta ap. Scd., appliqua le régime électoral aux diocèses de Fribourgt. xiiT, p. 521, n. du 23 novembre 1921. Les concordats en-Brisgau, Koltenbourg, Mayence, Limbourg cl en question, déclara-t-il, sont res inter alios acla; ils ne Fulda, réorganisés six ans plus lot, à la demande des peuvent procurer à des tiers ni avantages ni préjudices; Etals rhénans, par la bulle Provida solersque de or, les nations issues de la guerre, ou agrandies par Pie Vil. du 16 août 1821. A. Mercati, up. cil., p. 700. elle de nouvelles provinces, ou encore tellement modi­ 703. 667; c) La constitution Impensa romanorurn pon­ fiées qu'elles ne peuvent plus être considérées comme tificum, du 26 mars 1821. par laquelle Léon XII la même personne morale qu’avant la guerre, sont des accorda la même faveur au roi Georges IV d’Angle­ tiers . : ce n’est pas avec elles (pie le Saint-Siège a terre pour les deux évêchés du royaume de Hanovre, contracté. Si. ajoutait le pape, elles désirent ellesHildesheim el Osnabrück. A. Mercali, op. cit., p. 689. mêmes conclure des conventions, rien de mieux; mais Gomme Gncsen-Posen et Culm étaient redevenus polo­ il laissait entendre que ce serait sur des bases dillénais. sous leurs anciens noms de Gniesno-Poznan cl rentes. En fait, aucun des concordats signes depuis In Pelplin. depuis les derniers traités de paix, la nomina­ guerre n’a accordé à un chef d’État le droit de nommer tion a ces sièges cessait d’être régie par le concordat de aux évêchés. Bien plus, le roi de Bavière possédait co 1821. Il restait donc, cn Allemagne, treize évêchés privilege depuis 1817, A. Mercali, op. cit., p. 591, el II électifs Le concordai de 1929 en a créé deux autres, parait bien (pic ce pays n’ayant pas changé de situa­ ceux d'Aix la-Chapelle ct de Berlin (art. 2. f 2 et 6). tion territoriale, mais seulement de régime politique, Les documents du xix' siècle que nous venons de le président de la république héritait de plein droit citer contenaient des dispositions communes : élection de la prérogative royale. Or, un nouveau concordat par le seul chapitre cathédral, nécessité de ne choisir ayant été conclu en 1924,1e droit de nomination y a été qu'un prêtre indigène (du diocèse, dans les pays rhé remplacé par autre chose, dont nous parlons un peu nuns; du royaume, pour le Hanovre; prussien, en plus loin, et vers quoks’orlcntent les préférences pon­ règle générale, pour la Prusse, el tout au moins aile tificales. Acta ap. Sed., I. xvn, p. II. n. du 24 jan­ imind, si le roi consent a ce qu'on le prenne dans un vier 1925 autre État), exclusion des candidats mal vus du gou­ A notre connaissance, le choix des évêques n’uppar· vernement. Sur cc dernier point, les textes de Pic VII I lent plus régulièrement, aujourd'hui, au chef de l'Étal, ne contenaient aucune précision. Dans ceux de qu’en 1·*rance, pour les deux sièges de Metz ct de Stras­ Léon XII, au contraire, concernant le Hanovre et les bourg, en vertu du concordai de 1801, maintenu cn pass rhénans, la façon de pressentir le gouvernement vigueur en Alsace ct Lorraine; en Espagne, û Haïti était minutieusement réglée. Cf. U. Stutz, Der neustc (concordai de 1869, Mercali, op. cit., p. 930) ct au Stand des deutschen bischolsmahlrtchles, dans les Kir Pérou. L’Espagne est le pays où le droit de nomination chenrrchtliche Abhandlungen, n° 58, 1909. remonte le plus haut; déjà le concile de Tolède de 681 Or, sl le concordat de 1929 maintient les élections. y fait allusion. Décret de Gralten, dist. LXIII.c. 25; la convention du II janvier 1753 le donne comme un Il cn bouleverse complètement l’ancienne pratique. Aux termes de l’art. 6. quand une vacance sc produit, état de choses existant, (pic personne ne songe a modi­ h chapitre présente au Saint-Siège une liste de candi­ fier, et qui s’appuie sur de nombreux documents an­ ciens, A. Mercali, op.ciL.p. 123, n 5; il nesc limite pas dats. canoniquement aptes à l’épiscopat; de leur côté, les archevêques cl évêques de Prusse en dressent une i la péninsule, mai* t< nd aux possessions d'outre­ mer ibidem (c’est à une situation identique qu’a mis autre, qu’ili acheminent à Home. Tenant compte de deux listes, le Saint-Siège choisit trois candidats. Hn la séparation de l’Église cl de l’Élat au Portugal, 1901 PAPE. LE CHOIX DES ÉVÊQUES en 1911). Au Pérou, le droit de nomination est cxplici tement reconnu au président de la République par le bref Pnrclara de Pic IX, daté du 5 mars 1876, Acta sanctu· Sedis, t. vm. p. 365; en pratique, c’est le congres qui choisit, sur une liste de six candidats que lui soumet le gouvernement; le président se borne à transmettre au Saint-Siège le nom de l’ecclésiastique ainsi désigné : Boudinhon. (.animent sont nommés les évêques, dans Revue du cierge français, l xxx, 1902, p. 210 (ce renseignement, ainsi que les autres concer­ nant l'Amérique latine lui ont élé fournis par S. E. le cardinal 1*. Gaspard, alors secrétaire de la S. Congré­ gation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires). (‘.’est par l’empereur-roi qu'étaient nommes, na­ guère, les archevêques et évêques de l’ancien empire d'Autrichc-1 longric : ù quelques exceptions près (01mùtz et Salzbourg. pourvus par élection; Scckau et Lavant, à In disposition du métropolitain de Salz­ bourg; Gurk, où l’empereur n’intervenait que deux fois sur trois, la troisième nomination étant réservée à l’archevêque de Salzbourg : Aichner-I riedlc, Compen­ dium juris ecclesiastici.. priisfJtim per imperium ausIriacum..., 1911, p. 293). Conformément a l’allocution consistoriale du 21 novembre 1921. le Saint-Siège con­ sidère l’Autriche et la Hongrie d'aujourd’hui comme des États nouveaux, ce qu’ils sont bien en réalité, et revendique la libre nomination des prélats de ces pays. •1° Inapplication du droit commun. - Élections et nominations par les chefs d’État représentent donc, dans l’Église contemporaine, d'intimes exceptions. La très grande majorité des sièges épiscopaux y est de libre collation pontificale. Ce régime n’exclut pas, ce­ pendant, toute intervention des pouvoirs civils. Quel­ quefois elle s’exerce de façon régulière, en vertu d’un accord officiel préalable; d’autres fois, le Saint-Siège réprouve en principe la dite intervention, mais il en lient compte, pratiquement, par souci d’éviter déplus graves difficultés. 1. Intervention empirique du pouvoir civil. - La plu­ part des républiques de l’Amérique latine profitent de celle situation empirique : Argentine, Bolivie. Chili, Cûsta-Rica, Guatemala. Honduras, Nicaragua, Para­ guay. San-Salvador, Venezuela. Plusieurs d’entre elles avaient conclu des conventions avec Home au cours du xixr siècle; mais elles les ont. peu après, dénoncées ou abandonnées. Depuis lors, elles soutiennent la thèse (prêtant d'anciennes colonies espagnoles, leur éman­ cipation ne doit procurer aucun préjudice au pouvoir qui les régit, cl que leurs gouvernements respectifs jouissent de plein droit des prérogatives reconnues par les papes à Sa Majesté catholique. Naturellement, le Saint-Siège déclare abusive cette prétention. Elle obtient cependant un effet. la plupart du temps : le pape affecte de considérer la nomination gouverne­ mentale comme une simple présentation, et il nomme à son tour le même sujet, motu proprio, ex benignitate apostoiica: Boudinhon. toc. rit. Il arrive que des heurts se produisent; cn 1923. Home écarta l’archevêque nommé â Buenos-Ax rcs, et il s'ensuivit, entre le Saint Siège cl l’Argentine, un assez ùpre conflit. 2. Droit de regard. Quand l’intervention du pou­ voir civil est officiellement admise par la papauté, on lui donne habituellement le nom de droit de regard. 11 consiste dans rengagement pris par le Saint-Siège de ne nommer aucun nouvel évêque sans en soumettre au préalable le nom nu gouvernement, lequel peut s’oppo­ ser a ce choix pour des raisons politiques. En quoi consistent ces raisons? C’est ce que précise l’art. 1 du modus vivendi conclu en 1928 avec la République tchdco slovaque : On entend par objections de caractère politique toutes les objections que le gouvernement serait à même de motiver par des raisons qui ont trait Λ la sécurité de l’État. par exemple que le candidat 1902 choisi se soit rendu coupable d’une activité politique irrédentiste, séparatiste, ou bien dirigée contre la con­ stitution ou contre l’ordre publie du pays. » Aeta ap. Sfd., t xx, p ( <·. A notre connaissance, le droit du regard a été accordé pour la première fois ù la Colombie, cn 1887. 11 apparaissait alors comme un compromis pour mettre lin à d’anciennes prétentions. · Le droit de nomination des archevêques et des évêques, portail l’art 15, est propre ct particulier au Saint-Siège. Cependant Sa Sainteté, en témoignage de spéciale considération, ct cn vue de maintenir la bonne harmonie entre l’Église cl l’État, accorde que la provision des sièges archiépi­ scopaux ct épiscopaux ne sera faite qu’après avoir demandé d’abord au président de la Bépubliquc si la personne à choisir lui est agréable. C'est pourquoi, lorsqu'un siège viendra a vaquer, le président de lu République pourra recommander directement au Saint-Siège les ecclésiastiques qui lut paraîtront doués des qualités requises pour la charge épiscopale. De son côté, avant de procéder aux nominations, le Saint-Siège notifiera toujours au président le nom des candidats qu’il sc propose de choisir, afin de savoir si celui-ci n’a pas des raisons d'ordre civil ou politique qui lui font trouver cc candidat désagréable. » A. Mer­ cati. op. cit., p. 1051. Cette formule prêtait à d’inévitables frictions. Le président était invité â presenter des candidats; mais le Saint-Siège ne s’obligeait pas à choisir l’évêquc par­ mi eux. Quel accueil recevrait a Bogota l’élu du pape, au moment des dernières interrogations, s’il ne figu­ rait pas sur la liste présidentielle? Aussi, dans les textes postérieurs, la clause relative aux présentations spontanées ne figura-t-cllc plus. L’expression raisons d’ordre politique eu civil > sc retrouve dans le concor­ dat serbe, conclu en 191 I, cl rat illé le 25 août, cn pleine guerre, par conséquent, et qui n’entra jamais en vigueur. A. Mercati, op. cit., p. 1100. Depuis lors, il n’est plus question que de ♦ raisons d'ordre poli­ tique ». Manifestement, le droit de regard jouit, aujourd'hui, des faveurs romaines, et il est appelé à prendre la place, aussi souvent que possible, de l’ancien privilège accordé autrefois aux chefs d’État de recruter euxmêmes l'épiscopat de leur pays. La France l’a obtenu en 1921. après la reprise des relations diplomatiques avec le Vatican. \ . Martin, Le choix des évêques dans PÉglise lutine, dans Revue des sciences religieuses, t iv, 192 L p. 2 LS; il ligure dans les conventions signées avec la Lettonie en 1922, Acta ap. Scd., t. XIV, p. 577; la Bavière en 1921. ibid., t. xvn, p. -11. la Pologne cn 1925, ibid., t. .xvn. p. 273; la Lithuanie cn 1927, ibid., t. xix. j). 125; la Tchécoslovaquie en 1928. ibid., t. xx, p. 65; l'Italie en 1929, ibid., t. xxi. p. 283; la Rouma­ nie en 1929, t. x.\i. p. HI, et aussi, quoique avec des modalités un peu particulières, dans l’accord complé­ mentaire conclu le 15 avril 1928 avec le gouvernement de Lisbonne pour les Indes portugaises, ibid., t. xx. p. 129 Le droit de regard ne porte aucun préjudice à la spontanéité absolue des choix pontificaux, cl il serait superflu d’insister sur le progrès que marque cc régime, au point de vue de la liberté du Saint-Siège et de la centralisation ecclésiastique, sur celui delà nomination par les chefs d’État. Entre les provisions affectées du droit de regard cl relies qui ne le sont pas. la principale dlflérence consiste dans la diversité des services char­ gés de les preparer : dans les cas de libre collation pure cl simple, c’est In Consistoriale qui s’en occupe; dans les autres, la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Le can. 255 du ('ode de droit canoni­ que attribue à ce dernier département le soin » de promouvoir aux diocèses vacants des hommes idoines* 1903 PAPE. LE CHOIX DES ÉVÉQIES quoties hisce de rebus cum civilibus guberniis agendum est. Il semble que cette redaction soit fort claire; en pratique, cependant, la Consistoriale ne crut pas le simple droit de regard suffisant pour lui enlever sa compétence, et, jusqu’en 1925, les évêques soumis à ce droit furent choisis par une commission mixte, compo­ sée de membres des deux congrégations. I ne inter­ vention personnelle de S. S. Pic XI a modifié cette pro­ cédure : dans une lettre qu’il adressa nu cardinal secrétaire d’État le 5 juillet 1925, il lui lit connaître que la réserve exclusive à la Congrégation des Affaires extraordinaires devait s’étendre même aux cas de sim­ ple droit de regard. Acta up. Sed , t. xvni, p. 89. Mais, quel que soit l'organisme de curie qui prépare les no­ minations épiscopales, c’est le pape qui les fait. Sans doute, il sc range le plus souvent â l’avis motivé de ceux qui ont étudié les candidatures, et qui lui expo­ sent les raisons de leurs préférences, mais il arrive aussi qu'il sc fasse soumettre les dossiers et choisisse lui-même après examen personnel. 5e Les différentes laçons de découvrir les candidats. - Le recrutement des évêques fait l’objet, delà part du Saint-Siège, d’une sollicitude toute particulière. Mais il est bien évident que ni le pape ni scs services ne peuvent connaître, dans tous les pays qu’ils ont à pourvoir de chefs religieux, les prêtres idoines à la charge épiscopale : il faut bien qu’on les leur signale d’une manière ou d’une autre, quitte â faire de leur côté, bien entendu, les enquêtes opportunes sur ccs prélats éventuels. Il n’y a rien à dire ici des suggestions officieuses : tel prêtre ou tel religieux peut figurer sur les listes ponti­ ficales parce qu’un nonce, un évêque, un personnage influent quelconque l’ont recommandé. Si l’initiative émane de quelqu’un qui soit apprécié en curie, et qu’elle s’accompagne de renseignements circonstanciés, elle a des chances d’être prise en considération, tôt ou tard, par la congrégation competente ou par le souve­ rain pontife lui-même. En principe, le Saint-Siège n'exclut pas ce mode d’indication el il ne s’estime lié ά aucune méthode spéciale d’information. II en a ce­ pendant établi plusieurs, officielles celles-là, et dont des textes publiés règlent en détail le mécanisme. 1. La terne. — La première est celle de la recom­ mandation. ou de la terne; il en a déjà été dit un mot à l'article Élection des évêques, t. iv, col. 2277, mais des documents ou des études postérieures obli­ gent à mettre au point les quelques renseignements qui s’y trouvent. Le régime de la recommandation est dû à la Propagande. Elle l’introduisit, au cours du xix· siècle, dans les Iles Britanniques, en Hollande, aux Etals Unis, au Canada et en Australie. Collec­ tanea S. Congregationis de Propaganda Fide, Borne, 1907 (Irlande, 1829. t. î. p. 170; Angleterre, 1852. t. î, p. 578; Hollande, 1858, ibid., note 1; États-Unis, 1861, t. i, p. 659 cl 662; Canada, 1862, p. 662. note 1 ; Australie, 1866. t. î, p. 711; Écosse, 1883, t. n, p. 185). Ccs pays, en effet, dépendirent d’elle jusqu’en 1908, et c’est la constitution Sapienti consilio de Pie X qui les lui enleva pour les faire entrer dans le régime normal des autres congrégations. De ce jour, le choix des^évêques, dans ccs pays, passait à la Consistoriale. Celle-ci ne tarda pas à publier des décrets imposant aux États-Unis, au Canada et en Écosse un système nouveau d’information dont nous parlerons un peu plus bas La terne n’est donc plus en usage, aujour­ d’hui, qu’en Angleterre, en Irlande et en Hollande. Elle consiste essentiellement en ceci qu’au moment de chaque vacance un collège électoral - en .Angleterre et en Hollande les seuls chanoines \γπίωλι.ι:. — Les calholiques ne vivent pas en dehors de la société civile; lh appartiennent A des nations dont les lois peuvent res­ pecter et même favoriser, ou au contraire entraver, leur liberté religieuse; l'interprétation el l’application de certaines de ces lois est susceptible de varier, à leur » égard, suivant les dispositions des gouvernements. Il est donc naturel, cl souhaitable, que les deux pouvoir» auxquels ils obéissent, le pape ct leur État respectif, entretiennent des rapports suivis. A l’heure actuelle, des relations diploma tiques officielles existent entre le Saint-Siège cl un très grand nombre de pays, même où les catholiques ne forment pas la majorité de la popu­ lation. Dans d’autres contrées, la présence d’agent* pontificaux dépourvus de caractère diplomatique, mais résidant en permanence, assure une liaison de fait qui n’est pas nécessairement moins efficace. L’on répète fréquemment que les nonces modernes dérivent (tes anciens apocrisiaires, ou responsates, que les papes entretenaient, aux ν·, νι· cl vu· siècles, au­ près des empereurs de Byzance. Il ne manque pas. sans doute, d’une certaine analogie entre les deux institu­ tions; mais il ne faudrait pas vouloir la pousser trop loin. En outre, il n’existe entre elles aucun lien de de­ pendance ct plusieurs siècles séparent la disparition de l’une de la naissance de l’autre. L’origine des nonciatures permanentes, assez bien étudiée il y a quelques années, est quelque chose de fort complexe. Non seulement les premières n'apparurent point A la même époque, mais elles résultèrent, suivant les pays, de la transformation d’entités assez diverses. P. Hichard. Origines de la nonciature de France, dans l.i Revue des questions historiques. 1905, p. 103-147; Ori­ gines des nonciatures permanentes, dans la Revue d'his­ toire ecclésiastique de Louvain, 1906, p. 52-70. 317-338; II. Bhiudet, Les nonciatures apostoliques permanente* jusqu'en 16IS. Helsinki. 1910. ln-8°. (Chacune de ces éludes renvoie A un certain nombre de travaux ante­ rieurs. qu’elles utilisent et dépassent.) /. 0K1G1XES de.s amdassades peiluanextes. — L’usage des ambassades permanentes ne s’est pas in­ troduit sans beaucoup de tâtonnements. Jusqu’au mi­ lieu du xv* siècle, les gouvernements européens ne connurent pas d’autre moyen officiel d’enl retenir entre eux des rapports «pie les envoyés extraordinaires, charges d’une mission nettement limitée. A partir de 1150 environ, le séjour dr ces émissaires, auparavant très court. commença de sc prolonger davantage. C’est l’époque des grandes découvertes maritimes, source de nombreuses compétitions d’intérêts; les Ottoman*, établis A Constantinople, deviennent pour les nations occidentales un constant sujet de soucis; entre 1rs Étals dès lors constitués commencent de longues cl fré­ quentes guerres, imposant la nécessité de chercher de* appuis ou de s'assurer des neutralités. Comme les com­ munications sont difficiles el «pie les voyages d’une mission cddigatoircmcnl assez fastueuse coûtent fort cher, l’augmentation cl la complexité des affaires à traiter provoquent l’abandon «les ambassades A objet trop r« slreinl ; les gouvernements s’habituent â laisser leurs envoyés dans le pays qu’ils ont rejoint aussi long temps que les mêmes circonstances imposent la néces­ sité de négociations suivies; entre ces agent s et les chefs de leur Étal un courrier suffit A maintenir le contact. Mais les période* d’activité politique exceptionnelle deviennent elles-mêmes de plus en plus rapprochée* : comme consequence, le* ambassades finissent par se succéder presque sans interruption, au moins dans cer­ taines capitules où se nouent avec plus d’intensité les Intrigue s Internationales Ainsi, dans plusieurs Étal*, l’institution des ambassades permanentes csl née. Mais elle existe en fait seulement. De sérieux obsl ielc» empêc heront longtemps qu’elle 1917 PAPE. OBIGINE DES NONCIATURES 1918 ne reçoive une consécration officielle ct ne se généralise. l’un l'autre avec continuité. P. Richard, Origines des En effet, ouvertement, les ambassadeurs travaillent à nonciatures permanentes, Inc. cit., p. 56. favoriser les bons rapjtorts de pays à pays; mais, du Aussi bien, la papauté connaissait depuis longtemps fait qu'ils séjournent longtemps dans un même milieu toute une gamme d'institutions qui lui permettaient étranger cl arrivent Λ le connaître, ils sont amenés, par de sc passer d'ambassadeurs résidants avec moins de la force des choses, à jouer un autre rôle : celui de ren­ préjudice que les gouvernements séculiers, réduits aux seigner leur propre gouvernement sur les actes, les in­ seuls envoyés extraordinaires. Répétons-lc : plusieurs tentions cl les ressources de la puissance près de la­ d’entre elles ont contribué à la formation des noncia­ quelle ils sont accrédités; ils peuvent devenir des cen­ tures permanentes, et c’est cr qui rend les origines de tres d'espionnage et, le cas échéant, d’intrigues. Sans celles-ci particulièrement embrouillées. doute, l’espoir de jouir d’avantages corrélatifs pou­ Dans la seconde moitié du xv* siècle, le Saint-Siège vait atténuer les répugnances que ce danger, bien con­ continue d utiliser, lui aussi, les envoyés extraordi­ nu, provoquait : il n’arrivait pas à les anéantir. L’ins­ naires, légats a latere, émissaires de toute sorte qu’il titution des ambassades permanentes ne devint chose charge, sous le nom de nuntius, d'orator, des besognes officielle que lorsque s’accrédita celte idée, ingénieuse temporaires les plus variées. Leurs instructions les di­ el un peu paradoxale, que l’envoi d’agents nommés à sent nommés pro certis ou pro nonnullis negotiis. Quel­ litre fixe constituait un hommage au chef d’Etat qui ques-uns ont un rôle particulièrement difficile el long, les recevait. Dès lors, le point d’honneur l’emportant les commissaires pour la croisade, envoyés pour tra­ sur la crainte, les ambassadeurs étrangers permanents vailler à rétablir la paix entre princes chrétiens cl a furent plutôt souhaités qu’appréhendés. Mais cette recueillir les décimes destinées à financer la sainte expé­ idée ne prévalut (ju’assez tard, pas avant le xvr siècle. dition, oratores et nuncii eommissarU decimarum rruDe ce chef, il reste malaisé de fixer une date a l’appa­ cialæ: ce sont eux que l’on trouve à l'origine de la non­ rition de la représentation diplomatique. Celle-ci s’in­ ciature de France. I'. Richard, Origines de la noncia­ troduisit de fait, dans chaque État, suivant les besoins ture de France, toc. cit.. p. 105. du moment. L’initiative partit de Venise, qui, déjà en Mais, à côté de ces envoyés temporaires, voici deux 1445, entretenait des agents permanents à Home, à catégories de dignitaires ou d agents permanents, les Milan, à Naples, à Florence. Milan suivit, el Florence. uns investis d'un rôle ecclésiastique, les autres chargés En 1463, un représentant milanais des Sforza résidait d’une besogne financière. Les anciens primats ou en France. Cf. A. von Rcumont, Della diplomaiia ita· vicaires apostoliques, dont Grégoire VII avait affaibli liana del secolo xm al xvi. Florence, 1857. (Cette édi­ l’autorité avec tant de persévérance, avaient cédé le tion italienne est beaucoup plus riche en documents pas devant les légats a latere; mais, la désignation per­ que l’édition allemande de 1853, I î des Beitrüge rur sonnelle de ceux-ci s’imposant avec moins de rigueur, italienischen Geschichte.) après le triomphe de la reforme grégorienne, la papauté //. roii.UATtox p/:s xoxctATVttxs iwutAWrr.a. ne larda pas a at tacher le litre cl la fonction de légal aux —Moins que personne, le pape ne pouvait se tenir â possesseurs de certains sièges épiscopaux On cul ainsi l’écart du mouvement qui portait les souverains à des légats nés, qui ne différaient guère que de nom entretenir entre eux des rapports continus. A la vue des avec les anciens primats. turcs prenant pied en Bosnie et en Herzégovine, le Quand la politique prit dans les préoccupations du chef de la chrétienté apercevait clairement la nécessité Saint-Siège une place plus considérable cl que les pa­ d’unir les princes catholiques pour tourner leurs forces pes voulurent faire sentir leur action sur un autre ter­ contre l'infidèle. En outre, le concile de Bille, à la suite rain que celui de la discipline ecclesiastique, les dan­ du Grand Schisme, avait porté au prestige du Siège gers d’utiliser celte institution apparurent bien vile apostolique des coups assez rudes pour que les pontifes Quel fond le gouvernement de l’Église pouvait il bien du milieu du xv· siècle sentissent le besoin, pour le res­ faire sur des agents pour la plupart issus du pays ou ils taurer. de patientes et laborieuses négociations. représentaient le pape, dépendant de leur propre sou­ Mais la situation du Saint-Siège différait considéra­ verain, appuyés par de puissants chapitres ct de nom­ blement de celle des gouvernements séculiers. Qu'on le breuses relations? Mais, aussi, comment sc passer veuille ou non, un représentant du pape sur un terri­ d’eux? S’en tenir aux envovés extraordinaires? Les 1« toire quelconque sera toujours autre chose qu’un sim­ gats nés les supportaient souvent Impatiemment. Cf. ple ambassadeur. O dernier représente un souverain P. Richard. Origines de la nonciature de France, toc. cit., qui ne jouit d’aucun pouvoir hors de ses propres États; p. 108, 131; IL Blaudct, op. cit., p. 11, note 2. Du en outre, 11 ne s’occupe que de questions purement po­ reste, ils connaissaient mal la situation d’un pays qu’ils litiques. Le pape, lui, était sans doute un monarque ne faisaient guère qu’apercevoir. italien, mais sa juridiction spirituelle s’étend sur les ca­ Or, le Saint-Siège avait sous la main, sur place, d’au­ tholiques de tout l’univers; d’autre part, il possédait, tres agents permanents, les collecteurs de la Chambre un peu partout, d’abondantes sources de revenus tem­ apostolique. Il semblerait, ù première vue. que ces porels. Outre le domaine politique, (pii ne pouvait pas obscurs fonctionnaires du fisc pontifical n’eussent dû lui être étranger, un mandataire pontifical nommé à jouer aucun rôle dans le développement de la diplo titre fixe el pourvu de facultés générales aurait dû malle romaine. En réalité, il en fut tout autrement el également déployer son activité sur le terrain ccclésiasla plupart des nonciatures permanentes du xvr siècle tique cl sur celui des finances. Et de ce chef sa création | ne furent que la transformation d’une colleclorie ·. se heurtait â de particulières susceptibilités. J.’évolu­ Dans certains pays cohabitaient plusieurs collée tion de la diplomatie papale se produisit donc dans des leurs, dont la juridiction s’étendait sur un groupe de conditions beaucoup plus délicates que celle de la di­ provinces cl chevauchait parfois les frontières politi plomatie séculière, et les nonciatures permanentes ne (pies. En France, par exemple, le collecteur de Tours purent s’établir qu’avec lenteur el circonspection. avait dans son ressort le duché de Bretagne, cl celui de Sous le pontificat d’Alexandre VI (1192-1503), la plu­ Lyon le territoire de la Savoie. Le Saint-Siège pouvait part des puissances européennes. Γ Empire, la France, difficilement confier à de tels agents des missions di­ l’Espagne, l'Angleterre, les États italiens, entretien­ plomatiques. Mais ailleurs la circonscription fiscale se nent en curie des agents qui sc succèdent d une façon calquait sur l’Élal lui-même ct le collecteur résidait à régulière, par conséquent une véritable représentation proximité du souverain. Rien n’empêchait le pape de diplomatique permanente, ct en revanche on ne voit le munir de facultés pour qu’il traitât d’autres affaires encore nulle part un service de nonces se remplaçant que celles de la Chambre apostolique. Sans doute, ce 1919 PAPE. ÉTAT ACTUEL DES NONCIATURES 1920 personnel sc recrutait généralement parmi les curiaux 1 leur propre situation territoriale. Dans la seconde moi­ originaires du pays où on les envoyait; mais cc n'était tié «lu xvi· siècle, au contraire, Rome devint, parla point là une règle et Ton pouvait également choisir force des choses, le centre «le In défense catholique. Il des collecteurs d’origine italienne. Nommés à poste fallut nu Saint Siege, dans tous les pays qui n'avalent fixe, résidant longtemps sur le meme territoire, ils point fait defection, des mandataires fixes, capables de étaient ù même de connaître leur milieu. Presque tou­ représenter l'autorité pontificale, de renseigner In curie jours mal vus, comme la plupart des percepteurs d’im­ sur les Idées el les événements, d’intervenir sans rc pôts, il n’y avait guère â craindre qu’ils fussent ame­ I tard pour barrer la route aux progrès de l’hérésie, dc nés à trahir les intérêts du Saint-Siège. Ainsi les travailler à la mise en pratique des décisions conci­ nonciatures d’Espagne, par exemple, de Venise, de Por­ liaires. La papauté se détachant des intrigues sécu­ tugal, de Naples, de Pologne, d’Angleterre, s’ébauchè­ lières pour entrer résolument dans la voie d’une polirent avec les pouvoirs cumulés d'un nuntius et collec­ I tique ecclésiastique, l’institution des nonciatures cessa tor, qui devint purement ct simplement nonce résidant de subir les fluctuations précédemment Imposées par quand les collcctorics disparurent. Richard, Origines les vues personnelles de chaque pape; elle cessa aussi des nonciatures permanentes, toc. cit., p. 56, 319; d’être tiraillée entre les tendances vers une diploma­ I L Biaudct. op. cit., p. 9 tie nouvelle, manifestées par certains papes, et les En Allemagne, l’ombrageuse puissance des légats répugnances conservatrices de la curie, fidèle aux an­ nés rendit rétablissement d’une nonciature perma­ ciens errements. Elle put donc être organisée de façon nente particulièrement délicate. Le Saint-Siège sc ris­ définitive. Ainsi, déjà ébauchée sous Alexandre VI et qua tout d’abord à maintenir un représentant près de sous Jules II, perfectionnée sous Léon X, elle obtint la personne de l’empereur, sans lui confier aucune juri­ son achèvement ct sa consolidation des pontificats de diction territoriale Ce poste donna plus tard naissance Pie IV et surtout de Grégoire XIII (1572-1585). a la nonciature d’Autriche. Quant aux provinces rhé­ IL Biaudct, op. cil., p. 23-33; cf. P. Richard, toc. cit., nanes, où dominaient les grands électeurs ecclésias­ p. 338. tiques, il fallut se contenter d’agents extraordinaires, A la mort de ce dernier pape, non seulement les non­ jusqu’au jour où le scandaleux mariage et le passage ciatures existent que connaîtront le xvn· et le xvin· siè­ au luthéranisme de l’archevêque de Cologne, Gebhardt cle, mais des traditions s'établissent —· non point son Truchscss, en 1582, fournit à Grégoire XIII l’oc­ inviolables, sans doute, mais maintenues plus tard dans leurs grandes lignes et leur esprit — concernant casion d’imposer d'autorité la présence à Cologne d'un nonce permanent muni des pouvoirs les plus étendus. le choix des nonces, leur hiérarchie, leurs pouvoirs, IL Biaudct, op. cit., p. 12. leurs émoluments, la durée dc leur mission. On choisit Des nonces commencent â résider auprès des cantons les nonces, sauf de rares exceptions, parmi les évêques suisses à partir de l’alliance conclue par Jules II avec ou les archevêques; ils sont italiens; on ne les recrute les confédérés, grâce ù laquelle ceux-ci devaient four­ pas n’importe où, mais ordinairement ils font car­ nir au pape les soldats nécessaires ù sa garde (1510). Ils rière dans la diplomatie, commencent dans les emplois inférieurs pour s’élever aux postes plus importants: ils furent tout d’abord des sortes d’agents recruteurs. P. Richard, toc. cit., p. 337. passent des petites aux grandes nonciatures, car déjà Les nonciatures permanentes ont donc, ce qui pré­ les pays sont classés; ils reçoivent un traitement fixe, variant avec les nonciatures, mais indépendant des cède le montre assez, les origines les plus diverses. On ressources personnelles; non seulement ils sont accré­ fait quelquefois honneur à Leon X de les avoir créées, il serait plus juste de dire que le fils dc Laurent le dités près du chef de l’Etat, mais ils jouissent, au point Magnifique fut le principal organisateur de la diploma­ de vue de la juridiction ecclésiastique, dc prérogatives déterminées. IL Biaudct. op. cil,, p. 33 90. tie pontificale. Sans doute, Il multiplia les nonces ct lit. CITAT UCO GII .4 /7/ / QU L· DCS JiOXCl ATVHKS. —A prolongea la duree habituelle de leur mission: mais la fin du pontificat dc Grégoire XIII, époque où l'insti­ certaines nonciatures permanentes existaient déjà, en somme, avant son pontificat : celles de Venise, d'Es­ tution apparaît définitivement organisée, on constate la présence de nonces permanents en Pologne, à Venise, pagne, de Suisse :ct. dans les postes qu’il créa, les agents ne se succédèrent pas toujours, dans la suite, avec en Savoie, à Naples, à Florence, en Espagne, en Por­ régularité. tugal, en France, auprès dc l’empereur, en Allemagne (résidence ù Gratz) dans les pays rhénans (résidence a Cc qui caractérise les nonciatures modernes, c’est la continuité dans la série de leurs titulaires, ct c’est le Cologne), en Suisse. Avant le xtx” siècle, il ne s’en fait que le pape envoie ceux-ci pour résider, les accré­ créera que deux nouvelles, en Flandre (1596) ct en Bavière (1783). En revanche, plusieurs disparaîtront: ditant pour négocier non point telle affaire spéciale, mais toutes celles (pii peuvent, éventuellement, inté­ celle de Gratz, supprimée en 1621, celle de Cologne, dont le dernier titulaire, Annibale della Gcngn, le resser le Saint-Siège. Or une telle institution n’a mûri que peu â peu. Dans certains pays, les envoyés ponti­ futur Léon XII, nommé en 1791, ne put prendre pos­ ficaux se succédèrent longtemps sans interruption: session de son poste, à cause de l’occupation dc la ville dans d’autres, les missions sc prolongèrent plusieurs par les armées françaises; celle de Pologne, quand le années, avec un caractère d’universalité dans les pou­ royaume fut démembré; celles des pays italiens; celle de Suisse, ù la suite d’une encyclique de Pic IX, mal voirs des agents. De ce chef, des bureaux, un service de correspondance avec Rome, des moyens «l’infor­ accueillie par le conseil fédéral (1873): celle de France, enfin, la Républhpic ayant rompu les relations diplo­ mation s’organisèrent, dans tout le pays : mais, tout matiques avec le Saint-Siège en 1905. Ainsi l’on pou­ cela, plutôt exige par les circonstances qu'en vertu vait, en 1910, établir de celte façon le bilan de la «l’une volonté réfléchie du Saint-Siège. C'est seulement dans la seconde moitié du xvi· siècle représentation diplomatique pontificale : plus «pie six que l’institution prit son essor. La Réforme protes­ nonciatures proprement dites, dont trois dc première tante cl le concile de Trente imposèrent ù la papauté, classe, que leurs titulaires ne quittent «pie pour entrer bon gré mal gré, dans le domaine des relations inter­ dans le Sacré Collège : celles d’Autriche, d'Espagne ct nationales, un changement «l’orientation. Au temps dc Portugal: ct trois de seconde classe : celles dc Bel­ gique (l’ancienne nonciature de Flandre), de Bavière d’Alexandre VL de Jules II, «le Léon X, les papes avaient pu poursuivre surtout une politique «le souve­ et du Brésil, tout récemment créée. Des agents diplo­ rains Italiens, excitant au besoin les uns contre les matiques d’un degré inferieur représentent en outre autres les princes chrétiens, dans le but dc fortifier 1«' Saint-Siège dans onze pays de l’Amérique latine : en 1921 PAPE. POUVOIRS DES NONCES Argentine, nu Paraguay ct en Uruguay sous le nom d'intcrnonccs; en Bolivie, an Chili, en Colombie, dans J'Équatvur, ù Haïti, au Pérou, À Saint-Domingue ct au Vénézuéln sous le nom dc délégués apostoliques. Enfin, un chargé d’affaires, résidant ù La Haye, sert à assurer les relations ά la fois avec la 1 lollande ct avec le Luxembourg. H. Biaudct, op. cit., p. 28-20, 37-38. Aujourd’hui, vingt ans après, nous constatons que le chiffre des ambassadeurs du Saint-Siège a doublé. En effet, le pape entretient une représentât on diplo­ matique auprès dc trente-cinq États : des nonces apos­ toliques proprement dits en Allemagne, en Argentine, en Autriche, en Bavière, en Belgique, en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie, en Espagne, en France, en Hongrie, en Irlande, en Italie, en Lettonie, en Lithuanie, au Paraguay, au Pérou, en Pologne, en Por­ tugal, en Prusse, en Roumanie, en Suisse, en Tchéco­ slovaquie, au Vénezuéla, en Yougoslavie; un chargé d'affaires dans la république dc Libéria: des inter­ nonces en Hollande, dans le grand duché dc Luxem­ bourg, en Amérique centrale, où le même diplomate, qui réside ordinairement ù San-José de Costa-Rica, représente le Saint-Siège auprès des cinq petites répu­ bliques de Costa-Rica. dc Honduras, de Nicaragua, dc Panama ct de Salvador. Annuario pontificio dc 1929, p. 529 (les nonciatures d'Irlande ct d’Italie, qui ne figurent pas dans l'annuaire, ont été créées après la publication de celui-ci). En fait, c’est le même nonce qui représente le pape auprès du président dc la répu­ blique allemande et du gouvernement dc l'État prus­ sien : de même que l’ambassadeur d’Allemagne près le Saint-Siège est ù la fois ministre dc Prusse; mais, offi­ ciellement, il s'agit de postes distincts ct leur titulaire présente doubles lettres dc créance. Tous ccs nonces, intcmonccs ct chargés d’affaires sont des agents diplomatiques dans le plein sens du mot, accrédités auprès des pouvoirs civils respectifs. Ils dépendent dc la Sccrélaircric d’Étal et jouent un rôle politique officiel, public. Le titre de délégué apostolique est réservé, depuis 1916, aux représentants du pape à l’étranger auxquels le caractère diplomatique n’est pas officiellement re­ connu. Actaap. Sed., t. vin, p. 213. Leurs facultés sont d'ordre purement ecclésiastique : cc qui n'empêche pas ccs agents d’entretenir, le plus souvent, des relations officieuses avec les gouvernements. Eux aussi, comme les nonces ct les internonccs, sont des archevêques titu­ laires. Six d’entre eux dépendent de la Consistoriale : ceux des Antilles, du Canada ct Terre-Neuve, d’Esthonic, des Philippines, du Mexique, et des ÉtatsUnis; cinq relèvent de la Congrégation pour [’Église orientale : celui de Constantinople, celui d’Égypte, chargé à la fois dc l’Érylhréc ct dc l’Abyssinie, celui dc Mésopotamie, Kurdistan et Arménie, ceux dc Perse ct dc Syrie; enfin la Propagande en a huit sous sa juri­ diction : celui d’Afrique (résidence ù Bhcmfontcin, dans In colonie anglaise d'Orange), ceux d'Australie, dc Chine, du Japon, de C»rècc, des Indes et de l’Indo­ chine. Annuario pontificio de 1929, p. 533. /F. pouvoirs DES nonces. - - Les nonces el autres représentants diplomatiques du Saint-Siège jouent le rôle d’ambassadeurs ct de ministres plénipotentiaires. Ils traitent avec les gouvernements respectifs les ques­ tions intéressant la situation dc l’Égllse catholique dans les pays où ils sc trouvent ct toutes celles, dc quelque nature qu’elles soient, que le pape les charge de négocier. Mais ils sont autre chose encore : Ils exercent, sur le territoire à eux cou lié, des fonctions d’ordre ecclésiastique, cl, à cc point dc vue. les délégués apostoliques ne présentent avec eux aucune diffé­ rence. 1· Opposition à la juridiction des nonces. - Si le rôle .strictement diplomatique des nonces n'a jamais DICT. DI 1922 rcncontré dc sérieuse opposition, en revanche leurs prérogatives ecclésiastiques ont suscite d’ardentes controverses cl sc sont même heurtées, dans la pra­ tique, à dc vigoureuses résistances. On le rappelle les noms dc Mare-Antoine de Domi­ nis, d'Edmond Richer, dc Justin Fébromus, de Joseph-Valent in Eybcl. Μ.-Λ. de Dominis, dans son De repubtica ecclesiastica, soutenait que l’Églisc n’avait pas une constitution monarchique, mais républicaine, que le rôle du pape n’était que celui d’un premier ministre ct que les nonces ne pouvaient prétendre, hors dc Rome, ά aucune juridiction : cc ne sont que des am­ bassadeurs, disait-il, des oratores, cl non pas des sur­ veillants, speculatores. La Sorbonne condamna ces propositions en 1618, el la Faculté de théologie dc Cologne y joignit ses propres censures. C'est a peu près la même théorie que patronnait E. Richer dans son De ecclesiastica et politica potestate libellus, publié en 1611 cl que condamnèrent, l’année suivante, les conciles provinciaux d'Aix cl de Sens: la Sorbonne le blâma a son tour ct déposa son auteur de la charge qu'il occupait de syndic dc la Faculté Fébronius, qui attribuait l’origine dc la suprématie papale a l'in­ fluence des Fausses Décrétales ct invitait l’Eglise à res­ taurer la hiérarchie dans sa pureté antique. £)e statu Ecdesiæ et legitima potestate romani pontificis liber sin gularis, 1763, refusait aux représentants du SaintSiège, par voie dc conséquence, le droit dc s’immiscer dans la vie ecclésiastique des pays où ils résident. Son livre, qui provoqua en Europe une vive émotion, fut mis à l’index par une série dc quatre décrets, s'éche­ lonnant dc 1764 a 1773. L'ouvrage de J \. Eybcl, IVas is tier Pabst ? eut une publicité moins retentis­ sante mais une intlucncc locale plus profonde. L’au­ teur y déclarait notamment que les évêques ont exac­ tement le même pouvoir que le pape: cependant, i comme toute république a besoin d’un président pour en maintenir l'unité, le pape a le privilège de pouvoir exhorter les évêques à bien remplir leur mission et. au besoin, dc suppléer à leur négligence, mais il ne peut intervenir dans les diocèses qu’en cas d’exceptionnelle nécessité. Cc livre fut solennellement condamne par un bref pontifical du 28 novembre 1786. Tous ces traités révolutionnaires, plus ou moins déri­ vés les uns des autres, produisirent un effet pratique en 1788. Les électeurs dc Trêves, dc Cologne ct de Mayence, ainsi que l'archevêque de Salzbourg. s’insur­ gèrent ouvertement contre la juridiction du nonce de Cologne, lui refusèrent obéissance, usurpèrent les pouvoirs dont il disposait, notamment le droit dc dis­ penser des empêchements dc mariage, el écrivirent à Pic VI pour le sommer dc retirer son agent cl protester contre toute nonciature. L’archevêque de Cologne s’inspirait ouvertement, dans sa lettre, des idées de Eybcl : Si officio archi-et-episcopali hue usque pro ciri­ bus a me satisfactum, nihilgue intermissum fuit quod rectum Ecclesiarum mihi commissarum regimen ex­ poscebat, urgentes illas causas subintrare non video quibus Sanctitati \ eslric, vi primatus a Deo instituti, jus competit, pro conservanda religionis unitate ac puri­ tate, extraordinarios mittendi legatos ad Ecclesias ubt religionis necessitas id postulaverit ; si hoc, ut confido, non existit, multo minus me obligatum censeo ut nuntio jurisdictione ct facultatibus instructo, in gravi potestatis mciv ordinaria' pru judicio, locum cedam, quem Chris­ tus, ut ibi vigilem, ut ibi laborem, mihi commisit (page 173 de la réponse indiquée plus bas). Dans une circulaire adressée ù scs suffragants, il condamnait ouvertement le principe même des nonciatures perma­ nentes : « C'est une maxime incontestable, disait-il, el universellement reçue en fait, du droit ccclésiasticopolitique, que le pape ne peut envoyer dc légats dans les archevêchés ct évêchés sinon en cas d’urgence, T. — XI — 61 THÉOL. CATH. 1 1923 PAPE. POUVOIRS DES NONCES c'est-à-dire pour conserver l’unité et la pureté de la religion catholique; en conséquence, les nonciatures permanentes ct dotées de juridiction sont chose inter­ dite. ι Ibid. L’affaire était des plus graves et lit grand bruit. Le pape ne jugea pas possible de répondre par une simple lettre ou par des mesures disciplinaires. Il envoya à chacun des quatre prélats un traité qui fut publié et dont la rédaction demanda dix mois de travail aux techniciens dc la curie. La Responsio ad mdropolitanos Moguntinum, Treoircnsem, Coloniensem d Salisburgcnsem super nundaturis apostolicis, Home, 1789, n’a pas moins, en effet, de 336 pages in-quarto. Pie VI s’y attache à démontrer, par tous les arguments histo­ riques ct juridiques possibles, les droits du Saint-Siège en matière de nonciature. Son livre est demeuré l’arse­ nal où. par la suite, tous les champions de la juridic­ tion des nonces ont puisé leurs armes. Il nous suffit de signaler ici ccs discussions : au fond, elles sc ramènent à la question plus vaste des pouvoirs du pape au titre d’évêque universel, ct les développe­ ments sur celte matière seront mieux à leur place à l’article Primauté. Voir aussi art. Dominis (MarcAntoine de) ct Férronius; E. Puyol, Edmond Richer. Étude historique ct critique sur la rénovation du galli­ canisme au commencement du x vip siècle, 2 vol., Paris, 1876; Pii pupm Serti responsio... super nundaturis apostolicis, Home, 1789; D. Bouix, Tractatus de curia romana, Paris. 1889, pars VI, de legatis a latere, nuntiis, etc. Cependant, il convient d’insister un peu sur le cas dc la nonciature dc France : il est tout à fait spécial ct ne sc rattache aucunement aux conceptions dogmatiques. Les nonces accrédités auprès du roi très chrétien n’ont jamais exercé dc juridiction ecclésiastique, ct s’il y a eu parfois des difficultés à cc sujet entre Home cl Paris, elles ont porté sur des détails, non sur le principe. Le deuxième article de lu loi organique du 8 avril 1802 csl ainsi rédigé : · Aucun individu se disant nonce, légat, vicaire ou commissaire apostolique ou se prévalant dc toute autre dénomination, ne pourra, sans la même au­ torisation (du gouvernement) exercer sur le sol français ou ailleurs aucune fonction relative aux affaires de l'Église gallicane. » Les polémistes ont souvent consi- | déré cette décision comme un coup dc force du premier Consul el une injure au Saint-Siège. C’est là une erreur Sans doute, la forme dc cet article s’apparente un peu a la littérature « sans-culotte »; mais le fond reste exac- j tement dans la pure tradition de l’ancien régime. Or,cette tradition n’a rien dc commun avec les théo- ΐ ries d’un Fébronius ou d’un Richer : nous avons vu l’accueil que reçut le Libellus de cc dernier; quant au premier, le clergé de France repoussa avec indignation, dans son assemblée générale dc 1775, la prétention qu’il affichait de se rattacher au gallicanisme. Fébro­ nius pouvait être sincère en revendiquant celte parenté, mais il sc trompait, el trop d’historiens Limitent ct sc méprennent sur la vraie nature du gallicanisme. Cc qui caractérise les gallicans, au moins quand il s’agit des relations entre le Saint-Siège et la France, c’est que leur doctrine est particulariste au premier chef. Ils n’ont pas la prétention de réglementer spécu­ lativement la quotité de juridiction qui revient à la puissance spirituelle et au pouvoir séculier. Ils ne s’occupent que delà France, laquelle,étant données les circonstances de son passé, est en possession, disent-ils. d’une législation canonique particulière qu’ils enten­ dent maintenir. Il s’agit d’un droit public non point général, mais national. I η M.-A. dc Dominis, un Ri­ cher» un Fébronius posent des principes universels, a prétentions illimitées dans l’espace, valables, à leurs yeux, pour toute la chrétienté. Rien de semblable 1924 I pour les gallicans, ils ne s’occupent que des « Liberté* ct franchises » de leur propre Église, dc la souveraineté ct dc l’indépendance des rois très chrétiens. Et ils sont, de ce fait, éminemment conservateurs, alors que les théoriciens mentionnés plus haut font ligure de révolutionnaires. Ils ne prétendent pas qu’il y a corruption du concept ecclésiastique ct ne récla­ ment aucune restauration; au contraire : étant donné un étal de fait, existant, constatable, ils soutiennent, â défaut de textes difficiles à produire, que possession vaut litre. Dans leurs querelles contre Home, ils plai­ dent au possessoire, non pas au pétltoire. En ce qui concerne les nonces, ils constatent, ce que personne ne conteste, que ceux-ci appartiennent à la catégorie des légats, et ils affirment que la couronne de France a « dans ses chartes » la preuve suffisante qu’aucun légal pontilical ne doit exercer dc juridiction ecclésiastique sur le territoire sans lettres patentes délivrées par le roi. Telle était, au xvr, au xvir, au xvnr siècle, l’idée que tout le monde admettait. Dans le Recueil des actes, litres et mémoires concernunt les affaires du cierge de France, qui peut passer à juste litre pour une des collections officielles de l’Église gallicane, le t. vu (Paris, 1719) contient un chapitre De Γautorité que les légats et les nonces de notre saint Père le pape peuvent exercer en France, en ce qui concerne la juridiction con­ tentieuse, tant en première instance qu'en cause d'appel, col. 1 123 et sq. Or, on peut y lire ceci : «... Les nonces de notre saint Père le pape entreprendraient aussi inu­ tilement dc s’établir juges des questions qui forment des procès en France entre les sujets du roi. Il est vrai qu'ils ont un tribunal et exercice de juridiction dans les provinces qui sont soumises à la discipline des dé­ crétales et autres décrets de la discipline du concile dc Trente... Cette discipline des décrétales ct du concile est contraire ù l’usage et aux maximes du rolaume. Les nonces du pape ne font autre fonction en France que d’ambassadeurs, et ne peuvent y en faire d’autres, ils n’ont aucun emploi que proche la personne du roi. et n’en peuvent avoir dans le rolaume. C’est cc que fil observer M. Orner Talon dans les remontrances qu’il lit au Parlement en qualité d’avocat général, le 15 mai 1617, contre une entreprise de l’ardicvêquc d’Athènes, qui éloit alors nonce en France... Cc nonce avoil dit dans un certificat ou mandement, mis au bas d’une bulle, que l’original de celle bulle est demeuré dans les archives dc sa nonciature. Le meme magistrat repré­ senta que cette manière dc parler ne convient point à nos mœurs» el que le nonce du pape, non plus que les autres ambassadeurs des princes souverains, n’ont ni greffe, ni archives dans ce roTaumc... 11 y a eu des nonces qui ont entrepris de s’attribuer quelque exer­ cice de juridiction; mais aussitôt que MM. les gens du roi en ont eu avis, ils en ont porté leurs plaintes au Parlement, et ccs entreprises n’ont eu aucune suite. On peut voir dans plusieurs exemples l’attention de cette cour à maintenir ces anciennes maximes du rolaume. » Col. 1 126 Quoi qu’il en soit de la légitimité de celle attitude, contre laquelle ont protesté» au xix· siècle, plusieurs canonistes français (p. ex. : Bouix, Tractatus de curia romana, p. 578) il csl certain (pie les papes s’en accom­ modaient : eu égard, sans doute, a la nature toute spé­ ciale de scs fondements, où n’entrait pour rien la doc! trine sur la constitution de l’Église. il était admis, en ι curie, que le nonce de France n’a aucune juridiction ecclésiastique. I n document publié en 1910 le montre a l’évidence. II. Biaudct, Les nonciatures apostoliques permanentes, pièce xn, p. 311 C’est un mémorandum de la Chancellerie, sorte de directoire ù l’usage d’un nouveau nonce. A propos des fonctionnaires de la nonl clôture, on y ht ccd, que nous traduisons de l’italien : 1925 POUVOIRS DES NONCES • l.e nonce n'a qu'un auditeur, qui sert pour recevoir les dépositions des témoins au sujet dc ceux qui sont pourvus d’évêchts, abbayes, prieurés, commendes, etc. : étant donné qu’on fait pour cela deux procès, l’un super statu Ecclesi#, l’autre de vita et moribus du candidat. Ccs procès achevés sont envoyés n Home par les parties en cause, dans le but d'obtenir l’expédition des bulles. Pour le reste, comme le nonce n'a aucune juridiction en France, ainsi n’a-t-il besoin d'aucun autre auxiliaire. » Cette situation sc traduisait dans la comptabilité dc la curie : le nonce dc France recevait dc Home un traitement fixe beaucoup plus élevé que ses collègues des autres pays, supérieur de moitié ü celui du nonce qui venait, à ce point dc vue, immédiatement après lui : en 1648, par exemple, 146 écus contre 300. Cela tenait à cc que l’exercice de leur Juridiction assurait aux autres nonces un casuel, dont la prévision entrait en calcul; celui de Paris, au contraire, ne pouvait pas compter sur les incerti, il. Biaudcl. op. cit., p. 78. .Mois en quoi consiste donc, sauf exception, la juri­ diction ecclésiastique des représentants du pape hors de Home ? Il convient dc distinguer entre le droit antérieur à 1918 ct celui que le (Iode a formulé. 2° Juridiction des nonces avant 1918. - Les nonces entraient dans la catégorie des « Ordinaires ·; pour caractériser leurs pouvoirs, les canonistes sc plaisaient à alléguer une décrétale de 1265, ou Clément l\ assi­ milait ses légats aux proconsuls dc l’ancienne Home : ils doivent, disait-il, se comporter sur leur territoire ad instar proconsulum ceterorumquc pnrsidum quibus certœ surit decret# provinciis moderanda. En effet, le pape les envoie ut ibidem evellant ct dissipent, adificenl atque plantent, c. 2 de oflicio legati, 1. I, lit. xv in VI·. Ils déduisaient dc cc texte le principe général que les nonces jouissent, sur l’ensemble du pays où ils résident, des mêmes pouvoirs que l'évêque dans son diocèse, le métropolitain dans sa province, et le primat dans la région où s'étend son autorité; en d’autres termes, leur juridiction est la juridiction même du pape qui les envoie, restreinte ù leur propre territoire, bien entendu, ct sous réserve des prérogatives spéci­ fiquement propres au pontife suprême, qui n’entrent pas dans les mandats ordinaires dc légation el de­ vraient faire l’objet, le cas échéant, d’une spéciale concession. Voir Bouix, op. cil., p. 632. Mais à l’application de cc principe général les papes eux-mêmes ct le concile dc Trente apportaient des limitations positives. Par exemple, aux termes de cer­ taines décrétales, les légats ne pouvaient transférer un évêque d’un siege à un autre, ni accepter sa démission; le concile dc Trente avait interdit aux nonces ct légats dc recevoir à leur tribunal les procès en première ins­ tance: plusieurs décisions de la Congrégation du con­ cile avaient blâmé qu’ils approuvassent les confes­ seurs ou administrassent les saints ordres. En somme, la juridiction des nonces se ramenait à ceci : juger en appel, concurremment avec les métropo­ litains, les causes déjù tranchées par les olllcialités dio­ césaines (le nonce de Madrid juge même les procès en troisième instance, depuis que Clément XIV, en 1771, a institué à cette nonciature un tribunal de Bote); assister, quand ils le veulent, aux mariages sur toute rétenduo dc leur territoire ; accorder certaines dis­ penses ; instruire les procès canoniques des évêques ; nommer aux bénéfices vacants dont les revenus annuels n’excèdent pas une somme déterminée; prendre des mesures disciplinaires concernant tout ou partie de leur territoire, mesures qui avaient force de loi el res· latent obligatoires même après leur départ ; contrôler et redresser au besoin les agissements des évêques et archevêques, sans pouvoir toutefois porter contre eux une sentence pénale, les causes criminelles de Képis- M 19'26 copat étant rangées par le concile tic Trente parmi ta cans# majores, réservées au pape personnellement. Pour le reste, il fallait se reporter aux facultés spé­ ciales que les brefs de nomination accordaient â chaque nonce. Aussi bien, la même precaution s’imposait, en pratique, pour les pouvoirs généraux mentionnés cidessus, car s'il csl loisible au pape d’étendre, suivant les circonstances, la juridiction de ses mandataires, il peut tout aussi bien la restreindre. Barbosa, Juris ecclesiastici universi libri tres, 1. I, c. v, de legatis ct nuntiis apostolic# Sedis; Van Espen, Jus ecclesiasti­ cum universum, t. i a, lit. xxi, c. H. De auctoritate et dignitate legatorum; Perraris, Prompta bibliotheca* au mot Legatus; Bouix. op. cit., p 629 ct sq. ; Wernz. Jus decretalium, t. n, 2* sol., 1915, p. 473 cl sq. 3. Kôle ecclésiastique des nonces depuis 1913. — Peutêtre le Code de droit canonique n'a-l-il pas change grand’chose aux pouvoirs effectifs de la plupart dus nonces, car rien ne prouve que leurs brefs dc nomina­ tion, dans les premières années du xx· siècle, leur lais­ saient la juridiction que l’ancien droit prévoyait; en tout cas, il a fortement modifié cct ancien droit luimême. Tout d’abord, il ne reconnaît plus aux nonces le caractère d’· Ordinaires », et par conséquent la jouis­ sance d’une juridiction proprement dite. Il évite, du reste, d’employer cc mol à leur propos; il utilise l’ex­ pression dc « pouvoirs ordinaires », ce qui est fort diffé­ rent, ct signifie simplement que les nonces ont des attributions inhérentes à leur charge, sans préjudice des privilèges qu’ils peuvent obtenir d'une délégation spéciale. Aux termes du can. 267, ces pouvoirs ordi­ naires sont de deux sortes; les uns concernent le rôle diplomatique des nonces et intemonces : entretenir les relations entre le Saint-Siège ct les gouvernements civils auprès desquels ils sont accrédités; les autres, communs aux agents diplomatiques el aux délégués apostoliques, représentent cc qui remplace l’ancienne juridiction ecclésiastique : In territorio sibi assignato advigilare debent in Ecclesiarum statum el romanum pon­ ti/icem dc eodem certiorem reddere. De ce texte, il con­ vient de rapprocher tout de suite le § Pr du can. 269 : aussi bien les nonces que les délégués apostoliques doivent laisser aux Ordinaires locaux le libre exercice de leur propre juridiction. Ainsi, les nonces d’aujourd’hui n’ont plus d’autre fonction, par rapport au gouvernement ecclésiastique des territoires où ils résident, que d’observer, se rendre compte, el renseigner le pope. Sans doute ne faut-il pas enserrer cette mission dans des limites trop étroites el prétendre que les nonces ne peuvent se permetire, sur l’épiscopal, aucune action spontanée. Incontesta­ blement, leur rôle dc surveillant, chargé d’informer le pape, comporte l'autorisation de faire appeler soit les évêques, soit les catholiques influents, pour leur demander les explications qu’ils estiment nécessaires; or, il semble que rien ne leur interdise, à cette occasion, de leur donner des conseils qu’ils savent en harmonie avec les intentions pontificales. Cc qu’ils ne sauraient plus faire, désormais, c’est imposer une ligne dc con­ duite, donner des ordres, dc leur propre initiative. La rapidité des communications entre les nonciature» cl le Vatican enlève tout inconvenient à cette restric­ tion des anciens pouvoirs. Si le nonce estime nécessaire d’intervenir d’autorité dans le gouvernement d’un prélat, il lui suffit d avertir le Saint-Siège el celui-ci peut le charger Immédiatement, s’il le juge à propos, d’agir dans tel ou tel sens ; mais, dans cc cas, le nonce ne procède plus motu proprio, il exécute des ordres. la? Code ajoute que les nonces, outre leurs pouvoirs ordinaires, en possèdent généralement d’autres en vertu de délégations spéciales. Can. 267, § 1. n° 3. Or, un document de la Consistoriale, qui n’a point paru aux Acta ap. Scdis, mais /;//Λ γλ/.ls. — Le premier canon du Code de droit canonique formule le principe que la législation de 1943 PAPE — PAPIAS D’HIÉKAPOLIS l’Églisc latine n'affee te les Orientaux que s’ils sont spé­ cialement visés ou que · la nature des choses » le com­ porte. Cette exception se vérifie surtout à propos des relations d'un rit à un autre. Quant nu droit oriental lui-même, le Saint-Siège a pris récemment l’initiative d’en promouvoir la codification: tâche particulièrement ardue si l’on songe â la variété des disciplines. Le nu­ méro du 2 décembre 1929 des Acta apostolicæ Sedis a public une notificatio faisant connaître la création, dans ccbul, d’une commission cardinalice « d’études préparatoires », t. xxf, p. 669. Pour le moment, nous sommes donc réduit à glaner quelques renseignements dans des textes épars, concernant telle ou telle Église. A cette différence près qu’elles se conforment aux dispositions·spéciales dc leurs propres statuts conci­ liaires, on peut dire que les Églises orientales qui n’ont point de patriarche entretiennent avec le pape les mêmes relations dc dépendance que l’Église latine elle-même : aussi bien, tous les conciles ou synodes orientaux, patriarcaux et autres, doivent être, pour obtenir force dc loi, approuvés par le Saint-Siège. Les évêques recourent à Home pour toutes les dispenses, conseils ct directions dont ils ont besoin, ct la Congré­ gation dc l’Église orientale exerce sur eux le même contrôle que la Consistoriale sur l'épiscopat latin. Vrai­ semblablement, ils sont tous tenus, comme les Latins, aux rapports réguliers sur l’état de leurs diocèses res­ pectifs : au moins voyons-nous cette obligation figu­ rer dans plusieurs textes; la bulle Ea semper, par exemple, du 11 juin 1907, exige cc rapport tous les trois ans de l’évcquc ruthène des États-Unis, Acta sanctæ Sedis, t. xli, p. 5; le synode de Blaj dc 1872 fixe, pour les Roumains, les intervalles à cinq ans, /. c., p. 37. Naturellement, les Églises dotées d’un patriarche entretiennent avec Home des relations moins étroites; c’est au patriarche que les évêques recourent dans les affaires qui dépassent leur compétence ou exigent des lumières spéciales; pour la plupart des dispenses, no­ tamment de mariage, quand le patriarche ne tient pas de sa charge le pouvoir dc les accorder, il jouit d’une délégation permanente du souverain pontife, qui per­ met aux évêques dc ne pas recourir, pratiquement, à d’autres qu’à lui. Cf. concile du Mont-Liban dc 1736, II* partie, c. xi, n® 15, dans Collectio Lacensis, t. n, col. 171 ; synode de Charfë, pour les Syriens, toc. cil., p. 183 ; synode arménien de 1911, toc. ci/.,p. 288 ; synode du Caire, pour les Coptes, toc. cit., p. 171. C’est le pa­ triarche qui exerce sur les évêques la surveillance nécessaire. Mais, de son côté, il doit des Comptes au pape ct subit son contrôle. Chaque patriarche présente au SaintPère, à époques déterminées, un rapport détaillé sur l’état de son Église. Les intervalles peuvent varier, suivant les législations respectives, approuvées par le Saint-Siège. Pour les Maronites, ce rapport n’est obli­ gatoire que tous les dix ans, ct le patriarche n’est pas tenu dc l’apporter lui-même; il peut le faire parvenir par procureur ou même par la poste. Cône, du MontLiban. IIP partie,c. vi, art. 9, toc. cit.,col. 3 I L Les pa­ triarches arménien ct chaldccn présentent le leur tous les cinq ans, en même temps qu’ils font personnelle­ ment la visite ad limina, bulles Heversurus, § 19 ct Cum ecclesiastica, § 5, dans Jus pontificium de prop, fide, t. vi a, p. 157, cl t. vi b, p. 84. Dc même le patriarche copte, lorsqu’il y en a un ; mais en outre chaque évêque, dans celte Église, est tenu de fournir, également tous les cinq ans, un rapport individuel sur sa propre éparchic : synode du Caire, toc. cit.,p. 180. Ces documents ne constituent pas dc simples-comptes rendus acadé­ miques, mais un moyen, pour le pape, de connaître et d’intervenir : les deux bulles citées plus haut ne man­ quent point de préciser, parlant du patriarche : man· 1944 data et monita humiliter excipiat et diligentissime exe­ quatur. Quand le pape croit devoir intervenir de façon par­ ticulièrement intense dans la vie d’un patriarcat, il lui arrive de nommer un visiteur apostolique muni d’une juridiction déléguée plus ou moins étendue qui sc substitue, dans les domaines où elle s'applique, â celle du patriarche lui-même. Pendant tout le temps de la visite, les pouvoirs du patriarche, sur tel ou tel point, se trouvent ainsi suspendus. Voir, par exemple, le décret dc la Congrégation dc l’Églisc orientale du 16 avril 1929, supprimant la visite pour les Armé­ niens et réintégrant le patriarche dans sa juridiction normale. Acta ap. Scd., t. xx, p. 111. Enfin, l'autorité du patriarche ne s’exerce pleine­ ment, en fait, que sur le territoire où l’Églisc a ofllcicllemcnl son siège. A l'égard des colonies établies autre part, et où n’est pas encore organisée la hiérarchie, la Congrégation dc l’Églisc orientale ne lui laisse guère qu’un droit de sollicitude dont elle sc réserve dc régle­ menter l'activité. C’est elle-même, en effet, qui accorde aux prêtres orientaux voyageurs ou émigrants les pou­ voirs opportuns, moyennant les garanties qu’elle estime nécessaires. Cf. les deux décrets des 23 décent bre 1929 et 7 janvier 1930, dans Acta ap. Sed., t.xxn, p. 99 ct 106. On le voit, les Églises orientales pourvues d’un pa­ triarche échappent sans doute, beaucoup plus que l’Églisc latine, à la centralisation moderne. Elles sont loin, cependant, dc vivre, à l'égard dc Home, dans une indépendance administrative absolue. Du reste, si larges que puissent être leurs prérogatives, les pa­ triarches orientaux catholiques font partie d’une com­ munauté qui ne possède qu’un chef suprême, le pape. Au jour de leur consécration, ils jurent au pape obéis­ sance cl fidélité, lui .reconnaissent la pleine autorité législative, judiciaire, coercitive, sur la catholicité tout entière. Implicitement, ils s'engagent à ne pas lui résister, le cas échéant, s'il croit nécessaire de les juger ct dc les punir, ct leurs fidèles ne les tiennent pour légitimes, eux, qu’à la condition et dans la me­ sure où ils restent en communion avec ■ le père des pères ct l'évêque des évêques >. Il serait facile de dresser ici une impressionnante biblio­ graphie : rien qu’à propos de hi centralisation pontificale, cc sont tous les ouvrages publiés sur la constitution de l’Église, à une période quelconque dc son histoire, que l’on pourrait énumérer. Nous n’cn ferons rien. Les travailleurs désireux dc contrôler nos assertions ou d’entreprendre une étude plus complète auront le moyen d’y procéder aisément, en sc reportant aux sources ct aux ouvrages que nous avons cités en abondance, avec renvois aussi exacts que possible, dans le corps de cet article. V. Martin. (n* siècle). — Papias est un des personnages les plus mystérieux dc l’antiquité chrétienne. Nous ne savons presque rien à son sujet, el les quelques renseignements que nous avons sur lui sont, de la part des historiens, l’objet d'interminables discussions. Saint Irénéc, qui est le premier à parler dc lui, le représente comme un auditeur dc Jean, un compa­ gnon dc Polycarpc, un homme ancien. Coni turres., V, xxxiii, 4. A nous en tenir à la donnée qui fait de lui un compagnon dc Polycarpc, nous sommes en droll de penser qu'il a dù naître dans le. dernier tiers du pre­ mier siècle, entre 70 et 80 et que son activité litté­ raire a trouvé son akmè vers 120-130. Polycarpc en effet a subi le martyre en 155 à un âge très avancé : Papias devait avoir sensiblement h meme, âge que lui ct disparut sans doute dc cc monde vers la même époque. Nous pourrions avoir des données plus précises peutêtre, si nous savions avec certitude quel Jean PaPAPIAS D’H I ÉR APOLIS, 1905 PAPIAS D’III É RA POLIS 1946 pias n été l'auditeur. La question est difficile A résou- 1 dre par les λόγια κυρ’,ακά interprétés par Papias. Le dre. Eusèbe nous a en effet conservé le prologue du rnot λόγιαν signifie proprement oracle, mais on ne doit grand ouvrage dc Paplas, ct nous y Usons cc qui suit : pas conclure dc lâ que Papias n’expliquait dans son • Je n’hésiterai pas â te communiquer, en les rangeant ouvrage que les prophéties du Seigneur. IJ rapportait au nombre de mes interprétations, toutes les choses aussi les actes dc sa vie cl même des faits complète­ que j’ai bien apprises des anciens et que j’ai bien con­ ment étrangers aux récits évangéliques : < Il ajoute, servées dans ma mémoire, me portant garant de leur écrit Eusèbe, d’autres éléments qui. selon lui, lui sont vérité. Car je ne goûtais pas, comme la plupart, ceux parvenus par une tradition orale, telles que certaines qui parlent beaucoup, mais ceux qui enseignent le paraboles étranges el certains enseignements du Sau vrai, ni ceux qui remémorent les préceptes étrangers, veur, ainsi que d’autres récits tout à fait fabuleux. » mais ceux qui remémorent les préceptes donnés par le H /;., III, xxxix, IL Saint Irénée, qui cite un frag­ Seigneur h la foi et provenant dc la vérité elle-même. ment du quatrième des cinq livres dc Papias, Conl. Et, s’il survenait à l’occasion un dc ceux qui avaient htrts,, V, χχχπι, L est le plus ancien témoin de Pou fréquenté les anciens, je faisais mon enquête sur les dis­ vrage; mais ni de ses expressions, ni dc celles d’Eusèbe, cours des anciens : qu’avaient dit André, Pierre, Phi­ on ne peut tirer une conclusion claire sur la nature lippe; qu'avalent dit Thomas ou Jacques; qu’avaient exacte cl le contenu des E>ses. dit Jean ou Matthias ou quelque autre des disciples du Des fragments que nous possédons, les plus célèbres Seigneur? el cc qu’Aristidc el Jean l'Ancien, les disci­ sont relatifs a l’origine des évangiles de saint Matthieu ples du Seigneur, disent. Car je ne croyais pas que cc cl de saint Marc. A propos dc saint Marc» Paplas rap­ que contiennent les livres pût me rendre autant de ser­ portait le témoignage de l'ancien : « El voici cc que vices que ce qui vient de la voix vivante ct subsis­ disait le presbytre : Marc, devenu l’interprète de tante. » Eusèbe, IL E., III, xxxtx, 3, 4. Pierre, écrivit exactement autant qu’il s’en souvenait, Cc texte est loin d’etre clair. Nous y voyons d’abord mais non selon l’ordre, les paroles ou les actes du Sei­ que Papias a consulté des anciens, πρεσβυτέρους, ct gneur. Car il n’avait ni entendu ni accompagné le Sei­ qu’il a pris plaisir â les entendre. Mais nous Ignorons gneur, mais plus tard, comme je l’ai dit, Pierre. Celuiquels sont ces anciens. Nous y apprenons ensuite que ci faisait scs instructions selon les besoins, non comme Paplas a interrogé ceux qui avaient fréquenté les an­ s’il eût fait une composition des discours du Seigneur, ciens; cl ceux-ci lui ont fourni des renseignements dc en sorte que Marc n'a commis aucune faute s'il en a écrit une partie ainsi qu’il s’en souvenait. Il n'eut en deux sortes : ils lui ont répété d’une part cc qu’avalent effet qu’un souci, c’est de ne rien omettre de ce qu'il dit, εϊπεν, André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu; Ils lui ont répété d’autre part cc que avait entendu ct dc ne pas se tromper sur quelque disent, λέγουσιν, Arisllon el Jean 1’Ancien, disciples point en le rapportant. » Eusèbe, II. E., III, xxxix, 15. Sur saint Matthieu, Papias écrit : · Matthieu, quant du Seigneur. Les personnages du premier groupe sont sept des apôtres; Ils semblent bien avoir déjà disparu A lui, réunit les sentences en langue hébraïque, el cha­ cun les traduisit comme il put. » Ibid. du monde au moment où Papias faisait scs enquêtes, Nous n’avons pas à interpréter ici ces deux passages car celui-ci demande à scs informateurs cc qu’ils qui ont naturellement retenu l’attention dc tous les avaient dit (au parfait). Les membres du second groupe, au nombre de deux, parient encore (au pré­ exégètes, cl dont chaque mot a donné Heu à d’inter­ sent) au temps de Papias qui aurait pu ou pourrait les minables discussions. Leur importance est incontes­ entendre : l’un d’eux est Aristlon, l’autre est Jean I table, puisque Papias est le plus ancien témoin qui nous ait rapporté des souvenirs louchant l’origine hu­ l’Ancien. maine des évangiles. Nous ne savons rien dc précis sur Aristlon : dans un Eusèbe ajoute, ibid., que Papias, dans son ouvrage, manuscrit d’Etschmiadzin, la finale dc saint Marc est I attribuée à un certain Aristlon, ct les Constitutions j citait des témoignages empruntés à la première épltre apostoliques donnent cc nom au premier ct au troi­ dc Jean ct Λ la première épltre dc Pierre: qu’il rappor­ tait l’histoire de la femme accusée, en présence du Sei­ sième évêque dc Smyrnc. Quant à Jean l’Ancien, il gneur. de nombreux crimes, histoire que renferme semble bien différent du premier Jean, qui ligure au l’Évangile selon les Hébreux; enfin qu’il racontait, nombre des apôtres. Eusèbe a cru pouvoir conclure du texte dc Papias, que le vieil auteur s’y donnait comme d’après les filles de l’apôtre Philippe, deux miracles, un auditeur d'Arislion et de Jean le Presbytre. En réa- . dont l’un avait eu pour bénéficiaire cc Justus, surlité, Paplas ne dit pas cela, puisqu’il sc contente dc 1 nommé Barsabas. qui. après l’ascension, fut présente rappeler (pi’il demandait Λ scs interlocuteurs anony­ aux apôtres comme un candidat à la succession de mes ce que disent (donc au moment où il les interro­ Judas. Nous savons encore que Papias professait le millé­ geait) ces deux témoins. narisme. Saint Irénée nous a conservé un passage qui On ne saurait d’ailleurs pas conclure de cc fragment <μιο Paplas n’a pas été, dans sa jeunesse, l’auditeur de renferme une description enchanteresse des jours où les vignes auront chacune dix mille ceps, chaque cep l’apôtre Jean, (l’est ù son ûgc mûr (pic se rapportent dix mille bras, chaque bras dix mille rameaux, chaque les empiètes signalées ici, elles sc placent après la mort rameau dix mille grappes, chaque grappe dix mille des apôtres, en un temps où ne vivent plus que des hommes qui ont été leurs auditeurs. Mais Papias lui- grains, dont chacun donnera vingt-cinq mesures de même a pu. étant enfant ou jeune homme, recevoir vin! Irénée, Cont. heres., V, χχχπι, 2-3. Un fragment, transmis par Apollinaire, est relatif a l’enseignement dc l’apôtre; ct c’est bien cc que semble la mort dc Judas ct sc fait l’écho dc fables assez pué dire Irénée; car Polycarpc a entendu l’apôtre ct, si riles, t ’n autre, rapporté par Philippe de Side, semble Papias a été son compagnon, il a dû, comme lui, se mettre à l’école de l’apôtre. Le problème dc l’existence dire que Jean l’Apôtre fut mis ù mort par les Juifs en d’un presbytre du nom dc Jean est donc, à tout pren­ même temps que son frèro Jacques; mais cc dernier dre, Indépendant dc celui du premier maître dc Pa­ texte, qui n’est pas cité ad verbum, est sujet à caution. Kéeemment, E. Loofs a tente d’accroître l'héritage pias. Devenu évêque d’IIlérapolls en Phrygie, Paplas ilittéraire de Paplas. en faisant valoir que c'était sans composa un ouvrage en cinq livres qui avait pour titre doute son témoignage qu'invoquait saint Irénée toutes Λογίων κυριακών έξηγήσεως βιβλία c*. Cc titre, lui 1les fois qu’il faisait appel à la tradition des presbytres aussi, a suscité dc vives controverses panni les histo- | '». 2° Objet cl issue de celte première controverse pascale. Le De Pascha de Méliton est perdu el Eusèbe ne nous a fait connaître ni l’objet, ni l’issus du litige qui troubla l’Église de Laoclicée sous le proconsulot de Sergius Paulus. Toutefois, un fragment du De Pascha d’Apollinaire de lliéropolis, conservé par la Chronique pascale, nous permet de suppléer au silence d’Eusèbe; car, comme Laodicée ct Hiérapolls étaient voisines l’une de l'autre et Apollinaire contemporain de Mill­ ion, il est probable que le De Pascha de l’évêquc de Hiérapolls vise, lui aussi, la controverse de 165. Dans ce fragment, Appollimdre blâme certains chrétiens «qui ’ par Ignorance soulèvent des querelles », qui prélen- 1969 PAQUES. LES PREMIÈRES CONTROVERSES PASCALES 1950 dent que le 1 1 (nisan) le Seigneur mangea l'agneau déférence pour Polycarpe, lui céda sa place pour la avec ses disciples et qu'il souilrit le grand Jour des célébration de l'eucharistie. Ensuite, ils se séparèrent azymes (le 15 nisan). ils expliquent Matthieu scion cn paix, et. toute l’Église était en paix, ceux qui obser­ leur sentiment. Mais ce système n'est pas conciliable vaient (le 14 nisan) comme ceux qui ne l’observaient avec la loi; il introduit une contradiction dans les pas. » Voir celte lettre d'I rénée A Victor dans Eusèbe, évangiles... Le 1 I (nisan) est la vraie Pâque du Sei­ H. E., V, xxiv, P. G., t. xx, col. 500 sq. gneur, le grand sacrifice; à la place de l'agneau, le 11 ressort de cette lettre qu’à Home, dès le pontifi­ Fils de Dieu. P. G., t. xcii, col. 80. I cat de Xyste, donc dès le premier quart du n· siècle, Ces chrétiens, blâmés par Apollinaire, prétendaient on ne suivait pas l’usage quartodéciman, ct toute la donc que Jésus était mort le grand jour de la Pâque situation, telle que la décrit la lettre de l’évêque de juive (15 nisan) parce que, selon leur interprétation Lyon, nous amène â admettre que la fête de Pâques y de l'évangile de saint Matthicu.il avait mangé l'agneau était célébrée le dimanche. Toutefois, si les dirigeants pascal avec ses disciples la veille de sa mort, chose de l’Église romaine ne toléraient pas l’observance qu’il n'aurait pu faire que le 14 nisan. Le vieil évêque quartodécimanc chez leurs fidèles, ils ne la condam­ <1'1 liérapolis leui réplique (pie la date du 15 nisan pour naient pas chez les autres, puisqu’ils envoyaient l'eu­ le supplice de Jésus était inconciliable avec la loi charistie aux chrétiens originaires des Églises quartomosaïque et ne pouvait être soutenue sans introduire déci mânes, qui séjournaient à Home. Voir, sur l’inter­ une contradiction dans les évangiles, c’est-à-dire entre prétation de cc passage, la note de Duchesne, La ques­ l'évangile de saint Jean, qui allirme formellement que tion pascale au concile de ATicce, dans Hernie des questions le Sauveur est mort le jour de la Parascève, veille du historiques, 1880, p. 12. grand sabbat, et les évangiles synoptiques. Anicct essaya bien d’amener Polycarpe à renoncer Clément d'Alexandrie allirme que c'cst le traité de à l’usage quartodéciman, lors du passage à Home de Méliton Quelle que soit la signification exacte de ce passage breuses analogies de fond cl de forme existant entre les deux ouvrages. C’est ainsi que le Chroniqueur se discuté, la tradition la plus ancienne a fait du scribe Esdras l’auteur des Paralipomènes, aussi bien que du rattache aux données généalogiques de P et les livre qui porte son nom; la critique récente, si elle poursuit dans l'intention évidente de rattacher son adm·! généralement l’unité de redaction pour l’en­ propre récit au passé, c’est-à-dire aux temps mosaïques, a celui des patriarches cl au commencement de l’his­ semble Chronlques-Esdras-Néhémie, se refuse à faire d’Esdras l’auteur ou le compilateur de l'œuvre. Étant toire de toute l’humanité. Il apporte le même Intérêt que l’auteur de P au développement des institutions données scs préoccupations cl ses préférences, son cultuelle* cl, de même que ce dernier avait groupé loyalisme envers la dynastie davidlque cl son intérêt tout ce qui, d’après l’idée dominante de la commu­ pour la tribu de Lévi et plus spécialement pour les chanteurs cl les musiciens, intérêt qui se manifeste nauté juive de son temps, était regardé comme l’œuvre dans ses propres additions tomme dans les textes de Moïse ou de son époque en fait d’institutions qu’il choisit, on n supposé, non sans raison, que le cultuelles, ainsi attribue-t-il a David tout ce qui. du Chroniqueur appartenait à l’un ou à l’autre de ces sanctu lire de Jérusalem et de son culte, ne pouvait groupes ou du moins les louchait de fort près. être reporté â Moïse et était alors tenu pour Institut Ion Quant a l’époque où 11 vtv dt.lcs indications fournies dasldiquc. L’intention de continuer le travail de I’ par le livre Im m· me sans permettre de la fixer avec n’apparaît pas moins dons le but poursuivi de part 1985 P A R A LI POM ÈN ES (LIVRES DES). TEXTE ET VERSIONS 1986 toute la précision souhaitée, oliront du moins les élé­ pondérante de la législation sacerdotale, mais encore ments sufllsanls d’une détermination approximative. on s’aperçoit qu’il s’est écoulé du temps depuis l’épo­ Le decret de Cyrus qui marque la fin des Parollpo- que d’Esdras cl que les institutions ducs à ce dernier mènes est daté de la première année du règne de ce ont jeté leurs racines dans le sol cl revêtu déjà l’aspect roi; l’ouvrage n’est donc pas antérieur à cette date, vénérable que donne l’ancienneté. En d'autres teimes. 537. Puisque Pauvre du chroniqueur se poursuit le Chronistc n'est pas un contemporain d’Esdras, un dans les livres d’Esdras et de Néhémic, seconde partie témoin et un collaborateur de scs efforts réformateurs. de son livre, c’est encore après l’époque des événements Il appartient à une époque plus récente, où la vie qui y sont racontés qu’il faudra reporter la date politique el religieuse de la communauté juive, de composition des Parallpomèncs, c’est-à-dirc au marquée du sceau sacerdotal, r pris un caractère stable moins un siècle plus tard. La double indication, et définitif. » L. Gautier, op. cit., p. 216-247. fournie par la généalogie de David et la liste des La conclusion de cct ensemble de considérations grands prêtres, oblige à la retarder davantage. La semble donc bien s’imposer : l’œuvre du Chroniqueur généalogie de David, I Par., ni, 19-24, sc poursuit, en appartient à une époque relativement récente qu’on ellet, jusqu’à la sixième génération après Zorobabcl ne saurait, selon toute vraisemblance, faire nmonter (537) ; en compt ant t rente ans pour une général ion, c’est au delà des dernières années du iv® siècle. jusqu’à 350 environ qu’il faut descendre ou même, VI. Texte et versions. — La date relativement s’il faut en croire les versions grecques, syriaques et tardive de la composition des Parallpomèncs cl le latines, jusqu'à 200, puisque la généalogie s’y pour­ fait qu’ils furent moins lus et, par suite, moins souvent suit jusqu’à la onzième génération. On fait observer, recopiés que la plupart des livres de l’Ancien Testa­ toutefois, que la durée d’une génération pourrait ment, auraient dû assurer une transmission de leur être comptée de vil gt ans seulement cl que la leçon texte meilleure que celle qui aboutit a la tradition des versions n’est qu'une interprétation de l’hébreu.ne maxsorétlquo. Sans doute, les î ombreuses listes de constituant pas, de ce fait, une base d’argumentation noms propres, surtout dans les neuf premiers chapitres bien solide; peut-être même faudrait-il voir déjà dans du Ier livre, où le contexte ne pouvait guère aider le l’hébreu un n maniement rédactionnel. Steuernagcl. copiste, sont l’occasion de maintes erreurs textuelles, Einleitung, p. 393. D’après la seconde indication, non moins que les indications numériques, mais les fournie par la liste des grands prêtres. Il Esd., xn, parties narratives n’en sont point non plus exemples. 10, 11, 22, qui va jusqu’à Jcddoa ou Jedda, trois ou Peut-être en faut-il faire remonter la responsabilité quatre générations après Êliasib, le contemporain de à l’introduction tardive des Parallpomèncs dans le Néhémic, II Esd., xm, 1, 28, et dont Josèphc fait canon cl à la liberté de transcription qui, jusque-là, un contemporain d’Alexandre le Grand. Antiq. jud., en fut la conséquence. XI, vu, 2; vm, 2, la rédaction des Parallpomèncs Ie Hébreu.— Les manuscrits hébreux ollrcnt peu de pourrait trouver place dans la seconde moitié du variantes; celles-ci ne sont d'ailleurs pas d’un grand iv* siècle. Pour les autres éléments d’information, secours pour la reconstitution du texte. Cf. Bacr, Liber recueillis dans les livres d’Esdras et de Néhémic, voir Chronicorum. Les passages parallèles des anciens Ici, t. v, col. 532. livres canoniques et leurs versions apportent à la Des sources utilisées par le Chroniqueur on a éga­ critique textuelle des Parallpomèncs une aide précieuse. lement tiré quelques conclusions touchant l’époque Pour les noms propres en particulier, la comparaison de la composition de son œuvre. Les livres de Samuel avec les autres livres de la Bible révélera maintes et des Bois, d’après les citations qui en sont faites altérations de ccs noms. Cf. Friedlander, Die Verùndans les Parallpomèncs, supposeraient un état du texte dertichkeit der Namen in den Stammlisten der Hùcher der assez tardif, soumis déjà à des remaniements d’après Chronik, Berlin, 1903. De la même manière telles le code sacerdotal, cf. Ill Reg., vu, 48; in, 3..., ou indications numériques pourront être rectifiées. Il chargé d’additions postérieures à l’exil, ci. H Reg., Importe de noter, toutefois, au sujet des corrections xxi, 18-22; III Reg., vu, 17.., xn, 21-24, xxu, 4... possibles, que bien des changements ne sont pas le De même pour les généalogies, I Par., i-ix, certains fait d'une erreur, mais d’une intention bien arrêtée du de leurs éléments proviendraient des parties les plus Chroniqueur, qui, utilisant un texte déjà altéré, le récentes du Pentaleuque, telles que Gcn., xi.vi, 8..., retouche en vue de l’améliorer. La tâche de la critique Exod., vi, 16..., Num., χχνι, et certaines institutions textuelle dans les Parallpomèncs n’est pas, selon une cultuelles seraient empruntées aux éléments se­ juste remarque, de restaurer le texte de la source condaires du Code sacerdotal, II Par., xxx, 2, et originale citée, mais de rétablir le texte tel qu’il Num., IX, G; Il Par., xxxi, 3, el Num., xxvm-xxix; | sortit de la main du Chroniqueur. Curtis, our des motifs très gieuses dans le inonde entier que toute tentative graves ». L'éducation de la pureté, p. 13. D'&ulrrs d'apostolat serait vouée à l’échec; car que faire en sont plus loin encore ct condamnent toute restriction pareilles circonstances pour assurer la pérennité de volontaire à la natalité; ainsi, lu Ligue pour la vie, l’Église, sinon procréer des enfants qui entretien­ avec Paul Bureau. 11 y a là. croyons-nous, une exagé­ draient le flambeau de la fol en attendant des jours ration; s’il ne faut pas sous-estimer hi procréation ct. meilleurs? L’exercice de la Chasteté parfaite demeu- par un reste de manichéisme, la regarder comme sim 2007 PARENTS. DEVOIRS GÉNÉRAUX 2008 détail des obligations qu’implique l’amour des parents pour leurs enfants, disons seulement qu’elles peuvent sc grouper sous trois chefs : les parents doivent vou­ loir du bien à leurs enfants, ils doivent leur faire du bien, ils doivent écarter deux le mil. En d’autres termes, ils leur doivent un amour spécial de bienveil­ lance el dc bienfaisance, celui-ci comportant un aspect positif, le bien à faire, cl un aspect négatif, le mal à écarter. Sont, par conséquent, péchés des parents tous les DE LEURS ENFANTS .* LES AIMER, LES ÉDUQUER. actes contraires à ces devoirs cl toutes les omissions I· £« parents doivent aimer leurs enfants. — 1. Exis­ à la fois volontaires et injustifiées. tence de l'obligation. — La loi d’amour est dc droit 3. Son étendue. — La loi d’amour est générale; elle naturel; elle sc manifeste dans l’instinct. On sait les s'étend à tous les enfants et demeure toujours, parce soins vigilants dont les animaux entourent leurs petits : qu’elle résulte du fait dc la paternité cl dc la mater­ ils travaillent à les abriter, veillent sur eux, leur pro­ nité, cl non du besoin ou du mérite personnel dc l’en­ curent la nourriture qui leur est nécessaire, les défen- ; fant. Les parents doivent aimer leurs enfants indé­ dent au besoin ct les initient souvent Λ la vie en leur pendamment dc leurs qualités physiques, intellec­ apprenant à sc passer d eux. tuelles ou morales ct malgré leurs défauts; ils doivent Le môme instinct existe dans le genre humain : il les aimer en tant qu’ils sont leurs enfants ct parce sc manifeste déjà par anticipation dans la jeune hile qu’ils le sont. A cc litre, ils leur doivent à tous un par le besoin dc sc dévouer ct chez le jeune homme amour égal, même à ceux qui sont nés hors du ma­ par celui de protéger; mais il acquiert sa pleine inten- 1 riage. sité chez le père ct la mère, à tel point que ceux qui Mais il s’agit là d’un amour dc volonté, d’une dis­ en sont dépourvus sont considérés comme des mons­ position à leur vouloir et à leur faire également du tres. La raison dc cet instinct est claire : les petits 1 bien, ainsi qu’à écarter également d'eux le mal. Pareil sont faibles, incapables dc se suffire, pour un temps amour n’empêche pas les parents d’aimer en tel enfant plus ou moins long, ct cela est vrai surtout dans le certaines qualités ct en tel autre certaines autres qua­ genre humain : l’enfant a besoin dc soins vigilants ct lités; il ne s’oppose pas aux préférences intimes qu’ils d’amour pour vivre et se développer normalement; peuvent éprouver pour le caractère cl le naturel dc d'autre pirt, les petits sont quelque chose dc leurs l’un plutôt que pour ceux dc l’autre; il ne saurait leur ascendants : l'amour de leurs enfants, leur chair et défendre de trouver en celui-ci plus dc qualités qu’en leur sang, destinés à les perpétuer est, chez les parents celui-là ct, en conséquence, de le trouver plus aimable. qui sc survivent en eux, une forme dc l’instinct dc D’autre part, vouloir également du bien n’implique conservation. L’instinct qui porte les générateurs à pas qu'ils veuillent à tous les mêmes biens; mieux aimer leur progéniture, étant naturel, est voulu par vaut, au contraire, que, dans leurs desseins bienveil­ Dieu. lants, ils tiennent compte des dons dc chacun. Faire Simple loi de l’être pour l’animal, inscrite dans sa également du bien n’implique pas qu’ils le fassent à nature et réalisée par scs réflexes, l’amour devient tous de la même manière; ils ont à tenir compte, en pour l'homme un devoir qui s’impose à sa volonté effet, du tempérament ct des dispositions particulières libre. Utiliser ses facultés supérieures pour étoulTcr de chacun. Enfin, écarter également le mal ne signifie l’instinct paternel ou maternel ct sc soustraire aux pas prendre à l’égard dc tous des mesures identiques, obligations qu’il entraîne serait, de la part dc l’homme, puisque la diversité dc leurs défauts ct la variété des un crime contre nature. Mais l’homme ne doit pas sc dangers auxquels ils peuvent être exposés requièrent, nu borner à respecter en lui la loi d’amour, ni même à contraire, une grande diversité dans les interventions. mettre au service dc l’instinct scs facultés propres : il 2° Les parents doivent entretenir cl éduquer leurs endoit plutôt suivre les indications dc la nature en dis­ farits, c'est-à-dire travailler au développement progressif ciplinant en lui-même les énergies instinctives pour et harmonieux de tout leur être pour en faire des hommes les mettre au service d’un amour humain, c'est-à-dire et des chrétiens. — 1. L'obligation. — Dc par le droit volontaire ct intelligent. naturel, l’éducation des enfants est un droit et un C’est cc que les moralistes expriment en disant que devoir de la famille. · La nature, écrit saint Thomas, l’amour des parents pour leurs enfants doit être : ne vise pas seulement à la génération dc l’enfant, mais a) vrai ct interne, c’est-à-dire personnel, inscrit dans le aussi à son développement ct à son progrès, pour cœur; b) bien ordonné, c’est-à-dire Intelligent ct rai­ l’amener à l’étal parfait de l’homme en tant qu’homme, sonnable dans toutes scs manifestations; c) généreux, c’est-à-dire à l’état de vertu. » Sum. theoL, Ill*, c’est-à-dire volontairement dévoué ct prêt au sacri­ q. xi.r, a. 1 ; ct le même docteur ajoute : · Le père est le fice. Telle est la loi. Voilà pourquoi l’amour paternel principe dc la génération, dc l’éducation ct de la dis­ et maternel, qui sont seulement des faits chez l’animal, cipline, et dc tout cc qui sc rapporte au perfectionne­ relèvent chez l’homme dc la vertu; cl pourquoi, par ment dc la vie humaine. > IIW-II®, q. en, a. 1 ; · le contre, c’est pour celui-ci un péché de ne pas aimer fils est par nature quelque chose du père... il s’ensuit scs enfants, à plus forte raison de les haïr. que, dc droit naturel, le fils, avant l’âge de la raison, La vertu qui est ici en cause n’est pas seulement la est sous la garde dc son père. Cc serait donc aller charité· qui règle les rapports des individus entre eux contre la justice naturelle, si l’enfant, avant l'usage dc ct doit s’étendre à tous les hommes. La famille est. la raison, était soustrait aux soins dc scs parents, ou si dans 1 humanité, une unité à part; les liens matériels l’on disposait de lui en quelque façon contre leur si intimes ct si particuliers qui unissent scs membres volonté. · II·-!!·, q. x, n. 12. créent des devoirs uniques en leur genre, qu’on appelle Ccttc doctrine dc saint Thomas a passé non seule­ ment dans les thèses de tous les théologiens, mais dans devoirs dc famille, et la vertu qui en règle l’exercice ne s’identifie avec aucune autre : e’est la piété, dont l’enseignement pontifical. Nous n’avons pas à rappeler ici comment elle a été battue en brèche, dc nos jours saint Thomas fait une des parties potentielles de la surtout, et comment elle ne cesse de l’être, soit par justice. L’amour des parents pour leurs enfants relève les théories communistes ct socialistes énergiquement de ccttc vertu. 2. Ce qu'elle comprend. — Sans entrer ici dans le condamnées p.ir Pic IX (encyclique Quanta cura. plerncnt tolérée par Γéglise, il ne faut pas non plus la surestimer et vouloir faire du catholicisme, selon l’expression dc P. .Mélinc, < une force populatrice de soi » : au-dessus de l'accroissement numérique dc l'humanité, l’Églisc a toujours placé ct placera tou­ jours son accroissement spirituel. Il est bon, d’ailleurs, que l’acte procréateur n’émane pas du seul instinct ou de la passion, mais qu'il soit régi, comme les autres actes humains, par la raison. IL Devoirs généraux des parents a l'égard 2009 PA K ENTS. DEVOIRS GÉNÉRAUX 2010 8 déc. 1861, Dcnzlngcr-Bannwart, η. 1691), soil paries ment transitoire, n’est elle-même qu’un moyen, ils entreprises toujours plus audacieuses dc la société doivent enseigner à l’enfant « ce qu'il doit être pour civile. En défendant les droits dc la famille, les papes atteindre la lin sublime en vue de laquelle il a été ont du même coup rappelé ses devoirs. < Les dis sont créé ·; ct l’on peut dire, avec Pic XI, encyclique quelque chose du père, connue une extension dc la Rappresentanti in (erra, qu’ · il ne peut y avoir de personne p itcrnelle..., dit Léon XIII, Rerum novarum, véritable éducation qui ne soit tout entière dirigée 15 mai 1891, donc le pouvoir du père est dc telle vers cette fin dernière ». Léon XIII affirmait de même, nature qu'il ne peut cire ni supprimé, ni absorbé par encyclique Sapientia Christiana, 10 janv. 1890 : · De l’Etat, p iree qu il a avec la vie elle-même un privilège par la nature, les parents ont le droit de former leurs commun. · Pie XI, dans l'encyclique Rappresenlanti enfants, mais ils ont dc plus le devoir de mettre leur in terra, 31 déc. 1929, parle de « la famille Instituée I instruction ct leur éducation en parfait accord avec la immédiatement p ir Dieu pour sa lin propre, qui est la fin pour laquelle ils les ont reçus par un bienfait de procréation et I éducation des enfants», ct. aprèsavoir Dieu. » Les parents doivent donc, pour remplir parfai­ reproduit le texte dc saint Thomas sur le père, principe tement tout leur devoir, donner a leurs enfants une dc l’éducation comme de la génération, il ajoute : · La éducation chrétienne. L’étendue dc leur obligation est clairement signifiée famille reçoit donc immédiatement du Créateur la mis­ sion et conséquemment le droit de donner l éducation par le canon 1113 du Codex juris canonici : Parentes à l'enfant... · Le droit est donc fondé sur le devoir; gravissima obligatione tenentur prolis educationem tum et c’est pour cela qu’il est inaliénable. Cf. Léon XIII, religiosam et moralem, tum physicam et civilem pro viribus curandi, et etiam temporali eorum bono provi­ encyclique Ofl'icio sanctissimo, 22 déc. 1887. 2. Sa grain té. — Faut-il, après cela, souligner la gra­ dendi. 3° Les parents doivent se préparer à l’accomplissement vité de l’obligation qu’ont les parents d’éduquer leurs enfants? issue du droit naturel, elle est grave ex genere de ces devoirs. — L’existence d’un devoir, surtout d'un suo. S. Alphonse, Theol. mor., 1. III, n. 336; Noldin, devoir d’état, entraîne une obligation subsidiaire, qui n. 293. Le Codez juris canonici l’impose même comme est dc se préparer à le bien remplir. Pour aimer et très grave : Parentes gravissima obligatione tenentur éduquer leurs enfants comme il faut, les parents prolis educationem... pro viribus curandi, can. 1113. doivent : 1. Bien comprendre cc qu’est l’enfant, soit en luiC’est aussi l’expression qu’emploie Pie XI quand, dans l’encyclique Rappresentanti in terra, après avoir même, soit par rapport à eux. En lui-même, l’enfant déploré la décadence lamentable de l’éducation fami­ n'est pas seulement < quelque chose d’eux », leur chair cl leur sang; il est une créature que Dieu aime ct es­ liale à notre époque, il conjure les pasteurs des Ames de tout metire en œuvre pour rappeler aux parents leurs time; il est en outre, après son baptême, doué d'une vie surnaturelle qui doit le conduire nu ciel. Pour ccs « très graves obligations ». En raison de la gravité dc ce devoir. « il ne serait deux raisons. Il faut l’estimer, l'aimer, le respecter et pas permis, écrit saint Thomas, à quelqu’un qui aurait le mettre à même dc prendre son essor. Par rapport ù des enfants, d’entrer en religion, sans sc soucier aucu- scs parents, il n’est pas seulement une source possible ncmcnl de la charge qui lui incombe, c’est-à-dire sans dc joies et d’honneur, mais un dépôt dont ils auront avoir pourvu, d’une façon ou d'une autre, à leur édu­ à rendre compte à Dieu, un champ de travail et une source de mérites. Le père el la mère, auxiliaires dc cation ». Sum. theol., IIs-11·1'. q. clxxxix, a. 6. Le Codex juris canonici, can. 512, § 2, déclare dc Dieu dans l’œuvre de la génération, sont destinés par même illicite l’admission, dans un ordre religieux, des lui à être la providence terrestre dc leurs enfants; c’est parents dont les soins sont encore nécessaires à leurs en s'acquittant de leur mieux dc ccttc mission qu’ils enfants pour les élever ou les éduquer : parentes quo­ se sanctifieront cl feront leur salut. 2 S’armer de toutes les ressources humaines sus­ rum opera s it ad liberos alendos vel educandos neces­ saria ; il prévoit même des peines contre les supérieurs ceptibles dc leur faciliter la tâche. La puériculture, la qui admettraient ccs parents au noviciat : Superiores psychologie de l’enfant cl de l’adolescent, la science religiosi qui candidatum non idoneum contra privscrip- dc l’éducation peuvent leur être d'un grand secours. turn can. 642... ad noviliatum receperint... pro gravi­ Que les parents cherchent dans ces diverses disciplines des lumières, des règles dc conduite, des conseils : tate culpæ puniantur, non exclusa ofllcii privatione. qu’ils utilisent pour cela la conversation ct la lecture, Can. 2111. Les raisons qui fondent le devoir d’entretenir el sans négliger d’enrichir leurs connaissances par l’ob­ d’éduquer les enfants sont assez générales pour en­ servation cl l'cxpéricncc personnelles. D’excellents traîner une obligation, même dans le cas de naissance livres sont faits spécialement pour eux. qu'ils se pro­ curent l’un ou l’autre; des sociétés ont été créées pour illégitime. les aider, qu’ils n’hésitent pas à recourir à leurs ser­ Au cas où les parents feraient défaut, l’obligation incomberait, de par le droit naturel, aux ascendants, vices, cl s’inscrivent par exemple à ΓAssociation du c’cst-à-dire aux grands-parents; et, dans l’état actuel mariage chrétien. 3. S’appuyer sur la grâce. L’œuvre que les parents dc nos mœurs, d’abord du côté paternel, puis du côté ont ù accomplir est en quelque sorte divine; cc n’est maternel. 3. fitendue de l'obligation. — Le devoir d’éduquer pas trop, pour s’en bien acquitter, dc toutes les res­ les enfants n’est pleinement réalisé qu’en assurant leur sources dc la vie spirituelle. La prière leur donnera développement harmonieux dans tous les domaines : l’intelligence surnaturelle des besoins les plus pro­ physique, intellectuel, moral et religieux. Les éduca­ fonds de leurs enfants et des movens de les satisfaire; teurs ne doivent donc pas avoir en vue principalement elle créera en eux l’inébranlable confiance qui assure leur intérêt personnel, encore qu’ils soient les premiers lu continuité des efforts et la joie au travail; elle leur à profiler dc la bonne éducation qu’ils donnent; ils obtiendra le secours et la bénédiction du Tout-Puis­ doivent, au contraire, scmettre nu service des enfants sant. gage assuré du succès. el viser à faire d’eux des hommes et des chrétiens. •P Les parents doivent traiter leurs en/ants à la fois Ils formeront des hommes, s’ils préparent les en­ avec autorité ct affection. - 1. Avec autorité. — Le mot fants, qui normalement sont appelés à leur survivre, auctoritas vient dc auctor. Au sens plein du mol, l’au­ à mener sans eux leur vie terrestre, en sc rapprochant torité appartient à Dieu, auteur de tontes choses. Iciautant que possible dc l’idéal humain qui esl inscrit bas, toute autorité vient de lui cl l’homme n’y a droit dans leur nature. Mais, puisque celle vie, nécessaire­ que s’il l’a reçue dc lui. Or, en faisant participer les 2011 PARENTS. DEVOIRS SPÉCIAUX parents à son action créatrice, Bien leur a communi­ qué l’autorité sur les enfants dont ils sont avec lui les auteurs. Dc droit naturel, l’autorité sur les enfants revient donc aux parents; et elle ne peut appartenir à d’autres que par délégation de ceux-ci ou de Bien. Cette autorité, qui est un droit, est aussi un devoir. Les parents ne Payant pas reçue pour eux-mêmes, ils ne peuvent y renoncer; ils doivent l’exercer, en raison même dc sa nécessité. Les enfants ne peuvent être ni préservés, ni formés s’ils sont rebelles à l’action des parents; pour qu’ils subissent leur influence, il faut qu’elle s'exerce avec force ct qu’ils soient disposés à s’en laisser pénétrer. Or. la force du commandement est en raison directe de l’autorité, cl la docilité est fille du respect inspiré lui-même par l'autorité. C’est pour­ quoi .Mgr Dupnnloup disait de l’autorité qu’elle est la chose fondamentale dans l’éducation. De l’éducation, 1.1, p. 1. Les parents doivent donc user de leur auto­ rité. Ils doivent aussi savoir la faire accepter. Pour y arriver, ils affirmeront dc bonne heure leur autorité ct l’imposeront, afin dc donner â l’enfant des habitudes de dépendance et d’obéissance; ils l'appuieront sur l'autorité supreme dc Dieu, dont ils sc montreront toujours re pe tueux, soit dans leur langage, soit dans leur conduite; ils l’exerceront de façon raisonnable, c'est-à-dire avec calme, fermeté ct réflexion, sans la mettre jamais au sendee de l’égoïsme ou de la pas­ sion; enfin ils en useront ù bon escient, évitant dc la gâcher par des interventions incessantes ou incohé­ rentes, ct avec le souci de laisser à l’enfant une juste liberté qui lui permettra dc développer sa propre per­ sonnalité. 2. Avec affection. — L’amour des enfants est néces­ saire chez les parents pour les aider à s’acquitter de leurs autres devoirs. Lui seul peut inspirer ct soutenir le dévouement de tous les instants que requiert l'oeuvre dc l'éducation; lui seul peut donner la clalrc intelligence du petit être qu’il s’agit dc connaître ct dc comprendre, dans ses qualités comme dans scs défauts, pour le bien former; lui seul peut tempérer utilement la rudesse de l’autorité ct donner la délica­ tesse dc touche qui permet les interventions utiles ct opportunes. Mais il ne suffit pas que l’amour paternel et maternel existe chez les parents; il faut que les enfants le sen­ tent. Une atmosphère d'affectueuse sympathie favo­ rise le développement ct l’épanouissement de leurs facultés naturelles, comme l’air ct la lumière favori­ sent celui de la vie physique; elle dispose, en outre, les enfants à supporter sans aigreur des interventions souvent pénibles pour leur amour-propre, à les accepter avec confiance, à les mettre à profit avec courage. III. DEVOIRS SPÉCIAUX DES PARENTS ENVERS LEURS — Les devoirs généraux dont nous avons parlé se précisent pratiquement ct sc déterminent en devoirs spéciaux, dont certains concernent le corps de j l’enfant, d’autres son âme, d’autres enfin son établis­ sement. 1· Devoirs relatifs au corps. — 1. En règle générale, les parents sont tenus de procurer à l’enfant tout cc qui est nécessaire pour la conservation de sa vie cl de sa santé, et d’écarter dc lui tout cc qui pourrait nuire à l’une ou a l’autre. Ce devoir commence dès le moment de la conception, peut-être même avant, ct dure jus­ qu’au jour où l’enfant est capable dc sc suffire à luimême. Il ne s’imposerait plus tard ct Jusqu’à 1 a mort que si. pour une raison ou j our une autre, l’enfant était tombé dans l’absolu dénuement. Avant la naissance, les parents doivent éviter, non seulement toute manœuvre abortive qui ferait d’eux directement des criminels, mais encore tout cc qui mnfants. 2012 peut indirectement amener la mort de l’enfant ou sn naissance avant terme, dans des conditions dr viabi­ lité très diminuées; ainsi les fatigues excessives, le* longues courses en auto, l’abus des boissons alcooli­ ques. Ils doivent éviter même tout cc qui peut agir de façon délétère sur le sang ou le système nerveux dr l’enfant ct nuire par là au bon équilibre dc son tempé­ rament ; ainsi, les excès dans le boire ou le manger, le défaut de sommeil, une vie troji agitée. A ccs devoirs négatifs s’en ajoutent d’autres, positifs, pour la future mère : prendre une nourriture saine ct fortifiante, s’assurer un repos suffisant, se donner un exercice modéré, etc. Les sages prescriptions de l’hygiène cl de la médecine deviennent pour elle affaire dc conscience cl même dc justice, car elle n'est pas seule en cause cl l’enfant qu'elle porte a des droits. Après la naissance, les parents doivent fournir à l’enfant l’habitation, la nourriture, le vêlement, l’exer­ cice qui lui sont nécessaires, ct cela dans des conditions d’hygiène suffisantes pour lui procurer la santé. C'est là un devoir envers le corps, cl donc indépendant dc la valeur intellectuelle ou morale dc l'enfant. Il csl fondé sur cc que les parents doivent, autant que possible, rendre leurs enfants physiquement capables, non seu­ lement dc vivre, mais de sc subvenir plus lard à euxmêmes, dc créer ct d’élever à leur tour une famille. Il est fondé, en outre, sur l’incontestable importance dc la santé, au point dc vue psychologique ct moral. On sait, en effet, que la santé est source de joie, d'épanouissement pour l’âme, dc générosité,cl qu'elle dispose ainsi à la vertu. L’enfant qui souffre est, au contraire, morne, triste, sombre, il devient facile­ ment susceptible, exigeant, égoïste; d’autre part.cn raison même dc son état dc santé on sera amené à le contrarier le moins possible, on n’osera guère répri­ mer en lui les penchants mauvais, on suivra scs capri­ ces; ainsi, indirectement, la mauvaise santé dispose au vice. 2. tt est donc défendu aux parents d'abandonner leurs enfanis. — Un tel abandon constitue une faute grave à un double point dc vue, négatif cl positif. D’abord, il implique une renonciation dc principe totale à l'accomplissement d'une série de devoirs, c’est donc un grave péché d'omission. Puis, il expose l’enfant à dc sérieux dangers, pour sa vie parfois, en raison des conditions même de l’abandon, pour son éducation souvent, puisqu'il csl privé de l'atmosphère où nor­ malement elle doil sc faire, pour sa réputation tou­ jours, car l’enfant trouvé sera suspecté, non seulement de naissance illégitime, mais de lares physiques ou morales, parce qu’on ignore scs ascendants ct son hérédité. Les principes généraux dc la morale permettent Cependant d’admettre des circonstances atténuantes ct même d« s excuses : cc sont l’impossibilité physique duc à une extrême pauvreté, ct l'impossibilité morale résul­ tant d’une crainte grave des parents pour leur vie ou leur réputation. La seule illégitimité de l’enfant con­ stitue probablement, au jugement de saint Alphonse, un juste motif d’abandon. Theol. mnr., L HI, n. 3360. La question sc pose, dans ccs cas, de savoir à quoi restent obligés les parents. Ils ont évidemment à prendre toutes précautions utiles pour obvier autant que jiossible aux dangers que nous venons dc signaler. Afin de sauvegarder la santé ct la vie dc l'enfant, ils choisiront le Heu et le moment dc l'abandon dc telle sorte que l’enfant ne souffre ni dc la faim, ni des intempéries ct ne tarde pas à être trouvé. En vue dc son éducation, iis veille­ ront à cc qu’il tombe en bonnes mains ct soit recueilli si c’cst possible, dans une maison religieuse ou un orphelinat catholique. Ils ont en outre à compenser, dans la mesure du 2013 I » . t I A » 1 , PARENTS. DEVOIRS SPÉCIAUX possible, le dommage causé nu prochain ou Λ la société par leur défaillance. Ils doivent donc indemniser le particulier à la charge duquel serait tombé leur enfant abandonné, ou l'institution qui ne pourrait entretenir l’enfant sans détourner de leur fin les biens qu’elle possède, par exemple un hospice dont tous les revenus sont destinés, de par la volonté dc\ fondateurs, à se­ courir des vieillards. Mais que penser du cas. très fréquent denos jours,où l’enfant aurait été recueilli dans une maison d’enfants trouvés? Beaucoup de moralistes jugent probable qu’il n'y a pas alors dc dommage cl donc qu’il n’y a pas lieu ù restitution, parce que les maisons dccc genre ont précisément pour but de sauvegarder la vie des enfants dc familles pauvres et l’honneur des parents riches. Obliger ceux-ci ù payer les dépenses d’entretien de leurs enfants abandonnés pour échapper ù la honte serait, disent-ils, les forcer à sc découvrir (S. Alphonse de Liguori, Noldln). D’autres cstiment.au contraire, que cc raisonnement pèche par la base. Sans doute, pensent-ils, il y aurait danger pour les parents d’être découverts si leurs paiements devaient être périodi­ ques cl étaient mentionnés dans des registres dc comp­ tabilité; mais le danger devient chimérique, aujour­ d’hui surtout où il y a tant dc moyens d'opérer des transferts d’argent, si les parents s'acquittent dc leur dette par le versement anonyme d’un capital ou par des largesses faites dc temps ù autre dc manière ù fournir une compensation générale. Pour notre part, nous ne croyons pas qu’il y ait ici obligation en stricte justice quand les fondateurs ct donateurs n’ont rien exigé formellement dc In part dc certains bénéficiaires de leur œuvre, mais qu'il y a obligation en vertu dc l'équité, car II ne convient pas que des riches fassent entretenir leurs enfants par la charité cl qu’ils dimi­ nuent ainsi des ressources qui pourraient être em­ ployées Λ étendre les bienfaits d’une institution. Le devoir des parents ne saurait d’ailleurs être modifié du fait de l’abandon, même légitime: sinon l'inconduite se trouverait favorisée ct donc encouragée. 3. Ln nourriture. — a) Dans la première enfance, la mère est obligée dc nourrir elle-même son enfant quand elle le peut (per se tenetur). C’est en cflel le vœu de la nature el par conséquent de Dieu; c’est l’intérêt dc l'enfant cl c'est celui de la mère. En fait, les mammifères nourrissent leurs petits ct la nature donne ù la mère du lait aussi longtemps que son enfant en mira besoin; la fonction de nourrice est â cc point Inséparable dc la maternité que, pour avoir une autre nourrice, (I faut chercher une autre mère. L'nllnltcmcnt peut d’ailleurs être considéré comme un complément dc la maternité; la mère qui nourrit achève dc communiquer Λ son enfant son sang ct sa chair. Tout cela indique assez le plan providentiel et trace nettement à la mère son devoir. D’autre part, le lait est la première nourriture qui convient ù l’en­ fant, et le lait maternel est dc beaucoup celui qui est le plus approprié ù ses besoins, soit par sa composition chimique, soit par sa température normale, soit par la manière dont il est transmis sans risque dc souil­ lure. Enfin, la mère a intérêt Λ nourrir son enfant, tant au point dc vue physiologique qu’au point dc vue psychologique. S’il faut en croire les médecins, ii est Imprudent pour elle dc s’allranchir du devoir naturel dc l’allaitement, et y renoncer équivaut souvent à mettre en péril sa propre santé. Au contraire, la mère qui nourrit trouve dans cette fonction d’indicibles joies; elle crée entre elle ct son enfant des liens nou­ veaux (Léon Xlll, encyclique In­ précautions exigées seront d’autant plus strictes que scrutabili, 21 avril 1878), de créer chez leurscnfants des le danger de perversion sera plus grand. La nature de habitudes de soumission à Dieu, de droiture dans la ces précautions ressort de celle du péril auquel il conduite el les paroles, de possession de soi, de dévoue­ ment au devoir : Longum iter per prsecepta, breve el s’agit de parer. Ce seront, par exemple, un complément d’instruction ou d'éducation donné dans I école même, efficax per exempla. Au contraire, les exemples mau­ ou hors de l’école, dans les catéchismes ou les cercles vais. surtout quand ils viennent des parents et sont d'études religieuses; un contrôle assidu des livres em­ fréquemment répétés, ne peuvent que fournir à l’en­ ployés ou des cours professés; une réfutation sérieuse fant des occasions de pécher, jeter le trouble dans son des erreurs ou des fausses maximes qui viendraient à âme el peu à peu le pervertir; ils sont toujours une être enseignées. Le Saint-Siège lui-même a montré la faute, et qui peut devenir très grave. voie ft suivre, dans les décrets par lesquels il a dé­ Il ne suffit pas que les parents donnent le bon exem­ claré que désormais les etudiants catholiques anglais ple. ils doivent veiller ft ce que l’enfant en soit entouré pourraient fréquenter les universités d Oxford et de et u’en reçoive pas d’autres. Leur vigilance écartera Cambridge. Saint-Office, 26 mars 1895; Congrégation autant que possible de son regard les images ou les de la Propagande, 17 avril 1895. En France, des orga­ spectacles plus ou moins indécents et leur substituera nismes sont nés, qui peuvent être d’un grand secours des tableaux qui portent ft la vertu; clic mettra hors aux familles : les externats de lycéens, tenus par des de la portée de l’enfant les lectures dangereuses et lui prêtres, et les associations catholiques de parents en fournira de bienfaisantes; elle le détournera des d’élèves. mauvais camarades et lui en procurera de bons, au Il va sans dire qu'en aucun cas les parents ne pour­ contact desquels il deviendra meilleur. raient envoyer leur enfant dans des écoles où seraient Cette action individuelle peut et doit être de tous directement cl irrémédiablement menacée sa foi ou les instants; elle revêt d'ailleurs, selon les circons­ sa vertu; el que, s’ils le faisaient, l’enfant aurait le tances. des modalités très diverses. 11 y faut beaucoup d’intelligence et de tact, beaucoup d’attention, de devoir de leur désobéir. \ oir École. b) L'action individuelle. — L’instruction peut sc persévérance, de dévouement cl de coeur. c) Les sacrements. — Plus délicate que toute autre, la donner collectivement dans les écoles. L’éducation morale cl religieuse est beaucoup plus œuvre d’action formation morale cl religieuse de reniant trouve un au­ individuelle; c’est pourquoi elle revient presque exclu­ xiliaire particulièrement puissant dans les sacrements. a. Le baptême. — Un des premiers devoirs des pa­ sivement ft la famille. En tous cas, die ne peut guère sc réaliser parfaitement en dehors de celle-ci. Les rents est de faire baptiser leurs enfants. Puisque ce moyens qui sont ft la disposition des parents pour sacrement est nécessaire nu salut et que, sauf in exercer celte action sont d’ailleurs multiples. extremis, il ne peut être conféré ft l’insu des parents, a. La correction. — L’enfant a des defauts que sou­ ceux-ci n’ont pas le droit d’en priver ceux auxquels vent il ignore. L’est Λ scs parents de les lui signaler et ils viennent de donner le jour; ils doivent, au contraire, de les réprimer avec fermeté, dès le plus jeune ûgc, leur assurer aussitôt que possible le bienfait de la en sc souvenant qu’ils trouvent parfois un terrain régénération cl de la grâce. Le rituel romain invite le favorable dans certaines dispositions physiologiques, prêtre à les presser de faire baptiser leurs enfants le et qu’il y a, par suite, une · thérapeutique des péchés jour même de leur naissance, ou le lendemain au plus capitaux ». Négliger habituellement de corriger l’en­ tard. Différer le baptême sans raison suffisante est au fant n’est pas seulement faiblesse de la part des moins une négligence; le remettre longtemps est une parents, mais grave manquement Λ leur devoir. faute; exposer l’enfant ft mourir sans l’avoir reçu est < Celui qui ménage la verge hail son Ills, mais celui une faute grave. 1)1 CT. DB TIIÉOL. CATIIOL. T. — XI — 64 2019 PARENTS. DEVOIRS SPECIAUX Quand l'enfant sera en Age de le comprendre, on lui parlera du baptême qu’il a reçu, des promesses qui y ont été faites pour lui, de la vie surnaturelle qu’il y a acquise. b. La pénitence. — La confession annuelle est obli­ gatoire pour tout fidèle, de l’un et l’autre sexe, quand il est arrivé à l’âge de discrétion, c’est-à-dire de raison. Can. 906. Les parents sont responsables de l’accom­ plissement de ce devoir par leurs enfants. Ils ont à le leur faire connaître et à les y préparer, ou du moins à les envoyer au prêtre qui se charge de leur préparation. La réception de ce sacrement, les premières fois surtout, et l’examen de conscience qui précède la confession, sont d’ailleurs pour les parents, en parti­ culier pour la mère, une excellente occasion d’aider l’enfant à découvrir scs defauts, de l’éclairer sur leur malice, de es lui faire regretter, de hn suggérer de bonnes résolutions, tout en lui inspirant une salutaire crainte de Dieu cl des sentiments de reconnaissance pour sa bonté. Plus lard, des confessions fréquentes pourront contribuer puissamment non seulement a former la conscience de l’enfant el à purifier son âme, mais à former sa volonté, à augmenter sa force de résistance au mal, à l’orienter plus résolument dans la voie du bien; sans p trier dos grâces sacramentelles qu'elles procureront, mais dont nous n’avons pas à rappeler Ici la nature et l’efficacité. c. L'eucharistie. — Comme la confession annuelle, la communion pascale est obligatoire pour tout fidèle parvenu a l'âge de raison, can. 859, § 1. c'est-à-dire À l’âge de sept ans environ. Décret Quam singulari de la Congrégation des Sacrements, 8 août 1910. Là encore, In responsabilité des parents est engagée. Obligatio præcepti communionis sumendx impuberes gratuit, in eos quoque ac præcipue recul il, qui ipsorum curam habere debent, td est parentes, tutores, confessarium, institutores et parochum. Can. 860. C’est à eux, en même temps qu’au confesseur, de juger si la prépara­ tion de leur enfant est suffisante pour la première com­ munion. De sufficienti puerorum disposilione ad primam communionem judicium esto sacerdoti a confessionibus eorumque parentibus aut iis qui loco parentum sunt. Can. 851, § L A l’occasion de celle préparation, ils feront mieux connaître la personne cl la vie de Jésus, ils dévelop­ peront dans l’âme de leurs enfants l’amour du divin .Maître, ils formeront leur cœur en leur faisant com­ prendre que l’amour vrai va jusqu’au don de soi, cl en les entraînant eux-mêmes au sacri lice. Dans la suite, se souvenant des multiples effets de la communion, voir Communion euciiaiustique, t. m, col. 507-511, et des récentes recommandations pontificales, ils souhaiteront que l’enfant communie souvent si son confesseur l’y autorise, et volontiers ils I le conduiront eux-rnèmes à la sainte table. d) La prière. — C’est l’acte religieux par excellence, celui qui met l’âme en union avec Dieu el lui fait pro- j duire les acles qui entretiennent sa vie spirituelle. La mère doit apprendre ù l’enfant les principales formules de prières. Elle doit surtout lui apprendre à prier, en lui suggérant la pensée de Dieu, l’amour de Dieu, la confiance en Dieu, l’appel au secours de sa grâce. Elle commencera ccl apprentissage de très bonne heure en utilisant d’abord de simples gestes qu’elle fera faire ft l’enfant et des altitudes qu'elle lui fera prendre, puis des phrases brèves et claires qui expriment les senti­ ments correspondant à ces gestes et à ces attitudes, ensuite seulement les formules toutes faites qu’elle lui fera comprendre progressivement. Elle ne perdra pas de vue que l’éducation du sens religieux de l’en­ fant est sa tâche principale el doit être le couronne­ ment de toute son œuvre éducative. Dès que ce sera possible, les parents admettront 2020 l’enfant â la prière commune récitée en famille, tant en raison de In valeur éducative de cette prière que des grâces qui y sont attachées. r) Les amures, — De nos jours, les œuvres sc sont multipliées et spécialisées à tel point que l’on en trouve à peu près pour tous les besoins. Nous n’avons pm à les énumérer Ici. On ne saurait dire qu’elles s’im­ posent en elles-mêmes, comme moyens nécessaires, cl que les parents aient le grave devoir d’y envoyer leurs enfants; mais on ne saurait trop recommander à tous de ne pas négliger le secours qu’ils peuvent trouver dans l’une ou dans l’autre, pour la préserva­ tion comme pour le développement de leur vie morale el religieuse. Quelles qu’elles soient, si elles sont bien conduites et judicieusement choisies, elles aideront l'enfant et surtout le jeune homme el la jeune fille â ne pas être des chrétiens de surface, faisant deux parts dans leur vie personnelle : l’une pour Dieu, l’autre pour euxmêmes, ni des chrétiens sans action menant leur vie individuelle en marge de leur vie sociale. 3° Devoirs relatifs â rétablissement des enfants. L’œuvre de l’éducation étant destinée, avant tout, à mettre les enfants à même de sc suffire et de vivre leur propre vie, on peut dire que sa fin immédiate, son couronnement terrestre est rétablissement des en­ fants. Ceux-ci auront généralement à choisir une situation qui leur procurera des ressources et leur fera prendre rang dans la société; ils auront aussi, pour la plupart, à s’engager dans les liens du mariage en fon­ dant un foyer qui perpétuera la famille; plusieurs en lin pourront être portés vers un idéal supérieur et aspirer au sacerdoce ou à la vie religieuse. Comment cl dans quelle mesure les parents ont-ils â intervenir en tout cela? 1. L'état ou la profession. - a) Le choix d’un état de vie est affaire de vocation; tel est le principe dont le père cl la mère devront s’inspirer. La vocation est un appel de Dieu s'adressant directement aux âmes qu'elle intéresse. Cela est vrai, non seulement de la vocation sacerdotale ou religieuse, mais encore du mariage, du métier ou de la profession, car tous les états relèvent du souverain domaine de Dieu et de sa Providence, tous ont leurs difficultés et exigent leurs grâces spéciales, tous sont plus ou moins intimement liés au salut des Individus qui s’y engagent. Il appar­ tient donc à l’enfant de choisir son étal de vie. Les parents n’ont pas à choisir pour lui; ils n’ont le droit, ni de lui imposer leurs préférences, ni de s’opposer à ce qu’il suive les siennes. Vouloir disposer à leur gré de son avenir serait usurper à la fois les droits de Dieu cl ceux de l’enfant et donc commettre une double injustice; ce serait aussi s’exposer Λ encourir la res­ ponsabilité du malheur temporel et même parfois du malheur éternel de l’enfant. Cette doctrine est traditionnelle dans l’Église. On est amené à la rappeler souvent â propos de la voca­ tion ecclésiastique ou religieuse, parce que c’est à leur sujet surtout qu’elle est battue en brèche par l’égoïsme de beaucoup de parents; mais saint Thomas l’énonce dans les tenues les plus generaux : « Parvenu à l’âge de puberté, quiconque n’est pas esclave jouit du droit de disposer de sa vie (sut status). · Sum. theol., II*· IIe’, q ci.xxxix, a. 6. Il ne fait d’exception que pour le cas où l'entrée des enfants en religion priverait dt tout secours les parents nécessiteux, loc. cil. On l’a vu cependant, la liberté de l'enfant n’est acquise, cl cela se comprend, qu’à l'âge de la puberté; avant cet âge, pueri uct puellte... naturaliter sunt in potestate putris quantum ad dispositionem suæ viter. Ibid , a. 5. b) Est-ce à dire que les parents doivent ou même puissent se désintéresser de la vocation de leurs en- 2021 PARENTS (DEVOIRS DES). LÉGISl. VTION CIVILE faills? Nullement· Ils ont a y penser dès avant le moment où la question du choix d’un état sc pose; ils ont ù intervenir quand cc moment est venu; Ils ont ensuite à tenir compte de la décision prise. Lorsque l’enfant est jeune» quand sa vocation est encore Ignorée et qu'il n’y pense guère, les parents ont le devoir de maintenir ouvertes devant lui toutes les issues que raisonnablement Ils jugent possibles, en évitant une spécialisation trop hâtive. Ils doivent s’inspirer en ceci, moins de leur Idéal théorique que de leur situation sociale et matérielle d’une part, et des aptitudes ou des dispositions physiques, intellec­ tuelles el morales manifestées d’autre part par l’en­ fant lui-même. Cc serait, par exemple, une maladresse et une faute d'orienter un Jeune homme ou une jeune tille de faible constitution vers un métier qui exige une grande dépense de forces physiques ou vers une vie de bureau où il achèverait de s'anémier: de pousser vers une carrière exigeant des examens ou des con­ cours difficiles un enfant qui n'y pourrait réussir; ou inversement d’interrompre prématurément, sans rai­ son majeure, des éludes brillantes. Quand le moment est venu de choisir, l’cnfanl est souvent indécis, parce qu'il ignore les avantages cl les inconvénients des divers états auxquels il songe, ou ses propres aptitudes. Aux parents de 1’éclaircr sans parti pris. Meme renseigné, il n’a pas toujours de goût bien prononcé ou assez exclusif. Aux parents de le mettre ù même de tenter les expériences nécessaires, par exemple en faisant un stage ou une retraite. Quand l’enfant a des idées arrêtées, scs desseins n’ont pas toujours été formés en parfaite connaissance de cause; quand il a des goûts manifestes, ils ne sont pas tou­ jours judicieux. Aux parents d’éprouver sa vocation en lui ouvrant d’autres perspectives ou en attirant son attention sur certains aspects inaperçus de l’état qu’il préfère. Conseillers naturels et providence de l’enfant, les parents ont le devoir de veiller à cc qu’il ne prenne pas de décisions inconsidérées ou prématu­ rées, de l'éclairer en mettant ù son service leur expé­ rience, de le guider par leurs suggestions et leurs conseils; en un mot, ils peuvent intervenir dans la délibération cl ils ont même le devoir de le faire quand ils le jugent utile; mais leur rôle s’arrête là : la déci­ sion appartient, en définitive, à l’enfant. Le choix fait, les parents doivent mettre l’enfant à même de réaliser son dessein. Ils doivent donc l’aider à sc préparer, en lui donnant la possibilité d’acquérir les connaissances nécessaires et de réaliser les condi­ tions requises pour le métier, la profession ou l’état de vie qu’il ambitionne. Ils doivent même, quand ils le peuvent, l’aider à s’installer en lui fournissant les moyens matériels de faire les acquisitions indispensa­ bles ou de reprendre une affaire. Tout cela est compris dans la prescription du Codex juris canonici : Parentes gravissima obligatione tenentur... etiam temporali eorum bono providendi. Can. 1113. 2. Le mariage. — Cc que nous avons dit de l’étal ou de la profession s’applique aussi au mariage. Non seu­ lement les Jeunes gens sont libres de contracter ma­ riage ou de ne pas le faire, mais ils sont libres de choisir leur futur conjoint. Les parents n’ont pas à marier leurs enfants; c’est à ceux-ci de sc marier selon leurs goûts. Mais les parents doivent préparer au mariage ceux de leurs enfants qui manifesteraient cette vocation; ils doivent aussi au besoin orienter et guider leur choix en les faisant profiter de la connaissance qu’ils ont acquise des hommes et des choses; Ils doivent enfin, dans l’état actuel des mœurs, donner à leur fille qui désire sc marier le moyen de le faire, en lui fournissant une dot raisonnable. Ceci est vrai même de la Hile Illégitime. S. Alphonse. Theol. mor., I. HL n. 336. 2022 Tous ces devoirs, dans la mesure où ils entraînent fies dépenses pécuniaires, impliquent pour les parents un autre devoir: celui du travail, de la prévoyance et de l’épargne. Il y aurait donc faute grave de leur part, non seulement s'ils dilapidaient leurs biens, mais encore s’ils ne cherchaient pas à acquérir de quoi élever selon leur rang cl doter honnêtement leurs enfants. Saint Alphonse, op. eit..n. 336;Noldln, t. m, n. 295. Il va sans dire qu’en parlant exclusivement des devoirs di s parents, nous n’avons pas entendu nier leurs droits. Ils ont droit au respect cl â la déférence de la part de l’enfant, même quand ils lui font des remar­ ques ou lui donnent des conseils qui lui déplaisent. Ils peuvent, pour de graves et justes raisons, refuser d’approuver un projet d’établissement ou de mariage, et même s’y opposer formellement. Alors, si l’enfant passe outre, ils ne restent obligés de l’aider matériel­ lement. en cas de besoin, qu’en lui procurant les ali­ ments nécessaires pour vivre.· S. Alphonse, op. cit.. n. 337. 3. Après Rétablissement des enfants. — a) Les parents ont le devoir de s’effacer en laissant les enfants conduire eux-mêmes leurs affaires et leur ménage, et en acceptant de tenir désormais moins de place dans leur cœur. Les intrusions du père dans la conduite des affaires, et de la mère dans celle du ménage sont une usurpa­ tion de droits; elles ont pour effet de rendre les parents odieux el souvent de jeter le trouble cl la discorde dans les foyers. Il est normal d’autre part que, dans leurs entreprises personnelles, les enfants tiennent à leur indépendance; et il est conforme au plan provi­ dentiel qu’ils quittent leur père et leur mère pour s’at­ tacher ù leur conjoint. Gen., n, 4. Les époux ont le devoir de s’aimer, de vivre l’un pour l’autre cl tous deux pour leurs enfants. Aux parents donc de bannir la jalousie qui leur ferait considérer comme intrus leur gendre ou leur bru, qui les porterait â diminuer à leur profil l’amour réciproque des époux, qui leur ferait souhaiter même parfois que ces derniers n’aient pas d’enfants. b) Par contre, cependant, les parents ont le devoir, sans s’imposer, d’aider les enfants des conseils de leur sagesse. Ces conseils, discrètement donnés, viseront toujours au plus grand bien des enfants, à la prospé­ rité de leurs affaires, a l’union de leur foyer, a I ac­ complissement généreux de tous leurs devoirs fami­ liaux. Prévoyance cl discretion, prudence et désintéresse­ ment, telles sont donc les vertus que les parents ont à cultiver el à pratiquer à propos de rétablissement de leurs enfants. IV. Législation civh.il Les données du droit naturel, en cc qui concerne les devoirs des parents, sont généralement admises dans leur ensemble, chez tous les peuples civilisés, encore qu elles soient parfois plus ou moins contredites dans tedélail de l’application. Au chapitre des obligations qui naissent du mariage, le Code civil français déclare que « les époux contrac­ tent ensemble, par le seul fait du mariage, l’obli­ gation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants. · Art. 203. Lu jurisprudence précise que celte obliga lion, pour ce qui concerne leurs enfants communs, pèse pour le tout sur chacun des époux, mais n'est point solidaire. Elle ajoute que les frais d’entretien et d’éducation sont â la charge des enfants quand ceux-ci possèdent des biens personnels, et que les père et mère ne doivent les supporter seuls que s’ils ont l’usufruit légal des biens personnels de leurs enfants. Code civil, édition IL Bourdeaux. 31* édit., Paris, 1931, p. 91 Le père, et dans certains cas la mère, sont adminis­ trateurs légaux des biens de leurs enfants mineurs non émancipés. Art. 389 sq. Ils ont le devoir de s’acquitter 2023 PARENTS (DEVOIRS DES). de celle tâche en toute justice el au mieux des intérêts de leurs enfants. Des moyens de correction sont mis par le Code civil a la disposition du père · qui aura des sujets de mé­ contentement très graves sur la conduite d’un enfant », art. 375-377; mais la détention est chose si infamante et entourée de tant de dangers qu’on ne peut y avoir recours, en conscience, qu'à la dernière extrémité. En lin, dans l’intérêt des enfants naturels. le législa­ teur a pris des dispositions dont les parents doivent se faire un devoir de profiler autant qu’ils le peuvent sans porter préjudice aux droits de leur famille légi­ time : la légitimation, art. 331-333, et la reconnais- | sauce, art. 331. Voir Adultî iu:. t. î, col. 467-468. Le législateur français a tenu aussi â sanctionner les devoirs des parents envers les enfants. Nous ne pou­ vons donner ici sur ce sujet que de très brèves indica­ tions. L’article 302 du Code pénal, modifié par la loi du 21 novembre 1901, punit des travaux forcés l'infunticidc commis par la mère. Une loi du 27 mars 1923, modifiant l’article 317 du Code pénal, a fait de l’avor­ tement un délit justiciable du tribunal correctionnel. La loi du 19 avril 1898 sur « la répression des vio­ lences, voies de fait et actes de cruauté envers l’en­ fant » punit les parents qui auraient fait subir à leurs enfants de mauvais traitements ou les auraient privés de nourriture cl de soins au détriment de leur santé. La loi du 24 juillet 1889, complétée par celle du 15 novembre 1921, « sur la protection des enfants maltraités et moralement abandonnés », a prévu la déchéance de la puissance paternelle, non seulement pour les parents qui brutalisent leurs enfants, mais pour ceux qui les laissent habituellement sans éduca­ tion el sans direction. Ia-s moralistes Imitent des devoir» des parents, soit ù propos du -I· comma idc ne it de Did, S. Alphonse de IJguori, Theologia morulis, I. Ill, η. 330-3-11, édit. Gutidé, t. 1, p. 604-607; Noldin, Summa theologpa mort dis, t. if, 10· éd., p. 309-316; — soit Λ propos de In vertu inonde de piété, A. Vcrmecrsch, Theologia moralis principia, responsa, consilia, t. n, p. 211-251 ; — soit à propos des devoirs d’état, A. Tnnquercy, Synapsis theologia moralis. I. ni, 6* éd.. p. 118-159. L'Église cl l'eugénisme, édit. · Mariage et famille ·, Paris. 1930; P. Mélinc, Morale familiale. Pari* 1928; M. S. Gillet, O. P., L'Église cl la famille: .1. Viollet. Morale familiale; IL P. Coidet. L'Église et le problème de la famille, t. ni-vi. Pari*. 1926-1929. Mgr d’I hilsl. carême de 1891, ht morale de la famille, Ie et 5· conférences; Kirvhcntexikon, art. Tamille; K. P. de Pascal. Philosophie morale et sociale, t. n, Paris, 1896, p. 95-111; 1·’. Seau, M. Kroell, etc.,Le maintien cl la défense de la famille par le droit, Paris. 1930. Une édition du texte officie! français de Pcncycliquc de Pie XI sur l'éducation chrétienne de la jeunesse, 31 déc. 1929, »ulvi île nombreux extraits d’actes du SaintSiège cl de l’èphcopal.n paru ft Paris, B nine Presse, 1930. 1λ·* ouvrages sur ce sujet abondent. Signalons seulement Mgr Dupanloup, De l'éducation, 3 vol., Paris, 16· édit.. 1923; -L Viollet, L'éducation par la famille, cl les autre·» publication* des collection* · Les livres de l’éducateur · et » Petite bibliothèque d’éducation ·. Pari*, aux éditions • Mariage et fa mille · ; II. Bethléem, Catéchisme de l'éduca· lion, Ihiris, 1919. E. Vansteenoerohe. PARESSE. -La paresse, pigritia, au sens large et courant du mot. est une répugnance devant l’effort qu’exige l’accomplissement du devoir. En un sens plus restreint, elle consiste dans un dégoût des choses de Dieu, une paresse spirituelle qui porte le nom dacedia. On traite généralement ft la fols de la pigritia el de Vacedia. Il a semblé préférable, pour plus de clarté, de parler Ici successivement de l’une et de l’autre. I. La pigritia. — 1· Notion. — La paresse, telle qu’on l’entend généralement, est caractérisée par la peur et la fuite de l’effort. Le paresseux reste volon­ - PARESSE 2024 tiers oisif; ou, s’il agit, sa tendance sc trahit dans la manière dont il le fait : il choisit son occupation, non selon la raison, le devoir qui s’impose ou la règle qu’il s’est tracée, mais selon le caprice du moment; il s’y met avec lenteur, la poursuit sans entrain ni vigueur, et a hâte d’en finir; la plus petite difficulté l’arrête ou le détourne; Il suit la loi du moindre effort el reste Inca­ pable d’un travail soigné, méthodique et approfondi. Pareille tendance peut d’ailleurs sc manifester dans tous les domaines ; physique, Intellectuel, moral, cl même religieux. L’atonie et la nonchalance qu’implique la paresse peuvent être ducs el le sont assez souvent, surtout chez les enfants et les adolescents, ft un mauvais état physiologique : tempérament trop lymphatique, assi­ milation insuffisante, troubles de la circulat ion, anémie, épuisement nerveux. On recule naturellement devant l'effort quand on est trop faible pour le fournir sans s'épuiser. Dans la mesure où la paresse est due & des dispositions morbides, elle n'est pas un péché, mais une maladie qui relève du médecin. Il arrive plus fréquemment encore que, disposant d’énergies physiques suffisantes, on ne les utilise guère parce qu’on ne sait pas vouloir. On sera paresseux, on n’agira pas ou on agira mal. parce qu’on ne sait pas sc décider, ou qu'après la décision on ne sait pas passer ft sa réalisation, ou qu’on ne sait pas s’appli­ quer ft poursuivre celle-ci jusqu'au bout. La bonne volonté ne manque pas, c’est la volonté tout court qui fait defaut. Dans la mesure où la paresse a pour cause une aboulie de ce genre, elle est morbide aussi cl relève du psychologue ou du psychiâtrc plutôt que du moraliste. La paresse proprement dite, celle qui est réellement imputable ft l’individu et qui est proprement d’ordre moral, sc rencontre chez ceux qui ont la force physique et la volonté nécessaires pour agir et bien agir, mais qui se refusent ft le faire. Il y a en tout homme des germes de paresse, car l'effort coûte ft la nature; le vrai paresseux est celui qui les laisse se développer en luimême et porter leurs fruits. 2° Le péché de paresse. —- 1. Sa nature. — Ainsi définie, la disposition que l’on nomme· paresse· n’csl opposée directement ft aucune vertu en particulier; elle s'oppose, au contrairc.cn général ft toute vertu dont l'exercice répugne à çausc de sa difficulté. Elle n’csl donc pas un vice spécial, mais bien une source de fautes d'espèces très diverses, selon qu’elle est à l’ori­ gine d’omissions ou de négligences relatives ft tel devoir ou ft tel autre. Néanmoins, quel que soit son objet, elle s’apparente ft la crainte et à la sensualité. Cicéron définissait déjà la paresse, pigritia, « la crainte de la fatigue ». Tusculan., 1. IV. c. vin, n. 12. Suint Jean Damascène la range, sous le nom d'fccvoç, segnities, au nombre des espèces de crainte. De fide orthodoxa, L II. c. xv, P. G., t. xciv, col. 931. Λ leur suite, saint Thomas rapproche de la crainte lu segni­ ties, qui n’est autre, d’après la définition qu'il en donne, que la paresse au sens large du mol : cum aliquis re,ugil operari propter Uniorem excedentis labo­ ris. Sum. theol., Ρ-Π·υ, q. xli, a. 4. Si le paresseux fuit l’action ou y fait preuve de nonchalance, c’est par crainte d’un effort qui lui paraît excessif, en raison de la fatigue qui doit en résulter. A l’inverse, le paresseux se laisse conduire aussi par un amour exagéré de scs aises cl de son repos, j c’est-ft-dirc en somme par le plaisir, qu’il préfère au devoir. Envisagée sous cet aspect, la paresse est donc une forme de la sensualité. Bien qu’elle ne soit pas un vice spécial, la paresse est pourtant un péché bien caractérisé, en tant qu'elle est opposée à la loi du travail et de l’effort, qui est ft la fois Inscrite dans la nature de l’homme et imposée 2025 PA K ESSE directement par Dieu. L'homme, créé perfectible, sc parfait par l’activité : scs muscles, ses sens, son Intel­ ligence. sa volonté se développent naturellement par l'exercice. Le travail, dans le domaine de toutes scs facultés, s’impose à lui comme un devoir envers luimême. Il s’impose aussi de par la volonté expresse de Dieu. Dès avant la chute originelle, « Jahwch prit l’homme et le plaça dans le jardin de l’Édcn pour le cultiver et pour le garder», Gen., n, 15; après la chute, il lui ordonna de gagner son pain à la sueur de son front, Gen., m, 2; et Jésus signifia à chacun le devoir de cultiver et de faire fructifier les talents qu’il a reçus. La paresse» qui porte ή se soustraire à cette loi, est donc mauvaise conseillère, et le paresseux, quand il cède à scs inspirations, commet un péché de désobéis­ sance. 2. Sa gravité, — L’importance du péché de paresse se mesure à celle des devoirs que la paresse fait omettre ou négliger. Grave toutes les fois qu’il y a omission ou grave négligence d'un devoir très impor­ tant, le péché est léger quand la négligence est minime et quand l’omission porte sur un devoir secondaire ou moins urgent. En tant qu’elle est opposée A la loi générale du tra­ vail et de l’effort, la paresse est d’ordinaire une faute légère, parce que cette loi, tout en s’imposant dans l’ensemble, n’est pas urgente dans le détail des cir­ constances de la vie. Elle devient grave cependant si elle est habituelle et profonde, car · tout arbre qui ne produira pas de bons fniits sera jeté au feu étemel », Matth., vu, 19; ou si clic est accompagnée d’un mé­ pris formel de la loi. La gravité de la paresse résulte aussi de ses effets dans l’Ame. Elle entraîne souvent à la duplicité et au mensonge, car celui qui s’en est rendu coupable cherche des excuses à scs omissions ou A scs négli­ gences. Elle tend, lorsqu’elle n’est pas combattue, à plonger l’âme dans un assoupissement progressif. Prov., xix, 15, parce que, comme le dit saint Gré­ goire, · lorsqu’on sc relâche dans l’ardeur de bien faire, on perd peu A peu jusqu'au goût de bien penser ·. Keg. pastor., I. HI, c. xv. Enfin et surtout, elle en­ gendre fréquemment l’oisiveté, avec tout le cortège de maux qui l’accompagnent. Sans doute, l’activité humaine ne saurait être tou­ jours intense : il nous faut des moments de détente et de repos. Mais, sauf lorsqu’il s’agit du sommeil, le repos ne doit pas être de l’inaction. L’enfant sc détend par le jeu; l’homme courageux se délasse en variant ses occupations, en se livrant à des travaux moins absorbants, en cherchant de saines distractions; mais l’oisiveté est mauvaise, parce que l’inaction fait perdre le contrôle et la maîtrise de soi. Chez l’oisif, si l’intelligence et la volonté sont inertes, les facultés infé­ rieures n’en sont que plus libres de suivre leur pente naturelle : l’imagination et la sensibilité qui régnent en maîtresses déclenchent la rêverie, soulèvent les pensées troubles, réveillent les instincts pervers et entraînent facilement aux pires folies comme aux plus honteuses dégradations. Au sens moral, comme au sens matériel, le champ du paresseux est plein de ronces et d’épines, Prov., xxiv, 30-31; c’est pourquoi le bon sens populaire, d’accord avec l’Ecclésiastique, xxxni, 27, voit dans l'oisiveté «la mère de tous les vices », mullam malitiam docuit otiositas. Ézéchlcl dénonce en elle, autant que dans l’orgueil et l’abondance, le crime de Sodome : Ihcc /uit iniquitas Sodoma·, sororis hue; superbia, saturitas panis et abundantia, et otium ipsius et filiarum ejus, xvi, 19. 3. /temtdes. — Les Livres sapientiaux, qui stigmati­ sent la paresse, cherchent aussi A corriger le paresseux. Ils montrent les conséquences matérielles de ce défaut : le paresseux n’entretient pas sa maison et elle s’effon­ 2026 dre. Prov., XXIV, 31, ou laisse passer l’eau, Eccl., x, 18; son champ est couvert de ronces et d’épines cl le mur de pierres qui l’entoure est écroulé, Prov., xxiv, 31 ; il ne laboure pas et ne récolte rien. Prov., xx, 1; la pauvreté le surprendra,Prov.. vi.9-11 ;x. L Ils veulent faire honte au paresseux par l’exemple de sagesse que donne la fourmi et ils le renvoient à l’école de cette travailleuse infatigable, Prov., xi, 6. Il y a lieu de faire appel en outre â des stimulants d’un ordre plus élevé : on peut faire connaître au paresseux l’universalité de la loi du travail, lui faire sentir la noblesse de l'effort, en exalter la joie, en montrer la portée pour le croyant. Mais il sera bon de proposer en même temps des occupations assez faciles, qui permettront au paresseux d’exercer utilement son activité et de prendre goût au travail. Enfin, si l’on est en présence d’un malade, on visera à lui rendre d’abord des énergies physiques, puis â lui donner confiance en soi et â rétablir en lui les con­ nexions nerveuses qui conditionnent le vouloir efficace. 11. L’aci.dia. — 1· Notion. — La paresse, au sens où nous l’avons considérée jusqu’ici, peut exercer scs ravages dans tous les domaines de l’activité. En un sens plus restreint, elle ne sc rapporte plus A la vie proprement humaine, mais seulement à la vie surna­ turelle. aux relations de l’homme avec Dieu. On l’ap­ pelle alors άκηδία, acedia. Le mot άκηδεία ou άκηδίζ n’était pas inconnu aux auteurs païens : on le rencontre chez Empédocle, Hippocrate, Lucien; Cicéron l'emploie dans une lettre â Atticus, xn, 45. Il évoque chez eux une idée d’insou­ ciance et de négligence ou de tristesse et d’ennui. Dans la traduction des Septante, on le retrouve plusieurs fois avec ces derniers sens et dans certains passages où la Vulgate porte tædium. C’est de là sans doute qu’il a passé chez les Pères grecs. Il s’est latinisé sous des formes diverses : acedia, acidia, occidui. Le mot acidia, qui s’explique par l’iotacisme, a été rapproche de l’adjectif acidus, parce qu’on croyait froides les choses acides (Sum. theol., HMl®, q. xxxv, a. 1, ea quæ sunt acida etiam /rigida sunt), et du verbe accidere, parce que l’idée de malheur est liée à celle de tristesse. Dans la Vulgate, on trouve aussi le serbe acidior, en un texte cité par saint Thomas» où il est dit à propos de la sagesse : Subjice humerum tuum et porta illam, et ne accidieris vinculis ejus. EcclI., vi, 26. L’état d’âme caractérisé par le mot acedia a existe de tout temps et n’csl pas nécessairement en rapport avec des idées religieuses; car la mélancolie, le décou­ ragement, la fatigue de la vie peuvent naître à propos de tout et dans tous les milieux. Nos romantiques l'ont cultivé sous le nom de « mal du siècle ». et Sénèque a écrit son traité De tranquillitate aninur précisément pour guérir un mal qu’il définit : tædium et displicentia sui, et nusquam residentis animi voluta­ tio, et otii sui tristis atque tegra patientia. On comprend cependant qu’il ait trouvé un terrain d’élection dans les âmes éprises d’un idéal plus élevé. Les anciens auteurs spirituels : les Pères du désert. Cassien, saint Jean Cllmnquc, saint Jean Damascene, Isidore de Séville, Alcuin, etc., ont beaucoup étudié Vacédie, en raison de sa fréquence chez les solitaires el les moines. Cassien l’a définie : tædium et amictas contis, quæ infestat anachoretas ct vagos in solitudine monachos; et Guignes le Chartreux l’a parfaitement décrite, nu xi· siècle, dans les termes suivants : ■ Tu es saisi sou­ vent. quand lu es seul en ta cellule, d’une sorte d’hier· lie, de langueur d’esprit, d’ennui de cœur, ct alors tu sens en toi un pesant dégoût : tu es à charge à toi* meme; ccs grâces intérieures, dont tu usais d’habitude si joyeusement, n’ont plus pour toi aucune suavité, ht douceur qui était en toi hier ct avant-hier s'est lourRnéc désormais en grande amertume. » Bien d'dton- 2027 PARESSE nant à cc que le mot acedia ait pris très tôt une signi­ fication exclusivement ecclésiastique, à tel point que, dans le français médiéval, accide est considéré comme synonyme de paresse, en langage de clercs. Testament de Jehan de Mcung. vers 1339. Saint Thomas d’Aquin, qui a étudié l’acédie avec plus de rigueur que personne, la distingue nettement dc la paresse, en lui donnant le sens très précis de tristitia de bono spirituali, et souligne son effet, qui est d’enlever le goût de Paction. Nous inspirant surtout des considérations développées dans la Somme théolo­ gique, nous parlerons ici de l’acédie comme d’un dégoût des choses dc Dieu, qu’éprouvent parfois les fidèles ct même des personnes engagées dans les voies dc la perfection; une lassitude qui les porte à négliger les exercices de piété ou de règle, ou même â abandon­ ner toute activité dans l’ordre de la vie spirituelle, à cause de la difficulté dc celte vie. 2e Le péché. — Saint Jean Damascene delinit l’acédic « une sorte dc tristesse déprimante ». Une tristesse déprimante, dit saint Thomas. Sum. theoL, IIMI*, <1. XXXV, a. I. est toujours mauvaise, soit en ellemême, soit dans ses effets. Mauvaise en elle-même, quand clic est causée par le mal qui résulte parfois d’un bien, elle est mauvaise par ses effets quand, causée par un mal véritable, elle abat au point de détourner de toute œuvre bonne. Ces deux malices peuvent sc trouver dans l’acédie, qui est une tristesse relative au bien spirituel : mauvaise quand elle a pour objet un bien véritable, qui devrait réjouir, clic l’est aussi quand, ayant pour objet un vrai mal. elle en­ vahit ct paralyse Panic tout entière; c'est pourquoi saint Paul veut que le pénitent regrette scs fautes, mais n’admet pas qu’il soit absorbé par une tristesse excessive ». Il Coi., il, 7. En tant qu’elle est opposée au bien spirituel en général, c’est-à-dire à la vertu, l’acédie ne se distingue pas des autres vices : quiconque possède une vertu doit s’en réjouir comme d’un bien qui lui appartient; s’en attrister, c’cst pécher contre cette vertu. En tant qu’elle fuit le bien spirituel à cause de la fatigue qu’il occasionne ou des privations qu’il impose au corps, elle se confond avec la sensualité. Mais elle est un vice spécial quand elle s’oppose à la joie que doit procurer le bien spirituel en tant qu’il est un bien divin. Cette joie est un effet propre de la charité: ne pas l’éprouver, s’attrister au contraire du bien divin, est une faute caractérisée, un péché contre la plus haute des vertus théologales, un manquement au devoir d’aimer Dieu par-dessus toutes choses. Tristari dc bono divino, de guo caritas gaudet, pertinet ad speciale vitium, quad acedia vocatur. Sum. thcol., !ln-II®, q. xxxv, •i 2. On peut conclure de ce qui précède que l’acédie, tristitia de bono spirituali in quantum est bonum divi­ num, est un péché mortel secundum genus suum. Un péché mortel en son genre n’a cependant toute su gra­ vité que s’il est pleinement volontaire. Il arrive sou­ vent que l’acédie s’ébauche dans la sensibilité seule, comme une manifestation des résistances dc la chair contre l’esprit. Diverses causes tendent, en effet, à faire naître une impression dc lassitude jusque dans les âmes les plus éprises de perfection. Évagrc le Pontiquc remarquait déjà que l’acédie tourmente le moine d’or­ dinaire entre la quatrième cl la huitième heure, c’est-à-dire dc 10 heures à 2 heures, cl il l’appelait pour celte raison le «démon dc midi ». Dc octo vitiosis cogitationibus, P. G., t. \i.. col. 1272. Gassicn parle dc même de la sixième heure, Dc institutis monasteriorum, I. X, c. i. cl saint Jean Climaque, ercatls, dans animi pusillanimitas, amaritudo, desperatio, cl huit  péché» le Cursus de Migne, t. xi, col. 1148-1170; Melchior Cano, Lzi l’acédie : somnolentia, pigritia boni operis, instabilitas victoire sursoi-mémr.trud. Legendre. Pari*, 1923,c.x; Faher, loci, pervaga lio de loco in locum, tepid itas laborandi, Le progrès de Cdme dans la oie spirituelle, trnd. de Brmliardt, tædium cordis, murmuratio et inaniloquia. De viri, Ihiri», 1Λ édit, en 1856, 1892, c. xiv; Vuillemiet, Soyez des ct vitiis, c. χχχιι-χχχιιι, P t.., I. ei, coi. 635. hommes, I*nri»,lÎK)8,c.xi. p. 185; J.Juiurronirr.LofAérnpeullquc des péchés capitaux, Paris, 1922, c. in ;Tanquercy, Précis Saint Thomas d'Aquin fait sienne rénumération théologie ascétique rt mystique, 5· éd.. Pari», 1924, p. 562de saint Grégoire ct s’e tierce de l’expliquer logique­ de 567. S< r le mot arcidla rt ses diverse* Mgnifkation», voir ment. une intéressant e étude dan» Henry Ccchln, Ix frère de L’homme, dit-il avec Aristote, Éthique, 1. VIII, Pétrarque et le Livre du repas des religieux. Parte, 1903, c. v-vi, est ainsi fait que la joie lui est nécessaire de p. 205-221 ; ct Du Cange, Glossarli-m. temps en temps; la tristesse ne tarde pas à engendrer E. VAXSTFl.XIlEHGin.. en lui deux mouvements : l’un par lequel il s’éloigne PAREXA ou PAREJA François, frère mineur de ce qui peine, l’autre par lequel il sc porte vers cc (xvr-xvn· siècle). — Originaire de Anon, dans le ) Pnetensi reformati extra Ecclesiam, el novar veritates a ministro Alolinau recognitor communi sua secta doctrina contraria* ; c) .Ministrorum prartensir religionis reformatae mendacia adversus sacrum Scripturam, 1646. Bernard de Bologne, Ribl. script. O. At. Cap., p. 125; I.. Wadding, Scriptores Ο. M.. Home. 1906, p. 122; J.-H. Sburalcxi. Supplementum, 2* édit., t. i, p. 386; F. Buttiudnzi, Apologema, cspeio g exedendas de la serapea religion de menores capuchinos, Turin, 1673. n. 719 ct 732, p. 206 ct 208. Am. Teetaert. 9. P A RIS (Jacques de) (BOLDUCou EOUL- DUC) frère mineur capucin dc la province dc Paris (xvi».xvn»siècle).— Le P. Apollinaire.op.cil.,présume, mais cependant sans trop l’afllrmer, que le P. Jacques appartenait à la famille parisienne du nom de Bolduc, qui fut Illustrée, à la fin du xvn· siècle, par JeanBaptiste Bouldue, apothicaire du roi et membre de rAcadémic des sciences. Jacques Bolduc fut admis ù la profession religieuse le 1S août 1581. Il montra de bonne heure assez dc vertu ct de talent, pour que ses supérieurs lui confiassent une chaire de théologie ct 2035 PAHLS (JACQUES DE) — PARIS (MATHIEU) 2036 vraisemblance, qu'il était néaux environs de 1200. Son nom qu'il écrit lui-même Mathnus Parisiensis ou de Parisius ne paraît pas donner d'indication sur son ori­ gine et il ne semble pas qu'il faille le mettre cn relation avec la ville de Paris. Ce nom était, prétend-on, assez courant en Angleterre. Le seul événement saillant dc la vie monastique de Mathieu Paris, c’est un voyage qu’il lit en Norvège cn 1218. ayant été chargé par le pape innocent IV de visiter cl de réformer l’abbaye dc Munkholm, près de Trondjem. à laquelle il avait déjà rendu des sen ices financiers l’année précédente. lui vie de Paris sc passa, en somme, dans le tranquille scriptorium de Saint-Albans, où il a travaillé d’abord sous la direction de Boger de W endover, cl dont il cul ensuite l’administration apres la mort de celui-ci en 1226. Ce séjour à l’abbaye n’exclut pas d’ailleurs un certain nombre de voyages en Angleterre ct peut-être même en France, voyages durant lesquels Paris cher­ chait à se documenter. Mais c’cst peut être â SaintAlbans même qu’il s’est procuré les matériaux les plus importants pour les grands travaux qu’il avait sur le chantier. Outre les ouvrages que lui fournissait la riche bibliothèque du monastère, outre les pièces qu’il réussit à y faire venir dc divers côtés, il put y recueillir, dc la bouche même de nombreux témoins, des rensei­ gnements précieux. Saint-Albans était un lieu de pas­ sage extrêmement fréquenté, el lu cour du roi Hen­ ri III y lit, entre 1211 cl 1258, dc nombreux séjours. Paris nous parle des conversations qu’il cul à plu­ sieurs reprises avec le souverain lui-même. C’cst à Saint-Albans que notre auteur mourut en 1259, ou très peu après. Mathieu Paris est exclusivement un historien ct nous n’aurions pas ici ù insister autrement sur son œuvre, si elle n’avait été exploitée, à l’époque dc la Réforme, dans des intentions confessionnelles. Perdue ι vue après ce moment, elle n’a été sérieusement étu­ de protestants, 1rs catholiques. témoin précieux. Mais son impartialité est parfois Bclevcr parmi ces derniers les appréciations de Baronius, Annales, an. 996, n. 63; an. 1197, n. 16 ct 17, · totus est sujette à caution. D’esprit très « insulaire ·. il réagit avec vigueur contre ce qui pourrait atteindre les cou- (Matltucus) in carpendis romanm Eccleslm pontificibus Iurnes et les libertés de l’Angleterre. C’est ce qui ct de Bcllarmin, Dr scriptor, eccles., an. 1215 : · non jniuca tum in ipso libro cum in notis marginalibus qua explique en particulier l’altitude nettement agres­ leguntur videntur addita ab hmrrticis ad invidiam conflandam Ecclesive qu’il a prise, cn nombre de passages, ù l’endroit stcu romancv ·, cctte note passe dans les critiques catholiques sinon dc la papauté en tant qu’institutlon. du moins postérieurs ; Possevln, Pit seu», ct d’autres.— Au xvm* sié* a l’égard de ses représentants les plus considérables au de : E. du Pin. .Xoui^tlle btbliolh. des auteurs certes., t. X, 1706. p. 79; Fabricius, Bibl. lat. .Médite Aitatis, l. v, Ham­ xnr siècle. Ni Innocent III, ni Grégoire IX, ni surtout Innocent IV ne sortent grandis dc son histoire, et il bourg, 1736. p. 153-155.— I-a connaissance de l’auteur el dc accumule contre ce dernier dc considérables griefs. A son truvre doit à peu près tout aux travaux des auteurs cl-dessus nommés. Madden Hillcy cl surtout I.uard, la vérité, ce qu’il conteste, c’cst moins le pouvoir de la anglais, voir les prefaces en tète dc presque chacun des volumes édi­ papauté que la façon particulière dont celle-ci exerce tés; notice très complète de I·’. Liebermann dans Mon. ses droits en Angleterre. Il lient en spéciale horreur et Germ, hist.. Script., t. χχνιιι, 1888. p. 7-1-106; Th. DufTus les tributs féodaux imposés pur la curie, el les levées Hardy, Descriptive catalogue of mss. relating to the history of Great Britain and Ireland ( - Bolls series, n. 26). 1862-1871, de contributions ecclésiastiques extraordinaires qui se multiplient au XîlF siècle, el les réserves cn matière voir la table alphabétique A lu tin du t. m*. notices «Ians bénélicialc qui font aller à des étrangers les revenus dc Dictionary of national biography, t. xliii, 1895, au mot Baris, dans la Brotest. Rral-Encyklopddie, t. xn. 1993, nu l’Angleterre, et les légats qui viennent trop souvent mot Maltluuiis Baris. — Peu d’études sur les idées mêmes de dans l’ilc pour servir les abus de la fiscalité pontifi­ Paris, voir au moins : IL Plchn, Der politische Charakter von cale. Mathiüiis Barisirnsis, Leipzig, 1897. dans les Slaats-und Ge sont les protestations extrêmement vives dc socialudssenschaflltchc Earschungcn, publiées par G. SchmolMathieu Paris contre la curie qui ont motivé son inser­ ler. t. xtv, fuse. 3. É. A MANN. tion par Flaclus Illyricus dans le Catalogus testium PARISIÈRE (Jean César Rousseau de LA) veritatis, elles ont aussi amené Parker ù l’éditer. Les plaintes sont si vives parfois, que Bellarmln ct (1667-1736) naquit A Poitiers, le 3 mal 1667. Il étudia Baronius, les lisant dans ces publications protestantes, les belles-lettres, puis ht théologie. En 1711, Il succéda ont prétendu qu'elles avaient été interpolées par les â Fléchler sur le siège de Nîmes ct il s’occupa très acti­ éditeurs. Vainc échappatoire, car elles figurent en des vement de son diocèse; les appelants dc la bulle Unige­ manuscrits qui sont de la main même de l’auteur ou nitus le signalent comme un de leurs adversaires. Dé­ transcrits sous sa surveillance. Il est même remarquable puté à l’assemblée du clergé de 1730, Il lit In harangue que, révisant son œuvre, après qu’elle avait déjà de clôture et, dans son discours au roi. il indiqua nette­ été recopiée une première fols, Mathieu ail pris la ment ses sentiments sur les questions controversées. Il peine de corriger un certain nombre de ses critiques les mourut à Nîmes, le 15 novembre 1736. - De son vi­ vant, l'evêquc de Nîmes ne publia que sa Harangue au plus véhémentes. Ces critiques s’expliquent par tout ce que nous avons dit ct ne doivent pas donner le roi, qui (ul dénoncée par l’abbé Pucelle comme conte­ change sur les sentiments profonds du moine de Saint- nant des maximes propres â provoquer des troubles, mais Févêque se justifia, dans une lettre adressée, le Albans. Les abus, réels ou supposés, qu’il remarquait 18 novembre 1730, au cardinal dc Fleury. La Paridans l’administration pontificale de son époque, ne l’amenaient pas à contester la réalité même des droits slère laissa de nombreux manuscrits aux jésuites, et le du Saint-Siège. L’on se tromperait lourdement, c’cst P. Senaull publia de lui un recueil, sons le litre Bancggriques, sermons, harangues et autres pièces d*élo­ F. Liebermann qui le fait remarquer, en faisant de lui un partisan de l'Etnpire dans la lutte de celui-ci contre quence, 2 in-12, Paris, 1710. 2039 PARISIÊRE On lui attribue, mais à tort, cc semble, l’allégorie intitulée Le bonheur et l'imagination. Insérée dans les Œuvres de M. Bernard. Michnud, Riographie universelle, t. xxxir, p. 117; Hoefer, Nouvelle biographie universelle, t. xxxix, col. 217; FellerWeiss, Riographie universelle, t. vi, p. 371; Richard cl Ginmd. Bibliothèque sacrée, t.xix, p. 21 ; Descssnrts, / es siècles littéraires, t. v, p. 91-92; 1-éon Ménard, Histoire des évêques de Nîmes, 2 in-12, Iji Haye. 1737, t. n, p. 181-181 ; Léon Ménard, Histoire civile, ecclésiastique cl littéraire de Nîmes, 7 in-4·, Paris, 1750-1758, t. n, p. -113, 145-447, 451-155, 466-467, 178, 510-511, 520-523. 528-530, 510, 550-553; A. Germain. Histoire de Γ Église de Nîmes, 2 In-12, Pari·*, 1IW2, t. n. p. 4 12-450; Gallia Christiana, t. vi, col. 464465; Dictionnaire biographique et bibliographique des prédi­ cateurs français, p. 195-196; Dreux-Duradicr, Histoire litté­ raire du Poitou, t. n, p. 297-309 ct Bibliothèque historique et critique du Poitou, 1. îv, p. 463. J. CaRREYRE. PAR ISIS Pierre-Louis, évêque français, Orléans, 12 août 1795-Arras, 5 mars 1866. — Connu pour son éloquence, appelé à donner cn 1827 le panégyrique de Jeanne d’Arc, alors qu’il était simple vicaire à SaintPaul d’Orléans, il fut nommé cn 1828 curé de Gicn ct, le 28 août 1834, évêque de Langrcs. Il demeura à Lan· grès dix-sept ans. Durant ces années, il fut un des personnages les plusen vue, sinon le personnage le plus cn vue.de l’épiscopat français. L’Église de France com­ battait alors pour la conquête de scs libertés indispen­ sables ct, cn premier lieu, j our la liberté d'enseigne­ ment. Elle était appelée au combat par Montalembert; l'épiscopat hésitait â suivre,soit par crainte d’un échec qui l’eût déconsidéré, soit parce qu’il lui répugnait de suivre un laïque ct de sc placer sur le terrain où 'appelait celui-ci. Cc fut Parisis qui l'entraîna par sa fameuse lettre du 20 août 1844 : Lettre de AL l'évéque i de Langres à M. le comte de Montalembert sur la part que doivent prendre aujourd'hui les laïques dans les questions relatives aux libertés de Γ Église, où l'avaient amené scs entretiens avec l’évêquc de Liège, van Bommcl.A partir de cc moment, il est au premier rang des combattants; il multiplie les brochures pour reven­ diquer la liberté de l'enseignement. 11 a été question, Λ l'article Libéralisme, t. ix, col. 573-574, de son fameux Cas de conscience à propos des libertés exercées ou réclamées par les catholiques, 1847, où il réfute l'objection des libéraux anticléricaux qu’un catholique ne peut être libéral. 11 jirofcssc alors, a-t-il été dit, « le libéralisme de Lamennais, mais soigneusement limité, précisé ct surtout nettement pratique ». En 1848, après l'élection de Pic IX ct avec la révo­ lution de février, il crut ouverte Père définitive de la liberté ct de l’entente entre la liberté ct l’Église. Mais cc chef « de la petite armée des catholiques avant tout, républicain, presque socialiste », comme écrit Debidour, Histoire des rapports de P Église et de t'État en France, 1.i, p. 486, s'il sert sincèrement la liberté, c’est qu'il cn attend le bien de l’Église. A l’Assemblée cons­ tituante, où il a été élu par le Morbihan, il siège au comité des cultes, chargé de mettre l’organisation ecclésiastique cn harmonie avec la France nouvelle, ct à la commission désignée pour chercher des remèdes aux plaies sociales. A la Législative, où il figure aussi, il est l’un des quatorze de la commission nommée pour examiner le projet Falloux sur l’enseignement. Là, son attitude déroute Montalembert dont il commence à se séparer. Le projet Falloux est un compromis; autour de cc projet les évêques se divisent. Or, Parisis, qui a tant lutté pour la liberté de l’enseignement, est loin de l’approuver dans sa brochure, La vérité sur la loi de l'enseignement, 1850; au moment du scrutin, il s ’abs­ tiendra, parce que. dira-t-il ensuite, H ne voulait pas paraître blâmer Indirectement scs collègues opposants. II sera cependant un des premiers à profiter de la loi. P A R ISO T 2040 Nommé le 12 août 1851 évêque d’Arras, il prend possession de son siège le 21 octobre; dès lors, il sc consacre uniquement à scs devoirs épiscopaux et, s’il sc mêle encore aux ailaircs publiques, c’est quand cc* devoirs mêmes l'exigent : il est alors effacé par Pie ct Dupanloup. Puis, on ne le trouve plus aux côtés de Montalembert ct dans les rangs des libéraux catholi­ ques; ces libéraux prennent quelque peu figure de galli­ cans ct il est resté fidèle à l’ultramontanisme du début. 11 est donc dans le camp des ultramontains avec vers dont i) prend plusieurs fois la défense contre les évêques qui le condamnent. D’autre part, il avait favo­ risé la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la République» puis après avoir affecté un dédain amer pour la vie publique et privée du prince (Lccanuct. Montalembert, I. ni, p. 7), il accepta le coup d’État ct exalta l’empereur à la grande indignation de Montalembert qui, ayant cru un moment aux pro­ messes impériales, revint vite à la liberté. Il fallut le* événements d’Italie pour désenchanter Mgr Parisis; dès lors, il protesta soit par scs discours, soit par des brochures contre toute atteinte au pouvoir temporel ct aux droits souverains du pape. Ainsi l’écrit Intitulé : L*évêque d'Arras à l'auteur de la brochure, « Le pape el le Congrès », 1860. En 1865, après le Syllabus, par un nouveau Cas de conscience sur les libertés publiques, il tenta d’adapter aux principes de l’acte pontifical son Cas de conscience de 1847. Robitaille, Vie de Mgr Parisis, Arms, 1866 ; L. Folllolcy, Montalembert et Mgr Parisis, Paris. 1901 ; L'épiscopat françaisauXtX·siècle, Paris, 1900; Ch. Guillcmand, Pierre-Louis Parisis, 3 vol., Paris, 1916-1921; cf. la bibliographie de* articles Liiiùralismi , deuxième ct troisième périodes, ct Montalembert. C. Constantin. PARISOT pierre Curcl, plus connu sous le nom de Père NORBERT ct aussi de l'abbé PLATEL (1697-1769). - - 11 naquit à Bar-le-Duc cn 1697 d’une famille d’artisans, fit chez les jésuites de sa ville natale des études soignées, puis entra chez les capucins de Saint-Mihlcl, où il fit profession en avril 1716, sous le nom de Norbert. 11 exerça le ministère à Tout, à SaintDié, à Pont-à-Mousson où il eut avec les jésuites de l’université ses premiers conflits. En 1734, il accom pagne à Rome son provincial ct, s’étant fait remarquer pour son entregent, il est nommé en 1736 procureur général des missions étrangères de France. Peu après, il part pour Pondichéry, où il devait prendre une part considérable aux discussions entre jésuites ct capu­ cins relatives aux rites malabarcs. Voirart. Malaiiares (Rites), t. ix, col. 1719, 1730 sq. Ces discussions se compliquèrent d’un conflit de juridiction sc rapportant au couvent des ursulines françaises qui venait d’être établi à Pondichéry. C'est pour exposer au Saint-Siège les griefs de scs confrères qu'en février 1740 le P. Nor­ bert s'embarque à Pondichéry, à destination de l’Eu­ rope. ( Il est impossible de trouver place pour un voyage cn Amérique où le capucin, au dire du pamphlétaire Chevrier, aurait élé expédié, comme indésirable, par les ordres du conseil souverain de la colonie.) Arrivé ù Lorient en septembre 1740, il est à Rome à Pâques de 1711, ct semble avoir reçu d'abord de Benoit XI\ un accueil très favorable. Préoccupé de briser les dernières résistances que le Saint-Siège rencontrait encore dans la question des rites malabarcs et chinois, le pape agréa avec plaisir l’hommage que le P. Norbert lui lit, en 1742.de doux ouvrages qu'il venait de faire imprimer en Avignon, d une part, les Mémoires contenant différentes relations au sujet des disputes entre les missionnaires, d’autre part, VOraison funèbre de M. de Visdelou, evêque de Claudiopolis, vicaire apostolique en Chine, que le P. Norbert avait prononcée à Pondichéry, le 11 décem 2001 PARISOT 2042 b re 1737 (sur visî>elou, voir t. ix, col, 1721-1723). tera plus volontiers désormais le nom de Platel, après Encouragé par celle approbation, le P. Norbert en­ avoir essaye de s’établir cn Lorraine, puis à Paris, ne tendit élargir ses attaques contre la Compagnie de larda pas â partir pour le Portugal où il secondera de Jésus; l’on sut bientôt qu'il préparait la rédaction de tout son pouvoir la politique de Pombal, qui, apres volumineux mémoires où il était à penser que les jésui­ avoir fait expulser les jésuites (1759), s'attachait ù les tes ne joueraient pas le beau rôle. Ceux-ci firent inter­ déshonorer. La lettre de l'abbé Platel sur l’exécution venir la cour de Franco et le cardinal de Tcncln, pour du jésuite Malagrida, 22 septembre 1761, jette un jour empêcher la publication. Voir sur celle négociation les étrange sur la mentalité de son auteur, et c’est une documents inédits, fournis par P.-A. Kirsch, Zur mauvaise action. Platel ne tardera pas à quitter Lis­ Geschichte der Zensurlerung des P. Norbert, dans Théobonne, cn 1763; il dut séjourner quelque temps à (ogische Quartalschri/I, t. lxxxvi, 1901, p. 361-378; ces Paris, ou depuis 1761 les jésuites ne lui inspiraient documents confirment, dans l’ensemble, cc que le , plus de crainte. Il finit par rentrer en Lorraine, se re­ P. Norbert écrira plus tard dans scs Lettres apologé­ lira aux environs de Commerev; il mourut le 7 juil­ tiques. Ne pouvant se faire imprimer à Borne, le P. Nor­ let 1769. bert se transporte â Lucqucs, où les deux volumes de La volumineuse production littéraire de l’abbé PaMémoires paraissent, en français ct cn italien, avec risol est presque entièrement dirigée contre les jésui­ toutes les approbations nécessaires des autorités loca­ tes. â l’exception de deux ouvrages d’inspiration plus les, lin juillet 17*11. Le capucin en ht immédiatement sereine : Diurnal à l'usage des marins, Marseille, 1742, hommage ù Benoît XIV, qui sc défendit ultérieure­ rédigé lors de son voyage de retour en Europe, ct La ment d’avoir reçu le livre en mains propres. Kirsch, foi des catholiques, où on voit que les accusations portées toc. cil., p. 366, n. 3. Sur des plaintes très vives qui fu­ contre eux ne proviennent que du peu de connaissance rent bleu vite déposées, le pape, particulièrement irrité qu'on a du fonds de leurs principes et de l'esprit de leurs de ce que le P Norbert avait fait figurer cn tête de pratiques, Lisbonne, 1761, rédigé lors d’un assez long celle deuxième série de mémoires la lettre pontificale séjour à Wolfenbuttel, en 1759, ct qui peut passer pour relative â la première série, déclara qu’il laisserait l'af­ une apologie du catholicisme en face du protestan­ tisme. Voir Mémoires, éd. de 1766, t. nr, p. 129 sq. En faire suivre son cours devant le Saint-Office auquel dehors de cela, tout le reste est ou défense personnelle l’ouvrage avait élé dénoncé. La S. Congrégation rendit son jugement le 1er avril 1715. Texte dans Analecta ou diatribe contre les jésuites tournant â la manie. Voici les principales de ces productions : L Mémoires Juris ponti/icii, t. i, Home, 1855, col. 1257-1260. Le livre était condamné soit en français, soit en italien. contenant différentes relations au sujet des disputes entre Les considérants longuement motivés insistaient par­ les missionnaires, 2 vol., Lucqucs (cn réalité Avignon), ticulièrement sur le fait que la publication était con­ 1712. — 2. Oraison funèbre de M. de Visdelou, évéque traire aux règles antérieurement promulguées ct rela­ de Claudiopolis, Cadix (en réalité Avignon), 1712, in­ tives aux livres traitant des missions; ils ajoutaient ■ sérée aussi dans les Mémoires, édit, de 1766, t. n. (pie · l’on ne pouvait pas permettre sans offense des 2 partie, p. 107-173. — 3. Mémoires historiques sur les bons et sans scandale des âmes que le livre jouit de la missions des Indes orientales, 2 In-4·, Lucqucs, 1744. lumière publique ·. Mais, toujours préoccupé de la ré­ condamnés par le décret du P' avril 1745. Ces Mémoi­ percussion possible de cette condamnation dans l’af­ res ont élé successivement augmentés. D'après un faire des rites, que Benoit XIV venait de régler par la avis qui se lit cn tête de la 3· édition, il y aurait eu une bulle Omnium sollicitudinum du 12 septembre 171 L le 2* édition à Paris, qui suivit de près la première, l’ne décret du Saint-Office ajoutait: < N. S. P. le pape inter- ‘ 3* édition cn 2 in-4· porte l’indication Besançon, 1747, «lit à toute personne d’inférer en aucune manière ct de et le titre suivant : Mémoires historiques présentés au soutenir que la condamnation du P. Norbert renverse souverain pontife Benoit Λ’ / V sur les missions des Pères ou diminue en In moindre partie la constitution sus- I jésuites aux Indes orientales, où Von voit leur constante dite, dont il requiert el prescrit la pleine observance de opiniâtreté à défendre et à pratiquer les rits idolâtres et superstitieux du Malabar, condamnés et anathématisés la part de tout le monde. · fuir plusieurs papes, et les continuelles persécutions A partir de cc moment, la vie du P. Norbert devient une longue série d’aventures dont le détail n’intéresse qu'ils ont faites aux fidèles ministres de VÈvanglle et du Siège apostolique. Celle édition esl complétée par un plus guère la théologie. Scs ennemis (et II cn eut un peu dans tous les camps) aimeraient à le faire passer t. m. paru à Londres, 1751, sous cc lilrc : Mémoires pour un apostat, ayant quitté son ordre sans permis­ historiques, apologétiques, etc., présentés en 1751 au sou­ sion régulière de scs supérieurs, ayant donné à diverses verain pontife Benoît XIV... avec un détail de la con­ duite des Pères jésuites à l'égard de Benoit XIV et de reprises, soit cn Hollande, soit en Angleterre, soit cn \llemagne, des gages aux calvinistes, aux Jansénistes l'auteur de cet ouvrage. Cette édition fut mise à l'index d’Ulrccht, aux anglicans, aux luthériens, ayant vécu ’ par un nouveau décret du Saint-Office. cn date du par ailleurs d’expédients plus ou moins avouables. 21 novembre 1751. Anal. Juris pontifie., t. v, col. 1261. Enfin, sous le nom de l’abbé C.-P. Platel, parut à Lis­ Dans les volumineux mémoires et les apologies qu’il a multipliées, le P. Norbert publie de nombreuses pièces bonne. en 7 in-l°. une édition nouvelle sous le litre : attestant que sa situation, pour extraordinaire qu’elle Mémoires historiqu -s sur les affaires des jésuites avec le pût paraître, n’a jamais cessé d’être régulière. Seule Saint-Siège, où l'on verra que le roi de Portugal, en une vérification systématique de toutes ces pièces per­ proscrivant de toutes les terres de sa domination ces reli­ mettrait des conclusions fermes. Toujours csl-11 (pie, gieux révoltés, et le roi de France voulant qu'à t'avenir le 24 avril 1759, le pape Clément XIII lui accordait I leur société n'ait plus lieu dans ses États, n'ont fait un bref de sécularisation; constatant que « le frère qu'exécuter te projet déjà formé par plusieurs grands pa­ Norbert de Lorraine avait élé contraint par de vio­ pes de la supprimer dans toute V Église. Chose curieuse lentes persécutions de fuir jusqu'à présent d’un pays Λ signaler, celte édition porte cn tête l'approbation de dans un autre, molesté et continuellement poursuivi l’inquisition portugaise; les rapports des docteurs dis­ pour des motifs dont le pape était parfaitement ins­ cutent gravement les raisons qu’avait données cn 1745 truit ·, H l’autorisait â demeurer hors de son ordre cl el en 1751 l’inquisition romaine pour condamner le le mettait sous la juridiction de l’évêque de Tout. livre el démontrent que ces raisons n'ont point de va­ Texte de ce bref dans les Mémoires, édit, de 1766, t. lit, leur en Portugal. S gne des temps! Les I premiers volu­ p. 13 L Les capucins paraissent avoir conservé de bons mes de cette édition reproduisent sensiblement les 3 de rapports avec lui. L’abbé Parisot, qui d'ailleurs por­ la troisième édition, outre au t. ni, les pièces relatives 2043 PA Kl SOT - • PA B O US IE aux aventures ultérieures de l’auteur; les 3 derniers donnent surtout des pièces justificatives, relatives à l'histoire des missions. H va sans dire que cette masse de documents ne peut être utilisée sans un contrôle sérieux, mais il \ a dans tout cet amas des pièces que Ton ne saurait négliger. — 4. Lettres apologétiques du P. Norbert, capucin, où il déuoitc des calomnies que les PP. jésuites ont répandu (sic) surtout en Italie et en France dans un grand nombre de libelles contre sa personne et ses ouvrages, 2 in-8®, I.ucques, 1746. — 5. Lettre du P. Norbert à Monseigneur le prince de *·· au sujet des guerres présentes, Anvers, 1757, curieuse pour faire connaître l’attitude adoptée, durant la guerre de Sept ans, parle capucin réfugié en Allema­ gne. - 6. Histoire du passage du P. Norbert à Pétai de prêtre séculier, s. I., 1759; les mêmes documents sc retrouvent dans les Mémoires, édit, de 1766, t. ni, p. 1-154. — 6. Lettre de M. l'abbé Platel à scs amis de Paris contenant une relation exacte et circonstanciée de l'exécution du P. Malagrida, jésuite, écrite de Lisbonne le 22 décembre 1761; il en existe aussi une traduction italienne, qui parait plus longue que l'original fran­ çais. Γ.-Λ. de Chevrier, La vie du fameux Père Norbert, ex-cap uetn, connu aujourd'hui sous le nom de l'abbé Platel, Londres. 1762, est un pamphlet libidineux, qui en a malheureusement imposé aux auteurs subséquents; en dehors de quoi il ne reste plu·» que le^ auteurs do blo-Libliogrnphic\ : JôchcrKotcTrnund, Gclehrtes Ixxikon, t. v, 1816, au mot Norbert; Feller, Biographie universelle; Qucrard, La France litté­ raire, t. Vf, 1831, p. 146, au mot Norbert ; Michaud, Biogra­ phie universelle,h Norbert; Hoefer, Nouvelle biographie géné­ rale,h Partsnl; Kirchcnlcxikon,2· édit., t. ix, 1895, art. Parisot, par t). Pfülf, S. J. (informé, mais tendancieux); Hur­ ler, Nomenclator, 3· édit., t. v a. 1912, col. 171. — l-’.-H. Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, t. n a, Bonn, 1885, p. 771-776; P.-A. Kirsch, Zur Geschichte der Zcnsuricrung des P, Norbert, dans Theologis che Quartalschri/t, t. i.xxxvi, 1904, p. 364-378. É. Amann. PARJURE, voir Serment (/«"aux). , PARMENTIER Antoine (1668-1722) naquit, le 29 avril 1668, à Nivelles, dans le Brabant. Il fut docteur en théologie de la faculté de Louvain. En 1702, on le trouve curé de Braine-l’Alleud, â deux lieues de Nivelles. Il devint président du grand collège des théologiens, dits du Saint-Esprit, à Louvain, 17021722, et il reçut le litre de docteur en théologie, le 21 août 1703. Il mourut à Namur le 12 mai 1722. 11 a laissé quelques écrits en vers sur la bulle Unigenitus, contre Opstrüel et d’autres opposants. l'elIcr-Weks, Biographie universelle, l. vi, p. 376; Delvenne, Biographie des Pags-Bas, t. n, p. 221; Biographie nationale belge, t. xv, col. 61-1-615. Éd. Keussens a raconté longue nenl toute l’hhtolrc du grand et du petit collège de» thé dagicn·». dits du Saint-Esprit, dans les Analcctcs pour servir d l'histoire ecclésiastique de ta Belgique, IP série, t. i, p. 153-215. J. Carrbyre. · L Sens et emploi du mot dans le Nouveau Testament, II. Les signes de la parousie. 111. Le temps de la parotisie. 1. Sens et emploi du mot dans le Nouveau Tes­ tament. Le mot · parouslc ·, παρουσία, est employé 24 fois dans le Nouveau Testament. Il a plusieurs acceptions. 1· Il a le sens de présence. Paul se réjouit de la pré­ sence de Stéphanas, de Fortunat ct d’Archaïque, χαίρω δέ έπί τη παρουσία Στεφανα, qui supplée à l’absence des Corinthiens. I Cor., xvi, 17. Exhortant les Philippicus à travailler a leur salut, il oppose le temps de son absence à celui de sa présence, iv τη παρουσία μου. Phil., il, 12. (‘.cite acception, que l’on retrouve encore dans II Cor., x, 10, est frequente chez PAROUSIE. 2044 les classiques : Eschyle, Perses, 169; Euripide, Alceste, 606; Sophocle, A fax, 510, fclectrc, 948. 2° Le mot parousie a aussi le sens d'arriver, de venue, c’est le commencement de lu présence. Dieu console son apôtre par l'arrivée de Tile, έν τη παρουσία Τίτου. Il Cor., vu. 6-7. Paul annonce sa nouvelle parouslc aux Philippicus, c'est-à-dire sa nouvelle venue auprès d’eux ; διά της έμης παρουσίας πάλιν προς ύμας. ι, 26. Cette acception est également en usage chez les classiques : Euripide, Alceste, 209; Thucydide, i, 128. 5. Le mot parousie est employé seulement quatre fois dans la Bible des L.XN : au sens d’arrivée dans Néhémle, n, 6, d’après une leçon du codex A (le codex B a πορεία, leçon qui s’harmonise mieux avec le contexte), ct dans II .Mac., vin, 12; au sens d’arrivée ou de pré­ sence dans Judith, x, 18; Il .Mac., xv, 21. 3U Parousie est aussi un terme technique, une expres­ sion olllcielle pour désigner la visite de personnages éminents, généralement d’un roi, d’un empereur. Les papyrus, les ostraca, les inscriptions fournissent une abondante documentation, qui s'étend depuis l’épo­ que des Ptolémées jusqu’au n* siècle apres JésusChrist. Les principaux textes ont été réunis par Adolf Delssmann dans son ouvrage devenu classique, Licht oom Oxten, Tubingue, 1909, p. 279-283. En Egypte, à l’occasion de la parousie d'un prince, il y avait des contributions, des impôts, assez souvent mentionnes sur des ostraca (tessons de poterie qu’on utilisait pour écrire). Wilckcn, Griechische Ostraka, t. i, p. 271 sq., cité par Delssmann. Le papyrus de Flinders Petrie (ιι, 39) qui remonte au nr siècle avant J.-C., mentionne une contribution pour offrir une cou­ ronne d'or â un roi lors de sa parousie. On faisait de grands préparatifs; un papyrus retrouvé dans la mo­ mie d’un crocodile sacré raconte que, pour une parousie de Ptolémce 11 Soler, une grosse livraison de blé avait été faite: les fonctionnaires sc sont donné beaucoup de mal : καί προσεδρευόντων διά τε νυκτός καί ημέρας μέχρι του το προκείμευον έκπληρώσαι καί την ίπιγβγραμμένην προς τςν τού βασιλέως παρουσίαν αγοράν... occupés assidûment null cl jour jusqu’à cc que la lâche fût accomplie cl que les marchandises fussent inscrites en vue de la parousie du roi... The Tcbtunis papyri, n. 48, I. 9 sq., vers 113 avant J. C. Cc n'est pas seulement en Egypte que l’on trouve cet emploi du mot parousie, mais encore en Asie, en Grèce. Une inscription trouvée à Oibla, et datant du m· siè­ cle avant J.-C., raconte une parousie du roi Sailapharnès dont un riche bourgeois paya les frais. Dillcnbcrger, Sylloge inscriptionunt gni carum, 2e édit., n. 226, 85. La première visite de l’empereur Hadrien en Grèce avait été le début d’une ère nouvelle; une Inscription de Tégée est datée de la LXIX· année de la première parouslc du dieu Hadrien en Grèce : έτους ξθ’ άπά της θεού ’ Αδριανού το πρώτον ίς τήν ’ Ιΰλλάδα παρουσίας. Bulletin de correspondance helh nique, 1901, p. 275. En souvenir d’une visite de Néron, les villes do Corinthe ct de Patras avaient frappé une monnaie, In première avec 1’inscrlplion : Aducntus aug(usli) Co­ rf inthi), la seconde avec une Inscription semblable : Aducntus Augusti. Ici aducntus est la traduction du mol grec παρουσία. Delssmann, op. cit., p. 282. 4V Dans le Nouveau Testament, le sens technique de parousie est appliqué au retour glorieux du Christ, à la visite qu’il rendra de nouveau au monde lors du juge­ ment, quatre fols dans Matth., xxiv, 3, 27, 37, 39; sept fois dans les épftrcs de saint Paul, I Cor., xv, 23; l Thés., n. 19; ni. 13; iv, 15. V, 23; Il Thés., n, 1, 8; deux fois dans Pépftrc de saint Jacques, v, 7, 8; deux fois dans la seconde de Pierre, i, 16: m, 4: une fois enfin dans la première de Jean, n. 28, soit 16 fois en tout. La Secunda Petri (nr, 12) nomme aussi in parousie 2045 PAROUSIE du jour de Dieu, την παρουσίαν της του Θζου ημέρας, expression équivalente â l'avènement du jour de Jahwch, avènement qui se confond avec la parousie glorieuse du Christ. L'Antichrist, l’adversaire des justes, du règne de Dieu ct du Messie, aura, lui aussi, sa manifestation: par la puissance de Satan il aura sa parousie : ου (ανόμου) έστιν ή παρουσία κατ’ ένέργζιαν τοϋ σατανά. Il Dies., ιι, 9. C'est le triomphe de la Bête d ms l'Apo­ calypse, mais un triomphe suivi d’une défaite défini­ tive. La Vulgate rend bien les différentes acceptions du mot παρουσία, sauf une seule fois dans U Pci., i, 16, où elle a præsentia, tandis que adventus serait mieux. Dans 1 Cor., xvi, 17; II Cor., x, 10; P.ill., n, 12, elle traduit par prwscntfa; dans II Cor., vu, 6, 7; Phil., t, 26, par adventus. Comme les monnaies de Corinthe et de Patras, c’est encore par adventus qu'elle exprime le sens spécial de parousie, celui de visite solennelle, d’arrivée officielle ct glorieuse. Matth., xxiv, 3, 27, 37, 39; I Cor., xv, 23; 1 Tness,, n, 19; m, 13; iv, 15; v, 23; Il Tness., n, 1, 8; Jac., v, 7-8; II Pet., ni, I; I Joa.. n, 28 cl aussi 11 Thess., n, 9; II Pet., m, 12. Peut-être lors de la parousie d’un Plolémie ou d’un diadoque aimait-on offrir une couronne, comme dans le cas rapporté par le papyrus de Minders Petrie que nous avons cité plus haut. Si cet usage a existé, il a pu amener saint Paul à associer l’idée de la couronne ct celle de la parousie : quelle est, en effet, mire espérance, notre joie, mire couronne de gloire? N'est-ce pas vous, devant Noire-Seigneur Jésus, dans (le jour de) sa pa­ rousie? I Thess., n, 19. Le sens spécial du mot parousie a Uni par prévaloir, si bien qu’aujourd'hul quand on parle de la parousie, il s’agit toujours de Γ avènement glorieux du Christ. Il suffira de donner ici quelques indications sur les signes el le temps de celte parousie. IL Les signes de la uahocsik. — Dans le discours sur la ruine du temple el la lin du monde présent, Notrc-Seigneur décrit sa parousie en termes apocalyp­ tiques : Matth., xxiv, 21-30: «Car il y aura alors une grande détresse, comme il n’y en a pas eu depuis le com­ mencement du monde jusqu’à maintenant, et comme il n’y en aura plus; el si ces jours ne devaient être rac­ courcis, aucune personne vivante ne pourrait être sau­ vée; mais, à cause des élus, ces jours seront raccourcis. Alors si quelqu’un vous dit: Voyez, le Christ est ici · ou:· C’est ici ·, ne le croyez pas; car il surgira de faux Christs cl de faux prophètes, el ils fourniront de grands signes et des prodiges, de façon à induire en erreur, s’il élail possible, même les élus. Voyez, je vous ai dit d’avance. Si donc ils vous disent : « Voici qu’il est au désert », ne sortez pas. < Voici qu’il est dans les cel­ liers », ne le croyez pas; car ainsi que l’éclair sort de l’Orient el brille jusqu’au couchant, ainsi sera l’avè­ nement du Mis de l'homme. Où est le cadavre là se rassembleront les vautours. Mais, aussitôt après la dé­ tresse de ces temps, le soleil sera obscurci, el la lune ne donnera pas sa lumière, cl les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des deux seront ébranlées. El alors apparaîtra le signe du Fils de l'homme dans le ciel, et alors toutes les tribus de la terre sc lamente­ ront, ct ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec grande puissance cl gloire. » Trad. Lagrange, L'Évangile selon saint Matthieu, p. 163 sq. Cf. M irc.» xm. 19-26; Luc., xxt, 25-27; Luc ne parle pas de la chute des étoiles, mais seulement de signes dans les astres, soleil, lune, étoiles. Saint Paul insiste en termes très obscurs sur le signo de 1’Antichrist, qu’il appelle · l’homme du péché, le (ils de lu perdition, l’adversaire, l'impic ». II Thess., n. 3-12. Nous n’avons pas à expliquer ici la notion d’Antichrisl; il suffit de rappeler que l’Apocalypse 2046 l’entend dans le sens d une puissance politique ct phi­ losophique adverse, et la Prima Johannis dans le sens d'hérétiques. 1 Joa., n. 18, 22. L’obscun Isscment ct hi chute des astres sont dans ΓAncien Testament des images qui désignent une puis­ sante intervention de Dieu. Lors de la ruine de Baby­ lone, les étoiles et les constellations ne font pas briller leur lumière, le soleil s'obscurcit, la lune ne donne plus sa clarté. Is., xm, 10; au début du jugement exercé contre Édom, le* étoiles tombent comme les feuilles de la vigne et du figuier. Is., xxxiv, 1; d ms ÉzéchieJ, le ciel prend le deuil lors de la défaite de l'Égypte, les astres s’obscurcissent. Ez., xxxu, 7-8. On trouve des images analogues d ms Amos, vm, 9; Joel, n, 2; Sophonie, i. 11, 15; Jérémie, iv, 23. Les auteurs bibliques aimaient associer la nature aux événements de l’his­ toire. Quand Israël sort d'Égypte, les montagnes bon­ dissent comme des béliers el les collines comme des agneaux. Pt. exiv, L Notre Seigneur reprend les expressions dont sc ter voient les prophètes pour désigner d’une manière écla­ tante les interventions de Dieu, soit de leur temps, soit d ms l’avenir, «au jour de Jahwch ». I^c bouleversement des astres demeure sans doute une image»il n'est pas un prodrome de la parousie, mais en fait partie. Le ciel s’ébranle ct le Fils de l’homme vient. Comme signes avant la parousie il reste la détresse el les faux pro­ phètes. les faux Christs. M iis ces signes sont très va­ gues; on a plutôt l’impression d’un événement subit : * Cir il en sera de l’avènement du Fds de l’homme comme du temps de Noé. Car, de même que, dans le temps qui précéda le déluge, on mangeait ct on buvait, on épousait et on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra d ms l’arche, et ils ne se doutèrent de rien jusqu’à cc que vint le déluge ct il les emporta tous, ainsi en sera-t-il de l’avènement du Fils de l’homme. Alors deux sc trouveront d ms les champs : un est pris ct un est laissé; deux femmes moudront à la meule : une est prise ct une est laissée. » M itth., xxiv, 37-41, trad. Lagrange. Suit une exhortation à veiller, il faut dire prèl comme le serviteur qui attend son maître sans savoir quand il viendra. Matth., xxiv, 42-51. M ire a aussi toute une péricope sur l’incertitude du temps de la parousie, xm. 32-37. Le discours sur la parousie d ms Luc., xvji. 22-37, indique aussi un évé­ nement soudiin. Alors que l’étal de la Judée serait le signe de la ruinc prochaine du temple ct qu'on aurait le temps de fuir, Matth., xxiv, 4-20; M ire.» xm, 6-18; Lue.. XXL 8-21. la parousie arrivera a l’improvistc. comme un voleur, ou comme le cataclysme du déluge. 111. Lu temps di l\ parousie. — Pour plus de clarté,nous distinguerons ici les évangiles clics autres écrits du Nouveau Testament, épitres, Apocalypse, où il est parle des temps de la parousie. I· Dans les évangiles. — Toute une école critique a prétendu (pie Notrc-Seigneur avait enseigné l’avène­ ment prochain et presque immédiat du règne de Dieu. Jésus aurait accepté les idées esc ha to logiques de son temps. D'après J. Weiss, Die Predtgt Jesu vom Heiche Gottes, Gœttingue, 1900, il aurait attendu un avène­ ment subit du règne de Dieu, une intervention miracu­ leuse qui aurait transformé le monde cl inauguré un règne de justice dont lui-même aurait été le chef. M. Albert Schweitzer pense trouver dans le messia­ nisme eschutologique la meilleure explication de la vie du Christ : Jesus attendait la manifestation imminente du règne de Dieu dont il croyait vire le Messie : il l’attendait même pour le temps de la moisson. Le Ois de David deviendrait alors le Fils de l’homme annoncé par Daniel. Comme le moment approchait, Jésus en­ voie ses disciples en mission pour presser les gens de se convertir; ils n'auront pas achevé de parcourir les villes d’Israël (pic le Fils de l’homme sera venu (cf. 2047 PA R 0 US IE 2048 Mntth., x, 23) ct Ic royaume de Dieu établi. Mnis l’évé­ ’ rite, je vous dis qu’il en est parmi ceux qui sont ici nement attendu ne vint pas. Alors Jésus comprit qu’il qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Fils devait mourir avant et expier pour le peuple. Aussitôt dc l’homme venant dans son royaume. » Matlh., xvi, après sa mort aurait lieu sa parousic, il reviendrait 28. Après un passage sur la parousic ct la parabole du figuier dans Marc., xm, 24-29,on Ht In déclaration sui­ comme juge ct inaugurerait sur la terre le règne final dc Dieu. A. Schweitzer. Geschichte der Leben-Jcsu- vante du Sauveur : Je vous dis en vérité que ccltc Forschung, Tubinguc, 1913, p. 390 sq. Avec des nuan­ génération ne passera pas, que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passe­ ces diverses les partisans dc l'école esc ha to logique pensent que le message dc Jésus sc résume dans l'an­ ront point · (30-31). Il en est dc même dans Matthieu, xxiv, 21-35, et dans Luc., xxi, 25-33. Pendant le pro­ nonce de la proximité du royaume et de la parousic. Les textes qui sc réfèrent dans les évangiles A l’ave­ cès dc la passion, le grand prêtre demande à NotreSeigneurs’ll est le Christ, le fils du Dieu béni: el Notrcnir du royaume peuvent sc répartir en quatre séries. Selgneur lui répond : · Je le suis. Et vous verrez le Fils Je cite d'après les traductions du K. P. Lagrange. L Une première série présente le royaume comme déjà de l’homme assis à la droite dc la Puissance (c’est-àexistant : · Mais depuis les jours dc Jean le Baptiste dire : à la droite dc Dieu), et venant avec les nuées du jusqu’à maintenant, le royaume dc Dieu est pris de ciel. » Marc., xiv, 62; cf. Matlh., xxvi, 64. force, et les violents s'en emparent. » Matlh., xi, 12; 4. Enfin une quatrième série de textes montre la ci. Luc., xvi, IG. —«Mais, si je chasse les démons par volonté qu'a eue Notrc-Sclgncur dc ne point fixer la l’esprit dc Dieu, c'est donc que le règne dc Dieu sur date dc l'avènement du royaume, ou de la parousic, ct vous est arrivé. » Mntth., xn, 28; cf. Luc., xi, 20. — de laisser scs disciples dans l’incertitude à cc sujet. • Les pharisiens lui ayant demandé : quand donc vient • Mais, quant à cc jour ct à (celle) heure, personne ne le règne de Dieu? il leur répondit, cl dit : « L'arrivée sait, pas même les anges des deux, ni le Fils, mais le du règne dc Dieu ne saurait être observée, comme si Père seul. » Matlh., xxiv, 36; cf. Marc., xm, 32. Les l’on pouvait dire : voici qu’il est ici, ou : il est là; car disciples doivent sc tenir prêts comme les serviteurs voici que le règne de Dieu est au-dedans dc vous. » qui ne savent pas si leur maître absent rentrera à la Luc., xvu, 20-21. deuxième ou à la troisième veille. Luc., xn, 35-40. Il faut toujours veiller ct sc tenir prêt, car le Fils de 2. Une deuxième série dc textes présente le royaume l’homme viendra au moment où l'on n'y pensera pas. comme grandissant peu à peu avant d’être réalisé. On Matlh., xxiv, 42-14 ; xxv, 13; Luc., xn, 40. peut citer la parabole du grain dc sénevé, toute petite La thèse cschalologique ne tient compte que d’une graine qui devient un arbuste dans lequel les oiseaux du ciel font leurs nids, Matlh., xm, 31-32; Marc., iv, série dc textes ct néglige systématiquement les autres. 31-32; Luc., xm, 18-19; la parabole dc l'ivraie dans La première série montre que le règne dc Dieu est les einblavures, la bonne semence croît lentement en établi dans les âmes par Notrc-Sclgncur; dès le temps même temps que la mauvaise. Matlh., xm. 24-30. dc Jésus le règne existe. C'est la première phase. Une L’appel des gentils qui entrent dans le royaume à la deuxième phase a pour objet le règne de Dieu propagé place des Juifs implique bien aussi un certain laps dc à travers le monde par les disciples; à elle sc rapporte temps : parabole des invités aux noces, Matlh., xxii, la deuxième série de textes. La croissance du règne est 2-10; Luc., xiv, 15-24; parabole des vignerons homi­ lente ct Jésus n’a pas voulu dire quand aurait lieu la parousic ct la consommation finale (quatrième sé­ cides où la vigne est donnée à d'autres. Matlh., xxi, 33-44; Marc., xn, 1-11 ; Luc., xx, 9-18. On peut citer rie). Une catastrophe toute proche est en vue; à elle sc rapportent quelques textes dc la troisième série. aussi des déclarations formelles dc Notrc-Sclgncur : Les perspectives d’apostolat, la diffusion dc la bonne « Et cet Évangile du royaume sera prêché dans tout nouvelle à travers le monde, l'institution dc l’Églisc l’univers, pour prendre à témoin toutes les nations, el alors viendra la lin. » Malth., xxiv, 14. Λ propos de contredisent la proximité dc la fin des temps ct dc la l'onction dc Marie dc Béthanie, Jésus déclare : « En parousic. L'enseignement dc Jésus, les exhortations à vérité je vous (le) dis, partout où cet Évangile sera travailler a la réforme dc soi-même tendent à l'amélio­ prêché dans le monde entier, on parlera aussi dc cc ration religieuse ct morale des disciples cl dc l’huma­ qu’elle a fait, en souvenir d’elle. ■ Malth., xxvi, 13. nité. Cet enseignement n'a pas une valeur transitoire Une longue perspective de développement est ouverte en attendant l'avènement subit et prochain du règne au regard des disciples dans les paroles du Sauveur de Dieu, qui transformerait le monde d’une façon après sa résurrection : « Allez donc, enseignez toutes soudaine. H est le ferment qui fait peu à peu lever toute les nations, les baptisant au nom du Père ct du Fils la pâte. Malth., xm, 33; Luc., xm, 20-21. Le règne dc Dieu n’arrive pas tout à coup, il arrive dans la mesure cl du Saint-Esprit, leur apprenant à pratiquer tout cc que je vous ai commandé. El voici que je suis avec où les hommes deviennent meilleurs ct sont apôtres, il vous en tout temps jusqu’à la consommation du siè­ grandit comme le grain dc sénevé. Matlh., xm, 31-32. Il n’a pas la justice parfaite du royaume à venir dans cle. » Malth., xxvni, 19-20; cf. Marc., xvi, 15-18. Le royaume déjà existant grandira donc peu à peu à tra­ le ciel, car l’ivraie est encore mélangée au bon grain, Matth., xm, 36-40, ct la lionne nouvelle a des destinées vers le monde. Les bons y sont mêlés avec les méchants (bon grain et ivraie) et chacun mérite ou démérite diverses dans les cœurs, comme la semence dans les terrains. Malth., xm. 18-23; Marc., iv, 13-20; Luc., selon la qualité de ses œuvres (paraboles des talents ou des mines, dans Matlh., xxv, 14-30 et dans Luc., xix, vin, 11-15. Si l’essentiel du message dc Jésus avait été l’an­ 11-27). La fin du royaume est éloignée, car il devra s'étendre au monde entier cl, pour encourager les ou­ nonce dc la proximité de la parousic ct dc la fin des vriers de son œuvre, Jésus leur promet son assistance. temps, comment expliquer que la foi des disciples ait On pourrait rappcllcr ici les textes sur la promesse dc pu subsisteret grandir alors que les faits seraient venus l'Esprit-Saint, l’institution de l’Églisc et la primauté lui infliger chaque jour un démenti? On dit que le Sauveur a accepté les idées cschatolodc Pierre. glqucs de son temps. Mais les Juifs étalent loin d’être 3. Une troisième série dc textes présente ou semble d'accord sur l’eschatologie ct l'avènement du règne dc présenter l'avènement du royaume comme imminent. Dieu. Si quelques pessimis!es, comme l’auteur dc • Mais, lorsqu’ils vous poursuivront dans une ville, fuyez d ms une autre;... car je vous le dis en vérité, l’Assomption de Moïse, attendaient une intervention vous n'aurez pas achevé les villes d'Israël avant que éclatante de Dieu vengeant les justes cl faisant triom­ vienne le Fils dc l’homme. » Matth.,x,23.— , sont rapportées par saint Matthieu dans le discours de mission, x, 5-42. Le premier évangéliste aime ù grouper les enseignements du Sauveur dans dc grands discours synthétiques où il réunit des paroles prononcées en diverses circonstances; cela ressort dc l’étude de Matthieu ct aussi dc la comparaison avec les autres évangiles où les mêmes paroles sont rapportées dans des contextes différents. Ainsi Matthieu place le Pater dans le Sermon sur la montagne, en Galilée, au début du ministère, ct Luc le rapporte plus tard ct en Judée, probablement aux environs dc Béthanie. Matth., vi, 9-13; Luc., xi, 1-4 ; ci. x, 38-42. La péricope de Matth., vi, 19-34, se divise en quatre sections qui ont chacune leur parallèle dans Luc, mais en dehors du contexte dc Matthieu. Matth., vi, 19-21 = Luc., xn, 33-3 I ; Matth., vi. 22-23 = Luc., xi, 34-36; Matth., vi, 24 = Luc., xvi, 13; Matth., vi, 25-34 = Luc., xn, 2232. On pourrait multiplier les exemples. Dans le discours de mission selon saint Matthieu, x, 5-42, les V. 17-39 appartiennent à d’autres discours. Les persé­ cutions que les apôtres auront ù endurer n’y sont point à leur place, c’est beaucoup trop tôt (Matth., x. 1723); ccs persécutions sont passées sous silence dans le meme discours de mission par Marc., vi, 6-13, et par Luc,, ix, 2-6, qui les rapportent dans le discours eschatologiquc, juste avant la passion. Marc, xm, 9-13; Luc., xxi, 12-19. A ce même endroit, Matthieu résume les persécutions en deux versets, xxiv. 9, 13. qui rappellent le passage x. 17-23. La mention des gouverneurs el des rois, au f. 18 de Matlh., dépasse aussi la perspective de la présente mission des apôtres, elle se rapporte au temps qui suivra la mort du Sau­ veur. 11 faut en dire autant du f. 23. La suite du dis­ cours dans Matth., x, 24-39, est rapportée par Luc en diverses circonstances: Matlh., x, 24-33 Luc., vi, 40, xn, 2-9; Malth., x, 34-36 = Luc., xn, 51-53; Matlh., x, 37-38 = Luc., xiv, 25-27; Matlh., x, 39= Luc., xvu, 33. Le premier évangile a ajouté au discours de mission des paroles prononcées en d’autres circons­ tances, son plan est beaucoup plus synthétique que chronologique. Après le discours, contrairement à Marc., vi. 30, el à Luc., ix. 10, le retour des apôtres n’csl pas mentionné. < C’est sans doute que l'évangélisle n senti (pie son discours de mission dépassait de beaucoup l’horizon de la mission en Galilée. » Lagrange, Le sens du christianisme, p. 250. Toute la structure de Matth., x, 17-39, indique que le logion sur le retour du Fils de l’homme, x, 23, ne sc rapporte pas à cette mission. Le retour du Fils de l’homme concerne ici, comme certains passages du discours eschatologiquc, la ruine de Jérusalem, la catastrophe qui allait être la fin d’un monde. Le jugement dc Dieu allait s’appesantir sur Israël. Il y a entre la ruine de Jérusalem cl la lin du monde une relation symbolique. Le bouleversement qui précède la chute dc la cité juive est l’image du PICT. DE THÉOL. CAI1IOL. 2050 bouleversement dc la lin des temps. De même que la lin dc l’économie juive annonce le début d’une ère nouvelle, la fin du monde coïncidera avec rétablisse­ ment définitif du royaume de Dieu. Il s'agit de deux grands jugements qui manifestent la puissance de Dieu cl du Christ. Les deux perspectives sont mélan­ gées dans le grand discours eschatologiquc que NotreSeigneur a prononcé sur la montagne des Oliviers en face dc Jérusalem, d’après Matth., xxiv-xxv; Marc., xm; Luc., xxi, 5-36; elles correspondent peut-être à deux discours que les évangélistes auraient résumés en un. En tous cas, Luc rapporte en Périt un discours sur la parousic, xvu, 22-37, que Matthieu place en grande partie dans le discours sur la ruine dc Jérusalem cl la fin du monde. Cf. Luc., xvn, 22-25, cl Matth., xxiv, ’ 26-27; Luc., xvn. 26-27, et Matlh., xxiv, 37-39; Luc., xvn. 34-35, ct Malth., xxiv,40-4! ; Luc., xvn. 36-37, et Matlh., xxiv, 28. — Si on préfère dire que le divin Maître a traité ensemble de la ruine de Jérusalem et dc la fin du monde.il faut distinguer auquel des deux évé­ nements les péricopcs se rapportent. Dans Matthieu ct dans Marc, plus régulièrement que dans Luc, qui a pré­ cédemment rapporté le discours sur la parousic. elles tonnent entre clics des parallélismes remarquables. Les temps dc détresse sc correspondent, avant la ruine du Temple, Malth., xxiv, 4-8; Marc., xm, 5-8; Luc., xxi, i 8-11, cl avant la parousic, Matlh., xxiv, 21-22; Marc., xm. 19-20; Luc., xxi, 25-27; dc même la conduite des fidèles, avant la ruine du Temple, Matth., xxiv, 9-14 ; Marc., xm, 9-13; Luc., xxi, 12-19, ct avant la parou­ sic. Malth.. xxiv, 23-28; Marc., xm. 21-23; la descrip­ tion dc la ruine du Temple et dc Jérusalem. Matth., I xxiv, 15-20; Marc., xm, 14-18; Luc., xxt. 20-24, cl la description dc la fin du monde ct de la parousic, Matth., xxiv. 29-31 ; Marc., xm. 24-27; Luc . xxi, 25-27. Après ces deux développements parallèles sur la ruine du Temple, Mal th., xxiv, 4-20; Marc., xm, 5-18; Luc., xxi, 8-24, et sur la parousic, Matth., xxiv, 21-31; Marc, xm. 19-27; Luc., xxi, 25-27; cf. xvu, 22-37. viennent la parabole du figuier ct son application, Matth., xxiv, 32-35; Marc., xm. 28-31; Luc., xxi. 28-33, et des comparaisons qui indiquent un avènement subit. Matth., xxiv, 36-44 ; Marc., xm, 32-37; Luc., xxi, 3436. La parabole du figuier reprend pour l’illustrer le développement sur la ruine du Temple, la génération présente ne passera pas sans avoir vu cette catastro­ phe. Les comparaisons sur l'avènement subit sc rap­ portent au moment de la parousic. La pensée va et vient selon un rythme. On trouvera l’explication dc celle exégèse dans les grands commentaires du R. P. Lagrange et dans un article publié par lui sur L’avè­ nement du Fi fs de l'homme, dans la Revue biblique, 1906, p. 382-411. Voir aussi L. de Grandmaison, JésusChrist, t. n. Paris, 1928. p. 280 sq. Jésus a bien annonce une catastrophe prochaine, mais cc n’était pas la fin du monde. La parousic aurait lieu au moment voulu par le Père, en attendant le règne dc Dieu devait croître panni les nations, il y a deux perspectives distinctes que l’on n’a pas le droit dc confondre. C’est ù la phase terrestre du règne que se rapporte Matth., xm. 28 (ci. Marc., ix. 1; Luc., ix, 27). Dans Marc., xiv, 62; Matth., xxvi, 64, · Jésus n’annonce... pas que les sanhédrites, avant leur mort, auront une vision de la gloire du Christ ou que la parousic est imminente; il affirme simplement que sa dignité s’im­ posera ù eux dans tout l’éclat décrit par Daniel. » Lagrange, Saint Marc. lac. cit, 2° Dans les èpttres cl l'Apocalypse. — D’après cer­ tains auteurs non catholiques les apôtres auraient enseigné la proximité dc la parousic. Voici, dans l’ordre du Canon, les principaux textes qui font difficulté : Rom., xm, 11-12 : » ...Vous savez en quel temps T. — XI — 65 pahoiîsie 2051 nous sommes; c’est désormais l’heure de nous réveiller du sommeil — car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons embrassé la fol la nuit est avancée et le jour est proche (trad. La­ grange). I Cor., x, I M2 : Tonies ccs choses leur sont arri­ vées (aux Hébreux) d’une manière typique el l’Écrilure est pour notre instruction, à nous, que la fin des siècles a atteints. Voilà pourquoi, que celui qui estime être debout veille à ne pas tomber. * — xv. 51-52 : < Voici que je vous dis un mystère : nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous changés, en un instant, en un clin d'œil, lors de la dernière 1 trompette; car la trompette sonnera et les morts sc lèveront incorruptibles et nous, nous serons changés. » XVI. 22 : μαράν άθά (K Π K J ΊΟ) ( Notre- )Seigncur vient, ou μαοάνα 0i (ΚΠ 7ΏΊ7Ο), Seigneur, viens! T T - T Phil., iv, 5 :« Que votre clémence soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » ; I Thess., IV, 15-18 : « Voici, en effet, ce que nous vous disons.d’après la parole du Seigneur: nous, les vivants, les laissés pour la parousie du Seigneur, nous ne devan­ cerons pas ceux (pii sc sont endormis; car le Seigneur lui-même, au signal (donné), à la voix de l’archange, au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel cl les morts dans le Christ surgiront d’abord, puis nous les vivants, les laissés, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi pour toujours nous serons avec le Sei­ gneur. Donc consolez-vous les uns les autres par ccs paroles. ■ Hcbr., x, 25 : « Ne désertons pas notre assemblée, comme la coutume est à quelques-uns, mais exhortonsnous, d’autant plus que nous voyons s’approcher le jour » — X, 37 : car encore un tout petit peu de temps ; celui qui doit venir viendra el ne tardera pas. · Jac., v, 7-8 : « Ayez donc patience, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le fruit précieux de la terre, ayant patience à son égard jusqu’à ce que (celui-ci) reçoive les premières ct les der­ nières pluies. Ayez patience vous aussi, fortifiez vos cœurs, car la parousie du Seigneur est proche. » 1 Pet., iv, 7 : · Mais la fin de toutes choses est proche. » 1 Joa.,n. 18:« Petits enfants.c’est In dernière heure. Comme vous avez entendu (dire) que ('Antichrist vient, il y a maintenant plusieurs Antichrists. Par la nous connaissons que c’est la dernière heure. » Apoc., i, 7 : « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra. » — xxii, 7 : « Et voici que je viens promptement... 11 : Car le moment est proche. 12 : Voici que je viens promptement el ma récompense avec mol, pour rendre à chacun selon son œuvre... 20: Oui. je viens promptement. - Amen ! Viens, Sei­ gneur Jésus. · Dans les épîtres ct l’Apocalypse, la parousicapparait parfois à l’horizon des événements contemporains. Les apôtres encouragent et stimulent les fidèles en leur parlant de cet événement. On pense aux oracles de la seconde partie d’Isaïe et à ceux d’Ézéchlel qui conso­ laient les captifs de Babylone en leur parlant de la i restauration messianique. La parousie appartient à la prophétie, ct la perspective manque, comme d ins la prophétie. Ainsi dans Is., vn-ix, 6, il semble qu’Emmanuel va venir sauver son peuple après l'invasion assy­ rienne; Mgr Pelt écrit : sur l'Apocalypse, surtout p. xcvî-cxxviii. Le théologien ct l’exégète catholiques doivent tou­ jours sc rappeler les enseignements (pie donne le ma­ gistero de l’Eglise. Nous ne saurions mieux terminer ce bref article qu’en rapportant les documents que le magistère a promulgués touchant la parousie. Le decret Lamentabili (3 juillet 1907), condamne la proposition suivante (n. 33) : Evidens est cuique, qui pnrconccptis non ducitur opinionibus. Jesum aut erro­ rem de proximo mcssianico adventu fuisse professum, aut majorem partem ipsius doctrina· in evangeliis sy­ napticis contenta· authcnticitate carere. Cf. également proposition η. 52. Texte dans Benzinger Bannwart, n. 2033,2052. L’encyclique Pascendi (S septembre 1907) condamne formellement l’opinion moderniste qui prête au Christ une erreur sur le temps de sa parousie : Permittunt fmodernisin' apologetic), immo vero asserunt. Christum ipsum in indicando tempore adventus regni Dei mani­ feste errasse : neque id mirum, inquiunt, videri debet; nam et ipse vita· legibus tenebatur! Denz.-Bann., n. 2102. · La commission biblique pontificale, le 18 juin 1915, a rendu un décret sur l’interprétation des textes rela­ tifs A la parousie dans les épîtres de saint Paul : Propositis sequentibus dubiis pontificia Commissio | de Ke biblira ita respondendum decrevit : I, Utrum ad solvendas difficultates, quit· in epistolis sancti Pauli aliorumque apostolorum occurrunt, ubi de parousia ut aiunt, seu de secundo adventu l), A’. Jcsu Christi, sermo est. rxrgeta· catholico permissum sit ad· serere. Apostolos, licet sub inspiratione Spiritus Sancti nullum doceant errorem, proprios nihilominus humanos sensus exprimere, quibus error vel deceptio subesse pos­ sit?— Hcip, : Negative I //. Utrum, prir oculis habitis genuina muneris apos­ tolic i notione et indubia sancti Pauli fidelitate erga doctrinam .Magistri, dogmate item catholico de inspira­ tione et inerrantia sacrarum Scripturarum, quo omne id, quod hagtographus asserit, enuntiat, insinuat, retineri debet assertum, enuntiatum, insinuatum a Spiritu Sancto, perpensis quoque textibus epistolarum apostoli, in se consideratis, modo loquendi ipsius Domini apprime consonis, affirmare oporteat, apostolum Paulum in scriptis suis nihil omnino dixisse, quod non perfecte concordet cum illa temporis parousiir ignorantia, quam 2054 ipse Christus hominum esse proclamavit? Hc%p. : Affirmative. J1J. Utrum, attenta locutione grrrra ήμεΐς ol ζώυτες ol περΟχιπόμενν, », perpensa quoque expositione Pn Irum, imprimis sancit Joannis Chrysostomi, tum in patrio idiomate, turn in epistolis Paulinis versutissimi, liceat tanquarn longius petitam el solido fundamento des­ titutam rejicere interpretationem in scolis catholicis tra ditionalcm (ab ipsis quoque novatoribus scrcuh ΧΠ retentamj, qua: verba sancti Pauli in J Thess., iv, 1717, explicat quin ullo modo involvat affirmationem parbusiee■, tam proximrr ut Apostolus seipsum suosque lecto­ res adnumerct fidelibus illis, qui superstites ituri sunt obviam Christo?— Bc%p. : Negative. J. Chaîne. 1. PASCAL I". pape du 25 janvier MI7 a avril mai 82I. ·— Élevé au trône pontifical â la mort d’Éllennc IV. lequel n’avait régné que sept moi», Pascal avait fait partie, depuis longtemps, de l'admi­ nistration romaine: en dernier lieu i) était abbé d’un des monastères du Vatican, celui de Saint-Étienne. LZ de ses premiers soins fut de signifier son élection i. l’empereur Louis le Pieux. Jaffé, llegcsta, n. 2545; en meme temps, ou un peu plus tard, il demandait au souverain une reconnaissance expresse tant des droits du Siège apostolique sur le domaine temporel qu’a­ vaient constitué les diverses donations carolingiennes, que de la situation qui était faite au pape. Jaffé, n. 2518. On a dit â l’article Léon 111 comment la proclamation de Charlemagne comme empereur, en Pan 800, avait compliqué la question, déjà passable­ ment embrouillée,des droits respectifs que possédaient â Borne et le pape et le souverain franc. Louis le Pieux cnit le moment venu de préciser ces divers points. Le Privilegium remis par lui à l’envoyé du pape, le noinenclalcur Théodore, ct dont le texte s’csl conservé, répond aux desiderata exprimés par Pascal. Texte dans P. L·. t. XCVUI, col. 579-588, d’après l’édit de G. Ccnni. L’authenticité de cette pièce n’est pas reconnue de tous. Pagi ct Murntorl la contestaient déjà en bloc. Peut-être est-il plus sage d’y constater certaines altérations postérieures. C’est la position que prend, tacitement. L. Duchesne quand il écrit : · Ce privilège contient d’abord une confirma­ tion des droits de l’Église romaine sur les territoires italiens qui. d’une façon ou de l’autre, rentrent (Lins son domaine, la ville de Home, la Tuscie, dans scs limi­ tes d'avant 787, la région de Pérouse, l’ancienne Campanic. Tibur, l’Exarchat (de Kavenne) tout entier, la Pentapole, y compris Ancône, t’mana ct Osimo. le territoire de Sabine, la Tuscie lombarde dans les limites où elle avait été codée par Charlemagne, la rente payer jadis au palais de Pavie par le reste de la Toscane lom­ barde et le duché de Spolcte; enfin les territoires d’outre-Liris cl les patrimoines de l’Italie du Sud. c'est-àdire des domaines sur lesquels le pape avait des titres, mais des titres seulement. Pour toutes ccs possessions ou revendications P empereur accorde sa garantie. » Les premiers temps de l'Etat pontifical, Paris, J 898, p. 95. On remarquera que c’est le premier document qui per­ mette de dresser une carte à peu près exacte des Étals «l·· i Plus importantes peut-être que ces précisions géo­ graphiques étaient les stipulations relatives aux droits du pape en ccs territoires. Sa souveraineté n'y scr.dt limitée par aucune intervention impériale : Nullam in cis nobis partem aul potestatem disponendi vel judi­ candi subtrahendiue aut minorandi vindicamus, déclare l’empereur. Loe. cil..co\. 585 B. Le.s sujets du pape, en difliculté avec celui-ci, ne trouveront point assistance à la cour franque. Tout au plus celle-ci sc résen c-l-clle le droit d'intercéder pour eux auprès de leur souverain légitime. Il semblerait donc que l'empereur renonce à 2055 PASCAL I<* 2056 tout droit dc regard sur l'administration pontificale. reur avait réveillé l’opposition toujours latente contre Mais, en réalité, le souvenir des incidents pénibles qui, l’administration pontificale. Pascal s'inspirait en â plusieurs reprises, avaient troublé le règne de Léon 111 somme des méthodes qui avaient rendu Leon III si pèse encore sur la cour franque. Le paragraphe sur la impopulaire; il rencontrait des difficultés analogues. A souveraineté pontificale se termine par une restriction l'été de 823, on apprit à la cour impériale que des évé­ nements sanglants s’étaient déroulés à Borne. Deux importante; l’empereur, y est-il dit, n'écoutera pas les plaintes de ceux qui, de Î'État pontifical, viendraient dignitaires de premier ordre, le primicler Théodore ct réclamer auprès de lui : exceptis his qui violentiam vel le nomenckiteur Léon, avaient été massacrés, eo quodse oppressionem potentiarum passi ideo ad nos venerint ut in omnibus fideliter erga partes Lotharii juvenis impera­ per nostram intercessionem justitiam accipere merean­ toris agerent. Annales d'Éginhard, col. 495 C; cf Vita tur, coi. 586 A. Ceci ouvre la porte à dc multiples inter­ Lut/., col. 952;Thégan. Vita Lud., P. L.,t. cvr.col. 118. ventions, et nous verrons que, sous le pontificat dc On ne sc privait pas de dire, dans les milieux impéria­ Pascal I«r, cette réserve va jouer. En somme, l'empe­ listes, que le pape ( lait complice du mouvement popu­ reur n'abdique guère qu'en apparence la suzeraineté laire qui avait abouti a cc drame sanglant. La cour im­ sur Î’État romain. Par contre, il proclame clairement périale décida d’envoyer immédiatement â Borne une la liberté de l'élection pontificale, ct le droit pour commission d'enquête; c’était l'application même de l’Église romaine de consacrer immédiatement le nou­ la réserve clairement marquée dans le Privilegium de vel élu sans avoir à attendre Vexequatur impérial : 817. La commission se croisa, au départ, avec une Liceat Romanis... eum quem divina inspiratione ct beati ambassade romaine qui sc hâtait d'apporter des expli­ Petri intercessione omnes Romani uno consilio atque cations ; on la laissa dire, mais on laissa aussi les enquê­ acordia sine aliqua promissione ad pontificatus ordi­ teurs poursuivre leur route. Ceux-ci d'ailleurs n’arri­ um elegerint sine aliqua ambiguitate vel contradictione vèrent pas à élucider la question. Aussi bien se trou­ more canonico consecrare, coi. 586-587. Ce point est vait-on dans la même impasse où l'on s’était engage à d’importance; on annulait par là le précédent qu’au­ l'automne de l'an 800 lors des démêlés du pape rait pu constituer l'ancien eminent suivi à l'époque Léon III avec scs adversaires. H fallut recourir au byzantine cl qui subordonnait la consécration pontifi­ même procédé qui avait alors permis d’en finir. cale à la reconnaissance impériale. Toutefois, le Privile­ Comme Léon 111, Pascal se soumit à la formalité dc la gium maintenait une démarche que le pape devait faire purgatio per sacramentum. Dans une assemblée solen­ après sa consécration. Dum consecratus jucrit, legati ad nelle, où figurait un grand nombre d’évêques, il jura nos vel ad successores nostros reges Francorum dirigan­ qu’il n’avait été pour rien dans les attentats en ques­ tur, qui inter nos et illuni amicitiam et charitatcm ac tion, mais que d'ailleurs les victimes avaient bien mé­ pacem sociant. Ibid. rité leur sort : Se ab hujus facti communione... jureju­ Les relations entre Pascal ct Louis se maintinrent rando purificavit, et interfectores pricdictoruni hominum, en somme dans les limites ainsi tracées; à plusieurs quia de familia sancti Petri erant summopere defendens, reprises, on vit des envoyés pontificaux arriver à la mortuos velut majestatis reos condemnavit, jure casos cour impériale. Au printemps de 821, se présentent à pronuntiavit. Annules, col. 496 A; ci. Vita Lud., col. Nlmèguc deux dignitaires romains, sur la mission des­ 953 A; Thégan, t. cvi. col. 418. La cour franque se quels les historiographes dc Louis s’expriment de ma­ contenta provisoirement de ces explications et de cette nière un peu mystérieuse. Voir Annales d'Éginhard. procédure. Mais il est bien évident que ces événements P. L., t. αν, col. 490 B, et cf. la Vita Ludovici do l’amenèrent à revenir sur les stipulations du Privile­ ΓAstronome, ibid., col. 950 C. En octobre de la même gium de 817. A l’automne de 824, Lothaire reparais­ année, toute une légation pontificale est à ThionvIÛc sait à Borne. Mais c'est avec Eugène 11. successeur de pour les fêles du mariage du jeune Lothaire. Ibid. Mais Pascal, qu’il eut affaire, celui-ci était mort depuis le nous ne voyons pas que le pape ait eu aucune part printemps précédent (avril ou mai, la date n'est pas dans les démarches des ecclésiastiques qui. en 822, exactement connue). L’enquête faite par l’empereur imposèrent au débonnaire souverain sa première péni­ semble bien avoir révélé des faits peu à l'honneur du tence publique à Attigny. A l'automne de cette même pape défunt ou de son administration : repertum csl année, le jeune Lothaire arrivait en Italie, ut justitias quod quorundarn pontificum vel ignorantia vel desidia, laceret, disent les Annales, ibid., col. 495 A. Dès sed ct judicum cicca et inexplebili cupiditate multorum l'année 817, il avait été associé à l'empire par son père prædia injuste fuerint confiscata. Vita Lud., t. civ, qui l'avait couronné à Aix-la-Chapelle. Filium suum coi. 954 A. Cf. Bôhmcr-Mühlbachcr-Lcchcr, Regesten, primogenitum Hlotharium coronavit (Hludovicus), et n. 1021 (988). Il faut, d’ailleurs, que l’impopularité nominis atque imperii sui socium sibi constituit. Ibid., du pape défunt ait été bien grande, en certains col. 481 G. Mais, de même qu’Étlcnnc IV avait profilé milieux, pulsqu’à sa mort le peuple romain voulut d’une occasion favorable pour imposer le diadème im­ empêcher qu’on l'enterrât ù Saint-Pierre. Cc fut seulement quand Eugène II eut réussi à sc faire périal a Louis le Pieux, déjà couronné par son père Charlemagne, de même Pascal mit-il à profit la pré­ unanimement reconnaître, qu’il fil transporter le corps sence a Borne du jeune Lothaire, à Pâque 823, pour de son prédécesseur à la sépulture que celui-ci s’étalt lui conférer Ponction impériale ct la couronne. Peut- préparée dans le transept de droite de la basilique vatlêtre était-ce après entente préalable avec Louis, canc. Voir Thégan. Vita Lud.,n.30, P.L., t. cvi.col. 418. A distance, les souvenirs de ce pontificat, somme cumme le pense L. Duchesne. En tout cas, comme le toute assez, malheureux, se sont cITacés, el la mémoire dit fort justement cet historien : < Les princes francs dc Pascal est restée en vénération auprès des archéolo­ ne voulaient point être empereurs par la grâce du pape, le pape au contraire tenait énormément à les gues pour les importants travaux dc restauration qu’il consacrer. Il savait ce qu’il faisait, ct sa persévérance entreprit dans Borne, à Saint-Pierre,à Sainlc-Praxèdc, à Sainte-Marie in Domnica, â Sainte-Cécile ct ailleurs. finit par fixer la tradition. » Op. cit., p. 96. Lothaire Plusieurs des belles mosaïques qu’il fit exécuter sont tint d'autre part, a Home, un plaid de justice, dont mention est faite dans un diplôme impérial de l’an­ arrivées jusqu’à nous. Sur le détail de ccs travaux, voir le Liber pontificalis, avec le commentaire de L. Du­ née 840. Bühmer-Mühlbacher-Lechner, Die Regesten des Kaiserreichs, n. 1077 (1043). Le jeune empereur chesne. Il faut signaler également une initiative qui lui fait jugea, en faveur de l'abbé dc Farfa, les contestations grand honneur. En 822, d’accord avec l’empereur qui s'étaient élevées entre celui-ci cl le pape. Mais la présence en Italie ct à Borne du jeune empe­ Louis, Pascal chargeait Ebbon, archevêque de Heinis, 2037 PASCAL Ier — PASCAL II d'organiser dc concert aver i lalitgafrc, évêque de Cam­ brai. l’évangélisation des régions, au delà de l'Elbe, dans la direction du Danemark cl de la Suède. Jaffé, Regesta ponti fie.. n. 2553. Dès l’année suivante, Ebbon, de retour à la cour franque, pouvait donner sur scs premières tentatives les renseignements les plus opti­ mistes. Annales d’Eginhard, roi. 496 C. Sur l’attitude plus que raide de Pascal à l’égard dc Raban Maur, alors abbé de l-’ulda, voir Mon. Germ, his!.. Epistolis. t \. p. 528, n. 26. Nous ignorons ce que furent les rapports dc Pascal avec Constantinople, où, après In trêve du règne d’Irène, l’iconoelasmc avait repris, violent sous Léon V (813-820). un peu plus modéré sous Michel le Bègue (820-820). La correspondance dc Théodore le Studitc contient deux lettres adressées par celui-ci a un pape, que Baronins Identifie avec Pascal Iw. Epist., 1. IL xm et xiv, rapportées respectivement par Baro­ nius aux années 817 (cf. Annales, an. 817, n. 21) et 818 (ad hune an., n. 1). Mais il est difficile dc préciser, dans Je détail, les secours que put fournir le pape au moine persécuté. Sources.— La notice du Libre pont.. 6L Duchesne, t. n. p. 52-68,précieuse pour l'archéologie,est muette sur tous les événements de quelque importance du pontificat; c’cst d’elle que provient l'histoire de « l'incendie du Borgo », dont on sait l'intérêt nu point dc vue dc l’histoire dc l'art. — I-a source principale est constituée par les Annales dites d'Éginhard (le texte de /*. t. civ, reproduit celui des Von. Germ. hist.. Scriptores, t. 1), desquelles dérive direc­ tement la Vita Hindou ici dite de l'Astronomc, P. L., t. civ; la Vita Hludorici dc Thégan, P. L..I. cm,n'ajoute que peu dc traits particuliers. Pour les lettres de Pascal 1·% Jnfïé, Regesta ponti/. mm.. 2* edit., p. 318-320. Travaux récents.— I'. Gregorovius, Gcsch. der Stadt Romim M. .4., 5· édit., t. ni. p.35-55;B»xnuinn,D/e Pnhtlk der Pâpstr, t. 1. p. 329-331: L. Duchesne. Isspremiers temps de l'Etat pontifical, Paris. 1898. p.91-99; A. Hauck. Kirchenqeschichte Deutschland*. 3*· P edit., t. it, Leipzig. 1912, p. 192-196, on trouvera p. 193. η. I. une discussion som­ maire. avec énumération «les auteurs pour ct contre, dc l'authenticité du Privilegium Ludovic i. Hauck croirait assez volontiers h l’authcnticite de la première partie (relative au territoire pontifical), mais avec des Interpolations; ce qui dans le Privilege se rapporte aux relations des deux pou­ voirs lui paraît beaucoup plus douteux. Ê. Amann. 2. PASCAL II, pape du 13 août 1099 nu 21 jan­ vier 1118. — Originaire d’un petit village rattaché à la ville de Galeata, dans la région dc Bavcnnc, Rainier, tel était son nom, entra dc bonne heure en religion. Venu à Borne, vers l'Agc dc vingt ans, pour les a flaires dc son couvent, i) fut remarqué par le pape Gré­ goire VII (1073-1085), qui le retint à son service ct linit par lui accorder le titre cardinalice dc Saint-Clé­ ment. Cc dut être vers 1080. On sait peu de chose do Rainier sous les pontificats de Victor III (1086-1087) ct d’Urbain 11 (1087-1099). Celui-d étant mort à Borne le 29 juillet 1099, Rainier fut élu pour lui succéder quinze jours plus tard, le 13 août, cl consacré le Icndemain, sous le nom de Pascal. Son long pontificat sera marqué par une recrudescence dc la lutte du Sacerdoce cl de Γ Empire, qui va prendre un caractère très spé­ cial. Mais s’il ne put mettre un terme, en Allemagne, ù cette douloureuse querelle. Il cul plus de succès dans scs rapports avec le reste dc la chrétienté. L Pascal II et les ΚΜΡκηκυη» allemands — Sous le pontifient d’Urbain IL la situation de la pa­ pauté, si compromise sons le règne de Victor III, avait été s'affermissant de manière continue Sans doute le pape impérial. Guibcrt (le pseudo-Clémcnl III) était parvenu Λ sc maintenir en face d'Urbain; mais finale­ ment. terré Λ Ravenne, il faisait bien petite figure Λ côté du grand pape qui. Λ Plaisance, en mars 1095, à Clermont-d’Auvergne en novembre de la même année, ! I i ( 2058 avait vu sc grouper autour de lui lex représentants de toute la chrétienté ct venait de lancer {'Occident latin ù la délivrance du tombeau du Christ. Vieilli, fatigué d’une lutte sans issue, l’empereur Henri IV n’était plus homme ά diriger les événements. L’Allemagne, visiblement, sc lassait du schisme et des contre-coups qu’il avait sur toute la vie politique ct religieuse. Le successeur d'Urbain bénéficierait de cette situation. 1 Pascal II et Henn IV (1099-1106). — Le plus facile était pour Pascal dc se débarrasser dc l’antipape. C’était, paraît-il, le vœu des Romains; ct la prudence conseillait dc Je réaliser, car Guibert venait de s'ins­ taller à Albc, â proximité dc Rome. Il en fut bientôt chassé, ct sc retira à Civita Castellana. Ccs événements ont pu se passer A l’automne de 1099; en septembre 1100, Guibcrt mourait. Henri qui, dc fait, semblait l’avoir à peu près abandonné ne se préoccupa pas de lui donner un successeur. Les guibertistes s’en char­ gèrent; une nuit dc la fin de septembre, rassemblés à Saint-Pierre-de-Rome, ils élurent comme pape, l’évê­ que dc Saintc-Rufine. Théodoric. La joie dc celui-ci fut de courte durée; Il ne tarda pas à être chassé dc la cité léonine. Cent-cinq jours après son élection, il était pris par les gens dc Pascal 11 ; on se contenta dc l’inter­ ner au monastère de la Cava. où il mourut bientôt. A cette nouvelle, les adversaires dc Pascal, d’intelligence peut-être avec des partisans de l’empereur, essayè­ rent, en février ou mars 1102, dc donner un successeur à Théodoric, en la personne d’Albert, évêque dc Sa­ bine. Le succès fut encore plus médiocre, et la nomina­ tion dc l’antipape ne fut qu une échaufïourée sans lendemain. Arrêté sur l’heure, le nouvel élu fut, lui aussi, enfermé dans un monastère. Il faudra attendre trois ans pour quesc reproduise une nouvelle tentative. A l’automne dc 1105. l’archlprétre Maginulfe. profi­ tant habilement des divisions intestines qui ne ces­ saient d’agiter Rome, ct appuyé par un partisan de Henri IV. réussit à sc faire élire le 18 novembre et ù s'emparer du Latran où i) fut consacré sous le nom de Sylvestre IV. Pascal avait eu le temps dc s’enfuir et s’était retiré au sanctuaire vénéré de Saint-Jean, dans l’flc du Tibre, puis dans la cite léonine. I) put rentrer en force dans la ville dès le lendemain, et Maginulfe gagna Tibur, puis Osimo. sans qu’on le voie faire doré­ navant acte de juridiction. Il ne fera sa soumission définitive à Pascal, qu’en 1111, dans des circonstances sur lesquelles nous reviendrons. A coup sûr. il n’est pas impossible dc discerner en ces divers soulèvements la main des agents dc Henri IV. Celui-ci, par contre, ne semblait les suivre que d’un œil assez distrait. Il aurait préféré faire la paix avec l’Église romaine. Quand avait été connue en Allema­ gne la mort de Guibcrt, on avait conseillé ù l’empereur dc rassembler à Mayence, pour Noël 1100, une diète où l’on délibérerait sur les moyens dc refaire l’unité ecclésiastique, depuis si longtemps rompue. Stumpf, Regesten der Kaiser, n. 2948; texte nu mieux dans Cons­ titui. imperatorum. Mon. Germ. hist., Leges, sect, ιν, t. I. p. 121. Même idée exprimée en 1102; scion la Chronique d’Ekkehnrd, Henri au début dc celte année sc déclare prêt A partir pour Rome; il y convoquerait pour la Chandeleur un concile où l’on ventilerait cano­ niquement la cause du pape et la sienne et où l’on referait l’union du Sacerdoce cl dc l'Empirc, rompue depuis si longtemps. P. L.. t. c.liv, col. 985 C. Nous savons peu de choses des tentatives de négociation qui purent avoir lieu à ccs deux moments. S’il y en eut, elles laissèrent le pape inflexible; pour lui, Henri IV était excommunié, i) n’y avait plus à négocier avec lui. Voir la lettre ù Gérard de Constance du 18 janvier 1100, JnITé, Regesta, n. 5817, où Pascal dément tous les faux bruits dc sa réconciliation avec Henri. Le synode qui sc tint nu milieu du carême dc l'année 1102 2059 PASCAL II. LUTTE AVEC HENRI V stigmatisa une nouvelle fois l’empereur et ceux qui ne tiendraient pus compte des condamnations ecclésiasti­ ques. Le schisme (allemand) y fut déclaré une des plus graves hérésies. Chronique d'Ekkchard, ibid., col. 986. Le pape s’ancrait d’ailleurs de plus en plus dans l’idée que l’investiture laïque, qui était au point do départ de la lutte entre l’empereur et le Saint-Siège, était la cause principale des maux dont l’Eglise avait soutTcrt. La réforme grégorienne avait, on le suit, des visées beaucoup plus larges; Pascal semble n’en avoir i guère retenu que ce point. Et cc n’était pas seulement pour l’Allemagne qu’il insistait. Plusieurs lettres de celte époque se réfèrent aux difficultés anglaises. · Jaffé, n. 5808. 5928. 5929; elles témoignent d’une pa- ■ reille Intransigeance. Seule la disparition de l’empereur excommunié pourrait ramener la paix. Pascal n’hésitait donc pas A lui créer des difficultés. à lui aussi bien qu’à scs parti­ sans. Voir la lettre du 21 janvier 1102 à Robert, comte de Flandre, le remerciant d’avoir exécuté Cambrai, et lui demandant de mener la vie dure aux gens de Liège. Jaffé, n. 5889: cf. l’adresse au pape de Sigcbcrt de Gcmbloux ù l’occasion de cette lettre. Codex Udalrid. n. 113. dans Jaffé, Hiblioth. rcrum germ., t. v, p. 201225. .Même note sévère à l’endroit des partisans de l’empereur, dans une lettre du 2 février 1101. Jaffé, Regesta, n. 5970. La situation d’Henri IV, d'ailleurs, devenait de plus en plus inquiétante à la lin de 1 lot : 1 son fils Henri V, qu’il avait fait couronner roi des Ro­ mains à l'Epiphanie de 1099, sc révoltait ouvertement et groupait autour de lui tous les mécontents de l’Alle­ magne; en même temps il sc rapprochait du SaintSiège et déclarait ouvertement qu’il ne se séparait de son père que pour terminer les alfaircs ecclésiastiques au mieux des intérêts de l’Eglise. Sur le synode tenu à Nordhauscn, ù la Pentecôte de 1105, voir Ekkehard. Chronicon, col. 991 sq. Les décisions prises à Nordhausen ne restèrent pas lettre morte. Dans les mois qui suivirent, les évêques impérialistes furent chassés de leurs sièges et remplacés par des évêques fidèles au pape. C’était, en Allemagne, la lin du schisme. A la fin de l’année, Henri IV abdiquait, non sans avoir essayé 1 d’abord de mettre le pape de son côté. Codex Udalrid, n. 120, p. 230. Au printemps de 1106, à la vérité. Il i retirait son abdication, en appelait au pape de l’indi­ gne conduite de son Ills, l’ne fois de plus la guerre civile recommençait cl une grande bataille allait se livrer dans la région située entre Liège, quartier géné­ ral du père, et Aix-la-Chapelle où le fils rassemblait ses forces, quand I lenri IV mourut après une courte mala­ die, le 7 août 1106. ayant reçu d’ailleurs les sacre­ ments de l’Église. La sépulture ecclésiastique régulière lui serait d’ailleurs refusée jusqu’en 1111. C’est alors seulement que son corps reçut dans la cathédrale de Spire sa sépulture définitive. 2° Pascal 11 et Henri V. Premiers rapports (1106- | 1110). — Il pouvait sembler que la disparition du vieux i souverain et l’avènement de son ills marqueraient la fin de la querelle du Sacerdoce cl de l’Empire par un règle­ ment de la question des investitures. Tous les gestes faits par Henri V nu cours de l’année 1105 avaient été empreints de In plus grande bienveillance, disons même de la plus grande humilité, â l’endroit de l’Église I et du Saint-Siège. Or. A peine le nouveau roi sera-t-il . le maître incontesté, qu'il reprendra, mais avec une ténacité plus grande, la politique paternelle. D'ailleurs cette question des investitures.sur laquelle on se butait de part et d’autre, fourmillait de malentendus. Le sou­ verain temporel voyait dans l’abandon d’une pratique plusieurs fois séculaire la renonciation à un droit essen­ tiel de la couronne, au seul moyen par lequel se cons­ tatait de manière tangible que le pouvoir temporel des dignitaires ecclésln tiques était une délégation du Mien. 20G0 Les gens d’Églisc, de leur côté, imbus désormais des idées grégoriennes, s’obstinaient A voit dans «l’inves­ titure laïque une usurpation du pouvoir ecclésiasti­ que par le pouvoir civil. Cette idée de transmettre des « droits spirituels » par une intervention séculière, ils la dénonçaient comme hérétique, alors que le geste traditionnel pouvait recevoir une autre interprétation. Bien rares étaient ceux qui, comme Yves de Chartres, arrivaient, au milieu de ce cliquetis d'opinions, ù con­ server leur sang-froid el à peser avec équité les droits respectifs du Saint-Siège el des couronnes. Pascal 11. lui. se raidissait de plus en plus sur la ques­ tion. On le vil bien A la première prise de contact entre lui et Henri V, A l’automne de 1106. Au concile réuni A Guastalla (entre Parme el Mantoue), le 22 septem­ bre. des envoyés du roi étaient présents. H s’agissait d’assurer, par des mesures opportunes, la pacification religieuse de l'Allemagne; le pape y montra une grande condescendance, il fut entendu que les évêques consa­ crés durant le schisme seraient admis A continuer leurs fonctions, pourvu qu’ils n’eussent été ni intrus (intrasores), ni sinioniaques, ni criminels (criminosi), et de même les clercs de tous ordres qui se trouveraient être de bonne vie et mœurs. Mais, en même temps, le concile renouvelait la défense faite aux laïques de donner l’in­ vestiture. Mansi, Concit., t. xx, col. 1209; ci. Jaffé, Regesta, p. 726, après le n. 6091. Nonobstant celle interdiction, Henri V ne laissa pas de suivre les vieux errements. Voir dans Hauck, Kirchengesch. Deutschlands, I. in, p. 892, η. I, un certain nombre d'exem­ ples. El, au printemps suivant, il envoyait au pape une députation chargée de maintenir ses droits. C’est en France qu’elle rejoignit Pascal. Depuis le début de celle année, en effet, le pape par­ courait cc pays; il y était venu, dit Suger, ut regem Francorum (Philippe 1er) cl (ilium regem designatum Ludovicum (Louis le Gros) et Ecclesiam gallicanam consuleret super quibusdam molestiis et novis investitu­ ra ecclesiastica querelis, quibus eum infestabat et magis infestare minabatur ilenricus imperator. Vita I.udovici Grossi, c. ix, P. E., t. clxxxvi, coi. 1267. C’est A ChA· lons-sur-Marne qu’il fut rejoint par les envoyés du roi des Romains, dont l’archevêque de Trêves était le porte-parole. Les deux thèses impériale et pontificale s'affrontèrent; les Allemands s’emportèrent au point de déclarer (pic » la réponse qu’ils attendaient, ils iraient la chercher A Rome, mais A la pointe de leurs épées On eut bien de la peine à les calmer. Suger, ibid., col. 1270. Quelques jours plus lard, rassemblant A Troycs mi nombreux concile (universale concilium, dit Suger), le pape y prenait position, avec une netteté sans pareille, contre l'investiture laïque : Qui ab hora investituram episcopalem seu aliquam spiritualem digni­ tatem a laicali manu susceperit, si ordinatus fuerit, dij’onatüh, simul et ordinator ejus. Il renforçait cn même temps les autres articles * Pascal 11 et Henri V. Le grand conflit de till. — A l’automne de 1110, Henri passa les Alpes Les dé­ buts de l’hiver le virent en Lombardie; c'est seulement en janvier que l’armée allemande se rapprocha décidé­ ment de Home. I ne ambassade s’en détacha, pour aller traiter d’avance avec le pape des conditions mêmes du couronnement. Sur la série des événements (pu se sont déroulés entre le I février et le 13 avril 1111 on est très abondamment renseigné, et il est aisé d’en reconstituer la suite. Ce qui est plus difficile, c’est d’imaginer les ressorts qui poussèrent alors les acteurs du drame que nous avons a raconter. Un véritable couj) de théâtre allait en effet sc produire, que rien, semble-t-il, ne faisait prévoir. Coup de théâtre, le mot n’est pas trop fort pour qua­ li lier l’issue de la négociation qui sc déroula, le I fé­ vrier 1 H 1 .dans le vestibule de Saint Pierre (chapelle de Sancta Maria in Turri) entre les plénipotentiaires pon­ tificaux dont le principal était un laïque influent, Pierleoni. et les envoyés de Henri V. Ceux-ci en crurent-ils leurs oreilles, quand ils entendirent Picrlconi proposer, au nom de Pascal, la renonciation de l’Église d’Alle­ magne à tous ces droits temporels (regalia), dont la jMissession était, de l’aveu même des impérialistes, la seule raison d’être de l’investiture laïque ? A ces di­ gnitaires ecclésiastiques, qui liaient en même temps de grands seigneurs temporels, le pape demanderait, il Imposerait, de renoncer à tout ce qui faisait, depuis l’époque de Charlemagne, leur force et leur dignité. L’Église d'Allemagne cesserait d’être une puissance temporelle; elle ne vivrait plus que de ses biens patri­ moniaux et des oblations de scs fidèles. La sécularisa­ tion des domaines ecclésiastiques qui ne se réalisera définitivement que de nos jours était tout uniment pro­ posée par le pape du xn· siècle : Pascal ne voyait que ce moyen d’obtenir la liberté de l’Église. Car, en échange de cet abandon, il exigeait du futur empereur qu’il renonçât de son côté â cette mainmise du pou­ voir civil sur les nominations ecclésiastiques, qui avait dans la remise par le souverain de la crosse et de Pan­ neau, son symbole le plus apparent. Qu’il y ait eu. comme le pi étendra ultérieurement Henri, dans les propositions du pape, un piège tendu A la bonne foi du souverain, c’est cc que, avec I lauck. il faut assurément rejeter. En formulant ces propositions, Pascal était sincère. Peut-être néanmoins n'en réalisait-il pas d’un seul coup toutes les conséquences L'empereur les acceptait, sans doute; mais l’Église d'Allemagne, qui. dans l’aventure, avait bien son mot Adiré, les accepte­ rai! elle de la même manière ? Il s’agissait pour elle d’une radicale transformation dans les conditions memes de son existence cl de son activité (L’est d’elle, « n définitive, que l’empereur cl le pape disposaient, sans l’entendre, el In présence parmi les plénipoten­ tiaires allemands de l’archichancelier. Albert, arche­ vêque d< Mayence, contrebalançait dlflldlcmcnt, dans leur groupe, l'autorité des autres représentants laïques du roi des Humains. — Invraisemblables ou non, les conditions furent acceptées de part cl d’autre. Au nom de Henri V fut faite la promesse suivante : 2062 Ilex scripto refutabit omnem investituram omnium Ecclc«Inrum in manu domni papr, in conspectu cleri et populi, in die coronationis mr. Et postquam domnus papn fecent sicut in alia carta scriptum est, sacramento (innabit quod nunquam te de investituris ulterius Intromittet. Et dimit­ tet Eeclrdfts liberas cum oblationibus rt posMMMnnihiK qinr ad regnum numlfrMe non pertinebant. En échange de quoi le pape promettait ce qui suit : Domnus papa pnrdpiet episcopb pratentibus in die coronationis ejus (ac. Ilenrici), ut dimittant regalia regi et regno qu.T nd regnum peril nebant tempore Caroli, Ludo­ vic), Hennef rt aliorum predecroorum ejus. Et *cripto firmabit sub unntlirmntc auctoritate sua et justitia ne quis eorum vel portentium vel albentium vel wtKcetsores eorum intromittant se vel imndanl eadem regalia id est cisii at es. ducatus, marchias. comitatu*, monelas, teloneum, merca­ tum .advoca tins regni, jura centurionum et curtesqusr mani­ feste regni erant cum pert i neu tiis mu*, militiam et castra regni. Nec ipse regem et regnum super hi* ulterius inquie­ tabit et privilegium sub anathemate cunflnuabit, ne posteri *ui inquietare pnrsnmant. (Les deux textes dans Consiil. imperat., l i. p. 137139: cf. .laflc, Îltgtàà, η. 6289 j C’était sous ces conditions que le pape s’engageait â couronner Incessamment le roi des Romains. Rapportés an quartier général qui venait de s’éta­ blir â Sutri, ces préliminaires y furent acceptés (8 fé­ vrier). Le roi cl scs grands jurèrent de ne rien faire d’hostile au pape. Le jour du couronnement, qui fut fixé au dimanche suivant, 12 février, s'échangeraient nu cours même de la cérémonie les ratifications défini­ tives. Henri semble bien s’être rendu compte dès ce moment de ce qu’avaient d’inexécutable les proposi­ tions de Pascal; mais il a dû réserver l’eflet de surprise pour le moment même de la cérémonie; Il ne semble pns que les évêques de la suite (en dehors de l’archi­ chancelier) aient etc mis au courant de cc dont il avait été convenu â Home, le 4 février. C’est quand le cortège fut entré â Saint-Pierre, le dimanche de la quinquage­ sime. après que déjà I lenri avait été salué par le pape du litre d’empereur et avant qu’il ne s'approchât de la confession.c’est à ce moment que fut soudain révélée a l’épiscopat allemand toute l’importance du traité con­ clu entre Henri et Pascal. La chancellerie pontificale avait préparé le texte que le pape devait lire; il s’est conserve sous le titre de Paschalis l Lprivilegium prima conventionis. Texte dans Constit. imperat., t. i, p. 111. D’assez longs considérants en formaient In première partie : Les lois divines et les canons ecclesiastiques, y lisait-on, défendent aux prêtres de se mêler des affaires temporelles. Or. en Allemagne, ces questions séculières sont devenues leur principale occupation. Les ministres de I autel sont devenus les serviteurs de la cour, parce qu’ils ont reçu des rois, cités, duchés, marquisats, droit de monnaie; et dès lors s’est éta­ blie l'intolérable coutume que les évêques élus ne pussent recevoir la consécration avant d avoir été in­ vestis par la main du roi. De IA sont dérivées et la simonie et l’ambition. A ces maux qu avaient causes les investitures, les papes Grégoire VU el Urbain II avaient cru porter remède en interdisant, sous des peines très graves, I ’investiture laïque. Ces dispositions, Pascal les avait confirmées II apportait maintenant un remède plus efficace en ordonnant aux ecclesias­ tiques d’abandonner définitivement à l’autorité royale tous ces droits régaliens. L’Église se contenterait désormais des oblations des fidèles et de scs biens pa­ trimoniaux, rl les évêques n’auraient plus de raisons de séjourner A la cour. Oportet enim episcopos curis su cidaribus expeditus curam morum agere populorum nec ecclesiis suis abesse diutius. A comparer la narration pontificale et le récit impé­ rial de cette mémorable journée (voir Constit. imperat., p. 118 cl 151), on a l’impression que le pape commença 2063 PASCAL IL par demander nu roi la renonciation aux investitures; l’empereur veut, au contraire, qu’on lise d’abord le document papal. Cette lecture fait sur tous les assis­ tants une violente impression de surprise. Universis in faciem ejus resistentibus et decreto suo planam turre· sim inclamantibus, scilicet episcopis, abbatibus, tam suis quam nostris et omnibus Ecclesia* filiis, dit la nar­ ration impériale. Le récit pontifical nous montre les évêques allemands, accompagnés de plusieurs évêques lombards, sc retirant pour délibérer, dans le secretarium avec l'empereur et les grands. La délibération fut très longue et sans doute houleuse. Les évêques revinrent enfin et leur première démarche aurait été un geste de soumission : ad pontificis vestigia corruerunt et ad oris oscula surrcxcrunt; mais les «familiers du prince » appa­ rurent et la discussion reprit de plus belle autour du pape. L’écrit en question, disait-on, ne pouvait cire sanctionné en justice. Les partisans du pape répon­ daient, en justifiant la renonciation des clercs à tous les soucis temporels. Dans toute celte confusion le temps passait, le jour tombait déjà que la messe n'était point commencée. Du couronnement impérial il n’était plus question, seuls les plus optimistes osaient encore pro­ poser qu’on y procédât sur l’heure, et que l’on remît à huitaine la suite de la négociation. En fait, le pape et son entourage, gardés par les soldats, faisaient déjà figure de prisonniers. Quand la messe eut été célébrée, non sans peine, on ne permit plus au pape de rester dans sa chaire épiscopale; la nuit venue, lui et tout son monde, désormais gardés à vue, étaient enfermés dans Vhospitium extra ecctesiæ atrium. Ainsi se terminaît la première péripétie du drame. Le lendemain, les Romains se soulèvent et essaient de forcer la cité léonine. Peu rassurés, les Allemands l’évacuent, emmenant avec eux le pape et sa suite. La captivité du pape dans le camp germanique allait du­ rer deux mois. On imagine aisément à quelles ins­ tances, à quelles sollicitations il fut en butte, durant ce temps. Sous ses yeux, l’armée allemande dévastait la campagne romaine; scs meilleurs amis, scs plus fidèles conseillers étalent tenus en une étroite prison. On lui parlait des souffrances des exilés, on lui faisait entrevoir la possibilté d'un schisme. A tout cela le remède était tout trouvé : que le pape concédât à l’em­ pereur le privilège de donner l’investiture, aussitôt tout rentrerait dans l’ordre; l’Église romaine n'aurait point de protecteur plus dévoué que le nouveau César. Lassé d’une lutte sans issue, le malheureux pape dut céder : Victus tandem miseriis filiorum, dit la narra­ tion pontificale, laborans gravibus suspiriis atque gemitibus et in lacrimas totus effusus : < Cogor, ait, pro Ecclesia: liberatione ac pace hoc pati, hoc permittere quod pro vita mea nullatenus consentirem. · Ibid., p. 119. Le 11 avril, au pont Mammetis, il faisait à Henri la promesse de lui accorder le droit d’investiture, pro­ messe que confirmaient par serment quinze cardi­ naux qui avalent été autorisés à le rejoindre. Ce ser­ ment garantissait la promesse que Pascal n’inquiéte­ rait pas Henri pour les actes injustes qu'il venait d'accomplir, ni pour les investitures des évêques et des abbés. Jamais il ne porterait d'anathème contre la personne du roi. Il couronnerait Henri le plus tôt pos­ sible, cl l’aiderait de tout son pouvoir à conserver la royauté et l’empire. Le lendemain, toujours dans le camp, un acte en bonne forme était dressé de ce Privi­ legium Paschalis, le texte s'en est conservé. Ibid., ρ. 114; cf. Jaffé, Regesta, n. 6290. Le pape commence par y rappeler les honneurs et les privilèges dont le Saint-Siège a toujours entouré la dignité impériale. Lui-même y ajoutait celui-ci : ut regni tui episcopis vel abbatibus libere prater violentiam et simoniam electis investituram virgee et anuli conferas. Post investitionem vero canonice consecrationem accipiant ab episcopo ad 206 ί quem pertinuerint. Interdiction dès lors était faite de consacrer un personnage élu par le clergé et le peuple en dehors de l'assentiment du souverain, à moins qu’il ne fût investi par celui-ci. La concession de ce privi­ lège était légitimée par la muni licence des souverains allemands « l’endroit du clergé, par la concession qu’ils lui avaient faite des droits régaliens : ne fallalt-ll pas cpie le royaume fût affermi par la collaboration des évêques et des abbés, et que, d'autre part, l'autorité royale intervint pour imposer aux électeurs le respect des lois ecclésiastiques? Ce document, qui exprimait, en somme, toute la thèse impérialiste sur les investi­ tures sc terminait par la menace de l’anathème contre quiconque oserait sciemment le discuter : Si qua per­ sona hanc nostræ concessionis paginam sciens, contra eam temerario ausu venire lentaverit anathematis vin­ culo... innodetur. On n’imagine pas plus entière capitu­ lation. La messe fut célébrée sur l’heure par le pape; apres avoir communié, il donna la communion a Henri : Que le corps du Christ, lui dit-il, soit pour la rémission de tes péchés, pour l’affermissement de la paix et d’une véritable amitié entre loi et moi, entre le Sacerdoce et ('Empire. ■* Et Ils échangèrent le baiser de paix. D’ordre de l'empereur, l'antipape Maginulfe, qui se trouvait dans le camp, fit sa soumission et déposa Je pontificat. Jaffé, Regesta, p. 774. A ce prix le pape était libre; il entrait le soir même dans la cité léonine, pour préparer le couronnement impérial. Celui-ci eut lieu le lendemain 13 avril, à Saint-Pierre. Avant la communion, le pape, à la vue de toute l’assistance, remit à l'empereur le privilège rédigé la veille. 11 avait bu jusqu’à la lie le calice d’amertume! — Les portes de la ville même de Borne étaient demeurées fermées pendant toute la cérémo­ nie; l'empereur n'y entra pas, et retourna au camp; bientôt son armée s'éloignait de Borne en direction de l’Allemagne. Le pape, lui, rentrait en sa bonne ville, au milieu de l'allégresse des Homains, heureux de le revoir, après les étranges événements qui venaient de se dérouler. I* Pascal 11 et Henri V. Les suites du pacte de UH, — Cette joie était loin d’être partagée par l'entourage pontifical. Les premières effusions passées, il fallut bien se rendre compte de l'énormité des concessions au prix desquelles la délivrance du pape avait été ache­ tée. Les vrais grégoriens furent atterrés; une vive opposition ne tarda pas à sc manifester. Dans Home même, elle était menée par ceux des cardinaux qui n’avaient pas signé la promesse appuyée par serment du 11 avril. De loin, Brunon de Scgnl, qui était devenu abbé du Mont-Cassin, soutenait cette campagne. Dans plusieurs lettres qui semblent avoir eu une assez large diffusion, il n’hésitait pas à dénoncer l'investiture laïque comme une hérésie, et 11 tirait la conclusion : Omnis qui lurresim defendit haereticus est. Voir P. L.t t. ci.xv, col. 1139 sq. Quand, durant les chaleurs de l’été, le pape se fut retiré à Tcrracinc, les deux cardi­ naux-évêques, Jean de Tusculum et Léon d’Ostic, prirent l’initiative de rassembler les cardinaux, et l'assemblée sc déclara contre le privilegium, le pravilegium. comme on commençait déjà à dire. Celle dé­ marche nous est connue par la lettre sévère adressée par Pascal aux deux meneurs de l’opposition. Jaffé, n. 6301. Quod in personam nostram, écrivait le pape, imo in patrem vestrum, prater ipsius Ecclesia: judicium atque, pra sentiam vos egistis, etsi vobis cx zelo Dei visum sit. non tamen, ut mihi videtur, canonico tramite inces­ sistis. En même temps, le pape ordonnait à Brunon de quitter le Monl-Cassin, et mandait aux moines de lui donner un successeur. Jaffé, n. 6302, 6303. Ces manifestations italiennes étaient peu de chose à côté de l'agitation qui se révélait en France cl dont le chef était l'archevêque de Vienne, Guy, le futur Cal- 2063 PASCAL IL LUTTE AVEC HENRI V liste II. Son voisin, l'archevêque de Lyon, Josceran, sc montrait aussi fort animé, et Gérard d'Angoulême, qui, â plusieurs reprises, avait exercé les fonctions de légat pontifical, s’associait à ces deux prélats. Il fut question de rassembler à Anse (sur la Saône) un concile où sc traiterait la question de l'investiture laïque et de l’attitude à prendre à l’égard du pape. Des convoca­ tions furent adressées par l'archevêque de Lyon, qui s’autorisait de concessions â lui faites par Grégoire VII pour exercer dans les Gaules une autorité primatiale. Nous avons la réponse qu’au nom des évêques de la province de Sens fil Λ cette proposition, Yves, évêque de Chartres. Voir .Won. Germ. hist., Libelli de life, t. il, p. 649 sq. Seul ou à peu près des canonistes de l’époque, celui-ci arrivait à faire le départ exact entre ce qu'il y avait d’absolu et ce qui était pure contingence dans la question des investitures en général et dans I’affaire du pape Pascal en particulier. S’il refusait d’obtempé­ rer à la convocation de Josceran, ce n'était pas seule­ ment par protestation contre une autorité dont les litres lui paraissaient mai assurés, c’est encore parce qu’il ne voyait aucune utilité à des assemblées, in guibus non possumus eas personas contra quas agitur con­ demnare Del judicare quia nec nostro, nec ullius homi­ num probantur subjacere judicio. C’est du pape évidem­ ment qu'Yves de Chartres veut parler et il ajoute qu'après tout, l'attitude prise par celui-ci, n’est pas absolument blâmable, si le pape ne s’y est rangé que pour éviter de plus grands maux. Cette question des investitures, continue-t-il, est infiniment complexe. Parler à ce propos d’hérésie, comme on le fait en ce moment, c’est perdre de vue le sens exact des mots. A pousser les choses au pire, on peut dire seulement que l’investiture donnée par les laïques est une usurpation de pouvoir, qui pour le bien et l’honneur de l’Église doit être supprimée, salvo pacis vinculo si fieri potest. Lù où l'on peut la supprimer sans schisme, qu’on la supprime. Où elle ne peut l’être sans amener de vio­ lentes séparations, cum discreta reclamatione differa­ tur. Elle n’enlève rien aux sacrements ecclésiastiques et ne les empêche pas d’être saints. L’attitude énergique d’Yves de Chartres, auquel faisait écho Hildeberl du Mans, semble bien avoir empêché la convocation de ce concile d’Anse, qui aurait pu être fort préjudiciable aux Intérêts de Pascal. Mais, étant donnée l’excitation qu'avalent causée dans tous les esprits les luttes de la période grégo­ rienne, on comprend assez que cet appel au bon sens et aux principes de la saine théologie ait été peu entendu. Sans doute Gerhoch de Bclchenbcrg exagère-t-il, à son habitude, quand il écrit, parlant de la concession faite par Pascal : Pro qua re universi pene Franciæ episcopi consilium inierant quatenus excommunicarent ipsum papam Paschalem tanquam Ecclesia- hostem et destructorem, nisi privilegium idem ipse qui dedit damna­ visset. De investigat. Antichristi, L 1, c. xxiv, dans Mon. Germ, hist., Lib. de lite, l. m, p. 331. Mais il est bien certain que ni Josceran dr Lyon, ni Guy de Vienne ne cessèrent leur violente opposition. En Lombardie, Pla­ cide de Nouant ula rédigeait un traité en due forme pour établir qu’il était contraire ù tous les principes d'accorder aux laïques le droit d’investiture. Texte dans P. L., I, CLXitt, col. 615-690, et mieux dans Mon. Germ, hist.. Lib. de lite, t. n, p. 569-639. Chose cu­ rieuse, l’auteur de cet intéressant traité sc faisait de la thèse même de la primauté pontificale, qu’il défendait avec beaucoup de zèle, une arme pour attaquer les concessions qui venaient d'être faites. En cette con­ joncture, les plus animés contre Pascal, c’étaient pré­ cisément ceux qui croyaient davantage à l’autorité suprême du pape dans l’Église. Devant cette opposition grandissante, le pauvre pape eut un moment de découragement ; il songea à sc 2066 démettre du souverain pontificat et a se retirer dans la solitude. Peut-être cc dessein reçut-il un commence­ ment d’exécution. D’après Suger, ad eremum solitu­ dinis confugit, moramque ibidem perpetuam fecisset, si universalis Ecclcsiæ et Romanorum violentia coactum non reduxisset. Vita Lud. Gr., c. ix, P. L., t. clxxxvi, coi. 1272 C. L’histoire des évêques d'Angoulême, par­ lant de l'évêque Gérard et de son rôle dans cette a flaire, dit expressément que Pascal, quia rem illici­ tam fecerat, deponere sc a papatu promiserat et ad Poncianas insulas habitu religioso exut ire disposuerat. Mon. Germ, hist., Script., t. xxvr, p. 823. Mais il est bien difficile de rien préciser sur cc séjour qu'aurait fait le pape à Plie de Ponza. Quoi qu’il en soit de la réalité de cette fugue et de la durée de ce séjour, il est certain qu’une décision s'imposait d’urgence, si l’on voulait éviter un schisme. L’n concile réuni au Latran en février 1112 et où l'on comptait 130 évêques s'oc­ cupa longuement de la question. Les discussions durent être assez vives, si l'on en croit la notice rela­ tive à Gérard d'Angoulême, ci-dessus mentionnée. A la 5* séance, le pape se vit en assez fâcheuse posture; quelles que fussent les circonstances atténuantes qu’il avait le droit d’invoquer, il reconnut humblement qu'il avait mal agi : Scriptum illud quod magnis necessitati­ bus coactus, non pro vita mea, non pro salute aut gloria mea sed pro solis Ecclesiir necessitatibus sine fratrum consilio aut subscriptionibus feci, super quo nulla condi­ tione, nulla promissione constringimur, prave factum confiteor et omnino corrigi. Domino pnrstante, desidero. La correction, c’était le concile qui la fournissait le lendemain, 23 février. Le pape ayant déclaré la veille que, vu le serment qu’il avait prêté le 12 avril de l'année précédente, H ne se reconnaissait pas le pou­ voir d’anathématiser l’empereur ou simplement de l’inquiéter au sujet des investitures, les membres de l'assemblée, sc substituant au moins partiellement au pape, prononcèrent, par la bouche de Gérard d'Angou­ lême, la sentence suivante : Privilegium illud, quod non «t privilegium sed vere debet dici pnivtlegiuin, pro liberatione captivorum et Ecclesia* a domno papa Pas­ chali per violentiam llenrici regis extortum, nos omnes, in hoc sancto concilio cum eodem papa congregato, ca­ nonica censum et ecclesias­ tica auctoritate, judicio Sancti Spiritus damnatum et irritum esse judicamus, at­ que ideo cassamus, cl ne quid auctoritati* et efficaci­ tatis habeat penitus rxromnumicunius. Ideo autem damnatum c*t quia in eo privilegio continetur quod electus canonice a clero et populo a nemine consecre­ tur, nisi prius a rege inves­ tiatur, quod est contra Spiri­ tum «.anctum et canonicam institutionem. Texte dans Duchesne, Le Liber pontifi­ calis, t. 11, p. 370; cf. Jaffé, Regesta, p. 715. Ce privilège, qui n’est point un privilège, mais qu’il faudrait plutôt appeler un sacrilège (le jeu de mot latin ne peut être traduit que par d peu prts), extorque par la violence du roi Henri au pape Pascal, pour la libéra­ tion des captifs et de l’Église, nous tous, dans ce saint con­ cile rassemblé autour du pape, de par censure cano­ nique et de par l’autorité de l’Église, nous le déclarons condamné et annulé par le jugement du Saint-Esprit. Nous le cassons donc; et pour qu’il n’nil autorité ni efficacité, nous l’excommu­ nions complètement. Il est damnable parce qu’on y lit précisément qu'un (prélat) canoniquement élu par le clergé et le peuple ne doit être consacré qu’il n’nil reçu nu préalable l’investiture du roi, cc qui est contre le SaintEsprit rt l’institution cano­ nique. A coup sûr la personne même de l’empereur n’est pas expressément condamnée, mais les tenues em­ ployés, et en particulier celle sentence bizarre qui < excommunie le privilège », montrent bien quelle était la pensée des membres du concile, sinon celle du pape. Le bruit courut bientôt, que, parjure ù son sentient, Pascal avait excommunié Henri. Ce fut l’occasion de 2067 PASCAL Ii. LUTTE AVEC HENRI V nouvelles attaques contre le malheureux pape. Quoi qu’il fit» il excitait des colères cl cela parmi ses plus fidèles partisans. Λ la veille du concile du Latran, les grégoriens exaltés le Imitaient d’hérétique parce qu’il hésitait à reprendre sa parole; au lendemain de ce mémo concile, d'autres le traitaient de parjure : · Pas­ cal, disait-on. écrivait-on. s’il excommunie Henri doit être déposé, c’est le sentiment de l’Église de France. » C’est â des énormités de ce genre que répond un /cictum anonyme, œuvre d’un des cardinaux fidèles à Pascal : Incipit disputatio uct defensio quorundam catholicorum cardinalium contra quosdam insipientes et scismaticos imo ha-ret icos, qui conabantur asserere dc pupa Paschalem non debere papam vocari qui iienricum imperatorem excommunicarerit. Texte dans Mon, Germ. hist.. Lib. de lite. t. ιι, p. 685 sq. Si l’auteur du mémoire (perdu), auquel répond cette defensio Paschalis papa-, croyait refléter le sentiment général de l’Église de France, il se trompait grande­ ment. Celle-ci, la defensio le fait rcmaquer. ne deman­ dait qu’une chose, c’était la condamnation formelle du souverain germanique. Guy dc Vienne s’y employait avec plus d'ardeur que jamais. \oir deux lettres que lui adresse Pascal. Jaffé, n. 6313 et 6325. Le 16 sep­ tembre 1112, il réunissait dans sa ville épiscopale un concile que Sugcr nous décrit comme une repré­ sentation dc l’Église gallicane, el qui prononça contre l’empereur une excommunication nominative. En transmettant à Pascal cette sentence, Guy demandait, disons plus, exigeait une approbation expresse du pape : « Si vous confirmez nos décisions, écrivait-il, vous aurez en nous des fils soumis. Mais si. ce que nous ne croyons pas, vous prenez une autre voie et si vous ne voulez point confirmer nos décisions (si nostra: pa­ ternitatis assertiones pro dictas roborare nolueritis), que Dieu nous soit propice, c’est vous-même qui nous empêchez de vous être soumis cl obéissants. ■ Mansi, Concit., t. XXI. col. 76. Bref, c’était la soustraction d’obédience dont les grégoriens les plus décidés mena­ çaient le pape. Celui-ci n’avait plus qu'à s’incliner. Le 20 octobre, Pascal continuait les décisions de \ ienne, en termes assez généraux à la vérité, pour ne pis manquer à son serment Mansi, ibid. Non moins excité. Conon. cardlnal-évêquc de Préneste, multipliait contre Henri les sentences d’excom­ munication. I.égat du pape en Palestine, il avait anathématisé l'empereur des 1112, dans un concile tenu à Jérusalem. Dc retour en Europe, Il tenait coup sur coup des réunions où se renouvelait cette sentence; la plus mémorable fut un concile tenu à Beauvais en décembre 1111, où parurent un très grand nombre ; d’évêques français, cum omnibus Galliæ episcopis, dit une lettre de l'archevêque dc Cologne à l'évêque dc Bamberg. Codex Udatrici, n. 167. On y prononça une fois déplus l'anathème contre Henri V et ses partisans, en particulier contre l’évêque de Munster. Même céré­ monie à Heims, toujours présidée par Conon. au mois dc mars de l’année suivante 1115. Bien que sc produisant hors d'Allemagne, ces mani­ festations ne laissaient pas d’y entretenir l’agitation. Le caractère impérieux et tyrannique d’Henri avait d’ailleurs rapidement aliéné les esprits à ce souverain Chose étrange, alors que son père, dans sa lutte (onlrc la papauté, avait trouvé un ferme appui surtout parmi les hauts dignitaires ecclésiastiques, c’est parmi ceux-ci que commençait maintenant la révolte. Dès 1112, l'archichancelier Albert de Mayence conspirait contre l’empereur; l’archevêque de Cologne n'allait pas lar­ der à refuser l'obéissance. C’est dans l'église SaintGéréon de la grande ville rhénane que. le hindi de Pâques 1115. l’infatigable Conon prononçait à non veau l'excommunication de l’empereur, tandis que la Saxe révoltée offrait un nouveau terrain à son activité. 2068 Enchaîné par son serment, le papo suivait d’un oil assez inquiet le progrès de cette agitation. Officielle­ ment, il n’avait pas rompu avec l’empereur et celui-ci se considérait toujours comme dans la communion du Saint-Siège. Mais cette situation ne pouvait durer. Une lettre de Pascal au clergé d’Espagne. convoquant celui-ci à un < concile général ■ qui se tiendrait Λ Home, exprime l’idée qu'on en était au schisme, tantum in Ecclesia scandalum est exortum ut ad schisma processe nt (15 août 1115), Jaffé, n. 6162. La décision, l’empe­ reur aussi la voulait. Pendant que les évêques con­ voqués à Home sc mettaient en route au début dc 1116, lui-même franchissait les Alpes. Ponce, abbé de Cluny, le précédait, porteur d’un message pacifique a l’adresse du pape. Henri plaignait Pascal. Compertum habemus, lui écrivait-il. te propter nos gravi contrôlersia ct plurimis affectum molestiis. Cod. IJdatr., n. 171. Il se flattait encore de l’idée que le pape était bien dis­ posé pour lui. Ses partisans d’ailleurs lui mandaient que le pape, depuis longtemps, n'avait plus écrit à aucun des adversaires de l’empereur, qu’à Home on qualifiait ouvertement dc traître, le perfide Albert de Mayence, que les entreprises dc Guy dc Vienne ct de Conon étaient désavouées par le pape, que Conon avait perdu toute faveur. Ibid., n. 175. Henri savait même que, devant la confession de Pierre, le pape avait dé­ claré nulle toute excommunication portée contre l’em­ pereur. Ibid., n. 178. Or, au moment même où. dc 1a Lombardie, Henri mandait en Allemagne ces nouvelles optimistes, la situation à Home achevait de se préciser. Au fait, il n’csl pas impossible que le pape ait montré quelque ennui du zèle de ceux qui prétendaient le représenter. Mais oserait-il devant la représentation de toute l’Église latine maintenir, à l’encontre des extrémistes, la position qu’il .s’était fixée en 1112 ? C’était bien difficile. Depuis quatre ans, l’indignation avait grandi contre Henri; à vouloir rester fidèle à son serment dc 1111, le pape jouait un jeu bien dangereux. Après qu’curent été ventilées devant le concile, qui s’ouvrit le G mars au Lntran, diverses affaires ecclésiastiques d’ordre secondaire, on entra dans le vif de la question. « Avant tout, déclara l’un des évêques, il faut que nous sachions ce que le pape pense personnellement. · C’était dire clairement que la cote mal taillée de 1112 ne donnait plus satisfaction. Pascal dut s’exécuter : Ce maudit écrit (pic j’ai signé dans le camp ennemi, je le condamne d'un anathème perpétuel, » déclara-l-il, aux acclamations de l'assistance. Brunon dc Segni fil remarquer (pie l’on entendait enfin le pape · con­ damner de sa propre bouche ce pravilegium, plein de méchanceté ct d’hérésie ». Ce dernier mot déchaîna le tumulte. Si le pravilegium était plein d’hérésie, son auteur n’était-il pas hérétique ? De vifs propos s’échangèrent entre les défenseurs du pape cl ceux qui n'étalent pas fâchés de le trouver en défaut. Poussé à bout. Pascal prolesta vivement (pic jamais l’Église romaine n'avait connu de défaillance dans sa foi. Il ne parut pas à In session du lendemain, 9 mars. Ponce dc Cluny venait d’arriver, des pourparlers s’engagèrent entre lui ct le pape, en présence de quelques Romains favorables à l’empereur. La séance conciliaire du 10 mars devait être décisive. Conon était décidé à emporter de haute lutte l’approbation de ses actes et l’excommunication de l’empereur. Vainement Pascal essaya t-il dc détourner la question; il fallut bien lais­ ser la parole au terrible cardinal, cl ce fut une véritable sommation qu’il adressa au pontife : « Déclarez donc devant tout ce concile, dit-il, (pie j'ai été vraiment votre légat; corroborez ma légation de votre autorité, afin tiques. Jaffé, Regesta, n. 5868. Anselme s'étant soustrait à celte ceremonie, Pascal l’exhorte à la cons­ tance et lui rappelle la doctrine sur les investitures. Ibid., n 5908, 5909 (avril 1101). Le pape cependant veut encore ménager le roi; il est bien disposé, penset-il, mais mai conseillé. Ibid., n. 5910. Des évêques envoyés par lui à Home sont revenus en déclarant au souverain que, s’il se comportait bien par ailleurs, le pape ne l’empêcherait pas dc donner l'investiture et ne condamnerait pas celles qui avaient été déjà données. Pascal apprend cette trahison et excommunie ces évêques courtisans. Ibid., n. 5928 (décembre 1102). Quoi qu'il fasse, le roi ne pourra obtenir une telle ton cession. N. 5995. Trop zélé représentant de la politique du pape en Angleterre, Anselme, qui est allé à Home â l'automne de 1103« est empêche de rentrer dans Pile. C’est le second exil. Toutefois, Pascal attend encore avant de prendre contre le roi des mesures de rigueur. C’est seulement en 1105. qu’au concile romain du mois de murs, Pascal excommunie, non pas le roi, mais ses conseillers. Ibid., p. 719. après le n. 6008; n. 6028. On attendait, avant de procéder contre le roi. les explica­ tions qu’il devait fournir par scs envoyés. L’année 1106 amena un revirement dans les dispositions d'Henri ct, le 23 mars. Pascal pouvait communiquer à Anselme de bonnes nouvelles : Incliné à la condescendance par la soumission relative d’Henri, le pape relevait de 2071 PASCAL II. RAPPORTS AVEC LES ÉTATS 2072 1099), s’occupait d’organiser sa conquête. Ce fut Pascal I'excommunication ceux qui avaient reçu l’investiture qui reçut les premières nouvelles du magnifique succès du roi et leurs consécratcurs. L’archevêque pourrait ordonner ceux qui, sans avoir reçu proprement l'inves- qu’avait eu l’initiative d’t rbain II. Mais la nouvelle liture, auraient fait au roi l’hommage féodal. Si qui organisation ecclésiastique donnée ù la Palestine ct deinceps privter per investituras ecclesiarum pradationes aux régions adjacentes, où la hiérarchie latine sc subs­ assumpserint, etiamsi regi horninia fecerint, nequaquam titua à la hiérarchie grecque, ne s'établit pas sans un ob hoc a benedictionis munere arceantur, donec ad hoc certain nombre de difficultés. Il y eut d'abord des com­ omittendum cor regium molliatur. Jaffé, n. 6073. pétitions relatives au patriarcat de Jérusalem. Voir C’étaient en somme les bases de l’accord, qui, ébauché Jaffé, n. 5857, 6009, 6175. Plus tard, des discussions au Bec, à l’été de 1106, fut définitivement conclu à pénibles éclatèrent entre le patriarcat de Jérusalem Londres cn août 1107. · Aux termes de cet accord, ct celui d’Antioche, au sujet des conquêtes nouvelles désormais personne cn Angleterre ne peut recevoir faites par Beaudoin Ier. Ibid., n. 6297. 6298; voir aussi l'investiture par l’anneau cl la crosse, ni du roi, ni de les résolutions prises sur ce sujet nu synode de Bénétout autre laïque; par contre, aucun élu à un siège ecclé­ vent (1113), p. 749, el n. 6313, 6311. Il fallait égale­ siastique ne peut être sacré, s’il n’a d’abord prêté au ment penser ù soutenir militairement les États latins roi le serment de vassalité. ■ Hcfele-Leclercq, Histoire ct, dès ce moment, la croisade permanente s'organise. des conciles, t. v a, p. 187. I Voir les lettres 5812, à tous les évêques de France, et Par la suite, les relations furent bonnes entre Pascal 5821, à Hugues de Lyon. On remarquera néanmoins ct l’Angleterre. Voir certaines concessions faites à que le pape insiste à plusieurs reprises pour que les Anselme, Jaffé, n. 6152, et au roi, n. 6210 sq. Mais chrétiens d'Espagne ne sc lancent pas dans l’aventure Pascal entendait maintenir sur les nominations ecclé­ d’outre-mer. Leur croisade, c’est sur place même qu’ils siastiques, à commencer par celle du primat de Candoivent la mener el d’une façon continue. lorbéry, un droit de regard que la couronne avait bien On sait (pic la première expédition des Latins en de la peine à supporter. Voir Jaffé, n. 6119, 6150. La Orient n’avait pas laissé d’inspirer des inquiétudes à question du denier de Saint-Pierre put causer égale­ l’empereur grec, Alexis Comnènc. Les entreprises de ment quelques frictions. Mais la situation, dans l'en­ Bohémond, prince de Tarente, devenu souverain semble, était bien clarifiée à la mort de Pascal II. d’Antioche, avaient largement justifié ces appréhen­ Signalons au moins une lettre importante adressée sions. L’hostilité des Grecs contre les Latins s'en était par Pascal cn 1117 au roi de Danemark, souverain de accrue. Or, Pascal avait certainement favorisé les toutes les régions Scandinaves. Elle exhorte celui-ci entreprises de Bohémond. Au concile de Poitiers a travailler de concert avec le métropolitain de Lund et (26 mai 1106), son légat, Brunon de Segni, avait essayé les évêques du pays à la réforme de l’Église. D’après de lui susciter des auxiliaires, cl cc n'était pas seule­ cette lettre, il paraîtrait que le roi avait demandé ment aux infidèles que le nouveau prince d’Antioche quelque adoucissement à la règle du célibat ecclésias­ songeait à s’attaquer. La disparition de cc redoutable tique. Le pape répond qu’il lui est impossible de faire adversaire, cn avril 1111, permit au basileus de respi­ fléchir la discipline pour ce qui concerne les prêtres ct rer. D’autre part, les difficultés que créait au pape les diacres. De presbyterorum et diaconorum castitate l’empereur allemand donnèrent â Comnènc l’Idcc et illi (les évêques) et nos verbum mutare non possu­ de tenter un rapprochement avec Pascal. Qu’espé­ mus. Jaffé, n. 6557. rait-il ? Pensait-il arracher à l'influence germanique 3° L'Espagne, où, depuis une trentaine d’années, la toutou partie de l’Italie? Imaginait-il pouvoir rentrer conquête sur les Maures sc faisait avec rapidité, donna à Rome ? Toujours est-il qu'en 1112 d’étroites négo­ â maintes reprises au pape Pascal des occasions d’inter­ ciations se nouèrent entre le Saint-Siège ct le basileus. venir. Il était, d’ailleurs, bien au courant de la situa­ L'idée affichée était de rétablir l’union des deux Églises, tion, ayant rempli, cn cc pays, les fonctions de légat grecque et latine, union rompue depuis Michel Cérud’t’rbnin II à la fin de 1089. La primatie de Tolède, laire. Mais, ù coup sûr, Alexis avait aussi d'autres vues. devenue depuis 1085 la capitale du royaume de Léon Sur ces négociations, voir la lettre de l'abbé de Farta et Castille, fut affermie; Bernard, titulaire de cc siège, à Henri V, Cod. Udalr.,n. 162; la Chronique du Montfut déclaré légat du pape. Voir en particulier Jaffé, Cassin, 1. IV, c. xlvi, P. L., t. clxxiii, col. 873: la n. 5858. De nombreuses contestations ecclésiastiques, réponse de Pascal aux premières ouvertures, dans Jaffé, pour le rétablissement des anciens sièges ct la délimi­ n. 6331. Cette réponse du pape laisse entièrement la tation de leurs ressorts furent soumises au jugement question sur le domaine religieux : « L'union est facile, pontifical. Dans toutes ces affaires, c'est surtout dit Pascal, si notre frère de Constantinople veut bien l’évêquc de Compostcile, Didacc, que l’on voit au reconnaître la primauté du Siège apostolique, comme premier plan; il semble avoir eu, plus que Bernard, la cela a élé institue par les décisions de l’empereur Cons­ pleine confiance de Pascal. C’est à lui, cn particulier, tantin (allusion à la pscudo-Dnnatton) et confirmé par que le pape confia la mission de protester contre le le consentement des saints conciles, s’il veut bien mariage entre Alphonse d’Aragon el t raque, fille du corriger son obstination passée, de la manière (pic vous roi Alphonse de Castille, sa parente à un degré prohibé. verrez par les communications de nos légats. » La resti­ La question avait été discutée à un concile de Béné- tution à la juridiction du Saint-Siège des provinces qui lui avaient élé jadis enlevées contribuerait égale­ vent, en février 1113, où Pascal avait convoqué les évêques espagnols, Jaffé, n. 6331. C’est sans doute ment à la reprise des bons rapports entre l’ancienne el la nouvelle Rome. Les autres différends relatifs au après cc concile qu’il faut placer la lettre où le pape dogme ct aux coutumes seraient vite aplanis, si Cons­ donne scs instructions à Didacc : Au cas où le mariage tant inoplc commençait par donner au Saint-Siège un aurait lieu, Didacc devrait excommunier les coupables témoignage de respect. Ensuite de quoi il conviendrait cl même les priver de leur autorité temporelle. Ecclesix de réunir une assemblée des représentants de l’un ct de consortio et sccculari potestate privetur, Jaffé, n. 6279; l’autre rite, où s'étudieraient cn commun les points le texte est malheureusement fragmentaire. Quoi qu’il litigieux. Le pape prévoyait que cela ne pourrait être en «oit de cet incident ct des suites qu’il put avoir, il est avant le mois d'octobre de l’année suivante, 1113, ct il incontestable que le règne de Pascal 11 vit s'affermir le chargeait scs envoyés de régler ù Constantinople tout prestige pontifical dans la péninsule. le détail Nous n’avons plus d'autre renseignement sur 4· La question d’Orient. — Au moment même où Pascal montait sur le siège de Pierre, l’armée chré­ celle affaire. Mais il est certain que l’entente ne put s’établir: * des préoccupations plus immédiates vinrent tienne, qui venait de s’emparer de Jérusalem (13 juillet 2073 PASCAL H - PASCAL (BLAISE) détourner Alexis de scs rêves ambitieux ·. F. Chalan don, Essai sur le règne d'Alexis I" Comnènc, p. 263. En définitive» cc long pont ideal de 18 ans laisse ii qui l’étudie une Impression assez mêlée. Sur plusieurs points, sans doute, Pascal est arrivé â ses lins; pour réussir plus complètement il lui a manqué la souplesse qui permettra h son deuxième successeur, le fameux Guy de Vienne, devenu Calliste il, de trouver, au moment opportun» les distinctions utiles, l 'n peu trop moine, peut-être» Pascal est souvent resté prisonnier de scs formules; il n’a pas toujours su. ni peut-être pu Imposer ses volontés a ceux qui auraient dû cn être les agents d’exécution. Sa physionomie n’en reste pas moins sympathique; quelques-unes des initiatives qu’il a prises, la renonciation, par exemple, de l’Eglise â sa situation temporelle, si elles ne témoignent pas chez lui d’un grand esprit politique, ne laissent pas de faire le plus grand honneur à l'élévation de son caractère. I. Sources. — l· Documents émanés de la chancellerie pontificale,— A la différence de celui de Grégoire VII. le re­ gistre de Pascal 11 ne s’est pas conservé; de nombreuses lettres sont dispersées cn diverses collections. La plus com­ plète est celle de P. L., t. clxiii, p. 31-118, 538 nos. Bon nombre de pièces nouvelles ont été publiées depuis. Toutes celles (pii sont connues antérieurement ft 1875 sont recen­ sées et analysées dans Jaffé, Ht gesta pantif. rom., 2· édit., t. i, p. 702-772; celle·, qui ont été publiées postérieurement, soit dans le Xcucs Archio, soit dans les Xachrichten der kùn. Gessrlschaft der Wissrmch., de Gœttingiic, philul.-liist. K lasse, 1898 sq., sc retrouvent ou se retrouveront dans P.-F, Kehr, Hegcsta pontifie, rom., publiés sous les auspices de l’académie de Gœttlnguc, Berlin, 1906 ct sq., classées par pas’s el par provinces; lu plupart de ces pièces rela­ tives a des privilège* locaux ont plus d’importance pour Phlstolre qu’en juges les pécheurs les plus endurcis * ms aucun amour de Dieu, sans 2093 PASCAL. LES PB <> V I NCI A LES, ANALYSE aucun signe de regret que des promesses cent fols vio­ lées, sans pénitence <’//« n’en veulent pas accepter, sans quitter les occasions des vices s'ils en reçoivent de l'in­ commodité, Mais la licence sc porte jusqu'au renverse­ ment de la loi de Dieu. On viole le grand commande­ ment, cl l'on va jusqu'à prétendre que la dispense d’aimer Dieu est l’avantage que Jésus-Christ n apporté au monde », t. v. p. 273-271. Cc qui l'irrite surtout c’est la pensée que l’attrition · conçue par la seule crainte des peines, ct sans quelque amour de Dieu... suffit avec le sacrement pour justifier les pécheurs ». • Alors, conclut-il, l'on peut être sauvé sans avoir jamais aimé Dieu de sa vie? » Oui, répond le Pire. Il sutlit, « à la rigueur », d'observer les commandements ct de ne pas haïr Dieu. La loi évangélique « a déchargé les hommes de l’obligation pénible.,.,lâcheuse d’aimer Dieu actuellement. — O mon Père, s'écrie Pascal, il n’est point de patience que vous ne lassez. » Ibid., p. 272. Cf. Arnauld, Dissertation théologique sur le com­ mandement d'aimer Dieu, Œuvres, t. xxix, p. 16-73. •1. De la 1 /· à la JS* Provinciale. - a) Pascal aurait terminé là les Provinciales, — Dès mars 1656, par crainte des représailles ct du scandale, des amis de Port-Royal avaient supplié Pascal et Amauld de ces­ ser les Provinciales. Ceux-ci avaient refusé. Mais des faits nouveaux s'étaient produits : le miracle de la Sainte Épine ct des merveilles de même ordre ou d’ordre spirituel avalent ému l'opinion ct ralenti les rigueurs du pouvoir devenu hésitant. Puis les Pro­ vinciales avaient atteint leur but : l’opinion était conquise : les curés de Paris, de Rouen et d’autres villes, des évêques aussi, partaient en guerre contre les casuistcs, donc contre les jésuites. Enfin, la question murale semblait épuisée comme la dogmatique. Après la 10· Provinciale, vraisemblablement Pascal est prêt à cesser cc genre de lutte. b) Mais les attaques de ses adversaires l'obligent à se défendre. — l'resque aussitôt après les premières Provin· dales des réponses avaient paru : les Lettres à un abbé... voir col. 2087, des Considérations sur un libelle de PortRoyal..., sur la protestation de M. Arnauld et sur les lettres qu'il fait courir dans Paris, par le sieur Marandé, aumônier de Sa Majesté, Alais, 1656, datées du 20 mars. Après la 5· Provinciale : Réponse et remerciement d’un provincial à M, E. A. A. IL P. A. F. D. E. P. (signa­ ture de la 3· Provinciale ct qui signifie apparemment Biaise Pascal, Auvergnat, fils d’Étienne Pascal, ct An­ toine Arnauld) sur le sujet de ses lettres et particulière· ment de la cinquième, s. 1.» 8 p. in-1°; Lettres de Phi· torque à un de ses amis sur le sujet des plaisantes lettres écrites à un provincial, s. I., 44 p. in-4·. Aucune de ces pièces n'était des jésuites. · Ils ne répondaient pas, disait Philarque, parce que les Provin­ ciales ne sont que la Théologie morale d'Arnauld tant de fois réfutée ct qu'elles ne les blessent qu’à fleur de peau. · Le succès des premières Provinciales morales ct le miracle de la Sainte Epine les firent changer de tac­ tique. Après la :· Provinciale, en même temps qu’une Lettre d'un provincial au secrétaire du Port-Royal, du 25 avril 1656, s. I., 12 p. ln-4®, parut une Première réponse aux lettres que les jansénistes publient contre les jésuites, 8 p. in-4· ct qui était de l'un d’eux. On y lit déjà · les arguments que les défenseurs des jésuites reprendront sans cesse contre Pascui ». Œuvres, t. v, p. 112 : 1. Les auteurs de ces Lettres étant jansénistes sont hérétiques : cela devrait suffire; 2. Cc que les jésuites n'ont écrit que pour les docteurs à qui de telles choses ne sauraient nuire, on les expose en langue vul­ gaire... à des personnes qui ne peuvent distinguer le faux d’avec le vrai, ct en les déformant ; 3. Ces Lettres n'offrent de nouveau qu’une « narration digne d’un farceur »; elles sont < d'un rapiéecur et ravaudeur de la Théologie morale»; 4. · L'auteur ment souvent avec 2094 effronterie; il fait dire aux auteurs cc qu’ils n'ont jamais dit; il mutile les passages »; 5. En matière res­ pectable, il se sert « d’un style railleur ct bouffon ·; 6. O grief sera traduit ainsi par Bourdalouc : « Ce qu’un a mal dit, on le fait dire à tous; et cc que plu­ sieurs ont bien dit, on ne le fait dire à personne. •Ser­ mon sur la médisance pour le & dimanche après la Pen­ tecôte. Et la brochure concluait ;< Les savants sc sont moqués de ces Lettres; les gens de bien les ont détes­ tées; les simples en ont été scandalisés; les hérétiques les ont applaudies;les libertins les ont louées; les bouf­ fons y ont trouvé leur style : au reste, les jésuites ne demeureront pas sans réponse, l’Église sans censure ct le magistral sans punition. » Après la Provinciale, 28 mai, tandis que, der­ rière les curés de Paris s’émeuvent ceux de Rouen, que le miracle de la Sainte Epine fait courir Paris, alors que Rome semble mieux disposée à l'egard de Port-Royal, les jésuites publient une Seconde réponse : lettre écrite à une personne de condition sur le sujet de celles que les jansénistes publient contre les jésuites, 8 p. ln-4·, s. I., où ils insistent sur l'inconvenance qu’il y a à ne pas parler sérieusement des choses saintes. En meme temps, ils cherchent à empêcher la publica­ tion des Provinciales ct à les faire condamner : à Rouen, le P. Brisacicr demande à l'archevêque de les interdire, parce que · périlleuses pour la foi cl pour les mœurs, contenant des propositions déjà condamnées, proposant la doctrine de leurs auteurs d'un biais dan­ gereux... ridicule... et plein d’injures ct de calom­ nies. » Peu après,l’auteur de la Seconde réponse publiait une nouvelle Lettre à une personne de condition sur la conformité des reproches et des calomnies que les jansé­ nistes publient contre les Pères de la Compagnie de Jésus avec celle que le ministre du Moulin (ministre de la parole de Dieu en l'église de Sedan) a publiée devant eux contre T Église romaine dans son livre des traditions imprimé à Genève en 1612, 12 p. in-4·, s. I. Le thème en est clair. · Cette importunité des jésuites ». pour prendre le mol de Wendrock, Troisième préface, trad. Joncoux, cité t. vn, p. 69, provoquera les huit dernières Provinciales. c) De la IF à la /S· Provinciale, Pascal sc défend. — a. De la 11· à la 16·, il défend ses assertions concernant ta morale des jésuites. Suite des Provinciales morales. — Celles-ci sont différentes des précédentes : elles sont adressées directement aux « Révérends Pères jésuites »; le Père casuiste a disparu; ct si Pascal n'abandonne pas tout à fait le ton de l’ironie, son ironie n'est plus légère, elle se fait indignée. a) IF Provinciale, (n. lxxxi. t. v : inlrod., p. 279306; texte, p. 307-333), datée du 18 août. 11 se défend vigoureusement d'avoir · tourné les choses saintes en ridicule », comme il l'a déjà fait dans la 8· Provinciale, toc. cit., p. 157. Les extravagances des casuistcs sontelles une des choses saintes? Les Pères de l’Église n’ont-ils pas raillé les erreurs ridicules? La charité, la vérité, la discrétion imposent sans doute des con­ traintes, mais y a-t-ll manqué? « J’ai toujours pris un soin particulier, dit-il à ses adversaires, non seulement de ne rien falsifier, ce qui serait horrible, mais de ne pas altérer ou détourner le moins du monde le sens d'un passage... Je n’ni fias rapporté des maximes de vos auteurs celles qui vous auraient été le plus sen­ sibles » — celles concernant le régicide ct l'avortement — · je n’ni parlé en aucune sorte contre ce qui regarde chacun en particulier. · S’il a été < obligé d'user de quelques railleries », il n’a pas « confondu erreur ct chose sainte ». Enfin, il a toujours voulu · le salut de scs adversaires ». Lor. cit., p. 322-323. Les Jésuites peuvent-ils en dire autant? N’est-ce pas sc I moquer des choses saintes que d’en parler comme les Pères Binet, dans sa Consolation des malades, et Le 2095 PASCAL. LES PROVINCIALES, ANALYSE 2096 Moyne danssa Devotion aisée, scs Peintures morales, en î depuis quelque temps contre la doctrine des jésuites, par particulier · dans celle du livre VII, intitulée Élogedela 1 le prieur de Sainte-Foy, prêtre théologien (le P. Morel), pudeur ·? Ibid., p. 325-326. Et qu'y a-t-il de plus cou­ Lyon, 64 p. in-4®. Dans la 13· Provinciale, Pascal discute ces attaque*. rant dans leurs écrits que la calomnie? Le P. Brisacier Il prend même l'offensive. · Puisque vos impostures n’a-t-il pas si odieusement calomnié les religieuses de Port-Royal que l'archevêque de Paris a dû condamner croissent tous les jours », dit-il A ses adversaires, «et que son livre? Et n'ont-ils pas souhaité la damnation de les lecteurs hésitent entre nous, » je ne ferai pas voir u u lenient que vos écrits sont remplis de calomnies, mais leurs adversaires? — Il répète des choses déjà dites; mais eux proiitcnt-ils des leçons reçues ? Condamnés, , «que votre intention est de mentir et de calomnierait ils ont insulté < les savants chrétiens et l'Univcrsité que · vous croyez pouvoir le faire sans déchoir de l'état de grâce ». Loc. cil., p. 188. Preuves : à Lyon, Puys, cure lout entière · et, plus que jamais, ils ont imprimé de Salnt-Nizicr, pour avoir rappelé A ses fidèles le devoir • leurs méchantes maximes ». Ibid., p. 330-333. β) /2· Provinciale (n. lxxxih, ibid. : introd.. p. 311- I paroissial, fut dit par le jésuite Alby, «prêtre scanda 360; texte, p. 361-387), datée du 9 septembre. En post- leux et suspect d’impiété », et le même Puys, pour scriptum à la 1P Provinciale, Pascal annonçait qu'il avoir expliqué ses paroles dans un sens favorable aux répondrait « de belle façon » A un nouvel écrit où les jésuites, fut exalté par le même Alby. Le P. Magnl jésuites l'accusent · d'imposture et d'intelligence avec — celui du vide — pour avoir < réussi Ja conversion les hérétiques». En effet.tandis que le P. Annat con­ du landgrave de Darmstadt », fut calomnié par les testait le miracle de la Sainte Epine dans le Rabat- jésuites, mais dans un vague prudent. 11 leur répondit ; joye des jansénistes, 16 p. ln-4®, s. L, le P. Nouet, — Mentiris impudentissime; et il eut raison. qui avait déjà écrit contre la Fréquente communion et La 16· Provinciale suit de près;on craint des mesures qui attribuait A Arnauld les Provinciales, — avait contre les impressions clandestines. Elle continue la réfu­ édité une Réponse aux lettres que les jansénistes publient tation des Impostures et répond au Port-Royal et Ge­ contre les jésuites, 16 p. in-4®, s. !., qui comprenait nève d'intelligence contre le Très Saint-Sacrement de l'au­ d'abord un jugement sévère sur l'auteur, · calomnia­ tel, 113 p. in-4·, Poitiers, 1656, du P. Bernard Meynicr. teur, hérétique, haineux disciple de Calvin », puis la d) 17·et 18· Provinciale : Nouvelles Provinciales dog­ Première partie d'un ouvrage qui devait en comprendre matiques. — a) Pourquoi ce retour en arrière ? « Les quatre*, mais ne sera pas achevé et qui est désigné Jésuites ne savent plus où ils en sont », écrivait Guisous le nom de : Les impostures, contenant les impos­ Patin; mais, le 23 décembre, le lieutenant-civil por­ tures et les supercheries avec lesquelles Pau leur de ces tait une ordonnance contre les impressions clandes­ lettres a falsifié les passages des auteurs jésuites qu’il tines. /Mors le syndic des libraires négocia une sorte de ale. Cette F· partie établit six impostures; après cha­ trêve entre les partis. Le P. Nouet, qui avait publié cune un Avertissement signale quelque maxime ou avant le 23 une Réponse ù la quinzième lettre ne publia action des jansénistes en contradiction avec leurs cri­ pas à cc moment sa Réponse à la seizième. Mais, a tiques. Un moment l'opinion et Pascal lui-même attri- , quelques jours de IA, le prieur de Sainte-Foy (le P. Mo­ huèrent cet écrit â Dcsmarets de Saint-Sorlin; cf. i rel) ayant publié une Défense de la vérité catholique /5· Provinciale, t. vj, p, 210, n. 1, et 16·, ibid., p. 293. touchant le miracle. Contre la réponse faite par Mes­ Nouet publia ensuite une Réponse à l'onzième lettre des sieurs de Port-Royal ù un écrit intitulé : Observations jansénistes, 8 p. ln-4®, s. 1. nécessaires, avec privilège du roi, 44 p. ln-4®, Paris, Tandis que la Réponse à un écrit publié sur le sujet ( et le P. Annat, La bonne foi des jansénistes en la cita­ des miracles qu'il a plu à Dieu de faire à Port-Royal tion des auteurs, reconnue dans les Lettres que le secré­ depuis quelque temps par une Sainte Épine de la cou­ taire du Port-Royal a fait courir depuis Pâques, 9-40 p. ronne de Noire-Seigneur, 4-28 p. in-8®, s. J., attribuée in-4®, Paris, la guerre reprit au début de 1657. parfois A Pascal et qui est d'Antoine Le Maître, s'en Le P. Annat disait : · Après leurs quinze Lettres, il prend au Rabal-joye, Pascal, dans la 12· Provinciale, y avait de quoi sc contenter, quand nous n'aurions fait s'efforce de réfuter par des textes les deux premières que répéter quinze fois : Ge sont des hérétiques. Celle impostures : que les jésuites dispensaient les riches de position est inexpugnable. » La question sc trouvait l'aumône et qu’ils favorisaient la simonie; cf. 6· et reportée sur le terrain dogmatique où Port-Boyal sen *·· Provinciales. tait le besoin de ce défendre. En février paraissent γ) /J· Provinciale (n. i.xxxvi, t. vi : introd., p. 3-18; donc les Pauli Ireruei disquisitiones dure, 18 p. in-4·, texte, p. 19-13). datée du 30 septembre; et IP s. I., de Nicole; les Suffrages des consulteurs du Saint(n. xciv, ibid. : introd., p. 117-129; texte, p. 130-156), Office (sur les Cinq propositions), que Nicole réimpri­ datée du 23 octobre. Nouet ayant publié avec une mera en 1658 dans Wcndrock el, le 19, la 17· Provin­ Réponse à la douzième lettre des jansénistes, 8 p. ln-4®, ciale, datée du 23 janvier (n. c, ibid. : introd., p. 305s. I., la Continuation des impostures... 35 p. in-4°, s. !.. 339; texte, p. 340-373). où il énumère treize impostures, Pascal, dans ces deux Dans cette Provinciale et la 18· on a voulu voir un Lettres, réfutera les Impostures, 4·, 1 P, 13·, 14e, 15e, 17· retour de Pascal A la théologie thomiste et, par consé­ et 18·, ayant toutes trait aux maximes des jésuites quent, A l'orthodoxie. relatives à l'homicide; cf. 7· Provinciale. β) La 17· Provinciale est adressée, comme aussi la Entre la 13· et la 14· Provinciale paraîtra une Réfu­ 18·, « au Révérend Père Annat, jésuite ». Pascal y tation de la Réponse à la douzième lettre, 8 p. ln-4®, s. I. proteste contre l’accusation d’hérésie : « Vous suppo­ qui semble de Nicole. sez que celui qui écrit les Lettres est de Port-Royal. 8) /5· Provinciale (n. xcvi, ibid. : introd.. p. 167Vous dites ensuite que le Port-Royal est hérétique cl 185; texte, p. 186-211), datée du 25 novembre; et 16· vous concluez que celui qui écrit les Lettres est déclaré (n. xcvm, ibid., introd., p. 225-254; texte, p. 255hérétique. » Je n’aurai pas grand'pcine A me défendre, 293), datée du 4 décembre. ajoute-t-il; renvoyant le Père A ses Lettres antérieures. Il se contente de répéter : « Je ne suis pas de PortLe P. Nouet a encore publié une Réponse à la treizième lettre, 8 p. ln-4®. s. I., qui paraîtra un peu Royal », et de protester «ju’il veut vivre et mourir avant la //· Provinciale; puis la Seconde partie des dans la communion avec le pape. T. vr, p. 343. impostures, en 2 recueils : 1° Impostures. 20 A 27 ; D'ailleurs, Port-Royal n’est pas hérétique. Il n’y a 2® Impostures, 28-29; enfin une Réponse à la quator­ pas d’hérésie dans l’Eglise : tous les chrétiens con­ damnent les Cinq propositions avec Innocent X. Et, zième lettre, 8 p. ln-4·, s. I. En même temps paraissait une Réponse générale à l'auteur des lettres qui se publient ! si quelques-uns nient que ces propositions sc trouvent 2097 PASCAL. LES PKOVINCIALES, ANALYSE dans Jansénius au sens condamné, où est l’hérésie? < m dira : le pape a déclaré que l’erreur des Cinq propo­ sitions est dans Jansénius. Oui, mais, du consentement do tous, jésuites compris, le pape n’est pas infaillible dans les questions de fait, où seule décide l'expérience. Ici, toutefois, il faudra dire, non pas : le pape s’est trompé sur cc fait, mais : les jésuites ont trompé le pape sur ce fait; · cc qui n’apporte plus de scandale, tant on les connaît maintenant », p. 358. γ) La /5· Provinciale. — Coup sur coup, le P. Annat riposte par une Réponse à la plainte que les jansénistes /ont qu’on les appelle hérétiques et une Réponse à la .XVII· lettre des secrétaires de PorLRoyal. Puis, chose plus grave, la bulle Ad sanctam, où Alexandre VII allirmc que les Cinq propositions sont condamnées au sens de Jansénius dans Γ Augustinus, datée du IG oc­ tobre 1656, allichée à Home le 7 novembre, était reçue par le roi le 11 mars 1657,1c 17 par PAssemblée du clergé qui élaborait un nouveau Formulaire à signer par les membres du clergé et les personnes en religion. Port-Boyal tâchait de faire front. Arnauld terminait le 20 mars son Cas proposé par un docteur à M. l'évéque d’Alct touchant la signature du Formulaire arrêté le Π mars /6’57, 14 p. in-4°; Œuvres, t. xxi, p. 18-16; le 21, Pascal sa 18· Provinciale (n. eu, t. vu : introd., p. 3-22; texte, p. 23-38); le 26, Nicole sa Pauli 1 remet tertia disquisitio, 42 p. in-4·. Toutefois, ces trois bro­ chures ne parurent qu’en mai : des négociateurs s'étaient interposés, les jansénistes offrant de garder sur le fait un silence respectueux. La négociation échoua, entre autres causes parce qu'à Mazarin le jansénisme servait d'arme contre Home. • Il ne suint pas, pour justifier Jansénius, avait écrit le P. Annat, de dire qu'il ne tient que la grâce efficace, parce qu’on la peut tenir en deux manières, l’une héré­ tique selon Calvin, qui consiste à dire que la solonlé mue par la grâce n’a pas le pouvoir d'y résister; l’autre orthodoxe selon les thomistes et les sorbonnistes, qui est que la grâce efficace par elle-même gouverne la volonté de telle sorte qu’on n le pouvoir d’y résister. · Pascal s'empare de cette distinction. Si, dit-il, l'erreur que les papes ont voulu condamner * sous ces termes du sens de Jansénius n'est autre que le sens de Cal­ vin..., sans bulles ni brefs, tout le monde eût con­ damné celle erreur avec vous. · Janséniuset scs dis­ ciples ont, sur la grâce cfllcacc, la doctrine de saint \uguslin et de saint Thomas cl. par conséquent, des nouveaux thomistes, parce qu’ils soutiennent contre Calvin le pouvoir que la volonté n de résister même à la grâce clllcacc et, contre Molina, le pouvoir de cette grâce sur la volonté. Au fond de tout cela, il y a une question de fait. Or. «les voies naturelles pour faire croire un point de fait sont de convaincre les sens et de montrer dans un livre les mots que l'on dit y être ·. Que l'on montre donc dans Jansénius les propositions condamnées et au sens condamné! Le pape s’est pro­ noncé. Oui, mais, encore une fois, en matière de fait les papes ne sont pas infaillibles : l’histoire le prouve. Comme son prédécesseur, Alexandre VII ne s’est pas rendu compte par lui-même : sa bonne foi a été sur­ prise. Comment s’en étonnerait qui connaît les jésuites et leurs maximes touchant la calomnie? En lin Pascal substitue au formulaire, dit M. Gazicrqui l'approuve, op. cit., p. 117, une admirable profession de foi qui sise Jansénius el Molina. Luther cl Calvin, saint \uguslin et saint Thomas. » Et Pascal allirmc : « Catholiques sur le droit, raisonnables sur le fait, et innocents en l’un et l'autre », tels sont les Jansénistes... Qui oserait s'imaginer qu’on fit dans toute l’Eglise tant de bruit pour rien, pro nihilo..., pour · un fait de nulle importance qu'on veut faire croire sans le mon­ trer ». Tout ce mal vient des jésuites qui font croire que · tout est menacé », p. 55. 2098 3) Dans la I v Provinciale, Pascal commence-t-il à se séparer de Port-Royal? — Entré par surprise dans le jansénisme, Pascal s’en serait évadé, sous l'impulsion naturelle de son génie : la /7· et surtout la 13· Pro­ vinciale indiqueraient cc progrès; cf. Giraud, Janssens, Cherullcr, Maire, Bremond qui écrit : Histoire litté­ raire du sentiment religieux, t. iv, p. 321 : « 11 a beau­ coup changé d'une Provinciale à l'autre; Il s'est peu à peu rapproché de la pure doctrine catholique », et E, Jovy qui dit : Pascal inédit, t. n, Les derniers senti­ ments de Biaise Pascal, in-8·, Vitry-Ie-François, 1910, p. 2-4 : vers la /7· Provinciale, «il semble s'être pro­ duit on ne sait quel revirement dans l'esprit de Pas­ cal ». C'est « un tout autre ton, une tout autre théo­ logie; il se rapproche du thomisme, il proteste de son attachement pour 1 ' Eglise cl pour le pape. »—Mais c'est dès la 11· Provinciale qu’il a pris un autre ton et c’est en collaboration avec Nicole et Arnauld qu'il a com­ posé la 17· Provinciale que les jésuites ont attribuée à Arnauld, la 13· « dont la doctrine et souvent les expressions sc retrouvent dans le Cas proposé à l'évéque d'Alet, dans la Seconde lettre ù un duc et pair, et cnîln dans lu troisième Disquisition de Paul Irénée. En particulier, le jugement de Montalle sur la grâce suffi­ sante des thomistes, demeuré sans le moindre change­ ment de la 2· Provinciale à la /$· est celui que portait Arnauld dans VApologie pour tes saints Pères. Pascal s’en est toujours tenu, dans la 18· Provinciale et dans ses autres écrits, à la théorie des deux délectations (concupiscence et grâce), interprétée dans le sens le plus strictement janséniste. » Laporte, Le jansénisme de Pascal, dans Revue de métaphysique et de morale, 1923, p. 264-265. 5. Pascal interrompt tes Provinciales. — · Laissez l’Eglise en paix, disait Pascal au P. Annat ù la tin de la 18· Provinciale, et je vous y laisserai de bon cœur; mais pendant que vous ne travaillerez qu’à y entre­ tenir le trouble, ne doutez pas qu’il ne se trouve des enfants de la paix qui sc croiront obligés d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité. » P. 58. Une 19· Provinciale était alors sur le métier, une 20· en vue; d’un autre côté, le succès des Petites Lettres ne faisait que grandir. Or, brusquement, elles s’arrêtèrent. D'après B. Jovy, loc. cit., p. 10 sq., Pascal aurait été las des coups reçus dans la polémique et éclairé par elle, d’autant que « les deux autorités suprêmes à scs yeux, le pape et le roi, s'étalent définitivement pro­ noncées contre le jansénisme ». Mais, d’après ce qui vient d’être dil, ce travail intérieur est invraisem­ blable. — D’après A. Gazier, loc. cit., p. 106-107, cl Les derniers jours de Biaise Pascal, in-12. Paris, 1911, p. 9-10, Pascal aurait cédé à des raisons de conscience : au moment de la communion pascale, Pâques tombant en 1657 le 1er avril, il aurait senti la vérité de celte observation de M. Singlin et de la Mère Angélique. • que cette façon de défendre Port-Boyal n’était pas conforme au précepte divin de l’amour des ennemis »; il aurait obéi aussi à la prudence : on négociait une paix de l’Eglise et il ne fallait pas exaspérer les pas­ sions; obéi à la suggestion du prieur de Sainte-Foy qui. dans sa Réponse générale, l'avait supplié de com­ battre, plutôt que les jésuites, « les restes de l’hérésie, les langues impies el libertines ». — Mais, vu ce qui s’élait passed ce qui va suivre, étant donné que Pascal lutte toujours jusqu’à épuisement de l'adversaire, l'idée de cet autre travail intérieur est également inac­ ceptable. Vraisemblablement la bulle Ad sanctam et la menace d’un nouveau formulaire obligeaient PortBoyal à trouver autre chose : refuser la bulle, PortBoyal y songea un moment; la 19· Provinciale eût Justifié celle attitude. On s'arrêta à cette solution moins risquée et non moins clllcacc : annihiler la 2099 PASCAL, LES ÉCRITS DES CURÉS bulle en amenant le Parlement Λ en refuser l'enregis­ trement. Cf. G. Lanson, Après les Provinciales, dans Revue d’histoire littéraire, 1901 p. 4 et 5. 6. Im lettre d’un avocat. — Dès le 19 mars, Arnauld, dans une Lettre d’un ecclésiastique à son évêque, tou­ chant la signature du formulaire, 12 p. in-4°; Œuvres, t. xxi, p. 182 sq.. faisait celte menace : « Si ma voix ne peut être entendue de personne dans l'Églisc, l'on ne m'ôtera pas le moyen de remontrer au Parlement l'abus d'une procédure si singulière ct si contraire aux canons de l’Eglise ct A l’ordre de tous les jugements. ■ Et il envoyait au Parlement des Mémoires manuscrits. Ibid., p. 61 sq. Puis parut la Lettre d’un avocat au Parlement à un de ses amis touchant l’inquisition que l'on veut établir en France à l’occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre VII, datée du 1er juin 1657 (n. c, t. vu : introd., p. 177-197; texte, p. 198-218; appendice, p. 219-222). Attribuée A Antoine Le Maître, celte lettre, d'après G. Lanson, loc. cit.,p. 5-12, est de Pascal, au même litre que les Provinciales. C'est un appel formel au gallicanisme du Parlement : la bulle ne décide pas seulement un point de doctrine; « elle est le point de départ d'une nouvelle inquisition; d'ail­ leurs, elle est · toute pleine de nullités essentielles » au point de vue · du droit traditionnel », p. 205 sq. C’est même un appel au gallicanisme des évêques : la lettre parle, en effet, « de la manière injurieuse » dont la bulle · a rabaissé l'ordre sacré de l'épiscopat », p. 209. Cette Lettre mécontenta le nonce, amena l'arresta­ tion de l'imprimeur ct du libraire cl fut brûlée le 25 juin; mais il fallut un lit de justice, le 19 décembre, pour que le Parlement enregistrât la bu’îc. 5· Une suite des Provinciales : les écrits des curés et I'Apologie des casuistes. — 1. Avant ΓApologie (16561657). — Les Provinciales morales avaient ému les curés de Paris. Le 13 mai 1656. sous l'impulsion de leur syndic, Housse, curé de Saint-Roch. ils décident de poursuivre ou les casuistes s'ils ne sont pas calom­ niés, ou, s’ils le sont, < le secrétaire de Port-Royal ». Le 30, un curé de Rouen, du Four, abbé d’Aulnay. part en guerre A son tour; il sc heurte au jésuite Brisacicr; les curés de Rouen prennent parti pour leur collègue, vérifient les textes, les jugent probants, ct demandent, on l’a vu, A leur archevêque de condamner ofllcicllcmcnt les casuistes. .Jugeant la question d'in­ térêt général, l'archevêque la renvoie à l'Assemblée du clergé. Un Avis de messieurs les curés de Paris à messieurs les curés des autres diocèses de France sur les mauvaises maximes de quelques casuistes, avec la Requête de messieurs les curés de Rouen à Monseigneur leur archevêque ct un Extrait des plus dangereuses pro­ positions de la morale des nouveaux casuistes, \n- t·, attri­ bués à tort à Pascal, avertissent toute la France, ainsi qu’une Lettre des curés de Rouen sur leur procès contre les nouveaux casuistes, 16 p. ln-8°. Après avoir vérifié les citations des Provinciales, les curés adressent un Second avis à Messieurs les curés de France, ct dénon­ cent aux grands vicaires de Paris (Retz est en exil) ct A (’Assemblée du clergé trente-huit propositions des casuistes. Cette assemblée se contentera d'ordonner, le t·’ février 1657, la réimpression des Instructions pour les confesseurs de saint Charles ct condamnera la nou­ velle morale dans une Lettre aux évêques de tout le royaume. 2. L’Apologie pour les casuistes. — Mais alors panit ce livre, 196 p. in-4°, s. L, que l’on sut être du P. Pirol, du collège de Clermont, un ami du P. Annat. Résumant en cinquante-quatre objections tout ce que. repro­ chaient aux casuistes les Provinciales ct les Écrits des curés, Pirot leur répondait, soutenant formellement que les casuistes étaient dans le vrai sur chacun des points attaqués. 2100 3. Après ΓApologie : 1rs Écrits des curés et l’interven­ tion de Pascal. — Go livre était maladroit. Il créa un scandale. Des évêques qui n’étaient rien moins que jansénistes, tel le vénérable Alain de Solndnihnc qui l’appelle · monstre d'abomination ·, le condamnent comme exposant «la plus pernicieuse doctrine qui oit jamais paru dans lÉglise ·■». Cf. L. Sol, Alain de Solminihac. Lettres et documents, ln-8·, Cnliors, 1930, p. 620, 623, 626-631. Les curés de Paris crient plus haut que tous. Le 7 janvier 1658, en synode, ils nomment une commission de huit membres chargés de poursuivre la condamnation de Γ Apologie devant le Parlement, la Faculté de théologie et les vicaires généraux. Avant d’agir, les huit jugèrent utile de publier un Factum w la question; ils s'adressèrent A Port-Royal ct, le 25 janvier, Pascal terminait, dans les mêmes condi­ tions que les Provinciales, un Factum pour les curés de Paris (n. ex, t. vu ; introd., p. 259-277; texte, p. 278299). Revu par les commissaires, cet écrit parut en février. « Ce qu'il y a de plus pernicieux dans ccs nouvelles morales, disait-il, c'est qu’elles ne vont pas seulement A corrompre les mœurs, mais A corrompre la règle des mœurs. »Cf. Pensées, fr. 894.« Ils substituent A la vérité morale qui ne doit avoir pour principe que l'autorité divine et pour lin que la charité, une morale toute humaine qui n’a pour principe que la raison cl pour fin que la concupiscence et les passions de la nature ·, ct cela ■ avec une hardiesse incroyable. Une action, disent-ils, est probable ct sûre en conscience dès quelle est appuyée sur une raison raisonnable, ratione rationali, ou sur l'autorité de quelques auteurs graves ou même d’un seul, ou si elle a pour tin un objet honnête. » Et, dans une énumération qui rappelle les Provinciales, l’auteur cite quelques applications de ccs principes. Celte morale a été condamnée. Mais, alors que, jusqu’ici, les défenseurs des casuistes les disaient calomniés, VApologic, « avec un scandale ct une témé­ rité incroyables, avoue ccs principes ct les soutient comme sûrs en conscience ». Ce Factum fut le premier de quinze. Les jésuites l’ayant réfuté, les curés, A qui Mazarin interdisait de porter la question devant le Parlement, la mainte­ naient devant la Faculté de théologie cl les vicaires généraux, et publiaient un Second factum des curés de Paris pour maintenir le Factum par eux présenté ά mes­ sieurs les vicaires généraux pour demander la censure de l’Apologie des casuistes contre un écrit intitulé « Réfuta­ tion », daté du 2 avril, ct qui semble de Pascal (n. cxi. ibid. : introd.,p. 303-307 ; texte, p. 308-327). Paraissent également de Pascal : le 5· du 11 juin, Factum sur l’avantage que les hérétiques prennent contre l’Église de la morale des casuistes et des jésuites (n. exiv, ibid. : introd., p. 351-354 ; texte, p. 355-373) ct le G·, daté du 24 juillet, Factum où l'on fait voir par la dernière publi­ cation des jésuites (Le sentiment des jésuites sur ΓApo­ logie, 8 p. in-4·. s. I., qui csl du P. de Lingendos ou du P. Annat), que leur société entière est résolue à ne point condamner l’Apologie ct où l'on démontre par plusieurs exemples que c’est un principe des plus fermes de la doctrine de ces Pères de défendre en corps les sentiments de leurs docteurs particuliers (n. exx, t. vm : ntrod., p. 35-41 ; texte, p. 42-63). De ce moment date aussi un Projet de mandement contre V Apologie, trouvé dans les papiers de Pascal (n. cxv, t. vu : introd , p. 377-379; texte, p. 380-391). On attribue aussi à Pascal un Factum par où les curés de Nevers, A la Πη de juillet, demandent A leur évêque la censure de VApologic ct le texte même de la censure épiscopale du 8 novembre (n, exxr, t. vm : introd., p. 67-68; texte du Factum, p. 69-76, de la censure, p. 77-80; appendice, p. 81-112). La Sorbonne condamnera, «l'avril A juin 1658, plu­ 2101 PASCAL. QUESTIONS POSÉES PAH LES PROVINCIALES 2102 sieurs propositions et, ic 16 juillet, l'ensemble de I comme les jésuites ne se sont pas privés de le lui dire, l’Apologie, mais ccttc condamnation ne fut publiée qu’un secrétaire génial à la vérité : pour chaque lettre, que le 19 octobre ct avec ccttc adjonction : « Cette l’idée directrice, le plan, les argumente, les citations censure ne signifie pas une approbation des Provin­ ct souvent les traits même ou les métaphores lui sont ciales. » Le 27 novembre, censure de l’Apologie par les fournis par le cénacle dont il défend la cause, que vicaires generaux de Paris. Le 21 août 1659, un décret tout Je monde, en dépit de scs précautions, devine du Saint Oflicc, signé d'Alexandre VU, la condamne derrière lui, ct qui, précisément en raison de cela, ù son tour. Le général des Jésuites n'avait pas attendu n'aurait garde de laisser passer dans des écrits si uni­ ce moment pour interdire À ses Pères de défendre le versellement répandus la plus petite phrase de nature livre incriminé. Cf. Septième écrit des curés de Paris ou â déformer ct. par suite, à compromettre la vérité. » journal de ce qui s’est passé tant à Pans que dans les Scs principaux collaborateurs ct guides furent Nicole provinces sur le sujet de ta morale et de l’Apologie..., et Arnauld, dont la Théologie morale des jésuites, 1G59. Voir les extraits du T Factum, n. cxxi, Appcn- extraite fidèlement de leurs enivres, 1643. 2· édit., 1644. dice aux écrits contre l’Apologie des casuistes, t. vin, (Euvrcs, t. xxix, p. 74-172, lui fournil,en citations et en références, la plus grande partie de la matière des p. 85-112; ct l'art. Laxisme, col. 13-34. G° Les Provinciales condamnées. 1657-1660. — *>ans Provinciales. · Pascal n’cul à ajouter que des passages de casuistes édités après 1644. Diana, Caramuel, Lesle mime moment les Provinciales elles aussi étaient slus, que ses amis dépouillèrent cl Éscobar qu'il lut condamnées. Le 9 févric" 1G57, le parlement d'Aix condamnait lui-même deux fois. » Lanson, Grande encyclopédie, • à être brûlé s » dix-sept Lettres, « imprimées sans art. Pascal; ci. pour le détail, Michaut, Les époques de nom d'auteur, i i d’imprimeur, remplies de calomnies, la pensée de Pascal, 2e édit., in-8·, Paris. 1902. p. 128, faussetés, suppo itions ct dillamalionscontrc In faculté η. i, ct Brunschvieg. introduction â chaque Provin­ de la Sorbonne, es dominicains ct jésuites pour les ciale : les Sources. Pascal peut cependant être dit l’auteur des Provin­ jeter dans le mépris ». Ce sont les IG premières Pro­ vinciales ct une Lethe au P. Annal sur son écrit qui a ciales, car, si les matières lui sont fournies, s'il est pour titre : La bonne foi des jansénistes, du P. Fronteau, guide, soutenu, contrôlé, il a mis en tout sa marque génovéfain. Col arrêt fut connu à Parte en mars. personnelle. · De quatre réllcxions éparses, dit G. Lan­ son. il a fait une cinquième lettre cl d’une ligne et N. ci, t. vi, p. 375-378. Le 6 septembre, l'index condamnait les 18 Provin­ demie, il a tiré trois pages foudroyantes de la dixième. » Ibid. ciales « en langue française », la Lettre d'un avocat ct 2. Pascal a-t-il usé de la restriction mentale? — Il a les ouvrages d’Aniauld depuis la Lettre à une personne de condition, — la dernière était : Écrit sur la faillibilité dit : · Je ne suis pas de Port-Royal », /6· Provinciale, des papes ct des conciles touchant les jails non révélés, p. 258-259. JP, p. 3-12. · Si toutes les Provinciales, dit août, (Euvrcs, t. x, p. 705-718, — ct défendait d’ajou­ Sainte-Beuve, étaient vraies comme cette assertion, il ter foi à la brochure Avis des consulteurs. N, cvn, ne faudrait pas s'étonner que de Maistre ail mis â t. vu, p. 231. Ce décret ne fut connu à Paris qu’en côté du Menteur de Corneille ce qu’il appelle les Men­ teuses de Pascal. El Bruncllcrc, Provinciales, Lettres J, décembre. Pourquoi les Provinciales furent-elles condamnées? /r, Λ//Ζ |ri extraits, in-16. Paris, 11· édit., 1918. Arnauld. Difficultés proposées à M. Steyaert, 1691, p. xiv : < Quand c'est Voltaire qui retourne ainsi leurs dill. 94, 3e ex.. (Euvrcs, t. ix, p. 28G, juge que ce fut propres armes contre ses adversaires, on peut, si l’on parce qu'elles parurent sans nom d’auteur, sans appro­ veut, n’y voir qu’une feinte habile; mais jamais je ne bation, ni indication d’aucune sorte, écrites en langue m’habituerai à pallier d'une semblable façon l'équi­ vulgaire ct par là diminuant pour tous un ordre reli­ voque où Pascal a eu le tort de sc jouer. » Semblable gieux. Mais les Écrits des curés rééditant en langue ment Havel. Ixs Provinciales, 2 in-8·, Paris, 1887, vulgaire les Provinciales ne furent pas mis à l'index. p. 212 : Si Pascal n’est pas à la lettre ct absolument Ne serait-ce pas d'abord en raison du fond dogmatique de Port-Royal, il l'est par bien des points; il l’est sur­ des Provinciales? Il csl vrai que la traduction latine tout par le cœur. S'abaisser à une telle équivoque doit afTaibllr la force de son réquisitoire contre les restric­ de Wendrock n’était pas atteinte. Enfin, en septembre 1659, au passage du roi ù Bor­ tions mentales. » Diverses explications ont été tentées dont aucune deaux, le parlement de ccttc ville, sollicité de condam­ ner Wendrock qui avait du succès, demanda l’avis de n’est satisfaisante : — Pascal sc sentait tellement diffé­ la faculté de théologie qui déclara le livre exempt d’hé­ rent de Port-Royalqu’il pouvait dire en toute sincérité résie, G juin 1GG0. Le parlement sc récusa donc, mais n’en être pas. Ainsi : Stapfcr. Une contribution à This· une commission de quatre évêques et de neuf théolo­ loirc religieuse de Part-Royal, dans Revue des Deux giens désignés par le roi ayant jugé nu contraire le Mondes, 15 novembre 1908. p. 321 ; Jovy, loc. cit., p. 7 livre, les notes ct les disquisitions qui l’accompagnaient ct 8. M. Blondel, Le jansénisme et l’antijansénisme de infectés de l’hérésie janséniste, le 23 septembre, le Pascal, dans Revue de métaphysique et de morale, 1923, conseil du roi condamna le livre à être brûlé. N. eux, p. 144, dim encore: «Est-ce chez lui sentiment profond t. x : introd., p. 15-18; texte, p. 19-21; appendice, d’être autre que scs amis? » Mais celle explication se heurte à ce fait que Pascal voulait être de Port-Royal p. 22 25. 7° Questions posées par les Provinciales. — 1. Pascal ct, qu’en fait, dans les Provinciales, il n'était guère peut-U en être dil railleur? — « Étant seul contre un que le secrétaire de Port-Royal. C’est l’énoncé littéral d'un simple fait, disent quel­ si grand corps », disait Pascal aux jésuites, Pro­ vinciale, t. v, p. 362; le P. Annat s'était moqué de ques-uns, cl non subterfuge. Ainsi A. Gazier, Histoire ccttc plainte : autour du Secrétaire du Port-Royal, il générale du mouvement janséniste, t. i, p. 74, fuit voyait quarante solitaires au travail; cf. t. vu, p. 7. sienne l’explication de Bcsoignc, Histoire de PortÉtant donnés la quantité des matériaux mis en œuvre, Royal, t. iv, p. 158 : « On était de Port-Royal sans en les problèmes soulevés, les nuances théologiques à être; on en était étant d’ailleurs. Ce n’était qu’une préciser, la rapidité avec laquelle sc succédèrent les confraternité de personnes dispersées, lesquelles ne se Provinciales, de toute nécessité, quelle qu'ait été la connaissaient même pas. ■ M. Brunschvieg. Œuvres, puissance d’assimilation de Pascal, il eut des collabo­ l. iv, p. xxxiii, n. 4. donne celte traduction qu'ap­ rateurs. · Pascal n’est guère, dil J. Laporte, La doc­ prouve J. Laporte : «Je ne suis pus de ceux auxquels trine de la grâce chez Arnauld, avertissement, p. xu, on pense, amis ou ennemis, lorsque l’on parle de Port- 2103 PASCAL. OUESTIONS POSÉES PAH LES PROVINCIALES Royal. · Mais il ne tant pas oublier que Pascal fait précéder le : « Je ne suis pas de Port-Royal » du mot : < Je suis seul », qui est contraire aux faits. Enfin G. Lanson. Après les Provinciales, loc, cit., p. 11. écrit : « Par la force dc son imagination esthé­ tique. il pouvait sc croire dc bonne foi dans un per­ sonnage fictif et il pouvait écrire sans mensonge, parce qu'il le dit au nom de son imaginaire Montaltc, hors de nom par définition el sans nul engagement, ce qui, dit en son propre nom, serait mensonge ou cscobardcric. » M, Spoerri, A propos de la sincérité dc Pascal, dans Revue d'histoire littéraire, 1923, p. 311, explique, d’après le contexte dans la /7· Provinciale : · Du moment que la vérité est en cause, je me détache ici de ma propre personnalité; c'est la vérité qui parle, ce n’est pas moi ct la vérité n'est pas attachée à Port· Royal. » 3. La théologie des Provinciales. — a) Dogmatique. Elle exprime fidèlement la pensée dc Port-Royal sur la grâce ct sur l’obéissance au pape. Voir col. 2155 sq. b) Morale. — La critique pascalicnnc dc la casuis­ tique contemporaine procède dc la doctrine morale dc Port-Royal, « un rigorisme géométrique », a dit Remy de Gourmont, Le chemin de velours, in-S°, Paris, 1902, xiv, Le probabilisme. Elle est « le contraire d’une morale indépendante », Giraud, Pascal, l'homme. Pauvre, in-12, Paris, 1922, p. 187, ct même d’une morale rationnelle. Étant don­ née la corruption de la nature, c’cst un renversement des choses, d’interroger sur la morale, comme sur la théologie, la raison humaine. Il n'y a pas dc morale naturelle. La morale est positive. Scs principes sont ceux dc l’Écriture, des Pères, surtout saint Augustin, en un mot, dc la Tradition. Elle csl donc absolue dans ses applications comme dans scs principes. Celui qui devait représenter l'humanité comme un seul homme allant dc lumière en lumière n’admet, en morale, ni évolution, ni progrès. La morale d’aujourd’hui doit être celle des chrétiens des premiers temps. Cf. Com­ paraison ct Pensées, fr. 904 : · Les anciens ont-ils donné l’absolution avant la pénitence? » Le caractère de ccttc morale est un ascétisme rigide. Aucune distinction entre conseils ct préceptes. Un seul idéal, ou plutôt une seule règle pour tous les chré­ tiens. Étant donnés le dérèglement de scs appétits spi­ rituels et sensibles cl le mystère dc l'élection divine, le chrétien doit vivre dans le sentiment du péché ct dans une réaction permanente contre la concupiscence, c’est-à-dire contre l’attirance de son bien particulier : il doit détruire en lui-même ambition, amour, attache­ ment aux jouissances terrestres ct sentiment humain dc l’honneur, ne tenir aucun compte des exigences dc la vie économique ct presque dc la vie sociale, empêcher les affections légitimes d’êtro prédomi­ nantes. Une action csl bonne quand, en elle-même, elle est conforme à la règle posée par la Tradition; mais 11 faut encore qu’elle soit accomplie avec une intention déterminée. C’est là une condition essentielle de la bonne action morale. Or, étant donné l'aversio mentis a Deo qui suit dans l’humanité déchue le péché origi­ nel, l’homme qui veut faire le bien ne peut avoir une autre fin que l'amour de Dieu. Mais cela suppose un renversement dc la volonté par la grâce. Sans cc ren­ versement, il ne peut y avoir ni amour actuel dc Dieu, ni véritable observation des commandements, — sans la grâce, celte obscn alion ne serait que pharisaïsme, — ni amour affectif des mystiques. Il faut donc ne parler de l’influence de /'intention, qu'en cc sens seulement que l’homme agit ou sous l’impulsion de l’amour de Dieu, autrement dit dc la grâce, ou sous l'impulsion dc la concupiscence, autre­ '2104 ment dit dc la nature déchue. Pas dc nuances. En face d'un cas de conscience, — pour savoir quel devoir choi sir ct non quelle licence prendre, — le chrétien n’a qu» faire des raisonnements de la casuistique; il n’u qu’à suivre l'impulsion de la charité, autrement dit de la grâce, parce que la charité est la condition du bon exercice dc l'intelligence. Or, cette charité csl propre à chacun : scs solutions n’ont rien d'une solution pour tous : Pascal supprime ainsi en fait la casuistique. L’on comprend aussi dès lors qu’il n’y ail pas de conciliation possible entre I'aversio mentis a Deo ct la conversio ad Deum; que l'ignorance du droit ou de la loi, conséquence de la concupiscence, n'excuse pas de lu faute; que Vattrition ne suffise pas pour le pardon des péchés, pas plus que pour le salut ne suffisent les pratiques divotn sans un actuel amour de Dieu et sans pénitence. 4. Pascal et la morale des casuistes el des jésuites. a) Du point de vue janséniste Pascal ne pouvait, à priori, accepter leur morale. — « Des pécheurs justifiés sans pénitence, des justes justifiés sans charité, tous les chrétiens sans la grâce de Jésus-Christ, Dieu sans pouvoir sur la volonté des hommes, une prédestina­ tion sans mystère, une rédemption sans certitude. · Pensées, fr. 881. Pascal ne pouvait porter un autre jugement sur l’œuvre de théologiens partant de cette idée que, si la morale chrétienne est immuable en ses principes, elle doit, étant donnée l'évolution des socié­ tés, adapter ses applications aux conditions nouvelles des sociétés. Autrement dit, que les choses prennent, en face des principes, une autre valeur pratique; de théologiens ayant dc l'homme cette idée que la raison naturelle, en dehors dc toute action dc la grâce, est une lumière et que, dans l'appréciation morale des choses, elle a sa valeur, ct aussi que l’homme csl libre deson choix moral, d'une véritable liberté ct qu'ainsi son intention immédiate, intrinsèque à l’acte, variable à son gré, peut faire varier, dans une certaine mesure, la moralité dc scs actes, cf. Pensées, fr. 907; de théolo­ giens jugeant enfin qu’étant donnée la rédemption, les conditions du salut doivent être plus faciles au chrétien, les sacrements ayant leur effet propre ex opere operato, ct qu'ainsi il n'est pas nécessaire d'avoir expié scs péchés pour que l’absolution produise scs effets ct que Vattrition suffit, cf. Pensées, fr. 923, ct, qu'en dépit de la Neuvième Provinciale, « d'une ironie si intellec­ tuelle et si féroce », Rellcssort, Nos missionnaires..., dans Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1931, p. 365, les dévotions ont leur valeur. b) D'autre part, il était inévitable que, dans ce travail d'adaptation et de renouvellement, dans le jugement sur la valeur morale des actes, des choses, les casuistes dépassent la mesure. ·— « On peut voir, dans les Pro­ vinciales, une arme dc combat, dit le P. Mandonnct, O. P., La position du probabilisme dans l'Église catho­ lique, dans Revue thomiste, mars 1902, p. 5 sq., mais on doit y reconnaître une protestation indignée du sens chrétien.» Et le P. Mandonnct rappelle les condamna­ tions portées contre le probabilisme par Alexandre Vil ct Innocent XL 11 faut bien reconnaître, d’ailleurs, que la conscience el la théologie modernes approuvent le principe général de la casuistique en question. Cc qui a été condamné, ce sont les excès inévitables de la pre­ mière application. En pareille matière il était impos­ sible que tous les esprits trouvassent du premier coup la juste mesure.Tout particulièrement, avccl'attcntlon que les casuistes portent aux conditions intérieures dc l'acte humain, à l'intention spécialement cl à son influence sur la moralité de l'acte, ils furent plus ou moins amenés à négliger la valeur morale des actes en eux-mêmes. c) Mais Pascal n'a-t-il pas calomnié? — a. Les jésuites qu'il cite?— Avant Nouët, les jésuites avalent accusé Pascal dc citations fausses; cf. Réponses aux 2105 PASCAL. QUESTIONS POSÉES PAH LES PHOVINC1 ALES 2106 Lettres provinciales publiées par le secrétaire de Portcite Maynard, voici les principales. Cf. Chevalier, loc. Royal contre les RH. PP. de la Compagnie de Jésus sur cil., p. 125, η. 1 : le sujet de la morale desdits Pères, in-12, Liège, 1658, /· Provinciale, p. 253; Maynard, L r, p. 163, η. 1; recueil dc toutes leurs réponses avant 1658. Dans son citation dc Bauny sur cc que Γ ignorance du droit excuse arrêt contre les Provinciales, le parlement dc Provence du péché, arrêtée à une virgule, alors que la suite pré­ parle dc « calomnies contre les jésuites ». Dans les cisait « d’une manière fort raisonnable ·, dit Maynard, Entretiens de Ctitandre et d'Eudoxe sur les lettres du en quels cas ccttc ignorance peut exister. Mais les jan­ provincial, le jésuite Daniel soutient la même thèse. sénistes n’acceptent pas qu'en aucun cas Vignorancc J. de Maistre, Œuvres complètes, 11 in-8·, Lyon, 1884- , du droit soit une excuse ct Pascal veut simplement 1886, t. in, p. 61 sq., juge avi cia plus extrême sévérité | montrer qu'en cela ils sont d’accord avec Aristote. — « les belles menteuses ». Chateaubriand dira : « Pascal ·>· Provinciate, p. 307; Maynard, ibid., p. 233, η. I ; n'est qu'un calomniateur dc génie; il nous a laissé un la fatigue née du crime dispense-t-cllc du Jeûne? Oui, mensonge immortel », fitudes ou discours historiques, fait dire simplement Pascal à Filiutlus, alors que Filiut. iv, vter des (Euvres complètes, édit, dc 1831. p. -148; il tius dit qu’un tel homme aurait péché, « par la mau­ est vrai qu'en 1829, Lettre du 23 mars, il écrira : · Je vaise fin qu’il s’est proposé ». · Pour le coup, s’éenc suis obligé de reconnaître qu’il n’a rien exagéré », Maynard, voilà Pascal pris en flagrant délit de falsifi­ Revue des revues, t. xvi, p. 118. Dans son livre. Les cation. » Est-cc bien exact ? I^a réserve dc Filiutlus Provinciales publiées sur la dernière édition revue par importe peu dans la question posée : facilité avec Pascal avec les variantes des éditions précédentes et leur laquelle les casuistes dispensent du jeûne. — Ibid., ré/utation consistant en introduction et nombreuses notes ! p. 313; Maynard, ibid., p. 243. η. 1 : d’après Pascal. historiques, littéraires, philosophiques et théologiques, Laymann autorise un docteur à donner à un cas dc 2 in-8·, Paris, 1851, Maynard, textes en main, soutient conscience une solution qu'il juge fausse, mais plus que Pascal a calomnié les jésuites qu’il a cités. Pen­ agréable à celui qui le consulte. Or, Laymann dit spécu­ dant compte du livre Le chemin de velours, où Rémy lativement fausse. Mais Pascal n’admet en aucun cas dc Gourmont prend le parti des jésuites, P. Lasserre ccttc distinction dc la spéculation à la pratique. Cf. conclut, Pascal et les jésuites, dans Mercure de France, 13· Provinciale, p. 32, où il s’appuie pour nier la dis­ 1903, t. xlvi, p. 651 : « Comment ne pas présumer que tinction sur ce passage d’Escobar : · On peut en sûreté toutes les maximes ineptes ou cyniques mises sur le de conscience suivre dans la pratique les opinions pro­ compte des casuistes sont, pour plus que moitié, l'in­ bables dans la spéculation. · — G· Provinciale, t. v, vention dc Port-Royal ? Nicole ct Arnauld font plai­ p. 34 ; Maynard, loc. cit.. p. 268, η. 1 : Pascal fait dire à der un grand avocat sur des pièces truquées. Le grand Diana qu’il lui est loisible dc soutenir comme probable avocat n’y regarde pas dc trop près. Il renchérit de telle opinion contraire aux décisions de trois papes, toute son insolence. » Cf. Λ. Fougère, Hourdaloue,in-12, parce que la négative d’une opinion probable est pro­ bable elle-même. Or, Pascal commence la phrase à une 1871, p. 322. Mais Pascal affirme solennellement : « Je puis dire 1 virgule, omettant cette proposition : · ou ccs réponses devant Dieu qu’il n'y a rien que je déteste davantage des papes ne sont pas authentiques », · omission cou­ que dc blesser tant soit peu la vérité, que j’ai toujours pable », dit Maynard. Mais celte omission ne change pris un soin très particulier, non seulement de ne pas rien au sens général. — 7· Provinciale, ibid., p. 90; falsifier, cc qui serait horrible, mais de ne pas altérer Maynard, ibid., p. 322, n. 1 : Pascal affirme que Hur­ ou détourner le moins du monde le sens d’un passage. · tado autorise, en telles circonstances, le duel. Or, si //· Provinciale, t. v, p. 322. Cette attitude était pru­ Ilurtado dit ccttc opinion probable, c'est speculative. dente; d’ailleurs, au début dc la 12· Provinciale, après On n vu plus haut pourquoi Pascal juge nul cc correc­ avoir relevé les accusations dont le chargent ses adver­ tif. — 9· Provinciale, ibid., p. 197; Maynard, ibid.. p. 416, η. 1 : Pascal groupe des membres dc phrases saires, il dit : ■ 11 n’est pas vraisemblable que, n'étant soutenu que par la vérité ct la sincérité, je me sois exacts, tirés de la Dévotion aisée ct des Peintures mora­ exposé ù tout perdre, en m’exposant à être convaincu les du P. Le Moyne, dc façon à rendre grotesque le dévot qui s’en tient à ccs livres. — Ibid., p. 207-208; d’imposture. · Tous acceptent · la bonne fol dc Pascal... en cc qui I Maynard, ibid., p. 428, η. 1 ct 130, η. 1 : Pascal insinue, concerne l'exactitude ct la fidélité dc scs citations ». d’une part, que le P. Bauny excuse de toute faute ■ cer­ Chevalier, Pascal, p. 125. « On lui fournit des passages taines petites privautés ». pourvu qu’il y ait honnête faux ct tronqués qu'il employa sans vérification et sans direction d’intention, alors que Bauny est beaucoup contrôle », dit Maynard, loc. cit., t. î, p. 42. Il eût été moins large; d’autre part, l’accuse dc soutenir que les filles ont le droit dc disposer de leur virginité sans ainsi calomniateur sans le savoir. — Mais il n'y n pas à tenir compte d'une historiette, bien connue : l'aveu de leurs parents, alors que Bauny discute celle Mme dc Sablé ayant demande a Pascal s’il était bien question : Les parents ont-ils le droit d’exiger une corn sûr dc tout cc qu’il disait dans scs Lettres, ce (lender pen ration en argent, quand leur fille s’est livrée? 10· Provinciale, ibid., p. 256-257 ; Maynard, t. n.p. 48 sq.. aurait répondu : « C’est à ceux qui me fournissent des mémoires de prendre garde. · Saintc-Bcuxe, loc. cit., n. 1 : d'une parole de Filiutlus, Pascal conclut à propos t. ni, p. 142, ct t. v, p. 78. Elle est racontée par le des dispositions requises pour l’absolution : « ainsi les jésuite Daniel dans scs Entretiens, cc qui permet à Vol­ confesseurs n’auront plus le pouvoir dc sc rendre juges taire d’écrire : · Pascal n'avait lu aucun des livres dont dc la disposition de leurs pénitents, puisqu'ils sont il sc moque. » /?, p. 195-196, ne sub­ sisterait pas sans une ûmc qui règle tous ses mouve­ ments, outre que tous ses membres ont un ordre particulier de ne rien imprimer sans l’aveu de Jeun supérieurs. » β) Si Voltaire exagère quand il dit : < On tâchait dam ces Lettres de prouver qu’il y avait, dans la Compagnie de Jésus, un dessein ferme de corrompre les mœurs; dessein qu’aucune secte, aucune société n’a Jamais eu et ne peut avoir », car Pascal a dit tout le contraire, 5· Provinciale, p. 298, Pascal est injuste quand il prête à la Compagnie « l’unique but de gouverner les con sciences », autrement dit, de l’ambition cl de l’intérêt. ibid., p. 299. Comme on l'a vu, la Compagnie poursui­ vait un dessein tout autre : adapter le catholicisme aux hommes du temps. « La pensée très juste de Moli­ na, était que, si la religion n été donnée aux hommes pour les sauver, il faut la rendre hospitalière... » Stapfer, loc. cil., p. 313. < Dans leur va-et-vient empressé et conciliateur entre les désirs de l’individu et la règle des mœurs, dit P. Lasserre, loc. cil., p. 657, pourquoi supposer que les casuistcs, prêtres et religieux, aient été surtout mus de complaisance envers l’individu? Celui-ci s'égayerait bien sans leur permission; c'est du côté des mœurs de la société, de la religion qu’est tour­ né leur sens. Seulement, ils ne se donnent pas le ridi­ cule de systématiser des principes pour une humanité idéale, abstraite. Ils acceptent l’immense moyenne du hommes, telle qu’elle est. » Pascal « a beau jeu, avait-il dit, p. 6-15. 11 spécule dans la solitude comme Kant : Agis toujours de manière que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle. C’est sc donner à bon compte un air de vertu rigide. Je défie qu'il n’y ait pas tout de suite de distinction à faire », comme si, par exemple, l'intention n'avait aucune influence sur la moralité. γ) Il est injuste encore de ramener l'idéal et le rôle du jésuites à être des casuistcs relâchés, ou même simple­ ment des casuistcs. < Les jésuites ont eu, comme tous les autres ordres, des casuistcs, dit Voltaire, répétant le P. Daniel ...; mais, de bonne foi, cst-cc par la satire Ingénieuse des Lettres provinciales que l’on doit juger de leur morale? C'est assurément par le P. Bourdalouc, par le P. Chaminade, par leurs mis­ sionnaires. Rien de plus contradictoire que d'accuser de morale.relâchée des hommes qui mènent en Europe la vie la plus dure et qui vont chercher la mort au bout de l'Asie et de l’Amérique. » Lettre au P. Latour, dn 7 février 1746. Œuvres, édit. Bcuchot-Garnicr, t. xxvi, p. 428-429· Peut-on d'ailleurs, a-t-on dit aussi, juger de In doc­ trine d'un auteur, à plus forte raison, d’un nombre considérable d’auteurs sur quelques citations choisies â dessein : « Quelle tête un peu réfléchie, dit P. Lasserre, à propos du traité De jure et justitia de Molina cité par Pascal, sc croira en droit d'apprécier l’esprit, la méthode et les dessous d’un in-folio de deux mille pages, à deux colonnes, texte serré, sur huit à dix fragments dont le total ne fait pas même la moitié d’un alinéa de l'auteur? Qui voudra juger une doctrine (pii embrasse tout le droit, toute la morale, sur une douzaine de courtes formules, choisies par des adversaires pas­ sionnés. » Loc. cit., p. 614. L'on peut répondre cepen­ dant que, s’il faut vérifier les dires d’adversalns passionnés et s’il est injuste de conclure sans raison de quelques-uns â tous, Il ne l’est pas de juger d’une doctrine morale par certaines conclusions auxquelles elle aboutit. 8) Injustice encore, a-t-on dit, de laisser croire que les excès de la casuistique fussent des seuls Jésuites. C'est cependant logique, réplique Brunctière. Repre­ nant à son compte la pensée du Père casuiste à qui i 2109 P A SC \ I,. QUESTIONS POSÉES PAH LES PROVINCIALES 2110 Pascal tilt dire : « Les casuistcs dei autres ordres soul muni le rôle de la grâce, pouvait s’accorder avec les les disciples de nos Pères ·, tel Diana, un Ibéalhi qui . morale dont l’autorité s'imposera à peu près exclusi­ Somme, p. 47. I.e latin cependant n’était pas alors vement pendant deux siècles ». Degcrt, Réadion des réservé aux gens de métier et cc n’est pas pour rien Provinciales sur la théologie morale en France, dans que Nicole traduisait en latin les Provinciales. Si le Bullelm de littérature eedésiastique de Toulouse, noLiber theologia: moralis d'Escobar eut — avant 165G — ! vembre 1913. quarantc-ct-une éditions, « à qui fera-t-on croire, de­ principales éditions des Provinciales après Pascal.— mande Brunctière, loc. cit., p. .xn, qu’elles ont été con­ Cf. Les Maire, loc. cit., t. n. p. 190 sq. Il faut signaler : l'édition sommées par les seuls confesseurs? » Puis, dit le même en quatre langues : Les Provinciales traduites en latin par défenseur de Pascal, il y a dans les livres des casuistes Guillaume Wrndrock, en espagnol par le sieur Gratien Cor­ plus que des exercices d’école, cela ressort de leur dero de Burgos et en italien par le sieur Cosimo Brunetti, allure et de leur contenu et, d’ailleurs, «on ne saurait gentilhomme florentin, à Cologne. MDCLNXXIV, in-S·. Les Provinciales ueec les notes de Wendrock traduites en français réserver à personne le privilège de traiter la morale. » sur la seconde édition de 1660 (167»), s. L, MDCXCIX ipar Ibid., p. xxvin. Mlle de Joncoux), en réponse aux Entretiens de Cleandre et 6. Les résultats des Provinciales. — a) Entreprises iTEudoxv: — la première traduction allemande : Die Sitten pour défendre Arnauld et Port-Koyal, clics ne les ont Lehre und Politique dcrJcsuiten. Erdcr Thell.Verfassend Die pas sauvés. Provinciales oder achtzen Briefe des H crm Biaise Pascal, aus b) Continuées pour perdre les jésuites, elles leur ont dem franxôsischen überset:l, s. I. Zwelter Theil. verfassend rendu le service d’arrêter leurs casuistes sur une pente die geheime Instructiones der Jcsuilen sur Be/ôrderung ihrrs malheureuse, mais elles leur ont fait un tort immense. leitlichen Intéresse getrculich in deutsch ùberselct, s.\.,tnS·, 1740; et. !.. Weber-Silvain· Les Provinciales en Allemagne. Si elles n’ont pas fourni au xvni· siècle toutes scs historique cl scientifique dt Γ Auvergne, 1912. armes contre eux, cf. Démonstration des crimes et atten­ Bulletin Les principales réfutations des Provinciales après Pascal. tats des soi-disant jésuites.2 in-8·, Paris, 1763, et l’article — 1· Les jésuite*, dit-on. pensèrent d’abord confier la Jésuites de 1’ Encyclopédie, ni au xix· siècle tous les tâche de réfuter I*ascal à Bussy-Rabutin, cf. Sainte-Beuve, éléments de la légende du jésuite, telle que l’ont faite loc. cil., p. 221. Enfin, en 1694. l'un d'eux, le P. Daniel, les Eugène Sue et les Paul Bert, elles ont du moins provoqué par l'éloge littéraire des Provinciales qu’avait fait commencé la déformation de l'idée de jésuite dans Charles Perrault dans son Parallèle des anciens et des mo­ publia sept Entretiens de Cléandre et d'Eudojrr. tn-8·, l'opinion. Cf. A. Brou, S. .1., Les jésuites de la légende. dernes, (Rouen), dont voici In table des matière*. Il y en Première partie. Les origines jusqu'à Pascal, in-12. Cologne a sept Entretien : I.esujclet l'occasion de ces Entretiens. Paris, 1906, c. x et xi. Histoire des Provinciales, p. 1-22; 2· Examen de In pollc) « Sans faire des Provinciales quelque chose d’ana­ tiq ir de* jésuites, scion le système qu'en a fait Pascal, logue au Tartufe rt de leur auteur une sorte de précur­ p. 22-56 ; 3· Dr la doctrine des opinion* probables, p. 56seur de Voltaire », Brunctière, toc. cit., p. xxvi, on 100; t· Sur le même suje’. p. 10 >-142; 5· Examen de la <· cl de la 4· Provinciale. p. 142-196; 6· Examen dr la peut dire que les Provinciales ont nui â la religion et â fr· Provinciale, sur la pureté du langage, le style, les l’Eglise. Elles ont montré quelles armes étaient puis­ règles r. Examen de la 6* Provinciale, p. 196santes dans la polémique religieuse; sur cc point « Di­ 282; 7·duExadialog nen dr In HP Provinciale» touchant le reproche derot cl Voltaire sont les disciples de Pascal ». Lanson, que Pascal y (ait a *x jésuites d'enseigner que l'amour de loc. cil., p. 27. Il a été facile d’étendre à toute l’Eglise Dic’i n’est punt nécessaire nu salut, p. 282-319; crxa’*Us ce titre : Discours sur les Pensées de M. Pascal, où l'on essaye de /aire voir quel était son dessein. Avec un autre discours sur les preuves des livres de .Moïse, In-12, Paris, 1672. Cf. Maire, loc. cil., n. 9. Ces deux discours cl un troisième, attribué aussi â Fillcau cl vraisemblablement aussi écho dc Pascal, Qu'il y a des démonstrations d'une autre espèce et aussi certaines que celles de la géométrie — réédité dans la Revue de métaphysique ct de morale, 1923, p. 215 sq. — furent ajoutés dès 1678, à la plupart des éditions des Pensées. Cf. Maire, toc. cit., n. 19. Ccs trois discours ont etc édites sous le nom de Fillcau de la Chaise, par V. Giraud, en 1922, dans la collection des C/tr/sd'ouvre méconnus. réédition de Port-Royal demeura l’unique pendant plus d’un siècle. En roule, elle s’augmenta, à partir dc 1678 où. en même temps que des trois traités dc Fil­ lcau, elle s’accroît « dc plusieurs pensées nouvelles ». Cf. Maire, ibid. En 1681, à Amsterdam, elle paraîtra augmentée de beaucoup de pensées et de la vie du même auteur. 11 s’agit de la Vie écrite par Mme Péricr. l’n privilège avait été demandé pour celte publication en 1678, mais jusque-là les éditeurs n’avaient pas osé en user. Cf. Maire, loc. cit., n. 30. En 1711, le bénédictin Touttéc entreprit un travail dc revision qui n’aboutit pas. En 1728, le P. Desmoids, bibliothécaire de l’Oratoire. inséra au t. v dc la Continuation des Mémoi­ res de littérature et d'histoire, comme suite aux Pensées, VEntretien avec M. de Saci, VArl de persuader, les Réflexions sur l'amour-propre el ses effets et des Pensées choisies. Vers le même temps, Colbert de Croissy, évê­ que de Montpellier, janséniste notoire, publiait dans une Troisième lettre à M. de Soissons, 5 février 1727. à Voccasion du miracle opéré ά Paris sur la paroisse Sainte-Marguerite, des « Pensées sur les miracles, en particulier sur ceux dc Port-Boyal ». Cf. Maire, toc. cit . n. 638. Sur le miracle de Sainte Marguerite voir Gazier, Histoire du mouvement janséniste, l. 1, p. 276 sq. Dès 1776 on commence à s’écarter de l’édition dc Port-Boyal. Celte anncc-là, Condorcet public, en les faisant précéder dc V Éloge de Pascal, ses Pensées de Pascal, nouvelle édition, corrigée ct augmentée, in-8·, Londres, s. I. n. d. Il a eu sans doute entre les mains une copie primitive des Pensées, cl il y a fait un choix en vue dc ramener l’œuvre de Pascal à la philosophie; il retranche ainsi à l’édition dc Port-Boyal, mais il y ajoute aussi; aux pages 502 cl 503. par exemple, se trouve inséré le Mémorial, qui est pour lui V Amulette de Pascal. Il groupe les Pensées suivant un plan à lui el il les accompagne de noies, dont beaucoup sont les Re­ marques sur les Pensées de Pascal, publiées par Voltaire a la suite des Lettres philosophiques. En 1778, Voltaire donnera à Genève, avec de nouvelles Remarques, l’édi­ tion de Condorcet, sous ce litre : Éloge ct Pensées dc Pascal Nouvelle édition, commentée, corrigée ct aug­ mentée par M .de · ··. in-8’. ('.f. Maire, loc. cit., n. 61 et 65. Surtout en 1779, dans la première édition complète des (Euvres de lilaise Pascal, 5 in-8®, La Haye (Paris), t. π, l’abbé Bossut, qui avait consulté un des manus­ crits primitifs, donnait une nouvelle édition des Pen­ sées, avec des fragments inédits et dans un ordre per­ sonnel. où il s’inspirait à la fois de Port Boyal ct dc Condorcet. Cf. Maire, toc. cil., n. 67. En 1835, paraîtra à Dijon, une édition conçue dans le sens de Boannez, (pii n’a jamais clé totalement per­ du de vue : Pensées de Plaise Pascal, rétablies suivant le plan dc l'auteur. Publiées par l'auteur des Annales du Moyen Age (Frontin), in-8®, Dijon. Cf. Maire, loc cit . n. 101. Or, en 1812. dans son Rapport a T Acadé­ mie française sur la nécessité d'une nouvelle édition des Pensées dc Pascal, lu les l9t avril. Itr mai, /·' juin, DICT. PB TIIÉOL. CAI II. 2114 PT août, paru la même année au Journal des savants. (cf. (Euvres de Victor Cousin. Quatrième série. Litté­ rature, nouvelle édition, 1849. 3 in-12, l. î, p. 103 sq.). Cousin signalait les multiples insulllsanccs des éditions anterieures ct la nécessité d’une édition authentique des Pensées, dont subsistait le manuscrit autographe. Ce fut Prosper Fougère qui donna cctlc édition : Pen­ sées, fragments et lettres de Plaise Pascal, publiées pour la premiere flas conformément aux manuscrits originaux en grande partie inédits, 2 in-8®, 1844. Jx t. Ier com­ prend la Série des opusculet et Pensées diverses; le t. il, les Pensées constituant I*Apologie ct que Fougère tenta de grouper «comme l’eût fait Pascal ». Cf. Maire. loc. cit.,n. 120. ! favet, en 1852, dans le cadre dc l’abbé Bossut. donnait les Pensées... dans leur texte authenti­ que, avec un commentaire suivi d’une étude littéraire, in-8®, mais dont la 3* édition, «revue cl corrigée », 1881, Pensées de Pascal..., avec une introduction, des notes ct des remarques, est rendue précieuse par son commen­ taire, auquel on ne peut reprocher que dc s’inspirer trop d’un esprit opposé à celui dc Pascal, ct par ses tables. Cf. Maire, loc. cit., n. 127 el 151. En 1877-1879. Molinler a recensé dans son édition ■ paléographique · la version dc Faugèrc. Cf. Maire, loc cit., n. 155. Enfin, en 1896, G. Michaut a donné une édition critique des Pensées avec les variantes des manuscrits et des édi­ tions antérieures cl dans le désordre même du manus­ crit autographe : Les Pensées de Pascal disposées sui­ vant l'ordre du cahier autographe. Texte critique établi d'après le manuscrit original et les deux copies de la Ribliothèque nationale avec les variantes des principales éditions..., in-8®, Fribourg (Suisse). Cf. Maire, loc. cit., n. 166. Depuis la grande édition des (Euvres de Pascal, par L. Brunschvicg. où les Pensées constituent une Troisième série, les dernières éditions françaises pu­ bliées sont celles dc H. Massis, l. îll cl iv des (Euvres complètes, 6 in-16, Paris, 1926-1927. et celle de F. Strow, ski, t. m. des (Euvres complètes, 2 In-12, Paris, 19271930. Mais ces éditions ne dillèrcnt pas essentiellement des précédentes. 3® Le problème du plan. — 1. Les documents sur la question. — En dehors des Pensées on en compte cinq : ! le Discours sur les Pensées, de Fillcau de la Chaise; la Préface dc Port-Royal; un résumé donné par Nicole dans son Traité de l'éducation d’un prince ; un plan dc l’Apologie donné par Mme Péricr dans le manuscrit de sa Vie de Biaise Pascal, non publié par elle, mais conserve par Besoigne, Histoire de Port-Royal, l. iv, p. 469. cf. (Euvres. t. xn. Pièces justificatives, t. ni. p. c.lxxx sq.; et enfin VEntretien avec M. de Saci. Mais VEntretien, < clef des Pensées», selon Havel, ne donne en réalité aucune lumière sur le plan d’ensemble. H est l’exemple typique d’une méthode chère au Pas­ cal des Pensées, la conciliation des contraires sur un plan supérieur, cl otlrc quelques indications utiles : c’est tout. Mme Péricr expose la façon dont Pascal entendait l’argument du miracle cl donne un aperçu de sa méthode : ce ne sont la non plus que des indica­ tions. Quant aux plans dc Fillcau, d’Etienne Péricr et de Nicole, ils ne concordent pas entièrement el de chacun l’on a contesté la valeur. De ccs trois documents, le Discours de Fillcau est le plus important, non seulement parce qu’il est le plus étendu, mais parce que les port-royalistes du comité de publication, dont plusieurs avaient entendu l’exposé de 1658. l’avaient accepté comme préface aux Pensées. Mais L. Brunschvicg. qui n’accepte sur la question du plan aucun document extrinsèque, fait nu I Discours ces critiques : le plan s’y déroule à travers une série de complications; Fillcau l’a écrit huit ans après avoir entendu Pascal; inévitablement, la pensée dc Pascal a évolué de 1658 à sa mort : il a donc modifié le plan formulé en 1658. A ccs critiques l’on répond : T. — XI — 67 2115 PASCAL. LES PENSÉES, INSPIRATION GÊNÉHA LE sous les complications de J’illeau, il est possible de retrouver les lignes générales d’un plan; · la parole dc Pascal - tous les témoignages contemporains sont d'accord là-dessus avait pour caractère de s'impri­ mer fortement rl impérieusement dans la mémoire; c’est ainsi qu’on a pu nous conserver les Trois discours sur la condition des grands », rédigés par Nicole, neuf ou dix ans après qu’ils furent prononcés, «el le célèbre Entretien arec M. de Saci». Giraud, Fillcau de la Chaise, Discours sur 1rs Pensées. p. 202. Notes, p. 15 (3). Enfin, si un travail intérieur s'est produit en Pascal, les lignes générales indiquées par Fillcau paraissent avoir été bien arrêtées en son esprit, d’autant plus que · les Pensées indiquent la marche dc la méditation dans le sens même - dc ccs lignes générales. Cf. Janssens, La philosophie et l'apologétique de Pascal, in-Hi, Paris, 1908, j). 91. · Le Discours.,., écrit J. Chevalier, loc. cit., p. 165, n. 1. est un document de premier ordre ». et V. Giraud. Revue bleue, 12 janvier 1922, p. 11, le dit. au témoignage de tous les pascalisants, «un document capital cl celui peut-être qui nous offre la restitution la plus précise. la plus intelligente ct la plus complète du dessein qu’avait conçu l’auteur des Pensées ». Quant aux Pensées, clics offrent quelques indica­ tions, 1rs unes générales : fr. 187. Ordre; fr. 60. Pre­ mière partie. Misère dc l’homme sans Dieu; Seconde partie, Félicité dc l’homme avec Dieu...; fr. 62. Prélace de la première partie ; fr. 212, Préface de la seconde par­ tie; fr. 425, Seconde partie, Que l’homme sans la foi ne peut connaître le vrai bien, ni la justice; les autres particulières: fr. 74, 291, 123, 133. Cf. Chevalier, loc. cil., p. 169, n. 2. Mais ce ne sont pas là des précisions suffisantes. De l’ensemble des fragments, pour qu’une conclu­ sion certaine pût être tirée, il faudrait être bien certain que tel fragment est de telle date, était destiné à V Apologie el non aux Provinciales, ou n’est pas une simple note dc lecture, tâche évidemment impossible, I ne serait-ce que par cc fait, que certains fragments ne sont qu’ébauchés. 2. Les solutions au problème du plan. Sur les traces dc Roanncz, néanmoins, et d’après ccs données, à la suite de Frantin et surtout de Fougère, plusieurs ont prétendu, avec plus ou moins dc certitude el dans un i délai! plus ou moins grand, retrouver le plan même de Pascal : critiques* comme Sainte-Beuve, loc. cit., p. 118 sq.; Vlnet, Études sur Plaise Pascal, 4· édit.. in-12. Paris, 1912, 1. Du plan attribué à Pascal; Maynard. Pascal, sa rie, son amure, son caractère, ses écrits, 2 in-8°. Paris. 1850; Nourrisson, Pascal physi­ cien et philosophe. 2e ûdïl., in 12. Paris, 1888; Hatzfcld, Pascal, collection des Grands philosophes, in-8®, Paris. 1901; Laporte, loc. cit., p. 267; éditeurs comme Asllé. dans l'édition dite protestante * des Pensées, 2 ln-16, Paris cl Lausanne. 1857; Hocher (chanoine). Pensée? publiées d'après le seul vrai plan de l'auteur, in-8®. Tours. 1873; Molinior, lue. cit. ; Jcannin, Pensées..., ln-12. Paris. 1883; Vialard (abbé), Pensées, ln-16, Paris, 1886; Guthlin (abbé), Les Pensées disposées selon le plan primitif, in-8·, Paris, s. d. (189G). Cf. Maire, toc. cit.. n. 1 1 1. 155, 158, 163. 161. D’autres estiment vainc la tentative. « On ne resti­ tue pas, disent-ils, cc qui n’a jamais existé, qu’à l’élal dc ruines », comme dit Chateaubriand ; les divergences entre les éditeurs « selon le plan de Pascal · le prouvent bien. Dès lors, les uns jugent possible de grouper les Pensées d’après le plan logique d’une Apologie reli­ gieuse au xvn· siècle, ainsi : Brunclière, Études criti­ ques, Paris, 1885, Pascal, du problème des Pensées; Boutroux, Pascal, 1900; Lanson. loc. cit.; Droz. Étu­ des sur le scepticisme de Pascal, Paris, 1886; Giraud, Pascal, l’homme, ct La vie héroïque de lilaise Pascal; Janssen*, toc. cit ;Hauh, La philosophie de Pascal, dans 2116 Annales de la Faculté de Rordcaux, 1892, n. 2,cl/taw de métaphysique ct de morale, avril-juin 1923. D’autres ne tentent même pas cela. Plusieurs, comme Havet,Jugeant arbitraire toute classification suivie des Pensées, s’en sont tenus au groupement arti­ ficiel de Porl-Boyal et dc Bossut : ainsi. Gazier, Fra­ sées, édition de Port-Payai, corrigée et complétée, Paris, 1907; Mnrgivnl (abbé). /Vns/r.v. Parie, 1897. Cl. Maire, toc. cit., n. 173 ct 167. (i. Michaut, on l’a vu, qui donne, p. 88, un tableau comparatif des principaux plans proposés, a repris purement cl simplement l’idée des Périer. 1® Le problème de l'inspiration générale. — Sur cc point aussi, bien des divergences. Les Pensées sont « cette ébauche énigmatique sur laquelle les penseurs de tous les temps se sont penchés pour lui arracher un secret qu'elle a bien gardé ». Latreîlle, Joseph de Mais­ tre et le jansénisme, dans Revue d'histoire littéraire, 190S. p 121. 1. Les Pensées sont-elles l’expression d'un doute an­ goissé qui se /uit? Un Pascal romantique. - Les Pensées montrent une volonté passionnée, angoissée même,de convaincre. Ce caractère, sensible surtout après la publication intégrale du texte, joint à la légende du pont dc Neuilly, a fait imaginer un Pascal tragique, incrédule, torturé par le besoin de croire, mais incapa­ ble de se convaincre, croyant ensuite par l’imposition formelle de sa volonté, mais hanté par un doute épui­ sant. Les Pensées seraient son effort suprême pour sor­ tir du doute. C’est Chateaubriand qui a créé la légende d’un Pas­ cal « qui douta sans cesse et qui ne se tira de son malheur qu'en se précipitant dans la foi ». Vie dc Rancé, 1856. p. 400. Cf. Sainte-Beuve. Portraits contempo­ rains, t. v, p. 211. qui rappelle ces mots dc Chateau­ briand sur Pascal : · Il s’est fait chrétien en enrageant; il est mort à la peine. Lutte du cœur et dc l’intelligence. Son cœur parlait plus haut et faisait taire l’autre. C’est là sa vraie grandeur. » Mais c’est vraiment Cousin qui l’a répandue. < Sa raison, dit-il de Pascal, Des Pensées de Pascal, Paris. 1813, p. 158-161. ne peut pas croire, mais son cœur a besoin de croire. Le fond même de son âme est un scepticisme universel, contre, lequel il ne trouve d’asile que dans une foi volontairement aveu­ gle. Mais sa religion n’est pas le christianisme des Fénc Ion ct des Bossuet, fruit solide ct doux de l'alliance de la raison ct du cœur.... C’est un fruit amer éclos dans In région désolée du doute, dans le souille aride du déses­ poir. » Omine dit (». Brunet, Mercure, de France. 15 juin 1923, Pascal poète, p. 591. tout le romantisme < sc complut dans la propre Image d’un Pascal assiégé par le doute, meurtrissant sa chair et son esprit rebel­ les pour les asservir à la foi » cl ne trouvant pas le repos dans la fol. Vainement. Vinet, loc. cit., c. vu. Du pyrrhonisme de Pascal, el appendice. Du Hure de M. Cousin sur les Pensées de Pascal, Mottes, Études sur Pascal, Étude sur l'esprit de la foi de. Pascal, in-8®, Montpellier, 1844, et surtout Droz. loc. cit . ont démontré que · le roman­ tisme s’est trompé », comme dit G. Brunel, ibid, Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques, art. Pascal, Bouillier. Histoire de la philosophie cartésienne, 1868, c. xiv. Sur le pyrrhonisme de Pascal, Saissct, Lr scepticisme ; (Enésidème, Pascal, Kant, 1865, ont repris avec plus ou moins d’atténuation la thèse de Cousin. Et en 1880, Lemaître, dans le sonnet connu dc scs Médaillons, fait encore de Pascal un sceptique assoiffé dc croyance cl qui s’affaisse épuisé au pied de la croix; en 1890, dans la Revue des Deux Mondes, t. v, p. 761-795. Sully-Prudhommc, Le pyrrhonisme, le dogmatisme et la foi dans Pascal, dit la même chose; I en 1908. J. Latreîlle. loc. cit., p. 121, se demande : « A quel prix cette âme a-t-elle conquis la foi ? Dans 2117 PASCAL. LES PENSÉES, INSPIRATION GÉNÉRALE cette agonie où sc débat une intelligence sceptique, comment la foi a-t-cllc vaincu?·En 1923.dans In Revue de métaphysique el de morale déjà citée, M. de Una­ muno étudiant La /ai pascalicnne fait dc Pascal · un pyrrhonicn » qui ne se résignait pai, < ...qui avait besoin du dogme ct le cherchait en s'abêtissant, qui a voulu sc soumet Ire ct qui n’a trouvé le repos qu’nprès In mort et par la mort », p. 318-319. or, fait remarquer G. Brunet, /oc. c//.,p 577. s’il y a une certitude, c’est que Pascal croit sans la moindre hésitation. Déjà Havel, Pensées, t. i, Éludes sur les Pensées, p. vm, avait dit : « La vie de Pascal appar­ tient à la foi tout entière. On ne saurait trouver dans celte existence si suivie un intervalle où on puisse supposer que la foi se fût retirée de lui. · \ inet, loc. cil., p. 77, après avoir parlé de l’édition Fougère, écrivait : Mieux (pic jamais vous pouvez juger si Pascal avait de bonnes raisons d’être chrétien, mais a présent plus que jamais vous pouvez juger s’il l’était. > Et Briny de Gourmont, loc. cil., qui va se demander ce qu’eût été Pascal · si, au lieu de se retirer à Port-Boy.il, Il eût été rejoindre Descartes en Hollande ·, reconnaît qu’en fait, Pascal · n’est pas un homme qui sc cons­ truit des preuves en rempart contre les assauts du doute. Il est assuré; il a la fol ». Loc. cit., p. 152-151. Mais alors comment expliquer le ton angoissé de Pascal ? lin 1910, Barrés dans un livre sur 1*Angoisse de Pascal, p. 82, disait : L’cITroi de Pascal, c’est le silence éternel de ces espaces in Unis », c’est le sentiment de la disproportion entre son intelligence < qui cherche la vérité totale ■ el les choses. · Cet éternel ignorabimus qui fait encore aujourd'hui souffrir les hommes pré­ disposés à la grande curiosité, c’est proprement le mal de Pascal. · Le Mémorial est la réponse du ciel à son angoisse. C'est la vision qui commandera sa vie. P. Valéry, Variation sur une Pensée, dans Revue hebdomadaire du I I juillet 1923, p. 163-165, el dans Variété, p. 1 12-1 II. ne peut s’empêcher de penser qu’il y a du système cl du travail dans celte altitude parfaitement triste ». Il ne croit pas à l’entière sincé­ rité · d’une détresse qui écrit si bien ». Sur l’attitude de P. Valéry à l’égard de Pascal, cf. J Milon, Deux opi­ nions sur Pascal, dans Revue d'histoire littéraire, jan­ vier-mars, 1928, p. 1-22. Mais Pascal ne parle jamais par système », fr. 27, et il sait que « la vraie éloquence se moque dc l’élo­ quence », fr. 4. Son langage lui est dicté uniquement parson tempérament fait d’imagination, de sensibilité cl de passion, par sa foi ct sa charité. · par les ressorts aussi qui font mouvoir le cœur de l’homme », fr. 15. Ici l’impression est plus forte, parce que dans l’Apologie les fragments sont isolés cl non fondus. Mais, jusque dans les discussions mathématiques, il apporte une sen­ sibilité passionnée. «Dans col le intelligence fougueuse... connaître, c’est aimer. Janssens, La philosophie et l'apologétique de Pascal, Paris, 1908, p. 266. lit dans V Apologie, de quoi s’agit-il ? D’une chose où sa foi, son inspiration janséniste, son amour du Christ, centre dc sa vie, lui donnent le désir passionné du succès cl l’angoisse de Péchcc. Il ne faut pas que le sang du Christ telle goutte de cc sang ait été versé inuti­ lement pour telle âme. I ne Idée de Pascal, dit M. Bru­ net, tac. cit., p. 598-599, ne se propose pas seulement de faire naître desaltitudes intellectuelles, mais d’obte­ nir des retournements de sensibilité, le retournement de tout l’homme. Dans chacune de ses Idées, il semble que tout de lui palpite cl saigne C’est ainsi que < ses Pensées sont le poème du cruel voyage humain dans l’ombre et l’alllicllon ». loc. cil.,p 590. Cf. P. Bourget, Éludes et portraits, t. i, 1889, p. 14-21. 2. Les Pensées sont-elles d'inspiration protestante ? < Bien n’est plus faux, dit V Encyclopédie des sciences 2118 religieuses, art. Pascal, p. 215, que de peindre Pascal en proie â l'incertitude absolue, sc jetant par désespoir et les yeux fermés dans les bras de la religion, mais ne parvenant pas, même au prix dc ce suicide intellectuel, a y trouver la paix. » Mais il ne lui semble pas faux de lire, dans les Pensées, les tendances fondamentales du protestantisme moderne. Pascal n’eût-il pas d’ail­ leurs un grand-père protestant? Vinci, tout en reconnaissant que Pascal est séparé du protestantisme par sa croyance à une Église visible ct aux sacrements, par certaines aussi de scs Pensées, • où il est chrétien selon la norme dc son Église et dc son parti », juge qu’en d'autres fragments, il est chré­ tien à sa manière », donc, dans la ligne du protestan­ tisme : L’Églisc — autorité n'est-elle pas · un hors-d’œuvre dans le système dc Pascal ? » Et la doc­ trine, fondamentale pour Pascal, de « la foi du cœur » n’cst-cllc pas la doctrine protestante de la foi par lr Saint-Esprit? Pascal, * né dans la secte romaine et dans une secte dc celte secte, y mourra. Mais, sans se sépa­ rer dc lu secte a laquelle on peut dire qu’il appartenait s’il la surpasse, le fond, chez lui, l’emporte sur la forme; l’esprit distance le corps ». Loc. cil., t. v. De la théologie du livre des Pensées. Cf. C. Sequestra. D'un dualisme dans la pensée religieuse de Pascal, Montau­ ban. 1895. Disciple de Vinci, Asllé publiait, on l’a vu. en 1857. une édition des Pensées, où, suivant un de ses coreligionnaires. Humbert, qui étudiait celle édition dans la Ribliothèque universelle dc Genève, mars, avril cl mai 1858. il fait de Pascal, « bon gré. mal gré, un apo­ logiste de sa façon cl selon l’esprit de son école «et où ie christianisme était démontré divin, · par la conscience humaine éclairée el consolée qui le déclare tel ». SainteBeuve. loc. cit., p. 616. Dans le Lien des 29 janvier el 12 février 1859, Frédéric Chavanncs soutenait que, par leur jansénisme, les Pensées sc rattachaient vraiment au protestantisme. Cf. Sainte-Beuve, ibid., p. 619. A. Sabatier. Esquisse d'une philosophie de la religion, Paris, 1897, lire egalement Pascal au protestantisme libéral. De même avail fail M. Gory: Des Pensées de Pascal, considérées comme apologie du christianisme et des conditions actuelles de l'apologétique. Laigle, 1883. M. Souriau. Pascal, p. 153. faisait écho u Sabatier : Son interprétation du christianisme, disait-il dc Pus­ ca , est si personnelle comme forme, qu’elle parait bien se. confondre avec l’individualisme en matière reli­ gieuse, c’est-à-dire avec le protestantisme. · En 1923, dans Eoi ct vie, l,r-16 août 1923, P. Doumergue par­ lait de Jean Calvin prédécesseur de Pascal, cl dans Évangile cl liberté du I juillet dc la même année, le pasteur Bertrand, par un detour, lirait Pascal à lui : Pascal, disait-il. ne conduit â aucune Église en parti cuber, niais seulement à Celui qui est la raison d’être de toutes les Églises. · Pascal se fût indigné de celle annexion. Mais en pareille occasion, comme le dit Sainl-Bcuve. loc cit , p. 619, repousses du centre (Borneh attires el invités par-delà la frontière, la situation des Jansénistes appa­ raît dans toute sa fausseté ·. Toutefois si entre PortRoyal cl Genève ». la distance parait parfois courte à franchir, c’est une illusion ». Sabatier, Esquisse, p. 217, et, comme le dit avec beaucoup de justesse un autre protestant, · il est vain d’essayer d’arracher Pascal nu catholicisme ». 3. Les Pensées sont-elles une suite des Provinciales, autrement dit une apologie du jansénisme contre les adversaires dc Port-Royal ? C’est la thèse de M. Sou rlau : L’esprit des Provinciales souille plus fort (pie Jamais dans les Pensées . dlt-ll, loc. cit., p. 185, cet esprit qu’il avait acquis « sous la triple pression du milieu où II s’était transformé, du pamphlet qu’il avait composé el où s’étalent développées les tendances agressives dc sa nature, des circonstances, cnlln, qui 2119 PASCAL. LES PENSÉES, INSPIRATION GÉNÉRALE avaient développé en son esprit le germe de rancunes fécondes ». Ibid., p. 112. « S’il avait eu le temps de terminer son livre. Pascal, dans la partie dogmatique, aurait tenté de montrer dans les jansénistes les seuls vrais disciples dc Jésus; dans une partie agressive, il se serait acharné à convaincre le grand public, que les adversaires de Port-Royal n'étaient pas dc véri­ tables chrétiens. · Loc. cit., c. i. L* Apologie,§ 2, Le jansénisme des Pensées, p. 112. Pourquoi? C’est que • les Provinciales n'avaient pas produit, sur les jésuites, I’eiTet qu’il en attendait ». Ibid., c. ir, La polémique, $ I, Les jésuites, p. 1X1. « Il s'est même fait un jansé­ nisme à l'image de son esprit absolu », dépassant le jansénisme de Port-Royal. Ibid., p. 175. Cf. J. de Maistre, De l’Église gallicane. I. I, c. ix : le Pascal scandalisant même les jansénistes par ses exagéra­ tions », serait le Pascal des Pensées. G. Allais a réfuté M. Souriait : Sur une nouvelle interprétation des Pensées de Pascal, dans Revue Inter­ nationale de l’enseignement, 15 mars 1897. cl il conclut, p. 7 : « Je demande s’il est bien équitable dc réduire Pascal â ce rôle étroit et si peu sympathique de sec­ taire, d’ennemi systématique des jésuites, de fanatique haineux et militant? » I. Les Pensées, apologie du catholicisme selon PortRoyal. — Reste donc cette solution a laquelle s'arrê­ tent la plupart des critiques : les Pensées sont une apologie du catholicisme, ct ceux à qui s'adresse Pascal, ce sont d’abord les libertins, ou, comme dit Étienne Perler, Préface de Port-Royal, loc. cit., p. 14, « ceux qui refusent de soumettre les fausses lumières dc leur raison a la foi ». puis les catholiques, qui ne vivent pas scion la pureté des maximes de l'Évangile. Mais la vraie foi n’cst-elle pas celle de Port-Royal? ct parmi les mauvais catholiques auxquels s'adresse V Apologie ne faut-il pas compter les adversaires de Port-Royal, les molinistes ct les jésuites en particu­ lier? Sur celle question, les critiques sc divisent. a)Les uns, MM. Blanchet, Blondel. Bremond, Cheva­ lier, Giraud, Jovy. Maire, Strowski, soutiennent que VApoloyie pascalienne, dans son inspiration fonda­ mentale, esl affranchie de l'influence port-royaliste. • Janséniste, dit M. Blondel, Revue dc métaphysique et de morale, loc. cit.. Le jansénisme et l’antifansénhme de Pascal, Pascal l’a été plus qu'aucun autre », car « nul n’a plus senti que lui les raisons morales el les pré­ textes historiques du jansénisme. Mais antijanséniste, Pascal l’a été plus qu’aucun autre, si l'on considère le fond secret de la doctrine, les méthodes dc pensée, le style même, les dispositions et les orientations ultimes de Pâme. » Son jansénisme «est superficiel, emprunté, occasionnel »;... son anlijunsénlsme « inconscient d’abord et longtemps, est profond, personnel ». Si des formules ont parfois « la résonance janséniste ». ces mêmes formules expriment < les vues les plus anti­ jansénistes qui soient ». C’est déjà ce qu’a dit Vinci, pour faire des Pensées une apologie du protestantisme. En donnera-t-on comme preuves la très orthodoxe édition dc Port-Royal? Non. Sans dire, comme M. Sourlau, loc. cit., p. 112:· Il y a une telle falsifi­ cation du livre de Pascal, que l'édition tendancieuse des jansénistes pourrait fort bien s'appeler Pensées de Pascal revues, corrigées et notablement affaiblies, ou encore édition expurgée », il faut convenir qilc PortRoyal a voulu, à tout prix, des Pensées doctrinalement irréprochables. Ce passage, par exemple, d’après lequel un des approbateurs, l'évêque d’Au Ion ne. vante l’orthodoxie de VApoloyie : « Le corps n’est non plus vivant, sans le chef, que le chef sans le corps; ...toutes les bonnes œuvres sont Inutiles hors dc l’Églisc ct de la communion du chef de l’Eglisc », t. xii, p. CLVI, est bien dc Pascal, mais extrait d’une Lettre au due de Roanne:, l. vi, p 216. Pourquoi l’a-l-on 2120 inséré dans les Pensées, sinon pour en accentuer l’ortho­ doxie. «Le procédé est plus adroit que franc. · Sourlau, loc. cit., p. 136. Mais Pascal n’a pu vouloir que l’apologie du catho­ licisme qui était alors le sien. Or, au moment où || écrit ses Pensées, Pascal, insensiblement, par l’invi­ sible travail de sa pensée, est arrivé au catholicisme pur el simple. C’est une troisième conversion, suite cl achèvement des autres ·. De janséniste il esl devenu lui-même et ainsi, dans les Pensées, pascalismc s'op­ pose À jansénisme. La mort très catholique de Pascal prouvera cette conversion. « L’idée même d’une Apologie, la recherche d’une science ct d’un art de la conversion n’est pas issue du jansénisme. Elle y échappe. Elle y remédie. » Blondel, loc. cit , p. 150-151. • Dans le détail de sa dialectique », Pascal, partant de thèses qui, prises littéralement, sont jansénistes, « s’élève à chaque moment el par chaque degré A une doctrine littéralement opposée ». Ainsi, thèses que celles-ci : « avant comme après la chute, la nature humaine est gouvernée par une concupiscence ou bonne, ou mauvaise », ibid., p. 151; « l’homme déchu est frappé de cécité sur sa propre fin et sur les vérités les plus essentielles », p. 152; · le vouloir humain est enchaîné ù la concupiscence », p. 153... C’est que · la tendance du jansénisme, c’est de transposer en notion­ nel tout ce qu’il y a dc plus réel, même dans la vie Intérieure, dans la tradition historique el religieuse, dans l’expérience ascétique cl mystique. La tendance de Pascal, tout au contraire, c’est dc briser les cadres artificiels de toute idéologie, c’cst d’atteindre au vif, au simple, à l’un ». p. 150. Voir p. 159-161. Cf. Che­ valier, Des rapports de la vie el de la pensée chez Pascal, dans Revue hebdomadaire, juillet 1923, p. 205-219. b) D’autres critiques,au contraire, estiment que pas· calisme et port-royalisme sont synonymes cl que VApoloyie s’inspire de la même doctrine que les Pro­ vinciales auxquelles tout Port-Royal avait collaboré. Sainte-Beuve montre Pascal animé jusqu’au bout du même esprit que Saint-Cyran et Jansénius, « trois cn tout et pour tout ». constituant la vraie valeur de PortRoyal. Cf. loc. cit., p. 91 sq. C’cst l’idée de Gazier, Brunschvicg, Laporte. Pourquoi, demande J. Laporte, Pascal et la doctrine de Port-Royal, loc. cit., p. 265-266, un port-roÿall&to n'aurait-il pas écrit une apologie dc la religion? On ne peut dire que Pascal, écrivant son Apologie, aurait oublié son port-royalisme; mais scs doctrines, cn bonne logique, ne pouvaient le détourner de son œu­ vre, pas plus que ces mêmes doctrines n’empêchaient des prêtres de confesser ct de prêcher. Comme la con­ fession ct la prédication, une Apologie pouvait être un moyen de la grâce eflicace. La preuve esl souvent l'instrument de la fol. Fides ex auditu », dira Pascal lui-même, fr. 2IX. On peut ajouter : son expérience personnelle instruisait Pascal de cette puissance mys­ térieuse du livre. Cf. La première conversion. Un tra­ vail de celle sorte est même un devoir pour le croyant. • Quelque méchants ct mauvais que soient les hommes, nul ne peut dire qu’ils sont du nombre des réprouvés ou des élus : c’est le secret impénétrable de Dieu. Ce qui oblige dc faire pour eux ce qui peut contribuer à leur salut. · Premier écrit sur la grâce, l. xi, p. 137138. Dans son ensemble d’ailleurs, < l’argumentation dc VApologie parait bien être appuyée sur des principes qui, non seulement, ne répugnent pas au jansénisme, mais qui cn sont tirés. Il serait aisé de multiplier les rapprochements entre telle ou telle vue de Pascal ct certains textes de Nicole,d'Arnauld et de Saint-Cyran». Laporte, ibid , p 267-29U. Mais, outre cela, au-dessus 2121 PASCAL. LES PENSÉES. SOURCES de tout cchi, il y aurait lieu dc considérer quelque chose dc beaucoup plus important encore, qui est Vesprit même de Pascal. » Ibid., p. 290. De cer­ taines idées communes a lui ct a Saint-Cyran ou a Arnauld. Pascal fait sans doute une application beau­ coup plus étendue ct plus profonde ·. N’importe, • entre Port-Boyal et Pascal, on peut discerner plus qu’une communauté d’opinion : une certaine parenté quant à la manière de penser «. P. 291. Enfin, ce que l’on appelle la troisième conversion dc Pascal repose sur une fausse Interprétation des textes ct des faits. Et J. Laporte conclut, p. 304 : «Pascal ne sc laisse pas séparer dc Port-Boyal. » Et il semble bien qu’il ait raison. Voir plus loin, La théologie ct La philosophie de Pascal. 5° Les sources des Pensées. — Pascal tire moins des livres que dc son expérience, de sa connaissance des Ames et dc la vie. · On n’ôtera jamais à Pascal cette maîtrise cn la science dc l’homme, qui est un privilège dans la famille des grands esprits, ce sens admirable des conditions concrètes de notre nature ct des options qu’elles exigent. » Marilain, Pascal apologiste, dans Revue hebdomadaire, juillet 1923, p. 187. Toutefois, les Pensées supposent un fond de connais­ sances acquises. On a vu quelles avaient été la pre­ mière éducation de Pascal et la première orientation dc ses travaux. Mais depuis, ct en la compagnie dc Méré, cl dans le milieu de Port-Koyal. cl en face des lâches qu’il acceptait ou s'imposait : Provinciales, Écrits sur la grâce, il s’élall appliqué à acquérir ; en face dc l’Apologie, il s’y applique plus encore et avec ce bul précis. Les Pensées révèlent cn lui une connais­ sance approfondie de V Ancien cl du Nouveau Testa­ ment. cf. J. Lhermet, loc. cit. Mais connaît-il les Pères? Évidemment il connaît à fond Γ Augustinus et, dans son enfance cl sa jeunesse, Étienne Pascal lui a fait connaître les Pères, comme on peut les connaître à cct âge. Mais a-t-il lu saint Augustin dans scs œuvres et a-t-il approfondi cette première connaissance des Pères? M. de Saci, dans V Entretien. l’admire dc ce que, n’ayant point lu les Pères, il a trouvé les mêmes vérités qu'ils avaient trouvées ct dc ce qu’il se rencontre avec saint Augustin. Mais Γ Entretien est dc 1655 ct l’on a vu l’importance exclusive que le jansénisme donne â la Tradition. Jusqu'à quel point donc a-t-il comblé celle lacune? Il est d’autant plus difficile dc le savoir qu’il a pu s’aider ■ dc répertoires comme celui de M. de Luynes, cct ami de Port-Koyal, Sentences tirées de Γ Écriture ct des Pères, par M. de Laval, cf. É. Baudin, Revue des sciences religieuses, janvier 1921, Chronique d'histoire de la philosophie moderne, p. 106. Bien ne donne à penser qu’il ait lu, ni saint Thomas, ni Duns Scot, ni Suarez, ni même aucun des anciens docteurs augustIniens vers lesquels aurait dû l’orienter son propre augustinisme. Id., ibid., ρ. 105. Il n’aime pas en effet la scolastique, comme savant ; cf. Caillot, loc. cit., vi, Pascal adversaire des péripatéticiens, ct il partage l’ani­ mosité de Port-Koyal contre son intellectualisme, sa confiance cn la raison, sa méthode rationnelle cl ses synthèses théologiques; comme Port-Koyal. à la théo­ logie rationnelle, il préfère la théologie positive qui fait connaître la Tradition. J’ai déjà bien reconnu deux ou trois fois que vous n’êles pas bon scolastique », lui dit le Père casulste, 4· Provinciale, p. 315. Est-ll au courant dc tout ce travail religieux de son temps qu'ont exposé IL Bremond, Histoire littéraire du senti­ ment religieux, t. Ill et IV, ct P. Pourrai. La spiritualité chrétienne, t. îv, Les temps modernes, car il y a alors en France d’autres écoles que Port-Boyal ct l’école adverse? Il connaît, cela est certain, le Traité de l’amour de Dieu de saint François de Sales et les ouvra- il 22 ges où Bérullc et quelques-uns de scs disciples, fidèles a l’augustinisme, combattent le molinisme et l’huma­ nisme dévot. Des apologies dc son temps, il a lu le Pugio fidei Christianorum ad impiorum perfidiam jugu­ landam et maxime judirorum, dc Kasmond Martin, dont Joseph de Voisin vient de donner une édition, Paris, 1651, le De veritate religionis Christian»· liber, dc Grotius. 1636, dont Mézcray, 1649, cl Beauvois. 1659, ont donné des traductions; sans doute des apologies secondaires qui s’inspirent dc ces critiques. Cf. fr. 715. Mais il est difficile d'admettre, quoi qu’on cn ait dit, qu'il ait connu les apologies tic peu dc valeur que publiaient, cn 1666. Jean Belin ct Beurrier, curé dc Saint-Étiennc-du-Mont. Cf. Vulliaud, Du nouveau sur Pascal, dans Mercure de France. 15 novembre 1923, p. 106-129, ct Maire, t. iv, p. 9-10. Des philosophes anciens, en dehors d’Épiclètc, il ne parait avoir qu’une connaissance sujxTflciellc ou va­ gue. · Il fait d’Épiclètc ct dc Montaigne les représen­ tants ct les porte-parole de toute la spéculation anti­ que, réduite clic-même, non moins sommairement, aux débats du dogmatisme cl du pyrrhonisme Baudin, loc. cit., p. 101. Il possède en revanche Montaigne, le malt rede ces libertins qu’il combat et, par luij’Apo/ogte de Baymond Scbond, si opposée a celle qu’il rêve. H connaît Pierre Charron, Hobbes cl son De cive; enfin rien ne lui échappe dc la pensée cartésienne. Peut-être enfin connaît-il plus d'auteurs profanes que l’on ne dit ordinairement. Cf. K. Harmand, Les Pensées de Pascal et le De contemptu mundi de Pétrar­ que, dans Revue d’histoire littéraire, 1901, p. 104-1 OS. 6q Analyse. — Remarque préliminaire. — Toute apologie dépend de ceux auxquels die s’adresse. Celle-ci dépend donc des libertins. Dans la première moitié du χνπ· siècle, en effet, mal­ gré le triomphe ofllcicl de la réforme catholique, sc constate un courant dc libre pensée, né dc l’huma­ nisme d’abord littéraire, puis philosophique des xv* ct xvi· siècles, ct favorisé par les guerres dc religion. • Pendant tout le xvi* siècle, dit M. Bréhicr, Y a-t-il une philosophie chrétienne? dans Revue de métaphysi­ que el de morale, avril-juin 1931, p. 151, on voit la pensée osciller entre deux partis opposes : un rationa­ lisme anlichrétien el une foi chrétienne antirationalistc. D’un coté, les Padouans;de l’autre, Montaigne; ...l'un cl l’autre parti s’accordant a séparer complète­ ment la pensée philosophique de la religion; l’un qui aboutit à une construction rationnelle incompatible avec la religion; l'autre qui ne peut voir dans une raison débile un adversaire sérieux. Pascal qui a vécu dans l'intimité de Méré, les connaît bien, les libertins de son temps, ces hommes du monde qui sont, en philosophie ou cn religion, les disciples des Pndouans, Pompomizzi. Crcmoninî. Cardan, Vanini, Giordano Bruno, Campanella, et qui ont appris d’eux à mettre cn doute les preuves traditionnelles dc l’exis­ tence de Dieu, dc l’immortalité de l’âme, le miracle ct donc la divinité de Jésus-Christ cl ù faire dc leur raison la mesure des choses, ou des Français comme Babclais, Bodin, Charron, dont la Sagesse, 1601, dé­ truit l’apologie des Trois vérités, 1597. et surtout Mon­ taigne. Cf. Slrowski, Pascalct son temps, 3 vol. Paris, 1910-1913,t i,De Montaigne ù Pascal ;Chi\rbonnel, La pensée italienne au .vr/r siècle et le courant libertin, Paris, 1919; Busson, Les sources ct le développement du ! rationalisme dans la littérature française de ta Renais­ sance, Paris, 1922, cl L’influence du De incantationibus de Pompunu::i sur la pensée française, dans Revue de littérature comparée, 1929, p. 308-3 17. A ces in fluences, sc sont ajoutées celle dr Descartes, qui a fait tout ce qu’il pouvait pour donner ù sa philosophie un caractère chrétien, mais qui a exalté la puissance et l’indépen­ j dance dc la raison, rendu quasi inutile le Créateur ct 2123 PASCAL. LES PENSEES, ANALYSE totalement su Providence, celles aussi de In critique historique qui «’établit, de la critique biblique qui t’inaugure et aussi des decouvertes géographiques qui font voir autrement les religions et l’humanité. Os libertins, honnête* hommes, sont bien différents des ln/;/,< Vf; K IT fi CHflfi· Hi > \λ Ie Introduction. It /aut être insensé pour n'examiner pas lu question dr la religion Il n’y a que trois sortes de personnes : les unes,qui suivent IHeu,l’ayant trouvé; les autres qui s’emploient a le chercher, ne Payant pus trouvé; les autres qui vivent sans le chercher, ni l’avoir trouvé Les premiers sont raisonnables cl heureux (cf. Mémorial, Joie, Joie...·); les derniers sont fous et malheureux; ceux du milieu sont malheureux et raisonnables. Fr 257. Pas­ cal écrit moins pour ceux-ci: la lumière n’est pas loin d’eux (cf., fr. 553, Le mystère dr Jésus. · Console-loi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas trouvé »), que pour ces fous cl malheureux ·, les libertins qui ne cherchent même pas Dieu. Ils sont irritants à la fin. 2124 « Sur toutes les autres choses », ils s'inquiètent; mr cette seule question, «où il s’agit d’euxmêmes,de leur éternité, de leur tout ·: y a-t-il un Dieu el avons-nom une âme immortelle? ils demeurent Indifférents. El ili se vantent de l’être : c’est monstrueux ·. - Nom avons interrogé notre raison; elle ne nous a pai éclairés. — Éludiez la religion, elle vous donnera dci réponses précises. De ces indifférents, les uns allectent leur indiffé­ rence. mais ils ne l’éprouvent pas; on leur a dit qu’elle était dans les belles manières du monde et ils l'ont cru i. Qu'Ils y réfléchissent : leur attitude est * opposée à la simple honnêteté · et en réalité « éloignée de ce bon ton qu’ils cherchent ». Qu’Ils renoncent donc à cette attitude ct cherchent Dieu de tout leur cour, A travers ces pages qui sont écrites pour eux. Les outre» sont de véritables impies. Qu’ils lisent du moins cc qui suit : «quelque aversion qu'ils y apportent, peut être rencontreront ils quelque chose. » Fr. 191 cl 195. 2” // y a un problème dc l'homme que seule résout la religion dc Jésus-Christ. I. Le problème de l'homme L'homme se résume en contradictions. a) t.'homme est loin dr se suffire a lui-même. Sa misère sans Dieu. L’homme se sulllt â lui-même ct la vie â clk-infimc. L’homme trouve dans sa raison la lumière nécessaire, dans sa volonté, la force morale utile; ses instincts lui sont une loi sûre dc vie individuelle et sociale el son savoir, toujours en progrès, lui permettra d’améliorer toutes choses indéfiniment. Voilà cc que disent les libertins. — Tout cela n’est qu’ilhislon, répond Pascal. a. L'homme dans la nature. Effrayante disproportion. Que l’homme se considère d’abord au milieu dci choses, dans l’univers. Comme Pascal l’a déjà dit dan» l’Esprit géométrique, l. tx, p. 270, l’homme se verra entre l’infinhncnt grand où · son imagination se lassera plutôt dc concevoir que la nature dc fournir ». cl par lequel il se sentira écrasé, et l’infiniment petit, au terme duquel un esprit travaillant « sans tin, sans repos », ne peut arriver; dans ce raccourci d’atome ·, Il trouvera toujours · une immensité ·, tandis qu’en face il se verra · un colosse, un monde ·, ct il sera déroulé, (hirdcni t-ll alors sa belle assurance et ne sera-t-il pa» « effrayé de lui-même ·? Fr. 72. b. Combien sa puissance de connaître est Insuffl· sanie! Il ne connaît lr tout dr rien. Qui comprend, domine. Pour supprimer l’effroi, il n’y n qu’à compren­ dre Oui, mais vous n’y pouvez prétendre. Comment arriveriez-vous à comprendre les principes des choses, autrement dit, · leur double infinité ». ct dès lors â connaître letout ·?·Notre intelligence lient dans l’or­ dre des choses intelligibles le même rang que notre corps dan» l’étendue de la nature. · Nous sommes • incapables de savoir certainement et d’ignorer abso­ lument ». (’/est tout. Ibid. Et, pane qu’il ne peut connaître le tout, l'homme ne peut même (onimltrc · les parties avec lesquelles il a proportion ». Tout sc tient, en effet, · toutes chose» étant causées ct causantes, aidées cl aidantes, média­ tes et Immédiate» el toutes s’entreteiinnl par un lien naturel et insensible qui lie 1rs plus éloignées el les plus dilh rentes ■; la loi de continuité empêche · de connaî­ tre la partie sans connaître le tout ». SI l’homme d’au­ jourd'hui connaît plus que ne» ancêtres, qu’il ne s'enorgueillisse pas : « Il est toujours infiniment éloi­ gné de tout ·, comme sa vie. durât-elle · dix ans davantage ·, n’en est pas moins · Infiniment éloignée de l’< ternit <’· ■ Ibid D’uilleiiis, l’homme trouve en lui-même un obstacle à connaître vraiment. Les chose» · sont simples en elles-mêmes ct lui composé de deux natures. Au lieu de recevoir les Idées de ces choses pures, nous les tei­ gnons de nos qualité» *. (l’est ainsi que les philosophes • confondent 1rs Idées des choses ct parlent des choses LES PENSÉES, corporelles spirituellement cl des choses spirituelles corporellement ». Ibid. Et lui-même mollis que le reste. Lui qui aurait tant besoin de. sc connaître, car · quand cela ne servirait pus A trouver le vrai, cela sert A régler la vie ·. fr. 66, Host A lui-même le plus prodigieux objet de la nature». Il ne sait · ce que c’cst qu'un corps et encore moins ce que c’est qu'un esprit, cl, moins qu'aucune chose, comme un corps peut être uni à un esprit ». Fr. 72. Même dans · les choses de sa force · et · ou son Intérêt propre » est le plus engage, fr. 73, A quoi arrive-141? Voici la question du souverain bien, du bonheur par conséquent, question primordiale : « L’un si nous avons une impuissance de prouver invincible ù tout le dogmatisme, nous avons une idée de la vérité invin cible à tout le pyrrhonisme ». Fr. 395. Mêmes atllrmations contradictoires sur l'aptitude de l'homme au bonheur. Le voyant < partagé entre l’or­ gueil qui le soustrait A Dieu ct la concupiscence qui l’attache ù la terre », les phil isophes ne savent « ni quel est son véritable bien, ni quel est son véritable élût ». Les uns, les stoïques », lui ont dit : « Benlrez au-dedans de vous-mêmes ». c’est lù qu’est le bonheur. Ils l’ont ainsi précipité dans la superbe » ct déçu Les autres disent : Sortez en dehors; recherchez le bonheur cn vous divertissant ·. el ils l’ont également déçu, Fr. 465; cf. fr. 430. Sur la propension de l’homme au bien, même oppo­ sition : « les uns considérant la nature de l'homme comme incorrompue. les autres comme irréparable. » Ceux-là, « s’ils connaissaient l'excellence de l'homme en ignoraient la corruption cl se perdaient dans 1a su- 213! PASC\L. LES PENSÉES, I Ie PAHT1E pcrbc »; ceux-ci, · s’ils reconnaissaient l'infirmité de la nature, en ignoraient la dignité · ct la précipitaient dans la paresse ct le désespoir. Fr. 135. Conclusion, · La nature confond les pyrrhoniens et la raison... les dogmatiques. Que deviendrez-vous, ô hommes, qui cherchez votre véritable condition par votre raison naturelle? Connaissez donc, superbe, que paradoxe vous êtes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuissante; taisez-vous, nature imbécile ...ct entendez dc votre maître, votre condition véritable. Écoutez Dieu, i r. 131; cf. fr. 693. b) Les religions que disent-elles? — a. Dieu évidem­ ment, s’il a parlé, ne parle pas par toutes. Si donc il y a une vraie religion, elle doit : 1° rendre compte de toutes « les étonnantes contrariétés » dc l’homme. < Les grandeurs et les misères dc l'homme sont tellement visibles qu’il faut nécessairement que In véritable reli­ gion nous enseigne cl qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme el quelque grand principe de misère. » Fr 130; cf. fr. 448. 2° Assurer par un secours nécessairement surnaturel cette vérité el ce bien mo­ ral auxquels l’homme ne saurait atteindre naturelle- | ment, sans quoi, comme les philosophies, elle serait inutile». Fr. 78.3° L’expérience démontrant ceci: Le bonheur n’csl ni hors de nous ...ni dans nous », fr. 165, et * le gouflre in Uni qu’est le cœur de l’homme, « ne peut être rempli que par un objet infini el immuable. Dieu », fr. 425, la vrai religion devra donc nous mon­ trer « que notre vraie félicité est d'être en Dieu » et nous · obliger dc l’aimer ». Puis. < nos concupiscences nous détournant dc Dieu , elle nous rendra raison de ccs oppositions que nous avons à Dieu cl à notre pro­ pre bien »; clic nous enseignera « les remèdes à nos impuissances ct les moyens d’obtenir ces remèdes ». Fr. 130. Cf. fr. 112 ; « La vraie nature de l'homme, son vrai bien, el la vraie vertu el la vraie religion, sont choses dont la connaissance est inséparable. » b. Or, sur ces points, les religions autres que la chré­ tienne se sont montrées impuissantes à l’égal des philo­ sophies. — Ainsi la mahométane qui nous a donné les plaisirs dc la terre, pour tout bien, même dans réter­ nit <· ». Fr. 430. c. Seule lu religion chrétienne répond aux exigences de la vraie religion, - x) Par sa doctrine du péché ori­ ginel, elle explique les contradictions de l'homme. « Vous n’êtes plus dans l’état de création, dit à l’homme la sagesse de Dieu, car j’ai créé l’homme suint, innocent, pariait, rempli de lumière et d’intelligence. Il n’était pas alors dans les ténèbres qui l'aveuglent et dans les misères qui l’allligcnl. » Qu’est-il donc arrive? Le péché, le péché d’orgueil. L'homme s’est soustrait à ma domination, s’égalant 5 moi par le désir dc trouver sa félicité en lui-même. » Le péché a appelé le châtiment : la perte dc la grâce et. par là, l’ignorance et la concu­ piscence : « Je l’ai abandonne à lui: toutes ses connais­ sances ont été éteintes ou troublées. Les sens, indépen­ dants dc la raison ct souvent maîtres de la raison, l’ont emporté à la recherche des plaisirs. Il reste aux hom­ mes quelque instinct impuissant du bonheur de leur première nature et ils sont plongés dans les misères de leur aveuglement et de leur concupiscence qui est devenue leur seconde nature. » Fr. 130. Ainsi parle le livre le plus ancien du monde, livre extraordinaire que les chrétiens ont reçu des Juifs — qui en ont été ainsi a travers les siècles, les aveugles gardiens - comme un livre sacré, dans lequel sont exposées les volontés de Dieu cl l’histoire de l’homme, la Hiblc. Comme s’éclaire le mystère de I homme! Comme s’expliquent sa misère : qui est misérable est puni; scs contradictions : les philosophes, plaçant la grandeur cl la faiblesse dans le même sujet, ne pouvaient les conci­ lier; la fol les montrant dans deux sujets différents, l'hcmmc avant le péché, avec la grâce, ct l’homme 2132 . après le péché, privé de la grâce, les concilie admirable­ ment. Et l’expérience confirme la foi : « Observez-vous I vous-mêmes et voyez si vous ne trouvez pas en vous les caractères vivants de ccs deux natures. · Fr. 130. La raison des effets· la voici donc : le péché originel. Mais, dit le libertin, ce péché est - incompréhensible ». Possible. Mais notre raison n’est pas la mesure du réel et « ce qui est incompréhensible ne laisse pas d’être ». Fr. 430. Et, si « ce mystère est le plus éloigné dc notre connaissance », sans lui, - nous ne pouvons avoir au­ cune connaissance de nous-mêmes », de sorte que «l'homme est plus incompréhensible sans cc mystère» que cc mystère n’est incompréhensible à l’homme. Fr. 134. Cc mystère ainsi présenté prend toute la va leur d’une explication rationnelle. β) Elle offre en Jésus-Christ le remède à toutes nos misères, · C’est en vain, 6 hommes, que vous cherchez en vous-mêmes le remède à vos misères. Les philoso­ phes vous l'ont promis el ils n’ont pu le faire... Ils n’ont fias seulement connu les maux. » Fr. 130. Or, deux mots résument toute la religion chrétienne : Adam, Jésus-Christ. ■ Ibid,, el fr. 523. Par la faute d’Adam. !’bouillie esl < déchu de Dieu »; par JésusChrist, médiateur entre Dieu et l’homme déchu ». sont réparées les suites du péché originel. Fr. 517. Par Jésus-Christ cl par lui seul, est effacée notre ignorance : · Par Jésus-Christ et en Jésus-CJirist. on prouve Dieu ct on enseigne la morale el la doctrine. · Ibid. : · Nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus-Christ ; nous ne connaissons la vie, la mort que par Jésus-Christ. » Fr. 548. L'homme s’égare s’il ne connaît â la fois Dieu el sa misère. Or, « on peut bien connaître Dieu sans sa misère, et sa misère sans Dieu, mais on ne peut connaître Jésus-Christ, sans connaître tout ensemble et Dieu et sa misère. » Fr. 556. < JésusCJirist est l’objet dc tout el le centre où tout tend. Qui le connaît, connaît la raison de toutes choses. » Ibid. Sans l’Écriture qui n’a que Jésus-Christ pour objet, nous ne connaissons rien et ne voyons qu’obscurlté ct confusion dans la propre nature. » Fr. 548. De même pour le bien cl le bonheur et en face de la concupiscence. · Sans Jésus-Christ, il faut que l’homine soit dans le vice ou la misère; avec Jésus-Christ l’homme est exempt de vice et dc misère. En lui esl toute notre félicité. Hors de lui, Il n’y a que vice, mi sère, désespoir. Fr. 5 16. « La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connais sance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons Dieu ct notre misère. Fr. 527. < Nul n’csl heureux comme un vrai chrétien, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Fr. 311. Il n’y a que la religion chrétienne qui rende l’homme aimable el heureux tout ensemble. » Fr. 542. Conclusion. « SI Pascal n’a pas entendu donner par là une démonstration rigoureuse de la vérité de la reli­ gion chrétienne, non plus que du péché originel, du moins, il a voulu montrer que celte religion a cette première et importante marque de vérité qu elle com­ prend tout l’homme el qu’elle est faite pour tout l’homme. ■ Delbos, La philosophie française. Paris, 1919, p. 86. En d’autres termes, le christianisme n’est pas démontré divin, mais ce fait, que seul II explique l’énigme de l’homme, que seul il propose le remède à l’étal monstrueux de l’homme el qu’ninsi seul II s’adapte à l’homme, lui donne chance dc venir de Dieu ct s’impose à l’attention de tout homme honnête et qui pense. Le libertin sc doit donc de continuer son enquête sur les croyances chrétiennes. Et c’est le pro­ blème de JéMis-C.hîist qui s’impose a lui. DEUXIÈME PARTIE. DÈ M0XRTRAT10N DIRECTE DE LA VÈRITf. DU CHRIST! AXIOME ET DE LA DIVINITÉ DE JÈRÜE-CHRIet. — 1° De la méthode à suivre et de l'étal 2133 PASCAL. LES PENSÉES, IIe PARTIE d'âme ou se mettre. I. L'objet lion possible. - Tout cela je l'accepte, pourra «lire tel libertin. Mali «lès que je tente de poursuivre · je ne vois partout qu’obscurilés ». Fr. 227. Je me heurte a de multiples antino­ mies. Fr. 229. · Incompréhensible que Dieu soit et qu’il ne soit pas; «pie l’âme soit avec le corps ct que nous n'ayons pas d'ûme; «pie le monde soit créé ct qu’il ne le soit pas; que le péché originel soit ct qu’il ne soit pas, Fr. 230. (l’est que vous vous y prenez mal. Il x a une méthode â suivre, un état d’âme ou se mettre. Sur des concep­ tions analogues, mais non Identiques, antérieures â Pascal ou contemporaines, voir Deditu, Survivance et influence de l'apologétique traditionnelle dans les Pen­ sées, dans Revue d'histoire littéraire, octobre-décem­ bre 1930, p. 196. 2. l.a vérité religieuse est de l'ordre de la charité (fr. i 760 et 793). — La méthode â suivre est commandée par ce fait qu’il y a trois mondes ou trois ordres de choses «pii sont â une infinie distance l’un de l’autre, les deux supérieurs posant une transcendance par rapport à l’ordre immédiatement inférieur, de sorte que le passage ascendant de l'un â l’autre est impos­ sible. Or chacun de ccs ordres est connu différemment. Il y a le monde des corps, ce monde charnel que saint Paul oppose au monde spirituel, qui appartient « aux rois, aux riches, aux capitaines, a tous ces grands de chair». Les sens et la science expérimentale nous le font connaître, incomplètement, il est vrai, puisqu'il se perd en deux infinis et que nous sommes hors de pro­ portion. Il y a le monde de la pensée — selon la distinction cartésienne — qui a. lui aussi, ses grands el scs rois, les curieux et les savants, les gens d’esprit, les grands génies », et dont le représentant contemporain est Des­ cartes. Cf. fr. 76 sq. Entre ce monde et le précédent, aucune proportion. Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre el ses royaumes ne valent pas le moin­ dre des esprits, car il connaît tout cela, ct les corps, non. » Cf. fr. 317. Dans les choses de la nature, l’homme charnel voit l'agréable ou Put Ile: l’homme de la pensée, le philosophe voit < nombre, espace ct mouve­ ment », fr. 89. et compose la machine tout entière. Fr. 79. Il s’occupe de connaître l’organe de la pensée, l’âme, sa nature el sa destinée, fr. 72 el 191; de fixer la loi morale â laquelle est soumis l’être humain, fr. 191 ; il s'élève même jusqu’à la notion de Dieu. Fr. 233. 496. 556. Deux puissances intellectuelles interviennent ici. le cœur et la raison. · Nous connaissons hi vérité non seulement par la raison, mais encore par le cœur. · Fr. 282. Le cœur, selon le mot de Sully-l’rudhomme, La vraie religion selon Pascal. in-8°. 1995. p. 30, est pour Pascal la racine commune de sentir ct de con­ naître ». Il esl connaissance, mais spontanée, immé­ diate. intuitive ct non démonstrative. Cf. fr. 282. I) est aussi · inclination . fr. 282. 281. 287. 288. - ins­ tinct ». fr. 281 ct 282, c’est-à-dire mouvement spon­ tané dc Pâme qui, dans la vérité entrevue, sent son bien propre et y adhère avec 1a plus entière certitude. Ainsi s'explique notre croyance en ces jugements de valeur que porte spontanément l'esprit de finesse, dans la vie sociale, en ccs principes premiers, auxquels sc réfère toute démonstration, mais qu'aucune ne peut établir, dans l’ordre scientifique aussi bien que dans l’ordre moral cl esthétique. · l.a vrai morale, dit Pas­ cal. se moque dc la morale, c’est-à-dire que la morale du jugement sc moque dc la morale dc l’esprit », car • la morale du jugement est celle du sentiment el la morale dc l’esprit, qui voudrait s’établir par démons­ tration, est sans règle » ou incapable d’établir ses principes. » Fr. 4. Dc même « la vraie éloquence sc moque dc l’éloquence ». Ibid.; cf. fr. 32, et Art de per­ I 2134 suader, I. IX, p. 271-274. 141 science, si on voulait la fonder sur la raison, devrait « tout définir ct tout prouver ». De l'esprit géométrique, t. ix, p. 242. Impos­ sible. C’est donc le cœur qui lui fournit scs principes. « Le cœur sait qu’il y a trois dimensions dans l’espace ct que Its nombres sont infinis. Les principes sc sen­ tent ; les propositions se concluent. » Fr. 282. Ici donc, comme dans le reste. · notre raisonnement se réduit ù céder au sentiment ». Fr. 274. Des principes fournis par le cœur, la raison rai­ sonnante déduit, mais le cœur, · avec la multitude d’appétits, dc passions, dc mouvements passagers ou durables » que représente ce mot, ne cesse d'intervenir dans nos opérations intellectuelles réfléchies, sauf dans les sciences mathématiques. Cf. Laporte, ccrur et la raison selon Pascal, dans Revue philosophique, t. î. 1927. p. 0 \ sq 255 »q. Il y a, enfin, le monde ou l'ordre de la charité, où la grandeur est celle de la sagesse », dont les grands sont les saints, et le roi, Jésus-Christ. (’/est le monde de la vérité pleine et entière qui esl Dieu. Mais Dieu, on ne le connaît, comme il doit être connu, que par la grâce qui est charité, amour de Dieu. « Les saints disent, en parlant des choses divines, qu’il faut les aimer pour les connaître cl qu’on n’entre dans la vérité que par la charité. · Art de persuader, t. tx, p. 272. C'est pour­ quoi l'unique objet dc l’Ecriture est la charité ». Mais * tous les corps ct tous 1rs esprits ensemble ct toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement dc chanté, (.cia est d’un ordre infini­ ment plus élevé : surnaturel. » Fr. 793. 3. Pur conséquent, qui se tient dans l'ordre de la pensée et du raisonnement ne peut aboutir qu'à une notion de Dieu incertaine et inutile. — · Incompréhen­ sible que Dieu soit, incompréhensible qu’il ne soit pas », fr. 230 : la raison du libertin ne peut guère sortir de là. Sans doute, notre ccrur aime l’être universel natu­ rellement », fr. 277, en ce sens qu’il aspire au bien uni­ versel. absolu, en plénitude, que, dans la réalité. Dieu seul est cc bien el «tue. s’il sc révélait â notre cœur, notre cœur serait nécessairement attiré vers lui. Mais, dans l’étal présent, «l'homme aime soi-même, natu­ rellement », fr. 277. ct « ne peut aimer que soi », fr. 100; « Il y a donc une opposition invincible entre Dieu ct nous », fr. 170. et comme « nous ne croyons que ce qui nous plaît », fr. 99. nous ne pouvons, par notre seule raison, connaître Dieu vraiment. Mais ne peut-on prouver Dieu, par les ouvrages de la nature? Aux croyants, oui; « car ceux qui ont la foi voient incontinent que tout cc qui est n’csl pas autre chose que l’œuvre du Dieu qu’ils adorent », fr. 213; aux impies, non. D’abord « qui connaît mieux les choses qui sont Dieu, que l’Ecriture » ? fr. 242. Or. en face dc la nature, les auteurs canoniques ont pu chanter la gloire de Dieu, mais aucun» · jamais, ne s’est servi de la nature pour prouver Dieu ». < A des athées endur ris ». peut-on espérer faire accepter l’existence de Dieu en faisant valoir uniquement « le cours de la lune ou des planètes », fr. 242. à la manière dc Rousseau, di­ rions-nous aujourd’hui, ci. art .Dieu (Connaissance na turelle de), t. iv, col. 805, ou parties preuves en forme, comme celle-ci de Grotius, De veritate religionis Chris­ tiana·, l. i. c. vu : « Il n’y a point de vide, donc, il y α un Dieu. · Fr. 243. Cela ne peut qu’amoindrir la reli­ gion aux yeux des impies et les faire sourire. Ibid. • Dieu est un Dieu caché », lui-même le dit dans!'Ecri­ ture. Fr. 194 ct iv· Lettre à Mlle de Roanne:, t. vi, p. 88. · Si le monde subsistait pour instruire l’homme dc Dieu, sa divinité reluirait de toutes parts d’une manière incontestable. Ce qui y parait ne marque ni une exclusion totale, ni une présence manifeste dc divinité, mais la présence d’un Dieu qui sc cache. · 2135 PASCAL. LES PENSÉES, I Ie PARTIE Fr. 556. (.f. Stapfer, (ne histoire du sentiment reli­ gieux, dans Revue des Deux Mondes, 1908. I. vr, p. 312: l’auteur dit de saint François de Sales : · C’est une chose remarquable que eet aimable évêque, qui offre avec Fénelon tant de ressemblances, ne sc soit pas amusé aux preuves physiques de l’existence de Pieu, quoiqu’il aimât la nature.» Descartes arguant a contingentia mundi, fr. 169, ou partant de la nécessité du premier moteur, car il a bien etc oblige de faire donner par Dieu · une chique* naude pour mettre le monde en mouvement ». fr. 77, a pu se démontrer l’existence de Dieu. On peut dire aussi qu’il y a une vérité substantielle, « voyant tant de choses vraies qui ne sont pas la vérité même », fr. 233; * que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles ct dépendant d’une première vérité en qui clics subsistent et qu’on appelle Dieu. » Fr. 556. Cf. Bossuet. De la connaissance de Dieu, c. iv. § 5. Ces preuves métaphysiques peuvent être préférables aux preuves physiques, mais clics sont si éloignées du raisonnement des hommes, quelles frappent peu. et. quand cela servirait â quel­ ques-uns, ce ne serait que pendant l’instant qu’ils voient cette démonstration, mais, une heure après, ils craindraient de s'être trompés». Fr. 513. Cf. fr. 517; ct fr. 78 : « Descartes incertain. » Λ quelle connaissance de Dieu aboutit d’ailleurs cet effort? · Selon les lumières naturelles, s’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque n’ayant ni parties, ni bornes, il n’a nul rapport avec nous; nous sommes donc incapables de connaître ce qu'il est. » Fr. 233. Si, en effet,comprendre c’est ramener une chose à des idées claires et distinctes, donc délimiter, Descartes a raison d’écrire : » Il est de la nature de l'infini de ne pouvoir être compris par le fini ». Prin­ cipes, i, 39. Et à quoi servirait une connaissance pure­ ment rationnelle de Dieu ct par conséquent purement notionnelle? « Quand un homme serait persuadé ». d’après les preuves métaphysiques, · qu’il y a un Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup plus avancé pour son salut. » Fr. 556. 11 ne connaîtrait que · le Dieu des philosophes et des savants », Memorial, un Dieu abstrait el non le Dieu réel, concret, qui fait sentir à l’âme qu’il est son unique bien ». Fr 544. Cf. fr. 519. < Qu’il y a loin de la connaissance de Dieu à l’aimer! » Fr. 289. Cf. fr. -191 : · La vraie religion doit avoir pour marque d’obliger à aimer Dieu »; ct Bossuet, loc. cit., c. iv, J 10: Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer. » Ainsi, conclut Pascal, · toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine », fr. 79, ct il abandonne la religion naturelle ou le déisme â tou­ tes les critiques des incrédules. Fr. 556. 4. Mais qui se trouve placé dans l'ordre du coeur ou de la charité, c'est-à-dire du coeur inspiré par la grâce, a de Dieu une connaissance certaine et la seule utile. — C’est sur cc plan supérieur que se concilient toutes les contradictions où s’épuise la raison. Dès lors. « c’est le cœur qui sent Dieu et non la rai­ son ». Fr. 278. Mais ce n’est pas le cœur corrompu par le péché, où est substitué â l'amour de Dieu l’amour de sol; c’est le cœur purifié, retourné par la grâce qui v a rétabli l’ordre el substitué â l’amour de soi l’amour de Dieu : · Dieu fait sentir à cette âme qu’il est son unique bien, que tout son repos est en lui, qu’elle n’aura de joie qu’à l’aimer », fr. 511 ; c’est le cœur à qui il sc fait ainsi connaître : « Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. ■ Fr. 278. Où il n’y a pas · sentiment du cœur ·, la foi • n’est qu’humaine ct inutile pour le salut ». Fr. 282. Et cette connaissance de Dieu est aussi certaine que toute autre connaissance par le cœur. · (’.eux â qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux ct bien légitimement persuadés. » Ibid. Le 213G Dieu ainsi connu est autre que le * Dieu des philos» phes el des savants », Mémorial, ou que le Dieu « au­ teur des vérités géométriques ct de l’ordre des élé­ ments : c’est la part des païens et des épicuriens », ou qni exerce sa providence, pour donner une longue suite d’années à ceux qui l’adorent : ■ c’est la portion des Juifs. » fr. 556; c’est « le Dieu 147 A I/ PASCAL. LES PENSÉES, IP’ ΡΛΚΊΊΙ; déclare l’événement qui a rempli les prophéties * un miracle ■ subsistant depuis la naissance de l’Église jusqu'à la lin », fr. 706, connu par tout l’univers cl par conséquent le plus grand de tous les miracles, mais, pour lui, miracles et prophéties sont destinés à convaincre des générations différentes. Jésus-Christ a vérifié qu’il était le Messie, jamais en vérifiant sa doctrine sur l’Écriture et les prophéties, mais toujours par les miracles. · Fr. 808. « On n’aurait point péché en ne croyant pas Jésus-Christ sans les miracles. * Fr. 811. C'est que on n'entend les prophé­ ties que quand on voit les choses arrivées ». Fr. 698. Avant, elles sont «équivoques ». Fr. 830. 11 y eut donc un temps où les prophéties ne pouvaient produire leur effet de preuves. · Les prophéties ne pouvaient pas prouver Jésus-Christ pendant sa vie. » Fr. 829. Les miracles proprement dits, guérisons, résurrections, au contraire, qui, une fois accomplis, n’ont plus que la force de témoignage de faits historiques, frappent vivement ceux qui les voient Tandis que les pro­ phètes sont obscurs, ils sont ainsi les vrais fondements de la croyance. · Jésus-Christ a fait des miracles el les apôtres ensuite et les premiers saints en grand nombre : parce que les prophéties n’étant pas encore accomplies et s’accomplissant par eux, rien ne témoi­ gnait que les miracles. » Fr. 838. 11 ne faut pas conclure de là, comme les jésuites en face du miracle de la Sainte Épine, que « les miracles ne sont plus nécessaires, à cause qu’on en a déjà ». Fr. 832. SI · maintenant il n’en faut plus contre les Juifs, car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant », fr. 838, comme · l’Église a trois sortes d'ennemis », c’est-à-dire. « avec les Juifs qui n’ont jamais été de son corps, les hérétiques qui s’en sont retirés ct les mauvais chrétiens qui la déchirent audedans », fr. 810; il continue à être utile qu’il y ail des miracles. « Les miracles discernent aux choses douteuses·. autrefois c’était ■ entre les peuples juif ct païen, juif ct chrétien »; aujourd’hui c’est ■ entre catholique, hérétique, calomniés et calomniateurs ». Fr. 811. Pen­ sant donc au miracle de la Sainte Épine, il dit : « Quand on n’écoute plus la tradition, quand on ne propose plus que le pape, quand on l’a surpris et qu’ainsi ayant exclu la vraie source de la vérité qui est la tradition el ayant prévenu le pape qui en est le dépositaire, la vérité n’a plus la liberté de paraître, alors, les hommes ne parlant plus de la vérité, la vérité doit parler elle-même aux hommes. » Elle le fuit par le miracle, comme cela arriva sous Dioclé­ tien cl sous Arius ». quand le pape Libère condamna saint Athanase. Fr. 832. Or, aujourd’hui, ces filles (les religieuses de Port-Royal) étonnées de ce qu’on dit qu’elles sont dans la voie de perdition, que leurs confes­ seurs les mènent à Genève, elles savent que cela est faux; elles s’offrent à Dieu en cet état. Qu’nrrivc-t-ll? · Le miracle de la Sainte Épine a discerné la doctrine : Ce Heu qu'on dit être le temple du diable. Dieu en fait son temple. On dit qu’il faut en ôter les enfants, Dieu les y guérit... 11 faudrait avoir perdu le sens pour en conclure qu’elles sont dans la voie de perdition. » I l 8ll.cf.fr. 811. J c. Comment discerner le miracle? — Non pas recon­ naître dans la trame des phénomènes ceux quoad sub­ stantiam. ou quoad modum, comme s’exprime Barcos, Appendice à la section xin. question !, toc. cit.. p. 291. qui sont l’œuvre immédiate de la Cause première. Pascal ne sc pose pas cette question, — mais discerner les vrais des faux, car il y a de « faux miracles ». fr. 803 : les fausses religions, les siècles païens offrent en grand nombre « de faux miracles, de fausses révéla­ tions, des sortilèges, etc. · fr. 818; · incrédules les plus crédules : ils croient les miracles de Vespasien ·. Fr. 816. Raisonner comme eux serait une erreur : il 2148 y a de faux miracles, donc il n’y en a pas de vrai». SI l’on a foi aux charlatans qui vantent de faux remêdej, c’est que « quantités de remèdes se sont trouvés véri­ tables. Ce qui fait que l ’on croit tant de faux effets de la lune, c’est qu’il y en n de vrais. » Les faux miracles sont de môme la preuve qu’il y en a de vrais. Fr. 817, cf. fr. 818. A quelle « marque » dès lors reconnaître la vraM Us ont des marques visibles, « autrement ils seraient inutiles ». Fr. 803. Or, ils sont « au contraire fonde­ ment ». Ibid., cf. fr. 826. Cette marque c’est la doc­ trine : « La doctrine discerne le miracle. » Fr. M3· En d’autres termes, il ne peut y avoir de miracles en faveur d’une doctrine erronée : · Les hommes doivent à Dieu de recevoir la religion qu’il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne pas les induire en erreur, i Fr. 813. cf. fr. 820. Or < il n’est pas possible de croire raisonnablement contre les miracles ». Fr. 815, Jamais Dieu donc ne fera un miracle « pour continuer une erreur ». .Moïse donnait aux Juifs une règle du même ordre : < Si une prophétie sc réalise, mais qu’elle con­ duise à l’idolâtrie, c’est qu’elle n’est pas de Dieu ·, Deut., xm, 3. Jésus-Christ également : « 11 n’y a per­ sonne qui, ayant fait un miracle en mon nom, puisse parier mal de moi. » .Marc., îx, 38. Fr. 839. < Dans le Vieux Testament donc, quand on vous détournera de Dieu. Dans le Nouveau, quand on vous détournera de Jésus-Christ. Voilà les exclusions des miracles mar­ quées. » Fr. 835. Aujourd’hui à Dieu ct à Jésus-Christ s’ajoute l’Église. En face d’un phénomène qui a l’ap­ parence du miracle, · il faut ou sc soumettre, ou avoir d’étranges marques du contraire. Il faut voir s’il nie Dieu, ou Jésus-Christ, ou l’Église. » Fr. 835. En conséquence, · quand on volt les miracles ct la doctrine non suspecte tout ensemble d'un même côté ·, en d’autres termes, quand un miracle se produit en faveur d’une doctrine qu’accepte comme divine l’Église entière, < il n’y a pas de difficultés ». Ce signe est bien de Dieu qui confirme ainsi sa parole. Fr. 843. Quand, « dans l’Église », l’erreur est en « dispute » el que le miracle a Heu, « il discerne ». Fr. 851. Produit dans l’Eglise et pour l’Église, il vient de Dieu : « Ubi est Deus luus? Les miracles le montrent. · Fr. 846. Produit · dans une dispute publique où les deux partis sc disent à Dieu, à Jésus-Christ, à l’Église », il tranche le débat, on l’a vu plus haut. Et, en semblable cas, • jamais les miracles ne sont du côté des faux chré­ tiens ». Fr. 843. L’hérésie et le schisme ne peuvent sc réclamer de signes divers où Dieu autoriserait par le miracle une doctrine qui détourne de Jésus-Christ ct de l’Église. · Si. dans la même Église, il arrivait miracle du côté des errants, on serait induit à erreur. · Fr. 846. Les hérétiques le savent si bien, qu’ils ont < toujours combattu par tous les moyens nos trois marques qu’ils n’ont point », fr. 845, ct dont est le miracle. Fr. 811. < Inutiles », d’ailleurs, seraient des miracles en leur faveur. Il y aurait · miracles contre miracles », mais il y a des choses acquises, ainsi l'au­ torité de l’Église. Que compteraient des miracles en faveur de l’hérésie, en face des condamnations de l’Église, «autorisée»,elle, par tant de signes divins,qui lui ont valu · la créance · avant toute autre doctrine, ct qui sont » premiersct plus grands «que tous autres. Fr. 811. Γη miracle parmi les schismatiques n’est pas tant à craindre, car le schisme, qui est plus visible que le miracle, marque visiblement leur erreur. » Fr. 851. cf. fr. 846. L’Antéchrist » fera des miracles · contre Jésus-Christ ct Jésus-Christ les a prédits. Fr. 846. Oui, mais ces signes, justement parce qu’ils seront contre Jésus-Christ, ct qu’ils ont été prédits par lui, < ccs miracles », selon le mot de saint Paul, ne seront que • des signes de mensonge · ct ne peuvent induire à erreur ». Fr. 845, 826 et 842 — Enfin, < quand on 21 49 PASCAL. LES PENSEES, IIe PARTIE soil les miracles cl la doctrine suspects d’un même i cote », ce fui le cas de Jésus-Christ. · alors il faut voir quel est le plus clair ». Fr. 843. Jésus-Christ était suspect, tbid.\ mais » scs miracles étaient convain­ cants l i 829· 1 • Les miracles discernent la doctrine cl la doctrine discerne les miracles. » A’p a-t-il pas là une contradic­ tion? Pascal ébauche l'objection immédiatement : Si la doctrine règle les miracles, les miracles sont inu­ tiles pour la doctrine. SI les miracles... » Fr. 803. Evidemment, il y a cercle vicieux à dire comme les ennemis de Port-Royal : · Qu’avez-vous pour vous (aire plutôt croire que les autres?... Si vous aviez des miracles, bien. » Puis, quand sont venus les miracles : « Les miracles ne suffisent pas sans In doctrine », fr. 843, ou, comme le disait le Habat-joye, p. 6 : C’est blasphémer de dire que Dieu fera des miracles pour autoriser des erreurs condamnées par P Eglise. · Ces gens-là, dit Pascal, · blasphèment tour à tour la doc­ trine et les miracles ». Ibid. En vérité, * les miracles sont pour la doctrine el non pas la doctrine pour les miracles », fr. 843, en d’autres termes : Si chaque miracle confirme ia doctrine, la question de doctrine n'intervient pas en chaquo miracle. Puis il ajoute : « Règle.*11 faut juger de In doctrine par les miracles; il faut juger des miracles par la doctrine. Tout cela est vrai, mais ne. sc contredit pas: il faut distinguer les temps. » Ibid. « Autre règle durant Moïse, autre règle à présent ». Un miracle n'est pas un fait isole. Il s’in­ sère dans la trame des faits surnaturels, et il trouve des choses acquises, comme il a été dil. Au temps de Jésus-Christ, dont la doctrine était suspecte aux Juifs, « le miracle discernait la doctrine» Aujourd’hui, il discerne encore les choses douteuses dans l’Eglise même. Mais, en face de doctrines nettement impies ou hérétiques, l'autorité de l’Eglise étant acquise et les prophéties accomplies étant un miracle subsistant, les miracles proprement dits n’ont plus le même rôle ct c’est la doctrine qui discerne entre les faits dont on veut (aire des signes divins. Mais, étant donnés les miracles dans l’Eglise. com­ ment tous ne sont-ils pas croyants? · Si J’avais \u un miracle, disent-ils, je me convertirais. » Er. 470. Erreur. Il ne s’agit pas seulement de constater un fait, ou même de l’interpréter; il s’agit d’y sentir Dieu. Or, Dieu ne se révèle qu’à ceux qui le cherchent hum­ blement. On peut arriver à la fol sans avoir vu de miracles, comme sans connaître les autres preuves de la religion, fr.287; on revanche, de vrais miracles peuvent laisser leurs témoins indifférents. Il en est. en effet, du miracle comme · des prophéties cl des preuves de notre religion ·; il y a en eux de l’évidence cl de l’obs­ curité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres ». Fr. 564. On est ici dans l’ordre de la charité. On voit le fait; on peut l’interpréter justement el conclure à Dieu; celui-là seul y sent Dieu qui a la charité. · Ce qui fait qu’on ne croit pas les miracles, c’est le manque de charité. » Er. 826. Et, conformément à l’économie du salut telle qu’il la conçoit, pensant peut-être à ces Juifs qui « n’auraient pas péché, en ne croyant pas Jésus-Christ, sans les miracles », Pascal écrit : · Les miracles ne servent pas à convertir, mais à condam­ ner. » Fr 825. e) La perpétuité de la religion, des origines à nos jours, prouve sa divinité. Le christianisme se pré­ sente comme une religion, non pas née au cours des siècles, mais contemporaine de l’homme, et qui s’est maintenue dans sa pureté malgré tous les obstacles. Bossuet dira au Grand-Dauphin : · C’est In même reli­ gion dès l’origine du monde Que si l’antiquité de la religion lui donne tant d’autorité, sa suite continuée sans Interruption et sans altération, durant tant de siècles ct malgré tant d’obstacles survenus, fait voir 2150 manifestement que la main de Dieu la soutient. » Discours sur l'histoire universelle, IP partie, La tuile de la religion, c. i. Pascal « ouvrant, selon le mot de Sainte-Beuve, lue. cil., p. 117, des perspectives que Bossuet parcourra et remplira », avait avant lui signalé le même fait cl en avait conclu a l’intervention divine : · Cette religion qui consiste à croire que l’homme est déchu d’un étal de gloire ct de communi­ cation avec Dieu, en un étal de tristesse, de pénitence ct d’éloignement de Dieu, mais qu'après ccttc vie nous serons rétaldis par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre. Toutes choses ont passé ct celle-là a subsisté pour laquelle sont toutes choses. · Er. 613, cf. fr. 737. Que celle religion se soit toujours maintenue ct Inflexible, cela est divin. » Fr. 614. Or, ct Pascal insiste sur cettaaidéc, celte religion est de plus « la seule contre la nature, contre le sens commun, contre les plaisirs », fr. 605 et 601, el elle a subsisté au milieu d’un monde entraîné dans · l’idolâtrie · ct « en mille sectes » philosophiques. Fr. 613 et 618. Ce qui fait principalement l’unité de cette religion a travers les siècles, c’est la croyance à un Messie. « Depuis le commencement du monde, l’attente ou l’adoration du Messie subsiste sans interruption. Des hommes ont dil que Dieu leur avait révélé qu’il devait naître un rédempteur qui sauverait son peuple...; Moïse ct les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps ct la manière de sa venue, ils ont dil que la loi qu’ils avaient n’était qu’en attendant celle du Messie, mais que celle-ci durerait éternellement: enfin est venu Jésus-Christ dans toutes circonstances prédites. Cela est admirable. » Fr. 617. I) Et la conduite du monde et l’évolution des empires en /onction de la religion. />· christianisme explique Γ histoire et lui donne un sens. Cela est non moins admirable. Pascal ne fait qu’indiquer la chose : « Qu’il csl beau de voir par les yeux de la foi Darius ct Cyrus, Alexandre cl les Romains, Pompée et Herode agir sans le savoir pour le triomphe de l’Evangile. » Fr. 701. « C’était tout un programme », dil Sainte-Beuve, loc. cit., pensant à la IIP partie, Les empires, du Discours sur Γhistoire universelle, · que le génie impé­ tueux de Bossuet dut à l’instant embrasser, comme l’œil d’aigle du grand Condc parcourait l’étendue des batailles ». g ) Le peuple fui/. Moïse et ΓEcriture, preuves vivantes de la divinité de Jésus-Christ et de son Eglise. — JésusChrist. le Messie venu, partage en deux l’histoire du monde, el la religion chrétienne est fondée sur une religion precedente ·, fr. 619, dont la venue du Messie était Pâme et la raison d’être. Fr. 618. Cette religion est celle d’un peuple « qui attire l’attention par quan­ tile de choses admirables et singulières ». Fr. 620; ci. Fillcau, Discours sur les Pensées, t. xu, p. ccvn. Visiblement ce peuple csl fait exprès pour servir de témoin au Messie. » Fr. 641. Il est ainsi · un des fon­ dements Je ne crois, dit-il. que les histoires dont les témoins sc feraient égorger. · Fr. 593. ■ H ne faut que voir, du reste, comment cela est né. Ces lustoriens fabuleux ne sont pas contemporains des choses dont Ils écrivent. · Fr. 628. Lequel est donc le plus croyable des deux. Moïse ou la Chine? » Fr. 593. Mais ces questions créent de l’obscurité? Pascal répond : lin toutes ces choses · il y a de quoi aveugler cl de quoi éclairer. La Chine obscurcit, mais il y a de la clarté â trouver; chercbez-la. » Celle question de la Chine sert et ne nuit pas ». Ibid. I\ . La théologie di Pascal. — De In première des Provinciales ù la dernière en date des Pensées, en passant par les Lettres à Mlle de Paonne: et les Lents et fragments sur la grâce, la théologie de Pascal est celle de Port-Royal et ne varie pas. U entend rester dans celte voie où « les disciples de saint Augustin · ont la prétention de représenter la Tradition et de s'opposer aux disciples de Luther ou de Calvin cl aux disciples de Molina, ces restes des pélagiens ·. C’est là le plan de scs deux Écrits sur la grâce et. dans les Pen­ sées. il dit l’Église a toujours été combattue par des erreurs contraires ». Fr. 862. Comme Port-Royal, dans la théologie, il s’occupe surtout de lu question de la grâce, c’est-à-dire de la destinée surnaturelle de l’homme, du péché originel, des secours surnaturels que Dieu accorde à l’humanité en raison de la rédemp­ tion. Mais cc n’est pas le côté spéculatif de ces ques­ tions qui le tente : Nous ne concevons ni l’étal glo­ rieux d’Adam, ni la nature de son péché, ni la trans­ mission (pii s'est faite en nous. Tout cela, d'ailleuns» nous est inutile à savoir pour en sortir, et tout cc qu 11 nous importe de connaître est que nous sommes misé­ rables, corrompus, séparés de Dieu, mais rachetés par |I Jésus-Christ Fr. 56(». 2155 PASCAL. SA THEOLOGIE 1e Quelle est notre règle de foi. — 1. (/est la Tradi­ tion. — Si « toutes les religions ct les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide, les seuls chré­ tiens ont été contraints à prendre leurs règles hors d'eux-mêmes. » Fr. 903. Ccs règles sont · celles que Jésus-Christ a laissées aux anciens pour être trans­ mises aux fidèles », ibid., ou la Tradition, autrement dit les croyances de l'ancienne Église : Si l’ancienne Église était dans l’erreur, l’Église est tombée. Quand elle y serait aujourd’hui, cc n’csl pas de mémo, car elle a toujours la maxime supérieure de la tradition dc la main dc l’ancienne Église: et ainsi cette soumission et ccttc conformité à l’ancienne Église prévaut ct cor­ rige tout. » Fr. 867. — Cès règles sont transmises par les Pères : · Voilà le sentiment des disciples dc saint Augustin ou, plutôt, celui des Pères ct de la Tradition et par conséquent dc l’Église », Premier écrit sur ta grâce, t. xi, p. 138; et avant tous saint Augustin : • Dieu conduit bien son Église dc l’avoir envoyé devant avec autorité. » Fr. 869. Ainsi Pascal est loin de l'idée d’un dogme progres­ sant à la façon d’un arbre en croissance. La perpétuité est une marque de l’Église, mais la perpétuité dans l'immutabilité: cf. fr. 811. 2. Râle de T Église ct du pape. — La Tradition est enseignée aux fidèles par une Église · visible », fr. 857. qui est «proprement le corps de la hiérarchie », fr. 889, autrement dit, les évêques, les conciles cl les papes; cf. Premier écrit sur la grâce, loc. cil., cf. fr. 867. Or. • il est dit ; Croyez à l’Église », fr. 852, et - toutes les vertus, le martyre, les austérités sont inutiles hors de l’Église ct dc la communion du chef de l’Église ». Lettre >7 à Mlle de Roannez, t. VI, p. 217. Dans l’Église. < le pape est premier. Quel autre est reconnu de tous, ayant pouvoir d’insinuer dans tout le corps, parce qu’il tient la maîtresse branche qui s’insinuc partout? » Fr. 872. Et si l’on considère l’Église comme un tout, le pape assure l’unité. Fr. 871. Toute­ fois on a tort de « ne proposer plus que le pape ». fr. 832; on ne saurait le séparer dc la multitude », l’isoler. l'investir d’une puissance spirituelle indépen­ dante des conciles cl supérieure à la leur, indépen­ dante même de la tradition. D’aucuns, qui y trouvent profil, exaltent en ce sens l’autorité du pape; ils invo­ quent · quelques paroles des Pères ·, comme si dc simples paroles d’honnêteté, disaient déjà les Grecs dans un concile, étaient des preuves; cf. Bossuet. Remarques sur les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine de M. Dupin, c. î. 5· remarque. Mais il faut juger dc cc qu’est le pape par les actions de l’Église cl des Pères et par les canons ». « L’unité ct la multitude, Duo mit très in unum : Erreur à exclure l’un des deux, comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l’unité. » Fr. 871 ; cf. fr. 871 et Lettre vi à Mlle de Roannez : · Pour l’union avec le pape, le corps n’est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps, » Vu à la lumière dc l’histoire, le concile est supérieur au pape : « Si la vérité a été contestée, il y a eu le pape, ou sinon il y a eu l’Église. » Fr. 819. Quant à la Tradition, clic commande le pape comme elle commande l’Église. Pourquoi défendre le pape de cette dépendance? Serait-il déshonoré pour tenir dc Dieu ct de la Tradition ses lumières? cl n’est-ce pas le déshonorer de le séparer de cette sainte union? » Fr. 875. D’autre part, l’autorité doctrinale du pape a les limites naturelles dc toute autorité doctrinale : la nature des choses, le fait. H lui est interdit d’imposer de croire qu’une chose est quand elle n’est pas. De la /7· Provinciale où il écrit : ■ Dieu conduit l’Église dans la détermination des points de foi, au lieu que, dans les choses dc fait, il la laisse agir par les sens ct par h raison qui en sont naturellement les juges », t. vi. 2156 p. 358, jusqu’à sa dernière heure — on le verni Pascal soutient cette thèse. Et parce que le pape est un homme et un homme au pouvoir, il peut être facilement trompé. Saint lier nard n'écrivait-il pas au pape Eugène Ill : « Il y a un défaut si général que je n'ai vu personne des grandi de ce monde qui l’évite? C’est... la trop grande crédu lité, d’où naissent tant de désordres. C’est dc là que viennent les persécutions violentes contre les Inno­ cents..., les colères injustes pour des choses dc néant. pro nihilo. » /A· Provinciale. t. vu. p. -17. Et combien y a-t-il · dc papes et d’empereurs que des hérétiques ont suqirls effectivement »? Ibid., cf. fr. 832, 8W, 920. C’est ainsi que le pape a condamné des saints • Saint Athanase. accusé de plusieurs crimes, con damné en tel et tel concile, tous les évêques y conven­ tant, et le pape enfin. » Fr. 868. C’est ainsi encore que des excommuniés sauvent l’Église ». Ibid. 3. Pascal s'est-il révolté contre Rome ? — «Il avait une très grande soumission à l’Église et à notre SaintPère le pape », dira Beurrier à « M. Péricr le fils », t. x, p. 365. Mais on lit dans le fragment 920 : * L· silence est la plus grande persécution; jamais les saints ne se sont tus... Or. après que Borne a parlée! qu’on pense qu’elle a condamné la vérité, el qu’ils l’ont écrit et que les livres qui ont dit le contraire sont cen­ surés, il faut crier d’autant plus haut qu’on est con suré plus injustement, ct qu’on veut étouffer la parole plus violemment, jusqu’à ce qu’il vienne un pape qui écoute les deux parties et qui consulte l’antiquité pour faire justice... Si mes lettres sont condamnées à Home, ce que j’y condamne est condamné dans le ciel : Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello. » Sur quoi Sainte-Beuve, loc. cil., p. 97 : · Tout à fait catholique cl anlicalviniste par sa façon d’entendre les sacrements, il sc rapprochait des plus opposés à Home sur l'interprétation el la qualification qu’il don nait aux sentences des pontifes cl sa manière finale d’entendre l’Église lui permettait sous le coup dc la mort de dire non au pape... et de le proclamer instru ment direct ct prolongé de mensonge. Ad tuum... > Havel. Pensées, l. n, p. 1 II, note sur le fragment 66 bis, compare à l’appel des jansénistes à propos dc la bulle l'nigcnilus l’appel mystique de Pascal à Jésus-Christ · ct le proclame plus touchant. Le cha­ noine Hocher va plus loin : · Lorsque l’autorité ponti ileale l’eut justement frappé, l’orgueilleux écrivain sc sentit blessé au cœur ct il jeta cc cri de rébellion... ·, et plus loin encore le chanoine Dldlot : « C’est la for­ mule classique dc toutes les hérésies, de tous les schismes, de toutes les apostasies », Hocher et Dldlot, cités par E. Jovy, dans sa brochure D'où oient TAd tuum. Domine Jesu, tribunal appello, ln-8°, Paris. 1916. p. 30 et 31. E. Jovy a montré que ces paroles sont d’une lettre écrite vers 1119 par saint Bernard à son neveu Robert qui avait passé dc l’ordre dc Cllcaux à l’ordre plus facile de Cluny, après que les religieux dc Cluny curent fait approuver celle démarche à Borne, en tronquant les faits : Veniet, veniet, qui male judicata rejudicabit... Veniet, inquam, veniet dies judicii, ubi plus valebunt pura corda quam astuta verba.,., quando quidem judex ille nec falletur verbis, nec flectetur donis. Tuum, Domine Jesu, tribunal appello..., tibi committo causam meam qui judicas juste ct probas renes ct corda. Sur les lèvres du salnl.ee n’était là ni un cri de révolte, ni une parole d’apostasie, mais un acte dc foi en la justice divine. Pascal, qui est nourri dc saint Bernard, comme tout Port-Hoyal. qui connaît en particulier ccttc lettre dont il a traduit une partie dans la IS9 Pro­ vinciale, loc. cil.,Cl (pii sc voit, comme le saint, en fare d’un pape (pli donne raison à scs adversaires et qu’il juge trompé, fait le meme acte dc foi en la justice de 2157 PASCAL. SA THEOLOGIE Dieu Sur tous ccs points, Pascal est donc resté fidèle â la pensée des Provinciales qu'inspirait, on Γη vu, la doctrine de Port-Koyal. Cf. d'ailleurs, Laporte, La doctrine de Port-Royal, t. n, Exposition delà doctrine d'après Arnauld, i, /.es vérités de la grâce, Paris, 1923. P 20 et 2L 2° L'homme et la grâce. L L'homme. Contraire* ment à ce qu’ont écrit Luther ct Calvin, il y avait une distinction d’essence entre les dons naturels en Adam ct les surnaturels ct, à aucun degré, ceux-ci ne fai­ saient partie intégrante de sa nature. Mais, contraire­ ment à cc que soutiennent les molinistcs, il eût été indigne de la sagesse divine dc créer l’homme dans l'état dc pure nature dans lequel il n’cùt été, on le voit aujourd'hui, qu’un dire disproportionné à sa fin ct â ses aspirations. Si Dieu ne lui devait pas les dons sur­ naturels, l’homme en avait besoin pour assurer l’équi­ libre entre ses aspirations ct scs forces; c’est pourquoi, en le créant. Dieu les lui avait accordés. · J’ai créé l’homme saint, innocent, parfait. » Fr. 134. Les dis­ ciples de saint Augustin considèrent deux états dans la nature humaine. L'un est celui auquel elle a été créée dans Adam, saine, sans tache, juste et droite, sortant des mains dc Dieu, duquel rien ne peut partir que sain, juste et parfait. · Premier écrit : Exposé som­ maire du problème dc la grâce, t. XI, p. 135. Après le péché originel, Dieu a abandonne l’homme â lui », fr. 431. et ainsi réduit à sa nature, l’homme est • un monstre ·, un sujet de contradiction, un paradoxe. Fr. 420. Lui laissant ses aspirations au souverain bien, au bien parfait (pii est Dieu, le péché originel l’a détourné dc Dieu et tourné vers la créature. Aversio mentis a Deo, conversio ad creaturam, cf. fr. 434. Le libre arbitre est demeuré flexible au bien et au mal. mais avec cette différence qu’au lieu qu’en Adam, il n'avait aucun chatouillement au mal ct qu'il lui suffisait de connaître le bien pour s’y pouvoir porter, maintenant il a une suavité et une délectation si puissante dans le mal par la concupiscence qu’infailliblemcnt, il s’y porte de hii-mème. · Deuxième écrit. Opinions de saint Augustin, des pélagiens ct de Calvin sur le problème de la grâce, t. xi, p. I 18. Par contre­ coup dc la concupiscence, son esprit », qui en Adam avant la faute était « très fort, très juste, très éclairé, est dans l’ignorance ». en cc sens surtout, que dans la recherche dc son souverain bien, attiré par la créature, il est incapable de le trouver là où il est, en Dieu. De plus « comme un fruit sortant d’une mauvaise semence, tous les hommes sortis d’Adam, naissent coupables du péché d’Adam et dignes de la mort éter­ nelle ». Ibid, t Par le péché, la nature humaine est devenue souillée, abominable aux yeux dc Dieu, · Premier écrit, toc. cil., p. 135. En mémo temps, tous les actes de l'homme, - sans la grâce, - sont cou­ pables, puisque provoqués par la concupiscence, qu’ils soient accomplis ou non avec la connaissance de la faute. Entraîné.en effet, par la concupiscence, l’homme « se porte de lui-même à ces actes comme à son bien, ct il les choisit de lui-même ct très librement ct avec joie comme l’objet où il sent sa béatitude ». Deuxième écrit. Inc. cit., et son Ignorance n’est que l'effet dc sa malice; cf. In P Provinciate. Dans l’état d’innocence. Dieu ne pouvait avec justice damner aucun des hommes.... en l’état de cor­ ruption il pouvait, avec justice, damner la masse entière ·. Premier écrit, toc. cit., p. 135, cl » abandonner tous les hommes sans miséricorde à la damnation », Deuxième écrit, loc. cit. Sur la conformité dc ccs doctrines avec celles dc Porl-Hoyal. cf. Laporte, loc. cil , c. i, Nécessité de la grâce : Le péché originel, cl avec Γ Augustinus, cf Jan· séxîsme, t. vin. col. 347 sq. 2 La prédestination ct tu rédemption. Il est eons- 2158 tant qu’il y a plusieurs des hommes damnés ct plu­ sieurs sauvés » Comment cela sc fait-il? Par la volonté de Dieu ct par la volonté dc l’homme. « Mais, laquelle dc ccs deux volontés est la maîtresse, la dominante, la source,le principe et la cause dc l'autre...? L’action sera rapportée à cette volonté première ct non à l’autre. » · La volonté suivante est telle qu’on peut dire en un sens que l'action provient d'elle puisqu’elle y concourt, ct en un sens quelle n’en provient pas parce qu’elle n’en est pas l’origine ». tandis que. de la volonté primitive, on ne peut dire en aucune sorte que l’art ion n'en provient pas ». Premier écrit. Inc cit.. p. 129. Or, les calvinistes émettent ccttc opinion épou­ vantable. injurieuse a Dieu ct insupportable aux hommes que Dieu, en créant les hommes, en a créé, les uns pour les damner, les autres pour les sauver, par une volonté absolue », que, pour cela, · il a fait pécher Adam... et tous les hommes en lui · ct, qu’ayant envoyé Jésus-Christ racheter ses élus, « il leur donne la charité ct le salut indubitablement », privant en même temps, durant tout le cours dc la vie, dc la charité ceux qu’il a voulu damner en les créant ·. Ibid. En haine dc ccttc opinion abominable, les moünistcA ont pris ce sentiment non seulement opposé, mais absolument contraire, que Dieu a une volonté conditionnelle dc sauver généralement tous les hom­ mes, que Jésus-Christ s’est incarne pour les racheter tous.cl que, scs grâces étant données à tous, il dépend dc leur volonté cl non de celle dc Dieu d’en bien nu d’en mal user. · Ibid., p. 134. Les disciples dc saint Augustin, entre ces deux erreurs contraires, soutiennent la vérité catholique : Autre était l’économie du salut dans l’état d’inno­ cence. où Dieu avait une volonté générale ct condi­ tionnelle dc sauver tous les hommes, pourvu qu’ils le voulussent par le libre arbitre aidés des grâces suffi­ santes qu’il leur donnait » ; autre est ccttc même écono­ mie du salut « dans l’état dc corruption : de la masse coupable et digne dc damnation, il a voulu sauver une partie par une volonté absolue fondée sur sa miséri­ corde toute pure ct gratuite cl laissant l’autre dans la damnation où elle était cl où il pouvait, avec justice, laisser lu masse entière; il a prévu ou les péchés parti­ culiers que chacun commettrait ou. au moins, le péché originel dont ils sont coupables et. ensuite de ccttc prévision, il les a voulu condamner. · Ibid., p. 136. Et c’est dans ce sens que s’est faite la redemption. Les élus sont le petit nombre ». Ibid., p. 137. Si Dieu les connaît, ils ne se connaissent pas Dès lors, tous les chrétiens sont obliges dc croire, mais d’une créance mêlée de crainte cl qui n’est pas uccom pagnéc dc certitude... qu’ils sont dc ce petit nombre., et de ne juger jamais d’aucun des hommes, quelque méchants et impies qu’ils soient, qu’ils ne sont pas du nombre des prédestinés. Ce qui oblige dc faire pour eux ce qui peut contribuer â leur salut. » Ibid. On peut voir maintenant le sens catholique de celle proposition dont Nicolas Cornet a prétendu trouver la négation dans V Augustinus (cf la 5* des Cinq proposi­ tions) : Jésus-Christ est mort pour tous S’il est faux dc dire avec les calvinistes que Jésus-Christ est mort uni­ quement pour les élus, c’est une autre erreur de dire, avec les mollnlslcs, qu’il est mort indifféremment pour tous, élus cl réprouvés, ct avec le même fruit. Il est mort pour tous, cf. fr. 771, mais conformément aux desseins de son Père. Fr. 781. D où il n’y a que les élus à qui il ait voulu absolument mériter le salut. Néanmoins, quelques-uns (pii ne sont pas prédestinés ne laissent pas d’être appelés pour le bien des élus ct ainsi de participer à la rédemption. » En face dc la rédemption - ct par conséquent du salut, — il y a donc trois sortes d’hommes ; les uns qui ne viennent 2159 PASC VL. SA THÉOLOGIE jamais à In foi, les autres qui y viennent et qui ne persévérant pas meurent dans le péché mortel, et les derniers qui viennent a la foi et y persévèrent dans la charité jusqu’à la mort. Jésus-Christ n'a point eu de volonté absolue que les premiers reçussent aucune grâce par sa mort. Il a voulu racheter les seconds; il leur a donné des grâces (pii les eussent conduits au salut s’ils en eussent bien usé, mais il ne leur a point voulu donner cette grâce singulière de la persévérance sans laquelle on n’en use Jamais bien. Mais, pour les derniers, il a voulu absolument leur salut et il les y conduit par des moyens infaillibles. » Si donc l’on peut dire que Jésus-Christ a racheté tous les hommes, en ce sens qu’il a détruit les effets universels de la faute ori­ ginelle, et encore que sa volonté rédemptrice s’étendit à tous les hommes parmi lesquels la miséricorde divine a choisi ses élus, on ne sort pas de la vérité catholique, en entendant par là qu’il est mort pour les seuls chré­ tiens, méritant aux uns une grâce dc salut cllicace, aux autres une grâce dc salut simplement suffisante, nu encore qu’il est mort pour les seuls élus, « les élus de Dieu faisant une universalité qui est tantôt appelée monde parce qu’ils sont répandus dans tout le monde, tantôt tous parce qu’ils sont une totalité, tantôt peu parce qu’ils sont peu a proportion dc la totalité des délaissés >. Deuxième écrit sur la grâce, toc» cit.» p. 1181 19. Cf. dans les Pensées les fragments qui opposent Jésus-Christ à Adam. fr. 139 el 523; qui expliquent le mot : Jésus-Christ rédempteur dc tous, fr. 781 et 775, qui marquent en Dieu cl en Jésus-Christ le dessein d’éclairer les autres, tandis qu’ils laissent les autres dans leur aveuglement. Fr. 556. 756, 771. Cf. sur la conformité de celte doctrine avec celle de Port-Boynl, Laporte, op. cit., c. il, Économie dc la grâce: La prédestinat ion , et avec celle de Γ Augustinus, Jaxsïmsme, t \ ni, col. 131 sq. 3. Comment la volonté de l'homme coopère à la pré­ destination : la grâce cflicace. — Pour faire d’un homme un saint, il faut bien que cc soit la grâce, et qui en doute ne sait cc que c’est (pie saint et homme. » Fr. 508. « C’est la grâce (ou l’inspiration) et non le raisonnement qui fait suivre la religion. · Fr. 5GL Les protestants se trompent quand ils déclarent la volonté humaine corrompue à ce point (pie Dieu luimême ne saurait la plier au bien, car · le libre arbitre est demeuré flexible au bien cmnme au mal ·. Deuxième écrit, t. xi, p. 118. Les molinisles commettent une autre erreur en supposant que l'homme déchu n'a besoin, pour faire le bien, que d’une grâce suffisante (pi’il voudra efficace, s’il le juge à propos. Il en était ainsi avant la chute, quand sa volonté était indiffé­ rente pour le bien ct le mal, ct (pi’il suivait, sans aucun appétit prévenant de sa part, ce qu’il connaissait dc plus convenable à sa félicité ». Ibid., p. 1 17. Il n'en est plus de meme après la faute, où la concupiscence élevée dans ses membres a chatouillé cf delecté sa volonté dans le mal et rempli son esprit de ténèbres », si bien qu’il est impérieusement détourné de Dieu el attiré vers la créature. Seule donc une grâce cflicace par elle-même, c'est-àdire qui ne se propose pas, mais s’impose, peut redres­ ser cette volonté dépravée et la retourner vers le sou­ verain bien (pii est Dieu, Et celte grâce ne peut cire efficace qu'en opposant délectation à délectai ion. Il n est plus question dc libre choix;l'homme est «esclave dc la délectation... ce qui le délecte davantage l'attire infailliblement ». Fragments d’une lettre de Pascal sur la possibilité des commandements, les contradictions apparentes de saint Augustin, ta théorie du double délais· sèment des justes ct le pouvoir prochain, l. xi, p. 226. • La grâce de rédemption, la grâce médicinale, la grâce de Jésus-Christ . est Vauxilium quo, tandis que la grâce du Créateur était Vauxihum sine quo non. 2100 Elle s’insinue dans la volonté et lui fait éprouver • une plus grande délectai ion dans le bien que la concupiscence ne lui en offre dans le mal ». Deuxième écrit, t xi. p. 1 19. La liberté ne disparaît pas cependant. Le libir arbitre étant demeuré flexible au bien comme au mal », l’homme (pii cède à une délectation gante !r pouvoir virtuel de n’y point céder el cela suffit pour assurer sa liberté et parlant sa responsabilité. « Ceux donc à (pii il plaît à Dieu de donner cette grâce », d’être · charmés pur les douceurs cl par les plaisirs · du bien plus que par les at t rails du péché, sc portent d’eux-mêmes par leur libre choix à préférer infaillible ment Dieu à la créature. C’est pourquoi on dit Indiffé­ remment ou que le libre arbitre s’y porte de soi-même ou que celte grâce y porte le libre arbitre. » Quant à ceux « à (pii celle grâce n'est pas donnée, ils sont telle ment chatouillés ct charmés par la concupiscence, qu’ils aiment mieux infailliblement pécher (pic de ne pécher pas. Et ainsi, ils ont choisi le mal par leur propre ct libre volonté. · Ibid., p. 1 19-150, ci. Pro­ vinciale : Dieu nous fait vouloir ce (pie nous pour­ rions ne vouloir pas. » T. vu, p. 32. Grâce cllicace ne signi lie pas cependant des effets égaux en tous, comme la grâce nécessitante des pro­ testants. Elle aboutit toujours à l’effet voulu par Dieu encore que chez ceux qui ne persévèrent pas elle puisse paraître tenue en échec par la mauvaise volonté. Cf. Premier écrit, l. xi. p. 137. · La manière dont nous cherchons Dieu faiblement », au début d’une conversion, est bien dilièrentc de la manière dont nous le cherchons » après. · quand nous marchons vers lui en courant dans la voie de ses préceptes ». Frag­ mente, ibid., p. 168, Cf. Laporte, loc cil., c. ni, La puissance delà grâce: La grâce efficace par elle-même, cl Jansénisme, col. 378 sq. 1. Comment Pascal interprète la possibilité des com­ mandements définie par le concile de Trente, sess. vi, c. xi (cf. la p· des Cinq propositions). - A celle ques­ tion, Pascal avait répondu dans la 3* Provinciale en soutenant la proposition d’Arnauld. Seconde lettre... A un duc ct pair, que la grâce n manqué à saint Pierre dans sa chute » el (pie, par conséquent, les comman­ dements ne sont pas toujours possibles aux justes. Dans les Fragmente sur la grâce il reprend la question ct la discute, mais pour soutenir la même thèse. Dans sa session vi, au e. xi. le concile de Trente a défini : Les commandements ne sont pas impossibles aux justes el, par conséquent· Les commandements sont possibles aux justes. Celle proposition, dit Pascal, l. xi, p. 15G, a deux sens. > Le premier, (pie soutient « le reste des pélagiens ■ est · (pie le juste considéré en un instant de sa justice a toujours le pouvoir dans l’instant suivant d’accomplir les commandemcnls », parce qu’à tout le moins il peut toujours user de la prière qui lui méritera toujours la grâce prochaine­ ment suffisante, ou encore « que les (*ommandemcnts sont toujours possibles à tous les justes, de ce plein et dernier pouvoir auquel il ne manque rien de In part de Dieu pour agir ». ibid., p. 262; qu’ainsi · jamais Dieu ne laisse le juste, si le juste ne le laisse », tbuL, p. 166, el enfin que le juste De l'esprit géométrique, t. IX, p. 259. Or. les athées qui nient l’immortalité dc l’âme ou l’âme tout simplement, devraient dire làdessus · des choses parfaitement claires », mais « il n'est point parfaitement clair que l’âme soit mate­ rielle ». Fr. 221. Le contraire reste donc vrai. Pascal n’admet donc pas la religion naturelle. Sans doute < elle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas aux peuples ». Fr. 556. El même · aux habiles ». elle serait de maigre secours, étant, comme Descartes, un de ses protagonistes, quoi qu’il en veuille, inutile et incertaine ». Au fond le déisme est presque aussi éloigné · dc la religion qui mente vraiment le nom dc religion, « la chré­ tienne, que l'athéisme qui y est tout-à-fait contraire». Newman aimera de même à répéter « qu’entre le catholicisme et l’athéisme, il n’y a pas de lieu dc repos et que le théisme n’est pas une position inter­ médiaire tenable ». e. Pour déterminer les lais dc la morale privée et de la justice sociale, la raison montre la même impuissance à · travailler à bien penser », c’est-à-dire à juger des choses selon leur vraie valeur; «voilà le principe de In morale », fr. 347; or, la raison n’y saurait .suffire à elle seule. Certes il y a des lois naturelles, mais, outre qu’il n’était point de sa fonction native de découvrir les principes, depuis le péché originel, corrompue, elle a tout corrompu ». Fr. 291. Les philosophes, les légis­ lateurs ont inventé des systèmes cohérents de morale ou de gouvernement et dc police, mais les principes d’où ils sont partis, on l’a vu, leur sont fournis par toute autre chose que la justice, l ne preuve de fait, c’est que ces systèmes se contredisent, el il n’y a pas à s’en étonner: les philosophes ont été incapables dc déterminer dc façon fixe et certaine le but suprême auquel tous nos actes doivent sc rapporter, le souve­ rain bien. Et, dans l’application des meilleures doc­ trines, nul doute que notre raison ne subisse l’in­ fluence corruptrice de la concupiscence; cf. fr. 99. Pas plus donc qu’une religion naturelle, une morale naturelle n'est pratiquement possible, ct aucune légis­ lation, aucune institution sociale ne peut sc donner comme rationnelle, \ucun gouvernement, aucune lé­ gislation d’inspiration uniquement humaine ne peut sc dire l’expression dc la justice. Sc souvenant de la Fronde toute proche, cf. fr. 878, cl des prétentions | parlementaires, Pascal écrit : « L’art de fronder, bon- 2169 PASCAL. PHILOSOPHIE, PHINCIPES DE CONNAISSANCE Icvcrscr les États, est d'ébranler les rout unies établies, en sondant jusque dans leur source, pour marquer leur défaut dc justice. * Fr. 291. Les parlementaires disaient : · Il faut recourir aux lois fondamentales ct primitives de l’État qu’une coutume injuste a abo­ lies. » C'est le moyen · de lout perdre, rien ne sera juste à cette balance; qui ramène l'autorité A son principe l'anéantit ». Ibid» Or. comme « la guerre civile esl le plus grand des maux », fr. 320, c’est sagesse dc maintenir le peuple dans le respect dc l’au­ torité qui assure l’ordre. Cette autorité, < 11 faut la faire regarder comme authentique, étemelle, cl cn cacher le commencement, si on ne veut pas qu'elle prenne bientôt lin ». 1 ι. 291. • A ces grandeurs d'établissement qui dépendent dc la volonté des hommes, telles que les rangs, les digni­ tés, la noblesse..., nous devons des respects d’établis­ sement accompagnés d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre. » Trois discours sur la condi­ tion des grands, n, t. ix, p. 369. Le peuple, · qui a des opinions très saines », parce qu’il sent son instinct, fr. 321, et · les chrétiens parfaits » que guide ■ une lumière supérieure » éprouvent ces sentiments ct ils ont raison, Fr. 337. Les habiles les témoignent sans les avoir, par ■ une pensée de derrière »; les · demihabiles » qui sc piquent de science el qui, en réalité, sont ■ sortis de l’ignorance naturelle », sans arriver au vrai savoir, fr. 327, el « les dévots qui ont plus de zèle que de science », se refusent à les témoigner, fr. 337, et « ils troublent le monde ». Fr. 327. Sur tous ces points, cf Droulcrs, La cité de Pascal. Paris, 1928,ct Giraud,Lo Pensées.collection Les che/sd'œuvres de la littérature expliqués, Paris, s. d. (1930), c. xi. La politique de Pascal» b) Le coeur. — La théorie du cœur « tient dans l’œuvre de Pascal, dit J. Laporte, /oc. cit.. p. 98, une place comparable à celle qu’occupe chez Kant la théo­ rie dc la connaissance et. chez Descaries, la théorie de la méthode. Elle forme le centre el presque le tout dc ce que l’on est convenu d’appeler la philosophie » de Pascal. · Pascal emploie le mot dans deux sens : D’abord dans le sens courant : le cœur est l’ensemble de nos inclinations morales : · Que le cœur de l’homme est creux el plein d’ordure! Fr. 113. Par rapport â la connaissance, le cœur ainsi entendu est synonyme de volonté qui, elle-même, pour Pascal comme pour Port-Koyal el toute l’école auguslinienne. est ten­ dance naturelle, inclination, concupiscence, depuis la faute originelle, cl. par conséquent, l’on peut dire du cœur ainsi entendu cc que Pascal dit dc la volonté : La volonté esl un des principaux organes de la creance, non qu’elle forme la créance », mais parce qu’elle oblige l’esprit en face des choses · ù regarder la face qu’elle aime cl ainsi il en juge par cc qu’il y voit ». Fr. 99. Pascal dit lui-même d’ailleurs nu début du Second /ragmen! de L'esprit géométrique. I. IX, p. 271 : « Personne n’ignore qu’il y a deux entrées par où les opinions sont reçues dans l’âme, qui sont deux principales puissances, l'entendement et la volonté. Je ne parle que des vérités dc notre portée; et c’cst d’elle que je dis que l’esprit cl le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l’âme, mais que bien peu entrent par l’esprit, au lieu qu’elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté» » Ainsi compris le cœur n’est pas instru­ ment de connaissance, mais dirige la connaissance. Dans un sens, â lui personnel, le cœur esl vraiment un instrument dc connaissance, tout comme la raison : Nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais encore par le cœur. · Fr. 282. « Le cœur a ses raisons que la inlson ne connaît point, (’.’est le cœur qui sent Dieu. Voilà cc que c’cst que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. · Fr. 277 et 278. 2170 (.cite connaissance est hétérogène a la connaissance par la raison : clic est dc l’ordre du sentiment, Con­ naître par le cœur, c’cst sentir. Cette connaissance est donc Immédiate, irraisonnée, intuitive et synthétique; clic apporte néanmoins une certitude absolue qui ne résulte pas d’une démonstration, mais qui, clic aussi, est de l’ordre du sentiment; elle est l’impulsion dc notre tendance innée à croire. Cette impulsion, Pascal l’appelle parfois nature, pour expliquer par son origine sa puissance à forcer notre assentiment : · 11 y a des mots incapables d'être déliais...; mais on en use avec la même assurance cl la même certitude que s’ils étaient expliqués d'une manière parfaitement exempte d’équivoques; parce que la nature nous cn a ellemême donné, sans paroles, une intelligence plus nette que celle que l'art nous acquiert par scs explications. · Dr l’esprit géométrique. Premier fragment, t. ix. p. 219. • La nature soutient la raison impuissante. · Fr. 431. « La nature confond les pyrrhoniens. · Ibid. Il l’appelle parfois instinct, pour expliquer la sûreté dc cette con­ naissance; notre cœur aspire au vrai, au bien, à la justice, au bonheur absolus, en un mol. a Dieu ct il a la capacité de ces objets supérieurs; mais la faute originelle a détourné celte tendance naturelle de son véritable objet sans la détruire. < Instinct, idée de lu vérité. » Fr. 395. Instinct, raison, marque dc deux natures · Fr. 31 L C'est sou», l’action de ccttc puis­ sance, équivalente ù un instinct, que l’esprit adhère sans aucun doute â la connaissance par le cœur. < C’est le cœur qui sent Dieu ct non la raison; voilà ce (tue c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non a la raison. » Fr. 278. Le cœur est l’instrument de la connaissance surnaturelle; c’est lui qui reçoit l'inspi­ ration d’où naît la foi. Fr. 245 ct 732. Ainsi s’explique que ceux a qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien légitimement persuadés, fr. 282, ct que la véritable connaissance de Dieu est amour. • Qu’il y a loin de la connaissance notionnelle — de Dieu â l’aimer », c’est-à-dire à le connaître par le cœur ! Fr. 280. Ainsi encore s’expliquent ces frag­ ments : · Nous ne connaissons Dieu que par JésusChrist. » Fr. 547. < Hors dc Jésus-Christ, nous ne savons ce que c’est que notre vie, ni que notre inert, ni que Dieu, ni que nous-mêmes. · Fr. 548. Le cœur ainsi entendu ne sc réduit ni à la raison, ni à la volonté; il n’est pas cependant une faculté spé­ ciale; il est, selon la définition de Sully-Prudhommc· loc. cit., p. 30, · la racine commune dc sentir cl de connaître, à celle profondeur intime où ces deux fonc­ tions psychologiques ne sont pas encore différenciées ». et, comme le dit J. Laporte, Hev. philos., t. î. 1927. p. 299, il est « ce tréfonds dc l’âme.où nous atteignons à la fois ce qu’il y n de plus essentiel à la nature et ce par quoi la nature se rejoint et s’ouvre au surnaturel ». En dehors du domaine de la foi. le cœur fournit â la raison raisonnante les principes d’évidence immédiate d'où part · la géométrie »; la raison ne pouvant les démontrer, · c’est sur les connaissances du cœur ct de l’instinct qu’il faut qu’e//e s’appuie cl qu’elle fonde lout sen discours ». Fr. 282; cf De l'esprit géométrique, loc. cit. Il fournil à la conscience morale l'instinct de la justice ou le sentiment d’une loi morale : « Il y a dans l’homme une nature capable de bien ». fr. 423, cf. fr. 291, et qui se retrouve au fond de toutes les déci­ sions concrètes que nous dicte la concupiscence ou la grâce; cf. fr. 5S3. · La vraie morale se moque de la murale ». c’est-à-dire que la morale du jugement spon­ tané, c’est-à-dire du sentiment, se moque de la morale de l'esprit qui est sans règle, fr. 4, puisqu' « elle ne peut mettre le prix aux choses ». Fr. 82. C’est du cœur aussi que nous vient cet instinct · d’aimer ce qui nous parait beau sans qu’on nous ait jamais dit cc que I c’est ». Discours sur les passions de l'amour, t. m. 2171 PASCAL PHILOSOPHIE, MÉTHODES DE CONNMSSANCE p. 123. « Cette idée générale de la beauté est gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères ineffa­ çables. · Ibid. Le cœur enlin inspire â l’esprit de finesse scs jugements de valeur et fait leur certitude. En résumé, dans tous les domaines, notre raison nement se réduit à céder au sentiment ». Fr. 274. Le cœur, organe de la foi religieuse et du sens pratique, est aussi le premier moteur de la pensée scientifique. Il va au delà des dernières démarches de la raison el. dans les premiers principes, la raison le suppose, el cela, c’est toujours quelque donnée impliquant l'in­ fini. Le cœur est la faculté de l’inlini. » Laporte, loc. at., p. 277-278. Pascal retrouve le mot bien connu de saint Augustin : Irrequietum est... Notre cœur. « ce gouffre infini, ne peut être rempli que par un objet infini cl immuable, c’est-à-dire que par Dieu luimùnc. · Fr. 431. Dieu seul peut satisfaire son instinct de vérité, de justice, de bonheur. Que vaut la croyance fondée sur le cœur? Elle donne une certitude absolue, mais à celui-là seulement qui a celte croyance : il ne saurait Ia justi lier par une démonstration, ni la communiquer. Cette croyance est néanmoins légitime, parce qu’elle est un sentiment instinctif, un mouvement de la nature qui ne se trompe pas, puisqu'elle est l’œuvre d’un Dieu bon. On peut objecter que « la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu’on ne peut dis­ tinguer entre ces deux contraires *. Fr. 271; cf. fr. 5. Mais In fantaisie est variable, el les croyances fondées sur le cœur, tous les hommes les partagent; ils ont « une idée pareille · des principes en question ct y adhèrent « avec la même assurance et la meme certi­ tude ». De l'esprit géométrique, l. ix, p. 219. Les pyrrhoniens ne se tiennent pas pour battus. Ne rèvons-nous pas, disent-ils? Fr. 434. Mais « nous savons que nous ne rêvons pas », fr. 282, el les rêves sont incohérents : « ce qu’on voit en veillant » a « de la continuité ». F'r. 386. - Ils insistent : Qu’est-ce que la voix de la nature? Nous ignorons notre origine; venons-nous d'un être bon? méchant? à l’aventure? « à quoi les dogmatistes sont encore à répondre depuis que le monde dure ». F'r. 131; cf. Entretien avec M. de Saci, l. iv. Mais ils ont beau faire. « La nature les confond », fr. 431, el · nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme. » Fr. 395. Euxmêmes, s’ils n'acceptent pas la vérité logique des prin­ cipes. pratiquement ils sont obligés de s’y soumettre. < L’homme doutera-t-il de tout? On n’en peut venir la cl je mets en fait qu’il n’y a jamais eu de pyrrhonicn parfait. » Fr. 131. Enlin. le chrétien éclairé par la foi se sent créé par un Dieu bon. ibid., el en JésusChrist connaît toute doctrine. Fr. 545. Si · notre raisonnement se réduit â céder au senti­ ment »el, par conséquent, à l’inspiration ou â la grâce quand elle anime un cœur, on s’explique comment le chrétien, en face d'un cas de conscience, ne saurait agir d’après une règle morale fixée par le raisonne­ ment abstrait d’autrui, mais bien d’après l’impulsion particulière de l’Esprit de Dieu; ci. La morale des Provinciales, col. 2101. et comment aussi, dans l’ordre de la foi, en face des mêmes preuves, diffèrent les réactions des âmes. c) La coutume. - Nos jugements dépendent de nos habitudes comme de nos inclinations. La coutume n’est pas, il est vrai, instrument de connaissance, mais organe de créance, puisque Γ un des trois moyens de croire ·. F'r. 245, cf. fr. 252. La source de toute croyance étant, d’après Pascal, non pas précisément l’évidence, mais une certaine tendance de la nature et « la coutume étant une seconde nature ». fr. 92. il s’ensuit que l’habitude de certaines connaissances vraies ou fausses crée en nous la croyance automatique a ces connaissances. « Qui s'accoutume à la foi ne 2172 I peut plus ne pas craindre l’enfer. Qui doute donc que notre âme étant accoutumée à voir nombre, espace, mouvement croie cela et rien que cela. » Fr. 89, cf. fr. 97. 98, 536. Par la coutume, elles-mêmes, t les pro positions mathématiques deviennent sentiments > Fr. 95. · L’idée de Pascal, conclut J. Laporte, loc. cil. p. 280, n. 1, serait donc qu’il y a dans l’âme un principe d'activité irréfléchie comparable à celui qui se mani­ feste dans le corps, un automatisme psychologique.» La croyance fondée sur la coutume exclut le doute tout autant que la croyance fondée sur le cœur ou la nature; en réalité, elle vaut ce que vaut la croyance qui lui a servi de point de départ. Mais telle, clic crée une difficulté. Comment distinguer la croyance née de la coutume de la croyance née de la nature? Depuis la chute, « la vraie nature étant perdue, tout devient. pour l'homme, sa nature », fr. 426; ct s'il y a des cas où lu nature est plus forte que la coutume, fr. 97, «il en est où la nature cède à la coutume ». Fr. 92, cf. fr. 93 et 94. 1° Les méthodes de la connaissance. — 1. L'ordre de l’esprit et la démonstration. — Seul est démontré légi­ time l'assentiment donné en vertu de l’évidence saisie directement ou après démonstration; cf. Lettre au P. Noël, t. n, p. 90. Y a-t-il un art «de démontrer les vérités déjà trouvées el de les éclaircir de telle sorte que la preuve en soit invincible? » De l'esprit géo­ métrique. Premier fragment, t. ix, p. 241. La mathé­ matique inutile en sa profondeur », car aux yeux du croyant elle porte sur des matières de trop médiocre importance, fr. 61 < enseigne parfaitement · cette méthode, ibid., aussi parfaitement du moins qu’il nous est possible « car cc qui passe la géométrie nous surpasse ». Ibid., p. 212. L'art idéal serait < de tout définir », car alors on pourrait « bannir toutes sortes de difficultés et d'équivoques ». cf. Quatrième Provinciale, t. iv, p. 25(1, et « de tout prouver», De l’esprit géométrique, t. ix, p. 215. < Celle méthode serait belle, mais elle est absolument impossible ; · les mots clairs finiraient par manquer. Ibid., p. 246. La géométrie a cc double avantage, de n’employer que des termes parfaitement intelligibles, ou parce qu’elle les a définis, ou parce qu'ils désignent · des choses claires et constantes par la lumière naturelle · cl, pour cela, · entendues de tous les hommes », ibid., p. 246-247, ainsi ces trois choses qu’elle considère particulièrement », ibid., p. 247, nombre, espace, mou­ vement. et de ne prouver que les propositions « qui ne sont pas évidentes », ibid., mais de définir toutes celles-là. 2. L'ordre du caur (ou du sentiment). L'art de per­ suader. — « Il y a deux entrées par où les opinions sont reçues dans l'âme, l’entendement ct In volonté. La plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté », autrement dit, de l'inclination, car tout ce qu’il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire non par la preuve, mais par l'agré­ ment. Ibid. Deuxième fragment. De l’art de persuader. t. xi, p. 271. 11 ne s’agit pas des vérités delà fol. • qui entrent du cœur dans l’esprit el non pas de l’es­ prit dans le cœur », ct que « Dieu seul peut mettre dans le cœ ur », ibid., mais bien des vérités à notre portée ». Or. toute vérité de celte sorte n’est pas acceptée pour avoir été démontrée ct d'aucunes sont acceptées qui n’ont pas été démontrées. C’est que, depuis le péché originel, la raison est tombée sous la dépendance du sentiment. En conséquence, les propositions qui découlent nécessairement des principes communs et des vérités avouées ·. celles qui ont une union étroite avec les objets de notre satisfaction » sont « infailliblement reçues ». les premières parce que le sentiment n’a rien l à leur opposer, les secondes parce qu’il porte à les 2173 P VSCAL. PHILOSOPHIE, MÉTHODES DE CONNAISSANCE 2174 recevoir. Λ plus forte raison, celles qui ont cette liai­ le juger, il y a des principes » qui sont dans l’usage son tout ensemble et avec les vérités avouées ct avec commun ct sous les yeux de tout le monde ». mais les désirs du cœur » sont elles si sûres de leur effet « qui sont si déliés el en si grand nombre qu'il est qu’il n'y a rien qui le soit davantage dans la nature ». presque Impossible qu'il n'en échappe. On les voit â Ibid. Mais il y en a d'autres. 11 y eu a « qui sont bien peine; on les sent plutôt qu'on ne les voit; cc sont établies sur des vérités connues, niais (pii sont en choses tellement délicates ct si nombreuses qu’il faut infinie temps contraires aux plaisirs qui nous touchent un sentiment bien délicat cl bien net pour les sentir le plus ». En face de ces propositions, si éclairé que el juger droll ct juste selon cc sentiment. » Ibid. Ce soit l’esprit, « il se fait un balancement douteux entre sont donc là choses de sentiment; i) y faut un genre la vérité et la volupté », un combat entre la raison cl d'esprit particulier qui relève du cœur. C’est l'esprit le sentiment, un combat dont on ne peut prévoir l'is­ de finesse. Il saisit « d’une seule vue » ces choses com­ sue dans un homme donné. Ibid., p. 275. Si donc l'on plexes el mobiles qui ne peuvent filre saisies qu'ainsi, veut faire accepter d’une personne telle vérité, «il intuitivement; le raisonnement intervient dans les faut, autant que convaincre, agréer : c’est là l'art de jugements que porte l'esprit de finesse, mais c'est persuader ». Ibid. spontanément, sans sc formuler : · L’expression en Pour convaincre en ces matières, une fois que l’on passe tous les hommes », inconsciemment : « Le senti­ est d’accord sur les principes, il n’y a qu’à observer ment n'en appartient qu’à peu d’hommes » ct secon­ les règles de la démonstration mathématique qui est dairement; il dépend de la sur première qui est intui­ la démonstration parfaite. Ces règles très précises sont tive. Ibid. au nombre de huit : on peut les ramener à cinq ct a En pareille matière, l’esprit de géométrie ne sert de ces deux principes : Définir tous les noms qu’on rien. » Tous les géomètres seraient fins s’ils avaient la impose; prouver tout en substituant mentalement les vue bonne », puisqu’ils < ne raisonnent pas faux sur définitions ù la place des définis. » Ibid., p. 278-282. les principes qu’ils connaissent ». Mais voilà : habitués Quant à la manière d’agréer. elle est bien sans « aux principes nets ct grossiers de la géométrie ct à ne raisonner qu’après avoir bien vu el manié leurs comparaison plus difficile, plus subtile, plus utile ct plus admirable ». Il y a sans doute · des règles aussi principes, ils sc perdent dans les choses de finesse», sûres pour plaire que pour démontrer » et certaines cl ceux < (fui ne sont que géomètres » sont ici · faux personnes, tel Méré, « les appliquent habilement ». et insupportables ». Ibid.; cf. Joubert, Pensées : · Les Mais que ces règles sont diflicilcs à fixer, tant « les mathématiques rendent l’esprit juste en mathéma­ principes du plaisir sont divers à tous les hommes et tiques ct faux dans tout le reste. » D’autre part, les esprits fins qui ne sont que tins, « accoutumés à juger variables dans chaque particulier!» Ibid., p. 276. Mais qui veut agréer, «échauffer», toucher le cœur d’une seule vue, sont étonnés quand on leur présente et créer le sentiment voulu pour convaincre, doit se des propositions où ils ne comprennent rien ct où, garder de l’ordre « unilinéaire ». Boulroux, op. cit., pour entrer. 11 faut passer par des définitions cl des p. 162, qui est celui de l’esprit. « Le cœur a son ordre », principes stériles; ils s’en rebutent et s'en dégoûtent ». Et ainsi il y a peu d’esprits qui soient géomètres el fr. 283. qui est tout autre « On ne prouve pas que fins à la fois; mais il est des esprits faux - qui ne sont l’on est aimé en exposant d’ordre les causes de l’amour. Cela serait ridicule. » Ibid. Λ proprement parler, jamais ni lins, ni géomètres », car ils n’ont ni · la vue l’ordre du cœur exclut l'enchaînement d’une méthode : bonne ». ni « le sens droit ». Ibid., rt fr. 2. I. La méthode des contraires. - La philosophie de • Cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qu’on rapporte à la fin pour la montrer Pascal est une philosophie des contraires », Vinct, loc. cit., p. 165. « une doctrine des antinomies », Jans­ toujours. » Ibid. sens, toc. cit.. p. 259, · un système des contradictions. 3. Esprit dr géométrie cl esprit de finesse (fr. 1). La doctrine des contraires explique tout dans Pas­ Distinction célèbre, que P. Valéry, Introduction à la cal. · Droz. loc. cit., p. 177. Pour Pascal, en effet, méthode de Léonard dr Vinci, p. 182. juge si grossière * tout est un milieu entre rien et tout », Kauh. loc. cit., ct si mal définie · ct familière à Pascal : on la relève p. 322. · Qu’esl-ce que l'homme dans la nature? un déjà dans le Discours sur les passions de l'amour, cf. fr. 1, η. 1. Pascal l’a sans doute prise de Méré; cf. Méré. néant à l’égard de l'infini, un tout à l’égard du néant, Discours des agréments, t. i, p. 191, et Lettre à Pascal, un milieu entre rien et tout Fr. 72. Et il « a poussé si (Euures de Pascal, t. ix. p. 215 sq.; cf. Boudhors. Pas­ loin cette philosophie dualiste qu’on en retrouve la cal ct Méré, Paris, 1913, ct Ilevue d'histoire littéraire, trace jusque dans son style », où les antithèses sc redoublent el s’entrecroisent ». \ inet, loc. cit., p. 285. 1913 p 21 sq . 379 L’esprit est appelé à connaître les sciences, autre­ Mais ce n’est point pour · faire des figures justes · que Pascal les multiplie, c’est pour « parler juste », fr. 27; ment dit la géométrie. Les principes d'oîi partent ces sciences sont ignorés de beaucoup qui ne s’en occupent la vérité, telle que l’homme peut la saisir dans les pas; ils n’en sont pas moins palpables ·, faciles à choses, ne saurait être « qu'une sorte d'équilibre entre connaître « à plein » et tels <|u’l! faudrait · avoir l’es­ deux extrêmes », Chevalier, loc. cit., p. 72, n. 2. une prit faux pour mal raisonner sur des principes si gros conciliation entre deux contraires. C’est là pour Pascal qu’il est presque impossible qu’ils échappent ». Fr. 1. une lot fondamentale de sa logique. (’.’est une maladie naturelle à l’homme de croire L’esprit géométrique perçoit ces principes et en déduit les conséquences. Toutefois, sur cc terrain, il y a qu'il possède la vérité directement; el de là vient qu’il encore lieu de distinguer : en géométrie, par exemple osl toujours disposé à nier cc qui lui est incompréhen­ il peut y avoir « beaucoup de principes »; l'esprit géo­ sible. » De Pesprit géométrique. Premier fragment, t. ix, métrique seul les volt; et. pour conduire à bien les p. 259. L'évidence. au sens cartésien, n’est pus démonstrations, il faut un sens droit, ou l'esprit de toujours preuve de vérité; nos concepts ne font pas justesse qui n’accompagne pas toujours l’esprit géo­ les choses. · Ce qui est incompréhensible ne laisse pas d’etre. » Fr. 130. En conséquence, dans le domaine des métrique. Ibid. Mais, à côté de cette matière abstraite ct toujours principes et des mathématiques, par exemple dans « la relativement simple, il y a * les choses de finesse », les question de l’espace divisible à l’infini », « toutes les choses de l’âme, soit que l’on étudie son âme propre, fois qu'une proposition est inconcevable, il faut cri soit que l’on étudie l’ûme d’autrui dans la vie sociale, suspendre le jugement el ne pas la nier à celle marque, choses concrètes, mais complexes, changeantes, va­ mais en examiner le contraire, el si on le trouve mani­ riables, tout un monde. Pour connaître cc monde et festement faux à ses conséquences — on peut har- 2175 PASCAL. PHILOS )PIIIE MOKA LE (liment affirmer la première, tout incompréhensible qu’elle est..., puisque ccs deux contraires étant tous deux inconcevables, il est néanmoins nécessairement certain que 1 un des deux est véritable. · Dc l'esprit géométrique, loc. cit., p. 259-260. Dans le domaine des connaissances morales ct religieuses, la raison, viciée par les effets du péché originel sur la volonté, n’abou­ tit qu’à des antinomies; cf. Kant, Critique de la raison pure. Méthodologie transcendentale. « Incompréhensible que Dieu soit ct Incompréhensible qu’il ne soit pas; que Pâme soit avec le corps cl que nous n’ayons pas d’âme; que le monde soit créé, qu’il ne le soit pas; que le péché originel soit ct qu’il ne soit pas. » Fr. 230. « .Mais Pascal croit au réel. Là où nous dressions des antinomies, il faut chercher une issue car elle existe. · Chevalier, loc. cil., p. 197, et le « pyrrhonisme n’est point le vrai ». Si notre raison logique, qui réclame l’évidence cartésienne, déclare < incompréhensibles Dieu cl Pâme, les faits, l’expérience, la raison des effets, en un mol. exige Dieu el Pâme. En réalité, affirmations ct négations ne sont pas ici du même ordre, cl notre logique doit céder devant le réel. Toutefois, celte rai­ son des effets, nous ne pouvons la saisir ct incliner devant elle noire logique, qu'à la condition de cer­ taines dispositions morales, dont la première est l’hu­ milité. · Il faut savoir sc soumettre où il faut. ■ Fr. 2».s; cf. fr. 270. Or. en ccs matières. l'esprit pense toujours par anti­ nomies et le fait ne départage pas toujours; loin de là : les faits s’opposent parfois comme les jugements. La vérité tient alors le milieu entre ccs contraires, non qu’elle soit entre eux une sorte de compromis, de moyenne, mais elle résulte de leur combinaison dans une doctrine supérieure qui les complète chacun ct exclut leurs négations réciproques. Que la vérité soit de telle nature, cela explique les hérésies. Leur source à toutes est dc ne pas concevoir l’accord de deux vérités opposées el de croire qu’elles sont incompa­ tibles ». Fr. 862. · Dc l’ignorance de quelques-unes dc nos vérités viennent aussi les objections que nous font les hérétiques. » Ibid. C’est ainsi qu'il y eut des héré­ sies sur Jésus-Christ Dieu el homme, sur le sujet du • Saint-Sacrement *.à la fois transubslantiation el pré­ sence réelle cl * aussi figure de celui de la croix et de la gloire et com mémo raison des deux », sur « les indul­ gences ». Ibid. Ce que ces hérésies affirmaient était vrai; l’erreur commençait à l'exclusion. Évidemment, c’est dans la lumière supérieure de la foi que se conci­ lient ces vérités opposées. .Ainsi encore quand Épictèlc cl .Montaigne traitaient la nature de l'homme le premier comme saine ct sans besoin de réparateur, ce qui le mène au comble de la superbe », le second. • comme nécessairement infirme ct irréparable, ce qui le précipite dans le désespoir ». c’est qu’ils igno­ raient, le premier la corruption présente, le second «la première dignité de l'homme ». Mais sur ce point, comme sur tous les autres, la vérité de l’Évangile accorde les contrariétés par un art tout divin, et. unissant tout ce qui est de vrai ct chassant tout cc qui est dc faux, elle en fait une sagesse véritablement céleste où s’accordent ces opposés qui étaient incom­ patibles dans les doctrines humaines ». Entretien avec M. de Saci, t. iv, p. 53. C’est ainsi enfin qu'un grand nombre de vérités dc foi et de morale semblent répugnantes cl subsistent toutes dans un ordre admirable · Fr 862. Conclusion pour l’apologiste qui met la raison au service de la fol : Pour empêcher les hérésies, ou pour les réfuter, le plus sûr moyen » est d’instruire dc toutes les vérités »; autrement dit, lorsque l'on traite d’une vérité, il faut s’occuper aussi des autres qui semblent lui faire échec, ibid., cl fr. 567; — pour les jansénistes : qu’ils comprennent d’où vient parfois 21/1) leur infériorité dans les luttes présentes : < S’il y j jamais un temps auquel on doive faire profession de deux contraires, c’est quand on reproche qu’on tn omet un. Donc les jésuites et les jansénistes ont tort en les célanl, mais les jansénistes plus, car les jésuite ont mieux fait profession des deux. · Fr. 865. Pascal, du reste, dans ses Écrits sur la grâce, s’est appliqué a bien montrer en face dc la verite catholique, les dtui erreurs contraires. 5° La philosophie morale des Pensées. - - Elle nt celle des Provinciales. L II y a des lois naturelles, fr. 291, une morale fixée par la volonté de Dieu. Fr. 668. 2. L’homme a édifié dos systèmes cohérents d’une morale rationnelle — voir Épiclètc ct Montaigne, * les pus illustres défenseurs des deux plus célèbres secte* du monde et les seules conformes à la raison », Entrt* tien, t. iv, p. 50 — d’inspiration très élevée parfois tel Épictèlc, et de conséquences pratiques très beu reuses, tel Épictèlc encore cl même Montaigne. Ibid. Mais aucun de ccs systèmes ne saurait reconstituer celte règle morale voulue par Dieu. Une loi naturelle aurait pour caractéristique d'être claire pour tous et universellement reçue : l’éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples » cl celle loi » on la verrait plantée par tous les États du monde el dans tous les temps ». Or. < rien dc juste cl d’injuste qui ne change dc qualité en changeant dc climat » ct la maxime morale < la plus générale », où se traduit bien ccttc impuissance humaine, est celle-ci : « Que chacun suive les mœurs dc son pays. » Fr. 291, cf. fr. 110. Il en était autrement avant la chute. Depuis, nous avons toujours, il est vrai, le sentiment du bien et du mal; notre cœur nous fait saisir les principes généraux sur lesquels repose toute la loi morale cl sans la connais­ sance desquels toute vie sociale serait impossible; mais notre raison, •celle belle raison corrompue, a tout corrompu ». Ibid. La règle du bien cl du mal dépend évidemment du souverain bien qui n’csl autre que Dieu, fr. 131, cf. fr. 138; or, « pour les phi­ losophes, 288 souverains biens », fr. 71 bis; elle est suspendue d'autre part à l’immortalité de l’âme, donc à la destinée de l'homme; loc. cit., or, « les philosophes ont conduit leur morale indépendamment de cela . Fr. 219. Dès lors, tout dogmatisme moral purement rationnel · manque d’un point fixe », fr. 383; cl « la vraie morale » a toute raison de se moquer « de la morale » qui repose sur le raisonnement. Fr. 4. C'est parce que «les théologiens el les religieux »dece temps, se liant à leur seule raison, n’ont plus écoulé la tradi­ tion, que la corruption dc la morale est aux maisons de sainteté et dans les livres où elle ne devrait pas être ·. /r· lettre a Mlle de Itoannex, t. v, p. 406. 3. Jésus-Christ seul j)cnt aujourd’hui, après la chute, nous faire connaître la véritable loi morale. • Par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, on enseigne la morale. » Fr. 547. 4. Si l’on considère la règle morale posée par JésusChrist par rapport aux règles posées par les deux morales rationnelles dont Épictèlc cl Montaigne sont les représentants autorisés, la morale chrétienne appa­ raît comme l’union de ces deux systèmes qui semblent se contredire · en une sagesse véritablement céleste ». Épictètc ct Montaigne ne pouvaient subsister a cause de leurs défauts ». Épictèlc < ignorant la corrup tion de la nature l’a traitée comme saine ct sans besoin de réparateur.ee qui le mène au comble dc la superbe ·. Montaigne, « éprouvant la misère présente el ignorant la première dignité, traite la nature comme nécessai­ rement infirme et irréparable, cc qui le précipite dans une extrême lâcheté ». Entretien, t. iv, p. 51. Ces contraires. l’Évangile les accorde parce qu’il les place en des sujets différents; « tout ce qu'il y a d’in- PASCAL. APOLOGÉTIQUE 2\ΊΊ Urine appartenant à la nature, tout cc qu’il y ü de I puissant appartenant ù la grûcc. » Ibid. · La vertu que nous enseigne ct nous donne JésusChrist : « J'aime la pauvreté parce qu’il l’a aimée. J'essaie d’être juste, véritable, sincère. Voilà quels sont mes sentiments, et je bénis tous les jours mon Hédcmptcur qui les a mis en moi. » Fr. 550. « Nos prières et nos vertus sont abominables devant Dieu, si elles ne sont les prières ct vertus de Jésus-Christ », fr. 668, ci. fr. 546, ccttc vertu est un milieu, comme la vérité, en < e sens qu’elle s’oppose également à deux vices opposés entre eux ct nés « de cet orgueil ct de celte paresse », dont il vient d’être parlé, el qui sont les deux sources de tous les vices ». Fr. -135. Si elle n’était opposée qifù un vice, c onduite à l'extrême, elle ferait tomber dans le vice opposé. Fr. 357. Elle: ppm.lt comme un entre-deux entre des sommets qu el c unit. « On ne montre pas sa grandeur pour être il une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois ct en remplissant tout l’entre-deux. · Fr. 353; ci. Bauh, /or. cit., p. 322-323. 5. L'amour-propre, moti/ de toute l'activité humaine, sans la grâce. — Dans l’état d’innocence, l’homme était libre de la liberté d’indifférenc e. D: ns l’état dc nature déchue, l’homme suit toujours * la délectation victorieuse», sans cesser cependant d’être libre el res­ ponsable; cf. Fragments d’une lettre de Pascal sur la possibilité des commandements, vin, dans Écrits sur la grâce, t. xi, p. 226-229. Suit-il les inspirations de la grûcc du Sauveur, c’est qu’il y trouve une délectation supérieure. Mais, en dehors de ccs inspirations, il ne peut agir que pour l’amour de soi directement el dc soi dans les créatures; autrement dit, il n’agit que par concupiscence : « La concupiscence est la source de tous nos mouvements », fr. 11. · de toutes nos .clions volontaires », fr. 331; elle est en ciïel « devenue la seconde nature des hommes ». Fr. 130. · Nous m.issons donc injustes car tout tend ù soi. Cela esl contre tout ordre. » Fr. 177. Et la victoire morale peut sc formuler ainsi : · Il faut n’aimer que Dieu cl ne haïr que soi. » Fr. 476. Tous nos actes sont donc moralement homogènes; par cette intention fondamentale ils sont d’une seule el même espèce. Cf. Baudin. Le panhédonisme psycho­ logique de Pascal, dans Hernie des sciences religieuses, avril el juillet 1925. Sur le caractère janséniste dc cette doctrine, cf. Jan­ sénisme, col. 355 sq. : Les peines du péché originel, ct col. 460 sq. : La délectation victorieuse; Laporte, La doc­ trine dc Port-Hoyul, p. 61 sq. Sur les rapprochements possibles entre cette doctrine ct celle des Maximes dc La Kochcfoucauld, cf. Sainte-Beuve. Pcrt-hcyal, t. π, p. 1 10, el Portraits de /emmes, p. 296; sur les rap­ prochements avec Kant. cf. Laporte, Zoe. cit., n. 13, p. 69; avec Freud ct les psychiatres, ci. Id., ibid., ρ. 70. 6. Les choses ont un sens mystique. — Comme ■ le Vieux Testament », la nature est «un chlflre», fr. 691 « Les personnes destituées de foi ct de grûcc », fr. 2 12. ne verront jamais dans la nature que les lois auxquelles elle obéit. Quand elles l’auront enfermée, comme lit Descartes, par un travail » Inuit c. incer­ tain et pénible», dans un système de lois, elles seront satisfaites. Fr. 79. Ccs esprits «ont vu les ellcls, mais Ils n’ont pas vu les causes: ils sont à l’égard dc ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n’ont que des yeux à l’égard dc ceux qui ont dc l’esprit ; car les effets sont comme sensibles, et les ci uscs sont visibles seulement à l’esprit. Et quoique ces cflcts-lû se voient par l’esprit, cet esprit est ù l'égard de l’esprit qui voit les causes comme les sens corporels A l’égtrd de l’esprit. » Fr, 234. Mais les choses ont un sens spirituel. «Toutes choses rouvrent que que mystère; toutes choses sont des DICT. DE THÉOU CATU. 2178 ’ voiles qui couvrent Dieu. » / V· lettre à Mlle de Hoan(nez, t. vr. p. 89. < La nature est une image dc la grûcc ct les miracles visibles sont images des invi­ sibles. » Fr. 675. « La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment p?us infinie des esprits ù la charité, car elle est surnaturelle. » Fr. 793. Et, «comme le monde ne subsiste que par Jésus-Christ et ]H>ur Jésus-Christ ct pour instruire les hommes de leur corruption et de leur rédemption, tout y éclate des preuves de t'es deux vérités. · Fr. 556. L’histoire même peut s’interpréter du meme point de vue sym­ bolique; car, «si tout l’univers apprend û l’homme ou qu’il est corrompu ou qu’il est racheté, l’abandon de Dieu parait dans les païens, la protection dc Dieu parait dans les Juifs. » Fr. 560 bis. Mais, comme pour le sens spirituel du Vieux Testament, ceux-là seuls per­ çoivent le sens mystique des choses qui ont l’inspi­ ration ». Cf. fr. 242. Conclusion. — Ce qui caractérise celle philosophie, dit Bauh. loc. cit., p. 311, c’est d’être la première ten­ tative faite, au moins dans les temps modernes, pour mettre û leur vrai rang les puissances réputées infé­ rieures dc l’homme : la volonté ct le sentiment. C’est la première fois que la sagesse pratique, la raison incarnée, vivante, est mise au-dessus de la pensée spe culativc...; la première fois surtout que la volonté est posée comme le principe de l’intelligence même ct que la certitude fondamentale est identifiée à la certitude pratique. Jamais une philosophie des contraires, du milieu n’avait été ainsi associée a une philosophie de la volonté, enveloppant aussi dans une synthèse uni­ verselle, toute l'inquiétude, tout l’obscur des choses. » \ 1. L’apolooétique de Pascau — P Le christia­ nisme est démontrable. — Acquise par le cœur, il est de toute nécessité que la religion se démontre. « SI on choque le principe de la raison, notre religion sera absurde cl ridicule. » Fr. 273. · Je n'entends pas que vous soumettiez votre créance à mol sans raison », fait dire Pascal à Dieu. Fr. 430, p. 335. · C’est avec notre raison, dit \ inet résumant la pensée de Pascal, que nous devons reconnaître la véritable religion. Dieu a donc dû entourer su révélation de preuves qui fussent accessibles à notre raisonnement. Cc que je puis exiger, si Dieu a parlé, c’est qu’il soit possible à la raison humaine de se procurer sur cc point une cer­ titude égale à celle qu’il peut sc procurer sur d’autres points. » Loc. cit., p. 38. Voltaire ne s’y est pas trompé : l'elTort de Pascal va bien à donner au christianisme celte forte position dc défense, qu’il est raisonnable. « Ma grande dispute avec Pascal roule précisément sur le fondement dc son livre. H prétend que, pour qu’une religion soit vraie, il faut qu’elle rende raison dc tout cc qui sc passe dans notre cœur. Je prétends que cc n’est point ainsi qu’on doit examiner une religion et que c'est la traiter comme un système de philosophie. » Lettre au P. Tournemine, 1735. El dans une Lettre à La Condanune du 22 juin 1734 : A l’égard de Pascal, le grand point de la question roule visiblement sur ceci, savoir si la raison humaine sufllt pour prouver deux natures dans l’homme. » Cf. Sainte-Beuve, loc. cit., p. 402. Évidemment, Pascal n’entend pas, comme l’a tenté Haymond Scbond, démontrer rationnellement toutes les vérités dc la foi. « La veritable religion renfermera des choses au-dessus de la raison, l’ne religion qui n’en renfermerait pas ne serait pas révélée. » Muet, ibid., cf. fr. 571 cl 273. Il ne prétend meme pas con­ vaincre des vérités religieuses qui sc démontrent Fincrédule qui ne sc serait pus mis dans un certain état d’ûmc. Fr. 233. En tin il ne prétend pus davantage qu'une démonstration bien conduite cl reçue pur une Ame dans l’état voulu puisse conduire à la foi sans l’inspiration : cela est d’un autre ordre : On n'entre T. — XI — 69 e 2179 PASCAL. APOLOGÉTIQUE, ORIGINALITÉ 2180 dans la vérité que par la charité. » De l'esprit géomé­ donne les certitudes religieuses. Ni la philosophie,ni trique. Second fragment, t. ix, p. 272, ni que l’inspi­ la science ne les peuvent donner : < Descartes Inutile ration ne puisse sc passer dc telles démonstrations. . et incertain. » Fr. 78, ci. Malcbranchc, Hechtrchu, IV, § n, p. 401-105 (où Malcbranchc, comme le « La foi est différente dc la preuve : l’une est humaine, remarque Gouhicr, loc. cit., p. 399, semble bien faire U l’autre est un don dc Dieu. » Fr. 218. C’est pourquoi la vérité religieuse est faite pour les simples comme critique dc ce mot), ni les infirmer : < Cc qui est incompréhensible ne laisse pas d'être. » pour les habiles ». Cf. fr. 251. Ces réserves ct ces conditions posées, Pascal entend 2. De par la nature donc dc l'esprit à çonvainert bien prouver dc manière irréfutable — car « il y a des et de par la nature de la chose à prouver, il n’y n pat démonstrations d’une autre espèce ct aussi certaines à démontrer la vérité religieuse par des arguments phi que celles dc la géométrie » — non seulement que la losophiques. Une telle démonstration, par exemple, raison n’a rien à opposer à la religion mais voit l’obli­ de l’existence dc Dieu, logiquement la première entn gation de la suivre; < f. fr. 289. les vérités religieuses aboutit tout au plus à une con­ 2e Originalité de l'apologétique pascalienne. La methode naissance notionnelle, inutile, stérile, ct même éphé­ de l'expérience morale. — Une apologétique s'établis­ mère. Pour convaincre la raison, chose utile même au sait alors qui deviendra l’apologétique dite tradition­ croyant, Pascal n'emploie pas les raisonnements mah nelle : démonstration par des arguments rationnels de des faits, dont on sait qu’ils commandent l'asscnli la divinité du catholicisme, à tout le moins du christia­ ment. Le Dieu qu’il veut démontrer est le Dieu de nisme. Trois étapes : a) démonstration de l’existence l’histoire, le vrai Dieu par conséquent. dc Dieu et de la nécessité dc la religion naturelle par Son point dc départ est un fait d’expérience interne. les arguments scolastiques ou les raisonnements méta­ < La contradiction tragique dc notre condition », physiques de Descartes, que le Traité sur l’existence dr Itauh, loc. cit., p. 311. qui pose devant chacun le pro Dieu, dc Fénelon, devait bientôt (1713) revêtir d’une blême dc la nature ct de la destinée humaine. Com­ forme si poétique; b) démonstration à priori dc la ment l’homme avide dc vérité, dc vertu, de bonheur, possibilité ct de la nécessité d’une révélation surna­ en est-il incapable ct n'y a-t-il pas un remède à cet turelle, ct à posteriori du fait d'une religion divine­ état? Or, seule la religion chrétienne fournit dc notre ment révélée, celle de Jésus-Christ. Tractatus de vera contradiction « monstrueuse » une explication satis­ religione. Les protestants s'en tiennent là; tel Gro­ faisante : le péché originel el, seule aussi, elle offre le tius, dans son De veritate religionis Christiana·, 1636, remède, la grâce du médiateur, Jésus-Christ. qu’ont traduit en français, en l’a vu, Mézeray, 1618, Évidemment ces choses avaient été dites depuis des et dc Beauvoir, 1G59, ct auquel Pascal fait de nom­ siècles. Ce qui était nouveau c’était d’en faire le point breuses allusions; c) démonstration par des raisonne­ dc départ d’une apologie; cf. \ inet, loc. cil., p. 193. ments basés sur l’Écriture el l’histoire de la divinité I Du coup, le christianisme prenait figure d’explication de l’Êglisc catholique : Tractatus de vera Ecclesia, dc la vie et dc religion ajustée à la nature humaine. celui-ci tout récent puisque provoqué par la Bétonne. Les vérités révélées ne sont donc pas des connais­ Pierre Charron a publié, en 1593, son livre des sances de luxe; tout le surnaturel, comme l’ont vu Trois vérités. Il y insiste sur la troisième, la divinité i saint Augustin ct saint Thomas, est l’heureux correc­ dc l’Êglisc catholique, car il répond au Traité de tif ou le complément dc notre nature. « L’exact ajuste­ l'Église, 1578, dc Duplessis-Mornay. Apologétique ment du christianisme à la nature humaine, voilé intellectualiste, qu’encourage encore le cartésianisme proprement cc que Pascal veut montrer, cc qui peut ct qui, chez les uns, est d’un optimisme étroit, comme attirer le « libertin » vers la religion. » Brehier, Histoire chez cc Jean Belin, évêque dc Bel ley, qui public à de la philosophie, t. n, La philosophie moderne. I. Le Paris, en 166G : Les preuves convaincantes du christia­ dix-septième siècle, Paris, 1929, p. 141. Du coup aussi, nisme, où le christianisme est exposé dr telle sorte qu'on le christianisme prend une sorte dc transcendance par ne peut jamais douter de sa vérité el l’on connaît évidem­ rapport aux philosophies el aux autres religions ment qu’il faut l’embrasser, chez les autres, Bossuet, à la raison humaine en somme - qui n’ont fourni Malcbranchc, Huet, le protestant Abbadie, ct, comme aucune explication valable du fait universel dont il on vient de le voir, Fénelon sera expose avec ampleur est question, ct la raison n’a rien de mieux à faire que ct parfois puissance. Cf. Monod, loc. cil., c. i, § 4. dc s’accorder avec lui. Autre est l'apologie pascalienne. L’apologétique traditionnelle, a-t-on dit, va de 1. Saint Thomas, Sum. theol., Ila-II», q. iv, a. 2, Dieu à l’homme; l'apologétique pascalicnnc va dc dit : · Croire est un acte de l’intelligence en tant que l’homme, dc l’homme complet ct non pas réduit à la celle-ci est menée à l’assentiment par la volonté. » Les seule raison, à Dieu ou plutôt à Jésus-Ghrist, en q11 apologistes traditionnels savent cela, mais ils ne ; et par qui l’homme trouve Dieu. s’adressent guère qu’à la raison. Ils veulent, comme dit 3. Si Malcbranchc, en effet, comme le remarque Belin dans sa préface, « contraindre tous les hommes Sainte-Beuve, tac. cil., t. v, p. 431-432, diminue le par la force de la raison à suivre ct embrasser le chris­ Fils au profit du Père, Jésus-Ghrist « est le centre des tianisme ». Leur apologétique est intellectualiste cl < Pensées ·. Bauh, loc. cil., p. 317. Influence du jan­ spéculative. Pascal voit les choses autrement. Avant sénisme, sans doute, qui, selon le mot de Joubert, tout il veut peser sur la volonté —entendue au sens « ôte trop au bienfait de la création pour donner davantage au bienfait de la rédemption ·, et qui cartésien — pour l'entraîner vers la vérité à l’encontre des préjugés ct des passions; cf. fr. 99. Son apologé­ « sans le Fils, dit Sainte-Beuve, loc. cil., t. ir, p. 114, tique est donc plutôt morale ct pratique. Il est préoc­ n. 1, aurait peine â remonter jusqu'au Père ». Mais cupé de convaincre la raison par des preuves conve­ clîel aussi de l'ardent amour dc Pascal pour JésusGhrist : < Ç’a été sa seule passion, passion véritable nables. mais il veut créer d’abord ct pour réussir à qui s'échappe par scs lèvres cl (pii saigne dans ses cela, l’état d’âme nécessaire ou, suivant le mot de membres. » Sainte-Beuve, loc. cit., p. 509; cf. fr. 553, Droz, loc. cit., p. Ill, accommoder l'homme à la Le mystère de Jésus, el le Mémorial. vérité, afin que la vérité ait prise sur lui. autrement « Jésus-Ghrist est l’objet dc tout cl le centre où dit. que · son esprit soit ouvert aux preuves ». Fr. 215. tout (end », dit en effet Pascal. La religion chrétienne C’est que · Jésus-Christ ne se prouve pas comme un théorème », Droz, toc. cil., p. 101, ct que la vérité reli­ consiste proprement au mystère du Kédemplcur qui a retiré les hommes dc la corruption du péché pour les gieuse est d’un autre ordre que la géométrie. La raison réconcilier à Dieu en sa personne divine. Elle enseigne donne la certitude dc la géométrie, c’est le cœur qui s 2181 PASCAL. APOLOGÉTIQUE, LE PA HI ensemble aux hommes ces deux vérités : ct qu’il y a un Dieu dont les hommes sont capables, ct qu'il y a une corruption dans la nature qui les en rend indignes. On peut bien connaître Dieu sans sa misère, ct sa misère sans Dieu, mais on ne peut connaître JésusChrist sans connaître tout ensemble ct Dieu et sa misère. » Fr. 556; cf. fr. 547. L’histoire tourne autour de lui; ir. 700, 710, 741. ■ Comme le monde ne subsiste que par Jésus-Ghrist et pour Jésus-Christ, et pour ins­ truire les hommes ct de leur corruption ct dc leur rédemption, tout y éclate des preuves dc ces deux vérités. » Fr. 556. Autour dc Jésus-Christ, « les vérités de la foi el de la morale qui semblent répugnantes, subsistent toutes dans un ordre admirable. » Fr. 862. Ixîs libertins dc son temps opposaient à sa divinité la bassesse de sa condition, objection que reprendra Voltaire. Cf. Garasse, La doctrine curieuse, Paris, 1623, p. 271. Pascal leur répond par sa fameuse distinction des ordres : Jésus-Christ a toute la grandeur dc son ordre. < Dans l'échelle des grandeurs charnelles, spiri­ tuelles cl saintes, où Archimède (dernier souvenlrl) est si magnifiquement posé comme le Prince des Es­ prits de la terre, voyez venir Jésus-Christ, le Prince de son ordre aussi, mais dc l'ordre dc sainteté, avec tout l'éclat dc cet ordre, dans son avènement dc dou­ ceur, humblement, patiemment, cl par là même en grande pompe et prodigieuse magni licence aux yeux du cœur, aux yeux de qui voit la sagesse. » SainteBeuve, loc. cit., t. m. p. 452; cf. Dedieu, toc. cit., p. 196, n. I. 3° L'originalité de cette apologétique est-elle réelle? — \. M dre, toc. cit., t. iv, introduction, p. 8-10, s’inspi­ rant d'un article de M. Vulliaud, Du nouveau sur Pas­ cal, loc. cit., émettait celte idée : S'il est prouvé que les Pensées rentrent dans un courant contemporain d’apo­ logétique, · nous aurons le droit de rattacher l’une ct l’autre ù quelque tradition commune, surtout si cette tradition dans l’une ou l'autre sc trouve clairement attestée. » Or, il y a cette preuve : c’cst un ouvrage que Beurrier, lequel assista Pascal mourant, publia à Paris en 1666 : Speculum Christian æ religionis in triplici lege naturali, mosalca ct euangelica, in quo quœ potissimum faciunt ad fidei confirmationem et conversionem atheorum et quorumvis infidelium sincere exhibentur, et dont il devait donner, en 1681, une tra­ duction française sous cc titre : De la perpétuité de la loi et dc la religion chrétiennes. · (’.elle apologétique, dit A. Maire, à très peu près sc réduit à celle dc Pascal », loc. cit., p. 10; Pascal n’aurait donc fait qu'appliquer une méthode courante et exploiter des idées courantes. E. Dedieu. loc. cit., p. 485 sq., dit de son côté, après avoir écarté Beurrier dont le livre ne parut qu’après la mort de Pascal : · Aux yeux dc la critique moderne, Pascal a renouvelé l'apologétique chrétienne. Il a montré les faiblesses des preuves externes. H a sur­ tout fait de l'apologétique quelque chose d’humain, , Dedieu, loc. cit., p. 513, de cette apologétique morale que l’on appelle moderne par opposition avec l’apologétique dite tra­ ditionnelle. Quant à Beurrier, l'on retrouve, sans doute, dans la Perpétuité, « carquois plein dc traits variés », quelques vues dc Pascal; partageant les incrédules en caté­ gories, il recommande, par exemple, avec les athées, de détruire d'abord en eux l'orgueil ct la sensualité; son ouvrage n’est, au fond, · qu’un assez bon som­ maire des arguments anciens, dressés par un homme d'esprit médiocre, très pieux cl sans haine ·. Monod, Dc Pascal à Chateaubriand, p. 15. Sur l’ensemble dc ces questions, cf. Labcrthonnlère, Essais de philosophie religieuse, Paris, s. d. (1903), p. 193-233, L'apologétique el la méthode de Pascal. 1° Le pari. — L’un des points les plus curieux de l’Apologie est certainement le pari. 1. Les sources et l'originalité du pari. — I-c procédé du pari se trouve dans Arnobe, Adversus gentes, i, 56; n. Il, mais â propos des promesses du Christ (cf. Bayle, Dictionnaire, art. Pascal); dans saint Augustin, . De utilitate credendi, xn, 26, qui compare les risques ! courus par le chrétien aux hasards ordinaires dc la vie; , plus près de Pascal, dans Haymond Sebond, Apologie naturelle,?, lxvi, ct principalement lxvii, cl lxvhî, qui l’aurait inspiré a Pascal (cf. Droz, loc. cit., p. 72, n. 1, cl Brunschvicg, t. xm, Appendice pour le fr. 23J, I p 161-163); dans Silhon, cet apologiste au service dc Richelieu, Traité de Γimmortalité de Tame, 1634, p. 227-229 (cf. Calvet, Bulletin de littérature ecclésias­ tique, 1905, n. 6, p. 177); dans le jésuite Antoine Sirmond, Démonstration de l'immortalité de l'dme tirée des principes de la nature, 1637, p. 115-462, Conclusion par /orme d'avis aux libertins (if. Blanchet, L’attitude religieuse des jésuites ct les sources du pari de Pascal, dans Revue de met. et de mor., l. i, 1919, p. 515. I. n. p. 627637, ct Laporte, Pascal et la doctrine de Port-Royal, loc. cit., p. 282). Autour de Pascal, il a été d usage fré­ quent el on le retrouve dans la Logique dc Port-Royal. IV· partie, c. xvi, dans Bourdaloue, Sermon sur la paix chrétienne, 1er point, dans Massillon, Sermon sur le délai de la conversion, l,r point, dans La Bruyère, Des esprits forts, cf. Hatzfcld, Pascal, Paris, 1901; on le retrouve même chez des apologistes de l'Islam, cf. Palacio, Los precedentos musulmanes del pari de Pascal, Santander, 1923; après Pascal enfin, Locke, Essai sur l'entendement, 1.11. c xxi, § 70, cl Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard, cf. Benouvlcr, /Esquisse d'une classification des doctrines philosophi­ ques, t. n, p 308. cl dans William James, cité par Kenouvier, p. 176-184, 320-324. l’ont appliqué ù des vérités purement’ morales. Peu importe. « Si l’idée est jusle et fondée, elle ne devait pas être neuve. » Dugas et Kiquicr, Le part de Pascal, dans Revue philosophique, t. n, 1900, p. 226. Néanmoins, nul n'ayant employé le procédé « avec la même recherche de rigueur logique, ni en vertu des mêmes principes, il ne faut pas dispu­ ter à Pascal l’honneur de l’avoir trouve ·. Id., ibid. Sur les différences entre le pari dc Pascal ct les autres du meme genre, cf.,cn outre. Bachelier, Notes sur le pari de Pascal, dans Revue philosophique, l. i, 1901, p. 636-638. 2. La portée du pari. Sa place dans ΓApologie. — Tous les critiques ne sont pas d’accord. Pour les uns le pari était un morceau en marge de VApolugie. Pour (i. Lanson, il était simplement des- 2183 PASCAL. APOLOGETIQUE, LE ΡΑΒΙ tiné · A faire ciTet sur quelque libertin », ni Fillcau, ni la Préface de Port-Royal qui donnent le plan de V Apologie exposé par Pascal en 1658, n’y font en effet la moindre allusion. Pour Clément Besse, L'argu­ ment du par/, dans Revue pratique d'apologétique, ltr dé­ cembre 1919,p.321 sq.,et,/?/a/se Pascal. Le pari, Paris, 1922, le pari, composé en 1654, au moment où Pascal établit le calcul des probabilités avec Carcavi, Mère, Huyghens cl Fermât et où il est hanté par l’idée de se convertir, répond au Mémorial, Pascal l’a écrit pour lui-même « dans une heure de ténèbres et trempé de larmes brûlantes ». Ces opinions sc heurtent A ce fait que les éditeurs de Port-Koynl, auditeurs de Pascal en 1658, ont introduit le pari dans VApologic. D’autres, Boutroux, qui date lui aussi le pari de 1651, L. Blanchet,/oc. cil., p. 639, qui le date de 1657, année où Pascal s’occupe encore du calcul des proba­ bilités, el qui s’appuie sur F. Slrowski, Pascal et son temps, t. rn. p. 271, η. I, pensent que cette application des mathématiques aux matières de religion aurait d’abord été voulue par Pascal sans aucun but, puis introduite par lui dans VApologic. Il eût été comme un premier essai de VApologic », dit F. Slrowski ; • telle est aussi notre opinion », dit L. Blanchet. loc. cit. Pour Henouvicr, Philosophie analytique' de Γhis­ toire, t. iv, Les Pensées de Pascal au X/M siècle, se réfé­ rant A une note où Sainte-Beuve, lac. cil., t. in, p. 139, n. 2, dit que, d'après Lescœur, De l’ouvrage de Pascal contre les athées, Dijon, 1850, la règle des partis est chez Pascal < une vue fondamentale et a toute la valeur d’une méthode suivie cl rigoureuse », le pari est l’essence même de VApologie. Pascal, regardant « l’absolu pyrrhonisme comme invincible A la raison », veut entrainer les Ames A la foi < par la détermination d’un intérêt de croire qui ne coûte rien A la raison * et une sorte de coup de force de la volonté. D’après L. Brunschvicg, loc. cit., et V. Giraud, Pensées, p. 143, η. 1, Pascal aurait composé le pari directement pour l’Apologie, en 1658, mais non comme une pièce nécessaire A l’ensemble : VApologic étant • divisée en plusieurs actes où paraissent des person­ nages différents »,le pari « eût été un effort pour déter­ miner quelque géomètre libertin ». Pour d’autres critiques, qui semblent bien avoir raison, le pari entre dans le dessein général, dans la trame de VApologic, et comme une pièce essentielle. Ils rappellent que le but de Pascal était non de démon­ trer simplement, mais de convertir et que, pour con­ vertir, l'appel A la raison ne saurait suffire. La foi est un don de Dieu, mais A cc don l’homme tout entier doit sc préparer, s’offrir en quelque sorte; cf. fr. 215. Le pari a pour but de déterminer le libertin à cette préparation,en lui démontrant, par la règle des paris, qu’il ne peut prendre une attitude mieux ordonnée A son intérêt el A son bonheur. C’est en ce sens (pie J. Chevalier dit. Revue de métaphysique et de morale, 1923, loc. cit., p. 207 : « Le pari a tout Pair d’être la décision et à cc litre il est bien la démarche suprême de l’esprit. ■ El J. Laporte, ibid., p. 287 : < Le pari n tout Pair d’être la conclusion de VApologic. » Le pari n’est donc pas un argument : il ne cons­ titue en rien une preuve de vérité; il n’est pas destiné davantage â suppléer les preuves. » Chevalier, loc. cit., p. 208. · Le pari ne fuit point partie de VApologic comme instrument logique...; soutenir que Pascal en a fait son fort unique, A l’exclusion des autres preuves, qui. dit-on, lui paraissent incertaines, c'est une pure extravagance. » Droz. loc. c//Mp. 71 et 73. D'autre part. c'est demander au pari ce qu'il ne saurait donner que de l’isoler comme s’il se suffisait A lui-même. 3. Les critiques du pari. — Mais que valent les rai­ sonnements qui constituent le pari? les principes sur 2184 lesquels Ils reposent? les formules mathématiques qui les enveloppent ou les traduisent? Dès 1671, l’abbé de Villars, le premier critique de Pascal (cf. Bremond, Pascal, l'abbé de Villars et la première réfutât ion des Pensées, dans le Correspondant, 10 sept. 1921, p. 904 sq.), faisait nu pari, Icc. cil., ces reproches que transcrit Bayle, loc. cit., p. 607, n. 1. D'abord c'cst · traiter la plus haute des matières par une idée basse et puérile..., une comparaison du jeu de croix el de pile », ce qui parait plus singulier encore · chez un si grand ennemi des en s (listes relâ­ chés ». Puis le raisonnement n'est propre qu’à faire , des athées. « Toute sa force dépend en effet de celte proposition, que tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude, sans pécher contre la raison », comme s’il était raisonnable · de hasarder son argent pour en gagner un incertain et s’exposer à n’avoir ni l’un ni l'autre ». — Itcproches bien faibles, puisque « l’on n'agit jamais que pour l’incertain », fr. 234, et qu’obligés d'agir nous prenons parti, que nous le voulions ou non ; reproches qui n'empêchèrent pas, fait remarquer Bayle, l’auteur du Traité contre Its athées, les déistes et les nouveauxpyrrhoniens (l’oratoricn Mauduil) de faire, six ans plus lard, du pari la base de son Apologie, cf. Monod, op. cit.,p. 67-68; reproches qui, repris par un petit livre anglais : Lettre sur Ven· thousiasme, amenèrent Leibnitz A approuver le pari, cf. Correspondance de Leibnitz avec Pierre Coste, (Inns Philosophische Schriften, édit. Gerhardt, l. ni, p. 415. Les philosophes du xvm· siècle, évidemment, ne furent pas favorables au pari. Les secondaires, Boulainvilliers. Réfutation des erreurs de Renolt de Spi­ noza, Lassay (cf. Pcllisson, Un philosophe amateur sous la Régence, dans Revue politique el parlementaire, l. xui. 1904, p. 108), Sénancourt, d’après qui < Pascal aurait dit celte puérilité : Croyez, parce que vous ne risquez rien de croire et que vous risquez beaucoup en ne croyant pas » (ci. Dugas et Biquler, loc. cit., p. 245), attaquent le pari, mais ceux de premier plan, Vol­ taire, Condorcet, Fontenelle, Laplace, Diderot, ne le ménagent pus davantage. Dans les Remarques sur les Pensées de M. Pascal qui font suite aux Lettres philosophiques, Voltaire reprend le reproche d'inconvenance qu’avait fait Villars nu pari ; mais il ajoute ces critiques : a) · L'intérêt que j’ni à croire une chose n'est pas une preuve de l’existence de celte chose », oubliant que le pari ne demande pas d'accepter, mais de vivre comme si l’on acceptait; b) cette autre, qui atteint le point de départ même du pari : « Vous êtes embarqué... Ne point parier que Dieu est, c’est parier qu'l! n’est pas. » Mais, dit Vol­ taire, ■ celui qui doute et qui ne cherche qu'à s'éclairer ne parie assurément ni pour, ni contre », comme si celui qui doute se dispensait de vivre, donc de choisir; c) enfin cette critique ad hominem qui n'est pas dépour­ vue de force : Si · le petit nombre des élus est si effrayant cl si je ne puis rien du tout par moi-même, n'ai-je pas tout Intérêt A parier contre Dieu? » Cf. Lettres philosophiques, édit. Lan son, l, n. Paris, 1909, p. 190; L v, p. 230, n. 13. Condorcet, dans son édition des Pensées, 1775, publie, en les attribuant A Fontenelle, des Réflexions sur l'argument de M. Pascal cl de M. Locke. — Locke avait soutenu, loc. cil., qu'une vie honnête, et il entendait par là une vie conforme à la morale de l'Evangile (cf. Que la religion chrétienne est raison­ nable, Amsterdam, 1696), jointe à l'espérance d’une éternelle félicité, est préférable à une mauvaise vie, lisez une vie non conforme A la morale évangélique, accompagnée de la crainte d’une misère affreuse. — Il est aussi absurde de parier comme le veut Pascal, disent ces Réflexions, que de parler une piastre contre i’emplrc de la Chine qu'un enfant totalement illettré 2185 PASCAL. APOLOGÉTIQUE, QUESTIONS QU’ELLE POSE 2186 rangent du premier coup dans leur ordre naturel les tique. » P. 240. Puis, pour répondre au pari, · vous vingt-quatre lettres de l'alphabet : il y aurait en ce ferez table rase de vos instincts, de vos sentiments, de cas 13 00U milliards de milliards de chances de perdre votre conception du bonheur *; dans ces conditions, contre une de gagner. — · 11 faut, dit I lavet, Pensées, < à ne considérer le pari qu’au point de vue logique, le t. h, p. 160, que Condorcet ait lu Pascal bien légère* refus de prendre croix, n'aurait rien de blessant pour la raison; en face des conditions réelles du pari, il y nient. Pascal a prévu l'objection el il pose qu'il faut consulter non seulement les enjeux mais les chances aurait au contraire folie à prendre croix. » P. 244. de gain et de perte, puisque l’on est obligé de parier. Dans le même sens el rappelant les Réflexions attri­ Si l’on renonce a gagner, l'on est sûr de perdre. ■ buées A Fontenelle par Condorcet, Cl. Besse conclut Dans sa Theologia· Chrislianæ principia mathema­ que le pari « n’a rien pour lui, ni la logique, ni la mo­ tica, Londres, 1699, Leipzig, 1755, Craig, voulant rale ». Il y a bien des façons d’échapper au dilemne où prouver more geometrico que l'espérance du bonheur Pascal prétend enfermer l’athée, cl ceux qui sc trou­ éternel promis par le Christ, quoique incertaine, est vent bien en cc monde ne sc laisseront nullement émou­ supérieure â l’espérance des bonheurs de cette vie, voir par les plaisirs de l'au-delà. Loc. cit., p. 356-357. inccitains, eux aussi, Introduisit dans la comparaison Pour Benouvier, le raisonnement pascahen est un élément nouveau : la valeur du témoignage du condamné par la question meme à laquelle il s’appli­ Christ. Celte valeur, disait-il, diminuait avec les siècles que, Pascal « n’a pas prouvé que l’Eglise catholique el serait Unie en 3350. Cf. Lachclicr, toe. at. Laplace, fi t plus que toute autre autorisée a dire : Vous êtes Essai philosophique sur les probabilités, section J)e la embarqué. » Son argument pourrait alors servir à probabilité des témoignages, reprend cette idée de la toutes les religions Philosophie analytique, loc. cit., valeur du témoignage du Christ, sur lequel reposent p. 72. Cf. Allier, La philosophie d'Ernest Renan, Paris, 8· édit., 1906, p. 109 : Le raisonnement., est irré­ nos espérances éternelles, et celte valeur lui paraissant tendre vers zéro, « étant donné que si les témoins prochable dès qu’on admet la nécessité du pari. Mais celte nécessité est-elle réelle? Il ne le semble pas. Nous trompent ils ont le plus grand intérêt à promettre un éternel bonheur », il conclut que, dans ces conditions, sommes, rcmarquons-lc, dans l’hypothèse du scepti­ cisme absolu. Pourquoi n’épiloguerais-je pas de même, • l'in fini disparait du produit qui exprime l'avantage résultant de cette promesse, cc qui détruit l'argument avec l'islamisme ou le boudhisme? Philosophique­ de Pascal». Ci. Lachclicr, loc. cit., et Biquicr, A propos ment, le choix de l’objet du pari me paraît arbitraire. · Lachclicr, loc. cit., p. 631-635, ort ditions voulues de son exercice normal. La raison royaliste. Mois ils lirent mieux; ils s’inspirèrent de lui dépend en effet de la volonté, c*cst-A-dlrc des ten­ On a signalé plus d’une fols les passages des Strmom dances de l’âme. Or, depuis la faute originelle, la où Bossuet semble s’être Inspiré des Pensées cl lefrag volonté est détournée de Dieu cl entraînée par l’amour- ment 701 peut bien lui avoir inspiré l’idée du bheoim propre. Le secours divin rétablit les conditions nor­ sur l'histoire universelle. Quant A Fénelon, si dînèrent males ct permet ainsi A la raison d’atteindre pratique­ de Pascal, cf. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. s ment, réellement, de la seule connaissance qui vaille, art. Pascal, p. 115-121. on a relevé dis passages du parce qu’elle est amour. Dieu « dont elle est capable »; Traité de l'existence de Dieu où revivent des façons de cf. fr. 557 ct les deux premiers Écrits sur la grâce. dire pascalicnncs ; cf. Ghcrel, Fénelon, lecteur de Pascal, D’autre part. ■ d’après certains critiques (P. Long- • dans Hevue d'histoire littéraire, 1908. p. 696-700. haye. Hist, de la litt. franç. au x nr siècle, t. n, p. 103. Mais, où se manifeste mieux l’importance prise par 111 ; Kreiten, Biaise Pascal, dans Stimmen ans Maria Pascal, c’est dans ce fait que le xvm· siècle, dc Bayle Laach, L xi.ix; Lavigerie, Exposé des erreurs doctri­ A Gondorccl, lui u voue une particulière hostilité : lis nales du Jansénisme, Paris, 1860, p. 50-67) et parmi les Pensées, A leur apparition, avaient été combattue* laïques, Souriau et même L. Brunschvicg », dit V. Gi­ Dès 1671. l’abbé de Villars, loc. cit., leur reprochait raud, Pascal, p 155, « l’apologétique de Pascal, étant de livrer sans défense la religion au doute cl A la nega entachée de jansénisme, est hétérodoxe dans son fond lion en remplaçant ses preuves traditionnelles pur ct, partant, dépourvue de valeur, ou peu s’en faut. · d'invraisemblables considérations sur l’homme dans Pascal, en effet, comme tout Port-Hoyal, pose une la nature ct sur son Impuissance morale en dehors dc nature humaine appelée dès l’origine A la tin surnatu­ Jésus-Christ ou par des arguments comme le pan relle ct incapable par elle-même de celte lin; le péché j Cf. Bremond, Pascal, l'abbé de Villars ct la re/utalwn originel prend ainsi une gravité plus profonde et les des Pensées, dans le Correspondant, B) septembre 1921. dons surnaturels apparaissent, non sans doute comme p. 90-1-913. Mais cet le réfutation était restée sans cflet dus. mais comme un besoin de la nature humaine. Il Cf. Sainte-Beuve, loc. cil., p. 395, n. L Pour la même est même parlé de ces besoins pour aboutir A Dieu. raison, un jésuite « un peu piqué », dit Sainte-Beuve. En somme, il a toute la théologie dc Port-Hoyal. Cela ibid., cl n. 2, le rangera dans son livre des Athées empêche-t-il qu’il soit utilisé? dévoilés, publié après sa mort dans ses Opéra varia, Les faits répondent. Si Pascal, le Pascal dis Pensées, 1731. Mais le P. Hardouin, dont les vues théologiques étant donnée l’école A laquelle il appartenait, ne s’est étaient sujettes A caution, ne compta guère. pas toujours tenu dans les limites de la saine doctrine, Bayle commence l’attaque. Son article sur Pascal, telle surtout qu’elle s’est fixée après lui, il est facile, dans son Dictionnaire, csl bâti sur le modèle de plu­ semble-t-il· dc le rétablir ct de l'interpréter dans le sieurs : éloges de Pascal rapidement exposés el criti­ sens chrétien d’aucuns même prétendent qu’il y ques, celle de l’abbé de Villars par exemple, longue­ est rentré de lui-même et c’est au pro lit de la pen­ ment développées. Faut-il faire dater de cc meme sée chrétienne que certains apologistes orthodoxes sc moment les Inflexions sur l'argument de M. Pascal et sont inspirés dc lui cl nu profit de leur Ame que des de M. Loche concernant la possibilité d'une autre vie ù chrétiens l'ont étudié. venir, par M. de Fontenelle, Œuvres de Fontenelle· 7° La fortune et l'influence de Pascal apologiste. — éd. de 1818, t. n, p. 617 sq., que public Condorcet « Considéré du point de vue dc l'histoire proprement dans son édition des Pensées. Voir col. 2181. V. Giraud dite, Pascal apparaît comme un génie très riche,avide se demande si ccs Héflexions ne seraient pas de Vol­ d'unité ct d’excellence, dont toutes les puissances, sans taire. Loc. cit., p. 221, n. 1. s'affaiblir, sc sont rangées sous la foi, sous l’amour dc Voltaire est, en effet, le grand adversaire dc Pascal Dieu. Boutroux. loc. cil., p. 201. Quelle fut, dès lors, au xvm· siècle. · 11 va droit A Pascal, dit Sainteson influence d’apologiste? Beuve. loc. cit., p. 398, comme A celui qui représente Il s’était proposé comme but immédiat d’arrêter cc le mieux le christianisme. » Sa carrière philosophique, mouvement libertin qui tendait A ce que l'on se pas­ el cela est significatif, fait également remarquer sât dc religion et que l’on sc liât A la seule raison, en V. Giraud, loc. cil., p. 222, s’encadre entre deux séries attendant qu’il devint le siècle philosophique », dont dc Remarques sur Pascal. C'.ontrc Pascal, Voltaire s'y parlait Leibnitz A Arnauld, dès 1671; cf. Giraud, loc. prend do deux manières : il fait des Pensées le rêve cit., p. 220. Bossuet, Bourdaloue, Malebranchc, l’éncd’un malade, d’un halluciné, d’un fou cl il conteste lon, La Bruyère travailleront dons le même sens, mais A la fols le but (pie se propose Pascal : démontrer ils échoueront ct Pascal avec eux. que la foi30 justifie et que le croyant a ses raisons dr Au milieu d’eux qui représentent, avec des nuances croire, cl 11 s’efforce de démolir ces raisons. C’est à celte propres a chacun, la même théologie el la même phi­ dernière tâche qu’il consacre ses efforts. Cf. Mauriac, losophie, il n sa philosophie propre, son apologétique J Voltaire contre Pascal, Paris, P.»29. A lui. Or, dit A ce propos Boutroux. loc. cil., p. 195, il Dans sa Traduction d’une lettre de milord Hiding ne semble pas que la relation précise établie par Pas­ broke ά milord Cornsbury, Œuvres, t. xxvr, p. 302, cal entre le christianisme el la nature humaine ait été il accuse Pascal d’incompétence parce qu'ignorant, pleinement comprise cl appréciée par son siècle, avant dc l’nccusrr de folle ; · Pascal était assez cio dominé, malgré qu’il en eût. par l’esprit dualiste du quent cl était surtout un bon plaisant... Sa mauvai.M cartésianisme. En effet, si l’on en croit Sainte-Beuve. santé le rendit bientôt incapable de faire des étude* loc. cit., p. 390, < l'admiration qu’excitèrent les Pensées suivies. Il était extrêmement ignorant sur l'histoire fut prompte ct unanime »; néanmoins « on n cru des premiers siècles de l’Église ainsi que sur presque remarquer après coup qu’elles n’avaient pas expres­ toute autre histoire. Il n'avait jamais lu l’Ancien 7r* sément pour elles quelques-uns de ces suffrages impo­ lament tout entier. Si donc le livre qu’il méditait eût été composé avec de pareils matériaux, il n’cùl été sants qui sont devenus une religion en France ». Ni qu’un édifice monstrueux bât i sur du sable mouvant. · Bossuet, ni Fénelon ne le citent et, si Nicole, au t. n D’ailleurs, Pascal, s’il eût vécu eût corrigé beaucoup dc scs Essais de morale public des discours dc Pascal dc ses Pensées » sur la Condition des grands, el fait l'éloge des Pensées, Dans scs / Λ V remarquc% sur les Pensées de M. Pas· au l vin, il traite Pascal de · ramnsscur de coquilles 2193 PASCAL. APOLOGÉTIQUE, SON INFLUENCE ni/, hi 25» nn« un article du chanoine Pierre-Joseph .Monbrun, sur La fin non jansé­ niste de Pascal, d propoj du Pascal inédit, t. ti d*Ernest Jovy ... Élude documentaire, signale le* principaux travaux « ou In lin catholique de Pascal est franchement acceptée ct logiquement soutenue ·. Voir la Bibliographie indiquée au début ct les ouvrage* ou article* paru* depuis cité* dan* le cour* de cct article. Les derniers ouvrage* parus et non cité* sont : J. ClinixHoy. Pascal e! Port-Royal, In-12. Pari*. 1930; Maury. Trois histoires spirituelles, saint Augustin, Luther, Pascal, ln-8·, Pari*, I930(coll. Cahiers de Foi cl vie); Henri Petit, Images: Descartes et Pascal, in-16, Paris, 1930; V. Giraud, Pascal, te livres choisies, Paris, 1931. Ouvrages plus importants parus sur Pascal, en dehors des Dictionnaires ct Encyclopédies et dc* Histoires de la littéra­ ture cl de la philosophie. (Le* ouvrage* français, dont le lieu d’édition n’est pas Indiqué, ont été publié* Λ Pari*.) J. Bertrand, Biaise Pascal, 1891; P. BoutrOUX, Pascal, 1919, collection Ixs grands écrivains de la France ; P Brunschvicg, Le génie de Pascal, 191 I; J. Chevalier, Pascal, 1922, collection Lr.% maîtres de la pensée française; V, Cousin, Des Pensées de Pascal, Rapport d l'académie sur la nécessité d'une nouvelIt édition de cct ouvrage, 1813; Dr »z. Éludes sur le scepticisme de Pascal, 1S8G; Flotte* (abbé). Élude sur Pas­ cal, Montpellier, 1846; V. Giraud, Pascal, l'homme, l'truvre, l'in /luencr. 2· edit., 1900; Biaise Pascal, études d'histoire morale, 1911, recueil d’article* paru* dan* ta Qoinza/ne et la Hcviiedes Deux Mondes; Gory, Des Pensées dc Pascal, consi­ dérées comme a/wlogir du christianisme et des conditions actuelles de l'a/wlogélique, luiiglc, 1S83; P. Ilat/.fcld, Pascal, 1901, collection l^s grands philosophes; L. Jan**en%. La phi- 2203 PASCAL - PASC HASE loseph if rt l'apologc ligne de Pascal, 1908; E. Jovy, 1° Pascal inédit, 5 in-8®, Vi try-îe-François, 1908-1914: τ. Mins soustitre; n. /zj véritables derniers sentiments de Pascal; HT· 2zj contemporains de Pascal cl leurs sentiments religieux d'apres les Mémoires Inédits du P. Beurrier, son dernier ennfc*seur;i\'. La pauvresse de Pascal ; v. Notes patrologiqucs \ur Plaise Pascal et son entourage; 2° Études pascalicnne.s, 1927-1930; r. Pascal rt Saint-Ange ; n. Pascal cl Silhon ; m. Discussions autour de Pascal; IV. Investigations péri· pascaltennrs ; \\ Explorations circunipascalirnncs ; vi. La me de Hlaisc Pascal par dam Clémencet ; vu. La · sphère infinie · de Pascal; 3e dissertations séparées : î. D'où vient I* · Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello · de Pascal; Pascal cl saint Bernard, Il p. In-8®, 1918; Pascal et le P, de Frétât, Une discussion d'un fait relatif a Pascal, Chartres, 1919; Pascal ct faint Ignace, 1923; Maynard (abbé), Pascal, sa Die et son caractère, scs écrits, 2 in-8®, 1850; G. Micbaul, /zj époques de la pensée de Pascal, 1902; Nourrisson, Pascal phgsfcien et philosophe, 2* Mit., 1888; H. Petitot, O. P., Pas­ cal, sa oie religieuse ct son apologie du christianisme, 1911 ; Revue hebdomadaire du 1 I juillet 1923, numéro consacré tout entier h Pascal; Hevue de métaphysique ct de morale, avriljuin 1923, numéro consacré tout entier Λ Pascal ct rééditéà part, cn 1930 : 2. Blondel, /z jansénisme ct l'antijansénisme de Pascal, p. 129-163; 3. Bninschvicg, La solitude de. Pas­ cal, p. 165-181; I. J. Chevalier, La méthode dc connaître d'apres Pascal, p. 181-211 ; 7. I-aporte, Pascal et la doctrine de Port-Royal, p. 217-306; 8. Bauh, La philosophie de Pascal, p. 307-311; 9. l'namuno, La fol pascalienne, p. 345-319; Dr Hermann Heuchlin, Pascal's Lebcn und der Geist seiner Schriflcn zum Thcil nach ncu aiifgcfundcncn llandschrijlcn mil Untersuchitngen ùber die Moral der Jesuitrn, Stuttgart ct Tublngue, 1860; Sainte-Beuve, Port-Royal, 4· Mit., 7 in-12, t. ni, 1878; Saissct, /z scepti­ cisme,,. Pascal, 1865; M. Sourinu, Pascal, 1897, collection /zj classiques populaires; H. F. Stewart, La sainteté de Pascal, ouvrage traduit dc l'anglais par Georges Both, Paris, 1919; F. St row s kl, Histoire du sentiment religieux cn France au XV If siècle, Pascal ct son temps, 3 vol., 19101913; Sully-Prudhomme, La vraie religion selon Pascal, 1906; Vinel, Études sur Biaise Pascal, 1818, Ie édit. Paris, 1912, cf. également. Les entretiens des amis dc Pascal. C. Constantin. PASCHASE, diacre romain delà fin du Ve siècle. - Le pape saint Grégoire, au I. IV des Dialogues, c. XL, raconte un trait qu’il a entendu narrer dans sa jeunesse «ur le compte d’un diacre romain, nommé Paschase. P. L., t. lxxvii, col. 396-397. Cc diacre avait laissé une grande réputation dc sainteté: toutefois, dans la compétition qui s'était élevée en 198 entre le pape Syinmaque ct son rival Laurent, il avait pris le parti dc cc dernier, qu’il n'avait jamais voulu aban­ donner, même quand Symmaquc eut été reconnu par tout le monde. Saint Grégoire ne laisse pas néanmoins de parler avec éloge de ce personnage : Paschasius hujus apostolicœ Sedis diaconus, cujus apud nos rectis­ simi ct luculenti dc Sancto Spiritu libri exstant, mine sanctitatis vir luit. C’est à cc diacre Paschase, qu’Eugippius adresse la vie dc saint Sévérin, cn le priant dc faire œuvre des matériaux Informes qu’il a rassemblés. P. L., t. LXU, col. 1167-1170(ct mieux, édit. Mommsen, p. 1-5). Il reste la réponse faite par Paschase à celte demande â laquelle est opposé un gracieux refus, ibid., col.39,ct beaucoup mieux dans l’édit. Mommsen, p. 55-58. C’cst tout ce qui resterait de Paschase. A la vérité, on a cru longtemps «pic les livres sur le Saint-Esprit auxquels fait allusion saint Grégoire n'étaient pas autres que les Dc Spiritu Sancto libri duo, publiés pour la première fois à Cologne, en 1539, par le dominicain Henri dc Grave, ct qui, depuis, ont passé dans les diverses bibliothèques patristiques et fina­ lement dans P. L., t. LXU, col. 9-40. Mais, dès le xvni* siècle, des doutes sc sont élevés sur celte attri­ bution Coustnnt, Oudin ct les auteurs dc {’Histoire littéraire de la France ont revendiqué cet ouvrage pour Fauste de Riez, auquel Gennade attribue la compo­ sition d'un livre sur le Saint-Esprit. De vir. Ht., n. 85, P. L , t lvih, col. 1109. La démonstration définitive 2204 de cette attribution à Fauste a été donnée par C. P. Caspari, en 1869, ct complétée, surtout du point dc vue delà tradition manuscrite, par A. Engelbrecht en 1889 et cn 1891. D’une part, le meilleur ms. le Paint. 2li, attribue explicitement le traité à Fauste, et en d’autres mss., qui le donnent à Paschase, sc remarquent ou se remarquaient des hésitations. Mais surtout la compa­ raison du De Spiritu Sancto avec les couvres incontes­ tées de Faustc montre une indéniable parenté, pour ce qui est dc la doctrine et des expressions. Comparer, par exemple, comme le fait déjà l’Z/isl. litt. de la France, Dc S, S., 1. I, c. v, P. L., t. iaii, col. I l BC, ct Fauste, Epist., ni, P. L., t. i.vni, col 838 D : il s'agit de répondre â une objection des ariens Sed dicis : < Si ex illo (sc. Paire) est, junior est (Filins). » — Eccc brachium ex corporc, ct fades dc corpore suo nascitur, ncc tamen faciem minorem capite suo vel brachium corpore suo constat esse posterius (iScudo-Paschase). Dicis fordtun : « Quia ei illo est, posterior illo est. »... I£ccc brachium procedit ex corpore et tamen brachii ictas corpus non procedit (Fauste). La même comparaison est reprise dans une homélie De nativitate Domini qui est la première du recueil dit d’Eusèbc d’Émèsc, et qui est certainement dc Fauste : Brachium dicitur ( Filius), quia Dei virtus, quia paterna operationis eflcclus est; quia, sicut de corpore brachium sine sui separatione porrigitur, sicut per compaginis unitatem extenditur ct tenetur, ita Salvator noster... Texte dans Maxima bibliolh. Patrum, t. vi, p. 619. — Même doctrine aussi dans pseudo-Paschase et dans Faustc sur le caractère matériel de Pâme aussi bien que des anges. Dieu seul étant incorporel : Dc S, S., 1. II. c. î, t. LXtr, col. 25 B, et Fauste, Epist., ni, t. lvih, col. 811 AB. Meme interprétation allégorique, dans pseudo-Paschase et dans Faustc, du récit dcGcn., xiv, I l sq., sur les 318 serviteurs d'Abraham : De S, S., prol., col. 9-10, et Faustc, Epist., t. lvih, col. 852 CD; vin, col. 860 BC. Ces rapprochements emportent la conviction; on pourrait les multiplier. Il reste â expliquer la phrase dc saint Grégoire sur les Libri de S. Spiritu expressément attribués à Paschase. Deux hypothèses sont possibles : les livres visés par ce pape, qui étaient vraiment l'œuvre dc Paschase, ont disparu; ou bien ils sont identiques à ceux que nous connaissons ; en d’autres tenues, dès l’époque dc Gré­ goire, les livres de Fauste circulaient sous le nom dr Paschase. il n'est pas facile de prendre parti. La se­ conde hypothèse aurait néanmoins nos préférences. quelque explication que l’on puisse fournir dc la confusion qui s’est établie entre les deux noms de Faustc ct de Paschase. Il n’est pas impossible que la confusion dérive non du hasard· mais d'une volonté délibérée. La doctrine scmi-péhiglennc de Faustc avait rendu cct évêque suspect â Home; il aura paru à cer­ taines personnes que le traité du Saiiit-Espril ferait plus heureusement son chemin sous le nom du diacre romain, qui avait laissé la réputation d’un styliste cl d’un savant. Le texte dc la Lettre à Eugippius est dans P. L., I. i.xn, col. 39-10, ct aussi dans les diverses éditions de la Pic de saint Sévérin, éd. Knocll du Corpti.s de Vienne, t. ix h, 1886, p. 68-70, étl. Mommsen des Scri/ilorcs rcr. germ, in usum scliol.,Berlin, 1898, p. 57-58. Pour le texte du De S. Spiritu, se reporter ù l’édlt. de Faustc dc liiez donnée par Engelbrecht, Corpus de Vienne, t. xxi, 1891, p. 101-157, ou sc trouveront également les autre* œuvres de Fauste, à l’exception des homélies prove­ nant dc la collection «lit·· d’Eusèbe d’ÎinuSe. lu» question «le l’attribution des hvr« Dr Sp. S. est amor­ cée par dom Constant en 1< ·3, dans on édition de saint Hilaire, col 1200, note q ( l*. L , l x, col. 538, note g); reprise par G. Oudin. de script nntiq., 1722 2205 PASCHASE — PASSAGIENS col. 1303-1309; pur Γ/fisL lilt. de ta Frunze, t. 1!. 1735, p. 600-603. F. C. Caspar!, u développé les argument* anciens ct cn a ajouté quelques autres dans Vfigedruckte, unbeach· tele und mcnlg bcachletc Qucllen sur Gcschichte des Tau/sijm· bols, t. n, Christiania, I860, p. 211-221; la démonstration c*t complétée par A. Engelbrecht, SIndien ubrr die Schriften des Hischofs non licit 1'ausius. Vienne, 1889, p. 28-16, ct dans les Prolégomènes de son édit de Fauste, p. xxxtxxi.vi; cf. aussi. W. Bergmann, Sludien :u ciner kritischen Sichtung der sud-gallischrn Prcd ι q Ili Iterat ur im 5. und 6. .lahrh., dans les Stud. zur Gcsch. der Theol. und Klrche de Bonwetsch et Secbcrg, t. î, fuse. 4, Berlin. 1898. É. Amann. PASCHASE RATBERT, voir Ratbeiit. 2206 lement, le mal sera vaincu cl la réintégration com­ plète opérée. En dehors de l'ouvrage de Franck indiqué plu* haut : Papus, L'ttluminisme cn France, 1767-1774. Martine: de Pasqualtg. Sa oie, scs pratiques magiques, son cruore, ses disciples d'après des documents inédits, in-12, Paris, 1895; L’illumtnisme en France, 1771-1803. Louis-Claude de Saint-Martin in-12, Paris, 1902; F. von Bander, Les entretiens secrets de Martine: de Pasquallg, traduits par un chevalier de la RoseCroix, in-16, 1900; Hecueil de l'ordre martiniste dressé sous ta direction du suprême conseil de l'ordre, par Teder ct Pnpu%, in-8·, Paris, 1913; V latte, 1-es sources occultes du romantisme, illuminisme, Ihéosophte (1770-1320}, 2 in-8·, Paris, 1928. C. Constantin. PASSAFLUMINE (Benoltde), frère mineur de PASQUALIS (ou DE PASQUALLY) Mar­ tinez, fondateur de la secte des illumines dits martlnistes, né vers 1715, mort en 1779 au Port-au-Prince. — Peu de choses certaines sur sa vie. Ses contempo­ rains le disent juif portugais, mais conclurent cela de son langage. Vers 1751, il introduisit son illuminisme dans quelques loges maçonniques de France, à Mar­ seille, ù Toulouse, â Bordeaux. C'est dans cette ville que devint son disciple Louis-Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu, dont on lit parfois le premier fondateur de la secte martinisle. Cf. Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 2 in-8°, t. î, Paris, 1810, p. H L En 17G8, venu à Paris, il y fit un assez grand nombre d’adeptes. En 1778, il quitta précipitamment Paris pour Saint-Domingue, où il mourut l’année suivante. Longtemps on ne connut sa pensée que d’après les écrits de Saint-Martin et les t radit ions de ses disciples. Il l’avait exposée, en ellet, dans un Traité de ta réintégration des êtres dans leurs propriétés, vertus et puissances spiri­ tuelles ct divines.Orf cc traité demeura complètement iné­ dit jusqu’en 18-12. A cette date, Mattev en donna une analyse dans une édition de Saint-Martin. En 1866, Franck en donna les premiers feuillets dans l’étude que lui consacre son livre sur La philosophie mys­ tique en France au xvnF siècle, Paris; enfin, cn 1890, Papus (Dr Encausse) en a donné le texte complet, in-16. Paris. Avec le mystérieux aventurier, connu sous le nom de comte de Saint-Germain qui le précède dc peu, avec Saint-Martin qui le suit et relève de lui. avec Mesmer, Puységur, Bailly, Cagliostro, Martinez Pasqualis est un des promoteurs du mouvement illuministc. occultiste cl théosophique que suivent plus ou moins Rose-Croix ct francs-maçons, qui prépare la défaite du catholi­ cisme, mais contribuera à maintenir vivant, dans la France révolutionnaire, le sentiment du surnaturel. Q. Papus, Sciences occultes, Paris, 1891, p. 999-1000. Martinez Pasqualis « fait la transition entre les thauma­ turges équivoques à la Mesmer ct les mystiques ù la Dutoit ». A. Monod. De Pascal à Chateaubriand, Paris, 1916, p. 195. Il s’inspire de la kabbale juive; sur les doctrines dc la kabbale, ci. ici. t. n, col. 1271-1291, et Il professe une sorte de panthéisme mystique. Il voit l’univers comme une hiérarchie d’êtres émanant dc Dieu, d'une émanation sans cesse renouvelée, tous sans exception, car si un seul n'émanait pas de Dieu, Dieu ne serait plus le Tout-Puissant. Mais sortir dc Dieu, c’est la chute. Dès lors, tous les êtres aspirent ù sc réin­ tégrer en la divinité ct par conséquent ù s’annihiler en elle. C’est en ce sens qu'il admet la chute des anges, le péché originel, la divinité des saintes Ecritures. Pour leur réintégration, les esprits inférieurs —- Pas­ qualis entend par là surtout les hommes à l’état de qui Dieu a coordonné l’étal de toutes les créa­ tures physiques - ont besoin des esprits supé­ rieurs. ils entrent en communication avec ces esprits supérieurs ct s’assurent leur appui par une technique appropriée, c’est-à-dire par des opérations théurgi­ ques, comme disait Pasqualis, d’ordre sensible. Fina­ l’observance de la province de Sicile (xvn· siècle). Originaire de l’ile de Céphalénle, il fut professeur de théologie, gardien ct censeur des livres pour l’inquisi­ tion cn Sicile. Il est l’auteur d’un ouvrage intéressant sur les origines dc l’Églisc cl du diocèse de Céphalénle : Descriptio de origine Ecclesiæ ct diacesis Cephaled Hanse, Venise, 1615. Il composa aussi une Vita Francisei Gonzague, Païenne, 1636. Il mourut a Messine, cn 1646 L. Wadding, Scriptores O. M., Borne. 1906, ρ. 40; J.-Η. Sbaralra, Supplementum, 2· éd., t. î, p. 129-130; H. Hurt er, Nomenclator, 3· édit., t. Ht. col. 1127-1128; Mongitore, Bibliotheca sicula, t. i. Am. Τκετλβπτ. PASSAGIENS, hérétiques du Moyen Age. La décrétale de Lucius III, Ad abolendam, portée au concile dc Vérone cn 1181, donne, tout au moins dans le texte dc la collection officielle des Décrétâtes,Αά liste des hérétiques que proscrivent dc concert les deux autorités ecclésiastique ct civile : in primis ergo catharos et palerinos et eos qui se humiliatos (vel) pauperes de Lugduno falso nomine mentiuntur, passaoinos, josepinos, arnaldistas. Decret. Greg. IX, L V, tit. vu. cun. 9. Mais il faut attendre assez longtemps pour trou­ ver, dans les constitutions impériales, le nom même dc ces passagini. Le jour dc son couronnement à Rome (22 novembre 1220), Frédéric II, entre autres mesures générales d’ordre ecclésiastique, condamne ct met au ban de l’empire, en se servant des formules employées par le can. 3 du IV· concile du Lalran, toute une série d’hérétiques dont il donne la liste catharos, patarenos, leonistas, speronistas, arnaldistas, circumcisos. Texte dans .Won. Germ, hist., Const, imper, et reg., t n, p. 108. Le mot passagini n'y ligure pas. Pas davantage dans une constitution du 22 février 1232, qui reproduit lu liste dc 1220, avec une simple Interversion, Ibid., p. 195. Par contre, quelques années plus tard (22 fé vrier 1239), dans un texte qui renforce le précédent, la liste des sectaires condamnés s’est considérablement allongée; à la suite des circumcisi figurent celte fols les passageni. les fosephyni et une dizaine d’autres noms. Ibid., p. 284. Innocent IV, en 1252 et en 1251, prend à son compte les mesures décrétées par l’empereur. Potthast, Regesta pont, rom., n. 14 762, 15378. Qui sont ces passagiens? Le renseignement le plus clair, el vraisemblablement le plus ancien, sur leur compte esl fourni par Buonaecorso (Bonacursus) dc Milan, évêque cathare converti cl qui u composé un traité intitulé Vitu hnrcticorum. Texte dans P. L., I. ccn, col. 775-792. La date est difficile à préciser. Buonaecorso y expose et y réfute successivement les deux hérésies des cathares et des passagii. Il distingue les deux sectes, qu’il esl absolument impossible de confondre. Véritables néo-manichéens, les cathares rejettent l’ancienne Loi. Les passagiens font au con traire ligure de judaïsants ; la loi dc Moïse, selon eux. doit encore être observée littéralement, y compris les prescriptions relatives au sabbat, à la circoncision, aux aliments. Cc judaïsme pratique s’accompagne d’erreurs théoriques sur le Christ et la Trinité : le Christ, fils dc 2207 PASSAGIENS PASSAGLIA (CHARLES) Dieu, n’est pas l’égal du Père; les trois personnes. Père, His, Esprit-Saint, ne sont pas une seule substance, un seul Dieu. On sc croirait revenu a l'ébionisme primitif. Il va de soi que les sectaires en question méprisent les enseignements de l’Eglise romaine cl des docteurs orthodoxes. — Quelques années plus tard paraît un autre traité que Mura tori a découvert à Milan, et qui est dirigé, lui aussi, contre les cathares ct les passagicns: ce critique n’en donne malheureusement que des extraits fort courts. < Les passagiens disent que le Christ est la première créature, mais une pure créature (esse primam et puram creaturam), que l’Ancicn Testa­ ment doit encore Cire observé pour cc qui est des rites, de la circoncision ct des prescriptions alimentaires, à l’exception toutefois des sacrifices. » Muratori, A ni. ital., t. v, col. 151-152. Les deux renseignements, comme on voit, coincident sensiblement. Il s’agit en somme de chrétiens plus ou moins revenus au judaïsme, et qu’il faut, sans aucun doute, assimiler aux circumcisi qui les précèdent immédiatement dans la constitution impériale de 1239. Le plus dillicile est de préciser l’étymologie de leur nom qui est d’ailleurs 1res diversement écrit : passagii, pasagini, passageni, passagerii, passagères, passagieri. (’elle que propose P. .las, De ualdensium secla, p. 28, πϊς άγιος, ne présente aucune vraisemblance. II y a toutes chances qu’il faille chercher du côté de passagium qui est. on le sait, le terme courant pour désigner le pèlerinage d’outre-mer, la croisade. Les passagini seraient, au point de départ, des gens ayant fait le pèlerinage de Terre sainte, ayant séjourné en Orient. Plusieurs de ces personnes ayant pris là-bas contact avec les coutumes juives auront rapporté en leur patrie quelques-unes de celles-ci, auront essayé de les justi lier, d’où les erreurs théoriques qui sont venues sc greffer sur des pratiques judalsanles. Étant donnée la fermentation qui se remarque dans certaines régions cl particulièrement dans l’Italie du Nord â la lin du xii* siècle, et qui pousse nombre d’âmes ù cher­ cher cn dehors de l’Eglise officielle la satisfaction du besoin religieux, il n’est pas extraordinaire que ces gens « venus de loin · aient groupé autour d’eux des consciences inquiètes, ct leur aient enseigné cc christia­ nisme judaisanl. C’est une réaction exagérée contre le catharisme et son hostilité ù tout cc qui est en dépen­ dance de l’Ancicn Testament, il est possible qu’il faille ajouter à celte attirance une propagande exercée par les juifs établis cn Occident. Voir Luc de Tuy, Adv. Albigenses, I. I, c. m, d ms Maxima bibi. Patrum, ,1. xxv, col. 211. Cette propagande attire encore l’atten­ tion du Saint-Siège dans la seconde moitié du xm· siè­ cle; voir les instructions données aux inquisiteurs par Clément IV, 26 juillet 1267, Potthast, n. 20 095, ct Grégoire X, l«r mars 1271, ibid., n. 20 798, et la Practica inquisitionis de Bernard Guy (début du χιν* siècle), édit. G. Mollat-G. Drioux, l. n, p. 7 sq. Mais peut-être sommes-nous ici déjà fort loin des passagiens. Le* tourcei ont élé signalées dans le corps «le Particle. Comme travaux, il existe : une courte étude de Mobilier, dan* les Mémoires de ΓAcadémie de Toulouse, sér. VIII, t. x, 1888, p. I2S sq.; cl les études générales sur l'hérésie au .Μ. Λ. Il y a beaucoup de renseignements dans C. !.. Hahn, Gesch. der Kelzer im M. .1., Stuttgart, 1815-1850, t. m, p. 1-23. 2)7-215, qui renverra aux auteur» antérieurs. É. A MANN. naquit, à Lucqucs cn Toscane, le 2 mal 1812. A l'âge de quinze ans (13 no­ vembre 1827), il fut admis nu noviciat de la Compagnie de Jésus. Il fil ses études de philosophie et de théologie au Collège romain. Panni ses maîtres se trouvait le P, J. Perrone. Avant sa promotion au sacerdoce, il enseigna les mathématiques ct la physique â Reggio en Érnilic et ensuite la philosophie a Tivoli. Devenu PASSAGLIA Charles 2208 prêtre, el après avoir quelque temps professé à Home le droit canonique et rempli les fonctions de préfet des études au Collège germanique, il monta, n'ayant encore que 33 ans (1815), dans la chaire de théologie dogma­ tique du Collège romain. Son enseignement eut des l’abord un grand éclat. A une époque où les éludes théologiques manquaient d’étendue et de profondeur, où la connaissance des Pères était peu répandue, où le dogme était exposé sans rigueur scientifique, le P. Passaglia, suivant d’ailleurs une voie commencée par le P. l’erroné, mais y mar­ chant avec une fougue ct un enthousiasme tout nou­ veaux, entreprit de mettre au service de la doctrine catholique toutes les ressources de l’érudition pat ristique ct la vigueur d’une argumentation sévère. Toutes les sciences et tous les arts devaient collaborer au travail théologique. I nc documentation abondante, luxuriante même, une mise en œuvre très vivante, une langue facile, qui imitait l’élégance cl l’ampleur cicéroniennes, il y avait de quoi, la nouveauté aidant, attirer l’attention et le succès. Celle manière, le bril­ lant professeur l’a maintenue jusqu’au bout, malgré des contradictions croissantes, et il en a fait l'apo­ logie dans la longue préface qu’il a mise en tête de sa réédition de Petau. Pendant les troubles de 1818, le P. Passaglia passa en Angleterre, puis à Louvain et en lin au scolaslicul de Vais, où il servit d'arbitre dans les querelles de l’ontologisme. En décembre 1819, il est revenu à Home et il reprend son enseignement. C'est alors que sc mani­ feste son activité littéraire par de nombreuses ct importantes publications. Il avait déjà pris part à la lutte contre Hosmini cn collaboration avec Carminati et Ballcrini (1811), ct édité V Enchiridion S. Augustini de Faure (1817). En 1850 et 1851, paraissent scs Commentaires théologiques : Commentarium theolo­ gicorum pars prima : De Ecctcsiir jure in sanciendis profitenda· fidei formulis, i tome, 1850; Pars altera : De ecclesiastica significatione της ούσίας quum de divina Trinitate sermo est, Home, 1850; Pars tertia : De parti­ tione diuiniv voluntatis in primam et secundam, Home, 1851. Sur les questions en somme assez restreintes qu’indiquent ces titres, l’auteur accumule avec une abondance extrême les témoignages des Pères latins, grecs et syriens. L’ordre est un peu confus; dans la troisième partie, on nous présente à la suite 70 corol­ laires! Encore, en 1850, vient au jour le Commentarius de pni'rogativis beati Petri, Ratisbonne, qui avait élé écrit pendant l’exil de l’auteur. Dans un premier livre, les preuves scripturaires sont passées cn revue une à une. Dans le second livre, l’auteur étudie la nature de l’argument, cn distingue et en ordonne les éléments, et couronne la démonstration du primai par l’examen des textes principaux, du triple « critère » : Matth., xvi. 16-20; Luc., xxn, 31-33; Joa., xxi, 15-18. Opus accuratum, eruditum, prorsus insigne (Hurter). Pen­ dant le carême de 1851, le P. Passaglia prêcha au Gesù des conférences apologétiques, selon la manière de Wiseman ct de Lacordairc; elles furent publiées par la Civiltà cattolica, ser. I, t. v, vi, vu. traduites en allemand, Ratisbonne, 1853, et cn français, Paris, 1852. Ces conférences sont vraiment remarquables par la vigueur de la pensée ct l’on y goûte le meilleur suc de la doctrine des Pères. Deux courts ct excellents trai­ tés De œlernitate pamarum deque igne inferno sont édi­ tés à Ratisbonne en 1851. De 1853 à 1856 paraissent De Ecclesia Christi commentariorum libri quinque, t. i, Ratisbonne, 1853; t. ii, 1856 (l'ouvrage est resté ina­ chevé, le second volume s'arrêtant au troisième livre). Œuvre originale ct savoureuse, d'une richesse ct d’une élévation de pensé* peu commun»···, cl eur, la colère qui n’a pas de contraire, forment un second groupe de passions que les psychologues traditionnels nomment passions de l'irascible. Ainsi donc, onze passions composent le jeu complet de l’affectivité humaine. Toute émotion prend forcé­ ment place dans l'un ou l'autre de ces cadres que la nature a fixés : nuances de joie ou de tristesse, d’attrait ou de répulsion, de crainte passagère ou d’espoir fugi­ tif qui modulent notre vie consciente ct sans trêve colorent toutes nos actions quotidiennes; ou encore explosions de violentes passions : amour tyrannique, joie délirante, accès de mauvaise humeur, emporte­ ment de colère, terreur soudaine, panique folle, assaut de fougueuse audace, abattement mélancolique ou crise de désespoir. IMI·, q. xxnt, a. 4. 2° Rapports des passions entre elles. — Pour définir chat une des passions nous avons dû la considérer un instant isolément et l'opposer à ses voisines; mais il nous faut maintenant restaurer dans l'unité de la vie réelle cc que l’analyse a ainsi morcelé. Les passions ne vivent pas en nous à l’état spora­ dique, chacune se trouvant séparée des ruins sans rapport de continuité ou d'influence. Dans 'c courant de notre conscience, nos passions s entremêlent cl sc suscitent l’une l’autre : nos joies s’ombrent souvent de tristesse;nos amours entraînent aisément avec elles la jalousie soupçonneuse; l’aversion peut succéder à l'attnnt le plus puissant ; on peut désespérer après avoir espéré, ct l’audace In plus flèrepeut se changer en timidité craintive. Il est, d'ailleurs, bien naturel que nos passions sc conjuguent ainsi ct s entrelacent, car, sans parler des conflits d’attraits différents aux­ quels nous sommes en butte, le même objet, par la multiplicité de ses aspects cl la complexité des cir­ constances capricieuses qui l’environnent, peut tour ù tour motiver ces formes mobiles ct ondoyantes de la passion. Cependant,cet ordre d’appel et d’influence entre les diverses passions n’est point facultatif. Quelques-unes vont habituellement par groupes, et des séries entières se déploient le plus souvent au service d’une passion prépondérante, Comment. par exemple, concevoir la joie dans la possession assurée d un bien, sans qu’auparavant le désir cl l'amour n'en aient postulé la con­ quête? Comment comprendre la tristesse sans la haine du mal qui nous oppresse ou de celui qui en est le pourvoyeur? N’est-ce pas à propos de nos affections el de nos joies que surgissent nos craintes d’etre privés de leur (loueur, el nos colères contre celui qui tente de nous ravir ce que nous aimons? Nos espoirs comme nos audaces n’ont-ils pas leur motif dans le maintien de ce qui fait notre bonheur? Panni les passions, une surtout : l’amour, a ce rôle d’inspiratrice cl d’excitatrice de toutes les autres. C’est par l’amour que débute tout mouvement passionnel, par lui qu’il se prolonge ct par lui qu'il se termine. Nous recherchons le bonheur;c'est IA le rythme normal de notre vie, lu pulsation Intérieure qui perpétuelle­ ment nous anime. Mais, comment sommes-nous mis en haleine, pour ainsi parler, des divers biens qui doi­ vent nous rendre heureux ct (pic le courant de la vie amène A notre portée, sinon par la complaisance que nous prenons en leur amabilité entrevue, bref, par 2219 PASSIONS. RAPPORTS AVEC LA SENSATION l’amour qui les désire ct sc réjouit finalement dc les posséder? Parce que nous aimons un bien dont nous jouissons, nous prenons en aversion le mal qui prend sa place cl nous sommes tristes d’en être accablés. Et, si cet objet de notre complaisance est d'obtention difficile, nous ne l’espérons ct nous n'avons d'audace à le conquérir que parce que nous l'aimons. Enfin, si nous* sommes amenés à en désespérer, si nous éprouvons la crainte d’en être dépouillés, si nous nous insurgeons en poussées dc colère contre les accapareurs, c’est que nous le poursuivons toujours d’amour, à mesure qu’il nous échappe. IB-II®, q. xxnr, a. L; q. xxv, a. 2. On le voit, l'amour est la passion primordiale, celle qui fomente toutes les autres. Il est le centre d’où rayonne tout mouvement affectif. < Otez l'amour, dit Bossuet, il n'y a plus de passions; posez l'amour, vous les faites naître toutes. » Les analyses qui précèdent ne présenteraient que peu d’intérêt, si elles ne justifiaient d’importantes conclusions concernant l’éducation morale des pas­ sions : lais passions étant solidaires et s’entraînant mutuellement l’une l'autre, une méthode éducative qui ne s'appliquerait, chez un individu donné, qu'au redressement d’une seule passion, serait fautive ct manquerait son but. C’est à l'affectivité dans son en­ semble qu’il faut viser, pour l'assouplir tout entière ct la soumettre progressivement aux directions de la vie morale. Toutefois, une passion mérite, en raison de sa prépondérance, une attention spéciale de la part de l’éducateur : c’cst la passion dc l’amour, instigatrice dc tous les autres mouvements affectifs. Au point dc vue psychologique, la facilité ou l’intensité de l'amour accélère ou renforce les autres passions; dc même, au point de vue moral, la qualité de l’objet de l’amour donne leur tournure bonne ou mauvaise aux autres passions dont cet objet est l’excitant. 111. — La passion et la sensation. — Voyons maintenant comment naît en nous la passion, ce qui revient à étudier les rapports de la passion avec la sensation. 1° La sensation provoque la passion. — Toute pas­ sion est spécifiée par une représentation sensible: on a peur dc tel danger entrevu, on aime cette chose ou cette personne, etc. Une passion ne saurait exister sans objet ct. seuls, les sens peuvent lui fournir cet objet. Ia-ll®, q. XL, a. 2. Ici, par sens, nous entendons l'un ou l’autre des sens externes, puis encore la mémoire qui garde les images raison délibérante ■ intervienne pour accepter, en connaissance de cause, ce péché qui consomme la sépa­ ration d’avec Dieu. Et cela suppose une parfaite connaissance de la loi de Dieu, de ce qu'elle prescrit ou défend, une claire vue de l'application de cette loi â l'acte qui est en cause el dont, avec toutes ses cir­ constances, on sait qu'il est prescrit ou interdit. Cette clairvoyance de l’esprit réfléchi doit être suivie, pour que s’affirme la culpabilité, du consentement parfait. Consentir à un acte, c’est vouloir efficacement et effectivement l’accomplir. La deliberation morale d’un acte humain doit aller jusqu’à ce décret de réalisation et même se poursuivre dans la réalisation pour la mener à bonne fin. Toutefois, pour le dire en passant, si la réalisation du péché, une fois décrétée, sc trouvait empêchée pour une cause extérieure indépendante du vouloir, le consentement intérieur visant cet acte déré­ glé demeurerait à l’état de désir réfléchi et consenti et par conséquent coupable. Or, ces conditions de raison délibérante et de parfait consentement peuvent se rencontrer dans la conscience à propos d’un péché de passion. Par conséquent cc péché, à condition qu'il porte sur une matière grave et bien définie comme telle, devient un péché mortel. l,ullr, q. ucxvn, a. 8. Mais, dira-t-on. la passion, précisément parce qu elle pèse sur la conscience, pour l'entraîner à scs tins, ne va-t-elle pas empêcher el contrecarrer cette délibéra­ tion clairvoyante exigée pour qu’il y ait péché mor­ tel? Pas nécessairement. S’il y a le cas, comme nous le verrons plus loin, de la passion violente qui trouble le jugement de conscience en précipitant l’actc déré­ glé, sans donner suffisamment le temps d une mûre réflexion, il y a aussi le cas, le plus fréquent et le plus normal, où l'entraînement de la passion laisse à la raison sa libre allure et sa pleine clairvoyance. Dans une telle situation, le consentement parfait aboutit au péché mortel si, par ailleurs, il y a matière grave La lutte, même prolongée, de la tentation et de la conscience peut fort bien laisser, au moins à certains instants de cette lutte Intérieure, la parfaite lucidité i cquise au discernement moral. Sans doute, la conscience raisonnant en faveur de la passion tend à évincer les motifs de refus que lui oppose la conscience morale. Mais celle-ci, au sein même de cette tentative de captation, ne perd pas de vue que l’acte présenté par la passion reste nettement défendu par la loi, et qu’à le commettre on offense Dieu gravement et que l’on perd son âme. La passion, même insistante et entrai nante, n’aboutit pas à aveugler la raison sur les obli­ gations cl les valeurs morales. 1MI·, q. x, a. 3, ad 2um. Il arrive que, de fait, la conscience s’abstienne de ! délibérer, parce qu’elle ne le veut pas, parce qu’elle applaudit tout de suite à l’inclination passionnelle. Néanmoins, el^· avait la possibilité de délibérer et de considérer les motifs de récuser la tentation. Celte possibilité est très certaine, puisque, par hypothèse, la 2231 PASSIONS. M0BAL1TÉ 2232 passion ne trouble pas l’exercice de la raison. Cette elle-même A lu clarté restante du jugement de con­ possibilité, dont on ne veut pas user, suffit A In culpa­ science. IM1·, q. i.xxni, a. 6. La proportion d’invo­ bilité, rl, s'il y a lieu par sa matière, A la grave culpa­ lontaire et d’irresponsabilité répond au manque de clairvoyance du jugement troublé par la passion. Cellebilité du péché de passion. Le pécheur habit udinnire. dont nous parlions plus haut, s’est accoutumé A ne ci, par sa turbulence même, s’impose A la manière d'un plus réagir, par sa conscience délibérante, contre l'en­ principe extérieur cl violent. L’autonomie et la liberté trainement de scs passions. Son parti est pris depuis de l'action en sont diminuées d’autant, et c’est pour­ longtemps : dès que la tentation surgit en lui, il quoi cette action ne sc présente pas comme entière ment responsable ct volontaire. Elle sera d’autant l’accepte; il ne lutte point, ne raisonne point, ne contrôle pas< t ne juge pas moralement l'action déréglée plus volontaire ct responsable que l’intensité de la a laquelle il sc livre. Et cela parce qu’il ne le veut pas | passion laissera plus de clairvoyance an discernement; et n’a cure de le vouloir. Son péché est donc aussi vo­ cl elle sera d’autant moins volontaire que ce discer­ lontaire que possible, volontaire par l'entrainement nement sera moins clair. Inutile de dire que celte habituel de sa volonté perverse auquel s’ajoute encore, atténuation de la responsabilité comporte des degrés pour l’intensifier, l’impulsion passionnelle qu’il prend .i l’infini. bien garde de ne pas réprimer, puisqu'elle sert son La diminution de la culpabilité du péché de passion habituelle volonté pécheresse. I*-IIm, q. vî, a. 7, peut avoir d’autres causes que l’excitation virulente ad 3··. d’une passion involontairement surgie, causes géné­ Ainsi donc, i>icn que tout péché provoqué par la rales qui, en tout genre de péché, sont susceptibles de passion ait cette circonstance atténuante d'être moins donner un discernement el un consentement impar­ volontaire qu’un péché de malice ou d'habitude, il faits. reste qu’il y a des péchés de passion qui peuvent être L'imperfection peut encore résulter, et cela aussi des péchés mortels; Ils ont tout ce qu'il faut pour la bien dans un péché de passion que dans tout autre responsabilité volontaire. Sans doute, c'est la passion péché, de la connaissance imprécise ou incomplète des qui les a suggérés; mais, alertée, la raison délibérante obligations morales. Elle provient aussi de l’incerti­ a eu le temps de voir cl d'apprécier ce qu’il fallait tude ou du doute sur l'application de ccs obligations faire : agréer la passion ou la refouler. Si elle l’agrée, aux actes qu'elles commandent ou interdisent. Des c’est donc en connaissance de cause ct avec un parfait dispositions physiologiques durables, chroniques ou consentement. passagères (étal maladif, nervosité, perturbation Par vole de conséquence, ccs conditions du péché profonde par choc émotif subit et violent, etc.) in­ mortel de passion nous montrent la situation où le fluent, sans que la volonté y soit pour quelque chose, péché de passion, même avec matière grave, ne sera sur le contrôle plus ou moins relâché de l’esprit sur plus un péché mortel. Ce sera quand le passionné, pour les actes. IMP', q. x, a. 3; q. lxxviî, a. 7. les des causes dont il ne sera pas responsable, ira à son I tempéraments, tant de l’ordre intellectuel que de péché, sans délibération suffisante cl sans parfait l’ordre volontaire et passionnel,sont.eux aussi, suscep­ consentement. Examinons brièvement ce nouveau tibles d’amener une diminution de la culpabilité du problème. péché de passion, parce qu’ils causeront une Insuffi­ 1° Atténuation de ta culpabilité dans le péché de sante clarté du jugement moral cl un amoindrisse­ passton - Par le fait d’une passion antécédente, par­ ment de l'énergie volontaire. - Notons enfin, sans y ticulièrement vise, nos jugements d’action peuvent Insister, car le sujet serait immense A traiter, qu’il y a manquer de suffisante clairvoyance. Certes, une telle une pathologie de la passion. Dans la conscience mor­ conscience, floue ct indistincte, est assez difficile A ana­ bide la passion naît, évolue et sc livre A scs actes par lyser. mais clic existe. Nous l’expérimentons en nousl'excitant immédiat des sensations ct des images, par mêmes cl nous entrevoyons sa réalité chez les autres. déclenchement instinctif; car la synthèse mentale ct Une excitation soudaine de colère montée A son paro­ l’inhibition volontaire ne fonctionnent pas normale­ xysme nous obnubile l’esprit sur la portée de nos paro­ ment. soit que le contrôle n'existe plus, soit qu’il soit les, de nos reproches, de nos invectives. Appliqués à la troublé ct sans pouvoir suffisant d’arrêt. Cette suppres­ riposte, que la passion nous fait croire nécessaire, nous sion, par lésion organique, de l’exercice de la raison, n’entendons qu'imparfailement les conseils d’apaise­ amène l’irresponsabilité des actions. De veritate, q. xvi, ment qu'on nous donne. Notre imagination surexcitée a. 3. Dans certains cas de perturbation pathologique empêche l'équilibre de notre pensée ct l’enchaînement de la conscience, une certaine responsabilité pourrait de nos réflexions. Nous acceptons les raisonnements demeurer quand des actes de volonté antérieurs se­ qu’on nous tient pour nous avertir du manque d’A- raient, en partie ou en totalité, causes de l’incohérence propos de notre altitude batailleuse, puis tout aussi­ el de l’impulsivité passionnelles. tôt, par nos déclarations surexcitées, nous prouvons VL La moralité ni ia passion. - Une étude sur que nous n’avons pas saisi nettement les raisons qu'on la moralité ct l’utilisation vertueuse de la pnsslon ne allègue. Dans celte perturbation mentale, entretenue peut être complète qu’avec l’élude détaillée de toutes par la passion, notre jugement moral n’a pas la sûreté les vertus mondes qui entrent dans les deux cadres des désirable; Il ne ressemble en rien a la conclusion d’une vertus cardinales de tempérance et de force. Ici. nous lente réflexion, d’un conseil intérieur qui aurait exa­ ne pouvons donner que des aperçus généraux ct som­ miné les opportunités ct les circonstances. Il est court, maires. Pour saint Thomas, la passion n’est, par ellees souillé, alternativement vrai ct faux, parce que notre même. ni bonne ni mauvaise moralement : c'est son usage vertueux qui la rend moralement bonne. Mais raison ne fonctionne pas assez bien el cela, encore une de quelle façon? Quel rôle bienfaisant, bonifiant, la fols, parce que l’exaltation passionnée l'en empêche. passion peut elle avoir vis A-vis dr Paction raison­ Ccttc raison voit et considère, mais elle ne peut pas nable? bien voir, ni considérer suffisamment; clic n’aboutit lq La passion doit être exclue du discernement moral, qu’à un jugement insuffisant sur l’acte auquel excite La passion ne peut servir, du moins directement, la passion et auquel clic consent en ne sc rendant au discernement qui doit présider A l’action. Dans qu'imparfailement compte de sa gravité ct de la loi cette phase dlscrétlvc. elle n'a point sa raison d'être. qu’elle enfreint. L·· part de responsabilité affectant ce péché de pas­ Elle est nuisible. La passion ne pourrait qu’empêcher ou troubler la clarté du raisonnement et du discerne­ sion correspond A la part de volontaire qui entre dans ment. S’inspirer de sa passion, de sa sensibilité surexclson acceptation rt cette part de volontaire correspond 2233 PASSIONS. MORALITE tec, c’est exposer son jugement à sc tromper. Seul, le raisonnable <1 une action en fait la valeur morale ct aussi le mérite. Agir par passion plus que par raison, amoindrit cette valeur cl ce mérite, même quand l’ac­ tion réussit. Et c’est le propre du vertueux de réfléchir à scs actions et de les dicter en dehors de tout parti pris passionnel. La passion est impulsion, désordre, aveuglement, partialité; la raison morale doit être modération, ordre, clarté, impartialité. De veritate, q. wiv. a. 7 ; ibid . ad 3u,n La passion, il est vrai, peut précéder le discerne­ ment prudentiel, sans le troubler, ni le gêner; mais c’est lorsqu'clîe-niêmc est déjà pliée à la modération vertueuse. Une crainte tempérée peut appuyer la volonté appliquant la raison à chercher le moyen de parer au danger. De même un amour fort qui sc pos­ sède lui-même, ou bien encore une tristesse vertueuse­ ment contenue peut être le point de départ d’une action méthodiquement conçue et aolisch? Symbol, f j. I cip/ig. 1894, p. 158. 407; O. Barquand, presque simultanément ct, semble-t-il, indé­ denheuer, Altkirchlichc Ltleralur, t. m, 1912. p. 414; pendamment, deux critiques, F. Kattenbusch, d’une M. Schanz, (iesch. der rôm. Lilcralur, t iv, 1" part.,2* édit., part, dom Morin, de l’autre, ont propose de reconnaître 191 L p.3SI. Cf. I lefele-Leclercq Histoire des conciles, t. il a, P’iiS. p 1.82 cet opuscule dans la profession de foi attribuée, par les diverses collections canoniques, à un concile de Tolède É. Amann. « PICT. DE TIIÉOL. CAT1IOL. T. — XI — 71 rôle bienfaisant. Quand elle sort d’une vertu · infuse · sous l’inspiration dc la divine charité, non seulement elle enrichit notre vie monde, niais elle devient surnalurellcment méritoire; Dieu s’y complaît, puisqu’elle est l’instrument du bien, et il la récompense. Il faut pousser, jusqu’à cc résultat surnaturel, l’utilisation vertueuse de la passion. 2243 PATA » I NS 2244 PA TA RINS, hérétiques du Moyen Age. — Le I beaucoup de faveur. Cela débuta vers 1056. Ayant groupé autour dc lui un certain nombre de clercs nom dc patarln, diversement écrit (patarinus, paterinus, patrinus, patharista, patarellus, en français. pata- décidés à mener la vie commune, Ariald commence à prêcher la réforme du clergé. Landulfc, véritable tri­ tin, patelin) est employé d’abord, au xn· siècle, comme bun, sc joint a lui el ses déclamations, où très souvent synonyme de cathare (albigeois), en attendant qu'il s'applique aux xm· ct xiv· siècles à toutes sortes d'hè­ il dépassait les bornes, créent dans les milieux popu­ re tiques, comme cela était arrivé antérieurement pour laires une telle excitation contre les clercs mariés ou concubinaircs que çà et là des violences éclatent. le mot « bougre ». L’archevêque Guy, qui pouvait prendre sa part de Sa synonymie avec · cathare «est clairement Indiquée beaucoup de reproches faits par les agitateurs, n’ose dans le can. 27 du IIP concile général du Latran (1179) : « Quoique l’Église... sc contente d’un jugement sacer­ défendre son cierge. C'est seulement à la demande du dotal cl qu’elle n’emploie pas les exécutions sanglantes, pape Étienne IX (Jalfé, Regesta, n. 1378), qu'il réunit elle est cependant aidée par les lois des princes, a lin que un synode, où Ariald et Landulfc refusent de se présen­ la crainte d’un supplice temporel oblige les hommes à I ter. Excommuniés, ils en appellent à Home, qui finalerecourir au remède spirituel. Comme, donc, les héré­ ment leur donne raison et envoie d'ailleurs sur place, tiques que les uns nomment cathares, les autrespatarins au début de l’hiver 1057, deux légats : Hildebrand ct et les autres publicatns, ont fait de grands progrès dans Anselme, désormais évêque de Lucques. la Gascogne,!* Mblgeois, le pays de Toulouse et ailleurs, L'arrivée à Milan des envoyés pontificaux consolide qu’ils y enseignent publiquement leurs erreurs et le groupement, que l’on appelle désormais la Pataria et tâchent dc pervertir les faibles, nous les analhématisons qui prend l’allure d’une société organisée, où l’on avec leurs protecteurs, etc. > Mansi, Concit., t. χχιι, s’engage par un véritable serment. On s’y proposait col. 231-232. La présence â cc concile d'évêques des avant tout d’agir, soit par la persuasion, soit par la régions ci-dessus visées exclut toute chance d’erreur. force, sur les ecclésiastiques indignes; on voulait les Cf. Devic cl Vaisscte, Histoire générale de Languedoc, contraindre soit à abandonner Tes femmes avec qui ils 2· édit., t. vi, Toulouse, 1879, p. 86. Ce texte parait vivaient, soit à réparer les actions slmoniaqucs par être le premier où l’assimilation soit faite de manière lesquelles ils étaient entres en fonction. Contre eux, aussi précise. suivant une consigne qui allait recevoir l’approbation Il faut, en tout état de cause, distinguer ccs patarins- de Home, on organise la désertion des offices qu'lis cathares du xn· siècle, des patarins qui apparaissent, célèbrent. C'est une manière de les amener à prêter le au milieu du Xi· siècle, à Milan ct dans l’Italie du Nord. serment d'abandonner leurs anciennes mœurs. Des Les membres de la Palaria milanaise sont des catho­ résultats appréciables furent ainsi obtenus, lis furent liques zélés, très animés contre les abus ecclésiastiques encore étendus, quand Nicolas II, élu à la fin de 1058, de leur époque et soutenus dans leur action par plu- · envoya à Milan une seconde légation, composée de sieurs papes successifs. Il est assez difficile d’expliquer Pierre Damien et d’Anselme de Lucques. Énergi­ comment leur nom est passé aux sectaires néo-mani­ quement soutenus par la Palaria, les légats obtin­ chéens du siècle suivant. Faut-il penser A une simple rent la soumission, au moins apparente, du clergé. allitération qui a fait passer de cathares à palares ? Tous les ecclésiastiques, archevêque en tète, durent Il y a des transformations onomastiques plus sur­ prêter serment d’éviter désormais la simonie et le prenantes, comme celle dc paulicien, devenant en nicolaîsme, sc soumirent aux pénitences imposées définitive publicain, On a cherché d’un autre côté. Le et furent réconciliés par le légat. Voir le rapport de nom dc patarin avait été donné aux zélotes milanais Pierre Damien adressé à Hildebrand, alors archi­ par leurs adversaires, comme une appellation inju­ diacre de l’Église romaine, P. L., t. cxlv, col. 89-98. rieuse : eis paupertatem improperantes, patbhinos, id On remarquera le titre dc ce rapport : Actus Medio­ est pannosos vocabant, dit Bonizo de Sutri, Liber ad lani de privilegio Ecclesia: romance ;: l’action dc Pierre amicum, 1. VI, début. P. L., t. ct., col. 825 C. Quoi qu'il Damien eut bien, en effet, pour résultat de renforcer en soit de l’étymologie du mot, que les tout premiers l’autorité dc Home sur « l’Eglise ambroslcnnc », qui, historiens du mouvement eux-mêmes n’arrivent pas â de tout temps, avait revendiqué une sorte d’au­ expliquer, il désignait, dans la pensée de leurs adver­ tonomie. saires, pour la plupart nobles ou bourgeois, la populace, Sous Alexandre II (1061-1073), il était naturel que les déguenillés, les gueux. De même que ce dernier mot la situation de la Pataria sc renforçât encore. Sans a désigné, au xvi· siècle, un parti religieux dans les doute Landulfc était mort (à une date que l’on ne sau­ régions flamandes et wallones, dc même le mot de rait préciser); mais son frère, un laïque nommé Erlcmpatarins, mot de dénigrement, aura désigné à la lin du bald, continuait, avec plus de fougue encore, à secon­ xn· siècle les hérétiques cathares. D'ailleurs, n'y avait-ll der 1 action d’Ariald. Il faisait vraiment ligure à Milan pas quelques rapprochements à faire entre les cathares de délégué pontifical, ayant reçu du pape la ban­ du xn· siècle ct les patarins du xi· : anticléricalisme nière même sous laquelle il rassemblait scs partisans, violent, inspiré, il est vrai, par des motifs tout divers, militairement organisés. Les attaques reprirent de caractère occulte des réunions, déclamations plus ou plus belle contre l'archevêque Guy. en 1066. Menacé moins énergiques contre le mariage, etc? Ceci explique- . d’excommunication par le pape (cf. Jaffé, Regesta, rait Jusqu’à un certain point la transmission, d’un n. 1591), l'archevêque tenta de sc débarrasser des groupement à l’autre, d'un nom dont la signification meneurs; des scènes violentes se déroulèrent à la Pen­ tecôte dans les églises et dans la rue. Guy ayant exacte s’étqit perdue. Pour ce qui est de la Pataria milanaise, elle ressortit menacé de jeter l’interdit sur la ville si Ariald y demeu­ davantage à l’histoire qu’à la théologie. On a désigné, rait, le diacre fut contraint de partir; il erra pendant dès le principe, sous ce nom, un mouvement inspiré par quelque temps dans la banlieue, avec quelques parti­ les mêmes idées que la réforme grégorienne ct qui pré­ sans; finalement, il fut massacré, le 28 ou le 29 juin, avec d'effroyables raffinements de cruauté. Erlembald tendait combattre les deux grands vices du clergé dc vengea sa mort, réussit à rentrer dans Milan que l’époque : nicolaîsme et simonie. Le mouvement, qui s’étendit à toute la province, eut comme premier [ l’archevêque quitta précipitamment. Home, semblemeneur un diacre nommé Ariald, bientôt secondé par t-il, dut Intervenir pour modérer la violence des repréun clerc, nommé Landulfc, et auxquels le prêtre I sallies exercées par les patarins. Cf. P, L., t. cxi.vii, col. 317 G. Mais, dégoûté «le tant d’avanies, l'archeAnselme, qui deviendra évêque de Lucques en 1057 ct pape en 1061 sous le nom d’Alexandre II, montrait I vêque se résolut à démissionner. 2245 PATAUI NS Ccttc crise allait orienter la Pataria dans une non-’ velle direction. Après avoir lutté contre le nicolaîsme, puis contre la simonie, elle allait maintenant s’opposer à l'investiture laïque. La démission de Guy posait, en ellet, la question de la nomination de son successeur. Le roi dc Germanie, qui, dc temps immémorial, nommait cl investissait les archevêques de Milan, n’entendait pas renoncer à son droit. Le sous-diacre Golfried, dési­ gné d'ailleurs par Guy, reçoit l’investiture du Jeune roi Henri IV. Home veut au contraire que le nouvel archevêque soit élu canoniquement. Erlcmbald, qui la représente à Milan, fait si bien que la ville se soulève contre l’élu du roi, el se refuse à le laisser prendre possession. Quand l’archevêque Guy meurt, le 23 août 1071, on ne veut pas davantage accepter Golfried, cl l’on essaie dc procéder a l’élection du successeur de Guy. Malheureusement, la division est au comble dans la ville, où les procédés de la Pataria sont loin de rallier tous les suffrages. Le jour de l’Épiphanie, 1072, les memores de la Patariaélisent le clerc Alton; mais leurs adversaires surviennent, maltraitent le nouvel élu cl le contraignent à renoncer, sous la foi du serment, ù la dignité qui vient de lui être conférée. La-dessus, inter­ vention d’Alexandre 11, <]ul excommunie Gotfried, ct somme Henri IV de reconnaître Alton. Cf. Jallé, Regesta, n. 1701. (’.'est en somme le début de la querelle des investitures, car le jeune roi. passant outre aux injonctions romaines, fait consacrer Gotfried par les évêques de Lombardie. Mais Isrlembald mène la vie dure ù la créature du roi; Gotfried ne peut pénétrer dans Milan et Alexandre H, au synode du carême de 1073, excommunie les conseillers du roi. Jallé. Regesta, post η. 4765. L’accession de Grégoire Vil au trône pontillcal (22 avril 1073) n'était pas faite pour décourager Erlembald et la Pataria. On sait toutefois qu’au début de son règne Grégoire essaya de résoudre pacifiquement la question de Milan. Voir sa lettre à Erlemoald du 9 octobre 1073. Jallé, n. 1797. Eriembald ne paraît pas avoir secondé ccs vues. Quoi qu’il en soit, sa domination à Milan devenait avec le temps insupportable. Une contre-ligue se forma; vers Pâques 1075, dans une échaullourée entre patarins ct antipaturins, Erlcmbald fut tué. Ce fut la tin dc la Pataria, quels qu'aient été les encouragements donnés par Grégoire Vil à divers personnages qui s’ellorçaicnt de maintenir Λ Milan un parti fidèle à l’Église romaine. Voir les lettres. Jallé, n. 1989 (an. 1076); 5007 (31 octo­ bre 1076). Des résultats positifs avaient d’ailleurs été obtenus. Si, dès le début de la querelle du sacerdoce ct de l’empire, on voit Milan, la puissante cite lombarde, passer du côté du pape, c’est aux ciTorts dc la Pataria, qu’il faut l’attribuer. Qüelquo violents qu'aient été les moyens employés par ce groupement, ils avaient été mis au service dc la réforme de l’Église. 1· Sources. — Pierre Damien, 0/)Uicnlum, t. v, P. L., t. c.xî.v, col. 89-98; Bonlzo e patienî.e. — Il existe une vertu naturelle de patience, à laquelle dispose d'ailleurs un tempé­ rament flegmatique. Les exemples n’en sont pas rares. Que ne supporte pas, chaque jour, le commun des mortels, pour garder ou pour retrouver la santé, pour sc procurer des ressources matérielles, pour maintenir la paix au foyer ou l’union dans la famille? Que ne supportent pas bien des hommes, même païens, pour faire avancer la science, ou pour éviter le mal ct sauvegarder la dignité morale de leur vie? L’âme humaine abhorre la tristesse et la douleur en ellesmêmes; jamais elle ne choisirait de souffrir pour souffrir; mais elle l’accepte souvent en vue d’un bien. La patience, au fond, est affaire d’amour; quand on aime un bien plus qu’un autre, on supporte avec patience la privation du second pour obtenir le pre­ mier. Au-dessus de la patience qui s’exerce en vue dc 2249 PATIENCE biens naturels, est celle qui a pour but notre fin dernière et les moyens d'y arriver. Pour que l'homme préfère à tous les biens dc ce monde, dont la perte peut l’attrister, le bien de la grâce, il faut qu'il aime Dieu par-dessus toutes choses; en d’autres termes, qu'il ait la charité. C’est donc de la charité que dérive la patience surnaturelle, ainsi que le dit saint Paul : Caritas patiens est. I Cor., xm, 1. Comme la charité elle-même émane dc Dieu, on voit que la patience ne peut être pleinement acquise sans le secours dc la grâce. Elle est, selon l’expression de saint Paul, un « fruit dc l'Esprit ». Gai., v, 22; ci. Sum. throl., IIMI”, q. cxxxvi, a. 3. III. Excbllbnce de la patience, — 1° L'impor­ tance de la patience ressort d’abord des funestes effets dc la tristesse qu’elle maîtrise. L’Ecclésiastique reconnaît que la tristesse est mortelle : « le chagrin en a tué beaucoup», xxx, 25; el cc qu’il a dit en parlant dc la vie du corps, saint Paul le répète en l’appliquant à l’âme : · la tristesse de ce monde produit la mort ». 11 Cor., vu, 10. Sans aller toujours jusque-là, la tristesse glace cl paralyse l’âme qu'elle envahit; elle y étouffe la joie, elle brise son élan, elle entrave son épanouissement, elle y détruit en un mot une série de dispositions qui toutes favorisent la vertu. En supprimant cet obstacle, en rendant â l’homme, selon le mot de Jésus, la pos­ session dc son âme : In patientia vestra possidebitis animas vestras, Luc., χχι, 19, la patience permet aux vertus de naître ct de se développer; c’est pourquoi saint Grégoire le Grand a pu l’appeler radix ct custos omnium virtutum. Horn, in Evang., xxv. 2° La patience est en outre, pour l’âme, une des principales sources de mérites. Au regard de la foi, rien n’arrive que par la volonté ou la permission dc Dieu, et les sources dc douleur ou de tristesse que rencontre l’homme au cours de sa vie sont disposées providen­ tiellement sur son chemin. Supporter avec patience les peines et les épreuves d'Îcî-bas, c’est donc faire acte de soumission â la volonté de Dieu et de confiance en sa bonté comme en sa justice. Saint Pierre souligne le mérite de celle attitude : «Si, apres avoir fait le bien, vous avez â souffrir el que vous le supportiez avec patience, voilà ce qui est agréable à Dieu. » 1 Petr., π, 20 CL il Petr . I, 6. 3° On ne s’étonnera donc pas dc voir V Ecriture recommander à maintes reprises cette vertu. < Tout ce (fui vient sur loi, accopte-le, dit Γ Ecclésiastique; et dans les vicissitudes dc ton humiliation, sois patient. » n, 4. Saint Paul invite à la patience les Komams : « soyez patiens dans rallliclion , xn, 12; les Thessaloniciens : « usez de patience envers tous ». I Thcss., v, 14, cf. 11 Thcss., î, 4; les Éphéslens, iv. 2; les Colosslens, m, 12; il presse Timothée de chercher à l’acquérir, I Tim., vi, 11, et l’adjure de ne pas s’en départir dans ses prédications, Il Tim., iv. 2; il charge Tito de la recommander aux vieillards, n, 2. Saint Jacques exhorte scs correspondants à attendre avec patience l’avènement du Seigneur, v, 7-8. IV. PRATIQUE DE LA PATIENCE. 1° objets. -Tout ce (fui nous atteint dans nos biens; tout ce (fui meurtrit notre corps; tout ce qui heurte notre tempé­ rament, nos habitudes, nos goûts, nos idées; tout ce qui ne répond pas à nos désirs, à nos espoirs, à notre atteinte; tout ce qui résiste à nos entreprises; bref, fout ce qui est de nature â causer quelque souffrance on quelque tristesse, peut donner lieu à la patience de s’exercer. Il faut à l’homme de la patience pour supporter les revers de fortune ou la maladie; pour se supporter lui-même, avec son humeur el scs fai­ blesses; pour supporter les défauts et les torts du prochain; pour accepter les fatigues cl les peines inhé­ rentes ii tout effort vers le bien ou vers le mieux; pour se soumettre aux desseins de la Providence. 2250 2° Ses qualités.— La patience doit tire ; 1. univer­ selle, c’est-à-dire s’étendre à toutes les afflictions et ne pas en accepter seulement le principal, mais « le% accessoires ct accidents », en d’autres tenues, les mo­ dalités el les conséquences ; 2. humble ct muette, c’esl-à-dirc exclure les plaintes ou les gémissements, ct jusqu'au simple désir d’exciter la compassion et d’être plaint; 3. surnaturelle, c'cst-à-dirc s'appuyer sur un motif de l’ordre surnaturel : foi, espérance, charité, repentir, réparation, etc. Mais la patience parfaite n’exclut pas le recours raisonnable aux moyens de tarir certaines sources de maux; par exemple, dans la maladie, négliger l'emploi des remèdes possibles ne serait pas faire acte dc patience, mais tenter Dieu, saint François dc Sales, Vie dévote. III· part., c. ni. 3° Ses degrés. — Il y a dans la patience, même par­ faite en son genre, des degrés d’intensité, variables selon l’intensité des maux que l'on supporte; et des degrés de perfection spirituelle, qui dépendent dc la manière dont on supporte ccs maux. La patience peut, en effet, être pénétrée soit de résignation, soit de volonté positive, soit d’amour. De là trois degrés qui correspondent, en somme, avec trois voies dc la vie spirituelle. Au premier degré, l’âme se soumet, elle accepte sans murmure le calice qu’elle voudrait cependant voir s’éloigner d’elle. Au second, elle fait sienne la volonté divine et veut réellement l'épreuve qui la fait souffrir. Au troisième, elle s’attache avec joie à la volonté dc Dieu, elle l’aime et se porte en quelque sorte au devant d’elle, soutenue par un ardent désir. 4° Ses soutiens.— En tout ceci l'âme est soutenue par des considérations que l’on peut regarder comme des moyens de pratiquer la patience. Au premier degré, l’idée de la Providence,la pensée du mérite, l’intention expiatrlce; au second, la pensée de Jésus, le désir de sc conformer à lui dans la souffrance pour lui être uni au i ciel: au troisième, l’idée dc la gloire de Dieu à procurer el le désir apostolique dc la sanctification des âmes. Tanquercy, Précis, p. 683-685. En gros, on le voit, au premier stade domine l’influence de la vertu de I foi, au second celle de l’espérance, au troisième celle dc la charité. V. Défauts opposés a ia patience. — Ie Le manque habituel de patience est V impatience. Faute de patience, l’homme s’abandonne aux réactions de sa nature en face des maux qui le louchent : il se laisse aller à la tristesse, aux plaintes, aux murmures; il s’en prend à tout cl à tous; il finit par chercher où il peut des consolations de mauvais aloi. Les mouvements I d’impatience sc rattachent au péché capital de colère: mais ils n’ont pas en eux-mêmes sa gravité, soit parce qu’ils ne sont que des ébauches de réaction, soit parce que. très souvent, ils sont à peu près involon­ taires. La tendance est à surveiller cependant, d’abord parce qu’elle est l’indice d’un manque de possession de soi et qu’elle peut conduire à des péchés graves, comme le blasphème ou la révolte contre la IToxi dence; ensuite, parce que, poussée à un certain degré, elle entraîne à des actes à ce point répétés ou violents qu’ils jettent le trouble dans les relations sociales. La patience, qui apaise les disputes ou les empêche de naître, l’rov.. xv, 18, est souvent un devoir dc charité. 2° A l’opposé de l’impatience, on peut placer l’ïnsensibilité. \ oir Fouet, l. vi, col. 538. En un sens, il est vrai, on ne saurait être trop patient: mais il importe qu’on le soit à bon escient. Nous l’avons dit : il y a de* choses qu’il faut savoir ne pas souffrir ; il y a par conse­ quent des cas où la patience dégénérerait en faiblesse· sinon en lâcheté ou en complicité. L’insensibilité, disposition habituelle à ne pas réagir en présence du mal, quand il le faudrait, est un défaut, de même que l'impatience, disposition habituelle à réagir quand il 2251 PATIENCE — PATOUILLET 2252 ne le faudrait pas. Comme les autres vertus morales, i lonia, intitulé : Bibliothèque janséniste, 2 in-12, dont h patience sc trouve · dans un juste milieu >. la 4· édition parut en 1740. L’ouvrage du P. Patouillct est encore plus vif que celui du P. Colonia, qui avait S. Thomas d’Aquin, Summa theologica, ID-II1’, q. été condamné pari’Index, le 20 septembre 1749; il fut, cxxxvi,ct le Commentaire du P. Pégucs, t. xiu. p. 173-187. lui aussi, condamné par l’index, le 11 novembre 1754, Les tmltes de théologie monde, nu chapitre des vertus ct il fut réédité, sous un titre plus piquant : Diction­ morales A propos de In Force. Vigoiiroux, Dictionnaire de ta Bible, art. Patience; Tcrtiilllcn, ZM patientia P. /.., t. t; naire des livres opposés à la morale de la société des soiS. Cyprien De bono pallentia?, P. h.. t. iv; S. François de disant jésuites, condamnés par leurs intrigues et justi­ Sale*, Introduction à ta oie dévote, ΠΙ· part., c. ni ; J. J. Oiler, fiés par le parallèle qu'on en fera avec la morale de ceux Introduction ά la vie et aux vertus chrétiennes, c. ix ; W. Faber, condamnés par Turret du Parlement, en date du 6 août Le progrès de TAme dans la vie spirituelle, c. ιχ; V. Lchodcy, 1761. 4 in-12. Bruxelles, 1763. Cet ouvrage a été large­ Zz saint abandon, 2* 61. Pari*, s. d., III· part., c. m-v; ment utilisé par le Dictionnaire nouveau des jansénistes A.-D. Sertillange*, La philosophie morale de saint Thomas d'Aquin. 2« Mil.. Paris, 1922, p. -138-410; Ch. de Smrdt, de James, inséré dans le Dictionnaire des hérésies de Notre oie surnaturelle, t. il, p. 210-207; Tnnqiicrcy, Précis de Mlgnc, 2 in-4”, Paris, 1847-1853. Le Dictionnaire fut théologie ascétique et mgstlque, n. 1088-1092; P. Janvier, attaqué, en particulier, par l’abbé Goujel, dans Obser­ Carême, 1920. vation sur un ouvrage intitulé : Dictionnaire des livres E. Vansteen b eh c. i i e. jansénistes ou qui favorisent le jansénisme, In-12, en PATIN Joseph, dominicain de la première moitié France, 1755. Il fut aussi critiqué par l'abbé Pierre du xviii· siècle; professeur â l'université d’Avignon. Rulié, dans Cinq lettres au R. P. jésuite, pour servir Il publia un traité sur le Christ, sous le titre de d'introduction, de commentaire et d'apologie à son Dic­ Theologia cvangcUca, Avignon, 1705, in-12, 386 p.; un tionnaire des livres jansénistes, in-12, Anvers, 1755. précis de droit canonique concernant les clercs, sous Dans d’autres écrits, le P. Patouillct combattait Ici le titre de Theologia clericalis, Avignon, 1710, in-12, erreurs du temps, et il retrouvait encore la question 131 p.; un manuel d’érudition biblique sous le titre de i janséniste; ainsi dans le Discours sur le concile de Flo­ Theologia rxegetica, Avignon, 1712, in-12, 384 p. rence ct sur l'autorité qu'il a en France, ù l'occasion d'un Il avait également préparé un compendium de la arrêt du parlement de. Paris du 16 décembre 1737, ln-4®, Somme de saint Thomas sous Je titre de Theologia s. I., 1739; cet écrit fut condamné par un arrêt du Par­ scholastica. lement du 6 mars 1739. — Les deux Lettres sur le livre Quétif-Échard, Scriplores ord. prirdic., t. π, 1721, p. 806. du P. Norbert critiquent les idées exposées par cc Père, Μ.-Μ. GoitcB. dans l'écrit qu’il avait publié en 1743, sous le titre : PATOUILLET Louis (1699-1779). naquit à Mémoires historiques présentés à Benoit XIV sur les Dijon, le 31 mars 1699; il entra dans la Compagnie de missions des Indes orientales, 2 in-4°, Lucqucs, 1744. Jésus le 28 août 1715; il s'adonna d’abord h l’enseigne­ Le P. Norbert, capucin de Lorraine (voir l’art. Pariment, puis à la prédication. 11 vint à Paris, où il aida sot), accusait les jésuites d'idolâtrie ct de paganisme beaucoup l’archevêque, Christophe de Beaumont, dans (Nouvelles ecclésiastiques du 15 mai 1745, p. 77-80; du ses querelles avec le Parlement; il fut alors très vio­ 28 juillet, p. 117-120, ct du 28 août, p. 137-141 ; ce der­ lemment attaqué par les philosophes et, en particulier, nier article répond au Supplément des Nouvelles par Voltaire. Il dut quitter Paris en 1756, et il sc retira ecclésiastiques des 30 mars et 6 avril). Les Lettres du chez l’évêque d’Amiens, M. de La Motte, puis à Uzès P. Patouillct ont été traduites en italien par le P. Lact enfin à Avignon, où il mourut en 1779. gomarsini. — Le P. Patouillct a composé des Lettres Le P. Patouillct fut un adversaire ardent du jansé­ édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères par nisme qu’il attaqua en de nombreux écrits, parmi quelques missionnaires : 27· Recueil publié en 1749, lesquels 11 faut signaler : Cartouche ou le scélérat justi fié avec approbation du provincial, du 29 mai 1749; par la grâce du P. Quesnel, ln-8®, La Haye, 1751. 28· Recueil (1758); 31· Recueil (1774); 33· et 34· Re­ L’ouvrage avait d’abord paru sous un titre un peu cueils (1776) (Journal des savants, 1750, p. 402-410; dillércnt : Apologie de Cartouche ou (e scélérat sans Mémoires de Trévoux de janvier 1750, p. 96-113 ct de reproche, par la grâce du P. Quesnel. in-8®, Cracovie, janvier 1759, p. 92-120). Un violent pamphlet attaqua 1731; La Haye, 1732; Avignon, 1733. Cette pièce, en cet écrit sous le titre : Les jésuites assassins ou Anec­ forme de dialogue, eut un grand succès: elle fut tra­ dotes pour servir ά la continuation des Lettres édifiantes duite en allemand, en italien ct en latin et elle fut du R. P. Patouillct et associés, in-12, Lcydc, 1762. — reproduite, en partie, dans des recueils de comédies, Lettre sur l'art de vérifier les dates, In-12, s. I., 1750 sous des titres divers : Dialogue entre un docteur catho­ (Mémoires de Trévoux de novembre 1750, p. 2656 cl de lique et un janséniste de bonne foi, ou encore Le mous­ décembre, p. 2833-2835). Dom Clémcncct répondit à quetaire janséniste. — Supplément des Nouvelles ecclé­ cette Lettre et ù l'article des ht émoi res, dans deux siastiques, s. L, 16 tomes en 4 ln-4®. (’.cite feuille anti­ Lettres à un ami de province, 18 novembre ct 14 dé­ janséniste, dont le P. Patouillct fut un des principaux cembre 1750, sur le désir qu’il témoigne de voir une rédacteurs, fut créée par les jésuites, pour répondre au réponse â la lettre contre l'art de vérifier les dates ct au journal janséniste, connu sous le nom de Nouvelles journaliste de Trévoux, ct sur une critique qui est ecclésiastiques ou Mémoires pour servir à T histoire venue en pensée au journaliste de Trévoux. Les Mé­ ecclésiastique (1728-1731) et Nouvelles ecclésiastiques moires répliquèrent par une Réponse à deux lettres ano­ pour servir à Thistoire de lu constitution · Unigenitus » nymes, où l'on critique deux Nouvelles littéraires de ces (1732-1803). — Le progrès du jansénisme par frère Mémoires, avril 1751, p. 938-955. — Réfutation des Lacroix, In-12, Quilon, 1743, et Aquilon, 1753. — La lettres adressées à AIM. les commissaires nommés par le vie de Pélage. contenant Thistoire des ouvrages de saint roi, pour délibérer sur T affaire présentée au Parlement, Jérôme fl de saint Augustin contre les pélagiens, In-12, au sujet des refus de sacrements ou des Lettres prétendues s. 1., 1751. C'est la première partie de l’ouvrage inti­ pacifiques, in-12, s. I., 1753. — Entretiens d'Anselme et d'Isidore sur les affaires du temps, In-12, en France, tulé : Histoire du pélagianisme, 2 in-12, Avignon, 1763 1756, Douai ct Paris, 1759. — Réflexions d'un docteur et 1767 (Fréron, Lettres sur quelques écrits du temps, en théologie de T université dt*^ sur la Déclaration t. vi, p. 273-281). L’ouvrage fut traduit en italien par du roi du 10 décembre. 1756, et sur l'état présent de la le P A. M. Ambrogi. — L’écrit le plus connu du P. PaSorbonne, attribué à MM de la faculté de Paris, opus­ touillet est le Dictionnaire des livres jansénistes ou qui cule qui fut brûlé par arrêt du C.hâtelét du 9 novembre favorisent le jansénisme, 4 in-12, Anvers, 1752 et 1755. 1758. — Lettre d'un ecclésiastique à T éditeur des auvres O travail est le développement de l’ouvrage du P. Co- 2253 PATOUILLET — PATRIARCATS de AL Arnauld, docteur dr la maison de Sorbonne, 15 septembre 1759, in-12. Paris, 1759; cette lettre est dirigée contre le Prospectus pour une édition projetée d’une collection complète des ouvrages de inessire Ant. Arnauld, prospectus écrit en 1758 par Goujet ct Imprimé à Lausanne, en 1759, et à Utrecht, 1760. L’abbé Goujet répondit dans les Nouvelles ecclesias­ tiques du 13 novembre 1759, p. 185. — Lettre d'un che­ valier de Afallhe à l'évéque de ·♦, in-12, Paris, 1764. Patouillct prépara une seconde édition du livre de la Frequente communion de son confrère le P. Pichon, d’accord avec quelques prélats, parmi lesquels il faut citer Languet, archevêque de Sens, ct Hnstignac, archevêque de 'l’ours (Recherches de science religieuse, t. vin, 1918, p. 256-265, et Bibliothèque nationale, ms. français, η. Z.5P76). Voltaire a accusé Patouillct d'avoir composé les mandements de quelques évêques, en particulier le mandement de M. de Montillel, arche­ vêque d’Auch, et d'avoir été un collaborateur du P. Nonolle pour le Dictionnaire philosophique, Michaud, Biographie universelle, t. xxxu, p. 257-258; Hoefcr. Nouvelle biographie universelle, t. xxxix, col. 336337; Quérard, /.« France littéraire, t. vi, p. 630; Desessarts, Les siècles littéraires, t. v, p. 108; Bichard ct Giraud, Bi­ bliothèque sacrée, t. xix, p. 57-58; Qucrbeuf, Notice de Patouillct, nu t. vi des Lettres édifiantes; Girod-Novillnrs. Essai historique sur quelques gens de lettres nés dans le comté de Bourgogne, avec une notice de leurs écrits, in-8®, Besançon, 1803, p. 165-166; Cl. X. Girault, Essais historiques et biogra­ phiques sur Dijon, in-12, Dijon, 1814, p. 451-452; Ch. Bar­ thélemy, Notes sur Patouillct, dans Erreurs et mensonges historiques, XIV· série, in-18, Paris, 1881, p. 61-72; Ilurtcr, Nomenclator, 3· édit., t. v, col. 57-58; de Backer, Biblio­ thèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. v, p. 571572; Sommorvogcl, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, l. vi. col.351-357. J. Carreyre. Ressorts juridictionnels qui sc sont constitués, en Orient, au profit de certains sièges plus particulièrement importants, ct dont les titulaires, ou patriarches, occupent le premier rang, après le souverain pontife, dans la hiérarchie ecclésias­ tique. L Formation des patriarcats. IL Évolution de Justinien à 1453 (col. 2267). III. De 1453 à nos jours (col. 2280). IV. Les patriarcats secondaires (col. 2293). L Formation des patriarcats. Di s origines au règne de Justinien. — Il ne faut pas vouloir trou­ ver dès les débuts de l’Église les patriarcats complète­ ment développés; sous la forme précise qu’ils revêtent au temps de Justinien, Us sont le résultat d’une évolu­ tion de plusieurs siècles et le droit patriarcal ne s’est que peu Λ peu dégagé du droit métropolitain el du droit cxarchal; après le concile de Ghalcédoinc seulement, la haute administration ecclésiastique s’est pari âgée entre cinq hiérarques, sans préjudice d’ailleurs de la primauté papale. Nous voudrions marquer les diffé­ rentes étapes de cette évolution et indiquer comment se sont formés les patriarcats tels qu’ils existent à l'époque de Justinien. 1® La situation au moment du concile de Nicée (325). Interprétation du canon C*. — Eusèbc rapporte que Dcnys, évêque d’Alexandrie, est intervenu plusieurs fols dans les affaires de la Pentapole, particulièrement dans les querelles du sabellianisme. Eusèbc, JZ. E., VIL xxM. 1 sq., P (L, t. xx, col. 706; P Batiflol, La paix constantinienne et le catholicisme, 3· édit., Paris, 1914, p. 94-97. La Pentapole était civilement distincte de l’Égypte; l’évêque d’Alexandrie, dès cette époque, exerçait donc une autorité sur plusieurs pro­ vinces civiles. C’est ce privilège que confirme le 6® canon de Nicée : Antiqua consuetudo servetur per Ægyptum, Libuam et Pentupolim, ita ut Alexandrinus episcopus horum PATRIARCATS. - 2254 omnium habeat potestatem, quia et urbis Ronur episcopo parilis mos est. Similiter autem et apud Antiochiam arterasque provincias sua privilegia serventur in Eccle­ siis. Mansi, Concit., t. ii, coi. 670-671 ; Hcfele-Leclercq, Hist, des conciles, t i, Paris, 1907, p. 552. Le concile de Nicée qui, dans les canons 1 ct 5, avait précisé les droits des métropolitains dans chaque province, · réserve ici les droits d'une organisation plus ancienne > : il veut conserver les privilèges de certains sièges et tout parti­ culièrement d’Alexandrie, ainsi qu'il ressort du texte du canon. Ces privilèges, en effet, avaient été violés par Mélècc, qui s'était permis d'ordonner des évêques, chose réservée au · pape » d’Alexandrie. Voir arL MèlècedeLygopolis; Hefele-Lcclcrcq, op cit, t. i, p. 489-503 et 1182-1186; Sohin, Kirchenrecht, l. i, Munich, 1923, p. 401 sq. Mais en quoi consistaient ces droits? Quelle est exactement l’organisation que vise le 6· canon ? Avant de répondre. Il n’est pas sans intérêt de men­ tionner quelques-unes des variantes que l’on rencontre dans les traductions orientales et occidentales des canons de Nicée. On trouvera plusieurs de ces traduc­ tions dans Mansi, Concit., t. n, col. 670, 713; et Beve­ ridge, Pandectae, t n, Oxford, 1672-1682, p. 49-63. Une étude complète des différents textes a été faite par Maassen, Geschichte der Quellen und der Literatur des kanonischen Rcchts im Abendlandc bis :um Ausgange des Mittclaltcrs, t. i, Glatz, 1870, ct par Turner, Ecclesia· orientalis monumenta juris antiquissima, t. i, Oxford, 1904; cf. 1 Icicle-Lcclerq, op. cit., t. i, p. 11391168. Notons d'abord, en ce qui concerne l< 6® canon, une glose relative â l'étendue territoriale du pouvoir de l’évêque de Home; elle est donnée dans la traduction de Rufin : Et ut apud Alexandriani et in urbe Roma vetusta consuetudo servetur ul (ou quia) vel ille Ægypti vcl hic suburbicarum Ecclesiarum sollicitudinem gerat. Rufin, IL E., 1, vi, P. L., t. xxi. coi. 473; cf. édit. Mommsen, dans Eusebius Werke, t. n b. p. 967. On trouve la même variante dans une version de Cécilien, évêque de Carthage, Maassen, op. cit., p. 903-909, ct dans la Prisca, mais l’auteur de Ia Prisca ajoute après suburbicaria loca les mots et m omnem provinciam suam. Dans la version du Codex Ingelmari et aussi dans la Prisca, le 6* canon commence par ces mots : Ecclesia rornana semper habuit primatum. C’est de cc texte que s’est servi le legal Paschasinus à la xvi· session du concile de Chalcédoinc pour refrener les ambitions de l’évêquc de Constantinople. Mansi, op. at., t. vu, col. 443: T urner, op. cit., p. 121-260. La paraphrase arabe de Joseph cl le texte des canons arabes, édit. Turrianus, Mansi. I. n, col. 712713, cl col. 955, offrent des differences avec le texte que nous avons cité en premier lieu, mais, comme ils sont de rédaction postérieure, nous ne pouvons en faire état. Parmi les versions orientales, il faut signaler un texte copte incomplet, Pitra. Spicilegium Solesmense, t. i. p. 528. qui permettrait de donner du can. 6· la traduc­ tion suivante : · Que les anciennes lois soient observées, notamment celles qui concernent l’Égypte, la Libye et la Pentapole, de manière que l’évêque d’Alexandrie ait puissance sur toutes ces provinces, puisque c’est une loi établie par les évêques de Home que les préémi­ nences soient observées dunsl'Égltse. * I lefelc-Leclercq, t. i, p. 553-554, note, et aussi p. 1184. Nous avons cru devoir donner ces variantes, parce qu’il est utile d’en tenir compte dans l’interprétation du canon et qu’elles aident à comprendre les contro­ verses que cette interprétation a suscitées. Ces contro­ verses ont, aux xvn· cl xvin· siècles, porté notamment sur le texte de Butin ct sur le sens précis qu’il fallait attacher aux mots suburbicaria loca: elles ont mis aux prises les protestants Gothfned ct Saumaisc d une part, ct le jésuite Sirmond de l'autre, ct de nombreux 2255 PATRIARCATS. LES ORIGINES, NICÉE auteurs s’en sont mêlés. Cf. Benoit XIV, De synodo diacesana, J. ΙΓ, c. n. On trouvera dans HefeleLcdercq, t. î, p. 552, note L la liste des principaux auteurs qui ont participé à cette controverse. Pour donner une idée des problèmes qu’on agitait â cette époque autour du 6· canon dc Nicée, nous ne pouvons mieux faire que de citer ccs paroles dc Beveridge : Quanwis autem totus canonis hujus contextus per bis disertis satis ac conspicuis concipiatur, mirum tamen quantis artificiis in diversas partes distrahitur. Hi enim episcopi romani primatum hoc canone adstrui, alii eumdem in eo destrui contendunt ; hi patriarchalem hic auctoritatem institui affirmant, alii negant; hi denique episcopum romanum universæ Ecclesiic hic præ/ectum, illi auctoritatem ejus intra suburbicaria loca coarctant, alit nihil omnino hic de eo constitutum esse scribunt. Nimirum hic canon inter /ervenlissimos disputationis testas tractari solet. Beveridge, Pandectæ, t. n, p. 19; Phillips, Kirchenrecht, Ralisbonne, t. n, p. 36, 37. Mils, de nos jours, plusieurs de ces controverses n’ont plus qu’un intérêt historique, ct l’on est revenu géné­ ralement à une appréciation plus modérée du 6· canon. 1. Alexandrie. — Le canon a en vue tout d’abord de sauvegarder les privilèges dc l’évêque d’Alexandrie; cct évêque, dit-il, a autorité sur l’Égypte, la Libye et la Pentapole; à ccs provinces il faut ajouter la Thébaide qui, au temps dc Nicéc, dépendait certainement d’Alexandrie. I Icfelc-Lcclercq, t. i, p. 555. Cct état de choses remonte â une époque antérieure au concile de Nicée. Denys d'Alexandrie exerçait déjà une primauté sur lu Pentapole, province civile dis­ tincte dc l’Égypte ct qui semblait avoir dans l’évèque dc Ptolémaïs une sorte de métropolitain. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in don ers ten drei Jahrhunderten, t. u, Leipzig, 1902, p. 150; Luebeck, Reichseinteilung und kirchliche Hierarchic des Orients bis zum Aust/ange des vr. Jahrh., Munster, 1901, p. 121, 123. Sur l’Egypte, l'autorité d’Alexandrie était encore plus directe. Dioclétien modifia la division des provinces. L’on comptera, d’après le Laterculus Veronensis, 5 provinces. Ccs provinces, jusque dans le courant du iv* siècle, étalent rattachées au diocèse d’Oricnt. Au tv· siècle, elles en furent séparées et cons­ tituèrent un diocèse civil distinct, le diocèse d’Égypte, avec bientôt 6 provinces. Notitiæ dignitatum, édition Bôcking, Bonn, 1839-1853, pars orientalis, p. 6 et p, 136-138; Mommsen. Mémoires sur les provinces romaines, traduction Picot, Paris, 1867, p. 11. Mais, comme le note P. Batiffol, son entier pour ne plus avoir ή y revenir. a) Avant saint Léon le Grand. — Batiffol dit de l’Italie du Nord : « L'Italie non suburbicairc, tout en prenant part aux conciles généraux..., garde son régime conciliaire propre, règle scs affaires ecclésiastiques elle-même. » Le Siège a post., p. 177. Cc n’est pas encore précisément la centralisation. Même remarque pour l'Espagne, p. 195. En Gaule, l’action de Home s’est fait sentir d’une manière plus effective par l’institution du vicariat apostolique d'Arles. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 38-39; Batiffol, Le Siège apostolique, p. 210-216, où l’on trouvera la bibliographie du sujet. Mais l’institution fut éphémère. L'Église d’Afrique se centralise de plus en plus autour de Carthage. Batiffol, op. cit., p. 211. C’est encore dans ΓIllyricum que l'action de Rome sciait davantage sentir, grâce â l'insti­ tution du vicariat de Thessaloniquc. Batillol, op. cit., p. 246, 265. b) Le pontificat de Léon le Grand marque un progrès réel vers la centralisation. On en trouvera les preuves dans Batiffol, op. cit., p. 442-492. L. Duchesne résume ainsi cc pontificat : Si l’empire d’Occident avait pu se maintenir, on aurait vu se produire de bonne heure, cn Occident, une centralisation analogue à celle vers laquelle l’Orient avait déjà fait de si grands pas. Saint Léon avait mis cette concentration religieuse sous la protection des lois, en sc faisant reconnaître par Valen­ tinien 111 le droit de contraindre les évêques de toutes les provinces à comparaître devant son tribunal. · Origines du culte chrétien, p. 39. c) La centralisation subira une période d'arrêt avec les invasions barbares,qui aboutiront à la constitution des Églises nationales, franque ct vvisigothique. Du­ chesne, Origines du culte, p. 39-10, ct surtout L’Église au F/· siècle, Paris, 1925, c. xm-xvi. d) Le mouvement reprendra un peu plus tard. A quelle occasion ? « Le mouvement centralisateur a son ori­ gine, mais son origine indirecte, dans la conversion de 1 Angleterre sous les auspices de l’Église romaine. » Duchesne, Origines du culte, p. 44. Cc furent des missionnaires partis de Rome, qui convertirent ΓAn­ gleterre; sur ces missions, cf. Duchesne, L'Église au F/· siècle, c. xv. L’influence romaine se fit ainsi direc­ tement sentir. · De là, sortirent les apôtres de l’Alle­ magne cl les conseillers ecclésiastiques des premiers princes carolingiens; de là, par des intermédiaires plus ou moins nombreux, vint la réforme de l’Église franque el plus tard de l’Église romaine elle-même; de là surtout procéda le mous ornent centralisateur qui, débarrassant le monde ecclésiastique latin de toutes les complications de primaries cl d’Égliscs nationales, cn réunit toutes les forces dans la main du successeur de Pierre. » Duchesne, loc. cit. Sur celte centralisation, sur ses résultats au point de vue juridique, cf. Krueger, Das l’apsttum, 1907, p. 24-29; Harnack, Dogmen· geschichte, 4* édit., t. n, p. 32; Batiffol. Le Siège aposL, p. 610 61 I. Bientôt nous verrons que, les patriarcats orientaux ayant été définitivement établis sous Justinien, ct • Borne étant rentrée dans le giron de l'empire, on considéra à Constantinople que c'était un cinquième patriarche qui s’ajoutait aux ({mitre autres ». Duchesne. L'Église au 17* siècle, p. 262. Ce que nous venons de dire de la centralisation progressive des Églises d’Occident montre que l’on ne trouvait pas encore au vi«slècle, dans le monde latin, une centralisation telle que le pape pût déjà mériter le nom de patriarche. Aussi bien à Rome on ne sc souciait point de cc titre et il sutlisait de In primauté. Cf. Batiffol. Le siège de Dome et l’Orient, dans Jlevue apologétique, mars 1928. p. 295. 2262 3® 1s concile de Chalcédoine. — Le concile de Constantinople avait divisé l’Orient cn cinq grandes circonscriptions ecclésiastiques, correspondant aux cinq diocèses civils;le concile de Chalcédoine modifiera cc groupement; i) réunira trois de ces diocèses sous la juridiction de Constantinople ct H détachera du diocèse d’Orient quelques provinces pour en faire le llcf de l’évêquc de Jérusalem. Au fait, les bases de cette réorganisation avaient déjà élé posées depuis longtemps. Jérusalem avait reçu du 7* canon de Nicée, une consequentiam honoris; an pense bien qu’elle s’efforça de transformer cela en quelque chose de plus positif. On pourra lire â l’arL Jérusalem et dans l’art, de S. Vailhé, Échos d'Orient, t. xm, p. 324-336, les efforts faits par la Ville sainte pour se soustraire â la juridiction de la métropole de Césaréc et ensuite pour enlever plusieurs provinces à Antioche ct sc les rattacher. Le siège de Constantinople, d’autre part, avait reçu au concile de 381 le second rang d’honneur, can. 3; ct ce privilège, petit à petit, il le transforma en une vraie juridiction s’exerçant sur les trois diocèses de Thrace, d’Asie cl du Pont; le 28* canon de Chalcédoine sanctionna cet état de choses; mats, avant de citer cc canon, il nous faut signaler que le concile de Chalcédoinc nous montre à la tête de chacun des diocèses de l’Orient un exarque. Le 9e et le 17* canons nous indiquent que cet exarque jugeait les procès des métropolitains. Les canons 9 ct 17 permettent aussi de s’adresser dans ccs cas à Constantinople; remarquons la nature exacte de cette disposition : il ne s’agit que d’une juridiction concurrente, non de la possibilité d’en appeler de la sentence de l’exarque à celle de Constantinople; en outre, celte juridiction concurrente ne vaut pas quand il s’agit de métropolitains soumis à Alexandrie ou Antioche, mais seulement pour les exarques de Thrace, d'Asie et du Pont. Sohm, t. i, p. 430; Batiffol, Le Siège apostolique, p. 555; Duchesne. Histoire ancienne de l’Église, t. m, p. 462. Quelle con­ clusion devons-nous tirer de ces canons pour l’organi­ sation ecclésiastique? C’est qu'il y avait â la tète des diocèses des exarques; ct que Constantinople jouissait, cn matière judiciaire, d'un pouvoir concurrent avec trois de ccs exarques : ceux du Pont, de l’Asie, de la Thrace. Turner, op. cil., p. 43-44. Et maintenant voici le 28* canon qui va soumettre ces exarques à Constantinople, cn leur enlevant le droit qu’ils possédaient d'ordonner les métropolitains de leurs provinces. On peut distinguer trois objets traités dans ce canon : 1) il renouvelle la décision de 381, relative au rang honori tique de Constantinople; 2) il accorde à Constantinople le droil d’ordonner les métropolitains dans les diocèses précités; c’était mettre les exarques sous la dépendance de l'évêque de Constantinople; 3) enfin le canon concède à Constanti­ nople le droit d'ordonner les simples cvi’ques en pays barbares. Donc le résultat esl celui-ci : le canon recon­ naît trois exarques avec le pouvoir de juger les métro­ politains. mais non de les ordonner el, à l'évêque de Constantinople, il donne le pouvoir de les juger concur­ remment avec les exarques, et le pouvoir exclusif de les ordonner. Mansi, l. xn. col. 369. Les canons de Chalcédoine ne traitent pas du cas de Jérusalem. L'affaire s’est arrangée ù l’amiable entre Domnus d’Antioche et Juvenal de Jérusalem, le pre­ mier a bien voulu céder trois de ses provinces; le deuxième a accepté de s’en contenter; ct le concile n’a fait que ratifier, dans sa vi* session, cet arrangement. Mansi, t. vu, col. 177-184. Nous pouvons maintenant nous rendre compte de l’étal de la haute hiérarchie orientale à cette époque. Le diocèse d’Égypte est sous le gouvernement d’Alexandrie; celui d’Orient. amputé de trois provinces, est gouverné par Antioche. Les trois 2263 P A T RIA R CATS. < > R G A NIS A TIO N D É FI N I Tl V E 226'. Pules lines, détachées de l'Orient,sont soumises à Jéru­ Patriarch von Constantinople, Batisbonne, 1867, t. r, salem; les trois diocèses d'Asie, de Thrace et du Pont p. 157 sq. ; Thomassin, loc. cit. Toute l’Église d’Orient était ainsi répartie en quatre ont chacun leur exarque, mais sc trouvent sous une grandes circonscriptions. Seule l'flc de Chypre était en certaine dépendance de Constantinople. dehors et indépendante; elle avait, à force de luttes», Le mot d’exarque est employé pour désigner les réussi à se soustraire à la juridiction d'Antioche; cf. évêques d’Alexandrie, Antioche, Césaréc, Éphèse, 1 léraclée : le concile, par exemple, appelle ainsi l'évêque art. Chypre. En Occident, le pape est considéré, sur­ tout par les Orientaux, comme étant le seul patriarche; d'Antioche. Mais, à côté de i'exarchat, apparaît déjà encore sa juridiction s'étend-elle à une partie même le concept de patriarche : en effet trois de ces exarques do l'empire d’Orient, à l'Illyricum ecclésiastique, qui ne sont pas indépendants, mais soumis à un prélat depuis 379 fait partie de l'empire de Byzance, mais supérieur; par ailleurs Constantinople et Jérusalem, sans être exarchats, jouissent d'une complète autono­ sur lequel le pape revendique juridiction. A cette mie. D’où la distinction : on appellera bientôt pa­ organisation, Justinien donne la sanction civile. Il triarches ceux des prélats qui n'ont au-dessus d’eux reconnaît les cinq patriarches dont il fait souvent men­ que l'autorité du Siège apostolique, à savoir deux des tion dans ses constitutions ; c'est à eux qu'il adresse exarques, Alexandrie et Antioche et deux autres ses ordonnances en matière religieuse. Jubemus igitur évêques qui ne sont pas strictement chefs d'un diocèse: beatissimos quidem archiepiscopos el patriarchas, hoc Constantinople et Jérusalem. A ces sièges, qui sont est senioris Romæ et Constantinopoleos et Alexandria: et au-dessus des métropolitains, mais qui, cependant, Theopoleos (Antioche) et Hierosolymorum... Nov., 126, ont au-dessus d’eux une autorité autre que celle du De sanctissimis et Deo amabilibus episcopis, c. m. 11 pape, c’est-à-dire aux exarques d’Èphèse, de Césaréc sanctionne même l'ordre de préséance tel qu'il a été et d’IIéracléc, on réservera le nom spécial d'exarques. : défini par le 3· canon de Constantinople et le 28· de Sur le nom de patriarches, cf. 1 Icfelc-Lcclercq. t. i, Chalcédoine : Ideoque sancimus secundum carum defi­ p. 556, note 2, et la bibliographie. nitiones sanctissimum senioris Ronuc papam primum Cette conception n’était qu’implicite, mais elle était omnium esse sacerdotum, beatissimum autem archiepisréellement contenue dans la législation de Chalcédoine. copum Constanlinopolitanum Novæ Roma' secundum Nous allons la voir se développer après Chalcédoine locum habere... Nov.. 131, De ecclesiaslicis Ululis. d’une manière explicite. Il précise les droits et devoirs des patriarches, selon •I® L'organisation définitive des grands sièges patriar­ son habitude de s’ingérer dans les choses ecclésias­ caux. — Pour que le patriarcat, tel que nous l’avons tiques. Il détermine leurs attributions judiciaires. défini,pût sc constituer distinct de l’exarchat,il fallait Code, I, iv, 29; Novelles. 123. Il prescrit aux patriarches que les décisions de Chalcédoine sur l’élévation de de faire observer la résidence aux métropolitains, Constantinople et de Jérusalem reçussent force de loi Nov., 6; de veiller à la tenue des conciles, Nov., 137; et donc fussent confirmées par le pape. iil accorde quelques privilèges en matière judiciaire au Les Pères du concile, l’empereur Marcicn, l’évêque ]patriarche de Constantinople, Nov., 123. Quant au de Constantinople, Anatole, sollicitèrent du pape saint pouvoir des exarques, il ne semble pas en faire men­ Léon l’approbation du 28e canon de Chalcédoine. Ition ; et, quand il s’agit du pouvoir judiciaire, on ne dit Inter epist. Leonis, P. L., t. uv, col. 970-983. Borne, ]plus qu’ils aient une juridiction concurrente avec le qui n'avait jamais voulu approuver le 3e canon du patriarche de Constantinople, mais on affirme seule­ 1er concile de Constantinople (Jugie. Theologia dogma- ment i de cc dernier qu’il juge en suprême instance. tica Christianorum orientalium, t. i, Paris, 192G, 1Bref, au temps de Justinien, l’organisation du patriar­ p. 86 sq.), n’approuva pas davantage le 28e canon. «cat est chose accomplie, et le nom de patriarche est Dans des lettres adressées à Marcicn, à l’impératrice i maintenant réservé à ces hiérarques qui n'ont auPulchérle et à Anatole, saint Léon combattit les préidessus d’eux que le pape. tentions de l'évêque de Constantinople et déclara ne Tandis que ces cinq patriarcats sont ainsi admis à pas avoir le droit de modifier les règlements de Nicéc. 1 Byzance (cf. encore le 36· can. du concile in Trullo, Jaffé, Regesta rom. pont., n, 181-181. A Constantinople, Mansi, t. xi.col. 959), en Occident on continue à discu­ on sembla sc rendre d’abord aux raisons du pape; le ter l le titre de patriarche de l'évêque de Constantinople. can. 28 ne fut pas Inséré dans les différentes collections Ainsi, dans l'affaire d'Acacc, P. L., t. i.ix, col. 102canoniques de l’époque, l'empereur Marcicn refusa 103; et à l'époque de Nicolas Ier, Epist., ιχχχνιπ, lui-même son approbation et Anatole fit ses excuses P. L., t. cxix.col. 918. Borne n’admet encore que trois au pape, rejetant la faute sur les clercs de Constanti­ patriarches au sens strict, suivant un concept occiden­ nople. Epistola Anatolii ad Leonem papam, Inter epist. tal du patriarcat sur lequel nous reviendrons plus loin. Leonis, cxxxu, P. L., t. uv, col. 1081; Jugie, op. rit., I Adrien II, en approuvant le 21e canon du IV· concile p. 57-58. Dans tout cela il faut noter qu’il est surtout de Constantinople (869-870), reconnaîtra au moins question de l'accession de Constantinople à la dignité indirectement les cinq patriarcats. Mansi, t. xvi, patriarcale, le cas de Jérusalem semble être relégué au col. 17 L Enfin le IV· concile du Latran (1215), dans second plan et ne pas avoir soulevé après le concile de son 5· canon, sanctionne de son autorité cette organi­ pareilles discussions; cf. Vailhé, dans Échos d’Orient, sation ecclésiastique; mais il faut remarquer qu'à t. xm, p. 327 sq.; on pourrait trouver que les raisons l'époque du concile, les sièges d’Orient sont occupés données par Léon le Grand s'appliquent aussi bien à par des Latins. Jérusalem : Ni Constantinople, ni Jérusalem ne En fait, l'organisation fonctionne depuis Chalcépeuvent prétendre à la dignité patriarcale, n'ayant doinc et, depuis lors, l’autorité dans l’Église semble point été fondées par saint Pierre. partagée entre ces cinq grands hiérarques que l'on Malgré la résistance de Home et la soumission appa­ compare volontiers aux cinq sens ou, en omettant Jéru­ rente de Constantinople, l'organisation chalcédo- salem, aux quatre fleuves du paradis terrestre. nienne resta en vigueur. On eut désormais en Orient, 5® Droits patriarcaux. — A l'époque de Justinien, le en fait sinon en droit, quatre grands patriarcats : droit patriarcal est llxé dans ses grandes lignes; mais Alexandrie, Antioche. Constantinople, Jérusalem; el il ne faudrait pas croire qu'il soit identique dans l’exarchat fut considéré comme une dignité Inférieure chacun des patriarcats; les circonstances particulières qui ira peu à peu perdant son autorité, pour dispa­ qui ont présidé â l’organisation de chacun d'eux, ont raître. semble-t-il. au temps de Justinien, car celui-ci Influé sur la constitution de ce droit. Hlnschlus, ne parait pas en faire mention. Hergenrülher. Photius, | Dos Ktrchenrecht der Katholiken und Protestanten in 2265 PATRIARCATS. ORGANISATION DÉFINITIVE Deutschland, l. t, 2e partie, Berlin, 1840, p. 519-551. 1 xjs canons 6 de Nlcée, 2, 3, G de Constantinople (381) et 9, 17, 28 de Chalcédoine, quelques notices que l'on peut glaner chez les historiens et surtout dans les actes du concile de Chalcédoine, et enfin la législation justinicnnc, tels sont les documents qui nous rensei­ i gnent sur le droit patriarcal de l'époque qui nous occupe. Voici les principaux points de cc droit : Le patriarche a un certain pouvoir d’inspection sur tout le patriarcat; ci. Novelles. 30.11 ordonne les métro­ politains, c’est le droit qui vaut pour Constantinople, Antioche et Jérusalem. Mais le patriarche d’Alexan­ drie, immédiatement ou par délégué, ordonne même les simples évêques. C’est qu’il fut un temps où Alexan­ drie était seule métropole de toute l'Égypte. Quand les métropolitains apparurent, l’évêque d'Alexandrie garda son pouvoir et les métropolitains n’eurent que le droit de présenter les candidats; cf. le cas de Synésius, Epist., lxvii, P. G., t. ι,χνι, col. 1412. Certains auteurs admettent qu’en principe le patriarche d’An­ tioche pouvait aussi ordonner les simples évêques. Thomassin, op. cit., part. I, 1. 1, c. ix, n. 12; mais la chose est des plus discutables, vu que le pouvoir d’Antioche au iv· siècle n’était nullement comparable à celui d’Alexandrie et que, très tôt. i) y eut des métropolitains dans les différentes provinces du dio­ cèse d’Orient. Les patriarcats définitivement constitués, l’évêquc d’Antioche ordonnait les métropolitains. Batiffol, La paix constantinienne, p. 131. Home, au temps de Nicéc, ordonnait tous les évêques de son ressort métropoli­ tain, c’est-à-dire à cette époque, de toute l'Italie et, plus tard, dans les dix provinces suburbicaires seule­ ment. Le vicaire du Siège romain à Thessaloniquc ordonnait les métropolitains de Γ Illyricum au nom du pape; mais ailleurs, en Occident, le pape n’intervenait pas directement dans les ordinations épiscopales, ni même métropolitaines. Justinien signale cette diffé­ rence entre patriarches qui ordonnent les simples évêques et ceux qui n’ordonnent que les métropoli­ tains: Quoniam vero quidam religiosissimorum patriar­ charum in provinciis in quibus agunt diam locum metropolitic obtinent.... de his ea sancimus quiv jam de reli­ giosissimis mctropolitis constituimus, is enim et metropolita mento nominetur cujus dispositioni episcopi qui sub mctropolitis sunt subjiciuntur. Code, 1, iv, 29. La législation justinicnnc nous offre beaucoup de précisions sur le pouvoir judiciaire des patriarches. Ceux-ci jugent en première instance les métropolitains, en deuxième instance les évêques, dans tous genres de procès. Novelles 123, can. 22.1is jugent les clercs en troi­ sième instance dans les procès ecclésiastiques. Code, I. iv, 29. Pour les procès des laïques et pour les procès civils des clercs, le patriarche n’a pas plus de pouvoir que les évêques. Nov., 123, can. 21. Évidemment, quand il s’agit de clercs do son propre évêché, ou d’évêques de sa propre province, le patriarche les juge en première instance. Hors de là, il ne doit pas juger en première instance; on peut toutefois lui soumettre une cause, dès le principe, mais pour qu’il la transmette lui-même à un évêquo qui la jugera en première instance et dans ce cas, si on appelle de la sentence de cet évêque, on appellera directement au patriarçhe sans passer par le métropolitain, en vertu du principe du droit romain, qui dat judicem, ipse erit provocandus qui dederit judi­ cem ; ci. Code, I, iv, 29; Digeste, c. xlix, 3, 1. Ces dis­ positions civiles constituent les premiers éléments précis que nous ayons du droit judiciaire patriarcal. Les canons des conciles de Nicéc, Sardique el Antioche supposent que les procès sc terminent en synode pro­ vincial; le 6· canon, attribué au premier concile de Cons­ tantinople et qui appartient en fait au concile de 382, mentionne le tribunal du synode diocésain; les 9· el 2266 17· canons de Chalcédoine ne parlent que du pouvoir judiciaire de l’exarque sur les métropolitains. Le droit judiciaire a évidemment suivi les étapes de l’institu­ tion du patriarcal. Des sentences patriarcales on ne peut appeler, d'après le droit juslinicn. Code, I, iv, 29; et Novelles 123, can. 22. Dira-t-on que cette disposition est contraire aux canons de Sardique ? Oui et non. Le concile de Sar­ dique n’envisage pas les sentences des patriarches qui n’existaient pas encore, il ne parle que de la sentence des conciles provinciaux. Par ailleurs, le pape ayant Je pouvoir suprême dans l’Église, â lui revient de juger en dernier appel et, dans la pratique, il l'a fait parfois pour l’Orient jcf.Bernardakis, Les appelsau papedansl' Église grecque jusqu'à Photlus, dans Échos d'Orient,l. vi, 1903. D’après la législation justinicnneje patriarche de Cons­ tantinople ne semble nullement avoir le droit de revoir en appel les sentences des autres patriarches, ni même de juger concurremment avec eux; et l’on comprendra facilement la chose. En effet, le can. 9· de Chalcédoine n’admettait un droit de juridiction concurrente qu’avec les exarchats d’Éphèse, de Césarée cl d’Héraclée, nullement avec Antioche et Alexandrie. Même de cette juridiction concurrente, il n'est plus fait mention ; c'est que les exarques ont perdu leur autorité effective au temps de Justinien. Le patriarche présidait le synode patriarcal; il est déjà fait mention, dans le 6· canon, d’un synode diocésain, du synode patriarcal; il n'en est pas fait formellement mention dans la lé­ gislation justinicnnc. Il faudra attendre le IV· concile de Constantinople pour avoir des précisions à ce sujet. Il semble qu’il régnait une assez grande diversité sur le mode d’élection du patriarche. En Égypte, vers le temps de Nicéc, on requérait la présence de la totalité morale des évêques pour l’élection et l'ordination du patriarche. Sur l’élection de l’évêquc d’Alexandrie dans les premiers temps de l’Église, voir l’art. Alexan­ drie : Élection du patriarche, dans Diet, d'archéologie chrétienne, t. i. col. 1201-1210. Sur l'élection des patriarches au temps de Justinien, cf. Duchesne. L'Église au vr siècle, p. 265-266. Si l'on s’en tenait à la législation justinicnnc. le patriarche, comme tout évêque, serait ainsi élu : les optimates et les clercs de la cité choisiraient trois noms et le prélat consécrateur un des trois. Novelles,ü. Celle discipline ne semble pas avoir été beaucoup en vigueur. En définitive, la pra­ tique n’était pas encore nettement fixée à cette époi ffttc· Tel est, dans scs grandes lignes, le droit patriarcal au vi· siècle. Quant aux relations des patriarches entre eux, elles comporteront bientôt certaines formalités indispensables : Le pape, dès qu’il avait pris posses­ sion du Siège de Home, adressait une épître synodique à l’évêque de Constantinople el aux trois autres patriarches : Alexandrie, Antioche, Jérusalem. Celte lettre variait de forme el de contenu, mais on y trou­ vait toujours une profession de foi et c’était l’essentiel de toute synodique.... A charge de revanche, quand un nouveau patriarche est élu à Constantinople, on attend à Borne son épftrc synodique,et tant qu’elle n’a pas été apportée, on n’a à Rome aucun rapport avec lui. Il en va de même pour les autres patriarches orientaux. > Batiffol, Le Siège de Home et l'Orient dans l'histoire ancienne de l'Église, dans Revue apologétique, mars 1928. p. 298. Un autre élément de cohésion entre les patriarches était l’empereur; l’on sait combien les quatre patriarches d’Orient lui étaient déférents, cl à quel point il intervenait dans leurs Églises. Chaque patriarche — le pape également, depuis saint Léon — entretenait à la cour de Constantinople une sorte de chargé d’affaires, un apocrislaire. Batiffol, op. cit., p. 297; L. Bréhier, Normal relations between Rome and the Churches oj the East before the Schism oj the eleventh 2267 PATRIARCATS. ORGANISATION D ÉFINITIVE century, dans Constructive Quarterly, décembre 1916, p. 615-673; Pargoire, art. Apocristaires, dans Diet, d'ardu chrétienne, t. î, col. 2512 sq. Justinien dans la Noodles 6, c. 3. du 16 mars 535, défend aux évêques qui viendraient à Constantinople. de s’adresser directe­ ment Λ l’empereur, mais ils doivent passer ou par le patriarche de Constantinople, ou par l'apocrisiaire de leur patriarcat respectif; cf. Pargoire, loc. cit. Sur les pouvoirs ct privilèges des apocrislaires, on trouvera dans ce même article, col. 2517-2519, plusieurs préci­ sions. Nous terminerons ce chapitre en signalant la con­ ception patriarcale des canons arabes, attribués au concile de Nicée, mais qu’il faut reporter à une époque postérieure. On trouvera ccs canons dans Mansi, t. n, col. 993 sq. L’évêque de Jérusalem n'a pas le litre de patriarche, c. 37. Constantinople d’abord n’est pas mentionnée, ct sa place csl prise par Éphèse; sur cette substitution, cf. Duchesne, L’Eglise au vr siècle, p. 261. note 1 ; Thomassin, op. cit., part. 1. I. I, c. vu. n. 6. Cependant, un autre canon corrige: Trans/eratur patriarchal·!* Ephesi ad Urbem regiam ut honor sit regno ct sacerdotio simul. Quant aux droits patriarcaux, ils sont mentionnés dans plusieurs canons, ct d’une manière assez Intéressante; canons II, 46, 49. Nous ne faisons que le signaler. IL Les grands sièges patriarcaux de Justinien a 1153. — 1· Évolution historique. — La division de l’Église en cinq patriarcats, organisation somme toute assez simple, ne s’est pas maintenue longtemps dans sa pureté primitive; diverses causes l'ont vile altérée. Nous étudierons les vicissitudes par lesquelles sont passés les sièges patriarcaux d’Orient, en synthétisant ici brièvement ce qui a été dit aux articles : Alexan­ dri» (Église d'), t. i, col. 786-798; Antioche, t. i, col. 1399-1133; Constantinople (Église de), t. m, col. 1371-1102; Maronite (Église), t. x. col. 27-50; Monophysite (Église copte), t. x, col. 2251-2258. Nous renvoyons â ces articles pour toutes les données histo­ riques. L’hérésie a été la première à saper l’organisation patriarcale; le siège d’Antioche eut le plus a en souffrir. Les luttes qui suivirent le concile de Chalcédoine abou­ tirent à une sorte de dédoublement du litre d’Antioche. Dès après le concile, sc succédèrent sur ce siège, des prélats tantôt attachés, tantôt opposés à la foi chalcédonlenne. Parmi les opposants, un des plus remar­ quables (ut l’évêque Sévère. Installé patriarche le 6 novembre 512, banni le 20 septembre 518, ses parti­ sans lui restaient fidèles ct le reconnaissaient toujours pour le vrai patriarche. A sa mort, Ils lui donnaient un successeur dins la personne de Serge de Tella(538-510). Ce dernier no vécut que peu de temps ct les monophysilcs seraient probablement restés sans évêque ni patriarche,si, par la faveur de l’impératrice Théodora, Jacques Bar \<1<1 ii n’avait point reçu en cachette la consécration épiscopale. Jacques, une fois évêque, établit une hiérarchie hérétique â côté de lu hiérarchie catholique cl, en 513-511, il imposa les mains À Paul de Belt Oukamln, qui devenait ainsi patriarche syrien monophysite d’Antioche. Le siège d’Antioche avait dès lors deux titulaires : l'un, catholique, reçut bientôt avec scs fidèles le nom de mclkite parce qu'attaché a la fol de Byzance; l'autre fut le chef de ('Église monophysite jacobite, dénommée ainsi du nom de son vrai fondateur, Jacques Bar Addil. Ce n’était point assez des deux titulaires, il en vint bientôt un troisième. Au vm· siècle, alors que, à cause des Invasions arabes, l’Église mclkite d’Antioche était veuve de son chef, les maronites résolurent de sc donner un patriarche. Celte innovation, d'aprèsl’articlc ( Maronite (Église), t. x, col. 27-28, remonterait même aux dernières années du vn* siècle. Quoi qu'il en soit, le ’ 2268 nouveau venu prit lui aussi le titre d'Antioche et, quand se renoua la série des patriarches melkites, l'on eut trois patriarches du même titre. Mais, de par l'ori­ gine même du patriarcat syrien jacobite ct du patriar­ cat maronite, il apparaît nettement que ni l'un, ni l'autre ne continuent ce que j'appellerais l'ancienne tradition patriarcale d’Antioche. Le vrai successeur des Eustalhe, des Mélèce, des Flavian, ne sc trouve point dans les Églises jacobite ou maronite, mais dans l’Église restée en communion de foi avec Byzance, l’Église mclkite. Cf. L. Duchesne, Origines du culte chrétien, lr· édit., Paris, 1889, p. 65 en note; Kara· levskij, art. Antioche du Dictionnaire d'histoire el de géographie ecclésiastiques, col. 626. Alexandrie subit des vicissitudes semblables Λ celles par où passa Antioche. Après diverses péripéties que l'on trouvera exposées aux articles Alexandrie el Monophysite (Église), deux titulaires sc partagèrent la succession de saint Marc, l’un monophysite, le patriarche copte, l'autre attaché ù la fol de Chalcé­ doine et à Byzance, le patriarche mclkite, dont les fidèles n’étaient plus qu'une minorité. Ici encore la légitime succession de saint Athanaso ct de saint Cyrille, ce n'est point l’élément copte, mais l'élément mclkite (pii la représente. Les luttes monophysites n'épargnèrent ni Constan­ tinople, ni Jérusalem; mais elles n’aboutirent cepen­ dant pas ù un dédoublement de ces patriarcats. Les deux sièges n’eurent chacun qu'un titulaire «mclkite· au sens historique du mot, c’est-à-dire attaché Λ la foi de Byzance. Le schisme de Cérulairc n’atteignit pas immédiate­ ment les patriarcats melkites de Jérusalem,d’Antioche et d'Alexandrie: mais quand, plus tard, la séparation d’avec Home sera devenue générale, on aura en germe une nouvelle cause de multiplication des patriarcats. Car, quand, à Antioche et en Syrie, par exemple, des éléments melkites se feront catholiques, il faudra leur donner évidemment un patriarche mclkite catholique, ct le patriarcat mclkite sera, comme il l'est de nos jours, partagé par un titulaire schismatique ct par un titulaire catholique. Enfin un autre événement est venu encore compli­ quer la situation. Les croisés, quand ils eurent occupé Antioche, Jérusalem ct Constantinople, installèrent dans ces villes des patriarches latins. Antioche cul son premier titulaire vers 1100; dès l’année 1270, il cessait de résider effectivement ct le patriarcat latin d’An­ tioche devenait —ce qu’il est encore de nos jours — purement titulaire. Jérusalem fut dotée, en l'an 1099, de son patriarcat latin; dès 1291, la résidence n'était plus effective, clic ne le redeviendra que le 22 juillet 1847, par le rétablissement du patriarcat latin. Bulle de Pie IX, Nulla celebrior, dans Jus pontificium de prop, fid., l. vi a, édit, de Martinis, Borne, 1894, p. 40-15. Alexandrie, Constantinople, curent aussi leur patriar­ cat latin qui subit des vicissitudes analogues. Les croisés en sont arrivés à cette mesure, parce qu'ils n'entendaient nullement se soumettre à un patriarche oriental, même catholique. En outre, non seulement ils se donnèrent une hiérarchie latine, mais ils voulu­ rent y subordonner la hiérarchie orientale, ne lui plus laisser qu'un rang inférieur, en vertu du principe que, dans un lieu donné, il no pouvait y avoir qu'une hiérarchie, au moins principale ct indépendante ; cf. Karalevskij, Histoire des patriarcats melkites, Home, 1911, p. 424 129. Il est évident que le patriarcat latin ne continuait point,lui non plus, l'antique tradition patriarcale. Mais les patriarches < melkites · de Constantinople, Jéru­ salem, Antioche, Alexandrie, chassés parfois de leurs sièges, voyant leur titre partagé par d'autres, avaient beau être les légitimes successeurs des patriarches 2269 PATRIARCATS. LA PENTARCHIE d'autrefois; l’ancienne splendeur des patriarcats était bien diminuée. Et cependant c’est à l’époque même où les patriarcats passaient par tant de vicissitudes, quese formulait la théorie de la Pentarchie, théorie exaltant l’institution patriarcale, au point de la fausser 2· Le patriarcat et l'ecclMologie. — Une fols les patriarcats définitivement constitués, l’on en est venu tout naturellement en Orient à penser que le pouvoir suprême dans l’Église était aux mains des cinq patriar­ ches. · Cette idée s’est perpétuée dans le droit byzan­ tin; â Borne, on l’acceptait dans le langage officiel, mais sans enthousiasme. C’était une importation nouvelle. Dans les documents romains il n’est pas question des cinq sièges avant le ponti Heat de Vigile (537-555)... Saint Grégoire le Grand notifia son avène­ ment aux quatre patriarches de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche ct de Jérusalem. Cela ne l’empêchait pas de cultiver dans sa correspondance privée, la vieille idée des trois patriarches : Borne, Alexandrie, Antioche, assis sur la même chaire de saint Pierre. · Duchesne, Églises séparées, p. 167. L’idée de Pentarchie est en somme d’origine orien­ tale el, de même que le pape s’était vu, sans un enthou­ siasme exagéré, attribuer par (Orient le titre de pa­ triarche dont il n’avait (pie faire, Batiffol, Le Siège de Home et l’Orient, dans Revue apologétique, mars 1928, p. 295, de même aussi n’accepta-t-on à Borne qu'avec une certaine réserve, cette idée que le gouvernement de l’Église appartenait aux cinq patriarches, ct on lui opposa volontiers une autre conception, celle de la • triarchlc » qui nous arrêtera elle aussi quelques ins­ tants. 1. La pentarchie. — L’idée fondamentale de cette théorie consiste à attribuer — au moins d’une certaine manière — l’autorité suprême dans l’Église aux cinq patriarches. J’ai dit : d’une certaine manière, car s'il est une conception hétérodoxe de la pentarchie, il en existe aussi une conception catholique. Scriptores etiam catholici in Oriente opinabantur institutionem patriarchatem esse Ecclesiæ necessariam jure tamen non divino sed ecclesiastico ex historica evolutione : cense· bant ergo ordinarium modum ad dijudicandas res Eccle­ siæ universalis esse communem omnium patriarcharum conventionem ita tamen ut non negetur uni ex iis, scilicet Romano episcopo, veram jurisdictionem supra alios, verum primatum competere. Spâèil. Conceptus et doc­ trina de Ecclesia juxta theologiam Orientis separati, dans Orientalia Christiana, t. n, 1921. p. 67; cf. aussi I lergcnrôthcr, Photius, t. n, p. 132-1 19; Grived, Doc­ trina bgzantina de primatu et de unitate Ecclesiæ, Ljubljana, 1921, p. 29-33. Quant à la conception hété­ rodoxe de la pentarchie, elle consistera ά reconnaître aux cinq patriarches une origine de droit divin et la complète ég dité de pouvoir. Il n’est pas toujours facile de distinguer à quelle conception s’est attaché tel ou tel auteur; souvent les expressions employées sonnent assez mal, mais elles peuvent cependant, dins bien des cas, recevoir une interprétation catholique. Cette théorie, avons-nous dil. s’est fait jour dès le règne de Justinien; l’on en retrouve des indices d ms la législation de cet empereur qui adresse par exemple scs ordonnances aux cinq patriarches, afin que ceux-ci les communiquent à leurs subordonnés, qui voudrait réunir un concile où chaque patriarcat aurait un nom­ bre égal de représentants. Voir sur celle conception ecclésiologique, l’art. Justinien, t. vin, col. 2285 sq. Plus lard, dans les controverses monothélites, au concile de 680, dans les discussions iconoclastes, cette conception de la pentarchie a fait plus ou moins sentir son influence; elle subsistera jusqu’au xvn· siècle. Pierre le Grand, en abolissant le patriarcat moscovite pour lequel il ne sc montre pas tendre dans son Règle­ ment ecclésiastique, cf. Tondinl, Règlement ecclésiastique 2270 de Pierre le Grand, Paris, 1874, p, 17-32, porta un coup funeste au prestige patriarcal et à l’idée de pentarchie, qui, de nos jours, n’est plus mentionnée que pour mémoire par les théologiens et canonistes orthodoxes. Cf. Spâèll, op. cit., p. 68; Griveê, op. cit., p. 61. Nous relèverons quelques-unes des formes sous les­ quelles est présentée cette théorie, puis nous l’envisa­ gerons d’un peu plus près chez Théodore le Studitc et chez Balsamon: l’un admet la pentarchie dans un sens catholique qui ne nuit pas à la primauté, l'autre met en plein relief le concept hétérodoxe. D.ins le Nouveau Testament, l’Église est parfois assimilée au corps humain; des écrivains orientaux précisent la comparaison : les cinq patriarches consti­ tuent les cinq sens de ce corps qu’est l’Église. Au xr siè­ cle, Pierre, patriarche d'Antioche, répondant â Domi­ nique, évêque de Grado-Aquilée, qui revendiquait le titre de patriarche, lui disait : Porro attende ad id quod dico: Hominis corpus ab uno regitur capite, in eo autem membra sunt multa quæ omnia a solis quinque guber­ nantur sensibus ; sunt vero sensus : visus, odoratus, auditus, gustus et tactus. Iterum et corpus Christi, fide Hum inquam Ecclesia, in diversis gentibus vehit mem­ bris coaptatum atque tanquam a quinque sensibus a dictis magnis sedibus administratum per unum regitur caput ipsum Christum. P. G., I. cxx, coi. 758. On retrouve la même comparaison chez un auteur du xir siècle, Nil Doxopatrès; cf. Notitia thronorum patriarchalium, P. G., t. cxxxn, col. 1098, cl Allatius, De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis perpetua consensione, I. I, c. xvi, η. 1 ; col. 239-210. (Dans ce chapitre xvi ct sq., Allatius cite beaucoup de textes qui sc rapportent à la pentarchie; mais il n’y a point de synthèse sur la ques­ tion.) Pour en revenir à Nil Doxopatrès, voici ce qu'il pense de l’organisation patriarcale : Quando itaque corpus Ecclesiæ perfectum esse oportebat, cujus unum caput Christus, singula vero corpora quinque sensibus gubernantur et non quatuor, propterea ita disposuit Spiritus Sanctus, ut quinque essent patnarehatus qui unum corpus e/Jlciunt et unam Ecclesiam, sensuum vicem præslantibus quinque patriarchatibus... Cum itaque necesse esset ob causam jam didam quinque esse patriarchatus, propterea Spiritus Sanctus movit, sanc­ tam et acumen icam secundam synodum Constantinopolitanam contra Macedonium... Allatius fait remarquer l’étrangeté de l’affirmation de Nil : le corps du Christ, l’Église, aurait été imparfait, tant qu’il n’aurait pas eu ses cinq patriarches : Quid est nugari, si id non est ? per tot annos habuisse Ecclesiam imperfectam quia patriarcha Constanttnopolitanus non erat et modo, quia Romanus per ipsos non est (licet id ordini ecclesiastico non nocuisse asseveret Ralsamon). Allatius, op. cil., coi. 210. Nil Doxopatrès donne à sa comparaison un sens hétérodoxe; mais tous ne l’imitent point. Anas­ tase le Bibliothécaire! développe la même image et ajoute: Inter quas videlicet Scdcs quia romana præcellet non immerito visui comparatur, qui profecto cunctis sensibus præeminet, acutior illis existent et communio­ nem sicut nullis eorum omnibus habens. Præf. ad conci­ lium VI11, Mansi, t. XVI. coi. 7. D’une autre manière, mais aussi clairement. Georges de Trébizonde sauve­ garde la primauté de Borne: c'est le tact qui pour lui est le sens principal, car « avec le tact seul, les autres sens étant perdus, l’animal peut vivre ». Georges de Trébizonde, Ad Cretenses, de una sancta Ecclesia catho­ lica, dans Allatius. Græcia orthodoxa, t. i, p. 566, 567. Et, puisque c’est le tact le sens le plus important, Rome en jouera le rôle, les autres sièges patriarcaux sc partageant le travail des autres sens. La comparaison, par conséquent, n’est pas nécessairement hétérodoxe; elle peut cependant facilement le devenir el, pour en revenir à Pierre d’Antioche, nous le voyons déduire de celte comparaison qu’il ne peut y avoir plus de cinq 2271 PATRIARCATS. LA PENTARCHIE patriarches, puisque, dans !e corps humain, l’on ne peut concevoir un sixième sens, que les cinq sièges sont égaux,que,si l’un est atteint par l'hérésie ou le schisme, les autres le suppléent ct que, s’il y a divergence dc vues entre eux, c’est la majorité qui l’emporte. Ccs conclusions avalent déjà été plus ou moins explicite­ ment énoncées au VIH* concile œcuménique. Voir art. Constantinople (IV· concile de), t. m, col. 1291, et nous verrons la théorie exposée jusque dans ses details par Bahamon. A la comparaison des cinq sens, on peut en ratta­ cher une autre analogue, celle des quatre fleuves; on la retrouve déjà dans les canons arabes attribués au concile dc Nicéc cl qui datent du ν·-νι* siècle (ci-des­ sus, col. 2267). El sint in universo mundo patriarcha quatuor tantum, quemadmodum sunt scriptores Euan­ gelii quatuor ct /lumina quatuor et elementa quatuor ct anguli quatuor et venti quatuor et compositio hominis quatuor, quoniam hisce quatuor universus constituitur orbis. Mansi, t. n, coi. 955. Môme idée chez l’auteur dc la vie d’Eutychius, patriarche de Constantinople; parlant des quatre patriarches qui ont participé au V· concile œcuménique, il dit : Quatuor hi spirituales fluvii... ejecerunt opiniones haereticorum... Pulchri sane et admodum pulchri sunt fluvii qui egrediuntur de para­ diso ; mullo tamen magis laudandi sunt quatuor hi qui 1 in paradisum ingressi sunt. P. G., t. i.xxxvi, coi. 2308. Ici encore, l’idée n’a rien dc nécessairement hétéro­ doxe et le même canon arabe 37 qui donne cette com­ paraison, ajoute aussitôt : Et sit princeps et praeposi­ tus ipsis dominus Sedis divi Petri Horna, sicut praece­ perunt apostoli. Dans les controverses monothélites et iconoclastes, l’on retrouve souvent ccttc idée qu’un concile ne peut être œcuménique sans la présence, au moins par délégués, des cinq patriarches. Cf. Saint Maxime le Confesseur, Disput. cum Pyrrho, P. G., t. xci, col. 532. Le pscudo-Damascènc refuse i'œcuménlcité au concile iconomaque de 753 pour cette raison que les cinq patriarches n’y ont pas participé. Oratio de imaginibus ad Constantinum Caballinum, P. G., t. xcv, col. 332. Pour la même raison ce concile fut attaqué par les Pères du 11· concile dc Nicéc (787) dans la νι· ses­ sion. Mansi, t. xm, col. 205. Bien plus, cc concile dc Nicéc lui-même fut, ct toujours pour cc motif, critiqué pur les moines du Studium ct par le principal d'entre eux, Théodore le Studitc. Ce concile, dit Théodore, n’a pas été approuvé par Rome comme œcuménique; neque aliorum patriarchatuum vicarii erant qui pro eis sedebant; sans doute il y avait des représentants des patriarches orientaux, sed a nostratibus persuasi et inducti, non autem a patriarchis missi. Théodore, Epist., i, 38, P. G., I. xeix, col. 1013. On pourrait encore relever dc semblables argumentations contre d’autres conciles Iconoclastes, celui de 815 par exem­ ple. Théodore, Epist., n, 72. ibid., col. 1306. La néces­ sité de la représentation des cinq patriarcats était un lieu commun dont on usait pour combattre les faux conciles, cl un argument très en faveur pour rabattre la tyrannie des empereurs iconoclastes. Cf. Hergen­ rother, Photius. t. n. p. 133. Cette idée peut être con­ çue d’une manière hétérodoxe, si l'on sous-entend que la même activité, le même rôle, revient à chacun des patriarches dans la tenue du concile œcuménique; mais les auteurs byzantins ont-ils toujours entendu la chose ainsi? 11 ne le semble pas; n’ont-ils pas seulement voulu dire que, pour I’œcuménlcité d’un concile, il fallait la représentation moralement universelle de l’Églisc, et quand ils demandent la présence des cinq patriarches, Us ne demandent pas autre chose que celte représenta­ tion moralement universelle. Mais ils n’entendent nul­ lement réserver dans le concile la même part d’acti­ vité nu pape ct aux autres patriarches. Écoutons 2272 I Théodore le Studitc; parlant des difficultés dc réunir un concile œcuménique, pour l'apaisement des luttes Iconoclastes, il écrit : Si fieri non possit ut ab aliis patriarchis adsint vicarii, quod certe fieri potest, si velit imperator occidentalem intéresse, cui ct potestas summa defertur synodi acumeriicæ. Epist., n, 129, P. G.t t. xcix, coi. 1 119. En somme on voit que l'expression de la théorie de la pcntarchie est un peu équivoque; elle peut recevoir un sens acceptable, comme aussi admettre très facile­ ment une signification hétérodoxe; aussi n'est-il pas sans Intérêt de la voir expliquée ct défendue par un catholique et de l'étudier par contraste dans son com­ plet développement schismatique; c'est cc que nous ferons en montrant ce qu’en pensent Théodore le Studite et Balsamon. Nous n'exposerons pas la pcntarchie telle qu’elle est défendue au IVe concile de Constanti­ nople; la chose est déjà faite à l'art. Constantinople (IV· concile dé), coL Î294. Pour Théodore le Studitc, l’Églisc est un corps à cinq têtes : quinivertex ecclesiasticum corpus. Epist., n, 62, P. G., t. xcix, col. 1280-1281. Que l’on ne croie pas que ces cinq têtes jouissent seulement d'une préro­ gative honorifique; non, car elles constituent le pou­ voir suprême ecclesiastique : Non cnim de rebus sœculi carnisque sermo est..... sed dc divinis ac calestibus dog­ matibus qua aliis commissa non sunt quam iis quibus Deus ipse Verbum dixit : - Quacumque ligaveritis super terram erunt ligata ct in calo et quacumque solve­ ritis super terram erunt soluta ct in calo. ■ Quinam autem hi sunt quibus hoc jussum fuit? Apostoli et eorum successores. Quinam porro sunt successores? Qui Hornam nunc primam sedem (enet, qui Constantinopolilanam secundam, qui Alexandrinam el Antiochiam ct qui Hierosolymitanam. Hac quinivertex potestas Eccle­ sia, penes hos diversorum dogmatum judicium. Epist., n, 129, coi. 1417 C. Ce passage est caractéristique de la conception de la pcntarchie chez Théodore le Studitc; les cinq patriarches constituent le pouvoir suprême ecclésiastique, à eux s'appliquent vraiment les paroles dites par Notre-Scigneur au collège apostolique. Mais, parmi ces cinq têtes, n'en cst-il aucune qui domine? Si fait; mais, à s’en tenir à certains textes, il sem­ blerait que cc ne soit pas Rome, mais plutôt Cons­ tantinople ou plus souvent Jérusalem. A Nicéphore, patriarche de Constantinople, Théodore ne dit-il pas : Tu vero, o divine ct supreme sacrorum capitum vertex? Epist., n, 79, col. 1318. Et, si l’on peut y voir une simple emphase orientale, la chose est plus grave quand il s’agit de Jérusalem; ici Théodore le Studitc donne les raisons de la prééminence de cette ville. Ubi enim episcopus animarum el ponti/ex omnium natus est et divina omnia operatus et passus ct sepultus, ubi resur­ rexit ct vixit ct assumptus est, illic suprema proca dubio dignitas. Epist., n, 15, coi. 1162. Et cette idée de Jéru­ salem premier siege, on la retrouvera chez Photius dans son libelle Adversus eos qui dicunt Hornam pri­ mam sedem esse, Rallis et Potlis, Syntagma canonum, t. in, Athènes, 1851-1859, p. 88, chez Nicolas Mésnritès qui la fera valoir dans scs controverses avec les Latins, chez Nil Cabasilas, De primatu papa romani, 1. H, c. xxiii, P. G., t. cxLix, col. 725; cf. Malvy ct Vlllcr, La con/ession orthodoxe dc Pierre Moghila, Paris, 1927, p. 130-132, et les notes où l’on trouvera les références. Voilà donc chez Théodore le Studitc une conception de la pcntarchie qui pourrait paraître difficilement conciliable avec le dogme de la primauté romaine. P. Salavllle, De quinivertice ecclesiastico corpore apud S. Theodorum Studilam, dans At ta academia Vclehradensis, t. vu, 1913, p. 117 sq. Et, cependant, il est hors de doute que Théodore le Studitc admettait cette pri­ mauté. Voir Richter, Des hciligen Theodor, Ables von Studium, Lehre vont Primat des Homischcn Bischojs, 2273 PATRIARCATS. LA PENTARCHIE dans Der Kathotik, L il, 1K71. p. 385 sq.; Spàèll, S J.. Ecclesiologia Orientis separati rccentior, dans Oriental, christ., t. U, fasc. 2. 1921, p. 11 L 115; P. Salaville, La primauté de saint Pierre et du pape d'après saint Théo­ dore Studitc, dans Echos d'Orient, 1911, P- 23 sq., et une étude dans les Acta ! 11 conventus Velehradensis, Prague, 1910, p. 123, 121. Dans ce dernier article en particulier, le P. Salaville démontre que le pouvoir reconnu au pape par Théodore [e Studitc est un pou­ voir dc droit divin, une vraie juridiction, non pas quelque chose d'honorifique, mais un pouvoir suprême, au-dessus des conciles cl infaillible. Nous n'avons pas à entrer dans le détail de cette démonstration, car cet article n’a pas pour but de démontrer la primauté papale. Mais comment, d’après le Studitc, la primauté cl la pcntarchie peuvent-elles sc concilier? C’est qu'il ne voit dans la pcntarchie que quamdam concretam for­ mulam paulinæ ideœ de mystico Christi corpore, neenon fraternarum relationum quæ inter Ecclesias patriar­ chales esse debent. Salaville, De quinivertice, p. 179. Et la suprématie qu'il semble accorder au siège dc Jéru­ salem n’est qu'une suprématie d’honneur, à cause des souvenirs attachés â la ville sainte; mais la vraie juri­ diction suprême, c'est l’évêque dc Borne qui l’a, et lui seul la possède dc droit divin. Chez Balsamon, qui écrit près de trois siècles après le Studitc, alors que le schisme est définitivement consommé, la théorie dc la pcntarchie est tout à fait hétérodoxe. Le célèbre canoniste expose sa concep­ tion dans un opuscule adressé à Marc, patriarche d’Alexandrie, Meditatio sive responsa de patriarcha­ rum privilegiis. Cet opuscule se trouve dans Mignc à deux endroits: P. G,, t. exix, col. 1162 sq., el t. cxxxvm, col. 1011 sq. Voici les principaux traits dc cette théorie. L'origine des patriarcats est celle-ci : Pierre a fondé les trois patriarcats d’Antioche, Alexan­ drie, Jérusalem, en plaçant comme évêques, dans ccs villes, Évodîus, Marc ct Jacques. Il a aussi établi saint André comme évêque de Thrace, à lléraclée. Borne doit ses privilèges à la donation dc Constantin, ct Constantinople ;; joui des privilèges d’Héracléc, dès l’épiscopat de Mélrophane (308). P. G., t. exix, col. 1162. En somme, le patriarche de Borne est le plus mal partagé; il ne peut nullement revendiquer une origine apostolique, la primauté est sapée à la base. On lira aussi les curieuses remarques dc Balsamon sur l'ordre alphabétique des patriarches. Le Pédalion, Athènes, 1888, p. 72, les reproduit; ci. Pitzipios, L'Église orientale. Borne, 1855, p. 109-110, en note. Ccs patriarches, malgré leur origine diverse, ont cependant reçu une consécration divine spéciale ; Eos per unctionem sanctitatis perfici unctos Domini et sanc­ tissimos appellamus. P. G., t. exix, coi. 1165. Ils sont absolument nécessaires au gouvernement dc l’Eglisc, à tel point que si, à cause des invasions arabes, des sièges patriarcaux ne peuvent être occupés, comme c’était le cas pour Antioche du temps de Balsamon, il faut néanmoins nommer des titulaires qui résideront hors de leurs patriarcats en attendant des jours meilleurs. Ne pas agir ainsi ce serait priver dc l’un dc ses sens le caput Ecclesia*, ce serait le rendre tanquam surdum aut cæcum aut quatuor aut tribus dumtaxat sensibus præditurn. Ibid., col. 1171. Quamvis enim gloria thronorum suorum per vim exuerit, tamen spiritualis gratia secun­ dum Davidem non exsolescit. Imo potius veniet Deus noster nec silebitur ut collegat sibi sanctos suos qui testa­ mentum suum disponent. El, comme certains objec­ taient que ceux-là n’élaient point dignes du patriarcal, qui n'avalent point le courage d’occuper leurs sièges au péril de leur vie, il leur répond en invoquant le 37· canon in Trulto (P, G., t. cxxxvn, col. 638-640) cl un édit d’Alexis Comnèno, qui prescrivent d'ordonner des évêques pour les territoires des infidèles, même si PICT. DE TIIÉOL. CATII* 227'> ccs évêques ne peuvent occuper leurs sièges. P. G., t. exix, col. 1178. La défection » du pape ne change rien ù l’organisation de l’Eglisc, il n'y a qu’à prier pour que le pape sc convertisse, et pour que le corps mys­ tique ne reste pas privé dc l’un dc ses sens. Balsamon ne croit pas que l'on puisse remplacer le pape par un autre patriarche; si un patriarche fait défaut, l'on aura la tétrarchic au lieu dc la pentarchic, mais il ne faut pas substituer un nouveau patriarche. P. G., t. cxxxvm, col. 1022. D'autres penseront qu’il faut remplacer le pape par un autre patriarche, ce sera une idée chère aux Moscovites, d'autres admettront qu’il y a place pour plus dc cinq patriarches, d'autres trans­ féreront à Constantinople le premier rang perdu par le pape ct accorderont au patriarche œcuménique une certaine autorité sur ses collègues. Hergenrother, op. cit., p. 136, 137. Mais ceci nous sort de la pentarchic; ci. à cc sujet, Spâèil, op. cit., p. 66-67. Chaque patriarche esl maître pour les affaires parti­ culières de son patriarcat ; pour les choses communes à toute l’Église, iis les décident collégialement, P. G., t. exix, col. 117<>. cl dans cc gouvernement de l’Églisc universelle aucun ne jouit de prérogative spéciale. Ils portent des titulaturos différentes, mais leurs pouvoirs sont égaux : Primus adversus secundum srse non effert, neque secundus adversus tertium, col 1167. Nous avons vu des auteurs, comme Anastase le Bibliothécaire, se servir de la comparaison des cinq sens pour démontrer la supériorité dc l’évêque dc Borne, qu'ils assimilent à la vue; Balsamon se sert dc la même comparaison, pour démontrer l’égalité parfaite des patriarches; car. d'après lui. les cinq sens s'entr’aident mutuellement ct aucun ne prévaut sur les autres, loc. cit. I) est vrai que, dans d’autres écrits, il reconnaît malgré lui la supré­ matie romaine, à tel point que Thomassin a pu dire : adegit tamen illum veritatis lux invictissima ut sexcentis in locis primatui romanæ Sedis assentiretur. Part. L I. 1, c. xm, n. 2; et il fait une brèche à la parfaite égalité des patriarches en ne reconnaissant comme étant sans appel que les sentences de Borne et Cons­ tantinople. Comment, ad 12 can. Antioch., P. G., t. cxxxvn, col. 1307 sq. Telle esl la théorie schismatique de la pcntarchie. on la retrouve chez d’autres auteurs : Arislène, Nil Cabasllas, Pierre d’Antioche, etc. On en trouve des manifestations au concile dc Florence Mansi, t xxxi. col. 1007. C’est appuyés sur elle que les Grecs font des difficultés pour admettre la primauté; Marc d’Éphèse en a tiré argument. Iaîs Russes l’ont aimée, mais en admettant qu’à un patriarcat tombé on pouvait en substituer un autre, c'est le concept même dc Moscou, troisième Borne. Grivcè, op. cit., p. 61. La théorie de la pcntarchie, très répandue jusqu'au xvn* siècle parmi les orthodoxes, n perdu beaucoup dc faveur ct, de nos jours, elle n’occupe plus de place dans l’ecclésiologic orientale. Les Grecs attribuent l’autorité suprême soit à l’épiscopat dispersé, soit surtout au concile œcu­ ménique. Spàèii, op. cit., p. 68 sq. Signalons, pour terminer ce court aperçu, que l'on pourra compléter par Hergenrother, loc. cit., la con­ ception de la pentarchic contenue dans une confession de foi, celle de Mélrophane Critopoulos. (Sur la valeur officielle de ccttc confession, cf. Jugie. Theologia dog­ matica Christianorum orientalium. I. i, Paris, 1926, p. 680.) Après avoir explique que l’Églisc a un seul chef, caput,Christ, le patriarche d’Alexandrie ajoute : Hæc igitur cum sciant quatuor sanctissimi ct beatissimi universalis Ecclestæ patriarchæ, successores apostolo­ rum cl veritatis propugnatores neminem in universum caput appellari volunt contenti capite illo de quo antea dictum. Ipsi autem per se omnino in pari dignitate vivunt neque ullum præter sessionem inter illos dis­ crimen intercedit. Primo loco sedet Constantinopolitanus, T. — XI — 72 2275 I' \ ΓΒΙ CROATS. I- \ TUI \ HC H 11< 2276 ab hoc proxime Alexandrinus, deinde Antiochenus, juxta Romam veniret, per annos aliquos gubernavit. Constan· quem Hierosolymitanus. Quilibet horum quando in dia · tinopolitanus autem et Jcrosohjmitanus antistites licet dicantur patriarcha* non tanta tamen auctoritatis quan­ cesi sua sacra celebrat, trium reliquorum honori/icam plane apud Deum mentionem facit. In unum locum si ta· superiores existant. Pourquoi ? parco que nl Tua. ni l'autre n’ont été des sièges occupés par saint Pierre. quando conveniunt, manus sibi invicem osculantur, Resp. ad consulta Eutgarorum, c. xcn, P. J.., t. exix, C. xxiri, De statu Ecclesia· orientalis, dans Klmmclcol. 1011-1012 Welsscnbom, Monumenta fidei Ecclesia· orientalis, Cette idée on hi retrouve sous In plume du même L ii, lémi, 1861, p. 210· Tello crt l'idée qu'un pape, dans sn lettre de 865 à l’empereur Michel. P. L, patriarche du xvn* siècle, mort en 1639, se fait de t. exix, col. 919. Jeun XIII. présente Λ son tour la sa dignité el de la dignité du corps patriarcal· 2. Triarchic. — Tandis qu’en Orient on aime Λ consi­ même doctrine* dans sn correspondance· avec les Bul­ gares; il Insiste spécialement sur cette Idée que la pendérer l’Églisc comme gouvernée par cinq patriarches, en Occident, du moins jusqu’au concile du Lalran tarchie telle que l’admettent les Grecs, qui soutiennent que l’un ou l’autre siège Indifféremment peut tomber (1215), on ne reconnaît que trois vrais patriarcats. Home, Alexandrie et Antioche, parce que l’on regarde dans l'hérésie, est une conception fausse, Credimusquod la dignité patriarcale comme propre aux sièges fondés jam vos non la Icat nunquam apostollcam R. Pctn Sedem directement ou indirectement par saint Pierre, comme ab ill is sedibus reprehensam, cum ipsa alias omnes et découlant cn quoique sorte de l'autorité de Pierre. pnvcipue Constantinopolitanam sa pissime reprehendens Celle théorie. Boniface lrr la formule lors dc la que­ aut ab errore liberaverit. P. t.., t. cxxvi, coi. 759-761. relle avec Byzance au sujet de ΓIllyricum, qui met Doctrine· identique A celle des papes chez llincmarde aux prises le pape et l’évêque de Constantinople Atti­ Keims. P. /.., t. cxxvi, col. 328-332; cf. Thomassln, cus, A cette occasion. Boniface l*r écrivit ù Bufus, son Velus rt nova Ecclesiir disciplina, part. I. I. I. c. xiv. vicaire dc Thessnlonique, et aux évêques de Thcssalic, Mais l'explication n déjà une portée plus générale ct différentes lettres; dans l'une,adressée à ces derniers, il phis indépendante· de la fondation des Dois sièges fonde, entre autres arguments, les privilèges de Home patriarcaux par saint Pierre. Tout pouvoir supra-épi­ sur le G· canon de Nlcée : Instituito universalis nas­ scopal est une participation, une dérivation delà pri­ centis Ecclesia' dr beati Petri sumpsit honore principium mauté et. en cc· sens, on peut parler d’une Origine divine in quo regimen ejus et summa consistit. Eicirmv synodi des patriarches, comme des métropolitains, mais d’une non aliud pnrcrpta testantur. Jaffé, n. 361. Et dans une origine divine médiale, puisque seuls le pape cl les autre lettre, Jaffé, η. 365, il est plus explicite encore : évêques sont d’origine divine· Immédiate. C/élalt le « Le pape Boniface lire argument, cn faveur de la prl concept vraiment Juridique du pouvoir patriarcal, cpd nuiute de son siège, de l’ordre de préséance des Églises, cn déilnillw n’est el ne peut être qu'une participation qu’il croit découvrir dans les canons de Nlcée : il y a, de droit strictement cccléslasliii cinq putriore he*»; pur ailleurs, que saint Pierre ail fondé l'Egllsc d’Antioche ou celle d’Alexandrie, cela juridiquement ne conférait pas Λ ces sièges ipso facto un pouvoir spécial Les patriarcat*» sont de droit ecclésiastique. H ne faut jamais l’oublier SI l’on garde présente celle Idée, l’on ne trouvera aucune Incompati­ bilité entre la primauté papale et l’organisation pu tria renie. 3e Développement du droit patriarcal Le droit patriarcal s’est naturellement précisé durant l’époque qui nous occupe. Les luttes entre l’hotius ct Home y ont contribué; plusieurs des canons du VHP concile œcuménique (869 870) statuent sur les droits et privi­ lèges patriarcaux. Sur ce qu’on peut appeler la doctrine ecclésiologique de ces canons, cf. art. Constaminopli (/V· concile de), t. ni, col. 1281 sq. Nous nous borne­ rons Ici Λ quelques remarques d’ordre plutôt juridique. Notons d’abord que les décisions de cc concile n’ont point trouvé place dans les collections canoniques orientales; les grands commentateurs grecs du Moyen Age n’en font pas mention; el leur influence sur la discipline a peut-être été assez restreinte. Néanmoins, comme plusieurs de ces dispositions indiquent ce qui se pratiquait au ixr siècle, nous les mentionnerons briève­ ment. Le 5· canon qui exige du clerc quatre ans passés dans le sacerdoce pour pouvoir être élevé ù l’épiscopat, I Icfclc-Leclercq. Il ht. des cône,, t. iv a, p. 523, visait très spécialement les patriarches; car il avait été motivé par l’élévation ultra-rapide de l’hotius au siège de Constantinople, et par ailleurs, ordinairement du moins, le patriarche n’était point nommé par transfert d'un siège épiscopal au siège patriarcal, mais il était pris directement parmi les simples prêtres. Dès lors, ù lui aussi, s'appliquait la règle des interstices. Quant au mode d'élection el d’ordination des patriarches durant cette période, les canons n’en parlent pas. On trouvera à cc sujet des indications très nombreuses dans Tho massln, op. cit,, 11 part., I. H, c. xvιι. χχνι, xi i. Le 5· canon du \ 111· concile œcuménique, con­ damne l’intervention de l’empereur dans les élections patriarcales ; le 3· canon du \IP concile avait émis une prescription analogue. Sur son interprétation, cf. Thomassin, Il part., 1. Il, c. xxvi. qui étudie lon­ guement toutes ces questions. Le 8r canon du VHP concile œcuménique Interdit nux patriarches « d’exiger pour leur sûreté des déclara­ tions écrites d'attachement qui devaient être fournies par leur clergé ainsi que par les évêques qui étalent sous leur juridiction ·. 1 Icfclc Leclercq, ibid.t p. 524· 525. Le 10· canon défend nux laïcs et aux clercs dc sc séparer de leur patriarche, et d’omettre sn commémoralson dans la liturgie, avant que le patriarche ait été condamné par sentence synodale. Ibid., p. 525. Pres­ cription analogue dans le 15· canon du synode photien de 861 P, G., t. ( XXXvu. col. 1067 sq. Le 17· canon (cn grec 12) nous renseigne sur les synodes patriarcaux. Le patriarche peut y convoquer tous les métropoli­ tains institués par lui. soit qu’il les ait ordonnés, soit qu’au moins il leur ail envoyé le pallium ; s’ils refusent de se rendre Λ la convocation ils seront punis. Sur les synodes patriarcaux et leur composition ù cet te époque, cf. Milasch, Das Kirchenrecht der morgenldndischen Kirche, Mostar. 1905. p. 320 322; rhomassin. Il· part., I. Ill, c, xi.m, el aussi P. G., l. cxxxvn, col. 545516 el note (67); Zhlshimm, Die Synodrn und die Episcopalümtcr in den morgenlandischcn Kirchen, Vienne, 1867. H faut noter, surtout Λ Constantinople, le fait (pie l’on a presque toujours Λ côté du patriarche un synode permanent. Sur cc synode, cf Xailhé, art. C<>NSTANriN<)i’i.K(/M;/ür. n’est p s absolument pro­ bant; cf. Dcslandes, p. 314; mais la chose est claire ment afllrmée par Blaslnrès, Syntagma atphabcticum, II, c. vm; De patriarchis, P, G., I. cxi.v, col. 110; Benoit XIV, Dcsyn. durees , I. 1. c. iv, n.3; Thomassin. op, cil., part. 1,1. I, c. xvi. Sur la réserve au patriarche de la consécration du saint chrême, cf. relit. Du pouvoir de consacrer te saint chrême, dans Echos d'Orient, 1899, p. 1-8. A quelle 2279 PATRIARCATS. SITUATION VCTUELLE époque lu consécration du saint chrême est-elle deve­ nue un privilège patriarcal ? Les documents les plus anciens contenant cette réserve sont, d'après Petit, une bulle d'innocent III aux Bulgares, du 25 février 1201; une autre d’Innocent IV, du 6 mars 1251, envoyée à Pile de Chypre. Quelle est l'origine déco privilège? Les canonistes orthodoxes l’expliquent ainsi : la bénédic­ tion du saint chrême constitue un des attributs de la juridiction souveraine dont le plein exercice appartient aux seuls chefs des Églises autocéphalcs. Constanti­ nople consacra bientôt le saint chrême, non seulement pour le patriarcat, mais même pour Alexandrie, An­ tioche et Jérusalem. L’on comprend assez facilement que l'Églisc de Constantinople ait refusé le pouvoir de consacrer le saint chrême â des Églises détachées d’elle, auxquelles clic ne reconnaissait pas la complète Indé­ pendance, comme, par exemple, au patriarcat bulgare d'Ochrida au xni· siècle. Cf. Petit, op. ci/., p. 3-1 ; Pitra Analecta sacra cl classica, t. vu, p. 183-186. Mais aucun principe juridique ne pouvait légitimer la prétention de Constantinople de consacrer le saint chrême pour les autres patriarcats orthodoxes. D’ailleurs, jamais ces derniers n’ont reconnu explicitement ce privilège de Constantinople qu’ils sc contentaient de subir. Cf. Petit, loc. cil. Que la réserve de la bénédiction aux patriarches n’ait pas existé dans le principe, les ortho­ doxes eux-mêmes l’admettent. Milasch, op. cit., p. 374. Zonaras au xn· siècle ne semble pas la connaître, P. G., t. cxxxvrn, col. 11 ; cf. Juglc, Theol. dogm., t. m, 1930, p. 133. Pour cette époque, il nous reste à signaler un point très important des relations juridiques entre les pa­ triarches orientaux orthodoxes. Nous ne parlons point précisément des patriarches monophysites et jacobitcs, j mais des patriarches mclkites : c’est l’emprise qu’exerce Constantinople sur les trois autres grands sièges d’Orient. On trouvera ù cc sujet de nombreuses indications dans le dernier ouvrage du B. P. Jugie, j Theologica dogmatica Christianorum orientalium, t. iv, Paris, 1931, p. 425 à 436, et Ici, art. Constantinople (Église de), col. 1333 sq. La querelle sur le titre de pa- i triarche œcuménique est une manifestation de ces prétentions. Quand vinrent les invasions arabes, les patriarches mclkites d’Alexandrie, d'Antioche, étaient élus et résidaient dans la ville impériale. Balsamon a beau nous dire que la gloire des sièges tombés aux mains des musulmans n'est en rien diminuée, toujours est-il que leurs titulaires perdaient beaucoup de leur indépendance par le fait de leur séjour à Constanti­ nople. Une étude spéciale ne serait pas de trop pour déterminer dans le détail les empiétements de Cons­ tantinople, empiétements qui continueront de plus en plus, après 1153, à se faire sentiret dont on retrouve comme des échos dans certaines querelles de nos jours. Sur d’autres points secondaires, sur les insignes et ornements patriarcaux, sur leur signification sym­ bolique, on pourra consulter Balsamon, Meditatum sive responsum de patriarcharum privilegiis, P. G., I. cxxxvm, col. 1014-1034; Thomassln, op. cit., part. I. L II, c. lviii. Citons, pour finir, un condensé du droit patriarcal fait par un canoniste byzantin du xiv» siècle. Blastarcs : Patriarcha est viva Christi imago spiransque operibus et sermonibus in semetipso, in vivum depingens veritatem... Munus patriarchæ est animarum sibi creditarum salus atque in Christo vivere ac mundo crucifigi. Cum autem politia ecclesiastica ins­ tar hominis ex partibus ac particulis constet, membra omnium maxima maximeque necessaria sunt imperator et patriarcha... Sedes Constantinopolitana quæ imperio cohonestatur decretis synodalibus omnium prima decla­ rata luit. Unde imperatorum sanctiones quæ isthæc sequuntur, lites in aliis sedibus si quæ oriantur ad hujusct throni cognitionem ac judicium referri jubent. 2280 Omnium plane ecclesiarum metropolitanarum cl episco­ patuum et monasteriorum atque Ecclesiarum providen­ tia et cura imo etiam recognitio ac censura atque abso­ lutio ad proprium patriarcham perlinet. Prasuli vero Constantinopolitano licet etiam in aliorum thronorum districtu largiri (le texte grec porte : accorder la stauropégic) neque id solum sed et lites quæ in aliis provinciis , (i. e. les autres patriarcats) moventur observare el moderari el penitus determinare, ipse pariter et pænitentiæ atque conversionis a delictis ac hxresibus el quidem solus constituitur exactor et explorator. Syntagma alphabeticum, lettre Π, P. G., t. cxr.v, coi. 109-110. On trouve dans ce texte un écho des prétentions de Cons­ tantinople â dominer les autres patriarcats. HL Les oiiands sièges patriarcaux de 1453 a nos jours. — 1° Patriarcats unis. — 1. /^partition. Après la chute de Constantinople (1453) et 1a rup­ ture définitive de l’union de Florence, il n’y eut plus comme titulaires catholiques des grands sièges patriar­ caux d’Orient que les patriarches latins, purement honoraires. Le patriarche maronite d'Antioche luimême ne fut d’abord uni a Home que d’une façon intermittente et c’est seulement au xvn· siècle qu’il le sera définitivement. Puis des retours à l’Église catho­ lique sc produisirent, dans l’Église melkitc orthodoxe, dans l’Église jacobite d'Antioche, tandis que les maro­ nites resserraient leurs liens avec Borne. Des éléments coptes monophysites se convertirent également. Bref, de chacune des communautés orthodoxes qui sc parta­ geaient le titre d'Antioche et d'Alexandrie, sc détacha une branche qui s’unit à l'Églisc catholique. Sur ces dillérents retours, cf. art. Alexandrie et Antioche (Églises de). Et à chacune de ces branches, l’on donna un patriarche; de sorte que l'on aboutit à la constitution suivante des Églises catholiques d’Orient : Antioche, un patriarche melkitc catholique, un patriarche maro­ nite, un partiarche syrien catholique. — Alexandrie, un patriarche copte catholique. — Par ailleurs, le pa­ triarche melkitc catholique d'Antioche recevait le titre d'administrateur du patriarcat melkitc catholique de Jérusalem et d'Alexandrie. Mansi, Concit., t. xlvi, col. 581, 582. Notons en outre la restauration d’un patriarcat effectif de Jérusalem de ri te latin, et la permanence des patriarches latins titulaires pour les autres sièges. SI l’on compare cette organisation à celle des patriarcats primitiis du temps de Justinien, le con­ traste apparaîtra frappant. Autrefois un seul titulaire par siège patriarcal; maintenant deux ou trois, ou même davantage. On pourrait sc demander pourquoi on a laissé les choses aussi compliquées. La réponse est simple : par suite des évolutions historiques, il est pratiquement impossible d'arriver ù une fusion quel­ conque des divers éléments qui composent l'Églisc orientale catholique, de sorte qu'il a fallu abandonner totalement le principe de l’unité de hiérarchie. Ou pourrait concevoir un seul patriarche d'Antioche, ayant juridiction à la fois sur les mclkites, maronites, syriens catholiques, l'unité de juridiction serait sauve­ gardée, mais c’est pratiquement irréalisable. Cf. à ce sujet, Cyrille Karalevskij. Histoire des patriarcats metkites, t. ni, Borne, 1911, p. 424-132. Et, dès lors, la juridiction des patriarches orientaux actuels a une tout autre nature que celle des patriar­ ches du vi· siècle. Ces derniers avaient, dans les limites de leurs patriarcats, juridiction sur tous les catho­ liques orientaux y résidant; celle-ci était essentielle­ ment territoriale. Présentement, la juridiction des patriarches est sans doute territoriale, car elle s’étend jusqu’à des limites géographiques déterminées qu’elle ne saurait dépasser ; mais, dans ces limites, le patriarche n'a pas de pouvoir sur tous les catholiques orientaux; il l’a seulement sur ceux de sa nation, c’est-à-dire de son 2281 PATKIARCATS. SITUATION ACTUELLE rit. Autrement dit, la juridiction sc complique d'un élément national. · Elle est nationale en cc sens que, dans les limites dont il vient d’être parié, le patriarche ne l’exerce régulièrement que eur les personnes appar- ■ tenant à sa propre nation, au sens particulier que l’usage oriental donne à ce mot. » Karalevskij, op. cit., p. 131. La juridiction territoriale du patriarche est limitée quant aux personnes, par son caractère natio­ nal; de plus, cette juridiction nationale, sur les per­ sonnes de leurs rit s, est subordonnée à la juridiction territoriale; car elle ne peut s’exercer en dehors des limites de celle-ci. On trouvera des renseignements très détaillés sur les limites des dillérents patriarcats catholiques, dans Karalevskij, op. cit.. p. 431-142. Cette restriction de la juridiction quant aux personnes et une des causes pour lesquelles certains canonistes latins assimilent les patriarches orientaux des temps modernes aux pa­ triarches mineurs dont nous parlerons plus loin. Wernz-Vidal, Jus canonicum, t. n. De personis, 2· edit., Home. 1928, p. 552. Cette assimilation pourrait encore s’expliquer par le fait que l’exercice de la primauté s’est développé dans le cours des Ages, et qu’en conséquence on n’a pas cru devoir donner aux patriarches modernes tous les pou­ voirs dont jouissaient les anciens. Cela est vrai ; mais l'assimilation des patriarches orientaux modernes aux patriarches mineurs semble fausse: car les patriarches orientaux sont vraiment les chefs de leurs Eglises par­ ticulières et exercent sur elles une très réelle juridic­ tion, comme nous allons le voir à l'instant. En outre, au point de vue de la dignité antique des sièges, les patriarches que nous avons énumérés l’emportent sur les patriarches arménien et chaldron qui, bien qu’ayant juridiction effective sur leurs Églises, sont cependant d'origine relativement récente et surtout ne corres­ pondent pas à des patriarcats anciens, dont ils conti­ nueraient la tradition. 2. Droit patriarcal moderne. — En attendant que le nouveau code pour l'Églisc orientale édicte des normes communes aux divers patriarcats catholiques, il nous faut tirer des sources canoniques des diflércntcs Églises les principales règles portées sur l’organisation patriar­ cale. Voici les sources principales où l’on peut trouver cette législation : Pour le patriarcat maronite ; le con­ cile du Mont-Liban (1736), Actes dunsColledio Lacensts, t. n. Les principales dispositions concernant le patriar­ che sont aux col. 286, 326*, 333 et 346. — L’Eglise melkitc a plusieurs fois légiféré sur le patriarche : Le IV· concile de Saint-Sauveur (1790). dans sa xxv·ses­ sion énumère douze privilèges patriarcaux : Ut penitus tollantur (pic relu rum rausa· inter dominum patriarcham et dominos episcopos. Mansi-Petit, ( oncil., t. xixi, coi. 647 619. Le concile de Qarqafé (1806) en compte dix-huit. Mansi, ibid., col. 777-785. Celui de Jérusalem (1819) en énumère vingt-cinq. Mansi, ibid., col 10751083. Aucun des conciles mclkites n’a été approuvé, sauf celui de Vin-Traz (1835) qui ne touche pas à la question. Mansi, ibid., col. 981, 1006. Nous avons donc affaire, non à des sources canoniques proprement dites, mais plutôt A des témoignages historiques sur la discipline de cette Eglise. Cf. Karalevskij. op. cit., t. m, p. 151 à 188. l es Syriens traitent du droit patriarcal dans leur synode de Chnrfé (1888) Synodus Schiar/ensis Syrorum, Home. 1896. p. 209-215, et 127-222. — ■ Le synode copie de 1898 s’en est également occupé. Syno* dus Alexandrina coptorum, Home. 1899, p. 180-191. Si l’on ajoute A ces sources particulières, les docu­ ments pontificaux sur le droit patriarcal, qui se trou­ vent dans les ( bllectanca S f ongregationis de Propa­ ganda fide, Home, 1907. et. Index, au mol Patriarcha, el dans le Jus pontificium de propag. fide, édition de 2282 Martinis, Home, 1888 sq., on aura à peu près l’essen­ tiel sur le droit patriarcal oriental moderne. Ce droit nous ne pouvons l'éludicr ici dans le détail. Nous donnerons simplement les points communs aux diverses Églises, en suivant le plan adopté dans le synode copte de 1898 : a) Le patriarche n le droit de faire porter la croix devant lui infra limites fui patriarcha tus. Cf. cepen­ dant Syn. syrorum, p. 212, ad 3om. b) 11 peut revêtir un habit de couleur pourpre et sc servir dans certaines solennités du pallium que lui a envoyé le souverain pontife. Ce pallium, généralement, le patriarche le sollicite en demandant A Home la confirmation de son élection. Les coptes procèdent un peu ditléremmcnt. Synodus copiorum, p. 190. Sur le pallium des patriarches, son origine, sa signification, cf. Thomassln, Vêtus et nora... Eccles. discipl., part.l, 1. II, c. uii-Lvm; Benoît XIV, Opera inedita, édit. Heiner, Fribourg-en-B., 1901, part. 1, De. ritibus, p. 8-9; Wcmz-Vidal. op. cit.. p. 557-565. Benoit XI\ mentionne des exemples de concession du pallium latin à des patriarches orientaux du vn· au xm· siècle. Puis, pendant quelques siècles, on a cessé de suivre cet usage et en 1649 on a discuté en congrégation, s'il fallait reprendre l'ancienne coutume. Benoit XIV dis­ tingue le pallium latin du pallium ou omophorium grec, et donne les règles concernant l'usage du pallium latin par les Orientaux. Cf. aussi sur cet usage le synode du Mont-Liban, part. III, c. xi, n. 23, Collectio Lacensts, t. n, p. 343, 34 1: et aussi Benoît XIV, De synodo diorccsana. 1. XIII, c. xv, n. 17 sq. Ixs patriar­ ches latins titulaires n’ont pas droit au pallium. Be­ noît XIV remarque que la concession aux maronites du pallium par Léon X (1515) ne prouve pas en faveur du droit général, car les Maronites ont adopté tous les ornements liturgiques latins. La concession par le pape du pallium aux patriarches orientaux est le signe de leur confirmation, de sorte qu'axant de l’avoir reçu les patriarches ne peuvent exercer leurs fonctions. Collectanea, 1.1. p. 196. n. 863; cf. Karalevskij, op. cil.. p. 405 sq. c) Tous les évêques et prêtres du patriarcal doivent, soit à la messe, soit aux autres fonctions liturgiques, immédiatement après la commémoralson du souverain pontife, faire celle du patriarche selon la forme pres­ crite. d) Le patriarche consacre les métropolitains et les évêques, C’est le droit commun actuel. Synodus Montis Libani, dans Coll, lac., t. il. col. 300-302: Synode melkitc de Jérusalem (1849), Mansi, t. xi.vi, col. 1079; Synodus Scharf ensis syrorum, p. 213, ad 7att. Cette discipline n’est pas conforme A cc qui se faisait jadis. Régulièrement, les évèquesé talent consacrés par h· métropolitain : cf. I leiele-Lcclercq, /list. des conc.. 1.1. p. 510 sq. Mais la dignité de métropolite, peu a peu. est devenue purement honorifique dans la plupart des Églises orientales et leurs pouvoirs sont passés en par­ tie aux patriarches. I)e x rais métropolites, dès le Moyen Age, Il n’en existait plus dans beaucoup d'Égllscs el par contre le titre était concédé A presque tous les évêques. Dès lors, pratiquement, la dignité métropoh taine cessa d’etre un véritable degré de la hiérarchie de juridiction. Voir une explication de eette évolution dims le synode maronite. Coll Lac., t. n, col. 300; cf. aussi Synod. syr., p. 216. Le synode maronite, qui concède lui même au patriarche le pouvoir de consa­ crer les* évêques, ajoute que ce n’est que provisoire : donec, restituta Orienti pace,sedes primatiales d metropo­ litan' Deo favente restituantur, l^oll. Lac., t. π, coi. 300; Karalevskij, op. cit., p. 459. r) Le patriarche nomme pour les sièges épiscopaux vacants un vicaire qui prendra l’administration du diocèse jusqu’à l’institution canonique du nouvel 2283 PATHI \ RCATS. SITUATION ACTUELLE 2281 évêque; sur le rôle du patriarche dans l'élection ct la I sacrer le saint chrême; cf. col. 2278; Karalevskij, od. confirmation des évêques voir art. Pape, col. 193Gsq. ' cil., j). 170-171 ; il peut déléguer cc pouvoir à l'évêque. n) Le patriarche peut, pour tout le patriarcat, On trouvera également des renseignements très nom­ breux dans Karalevskij, op. rit., p. 519, 566. La ques­ réserver des péchés qu’il aura seul le pomoir d’absou­ dre; il fera bien de n’établir de cas réservés qu'avec tion juridique n’est pas encore definie ct elle est l’avis du synode. Il a le droit d’absoudre des péchés délicate. f) Le patriarche veille sur l’orthodoxie des évêques réservés par chaque évêque. Celte disposition sc trouve dans les synodes copte, syrien, maronite. A la réserve ct métropolitains; il sc rend compte s’ils observent cl patriarcale, pourrait-on appliquer certaines prescrip­ font observer les règles liturgiques ct canoniques; il tions des canons 899, 900 du code latin? line réponse admoneste les négligents, se servant au besoin des certaine ne peut être donnée. peines ecclésiastiques. o) Pour la dispense des irrégularités, le synode g) Il peut faire des lettres circulaires que, dans copte dit : Patriarcha ex delegatione apostolica faculta­ tout le patriarcal, métropolitains et évêques devront tem habet dispensandi ab omnibus irregularitatibus, publier. Λ) Il a le droit de visiter les éparchies, ct même cn exceptis cis quic ex homicidio voluntario, bigamia vera, présence dc l’évêque du lieu, il peut célébrer ponti fi­ apostasia, hirres i el schismate proveniunt. I )'a ut res syno­ ca lement. des ne mettent pas autant d’insistance sur la delegatio /) Les chefs des eparchies, pour s’absenter de leurs apostolica. En fait, dc quelles irrégularités le patriar­ diocèses au delà du temps prévu par le droit, doivent che pourrait-il dispenser fure proprio? Question diffi­ cn obtenir la permission du patriarche. cile à résoudre. On pourrait dire qu’il a le pouvoir f) De la sentence des évêques on peut appeler à ordinaire de dispenser des irrégularités propres au celle du patriarche. On peut encore recourir au pa­ droit oriental. triarche dans un autre cas : ob gravamen quodeumque La même réponse vaut pour la dispense des empêche­ aliud sibi ab episcopis illatum; ad gravamen refertur ments de mariage. Il dispense dans les empêchements denegatio dispensationis qua necessaria videretur. Atta- ! particuliers au droit oriental ct pour autant que celuimen ubi episcopus ex informata conscientia agit ut v. g. ci admet la dispense. C’est la conclusion du P. Kara­ in deneganda ordinatione et casibus similibus, gravato levskij, op. cit., p. 174-477, qui étudie la question pour liberum est ad apostoltcam Sedem recurrere. Syn. copt, les mclkitcs. Cf. Concile mclkitc de Qarqafé, part. 11, p. 183, n. 8. L’organisation judiciaire n’a pas gardé cn c. ix, eau. 2, Mansi, t. xlvi, col. 761. Les synodes ne Orient tous scs cléments anciens. Primitivement, il sont pas toujours précis sur cc point; cf. Syn. Montis y avait possibilité de trois instances à l’intérieur du Libani, part. HI, c. vi, n. 2, § 18, Coll. Lac., t. n, patriarcat : tribunal épiscopal, tribunal métropolitain, ( col. 335. el part. II, c. xi, n. 16, col. 171. On ne déter­ tribunal patriarcal. Digesto italiano, t. m b, col. 383, mine pas cc qui est pouvoir propre ct pouvoir délégué. 113, art. Appello civile; Hinschius, Das Kirchenrecht Notons ccttc phrase caractéristique du synode liba­ der Kalhotiken und Protestanten in Deutschland, t.ib, nais : Quamquam autem Hmi D. patriarcha' potestas Berlin, 1870, p. 550. in concedendis dispensationibus amplissima sil ex ca­ Par le fait même de la suppression dc la Juridiction pite quod palriarchalem Antiochenam dignitatem obti­ métropolitaine, les instances se réduisent cn fait à net... loc. cit. deux dins le patriarcal, c'est la constatation que fait p) Le patriarche peut percevoir la dime de tous le synode maronite, Coll, Lac., t. n, col. 321. Les indi­ les clercs cl Iniques du patriarcat. Cf. Karalevskij, cations sont plus vagues dans le synode copte, p. 213, op. cit., p. 477. ct le synode syrien, p. 271. Pour les mclkitcs. cf. le q) Il peut exercer sur les monastères le droit dc synode dc Jérusalem (1819), diritto 12, Mansi, t. xlvi, stauropégic. Que ce privilège cn principe puisse encore col. 1080, 1081. Certaines causes doivent être portées s’exercer de nos jours, on peut le prouver par Be­ cn première instance au patriarche. Synodus Montis noit XIV, Op. inedita, éd. Heiner, p. 49, 50. On trou­ Libani, p.irt. Ill, c. ιν, n. 32, § 5, Coll. Lac., t. n, vera la description dc la cérémonie dans Goar, Eucholocol. 323. Borne juge cn troisième ct dernière instance, gium Griccorum, Venise, 1730, p. 489; Cf. Synodus ce droit évidemment ne peut lui être contesté, bien Montis Libani, part. IV. c. n, n. 2, ('oil. Lac., I. n, que ccrt dns conciles orientaux l’aient passé sous col. 356-357. Le synode maronite admet aussi la pos­ silence. Cf. le synode mclkitc dc Jérusalem, loc. cit. Sur sibilité dc la stauropégic même pour les églises des la procédure ecclésiastique, il y a fort peu de choses séculiers; cn fait, à cause des abus, le synode, conseil nettement définies dans le droit moderne des Églises tientc et approbante limo D. patriarcha statuit ac decer­ orientales catholiques. nit nullum deinceps monasterium et nullam sircularem k) Le patriarche jouit du droit dc dévolution. Lors­ ecclesiam privilegiis antedictis ornari oportere, loc. cit.; qu’un évêque a négligé pendant six mois de nommer à cf. P. Deslandes, dans Echos d'Orient, 1922, p. 321. un office vacant, ou qu’il retarde au delà des délais Actuellement, la stauropégic n’est plus guère en usage; fixés la solution d’une cause soumise ù son tribunal, le le droit reste cependant. patriarche agira à sa place. r) Dans quelques Églises, la bénédiction des nnti/) Le patriarche peut convoquer au synode tous mensions est réservée au patriarche. Sur l’antimcnsion, cf. Pétridès. dans Echos d'Orienl, 1900, p. 197, les évêques sous sa juridiction; il présidera ct dirigera 203, et la bibliographie. Sur la question dc savoir à qui l’assemblée. A cc synode le patriarche peut soumettre les causes criminelles des évêques qui, dc par leur revenait autrefois ct à el interluent quis­ piam V enet tarum ut ipsi putant atque Histrue patriar­ cha, vel legatos aliquando direxerit. Jaffé, Regesta pont, rom., η. 983. Lors de l’invasion lombarde, le patriarche d’Aquiléc. Paulin, sc refugia dans Pile de Grado, où séjournèrent également ses successeurs. Probinus, Hé­ lie. Sévère, tous en rupture avec Home. Sévère mou­ rut à Grado en 607 ; Candidicn, qui le remplaça, était personnellement en communion avec Home; mais il restait toujours un parti opposé à l’union el, après l’élection de Candidlen à Grado, · les plus obstinés repassèrent sur le continent cl sous la protection du duc de I rioul. Gisulf, acclamèrent dans les ruines d’Aquiléc un moine appelé Jean. A partir de cc mo­ ment. il y eut deux patriarches d’Aquiléc. celui de terre ferme, qui, Aquilée étant devenue inhabitable, résida successivement à Cornions, Ci vi dale, t’dine ct celui dc Grado, qui depuis le vuι·siècle réside à Venise.» L. Duchesne. 1.9 Église au VP siècle, Paris. 1925. p. 217. Lorsque la division du siège métropolitain d’Aquiléc se fut produite a l’élection de Candidicn, comme le mé­ tropolitain schismatique Jean continuait de s’arroger le titre de patriarche qu’avaient porté ses prédéces­ seurs, · les papes accordèrent aux évêques de Grado le titre de patriarche, pour que ceux qui avaient fait leur paix avec Home ne parussent pas inférieurs à leurs collègues schismatiques. Il y eut donc deux patriarcats dans la Haute-Italie : Aquilée-Grado, souvent appelé Grado, patriarcat des catholiques unis, et Aquilée, patriarcat des schismatiques. · Hefele-Lcclercq, Hist, des conciles, t. ni, p. 155. où l’on trouvera aussi en note quelques indications bibliographiques. L’union avec Home du patriarcat schismatique ne fut accomplie qu’au concile d’Aquiléc en l’an 700. Dès lors, l on eut deux patriarches catholiques qui n’avalent d’autres pouvoirs que ceux de métropolitains; ils curent sou- Hl 2295 PATRIARCATS MINEURS vent entre eux des difficultés que le pape Léon IX fit cesser en indiquant d’une manière exacte la limite des deux juridictions (1053). · I fefelc-LecIercq, op. cit,, p. 156, n. 2. Λ cette époque, un patriarche de Grado, Dominique, joua un certain rôle dans In lutte entre Rome ct Michel Cérulaire. Cf. art. Michel Céhllathe, col. 1686. Le cardinal Humbert lui demanda d'écrire au patriarche d’Antioche sur la question des azymes. Dominique, au préalable, exhiba â son correspondant les titres de son Église â la dignité patriarcale, sc van­ tant qu'elle avait pour fondateur saint Marc, qu elle était la seule patriarcale d’Italie et que, dans les conci­ les romains, le titulaire avait l’honneur de prendre séance il la droite du pape. Texte grec ct latin dans P. G., t. exx. col. 752, 756. Ces prétentions amenèrent une réponse ironique de Pierre d’Antioche, qui profita de l’occasion pour développer tout au long le concept de pentarchle et l’impossibilité d’introduire de nou­ veaux membres dans le collège patriarcal. P. G,, t. exx, roi. 756-781 ; Thomassin, op. cil., part. I, I. I. c. xxin. η. I sq. Sur le transfert du siège de Grado à Venise, cf. Thomassin au chapitre indiqué. Le patriarcat de Ve­ nise s’est continué jusqu’à nos jours, purement hono­ rifique. Le patriarcat d’Aquiléc sc transporta, ainsi que nous l’avons vu, à I dine où il resta jusqu’en 1751 ; alors le pape Benoit XIV supprima, sur la demande de l’Autriche, le patriarcat d’Aquilée. Goritz ct Udine furent cn compensation élevées au titre de métropoles; toutefois, cc dernier siège fut soumis quelque temps après à celui de Venise. I Icfele-Leclercq, loc. cit. b) Patriarcat des index occidentales. — Il fut créé vers 1520 par Léon X; Pic V, cn 1572,l’unit à la charge de chapelain majeur de l'armée espagnole: actuelle­ ment il est uni à l’archevêché de Tolède. C’est un titre purement honorifique. Hinschlus, op. cil., t. i, p. 571. c) Patriarcat des Indes orientales. — Ce patriarcat a été fondé par Léon XIII, le 1er septembre 1886; il est attaché à l'archevêché de Goactnc comporte, lui non plus, aucune juridiction. Hinschlus, loc. cil. d} Patriarcat de Lisbonne. — Au iv· siècle, Lisbonne était déjà un évêché. Potamlus son évêque assistait au concile de Bimini (357). En 1397, Lisbonne fut érigée en métropole et, cn 1716, en patriarcat par la bulle de Clément XI In supremo apostotatus solio. Mais le titre patriarcal était attaché plutôt à la chapelle du palais royal de Lisbonne ct le patriarche avait une partie de la ville sous sa juridiction, tandis que l’autre partie restait sous la juridiction de l’archevêque de Lisbonne. Benoit XIV supprima cette complication cl toute la ville fut réunie sous l’autorité du patriarche. Le titre cardinalice est attaché ipso jure au titre patriarcal de Lisbonne, de sorte que le patriarche est toujours élevé à la pourpre dans le consistoire qui suit sa préconisation. 2® Patriarcats orientaux. 1. Patriarcal catholique arménien. — Sur la fondation de ce patriarcat, cf. art. Arménie, col. 1911-1916. Le patriarcat actuel résulte de l'union du siège primatial arménien de Constanti­ nople ct du siège patriarcal de Cilicie (1866). Sur l’étendue de ce patriarcat, on pourra consullerlc même article. Un synode tenu à Rome cn 1911 a élaboré toute une législation pour l’Église catholique armé­ nienne. législation qui a paru en un volume intitulé Acla et decreta concilii nationalis Armrnorum Romx | habili, Rome. 1913. Sl l’on examine ce qui concerne les droits patriarcaux, l’on ne voit pas grande différence entre l’Église arménienne ct les autres communautés orientales. Privilèges honori tiques : in universo patriar­ chate crucem parferre, pontificatibus vestibus uti, popu loque benedicere, pallio e corpore beati Petri sumpto ornari, etc... — Privilèges de juridiction : a) Non unam tantum provinciam sicut metropoli(anus sed dice cesim, hoc est multas simul provincias, habere subjectam ; j 2296 b) Diirceseos suiv metropolitanos ordinare; c) Subjectat metropolitanos ad stjnodalern conventum cogere eique privesse; d) Corrigere metropolitanos et ab iisdem vel a synodis provincialibus appellationes accipere,etc... Acta, p. 121-129. La Juridiction du patriarche arménien est donc à peu près identique à celle de ses collègues nie!· kite, syrien, etc... 11 faut cependant faire une distinc­ tion, si l’on considère l’origine historique du patriarcat arménien. L’Église arménienne n’a point été dans l’antiquité constituée cn patriarcat; elle était régie par un catholicos, qui recevait d’abord l’ordination de l’évêquc de Césaréc du Pont ct qui exerçait sa juridic­ tion sur les métropolitains ct évêques de son pays. Ven la lin du îv® siècle, les liens sc relâchèrent entre Césa­ réc cl le catholicos ct celui-ci devint indépendant et véritable patriarche sans le nom. Mais, comme ce n’était point un des grands patriarches byzantins et que, par ailleurs, le catholicat arménien fut hérétique dès les premières années, ou presque, de sa vie Indé­ pendante. on ne peut pas. au point de vue historique, le mettre sur le même pied que les grands hiérarques de l’empire grec. C’est pourquoi nous avons rangé le patriarcat arménien actuel, successeur des anciens ca­ tholicos. dans les patriarcats mineurs. Sur les patriar­ cats arméniens, cf. nrt. Arménie, t. i, col. 1905-1911. 2. Patriarcat chaldéen de Habylone. — Sur la forma­ tion et l’histoire du patriarcat chaldéen de Babylone, cf. art. Nestoihenne (Êglhe), t. x, col. 159-260, ct Janin, op. cit., p. 512-516. La remarque que nous avons faite sur l ’organisation ancienne de l’Église arménienne s’applique également à la Chaldée, qui avait vis-à-vis d’Antioche des relations identiques à celles de l’Armé­ nie à l’égard de Césaréc. Sur la nature juridique du patriarche chaldéen (uni), notons seulement que son pouvoir sur l’élection ct la consécration des évêques est assez restreint. Il a le droit, d’accord avec les évê­ ques réunis cn synode, de choisir un nom sur la liste présentée par les prêtres ct les notables du diocèse à pourvoir, mais Rome doit approuver le choix ct c’est seulement après l'approbation de Rome que le patriar­ che peut consacrer l’élu et lui conférer l’institution canonique cn vertu d’une délégation pontificale. No­ tons que le rôle du Saint-Siège dans les élections épisco­ pales est de même formellement défini dans l’Eglise arménienne, Acta..., p. 125, el l’est beaucoup moins dans d’autres Églises orientales; cf. Karalevskij, His­ toire des patriarcats mclkites, p. 551-570, ct art. Pape, col. 1937 ct 1939. Sur le patriarcat neslorien, on pourra consulter l’article cité et .Janin, op. cit., p. 498-513. Non* ne pouvons songer ù donner la liste de tou» les livres écrits sur les patriarches; nous no citerons quo les plus récents. 1· Sur l'institution des patriarcats. — On trouvera beau­ coup d'indications dans P. BatilTol, La paix canslantiniennr ct le catholicisme, 3· édit.. Pari*, 191 I, ct Le Siège aposlo* Hque, 2* édit., Paris, 1924; L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Êgtise, t. t, Rome. 1906; Turner. Studies nn early Church's history, Oxford» 1897; Rudolph Sohm, Kirchenredit, t. f. Die geschichtlichcn Grtindlagcn, Leipzig, 1923; Phillips, Lehrbudi des Kirchenrechts, 3· édit.. Ratisbonne, 1885 (le premier volume traite de l'institution des patriar­ cats); Luebeck, Retchscintcllung und kirchliche Hierarchic des Orients bis zum Ausgangr des /1". Jahrhunderts, Munster, 1901 ; Fr. Maassen, Der Primat des Bischofs von lloni und die allen Patriarchalkirchen, Bonn, 1853; Hinschlus, Das Kir· chcnrccht der Katholiken und Protestant™ in Deutschland, t. i b, Berlin, 1870; I Icfrlc-Lvclercq. Histoire des conciles, t. i. p. 552-567. On trouvent signalés dans les notes de nom­ breux auteurs plus anciens qui oui traité la question de In formation des patriarcal*. 2· Sur lu pen larch te, il n’> a point que nous sachions de livre traitant ex professa In question. On pourra consulter : Hcrgennethcr, Photios, Patriarch non Canstantlnnpel, t. n. Ratisbonne, 1367. p. 132 1 19; Jugle, Theologia dogmatica Christianorum oriental tum ab Kerb ita catholica dissidentium. 2297 PATII IA II CATS t. iv. Pari», 1031, p. 150-161; Grivec, Cerkvcno proenstoo i cdinstvo po blsanltnsken pojmooanju (Doctrine byzantine sur la primauté et sur l’unité rit· l'Eglite), Ljubljana, 1921. On trouvera des Indications également dans Bréhicr, /-r schisme oriental du -Γ/· sit'clr, Paris, 1899, p, 195 sq.; Kara· levtkij, Histoire des patriarcats melkites, t. ni, Home, 1911, ρ. 112-150; Sliaguna, Compendium des kanonischen Reehtex, Hcrtnannstadt, 1868, p. 221 sq. On aura le jugement des orthodoxes modernes sur la pentarchic en lisant : Pharmakides, '0 συ/οβίχος τομος, Athènes, 1852, ct Nectariue Kephulas, Μίλέτη Ιστορ κη «epl τ<·»> αιτιών τον σχίσματος, Athènes, 1911, ρ. 269 sq. 3· Sur les patriarcats catholiques modernes et le droit actuel, on trouve de très longs chapitres dans Karnlcvskij, op. cil.; ct. aussi Wernz-Vidal, Jus canonicum ad Codicis nor· mam exactum, t. n, 2* édit., Homo, 1928, c. vu, et hi biblio­ graphie en tète du chapitre. I· Sur la conception moderne du patriarcat orthodoxe, cf. Jugic, op. cit., p. 210-273; Mllasch, Das Kirchcnrecht der moracnldndischen Kirchc, 2* édit., Mostar, 1905; p. 230-235, 320-329, 338-351. On trouvera les autres indications biblio­ graphiques dans le texte. H. Van court. PATRIARCHES. — Le mot patriarche », transcription du vocable grec πατριάρχης, signifie au sens littéral les chefs de famille ou de tribu (πάτριά, descendance, lignée, race, famille, αρχή, principe, point de départ). — Le mot désigne dans Γusage biblique d une part les chefs des générations qui sont nommés dans l’Ancicn Testament depuis Adam jusqu'à Jacob; d’autre part, les douze fils de Jacob, pères des douze tribus d’Israël; c’est en ce dernier sens (pie le prend saint Étienne dans son discours devant le sanhédrin. Act., vu, 8. Le problème de la Religion des patriarches sc résout, du point de vue biblique, en rassemblant les données éparses dans la Genèse et relatives aux croyances, à la vie morale et aux pratiques cultuelles soit îles patriar­ ches antérieurs à Abraham, soit de celui-ci ct de ses premiers descendants. Sur les premiers la Bible nous dit peu de chose, alors qu'elle abonde cn détails typiques sur l'ancêtre de la nation juive. Voir ces divers détails rassemblés d’une part à l’art. Genèse, t. vt, col. 1204-1206; d’autre pari à l’art. Aiiraiiam, L f, col. 94-106. PATRICE (Saint), apôtre de l’Irlande (v* siècle). L Vie et action. — Il s’en faut que soient dissipées toutes les obscurités qui entourent la personne ct l’œu­ vre du saint national de l’Irlande. Il y a une trentaine d’années, il semblait même que la critique historique n’eût plus rien laissé debout des narrations qui cou­ raient sur son compte. Les appréciations d’un Loofs, d’un Zimmer, pour ne citer que les principaux des cri­ tiques, n'allaient à rien de moins qu’à dépouiller à peu près complètement saint Patrice de ce qui était, jus­ que-là, son principal titre de gloire. Ccs solutions trop radicales ont provoqué une réaction. Tout en gardant des travaux en question les résultats positifs qu'ils avaient apportés, J.-B. Bury a montré qu’il n’était pas impossible de garder à l’apôtre de Γ Irlande son nimbe traditionnel. < Je puis dire, écrit-il, que mes conclusions tendent à montrer que le concept que sc font de l’œuvre de saint Patrick les catholiques romains est. en général, plus rapproché des faits histo­ riques que les vues d’un certain nombre de théologiens non catholiques. » The It/e of SI. Patrick, p. vii-vîii. Sans doute les sources qui permettent de raconter la vie de Patrice ne laissent pas d’inspirer bien des in­ quiétudes; une critique judicieuse permet néanmoins d’en extraire les données suivantes, tout au moins ù titre provisoire. — Patrice est le nom latin d’un Bre­ ton, dont le nom était Sucat cl qui est né, vers 389 (ou peut-être plus tôt déjà) dans le sud-ouest de la Grande-Bretagne, à l’époque où celle-ci était encore romaine. Son père était diacre; l’enfant fut donc élevé PATHICE (SAINT) 2298 dans le catholicisme, mais dans un catholicisme assez tiède, comme il cn conviendra plus tard. A l'âge de 16 ans, et donc vers 105, il est enlevé, avec d’autres personnes, par une bande de pirates scots, vendu comme esclave en Irlande, où il a dû être emmené dans la région du Nord-Ouest. Employé à la garde du bétail, il sent se développer cn lui, dans la solitude, des sentiments de piété qu’il n’avait jamais éprouvés jusque-là, car sa première jeunesse, de son propre aveu même, s’était passée assez loin de Dieu. Après six ans d’esclavage, il réussit à s’enfuir; des aventures assez compliquées l’amènent .sur le continent, et jusque dans la Haute-Italie; ayant faussé compagnie à ceux qui l’avaient emmené si loin, il retourne sur scs pas, s’arrête quelque temps au fameux monastère de Lérins, finalement retourne en Bretagne. Mais, rentré dans son pays natal, il sc sent pris d’une véritable nostalgie de l’Irlande. Des voix intérieures l’appellent à évangéliser ce pays, encore presque entièrement païen. Pour se préparer à cette mission, il commence par retourner cn Gaule, à Auxerre, où l’évêque Amator le fait diacre. Mais diverses circonstances ont dû s’opposer à l’exécution du dessein primitif. Entre temps, un appel était parti vers Borne des quelques communautés chrétiennes déjà établies dans le sudest de l’Irlande. <>n demandait instamment au pape Céleslin l’envoi d’un évêque, qui pût lutter dans cette région contre le pélagianisme, comme le faisait Ger­ main d’Auxerre dans lu Grande-Bretagne. En 431, le pape Celestin ordonne à cette fin le diacre Palladius. Peut-être le breton Patrice s’apprêtait-il a le rejoindre, quand la nouvelle de la mort prématurée de celui-ci parvint en Gaule. Germain, dès lors rentré à Auxerre, n’hésite pas à consacrer Patrice évêque, cn 432. Ainsi établi évêque de l’Irlande. Patrice a dû y aborder très peu après. Après s’être exercée quelque temps dans la région de l'Est (I^insler d’aujourd’hui), où le christianisme était déjà sérieusement implanté depuis quelque temps, l’activité de Patrice sc porte vers le Nord-Ouest (Connaught et Ulster), sans qu’il 1 soit possible de la suivre dans ses détails. Dans l’inter­ valle, l'évêque d’Irlande fit vraisemblablement un voyage à Home au début du pontificat de saint Léon, entre 411 et 443, désireux qu'il était de resserrer les liens entre les chrétientés fondées par lui ct le centre de l'unité ecclésiastique. C’est à son retour qu’il établit â Armagh son siège épiscopal, s’elïorçanl de donner à 1’Église irlandaise les premiers rudiments de son orga­ nisation. En 457, il aurait résigné scs fonctions, se serait donné comme successeur Benignus, et sc serait retiré cn Dalaradie (comté actuel d’Antrim); c’est là qu’il serait mort en 161, sans qu’il soit possible de préciser exactement l’emplacement de son tombeau. Si l’on veut apprécier l’œuvre accomplie par lui. on la ramènera, avec J.-B. Bury, aux trois chefs sui­ vants : Patrice a donné au christianisme, qui existait avant lui en Irlande, son organisation; il a amené à la foi un bon nombre des « rois » du pays qui. dans l’Ouest surtout, étaient encore en majorité païens; il a resserré les liens de l’Église d’Irlandeavecl’cnsembledel’Église occidentale, et tout spécialement avec Borne. A la vérité, ces résultats n’ont pas élé définitivement acquis. Patrice, en arrivant en Irlande, y avait trouvé des communautés chrétiennes d’origine el de consti­ tution presque exclusivement monastiques, sans liens entre elles, cc qui correspondait d'ailleurs à l’.état même d’un pays organisé par clans. 11 essaya d’établir une hiérarchie episcopale dont les titulaires auraient exercé leurs pouvoirs sur des ressorts déterminés, cl qu’un archevêque aurait maintenue dans ses attribu­ tions propres. Lui disparu, les vieux errements repri­ rent de plus belle et l’Eglise irlandaise que nous entre­ voyons aux νι· et vu· siècles ne reflète à peu près 2299 PATHICE (SAINT) aucun des traits que Patrice avait essayé dc lui donner. Plus puissamment qu’aillcurs, l'organisation politique, sociale, économique du pays a influencé l’organisation ecclésiastique; elle a donné à la chrétienté irlandaise du haut Moyen Age îles caractères qui persisteront longtemps. Mais cela ne veut pas dire, comme l’a pensé Zimmer, qu’il n’y eut pas au milieu du v* siècle une action exercée en sens contraire par saint Patrice, pour donner Λ cette Église une conformité plus grande avec l’Êglisc universelle. H. Œuvres littéraires. — Patrice n’a rien d’un homme dc lettres ct les quelques productions authen­ tiques sorties de sa plume ne témoignent que d’une très médiocre culture. lu Tout le monde, ou à peu près, considère comme authentiques ΓEpistola ad Coroticuni et la Confessio. P. L„ t. un, col. 813-818 ct col. 802-811. La première dc ccs pièces est une lettre ouverte adressée â un roi plclc, chrétien mais pillard. Partie de la côte écossaise, une de scs bandes, composée en majeure partie de païens, avait exécuté un coup dc main sur la côte irlan­ daise; elle avait surpris une troupe dc néophytes, au sortir même dc la piscine baptismale, en avait tué plusieurs et emmené les autres prisonniers. Les justes protestations dc Patrice contre cct attentat n'ayant pas été écoutées, il adresse au roi en question cette lettre, destinée d’ailleurs à la plus large dilïusion ct qui met le pillard au ban de la communauté chrétienne. — Plus intéressante encore est la Con/essio^ qui est posté­ rieure de quelques années à V Epistola el date des der­ niers moments dc Patrice. Document curieux qui tient à la fois dc l’apologie, dc la confession au sens propre du mot. dc la profession dc foi, mais surtout, comme le livre d’Augustin, de l’action de grâces indéfiniment répétée pour les infinies miséricordes de Dieu â l’en­ droit de l’auteur. Mais, hélas! combien cette composi­ tion chaotique, informe, nous met loin des confidences du fils de Moniqucl Destinée comme VEpistola à une large publicité, elle s’adresse à des gens qui. jadis auxi­ liaires dc Patrice, sc sont séparés dc lui, critiquent sa conduite, reviennent sur des fautes jadis commises par lui, lui reprochent son manque dc désintéresse­ ment. Elle nous fait entrevoir les dilllcultés d’ordre divers qu’a dû rencontrer le missionnaire: mais sur­ tout elle nous révèle son âme, rattachement dc sa volonté à celle dc Dieu, son absolue cou fiance en la divine Providence, la joie avec laquelle il rapporte A celle-ci les succès dc son apostolat. — L’authenticité d’une troisième pièce est sérieusement probable, il s'agit d’une dc ces prières-talismans, connues dans les Églises celtiques sous le nom dc Lorlcw : < l ’nc lorica, dit dom Gougaud, est une prière de forme litanique, généralement prolixe..., dans laquelle on réclame en termes pressants la protection des trois personnes divi­ nes, des anges el des saints contre les maux cl les dan­ gers spirituels ou matériels... Celui qui prie, demande a Dieu ou aux saints de lui être comme une < cuirasse · défensive contre les attaques du diable, d’où le nom dc lorica. · Hull. d'ancienne lilt, et d’archfol. clirfl., 1911, p. 265; voir. p. 271, les indications relatives à la Lorica de saint Patrice, qui est en prose rythmée irlandaise; et ibid., année 1912, p. 33 sq.: p. loi sq., un commen­ taire des diverses parties de la prière, par comparai­ son avec d’autres Loriot. 2° Que Patrice ait été amené à prendre des mesures d’ordre canonique et disciplinaire, c’cst cc qui est infi­ niment vraisemblable. Sous son nom figurent plusieurs petits recueils de canons. P. L., t. un, col. 817-828. \u dire de J.-B. Bury, celui qui porle le titre Synodus episcoporum Patricii, Auxilii, Issernini. col. 823, aurait toutes chances d’être authentique. Mais, en général, celte authenticité n'est pas admise; plusieurs des ca­ nons. en particulier le 6·, relatif A la · tonsure ro­ 2300 maine ·, le 30* relatif aux ressorts épiscopaux semblent d’une époque bien postérieure (Bardenhcwer). roulefois, les remarques faites par Bury sur la disparition plus ou moins rapide de beaucoup des mesures édictées par Patrice trouvent ici leur application. 3” On a attribué à Patrice, sans aucune raison sé­ rieuse, diverses pièces : Le traité Dc duodecim abusivi* strculi, qui ligure parmi les œuvres inauthentiques de saint Cyprien, P L., t. tv. col. 869-882. ou de saint Augustin, P. /.., t. xi., col. 1079-1088, et qui est en réalité une pièce d’origine irlandaise, mais du vu· siè­ cle; le traité De tribus habitaculis, /’. L., t. lui, col.831 838, qui compte aussi parmi les apocryphes augustlniêns. P. L., t. xi, col. 991-998, et dont l’origine est inconnue; le Liber angeli, qui n’est pas dans P. L. (le chercher dans Wh. Stokes, Tripartite life, p. 352). et qui est un faux du vm* siècle; une énumération en 31 vers hexamètres de toutes sortes de présages, dans A. Hiese, Inthologia latina, 2* édit., Leipzig. 1906, part. I b. n. 791. I. Sources nr. la vu de Patrice.— Il n’y a pus par lesquels il tient sans cesse a honneur < d’augmenter le nom el la gloire de la nation, tant sur le territoire... que dans les contrées lointaines »; < rattachement inviolable des missionnaires à leur pays ct les sendees éminents qu’ils lui rendent »; le noble dévouement des congrégations I pour sc montrer utiles Λ leur peuple qu'elles aiment avec un patriotisme capable, on l’a vu mille fois, d’af­ fronter joyeusement la mort : Lettre au président de la République française, 12 mai 1883; encyclique aux archevêques, aux évêques et au clergé de France, 8 sep­ tembre 1899; lettre au cardinal Richard sur les con­ grégations, 23 décembre 1900. j Pic X parle, lui aussi, de l’amour de la patrie en plusieurs de scs lettres. Encyclique Communium rerum. 21 avril 1909, Acta dp. Sed., t. i, p. 347; Lettre Per solemn ia siccularia, 23 février 1910, ibid., t. n, p. 98. Il observe que la communauté de religion ct de pays d’origine crée entre les hommes une fraternité. Lettre Cum annus catholicorum. 12 juillet 1912, ibid. t. iv, p. 665. Aussi souhaite-t-il que, pour la religion ct la patrie, on acquière des trésors de science et de vertu. Lettre Una cum officiosis, 23 janvier 1913, ibid., t. v, p. 31. Le souverain pontife déclare même nécessaire que, pour sauver l’une et l’autre, les catho­ liques · travaillent avec ardeur ». Lettre inter catho­ lic ·,. 20 février 1906. Mais c’est surtout dans un discours prononcé devant l'évêque d’Orléans ct des pèlerins français qu’il a exalté ce devoir, celle vertu. Avec indignation, il proteste contre les hommes qui accusent les catholi­ ques de ne pas aimer leur patrie. Vouloir les marquer ainsi d’une note Infamante, c’est une « calomnie ». « Il n’y a pas, en effet, de plus indigne outrage pour votre honneur ct votre foi », dil le pape à scs auditeurs; « car, si le catholicisme était ennemi de la patrie, il ne serait plus une religion divine. Oui, elle est digne non seulement d’amour, mais de prédilection, la patrie dont le nom sacré éveille les plus chers souvenirs et fait tressaillir toutes les fibres do votre âme, ccttc terre commune, où vous avez votre berceau, à laquelle vous rattachent les liens du sang ct ccttc autre communauté plus noble des affections ct des tradi­ tions. » Discours â l’évêque d’Orléans et à des pèle­ rins français, 19 avril 1909, Acta ap. Sed., t. i. p. 408-409. Ces enseignements, le souci constant qu’a eu Benoit XV de recommander aux peuples la charité fra­ ternelle ne les lui a pas fait oublier, il ne blAmc nulle­ ment. il approuve « le zèle sincère pour la patrie ». Lettre Celeberrima evenisse, 18 décembre 1919, ibid., I. xn, p. 32. Ce sentiment est une des formes de la vertu de charité, patria caritatem. Lettre Qua verba sunt. ltr novembre 1916. ibid., t. vin. p. 135. Le pape 23 If, le déclare formellement, cl il conclut que ccttc pré­ dilection est obligatoire : ■ Si la loi de charité s’étend â tous les hommes, même à nos ennemis, elle veut que soient aimés par nous, d'une manière particulière. les personnes auxquelles nous unit le lien d’une patrie commune. » Lettre apost. Diuturni, 15 Juillet 1919, ibid., t. xi, p. 306. Dès son avènement, Pie XI, lui aussi, parle de la charité envers la patrie. Lettre apost. / discordini, 6 août 1922, ibid., I. xiv, p. 481. Dans sa première encyclique. Ubi arcano, 23 décembre 1922, il reconnaît à cet amour le mérite d’exciter l’homme à plusieurs vertus el à des actes courageux, lorsqu'il est régi par la loi chrétienne, ibid., t. xiv, p. 682. Au cours de cette même lettre, lui-même, le souverain pontife veut Join dre à ect éloge son exemple personnel : ayant occasion de nommer l’Italie qui ne s’élail pas alors réconciliée avec le Saint-Siège, il l’appelle pourtant patriam Nobii carrissimam, ibid, l. xiv, p. 698. Voir aussi Alite, consist, du 2 décembre 1926. ibid., t. xvm, p. 529. Pareillement, Pie XI croit opportun de rappeler h dévouement à la patrie dont le clergé de France a fait preuve pendant la guerre. Encyclique Maximam yrtvissimamque, 18 janvier 1925, ibid., t. xvi, p. 11. Peu après, dans une allocution consistoriale, il loue une élite catholique du même pays, de ce qu'elle se met en avant pour défendre les autels ct les foyers, en définitive, la patrie, 14 décembre 1925. ibid., I. xvn, p. 643. De même aussi, Ple XI s’indigne-t-il, avec une extrême énergie, de ce qu’on l’accuse d’ordonner ce qui est contraire à l’amour de la patrie; parlant de ce grief et d'autres semblables, il déclare que les lui imputer, c’est lui faire injure, c’est moins encore con­ tredire, de la manière la plus évidente, scs affirmations expresses, répétées, et la vérité elle-même, que donner des signes de démence. Alloc, consist, du 20 juin 1927, ibid., t. xix. p. 238. Il csl donc « louable · l’amour de la patrie, Lettre .Vous avons lu du 5 septembre 1926, ibid., t. xvm, p. 386; ccttc charité véritable qui, repoussant toute discorde et associant les cœurs har­ monieusement, porte les citoyens â la poursuite du bien commun. Lettre apost. Caritatem decet, du 4 mars 1929, ibid., t. xxi, p. 137; L'honneur cl la prospérili de la patrie, voilà des buts que Pie XI n’hésite pas à proposer aux meilleurs citoyens. Lettre Peculiari quadam, du 24 juin 1928, ibid., I. xx, p. 255. 2. Cet amour de la patrie doit s’harmoniser avec l'amour de Dieu, ne pas dominer ce dernier. Léon XIII a fortement insisté sur celle pensée. Si les citoyens sont tenus d'avoir une prédilection pour In patrie de la terre, à plus forte raison, les chrétiens doivent-ils être animés de pareils sentiments à l’égard de l’Église, <· cité sainte, fille de Dieu, institutrice cl guide des hommes ». Encycl. Sapientia Christiana. S'il faut témoigner de l’affection au pays qui nous a donné le jour, « il est nécessaire d’aimer d’une dllcclion plus ardente l’Église à qui nous sommes redeva­ bles de la vie immortelle de l’ûmc, parce qu’il est rai­ sonnable de préférer les biens spirituels à ceux du corps cl que les devoirs envers Dieu ont un caractère plus sacré que les obligations envers les hommes ». Loc. cit. Les deux amours procédant du même principe éternel, Dieu, ne s’opposent nullement par eux-mêmes, les deux devoirs ne se contredisent donc pas; nous pouvons, en même temps, avoir pour nous mêmes cl nos semblables la charité prescrite cl d’autre part, professer · pour l’Église un cuite de piété filiale el pour Dieu une charité qui soit la plus grande dilection dont nous sommes capables ». Loc, cit. La volonté de certains hommes peut essayer de troubler l’ordre. Mais ce qui sera dit de l’obéissance a la patrie s’applique aussi à l’amour la raison cl lu foi enseignent que le 2317 PATRIE (PIÉTÉ ENVERS LA). AMOUR Créateur passe avant les créatures : * Aimer les deux patries, celle de la terre ct celle du ciel, de telle façon | pourtant que la seconde affection dépasse la première cl qu’aux droits de Dieu ne soient jamais préférés ceux des hommes, c’est pour les chrétiens un devoir très grand et comme un principe d’où dérivent les autres obligations. · Loc. cit. Pie X observe que · l’amour du sol natal », les « liens de fraternité patriotique... sont plus forts, quand la patrie terrestre reste indissolublement unie à l’Église ». Si. au contraire, un gouvernement la persé­ cute, sans doute les fidèles continuent à observer tous ceux de ses ordres qui ne sont pas opposés à la loi de Dieu, leur religion elle-même leur prescrit pareille obéissance, mais alors la soumission, si elle peut deve­ nir « plus méritoire », ne sera « ni plus tendre, ni plus joyeuse, ni plus spontanée » : jamais elle ne méritera le nom de vénération ct d’amour. Au contraire, ccs sentiments le citoyen catholique les éprouve tout naturellement pour un pouvoir civil qui entretient de bonnes relations avec l’Église, objet elle-même de sa vénération ct de son amour. (L’est parce que ccs deux affections pour le pays ct pour la religion sc ren­ forcent en s’unissant, que la patrie a toujours trouvé, parmi les fidèles enfants de l’Église, des serviteurs cl défenseurs du plus grand mérite, ct, parmi les saints « des pères de la patrie ». Discours à l’évêque d’Or­ léans el aux pèlerins français, Acta ap. Sed., t. i, p. 409-410. 3. Puisque l’amour de la patrie doit ainsi être dominé par celui de Dieu, il faut qu’il soit conforme â la justice. Déjà Pie X fut amené à faire observer que • le fait d’agir dans un but d’utilité humaine ne rend pas innocents » les excès des passions politiques, les violences et les attentats, les crimes contre les droits, I les biens, la vie d’autrui, les séditions, les désordres et les actes qui troublent la paix publique. Le pape fit observer que l’emploi de pareils moyens, en provo­ quant des représailles, peut nuire à la cause que. par eux, on veut servir; aussi, déclara-t-il,qu un tel amour de la patrie est inintelligent. Lettre Poloniie populum, 3 décembre 1905. Benoit XV, en raison de la guerre, dut plus d’une fols rappeler solennellement les exigences du droit. Déjà, le 22 janvier 1915, une allocution consistoriale proclamait qu’il n'est permis à personne, pour aucune cause, de violer la justice. Aussi le pape, ajouta-t-il, réprouve énergiquement toutes les transgressions du droit, en quelque endroit qu’elles aient été commises. Acta ap. Sed., t. vu, p. 31. L’année suivante, le même pontife fit entendre, une seconde fois, semblable protestation publique : « De nouveau, nous réprou­ vons tout ce qui, en celle guerre, est accompli contre la justice., quels que soient l’endroit cl l’auteur de l’attentat. » Alloc, consist, du I décembre 1916. ibid., t. vin, p. 467-468. Ealsant allusion à ccs. actes, Benoit XV, dans une lettre du 22 mai 1918. observa qu’il avait énergiquement condamné toutes les vio­ lations du droit cl derechef il les condamna. Lettre Maximas inter., ibid., t. x. p. 274. l’nc fois encore, dans l’allocution consistoriale du 7 mars 1921, le pape s’écria : « Nous réprouvons, de quelque côté qu’en soient les auteurs, les crimes qui sont en désac­ cord avec les lois dv^-mœurs el de l’humanité. » Ibid., t. xm, p. 122. La fin de la guerre était encore trop récente pour que Pie XI ne fût pas obligé, lors de son avènement, d’énoncer â son tour cette grave vérité. Après avoir loué le légitime patriotisme, il ajouta : « Si ce senti­ ment se transforme en un amour excessif de la nation, lequel ne respecte pas les limites du droit cl de la jus­ tice, il devient une source d’injustices et d’iniquités. Il n’est pas permis de séparer l’honnête de l’utile. · 2318 Encycl. l.'bi arcano, Acta ap, Sed., t. xiv, p. 682. C’est la même pensée qu’exprima le pape, un peu plus lard, en aflirmant que la politique « est logiquement subordonnée à la morale ». Lettre Nous avons lu. 5 septembre 1926, ibid., t. xvin, p. 385. 4. La doctrine chrétienne n'impose pas seulement aux peuples le respect de la justice, dans les relations internationales, mais encore celui de la charité. Déjà. Léon Xlll a parlé de la « fraternité des peuples qui fait de l’humanité une grande famille ». Lettre sur les devoirs des catholiques. El Pie X a fait observer que tous les hommes en sont membres, sans distinction de nation, de couleur ou de race : Indiens et Juifs ne sont pas exceptés. Encycl. Ixicrimabili statu, 7 juin 1912, Acta ap. Sed., t. iv, p. 522; lettre Polonhr populum. Benoit XV surtout a dù recommander cette · charité qui nous lie a tous les hommes, même a nos ennemis » : il y a, dit-il, une communion de la famille humaine cl des rapports nécessaires de charité chrétienne* Pour celte vertu, il n’y a pas de frontière. » Lettre apost. Diuturni, Acta ap. Sed., t. xi, p. 306. Aussi, le pape invita-t-il évêques et prêtres A prêcher la doctrine de l’Évangile qui nous prescrit l’amour de nos ennemis, donc aussi de ceux de la patrie. Lettre Amor ille sin­ gularis, 7 octobre 1919, ibid., t. xi, p. 113. Les mêmes mots jra temité, /ami lie humaine de tous les peuples se retrouvent dans l’encycl. Pacem Dei munus, 23 mai 1920. Pour justifier la doctrine qu’ils expriment, il est fait appel à l'enseignement ct aux exemples de Jésus-Christ comme aux leçons des apôtres, car < il n'y a pas deux morales, une pour les individus, une pour les nations : la loi d’amour est la même pour les uns el pour les autres ». Acta ap. Sed., t. xn, p. 209-218. Voir encore A Hoc. consist, du 7 mars 1921, ibid., I. xm. p. 123. C’est ce qu'a redit Pie XI : « Tous les peuples, en qualité de membres d’une famille universelle, sont unis entre eux par des rapports fraternels. · Encycl. l'bi arcano, ibid., I. xiv, p. 682. Donc « toutes les nations doivent s’aimer ». Lettre apost. Nova impen­ det, 2 octobre 1931, ibid., t. xxn, p. 394. 5. Il faut que celte charité s’exerce en tout temps, et d’abord pendant la paix, ne fût-ce que pour la main­ tenir. — En 1885, Léon Xlll exerçait line médiation diplomatique entre Γ Allemagne el l’Espagne Puis, le 11 février 1889, dans une allocution consistoriale, il souhaitait la pacification entre les peuples et rap­ pelait le rôle joue par l’Église au cours des âges, comme messagère de la paix. Γη peu plus lard, en 1899. le même pape se plaignait des charges, abus cl périls de la paix armée, régime qui ne peut être l'état nor­ mal de la société. Aussi suppliait-il princes el peuples d’éviter la guerre el de recourir aux règles morales du droit, aux lois du christianisme, pour faire respec­ ter la religion des traités, rétablir entre les nations l’antique concorde. Encyclique Praclara gratulationis, 20 juin 1894. De même, le souverain pontife applaudissait-il aux suggestions du tsar Nicolas II sur la Conference de la paix: «Rendre plus rare cl moins sanglant le terrible jeu de la guerre et préparer ainsi les voies pour une vie sociale plus calme, c’est une entreprise de nature à faire resplendir, dans l’histoire de la civilisation, celui qui a eu l’intelligence et le courage d’en être l’initia­ teur. » Alloc, consist, du II avril 1899. A cette même Conférence internationale de la paix du 25 mai suivant, était donnée lecture publique d’unclotlredcLéon Xlll. Le pape y rappelait l'œuvre pacificatrice des pontifes romains, au cours des âges, et leurs tentatives pour adoucir les lois malheureusement inéluctables de la guerre, \ussi revendiquait-il pour le Siège apostolique l'honneur de coopérer effectivement à l’œuvre de 2319 PATRIE (PIÉTÉ ENVERS LA). Λ Μη UK l'organisation d’une paix garantir par des Inst 11 ut ions qui disent et défendent le droit. M ilhriirruM mrnt, Ir monde n’était pas guéri et Léon XIII, un peu avant sa mort, gémissait en ces termes · Peu Λ peu o prévalu un système d'égoïsme jaloux, par »ulte duquel les nations se regardent mutuellement, sinon toujours avec haine, du moins, certainement over la défiance qui anime les rivaux. ■ On oublie ainsi · les grands principes de moralité et de justice, rl In protection des faibles et des oppri­ més ». On ne regarde plus · que l’opportunité des clr constances, l’utilité de In réussite rt la tentante fortune , let he Legenti vestros, K septembre 1916, ibid., t. vin, p. 357; - « une paix qui, ù la force matérielle des armes substitue celle du droit ». Et le souverain pontife soumit aux belligérants des propositions : A des diplomates il appartient d’en examiner le texte. Le moraliste en constate l’esprit, et recherche quels principes les Inspire. Le pape sc préoccupe de cc qu'exigent Justice et équité, s’clïoree de coordonner et Veut (pie l’on coordonne le» Intérêts particuliers au bien général de la société humaine, demande qu’il soit tenu compte, dans la mesure du possible, des justes aspiiatlons des peuples, présente, comme une compensai Ion pour les sacrifices consentis aujourd'hui, l’avantage de la cessât Ion de la guerre et les profils éionoml(pies a prévoir pour l’avenir. En plus du règlement des questions territoriales et pécu­ niaires, Benoit XV propose des Institutions /· /r début, du 1° août 1917, ibid., t. ix, p. 117 Dr In sorte · l'équilibre du monde, la tranquillité prospère rt assurée des nations · reposeraient » sur In bienveillance mutuelle I rt sur le respect des droits et de la dignité d'autrui, < Exhortation apostolique aux peuples belligérants rt a leurs < hrfs, t s II, p. 371. Il est un autre service qu’au cours de la guerre elle même doit rendre In charité Internationale. I) faut que, pendant b* < onlllt armé, <· ne s'exaspèrent posies haines. mais qu'elles s'adoucissent, grâce aux bons offices mutuels de la miséricorde chrétienne ». Lettre l.cgmto uestras, K septembre 1916, ibid., t. vin, p. 357. · Dans h* fracas des batailles doit régner la charité,» Inter arma curitat. Ple XI, lettre L’on oit» du 7 avril 1922, ibid , l. xiv, p. 219. A plus forte raison, 1rs neutres doivent-Ils pratiquer cette vertu; Benoit XV a rappelé celte obligation a tous, par sa conduite et scs œuvres plus encore (pie par ses pu roles. · Soulager, diminuer les conséquences » dou­ loureuses de lu guerre; compatir, consoler, secou­ rir, essayer de · faire b tous le plus de bien possible », tel fut son travail ininterrompu. Lettre Era nostro proposito, ibid., t. vu, p 251; Exhortation aposta· tique aux belligérants cl a leurs chefs, ibid., t v», p. 399. Telle a été aussi l'œuvre de bienfaisance, ή laquelle furent conviés tous les chrétiens, dans la mesure où ils pouvaient l'accomplir. Benoît XV a loué ceux qui sc sont livrés à cc travail : lettre Officiosis- 1 simis Htteris, 17 août 1915, ibid., t. vn, p. 434. 7. Après ta guerre, de nouveau la charité a un rôle International h jouer. Benoit XV lui assigne deux tâches. Il faut d'abord qu'elle mette lin aux haines répandue s partout; qu’elle apaise au plus tôt et véri­ tablement les Inimitiés; que, selon le précepte el l’exemple du Christ » les leçons des apôtres et de toute la tradition chrétienne, elle fasse oublier, pardonner lout es les Injures; que, détruisant les causes de dis­ sentiment, elle rétablisse entre concitoyens cl entre peuples l’entente, la concorde, l'amitié fraternelle, une paix mieux garantie qu'elle ne peut l'être par des Huilés. EncycL ln hac tanta du I I mal 1919, Acta ap. Sed., t. xi, p. 22(1; lettre apost. Diuturni du 15 juillet 1919, l. xi, p. 306; lettre Amor ille singularis du 7 octobre 1919, l. xr, p. 113; encyclique Pacem Del munus du 3 mal 1920, I. Xll, p. 200-218. En second lieu, Benoît XV demande aux hommes des peuples civilisés, surtout aux catholiques, de s’en· li aider, de venir en aide aux malheureux d'autres nations, de ne pas seulement ne plus se combattre, mais de se faire positivement du bien, comme le veut lu charité chrétienne Evêques cl prêtres sont invités a exciter celle bienfaisance internationale; le besoin commun dt s peuples sulllrait d'ailleurs â recomman­ der celle collaboration mutuelle; que les nations s'unissent pour défendre chacune sa liberté, conserver l’ordre social, relever les mines et réparer 1rs maux de la guerre, concerter entre elles une prudente et opportune réduction commune des armements, capa ble sera profitable a tous, < vainqueurs et vaincus ». S'efforcer < de pro curer le bien commun..., tournera à un bien plu* grand et plus durable pour chaque nation ». Lettre autographe â S. E. le cardinal Gaipani du 29 avril 1922, t XIV, p 268-269. Puis, lu première encyclique du souverain pontife propose la paix du Chris!, c'est ù dire des âmes par le règne du Christ, donc par celui de la charité Ple XI constate la persistance des rivalités, drs inimitiés, des menaces contre le droit d’autrui, Injustices d'ailleurs qui peuvent devenir dangereuses pour celui qui se les permet. Il propose comme r< tnède, non pas seulement une apparence extérieure de paix, mais · une paix οη XIII. dr Pic X. de Benoit XV contre lui attiserait la haine entre citoyens, pourrait ct de Pic XI ont été ou reproduites, ou analysée, ou du provoquer la guerre civile et rejeter la nation dans le moins citées dan* cc travail. I.r* document* principaux sont le* encycliques de I^éon XIII, Diuturnum. 29 juin chaos de l’anarchie. « Le critérium suprême du bien 1881 ; Immortale Dei. Pr novembre 1885; Libertas. 20 jinn commun et de la tranquillité publique impose donc 1888; Sapientim christiantr, 10 janvier 1890; le discours dc l'acceptation du gouvernement établi, cn fait, à la Pic X a IVnéçur d'Orléans et aux pèlerins français. 19 avril place des gouvernements antérieurs qui, cn fait, ne 1909, /Icta ap. Sed.. t. i, p. 107; les encyclique* de Benoit sont plus. » · L’honneur el la conscience réclament XV. Ad beatissimi apostolorum, Pr novembre 1911, t. vi. cette soumission. Ils veulent que le citoyen sacrifie p. 565 sq.; Pacem Dei munus, 23 mal 1920, t. xn, p.209*q.; < scs visées personnelles ct scs attachements dc parti » Exhortation aux chefs des peuples belligérants. 1er août 1917, t. ix, p. 117 sq.; enfin, l’encyclique de Pic XI, Ubi arcano, aux bienfaits dc la tranquillité publique, à l’intérêt commun, et au bien général. Léon XIII, encycl. au 23 décembre 1922, t. xiv, p. 673 sq. Dans beaucoup d’ouvrages de théologie momie, la ques­ clergé de Franco, Au milieu des sollicitudes ; encycl. tion des devoirs envers la patrie est examinée, soit dan* aux cardinaux français. Xotrc consolation. l’explication du quatrième précepte du décnlogue, soit dan* I. Cette conception religieuse de l’obéissance ù la l’étude de* vertus de justice ct de charité, soit dans Ir patrie rend la soumission · facile, ferme et très noble ». traité des Lois. — Les encyclopédies religieuse* consacrent Léon XIII, encycl. Quad apostol ici muneris. Le sujet aussi de* article* ù cc problème. Voir Dictionnaire apolo­ gétique de la foi catholique. I. ni, art. Patrie, par Du Plessis « ne s’incline que devant l’autorité la plus juste el la plus haute ». Encycl. Libertas. Il n’y a pas assujet­ dc Grénédan, col. 1588-1621; Bricoul, Dictionnaire pra­ tique des sciences religieuses, t. m, art. International tissement de l’homme à l’homme, maïs soumission (Problème ) |mr Yves de la Br 1ère, col. 1062-1070. Voir â la volonté de Dieu qui commande par des hommes ». encore les traité* catholiques dc «Irait naturel : Cepeda, Encycl. Immortale Dei. Ainsi, l’obéissance est « rai­ Tnparrlli. etc... sonnable, pleine d'honneur ». La dignité du citoyen On peut au*si consulter : Goyau. L'idée de patrie et l'hu­ y trouve la plus sûre garantie, car à l’élévation de manitarisme. Paris, 1903; Sertillange*, l-e patriotisme et lu cette doctrine il doit de conserver, jusque dans la vie sociale. Paris, 1903; Card. Mercier, lettre pastorale sur le /Hitriottsmc el l'endurance. Maline*, 1911; Mgr Sugot du subordination, cette juste fierté qui convient ù la Vauroux, Guerre et patriotisme. Paris, 1918; Mgr Gibier, grandeur de la nature humaine. SI 1rs sujets sont tenus Is fHilnotisme. la patrie, Pari*, 1920. Yves dr la Brièrc. dc se soumet Ire ù leurs supérieurs, c’est que ceux-ci Catholicisme, patriotisme, nationalisme, dan* Nouvelles reli­ représentent en quelque manière le Dieu dont i) est gieuses du 15 mars 1923; Mgr lluch, lettre pastorale sur dit que ' le servir, c'est régner ». Encycl. Diuturnum. la charité fraternelle. Strasbourg, 1928; Mgr Boson, Lettre L’autorité n’a pas moins d’avantages ù retirer. pastorale sur le patriotisme chrétien, Fribourg, 1930; Lettre Si on oublie les principes chrétiens sur l’origine du k pastorale de S. E. le cardinal-archevêque de Malines et pouvoir, on fait dc lui une « souveraineté artificielle de \. Λ. S. .S. les évêques de IJelgique, sur 1« célébration du qui a pour assiette des bases instables et changeantes ·; centenaire de l'indépendance, 27 juin 1930, Malines, 1930. f C. Kucii. les lois · n’expriment plus que la puissance du nombre et la volonté prédominante des partis politiques ». PATRINPTON Étienne, dit aussi ÉTIENNE Léon XIII, lettre sur les devoirs des catholiques. C’est L’ANGLAIS(Alègrede ( .l'anale cn fait a tort deux alors par la force el en inspirant la crainte que le pou­ personnages distincts), théologien cl évôque canne voir s’impose. Or. rien n’est faible comme la force anglais des xiv· et xv· siècles, naquit dans le comte quand elle ne s'appuie pas sur la religion. Plus propre d’York et embrassa l'étal religieux cher, les carmes à obtenir la servitude que l’obéissance, elle renferme probablement ù Oxford, où il fit ses éludes. Il y devint cn elle-même des germes de grandes perturbations. » bachelier avant 1382 et docteur en théologie avant Léon XIII, encycl. Sapienlitr. C’cst qu’en effet la 1389. En celte même année 1389, il obtint la licence crainte est servile el disparait quand le sujet peut, a de prêcher cn la cathédrale de Lincoln et d'y faire des tort ou à raison, espérer l'impunité. Si ce sentiment le discussions théologiques, meme en l’absence du chan­ courbe, c’est en le révoltant, pendant le temps où il celier. Peu après, Il fut (le résidence à Londres,où il eut se sent le plus faible. Même alors l’homme exaspéré une grande vogue comme prédicateur. Patrington fut 2327 PATRINGTON (ÉTIENNE) — PATHOLOGIE 2328 (in , 1 Ia II·, in- P, Lucques, 1746, Cependant, la foi nouvelle était une institution auto­ contre le jésuite Benzi. — Trois livres sur Trial /utar nome ct une religion universelle. Dans l'esprit dc son des impies, in-4°, Vérone, 1718, avec une dissertation fondateur, elle ne devait pas être limitée par les fron­ sur la place des enfers, publiée en 1763, cn latin. — tières dc la Palestine. Jésus avait même laissé enten­ Lettres apologétiques ou Defense de saint Thomas contre dre clairement que les païens devaient cn faire partie les calomnies de ses accusateurs, au sujet du tyrannicide, et que le judaïsme officiel devait en être exclu par sa in-8°, Venise, 1763. — Lettres théolog tco-morales pour faute. Cf. Malth., xxi, tl 44; Marc., xn, 9-12; Luc., la défense de l'histoire du probabilisme du P. Daniel de xx, 16-19; Matth., vm, 5-13; Luc., vu, 1-10; xm, Concilia, 2 In-8», Venise, 1751, avec Deux suites, qui ! 28-30. C’cst pourquoi il avait donné à ses apôlres contiennent, chacune, deux volumes, 1753-1751. Dans l'ordre de « faire disciples tous les peuples ». Matth., ces Deux suites, on trouve des précisions cl des répon­ xxviii, 18-20. ses à quelques objections. Les Nouvelles ecclésiastiques Cependant, parmi les Juifs convertis, un assez grand du 17 juillet 1755, p. 116, comparent l’ouvrage de nombre, cn vertu dc leur éducation première, regar­ Patuzzi aux Lettres provinciales. — En 1756, le Père daient l’institution nouvelle seulement comine un publia une édition de l’écrit de Drouin, intitulé De re judaïsme plus parfait. A leurs yeux, on ne pouvait sacramentaria, 2 in-fol., Venise, 1756. — L'encyclique devenir chrétien qu’en se faisant d’abord juif. Celle de J/enott NI V, adressée ù rassemblée du clergé de conception était étrangère à la pensée dc Jésus. Le France, éclaircie et défendue contre l'auteur des Doutes Maître ne s’était pas contenté de rejeter le formalisme proposés aux cardinaux et aux théoloytens de la Congré­ des pharisiens; il avait préparé la rupture avec le gation dc la Propagande, in-8°, Lugano, 1758. Cct écrit judaïsme officiel cn donnant à la Loi un sens cl un plut ù quelques jansénistes, qui le lirent imprimer à esprit nouveau; cf. Matth., v. 17 sq.; xi, 28-30; xn. Utrecht, en 1760. — Traité de la règle prochaine des 1 sq.; cf. Marc., n, 27-28; m, 1 sq.; Malth., xxm, 4. actions humaines, dans le choix des opinions, 2 in-P, Luc., xi, 46; cf. Act., xv, 10-11; mi, 53; Hom.. vu. Venise, 1758; une courte instruction sur le même sujet 7 sq. Ainsi la conception judaïque était funeste au fut publiée en 1759, cl réimprimée â Naples et à Milan. développement du christianisme. Elle fermait la porte — Des indulgences ct des dispositions pour les recevoir, aux convertis venant du paganisme; elle supprimait in-16, Borne, 1760. — Exposition de la doctrine chré­ l’indépendance el la liberté chrétiennes et compromet­ tienne, œuvre utile pour toutes sortes de personnes, in-12, tait l’œuvre du Maître. Pour faire accepter la foi au Venise, 1761 : c'est l’ouvrage de Messenguy, dans monde grec, il fallait donc l’arracher à la Synagogue lequel le P. Patuzzi déclare avoir supprimé tout ce ι cl rompre effectivement avec le judaïsme. Telle fut qui avait motivé la condamnation de ccl écrit par Γα-uvre dc suint Paul, « l’apôtre des gentils », c'est-àHome. dire des peuples païens. Cf. Act., ix, 15 sq. Son rôle A la suite d’une thèse, soutenue en 1760 par un curé fut de renverser l'obstacle de la Loi en prêchant la foi du diocèse dc Trente, Patuzzi attaqua avec vivacité au Christ-Jésus comme unique moyen dc salut, dc les théories probabilistes, dont l'effet fatal, d'après lui, sauvegarder les droits de la liberté chrétienne, de était la morale relâchée. Telle est l'idée fondamentale donner, en un mol, au christianisme l’orientation qu’on trouve dans tous les écrits suivants : Lettres à un voulue parle Christ dont l'apôtre ne fut que l’instru­ ministre d’État sur la doctrine des casuistes modernes en | ment. « Ccl homme est un instrument que J’ai choisi morale et sur les grands maux qui cn résultent pour la pour porter mon nom devant les nations. · Act., ix, 15. société civile, les droits, autorité ct sécurité des souve­ Avec saint Paul, nous voyons donc le christianisme rains, 2 In-80, \ enise. 1761 et 1763. — La cause du prendre pleine conscience de lui-même en sc dégageant probabilisme rappelée à l'examen, par M. Liguori, ct de de la Loi. et s'établir solidement dans le monde cn nouveau convaincue de faux par Adolphe Dosithée, dehors de la Palestine. Nous voyons la théologie sc in-8°, Venise, 1761. C'est une réponse à l'ouvrage dc former, les Eglises s’organiser, la discipline s'affirmer, saint Liguori, intitulé : /.'usage modéré dc l'opinion la vie chrétienne s’épanouir; tout cela entre l’an 40 et probable, in-8% 1703. - Observations théologiques sur ! l’an 60. L’œuvre de saint Paul et scs cpilres consti­ l'apologie de M. Liguori contre la cause du probabilisme, tuent un témoignage de premier ordre cn faveur du ln-8°, Venise. 1765. — Théologie morale, 7 in-P, Baschristianisme naissant ; la transformation opérée par sano, 1790 (en latin); cct écrit, laissé inachevé par le lui dans le monde païen porte la marque d’une œuvre P. Patuzzi, fut repris ct complété par le P. Fontani, divine ct sa doctrine est une des sources principales son confrère, qui y a ajouté une Notice sur la vie ct les de la révélation el de la théologie chrétiennes. Dans le écrits de PaiuucxL présent article nous bornerons notre exposé à la théolo­ Tous les écrits du P. Patuzzi sont écrits en italien, gie dc saint ihtul. L’histoire et la critique y entreront sauf T État futur des impies, le Traité des sacrements seulement dans la mesure où elles seront nécessaires et la Théologie morale, qui furent publiés en latin; I pour éclairer la pensée de l’Apôtrc. 2331 PAUL (SAINT). I NT HO DUCTION 2° Sources. - La théologie de saint Paul a pour sources les épltres transmises par la tradition commo paulinicnnes, et le livre des Actes des apôtres. Nous □ 'examinerons point l’authenticité des épltres ni la valeur historique des Actes des apôtres; on trouvera ces questions traitées aux articles sur chacun de ces écrits. Toutefois, nous regardons le livre des Actes comme un ouvrage historique, bien que le point de vue et les préoccupations de son auteur dilTèrenl parfois sensiblement de ceux des épltres. Cc livre, après avoir raconté la première expansion du christianisme, grâce à l'activité de sainl Pierre cl des « hellénistes », rap­ porte la vie cl l'apostolat de saint Paul depuis sa conversion jusqu’à sa première captivité. Dans cet exposé, l’auteur établit comme une sorte de parallèle entre les deux grands apôtres, il accentue surtout leur unité de vues sur la conception du salut chrétien. Mais il sc home souvent à un tableau d’ensemble, en négli­ geant les détails ou les faits qui ne vont point à son but. D’autre part, les épltres de saint Paul sont, pour la plupart, des lettres de circonstance, motivées par les besoins des Églises nouvellement fondées. Elles re­ présentent une des formes de son activité apostolique. Cc ne sont point des traités où la spéculation occupe pour elle-même une grande place, mais des lettres qui visent à l’action religieuse. Il n’y a donc point lieu de s'étonner en constatant des divergences de détail | entre les épltres cl les Actes. En outre, les discours de saint Paul rapportés dans cc livre — ce sont les pas­ sages qui nous intéressent le plus dans celte étude --· ne sont souvent que des résumés, mais des résumés de discours réellement prononcés. Ce ne sont point des compositions purement fictives, placées avec vraisem­ blance dans la bouche de l’apôtre cl cadrant avec la situation. Si Ton ne peut dire que ces discours repro­ duisent toujours littéralement les paroles de l'Apôtre. ils traduisent, du moins, exactement sa pensée ct sa doctrine. Nous regardons également toutes les épltres paulinicnncs comme des sources authentiques de la pensée de saint Paul. La doctrine de la première aux Thcssaloniclcns ne nous parait point en opposition avec celle de la seconde, si l’on lient compte des circonstances qui ont motivé l’une cl l'autre, ct du but surtout pra­ tique ou moral visé par l’Apôtre. De même, la doctrine de l’épltrc aux Colosslcns ne paraît point incompatible avec celle de l’épltrc aux Éphésiens. La seconde est comme un développement ou une adaptation de la première. Là encore, les circonstances et le but pour­ suivi par sainl Paul l’ont amené à traiter dlfléremmenl des sujets analogues. Enlin, les épltres pastora­ les, si discutées actuellement, nous paraissent repré­ senter la doctrine de l’Apôtre; mais elles répondent à des préoccupations bien dilTérentcs de celles qui ont motivé les autres épltres; elles nous révèlent l'organi­ sation primitive des Églises à l’ûgc apostolique. Les faits Invoqués par beaucoup d’historiens contre leur authenticité sont diversement interprétés et ne sau­ raient motiver une conclusion ferme. Aussi, beaucoup de critiques, même en dehors du catholicisme, restent attaches à la thèse traditionnelle, thèse consacrée officiellement par une réponse de la Commission biblique en date du 12 juin 1913. Sans préjuger des questions d'ordre littéraire qu’elles peuvent soulever, nous les regarderons donc, non comme représentant une · tonne secondaire » du paulinisme, mais comme traduisant la pensée authentique de l’Apôtre. La tradition des Églises orientales n reconnu, dès le commencement, l’épltrc aux Hébreux comme paulinicnnc, au moins dans un sens large. Cette épllre olïre beaucoup de ressemblance avec les autres épltres de saint Paul, pour la doctrine ct même parfois pour la méthode et la forme; par exemple l'épilogue, xm, 1 2332 18-25, qui est tout à fail dans la manière pauliniennc ct donne à l'écrit le caractère d'une lettre ; έτπσπΟα ύμϊν, t. 22. D'autre part, l’ensemble dr l’épltrc, pour la composition el la rédaction, suppose un judéo-chrétien de culture hellénistique, formé à une école d’exégèse alexandrine. Origène «lisait que 1rs pensées de l’épltre sont « dignes de l’apôtre », sont «de l'apôtre », mais que le style et la composition appar­ tiennent à un de ses disciples. Cf. Eusèbc, //./λ, VI. xxv, 11-11. P. G.,1, xx, col. 583-580» Celte hypothèse, «lans scs lignes essentielles, est communément ad­ mise par les auteurs catholiques; saint Paul est vrai­ ment l’auteur du fond et des pensées; mais la forme ou la rédaction appartiennent à un de scs disciple*. C’est à cc titre que l’épltrc aux Hébreux fait partie des sources de la théologie pauliniennc. La Commis­ sion biblique, dans une réponse en date du 21 juin 1911, a consacré cette manière de voir. 3° Méthode et plan. - La théologie de saint Paul n’est point une dogmatique abstraite, exposée pour elle-même, ni un système de théologie spéculative, élaboré sans contact avec les réalités concrètes de l’histoire. Elle est plutôt une théologie vivante, une théologie en action, exposée au fur ct à mesure de l’apostolat. Elle est souvent une réaction au contact des choses ou des événements ct, de ce fait, elle revêt un caractère, sinon relatif, du moins occasionnel, en cc sens que la formation, le développement cl l’ex­ pression de la pensée de l’Apôtre sont étroitement liés aux grandes étapes de sa vie cl de son œuvre. Par suite, l'on ne comprend bien celte pensée qu’en la rattachant aux causes qui lui ont donné naissance ou aux circonstances qui en ont motivé l’expression. Mettre d’un côté 1’ · apôtre » et d’un autre le « théo­ logien » serait aussi impossible ct aussi préjudiciable que d'arrêter le mouvement de la vie sous prétexte de mieux l’observer. C'est pourquoi nous avons cru devoir exposer la doctrine de l'Apôtre en la laissant le plus possible dans le cadre réel de l’histoire, ù partir du jour où Paul, de pharisien fanatique, devint le « vase d'élec­ tion », l’apôtre des gentils. Cette méthode ne va point sans difficultés et peut prêter à des objections. La principale est que certains éléments de doctrine, par exemple la justification, le rôle de la Loi, l’eschatologie, ct même la christologie, sc trouvent dispersés dans plusieurs épîtres, c’est-àdire sc rattachent à des circonstances diverses ct s’adressent à des milieux dlflérents. Mais cette diffi­ culté est plus apparente que réelle; car si l'on y regarde de près, il y a toujours, dans la vie de l’apôtre, un moment où telle doctrine atteint son plein dévelop­ pement ct comme son point de maturité. C'est à cc moment de l'action apostolique que nous devrons la rattacher ct il ne nous sera pas difficile de montrer comment elle a été préparée par des révélations ou des expériences antérieures, comme aussi complétée dans la suite pour les besoins du ministère. Cette méthode a un autre inconvénient. En s’atta­ chant trop à l’histoire elle sort du cadre de l'exposition systématique, si utile à la précision et an travail de la théologie. A cela on peut répondre que les sujets de théologie traités dans ce dictionnaire font à saint Paul, chacun pour son compte, la part qui lui revient. Et puis, l’inconvénient signalé est largement com­ pensé par l’avantage de constater comment s’est fait le développement de la révélation sous l’in fluence des circonstances. Enfin, pour comprendre la doctrine de l'Apôtre, Il faut la rattacher, autant que possible, à ses origines. C’est pourquoi nous devrons mentionner les causes ou les Influences diverses qui ont préparé saint Paul à sa mission, ou qui ont contribué à la formation de sa 2333 PAUL (SAINT). L’ÉDUCATION pensée. Parmi ces causes, les unes sc sont exercées avant sa conversion; les autres, après. 1« Division. — La vie de saint Paul nous fournira donc le cadre de notre exposé, dont Je* lignes essen­ tielles seront les suivantes : I. Avant la conversion. II. La conversion. La révé­ lation du Fils de Dieu (col. 2349). I IL De la conversion au concile de Jérusalem. La catéchèse (col. 2355). IV. Le concile de Jérusalem ct l’épltrc aux Galatcs, ou le salut par Jésus-Christ sans la Loi (col. 2364). V. L’eschatologie : les épltres aux Thcssalonicicns ct la lrr aux Corinthiens (col. 2388). VL Le christianisme a Corinthe : la · sagesse » chrétienne; les < charismes >; le mariage; l'eucharistie (col. 2409). VII. L’épltre aux Humains : ia justification ct le salut par JésusChrist; la vie chrétienne (col. 2128). Vill. Les épltres de la captivité : la personne ct la dignité du Christ. Son rôle dans la création ct dans l’Église. Le < mys­ tère >du Christ (col. 2150). IX. Les épltres pastorales: l’organisation et le gouvernement de l’Église. La défense de la vraie foi ou le sens de l’orthodoxie (col. 2168). X. L’épltrc aux Hébreux: supériorité de la nouvelle alliance sur l’ancienne. Dignité du Fils de Dieu; excellence de son sacerdoce. Nature et rôle de la foi; dangers de l’apostasie (col. 2178). Bibliographie gî.m.hali;. — ouvrages sur saint Paul sont innombrables. On ne peut songer ù donner une bibliographie complète. Nous mentionnerons seulement tes commentaires ct travaux modernes les plus importants ou les plus utiles. Nous donnons ici une bibliographie générale; A la fin de chaque section nous donnerons une bibliographie spéciale. Nous ne mentionnerons ni les commentaires anciens ni les travaux généraux sur le Nouveau Testament. 1° Catholiques, — Th. Simar, Die Théologie des heiligrn Paulus, Fribourg-cn-B., 1834; Fouard, Saint Paul, ses missions, ses dernières années, Paris, 1901; Ix Camus, L'œuvre des apôtres, Paris, 1905; A. Lemonnycr, Les t pitres de sainl Paul, Paris, 1908; E. Jacquier. Histoire des livres du Nouveau Testament, t. i. Parts, 1908; F. Prtit, /.a théo­ logie dr saint Paul, Paris. 1908, 1929-1930; C. Toussaint, article Saint Paul, Dictionn. de la Bible de Vigoureux, t. iv, Paris, 1908; G. Dausch, Jesus und Paulus, dans Biblischt Zcit/ragcn,y\unslvv-ci\-\\'., 1910; B. Hartmann, Paulus. Die Grundzûgc seiner Lehn und die moderne Religionsgtschiehie, Paderborn, 1911; F. Prat, article Saint Poulet le pauli­ nisme, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Ihiris, 1910; du môme, Saint Paul, dans la collection Les mints, Paris. 1922; P. Delntte, Les épltres de saint Paul replacées dans te milieu historique des Actes des apôtres, Esschen-Paris, 1924-1920; G. Gcnocchl, V. Ceres l cl L. Costantinl, San Paolo, dans la collection H pcnsicro cristiano. Milan, 1925 ; Tricot, .Saint Paul, dans la Bibliothèque catholique des sciences religieuses, Paris. 1928 ; B. Hart­ mann, Paulus als Scelsorger, Paderborn, 1921. 2° Non catholiques. — A. Sabatier, L'apôtre Paul,esquisse d’une histoire de sa pensée, Paris, 1871.1896;(). Pilelderer, Der Paulinismiis. E'in Heitrag zur Geschichte der urchristl. Théologie, Leipzig, 1873, 1890; A.-M. Bruce, 5. Paul's conception o/ Christianity, Edimbourg. 1891; G. Holst en. Dus Evangelium des Paulus, Berlin, 1893; C.-G. Findhiy, article Paul dans le Dictionary o/ the liiblr, t. lit. Editabourg, 1900; P. Peine, Jesus Christus und Paulus, Leipzig, 1902; Goguel, L'apôtre Paul ct Jésus-Christ, Paris, 1901; W. Wrcde, Paulus, Leipzig. 1905; G.-B. Stevens, The pou­ line theology, New-York, 1900; Jülicher, Paulus und Jésus, Tubingue, 1907; J. Webs» Paulus und Jesus, Berlin, 1909; P. Fc inc, Ί heologie des N earn Testaments, Ixipzig, 1910, 1912, 1921; 11, Weinel, Biblischr Théologie des Neurn Testaments, Tubingue. 1911, 1921, 1930; A. Schweitzer, Geschichte der paulin, Porschung ren der Deformation bis au/ die àegenwart, Tubingue. 1911; A> (λ Hcadlam, .S’. Paul and Christianity, Londres, 1913, A. Mcnzics\V. lùlie, article Paul, dans VEncyzlopiodia o/ Bcligion and Ethics, Edimbourg, 1017; Stalker, article Paul, dans le Dictionary n/ the uposlolic Church, t. ιι, Edimbourg, 1918; J.-C. Machen, The origin o/ Paul’s Bcligion, New-York, 1921; A. II. Mc Ncile, Nru» Testament leaching in the light o/S. Paul’s, Cambridge, 1922; A. A. Kennedy, The theologi/of the epistles, Londres, 1923; A. Delssmann, 2334 Paulus. Une kultur-und religionsgeichirhtliche Skizze, Tubingue, 1925; P. Peine, Drr A poste I Paulus. Das Bingen um das gesehichtlichr Verstandnis drt Paulus, Gütersloh. 1927 ; Lohmeyer, Grundlagcn paulinischer Théologie, Tubingue, 1929. 1 I i I L Avant la conversion. — 1· L’éducation. 2* Le zélateur de la Loi. 3e Influence de l’Anden Testament et de la théologie juive; l'exégèse. D Influence de la pensée hellénique et du monde païen. 1° /.éducation. — LA Tarse.— Paul naquit dans les premières années de l’erc chrétienne. Sa conver­ sion rut lieu vers l'an 34-35; il devait avoir alors une trentaine d’années. Il était originaire de Tarse, capitale de la Cilicie, ville hellénisée et centre d'études. Act., ix. 11 ; xxt. 39; xxn, 3. Ses parents étaient « hébreux » ct probablement pharisiens. Act., xxm, 6, 26; cf. Il Tim., 1. 3. On désignait sous le nom d* , les Juifs attachés fidè­ lement aux traditions et aux coutumes de leurs an­ cêtres, parlant « hébreu », c’est-à-dire araméen, ct fermés aux influences de la civilisation et des idées grecques. La majeure partie des Juifs de Palestine appartenait à cette catégorie, mais il y en avait aussi dans la diaspora. Les parents de saint Paul, de son propre aveu, se trouvaient dans ce cas. Sans aucun doute, ils comprenaient la langue grecque et s’en ser­ vaient dans les relations de la vie courante, mais, dans la famille. Ils parlaient l’araméen. qu’ils avaient conservé comme un bien inaliénable et sacré, au milieu des païens. Cf. Phil., ni, 5; Gai., i. 13-14; Act., vi, 1 ; Luc., xxïii. 38; Joa., v, 2; xix. 20. Sainl Paul dut recevoir une éducation soignée, car sa famille était d’un certain rang; son père était citoyen romain. Act., xxn, 28. 11 la commença â Tarse cl probablement dans sa famille même. Il apprit l araméen, qu’il parlait couramment, cf. Act., xxi, 40; xxn, 2. ct peut-être aussi l’ancien hébreu avec la connaissance ct l’amour de la Lot. comme la chose sc pratique encore dans les familles Israélites très attachées à leurs traditions. Tarse avait des écoles florissantes: on y cultivait les lettres, les sciences et surtout la philosophie. Au dire de Strabon, XIV. v, 13, clic était la rivale d'Athè­ nes ct d'Alexandrie. Cf. art. Tarsus, dans Hastings. Dictionary of the Bible, t. iv, p. 687. Quelles leçons Paul suivit-H â Tarse et pendant combien de temps? Il est difllcile de le dire. 11 est peu probable qu’il ait fréquenté les écoles païennes. L’ins­ truction était donnée aux Juifs à la synagogue ct par des maîtres juifs. Sans doute, les plus liberaux, c’està-dire les plus hellénisés, faisaient étudier à leurs enfants les auteurs païens sous la conduite de maîtres païens; mais cc n’était pas le cas de la majorité. Ceux surtout qui gardaient leurs traditions et observaient scrupuleusement la Loi. c’est-à-dire les pharisiens, faisaient éduquer leurs enfants par des maîtres juifs. Ce dut être le cas de Paul. Avec l’aramécn. il apprit le grec, la langue courante du pays. Mais au lieu de lire d’abord Platon, Aristote ou Thucydide, il eut pro­ bablement pour livre do classe quelque recension de la version grecque des Septante, en usage panni les Juifs de la diaspora pour ia lecture à la synagogue. Mais n’exagérons rien. Sainl Paul dut avoir quelque connaissance, dès cette époque, des auteurs profanes. Scs épltres, en effet, supposent une élude assez appro­ fondie de lu langue grecque. Toutefois, dans son en­ semble. cette langue est le « dialecte commun ». non la langue artificielle acquise en fréquentant une école de rhéteur. Celte langue, par ailleurs, n’est nullement de l’araméen traduit, comme on l’a prétendu: elle n’a rien non plus qui sente le terroir natal. Seulement l’Apôtre ne travaille pas son style; B ne poursuit pas la réalisation de cadences rythmiques en vue de 2335 PAUL (SAINT). LE ZÉLATEUR DE LA LOI plaire à scs lecteurs, l’n grec cultivé, possédant toutes les ressources de la rhétorique, aurait traité les sujets différemment. Voir le jugement d’Origène sur le style de saint Paul, dans Eusèbe, //. JT.. \Ί, xxv, P. 6.,t.xx, col. 584. Mais l'influence de la langue grecque a donné A la pensée de l’Apôtrc une souplesse inconnue chez les Sémites. La marque la plus frappante de la pensée sémitique, à savoir le parallélisme synonymique ou répétition symétrique des mêmes mots ou de la même pensée, sc rencontre rarement chez saint Paul, en dehors des citations. Il oflrc beaucoup plus de finesse et de nuances que n'en aurait apporté un Sémite de pensée. Sans doute, sa méthode, rappelle assez sou­ vent celle du rabbinisme; mais elle est aussi très près du genre adopté de son temps chez les Grecs pour l’enseignement de la morale ou de la philoso­ phie populaire. Cf. Bultmann, Der Stil der pauli· nischen Prediyl und die kynisch-sloische Diatribe; Lagrange. L’épttre aux Romains, inlr., p. xlii sq. En outre, l’Apôtrc connaît les milieux païens et adopte parfois le vocabulaire des religions de « mystères ». Les trois citations de poètes qui se rencontrent dans scs écrits : Ménandre, I Cor., xv, 33; Aratus, Act., χνπ. 28; Épiménide, Til., ι, 12, ne prouvent nulle­ ment qu’il ail beaucoup étudié les auteurs classiques. Ces passages sont comme des proverbes d’un usage courant, que chacun était à meme de répéter sans avoir beaucoup de lettres. Mais, â la lecture des épîtres, on constate que la pensée grecque, dont la langue était le véhicule, a profondément marqué l’esprit de l'Apot re. A quelle époque dut se faire cc travail? On sc plaît à nous montrer Paul, dès l’âge le plus tendre, subissant l'influence et respirant l'atmosphère religieuse païenne des cultes olllcicls cl des religions de mystères» dans sa ville natale. Celle hypothèse est en contradiction avec tous les textes qui nous renseignent sur son origine et son éducation. Ne confondons point sa première éducation avec le développement de sa pensée par la réflexion et le travail personnel, dans la maturité de l'âge, soit après qu’il eut terminé son éducation â Jérusalem, soit même après sa conversion. Lorsqu’il reviendra à Tarse, il pourra observer de près les milieux religieux, réfléchir sur le caractère des rites païens, entendre des maîtres réputés donnant rensei­ gnement de la morale et de la philosophie, comparer i'cfllcaclté des diverses pratiques religieuses s’efforçant de rapprocher l’homme de la divinité. Mais, lors de ces retours â son pays natal, il aura déjà subi de multiples influences : d’abord celle de sa formation rabbinique ù Jérusalem, et de son contact avec les divers éléments religieux de la capitale juive, spéciale­ ment celle des < hellénistes »; puis celle de scs révéla­ tions et de son séjour dans les milieux chrétiens, prin­ cipalement à Antioche. Avant de rechercher l'apport de ces diverses causes, nous devons le suivre à Jéru­ salem où il va compléter son éducation. 2. A Jérusalem.— On n’est pas renseigné d’une façon précise sur l'époque où Paul quitta sa ville natale pour aller à Jérusalem suivre les leçons de rabbi Gamaliel. Act., χχπ, 3; χχνι, I; cf. v, 34 sq. l’n passage du Pirkê A b both. v, 27, nous a conservé un programme de vie humaine d’après les traditions rabbiniques : à cinq ans, le jeune Israélite devait lire l’Écriture, à dix ans étudier la Mischna, à treize ans observer les préceptes, à quinze ans étudier le Talmud, c'est-à-dire les commentaires de la Loi. Cf. Pirkê A b both, v, 27, édit. Charles, dans The apocrypha and pseudepiyrapha oj the Old Testament. Oxford 1913, l. il, p. 710. Ce programme nous permet de tirer une double con­ clusion : saint Paul dut faire sa première éducation par la lecture de la Bible et l’étude de la Loi; à l’âge de treize ou quatorze ans, il avait terminé cc que nous 2336 pourrions appeler son instruction élémentaire. A ce moment, scs parents l'envoyèrent à Jérusalem sc pré­ parer à la carrière de scribe. Saint Paul, de son propre aveu, suivit à Jérusalem les leçons de Gamaliel le Pharisien. Act., xxn, 3; cf. χχνι. 4; v, 31 sq. Gamaliel était un des maîtres les plus en vogue à celte époque. Petit-fils du célèbre rabbi Hillel, il jouissait d’une grande autorité. Comme son grand-père, il était libéral et assez large d’idées; cf. Acl.,v, 34-40. Il savait le grec et en recommandait même, disait-on. l'étude à scs élèves. Il n'avait donc point au même degré que certains de scs compatriotes la haine de l’étranger. A ses leçons se pressaient une fouie d'étudiants venus de tous les points du monde juif. Saint Paul dut y nouer des relations; Il y vil peut-être pour la première fois Barnabe et Silas, cl il sc joignit au groupe ou parti des « hellénistes ». Les leçons se donnaient dans les salles du temple ou sous les portiques de la < cour des païens ». Saint Paul sc familiarisa non seulement avec l’Ancien Testament, mais avec les règles de l'exégèse juive et les méthodes des rabbins. Il y apprit les idées et les traditions du judaïsme. Malgré les autres influences qui contri­ buèrent dans la suite au développement de sa pensée, il ne s’affranchit jamais entièrement des méthodes apprises dans sa jeunesse. L'instruction de saint Paul était vraisemblablement terminée lorsque Jésus commença son ministère. L'Apôtre ne connut pas le Seigneur pendant sa vie terrestre; scs ennemis le lui reprocheront assez dans la suile. Il leur opposera que, lui aussi.il a vu le Christ glorieux, condition indispensable pour être vraiment apôtre. Cf. I Cor., ix, 1 ; xv, 8; Act., i, 15-22; ix, 17; xvm, 9; xxn, 17 sq.; χχνι. 15; cf. Il Cor., xn, 1. Son éducation terminée, il quitta Jérusalem, probable­ ment pour revenir à Tarse. Il n'avait pas plus d'une vingtaine d'années. 2° Le zélateur de la Loi. - Malgré le libéralisme de son maître, Paul devint un pharisien fanatique, un zélateur ardent de la Loi. Gal., i, 14. A cc moment, rien ne fait encore soupçonner en lui la lutte psycho­ logique révélée par le chapitre vu de l'éplire aux Romains. Dans cc passage, la Loi lui apparaît comme une source de fautes : elle lui impose des obligations sans lui donner la force de les remplir. Seule la « grâce du Christ » peut le délivrer de cet état. Nous retrouvons Paul à Jérusalem peu après la mort de Jésus. Le rôle qu’il commence à jouer dans le parti pharisien suppose qu'il est établi dans la capi­ tale juive. Quelques-uns des siens l’y avalent proba­ blement accompagné. CL Act., χχιιι, 16. Nous le voyons associé au meurtre de saint Etienne le Diacre, Act., vu, 58-60, et dans la violente persécution qui éclata à cette occasion à Jérusalem : « 11 ravageait l’Église; pénétrant dans les maisons, il en arrachait les hommes et les femmes et les faisait jeter en pri­ son. » Act., vm, 1-3. Plus lard, il avouera lui-même qu’il persécutait « l’Église de Dieu », Gai., i, 13-14; 1 Cor., xv, 9; Act., χχνι, 10-11. Quelque temps après, il reçut des autorités religieuses la mission d'aller à Damas arrêter les chrétiens pour les amener à Jéru­ salem. Act., ix. 1. 5. En accomplissant cette mis­ sion, il eut la vision qui détermina sa conversion, vers l'an 35. Il pouvait avoir à ce moment une tren­ taine d’années, car son activité, son influence et la mission qu’on lui confle supposent déjà une certaine maturité. Cf. Act., vu, 58. Entre la lin de son éducation et son retour à Jéru­ salem, il s'écoula donc une dizaine d'années. A quoi furent-elles employées? 11 n’est pas téméraire de sup­ poser que le jeune pharisien compléta son instruction, a Tarse, soit en fréquentant quelque école, soit sur­ tout par l'observation, le travail personnel cl la ré­ 2337 PAUL (SAINT). LE ZÉLATEUR DE LA LOI flexion. Mais, d'après le livre des Actes el les épltrcs, le pharisien rigide ne perdit rien de son fanatisme. Lorsqu'il revint à Jérusalem, la culture grecque n'avait point atténué son attachement Λ la Loi, ni fait naître en lui une sorte de libéralisme religieux. Bien ne dénote chez lui un penchant à accepter une sorte de syncrétisme ou mélange de croyances et de pratiques empruntées à divers cultes. Toutefois, au contact des milieux intellectuels de sa ville natale, son esprit s'ouvrit aux curiosités reli­ gieuses et philosophiques. Il acquit, par ses relations et par l’observation, la connaissance du monde grec. Le sens moral ne fut pas étouffé chez lui par une cûsuistiquo puérile. Très attaché & la Loi, il était déjà â même d’en comprendre l’esprit cl la lettre, de dis­ tinguer entre la religion spirituelle cl le légalisme étroit. Sa culture hellénique en faisait dès cc moment, â son insu, un instrument apte à présenter le christia­ nisme au monde grec. Lorsque nous le retrouvons à Jérusalem. Act., vu, 58, 60, il est adjoint au groupe d’ « hellénistes ». A cause de son zèle, de son tempé­ rament ardent el de ses brillantes qualités d’esprit, il est choisi par les autorités juives de la capitale pour porter un grand coup aux chrétiens. Le tableau ci-dessus, représentant l’éducation de saint Paul et son rôle de persécuteur, est tracé â l’aide des renseignements fournis par les Actes et les épltrcs. Quelle en est la valeur historique? Beaucoup d’histo­ riens à tendance radicale contestent la valeur de ces renseignements. Ils refusent aux passages des Actes toute portée historique, et ils prétendent que les affir­ ma lions de l’Apôtrc, dans scs épltrcs, ne sont pas à prendre ù la lettre. Paul, disent-ils, se défend d’être juif helléniste; c’est donc précisément le grief que lui faisaient les Judéo-chrétiens de Palestine, et sur ce point ils avaient raison contre lui. Pour se défendre, saint Paul est donc obligé de sc présenter comme un pharisien zélateur fervent de la Loi; mais, en réalité, il n’aurait été qu’un helléniste très libéral, déjà acquis à l’idée d’une religion universaliste indépendante de la Loi, et Imbu de la mystique païenne. Ainsi sa conver­ sion s'expliquerait tout naturellement. Il ne lui en coûtait pas d’abandonner le judaïsme auquel il n’était guère attaché et, d’autre part, grâce à la connaissance des mystères païens, il était déjà familiarisé avec les idées de Dieu sauveur et de mort mystique, idées fon­ damentales de sa théologie. Il ne lui restait plus qu’à en faire l’application à Jésus, devenu Christ glorieux par sa résurrection.— Il faut donc examiner de près : 1. la valeur des renseignements fournis par les Actes ; 2. la valeur des aflinnations de saint Paul dans ses épltrcs, spécialement dans l’épilrc aux Galales. 1. Les discours des Actes sont, dit-on, des morceaux d’éloquence dans le genre de ceux que les auteurs classiques mettent dans la bouche de leurs héros. Saint Luc ne les donne point comme des résumés de sténographie. C’est pourquoi ils demandent à être contrôlés à l’aide d'autres documents. A cela on peut répondre qu’on ne songe pas à nier la part du rédacteur dans la composition de ces dis­ cours, surtout lorsqu’il s’agit d’exprimer des Idées qui cadrent avec une situation et qui résument une doc­ trine. II y a là un procédé littéraire ou un genre sur lequel personne ne saurait se méprendre. Le discours à Antioche de Pisidic, Act., xm. 13-11, par exemple, peut être regardé comme le type des exposés que saint Paul faisait d’ordinaire aux Juifs pour leur montrer que Jésus est le Christ cl que l’on est sauvé par la foi en lui II est, en elïcl, un exposé général qui rappelle, au moins dans la première partie, les discours de Pierre, Act., i, il, et celui d’Etienne. Act., mi. C’est ainsi que Paul dut s’habituer à prêcher à Antioche, en compagnie de Barnabe, en y instruisant des foules D1CT. DE THÉOE. CATHOL. 2338 nombreuses pendant une année entière; cf. Act., χτ. 22-26; ci. 19-20. Mois, lorsqu'il s'agit de relater de·, faits précis, il en va tout autrement. On ne peut rejeter les rensei­ gnements d’un auteur en s’appuyant sur une simple conjecture; il faudrait faire la preuve qu’ils sont faux Or, les renseignements des Actes sont confirmés dans leur ensemble par les documents de l'histoire profane el de l’archéologie. Cf. article Adrs drs apôtres, dans le Supplément au Dictionnaire de la Bible, coi. 63 sq. Saint Paul, d'après les Actes, fut élevé dans la tradi­ tion du pur pharisaïsme et devint persécuteur des chrétiens. Ces données sont confirmées par les c^pllres — les textes ont été cités plus haut. Or, les épltrcs sont des documents dont on ne peut suspecter ni la sincéntv, ni l'exactitude. On s’attaque spécialement aux notices sur Gamaliel, Act., xxn, 3; v, 3-1-10. Dans le dernier passage, nous voyons cc docteur faire un discours assez libéral en faveur des apôtres que l’on vient d’arrêter. Or, dans ce discours. Il commet, dit-on, un anachronisme au sujet de Theudas cl scs partisans. En effet, d’après Flavius Josèphc, Antiq., XX. v. t, la révolte de Theu­ das devrait sc placer vers Lan 45. sous Je procurateur Cuspius Fadus, c'est-à-dire au moins dix ans après l'arrestation des apôtres mentionnée au c. v des Actes. D’abord, a supposer — ce qui n’est point établi — que saint Luc ait fait commettre un anachronisme à Gamaliel en rapportant son Intervention, cela ne prouverait nullement que celui-ci n’a point été le maître de saint Paul cl il ne faudrait point pour cela rejeter le renseignement des Actes, xxn, 3. Sur ce der­ nier point, saint Luc avait des moyens d’information qui excluent toute possibilité d’erreur. Cf. A. C. Headlum, art. Ads o/ the apostles, dans Hastings. Dictionary of the Bible, t. r, p. 30 in /me. Mais, en réa­ lité, d’une part, le discours de Gamaliel rapporté par saint Luc s’accorde avec le caractère de ce rabbin; il en reflète le libéralisme cl la moderation D’autre part, l'on peut estimer que saint Luc offre, comme his­ torien. autant de garanties que Flavius Josèphc. C’est pourquoi plusieurs exégètes sont portes à lui donner la préférence lorsque scs récits ne s’accordent point avec ceux de l’historien juif. Mais, dans Je cas présent, est-il bien certain que le Theudas d’Act., v, 36, soit le meme que celui de Flavius Josèphc, Ant., XX. v, 1? En eilet, d’après les Actes, la sédition de Theudas remonte à une époque déjà passée: celle de Judas le Galllécn est plus rapprochée; cf. t. 36: «avant ces jours », cl >'.37 : « après lui ». Ainsi Gamaliel n’efface point la perspective des deux événements; au con­ traire, il la précise. En outre, Flavius Josèphc donne l’impression que la révolte dont il parle fut réprimée avec plus de vigueur que ne le dit Gamaliel Aussi, beaucoup d’exégètes se croient autorisés à distinguer deux événements. Celle position est confirmée pur un argument philologique. Le mol Theudas ou Théodns n’est que la forme contractée de Théodoros. «—comme Cléopas, de Cléopalros, — il est donc l’équivalent grec de Mathias, nom très répandu chez les Juifs, qui por­ taient souvent deux noms, l’un hébreu, l’autre grec ou romain. C’est pourquoi on a proposé avec vrai­ semblance d’identifier le Theudas des Actes avec Mathias-bcn-Margalol, qui provoqua une sédition sous Herode le Grand. Cf. Flavius Josèphc, An/., XVII, vi, 2; Bell, jud., 1, xxxiu, 2; Pirol, art. Actes des apôtres, dans le Supplément au dictionnaire de la Bible, col. 75; Jacquier, Les Actes des apôtres, p. 177 sq; Hose. Les Actes des apôtres, p. 49. 2. Enfin, dans scs épltrcs, saint Paul, afllnuc-l-on. sc défend d’être Juif helléniste. Or, c’est précisément le grief que lui font ses adversaires, les judéo-chré­ tiens. Ce sont donc eux qui ont raison et non l’ApôT. — xi — 71 2339 PAUL (SAINT). INFLUENCE DE LA PENSÉE .JUIVE 2340 Par suite, saint Paul invoque l’Ancien Testament Irc. car, lui, il fait son apologie an detriment de In comme une autorité pour démontrer sa doctrine, el il n \26aux Romains sont deux documents de la plus haute 29. en exposant les rapports entre Dieu et l’homme, il montre l'action de la Providence dans l’histoire el importance. 4° Influence dc la pensée hellénique ct du monde il arrive au salut par le Christ, f. 30-31. Avec une doctrine religieuse si nettement exprimée, il serait palen. — La pensée hellénique ct le monde païen ont marqué, à des titres divers, la pensée de saint Paul. puéril de voir dans le ÿ. 28 une doctrine panthéiste. En citant Cléanthc et Aratus, l’Apôtre use d’un pro­ 1. La pensée hellénique — L’Influence grecque sc cédé littéraire courant, mais sans compromettre l’in­ reconnaît dans son style et aussi dans sa dialectique. Sa manière dc traiter les sujets, surtout dans l’épltrc tégrité de sa doctrine, et sans faire une concession qui aux Romains, rappelle la méthode dc la diatribe stoï­ aurait été dans le cas présent dc fort mauvais alol. Sur saint Paul ct le stoïcisme, voir J.-B. Lightfoot, cienne. Celle méthode, en usage dans l’enseignement dc la philosophie morale, tenait le milieu entre le dia­ Philippians, p. 278 sq. : S. Paul and Seneca; W.-L. logue cl le traité. Cependant, la ressemblance n’est , Davidson. The stoic Creed; Norden. Agnostos Theos; pas aussi frappante que plusieurs le croient. Voir Rose, Les Actes des apôtres, p. 181 ; Jacquier, Les Actes 2347 PAUL (SAINT). INFLUENCE DE LA PENSÉE GRECQUE fruit* nouveaux. (Eccli., XXIV, 22-23.) La Loi représentait donc la volonté immuable de Dieu ct ne pouvait être sujette aux changements comme les lois humaines; elle était éternelle; cf. Livre dJienoch, xeix, 2, IL Jésus déclan· qu’il ne vient 2305 PAUL (SAINT). LA LOI ET L'ÉVANGILE 2366 pas détruire hi Loi, mais < l’accomplir », πληρώσαι, En parlant de In Lot, noue distinguons, d’un côté, c’est-ù-dire In rendre parfaite, ou lui faire donner tous l'obligation morale, c'est-à-dire le point dc vue de la ses fruits en lui faisaint atteindre sa fin; Matth., v, conscience Hé à l’intention, cl, dc l’autre côté, l’élé­ 18; 17Luc., XVI, 17; cf. Horn., x, L τέλος γάρ νόμου ment rituel ou formel. Les prophètes les plus anciens Χριστός. Parler de la supprimer eût paru un blasphème ; avaient accentué le premier, cn montrant qu’il était mais,en réalité, Jésus prépare sa suppression non seule­ I indispensable pour plaire ù Dieu; Je service dc Dieu ment en lui faisant atteindre sa lin, mais cn la trans­ était avant tout, a leurs yeux, a (Taire de disposition formant, en lui donnant un esprit nouveau : il rem­ morale cl d’intention. Mais, après l’exil — Ézéchiel, place In lettre par l'intention cl par la valeur morale au temps de l’exil, marque l’époque ou a déjà commencé du précepte. la transformation — le point dc vue cérémoniel ou Pour le Juif, la Loi, prise dans la matérialité de sa légal occupa davantage les esprits. On en vint peu lettre, était comme un bien de famille inaliénable : ù peu ù confondre ta valeur morale de l’acte avec sa • SI nous sommes privés dc nos biens, de nos villes ou • sainteté » légale. Dc là. a ne plus viser qu’à l’obser­ de nos autres avantages, il nous reste notre Loi vation matérielle de ta Loi et des traditions, il n’y immortelle », s’écrie Flavius Josèphe, Contr. .1 pion., avait qu’un pas. Il fut vite franchi, et le point dc vue n, 38, éd. Naber, t. vi, p. 287. Après la ruine dc moral se trouva fondu, pour ainsi dire, dans le point Jérusalem, l’auteur de V Apocalypse de Haruch dira : de vue légal, ct absorbé cn lui. ’· Nous n’avons plus rien si ce n’est le Très-Haut ct sa En fait, au rr siècle, le < système légal » distinguait Loi. » Apoc. de Haruch, lxxxv, 3. le Juif ct le séparait du païen. En observant la Loi En fait, la Loi était, pour le Juif, non seulement la a la lettre, l’Israélite faisait ta volonté de Dieu »; règle de toute la vie, mais le gage du salut dans le il n’était donc point · pécheur ■ comme les autres monde à venir. Cf. Ps. xix, 8; IV Esdr., vu, 129 hommes. L<· païen, n’ayant point la 1-oi, ne pouvait (dans le texte latin : t. 57-59); ix, 31; xiv, 22. La faire ta volonté dc Dieu; il était donc nécessairement Loi devait être, pour le Juif, à In fois un remède au pécheur aux yeux des Juifs. mal physique et au mal moral, c’est-ù-dire au péché. Dans celle conception dc ta religion, les rapports Elle devait garantir, par son observation, l’accomplis­ dc l’homme avec Dieu étaient réglés en vertu d’un sement des promesses faites dans l’Ancien Testament contrat : ils étaient ceux d’un débiteur avec son ct, par suite, mettre l'Israélite Adèle en possession des créancier. Trop souvent, on croyait à ta valeur d’un biens messianiques dans le royaume de Dieu futur. acte indépendamment des dispositions du cœur. Cf. Rabbi Gamaliel 111 (vers 250, Ills dc rabbi Juda le Marc., vu, 1-13 cl parallèles : le serment du Qorban. Prince) disait : · Il est avantageux de joindre l’étude Voir aussi les reproches dc Jésus aux pharisiens. Matth.. de la Thora aux occupations du siècle, car la peine xxm. 23 sq. ; Luc., xi, 39 sq. Saint Paul dira des Juifs : que l’on prend en ces deux choses efface les péchés. » • Ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon ta connais­ Pirké Abboth (principal traité de la Mischna), n. 2. sance (ils ont un zèle mai éclairé). » Rom., x, 2. éd. Bccr-I loltzmann, p. 38-39. La vie des pharisiens était réglée jusque dans les moindres details par la Loi et surtout par scs commcnLe livre de Γ Ecclésiastique, en identifiant la Loi avec la sagesse divine, semblait cn faire une hypostase. I taires. Eccli., xxiv, 8. La Loi apparaissait ainsi à cette Au formalisme de la Loi. s'ajoutait le fanatisme époque comme l’expression la plus parfaite de la national : pratiquer la Loi et haïr l’étranger, c’csl-ù« sagesse », de lu < parole · divine. Par ailleurs, le livre dire le pécheur, résumait les sentiments du Juif de la Sagesse présentait la sagesse » comme < une religieux, en Palestine, au irF siècle. La Loi était, cn pure émanation de la gloire de Dieu tout-puissant ». effet, regardée comme un patrimoine national. Elle garantissait l'accomplissement des promesses faites â Sap., vu. 25-26. Aux yeux des Juifs, cette sagesse Israël, promesses comprenant le salut de ta nation, était la Loi elle-même; cn la recevant, .Moïse avait vu aussi bien que la vie dans le monde futur. Ainsi, dans un relict de la « gloire » de Jahweh. Ex., xxxin. 23; 18XXX!v, 1 sq. On comprend pourquoi les Juifs l’esprit du Juif, l’intérêt de ta nation était lié à la regardaient la Loi comme éternelle ct divine. Les textes pratique de ta Loi. Il fallait donc tout souffrir plutôt dans cc sens abondent dans les écrits du judaïsme : que dc ta violer ou de l’abandonner. Cf. Flavius Josè­ « Gelui qui afllrme que la Loi n’est pas venue du ciel, phe, ('.ont. Apion., n, 38; i. 8; i. 21, éd. Nabcr, t. vi. celui-là n’aura point de part au monde ù venir. » p. 287. 191, 213. Sanhédrin, x, 1. « Gelui qui dit que Moïse a écrit un Toutefois, l’idée de pureté d’intention, de conscience morale n’avait point disparu. Vnc parole remarquable seul verset en le tirant dc son propre fond, cclui-iù est de Simon le Juste (antérieur â J.-C.. cf. Ftav. Josèphe, un menteur ct un contempteur de la parole de Dieu. » Ibid. < Que l’étude de la Loi soit la règle dc ta vie. » ' An/.. NIL il, 5, et iv, 10). rapportée par Antigone dc Socco dans le Pirké Abboth, cn esl ta preuve : « Il SchainmaT, dans le Pirké Abboth. t, 15. p. 28-29. « Gelui qui a acquis les paroles dc la Thora, a acquis (Simon le Juste) avait coutume dc dire : Ne soyez point comme des serviteurs qui servent leur maître la vie du monde ù venir. » Hillel, dans Pirké Abboth, ii,t7, éd. Beer. p. 16-17. On trouvera de nombreuses dans le but de recevoir une récompense; mais soyez citations rabbiniques sur la valeur ct la durée dc la comme des serviteurs qui servent leur maître d’une Loi dans L. Strack et P. Billerbeck, Das Evangelium manière désintéressée; el que ta crainte du ciel soit nach Matthaus erlaiitcrt aus Talmud und Midrasch, sur vous. · Pirké Abboth., éd. Beer. p. 7-9. Cc n’était Munich. 1922. p. 2 11 sq. point là un cas isolé, il devait y cn avoir bien d’autres. Ccui qui ne connaissait pas la Loi était même Mais, dans l’ensemble, les pharisiens étaient avant tout regardé comme maudit; le quatrième évangile y fait des serviteurs formalistes cl intéressés. Quiconque allusion : < Get te populace qui ne connaît pas la Loi. observait la lettre de la Loi était à leurs yeux assuré ce sont des maudits. » Joa., vu, 19. Aussi, les écoles de la récompense : < Ta récompense sera proportion­ élémentaires pour les enfants, les synagogues el les née ù ton travail. · Pirké A bboth, \, 26, parole de Bcnécoles de scribes avaient pour but principal d’assurer Hé-llé, pseudonyme ou initiales; ta parole est con­ l’étude ct la pratique de la Loi. Le psaume i, qui est servée en araméen cl doil venir de Hillel. Gf. édit. un hymne ù la Loi, résume le programme religieux du Beer, p. 156 157. Noir une formule analogue, mais pieux Israélite : Jleatus vir, qni non abut in consilio ayant un sens tout différent, dans I Cor.» m, 8. impiorum. ...sed in lege Domini voluntas ejus, ct in Ainsi toute pratique religieuse cl morale était condi­ tege ejus meditabitur dic ac nocte. Ps. i, 1-2. tionnée par la lettre de la Loi : l’idée d’obligation cn 23G7 PAUL (SAINT). LA LOI ET L’ÉVANGILE conscience existait sans aucun doute, niais elle était celle d’obéissance religieuse A la lettre dc la Loi et aux traditions qui la complétaient C’est par IA que l’on obtenait la Justice et que l’on parvenait nu salut. Et, comme la Loi était le privilège d’Israël, aucun homme ne pouvait être sauvé qu'en pratiquant la Ixii, c’est-à-dire en passant par Israël ou en se faisant d'abord Juif. Ainsi, la propagande Juive qui tendait A amener tous les peuples au service de Jahwch n’avait dc l’universalisme que l’apparence; elle était faite, cn réalité, au profil du peuple Juif. En outre, la circoncision était le rite initiateur du judaïsme. Elle était donc indispensable à quiconque voulait appartenir A Israël. Elle était le signe de l’élection : ·* Elle est une alliance éternelle », est-il dit dans le Livre des jubilés, xvi, H, ct encore : < Tout Israélite qui n’est pas circoncis le huitième jour appartient aux fils dc la perdition », ibid., xv, 26; Il doit être supprime de la face de la terre. La Loi de la circoncision est éternelle ». Ibid., xv, 13; xvi, 27. Ceux qui oublient cette · alliance » sont comme les païens, pour eux il n’y aura « ni pardon, ni rémission pour le péché dc celte erreur étemelle ». Jubilés, xv, 31. Il faut noter que le Livre des jubilés, écrit pendant la période grecque de l’histoire juive, réagit contre Pin fluence de la culture hellénique. Bien des Juifs se dispensaient de la circoncision ou cherchaient A cn faire disparaître les traces ; cf. El. Josèphe, An/., XII, xv, 1; 1 Mac., î, 16; I Cor., vu, 18. C’est pour­ quoi cet apocryphe veut donner la plus haute idée de la circoncision el de la Loi. Il pousse même scs affirmations Jusqu'à l’absurde : « Elle (la circonci­ sion) a été observée par les deux ordres d’anges les plus élevés; ils ont été créés ainsi dès le jour dc leur création. » Jubilés, xv, 27. — Même, si un Israélite a pratiqué l’idolAlrie, enseignaient certains docteurs, Il faudrait faire disparaître la circoncision avant qu’il soit jeté dans la Géhenne. Cf. F. Weber, System der altsynagûgalen palQstinischen Théologie mis Targum, Midrasch und Talmud dargcslellt, p. 51-52, cf. traité Erubin, 19 a. De telles exagérations n’étaient sans doute point la doctrine commune du judaïsme officiel, mais plutôt une façon d’exalter jusqu’au paradoxe un rite, marque distinctive du peuple dc Dieu. Mais la théologie Juive discutait sur les rapports entre la Justification d’Abraham ct sa circoncision. Quand Abraham fut circoncis, Dieu lui-même intervint. F. Weber, op. cil., p. 255. La circoncision fut pour Abraham une observation anticipée dc la Loi cl lui valut d’être le · père des nations »; cf. Wajflkra Rabba,2 sq., Weber, ib(d.,p. 255. Ce fut A cause de la circoncision d’Abraham que son fils Isaac naquit comme « une descendance bénie ou sainte ». Saint Paul s’attaquera au principe même de cette doctrine en montrant, dans le c. îv de l’épltre nux Domains. que la foi d'Abraham fut antérieure A sa circoncision; que la valeur dc celle-ci fut conditionnée par la foi. ct que, par suite, les promesses et les pri­ vilèges attachés par les Juifs à la circoncision dépen­ daient en réalité dc la foi. En un mot, l’Apôtrc prouve que le titre donné par la fol devient Inutile et vain si on en a un autre, c’est-à-dire In Loi, permettant d'exiger cn Justice les avantages de la promesse. Boni., iv, 13 sq. La Loi, étant venue longtemps après Abraham, ne constitue donc point une annulation de l’alliance conclue cn vertu de la foi, avec le père des ι croyants; elle n’est qu’une disposition parallèle ct transitoire. GnL, m, 17-18. Pour bien saisir toute la portée du conflit religieux entre saint Paul cl les judahanls. pour comprendre la doctrine dc l’Apôtrc formulée A l’occasion de celle lutte cn faveur dc la conception universaliste de la 2368 religion, il faut dire comment les Juifs concevaient les rapports, d’une part entre la Loi et le péché et, d’autre part,entre la Loi et le salut, deux thèmes sur lesquels insistera particulièrement saint Paul. 2. Rapports entre ta Loi et le péché chez les Juifs. — Le péché consiste essentiellement dans la violation des ordonnances et des commandements de la Loi, Jubilés, t, 10; xxxiti, 16; cl aussi dans l’abandon des traditions orales, ibid , χχιι. 1 L Même si l’on trans­ gressait les ordonnances de la Loi sans le savoir, on commettait un péché. le péché d’ignorance, cc que nous appelons le péché matériel. Ainsi toute espèce de violation de la Loi était une faute, et il n’y avait pas de faute sans violation de la Loi mosaïque. En eflel, toute obligation étant déterminée par la lettre delà Loi ou les traditions, il n'y avait pas d'autre loi en dehors dc la Loi; toutes les lois humaines n’étaient (pie des dérivations de cette Loi, loi éternelle cl sagesse divine. Le païen était donc inévitablement pécheur, puisqu’il n’observait pas les prescriptions dc la Loi. Saint Paul rétablira la notion de loi naturelle ct de conscience. Hom., il, I l sq.; cf. iv, 15 sq. En outre, l’Apôtrc nous dira qu’avec la Loi est venue la connaissance du péché et que le péché n'est pas imputé là où il n’y a pas de Loi. Hom.» v, 13, 20; vu, 5-15; Gai., m, 19. Cette doctrine est la conséquence même de l’idée que les Juifs avaient de la Loi ; car celleci était à leurs yeux toute loi. Un passage du Livre des Jubilés éclaire ce point. L’auteur veut excuser le crime de Ruben rapporté dans la Genèse, xxxv, 21-22. Un tel crime, sous la Loi, aurait été puni dc mort; cf. Deul., χχιι, 32; Lev., xx, 11. Mais, observe l’auteur, « A cette époque (c’est-à-dire au temps des patriarches) n’avait point été révélé le commandement, ni le jugement, ni la Loi dans sa plénitude pour tous. Mais en tes jours (au temps de Moïse, sous la Loi) elle est révélée comme une loi dc saisons el dc jours, une loi éternelle pour toutes les générations. El pour cette Loi 11 n’y a point dc lin de jours; pour la violation de celle Loi il n’y a point d’expiation ct tous les deux (1rs deux coupables) doivent être supprimés du milieu dc la nation », Jubilés, xxxm. 16-17; cf. Charles, Apocrypha and Pseudepigrapha oj the Old Testament, l. n, p. 6 L Telle est la raison pour laquelle Bubon, tout en étant coupable, ne jut point puni dc mort. Plus lard, les rabbins tentèrent de l’excuser complètement. Cf. The jewish Encyclopedia, art. Reuben, in rabbini­ cal and apocryphal literature, l. x, p. 386. Saint Paul dira dc son côté : « Là où il n’y n pas de loi, il n’y a pas non plus dc transgression », Boni., iv, 15; ct : « Là où il n’y a pas de loi, le péché n’est pas imputé (comme crime capital) », Hom., v, 13, cl encore : « La Loi a été donnée pour les transgressions », Gai., m, 19, ct : < La loi est intervenue pour faire abonder la faute. · Boni., v, 20. Ainsi, pour saint Paul, la Loi — aussi bien la défense faite à Adam, Gen., if, 17, que la loi de Moïse - a causé la mort cn portant une défense sous peine de mort. Ainsi, déjà avant saint Paul, la Loi était regardée comme une source de culpabilité ct, par suite, une cause dc mort. Mais les tenants du judaïsme officiel ne la regardèrent point pour cela comme un fardeau et ils n’étaient point tentés de la rejeter, car elle était pour eux la garantie du salut. 3. Rapports entre ta Loi et te salut chez tes Juijs. — En général, les Juifs admettaient que les « œuvres dc la Loi », c’est-à-dire l’observation des préceptes Imposés par la Loi, garantissaient l’accomplissement des promesses faites par Dieu à Abraham cl par les prophètes au peuple d’Israël. Si, d’un côté, la Ixii était cause dc péché, elle était aussi, d’un autre côté, un remède efficace au péché, car clic triomphait du « mauvais penchant ·. Les justes regardent la mort 2369 PAUL (SAINT), LA I O( ET L’ÉVANGILE suns crainte. dit PAponilypsc syriaque de Baruch, • car ils ont une provision dc bonnes œuvres conser­ vées dans les trésors ». Baruch syr., xiv, 12. Ln justi­ fication réside dans l'observation de la Ixd; ibid., li, 3; le salut s’acquiert par les œuvres, ibid., u, 7; la prière d’Ézéchlas fut exaucée « parce qu’il avait confiance dans ses œuvres ». lbtd.9 vxin, 3-5; cf. n, 2. Dans cette conception du salut le pardon était obtenu par les < œuvres ». Celles-ci constituaient l'équivalent nécessaire, le prix en quelque sorte dc la rémission. Par la justice acquise, justice personnelle, l'homme rétablissait l’ordre après la faute. Bien plus, les justes défunts, surtout les anciens, par le mérite dc leurs · œuvres » devaient sauver Israël malgré les fautes dc scs membres, Baruch syr., xiv, 7; lxxx, 10; lxxx, 2. Ainsi, l’idéal moral ct religieux était réalisé par l’observation dc la Ix>l. La volonté était capable dc l'accomplir ct la Loi même communiquait ù l’homme la force nécessaire pour marcher dans le droit chemin. Telle est la position du pharlsaisinc strictement orthodoxe, dans le courant du Ier siècle de notre ère. Un enseignement analogue se retrouve dans le IV· livre des Macchabées, livre non canonique, mais très Instructif, composé entre l’an 63 av. J.-C. ct l’an 38 après. L’auteur déclare que la raison est capable dc maîtriser la passion, mais que la Loi est encore plus puissante, IV Macch., n,4-6; 8-15; la Loi est capable d’exercer, dans le domaine de l’esprit, un empire souverain. Un passage de l’Ecclésiastique sc rapproche de cette doctrine : « Celui qui observe la loi maîtrise son penchant naturel (probablement : le mauvais penchant). » Eccll., xxt, IL Les rabbins enseignaient que la Loi était un remède donné par Dieu contre le « mauvais penchant ». Nous lisons dans la Mischna, traité Kidduxlum, 30 b (Talm. Bab.) : « J’ai (c’cst Dieu qui parle) créé le mauvais penchant, 17ΊΠ j’ai créé pour lui la Loi, comme moyen de guérison (dc salut). SI vous (Ionnez Λ la Loi toute votre attention, vous ne tomberez point cn son pouvoir. » En attribuant à Dieu la créa­ tion du mauvais penchant, les Juifs ne voulaient point faire dc Dieu la cause du mal. Ils évitaient celte conclu­ sion en faisant dc la Loi le remède au ma) moral. A côté dc cc courant de doctrines que l’on pourrait appeler optimiste à l’égard de la Loi, on cn rencontre un autre, surtout dans la seconde moitié du i*r siècle dc notre ère, que l’on peut qualifier dc pessimiste. Il était le fruit d’expériences ou d’observations Indivi­ duelles plutôt qu’un thème d’enseignement rabblnlque. Certains esprits avaient conscience que la Loi n’avait point atteint son but, à savoir, dc racheter Israël. Ce n’étalt plus elle qui soutenait leur espérance, c’était l’attente do l’ôge messianique futur, avec l’interven­ tion du Messie. Tel est le point de vue dc certains éléments du IV· livre d’Esdras, rédigé définitivement au commencement du n· siècle. La Loi y est présentée commo un fardeau. Elle a apporté la connaissance du péché, ct c’est à cause d’elle que les Juifs périssent. Un passage surtout est remarquable : · Nous qui avons reçu la Loi et qui avons péché, nous devons périr, avec notre cœur qui a été reçu par la Loi, mats In Loi ne périt point, car elle habite dans la gloire. · IV· livre d’Esdras, ix,3G. L’auteur explique sa pensée à l’aide d’une comparaison assez curieuse. La Loi a été donnée nu peuple; clic devrait donc être faite pour le peuple. En effet, d’ordinaire c’cst le contenu qui dis­ paraît tondis que le contenant ou réceptacle demeure. Or, dans le cas du peuple ct do In Loi, c’cst le contraire qui a lieu : le peuple, qui est comme le « réceptacle · dc In Loi puisqu’il a reçu la Loi, doit périr; ct c’cst la Loi, c’est-à-dire le · contenu », qui demeure. Voir Charles, op. cit., t. n, p. 602. PICT. DK THÉOL. CATIIOU 2370 Ainsi, d’après le IV· livre d’Esdras, la Loi est Impuissante a sauver l’homme de In condamnation. C’est pourquoi un petit nombre seulement d’Israélites seront sauvés. IV Esdr., vm. H; ne, 15, 127-140. Cf. m, 20-21 ; îv. 26-27; vm, 35; vu. 11,47, 67. En conséquence, il n’y a d’autre moyen dc salut que la miséricorde de Dieu : < O Seigneur, ta justice et ta bonté seront manifestées si lu es miséricordieux envers ceux qui n’ont point une provision dc bonnes œuvres. » IV Esdr., vm, 32-36; cf. vu, 77. Dans ce livre, le salut par la justice personnelle ct les œuvres dc la Loi esl beaucoup moins assuré qur dans Apo­ calypse de Baruch. Mais l’auteur ne met nullement en doute la valeur des œuvres ; il maintient au contraire la doctrine courante du judaïsme. Seulement 11 sent que la Loi est impuissants à procurer le salut, et qu’elle devient, de ce fait, une cause dc perdition. La ressem­ blance est assez frappante avec saint Paul, Rom., vm. 3 sq. Comme Esdras, l’Apôtrc constate que la Loi est sans force; mais, comme il possède la · loi de Γ Esprit dc la vie »,en Jésus-Christ, il est affranchi dc la Loi, qui devient inutile. Le fait d’avoir trouvé le salut dans le Christ, le Fils dc Dieu, principe à la fob de vie spirituelle ct de vie morale, lui apporte l’assurance de la vie future ct l’apaisement que l’auteur du IV· livre d’Esdras cherche cn vain. La Loi lui apparaît désor­ mais comme mutile cl Incompatible avec la nouvelle « économie », c’est pourquoi il In rejette. Or, le IV· livre d’Esdras est postérieur à saint Paul. Dépend-il dc l’Apôtrc, ou rcpréscntc-t-il un courant d’expériences déjà faites cl répandues dans le judaïsme au premier siècle? La première hypothèse nous parait peu vraisemblable. Cc livre ne traduit ni emprunt, ni réaction contre l’Apôtrc. Sans doute, cn maintenant la Loi, il adopte une solution radicalement opposée à celle dc saint Paul; mais, s’il avait voulu réagir contre In solution chrétienne, il n’aurait pas manqué d’exalter ccttc Loi au lieu dc déplorer son impuis­ sance. Il est donc plus vraisemblable qu’il y avait dans le judaïsme, au i·· siècle, un courant moins forma­ liste que celui du pharisalsme orthodoxe, sentant l’insuillsancc ct, pour ainsi dire, la faillite dc la Loi au point dc vue moral ct religieux. 11 y aurait là une préparation négative au christianisme, une voie ouverte à l’évangile dc l’Apôtrc. Celte préparation existait sans aucun doute chez beaucoup de Juifs de la Dispersion, imbus de civilisation grecque et moins attachés à la Loi que les Juifs parlant l’aramécn. En Palestine même, renseignement dc Jésus, contras­ tant avec celui du pharisaïsme, devait répondre aux aspirations de beaucoup d’âmes outrées par le forma­ lisme des scribes. Le Maître donnait à la Loi un esprit nouveau; lire Matth., v, 17 sq.; xn, t sq.; Marc., n, 27-28; ni, 1 sq.; Malth., xi, 28-30; XX Ul, I « Luc., xi. 16. Au concile dc Jérusalem, saint Pierre parlera dans le môme sens que saint Paul, Act., xv, 10-11; cf. Boni., vif. 7 sq. Saint Etienne reprochait aux Juifs dc n’avoir pas · gardé · la Loi, Act., vit» 53; Il était l’écho dc l’enseignement dc Jésus. L Le principe paulinien et la Loi. — Saint Paul, par son éducation, sn culture hellénistique, les milieux où II avait vécu, était déjà préparé ù comprendre l’universalisme de la religion. Avant sa conversion, tout cn restant fermement attaché à la Lot par devoir cl par tradition, il avait sous les yeux des faits qui en démontraient journellement la faillite. Déjà avant lui, on avait compris dans certains milieux juifs, que la Loi avait produit une surabondance de transgressions et dc culpabilité, et qu’elle avait été cause de mort. Mais personne, chez les Juifs, n’avnit jamais proposé de la rejeter comme moyen de salut ct dc l’abandon­ ner; c’eût été à leurs yeux un blasphème. Au moment dc sa conversion,saint Paul,cn recevant T. — XI — 75 2371 PAIL (SAINT). LE CONCILE DE JÉRUSALEM la revelation du Fils de Dieu, comprit que Jésus, le Christ ressuscité, donnait cc que les Juifs attendaient de la Loi. Il était source de justice, de grâce, de vie spirituelle et de sainteté; en lui était la garantie de la résurrection. Horn., v, 20-21; vi, 1-14; vin. 3 sq. Son action salvifique s'étendait non seulement aux Juifs, dont il était le Messie, mais ù tout homme sans distinction de race ou de nationalité, le plan divin de salut englobant tous les hommes. Dans une telle conception des choses, que devenait la Loi? Elle n’avait plus de raison d'être, puisqu’on avait trouvé le remède aux maux dont elle h’avait pu guérir. Son rôle est donc termine. Dans l'exécution du plan divin elle n'est plus, aux yeux de ΓApôtre, qu’un épisode niii ayant son commencement et sa fin. Avant hi Loi, on était sauvé par · la foi »; l’Écriture le prouve par l’his­ toire d’Abraham. Or, la Loi devait conduire au Christ. Cc rôle est maintenant achevé, puisque le Christ est venu. D’ailleurs, l'expérience a démontré qu’elle n’est principe d'aucune force morale; elle sc borne à imposer des commandements. Elle est donc source de péché. A l’égard du salut elle est devenue un obstacle qu’il faut surmonter, un fardeau dont il faut sc débar­ rasser. un ennemi qu’il faut vaincre. Bonne en ellemême, puisqu’elle a rempli le rôle que la Providence lui avait assigné, elle appartient désormais au passé. L'universalisme, la conception morale et spirituelle de la religion avec Jésus-Christ comme centre, prin­ cipe de vie nouvelle et garantie de salut, remplace maintenant la religion légale et le particularisme juif. 2e Le conflit; solution de la question de principe au concile de Jérusalem. — 1. Le conflit. — Jésus était le Messie des Juifs. Or, comment un Messie juif pouvait-il être principe de salut autrement qu’en Israël? Com­ ment pouvait-il l’être en dehors de la Loi, à la pratique de laquelle avaient été liées les promesses? Comment pouvait-on être juste sans observer le code de la justice? Comment les païens pouvaient-ils bénéficier de cette grâce sans passer par Israël, c’est-à-dire sans sc soumettre à la circoncision et à la pratique de la Loi? Telles étaient les questions que ne pouvait manquer de faire naître dans un esprit juif la doctrine prêchée par saint Paul dans scs missions chez les païens. Dès le commencement de son apostolat, peu de temps après sa conversion, les Juifs non convertis lui avaient fait une violente opposition, à Damas et à Jérusalem, Act., ix, 23, 29, comme plus tard ù Thcssalonlque, Act., xv!i, 5 sq. Ils le poursuivaient pour attenter à scs jours. D’un autre côté, la fraction des nouveaux chrétiens restés pharisiens par tempérament, le combattait également, d’une façon moins violente, mais plus sournoise, en exerçant une sorte de contre-apostolat pour modifier sa doctrine et maintenir cc qu’elle i regardait comme les droits imprescriptibles de la Loi. Un conflit existait déjà à l'état latent entre ces judaïsants cl l’Apôtre. Il éclata à Antioche, vers l'an ; 50, et donna Heu au concile de Jérusalem,où fut traitée la question de principe : rapports entre la Loi et le salut des païens. Puis, les menées des judalsants pro­ voquèrent, dans les Églises de Galatie, une crise qui obligea saint Paul à exposer, dans l’épltre aux Galates, l’origine divine et la légitimité de sa doctrine, c’est-àdire : le « salut par l’évangile de Jésus-Christ sans la Loi ». 2 Le concile de Jérusalem. — « Quatorze ans plus tard >. Gai., ιι, 1, saint Paul monta de nouveau à Jérusalem avec Barnabe et Titc. — Le point de départ de cette note chronologique reste incertain. Faut-il entendre « quatorze ans » après sa conversion ou après son premier voyage a Jérusalem? A ne considérer que le texte, les deux manières peuvent se soutenir avec 2372 à peu près autant de vraisemblance. Dans les deux cas, saint Paul fait observer qu’il prêchait l’Évanglle depuis de longues années, lorsqu’il résolut d’aller à Jérusalem, traiter la question de principe relative à l'admission des « gentils » à la foi chrétienne. Il monta à Jérusalem à la suite d’une révélation, Gai., n, 2, ce qui exclut toute idée de contrainte ou d’invitation officielle. 11 n’éprouvait lui-même nulle­ ment le besoin de faire cette démarche, car il n’avait aucun doute sur la légitimité de ses positions. Mais il agissait pour couper court aux récriminations des prédicateurs judalsants; cf. Act., xv, 1 sq. Ces oppo­ sants étaient venus de Judée, cl ils avaient peut-être plus d'un partisan parmi les judéo-chrétiens d'An­ tioche. Ils enseignaient «aux frères· celte doctrine: •Si vous n'êtes circoncis selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas cire sauvés. » Act., xv, 1. Cette thèse donna lieu à une vive discussion, à la suite de laquelle il fut décidé que Paul el Barnabé iraient à Jérusalem traiter la question avec les apôtres et les · anciens ». Saint Paul voulait exposer son œuvre et faire constater son accord de principe avec les apôtres. 11 enlèverait ainsi leurs armes à scs adversaires et leur montrerait • qu’il ne court, ni n’a couru en vain ». Gai., n, 12. Encore fallut-il une inspiration divine pour le décider à faire cette démarche. A Jérusalem il exposa, sans doute d'abord aux fidèles, puis, en particulier, aux «notables», c’est-à-dire aux apôtres, l’évangile prêché par lui aux païens. Mais survinrent de « faux frères », pour ■ attenter à sa liberté ». H fut donc l’objet de vives at taques. non de la part des · notables », les apôtres, mais de la part d’un groupe de judaïsants restés pharisiens fanatiques. S’il ne s'agit pas des mêmes personnages que nous avons vus à Antioche et qui avaient provoqué la conférence, il s’agit du moins de judaïsants professant les mêmes doctrines et appartenant au même parti d'opposition. L’Apôtre leur tint tête et ne leur céda en rien. Gai., π, 3-5. Voiries variantes du texte dans Von Soden, Die Schriften des Xeuen Testaments, I Ie, part. h. I., et les dis­ cussions dans J.-M. Lagrange, Épltre auxGalates, 1918, р. 28-31. Il leur résista, afin de sauvegarder la « vérité de l’Évanglle », pour le bien des Galates. La preuve qu’il n'a cédé en rien aux judaïsants, c’est que Tite, qui était grec, c’est-à-dire païen d’origine, et en outre compagnon et collaborateur de l’Apôtre, ne fut pas même contraint à la circoncision. Dans la situation présente, son cas devenait une affaire de principe: la question de l’obligation fondamentale de la Loi, celle de la circoncision, sc trouvait résolue dans le sens de saint Paul. Quant aux « notables », ils · n’ajou­ tèrent rien » à l’exposé de l’Apôtre, dans la ligne de la question traitée, par conséquent n’imposèrent aucune obligation au sujet des observances légales. Ils recon­ nurent sa mission d'apôtre des « gentils » au même titre que celle de Pierre, apôtre < des circoncis · : l'une et l’autre venant de Dieu. Jacques, Céphas (Pierre) et Jean lui « donnèrent la main, ainsi qu’à Barnabé, en signe de communion ». La divergence entre le récit de l'épHre aux Galates, с. π, et celui des Actes, c. xv, est assez sensible. Elle constitue une difficulté classique dans l’exégèse du Nouveau Testament. Un autre voyage de saint Paul à Jérusalem est mentionné, Act., xi, 29-30. Auquel des deux voyages mentionnés, Act., xi, 29-30, et xv, 1 sq., correspond celui indiqué dans l’épître n, 1 «quatorze ans après... »? La majorité des exégètes modernes l'identifient avec le voyage raconté, Act., xv, à l'oc­ casion du concile de Jérusalem, et le datent de l’an 49, 50, ou 51 au plus lard. Si l'on compte les quatorze ans en partant du pre­ mier voyage mentionné dans I épltre, ce premier voyage devrait sc placer en l’an 35-37, cl la conversion de saint 2373 PAUL (SAINT). LE CONCILE DE JÉRUSALEM Paul trois ans plus tôt, c’est-à dire en 32-31. Mais, si l’on compte les quatorze ans depuis la conversion, celle-ci se placera en l’an 35, 3G, ou 37 au plus tard. La date 35-37 pour la conversion de saint Paul est plus facile ù concilier avec l’histoire générale; carie roi Arctas ne fut maître de Damas que sous Caligula (37-11). Saint Paul n’a donc pu s’enfuir de Damas, • sous le roi Arétas », 11 Cor., xi, 33, qu’à partir de l’an 37, ou infime 38. En comptant « trois » ans de la conversion à l'évasion,— durant ces trois ans sc place le séjour en Arabie, — on peut dater la conver­ sion de l'an 35. I On le voit, le système qui compte les * quatorze ans» à partir de la conversion est le plus facile ù accorder avec l’histoire générale. Voici, d’après cc système, les dates essentielles plus ou moins approchées, des événements racontés dans l’épître. Année 35. — Conversion, Act., ix, 1-22. Saint Paul pouvait avoir une trentaine d'années; cf. Act., vn. 58; vin, 3; ix. 1-2. . Années 35-38. — Prédication à Damas; — séjour en Arabie, Gai., i, 17; — retour à Damas. En tout, trois ans. Année 38. — Évasion par le rempart, dans la cor­ beille, sous le roi Arétas, II Cor., xi, 33; — premier voyage à Jérusalem, Gai., i, 18 sq.; — départ pour la Syrie et la Cilicie, Gal., ι, 21. [ Année 44. — Voyage à Jérusalem, avec Barnabé, pour porter un secours a l’occasion de la famine, Act., xi, 30; — retour à Antioche avec Marc, Act., xn, 25. Ce voyage n’est pas mentionné dans l’épître. Années 45-19. — Première mission. Act., χιπ-χιν; — saint Paul à Antioche, Act., xiv, 27; xv, 1 sq. Années 19-51. — Concile de Jérusalem, Act., xv, 1-29; Gai., n, 1 sq. | Cc système suppose l’identité des voyages, Gai., n, 1, ! avec Act., xv. Cette identité n’est pas acceptée par tous les exégètes; mais clic paraît la solution la plus satisfaisante. En effet, il y a accord foncier entre les deux récits : Mêmes acteurs principaux, Paul et Bar­ nabé venant d'Antioche, Pierre et Jacques représen­ tant l’apostolat auprès des Juifs. jl/Ane question traitée, les judaïsants veulent imposer la circoncision aux païens convertis. Ont-ils raison, ou faut-il laisser aux païens convertis leur liberté en face de la Loi? Mêmes discussions, quoique rapportées beaucoup plus longuement par les Actes. Même solution de principe, ne pas imposer aux · gentils » l'essentiel de la Loi. Les Actes mentionnent des réserves : on main­ tient certaines prescriptions pour éviter le scandale des faibles. Saint Paul n’en parle pas, car cela aurait pu affaiblir sa thèse aux yeux des Galates. Mais ces réserves visaient la communauté d’Antioche, où des judéo-chrétiens vivaient côte à côte avec les païens convertis. C'était la solution d’un cas particulier. Même récit de la mission de saint Paul chez les < gentils » et même approbation de son apostolat par les dirigeants de l’Église de Jérusalem ; par conséquent, même défaite des judaïsants. Mais, lorsqu’on compare les deux récits, on y remarque une foule de divergences de détail, qui seraient de nature à faire impression, si l’on exigeait d’eux une concordance matérielle. Aussi plusieurs exégètes sc refusent à voir dans ces deux documents le récit d’un même événement. Ln question reste libre et peut être librement discutée. Mais il convient d'apporter ici les remarques suivantes : Les deux récits du premier voyage de saint Paul à Jérusalem, Gai., 1, IS sq., Act., ix, 26-30, diffèrent j aussi sensiblement. Or, on explique ces divergences par le but et le caractère de chaque récit, sans essayer d’en faire deux événements différents. 11 peut donc en 2374 être de mémo pour les récits. Gai., n, 1-10; Act., xv 1 sq., puisque les divergences entre les Actes et l’épltre ne constituent point ici un ras particulier. Le but et la tendance des deux récits ne sont évidem­ ment pas les mômes. Saint Luc, en faisant œuvre d'historien, s’applique a montrer l’accord fondamen­ tal des deux formes d'apostolat, celui de saint Paul et celui des autres apôtres. Tandis que saint Paul rétablit l'exactitude de certains faits travestis par les judaïsants à son préjudice. H veut montrer que l'on n 'a rien changé à son évangile, après qu’il l’eut exposé aux dirigeants de i'Église-mère. 11 s attache donc surtout à exposer les faits en question, mais il ne raconte pas intégralement les événements. Il fait un plaidoyer en sa faveur, sans trahir la vérité, mais en présentant les choses de manière ù faire impression sur les Galates. Ainsi, la différence des ■ genres litté­ raires » explique les divergences entre les deux récits. La plupart des objections tirées des détails du récit tombent d'elles-mêmes. Mais on objecte, entre autres : Pourquoi saint Paul ne fait-ll pas mention du décret des apôtres, Act., xv, 23 sq.? Certains critiques radicaux en ont conclu que Paul ne l'avait pas connu, et que, par suite, cc décret n’était pas authentique, mais avait été ajouté plus tard pour faciliter les rapports entre païens convertis et judéo-chrétiens. C’est là une conjecture injustifiée. Saint Paul connaissait bien le décret. Au cours de son deuxième voyage, il en donne connaissance aux fidèles, les Actes l’indiquent clairement : < En passant par les villes, ils enseignaient aux fidèles à observer les décisions des apôtres et des anciens (cf. Act., xv, 23 : Les apôtres, les anciens et les frères, etc...) de Jérusalem. Et les Églises sc fortifiaient dans la foi et croissaient de jour en Jour. » Act., χνι, 4. Mais, dans sa lettre aux Galates, l’Apôtre ne juge pas utile de parler explicitement de ces décisions, à cause des prescriptions négatives qu’elles contenaient : s’abs­ tenir des x landes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l'impureté. La mention de ces prescriptions, destinées à faciliter les rapports entre les judéo-chrétiens cl les païens convertis dans les Églises où le premier élément était important, aurait paru, aux yeux de certains, affaiblir l'argumen­ tation de l’Apôtre. Ce qui lui importait avant tout, c’était de Justifier son apostolat et sa doctrine, en en montrant l’origine et en établissant que ccl apos­ tolat avail élé approuvé par le concile môme de Jérusalem. Dans celte hypothèse,— celle de l'identité de Act., xv, 1 sq.,etGal.,n, 1-10,—l’épître n'aurait pu être écrite qu’après l’an 49-51, date du concile. Si l’on admet­ tait, avec Weber, que l’épître a été composée avant le concile et que le voyage Gai., n, 1, correspond à celui d’Act., xi, 29-30, on se heurterait à une difficulté chronologique presque insurmontable. La date de cc voyage serait, en effet, l’an 44, ou au plus tard 45. Si l’on date la conversion de « quatorze ans » plus tôt, on a l’an 30. Si on la date de dix-sept ans plus tôt. on u l'an 27. Or, ces deux dates paraissent inaccep­ tables pour les raisons exposées plus haut. 3e Les preuves de Γ < évangile paulinien ».— Après la conversion des Galates, des docteurs judaïsants leur avaient prêché la nécessité de la circoncision et de la Loi pour tire sauvé. Ils présentaient saint Paul comme un nouveau converti qui n'avait point été le disciple immédiat de Jésus, qui n’enseignait point une doctrine authentique, mais qui laissait les païens dans l’ignorance du judaïsme pour les gagner plus facilement au Christ. A leurs yeux, sa doctrine par la foi au Christ sans les œuvres de lu Loi, était impar­ faite. Il fallait la corriger et la compléter. Gai., i, 6. Les Galates étaient sur le point de sc laisser entrai- 2375 PAUL (SAINT). I/EVANGILE PA ULI NI EN ncr au judaïsme, au grand détriment de l’Évungife. A crtte nouvelle, l’Apôtrc leur écrit une lettre indignée, pour leur montrer que l'observation de la Loi, non seulement n’est pas nécessaire, mais qu’elle est néfaste si on en fait un moyen ou une condition de salut. Dans un plaidoyer vigoureux, il s'applique surtout à prouver la légitimité de son apostolat et de sa doc­ trine; son apostolat est légitime puisqu'il le lient directement de Jésus-Christ et de Dieu le Père; sa doctrine est divine et ne peut, à aucun litre, être modifiée. L’Apôtre le prouve par une série d’arguments dont les uns sont d’ordre historique, les autres d’ordre scripturaire. Les arguments historiques sont de deux sortes, les uns fournis par la oie de Γ Apôtre, c. i-n, — les autres, par Γexpérience des Galates. Saint Paul, en racontant sa oie, montre qu’il tient son évangile non des hommes, mais de Dieu seul. Avant sa conversion, il était très attaché au judaïsme, et ardent persécuteur de l’Église. Après, il s’est retiré au désert cl il n’a vu aucun apôtre si cc n’est Pierre. Son évangile a d'ailleurs été approuvé par les · nota­ bles ■ de l’Église de Jérusalem, c’est-à-dire de l’Églisemère; et lui-même, à Antioche, n’a pas hésité à repren­ dre publiquement Pierre, qui revenait aux pratiques légales, et tenait à l'écart les convertis du paganisme, pour ne pas offusquer les Juifs. L’argument décisif en faveur de l'évangile paulinicn est sans contredit lu vision et la révélation du Fils de Dieu sur Je chemin de Damas. C’est l'événement miraculeux qui transforme l’Apôtrc et l’éclaire sur le mystère du salut. Saint Paul avait fait là une expé­ J rience qui lui donnait une conviction inébranlable sur sa mission et sur la doctrine du salut. Elle était pour lui la première des preuves. I Mais les Galates ne pouvaient connaître cet événe­ ment que par le témoignage de saint Paul et par les résultats ou les effets produits en eux par son apostolat. Les Galates ont fait des expériences qui confirment la doctrine de l’Apôtrc : ■ Avez-vous reçu l’Esprit par les œuvres de la Loi ou par l’acceptation de la foi?... Avez-vous fait une telle expérience en vain? Car ce serait en effet en vain. Celui qui vous dispense I Esprit, cl qui opère parmi vous des miracles, le fait-il donc en vertu des œuvres de la Loi, ou par suite de votre acceptation de la foi? » Gai., m, 2-5. Le thème principal de l'évangile prêché par saint Paul aux Galates était le « tableau de Jésus-Christ cru­ cifié », Gai., ill, 1, c'est-à-dire la doctrine du salut par la mort et la résurrection de Jésus; des œuvres de la Loi, il n'avait pas été question. Or, l'adhésion des Galates à cet < évangile du Christ · avait produit en eux des effets spirituels,où sc reconnaissait indubitable­ ment l'action de Dieu. Ces effets spirituels compor­ taient un double aspect : d'abord, les Galates avaient « reçu l’Esprit », t. 5. Nous savons tout cc que ren­ ferme, pour saint Paul, cette expression «recevoir l’Esprit »; c’est recevoir le principe de vie nouvelle qui dirige l’homme dans l’ordre moral et religieux, qui le délivre du péché cl de la chair, qui le t/ansforme intérieurement, et même extérieurement dans sa conduite, qui lui donne enfin la garantie de la vie future. Cf. Horn., c. vin. Les Galates avaient donc fait une expérience intérieure qui se traduisait par une transformation morale visible, et où ils devaient reconnaître l'action surnaturelle de Dieu. Il y a plus. Celte communication de l‘Esprit avait été accompa­ gnée de « miracles », δυνάμεις. c’est-à-dire de mani­ festations extérieures de la puissance divine; ci. I Cor., xiv, 1-19; II Cor., xii, 12; Rom., xv, 19; 11 Thess., n, 9 ; Heb., n, 4; cL Act., n, 22; xv, 12. Une doctrine et un apostolat en faveur desquels se produisaient de tels signes, pouvaient-ils ne pas être 2376 approuvés par Dieu? Expériences intérieures, témoi­ gnages extérieurs divins, voilà quels étaient pour les I Galates, et quels doivent être pour tous les chrétiens les signes du véritable évangile Les judafsants, en présentant la Loi comme néces­ saire au salut, avaient dû faire appel à Γ écriture. Ils avaient dû surtout puiser des arguments dans 17iâZo/re d1 Abraham, le père des croyants. La foi el la jusliilcation du patriarche étalent un thème que Ton devait nécessairement aborder, chez les Juifs, en traitant le problème du salut. Le premier livre des Macchabées, faisant allusion à Gen., xv, 6, dit : « Souvenez-vous des œuvres que nos pères ont accomplies de leur temps, el vous recevrez une gloire el un nom immortel. Abra­ ham n’a-t-il pas été trouvé fidèle dans l’épreuve, et sa foi ne lui a-t-elle pas été imputée à justice? · 1 Macch., n, 51-32. Philon a composé sur Abraliam tout un traité, où l'histoire du patriarche est souvent trans­ formée en d'ingénieuses allégories, éd. Cohn-Wcndland, t. iv, p. 1-60. Le Medulla, commentaire rabhinique sur l'Exode, s’exprime ainsi: « Grande est la foi, par laquelle Israel a cru à Celui qui a parié, et dont la parole a créé le monde. Comme récompense de la foi d'Israël dans le Seigneur, le Saint-Esprit habite en eux... De la même manière tu trouves qu'Abraham notre père a hérité de cc monde el du monde futur, uniquement par le mérite de la foi par laquelle il a cru au Seigneur; car il est dit : «Et il crut au Seigneur, el celui-ci le lui compta comme justice. » Mechilta, ln Exod., xiv, 31; cf. Ugolini, Thesaurus antiquitatum sacrarum, t. χιν, c. 201-202: J.-M. Lightfoot, The Epistles of S. Paul, Galatians, p. 160. Saint Jacques, dans son épttre, invoquera lui aussi l ’exemple d’Abraham pour appuyer sa doctrine sur la justification. Jac., n, 21-22. D’après les Juifs, Abraham avait observé la Loi par anticipation lorsqu’il avait été circoncis, el c'est ce qui lui avait valu la promesse d'être · le père de peuples nombreux ». Cf. Weber, op. cil., p. 255. Celle thèse devait être réfutée; c’est à quoi saint Paul s’applique dans Gai., m, 6-18. 11 expose la portée doc­ trinale de la justification d'Abraham, et fournit des textes de l'Ancien Testament pour appuyer sa doc­ trine. Les vrais (Ils d’Abraham sont ceux qui imitent sa fol. La promesse : * 'Poules les nations seront bénies en toi », Gen.» xn, 3, s’étend aux gentils, qui sont justifiés par la foi et non par la Loi. En un mot, les vrais fils d’Abraham sont tous les croyants. En effet, ceux qui s'attachent aux œuvres de la Loi comme moyen de salut tombent sous le coup d’une malédic­ tion, d’après Deul., xxvii, 26; ci. xxi, 23; tandis que « le juste vivra en raison de sa fol ». Habac., n. 2. La Loi n’est pas · fondée sur la foi », e’est-à-dlrc s’appuie sur un principe différent, principe stérile qui est celui du pur commandement, au lieu d’être un principe de vie comme la fol, par laquelle on reçoit l’Esprit. Cf. Lev., xvm, 5. De plus, à considérer l'histoire du plan divin, les « promesses » ont été faites à Abraham et à sa · posté­ rité », c’est-à-dire au Christ, en vertu d an pacte. La Loi, venue longtemps après, n’a point annulé ce pacte, autrement la promesse serait devenue vainc el illu­ soire. La même doctrine se retrouve dans le c. iv de l’épilrc aux Romains, mais présentée seulement en fonction de l’exposé général du plan divin et non pour les besoins de la controverse judalsantc : Ce qui est accordé à raison des œuvres n'est pas une faveur gratuite, mais un dû ; tandis que sans les œuvres, la fol est comptée comme justice, c’est-à-dire entraîne la justice à titre de grâce. Ainsi en fut-il d’Abraham; car sa foi lui fut comptée comme justice 2377 PAUL (SAINT). L’ÉVANGILE PAULINIEN dans l’état d’incirconcision. La circoncision ne fut pour lui que « la marque de la justice » obtenue par la fol. Ainsi devint-il le père des croyants non circoncis (païens convertis), et des circoncis (Juifs) qui imitent la toi (ΓAbraham. En d’autres tenues, les vrais Ois d’Abraham, les héritiers de la promesse, sont tous les croyants, gentils ou Juifs. En effet, la promesse faite fi Abraham était fondée non sur la Loi, mais sur la foi. Maintenant, si du fait d’observer la Loi on était héritier de cette promesse, la foi deviendrait inutile et la promesse serait réduite à néant. Le titre donné par la fol serait Illusoire et vain, puisqu’on en aurait un autre, c’est-à-dire la Loi, permettant d'exiger en jus­ tice. Or, cc qui est écrit à propos d’Abraham l’est aussi « pour nous qui croyons en Celui qui a ressuscité des morts Jésus, Noire-Seigneur, lequel a été livré à cause de nos péchés, et est ressuscité à cause de notre Justification ». Rom., iv, 23. Ainsi, la foi d'Abraham est le type de la foi chrétienne. Les judalsants avaient probablement exposé aux Galates, d'une façon tendancieuse, la conduite de ΓApôtre. D'après eux, saint Paul, n’ayant pas connu le Christ pendant sa vie terrestre et ne Payant pas vu, cf. I Cor., ix, ! ; xv, 8, n’avait reçu de lui ni son évangile, ni sa mission. Il n’y avait de vrais apôtres que ceux de la première heure, disciples immédiats du Christ. Saint Paul leur était inférieur et devait leur rester subordonné. Son évangile devait étre conforme au leur et, s’il s’en écartait, Il fallait le corriger. Ils prétendaient sans doute que sa conduite avait été blâmée et sa doctrine corrigée par eux lors de sa venue à Jérusalem. Saint Paul aurait été obligé de se sou­ mettre lorsqu’il était auprès des apôtres, mais, lors­ qu’il était loin d’eux, Il persévérait dans son opposi­ tion à l’Église primitive. 11 y avait là, de sa part, un opportunisme qui faisait peu d'honneur à son caractère et montrait la fausseté de sa thèse. L’Apôtre avait donc dû préciser sa conduite après sa conversion, principalement scs relations avec l’Églisemère de Jérusalem. Il Insiste sur la vérité de son récit, Gai., î, 20 : « Cc que je vous écris, ce ne sont pas des mensonges. » Il rétablit les faits en montrant dans quelles circonstances il a vu les apôtres à Jérusa­ lem; il expose les motifs el les résultats de scs visites. Il montre en tin comment il a affirmé à Antioche, en face de saint Pierre, son autorité et l'indépendance de son apostolat. Cette scène est racontée dans la sec­ tion Gai., n, 11-21; on est convenu de l'appeller « le conflit d’Antioche ». La section se divise en deux parties; dans la première, t. 11-11, saint Paul raconte la scène; dans la seconde, ÿ. 15-21, il expose sa doc­ trine sur la Justification, doctrine qui motive sa conduite. D'abord, la scène, t. 11-11. Lorsque Céphas, c'est-àdire Pierre, vint à Antioche, saint Paul lui résista • en face », parce qu'il était « en faute », c'est-à-dire adoptait, de bonne fol, une ligne de conduite qui pou­ vait, aux yeux de l’Apôtrc, tourner au détriment de l’Évangile. En effet, certains personnages étant arri­ vés « d’auprès de Jacques », saint Pierre cessa de manger avec les païens convertis, et se tint à l’écart par crainte des «Juifs». 11 entraîna même avec lui, dans cette altitude équivoque, d’autres Juifs, ainsi que Barnabé. Il «dissimula «ses véritables sentiments par crainte des judéo-chrétiens nouvellement arrivés. Ceux-ci ne sont point présentés comme envoyés par Jacques· Ils viennent seulement « d’auprès de Jacques »; ils appartiennent à son entourage; mais Ils sont intransigeants et exagèrent les tendances de l’Église de Jérusalem. On peut même supposer qu'ils sont « envoyés par Jacques ·. non dans le but de faire opposition à saint Paul, mais pour d'autres motifs. En tout cas, Ils n’ont point reçu de Jacques la mission 23 7S de maintenir les pratiques légales; mais ils y restent attachés et ne croient pas pouvoir les abandonner légitimement. Ils demeurent formalistes, sans étre nécessairement « partisans de la circoncision »; ils sont seulement « de la circoncision », c'est-à-dire Juifs convertis. Gai., n, 12. Saint Pierre sc laisse impressionner par leur attitude, el, sans doute pour éviter un conflit avec eux, n'ose point leur déplaire. Alors svint Paul, voyant « qu’il ne marchait pas droit selon la vérité de l’Évangilc », c’est-à-dire prenait une attitude qui pouvait tourner au détriment de cet Évangile, l'interpelle en présence de tous et lui re­ proche sa conduite. Pierre, étant Juif, sc comportait d’abord à la manière des « gentils », c'est-à-dire négli­ geait les prescriptions légales et ne les imposait point aux gentils. Maintenant, par son attitude et Vautorité de son exemple, il va obliger ks · gentils » à vivre en Juifs. 11 est clair que saint Paul attache à l’exemple de saint Pierre la plus haute portée. 11 le regarde comme un personnage éminent parmi les apôtres. Cette scène, loin de fournir un argument contre la · primauté de Pierre », en est plutôt une attestation indirecte. L'attitude de Pierre, précisément parce qu'il était • le chef », a parfois offusqué ou embarrassé les exé­ gètes. On a imaginé que le Céphas en question ne serait pas saint Pierre. Mais c'est là une conjecture sans fondement, une opinion particulière qui n*n jamais été prise en considération par la tradition. On a voulu aussi voir dans cette scène, une espèce de conférence contradictoire, concertée d'avance, un conflit fictif pour frapper les esprits et faire éclater la vérité. II est vrai,l’expression κατά πρόσωπον, «en face », prise isolement, pourrait signifier secundum speciem, · en apparence ». Origène et saint Jean Chrysostome, In Galatas, h. L, P. G., t. lxi, col. 641 s’y sont laissé prendre. Saint Jérôme a abandonne cette opinion après l'avoir d'abord admise. Dial. ado. Pelagian., i, 23, P. L., t. xxm, col. 516. On voulait avant tout excuser Pierre de toute faute ; c'était de pure apologétique. Or, même dans l’hypothèse d’un conflit réel, — cc qui est admis actuellement pur tous les exégètes, — rien ne permet de soupçonner que Pierre ait agi contre sa conscience. Saint Paul estimait que l’altitude de saint Pierre, en pareille circonstance, fournirait aux judalsants de nouvelles armes contre lui. D’accord sur les principes, comme le montre le t. U, ci. Act., xv, 7 sq.>Gal.. n, 3, 6, 9, les deux apôtres avaient une façon différente d’en comprendre l’application. Tcrtullicn a bien caractérisé l’acte de saint Pierre en disant : Concena­ tionis fuit oitium, non prirdicationis. De proscrip­ tione, ΧΧΙΠ, P. L. (1844), t. n, col. 36. En reprenant saint Pierre, et plus tnrd en relatant le fait dans l’épltrv aux Galates, saint Paul affirme à la fols son autorité d'apôtre, l*indépendance de son évan­ gile, l'unité de sa conduite et la fermeté de son carac­ tère. Celte fermeté ressort d'autant plus que Banni ht lui-même s’était laissé influencer par l’altitude de saint Pierre. Celte scène sc place avec probabilité à lu fin du premier voyage apostolique, vers l'an 49, peu avant le concile. Antioche était déjà, à cc moment, une com­ munauté importante, cl le concile n’avait pas encore réglé la question des observances légales. — On peut la placer également, avec non moins de probabilité, après le concile. En effet, saint Paul la rapporte après la réunion de Jérusalem, comme un fait nouveau et relativement récent, ('elle dernière opinion, on le comprend, ne peut s'admettre que si l’on place la composition de l’épilrc aux Galates après le concile, comme nous l’avons fait. 2379 PALL (SAINT), NATURE DE LA LOI 2380 saint Jacques, mais outrepassant leurs instructions ou Dans la deuxième partie de celte section, t. 15-21, leur enseignement en présentant la Loi comme indis­ 1'Apdtre expose la doctrine de la justification par la foi, indépendamment des œuvres dc la Loi ou obser­ pensable au salut. En effet, l’Église judéo-chrétienne de Jérusalem vances légales. — On considère généralement ccs six versets, non comme «a suite des paroles adressées à admettait que les païens pouvaient être sauvés sans saint Pierre, mais comme le résumé du discours pro­ l’observation de la Loi ct que la foi au Christ n’exi­ geait pas la circoncision. Saint Paul, saint Jacques noncé à Antioche, à la suite de la scène racontée dans les f. 11-14. D’autres regardent cc passage comme cl les autres autorités de l’Église judéo-chrétienne avaient été d’accord sur ce point au concile dc Jéru­ un exposé doctrinal adresse uniquement aux Galales. Cette dernière solution est moins probable, car nous salem; ci. Act., xv; Gai., il. 11 y avait donc entre eux avons là une suite naturelle, ou une conclusion de la communauté de vues, ct la thèse du salut par la foi scène d'Antioche. Ces versets sont très bien en situa­ seule — c’est-à-dire sans la Loi — n'était pas partltion, adressés à toute l’assemblée après l'invective < uHère à l’Apôtre. contre saint Pierre. Or, l’épltre combat des judaïsants intransigeants L’Apôtre esquisse un exposé de la doctrine qui fera et fanatiques, aux yeux desquels la circoncision ct les l’objet dc l’épitre aux Romains. Les idées essentielles observances légales étaient une condition Indispen­ sont les suivantes : sable au salut. Le ton el le contenu dc l’épitre ne L’homme est justifié par la foi au Christ Jésus, laissent aucun doute sur cc point. Lire Gai., t, 6-9; non par les œuvres de la Loi; c’est pourquoi saint Paul, m, 1 sq. ; v, 3-4, 6, 12; vi, 15; ces textes, rapprochés tout Juif qu'il est, a cru à Jésus-Christ. de Act., xv, 1, 5, montrent que saint Paul avait pour Si, en acceptant la foi sans les pratiques légales, on adversaires d’anciens pharisiens devenus chrétiens, devenait pécheur, — c’était la thèse des judaïsants, — mais restés zélateurs de la Loi et voulant allier le le Christ serait · ministre de péché ». Si, après avoir judaïsme à la foi nouvelle. L’Apôtre leur oppose que, rejeté la Loi, on la reprend, on avoue, par le fait sans la Loi, par l’union au Christ, on est enfant môme, qu'on l’a violée d’une façon coupable en la reje­ d'Abraham, héritier de la promesse du salut, la Loi tant. puisqu'on maintient son caractère obligatoire. n'étant pas un complément, ni une modification de Mais le rôle de la Loi est terminé : < Par la Loi, je cette promesse, mais une disposition transitoire. suis mort à la Loi. » Parole assez énigmatique. Selon Dans ccs conditions, il est impossible d'identifier une opinion probable, en conduisant au Christ, en les judaïsants combattus parl’Apôtrc, avec l’Église montrant qu’il faut l’écouter, Deut., xvni, 15, la judéo-chrétienne de Jérusalem. Au c. v, 10, lorsque Loi s’est détruite elle-même, puisque son rôle est ter­ l’Apôtre s’écrie : · Celui qui jette le trouble parmi vous miné; ce n’est plus à elle qu'il faut obéir, mais au en portera la peine, quel qu’il soit », H ne fait point Christ. Cf. saint Jean Chrysostome, In Gai., h. I., I allusion à saint Jacques, chef de l’Église dc Jérusalem. P. G., t. lxi, col. 611-615. — Un peut l'entendre éga­ 11 s'agit d’un autre personnage, chef des judaïsants lement : Par la loi de la foi (cf. Rom., ni, 27; la loi de fanatiques. En diet, d’après l’épitre, ce n’est point en l’Esprit, cf. Rom., vm, 2; la loi du Christ, cf. Gai., saint Jacques qu'il faut chercher l’inspirateur des vi, 2), je suis mort à la loi de .Moïse. Saint Jean Chry­ judaïsants de Galatie. Car les deux apôtres, nous sostome suggère cette interprétation en se référant à l’avons vu, Act., xv, et Gai., n, étaient d'accord sur Rom., vin, 2, P. G., ibid. Cette opinion se rencontre les questions de principe. Saint Paul, qui s'etïorçait également dans 1'Ambrosias ter, P. L., t. xvn, (1815) de rester uni à l’Église de Jérusalem ct sc sentait en col. 35L Elle est suivie par le P. Lagrange, Gâtâtes, communion de doctrine avec scs dirigeants, n'aurait p. 51. Elle s’accorde avec le contexte et se rattache à jamais lancé l’anathème contre saint Jacques ct ses la doctrine mystique dcl’Apôtrc. Le baptême est une disciples. L’évêque dc Jérusalem n'avait point en­ mort et une résurrection mystique. Rom., vi, 3 sq. voyé des judaïsants à Antioche pour combattre la Mourir à la Loi c’est être crucifié avec le Christ, c’est doctrine dc saint Paul; le passage Gai., n, 12, n’exige mourir avec lui, afin de vivre dc sa vie même, tout en nullement ccttc interprétation. Son épltrc ct les traits demeurant « dans la chair », c’est-à-dire en cc monde. sous lesquels la tradition nous le dépeint s’accordent Tout cela, par la grâce du Christ, la fol « au Fils de avec cette thèse. Il n’avait aucune tendance phariDieu, qui m’a aimé ct s'est livré pour moi ». n, 20. En sienne; il était attaché à la · loi parfaite », Jac., i, 25, conséquence, si la justice était le fruit de la Loi, le c’est-à-dire à la loi chrétienne; il recommandait les Christ serait mort Inutilement; cf. Gai., v, 23. œuvres de charité, non les observances légales; cf. Ainsi l’Apôlre, sans quitter le terrain de la contro­ Jac., n. 14-26. Voiries commentaires sur l’épltre aux verse. expose le thème essentiel de sa doctrine, thème Galales, spécialement Lagrange, introd., p. xxxvm qu’il reprendra et développera longuement dans sq.; J. Chaîne, L’épltre de saint Jacques, Paris, 1927, l’épltre aux Romains. p. lxix sq. Quels étalent au juste les adversaires de saint Paul? 4° Nature de la Loi ; son rôle dans Γhistoire du salut, S’agit-il d’un groupe de chrétiens dissidents et fana­ d'après saint Paul. — Le régime dc la foi remplace tiques, issus du judaïsme. ou bien faut-il y voir l'Église- donc celui dc la Loi, c’est là un point essentiel dans la mère judéo-chrétienne de Jérusalem, établie par les , doctrine paulinienne : l’Apôlre rejette la Loi comme disciples Immédiats du Christ, et ayant à sa tête saint moyen de salut. Mais on sc demande quels sont exac­ Jacques, le frère du Seigneur »? En d’autres termes, tement les motifs pour lesquels il la rejette et, dc saint Paul lutlc-t-il seulement contre un groupe de plus, s’il a regardé comme abolie toute la Loi dans perturbateurs sans scrupules, demeurés pharisiens, son ensemble, ou seulement les observances rituelles ou cérémonielles, tout en maintenant l’élément moral. ou contre l’Église primitive de Jérusalem? C’est bien Pour répondre à cette double question, il sulHt dc le problème le plus Important posé par l’épltre aux Galatcs. L’Église, sous l’action de saint Paul, va-t-elle préciser comment l’Apôtre envisage le caractère ou la se diviser en deux tronçons, ou seulement éliminer nature de la Loi et son rôle dans 1 histoire du salut. 1. Caractère ou nature de la Loi. — La Loi est inter­ dc son sein des agitateurs qui n'avaient point le sens venue pour que la faute, παράπτωμα, abonde », Rom., v, chrétien? 20; c’est-à-dire par la Loi les fautes ont été multi­ La solution la plus conforme aux données dc l’épltre pliées, puisque, d’une part, il y a eu violation de com­ aux Galatcs est que les adversaires de saint Paul mandements nouveaux ct, d’autre part, les péchés étalent des judaïsants intransigeants et fanatiques, sc réclamant sans doute des apôtres et spécialement de | déjà défendus par une loi antérieure ont revêtu une 23S1 PAUL (SAINT). NATURE DE LA LOI culpabilité nouvelle car Ik *ont devenus In violation d'une nouvelle défense. « Les passions des péchés (qui poussent nu péché), que la Loi excitait, se montraient actives dans nos membres afin dc porter du fruit pour 1» mort », Boni., vu, 5; cf. 1 Cor., xv, 56 : « La puis­ sance du péché, c’est la Loi. » Avoir multiplié les fautes, avoir été l’auxiliaire dc la chair pour porter des fruits dc mort : voilà le résul­ tat de la Loi d'après l'Apôtrc, Cc triste bilan contraste avec celui de la Nouvelle Alliance, dont les ministres sont ministres non < de la lettre qui tue », mais dc «l’Esprit qui donne la vie ». Le ministère dc l’ancienne alliance est un · ministère de mort », un « ministère de condamnation ». 11 Cor., ni, 5 sq. Aux Israélites, Il n’est pas dévoilé que l’ancienne Alliance, ct avec elle la Loi, a été abolie « dans le Christ ». Mais, Jusqu’à cc jour, toutes les fois que Moïse est lu, ■ un voile est étendu sur leurs cœurs ». Toutefois, s'ils sc conver­ tissent au Seigneur, le voile sera enlevé. ·Or, le Seigneur c’est l’esprit, el là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté. » Cf. Il Cor., ni, 11-17. C’est donc parce que Jésus-Christ a apporté la « vie dans ΓEsprit » ct la liberté, que la Loi se trouve abolie. Elle est devenue un obstacle à la justification, une puissance ennemie contre laquelle il faut lutter. C'est pourquoi saint Paul n’a pas hésité à l’abandonner pour chercher la just ideation dans le Christ. Gai., n, 15-16. Les Galatcs, après avoir < commencé par ΓEsprit », c’est-à-dire après avoir reçu l'Esprit-Sainl au début dc leur vie chrétienne, veulent « Unir par la chair », en acceptant la Loi comme nécessaire au salut, Gai., in, 3; l'Apôtrc estime que c’est là une conduite insen­ sée. Cf. Born., vu, 5. L’impuissance de la Loi est spécialement accentuée dans Gai., ni, 10-13. < En ellet, tous ceux qui s’ap­ puient sur les œuvres dc la Loi sont sous la malédic­ tion, car il est écrit : « Maudit quiconque n’est pas • constant à observer tout ce qui est écrit dans le livre • de la Loi », f. 10; cf. Deut., x.xvn, 26. En cherchant la justification dans la Loi, on encourt la malédiction au lieu d’avoir part à la bénédiction d’Abraham. Cette malédiction, prononcée par ΓÉcri­ ture meme, ne résulte pas de la pratique de la Loi; mais elle demeure suspendue comme une menace pour le cas où l’on n’observerait pas toute la Loi; or. l’expé­ rience de chaque jour montrait qu’il en était ainsi. Cf. Boni., π, 13; ni, 20; iv, 15; Act., xv, 10. La Loi est donc régime de malédiction ct d'impuissance, au lieu d’etre régime dc grâce ct dc force morale. Cc caractère ressort encore plus vivement dans la suite du passage : » Que par la Loi nul ne soit justifié devant Dieu cela est manifeste puisque le juste vivra par la /oi. Or, la Loi ne procède pas de la foi, mais (elle dit] : Celui qui accomplira ces commandements vivra par eux. » Gai., m, 11-12. La pensée de saint Paul apparaît clairement si nous rapprochons cc passage de Bum., iv, 4 sq. : < A celui qui accomplit une œuvre, έργαζομένφ, le salaire est donné non comme une chose gratuite, mais comme une chose due. » En d’autres termes, le caractère dc gratuité dc la justice est incompatible avec le régime de la Loi qui promet une récompense à titre de salaire. Mais il est beaucoup plus difficile de saisir le fonde­ ment scripturaire dc cette doctrine dans les deux textes dc l’Ancien Testament invoqués par l’Apôtrc, le premier tiré d’Habacuc, n, 4, le second, du Lévitique, xvni, 5. Le texte d’Habacuc, dans l’Ancien Testament, n’oppose point la foi à la Loi. 11 montre simplement la valeur dc la foi ou fidélité à Dieu. Saint Paul tient avant tout à rattacher sa doctrine à un texte classique dc l’Ancien Testament; mais il ne prétend pas que cc 2382 texte renferme explicitement cette doctrine. Le pro­ phète annonce que la fidélité à Dieu et la confiance dans ses promesses délivreront les Juifs de la captivité dc Babylone; la conduite normale dc Dieu est d'ac­ corder ia délivrance, le salut à la fidélité, à la foi dc l’homme. L’Apôtre y trouve donc légitimement un enseignement sur la justification, qui est la délivrance la plus éclatante dans l’économie religieuse : L’homme est Justifie en vertu de son adhésion à l'Évanglle, adhésion qui est un acte complexe, analogue à la fidélité ct à l’attachement des Israélites exilés, à l'égard de Jahweh ct de ses promesses. Cf. Rom., i, 17; H. b , x, 38. Le second texte, celui du Lévitlque, est apporté pour prouver la mineure dc l’argument, c'est-à-dire que la Loi ne procède pas dc la fol mais ne tient compte que des œuvres. En effet, le Lévitlque ne dit pas : · Celui qui croira », mais : « Celui qui jera. » Toutefois, une objection vient naturellement à l’esprit : les justes de l’Ancien Testament, qui ai­ maient Dieu, ne pouvaient le faire sans pratiquer la Loi. Par suite, la foi et l'imour ccmmandalcnt la pratique de la Loi; ct, d’autre part, la Loi même com­ mandait la fol ct l'rmour. Cemment l'Apôtrc peut-il, dans ces conditions, faire contraster deux passages qui paraissent converger nu mime but? Notons d’abord que le Lévitlque parle de tous les préceptes en général, ct c’est bien ainsi que l’entend saint Paul, car II vise la Loi dans son ensemble. C’est ainsi également que l’avait entendu Ézéchiel, xx, 10-11; ccttc formule s’appliquait, dans sa pensée, à toutes les lois que Dieu avait données aux Juifs : « Je les fis sortir du pays d’Égypte ct les conduisis au désert. Je leur donnai mes préceptes et leur fis connaître mes ordonnances, par lesquelles l’homme qui les pratique aura la vie. » Ez., xx, 10-11. On ne saurait donc résoudre la difficulté en restreignant le texte du Lévitlque aux seuls préceptes cérémoniels. On a essayé également dc distinguer une double signification dans l’expression · avoir la vie ». La vie promise dans le texte du Lévltique, xvm, 5, ne serait point la même que celle qui est attachée à la foi dans Habacuc. n, 4. La vie garantie par la Loi ne serait qu’une longue existence terrestre, ou encore l’exemp­ tion de la peine dc mort portée contre les violateurs de la Loi. Cette manière dc voir est adoptée, avec des nuances, par un certain nombre d’anciens commenta­ teurs, tels que l’Ambrosiaster, saint Jérôme, saint Thomas, Cajétan, Salmeron, Corneille de Lapierre. Saint Augustin l’admet également dans son commen­ taire, Expositio epist. ad Gai., h. L, P. L.. t. xxxv, col. 2119; mais, ailleurs, il se rallie à l'opinion qui est celle dc saint Jean Chrysostome, comme on le verra bientôt. On ne peut nier que le but immédiat dc la Loi, qui était un «code «pour un peuple, pour une nation, ne fût dc procurer le bonheur dc ce peuple comme tel, c’est-àdirc en cette vie. Cependant saint Jean Chrysostome, saint Augustin, Contra duas epist. Pclag., IV, v, 10, P. L., t. xi.iv, col. 616. in fine. Estius ct d’autres sont d’avis que les deux textes cites par l'Apôtrc concer­ nent la même vie, c’est-à-dire la vie étemelle; mais que l’observation des commandements ne tire point d'ellc-même sa valeur salutaire, elle la puise dans la foi à laquelle elle s’ajoute. En fait, en citant ccs textes. l'Apôtrc n’oppose pas précisément deux « vies », l’une obtenue par la foi, ct l’autre par la pratique dc la Loi. Il fait seulement contraster deux principes ou deux régimes, l'un fondé sur l’adhésion confiante aux promesses divines, l’autre à base d'observance rigoureuse des prescrip­ tions légales. Que ces deux chnivnts fussent mêles dans l’économie religieuse des Hébreux à partir de 2383 PAUL (SAINT) BOLE DE LA LOI 238« Moise, personne n’cn disconviendra. C'est ce qu’a i Dieu? Loin de lâl S'il eût été donné une loi capable très bien vu saint Jean Chrysostomc, In GaL, P. G., de procurer la vie, la justice viendrait réellement de la Loi. Mais l’Écriture a tout enfermé sous le péché, t. i.xî, col. 652 : « Or, la Loi n’exige pas seulement la afin que la promesse fût réalisée par la foi de Jésusfoi mais aussi les œuvres, tandis que la grâce sauve Christ en faveur dc ceux qui croient. » Gai., m, 21-22. ct Justifie en vertu dc la fol (sans les œuvres dc la < Avant que ne vint la foi, nous étions enfermés Loi). » Le régime dc la foi existait avant la Loi; la sous la garde dc la J.oi en vue dc la foi qui devait être Loi ne l’a point supprimé, mais elle s'y est ajoutée comme une surcharge. La Loi, une fois son rôle ter­ révélée. Ainsi, la Loi a été notre pédagogue pour aller au Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. miné, n disparu, ct la foi lui a survécu. La fol étant venue, nous ne sommes plus sous cc Ainsi, avant le Christ, la foi et la Loi sc conciliaient maître. » Gai., ni, 23-25. dans le plan divin. Or, maintenant, précisément La Loi est donc venue sc surajouter Λ la promesse. parce que cc plan a prévu la fin de la Loi, celle-ci est Elle a été donnée · en vue des transgressions, παρα­ devenue un fardeau inutile dont la fol doit à tout prix se debarrasser. Mais cette conclusion s’impose βάσεων χάριν », )\ 19. Comment faut-il entendre cc rapport entre la Loi ct le péché? Parmi les anciens en vertu de la révélation chrétienne expliquant le plan commentateurs, un grand nombre l’expliquent en divin, plutôt qu’en vertu du sens historique des textes cités par l’Apôtre. disant que la Loi a été donnée pour punir, ou pour Si l’on veut préciser les motifs pour lesquels saint écarter les transgressions. Saint Jean Chrysoslome Paul a rejeté la Loi, on peut les résumer ainsi : dit : « Pour les transgressions, c'cst-ù-dirc pour que L’Apôtre ayant eu la révélation du Fils de Dieu sau­ les Juifs ne pussent vivre dans une fausse sécurité ct veur, n compris, à la lumière divine, qu’un régime dc atteindre le comble dc la perversion, la Loi leur a été grâce ct d’amour était inauguré pour remplacer un imposée comme un frein, les instruisant, les dirigeant, régime de servitude; ce changement avait été opéré les empêchant dc transgresser, sinon tous, du moins par la mort ct la résurrection du Christ. A partir dc un certain nombre dc préceptes. Ainsi n'était point cc moment, maintenir la foi comme principe de salut, mince le bénéfice dc la Loi. » In GaL, P. G., t. lxi, c’était rejeter la « grâce du Christ »; cf. Gai., n, 21. col. 654. Saint Jérôme, de son côté, s'exprime ainsi : Telle est la raison fondamentale qui explique l’atti­ Post offensam enim in eremo populi, post adoratum tude dc l’Apôtre. Les autres motifs, comme l'impuis­ vitulum, et murmur in Dominum, Lex transgressiones sance dc la Loi, Rom., îi-iii, 20; vn, 7-25, son rôle prohibitura successit (cf. 1 Tim., n, 9). In Ep. ad néfaste, son caractère particularistc, obstacle à la Galat., P. L., t. xxvi, coi. 366. Saint Thomas donne diffusion du christianisme, le sentiment dc répulsion une explication analogue : Homines male dispositi qu'elle inspirait aux païens, ne sont que des raisons indigent retrahi a peccatis per poenas; ct ideo quantum négatives que l’Apôtre devait faire valoir pour déta­ ad istos fuit necessaria legis positio, quæ habet coarctacher plus sûrement les chrétiens d'une institution tivani virtutem. In GaL, éd. Vivès, t. xxi, p. 213. désormais inutile et même nuisible. Saint Augustin, ct saint Thomas dans un autre Il reste à sc demander si saint Paul a rejeté toute la passage, envisagent surtout la question au point dc Loi, prise dansson ensemble, ouseulcmcnt lespréceptcs vue moral. La Loi, en multipliant les fautes, sans four­ cérémoniels tout en maintenant la partie morale ct nir aux hommes la grâce dont ils avaient besoin pour religieuse. Beaucoup d'anciens exégètes ont adopté les éviter, leur a donné le sentiment dc leur misère ct la seconde solution, saint Paul, — pas plus que Jésus, leur a fait implorer la grâce, au Heu dc chercher le salut — n'ayant sacrifié l'élément religieux ct moral essen­ dans leurs propres mérites. Cf. S. Augustin, In GaL tiel contenu dans la Loi. Mais, d'autre part, en par­ P. L., t. xxxv, col. 2122-2123; S. Thomas, éd. Vivès, t. xxi, j). 213-214. lant des préceptes dc la Loi, l'apôtre ne fait jamais dc distinction; il rejette la Loi purement ct simple­ Selon d’autres, la Loi n été donnée « en faveur des ment comme loi formelle ct source d'obligation. Aussi, transgressions », c’est-à-dire pour que la violation de la plupart des exégètes modernes admettent qu’il celte loi soit vraiment une transgression. La Loi est rejette toute la Loi, dans son ensemble, comme législa­ venue ainsi donner à la puissance du péché l'occasion tion. Mais il est clair qu’il n'a jamais voulu supprimer dc « produire des fruits dc mort »; elle a imprimé le 1rs obligations dc l'homme dans l'ordre religieux ct caractère dc péché à des désirs qui, sans la Loi, ne moral. Tout au contraire, il les accentue; cf. Rom., seraient pas des fautes. Cf. Rom., vu, 5-8; vin, 3; vin, 4 sq. : Il faut se conduire non selon la chair, I Cor., xv, 56. Mais, d'autre part, le péché existait mais selon l'Esprit. A la place dc l'ancienne Loi, il déjà depuis Adam, Rom., v, 13; à cc genre dc péché, met la loi du Christ, Gai., vt, 2; I Cor., ix, 21; cf. la Loi a ajouté un caractère de παράβασις, Rom., iv, Gai., v, 11; la loi de l'Esprit, Rom., vm, 2. 15. Ces idées sont un peu adoucies dans Rom., v, 20 : 2. Pôle providentiel dc la Loi. — En faisant ainsi le • La Loi est survenue pour faire abonder la faute. » procès dc la Loi, à l'adresse des judaïsanls, l’Apôtre La pensée de l’Apôtre serait donc que la venue dc la devait prévenir une objection : Comment cc rejet dc Loi marque l'apparition du péché sous forme de la Loi s'accordc-t-ll avec le plan divin? Si elle est transgression méritant un châtiment ct attirant la ■ ministère dc mort », auxiliaire de la chair, cause dc colère de Dieu. Or, cela était voulu par la Providence. péché, dans quel but Dieu l'a-t-il imposée à son peuple, En effet, lorsque Dieu donna la Loi, il savait qu'il en lui qui est juste ct tout-puissant? Quel a été son rôle résulterait des transgressions. Tirant le bien du mal, providentiel? Saint Paul s’en explique dans GaL, il disposa cet état dc choses en vue du salut ct de la m, 19-25, qu’il faut rapprocher dc Rom., iv, 15, ct v, justification future. L'expérience a prouvé que la Loi 20; cf. Rom., vn, 7-25. a, somme toute, produit ce résultat : elle a éHS surtout • Qu'cst-clle donc, la Loi? Elle a été ajoutée en vue puissance dc péché; cf. Il Cor., m, 6. Telle était donc des transgressions, των παραβάσεων χάριυ προετέΟη, la volonté dc Dieu. Qu'on ne dise pas que, dans cette explication, Dieu a été la cause du péché. Non, il a jusqu’à cc que vint la descendance à qui la promesse voulu la justification dc l'humanité, et un des moyens a été faite; elle a été promulguée par le moyen des qu'il a employés dans cc but est une loi, bonne en anges, par l’intermédiaire d'un médiateur. Or, le médiateur n’est pas médiateur d'un seul (c’est-à-dire elle-même, mais qui devait donner Heu au péché. Saint Paul ne veut point rendre Dieu responsable du suppose deux parties), mais Dieu est un (en faisant la péché en le faisant auteur dc la Loi. Il est le premier promesse). · Gai., m, 19-20. à reconnaître que la Loi était · bonne et sainte » • La Loi est-elle donc contraire aux promesses de 2385 PAUL (SAINT). HOLE DE LA LOI Bom., vu, 12-13. Mais Dieu a Utilisé pour le bien le mal auquel la Loi avait donné Heu; et c'est cette uti­ lisation qui, dans la pensée de l’Apôtre, justifie Dieu d’avoir donné une telle loi. C'est pourquoi saint Paul écrit : · La Loi est intervenue pour faire abonder la faute, ίνα πλεονάση τδ παράπτωμα; mais, là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » Rom., v, 20. Ainsi, la surabondance dc la grâce est une consé­ quence, au moins indirecte, dc l'abondance du délit. Cette explication est adoptée, avec des nuances, par Estius, Salmeron, Corneille dc Lapierre, Jn Hom., v, 20; voir Comely, In GaL, p. 503-504 ; Prat; Lagrange : • Le péché devait abonder, afin que la grâce surabonde. » (Rom., v, 20), Gâtâtes, p. 82. J.a seconde explication est celle qui semble dégager le mieux la pensée dc l’Apôtre sur la Loi. En effet, si l’on dit que la Loi a été donnée « pour punir ». ou « pour faire éviter » les transgressions, on entend le mol παράύασις dans le sens de · péché en général », ct non violation de la loi positive elle-même. Or, cc mot signifie proprement la violation d’un article dc loi. Avant que la loi existe H n’y a pas παράδασις; cf. Rom., iv, 15. Du moment où In loi porte une défense ou un commandement, non seulement elle ne donne aucune force pour mieux agir, mais tous les actes qui la violent deviennent défendus, alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant. l.a Loi a donc été ajoutée en vue des transgressions. Elle n’était point une institution destinée à annuler l'alliance ou à en modifier les conditions; car personne n’annule, αθετεί, t. 15, ni ne modifie une disposition faite en bonne forme. Elle n'est qu'une disposition passagère, parallèle à l’alliance, pour aider à l'accom­ plissement de la promesse. Elle devait durer seule­ ment jusqu’à la venue du rejeton visé par la pro­ messe, c’est-à-dire jusqu’au Christ. Que la Loi et la promesse diffèrent essentiellement, saint Paul en trouve une preuve dans les circonstances où la Loi fut promulguée. C'était une tradition chez les Juifs que la promulgation dc la Loi s'était faite par le ministère des anges. On la trouve dans Dcut., xxxm, 2 (Septante); Hcb., n, 2; Act., vn, 38, 53. Pourquoi saint Paul mentionne-t-H cette tradition? Veut-il montrer que la Loi est inférieure à la pro­ messe, ayant été donnée par des êtres inférieurs à Dieu, et étant régie par eux? En observant la Loi, les hommes sc soumettent-ils aux « puissances » qui régissent les éléments ct les astres? Le Christ, en les affranchissant dc la Loi les a-t-il du même coup arra­ chés à ces êtres intermédiaires qui ne sauraient pro­ curer le salut? Bornons-nous ici à noter que la mention des anges dans la promulgation dc la Loi ne fournit aucun argu­ ment à la théorie inarcionite selon laquelle l’Ancien ct le Nouveau Testament n'auraient point le même Dieu pour auteur. Les anges ne sont pas donnés par saint Paul comme des législateurs, comme les auteurs dc la Loi : διατάσσειν cl surtout τάσσειν νόμον veut dire non rédiger le texte d’une loi. mais en imposer l'observation; cf. Platon. Crit., 50J; Leg., 863d; Hésiode, Έργ., 274. Voilà pourquoi saint Paul dit : δι* αγγέλων, non ύπ' αγγέλων; les anges ne sont que des ministres dans l'établissement de la Loi; cf. Dcut., xxxni, 2 (Septante) έκ δεξιών αύτοΰ άγγελοι μετ’ αύτου. Il n’y a rien, dans cette tradition, qui aille contre l’origine divine dc la Loi. origine nfllnnée assez clairement dans Rom., vn, 22,25, νόμος ©tou, cf. 10. 13; iv, 21 sq. Les auteurs de In version Alexandrine ayant horreur dc l'anthropomorphisme, comprenaient que Dieu avait dû sc servir des anges pour mettre la Loi entre les mains de Moïse. Cf. Bigg, The Christian Platonists o/ Alexandria, Oxford, 1886. Par ailleurs, les « puissances » dont le Christ a 2386 triomphé, Col., n, 15, ne sont pas des anges serviteurs dc Dieu; ct les « éléments du monde » auxquels H a arraché l’homme. GaL. ïv, 3, 9; Col., n, 8, 20, ne sont probablement point, dans sa pensée, des êtres person­ nels exerçant leur empire sur le développement reli­ gieux de l’humanité avant le Christ. On ne saurait invoquer ces divers passages, en les rapprochant de GaL, m, 19, pour établir que l’ancienne Loi avait pour auteur non pas Dieu, mais des esprits célestes gouvernant le monde matériel. La Loi fut donnée par « l’entremise d’un média­ teur », έν χειρί μεσίτου. La plupart des anciens com­ mentateurs, ne lisant point le mot μεσίτης dans i l’Ancien Testament, ct le trouvant dans le Nouveau j pour désigner le Christ, I Tim., n, 5; lïcb., vm, 6; ix, 15; xn. 24. lui ont attribué le même sens dans GaL, m, 19; ils l'ont entendu : < par le Christ, ou par la vertu du Christ ». Mais on ne volt ni comment la Loi a pu être donnée par le moyen du Christ, ni comment celui-ci peut être médiateur de l'ancienne Loi. Ces commentateurs rapportaient των παραβάσεων χάριν non à προσετέΟη mais à έν χειρί μεσίτου, ayant ainsi recours à une hyperbole pour expliquer une phrase assez simple. Cf. S. Irénée, ConL hær., III, vu, 2, P. G., I. vu, col. 865; S. Jérôme, Jn GaL, P. L., | l. xxvi, col. 366; S. Thomas, Jn GaL,édit.Vivès.t. xxi, p. 214 : in manu mediatoris, id est in potestate Christi. Mais le texte montre assez clairement que σπέρμα et μεσίτης représentent deux personnes différentes. C’est pourquoi, parmi les Pères grecs, plusieurs ont vu, dans le « médiateur », Moïse, qui a reçu la Loi au nom du peuple; cf. Clément d’Alexandrie, Strom., i, 26, P. G., I. vm, col. 916; S. Basile, De Spiritu Sancio, xiv, 33, P. G., t. xxxn, col. 125. La Loi a été donnée par l'entremise · d’un média­ teur. Or, le médiateur n’est pas médiateur d'un seul, mais Dieu est un ». Ce passage a donné lieu à bien des explications; on les trouvera dans les commen­ taires. Voici quel nous paraît être le raisonnement de l’Apôtre. La Loi, du fait qu’elle a été établie par Pin­ te nnédlaire d’un médiateur, diffère essentiellement dc la « promesse ». En effet, un médiateur suppose deux parties contractantes; il est fondé dc pouvoir ct agréé par les deux parties. Chaque partie prend des engagements ct il en résulte une sorte de contrat. Dieu s’engage à donner des bénédictions d’ordre tem­ porel ct spirituel à son peuple, à condition que celui-ci observe tous les commandements. Il en est autrement dc la promesse, car dans son établissement il n'y a qu’une seule partie qui est Dieu. 11 promet et donne gratuitement ses bienfaits, et non moyennant l’obser­ vation des articles d’un code. L’Apôtre envisage encore sous un autre aspect Je rôle de la Loi : elle lie donne ni la justice ni la vie, car • l’Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que la promesse fût réalisée par la foi de Jésus-Christ en faveur de ceux qui croient », t. 22. L'Écriture, c’est la parole de Dieu écrite; cc n’est plus la Loi, ou du moins la Loi n’en est qu’une partie. Tous les hommes sont comme dans une prison sans issue; ils y sont enfermés par la puissance du péché. Cf. Rom., i, 18; n, 29. Mais quel rôle joue l’Écriture dans cette situa­ tion? Son action est-elle d'ordre intellectuel ou d’ordre réel? En d’autres termes, enseigne-t-elle seulement que tout homme est · enfermé sous le péché », ou estelle pour quelque chose dans celle situation? Comme parole de Dieu, elle apporte son témoignage pour attester que Juifs et païens sont sous la puissance du péché, Rom., m, 10-18; que tout homme tombe sous la colère divine, Rom., m, 19. De plus, l’Écriture, comprenant la Loi, est aussi, dans une certaine mesure, cause dc cette situation, au moins pour les Juifs; mais on ne voit pas comment elle pourrait l’être pour 2387 PAI L SAINT). LA PAROUSIE 2388 tous. Elle est donc Invoquée Ici pour mieux établir Church, 1.1, p. 430 sq., Edinburgh, 1915; A. Lolsy, L'êptlre aux Galates, Paris, 1916; M. Gogucl, J-e livre drs Actes, l’impuissance de la Loi. Paris, 1922; Les épîtres paulinlennes, Paris, 1926 (Intro­ Le rôle spécial de la Loi, chez les Juifs, a donc été duction au N. T., t. in el iv, 2· partie); IL Strack et P. de les tenir «enfermés, en vue de la foi qui devait être Billcrbcck, Kommetltar cum Ncucn Testament ans Talmud révélée ». y. 23. Jusqu’à la venue du christianisme und Midrasch, t. in, p. 335 sq.; Der Brie/ Pauli an die inaugurant le régime de la foi. les Juifs étaient enfer­ Galater, Munich, 1926. més comme dans une prison, dont la Loi, geôlier V. L'eschatologie : Éfithls aux Thessaloniinexorable, gardait toutes les Issues. εφρουρούμεΟα; cîbns et pni.Mitni. aux COBiNTJin ns. — 1° La « pa­ cf. Théodoret, S. Jean Chrysostome, S. Jérôme; cf. 11 Cor., xi. 32. Or. ccttc situation, dans le plan divin, rousie ». 2° L'antéchrlst. 3° L'époque de la · parou­ devait tourner au bien des Israélites. Ils étaient enfer­ sie »; parousie ct théologie. 4° La résurrection. 5° Les més. en s ue ct dans le but d'arriver à la fol, d’en avoir i sanctions de la vie future. la révélation : en sortant de la prison, ils verraient la 1° La parousie. — Au cours de sa deuxième mission, lumière; cf. Rom., vm, 18. saint Paul avait annoncé l’Évangile à Thcssalonique. Autre image : Ils étaient sous la tutelle de la Loi Des Juifs et un grand nombre de prosélytes s’étaient comme les enfants sous celle des · pédagogues ■ convertis à la foi nouvelle. Dans.ee milieu, on était romains, t. 24.Ces derniers, généralement des esclaves, donc déjà au courant des doctrines ct des traditions avaient pour fonction, non d’instruire les enfants, mais juives sur la lin des choses. Saint Paul y avait de restreindre leur liberté ct de les conduire à leur enseigné la foi chrétienne, mais une émeute, provoquée « maître ·. Leur action était une dure contrainte par les Juifs, avait mis lin à scs travaux ct il avait dù dont on n'aspirait qu'à sc débarrasser à l'ûge de la s'enfuir pendant la nuit, laissant l'instruction dc< majorité. De même, la Loi devait conduire ses sujets fidèles incomplète sur plus d’un point. Les nouveaux au Christ. Au moyen du péché dont elle donnait la convertis se préoccupaient spécialement du sort de connaissance ct qu'elle faisait · abonder » en multi­ leurs défunts : ceux-ci auraient-ils part au bonheur pliant les transgressions, Gai., m, 19; Rom., vu, 5, que le Christ, le Messie, devait procurer aux fidèles, elle établissait comme une barrière emprisonnant tous lors de sa « parousie », παρουσία, c’est-à-dire de sa ceux qui lui étalent soumis. Mais, d'autre part, elle venue ou de son avènement glorieux? I Thess., iv, faisait naître chez les Juifs le sentiment de leur culpa­ 13-18. bilité avec le besoin d’être délivré de la colère divine; Cette question était très compréhensible de la part comparer Rom.» in. 20, avec vu, 24 ct iv, 15. Or, ne de nouveaux convertis judéo-chrétiens, ou de prosé­ pouvant procurer elle-même ccttc délivrance, Rom., lytes ayant déjà accepté la croyance du judaïsme. ΙΠ, 19 sq.; vm, 3, elle les obligeait à chercher dans Chez les Israélites, la justice exigeait la résurrection la foi au Christ la seule issue par laquelle ils pussent au moment de la restauration idéale d’Israël. Cette recouvrer la lumière ct la liberté. C’est pourquoi, restauration, impossible à réaliser historiquement, dans le plan de ia Providence, au ternie de la Loi représentait l’aspiration au bonheur ct à la récompense était le Christ avec sa grâce, τέλος γάρ νόμου Χρισ­ transcendante, dans une autre vie; ci. Is., xxvi, 19; τός. Rom., x, I. Ez., xxxvii, 1-14; Ps., xvi, 10; Dan., xn, 1-3; Sap., Certains commentateurs poussent encore plus loin i, 13-15; m, 2-4, 7-8; 11 Macch., xiv, 46; vu, 11 ; cf. 9, l'analogie avec le « pédagogue »; la fonction de la Loi 1 I; xn, 42-44. était de conduire « au Christ enseignant ». comme le Ainsi, la résurrection, dans les espérances juives, pédagogue conduisait l’enfant à son maître, διδάσκα­ se trouvait liée à l'idée nationale, comme un postulat λον. S. Jean Chrysostome, Érasme. Celte idée du de la restauration d’Israël. Elle était collective, les Christ enseignant n'est point dans le texte vi verbo­ morts devaient revivre pour participer au bonheur rum; etc Χριστόν s'explique suffisamment par tva commun des élus. Dans les écrits ct les traditions du έκ πίστεως δικαιωΟώμεν. C’est là que la Loi devait judaïsme, cet événement était généralement rattaché aboutir. Obstacle pour un temps à la justification ct à la venue ct à l'action du Messie considéré surtout à la liberté, elle a été un moyen indirect d’.y parvenir. comme agent de restauration nationale. Mais des vues assez divergentes régnaient chez les Juifs sur la ma­ A In bibliographie de l’article Galates (Êpttre aux), nière dont les choses devaient se passer. La résurrec­ ajouter les ouvrages suivants : tion aurait-elle lieu à l'arrivée du Messie ou un temps Ie Catholiques. — A. Schafer, Die Bûcher des Neiten plus ou moins long après sa venue? Les vivants joui­ Testaments, t. i. Die Brieje Pauli an die Thessalonicher und die Galaler, Munsler-in-W., 1890; K. Six, Dos Apaslel- raient-ils sur terre d’un bonheur messianique tempo­ de fret. Seine Enlstehung und Gel lung in den ersten uier raire, en attendant la récompense du · monde futur »? Jahrhunderten, Innsbruck, 1912; J.-M. Lagrange, Êpttre Dans ce cas, que deviendraient les morts? Tous ces aux Gaiaies, 191 S; E. Levesque, dans Revue pratique points demeuraient assez obscurs el confus dans l’en­ des derniers temps, Ps. Salem., il, 26 sq.; puis Hérode Je Grand, désigné toire, non à la mythologie. Plus obscur encore que la présentation de l'Anté­ peut-être sous les mêmes traits d'Antiochus Epi­ christ est celle de l'obstacle mystérieux qui l’arrête phane dans Assumpt. .Mos., vni; puts Caligula, qui momentanément. Saint Paul, dans sa prédication, ordonna de faire placer sa statue dans le Temple, pour punir les Juifs apres la sédition de Jamnia, ordre s’était sans doute expliqué sur cette puissance ou cette personne. Mais H est très important de noter qui, d'ailleurs, ne fut pas exécuté; mais les Juifs curent qu’au t. 7 : « le mystère d'iniquité est déjà à l’œuvre » un instant le sentiment que le βδέλυγμα της έρημώσεως ou « s’accomplit déjà », le texte ne dit pas que Lan lé- prédit par Daniel était sur le point de s'accomplir el christ même opère déjà. Il est au contraire retenu par ils gardèrent la conviction que l’antéchrist devait un obstacle, tandis que l'impiété s’élabore déjà sous trôner dans le temple de Jérusalem Cf. Marc., xiiî, 14 ; l'influence d’un principe mauvais, sans doute, de Matth., xxiv, 15; Schürer, Geschichte des jûdbchen Volkes, t. i, 4· édit., 1907, p. 503, 505. Satan, dont l’antéchrist, au moment de son apparition, Le christianisme, en rejetant la conception d’un sera l’instrument ou la personnification; cf. f. 9. Lorsque l’obstacle aura été écarté, 1’ · impie » se règne du Messie au sens politique ou national, rejetait du même coup celle d’un Antéchrist adversaire poli­ révélera; mais le Seigneur Jésus l’anéantira d’un « souille de sa bouche » ; cf. Is., xi, I : · du souille de tique voulant s’imposer par la violence ou par les armes. Il reprenait l'ancienne idée d’un adversaire au ses lèvres, il anéantit les impies ·, cf. Ps. xxxm, 6. il n’aura qu’à paraître, sa seule présence suffira à sens moral cl religieux. Cc retour à l’ancienne concep­ réduire à néant l’antéchrist, αρκεί παρείναι αύτόν, tion est très remarquable chez saint Paul. Au moment où il écrit, l’Eglise s’établit dans l’empire romain, et dit Saint Jean Chrvsostome. les pouvoirs publics ne lui font aucune opposition. Ce Cet impie est donc un personnage distinct de Satan, ci. t. 9. L’Apôtre ne dit ni où il est, ni d’où il viendra. n’est donc point dans l'ordre politique, mais dans Il Insiste sur l'attitude ferme à garder dans la foi pour l’ordre religieux, qu’il faudra chercher l’adversaire ne pas être séduit : il faut accepter · l’amour de la auquel saint Paul fait allusion. Tout en conservant les termes traditionnels par lesquels les Juifs l’avaient vérité ». Il s'en tient évidemment, dans l’application, à l’enseignement moral. Les allusions, très voilées désigné, il le dégage de l’histoire ct lui donne un sens pour nous, à la personne ou à la nature de l'antéchrist, uniquement moral et cschatologique : la « révolte » ou « apostasie » qui précède sa venue est d’ordre reli­ n’ont probablement, à scs yeux, que la valeur d'un gieux, non politique. L’antéchrist lui-même, distinct argument ad hominem. de Satan, est son instrument, ou son Incarnation. On se demande généralement si, dans la pensée de l’Apôtre, la notion d’antéchrisl n une portée histo­ Satan est déjà à l'œuvre par scs adeptes quels qu’ils soient; ainsi s’accomplit < le mystère d’iniquité ». rique ou cschatologique. Elle a incontestablement une portée cschatologique puisque la · parousie · de Cependant, il est contenu par une force ou une puis­ « l'homme do péché » doit précéder immédiate ment sance personnifiée, probablement l’archange saint Michel, l’opposé traditionnel de Satan, le protecteur celle du Christ. La question devra donc plutôt se poser : saint Paul, ou les Thessalonicicns, regardent-ils d’Israël ct de la Synagogue ct plus tard celui de l’antéchrist comme un personnage historique déjà l’Église. D'autres volent dans cet obstacle mysté­ rieux les pouvoirs publics, principe d’ordre cl de existant de leur temps; cl, si oui, cela implique-t-il sécurité. Mais celte opinion nous parait moins pro­ un enseignement sur l’imminence de la fin des choses ? bable, parce que l’Apôtre ne se place point sur le ter­ Le mot 'Αντίχριστος ne sc lit pas dans saint Paul, on le rencontre pour la première fols dans saint Jean. rain politique, mais religieux. Cf. Prat, La théologie de I Joa., », 22; iv, 3; H Joa., 7. .Mais la notion d’un saint Paul, t. i, p. 97 sq. ; S. \ugustin, De cio. Dei, XX. adversaire de Dieu ou du Christ est beaucoup plus xix, P. L., t. xi.i, col. 685-687; S. Irénée. Cont. hirres., V, xxv, 1, P. G., t. vu, col. 1188-1192; Knabenbauer, ancienne. Elle ne semble pas être d’ordre historique In ep. ad Thess., p. 148. dans ses origines. Elle sc rattache plutôt à la notion Ainsi, la description de l’Apôtre inar<|ue une trans­ biblique de Satan, l’ennemi ct l’adversaire de Dieu ' dans l'ordre moral. Cette opposition habituelle de formation sensible de la croyance juive au r* siècle. Satan à Dieu devait revêtir une violence particulière L’antéchrist, cet être malfaisant, perd sa signification dans les « derniers temps ». A ce moment devait se politique pour prendre une signification morale. Au Jouer le dernier acte de cette lutte ct Satan devait moment où le christianisme se sépare du judaïsme, être définitivement vaincu. Dans la littérature juive, Γ · homme de péché ». 1* « adversaire » n’est plus conçu Βελίαρ, Σατανάς, διάβολος, πνεύμα αέριον, représentent par l’Apôtre comme un tyran qui s’impose par la le mémo adversaire de Dieu dans l’ordre religieux et violence, mais comme un séducteur, un faux Messie, moral Le rôle du Christ devait être do le réduire à qui, par des « signes » el des prodiges, veut se faire néant lors de sn venue. Cf. Test, Lmi, xvm, 12; adorer comme Dieu. Si les Thessalonicicns croyaient à 2395 PAUL (SAINT). ÉPOQUE DE LA PAROUSIE un adversaire d’ordre politique, et déjà existant, ce qui est probable, saint Paul corrige cette notion dans leur esprit, cn montrant que son action sera d’ordre religieux ct que son véritable animateur sera Satan. M puissance qui empêche cc débordement d’impiété sera donc egalement d’ordre religieux. Elle s’oppose non pas tant à tel personnage déterminé, qu’à Satan lui-même el Λ tous ses suppôts, quels qu’en soient la nature ou le nombre. Cette situation peut sc prolon­ ger au gré de la puissance divine, ct il n’y a rien là qui doive faire croire à une lutte imminente et suprême des forces du mal contre le Christ et ses fidèles. Lue telle transformation, qui dégage ainsi de la politique l’idée d’antéchrist, pour l’universaliser en quelque sorte, est bien conforme au génie de l’Apôtre. 3e L'époque de la parousie; parousie el théologie. — Jésus n’avait point fait connaître aux apôtres l’époque de la venue du Fils de l’homme, cf. .Marc., xiii, 32, et pareil. Il s’était borné à leur prêcher la vigilance. Les apôtres n’avaient donc, sur ce point, aucun enseigne­ ment précis à donner aux fidèles; leur action devait se borner à les exhorter, comme avait fait Jésus, à la pratique des devoirs chrétiens:ainsi,quoi qu’il arrivât, les fidèles seraient toujours prêts au jugement. Tout cc que saint Paul savait sur ce point était contenu dans la prédication des premiers apôtres : · le Seigneur devait venir soudainement, comme un voleur pendant la nuit »; cf. I Thess., v, 1 sq. C’est lù cc que l’on pour­ rait appeler un lieu commun de la prédication chré­ tienne. Toutefois, saint Paul n’a-t-il pas le sentiment qu’il sera encore au nombre des vivants lorsque le Christ reviendra ? Citons les passages qui semblent de prime abord, imposer une réponse alllrmative; nous verrons ensuite ceux qui s’opposent à une telle solution ct nous dégagerons la pensée de l’Apôtre sur cc point. Dans la I" aux Thcssaloniciens, îv, 15, l’Apôtre déclare : « Nous, les vivants, laissés pour l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas les morts... », cf. ,. 17. Dans la F· aux Corinthiens, il dit, cn pariant du conseil de la virginité, 1 Cor., vu, 2G : « Je pense donc, à cause des dillicultés présentes, διά την I ίνεστώσαν ανάγκην, qu’il est bon pour un homme d’être ainsi », cf. f. 10; ct f. 29-31 : « Le temps est devenu court; que ceux qui ont une femme vivent I comme n’en ayant pas; ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas; ceux qui sc réjouissent, comme ne sc réjouissant pas; ceux qui achètent, comme ne possé- I dant pas; ct ceux qui usent du monde (c’est-à-dire des choses qui sont dans le monde, choses périssables et passagères), comme n’en usant pas. Car la figure de cc monde disparait, παράγει γάρ τό σχήμα του κόσμου τούτου, » Dans la même épître, x, 11, l’Apôtre, après avoir rappelé certains événements de l’histoire d*Israël, déclare : « Toutes ccs choses leur sont arrivées cn figure, ct elles ont été écrites pour notre instruc­ tion, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps, είς oG; τα τέλη των αΙώνων ν.ατήντηκεν, in quos (nos) fines sarculorum devenerunt. » A la fin de la même épître, xvi, 22, la formule arameenne Maran allia, « Notre-Selgneur vient » ou : » Seigneur, viens! » cf. Apoc., xxn, 20, semble indiquer l’attente du juge­ ment à brève échéance. Enfin, l’avis de saint Paul à Timothée, 11 Tim., ni. 1 : · Sache que, dans les der­ niers jours, il viendra des temps difficiles, καιροί χαλεποί », confirmerait encore cette impression. Par contre, d’autres passages montrent que saint Paul n’avait point la conviction d’être au nombre des vivants lors de la parousie. Citons d’abord le passage I Thess., v, 10 : · Afin que, soit que nous veillions, soit que nous donnions », c’est-à-dire « morts ou vivants, nous vivions avec lui (le Christ) »; cf. Théodorct, i S. Ephrem. Ce passage s’oppose à cc que l'on entende 2396 « nous les vivants » de iv, 15 ct 17, cn cc sens que saint Paul aurait eu lu conviction ferme d’être encore cn vie lors de la venue du Seigneur. Un passage de l’épltrc aux Philippicus appuie cette interprétation, Phil., i, 20: · Maintenant, comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort; car le Christ est ma vie ct la mort m’est un gain »; et f. 23 : « Je suis pressé des deux côtés, j’ai le désir de partir et d'être avec le Christ, cc qui est de beaucoup le meilleur; mais il est plus nécessaire que je demeure dans la chair à cause de vous »; et encore, n, 17 : « Et même, dût mon sang servir de libation dans le sacrifice et dans Je service de votre foi, je m’en réjouis ct vous en félicite. · Saint Paul, dans ces passages comme dans I Thess., v, 10, envisage donc l’éventualité de sa mort et même de sa réunion au Christ, à titre individuel, Phil., i, 23, avant le temps de la parousie. Le passage II Tim., iv, 6-8, 18, donne la même impression : · Je suis déjà répandu en libation, σπένδομαι (c’est-à-dire offert en sacrifice, cL Phll., n, 17; Apoc., vu, H sq.), et le moment de mon départ, άναλύσεως, esl arrivé... Désormais, elle m’est préparée la couronne de justice que le Seigneur, le juste juge, me donnera comme récompense, cn cc jour-là, non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aime son avènement. » II Tim., iv, 6-8. < Le Seigneur me déli­ vrera de toute œuvre mauvaise ct me sauvera dans son royaume céleste. A lui soit la gloire dans les siècles des siècles! Amen! » Ibid., t. 18. La mention du royaume céleste précise le genre de départ ct de déli­ vrance auxquels l’Apôtre s’attend. Il va mourir bien­ tôt el recevoir la récompense de scs travaux. La per­ spective du jugement ct de l’avènement du Christ reste indécise. Saint Paul ne dit point que ces événe­ ments coïncideront avec son « départ ». Par ailleurs, il espère que Dieu le · ressuscitera aussi avec Jésus », H Cor., îv, 14, cc qui suppose qu’il ne sera plus au nombre des vivants. Enfin, la pensée de mourir avant la venue du Christ lui arrache des gémissements : « Tant que nous sommes dans cette lente, nous gémis­ sons, accablés, parce que nous voulons, non pas ôter notre vêtement (c’cst-à-dirc ne pas mourir), mais revêtir l'autre par-dessus · (être transformés sans passer par la mort). II Cor., v, L D’ailleurs, dans tout le développement H Cor., v, 1-10, la perspective de la parousie s'efface totalement, el l’Apôtre parle comme si la transformation du corps et l’union avec le Christ devait avoir lieu immédiatement après la mort. Nous comparerons plus loin ce passage avec I Cor., xv, en traitant de la résurrection. Que l'Apôtre n’ait point eu la certitude d’être nu nombre des vivants lors de la parousie, cela ressort de son long exposé sur le salut des Juifs, Hom., ix, x, xi; la conversion des nations devant précéder celle des Juifs; voir surtout xi, 13-15 ct 25-26. Ces événements, dans sa pensée, devaient exiger un temps plus ou moins considérable. Toutefois, le passage Hom., xm, 11-11 n’cnscignct-il pas la proximité de la parousie? · Vous savez cn quel temps nous sommes; c’est l'heure de nous réveiller enfin, du sommeil; car, maintenant, le salut est plus près de nous qu'au moment où nous avons cru. La nuit est avancée ct le jour approche. Rejetons donc les œuvres de ténèbres ct revêtons les armes de la lumière... » Ce passage est avant tout une exhorta­ tion morale à la vigilance. En aflirmant que le jour du salut est « plus proche · l’Apôtre Invite les Romains à se comporter comme pendant le jour, c'est-à-dire à marcher dans la lumière ct non dans les ténèbres. Le passage est dans la même ligne que 1 Thess., v, 1-10, ct Matth., xxiv, 36, 51; Marc., xm, 32-33; Luc., xxi, 34-36; cf. Phil., îv, 5; Heb., x, 25, 37; 1 Pet., iv, 5. 7. 2397 PAUL (SA I NT). ÉPOQ UE DE LA PAROUSIE Les fidèles ignoraient s'il devait s écouler un long Intervalle entre le premier cl le second avènement du Christ. Saint Paul partage celte infime incertitude ct tire les leçons de vie chrétienne qui sc dégagent de cette situation. Voir sur cc passage le commentaire | de saint Jean Chrysoslome, In Epist. ad Romanos, llorniL·, xxiv, P, G., t. i.x, col. 621. Mais il n'a nulle­ ment la conviction ferme d’élre nu nombre des vivants lorsque le Christ reviendra. Son enseignement est conforme à la parole de Jésus : » Quant â cc jour ct â son moment, personne ne sait... » Matth., xxiv, 36. I La meme explication convient au passage 1 Cor., vu, 29-31, si l’on entend, avec saint Jean Chrysostome, Théodore!, (Ecumcnius, l’expression < le temps est devenu court » de l'époque qui précède le second I avènement du Christ. Toutefois, les Pères latins l’entendent de la « durée de la vie humaine ». Cf. Corncly, Λ. /., p. 205. 11 en esl de même de la formule Maran allia, si on l’entend du second avènement du Christ : Dominus noster veniet, ou Domine noster, veni. L'incertitude de l'époque du Jugement avait une valeur morale que le Christ, les apôtres cl, après eux, les prédicateurs de tous les temps n'ont point négligé de mettre à profit. Quant aux expressions « les derniers jours », II Tim., ni, 1, et · la tin, τέλη, des Ages », I Cor., x, 11, elles indiquent la dernière période du monde, le temps mes­ sianique; mais elles n’en précisent point la durée. On ne saurait donc les apporter pour attribuer ù saint Paul un enseignement sur l'imminence de la parousie. Reste le passage I Thess., iv, 15, 17 : · Nous, les vivants, laissés pour l'avènement du Seigneur... * En parlant à la première personne, saint Paul, selon plusieurs commentateurs, aurait parlé de la dernière génération, vivant au temps de la parousie, quelle qu’en soit l’époque; mais, par une figure de style, il aurait employé la première personne, comme si luimême devait en faire partie. Il y aurait IA un procédé purement littéraire. Dans ce cas, il faut reconnaître que les Thessaloniciens n’ont point compris la portée de scs paroles, eux qui croyaient, comme beaucoup de Juifs leurs contem­ porains, à l’avènement prochain du Christ. Les termes de la première lettre risquaient de confirmer encore leur croyance sur ce point. Saint Thomas l’a très bien noté dans son commentaire : Quia in prima epistola, nisi bene intelllgatur, videtur dicere, instare Domini adventum, ut illud cap. iv, 16... In 11 Thess., in, 2.. éd. Vlvès, t. xxi, p. i il. Saint Paul a dû, cn effet, leur écrire la seconde lettre pour les rassurer cn leur exposant les événements qui devaient précéder la parousie. 11 Thess., n, 2, 3, 5. Ainsi, celte seconde lettre expliquait les passages de la première qui pou­ vaient prêter ù équivoque; elle donnait des précisions sur les points qui avaient dû être mal interprétés. Mais, cn fait, saint Paul n'avait aucune conviction sur l'époque précise do la venue du Christ. Sl les Thcssa- > lonicicns croyaient à son apparition prochaine, Ils ne ! le devaient pas à l’Apôtre, mais aux Idées judaïques. Les Juifs attendaient un Messie glorieux, qui trlom- : plierait des nations païennes, jugerait les pécheurs ct constituerait avec les justes un royaume idéal ct parfait, où les défunts seraient associés nu bonheur des vivants. Cet événement qui devait être, aux yeux de beaucoup de Juifs, d’ordre politique, était regardé comme imminent cl surexcitait les esprits. Saint Paul, dans sa première lettre, tout en marquant i le caractère spirituel el mystique du salut chrétien, n'avait rien dit explicitement qui pût modifier l’attente des fidèles. 11 s’était borné à cn lirer des exhortations à la vie morale. D’après Knabenbauer, en disant : « nous, les vi­ sants .. ·, l’Apôtre n'avait, probablement fait que 2393 reprendre les propres termes dont s’étalent servis les Thcssaloniciens cn posant leur question : Probabiliter sunt repetitio ipsius dictionis qua Thessalonicense* usi erant. Comment, in Thess..., p. 92. L'exégèse traditionnelle n’a jamais attribué à saint Paul aucune erreur, ni formelle, ni matérielle, sur l’époque de lr parousie. Dans les temps modernes, depuis GroLiu» 1645), plusieurs courants d’exégèse sc sont développés. D’abord le courant des eschatologistes, dont Albert Schweitzer esl le représentant le plus connu. A. Schweitzer, Geschichle der paulinischen Furschung. Die Mgslik des A pastels Paulus, p. 54 sq.; cf. E. Lohmcyer, Grund la gen paulinischer Théologie, p. 109 sq. Saint Paul aurait cru au retour prochain du Christ glorieux, et sa doctrine aurait élé entièrement conditionnée pur celle erreur ou celte illusion. Cette théorie radicale est évidemment incompatible avec le dogme chrétien. Par contre, plusieurs exégètes catholiques ont cru pouvoir admettre que l’Apôtre avait simplement par­ tagé l’illusion de scs contemporains, mais sans en faire l’objet d’un enseignement; erreur matérielle, si l’on veut, sur un point d'ordre historique, mais n’enga­ geant en rien la vérité religieuse ou la doctrine de l’Apôtre : « La parousie, si elle n'est pas imminente, est prochaine. Saint Paul a l’impression que lui-même et l’ensemble de ses correspondants seront encore vivants quand elle se produira. » A. Lcinonnyer, Les épitrès de saint Paul, t. r. Paris, 1908, p. 40. — Le P. Prat s'exprime ainsi sur le même sujet : « Paul a-t-il partagé l’illusion commune ? En principe, rien ne s’y oppose; car l'inspiration ne donne pas toute science ct ne pouvait pas, en tout cas, donner la con­ naissance du dernier jour que le Père céleste s’est réser­ vée. En dehors de la vérité dont il est depositaire, l’écrivain sacré peut ignorer, hésiter, asseoir une opi­ nion sur des probabilités ou des vraisemblances... Le tout est qu’il n’enseigne pas l'erreur... Il (l'Apôtre) ne semble pas envisager devant lui une longue série de siècles... Parlerait-il de la sorte s’il avait l’intuition nette que des milliers d’années le séparent du terme ? · La théologie de saint Paul, 1" éd., 1.1, 1908, p. 108-109; 18· éd., t. i, 1930, p. 89-90. D’autre part. M. Brassac écrivait dans son Manuel biblique, t. iv, 1911, p. 210 : « Saint Paul ct les autres écrivains sacrés croyaient donc à une certaine proximité de la parousie ct n’avaient pas conscience de la longueur des temps évangéliques. Mais ils ne l'affirmaient pas ct ils ne le pouvaient pas sans sortir de la donnée révélée telle qu’ils la tenaient du Maître... Dans ces conditions, ces croyances et cet enseignement conjectural ne sont pas incompatibles avec l'infaillibilité de l’inspiration... » Voir dans le même sens : Mgr Le Camus, L‘oeuvre des apôtres, t. n, p. 343, 344. note 5; Tanquerey, De Ecclesia, éd. 1910, p. 417; Γ. Tillmann, Die Wieder· kun/t Christi nach den paulinischen Brie/en, Biblische Studien, t. χιν, 1909; M. Magnien, dans la Revue biblique, 1907, p. 365 sq.; Ch. Pcsch, De inspiratione, éd. 1925, p. 459, note 1 ; A. Lcmonnycr, article Fin du monde, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. i, col. 1919-1920. Toutefois, un décret de la Commission biblique, cn date du 18 juin 1915, a précisé les points suivants : o) Il n’est pas permis à l’exégète catholique d'affirmer que les apôtres, bien qu’ils n’enscigncnt aucune erreur, étant sous l’inspiration du Saint-Esprit, expriment cependant, parfois, des opinions ou sentiments humains comportant l'erreur ou l’illusion. b) L'apôtre Paul, dans ses écrits, n’a rien dit qui ne fût cn parfait accord avec l’ignorance où se trouvaient les hommes concernant le temps de la parousie, igno­ rance proclamée par le Christ lui-même. — c) Il n’est pas permis de rejeter l’interprétation traditionnelle» 2399 PAUL (SAINT). LA RÉSURRECTION 2400 qui explique le passage ! Thés*., iv, 15-17, sans attri­ mort; c'est %té, Commentarius in Epistolas ad Thessalonicenses, Romo-Parts, 1917; L. Billot, La parou­ sic, Paris. 1020; A. Stcinnuinn, Die Jirlcfe an dtr Thessalo· nicher und Galaicr, Bonn, 1923; I). Bu/y, article Antéchrist, dans h* Supplément au Dictionnaire de la Hlbtc, Paris, 1920. 2° Non catholiques, — W. Bousset, Der Antichrist in der Vcbcrlir/crungdes Judrnlums, des .\cum Testaments und der allen Kirchr, Gœttlngue, 1895; R.-II. Charles, The ascension of halah, Londres, 1900; l'rledlrtnder, Der Anti­ christ m den oorchr1stlichen jiïdlschcn Quellcn, Gœttlngue, 1901 ; G. Voltz, Jüdische Eschatologie von Daniel bis Aklba, (iœtttngur-Lrip/.lg, 1903; E. Kuhl, Ucl»rr 11 Corinlhcr, F, 1-10. Ein Hritrag zur 1 -rage nach déni Hcllcnismus bel Paulus, KOnlgtbcrg, 1901; A. Kennedy, 5t. Paul's conceit­ lions a/ thr last Things, IXMidrcs, 1901; (·. Milligan, St. Paul's epistles to the 1 hrssaloniuns, Lon«lrcs, 1908 ; E. v. Dolnchütz, Dir Thrssahmicherbric/t, dans Moyer, Kommentar, I. x, 7· éd., («tellingue, 1909; G. XVolilenbcrg, Der ente und sutcile Thrssalonlrhcrbrief, dans Kommrntar :um .\rurn Testament de Znhn, t. xif, 2* éd., I.olprlg, 1909; J.-E. l'ramc. The epistles of St. Paul Io the Thessalonians, «Inns The international critical tnmmmtaru, Édunbourg. 1912; J.-A. Mac Culloch, EarlgChristian visions a/ the OtherWorld, Édimboiirg, 1912; art. Erdiatotopy, dans EncgclO’ puidiaof religion ami ethics, Edimbourg, 1912; M. Dlbellus, An die Thessalonkhcr L mid I/..«inns Handbuch sum Scucn Testament nlut. — Dieu ct qui sc inisse conduire par lui sans mettre Les théologiens ont vu. non sans raison, dans cc pas­ obstacle à son action. Saint Thomas le définit : sage, un fondement à la doctrine du purgatoire homo habens intellectum illustratum d affectum ordina­ Par contre, malheur à qui détruira · le temple dc tum per Spiritum sanctum. J bid , p. 620. Celui-là est Dieu », c'est-à-dire corrompra l'Église de Corinthe par seul à même de saisir la «sagesse de Dieu ». scs desseins des doctrines subversives : « Dieu le détruira lui-même. » intimes, son plan secret dans le gouvernement des L'Apôtrc répète le mime terme « détruire » pour choses. L'objet de cc plan est défini dans Bom., xvi, signifier que Dieu lui infligera cn quelque sorte la peine du talion, peine proportionnée à la gravité de sa 25 27, ct Eph., i, 3-14. Parmi les Corinthiens, plusieurs avaient montré faute. Celui-là est exclu du salut ; pour lui. c’cst la par leurs divisions, qu’ils étalent encore « charnels » condamnation. ou « enfants dans le Christ ». Ceux-là ne sont pas 3· Les charismes ou Paction de l'Esprit-Saint dans capables, eux non plus, de saisir les mystères de la l'Église. — L'Esprit de Dieu (le souffle dc Dieu) est sagesse divine. Cependant, PApôtre ne les traite pas de une notion qui occupe une grande place dans l’Ancien • psychiques », puisque, étant chrétiens, ils ont reçu Testament. Dc là clic est passée dans le Nouveau l’Esprit. llssont donc, cn principe, parmi les «spirituels» ct dans la doctrine chrétienne. Dans le Nouveau Testa­ mais non parmi les « parfaits »; ils ne sc laissent pas ment, · l’Esprit, l’Esprit dc Dieu, l'Esprit-Saint » conduire par l’Esprit mais plutôt par « la chair »; apparaît à la fois comme une personne divine ct un cf. Boni., vin, 5-13, spécial·ment le j. 13. L’homme principe divin dc régénération, dc sanctification, de • charnel » n’est donc pas rigoureusement synonyme vie ct d’action surnaturelle. Promis pnr Jésus . lbid.t Ccs dons avalent été largement accordés à l’Église fragiles et périssables ne seront point condamnés, dc Corinthe, ct leur manifestat Ion faisait parfois de • ils se sauveront ». mais non sans subir un de mmage ou une peine. Ils seront couverts dc confusion ct ils sc In communauté un milieu singulièrement agité. Les fidèles étaient portés à rechercher les dons les plus sauvciont » comme ii travers le feu », Λ la manière dc celui qui, surpris par l’incendie, s’échappe ù grand'· extraordinaires, au détriment du bon ordre ct dc la peine ct non sans brûlures, à travers les flammes. charité. En outre, cette Intensité d’émotion religieuse Un tel dénouement, ajouté à la confusion dc voir son et d’inspiration semble avoir eu son pendant dans œuvre détruite, suppose que l’ouvrier Imprudent, les réunions du culte païen, auxquelles saint Paul bien qu’il soit sauvé », non seulement ne recevra fait allusion, I Cor., xn, 2. Des chrétiens cn avalent aucune récompense pour ses travaux, mais subira une sans doute fait l’expérience avant leur conversion. 2415 PAUL (SAINT). LES CHARISMES Certaines inspirations pouvaient donc avoir une origine suspecte, et l'usage mime des charismes risquait, s’il n’était réglementé, dc provoquer un désordre préjudiciable à la vie chrétienne. Sur cc point, comme sur les autres, l’Apôtrc devait corriger les abus et pré­ venir les malentendus en exposant le caractère des « charismes » et cn donnant des conseils pour leur meilleur usage. L’essentiel dc son enseignement sur cc sujet est contenu dans I Cor., xn, 1-xiv, 33, auxquels 11 faut ajouter Hom., xn, 3-8; Eph., îv, 7, 11-13; cf. I Petr.. îv. lo 11. Les Corinthiens, encore dans le paganisme, étaient • entraînes vers des idoles muettes >; allusion sans doute â l’action des démons qui, par les effets extraordinaires qu’ils produisaient dans les réunions du culte païen, attiraient une foule d’adeptes comme par une force irrésistible. Cf. 1 Cor., x, 20 sq.; Athénagorc, Legal., 26, P. G., I. vi, col. 949-952. Une certaine analogie entre les charismes et les phénomènes éprouvés par les païens pouvait donner lieu à de fâcheuses confusions. La marque à laquelle on devait reconnaître un homme · inspire », c’est-à-dire vraiment sous l’action dc l'Esprit-Saint, c’cst la con­ fession dc la souveraineté dc Jésus : si on est < dans l'Esprit », on ne peut dire : « Maudit soit Jésus »; ct on ne peut dire : « Jésus est Seigneur, si ce n'est dans l'Esprit. » I Cor., xn, 1-3; ci. Il Thess., n, 2. Si l’on reconnaît Jésus comme Seigneur, comme maître souverain, l'inspiration que l’on a ne peut provenir que de son domaine qui est aussi celui dc l’Esprit. Une fois le critérium établi, l’Apôtrc expose le caractère des dons spirituels. Il y a « diversité dc dons, διαιρέσεις χαρισμάτων », mais il y a un seul ct môme Esprit; il y a · diversité dc ministères », mais il y a | • un seul Seigneur »; il y a « diversité d'opérations », mais il n’y a qu’un seul Dieu « qui opère tout cn tous ». I I Cor., xn, 4-5. L’Apôtrc range-t-il ici les ·ministères » ct les «opérations » parmi les «charismes »? La question esl fort débattue. Dans cc passage, dc prime abord, il semble que non; la mention des « ministères » qui relèvent du Seigneur, ct des «opérations » qui relèvent de Dieu, semblent être des termes dc comparaison pour montrer comment il n’y a qu’un seul Esprit, principe de tous les dons. Toutefois, dans Hom., xn, 7, le « ministère » est mentionné parmi les charismes, et Eph., iv, 12, montre qu’il comportait plusieurs fonctions, à savoir : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs ct docteurs. En outre, les «opérations » sc retrouvent dans la suite du passage, f. 10 : · ένεργήματα δυνάμεων, opérations dc miracles »; ct, comme le terme est au pluriel, il peut représenter plusieurs charismes. A y regarder de près, on esl donc fondé à voir, dans les « ministères » aussi bien que dans les « opérations », des modalités ou des variétés de diarismes. Mais, ceci une fois admis, on s'apercevra vite qu'il n'y a pas là une division rigoureuse cn trois catégories, dont l'une relèverait de Γ « Esprit », une autre du « Seigneur », c’est-à-dire du Christ, et une troisième dc Dieu. En effet, au f. 7, l'Apôtre déclare d’une façon générale que « la manifes­ tation dc l’Esprit est donnée à chacun pour l'utilité » commune; cc qui équivaut à rattacher tous les cha­ rismes â l'Esprit. Dc fait, dans l'énumération qui suit, tous les charismes dépendent dc l'Esprit, même les « opérations dc miracles », que l’Apôtrc avait rattachées à Dieu dans le f. 6. Bien plus, au t. 28 du meme chapitre, l’Apôtrc énumère des charismes en les attribuant tous à Dieu, entre autres les diarismes de prophétie, de guérison ct dc langues, qu’il a attri­ bués plus haut (î. 9 et 10) â l'Esprit. Enfin, dans Epb., îv, 7, les charismes sont le don du Christ; c'est lui « qui a fait les uns apôtres, d’autres pro­ phètes, etc... », t. 11. ι 2416 Il est clair que l’on ne saurait partir dc 1 Cor., xn, 4-5 pour établir une division parmi les charismes. D'ailleurs, les quatre listes que l’Apôtrc cn u données, 1 Cor., xn, 8-10; xn, 28-30; Hom., xu, 6-9; Epb., îv, 11, montrent bien qu’il n'a pas voulu faire un classement, ni une énumération complète, mais dégager les leçons et les avantages de vie chrétienne qui ressortent de ces manifestations. La première liste énumérée, I Cor., xn, 8-10, com­ prend : le discours de sagesse, le discours de connais­ sance, γνώσεως, la foi (foi des miracles, comme dans I Cor., xm, 2, cf. Matth., xvn, 20; el non fol, vertu théologale, comme dans 1 Cor., xm, 13), les charismes de guérisons, les opérations dc irtiracles, la prophétie, les discernements, διακρίσεις, des esprits, les genres de langues (les variétés dc glossolalie), l'interprétation des langues. Parmi ces charismes, plusieurs, qui sont mentionnés au pluriel, pouvaient être multiples ct comporter des subdivisions. Cette liste est donnée moins pour cn préciser le nombre que pour montrer leur rôle dans VÉglise. * En effet, ù partir du 12 l’Apôtrc parle non plus des charismes cn eux-mêmes, mais des sujets qui cn sont les bénéficiaires. Ceux qui les reçoivent, ayant été « baptisés dans un seul Esprit », forment un seul corps; Ils remplissent des fonctions différentes mais concourent tous à la vie dc cct organisme qui est le corps du Christ, t. 27, c’est-à-dire l’Église, >'. 28. Les membres de ce corps sont donc solidaires entre eux, ct doivent concevoir une estime mutuelle. En donnant ainsi une leçon de morale, l’Apôtrc expose un aspect de sa doctrine sur Γ Église, corps mystique du Christ. Dieu a établi, έΟετο, dans l’Église des membres · cn premier lieu comme apôtres, en second lieu comme prophètes, en troisième Heu comme docteurs, puis d'autres qui ont le don d’opérer des miracles, d’autres celui de guérir, d’assister (faire des œuvres de miséri­ corde ou de charité, cf. Hom., xn, 8; Eph., îv, 28), dc gouverner, de parler diverses langues ». xn, 28. Cette liste sc compose de huit termes, et l’on pourrait y ajouter le don d’interprétation mentionné >v. 3(1. Elle diffère sensiblement dc la première en cc que l’Apôtrc met cn relief non les effets charismatiques cn eux-mêmes, mais bien ceux qui possèdent des offices charismatiques et qui ont été établis à cette fin par Dieu même dans le corps du Christ, c'est-à-dire l’Églisc. Cf. Eph., î. 23; iv, 12; Col., î, 18. Il y a donc des degrés panni les « dons »; il faut aspirer aux plus parfaits. Mais, si on les compare à la charité, les · dons » lui sont inférieurs. Ils cesseront, tandis que la charité n’aura pas de fin. 1 Cor., xm, 8. « Quand viendra cc (pii est parfait, cc qui est imparfait disparaîtra », xm, 10; « présentement, nous voyons comme dans un miroir, d’une manière obscure; mais alors nous verrons face à face. Maintenant, je connais cn partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu », c’est-à-dire comme je suis connu par Dieu, d'une façon parfaite ct directe, ÿ. 12; cf. Philon, De cherubim, p. 111-115, éd. Colin-Wcndland, t. î, p. 197. « Maintenant (cn celle vie), ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, la charité; mais la plus grande des trois, c’cst In charité », y. 13. La foi en question ici ne peut être que la vertu théologale; ce n’est plus In ■ foi des miracles », comme, dans xn,9, ct xm,2;el deplujf, Paul parle de cette vie, non de la vie future où seule la charité demeure;ci. xm,8; II Cor., v, 7; llcb., xi, I ; Boni., vm, 24. Dans celte conclusion, il veut enseigner que non seu­ lement la charité est bien supérieure aux charismes, mais que les autres vertus théologales doivent être aussi grandement estimées, car elles sont le véritable fondement de la vie chrétienne; les ildèles ne doivent 2417 PAUL (SAINT). LE MARIAGE donc pas les négliger sous prétexte d’aspirer aux charismes. Les charismes ne sont point de même ordre que les vertus; ils peuvent même exister sans la charité, xm, 1-3, mais ils ne serviraient de rien; leur exercice doit être dirigé par lu charité, xiv, 4 sq. La charité ct les autres vertus sont les principes dc la vie mystique; elles donnent ù la théologie spirituelle dc l’Apôtrc son véritable caractère, caractère moral qui contraste avec celui des mystiques païennes. Les charismes, étant soumis à la charité ct s’exerçant sous la dépen­ dance des vertus, ne modi lient nullement cette con­ ception morale dc la théologie paullniennc. Il faut donc d’abord rechercher la charité, puis, parmi les charismes, il faut aspirer surtout à la « pro­ phétie ·, car elle édifie et console. · Celui qui prophétise l’emporte sur celui qui parle cn langues, à moins que cc dernier n'interprète ses propres paroles, afin que l’Églisc cn tire edification ». *xiv, 5. Tout doit sc passer pour « l’édification » des fidèles; c’cst dans cc but qu’il faut rechercher les «esprits» ou inspirations. xiv, 12. « Les langues servent de signes non pas aux croyants, mais aux infidèles. » xiv, 22. En pratique, si l’on parle cn langues, deux ou trois suffisent, à tour de rôle, ct encore à condition qu'il y ait un interprète. Les prophètes peuvent être égale­ ment deux ou trois ù parler; ou même tous peuvent le (aire, mais chacun à son tour, xiv, 26-33. Nous retrouvons les charismes dans l’épltre aux Romains, xn, G sq. Cc passage offre beaucoup d’ana­ logies avec I Cor., xn, 28. 11 fait partie d’une suite d’exhortations sur la vie chrétienne. Chacun doit avoir de lui-même une juste opinion el ne doit s’estimer que < selon la mesure de la foi que Dieu lui a concédée ». xn, 3. Les fidèles sont les membres d’un seul corps dans le Christ; ils n’ont donc pas tous les mêmes fonctions. Ils possèdent des « dons, χαρίσματα » différents selon la grâce qui leur a été donnée. Ils doivent donc rester dans leur rôle ou leur oflice et le bien remplir. Ces · dons » sont < la prophétie, en pro­ portion de la fol », c’est-à-dire se réglant sur l'objet ou le contenu de la foi; le ministère; l’enseignement; l’exhortation; l’aumône; la présidence (d’une œuvre ou peut-être mieux dc la communauté, cf. I Thess., v, 12; I Tim., v, 17); la miséricorde (œuvre d’assis­ tance ou dc charité distincte de l’aumône). Tous ceux qui possèdent ces dons doivent les exercer dans le champ bien déterminé qui appartient à chacun. Ces conseils, avec la comparaison du corps ct des membres, sont dans la même ligne quo 1 Cor., xn, 13-31. Mais, dans Rom., xn, la liste des charismes est réduite à sept termes, et l’idée d'office déterminé, lié à un charisme, est plus accentuée que dans la lr· aux Corinthiens. Nous trouvons encore un passage sur les charismes dans Eph., îv, 7, 11-13. Ici, l'idée d'unité dans l'Esprit. celle de V Église formant un seul corps, est encore plus affirmée quo dans I Cor., et Rom., ci. Eph., îv, 3-6. \ chacun, « la grâce a été donnée selon la mesure du don, δωρεάς, du Christ ». Lui-même, il a fait < les uns apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pasteurs et docteurs; cela cn vue dc rendre parfaits les saints pour l'œuvre du ministère, afin «l’édifier le corps du Christ... ». Eph., îv, 11-12. Cette dernière liste, plus encore quo celle dc l’épltre aux Romains présente les charismes comme conférés en vue d'offices déterminés. L’idée dc charisme, mani­ festation surnaturelle de l’Esprit-Saint, reste au second plan. Nous avons là sans doute cette · diversité dc ministères» mentionnée I Cor., xn,5; cf. Eph., îv, 12, είς έργον διακονίας. Ces charismes confèrent des aptitudes ou des capacités surnaturelles en vue d’offices déterminés dans l’Églisc. Le don d’apostolat qui vient en premier lieu n’est point l'apostolat conféré par le 2418 Christ lui-même aux · douze » ct à saint Paul. C’est un don accordé cn vue d’une mission analogue à celle des < douze », mais d’un ordre moins élevé. 11 cn est autrement dans Epb., n, 20, ou il ne peut être question que des * apôtres » au sens strict* quelle que soit la manière d'entendre « les prophètes », qui leur sont associés. Est-il possible dc tenter un classement des cha­ rismes d’après les listes données par l’Apôtrc? La chose ne parait guère possible. Saint Paul ne s’y est point appliqué; mais il a voulu montrer que leur variété ne nuisait point a l’unité et a l’organisation dc l’Églisc. Par contre, cn insistant sur cette idée que, dans bien des cas, les charismes sont donnés cn vue d'office* déterminés, ct cela pour la vie même et le développe­ ment dc l’Église, ne laisse-t-il pas nettement entendre qu'au moins un certain nombre d’entre eux, ayant un caractère social, doivent être nécessaires à l’Églisc ct, par conséquent, permanents? Dc plus, si le cha­ risme donne une capacité surnaturelle cn vue d'un oflice déterminé à remplir dans l’Églisc, il confère l’aptitude a l’oflice hiérarchique comme aux autres ministères. Ou, si l’on vent, l’investiture d’un oflice comporte, dans la doctrine de l’Apôtrc, la communi­ cation d’un charisme. Cette communication peut être extra-sacramcntelle, c’était le cas pour la plupart des ofllces secondaires; elle est de nature sacramentelle quand il s’agit d’office hiérarchique, c’est le cas pour l’ordination de Timothée, Il Tim., t, 6. Voir plus luin, IX. L'organisation et le gouvernement de l Église, Cf. A. Lcmonnyer, art. Charismes, dans le Supplément du Dictionnaire de la Bible, col. 1241-1243; F. Prat, Iji théologie de S. Paul, 2· partie, éd. 1929, p. 373. 4° Le mariage. — Les Juifs se faisaient une haute idée du mariage. Ils le regardaient comme une chose sainte ct la plupart d’entre eux étaient mariés. 11 faut faire exception pour la secte des esseniens qui le regardaient comme une chose impure ct dégradante. Toutefois, chez les Juifs, le divorce était très fréquent. Parmi les rabbins, les uns étaient très accommodants sur cc point; d’autres n’admettaient le divorce qu’en cas d’adultère. Chez les païens, bien que la cérémonie du manage eût un caractère religieux, le contrat pouvait être rompu à volonté par l’un ou l’autre conjoint. Cf. Juvénal. Sa/.. vi, 224 sq. Les chrétiens convertis, juifs ou païens d origine, étaient tentés dc conserver leurs anciennes idées sur le mariage. Spécialement ù Corinthe, où la licence des mœurs était devenue proverbiale, les chrétiens étaient particulièrement exposés ù subir l’influence des habitudes païennes. D’autre part, certains chré­ tiens. portés à une ascèse exagérée, pouvaient consi­ dérer leur mariage comme rompu par leur conversion. Les époux avalent-ils le droit dc sc séparer ct dans quelles conditions? Fallait-il préférer le mariage ou le célibat? Lorsqu’un seul conjoint se convertissait, sa situation au point de vue moral et religieux devenait difficile; que fallait-il faire dims ce cas? Bien des points exigeaient des éclaircissements. Les Corinthiens avaient posé par écrit ù l’Apôtrc un certain nombre dc questions sur ce sujet, I Cor., vu, L Les réponses dc saint Paul, contenues dans le c. vu de la H aux Corinthiens, sont de la plus haute importance, car elles précisent la doctrine de l’Église chrétienne sur un point qui esl le fondement dc la famille ct de la société. Saint Paul expose d’abord la dignité respective du mariage ct du célibat. Pour le comprendre, il faut se rappeler que Jésus, Matth., xix, 1-12, avait procla­ me la dignité et l’indissolubilité du mariage. Ses disciples, trouvant son enseignement rigoureux, lui 2419 PAUL (SAINT). LE M AB IA GE 2420 avaient dit : « Si telle est la condition de l’homme à virginem suam, fuit bien, et celui qui ne la marie pas l’égard de la femme, il n'est pas avantageux de sc fait mieux. » j. 38. Le ton de cette section, t. 25-35, un peu différent marier. » A quoi Jésus avait répondu que le célibat était un idéal de perfection en vue du · royaume », |I de celui de f. 1-9, ainsi que certaines particularités mais pour ceux-là seulement à qui « il est donné de le de langage, comme remploi du mot παρθένος au comprendre », t. 11-12. D’ailleurs, le mariage n’exis­ singulier, t. 36, 38, ainsi que du mot άσχημονεΐν tera plus dans la vie future. Matth., xxn, 30. exprimant une idée toute nouvelle dans l’expose de D'après saint Paul, le mariage esl la condition ordi­ l’Apôtrc, ont fait croire à certains commentateurs naire, 1) est un remède contre la « fornication », 1 Cor., modernes que les virgines, παρθένοι, en question, vn, 2, et contre l’impureté, f. 9. Les époux doivent désignent les virgines subintroducite dont nous trouvons remplir leur devoir mutuel, t. 3 : < ne vous refusez, l'existence au n· siècle. Mais la pensée générale du pas l’un à l’autre, si cc n’est d’un commun accord, morceau, qui se rattache étroitement â f. 1-9, et sur­ pour un temps, afin de vaquer à la prière », >'. 6. tout l'usage du verbe γαμίζειν au V. 38, après le verbe Dans la première à Timothée, VApôtre condamne ceux γαμειν, t. 28, ne permet point celte interprétation. gui défendent le mariage comme une chose mauvaise; L’hypothèse a été soutenue par ΙΓ. Achelis, Virgines dans Eph., v, 22-33, il expose les devoirs mutuels des ' subinlrodudæ, Leipzig, 1903; cf. S. Irénée, Cont, har.t époux; cf. Col., in, 18. I J, vi, 3 (?) ; Tcrtullien, De virg. vcl., LL Cf. Lictzmnnn, Toutcfois.il estime que le célibat et la virginité sont Handbuch :um N. T,, éd. 1913, An die Korinther /., préférables au mariage; c’est pour lui un idéal : i p. 111; M. Dlbelius, Der H tri des Hermas, dans « Il est bon, καλόν, pour un homme de ne pas toucher Handbuch zum A’. T. de Lictzmnnn, Die apostolischen de femme », L L Cc qu’il vient de dire sur le mariage Vâler, p. 619; B. Knopft, Die Lehre der zwdlflAportel, et son usage, il le dit « par condescendance », κατά ibid., p. 32. συγγνώμην, c’est-à-dire en tenant compte des senti- I Après avoir précisé la dignité respective du mariage monts el de la faiblesse des chrétiens. Il voudrait, | et du célibat, saint Paul traite du lien ou de l'indissolu­ au contraire, que · tout le monde » fût comme lui, bilité du mariage. Là encore, pour bien le comprendre, c’est-à-dire non marié; cf. f. 40. Celte affirmation, il faut rappeler renseignement de Jésus. Jésus avait prise dans loute sa rigueur, peut paraître surprenante · enseigné que le mariage était une institution divine : si on la compare à Gen., i, 28. Certains critiques indé- ( l’homme et la femme avaient été unis par Dieu pour pendants expliquent celle attitude par la croyance à la • devenir une seule chair ». Gen., n, 21. 11 avait con­ proximité de la parouslc : cc monde allait bientôt damné le divorce. Matth., v, 22; xix, 6, 9-10; Marc., finir et avec lui la race humaine. La mariage devenait x, 9, 11 sq.; Luc., xvi, 18. Sa doctrine était : · Cc que donc désormais inutile. Mais il n'est point nécessaire Dieu a uni, l’homme ne peut le séparer. » de recourir à une telle solution. L’Apôtrc indique Toutefois, le premier évangile apporte à cette seulement ce qu'il estime le meilleur. D’ailleurs, il doctrine un certain adoucissement : « Quiconque précise : « Chacun reçoit de Dieu son don particulier, renvoie sa femme, hors le cas d'impudicilé (ou d'adul­ l’un d’une manière, l’autre d’une autre », ÿ. 7. Cette tère), παρεκτδς λόγου πορνείας, la rend adultère. » parole est analogue à celle de Jésus, Malth., xix, 11-12. Matth., v, 32; cf., xix, 9 : εΐ μή λόγου πορνείας. 1-c choix entre les deux étals est donc subordonné à En cas d’impudicité ou d'adultère, il était donc l’action divine. L’Apôtre dit formellement : «ceux qui permis de renvoyer sa femme. La tradition chrétienne ne peuvent garder la continence doivent sc marier », l'a entendu dès le commencement, non du divorce t. 9. Ainsi, il évite la conséquence absurde que l’on proprement dit, permettant de se remarier, mais pourrait tirer du t. 7 en l’entendant d’une façon de la simple séparation, les époux ainsi séparés ne absolue : Si omnes homines continerent sicut Apos­ pouvant sc remarier sans devenir coupables d’adul­ tolus continebat cessaret generatio ; et non fuisset tère. Cf. Hermas, Mand., IV, i, 6. impletus numerus electorum; quod est contra disposi­ Plusieurs critiques indépendants regardent la tionem divinam, S. Thomas, /i. /., éd. Vivès, I. xx, clause παρεκτός λόγου πορνείας comme ne faisant p. 670. point partie des paroles de Jésus; ce serait une glose, En résumé,’ dans celte première section, t. 1-9, une interprétation ou un adoucissement du principe l’Apôtrc recommande le mariage comme l’état ordi­ énoncé par Jésus. Le principal argument en faveur naire et normal, mais sans en faire un précepte en soi, de cette thèse est l’absence de cette clause dans les v. 6. Toutefois, il estime que le célibat vaut mieux que autres synoptiques et dans renseignement de saint le mariage. Pour chacun de ces deux états, il y a une Paul. Cependant, la clause sc trouve deux fois vocation ou un < don de Dieu ». dans le premier évangile, et dans deux contextes Dans la section t. 25-38, il revient sur le même différents; l'auteur la considérait donc réellement sujet en pariant des « vierges », qu’il regarde comme comme une parole de Jésus. Elle serait une interpo­ une categorie spéciale. lation si on l’entendait du divorce proprement dit, Au sujet des « vierges » il n’a pas de < précepte du car, dans ce cas, dans l’un et l’autre passages de Seigneur »,il donne seulement « un conseil »; c’est-à-dire Matth., elle ne s'accorderait plus avec la suite du texte. un avis, mais un avis dont la valeur est garantie par I Saint Paul, se conformant à renseignement de \a qualité d’apôtre, t. 25; cf. t. 40:« Je crois avoir, Jésus, affirme comme lui l’indissolubilité du mariage : mol aussi, l’Esprit de Dieu. » L’ « état » de virginité « Que la femme ne sc sépare pas de son mari; si elle en est séparée, qu'elle reste sans sc remarier, ou est bon, à cause de la · difficulté des temps », peutqu’elle se réconcilie avec son mari. Que le mari ne être l’approche de la parouslc que beaucoup de répudie point sa femme », I Cor., vn, 10-11 ; et t. 39 : chrétiens regardaient comme imminente, cf. 29-31. • La femme est liée aussi longtemps que vit son mari. · D’autres y voient les difficultés et les tribulations En donnant cc commandement, l’Apôtrc sc réfère inhérentes à la vie conjugale, ci. f. 28. Cependant, au Seigneur : « J’ordonne, non pas moi, mais le Sei­ on peut sc marier sans commettre de péché, t. 28, cf. 36. Toutefois, l'étal de virginité, en libérant des | gneur », t. 10. 11 ne cite point les propres paroles de Jésus, dans la forme où les évangiles les ont conser­ préoccupations du monde, permet à celui ou â celle qui le choisit, de s'attacher davantage au service de i vées. En se référant au Seigneur, il entend avant tout reproduire sa doctrine Toutefois, il sc rapproche de Dieu et à sa propre sanctification. Au point de vue Marc., x, 11-12, mais il parle en premier lieu de la religieux, cet état est donc supérieur au mariage : femme. < Ainsi, celui qui marie sa fille, την έαυτου παρθένον I/EUCH \KISTIE Les femmes surtout, poussées par une piété mal éclairée, croyaient sans doute pouvoir rompre leur mariage après leur conversion. Mais il devait y avoir d’autres cas de séparation que celui d’une piété mal entendue, puisque l’Apôtrc, au y. 11, parle de réconci· liation. Plusieurs commentateurs anciens et modernes pensent qu'il y avait le cas d'adultère. Voir Comely, /i. /.. ρ. 178. Saint Paul ferait allusion au précepte du Christ, tel qu'il est dans Matth., v, 32, cl xrx, 9, c'est-à-dire avec l’adoucissement qu’il comporte. Il enseignerait qu'il y a là une cause légitime de sépara­ tion, mais qui ne rompt point le mariage, ni ne donne la faculté de contracter une nouvelle union. Cette conjecture nous semble assez fragile; l’Apôtrc aurait reproduit plus clairement sur cc point l’enseignement de Jésus, s’il axait voulu rapporter la tradition évangélique telle qu'elle est contenue dans saint Matthieu. Après avoir affirmé le principe de l'indissolubilité du mariage chrétien, l’Apôtrc traite un cas spécial, qui devait être assez fréquent à Corinthe. Lorsque, de deux conjoints païens, un seul sc convertissait au christianisme, leur mariage contracté dans le paga­ nisme restait-il indissoluble? Saint Paul n'envisage pas l’hypothèse d'un chrétien épousant une païenne, ni d’une chrétienne épousant un païen : < Si un frère (un chrétien) a une femme infidèle (incroyante, païenne) et qu'elle consente â habiter avec lui, qu'il ne la renvoie point; et si une femme a un mari infidèle (incroyant) et qu'il consente à habiter avec elle, qu'elle ne renvoie point son mari », t. 12-13. Mais. « si la partie infidèle veut sc séparer, qu’ci c se sépare : le frère ou la sœur ne sont point liés dans ces conditions », t. IG. Dans cc dernier cas, la séparation est donc permise, mais elle est laissée à la décision de la partie infidèle : si l’infidèle ne veut pas cohabiter, ou cohabi­ ter seulement dans des conditions impossibles à accepter par la partie fidèle, le chrétien n'est « plus enchaîné dans ces conditions ». Il faut entendre qu’il est libre de contracter une autre union. Si l’Apôtrc avait parlé d’une simple séparation, Il n’aurait pas tant insisté sur l idée de liberté cl de paix, nu î. 15, et puis il n aurait pas fait de ce cas un cas particulier, il l’aurait traite au t. 10-11. Les termes δέδεται, έλευΟέρα, dont se sert l’Apôtrc nu t. 39, continuent cette inter­ prétation ; là, comme nu t· 15, la femme est libre de sc remarier. Sur ce point, Jésus n'avait donné aucun enseigne­ ment. l’Apôtrc le déclare : · Je leur dis, moi-même, et non pas le Seigneur », t. 12. Mais.cn parlant ainsi, il ne veut point opposer une opinion humaine à un précepte divin. 11 use de son nutorlté d'apôtre pour donner une décision sous l’inspiration du Saint-Esprit ; cf. V. 40. Cc qu'il règle en qualité d'apôtre. il le pré­ sente ailleurs comme des · commandements du Sei­ gneur ». xiv, 37. Ce précepte ne vient donc point de renseignement de Jésus. Il est propre à saint Paul; d’où le nom de « privilège paulinien » que lui ont donné les théologiens. Pour saint Paul, comme pour le Christ, cf. Gen., n, 24; Matth., xix, 5, le mariage a, chez les chrétiens, une valeur religieuse particulière : « Le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l’Église, son corps dont il est le Sauveur. » Eph., x, 23. Les maris doivent « aimer leurs femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle afin de la sanctifier, » f. 25; ils doivent les aimer < comme leur propre corps », Ÿ. 28, comme fait le Christ pour l’Église qui est · son corps », t. 30. « Cc mystère est grand, je veux dire en cc qui concerne le Christ et l’Église », $.32. ‘ L’union du Christ et de l'Egïise est donc le modèle de l'union des époux. Le mariage devient ainsi la 2422 figure, la représentation du mystère révélé dans l'union du Christ et de LÉglisc. .Mois, devenu ainsi le symbole de l'union mystique du Christ et de l’Église, il acquiert une efficacité religieuse; il est pour les époux une source de grâce et de sanctification. En un mot, il sc trouve élevé à la dignité de chose sainte, de sacrement : Gratiam vero quit naturalem illuni amorem perficeret et indissolubilem unitatem confirmaret conjugesque sanctificaret, ipse Christus, venerabilium sacramentorum institutor atque per/edor, sua nobis passione promeruit. Quoei Paulus apostolus innuit dicens : \ iri diligite uxores vestras... etc. Concile de Trente, sess. xxxv; cf. Col., m, 18-19; TM . n, 4. 5® J. eucharistie. — En sc convertissant, les fidèles de Corinthe n'avalent point « quitté le monde », cf. 1 Cor., v, 10. Ils restaient au milieu des païens, et la vie sociale et familiale les obligeait à avoir avec eux des relations continuelles. On sc fait difficilement une idée de l'atmosphère religieuse dans laquelle ils devaient vivre presque constamment. La plupait des actes de la vie civile et privée comportaient, chez les païens, des cérémonies religieuses et étaient suivis de < repas sacrés ». Les mets offerts en sacrifice étaient en partie mangés dans ces repas sacrés. Dans les sacrifices privés, après le prélèvement de la part qui revenait aux prêtres, presque tout le reste pouvait être enlevé par celui qui offrait le sacrifice pour être vendu ou mange a domicile Après les sacrifices publics, des parts de viande étaient distribuées officiellement et clics pouvaient être vendues si on ne les consommait pas à la maison. Ainsi il y axait constamment, sur les marchés, des εΙδωλάΟυτα ou viandes · offert es aux idoles ». Les repas sacres faisaient partie du culte rendu aux dieux. Dans ces repas, les adeptes croyaient être en communion avec la divinité qui était censée être la par sa présence invisible et partager en quelque sorte la même table. Ils croyaient s'unir avec elle en prenant les aliments qui lui avaient été consacres Les repas sacrés axaient joué un rôle important dans la religion d'Israël, lis étaient le complément des fetes de sacrifices. Nous lisons dans l’Exodc, xxin, 12 : « Jéthro, beau-père de Moïse, offrit â Dieu un holocauste et des sacrifices. Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent prendre part au repas, avec le beaupère de Moïse, en présence de Dieu. » Cf. Ex., xxiv, 11 : χχνι, 34. On mangeait les viandes sacrifices a Jahvxch, I Reg., î, 4-5; n. 12-14. On répandait le sang sur l'autel et on « faisait fumer la graisse ». Ibid., n, 15-16. On ne poux ait manger la chair avec le sang; il fallait d'abord répandre le sang sur l’autel. I Reg . xix*, 33-35. car c'était l'élément réservé à Jahuch. Saint Paul s’écrie : · Considérez les Israélites selon la chair Ceux qui mangent ce qui est sacrifié ne sont-ils pas en communion axec l’autel, κοινωνοί τού θυσιαστηρίου είσίν ? » L’Apôtrc parle de l’ancienne Loi. Alors, ceux qui mangeaient des victimes offertes en sacrifice s’unissaient à Dieu d'une certaine manière;ils étaient comme les convives de Dieu à qui la victime avait été offerte. Les repas sacrés, chez les païens, portaient parfois le nom du Dieu auquel la victime avait été offerte. On faisait des imitations · au repas du dieu ». Les papyrus d’Oxxrhlnquc nous ont conservé des invi­ tations · à souper à la table du Seigneur Sérapis, δείπνησα ι είς κλεινήν τού κυρίου Σαράπιδος ». Gren­ fell et Hunt, Oxyrhinchus papyri, t. 1, p. 177; Deissmann, Licht vom Osten, 3· cd,, 1909, p. 264. Cela nous aide à comprendre le langage de saint Paul, 1 Cor., x, 21. 27; xi, 21. Non seulement le mot κύριος était devenu, surtout en Orient, un prédicat divin, mais les repas sacres étaient ceux de la divinité. Saint Paul, en appelant le repas eucharistique le 2423 PAUL (SA I.XT). L’EUCHA BISTIE « repas du Seigneur », voulait dire, sans doute, que ce repas avait été institué par le Seigneur. Mais il voulait noter aussi, qu’en y prenant part, on était uni â lui; qu’on participait à son corps ct à son sang. Ainsi, ce repas était celui du Seigneur, Κυρίου; lui seul méritait cc litre que les païens donnaient A leurs dieux : « Il n’y a qu’un seul Seigneur, Jésus-ChrisL » I Cor., vin, 6. Dans de pareilles conditions, on comprend que bien des cas dc conscience sc soient posés pour les Corin­ thiens. Pouvaient-ils manger de la viande offerte en sacrifice, ct dans «ruelles conditions? Pouvaient-ils prendre part aux repas où l’on mangeait cette viande? L’Apôtre répond à leurs questions dans de longs développements contenus dans vm, 1-13, ct x, I Ixi, 31; la section ix, 1-x, 13, étant regardée générale­ ment comme une digression, une apologie personnelle a l’adresse des judaïsants. A cette occasion, l’Apôtre expose sa doctrine sur l'eucharistie. Il affirme d’abord les principes qui doivent guider les fidèles. « Les idoles ne sont rien dans le monde », vm, 4, c’est-à-dire représentent des êtres qui n’ont aucune réalité. · 11 n’y a pas dc Dieu si ce n’est un seul. S’il y a des êtres appelés dieux [par les païens] soit dans le ciel, soit sur la terre — ainsi il y a beaucoup de dieux ct beaucoup de seigneurs — cependant, pour nous, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes (vers lequel nous tendons) ;ct un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui nous sommes (non seulement dans l’ordre de la création, mais dans l’ordre du salut : par lui les fidèles sont une nouvelle créature, Il Cor., v, 7). » 1 Cor., vm, 4-6. Ainsi, les êtres représentés par les idoles sont néant : il n’y a qu’un seul Dieu. Toutefois, il y a beaucoup d’êtres appelés dieux dans le ciel ct sur la terre, ct il | y a ainsi beaucoup dc dieux et beaucoup de seigneurs. En parlant de la sorte, saint Paul développe-t-il simplement sa pensée première, à savoir : que les dieux représentés par les idoles n’existent pas, bien que les païens leur prêtent une réalité cl en peuplent le 1 ciel cl la terre? Ou affirme-t-il l’existence d’êtres I réels, inférieurs à Dieu, ct sur la nature desquels il ne s'explique pas? Bien que la première hypothèse ne manque point dc probabilité, la seconde, admise également comme probable par saint Thomas. h. L, éd. Vivès, t. xx, p. 687, est plus en harmonie avec le contexte. Tous les êtres que l’on avait pu appeler improprement du nom de dieux, comme par exemple les élohim mentionnés, Dcut., x, 17; Ps. cxxxvi, 2, 3, sont des créatures de Dieu ct lui restent soumis. Également, tous ceux qui exercent un empire et sont appelés seigneurs, ne sauraient rivaliser à aucun titre avec le Seigneur Jésus-Christ, car lui seul a l’empire sur toutes choses. L’Apôtre affirme ainsi, d’une part « l’unicité » ct la transcendance de Dieu, par contraste avec les autres êtres; d’autre part, la suprématie du Christ, à titre dc Seigneur, sur toute autre puissance. Cf. Col., i, 16. En outre, bien qu’il parle du Christ ressuscité et glorifié, il lui attribue, cependant, un rôle dans la création. Il suppose donc clairement la préexistence du Fils. Ce n’est pas forcer le texte que dc l’entendre ainsi. L’Apôtre énonce déjà une doctrine que nous retrouverons plus explicite dans Phil., π, 6, ct Col., i, 16-17. C'est d’ailleurs le fondement même de sa qualité de Seigneur; et Bom., i, 4 ct Phil., u. 9-10. Telle est la doctrine qui doit guider les fidèles dans leurs rapports avec les païens. Mais tous n’ont pas celte « science, ή γνώσις », t. 7; tous n’ont pas la conscience éclairée par ccs principes. En soi, manger de la viande offerte aux idoles est chose Indifférente; mais · les faibles » peuvent en être scandalisés. C’est 2424 pourquoi il faut éviter cc qui pourrait « scandaliser ces frères ». L’Apôtre fait l’hypothèse d’un chrétien ayant « la science » ct allant jusqu’à manger dans « un temple d’idole », c’est-à-dire dans l’enceinte où l’on prenait les repas dc sacrifices. Ce chrétien ne fera pas un acte d'idolâtrie, puisqu’il sait que « les idoles ne sont rien ». Mais, le faible, en le voyant, sera porté â manger lui aussi de la viande offerte aux idoles; or, précisé­ ment parce qu’il est < faible, »ct qu’il croit celte viande I offerte à l’idole comme à une réalité, cf. t. 7, il agira contre sa conscience. Les chrétiens doivent donc s’abstenir dc prendre part à de tels repas. Outre la raison dc scandale, l’Apôtre en donne une autre fondée sur le caractère du repas eucharistique, le « repas sacré » des chrétiens, x, 14-22. Il faut fuir l'idolâtrie. A quoi bon assister aux repas sacrés des païens, puisque les chrétiens ont « la coupe dc bénédiction, qui est une commune participation au sang du Christ ». et qu’ils < rompent le pain, qui est une commune participation au corps du Christ»? x, 16. En participant au « même pain » — le pain eucharistique — les chrétiens ne forment qu’un « seul corps ». Les Israélites « selon la chair », mangent cc qui est sacrifié à Dieu, ct ainsi ils sont en communion avec l’autel, ct par là avec Dieu lui-même; telle est l’éco­ nomie dc l’ancienne Alliance. Les païens, eux, «sacri­ fient aux démons », non à Dieu. Prendre part à leurs repas sacrés, ce serait donc sc mettre en < communion avec les démons », t. 21. Mais on ne peut être en même temps en communion avec le Seigneur cl avec les démons. Une telle pratique ne ferait que provoquer la « colère du Seigneur », t. 22. Saint Paul oppose aux repas sacrés des païens, non un repas proprement dit, mais uniquement « la coupe dc bénédiction », ct « la fraction du pain », c’cst-à-dirc la célébration du mystère eucharistique. C'est sans doute une indication qu’en principe, la célébration dc l’eucharistie ne sc faisait pas au cours d’un repas, mais constituait par elle-même un repas distinct, le « repas du Seigneur ». Voir plus loin l’explication de xr, 17-34. En participant au repas eucharistique, les fidèles sont unis au Christ et ne forment plus « qu’un seul corps », le corps mystique du Christ, ÿ. 17. Le » corps · ici n’est plus pris au sens propre comme au t. 16. Cf. I Cor., vi, 15, où « les membres du Christ » ne doivent point se livrer à l’idolâtrie, cc qui constituerait une profanation el une monstruosité. La doctrine sur le corps mystique du Christ sc trouve ainsi nettement rattachée à l’eucharistie. Comme le baptême, Bom., vi, 4-5, l’eucharistie unit le fidèle au Christ ct le rend membre de son corps mystique. Elle lui procure, par suite, tous les avan­ tages spirituels qui résultent dc cette union. Toutefois, le baptême est le rite initiateur qui produit une nouvelle naissance, donne une vie nouvelle, Bom., vi, 4-6, cf. Joa., m, 5-6. Tandis que l’eucharistie, en faisant participer le fidèle au propre corps du Christ ct à son sang, entretient, par cette nourriture <11 vine, la vie communiquée par le baptême. Elle maintient le fidèle « dans le Christ ». Cf. Joa., vi, 56 : · Celui qui mange ma chair ct boit mon sang, demeure en moi, ct mol en lui », ct xv, 4 : « Demeurez en mol et moi en vous... »; xv, 5 : « Celui qui demeure en moi ct en qui Je demeure porte beaucoup de fruits. · Jésus, en instituant l’eucharistie, l’avait rattachée à sa passion cl donnée comme un sacrifice d’alliance ct dc rémission des péchés. Matth., xxiv, 28, ct parallèles; cf. Jer., xxxi, 31-34. Son sang était répandu περί πολ­ λών είς άφεσιν άμαρτιών. Jésus était à la fols victime d'alliance ct d'expiation: ct. Matth., xx, 28, ct Marc., x. 15; il avait distribué l’eucharistie à scs disciples 2625 PAUL (SAINT). L’EUCHARISTIE 2426 comme participation à ce sacri fice. dans son corps ct et de manquer de charité ainsi que dc tempérance. On a cependant l’impression que l’Apôtre condamne ccs son sang. Saint Paul explique cette communion en l'opposant repas préalables uniquement parce qu’ils sont contrai­ à la communion aux idoles et aux démons. Ce n'est res aux vertus chrétiennes. Si tout s'y était passé avec point» certes, le milieu païen qui lui suggère cette ordre ct chanté, il n'aurait peut-être pas blâmé cette conception dc I’cuclmristie. car c'était une donnée pratique. En tout cas, Il parait clair que ces sortes de traditionnelle. Mais l’Apôtre en montre toute la valeur repas ne font point partie du « repas du Seigneur ». mystique : cette union des fidèles au Christ fait qu’ils puisqu’ils peuvent être supprimés. S’il en avait été ne forment plus avec lui qu’un seul corps. Cf. Col·, autrement,l’Apôtre les aurait simplement réglementés. i, 1S, 21, et surtout, il, 19. Cf. aussi Eph., i, 10; 1 Au lieu d’inviter les fidèles a manger chez eux, il les aurait obligés n mettre en commun leurs provisions. n, 10-22; m, <>; s. 23. En tin, l’Apôtre entend la communion au corps ct Cc passage, rapproche de Act., xx, 7-11, nous paraî­ trait plutôt contraire à la théorie dc Γ « agape ». au sang du Christ comme une partielpettion réelle à 2. Après la condamnation des abus, Γ Apôtre explique la victime du sacrifice. Cela suppose la réalité du corps ce qu’est le trépas du Seigneur ». Cc repas a été institué cl du sang du Christ dans le mystère eucharistique. Plus loin, en parlant dc l’ordre dans les assemblées, par le Seigneur lui-méme. Sur cc point, saint Paul a • transmis » aux Corinthiens cc qu'il a «reçu du Sei­ saint Paul revient sur le thème de l’eucharistie. D’une gneur ». Veut-il parler ici d’une révélation directe? façon tout à fait occasionnelle, il nous fournit la plus Il avait certainement connu par la tradition lu pra­ ancienne relation que nous ayons sur son institution tique de la « cène · ou « fraction du pain », ainsi que et il en expose la doctrine, I Cor., xi, 17-34. Ce passage sc divise nettement en deux parties. les circonstances de son institution; c'étaient la des Dans la première, 17-22, l’Apôtre blâme la conduite des éléments essentiels de l'enseignement chrétien. Mais Corinthiens dans la célébration dc la cène. Dans la I l'apparition du Christ ct les révélations qu'il en avait seconde, 23-34, il donne la doctrine dc l’eucharistie. reçues lui garantissaient précisément la valeur dc tout 1. Les fidèles, nu lieu de se réunir pour leur bien, le l’enseignement chrétien. Tradition et révélation ne /ont pour leur préjudice, f. 17. 11 y a parmi eux des s’opposaient point toujours dans son esprit, comme divisions; la charité n'y règne pas. Ils s'assemblent deux modes différents de connaissance; cf. GaL, n, 2, pour « manger le repas du Seigneur », χυριαχόν δείπ­ ct Act., xv, 2. 11 y a plus, ses révélations lui avaient fait connaître toute la profondeur du mystère eucharis­ νου φαγεΐυ. ÿ. 21, cf. t. 33 : < pour manger », sousentendu : le repas du Seigneur »,car il s'agit des mêmes tique, le « mystère chrétien », auprès duquel les autres réunions. Or, ce n’est point ce qu'ils font. Au lieu dc < mystères » n’avaient aucune cnicacité ct n'étaient manger « le repas du Seigneur, chacun, dans cc repas, que des formes du culte rendu aux démons. Dans sa relation dc l’institution de l’eucharistie. έν τώ φαγεϊυ, commence par prendre d’avance son pro­ pre repas, έκαστος γάρ τό Ιδιου δεϊπνον προλαμβάνει; l’Apôtre diffère très peu du troisième évangile, et a de sorte (pic les uns ont faim et d'autres sont ivres ». dû lui servir dc source principale; cf. 1 Cor., xi, 23-25, et Luc., xxn, 19-20. Toutefois, dans la formule : N ’ont-ils pas leurs « maisons, pour y manger ct y boire »? « ceci est mon corps pour vous, τό ύπέρ ύμών », saint Pourquoi mépriser ainsi «l’Eglisc dc Dieu », en faisant Luc, ajoute « διδόμενου, livré pour vous », qui ne se « un affront à ceux qui n’ont rien ». Saint Paul reproche-t-il aux fidèles dc transformer trouve point dans les autres synoptiques. 11 accentue le repas eucharistique en un repas ordinaire, ou sim­ ainsi l'idée d’expiation déjà contenue dans le ύπέρ plement de manquer à la charité chrétienne ct à la ύμώυ de l’Apôtre. Luc est également seul parmi les tempérance dans ccs sortes dc réunions? La première synoptiques à mentionner la phrase : · faites ceci en interprétation nous paraît dc beaucoup la plus pro­ mémoire dc mol », après la consécration du vin; il bable. Les fidèles transforment le repas du Seigneur, s'accorde avec l’Apôtre. Dans la consécration du vin, saint Luc ct saint Paul κυριακόυ, en leur propre repas, (διού. D’un repas sacré, iis font un repas profane; ils lui enlèvent son diffèrent sensiblement. Paul dit : · Celte coupe est véritable caractère, qui consiste strictement dans (la coupe dc] la nouvelle alliance dans mon sang. Faites cela, toutes les fois que vous boirez, en mémoire ■ la fraction du pain », comme le montre Act., xx, 7-11. Ils y prennent une nourriture ordinaire qu’ils devraient de mol. » Tandis que Luc ajoute au mol « sang », « répandu pour vous », en sc rapprochant des deux prendre chez eux, cl non dans ces assemblées : · N’avezvous pas de maisons pour y manger ct y boire? » autres synoptiques; mais il omet : · Faites cela, etc... » L'idée dc sacrifice dc la nouvelle alliance sc trouve f. 22. donc dans les quatre relations, el il n’y a dc propre à Cependant, on peut objecter le y. 33 : « Lorsque saint Paul ct saint Luc que la recommandation, vous vous réunissez pour manger, είς τό φχγείυ, attendez-vous les uns les autres », ce qui suggérerait deux fois répétée chez Paul ct une fois seulement chez Luc : · Faites ceci en mémoire de moi. · (pic l’Apôtre leur reproche simplement leur manque dc Nous avons déjà noté, à propos de I Cor., x, 14-22. charité : τό φαγείν, sans autre précision, indiquerait comment l’Apôtre regarde la « communion » non un repas ordinaire, au cours duquel on célébrait seulement comme une union mystique au Christ — l'eucharistie. Il faut reconnaître que cc verset modifie cc n’est là que le résultat — mais comme une partici­ un peu la première impression, celle que nous avons dégagée. MAis, Ici, le τό φαγεϊν peut très bien signifier pation effective au « sang » et au « corps » comme à des réalités. Ce qui implique qu’il regarde le · corps » « manger le repas du Seigneur » comme au t. 21, puisqu’il s’agit des mêmes réunions. Si les fidèles ct le « sang » du Christ comme réellement contenus doivent s’attendre, ce n’est point pour partager dans le mystère eucharistique. Ici, il rappelle les paroles qui opèrent ccttc transformation merveilleuse; fraternellement leurs provisions —l’Apôtre ne le dit pas — mais, plutôt, ils doivent attendre, sans occuper cc sont les paroles du Christ lui-même. Cf. concile dc Trente, sess. xm. De ss. eucharistitr sacramento, leur temps à prendre des repus profanes qui sont déplacés en pareille circonstance. Le y. 33 semble bien c. i. La formule « faites ceci en mémoire dc moi », deux Indiquer que telle est la véritable explication : « Si fois répétée, est un ordre dc faire ce que le Christ avait quelqu’un a faim, qu'il mange chez lui, afin que vous fait, c’est-à-dire de renouveler le mystère ou le sacri­ ne vous réunissiez pas pour votre condamnation. » fice. En effet, l’expression « en mémoire dc moi » Les reproches de l’Apôtre porteraient donc sur le fall s'éclaire par le v. 2G : en mangeant ce pain et en buvant et de prendre un repas en attendant le repas du Seigneur, 2427 PAUL (SAINT). LA JUSTIFICATION, SA NÉCESSITÉ celle coupe, on « annonce la mort du Christ », c'est-àdire Ton représente ou l'on reproduit sa mort et on per­ pétue son sacrifice. Cette situation doit durer · jusqu’à cc qu’il vienne », cc qui doit s’entendre Jusqu’à la fin des temps. Cct ordre de perpétuer le sacrifice serait inefficace, si le Christ n’avait donné en même temps aux apôtres la puissance de l’exécuter, c’est-à-dire le pouvoir de faire eux-mêmes cc qu’il avait fait. D’où l'on doit conclure que les apôtres reçurent le sacerdoce au moment dc l’institution de l’eucharistie; car ni I’Écriture, ni la tradition ne nous enseignent qu’ils l’aient reçu à un autre moment. Cf. concile dc Trente, sess. xxi!, Doctrina de sacr. missæ, can. 2. Enfin, la nécessité de perpétuer le sacri lice jusqu'à la fin des temps entraîne la perpétuité du sacerdoce, Cct enseignement dc l’Apôlre est précieux pour l’Église, non seulement parce qu'il proclame la perpé­ tuité du sacrifice ct du sacerdoce chrétiens, mais parce qu’il enseigne la foi à la < présence réelle » dans l'eu­ charistie, comme une vérité essentielle du christia­ nisme. Dans les y. 27-31, où l’Apôtrc indique les conditions pour recevoir l'eucharistie, nous retrouvons le même sentiment dc la réalité du corps ct du sang du Christ : • Celui qui mangera le pain ou boira le calice du Sei­ gneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » S’il ne se sent «ligne, l’homme doit s’examiner pour sc purifier et se rendre digne, par les moyens en son pouvoir. ■ Celui qui mange ct boit [indignement], mange ct boit son propre jugement, κρίμα, ne discernant point le corps du [Seigneur] ». f. 29. Celui qui est indigne, qui ne < discerne point le corps du Seigneur », c'est-à-dire le traite comme un aliment profane, s'attire un châtiment proportionné à la gravité de ses fautes, soit la peine éternelle, soit des peines temporelles. En fait, la conduite des Corinthiens, dans leurs assemblées, montre qu'ils n’ont pas assez de discerne­ ment; car beaucoup d'entre eux sc sont attiré, par leurs irrévérences, des peines temporelles : faiblesse, maladie, mort même (mort prématurée, non « perte » ou mort éternelle). Ces peines temporelles, le Seigneur les leur inflige, à litre d'expiation, pour ne pas les condamner au jour du jugement. Par suite, les fautes des Corinthiens, punies par ces diverses peines, ne sont donc point dc celles qui entraînent la « perdition ». Mais dc telles fautes contre l’eucharistie peuvent exister. Si, pour leurs irrévérences, les fidèles sont frappés «le peines temporelles, ils doivent redouter les peines éternelles dans le cas où ils commettraient des fautes plus graves. Les peines temporelles mentionnées ici ne doivent point être regardées comme infligées aux Corinthiens d’une façon matérielle, en cc sens que la nourriture etjle breuvage eucharistiques auraient eu pour eux une vertu nocive à cause de leurs mauvaises dispositions. En réalité, le châtiment est infligé par Dieu à titre de peine médicinale ou expiatoire. Voir la bibliographie dc la section précédente cl celle des articles Corinthiens (Épitres aux) ct Eucharistie dans l’écriture. Ajouter Ici ouvrages suivants : P Catholiques.— J. Rohr, Paulus und die Gcmeindc von Korlnlh, dan·» Biblische Studien, t. xv, 1, Frlbourg-en-B., 1899; R. Comely, Commentarius in l epist. ad Corinthios, Pari*. 1891); Commentarius in 11 epist. ad Corinthios el Epist. ad Galatas, Pari·», 1892; A. SchAfer. Erkldrung der beiden Briefe an die Korinther, dans Die Bûcher des Xeuen Testaments, t. n, Munstcr-cn-W., 1903; F.-S. Gutjnhr, Die ~ Briefe an die Korinther erklart, Graz et Vienne, 1907, 1910; W. Koch, Das Abendmahl im Xeuen Testament, dans Biblische ZeltfragenA\9sêr.,tii^c. lO.Munstcr-cn-W., 1911, p. 381-440 ; H. Bertram*, Das Wesen des Gelstes nach der Anschauung des A pas tels Paulus, Munster-en-W., 1911; W. Reinhard, Das Wirken des helligen Gelstes im Menschen nach den 2428 Brlefen des Aposlels Paulus, Frib.-cn-B., 1919; J. Sicken· berger. Die beiden Briefe des hclligcn Paulus an die Korinther, dans Die lie ilige Schrift des Xeuen Testaments, Bonn, 1921 ; L. Thomas, article Agapc dans le Supplément du Dictionnaire de la Dibit, Parh, 1926; A. Lcnionnycr, article Charismes, ibid., Paris, 1928. 2° .Von catholiques, — II. Weinel, Die Wirkung des Geistes, Fribourg-en-B., 1899; T.-M. Lindsay, The Church and the ministry in the earlg centuries, 2· éd., Londres, 1903; H. Gunkél, Die Wirkungcn des helligen Gelstes, 3· éd., Gœttingue, 1909; M. Dlbclius, Die Gelslerioelt (m Glaubcn des Pautta, Gœttingue, 1909; Ph. Bachmann, Der ersle Brief des Paulus an die Korinther, dans Kommentar :wn Xeuen Testament de Zahn, 2e éd., Leipzig, 1910; Joh. Weiss, Der ersle Korintherbrtef, dans Kritisch-cxcgetischer Kommentar fiber das X. T,, 9e éd., Gœttingue, 1910; A. Robertson et A. Plummer, First epistle of St. Paul to the Corinthians, dans The international critical commen­ tarii, Édimbourg, 1911; A. Plummer, Second epistle of St. Paul to the Corinthians, ibid., Édimbourg, 1915, 1925; II. Lictzmann, Die Briefe des Apostcls Paulus an die Korin­ ther I, und ll,, dans Handbuch zum Xcuen Testament, Tublngue, 1913, 1923; A. Schlatter, Die korlnlhlsche Théo­ logie, dans Bellrdgc zur Forderung christlicher Théologie, t. xvnr, 2, Gütersloh, 1914; IL Strack el P. Billcrbcck, Kommentar zum X. T. aus Talmud und Midrasch, Briefe Pauli, t. ni, p. 320-535, Munich, 1026· VIL L'ÉpÎtre aux Romains. La justification ET LE SALUT PAU JÉSUS-ClIRIST. La VIE CHRÉTIENNE. — 1° Nécessité de la justification. 2° La justice dc Dieu. 3° L’œuvre du Christ : la rédemption. 4° La Justi­ fication. 5° La foi : sa nature cl son rôle. 6° Les fruits de la Justification et la vie chrétienne; le rôle du baptême. L'Église de Rome n’était point d'origine paulinienne. Bien que l'élément pagano-chrétien y fût probablement prédominant vers l’an 58, elle sc ratta­ chait plutôt, par ses origines, au type judéo-chrétien. Aussi l’Apôtrc ne veut point prendre Home comme champ d'action; il ne fera qu’y toucher en allant en Espagne. Rom., xv, 21, 29. Toutefois, en qualité d’apôtre des gentils, il se réjouit dc prendre contact avec ccttc Église située au centre dc l’empire ct capable de rayonner dans le monde entier; cf. Rom., î, 14. Convaincu qu’elle était appelée à jouer un rôle capital dans l’expansion du christianisme, et voyant en elle un gage d'universalité ct d’unité pour la foi nouvelle, il saisit l’occasion qui s’offrait d’affermir la foi des chrétiens, Rom., î, 11, et dc compléter leur instruction en leur exposant l’évangile qu'il prêche, c’est-à-dire le salut de l'humanité par le Christ. Cf. Rom., î, 6, 13. En fait, l'épttre aux Romains est un exposé général du plan providentiel relatif au salut dc l’humanité. L'importance de ses doctrines la place au premier rang parmi les livres du Nouveau Testament. L’Apôtrc y réunit, dans une synthèse magistrale, le fruit de scs révélations sur la miséricorde divine ct le salut. La grâce dc Dieu lui apparaît comme l’unique force capable de relever l'homme accablé sous le poids dc sa culpabilité. D'un côté, les doctrines ct les religions du monde païen avaient montré leur vanité ct leur impuissance : elles ne communiquaient ni l’énergie de faire le bien, ni la vie; elles ne garantissaient point une existence heureuse dans un monde futur. Le titre de « sauveur », dans l'ordre politique, n’était qu’une appellation offi­ cielle, commandée par l’orgueil ou dictée par la flat­ terie, afin de plaire aux empereurs. Dans les religions païennes, les « sauveurs », fussent-ils Zens, Apollon, Esculapc ou Osiris, n'étaient censés exercer qu'une vague Influence protectrice dans les circonstances dif­ ficiles dc la vie el au moment dc la mort : leur action n'avall aucune efficacité morale pour relever l'homme déchu. D'un autre côté, la loi de Moïse, apanage du judaïsme, était un code rigide et stérile plutôt qu'une source de vie spirituelle ct religieuse. 2429 PAUL (SAINT). LA JUSTIF ICATÏON, SA NÉCESSITÉ Ce que ni les doctrines el les rites païens, ni in Loi n'avaient apporté au monde, Γ Évangile le lui donne : • C’est une puissance de Dieu pour réaliser le salut de tout croyant, du Juif d’abord, puis du Grec. En lui (l'Évangllc) sc révèle la justice de Dieu qui vient dc la foi ». Rom., i, 16-17. Le véritable sauveur, c’cst Jésus-Christ. Par sa vie, sa mort ct sa résurrection, il n arraché l’homme au péché ct à scs suites. Il lui a communiqué une vie religieuse nouvelle qui le fait fils adoptif dc Dieu, l’unit à Dieu ct lui donne droit à l’héritage divin dans Je monde futur. Justifié dans le temps présent par le sang du Christ, l’homme sera sauvé par lui « dc la colère » au temps du Jugement. Rom., v, 9. La foi chrétienne apporte ainsi « une grâce » que Ton s’approprie par le baptême. Ccttc grâce consiste dans l’union au Christ ct dans une communication dc vie divine qui doit régir la vie morale dc l’homme sous l’influence de l’Esprit-Sainl. Elle est la garantie d’une espérance qui relève ct soutient: clic est créatrice d’énergie morale dans le sens le plus élevé ct le plus fécond. Telles sont les idées fondamentales que l'Apôtrc développe en exposant sa doctrine sur la justification et la vie chrétienne. 1° Nécessité de la justification, — Les hommes sc divisent en deux grandes classes : les Juifs, les Grecs, cf. Rom., î, 16. Or ni les uns, ni les autres ne possèdent la justice, c’est-à-dire ne sc trouvent dans une situa tion normale à l’egard de Dieu ct dc leur destinée : • Tous ont péché ct sont dépourvus dc la gloire dc Dieu », ccttc qualité divine, qui est le principe dc la glorification. Rom., ut. 23. 1. D'abord les païens. — Par « leur injustice », ou l’état coupable dans lequel ils sc trouvent, ils ont empêché la vérité dc sc manifester efficacement en eux. G’cst pourquoi la colère dc Dieu les a frappés : leur notion dc la divinité s’est altérée ct ils sont tombés dans la déchéance morale. Rom., I, 22-24 : · Ce qui est connu de Dieu, τά γνωστόν του Θεού », c'est-à-dire ce qui est connaissable de lui, cc qui est accessible à la seule raison, leur était < clairement manifesté, φανερόν έν αύτοίς ». Cela, non point précisément par une lumière intérieure qui brillait dans leur esprit, mais par les choses extérieures, par la création. « En effet. depuis la création du monde, l’être invisible de Dieu, τά άόρατα αύτου (noter le pluriel : scs attributs) avec sa puissance éternelle ct sa divinité, θεώτης (sa nature divine), sc découvrent, au moyen dc scs œuvres, par le travail dc rintelligcncc, νοούμενα καθοράται. » Rom., î, 20. Les païens avaient donc les moyens dc connaître Di u et sa nature. Ils n’avalent qu’à regarder ct à réfléchir. En fait, ils l’ont connu, γνόντες, t. 21 ; mais, au lieu . donné la justice à ceux qui croient cn Jésus-Christ. On a quelque peine a saisir pourquoi saint Paul < Or, maintenant, vuvl (actuellement, dans le nouvel ordre de choses), la justice de Dieu a été manifestée, appelle < justice de Dieu » un don gratuit accordé à l’homme. Pour le comprendre, il faut se rappeler l’at­ indépendamment de la Loi, justice à laquelle rendent titude de l’Apôtre à l’égard du système juif de justi­ témoignage la Loi et les prophètes, justice de Dieu fication. Le Juif ne demandait qu’à se présenter au par la foi, διά πίστεως, de Jésus-Christ, pour tous ceux [et à tous ceux] qui croient; car il n’y a pas de tribunal de Dieu avec une ample provision de bonnes distinction. Tous, en effet, ont péché cl sont dépour­ œuvres; il acquérait ainsi la justice, et son salut était vus de la gloire de Dieu (mais sont désormais] justi­ assuré. Saint Paul, à cette justice humaine, apparte­ fiés gratuitement par sa grâce. δωρεάν τη αώτου χάριτι, nant à l’homme, oppose la justice manifestée dans par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ, Γ Évangile. Celle-ci, par contraste avec celle des Juifs, διά της άπολυτρώσεως της έν Χριστώ ’Ιησού. » Horn., est « justice de Dieu », non de l’homme. Néanmoins, elle a ceci de commun avec la justice juive, qu'elle est Ill, 21 21. dans l’homme, autrement elle serait purement fictive « Dieu l’a disposé (le Christ), προεΟετο (ou l’a destiné par une résolution éternelle, cf. Eph., 1, I sq., ct illusoire; elle donne à l’homme la qualité de juste I. 9) comme moyen de propitiation, ίλαστήριον, par que les Juifs cherchaient dans la pratique de la Loi. la foi. dans son sang (cf. 11 Cor., v, 18-21), afin de Elle est donc une réalité acquise à l’homme pur la foi. montrer sa justice - car au temps de la patience de Le passage m, 9. de l’épltrc aux Philipplens ne Dieu (dans l’ancienne économie), il avait supporté es laisse aucun doute sur cc point. L’Apôtre veut être péchés passés sans les punir pour montrer [dis-je] • trouvé dans le Christ ». non avec sa propre justice, sa justice dans le temps présent, afin qu'il soit lui- εμήν, celle qui vient de la Loi, την έκ νόμου, mais DICT. DE TIlÉOL. CAT1IOL. T. — XI — 77 2435 PAUL (SAINT). LA RÉDEMPTION 2436 avec celle que l’on obtient par la foi du Christ, τήν διά I conclure qu'au t. 21 II s'agit également de la justice πίστεως Χρίστου, Justice qui vient dc Dieu, τήν έκ attribut divin? θεού, cl qui esl accordée à la foi. έπΐ τή πίστες, c'estOn ne peut nier que dans les ÿ. 25-26 II s'agisse de à-dire fondée sur la foi. l'exercice d’un attribut divin; mais, si l'on s'attache bien au sens du t. 26, on verra que cet attribut s’exerce Le passage. Boni., x. 3-4, n'est point contraire à ccttc interprétation : « Ne connaissant pas la justice pour justifier, qu’il aboutit à la justification, non au dc Dieu ct cherchant à établir leur propre justice, ils châtiment. II esl donc question dc la justice salviflquc (les Juifs) ne sc sont pas soumis à la justice de Dieu. » de Dieu, qui a comme principe l'attribut divin el comme terme la justification ou communication de On croirait, de prime abord, que l’Apôtre parle de la Justice, attribut par lequel Dieu punira les Juifs. justice. Il n’y a pas là un brusque changement; seule­ ment l'Apôtre veut montrer comment cette justice dc Mais aux t. 5 ct 6 il oppose la justice qui vient de la Dieu est source de justice pour Γhomme tout en attei­ Loi, εκ νόμου, à celle qui vient de la foi έκ πίστεως. gnant le péché. Cf. Rom., v, 2 et 5. Cf. IX, 30 sq. En résistant à la justice de Dieu, les Juifs ont En effet, comment Dieu peut-il accorder la (piaillé dc juste à ceux qui ne le sont pas cl ne peuvent le refusé d'accepter le Christ qui est source de justice devenir par leurs propres moyens? Peut-il le faire pour tout croyant, εις δικαιοσύνηνπαντίτω πιστεύοντι, t. 4. L'accent est donc mis sur la justice communiquée, sans manquer aux exigences de sa propre nature ct qui n’est point celle de l’homme, par contraste avec de ses perfections? Saint Paul, comme les Juifs, la justice legale. Mais celle justice est le fruit dc l’acti­ savait que la justice de Dieu exige une satisfaction vité sais ifique de Dieu, non de sa volonté d’exercer sa pour le péché. Dieu ne pouvait faire autrement que dc justice par des châtiments. Cf. v, 21; xiv, 17. revendiquer scs droits, .luge intègre, ne se devait-il Ainsi, de Hom., in, 21, rapproché de Phil., in, 9-10, pas à lui-même de traiter les hommes selon leurs ct des autres passages dc l’épitre aux Romains, il res­ mérites? L’Apôtre devait donc montrer que la justice sort que la justice de Dieu « révélée dans l'Évangile en de Dieu n'avait subi aucune atteinte du fait de la vue du salut » ne saurait être une justice vindicative, Justification dc l'homme. Satisfaction ayant été don­ infligeant des châtiments. Le thème n’est plus celui de née par le Christ, dans son sang, Dieu accepte scs la colère comme dans i, 18-in, 20, c’est celui de la mérites comme étant ceux des hommes devenus, en grâce, qui contraste avec le premier, à partir dc ni, 21. lui, solidaires avec lui. « Dieu a fait le Christ péché De plus, cette justice n’est pas uniquement la jus­ pour nous, ύπέρ ημών, afin que nous devenions en lui tice. de Dieu, attribut, en lui-même, mais aussi une justice dc Dieu », II Cor., v, 21, c'est-à-dire justes de qualité qui vient dc Dieu, est donnée à l'homme et le la justice de Dieu. C'est là tout le mystère du Christ rend juste. sauveur, la clef dc la doctrine paulinienne sur la Or, cette qualité est accordée à titre dc don, δωρεάν, justification. in, 21. C’est là un principe général dominant toute 3° L'œuvre du Christ : la rédemption, — Les hommes l’économie du salut. Boni., v, 15, 17. Toutefois, l’ex­ sont justifiés gratuitement par la grâce de Dieu, < par pression τη αύτου χάριτι, jointe à δωρεάν, au f. 21. le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ». exprime-t-elle simplement, avec emphase, la gratuité Rom., m, 24. du don, ou représente-t-elle une réalité qui est préci- ; Par le Christ, Dieu a réalisé le salut de l’humanité : sèment le don de Dieu, sa · grâce » entendue au sens • Grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la vic­ objectif? toire par Noire-Seigneur Jésus-Christ. » 1 Cor., xv, Dans saint Paul, le mot χάρις s’oppose à όφείλημα I 57. Il s'agit explicitement de la victoire sur la mort ct < cc qui est dû », Rom., iv, 5; à έργα, < œuvres », indirectement sur la Loi cl le péché, causes de la Boni., xi, 6; il traduit la gratuité, la faveur. Il signifie mort. en outre l’état du chrétien qui a reçu le don de Dieu: Le Christ a accompli celle œuvre par sa mort : cf. Boni., v, 2 : · La grâce dans laquelle vous êtes < Le Christ est mort pour nos péchés, conformément établis >; c’est un état ou une réalité permanente aux Écritures. » I Cor., xv, 3. C’est là une doctrine accordée gratuitement par Dieu. Dans le texte, Boni., connue de tous, élément essentiel de la prédication de m. 24, le mot grâce » signifle-t-il la justice commu­ l’Apôtre, παρέδωκα γάρ ύμϊν b; πρώτοις. Il l’a reçue niquée, cause formelle de la justification, ou simple­ du Seigneur, au moins indirectement. Elle fait partie ment la faveur de Dieu, Dieu justifiant gratuitement, du premier enseignement apostolique et remonte à la par bonté? Celle seconde manière est admise par beau­ prédication de Jésus lui-même. Cf. Marc., x, 45 coup de commentateurs modernes. Comely admet la (Matlh., xx, 28); Matlh., i. 21 ; Luc., xix, 10; Matlh., première, contre Est lus : Sunt quidem, qui verbis peu xx, 18-19, 29; xxvi, 28 ct parallèles. En invoquant ohatiam ipsius solam efficientem causam designari les Écritures, saint Paul pense probablement à Is., dicant, quum nomine ghati.e hic < gratuitam Dei boni­ lui, 4 sq.; Ps., xxn, 1-5; Zac., xm, 7; cf. Matth., tatem - significare velint (Eslius, etc.); licet autem non xxvi, 31. negemus, hanc significationem vocabulo aliquoties com­ Le Christ esl mort pour donner la vie, c’est-à-dire petere, nulla tamen hic esl ratio, qua u frequentiore rece­ arracher les hommes à la mort : « Il est mort pour dere coacti gratuitum donum DjviNUM, quo formalitcr tous afin cpie ceux (pii vivent ne vivent plus pour justificamur, intelligcre prohibeamur (cf. Lyr., Salm., eux-mêmes. · Il Cor., v, 14 : · Si tous n’avaient été Tol., etc.), Comely, In Hom., p. 187. Cf. concile dc morts, le Christ ne serait pas mort pour tous », dit Trente, scss. vi, c. 7; et Rom., v, 1. 19, 21. saint Jean Chrysostome, h. I.; de même saint Thomas, Dans le même passage, Rom., in, 21-27, aux t. 25- Théophylacle. 26,l’Apôtre revient sur la manifestation delà justice de Tous étaient morts à cause du péché; saint Augus­ Dieu : Dieu a disposé le Christ comme victime de pro­ tin prouve par là l’existence du péché originel même pitiation dans son sang, afin de manifester sa justice, chez les enfants : eux aussi étaient morts et le Christ et dc manière à être (reconnu) juste en justifiant celui esl mort pour eux. Cont. Jul., VI. iv, P. L., t. xuv, qui a la foi en Jésus-Christ. col. 825; De pecc. mer. et rem., I, XX vu, 43, P. L., N'avons-nous point ici la conception d’une justice t. xi.iv, col. 133. de Dieu, attribut divin poursuivant le péché et exi­ Une autre interprétation l'entend dans le sens mys­ geant l’expiation? Dans ce cas, comment admettre à tique : grâce à la mort du Christ, tous les hommes deux versets d'intervalle un changement aussi brusque sont morts au péché et à l’ancien étal de vie, au vieil homme. Par le rite du baptême, le chrétien participe dans la pensée de l’Apôtre? Ne faudrait-il pas en 2437 PAUL (SAINT). LA HÉDEMPTION à la mort du Christ ct ù sa résurrection; cf. Boni., vi, 2 sq.; Col., ni, 3; GaL, n, 19. Mais ccttc interpré­ tation ne rend pas toute la pensée de l'Apôtre, si l’on n’y ajoute que la mort du Christ a expié le péché ct I délivré ainsi l’homme de la mort et du châtiment qui pesait .sur lui. Cela ressort des textes qui vont suivre. En effet. l’Apôtre déclare : « Dieu a fait le Christ péché pour nous, ύπέρ ημών, afin que nous devenions en lui justice dc Dieu. » H Cor·, v. 21. Pour (aire com­ prendre aux Corinthiens la bonté et la miséricorde dc Dieu, Paul rappelle comment il a traité le Christ en leur faveur. Dieu · l’a fait péché », c’est-à-dire, l’a traité oe/uf summum peccatorem, dit Comely, h. L · Il l’a fait péché ». dit saint Jean Chrysostome, « c’est-àdire il l’a laissé condamner comme un pécheur, ώς αμαρτωλόν κατακρίΟήναι mourir comme un maudit, ώς έπικατάρατον άποΟανειν », P. (L, t. ι.χι, c(d. 478; Peccati nescium tractavit ut peccatorem, Grimm, Lex ikon. 11 est de toute évidence que αμαρτία est mis ici pour αμαρτωλός; c’est l’abstrait pour le concret, comme dans Boni., vu, 7, ό νόμος άμαρτία, qui s'explique par son opposé ό νόμος άγιος, t. 12. Il faut expliquer de même l’expression « justice de Dieu » : Dieu a traité le Christ en pécheur pour que nous devenions en lui justes de la justice de Dieu, non de notre justice propre. Cf. I Thess., v, 10. Un passage de l'épitre aux Galates expose, d’une façon plus complète, le rôle du Christ dans notre salut : · Il s’est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher à ce siècle présent qui est mau­ vais, selon la volonté de Dieu notre Père. » Gai., i, 3-1. Au début de l’épitre aux Galates, l’Apôtre indique ainsi la véritable cause de notre justification : le Christ < s’est donne », cf. n. 20, « s'est livré ». A qui s’est-il donné, ou livré? A Dieu, à l’humanité ou aux bourreaux? Aux trois, sans doute. Mais l’idée prédo­ minante esl qu’il s’est donné â Dieu spontanément, par amour pour les hommes, ήγάπησεν ύμας, Eph., v, 2. cf. Gai., n, 20; il s’est livré < comme offrande et victime agréable â Dieu, παρέδωκεν εαυτόν ύπέρ ημών προσφοράν καί Ουσίαν τω Θεω είς όσμήν εύωδίας », Eph., ν, 2: pour être la « rançon · de notre salut ou de notre délivrance, άντίλυτρον ύπέρ πάντων. I Tim., n, 6. A titre, à la fois de victime propitiatoire el expia­ toire — la première n’allant pas sans la seconde lors­ qu’il s’agit de péchés à pardonner - ct dc rançon pour la délivrance, il s’est offert à Dieu el s’est laissé mettre à mort. Ce don de lui-même à Dieu s’étend-il à toute sa vie ou seulement à sa mort? Aux deux sans doute, cf. Phil., n. 8; mais surtout ù sa mort, comme l’indiquent les mots « pour nos péchés », I Cor., xv, 3; cf. Gai., n, 20-21 ; Eph.. i, 7:« la rédemp­ tion par son sang, la rémission des fléchés ». Le Christ s* est dune offert lui-même, et il a eu ainsi sa part de volonté dans la détermination de racheter l'homme. Cependant, dans Boni., vin. 32, nous lisons : « (Dieu) n’a pas épargne son i ils, mais l'a livré (ù la mort). παρέδωκεν αύτόν. pour nous tous ■; cl dans Joa., ni, 16 ; Dieu a donné au monde son Fils unique ». tandis que dans Marc., x, 15, Matth., xx. 28. c’est le < Fils de l’homme qui donne lui-même sa vie », comme dans Eph., v. 25; TU., il. Il; Gai., il, 20; i Tim., il, 6. D’autre part, le Christ, en se livrant lui-même, fait la volonté du Père. Gal., i. 1 (fin du f.). Nous sommes là en présence du mystère de cette double volonté, celle dc Dieu ct celle du Christ. D’un côté, le Christ se livre, se donne lui-même; d’un autre côté, c’est Dieu qui le donne au monde, le livre cl ne l'épargne pas. Saint Jérôme dit à ce sujet : Neque Filius se dedit pro peccatis nostris absque voluntate Pa­ tris, neque Pater tradidit Filium sine Filii voluntate. In Gal., i. L /< L.. I, xxvi, coi. 311. 2438 L’œuvre salutaire du Christ est non seulement un sacrifice ou une offrande agréable à Dieu, elle est une délivrance, un rachat. Cette idée est exprimée par le mot άπολύτρωσις, qui est le nom d’action du verbe άπολυτρόω, comme λύτρωσίς de λυτρόω. Dans les LXX, λυτρούσβαι est surtout employé â propos de la délivrance d’Égypte, Ex., vi. 6; xv, 13; DeuL, vu, 8; ix, 26; xm, 5; mais il exprime aussi le rachat des esclaves par leur maître en payant une rançon ou une amende. Ex., xxi. 8. Dans Polybe, XVII, xvi, 1, on trouve λυτρούσΟαι dans le sens de racheter en payant un prix. En, grec classique, λύτρον, généralement au pluriel, désigne la rançon des prisonniers, cf. Thucy­ dide, vi. 5. Il a également le sens d’amende payée pour avoir la vie sauve, il est alors synonyme dc τιμή. Dans les LXX, nous le trouvons dans le sens dc rançon ou compensation pécuniaire, Ex., xxi. 30; xxx, 12; Num., xxxv, 31 ; Lev., xxv, 21. Il en est de même dans Fl. Josèphe, Antiq., XIV, vu, 1 : λύτρον αντί πάντων ίδωκεν. Enfin, en grec classique, on trouve άποΟνήσκειν ύπέρ τίνος dans le même sens que αποθνήσκει? άυτί τίνος; cf. Sophocle. Trach., 708; Euripide, liée., 310; Platon. Convia., 179 b. En outre, chez les Juifs, l’idée de la mort cxpialricc du juste est déjà indiquée dans Is., un;on la retrouve dans II Mac., vu, 37 sq. (noter άντίψυχον, ίλαστηρίσυ θανάτου), ainsi que dans IV Mac., xvn, 22; cf. Bom., \. 7-8. D’autre part, on voit clairement, d’après les évan­ giles, que le péché constitue comme une dette envers Dieu, en même temps qu’un état dc déchéance et d’esclavage dont l'homme n’a pas lui-même les moyens dc se libérer. Dans le grec de l’époque impé­ riale, on disait οφείλω αμαρτίαν, » devoir un péché », c’est-à-dirc être coupable d’une faute entraînant un châtiment, comme on disait οφείλω χρέος, avoir une dette. Cf. Dcissmann, Xeue Bibelstudien, p. 52. Dans le Pater, la recension de Matlh. donne : « Remetteznous nos dettes, όφειλήματα ημών », tandis que celle de Luc dit : » Nos péchés, αμαρτίας ημών. » Quant au terme άπολύτρωσις. il n’est pas d’un emploi fréquent chez les auteurs grecs, et il n’est employé dans l’Ancicn Testament que dans Daniel, iv, 30c. pour exprimer la délivrance dc Nabuchodonosor, c’csl-à-ar le sang du Christ, διά του αίματος αύτου ». Ce texte esl déjà signilicatif par lui-même; mais, si nous rapprochons les passages où est employé le mot άττολύτρωσις, des autres passages — et ils sont nombreux — où il est question de rançon payée, on volt que celle délivrance est accomplie moyennant la rançon, λύτρον. άντίλυτρον. τιμή, qui consiste dans le sang ou le sacrifice du Christ. Cf. Marc., x. 15 (Matth., xx, 28); I Tim., il. 6; I Cor., vi, 20; vu, 22 (cf. xv, 3); Gai., in, 13; 11 Petr., n. 1; Apoc., v, 9; Act., xx, 28; II Petr., i. 18 19 Le passage Bom.. in, 26, synthétise la pensée dc l’Apôtre sur cc point : · Dieu a disposé le Christ comme moyen de propitiation ct d’expiation dans son sang, par le moyen dc la foi, ίλαστήριον... έν τω αύτου 2439 PAUL (SAINT). LA JUSTIFICATION αίματι ». Ίλαστήρων ne doit point être pris pour un masculin, mais pour un neutre. C’était l'usage, à l'époque impériale, d’élever aux dieux des monuments appelés ίλαστήρια. dons propitiatoires destinés â rendre In divinité favorable. Ce mot était donc tout indiqué pour désigner un moyen de propitiation. Dans les LXX, Il désigne le kapparcth, ou partie de l’arche d’alliance que l’on aspergeait de sang au jour de • l'expiation », C'était un instrument d’expiation grâce au sang de la victime. C’est là que l’Apôtre a pris le terme et la figure pour traduire l'œuvre expiatrlce du Christ. Le Christ a été établi comme un moyen permanent de propitiation ct d'expiation pour les péchés. Cf. Hub., ix, 11-12; 15-17, 18 sq. Dieu l’a disposé comme une manifestation, une preuve de sa justice salviflque à l’égard des hommes. Son sacrifice a été accompli une fois au Calvaire, mais son œuvre expiatoire se perpétuent l’homme y participe par la foi. La doctrine de l’Apôtre est ainsi d'accord avec l’Ancicn Testament, où le péché exigeait une répara­ tion, peine â subir ou amende à payer. Elle l'est aussi avec renseignement évangélique où le péché est une dette, et la mort du Christ une rançon. Les exégètes modernes indépendants ne veulent point voir dans la mort du Christ « une expiation objective faite devant Dieu pour le péché, mais le moyen historique d’une . expiation subjective qui se fait dans la conscience humaine par la foi, par la mort du vieil homme et la naissance de l'homme nouveau »; cf. A. Sabatier. La doctrine de l'expiation, p. 79. Mais peut-on, sans faire violence aux textes, plier la pensée de l’Apôtre aux catégories de la philosophie moderne? 4« La justification. — D’après Hom., in, 21-27, l’homme est donc justifié gratuitement par Dieu, en conséquence de l’œuvre du Christ, par la justice de Dieu communiquée à l’homme; justice que l'homme s’approprie par la foi et qui est pour lui la source d’une vie nouvelle. Il nous sera plus facile maintenant de I saisir la portée des termes justifier, justification,^.^ δικαίωσις, dans saint Paul. Les verbes en ... - όω ont le sens de donner la qualité exprimée par l’adjectif qui leur correspond; par exemple, λευκόω veut dire · rendre blanc ». Δικαιόω devrait donc signifier · rendre juste ». Mais quand il s'agit d’une qualité morale que l’homme n’a point le pouvoir de donner, la règle ne peut s'appliquer. C’est pourquoi, dans la langue profane, le verbe δικαιόω ne signifie pas « rendre juste », mais < trouver juste; regarder, reconnaître comme juste ». Par suite, il prend le sens juridique de « faire justice », acquitter ou condamner par un jugement. Toutefois, cc dernier sens — il importe de le noter — est le moins courant, tandis que les autres se rencontrent avec une grande variété de nuances. Dans l’Ancicn Testament, le mot δικαιόω signifie parfois reconnaître le droit, déclarer juste par un jugement, Ex., xxm 7; Dcut., xxv, 1; III Beg.. vm, 32 (cf. II Par., vi. 23); Ps. lxxii, 3; Is., v, 23; L, 8; lui, 11 ; ou encore : donner raison, sans idée de jugement, comme dans Job, xxxm, 32. Le passif signifie très souvent · être juste »; le P. Lagrange l’a bien montré dans son Commentaire sur l’épltrc aux Romains, p. 121 sq. (édit. 1916); · citons spécialement Ps. xvm (xix), 10; l (li), 4 : 1 pour que tu aies raison, que tu sois juste et reconnu comme tel » (cf. Bom., m, 4); Ps. cxlii (cxlhi), 2; U., xliii, 26; xlv, 25 (26); Mich., vi, 11; Ps. lxxii (i.xxiii), 13; EccIL, ix. 12 (17); xxxtv (xxxi), 5. Il en | est de même dans V Apocalypse de Baruch, xxi, 9, 11, 12; xxiv, 1; li. 3, cl IV Esdr., xn, 7. Ainsi, le mot δικαιόω n’était nullement limité à deux sens très tranchés : déclarer juste, ou rendre juste. La · déclaration » de justice, impliquait sans 2440 i doute un acte solennel, un jugement. Mais le Juif qui espérait parvenir au · salut », s'efTorçait, par la pra­ tique de la Loi, d’« être juste » déjà en celte vie, d’être reconnu, trouvé juste aux yeux de Dieu déjà en ce monde, avant le jugement ; cf. J.uc., i, 6 : Dieu rcconI naissait comme justes Zacharie et Élisabeth, et ils étaient justes â ses yeux ». Si l’on veut préciser le sens dus mots < justifier », • être justifié », il faut donc avant tout distinguer entre la perspective cschatologique et la perspective terrestre. S’il est vrai que lu suris est celui de « décla­ ration de justice » au dernier jour, quand il s'agit du jugement final, comme dans Horn., n, 12-13, par contre, on ne voit pas ce que .signifierait une déclara­ tion au sens jorensiguc, lorsque la pensée se tient en dehors de cette perspective; ce qui est précisément le cas pour la plupart des textes de sainl Paul. Si Dieu justifie l'homme, c’est qu’il le reconnaît juste, qu'il le trouve juste à ses yeux d’une justice réelle. Celle manière d’entendre la pensée de l'Apôtre s’accorde avec la doctrine de l’Ancicn Testament ct du judaïsme. Mais, pour l’Apôtre, l'homme trouvé juste devant Dieu, reconnu juste par lui dès ici-bas n'est point juste de la justice de la Loi, Justice propre; il est juste de la « justice de Dieu ». Celte justice du Dieu est donnée à l’homme, autrement Dieu recon­ naîtrait juste à ses yeux celui cjui ne l'est pas, cc qui serait une absurdité. Dieu ne saurait donc justifier l’homme sans le rendre juste de sa propre justice. C’est en s'appuyant sur ces principes qu'il faut com­ prendre les textes des épîtres où se rencontrent les mots δικαιόω, δικαίωσις. Voyons d’abord les cas où la justification a le sens cschatologique. Lus textes sont peu nombreux el pas tous concluants. D'abord Boni., n, 13, le plus carac­ téristique. Ici, la justification est l’antithèse de la condamnation, t. 12; la perspective est celle du juge­ ment. Peut-être en est-il de même dans Boni., ni, 20, et GaL, n, 16; mais ici il n’est pas clairement question d’une déclaration de justice au dernier jour; c’est plutôt l'affirmation du principe général que l’homme ne saurait ni être juste, ni reconnu comme tel · devant Dieu », c’est-à-dire être effectivement juste. Dans Boni., m, 30, le verbe étant au futur pourrait s'entendre au sens cschatologique, mais il peut signi­ fier aussi la règle, le principe d’après lequel Dieu justifiera désormais l’homme, par opposition à l’an­ cienne économie, celle de la Loi : les Juifs comme les Gentils seront justifiés en raison de la foi. Dans GaL, v, 5, « l'espérance de la justice » est-elle une notion cschatologique? Si l’on fait de la «justice · l'objet de l’espérance, on a un concept cschatologique. Mais il n'est point dans la ligne de la pensée de l’Apôtre; car ici la justice est une garantie de l'espé­ rance, c’est-à-dire (les biens que l'on espère pour le monde futur; c’est donc une justice actuelle. Si le texte avait une portée cschatologicpic. il ne pourrait viser qu'une constatation de justice, non une posses­ sion de la justice. On invoque souvent I Cor., iv, 4. comme ayant un sens cschatologique : « Quoique je ne me sente cou pablc de rien, je ne suis pas pour cela justifié : mon juge, c’est le Seigneur. » La mention du Seigneur comme juge, el celle de son retour suggère un sens cschatologique. On ne peut méconnaître que ce sens soit dans la pensée de l’Apôtre au t. 5. Mais en est-il nécessairement de meme au y. I? Cc n'est point évi­ dent. L'Apôtre a conscience d’avoir bien rempli sa charge, mais cela m· prouve pas qu’il doive · se tenir pour juste » à cause de cela. Il laisse au Seigneur lu soin d'apprécier sa conduite. Il n'y a point là une doc­ trine sur la justification. 2441 PAUL (SAINT). LA FOI On peut citer encore Hom., vni. 30 ct 33. Dans le , 30, In justification suit l’appel à la foi, elle est au passé; il est tout naturel de l’entendre de la justifica­ tion première. Mais In glorification aussi est au passé et vient immédiatement après la justification. O texte n’est donc pas décisif sur le sens à donner au mot · justifier >. On peut l’entendre : que la possession de In justice est, en principe, un gage certain de glori licatlon, en cc qui concerne l’action de Dieu. Ainsi. l’aoristcOXprimc la certitude du futur. Selon plusieurs commentateurs, le terme · justification · désigne ici. non seulement la justification première, mais encore la persévérance dans la justice ct le développement de la vie chrétienne jusqu'à la Jin. sous l’influence de la grâce. Cf. Rom., vi, 22-23; Comely, In Romanos, p. 151 ; Leinormyer, Les épltresde saint Paul, 1.1, p. 302. Il est difficile de ne pas reconnaître la perspective cschatologique à l’arrière-plan des t. vin, 31-33. L’espérance du salut éternel repose sur le fondement inébranlable de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ Rien ne saurait arracher le chrétien à l’amour de Dieu dans le Christ-Jésus. La Loi est vaincue avec la chair ct la mort ; les fidèles sont dans le Christ », ils vivent selon l’Esprit, cf. Rom., vm, 8. Dans cet état, aucune « condamnation · ne saurait les atteindre. Sans doute il en sera ainsi au dernier jour, mais l’Apôtre parle de l’état présent : si Dieu a fait tout cela pour les chrétiens qui sont dans le Christ, s’il leur n donné la justice, désormais il n’y a plus pour eux aucun titre à la condamnation. Lorsque l’Apôtre dit au ÿ. 33 : < Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui les justifie », il n’est donc pas nécessairement question d’une accusation au jour du jugement. Le sens est plutôt : « Qui donc, désormais, les accuserait? · D’aillcurs on ne peut faire l'hypothèse d’une accusa­ tion au dernier jugement après que Dieu aurait déclaré juste au sens torensigue. Cf. Lagrange, h. I. Ainsi, les textes où le mot « justifier » a une portée cschatologique sont très peu nombreux. Le P. La­ grange, op. cit.9 p. 129, n’en a retenu qu’un seul. Rom., π, 13. S’il y en a d’autres, la perspective cscha­ tologique n’y est pas au premier plan. Les autres passages où l’idée de justification n’a aucune portée cschatologique — et c’est la majorité offrent des nuances diverses. Il Importe de relever sur­ tout ceux qui marquent le passage de l'étal de péché à celui de justice, l’acquisition de la part de l’homme d’une qualité positive, celle de juste. En premier Heu I Cor., vi, 11. Ce verset décrit l’état actuel des Corinthiens, par contraste avec leur état ancien, celui de pécheur : Mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés nu nom de Notrc-Seigneur Jésus-Christ cl par l’Esprit de notre Dieu. » Ici, la justification est dans la même ligne que la purification et la sanctification. Elle a été accomplie par le baptême (par le nom «lu Sei­ gneur Jésus-Christ) el le «Ion de I’Esprit-Saint. Les fidèles sont donc devenus justes de la même manière qu’ils sont devenus saints. Ix* passage Rom., v, 9. n'est pas moins significatif : Maintenant «pie nous avons été justifiés dans son sang... » Ici, toute idée de déclaration de Justice doit être écartée : les fidèles sont comme plongés dans le Christ et transformés, Ils acquièrent une «piaillé, prin­ cipe de vie nouvelle; cf. Il Cor., v, 21; I Cor., i, 30. En demeurant dans cet étal — ce que l'Apôtre sup­ pose comme normal — ils seront sauvés de la colère, an dernier jour, lors «le la consommation du salut. Le passage Rom., ut, 21, est analogue au précédent. Dans l’épltrc à Tite. m, 7, l’état «le justice, la qualité de juste est donnée comme le rondement de l’espérance de la vie éternelle. A ce groupe de passages peuvent se rattacher encore, Rom., m. 28; iv. 5; v, 1; ix. 30. 2442 Enfin, dans les deux passages, Kom., iv, 25 ct x. 18, le mot 3ιχχΙωσις marque un principe de vie. rem­ plaçant un principe de mort, grâce a In résurrection du Christ. H ne signifie point une simple déclaration de justice. Ainsi, la justification apparaît nettement d’abord comme une action de Dieu opérant une transforma­ tion dans l’homme en lui conférant la justice ou la qualité «le juste : c’est la justification première. En cette vie, cette justice n’est point inamissiblc, ni consacrée par une sentence, comme le montrent les c. vi-vm de l’épltrc aux Domains. Elle est le point de départ ct le principe de la vie chrétienne» dr la vie dr l’esprit; elle est la garantie du salut. La reconnaissance de crttc justice au dernier jour, lors de la consomma­ tion du salut, est la justification seconde. 5e Im loi ; sa nature ; son rôle. — 1. Dieu a voulu justifier l’homme; mais il ne pouvait le faire sans que l’homme sc tournât vers lui par un acte de son esprit rt de sa volonté. Cet acte initial est fourni par la foi. Saint Paul emploie le mot « foi ·, πίσης, plus de cent-trente-sept fois, mais nulle part il n’en donne la définition. (Nous ne parlons pas ici de l’épltrc aux Hébreux dont la doctrine sera exposée à part.) Élimi­ nons d’abord les acceptions du mot « foi > dans le sens de « certitude pratique » ou bonne foi. Rom., xjv, 23; de fidélité de Dieu ou de l’homme. Rom., m, 5; TlL, n, 10; I Tim., v, 12; de «foi des miracles ., I Cor., xin.2. acceptions qui n’ont point un rapport direct avec la justification. En dehors de ces passages, la foi. d une manière générale, désigne tantôt l'acte, ou la vertu de foi; tantôt l'économie ou régime de la foi. par antithèse ascc celui de la Loi. Saint Paul n’a point analysé le concept de foi Dans la plupart «les cas. il envisage la foi in concreto, c’est-àdire comme comprenant un ensemble d’actes ou de dispositions. C’est pourquoi on éprouve parfois une assez grande difficulté à dire cc qu’il entend exacte­ ment par cette notion ct quel rôle il lui attribue dans la justification. Efforçons-nous d’abord de dégager les éléments con­ tenus dans la notion de /oi. La foi est une conviction de l'esprit, 1 Thess., iv, Il « Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscite [croyons] aussi (que] Dieu amènera avec Jésus ceux qui se sont endormis en lui. » La foi d’Abraham, type de celle des croyants, est une conviction fondée sur la véracité el la fidélité de Dieu promettant des biens à venir. Mais, comme II s’agit «le choses à obtenir, à lu conviction s'ajoute naturellement la confiance. Gai., m, 6 : « Abraham crut à Dieu el cela lui fut imputé à justice »; cf. Rom., iv. I. 17. 18.21. L’adhésion de l’esprit aux enseignements de la pré dication est le prélude de l’acceptation de l’Evangile : « Il a phi à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. · 1 Cor., 1, 21; cf. 1 Thess., i, 3-10. • Qu’est-ce donc qu’Apollos et qu’esl-ce que Paul? Des ministres par le moyen «lesquels vous avez cru. I Cor., m, 4-5; cf. I Cor., xiv, 22; xv, 15. Recevoir l’Évangile, c’est accepter comme vrai l’ob­ jet de la prédication : » SI tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. » Rom., x. 9 10; cf. Rom., i. 1 I 17 ; m. 3. 22; vi, 8. De plus, la foi, appuyée sur la force du témoignage, est l'antithèse de la vision ou connaissance immé­ diate : · Nous marchons par la foi et non pur la vue (la vision). · Il Cor., v. 7. L'acte Intellectuel de la foi est donc une connaissance par intermédiaire. L’adhé­ sion aux vérités chrétiennes n’est pas imposée par 24'·3 PAUL (SAINT). LA EOI l’évidence de l’objet : elle résulte de la valeur du témoi­ gnage. Par suite, elle comporte un acte de volonté; il v a une «obéissance » à la foi, Boni., i. 5; x. 16; xvr. 26; cf. Hom., xv, 18; Il Cor., x. 5; Boni., x, 3, 30, 31. La foi suppose donc le désir ou la volonté d’adhérer au christianisme ct, par conséquent, l’espérance du pardon avec un commencement d’amour de Dieu. L'objet de la loi c’est le contenu île la prédication en général. II Thess., n, 12-13; I Cor., xv, 1-2; Boni., i. 16-17; x, 18; Phil., l, 27. Spécialement, cet objet est Dieu et le Christ : Dieu est fidèle, tout-puissant, il tient ses promesses. I Thess., i. 8-20; Gai., ni, 6; Il Cor., i, 9; Boni., ni, 25; iv, 3, 5, 17-25; vi, 28; îx, 33; x, 8, 9; Col., n, 12; Il Cor., v, 19. Jésus est le Messie, il est le Fils de Dieu, il a été crucifié, il est ressuscité, il est le Christ glorifié, il csl la cause de notre salut. I Thess., iv, 1I; GaL, n, 20; I Cor., xv, 1-11, 1 1, 17; Born., x. 8. 9. Lorsque l’objet de la foi est une chose â obtenir, la foi concrète comporte la confiance, I Tim., i, 16; Boni., iv, 5, 21; cf. Il Tim., i. 1-2; mais elle suppose toujours que Dieu est véracc ct fidèle; le contraire serait une impossibilité psychologique. En somme, la foi chez saint Paul est décrite d’une façon concrète : elle désigne l’adhésion au christia­ nisme dans le but d’obtenir les biens offerts par Dieu dans U; Christ. Elle se distingue ainsi de la foi chez saint Jacques, simple assentiment de l’intelligence, et qui reste théorique et stérile s’il n’est accompagné de la charité. Cf. Jac., n, 17, 19. Enfin, la foi chez saint Paul est non seulement un acte ou ensemble d’actes, elle csl un état ou habitus; c’est un principe de vie : · Ce que je vis maintenant dans la chair (c’est-à-dire en cette vie) je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé ct qui s’est livré lui-même pour moi. · Gai., n, 20; cf. il Cor., xi», 5. Il y a donc une « vie de la foi ». Ainsi la foi demeure comme une condition primordiale du salut : il faut demeurer ferme, persévérer dans la fol. I Cor., xvi, 13; Il Cor., i, 21; Bom.. x, 20, cf. 11-17; Col., i, 23; n, 7; I Tim., n, 15. La foi est principe d’espérance par l’Esprit : ■ C’est de la foi, par l’Esprit,que nous attendons l’espérance de la justice (l’objet de l’espérance, assuré par la jus­ tice).» Gai., v, 5. Elle est « agissante par la charité », ibid., 6. La fol n’est point la charité, ni même le prin­ cipe de la charité; mais elle est le fondement de la vie chrétienne dans l’homme justifié. Sans la charité, son action serait nulle dans l’ordre du salut; cf. Jac., n, 11-26; de même que la charité ne saurait exister sans elle, puisqu’elle est le fruit de la justification qui dépend elle-même de la fol. Cf. Bom., v, 5; I Thess., i, 3; Col., i, I, 5. D’ailleurs, la charité est supérieure à la foi ainsi qu'aux autres vertus; cf. I Cor., xm. La foi demeure en cette vic, I Cor., xm, 13, mais doit faire place à la vision ou connaissance directe, dans l'autre vie. 1 Cor., xm. 12; II Cor., v, 7. 2. Quel est exactement le rôle de la foi dans l’acqui­ sition de la justice? La foi. tout en étant le résultat de la prédication, Bom., x. 11-21, est un don de Dieu, un eflet de la prédestination et de la vocation. Les fidèles sont des · appelés » et même, en un sens, des « élus », cf. 1 Thess., iv, 1-5; Il Thess., n, 13; m, 2; Bom., vm, 28-30; I Cor., n. 1-5. De plus, l’action divine est nécessaire non seulement à l’acquisition de la foi, mats encore à sa conservation ct à son dévelop­ pement. Eph., t, 17-19. La foi n’est donc pas uniquement le fruit de l’acti­ vité personnelle de l’homme; néanmoins, c’est la part de l'homme dans l'acquisition de ta justice. Or, les Juifs regardaient la justice d'Abraham — qui, d’après eux, avait commencé à servir Dieu à l’âge de trois ans comme ayant été parfaite grâce «â la 2404 circoncision et Λ l’observaiion anticipée de la Loi. En outre, ils regardaient sa foi comme constituant un mérite. Saint Paul leur montre que la justice du patriarche lui vient de su foi sans la circoncision ni l'accomplissement des œuvres de la Loi. Sur ce point, son explication de la Genèse revêt presque le carac­ tère d’une controverse avec les Juifs. De plus. Il existait une sorte de contrat entre Dieu cl les Juifs. Ceux-ci étaient comme des ouvriers gagnant leur salaire. S’ils observaient bien la Loi, ils acqué­ raient la justice : Dieu leur devait la justification cl Γ « héritage » promis. Bom.. ιν, I. Or, pour saint Paul, la Loi donnait lieu à des · trans­ gressions » cl provoquait la colère; la Justification el le jugement de justification ne pouvaient donc être le salaire des œuvres de la Loi. Ils sont des dons gratuits que Dieu a voulu donner à la foi. Ainsi, ta foi s'oppose ά la Loi comme le régime de la gratuité à celui du salaire La foi tient lieu des œuvres; mais elle n’est pas une « œuvre ». Elle en difïèrc en ce qu’elle ne donne pas un titre à la justice. Par les œuvres, la justice eût clé acquise; par la fol, elle est donnée, accordée. Cependant, la justice vient de la foi, iv. πίστεως, mais non comme d’une œuvre qui la mérite. Bom.. m, 26. Pourtant, la foi est plus qu’une simple condi­ tion; elle est une disposition de l'âme; elle est cause en quelque manière et source de la justice. De plus, la justice est accordée par le moyen de la foi, διά πίστεως. Bom., m, 22, 30; ix, 20. L’homme reçoit la justice par la foi. πίστει, Bom., m, 28. Bien que l’on ne puisse pas toujours distinguer une nuance de sens entre έκ πίστεως, διά πίστεως el πίστει, le simple datif semble marquer une causalité véri­ table : l’homme, par la foi. je ne dis pas mérite, mais obtient la justice. Cf. Bom., iv. 20; v. 2; xi, 20; Phil., i, 27; Il Tim., n, 10. Le concile de Trente, session vi, c. 7, 8,9. en disant que l’on n’est pas justifié par la /oi seule, entend la croyance, l’acte purement ou formellement intellec­ tuel, cf. Jac., n. 17, ou encore la pure conviction d'être en grâce avec Dieu, au sens luthérien; Il ne veut point parler des dispositions et de la préparation que comporte la /oi concrète el agissante. Au contraire, il est d’accord avec saint Paul pour regarder ces dispo­ sitions et cette préparation comme des facteurs de la justification première. Sa notion de la foi qui justifie ne s’oppose donc point à celle de saint Paul. Le rôle de la foi dans la justification n’est point Indépendant de celui du baptême; car l’homme qui adhère à l’Évangile se soumet aux conditions el aux moyens de salut contenus dans la prédication chré­ tienne. Il a donc, au moins implicitement, le désir de sc soumettre au baptême comme rite purificateur Ainsi, le baptême est appelé par la foi. Comme rite initiateur il incorpore le fidèle au Christ et consomme la justification; cf. GaL. m, 26-27; I Cor., νι. 11; Rom., v. I sq. Après la justification, la foi demeure à l’étal d'/iabilus cl joue le rôle de fondement de la vie chrétienne, ainsi que nous l’avons dil plus haut. 6° Les fruits de la justification et la vie chrétienne, le rôle du baptême (Boni., v. 1 ; vif, 39). — 1. La récon­ ciliation, la certitude du salut. Par In justification, l’homme csl réconcilié avec Dieu. H avait encouru sa colère, Eph., n. 3; Col., i. 21; il lui était insoumis, il était son ennemi ct marchait hors de la vole du salut. 11 est maintenant dans une situation normale â l’égard de Dieu; el cela est le résultat de la mort du Christ. Il a la paix, la joie de sc sentir en grâce avec Dieu et d’êlrc dans la voie sûre. Sa vie prend désormais un sens plein el profond par l’cspénmcc d’arriver au salut : il sera sauvé; il échappera Λ la colère », f. 9; il atteindra la gloire de Dieu t. 2. gloire que Dieu 2445 PAUL (SAINT). LI réserve nux justes ct qui est une participation ù sa gloire propre. Le support des épreuves, dans ccttc condition nou­ velle, est un moti/ d'espérance, car il permet à l'homme de montrer sa fermeté dans la · grâce dans laquelle il a été établi », f. 2. « Or, l’espérance ne trompe pas », t. 5. Ce n’est point une illusion que l’on risque de voir s’évanouir. Elle repose sur une certitude qui doit sou­ tenir constamment l’homme clans le développement de la vie chrétienne. C'est là un point sur lequel l’Apôtre insiste d’une façon remarquable, non seule­ ment dans Bom., v, 1-11, mais encore dans vni, 1827; 35-39. Une fois justifié· l’homme doit diriger ses désirs ct son activité uniquement vers le but à atteindre c’est-à-dire le salut. Mais l’homme, avec sa faiblesse, est-il assuré de soutenir son effort de vie spirituelle jusqu’au bout? L’Apôtre sent toute ccttc faiblesse, vm. 20. Pour lui, le salut ne sc réalise point d’une façon mécanique, en dehors de l’activité ct de l’énergie humaine; mais ccttc énergie est soutenue ct dirigée par la grâce de Dieu, cl c’est précisément ce qui constitue la garantie de l’es­ pérance chrétienne : « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné », t. 5. Ainsi, le don de la justice est accompagne de çplui de l’Esprit-Saint qui habite dans l’âme (cf. vm, 9, 11) ct dont l’Apôtre exposera plus loin le rôle. Cet Esprit a répandu l’amour de Dieu en nous : il s’agit sans doute de l'amour dont Dieu nous aime, comme le montrent les f. 5 et 8,ct non de l’amour de l’homme pour Dieu. Mais cet « amour de Dieu est un amour communiqué, une réalité divine donnée par l’Esprit; l’Apôtre expliquera plus loin cette commu­ nication de vie divine. Or, l’amour de Dieu ne saurait être dans l’homme sans qu’il y ait de la part de l’homme un amour réciproque. Cf. Joa.» xtv, 21-23, ct i Joa . i\. 16. Cet amour de Dieu s'est manifesté < en ce que, alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous », ÿ. 8. Si Dieu, en effet, nous a témoigné une telle bonté alors que nous étions scs ennemis, a plus forte raison, maintenant que nous sommes justi­ fiés ct réconciliés par la mort de son Fils, nous donnera-t-il le salut « en sa vie », Ÿ. 10, c’est-à-dire en nous faisant participera la vie du Christ, en nous faisant vivre de la vie chrétienne par l’action de l’Esprit-Saint. Cette vie sera décrite, Bom.. vi-vm. Cf. Joa., m, 16; xv, 1 sq ; xiv,2t, 23; xvn. 26; I Joa., . iv. 16. 2. L'humanité pécheresse en Adam, mats justifiée et sauvée dans le Christ : le péché originel, — Après avoir présenté le résultat de la justification sous son aspect intérieur ct personnel, afin de donner nu chrétien l’assurance du pardon et la joie de se sentir dans le vrai chemin. l’Apôtre expose ce résultat en considérant l'histoire de l’humanité. La justice est duc à un seul homme, Jésus-Christ, en qui tous sont devenus justes. Mais, si l’on remonte à l’origine de l’humanité, le péché, lui aussi, est venu d’un seul homme et a atteint tous les hommes. Pour comprendre l’œuvre du second Adam, c’est-à-dire du Christ, il faut donc la comparer à celle du premier, puisqu'elle en est la contre-part le. Solidaires avec Adam pour la faute en vertu de leur descendance, les hommes sont devenus solidaires avec le Christ pour la justice, Bom., v, 12-21. Ainsi, d’un côté, l’histoire nous montre une humanité pécheresse à cause de son premier ancêtre qui était en même temps son repré­ sentant; d’un autre côté, elle nous offre le Christ comme une source de justice pour une humanité régénérée, solidaire avec son nouveau chef el unie à lui comme à un principe de vie. L'Apôtre est frappé de l'universalité de la mort. Or, la mort est le châtiment du péché, cf. Hom.. vî. 23; 1 Cor., xv, 56; elle a été introduite dans le monde avec le péché, par « un seul homme », Adam, t. 12 : • tous sont morts parce que tous ont péché.èç πάντις ήμαρτον, Vulgate : in quo omnes peccaverunt », Le fait de l’universalité de la mort prouve donc l’universa­ lité du délit cl de ia culpabilité. Comment faut-il entendre cette culpabilité univer­ selle cause de la mort? Bésullc-t-ellc des péchés per­ sonnels à chacun? Non, car dans le temps qui a pré­ cédé la Loi, Il y avait sans doute dans le monde des péchés contre la loi naturelle, mais H n’y avait pas de loi punissant de mort de tels péchés. Or, malgré cela, la mort a régné, même sur ceux qui n’avaient point imité la transgression. d'Adam, c’est-àdire violé une loi · positive > portant une peine; par conséquent, elle a régné même sur les enfants qui n'avaient point commis de péchés actuels. La mort sera donc le châtiment de la première faute, celle d’Adam. En effet, Dieu avait imposé â Adam un com­ mandement sous peine de mort. Gen., n, 17; Sap., n, 23. C’est la violation de ce commandement par Adam qui est cause de la mort universelle à, titre de châti­ ment. On doit donc en conclure que tous les hommes ont été coupables en Adam; que « tous ont péché ». t. 12, de quelque manière en lui; que tous sont soli­ daires avec lui dans l’acte de péché. 11 s’agit bien, en effet, d’un acte; outre le t. 12. 1rs textes suivants sont formels : « Par la faute d’un seul, tous sont morts ». t. 15; « la sentence portée contre un seul homme (ou : à raison d’une seule faute) â été une condamnation s (pour l'humanité) », t· 16; «par la faute d'un seul la mort a régné du fait d’un seul ·. V. 17; · par la faute d’un seul la condamnation a atteint tous les hommes ·. t. 18; par la désobéissance d’un seul tous ont été constitués pécheurs », t. 19. Ainsi tous les hommes ont participé d’une certaine manière à l’acte d’Adam représentant l’humanité; ils ont élé constitués dans l'état de péché en vertu de sa désobéissance. La formule « tous ont péché en Adam, in quo umnes peccaverunt (Vulgate) » rend exactement la pensée de l’Apôtre. mais elle n’est point la traduction littérale de έφ* ώ ττάντες ήμαρτον du v. 12. Toutefois, le mot ήμαρτον ne désignant point des péchés personnels (puisque de tels péchés ne méritaient point la mort avant la Loi), ne peut signifier que la solidarité de tous les hommes avec l’acte d’Adam : tous ont péché en lui et avec lui. L’Apôlre ne s’explique pas davantage ici sur le péché d’origine. 11 en parle uniquement pour montrer comment l’acte d’un seul, Jésus-Christ. a pu justifier tous les hommes. L’antithèse entre le passé et le pré­ sent n’intervient quo pour montrer toute la portée d< l’œuvre du Christ. L’humanité est justifiée par l’œuvre du Christ, parce qu’elle est solidaire avec lui; comme elle avait été pécheresse à cause de sa solidarité avec Adam. « Mais il n’en csl pas du don gratuit comme de la faute », f. 15; car. par le don d’un « seul homme », Jésus Christ, la bonté de Dieu l’emporte sur la faute, le Christ ayant procuré plus de bien que le premier homme n'avait causé de mal, v. 15. En effet, le « don de Dieu · est supérieur au délit : H n’a pas eu seule­ ment pour résultat de faire disparaître la culpabilité d'origine; il s’étend aux autres péchés, il entraîne l'absolution des fautes personnelles, t. 16, el, de plus, il donne la justice intérieure avec la vie de l’Esprit, En un mot, par l’acte coupable d’un seul, la con­ damnation pèse sur tous; par l’acte de justice, δικαιώ­ ματος, d’un seul, tous obtiennent la justification de vie (qui donne la vie). Par la désobéissance d’un seul 2447 PAUL (SAINT). LE BAPTÊME tous sont « constitués . pécheurs; par l’obéissance d’un seul (cf. Phil., n, H : obéissant jusqu'à la mort dc la croix), tousseront désormais constitués justes. Le péché a régné pour la mort; fa grâce régnera maintenant «par la justice, pour la vie éternelle, par Jésus-Christ NoireSeigneur », t. 21. Tout ce passage éclaire vivement l'œuvre rédemp­ trice ct salviflque du Christ. Le principe de la solida­ rité apparaît comme la raison profonde qui a rendu sa mort efficace pour le salut de tous les hommes : l’obéissance du Christ et son mérite est devenu comme le bien dc tous. Il faut rattacher ici les autres passages où saint Paul compare l'œuvre d’Adam à celle du Christ, cl d'abord I Cor., xv, 21. 15 : · Puisque c’est par un homme qu’il y a mort, c’est par un homme aussi qu’il y a résurrection des morts. De même, en ciTet, qu’en Adam tous meurent, de même aussi dans le Christ tous revivront »... < Le premier homme, Adam, devint âme vivante (être vivant, psychique), le second Adam, lui, devint esprit vivifiant. » Quelle est la pensée de l’Apôtrc au t. 21 : la mort vient « par un homme », tous meurent < en Adam »? Faut-il entendre : par la faute d'un homme, par la prévarication d’Adam, tous les hommes sont devenus sujets à la mort? Ou bien : le corps de l’homme, tel qu’il est par le fait de la descendance d’Adam, est actuellement sujet à la mort, abstraction faite dc ce qui a pu se passer auparavant? A ne considérer que | ce seul texte, Il est difficile dc répondre; St* ανθρώπου pouvant signifier · par l’intermédiaire d’un homme » aussi bien que, « à cause d’un homme ». D’autre part, au t. 45, l’Apôtrc, en présentant Adam comme un < être psychique », par contraste avec le Christ principe de résurrection et de vie spiri­ tuelle. parle du corps qu'Adam reçut de Dieu au moment de la création. La mort serait donc toute naturelle à l'homme et, pour l’expliquer, il n’y aurait pas besoin de faire intervenir la faute d’Adam, puis­ que l’homme aurait été créé ainsi dès l’origine. Mais, ailleurs, saint Paul affirme très clairement que c’est le péché qui a introduit la mort dans le monde, cf. Boni., v, 12 sq., et il savait que la peine de mort avait été portée contre Adam à cause de sa désobéissance. Cf. il Cor., xi. 3; Sap., n, 23; Apoc., xn, 9; xx, 2. Or. s’il dit que le corps d’Adam, en vertu de sa nature, était mortel, et que par nécessité dc nature, nous avons hérité ce corps psychique, il ne veut point se contredire, mais il y a, dans sa pensée, un sous-entendu : le péché d'Adam a ramené l’homme à sa seule nature, tandis qu’auparavant il jouissait de · privilèges surnaturels qui lui conféraient l'immorta­ lité, Cf. Gcn.. il, 17; Sap.. n, 23. Citons également le passage de l’épître aux Éphésiens : « Par nature φύσει, nous étions enfants de colère, comme les autres ». Eph., n. 3. Ici. l’Apôtrc ne paraît point faire allusion directement à la culpabi­ lité d’origine : les Juifs, comme les gentils, sont enfants de colère, car la nature les porle au mal; le texte ne parle pas dc l’origine dc cette mauvaise nature. Saint Jean Chrysostome l’entend des péchés actuels qui ont mérité la colère. Voir aussi saint Jérôme, h. I. 3. La vie chrétienne : rôle du baptême. — La justifi­ cation a opéré la destruction du < vieil homme » et l'affranchissement du pêche. Hom., vî, 1-23. Mort au péché, le chrétien ne dotl plus vivre en lui. Il a été baptisé dans le Christ », baptisé « dans sa mort », • enseveli avec lui » pour ressusciter comme lui. Il a été uni â lui comme une greffe l’est au tronc », t. 5; il participe â sa vie spirituelle et c’est là un gage de résurrection, puisqu'une fols ressuscité le Christ ne meurt plus t. 9. Tel est l'effet merveilleux du bap­ 2448 tême. Cc rite est la representation dr la mort fl de la sépulture du Christ ; et c’est le chrétien lui-même, qui. en sc soumettant au rite, vit en quelque sorte ce drame de salut. Boni., vî, 2-6; cf. Gai., m, 27, cf. 19; Phil., ΙΠ, 10; Col., n, 12-20; m, 1-4; Bom., vu, 5; vin, 9. Il lie sa propre destinée à celle du Christ. Eu effet, le baptême unit le chrétien au Christ glorieux. Bom., vî, 5. 11. comme « une greffe à l’arbre > pour vivre de sa vie. Cf. Gai., n, 18-20; I Cor., xn, 13, 27; vi, 15; Eph., iv, 3-6; 15-16; Boni., xi. 15, 17; Joa.. xv, 1 sq.; I Joa., v. 11, 12. Le baptême esl le sceau, σφραγίς, ou la marque de la justice dans l’économie de la foi, comme la circoncision l’était dans celle dc In Loi. Bom., iv, 11; cf. Shemoth Kâbba, 19; J.-J. Welstein. Novum Testamentum grtreum, in h. le baptisé est marqué d’un caractère, σφραγισάμενος, qui le fait appartenir au Christ; cf. II Cor., i. 21-22; Eph., i, 13; iv, 30. Ainsi, le baptême n’est pas un pur symbole de la justification ou de la purification. Il a un rôle, une efficacité dans l'acquisition de la justice. Cependant, il n’opère point à la façon d’un rite magique, d’une manière nécessaire et absolue; car c’est l'Esprit-Saint qui agit par le rite, et le rite vient du Christ lui-même. A la différence des actions magiques, c’cst un rite efficace produisant un effet surnaturel d'ordre moral, el exigeant la foi à titre dc disposition. D’ailleurs, le fidèle n'arrive au salut qu’en exerçant lui-même sa propre activité sous l'influence de l'Esprit-Saint. Les exhortations qui commencent au c. vî, f. 12, ct sc poursuivent, mêlées à l’exposé de la doctrine, jusqu’à la fin du c. vm, le montrent suffisamment. Sans doute, la signification première du baptême est celle d'un bain purificateur. I Cor., vî, 11; Eph., v, 26; Tit., m, 5. Mais son symbolisme mystique, qui consiste à traduire en acte, dans la personne de l'ini­ tié, la mort ct la résurrection du Christ, n'est point une création de l’Apôlre. Cc symbolisme était connu des fidèles, le texte Hom., vî, 3, ne laisse aucun doute : « Ignorez-vous que nous tous qui avons clé baptisés dans le Christ-Jésus, c’cst dans sa mort que nous avons été baptisés »? Les fidèles dc Home savaient donc déjà que le baptême était un rite d’initiation ct ils ne l’avaient point appris par saint Paul. Ils savaient également que l’Esprit opère dans le baptême. L’union au Christ cl l’action de l’Esprit par le sacrement étaient donc deux données traditionnelles que l’Apô­ trc ne fait que développer en les harmonisant avec sa doctrine sur la foi. Affranchi du péché, le fidèle l’est aussi de la Loi. Lu Loi en elle-même était bonne; si elle a fait commettre des fautes, c'est parce que l’homme était · chair ct sang, vendu à l’esclavage du péché ». vu. 14. Le < péché », comme un tyran, habitait en lui. D’un côté, la chair est l’esclave du péché, d'un autre côté < l’homme intérieur », ou la raison, t. 22, 23, 25, aspire au bien, mais d’une volonté qui n’a pas la force de le réaliser. L’Apôtrc traduit cette détresse dc l'humanité en s’écriant : · Qui me délivrera dc ce corps de mort? » t. 24; mais aussitôt il indique le remède : Pour ceux qui sont ■ dans le Christ Jésus », il n’y a aucune condamnation. « La loi de l’Esprit de vie, dans le Christ-Jésus, m'a délivré de la loi du péché et de la mort. » Bom., vm, 1-2. Pour délivrer l’homme dc la Loi et de la chair, Dieu a envoyé son «propre Fils, dans la ressemblance dc la chair du péché et à cause du péché; il a condamné le péché dans la chair, afin que la justice demandée par la Loi soit accomplie en nous qui ne vivons pas selon la chair, mais selon l'es­ prit », t. 3-4. En d’autres termes, par l’incarnation, le Fils dc Dieu a pris une chair sans pêché, mais sem­ blable pour le reste à la chair de péché, il est venu à cause du péché, pour le condamner, pour supprimer ' 2449 PAUL (SAINT). LE CUBIST JÉSUS son empire. Dès son incarnai ion, il a affirmé sa vic­ toire en prenant cette chair sans péché »; mais il a triomphé du péché en faveur des homme* par son œuvre rédemptrice. Il u substitué, pour le chrétien, la loi de l’Esprit de vie * à la loi du péché ct dc la mort ». Ainsi, le chrétien n’est plus dans la chair, mais dans ΓEsprit ; il ne vit plus de la vie de la chair, mais dc la vie de l’Esprit. Son esprit, ainsi renouvelé par l’action divine, est le siège d’une nouvelle vie qui rejaillit sur tout son être. Mais tout cela se réalise à une condition, c’est (pic l’Esprit de Dieu « habite » dans le fidèle, r. 9; que celui-ci possède l’Esprit du Christ, c’est-àdire l’Esprit de Dieu, l'Esprit-Saint, qui vient dans l’àme par l’union au Christ. Le chrétien Justifié risquerait encore de suivre la voie de la chair, décrite t. 5-8; cf. Gal., v, 18-21 ; mais, dans ce cas, il ne pour!ait plaire à Dieu; l’EspritSaint n’habiterait plus en lui; il n'appartiendrait pas au Christ, f. 9. Sa seule voie est celle de l’Esprit avec ses merveilleux aboutissants; cf. Gai., v, 22-26. C’est d’abord la garantie de la résurrection : · Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus des morts habite en nous, celui qui a ressuscité Jésus des morts vivifiera également nos corps mortels parson Esprit qui habite en nous. » vm. 11. Puis c’est la qualité de fils de Dieu, d’héritiers dc Dieu et de cohéritiers du Christ, dans sa gloire; à condition, toutefois, de participer à scs souf­ frances. vnt, 11-17. Telle est l’espérance qui doit soutenir constamment le chrétien, car < les souIIrances du temps présent ne sont point en proportion avec la gloire qui doit être manifestée en nous »; rien ne doit être jugé trop pénible de ce qui nous permet d’arriver à la gloire; cf. IJ Cor., iv, 17. Cette gloire, la création y aspire; nous l’attendons en gémissant; l’Esprit en est le gage, car il prie en nous el pour nous. D’ailleurs, ceux que Dieu u connus d'avance, il les a aussi prédestinés « â être conformes à l'image de son Fils; or, ceux qu’il a prédestinés il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés il les a aussi glori­ fiés ». f. ‘29-30. Le plan divin revêt ainsi un caractère dc certitude qui est bien fai